From bb6c9d57cf94311cb15efc481ccbf23e0987c0f8 Mon Sep 17 00:00:00 2001 From: Roger Frank Date: Wed, 15 Oct 2025 04:44:15 -0700 Subject: initial commit of ebook 14343 --- .gitattributes | 3 + 14343-0.txt | 20975 ++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++ 14343-h/14343-h.htm | 21074 +++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++ LICENSE.txt | 11 + README.md | 2 + old/14343-8.txt | 21367 +++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++ old/14343-8.zip | Bin 0 -> 196805 bytes old/14343-h.zip | Bin 0 -> 221531 bytes old/14343-h/14343-h.htm | 21492 ++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++ 9 files changed, 84924 insertions(+) create mode 100644 .gitattributes create mode 100644 14343-0.txt create mode 100644 14343-h/14343-h.htm create mode 100644 LICENSE.txt create mode 100644 README.md create mode 100644 old/14343-8.txt create mode 100644 old/14343-8.zip create mode 100644 old/14343-h.zip create mode 100644 old/14343-h/14343-h.htm diff --git a/.gitattributes b/.gitattributes new file mode 100644 index 0000000..6833f05 --- /dev/null +++ b/.gitattributes @@ -0,0 +1,3 @@ +* text=auto +*.txt text +*.md text diff --git a/14343-0.txt b/14343-0.txt new file mode 100644 index 0000000..052c475 --- /dev/null +++ b/14343-0.txt @@ -0,0 +1,20975 @@ +*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 14343 *** + + POÉSIES DE CHARLES D'ORLÉANS + + PUBLIÉES AVEC L'AUTORISATION DE + M. le Ministre de l'Instruction Publique. + + D'après les manuscrits des + bibliothèques du Roi et de l'Arsenal. + + PAR J. MARIE GUICHARD. + + + 1842 + + +INTRODUCTION. + + +En 1734, l'abbé Sallier, homme savant et judicieux, prononça pour la +première fois le nom d'un poëte qui peut passer à bon droit pour un +des plus élégants et des plus accomplis parmi ceux de notre vieille +langue[1]. La parole du docte académicien qui exhumait Charles d'Orléans +après trois siècles d'oubli, semble avoir eu un faible retentissement; +ceci ne nous surprend pas. D'abord, la description et quelques extraits +du manuscrit étaient insuffisants à mettre dans sa lumière un +personnage si nouveau; puis, la critique d'alors, à peu près uniquement +circonscrite dans les limites de l'érudition grecque et latine, se +souciait peu d'un poëte à peine âgé de quelques centaines d'années. +Évidemment l'époque était mal choisie pour une réhabilitation. En +remontant un peu plus haut, Boileau, a-t-on dit maintes fois, n'a pas +nommé Charles d'Orléans; ceci prouve que Boileau, esprit d'un tact +exquis, n'avait pas lu un seul vers du recueil que nous publions +aujourd'hui. Mais si dans tout cela une chose doit étonner, c'est le +silence incompréhensible des écrivains du seizième siècle. + + [Note 1: _Mém. de l'Acad. des Inscrip_. t, XIII, année + 1740, p. 593.] + +Petit-fils de Charles V, le roi lettré de l'ancienne monarchie, neveu +de Charles VI, père de Louis XII et oncle de François Ier, Charles +d'Orléans fut le chef d'une faction puissante qui ébranla la France +pendant un demi-siècle; il poursuivit sans relâche le meurtrier de son +père assassiné rue Barbette par Jean de Bourgogne; il vécut au premier +rang dans les guerres civiles; enfin, lui et les siens se trouvent +mêlés à tous les désordres, à toutes les agitations de l'époque la +plus troublée des temps modernes. Certes, il faudrait moins que cela +aujourd'hui pour illustrer de mauvais vers, et on se demande pourquoi +les poésies si remarquables d'un homme qui réunissait d'ailleurs toutes +les conditions apparentes de la célébrité, sont restées dans l'ombre? +François Ier faisait publier les ouvrages de Villon, et il oublia son +oncle, le maître de Villon. Octavien de Saint-Gelais, Blaise d'Auriol +et les poëtes de ce temps pillaient effrontément Charles d'Orléans, +les compilateurs prenaient ses ballades[2], et personne ne signale le +plagiat. Bien plus, Marot a dit: «Entre tous les bons livres imprimez de +la langue françoise, ne s'en veoit ung si incorrect, ne si lourdement +corrompu, que celluy de Villon: et m'esbahy, _veu que c'est le +meilleur poète parisien qui se trouve_[3]. Cependant, et Marot le +savait sans doute mieux que nous[4], Charles d'Orléans composa certaines +de ses ballades avec une délicatesse de pensée et une perfection de +langage que Villon n'atteignit jamais; il fut en outre l'instigateur +d'un grand mouvement littéraire où Marot a tenu assurément une des +premières et des plus larges places. + + [Note 2: Voyez le _Jardin de Plaisance_, où se trouvent, + mêlées à d'autres poésies du temps, deux ballades de Ch. d'Orléans.] + + [Note 3: Voy. la préface des _Oeuvres de Villon_, publiées + par Marot.] + + [Note 4: La ballade de Marot, intitulée: _D'un amant ferme en + son amour_, est tout à fait dans le goût de Ch. d'Orléans.] + +Lorsqu'on écrit la vie d'un poëte, on interroge curieusement ses vers, +on y découvre les secrets de sa pensée, on aime à suivre les impressions +les plus fugitives de son âme, et on saisit le caractère qui leur +appartient. C'est là une étude attrayante et pleine d'enseignements +imprévus. Sans doute, nous pourrions raconter ici le meurtre de Louis +d'Orléans, épisode sanglant qui domine tout le règne de Charles VI; nous +pourrions suivre pas à pas les péripéties diverses de cette guerre de +parents à parents, où les uns s'appelaient _Armagnacs_, les +autres _Bourguignons_, ceux-ci _Cabochiens_, et ceux-là +_Écorcheurs_. Mais ces récits se trouvent partout; l'histoire +abonde en matériaux de toute sorte, et il serait facile de grouper +autour de Charles d'Orléans des volumes de pièces inédites ou déjà +publiées. Le prince et le chef de parti sont connus, nous cherchons +le poëte; aussi écarterons-nous tout ce qu'il n'est pas absolument +nécessaire de connaître pour l'objet que nous nous sommes proposé dans +cette notice. + +Louis d'Orléans et Valentine de Milan sa femme eurent trois fils: +Charles, l'aîné, d'abord comte d'Angoulême, puis duc d'Orléans, naquit à +Paris le 26 mai 1391[5]. Louis a laissé la réputation de ce qu'on peut +appeler un prince lettré; il protégea Christine de Pisan, il rimait des +ballades; passionné pour les fêtes et les plaisirs, sa maison était +le rendez-vous des beaux esprits, des femmes séduisantes et des plus +aimables gentilshommes[6]. On sait l'âme tendre et mélancolique de +Valentine, son exquise beauté, son inépuisable amour pour un mari dont +le libertinage sans frein était un scandale public; l'épouse résignée +se voua toute entière à l'éducation de ses enfants. L'histoire n'offre +point de figure plus gracieuse, plus chaste, ni plus touchante; tout +chez cette femme, jusqu'à la douleur, a quelque chose d'élevé et de +majestueux. Depuis le meurtre de La rue Barbette, Valentine avait adopté +la devise devenue populaire: _Rien ne m'est plus, plus ne m'est +rien_, et elle avait choisi pour emblème une chantepleure placée +entre deux S, initiales de _soucy_ et de _soupirs_ [7]. +C'est en face de ces lugubres images et au milieu des plus sinistres +catastrophes que Charles d'Orléans passa les années de sa jeunesse. En +1407, son père tombe sous le fer d'un assassin; en 1408, sa mère meurt +épuisée par les larmes; en 1409, sa jeune épouse Isabelle [8] perd la +vie en donnant le jour à une fille; et pendant tous ces désastres, +Charles, qui est l'unique protecteur de deux jeunes frères, fait +d'inutiles efforts pour tirer vengeance du duc de Bourgogne. Enfin le 25 +octobre 1415, jour de la bataille d'Azincourt, les Anglais trouvèrent +sous un tas de morts le duc d'Orléans blessé; ils l'emmenèrent +prisonnier. Le poëte avait vingt-quatre ans. + + [Note 5: Du Tillet dit 1393, et Juvénal des Ursins 1394.] + + [Note 6: Christine de Pisan, _le Livre des fais du sage roy + Charles V_. Collect. Petitot, t. V, p. 371.] + + [Note 7: _Hist. du château de Blois,_ par L. de la + Saussaye, p. 44. Lemaire (_Hist. et antiquités de la ville + d'Orléans,_ p. 96. Édit. in-folio) explique ainsi ces deux S: + _Solam soepe seipsam sollicitari suspirareque,_ c'est-à-dire: + _Seule souvent elle nourrit sa douleur_.] + + [Note 8: Isabelle, fille aînée de Charles VI, et déjà veuve de + Richard II, roi d'Angleterre, avait épousé Ch. d'Orléans en 1406.] + +Un singulier contraste frappe tout d'abord dans Charles d'Orléans: d'une +part, sa vie est ébranlée par les plus cruelles tourmentes; de l'autre, +une certaine tranquillité d'âme, des moqueries pleines de finesse et une +résignation placide, paraissent dans ses vers. On démêle bien au fond +des plus joyeux rondels échappés à sa plume quelque chose de réfléchi, +de grave et de mélancolique: _Je suis cellui au cueur vestu de +noir,_ dit-il dans les premières pages de son livre [9]. Cependant, à +proprement parler, Charles d'Orléans n'a fait que des poésies légères, +quelques plaintives élégies et des chansons amoureuses. + + [Note 9: Pag. 31.] + +Dans le poëme qui ouvre le recueil, l'auteur raconte, au milieu d'une +continuelle allégorie, comment il fut conduit par _dame Jeunesse_ +dans la maison _du seigneur Amour_, comment il fut vaincu +par _Beaulté (Beaulté_ est la Béatrix de notre poëte, nous y +reviendrons tout à l'heure), Comment il laissa à _Amour_ son coeur +en gage, et comment il promit de _faire balades et chancons +rimer. Dame Merencolie, dame Enfance, Joye, Soussy_ et autres +personnifications des sentiments humains, se retrouvent dans toutes les +poésies de Charles d'Orléans. + +Cette narration est froide, quoique d'une rime assez élégante. Les +ballades qui suivent sont uniquement consacrées à la louange de +_Beaulté_ (le lecteur nous permettra de laisser ce nom à une femme +qui joue un grand rôle dans la vie littéraire de Charles d'Orléans, +et dont nous aurons quelquefois à parler). Dans ces premières pages +inspirées par la douleur d'une séparation récente, le vers du poète +s'affermit visiblement, un élan inaccoutumé échauffe sa verve, et +déjà brillent çà et là toute l'originalité et toute la richesse de sa +manière. Tantôt l'amant s'abandonne à une triste rêverie, tantôt il +soupire gracieusement les peines de l'absence; parfois il craint d'être +oublié[10] et rappelle à sa maîtresse les serments jurés dans la maison +du _seigneur Amour_[11]. Alors _Beaulté_ se hâte de rassurer +son _bel amy sans per_, puis la correspondance continue plus active +et plus passionnée. Je ne sais si cette femme, dont le poëte a tu +discrètement le nom, méritait tous les éloges qu'il lui donne, mais à +coup sûr elle faisait des vers fort tendres; citons la première stance +d'une de ses chansons: + + Mon seul amy, mon bien, ma joye, + Cellui que sur tous amer veulx, + Je vous pry que soyez joyeux, + En esperant que brief vous voye [12] + +Écoutons maintenant la réponse du poëte: + + Je ne vous puis, ne scay aimer, + Ma Dame, tant que je vouldroye, + Car escript m'avez pour m'oster + Ennuy qui trop fort me guerroye: + «Mon seul amy, mon bien, ma joye, + »Cellui que sur tous amer veulx, + »Je vous pry que soyez joyeux, + »En esperant que brief vous voye[13]. + +Je demande pardon au lecteur d'insister sur ces détails; mais je devais +lui signaler une petite confusion échappée à deux éditeurs[14] qui +ont compris dans les oeuvres de Charles d'Orléans les poésies de sa +maîtresse. Cette erreur est d'autant plus facile à rectifier, que la +plus simple lecture suffit, à défaut de tout autre indice, pour montrer +que les poésies dont nous parlons, ont été composées par une femme et +envoyées au poëte prisonnier. + + [Note 10: Pag. 33.] + + [Note 11: Pag. 40.] + + [Note 12: Pag. 232.] + + [Note 13: Pag. 45-46.] + + [Note 14: MM. Chalvet et Aimé Champollion. Chalvet a édité + en 1803, les poésies de Charles d'Orléans, d'après le manuscrit + incomplet qui est conservé à la bibliothèque de Grenoble. Notre + édition est la seconde, ou si l'on veut la première, et pour mieux + dire la seule, qui offre d'une part toutes les poésies de Charles + d'Orléans, et de l'autre celles de ses collaborateurs: elle a paru + en deux livraisons, d'abord le texte, ensuite l'introduction et le + glossaire. Dans l'intervalle de temps qui s'est écoulé entre ces + deux publications, M. Aimé Champollion-Figeac, de la Bibliothèque + royale, etc., a mis au jour une troisième édition du même livre. Je + n'ai pas le loisir d'examiner ici le travail du nouvel éditeur, je + me bornerai à indiquer en note quelques-uns des principaux points + sur lesquels nos opinions diffèrent le plus.] + +Ainsi c'est à _Beaulté_ et non pas à Charles d'Orléans qu'il +faut attribuer la chanson de la page 227 (_Se Dangier me tolt le +parler_), celle de la page 232 (_Mon seul amy, mon bien, ma +joye_), celle de la page 428 (_Faire ne puis joyeulx semblant_), +et le rondeau de la page 427 (_Mon amy, Dieu te convoye_): ce +rondeau et celui du poëte (_J'ay tant en moy de desplaisir_, page +427) sembleraient avoir été écrits à l'époque même où le prisonnier +d'Azincourt quittait la France. Nous attribuerons aussi à _Beauté_ +la chanson de la page 214 (_Pour vous monstrer que point ne vous +oublie_), celle de la page 220 (_Comment vous puis je tant +aimer_), et même le rondel de la page 208 (_Pour le don que m'avez +donné_), ici l'auteur paraît répondre à deux chansons (_Ce mois de +may, nompareille princesse_, page 197, et _Belle que je cheris et +crains_, page 203) composées par Charles d'Orléans. + +La chanson de la page 233 (_Au besoing congnoist on l'amy_) est +sans contredit de _Beaulté_; la jeune femme annonçait son prochain +départ pour l'Angleterre, projet longuement médité entre les deux +amants; le voyage n'eut pas lieu[15], et c'est ici que finissent tout +à la fois les premières amours du poëte et les derniers chants de sa +maîtresse. _Beaulté_ tombe dangereusement malade[16], un instant on +espère la sauver[17], mais bientôt la nouvelle de sa mort traverse la mer +et arrive au prisonnier[18]. + + [Note 15: C'est ce que paraît indiquer la ballade de la page 61.] + + [Note 16: Pag. 64.] + + [Note 17: Pag. 65.] + + [Note 18: Pag. 66 et suiv.] + +Dans cet endroit du livre, le poëte exprime sa tristesse d'une façon +touchante, et le souvenir de _Beaulté_, morte en _droicte fleur +de jeunesse_[19], restera empreint pour toujours dans ses vers. +Toutefois nous ne pouvons passer sous silence une ballade pleine de +gémissements funèbres, et où l'auteur s'est représenté faisant une +partie d'échecs avec _Faulx Dangier_ en présence _d'Amour. Faulx +Dangier_ aidé par _Fortune_ enlève tout à coup la dame de son +adversaire, et celui-ci s'écrie: + + Par quoy suy mat, je le voy clerement, + Se je ne fais une Dame nouvelle[20]. + + [Note 19: Pag. 67.] + + [Note 20: Pag. 68.] + +Quelques-unes des ballades suivantes viennent confirmer l'inconstance +de l'amant de _Beaulté_; cependant ne le condamnons pas sans +l'entendre. Le poète qui avouait si ingénuement son infidélité a eu +le soin de nous laisser aussi sa justification sous la forme de deux +ballades, où tout ce que l'allégorie a de plus ingénieux, tout ce que +la forme du langage a de plus frais et de plus élégant, tout ce que la +pensée offre de plus naïf et de mieux senti, se trouve rassemblé[21]. +Nous nous rangerons volontiers à l'opinion de ceux qui compteront ces +deux ballades au nombre des plus charmantes du recueil. + + [Note 21: Voyez la ballade qui commence à la p. 70 et la suiv.] + +Charles d'Orléans avait épousé en 1410 (d'autres disent qu'elle lui fut +seulement fiancée) Bonne d'Armagnac; or, quelques critiques guidés +sans doute par un sentiment de haute moralité, ont cru voir dans Bonne +d'Armagnac la femme si éloquemment chantée par le prisonnier. Mais +comme cette conjecture, que rien dans les manuscrits ne peut autoriser, +tendrait tout simplement à rendre inexplicable le tiers des poésies +composées par Charles d'Orléans, nous devons nous y arrêter un instant. + +Dans quelques-unes de ses premières poésies, Charles d'Orléans se plaint +douloureusement, parfois avec un certain dépit, des rigueurs de sa dame, +et la forme de ces reproches ne peut en vérité convenir aux calmes +relations d'une union conjugale[22]. Nous signalerons aussi une ballade +où le prisonnier dit la joie que lui causera, à son retour en France, +la présence de cette même dame, à laquelle il recommande de craindre +_Dangier_ qui les épie, mais qui à la fin _trompé sera_[23]. +Ces particularités et nombre d'autres semblables que nous omettons, +ne paraissent pas devoir s'appliquer à une épouse légitime. Mais +continuons: Bonne d'Armagnac mourut un mois après la bataille +d'Azincourt, et il est matériellement impossible que dans ce court +intervalle les deux époux aient eu le temps d'écrire, l'un ses +nombreuses ballades, l'autre ses chansons. Enfin, le duc de Bourbon, +aussi prisonnier en Angleterre, revint en France, et à cette occasion +son cousin Charles d'Orléans lui adressa une ballade où il dit: +_Recommandez moy sans point l'oublier, à ma Dame_[24]. Or le voyage +du duc de Bourbon est de l'année 1417, et Bonne d'Armagnac était morte +en 1415. Quant au nom de la femme que nous avons appelée avec le poëte +_Beaulté_, car nous la soupçonnons fort d'être aussi la dame de +la ballade, c'est une petite énigme littéraire dont les manuscrits ne +donnent pas le mot, et que nous laisserons à nos successeurs[25]. + + [Note 22: Voy. la ballade de la pag. 27 (_Belle que je tiens + pour amye_); voy. la chanson de la pag. 194 (_Quelque chose que + je die_), etc., etc.] + + [Note 23: Pag. 61.] + + [Note 24: Pag. 148.] + + [Note 25: En ouvrant l'édition des poésies de Charles d'Orléans + publiée par M. Aimé Champollion, nous n'avons pas été médiocrement + surpris de trouver des ballades ainsi intitulées: _Ballade sur + la maladie de la duchesse d'Orléans; Ballade sur la guérison de la + duchesse d'Orléans; Ballade sur les obsèques de la duchesse + d'Orléans,_ etc., etc. J'ignore dans quel manuscrit le nouvel + éditeur a puisé les titres de ces ballades; mais je ne puis + véritablement adopter son avis sur ce point.] + +A la page 80, commence le _Songe en complainte_ qui forme le +complément, ou si l'on veut, la contre-partie du poëme placé en tête du +recueil. _Le Songe en complainte_ porte la date de 1437[26]; Charles +d'Orléans avait alors quarante-six ans, _Beaulté_ était morte et +le temps Des jeunes amours passé. _Ung vieil homme lequel Aage +s'appelle_ apparaît en songe au prisonnier; mais, cette fois, +_Aage_ est devenu philosophe, ses discours sont pleins d'une +moralité affectueuse et de sages conseils; il reproche doucement au +poëte une vie dépensée dans les loisirs inutiles; puis il ajoute: + + Avisez vous, ce n'est pas chose fainte; + Car Vieillesse, la mère de courrous, + Qui tout abat et amaine au dessoubz, + Vous donnera dedens brief une atainte[27]. + + [Note 26: Pag. 92.] + + [Note 27: Pag. 81.] + +A ce mot de _vieillesse_ le poëte effrayé se résigne courageusement +et va redemander son coeur à _Amour_ (on se souvient que vaincu par +_Beaulté_, Charles d'Orléans avait laissé à _Amour_ son coeur +en Gage). Le poëte reprend donc son coeur et sa quittance, abandonne +pour jamais la maison du _seigneur Amour_; puis, guidé par +_Confort_, il arrive Bientôt à _l'ancien manoir que l'en appelle +Nonchaloir_, et demande au _gouverneur Passetemps_ la permission +de demeurer avec lui le reste de Ses jours. Ce petit poëme entremêlé de +ballades est tout à fait dans le goût de celui auquel il sert en quelque +sorte de dénoûment. + +Charles d'Orléans composa aussi pendant la captivité, un chant +patriotique intitulé: _La Complainte de France_[28]. Le but du poëte +qui signalait avec douleur les plaies de la patrie, était louable sans +doute, mais sa voix n'avait ni la mâle éloquence ni la verve puissante +qu'il faut pour de tels sujets; et la ballade de la page 139 (_Priez +pour paix, doulce Vierge Marie_) nous confirme dans cette +opinion. Après _la Complainte de France_, viennent trois autres +complaintes[29] que je préfère, surtout la première; le poëte y dit ses +peines amoureuses, et il est plus à l'aise. En général, toutes les fois +que Charles d'Orléans, qu'on pourrait appeler le peintre des petits +tableaux, veut sortir de la ballade, de la carole ou du rondel, sa +pensée s'alourdit et sa plume s'embarrasse dans les détails. Qu'on lise +les poésies tendres et mélancoliques que lui arrachèrent les amertumes +et l'isolement de la prison, c'est là qu'il réussit parfaitement. +Lorsque des côtes d'Angleterre l'exilé tourne ses regards vers +la France[30] sa ballade devient une ode sublime et une élégie +attendrissante. Les jours de joyeuse humeur, Charles d'Orléans trouve +dans ses vers une incroyable dérision et une malignité de bon aloi, +qu'aucun écrivain de notre langue n'a connue avant lui; à la page 145 +(_Je fu en fleur ou temps passé d'enfance_), c'est _Raison_ +qui l'a _mis pour meurir ou feurre de prison_. Plus loin, il +condamne gaiement son coeur qui voulait fuir à demeurer captif au +royaume d'Angleterre[31]. A la page 141, le poëte raille avec une colère +bouffonne L'outrecuidance de Jean de Garencières[32], probablement son +rival en amour; Ce dernier réplique avec non moins de vivacité, et le +tout reste consigné dans deux ballades où chacun exhale à qui mieux +mieux, celui-ci sa plaisanterie provoquante, et celui-là son dépit. On +avait répandu en France le bruit de la mort du prisonnier, de là une +ballade pleine de moquerie, dont la première stance se termine ainsi: + + Si fais à toutes gens savoir + Qu'encore est vive la souris[33]. + +Et plus bas: + + Nul ne porte pour moy le noir, + On vent meilleur marchié drap gris. + + [Note 28: Pag. 181.] + + [Note 29: Pag. 184 et suiv.] + + [Note 30: Pag. 139.] + + [Note 31: Pag. 146.] + + [Note 32: Jean de Montenay, sire de Garencières, fait prisonnier + à la bataille d'Azincourt (_Essai sur les Bardes_, etc., par + l'abbé de La Rue, t. III, p. 326), soutint longtemps le parti des + _Armagnacs_ contre les _Bourguignons_. En 1411, Charles + d'Orléans demandait au roi qu'on rendît à Jean de Garencières la + capitainerie de la ville de Caen (Juvénal des Ursins, édit. de 1614, + p. 274).] + + [Note 33: Pag. 147.] + +A son arrivée en Angleterre, Charles d'Orléans avait été enfermé à +Windsor; en 1422, on le retrouve au château de Bolingbroke; ramené à +Londres en 1430, mis à l'enchère comme une bête de somme, on lui donna +successivement pour geôliers ceux qui le voulaient prendre au plus bas +prix; l'âme du poëte plia sous de telles humiliations: «En ma prison, +disait-il plus tard[34], pour les ennuys, desplaisances et dangiers en +quoy je me trouvoye, j'ay mainteffoiz souhaidié que j'eusse esté mort à +la bataille où je fus prins.» En 1433, ayant rencontré un jour chez le +comte de Suffolk, alors son gardien, les ambassadeurs de Philippe de +Bourgogne, il vint à leur rencontre et leur pressant tendrement la main, +il répondit à l'un d'eux qui s'enquérait de sa santé: «Mon corps est +bien, mais mon âme est douloureuse; je meurs de chagrin de passer ainsi +les plus beaux jours de ma vie en prison sans que personne songe à mes +maux[35].» Puis, après quelques paroles échangées, le prince ajouta: «Et +ne viendrez-vous point me visiter? promettez-le-moi, vous savez si je +me tiendrai heureux de vous voir[36].» Le comte de Suffolk ne permit pas +d'entretien particulier. Il y avait dans l'hôtel de ce comte un barbier, +natif de Lille et nommé Jean Canet; le prince aimait causer avec lui, +c'était un compatriote. Jean Canet alla trouver les ambassadeurs +bourguignons, et leur dit que le duc d'Orléans estimait grandement son +cousin le duc Philippe, et qu'il les priait de se charger d'une lettre +pour lui; mais cette lettre envoyée le lendemain n'avait pas été écrite +librement[37]. C'est au milieu de ces misères que le prisonnier proposa +au monarque anglais, en échange de sa liberté, de le reconnaître pour +seigneur suzerain; on a reproché cet acte au duc d'Orléans comme une +indigne bassesse, c'était avant tout une Impossibilité. + + [Note 34: _Discours prononcé par Ch. d'Orléans, en présence du + roi Charles VII, au sujet du procès du duc d'Alençon._] + + [Note 35: _Hist. des ducs de Bourgogne_, par M. de Barante, + quatrième édition, t. VI, p. 233.] + + [Note 36: M. de Brabante, _loc. cit._ p. 234.] + + [Note 37: M. de Brabante, _loc. cit._ p. 235.] + +Déjà en 1435 et 1438, les Anglais avaient amené leur prisonnier à Calais +pour y traiter de sa rançon; ces négociations échouèrent; mais en 1439, +aux conférences de Gravelines, Charles d'Orléans sut plaire par les +charmes de son esprit à la duchesse de Bourgogne; celle-ci fut émue +aux récits de si longs malheurs, et elle s'intéressa vivement à la +délivrance de son parent. C'est probablement pendant ce dernier voyage +en France que le poëte envoya à Philippe de Bourgogne la ballade de la +page 151 (_Puisque je suis vostre voisin_); le duc de Bourgogne +répliqua, et les deux princes continuèrent ainsi de régler les affaires +de l'Europe[38]. Certes, l'histoire de la diplomatie n'offre pas trace +d'une telle particularité. _Tout Bourgongnon suis vrayement_, dit +le duc d'Orléans à son cousin; les temps étaient bien changés. On fixa +la rançon du prisonnier à la somme énorme de cent vingt mille écus d'or. + + [Note 38: Les ballades échangées par les ducs d'Orléans et de + Bourgogne sont au nombre de sept; voy. pages 151, 152, 153, 154, + 155, 158 et 159.] + +Quand Villon avait dépensé jusqu'à son dernier sou, il adressait une +requête à Mgr de Bourbon, qui lui prêtait (c'est l'expression de +l'auteur) six écus; Marot escomptait ses _Épistres_ sur la bourse +de François Ier; et plus tard, pour une modique gratification, Corneille +comparait le financier Montauron à Auguste. Charles d'Orléans, qui +devait subir toutes les vicissitudes des grands poëtes ses descendants, +prit la plume et envoya à son cousin une ballade où il disait: + + Il ne me fault plus riens qu'argent + Pour avancer tost mon passaige, + Et pour en avoir prestement, + Mectroye corps et ame en gaige[39]. + + [Note 39: Pag. 159.] + +La ballade eut du succès, Philippe donna trente mille écus. + +Enfin, après une détention de vingt-cinq années, Charles d'Orléans +débarqua à Calais; la duchesse de Bourgogne l'attendait à Gravelines, où +le duc son mari arriva peu après. Les deux cousins se jetèrent dans +les bras l'un de l'autre, il n'y avait plus ni _Armagnac_, ni +_Bourguignon_, et la réconciliation était complète. Charles +d'Orléans, ses hôtes et un brillant cortége se rendirent à Saint-Omer; +là fut célébré (novembre 1440) le mariage du poëte avec Marie de Clèves, +nièce de Philippe de Bourgogne. Après un voyage à Bruges, les princes se +séparèrent. Le duc et la nouvelle duchesse d'Orléans prirent le chemin +du château de Blois. + +Le temps de la tranquillité et de la paix était venu; une vie libre, +facile et souriante s'ouvrait devant Charles d'Orléans rentré au foyer +de ses pères. Le poëte avait commencé par chanter ses maîtresses avec +une ardeur toute juvénile, puis ses vers s'étaient parfois assombris +sous les murs de la prison; maintenant l'homme mûri par l'âge a renoncé +aux joies des jeunes années, et il se laisse complaisamment aller à une +douce mélancolie. La ballade de la page 97 (_Balades, chançons et +complaintes_), composée en Angleterre, et dont les premiers vers +annoncent le retour du poëte, après une interruption, à ses délassements +favoris, nous semble marquer le point de départ de ce que nous nommerons +volontiers la troisième manière de Charles d'Orléans; quelques années +plus tard la transformation qui s'était accomplie se manifestait dans +une autre ballade, publiée récemment par M. Ch. Lenormand[40], et où +paraît la philosophie rêveuse et la brillante couleur des nouveaux +chants du poëte. + + [Note 40: _Livre de poésie à l'usage des jeunes filles + chrétiennes_, p. 408; voy. Dans notre édition la ballade de la + page 164 (_En tirant d'Orléans à Blois_).] + +Mais ici notre tâche se complique; Charles d'Orléans ne faisait pas +seulement de charmantes poésies, il faisait aussi des poëtes; et nous +ne pouvons pas tout à fait passer sous silence cette seconde partie des +oeuvres de notre auteur. Habité par un prince riche et puissant, le +château de Blois devint bientôt le centre d'une colonie littéraire, où +des rois, des grands seigneurs, le duc d'Orléans, la duchesse sa femme, +confondus avec d'humbles gentilshommes et de pauvres poëtes, venaient +chaque jour apporter leur tribut. Parmi les membres de cette petite +académie, qui rappelle le Dauphin et ses familiers écrivant à Génappe +les _Cent nouvelles nouvelles_, on remarque quelques noms devenus +célèbres dans les lettres, et au premier rang François Villon. + +La ballade de la page 130 (_Je meurs de soif aupres de la +fontaine_), signée par Villon et adressée à Charles d'Orléans, est +une espèce de jeu d'esprit où toute l'invention de l'auteur consistait +à fondre et à ajuster dans le même vers deux pensées opposées l'une à +l'autre; ces contrastes plus ou moins ingénieux, cherchés avec effort, +embarrassent sensiblement l'allure franche et aventureuse de Villon, et +se plient d'ailleurs avec peine à la forme rhythmique. La ballade de +la page 124, qui a pour épigraphe un vers de Virgile, et les deux +suivantes[41], ne portent pas de nom d'auteur dans les manuscrits; mais +elles sont aussi de Villon, qui termine la dernière par ces mots: +_Vostre povre escolier françoys_, qualité qu'il a prise plusieurs +fois dans ses vers[42]. Ces trois ballades, qui ont été insérées par M. +Prompsault dans son édition des oeuvres de Villon, furent écrites à +l'occasion de la naissance de la princesse Marie, fille de Charles le +Téméraire, et petite-fille du duc Charles de Bourbon[43]. A la page 336, +nous lisons un rondel d'Olivier de la Marche; nous préférons assurément +un chapitre de ses _Mémoires_. Le rondel de la page 337, signé +_George_, a été attribué par quelques critiques à George +Chastelain. + + + [Note 41: _Combien que j'ay leu en ung dit_, p. 125; et _Euvre + de Dieu, digne, louée,_ p. 127. Ces trois ballades de Villon sont + réunies dans le manuscrit en une seule, peut être pour montrer + qu'elles appartenaient au même auteur; nous avons dû respecter cette + disposition.] + + [Note 42: M. Aimé Champollion a inséré dans son édition les + deux premières de ces ballades, et il a supprimé la troisième. Il + ajoute en note, p. 443: «Il suffira de la lire (les deux premières + ballades) sans grande attention pour voir qu'elle n'est point de + Charles d'Orléans; son texte et ses rimes sont des plus mauvais.» + Boileau était moins sévère pour François Villon.] + + [Note 43: Les relations littéraires de Charles d'Orléans et de + Villon, qu'on n'a peut-être pas assez remarquées, ont laissé dans + les ouvrages du dernier une trace qu'on retrouve, pour ainsi dire, + à chacun de ses vers: nous ne citerons qu'un exemple. Charles + d'Orléans adresse à sa maîtresse une ballade (p. 22) où nous lisons: + + Au fort, martir on me devra nommer, + Se Dieu d'amours fait nulz amoureux saints, + Car j'ay des maulx plus que ne scay compter. + Puis qu'ainsi est que de vous suis loingtains. + + Ouvrons le petit testament de Villon: + + Au fort, je meurs amant martir, + Du nombre des amoureux sains.] + + +Nous trouvons aussi parmi les collaborateurs de Charles d'Orléans, René, +roi de Sicile et duc d'Anjou, qui est indiqué dans le manuscrit sous le +nom de _Secile_, le cadet d'Albret (_le cadet Dalebret_ +ou simplement _le Cadet_), Jean II, duc d'Alençon, _le grant +Seneschal_ (selon l'abbé de la Rue[44], ce personnage était Pierre +de Brézé, comte de Maulévrier, grand sénéchal d'Anjou, de Poitou et de +Normandie), le comte de Nevers, le vicomte de Blosseville qui +avait suivi Charles d'Orléans en Angleterre[45], et quelques autres +gentilshommes que nous nommerons plus loin[46]. Les poésies de ces +auteurs sont fort médiocres. Divers chansons ou rondels portent le nom +du duc de Bourbon et du comte de Clermont; il faut ici, pour éviter les +méprises, donner quelques éclaircissements. + + [Note 44: _Essais hist. sur les Bardes_, etc. t. III, p. 327.] + + [Note 45: _Essais hist, sur les Bardes_, etc, t. III. p. 322.] + + [Note 46: _Voyez_ la _Liste des auteurs_, p. xxiv.] + +Trois ballades de Charles d'Orléans[47] sont adressées à un duc de +Bourbon; ce duc est Jean Ier, qui avait été fait prisonnier à Azincourt, +et qui mourut à Londres en 1433. Jean II, comte de Clermont, petit-fils +de Jean Ier, prit à la mort de Charles son père (1456) le titre de duc +de Bourbon; il est l'auteur des rondels que nous allons citer: p. 303 +(_Rondel Clermondois_), 309, 310 et 354. Au rondel de la p. 383, +il est désigné sous le nom de _Bourbon jadis Clermont_; le duc son +père venait de mourir, et ceci nous explique les deux premiers vers du +rondel suivant, où Charles d'Orléans dit: + + Comme parent et alyé + Du duc Bourbonnois à present[48]. + + [Note 47: Pag. 148-150.] + + [Note 48: Page 383.] + +Enfin, ce duc _Bourbonnois à présent_ est encore l'auteur de la +chanson de la page 235, et de trois rondels (pag. 386, 391, 425), où il +est appellé _Bourbon_[49]. C'est probablement à ce duc Jean, et en +qualité de collaborateur, que Villon empruntait de temps en temps six +écus. + + [Note 49: Plusieurs de ces rondels ou chansons portent au titre + le nom de _Bourbon_, et sont, par conséquent, postérieurs à + l'année 1456. Je m'éloigne donc encore ici de l'opinion émise (p. + 425-427) par M. Aimé Champollion qui attribue ces poésies à Jean + Ier, duc de Bourbon, mort en 1433.] + +Hugues le Voys, Pierre Chevalier, Étienne le Gout, Montbreton, Vaillant, +n'étaient pas, je crois, gentilshommes; mais à coup sûr, ainsi que le +lecteur pourra s'en convaincre facilement, ils n'étaient pas poëtes non +plus. Les deux rondels de Guillaume Cadier[50] et de Robertet composés +en l'honneur de Charles d'Orléans[51], les trois rondels de Guiot et de +Philippe Pot, sont mauvais. Jean, duc de Lorraine, fils du roi Réné, a +fait sept rondels; celui de la page 345 annonce de l'esprit et de la +finesse. C'est à ce même duc de Lorraine qu'Antoine de la Sale a dédie +le roman du _Petit Jehan de Saintré_. + + [Note 50: Charles d'Orléans nomme ce Guillaume Cadier dans une + ballade, p. 148.] + + [Note 51: Pag. 424.] + +Philippe de Boulainvilliers a mis dans le recueil une chanson et un +rondel, deux pièces délicieuses qu'on croirait échappées à la plume de +Charles d'Orléans; on peut ranger hardiment sur la même ligne les trois +rondels et la chanson de Fraigne. + +Deux rondels d'un style élégant et pleins de sentiments gracieux portent +au titre: _Madame d'Orléans;_ l'abbé de la Rue avait attribué ces +deux pièces à Bonne d'Armagnac[52], seconde femme du duc d'Orléans, et +qui probablement ne fit jamais un vers de sa vie. Nous nous empressons +de les restituer à leur véritable auteur, Marie de Clèves. + + [Note 52: _Essai hist. sur les Bardes._ etc. t III, p. 323.] + +La ballade de Gilles des Ourmes, _Je meurs de soif aupres de la +fontaine,_ ressemble à celle de Villon sur le même sujet; la chanson +de la page 210 est fine et spirituelle; disons-en autant du rondel de la +page 414; celui de la page 349, signé _Gilles_, est probablement du +même auteur. Nous lisons deux ballades et deux rondels de Berthault de +Villebresme; la ballade de la page 168, dont chaque vers commence par +le mot _tost_, semble être la continuation de celle de Pierre +Chevalier (p. 167), qui offre la même singularité. Les deux Caillau +ont composé onze pièces, tant ballades que rondels. Jean est +incontestablement supérieur à Simonnet; les rondels des pages 278 et +381 sont fort jolis, surtout le dernier. Benoît d'Amiens ne vaut pas +à beaucoup près Jean Caillau. Mais de tous ces poëtes, le plus fécond +était, sans contredit, Fredet. + +Fredet paraît pour la première fois à la page 169; il écrit une +_lectre en complainte_ à Charles d'Orléans, qui répond par une +autre complainte, laquelle est suivie d'une nouvelle lettre de Fredet. +Les deux poëtes se plaignent et se consolent mutuellement; le premier +est tourmenté par _Amour_ et le second par _Soussy_; ces trois +pièces sont froides et dénuées de tout intérêt poétique. Fredet et +Charles d'Orléans échangent encore Deux rondels (pages 251, 252) qui ne +valent pas mieux que leur complainte; mais bientôt les vers s'animent et +se colorent. A la page 279 Fredet dit les grandes douleurs qu'il endure, +et Charles d'Orléans (page 280) promet de l'aider de toute sa puissance; +en effet un peu plus loin (page 335) le prince dit à son protégé: +_Vostre fait que savez, va bien_. Nonobstant ces bonnes paroles, +voici Fredet qui déplore les mauvais tours qu'on lui joue, et appelle la +mort à grands cris (page 335). Que voulait Fredet? quels tours lui avait +on joué? c'est ce que le livre ne dit pas; mais à la page 336 nous +lisons un rondel de Charles d'Orléans où perce le dépit du prince et +toute la mauvaise humeur du poëte; il faut remarquer cette pièce, +quoique très-faible; elle est la seule de son genre dans le recueil. La +pique des deux poëtes amena sans doute une rupture, car à la page 350 +Charles d'Orléans se plaint de la longue absence de Fredet, mais d'une +façon toute bienveillante; ce rondel, qui a douze vers, est un petit +chef-d'oeuvre d'esprit, de bonhomie et de gaieté; la réponse (page 350) +nous apprend que Fredet était marié, ce qui fournit à Charles d'Orléans +le sujet d'un nouveau rondel (page 35l), aussi caustique, aussi piquant +qu'un chapitre de Rabelais ou une scène de Molière. + +Nous ne pousserons pas plus loin cet examen des collaborateurs de notre +poëte. Seulement nous ferons remarquer que tous s'efforçaient d'imiter +le maître, et que ceux-là réussissaient le mieux qui, comme Fraigne, +Boulainvilliers et Jean Caillau, en approchaient le plus. Il nous reste +maintenant à parler de quelques pièces comprises dans le recueil, et +dont les auteurs sont inconnus. + +L'attribution des poésies qui portent au titre un nom d'auteur doit être +mise, par cela même, hors de toute controverse. Les poésies non signées +peuvent se diviser en deux catégories: les unes, et c'est l'immense +majorité, appartiennent à Charles d'Orléans; les autres, et c'est +l'exception, appartiennent à ses collaborateurs; il suffira d'indiquer +ces dernières. + +Onze ballades commencent par le vers: _Je meurs de soif auprès de la +fontaine_; cinq de ces ballades ne sont pas signées[53]. Les poëtes +du château de Blois, et ceci en offre un exemple, choisissaient +ordinairement une pièce de vers qui servait de thème commun; or, il est +peu probable que Charles d'Orléans ait composé pour sa part les +cinq ballades non signées. Quelles sont celle ou celles qui lui +appartiennent? Nous nous bornerons ici à consigner notre doute, car dans +ces concours poétiques l'originalité de l'auteur disparaît, pour ainsi +dire, derrière la rigueur de programme. + +La ballade de la page 166 _(Du regime quod dedistis)_ n'est +certainement pas de Charles d'Orléans, car elle sert de réponse à la +précédente _(Bon régime sanitatis)_, qui est signée par lui. Nous +avons vu plus haut Charles d'Orléans et Fredet échanger deux rondels à +propos du mariage de ce dernier; or, je serais tout disposé à voir dans +les deux ballades une continuation de la même polémique; d'autant plus +que cette réponse non signée est tout à fait dans la manière de Fredet, +et j'ajouterai même qu'elle ressortait de la situation. On pourra +m'objecter que Fredet n'était pas _prince_, et que le mot se trouve +dans l'envoi de la ballade de Charles d'Orléans; mais nous ferons +remarquer que Villon appelait _prince_ son ami Garnier[54]; ce sont +fictions de poëte. + + [Note 53: Voyez l'Envoi de la ballade de Villon à Garnier. + _OEuvres de Villon_, édit. de M. Prompsault, p. 310-311.] + + [Note 54: Il nous est impossible de partager sur les + _Envois_ l'opinion de M. Aimé Champollion, qui a retranché des + poésies de Charles d'Orléans les six ballades suivantes (nous citons + les pages de notre édition): _En la forest de longue actente_, + p. 105; _Portant harnois rouillé de nonchaloir_, p. 108; + _Dieu vueille sauver ma galée_ p. 109; _Amour qui tant a de + puissance_, p. 158; _L'autre jour je fis assembler_, p. 165, + et _Bon regime sanitatis_, p. 166 (cette dernière porte au + titre dans les manuscrits le nom de Charles d'Orléans, et c'est + probablement par une omission involontaire que l'éditeur ne l'a pas + comprise dans son volume). Ces six ballades se terminent par un + _envoi_ adressé à un _prince_; et comme Charles d'Orléans + était prince, M. Aimé Champollion a conclu que ces poésies avaient + été composées pour lui et non par lui; mais ici le nouvel éditeur + nous semble avoir attaché au mot _prince_ une signification + trop absolue et trop rigoureuse. Nous avons déjà vu que cette + locution était employée chez les poëtes de ce temps comme une + formule toute de convention. Bien plus, Charles d'Orléans avait + autour de lui et dans sa famille de vrais princes auxquels il + pouvait dédier ses poésies: qu'on ouvre notre volume aux pages + 120 et 121, on y Trouvera des ballades _signées_ par Charles + d'Orléans, et adressées dans l'_envoi_ à un _prince_. La + ballade de la page 100 (_Comment voy je les Anglois esbahys_) + composée, en 1453, par Charles d'Orléans, à l'occasion de la + conquête de la Guienne et de la Normandie, porte au titre de + l'_envoi_ le mot _prince_ (le nouvel éditeur a supprimé ce + titre dans plusieurs ballades). Ainsi une ballade avec l'envoi à + un prince peut venir aussi bien de notre poëte que de ses + collaborateurs. J'attribue sans hésitation à Charles d'Orléans les + six ballades citées plus haut, car je crois y découvrir des traces + non douteuses de sa manière. La ballade de la page 105 est une + charmante poésie, et toutes offrent de ce beautés délicates et + élégantes qui ont, du moins à mes yeux, l'autorité d'une signature.] + +Le rondel de la page 245 (_Je suis desja d'amour tanné_), adressé +comme le précédent à la _doulce Valentine_, doit être du même +auteur, René, roi de Sicile, auquel nous attribuerons aussi le rondel de +la page 248 (_Se vous estiez comme moy_). + +La ballade de la page 111 (_Yeulx rougis, plains de piteux +pleurs_), celle de la page 129 _(Je n'ay plus soif, tarie est la +fontaine)_, celle de la page 131 _(Parfont conseil eximium)_ +et celle de la page 157 _(Visaige de baffe venu)_, me paraissent +toutes provenir des élèves de Charles d'Orléans; péniblement rimées, +triviales et dénuées de toute élégance, ces quatre ballades n'offrent +pas un vers qui trahisse le style pénétrant, facile et correct du +maître. Je rangerai dans la même catégorie le rondel de la page 406 +_(Prophétisant de vostre advenement)_, celui de la page 425 _(Des +droiz de la porte Baudet)_ et celui de la page 426 _(Gardez vous +bien de ce fauveau)_, celui de la page 410 _(Les biens de Vous, +honneur et pris)_ et les trois suivants. Le rondel de la page 324 +_(Se vous voulez m'amour avoir)_ serait plus naturellement placé +dans la bouche d'un poëte féminin que dans celle de Charles d'Orléans. + +Le petit poëme diffus, plein de vers barbares, intitulé: _Le lay +piteux_ (pages 429-436), et que deux manuscrits comprennent au nombre +des poésies de Charles d'Orléans, me paraît d'une époque plus ancienne +et n'est vraisemblablement pas de lui; à la page 430, ligne 10, on lit +le mot _arme_ pour _ame_; à la page 434, ligne 31, _li_ +pour _le_; à la page 436, ligne 24, _m'ot_ pour _m'a;_ +ces formes grammaticales, dont les vers De Charles d'Orléans n'offrent +pas d'exemple[55], viennent nous raffermir dans notre conviction. + + [Note 55: A la page 390 de l'édition de M. Aimé Champollion, + ligne 16, on lit le vers suivant: _Abayer ne m'ot sonner._ Il + faut _mot; voy._ notre édition, page 399, vers 22.] + +Il y a bien encore quelques rondels sur lesquels nous ne sommes pas +absolument fixés; mais nous avons dû nous borner ici à indiquer les +pièces dont l'authenticité nous a paru la plus suspecte. Une lecture +attentive des poésies de Charles d'Orléans et des membres de sa petite +académie, est le meilleur guide qu'on puisse choisir pour démêler +sûrement, dans cette espèce d'album poétique, ce qui appartient à +celui-ci ou à ceux-là; toutefois il faut se défier de Fraigne et de +Boulainvilliers, dont la manière se rapproche et égale parfois celle du +maître. Maintenant on comprendra pourquoi nous avons publié le recueil +dans son entier, pourquoi nous avons toujours fidèlement et exactement +reproduit les titres de chaque pièce et pourquoi nous les avons laissées +dans l'ordre indiqué par le manuscrit où elles sont les plus nombreuses. +Tout cela est un enseignement nécessaire pour ceux qui voudront examiner +des questions que nous n'avons certainement pas la prétention d'avoir +résolues; d'ailleurs ces poésies s'éclairent les unes les autres et il +y a ici trop d'obscurité pour ne pas saisir avec empressement la plus +petite lumière. Le lecteur a maintenant les pièces du procès sous les +yeux, il appréciera[56]. + + [Note 56: Les manuscrits que nous avons reproduits dans celle + édition sont au nombre de six: + + 1. BIBLIOTH. DU ROI. (_Lavall._ No 193.) 269 feuil. vélin, + in-8°. Le feuillet 1 porte les armes de la maison d'Orléans. + L'écriture annonce la fin du quinzième siècle. Ce manuscrit, auquel + plusieurs scribes ont travaillé, a appartenu au duc de la Vallière. + + 2. BIBLIOTH. DU ROI. _(Fond. franc._, No 7357-4.) 112 feuil. + écrits sur Deux col. vélin, petit in-folio. Le feuillet 1 porte les + armes de la maison d'Orléans et de Milan. Moins ancien que le No 1, + le manuscrit No 2 représente le recueil le plus complet des poésies + de Charles d'Orléans et de ses collaborateurs; il a appartenu + à Henri II, à Catherine de Médicis, à Ballesdens et à Colbert. + L'exécution du manuscrit No 2 est très-riche et très-soignée; mais + les textes offrent la trace d'altérations nombreuses. + + 3. BIBLIOTH. DU ROI. _(S.Germ._ 1660.) Papier, petit in-folio. + Les poésies de Charles d'Orléans, recueillies dans le même volume + avec d'autres Opuscules, commencent au recto du feuillet 1 par ces + mots: _Cy commence le livre que monseigneur Charles duc d'Orléans + a faict estant prisonnier en Angleterre_, et finissent au recto + du feuillet 59: _Cy fine le livre_, etc. Le manuscrit No 3 ne + contient qu'une partie des poésies de l'auteur; mais dans le nombre + se trouvent une ballade, _le Lay piteux_, deux rondeaux et deux + chansons, qui manquent aux Nos 1 et 2. + + 4. BIBLIOTH. DE L'ARSENAL. 139 feuil. vélin, petit in-4º. Le + feuillet 1 porte la signature du marquis de Paulmy. Le manuscrit No + 4, moins complet que les Nos 1 et 2, plus ancien que ce dernier, + nous a fourni quelques leçons utiles. + + 5. BIBLIOTH. DE L'ARSENAL. Papier, petit in-folio. Ce volume + contient les poésies de divers auteurs; celles de Charles d'Orléans + occupent cinquante-trois feuillets; elles se terminent par la + souscription suivante; _Cy fine le livre que monseigneur d'Orléans + fist lui estant prisonnier en Angleterre, là où vous trouvères la + lectre de Retenue, et balades, et complaintes, et la Requeste, et la + Quictance, comme il bailla son cueur en gaige, et la lectre close et + le dit de France, et le lay piteux_, etc., etc. Le manuscrit No 5 + offre les mêmes textes que le No 3; mais il est moins correct, et + on y remarque une lacune considérable; le copiste a omis vingt-cinq + ballades. + + 6. BIBLIOTH DE L'ARSENAL. Papier, in folio. Reproduction + très-fautive du Manuscrit No 2. Cette copie, a été faite an + commencement du siècle dernier, sur un texte vicieux et déjà altéré; + mais une main érudite a jeté sur les marges du volume quelques notes + qui ont dû appeler notre attention. Au folio 120 recto le critique + anonyme écrit ces mois: _Galois et Galoises dont j'ai parlé dans + mes Mémoires sur la chevalerie_, et un peu plus loin (folio + 126 verso), il renvoie le lecteur à son _glossaire_ au mot + _estradiot_. Or, ce critique ne peut être que La Curne + de Sainte Palaye, dont l'écriture fine et serrée se reconnaît + d'ailleurs à la première vue. M. Aimé Champollion, qui, tout à + l'heure, était sans pitié pour notre ami François Villon, n'a vu + dans les remarques du célèbre philologue que des «_notes dont le + ridicule et la singularité sont le seul mérite_.» _(Notice + prélim_. xxxi.) Nous sommes moins difficile, nous avons lu les + Observations de Sainte Palaye avec tout le soin que commande le nom + de L'auteur, et nous y avons puisé des lumières pour rédiger le + glossaire qui termine notre volume. + + Le manuscrit n° 1, sans contredit le plus ancien et le plus correct + de tous, est celui que nous avons suivi de préférence pour la + transcription des textes. Le manuscrit n° 2, où les pièces sont les + plus nombreuses, est celui que nous avons suivi pour la distribution + et le classement des pièces. Ainsi notre Édition, à partir de la + page 1, jusques y compris le rondel de Cadier, page 425, reproduit, + dans leur ordre successif, les diverses poésies contenues dans le + manuscrit n° 2 (il faut toutefois excepter une première strophe de + la ballade de la page 116, qui, comme nous l'avons dit en note, + appartient au manuscrit n° 1). Les trois rondels qui suivent celui + de Cadier sont empruntés au manuscrit n° I, et le reste du volume, à + partir de la ballade de la page 426 est tiré des manuscrits 3 et 5. + + Les bibliographes signalent encore d'antres manuscrits des poésies + de Charles d'Orléans. Quatre de ces manuscrits sont à Londres, un à + Grenoble et un à Carpentras. Les manuscrits de Londres renferment, + dit-on, quelques chansons qui manquent dans ceux de Paris: je ne + sais si ces chansons appartiennent à notre auteur. Un des manuscrits + de Londres est la traduction anglaise des Oeuvres de Ch. d'Orléans; + cette traduction a été publiée en 1827, par M. Walson Taylor. + Le manuscrit de Grenoble ne contient qu'une partie des poésies + composées par Charles d'Orléans et ses collaborateurs: les textes + offrent de fâcheuses lacunes; et une imperfection plus fâcheuse + encore est l'absence du nom des auteurs en tète des pièces. Le + manuscrit de Carpentras paraît être une copie des manuscrits déjà + cités. + + De tous ces manuscrits, ceux que nous avons décrits sous les n° 1 + et 2 sont assurément les plus précieux, surtout le n° 1, qui semble + réunir tous les Caractères d'un texte original. L'édition de + Chalvet, qui a publié le manuscrit de Grenoble, nous a peu servi. + + On lit dans les manuscrits n° 1 et n° 2, une ballade et huit rondels + ou chansons en anglais; nous n'avons pas reproduit ces poésies qui + intéressent peu la littérature française. Nous avons joint au volume + un petit _glossaire-index_ qui donne l'explication des termes + les plus vieillis. Le recueil contient une carole en latin (p. 266), + un certain nombre de poésies mêlées de latin et de français, et deux + rondels (p. 361 et 390) où le français et l'italien se trouvent + confondus; nous n'avons inséré dans le glossaire que des mots + français D'ailleurs les termes empruntés aux idiomes étrangers + n'offrent pas ici de difficultés sérieuses, il faut toutefois + excepter le vers: _Contre fenoches et noxbuze_ (p. 361 et 390), + dont le sens est assurément fort obscur. Nous avons hésité entre + diverses interprétations qui, après un examen attentif, nous ont + paru trop peu certaines; ajoutons que Sainte-Palaye a écrit à la + marge du vers cité: _Mots que je n'entens pas_. Quelques Fautes + se sont glissées dans notre édition; au rondel dialogué de la page + 355, les noms des personnages _Soussy_ et _Cusur_ ont été + transposés dans les quatre premiers vers. On a imprimé au premier + vers de la page 1 _au_ pour _ou_. Quoique le poète ait dit + lui-même dans un de ses rondels: _ Au temps passé_, il faut + néanmoins signaler cette petite infidélité; tous les manuscrits + portent _ou_. Nous avons fait nos efforts pour donner un texte + pur et correct, et nous prions le lecteur de nous pardonner les + fautes qui, malgré des soins assidus, ont pu nous échapper, soit + dans la copie des manuscrits, soit dans l'impression du volume.] + +Retiré à Blois, Charles d'Orléans s'abandonna tout entier à ses goûts +littéraires, et chaque jour voyait s'accroître le nombre infini de ses +Poésies. Une promenade en bateau, la visite d'un parent, une partie +de chasse, en un mot, les moindres accidents deviennent sous sa plume +facile le sujet d'un rondel; de là aussi quelques passages du livre dont +le sens nous échappe aujourd'hui. Jamais le front du poète ne fut plus +serein, ni sa main plus ferme; nous recommandons au lecteur la ballade +de la page 106 _(Je cuide que ce sont nouvelles)_, et surtout celle +de la page 112 _(Ce que l'ueil despend en plaisir)_ où un certain +Contentement de soi-même s'allie merveilleusement à une sensibilité qui +n'a rien d'affecté. Le petit poème en ballades sur la Fortune (pages +113-116) offre aussi de grandes beautés, mais d'un ordre plus élevé. La +ballade de la page 107 _(N'a pas longtemps qu'escoutoye parler)_ +est ravissante; l'auteur n'a peut-être jamais mieux fait. J'avoue +qu'entre toutes les poésies de Charles d'Orléans, j'ai une préférence +marquée pour celles de cette époque; le poète me semble ici avoir +atteint toute la puissance et toute la maturité de son talent. Les +majestueuses grandeurs de la nature viennent se refléter dans ses vers, +et quelques-uns de ses rondels sur l'été aux _tappis veluz_[57], sur +l'hiver qui fuit[58], sont des chefs-d'oeuvre déjà devenus populaires. +Son humeur honnête et pacifique le Tenait éloigné des agitations; il +enseignait sa petite académie, et c'est à peine si nous trouvons çà +et là quelques anneaux qui le rattachent au mouvement politique de +l'Europe. En 1442, Charles VII chargea le duc d'Orléans de conclure à +Tours une trêve avec les Anglais; les deux premiers vers du rondel de +la page 250 _(Durant les trêves d'Angleterre)_ rappellent cette +négociation. En 1447, Philippe Marie, duc de Milan, mourut sans laisser +d'héritier, et Charles d'Orléans, comme fils de Valentine, réclama cette +riche succession; aidé par le duc de Bourgogne, il leva une petite armée +et en confia le commandement à Jean de Châlons. L'exécution fut de petit +fruit, dit Olivier de la Marche. En effet, on sait que François Sforce, +qui avait épousé une fille bâtarde du défunt, l'emporta sur ses rivaux +et conquit le duché; après un voyage à Asti, Charles d'Orléans revînt à +Blois. En 1458, il sortit de nouveau de sa retraite pour défendre Jean +II, duc d'Alençon, son gendre et son collaborateur en rondels, accusé du +crime de haute trahison[59]. Jean d'Alençon fut condamné à mort, mais le +roi fit grâce. + + [Note 57: Pag. 422.] + + [Note 58: Pag. 423.] + + [Note 59: Ce discours prononcé par Charles d'Orléans; et que nous + avons déjà cité page IX, a été conservé dans un manuscrit de là + Bibliothèque du Roi _(Fonds franc._ n° 7357-4).] + +Quelques-unes des dernières poésies de Charles d'Orléans portent +l'empreinte d'une décadence qu'on ne saurait dissimuler. Le poète a +perdu par degré sa vive allure et ses fraîches inspirations; il rime +toujours, mais son vers est décoloré, la sève des jeunes années a +disparu, et sa plume se traîne péniblement sur des sujets peu propres à +réveiller une muse épuisée; son imagination languit, s'éteint peu à peu +et paraît comme affaissée sous le poids de je ne sais quelle douleur +secrète; il dit tristement: + + Le monde est ennuyé de moy + Et moy pareillement de luy[60]. + +Et ailleurs: + + Je ne voy rien qui ne m'annuye + Et ne scay chose qui me plaise[61]. + + [Note 60: Pag. 287.] + + [Note 61: Pag. 377.] + +En 1462, la duchesse d'Orléans mit au monde un fils; mais ce bonheur +domestique ne réjouit plus le poète, ni ses chants, qui portent la trace +d'un sombre découragement et semblent annoncer une fin prochaine. En +effet, Charles d'Orléans allait être entraîné une dernière fois sur +la scène politique; le vieillard modeste, si plein de douceur et +d'humanité, le poète plaintif, devait paraître, avant de mourir, en face +de Louis XI. + +Louis XI avait résolu de dépouiller le duc de Bretagne de son duché, et +dans les états tenus à Tours, en 1464, Charles d'Orléans osa vanter +les douceurs de la paix publique et faire au roi quelques timides +remontrances que son grand âge eût dû lui faire pardonner. Louis XI, +furieux, interrompit violemment ces humbles paroles et accabla l'orateur +d'insultes et d'outrages. Le vieillard épouvanté s'enfuit de Tours +précipitamment; arrivé à Amboise, il expira le 4 janvier 1465. + +Quand on lit Christine de Pisan, Eustache Deschamps, Alain Chartier, +Martin le Franc et leurs contemporains, on se demande où notre poète +a puisé cette élocution facile, ce vers net, incisif et nerveux, ce +sentiment exquis de l'harmonie et de la pureté du langage qu'on retrouve +jusque dans ses poésies les plus négligées. Charles d'Orléans apparaît +au premier âge de notre littérature dans tout l'éclat d'un génie +original; il ne copie ni ne singe personne; c'est un homme toujours lui, +qui ne pose jamais, et qui donne aux moindres idées, aux plus fugitifs +détails, une forme admirable d'élégance et de distinction; rien de +guindé, rien de prétentieux, ni de préparé à l'avance; on pourrait faire +avec son livre son histoire de chaque jour; il dit toute chose, et +s'embarrasse peu si on l'écoute; il écrit pour lui, comme un voyageur +sur son album; maintenant choisissez ce qui vous plaît, vous trouverez +partout l'homme simple et bon, imprégné d'un parfum aristocratique qui +assouplit merveilleusement sa voix. Dans la jeunesse, il vous parlera +de ses amours; dans la prison, de ses ennuis; dans le château, de ses +pères, de sa philosophie songeuse. Ne lui demandez pas des souvenirs +trop lointains, il vit au jour le jour, ne s'inquiétant, ni de la +veille, ni du lendemain; c'est une nature insouciante, timide, un peu +molle et qui ne retrouve réellement sa vivacité que dans le vers qui +échappe à sa pensée. Né poète, la poésie a été l'occupation de toute sa +vie; les ballades, les rondels qui tombaient chaque jour de sa plume +sont devenus peu à peu, et peut-être sans qu'il s'en doutât, un +véritable monument poétique dont l'influence s'est étendue au loin dans +les siècles suivants. Mais pour achever cette esquisse trop imparfaite, +appelons ici à notre aide l'imposante parole d'un de nos plus ingénieux +écrivains: «Il y a dans Charles d'Orléans, dit M. Villemain, un bon goût +d'aristocratie chevaleresque, et cette élégance de tour, cette fine +plaisanterie sur soi-même, qui semble n'appartenir qu'à des époques +très-cultivées. Il s'y mêle une rêverie aimable, quand le poète songe à +la jeunesse qui fuit, au temps, à la vieillesse. C'est la philosophie +badine et le tour gracieux de Voltaire dans ses stances à madame du +Deffant.» Et ailleurs: «Le poète, parla douce émotion dont il était +rempli, trouve de ces expressions qui n'ont point de date, et qui, étant +toujours vraies, ne passent pas de la langue et de la mémoire d'un +peuple. Sans doute, quelques empreintes de rouille se mêlent à ces +beautés primitives; mais il n'est pas d'étude où l'on puisse mieux +découvrir ce que l'idiome français, manié par un homme de génie, offrait +déjà de créations heureuses[62].» + + [Note 62: _Tableau de la littérature au moyen âge_, par M. + Villemain, t. II, p. 228 et 234.] + +Le suc poétique, si je puis dire ainsi, exprimé par Charles d'Orléans, +a été soigneusement recueilli par Villon et par Marot; le premier y +a déposé sa franchise quelque peu cynique, et le second sa verve +étincelante, son vers correct et les traditions des littératures +grecques, et et latines qui renaissaient. Ces trois éléments combinés +dominent toute la poésie du seizième siècle. Ainsi pour apprécier, sous +tous ses aspects, le livre de Charles d'Orléans, il faudrait analyser +ces trois individualités et montrer l'effet qu'elles durent produire +confondues. Nous laissons ces questions de haute critique à une main +plus habile; d'ailleurs nous avons dû renfermer cette notice dans +les bornes restreintes et modestes d'une biographie littéraire; nous +n'ajouterons plus qu'un mot. De graves historiens ont prétendu que le +duc d'Orléans, prince du sang royal de France, était resté au dessous +de sa mission; ils lui ont fait un crime d'avoir soutenu mollement le +drapeau de la révolte et de la guerre civile, et ils lui reprochent +ses vers, en quelque sorte, comme des lâchetés. Voilà, en vérité, de +singulières accusations. Eh bien, sauf le respect que nous devons à ces +historiens, je crois que si au lieu d'assassiner leurs parents, d'avilir +une monarchie qu'ils devaient protéger, délivrer leur pays aux Anglais, +Jean sans Peur, le comte de Saint-Pol et le connétable d'Armagnac +avaient employé leur loisir à rimer des ballades dans leur château, je +crois, dis-je, que nos pères de ce temps-là en eussent ressenti +quelques bons effets. Historiens, rassure-vous, les chefs politiques ne +manqueront jamais à vos récits; mais des poètes comme Charles d'Orléans, +on n'en trouve qu'un dans une littérature; ainsi, pardonnez-lui ses +poésies. + +J. MARIE GUICHARD. + + + LISTE DES AUTEURS + NOMMÉS EN TÊTE DE QUELQUES-UNES + DES POÉSIES CONTENUES DANS CE VOLUME. + + + +ALBRET (le cadet d'), 352, 356. +ALENÇON (Jean II, duc d'), 271. +BENOIT d'Amiens, 358, 359, 371, 390, 397, 418. +BLOSSEVILLE (le vicomte de), 385. +BOUCICAUT, 339, 340. +BOULAINVILLIERS (Philippe de), 209,353. +BOURBON (Jean II, duc de), 235, 303, 309, 310, 334, 354, 383, 386, 391, +425. +BOURGOGNE (Philippe-le-Bon, duc de), 152, 154. +CADET (le), voy. Albret. +CADIER (Guillaume), 424. +CAILLAU (Jean), 104, 136,278, 312, 380, 381. +CAILLAU (Simonnet), 138, 341, 370, 395, 413. +CHEVALIER (Pierre), 167. +CLERMONT (compte de), voy. Bourbon. +CUISE (Antoine de), 408, 409. +DALEBRET, voy. Albret. +FARET, 371. +FRAIGNE, 238,389, 405, 406. +FREDET, 169, 176, 251, 279, 322, 325, 335, 341, 350. +GARENCIÈRES (Jean de Montenay, sire de), 142. +GEORGE, 337. +GILLES, 349. +GOUT (Étienne le), 269. +LORRAINE (Jean, duc de), 342, 344,345, 346, 372, 415, 416. +LUSSAY (Antoine de), 348. +MARCHE (Olivier de la), 336. +MONTBRETON, 133. +NEVERS (Charles de Bourgogne, comte de), 243, 319. +ORLÉANS (Charles, duc d'), 103, 120, + 121, 123, 141, 151, 153, 155, 158, 159, + 166, 173, 234, 243, 244, 246, 248--250, + 252, 260, 269, 271, 280, 311, 313, + 320, 323, 334, 335, 336, 340--342, + 346, 347, 350--352, 354--358, 360--368, + 370, 372--389, 391--395, 397--405, + 407, 409. 412--414, 417, 420, 423. +ORLÉANS (Marie de Clèves, duchesse d'), 321, 347. +OURMES (Gilles des), 137, 210, 349, 353, 396, 414. +POT (Guiet), 348, 349. +POT (Philippe), 348. +ROBERTET, 133, 424. +SECILE (René d'Anjou, roi de), 245, 248, 249, 250. +SÉNÉCHAL (le grand), 384, 405. +TIGNONVILLE, 360, 396. +TORSY (le seigneur de), 333. +TREMOILLE (Jacques, bâtard de la), 110, 351. +VAILLANT, 102, 337, 338. +VILLECRESME (Berthaud de), 135, 168, 387, 390. +VILLON (François), 130. +VOYS (Hugues le), 397, 400, 401. + + + + + POÉSIES DE CHARLES D'ORLÉANS + DE JEHAN DE LORRAINE, DE GILLES DES OURMES, + DU COMTE DE CLERMONT, DE SIMONNET ET DE JEHAN CAILLAU, + DE BERTHAULT DE VILLEBRESME, DE FREDET, ETC. + + + +Au temps passé quant Nature me fist +En ce monde venir, elle me mist +Premierement tout en la gouvernance +D'une Dame qu'on appeloit Enfance; +En lui faisant estroit commandement +De me nourrir, et garder tendrement, +Sans point souffrir soing ou merencolie, +Aucunement me tenir compaignie; +Dont elle fist loyaument son devoir; +Remercier l'en doy pour dire voir. + +En cest estat, par ung temps me nourry, +Et apres ce, quant je fu enforcy, +Ung messaigier qui Aage s'appella, +Une lectre de creance bailla +A Enfance, de par Dame Nature, +Et si lui dist que plus la nourriture +De moy n'auroit, et que Dame Jeunesse +Me nourriroit, et seroit ma maistresse; +Ainsi du tout Enfance delaissay, +Et avecques Jeunesse m'en alay. + +Quant Jeunesse me tint en sa maison, +Ung peu avant la nouvelle saison, +En ma chambre s'en vint ung bien matin, +Et m'esveilla le jour saint Valentin, +En me disant: Tu dors trop longuement, +Esveille toy, et aprestes briefment, +Car je te vueil avecques moy mener +Vers ung seigneur dont te fault acointer, +Lequel me tient sa servante tres chiere; +Il nous fera, sans faillir, bonne chiere. + +Je respondy: Maistresse gracieuse, +De lye cueur et voulenté joyeuse, +Vostre vouloir suy content d'acomplir; +Mais humblement je vous vueil requerir +Qu'il vous plaise le nom de moy nommer +De ce seigneur dont je vous oy parler, +Car s'ainsi est que sienne vous tenez, +Sien estre vueil, se le me commandez; +Et en tous faiz vous savez que desire +Vous ensuir, sans en riens contredire. + +Puis qu'ainsy est, dist elle, mon enfant, +Que de savoir son nom desirez tant, +Saichiez de vray que c'est le Dieu d'amours +Que j'ay servy, et serviray tousjours, +Car de pieca suy de sa retenue, +Et de ses gens, et de lui bien congneue, +Oncques ne vis maison, jour de ta vie, +De plaisans gens si largement remplie; +Je te feray avoir d'eulx acointance, +Là trouverons de tous biens habondance. + +Du Dieu d'amours quand parler je l'oy. +Aucunement me trouvay esbahy; +Pour ce lui dis: Maistresse, je vous prie +Pour le present que je n'y voise mie, +Car j'ay oy à plusieurs raconter +Les maulx qu'Amour leur a fait endurer, +En son dangier bouter ne m'oseroye, +Car ses tourmens endurer ne pourroye; +Trop jeune suy pour porter si grant fais, +Il vaulx trop mieulx que je me tiengne en pais. + +Fy, dist elle, par Dieu tu ne vaulx riens; +Tu ne congnois l'onneur et les grans biens +Que peus avoir, se tu es amoureux, +Tu as oy parler les maleureux, +Non pas amans qui congnoissent qu'est joye; +Car raconter au long ne te sauroye +Les biens qu'Amour scet aux siens departir; +Essaye les, puis tu pourras choisir +Se tu les veulx ou avoir ou laissier; +Contre vouloir nul n'est contraint d'amer. + +Bien me revint son gracieux langaige, +Et tost muay mon propos et couraige, +Quant j'entendy que nul ne contraindroit +Mon cueur d'amer fors ainsy qu'il vouldroit; +Si luy ay dit: Se vous me promectez, +Ma Maistresse, que point n'obligerez +Mon cueur, ne moy, contre nostre plaisir, +Pour ceste fois je vous vueil obeir, +Et à present vous suivray ceste voye, +Je prie à Dieu qu'à honneur m'y convoye. + +Ne te doubles, se dist elle, de moy, +Je te prometz et jure par ma foy +Par moy ton cueur ja forcé ne sera, +Mais garde soy qui garder se pourra, +Car je pense que ja n'aura povoir +De se garder, mais changera vouloir; +Quant Plaisance lui monstrera à l'ueil +Gente beaulté plaine de doulx acueil, +Jeune, saichant, et de maniere lye, +Et de tous biens à droit souhait garnie. + +Sans plus parler, sailli hors de mon lit, +Quant promis m'eust ce que devant est dit, +Et m'aprestay le plus joliement +Que peu faire, par son commandement: +Car jeunes gens qui desirent honneur, +Quant veoir vont aucun royal Seigneur, +Ilz se doivent mectre de leur puissance +En bon arroy, car cela les avance; +Et si les fait estre prisiez des gens, +Quant on les voit netz, gracieux et gens. + +Tantost apres tous deux nous en alasmes, +Et si longtemps ensemble cheminasmes +Que venismes au plus pres d'un manoir +Trop bel assis, et plaisant à veoir; +Lors Jeunesse me dist: Cy est la place +Où Amour tient sa court et se soulace, +Que t'en semble, n'est elle pas tres belle? +Je respondy: Oncques mais ne vy telle. +Ainsi parlans aprouchasmes la porte, +Qui à veoir fut tres plaisant et forte. + +Lors Jeunesse si hucha le portier, +Et lui a dit: J'ay cy ung estrangier, +Avecques moy entrer nous fault leans; +On l'appelle CHARLES DUC D'ORLÉANS. +Sans nul delay le portier nous ouvry, +Dedens nous mist, et puis nous respondy: +Tous deux estes ceans les bien venuz; +Aler m'en vueil, s'il vous plaist, vers Venus +Et Cupido, si leur raconteray +Qu'estes venuz, et ceans mis vous ay. + +Le portier fu appellé compaignie +Qui nous receu de maniere si lye, +De nous party, à Amour s'en ala: +Briefment apres devers nous retourna, +Et amena Bel-acueil et Plaisance +Qui de l'ostel avoient l'ordonnance; +Lors quant de nous approucher je les vy, +Couleur changay, et de cueur tressailly. +Jeunesse dist: De riens ne t'esbahys, +Soyes courtois et en faiz et en dys. + +Jeunesse tost se tira devers eulx, +Apres elle m'en alay tout honteulx, +Car jeunes gens perdent tost contenance +Quant en lieu sont où n'ont point d'acointance; +Si lui ont dit: «Bien soyez vous venue; +Puis par la main l'ont liement tenue; +Elle leur dit: «De cueur vous en mercy; +J'ay amené céans cest enfant cy, +Pour lui monstrer le tres loyal estat +Du Dieu d'amours, et son joyeulx esbat. + +Vers moy vindrent me prenant par la main, +Et me dirent: «Nostre Roy souverain +Le Dieu d'amours vous prie que venez +Par devers lui, et bien venu serez. +Je respondy humblement: «Je mercie +Amour et vous de vostre courtoisie: +De bon vouloir iray par devers lui, +Pour ce je suis venu cy aujourdui, +Car Jeunesse m'a dit que le verray +En son estat et gracieux array. + +Bel-acueil print Jeunesse par le bras, +Et Plaisance si ne m'oublia pas, +Mais me pria qu'avec elle venisse, +Et tout le jour pres d'elle me tenisse; +Si alasmes en ce point jusqu'au lieu +Là où estoit des amoureux le Dieu. +Entour de lui son peuple s'esbatoit, +Dancant, chantant, et maint esbat faisoit; +Tous à genoulz nous meismes humblement, +Et Jeunesse parla premierement + +Disant, «Tres haut et noble puissant Prince, +A qui subgiet est chascune province, +Et que je doy servir et honnourer, +De mon povoir je vous viens presenter +Ce jeune filz qui en moy a fiance, +Qui est sailly de la maison de France, +Creu ou jardin semé de fleurs de lys, +Combien que j'ay loyaument lui promis +Qu'en riens qui soit je ne le lyeray, +Mais à son gré son cueur gouverneray. + +Amour repont, «Il est le bien venu, +Ou temps passé j'ay son pere congneu, +Plusieurs autres aussi de son lignaige +Ont mainteffoiz esté en mon servaige, +Parquoy tenu suy plus de lui bien faire, +S'il veult apres son lignaige retraire; +Vien ça, dist il, mon filz, que pense tu? +Fu tu oncques de ma darde feru; +Je croy que non, Car ainsi le me semble; +Vien pres de moy, si parlerons ensemble. + +De cueur tremblant pres de lui m'aprouchay, +Si lui ay dit: «Sire, quant j'accorday +A Jeunesse de venir devers vous, +Elle me dist que vous estiez sur tous +Si tres courtois que chascun desiroit +De vous hanter, qui bien vous congnoissoit; +Je vous supply que je vous trouve tel, +Estrangier suy venu en votre hostel, +Honte seroit à vostre grant noblesse +Se fait m'estoit ceans mal ou rudesse. + +Par moy contraint, dist Amour, ne seras, +Mais de ceans jamais ne partiras +Que ne soies es las amoureux pris: +Je m'en fais fort, se bien l'ay entrepris: +Souvent Mercy me vendras demander, +Et humblement ton fait recommander, +Mais lors sera ma grace de toy loing; +Car à bon droit le fauldray au besoing, +Et si feray vers toy le dangereux, +Comme tu fais d'estre vray amoureux. + +Venez avant, dist il, plaisant Beaulté, +Je vous requier que sur la loyaulté +Que me devez, le venez assaillir, +Ne le laissiez reposer ne dormir, +Ne nuit, ne jour, s'il ne me fait hommaige, +Aprivoisiez ce compaignon sauvaige; +Ou temps passé vous conqueistes Sampson +Le fort, aussi le saige Salmon. +Se cest enfant surmonter ne savez, +Vostre renom du tout perdu avez. + +Beaulté lors vint, de costé moy s'assist, +Ung peu se teut, puis doulcement m'a dist: +Amy, certes, je me donne merveille +Que tu ne veulx pas que l'en te conseille; +Au fort saiches que tu ne peuz choisir, +Il te convient à Amour obeir; +Mes yeulx prindrent fort à la regarder, +Plus longuement ne les en peu garder; +Quant Beaulté vit que je la regardoye, +Tost par mes yeulx ung dard au cueur m'envoye. + +Quand dedens fu, mon cueur vint esveiller, +Et tellement le print à catoillier +Que je senty que trop rioit de joye; +Il me despleut qu'en ce point le sentoye; +Si commençay mes yeulx fort à tenser, +Et envoyay vers mon cueur ung penser, +En lui priant qu'il gectast hors ce dard; +Helas! helas! j'y envoyay trop tart, +Car quant Penser arriva vers mon cueur, +Il le trouva ja pasmé de doulceur. + +Quant je le sceu, je dis par desconfort, +Je hé ma vie, et desire ma mort, +Je hé mes yeulx, car par eulx suis deceu, +Je hé mon cueur qu'ay nicement perdu, +Je hé ce dard qui ainsi mon cueur blesse, +Venez avant, partuez moy, Destresse, +Car mieulx me vault tout à ung cop morir +Que longuement en desaise languir; +Je congnois bien, mon cueur est pris es las +Du Dieu d'amours, par vous Beaulté, helas! + +Adonc je cheu aux piez d'Amour malade, +Et semblay mort, tant euz la coleur fade: +Il m'apperceu, si commenca à rire +Disant: «Enfant, tu as besoing d'un mire; +Il semble bien par ta face palie +Que tu seuffres tres dure maladie; +Je cuidoye que tu fusses si fort +Qu'il ne fust riens qui te peust faire tort, +Et maintenant, ainsi soudainement, +Tu es vaincu par Beaulté seulement. + +Où est ton cueur pour le present alé +Ton grant orgueil est bientost ravalé; +Il m'est advis tu deusses avoir honte +Si de legier, quant Beaulté te surmonte, +Et à mes piez t'a abatu à terre; +Revenge toy, se tu vaulx riens pour guerre, +Ou à elle il vault mieulx de toy rendre, +Se tu ne scez autrement te deffendre, +Car de deux maulx, puisque tu peuz eslire, +C'est le meilleur que preignes le moins pire. + +Ainsi de moy fort Amour se mocquoit, +Mais non pourtant de ce ne me challoit, +Car de douleur je estoye si enclos +Que je ne tins compte de tous ses mos: +Quant Jeunesse vit que point ne parloye, +Car tout advis et sens perdu avoye, +Pour moy parla, et au Dieu d'amours dist: +Sire, vueillez qu'il ait aucun respit: +Amour respont: «Jamais respit n'aura +Jusques à tant que rendu se sera.» + +Beaulté mist lors en son giron ma teste, +Et si m'a dit: «De main mise t'arreste, +Rens toy à moy, et tu feras que saige, +Et à Amour va faire ton hommaige; +Je respondy: «Ma Dame, je le vueil, +Je me soubzmetz du tout à vostre vueil; +Au Dieu d'amours et à vous je me rens, +Mon povre cueur à mort feru je sens, +Vueillez avoir pitié de ma tristesse, +Jeune, gente, nompareille Princesse. + +Quant je me fu ainsi rendu à elle: +Je maintendray, dist elle, ta querelle +Envers Amour, et tant pourchasseray +Qu'en sa grace recevoir te feray; +A brief parler, et sans faire long compte, +Au Dieu d'amours mon fait au vray raconte, +Et lui a dit, «Sire, je l'ay conquis, +Il s'est à vous, et à moi tout soubzmis, +Vueillez avoir de sa douleur mercy, +Puisque vostre se tient, et mien aussy; + +S'il a meffait vers vous, il s'en repent, +Et se soubzmet en vostre jugement; +Puisqu'il se veult à vous abandonner, +Legierement lui devez pardonner; +Chascun seigneur qui est plain de noblesse +Doit departir mercy à grant largesse; +De vous servir sera plus obligié, +Se franchement son mal est allegié; +Et si mectra paine de desservir +Voz grans biensfaiz, par loyaument servir. + +Amour respont: Beaulté, si saigement +Avez parlé, et raisonnablement, +Que pardonner lui vueil la malvueillance +Qu'ay eu vers lui, car par oultrecuidance +Me courrouça quant, comme foul et nice, +Il refusa d'entrer en mon service; +Faictes de lui ainsi que vous vouldrez, +Content me tiens de ce que vous ferez, +Tout le soubzmetz à vostre voulenté, +Sauve, sans plus, ma souveraineté. + +Beaulté respont: Sire, c'est bien raison +Par dessus tous et sans comparaison, +Que pour seigneur et souverain vous tiengne, +Et ligement vostre subgiet deviengne; +Premierement devant vous jurera +Que loyaument de cueur vous servira, +Sans espargnier, soit de jours ou de nuis, +Paine, soucy, dueil, courroux ou ennuis, +Et souffrera, sans point se repentir, +Les maulx qu'amans ont souvent à souffrir. + +Il jurera aussi secondement +Qu'en ung seul lieu amera fermement, +Sans point querir ou desirer le change, +Car sans faillir ce seroit trop estrange +Que bien servir peust ung cueur en mains lieux, +Combien qu'aucuns cueurs ne demandent mieulx +Que de servir du tout à la volée, +Et qu'ilz ayent d'amer la renommée, +Mais au derrain ilz s'en trouvent punis +Par Loyaulté dont ils sont ennemis. + +En oultre plus promectra tiercement +Que voz conseulx tendra secretement, +Et gardera de mal parler sa bouche. +Noble Prince, ce point cy fort vous touche, +Car mains amans, par leurs nices parolles, +Par sotz regars et contenances folles, +Ont fait parler souvent les mesdisans, +Par quoy grevez ont esté voz servans, +Et ont receu souventeffoiz grant perte +Contre raison, et sans nulle desserte. + +Avecques ce, il vous fera serment +Que s'il recoit aucun avancement +En vous servant, qu'il n'en fera ventance; +Cestui meffait dessert trop grant vengance, +Car quant Dames veulent avoir pitié +De leurs servans, leur monstrant amitié, +Et de bon cueur aucun reconfort donnent, +En ce faisant leurs honneurs abandonnent, +Soubz fiance de trouver leurs amans +Secrez, ainsi qu'en font les convenans. + +Ces quatre points qu'ay cy devant nommez +A tous amans doivent estre gardez, +Qui à honneur et avancement tirent +Et leurs amours à fin mener désirent: +Six autres points aussi accordera, +Mais par serment point ne les promectra, +Car nul amant estre contraint ne doit +De les garder, se son prouffit n'y voit; +Mais se faire veult, apres bon conseil, +A les garder doit mectre son traveil. + +Le premier est qu'il se tiengne jolis, +Car les dames le tiennent à grant pris; +Le second est que tres courtoisement +Soy maintendra, et gracieusement; +Le tiers point est que, selon sa puissance, +Querra honneur et poursuivra vaillance; +Le quatriesme qu'il soit plain de largesse, +Car c'est chose qui avance noblesse; +Le cinquiesme qu'il suivra compaignie, +Amant honneur, et fuiant villenie. + +Le sixiesme point et le derrenier +Est qu'il sera diligent escollier, +En aprenant tous les gracieux tours, +A son povoir, qui servent en amours, +C'est assavoir à chanter, à dancer, +Faire chancons, et balades rimer, +Et tous autres joyeulx esbatemens. +Ce sont icy les dix commandemens, +Vray Dieu d'amours, que je ferai jurer +A cest enfant, s'il vous plaist l'appeller. + +Lors m'appella, et me fist les mains mectre +Sur ung livre en me faisant promectre +Que feroye loyaument mon devoir +Des poins d'amours garder, à mon povoir; +Ce que je fis de bon vueil lyement; +Adonc Amour a fait commandement +A Bonnefoy d'Amours chief secretaire +De ma lectre de Retenue faire; +Quant faicte fut, Loyaulté la scella +Du scel d'Amours et la me délivra. + +Ainsi Amour me mist en son servaige, +Mais pour seurté retint mon cueur en gaige, +Pourquoy lui dis que vivre ne pourroye +En cest estat, s'un autre cueur n'avoye. +Il respondit: Espoir mon medicin +Te gardera de mort soir et matin, +Jusques à tant qu'auras en lieu du tien +Le cueur d'une qui te tendra pour sien, +Gardes tousjours ce que t'ay commandé, +Et je t'auray pour bien recommandé. + + + +COPIE DE LA LECTRE DE RETENUE. + + +Dieu Cupido, et Venus la Deesse, +Ayans povoir sur mondaine liesse, +Salus de cueur par nostre grant humblesse, + A tous amans +Scavoir faisons que le DUC D'ORLÉANS +Nommé CHARLES à présent jeune d'ans, +Nous retenons pour l'ung de noz servans + Par ces presentes, +Et lui avons assigné sur noz rentes +Sa pension en joyeuses actentes +Pour en joir par noz lectres patentes + Tant que vouldrons, +En esperant que nous le trouverons +Loyal vers nous, ainsi que fait avons +Ses devanciers dont contens nous tenons + Tres grandement. +Pour ce donnons estroit commandement +Aux officiers de nostre Parlement +Qu'ilz le traictent et aident doulcement + En tout affaire, +A son besoing, sans venir au contraire; +Si chier qu'ilz ont nous obeir et plaire, +Et qu'ilz doubtent envers nous de forfaire + En corps et biens, +Le soustenant, sans y epargnier riens, +Contre Dangier avecques tous les siens, +Malle bouche plaine de faulx maintiens, + Et jalousie; +Car chascun d'eulx de grever estudie +Les vraiz subgietz de nostre Seigneurie, +Dont il est l'un, et sera à sa vie, + Car son serment +De nous servir devant tout ligement +Avons receu, et pour plus fermement, +Nous asseurer qu'il fera loyaument + Entier devoir, +Avons voulu en gaige recevoir +Le cueur de lui, lequel, de bon vouloir, +A tout soubzmis en noz mains et povoir; + Pourquoy tenus +Sommes à luy par ce de plus en plus, +Si ne seront pas ses biensfaiz perdus, +Ne ses travaulx pour neant despendus; + Mais pour monstrer +A toutes gens bon exemple d'amer, +Nous le voulons richement guerdonner, +Et de noz biens, à largesse donner, + Tesmoing nos seaulx +Cy actachiez, devant tous nos feaulx, +Gens de conseil, et serviteurs loyaulx +Venus vers nous par mandemens royaulx, + Pour nous servir. +Donné le jour saint Valentin martir, +En la cité de gracieux desir, +Où avons fait nostre conseil tenir. + + + +LE DESSOUBZ DE LA RETENUE + +Par Cupido et Venus souverains, +A ce presens plusieurs plaisirs mondains. + + +BALADE. + +Belle, bonne, nompareille plaisant, +Je vous suppli vueilliez me pardonner +Se moy qui sui vostre grace actendant, +Viens devers vous pour mon fait raconter, +Plus longuement je ne le puis celer +Qu'il ne faille que saichiez ma destresse, +Comme celle qui me peut conforter, +Car je vous tiens pour ma seule maistresse. + +Se cy à plain vous vois mes maulx disant, +Force d'amours me fait ainsi parler; +Car je devins vostre loyal servant, +Le premier jour que je peuz regarder +La grant beaulté que vous avez sans per, +Qui me feroit avoir toute liesse, +Se serviteur vous plaisoit me nommer; +Car je vous tiens pour ma seule maistresse. + +Que me donnez en octroy don si grant, +Je ne l'ose dire, ne demander; +Mais s'il vous plaist que, de cy en avant, +En vous servant puisse ma vie user, +Je vous supply que sans me refuser +Vueillez souffrir qu'y mecte ma jeunesse, +Nul autre bien je ne vueil souhaidier, +Car je vous tiens pour ma seule maistresse. + + + +BALADE. + +Vueilliez voz yeulx emprisonner, +Et sur moy plus ne les gectez; +Car quant vous plaist me regarder, +Par Dieu, Belle, vous me tuez; +Et en tel point mon cueur mectez +Que je ne scay que faire doye; +Je suis mort se vous ne m'aidez, +Ma seule souveraine joye, + +Je ne vous ose demander +Que vostre cueur vous me donnez, +Mais, se droit me voulez garder +Puisque le cueur de moy avez, +Le vostre fault que me laissiez; +Car sans cueur vivre ne pourroye; +Faictes en, comme vous vouldrez, +Ma seule souveraine joye. + +Trop hardy suis d'ainsi parler, +Mais, pardonner le me devez +Et n'en devez autruy blasmer, +Que le gent corps que vous portez +Qui m'a mis, comme vous veez, +Si fort en l'amoureuse voye, +Qu'en vostre prison me tenez, +Ma seule souveraine joye. + +L'ENVOY. + +Ma Dame, plus que ne savez, +Amour, si tres fort me guerroye, +Qu'à vous me rens, or me prenez, +Ma seule souveraine joye. + + + +BALADE. + +C'est grand peril de regarder +Chose dont peut venir la mort, +Combien qu'on ne s'en scet garder +Aucunes foiz, soit droit ou tort, +Quant plaisance si est d'accord +Avecques ung jeune desir, +Nul ne pourroit son coeur tenir +D'envoyer les yeulx en messaige; +On le voit souvent avenir, +Aussi bien au fol comme au saige. + +Lesquelz yeulx viennent raporter +Ung si tres gracieulx raport +Au cueur, quant le veult escouter, +Que s'il a eu d'amer l'effort, +Encores l'aura il plus fort; +Et le font du tout retenir +Ou service, sans departir +D'amours, à son tres grant dommaige +On le voit souvent avenir, +Aussi bien au fol comme au saige. + +Car mains maulx lui fault endurer, +Et de soussy passer le port, +Avant qu'il puisse recouvrer +L'acointance de Reconfort, +Qui plusieurs foiz au besoing dort, +Quant on se veult de lui servir; +Et lors il est plus que martir; +Car son mal vault trop pis que raige, +On le voit souvent avenir, +Aussi bien au fol comme au saige. + +L'ENVOY. + +Amour, ne prenez desplaisir +S'ay dit le mal que fault souffrir, +Demourant en vostre servaige; +On le voit souvent avenir, +Aussi bien au fol comme au saige. + + + +BALADE. + +Comment se peut ung povre cueur deffendre, +Quand deux beaulx yeulx le viennent assaillir; +Le cueur est seul, desarmé, nu et tendre, +Et les yeulx sont bien armez de plaisirs; +Contre tous deux ne pourroit pié tenir. +Amour aussi est de leur aliance, +Nul ne tendroit contre telle puissance. + +Il lui convient ou mourir ou se rendre, +Trop grant honte lui seroit de fuir; +Plus baudement les oseroit actendre, +S'il eust pavais dont il se peust couvrir; +Mais point n'en a, si lui vault mieux souffrir, +Et se mectre tout en leur gouvernance, +Nul ne tendroit contre telle puissance. + +Qu'il soit ainsi bien me le fist aprendre +Ma maistresse, mon souverain desir, +Quand il lui pleut ja pieca entreprendre +De me vouloir de ses doulx yeulx ferir; +Oncques depuis mon cueur ne peut guerir, +Car lors fut il desconfit à oultrance; +Nul ne tendroit contre telle puissance. + + + +BALADE. + +Espargniez vostre doulx actrait, +Et vostre gracieux parler, +Car Dieu scet les maulx qu'ilz ont fait +A mon povre cueur endurer; +Puisque ne voulez m'acorder +Ce qui pourroit mes maulx guerir, +Laissiez moy passer ma meschance, +Sans plus me vouloir assaillir +Par vostre plaisant acointance. + +Vers Amours faictes grant forfait, +Je l'ose pour vray advouer; +Quant me ferez d'amoureux trait, +Et ne me voulez conforter, +Je croy que me voulez tuer. +Pleust à Dieu que peussiez sentir +Une foiz la dure grevance +Que m'avez fait longtemps souffrir +Par vostre plaisant acointance. + +Helas! que vous ay je meffait +Par quoy me doyez tourmenter; +Quant mon cueur d'amer se retrait, +Tantost le venez rappeller; +Plaise vous en paix le laissier, +Ou lui acorder son desir; +Honte vous est, non pas vaillance, +D'un loyal cueur ainsi meurdrir +Par vostre plaisant acointance. + + + +BALADE. + +N'a pas longtemps qu'alay parler +A mon cueur tout secretement, +Et lui conseillay de s'oster +Hors de l'amoureux pensement; +Mais me dist bien fellement: +Ne m'en parlez plus, je vous prie; +J'ameray tousjours, se m'aist Dieux, +Car j'ay la plus belle choisie, +Ainsi m'ont raporté mes yeulx. + +Lors dis: Vueilliez me pardonner, +Car je vous jure mon serement +Que conseil vous cuide donner, +A mon povoir, tres loyaument; +Voulez vous sans allegement +En douleur finer vostre vie? +Nennil dya, dist il, j'auray mieulx; +Ma Dame m'a fait chiere lie, +Ainsi m'ont raporté mes yeulx. + +Cuidez vous scavoir sans doubter +Par ung regart tant seulement, +Se, dis je, du tout son penser +Ou par ung doulx acointement. +Taisiez vous, dist il, vrayement +Je ne croiray chose qu'on die; +Mais la serviray en tous lieux, +Car de tous biens est enrichie, +Ainsi m'ont raporté mes yeulx. + + + +BALADE. + +De jamais n'amer par amours +J'ay aucune foiz le vouloir, +Pour les ennuieuses dolours +Qu'il me fault souvent recevoir, +Mais en la fin, pour dire voir, +Quelque mal que doye porter, +Je vous asseure par ma foy, +Que je n'en sauroye garder +Mon cueur qui est maistre de moy. + +Combien qu'ay eu d'estranges tours, +Mais j'ai tout mis à nonchaloir, +Pensant de recouvrer secours +De Confort ou d'ung doulx espoir: +Hélas! se j'eusse le povoir +D'aucunement hors m'en bouter, +Par le serement qu'à Amours doy, +Jamais n'y lairroye rentrer +Mon cueur qui est maistre de moy. + +Car je scay bien que par doulcours +Amour le scet si bien avoir, +Qu'il vouldroit ainsi tous les jours +Demourer sans ja s'en mouvoir; +Nil ne veult oir ne savoir +Le mal qu'il me fait endurer, +Plaisance l'a mis en ce ploy, +Elle fait mal de le m'oster +Mon cueur qui est maistre de moy. + +L'ENVOY. + +Il me desplaist d'en tant parler, +Mais, par le Dieu en qui je croy, +Ce fait desir de recouvrer +Mon cueur qui est maistre de moy. + + + +BALADE. + +Quand je suis couchié en mon lit, +Je ne puis en paix reposer; +Car toute la nuit mon cueur lit +Ou rommant de plaisant penser, +Et me prie de l'escouter; +Si ne l'ose desobeir, +Pour dobte de le courroucier, +Ainsi je laisse le dormir. + +Ce livre si est tout escript +Des faiz de ma Dame sans per; +Souvent mon cueur de joye rit, +Quand il les list ou oyt compter; +Car certes tant sont à louer, +Qu'il y prent souverain plaisir, +Moy mesmes ne m'en puis lasser, +Ainsi je laisse le dormir. + +Se mes yeux demandent respit +Par sommeil qui les vient grever, +Il les tense par grant despit, +Et si ne les peut surmonter; +Il ne cesse de souspirer +A part soy; j'ay lors, sans mentir, +Grant paine de le rapaisier, +Ainsi je laisse le dormir. + +L'ENVOY. + +Amour, je ne puis gouverner +Mon cueur; car tant vous veult servir +Qu'il ne scet jour ne nuit cesser, +Ainsi je laisse le dormir. + + + +BALADE. + +Fresche beaulté tres riche de jeunesse, +Riant regart trait amoureusement, +Plaisant parler gouverné par sagesse, +Port femenin en corps bien fait et gent, +Haultain maintien demené doulcement, +Acueil humble plain de maniere lie, +Sans nul dangier bonne chiere faisant, +Et de chascun pris et los emportant; +De ces grans biens est ma Dame garnie. + +Tant bien lui siet à la noble Princesse +Chanter, dancer et tout esbatement, +Qu'on la nomme de ce faire maistresse, +Elle fait tout si gracieusement, +Que nul n'y scet trouver amendement: +L'escolle peut tenir de courtoisie, +En la voyant aprent qui est saichant, +Et en ses faiz qui va garde prenant, +De ces grans biens est ma Dame garnie. + +Bonté, Honneur, avecques Gentillesse +Tiennent son cueur en leur gouvernement, +Et Loyaulté nuit et jour ne la laisse; +Nature mist tout son entendement +A la fourmer, et faire proprement; +De point en point, c'est la mieux accomplie +Qui aujourdui soit ou monde vivant, +Je ne dy riens que tous ne vont disant; +De ces grans biens est ma Dame garnie. + +Elle semble mieulx que femme Deesse, +Si croy que Dieu l'envoya seulement +En ce monde, pour monstrer la largesse +De ces haults dons qu'il a entierement +En elle mis abandonnement. +Elle n'a per, plus ne scay que je dye, +Pour fol me tiens de l'aler devisant, +Car moy ne nul n'est à ce souffisant, +De ces grans biens est ma Dame garnie. + +S'il est aucun qui soit prins de tristesse +Voise voir son doulx maintenement, +Je me fais fort que le mal qui le blesse +Le laissera pour lors soudainement, +Et en oubly sera mis plainement; +C'est Paradis que de sa compaignie, +A tous complaist, à nul n'est ennuyant, +Qui plus la voit plus en est désirant, +De ces grans biens est ma Dame garnie. + +L'ENVOY. + +Toutes dames qui oyez cy comment +Prise celle que j'ayme loyaument, +Ne m'en saichiez maugré, je vous en prie; +Je ne parle pas en vous desprisant, +Mais comme sien je dy en m'acquittant: +De ces grans biens est ma Dame garnie. + + + +BALADE. + +A ma Dame je ne scay que je dye, +Ne par quel bout je doye commencer, +Pour vous mander la doloreuse vie +Qu'Amour me fait chascun jour endurer; +Trop mieulx vaulsist me taire que parler, +Car prouffiter ne me pevent mes plains, +Ne je ne puis guerison recouvrer, +Puisqu'ainsi est que de vous suis loingtains. + +Quanque je voy me desplaist et ennuye, +Et n'en ose contenance monstrer, +Mais ma bouche fait semblant qu'elle rie, +Quant mainteffoiz je sens mon cueur plourer. +Au fort, martir on me devra nommer, +Se Dieu d'amours fait nulz amoureux Saints, +Car j'ay des maulx plus que ne scay compter, +Puisqu'ainsi est que de vous suis loingtains. +Et non pourtant humblement vous mercie, +Car par escript vous a pleu me donner +Ung doulx confort que j'ay à chiere lie +Receu de cueur, et de joyeulx penser, +Vous suppliant que ne vueilliez changier, +Car en vous sont tous mes plaisirs mondains +Desquelz me fault à present deporter, +Puisqu'ainsi est que de vous suis loingtains. + + + +BALADE. + +Loingtain de vous, ma tres belle maistresse, +Fors que de cueur que laissié je vous ay, +A compaignie de Deuil et de Tristesse, +Jusques à tant que reconfort auray +D'un doulx plaisir, quant reveoir pourray +Vostre gent corps, plaisant et gracieux; +Car lors lairray tous mes maulx ennuyeux +Et trouveray, se m'a dit Esperance, +Par le pourchas du regard de mes yeulx +Autant de bien que j'ay de desplaisance + +Car s'oncques nul sceut que c'est de destresse, +Je pense bien que j'en ay fait l'essay; +Si tres avant et à telle largesse +Qu'en dueil pareil nulluy de moy ne scay; +Mais ne m'en chault; certes j'endureray +Au desplaisir des jaloux envieux, +Et me tendray par semblance joyeulx, +Car quand je suy en greveuse penance, +Ilz recoyvent, que mal jour leur doint Dieux, +Autant de bien que j'ay de desplaisance. + +Tout prens en gré jeune, gente Princesse, +Mais qu'en saichiez tant seulement le vray, +En actendant le gueredon de Liesse +Qu'à mon povoir vers vous desserviray; +Car le conseil de Loyaulté feray, +Que garderay pres de moy en tous lieux, +Vostre tousjours soye, jeunes ou vieulx, +Priant, a Dieu ma seule desirance, +Qu'il vous envoit, savoir ne povez mieulx, +Autant de bien que j'ay que desplaisance. + + + +BALADE. + +Puisqu'ainsi est que loingtain de vous suis, +Ma Maistresse, dont Dieu scet s'il m'ennuye, +Si chierement vous requier que je puis, +Qu'il vous plaise de vostre courtoisie, +Quant vous estes seule sans compaignie, +Me souhaidier ung baisier amoureux +Venant du cueur et de pensée lie, +Pour alegier mes griefz maulx doloureux. + +Quant en mon lit doy reposer de nuis, +Penser m'assault, et Désir me guerrye; +Et en pensant mainteffoiz m'est advis +Que je vous tiens entre mes bras, m'amye; +Lors accolle mon oreillier, et crie: +Mercy Amours, faictes moy si eureux, +Qu'avenir puist mon penser en ma vie, +Pour alegier mes griefz maulx doloureux. + +Espoir m'a dit et par sa foy promis +Qu'il m'aidera, et que ne m'en soussie; +Mais tant y met qu'un an me semble dix, +Et non pourtant, soit ou sens ou folie, +Je m'y actens, et en lui je m'afie +Qu'il fera tant que Dangier le crueux +N'aura briefment plus sur moy seigneurie, +Pour alegier mes griefz maulx doloureux. + +L'ENVOY. + +A Loyaulté de plus en plus m'alye, +Et à Amours humblement je supplie +Que de mon fait vueillent estre piteux, +En me donnant de mes vouloirs partie, +Pour alegier mes griefz maulx doloureux. + + + +BALADE. + +Pourtant se souvent ne vous voy, +Pensez vous plus que vostre soye; +Par le serement que je vous doy, +Si suis autant que je souloye; +N'il n'est ne plaisance, ne joye, +N'autre bien qu'on rac puist donner, +Je le vous prometz loyaument, +Qui me puist ce vouloir oster +Fors que la mort tant seulement. + +Vous savez que je vous feis foy +Pieca de tout ce que j'avoye, +Et vous laissay, en lieu de moy, +Le gaige que plus chier j'amoye; +C'estoit mon cueur que j'ordonnoye +Pour avecques vous demourer, +A qui je suis entierement; +Nul ne m'en pourroit destourber +Fors que la mort tant seulement. + +Combien certes que je recoy +Tel mal que, se le vous disoye, +Vous auriez, comme je croy, +Pitié du mal qui me guerroye; +Car de tout dueil suis en la voye, +Vous le povez assez penser, +Et ay esté si longuement, +Que je ne doy riens desirer +Fors que la mort tant seulement. + +L'ENVOY. + +Belle que tant veoir vouldroye, +Je prie à Dieu que brief vous voye; +Ou s'il ne le veult accorder, +Je lui supply tres humblement +Que riens ne me vueille donner +Fors que la mort tant seulement. + + + +BALADE. + +Quelles nouvelles, ma Maistresse, +Comment se portent noz amours? +De ma part je vous fais promesse +Qu'en ung propos me tiens tousjours, +Sans jamais penser le rebours; +C'est que seray toute ma vie +Vostre du tout entierement, +Et pour ce de vostre partie +Acquittez vous pareillement. + +Combien que Dangier et Destresse +Ont fait longuement leurs sejours +Avec mon cueur, et par rudesse +Lui ont monstré d'estranges tours, +Helas! en amoureuses cours, +C'est pitié qu'ilz ont seigneurie; +Si mectray paine que briefment +Loyaulté sur eulx ait maistrie, +Acquittez vous pareillement. + +Quoyque la nue de Tristesse +Par ung longtemps ait fait son cours; +Apres le beau temps de Liesse +Vendra qui donnera secours +A noz deux cueurs, car mon recours +J'ay en espoir, en qui me fie, +Et en vous, Belle, seulement, +Car jamais je ne vous oublie; +Acquittez vous pareillement. + +L'ENVOY. + +Soyez seure, ma doulce amye, +Que je vous ayme loyaument, +Or vous requier et vous supplie +Acquittez vous pareillement. + + + +BALADE. + +Belle que je tiens pour amye, +Pensez, quelque part que je soye, +Que jamais je ne vous oublie; +Et pour ce prier vous vouldroye, +Jusques à tant que vous revoye, +Qu'il vous souviengne de cellui +Qui a trouvé peu de mercy +En vous, se dire je l'osoye. + +Combien que je ne dye mie +Que n'aye receu bien et joye, +En vostre doulce compaignie, +Plus que desservir ne sauroye; +Non pourtant voulentiers j'auroye +Le guerdon de loyal amy, +Qu'oncques ne trouvay jusqu'à cy +En vous, se dire je l'osoye. + +Je vous ai longement servie, +Si m'est advis qu'avoir devroye +Le don que de sa courtoisie +Amour à ses servans envoye; +Or faictes qu'estre content doye, +Et m'accordez ce que je dy, +Car trop avez refus nourry +En vous, se dire je l'osoye. + + + +BALADE. + +Ma Dame, vous povez savoir +Les biens qu'ay euz à vous servir; +Car par ma foy, pour dire voir, +Oncques je n'y peuz acquerir +Tant seulement ung doulx plaisir, +Que sitost que je le tenoye, +Dangier le me venoit tollir +Ce peu de plaisir que j'avoye. +Je n'en savoye nul avoir +Qui peust contenter mon desir, +Se non quant vous povoye voir, +Ma joye, mon seul souvenir; +Or m'en a fait Dangier bannir, +Tant qu'il faut que loing de vous soye, +Par quoy a fait de moy partir +Ce peu de plaisir que j'avoye. + +Non pas peu, car de bon vouloir +Content m'en devoye tenir, +En esperant de recevoir +Ung trop plus grant bien advenir; +Je n'y cuidoye point faillir +A la paine que g'y mectoye, +Cela me faisoit enrichir +Ce peu de plaisir que j'avoye. + +L'ENVOY. + +Belle, je vous vueil requerir, +Pensez, quant serez de loisir, +Qu'en grant mal qui trop me guerroye, +Est tourné, sans vous en mentir, +Ce peu de plaisir que j'avoye. + + + +BALADE. + +En ce joyeulx temps du jourduy +Que le mois de may ce commance, +Et que l'en doit laissier ennuy, +Pour prendre joyeuse plaisance, +Je me trouve sans recouvrance, +Loingtain de joye conquester; +De tristesse si bien renté +Que j'ay, je m'en puis bien vanter, +Le rebours de ma voulenté. + +Las! Amours je ne voy nulluy +Qui n'ait aucune souffisance, +Fors que moy seul qui suis celluy +Qui est le plus dolent de France. +J'ay failli à mon esperance; +Car quant à vous me voulz donner +Pour estre vostre serementé, +Jamais ne cuidoye trouver +Le rebours de ma voulenté. + +Au fort, puisqu'en ce point je suy, +Je porteray ma grant penance, +Ayant vers Loyaulté refuy +Où j'ay mis toute ma fiance; +Ne Dangier qui ainsi m'avance, +Quelque mal que doye porter, +Combien que trop m'a tourmenté, +Ne pourra ja en moy bouter +Le rebours de ma voulenté. + +L'ENVOY. + +D'aucun reconfort acointer +Plusieurs foiz m'en suy dementé; +Mais j'ay tousjours au par aler +Le rebours de ma voulenté. + + + +BALADE. + +Quant je party derrainement +De ma souveraine sans per, +Que Dieu gard et luy doint briefment +Joye de son loyal penser, +Mon cueur lui laissay emporter; +Oncques puis ne le peuz ravoir, +Si m'esmerveille, main et soir, +Comment j'ai vesqu tant de jours +Depuis sans cueur, mais pour tout voir, +Ce n'est que miracle d'Amours. + +Qui est cellui qui longuement +Peut vivre sans cueur, ou durer +Comme j'ay fait en grief tourment; +Certes nul, je m'en puis vanter. +Mais Amours ont voulu monstrer +En ce leur gracieux povoir, +Pour donner aux amans vouloir +D'eulx fier en leur doulx secours; +Car bien pevent apparcevoir, +Ce n'est que miracle d'Amours. + +Quant pitié vit que franchement +Voulu mon cueur abandonner +Envers ma Dame, tellement +Traicta que lui fist me laissier +Son cueur, me chargeant le garder, +Dont j'ay fait mon loyal devoir, +Maugré Dangier qui recevoir +M'a fait chascun jour de telz tours, +Que sans mort en ce point manoir +Ce n'est que miracle d'Amours. + + + +BALADE. + +Douleur, courroux, desplaisir et tristesse, +Quelque tourment que j'aye main et soir, +Ne pour doubte de mourir de destresse, +Ja ne sera en tout vostre povoir +De me changier le tres loyal vouloir +Qu'ay eu tousjours de la Belle servir, +Par qui je puis, et pense recevoir +Le plus grand bien qui me puist avenir. + +Quant j'ay par vous aucun mal qui me blesse, +Je l'endure par le conseil d'Espoir +Qui ma promis qu'à ma seule maistresse +Lui fera brief mon angoisse savoir, +En lui mandant qu'en faisant mon devoir, +J'ay tous les maulx que nul pourrait souffrir; +Lors trouveray, je ne scay s'il dist voir, +Le plus grant bien qui me puist avenir. + +Ne m'espargniez donc en rien de rudesse, +Je vous feray bien brief apparcevoir +Qu'aura y secours d'un Confort de liesse; +Longtemps ne puis en ce point remanoir, +Pour ce je metz du tout à nonchaloir +Les tres grans maulx que me faictes sentir; +Bien aurez dueil, se me voyez avoir +Le plus grant bien qui me puist avenir. + +L'ENVOY. + +Je suis cellui au cueur vestu de noir +Qui dy ainsi qui que le vueille ouyr, +J'auray briefment, Loyaulté m'en fait hoir, +Le plus grant bien qui me puist avenir. + + + +BALADE. + +Jeune, gente, plaisant et debonnaire, +Par ung prier qui vault commandement +Chargié m'avez d'une balade faire; +Si l'ay faicte de cueur joyeusement; +Or la vueilliez recevoir doulcement, +Vous y verrez, s'il vous plaist à la lire, +Le mal que j'ay combien que vrayement +J'aymasse mieulx de bouche le vous dire. + +Vostre doulceur m'a sceu si bien atraire +Que tout vostre je suis entierement, +Tres desirant de vous servir et plaire, +Mais je seuffre maint doloreux tourment, +Quant à mon gré je ne vous voy souvent, +Et me desplaist quant me fault vous escrire, +Car se faire ce povoit autrement, +J'aymasse mieulx de bouche le vous dire. + +C'est par Dangier mon cruel adversaire +Qui m'a tenu en ses mains longuement, +En tous mes faiz je le trouve contraire, +Et plus se rit, quant plus me voit dolent; +Se vouloye raconter plainement +En cest escript mon ennuyeux martire. +Trop long seroit pour ce certainement, +J'aymasse mieulx de bouche le vous dire. + + + +BALADE. + +Loué soit cellui qui trouva +Premier la manière d'escrire, +En ce grand confort ordonna +Pour amans qui sont en martire; +Car quant ne pevent aler dire +A leurs dames leur grief tourment, +Ce leur est moult d'alegement, +Quant par escript pevent mander +Les maulx qu'ilz portent humblement, +Pour bien et loyaument amer. + +Quand ung amoureux escrira +Son dueil, qui trop le tient de rire, +Au plustost qu'envoyé l'aura +A celle qui est son seul mire; +S'il lui plaist à la lectre lire, +Elle peut veoir clerement +Son doloreux gouvernement, +Et lors pitié lui scet monstrer +Qu'il dessert bon guerdonnement, +Pour bien et loyaument amer. + +Par mon cueur je congnois pieca +Ce mestier, car quant il souspire, +Jamais rapaisié ne sera, +Tant qu'il ait envoyé de tire +Vers la belle que tant desire; +Et puis s'il peut aucunement +Oir nouvelles seulement +De sa doulce beaulté sans per, +Il oublie l'ennuy qu'il sent, +Pour bien et loyaument amer. + +L'ENVOY. + +Ma Dame, Dieu doint que briefment +Vous puisse de bouche compter +Ce que j'ay souffert longuement, +Pour bien et loyaument amer. + + + +BALADE. + +Belle combien que de mon fait +Je croy qu'avez peu souvenance, +Toutesfoiz se savoir vous plaît +Mon estat, et mon ordonnance; +Saichiez que loingtain de Plaisance, +Je suis de tous maulx bien garny, +Autant que nul qui soit en France, +Dieu scet en quel mauvais party. + +Helas! or n'ay je riens forfait +Dont porter je doye penance, +Car tousjours je me suis retrait +Vers Loyaulté et Esperance, +Pour acquerir leur bienvueillance; +Mais au besoing ilz m'ont failly +Et m'ont laissié sans recouvrance, +Dieu scet en quel mauvais party. + +Dangier m'a joué de ce trait, +Mais se je puis avoir puissance, +Je feray maugré qu'il en ait, +Encontre lui une aliance, +Et si lui rendray la grevance, +Le mal, le dueil et le soussy, +Où il m'a mis jusqu'à oultrance, +Dieu scet en quel mauvais party. + +L'ENVOY. + +Aydiez moy à l'oultrecuidance +Vengier, com en vous ay fiance, +Ma Maistresse, je vous supply +De ce faulx Dangier qui m'avance +Dieu scet en quel mauvais party. + + + +BALADE. + +Loyal espoir, trop je vous voy dormir, +Resveilliez vous et joyeuse pensée, +Et envoyez ung plaisant souvenir +Devers mon cueur, de la plus belle née +Dont aujourduy coure la renommée; +Vous ferez bien d'ung peu le resjoir, +Tristesse s'est avecques lui logiée, +Ne lui vueilliez à son besoing faillir. + +Car Dangier l'a desrobé de plaisir, +Et que pis est, a de lui eslongnée +Celle qui plus le povoit enrichir; +C'est sa dame tres loyaument amée. +Oncques cueur n'eut si dure destinée +Pour Dieu, Espoir, venez le secourir, +Il a en vous sa fiance fermée, +Ne lui vueilliez à son besoing faillir. + +Par povreté lui fault son pain querir +A l'uis d'Amours par chascune journée, +Or lui vueilliez l'aumosne departir +De liesse, que tant a désirée: +Avancez vous, sans faire demourée +Pensez de lui, vous savez son desir, +Par vous lui soit quelque grace donnée, +Ne lui vueilliez à son besoing faillir. + +L'ENVOY. + +Seule sans per, de toutes gens louée, +Et de tous biens entierement douée, +Mon cueur ces maulx seuffre pour vous servir, +Sa loyaulté vous soit recommandée +Ne lui vueilliez à son besoing faillir. + + + +BALADE. + +Mon cueur au derrain entrera +Ou Paradis des amoureux, +Autrement tort fait lui sera, +Car il a de maulx doloreux +Plus d'un cent, non pas ung ou deux, +Pour servir sa belle maistresse; +Et le tient Dangier le crueulx +Ou Purgatoire de Tristesse. + +Ainsi l'a tenu, longtemps a, +Ce faulx traître, vilain, hideux; +Espoir dit que hors le mectra, +Et que n'en soye ja doubteux; +Mais trop y met dont je me deulx, +Dieu doint qu'il tiengne sa promesse +Vers lui, tant est angoisseux +Ou Purgatoire de Tristesse. + +Amour grant aumosne fera +En ce fait cy, d'estre piteux, +Et bon exemple monstrera +A toutes celles et à ceulx +Qui le servent, quant desireux +Le verront par sa grant humblesse, +D'aidier ce povre souffreteux +Ou Purgatoire de Tristesse. + +L'ENVOY. + +Amour! faictes moy si eureux +Que mectez mon cueur en liesse; +Laissiez Dangier et Dueil tous seulx +Ou Purgatoire de Tristesse. + + + +BALADE. + +Mon cueur a envoyé querir +Tous ses bienvueillans et amis, +Il veult son grant conseil tenir +Avec eulx, pour avoir advis +Comment pourra ses ennemis, +Soussy, Dueil, et leur aliance +Surmonter, et tost desconfire, +Qui desirent de le destruire +En la prison de Desplaisance. + +En desert ont mis son plaisir, +Et joye tenue en pastis; +Mais Confort lui a sans faillir +De nouvel loyaument promis +Qu'ilz seront desfaiz et bannis; +De ce se fais fort Esperance, +Et plus avant que n'ose dire, +C'est ce qui estaint son martire +En la prison de Desplaisance. + +Briefment voye le temps venir, +J'en prie à Dieu de Paradis, +Que chascun puist vers son desir +Aler sans avoir saufconduis; +Adonc Amour et ses nourris +Auront de Dangier moins doubtance, +Et lors sentiray mon cueur rire +Qui à present souvent souspire +En la prison de Desplaisance. + +L'ENVOY. + +Pour ce que veoir ne vous puis, +Mon cueur se complaint jours et nuis, +Belle nompareille de France; +Et m'a chargié de vous escrire +Qu'il n'a pas tout ce qu'il desire +En la prison de Desplaisance. + + + +BALADE. + +Desployez vostre banniere, +Loyaulté, je vous en prie, +Et assailliez la frontiere +Où Dueil et Merencolie, +A tort et par felonnie, +Tiennent Joye prisonnière, +De moy la font estrangiere; +Je pry Dieu qu'il les maudie. + +Quant je deusse bonne chiere +Demener en compaignie, +Je n'en fais que la maniere, +Car, quoique ma bouche rie, +Ou parle parolle lye, +Dangier et Destresse fiere +Boutent mon plaisir arriere; +Je pry Dieu qu'il les maudie. + +Helas! tant avoye chiere, +Ja pieca, joyeuse vie; +Se Raison fust droicturiere, +J'en eusse quelque partie; +Or est de mon cueur bannie +Par Fortune losengiere +Et Durté sa conseilliere; +Je pry Dieu qui les maudie. + +L'ENVOY. + +Se j'avoye la maistrie +Sur ceste faulse mesgnie, +Je les meisse tous en biere; +Si est telle ma priere, +Je pry Dieu qui les maudie. + + + +BALADE. + +Ardant desir de veoir ma maistresse +A assailly de nouvel le logis +De mon las cueur, qui languist en tristesse, +Et puis dedens partout a le feu mis; +En grant doubte certainement je suis +Qu'il ne soit pas legierement estaint; +Sans grant grace, si vous pry, Dieu d'amours, +Sauvez mon cueur, ainsi qu'avez fait maint, +Je l'oy crier piteusement secours. + +J'ay essayé par lermes à largesse +De l'estaindre; mais il n'en vault que pis: +C'est feu Gregeois, ce croy je, qui ne cesse +D'ardre, s'il n'est estaint par bon avis. +Au feu, au feu, courez tous mes amis; +S'aucun de vous, comme lasche, remaint +Sans y aler, je le hé pour tousjours; +Avancez vous, nul de vous ne soit faint, +Je l'oy crier piteusement secours. + +S'il est ainsi mort par vostre peresse, +Je vous requier, au moins tant que je puis, +Chascun de vous donnez lui une messe, +Et j'ay espoir que brief ou Paradis +Des amoureux sera moult hault assis, +Comme martir et tres honnoré Saint, +Qui a tenu de Loyaulté le cours; +Grant tourment a, puisque si fort se plaint. +Je l'oy crier piteusement secours. + + + +BALADE. + +En la nef de bonne nouvelle +Espoir a chargié Reconfort, +Pour l'amener de par la belle +Vers mon cueur qui l'ayme si fort. +A joye puist venir au port +De Desir, et pour tost passer +La mer, de fortune trouver +Ung plaisant vent venant de France, +Où est à present ma maistresse +Qui est ma doulce souvenance, +Et le tresor de ma liesse. + +Certes moult suy tenu à elle, +Car j'ay sceu par loyal raport, +Que contre Dangier le rebelle +Qui mainteffoiz me nuist à tort, +Elle veult faire son effort +De tout son povoir de m'aidier, +Et, pour ce, lui plaist m'envoyer +Ceste nef plaine de Plaisance +Pour estoffer la forteresse, +Où mon cueur garde l'Esperance, +Et le tresor de ma liesse. + +Pour ce, ma voulenté est telle, +Et sera jusques à la mort, +De tousjours tenir la querelle +De Loyaulté, où mon ressort +J'ay mis; mon cueur en est d'accort; +Si vueil en ce point demourer, +Et souvent Amour mercier, +Qui me fist avoir l'acointance +D'une si loyalle Princesse, +En qui puis mectre ma fiance +Et le tresor de ma liesse. + +L'ENVOY. + +Dieu vueille celle nef garder +Des robeurs, escumeurs de mer, +Qui ont à Dangier aliance; +Car, s'ilz povoient, par rudesse +M'osteroient ma desirance, +Et le tresor de ma liesse. + + + +BALADE. + +Je ne crains Dangier, ne les siens, +Car j'ay garny la forteresse +Où mon cueur a retrait ses biens, +De Reconfort et de Liesse; +Et ay fait Loyaulté maistresse, +Qui la place bien gardera; +Dangier deffy, et sa rudesse, +Car le Dieu d'amours m'aidera. + +Raison est et sera des miens, +Car ainsi m'en a fait promesse, +Et Espoir mon chier amy tiens, +Qui a mainteffoiz, par proesse, +Bouté hors d'avec moy Destresse; +Dont Dangier, dueil et despit a; +Mais ne me chault de sa tristesse, +Car le Dieu d'amours m'aidera. + +Pour ce, requerir je vous viens, +Mon cueur, que prenez hardiesse; +Courez lui sus, sans craindre riens, +A dangier qui souvent vous blesse; +Sitost que vous prandrez l'adresse +De l'assaillir, il se rendra; +Je vous secourray sans peresse, +Car le Dieu d'amours m'aidera. + +L'ENVOY. + +Se vous m'aidiez, gente Princesse, +Je croy que brief le temps vendra +Que j'auray des biens à largesse, +Car le Dieu d'amours m'aidera. + + + +BALADE. + +Belle, bien avez souvenance, +Comme certainement je croy, +De la tres plaisant aliance +Qu'Amour fist entre vous, et moy; +Son secretaire Bonne foy +Escrist la lectre du traictié, +Et puis la scella Loyaulté +Qui la chose tesmoingnera, +Quant temps et besoing en sera. + +Joyeux desir fut en presence, +Qui alors ne se tint pas coy; +Mais mist le fait en ordonnance, +De par Amour le puissant Roy; +Et selon l'amoureuse loy, +De noz deux vouloirs, pour seurté, +Fist une seule voulenté; +Bien m'en souvient, et souvendra, +Quant temps et besoing en sera. + +Mon cueur n'a en nully fiance +De garder la lectre, qu'en soy; +Et certes ce m'est grant plaisance, +Quant si tres loyal je le voy, +Et lui conseille, comme doy, +De tousjours hair Faulceté; +Car quiconque l'a en chierté, +Amour chastier l'en fera, +Quant temps et besoing en sera. + +L'ENVOY. + +Pensez en ce que j'ay compté, +Ma Dame, car en verité +Mon cueur de soy vous requerra, +Quant temps et besoing en sera. + + + +BALADE. + +Venez vers moy, Bonne nouvelle, +Pour mon las cueur reconforter. +Contez moy comment fait la belle, +L'avez vous point oy parler +De moy, et amy me nommer? +A elle point mis en oubly +Ce qu'il lui pleut de m'accorder, +Quant me donna le don d'amy. + +Combien que Dangier le rebelle +Me fait loing d'elle demourer; +Je congnois tant de biens en elle, +Que je ne pourroye penser +Que tousjours ne vueille garder +Ce que me promist sans nul sy, +Faisant nos deux mains assembler, +Quant me donna le don d'amy. + +Pitié seroit, se Dame telle +Qui doit tout honneur desirer, +Failloit de tenir la querelle +De bien et loyaument amer; +Son sens lui scet bien remonstrer +Toutes les choses que je dy, +Et ce qu'Amour nous fist jurer +Quant me donna le don d'amy. + +L'ENVOY. + +Loyaulté, vueilliez asseurer +Ma Dame que sien suy, ainsi +Qu'elle me voulu commander, +Quant me donna le don d'amy. + + + +BALADE. + +Belle, s'il vous plaist escouter +Comment j'ay gardé en chierté +Vostre cueur qu'il vous pleut laissier +Avec moy, par vostre bonté; +Saichez qu'il est enveloppé +En ung cueuvrechief de Plaisance, +Et enclos, pour plus grant seurté, +Ou coffre de ma souvenance. + +Et pour nectement le garder, +Je l'ay souventesfoiz lavé +En lermes de piteux penser; +Et regrectant vostre beaulté, +Apres ce, sans delay porté, +Pour seicher, au feu d'Esperance, +Et puis doulcement rebouté +Ou coffre de ma souvenance. + +Pour ce, vueillez vous acquieter +De mon cueur que vous ay donné; +Humblement vous en vueil prier, +En le gardant en loyaulté, +Soubz clef do bonne voulenté, +Comme j'ay fait, de ma puissance, +Le vostre que tiens enfermé +Ou coffre de ma souvenance. + +L'ENVOY. + +Ma Dame, je vous ay compté +De vostre cueur la gouvernance, +Comment il est et a esté +Ou coffre de ma souvenance. + + + +BALADE. + +Se je vous dy bonne nouvelle, L'AMANT. +Mon cueur, que voulez vous donner? +Elle pourroit bien estre telle LE CUEUR. +Que moult chier la vueil acheter. +Nul gueredon n'en quier demander. L'AMANT. +Dictes tost doncques, je vous prie, LE CUEUR. +J'ay grand desir de la savoir. +C'est de vostre Dame et amye L'AMANT. +Qui loyaument fait son devoir. + +Que me savez vous dire d'elle? LE CUEUR. +Dont me puisse reconforter. +Je vous dy, sans que plus le celle, L'AMANT. +Qu'elle vient par deca la mer. +Dictes vous vray? Sans vous mocquer. LE CUEUR. +Ouil, je vous le certiffie, L'AMANT. +Et dit que c'est pour vous veoir. +Amour humblement j'en mercie, LE CUEUR. +Qui loyaument fait son devoir. + +Que pourrait plus faire la belle L'AMANT. +Que de tant pour vous se pener? +Loyaulté soustient ma querelle, LE CUEUR. +Qui lui fait faire sans doubter. +Pensez doncques de bien l'amer. L'AMANT. +Si feray je toute ma vie, LE CUEUR. +Sans changier, de tout mon povoir. +Bien doit estre dame cherie, L'AMANT. +Qui loyaument fait son devoir. + + + +BALADE. + +Mon cueur, ouvrez l'uis de Pensée, +Et recevez un doulx present +Que la tres loyaument amée +Vous envoye nouvellement; +Et vous tenez joyeusement; +Car, bien devez avoir liesse, +Quant la trouvez sans changement +Tousjours tres loyalle maistresse. + +Bien devez prisier la journée +Que fustes sien premierement; +Car sa grace vous a donnée, +Sans faintise, tres loyaument; +Vous le povez veoir clerement, +Car elle vous tient sa promesse, +Soy monstrant vers vous fermement +Tousjours tres loyalle maistresse. + +Par vous soit doncques honnourée, +Et servie soigneusement; +Tant comme vous aurez durée, +Sans point faire departement; +Car vous aurez certainement, +Par elle des biens à largesse, +Puisqu'elle est si entierement +Tousjours tres loyalle maistresse. + +L'ENVOY. + +Grans mercis des foiz plus de cent, +Ma Dame, ma seule Princesse, +Car je vous trouve vrayement +Tousjours tres loyalle maistresse. + + + +BALADE. + +J'ay ou tresor de ma pensée +Ung mirouer qu'ay acheté; +Amour, en l'année passée, +Le me vendy de sa bonté; +Ou quel voy tousjours la beaulté +De celle que l'en doit nommer, +Par droit, la plus belle de France; +Grant bien me fait à m'y mirer, +En actendant bonne esperance. + +Je n'ay chose qui tant m'agrée, +Ne dont tiengne si grant chierté, +Car, en ma dure destinée, +Mainteffoiz m'a reconforté; +Ne mon cueur n'a jamais santé, +Fors, quant il y peut regarder +Des yeulx de joyeuse plaisance, +Il s'y esbat pour temps passer, +En actendant bonne esperance. + +Advis m'est, chascune journée +Que m'y mire, qu'en verité +Toute douleur si m'est ostée; +Pour ce, de bonne voulenté, +Par le conseil de Leaulté, +Mectre le vueil et enfermer +Ou coffre de ma souvenance, +Pour plus seurement le garder, +En actendant bonne esperance. + + + +BALADE. + +Je ne vous puis, ne scay amer, +Ma Dame, tant que je vouldroye; +Car escript m'avez pour m'oster +Ennuy qui trop fort me guerroye: +Mon seul amy, mon bien, ma joye, +Cellui que sur tous amer veulx, +Je vous pry que soyez joyeux +En esperant que brief vous voye. + +Je sens ces motz mon cueur percer +Si doulcement, que ne sauroye +Le confort, au vray, vous mander. +Que vostre messaige m'envoye; +Car vous dictes que querez voye +De venir vers moy, se m'aid Dieux, +Demander ne vouldroye mieulx. +En esperant que brief vous voye. + +Et quant il vous plaist souhaidier +D'estre empres moy, où que je soye; +Par Dieu, nom pareille sans per, +C'est trop fait, se dire l'osoye; +Se suy je qui plus le devroye +Souhaidier de cueur tres soingneux, +C'est ce dont tant suis desireux, +En esperant que brief vous voye. + + + +BALADE. + +L'autrier alay mon cueur veoir, +Pour savoir comment se portoit; +Si trouvay avec lui Espoir +Qui doulcement le confortoit, +Et ces parolles lui disoit: +Cueur, tenez vous joyeusement, +Je vous fais loyalle promesse, +Que je vous garde seurement +Tresor d'amoureuse richesse. + +Car je vous fais pour vray savoir, +Que la plus tres belle qui soit +Vous ayme de loyal vouloir, +Et voulentiers pour vous feroit +Tout ce qu'elle faire pourroit; +Et vous mande que vrayement, +Maugré Dangier et sa rudesse, +Departir vous veult largement +Tresor d'amoureuse richesse. + +Alors mon cueur, pour dire voir, +De joye souvent souspiroit, +Et, combien qu'il portast le noir, +Toutesfoiz pour lors oublioit +Toute la douleur qu'il avoit; +Pensant de recouvrer briefment +Plaisance, Confort et Liesse, +Et d'avoir en gouvernement +Tresor d'amoureuse richesse. + +L'ENVOY. + +A bon espoir mon cueur s'actent, +Et à vous, ma belle maistresse, +Que lui espargniez loyaument +Tresor d'amoureuse richesse. + + + +BALADE. + +Haa, Doulx penser, jamais je ne pourroye +Vous desservir les biens que me donnez, +Car, quant Ennuy mon povre cueur gerroye, +Par fortune, comme bien le savez, +Toutes les foiz qu'amener me voulez +Ung souvenir de ma belle maistresse; +Tantost Doleur, Desplaisir et Tristesse +S'en vont fuiant; ilz n'osent demourer, +Ne se trouver en vostre compaignie; +Mais se meurent de courrous et d'envie, +Quant il vous plaist d'ainsi me conforter. + +L'aise que j'ay, dire je ne sauroye, +Quant Souvenir et vous me racontez +Les tres doulx fais, plaisans et plains de joye +De ma Dame, qui sont congneuz assez +En plusieurs lieux, et si bien renommés, +Que d'en parler chascun en a liesse. +Pour ce, tous deux pour me tollir Destresse, +D'elle vueilliez nouvelles m'aporter, +Le plus souvent que pourrez, je vous prie; +Vous me sauvez, et maintenez la vie, +Quant il vous plaist d'ainsi me conforter. + +Car lors Amour par vous deux si m'envoye +Ung doulx espoir que vous me presentez, +Qui me donne conseil que joyeux soye; +Et puis apres tous trois me promectez +Qu'à mon besoing jamais ne me fauldrez; +Ainsi m'actens tout à vostre promesse, +Car par vous puis avoir, à grant largesse, +Des biens d'Amours, plus que ne scay nombrer, +Maugré Dangier, Dueil et Merencolie, +Que je ne crains en riens; mais les deffie, +Quant il vous plaist d'ainsi me conforter. + +L'ENVOY. + +Jeune, gente, nompareille Princesse, +Puisque ne puis veoir vostre jeunesse, +De m'escrire ne vous vueilliez lasser; +Car vous faictes, je le vous certiffie, +Grant aumosne dont je vous remercie, +Quant il vous plaist d'ainsi me conforter. + + + +BALADE. + +Se je povoye mes souhais +Et mes souspirs faire voler, +Si tost que mon cueur les a fais, +Passer leur feroye la mer, +Et vers celle, tout droit aler, +Que j'ayme du cueur si tres fort. +Comme ma liesse mondaine +Que je tendray jusqu'à la mort. +Pour ma maistresse souveraine. + +Helas! la verray je jamais? +Qu'en dictes vous, tres doulx penser? +Espoir m'a promis, ouil, mais +Trop longtemps me fait endurer; +Et, quant je lui viens demander +Secours à mon besoing, il dort. +Ainsi suis chascune sepmaine +En maint ennuy, sans reconfort, +Pour ma maistresse souveraine. + +Je ne puis demourer en paix, +Fortune ne m'y veult laisser; +Au fort, à présent je me tais, +Et vueil laisser le temps passer; +Pensant d'avoir au par aler, +Par Loyaulté où mon ressort +J'ay mis, de Plaisance l'estraine, +En guerdon des maulx qu'ay à tort +Pour ma maistresse souveraine. + + + +BALADE. + +Fortune, vueilliez moy laissier +En paix une fois, je vous prie; +Trop longuement, à vray compter, +Avez eu sur moy seigneurie. +Tousjours faictes la rencherie +Vers moy, et ne voulez ouir +Les maulx que m'avez fait souffrir, +Il a ja plusieurs ans passez; +Doy je tousjours ainsi languir? +Helas! et n'est ce pas assez? + +Plus ne puis en ce point durer; +A Mercy, mercy je crie; +Souspirs m'empeschent le parler; +Veoir le povez, sans mocquerie. +Il ne fault ja que je le dye; +Pour ce, vous vueil je requerir. +Qu'il vous plaise de me tollir +Les maulx que m'avez amassez, +Qui m'ont mis jusques au mourir; +Helas! et n'est ce pas assez? + +Tous maulx suis content de porter, +Fors ung seul, qui trop fort m'ennuye, +C'est qu'il me fault loing demourer +De celle que tiens pour amye; +Car pieca en sa compaignie +Laissay mon cueur et mon desir; +Vers moy ne veulent revenir, +D'elle ne sont jamais lassez; +Ainsi suy seul, sans nul plaisir, +Helas! et n'est ce pas assez? + +L'ENVOY. + +De balader j'ay beau loisir, +Autres deduiz me sont cassez, +Prisonnier suis, d'Amours martir; +Helas! et n'est ce pas assez? + + + +BALADE. + +Espoir m'a apporté nouvelle +Qui trop me doit reconforter, +Il dit que Fortune la felle +A voulu de soy raviser, +Et toutes faultes amender, +Qu'a faictes contre mon plaisir, +En faisant sa roe tourner. +Dieu doint qu'ainsi puist avenir! + +Quoy que m'ait fait guerre mortelle, +Je suis content de l'esprouver, +Et le desbat qu'ay et querelle, +Vers elle je veuil delaisser, +Et tout courroux lui pardonner: +Car d'elle me puis bien servir. +Se loyaument veult s'acquicter... +Dieu doint qu'ainsi puist avenir! + +Se la povoye trouver telle +Qu'elle me voulsist tant aidier; +Qu'en mes bras, je peusse la belle +Une foiz à mon gré trouver; +Plus ne vouldroye demander, +Car lors j'auroye mon desir, +Et tout quanque doy souhaidier. +Dieu doint qu'ainsi puist avenir! + +L'ENVOY. + +Amour, s'il vous plaist commander +A Fortune de me cherir, +Je pense joye recouvrer; +Dieu doint qu'ainsi puist avenir! + + + +BALADE. + +Je ne me scay en quel point maintenir, +Ce premier jour de May plein de liesse; +Car d'une part puis dire sans faillir +Que, Dieu mercy, j'ay loyalle maistresse, +Qui de tous biens a trop plus qu'à largesse; +Et si pense que, la sienne mercy, +Elle me tient son servant et amy; +Ne doy je bien doncques joye mener, +Et me tenir en joyeuse plaisance? +Certes ouil! et Amour mercier +Tres humblement de toute ma puissance. + +Mais d'autre part, il me convient souffrir +Tant de doleur et de dure destresse +Par Fortune, qui me vient assaillir +De tous costez, qui de maulx est princesse; +Passer m'a fait le plus de ma jeunesse, +Dieu scet comment, en doloreux party; +Et si me fait demourer en soussy, +Loings de celle par qui puis recouvrer +Le vray tresor de ma droicte esperance, +Et que je vueil obeir, et amer +Tres humblement de toute ma puissance. + +Et pour ce May, je vous viens requerir, +Pardonnez moy de vostre gentillesse, +Se je ne puis à present vous servir +Comme je doy, car je vous fais promesse; +J'ay bon vouloir envers vous, mais Tristesse +M'a si longtemps en son dangier nourry, +Que j'ay du tout joye mis en oubly; +Si me vault mieulx seul de gens eslongner, +Qui dolent est ne sert que d'encombrance; +Pour ce, reclus me tendray en penser +Tres humblement de toute ma puissance. + +L'ENVOY. + +Doulx souvenir, chierement je vous pry, +Escrivez tost ceste balade cy; +De par mon cueur la feray presenter +A ma Dame, ma seule desirance, +A qui pieca je le voulu donner +Tres humblement, de toute ma puissance. + + + +BALADE. + +Mon cueur est devenu hermite +En l'ermitaige de Pensée; +Car Fortune la tres despite +Qui l'a hay mainte journée, +S'est nouvellement aliée, +Contre lui, avecques Tristesse, +Et l'ont banny hors de liesse; +Place n'a où puis demourer, +Fors ou bois de Merencolie, +Il est content de s'y logier; +Si lui dis je que c'est folie. + +Mainte parolle lui ay dicte, +Mais il ne l'a point escoutée: +Mon parler riens ne lui proufite, +Sa voulenté y est fermée; +De legier ne seroit changée, +Il se gouverne par Destresse +Qui, contre son prouffit, ne cesse +Nuit et jour de le conseillier; +De si pres lui tient compaignie +Qu'il ne peut ennuy delaissier, +Si lui dis je que c'est folie. + +Pour ce saichiez, je m'en acquicte, +Belle tres loyaument amée, +Se lectre ne lui est escripte +Par vous, ou nouvelle mandée, +Dont sa doleur soit allegée, +Il a fait son veu et promesse +De renoncer à la richesse +De plaisir, et de doulx penser; +Et apres ce, toute sa vie, +L'abit de Desconfort porter, +Si lui dis je que c'est folie. + +L'ENVOY. + +Se par vous n'est Belle sans per, +Pour quelque chose que lui dye, +Mon cueur ne se veult conforter, +Si lui dis je que c'est folie. + + + +BALADE. + +Dangier, je vous gecte mon gant, +Vous appellant de traison, +Devant le Dieu d'amours puissant +Qui me fera de vous raison; +Car vous m'avez, mainte saison, +Fait douleur à tort endurer, +Et me faictes loings demourer +De la nompareille de France. +Mais vous l'avez tousjours d'usance +De grever loyaulx amoureux, +Et pour ce que je suis l'un d'eulx, +Pour eulx et moy prens la querelle; +Par Dieu, vilain, vous y mourrez +Par mes mains, point ne le vous celle, +S'à Loyaulté ne vous rendez. + +Comment avez vous d'orgueil tant? +Que vous osez sans achoison +Tourmenter aucun vray amant +Qui, de cueur et d'entencion, +Sert Amours sans condicion; +Certes moult estes à blasmer, +Pensez donques de l'amender, +En laissant vostre malvueillance, +Et par tres humble repentance, +Alez crier mercy à ceulx +Que vous avez faiz doloreux, +Et qui vous ont trouvé rebelle; +Autrement pour seur vous tenez +Que gaige je vous appelle, +S'à Loyaulté ne vous rendez, + +Vous estes tous temps mal pensant, +Et plain de faulse soupecon; +Ce vous vient de mauvais talant +Nourry en couraige felon; +Quel mal ou ennuy vous fait on? +Se par amours on veult amer, +Pour plus aise le temps passer +En lyee joyeuse plaisance; +C'est gracieuse desirance. +Pour ce, faulx, vilain, orgueilleux, +Changiez voz vouloirs oultragieux, +Ou je vous feray guerre telle +Que, sans faillir, vous trouverez +Qu'elle vauldra pis que mortelle, +S'à Loyaulté ne vous rendez. + + + +BALADE. + +Se Dieu plaist, briefment la nuée +De ma tristesse passera, +Belle tres loyaument amée, +Et le beau temps se monstrera: +Mais savez vous quant ce sera? +Quant le doulx souleil gracieux +De vostre beaulté entrera +Par les fenestres de mes yeulx. + +Lors la chambre de ma pensée +De grant plaisance reluira, +Et sera de joye parée, +Adonc mon coeur s'esveillera +Qui en dueil dormy longtemps a, +Plus ne dormira, se m'aid Dieux, +Quant ceste clarté le ferra +Par les fenestres de mes yeulx. + +Helas! quant vendra la journée, +Qu'ainsi avenir me pourra +Ma maistresse tres desirée, +Pensez vous que brief avendra; +Car mon cueur tousjours languira +En ennuy sans point avoir mieulx, +Jusqu'à tant que ce cy verra +Par les fenestres de mes yeulx. + +L'ENVOY. + +De Reconfort mon cueur aura +Autant que nul dessoubz les cieulx, +Belle, quant vous regardera, +Par les fenestres de mes yeulx. + + + +BALADE. + +Au court jeu de tables jouer, +Amour me fait moult longuement; +Car tousjours me charge garder +Le point d'actente seulement; +En me disant que vrayement +Se ce point lye scay tenir, +Qu'au derrain je doy, sans mentir, +Gaaingnier le jeu entierement. + +Je suy pris, et ne puis entrer +Ou point que desire souvent; +Dieu me doint une fois gecter +Chance qui soit aucunement +A mon propos, car autrement +Mon cueur sera pis que martir, +Se ne puis, ainsi qu'ay desir, +Gaaingnier le jeu entierement. + +Fortune fait souvent tourner +Les dez contre moy mallement; +Mais Espoir, mon bon conseillier, +M'a dit et promis seurement, +Que Loyaulté prochainement +Fera Boneur vers moy venir +Qui me fera, à mon plaisir, +Gaaingnier le jeu entierement. + +L'ENVOY. + +Je vous supply tres humblement, +Amour, aprenez moy comment +J'asserray les dez sans faillir; +Par quoi puisse, sans plus languir, +Gaaingnier le jeu entierement. + + + +BALADE. + +Vous, soyez la tres bien venue +Vers mon cueur, Joyeuse nouvelle, +Avez vous point ma Dame veue? +Contez moi quelque chose d'elle; +Dictes moy, n'est elle pas telle +Qu'estoit? quant derrenierement, +Pour m'oster de merencolie, +M'escrivy amoureusement: +C'estes vous de qui suis amye. + +Son vouloir jamais ne se mue, +Ce croy je, mais tient la querelle +De Loyaulté, qu'a retenue +Sa plus prochaine damoiselle; +Bien le monstre, sans que le celle, +Qu'elle se maintient loyaument, +Quant lui plaist, dont je la mercie, +Me mander si tres doulcement: +C'estes vous de qui suis amye. + +Pour le plus eureux soubz la nue +Me tiens, quant m'amye s'appelle; +Car en tous lieux, où est congneue, +Chascun la nomme la plus belle; +Dieu doint que, maugré le rebelle +Dangier, je la voye briefment, +Et que de sa bouche me die: +Amy, pensez que seulement +C'estes vous de qui suis amye. + +L'ENVOY. + +J'ay en mon cueur joyeusement +Escript, afin que ne l'oublie, +Ce refrain qu'ayme chierement: +C'estes vous de qui suis amye. + + + +BALADE. + +Trop longtemps vous voy sommeillier, +Mon cueur, en dueil et desplaisir; +Vueilliez vous ce jour esveillier, +Alons au bois le May cueillir, +Pour la coustume maintenir. +Nous orrons des oyseaulx le glay, +Dont ilz font les bois retentir, +Ce premier jour du mois de May, + +Le Dieu d'amours est coustumier, +A ce jour, de feste tenir, +Pour amoureux cueurs festier +Qui desirent de le servir; +Pour ce, fait les arbres couvrir +De fleurs, et les champs de vert gay; +Pour la feste plus embellir, +Ce premier jour du mois de May. + +Bien scay, mon cueur, que faulx Dangier +Vous fait mainte paine souffrir; +Car il vous fait trop eslongner +Celle qui est vostre desir; +Pourtant vous fault esbat querir; +Mieux conseiller, je ne vous scay, +Pour vostre doleur amendrir, +Ce premier jour du mois de May. + +L'ENVOY. + +Ma Dame, mon seul souvenir, +En cent jours n'auroye loisir +De vous raconter, tout au vray, +Le mal qui tient mon cueur martir, +Ce premier jour du mois de May. + + + +BALADE. + +J'ay mis en escript mes souhais +Ou plus parfont de mon penser; +Et combien, quant je les ay fais, +Que peu me pevent profiter; +Je ne les vouldroye donner +Pour nul or, qu'on me sceust offrir, +En esperant, qu'au par aler, +De mille l'un puist avenir. + +Par la foy de mon corps! jamais +Mon cueur ne se peut d'eulx lasser; +Car si richement sont pourtrais, +Que souvent les vient regarder, +Et s'y esbat pour temps passer, +En disant par ardent desir: +Dieu doint que, pour me conforter, +De mille l'un puist avenir! + +C'est merveille, quant je me tais, +Que j'oy mon cueur ainsi parler; +Et tient avec Amour ses plais, +Que tousjours veult acompaignier; +Car il dit que des biens d'amer +Cent mille lui veult departir; +Plus ne quier, mais que sans tarder, +De mille l'un puist avenir. + +L'ENVOY. + +Vueilliez à mon cueur accorder, +Sans par parolles le mener, +Amour, que par vostre plaisir, +Des biens que lui voulez donner, +De mille l'un puist avenir. + + + +BALADE. + +Par le commandement d'Amours +Et de la plus belle de France, +J'enforcis mon chastel tousjours +Appellé Joyeuse plaisance, +Assis sur roche d'Esperance, +Avitaillé l'ay de Confort; +Contre Dangier et sa puissance, +Je le tendray jusqu'à la mort. + +En ce chastel y a trois tours, +Dont l'une se nomme Fiance +D'avoir briefment loyal secours, +Et la seconde Souvenance, +La tierce Ferme desirance. +Ainsi le chastel est si fort +Que nul n'y peut faire grevance; +Je le tendray jusqu'à la mort. +Combien que Dangier, par faulx tours, +De le m'oster souvent s'avance; +Mais il trouvera le rebours, +Se Dieu plaist, de sa malvueillance; +Bon droit est de mon aliance, +Loyaulté et lui sont d'accort +De m'aidier, pour ce, sans doubtance; +Je le tendray jusqu'à la mort. + +L'ENVOY. + +Faisons bon guet sans decevance +Et assaillons par ordonnance, +Mon cueur, Dangier qui nous fait tort; +Se prandre le puis par vaillance, +Je le tendray jusqu'à la mort. + + + +BALADE. + +La premiere foiz, ma Maistresse, +Qu'en vostre presence vendray, +Si ravi seray de liesse, +Qu'à vous parler je ne pourray; +Toute contenance perdray, +Car, quant vostre beaulté luira +Sur moy, si fort esbloira +Mes yeulx que je ne verray goute; +Mon cueur aussi se pasmera, +C'est une chose que fort doubte. + +Pour ce, nompareille Princesse, +Quant ainsi devant vous seray, +Vueilliez, par vostre grant humblesse, +Me pardonner, se je ne scay +Parler à vous, comme devray; +Mais tost apres, s'asseurera +Mon cueur, et puis vous contera +Son fait, mais que nul ne l'escoute; +Dangier grant guet sur lui fera, +C'est une chose que fort doubte. + +Et se mectra souvent en presse +D'ouir tout ce que je diray; +Mais je pense que par sagesse +Si tres bien me gouverneray, +Et telle maniere tendray, +Que faulx Dangier trompé sera, +Ne nulle riens n'appercevra; +Si mectra il sa paine toute +D'espier tout ce qu'il pourra; +C'est une chose que fort doubte. + + + +BALADE. + +Me mocquez vous, Joyeulx Espoir, +Par parolles trop me menez, +Pensez vous de me decevoir; +Chascun jour vous me promectez +Que briefment veoir me ferez +Ma Dame, la gente Princesse, +Qui a mon cueur entierement; +Pour Dieu, tenez vostre promesse, +Car trop ennuié qui actent. + +Il a longtemps, pour dire voir, +Que tout mon estat congnoissez; +N'ay je fait mon loyal devoir +D'endurer, comme bien savez, +Ouil, ce croy je plus qu'assez; +Temps est que me donnez liesse, +Desservie l'ay loyaument, +Pardonnez moy, se je vous presse, +Car trop ennuié qui actent. + +Ne me mectez à nonchaloir, +Honte sera se me failliez, +Veu que me fie main et soir +En tout ce que faire vouldrez, +Se mieulx faire ne me povez, +Au moins monstrez moy ma maistresse +Une foiz, pour aucunement +Allegier le mal qui me blesse, +Car trop ennuié qui actent. + +L'ENVOY. + +Espoir, tousjours vous m'asseurez +Que bien mon fait ordonnerez, +Bel me parlez, je le confesse; +Mais, tant y mectez longuement, +Que je languis en grant destresse, +Car trop ennuié qui actent. + + + +BALADE. + +Le premier jour du mois de May +S'acquicte vers moy grandement; +Car, ainsi qu'à présent, je n'ay +En mon cueur que deuil et tourment; +Il est aussi pareillement +Troublé, plain de vent et de pluie; +Estre souloit tout autrement, +Ou temps qu'ay congneu en ma vie. + +Je croy qu'il se met en essay +De m'acompaignier loyaulment; +Content m'en tiens, pour dire vray, +Car meschans, en leur pensement, +Recoivent grand allegement, +Quant en leurs maulx ont compaignie; +Essayé l'ay certainement, +Ou temps qu'ay congneu en ma vie. + +Las! j'ay veu May joyeux et gay, +Et si plaisant à toute gent, +Que raconter au long ne scay +Le plaisir et esbatement +Qu'avait en son commandement; +Car Amour, en son abbaye, +Le tenoit chief de son couvent, +Ou temps qu'ay congneu en ma vie. + +L'ENVOY. + +Le temps va je ne scay comment, +Dieu l'amende prouchainement! +Car Plaisance est endormie, +Qui souloit vivre lyement, +Ou temps qu'ay congneu en ma vie. + + + +BALADE. + +Pour Dieu, gardez bien souvenir +Enclos dedens vostre pensée, +Ne le laissiez dehors yssir, +Belle tres loyaument amée; +Faictes que chascune journée +Vous ramentoive bien souvent +La maniere quoy et comment, +Ja pieca, me feistes promesse, +Quant vous retins premierement +Ma Dame, ma seule maistresse. + +Vous savez que, par franc desir +Et loyal amour conseillée, +Me deistes que, sans departir, +De m'amer estiez fermée; +Tant comme j'auroye durée. +Je metz en vostre jugement +Se ma bouche dit vray ou ment; +Si tiens que parler de princesse +Vient du cueur, sans decevement, +Ma dame, ma seule maistresse. + +Non pourtant, me fault vous ouvrir +La double qu'en moy est entrée: +C'est que j'ay paour, sans vous mentir, +Que ne m'ayez, tres belle née, +Mis en oubly; car mainte année +Suis loingtain de vous longuement, +Et n'oy de vous aucunement +Nouvelle pour avoir liesse; +Pourquoy vis douloreusement, +Ma Dame, ma seule maistresse. + +Nul remede ne scay querir, +Dont ma doleur soit allegée; +Fors que souvent vous requerir, +Que la foy que m'avez donnée +Soit par vous loyaument gardée; +Car vous congnoissiez clerement +Que, par vostre commandement, +Ay despendu de ma jeunesse, +Pour vous actendre seulement, +Ma Dame, ma seule maistresse. + +Plus ne vous convient esclarsir +La chose que vous ay comptée; +Vous la congnoissiez, sans faillir; +Pour ce, soyez bien advisée +Que je ne vous trouve muée; +Car, s'en vous trouve changement, +Je requerray tout haultement, +Devant l'amoureuse Deesse, +Que j'aye de vous vengement, +Ma dame, ma seule maistresse. + +L'ENVOY. + +Se je puis veoir seurement +Que m'amez tousjours loyaument, +Content suis de passer destresse +En vous servant joyeusement, +Ma Dame, ma seule maistresse. + + + +BALADE. + +Helas! helas! qui a laissié entrer +Devers mon cueur doloreuse nouvelle? +Conté lui a plainement, sans celer, +Que sa Dame, la tres plaisant et belle, +Qu'il a longtemps tres loyaument servie, +Est à present en griefve maladie; +Dont il est cheu en desespoir si fort, +Qu'il souhaide piteusement la mort, +Et dit qu'il est ennuyé de sa vie. + +Je suis alé pour le reconforter, +En lui priant qu'il n'ait nul soussy d'elle, +Car, se Dieu plaist, il orra brief conter +Que ce n'est pas maladie mortelle, +Et que sera prochainement guerrie; +Mais ne lui chault de chose que lui die; +Aincois en pleurs, a tousjours son ressort +Par Tristesse qui asprement le mort, +Et dit qu'il est ennuyé de sa vie. + +Quant je lui dy qu'il ne se doit doubter, +Car Fortune n'est pas si tres cruelle, +Qu'elle voulsist hors de ce monde oster +Celle qui est des princesses l'estoille, +Qui partout luist des biens dont est garnie; +Il me respond; qu'il est fol qui se fie +En Fortune qui a fait à maint tort. +Ainsi ne voult recevoir reconfort, +Et dit qu'il est ennuyé de sa vie. + +L'ENVOY. + +Dieu tout puissant, par vostre courtoisie +Guerissez la, ou mon cueur vous supplie +Que vous souffrez que la mort son effort +Face sur lui, car il en est d'accort, +Et dit qu'il est ennuyé de sa vie. + + + +BALADE. + +Sitost que l'autre jour j'ouy +Que ma souveraine sans per +Estoit guerie, Dieu mercy, +Je m'en alay sans point tarder +Vers mon cueur pour le lui conter; +Mais certes tant le desiroit, +Qu'à paine croire le povoit, +Pour la grant amour qu'a en elle, +Et souvent a par soy disoit: +Saint Gabriel, bonne nouvelle. + +Je lui dis: mon cueur, je vous pry, +Ne vueilliez croire ne penser +Que moy, qui vous suy vray amy, +Vous vueille mensonges trouver, +Pour en vain vous reconforter; +Car, trop mieulx taire me vaudroit, +Que le dire se vray n'estoit; +Mais la vérité si est telle, +Soyez joyeulx comment qu'il soit. +Saint Gabriel, bonne nouvelle. + +Alors mon cueur me respondy: +Croire vous vueil sans plus doubter, +Et tout le courroux et soussy +Qu'il m'a convenu endurer, +En joye le vueil retourner; +Puis apres, ses yeulx essuyoit +Que de plourer moilliez avoit, +Disant: il est temps que rappelle +Espoir qui delaissié m'avoit. +Saint Gabriel, bonne nouvelle. + +L'ENVOY. + +Il me dist aussi qu'il feroit, +Dedens l'amoureuse chapelle, +Chanter la messe qu'il nommoit: +Saint Gabriel, bonne nouvelle. + + + +BALADE. + +Las! Mort qui t'a fait si hardie. +De prendre la noble Princesse +Qui estait mon confort, ma vie, +Mon bien, mon plaisir, ma richesse; +Puisque tu as prins ma maistresse, +Prens moy aussi son serviteur, +Car j'ayme mieulx prouchainement +Mourir, que languir en tourment, +En paine, soussy et doleur. + +Las! de tous biens estoit garnie, +Et en droicte fleur de jeunesse; +Je pry à Dieu qu'il te maudie, +Faulse mort, plaine de rudesse; +Se prise l'eusses en vieillesse, +Ce ne fust pas si grant rigueur; +Mais prise l'as hastivement, +Et m'as laissié piteusement +En paine, soussy et doleur. + +Las! je suis seul, sans compaignie, +Adieu ma Dame, ma liesse; +Or est nostre amour departie, +Non pourtant, je vous fais promesse +Que de prieres, à largesse, +Morte vous serviray de cueur, +Sans oublier aucunement, +Et vous regrecteray souvent +En paine, soussy et doleur + +L'ENVOY. + +Dieu, sur tout souverain Seigneur, +Ordonnez, par grace et doulceur, +De l'ame d'elle, tellement +Qu'elle ne soit pas longuement +En paine, soussy et doleur. + + + +BALADE. + +J'ai aux esches joué devant Amours, +Pour passer temps, avecques faulx Dangier, +Et seurement me suy gardé tousjours, +Sans riens perdre jusques au derrenier, +Que Fortune lui est venu aidier, +Et par meschief, que maudite soit elle! +A ma Dame prise soudainement; +Par quoy suy mat, je le voy clerement, +Se je ne fais une Dame nouvelle. + +Eu ma Dame j'avoye mon secours, +Plus qu'en autre, car souvent d'encombrier +Me delivroit, quant venoit à son cours, +Et en gardes faisoit mon jeu lier; +Je n'avoye Pion, ne Chevalier, +Auffin ne Rocq qui peussent ma querelle +Si bien aidier; il y pert vrayement, +Car j'ay perdu mon jeu entierement, +Se je ne fais une Dame nouvelle. + +Je ne me scay jamais garder des tours +De Fortune, qui mainteffoiz changier +A fait mon jeu, et tourner à rebours; +Mon dommaige scet bientost espier, +Elle m'assault sans point me desfier; +Par mon serement, oncques ne congneu telle; +Enjeu party suy si estrangement, +Que je me rens, et n'y voy sauvement, +Se je ne fais une Dame nouvelle. + + + +BALADE. + +Je me souloye pourpenser +Au commencement de l'année, +Quel don je pourroye donner +A ma Dame la bien amée; +Or suis hors de ceste pensée, +Car Mort l'a mise soubz la lame, +Et l'a hors de ce monde ostée, +Je pry à Dieu qu'il en ait l'ame. + +Non pourtant, pour tousjours garder +La coustume que j'ay usée, +Et pour à toutes gens monstrer +Que pas n'ay ma Dame oubliée, +De messes je l'ay estrenée; +Car ce me seroit trop de blasme +De l'oublier ceste journée, +Je pry à Dieu qu'il en ait l'ame. + +Tellement lui puist prouffiter +Ma priere, que confortée +Soit son ame, sans point tarder, +Et de ses biensfaiz guerdonnée +En Paradis, et couronnée +Comme la plus loyalle Dame +Qu'en son vivant j'aye trouvée; +Je pry à Dieu qu'il en ait l'ame + +L'ENVOY. + +Quant je pense à la renommée +Des grans biens dont estoit parée, +Mon povre cueur de dueil se pasme; +De lui souvent est regrectée, +Je pry à Dieu qu'il en ait l'ame. + + + +BALADE. + +Quant Souvenir me ramentoit +La grant beaulté dont estoit plaine, +Celle que mon cueur appeloit +Sa seule Dame souveraine, +De tous biens la vraye fontaine, +Qui est morte nouvellement, +Je dy, en pleurant tendrement, +Ce monde n'est que chose vaine. + +Ou vieil temps grant renom couroit +De Creseide, Yseud, Elaine +Et mainte autres, qu'on nommoit +Parfaictes en beaulté haultaine. +Mais, au derrain, en son demaine +La Mort les prist piteusement; +Parquoy puis veoir clerement, +Ce monde n'est que chose vaine. + +La Mort a voulu et vouldroit, +Bien le cognois, mectre sa paine +De destruire, s'elle povait, +Liesse et Plaisance mondaine, +Quant tant de belles dames maine +Hors du monde; car vrayement +Sans elles, à mon jugement, +Ce monde n'est que chose vaine. + +L'ENVOY. + +Amours, pour verité certaine, +Mort vous guerrie fellement; +Se n'y trouvez amendement, +Ce monde n'est que chose vaine. + + + +BALADE. + +Le premier jour du mois de May, +Trouvé me suis en compaignie +Qui estoit, pour dire le vray, +De gracieuseté garnie; +Et, pour oster merencolie, +Fut ordonné qu'on choisiroit, +Comme fortune donneroit, +La fueille plaine de verdure, +Ou la fleur pour toute l'année; +Si prins la feuille pour livrée, +Comme lors fut mon aventure. + +Tantost apres je m'avisay, +Qu'à bon droit, je l'avoye choisie; +Car, puisque par mort perdu ay +La fleur, de tous biens enrichie, +Qui estoit ma Dame, m'amie, +Et qui de sa grace m'amoit, +Et pour son amy me tenoit, +Mon cueur d'autre fleur n'a plus cure: +Adonc congneu que ma pensée +Accordoit à ma destinée, +Comme lors fut mon aventure. + +Pour ce, la fueille porteray +Cest an, sans que point je l'oublie; +Et à mon povoir me tendray +Entierement de sa partie; +Je n'ay de nulle fleur envie, +Porte la qui porter la doit, +Car la fleur, que mon cueur amoit +Plus que nulle autre creature, +Est hors de ce monde passée, +Qui son amour m'avoit donnée, +Comme lors fut mon aventure. + +L'ENVOY. + +Il n'est fueille, ne fleur qui dure +Que pour ung temps, car esprouvée +J'ay la chose que j'ay comptée, +Comme lors fut mon aventure. + + + +BALADE. + +Le lendemain du premier jour de May, +Dedens mon lit, ainsi que je dormoye, +Au point du jour m'avint que je songay +Que devant moy une fleur je veoye, +Qui me disoit: Amy, je me souloye +En toy fier, car pieca mon party +Tu tenoies, mais mis l'as en oubly, +En soustenant la fueille contre moy; +J'ay merveille que tu veulx faire ainsi, +Riens n'ay meffait, ce pense je, vers toy. + +Tout esbahy alors je me trouvay, +Si respondy au mieulx que je savoye: +Tres belle fleur, oncques je ne pensay +Faire chose qui desplaire te doye; +Se, pour esbat, aventure m'envoye +Que je serve la fueille cest an cy, +Doy je pourtant estre de toy banny? +Nennil certes, je fais comme je doy, +Et, se je tiens le party qu'ay choisy, +Riens n'ay meffait, ce pense je, vers toy. + +Car non pourtant honneur te porteray +De bon vouloir, quelque part que je soye, +Tout pour l'amour d'une fleur que j'amay +Ou temps passé; Dieu doint que je la voye +En Paradis, apres ma mort, en joye; +Et pour ce, fleur, chierement je te pry, +Ne te plains plus, car cause n'as pourquoy, +Puisque je fais ainsi que tenu suy, +Riens n'ay meffait, ce pense je, vers toy. + +L'ENVOY. + +La vérité est telle que je dy, +J'en fais juge Amour le puissant Roy; +Tres doulce fleur, point ne te cry mercy, +Riens n'ay meffait, ce pense je, vers toy. + + + +BALADE. + +En la forest d'ennuieuse tristesse, +Ung jour m'avint qu'à par moy cheminoye, +Si rencontray l'amoureuse Deesse +Qui m'appella, demandant où j'aloye. +Je respondy que par Fortune estoye +Mis en exil en ce bois, longtemps a, +Et, qu'à bon droit, appeller me povoye +L'omme esgaré qui ne scet où il va. + +Et soubzriant, par sa tres grant humblesse, +Me respondy: Amy, se je savoye +Pourquoy tu es mis en ceste destresse, +A mon povoir, voulentiers t'aideroye; +Car, ja pieca, je mis ton cueur en voye +De tout plaisir, ne scay qui l'en osta; +Or me desplaist qu'à present je te voye +L'omme esgaré qui ne scet où il va. + +Helas! dis je, souveraine Princesse, +Mon fait savez, pourquoy le vous diroye? +C'est par la Mort qui fait à tous rudesse, +Qui m'a tollu celle que tant amoye, +En qui estoit tout l'espoir que j'avoye, +Qui me guidoit, si bien m'acompaigna +En son vivant, que point ne me trouvoye +L'omme esgaré qui ne scet où il va. + +L'ENVOY. + +Aveugle suy, ne scay où aler doye; +De mon baston affin que ne forvoye, +Je vois tastant mon chemin ca et là; +C'est grant pitié qu'il convient que je soye +L'omme esgaré qui ne scet où il va. + + + +BALADE. + +J'ay esté de la compaignie +Des amoureux moult longuement, +Et m'a Amour, dont le mercie, +Donné de ses biens largement; +Mais au derrain, ne scay comment, +Mon fait est venu au contraire; +Et, à parler ouvertement, +Tout est rompu, c'est à reffaire + +Certes, je ne cuidoye mie +Qu'en amer eust tel changement; +Car, chascun dit que c'est la vie +Où il a plus d'esbatement; +Helas! j'ay trouvé autrement; +Car, quant en l'amoureux repaire +Cuidoye vivre seurement, +Tout est rompu, c'est à reffaire. + +Au fort, en Amour je m'affie +Qui m'aidera aucunement, +Pour l'amour de sa seigneurie +Que j'ay servie loyaument; +N'oncques ne fis, par mon serement, +Chose qui lui doye desplaire, +Et non pourtant estrangement, +Tout est rompu, c'est à reffaire. + +L'ENVOY. + +Amour, ordonnez tellement +Que j'aye cause de me taire, +Sans plus dire de cueur dolent: +Tout est rompu, c'est à reffaire. + + + +BALADE. + +Plaisant Beaulté mon cueur nasvra +Ja pieca, si tres durement +Qu'en la fievre d'amours entra, +Qui l'a tenu moult asprement; +Mais, de nouvel presentement, +Ung bon medicin qu'on appelle +Nonchaloir, que tiens pour amy, +M'a guery, la sienne mercy, +Se la playe ne renouvelle. + +Quant mon cueur tout sain se trouva, +Il l'en mercia grandement; +Et humblement lui demanda: +S'en santé serait longuement? +Il respondy tres saigement: +Mais que gardes bien ta fourcelle +Du vent d'Amours qui te fery, +Tu es en bon point jusqu'à cy, +Se la playe ne renouvelle. + +L'embusche de Plaisir entra +Parmy tes yeulx soutifvement; +Jeunesse le mal pourchassa, +Qui t'avoit en gouvernement; +Et puis bouta priveement +Dedens ton logis l'estincelle +D'Ardant desir qui tout ardy; +Lors fus nasvré, or t'ay guery, +Se la playe ne renouvelle. + + + +BALADE. + +Le beau souleil, le jour saint Valentin, +Qui apportait sa chandelle alumée, +N'a pas longtemps, entra ung bien matin +Priveement en ma chambre fermée. +Celle clarté, qu'il avoit apportée, +Si m'esveilla du somme de Soussy, +Où j'avoye toute la nuit dormy +Sur le dur lit d'ennuieuse pensée. + +Ce jour aussi, pour partir leur butin +Des biens d'Amours, faisoient assemblée +Tous les oyseaulx, qui parlans leur latin, +Crioyent fort, demandans la livrée +Que Nature leur avoit ordonnée; +C'estoit d'un per comme chascun choisy; +Si ne me peu rendormir, pour leur cry, +Sur le dur lit d'ennuieuse pensée. + +Lors en moillant de larmes mon coessin, +Je regrectay ma dure destinée, +Disant: Oyseaulx je vous voy en chemin +De tout plaisir et joye désirée; +Chascun de vous a per qui lui agrée, +Et point n'en ay, car Mort, qui m'a trahy, +A prins mon per, dont en dueil je languy +Sur le dur lit d'ennuieuse pensée. + +L'ENVOY. + +Saint Valentin choisissent ceste année +Ceulx et celles de l'amoureux party; +Seul me tendray, de confort desgarny, +Sur le dur lit d'ennuieuse pensée. + + + +BALADE. + +Mon cueur dormant en nonchaloir, +Reveilliez vous joyeusement, +Je vous fais nouvelles savoir, +Qui vous doit plaire grandement; +Il est vray que presentement +Une Dame tres honnorée +En toute bonne renommée, +Desire de vous acheter, +Dont je suy joyeulx et d'accort; +Pour vous, son cueur me veult donner, +Sans departir, jusqu'à la mort. + +Ce change doy je recevoir +En grant gré, tres joyeusement; +Or, vous charge d'entier povoir +Si chier et tant estroictement, +Que je puis plus que loyaument +Soit par vous cherie et amée; +Et, en tous lieux, nuit et journée +L'acompaignier, sans la laissier, +Tant que j'en aye bon rapport; +Il vous convient sien demourer, +Sans departir, jusqu'à la mort. + +Alez vous logier ou manoir +De son tres gracieux corps gent, +Pour y demourer main et soir, +Et l'onnourer entierement; +Car, par son bon commandement, +Lieutenant vous veult ordonner +De son cueur, en joyeulx deport; +Pensez de bien vous gouverner, +Sans departir, jusqu'à la mort. + + + +BALADE. + +Belle, se ne m'osez donner +De voz doulx baisiers amoureux, +Pour paour de Dangier courroucer, +Qui tousjours est fel et crueux; +J'en embleray bien ung ou deux; +Mais que, n'y prenez desplaisir, +Et que le vueilliez consentir, +Maugré Dangier et ses conseulx. + +De ce faulx vilain aveugler, +Dieu scet se j'en suis desireux; +Nul ne le peut aprivoiser, +Tout temps est si souspeconneux, +Qu'en penser languist doloreux, +Quant il voit Plaisance venir; +Mais elle se scet bien chevir, +Maugré Dangier et ses conseulx. + +Quand estroit la cuide garder, +Hardy cueur, secret et eureux, +S'avecques lui scet amener +Avis bon et aventureux, +Desguisé soubz maintien honteux; +Bien pevent Dangier endormir; +Lors Plaisance fait son desir, +Maugré Dangier et ses conseulx. + +L'ENVOY. + +Bien dessert guerdon plantureux +Advis, qui scet si bien servir +Au besoing, et trouver loisir, +Maugré Dangier et ses conseulx. + + + +BALADE. + +J'ay fait l'obseque de ma Dame +Dedens le moustier amoureux, +Et le service pour son ame +A chanté Penser doloreux; +Mains sierges de souspirs piteux +Ont esté en son luminaire; +Aussy j'ay fait la tombe faire +De regretz, tous de lermes pains, +Et tout entour, moult richement, +Est escript: Cy gist vrayement +Le tresor de tous biens mondains. + +Dessus elle, gist une lame +Faictes d'or et de saffirs bleux; +Car saffir est nommé la jame +De Loyaulté, et l'or eureux; +Bien lui appartiennent ces deux; +Car Eur et Loyaulté pourtraire +Voulu, en la tres debonnaire, +Dieu, qui la fist de ses deux mains, +Et fourma merveilleusement; +C'estoit, à parler plainement, +Le tresor de tous biens mondains. + +N'en parlons plus, mon cueur se pasme +Quant il oyt les faiz vertueux +D'elle, qui estoit sans nul blasme; +Comme jurent celles et ceulx +Qui congnoissoient ses conseulx; +Si croy que Dieu la voulu traire +Vers lui, pour parer son repaire +De Paradis, où sont les sains, +Car c'est d'elle bel parement, +Que l'en nommoit communement +Le tresor de tous biens mondains. + +L'ENVOY. + +De riens ne servent pleurs, ne plains; +Tous mourrons, ou tart ou briefment; +Nul ne peut garder longuement +Le tresor de tous biens mondains. + + + +BALADE. + +Puisque Mort a prins ma maistresse, +Que sur toutes amer souloye, +Mourir me convient en tristesse, +Certes plus vivre ne pourroye; +Pour ce, par deffaulte de joye +Tres malade, mon testament +J'ai mis en escript doloreux, +Lequel je presente humblement +Devant tous loyaulx amoureux. + +Premierement, à la haultesse +Du Dieu d'amours donne et envoye +Mon esperit, et en humblesse +Lui supplie qu'il le convoye +En son Paradis, et pourvoye; +Car je jure que loyaument +L'a servi de vueil desireux; +Advouer le puis vrayement +Devant tous loyaulx amoureux. + +Oultre plus, vueil que la richesse +Des biens d'Amours qu'avoir souloye, +Departie, soit à largesse, +A vraiz amans, et ne vouldroye +Que faulx amans, par nulle voye, +En eussent part aucunement; +Oncques n'euz amistié à eulx; +Je le prans sur mon sauvement +Devant tous loyaulx amoureux. + +L'ENVOY. + +Sans espargnier or, ne monnoye, +Loyaulté veult qu'en terre soye +En sa chapelle grandement; +Dont je me tiens pour bien eureux, +Et l'en mercie chierement +Devant tous loyaulx amoureux. + + + +BALADE. + +J'oy estrangement +Plusieurs gens parler, +Qui trop mallement +Se plaingnent d'amer; +Car, legierement, +Sans paine porter, +Vouldroient, briefment. +A fin amener +Tout leur pensement. + +C'est fait follement +D'ainsi desirer; +Car, qui loyaument +Veulent acquester +Bon guerdonnement, +Maint mal endurer +Leur fault, et souvent +A rebours trouver +Tout leur pensement. + +S'Amour humblement +Veulent honnourer, +Et soingneusement +Servir, sans faulser; +Des biens largement +Leur fera donner; +Mais, premierement, +Il veult esprouver +Tout leur pensement. + + + +SONGE EN COMPLAINTE. + +Apres le jour qui est fait pour traveil, +Ensuit la nuit pour repos ordonnée; +Pour ce, m'avint que chargié de sommeil +Je me trouvav moult fort une vesprée. +Pour la peine que j'avoye portée +Le jour devant, si fis mon appareil +De me couchier, sitost que le souleil +Je vy retrait, et sa clarté mussée. + +Quant couchié fu, de legier m'endormy; +Et en dormant, ainsi que je songoye, +Advis me fu que, devant moy, je vy +Ung vieil homme que point ne congnoissoye; +Et non pourtant autresfoiz veu l'avoye, +Ce me sembla; si me trouvay marry +Que j'avoye son nom mis en oubly, +Et, pour honte, parler à lui n'osoye. + +Ung peu se teut, et puis m'araisonna, +Disant: Amy, n'avez vous de moy cure? +Je suis Aage qui lectres apporta +A Enfance, de par Dame Nature, +Quant lui chargeay que plus la nourriture +N'auroit de vous, alors vous delivra +A Jeunesse, qui gouverné vous a +Moult longuement, sans raison et mesure. + +Or est ainsi, que Raison qui sur tous +Doit gouverner, a fait tres grant complainte +A Nature, de Jeunesse et de vous, +Disant qu'avez tous deux fait faulte mainte, +Avisez vous, ce n'est pas chose fainte; +Car Vieillesse, la mere de courrous, +Qui tout abat et amaine au dessoubz, +Vous donnera dedens brief une atainte. + +Au derrenier, ne la povez fuir; +Si vous vault mieulx, tandis qu'avez jeunesse, +A vostre honneur de folie partir, +Vous esloingnant de l'amoureuse adresse; +Car, en discort, sont Amours et Vieillesse, +Nul ne les peut à leur gré bien servir; +Amour vous doit pour excuse tenir, +Puisque la Mort a prins vostre maistresse. + +Et tout ainsi, qu'assez est avenant +A jeunes gens, en l'amoureuse voye +De temps passer, c'est aussi mal seant, +Quant en amours ung vieil homme folloye; +Chascun s'en rit, disant: Dieu qu'elle joye! +Ce foul vieillart veult devenir enfant; +Jeunes et vieulx du doy le vont monstrant, +Mocquerie par tous lieux le convoye. + +A vostre honneur povez Amours laisser +En jeune temps, comme par nonchalance; +Lors ne pourra nul de vous raconter, +Que l'ayez fait par faulte de puissance; +Et dira l'en que c'est par desplaisance +Que ne voulez en autre lieu amer, +Puisqu'est morte vostre Dame sans per, +Dont loyaument gardez la souvenance, + +Au Dieu d'amours, requerez humblement +Qu'il lui plaise de reprandre l'ommaige +Que lui feistes, par son commandement, +Vous rebaillant vostre cueur qu'a en gaige; +Merciez le des biens qu'en son servaige +Avez receuz, lors gracieusement +Departirez de son gouvernement, +A grant honneur comme loyal et saige. + +Puis requerez à tous les amoureux +Que chascun d'eulx tout ouvertement die, +Se vous avez riens failly envers eulx, +Tant que suivy avez leur compaignie, +Et que par eulx soit la faulte punie; +Leur requerant pardon de cueur piteux, +Car de servir estiez desireux +Amours, et tous ceulx de sa seigneurie. + +Ainsi pourrez departir du povoir +Du Dieu d'amours, sans avoir charge aucune; +C'est mon conseil, faictes vostre vouloir, +Mais gardez vous que ne croiez Fortune +Qui de flater est à chascun commune; +Car tousjours dit qu'on doit avoir espoir +De mieulx avoir, mais c'est pour decevoir. +Je ne congnois plus faulse soubz la lune. + +Je scay trop bien, s'escouter la voulez, +Et son conseil plus que le mien eslire, +Elle dira que, s'amours delaissiez, +Vous ne povez mieulx vostre cueur destruire; +Car vous n'aurez lors à quoy vous deduire, +Et tout plaisir à nonchaloir mectrez; +Ainsi, le temps en grant ennuy perdrez, +Qui pis vauldra que l'amoureux martire. + +Et puis apres, pour vous donner confort, +Vous promectra que recevrez amande +De tous les maulx qu'avez souffers à tort, +Et que c'est droit qu'aucun guerdon vous rende; +Mais il n'est nul qui à elle s'atende, +Qui tost ou tard ne soit, je m'en fais fort, +Deceu d'elle, à vous je m'en raport; +Si pry à Dieu que d'elle vous deffende. + +En tressaillant, sur ce point m'esveillay, +Tremblant ainsi que sur l'arbre la fueille, +Disant: Helas! oncques mais ne songay +Chose dont tant mon povre cueur se dueille; +Car, s'il est vray que Nature me vueille +Abandonner, je ne scay que feray; +A Vieillesse tenir pié ne pourray, +Mais convendra que tout ennuy m'acueille. + +Et non pourtant le vieil homme qu'ay veu +En mon dormant, lequel Aage s'appelle, +Si m'a dit vray; car j'ay bien aperceu +Que Vieillesse veult emprandre querelle +Encontre moy, ce m'est dure nouvelle; +Et ja soit ce qu'à present suy pourveu +De jeunesse, sans me trouver recreu, +Ce n'est que sens de me pourveoir contre elle. + +A celle fin que quant vendra vers moy, +Je ne soye despourveu comme nice; +C'est pour le mieulx, s'avant je me pourvoy; +Et trouveray Vieillesse plus propice, +Quant cognoistra qu'ay laissé tout office +Pour la servir; alors, en bonne foy +Recommandé m'aurra, comme je croy, +Et moins soussy auray en son service. + +Si suis content, sans changier desormais, +Et pour tousjours entierement propose +De renoncer à tous amoureux fais; +Car il est temps que mon cueur se repose; +Mes yeulx cligniez et mon oreille close +Tendray, afin que n'y entre jamais, +Par Plaisance, les amoureux atrais; +Tant les congnois qu'en eulx fier ne m'ose. + +Qui bien se veult garder d'amoureux tours, +Quant en repos sent que son cueur sommeille, +Garde ses yeulx emprisonnez tousjours; +S'ils eschapent, ils crient en l'oreille +Du cueur qui dort, tant qu'il fault qu'il s'esveille; +Et ne cessent de lui parler d'Amours, +Disans qu'ilz ont souvent hanté ses cours, +Où ilz ont veu plaisance nompareille. + +Je scay par cueur ce mestier bien à plain, +Et m'a longtemps esté si agreable +Qu'il me sembloit qu'il n'estoit bien mondain, +Fors en amours, ne riens si honnorable; +Je trouvoye, par maint conte notable, +Comment Amour, par son povoir haultain. +A avancié comme Roy souverain, +Ses serviteurs en estat prouffitable. + +Mais en ce temps, ne congnoissoye pas +La grant douleur qu'il convient que soustiengne +Ung povre cueur, pris es amoureuxlas; +Depuis l'ay sceu, bien scay à quoy m'entiengne, +J'ay grant cause que tousjours m'en souviengne; +Or en suis hors, mon cueur en est tout las, +Il ne veult plus d'Amours passer le pas, +Pour bien ou mal que jamais lui adviengne. + +Pour ce tantost, sans plus prendre respit, +Escrire vueil, en forme de requeste, +Tout mon estat, comme devant est dit; +Et quant j'auray fait ma cedule preste, +Porter la vueil à la premiere feste +Qu'Amours tendra, lui monstrant par escript +Les maulx qu'ay euz, et le peu de prouffit, +En poursuivant l'amoureuse conqueste. + +Ainsi d'Amours, devant tous les amans, +Prendray congié en honneste maniere, +En estouppant la bouche aux mesdisans +Qui ont langue pour mesdire legiere; +Et requerray, par tres humble priere, +Qu'il me quicte de tous les convenans +Que je lui fis, quant l'ung de ses servans +Devins pieca de voulenté entiere. + +Et reprendray hors de ses mains mon cueur, +Que j'engagay par obligacion, +Pour plus seurté d'estre son serviteur, +Sans faintise, ou excusacion; +Et puis, apres recommandacion, +Je delairay, à mon tres grant honneur, +A jeunes gens qui sont en leur verdeur; +Tous fais d'Amours par resignacion. + + + +LA REQUESTE + +AUX EXCELLENS, ET PUISSANS EN NOBLESSE, +DIEU CUPIDO ET VENUS LA DEESSE. + +Supplie presentement, + Humblement, +CHARLES LE DUC D'ORLÉANS +Qui a esté longuement, + Ligement +L'un de voz obeissans, +Et entre les vraiz amans, + Voz servans, +A despendu largement +Le temps de ses jeunes ans + Tres plaisans, +A vous servir loyaument. + +Qu'il vous plaise regarder, + Et passer +Ceste requeste presente, +Sans la vouloir refuser; + Mais penser +Que d'umble vueil la presente +A vous, par loyalle entente, + En actente +De vostre grace trouver, +Car sa fortune dolente + Le tourmente, +Et le contraint de parler. + +Comme ainsi soit que la Mort, + A grant tort, +En droicte fleur de jeunesse +Lui ait osté son deport, + Son ressort, +Sa seule Dame et liesse, +Dont a fait veu et promesse, + Par destresse, +Desespoir et desconfort, +Que jamais n'aura Princesse, + Ne maistresse, +Car son cueur en est d'accord. + +Et pour ce que, ja pieca, + Vous jura +De vous loyaument servir, +Et en gaige vous laissa, + Et donna +Son cueur, par loyal desir; +Il vient pour vous requerir + Que tenir +Le vueilliez, tant qu'il vivra, +Excusé; car sans faillir. + Pour mourir, +Plus amoureux ne sera. + +Et lui vueilliez doulcement, + Franchement, +Rebaillier son povre cueur, +En lui quictant son serement, + Tellement +Qu'il se parte, à son honneur, +De vous, car bon serviteur, + Sans couleur, +Vous a esté vrayement; +Monstrez lui quelque faveur, + En doulceur, +Au moins à son partement. + +A Bonnefoy que tenez, + Et nommez +Vostre principal notaire, +Estroictement ordonnez, + Et mandez, +Sur peine de vous desplaire, +Qu'il vueille, sans delay traire, + Lectre faire, +En laquelle affermerez +Que congié de soy retraire, + Sans forfaire, +Audit cueur donné avez. + +Afin que le suppliant, + Cy devant +Nommé, la puisse garder, +Pour sa descharge et garant, + En monstrant +Que nul ne le doit blasmer, +S'Amours a voulu laisser; + Car d'amer +N'eut oncques puis son talant +Que Mort lui voulut oster + La nomper +Qui fust ou monde vivant. + +Et s'il vous plaist faire ainsi + Que je dy, +Ledit suppliant sera +Allegié de son soussy; + Et ennuy +D'avec son cueur bannira; +Et apres, tant que vivra, + Priera +Pour vous, sans mectre en oubly +La grace qu'il recevra, + Et aura, +Par vostre bonne mercy. + + + + +LA DESPARTIE D'AMOURS EN BALADES. + +Quant vint à la prochaine feste, +Qu'Amour tenoit son Parlement, +Je lui presentay ma requeste +Laquelle leut tres doulcement, +Et puis me dist: Je suis dolent +Du mal qui vous est advenu; +Mais il n'a nul recouvrement, +Quant la Mort a son cop feru. + +Eslongnez hors de vostre teste +Vostre doloreux pensement, +Monstrez vous homme, non pas beste, +Faictes que, sans empeschement, +Ait en vous le gouvernement +Raison, qui souvent a pourveu +En maint meschief, tres saigement, +Quant la Mort a son cop feru. + +Reprenez nouvelle conqueste, +Je vous aideray tellement +Que vous trouverez Dame preste +De vous amer tres loyaument, +Qui de biens aura largement; +D'elle serez amy tenu; +Je n'y voy autre amendement, +Quant la Mort a son cop feru. + + + +BALADE. + +Helas! sire, pardonnez moi, +Se dis je, car, toute ma vie, +Je vous asseure par ma foy, +Jamais n'auray Dame, n'amie; +Plaisance s'est de moy partie, +Qui m'a de liesse forclos, +N'en parlez plus, je vous supplie, +Je suis bien loing de ce propos. + +Quant ces parolles de vous oy, +Vous m'essayez, ne faictes mye; +A vous dire vray, je le croy, +Ou ce n'est dit qu'en mocquerie; +Ce me seroit trop grant folie, +Quant demeurer puis en repos, +De reprendre merencolie, +Je suis bien loing de ce propos. + +Acquictié me suis, comme doy, +Vers vous et vostre seigneurie, +Desormais me vueil tenir coy; +Pour ce, de vostre courtoisie, +Accordez moi, je vous en prie, +Ma requeste, car à briefz mos, +De plus amer, quoique nul die, +Je suis bien loing de ce propos. + + + +BALADE. + +Amour congnu bien que j'estoye +En ce propos, sans changement, +Pour ce respondy: Je vouldroye +Que voulsissiez faire autrement, +Et me servir plus longuement, +Mais je voy bien que ne voulez, +Si vous accorde franchement +La requeste que faicte avez. + +Escondire ne vous pourroye, +Car servy m'avez loyaument, +N'oncques ne vous trouvay en voye, +N'en voulenté aucunement +De rompre le loyal serement +Que me feistes, comme savez; +Ainsi le compte largement +La requeste que faicte avez. + +Et afin que tout chascun voye +Que de vous je suis tres content, +Une quictance vous octroye, +Passée par mon Parlement, +Qui relaissera plainement +L'ommaige que vous me devez, +Comme contient ouvertement +La requeste que faicte avez. + + + +BALADE. + +Tantost Amour, en grant array, +Fist assembler son Parlement; +En plain conseil mon fait comptay, +Par congié et commandement; +Là fust passée plainement +La quictance que demandoye, +Baillée me fut franchement, +Pour en faire ce que vouldroye. + +Oultre plus, mon cueur demanday, +Qu'Amour avoit eu longuement, +Car en gaige le lui baillay, +Quant je me mis premierement +En son service ligement; +Il me dist que je le rauroye, +Sans refuser aucunement, +Pour en faire ce que vouldroye. + +A deux genoilz m'agenoillay, +Merciant Amour humblement +Qui tira mon cueur, sans delay, +Hors d'un escrin priveement, +Le me baillant courtoisement, +Lyé en ung noir drap de soye; +En mon sain le mist doulcement, +Pour en faire ce que vouldroye. + + + + +COPIE DE LA QUICTANCE DESSUS DICTE. + +Saichent presens et avenir, +Que nous, Amours, par franc desir +Conseillez, sans nulle contraincte, +Apres qu'avons oy la plainte +De CHARLES LE DUC D'ORLÉANS +Qui a esté, par plusieurs ans, +Nostre vray loyal serviteur +Rebaillé lui avons son cueur +Qu'il nous bailla, pieca, en gaige, +Et le serment, foy et hommaige, +Qu'il nous devoit quictié avons, +Et par ces presentes quictons; +Oultre plus, faisons assavoir, +Et certiffions, pour tout voir, +Pour estoupper aux mesdisans +La bouche, qui trop sont nuisans, +Qu'il ne part de nostre service +Par deffaulte, forfait ou vice, +Mais seulement la cause est telle: +Vray est que la Mort trop cruelle +A tort lui est venu oster +Celle que tant souloit amer, +Qui estoit sa Dame et maistresse, +S'amie, son bien, sa leesse; +Et pour sa loyaulté garder, +Il veult desormais ressembler +A la loyalle turterelle +Qui seule se tient, à par elle, +Apres qu'elle a perdu son per; +Si lui avons voulu donner +Congié du tout de soy retraire +Hors de nostre court, sans forfaire. +Fait par bon conseil et advis +De nos subgietz et vraiz amis, +En nostre present Parlement +Que nous tenons nouvellement; +En tesmoing de ce, avons mis +Nostre scel, plaqué et assis, +En ceste presente quictance, +Escripte par nostre ordonnance, +Presens mains notables recors, +Le jour de la feste des morts, +L'an mil quatre cent trente et sept, +Ou chastel de Plaisant recept. + + + +BALADE. + +Quant j'euz mon cueur et ma quictance, +Ma voulenté fut assouvie, +Et non pourtant, pour l'acoinctance +Qu'avoye de la seigneurie +D'Amour, et de sa compaignie, +Quant vins à congié demander, +Trop mal me fist la departie, +Et ne cessoye de plourer. + +Amour vit bien ma contenance, +Si me dist: Amy, je vous prie, +S'il est riens dessoubz ma puissance +Que vueilliez, ne l'espargniez mie. +Tant plain fu de merencolie, +Que je ne peuz à lui parler +Une parolle ne demie, +Et ne cessoye de plourer. + +Ainsi party en desplaisance +D'Amour, faisant chiere marrie, +Et comme tout ravi en trance, +Prins congié, sans que plus mot dye. +A Confort dist qu'il me conduye, +Car je ne m'en savoye aler, +J'avois la veue esbluye, +Et ne cessoye de plourer. + + + +BALADE. + +Confort, me prenant par la main, +Hors de la porte me convoye; +Car Amour, le Roy souverain, +Lui chargea moy monstrer la voye +Pour aler où je desiroye; +C'estoit vers l'ancien manoir +Où en enffance demouroye, +Que l'en appelle Nonchaloir. + +A confort dis: Jusqu'à demain +Ne me laissiez, car je pourroye +Me forvoier, pour tout certain, +Par desplaisir, vers la saussoye +Où est Vieillesse rabat joye; +Se nous travaillons fort ce soir, +Tost serons au lieu que vouldroye, +Que l'en appelle Nonchaloir. + +Tant cheminasmes qu'au derrain +Veismes la place que queroye; +Quant de la porte fu prouchain, +Le portier, qu'assez congnoissoye, +Sitost comme je l'appelloye, +Nous receut, disant que pour voir +Ou dit lieu bien venu estoye, +Que l'en appelle Nonchaloir. + + + +BALADE. + +Le gouverneur de la maison +Qui Passetemps se fait nommer, +Me dist: Amy, ceste saison +Vous plaist il ceans sejourner? +Je respondy qu'à brief parler, +Se lui plaisoit ma compaignie, +Content estoye de passer +Avecques lui, toute ma vie. + +Et lui racontay l'achoison +Qui me fist Amour delaisser; +Il me dist qu'avoye raison, +Quant eut veu ma quictance au cler, +Que je lui baillay à garder. +Aussi de ce me remercie +Que je vouloye demourer +Avecques lui, toute ma vie. + +Le lendemain lectres foison +A Confort baillay à porter, +D'umble recommandation, +Et le renvoyay sans tarder +Vers Amour, pour lui raconter +Que Passetemps, à chiere lye, +M'a voit receu pour reposer +Avecques lui, toute ma vie. + + + +A TRES NOBLE, HAULT ET PUISSANT SEIGNEUR +AMOUR, PRINCE DE MONDAINE DOULCEUR. + +Tres excellent, tres hault et noble Prince, +Tres puissant Roy en chascune province, +Si humblement que se peut serviteur +Recommander à son maistre et seigneur, +Me recommande à vous, tant que je puis, +Et vous plaise savoir que toujours suis +Tres desirant oir souvent nouvelles +De vostre estat, que Dieu doint estre telles, +Et si bonnes, comme je le desire, +Plus que ne scay raconter ou escrire; +Dont vous suppli que me faictes sentir +Par tous venans, s'il vous vient à plaisir, +Car d'en oir en bien, et en honneur, +Ce me sera parfaicte joye au cueur; +Et s'il plaisoit à vostre seigneurie +Vouloir oir, par sa grant courtoisie, +De mon estat; je suis en tres bon point, +Joyeux de cueur, car soussy n'ay je point, +Et Passetemps, ou lieu de Nonchaloir, +M'a retenu pour avec lui manoir +Et sejourner, tant comme me plaira, +Jusques à tant que Vieillesse vendra; +Car lors fauldra qu'avec elle m'en voise +Finer mes jours; ce penser fort me poise +Dessus le cueur, quant j'en ai souvenance, +Mais, Dieu mercy, loing suis de sa puissance, +Presentement je ne la crains en riens, +N'en son dangier aucunement me tiens. +En oultre plus, saichez que vous renvoye +Confort, qui m'a conduit la droicte voye +Vers Nonchaloir, dont je vous remercie +De sa bonne, joyeuse compaignie, +En ce fait, à vostre commandement, +De bon vouloir et tres soingneusement, +Auquel vueilliez donner foy et fiance, +En ce que lui ay chargié en creance, +De vous dire plus pleinement de bouche; +Vous suppliant qu'en tout ce qui me touche, +Bien à loisir, le vueilliez escouter, +Et vous plaise me vouloir pardonner +Se je n'escris devers vostre Excellence, +Comme je doy, en telle reverence +Qu'il appartient, car c'est par non savoir +Qui destourbe d'acomplir mon vouloir. +En oultre plus, vous requerant mercy, +Je cognois bien que grandement failly, +Quant me party derrainement de vous, +Car j'estoye si rempli de courrous +Que je ne peu ung mot à vous parler, +Ne mon congié, au partir, demander; +Avecques ce, humblement vous mercie +Des biens qu'ay euz soubz vostre seigneurie. +Autre chose n'escris, quant à present, +Fors que je pry à Dieu, le tout puissant, +Qu'il vous octroit honneur et longue vie, +Et que puissiez tousjours la compaignie +De faulx Dangier surmonter, et deffaire, +Qui en tous temps vous a esté contraire. +Escript ce jour troisiesme vers le soir, +En Novembre ou lieu de Nonchaloir. + +Le Bien vostre CHARLES DUC D'ORLÉANS +Qui jadis fut l'un de voz vrays servans. + + + +BALADE. + +Balades, chancons et complaintes +Sont pour moy mises en oubly, +Car ennuy et pensées maintes +M'ont tenu longtemps endormy; +Non pourtant, pour passer soussy, +Essayer vueil se je sauroye +Rimer, ainsi que je souloye, +Au moins j'en feray mon povoir, +Combien que je congnois et scay +Que mon langaige trouveray +Tout enroillié de nonchaloir. + +Plaisans parolles sont estaintes +En moy qui deviens rassoty; +Au fort, je vendray aux actaintes, +Quant beau parler m'aura failly; +Pourquoy pry ceulx qui m'ont oy +Langaigier, quant pieca j'estoye +Jeune, nouvel et plain de joye, +Que vueillent excusé m'avoir; +Oncques mais je ne me trouvay +Si rude, car je suis, pour vray, +Tout enroillié de nonchaloir. + +Amoureux ont parolles paintes, +Et langaige frais et joly; +Plaisance dont ilz sont acointes +Parle pour eulx; en ce party +J'ay esté, or n'est plus ainsy; +Alors, de beau parler trouvoye +A bon marchié, tant que vouloye; +Si ay despendu mon savoir, +Et s'ung peu espargné en ay, +Il est, quant vendra à l'essay, +Tout enroillié de nonchaloir. + +L'ENVOY. + +Mon Jubile faire devroye, +Mais on diroit que me rendroye +Sans cop ferir, car Bon espoir +M'a dist que renouvelleray; +Pour ce, mon cueur fourbir feray +Tout enroillié de nonchaloir. + + + +BALADE. + +L'emplastre de nonchaloir, +Que sus mon cueur pieca mis, +M'a guéri, pour dire voir, +Si nectement que je suis +En bon point, ne je ne puis +Plus avoir, jour de ma vie, +L'amoureuse maladie. + +Si font mes yeulx leur povoir +D'espier par le pays, +S'ilz pourroyent plus veoir +Plaisant beaulté, qui jadis +Fut l'un de mes ennemis, +Et mist, en ma compaignie, +L'amoureuse maladie. + +Mes yeux tense main et soir, +Mais ilz sont si tres hastis, +Et trop plains de leur vouloir; +Au fort, je les metz au pis, +Facent selon leur advis; +Plus ne crains, dont Dieu mercie, +L'amoureuse maladie. + +L'ENVOY. + +Quant je voy en doleur pris +Les amoureux, je m'en ris; +Car je tiens, pour grant folie, +L'amoureuse maladie. + + + +BALADE. + +Mon cueur m'a fait commandement +De venir vers vostre jeunesse, +Belle que j'ayme loyaument, +Comme doy faire ma Princesse; +Se vous demandez pourquoi esse? +C'est pour savoir quant vous plaira +Alegier sa dure destresse, +Ma Dame, le sauray je ja? + +Dictez le, par vostre serment +Je vous fais loyalle promesse, +Nul ne le saura, seulement +Fors que lui, pour avoir leesse; +Or lui monstrez qu'estes maistresse, +Et lui mandez qu'il guerira, +Ou s'il doit mourir de destresse, +Ma Dame, le saurai je ja? + +Penser ne pourroit nullement +Que la doleur, qui tant le blesse, +Ne vous desplaise aucunement; +Or faictes donc tant qu'elle cesse, +Et le remectez en l'adresse +D'Espoir, dont il party pieca; +Respondez sans que plus vous presse. +Ma Dame, le sauray je ja? + + + + +BALADE. + +Je meurs de soif, en cousté la fontaine; +Tremblant de froit, ou feu des amoureux; +Aveugle suis, et si les autres maine; +Povre de sens, entre saichans l'un d'eulx; +Trop negligent, en vain souvent soigneux; +C'est de mon fait une chose faiée, +En bien et mal par fortune menée. + +Je gaingne temps, et pers mainte sepmaine; +Je joue et ris, quant me sens douloreux; +Desplaisance j'ay, d'esperance plaine; +J'actens boneur en regret angoisseux; +Rien ne me plaist, et si suis desireux; +Je m'esjois, et courre à ma pensée, +En bien et mal par fortune menée. + +Je parle trop, et me tais à grant paine; +Je m'esbahys, et si suis courageux; +Tristesse tient mon confort en demaine, +Faillir ne puis, au moins à l'un des deux; +Bonne chierre je faiz, quant je me deulx; +Maladie m'est en santé donnée, +En bien et mal par fortune menée. + +L'ENVOY. + +Prince, je dy que mon fait maleureux, +Et mon prouffit aussi avantageux, +Sur ung hasart j'asseray quelque année, +En bien et mal par fortune menée. + + + +BALADE. + +Comment voy je les Anglois esbahys, +Resjoys toy, franc royaume de France, +On apparcoit que de Dieu sont hays; +Puis qu'ilz n'ont plus couraige ne puissance; +Bien pensoient, par leur oultrecuidance, +Toy surmonter, et tenir en servaige; +Et ont tenu à tort ton heritaige; +Mais à present Dieu pour toy se combat, +Et se monstre du tout de ta partie, +Leur grant orgueil entierement abat, +Et t'a rendu Guyenne et Normendie. + +Quant les Anglois as pieca envays, +Rien ny valoit ton sens, ne ta vaillance; +Lors estoies ainsi que fut Tays +Pecheresse qui pour faire penance, +Enclouse fut par divine ordonnance; +Ainsi as tu esté en reclusaige +De desconfort, et douleur de couraige. +Et les Anglois menoient leur sabat, +En grans pompes, baubans et tirannie. +Or, a tourné Dieu ton dueil en esbat, +Et t'a rendu Guyenne et Normendie. + +N'ont pas Anglois souvent leurs Rois trays? +Certes ouil. tous en ont congnoissance; +Et encore, le Roy de leur pays +Est maintenant en doubteuse balance; +D'en parler mal, chascun Anglois s'avance; +Assez monstrent, par leur mauvais langage, +Que voulentiers ilz lui feroyent oultrage; +Qui sera Roy entr'eulx est grant desbat; +Pour ce, France, que veulx tu que te dye? +De sa verge Dieu, les punist et bat, +Et t'a rendu Guyenne et Normendie. + +PRINCE. + +Roy des Français gaigné as l'asvantaige, +Parfaiz ton jeu, comme vaillant et saige, +Maintenant l'as plus belle qu'au rabat. +De ton boneur, France, Dieu remercie; +Fortune en bien avecques toi s'embat, +Et t'a rendu Guyenne et Normendie. + + + +BALADE. + +On parle de religion +Qui est d'estroicte gouvernance, +Et, par ardant devocion, +Portent mainte dure penance; +Mais, ainsi que j'ay congnoissance, +Et selon mon entencion, +Entre tous, j'ay compassion +Des amoureux de l'observance + +Toujours par contemplacion +Tiennent leurs cueurs raviz en trance; +Pour venir par perfection +Au hault Paradis de Plaisance: +Chault, froit, soif et faim d'esperance, +Souffrent en mainte nacion; +Telle est la conversacion +Des amoureux de l'observance. + +Piez nuz, de consolacion +Quierent l'aumosne d'alegence; +Or ne veulent ne pension, +Fors de pitié pour pitance; +En bissacs plains de souvenance, +Pour leur simple provision, +N'est ce saincte condicion +Des amoureux de l'observance? + +L'ENVOY. + +Des bigotz ne quiers l'accointance, +Ne loue leur oppinion, +Mais me tiens, par affection, +Des amoureux de l'observance. + + + +OBLIGATION DE VAILLANT. + +Present le notaire d'Amours, +Sans alleguer decepcion, +En renoncant tous droiz d'amours, +Coustume, loy, condicion, +De tres loyalle entencion, +A vous servir sans me douloir, +Passe ceste obligacion +Soubz le scel de vostre vouloir. + +De cueur, corps, biens, sans nul recours. +Vous fais renunciacion, +Presens, advenir, à tousjours. +Et vous mets en possession +Ne nulle part, ne porcion +N'y aura, et, pour mieulx valoir, +Le jure en ma dampnacion +Soubz le scel de vostre vouloir. + +Et quant je feray le rebours, +Pour recevoir punicion, +Me soubzmetz, sans estre ressours, +A vostre juridiction; +Et à bon droit, et action, +Pourrez, de vostre plain povoir: +Me mectre à execution +Soubz le scel de vostre vouloir. + +L'ENVOY. + +En l'an de ma grant passion +Mectant toutes à nonchaloir, +Feis ceste presentacion, +Soubz le scel de vostre vouloir. + + + +VIDIMUS DE LA DICTE OBLIGACION PAR LE DUC D'ORLÉANS. + +A ceulx qui verront ces presentes, +Le Bailly d'Amoureux espoir, +Salut plain de bonnes ententes, +Mandons et faisons assavoir +Que le tabellion Devoir, +Juré des centraux en amours, +A veu nouvellement, à Tours, +De Vaillant l'obligacion +Entiere de bien vraye sorte, +Dont en fait la relacion, +Ainsi que ce _vidimus_ porte. + +A double queue, par patentes, +En cire vert, pour dire voir, +Oblige, soubzmectant ses rentes, +Cueur, corps et biens, sans decevoir, +Soubz le seau d'autruy vouloir, +Pour recouvrer joyeulx secours, +Qu'il a desservy par mains jours; +Faisant ratifficacion, +Ledit notaire le rapporte, +Par sa certifficacion, +Ainsi que ce _vidimus_ porte. + +Et deust il mectre tout en ventes, +Des biens qu'il pourra recevoir, +Veult paier ses debtes contentes, +Tant qu'on pourra apparcevoir, +Qu'il fera trop plus que povoir; +Combien qu'ait eu d'estranges tours +Qui lui sont venuz au rebours; +En soit faicte informacion, +Car à Loyaulté se conforte, +Qu'en fera la probacion, +Ainsi que ce _vidimus_ porte. + +L'ENVOY. + +Pour plus abreviacion, +De l'an et jour je me deporte, +On en voit declaracion, +Ainsi que ce _vidimus_ porte. + + + + +ENTENDIT DE LA DICTE OBLIGACION + +par Maistre Jehan Caillau. + +_Intendit_ le nommé Vaillant +Qui fait ceste obligation, +Vous resigne tout son vaillant, +Par simple resignacion; +Ne ne fait supplicacion +De gueredon, pour mieulx valoir, +Fors tout à vostre oppinion, +Soubz le scel de vostre vouloir. + +Lequel, d'estoc et de taillant. +Endure mainte passion +D'Amours, qui le vont assaillant; +Mais, soubz dissimulacion, +Porte sa tribulacion, +Faisant semblant de non doloir, +Actendant doulce pension, +Soubz le scel de vostre vouloir. + +Pour ce, ne doit estre faillant +A la renumeracion, +Car, s'il y estoit deffaillant, +Ce serait sa perdicion; +Et, par Dieu, si bon champion +Ne devez mectre à nonchaloir; +Si faictes qu'ait provision, +Soubz le scel de vostre vouloir. + +L'ENVOY. + +J'en parle par compacion, +Mais grant bien lui devez vouloir, +Puis que met son entencion +Soubz le scel de vostre vouloir. + + + +BALADE. + +En la forest de longue actente, +Chevauchant par divers sentiers, +M'en voys, ceste année presente, +Ou voyage de desiriers; +Devant sont allez mes fourriers, +Pour appareiller mon logis +En la cité de Destinée, +Et, pour mon cueur et moy, ont pris +L'ostellerie de Pensée. + +Je mene des chevaulx quarente, +Et autant pour mes officiers, +Voire, par Dieu, plus de soixante, +Sans les bagaiges et sommiers. +Loger nous fauldra par quartiers, +Se les hostelz sont trop petis +Touteffoiz pour une vesprée +En gré prandray, soit mieulx ou pis, +L'ostellerie de Pensée. + +Je despens chascun jour ma rente +En maints travaulx avanturiers, +Dont est Fortune mal contente, +Qui soustient contre moy Dangiers; +Mais, Espoirs, s'ilz sont droicturiers, +Et tiennent ce qui qu'ilz m'ont promis, +Je pense faire telle armée, +Qu'auray malgré mes ennemis, +L'ostellerie de Pensée. + +L'ENVOY. + +Prince, vray Dieu de paradis, +Vostre grace me soit donnée, +Telle que trouve à mon devis, +L'ostellerie de Pensée. + + + +BALADE. + +Je cuide que ce sont nouvelles, +J'oy nouveau bruit, et qu'est ce là? +Helas! pourroy je savoir d'elles +Quelque chose qui me plaira; +Car j'ay desiré, longtemps a, +Qu'Espoir m'estraynast de liesse, +Je ne scay pas qu'il en fera, +Le beau menteur plain de promesse. + +S'il ne sont ou bonnes ou belles, +Au fort, mon cueur endurera, +En actendant d'avoir de celles +Que Bon eur lui apportera, +Et de l'endormye beuvra; +De nonchaloir, en sa destresse, +Espoir plus ne l'esveillera, +Le beau menteur plain de promesse. + +Pour ce, mon cueur, se tu me celles +Reconfort, quant vers toy vendra, +Tu feras mal, car tes querelles +J'ay gardées, or y perra; +Adviengne qu'avenir pourra! +Je suis gouverné par Vieillesse, +Qui de legier n'escoutera +Le beau menteur plain de promesse. + +L'ENVOY. + +Ma bouche plus n'en parlera, +Raison sera d'elle maistresse; +Mais au derrain, blasmé sera +Le beau menteur plain de promesse. + + + +BALADE. + +N'a pas longtemps qu'escoutoye parler +Ung amoureux, qui disoit à s'amye: +De mon estat plaise vous ordonner, +Sans me laisser ainsi finer ma vie, +Je meurs pour vous, je le vous certiffie. +Lors respondit, la plaisante aux doulx yeulx, +Assez le croy, dont je vous remercie, +Que m'aymez bien, et vous encores mieulx, + +Il ne fault ja vostre pousse taster, +Fievre n'avez que de merencolie, +Vostre orine ne aussi regarder, +Tost se garist legiere maladie, +Medicine devez prendre d'oublie; +D'autres ay veu trop pis, en plusieurs lieux, +Que vous n'estes, et, pour ce, je vous prie, +Que m'aymez bien, et vous encores mieulx. + +Je ne vueil pas de ce vous destourber, +Que ne m'amiez de vostre courtoisie; +Mais que pour moy, doyez mort endurer, +De le croire, ce me seroit folie; +Pensez de vous, et faictes chiere lye; +J'en ay ouy parler assez de tieulx +Qui sont tous sains; quoyque point ne desnye +Que m'aymez bien, et vous encores mieulx. + +L'ENVOY. + +Telz beaulx parlers ne sont en compaignie +Qu'esbatemens, entre jeunes et vieulx; +Contente suis, combien que je m'en rye, +Que m'aymez bien, et vous encores mieulx. + + + +BALADE. + +Portant harnois rouillé de nonchaloir, +Sus monteure foulée de foiblesse, +Mal abillé de desireulx vouloir, +On m'a croizé, aux montres de liesse, +Comme cassé des gaiges de jeunesse; +Je ne congnois où je puisse servir, +L'arriere ban a fait crier Vieillesse, +Las! fauldra il son soudart devenir? + +Le bien, que puis avecques elle avoir, +N'est que d'un peu d'atrempée sagesse; +En lieu de ce, me fauldra recevoir +Ennuy, soussy, desplaisir et destresse; +Par Dieu! Bon temps, mal me tenez promesse, +Vous me deviez contre elle soustenir, +Et je voy bien qu'elle sera maistresse, +Las! fauldra il son soudart devenir? + +Foibles jambes porteront bon vouloir, +Puisqu'ainsy est, endurant en humblesse, +Prenant confort d'un bien joyeulx espoir, +Quant, Dieu mercy, maladie ne presse; +Mais loing se tient, et mon corps point ne blesse, +C'est ung tresor que doy bien chier tenir, +Veu que la fin de menasser ne cesse, +Las! fauldra il son soudart devenir? + +L'ENVOY. + +Prince, je dy que c'est peu de richesse +De ce monde, ne de tout son plaisir, +La mort depart ce qu'on tient à largesse, +Las! fauldra il son soudart devenir? + + + +BALADE. + +Dieu vueille sauver ma galée, +Qu'ay chargée de marchandise +De mainte diverse pensée +Enpris de loyaulté assise; +Destourbée ne soit, ne prise +Des robeurs, escumeurs de mer; +Vent, ne marée ne luy nuyse, +A bien aler et retourner. + +A Confort l'ay recommandée, +Qu'il en face tout à sa guise, +Et pencarte lui ay baillée, +Qui d'estranges pays devise, +Affin que dedens il advise +A quel port pourra arriver, +Et le chemin à chois eslise, +A bien aler et retourner. + +Pour acquicter joye empruntée, +L'envoye, sans espargner mise, +Riche devendray, quelque année, +Se mon entente n'est surprise; +Conscience n'auray reprise +De gaing à tort au par aler, +En eur viengne mon entreprise, +A bien aler et retourner. + +L'ENVOY. + +Prince, se maulx fortune atise, +Sagement s'y fault gouverner: +Le droit chemin jamais ne brise, +A bien aler et retourner. + + + +BALADE + +(Jacques bastart de la Tremoille.) + +Pour la conqueste de mercy, +Où les vaillans hommes et saiges +Ont été pris, et mors aussi, +En acquerant leurs avantaiges; +Amours accroissant les couraiges +Des mieulx venuz, lectre patente +A tous a donné leurs usaiges, +En la forest de longue actente. + +Les piteux s'arment de soussy, +Les francs se mectent en servaige, +Maigres de corps, le cueur noircy +De dueil, et pales les visaiges; +A tant pour services et gaiges, +Auront trois cens maulx jours de rente +Par an, avec les arreraiges, +En la forest de longue actente. + +Ceulx qui Amours servent ainsy, +En lui faisant foys et hommaiges, +Il les fait apres eureux sy +Qu'ilz s'eschappent des brigandaiges +De Dangiers, par petiz boucaiges, +Puis les duit en la droicte sente; +Mais premier, paient leurs truaiges, +En la forest de longue actente. + +L'ENVOY. + +Prince, pour duire cueurs volaiges, +Affin que nul ne s'en exempte, +Mectez les tous en hermitaiges, +En la forest de longue actente. + + + +BALADE. + +Ha! Dieu Amours, où m'avez vous logié? +Tout droit au trait de desir et plaisance, +Où, de legier, je puis estre blecié +Par doulx regart, et plaisant atraiance. +Jusqu'à la mort, dont trop suis en doubtance, +Pour moy couvrir prestez moy ung pavaiz, +Desarmé suis, car pieca mon harnaiz +Je le vendy, par le conseil d'oiseuse. +Comme lassé de la guerre amoureuse. + +Vous savez bien que me suis esloingné, +Des longtemps a, d'amoureuse vaillance, +Où j'estoye moult fort embesoingné, +Quant m'aviez en vostre gouvernance; +Or en suis hors, Dieu me doint la puissance +De me garder que n'y rentre jamais; +Car, quant congneu j'ay les amoureux fais, +Retrait me suis de vie si peneuse, +Comme lassé de la guerre amoureuse. + +Et non pourtant, j'ay esté advisé +Que Bel acueil a fait grant aliance +Encontre moy, et qu'il est embusché +Pour me prandre, s'il peut, par decevance; +Ung de ses gens, appellé Acointance, +M'assault tousjours; mais souvent je me taiz, +Monstrant semblant que je ne quiers que paiz. +Sans me bouter en paine dangereuse, +Comme lassé de la guerre amoureuse. + +L'ENVOY. + +Voisent faire jeunes gens leurs essaiz, +Car reposer, je me vueil desormaiz; +Plus cure n'ay de pensée soingneuse, +Comme lassé de la guerre amoureuse. + + + +BALADE. + +Yeulx rougis, plains de piteux pleurs, +Fourcelle d'espoir reffroidie, +Teste enrumée de douleurs, +Et troublée de frénésie, +Corps percus sans plaisance lye, +Cueur du tout pausmé en rigueurs, +Voy souvent avoir à plusieurs, +Par le vent de merencolie. + +Migraine de plaingnans ardeurs, +Transe de sommeil mi partie, +Fievre frissonnans de maleurs, +Chault ardant fort en reverie, +Soif que confort ne rassasie, +Dueil baigné en froides sueurs. +Begayant, et changeant couleurs, +Par le vent de merencolie. + +Toute tourmentant en langueurs, +Colique de forcenerie, +Gravelle de soings assailleurs, +Raige de desirant folie, +Anuys enflans d'ydropisie, +Maulx ethiques aussi ailleurs +Assourdissent les escouteurs, +Par le vent de merencolie. + +L'ENVOY. + +Guerir ne se peut maladie +Par phisique, ne cireurgie, +Astronomans, n'enchanteurs, +Des maulx que souffrent povres cueurs +Par le vent de merencolie. + + + +BALADE. + +Ce que l'ueil despend en plaisir, +Le cueur l'achete chierement, +Et, quand vient à compte tenir, +Raison, president saigement, +Demande pourquoi et comment +Est despendue la richesse, +Dont Amours deppart largement, +Sans grant espargne de liesse. + +Lors respond Amoureux desir: +Amours me fist commandement +De joyeuse vie servir, +Et obeir entierement; +Et, s'ay failly aucunement, +On n'en doit blasmer que jeunesse +Qui m'a fait ouvrer sotement, +Sans grant espargne de liesse. + +Pas ne mourray sans repentir, +Car je m'en repens grandement, +Trouvé me suis pis que martir, +Souffrant maint doloureux tourment; +Desormais en gouvernement +Me metz, et es mains de Vieillesse, +Bien scay qu'y vivray soubrement, +Sans grant espargne de liesse. + +L'ENVOY. + +Le temps passe comme le vent, +Il n'est si beau jeu qui ne cesse, +En tout fault avoir finement, +Sans grant espargne de liesse. + + + + +BALADE. + +Je, qui suis Fortune nommée, +Demande la raison pourquoy +On me donne la renommée, +Qu'on ne se peut fier en moy, +Et n'ay ne fermeté ne foy; +Car, quant aucuns en mes mains prens, +D'en bas je les monte en haultesse, +Et d'en hault en bas les descens, +Monstrant que suis Dame et maistresse. + +En ce, je suis à tort blasmée, +Tenant l'usaige de ma loy, +Que de longtemps m'a ordonnée +Dieu, sur tous le souverain Roy, +Pour donner au monde chastoy; +Et, se de mes biens je despens +Souventesfoiz, à grant largesse, +Quant bon me semble, les suspens, +Monstrant que suis Dame et maistresse. + +C'est ma maniere acoustumée, +Chascun le scet, comme je croy. +Et n'est pas nouvelle trouvée, +Mais, fays ainsi comme je doy; +Me mocquant, je les monstre au doy +Tous ceulx qui en sont mal contens: +En gré pregnent joye ou destresse, +Qu'ayent l'un des deux me consens, +Monstrant que suis Dame et maistresse. + +L'ENVOY. + +Sur ce, s'advise qui a sens, +Soit en jeunesse, ou en vieillesse, +Et qui ne m'entent, je m'entens, +Monstrant que suis Dame et maistresse. + + + +BALADE. + +Fortune, je vous oy complaindre +Qu'on vous donne renom, à tort, +De savoir, et aider, et faindre, +Donnant plaisir et desconfort; +C'est vray, et encore plus fort. +Souvent effoiz, contre raison, +Boutez de hault plusieurs en bas, +Et de bas en hault; telz debas +Vous usez en vostre maison. + +Bien savez de plaisance paindre, +Et d'espoir, quand prenez depport. +Apres effacer et destaindre +Toute joye, sans nul support. +Et mener à douloureux port, +Ne vous chault en quelle saison; +Jamais vous n'ouvrez par compas; +Beaucoup pis, que je ne dy pas, +Vous usez en vostre maison. + +Pour Dieu, vueillez vous en reffraindre, +Affin qu'on ne face rapport, +Qui vouldra vostre fait actaindre, +Que vous soyez digne de mort; +Vostre maniere chascun mort, +Plus qu'autre, sans comparaison, +Qui regarde par tous estats, +Anuy et meschief, à grant tas, +Vous usez en vostre maison. + +L'ENVOY. + +Ne jouez plus de vostre sort, +Car trop le passez oultre bort; +Se gens ne laissiez en pais, on +Appellera les advocas, +Qui plaideront que tres faulx cas +Vous usez en vostre maison. + + + +BALADE. + +Or ca, puisque il faut que responde, +Moy, Fortune, je parleray, +Si grant n'est, ne puissant ou monde, +A qui bien parler n'ozeray. +J'ay fait, faiz encores, et feray, +Ainsi que bon me semblera, +De ceulx qui sont soubz ma puissance; +Parle qui parler en vouldra, +Je n'en feray qu'à ma plaisance. + +Quant les biens, qui sont en la ronde, +Sont miens, et je les donneray +Par grant largesse, dont j'abonde, +Et apres je les reprendray; +Certes, à nul tort ne feray. +Qui est ce qui m'en blasmera? +Je l'ay ainsi d'acoustumance, +En gré le preigne qui pourra, +Je n'en feray qu'à ma plaisance. + +En raison jamais ne me fonde, +Mais mon vouloir accompliray; +Les aucuns convient que confonde, +Et les autres avanceray; +Mon propos souvent changeray, +En plusieurs lieux, puis ca, puis là, +Sans regle, ne sans ordonnance; +Où est il qui m'en gardera? +Je n'en feray qu'à ma plaisance. + +L'ENVOY. + +On escript: tant qu'il nous plaira, +Es lettres des seigneurs de France; +Pareillement de moy sera, +Je n'en feray qu'à ma plaisance. + + + +BALADE. + +Fortune, vray est vostre compte, +Que quant voz biens donné avez, +Vous les reprenez; mais, c'est honte, +Et don d'enfant, bien le savez; +Ainsi faire ne le devez. +Voz fais vous mectez à l'enchiere, +Chascun ce qu'il en peut, en a, +Et ne vous chault comment tout va, +Pour Dieu, changez vostre maniere[63]. + + [Note 63: Nous trouvons le commencement de cette ballade dans un + manuscrit de la Bibliothèque royale (_Laval_, 193); la fin manque.] + + + + +BALADE. + +Escollier de merancolie, +A l'estude je suis venu, +Lectres de mondaine clergie +Espelant atout ung festu, +Et moult fort m'y trouve esperdu; +Lire, n'escripre, ne scay mye, +Des verges de Soussy batu, +Es derreniers jours de ma vie. + +Pieca, en jeunesse fleurie, +Quant de vif entendement fu, +J'eusse apris en heure et demye +Plus qu'à present; tant ay vesqu, +Que d'engin je me sens vaincu; +On me deust bien, sans flaterie, +Chastier despoillié tout nu, +Es derreniers jours de ma vie. + +Que voulez vous que je vous die? +Je suis pour ung asnyer tenu, +Banny de bonne compaignie, +Et de nonchaloir retenu +Pour le servir, il est conclu; +Qui vouldra pour moy estudie, +Trop tart je m'y suis entendu, +Es derreniers jours de ma vie. + +L'ENVOY. + +Se j'ay mon temps mal despendu, +Fait l'ay, par conseil de folie; +Je m'en sens, et m'en suis sentu, +Es derreniers jours de ma vie. + + + +BALADE. + +L'autre jour tenoit son conseil, +En la chambre de ma pensée, +Mon cueur, qui faisoit appareil +De deffence contre l'armée +De Fortune mal advisée, +Qui guerrier vouloit Espoir; +Se sagement n'est reboutée, +Par Bon eur et Loyal vouloir. + +Il n'est chose soubz le souleil, +Qui tant doit estre désirée +Que paix; c'est le don non pareil +Dont Grace fait toujours livrée +A sa gent qu'a recommandée; +Fol est, qui ne la veult avoir, +Quant elle est offerte et donnée, +Par Bon eur et Loyal vouloir. + +Pour Dieu, laissons dormir traveil, +Ce monde n'a gueres durée, +Et paine, tant qu'elle a sommeil, +Souffrons que prengne reposée: +Qui une foiz l'a esprouvée, +La doit fuyr, de son povoir, +Par tout doit estre deboutée, +Par Bon eur et Loyal vouloir. + +L'ENVOY. + +Dieu nous doint bonne destinée, +Et chascun face son devoir, +Ainsi ne sera redoubtée +Par Bon eur et Loyal vouloir. + + + +BALADE. + +En la chambre de ma pensée, +Quant j'ay visité mes tresors, +Mainteffoiz la trouve estoffée +Richement, de plaisans confors; +A mon cueur je conseille lors, +Qu'y prenons notre demourée, +Et que par nous soit bien gardée, +Contre tous envieux rappors. + +Car Desplaisance maleurée +Essaye souvent ses effors, +Pour la conquester par emblée, +Et nous bouter tous deux dehors; +Se Dieu plaist, assez sommes fors +Pour bientost rompre son armée, +Se d'Espoir bannyere est portée +Contre tous envieux rappors. + +L'inventoire j'ay regardée +De noz meubles, en biens et corps; +De legier, ne sera gastée, +Et si ne ferons à nulz tors; +Mieux aymerions estre mors, +Mon cueur et moy, que couroucée +Fust raison saige et redoublée, +Contre tous envieux rappors. + +L'ENVOY. + +Demourons tous en bons accors, +Pour parvenir à joyeulx pors; +Ou monde qui a peu durée, +Soustenons Paix la bien amée +Contre tous envieux rappors. + + + +BALADE. + +Je n'ay plus soif, tarie est la fontaine, +Bien eschauffé, sans le feu amoureux; +Je vois bien cler, ja ne fault qu'on me maine, +Folie et sens me gouvernent tous deux, +En nonchaloir resveille sommeilleux; +C'est de mon fait une chose meslée, +Ne bien, ne mal, d'avanture menée. + +Je gaingne et pers, mescontant par sepmaine, +Ris, jeux, deduiz, je ne tiens compte d'eulx; +Espoir et dueil me mectent hors d'alaine, +Eur me flatent, si m'est trop rigoreux; +Dont vient cela, que je ris et me deulx? +Est ce par sens, ou folie esprouvée? +Ne bien, ne mal, d'avanture menée. + +Guerdonné suis de malheureuse estraine, +En combatant, je me rens courageux, +Joye et Soussy m'ont mis en leur demaine, +Tout desconfit, me tiens au renc des preux; +Qui ne sauroit desnoer tous ses neux, +Teste d'acier y fauldroit fort armée, +Ne bien, ne mal, d'avanture menée. + +PRINCE. + +Vieillesse fait me jouer à telz jeux, +Perdre et gaingner, et tout par ses conseulx; +A la faille j'ay joué ceste année, +Ne bien, ne mal, d'avanture menée. + + + +BALADE. + +(Orléans.) + +Pourquoy m'as tu vendu, Jeunesse, +A grant marchié, comme pour rien, +Es mains de ma Dame Vieillesse +Qui ne me fait gueres de bien, +A elle peu tenu me tien, +Mais il convient que je l'endure, +Puisque c'est le cours de nature. + +Son hostel, de noir de tristesse, +Est tendu; quant dedens je vien, +J'y voy l'istoire de destresse +Qui me fait changer mon maintien, +Quant la ly, et maint mal soustien; +Espargnée n'est creature, +Puisque c'est le cours de nature. + +Prenant en gré ceste rudesse, +Le mal d'autruy compare au mien; +Lors me tance Dame Sagesse, +Adoncques en moy je revien; +Et croy de tout le conseil sien, +Qui est en ce plain de droicture, +Puisque c'est le cours de nature. + +PRINCE. + +Dire ne sauroye combien +Dedens mon cueur mal je retien, +Serré d'une vieille sainture, +Puisque c'est le cours de nature. + + + +BALADE. + +(Orléans.) + +Mon cueur vous adjourne, Vieillesse, +Par droit huissier de parlement, +Devant Raison qui est maistresse, +Et juge de vray jugement; +Depuis que le gouvernement +Avez eu, de luy et de moy, +Vous nous avez, par tirannie, +Mis es mains de merencolie, +Sans savoir la cause pourquoy. + +Par avant nous tenoit Jeunesse, +Et nourrissoit si tendrement, +En plaisir, confort et liesse, +Et tout joyeulx esbatement; +Or faictes vous tout autrement +Se vous est honte, sur ma foy, +Car, en douleur et maladie, +Nous faictes user nostre vie, +Sans savoir la cause pourquoy. + +De quoy vous sert ceste destresse +A donner sans alegement? +Cuidez vous pour telle rudesse +Avoir honneur aucunement? +Nennil, certes, car vrayement +Chascun vous monstrera au doy, +Disant: la vieille rassotie +Tient tout maulx en sa compaignie, +Sans savoir la cause pourquoy. + +PRINCE. + +Ce saint Martin presentement, +Qu'avocas font commencement +De plaidier les faiz de la loy, +Prenez bon conseil, je vous prie, +Ne faictes debat ne partie, +Sans savoir la cause pourquoy. + + + +BALADE. + +Plus ne voy riens qui reconfort me donne, +Plus dure ung jour que ne me souloient cent, +Plus n'est saison qu'à nul bien m'abandonne, +Plus voy plaisir et mains mon cueur s'en scent, +Plus qu'oncques mais mon vouloir bas descent, +Plus me souvient de vous, et plus m'empire; +Plus quiers esbas, c'est lors que plus soupire; +Plus fait beau temps, et plus me vient d'ennuys; +Plus ne m'actens fors tousjours d'avoir pire, +Puisque de vous approcher je ne puis. + +Plus suis dolent que nul autre personne, +Plus n'ay espoir d'aucun alegement, +Plus ay désir, crainte d'autre part sonne; +Plus vueil aler vers vous, mains scay comment; +Plus suis espris, et plus ay de tourment; +Plus pleure et plains, et plus pleurer desire; +Plus chose n'est qui me sauroit suffire, +Plus n'ay repos, je hai les jours et nuys; +Plus que jamais à douleur me fault duyre, +Puisque de vous approcher je ne puis. + +Plus vivre ainsi ne m'est pas chose bonne, +Plus vueil mourir, et raison si assent; +Plus qu'à nully, Amours de maulx m'ordonne; +Plus n'a ma voix, bon accort, ne assent; +Plus fait on jeux, mieux desire estre absent; +Plus force n'ay d'endurer tel martire, +Plus n'est vivant, homme qui tel mal tire; +Plus ne congnois bonnement où je suis, +Plus ne scay brief que pencer, faire ou dire, +Puisque de vous approcher je ne puis. + +L'ENVOY. + +Plus n'ay mestier de jouer, ne de rire; +Plus n'est le temps sinon de tout despire, +Plus cuide avoir de douceur les apuys, +Plus suis adonc desplaisant et plain d'ire. +Puisque de vous approcher je ne puis. + + + +BALADE. + +(Orléans.) + +Chascun s'esbat au mieulx mentir, +Et voulentiers je l'aprendroye, +Mais maint mal j'en voy advenir, +Parquoy savoir, ne le vouldroye. +De mentir par déduit, ou joye, +Ou par passe temps, ou plaisir, +Ce n'est point mal fait, sans faillir, +Se faulceté ne s'y employe. + +Faulx menteurs puisse l'en couvrir, +Sur les montaignes de Savoye, +De neiges, tant que revenir +Ne puissent par chemin, ne voye, +Jusques querir je les renvoye; +Pour Dieu, laissiez les là dormir, +Ils ne scevent de riens servir, +Se faulceté ne s'y employe. + +Pourquoy se font ilz tant hair? +Veulent ilz que l'en les guerroye? +Cuident ilz du monde tenir +Tous les deux boutz de la courroye? +C'est folie, que vous diroye? +Leur prouffit puissent parfournir, +Et laissent les autres chevir, +Se faulceté ne s'y employe. + +L'ENVOY. + +Paix crie, Dieu la nous octroye. +C'est ung tresor qu'on doit cherir, +Tous biens s'en pevent ensuir, +Se faulceté ne s'y employe. + + + +BALADE. + +_Jam nova progenies coelo demittitur alto_. + +O louée Conception, +Envoyée sa jus des cieulx, +Du noble Lys digne Syon, +Don de Jhesus tres precieulx, +Marie, nom tres gracieulx, +Fons de pitié, source de grace, +La joye, confort de mes yeulx, +Qui nostre paix batist et brasse. + +La paix, c'est assavoir des riches, +Des povres, le substantament, +Le rebours des felons et chiches, +Tres necessaire enfantement +Conceu, portée honnestement +Hors le pechié originel, +Que dire je puis sainctement, +Souverain bien de Dieu Eternel. + +Nom recouvré, joye de peuple, +Confort des bons, de maulx retraicte, +Du doulx Seigneur premiere et seule +Fille, de son cler sang extraicte. +Du dextre costé Clovis traicte, +Glorieuse ymage en tout fais, +Ou hault ciel crée et pourtraicte, +Pour esjouyr, et donner paix. + +En l'amour et crainte de Dieu, +Es nobles flans Cesar conceue, +Des petitz et grans, en tout lieu, +A tres grande joye receue, +De l'amour Dieu traicte, tissue +Pour les discordez ralier, +Et aux enclos donner yssue, +Leurs lians et fers delier. + +Aucunes gens qui bien peu sentent, +Nourriz en simplesse et confiz, +Contre le vouloir Dieu, actentent +Par ignorance desconfiz, +Desirans que feussiez ung filz, +Mais qu'ainsi soit, ainsi m'aist Dieux, +Je croy que ce soit grans proufiz; +Raison, Dieu fait tout pour le mieulx. + +Du Psalmiste je prens les dictz, +_Delectasti me, Domine, +In factura tua_, si ditz; +Noble enfant de bonne heure né, +A toute doulceur destiné, +_Manna_ du ciel, celeste don, +De tous biens fais le guerdonné, +Et de noz maulx le vray pardon. + +Combien que j'ay leu en ung dit, +_Inimicum putes_ y a +_Qui te presentem laudabit_, +Toutteffoiz, non obstant cela, +Oncques vray homme ne cela +En son courage aucun grant bien, +Qui ne le monstrast ca et là, +On doit dire du bien le bien. + +Saint Jehan Baptiste ainsi le fist, +Quant l'aignel de Dieu descela, +En ce faisant, pas ne meffist, +Dont sa voix es tourbes vola, +De quoy saint Andry Dieu loua, +Qui de lui, cy ne scavoit rien, +Et au filz de Dieu s'aloua, +On doit dire du bien le bien, + +Envoyée de Jhesucrist, +Rappelez sa jus par deca +Les povres que rigueur proscript, +Et que fortune betourna; +Cy scay bien comment y m'en va, +De Dieu, de vous, vie je tien, +Benoist celle qui vous porta; +On doit dire du bien le bien. + +Cy, devant Dieu, fais congnoissance +Que creature feusse morte, +Ne fust vostre doulce naissance, +En charité puissant et forte, +Qui ressuscite et reconforte, +Ce que mort avoit prins pour sien; +Vostre presence me conforte, +On doit dire du bien le bien. + +Cy vous rens toute obeissance, +Ad ce faire, raison me porte, +De toute ma povre puissance, +Plus n'est deul qui me desconforte, +N'autre ennuy de quelconque sorte; +Vostre je suis, et non plus mien, +Ad ce, droit et devoir m'enhorte, +On doit dire du bien le bien. + +O grace et pitié tres immense, +L'entrée de paix et la porte, +Some et benigne clemence, +Qui noz faultes toult et supporte; +Cy de vous louer me deporte, +Ingrat suis, et je le maintien, +Dont en ce refrain me transporte, +On doit dire du bien le bien. + +Princesse, ce loz je vous porte, +Que sans vous je ne feusse rien; +A vous et à vous m'en rapporte, +On doit dire du bien le bien. +Euvre de Dieu, digne, louée, +Autant que nulle créature, +De tous biens et vertuz douée, +Tant d'esperit, que de nature, +Que de ceulx qu'on dit d'aventure; +Plus que rubis noble, ou balais, +Selon de Caton l'escripture, +_Patrem insequitur proles_. + +Port asseuré, maintien rassis, +Plus que ne peut nature humaine, +Et eussiez des ans trente six, +Enfance en riens ne vous demaine, +Que jour ne le die et sepmaine, +Je ne scay qui le me deffant; +Ad ce propoz un g dit ramaine, +De saige mere, saige enfant. + +Dont resume ce que j'ay dit, +_Nova progenies coelo_, +Car c'est du Poete le dit, +_Jamjam demittitur alto_. +Saige Cassandre, bel Echo, +Digne Judith, caste Lucresse, +Je vous congnois, noble Dido, +A ma seule Dame et maistresse. + +En priant Dieu, digne Pucelle, +Qui vous doint longue et bonne vie, +Qui vous ayme, ma Damoiselle, +Ja ne coure sur lui envie; +Entiere Dame, et assouvie, +J'espoir de vous servir aincoys, +Certes, se Dieu plaist que devie +Vostre povre escolier francoys. + + + +BALADE. + +Je meurs de soif empres de la fontaine; +Suffisance ay, et si suis convoiteux; +Une heure m'est plus d'une quarantaine; +Droit et parfait, je chemine boiteux; +Tres pacient, plus que nul despiteux; +Je retiens tout, et ce que j'ai, despars; +A moy cruel, et aux autres Piteux; +Le neutre suis, et si tiens les deux pars. + +En doubte suis de chose tres certaine; +Infortuné, je me repute eureux; +Vraye conclus une chose incertaine; +Rien je ne fois, et suis adventureux; +Feble me tiens, quant me sens vigoreux; +Plain de moisteur, tout tremblant au feu ars; +Doulx et beguin, de semblant rigoreux; +Le neutre suis, et si tiens les deux pars. + +Quant dueil me prent, grand joye me demaine; +Par grant plaisir, je deviens langoreux; +Indigent suis, possident grant demaine; +Qui n'a nul goust, je le tiens savoreux, +Qui m'est amer, de lui suis amoureux; +Ignorant suis, et si scay les sept ars; +En grant seurté, fort craintif et paoureux; +Le neutre suis, et si tiens les deux pars. + + L'ENVOY. + +Qui me loue, il m'est injurieux; +Je ne bouge, quant d'un lieu je me pars; +Par bien ouvrer, en vain labourieux; +Le neutre suis, et si tiens les deux pars. + + + +BALADE. + +Je meurs de soif aupres de la fontaine; +Tant plus mengue, et tant plus je me affame; +Povre d'argent, ou ma bourse en est plaine; +Marié suis, et si n'ay point de fame; +Qui me honnore, grandement me diffame; +Quant je vois droit, lors est que me devoye; +Pour loz et pris, je tiltre de diffame; +Grief desplaisir m'est excessive joye. + +Quant on me toult, richement on me estraine; +Dix mile onces ne me sont que une dragme; +Sec et brahaing, je porte fleur et graine; +En reposant, sur mer tire à la rame; +Actaine suis en tous lieux on n'a ame; +Acompaigné, je n'ay qui me convoye; +Toute entiere est la chose que je entame, +Grief desplaisir m'est excessive joye. + +En aspirant, je retiens mon alaine; +Quant eur me vient, maleureux je me clame; +Fort et puissant, flexible comme laine; +Transi d'amours sans avoir nulle dame; +Homme parfait, privé de corps et d'ame; +Paisible suis, et ung chascun guerroye; +Mes ennemis plus que tous autres, ame; +Grief desplaisir m'est excessive joye. + +L'ENVOY. + +Mauvaise odeur m'est plus fleurant que basme; +Pasmé de dueil, angoisseux me resjoye; +En eau plungié, je brule tout en flame; +Grief desplaisir m'est excessive joie. + + + +BALADE. + +Je n'ai plus soif, tarie est la fontaine, +Repeu je suis de competent viande, +J'ai pris treves affin que on ne me actaine, +Dissimulant, fault que le hurt actende; +Adjoing des deux, sans que nul vilipende, +Je festie l'un, à l'austre fois la moue; +En ce faisant, pour éviter escande, +Entre deux eaues, comme le poisson, noue. + +En grant travail j'ai frapé la quintaine, +Jusques ung temps fault qu'à repos entende; +Pour obvier à voye trop haultaine, +Le moyen tiens, affin que ne descende, +J'ai eu delay de payer mon amende, +En couroux faint, couvertement me joue, +En reculant pour mieulx saillir en lande, +Entre deux eaues, comme le poisson, noue. + +Ne vert, ne meur, mon blé mangue en graine, +Dueil et plaisir me tiennent en commande; +En divers lieux ca et là me pourmaine; +La moitie fois, quant tout l'en me commande; +A demy trait lors est que l'arc debande, +Pour abreger, ne l'un ne l'autre loue, +Participant de l'une et l'autre bande, +Entre deux eaues, comme le poisson, noue. + +L'ENVOY. + +Par priere de affaictée demande, +Interrogé se l'ung ou l'autre avoue, +A ce respons, se aucun le me demande, +Entre deux eaues, comme le poisson, noue. + + + +BALADE. + +(Villon.) + +Je meurs de soif aupres de la fontaine; +Chault comme feu, et tremble dent à dent; +En mon pays, suis en terre loingtaine; +Lez ung brasier, friconne tout ardent; +Nu comme ung ver, vestu en president; +Je ris en pleurs, et actens sans espoir; +Confors reprens, en triste desespoir; +Je m'esjouys, et n'ay plaisir aucun; +Puissant, je suis sans force et sans povoir; +Bien recueilly, débouté de chascun. + +Rien ne m'est seur, que la chose incertaine; +Obscur, fors ce qui est tout evident; +Doubte ne fais, fors en chose certaine; +Science tiens à soudain accident; +Je gaigne tout, et demeure perdent; +Au point du jour diz: Dieu vous doint bon soir; +Gisant envers, j'ai grant paour de cheoir; +J'ai bien de quoy, et si n'en ay pas ung; +Eschoite actens, et d'omme ne suis hoir; +Bien recueilly, debouté de chascun. + +De riens n'ay soing, si mets toute ma paine +D'acquerir biens, et n'y suis pretendent; +Qui mieulx me dist, c'est cil qui plus m'actaine; +Et qui plus vray, lors plus me va bourdent; +Mon amy est qui me fait entendent, +D'un cigne blanc, que c'est un corbeau noir; +Et qui me nuys, croy qu'il m'aide à povoir; +Bourde, verité, aujourduy m'est tout ung; +Je retiens tout, riens ne scay concepvoir; +Bien recueilly, debouté de chascun. + +L'ENVOY. + +Prince clement, or vous plaise savoir +Que j'entens moult, et n'ay sens, ne savoir; +Parcial, suis à toutes lois commun; +Que fais je plus? quoy? les gaiges ravoir; +Bien recueilly, debouté de chascun. + + + +BALADE. + +Parfont conseil _eximium_. +En ce saint livre, _exortatur_, +Que l'omme, _in matrimonium_, +Folement _non abutatur_; +Raison, le sens _hebetatur_, +_De omni viro_ quelqu'il soit; +Fol _non credit_ tant qu'il recoit. + +_Et constat_, par ceste leccon, +Pour conserver _vim et robur_, +_Prestat_ ne faire mot, ne son, +Souffrir et escouter murmur; +_Si conjunx clamat ad_ ce mur, +_Fingat_ que pas ne le concoit, +Fol _non credit_ tant qu'il recoit. + +_Fortior multo_ que Sanson, +En cest assault _conjuncitur +Contra_ de Venus l'escusson, +Le plus fort bourdon _plicatur_; +. . . . . . . . . . . . . . . . . .[64] +_Sed quisquis_ pas ne le concoit, +Fol _non credit_ tant qu'il recoit. + +L'ENVOY. + +Prince très saige, _legitur +Quod astucior_ si decoit, +Le mieulx nagent y _mergitur_; +Fol _non credit_ tant qu'il recoit. + +[Note 64: Le vers manque dans les manuscrits.] + + + +BALADE. + +Je meurs de soif aupres de la fontaine; +J'ai tres grant fain, et si ne puis mengier; +Je suis au bas en la maison haultaine, +Et enchartré en ung très beau vergier; +En grant peril, et hors de tout dangier; +Les biens que j'ay, me font povre indigent; +En beau logis, ne me scay où logier; +Je gaigne assez, et si n'ay point d'argent. + +Je fais grant dueil, tristesse m'est loingtaine; +Dormir ne puis, et ne fais que songier; +Je suis tout sain, et ay fievre quartaine; +Tout esdenté, mon frain me fault rongier, +Verité dy, et si suis mensongier; +Je suis recluz, hanté de toute gent; +Congneu de tous, et à tous estrangier; +Je gaigne assez, et si n'ay point d'argent. + +Grant doubte fais de chose bien certaine; +Incertain suis, et si en vueil jugier; +Ou champs estroit, je jouste à la quintaine; +Non offensé, je me cuide vengier; +Ung pesant faiz me semble tres legier; +Je suis paillart, et contrefay du gent; +Par trop couart, hardy comme un Ogier; +Je gaigne assez, et si n'ay point d'argent. + +L'ENVOY. + +Prince, je suy siche, pour abregier, +Prodigue aussi, nonchallant, diligent, +Assez subtil, plus simple que bergier, +Je gaigne assez, et si n'ay point d'argent. + + + +BALADE + +(Montbreton et Robertet.) + +Je meurs de soif auprès de la fontaine; +Je trouve doulx ce qui doit estre amer; +J'ayme et tiens chier tous ceux qui me font haine, +Je hé tous ceulx que fort je deusse amer; +Je loue ceulx que je deusse blasmer; +Je prens en gré plus le mal que le bien; +Je vois querant ce qu'à trouver je doubte; +Croire ne puis cela que je scay bien; +Je me tiens seur de ce dont plus jay doubte. + +Je prens plaisir en ce qui m'est atayne; +Ung peu de chose m'est grant comme la mer; +Je tiens de pres, celle qui m'est loingtaine; +Je garde entier ce que deusse entamer; +Saoul suis, de ce qui me fait affamer; +J'ay largement de tout, et si n'ay rien; +J'oublie ce que plus à cueur je boute; +Ce qui me lasche, me tient en son lien; +Je me tiens seur de ce dont plus j'ay doubte. + +Je tiens pour basse chose qui est haultaine; +Je fuis tous ceulx que deusse reclamer, +Je croy plus tart le vray qu'une fredaine; +Tant plus suis froit, plus me sens enflamer; +Quant j'ay bon cueur, lors je prens à pasmer; +Ce que j'aquiers, je ne tiens pas pour mien; +Je prise peu ce qui bien chier me couste; +Sote maniere m'est plus que beau maintien; +Je me tiens seur de ce dont plus j'ay doubte. + +L'ENVOY. + +Prince, j'ay tout, et si ne scay combien; +J'atire à moy ce qui plus me deboute; +Ce que j'esloigne, m'est plus pres qu'autre rien; +Je me tiens seur de ce dont plus j'ay doubte. + + + +BALADE. + +Je meurs de soif aupres de la fontaine; +Verbe normal, sans conjugacion: +Congruité, de incongruité plaine; +Declinable, sans declinacion; +Approprié par appellation; +Determiné, sans quelque terminance; +Ou brief, ou long, sans variacion; +C'est plus fort fait, que ouvrer par ignorance. + +Mat et vaincu, je frape la quintaine; +Sans violance je fois invasion; +Affirmatif d'une chose incertaine; +Silogisant sans proposicion; +Meuf figure où n'a conclusion; +Emptimeme sans quelque consequance; +Convertible où n'a conversion; +C'est plus fort fait, que ouvrer par ignorance. + +J'ayme repos, et desire la paine; +Corruptible en generacion; +Le vray au faulx je duis et ramaine; +De maxime je fois oppinion; +Diffiment je fois descripcion, +Et l'accident je mue en substance; +Aveugle suis en clere vision; +C'est plus fort fait, que ouvrer par ignorance. + +L'ENVOY. + +Incomplexif, ayant complexion; +Irregulier, je suis de l'observance; +Je suis actif, designant passion; +C'est plus fort fait, que ouvrer par ignorance. + + + +BALADE. + +(Maistre Berthault de Villebresme.) + +Je meurs de soif aupres de la fontaine; +Tout affamé, en mengier sumptueulx; +Comblé de dueil, en liesse haultaine; +Sec et brahaing, en pays fructueux; +Loing de vertuz, entre les vertueux; +Entre joyeux, plaintif et souspirant; +En lieu de bien, de mal affectueux; +Et va mon fait tousjours en empirant. + +Entre tous biens je suis de mal quintaine; +Alangoré, entre les vigoreux; +Entre esbanoys, de regret cappitaine; +Amertume, entre les doulcereux; +Tremblant de froit en manoir chalereux; +En grant santé, tousjours mal endurant; +Entre courtois, despit et rigoreux; +Et va mon fait tousjours en empirant. + +Forvoyé suis par hanter voye certaine, +Et avoyé, en lieux avantureux; +Ma nacion m'est region lointaine; +En lieu tres seur, je suis tres fort paoureux; +Espris d'amour, sans estre amoureux; +La lerme a l'ueil, je me vois deduisant; +Tout me desplaist, sans estre dangereux; +Et va mon fait tousjours en empirant. + +L'ENVOY. + +Prince, cesser fay le mal qui m'actaine, +Ou autrement je m'en iray mourant, +Car je suis pres d'avoir fievre quartaine, +Et va mon fait toujours en empirant. + + + +BALADE. + +(Maistre Jehan Caillau.) + +Je meurs de soif aupres de la fontaine; +Tremblant de froit ou feu des amoureux; +Je suis tout sain en langueur et enpaine; +Et suis asseur, où tout est dangereux; +Tout mal, tout grief, m'est doulx et savoureux; +Plain de tourment, mene joyeuse vie, +Et ce qui plaist à tous, ne me plaist mie; +En povreté, je suis tres richement; +En engoisse, j'ay plaisance assovye; +Or jugiez donc se je vis plaisamment. + +Je suis joyeulx sans plaisance mondaine; +Où chascun rit, pensif et douloreux; +Sans nul travail, si suis je hors d'alaine; +Pres de tout bien, suis le tres langoreux; +Ce qui me plaist, est aspre et rigoreux; +J'ayme estre seul, et si vueil compaignie; +Je dors assez, et suis en frenesie; +En desespoir j'ay grand allegement; +Ce qui est doulx, m'est plus amer que suye; +Or jugiez donc se je vis plaisamment. + +Je suis seigneur sans terre et sans demaine; +Tant plus ay biens, et plus suis maleureux; +Je meurs de fain, et ay ma grange plaine; +Où tout est seur, si suis je tres paoureux; +Des plus vaillans et moins chevalereux; +Qui mal me fait, je lui rens courtoisie; +S'il fait beau temps, je demande la pluye; +Se je meurs tost, si vis je longuement; +En grant repos, plain de forsenerie; +Or jugez donc si je vis plaisamment. + +L'ENVOY. + +Prince, mon fait est droicte faerie, +Je bay travail, et le repos m'ennuye; +Maintenant d'un, et tantost autrement; +J'ay tous les jeux, et quicte la partie; +Or jugez donc si je vis plaisamment. + + + +BALADE. + +(Gilles des Ourmes.) + +Je meurs de soif aupres de la fontaine; +Tremblant de froit ou feu des amoureux; +Je suis joyeulx s'aucun mal me demaine; +Plaintz et souspirs sont mes riz et mes jeux; +Je n'ay santé, sinon quand je me deulx; +Beau temps me plaist, et desire la pluye; +Qui bien me fait, je le tiens mon hayneux; +Or regardez, et jugiez s'il m'ennuye. + +Je n'ay repos qu'en doleur et en paine; +J'ayme travail, et si suis paresseux; +Ung mois ne m'est qu'à ung aultre sepmaine, +Et m'est d'advis que le jour dure deux; +Se j'ay nul bien, je m'en tiens maleureux; +Quant j'ayme aucun, force est que je le fuye; +Qui m'est courtois, je lui suis rigoreux; +Or regardez, et jugiez s'il m'ennuye. + +J'ay mille maulx, et ma personne est saine; +Plaisirs mondains me sont malencontreux; +Quant je suis seul, lors ung chascun m'actaine; +Rien n'ay asseur, si je n'en suis doubteux; +Gens bien en point me semblent souffreux; +En plain midy j'ay la veue esbluye; +Je n'ayme rien, et si suis convoiteux; +Or regardez, et jugiez s'il m'ennuye. + +L'ENVOY. + +Sans mot sonner, je dy mon cas piteux; +Je n'ay regret qu'en ce que je ne veulx; +Ce qui est doulx, m'est plus amer que suye; +Quant gens n'ont rien, je vueil mordre sur eulx: +Or regardez, et jugiez s'il m'ennuye. + + + +BALADE. + +(Simonnet Caillau.) + +Je meurs de soif aupres de la fontaine; +Costé plaisir, mon cueur plaint et souspire; +Tout arresté, sans marchier l'on me maine; +Rempli de deul, vouloir me prent de rire; +En plaisans lieux je n'ay si non martire; +A nul ne suis, et si fault que m'avoue; +Parler scay bien, et ne puis mon cas dire; +Or regardez, se tel homme se joue. + +Croire ne vueil, et est chose certaine; +Sans me toucher, je sens que l'on me tire; +En lit bien fait, là ne seuffre que paine; +Le chois ay eu, et est ma part la pire; +Sans avoir riens, j'ay tant qu'il deust suffire; +Qui mal me fait, de cestui la me loue; +Pres des joyeulx, je ne me scay deduire; +Or regardez, se tel homme se joue. + +Esgaré suis, et voy la voye plaine; +Où tout est bien, assez treuve à redire; +Sens grant chaleur, ca et là me pourmaine; +Les yeulx bandez, en mirouer me mire; +Loingt de chault feu, je ne cesse de frire; +Tel me flate qui puis me fait la moue; +Ce qui est mien, j'en voy ung autre sire; +Or regardez, se tel homme se joue. + + L'ENVOY. + +J'ay piez et sens, et ne me scay conduire; +En beau chemin je suis cheut en la boue; +J'ayme estre à part, et compaignie desire; +Or regardez, se tel homme se joue. + + + +BALADE. + +En regardant vers le pays de France, +Ung jour m'avint, à Dovre sur la mer, +Qu'il me souvint de la doulce plaisance +Que souloie ou dit pays trouver; +Si commencay de cueur à souspirer, +Combien certes que grant bien me faisoit, +De veoir France que mon cueur amer doit. + +Je m'avisay que c'estoit nonsavance, +De telz souspirs dedens mon cueur garder, +Veu que je voy que la voye commence +De bonne paix, qui tous biens peut donner; +Pour ce, tournay en confort mon penser, +Mais non pourtant, mon cueur ne se lassoit +De veoir France que mon cueur amer doit. + +Alors chargay, en la nef d'esperance, +Tous mes souhays en leur priant d'aler +Oultre la mer, sans faire demourance, +Et à France de me recommander; +Or nous doint Dieu bonne paix sans tarder, +Adonc auray loisir, mais qu'ainsi soit, +De veoir France que mon cueur amer doit. + +L'ENVOY. + +Paix est tresor qu'on ne peut trop loer, +Je hé guerre, point ne la doit prisier, +Destourbé m'a longtemps, soit tort ou droit, +De veoir France que mon cueur amer doit. + + + +BALADE. + +Priez pour paix, doulce Vierge Marie, +Royne des cieulx, et du monde maistresse, +Faictes prier, par vostre courtoisie, +Saints et sainctes, et prenez vostre adresse +Vers vostre fils, requerrant sa haultesse +Qu'il lui plaise son peuple regarder, +Que de son sang a voulu rachater, +En deboutant guerre qui tout desvoye; +De prieres ne vous vueilliez lasser, +Priez pour paix, le vray tresor de joye. + +Priez, prelaz, et gens de saincte vie. +Religieux, ne dormez en peresse, +Priez, maistres, et tous suivans clergie, +Car par guerre fault que l'estude cesse; +Moustiers destruiz sont sans qu'on les redresse, +Le service de Dieu vous fault laisser, +Quant ne povez en repos demourer; +Priez si fort que briefment Dieu vous oye, +L'Eglise voult à ce vous ordonner; +Priez pour paix, le vray tresor de joye. + +Priez, princes qui avez seigneurie, +Roys, ducs, contes, barons plains de noblesse, +Gentils hommes avec chevalerie, +Car meschans gens surmontent gentillesse; +En leurs mains ont toute vostre richesse, +Debatz les font en hault estat monter, +Vous le povez chascun jour veoir au cler, +Et sont riches de voz biens et monnoye, +Dont vous deussiez le peuple supporter; +Prier pour paix, le vray tresor de joye. + +Priez, peuple qui souffrez tirannie, +Car voz seigneurs sont en telle foiblesse, +Qu'ilz ne pevent vous garder par maistrie, +Ne vous aider en vostre grant destresse; +Loyaux marchans, la selle si vous blesse, +Fort sur le doz chascun vous vient presser, +Et ne povez marchandise mener, +Car vous n'avez seur passage, ne voye, +Et maint peril vous convient il passer: +Priez pour paix, le vray tresor de joye. + +Priez, galans joyeulx en compaignie, +Qui despendre desirez à largesse, +Guerre vous tient la bourse degarnie; +Priez, amans, qui voulez en liesse +Servir amours, car guerre, par rudesse, +Vous destourbe de voz dames hanter, +Qui mainteffoiz fait leurs voloirs torner, +Et quant tenez le bout de la courroye, +Ung estrangier si le vous vient oster; +Priez pour paix, le vray tresor de joye. + +L'ENVOY. + +Dieu tout puissant nous vueille conforter +Toutes choses en terre, ciel et mer, +Priez vers lui que brief en tout pourvoye, +En lui seul est de tous maulx amender; +Priez pour paix, le vray tresor de joye. + + + +BALADES DE PLUSIEURS PROPOS. + +(Orléans contre Garancières. + +Je, qui suis Dieu des amoureux, +Prince de joyeuse plaisance, +A toutes celles et à ceulx +Qui sont de mon obeissance, +Requier qu'a toute leur puissance +Me viengnent aider et servir, +Pour l'outrecuidance punir +D'aucuns qui, par leur janglerie, +Veulent, par force, conquerir +Des grans biens de ma seigneurie. + +Car Garencieres, l'un d'entre eulx, +Si dit en sa folle ventance, +Pour faire le chevalereux, +Qu'avant hyer, par sa grant vaillance, +Lui et son cueur d'une aliance, +Furent devant beaulté courir; +Je ne luy vy pas sans faillir, +Mais croy qu'il soit en resverie, +Car si pres n'oseroit venir +Des grans biens de ma seigneurie. + +Il dit qu'il est tant douloreux, +Et qu'il est mort sans recouvrance; +Mais bien seroit il maleureux, +Qui donneroit en ce creance; +On peut veoir que celle penance, +Qu'il lui a convenu souffrir, +N'a fait son visaige pallir, +Ne amaigrir de maladie, +Ainsi se mocque, pour chevir +Des grans biens de ma seigneurie. + +L'ENVOY. + +Sur tous, me plaist le retenir +Roys des heraulx pour bien mentir; +Cest office je lui octrie, +C'est ce que lui veuil departir +Des grans biens de ma seigneurie. + + + +BALADE. + +(Response de Garencieres.) + +Cupido, Dieu des amoureux, +Prince de joyeuse plaisance, +Moi, Garancieres, tres soingneux +De vous servir de ma puissance, +Viens devers vous, en obeissance, +Pour vous humblement requerir +Que vous vueilliez faire punir +Ung homme de mauvaise vie. +Qui, contre raison, veult tenir +Le droit de vostre seigneurie. + +C'est ung enfant malicieux, +Où nul ne doit avoir fiance, +Car il en a ja plus de deux +Deceues, au pais de France, +Dont vous deussiez prendre vengeance, +Pour faire les autres cremir; +C'est le prince de bien mentir, +Ainsné frere de janglerie, +Qui, contre raison, veult tenir +Le droit de vostre seigneurie. + +Oncques Lucifer l'orgueilleux +Ne fist si grant oultrecuidance, +Quant il emprist d'estre envieux +Sur le Dieu de toute puissance; +Il me semble que, par sentence, +Vous le deussiez faire bannir +De vostre court, sans revenir, +Lui et sa faulse compaignie, +Qui, contre raison, veult tenir +Le droit de vostre seigneurie. + +L'ENVOY. + +Prince, s'on doit avoir vaillance +Pour mentir à grant habondance, +Et pour faulseté maintenir, +Vour verrez icellui venir +A grant honneur, n'en doubtez mie, +Qui, contre raison, veult tenir +Le droit de vostre seigneurie. + + + +BALADE. + +En acquictant nostre temps vers jeunesse, +Le nouvel an et la saison jolie, +Plains de plaisir et de toute liesse, +Qui chascun d'eulx chierement nous en prie; +Venuz sommes en ceste mommerie, +Belles, bonnes, plaisans et gracieuses, +Prestz de dancer, et faire chiere lye, +Pour resveiller voz pensées joyeuses. + +Or bannissiez de vous toute peresse, +Ennuy, soussy avec merencolie, +Car froit yver, qui ne veult que rudesse, +Est desconfit, et convient qu'il s'enfuye; +Avril et May amainent doulce vie +Avec eulx; pour ce, soyez songneuses +De recevoir leur plaisant compaignie, +Pour resveillier voz pensées joyeuses. + +Venus aussi, la tres noble Deesse, +Qui sur femmes doit avoir la maistrie, +Vous envoye de confort à largesse, +Et plaisance de grans biens enrichie, +En vous chargeant que, de vostre partie, +Vous acquictiez sans estre dangereuses; +Aidiez vous veult sans que point vous oublie, +Pour resveiller voz pensées joyeuses. + + + +BALADE. + +Bien monstrez, printemps gracieulx, +De quel mestier savez servir, +Car yver fait cueurs ennuieux, +Et vous les faictes resjouir; +Sitost, comme il vous voit venir, +Lui et sa meschant retenue +Sont contrains, et pretz de fuir, +A vostre joyeuse venue. + +Yver fait champs et arbres vieulx, +Leurs barbes de neiges blanchir, +Et est si froit, ort et pluvieux, +Qu'empres le feu convient croupir; +On ne peut hors des huis yssir, +Comme ung oisel qui est en mue; +Mais vous faictes tout rajeunir, +A vostre joyeuse venue. + +Yver fait le souleil, es cieulx, +Du mantel des nues couvrir; +Or maintenant, loué soit Dieux, +Vous este venu esclersir +Toutes choses et embellir; +Yver a sa peine perdue, +Car l'an nouvel l'a fait bannir, +A vostre joyeuse venue. + + + +BALADE. + +Je fu en fleur ou temps passé d'enfance, +Et puis apres devins fruit en jeunesse; +Lors m'abaty de l'arbre de plaisance, +Vert et non meur, Folie, ma maistresse; +Et pour ce la, raison qui tout redresse +A son plaisir, sans tort ou mesprison, +M'a à bon droit, par sa tres grant sagesse, +Mis pour meurir ou feurre de prison. + +En ce j'ay fait longue continuance, +Sans estre mis à l'essor de largesse; +J'en suis content, et tiens que sans doubtance, +C'est pour le mieulx, combien que par peresse +Deviens fletry, et tire vers vieillesse; +Assez estaint est en moy le tison +De sot desir, puisqu'ay esté en presse +Mis pour meurir ou feurre de prison. + +Dieu nous doint paix, car c'est ma desirance, +Adonc seray en l'eaue de liesse +Tost refreschi, et au souleil de France +Bien nectié du moisy de tristesse; +J'actens bon temps, endurant en humblesse, +Car j'ay espoir que Dieu ma guerison +Ordonnera; pour ce, m'a sa haultesse +Mis pour meurir ou feurre de prison. + +L'ENVOY. + +Fruit suis d'yver qui a meins de tendresse +Que fruit d'esté, si suis en garnison, +Pour amolir ma trop verde rudesse, +Mis pour meurir ou feurre de prison. + + + +BALADE. + +Cueur, trop es plain de folie, +Cuides tu de t'eslongner +Hors de nostre compaignie, +Et en repos te logier; +Ton propos ferons changier, +Soing et Ennuy nous nommons, +Avecques toy demourrons, +Car c'est le commandement +De Fortune qui en serre +T'a tenu moult longuement, +Ou royaume d'Angleterre. + +Dy nous, ne cognois tu mie +Que l'estat de prisonnier +Est que souvent lui ennuye, +Et endure maint dangier, +Dont il ne se peut vengier; +Pour ce, nous ne te faisons +Nul tort, se te gouvernons +Ainsi que communement +Sont prisonniers pris en guerre, +Dont es l'un presentement +Ou royaume d'Angleterre. + +En lieu de plaisance lye, +Au lever et au couschier +Trouveras merencolie, +Souvent te fera veillier, +La nuit et le jour songier; +Ainsi te guerdonnerons, +Et es fers te garderons; +De soussy et pensement, +Se tu peuz, si te defferre, +Par nous n'auras autrement +Ou royaume d'Angleterre. + + + +BALADE. + +Nouvelles ont couru en France, +Par mains lieux, que j'estoye mort; +Dont avoient peu deplaisance +Aucuns qui me hayent à tort; +Autres en ont eu desconfort, +Qui m'ayment de loyal vouloir, +Comme mes bons et vrais amis; +Si fais à toutes gens savoir +Qu'encore est vive la souris. + +Je n'ay eu ne mal, ne grevance, +Dieu mercy, mais suis sain et fort, +Et passe temps en esperance +Que paix, qui trop longuement dort, +S'esveillera, et par accort +A tous fera liesse avoir; +Pour ce, de Dieu soient maudis +Ceux qui sont dolens de veoir +Qu'encore est vive la souris. + +Jeunesse sur moy a puissance, +Mais Vieillesse fait son effort +De m'avoir en sa gouvernance; +A present faillira son sort, +Je suis assez loing de son port, +De pleurer vueil garder mon hoir; +Loué soit Dieu de Paradis, +Qui m'a donné force et povoir, +Qu'encore est vive la souris. + +L'ENVOY. + +Nul ne porte pour moy le noir, +On vent meilleur marchié drap gris; +Or tiengne chascun, pour tout voir, +Qu'encore est vive la souris. + + + +BALADE + +Puisqu'ainsi est que vous alez en France, +Duc de Bourbon, mon compaignon tres chier, +Ou Dieu vous doint, selon la desirance +Que tous avons, bien povoir besongner; +Mon fait vous vueil descouvrir et chargier +Du tout en tout, en sens et en folie; +Trouver ne puis nul meilleur messagier, +Il ne faut ja que plus je vous en die. + +Premierement, se c'est vostre plaisance, +Recommandez moy, sans point l'oublier, +A ma Dame; ayez en souvenance, +Et lui dictes, je vous pry et requier, +Les maulx que j'ay quant me fault eslongnier, +Maugré mon vueil, sa doulce compaignie; +Vous savez bien que c'est de tel mestier, +Il ne faut ja que plus je vous en die. + +Or y faictes comme j'ay la fiance, +Car un amy doit pour l'autre veillier; +Se vous dictes: Je ne scay, sans doubtance, +Qui est celle? vueilliez la enseignier. +Je vous respons qu'il ne vous fault serchier, +Fors que celle qui est la mieulx garnie +De tous les biens qu'on sauroit souhaidier; +Il ne faut ja que plus je vous en die. + +L'ENVOY. + +Sy ay chargié à Guillaume Cadier +Que, par de la, bien souvent vous supplie; +Souviengne vous du fait du prisonnier, +Il ne faut ja que plus je vous en die. + + + +BALADE. + +Mon gracieulx cousin, Duc de Bourbon, +Je vous requier, quant vous aurez loisir. +Que me faictes, par balade ou chancon, +De vostre estat aucunement sentir; +Car quant à moy, saichiez que, sans mentir, +Je sens mon cueur renouveller de joye, +En esperant le bon temps à venir, +Par bonne paix que brief Dieu nous envoye. + +Tout crestian qui est loyal et bon, +Du bien de paix se doit fort resjoir, +Veu les grans maulx, et la destruction, +Que guerre fait par tous pays courir; +Dieu a voulu Crestianté punir, +Qui a laissié de bien vivre la voye, +Mais puis apres, il la veult secourir, +Par bonne paix que brief Dieu nous envoye. + +Et pour ce la, mon tres chier compaignon, +Vueilliez de vous desplaisance bannir, +En oubliant vostre longue prison, +Qui vous a fait mainte doleur souffrir; +Merciez Dieu, pensez de le servir, +Il vous garde de tous biens grant montjoye, +Et vous fera avoir vostre desir, +Par bonne paix que brief Dieu nous envoye. + +L'ENVOY. + +Resveilliez vous en joyeulx souvenir, +Car j'ay espoir qu'encore je vous voye, +Et moy aussy en confort et plaisir, +Par bonne paix que brief Dieu nous envoye. + + + +BALADE. + +Mon chier cousin, de bon cueur vous mercie, +Des blancs connins que vous m'avez donnez; +Et oultre plus, pour vray vous certiffie, +Quant aux connins, que dictes qu'ay amez, +Ilz sont pour moy, plusieurs ans a passez, +Mis en oubly; aussi mon instrument +Qui les servoit, a fait son testament, +Et est retrait, et devenu hermite; +Il dort tousjours, à parler vrayement, +Comme cellui qui en riens ne prouffite. + +Ne parlez plus de ce, je vous en prie, +Dieux ait l'ame de tous les trespassez! +Parler vault mieulx, pour faire chiere lye, +De bons morceaulx et de frians pastez, +Mais qu'ilz soient tout chaudement tastez; +Pour le present, c'est bon esbatement, +Et qu'on ait vin pour nectier la dent; +En char crue mon cueur ne se delicte, +Oublions tout le vieil gouvernement, +Comme cellui qui en riens ne proufite. + +Quant Jeunesse tient gens en seigneurie, +Les jeux d'amours sont grandement prisez; +Mais Fortune qui m'a en sa baillie, +Les a du tout de mon cueur deboutez; +Et desormais, vous et moi excusez +De tels esbatz serons legierement, +Car faiz avons nos devoirs grandement +Ou temps passé; vers Amours me tiens quicte, +Je n'en vueil plus, mon cueur si s'en repent, +Comme cellui qui en riens ne proufite. + +L'ENVOY. + +Vieulx soudoiers avecques jeune gent, +Ne sont prisiez la valeur d'une micte; +Mon office resine plainement, +Comme cellui qui en riens ne proufite. + + + +BALADE. + +Dame qui cuidiez trop savoir, +Mais vostre sens tourne en folie, +Et cuidiez les gens decevoir, +Par vostre cautelle jolie; +Qui croirait vostre chiere lie, +Tantost seroit pris en voz las, +Encore ne m'avez vous mie, +Encore ne m'avez vous pas. + +Vous cuidiez bien qu'apercevoir +Ne saiche vostre moquerie, +Si fais, pour vous dire le voir; +Et pour ce, chierement vous prie, +Alez jouer de l'escremie +Autre part, car quant en ce cas, +Encore ne m'avez vous mie, +Encore ne m'avez vous pas. + +Vous ferez bien vostre devoir, +Se m'atrapez par tromperie; +Car trop ay congneu main et soir +Les faulx tours dont estes garnie, +On vous appelle, fol si fie; +Deportez vous de telz esbas, +Encore ne m'avez vous mie, +Encore ne m'avez vous pas. + + + +BALADE. + +(Orléans à Bourgoigne.) + +Puisque je suis vostre voisin +En ce pais presentement, +Mon compaignon, frere et cousin, +Je vous requier tres chierement, +Que de vostre gouvernement, +Et estat me faictes savoir, +Car j'en orroye bien souvent, +S'il en estoit à mon vouloir. + +Il n'est jour, ne soir, ne matin, +Que ne prie Dieu humblement +Que la paix prengne telle fin, +Que je puisse joyeusement, +A mon desir, prouchainement +Parler à vous, et vous veoir; +Ce seroit tres hastivement, +S'il en estoit à mon vouloir. + +Chascun doit estre bien enclin +Vers la paix, car certainement +Elle departira butin +De grans biens à tous largement; +Guerre ne sert que de tourment, +Je la hé, pour dire le voir, +Bannie seroit plainement, +S'il en estoit à mon vouloir. + +L'ENVOY. + +Va, ma balade, prestement +A Saint Omer, monstrant comment +Tu vas pour moy ramentevoir +Au Duc à qui suis loyaument, +Et tout à son commandement, +S'il en estoit à mon vouloir. + + + +BALADE. + +(Responce de Bourgoigne à Orléans) + +S'il en estoit à mon vouloir, +Mon maistre et amy sans changier, +Je vous asseure, pour tout voir, +Qu'en vo fait n'auroit nul dangier; +Mais par deca, sans actargier, +Vous verroye hors de prison, +Quicte du tout, pour abregier, +En ceste presente saison. + +Se tel don povez recevoir +Par la grace Dieu, de legier +Pourrez tel à paix esmouvoir, +Qui la desire eslongier; +Nul contre n'osera songier, +Car confort aurez bel et bon, +Se Dieu nous veult assoulagier, +En ceste presente saison. + +Mectons nous en nostre devoir +Qu'en paix nous puissions herbergier; +Il n'est ou monde tel manoir, +Qui desir a de s'y logier; +Abregeons, sans plus prolongier, +Il en est temps, ou jamais non, +Pour nous de guerre deslogier, +En ceste presente saison. + +L'ENVOY. + +Or pensons de vous allegier +De prison, pour tout engagier, +Se n'avons paix et union, +Et du tout m'y vueil obligier, +En ceste presente saison. + + + +BALADE. + +(Orléans à Bourgoigne.) + +Pour le haste de mon passaige +Qu'il me convient faire oultre mer, +Tout ce que j'ay en mon couraige +A present ne vous puis mander; +Mais non pourtant, à brief parler, +De la balade que m'avez +Envoyée, comme savez, +Touchant paix et ma delivrance, +Je vous mercie chierement, +Comme tout vostre entierement, +De cueur, de corps et de puissance. + +Je vous envoyerai messaige, +Se Dieu plaist, briefment sans tarder, +Loyal, secret et assez saige, +Pour bien à plain vous informer +De tout ce que pourray trouver +Sur ce que savoir desirez; +Pareillement fault que mectez +Et faictes, vers la part de France, +Diligence soigneusement; +Je vous en requier humblement, +De cueur, de corps et de puissance. + +Et, sans plus despendre langaige, +A cours mots, plaise vous penser +Que vous laisse mon cueur en gaige +Pour tousjours, sans jamais faulser; +Si me veuillez recommander +A ma cousine, car croiez +Que en vous deux, tant que vivrez, +J'ay mise toute ma fiance; +Et vostre party loyaument +Tendray, sans faire changement, +De cueur, de corps et de puissance. + +L'ENVOY. + +Or y perra que vous ferez, +Et se point ne m'oublierez, +Ainsi que j'y ai esperance. +Adieu vous dy presentement, +Tout Bourgongnon sui vrayement, +De cueur, de corps et de puissance. + + + +BALADE. + +(Responce de Bourgoigne à Orléans.) + +De cueur, de corps et de puissance, +Vous mercie tres humblement +De vostre bonne souvenance, +Qu'avez de moi soingneusement; +Or povez faire entierement +De moy, en tout bien et honneur, +Comme vostre cueur le propose, +Et de mon vouloir soyez seur, +Quoy que nul dye, ne deppose. + +Ne mectez point en oubliance +L'estat et le gouvernement +De la noble maison de France. +Qui se maintient piteusement: +Vous saurez tout, quoy et comment; +Je n'en dy plus pour le meilleur, +Mais on en dit tant et expose, +Que c'est à oir grant orreur; +Quoy que nul dye, ne deppose. + +Pensez à vostre delivrance, +Je vous en prie chierement; +Car, sans ce, je n'ay esperance +Que nous ayons paix nullement, +On la heit tant mortellement +Que trop peu trouve de faveur, +Ne fera, comme je suppose, +Se ce n'est par vostre labeur, +Quoique nul dye, ne deppose. + +L'ENVOY. + +Or prions Dieu, par sa doulceur, +Qu'à vous delivrer se dispose, +Car trop avez souffert douleur, +Quoy que nul dye, ne deppose. + + + +BALADE. + +(Orléans à Bourgoigne.) + + +Des nouvelles d'Albion, +S'il vous en plaist escouter, +Mon frere et mon compaignon, +Saichiez qu'à mon retourner, +J'ay esté, deca la mer, +Receu à joyeuse chiere, +Et a fait le Roy passer, +En bons termes, ma matiere. + +Je doy estre une saison +Eslargi pour pourchasser +La paix, aussi ma raencon; +Se je puis seurté trouver +Pour aler et retourner, +Il fault qu'en haste la quiere, +Se je vueil brief achever, +En bons termes, ma matiere. + +Or, gentil Duc Bourgongnon, +De ce cop vueilliez m'aydier, +Comme mon entencion +Est vous servir et amer, +Tant que vif pourray durer; +En vous ay fiance entiere, +Que m'ayderez à finer, +En bons termes, ma matiere. + +L'ENVOY. + +Mes amis fault esprouver, +S'ilz vouldront à ma priere, +Me secourir pour mener, +En bons termes, ma matiere. + + + +BALADE. + +J'ay tant joué avecques Aage +A la paulme, que maintenant +J'ay quarante cinq, sur bon gaige +Nous jouons, non pas pour neant; +Assez me sens fort et puissant +De garder mon jeu jusqu'à cy, +Ne je ne crains riens que Soussy. + +Car Soussy tant me descourage +De jouer, et va estouppant +Les cops que fiers à l'avantage, +Trop seurement est rachassant; +Fortune si lui est aidant, +Mais Espoir est mon bon amy, +Ne je ne crains riens que Soussy. + +Vieillesse de douleur enrage, +De ce que le jeu dure tant, +Et dit en son felon langage, +Que les chasses dorenavant +Merchera, pour m'estre nuisant; +Mais ne m'en chault, je la deffy, +Ne je ne crains riens que Soussy. + +L'ENVOY. + +Se bon eur me tient convenant, +Je ne double, ne tant ne quant, +Tout mon adversaire party, +Ne je ne crains riens que Soussy. + + + +BALADE. + +Visaige de baffe venu +Confit en composte de vin, +Menton rongneulx et peu barbu, +Et dessiré comme ung coquin, +Malade du mal saint Martin, +Et aussi ront q'un tonnellet; +Dieu le me sauve ce varlet! + +Il est enroué devenu, +Car une pouldre de raisin +L'a tellement en l'ueil feru, +Qu'endormy l'a, comme un touppin; +II y pert chascun matin, +Car il en a chault le touppet; +Dieu le me sauve ce varlet! + +Rompre ne sauroit ung festu, +Quant il a pincé un loppin, +Saint Poursain qui l'a retenu +Son chier compaignon et cousin, +Combien qu'ayent souvent hutin, +Quant ou cellier sont en secret; +Dieu le me sauve ce varlet! + +L'ENVOY. + +Prince, pour aler jusqu'au Rin, +D'un baril a fait son ronssin, +Et ses esperons d'un foret; +Dieu le me sauve ce varlet! + + + +BALADE. + +Amour qui tant a de puissance, +Qu'il fait vieilles gens rassoter, +Et jeunes plains d'oultrecuidance, +De tous estas se scet meller; +Je l'ay congneu pieca au cler, +Il ne fault ja que je le nye, +Parquoy dis et puis advouer +Ce n'est fors que plaisant folie. + +A droit compter, sans decevance, +Quant ung amant vient demander +Confort de sa dure grevance, +Que vouldroit il faire, ou trouver? +Cela, je ne l'ose nommer; +Au fort, il faut que je le die, +Ce qui fait le ventre lever, +Ce n'est fors que plaisant folie. + +Bien scay que je fais desplaisance +Aux amoureux, d'ainsi parler, +Et que j'acquier leur malvueillance; +Mais, s'il leur plaist me pardonner, +Je leur prometz qu'au par aler, +Quant leur chaleur est refroidie, +Ilz trouveront que, sans doubter, +Ce n'est fors que plaisant folie. + +L'ENVOY. + +Prince, quant ung prie d'amer, +Se l'autre si veult accorder, +Il n'y a plus sans mocquerie, +Laissiez les ensemble jouer, +Ce n'est fors que plaisant folie. + + + +BALADE. + +(Orléans à Bourgoigne.) + +Beau frere, je vous remercie, +Car aidié m'avez grandement; +Et, oultre plus, vous certiffie +Que j'ay mon fait entierement; +Il ne me fault plus riens qu'argent, +Pour avancer tost mon passaige, +Et pour en avoir prestement, +Mectroye corps et ame en gaige. + +Il n'a marchant en Lombardie, +S'il m'en prestoit presentement, +Que ne fusse, toute ma vie, +Du cueur à son commandement; +Et tant que l'eusse fait content, +Demourer vouldroye en servaige, +Sans espargner aucunement, +Pour mectre corps et ame en gaige. + +Car se je suis en ma partie, +Et oultre la mer franchement, +Dieu mercy, point ne me soussie +Que n'aye des biens largement; +Et desserviray loyaument +A ceulx qui m'ont, de bon couraige, +Aidié, sans faillir nullement, +Pour mectre corps et ame en gaige. + +L'ENVOY. + +Qui m'ostera de ce tourment, +Il m'achetera plainement, +A tousjours mes à heritaige, +Tout sien seray, sans changement, +Pour mectre corps et ame en gaige. + + + +BALADE. + +(Orléans à Bourgoigne.) + +Pour ce que je suis à présent +Avec la gent vostre ennemie, +Il fault que je face semblant, +Faignant que ne vous ayme mie; +Non pourtant, je vous certiffie, +Et vous pry que vueillez penser +Que je seray, toute ma vie, +Vostre loyaument, sans faulser. + +Tous maulx de vous je voiz disant, +Pour aveugler leur faulse envie; +Non pourtant, je vous ayme tant, +Ainsi m'aid la Vierge Marie, +Que je pry Dieu qu'il me mauldie, +Se ne trouvez, au par aler, +Que vueil estre, quoy que nul die, +Vostre loyaument, sans faulser. + +Gaignez envers moy mal talant, +A celle fin que nul n'espye +Nostre amour, car par ce faisant, +Sauldray hors du mal qui m'anuye; +Mais faictes que bonne foy lye +Nos cueurs, qu'ilz ne puissent muer, +Car mon vouloir vers vous se plye, +Vostre loyaument, sans faulser. + +Vous et moy avons maint servant, +Que convoitise fort mestrie; +Il ne fault pas, ne tant ne quant, +Qu'ilz saichent nostre compaignie; +Peu de nombre fault que manye +Noz faiz secrez par bien celer, +Tant qu'il soit temps qu'on me publie +Vostre loyaument, sans faulser. + +Tout mon fait saurez plus avant, +Par le porteur en qui me fye; +Il est loyal et bien saichant, +Et se garde de janglerie; +Creez le de vostre partie, +En ce qu'il vous doit raconter, +Et me tenez, je vous en prie, +Vostre loyaument, sans faulser. + +L'ENVOY. + +Dieu me fiere d'espidimie, +Et ma part es cieulx je renye, +Se jamais vous povez trouver +Que me faigne, par tromperie, +Vostre loyaument, sans faulser. + + + +BALADE. + +Par les fenestres de mes yeulx, +Ou temps passé, quant regardoye, +Advis m'estoit, ainsi m'ait Dieux, +Que de trop plus belles voye +Qu'à present ne fais; mais j'estoye +Ravy en plaisir et lyesse, +Es mains de ma Dame Jeunesse. + +Or, maintenant que deviens vieulx, +Quant je lis ou livre de joye, +Les lunectes prens pour le mieulx, +Parquoy la lectre me grossoye, +Et n'y voy ce que je souloye; +Pas n'avoye ceste foiblesse, +Es mains de ma Dame Jeunesse. + +Jeunes gens vous deviendrez tieulx, +Se vivez et suivez ma voye; +Car aujourduy n'a soubz les cieulx +Qui en aucun temps ne foloye; +Puis fault que raison son compte oye, +Du trop despendu en simplesse, +Es mains de ma Dame Jeunesse. + +L'ENVOY. + +Dieu en tout, par grace pourvoye, +Et ce qui nicement fourvoye +A son plaisir, en bien radresse +Es mains de ma Dame Jeunesse + + + +BALADE. + +Par les fenestres de mes yeulx, +Le chault d'amours souloit passer; +Mais maintenant que deviens vieulx, +Pour la chambre de mon penser, +En esté freschement garder, +Fermées les feray tenir; +Laissant le chault du jour aler +Avant que je les face ouvrir. + +Aussi en yver le pluvieux, +Qui vens et broillars fait lever, +L'air d'amour epidimieux +Souvent parmy se vient bouter; +Si fault les pertuis estouper, +Par où pourroit mon cueur ferir, +Le temps verray plus net et cler, +Avant que je les face ouvrir. + +Desormais en sains et seur lieux, +Ordonne mon cueur demourer, +Et par Nonchaloir, pour le mieulx, +Mon medicin soy gouverner; +S'Amour à mes huys vient hurter, +Pour vouloir vers mon cueur venir, +Seurté lui fauldra me donner, +Avant que je les face ouvrir. + +L'ENVOY. + +Amours, vous venistes frapper +Pieca mon cueur, sans menacer; +Or, ay fait mes logis bastir +Si fors que n'y pourrez entrer, +Avant que je les face ouvrir. + + + + +BALADE. + +Ung jour à mon cueur devisoye, +Qui en secret à moy parloit, +Et en parlant, lui demandoye +Se point d'espargne fait avoit +D'aucuns biens, quant Amour servoit; +Il me dist que tres voulentiers +La vérité m'en compteroit, +Mais qu'eust visité ses papiers. + +Quant ce m'eut dit, il print sa voye, +Et d'avecques moy se partoit, +Apres entrer je le voye +En ung comptouer qu'il avoit; +Là deça et delà queroit, +En cherchant plusieurs vieux cayers, +Car le vray monstrer me vouloit, +Mais qu'eust visité ses papiers. + +Ainsi, par ung temps l'atendoye, +Tantost devers moy retournoit, +Et me monstra, dont j'euz grant joye, +Ung livre qu'en sa main tenoit, +Ou quel dedens escript portoit +Ses faiz, au long et bien entiers, +Desquelz informer me feroit, +Mais qu'eust visité ses papiers. + +Lors demanday se j'y liroye, +Ou se mieulx lire lui plaisoit; +Il dit que trop paine prandroye, +Pourtant à lire commancoit, +Et puis gectoit et assommoit +Le compte des biens et dangiers; +Tout à ung vy que revendroit +Mais qu'eust visité ses papiers. + +Lors dy: Jamais je ne cuidoye, +Ne nul autre ne le croiroit, +Qu'en amer, où chascun s'employe, +De proffit n'eust plus grant exploit; +Amours ainsi les gens decoit, +Plus ne m'aura en telz santiers, +Mon cueur bien effacier pourroit, +Mais qu'eust visité ses papiers. + +L'ENVOY. + +Amours savoir ne me devroit +Mal gré, se blasme ses mestiers, +Il verroit mon gaing bien estroit, +Mais qu'eust visité ses papiers. + + + +BALADE. + +En tirant d'Orléans à Blois, +L'autre jour par eaue venoye, +Si rencontray, par plusieurs foiz, +Vaisseaulx, ainsi que je passoye, +Qui singloient leur droicte voye, +Et aloient legierement, +Pour ce qu'eurent, comme veoye, +A plaisir et à gré, le vent. + +Mon cueur, penser et moy, nous trois, +Les regardasmes à grant joye, +Et dist mon cueur à basse voie: +Voulentiers en ce point feroye, +De Confort la voille tendroye, +Se je cuidoye seurement +Avoir, ainsi que je vouldroye, +A plaisir et à gré, le vent. + +Mais je treuve le plus des mois +L'eaue de Fortune si quoye, +Quant ou bateau du monde vois, +Que, s'avirons d'Espoir n'avoye, +Souvent en chemin demourroye, +En trop grant ennui longuement, +Pour neant en vain actendroye, +A plaisir et à gré, le vent. + +L'ENVOY. + +Les nefz dont cy devant parloye, +Montoient, et je descendoye +Contre les vagues de tourment; +Quant il lui plaira, Dieu m'envoye, +A plaisir et à gré, le vent. + + + +BALADE. + +L'autre jour je fis assembler +Le plus de conseil que povoye, +Et vins, bien au long, raconter +Comment deffié me tenoye; +Comme par lectres monstreroye, +De merancolie et douleur, +Pourquoy conseiller me vouloye +Par les trois estas de mon cueur. + +Mon advocat prist à parler, +Ainsi qu'anformé je l'avoye; +Lors vissiez mes amis pleurer, +Quant sceurent le point où j'estoye; +Non pourtant je les confortoye, +Qu'à l'aide de nostre Seigneur, +Bon remede je trouveroye, +Par les trois estas de mon cueur. + +Espoir, Confort, Loyal penser, +Que mes chiefs conseillers nommoye, +Se firent fors, sans point doubter, +Se par eulx je me gouvernoye, +De me trouver chemin et voye +D'avoir brief secours de doulceur, +Avecques l'aide que j'auroye +Par les trois estas de mon cueur. + +L'ENVOY. + +Prince, fortune me guerroye +Souvent à tort, et par rigueur, +Raison veult que je me pourvoye, +Par les trois estas de mon cueur. + + +BALADE. + +(Orléans.) + +Bon regime _sanitatis +Pro vobis_, neuf en mariage, +Ne de vouloirs _effrenatis_, +Abusez _nimis_ en mesnage; +_Sagaciter_ menez l'ouvrage, +Ainsi fait _homo sapiens, +Testibus_ les phisiciens. + +Premierement, _caveatis +De c ...u_ trop à oultraige; +Car, se souvent _hoc agatis, +Conjunx_ le vouldra par usaige +Chalenger, _velud_ heritaige, +_Aut erit quasi_ hors du sens, +_Testibus_ les phisiciens. + +Oultre plus, _non faciatis +Ut Philomena_ ou boucaige; +Se voz amours _habeatis_, +Qui siffle _carens_ de couraige +_Cantendi_, mais monstrez visaige +Joyeulx, et _silis paciens; +Testibus_ les phisiciens. + +L'ENVOY. + +Prince, _miscui_ en potaige +_Latinum_ et françois langaige, +_Docens_ loyaulx advisemens, +_Testibus_ les phisiciens. + + + +BALADE. + +Du regime _quod dedistis, +Cognoscens_ que tres saigement +_Me_, Monseigneur, _docuistis_, +Je vous remercie humblement; +Mais d'ainsi faire seurement, +_Numquam uxor concordabit, +Hoc_ mains desbas _generabit_. + +Je ne scay si bien _novistis_ +L'infinie peine et tourement, +_In quibus me posuistis_, +Se je croy vostre enseignement; +Car tant congnois, s'aucunement +Fais du sourt _quando temptabit, +Hoc_ mains desbas _generabit_. + +Je voy trop bien que _dixistis_ +Ce qu'on doit dire bonnement, +Et qu'aussi _me avertistis_ +De ma santé entierement; +Mais quant je feray autrement, +Le fait d'autres _recordabit, +Hoc_ mains desbas _generabit_. + +L'ENVOY. + +Prince, selon mon sentement, +Il fault s'acquiter loyaument; +_Quia qui non laborabit, +Hoc_ mains desbas _generabit_. + + + +BALADE. + +(Maistre Pierre Chevalier.) + +Tost est deceu, cuider d'homme oultrageux; +Tost est perdu, avoir mal acquesté; +Tost est vaincu, homme peu courageux; +Tost est reprins, qui fait desloyaulté; +Tost est saoule, apetit degouté; +Tost est lassé amy, de plaisir faire; +Tost despendu, ce qui a chier cousté; +Tost est deffait, qui veult autruy deffaire. + +Tost est meschant, qui est enclin à jeux; +Tost renversé, qui est trop hault monté; +Tost est à fol, son parler dommageux; +Tost voions nous l'orgueilleux surmonté; +Tost dit helas, qui se voit tourmenté; +Tost ennuye, ce qu'on ne peut parfaire; +Tost octroie, qui en a voulenté; +Tost est deffait, qui veult autruy deffaire. + +Tost est passé, ung plaisir soulageux; +Tost est villain de mesdire apresté; +Tost est baillé, ung mal contagieux; +Tost se tarist, jeunesse et beaulté; +Tost est pensif, qui a necessité; +Tost est paillart, qui le veult contrefaire; +Tost vient l'yver, tost se passe l'esté; +Tost est deffait qui veult autruy deffaire. + +L'ENVOY. + +Tart est rendu, argent qui est presté; +Tart vient à bien, homme de mal afaire; +Tart deffié, qui est ja conquesté; +Tost est deffait qui veult autruy deffaire. + + + +BALADE. + +(Maistre Berthault de Villebresme.) + +Tost fût Priam, puissant Roy couronné, +Tost fut destruit et toute sa lignée; +Tost fut Saturne à mal habandonné; +Tost fut Echo en amours refusée; +Tost Leander perit en mer salée; +Tost devia la noble Rosemonde; +Tost fut Dido, d'amours desheritée; +Tost se passe la joye de ce monde. + +Tost delaissa Paris, Oenone; +Tost fut Biblis en fontaine muée; +Tost defflora Bacchus, Erigone; +Tost fut Jason ennuyé de Medée; +Tost fut Philis pendue et estranglée; +Tost finerent Guischart et Sigismonde; +Tost print jadis Atropos, Dyopée; +Tost se passe la joye de ce monde. + +Tost fut Saul, Roy des Juifz ordonné, +Tost se navra à mort de son espée; +Tost fut Pheton de fouldre environné; +Tost fut ravie Helene en Citharée, +Tost en mourut noblesse inestimée; +Tost fut Hero noyée en mer parfonde; +Tost fut l'amour Piramus expirée; +Tost se passe la joye de ce monde. + +L'ENVOY. + +Tost envahit fortuné, Hermionne; +Tost fut Progné convertie en haronde; +Tost fut Ithis en pieces tronsonné; +Tost se passe la joye de ce monde. + + + +LECTRE EN COMPLAINTE +Envoyée par Fredet au duc d'Orléans. + +Monseigneur, pour ce que scay bien +Que vous avez, de vostre bien, +Autreffoiz pris plaisir à lire +De mes faiz qui ne valent rien, +Dont trop à vous tenu me tien; +Vouloir m'est pris de vous escripre, +Et mon aventure vous dire, +Laquelle conter vous desire; +Car c'est raison que je le face, +Esperant que de mon martire, +Tel conseil qui devra suffire, +Me donnerez de vostre grace. + +Il est vray que de par Amours, +Ung jour saint Valentin à Tours, +Fut une grande feste ordonnée, +Et fist assavoir par les cours, +Comme de coustume a tousjours, +Que chascun vint à la journée. +Là eut grant joye demenée, +Et mainte haulte loy donnée; +Qui fut sans per, choisit adoncques; +Si euz, comme par destinée, +A mon gré la meilleure née +Qui en France se trouvast oncques. + +Comme ma Dame, ma maistresse +Et ma terrienne Deesse, +Tousjours la sers, et l'ay servie; +Car il m'a, par deffense expresse, +Commandé lui faire promesse +D'estre sien pour toute ma vie; +Car tant ma pensée a ravie, +Et à la cherir asservie, +Que je ne pourroye, sur m'ame, +D'aultre jamais avoir envie, +Tant feust elle bien assouvie, +Si fort lui a pleu que je l'ame. + +Mais ainsi m'en va, que depuis +Qu'à elle donné je me suis, +Je ne peuz avoir bien, ne joye, +Fors que tous maulx et tous Ennuys, +Qui à toute heure, jours et nuys, +Me tourmentent où que je soye, +Tant que ne scay que faire doye; +Et semble, se dire l'osoye, +Qu'ilz ayent tous ma mort jurée; +Se vostre bonté n'y pourvoye, +Force sera que par eulx voye +Finer ma vie maleurée. + +Pource que souvent ne la voy, +Le plus que je puis, sur ma foy, +Je ne fais qu'en elle penser; +Savez vous la cause pourquoy? +En esperant que mon ennoy +Se deust aucunement cesser; +Mais il ne me veult delaisser, +Car plus en elle est mon penser, +Et plus de doleur me court seure, +Qui m'est si tres dure à passer, +Que je désire trespasser +Plus de mille foiz en une heure. + +Que je sceusse prendre plaisir +En riens qui soit, fors desplaisir, +Las! je ne pourroye loing d'elle; +Car c'est celle que mon desir +M'a fait, pour maistresse choisir, +Comme s'il n'en feust point de telle, +Tout mon bien et mal vient de celle; +Ainsi, comme il plaist à la belle, +Il n'en est qu'à sa voulenté; +Et ne cuidez pas que vous celle +Que ce ne soit celle qu'appelle, +Devant chascun, ma Leauté. + +Puisque je l'ame si tresfort, +N'a pas doncques Amours grant tort? +De moy faire tant endurer, +Ou dire fault qu'il soit d'accort, +Que pour trop amer prengne mort, +Ou moy faire desesperer; +Quant pour plaindre, pour souspirer, +Pour mal qu'il me voye tirer, +Il ne m'en a que pis donné; +En ce point me fault demourer, +Car mieulx vault ainsi qu'empirer; +Veez là comment suis gouverné! + +Helas! ce qui plus me tourmente, +Et dont fault que plus de dueil sente, +C'est la grant doubte que je fais, +Que je defaille à mon entente, +Et que dutout perde l'actente +De mes tant desirez souhais; +Car je suis seur, plus qu'oncques mais, +Que si par vous ne sont parfais, +User ma vie me fauldra, +En languissant desoresmais; +Comme cil à qui, pour jamais, +Toute plaisance deffauldra. + +Et quant devers Amours je viens +Lui compter les maulx que soustiens, +En lui requerant allegance. +Il me respond: Je n'y puis riens, +Mais va t'en au DUC D'ORLÉANS, +Que fors lui, n'en a la puissance; +Fay donc qu'ayes son accointance, +Et te metz en sa bienveillance; +Car, se tu le puis faire ainsi, +Tu ne dois point faire doubtance, +Que de ta dure desplaisance, +Il n'en ait voulentiers merci. + +A vous doncques me fault venir, +Et vostre du tout devenir, +Puisque vous avez ce povoir, +Que de moy faire parvenir +Au plus haut bien qui avenir +Me peut jamais, à dire veoir; +Pourquoy il vous plaise savoir, +Que se vous y faictes devoir, +Et voulez à mon fait entendre, +Tellement que je puisse avoir +Celle qui tant me plaist à voir, +Vostre à tousjours je m'iray rendre. + +Or n'oubliez pas, Monseigneur, +Vostre tres humble serviteur; +Mais escoutez mes dolans plains, +Desquieulx je vous fais la clameur, +Et vueillez, par vostre doulceur, +Que par vous ilz soient estains, +Car croiez qu'ilz ne sont pas fains, +Ains pires avant plus que mains; +Puis me donnez, de vostre grace, +Je vous en pry à jointes mains, +Tel responce que, soirs et mains, +Tout mon vivant joyeulx me face. + + + +AUTRE LECTRE EN COMPLAINTE FAISANT RESPONCE AU DIT FREDET. + +Fredet, j'ay receu vostre lectre, +Dont vous mercie chierement, +Ou dedens avez voulu mectre +Vostre fait bien entierement; +Fier vous povez seurement +En moy, tout, non pas à demy; +Au besoing congnoist on l'amy. + +S'Amour tient vostre cueur en serre, +Ne vous esbahissez en rien; +Il n'est nulle si forte guerre +Qu'au derrain ne s'appaise bien; +Amour le fait, comme je tien, +Pour esprouver mieulx vostre vueil, +Grant joye vient apres grant dueil. + +Se vous dictes: Las! je ne puis +Une telle doleur porter; +Je vous respons: Beau Sire, et puis +Vous en voulez vous depporter, +Ou au Dieu d'amours rapporter? +L'un des deux fault, se m'aist Dieux, voire; +Puisqu'il est trait, il le fault boire. + +Cuidez vous, par dueil et courroux, +Ainsi gangner vostre vouloir? +Nennil, ce ne sont que coups roux +Qu'Amours met tout en nonchaloir; +De riens ne vous pevent valoir, +Et se les couchez en despense, +Trop remaint de ce que fol pense. +Voulez vous rompre votre teste +Contre le mur? ce n'est pas sens; +Il faut dancer, qui est en feste; +Certes, autre raison n'y sens; +Et pour ce la, je me consens +Que souffrez qu'Amours vous demaine; +Grant bien ne vient jamais sans paine. + +Mais de voz doleurs raconter +Faictes bien, ainsi qu'il me semble, +Et les assommer et compter +Devant Amours; car il ressemble +A l'ostellier qui met ensemble, +Et tout dedens son papier couche; +Pour parler est faicte la bouche. + +De pieca je fuz en ce point, +Encore pis, loing d'allegence; +Touteffoiz ne vouluz je point, +De moy mesmes, faire vengence; +Mais chauldement, par diligence, +Pourchassay et playday mon fait; +Peu gangne cellui qui se tait. + +Et pour ce que la lectre dit +Qu'Amours veult que vers moy tirez, +De moy ne serez escondit, +S'aucune chose desirez +A vostre bien, quant l'escriprez; +Paine mectray, d'entente franche, +Que l'ayez de croq ou de hanche. + +Combatez, d'estoc et de taille, +Vostre dure merencolie, +Et reprenez, commant qu'il aille, +Espoir, confort et chiere lie; +De ne vous oublier me lie, +Autant en ce que puis et doy. +Que se me teniez par le doy. + +Or retournons à mon propos, +Et ne parlons plus de cecy. +Vray est que je suis en repos +D'amours, mais non pas de Soussy; +Et pour ce, je vous vueil aussy +De me conseiller travailler, +L'ami doit pour l'autre veillier. + +Soussy maintient que c'est raison +Qu'il ait sur tous vers moy puissance; +Nonchaloir dit qu'en ma maison, +Vault mieulx qu'il ait la gouvernance, +Car il ramenera Plaisance, +Que Soussy a bannye à tort, +Sans resveillier le chat qui dort. + +Soussy respond qu'estre ne peut, +Tant qu'on est ou monde vivant, +Car Fortune partout s'esmeut, +Et est à chascun estrivant, +En tous lieux va mal escrivant, +Et toutes choses met en double; +Elle a beaux yeulx et ne voit goute. + +Si ne scay que je doye faire, +Ne lequel d'eulx me laissera; +Car, veu que tousjours j'ay affaire, +Soussy jamais ne cessera, +Mais mon plaisir rabessera, +En quelque place que je voyse; +Bien est aise, qui est sans noyse. + +Quant en nonchaloir je m'esbas, +Et desplaisir vueil debouter, +Jamais ne scay parler si bas +Que Soussy ne viengne escouter: +Las! je le doy tant redoubter, +Car à tort souvent me ravalle; +Mais sans mascher fault que l'avalle. + +Je ne scay remede quelconques, +Quant ay mis ces choses en poys, +Pour tous deux contenter adoncques, +Fors les faire servir par moys; +Mandez moy sur ce quelquefoys, +Fredet, bon conseil par vostre ame, +Foy que devez à vostre Dame. + + + +RESPONCE DE FREDET AU DUC D'ORLÉANS. + +Monseigneur, j'ay de vous receu, +Et aussi de mot à mot leu, +Une lectre qu'il vous a pleu +Moy rescripre, touchant mon fait, +Par laquelle j'ay apperceu +Le bon vouloir qu'avez eu +Vers moy tousjours, qui n'est pas peu, +Dont tout mon dueil avez deffait; +Et oultre plus comme j'ay veu, +Avez voulu que j'aye sceu, +De quoy il ne m'a point despleu, +Ce qui tant vous griefve, ou refait; +Sur quoy, de vous obeir meu, +Non pas ainsi comme il est deu, +Mais du tout au mieulx que j'ay peu, +Mon conseil tel quel vous ait fait: + +Vous plaigniez de la rigueur, + Et aigreur, +Que vous fait, par sa fureur, + Et chaleur, +Celluy que nommez Soussy, +Qui sans cause et sans couleur, + Et langueur, +Par son ennuyeux labeur + Et maleur, +Vous tourmente sans mercy; +Dont par force de douleur + Vostre cueur +Est noyé par grant langueur, + Tout en pleur, +Et souvent devient transy; +Puis racontez, Monseigneur, + Quel doulceur, +Nonchaloir, par son bon eur + Et valeur, +Se offre vous faire aussi. + +De Soussy vous vueil escripre, +C'est ung tres merveilleux sire, + Et fault dire +Que cellui n'a pas couraige + D'omme saige, +Qui veult qu'avec lui demeure, +Car il ne sert que de nuyre, +Et ne pense, ne desire + Qu'à destruire, +Et fait à chascun dommaige, + Et oultraige; + +Ne lui chault qui vive ou meure, + Et fut il seigneur d'empire, +Ou qui que soit, tout fait frire, + Et martire; +Tant qu'il est en son servaige, + Avantaige +N'a nul, je le vous assure, +Mille maulx, tous d'une tire, +Ne lui pevent trop suffire; + Il n'est pire, +Tant fait de tourmenter raige, + Et enraige +Qu'à son gré tout ne demeure. + +Soussy toult d'estre joyeulx, +Et fait merencolieux + Par tous lieux, +Et bien souvent furieux, +Tous ceulx où il a puissance; +Par lui les biens gracieux +Deviennent mal gracieux; + Jeunes, vieux, +Tout fait trouver ennuyeux +A qui plaist son accointance; +Puis, par sa grande savance, + + Il avance +Autour d'eulx Desesperance +Qui, par ses diz ennuyeux, +Et ses faiz malicieux + Et crueux, +Les met en ceste creance, +Que jamais ilz n'auront mieulx; +Lors sont à tel desplaisance, +Que plus seroit leur plaisance, + Sans doubtance, +Brief mourir qu'estre mais tieulx. + +Se les maulx compter vouloye, +Et la puissance en avoye, +Que Soussy vous feroit bien; +Mais à quoy l'entreprendroye? +Car certes je ne sauroye +D'un an vous dire combien, +Et pour ce, à tant je m'en tien; +Et maintenant je revien, +Pour faire vostre vouloir, +A parler, se j'en scay rien, +Du grant aise, du hault bien, +Lequel donne Nonchaloir. + +Qui à Nonchaloir s'adresse, +Et tout, pour estre sien, lesse + Et delesse; + En leesse, +Sans que jamais mal le blesse, +Pourra sa vie passer. +Dueil, courroux, soussy, aspresse, +Et tous ceulx de leur promesse, + Soit tristesse, + Ou destresse, + Ou rudesse, +Qui de mains grever ne cesse, +Tous les fait avant passer. + +Contre lui n'ont hardiesse; +Il les vaint, par sa sagesse, + Et abesse + Leur duresse, + Leur haultesse; +Nul ose lui faire presse, +N'encontre lui s'amasser, +Car il maine joye en lesse, +Qui le deffent d'eulx sans cesse, + Par prouesse; + Or donc qu'esse? +Est il au monde richesse +Qui sceut ung tel bien passer? + +De lui vient plaisante vie + Qui desvie +Dueil, soussy, de toute place, +De repos aise assouvie, + Sans envie +De bien qu'à autruy se face, +Les autres bonnes efface, + Et defface. +Tout est en joye ravye, +Tout fait a joyeuse face, + Dont la grace +De vous a bien desservye. + +Nonchaloir, de sa nature, +Lui soit fortune ou non dure, +L'un et l'autre tout endure, +Et prent en gré l'avanture, +Car il ne tient d'ame conte; +Joye, dueil, paix ou murmure, +Gangner, perdre sans mesure, +Soit à tort, ou par droicture, +Tout lui est ung, je vous jure; +Ne lui chault s'il besse ou monte, +Ou se moindre le surmonte, +D'un chascun à son gré compte, +De quanque lui vient n'a honte, +Soit bien ou mal, rien n'en compte, +A tout faire s'avanture, +Autant lui est Roi que Conte, +La cause est, comme il raconte, +Car à nulluy ne rent compte; +Et pour ce, la fin de conte, +Tousjours sa vie en paix dure. + +Pourquoy, servir je vous conseille +De nostre maistre Nonchaloir; +Et bannissez, vueille ou non vueille, +Soucy, sans plus vous en chaloir; +De lui mieulx ne povez valoir, +Mais soit hors de vostre memoire; +Qui demande conseil doit croire. + +Je vous supply qu'il vous suffise, +Et aussi il ne vous desplaise, +D'une question qu'ay cy mise, +D'un mien amy tres en malaise; +Dont, Monseigneur mais qu'il vous plaise, +Vostre conseil avoir m'en fault; +L'advis de deux mieulx que d'un vault. + +Celluy que dy est si espris +D'une tant belle, bonne Dame, +Qu'il ne pourrait estre pris +Tellement si tres fort il ame, +Mais espoir n'a point, sur mon ame, +D'avoir jamais d'elle secours; +Pas n'est en paix qui sert amours. + +Que autre Dame, se lui semble, +Qui n'a point de meilleur vivant, +Par le bien qu'en elle s'assemble, +Le vouldroit bien, pour son servant; +Non pourtant il mourrait avant +Que son cueur se peust sien clamer; +Par force l'en ne peut amer. + +Et, pour ce, maintenant demande +Qui lui sera moins chose forte? +Celle amer qu'Amours lui commande, +Où toute s'esperance est morte, +Ou l'autre, combien qu'il rapporte +Qu'amer ne la peut, ne desire; +De deulx maulx on prent le moins pire. + +Veez là de mon amy le cas, +Auquel fauldroye bien envis; +Mais conseiller ne le puis pas, +Sans en avoir de vous l'advis; +Fait en soit à votre devis, +Monseigneur, car c'est bien raison, +Et à tant fine ma raison. + + + +LA COMPLAINTE DE FRANCE. + +France, jadis on te souloit nommer, +En tous pays, le tresor de noblesse, +Car ung chascun povoit en toy trouver +Bonté, honneur, loyaulté, gentillesse, +Clergie, sens, courtoisie, proesse; +Tous estrangiers amoient te suir, +Et maintenant voy, dont j'ay desplaisance, +Qu'il te convient maint grief mal soustenir, +Tres crestien, franc royaume de France. + +Seez tu dont vient ton mal, à vray parler? +Congnois tu point pourquoy es en tristesse? +Conter le vueil, pour vers toy m'acquicter, +Escoutes moy, et tu feras sagesse. +Ton grant ourgueil, glotonnie, peresse, +Convoitise, sans justice tenir, +Et luxure, dont as eu habondance, +Ont pourchacié vers Dieu de te punir, +Tres crestien, franc royaume de France. + +Ne te vueilles pourtant desesperer, +Car Dieu est plain de mercy, à largesse; +Va t'en vers lui sa grace demander, +Car il t'a fait, de ja pieca, promesse; +Mais que faces ton advocat Humblesse, +Que tres joyeux sera de toy guerir; +Entierement metz en lui ta fiance, +Pour toy et tous, voulu en croix mourir, +Tres crestien, franc royaume de France. + +Souviengne toy comment voult ordonner +Que criasses Montjoye, par liesse, +Et, qu'en escu d'azur, deusses porter +Trois fleurs de Lis d'or, et pour hardiesse +Fermer en toy, t'envoya sa haultesse, +L'Auriflamme qui t'a fait seigneurir +Tes ennemis; ne metz en oubliance +Telz dons haultains, dont lui pleut t'enrichir, +Très crestien, franc royaume de France. + +En oultre plus, te voulu envoyer +Par un coulomb qui est plain de simplesse, +La unction dont dois tes Roys sacrer, +Afin qu'en eulx dignité plus en cresse; +Et, plus qu'à nul, t'a voulu sa richesse +De reliques et corps sains, departir; +Tout le monde en a la congnoissance, +Soyes certain qu'il ne te veult faillir, +Tres crestien, franc royaume de France. + +Court de Romme si te fait appeller +Son bras dextre, car souvent de destresse +L'as mise hors, et pour ce approuver, +Les Papes font te seoir, seul, sans presse, +A leur dextre, se droit jamais ne cesse; +Et pour ce, dois fort pleurer et gemir, +Quant tu desplais à Dieu qui tant t'avance +En tous estas, lequel deusses cherir, +Tres crestien, franc royaume de France. + +Quelz champions souloit en toy trouver +Crestienté! Ja ne fault que l'expresse; +Charlemaine, Rolant et Olivier, +En sont tesmoings, pour ce, je m'en delaisse, +Et saint Loys Roy, qui fist la rudesse +Des Sarrasins souvent aneantir, +En son vivant, par travail et vaillance; +Les croniques le monstrent, sans mentir, +Tres crestien, franc royaume de France. + +Pour ce, France, vueilles toy adviser, +Et tost reprens de bien vivre l'adresse; +Tous tes meffaiz metz paine d'amander, +Faisant chanter et dire mainte messe +Pour les ames de ceulx qui ont l'aspresse +De dure mort souffert, pour te servir; +Leurs loyaultez ayes en souvenance, +Riens espargnié n'ont pour toy garantir, +Tres crestien, franc royaume de France. + +Dieu a les braz ouvers pour t'acoler, +Prest d'oublier ta vie pecheresse; +Requier pardon, bien te vendra aidier +Nostre Dame, la tres puissant princesse, +Qui est ton cry, et que tiens pour maistresse; +Les sains aussi te vendront secourir, +Desquelz les corps font en toy demourance. +Ne vueilles plus en ton pechié dormir, +Tres crestien, franc royaume de France. + +Et je, CHARLES DUC D'ORLÉANS, rimer +Voulu ces vers, ou temps de ma jeunesse, +Devant chacun les vueil bien advouer, +Car prisonnier les fis, je le confesse; +Priant à Dieu, qu'avant qu'aye vieillesse, +Le temps de paix partout puist avenir, +Comme de cueur j'en ay la desirance, +Et que voye tous tes maulx brief finir, +Tres crestien, franc royaume de France. + + + +COMPLAINTE. + +Amour, ne vous vueille desplaire. +Se trop souvent à vous me plains, +Je ne puis mon cueur faire taire, +Pour la doleur dont il est plains; +Helas! vueillez penser au meins +Aux services qu'il vous a fais, +Je vous en pry à jointes mains, +Car il en est temps, ou jamais. + +Monstrez qu'en avez souvenance, +En lui donnant aucun secours, +Faisant semblant qu'avez plaisance +Plus à son bien, qu'à ses doulours; +Ou me dictes, pour Dieu, Amours, +Se le lairrez en cest estat, +Car d'ainsi demourer tousjours, +Cuidez vous que ce soit esbat? + +Nennil, car Dangier qui desire +De le mectre du tout à mort, +L'a mis, pour plustost le destruire, +En la prison de Desconfort; +Ne jamais ne sera d'accort +Qu'il en parte par son vouloir, +Combien que trop, et à grant tort, +Longtemps lui a fait mal avoir. + +Et pour la tres mauvaise vie +Que lui fait souffrir ce villain, +Il est encheu en maladie, +Car de tout ce qui lui est sain, +A le rebours, j'en suy certain; +En ceste dolente prison, +Ne scay s'il passera demain, +Qu'il ne meure sans guerison. + +Car il n'a que poires d'angoisse +Au matin, pour se desjeuner, +Qui tant le refroisdist et froisse, +Qu'il ne peut santé recouvrer; +D'eaue ne lui fault point donner, +Il en a de larmes assez; +Tant a de mal, à vray parler. +Que cent en seroient lassez. + +Et n'a que le lit de pensée +Pour soy reposer et gesir; +Mais plaisance s'en est alée, +Qui plus ne le povoit souffrir, +A paine l'a peu retenir, +S'espoir ne feust jusques à cy; +N'a il donc raison, sans mentir? +S'il fait requeste de mercy. + +Il porte le noir de tristesse, +Pour reconfort qu'il a perdu, +N'oncques hors des fers de destresse +N'est party, pour mal qu'il ait eu; +Touteffoiz vous avez bien sceu +Qu'à vous s'estoit du tout donné, +Quelque doleur qu'il ait receu, +Et vous l'avez abandonné! + +Par m'ame, c'est donner courage +A chascun de voz serviteurs +De vous laisser, s'il estoit sage, +Et querir son party ailleurs; +Car tant qu'aurez telz gouverneurs, +Comme Dangier, le desloyal, +Vous n'aurez que plains et clameurs, +Car il ne fist oncques que mal, + +A mon cueur le conseilleroye +Qu'il vous laissast; mais, par ma foy, +Ja consentir ne lui feroye, +Car tant de son vueil j'aperçoy, +Quelque doleur qu'il ait en soy, +Qu'il est vostre par devant tous; +Et, par mon serement, je le croy, +Qu'autre maistre n'aura que vous. + +Or regardez, n'est ce merveille? +Qu'il vous aime si loyaument, +Quant toute doleur nompareille +A receu, sans allegement, +Et si le porte lyement, +Pensant que une foiz mieulx sera; +A vous s'en actent seulement, +Ne ja aultrement ne fera. + +Si m'a chargié que vous requiere, +Comme pieca vous a requis, +Que vueilliez oir sa priere: +C'est qu'il soit hors de prison mis, +Et Dangier et les siens bannis, +Qui jamais ne vouldront son bien; +Ou au moins qu'aye saufconduis +Qu'ilz ne lui meffacent de rien. + +Afin qu'il puist oir nouvelle +De celle dont il est servant, +Et souvent veoir sa beaulté belle; +Car d'autre rien n'est desirant +Que la servir, tout son vivant, +Comme la plus belle qui soit, +A qui Dieu doint de biens autant +Que son loyal cueur en vouldroit. + + + +COMPLAINTE. + +Ma seule Dame et ma maîtresse, +Où gist de tout mon bien l'espoir, +Et sans qui, plaisir, ne liesse, +Ne me pevent en riens valoir; +Pleust à Dieu que peussiez savoir +Le mal, l'ennuy et le courrous, +Qu'à toute heure me fault avoir +Pource que je suis loings de vous. + +Helas! or ay je souvenance +Que je vous vy derrainement +A si tres joyeuse plaisance, +Qu'il me sembloit certainement +Que jamais ennuyeux tourment +Ne devoit pres de moi venir, +Mais je trouvay bien autrement, +Quant me fallut de vous partir. + +Car, quant ce vint au congié prandre, +Je ne savoye, pour le mieulx, +Auquel me valoit plus entendre, +Ou à mon cueur, ou à mes yeulx; +Car je trouvay, ainsi m'aid' Dieux, +Mon cueur courroucié si tres fort +Qu'oncques ne le vy, en nulz lieux. +Si eslongné de reconfort. + +Et d'autre part, mes yeulx estoient +En ung tel vouloir de pleurer +Qu'à peine tenir s'en povoient, +N'ilz n'osoient riens regarder; +Car, par ung seul semblant monstrer +En riens d'en estre desplaisans, +C'eust esté pour faire parler +Les jalous et les mesdisans. + +Et de la grant paour que j'avoye +Que leur dueil si ne feust congneu, +Auquel entendre ne savoye; +Oncques si esbahy ne fu, +Si dolent, ne si esperdu; +Car, par Dieu, j'eusse mieulx amé, +Avant que l'en l'eust apperecu, +N'avoir jamais jour esté né. + +Car, se par ma folle maniere, +J'eusse monstré, ou par semblant +Venant de voulenté legiere, +L'amour dont je vous ayme tant, +Par quoy eussiez eu, tant ne quant, +De blasme, ne de deshonneur; +Je scay bien que tout mon vivant, +Je fusse langui en doleur. + +En ce point, et encore pire, +Alors de vous je me party, +Sans avoir loisir de vous dire +Les maulx dont j'estoye party: +Touteffoiz, Belle, je vous dy +Qu'il vous pleust de vouloir penser +Que je vous avoye servi, +Et serviroye sans cesser. + +Tant comme dureroit ma vie, +Et, quant de mort seroye pris, +De m'ame seriez servie, +Priant pour vous en Paradis, +S'il en estoit en son devis; +Et mes biens, mon cueur et mon corps, +Je les vous ay du tout soubzmis; +Mais ca esté de leurs accors. + +Car il n'est nulle que je clame, +Ne qui se puist nommer, de vray, +Ma seule souveraine Dame, +Fors que vous, à qui me donnay +Le premier jour que regarday +Vostre belle plaisant beaulté, +De qui vray serviteur mourray, +En gardant tousjours loyaulté. + +Or vueilliez donc avoir pensée, +Puisque lors j'avoye tel dueil, +Belle tres loyaument amée, +Qu'encore plus grant le recueil, +Maintenant que, contre mon vueil, +Me fault estre de vous loingtains, +Et que veoir ne puis à l'ueil +Voz belles, blanches, doulces mains, + +Et vostre beaulté nompareille, +Que veoye si voulentiers, +Plaine de doulceur à merveille, +Dont tous voz faiz sont si entiers, +Qu'ilz ont esté les messaigiers +De me tollir, et pres, et loing, +Mes vouloirs et mes desiriers; +Ainsi m'aid' Dieu à mon besoing. + +Si vous supply, tres bonne et belle, +Qu'ayez souvenance de moy; +Car, à tousjours, vous serez celle +Que serviray comme je doy; +Je le vous prometz par ma foy, +Dutout à vous me suis donné; +Se Dieu plaist, je feray pourquoy +J'en seray tres bien guerdonné. + + + +COMPLAINTE. + +L'autrier en ung lieu me trouvay, +Triste, pensif et doloreux, +Tout mon fait, bien au long, comptay +Au hault Prince des amoureux, +Lequel m'a esté rigoreux, +Ou temps que mon cueur le servoit; +Et, ainsi qu'il me respondoit, +Souvenir, qui fut au plus pres, +Ses ditz et les miens escripvoit +En la maniere cy apres: + +L'AMANT. + +Helas! Amours, de vous me plains; +Mais les griefz maulx le me font faire, +Dont mon cueur et moy sommes plains, +Car trop estes de dur afaire; +S'un peu me fussiez debonnaire, +Espoir, que j'ay du tout perdu, +Si me seroit tantost rendu; +Mais pas n'avez tel vostre vueil, +Aincois, par vous m'est deffendu +Plaisant desir et bel acueil. + +AMOURS. + +Amours respond: A trop grand tort +Vous complaignez, et sans raison, +Car, envers chascun, Reconfort +N'est pas tousjours en sa saison; +Et, si savez qu'en ma maison, +Une coustume se maintient, +C'est assavoir que qui se tient +Pour serviteur de mon hostel, +Mainteffoiz souffrir lui convient; +L'usaige de mes gens est tel. + +L'AMANT. + +Certes, Sire, vous dictes vray; +Mais l'ordonnance riens ne vault, +Parler en puis, car bien le scay, +Et ay dancié à ce court sault; +Parquoy je congnois le deffault +De doulx plaisir que l'en y a; +Car, quant mon cueur vous depria +Secours, il lui fust escondit, +Adoncques, de dueil regnya +Vostre povoir, et s'en partit. + +AMOURS. + +Dea! beaulx amis, se dit Amours, +Celui qui a servir se met, +S'il veult avoir tantost secours, +Et le guerdon qu'on lui promet, +Ou autrement, il se desmet +Du service qu'il a empris; +De Loyaulté seroit repris, +Quand je tendray mon jugement, +Et si perdroit tous los et pris, +Sans jamais nul recouvrement. + +L'AMANT. + +Voire, Sire doit on servir +Sans prouffit, ou guerdon avoir? +Nennil, ung cueur devroit mourir, +Puisqu'il a fait loyal devoir, +Entierement à son povoir, +Et qu'il lui fault querir son pain; +A vous, qui estes souverain, +En est le plus de deshonneur, +Veu que, par faulte, meurt de fain +Vostre bon loyal serviteur. + +AMOURS. + +Qu'on meure de fain ne vueil pas, +Mais le trop haste s'echaulda, +Il convient aler pas à pas; +Et puis apres on congnoistra, +Qui mieulx son devoir fait aura, +Alors doit estre guerdonné. +Je suis assez abandonné, +A grant largesse, de mes biens; +Mais quant j'ay mainteffoiz donné +A plusieurs, semble qu'ilz n'ont riens. + +L'AMANT. + +De ceulx ne suis, quant est à moy, +Sur ce, je respons à briefz motz: +Je vous asseure, par ma foy, +Oncques ne fuz en ce propos, +J'ay tousjours porté sur mon dos, +Paine, travail à grant planté, +Ne nulle chose n'ay hanté, +Dont on dye qu'aye failly, +Combien qu'en dueil m'aiez planté, +Comme faint seigneur et amy. + +AMOURS. + +Estre mon maistre vous voulez, +Par vostre parler ce me semble, +Et grandement vous me foulez; +Mais l'estrif de nous deux ensemble, +Comme en peust cognoistre, ressemble +Au desbat du verre et du pot; +Fain avez qu'on vous tiengne à sot; +Devant Raison soit assigné, +Se j'ay tort, paier vueil l'escot, +Quand le desbat sera finé. + +L'AMANT. + +Il fault que le plus foible doncques +Soit tousjours gecté soubz le pié, +Ne je ne vy autrement oncques, +Rendre se fault, qui n'a traictié. +J'ay congneu, où j'ay peu gaingnié, +Vostre court, à mont et à val, +Et, soit à pié, ou à cheval, +On n'y scet trouver droit chemin; +Quoiqu'on y trouve bien, ou mal, +Il fault tout partir à butin. + +AMOURS. + +Pour le present, plus n'en parlons; +Puisque j'ay puissance sur tous, +Quelque chose que debatons, +A mon plaisir feray de vous; +Ne me chault de vostre courrous, +Ne de chose que l'en me dye, +Se je vous ay fait courtoisie, +Se vous voulez, prenez l'en gré; +Car le premier vous n'estes mie +Qu'ay courcié en plus grant degré. + + + +CHANCON. + +Ce May qu'amours pas ne sommeille, +Mais fait amans esliesser, +De riens ne me doy soussier, +Car pas n'ay la pusse en l'oreille; +Ce n'est mie doncques merveille +Se je vueil joye demener, +Ce May, etc. +Mais fait, etc. + +Quant je me dors, point ne m'esveille, +Pour ce que n'ay à quoy penser, +Sy ay vouloir de demourer +En ceste vie nompareille. +Ce May, etc. + + + +CHANCON. + +Tiengne soy d'amer qui pourra, +Plus ne m'en pourroye tenir, +Amoureux me fault devenir, +Je ne scay qu'il m'en avendra; +Combien que j'ay oy, pieca, +Qu'en amours fault mains maulx souffrir. +Tiengne soy, etc. +Plus ne, etc. + +Mon cueur devant yer accointa +Beaulté qui tant le scet chierir, +Que d'elle ne veult departir; +C'est fait, il est sien et sera. +Tiengne soy d'amer, etc. + + + +CHANCON. + +Quelque chose que je die +D'Amour, ne de son povoir, +Touteffoiz, pour dire voir, +J'ay une Dame choisie, +La mieulx en bien acomplie +Que l'en puist jamais veoir. +Quelque chose, etc. +D'amour, ne, etc. + +Mais à elle ne puis mie +Parler, selon mon vouloir, +Combien que, sans decevoir, +Je suis sien toute ma vie. +Quelque chose, etc. + + + +CHANCON. + +N'est elle de tous biens garnie? +Celle que j'ayme loyaument; +Il m'est advis, par mon serement, +Que sa pareille n'a en vie. +Qu'en dites vous? je vous en prie, +Que vous en semble vrayement? +N'est elle, etc. +Celle que, etc. + +Soit qu'elle dance, chante ou rie, +Ou face quelque esbatement; +Faictes en loyal jugement, +Sans faveur ou sans flatterie. +N'est elle, etc. + + + +CHANCON. + +Quant j'ay nompareille maistresse +Qui a mon cueur entierement, +Tenir me vueil joyeusement, +En servant sa gente jeunesse. +Car certes je suis en l'adresse +D'avoir de tous biens largement, +Quant j'ay, etc. +Qui a mon, etc. + +Or en ayent dueil ou tristesse +Envieux, sans allegement; +Il ne m'en chault, par mon serement, +Car leur desplaisir m'est liesse, +Quant j'ay, etc. + + + +CHANCON. + +Dieu, qu'il l'a fait bon regarder! +La gracieuse, bonne et belle; +Pour les grans biens qui sont en elle, +Chascun est prest de la louer. +Qui se pourroit d'elle lasser? +Tousjours sa beaulté renouvelle. +Dieu qu'il, etc. +La gracieuse, etc. + +Par deca, ne dela la mer, +Ne scay Dame, ne Damoiselle +Qui soit en tous biens parfais, telle; +C'est ung songe que d'y penser. +Dieu qu'il, etc. + + + +CHANCON. + +Par Dieu, mon plaisant bien joyeux, +Mon cueur est si plain de leesse, +Quant je voy la doulce jeunesse +De vostre gent corps gracieux, +Pour le regart de voz beaux yeulx +Qui me met hors de tristesse. +Par Dieu, etc. +Mon cueur, etc. + +Combien que parler envieux +Souventeffoiz moult fort me blesse, +Mais ne vous chaille, ma maistresse, +Je n'en feray pourtant que mieulx. +Par Dieu, etc. + + + +CHANCON. + +Que me conseilliez vous, mon cueur, +Irai je par devers la belle? +Lui dire la paine mortelle +Que souffrez pour elle en doleur. +Pour vostre bien et son honneur, +C'est droit que vostre conseil celle. +Que me, etc. +Irai je, etc. + +Si plaine la scay de doulceur, +Que trouveray mercy en elle, +Tost en aurez bonne nouvelle, +Cy vois n'est ce pour le meilleur. +Que me, etc. + + + +CHANCON. + +Ou regard de voz beaulx, doulx yeulx, +Dont loing suis par les envieux, +Me souhaide si tres souvent, +Que mon penser est seulement +En vostre gent corps gracieux. +Savez pourquoy, mon bien joyeulx, +Celle du monde qu'ayme mieulx +De loyal cueur, sans changement? +Ou regart, etc. +Dont loing, etc. +Me souhaide, etc. + +Pour ce que vers moy en tous lieux +J'ay trouvé plaisir ennuieux, +Trop fort puis le departement +Que de vous fis derrainnement, +A regret merencolieux. +Ou regart, etc. + + + +CHANCON. + +Qui la regarde de mes yeulx, +Ma Dame, ma seule maistresse, +En elle voit, à grant largesse, +Plaisirs croissans de bien en mieulx. +Son parler et maintien sont tieulx +Qu'ilz mectent un cueur en liesse. +Qui la regarde, etc. +Ma Dame, etc. + +Tous la suient, jeunes et vieulx, +Dieu scet qu'elle n'est pas sans presse; +Chascun dit: C'est une deesse +Qui est descendue des cieulx. +Qui la regarde, etc. + + + +CHANCON. + +Ce mois de May, nompareille Princesse, +Le seul plaisir de mon joyeulx espoir, +Mon cueur avez, et quanque puis avoir, +Ordonnez en comme dame et maistresse. +Pour ce, requier vostre doulce jeunesse +Qu'en gré vueille mon present recevoir. +Ce mois, etc. +Le seul, etc. + +Et vous supply, pour me tollir tristesse, +Tres humblement, et de tout mon povoir, +Qu'à m'esmayer ayez vostre vouloir, +D'un reconfort bien garny de liesse. +Ce mois, etc. + + + +CHANCON. + +Commandez vostre bon vouloir +A vostre tres humble servant, +Il vous sera obeissant +D'entier cueur, et loyal povoir. +Prest est de faire son devoir, +Ne l'espargnez ne tant, ne quant. +Commandez, etc. +A vostre, etc. + +Mectez le tout à nonchaloir, +Sans lui estre jamais aydant. +S'en riens le trouvez refusant, +Essayez se je vous dy voir. +Commandez, etc. + + + +CHANCON. + +Espoir, confort des maleureux, +Tu m'estourdis trop les oreilles +De tes promesses nompareilles, +Dont trompes les cueurs doloreux, +En amusant les amoureux, +Et faisant baster aux corneilles. +Espoir, confort, etc. +Tu m'estourdis, etc. + +Ne soies plus si rigoreux, +Mieux vault qu'à raison te conseilles, +Car chascun se donne merveilles, +Que n'as pitié des langoreux. +Espoir, confort, etc. + + + +CHANCON. + +Belle, se c'est vostre plaisir +De me vouloir tant enrichir +De reconfort et de liesse, +Je vous requier, comme maistresse, +Ne me laissiez dutout mourir; +Car je n'ay vouloir, ne desir, +Fors de vous loyaument servir, +Sans espargnier dueil, ne tristesse. +Belle, etc. +De me, etc. +De reconfort, etc. + +Et s'il vous plaist à l'accomplir, +Vueilliez tant seulement bannir +D'avec vostre doulce jeunesse, +Dolent refus qui trop me blesse, +Dont bien vous me povez guerir, +Belle, etc. + + + +CHANCON. + +Paix ou tresves, je requier desplaisance; +S'en toy ne tient, pas ne tendra à moy, +Que ne soyons desormais en requoy; +Accordons nous, chargons en Esperance. +Que gaignes tu à me faire grevence? +Assez me metz en devoir sur ma foy. +Paix ou tresves, etc. +S'en toy ne tient, etc. + +Ou combatons tellement à oultrance +Que l'un die: Je me rens ou ren toy; +Mieulx estre mort je vueil, s'estre le doy, +Qu'ainsi languir, d'offrir premier m'avance. +Paix ou tresves, etc. + + + +CHANCON. + +Rafreschissez le chastel de mon cueur +D'aucuns vivres de joyeuse plaisance, +Car faulx Dangier, avec son aliance, +L'a assiegé tout entour de doleur. +Se ne voulez le siege sans longueur +Tantost lever, ou rompre par puissance, +Rafreschissez, etc. +D'aucuns, etc. + +Ne souffrez pas que Dangier soit seigneur, +En conquestant soubz son obeissance +Ce que tenez en vostre gouvernance; +Avancez vous, et gardez vostre honneur. +Rafreschissez, etc. + + + +CHANCON. + +Se je fois loyalle requeste, +Soing et Soucy, et bon vous semble, +Pour Dieu, accordons nous ensemble; +Qui tort a soit mis en enqueste. +Quant vous, ne moy bien n'y aqueste, +Pour jugier droit conseil asemble. +Se je fois, etc. +Soing et Soussy, etc. + +Je ne requier aultre conqueste +Que d'Espoir qui larron ressemble, +Et sans cause de mon cueur s'emble, +Dieu me secoure en cette queste! +Se je fois, etc. + + + +CHANCON. + +Se ma doleur vous savies, +Mon seul joyeux pensement, +Je scay bien certainement +Que mercy de moy auries. +Du tout refus banniries, +Qui me tient en ce tourment. +Se ma, etc. +Mon seul, etc. + +Et le don me donneries, +Que vous ay requis souvent, +Pour avoir allegement; +Ja ne m'en escondiries, +Se ma, etc. + + + +CHANCON. + +Ne hurtez plus à l'uis de ma pensée, +Soing et Soucy, sans tant vous traveiller, +Car elle dort, et ne veult s'esveiller, +Toute la nuit en paine a despensée. +En dangier est, s'elle n'est bien pensée, +Cessez, cessez, laissez la sommeiller. +Ne hurtez plus, etc. +Soing et soussy, etc. + +Pour la guerir Bon espoir a pensée +Medicine qu'a fait appareiller; +Lever ne peut son chief de l'oreiller, +Tant qu'en repos se soit recompensée. +Ne hurtez plus, etc. + + + +CHANCON. + +Ma seule, plaisant, doulce joye, +La maistresse de mon vouloir, +J'ay tel desir de vous veoir, +Que mander ne le vous sauroye. +Helas! pensez que ne pourroye +Aucun bien, sans vous, recevoir. +Ma seule, etc. +La maistresse, etc. + +Car, quant desplaisir me guerroye +Souventeffoiz, de son povoir, +Et je vueil reconfort avoir, +Esperance vers vous m'envoye. +Ma seule, etc. + + + +CHANCON. + +L'un ou l'autre desconfira +De mon cueur et merencolie; +Auquel que fortune s'alye, +L'autre je me rens lui dira. +D'estre juge me suffira, +Pour mectre fin en leur folye. +L'un ou l'autre, etc. +De mon cueur, etc. + +Dieu scet comment mon cueur rira, +Se gangne, menant chiere lye, +Contre ceste saison jolye, +On verra comment en yra. +L'un ou l'autre, etc. + + + +CHANCON. + +Je ne vueil plus riens que la mort, +Pource que yoy que reconfort +Ne peut mon cueur eslyesser; +Au moins me pourray je vanter +Que je souffre doleur à tort. +Car puisque n'ay d'Espoir le port, +D'Amours ne puis souffrir l'effort. +Ne doy je donc joye laisser? +Je ne, etc, +Pource que, etc. +Ne peut, etc. + +Au Dieu d'amours je m'en rapport +Qu'en peine suis bouté si fort, +Que povoir n'ay plus d'endurer, +S'en ce point me fault demourer; +Quant est de moy, je m'y accort. +Je ne, etc. + + + +CHANCON. + +Qui? quoy? comment? à qui? pourquoi? +Passez, presens, ou avenir, +Quant me viennent en souvenir, +Mon cueur en penser n'est pas coy. +Au fort, plus avant que ne doy, +Jamais je ne pense en guerir. +Qui? quoy? etc. +Passez, etc. + +On s'en peut rapporter à moy +Qui de vivre ay eu beau loisir, +Pour bien aprendre et retenir, +Assez ay congneu, je m'en croy. +Qui? quoy? etc. + + + +CHANCON. + +Belle que je cheris et crains, +En cest estat suis ordonné, +Que Dangier m'a emprisonné +De vostre grant beaulté loingtains; +N'il ne m'a de tous biens mondains +Qu'un souvenir abandonné. +Belle que je, etc. +En cest estat, etc. + +Mais de nulle riens ne me plains, +Fors qu'il ne m'a tost raenconné; +Car bien lui seroit guerdonné, +Si j'estoye hors de ses mains. +Belle que je, etc. + + + +CHANCON. + +Je prens en mes mains voz debas +Desormais, mon cueur et mes yeulx, +Se longuement vous seuffre tieulx, +Moy mesmes de mon tour m'abas. +Pour vostre prouffit me combas, +Le desirant de bien en mieulx. +Je prens en, etc. +Desormais, etc. + +Quant voz desirs souvent rabas +Desordonnez, en aulcuns lieux, +Mon devoir fais, ainsi m'aid' Dieux. +Passons temps en plus beaulx esbas. +Je prens en, etc. + + + +CHANCON. + +Ma Dame, tant qu'il vous plaira +De me faire mal endurer, +Mon cueur est prest de le porter, +Jamais ne le refusera. +En espérant qu'il guerira, +En cest estat veult demourer. +Ma Dame, etc. +De me, etc. + +Une fois pitié vous prendra, +Quant seulement vouldrez penser, +Que c'est pour loyaument amer +Vostre beaulté qu'il servira +Ma Dame, etc. + + + +CHANCON. + +Mon cueur se combat à mon ueil, +Jamais ne les trouve d'accort; +Le cueur dit que l'ueil fait rapport +Que tousjours lui accroist son dueil. +La verité savoir j'en vueil, +Que semble il qui ait le tort? +Mon cueur, etc. +Jamais ne les, etc. + +Se je trouve que Bel acueil +Ait gecté entre eulx aucun sort, +Je la condampneray à mort; +Doy je souffrir un tel orgueil? +Mon cueur, etc. + + + +CHANCON. + +De la regarder vous gardez +La belle que sers ligement, +Car vous perdrez soudainement +Vostre cueur, se la regardez; +Se donner ne le lui voulez +Clignez les yeulx hastivement, +De la regarder, etc. +La belle que, etc. + +Les biens que Dieu lui a donnez, +Emblent un cueur subtilement; +Sur ce, prenez avisement, +Quant devant elle vous vendrez. +De la regarder, etc. + + + +CHANCON. + +Tant que Pasques soient passées, +Se nous avons riens trespassé. +Prions mercy du tems passé, +Et pour les ames trespassées. +Chascun pas à pas ses passées +Face, avant que soit trespassé. +Tant que, etc. +Se nous, etc. + +Foleur a fait grandes passées, +Mains cueurs ont tout oultre passé; +Pour ce, par nous soit compassé +D'eschever faultes compassées. +Tant que, etc. + + + +CHANCON. + +Puisque je ne puis eschapper +De vous, courroux, dueil et tristesse, +Il me convient suir l'adresse +Telle que me vouldrez donner. +Povoir n'ay pas de l'amender, +Car douleur est de moy maistresse. +Puisque je ne, etc. +De vous, etc. + +Si manderay par ung penser +A mon las cueur vuit de liesse, +Qu'il prengne en gré sa grant destresse, +Car il lui fault tout endurer. +Puisque je ne, etc. + + + +CHANCON. + +Sans ce, le demourant n'est rien; +Qu'esse? je le vous ay à dire, +N'enquerez plus, il doit suffire, +C'est conseil que tres segret tien. +Pourtant n'y entendez que bien, +Autrement je ne le desire. +Sans ce, etc. +Qu'esse? etc. + +S'ainsi m'esbas ou penser mien, +Et mainte chose faiz escripre +En mon cueur, pour le faire rire; +Tout ung est mon fait, et le sien. +Sans ce, etc. + + + +CHANCON. + +C'est fait, il n'en fault plus parler, +Mon cueur s'est de moy departy; +Pour tenir l'amoureux party, +Il m'a voulu abandonner. +Riens ne vault m'en desconforter, +Ne d'estre dolent ou marry. +C'est fait, etc. +Mon cueur, etc. + +De moy ne se fait que mocquer; +Quant piteusement je lui dy, +Que je ne puis vivre sans luy, +A paine me veult escouter. +C'est fait, etc. + + + +CHANCON. + +Assez pourveu, pour de cy à grant piece, +Et plus qu'assez, de penser et anuy, +Je me treuve sans congnoistre nulluy. +Qui se vente d'en avoir telle piece. +Fortune dit, qui tout mon fait despiece, +Que j'endure comme maint aujourduy. +Assez pourveu, etc. +Et plus qu'assez, etc. + +Pourquoy souvent je mets soubz mon pié ce, +Prenant confort d'espoir, comme celluy +Qui me fye parfaitement en luy, +Ainsi remains qui le croiroit en piece. +Assez pourveu, etc. + + + +RONDEL. + +Puisqu'Amour veult que banny soye +De son hostel, sans revenir, +Je voy bien qu'il m'en fault partir, +Effacé du livre de Joye. +Plus demourer je n'y pourroye, +Car pas ne doy ce mois servir. +Puisqu'Amour, etc. +De son hostel, etc. + +De Confort ay perdu la voye, +Et ne me veult on plus ouvrir +La barriere de Doulx plaisir, +Par desespoir qui me guerroye. +Puisqu'Amour, etc. + + + +CHANCON. + +Ca, venez avant, Esperance, +Or y perra que respondrez, +Et comment vous vous deffendrez; +On se plaint de vous à oultrance. +L'un dit que promectez de loing, +Et qu'en estes bonne maistresse, +L'aultre que faillez au besoing, +En ne tenant gueres promesse. +Quoique tardez, c'est la fiance +Qu'aux faiz de chascun entendrez +Et au derrain guerdon rendrez; +Dy je bien, ou se trop m'avance? +Ca, venez, etc. + + + +RONDEL. + +Pour le don que m'avez donné, +Dont tres grant gré vous doy savoir, +J'ay congneu vostre bon vouloir, +Qui vous sera bien guerdonné. +Raison l'a ainsi ordonné, +Bienfait doit plaisir recevoir. +Pour le don, etc. +Dont tres, etc. + +Mon cueur se tient emprisonné, +Et obligé, pour dire voir, +Jusqu'à tant qu'ait fait son devoir +Vers vous, et se soit raenconné, +Pour le don, etc. + + + +CHANCON. + +Mon cueur, estouppe tes oreilles, +Pour le vent de Merencolie; +S'il y entre, ne doubte mye, +Il est dangereux à merveilles; +Soit que tu dormes ou tu veilles, +Fays ainsi que dy, je t'en prie. +Mon cueur, etc. +Pour le vent, etc. + +Il cause doleurs nompareilles, +Dont s'engendre la maladie +Qui n'est pas de legier guerie; +Croy moy, s'à raison te conseilles. +Mon cueur, etc. + + + +CHANCON. + +Se j'eusse ma part de tous biens, +Autant que j'ay de loyaulté, +J'en auroye si grant planté +Qu'il ne me fauldroit jamais riens. +Et si gaingneroye des miens, +Ma Dame, vostre voulenté. +Se j'eusse, etc. +Autant que, etc. + +Car pour asseuré je me tiens +Que vostre tres plaisant beaulté, +De s'amour me feroit rente, +Maugré Dangier et tous les siens. +Se j'eusse, etc. + + + +CHANCON. + +(Philippe de Boulainvilliers.) + +Hola, hola, souspir, on vous hoit bien, +Vous vous cuidez embler trop coyement, +Contrefaisant ung peu le cayement; +Grant fain avez qu'on vous die tien, +Vous ne querez que d'ung cueur le soustien, +C'est de tieulx gens tousjours l'esbatement. +Hola, hola, etc. +Vous vous, etc. + +Trop vous hastez, de vray, comme je tien, +Car l'on congnoist vostre fait clerement, +Une autreffoiz faictes plus saigement, +Car maintenant vous n'y gangnerez rien. +Hola, hola, etc. + + + +CHANCON. + +Pour les grans biens de vostre renommée, +Dont j'oy parler à vostre grant honneur, +Je desire que vous ayez mon cueur, +Comme de moy, tres loyaument amée. +Tresoriere, je vous voy ordonnée +A le garder en plaisance et doulceur. +Pour les, etc. +Dont j'oy, etc. + +Recevez le, s'il vous plaist, et agrée, +Du mien ne puis vous donner don meilleur; +C'est mon vaillant, c'est mon tresor greigneur, +A vous l'offre de loyalle pensée. +Pour les, etc. + + + +CHANCON. + +(Gilles des Ourmes.) + +Hola, hola, souspir, on vous oyt bien, +C'est à ung sourt à qui il le fault faire, +Retrayez vous, et pensez de vous taire, +Car Dangier oit si cler qu'il n'y fault rien; +Se d'aventure il vous oyt, je vous tien +Pour rué jus, car c'est vostre adversaire. +Hola, hola, etc. +C'est à ung, etc. + +Ne saillez plus, actendez aucun bien, +Vous voulez vous, de vous mesmes deffaire? +Prenez conseil, quant c'est pour vostre affaire, +Et pour le mieulx, croyez sans plus le mien. +Hola, hola, etc. + + + +CHANCON. + +En songe, souhaid et pensée +Vous voy chascun jour de sepmaine, +Combien qu'estes de moy loingtaine, +Belle, tres loyaument amée, +Pour ce qu'estes la mieulx parée +De toute plaisance mondaine. +En songe, etc. +Vous voy, etc. + +Dutout vous ay m'amour donnée, +Vous en povez estre certaine, +Ma seule Dame, souveraine, +De mon las cueur moult desirée. +En songe, etc. + + + +CHANCON. + +Aidez ce povre cayement +Souspir, je le vous recommande; +De vous, quant ausmone demande, +Ne se parte meschantement. +Son cas monstre piteusement, +Il semble que la mort actende. +Aidez ce povre, etc. +Souspir, je le, etc. + +Donnez lui assez largement, +Qu'il ne meure, Dieu l'en deffende, +Affin que n'en faictes amende, +Au jour d'amoureux jugement. +Aidez, etc. + + + +CHANCON. + +De leal cueur, content de joye, +Ma maistresse, mon seul desir, +Plus qu'oncques vous vueil servir, +En quelque place que je soye; +Tout prest en ce que je pourroye, +Pour vostre vouloir acomplir. +De leal, etc. +Ma maistresse, etc. + +En desirant que je vous voye, +A vostre honneur, et mon plaisir +Qui seroit briefment, sans mentir, +S'il fust ce que souhaideroye. +De leal, etc. + + + +CHANCON. + +En faulte du logeis de Joye, +L'ostellerie de Pensée +M'est par les fourriers ordonnée, +Ne scay combien fault que je y soye. +Autre part ne me bouteroye, +Content m'en tien, et bien m'agrée. +En faulte, etc. +L'ostellerie, etc. + +Je parle tout bas, qu'on ne l'oye, +Pensant de veoir, quelque année, +Quelle sera ma destinée, +Et en quel lieu demeurer doye. +En faulte, etc. + + + +RONDEL. + +Se mon propos vient à contraire, +Certes, je l'ay bien desservy, +Car je congnois que j'ay failly +Envers ce que devoye plaire. +Mais j'espoire que debonnaire +Trouveray sa grace et mercy. +Se mon, etc. +Certes, etc. + +Je vueil endurer et me taire, +Quant cause suy de mon soucy; +Las! je me sens en tel party +Que je ne scay que pourray faire. +Se mon, etc. + + + +CHANCON. + +Et bien, de par Dieu, Esperance, +Esse doncques vostre plaisir? +Me voulez vous ainsi tenir +Hors, et ens toujours en balance? +Ung jour j'ay vostre bienveillance, +L'autre ne la scay où querir. +Et bien, etc. +Esse doncques, etc. + +Au fort, puisque suis en la dance, +Bon gré maugré, m'y fault fournir, +Et n'y scay de quel pié saillir, +Je reculle, puis je m'avance. +Et bien, etc. + + + +RONDEL. + +Par le pourchas du regart de mes yeulx, +En vous servant, ma tres belle maistresse, +J'ay essayé qu'est plaisir et tristesse, +Dont j'ay trouvé maint penser ennuyeux. +Mais de cellui que j'amoye le mieulx, +N'ay peu avoir qu'à petite largesse. +Par le pourchas, etc. +En vous, etc. + +Car pour ung jour qui m'a esté joyeux, +J'ay eu trois moys la fievre de destresse; +Mais Bon espoir m'a guery de liesse, +Qui m'a promis de ses biens gracieux. +Par le pourchas, etc. + + + +CHANCON. + +Armez vous de joyeux confort, +Je vous en pry, mon povre cueur, +Que destresse, par sa rigueur, +Ne vous navre jusqu'à la mort; +Vous couvrant d'ung pavaiz, au fort, +Tant qu'aurez passé sa chaleur, +Armez vous, etc. +Je vous, etc. + +Faictes bon guet, tant qu'elle dort; +Espoir dit qu'il sera seigneur, +Et fera vostre fait meilleur, +Contre Dangier qui vous fait tort. +Armez vous, etc. + + + +CHANCON. + +Pour vous monstrer que point ne vous oublie, +Comme vostre que suis où que je soye, +Presentement ma chancon vous envoye. +Or la prenez en gré, je vous en prie. +En passant temps, plain de merencolie, +L'autrier la fis ainsi que je pensoye; +Pour vous, etc. +Comme, etc. + +Mon cueur tousjours si vous tient compaignie, +Dieu doint que brief vous puisse veoir à joye! +Et, en briefz motz, en ce que je pourroye, +A vous m'offre du tout à chiere lye. +Pour vous, etc. + + + +CHANCON. + +Tousjours dictes: Je vien, je vien; +Espoir! je vous congnois assez, +De voz promesses me lassez, +Dont peu à vous tenu me tien. +Se vous requier au besoin mien. +Legierement vous en passez. +Tousjours, etc. +Espoir, etc. + +Vous ne vous acquictez pas bien +Vers moy, quant ung peu ne cassez +Les soussiz que j'ay amassez +En me contentant d'un beau rien. +Tousjours, etc. + + + +CHANCON. + +Loingtain de joyeuse sente, +Où l'en peut tous biens avoir. +Sans nul confort recevoir, +Mon cueur en tristesse s'ente. +Par quoy convient que je sente +Mains griefz maulx, pour dire voir. +Loingtain, etc. +Où l'en peut, etc.. + +En dueil a fait sa descente +De tous poins, sans s'en mouvoir; +Et s'il fault qu'à mon savoir +Maugré mien je m'y consente. +Loingtain, etc. + + + +CHANCON. + +Vivre et mourir soubz son dangier +Me veult faire Merencolie; +Jamais vers moy ne s'amolye, +Mais plaisir me faist estranger. +D'ainsi demourer, sans changer, +Se me seroit trop grant folie. +Vivre et, etc. +Me veult, etc. + +Pour d'elle plus tost me venger, +Force m'est qu'à Confort m'alye, +Acompaigné de Chiere lye; +A le suir me vueil ranger. +Vivre et, etc. + + + +CHANCON. + +Je ne prise point telz baisiers +Qui sont donnez par contenance, +Ou par maniere d'accointance; +Trop de gens en sont parconniers. +On en peut avoir par milliers, +A bon marchié, grant habondance. +Je ne prise, etc. +Qui sont, etc. + +Mais savez vous lesquelz sont chiers? +Les privez venans par plaisance; +Tous autres ne sont, sans doubtance, +Que pour festiers estrangiers, +Je ne prise, etc. + + + +CHANCON. + +Pourtant, s'avale soussiz mains, +Sans macher, en peine confiz; +Si ne seront ja desconfiz +Les pensées qui m'ont en leurs mains. +En ce propos seurement mains, +Qu'il vendront à aucuns prouffiz. +Pourtant, etc. +Sans macher, etc. + +Travail mectray, et soirs, et mains, +Autant ou plus quanques je fiz, +S'a les achever ne souffiz, +D'en faire quelque chose au mains. +Pourtant, etc. + + + +CHANCON. + +Ma seule amour, ma joye et ma maistresse, +Puisqu'il me fault loing de vous demourer, +Je n'ay plus riens à me reconforter, +Qu'un souvenir pour retenir lyesse. +En allegant, par espoir, ma destresse, +Me conviendra le temps ainsi passer. +Ma seule, etc. +Puisqu'il, etc. + +Car mon las cueur, bien garny de tristesse, +S'en est voulu avecques vous aler, +Ne je ne puis jamais le recouvrer, +Jusques verray vostre belle jeunesse. +Ma seule, etc. + + + +CHANCON. + +Trop entré en la haulte game, +Mon cueur, d'ut, ré, mi, fa, sol, la, +Fut ja pieca, quant l'afola +Le trait du regart de ma Dame. +Fors lui, on n'en doit blasmer ame, +Puisqu'ainsi fait comme fol l'a. +Trop entré, etc. +Mon cueur, etc. + +Mieux l'eust valu estre soubz lame, +Car sotement s'en afola; +Si, lui dis je, mon cueur, hola! +Mais conte n'en tint, sur mon ame. +Trop entré, etc. + + + +CHANCON. + +Se desplaire ne vous doubtoye, +Voulentiers je vous embleroye +Ung doulx baisier priveement, +Et garderoye seurement +Dedens le tresor de ma joye. +Mais que Dangier soit hors de voye, +Et que sans presse je vous voye, +Belle que j'ayme loyaument. +Se desplaire, etc. +Voulentiers, etc. +Ung doulx, etc. + +Jamais ne m'en confesseroye, +Ne pour larrecin le tendroye, +Mais grant aumosne vrayement; +Car à mon cueur joyeusement, +De par vous le presenteroye, +Se desplaire, etc. + + + +CHANCON. + +Pour nous contenter, vous et moy, +De bon cueur et entier povoir, +Ne s'espargne Leal vouloir; +Viengne avant sans se tenir quoy. +Commandez moy je ne scay quoy, +Vous verrez se feray devoir, +Pour nous, etc. +De bon cueur, etc. + +Se faulx, par l'amoureuse loy +Mis en fossé de Nonchaloir, +Soye sans grace recevoir; +Baillez la main, prenez ma foy, +Pour nous, etc. + + + +CHANCON. + +Malade de mal ennuieux, +Faisant la peneuse sepmaine, +Vous envoye, ma souveraine, +Un souspir merencolieux. +Par lui saurez, mon bien joyeulx, +Comment desplaisir me demaine. +Malade, etc. +Faisant, etc. + +Car aler ne pevent mes yeulx, +Vers la beaulté dont estes plaine, +Mais au fort, ma joye mondaine, +J'endureray pour avoir mieulx; +Malade, etc. + + + +CHANCON. + +Tousjours dictes: Actendez, actendez, +Pas ne payez vos reconfors contens, +Joyeulx espoir, dont maints sont malcontens, +Qui ne scevent comment vous l'entendez; +De Fortune, pour Dieu, l'arc destendez, +Ne souffrez plus qu'elle face contens. +Tousjours, etc. +Pas ne payez, etc. + +Vostre grace tost sur moy estandez, +Vous congnoissez assez à quoy contens; +Plus ne perdray ung tel tresor com temps, +Ainsi que fait qui son eur met en dez. +Tousjours, etc. + + + +RONDEL. + +Prenez tost ce baisier, mon cueur, +Que ma maistresse vous presente, +La belle, bonne, jeune et gente, +Par sa tres grant grace, et doulceur; +Bon guet feray, sus mon honneur, +Afin que Dangier riens n'en sente. +Prenez tost, etc. +Que ma, etc. + +Dangier toute nuit en labeur +A fait guet, or gist en sa tente; +Accomplissez brief vostre entente +Tant dis qu'il dort, c'est le meilleur. +Prenez tost, etc. + + + +CHANCON. + +Resjouissez plus ung peu ma pensée, +Leal espoir, et me donnez secours; +Tousjours fuyez, et apres vous je cours, +Où j'ay assez de paine despensée; +La verray je jamais recompensée? +Quelque office lui donnent en vos cours. +Resjouissez, etc. +Leal espoir, etc. + +La penance soit par vous dispensée, +Car desormais mes temps deviennent cours; +Ne souffrez plus son plaisirs en decours, +Veu que vers vous n'a faulte pourpensée, +Resjouissez, etc. + + + +CHANCON. + +Comment vous puis je tant amer +Et mon cueur si tres fort hair? +Qu'il ne me chault de desplaisir +Qu'il puisse pour vous endurer. +Son mal m'est joyeux à porter, +Mais qu'il vous puisse bien servir. +Comment vous, etc. +Et mon cueur, etc. + +Las! or ne deusse je penser +Qu'à le garder et chier tenir, +Et non pourtant, mon seul desir, +Pour vous le vueil abandonner. +Comment, etc. + + + +CHANCON. + +M'amye Esperance, +Pourquoy ne s'avance +Joyeulx Reconfort? +Ay je droit ou tort, +S'en lui j'ay fiance? +Peu de desplaisance +Prent en ma grevance, +Il semble qu'il dort. +M'amye, etc. +Pourquoy, etc. +Joyeulx, etc. + +Quoy qu'à lui je tence, +Pour sa bienvueillance +Acquerir; au fort, +Je suis bien d'accort +D'actendre allegance: +M'amye, etc. + + + +CHANCON. + +Dedens mon sein, pres de mon cueur +J'ay mussié ung privé baisier +Que j'ay emblé, maugré Dangier; +Dont il meurt en paine et langueur. +Mais ne me chault de sa douleur, +Et en deust il vif enragier, +Dedens mon, etc. +J'ay mussié, etc. + +Se ma Dame, par sa doulceur, +Le veult souffrir, sans m'empeschier, +Je pense d'en plus pourchassier, +Et en feray tresor greigneur. +Dedens mon, etc. + + + +CHANCON. + +D'Espoir, et que vous en diroye? +C'est ung beau bailleur de parolles, +Il ne parle qu'en parabolles, +Dont ung grant livre j'escriroye. +En le lisant, je me riroye, +Tant auroit de choses frivolles. +D'Espoir, etc. +C'est ung, etc. + +Par tout ung an ne le liroye. +Ce ne sont que promesses folles, +Dont il tient chascun jour escolles; +Telles estudes n'esliroye. +D'Espoir, etc. + + + +RONDEL. + +De vostre beaulté regarder, +Ma tres belle, gente maistresse, +Ce m'est certes tant de lyesse +Que ne le sauriez penser. +Je ne m'en pourroye lasser. +Car j'oublie toute tristesse. +De vostre, etc. +Ma tres belle, etc. + +Mais, pour mesdisans destourber +De parler sus vostre jeunesse, +Il fault que souvent m'en delaisse, +Combien que ne m'en puis garder. +De vostre, etc. + + + +CHANCON. + +Passez oultre, decevant Vueil, +Où portez vous cest estendart +De plaisant, actrayant regart, +Soubz l'emprise de Bel acueil? +De ma maison n'entrez le sueil +Plus avant, tirez autre part. +Passez oultre, etc. +Où portez, etc. + +Vous taschez à croistre mon dueil, +Et gens engigner par votre art; +A! a! maistre sebelin regnart, +On vous congnoist tout cler à l'ueil. +Passez oultre, etc. + + + +CHANCON. + +Trop estes vers moy endebtée, +Vous me devez plusieurs baisiers, +Je vouldroye moult voulentiers +Que la debte fust acquictée; +Quoyque vous soyez excusée +Que n'osez pour les faulx Dangiers. +Trop estes, etc. +Vous me, etc. + +J'en ay bonne lectre scellée, +Paiez les, sans tenir si chiers; +Autrement, par les officiers +D'Amours, vous serez arrestée. +Trop estes, etc. + + + +CHANCON. + +Ma plus chier tenue richesse, +Ou parfont tresor de pensée, +Est soubz clef, seurement gardée, +Par Esperance ma Déesse. +Se vous me demandez et qu'esse? +N'enquerez plus, elle est mussée. +Ma plus, etc. +Ou parfont, etc. + +Avecques elle, seul, sans presse, +Je m'esbas soir et matinée, +Ainsi passe temps et journée, +Au partir dy: Adieu maistresse. +Ma plus, etc. + + + +CHANCON. + +Vostre bouche dit: Baisiez moy, +Se m'est avis quant la regarde; +Mais Dangier de trop pres la garde, +Dont mainte doleur je reçoy. +Laissez m'avoir, par vostre foy, +Ung doux baisier, sans que plus tarde. +Vostre, etc. +Se m'est, etc. + +Dangier me heit, ne scay pourquoy? +Et tousjours destourbier me darde, +Je prie à Dieu que mal feu l'arde! +Il fust temps qu'il se teinst coy. +Vostre bouche, etc. + + + +CHANCON. + +Va tost, mon amoureux desir, +Sur quanque me veulx obeir, +Tout droit vers le manoir de Joye; +Et pour plus abregier ta voye, +Prens ta guide doulx souvenir. +Metz peine de me bien servir, +Et de ton messaige accomplir, +Tu congnois ce que je vouldroye. +Va tost, etc. +Sur, etc. +Tout, etc. + +Recommandes moy à Plaisir; +Et se brief ne peuz revenir, +Fay que de toy nouvelles oye, +Et par Bon espoir les m'envoye; +Ne vueilles au besoing faillir. +Va tost, etc. + + + +CHANCON. + +Ou puis parfont de ma merencolie +L'eaue d'Espoir que ne cesse de tirer. +Soif de confort la me fait desirer, +Quoy que souvent je la trouve tarie. +Necte la voy ung temps et esclercie, +Et puis apres troubler et empirer. +Ou puis, etc. +L'eaue, etc. + +D'elle trempe mon ancre d'estudie; +Quant j'en escrips, mais pour mon cueur irer, +Fortune vient mon pappier dessirer, +Et tout gecte par sa grant felonnie. +Ou puis, etc. + + + +CHANCON. + +Je me metz en vostre mercy; +Tres belle, bonne, jeune et gente, +On m'a dit qu'estes mal contente +De moy, ne scay s'il est ainsi. +De toute nuit je n'ay dormy, +Ne pensez pas que je vous mente. +Je me, etc. +Tres belle, etc. + +Pour ce, tres humblement vous pry, +Que vous me dictes vostre entente; +Car d'une chose je me vante, +Qu'en loyaulté n'ay point failly. +Je me, etc. + + + +CHANCON. + +Monstrez les moy, ces povres yeulx, +Tous batuz et deffigurez, +Certes ilz sont fort empirez +Depuis hier, qu'ilz valloient mieulx. +Ne se congnoissent ilz pas tieulx; +Mal se sont au matin mirez. +Monstrez les moy, etc. +Tous batuz, etc. + +Ont ilz pleuré devant leurs Dieux? +Comme de leur grace inspirez, +Ou s'ilz ont mains travaulx tirez, +Priveement en aucuns lieux. +Monstrez les, etc. + + + +CHANCON. + +S'il vous plaist vendre voz baisiers, +J'en achecteray voulentiers, +Et en aurez mon cueur en gaige, +Pour les prendre par heritaige, +Par douzaines, cens ou milliers. +Ne les me vendez pas si chiers, +Que vous feriez à estrangiers, +En me recevant en hommaige. +S'il vous, etc. +J'en achecteray, etc. +Et en aurez, etc. + +Mon vueil et mon desir entiers +Sont vostres, maugré tous dangiers; +Faictes comme loyalle et saige, +Que pour mon guerdon et partaige, +Je soye servy des premiers. +S'il vous, etc. + + + +CHANCON. + +Traitre regart, et que fais tu? +Quant tu vas souvent _in questu_; +Tu fiers sans dire: garde toy. +Et ne sces la raison pourquoy, +N'il ne t'en chault pas ung festu. +Tu es de couraige testu, +Et de fureur trop _in estu_ , +Change ton propos, et me croy. +Traitre, etc. +Quant, etc. +Tu fiers, etc. + +On te deust batre devestu +Parmi les rues _cum mestu_ , +Par l'ordonnance de la loy; +Car tu n'as leaulté, ne foy, +On le voit _in tuo gestu_ . +Traitre, etc. + + + +CHANCON. + +Ma seule amour, que tant desire, +Mon reconfort, mon doulx penser, +Belle, nompareille, sans per, +Il me desplaist de vous escrire; +Car j'aymasse mieulx à le dire +De bouche, sans le vous mander. +Ma seule, etc. +Mon reconfort, etc. + +Las! or n'y puis je contredire; +Mais Espoir me fait endurer, +Qui m'as promis de retourner +En liesse, mon grief martire. +Ma seule, etc. + + + +CHANCON. + +Anuy, Soussy, Soing et Merencolie, +Se vous prenez desplaisir à ma vie, +Et desirez tost avancer ma mort, +Tourmentez moy de plus fort en plus fort, +Pour en passer tout à cop vostre envye. +Ay je bien dit? Nennil, je le renye; +Et, par conseil de Bon espoir, vous prie +Que m'espargnez, ou vous me ferez tort. +Anuy, Soussy, etc. +Se vous prenez, etc. +Et desirez, etc. + +Et qu'esse cy? je suis en resverie, +Il semble bien que ne scay que je dye; +Je dy puis l'un, puis l'autre, sans accort; +Suis je enchanté? veille mon cueur ou dort? +Vuidez, vuidez de moy telle folie. +Anuy, Soussy, etc. + + + +CHANCON. + +Logiez moy entre voz bras, +Et m'envoyez doulx baisier +Qui me viengne festier, +D'aucun amoureux soulas. +Tandis que Dangier est las, +Et le voyez sommeillier, +Logiez, etc. +Et m'envoyez, etc. + +Pour Dieu, ne l'esveillez pas +Ce faulx, envieux Dangier; +Jamais ne puist s'esveillier! +Faictes tost, et parlez bas. +Logiez moy, etc. + +CHANCON. + +Se Dangier me tolt le parler +A vous, mon bel amy, sans per; +Par le pourchas des envieux, +Non plus qu'on toucheroit aux cieulx, +Ne me tendray de vous amer, +Car mon cueur m'a voulu laissier +Pour soy du tout à vous donner, +Et pour estre vostre en tous lieux. +Se Dangier, etc. +A vous, etc. +Par le, etc. + +Tout son povoir ne peut garder, +Que, sur tous autres, n'aye chier +Vostre gent corps, tres gracieux; +Et se ne vous voy de mes yeulx, +Pourtant ne vous veuil je changier. +Se Dangier, etc. + + + +CHANCON. + +Fault il aveugle devenir? +N'ose l'en plus les yeulx ouvrir, +Pour regarder ce qu'on desire? +Dangier est bien estrange sire, +Qui tant veult amans asservir. +Vous lerrez vous aneantir. +Amours, sans remede querir, +Ne peut nul Dangier contredire? +Faut il, etc. +N'ose l'en, etc. +Pour, etc. + +Les yeulx si sont faiz pour servir, +Et pour raporter tout plaisir +Aux cueurs, quand ilz sont en martire; +A les en garder, Dangier tire, +Est ce bien fait de le souffrir? +Faut il, etc. + + + +CHANCON. + +Riens ne valent ses mirlifiques, +Et ses menues oberliques; +D'où venez vous? petit mercier, +Gueres ne vault vostre mestier, +Se me semble, ne voz pratiques. +Chier les tenez comme reliques, +Les voulez vous mectre en croniques, +Vous n'y gangnerez ja denier. +Riens ne valent, etc. +Et ses menues, etc. +D'où venez vous, etc. + +En plusieurs lieux sont trop publiques, +Et pour ce, sans faire repliques, +Desploiez tout vostre pannier; +Affin qu'on y puisse serchier +Quelques bagues plus auctentiques. +Riens ne valent, etc. + + + +CHANCON. + +Regardez moy sa contenance, +Lui siet il bien à soy jouer? +Certes, c'est le vray mirouer +De toute joyeuse plaisance. +Entre les parfaictes de France +Se peut elle l'une advouer? +Regardez, etc. +Lui siet, etc. + +Pour fol me tien, quant je m'avance +De vouloir les grans biens louer, +Dont Dieu l'a voulu douer; +Ses faiz en font la demonstrance. + + + +CHANCON. + +Petit mercier, petit pannier; +Pourtant se je n'ay marchandise +Qui soit du tout à vostre guise, +Ne blasmez, pour ce, mon mestier. +Je gangne denier à denier, +C'est loings du tresor de Venise. +Petit mercier, etc. +Pourtant, etc. + +Et tandiz qu'il est jour ouvrier, +Le temps pers quant à vous devise; +Je voys parfaire mon emprise, +El parmi les rues crier: +Petit mercier, etc. + + + +CHANCON. + +Reprenez ce larron souspir +Qui s'est emblé soudainement, +Sans congié, ou commandement, +Hors de la prison de Desir. +Mesdisans l'ont ouy partir, +Dont ilz tiennent leur parlement. +Reprenez, etc. +Qui s'est, etc. + +Se le meschant eust sceu saillir +Sans noyse, tout priveement, +N'en peult chaloir, mais sotement +L'a fait; pour ce, l'en fault pugnir. +Reprenez, etc. + + + +CHANCON. + +L'ostellerie de Pensée +Plaine de venans et alans, +Soussiz soient petitz ou grans, +A chascun est habandonnée; +Elle n'est à nul reffusée, +Mais preste pour tout les passans, +L'ostellerie, etc. +Plaine de, etc. + +Plaisance chierement amée +S'y loge souvent, mais nuisans +Lui sont ennuiz gros et puissans, +Quand ilz la tiennent empeschée. +L'ostellerie, etc. + + + +CHANCON + +Fuyez le trait de doulx regard, +Cueur, qui ne vous savez deffendre, +Veu qu'estes desarmé et tendre, +Nul ne vous doit tenir couard. +Vous serez pris ou tost, ou tard, +S'Amour le veult bien entreprendre. +Fuyez le, etc. +Cueur, etc. + +Retrayez vous sous l'estendart +De Nonchaloir, sans plus actendre; +S'a Plaisance vous laissiez rendre, +Vous estes mort, Dieu vous en gard! +Fuyez le trait, etc. + + + +CHANCON. + +Yver, vous n'estes qu'un villain, +Esté est plaisant et gentil, +En tesmoing de May et d'Avril, +Qui l'accompaignent soir et main. +Esté revest champs, bois et fleurs, +De sa livrée de verdure, +Et de maintes autres couleurs, +Par l'ordonnance de Nature. +Mais vous, Yver, trop estes plain +De neige, vent, pluye et grezil; +On vous deust bannir en exil, +Sans point flater, je parle plain. +Yver, etc. + + + +CHANCON. + +Mon seul amy, mon bien, ma joye, +Cellui que sur tous amer veulx, +Je vous pry que soyez joyeux, +En esperant que brief vous voye. +Car je ne fais que querir voye +De venir vers vous, se m'aist Dieux. +Mon seul, etc. +Cellui. etc. + +Et se par souhaidier povoye +Estre empres vous, un jour ou deux, +Pour quanqu'il a dessoubz les cieulx, +Outre rien ne souhaideroye. +Mon seul, etc. + + + +CHANCON. + +Je le retiens pour ma plaisance, +Espoir, mais que leal me soit, +Et, se jamais il me décoit, +Je renie son acointance. +Nous deux avons fait aliance, +Tant que mon cueur tel l'aparcoit. +Je le retiens, etc. +Espoir, etc. + +Monstrer me puisse bienvueillance, +Ainsi que mon penser concoit, +Dont mainte liesse recoit; +Quand à moy, j'ay en lui fiance. +Je le retiens, etc. + + + +CHANCON. + +Je ne les prise pas deux blancs +Tous les biens qui sont en amer, +Car il n'y a que tout amer, +Et grant foison de faulx semblans; +Pour les maulx qui y sont doublans, +Pire que les perils de mer. +Je ne les, etc. +Tous les, etc. + +Ilz ne sont à riens ressemblans, +Car ung jour viennent entamer +Le cueur, et apres embasmer; +Ce sont amouretes tremblans. +Je ne les, etc. + + + +CHANCON. + +Hors du propos si baille gaige, +Ce n'est que du jeu la maniere, +Nulle excusacion n'y quiere, +Quoyque soit prouffit ou dommaige. +Tousjours parle plus fol que saige, +C'est une chose coustumiere. +Hors du propos, etc. +Ce n'est que, etc. + +Se l'en me dit: Vous contez raige; +Blasmez ma langue trop legere, +Raison de Secret tresoriere +La tance, quant despent langaige. +Hors du propos, etc. + + + +CHANCON. + +Au besoing congnoist on l'amy +Qui loyaument aidier desire, +Pour vous je puis bien cecy dire, +Car vous, ne m'avez pas failly; +Mais avez, la vostre mercy, +Tant fait qu'il me doit suffire. +Au besoing, etc. +Qui loyaument, etc. + +Bien brief pense partir de cy, +Pour m'en aler vers vous de tire; +Loisir n'ay pas de vous escrire, +Et pour ce, plus avant ne dy. +Au besoing, etc. + + + +CHANCON. + +O tres devotes creatures, +En ypocrisies d'amours +Que vous querez d'estranges tours! +Pour venir à voz aventures. +Vous cuidez bien par voz paintures, +Faire sotz, aveugles et sours. +O tres devotes, etc. +En ypocrisies, etc. + +On ne peut desservir deux cures, +Ne prendre gaiges en deux cours; +Prenez les champs, ou les faulbourgs, +Ilz sont de diverses natures. +O tres devotes, etc. + + + +CHANCON. + +Que c'est estrange compaignie +De Penser joint avec Espoir; +Aidier scevent, et decevoir +Ung cueur qui tout en eulx se fie. +Il ne fault ja que je le dye, +Chascun le peut en soy savoir. +Que c'est, etc. +De Penser, etc. + +D'eulx me plains et ne m'en plains mye, +Car mal et bien m'ont fait avoir; +Menty m'ont, et aussi dit voir, +Je l'aveu et si le renye. +Que c'est, etc. + + + +CHANCON. + +(Orléans.) + +Sera elle point jamais trouvée? +Celle qui ayme loyaulté, +Et qui a ferme voulenté, +Sans avoir legiere pensée. +Il convient qu'elle soit criée, +Pour en savoir la verité. +Sera elle point, etc. +Celle qui, etc. + +Je crois bien qu'elle est deffiée +Des aliez de faulceté, +Dont il y a si grant planté, +Que de paour elle s'est mussiée. +Sera elle, etc. + + + +CHANCON. + +(Responce du duc Jehan de Bourbon,) + +DUC D'ORLÉANS, je l'ay trouvée +Celle qui ayme loyaulté, +Et qui a ferme voulenté, +Sans avoir legiere pensée. +Ja ne fault qu'elle soit criée, +J'en scay assez la vérité. +DUC D'ORLÉANS, etc. +Celle qui, etc. + +C'est ma Dame tres bien amée, +Qui a des biens si grant planté, +Qu'el ne craint vostre faulceté, +Ne de ceulx de vostre livrée. +DUC D'ORLÉANS, etc. + + + +CHANCON. + +Puis ça, puis là, +Et sus, et jus, +De plus en plus, +Tout vient et va. +Tous on verra +Grans et menus, +Puis ça, etc. +Et sus, etc. + +Vieulx temps desja, +S'en sont courus, +Et neufz venus, +Que dea! que dea! +Puis ca, etc. + + + +CHANCON. + +Dieu vous conduie, Doulx penser, +Et vous doint faire bon voyage, +Rapportez tost joyeulx message +Vers le cueur pour le conforter; +Ne vueillez gueres demourer, +Exploictez comme bon et sage. +Dieu vous, etc. +Et vous, etc. + +Riens ne vous convient ordonner, +Les secrez savez du courage, +Besongnez à son avantage, +Et pensez de brief retourner. +Dieu vous, etc. + + + +CHANCON. + +Puisque par deca demourons, +Nous Saulongnois et Beausserons, +En la maison de Savonnieres, +Souhaidez nous des bonnes chieres +Des Bourbonnois et Bourguignons. +Aux champs, par hayes et buissons, +Perdrix et lyevres nous prendrons, +Et yrons pescher sur rivieres. +Puisque, etc. +Nous, etc. +En la maison, etc. + +Vivres, tabliers, cartes aurons +Où souvent nous estudirons; +Vins, mangers de plusieurs manieres, +Galerons, sans faire prieres, +Et de dormir ne nous faindrons. +Puisque, etc. + + + +CHANCON. + +Les fourriers d'Amours m'ont logé +En ung lieu bien à ma plaisance, +Dont les mercy de ma puissance, +Et m'en tiens à eulx obligé. +Afin que tost soit abregé +Le mal qui me porte grevance, +Les fourriers, etc. +En ung lieu, etc. + +Desja je me sens alegé, +Car acointié m'a Esperance, +Et croy qu'amoureux n'a en France +Qui soit mieulx que moy hebergé. +Les fourriers, etc. + + + +CHANCON. + +Penser, qui te fait si hardy, +De mectre en ton hostellerie +La tres diverse compaignie +D'Ennuy, Desplaisir et Soussy. +Se congié en as, si le dy, +Ou se le fais par ta folie. +Penser, qui, etc. +De mectre, etc. + +Nul ne repose pour leur cry, +Boute les hors, et je t'en prie, +Ou il faut qu'on y remedie; +Veulx tu estre à tous ennemy? +Penser, qui, etc. + + + +CHANCON. + +Dont vient ce souleil de plaisance +Qui ainsi m'esbluyst les yeulx? +Beaulté, doulceur, et encor mieulx +Y sont à trop grant habondance; +Soudainement luyst par semblance, +Comme un escler venant des cieulx. +Dont vient, etc. +Qui ainsi, etc. + +Il fait perdre la contenance +A toutes gens, jeunes et vieulx; +N'il n'est eclipse, se m'aist Dieux, +Qui de l'obscurcir ait puissance. +Dont vient, etc. + + + +CHANCON. + +(Fraigne.) + +Et où vas tu? petit souspir, +Que j'ay ouy si doulcement; +T'en vas tu mectre à saquement +Quelque povre amoureux martir? +Viens ca, dy moy tost, sans mentir, +Ce que tu as en pensement. +Et où vas tu, etc. +Que j'ay, etc. + +Dieu te conduye à ton désir, +Et te remaine à sauvement; +Mais je te requier humblement +Que ne faces ame mourir. +Et où vas tu, etc. + + + +CHANCON. + +Laissez moy penser à mon aise, +Helas! donnez m'en le loisir, +Je devise avecques Plaisir, +Combien que ma bouche se taise. +Quant merencolie mauvaise +Me vient maintes foiz assaillir, +Laissez moy, etc. +Helas! donnez, etc. + +Car affin que mon cueur rapaise, +J'appelle plaisant souvenir, +Qui tantost me vient resjouir; +Pour ce, pour Dieu, ne vous desplaise. +Laissez moy, etc. + + + +CHANCON. + +As tu ja fait? petit souspir, +Est il sur son trespassement? +Le cueur qu'as mis à saquement; +A il remede de guerir? +Tu as mal fait de le ferir +En haste, si piteusement. +As tu ja, etc. +Est il sur, etc. + +Amours qui t'en doit bien pugnir, +A fait de toy son jugement; +Pren franchise hastivement, +Sauve toy, quant tu as loisir. +As tu ja, etc. + + + +CHANCON. + +Levez ces cuevrechiefz plus hault +Qui trop cuevrent ces beaulx visaiges; +De riens ne servent telz umbraiges, +Quant il ne fait hale, ne chault. +On fait à beaulté qui tant vault, +De la musser, tort et oultraiges: +Levez ces, etc. +Qui trop, etc. + +Je scay bien qu'à Dangier n'en chault, +Et pense qu'il ait donné gaiges, +Pour entretenir telz usaiges; +Mais l'ordonnance rompre fault. +Levez ces, etc. + + + +CHANCON. + +Deux ou trois couples d'ennuys +J'ay tousjours en ma maison, +Desencombrer ne m'en puis, +Quoyqu'à mon povoir les fuis, +Par le conseil de raison. +Deux ou trois, etc. + +Je les chasse d'où je suis, +Mais en chascune saison, +Ilz rentrent par un autre huis. +Deux ou trois, etc. + + + +CHANCON. + +Entre les amoureux fourrez, +Non pas entre les decoppez, +Suis, car le temps sans refroidy, +Et le cueur de moy l'est aussi; +Tel me veez, tel me prenez. +Jeunes gens qui Amours servez, +Pour Dieu, de moy ne vous mocquez, +Il est ainsi que je vous dy. +Entre les, etc. +Non pas, etc. + +Car, quant Amours servy aurez +Autant que j'ay, vous devendrez +Pareillement en mon party; +Et quant vous trouverez ainsy, +Comme je suis, lors vous serez. +Entre les, etc. + + + +CAROLE. + + Las! Merencolie, +Me tendrez vous longuement, +Es maulx dont j'ay plus de cent, + Sans pensée lie. +Je l'ay souffert main et soir, +Loingtain de joyeulx confort; +Mais nul bien n'en puis avoir, +Dont mon cueur est presque mort. +Au moins, je vous en prie, +Que me laissiez seulement, +Aucun peu d'alegement, + Sans m'oster la vie + Las! etc. + +Esperance d'avoir mieulx +Dist qu'elle me veult aidier; +Mais tousjours maugracieux +Je trouve le faulx Dangier, + Qui tant me guerrie. +Si, vous requier humblement, +Qu'en ce douloureux tourment + Ne me laissiez mie, + Las! Merencolie. + + + +CAROLE. + +Avancez vous, Esperance, +Venez mon cueur conforter, +Car il ne peut plus porter +Sa tres greveuse penance. +Pieca, Joyeuse pensée +S'esbatoit avecques lui, +Mais elle s'en est alée, +Tant a pourchassié Ennuy. +Se vous n'avez la puissance +De tout son mal lui oster, +Plaise vous à alegier +Au moins un peu sa grevance. +Avancez, etc. + +Vous lui avez fait promesse +De le venir secourir, +Et de lui tollir tristesse, +Mais trop le faictes languir. +Ayez de lui souvenance, +Et le venez deslogier +De la prison de Dangier, +Où il meurt en desplaisance, +Avancez, etc. + + + +CAROLE. + +M'avez vous point mis en oubly? +Par Dieu, je double fort, oy, +Ma seule maistresse et ma joye; +Non pourtant, quelque part que soye, +Je m'actens à vostre mercy. +Espoir m'a dit que Leauté +Vous fera souvenir de moy, +Car vostre bonne voulenté +Ne peult faillir, comme je croy. +Quant est à moy, je vous supply, +Pensez que l'amoureux party, +Que j'ay prins, changier ne pourroye; +Certes avant mourir vouldroye, +Je vous prometz qu'il est ainsi. +M'avez vous, etc. + +Amour a tort, ce m'est advis, +Qu'il ne fait aux dames sentir +Les maulx, où leurs servans sont mis, +Pour les tres loyaument servir. +Pour vous, ma Dame, je le dy, +Car se vous saviez le soussy, +Qu'Amours, pour vous servir, m'envoye, +Vous diriez bien que j'auroye, +De droit, gaingné le don d'amy. +M'avez vous, etc. + + + +RONDEL. + +Et ne cesserez vous jamais? +Tousjours est à recommencer; +C'est folie d'y plus penser, +Ne s'en soussier desormais. +Plus avant j'en diroye, mais +Rien n'y vault flater, ne tanser. +Et ne cesserez, etc. +Tousjours, etc. + +Passez a plusieurs moys des Mays +Qu'Amour vous vouldrent avanser; +Mal les voulez recompenser, +En servant de telz entremais. +Et ne cesserez vous, etc. + + + +RONDEL. + +(Orleans à Nevers.) + +Pour paier vostre belle chiere, +Laissez en gaige vostre cueur, +Nous le garderons en doulceur +Tant que vous retournez arriere. +Contentez, car c'est la maniere, +Vostre hostesse pour vostre honneur. +Pour paier, etc. +Laissez en, etc. + +Et se voiez nostre priere +Estre trop plaine de rigueur, +Changons de cueur, c'est le meilleur, +De voulenté bonne et entiere. +Pour paier, etc. + + + +RONDEL. + +(Responce de Nevers.) + +Mon tres bon hoste, et ma tres doulce hostesse, +Tres humblement et plus vous remercie +Des biens, honneurs, bonté et courtoisie, +Que m'avez faiz tous deux, par vostre humblesse. +Aussi fais je de vostre grant largesse +Et tres soingneuse et bonne compaignie. +Mon tres bon hoste, etc. +Tres humblement, etc. +Mon povre cueur pour paiement vous laisse, +Prenez en gré, et je vous supplie, +Et oultre plus, tant que je puis vous prie, +Que m'octroyez estre maistre et maistresse. +Mon tres bon, etc. + + + +RONDEL. + +Qu'il ne le me font, +Pour veoir que feroye, +Et se je sauroye +Leur donner le bont. +Puisque telz ilz sont +Affin qu'on les voye +Qu'il ne, etc. +Pour veoir, etc. + +Droit à droit respont, +Paier les vouldroye +De telle monnoye +Qu'il desserviront. +Qu'il ne, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +A ce jour de saint Valentin, +Que chascun doit choisir son per, +Amours, demourray je non per? +Sans partir à vostre butin. +A mon resveillier au matin, +Je n'y ai cessé de penser, +A ce jour, etc. +Que chascun, etc. + +Mais Nonchaloir, mon medicin, +M'est venu le pousse taster, +Qui ma conseillié reposer, +Et rendormir sur mon coussin. +A ce jour, etc. + + + +RONDEL. + +J'ay esté Poursuivant d'Amours, +Mais maintenant je suis Herault; +Monter me fault en l'eschaffault, +Pour jugier des amoureux tours. +Quant je verray riens à rebours +Dieu scet se je crieray bien hault. +J'ay esté, etc. +Mais, etc. + +Et s'amans vont faisant les lours, +Tantost congnoistray leur deffault; +Ja devant moy, clochier ne fault, +D'amer scay par cueur le droit cours. +J'ay esté, etc. + + + +RONDEL. + +(Secile.) + +Apres une seule exceptée, +Je vous servirai ceste année, +Ma doulce Valentine gente, +Puisqu'Amours veult que m'y consente, +Et que telle est ma destinée. +De moy, pour autre habandonnée +Ne serez; mais si fort amée +Qu'en devrez bien estre contente. +Apres une seule, etc. +Je vous, etc. + +Or me soit par vous ordonnée, +S'il vous plaist, à ceste journée, +Vo voulenté doulce et plaisante; +Car à la faire me presente +Plus que pour Dame qui soit née. +Apres une seule, etc. + + + +RONDEL. + +Je suis desja d'amour tanné, +Ma tres doulce Valentinée, +Car pour moi fustes trop tart née, +Et moy pour vous fus trop tost né. +Dieu lui pardoint qui estrené +M'a de vous, pour toute l'année. +Je suis desja, etc. +Ma tres doulce, etc. + +Bien m'estoye suspeconné, +Qu'auroye telle destinée, +Ains que passast ceste journée, +Combien qu'Amours l'eust ordonné. +Je suis desja, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Soubz parler couvert +D'estrange devise, +Monstrez qu'avez prise +Douleur; il y pert. +Du tout en desert, +N'est pas vostre emprise. +Soubz parler, etc. +D'estrange, etc. + +Se Confort ouvert +N'est à vostre guise, +Tost, s'Amour s'avise, +Sera recouvert. +Soubz parler, etc. + + + +RONDEL. + +Laissez aler ces gorgias, +Chascun yver, à la pippée; +Vous verrez comme la gelée +Reverdira leurs estomas. +Dieu scet s'ilz auront froit aux bras. +Par leur manche deschiquetée. +Laissez aler, etc. + +Il portent petiz soulers gras, +A une poulaine embourrée, +Froidure fera son entrée, +Par leurs talons nuz par en bas. +Laisser aler, etc. + + + +RONDEL. + +Les en voulez vous garder +Ces rivieres de courir, +Et grues prendre et tenir, +Quant hault les veez voler. +A telles choses muser, +Voit on folz souver servir. +Les en voulez, etc. +Ces rivieres, etc. + +Laissez le temps tel passer +Que Fortune veult souffrir, +Et les choses avenir +Que l'en ne scet destourber. +Les en voulez, etc. + + + +RONDEL. + +Veu que j'ay tant Amour servy, +Ne suis je pas mal guerdonné, +Du plaisir qu'il m'avoit donné, +Sans cause m'a tost desservy. +Mon cueur loyaument son serf vy, +Mais à tort l'a abandonné. +Veu que j'ay, etc. +Ne suis, etc. + +Plus ne lui sera asservy; +Pour Dieu, qu'il me soit pardonné, +Je croy que suis à ce don né, +D'avoir mal pour bien desservy. +Veu que j'ay, etc. + + + +RONDEL. + +(Secile.) + +Pourtant se vous plaignez d'Amours, +Il n'est pas temps de vous retraire, +Car encore il vous pourra faire +Tel bien, que perdrez vos dolours. +Vous congnoissez assez ses tours, +Je ne dy pas pour vous desplaire. +Pourtant, etc. +Il n'est, etc. + +Ayez fiance en lui tousjours, +Et mectez paine de lui plaire; +Combien que mieulx me vaulsit taire, +Car vous pensez tout le rebours. +Pourtant, etc. + + + +RONDEL. + +Se vous estiez comme moy, +Las! vous vous devriez bien plaindre; +Car de tous mes maulx le maindre +Est plus grant que vostre ennoy. +Bien vous pourrez, sur ma foy, +D'Amours alors vous complaindre; +Se vous estiez, etc. +Las! vous, etc. + +Car si tres dolent me voy, +Que plus la mort ne veuil craindre; +Touteffoiz, il me faut faindre; +Aussi feriez vous, se croy, +Se vous estiez, etc. + + + +RONDEL. + +(Responce par Orléans.) + +Chascune vieille son dueil plaint; +Vous cuidez que vostre mal passe +Tout autre; mais ja ne parlasse +Du mien, se n'y feusse contraint. +Saichiez de voir qu'il n'est pas faint, +Le tourment que mon cueur enlasse. +Chascune vieille, etc. +Vous cuidez, etc. + +Ma peine pers comme fait maint, +Et contre Fortune je chasse; +Desespoir de pis me menasse, +Je sens où mon pourpoint m'estraint. +Chascune vieille, etc. + + + +RONDEL. + +(Secile.) + +Bien deffendu, bien assailly, +Chascun dit qu'il a grant dolours, +Mais, au fort, je veuil croire Amours +Par qui le debat est sailly; +Affin que qui aura failly, +N'aye jamais de lui secours. +Bien deffendu, etc. +Chascun dit, etc. + +Car se j'ay en riens deffailly +De compter mon mal puis deux jours, +Banny vueil estre de ses cours, +Com un hom lasche et failly. +Bien deffendu, etc. + + + +RONDEL. + +(Responce par Orléans.) + +Bien assailly, bien deffendu; +Quant assez aurons debatu, +Il faut assembler noz raisons, +Et que les fons voler faisons +Du debat nouvel advenu. +Tres fort vous avez combatu, +Et j'ay mon billart bien tenu; +C'est beau debat que de deux bons. +Bien assailly, etc. +Quant assez, etc. + +Vray est qu'estes d'Amour feru, +Et en ses fers estroit tenu; +Mais moy non, ainsi l'entendons; +Il a passé maintes saisons, +Que me suis aux armes rendu. +Bien assailly, etc. + + + +RONDEL. + +(Secile.) + +Si dolant je me trouve à part +De laisser ce dont mon bien part; +C'est celle en qui n'a que redire, +Que ne fus oncques si plain d'ire, +Ou jamais Dieu n'ait en moy part. +Car, quant je pense en mon depart, +Et qu'aler me fault autre part, +Je ne scay plus que je dois dire. +Si dolant, etc. +De laisser, etc. + +Fortune, qui les lotz depart, +M'a baillé ce dueil pour ma part, +Qu'est pis qu'on ne seroit redire; +Et si ne lui puis contredire, +Dont a peu que mon cueur n'en part. +Si dolant, etc. + + + +CHANCON. + +(Orléans.) + +Durant les treves d'Angleterre +Qui ont esté faictes à Tours, +Par bon conseil avec Amours, +J'ay prins abstinence de guerre; +S'autre que moy ne la desserre, +Content suis que tiengne tousjours. +Durant les, etc. +Qui ont, etc. + +Il n'est pas bon de trop enquerre, +Ne s'empechier es faiz des cours; +S'on m'assault, pour avoir secours, +Vers Nonchaloir iray grant erre. +Durant les, etc. + + + +RONDEL. + +Vous vistes que je le veoye +Ce que je ne vueil descouvrir, +Et congnustes, à l'ueil ouvrir, +Plus avant que je ne vouloye. +L'ueil d'embusche saillit en voye, +De soy retraire n'eut loisir. +Vous vistes, etc. +Ce que je ne, etc. + +Trop est saige qui ne foloye, +Quant on est es mains de Plaisir, +Qui lors vint vostre cueur saisir, +Et fist comme pieca souloye. +Vous vistes, etc. + + + +RONDEL. + +(Fredet.) + +Jusques Pasques soient passées, +Donnez trieves à mes pensées, +Je vous pri tant que je puis, Amours; +Car c'est bien droit qu'à ces bons jours +En paix de vous soient laissées. +Assez voz gens les ont lassées, +Et pour ceste foiz couroussées, +Allez ailleurs faire vos tours. +Jusques Pasques, etc. +Donnez trieves, etc. + +Pour plus donc n'estre d'eulx pressees, +Qui tant les ont fort menassées, +Faictes les crier par voz cours, +Et leur deffendez bien tousjours, +Que par eulx ne soient cassées. +Jusques Pasques, etc. + + + +RONDEL. + +(Responce par Orléans) + +Tant que Pasques soient passées, +Sans resveiller le chat qui dort, +Fredet, je suis de vostre accors, +Que pensées soient cassées, +Et en aumaires entassées, +Fermans à clef tres bien et fort. +Tant que Pasques, etc. +Sans resveiller, etc. + +Quand aux miennes, ilz sont lassées, +Mais de les garder, mon effort +Feray, par l'avis de Confort, +En fardeaulx d'espoir amassées. +Tant que Pasques, etc. + + + +CHANCON. + +La veez vous là, la lyme sourde, +Qui pense plus qu'elle ne dit, +Souventeffoiz s'esbat et rit +A planter une gente bourde; +Contrefaisant la coquelourde, +Soubz un malicieux abit. +La veez vous, etc. +Qui pense, etc. + +Quelle part que malice sourde, +Tost congnoist s'il y a prouffit; +Benoist en soit le saint Esprit, +Qui de si finete me hourde. +La veez vous me, etc. + + + +RONDEL. + +Beaulté, gardez vous de mes yeulx, +Car ilz vous viennent assaillir; +S'ilz vous povoient conquerir, +Ilz ne demanderoyent mieulx. +Vous estes seule soubz les cieulx +Le tresor de parfait plaisir. +Beaulté, etc. +Car ilz vous, etc. + +Congneuz les ay jeunes et vieulx, +Qu'il ne leur chauldroit de morir, +Mais qu'eussent de vous leur desir, +Je vous avise qu'ilz sont tieulx. +Beaulté, etc. + + + +CHANCON. + +Helas! et qui ne l'aymeroit? +De Bourbon le droit heritier, +Qui a l'estomac de papier, +Et aura la goute de droit; +Se Lymosin ne lui aidoit, +Il mourroit, tesmoing Villequier. +Helas! et qui, etc. +De Bourbon, etc. + +Jamais plus hault ne sailliroit, +S'elle lui monstroit ung dangier; +Et pour ce, Fayete et Gouffier, +Aidiez chascun en vostre endroit. +Helas! et qui, etc. + + + +RONDEL. + +Bien viengne doulx regart qui rit, +Quelque bonne nouvelle porte, +Dont Dangier fort se desconforte, +Et de courroux en douleur frit. +Ne peut chaloir de son despit, +Ne de ceulx qui sont de sa sorte. +Bien viengne, etc. +Quelque, etc. + +Dangier dist: baille par escript, +Et qu'il n'entre point en la porte; +Mais Amour, comme la plus forte, +Veult qu'il entre sans contredit. +Bien viengne, etc. + + + +CHANCON. + + +Dieu vous envoye pascience, +Gentil conte Cleremondois, +Vous congnoissez, à ceste foiz, +Qu'est d'amoureuse penitence; +Puisqu'estes hors de la presence, +De celle que bien je congnois. +Dieu vous, etc. +Gentil conte, etc. + +Vouer vous povez aliance +A la riche, comme je crois, +Ne vous trouverez de ce mois, +Las! trop estes loing d'alegance. +Dieu vous, etc. + + + +RONDEL. + +En la promesse d'Esperance +Où j'ay temps perdu et usé, +J'ay souvent conseil reffusé, +Qui me povoit donner plaisance. +Las! ne suis le premier de France +Qui sotement s'est abusé, +En la promesse, etc. +Où j'ay temps, etc. + +Et, de ma nysse gouvernance, +Devant Raison j'ay accusé +Mon cueur; mais il s'est excuse, +Disant que deceu l'a Fiance +En la promesse, etc. + + + +CHANCON. + +Sauves toutes bonnes raisons, +Mieulx vault mentir, pour paix avoir, +Qu'estre batu, pour dire voir; +Pour ce, mon cueur, ainsi faisons. +Riens ne perdons, se nous taisons, +Et se jouons au plus savoir. +Sauves toutes, etc. +Mieulx vault, etc. + +Parler boute feu en maisons, +Et destruit paix, ce riche avoir; +On aprent à taire et à veoir, +Selon les temps et les saisons. +Sauves toutes, etc. + + + +RONDEL. + +Mon cueur, il me fault estre mestre +A ma foiz, aussi bien que vous, +N'en ayez ennuy, ou courroux; +Certes il convient ainsi estre. +Trop longuement m'avez fait pestre, +Et toujours tenir au dessous. +Mon cueur, etc. +A ma foiz, etc. + +Allez à dextre, ou à senestre, +Pris serez, sans estre rescous, +Passer vous fault, mon amy doulx, +Ou par là, ou par la fenestre. +Mon cueur, etc. + + + +CHANCON. + +Il souffist bien que je le sache, +Sans en enquerir plus avant; +Car se tout aloye disant, +On vous pourrait bien dire actache. +Nul de la langue ne m'arrache +Ce qu'en mon cueur je voys pensant. +Il souffist, etc. +Sans en, etc. + +Ainsi qu'en blanc pert noire tache, +Vostre fait est si apparant, +Que m'y trouve trop congnoissant; +Qui est descouvert, mal se cache. +Il souffist, etc. + + + +RONDEL. + +Mes yeulx trop sont bien reclamez, +Quant ma Dame si les appelle, +Leur monstrant sa grant beaulté belle, +Ilz reviennent comme affamez; +Maugré mesdisans peu amez, +Et Dangier qui tient leur querelle. +Mes yeulx, etc. +Quant ma, etc. + +Estre devroient diffamez, +S'ilz ne voloyent, de bonne elle, +Vers les grans biens qui sont en elle; +De ce ne seront ja blasmez. +Mes yeulx, etc. + + + +CHANCON. + +Pense de toy +Dorenavant, +Du demourant +Te chaille poy. +Ce monde voy +En empirant. +Pense, etc. +Dorenavant, etc. + +Regarde et oy, +Va peu parlant; +Dieu tout puissant +Fera de soy. +Pense, etc. + + + +RONDEL. + +Retraiez vous, regart mal avisé, +Vous cuidez bien que nulluy ne vous voye; +Certes, Aguet par tous lieux vous convoye +Priveement, en habit desguisé. +De gens saichans en estes moins prisé, +D'ainsi tousjours trocter parmy la voye. +Retraiez vous, etc. +Vous cuidez, etc. + +Dangier avez contre vous atisé, +Quant sot maintien tellement vous forvoye; +Au derrenier, faudra qu'il y pourvoye, +Il est ainsi que je l'ay devisé. +Retraiez vous, etc. + + + +CHANCON. + +Ce n'est riens qui ne puist estre, +On voit de plus grans merveilles, +Que de baster aux corneilles +Les mariz, et l'erbe pestre. +Car de jouer tours de maistre, +Femmes sont les nompareilles. +Ce n'est riens, etc. +On voit, etc. + +Tant aux huis, comme aux fenestres, +En champs, jardins, ou en trailles, +Par tout ont yeulx et oreilles, +Soit à dextre, ou a senestre. +Ce n'est riens, etc. + + + +RONDEL. + +Regart, vous prenez trop de paine, +Tousjours courez et racourez, +Il semble qu'aux barres jouez; +Reprenez un peu vostre alaine. +Cueurs qu'Amours tient en son demaine, +Cuident qu'assaillir les voulez. +Regart, vous, etc. +Tousjours, etc. + +Amours, une fois la sepmaine +C'est raison que vous reposez, +Et affin que ne morfondez, +Il faudra que l'en vous pourmaine. +Regart, etc. + + + +CHANCON. + +Or est de dire, laissez m'en paix, +Et tout plain, de rien ne m'est plus; +Mes propos sont en ce conclus, +Qu'ainsy demourray desormais. +De s'entremectre de mes faiz, +Je n'en requier nulles, ne nuls. +Or est, etc. +Et tout, etc. + +Fortune, par ses faulx atraiz, +En pipant, a pris à la glus +Mon cueur, et en soussy reclus +Se tient, sans departir jamais. +Or est, etc. + + + +RONDEL. + +Le voulez vous? +Que vostre soye, +Rendu m'octroye, +Pris ou recous. +Ung mot pour tous, +Bas qu'on ne l'oye. +Le voulez, etc. +Que vostre, etc. + +Maugré jalons, +Foy vous tendroye, +Or sa, ma joye, +Accordons nous. +Le voulez, etc. + + + +CHANCON. + +C'est grant paine que de vivre en ce monde, +Encores est ce plus paine de mourir; +Si convient il, en vivant, mal souffrir, +Et au derrain, de mort passer la bonde. +S'aucunefois joye, ou plaisir abonde, +On ne les peut longuement retenir. +C'est grant, etc. +Encores, etc. + +Pour ce, je vueil comme un fol qu'on me tonde, +Se plus pense, quoyque voye à venir, +Qu'a vivre bien, et bonne fin querir; +Las! il n'est rien que soussy ne confonde. +C'est grant, etc. + + + +RONDEL. + +Crevez moy les yeulx, +Que ne voye goute, +Car trop je redoubte, +Beaulté en tous lieux; +Ravir jusqu'aux cieulx +Veult ma joye toute. +Crevez moy, etc. +Que ne, etc. + +D'elle me gard Dieux, +Affin qu'en sa route +Jamais ne me boute; +N'est ce pour le mieulx? +Crevez moi, etc. + +Quant je la regarde, +Elle vient ferir +Mon cueur, de la darde +D'amoureux desir. + + + +CHANCON. + +En vivant en bonne esperance, +Sans avoir desplaisance, ou dueil, +Vous aurez brief, à votre vueil, +Nouvelle plaine de plaisance. +De guerre n'avons plus doubtance, +Mais tousjours gracieulx acueil. +En vivant, etc. + +Tous nouveaulx revendrons en France, +Et quant me reverrez à l'ueil, +Je suis tout autre que je sueil; +Au moins j'en fais la contenance. +En vivant, etc. + + + +RONDEL. + +Jeunes amoureux nouveaulx, +En la nouvelle saison, +Par les rues, sans raison, +Chevauchent faisans les saulx; +Et font saillir des carreaulx +Le feu, comme de charbon. +Jeunes, etc. +En la, etc. + +Je ne scay se leurs travaulx +Ilz employent bien, ou non; +Mais piqués de l'esperon, +Sont autant que leurs chevaulx. +Jeunes, etc. + + + +CHANCON. + +(Orléans à Secile.) + +Vostre esclave et serf, où que soye, +Qui trop ne vous puis mercier, +Quant vous a pleu de m'envoyer +Le don qu'ay receu à grant joye; +Tel que dy, et plus, se povoye, +Me trouverez à l'essayer. +Vostre esclave, etc. +Qui trop, etc. + +Paine mectray que brief vous voye, +Et tost arez, sans delayer, +Chose qui est sus le mestier, +Qui vous plaira; plus n'en diroye. +Vostre esclave, etc. + + + +RONDEL. + +Gardez le trait de la fenestre, +Amans, qui par rues passez, +Car plus tost en serez blessez, +Que de trait d'arc, ou d'arbalestre. +N'alez à dextre, ne à senestre +Regardant, mais les yeulx bessez. +Gardez, etc. +Amans, etc. + +Se n'avez medicin bon maistre, +Si tost que vous serez navrez, +A Dieu soiez recommandez; +Mort vous tiens, demandez le prestre. +Gardez, etc. + + + +CHANCON. + +Tellement, quellement, +Me faut le temps passer, +Et soucy amasser +Mainteffoiz, mallement, +Quant ne puis nullement +Ma fortune casser. +Tellement, etc. +Me faut, etc. + +G'iray tout bellement, +Pour paour de me lasser, +Et sans trop m'enlasser, +Ou monde follement. +Tellement, etc. + + + +RONDEL. + +En gibessant toute l'apres disnée +Parmy les champs, pour me desanuyer, +N'a pas longtemps que faisoye l'autrier +Voler mon cueur apres mainte pensée; +La quilote souvenance nommée, +Sourdoit deduit, et savoit remerchier. +En gibessant, etc. +Parmy, etc. + +Gibessiere de passe temps ouvrée, +Emplie toute d'assez plaisant gibier, +Et puis je peu mon cueur, au derrenier, +Sur ung faisant d'esperance celée. +En gibessant, etc. + + + +CHANCON. + +A tout bon compte revenir +Convendra, qui qu'en rie, ou pleure, +Et ne scet on le jour, ne l'eure; +Souvent en devroit souvenir. +Prenez qu'on ait dueil, ou plaisir, +En brief temps, ou longue demeure, +A tout bon, etc. +Convendra, etc. + +Las! on ne pense qu'à suyr +Le monde qui tousjours labeure; +Et quant on cuide qu'il sequeure, +Au plus grant besoing vient faillir, +A tout bon, etc. + + + +RONDEL. + +Que faut il plus à ung cueur amoureux? +Quant assiegé l'a Dangier, de tristesse; +Qu'avitailler tantost sa forteresse +D'assez vivres de Bon espoir eureux, +Cappitaine face Desir songneux, +Qui, nuyt et jour, fera guet sans peresse. +Que faut, etc. +Quant, etc. + +Artillié soit d'Avis avantureux, +Coulevrines et canons, à largesse, +Pretz, assortiz et chargiez de Sagesse, +Es boulevers et lieux avantageux. +Que faut il, etc. + + + +CHANCON. + +Vous estes paié pour ce jour, +Puis qu'avez eu ung doulx regart; +Devant ung ancien regnart, +Tost est apparceu ung tel tour; +Quant on a esté à sejour, +Ce sont les gaiges de musart. +Vous estes, etc. +Puis qu'avez, etc. + +Il souffist pour vostre labour, +Et s'apres on vous sert de lart, +Prenez en gré, maistre coquart, +Ce n'est qu'un restraintif d'amour. +Vous estes, etc. + + + +RONDEL. + +Des maleureux porte le pris, +Servant Dame loyalle et belle, +Qui, pour mourir en la querelle, +N'acheve ce qu'a entrepris; +Diffamé de droit, et repris +Par devant dame et damoiselle, +Des maleureux, etc. +Servant Dame, etc. + +Pourquoy est d'amer si espris +Quant congnoist que son cueur chancelle? +En soy donnant repreuve telle, +Où a il ce mestier apris? +Des maleureux, etc. + + + +CHANCON. + +Puisqu'estes en chaleur d'amours. +Pour Dieu, laissez veoir vostre orine; +On vous trouvera medicine +Qui briefment vous fera secours. +Trop tost, oultre le commun cours, +Vous bat le cueur en la poictrine. +Puisqu'estes, etc. +Pour Dieu, etc. + +La fievre blanche ses sejours +A fait, se voulez que termine, +Et que plus ne vous soit voisine, +Repousez vous pour aucuns jours. +Puisqu'estes, etc. + + + +RONDEL. + +En amer n'a que martire, +Nully ne le devroit dire +Mieulx que moy; +J'en sauroye, sur ma foy, +De ma main ung livre escripre, +Où amans pourroient lire, +Des yeulx larmoyans, sans rire, +Je m'en croy. +En amer, etc. +Nully, etc. + +Des maulx qu'on y peut eslire, +Celluy qui est le mains pire, +C'est anoy, +Qui n'est jamais à part soy; +Plus n'en dy, bien doit souffire. +En amer, etc. + + + +CHANCON. + +Saint Valentin, quant vous venez +En Karesme au commencement, +Receu ne serez vrayement +Ainsi que acoustumé avez. +Soussy et penance amenez, +Qui vous recevroit lyement? +Saint Valentin, etc. +En Karesme, etc. + +Une autreffoiz vous avancez +Plus tost, et alors toute gent +Vous recuilliront autrement; +Et pers à choisir amenez. +Saint Valentin, etc. + + + +RONDEL. + +Me fauldrez vous à mon besoing? +Mon reconfort et ma fiance, +M'avez vous mis en oubliance? +Pourtant se de vous je suis loing, +N'avez vous pitié de mon soing, +Sans vous, savez que n'ay puissance. +Me fauldrez vous, etc. +Mon reconfort, etc. + +On feroit des larmes ung baing, +Qu'ay pleurées de desplaisance, +Et crie, par desesperance, +Ferant ma poictrine du poing, +Me fauldrez, etc. + + + +CHANCON. + +Saint Valentin dit: Veez me ca, +Et apporte pers à choisir; +Viengne qui y devra venir, +C'est la coustume de pieca. +Quant le jour des Cendres hola +Respond, auquel doit on faillir? +Saint Valentin, etc. +Et apporte, etc. + +Au fort, au matin convendra +En devocion se tenir, +Et apres disner, à loisir, +Choississe qui choisir vouldra. +Saint Valentin, etc. + + + +RONDEL. + +Cueur endormy en pensée, +En transes, moitié veillant, +S'on lui va riens demandant, +Il respont à la volée, +Et parle de voix cassée, +Sans propos ne tant, ne quant. +Cueur endormy, +En transes, etc. + +Tout met en galimafrée, +Lombart, Anglois, Alemant, +Francois, Picart et Normant, +C'est une chose faée. +Cueur, etc. + + + +CAROLE EN LATIN. + +Laudes Deo sint, atque gloria, +Hoc tempore, pre cordis gaudio, +Exultemus cum Dei Filio, +Misso nobis a patris gracia. + +Tunc prophete vere predixerant +Nasciturum de pura virgine, +Ut salvaret hos qui perirant, +Pro parentum dampnati crimine. + +Tunc natus est ex stirpe Regia, +Flos ascendens de Jesse gremio; +Illi honor et benedictio +Qui nos replet tanta leticia. +Laudes, etc. + +Sic induit se carne hominis, +Ut per carnem, carnem redimeret, +Sic amorem demonstrans servulis, +Quos creavit ne ipsos perderet. + +O miranda Regis clemencia! +Qui non parcens corpori proprio, +Se obtulit diro supplicio, +Nostra sanans cruore vicia. +Laudes, etc. + + + +RONDEL. + +A trompeur, trompeur et demy; +Tel qu'on seme convient cuillir; +Se mestier voy partout courir, +Chascun y joue, et moy aussi. +Dy je bien de ce que je dy? +De tel pain souppe fault servir. +A trompeur, etc. +Tel qu'on seme, etc. + +Et qui n'a pas langaige en lui, +Pour parler selon son desir, +Ung truchement lui fault querir +Ainsi, ou par là, ou par cy. +A trompeur, etc. + + + +RONDEL. + +Baillez lui la massue, +A cellui qui cuide estre +Plus subtil que son maistre, +Et sans raison l'argue; +Ou il sera beste mue, +Quant on l'envoyera pestre. +Baillez, etc. +A cellui, etc. + +Quoy qu'il regibe, ou rue, +Si sault par la fenestre, +Comme s'il vint de nestre, +Sera chose esperdue. +Baillez, etc. + + + +RONDEL. + +_Ubi supra_, +N'en parlons plus +Des tours cornulz, +_Et cetera; +Non est cura_, +De telz abus. +_Ubi_, etc. +N'en, etc. + +_Mala jura_ +Sont suspendus, +Ou deffendus, +_Et reliqua. +Ubi_, etc. + + + +RONDEL. + +Il vit en bonne esperance, +Puisqu'il est vestu de gris, +Qu'il aura, à son advis, +Encore sa desirance; +Combien qu'il soit hors de France, +Par deca le mont Senis, +Il vit, etc. +Puisqu'il, etc. + +Perdu a sa contenance, +Et tous ses jeux et ses ris, +Gaigner lui fault Paradis. +Par force de paciance. +Il vit, etc. + + + +RONDEL. + +_Noti me tangere_ +Faulte de serviteurs, +Car bonté de seigneurs +Ne les scet _frangere_. +Il vous fault _regere_ +En craintes et rigueurs. +_Noli me_, etc. +Faulte de, etc. + +De hault _erigere_ +Trop tost en grans faveurs, +Ce ne sont que foleurs +Bien m'en puis _plangere. +Noli me_, etc. + + + +RONDEL. +(Orléans à Maistre Estienne le Gout.) + +Maistre Estienne le Gout nominatif, +Nouvellement, par maniere optative, +Si a voulu faire copulative; +Mais failli a en son cas genitif. +Il avait mis six ducatz en datif, +Pour mieulx avoir s'amie vocative. +Maistre, etc. +Nouvellement, etc. + +Quant rencontré a un accusatif, +Qui sa robbe lui a fait ablative; +De fenestre assez superlative, +A fait ung sault portant coups en passif. +Maistre, etc. + + + +RONDEL. + +Responce de Maistre Estienne le Gout.) + +Monseigneur tres supellatif, +Pour respondre au narratif +De vostre briefve expositive; +Elle fut premier vocative, +Par le moyen du genitif. +Les six ducatz sont nombratif, +Mais quant au fait du possessif, +La chose est ung peu neutrative. +Monseigneur, etc. +Pour respondre, etc. + +Et quant au dangier du passif, +J'ay saufconduit prerogatif, +Par quoy mectray paine soubtive +D'accorder, sus la negative, +L'adjectif et le substantif. +Monseigneur, etc. + + + +RONDEL. + +Pres là, briquet aux pendantes oreilles, +Tu sces que c'est de deduit de gibier, +Au derrenier tu auras ton loyer, +Et puis seras viande pour corneilles. +Tu ne fais pas miracles, mais merveilles, +Et as aide pour te bien enseigner. +Pres là, briquet, etc. +Tu sces, etc. + +A toute heure diligemment traveilles, +Et en chasse vaulx autant qu'un limier, +Tu amaines au tiltre de levrier +Toutes bestes, et noires, et vermeilles. +Près là briquet, etc. + + + +RONDEL. + +Or s'y joue qui vouldra; +Qui me change, je le change; +Nul ne le tiengne chose estrange, +D'avoir selon qu'il fera; +Quant par sa faulte fera, +Gré ne dessert, ne louange. +Or s'y joue, etc. +Qui me, etc. + +Puisque advisé on l'en a. +Et à raison ne se range, +S'apres s'elle se revange, +Le tort à qui demourra? +Or s'y joue, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans à Alençon.) + +En la vigne jusqu'au peschier +Estes bouté, mon filz tres chier, +Dont, par ma foy, suis tres joyeulx, +Quant de rimer vous voy songneux, +Et vous en voulez empeschier? +Soit au lever, ou au couchier, +Ou quant vous devez chevauchier, +Esbatez vous pour le mieulx. +En la vigne, etc. +Estes bouté, etc. + +Se Desplaisir vous vient serchier, +Pour de lui tost vous despeschier, +Sans estre merencolieux, +Grant bien vous fera, se m'aid Dieux, +Passez y temps sans plus preschier. +En la vigne, etc. + + + +RONDEL. + +(Responce d'Alençon.) + +Le vigneron fut atrapé, +Quant il fut trouvé en la vigne, +Trop mieulx que poisson à la ligne, +Ne que rat au lardon hapé; +D'un trait d'ueil fut prins et frapé, +Par celle qui pas ne forligne. +Le vigneron, etc, +Quant il fut, etc. + +A peine lui fut eschappé, +Le povre compaignon qui pigne, +Tres mal pigne des dents d'un pigne, +Ainsi surprins et agrapé. +Le vigneron, etc. + + + +RONDEL. + +Quant je fus prins ou pavillon +De ma Dame tres gente et belle, +Je me brulay à la chandelle, +Ainsi que fait le papillon. +Je rougiz comme vermeillon, +Aussi flambant qu'une estincelle. +Quand je fus, etc. +De ma Dame, etc. + +Si j'eusse esté esmerillon, +Ou que j'eusse eu aussi bonne elle, +Je me feusse gardé de celle +Qui me bailla de l'aguillon. +Quant je fus, etc. + + + +CHANCON. + +_Satis, satis, plus quam salis_, +N'en avez vous encore assez? +Par Dieu, vous en serez lassez +Des folies _quas amatis. +Cum sensibus ebetatis_, +Soctes gens vous les amassez. +_Satis, satis_, etc. +N'en avez, etc. + +Et pour ce, _si me credatis_, +Oubliez tous les temps passez, +Et voz meschans pensers cassez, +_Dolendo de perpetratis. +Salis, satis_, etc. + + + +CHANCON. + +Mon cueur plus ne volera, +Il est enchaperonné, +Nonchaloir l'a ordonné, +Qui ja piaca le m'osta. +Confort depuis ne lui a +Cure, n'atirer donné. +Mon cueur, etc +Il est, etc. + +Se sa gorge gectera? +Je ne scay, car gouverné +Ne l'ay, mais abandonné; +Soit com avenir pourra. +Mon cueur, etc. + + + +CHANCON. + +_Non temptabis_, tien te coy, +Regard plain d'atrayement, +_Vade retro_ tellement +Que point n'aproches de moy. +_Probavi te_, sur ma foy, +Je crains ton assotement. +_Non_, etc. +Regard, etc. + +_Ecce_ la raison pourquoy, +Tu resveilles trop souvent +_Corda_, bien congnois comment +Presches l'amoureuse loy. +_Non temptabis_, etc. + + + +CHANCON. + +Chascun dit qu'estes bonne et belle, +Mais mon ueil jugier n'e saura, +Car lignage m'avuglera, +Qui maintendra vostre querelle; +Quant on parle de damoiselle +Qui à largesse de biens a. +Chascun dit, etc. +Mais mon, etc. + +A nostre assemblée nouvelle, +Verray ce qu'il m'en semblera, +Et, s'ainsi est, bien me plaira; +Or prenons que vous soyez telle. +Chascun dit, etc. + + + +CHANCON. + +Gardez vous de _mergo_ +Trompeur faulx et rusez, +Qui les gens abusez +Mainteffoiz _a tergo_. +En tous lieux où _pergo_, +Fort estes accusez. +Gardez vous, etc. +Trompeur, etc. + +Mercy dit: _abstergo_ +Les faultes dont usez, +Mais que les refusez; +Avisez vous _ergo_. +Gardez vous, etc. + + + +RONDEL. + +Encore lui fait il grant bien +De veoir celle qu'a tant amée, +A celui qui cueur et pensée +Avoit en elle, comme tien. +Combien qu'il n'y aye plus rien, +Et qu'autre la lui ait ostée. +Encore lui, etc. +De veoir, etc. + +En regardant son doulx maintien, +Et son fait qui moult lui agrée, +S'il la peut tenir embrassée, +Il pense que une foiz fut sien +Encore lui, etc. + + + +CHANCON. + +Quant n'ont assez fait dodo, +Ces petitz enfanchonnés, +Ilz portent soubz leurs bonnés +Visaiges pleins de bobo. +C'est pitié s'ilz font jojo +Trop matin, les doulcinés. +Quant n'ont, etc. +Ces petitz, etc. + +Mieux amassent à gogo +Gesir sur molz coissinés, +Car ilz sont tant poupinés, +Helas! che, guoguo, guoguo. +Quant n'ont, etc. + + + +RONDEL. + +Avugle et assourdy, +De tous poins en nonchaloir, +Je ne puis ouir, ne veoir +Chose dont soye esjouy. +Se desplaisant, ou marry, +Tout m'est ung, pour dire veoir. +Avugle, etc. +De tous, etc. + +Es escolles fu nourry +D'amours, pensant mieux valoir; +Quant plus y cuiday savoir, +Plus m'y trouvay rassoty. +Avugle, etc. + + + +RONDEL. + +_Procul a nobis_ +Soient ces trompeurs, +_Dantur_ aux flateurs +_Verba pro verbis, +Sicut pax vobis_, +Et tendent ailleurs. +_Procul_, etc. +Soient ces, etc. + +_Non semel sicul bis_, +Et des foiz plusieurs, +Sont loups ravisseurs +Soubz peaulx de brebiz. +_Procul_, etc. + + + +RONDEL. + +J'estraine de bien loing m'amie, +De cueur, de corps et quanque j'ay, +En bon an lui souhaideray +Joye, santé et bonne vie. +Mais que ne m'estraine d'oublie, +Ne plus ne moins que la feray. +J'estraine, etc. +De cueur, etc. + +Mon cueur de chapel de soussie, +Ce jour de l'an, estreneray; +Et à elle presenteray +Des fleurs de ne m'oubliez mie. +J'estraine, etc. + + + +RONDEL. + +Faulcette confite +En plaisant parler, +Laissez la aler, +Car je la despite. +Ce n'est que redite +De tant l'esprouver. +Faulcette, etc. +En plaisant, etc. + +Et quant on s'acquicte +Plus de l'amender, +Pis la voy ouvrer, +C'est chose maudicte. +Faulcette, etc. + + + +RONDEL. + +Parlant ouvertement +Des faiz du Dieu d'amours, +N'a il d'estranges tours +En son commandement? +Ouil, certainement, +Qui dira le rebours? +Parlant, etc. +Des faiz, etc. + +S'on faisoit loyaument +Enqueste par les cours, +On orroit tous les jours +Qu'on s'en plaint grandement. +Parlant, etc. + + + +RONDEL. + +Il fauldroit faire l'arquemie, +Qui vouldroit forgier faulceté +Tant qu'elle devint loyaulté, +Quant en malice est endurcie. +C'est rompre sa teste en folie, +Et temps perdre en oysiveté. +Il fauldroit, etc. +Qui vouldroit, etc. + +Plus avant qu'on y estudie, +Et moins y congnoist on seurté, +Car de faire de mal, bonté, +L'un à l'autre trop contrarie. +Il fauldroit, etc. + + + +RONDEL. + +Tant sont les yeulx de mon cueur endormiz +En nonchaloir, qu'ouvrir ne les pourroye; +Pour ce, parler de beaulté n'oseroye, +Pour le present, comme j'ay fait jadiz. +Par cueur retiens ce que j'en ay apris, +Car plus ne scay lire ou livre de joye, +Tant sont, etc. +En nonchaloir, etc. + +Chascun diroit qu'entre les rassotiz, +Comme aveugle des couleurs jugeroye, +Taire m'en vueil, rien n'y voy, Dieu y voye! +Plaisans regars n'ont plus en moy logis. +Tant sont, etc. + + + +RONDEL. + +En changeant mes appetiz, +Je suis tout saoul de blanc pain, +Et de menger meurs de fain +D'un fres et nouveau pain bis. +A mon gré, ce pain faitis, +C'est ung morceau souverain. +En changeant, etc. +Je suis tout, etc. + +S'il en fust à mon devis, +Plus tost anuyt que demain +J'en eusse mon vouloir plain, +Car grant desir m'en est pris. +En changeant, etc. + + + +RONDEL. + +(Maistre Jehan Caillau) + +Tant sont les yeulx de mon cueur endormiz +En nonchaloir, qu'ouvrir ne les pourroye; +Pour ce, parler de beaulté n'oseroye +Pour le present, comme j'ay fait jadiz; +Joye et soulaz ne sont plus mes amis, +Chose ne voy de quoy je me resjoye, +Tant sont, etc. +En nonchaloir, etc. + +Je suis mouillé, et retrait, et remis, +Morne et pensif, trop plus que ne souloye, +J'y voy trouble, car es yeulx ay la taye, +Et n'y congnois le blanc d'avec le bis, +Tant sont, etc. + + + +RONDEL. + +(Fredet.) + +Pour mectre à fin la grant doleur +Que par trop amer je reçoy, + Secourez moy; +Las! ou autrement, sur ma foy, +Mes jours n'auront pas grant longueur. +Car si tres tourmenté je suis, + De tant d'ennuys +Qui sans cesser me courent seure, +Que je n'ays bons jours, bonnes nuys; + Et si ne puis +Trouver, fors vous, qui me sequeure. +Aidez à vostre serviteur, +Qui est mieulx pris que par le doy, + Ou mort me voy, +Se ne montrez brief, savez quoy? +Que vous ayez mon fait à cueur. +Pour mectre, etc. + + + +RONDEL. + +Helas! me tuerez vous? +Pour Dieu retraiez cest ueil +Qui d'un amoureux acueil +M'occit, se ne suis rescous. +Je tiens vostre cueur si doulx, +Que me rens tout à son vueil. +Helas! etc. +Pour Dieu, etc. + +De quoy vous peut mon courrous +Valoir? ne servir mon dueil? +Quant humblement, sans orgueil, +Je requier mercy à tous. +Helas, etc. + + + +RONDEL. + +(Responce d'Orleans à Fredet.) + +Pour mectre à fin vostre doleur, +Où pour le present je vous voy, + Descouvrez moy +Tout vostre fait, car, sur ma foy, +Je vous secourray de bon cueur; +Plus avant offrir ne vous puis, + Fors que je suis +Prest de vous aider à toute heure, +A vous bouter hors des ennuys + Que, jours et nuys, +Dictes qu'avec vous font demeure. +Quant vous tenez mon serviteur, +Et vostre doleur apparcoy, + Montrer au doy +On me devroit, se tenir quoy +Vouloye, comme faint seigneur. +Pour mectre, etc. + + + +RONDEL. + +Ung cueur, ung vueil, une plaisance, +Ung desir, ung consentement, +Ung reconfort, ung pensement, +Fermez en loyalle fiance, +Dieu que bonne en est l'accointance! +Tenir la doit on chierement. +Ung cueur, etc. +Ung desir, etc. + +Contre Dangier et sa puissance. +Qui les het trop mortelement, +Gardons les bien et saigement; +N'est ce toute nostre chevance? +Ung cueur, etc. + + + +RONDEL. + +Pour ce que plaisance est morte, +Ce May suis vestu de noir, +C'est grant pitié de veoir +Mon cueur, qui s'en desconforte. +Je m'abille de la sorte +Que doy, pour faire devoir. +Pour ce que, etc. +Ce May, etc. + +Le temps ces nouvelles porte, +Qui ne veult deduit avoir, +Mais par force de plouvoir, +Fait des champs clorre la porte. +Pour ce que, etc. + + + +RONDEL. + +Cueur, à qui prendrez vous conseil? +A nul ne povez descouvrir +Le tres angoisseux desplaisir +Qui vous tient en paine et traveil. +Je tiens qu'il n'a soubz le souleil, +De vous plus parfait vray martire. +Cueur, a qui, etc. +A nul, etc. + +Au moins faictes vostre apareil +De bien vous faire ensevellir, +Ce n'est que mort d'ainsi languir, +En tel martire nompareil. +Cueur, à qui, etc. + + + +RONDEL. + +A Dieu! qu'il m'anuye, +Helas! qu'est ce cy? +Demourray ainsi +En merencolie? +Qui que chante, ou rie, +J'ay tousjours soussy. +A Dieu, etc. +Helas! qu'est ce, etc. +Penser me guerrie, +Et fortune aussi, +Tellement, et si +Fort que hé ma vie. +A Dieu, etc. + + + +RONDEL. + +Dedens mon livre de pensée, +J'ay trouvé escripvant mon cueur, +La vraye histoire de doleur, +De lermes toute enluminée; +En deffassent la tres amée +Ymage de plaisant doulceur. +Dedens mon, etc. +J'ay trouvé, etc. + +Helas! où l'a mon cueur trouvée? +Les grosses goutes de sueur +Lui saillent, de peine et labeur +Qu'il y prent, et nuit, et journée. +Dedens, etc. + + + +RONDEL. + +Ci pris, ci mis, +Trop fort me lie +Merencolie, +De pis en pis, +Quant me tient pris +En sa baillie. +Ci pris, etc. +Trop fort, etc. + +Se hors soussis +Je ne m'alie +A chiere lie, +Vivant languis. +Ci pris, etc. + + + +RONDEL. + +En regardant ces belles fleurs +Que le temps nouveau d'amours prie, +Chascune d'elle s'ajolie, +Et farde de plaisans couleurs; +Tant embasmées sont de odeurs +Qu'il n'est cueur qui ne rajeunie. +En regardant, etc. +Que le temps, etc. + +Les oyseaulx deviennent danseurs +Dessus mainte branche fleurie, +Et font joyeuse chanterie, +De contres, des chans et teneurs. +En regardant, etc. + + + +RONDEL. + +Et de cela, quoy? +Se soussy m'assault, +A mon cueur n'en chault, +N'aussi peu à moy; +Comme j'appercoy, +Courroux riens n'y vault. +Et de cela, etc. +Se soussy, etc. + +Par luy je reçoy +Souvent froit et chault, +Puisqu'estre ainsi fault, +Remede n'y voy. +Et de cela, etc. + + + +RONDEL. + +Oncques feu ne fut sans fumée, +Ne doloreux cueurs sans pensée, +Ne reconfort sans esperance, +Ne joyeulx regart sans plaisance, +Ne beau soleil qu'apres nuée. +J'ay tost ma sentence donnée, +De plus sachant soit amendée, +J'en dy selon ma congnoissance. +Oncques feu, etc. +Ne doloreux, etc. + +Esbatement n'est sans risée, +Souspir sans chose regretée, +Souhait sans ardant desirance, +Doubte sans muer contenance, +C'est chose de vray esprouvée. +Oncques feu, etc. + + + +RONDEL. + +Et de cela, quoy? +En ce temps nouveau, +Soit ou laid, ou beau, +Il m'en chault bien poy; +Je demourray quoy +En ma vieille peau. +Et de cela, etc. + +Plusieurs, comme voy, +Ont des pois au veau; +Je mectray mon seau +Qu'ainsi je le croy. +Et de cela, etc. + + + +RONDEL. + +Chantez ce que vous pensez, +Monstrant joyeuse maniere. +Ne la vendez pas si chiere, +Trop en vis la despensez. +Or sus, tost vous avancez, +Laissez coustume estrangiere. +Chantez ce que, etc. +Monstrant, etc. + +Tous noz menuz pourpensez +Descouvrons, à lye chiere, +L'un à l'autre, sans priere; +J'acheveray, commencez. +Chantez, etc. + + + +RONDEL. + +Le trouveray je jamais? +Ung loyal cueur joint au mien, +A qui je soye tout sien, +Sans departir desormais. +D'en deviser par souhais, +Souvent m'y esbas, et bien. +Le trouveray, etc. +Ung loyal, etc. + +Autant vault se je m'en tais, +Car certainement je tien +Qu'il ne s'en fera ja rien; +En toute chose a ung mais. +Le trouveray, etc. + + + +RONDEL. + +Gens qui cuident estre si saiges +Qu'ilz pensent plusieurs abestir, +Si bien ne se sauront couvrir +Qu'on n'aperçoive leurs couraiges; +Payer leur fauldra les usaiges +De leurs becz jaunes, sans faillir. +Gens qui, etc. +Qu'ilz pensent, etc. + +On scet par anciens ouvraiges, +Dequel mestier scevent servir; +Melusine n'en peut mentir, +Elle les cognoist aux visaiges. +Gens qui, etc. + + + +RONDEL. + +Il me pleust bien, +Se tour il a, +Quan me monstra +Que estoit tout mien; +Par son maintien +Tost me gaigna. +Il me, etc. +Se tour, etc. + +Sans dire rien, +Mon cueur pensa, +Et ordonna, +Qu'il seroit sien. +Il me, etc. + + + +RONDEL. + +Quant j'ay ouy le tabourin +Sonner, pour s'en aler au May, +En mon lit fait n'en ay effray, +Ne levé mon chief du coissin; +En disant: il est trop matin, +Ung peu je me rendormiray. +Quant j'ay, etc. +Sonner, pour, etc. + +Jeunes gens partent leur butin, +De nonchaloir m'accointeray, +A lui je m'abutineray, +Trouvé l'ay plus prouchain voisin. +Quant j'ay, etc. + + + +RONDEL. + +En mon cueur cheoit, +Et là devinoye, +Comme je pensoye, +Qu'ainsi m'avendroit. +Fol tant qu'il reçoit, +Ne croit rien qu'il voye. +En mon, etc. +Et là, etc. + +Sotye seroit, +Se plus y musoye; +Ma teste romperoye, +Soit ou tort, ou droit. +En mon, etc. + + + +RONDEL. + +Le premier jour du mois de May, +De tanne et de vert perdu, +Las! j'ay trouvé mon cueur vestu, +Dieu scet en quel piteux array! +Tantost demandé je lui ay, +Dont estoit cest habit venu? +Le premier, etc. +De tanne, etc. + +Il m'a respondu, bien le scay, +Mais par ma foy ne sera cogneu; +Desplaisance m'en a pourveu, +Sa livrée je porteray. +Le premier, etc. + + + +RONDEL. + +Le monde est ennuyé de moy, +Et moy pareillement de lui; +Je ne congnois rien aujourdui +Dont il me chaille que bien poy. +Dont quanque devant mes yeulx voy, +Puis nommer anuy sur anuy. +Le monde, etc. +Et moy, etc. + +Chierement se vent bonne foy, +A bon marché n'en a nulluy; +Et pour ce, se je suis cellui +Qui m'en plains, j'ay raison pourquoy. +Le monde, etc. + + + +RONDEL + +De riens ne sert à cueur en desplaisance, +Chanter, dancer, n'aucun esbatement, +Il lui souffit de povoir seulement +Tousjours penser en sa male meschance; +Quant il congnoist qu'en hasart gist sa chance, +Et desir n'est à son commandement. +De riens ne sert, etc. +Chanter, dancer, etc. + +S'on rit, pleurer lui est d'acoustumance; +S'il peut, à part se met le plus souvent. +Afin qu'à nul ne tiengne parlement; +Pour le guerir ja mire ne s'avance. +De riens ne sert, etc. + + + +RONDEL. + +Vous y fiez vous? +En mondain espoir, +S'il scet decevoir, +Demander à tous. +Son actrait est doulx, +Pour gens mieulx avoir. +Vous y, etc. +En mondain, etc. + +De joye, ou courroux, +Soing, ou nonchaloir, +Veult, à son vouloir, +Tenir les deux boux. +Vous y, etc. + + + +RONDEL. + +Fiez vous y, + A qui? + En quoy? +Comme je voy, +Riens n'est sans sy; +Ce monde cy + A sy + Pou foy. +Fiez, etc. + A, etc. + +Plus je n'en dy, + N'escry, + Pourquoy? +Chascun j'en croy; +S'il est ainsy, +Fiez, etc. + + + +RONDEL. + +Vengence de mes yeulx +Puisse mon cueur avoir, +Ilz lui font recevoir +Trop de maulx en mains lieux. +Amours, le Roy des Dieux, +Faictes vostre devoir. +Vengence, etc, +Puisse mon, etc. + +Se jamais plus sont tieulx, +Encontre mon vouloir, +Sur eulx, et main, et soir, +Crieray jusques aux cieulx. +Vengence, etc. + + + +RONDEL. + +De legier pleure à qui la lippe pent; +Ne demandez jamais comment lui va, +Laissez l'en paix, il se confortera, +Ou en son fait mectra appoinctement. +A son umbre se combactra souvent, +Et puis son frein rungier lui convendra. +De legier, etc. +Ne demandez, etc. + +S'en parle à lui, il en est mal content; +Cheminée, au derrain trouvera, +Par où passer sa fumée pourra; +Ainsi avient le plus communement. +De legier, etc. + + + +RONDEL. + +Espoir ne me fist oncques bien, +Souvent me ment pour me complaire, +Et assez promet sans riens faire, +Dont à lui peu tenu me tien; +En ses ditz ne me fie en rien, +Se Dieu m'aist, je ne m'en puis taire. +Espoir ne, etc. +Souvent me, etc. + +Quant reconfort requerir lui vien, +Et cuide qu'il le doye faire, +Tousjours me respont au contraire, +Et me hare reffus son chien. +Espoir ne, etc. + + + +RONDEL. + +Dont viens tu maintenant, souspir, +Aportes tu nulles nouvelles? +Dieu doint qu'ilz puissent estre telles +Que voulentiers les doye ouir. +S'ilz viennent de devers Desir, +Ilz ne sont que bonnes et belles. +Dont viens, etc. +Aportes tu, etc. + +Mais s'ilz sourdent de Desplaisir, +J'ayme mieulx que tu les me celes, +Assez et trop j'en ay de telles; +Ne dy riens que pour m'esjouir. +Dont viens, etc. + + + +RONDEL. + +C'est par vous seulement, Fiance, +Qu'ainsi je me trouve deceu; +Car, se par avant l'eusse sceu, +Bien y eusse mis pourveance. +Au fort, quant je suis en la dance, +Puisqu'il est trait, il sera beu. +C'est par vous, etc. +Qu'ainsi je, etc. + +Je doy bien hair l'acointance +Du premier jour que vous ay veu, +Car prins m'avez au despourveu; +Nul n'est trahy qu'en esperance. +C'est par, etc. + + + +RONDEL. + +Ou pis, ou mieulx, +Mon cueur aura, +Plus ne sera +En soussy tieulx; +Par Dieu, des cieulx +Chemin prendra. +Ou pis, etc. +Mon cueur, etc. + +En aucuns lieux, +Fortune, or ca, +On vous verra +Plus cler aux yeulx. +Ou pis, etc. + + + +RONDEL. + +Par vous, regart, sergent d'amours, +Sont arrestés les povres cueurs, +Souvent en plaisirs et doulceurs, +Et mainteffoiz tout au rebours; +Devant les amoureuses cours, +Les officiers et gouverneurs. +Par vous, etc. +Sont arrestés, etc. + +Et adjournez à trop briefz jours, +Pour leur porter plus de rigueurs, +Comme subgiez et serviteurs, +Endurent mains estranges tours. +Par vous, etc. + + + +RONDEL. + +S'en mes mains une foiz vous tiens, +Pas ne m'eschapperez, Plaisance, +Ja Fortune n'aura puissance +Que n'aye ma part de voz biens; +En despit de Dueil et des siens, +Qui me tourmentent de penance. +S'en mes, etc. +Pas ne, etc. + +Doy je tousjours, sans avoir riens, +Languir en ma dure grevance? +Nennil, promis m'a Esperance +Que serez de tous poins des miens. +S'en mes, etc. + + + +RONDEL. + +Payés selon vostre deserte +Puissiez vous estre! faulx trompeurs, +Au derrenier des cabuseurs +Sera la malice deserte. +D'entre deux meures, une verte +Vous fault servir, pour voz labeurs. +Payés selon, etc. +Puissiez vous, etc. + +Vostre besongne est trop ouverte, +Ce n'est pas jeu d'entrejecteurs; +Aux esches s'estes bons joueurs, +Gardez l'eschec à descouverte. +Payés selon, etc. + + + +RONDEL. + +Plus penser que dire, +Me convient souvent, +Sans monstrer comment, +N'a quoy, mon cueur tire; +Faignant de soubzrire, +Quant suis tres dolent. +Plus penser, etc. +Me convient, etc. + +En toussant, souspire +Pour secretement +Musser mon tourment, +C'est privé martire. +Plus penser, etc. + + + +RONDEL. + +Mort de moy! vous y jouez vous +Avec Dame Merencolie? +Mon cueur, vous faictes grant folye, +C'est la nourrisse de courroux. +Ung baston qui point à deux boutz, +Porte, dont elle s'escremye. +Mort de moy, etc. +Avec Dame, etc. + +Je tiens saiges toutes et tous, +Qui eslongnent sa compaignie; +Saint Jehan, je ne m'y mectray mie, +Que je m'y boutasse à quans coups. +Mort de moy, etc. + + + +RONDEL. + +Je ne suis pas de ses gens là, +A qui Fortune plaist et rit, +De reconfort trop m'escondit, +Veu que tant de mal donné m'a. +S'on demande comment me va? +Il est ainsi comme j'ay dit. +Je ne suis, etc. +A qui, etc. + +Quant je dy que bon temps vendra, +Mon cueur me respont par despit: +Voire, s'Espoir ne vous mentit, +Plusieurs decoit et decevra. +Je ne suis, etc. + + + +RONDEL. + +Allez, allez, vieille nourrice +De courroux et de malle vie +Rassotée Merencolie, +Vous n'avez que dueil et malice; +Desormaiz plus n'aurez office +Avec mon cueur, je vous regnye. +Allez, allez, etc. +De courroux, etc. + +Pour vous n'y a point lieu propice, +Confort l'a prins, n'en doubtez mie, +Fuyez hors de la compaignie; +D'Espoir fais nouvel edifice. +Allez, allez, etc. + + + +RONDEL. + +Remede comment +Pourray je querir? +Du mal qu'à souffrir +J'ay trop longuement. +Qu'en dit loyaument +Conseil? sans mentir. +Remede, etc. +Pourray je, etc. + +Pour abregement, +Guerir, ou mourir; +Plus ne puis fournir, +Se sens ne m'aprent. +Remede, etc. + + + +RONDEL. + +Vous ne tenez compte de moy, +Beau Sire, mais qui estes vous? +Voulez vous estre seul sur tous, +Et qu'on vous laisse tenir quoy? +Merencolie suiz, et doy +En tous faiz, tenir l'un des bouts. +Vous ne tenez, etc. +Beau Sire, etc. + +Se je vous pinsse par le doy, +Ne me chault de vostre courroux; +On verra se serez rescous +Des mains, par qui, et pourquoy? +Vous ne tenez, etc. + + + +RONDEL. + +Quant je voy ce que ne vueil mie. +Et n'ay ce dont suis desirant, +Pensant ce qui m'est desplaisant, +Est ce merveille s'il m'anuye? +Nennil, force est que me soussie +De mon cueur qui est languissant. +Quant je voy, etc. +Et n'ay, etc. + +En douleur et merencolie +Suis, nuit et jour, estudiant; +Lors je me boute trop avant +En une haulte theologie. +Quant je voy, etc. + + + +RONDEL. + +Ainsi que chassoye aux sangliers, +Mon cueur chassoit apres Dangiers +En la forest de ma pensée, +Dont rencontra grant assemblée +Trespassans par divers sentiers; +Deux ou trois saillirent premiers, +Comme fors, orgueilleux et fiers; +N'estoit ce pas chose esfroyée? +Ainsi que, etc. +Mon cueur, etc. +En la forest, etc. + +Lors mon cueur lascha sus levriers, +Lesquels sont nommés Desiriers; +Puis Esperance l'asseurée, +L'espieu ou poing, sainte l'espée, +Vint pour combatre voulentiers. +Ainsi que, etc. + + + +RONDEL. + +Sot euil, reporteur de nouvelles, +Où vas tu? et ne sces pourquoy, +Ne sans prandre congié de moy +En la compaignie des belles, +Tu es trop tost accointé d'elles; +Il te vaulsist mieulx tenir quoy. +Sot euil, etc. +Où vas tu, etc. + +Se ne changes manieres telles, +Par raison, ainsi que je doy, +Chastier te vueil, sur ma foy; +Contre toy j'ay assez querelles. +Sot euil, etc. + + + +RONDEL. + +Mort de moy! vous y jouez vous? +En quoy? es faiz de tromperie; +Ce n'est que coustume jolie +Dont ung peu ont toutes et tous; +Renverser s'en dessuz dessoubz, +Est ce bien fait? je vous en prie. +Mort de moy, etc. +En quoy, etc. + +Laissez moy taster vostre pouls, +Vous tient point celle maladie? +Parlez bas, qu'on ne l'oye mie, +Il semble que criez aux loups. +Mort de moy, etc. + + + +RONDEL. + +Est ce vers moi qu'envoyez ce souspir? +M'apporte il point quelque bonne nouvelle? +Soit mal ou bien, pour Dieu, qu'il ne me celle +Ce que lui vueil de mon fait enquerir. +Suis je jugié de vivre, ou de mourir? +Soustendra ja Loyaulté ma querelle? +Est ce vers moy, etc. +M'apporte il, etc. + +Et, nuit et jour, j'escoute pour ouir +S'auray confort de ma paine cruelle, +Pire ne peut estre se non mortelle, +Dictes se riens y a pour m'esjouir? +Est ce vers moy, etc. + + + +RONDEL. + +M'apellez vous cela jeu? +D'estre tousjours en ennuy; +Certes, je ne voy nulluy +Qui n'en ait plus trop que peu. +Nul ne desnoue ce neu, +S'il n'a de Fortune apuy. +M'apellez, etc. +D'estre, etc. + +On s'art qui est pres du feu; +Et pour ce, je suis cellui +Qui à mon povoir le sui, +Quant je n'y congnois mon preu. +M'apellez vous, etc. + + + +RONDEL. + +Alons nous esbatre, +Mon cueur, vous et moy, +Laissons, à part soy, +Soussy se combatre; +Tousjours veult desbatre, +Et jamais n'est quoy. +Alons nous, etc. +Mon cueur, etc. + +On vous devroit batre, +Et monstrer au doy, +Se, dessoubz sa loy, +Vous laissez abatre. +Allons nous, etc. + + + +RONDEL. + +Aussi bien laides que belles +Contrefont les dangereuses, +Et souvent les precieuses, +Ilz ont les manieres telles; +Pareillement les pucelles +Deviennent tantost honteuses +Aussi bien, etc. +Contrefont, etc. + +Les vieilles font les nouvelles, +En parolles gracieuses +Et accointances joyeuses, +C'est la condicion d'elles. +Aussi bien, etc. + + + +RONDEL. + +Je vous arreste, de main mise, +Mes yeulx, emprisonnés serez, +Plus mon cueur ne gouvernerez, +Desormais je vous en avise; +Trop avez fait à vostre guise, +Par ma foy, plus ne le ferez. +Je vous arreste, etc. +Mes yeulx, etc. + +On peut bien pour vous corner prise, +Prins estes, point n'eschapperez; +Nul remede n'y trouverez, +Rien n'y vault apel, ne franchise. +Je vous arreste, etc. + + + +RONDEL. + +Qui a toutes ses hontes beues, +Il ne lui chault que l'en lui die, +Il laisse passer mocquerie +Devant ses yeulx, comme les nues. +S'on le hue parmy les rues, +La teste hoche à chiere lie. +Qui a toutes, etc. +Il ne lui, etc. + +Truffes sont vers lui bien venues, +Quant gens rient, il faut qu'il rie; +Rougir on ne le feroit mie, +Contenances n'a point perdues. +Qui a toutes, etc. + + + +RONDEL. + +En mes pais, quant me trouve à repos, +Je m'esbays, et n'y scay contenance, +Car j'ay apris travail des mon enfance, +Dont fortune m'a bien chargié le dos. +Que voulez que vous die? à briefz mos, +Ainsi m'est il, ce vient d'acoustumarice. +En mes pais, etc. +Je m'esbays, etc. + +Tout à part moy, en mon penser m'enclos, +Et fais chasteaulx en Espaigne et en France; +Oultre les monts, forge mainte ordonnance, +Chascun jour, j'ay plus de mille propos. +En mes pais, etc. + + + +RONDEL. + +Repaissez vous en parler gracieux, +Avec dames qui menguent poisson, +Vous qui jeusnez par grant devocion, +Ce vendredi ne povez faire mieulx. +Se vous voulez de Deesses, ou Dieux, +Avoir confort, ou consolacion, +Repaissez vous, etc. +Avec dames, etc. + +Lire vous voy faiz merencolieux +De Troilus, plains de compassion; +D'Amour martir fut en sa nascion, +Laissez l'en paix, il n'en est plus de tieulx. +Repaissez vous, etc. + + + +RONDEL. + +Alez vous en, alez, alez, +Soussy, Soing et Merencolie, +Me cuidez vous toute ma vie +Gouverner, comme fait avez? +Je vous promet que non ferez, +Raison aura sur vous maistrie. +Alez vous en, etc, +Soussy, Soing, etc. + +Se jamais plus vous retournez +Avecques vostre compaignie, +Je pri à Dieu qu'il vous maudie, +Et ce par qui vous revendrez. +Alez vous en, etc. + + + +RONDEL. + +Hau guecte mon ueil, et puis quoi? +Voyez vous riens? ouil, assez; +Qu'est ce cela que vous savez? +Cler, le vous puis monstrer au doy. +Regardez plus avant un poy, +Vos regars ne soient lassez. +Hau guecte, etc. +Voyez vous, etc. + +Acquicté me suis, comme doy, +Il a ja plusieurs ans passez, +Sans avoir mes gaiges cassez, +Bien avez servi, sur ma foy. +Hau guecte, etc. + + + +RONDEL. + +Se vous voulez que tout vostre deviengne, +En me monstrant quelque joyeux semblant, +Dictes ce mot: Je vous tiens mon servant, +Servez si bien que contente m'en tiengne. +Devoir feray, comment qu'il m'en adviengne, +Tres loyaument, desoresenavant. +Se vous voulez, etc. +En me monstrant, etc. + +Sans que mercy, ne grace me soustiengne, +S'en loyaulté je faulx, ne tant ne quant, +Punissez moy tout à vostre talant; +Et se bien sers, pour Dieu, vous en souviengne. +Se vous voulez, etc. + + + +RONDEL. + +Que nous en faisons +De telles manieres, +Et doulces, et fieres, +Selon les saisons; +En champs, ou maisons, +Par bois et rivieres, +Que nous, etc. +De telles, etc. + +Ung temps nous taisons, +Tenans assez chieres, +Nos joyeuses chieres, +Puis nous rapaisons. +Que nous, etc. + + + +RONDEL. + + A l'autre huis, +Souvent m'envoye Esperance, +Et me tanse, +Quant en tristesse je suis. + Jours et nuys, +Cellui demande alegance. +A l'autre, etc. +Souvent, etc. + + Oncques puis +Que failli ma desirance, + De plaisance +Mon cueur et moy, sommes vuys. + A l'autre, etc. + + + +RONDEL. + +Vendez autre part vostre dueil, +Quant est à moy, je n'en ay cure; +A grant marché, oultre mesure, +J'en ay assez contre mon vueil. +Ja n'entrera dedans le sueil +De mon Penser, je vous le jure. +Vendez, etc. +Quant est, etc. + +Desconforté, la lerme à l'ueil, +Ailleurs quiere son avanture, +Plus ne vous mene vie dure, +Puisque mal vous fait son accueil. +Vendez, etc. + + + +RONDEL. + +Comme j'oy que chascun devise; +On n'est pas tousjours à sa guise, +Beau chanter si ennuye bien, +Jeu qui trop dure, ne vault rien; +Tant va le pot à l'eaue qui brise. +Il convient que trop parler nuyse, +Se dit on, et trop grater cuise; +Riens ne demeure en ung maintien. +Comme j'oy, etc. +On n'est pas, etc. +Beau chanter, etc. + +Apres chault temps, vient vent de bise, +Apres hucques, robbes de frise, +Le monde de passé revien, +A son vouloir joue du sien, +Tant entre gens laiz que d'Eglise. +Comme j'oy, etc. + + + +RONDEL + +Clermondois. + +Qui veult achater de mon dueil? +D'en avoir trop, las! je me vante, +Car ma povre vie dolante +N'en peut plus, non fait pas mon vueil. +Partout où je voys, mon recueil +Est si piteux, et mon actente. +Qui veult, etc. +D'en avoir, etc. + +Que j'aye ung petit bon accueil +Au commancement de ma vante, +Et puis apres, se jamais hante. +Amours, qu'on me creve cest ueil. +Qui veult, etc. + + + +RONDEL. + +Ad ce premier jour de l'année, +De cueur, de corps et quanque j'ay, +Priveement estreneray; +Ce qui me gist en ma pensée, +C'est chose que tondray cellée, +Et que point ne descouvreray. +Ad ce premier, etc. +De cueur, etc. + +Avant que soit toute passée +L'année, je l'aproucheray, +Et puis à loisir conteray +L'ennuy qu'ay, quant m'est eslongnée. +Ad ce premier, etc. + + + +RONDEL DOUBLE. + +Que voulez vous que plus vous die? +Jeunes assotez amoureux, +Par Dieu, j'ay esté l'un de ceulx +Qui ont eu vostre maladie; +Prenez exemple, je vous prie, +A moy qui m'en complains et deulx. +Que voulez, etc. + +Et pour ce, de vostre partie, +Se voulez croire mes conseulx, +D'abregier, conseillier vous veulx, +Voz faiz, en sens, ou en folie. +Que voulez vous, etc. + +Plusieurs y trouvent chiere lye +Mainteffoiz, et plaisans acueulx. +Que voulez vous, etc. + +Mais au derrain, Merencolie +De ses huis fait passer les seulx, +En deuil et soussy, Dieu scet quieulx; +Lors ne chault de mort, ou de vie. +Que voulez vous, etc. + + + +RONDEL. + +Mais que vostre cueur soit mien, +Ne doit le mien estre vostre? +Ouil, certes, plus que sien. +Que vous en semble? dy je bien? +Vray comme la Patenostre. +Mais que vostre, etc. + +Content et joyeulx m'en tien, +Foy que doy saint Pol l'Apostre, +Je ne désire autre rien. +Mais que vostre, etc. + + + +RONDEL. + +A ce jour de saint Valentin, +Que prendray je? per, ou non per; +D'Amours ne quiers riens demander, +Pieca, j'eus ma part du butin; +Veu que plus resveille matin +Ne vueil avoir, mais reposer. +A ce jour, etc. +Que prendray, etc. + +Jeunes gens voisent au hutin +Leurs sens, ou folie esprouver; +Vieux suis pour à l'escolle aller, +J'entens assez bien mon latin. +A ce jour, etc. + + + +RONDEL. + +Pour Dieu! boutons la hors, +Ceste Merencolie, +Qui si fort nous guerrie, +Et fait tant de grans tors. +Monstrons nous les plus fors, +Mon cueur, je vous en prie. +Pour Dieu, etc. +Ceste, etc + +Trop lui avons amors +D'estre en sa compaignie, +Ne nous amuserons mie +A croire ses rappors. +Pour Dieu, etc. + + + +RONDEL. + + +Contre le trait de faulceté, +Convient harnois de bonne espreuve, +Artillerie forgé neufve, +Chascun jour, en soutiveté. +A! Jhesus, _benedicite_, +Nul n'est qui seulement se trouve +Contre le, etc. +Convient, etc. + +Au derrain fera Loyaulté, +Faulceté de son penser, veufve; +Pour Raison fault que Dieu s'esmeuve, +Monstrant sa puissance et bonté. +Contre le, etc. + + + +RONDEL. + +Acquictez vostre conscience, +Et gardez aussi vostre honneur, +Ne laissez mourir en douleur +Ce qui avoir vostre aide pense; +Puisque avez le povoir en ce +De l'aider, par grace et doulceur. +Acquictez vostre, etc. +Et gardez, etc. + +On criera sur vous vengence, +Se souffrez murdrir en rigueur, +Ainsi à tort, ung povre cueur; +Assez a porté pascience. +Acquictez vostre, etc. + + + + +RONDEL. + +On ne peut servir en deux lieux, +Choisir convient ou ca, ou là; +Au festu tire qui pourra, +Pour prendre le pis, ou le mieulx. +Qu'en dictes vous? jeunes et vieulx, +Parle qui parler en vouldra. +On ne peut, etc. +Choisir, etc. + +Les faiz de ce monde sont tieulx: +Qui bien fera, bien trouvera; +Chascun son paiement aura, +Tesmoing les Deesses et Dieux. +On ne peut, etc. + + + +RONDEL. + +Le truchement de ma pensée, +Qui est venu devers mon cueur, +De par Reconfort, son seigneur, +Lui a une lectre apportée; +Puis a sa creance contée, +En langaige plein de doulceur. +Le truchement, etc. +Qui est venu, etc. + +Response ne lui est donnée, +Pour le present, c'est le meilleur; +Il aura, par conseil greigneur, +Son ambaxade despeschée. +Le truchement, etc. + + + +RONDEL. + +Quant tu es courcé d'autres choses, +Cueur, mieulx te vault en paix laisser, +Car s'on te vient araisonner, +Tost y trouves d'estranges gloses. +De ton desplaisir monstrer n'oses +A aucun, pour te conforter. +Quant tu es, etc. +Cueur, mieulx, etc. + +De tes levres les portes closes, +Penses de saigement garder; +Que dehors n'eschappe parler +Qui descouvre le pot aux roses. +Quant tu es, etc. + + + +RONDEL. + +Le truchement de ma pensée, +Qui parle maint divers langaige, +M'a rapporté chose sauvaige +Que je n'ay point acoustumée. +En francoys la m'a translatée, +Comme tres souffisant et saige. +Le truchement, etc. +Qui parle, etc. + +Quant mon cueur l'a bien escoutée, +Il lui a dit: Vous faictes raige, +Oncques mais n'ouy tel messaige, +Venez vous d'estrange contrée? +Le truchement, etc. + + + +RONDEL. + +J'ayme qui m'ayme, autrement non; +Et non pourtant je ne hay rien, +Mais vouldroye que tout feust bien, +A l'ordonnance de raison. +Je parle trop, las! se faiz mon; +Au fort, en ce propos me tien. +J'aime qui, etc. +Et non pourtant, etc. + +De pensées son chapperon +A brodé le povre cueur mien, +Tout droit de devers lui je vien, +Et m'a baillé ceste chancon. +J'aime, etc. + + + +RONDEL. + +Comme le subgiet de Fortune, +Que j'ay esté en ma jeunesse, +Encores le suis en vieillesse; +Vers moy la trouve tousjour une. +Je suis ung de ceulx, soubz la lune, +Qu'elle plus à son vouloir dresse. +Comme le, etc. +Que j'ay, etc. + +Ce ne m'est que chose commune, +Obeir fault à ma maistresse; +Sans machier, soit joye ou tristesse, +Avaler me fault ceste prune. +Comme le, etc. + + + +RONDEL. + +Ce qui m'entre par une oreille, +Par l'autre sault comme est venu, +Quant d'y penser n'y suis tenu, +Ainsi Raison le me conseille. +Se j'oy dire, vecy merveille, +L'ung est long, l'autre court vestu. +Ce qui m'entre, etc. +Par l'autre, etc. + +Mais paine pert, et se traveille, +Qui devant moy trayne ung festu; +Comme ung chat, suis vieil et chenu, +Legierement pas ne m'esveille. +Ce qui m'entre, etc. + + + +RONDEL. + +(Le conte de Clermont.) + +Le truchement de ma pensée, +Qui de longtemps est commencée, +Va devers vous, pour exposer +Ce que de bouche proposer +N'oze, craignant d'estre tancée. +Combien que chose n'a pensée, +Dont deust estre desavancée, +Comme au long vous pourra gloser. +Le truchement, etc. +Qui de long, etc. +Va devers, etc. + +Si soit par vous recompensée, +Et selon son cas avancée, +Pour mieulx se povoir disposer; +Car plus ne pourra reposer, +Jusques sa joye ait prononcée. +Le truchement, etc. + + + +RONDEL. + +Quelque chose derriere, +Convient tousjours garder, +On ne peut pas monstrer +Sa voulenté entiere. +Quant on est en frontiere +De dangereux parler, +Quelque chose, etc. +Convient, etc. + +Se pensée legiere +Veult motz trop despenser, +Raison doit espargnier. +Comme la tresoriere, +Quelque chose, etc. + + + +RONDEL. + +(Le conte de Clermont.) + +De bien ou mal, le bien faire l'emporte, +N'est il pas vray? ainsi que dit chascun; +Helas, ouy, car je n'en voy pas ung +Qui à la fin d'un jeu ne se deporte. +Je vous diray, quant la personne est morte, +Et a bien fait, il n'a esté commun. +De bien ou mal, etc. +N'est il pas vray, etc. + +Faisons le donc, nous trouverons la porte +De Paradis, où il n'entre nes ung, +Que peu ne soit, s'il n'est trop importun +De prier Dieu, et à vous m'en rapporte. +De bien ou mal, etc. + + + +RONDEL. + +Que cuidez vous qu'on verra, +Avant que passe l'année? +Mainte chose demenée +Estrangement, ca et là. +Veu que des cy, et des ja, +Court merveilleuse brouée. +Que cuidez vous, etc. +Avant que, etc. + +Viengne que advenir pourra? +Chascun a sa destinée, +Soit que desplaise, ou agrée; +Quant nouveau monde vendra, +Que cuidez vous, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Quant oyez prescher le regnart, +Pensez de voz oyes garder, +Sans à son parler regarder, +Car souvent scet servir de l'art; +Contrefaisant le papelart, +Qui scet ses parolles farder. +Quant oyez, etc. +Pensez de voz, etc. + +Les faiz de Dieu je mets à part, +Ne je ne les vueil retarder, +Ne contre le monde darder, +Chascun garde son estandart. +Quant oyez, etc. + + + +RONDEL. + +pour Estampes. + +Je suis mieulx pris que par le doy, +Et fort enserré d'un anneau; +S'a fait ung visaige si beau, +Qui m'a tout conquesté à soy. +Je rougis, et bien l'apercoy, +Ainsi qu'un amoureux nouveau. +Je suis, etc. +Et fort, etc. + +Et d'amourectes, par ma foy, +J'ay assemblé ung grant fardeau, +Qu'ay mussées soubz mon chapeau; +Pour Dieu! ne vous mocquez de moy. +Je suis, etc + + + +RONDEL. + +(Maistre Jehan Caillau.) + +Las! le faut il? est ce ton vueil? +Fortune, dont me plains et dueil, +Que tout mon temps en doleur passe, +Souffre que j'aye quelque espasse +De repos, entre tant de dueil. +N'auray je de toy autre accueil? +Fors desdaing, reprouche et orgueil, +Veux tu qu'en ce point je trespasse? +Las! le fault, etc. +Fortune, etc. +Que tout, etc. + +Je ris de bouche, et pleure d'ueil, +Et fais, et dy ce que ne vueil; +Ainsi ma vie se compasse, +Maleureuse, chetive et lasse, +En paine et maulx dont trop recueil. +Las! le fault, etc. + + + +RONDEL. + +Marche nul autrement +Avecques vous, beaulté, +Se de vous Loyaulté +N'a le gouvernement. +Puisque mes jours despens +A vous vouloir amer, +Et apres m'en repens, +Qui en doist on blasmer? +Riens, fors vous seulement, +A qui tiens feaulté, +Quant monstrez cruaulté, +Veu qu'Amour le deffent. +Marché nul, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Las! le faut il? est ce ton vueil? +Fortune, qu'aye douleur mainte, +Del'ueil me soubzris, mais c'est fainte, +Et soubz decepte, doulx accueil. +Ay je tort? quant recoy tel dueil, +S'ainsi je dy en ma complainte: +Las! le fault, etc. +Fortune, etc. + +Tue moy, puis en mon sercueil +Me boute, c'est chose contrainte; +Lors n'y aura Dieu, saint, ne sainte, +Qui n'appercoive ton orgueil. +Las! le fault, etc. + + + +RONDEL. + +As tu ce jour ma mort jurée? +Soussy, je te pry, tien te quoy, +Car à tort ma douleur, par toy, +Est trop souvent renouvellée; +A belle enseigne desployée, +Me court sus, et ne scay pourquoy? +As tu ce jour, etc. +Soussy, etc. + +La guerre sera tost finée, +Se tu veulx, de toy et de moy, +Car je me rens, or me recoy; +Hola! paix, puisqu'elle est criée. +As tu ce jour, etc. + + + +RONDEL. + +Ne fais je bien ma besoingne? +Quant mon fait cuide avancer, +Je suis à recommancer, +Et ne scay comment m'esloingne. +Fortune tousjours me groingne, +Et ne fait riens que tanser. +Ne fais je, etc. +Quant mon, etc. + +Certes tant je la ressoingne, +Car mon temps fait despenser +Trop, en ennuyeux penser, +Dont en roingeant mon frain, froingne. +Ne fais je bien, etc. + + + +RONDEL. + +Quant commenceray à voler, +Et sur elles me sentiray, +En si grant aise je seray +Que j'ay double de m'essorer. +Beau crier aura le levrier, +Chemin de plaisant vent tendray. +Quant je, etc. +Et sur elles, etc. + +La mue m'a fallu garder +Par longtemps, plus ne le feray, +Puisque doulx temps et cler verray; +On le me devra pardonner. +Quant je, etc. + + + +RONDEL. + +Je ne hanis pour autre avoine, +Que de m'en retourner à Blois; +Trouvé me suis pour une fois +Assez longuement en Touraine. +J'ay galé, à largesse plaine, +Mes grans poissons, et vins des Grois. +Je ne, etc. +Que de, etc. + +A la court plus ne prendray paine, +Pour generaux et millenois, +Confesser à present m'en vois, +Contre la peneuse sepmaine. +Je ne, etc. + + + +RONDEL. + +Je congnois assez telz desbas +Que l'ueil et le cueur ont entre eulx; +L'un dit: Nous serons amoureux, +L'autre dit: Je ne le vueil pas. +Raison s'en rit, disant tout bas: +Escoutez moy ces maleureux. +Je congnois, etc. +Que l'ueil, etc. + +Lors m'en vois plustost que le pas, +Et les tanse si bien tous deux, +Que je les laisse tres honteux; +Mainteffoiz ainsi me combas. +Je congnois, etc. + + + +RONDEL. + +Que pense je? dictes le moy, +Adevinez, je vous en prie, +Autrement ne le saurez mie; +Il y a bien raison pourquoy. +A parler à la bonne foy, +Je vous en fais juge et partie. +Que pense, etc. +Adevinez, etc. + +Vous ne saurez, comme je croy, +Car heure ne suis, ne demye, +Qu'en diverse merencolie; +Devisez, je me tairay, quoy? +Que pense, etc. + + + +RONDEL. + +Cueur, que fais tu? revenge toy +De Soussy et Merencolie; +C'est deshonneur et villenie, +De laschement se tenir coy. +Je tarderay, quant est à moy, +Voulentiers; or ne te fains mie. +Cueur, etc. +De Soussy, etc. + +N'espergne riens, scez tu pourquoy? +Pour ce, qu'abrégeras ta vie, +Se les tiens en ta compaignie; +Desconfiz les, et prens leur foy. +Cueur, etc. + + + +RONDEL. + +Plaindre ne s'en doit loyal cueur, +S'Amours a servy longuement, +Recevant des biens largement, +Et pareillement de douleur. +N'est ce raison que le Seigneur +Ait tout à son commandement? +Plaindre, etc. +S'Amours, etc. + +Ne plus a desservi Doulceur +Que ne trouve à son jugement, +En gré prengne pour payement +Moins de proufit et plus de honneur. +Plaindre, etc. + + + +RONDEL. + +Par les portes des yeulx et des oreilles, +Que chascun doit bien saigement garder, +Plaisir mondain va et vient, sans cesser, +Et raporte de diverses merveilles. +Pour ce, mon cueur, s'a raison te conseilles. +Ne le laisses point devers toy entrer. +Par les portes, etc. +Que chascun, etc. + +A celle fin que par lui ne t'esveilles, +Veu qu'il te fault desormais reposer, +Dy lui: Va t'en, sans jamais retourner, +Ne revien plus, car en vain te traveilles. +Par les portes, etc. + + + +RONDEL. + +En faictes vous doubte? +Point ne le devez, +Veu que vous savez +Ma pensée toute; +Quant mon cueur s'y boute, +Et vostre l'avez. +En faictes, etc. +Point ne, etc. + +Dangier nous escoute, +Sus, tost achevez, +Ma foy recevez, +Ja ne sera route. +En faictes, etc. + + + +RONDEL. + +A qui les vent on? +Ces gueines dorées, +Sont ilz achectées +De nouvel, ou non? +Par prest, ou par don? +En fait on livrées? +A qui les, etc. +Ces gueines, etc. + +Alant au pardon, +Je les ay trouvées; +De telles denrées, +C'est petit guerdon. +A qui les, etc. + + + +RONDEL. + +En faictes vous doubte? +Que vostre ne soye, +Se Dieu me doint joye +Au cueur, si suis toute. +Rien ne m'en deboute, +Pour chose que j'oye. +En faictes, etc. +Que vostre, etc. + +Dangier et sa route +S'en voisent leur voye, +Sans que plus les voye, +Tousjours il m'escoute. +En faictes, etc. + + + +RONDEL. + +A qui vendez vous voz coquilles? +Entre vous, amans pelerins, +Vous cuidez bien, par voz engins, +A tous pertuis trouver chevilles. +Sont ce coups d'esteufs, ou de billes, +Que ferez tesmoing voz voisins. +A qui vendez, etc. +Entre vous, etc. + +On congnoist tous voz tours d'estrilles, +Et bien clerement voz latins; +Troctez, reprenez voz patins, +Et troussez voz sacs et voz quilles. +A qui vendez, etc. + + + +RONDEL. + + +Avez vous dit, laissez me dire, +Amans qui devisez d'amours, +Sainte Marie! que de jours +J'ay despenduz en martire! +Vous mocquez vous? je vous voy rire, +Cuidez vous qu'il soit le rebours? +Avez vous, etc. +Amans, etc. + +Parler n'en puis que ne souspire, +Raconter vous y scay cent tours +Qu'on y a, sans joyeulx secours, +S'au vray m'en voulez ouir lire. +Avez vous dit, etc. + + + +RONDEL. + +Envoyez nous ung doulx regart +Qui nous conduie jusqu'à Blois, +Nous le vous rendrons quelque fois, +Quoy que l'atente nous soit tart; +Puisqu'en emportez l'estandart +De la doulceur, que bien congnois. +Envoyez nous, etc. +Qui nous, etc. + +Et pry Dieu que toutes vous gart, +Et vous doint bons jours, ans et mois, +A voz desirs, vouloirs et chois, +Acquictez vous de vostre part. +Envoyez nous, etc. + + + +RONDEL. + +(Nevers.) + +En la forest de longue actente, +Mainte personne bien joyeuse +S'est trouvée moult doloreuse, +Triste, marrie et bien dolente. +D'y estre, nul ne s'en talente, +La demeure est trop ennuyeuse. +En la forest, etc. +Mainte, etc. + +Chascun qui pourra, s'en abscente, +Car l'entrée en est perilleuse, +Et l'issue fort dangereuse; +Pas de cent, ung ne se contente, +En la forest, etc. + + + +RONDEL. + +Pour ce qu'on jouxte à la quintaine +A Orleans, je tire à Blois; +Je me sens foulé du harnois, +Et veulx reprendre mon alaine; +Raisonnable cause m'y maine, +Excusé soye ceste foiz. +Pour ce, etc. +A Orleans, etc. + +Je vous promet que c'est grant paine, +De tant faire baille lui bois; +Eslongner quelque part du mois, +Vault mieulx, pour avoir teste saine. +Pour ce, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +En la forest de longue actente, +Par vent de Fortune dolente. +Tant y voy abatu de bois, +Que, sur ma foy, je n'y congnois +A present, ne voye, ne sente. +Pieca, y pris joyeuse rente, +Jeunesse la payoit contente, +Or n'y ay qui vaille une nois. +En la forest, etc, +Par vent, etc. +Tant y voy, etc. + +Vieillesse dit, qui me tourmente, +Pour toy n'y a pesson, ne vente, +Comme tu as eu autreffoiz; +Passez sont tes jours, ans et mois, +Souffize toy, et te contente. +En la forest, etc. + + + +RONDEL. + +Des arrérages de Plaisance, +Dont trop endebté m'est Espoir, +Se quelque part j'en peusse avoir, +Du surplus donnasse quictance; +Mais au pois et à la balance, +N'en puis que bien peu recevoir. +Des arrerages, etc. +Dont trop, etc. + +Usure, ou perte de chevance, +Mectroye tout à nonchaloir, +Se je savoye, à mon vouloir, +Recouvrer prestement finance. +Des arrerages, etc. + + + +RONDEL. + +(Madame d'Orléans.) + +En la forest de longue actente, +Entrée suis en une sente, +Dont oster je ne puis mon cueur, +Pourquoy je viz en grant langueur +Par Fortune qui me tourmente. +Souvent Espoir chascun contente, +Excepté moy, povre dolente, +Qui, nuyt et jour, suis en doleur. +En la forest, etc. +Entrée, etc. +Dont oster, etc. + +Ay je donc tort, se me garmente +Plus que nulle qui soit vivente? +Par Dieu, nennil, veu mon maleur; +Car, ainsy m'aist mon Créateur, +Qu'il n'est paine que je ne sente, +En la forest, etc. + + + +RONDEL. + +Rescouez ces deux povres yeulx +Qui tant ont nagé en Plaisance, +Qu'ilz se nayent sans recouvrance; +Je les tiens mors, ou presque tieulx. +Videz les tost, se vous aist Dieux, +En la sentine d'Alegeance. +Rescouez, etc. +Qui tant, etc. + +Courez y tous, jeunes et vieulx, +Et à cros de bonne Esperance, +De les tirer hors, qu'on s'avance, +Chascun y face qui, mieulx, mieulx. +Rescouez, etc. + + + +RONDEL. + +(Fredet.) + +En la forest de longue actente, +Des brigans de Soussi bien trente, +Helas! ont pris mon povre cueur; +Et Dieu scet se c'est grant orreur +De veoir comment on le tourmente. +Priant vostre aide, lamente +Pour ce que chascun d'eulx se vente +Qu'ilz le merront à leur Seigneur. +En la forest, etc. +Des brigans, etc. +Helas! ont, etc. + +Et pour ce, à vous il s'en garmente, +Car il voit bien qu'ilz ont entente +De lui faire tant rigueur, +Qu'il ne sera mal, ne doleur, +Se n'y pourvoyez, qu'il ne sente. +En la forest, etc. + + + +RONDEL. + +A recommencer de plus belle, +J'en voy ja les adjournemens. +Que font, vers vieulx et jeunes gens, +Amours et la saison nouvelle. +Chascun d'eulx, aussi bien lui qu'elle, +Sont tous aprestés sur les rens. +A recommencer, etc. +J'en voy ja, etc. + +Comme toute la chose est telle, +Je congnois telz esbatemens +Assez, de pieca m'y entens, +Ce n'est que ancienne querelle. +A recommencer, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +En la forest de longue actente, +Forvoyé de joyeuse sente, +Par la guide dure rigueur, +A esté robbé vostre cueur, +Comme j'entens, dont se lamente. +Par Dieu! j'en congnois plus de trente +Qui, chascun d'eulx, sans que s'en vente, +Est vestu de vostre couleur. +En la forest, etc. +Forvoyé, etc. + +Et en briefz motz, sans que vous mente, +Soiez seur que je me contente, +Pour allegier vostre douleur, +De traictier avec le Seigneur, +Qui les brigans soustient et hente. +En la forest, etc. + + + +RONDEL. + +Ainsi doint Dieux à mon cueur, joye, +En ce que souhaidier vouldroye, +Et à mon penser; reconfort, +Comme voulentiers prisse accort +A soussy qui tant me guerroye. +Mais remede n'y trouveroye, +Et qui pis est, je n'oseroye +Descouvrir les maulx qu'ay à tort. +Ainsi doint, etc. +En ce que, etc. + +Quant je lui dy: Dieu te convoye, +Laisse m'en paix, va t'en ta voye, +Par ton enchantement et sort; +Gueres mieulx ne vault vif que mort, +Je languis quelque part que soye. +Ainsi doint, etc. + + + +RONDEL. + +Se vous voulez m'amour avoir, +A tousjours, mais sans departir, +Pensez de faire mon plaisir, +Et jamais ne me decevoir; +Bientost sauray apparcevoir, +Au par aler, vostre desir. +Se vous voulez, etc. +A tousjours, etc. + +Assez biens povez recevoir, +S'en vous ne tient, sans y faillir, +Vous estes pres d'y avenir, +Faisant vers moy leal devoir. +Se vous voulez, etc. + + + +RONDEL. + +Maudit soit mon cueur, se j'en mens, +Quant à mon lesir estre puis, +Et avecques pensée suis, +En mes maulx prens alegemens; +Car soussis plains d'encombremens, +Boutons hors, et lui fermons l'uis. +Maudit soit, etc. +Quant à mon, etc. + +Assez y trouve esbatement. +Lors lui dy: Ma maistresse, et puis +Serons nous ainsi jours et nuis, +G'y donne mes consentemens. +Maudit soit, etc. + + + +RONDEL. + +(Fredet.) + +J'actens l'aumosne de doulceur, +Par l'aumosnier de doulx regart; +Espoir m'a promis de sa part, +Qu'il me fera toute faveur; +En esperant que ma langueur +Cessera, qui tant mon cueur art. +J'actens, etc. +Car, etc. + +Car, comme leal serviteur, +J'ay servy tousjours main et tart; +Pensant qu'Amours aura regart +Quelquefoiz, à ma grant douleur. +J'actens, etc. + + + +RONDEL. + +En la querelle de Plaisance, +J'ay veu le rencontre des yeulx +Qui estoient, ainsi m'aid Dieux, +Tous prestz de combatre à oultrance, +Rangez par si belle ordonnance, +Qu'on ne sauroit deviser mieulx. +En la querelle, etc. + +S'Amours n'y mectent pourveance, +De pieca je les congnois tieulx, +Qu'au derrenier, jeunes ou vieulx, +Mourront tous, par leur grant vaillance. +En la querelle, etc. + + + +RONDEL. + +Par l'aumosnier, plaisant regart, +Donnez l'aumosne de doulceur, +A ce povre malade cueur, +Du feu d'Amours, dont Dieu nous gart. +Nuit et jour, sans cesser, il art; +Secourez le, pour vostre honneur. +Par l'aumosnier, etc. + +S'il vous plaisoit, de vostre part, +Prier Amours qu'en sa langueur, +Pourvoyent à vostre faveur, +Aidié sera plus tost que tart. +Par l'aumosnier, etc. + + + +RONDEL. + +De la maladie des yeulx, +Feruz de pouldre de plaisir, +Par le vent d'Amoureux desir, +Est fort à guerir, se maid Dieux. +Toutes gens, et jeunes, et vieulx, +S'en scevent bien à quoy tenir. +De la maladie, etc. +Feruz de, etc + +Je n'y congnois remedes tieulx, +Que hors de presse soy tenir, +Et la compaignie fuir; +Qui plus en saura, die mieulx. +De la maladie, etc. + + + +RONDEL. + +Ce n'est que chose acoustumée, +Quant Soussy voy vers moy venir, +Se tost ne lui venoye ouvrir, +Il romproit l'uis de ma Pensée; +Lors fait d'escremie levée, +Et puis vient mon cueur assaillir. +Ce n'est, etc. +Quant, etc. + +Adonc prent d'Espoir son espée +Mon cueur, pour des coups soy couvrir, +Et se deffendre et garentir; +Ainsi je passe la journée. +Ce n'est, etc. + + + +RONDEL. + +Par m'ame, s'il en fust en moy, +Soussy, Dieu scet que je feroye, +Moy et tous, de toy vengeroye; +Il y a bien raison pourquoy. +Riens ne dy qu'ainsi que je doy, +Et telle est la voulenté moye. +Par m'ame, etc. +Soussy, etc. + +Ung chascun se complaint de toy, +Pour ce, voulentiers fin prendroye +Avec toy, se je povoye; +Je n'y vois qu'à la bonne foy. +Par m'ame, etc. + + + +RONDEL. + +Chascun devise à son propos, +Quant à moi, je suis loing du mien, +Mais mon cueur en espoir je tien, +Qu'il aura une foiz repos; +Souvent dit, me tournant le dos, +Je doubte que n'en sera rien. +Chascun, etc. +Quant, etc. + +Tenez l'uis de Pensée clos, +Faictes ainsi pour vostre bien, +Soussy vous vouldroit avoir sien, +Ne croyez, n'escoutez ses mos. +Chascun, etc. + + + +RONDEL. + +Mon cueur se plaint qu'il n'est payé +De ses despens, pour son traveil +Qu'il a porté, si nompareil, +Qu'oncques tel ne fut essayé. +Son payement est delayé +Trop longtemps, sur ce, quel conseil? +Mon cueur, etc. +De ses, etc. + +Puisqu'il n'est de gaiges rayé, +Mais prest en loyal appareil, +Autant que nul soubz le souleil, +Se mieulx ne peut, soit deffrayé. +Mon cueur, etc. + + + +RONDEL. + +Ennemy, je te conjure, +Regart qui aux gens cours sus, +Vieillars aux mentons chanus +Dont suis, n'avons de toy cure. +Jeune, navré de blesseure +Fu par toy, ny reviens plus. +Ennemy, etc. +Regart, etc. + +Va querir ton avanture +Sus amans nouveaulx venus; +Nous vieulx, avons obtenus +Saufconduitz, de par Nature. +Ennemy, etc. + + + +RONDEL. + +Ou Loyaulté me payera +Des services qu'ay faiz sans faindre, +Ou j'auray cause de me plaindre; +Qui mon guerdon delayera? +Bon droit pour moy tant criera, +Qu'aux cieulx fera sa voix actaindre. +Ou Loyaulté, etc. +Des services, etc. + +Quand Fortune s'effrayera. +Dieu a povoir de la reffraindre, +Et Raison, qui ne doit riens craindre, +De moy aider s'essayera. +Ou Loyaulté, etc. + + + +RONDEL. + +Des amoureux de l'observance, +Dont j'ay esté ou temps passé, +A present m'en treuve lassé +Du tout, sinon de souvenance. +Ou je prens d'en parler plaisance, +Quoy que suis de l'ordre cassé. +Des amoureux, etc. +Dont j'ay esté, etc. + +Souvent y ay porté penance, +Et si pou de biens amassé, +Que, quant je seray trespassé, +A mes hoirs lairray pou chevance. +Des amoureux, etc. + + + +RONDEL. + +Mon cueur, n'entreprens trop de choses, +Tu peulz penser ce que tu veulz, +Et faire selon que tu peuz, +Et dire ainsi comme tu oses. +Qui vouldroit sur ce trouver gloses? +Je men rapporteray à eulx. +Mon cueur, etc. +Tu peulz, etc. + +Se ces raisons garder proposes, +Tu feras bien, par mes conseulz, +Laisse les embesoignez seulz, +Il est temps que tu te reposes. +Mon cueur, etc. + + + +RONDEL. + +Ostez vous de devant moy, +Beaulté, par vostre serment, +Car trop me temptez souvent; +Tort avez, tenez vous quoy. +Toutes les foiz que vous voy, +Je suis je ne scay comment. +Ostez vous, etc. +Beaulté, etc. + +Tant de plaisir j'appercoy +En vous, à mon jugement, +Qu'ilz troublent mon pensement, +Vous me grevez, sur ma foy. +Ostez vous, etc. + + + +RONDEL. + +Comment ce peut il faire ainsi, +En une seule creature, +Que tant ait des biens de nature, +Dont chascun en est esbahy. +Oncques tel chief d'euvre ne vy +Mieulx accomply, oultre mesure. +Comment, etc. +En une, etc. + +Mes yeulx cuiday qu'eussent manty, +Quant apporterent sa figure +Devers mon cueur, en pourtraiture; +Mais vray fut, et plus que ne dy. +Comment, etc. + + + +RONDEL. + +Plaisant regard, mussez vous, +Ne vous monstrez plus en place, +Mon cueur craint vostre menace, +Dont mainteffoiz l'ay rescous; +Vostre actrait soubtil et doulx +Blesse sans qu'on lui mefface. +Plaisant, etc. +Ne vous, etc. + +Se dictes: Je fais à tous +Ainsi, car je m'y solace; +A tort, sauve vostre grace, +Ne devez donner courrous. +Plaisant, etc. + + + +RONDEL. + +Ne m'en racontez plus, mes yeulx, +De beaulté que vous prisez tant, +Car plus voys ou monde vivant, +Et moins me plaist, ainsi m'aist Dieux. +Trouver je ne me scay en lieux +Qu'il m'en chaille, ne tant ne quant. +Ne m'en, etc. +De beaulté, etc. + +Qu'est ce cy? deviens je des vieulx? +Ouy certes, dorenavant, +J'ay fait mon Karesme prenant, +Et jeusne de tous plaisirs tieulx. +Ne m'en, etc. + + + +RONDEL. + +Je ne vous voy pas à demy, +Tant ay mis en vous ma plaisance, +Tousjours m'estes en souvenance, +Puis le temps que premier vous vy. +Assez ne puis estre esbahy +Dont vient si ardent desirance. +Je ne vous, etc. +Tant ay, etc. + +Fin de compte, puisqu'est ainsi, +Fermons nos cueurs en aliance; +Quant plus ay de vous acointance, +Plus suis ne scay comment ravy. +Je ne vous, etc. + + + +RONDEL. + +Si hardiz, mes yeulx, +De riens regarder, +Qui me puist grever, +Qu'en valez vous mieulx? +Estroit, se m'aist Dieux, +Vous pense garder. +Si hardiz, etc. +De riens, etc. + +Vous devenez vieulx, +Et tousjours troter +Voulez, sans cesser, +Ne soyez plus tieulx, +Si hardiz, etc. + + + +RONDEL. + +Mon cueur, pour vous en garder, +De mes yeux qui tant vous temptent, +Afin que devers vous n'entrent, +Faictes les portes fermer. +S'ilz vous viennent raporter +Nouvelles, pensez qu'ilz mentent. +Mon cueur, etc. +De mes, etc. + +Mensonges scevent conter, +Et trop de plaisir se ventent, +Folz sont qui en eulx s'atendent, +Ne les vueillez escouter. +Mon cueur, etc. + + + +RONDEL. + +N'est ce pas grant trahison +De mes yeulx en qui me fye, +Qui me conseillent folie +Maintes foys, contre raison. +Que male part y ait on +D'eulx, et de leur tromperie. +N'est ce pas, etc. +De mes yeulx, etc. + +Mieulx me fust, en ma maison +Estre seul à chiere lye, +Qu'avoir telle compaignie +Qui me bat de mon baston. +N'est ce pas, etc. + + + +RONDEL. + +Rendez compte, Vieillesse, +Du temps mal despendu +Et sotement perdu, +Es mains Dame Jeunesse. +Trop vous court sus Foiblesse, +Qu'est Povoir devenu? +Rendez compte, etc. + +Mon bras en l'arc se blesse, +Quant je l'ay estendu, +Parquoy j'ay entendu +Qu'il convient que jeu cesse. +Rendez compte, etc. + +Tout vous est en destresse, +Desormais chier vendu. +Rendez compte, etc. + +Des tresors de liesse +Vous sera peu rendu, +Riens qui vaille ung festu; +N'avez plus que sagesse. +Rendez compte, etc. + + + +RONDEL. + +(Le Seigneur de Torsy.) + +Mais que mon mal si ne m'empire, +Je suis en bon point, Dieu mercy, +Ne n'ay ne douleur, ne soucy +De chose que on me puisse dire. +Plus ne me plains, plus ne souspire, +Je mengue, et dors bien aussi. +Mais que mon, etc. +Je suis en bon, etc. + +Pleurer souloye en lieu de rire, +En requerant grace et mercy; +Maintenant ne fais plus ainsi, +Car je ne crains point l'escondire. +Mais que, etc. + + + +RONDEL. + +(Le conte de Clermont.) + +J'amasse ung tresor de regrez +Que ma tant amée m'envoye, +Mais jusqu'à ce que je la voye, +Ne partiront de mes segrez. +La cause pourquoy? je la celle, +Ses griefz maulx qui me font mourir, +C'est pour garder l'onneur de celle +Qui ne me daigne secourir. +Plus l'eslongne, plus d'elle est pres +Mon cueur, dont mon povre oeil lermoye; +Il n'est point doleur que la moye, +Car quant j'ay assez plaint, apres +J'amasse, etc. + + + +RONDEL. + +(Responce d'Orléans.) + +C'est une dangereuse espergne +D'amasser tresor de regrez, +Qui de son cueur les tient trop pres, +Il convient que mal lui en preigne; +Veu qu'ilz sont si oultre l'enseigne, +Non pas assez nuysans, mais tres. +C'est une, etc. +D'amasser, etc. + +Se je mens, que l'en m'en repreigne, +Soient essayez, puis apres +On saura leurs tourmens segres; +Qui ne m'en croira, si l'apreigne. +C'est une, etc. + + + +RONDEL + +à Fredet. + +Le fer est chault, il le fault batre, +Vostre fait que savez, va bien; +Tout le saurez, sans celer rien, +Se venez vers moy vous esbatre. +Il a convenu fort combatre, +Mais, s'il vous plaist, parfait le tien. +Le fer est chault, etc. +Vostre fait, etc. + +Convoitise vouloit rabatre +Escharsement, et trop du sien; +Mais ung peu j'ay aidié du mien, +Qui l'a fait cesser de debatre. +Le fer est chault, etc. + + + +RONDEL. + +(Fredet.) + +Je regrecte mes dolans jours, +Comme celluy la qui tousjours +Ne fait que desirer sa mort; +Car plus avant vois, et plus fort +Acroissent mes dures dolours. +Quant on me fait d'estranges tours, +Que, mille foiz le jour, en plours, +Me fault dire par desconfort: +Je regrecte, etc. + +En vous seul est tout mon recours, +Faictes donc, plustost que le cours, +Cesser le mal que souffre à tort, +Ou autrement je me voy mort, +Et tout pour bien servir Amours. +Je regrecte, etc. + + + +RONDEL. + +(Responce au dit Fredet.) + +Se regrectez vos dolans jours, +Et je regrecte mon argent +Que j'ay delivré franchement, +Cuidant de vous donner secours. +Se ne sont pas les premiers tours +Dont Convoitise sert souvent. +Se regrectez, etc. +Et je regrecte, etc. + +Mais se vous n'avez voz amours, +Puisque Convoitise vous ment, +Le mien recouvreray briefment, +Ou mectray le fait en droit cours. +Se regrectez, etc. + + + +RONDEL. + +à Daniel. + +Vous dictes que j'en ayme deux, +Mais vous parlez contre raison, +Je n'ayme fors ung chapperon, +Et ung couvrechief, plus n'en veulx; +C'est assez pour ung amoureux; +Mal me louez, ce faictes mon. +Vous dictes, etc. +Mais vous, etc. + +Certes je ne suis pas de ceulx +Qui partout veulent à foison +Eulx fournir, en toute saison; +N'en parlez plus, j'en suis honteux. +Vous dictes, etc. + + + +RONDEL. + +(Olivier de la Marche) + +Pour amours des dames de France, +Je suis entré en l'observance +Du tres renommé saint Francois, +Pour cuidier trouver une fois +La doulce voye d'alegance. +Saint suis de corde de souffrance, +Soubz haire d'aigre desirance, +Plus qu'en mon Dieu ne me congnois. +Pour amours, etc. +Je suis entré, etc. + +Soubrement vis de ma plaisance, +Et june ce que desir pense, +Mandiant par tout où je vois, +Je veille à conter, par mes dois, +Les maulx que m'a fait Esperance. +Pour amours, etc. + + + +RONDEL. + +(Vaillant.) + +Des amoureux de l'observance, +Je suis le plus subgiet de France, +Car je sers d'estre mandien, +Et cherche le cotidien; +Mais nul en mon sac rien ne lance. +Aux freres l'aumosne, pour Dieu, +Tousjours vois criant d'uys en huis, +Las! Charité ne trouve en lieu, +Ne Pitié ne scet qui je suis, +Retourner m'en fault sans pitance; +Desir le proveheur me tance, +Puis le beau pere gardien, +Pis suis que Boesme, n'Yndien; +L'ordre vueil laisser sans doubtance. +Des amoureux, etc. + + + +RONDEL. + +(George.) + +Les serviteurs submis à l'observance, +Quoyque souvent, il leur tourne à grevance, +De non avoir leur plaisir à toute heure; +Toute fois, Dieu soubz qui rien ne demeure, +A telz servans ne fist onc decevance; +Mains il convient par contrainte eslevance, +Qu'onneur, fortune, ou amour les avance +En quelque endroit, et au besoing seceure. +Les serviteurs, etc. +Quoyque, etc. +De non, etc. + +Ce long souffrir en penible estrivance +N'aist aux souffrans, haulte et riche chevance, +Finablement, qui les paye et honneure; +Apres l'aigret, trouve on la doulce meure +Qui radoulcist en leur propre savance. +Les serviteurs, etc. + + + +RONDEL. + +(Vaillant.) + +Quant à moy, je crains le filé +Que d'autres ne craignent mye, +C'est d'avoir Dame sans amye, +Qui est un cas mal compilé. +Le fait d'amour est avilé, +Car Pitié y est endormie. +Quant à moy, etc. +Que d'autres, etc. + +Puis voy, par maint bec affilé +Faire plus fort que l'arquemie, +Dont, sur mon ame, je fremie +Et de paour d'estre aux piez pilé. +Quant, etc. + + + +RONDEL. + +Celle que je ne scay nommer +Com à mon gré desireroye, +Ce jour de l'an, de biens et joye +Paise à Dieu de vous estrener. +S'amie vous vueil appeller, +Trop simple nom vous bailleroye. +Celle que, etc. +Com à mon, etc. + +De ma Dame, nom vous donner, +Orguilleuse je vous feroye, +Maistresse point ne vous vouldroye; +Comment donc doy je à vous parler? +De celle, etc. + + + +RONDEL. + +A ce jour de saint Valentin, +Que l'en prent per par destinée, +J'ay choisy, qui tres mal m'agrée, +Pluye, vent et mauvais chemin. +Il n'est de l'amoureux butin, +Nouvelle, ne chancon chantée. +A ce jour, etc. +Que l'en, etc. + +Sourges me donne ce tatin, +Et à plusieurs de ma livrée; +Mieulx vauldroit en chambre natée +Dormir, sans lever sy matin, +A ce jour, etc. + + + +RONDEL. + +(Bouciquault.) + +Assez ne m'en peuz merveiller +Qu'aucuns amoureux ont creance +D'estre de ceulx de l'observance, +Mais plus n'y veulent travailler. +Je dy que leur vaulsist trop mieulx +Plus large reigle avoir choisie; +Par servir jeunes, et puis vieulx, +Laisser tout, c'est ypocrisie. +Autre nom leur convient bailler, +C'est apostat, qui pour doubtance +D'avoir un peu de penitance, +Ont voulu Loyaulté soiller. +Assez m'en, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Ce n'est pas par ypocrisie, +Ne je ne suis point apostat +Pourtant, se change mon estat +Es derreniers jours de ma vie. +J'ay gardé, ou temps de jeunesse, +L'observance des amoureux, +Or m'en a bouté hors Vieillesse, +Et mis en l'ordre douloreux +Des chartreux de Merencolie, +Solitaire, sans nul esbat; +A briefz motz, mon fait va de plat, +Et pour ce, ne m'en blasmez mye. +Ce n'est pas, etc. + + + +RONDEL. + +(Bouciquault.) + +Monstrer on doit qu'il en desplaise +Du meffait, à qui n'a povoir +De servir; car si cru pour voir, +En parler, il semble qu'il plaise; +Qui ne peut pour le moins se taise, +Et face en dueil larmes pleuvoir. +Monstrer on doit, etc. +Du meffait, etc. + +Mais dire qu'on n'a temps, ne aise, +Pour aage, d'y faire devoir, +Chascun scet bien apparcevoir +Que pou courcé, tost se rappaise. +Monstrer on doit, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +A quiconques plaise, ou desplaise, +Quant Vieillesse vient les gens prendre, +Il convient à elle se rendre +Et endurer tout son malaise. +Nul ne peut faire son devoir +De garder d'Amours l'observance, +Quant, avecques son bon vouloir, +Il a povreté de puissance. +Plus n'en dy, mieulx vault que me taise, +Car j'en ay à vendre et revendre; +Ung chascun doit son fait entendre; +Qui ne peut, ne peut, si s'appaise. +A quiconques, etc. + + + +RONDEL. + +(Fredet.) + +Le truchement de ma pensée, +Ceste saint Valentin passée, +J'ay envoyé devers Amours, +Pour lui compter les grans dolours +Que seuffre, pour ma tant amée; +Requerant ma peine alegée, +Autrement ma vie est finée, +Comme scet bien, il a mains jours. +Le truchement, etc. + +Et quant sa raison eut contée, +Lui dist: Ta requeste m'agrée, +Car trop leal l'ay veu tousjours; +Lors fut commandé mon secours, +Et le m'apporta la journée, +Le truchement etc. + + + +RONDEL. + +(Simonnet Caillau.) + +Pour bref telz maulx d'amours guerir, +Esgrun de Dueil te fault fuyr, +Les poix au veau te sont contraires, +Quant les fleurs de plaisans viaires +Sont dedans mises au boillir. +L'oubliete te peut servir, +Et l'herbe de Nonsouvenir, +A faire bons electuaires. +Pour bref, etc. + +Du triacle de Repentir, +Pour tes accez faire faillir, +Prendras sur les appoticaires; +Avecques siropz necessaires, +Faiz en succres de Deppartir. +Pour bref, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Les malades cueurs amoureux +Qui ont perdu leurs apetiz, +Et leurs estomacs refroidiz +Par soussiz et maulx douloureux, +Diete gardent sobrement, +Sans faire exces de trop douloir; +Chaulx electuaires souvent +Usent de Conforté vouloir, +Succres de Penser savoureux, +Pour renforser leurs esperiz; +Ainsi pevent estre gueriz, +Et hors de danger langoureux. +Les malades, etc. + + + +RONDEL. + +(Jehan Monseigneur de Lorraine.) + +Pour brief du mal d'amer guerir, +Esloingner l'air de Souvenir +Convient, sans grant merencolie; +Apres tout mes, mengier l'oublie +Pres du couchier, pour mieulx dormir. +De Nonchaloir, pour adoulcir +La medicine de Desir, +Prendre fault la plus grant partie. +Pour brief, etc. +Esloingner, etc. + +Puis ung beau regime, à l'issir +De vostre acces, pourrez choisir, +D'une Leaulté m'y partie, +Affin que ne rencheez mye, +Faictes reffuz d'amour bannir. +Pour brief, etc. + + + +RONDEL. + +Pour tous voz maulx d'amours guerir, +Prenez la fleur de Souvenir +Avec le just d'une ancollie, +Et n'obliez pas la soussie, +Et meslez tout en Desplaisir. +L'erbe de loing de son Desir, +Poire d'Angoisse pour refreschir, +Vous envoye Dieu, de vostre amye. +Pour tous, etc. + +Pouldre de Plains pour adoulcir, +Feille d'aultre que vous choisir, +Et racine de Jalousie, +Et de tretout la plus partie +Mectes au cueur, avant dormir. +Pour tous, etc. + + + +RONDEL. + +Puisque tu t'en vas, +Penser, en message, +Se tu fais que sage, +Ne t'esgare pas. +Au mieulx que pourras, +Pren le seur passage. +Puisque, etc. +Penser, etc. + +Tout beau, pas à pas, +Reffrain ton courage, +Qu'en si long voyage +Ne deviengnes las. +Puisque, etc. + + + +RONDEL. + +L'ueil et le cueur soient mis en tutelle, +Si tost qu'ilz sont rassotez en amours, +Combien qu'il a plusieurs qui font les lours, +Et ont trouvé contenance nouvelle; +Pour mieulx embler priveement Plaisance, +Mommerie sans parler de la bouche, +En beaux abiz d'or cliquant d'Acointance, +Soubz visieres de semblant qu'on n'y touche, +Faignent souvent l'amoureuse querelle; +Ainsi l'ay vu faire en mes jeunes jours, +Vestu m'y suis à droit et à rebours; +Je jangle trop, au fort, je me rappelle. +L'ueil et le cueur, etc. + + + +RONDEL. + +(Jehan Monseigneur de Lorraine.) + +Pour eschever plus grant dangier, +Certes, mon cueur, il est mestier, +Puisque nous alons veoir la belle, +Que tenez mon ueil en tutelle, +Qui ne vous donne à besongner; +Commandez lui bien, sans prier, +Qu'il ne croie riens de legier, +Dont il vous rapporte nouvelle. +Pour eschever, etc. + +Et s'il ne s'y veult obligier, +Mectez Raison pour espier + +A part sa couverte cautelle; +Car c'est cellui seul qui se mesle +De tieulx defaultes corrigier. +Pour eschever, etc. + + + +RONDEL. + +Chose qui plaist est à demy vendue, +Quelque cherté qui coure par pais; +Jamais ne sont bons marchands esbahis, +Tousjours gaignent à l'allée, ou venue. +Car, quant les yeulx qui sont facteurs du cueur, +Voyent Plaisir à bon marchié en vente, +Qui les tendroit d'achater leur bon eur? +Et deussent ilz engaiger biens et rente, +Et à rachat toute leur revenue, +De lascheté seroient bien trays, +Et devroient d'Amours estre hays; +Marchandise doit estre maintenue. +Chose qui plaist, etc. + + + +RONDEL. + +Chose qui plaist est à demy vendue, +A bon compte souvent, ou chierement, +Qui du marchié le denier a Dieu prent, +Il n'y peut plus mectre rabat, ne creue. +D'en debatre n'est que paine perdue, +Prenez ore, qu'apres on s'en repent. +Chose qui, etc. +A bon compte, etc. + +S'aucun aussi monstre sa retenue, +Et au bureau va faire le serement, +Les officiers n'y font empeschement, +Mais demandent tantost la bienvenue. +Chose qui, etc. + + + +RONDEL. + +(Jehan Monseigneur de Lorraine.) + +L'abit le moine ne fait pas, +Pourtant se je me veis de dueil, +J'ay la lerme assez loing de l'ueil, +Passant mes ennuiz au gros sas; +Je fains d'assembler à grans tas +Douleurs à part, mais quant je vueil. +L'abit le, etc. +Pourtant, etc. + +Conclusion, vecy mon cas: +De nulle rien je ne me dueil, +En gré prens d'Amours le recueil, +Soit beau, ou lait; puis je diz bas: +L'abit le, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +L'abit le moine ne fait pas, +L'ouvrier se congnoist à l'ouvrage, +Et plaisant maintient de visage +Ne monstre pas toujours le cas. +Alez tout soubrement le pas, +N'est que contrefaire le sage. +L'abit le, etc. +L'ouvrier, etc. + +Soubtil sens couchié par compas, +Enveloppé en beau langage, +Musse le vouloir du courage; +Cuider decoit en mains estas. +L'abit le, etc. + + + +RONDEL. + +(Jehan Monseigneur de Lorraine.) + +De fol juge, briefve sentence; +Certes bon cueur ne peut mentir, +Et si ne scet du sac yssir +Que ce qui est d'acoustumence. +Là où Raison pert pascience, +On voit bien souvent avenir, +De fol juge, etc. +Certes bon, etc. + +Envie, atout sa double lance, +Blesse en mains lieux sans cop ferir, +Dont il se convient repentir +Aucuneffoiz, qui bien y pense. +De fol juge, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +De fol juge, briefve sentence; +On n'y sauroit remedier, +Quant l'advocat oultrecuidier, +Sans raison, mainteffois sentence; +Apres s'en repent et s'en tence, +C'est tart, et ne se peut vuidier. +De fol juge, etc. +On n'y, etc. + +Fleurs portent odeur, et sentence +Et savoir vient d'estudier; +Ce n'est pas ne d'anuyt, ne d'yer, +J'en dy ce que mon cueur sent en ce. +De fol juge, etc. + + + +RONDEL. + +(Madame d'Orleans.) + +L'abit le moine ne fait pas, +Car quelque chiere que je face, +Mon mal seul tous les autres pace, +De ceulx qui tant plaignent leur cas. +Souvent, en dansant fais mains pas +Que mon cueur pres en dueil trespace. +L'abit le, etc. + +Las! mes yeulx gectent sans compas +Des lermes tant parmy ma face, +Dont plusieurs foiz je change place, +Alant à part pour crier las! +L'abit le, etc. + + + +RONDEL. + +(Guiot Pot.) + +L'abit le moine ne fait pas, +Car tel n'est pas vestu de noir, +Qui a cause de se douloir; +Par Dieu, qui congnoistroit son cas? +S'on lui fait changer ses esbas +Contre raison et son vouloir. +L'abit le, etc. + +Quant Fortune charge le bas +Au compaignon, s'il a povoir, +Et s'il joue ung tour de savoir, +Disant que de souffrir est las. +L'abit le, etc. + + + +RONDEL. + +(Messire Philippe Pot.) + +En la forest de longue actente +Où mainte personne est dolente, +Espoir me promist de donner, +Se bien vouloye cheminer, +Ce qui tous amoureux contente. +J'ay tout mis, cueur, corps et entente, +A traverser chemin et sente, +Pour cuider ce grant bien trouver. +En la forest, etc. +Où mainte, etc. +Espoir me, etc. + +Mais d'une chose je me vente, +Que j'ay eu tous les jours de rente, +Pour ma queste parachever, +Paine et ennuy, sans conquester +Riens, si non dueil qui me tourmente. +En la forest, etc. + + + +RONDEL. + +(Anthoine de Lussay.) + +En la forest de longue actente +Où les contentés, Dieu contente, +Je vous asseure, sur ma foy, +Que je n'y ay eu, tant soit poy, +Joye, ne bien dont je me sente. +Pensez se ma vie est dolente, +Veu, qu'ainsi soit, je me garmente, +Et que nul bien n'y a pour moy +En la forest, etc. +Où les contentés, etc. + +Ou fort, d'une chose me vente, +Se je ne faulx en mon entente, +Ou se la mort brief ne recoy, +Que je y auray, savez vous quoy? +Aucun plaisir qui vauldra rente. +En la forest, etc. + + + +RONDEL. + +(Guiot Pot.) + +En la forest de longue actente, +Ja pieca, fus en une sente, +Là où j'ay esgaré mon cueur, +Mais y souffrit tant de douleurs +Que tousjours convient que s'en sente +Depuis, tousjours tant fort lamente, +Par Fortune qui le tourmente, +Qu'il fault qu'il vive en grant langueur. +En la forest de, etc. +Ja pieca, etc. + +Mais, s'il eschappe, bien se vente +Qu'il gardera qu'on ne le tente +Par beau parler, ne par rigueur; +Car chascun se doit tenir seur +Que l'on fault bien à son entente, +En la forest, etc. + + + +RONDEL. + +(Gilles.) + +En la forest de longue actente, +Mon povre cueur tant se garmente +D'en saillir par aucune voye, +Qu'il ne lui semble pas qu'il voye +Jamais la fin de son entente; +Deconfort le tient en sa tente, +Qui par telle facon le tente, +Que j'ay paour qu'il ne le forvoye. +En la forest, etc. +Mon povre, etc. + +Espoir en riens ne le contente, +Comme il souloit, pourquoy dolente +Sera ma vie, où que je soye; +Et si auray, en lieu de joye, +Dueil et soussy tousjours de rente. +En la forest, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Crié soit à la clochete, +Par les rues, sus et jus, +Fredet, on ne le voit plus; +Est il mis en oubliete? +Jadis il tenoit bien conte +De visiter ses amis, +Est il roy, ou duc, ou conte? +Quant en oubly les a mis. +Banny à son de trompete, +Comme marié confus, +Entre chartreux, ou reclus, +A il point fait sa retrete? +Crié soit, etc. + + + +RONDEL. + +(Fredet.) + +Se veoir ne vous voys plus, +Helas! ce fait mariage, +Qui me fait avoir courage +D'estre desormais reclus; +Puisque si fort m'a confus, +Ne le tenez à oultrage. +Se veoir, etc. +Helas! etc. + +Mais non pourtant, je conclus +Que ce n'est pas fait que sage, +Car j'en puis, à brief langage, +Pour le moins perdre le plus. +Se veoir, etc. + + + +RONDEL + +(Orléans.) + +En l'ordre de mariage, +A il desduit, ou courrous? +Comment vous gouvernez vous? +Y devient on fol, ou sage? +Soit aux vieulx, ou jeunes d'age, +Rapporter m'en vueil à tous. +En l'ordre, etc. +A il desduit, etc. + +Le premier an, c'est la rage, +Tant y fait plaisant et douls; +Apres deux foiz toussir, j'ay la tous, +Cesser me fait de langage. +En l'ordre, etc. + + + +RONDEL. + +(Jacques bastart de la Tremoille.) + +En la forest de longue actente +J'ay couru l'année presente, +Tant que la saison a duré, +Mais j'ay esté plus maleuré +Que homme qui vive, je m'en vente. +La haye fut garnie de tente, +Et fis ma queste belle et gente, +Suivant les chiens, je m'esgaré +En la forest, etc. +J'ay couru, etc. +Je cours, je corne, je tourmente +En traversant, sans trouver sente, +Me trouvay tres fort enserré, +Tout seul presque desesperé, +Cuiday mourir des fois soixante. +En la forest, etc. + + + +RONDEL. + +(Le Cadet Dalebret.) + +Dedans l'abisme de douleur, +Où tant a d'amere saveur, +Aussi d'angoisseuse destresse, +Se trouve tourmenté, sans cesse, +Pour vous amer, mon povre cueur. +Ma Dame, par vostre doulceur, +Secourez ce bon serviteur, +A qui l'on fait tant de rudesse. +Dedans, etc. +Où tant, etc. + +Las! ostez de lui tout maleur, +Ou autrement il se tient seur +De jamais n'avoir que tristesse; +Dont fauldra que sa vie cesse +Piteusement, en grant langueur. +Dedans, etc. + + + +RONDEL. + +(Orleans.) + +Dedans l'abisme de douleur, +Sont tourmentées povres ames +Des amans; et, par Dieu, mes Dames, +Vous leur portez trop de rigueur. +Ostez les de ceste langueur, +Où ilz sont en maulx et diffames. +Dedans, etc. +Sont, etc. + +Se n'y monstrez vostre doulceur, +Vous en pourrez recevoir blasmes; +Tost orra prieres de fames, +Dangier, des dyables le greigneur. +Dedans, etc. + + + +RONDEL. + +(Gilles des Ourmes.) + +Dedans l'abisme de douleur +Sont tourmentés par grand foleur +Maints cueurs, par faulte de secours, +Qui n'ont à personne recours, +Qu'à Pitié qui detient le leur. +Car, quant ilz ont servy, on leur +Taille la broche sans couleur; +Lors ilz s'en vont languir le cours +Dedans, etc. +Sont, etc. + +Par Dieu ! c'est faulte de valeur +A ceulx qui le font par chaleur, +Et de fait, les tiennent si cours, +Qu'il leur fault user tout le cours +De leur vie, en paine et maleur. +Dedans, etc. + + + +RONDEL. + +(Philippe de Boulainvilliers.) + +Tirez vous là, regart trop convoiteux, +Renom avez d'estre de nul piteux, +Vostre semblant demonstre, pour tout voir, +Qu'estes venu pour mon cueur décevoir; +Dont me desplaist, j'en suis tres tout honteux. +Pour me tromper, faictes le marmiteux, +II ne fault point clocher devant boiteux; +Allez, allez, je ne vous vueil plus voir. +Tirez vous là, etc. +Renom avez, etc. + +Point ne vous fault faire le despiteux, +Car, quant vous voy, je suis toujours doubteux +De quelque mal, plus que de bien avoir; +Je vous congnois sans plus rien en savoir, +Où que soyez, vous estes rioteux. +Tirez vous là, etc. + + + +RONDEL. + +(Clermont.) + +Rendre vous fault de toutes choses conte, +Qu'avez vous fait, ma Dame, de mon cueur? +N'en mentons point, est il plus serviteur +Vostre tenu? dont je tien si grant conte. +A celle fin que l'en ne me mesconte, +Je vous diray, mais par mon créateur, +Rendre vous, etc. +Qu'avez, etc. + +Entendez vous ce que je vous raconte, +Dictes moy vray, hay avant rigueur +Sera elle en vous? lui donrez vous faveur? +Fy, fy, nennil, car ce vous serait honte. +Rendre vous, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Que je vous ayme maintenant ! +Quant je congnois vostre maniere +Venant de voulenté legiere, +Enveloppée en faulx semblant. +Je ne m'y fie tant, ne quant, +Veu qu'en estes bien coustumiere. +Que je vous, etc. +Quant je, etc. + +N'en peut chaloir, tirez avant, +Parfaictes comme mesnagiere, +De haulte lisse bonne ouvriere; +Plus vous voy, plus vous prise tant. +Que je vous, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Cueur, qu'est cela? ce sommes nous voz yeulx, +Qu'apportez vous? grant foison de nouvelles, +Quelles sont ilz? amoureuses et belles, +Je n'en vueil point voire, non, se m'aist Dieux; +D'où venez vous? de plusieurs plaisans lieux, +Et qui a il? bon marchié de querelles. +Cueur, etc. +Qu'apportez, etc. + +C'est pour jeunes, aussi est ce pour vieulx, +Trop sont vieulx soulz, pieca, n'en eustes telles, +Si ay, si ay, au moins escoutez d'elles, +Paix, je m'endors, non ferez pour le mieulx. +Cueur, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Soussy, beau Sire, je vous prie, SOUSSY. +De quoy? que me demandez vous? LE CUEUR. +Ostez moy d'anuy et courous, SOUSSY. +Où vous estes? non feray mie. LE CUEUR. +Tenir je vous vueil compaignie, SOUSSY. +Las! non faictes, soyez moy douls. LE CUEUR. +Soussy, etc. +De quoy, etc. + +Parlez en à Merencolie, SOUSSY. +Conseil premier entre vous. LE CUEUR. +Espoir y pourroit plus que nous, SOUSSY. +Faictes donc qu'il y remédie. LE CUEUR. +Soussy, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Quant Leaulté et Amour sont ensemble, +Et on les scet à deu entretenir. +En temps et lieu, et pour lui retenir, +Ilz font, par Dieu, feu Grejois, ce me semble. +J'en congnois deux qui portent grant atour, +Où contre droit en emportent le bruit; +Helas! voire, et ne font pas sejour, +Car traison en leurs cueurs tousjours bruit. +Garder se fault que nul ne les ressemble, +Ne nulle aussi qu'il veult à bien venir; +Pour ce, conclus, pour au point revenir, +Que jamais mal entre amoureux n'assemble +Quant, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Plus tost accointé que congneu, +Plus tost esprouvé que nourry, +Plus tost plaisant que bien choisy, +Est souvent en grace receu. +Mains tost que riche, despourveu +Se trouve garny de soussy. +Plus tost, etc. +Plus tost, etc. + +Assez tost meschant est recreu, +Assez tost entreprent hardy, +Assez tost senti qui s'ardy, +Tout ce mal est de chascun sceu. +Plus tost, etc. + + + +RONDEL. + +(Le Cadet.) + +Tu vas trop avant, retray toy, +Mon cueur, ou tu te feras prendre, +Pas n'est bon de tant entreprendre; +Arreste et te tiens tout coy. +Le feras tu? or le dy coy, +Affin qu'on ne te puist reprendre +Tu vas, etc. +Mon cueur, etc. + +Siet toy quelque part en requoy, +Pour mieulx te garder de surprendre; +Et de là tu pourras comprendre +Ton fait bien au long, or m'en croy. +Tu vas, etc. + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +A ce jour de saint Valentin, +Bien et beau Karesme s'en va; +Je ne scay qui ce jeu trouva, +Penser m'y a pris au matin; +Et puis pour jouer à tintin +Avecques moy tost se leva. +A ce jour, etc. +Bien et beau, etc. + +Soussy m'a cuidé ung tatin +Donner, mais pas ne l'acheva, +Bien garday que ne me greva; +_Maledicatur_ en latin. +A ce jour, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans) + +A ce jour de saint Valentin, +Venez avant, nouveaux faiseurs, +Faictes de plaisirs, ou douleurs, +Rimes en francoys, ou latin; +Ne dormez pas trop au matin, +Pensez à garder voz honneurs. +A ce jour, etc. +Venez, etc. + +Heur et maleur sont en hutin, +Pour donner pers, cy et ailleurs, +Autant aux moindres, qu'aux greigneurs, +Veulent departir leur butin. +A ce jour, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans) + +A ce jour de saint Valentin, +Qu'il me convient choisir ung per, +Et que je n'y puis eschapper, +Pensée prens pour mon butin. +Elle m'a resveillé matin, +En venant à mon huis frapper. +A ce jour, etc. + +Ensemble nous arons hutin, +S'elle veult trop mon cueur happer; +Mais, s'Espoir je peusse atrapper, +Je parlasse d'autre latin. +A ce jour, etc. + + + +RONDEL. + +(Benoist d'Amien.) + +Au plus fort de ma maladie, +M'a abandonné Esperance, +Laquelle sans point decevance, +Me devoit tenir compaignie. +Helas! ce n'est pas mocquerie, +D'avoir perdu telle alliance. +Au plus fort, etc. + +Car certes qui que chante, ou rie, +J'ay à toute heure desplaisance +Plus que nes ung qui soit en France, +Par quoy je ne scay que je die. +Au plus fort, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Au plus fort de ma maladie +Des fievres de merencolie, +Quant d'anuy j'ay frissonné fort, +J'entre en chaleur de desconfort +Qui me met tout en resverie; +Lors je jangle mainte folie, +Et meurs de soif de chiere lie, +De mourir seroye d'accort. +Au plus fort, etc. + +Adoncques me tient compaignie +Espoir, dont je le remercie, +Qui de me guérir se fait fort; +Disant que n'ay garde de mort, +Et qu'en riens je ne m'en soussie. +Au plus fort, etc. + + + +RONDEL. + +(Benoist d'Amien.) + +Pour les maux dont je suis si plains, +Fortune, ay je tort? se me plains +De ta grant fierté et rudesse +Qui, nuyt et jour, sans point de cesse, +Me tient en douleur et en plains. +Las! pense qu'ilz ne sont pas fains, +Mais avant tres plus grans que mains, +Veu que suis en telle foiblesse. +Pour les, etc. + +Or te requier, à jointes mains, +Que tu vueilles, à tout le moins. +Me tollir le mal qui me blesse; +Car je suis en telle destresse, +Que languir me fault, soirs et mains. +Pour les, etc. + + + +RONDEL. + +{Benoist d'Amien.) + +Pour parvenir à vostre grace, +Esperant que mon dueil efface, +Vous vueil servir jusqu'à la mort; +De ce, vous povez tenir fort, +Que nul autre bien ne pourchace. +Par quelque semblant que je face, +Ne quelque chemin que je trace, +N'est que pour arriver au port. +Pour parvenir, etc. + +Quant des yeulx ne vous voy en place, +Plus rien qui soit ne me soulace, +Dont soussy me tient si tres fort; +Non pourtant, mon seul reconfort, +Ne me chault quoy qu'on me mefface, +Pour parvenir, etc. + + + +RONDEL + +de Monseigneur d'Orléans à ma Dame d'Angoulesme. + +A ce jour de saint Valentin, +Puisqu'estes mon per ceste année, +De bien eureuse destinée +Puissions nous partir le butin. +Menez à beau frere hutin +Tant qu'ayez la pense levée. +A ce jour, etc. + +Je dors tousjours sur mon coissin, +Et ne fois chose qui agrée +Gueres à ma mal assenée, +Dont me fait les groings au matin. +A ce jour, etc. + + + +RONDEL. + +(Tignonville.) + +Pour la coustume maintenir, +Ceste saint Valentin nouvelle, +Mon cueur a choisy Damoiselle, +Moyennant l'amoureux desir. +Par ung regart fait à loisir, +Se voult logier es mains de celle. +Pour la, etc. +Ceste saint, etc. + +S'on lui fait trop de mal souffrir, +Je m'accorde qu'il se rappelle, +Et puis se tiengne à la plus belle +Que ses yeulx lui pourront choisir. +Pour, etc. + + + +RONDEL + +(Orléans.) + +Contre _fenoches_ et _nox buze_, +Peut servir ung tantost de France, +_Daly_ parolles de plaisance, +Au plus _sapere_ l'en cabuze, +Ja _cossy_ maintes foiz s'abuze, +_Grandissime_ fault pourveance. +Contre _fenoches_, etc. + +_Sta fermo_, toutes choses uze, +_Aspecte_ ung _poco_ par savance, +_La Rasonne fa_ l'ordonnance +_De quella_ medicine on uze, +Contre _fenoches_, etc. + + + +RONDEL + +(Orléans.) + +Ce premier jour du mois de May, +Quant de mon lit hors me levay, +Environ vers la matinée, +Dedens mon jardin de pensée, +Avecques mon cueur, seul entray. +Dieu scet s'entrepris fu d'esmay, +Car en pleurant tout regarday +Destruit d'ennuyeuse gelée. +Ce premier, etc. +Quant, etc. + +En gast, fleurs et arbres trouvay; +Lors au jardinier demanday +Se Desplaisance maleurée, +Par tempeste, vent, ou nuée, +Avoit fait tel piteux array. +Ce premier, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Qui est cellui qui s'en tendroit +De bouter hors merencolie, +Quant toute chose reverdie, +Par les champs, devant ses yeulx, voit. +Ung malade s'en gueriroit, +Et ung mort revendroit en vie. +Qui est cellui, etc. +De bouter, etc. + +En tous lieux on le nommeroit +Meschant endormy en follie, +Chasser de bonne compaignie, +Par raison, chascun le devroit. +Qui est cellui, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans) + +Allez vous musser maintenant, +Ennuyeuse Merencolie, +Regardez la saison jolie, +Qui partout vous va reboutant; +Elle se rit en vous mocquant, +De tous bons lieux estes bannye. +Allez vous, etc. +Ennuyeuse, etc. + +Jusques vers Karesme prenant +Que jeusne les gens amaigrie, +Et la saison est admortie, +Ne vous monstrez ne tant, ne quant. +Allez vous, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Qui est cellui qui d'amer se tendroit, +Quant beaulté fait de morisque l'entrée, +De plaisance si richement parée, +Qu'à l'amender jamais nul ne vendroit. +Cueur demy mort, les yeulx en ouvreroit, +Disant: C'est cy raige desesperée. +Qui est cellui, etc. +Quant, etc. + +Lors quant Raison enseigner le vendroit, +Il lui diroit: A! vieille rassotée, +Laissez m'en paix, vous troublez ma pensée, +Pour riens, en ce nully ne vous croiroit. +Qui est cellui, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Bon fait avoir cueur à commandement, +Quant il est temps, qui scet laisser, ou prendre, +Sans trop vouloir sotement entreprendre +Chose où ne gist gueres d'amendement. +Quel besoing est, quand on est à son aise, +De se bouter en soussy et meschief; +Je tiens amans pour folz, ne leur desplaise, +De travailler sans riens mener à chief; +C'est par espoir, ou par son mandement, +Qui tel mestier leur conseille d'aprendre, +Il fait pechié, on l'en devroit reprendre, +J'en parle au vray, à mon entendement. +Bon fait avoir, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Je vous entens à regarder, +Et part de voz penser congnois, +Essayé vous ay trop de fois, +De moy ne vous povez garder. +Cuidez vous, par voz motz farder. +Mener les gens de deux en trois. +Je vous, etc. +Et part, etc. + +Vous savez tirer et tarder, +Raige faictes, et feu Gregois; +Bien gangnez voz gaiges par mois, +Parachevez sans retarder. +Je vous. etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + + +Plus de desplaisir que de joye, +Assez d'ennuy, souvent à tort, +Beaucoup de soussy sans confort, +Oultraige de peine, où que soye; +Trop de douleur à grant montjoye, +Foison de tres piteux rapport. +Plus de desplaisir, etc. +Assez d'ennuy, etc. + +Tant de grief que je ne diroye, +Mains amant ma vie, que mort, +Pis que mourir, n'est ce pas fort? +Telz beaulx dons fortune m'envoye. +Plus de desplaisir, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans} + +Pour mon cueur qui est en prison, +Mes yeulx vont l'aumosne quérir; +Gueres n'y pevent acquérir, +Tant petitement les prise on. +Reconfort qui est l'aumosnier, +Et Espoir, sont allez dehors; +On ne donna point l'aumosne hier, +Refus estoit portier alors. +Pour mon, etc. + +Il est si plain de mesprison, +De rien ne le faut requerir, +N'essayer de le conquerir, +Tousjours tient sa vieille aprison. +Pour mon, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans) + +Fortune! sont ce de voz dons? +Engoisses que vous aportez, +A présent vous en deportez, +Ce sont trop doloreux guerdons; +D'entrer ceans vous deffendons, +Dures nouvelles rapportez. +Fortune, etc. +Engoisses, etc. + +Et oultre plus, vous commandons +Que les cueurs ung peu supportez +Jouer vous, et vous depportez +Autre part, baillant telz pardons. +Fortune, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Et comment l'entendez vous? +Ennuy et Merencolie, +Voulez vous toute ma vie. +Me tourmenter en courrous? +Le plus maleureux de tous +Doy je estre? je le vous nye. +Et comment, etc, +Ennuy, etc. + +De tous poins accordons nous, +Ou, par la vierge Marie, +Se Raison n'y remédie, +Tout va sen dessus dessous. +Et comment, etc. + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Voire, dea! je vous ameray, +Ennuyeuse Merencolie, +Et servant de plaisance lie, +Par vous plus ne me nommeray; +Foy que doy à Dieu, si seray +Tout sien, soit ou sens, ou folie. +Voire, dea, etc. +Ennuyeuse, etc. + +Jamais ne m'y rebouteray, +En voz lactz, se je m'en deslie, +Et se Bon eur à moy s'alie, +Je fait à vous, mais non feray. +Voire, dea, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Fortune, passez ma requeste, +Quant assez m'aurez tort porté, +Ung peu je soye déporté, +Que Desespoir ne me conqueste; +Veu que je me suis, en la queste +D'Amours, loyaument deporté. +Fortune, passez, etc. +Quant, etc. + +Mon droit, sans que plus y acqueste. +Aux jeunes gens j'ay transporté; +Se riens est de moy rapporté, +Je vous prie qu'on en face enqueste. +Fortune, etc. + + + +RONDEL. + +(Orleans.) + +De quoy vous sert cela? Fortune, +Voz propos sont, puis longs, puis cours, +Une foiz estes en decours, +L'autre plaine comme la lune; +On ne vous trouve jamais une, +Nouvelletez sont en voz cours. +De quoy, etc. +Voz propos, etc. + +S'est vostre maniere commune; +Car, quant je vous requiers secours, +Vous fuyez, apres vous je cours, +Et pitié n'a en vous aucune. +De quoy, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans) + +Serviteur plus de vous, Merencolie, +Je ne seray, car trop fort y traveille; +Raison le veult, et ainsi me conseille +Que le face, pour l'aise de ma vie. +A Nonchaloir vueil tenir compaignie, +Par qui j'auray repos sans que m'esveille. +Serviteur, etc. +Je ne seray, etc. + +Se de vous puis faire la departie, +Et il seurvient quelque estrange merveille, +Legierement passera par l'oreille; +Au contraire jamais nul ne me die. +Serviteur, etc + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Pourquoy moy, plus que les autres ne font, +Doy je porter de Fortune l'effort? +Par tout je vois criant: Confort, Confort, +C'est pour neant, jamais ne me respont. +Me convient il tousjours ou plus parfont +De dueil nager, sans venir à bon port. +Pourquoy moy, etc. +Doy je, etc. + +J'appelle aussi, et en bas et amont, +Loyal Espoir, mais je pense qu'il dort, +Ou je cuide qu'il contrefait le mort: +Confort, n'Espoir, je ne scay où ilz sont. +Pourquoy, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Pourquoy moy, mains que nulluy +Que je congnoisse aujourduy, +Auray je part en liesse, +Veu qu'ay despendu jeunesse +Longuement, en grant ennuy. +Doy je donc estre cellui +Qui ne trouvera en lui +Bon eur, qu'à peu de largesse. +Pourquoy moy, etc. + +J'ay loyal désir suy, +A mon povoir, et fuy, +Tout ce qui à tort le blesse; +Désormais, en ma vieillesse, +Demourray je sans apuy? +Pourquoy moy, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +C'est pour rompre sa teste +De fortune tanser, +Qui à riens ne s'arreste, +Trop seroit fait en beste. +C'est pour, etc. +Quant elle tient sa feste, +Les aucuns fait danser, +Et les autres tempeste. +C'est pour, etc. + + + +RONDEL. + +Du tout retrait en hermitage +De Nonchaloir, laissant folie. +Desormais veult user sa vie, +Mon cueur, que j'ay veu trop volage. +Et savez vous qui son courage +A changié? s'a fait maladie. +Du tout, etc. +De Nonchaloir, etc. + +Fera il que fol, ou que sage? +Qu'en dictes vous? je vous en prie, +Il fera bien, quoy que nul dye, +Moult y trouvera d'avantage. +Du tout, etc. + + + +RONDEL. + +Sans faire mise, ne recepte +Du monde, dont compte ne tien, +Mon cueur, en propos je maintien; +Que mal et bien en gré accepte. +Se fortune est mauvaise, ou bonne, +A chascun la fault endurer; +Quant raison y mectra la bonne, +Elle ne pourra plus durer; +Rien n'y vault engin, ne decepte, +Au derrain on congnoistra bien, +Qui fera le mal, ou le bien, +Grans, ne petiz, je n'en excepte. +Sans faire, etc. + + + + +RONDEL. + +Est ce tout ce que m'apportez +A vostre jour? Saint Valentin, +N'auray je que d'Espoir butin, +L'actente des desconfortez. +Petitement vous m'enhortez +D'estre joyeulx à ce matin. +Est ce tout, etc. +A vostre jour, etc. + +Nulle rien ne me rapportez, +Fors _bona dies_ en latin, +Vieille relique en viel satin; +De telz presens vous deportez. +Est ce tout, etc. + + + +RONDEL. + +(Simonnet Caillau.) + +Ou millieu d'espoir et de doubte, +Helas! je pense jours et nuys; +Mais, par Dieu! bien bref, se je puis, +J'auray pis, ou mieulx, quoy qu'il couste. +Mes yeulx ouvers, je n'y vois goute, +Si non que maintenant j'en suis. +Ou millieu, etc. +Helas! je pense. + +J'ay tant fait le guet et l'escoute, +A la fenestre et à l'uis, +Et n'ay pas ce que g'y poursuis, +Aincois m'est force que j'escoute. +Ou millieu, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Quant pleur ne pleut, souspir ne vante, +Et que cessée est la tourmente +De dueil, par le doulx temps d'espoir, +La nef de desireulx vouloir +A port eureux fait sa descente; +Sa marchandise met en vente, +Et à bon marché la presente +A ceulx qui ont fait leur devoir. +Quant pleur, etc. +Et que cessée, etc. + +Lors les marchans de longue actente, +Pour gaigner, et corps, et rente, +En ont ce qu'en pevent avoir; +D'en acheter font leur povoir; +Tant que chascun cueur s'en contente. +Quant pleur, etc. + + + +RONDEL. + +(Faret.) + +Ou millieu d'espoir et de doubte, +Une foiz mal, autre foiz bien, +Je m'y trouve; mais je voy bien +Que c'est fortune qui m'y boute; +Et pour vous dire, somme toute, +C'est une chose où n'entens rien. +Ou millieu, etc. +Une foiz, etc. + +Mais quelque chose qui me coute, +Si est ce bien le vouloir mien +De m'ouster hors de ce lien +Aucuneffoiz, tant me reboute, +Ou millieu, etc. + + + +RONDEL. + +(Benoist d'Amien.) + +En la grant mer de desplaisance, +Sans avoir espoir d'alegance +De trouver port, fors de douleur, +Nage tousjours mon povre cueur, +En bateau banny d'esperance; +Voille n'a que de decevance, +Ne soutte que de pascience, +Jamais n'y vente que maleur. +En la grant, etc. +Sans avoir, etc. + +Dueil, Soussy ont la gouvernance; +Qui ne lui donnent, pour pitance +Que bescuit durcy de langueur, +Avecques eaue de rigueur; +Ainsi languist, faisant penance. +En la grant, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Quant pleur ne pleut, souspir ne vente, +Le bruit sourt de jeux et risée, +Et Joye vient appareillée +De recevoir d'Espoir sa rente +Assignée sur longue actente. +Mais apres loyaument paiée. +Quant, etc. +Le bruit, etc. + +Ja Reconfort est mis en vente, +Et Plaisance fait sa livrée +De biens si richement ouvrée, +Que deuil fuyt, et s'en mal contente. +Quant pleur, etc. + + + +RONDEL. + +(Jehan Monseigneur de Lorraine.) + +Chose qui plaist est à demy vendue, +En quelconque marchandie que ce soit. +Mais l'ueil prise tel chose qui decoit, +Le plus souvent, quant elle est bien congnue; +Car, quant Amour se vendoit à Priere, +Peu de marchans y conquestoit proufit; +Desir survient qui met la fole enchiere, +A qui marchié de raison ne suffit. +Adonc vela qui apovrist, et tue +Le maleureux que chascun monstre au doit, +Disant: C'est cil qui plus fait qu'il ne doit, +Dont s'ordre n'est à son droit maintenue. +Chose qui plaist, etc. + + + +RONDEL. + +(Orleans.) + +Quant je congnois que vous estes tant mien, +Et que m'aymez de cueur, si loyaument, +Je feroye vers vous trop faulcement +Se, sans faindre, ne vous amoye bien; +Essayez moy se vous fauldray en rien, +Gardant tousjours mon honneur seulement. +Quant, etc. +Et que, etc. + +Se me dictes: Las! je ne scay combien +Vostre vouloir durera longuement; +Je vous respons, sans aucun changement, +Qu'en ce propos me tendray, et me tien. +Quant, etc. + + + +RONDEL + +pour Monseigneur de Beaujeu. + +Puisqu'estes de la contrarie +D'Amours, comme monstrent voz yeulx, +Vous y trouvez vous pis, ou mieulx? +Qu'en dictes vous de telle vie? +Souffler vous y fault l'alquemie, +Ainsy que font jeunes et vieulx. +Puisqu'estes, etc. +D'Amours, etc. + +Ne cuidez par nygromancye +Estre invisible; se m'aist Dieux, +On congnoistra, en temps et lieux, +Comment jourez de l'escremye. +Puisqu'estes, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Dedans l'amoureuse cuisine, +Où sont les bons, frians morceaux, +Avaler les convient tous chaulx, +Pour reconforter la poictrine. +Saulce ne faut, ne cameline, +Pour jeunes appetiz nouveaulx. +Dedans, etc. +Où sont, etc. + +Il souffist de tendre geline +Qui soit sans os, ne vieilles peaulx, +Mainssée de plaisans cousteaux, +C'est au cueur vraye medicine. +Dedans, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Où le trouvez vous en escript? +Se dient à mon cueur mes yeulx, +Que nous ne soyons vers vous tieulx +Que devons, de jour et de nuyt. +Se ne vous conseillon prouffit, +Nous en croirez vous? nennil, Dieux. +Où le trouvez, etc. + +Quant rapportons quelque deduit +Que nous avons veu en mains lieux, +Prenez en ce qui vous plaist mieulx, +L'autre lessez, est ce mau dit? +Où le trouvez, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +L'eaue de pleurs, de joye, ou de douleur, +Qui fait mouldre le molin de Pensée, +Dessus lequel la rente est ordonnée, +Qui doit fournir la despense du cueur. +Despartir fait farine de doulceur, +D'avecques son de dure destinée. +L'eaue, etc. + +Lors le mosnier nommé Bon, ou Mal eur, +En prent prouffit, ainsi que lui agrée; +Mais Fortune souvent desmesurée +Lui destourbe mainteffois, par rigueur. +L'eaue, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +En verray je jamais la fin +De voz euvres? Merencolie, +Quant au soir de vous me deslie. +Vous me ratachez au matin; +J'amasse mieulx autre voisin +Que vous, qui si fort me guerrie. +En verrai je, etc. +De voz euvres, etc. + +Vers moy venez en larrecin, +Et me robez plaisance lie; +Suis je destiné, en ma vie, +D'estre tousjours en tel hutin. +En verray je, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Soupper ou baing, et disner ou bateau, +En ce monde n'a telle compaignie, +L'un parle, ou dort, et l'autre chante, ou crie, +Les autres font balades, ou rondeau. +Et y boit on du viel et du nouveau, +On l'appelle le desduit de la pie. +Soupper ou baing, etc. +En ce monde, etc. + +Il ne me chault ne de chien, ne d'oiseau; +Quant tout est fait, il fault passer sa vie +Le plus aise qu'on peut, à chiere lie; +A mon advis, c'est mestier bon et beau. +Soupper ou baing, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Qu'est cela? c'est Merencolie. +Vous n'entrerez ja; pourquoy? pour ce +Que vostre compaignie acourse +Mes jours, dont je foys grant folie. +Se me chassez par chiere lie, +Brief revendray de plaine course. +Qu'est cela, etc. +Vous, etc. + +Il fault que raison amolie +Vostre cueur, et plus ne se cource, +Ainsi pourrez auroir ressource, +Mais que vostre mal sens deslie. +Qu'est cela, etc. + + + +RONDEL. + +(Orleans.) + +En yver, du feu, du feu, +Et en esté, boire, boire, +C'est de quoy on fait memoire, +Quant on vient en aucun lieu. +Ce n'est ne bourde, ne jeu, +Qui mon conseil vouldra croire? +En yver, etc. +Et en esté, etc. + +Chaulx morceaux faiz de bon queu, +Fault en froit temps, voire, voire, +En chault, froide pomme, ou poire; +C'est l'ordonnance de Dieu. +En yver, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Ne cessez de tanser, mon cueur, +Et fort combatre ces faulx yeulx +Que nous trouvons, vous et moy, tieulx +Qu'ilz nous font trop souffrir douleur. +Estroictement commandez leur +Qu'ilz ne troctent en tant de lieulx. +Ne cessez, etc. +Et fort, etc. + +Et leur monstrez telle rigueur, +Qu'ilz vous craingnent, car c'est le mieulx; +Qu'ilz obeissent, se m'aist Dieux, +A vous, vous monstrant leur Seigneur. +Ne cessez, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Je ne voy rien qui ne m'annuye, +Et ne scay chose qui me plaise; +Au fort, de mon mal me rapaise, +Quant nul n'a sur mon fait envye. +D'en tant parler, ce m'est follie, +Il vault trop mieulx que je me taise. +Je ne voy, etc. +Et ne scay, etc. + +Vouldroit aucun changer sa vie +A moy? pour essayer mon aise; +Je croy que non, car plus mauvaise +Ne trouveroit, je l'en deffie. +Je ne voy, etc. + + + +RONDEL + +(Orléans.) + +Ne bien, ne mal, mais entre deulx +J'ay trouvé aujourduy mon cueur +Qui parmi Confort et Douleur, +Se seiéoit ou meilleu d'entr'eulx. +Il me dit: Qu'est ce que tu veulx? +Peu, respondy pour le meilleur. +Ne bien, ne mal, etc. +J'ay trouvé, etc. + +Aux dames et aux paons fais veulx, +Se fortune me tient rigueur, +De sa foy requerray bon eur, +Qu'il s'aquicte quant je me deulx. +Ne bien, ne mal, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Fermez lui l'uis au visaige, +Mon cueur, à Merencolie, +Gardez qu'elle n'entre mye, +Pour gaster nostre mesnaige; +Comme le chien plain de raige, +Chassez la, je vous en prye. +Fermez lui l'uis, etc. +Mon cueur, etc. + +C'est trop plus nostre avantaige +D'estre sans sa compaignie, +Car tousjours nous tanse, et crye, +Et nous porte grand dommaige. +Fermez lui l'uis, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans) + +Ou millieu d'Espoir et de Doubte, +Les cueurs se mussent plusieurs jours, +Pour regarder les divers tours +Dont Dangier souvent les deboute. +L'oreille je tens, et escoute +Savoir que, sur ce, dit Secours. +Ou millieu, etc. +Les cueurs, etc. + +Eslongné de mondaine route +Me tiens, comme né en decours, +Entre les aveugles et sours, +Dieu y voye, je n'y voy goute. +Ou millieu, etc. + + + +RONDEL. + +(Orleans.) + +Devenons saiges desormais, +Mon cueur, vous et moy, pour le mieulx, +Noz oreilles, aussi noz yeulx, +Ne croyons de legier jamais. +Passer fault nostre temps en paix, +Veu que sommes du renc des vieulx. +Devenons, etc. +Mon cueur, etc. + +Se nous povoions par souhaiz +Rasjeunir, ainsi m'aide Dieux, +Feu Grejoys ferions en mains lieux; +Mais les plus grans coups en sont faiz, +Devenons, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Qui le vous a commandé? +Soussy, de me mener guerre; +Avant qu'on vous aille querre, +Venez sans estre mandé. +M'ordonnez vous almandé, +Quant Mort de son dart m'enferre. +Qui le vous, etc. +Soussy, etc. +Pour Dieu, tost soit amendé +Le mal qui tant fort me serre, +Apres que seray en terre, +Vous en sera demandé. +Qui le vous, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Ces beaulx mignons à vendre et à revendre, +Regardez les, sont ilz pas à louer? +Au service sont tous pres d'eulx louer +Au Dieu d'amours, s'il lui plaist à les prendre. +Bon escolle sauront bientost aprendre, +Bons escolliers, je les vueil advouer. +Ces beaulx, etc. +Regardez, etc. + +Et s'ilz faillent, il les pourra reprendre, +Quant ilz vouldront trop nycement jouer, +Et sus leurs braz la chemise nouer, +Tant qu'au batre ne se puissent deffendre. +Ces beaulx, etc. + + + +RONDEL. + +(Maistre Jehan Caillau.) + +Quant pleur ne pleut, souspir ne vente, +Si fait, dea! des foiz plus de trente, + Maint se tourmente, +Souffrant le revers de son vueil, +Et touteffoiz lerme de l'ueil + Neist hors du sueil, +Pour payer du courroux la rente; +Du dolent, ou de la dolente, +Qui seuffre doleur non pas lente, + Sans nulle actente +D'assouagement de leur dueil. +Quant pleur, etc. + +Tant y en a en ceste sente, +Souffrans de corps, de cueur, d'entente, + Loing de la tente +Où sont Plaisance et Doulx acueil; +Quant à moy, des maulx que recueil, + Dont tant me dueil, +Seulet, à part moy, me guermente. +Quant pleur, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans) + +D'Espoir, il n'en est nouvelles, +Qui le dit? Merencolie, +Elle ment, je le vous nye; +A! a! vous tenez ses querelles. +Non faiz, mais parolles telles +Courent, je vous certiffie. +D'Espoir, etc. +Qui le dit, etc. + +Parlons doncques d'autres, quelles? +De celles dont je me rie, +Peu j'en scay, or je vous prie +Que m'en contez des plus belles. +D'Espoir, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Une povre ame tourmentée +Ou Purgatoire de Soussy, +Est en mon corps, qu'il soit ainsi; +Il y pert, et nuyt, et journée, +Piteusement est detirée, +Sans point cesser, puis là, puis cy. +Une povre, etc. +Ou, etc. + +Mon cueur en a peine portée, +Tant qu'il en est presque transy; +Mais esperance j'ay aussi, +Qu'au derrenier, sera sauvée. +Une povre, etc. + + + +RONDEL. + +(Maistre Jehan Caillau.) + +Espoir où est? en chambre close, +Et là que fait? il se repose, +Sera il empiece esveillé? +Il dit que il a trop veillé, +Et que dormir veult une pose. +Que pour quelque pris je compose +A vous, et l'esveiller je n'ose, +Car il est las, et traveillé. +Espoir, etc. + +Par Dieu, ainsi que je suppose, +Il fait quelque roman, ou glose; +Moy mesmes suis esmerveillé +De le veoir si ensommeillé, +Ne m'en direz vous autre chose? +Espoir, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Pour empescher le chemin, +Il ne fault q'un amoureux +Qui, en penser desireux, +Va songant soir et matin; +Donnez lui ung bon tatin, +Il s'endort le maleureux. +Pour, etc. +Il ne, etc. + +D'eaue tout plain ung bassin +Eust il dessus ses cheveulx, +D'un coup d'esperon, ou deux, +Ne veult chasser son roussin. +Pour, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Qu'esse la? qui vient si matin? +Se suis je, vous, saint Valentin, +Qui vous amaine maintenant, +Ce jour de Karesme prenant, +Venez vous departir butin? +A present nulluy ne demande, +Fors bon vin et bonne viande, +Banquetz, et faire bonne chiere; +Car Karesme vient et commande +A charnaige, tant qu'on le mande, +Que pour ung temps se tire arriere. +Ce nous est ung mauvais tatin, +Je n'y entens nul bon latin, +Il nous fauldra dorenavant +Confesser, penance faisant, +Fermons lui l'uys à tel hutin. +Qu'esse la, etc. + + + + +RONDEL. + +Commandez qu'elle s'en voise, +Mon cueur, à Merencolie, +Hors de vostre compaignie, +Vous laissent en paix sans noise; +Trop a esté, dont me poise, +Avecques vous, c'est folie. +Commandez, etc. +Mon cueur, etc. + +Oncques ne vous fut courtoise, +Mais les jours de vostre vie +A traictez en tirannie; +Sang de moy, quelle bourgoise! +Commandez, etc. + + + +RONDEL. + +(Bourbon jadiz Clermont.) + +Je gis au lit d'amertume et doleur, +Livré à mort, par faulte de secours, +Et si ne scay quant finera le cours +De mon aspre et immortel malheur. +Priez pour moy, car je m'en vois mourir, +Mes bon amis, aiez en souvenance; +On ne me veult au besoing secourir, +Requerez en, apres mes jours, vengance. +Si vous m'amez, car c'est pour la valleur +D'une sans per, qu'ainsi m'est au decours +Ma povre vie, sans repit, ne recours, +Pour estre tant son loyal serviteur, +Je gis au lit, etc. + + + +RONDEL. + +(Response d'Orleans à Bourbon.) + +Comme parent et alyé +Du duc Bourbonnois à present, +Par ung rondeau nouvellement +Me tiens pour requis et payé; +Par une, gist malade, mis +Ou lit d'amertume et grevance, +Requerant tous ses bons amis, +S'il meurt, qu'on demande vengance. +Quant à moy, j'ay ja deffie +Celle qui le tient en tourment, +Et apres son trespassement, +Par moy sera bien hault crié. +Comme parent, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Quant ung cueur se rent à beaulx yeulx, +Criant mercy piteusement, +S'ilz le chastient rudement, +Et il meurt, qu'en valent ilz mieulx? +Batu de verges de Beaulté, +De lui font sang par tout courir, +Mais qu'il n'ait fait desleauté, +Pitié le devroit secourir; +S'il n'a point hanté entre tieulx +Qui ne s'acquictent loyaument; +Doit estre tel pugnissement, +A mon advis, en autres lieux. +Quant, etc. + + + +RONDEL. + +(Le Seneschal.) + +Ma fille de confession, +Vueillez avoir compassion +De cellui qui sert loyaument, +Et qui est vostre entierement, +Sans point faire de fiction. +Selon raison et conscience, +Tort lui tendrez, c'est ma creance, +S'il n'a bien brief ce que tant vault. +Je vous charge par penitence, +Q'ayez en lui toute fiance, +Sans plus respondre: Ne m'en chault. +Cellui qui souffrist passion, +Vous doint bonne contriction; +Au chois de mon entendement, +Plus eureux soubz le firmament +N'auroit, dont il soit mencion. +Ma fille, etc. + + + +RONDEL. + +(Response d'Orleans au Seneschal.) + +Beau Pere! _benedicite_, +Je vous requier confession, +Et, en humble contriction, +Mon pechié sera recité. +En moy n'a eu mercy, ne grace, +Prenant de ma beaulté orgueil, +Amours me pardoint, ainsi face, +Desormais repentir m'en vueil; +Reffus à mon cueur delité, +J'en feray satisfacion, +Donnez m'en absolucion +Et penance, par charité. +Beau Pere, etc. + + + +RONDEL. + +(Blosseville.) + +Ma tres belle, plaisante seur, +_Confiteor_ du bon cueur +Dictes, par grant devocion, +Sans plus avoir intencion +De maintenir vostre folleur. +Car tost apres, de ma puissance +Vous absouldray, en esperance +Que doulce serez envers tous. +Et vous enjoings, par penitance, +De donner demain allegance +A cellui qui se meurt par vous; +Lequel, par vostre grant rigueur, +Seuffre, comme j'entens, doleur, +Et sans cause pugnicion; +Dont ja n'aurez remission, +Tant qu'il en soit hors, j'en suis seur. +Ma très belle, etc. + + + +RONDEL. + +(Bourbon.) + +Je sens le mal qu'il me convient porter +Non advenu, mais je crains qu'il aviengne, +Et qu'en la fin maleureux je deviengne, +Sans m'asservir ailleurs, ne transporter; +S'ainsi advient qu'à tort on m'abandonne, +Que Dieu ne vueille, que feray je sans per? +Las! je ne scay, si ce mal on me donne. +Des malheureux je seray le non per. +Pour le meilleur, il me fault deporter +Jusques à tant que ce malheur me viengne; +Mais à ma Dame hardiement en souviengne; +Car pour tousjours sa rigueur supporter, +Je sens le mal, etc. + + + +RONDEL. + +(Response d'Orléans à Bourbon.) + +A voz amours hardiement en souviengne, +Duc de Bourbon, se mourez par rigueur, +Jamais n'auront ung si bon serviteur, +Ne qui vers eulx tant loyaument se tiengne. +Dieu ne vueille que tel meschief adviengne, +Ilz perdroient leur renom de doulceur. +A voz amours, etc. +Duc de, etc. + +S'il est jangleur qui soctement maintiengne +Que Bourbonnois ont souvent legier cueur, +Je ne respons, fors que pour vostre honneur, +Esperance convient que vous soustiengne. +A voz amours, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans) + +Descouvreur d'embusche, sot ueil, +Pourquoy as tu passé le sueil +De ton logis, sans mandement? +Et par oultrageux hardement, +As entrepris contre mon vueil. +Demourer en repos je vueil, +Et en paix faire mon recueil. +Sans guerre avoir aucunement. +Descouvreur, etc. +Pourquoy, etc. + +En aguet se tient Bel acueil, +Et se par puissance, ou orgueil, +Une fois en ses mains te prent, +Tu fineras piteusement +Tes jours, en la prison de dueil. +Descouvreur, etc. + + + +RONDEL. + +(Maistre Berthault de Villebresme.) + +Puisque Atropos a ravy Dyopée, +Contre humain cours prinse et anticipée, +Cupido! plus je ne vous serviray; +Car tel douleur que pour vous servir ay, +Pour Demophon n'eut Phillis Rodopée. +Plaisance s'est de moy émancipée, +Dueil m'est acquis, ma joie est dicipée; +En Boreas, Zephirus s'est viray. +Puisque, etc. +Contre, etc. + +Adieu vous dy, toute nymphe actrapée +Aux laqs, Venus com oyseau a pipée, +Plus avecques vous je ne me deduiray, +Mais à gémir du tout me reduiray, +Ou m'occiray, com Piramus, d'espée. +Puisque, etc. + + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Amours, à vous ne chault de moy, +N'à moy de vous, c'est quiete et quiete, +Ung vieillart jamais ne prouffite +Avecques vous, comme je croy; +Puisque suis absolz de ma foy, +Et jeunesse m'est interdicte. +Amours, etc. +N'à moy, etc. + +Jeune, sceu vostre vieille loy, +Vieil, la nouvelle je despite, +Ne je ne crains la mort subite +De regart; qu'en dictes vous? quoy? +Amours, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +J'ay pris le logis de bonne heure +D'Espoir, pour mon cueur, aujourduy, +Affin que les fourriers d'Annuy +Ne le preignent pour sa demeure; +Veu que, nuyt et jour, il labeure +De me gaster; et je le fuy. +J'ay pris, etc. +D'Espoir, etc. + +Bon eur, avant que mon cueur meure, +L'aidera, il se fye en luy; +Autre part ne quiers mon apuy, +En actendant qu'il me sequeure, +J'ay pris, etc. + + + +RONDEL. + +(Fraigne.) + +Mon oeil m'a dit qu'il me deffie +A tousjours, sans repentir. +Se je ne lui fais ce plaisir +D'amer une qu'il a choisie; +Se c'estoit pour sauver sa vie, +Plus ne m'en pourroit requérir. +Mon oeil, etc. +A tousjours, etc. + +Je lui ay dit: Tu fais folie, +Je te prie, laisse moy dormir, +Je n'ay pas à présent loisir +De penser à ta reverie. +Mon oeil, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Escoutez et laissez dire, +Et en voz mains point n'empire +Le mal, retournez le en bien; +Tout yra, n'en doublez rien, +Si bien qu'il devra suffire. +Dieu, comme souverain mire, +Fera mieulx qu'on ne désire, +Et pourverra; tout est sien. +Escoutez, etc. +Et en voz, etc, + +Chascun à son propos tire, +Mais on ne peut pas eslire, +Je l'ay trouvé, ou fait mien; +Au fort, content je m'en tien, +Car apres pleurer, vient rire. +Escoutez, etc. + + + +RONDEL. + +(Benoist d'Amien.} + +Contre _fenouches_ et _nox buze_, +Convient l'un faire, _l'aultro_ dire, +Pleurer d'un ueil, de _l'aultro_ rire, +_Questo modo_ les gens abuze. +Or _da poy_ que _lo mondo_ en uze, +_Non est dy besoingno dormire_. +Contre, etc. +Convient, etc. + +_Tanto principo_ comme _duze_, +Veulent le _lour fato_ conduire, +Et _li soy servitor_ instruire +A _sapere jouar_ la ruze. +Contre, etc. + + + +RONDEL. + +(Maistre Berthault de Villebresme.) + +Puisque chascun sert de _fenouches_, +Et de mentir, neiz que de mouches. +Aucun aujourduy ne tient conte, +Mais à chascun d'avoir son compte +Souffist, soit honneur, ou reprouches. +Retraire je me vueil es touches +Des bois, ainsi que les farouches, +Car d'estre au monde j'ay grant honte. +Puisque, etc. +Et de mentir, etc. + +Je y congnois tant de males bouches, +De clers voyans faisant les louches. +De bons et simples que l'on donte; +Veu donc que mal bien y surmonte. +Plus me plaist vivre entre les souches. +Puisque, etc. + + + +RONDEL. + +(Le Duc de Bourbon.) + +Prenez l'ommaige de mon cueur, +En recevant sa feaulté, +Et il gardera loyaulté, +Comme doit leal serviteur. +S'il se forfait en vous servant, +Et qu'il soit clerement cogneu, +Ne le tenez plus pour servant, +Banny soit comme descongneu. +Mais ce pendant, toute doulceur +Lui soit faicte, sans cruaulté, +Actendant que vostre beaulté +Ait pouveu à sa grant douleur. +Prenez, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +En arrierefief soubz mes yeulx, +Amours, qui vous ont fait hommaige. +Je tiens de mon cueur l'eritaige, +A vous sommes et serons tieulx, +Voz vraiz subgietz, voire des vieulx. +Soit nostre prouffit, ou dommaige. +En arrierefief, etc. +Amours, etc. + +J'appelle Déesse et Dieux +Sur ce, vers vous, en tesmoingnaige, +Se voulez, j'en tendray ostaige; +Vous puis je dire, ou faire mieulx? +En arrierefief, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +J'en baille le denombrement +Que je tiens soubz vous loyaument. +Loyal desir et bon vouloir; +Mais j'ay trop engagé povoir, +Se je n'en ay relèvement. +Je vous ay servi longuement, +En y despendant largement +Des biens que j'ay peu recevoir. +J'en baille, etc. +Que je tiens, etc. + +Vieillesse m'assault tellement, +Et me veult à destruisement +Mener, mais, veu qu'ay fait devoir +Que m'aiderez, j'ay ferme espoir +A mes drois, voyez les comment. +J'en baille, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans). + +Je suis à cela +Que Merencolie +Me gouvernera. +Qui m'en gardera ? +Je suis, etc. + +Puisqu'ainsi me va, +Je croy qu'à ma vie +Autre ne sera. +Je suis, etc. + + + +RONDEL. + +(Orleans.) + +On ne peult chastier les yeulx, +N'en chevir, quoy que l'en leur dye, +Dont le cueur se complaint et crye, +Quant s'esgarent en trop de lieux. +Seront ilz tousjours ainsi? Dieux! +Rien n'y vault s'on les tanse, ou prie, +On ne peut, etc. +N'en chevir, etc. + +Quant aux miens, ilz sont desja vieulx, +Et assez lassez de follie; +Les yeulx jeunes, fault qu'on les lye +Comme enragiez, n'est ce le mieulx? +On ne peut, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Sont les oreilles estouppées? +Rapportent ilz au cueur plus rien? +Ouyl, plustost le mal que bien, +Quant on ne les tient gouvernées. +Se leurs portes ne sont fermées, +Tout y court de va et de vien. +Sont les oreilles, etc. +Rapportent, etc. + +Les miennes seront bien gardées +De Nonchaloir, que portier tien; +Dont se plaint et dit le cueur mien, +On ne me sert plus de pensées. +Sont les oreilles, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Tel est le partement des yeulx, +Quant congié prennent doulcement, +D'eulx retraire piteusement, +En regretz privez pour le mieulx. +Lors divers se dient adieux, +Esperans revenir briefment. +Tel est le, etc. +Quant, etc. + +Et si laissent, en plusieurs lieux, +Des larmes par engagement +Pour paier leur deffrayement, +En gectant souspirs, Dieu scet quieulx. +Tel est le, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Pour monstrer que j'en ay esté, +Des amoureux aucuneffoiz, +Ce May, le plus plaisant des mois, +Vueil servir ce present esté. +Quoy que Soucy m'ait arresté, +Sans son congié, je m'y envoiz. +Pour monstrer, etc. +Des amoureux, etc. + +Pour ce, je me tiens apresté +A deduiz, en champs et en bois, +S'Amours y prent nulz de ses droitz, +Quelque bien m'y sera presté. +Pour monstrer, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Tant ay largement despendu +Des biens d'amoureuse richesse, +Ou temps passé de ma jeunesse, +Que trop chier m'a esté rendu; +Car lors à rien je n'ay tendu, +Qu'à conquester foison lyesse. +Tant ay, etc. +Des biens, etc. + +Commandé m'est, et deffendu +Desormais par Dame Vieillesse, +Qu'aux jeunes gens laisse prouesse, +Tout leur ay remis et vendu +Tant ay, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Fyez vous y, se vous voulez, +En Espoir qui tant promet bien; +Mais souventeffoiz n'en fait rien, +Dont mains cueurs se sentent foulez. +Quant Desir les a affolez, +Au grant besoing leur fault du sien. +Fyez vous y, etc. +En Espoir, etc. + +Lors sont de destresse affolez; +J'aymeroye, pour le cueur mien, +Mieulx que deux tu l'aras, ung tien; +Quant les oyseaux s'en sont vollez. +Fyez vous, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Jaulier des prisons de Pensée, +Soussy, laissez mon cueur yssir, +Pasmé l'ay veu esvanouir +En la fosse desconfortée; +Mais que seurté vous soit donnée +De tenir foy et revenir. +Jaulier, etc. +Soussy, etc. + +S'il mouroit en prison fermée, +Honneur n'y povez acquerir; +Vueilliez au moins tant l'eslargir +Qu'ait sa finance pourchassée. +Jaulier, etc. + + + +RONDEL. + +(Simonnet Caillau.) + +Jaulier des prisons de Pensée, +Mon povre cueur aux fers tenez, +Et dit on que vous lui donnez, +Chascun jour, une bastonnée. +Est ce par sentence ordonnée, +Qu'en ce point le me gouvernez? +Jaulier, etc. +Mon povre, etc. + +Se sa cause estoit bien menée, +On jugeroit que mesprenez, +Et qu'à grant tort le retenez, +Sans plainte de personne née. +Jaulier, etc. + + + +RONDEL. + +(Tignonville.) + +Jaulier des prisons de Pensée, +Avez vous le commandement +De traicter ainsi rudement +Les povres cueurs, en ceste année; +Vous est la puissance donnée +De par Soussy, ou autrement. +Jaulier, etc. +Avez vous, etc. + +Dedens la chartre adoulée, +Tenir les deussiez doulcement, +Batre ne devez nullement +Prisonniers en fosse fermée. +Jaulier, etc. + + + +RONDEL. + +(Gilles des Ourmes.) + +Jaulier des prisons de Pensée, +Qui tenez tant de gens de bien, +Ouvrez leur, ilz paieront bien +Le droit de l'yssue, et l'entrée. +Ilz m'ont commission baillée +D'appointer, dictes moi combien? +Jaulier, etc. +Qui tenez, etc. + +Car j'ay cy finance apportée +Assez, que du leur, que du mien; +Tant qu'on ne vous en devra rien, +Jusqu'à la derreniere journée. +Jaulier, etc. + + + +RONDEL. + +(Orleans.) + +Donnez l'aumosne aux prisonniers, +Reconfort, et espoir aussi, +Tant feray au jaulier Soussy, +Qu'il leur portera voulentiers. +Ilz n'ont ne vivres, ne deniers, +Crians de fain; il est ainsi. +Donnez, etc. +Reconfort, etc. + +Meschans ont esté mesnagiers, +Tenuz pour debte jusques cy, +Faictes les euvres de mercy, +Comme vous estes coustumiers. +Donnez, etc. + + + +RONDEL. + +(Benoist d'Amien.) + +N'oubliez pas les prisonniers, +Bonnes gens, aiez en mercy; +Ilz sont en la tour de Soussy, +Et n'ont ne mailles, ne deniers, +Larrons ne sont point, ne murtriers, +Par envie on les tient ainsi. +N'oubliez pas, etc. +Bonnes gens, etc. + +Faictes comme bons aumosniers, +Pour la grant pitié que veez cy, +Et pour vous prieront Dieu aussi +De tres bon cueur, et voulentiers. +N'oubliez pas, etc. + + + +RONDEL. + +(Hugues le Voys.) + +Jaulier des prisons de Pensée, +Ouvrez à Reconfort la porte, +Car à mon cueur l'aumosne porte, +Que mes yeulx lui ont pourchassée; +Tenu l'avez, mainte journée, +Ou cep d'anuy, et prison forte. +Jaulier, etc. +Ouvrez, etc. + +Tant à faim et soif endurée, +Qu'il a perdu couleur et sorte, +Helas! pour Dieu, qu'on le supporte, +Autrement sa vie est finée. +Jaulier, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Banissons Soussy, ce ribault +Batu de verges par la ville, +C'est ung crocheteur trop habille +Pour embler joye qui tant vault; +Copper une oreille lui fault, +Il est fort larron entre mille. +Banissons, etc. +Batu de, etc. + +Se plus ne revient, ne m'en chault, +Laissez le aller sans croix, ne pille, +Le Deable l'ait ou trou Sebille; +Point n'en saille pour froit, ne chault. +Banissons, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Des vieilles defferres d'Amours, +Je suis à present, Dieu mercy; +Vieillesse me gouverne ainsi, +Qui m'a condempné en ses cours. +Je m'esbahis quant à rebours +Voy mon fait, disant: Qu'est ce cy? +Des vieilles, etc. +Je suis, etc. + +Mon vieil temps convient qu'ait son cours, +Qui en tutelle me tient sy, +Du jaulier appellé Soussy, +Que rendu me tiens pour tousjours. +Des vieilles, etc. + + + +RONDEL. + +(Orleans.) + +Comme monnoye descriée, +Amours ne tient compte de moy; +Jeunesse m'a laissé, pourquoy? +Je ne suis plus de sa livrée. +Puisque telle est ma destinée, +Desormais me fault tenir coy. +Comme, etc. +Amours, etc. + +Plus ne prens plaisir, qu'en pensée +Du temps passé; car, sur ma foy, +Ne me chault du present que voy, +Car Vieillesse m'est delivrée. +Comme, etc. + + + +RONDEL. + +(Orleans.) + +Laissez Baude buissonner, +Le vieil Briquet se repose, +Desormais travailler n'ose, +Abayer, ne mot sonner. +On lui doit bien pardonner, +Ung vieillart peut pou de chose. +Laissez, etc. +Le vieil, etc. + +Et Vieillesse emprisonner +L'a voulu, en chambre close; +Par quoy j'entens que propose +Plus peine ne lui donner. +Laissez, etc. + + + +RONDEL. + +(Hugues le Voys.) + +Comme monnoye descriée, +Loyaulté je voy abriée +Dessoubz le pavillon de Honte, +Par Faulceté qui la surmonte, +Et l'a d'oultrance deffiée. +De Bonnefoy s'est alyée, +Et de son aide l'a priée, +Mais on n'en tient que peu de conte. +Comme, etc. +Loyaulté, etc. + +Du tout la tiens pour ravallée, +Par montaigne et par vallée, +Est notoire ce que raconte; +En maison de Duc, ne de Conte, +Ne se treuve qu'à l'eschappée. +Comme, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Quant me treuve seul, à part moy, +Et n'ay gueres de compaignie, +Ne demandez pas s'il m'ennuye, +Car ainsi est il, sur ma foy. +En riens plaisance n'apercoy, +Fors comme une chose endormye. +Quant me, etc. +Et n'ay, etc. + +Mais s'entour moy plusieurs je voy, +Et qu'on rie, parle, chante, ou crye, +Je chasse hors merencolie +Que tant hair et craindre doy. +Quant, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Trop ennuyez la compaignie, +Douloureuse Merencolie, +Et troublez la feste de Joye; +Foy que doy à Dieu, je vouldroye +Que feussiez du pays bannie. +Vous venez sans que l'on vous prie, +Bon gré, maugré, à l'estourdie, +Alez, que plus on ne vous voye. +Trop ennuyez, etc. +Douloureuse, etc. + +Soussy avecques vous s'alye, +Si lui dy je que c'est folie, +Quel mesnaige! Dieu vous convoye +Si loing, tant que vous revoye +Querir, quant? jamais en ma vie. +Trop ennuyez, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Escollier de Merencolie, +Des verges de Soussy batu, +Je suis à l'estude tenu, +Es derreniers jours de ma vie; +Se j'ay ennuy, n'en doubtez mye, +Quant me sens vieillart devenu. +Escollier, etc. +Des verges, etc. + +Pitié convient que pour moy prie, +Qui me treuve tout esperdu, +Mon temps je pers, et ay perdu, +Comme rassoté en folie. +Escollier, etc. + + + +RONDEL. + +(Hugues le Voys.) + +Escollier de Merencolie, +Par Soussy qui est le recteur, +A l'estude est tenu mon cueur; +Et Dieu scet comme on le chastie. +De s'y mectre fist grant folie, +Car on le tient à la rigueur. +Escollier, etc. +Par Soussy, etc. + +Bon temps n'aura jour de sa vie. +Puisqu'il y est, de son maleur, +Dedens le livre de douleur, +Lui est force qu'il estudie. +Escollier, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Et fust ce ma mort, ou ma vie, +Je ne puis de mon cueur chevir, +Qu'il ne veuille conseil tenir +Souvent, avec Merencolie. +Si lui dy je que c'est folie, +Mais comme sourt ne veult oir +Et fust ce, etc. +Je ne puis, etc. + +A Grace, pour ce, je supplie +Qu'il lui plaise me secourir, +Au par aller ne puis fournir, +Se ne m'aide par courtoisie. +Et fust ce, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Allez vous en dont vous venez, +Ennuyeuse Merencolie, +Certes on ne vous mande mye. +Trop privée vous devenez. +Soussy avecques vous menez, +Mon huis ne vous ouvreray mye. +Allez vous en, etc. +Ennuyeuse, etc. + +Car mon cueur en tourment tenez, +Quant estes en sa compaignie; +Prenez congié, je vous en prie, +Et jamais plus ne retournez, +Allez vous en, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +A qui en donne l'en le tort? +Puisque le cueur en est d'accort, +Se les yeulx vont hors en voyage, +Et rapportent aucun message +De beaulté plaine de confort. +Ilz crient: Resveille qui dort, +Lors le cueur ne dort pas si fort, +Qui ne dye: J'oy compter rage. +A qui en, etc. +Puisque le, etc. + +Adoncques Desir picque et mort, +Savez comment? jusqu'à la mort; +Mais le cueur, s'il est bon et sage, +Remede y treuve et avantage, +Bien, ou mal en vient oultre bort. +A qui en, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Doivent ilz estre prisonniers, +Les yeulx, quant ilz vont assaillir +L'embusche de plaisant desir, +Comme hardiz avanturiers; +Veu qu'ilz sont d'Amours souldoyers, +Et leurs gaiges fault desservir. +Doivent ilz, etc. +Les yeulx, etc. + +Ilz se tiennent siens si entiers, +Qu'au besoing ne pevent faillir, +Jusques à vivre, ou à mourir. +Ilz le font bien, et voulentiers. +Doivent ilz, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +N'oubliez pas vostre maniere, +Non ferez vous, je m'en fais fort, +Ennuy armé de desconfort, +Qui tousjours me tenez frontiere, +Venez combatre à la barriere, +Et faictes à coup vostre effort. +N'oubliez pas, etc. +Non ferez, etc. + +Quant mectez sus vostre banniere, +Cueurs loyaux guerriez si fort, +Que les faictes retraire ou fort +De Douleurs, à piteuse chiere. +N'oubliez pas, etc. + + + +RONDEL. + +(Orleans) + +Chiere contrefaicte de cueur. +De vert perdu et tanne painte, +Musique notée par fainte, +Avecques faulx bourdon de maleur. +Qui est il ce nouveau chanteur? +Qui si mal vient à son actainte. +Chiere, etc. +De vert, etc. + +Je ne tiens contre, ne teneur +Enroué, faisant faulte mainte, +Et mal entonné par contrainte, +C'est la chapelle de douleur. +Chiere, etc. + + + +RONDEL. + +(Le grant Seneschal.) + +Qui trop embrasse, peu estraint; +Je le dy pour maintes et maint +Qui scevent servir de telz tours, +Mectans loyaulté en decours, +Dont leur bon los peut estre estaint. +Qui a choisy et pris party, +Puisque son cueur y a party, +Est ce bien fait de le laisser? +Pose qu'on feust trop mieulx party, +Si seroit ce mal depparty, +Et son honneur trop fort blesser. +Qui varie, sans bien remaint; +Par fermeté souvent on vaint, +Les bons trouvent tousjours secours, +Ceulx qui changent, l'ont à rebours; +Il est pieca escript et paint. +Qui trop, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Il n'est nul si beau passe temps +Que de jouer à sa pensée, +Mais qu'elle soit bien despensée +Par raison, ainsi je l'entens. +Elle a fait milz despens contens, +Par espoir soit recompensée. +Il n'est, etc. + +Elle dit: A ce je m'actens, +Veu qu'ay loyaulté pourpensée, +Que de mes soussiz dispensée +Seray, malgré les malcontens. +Il n'est, etc. + + + +RONDEL. + +(Fraigne.) + +Le cueur, dont vous avez la foy, +Se recommande à vous, ma Dame, +Vous faisant savoir qu'il vous ame, +Mais pensez que ce n'est pas poy. +Il parle nuyt et jour à moy, +En vous louant, belle, plus que ame. +Le cueur, etc. +Se recommande, etc. + +Il m'a juré, et je le croy, +Qu'à son vivant n'ayma tant femme, +Et Dieu scet comment il me blasme +Que plus souvent je ne vous voy. +Le cueur, etc. + + + +RONDEL. + +Prophetizant de vostre advenement, +Voyant venir voz haulx biens clerement, +Acompaignez de vostre grant beaulté, +A vous amer si fort me suis bouté, +Qu'au monde n'ay nul autre pensement. +Tres que mon oueil vous vit premierement, +Il ordonna mon cueur entierement +Pour vous servir en toute feaulté. +Prophetizant, etc. + +Lors je jugay, à mon entendement, +Que quelquefoiz j'auroye advencement. +Vous remonstrant ma tres grant loyaulté, +Et que de biens j'auroye à grant planté, +Cela je creu des le commencement. +Prophetizant, etc. + + + +RONDEL. + +(Fraigne.) + +Mon oueil, je te pry et requier +Que tu n'ayes plus en pensée +D'aler veoir ma tant desirée. +Ou tu me metz en grant dangier: +Et si te dy, pour abregier, +Que c'est ma mort toute jurée. +Mon oueil, etc. +Que tu n'ayes, etc. + +Quant tu la verra au moustier, +Ou quelque part à la passée, +Ne te metz pas en sa visée, +Car perilleux est tel archier. +Mon oueil, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Pour Dieu, faictes moy quelque bien, +Veu que m'a desrobé Vieillesse, +Plaisance; car, en ma jeunesse, +Savez que vous amoye bien; +Pour vous n'ay espargné du mien, +Or suis povre, plain de foiblesse. +Pour Dieu, etc. +Veu que, etc. + +Devoir ferez, comme je tien. +Car j'ay despendu à largesse, +Pieca, mon tresor de liesse, +Et maintenant je n'ay plus rien. +Pour Dieu, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +C'est la prison Dedalus, +Que de ma merencolie, +Quant je la cuide faillie, +J'y rentre de plus en plus. +Aucunes foiz je conclus +D'y bouter Plaisance lie. +C'est la prison, etc. +Que de ma, etc. + +Oncques ne fut Tantalus +En si tres peneuse vie, +Ne, quelque chose qu'on die, +Chartreux, hermite, ou reclus. +C'est la prison, etc. + + + +RONDEL. + +(Anthoine de Guise.) + + Ha! mort, helas! +Veu que je suis de vivre las, +Que ne tens tu vers moy tes las, +Pour abregier mon infortune, +Aussi pour monstrer à Fortune + Qui me fortune, +La puissance que sur elle as. +Fay ton effort, et si t'avance, +Mais, pour Dieu, que ce soit avant ce +Que je m'occye de mes mains; +Monstre ton povoir et savance, +Puisque je vueil faire l'avance, +Car certes tu ne peutz à mains. + Pren tes esbas +A faire cesser noz debas, +Aussi bien sont ce tes cabas +Que de tousjours trouver rancune; +Tu es seule, celle et chascune: + Sans autre aucune, +Par qui tout cesse hault et bas. + Ha! mort, helas! + + + +RONDEL. + +(Anthoine de Guise.) + +Par bien celer mains tours divers, +Monstrant de son vueil le revers, +Soubz ung peu de maniere fainte. +Avec abstinence contrainte, +Sont les secrez d'Amours ouvers. +Refus les deffent à travers, +Et ne sont à nulz descouvers, +Que ce ne soit en tres grant crainte. +Par bien celer, etc. + +Honte, les tient clos et couvers, +Pour les faulx Dangiers et pervers. +Dont elle a eu repcouche mainte; +Mais pour venir à nostre actainte, +Loyaulté nous baille ces vers. +Par bien celer, etc. + + + +RONDEL. + +(Anthoine de Guise.) + +Ou val obscur, avantureux, +Où les loyaulx cueurs doloreux + Des amoureux +Sont condempnez d'user leurs jours, +En piteux plains et grans clamours, + Me tient Amours, +Comme le chief des langoureux. +Et faut qu'avec les maleureux, +Par son faux refus rigoureux, + Plus que poureux, +J'actende la mort à secours. +Ou val obscur, etc. + +C'est le hault guerdon dangereux, +Ordonné pour moy et pour eulx, + Peu savoureux, +Sans autre part avoir recours; +Et la voyant nostre decours. + De criz et plours, +Faisons ung tresor plaintureux. +Ou val obscur, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +A! que vous m'anuyez, Vieillesse! +Que me grevez plus que oncques mes, +Me voulez vous à tousjours mes +Tenir en courroux et rudesse; +Je vous fais loyalle promesse +Que ne vous aymeray james. +A! que vous, etc. +Que me, etc. + +Vous m'avez banny de jeunesse, +Rendre me convient desormais, +Et faictes vous bien? Nennil, mais, +De tous maulx on vous tient maistresse. +A! que vous, etc. + + + +RONDEL. + +Les biens de vous, honneur et pris, + M'ont tant espris +De vous amer, ma gente Dame, +Qu'il n'est pas en puissance d'ame +De tourner ailleurs mes espris. +C'est à moy trop hault entrepris, + Com mal apris, +Mais blasmez en, s'il y a blasme, +Les biens, etc. + +Donc, puisqu'Amour ainsi m'a pris + En son pourpris, +Et que tant loyaument vous ame, +Amez moy, je prens sus mon ame +Que jamais n'en serons repris. +Les biens, etc + + + +RONDEL. + +M'amerez vous bien? +Dictes par vostre ame, +Mais que je vous ame +Plus que nulle rien; +Le vostre me tien, +Sans faire autre Dame. +M'amerez, etc. +Dictes par, etc. + +Dieu mist tant de bien +En vous, que c'est basme; +Pour ce, je me clame +Vostre, mais combien. +M'amerez, etc. + + + +RONDEL. + +C'est par vous que tant fort souspire, + Tousjours m'empire; +A vostre advis, faictes vous bien? +Que tant plus je vous vieulx de bien, +Et, sus ma foy, vous m'estes pire. +Ha! ma Dame, si grief martire, + Ame ne tire +Que moy, dont ne puis mais en rien. +C'est par vous, etc. + +Vostre beaulté vint, de grant tire, + A mon oueil dire +Que feist mon cueur devenir sien; +Il le voulut, s'il meurt? et bien, +Je ne lui puis aider, ou nuyre. +C'est par vous, etc. + + + +RONDEL. + +Pour mectre fin à mes douloureux plains, +Et aux ennuys dont je me sens si plains, + Fort me complains +A toute heure, mais remede n'y treuve, +Fors qu'il me fault de mort faire l'espreuve, + Ou dame neuve, +Car la mienne se rit, tant plus me plains; +Souvent m'a veu pleurant par brais et plains, +A triste cueur, de dueil paliz et tains, +Mais pensez vous que de riens et se meuve? + Pour mectre fin, etc. + +Nenny, ains dit par sa foy, qu'autres mains +Seuffrent des maulx plus que moy, soirs et mains, + Et qu'en ay mains +Que je ne dy, ainsi mon fait repreuve, +Bien lui plairoit qu'elle feust de moy veufve, + Son cas le preuve; +Ne suis je pas doncques en bonnes mains? +Pour mectre, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Temps et temps m'ont emblé jeunesse, +Et laissé es mains de Vieillesse, +Où vois mon povre pain querant; +Aage ne me veult, tant ne quant, +Donner l'aumosne de liesse. +Puisqu'elle se tient ma maistresse, +Demander ne lui puis promesse, +Pour ce, n'enquerons plus avant. +Temps, etc. + +Je n'ay repast que de foiblesse, +Couchant sur paille de destresse, +Suis je bien payé maintenant +De mes jeunes jours cy devant? +Nennil, nul n'est qui le redresse. +Temps, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Asourdy de Nonchaloir, +Aveuglé de Desplaisance, +Pris de goute de Grevance, +Ne scay à quoy puis valoir. +Voulez vous mon fait savoir? +Je suis presque mis en trance. +Asourdy, etc. +Aveuglé, etc. + +Se le Medicin Espoir, +Qui est le meilleur de France, +N'y met briefment pourveance, +Vieillesse estaint mon povoir. +Asourdy, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Dedens la maison de douleur, +Où estoit tres piteuse dance, +Soussy, Vieillesse et Desplaisance +Je vy dancer comme par cueur. +Le tabourin nommé Maleur +Ne jouoit point par ordonnance. +Dedens la, etc. +Où estoit, etc. + +Puis chantoient chancons de pleur, +Sans musicque, ne accordance; +D'ennuy, comme ravy en trance, +M'endormy lors, pour le meilleur. +Dedens la, etc. + + + +RONDEL. + +(Simonnet Caillau.) + +Dedens la maison de douleur, +Où n'a leesse, ne musique, +Mon las cueur gist merencolique, +Malade ou piteux lit de pleur. +Dieu! n'est ce pas grant maleur? +Il est pis que paralitique. +Dedens la, etc. +Où n'a, etc. + +Par racine, feuille, ne fleur, +Ne par medicine auctentique, +Remedier n'y scet phisique; +Confesse soy, c'est le meilleur, +Dedens la, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Je vous sans, et congnois venir, +Ennuyeuse Merencolie, +Mainteffoiz, quant je ne vueil mye, +L'uys de mon cueur vous fault ouvrir; +Point ne vous envoye querir, +Assez hay vostre compaignie. +Je vous sans, etc. +Ennuyeuse, etc. + +Jeunes pevent paine souffrir, +Plus que vieillars; pour ce, vous prie +Que n'ayez plus sur nous envie, +Ne nous vuelliez plus assaillir. +Je vous sans, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Mentez, menteurs à quarterons, +Certes point ne vous redoubtons, +Ne vous, ne vostre baverye, +Loyaulté dit, de sens garnie. +Fy de vous et de voz raisons; +On ne vous prise deux boutons, +Et pour ce, nous vous deboutons. +Esloignant nostre compaignie. +Mentez, etc. + +Voz parlez, pires que poisons. +Boutent par tout feu en maisons; +Que voulez vous que l'en vous die? +Dieu tout puissant si vous mauldie, +Vous donnant de maulx jours foisons. +Mentez, etc. + + + +RONDEL + +(Gilles des Ourmes.) + +Pour bien mentir souvent et plaisamment, +Mais qu'il ne tourne à aucun prejudice, +Il m'est advis que ce n'est point de vice, +Mais est vertu et bon entendement: +On en voit maint eslevé haultement, +Bien recueilly et requis en service, +Pour bien, etc. +Mais qu'il, etc. + +Mais controuveurs qui mentent faulcement, +Pour diffamer quelcun par leur malice, +Soient pugniz par droit, selon justice; +Pour ce, chascun s'avise saigement. +Pour bien mentir, etc. + + + +RONDEL. + +Des soucies de la court, +J'ay acheté aujourdui, +De deulx bien garny j'en suy, +Quoique mon argent soit court. +A les avoir chascun y court, +Mais quant à moy, je m'enfuy. +Des soucies, etc. +J'ay acheté, etc. + +Je deviens vieil, sourt et lourt, +Et quant me treuve en ennuy, +Nonchaloir est mon apuy, +Qui mainteffoiz me secourt. +Des soucies, etc. + + + +RONDEL + +(Jehan Monseigneur de Lorraine.) + +Je voy mal faire et mal parler, +Je voy meschefz renouveller, +Je voy loyaulté du tout morte, +Je voy trahison aspre et forte, +Je voy partout tout mal aler. +Je voy hayneurs entre acoler, +Verité voy dissimuler, +Grans et petiz sont d'une sorte. +Je voy mal, etc. + +Je voy vertuz aux piez fouler. +Je voy amictié desseler, +Raison voy musser à la porte, +Par mehain voy justice morte, +Quant honneur veult voile caller. +Je voy mal, etc. + + + +RONDEL. + +(Jehan Monseigneur de Lorraine.) + +Je prens le temps ainsi qu'il peut venir, +Je metz courroux hors de mon souvenir, +Je suis content de tout ce que j'oy dire, +Je n'ay soucy qui me garde de rire, +Je suis d'amours bien aise à tenir. +Dorenavant plus ne vueil vivre en dueil, +Dorenavant consentir plus ne vueil +Qu'ame, fors moy, ait de mon cueur la garde. +C'est folie d'asubgetir son vueil, +C'est simplesse que pour ung regart d'ueil, +Sans coup ferir, te blesser par mesgarde. +N'ay je pas droit de joyeulx devenir? +N'ay je cause de mon ennuy bannir? +N'ai je raison de rigueur desconfire? +Ne doy je pas paix et repos eslire? +Je dye oy, et pour ce maintenir, +Je prens le temps, etc. + + + +RONDEL. + +Je n'ay deffaulte que de veue, +Et ne congnois riens qu'à demy, +En nonchaloir j'ay tant dormy +Qu'ay mainte chose descongneue. +Vieillesse tient mon cueur en mue, +Accompaignée de soucy. +Je n'ay, etc. +Et ne, etc. + +Plus ne suis de la retenue +De jeunesse qui m'a banny; +Mais, au fort, puisqu'il est ainsi, +Souffrir fault fortune advenue. +Je n'ay, etc. + + + +RONDEL. + +Tais toy, cueur, pourquoy parles tu? +C'est folie de trop parler +De ce que ne puis amender, +Ton jangler ne vault ung festu; +Tu pers temps, d'espoir devestu. +Pense de toy reconforter. +Tais toy, etc. +C'est folie, etc. + +J'ay desja plusieurs ans vescu, +Et tant congnois qu'au par aler +Il faut bien, ou mal endurer, +Riens ne gaigner d'estre testu. +Tais toy, etc. + + + +RONDEL. + +Qu'a mon cueur, qui s'est esveillé, +A faire chancon, ou balade? +Dieu mercy, il n'est plus malade, +Tant a par eaue travaillé; +D'Orleans s'est appareillé +Aler à Blois mangier salade. +Qu'a mon, etc. +A faire, etc. + +Son harnois fourbira rouillé, +Quelque foiz aussi sa salade; +Mais qu'il ait joyeuse ambaxade, +Tout se trouvera retaillé. +Qu'a mon, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Tout plain ung sac de joyeuse promesse, +Soubz clef fermé, en ung coffin d'oublie, +Qui me poursuit, certes c'est grant folie, +Tant qu'on en ayt par raison, à largesse; +Craindre ne fault Fortune la diverse, +Qui Passe temps avecques elle alie. +Tout plain, etc. +Soubz clef, etc. + +Conseil requier à gens plains de sagesse, +Qui mieulx saura, si leur plaist, com le die; +Car Bon espoir, quoy qu'on le contrarie, +A droit vendra et trouvera richesse. +Tout plain, etc. + + + +RONDEL. + +(Benoist d'Amien.) + +Nagent en angoisse parfonde, +Où joye, ne plaisir n'abite, +Mon dolent cueur en nef mauldite, +D'Ercules a passé la bonde; +D'y avoir bien nul ne s'y fonde, +La voye si est interdite. +Nagent, etc. +Où joye, etc. + +L'aider, nul ne peut en ce monde, +Fors Thetis qui Deesse est dicte +De la mer, car, sans contredite, +En elle tout povoir habonde. +Nagent, etc. + + + +RONDEL. + +(Benoist d'Amien.) + +Tant plus regarde, moins y voy; +Et plus y voy, moins y congnois; +Le monde va de deux en trois, +Sans savoir comment, ne pourquoy. +Faulceté regne, et tient sa loy +En trestous les lieux où je vois. +Tant plus, etc. +Et plus, etc. + +Loyaulté si est en recoy, +Deboutée on l'a tant de foiz, +Que passez sont mains jours et mois, +Qu'on ne la vit, comme je croy. +Tant plus, etc. + + + +RONDEL. + +Dieu les en puisse guerdonner, +Tous ceulx qui ainsi tormenter +Font, de vent, de neige et de pluye, +Et nous et nostre compaignie; +Dont peu nous en devons louer. +Mais il fauldra qu'au par aller, +Comment qu'il en doye tarder, +Que nous, ou eulx, en pleure, ou rie. +Dieu les, etc. + +Or ca, il fault parachever. +Et puisqu'il est trait, avaler; +On congnoistra qu'est de clergie, +D'Orleans trait de Lombardie, +Tous bien faiz convendra trouver. +Dieu les, etc. + + + +RONDEL. + +Prenons congié du plaisir de noz yeulx, +Puisqu'à present ne povons mieulx avoir. +De revenir faisons nostre devoir, +Quant Dieu plaira, et sera pour le mieulx. +Il faut changier aucunefoiz les lieux, +Et essayer, pour plus, ou moins savoir. +Prenons congié, etc. +Puisqu'à, etc. + +Ainsi parlent les jeunes et les vieulx; +Pour ce, chascun en face son povoir, +Nul ne mecte sa seurté en espoir, +Car aujourduy courent les eurs tieulx queulx. +Prenons, etc. + + + +RONDEL. + +M'appelez vous cela jeu? +En froit d'aler par pays; +Or pleust à Dieu qu'à Paris +Nous feussions empres le feu. +Nostre prouffit veulent peu, +Qui en ce point nous ont mis. +M'appelez, etc. +En froit, etc. + +Deslyer nous faut ce neu, +Et desployer faiz et dis. +Tant qu'aviengne mieulx, ou pis. +Passer convient par ce treu. +M'appelez, etc. + + + +RONDEL. + +De Vieillesse porte livrée +Qu'elle m'a puis ung temps donnée, +Quoy que soit contre mon desir, +Mais maugré myen le fault souffrir, +Quant par Nature est ordonnée. +Elle est d'ennuy si fort bordée, +Dieu scet que l'ay chiere achaptée, +Sans gueres d'argent de plaisir. +De Vieillesse, etc. + +Par moy puist estre bien usée, +En eur et bonne destinée, +Et à mon souhait parvenir, +Tant que vivre puisse et mourir +Selon l'escript de ma pensée. +De Vieillesse, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Saluez moy toute la compaignie +Où à present estes à chiere lie, +Et leur dictes que voulentiers seroye +Avecques eulx, mais estre n'y porroye, +Pour Vieillesse qui m'a en sa baillie. +Au temps passé, Jeunesse si jolie +Me gouvernoit; las! or n'y suis je mye, +Et pour cela, pour Dieu, que excusé soye. +Saluez moy, etc. + +Amoureux fus, or ne le suis je mye, +Et en Paris menoye bonne vie; +Adieu bon temps, ravoir ne vous saroye, +Bien sanglé fus d'une estroite courroye, +Que, par aige, convient que la deslie. +Saluez moy, etc. + + + +CHANCON. + +Et eussiez vous, Dangier, cent yeulx +Assis, et derriere, et devant, +Ja n'yrez si pres regardant, +Que vostre propos en soit mieulx; +Estre ne povez en tous lieux, +Vous prenez peine pour neant. +Et eussiez, etc. +Assis, etc. + +Les faiz des amoureux sont tieux, +Tousjours vont en assoubtivant, +Jamais ne saurez faire tant +Qu'ilz ne vous trompent, se m'aist Dieux. +Et eussiez, etc. + + + +CHANCON. + +Patron vous fais de ma galée +Toute chargée de pensée, +Confort, en qui j'ay ma fiance, +Droit ou pais de Desirance, +Briefment puissiez faire arrivée; +Affin que, par vous, soit gardée +De la tempeste fortunée +Qui vient du vent de Desplaisance. +Patron, etc. + +Au port de Bonne destinée +Deschargez tost, sans demourée, +La marchandise d'Esperance; +Et m'aportez quelque finance, +Pour paier ma joye empruntée. +Patron, etc. + + + +RONDEL. + +Apres l'escarde route, +Mectons à saquement +Annuyeulx pensement, +Et sa brigade toute; +Il crye: Volte route, +Ralions nostre gent. +Apres, etc. +Mectons, etc. + +Se Loyaulté s'y boute, +Par advis saigement +Dye gaillardement: +Daly brusque sans doubte. +Apres, etc. + +RONDEL. + +Les fourriers d'Esté sont venus +Pour appareillier son logis, +Et ont fait tendre ses tappis, +De fleurs et verdure tissus: +En estendant tappis velus +De vert herbe par le pais. +Les fourriers, etc. +Pour, etc. + +Cueurs d'ennuy pieca morfondus, +Dieu mercy, sont sains et jolis; +Alez vous en, prenez pais, +Yver, vous ne demourerez plus. +Les fourriers, etc. + + + +RONDEL. + +Ce mois de May, ne joyeulx, ne dolent +Estre ne puis; au fort, vaille que vaille, +C'est le meilleur que de riens ne me chaille, +Soit bien ou mal, tenir m'en fault content: +Je laisse tout courir à val le vent, +Sans regarder lequel bout devant aille. +Ce mois, etc. +Estre ne, etc. + +Qui Soussy suit, au derrain s'en repent; +C'est ung mestier qui ne vault une maille, +Avantureux comme le jeu de faille, +Que vous semble de mon gouvernerment? +Ce mois, etc. + + + +RONDEL. + +Le temps a laissié son manteau +De vent, de froidure et de pluye, +Et s'est vestu de brouderie +De souleil luisant, cler et beau. +Il n'y a beste, ne oyseau, +Qu'en son jargon ne chante, ou crie: +Le temps, etc. +De vent, etc. + +Riviere, fontaine et ruisseau, +Portent, en livrée jolie, +Goutes d'argent d'orfaverie, +Chascun s'abille de nouveau. +Le temps, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Mais que mon propos ne m'empire, +Il ne me chault des faiz d'Amours, +Voisent à droit, ou à rebours, +Certes je ne m'en fais que rire. +En ne peut de riens m'escondire, +Aide ne requiers, ne secours. +Mais que, etc. +Il ne me, etc. + +Quant j'oy ung amant qui souspire, +A, ha! dis je, vela des tours +Dont usay en mes jeunes jours. +Plus n'en vueil, bien me doit souffire. +Mais que, etc. + + + +RONDEL. + +(Robertet.) + +Ung droit Cesar en liberalité, +Ung grant Chaton en pure integrité, +Ung Fabius en foy non defaillable, +Vous tient chascun vray, constant et estable, +Duc D'ORLIENS, prince tres redoubté. +En si hault sang, parfonde humilité, +Clemence grant et magnanimité, +Cela avez; mais vous passez, sans fable, +Ung droit Cesar, etc. + +En vostre bouche tousjours a verité, +En cueur, amour et ardent charité, +En loyaulté non jamais variable; +Qu'affiert il plus à Prince si notable? +Puisqu'on vous tient, parlant en equité, +Ung droit Cesar, etc. + +Ung robertet indigne à porter plume, +Pour atouchier apres voz haulx escriptz, +Ces petiz vers icy vous a escriptz, +De rude mains, plus pezant qu'un enclume. + + + +RONDEL. + +(Cadier.) + +Vous l'ung des plus nobles du monde, +Prince, tres redoubté Seigneur, +A Blois m'avez acreu d'onneur, +Dont joye en moy trop surhabonde. +Par vostre humilité parfonde, +Dieu vous en soit retributeur. +Vous l'ung, etc. +Prince, etc. + +J'ay peu science, moins faconde, +Et encore prudence mineur, +Et vous me clamez serviteur +Digne pour estre en table ronde. +Vous l'ung, etc. + +Cadier, qui endormy estoit, +Avez tout esveillé en joye, +Il prie Dieu qu'il vous octroie +Autant de bien qu'il vous vouldroit. + + + +RONDEL. + +(Bourbon.) + +Gardez vous bien du cayement, +Ung chascun tendez y l'oreille, +Pour vous decevoir tousjours veille, +Escoutez s'il dit vray, ou mant. +Il vous trompera meschamment, +Pour ce que sans cesser traveille. +Gardez, etc. +Ung chascun, etc. + +Dieu met en mal an le flament, +Vous direz qu'il dort et sommeille +Quant il va; mais il se reveille +En temps et lieu, incessamment +Gardez vous bien, etc. + + + +RONDEL. + +Des droiz de la porte Baudet, +Pour toute recompense et paine, +Tout au beau long de la sepmaine, +Suis servy comme ung grant cadet; +Si doulx ne sont que muscadet, +Rien n'en vault le fruit, ne la graine. +Des droiz, etc. +Pour toute, etc. + +C'est bien joué du soubz coudet, +Puisqu'il le fault, ribon ribayne, +Endurer, comme à la quintayne, +On en deust servir Mistodet. +Des droiz, etc + + + +RONDEL. + +Gardez vous bien de ce fauveau, +C'est une dangereuse beste, +Arsoir, me donna par la teste, +Tant qu'il me rompit le cerveau. +Il est ferré tout de nouveau, +Et rue comme la tempeste. +Gardez vous bien, etc. +C'est une, etc. + +Et combien qu'il soit bon et beau, +Doulx au brider, et faisant feste +A ung chascun, vous amonneste +Que vous ne le peignez sans eau. +Gardez vous bien, etc. + + + +_BALADE_. + +En ceste nouvelle saison +Qui remplist jeunes cueurs de joye, +Et qu'Amours sault de sa maison +Pour conquester aucune proye; +Nulle riens n'ay qui me guerroye, +Se non Jeunesse qui me prie +D'estre amoureux plus conques mais, +Mais ainsi ne feray je mye, +Il me vault mieulx tenir en paix. + +Je ne congnois point d'achoison +Pourquoy son conseil croire doye, +En elle n'a riens de raison; +Pour trop fol doncques me tendroye, +S'apres elle me gouvernoye; +Quel besoing est que je me lie? +Quant je suis franc en tous mes fais; +Pardieu, ce seroit grant folie. +Il me vault mieulx tenir en paix. + +Je suis de ceste entencion, +Et seray quelque part que soye; +Mais Pieu me gart de la prison +Qu'Amours souventeffoyz m'envoye, +Par mes yeulx qui trop vont en voye, +Combien que souvent je leur die +Qu'ilz font mal, dont je leur desplais; +Pour ce, pour avoir d'eulx maistrie, +Il me vault mieulx tenir en paix. + +L'ENVOY. + +J'ay essayé toute ma vie +Qu'est de porter amoureux faiz, +Pourquoy congnois, sans moquerie, +Il me vault mieulx tenir en paix. + + + +RONDEAU. + +J'ay tant en moy de desplaisir, +Puisqu'il me convient departir, +Helas! de vous, et loing aller: +Et si ne puis à vous parler, +Dont j'auray maint mal à souffrir; +N'est riens qui puist esjoir, +Si n'est le tres doulx souvenir +Que j'ay par vous bien fort amer. +J'ay tant, etc. + +Adieu ma joye, mon plaisir, +Adieu mon loyal souvenir, +Adieu belle Dame sans per; +Adieu dire m'est coup mortel, +Car je m'en vois sans vous veoir. +J'ay tant, etc. + +RESPONCE. + +Mon amy, Dieu te convoye, +Et brief te remaint à joye, +A ton honneur et plaisir, +Tout ainsi que je desire, +Mieulx que dire ne sauroye. +Si par souhait je povoye, +Plus souvent te reverroye +Mais, car ne te puis veoir. +Mon amy, etc. + +Ceste chancon je t'envoye, +De m'amour par grant montjoye, +Si t'en vueilles esjoir; +Car te jure, sans mentir, +Que t'ayme loing que je soye. +Mon amy, etc. + + + +CHANCON. + +Faire ne puis joyeulx semblant, +Reconfort n'ay, qui soit plaisant +A moy qui suis sans mon amy; +Il a long temps que ne vous vy, +Ne le verray, je ne scay quant? +Faire ne puis, etc. + +Guerir ne puis du mal qu'ay tant, +Helas! emy! jusques à tant +Retournera celluy pourquoy. +Faire ne puis, etc. + +Mon cueur si est si desplaisant, +Aussi bien doit estre dolent, +Il m'ayme tant! si foys je lui; +Ne le mectray point en oubli, +Et l'ameray en l'actendant. +Faire ne puis, etc. + + + +CHANCON. + +Faictes pour moy com j'ay pour vous, +Retenez moy, par dessus tous, +Amy tout seul, tres belle Dame, +Je vous jure sur Dieu, sur m'ame, +Ne vueil servir autre que vous. +Faictes pour moy, etc. + +Guerrissez moy du mal d'Amours, +Et me donnez du bien de vous; +Reconfort tel plus ne m'en chaille, +Mon bien, m'amour, mon fin cueur doulx, +A vous me rens, à vous suis tous. +Faictes pour moy, etc. + +Je vous ayme plus que autre femme, +N'autre que vous n'aura la garde, +Helas! de moy qui suy à vous. +Faictes pour moy, etc. + + +LE LAY PITEUX. + +Bonne saison, bon temps avoye, +Helas! amy, quant vous veoye, +Reconfort bon en vous prenoye; +Tant de plaisir et d'autre bien +Rejoissoit ma seule joye, +A vo vouloir me soubzmectoye, +Nul autre bien ne demandoye, +Dessoubz les cieulx pour estre mien, + +Que vostre amour qui tant amoye, +En vous servant me delictoye, +Et pourquoy moult seur estoye +Que vous m'amiez tres loyaument; +Et quant jadiz vous requeroye +Que vo servant estre vouloye, +Mon seul vouloir vous appelloye, +Et mon vaillant entierement. + +Vous me dictes si doulcement, +En moy baisant et accollant, +Amy, amons nous chierement, +Baille ton cueur, et prens le mien; +Et je changay joyeusement, +Et vous aussi si liement, +Et feismes loyal serment +Qu'avons tenu, je le scay bien. + +Et est vray qu'oncques crestien +En amours n'eust autant de bien, +Gardant vostre honneur et le mien, +Que j'ay eu, et sans avoir blasme, +Vo doulx acueil, vo doulx maintien. +Vostre plaisir, que fust le mien, +Car sans cellui, ne m'estoit rien, +Je le jure sur Dieu, sur m'ame. + +Si vous baillay le mien en garde, + Belle Dame, + Prenant charge +De vous loyaument servir, +Sans reprouche, ne diffame, + Sur mon arme, +Sans jamais de vous partir. + +Helas! quant d'elle partoye, + Je pensoye + Quant pourroye +Bientost vers elle venir, +Nuit et jour je la sonjoye, +La veoye parler, aler et venir; +Tant espris d'elle estoye, +Qu'en veillant je l'appelloye, +Puis que bien loing en estoye, +A soy cuidoye parler; +Mais puis bien apres veoye + Que resvoye, +Me prenoye à plourer. + +Cest dueil m'estoit à porter, +Et bien aise endurer, +Car bientost, du retourner +Me prenoit tres grant talent; +En elle si fort penser, +Ma joye renouveller +Me faisoit incontinent. + +Et quant venir n'y povoye, +Entre deux lui rescripvoye, +Son nom et le mien mectoye +Escript bien estrangement; +Et puis quant je la veoye, +Dieu scet quel chiere j'avoye +Recueilly joyeusement. + +Puis nous faillu esloingner +L'un de l'autre, guermenter, + Car dangier, +Plusieurs autres mesdisans +Nous firent tant endurer, + Et plourer, + Tourmenter, +Oncques puis n'eusmes bon temps +Et puis entre autre gent +Failloit, en nous esloingnant, +A plusieurs autres parler, +Avoir autre pensement, +Muer la couleur souvent, +Sans l'un l'autre regarder. + +Helas! elle s'esbatoit, +Et bonne chiere faisoit +A tous autres, fors qu'à moy, +Dont mon cueur fort souspiroit, +Quant elle me regardoit, +Je vous jure par ma foy. + +Dont sourdit grant jalousie, +Car elle ne creoit mye +Que n'eusse fait autre amye; +Ainsi me sembloit il d'elle, +Que s'amour me fust faillie, + Departie, + Et guerpie, +M'eust laissié la bonne belle. + +Dont ensiues grant querelle; + Moy et elle, +Advint qu'en une chappelle +Nous nous trouvasmes tous deux, +Et je lui dis: Bonne et belle, +Ne me soiez si cruelle, +Puisque nous sommes tous seulz. +Dictes moy vostre vouloir, +Ne me vueillez decevoir, +Ne mectre à nonchaloir; +Car, vers vous, n'ay rien forfait. + +Mon amy, vueillez savoir, +Vous me feistes trop douloir, +Ne savez vous comment il m'est? +Vous m'avez abandonnée + Et laissiée, + Desolée, + Esloingnée; +A qui oseray je dire +Ma tres dolente pensée + Qui grevée +M'a, et trestant mal menée +Que je vis en grant martire. + +N'est riens qui me puist souffire, + Tant ay d'ire; +Quant les autres vous voy rire, +Et grant joye demener, +Je ne vueil avoir nul mire + Qui me mire, +J'ayme mieux mes jours finer. + +Et lors nous nous advisames, +Et l'un l'autre pardonnasmes, +Car pour obvier mains blasmes, +Il nous faillut eslongner; +Noz amours renouvellasmes, +Et de nouvel, nous jurasmes +De nous loyaument amer. + +Cecy nous dura long temps, +On dit qu'au bout de sept ans, +Revient voulentiers mal ans +Ainsi m'est il advenu, +Dont je vis piteusement, + En tourment, +Las! je suis pis que perdu. +Helas! tres cruelle mort, +Tu me fais crier à tort + A la mort, + Que ma mort +Bonnement ne l'ose dire + Mon confort, +Ma joye et mon deport. + +Or me fault passer du port +Du royaulme en l'empire +De tout plaisir, en tristesse, +Mectre mon cueur en destresse + Qui me blesse, + Et ne cesse +De destruire ma jeunesse, +Puis que m'as mort ma maistresse. + + Dont liesse + Si me blesse, + Helas! qu'esse + Qui me presse +De dire las! que feray? +Que diray? où iray? + + Si mourray, +Ou si de dueil creveray, +Car je n'ay que esmay +Helas! et où me mectray +Jusques mes jours fineray! +En lieu ne reposeray +Jusque là où la verray. + +Car pour ce que tant l'aymay, +Tous les jours souhaiteray +La mort qui desja m'aprouche, +Entre deux je ne vouldroye +Estre en lieu où eust joye, + Com souloye, +Car ma douleur doubleroit. + +Veoir ce qu'avoir souloye, +Helas! car mieulx ameroye +M'enfouir où que que soit, +Disant adieu tres douloureux, +Adieu, adieu tous amoureux, +Adieu le plaisir de mes yeulx, +Adieu, sans plus estre joyeulx. + +Adieu le bien de tous les lieux, +Adieu le mien dessoubz les cieux, +Adieu regard tres gracieux, +J'en preing congié de cueur piteux; +Si fineray ma complainte, +Ma joye sera actainte, +Et de douleur auray mainte. + + Grant actainte +Dont il me convient languir, + Et sevir, +Car j'ay aymé, et sans fainte, +Celle qu'avoye tant crainte, +Que pour elle vueil mourir. + +Sa tres bonne renommée, +Sa grace de tous louée, +Et de beauté aournée, +Tant amée et prisée, + Desirée +De tres toute autre gent, +La fait estre regrectée, +Dont ay la mort demandée, +Toute joye oubliée, +A Dieu son ame command. + +Et saichiez certainemment +Trestous li leal amant, + J'en dis tant, +Sans nulle dame blasmer, +Que c'estoit la plus plaisant +Des belles, et avenant, +Com peut des yeulz regarder. +C'est le reconfortement +Que j'ay en mes jours finant, +En priant humblement +A Dieu, tres devotement, +Qu'en son Paradis briefment +Son ame puisse trouver. + + Sans vous veoir, + Pres du manoir, + Amy de vous, + Fine mes jours + Cest derrain soir, + Veuillez savoir + Qu'à nonchaloir + Mis par vous tous. + Sans vous, etc. + + Mourant espoir + Ferez devoir, + Souviengne vous + Que laissay tous, + Par vous vouloir. + Sans vous, etc + + Faulce mort, + A grant tort, + M'as grevée, + Et ostée + Mon deport; + Mon cueur mort, + Car trop fort + L'as serré. + Faulce, etc. + + Pres du bort + Du mal port + M'as laissiée + Desolée, + Sans confort. + Faulce, etc. + + + +BALADE. + +Bien puis dire souvent: helas! +Comment m'est il mesavenu! +La mort que moqué ne m'a pas, +La belle bonne m'a tollu, +Et m'a laissié despourveu +De tous les biens qu'avoir souloye, +Tout plain d'ennuy, sans point de joye, +Sy pry à Dieu qu'en son manoir, +L'ame de soy tout droyt envoye, +Où la puisse briefment veoir. + +Helas! amy, d'un de ses dars +Soudainement Mort m'as feru; +De mon meschief, je n'ose pas +Faire semblant, qu'ay receu. +Or, ay je bien trestout perdu, +Car seulement quant je pensoye +De la veoir, m'esjoissoye, +Ou pres, ou loing, et main, et soir; +Or à présent, estre vouldroye +Où la puisse briefment veoir. + +He! Dieu d'amour trop pugny m'as, +Sans toy me faire deceu, +Quant me souvient qu'entre ses bras +Amy tout seul m'ot retenu, +Mon cueur et moy si bien pourveu; +Estre tout sien lui promectoye +Tres loyaument, et lui disoye: +Vueillez vostre amy recevoir; +Or à present, estre vouldroye +Où la puisse briefment veoir. + +EXPLICIT LE LAY PITEUX. + + + + GLOSSAIRE-INDEX + + +A + +ABRIÉ, abrité, caché. +ACHOISON, cause, motif. +ACTARGIER, retarder, attendre. +AD, à. +ADOULÉ, triste, chagrin. +AINCOIS, auparavant, cependant. +ALQUEMIE, alchimie. +ANGOULESME (madame d'). Marguerite de Rohan, femme de Jean, comte +d'Angoulême, frère de Charles d'Orléans. +ANOY, ANUY, ennui. +ANUYT, aujourd'hui. +ARQUEMIE, alchimie. +ARRAY, équipage, arrangement. +ABSOIR, hier au soir. +ASSENER, assigner, établir. _A ma mal assenée_ (page 360, vers 21); +c'est-à-dire, _à ma mal partagée_. +ASSENTIR, consentir, acquiescer. +ASSERER, maîtriser, prendre. +ASSOMER, compter, nombrer. +ASSOUBTIVER, ruser, feindre. +ATIRER. Au vers 2 de la page 273. L'auteur veut dire que _Confort_ n'a +donné à son coeur ni soin, ni conseil; _atirer_ signifie ici préparer, +régler, disposer, et est employé comme substantif. +ATOUT, avec. +ATREMPÉ, modéré. +AUMAIRE, armoire. +AVOYÉ, celui qui est dans le chemin. + +B + +BAFFE, soufflet, coup. +BAGUES, bagages, bardes. +BALLAIS (rubis), sorte de rubis couleur de vin paillet. +BAILLIE, garde, juridiction. +BAUDET. La porte Baudet ou Baudoyer, bâtie sous Philippe-Auguste, +donnait dans la rue Saint-Antoine. +BAUDEMENT, joyeusement. +BEAUJEU (Monseigneur de). Pierre II, duc de Bourbon. +BEAUSSERONS, habitants de la Beauce. +BETOURNER, détourner. +BRAHAING, stérile. +BRAI, cri, pleurs. + +C + +CABAS, tromperie, subtilité. +CABUSEUR, trompeur. +CAMELINE, espèce de sauce. +CATOILLER, chatouiller. +CAYEMENT, vagabond, mendiant. +CHALENGER, réclamer. +CHANU, blanchi. +CHASTOY, châtiment, punition. +CHATON, Caton. +CHEVANCE, richesse, héritage. +CHEVIR, venir à bout. +CIL, celui. +COFFIN, corbeille, coffre. +CONNIN, lapin. +CONSEULX, projets, desseins. +CONVOYER, accompagner. +COURCER ou COURCIER, courroucer. +COUSTÉ, côté. +CREMIR, craindre, trembler. +CRESEIDE (page 69), probablement _Cresside_. +CUEUVRECHIEF, coiffure, voile. + +D + +DECEPTE, tromperie, feinte. +DEDALUS. Au vers 22 de la page 407, le mot _Dedalus_ est pris +adjectivement; l'auteur compare sa mélancolie au labyrinthe construit +dans l'île de Crète par Dédale. +DELITER, réjouir. Page 385, vers 19; _Reffus a (et non pas _à_) _mon +cueur délité_, c'est-à-dire: Refus a réjoui mon coeur. +DEMENTER (se), se plaindre. +DEPORT ou DEPPORT, plaisir, joie. +DERRAIN, dernier. +DERRAINEMENT, dernièrement. +DESERTE, mérite. +DESIRIERS, désirs. +DESPENDRE, dépenser. +DESSELER, renverser de cheval. +DESSERVIR, mériter. +DESTOURBER, empêcher, troubler, détourner. +DESTAINDRE, éteindre. +DOINT, donne. +DOUBTER, craindre. +DOULCINÉS, douillets, délicats. +DOULOIR, (se) se plaindre, s'affliger. +DOVRE, Douvres, en Angleterre. +DUIRE ou DUYRE, conduire. + +E + +ELLE pour _aile_. Voy. p. 256, 272, 314. +EMBATTRE (s'}, s'attacher, se joindre. +EMBLER, enlever. +EMY, hélas. +EMPIECE, bientôt. +EMPRES, proche, auprès. +EMPRISE, entreprise. +EMCOMBRIER, malheur, embarras. +ENFANCHONNES, petits enfants. +ENS, dedans. +ENSIVES, de _ensievir_, suivre, sortir. +ESBANOY, joyeux, réjoui. +ESCANDRE, scandale, dispute. +ESCARDE, lisez _escadre_ troupe, compagnie. +ESCHARSEMENT, mesquinement, avec avarice. +ESCHEVER, éviter. +ESCHOITE, succession, héritage. +ESCREMIE ou ESCREMYE, escrime. _Jouer de l'escremye_; voyez _Escremyr_. +ESCREMYR (s'), s'escarmoucher, lutter. +ESFROYÉ, effroyable. +ESGRUN, herbe amère. +ESMAY, étonnement, embarras. +ESMAYER. Au vers 27 de la page 197, _esmayer_ signifie à proprement +parler: _Planter le mai_. Le poëte prie, la dame de ses pensées de +l'_esmayer_, c'est-à-dire de lui envoyer, à l'occasion du mois de mai, +_un reconfort bien garny de liesse_. +ESSORER (s'), s'élever, prendre son essor. +ESTAMPES Jean de Bourgogne, duc de Brabant et comte d'Etampes. +ESTEUF, balle pour jouer à la paume. +ESTOUPPER, boucher, fermer. +ESTRIF, querelle, dispute. +ESTRIVANCE, malaise, inquiétude. + +F + +FAÉ, FAIÉ, fait, fabriqué, conclu. +FAITIS, beau, agréable. +FEL, méchant, cruel. +FELLEMENT, méchamment, cruellement. +FERMER, affermir, déterminer. +FEURRE, chaume. _Ou feurre de prison_ (page 145), sur la paille de la +prison. +FOLEUR, FOLLEUR, ardeur folie, extravagance. +FOURCELLE, poitrine. + +G + +GAIGE. _Que gaige je vous appelle_ (p. 54, vers 20); c'est-à-dire que je +vous provoque au combat. +GALÉE, vaisseau, navire. +GALER, se réjouir, se régaler. +GARMENTER (se), gémir, se plaindre. +GAST, ruinp, dégât. +GESIR, dormir, se coucher. +GLAY, ramage, gazouillement des oiseaux. +GREIGNEUR, plus grand. +GREVANCE, chagrin, injure, affliction. +GUERDON, GUERDONNEMENT; récompense. +GUERDONNER, récompenser. +GUERMENTER, gémir, pleurer. + +H + +HANCHE (p. 174, vers 18). On appelait le croc en jambe le _tour de haute +hanche_. +HANIR, hennir. +HARER, exciter, pousser. +HARONDE, hirondelle. +HASTIS, vif, emporté. +HAYNEUR, celui qui hait. +HERAULT, voyez _Poursuivant_. +HOURDER, enduir, couvrir. +HUCQUE, sorte de capuchon. +HUTIN, querelle, tapage. + +J + +JAME, pierre précieuse, bijoux. +JANGLER, bavarder. +JANGLERIE, bavardage, vanterie. +JANGLEUR, bavard. + +K + +KARESME PRENANT. On désignait ainsi les trois jours qui précèdent le +mercredi des Cendres. + +L + +LAIZ, laïques. +LAME, tombeau. +LANGAGIER, parler. +LESIR, loisir. +LEZ, auprès de. +LIE, joyeux. +LIEMENT, joyeusement. +LIPPE, lèvre. _Faire la lippe_, c'est-à-dire faire la moue. +LOS ou LOZ, louange, réputation, faveur. +LOSENGIER, trompeur, incertain. +LYE, LYEMENT, voy. _Lie, Liement_. + +M + +MAIN, pour _matin_. +MAIN MISE. Ancien terme de jurisprudence, action de saisir, de prendre. +MAINS, pour _moins_. Au vers 9 de la page 216. _Mains_ signifie (je) +_demeure_, du latin _manere_. +MAINSSÉ, découpé. +MAINTENEMENT, maintien. +MAISTRIE, puissance, autorité. +MAL, méchant, nuisible. +MALLEMENT, méchamment. +MALEURÉ, infortuné, malheureux. +MANOIR, demeurer. +MARMlTEUX, triste, dolent. +MARTIN. (malade du mal saint). Page 157, vers 12. C'est-à-dire porté à +l'ivrognerie. +MEHAIN, tort, méchanceté +MEINS, pour _moins_. +MERCHER, marquer, désigner. +MESCHIEF, malheur, accident. +MESGNIE, famille. +MESPRISON, injustice, outrage. +MESTRIER, dominer. +MIE, nullement. +MIRE, médecin, chirurgien. +MIRLIFIQUES, petits bijoux, menues curiosités. +MONTRE. Pag. 108, vers 11. _Croizé aux montres de liesse_; c'est-à-dire +mis au rebut, condamné à être privé de toute joie. +MONTJOYE (grand), abondamment. +MOSNIER, meunier. +MUSSER, cacher. + +N + +NEIZ, même, si ce n'est, non plus. +NES, pas. +NICE, NYSSE, niais, innocent. +NICEMENT, niaisement. +NOUER, nager, naviguer. +NOURRIS, adeptes, nourrissons. +NYSSE, voy. _Nice_. + +O + +OCTRIE pour _octroye_. +ORINE, urine. +ORT, sale, impur. +OUVRIER, travailler. + +P + +PAINTURE, feinte, tromperie. +PAISE, lisez. _Plaise_, p. 338, vers 32. +PAON. Pag. 377, vers 27. _Faire voeu aux dames et aux paons_ était un +usage dont l'histoire et les romans du moyen âge offrent de nombreux +exemples. A la fin du banquet, on apportait aux convives un paon ou un +faisan, sur lequel juraient les dames et les chevaliers: on appelait +cette cérémonie, le _serment du paon_. +PAR ALER (au), au retour, à la fin. +PARCONNIER, participant, compagnon. +PARTUER, tuer. +PASTIS, pâturages, enclos. +PAVAIS, bouclier. +PENANCE, douleur, pénitence. +PER, égal, pareil, compagnon. +PESSON, droit de pâture. +PIECA, longtemps, depuis longtemps. +PLANTÉ (à grant), en nombre, en grande quantité. +PLOY, pli. +POU, peu. +POURPRIS, jardin. +POURSUIVANT D'ARMES. Page 245 vers 1. Allusion aux coutumes de la +chevalerie. Les _héraults d'armes_ présidaient aux tounois, en +arrêtaient les conditions, et _montaient sur l'échaffaut_, ainsi que dit +le poëte, pour surveiller les combattants et désigner le vainqueur. Les +_poursuivants d'armes_ étaient un corps de jeunes gens parmi lesquels on +choisissait les _héraults_. +POY, peu. +PROVEHEUR, pourvoyeur. + +Q + +QUEU, cuisinier. +QUIEULX, quels. +QUINTAINE. Jeu qui consistait à frapper un but, soit avec des fleches, +soit avec d'autres armes. + +R + +RACHASSER, rabattre. RAMENTEVOIR (se), se souvenir, se rappeler. +REMAINT, voy. _Remanoir._ +REMANOIR, demeurer. +REPREUVE, injure, reproche. +RESCOUS, délivré, secourus. +RESSOINGNER, craindre, appréhender. +RETRAIRE, retirer. +RIOTEUX, querelleur. +RONSSIN, cheval. + +S + +SALMON, Salomon. +SANS signifie quelquefois _sens_, de _sentir_. Voy. p. 119, 413. +SAULONGNOIS, habitants de la Saulogne. +SAUSSOYE. Pag. 94, vers 4. Lieu planté de saules. Sainte-Palaye a vu +dans ce mot une allusion a l'abbaye de la Saussoye, près de Villejuif. +SEBELIN, fourré de martre zibeline. +SEREMENTÉ, lié par un serment. +SOLACER (se), se divertir. +SOUBTIS, subtil, adroit. +SOULDOYER, qui reçoit des gages, une paye. +SOUSSIE, souci. +SOUTIVETÉ, subtilité, finesse. +SUIR ou SUYR, suivre. + +T + +TABLIER, table ou carton pour jouer aux dés, aux échecs, etc. +TALANT, volonté, désir. +TALENTER (se), s'inquiéter. +TANNÉ, couleur brune. +TAYS, Thaïs, courtisane du quatrième siècle, célèbre par sa conversion +au christianisme. +TENEUR, voix de ténor. +TIEULX, tels. +TIRE (de), toute de suite, immédiatement. +TOUTE. Pag. 112, vers 13. La _toux_. +TRESQUE, dès que. +TRIACLE, thériaque. +TRUAIGE, impôt, subside. + +V + +VALENTIN (saint). L'abbé Goujet, qui a remarqué avant nous les nombreux +passages où Charles d'Orléans cite saint Valentin, s'exprime ainsi: «Le +jour de la fête de saint Valentin, qui se célèbre le quatorzième de +février, arrive assez communément durant le temps de carnaval; et en +ce même jour c'était un usage dans plusieurs cours de l'Europe que +les cavaliers s'assemblassent pour donner quelque fête aux dames, et +qu'ensuite on tirât au sort pour assigner à chaque dame un cavalier, qui +était tenu de lui rendre ses services durant une année, d'être à ses +ordres, etc. Cette servitude volontaire durait jusqu'au même jour de +saint Valentin de l'année suivante.» _(Bibl. franç._ t. IX, p. 266.) +VAULSIT, voulût, de _vouloir_. +VIAIRE, visage. +VOLTER, tourner, retourner. +VUIT, VUYS, vide. + + + + + + + + +End of Project Gutenberg's Poésies de Charles d'Orléans, by Charles d'Orléans + +*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 14343 *** diff --git a/14343-h/14343-h.htm b/14343-h/14343-h.htm new file mode 100644 index 0000000..12263f6 --- /dev/null +++ b/14343-h/14343-h.htm @@ -0,0 +1,21074 @@ + + + + + Poesies de Charles d'Orleans + + + + + + +
*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 14343 ***
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POÉSIES
DE
CHARLES D'ORLÉANS

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PUBLIÉES AVEC L'AUTORISATION DE
M. le Ministre de l'Instruction +Publique.

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D'après les manuscrits des bibliothèques du Roi et de l'Arsenal.

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PAR J. MARIE GUICHARD.

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1842

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INTRODUCTION.

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En 1734, l'abbé Sallier, homme savant et judicieux, prononça pour la +première fois le nom d'un poëte qui peut passer à bon droit pour un +des plus élégants et des plus accomplis parmi ceux de notre vieille +langue1. La parole du docte académicien qui exhumait Charles d'Orléans +après trois siècles d'oubli, semble avoir eu un faible retentissement; +ceci ne nous surprend pas. D'abord, la description et quelques extraits +du manuscrit étaient insuffisants à mettre dans sa lumière un +personnage si nouveau; puis, la critique d'alors, à peu près uniquement +circonscrite dans les limites de l'érudition grecque et latine, se +souciait peu d'un poëte à peine âgé de quelques centaines d'années. +Évidemment l'époque était mal choisie pour une réhabilitation. En +remontant un peu plus haut, Boileau, a-t-on dit maintes fois, n'a pas +nommé Charles d'Orléans; ceci prouve que Boileau, esprit d'un tact +exquis, n'avait pas lu un seul vers du recueil que nous publions +aujourd'hui. Mais si dans tout cela une chose doit étonner, c'est le +silence incompréhensible des écrivains du seizième siècle.

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Note 1: (retour) Mém. de l'Acad. des Inscrip. t, XIII, année +1740, p. 593.
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Petit-fils de Charles V, le roi lettré de l'ancienne monarchie, neveu +de Charles VI, père de Louis XII et oncle de François Ier, Charles +d'Orléans fut le chef d'une faction puissante qui ébranla la France +pendant un demi-siècle; il poursuivit sans relâche le meurtrier de son +père assassiné rue Barbette par Jean de Bourgogne; il vécut au premier +rang dans les guerres civiles; enfin, lui et les siens se trouvent +mêlés à tous les désordres, à toutes les agitations de l'époque la +plus troublée des temps modernes. Certes, il faudrait moins que cela +aujourd'hui pour illustrer de mauvais vers, et on se demande pourquoi +les poésies si remarquables d'un homme qui réunissait d'ailleurs toutes +les conditions apparentes de la célébrité, sont restées dans l'ombre? +François Ier faisait publier les ouvrages de Villon, et il oublia son +oncle, le maître de Villon. Octavien de Saint-Gelais, Blaise d'Auriol +et les poëtes de ce temps pillaient effrontément Charles d'Orléans, +les compilateurs prenaient ses ballades2, et personne ne signale le +plagiat. Bien plus, Marot a dit: «Entre tous les bons livres imprimez de +la langue françoise, ne s'en veoit ung si incorrect, ne si lourdement +corrompu, que celluy de Villon: et m'esbahy, veu que c'est le +meilleur poète parisien qui se trouve3. Cependant, et Marot le +savait sans doute mieux que nous4, Charles d'Orléans composa certaines +de ses ballades avec une délicatesse de pensée et une perfection de +langage que Villon n'atteignit jamais; il fut en outre l'instigateur +d'un grand mouvement littéraire où Marot a tenu assurément une des +premières et des plus larges places.

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Note 2: (retour) Voyez le Jardin de Plaisance, où se trouvent, +mêlées à d'autres poésies du temps, deux ballades de Ch. d'Orléans.
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Note 3: (retour) Voy. la préface des Oeuvres de Villon, publiées +par Marot.
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Note 4: (retour) La ballade de Marot, intitulée: D'un amant ferme en +son amour, est tout à fait dans le goût de Ch. d'Orléans.
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Lorsqu'on écrit la vie d'un poëte, on interroge curieusement ses vers, +on y découvre les secrets de sa pensée, on aime à suivre les impressions +les plus fugitives de son âme, et on saisit le caractère qui leur +appartient. C'est là une étude attrayante et pleine d'enseignements +imprévus. Sans doute, nous pourrions raconter ici le meurtre de Louis +d'Orléans, épisode sanglant qui domine tout le règne de Charles VI; nous +pourrions suivre pas à pas les péripéties diverses de cette guerre de +parents à parents, où les uns s'appelaient Armagnacs, les +autres Bourguignons, ceux-ci Cabochiens, et ceux-là +Écorcheurs. Mais ces récits se trouvent partout; l'histoire +abonde en matériaux de toute sorte, et il serait facile de grouper +autour de Charles d'Orléans des volumes de pièces inédites ou déjà +publiées. Le prince et le chef de parti sont connus, nous cherchons +le poëte; aussi écarterons-nous tout ce qu'il n'est pas absolument +nécessaire de connaître pour l'objet que nous nous sommes proposé dans +cette notice.

+ +

Louis d'Orléans et Valentine de Milan sa femme eurent trois fils: +Charles, l'aîné, d'abord comte d'Angoulême, puis duc d'Orléans, naquit à +Paris le 26 mai 13915. Louis a laissé la réputation de ce qu'on peut +appeler un prince lettré; il protégea Christine de Pisan, il rimait des +ballades; passionné pour les fêtes et les plaisirs, sa maison était +le rendez-vous des beaux esprits, des femmes séduisantes et des plus +aimables gentilshommes6. On sait l'âme tendre et mélancolique de +Valentine, son exquise beauté, son inépuisable amour pour un mari dont +le libertinage sans frein était un scandale public; l'épouse résignée +se voua toute entière à l'éducation de ses enfants. L'histoire n'offre +point de figure plus gracieuse, plus chaste, ni plus touchante; tout +chez cette femme, jusqu'à la douleur, a quelque chose d'élevé et de +majestueux. Depuis le meurtre de La rue Barbette, Valentine avait adopté +la devise devenue populaire: Rien ne m'est plus, plus ne m'est +rien, et elle avait choisi pour emblème une chantepleure placée +entre deux S, initiales de soucy et de soupirs 7. +C'est en face de ces lugubres images et au milieu des plus sinistres +catastrophes que Charles d'Orléans passa les années de sa jeunesse. En +1407, son père tombe sous le fer d'un assassin; en 1408, sa mère meurt +épuisée par les larmes; en 1409, sa jeune épouse Isabelle 8 perd la +vie en donnant le jour à une fille; et pendant tous ces désastres, +Charles, qui est l'unique protecteur de deux jeunes frères, fait +d'inutiles efforts pour tirer vengeance du duc de Bourgogne. Enfin le 25 +octobre 1415, jour de la bataille d'Azincourt, les Anglais trouvèrent +sous un tas de morts le duc d'Orléans blessé; ils l'emmenèrent +prisonnier. Le poëte avait vingt-quatre ans.

+ +
Note 5: (retour) Du Tillet dit 1393, et Juvénal des Ursins 1394.
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Note 6: (retour) Christine de Pisan, le Livre des fais du sage roy +Charles V. Collect. Petitot, t. V, p. 371.
+ +
Note 7: (retour) Hist. du château de Blois, par L. de la +Saussaye, p. 44. Lemaire [Hist. et antiquités de la ville +d'Orléans, p. 96. Édit. in-folio] explique ainsi ces deux S: +Solam soepe seipsam sollicitari suspirareque, c'est-à-dire: +Seule souvent elle nourrit sa douleur.
+ +
Note 8: (retour) Isabelle, fille aînée de Charles VI, et déjà veuve de +Richard II, roi d'Angleterre, avait épousé Ch. d'Orléans en 1406.
+ +

Un singulier contraste frappe tout d'abord dans Charles d'Orléans: d'une +part, sa vie est ébranlée par les plus cruelles tourmentes; de l'autre, +une certaine tranquillité d'âme, des moqueries pleines de finesse et une +résignation placide, paraissent dans ses vers. On démêle bien au fond +des plus joyeux rondels échappés à sa plume quelque chose de réfléchi, +de grave et de mélancolique: Je suis cellui au cueur vestu de +noir, dit-il dans les premières pages de son livre 9. Cependant, à +proprement parler, Charles d'Orléans n'a fait que des poésies légères, +quelques plaintives élégies et des chansons amoureuses.

+ +
Note 9: (retour) Page 31.
+ +

Dans le poëme qui ouvre le recueil, l'auteur raconte, au milieu d'une +continuelle allégorie, comment il fut conduit par dame Jeunesse +dans la maison du seigneur Amour, comment il fut vaincu +par Beaulté (Beaulté est la Béatrix de notre poëte, nous y +reviendrons tout à l'heure), Comment il laissa à Amour son coeur +en gage, et comment il promit de faire balades et chancons +rimer. Dame Merencolie, dame Enfance, Joye, Soussy et autres +personnifications des sentiments humains, se retrouvent dans toutes les +poésies de Charles d'Orléans.

+ +

Cette narration est froide, quoique d'une rime assez élégante. Les +ballades qui suivent sont uniquement consacrées à la louange de +Beaulté (le lecteur nous permettra de laisser ce nom à une femme +qui joue un grand rôle dans la vie littéraire de Charles d'Orléans, +et dont nous aurons quelquefois à parler). Dans ces premières pages +inspirées par la douleur d'une séparation récente, le vers du poète +s'affermit visiblement, un élan inaccoutumé échauffe sa verve, et +déjà brillent çà et là toute l'originalité et toute la richesse de sa +manière. Tantôt l'amant s'abandonne à une triste rêverie, tantôt il +soupire gracieusement les peines de l'absence; parfois il craint d'être +oublié10 et rappelle à sa maîtresse les serments jurés dans la maison +du seigneur Amour11. Alors Beaulté se hâte de rassurer +son bel amy sans per, puis la correspondance continue plus active +et plus passionnée. Je ne sais si cette femme, dont le poëte a tu +discrètement le nom, méritait tous les éloges qu'il lui donne, mais à +coup sûr elle faisait des vers fort tendres; citons la première stance +d'une de ses chansons:

+ +
+

Mon seul amy, mon bien, ma joye,

+

Cellui que sur tous amer veulx,

+

Je vous pry que soyez joyeux,

+

En esperant que brief vous voye 12

+
+ +

Écoutons maintenant la réponse du poëte:

+ +
+

Je ne vous puis, ne scay aimer,

+

Ma Dame, tant que je vouldroye,

+

Car escript m'avez pour m'oster

+

Ennuy qui trop fort me guerroye:

+

«Mon seul amy, mon bien, ma joye,

+

»Cellui que sur tous amer veulx,

+

»Je vous pry que soyez joyeux,

+

»En esperant que brief vous voye13.

+
+ +

Je demande pardon au lecteur d'insister sur ces détails; mais je devais +lui signaler une petite confusion échappée à deux éditeurs14 qui +ont compris dans les oeuvres de Charles d'Orléans les poésies de sa +maîtresse. Cette erreur est d'autant plus facile à rectifier, que la +plus simple lecture suffit, à défaut de tout autre indice, pour montrer +que les poésies dont nous parlons, ont été composées par une femme et +envoyées au poëte prisonnier.

+ +
Note 10: (retour) Page 33.
+ +
Note 11: (retour) Page 40.
+ +
Note 12: (retour) Page 232.
+ +
Note 13: (retour) Page 45-46.
+ +
Note 14: (retour) MM. Chalvet et Aimé Champollion. Chalvet a édité +en 1803, les poésies de Charles d'Orléans, d'après le manuscrit +incomplet qui est conservé à la bibliothèque de Grenoble. Notre +édition est la seconde, ou si l'on veut la première, et pour mieux +dire la seule, qui offre d'une part toutes les poésies de Charles +d'Orléans, et de l'autre celles de ses collaborateurs: elle a paru +en deux livraisons, d'abord le texte, ensuite l'introduction et le +glossaire. Dans l'intervalle de temps qui s'est écoulé entre ces +deux publications, M. Aimé Champollion-Figeac, de la Bibliothèque +royale, etc., a mis au jour une troisième édition du même livre. Je +n'ai pas le loisir d'examiner ici le travail du nouvel éditeur, je +me bornerai à indiquer en note quelques-uns des principaux points +sur lesquels nos opinions diffèrent le plus.
+ +

Ainsi c'est à Beaulté et non pas à Charles d'Orléans qu'il +faut attribuer la chanson de la page 227 (Se Dangier me tolt le +parler), celle de la page 232 (Mon seul amy, mon bien, ma +joye), celle de la page 428 (Faire ne puis joyeulx semblant), +et le rondeau de la page 427 (Mon amy, Dieu te convoye): ce +rondeau et celui du poëte (J'ay tant en moy de desplaisir, page +427) sembleraient avoir été écrits à l'époque même où le prisonnier +d'Azincourt quittait la France. Nous attribuerons aussi à Beauté +la chanson de la page 214 (Pour vous monstrer que point ne vous +oublie), celle de la page 220 (Comment vous puis je tant +aimer), et même le rondel de la page 208 (Pour le don que m'avez +donné), ici l'auteur paraît répondre à deux chansons (Ce mois de +may, nompareille princesse, page 197, et Belle que je cheris et +crains, page 203) composées par Charles d'Orléans.

+ +

La chanson de la page 233 (Au besoing congnoist on l'amy) est +sans contredit de Beaulté; la jeune femme annonçait son prochain +départ pour l'Angleterre, projet longuement médité entre les deux +amants; le voyage n'eut pas lieu15, et c'est ici que finissent tout +à la fois les premières amours du poëte et les derniers chants de sa +maîtresse. Beaulté tombe dangereusement malade16, un instant on +espère la sauver17, mais bientôt la nouvelle de sa mort traverse la mer +et arrive au prisonnier18.

+ +
Note 15: (retour) C'est ce que paraît indiquer la ballade de la page 61.
+ +
Note 16: (retour) Page 64.
+ +
Note 17: (retour) Page 65.
+ +
Note 18: (retour) Page 66 et suiv.
+ +

Dans cet endroit du livre, le poëte exprime sa tristesse d'une façon +touchante, et le souvenir de Beaulté, morte en droicte fleur +de jeunesse19, restera empreint pour toujours dans ses vers. +Toutefois nous ne pouvons passer sous silence une ballade pleine de +gémissements funèbres, et où l'auteur s'est représenté faisant une +partie d'échecs avec Faulx Dangier en présence d'Amour. Faulx +Dangier aidé par Fortune enlève tout à coup la dame de son +adversaire, et celui-ci s'écrie:

+ +
+

Par quoy suy mat, je le voy clerement,

+

Se je ne fais une Dame nouvelle20.

+
+ +
Note 19: (retour) Page 67.
+ +
Note 20: (retour) Page 68.
+ +

Quelques-unes des ballades suivantes viennent confirmer l'inconstance +de l'amant de Beaulté; cependant ne le condamnons pas sans +l'entendre. Le poète qui avouait si ingénuement son infidélité a eu +le soin de nous laisser aussi sa justification sous la forme de deux +ballades, où tout ce que l'allégorie a de plus ingénieux, tout ce que +la forme du langage a de plus frais et de plus élégant, tout ce que la +pensée offre de plus naïf et de mieux senti, se trouve rassemblé21. +Nous nous rangerons volontiers à l'opinion de ceux qui compteront ces +deux ballades au nombre des plus charmantes du recueil.

+ +
Note 21: (retour) Voyez la ballade qui commence à la p. 70 et la suiv.
+ +

Charles d'Orléans avait épousé en 1410 (d'autres disent qu'elle lui fut +seulement fiancée) Bonne d'Armagnac; or, quelques critiques guidés +sans doute par un sentiment de haute moralité, ont cru voir dans Bonne +d'Armagnac la femme si éloquemment chantée par le prisonnier. Mais +comme cette conjecture, que rien dans les manuscrits ne peut autoriser, +tendrait tout simplement à rendre inexplicable le tiers des poésies +composées par Charles d'Orléans, nous devons nous y arrêter un instant.

+ +

Dans quelques-unes de ses premières poésies, Charles d'Orléans se plaint +douloureusement, parfois avec un certain dépit, des rigueurs de sa dame, +et la forme de ces reproches ne peut en vérité convenir aux calmes +relations d'une union conjugale22. Nous signalerons aussi une ballade +où le prisonnier dit la joie que lui causera, à son retour en France, +la présence de cette même dame, à laquelle il recommande de craindre +Dangier qui les épie, mais qui à la fin trompé sera23. +Ces particularités et nombre d'autres semblables que nous omettons, +ne paraissent pas devoir s'appliquer à une épouse légitime. Mais +continuons: Bonne d'Armagnac mourut un mois après la bataille +d'Azincourt, et il est matériellement impossible que dans ce court +intervalle les deux époux aient eu le temps d'écrire, l'un ses +nombreuses ballades, l'autre ses chansons. Enfin, le duc de Bourbon, +aussi prisonnier en Angleterre, revint en France, et à cette occasion +son cousin Charles d'Orléans lui adressa une ballade où il dit: +Recommandez moy sans point l'oublier, à ma Dame24. Or le voyage +du duc de Bourbon est de l'année 1417, et Bonne d'Armagnac était morte +en 1415. Quant au nom de la femme que nous avons appelée avec le poëte +Beaulté, car nous la soupçonnons fort d'être aussi la dame de +la ballade, c'est une petite énigme littéraire dont les manuscrits ne +donnent pas le mot, et que nous laisserons à nos successeurs25.

+ +
Note 22: (retour) Voy. la ballade de la page 27 (Belle que je tiens +pour amye); voy. la chanson de la page 194 (Quelque chose que +je die), etc., etc.
+ +
Note 23: (retour) Pag. 61.
+ +
Note 24: (retour) Pag. 148.
+ +
Note 25: (retour) En ouvrant l'édition des poésies de Charles d'Orléans +publiée par M. Aimé Champollion, nous n'avons pas été médiocrement +surpris de trouver des ballades ainsi intitulées: Ballade sur +la maladie de la duchesse d'Orléans; Ballade sur la guérison de la +duchesse d'Orléans; Ballade sur les obsèques de la duchesse +d'Orléans, etc., etc. J'ignore dans quel manuscrit le nouvel +éditeur a puisé les titres de ces ballades; mais je ne puis +véritablement adopter son avis sur ce point.
+ +

A la page 80, commence le Songe en complainte qui forme le +complément, ou si l'on veut, la contre-partie du poëme placé en tête du +recueil. Le Songe en complainte porte la date de 143726; Charles +d'Orléans avait alors quarante-six ans, Beaulté était morte et +le temps Des jeunes amours passé. Ung vieil homme lequel Aage +s'appelle apparaît en songe au prisonnier; mais, cette fois, +Aage est devenu philosophe, ses discours sont pleins d'une +moralité affectueuse et de sages conseils; il reproche doucement au +poëte une vie dépensée dans les loisirs inutiles; puis il ajoute:

+ +
+

Avisez vous, ce n'est pas chose fainte;

+

Car Vieillesse, la mère de courrous,

+

Qui tout abat et amaine au dessoubz,

+

Vous donnera dedens brief une atainte27.

+
+ +
Note 26: (retour) Page 92.
+ +
Note 27: (retour) Page 81.
+ +

A ce mot de vieillesse le poëte effrayé se résigne courageusement +et va redemander son coeur à Amour (on se souvient que vaincu par +Beaulté, Charles d'Orléans avait laissé à Amour son coeur +en Gage). Le poëte reprend donc son coeur et sa quittance, abandonne +pour jamais la maison du seigneur Amour; puis, guidé par +Confort, il arrive Bientôt à l'ancien manoir que l'en appelle +Nonchaloir, et demande au gouverneur Passetemps la permission +de demeurer avec lui le reste de Ses jours. Ce petit poëme entremêlé de +ballades est tout à fait dans le goût de celui auquel il sert en quelque +sorte de dénoûment.

+ +

Charles d'Orléans composa aussi pendant la captivité, un chant +patriotique intitulé: La Complainte de France28. Le but du poëte +qui signalait avec douleur les plaies de la patrie, était louable sans +doute, mais sa voix n'avait ni la mâle éloquence ni la verve puissante +qu'il faut pour de tels sujets; et la ballade de la page 139 (Priez +pour paix, doulce Vierge Marie) nous confirme dans cette +opinion. Après la Complainte de France, viennent trois autres +complaintes29 que je préfère, surtout la première; le poëte y dit ses +peines amoureuses, et il est plus à l'aise. En général, toutes les fois +que Charles d'Orléans, qu'on pourrait appeler le peintre des petits +tableaux, veut sortir de la ballade, de la carole ou du rondel, sa +pensée s'alourdit et sa plume s'embarrasse dans les détails. Qu'on lise +les poésies tendres et mélancoliques que lui arrachèrent les amertumes +et l'isolement de la prison, c'est là qu'il réussit parfaitement. +Lorsque des côtes d'Angleterre l'exilé tourne ses regards vers +la France30 sa ballade devient une ode sublime et une élégie +attendrissante. Les jours de joyeuse humeur, Charles d'Orléans trouve +dans ses vers une incroyable dérision et une malignité de bon aloi, +qu'aucun écrivain de notre langue n'a connue avant lui; à la page 145 +(Je fu en fleur ou temps passé d'enfance), c'est Raison +qui l'a mis pour meurir ou feurre de prison. Plus loin, il +condamne gaiement son coeur qui voulait fuir à demeurer captif au +royaume d'Angleterre31. A la page 141, le poëte raille avec une colère +bouffonne L'outrecuidance de Jean de Garencières32, probablement son +rival en amour; Ce dernier réplique avec non moins de vivacité, et le +tout reste consigné dans deux ballades où chacun exhale à qui mieux +mieux, celui-ci sa plaisanterie provoquante, et celui-là son dépit. On +avait répandu en France le bruit de la mort du prisonnier, de là une +ballade pleine de moquerie, dont la première stance se termine ainsi:

+ +
+

Si fais à toutes gens savoir

+

Qu'encore est vive la souris33.

+
+ +

Et plus bas:

+ +
+

Nul ne porte pour moy le noir,

+

On vent meilleur marchié drap gris.

+
+ +
Note 28: (retour) Page 181.
+ +
Note 29: (retour) Page 184 et suiv.
+ +
Note 30: (retour) Page 139.
+ +
Note 31: (retour) Page 146.
+ +
Note 32: (retour) Jean de Montenay, sire de Garencières, fait prisonnier +à la bataille d'Azincourt (Essai sur les Bardes, etc., par +l'abbé de La Rue, t. III, p. 326), soutint longtemps le parti des +Armagnacs contre les Bourguignons. En 1411, Charles +d'Orléans demandait au roi qu'on rendît à Jean de Garencières la +capitainerie de la ville de Caen (Juvénal des Ursins, édit. de 1614, +p. 274).
+ +
Note 33: (retour) Page 147.
+ +

A son arrivée en Angleterre, Charles d'Orléans avait été enfermé à +Windsor; en 1422, on le retrouve au château de Bolingbroke; ramené à +Londres en 1430, mis à l'enchère comme une bête de somme, on lui donna +successivement pour geôliers ceux qui le voulaient prendre au plus bas +prix; l'âme du poëte plia sous de telles humiliations: «En ma prison, +disait-il plus tard34, pour les ennuys, desplaisances et dangiers en +quoy je me trouvoye, j'ay mainteffoiz souhaidié que j'eusse esté mort à +la bataille où je fus prins.» En 1433, ayant rencontré un jour chez le +comte de Suffolk, alors son gardien, les ambassadeurs de Philippe de +Bourgogne, il vint à leur rencontre et leur pressant tendrement la main, +il répondit à l'un d'eux qui s'enquérait de sa santé: «Mon corps est +bien, mais mon âme est douloureuse; je meurs de chagrin de passer ainsi +les plus beaux jours de ma vie en prison sans que personne songe à mes +maux35.» Puis, après quelques paroles échangées, le prince ajouta: «Et +ne viendrez-vous point me visiter? promettez-le-moi, vous savez si je +me tiendrai heureux de vous voir36.» Le comte de Suffolk ne permit pas +d'entretien particulier. Il y avait dans l'hôtel de ce comte un barbier, +natif de Lille et nommé Jean Canet; le prince aimait causer avec lui, +c'était un compatriote. Jean Canet alla trouver les ambassadeurs +bourguignons, et leur dit que le duc d'Orléans estimait grandement son +cousin le duc Philippe, et qu'il les priait de se charger d'une lettre +pour lui; mais cette lettre envoyée le lendemain n'avait pas été écrite +librement37. C'est au milieu de ces misères que le prisonnier proposa +au monarque anglais, en échange de sa liberté, de le reconnaître pour +seigneur suzerain; on a reproché cet acte au duc d'Orléans comme une +indigne bassesse, c'était avant tout une Impossibilité.

+ +
Note 34: (retour) Discours prononcé par Ch. d'Orléans, en présence du +roi Charles VII, au sujet du procès du duc d'Alençon.
+ +
Note 35: (retour) Hist. des ducs de Bourgogne, par M. de Brabante, +quatrième édition, t. VI, p. 233.
+ +
Note 36: (retour) M. de Brabante, loc. cit. p. 234.
+ +
Note 37: (retour) M. de Brabante, loc. cit. p. 235.
+ +

Déjà en 1435 et 1438, les Anglais avaient amené leur prisonnier à Calais +pour y traiter de sa rançon; ces négociations échouèrent; mais en 1439, +aux conférences de Gravelines, Charles d'Orléans sut plaire par les +charmes de son esprit à la duchesse de Bourgogne; celle-ci fut émue +aux récits de si longs malheurs, et elle s'intéressa vivement à la +délivrance de son parent. C'est probablement pendant ce dernier voyage +en France que le poëte envoya à Philippe de Bourgogne la ballade de la +page 151 (Puisque je suis vostre voisin); le duc de Bourgogne +répliqua, et les deux princes continuèrent ainsi de régler les affaires +de l'Europe38. Certes, l'histoire de la diplomatie n'offre pas trace +d'une telle particularité. Tout Bourgongnon suis vrayement, dit +le duc d'Orléans à son cousin; les temps étaient bien changés. On fixa +la rançon du prisonnier à la somme énorme de cent vingt mille écus d'or.

+ +
Note 38: (retour) Les ballades échangées par les ducs d'Orléans et de +Bourgogne sont au nombre de sept; voy. pages 151, 152, +153, 154, 155, 158 +et 159.
+ +

Quand Villon avait dépensé jusqu'à son dernier sou, il adressait une +requête à Mgr de Bourbon, qui lui prêtait (c'est l'expression de +l'auteur) six écus; Marot escomptait ses Épistres sur la bourse +de François Ier; et plus tard, pour une modique gratification, Corneille +comparait le financier Montauron à Auguste. Charles d'Orléans, qui +devait subir toutes les vicissitudes des grands poëtes ses descendants, +prit la plume et envoya à son cousin une ballade où il disait:

+ +
+

Il ne me fault plus riens qu'argent

+

Pour avancer tost mon passaige,

+

Et pour en avoir prestement,

+

Mectroye corps et ame en gaige39.

+
+ +
Note 39: (retour) Page 159.
+ +

La ballade eut du succès, Philippe donna trente mille écus.

+ +

Enfin, après une détention de vingt-cinq années, Charles d'Orléans +débarqua à Calais; la duchesse de Bourgogne l'attendait à Gravelines, où +le duc son mari arriva peu après. Les deux cousins se jetèrent dans +les bras l'un de l'autre, il n'y avait plus ni Armagnac, ni +Bourguignon, et la réconciliation était complète. Charles +d'Orléans, ses hôtes et un brillant cortége se rendirent à Saint-Omer; +là fut célébré (novembre 1440) le mariage du poëte avec Marie de Clèves, +nièce de Philippe de Bourgogne. Après un voyage à Bruges, les princes se +séparèrent. Le duc et la nouvelle duchesse d'Orléans prirent le chemin +du château de Blois.

+ +

Le temps de la tranquillité et de la paix était venu; une vie libre, +facile et souriante s'ouvrait devant Charles d'Orléans rentré au foyer +de ses pères. Le poëte avait commencé par chanter ses maîtresses avec +une ardeur toute juvénile, puis ses vers s'étaient parfois assombris +sous les murs de la prison; maintenant l'homme mûri par l'âge a renoncé +aux joies des jeunes années, et il se laisse complaisamment aller à une +douce mélancolie. La ballade de la page 97 (Balades, chançons et +complaintes), composée en Angleterre, et dont les premiers vers +annoncent le retour du poëte, après une interruption, à ses délassements +favoris, nous semble marquer le point de départ de ce que nous nommerons +volontiers la troisième manière de Charles d'Orléans; quelques années +plus tard la transformation qui s'était accomplie se manifestait dans +une autre ballade, publiée récemment par M. Ch. Lenormand40, et où +paraît la philosophie rêveuse et la brillante couleur des nouveaux +chants du poëte.

+ +
Note 40: (retour) * Livre de poésie à l'usage des jeunes filles +chrétiennes, p. 408; voy. Dans notre édition la ballade de la +page 164 (En tirant d'Orléans à Blois).
+ +

Mais ici notre tâche se complique; Charles d'Orléans ne faisait pas +seulement de charmantes poésies, il faisait aussi des poëtes; et nous +ne pouvons pas tout à fait passer sous silence cette seconde partie des +oeuvres de notre auteur. Habité par un prince riche et puissant, le +château de Blois devint bientôt le centre d'une colonie littéraire, où +des rois, des grands seigneurs, le duc d'Orléans, la duchesse sa femme, +confondus avec d'humbles gentilshommes et de pauvres poëtes, venaient +chaque jour apporter leur tribut. Parmi les membres de cette petite +académie, qui rappelle le Dauphin et ses familiers écrivant à Génappe +les Cent nouvelles nouvelles, on remarque quelques noms devenus +célèbres dans les lettres, et au premier rang François Villon.

+ +

La ballade de la page 130 (Je meurs de soif aupres de la +fontaine), signée par Villon et adressée à Charles d'Orléans, est +une espèce de jeu d'esprit où toute l'invention de l'auteur consistait +à fondre et à ajuster dans le même vers deux pensées opposées l'une à +l'autre; ces contrastes plus ou moins ingénieux, cherchés avec effort, +embarrassent sensiblement l'allure franche et aventureuse de Villon, et +se plient d'ailleurs avec peine à la forme rhythmique. La ballade de +la page 124, qui a pour épigraphe un vers de Virgile, et les deux +suivantes41, ne portent pas de nom d'auteur dans les manuscrits; mais +elles sont aussi de Villon, qui termine la dernière par ces mots: +Vostre povre escolier françoys, qualité qu'il a prise plusieurs +fois dans ses vers42. Ces trois ballades, qui ont été insérées par M. +Prompsault dans son édition des oeuvres de Villon, furent écrites à +l'occasion de la naissance de la princesse Marie, fille de Charles le +Téméraire, et petite-fille du duc Charles de Bourbon43. A la page 336, +nous lisons un rondel d'Olivier de la Marche; nous préférons assurément +un chapitre de ses Mémoires. Le rondel de la page 337, signé +George, a été attribué par quelques critiques à George +Chastelain.

+ + +
Note 41: (retour) Combien que j'ay leu en ung dit, p. 125; et Euvre +de Dieu, digne, louée, p. 127. Ces trois ballades de Villon sont +réunies dans le manuscrit en une seule, peut être pour montrer +qu'elles appartenaient au même auteur; nous avons dû respecter cette +disposition.
+ +
Note 42: (retour) M. Aimé Champollion a inséré dans son édition les +deux premières de ces ballades, et il a supprimé la troisième. Il +ajoute en note, p. 443: «Il suffira de la lire (les deux premières +ballades) sans grande attention pour voir qu'elle n'est point de +Charles d'Orléans; son texte et ses rimes sont des plus mauvais.» +Boileau était moins sévère pour François Villon.
+ +
Note 43: (retour)

Les relations littéraires de Charles d'Orléans et de +Villon, qu'on n'a peut-être pas assez remarquées, ont laissé dans +les ouvrages du dernier une trace qu'on retrouve, pour ainsi dire, +à chacun de ses vers: nous ne citerons qu'un exemple. Charles +d'Orléans adresse à sa maîtresse une ballade (p. 22) où nous lisons:

+ +
+

Au fort, martir on me devra nommer,

+

Se Dieu d'amours fait nulz amoureux saints,

+

Car j'ay des maulx plus que ne scay compter.

+

Puis qu'ainsi est que de vous suis loingtains.

+
+ +

Ouvrons le petit testament de Villon:

+ +
+

Au fort, je meurs amant martir,

+

Du nombre des amoureux sains.

+
+ + +

Nous trouvons aussi parmi les collaborateurs de Charles d'Orléans, René, +roi de Sicile et duc d'Anjou, qui est indiqué dans le manuscrit sous le +nom de Secile, le cadet d'Albret (le cadet Dalebret +ou simplement le Cadet), Jean II, duc d'Alençon, le grant +Seneschal (selon l'abbé de la Rue44, ce personnage était Pierre +de Brézé, comte de Maulévrier, grand sénéchal d'Anjou, de Poitou et de +Normandie), le comte de Nevers, le vicomte de Blosseville qui +avait suivi Charles d'Orléans en Angleterre45, et quelques autres +gentilshommes que nous nommerons plus loin46. Les poésies de ces +auteurs sont fort médiocres. Divers chansons ou rondels portent le nom +du duc de Bourbon et du comte de Clermont; il faut ici, pour éviter les +méprises, donner quelques éclaircissements.

+ +
Note 44: (retour) Essais hist. sur les Bardes, etc. t. III, p. +327.
+ +
Note 45: (retour) Essais hist, sur les Bardes, etc, t. III. p. +322.
+ +
Note 46: (retour) Voyez la Liste des auteurs, p. xxiv.
+ +

Trois ballades de Charles d'Orléans47 sont adressées à un duc de +Bourbon; ce duc est Jean Ier, qui avait été fait prisonnier à Azincourt, +et qui mourut à Londres en 1433. Jean II, comte de Clermont, petit-fils +de Jean Ier, prit à la mort de Charles son père (1456) le titre de duc +de Bourbon; il est l'auteur des rondels que nous allons citer: p. 303 +(Rondel Clermondois), 309, 310 et 354. +Au rondel de la p. 383, +il est désigné sous le nom de Bourbon jadis Clermont; le duc son +père venait de mourir, et ceci nous explique les deux premiers vers du +rondel suivant, où Charles d'Orléans dit:

+ +
+

Comme parent et alyé

+

Du duc Bourbonnois à present48.

+
+ +
Note 47: (retour) Pag. 148-150.
+ +
Note 48: (retour) Page 383.
+ +

Enfin, ce duc Bourbonnois à présent est encore l'auteur de la +chanson de la page 235, et de trois rondels (pag. 386, 391, 425), où il +est appellé Bourbon49. C'est probablement à ce duc Jean, et en +qualité de collaborateur, que Villon empruntait de temps en temps six +écus.

+ +
Note 49: (retour) Plusieurs de ces rondels ou chansons portent au titre +le nom de Bourbon, et sont, par conséquent, postérieurs à +l'année 1456. Je m'éloigne donc encore ici de l'opinion émise (p. +425-427) par M. Aimé Champollion qui attribue ces poésies à Jean +Ier, duc de Bourbon, mort en 1433.
+ +

Hugues le Voys, Pierre Chevalier, Étienne le Gout, Montbreton, Vaillant, +n'étaient pas, je crois, gentilshommes; mais à coup sûr, ainsi que le +lecteur pourra s'en convaincre facilement, ils n'étaient pas poëtes non +plus. Les deux rondels de Guillaume Cadier50 et de Robertet composés +en l'honneur de Charles d'Orléans51, les trois rondels de Guiot et de +Philippe Pot, sont mauvais. Jean, duc de Lorraine, fils du roi Réné, a +fait sept rondels; celui de la page 345 annonce de l'esprit et de la +finesse. C'est à ce même duc de Lorraine qu'Antoine de la Sale a dédie +le roman du Petit Jehan de Saintré.

+ +
Note 50: (retour) Charles d'Orléans nomme ce Guillaume Cadier dans une +ballade, p. 148.
+ +
Note 51: (retour) Page 424.
+ +

Philippe de Boulainvilliers a mis dans le recueil une chanson et un +rondel, deux pièces délicieuses qu'on croirait échappées à la plume de +Charles d'Orléans; on peut ranger hardiment sur la même ligne les trois +rondels et la chanson de Fraigne.

+ +

Deux rondels d'un style élégant et pleins de sentiments gracieux portent +au titre: Madame d'Orléans; l'abbé de la Rue avait attribué ces +deux pièces à Bonne d'Armagnac52, seconde femme du duc d'Orléans, et +qui probablement ne fit jamais un vers de sa vie. Nous nous empressons +de les restituer à leur véritable auteur, Marie de Clèves.

+ +
Note 52: (retour) Essai hist. sur les Bardes. etc. t III, p. 323.
+ +

La ballade de Gilles des Ourmes, Je meurs de soif aupres de la +fontaine, ressemble à celle de Villon sur le même sujet; la chanson +de la page 210 est fine et spirituelle; disons-en autant du rondel de la +page 414; celui de la page 349, signé Gilles, est probablement du +même auteur. Nous lisons deux ballades et deux rondels de Berthault de +Villebresme; la ballade de la page 168, dont chaque vers commence par +le mot tost, semble être la continuation de celle de Pierre +Chevalier (p. 167), qui offre la même singularité. Les deux Caillau +ont composé onze pièces, tant ballades que rondels. Jean est +incontestablement supérieur à Simonnet; les rondels des pages 278 et +381 sont fort jolis, surtout le dernier. Benoît d'Amiens ne vaut pas +à beaucoup près Jean Caillau. Mais de tous ces poëtes, le plus fécond +était, sans contredit, Fredet.

+ +

Fredet paraît pour la première fois à la page 169; il écrit une +lectre en complainte à Charles d'Orléans, qui répond par une +autre complainte, laquelle est suivie d'une nouvelle lettre de Fredet. +Les deux poëtes se plaignent et se consolent mutuellement; le premier +est tourmenté par Amour et le second par Soussy; ces trois +pièces sont froides et dénuées de tout intérêt poétique. Fredet et +Charles d'Orléans échangent encore Deux rondels (pages 251, 252) qui ne +valent pas mieux que leur complainte; mais bientôt les vers s'animent et +se colorent. A la page 279 Fredet dit les grandes douleurs qu'il endure, +et Charles d'Orléans (page 280) promet de l'aider de toute sa puissance; +en effet un peu plus loin (page 335) le prince dit à son protégé: +Vostre fait que savez, va bien. Nonobstant ces bonnes paroles, +voici Fredet qui déplore les mauvais tours qu'on lui joue, et appelle la +mort à grands cris (page 335). Que voulait Fredet? quels tours lui avait +on joué? c'est ce que le livre ne dit pas; mais à la page 336 nous +lisons un rondel de Charles d'Orléans où perce le dépit du prince et +toute la mauvaise humeur du poëte; il faut remarquer cette pièce, +quoique très-faible; elle est la seule de son genre dans le recueil. La +pique des deux poëtes amena sans doute une rupture, car à la page 350 +Charles d'Orléans se plaint de la longue absence de Fredet, mais d'une +façon toute bienveillante; ce rondel, qui a douze vers, est un petit +chef-d'oeuvre d'esprit, de bonhomie et de gaieté; la réponse (page 350) +nous apprend que Fredet était marié, ce qui fournit à Charles d'Orléans +le sujet d'un nouveau rondel (page 351), aussi caustique, aussi piquant +qu'un chapitre de Rabelais ou une scène de Molière.

+ +

Nous ne pousserons pas plus loin cet examen des collaborateurs de notre +poëte. Seulement nous ferons remarquer que tous s'efforçaient d'imiter +le maître, et que ceux-là réussissaient le mieux qui, comme Fraigne, +Boulainvilliers et Jean Caillau, en approchaient le plus. Il nous reste +maintenant à parler de quelques pièces comprises dans le recueil, et +dont les auteurs sont inconnus.

+ +

L'attribution des poésies qui portent au titre un nom d'auteur doit être +mise, par cela même, hors de toute controverse. Les poésies non signées +peuvent se diviser en deux catégories: les unes, et c'est l'immense +majorité, appartiennent à Charles d'Orléans; les autres, et c'est +l'exception, appartiennent à ses collaborateurs; il suffira d'indiquer +ces dernières.

+ +

Onze ballades commencent par le vers: Je meurs de soif auprès de la +fontaine; cinq de ces ballades ne sont pas signées53. Les poëtes +du château de Blois, et ceci en offre un exemple, choisissaient +ordinairement une pièce de vers qui servait de thème commun; or, il est +peu probable que Charles d'Orléans ait composé pour sa part les +cinq ballades non signées. Quelles sont celle ou celles qui lui +appartiennent? Nous nous bornerons ici à consigner notre doute, car dans +ces concours poétiques l'originalité de l'auteur disparaît, pour ainsi +dire, derrière la rigueur de programme.

+ +

La ballade de la page 166 (Du regime quod dedistis) n'est +certainement pas de Charles d'Orléans, car elle sert de réponse à la +précédente (Bon régime sanitatis), qui est signée par lui. Nous +avons vu plus haut Charles d'Orléans et Fredet échanger deux rondels à +propos du mariage de ce dernier; or, je serais tout disposé à voir dans +les deux ballades une continuation de la même polémique; d'autant plus +que cette réponse non signée est tout à fait dans la manière de Fredet, +et j'ajouterai même qu'elle ressortait de la situation. On pourra +m'objecter que Fredet n'était pas prince, et que le mot se trouve +dans l'envoi de la ballade de Charles d'Orléans; mais nous ferons +remarquer que Villon appelait prince son ami Garnier54; ce sont +fictions de poëte.

+ +
Note 53: (retour) Voyez l'Envoi de la ballade de Villon à Garnier. +OEuvres de Villon, édit. de M. Prompsault, p. 310-311.
+ +
Note 54: (retour) Il nous est impossible de partager sur les +Envois l'opinion de M. Aimé Champollion, qui a retranché des +poésies de Charles d'Orléans les six ballades suivantes (nous citons +les pages de notre édition): En la forest de longue actente, +p. 105; Portant harnois rouillé de nonchaloir, p. 108; +Dieu vueille sauver ma galée p. 109; Amour qui tant a de +puissance, p. 158; L'autre jour je fis assembler, p. 165, +et Bon regime sanitatis, p. 166 (cette dernière porte au +titre dans les manuscrits le nom de Charles d'Orléans, et c'est +probablement par une omission involontaire que l'éditeur ne l'a pas +comprise dans son volume). Ces six ballades se terminent par un +envoi adressé à un prince; et comme Charles d'Orléans +était prince, M. Aimé Champollion a conclu que ces poésies avaient +été composées pour lui et non par lui; mais ici le nouvel éditeur +nous semble avoir attaché au mot prince une signification +trop absolue et trop rigoureuse. Nous avons déjà vu que cette +locution était employée chez les poëtes de ce temps comme une +formule toute de convention. Bien plus, Charles d'Orléans avait +autour de lui et dans sa famille de vrais princes auxquels il +pouvait dédier ses poésies: qu'on ouvre notre volume aux pages +120 et 121, on y Trouvera des ballades signées par Charles +d'Orléans, et adressées dans l'envoi à un prince. La +ballade de la page 100 (Comment voy je les Anglois esbahys) +composée, en 1453, par Charles d'Orléans, à l'occasion de la +conquête de la Guienne et de la Normandie, porte au titre de +l'envoi le mot prince (le nouvel éditeur a supprimé ce +titre dans plusieurs ballades). Ainsi une ballade avec l'envoi à +un prince peut venir aussi bien de notre poëte que de ses +collaborateurs. J'attribue sans hésitation à Charles d'Orléans les +six ballades citées plus haut, car je crois y découvrir des traces +non douteuses de sa manière. La ballade de la page 105 est une +charmante poésie, et toutes offrent de ce beautés délicates et +élégantes qui ont, du moins à mes yeux, l'autorité d'une signature.
+ +

Le rondel de la page 245 (Je suis desja d'amour tanné), adressé +comme le précédent à la doulce Valentine, doit être du même +auteur, René, roi de Sicile, auquel nous attribuerons aussi le rondel de +la page 248 (Se vous estiez comme moy).

+ +

La ballade de la page 111 (Yeulx rougis, plains de piteux +pleurs), celle de la page 129 (Je n'ay plus soif, tarie est la +fontaine), celle de la page 131 (Parfont conseil eximium) +et celle de la page 157 (Visaige de baffe venu), me paraissent +toutes provenir des élèves de Charles d'Orléans; péniblement rimées, +triviales et dénuées de toute élégance, ces quatre ballades n'offrent +pas un vers qui trahisse le style pénétrant, facile et correct du +maître. Je rangerai dans la même catégorie le rondel de la page 406 +(Prophétisant de vostre advenement), celui de la page 425 (Des +droiz de la porte Baudet) et celui de la page 426 (Gardez vous +bien de ce fauveau), celui de la page 410 (Les biens de Vous, +honneur et pris) et les trois suivants. Le rondel de la page 324 +(Se vous voulez m'amour avoir) serait plus naturellement placé +dans la bouche d'un poëte féminin que dans celle de Charles d'Orléans.

+ +

Le petit poëme diffus, plein de vers barbares, intitulé: Le lay +piteux (pages 429-436), et que deux manuscrits comprennent au nombre +des poésies de Charles d'Orléans, me paraît d'une époque plus ancienne +et n'est vraisemblablement pas de lui; à la page 430, ligne 10, on lit +le mot arme pour ame; à la page 434, ligne 31, li +pour le; à la page 436, ligne 24, m'ot pour m'a; +ces formes grammaticales, dont les vers De Charles d'Orléans n'offrent +pas d'exemple55, viennent nous raffermir dans notre conviction.

+ +
Note 55: (retour) A la page 390 de l'édition de M. Aimé Champollion, +ligne 16, on lit le vers suivant: Abayer ne m'ot sonner. Il +faut mot; voy. notre édition, page 399, vers 22.
+ +

Il y a bien encore quelques rondels sur lesquels nous ne sommes pas +absolument fixés; mais nous avons dû nous borner ici à indiquer les +pièces dont l'authenticité nous a paru la plus suspecte. Une lecture +attentive des poésies de Charles d'Orléans et des membres de sa petite +académie, est le meilleur guide qu'on puisse choisir pour démêler +sûrement, dans cette espèce d'album poétique, ce qui appartient à +celui-ci ou à ceux-là; toutefois il faut se défier de Fraigne et de +Boulainvilliers, dont la manière se rapproche et égale parfois celle du +maître. Maintenant on comprendra pourquoi nous avons publié le recueil +dans son entier, pourquoi nous avons toujours fidèlement et exactement +reproduit les titres de chaque pièce et pourquoi nous les avons laissées +dans l'ordre indiqué par le manuscrit où elles sont les plus nombreuses. +Tout cela est un enseignement nécessaire pour ceux qui voudront examiner +des questions que nous n'avons certainement pas la prétention d'avoir +résolues; d'ailleurs ces poésies s'éclairent les unes les autres et il +y a ici trop d'obscurité pour ne pas saisir avec empressement la plus +petite lumière. Le lecteur a maintenant les pièces du procès sous les +yeux, il appréciera56.

+ +
Note 56: (retour)

Les manuscrits que nous avons reproduits dans celle +édition sont au nombre de six:

+ +

1. BIBLIOTH. DU ROI. (Lavall. No 193.) 269 feuil. vélin, +in-8°. Le feuillet 1 porte les armes de la maison d'Orléans. +L'écriture annonce la fin du quinzième siècle. Ce manuscrit, auquel +plusieurs scribes ont travaillé, a appartenu au duc de la Vallière.

+ +

2. BIBLIOTH. DU ROI. (Fond. franc., No 7357-4.) 112 feuil. +écrits sur Deux col. vélin, petit in-folio. Le feuillet 1 porte les +armes de la maison d'Orléans et de Milan. Moins ancien que le No 1, +le manuscrit No 2 représente le recueil le plus complet des poésies +de Charles d'Orléans et de ses collaborateurs; il a appartenu +à Henri II, à Catherine de Médicis, à Ballesdens et à Colbert. +L'exécution du manuscrit No 2 est très-riche et très-soignée; mais +les textes offrent la trace d'altérations nombreuses.

+ +

3. BIBLIOTH. DU ROI. (S.Germ. 1660.) Papier, petit in-folio. +Les poésies de Charles d'Orléans, recueillies dans le même volume +avec d'autres Opuscules, commencent au recto du feuillet 1 par ces +mots: Cy commence le livre que monseigneur Charles duc d'Orléans +a faict estant prisonnier en Angleterre, et finissent au recto +du feuillet 59: Cy fine le livre, etc. Le manuscrit No 3 ne +contient qu'une partie des poésies de l'auteur; mais dans le nombre +se trouvent une ballade, le Lay piteux, deux rondeaux et deux +chansons, qui manquent aux Nos 1 et 2.

+ +

4. BIBLIOTH. DE L'ARSENAL. 139 feuil. vélin, petit in-4º. Le +feuillet 1 porte la signature du marquis de Paulmy. Le manuscrit No +4, moins complet que les Nos 1 et 2, plus ancien que ce dernier, +nous a fourni quelques leçons utiles.

+ +

5. BIBLIOTH. DE L'ARSENAL. Papier, petit in-folio. Ce volume +contient les poésies de divers auteurs; celles de Charles d'Orléans +occupent cinquante-trois feuillets; elles se terminent par la +souscription suivante; Cy fine le livre que monseigneur d'Orléans +fist lui estant prisonnier en Angleterre, là où vous trouvères la +lectre de Retenue, et balades, et complaintes, et la Requeste, et la +Quictance, comme il bailla son cueur en gaige, et la lectre close et +le dit de France, et le lay piteux, etc., etc. Le manuscrit No 5 +offre les mêmes textes que le No 3; mais il est moins correct, et +on y remarque une lacune considérable; le copiste a omis vingt-cinq +ballades.

+ +

6. BIBLIOTH DE L'ARSENAL. Papier, in folio. Reproduction +très-fautive du Manuscrit No 2. Cette copie, a été faite an +commencement du siècle dernier, sur un texte vicieux et déjà altéré; +mais une main érudite a jeté sur les marges du volume quelques notes +qui ont dû appeler notre attention. Au folio 120 recto le critique +anonyme écrit ces mois: Galois et Galoises dont j'ai parlé dans +mes Mémoires sur la chevalerie, et un peu plus loin (folio +126 verso), il renvoie le lecteur à son glossaire au mot +estradiot. Or, ce critique ne peut être que La Curne +de Sainte Palaye, dont l'écriture fine et serrée se reconnaît +d'ailleurs à la première vue. M. Aimé Champollion, qui, tout à +l'heure, était sans pitié pour notre ami François Villon, n'a vu +dans les remarques du célèbre philologue que des «notes dont le +ridicule et la singularité sont le seul mérite.» (Notice +prélim. xxxi.) Nous sommes moins difficile, nous avons lu les +Observations de Sainte Palaye avec tout le soin que commande le nom +de L'auteur, et nous y avons puisé des lumières pour rédiger le +glossaire qui termine notre volume.

+ +

Le manuscrit n° 1, sans contredit le plus ancien et le plus correct +de tous, est celui que nous avons suivi de préférence pour la +transcription des textes. Le manuscrit n° 2, où les pièces sont les +plus nombreuses, est celui que nous avons suivi pour la distribution +et le classement des pièces. Ainsi notre Édition, à partir de la +page 1, jusques y compris le rondel de Cadier, page 425, reproduit, +dans leur ordre successif, les diverses poésies contenues dans le +manuscrit n° 2 (il faut toutefois excepter une première strophe de +la ballade de la page 116, qui, comme nous l'avons dit en note, +appartient au manuscrit n° 1). Les trois rondels qui suivent celui +de Cadier sont empruntés au manuscrit n° I, et le reste du volume, à +partir de la ballade de la page 426 est tiré des manuscrits 3 et 5.

+ +

Les bibliographes signalent encore d'antres manuscrits des poésies +de Charles d'Orléans. Quatre de ces manuscrits sont à Londres, un à +Grenoble et un à Carpentras. Les manuscrits de Londres renferment, +dit-on, quelques chansons qui manquent dans ceux de Paris: je ne +sais si ces chansons appartiennent à notre auteur. Un des manuscrits +de Londres est la traduction anglaise des Oeuvres de Ch. d'Orléans; +cette traduction a été publiée en 1827, par M. Walson Taylor. +Le manuscrit de Grenoble ne contient qu'une partie des poésies +composées par Charles d'Orléans et ses collaborateurs: les textes +offrent de fâcheuses lacunes; et une imperfection plus fâcheuse +encore est l'absence du nom des auteurs en tète des pièces. Le +manuscrit de Carpentras paraît être une copie des manuscrits déjà +cités.

+ +

De tous ces manuscrits, ceux que nous avons décrits sous les n° 1 +et 2 sont assurément les plus précieux, surtout le n° 1, qui semble +réunir tous les Caractères d'un texte original. L'édition de +Chalvet, qui a publié le manuscrit de Grenoble, nous a peu servi.

+ +

On lit dans les manuscrits n° 1 et n° 2, une ballade et huit rondels +ou chansons en anglais; nous n'avons pas reproduit ces poésies qui +intéressent peu la littérature française. Nous avons joint au volume +un petit glossaire-index qui donne l'explication des termes +les plus vieillis. Le recueil contient une carole en latin (p. 266), +un certain nombre de poésies mêlées de latin et de français, et deux +rondels (p. 361 et 390) où le français et l'italien se trouvent +confondus; nous n'avons inséré dans le glossaire que des mots +français D'ailleurs les termes empruntés aux idiomes étrangers +n'offrent pas ici de difficultés sérieuses, il faut toutefois +excepter le vers: Contre fenoches et noxbuze (p. 361 et 390), +dont le sens est assurément fort obscur. Nous avons hésité entre +diverses interprétations qui, après un examen attentif, nous ont +paru trop peu certaines; ajoutons que Sainte-Palaye a écrit à la +marge du vers cité: Mots que je n'entens pas. Quelques Fautes +se sont glissées dans notre édition; au rondel dialogué de la page +355, les noms des personnages Soussy et Cusur ont été +transposés dans les quatre premiers vers. On a imprimé au premier +vers de la page 1 au pour ou. Quoique le poète ait dit +lui-même dans un de ses rondels: Au temps passé, il faut +néanmoins signaler cette petite infidélité; tous les manuscrits +portent ou. Nous avons fait nos efforts pour donner un texte +pur et correct, et nous prions le lecteur de nous pardonner les +fautes qui, malgré des soins assidus, ont pu nous échapper, soit +dans la copie des manuscrits, soit dans l'impression du volume.

+ +

Retiré à Blois, Charles d'Orléans s'abandonna tout entier à ses goûts +littéraires, et chaque jour voyait s'accroître le nombre infini de ses +Poésies. Une promenade en bateau, la visite d'un parent, une partie +de chasse, en un mot, les moindres accidents deviennent sous sa plume +facile le sujet d'un rondel; de là aussi quelques passages du livre dont +le sens nous échappe aujourd'hui. Jamais le front du poète ne fut plus +serein, ni sa main plus ferme; nous recommandons au lecteur la ballade +de la page 106 (Je cuide que ce sont nouvelles), et surtout celle +de la page 112 (Ce que l'ueil despend en plaisir) où un certain +Contentement de soi-même s'allie merveilleusement à une sensibilité qui +n'a rien d'affecté. Le petit poème en ballades sur la Fortune (pages +113-116) offre aussi de grandes beautés, mais d'un ordre plus élevé. La +ballade de la page 107 (N'a pas longtemps qu'escoutoye parler) +est ravissante; l'auteur n'a peut-être jamais mieux fait. J'avoue +qu'entre toutes les poésies de Charles d'Orléans, j'ai une préférence +marquée pour celles de cette époque; le poète me semble ici avoir +atteint toute la puissance et toute la maturité de son talent. Les +majestueuses grandeurs de la nature viennent se refléter dans ses vers, +et quelques-uns de ses rondels sur l'été aux tappis veluz57, sur +l'hiver qui fuit58, sont des chefs-d'oeuvre déjà devenus populaires. +Son humeur honnête et pacifique le Tenait éloigné des agitations; il +enseignait sa petite académie, et c'est à peine si nous trouvons çà +et là quelques anneaux qui le rattachent au mouvement politique de +l'Europe. En 1442, Charles VII chargea le duc d'Orléans de conclure à +Tours une trêve avec les Anglais; les deux premiers vers du rondel de +la page 250 (Durant les trêves d'Angleterre) rappellent cette +négociation. En 1447, Philippe Marie, duc de Milan, mourut sans laisser +d'héritier, et Charles d'Orléans, comme fils de Valentine, réclama cette +riche succession; aidé par le duc de Bourgogne, il leva une petite armée +et en confia le commandement à Jean de Châlons. L'exécution fut de petit +fruit, dit Olivier de la Marche. En effet, on sait que François Sforce, +qui avait épousé une fille bâtarde du défunt, l'emporta sur ses rivaux +et conquit le duché; après un voyage à Asti, Charles d'Orléans revînt à +Blois. En 1458, il sortit de nouveau de sa retraite pour défendre Jean +II, duc d'Alençon, son gendre et son collaborateur en rondels, accusé du +crime de haute trahison59. Jean d'Alençon fut condamné à mort, mais le +roi fit grâce.

+ +
Note 57: (retour) Page 422.
+ +
Note 58: (retour) Page 423.
+ +
Note 59: (retour) Ce discours prononcé par Charles d'Orléans; et que nous +avons déjà cité page IX, a été conservé dans un manuscrit de là +Bibliothèque du Roi (Fonds franc. n° 7357-4).
+ +

Quelques-unes des dernières poésies de Charles d'Orléans portent +l'empreinte d'une décadence qu'on ne saurait dissimuler. Le poète a +perdu par degré sa vive allure et ses fraîches inspirations; il rime +toujours, mais son vers est décoloré, la sève des jeunes années a +disparu, et sa plume se traîne péniblement sur des sujets peu propres à +réveiller une muse épuisée; son imagination languit, s'éteint peu à peu +et paraît comme affaissée sous le poids de je ne sais quelle douleur +secrète; il dit tristement:

+ +
+

Le monde est ennuyé de moy

+

Et moy pareillement de luy60.

+
+ +

Et ailleurs:

+ +
+

Je ne voy rien qui ne m'annuye

+

Et ne scay chose qui me plaise61.

+
+ +
Note 60: (retour) Page 287.
+ +
Note 61: (retour) Page 377.
+ +

En 1462, la duchesse d'Orléans mit au monde un fils; mais ce bonheur +domestique ne réjouit plus le poète, ni ses chants, qui portent la trace +d'un sombre découragement et semblent annoncer une fin prochaine. En +effet, Charles d'Orléans allait être entraîné une dernière fois sur +la scène politique; le vieillard modeste, si plein de douceur et +d'humanité, le poète plaintif, devait paraître, avant de mourir, en face +de Louis XI.

+ +

Louis XI avait résolu de dépouiller le duc de Bretagne de son duché, et +dans les états tenus à Tours, en 1464, Charles d'Orléans osa vanter +les douceurs de la paix publique et faire au roi quelques timides +remontrances que son grand âge eût dû lui faire pardonner. Louis XI, +furieux, interrompit violemment ces humbles paroles et accabla l'orateur +d'insultes et d'outrages. Le vieillard épouvanté s'enfuit de Tours +précipitamment; arrivé à Amboise, il expira le 4 janvier 1465.

+ +

Quand on lit Christine de Pisan, Eustache Deschamps, Alain Chartier, +Martin le Franc et leurs contemporains, on se demande où notre poète +a puisé cette élocution facile, ce vers net, incisif et nerveux, ce +sentiment exquis de l'harmonie et de la pureté du langage qu'on retrouve +jusque dans ses poésies les plus négligées. Charles d'Orléans apparaît +au premier âge de notre littérature dans tout l'éclat d'un génie +original; il ne copie ni ne singe personne; c'est un homme toujours lui, +qui ne pose jamais, et qui donne aux moindres idées, aux plus fugitifs +détails, une forme admirable d'élégance et de distinction; rien de +guindé, rien de prétentieux, ni de préparé à l'avance; on pourrait faire +avec son livre son histoire de chaque jour; il dit toute chose, et +s'embarrasse peu si on l'écoute; il écrit pour lui, comme un voyageur +sur son album; maintenant choisissez ce qui vous plaît, vous trouverez +partout l'homme simple et bon, imprégné d'un parfum aristocratique qui +assouplit merveilleusement sa voix. Dans la jeunesse, il vous parlera +de ses amours; dans la prison, de ses ennuis; dans le château, de ses +pères, de sa philosophie songeuse. Ne lui demandez pas des souvenirs +trop lointains, il vit au jour le jour, ne s'inquiétant, ni de la +veille, ni du lendemain; c'est une nature insouciante, timide, un peu +molle et qui ne retrouve réellement sa vivacité que dans le vers qui +échappe à sa pensée. Né poète, la poésie a été l'occupation de toute sa +vie; les ballades, les rondels qui tombaient chaque jour de sa plume +sont devenus peu à peu, et peut-être sans qu'il s'en doutât, un +véritable monument poétique dont l'influence s'est étendue au loin dans +les siècles suivants. Mais pour achever cette esquisse trop imparfaite, +appelons ici à notre aide l'imposante parole d'un de nos plus ingénieux +écrivains: «Il y a dans Charles d'Orléans, dit M. Villemain, un bon goût +d'aristocratie chevaleresque, et cette élégance de tour, cette fine +plaisanterie sur soi-même, qui semble n'appartenir qu'à des époques +très-cultivées. Il s'y mêle une rêverie aimable, quand le poète songe à +la jeunesse qui fuit, au temps, à la vieillesse. C'est la philosophie +badine et le tour gracieux de Voltaire dans ses stances à madame du +Deffant.» Et ailleurs: «Le poète, parla douce émotion dont il était +rempli, trouve de ces expressions qui n'ont point de date, et qui, étant +toujours vraies, ne passent pas de la langue et de la mémoire d'un +peuple. Sans doute, quelques empreintes de rouille se mêlent à ces +beautés primitives; mais il n'est pas d'étude où l'on puisse mieux +découvrir ce que l'idiome français, manié par un homme de génie, offrait +déjà de créations heureuses62.»

+ +
Note 62: (retour) Tableau de la littérature au moyen âge, par M. +Villemain, t. II, p. 228 et 234.
+ +

Le suc poétique, si je puis dire ainsi, exprimé par Charles d'Orléans, +a été soigneusement recueilli par Villon et par Marot; le premier y +a déposé sa franchise quelque peu cynique, et le second sa verve +étincelante, son vers correct et les traditions des littératures +grecques, et et latines qui renaissaient. Ces trois éléments combinés +dominent toute la poésie du seizième siècle. Ainsi pour apprécier, sous +tous ses aspects, le livre de Charles d'Orléans, il faudrait analyser +ces trois individualités et montrer l'effet qu'elles durent produire +confondues. Nous laissons ces questions de haute critique à une main +plus habile; d'ailleurs nous avons dû renfermer cette notice dans +les bornes restreintes et modestes d'une biographie littéraire; nous +n'ajouterons plus qu'un mot. De graves historiens ont prétendu que le +duc d'Orléans, prince du sang royal de France, était resté au dessous +de sa mission; ils lui ont fait un crime d'avoir soutenu mollement le +drapeau de la révolte et de la guerre civile, et ils lui reprochent +ses vers, en quelque sorte, comme des lâchetés. Voilà, en vérité, de +singulières accusations. Eh bien, sauf le respect que nous devons à ces +historiens, je crois que si au lieu d'assassiner leurs parents, d'avilir +une monarchie qu'ils devaient protéger, délivrer leur pays aux Anglais, +Jean sans Peur, le comte de Saint-Pol et le connétable d'Armagnac +avaient employé leur loisir à rimer des ballades dans leur château, je +crois, dis-je, que nos pères de ce temps-là en eussent ressenti +quelques bons effets. Historiens, rassure-vous, les chefs politiques ne +manqueront jamais à vos récits; mais des poètes comme Charles d'Orléans, +on n'en trouve qu'un dans une littérature; ainsi, pardonnez-lui ses +poésies.

+ +

J. MARIE GUICHARD.

+


+ + +

LISTE DES AUTEURS
+NOMMÉS EN TÊTE DE QUELQUES-UNES DES POÉSIES
+CONTENUES DANS CE VOLUME.

+ + + +

ALBRET (le cadet d'), 352, 356.
+ALENÇON (Jean II, duc d'), 271.
+BENOIT d'Amiens, 358, 359, 371, 390, 397, 418.
+BLOSSEVILLE (le vicomte de), 385.
+BOUCICAUT, 339, 340.
+BOULAINVILLIERS (Philippe de), 209, 353.
+BOURBON (Jean II, duc de), 235, 303, 309, 310, 334, 354, 383, 386, 391, 425.
+BOURGOGNE (Philippe-le-Bon, duc de), 152, 154.
+CADET (le), voy. Albret.
+CADIER (Guillaume), 424.
+CAILLAU (Jean), 104, 136, 278, 316, 380, 381.
+CAILLAU (Simonnet), 138, 341, 370, 395, 413.
+CHEVALIER (Pierre), 167.
+CLERMONT (compte de), voy. Bourbon.
+CUISE (Antoine de), 408, 409.
+DALEBRET, voy. Albret.
+FARET, 371.
+FRAIGNE, 238, 389, 405, 406.
+FREDET, 169, 176, 251, 279, 322, 325, 335, 341, 350.
+GARENCIÈRES (Jean de Montenay, sire de), 142.
+GEORGE, 337.
+GILLES, 349.
+GOUT (Étienne le), 269.
+LORRAINE (Jean, duc de), 342, 344, 345, 346, 372, 415, 416.
+LUSSAY (Antoine de), 348.
+MARCHE (Olivier de la), 336.
+MONTBRETON, 133.
+NEVERS (Charles de Bourgogne, comte de), 243, 319.
+ +ORLÉANS (Charles, duc d'), 103, 120, + 121, 123, 141, 151, 153, 155, 158, 159, + 166, 173, 234, 243, 244, 246, 248—250, + 252, 260, 269, 271, 280, 311, 313, + 320, 323, 334, 335, 336, 340—342, + 346, 347, 350—352, 354—358, 360—368, + 370, 372—389, 391—395, 397—405, + 407, 409. 412—414, 417, 420, 423.
+ +ORLÉANS (Marie de Clèves, duchesse d'), 321, 347.
+OURMES (Gilles des), 137, 210, 349, 353, 396, 414.
+POT (Guiet), 348, 349.
+POT (Philippe), 348.
+ROBERTET, 133, 424.
+SECILE (René d'Anjou, roi de), 245, 248, 249, 250.
+SÉNÉCHAL (le grand), 384, 405.
+TIGNONVILLE, 360, 396.
+TORSY (le seigneur de), 333.
+TREMOILLE (Jacques, bâtard de la), 110, 351.
+VAILLANT, 102, 337, 338.
+VILLECRESME (Berthaud de), 135, 168, 387, 390.
+VILLON (François), 130.
+VOYS (Hugues le), 397, 400, 401.

+


+ + + +

POÉSIES DE CHARLES D'ORLÉANS

+ +

DE JEHAN DE LORRAINE, DE GILLES DES OURMES,
+DU COMTE DE CLERMONT, DE SIMONNET ET DE JEHAN CAILLAU,
+DE BERTHAULT DE VILLEBRESME, DE FREDET, ETC.

+

+ +
+

Au temps passé quant Nature me fist

+

En ce monde venir, elle me mist

+

Premierement tout en la gouvernance

+

D'une Dame qu'on appeloit Enfance;

+

En lui faisant estroit commandement

+

De me nourrir, et garder tendrement,

+

Sans point souffrir soing ou merencolie,

+

Aucunement me tenir compaignie;

+

Dont elle fist loyaument son devoir;

+

Remercier l'en doy pour dire voir.

+
+

En cest estat, par ung temps me nourry,

+

Et apres ce, quant je fu enforcy,

+

Ung messaigier qui Aage s'appella,

+

Une lectre de creance bailla

+

A Enfance, de par Dame Nature,

+

Et si lui dist que plus la nourriture

+

De moy n'auroit, et que Dame Jeunesse

+

Me nourriroit, et seroit ma maistresse;

+

Ainsi du tout Enfance delaissay,

+

Et avecques Jeunesse m'en alay.

+
+

Quant Jeunesse me tint en sa maison,

+

Ung peu avant la nouvelle saison,

+

En ma chambre s'en vint ung bien matin,

+

Et m'esveilla le jour saint Valentin,

+

En me disant: Tu dors trop longuement,

+

Esveille toy, et aprestes briefment,

+

Car je te vueil avecques moy mener

+

Vers ung seigneur dont te fault acointer,

+

Lequel me tient sa servante tres chiere;

+

Il nous fera, sans faillir, bonne chiere.

+
+

Je respondy: Maistresse gracieuse,

+

De lye cueur et voulenté joyeuse,

+

Vostre vouloir suy content d'acomplir;

+

Mais humblement je vous vueil requerir

+

Qu'il vous plaise le nom de moy nommer

+

De ce seigneur dont je vous oy parler,

+

Car s'ainsi est que sienne vous tenez,

+

Sien estre vueil, se le me commandez;

+

Et en tous faiz vous savez que desire

+

Vous ensuir, sans en riens contredire.

+
+

Puis qu'ainsy est, dist elle, mon enfant,

+

Que de savoir son nom desirez tant,

+

Saichiez de vray que c'est le Dieu d'amours

+

Que j'ay servy, et serviray tousjours,

+

Car de pieca suy de sa retenue,

+

Et de ses gens, et de lui bien congneue,

+

Oncques ne vis maison, jour de ta vie,

+

De plaisans gens si largement remplie;

+

Je te feray avoir d'eulx acointance,

+

Là trouverons de tous biens habondance.

+
+

Du Dieu d'amours quand parler je l'oy.

+

Aucunement me trouvay esbahy;

+

Pour ce lui dis: Maistresse, je vous prie

+

Pour le present que je n'y voise mie,

+

Car j'ay oy à plusieurs raconter

+

Les maulx qu'Amour leur a fait endurer,

+

En son dangier bouter ne m'oseroye,

+

Car ses tourmens endurer ne pourroye;

+

Trop jeune suy pour porter si grant fais,

+

Il vaulx trop mieulx que je me tiengne en pais.


+

Fy, dist elle, par Dieu tu ne vaulx riens;

+

Tu ne congnois l'onneur et les grans biens

+

Que peus avoir, se tu es amoureux,

+

Tu as oy parler les maleureux,

+

Non pas amans qui congnoissent qu'est joye;

+

Car raconter au long ne te sauroye

+

Les biens qu'Amour scet aux siens departir;

+

Essaye les, puis tu pourras choisir

+

Se tu les veulx ou avoir ou laissier;

+

Contre vouloir nul n'est contraint d'amer.

+
+

Bien me revint son gracieux langaige,

+

Et tost muay mon propos et couraige,

+

Quant j'entendy que nul ne contraindroit

+

Mon cueur d'amer fors ainsy qu'il vouldroit;

+

Si luy ay dit: Se vous me promectez,

+

Ma Maistresse, que point n'obligerez

+

Mon cueur, ne moy, contre nostre plaisir,

+

Pour ceste fois je vous vueil obeir,

+

Et à present vous suivray ceste voye,

+

Je prie à Dieu qu'à honneur m'y convoye.

+
+

Ne te doubles, se dist elle, de moy,

+

Je te prometz et jure par ma foy

+

Par moy ton cueur ja forcé ne sera,

+

Mais garde soy qui garder se pourra,

+

Car je pense que ja n'aura povoir

+

De se garder, mais changera vouloir;

+

Quant Plaisance lui monstrera à l'ueil

+

Gente beaulté plaine de doulx acueil,

+

Jeune, saichant, et de maniere lye,

+

Et de tous biens à droit souhait garnie.

+
+

Sans plus parler, sailli hors de mon lit,

+

Quant promis m'eust ce que devant est dit,

+

Et m'aprestay le plus joliement

+

Que peu faire, par son commandement:

+

Car jeunes gens qui desirent honneur,

+

Quant veoir vont aucun royal Seigneur,

+

Ilz se doivent mectre de leur puissance

+

En bon arroy, car cela les avance;

+

Et si les fait estre prisiez des gens,

+

Quant on les voit netz, gracieux et gens.

+
+

Tantost apres tous deux nous en alasmes,

+

Et si longtemps ensemble cheminasmes

+

Que venismes au plus pres d'un manoir

+

Trop bel assis, et plaisant à veoir;

+

Lors Jeunesse me dist: Cy est la place

+

Où Amour tient sa court et se soulace,

+

Que t'en semble, n'est elle pas tres belle?

+

Je respondy: Oncques mais ne vy telle.

+

Ainsi parlans aprouchasmes la porte,

+

Qui à veoir fut tres plaisant et forte.

+
+

Lors Jeunesse si hucha le portier,

+

Et lui a dit: J'ay cy ung estrangier,

+

Avecques moy entrer nous fault leans;

+

On l'appelle CHARLES DUC D'ORLÉANS.

+

Sans nul delay le portier nous ouvry,

+

Dedens nous mist, et puis nous respondy:

+

Tous deux estes ceans les bien venuz;

+

Aler m'en vueil, s'il vous plaist, vers Venus

+

Et Cupido, si leur raconteray

+

Qu'estes venuz, et ceans mis vous ay.

+
+

Le portier fu appellé compaignie

+

Qui nous receu de maniere si lye,

+

De nous party, à Amour s'en ala:

+

Briefment apres devers nous retourna,

+

Et amena Bel-acueil et Plaisance

+

Qui de l'ostel avoient l'ordonnance;

+

Lors quant de nous approucher je les vy,

+

Couleur changay, et de cueur tressailly.

+

Jeunesse dist: De riens ne t'esbahys,

+

Soyes courtois et en faiz et en dys.

+
+

Jeunesse tost se tira devers eulx,

+

Apres elle m'en alay tout honteulx,

+

Car jeunes gens perdent tost contenance

+

Quant en lieu sont où n'ont point d'acointance;

+

Si lui ont dit: «Bien soyez vous venue;

+

Puis par la main l'ont liement tenue;

+

Elle leur dit: «De cueur vous en mercy;

+

J'ay amené céans cest enfant cy,

+

Pour lui monstrer le tres loyal estat

+

Du Dieu d'amours, et son joyeulx esbat.

+
+

Vers moy vindrent me prenant par la main,

+

Et me dirent: «Nostre Roy souverain

+

Le Dieu d'amours vous prie que venez

+

Par devers lui, et bien venu serez.

+

Je respondy humblement: «Je mercie

+

Amour et vous de vostre courtoisie:

+

De bon vouloir iray par devers lui,

+

Pour ce je suis venu cy aujourdui,

+

Car Jeunesse m'a dit que le verray

+

En son estat et gracieux array.

+
+

Bel-acueil print Jeunesse par le bras,

+

Et Plaisance si ne m'oublia pas,

+

Mais me pria qu'avec elle venisse,

+

Et tout le jour pres d'elle me tenisse;

+

Si alasmes en ce point jusqu'au lieu

+

Là où estoit des amoureux le Dieu.

+

Entour de lui son peuple s'esbatoit,

+

Dancant, chantant, et maint esbat faisoit;

+

Tous à genoulz nous meismes humblement,

+

Et Jeunesse parla premierement;

+
+

Disant, «Tres haut et noble puissant Prince,

+

A qui subgiet est chascune province,

+

Et que je doy servir et honnourer,

+

De mon povoir je vous viens presenter

+

Ce jeune filz qui en moy a fiance,

+

Qui est sailly de la maison de France,

+

Creu ou jardin semé de fleurs de lys,

+

Combien que j'ay loyaument lui promis

+

Qu'en riens qui soit je ne le lyeray,

+

Mais à son gré son cueur gouverneray.

+
+

Amour repont, «Il est le bien venu,

+

Ou temps passé j'ay son pere congneu,

+

Plusieurs autres aussi de son lignaige

+

Ont mainteffoiz esté en mon servaige,

+

Parquoy tenu suy plus de lui bien faire,

+

S'il veult apres son lignaige retraire;

+

Vien ça, dist il, mon filz, que pense tu?

+

Fu tu oncques de ma darde feru;

+

Je croy que non, Car ainsi le me semble;

+

Vien pres de moy, si parlerons ensemble.

+
+

De cueur tremblant pres de lui m'aprouchay,

+

Si lui ay dit: «Sire, quant j'accorday

+

A Jeunesse de venir devers vous,

+

Elle me dist que vous estiez sur tous

+

Si tres courtois que chascun desiroit

+

De vous hanter, qui bien vous congnoissoit;

+

Je vous supply que je vous trouve tel,

+

Estrangier suy venu en votre hostel,

+

Honte seroit à vostre grant noblesse

+

Se fait m'estoit ceans mal ou rudesse.

+
+

Par moy contraint, dist Amour, ne seras,

+

Mais de ceans jamais ne partiras

+

Que ne soies es las amoureux pris:

+

Je m'en fais fort, se bien l'ay entrepris:

+

Souvent Mercy me vendras demander,

+

Et humblement ton fait recommander,

+

Mais lors sera ma grace de toy loing;

+

Car à bon droit le fauldray au besoing,

+

Et si feray vers toy le dangereux,

+

Comme tu fais d'estre vray amoureux.

+
+

Venez avant, dist il, plaisant Beaulté,

+

Je vous requier que sur la loyaulté

+

Que me devez, le venez assaillir,

+

Ne le laissiez reposer ne dormir,

+

Ne nuit, ne jour, s'il ne me fait hommaige,

+

Aprivoisiez ce compaignon sauvaige;

+

Ou temps passé vous conqueistes Sampson

+

Le fort, aussi le saige Salmon.

+

Se cest enfant surmonter ne savez,

+

Vostre renom du tout perdu avez.

+
+

Beaulté lors vint, de costé moy s'assist,

+

Ung peu se teut, puis doulcement m'a dist:

+

Amy, certes, je me donne merveille

+

Que tu ne veulx pas que l'en te conseille;

+

Au fort saiches que tu ne peuz choisir,

+

Il te convient à Amour obeir;

+

Mes yeulx prindrent fort à la regarder,

+

Plus longuement ne les en peu garder;

+

Quant Beaulté vit que je la regardoye,

+

Tost par mes yeulx ung dard au cueur m'envoye.

+
+

Quand dedens fu, mon cueur vint esveiller,

+

Et tellement le print à catoillier

+

Que je senty que trop rioit de joye;

+

Il me despleut qu'en ce point le sentoye;

+

Si commençay mes yeulx fort à tenser,

+

Et envoyay vers mon cueur ung penser,

+

En lui priant qu'il gectast hors ce dard;

+

Helas! helas! j'y envoyay trop tart,

+

Car quant Penser arriva vers mon cueur,

+

Il le trouva ja pasmé de doulceur.

+
+

Quant je le sceu, je dis par desconfort,

+

Je hé ma vie, et desire ma mort,

+

Je hé mes yeulx, car par eulx suis deceu,

+

Je hé mon cueur qu'ay nicement perdu,

+

Je hé ce dard qui ainsi mon cueur blesse,

+

Venez avant, partuez moy, Destresse,

+

Car mieulx me vault tout à ung cop morir

+

Que longuement en desaise languir;

+

Je congnois bien, mon cueur est pris es las

+

Du Dieu d'amours, par vous Beaulté, helas!

+
+

Adonc je cheu aux piez d'Amour malade,

+

Et semblay mort, tant euz la coleur fade:

+

Il m'apperceu, si commenca à rire

+

Disant: «Enfant, tu as besoing d'un mire;

+

Il semble bien par ta face palie

+

Que tu seuffres tres dure maladie;

+

Je cuidoye que tu fusses si fort

+

Qu'il ne fust riens qui te peust faire tort,

+

Et maintenant, ainsi soudainement,

+

Tu es vaincu par Beaulté seulement.

+
+

Où est ton cueur pour le present alé

+

Ton grant orgueil est bientost ravalé;

+

Il m'est advis tu deusses avoir honte

+

Si de legier, quant Beaulté te surmonte,

+

Et à mes piez t'a abatu à terre;

+

Revenge toy, se tu vaulx riens pour guerre,

+

Ou à elle il vault mieulx de toy rendre,

+

Se tu ne scez autrement te deffendre,

+

Car de deux maulx, puisque tu peuz eslire,

+

C'est le meilleur que preignes le moins pire.

+
+

Ainsi de moy fort Amour se mocquoit,

+

Mais non pourtant de ce ne me challoit,

+

Car de douleur je estoye si enclos

+

Que je ne tins compte de tous ses mos:

+

Quant Jeunesse vit que point ne parloye,

+

Car tout advis et sens perdu avoye,

+

Pour moy parla, et au Dieu d'amours dist:

+

Sire, vueillez qu'il ait aucun respit:

+

Amour respont: «Jamais respit n'aura

+

Jusques à tant que rendu se sera.»

+
+

Beaulté mist lors en son giron ma teste,

+

Et si m'a dit: «De main mise t'arreste,

+

Rens toy à moy, et tu feras que saige,

+

Et à Amour va faire ton hommaige;

+

Je respondy: «Ma Dame, je le vueil,

+

Je me soubzmetz du tout à vostre vueil;

+

Au Dieu d'amours et à vous je me rens,

+

Mon povre cueur à mort feru je sens,

+

Vueillez avoir pitié de ma tristesse,

+

Jeune, gente, nompareille Princesse.

+
+

Quant je me fu ainsi rendu à elle:

+

Je maintendray, dist elle, ta querelle

+

Envers Amour, et tant pourchasseray

+

Qu'en sa grace recevoir te feray;

+

A brief parler, et sans faire long compte,

+

Au Dieu d'amours mon fait au vray raconte,

+

Et lui a dit, «Sire, je l'ay conquis,

+

Il s'est à vous, et à moi tout soubzmis,

+

Vueillez avoir de sa douleur mercy,

+

Puisque vostre se tient, et mien aussy;

+
+

S'il a meffait vers vous, il s'en repent,

+

Et se soubzmet en vostre jugement;

+

Puisqu'il se veult à vous abandonner,

+

Legierement lui devez pardonner;

+

Chascun seigneur qui est plain de noblesse

+

Doit departir mercy à grant largesse;

+

De vous servir sera plus obligié,

+

Se franchement son mal est allegié;

+

Et si mectra paine de desservir

+

Voz grans biensfaiz, par loyaument servir.

+
+

Amour respont: Beaulté, si saigement

+

Avez parlé, et raisonnablement,

+

Que pardonner lui vueil la malvueillance

+

Qu'ay eu vers lui, car par oultrecuidance

+

Me courrouça quant, comme foul et nice,

+

Il refusa d'entrer en mon service;

+

Faictes de lui ainsi que vous vouldrez,

+

Content me tiens de ce que vous ferez,

+

Tout le soubzmetz à vostre voulenté,

+

Sauve, sans plus, ma souveraineté.

+
+

Beaulté respont: Sire, c'est bien raison

+

Par dessus tous et sans comparaison,

+

Que pour seigneur et souverain vous tiengne,

+

Et ligement vostre subgiet deviengne;

+

Premierement devant vous jurera

+

Que loyaument de cueur vous servira,

+

Sans espargnier, soit de jours ou de nuis,

+

Paine, soucy, dueil, courroux ou ennuis,

+

Et souffrera, sans point se repentir,

+

Les maulx qu'amans ont souvent à souffrir.

+
+

Il jurera aussi secondement

+

Qu'en ung seul lieu amera fermement,

+

Sans point querir ou desirer le change,

+

Car sans faillir ce seroit trop estrange

+

Que bien servir peust ung cueur en mains lieux,

+

Combien qu'aucuns cueurs ne demandent mieulx

+

Que de servir du tout à la volée,

+

Et qu'ilz ayent d'amer la renommée,

+

Mais au derrain ilz s'en trouvent punis

+

Par Loyaulté dont ils sont ennemis.

+
+

En oultre plus promectra tiercement

+

Que voz conseulx tendra secretement,

+

Et gardera de mal parler sa bouche.

+

Noble Prince, ce point cy fort vous touche,

+

Car mains amans, par leurs nices parolles,

+

Par sotz regars et contenances folles,

+

Ont fait parler souvent les mesdisans,

+

Par quoy grevez ont esté voz servans,

+

Et ont receu souventeffoiz grant perte

+

Contre raison, et sans nulle desserte.

+
+

Avecques ce, il vous fera serment

+

Que s'il recoit aucun avancement

+

En vous servant, qu'il n'en fera ventance;

+

Cestui meffait dessert trop grant vengance,

+

Car quant Dames veulent avoir pitié

+

De leurs servans, leur monstrant amitié,

+

Et de bon cueur aucun reconfort donnent,

+

En ce faisant leurs honneurs abandonnent,

+

Soubz fiance de trouver leurs amans

+

Secrez, ainsi qu'en font les convenans.

+
+

Ces quatre points qu'ay cy devant nommez

+

A tous amans doivent estre gardez,

+

Qui à honneur et avancement tirent

+

Et leurs amours à fin mener désirent:

+

Six autres points aussi accordera,

+

Mais par serment point ne les promectra,

+

Car nul amant estre contraint ne doit

+

De les garder, se son prouffit n'y voit;

+

Mais se faire veult, apres bon conseil,

+

A les garder doit mectre son traveil.

+
+

Le premier est qu'il se tiengne jolis,

+

Car les dames le tiennent à grant pris;

+

Le second est que tres courtoisement

+

Soy maintendra, et gracieusement;

+

Le tiers point est que, selon sa puissance,

+

Querra honneur et poursuivra vaillance;

+

Le quatriesme qu'il soit plain de largesse,

+

Car c'est chose qui avance noblesse;

+

Le cinquiesme qu'il suivra compaignie,

+

Amant honneur, et fuiant villenie.

+
+

Le sixiesme point et le derrenier

+

Est qu'il sera diligent escollier,

+

En aprenant tous les gracieux tours,

+

A son povoir, qui servent en amours,

+

C'est assavoir à chanter, à dancer,

+

Faire chancons, et balades rimer,

+

Et tous autres joyeulx esbatemens.

+

Ce sont icy les dix commandemens,

+

Vray Dieu d'amours, que je ferai jurer

+

A cest enfant, s'il vous plaist l'appeller.

+
+

Lors m'appella, et me fist les mains mectre

+

Sur ung livre en me faisant promectre

+

Que feroye loyaument mon devoir

+

Des poins d'amours garder, à mon povoir;

+

Ce que je fis de bon vueil lyement;

+

Adonc Amour a fait commandement

+

A Bonnefoy d'Amours chief secretaire

+

De ma lectre de Retenue faire;

+

Quant faicte fut, Loyaulté la scella

+

Du scel d'Amours et la me délivra.

+
+

Ainsi Amour me mist en son servaige,

+

Mais pour seurté retint mon cueur en gaige,

+

Pourquoy lui dis que vivre ne pourroye

+

En cest estat, s'un autre cueur n'avoye.

+

Il respondit: Espoir mon medicin

+

Te gardera de mort soir et matin,

+

Jusques à tant qu'auras en lieu du tien

+

Le cueur d'une qui te tendra pour sien,

+

Gardes tousjours ce que t'ay commandé,

+

Et je t'auray pour bien recommandé.

+
+

+ + + +
+

COPIE DE LA LECTRE DE RETENUE.


+

Dieu Cupido, et Venus la Deesse,

+

Ayans povoir sur mondaine liesse,

+

Salus de cueur par nostre grant humblesse,

+

A tous amans

+

Scavoir faisons que le DUC D'ORLÉANS

+

Nommé CHARLES à présent jeune d'ans,

+

Nous retenons pour l'ung de noz servans

+

Par ces presentes,

+

Et lui avons assigné sur noz rentes

+

Sa pension en joyeuses actentes

+

Pour en joir par noz lectres patentes

+

Tant que vouldrons,

+

En esperant que nous le trouverons

+

Loyal vers nous, ainsi que fait avons

+

Ses devanciers dont contens nous tenons

+

Tres grandement.

+

Pour ce donnons estroit commandement

+

Aux officiers de nostre Parlement

+

Qu'ilz le traictent et aident doulcement

+

En tout affaire,

+

A son besoing, sans venir au contraire;

+

Si chier qu'ilz ont nous obeir et plaire,

+

Et qu'ilz doubtent envers nous de forfaire

+

En corps et biens,

+

Le soustenant, sans y epargnier riens,

+

Contre Dangier avecques tous les siens,

+

Malle bouche plaine de faulx maintiens,

+

Et jalousie;

+

Car chascun d'eulx de grever estudie

+

Les vraiz subgietz de nostre Seigneurie,

+

Dont il est l'un, et sera à sa vie,

+

Car son serment

+

De nous servir devant tout ligement

+

Avons receu, et pour plus fermement,

+

Nous asseurer qu'il fera loyaument

+

Entier devoir,

+

Avons voulu en gaige recevoir

+

Le cueur de lui, lequel, de bon vouloir,

+

A tout soubzmis en noz mains et povoir;

+

Pourquoy tenus

+

Sommes à luy par ce de plus en plus,

+

Si ne seront pas ses biensfaiz perdus,

+

Ne ses travaulx pour neant despendus;

+

Mais pour monstrer

+

A toutes gens bon exemple d'amer,

+

Nous le voulons richement guerdonner,

+

Et de noz biens, à largesse donner,

+

Tesmoing nos seaulx

+

Cy actachiez, devant tous nos feaulx,

+

Gens de conseil, et serviteurs loyaulx

+

Venus vers nous par mandemens royaulx,

+

Pour nous servir.

+

Donné le jour saint Valentin martir,

+

En la cité de gracieux desir,

+

Où avons fait nostre conseil tenir.

+
+
+ +

LE DESSOUBZ DE LA RETENUE

+
+

Par Cupido et Venus souverains,

+

A ce presens plusieurs plaisirs mondains.

+
+
+ +

BALADE.

+
+

Belle, bonne, nompareille plaisant,

+

Je vous suppli vueilliez me pardonner

+

Se moy qui sui vostre grace actendant,

+

Viens devers vous pour mon fait raconter,

+

Plus longuement je ne le puis celer

+

Qu'il ne faille que saichiez ma destresse,

+

Comme celle qui me peut conforter,

+

Car je vous tiens pour ma seule maistresse.

+
+

Se cy à plain vous vois mes maulx disant,

+

Force d'amours me fait ainsi parler;

+

Car je devins vostre loyal servant,

+

Le premier jour que je peuz regarder

+

La grant beaulté que vous avez sans per,

+

Qui me feroit avoir toute liesse,

+

Se serviteur vous plaisoit me nommer;

+

Car je vous tiens pour ma seule maistresse.

+
+

Que me donnez en octroy don si grant,

+

Je ne l'ose dire, ne demander;

+

Mais s'il vous plaist que, de cy en avant,

+

En vous servant puisse ma vie user,

+

Je vous supply que sans me refuser

+

Vueillez souffrir qu'y mecte ma jeunesse,

+

Nul autre bien je ne vueil souhaidier,

+

Car je vous tiens pour ma seule maistresse.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Vueilliez voz yeulx emprisonner,

+

Et sur moy plus ne les gectez;

+

Car quant vous plaist me regarder,

+

Par Dieu, Belle, vous me tuez;

+

Et en tel point mon cueur mectez

+

Que je ne scay que faire doye;

+

Je suis mort se vous ne m'aidez,

+

Ma seule souveraine joye,

+
+

Je ne vous ose demander

+

Que vostre cueur vous me donnez,

+

Mais, se droit me voulez garder

+

Puisque le cueur de moy avez,

+

Le vostre fault que me laissiez;

+

Car sans cueur vivre ne pourroye;

+

Faictes en, comme vous vouldrez,

+

Ma seule souveraine joye.

+
+

Trop hardy suis d'ainsi parler,

+

Mais, pardonner le me devez

+

Et n'en devez autruy blasmer,

+

Que le gent corps que vous portez

+

Qui m'a mis, comme vous veez,

+

Si fort en l'amoureuse voye,

+

Qu'en vostre prison me tenez,

+

Ma seule souveraine joye.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Ma Dame, plus que ne savez,

+

Amour, si tres fort me guerroye,

+

Qu'à vous me rens, or me prenez,

+

Ma seule souveraine joye.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

C'est grand peril de regarder

+

Chose dont peut venir la mort,

+

Combien qu'on ne s'en scet garder

+

Aucunes foiz, soit droit ou tort,

+

Quant plaisance si est d'accord

+

Avecques ung jeune desir,

+

Nul ne pourroit son coeur tenir

+

D'envoyer les yeulx en messaige;

+

On le voit souvent avenir,

+

Aussi bien au fol comme au saige.

+
+

Lesquelz yeulx viennent raporter

+

Ung si tres gracieulx raport

+

Au cueur, quant le veult escouter,

+

Que s'il a eu d'amer l'effort,

+

Encores l'aura il plus fort;

+

Et le font du tout retenir

+

Ou service, sans departir

+

D'amours, à son tres grant dommaige

+

On le voit souvent avenir,

+

Aussi bien au fol comme au saige.

+
+

Car mains maulx lui fault endurer,

+

Et de soussy passer le port,

+

Avant qu'il puisse recouvrer

+

L'acointance de Reconfort,

+

Qui plusieurs foiz au besoing dort,

+

Quant on se veult de lui servir;

+

Et lors il est plus que martir;

+

Car son mal vault trop pis que raige,

+

On le voit souvent avenir,

+

Aussi bien au fol comme au saige.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Amour, ne prenez desplaisir

+

S'ay dit le mal que fault souffrir,

+

Demourant en vostre servaige;

+

On le voit souvent avenir,

+

Aussi bien au fol comme au saige.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Comment se peut ung povre cueur deffendre,

+

Quand deux beaulx yeulx le viennent assaillir;

+

Le cueur est seul, desarmé, nu et tendre,

+

Et les yeulx sont bien armez de plaisirs;

+

Contre tous deux ne pourroit pié tenir.

+

Amour aussi est de leur aliance,

+

Nul ne tendroit contre telle puissance.

+
+

Il lui convient ou mourir ou se rendre,

+

Trop grant honte lui seroit de fuir;

+

Plus baudement les oseroit actendre,

+

S'il eust pavais dont il se peust couvrir;

+

Mais point n'en a, si lui vault mieux souffrir,

+

Et se mectre tout en leur gouvernance,

+

Nul ne tendroit contre telle puissance.

+
+

Qu'il soit ainsi bien me le fist aprendre

+

Ma maistresse, mon souverain desir,

+

Quand il lui pleut ja pieca entreprendre

+

De me vouloir de ses doulx yeulx ferir;

+

Oncques depuis mon cueur ne peut guerir,

+

Car lors fut il desconfit à oultrance;

+

Nul ne tendroit contre telle puissance.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Espargniez vostre doulx actrait,

+

Et vostre gracieux parler,

+

Car Dieu scet les maulx qu'ilz ont fait

+

A mon povre cueur endurer;

+

Puisque ne voulez m'acorder

+

Ce qui pourroit mes maulx guerir,

+

Laissiez moy passer ma meschance,

+

Sans plus me vouloir assaillir

+

Par vostre plaisant acointance.

+
+

Vers Amours faictes grant forfait,

+

Je l'ose pour vray advouer;

+

Quant me ferez d'amoureux trait,

+

Et ne me voulez conforter,

+

Je croy que me voulez tuer.

+

Pleust à Dieu que peussiez sentir

+

Une foiz la dure grevance

+

Que m'avez fait longtemps souffrir

+

Par vostre plaisant acointance.

+
+

Helas! que vous ay je meffait

+

Par quoy me doyez tourmenter;

+

Quant mon cueur d'amer se retrait,

+

Tantost le venez rappeller;

+

Plaise vous en paix le laissier,

+

Ou lui acorder son desir;

+

Honte vous est, non pas vaillance,

+

D'un loyal cueur ainsi meurdrir

+

Par vostre plaisant acointance.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

N'a pas longtemps qu'alay parler

+

A mon cueur tout secretement,

+

Et lui conseillay de s'oster

+

Hors de l'amoureux pensement;

+

Mais me dist bien fellement:

+

Ne m'en parlez plus, je vous prie;

+

J'ameray tousjours, se m'aist Dieux,

+

Car j'ay la plus belle choisie,

+

Ainsi m'ont raporté mes yeulx.

+
+

Lors dis: Vueilliez me pardonner,

+

Car je vous jure mon serement

+

Que conseil vous cuide donner,

+

A mon povoir, tres loyaument;

+

Voulez vous sans allegement

+

En douleur finer vostre vie?

+

Nennil dya, dist il, j'auray mieulx;

+

Ma Dame m'a fait chiere lie,

+

Ainsi m'ont raporté mes yeulx.

+
+

Cuidez vous scavoir sans doubter

+

Par ung regart tant seulement,

+

Se, dis je, du tout son penser

+

Ou par ung doulx acointement.

+

Taisiez vous, dist il, vrayement

+

Je ne croiray chose qu'on die;

+

Mais la serviray en tous lieux,

+

Car de tous biens est enrichie,

+

Ainsi m'ont raporté mes yeulx.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

De jamais n'amer par amours

+

J'ay aucune foiz le vouloir,

+

Pour les ennuieuses dolours

+

Qu'il me fault souvent recevoir,

+

Mais en la fin, pour dire voir,

+

Quelque mal que doye porter,

+

Je vous asseure par ma foy,

+

Que je n'en sauroye garder

+

Mon cueur qui est maistre de moy.

+
+

Combien qu'ay eu d'estranges tours,

+

Mais j'ai tout mis à nonchaloir,

+

Pensant de recouvrer secours

+

De Confort ou d'ung doulx espoir:

+

Hélas! se j'eusse le povoir

+

D'aucunement hors m'en bouter,

+

Par le serement qu'à Amours doy,

+

Jamais n'y lairroye rentrer

+

Mon cueur qui est maistre de moy.

+
+

Car je scay bien que par doulcours

+

Amour le scet si bien avoir,

+

Qu'il vouldroit ainsi tous les jours

+

Demourer sans ja s'en mouvoir;

+

Nil ne veult oir ne savoir

+

Le mal qu'il me fait endurer,

+

Plaisance l'a mis en ce ploy,

+

Elle fait mal de le m'oster

+

Mon cueur qui est maistre de moy.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Il me desplaist d'en tant parler,

+

Mais, par le Dieu en qui je croy,

+

Ce fait desir de recouvrer

+

Mon cueur qui est maistre de moy.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Quand je suis couchié en mon lit,

+

Je ne puis en paix reposer;

+

Car toute la nuit mon cueur lit

+

Ou rommant de plaisant penser,

+

Et me prie de l'escouter;

+

Si ne l'ose desobeir,

+

Pour dobte de le courroucier,

+

Ainsi je laisse le dormir.

+
+

Ce livre si est tout escript

+

Des faiz de ma Dame sans per;

+

Souvent mon cueur de joye rit,

+

Quand il les list ou oyt compter;

+

Car certes tant sont à louer,

+

Qu'il y prent souverain plaisir,

+

Moy mesmes ne m'en puis lasser,

+

Ainsi je laisse le dormir.

+
+

Se mes yeux demandent respit

+

Par sommeil qui les vient grever,

+

Il les tense par grant despit,

+

Et si ne les peut surmonter;

+

Il ne cesse de souspirer

+

A part soy; j'ay lors, sans mentir,

+

Grant paine de le rapaisier,

+

Ainsi je laisse le dormir.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Amour, je ne puis gouverner

+

Mon cueur; car tant vous veult servir

+

Qu'il ne scet jour ne nuit cesser,

+

Ainsi je laisse le dormir.

+
+
+ +

BALADE.

+
+

Fresche beaulté tres riche de jeunesse,

+

Riant regart trait amoureusement,

+

Plaisant parler gouverné par sagesse,

+

Port femenin en corps bien fait et gent,

+

Haultain maintien demené doulcement,

+

Acueil humble plain de maniere lie,

+

Sans nul dangier bonne chiere faisant,

+

Et de chascun pris et los emportant;

+

De ces grans biens est ma Dame garnie.

+
+

Tant bien lui siet à la noble Princesse

+

Chanter, dancer et tout esbatement,

+

Qu'on la nomme de ce faire maistresse,

+

Elle fait tout si gracieusement,

+

Que nul n'y scet trouver amendement:

+

L'escolle peut tenir de courtoisie,

+

En la voyant aprent qui est saichant,

+

Et en ses faiz qui va garde prenant,

+

De ces grans biens est ma Dame garnie.

+
+

Bonté, Honneur, avecques Gentillesse

+

Tiennent son cueur en leur gouvernement,

+

Et Loyaulté nuit et jour ne la laisse;

+

Nature mist tout son entendement

+

A la fourmer, et faire proprement;

+

De point en point, c'est la mieux accomplie

+

Qui aujourdui soit ou monde vivant,

+

Je ne dy riens que tous ne vont disant;

+

De ces grans biens est ma Dame garnie.

+
+

Elle semble mieulx que femme Deesse,

+

Si croy que Dieu l'envoya seulement

+

En ce monde, pour monstrer la largesse

+

De ces haults dons qu'il a entierement

+

En elle mis abandonnement.

+

Elle n'a per, plus ne scay que je dye,

+

Pour fol me tiens de l'aler devisant,

+

Car moy ne nul n'est à ce souffisant,

+

De ces grans biens est ma Dame garnie.

+
+

S'il est aucun qui soit prins de tristesse

+

Voise voir son doulx maintenement,

+

Je me fais fort que le mal qui le blesse

+

Le laissera pour lors soudainement,

+

Et en oubly sera mis plainement;

+

C'est Paradis que de sa compaignie,

+

A tous complaist, à nul n'est ennuyant,

+

Qui plus la voit plus en est désirant,

+

De ces grans biens est ma Dame garnie.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Toutes dames qui oyez cy comment

+

Prise celle que j'ayme loyaument,

+

Ne m'en saichiez maugré, je vous en prie;

+

Je ne parle pas en vous desprisant,

+

Mais comme sien je dy en m'acquittant:

+

De ces grans biens est ma Dame garnie.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

A ma Dame je ne scay que je dye,

+

Ne par quel bout je doye commencer,

+

Pour vous mander la doloreuse vie

+

Qu'Amour me fait chascun jour endurer;

+

Trop mieulx vaulsist me taire que parler,

+

Car prouffiter ne me pevent mes plains,

+

Ne je ne puis guerison recouvrer,

+

Puisqu'ainsi est que de vous suis loingtains.

+
+

Quanque je voy me desplaist et ennuye,

+

Et n'en ose contenance monstrer,

+

Mais ma bouche fait semblant qu'elle rie,

+

Quant mainteffoiz je sens mon cueur plourer.

+

Au fort, martir on me devra nommer,

+

Se Dieu d'amours fait nulz amoureux Saints,

+

Car j'ay des maulx plus que ne scay compter,

+

Puisqu'ainsi est que de vous suis loingtains.


+

Et non pourtant humblement vous mercie,

+

Car par escript vous a pleu me donner

+

Ung doulx confort que j'ay à chiere lie

+

Receu de cueur, et de joyeulx penser,

+

Vous suppliant que ne vueilliez changier,

+

Car en vous sont tous mes plaisirs mondains

+

Desquelz me fault à present deporter,

+

Puisqu'ainsi est que de vous suis loingtains.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Loingtain de vous, ma tres belle maistresse,

+

Fors que de cueur que laissié je vous ay,

+

A compaignie de Deuil et de Tristesse,

+

Jusques à tant que reconfort auray

+

D'un doulx plaisir, quant reveoir pourray

+

Vostre gent corps, plaisant et gracieux;

+

Car lors lairray tous mes maulx ennuyeux

+

Et trouveray, se m'a dit Esperance,

+

Par le pourchas du regard de mes yeulx

+

Autant de bien que j'ay de desplaisance

+
+

Car s'oncques nul sceut que c'est de destresse,

+

Je pense bien que j'en ay fait l'essay;

+

Si tres avant et à telle largesse

+

Qu'en dueil pareil nulluy de moy ne scay;

+

Mais ne m'en chault; certes j'endureray

+

Au desplaisir des jaloux envieux,

+

Et me tendray par semblance joyeulx,

+

Car quand je suy en greveuse penance,

+

Ilz recoyvent, que mal jour leur doint Dieux,

+

Autant de bien que j'ay de desplaisance.

+
+

Tout prens en gré jeune, gente Princesse,

+

Mais qu'en saichiez tant seulement le vray,

+

En actendant le gueredon de Liesse

+

Qu'à mon povoir vers vous desserviray;

+

Car le conseil de Loyaulté feray,

+

Que garderay pres de moy en tous lieux,

+

Vostre tousjours soye, jeunes ou vieulx,

+

Priant, a Dieu ma seule desirance,

+

Qu'il vous envoit, savoir ne povez mieulx,

+

Autant de bien que j'ay que desplaisance.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Puisqu'ainsi est que loingtain de vous suis,

+

Ma Maistresse, dont Dieu scet s'il m'ennuye,

+

Si chierement vous requier que je puis,

+

Qu'il vous plaise de vostre courtoisie,

+

Quant vous estes seule sans compaignie,

+

Me souhaidier ung baisier amoureux

+

Venant du cueur et de pensée lie,

+

Pour alegier mes griefz maulx doloureux.

+
+

Quant en mon lit doy reposer de nuis,

+

Penser m'assault, et Désir me guerrye;

+

Et en pensant mainteffoiz m'est advis

+

Que je vous tiens entre mes bras, m'amye;

+

Lors accolle mon oreillier, et crie:

+

Mercy Amours, faictes moy si eureux,

+

Qu'avenir puist mon penser en ma vie,

+

Pour alegier mes griefz maulx doloureux.

+
+

Espoir m'a dit et par sa foy promis

+

Qu'il m'aidera, et que ne m'en soussie;

+

Mais tant y met qu'un an me semble dix,

+

Et non pourtant, soit ou sens ou folie,

+

Je m'y actens, et en lui je m'afie

+

Qu'il fera tant que Dangier le crueux

+

N'aura briefment plus sur moy seigneurie,

+

Pour alegier mes griefz maulx doloureux.

+
+

L'ENVOY.

+
+

A Loyaulté de plus en plus m'alye,

+

Et à Amours humblement je supplie

+

Que de mon fait vueillent estre piteux,

+

En me donnant de mes vouloirs partie,

+

Pour alegier mes griefz maulx doloureux.

+
+
+ +

BALADE.

+
+

Pourtant se souvent ne vous voy,

+

Pensez vous plus que vostre soye;

+

Par le serement que je vous doy,

+

Si suis autant que je souloye;

+

N'il n'est ne plaisance, ne joye,

+

N'autre bien qu'on rac puist donner,

+

Je le vous prometz loyaument,

+

Qui me puist ce vouloir oster

+

Fors que la mort tant seulement.

+
+

Vous savez que je vous feis foy

+

Pieca de tout ce que j'avoye,

+

Et vous laissay, en lieu de moy,

+

Le gaige que plus chier j'amoye;

+

C'estoit mon cueur que j'ordonnoye

+

Pour avecques vous demourer,

+

A qui je suis entierement;

+

Nul ne m'en pourroit destourber

+

Fors que la mort tant seulement.

+
+

Combien certes que je recoy

+

Tel mal que, se le vous disoye,

+

Vous auriez, comme je croy,

+

Pitié du mal qui me guerroye;

+

Car de tout dueil suis en la voye,

+

Vous le povez assez penser,

+

Et ay esté si longuement,

+

Que je ne doy riens desirer

+

Fors que la mort tant seulement.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Belle que tant veoir vouldroye,

+

Je prie à Dieu que brief vous voye;

+

Ou s'il ne le veult accorder,

+

Je lui supply tres humblement

+

Que riens ne me vueille donner

+

Fors que la mort tant seulement.

+
+
+ +

BALADE.

+
+

Quelles nouvelles, ma Maistresse,

+

Comment se portent noz amours?

+

De ma part je vous fais promesse

+

Qu'en ung propos me tiens tousjours,

+

Sans jamais penser le rebours;

+

C'est que seray toute ma vie

+

Vostre du tout entierement,

+

Et pour ce de vostre partie

+

Acquittez vous pareillement.

+
+

Combien que Dangier et Destresse

+

Ont fait longuement leurs sejours

+

Avec mon cueur, et par rudesse

+

Lui ont monstré d'estranges tours,

+

Helas! en amoureuses cours,

+

C'est pitié qu'ilz ont seigneurie;

+

Si mectray paine que briefment

+

Loyaulté sur eulx ait maistrie,

+

Acquittez vous pareillement.

+
+

Quoyque la nue de Tristesse

+

Par ung longtemps ait fait son cours;

+

Apres le beau temps de Liesse

+

Vendra qui donnera secours

+

A noz deux cueurs, car mon recours

+

J'ay en espoir, en qui me fie,

+

Et en vous, Belle, seulement,

+

Car jamais je ne vous oublie;

+

Acquittez vous pareillement.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Soyez seure, ma doulce amye,

+

Que je vous ayme loyaument,

+

Or vous requier et vous supplie

+

Acquittez vous pareillement.

+
+
+

BALADE.

+
+

Belle que je tiens pour amye,

+

Pensez, quelque part que je soye,

+

Que jamais je ne vous oublie;

+

Et pour ce prier vous vouldroye,

+

Jusques à tant que vous revoye,

+

Qu'il vous souviengne de cellui

+

Qui a trouvé peu de mercy

+

En vous, se dire je l'osoye.

+
+

Combien que je ne dye mie

+

Que n'aye receu bien et joye,

+

En vostre doulce compaignie,

+

Plus que desservir ne sauroye;

+

Non pourtant voulentiers j'auroye

+

Le guerdon de loyal amy,

+

Qu'oncques ne trouvay jusqu'à cy

+

En vous, se dire je l'osoye.

+
+

Je vous ai longement servie,

+

Si m'est advis qu'avoir devroye

+

Le don que de sa courtoisie

+

Amour à ses servans envoye;

+

Or faictes qu'estre content doye,

+

Et m'accordez ce que je dy,

+

Car trop avez refus nourry

+

En vous, se dire je l'osoye.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Ma Dame, vous povez savoir

+

Les biens qu'ay euz à vous servir;

+

Car par ma foy, pour dire voir,

+

Oncques je n'y peuz acquerir

+

Tant seulement ung doulx plaisir,

+

Que sitost que je le tenoye,

+

Dangier le me venoit tollir

+

Ce peu de plaisir que j'avoye.


+

Je n'en savoye nul avoir

+

Qui peust contenter mon desir,

+

Se non quant vous povoye voir,

+

Ma joye, mon seul souvenir;

+

Or m'en a fait Dangier bannir,

+

Tant qu'il faut que loing de vous soye,

+

Par quoy a fait de moy partir

+

Ce peu de plaisir que j'avoye.

+
+

Non pas peu, car de bon vouloir

+

Content m'en devoye tenir,

+

En esperant de recevoir

+

Ung trop plus grant bien advenir;

+

Je n'y cuidoye point faillir

+

A la paine que g'y mectoye,

+

Cela me faisoit enrichir

+

Ce peu de plaisir que j'avoye.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Belle, je vous vueil requerir,

+

Pensez, quant serez de loisir,

+

Qu'en grant mal qui trop me guerroye,

+

Est tourné, sans vous en mentir,

+

Ce peu de plaisir que j'avoye.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

En ce joyeulx temps du jourduy

+

Que le mois de may ce commance,

+

Et que l'en doit laissier ennuy,

+

Pour prendre joyeuse plaisance,

+

Je me trouve sans recouvrance,

+

Loingtain de joye conquester;

+

De tristesse si bien renté

+

Que j'ay, je m'en puis bien vanter,

+

Le rebours de ma voulenté.

+
+

Las! Amours je ne voy nulluy

+

Qui n'ait aucune souffisance,

+

Fors que moy seul qui suis celluy

+

Qui est le plus dolent de France.

+

J'ay failli à mon esperance;

+

Car quant à vous me voulz donner

+

Pour estre vostre serementé,

+

Jamais ne cuidoye trouver

+

Le rebours de ma voulenté.

+
+

Au fort, puisqu'en ce point je suy,

+

Je porteray ma grant penance,

+

Ayant vers Loyaulté refuy

+

Où j'ay mis toute ma fiance;

+

Ne Dangier qui ainsi m'avance,

+

Quelque mal que doye porter,

+

Combien que trop m'a tourmenté,

+

Ne pourra ja en moy bouter

+

Le rebours de ma voulenté.

+
+

L'ENVOY.

+
+

D'aucun reconfort acointer

+

Plusieurs foiz m'en suy dementé;

+

Mais j'ay tousjours au par aler

+

Le rebours de ma voulenté.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Quant je party derrainement

+

De ma souveraine sans per,

+

Que Dieu gard et luy doint briefment

+

Joye de son loyal penser,

+

Mon cueur lui laissay emporter;

+

Oncques puis ne le peuz ravoir,

+

Si m'esmerveille, main et soir,

+

Comment j'ai vesqu tant de jours

+

Depuis sans cueur, mais pour tout voir,

+

Ce n'est que miracle d'Amours.

+
+

Qui est cellui qui longuement

+

Peut vivre sans cueur, ou durer

+

Comme j'ay fait en grief tourment;

+

Certes nul, je m'en puis vanter.

+

Mais Amours ont voulu monstrer

+

En ce leur gracieux povoir,

+

Pour donner aux amans vouloir

+

D'eulx fier en leur doulx secours;

+

Car bien pevent apparcevoir,

+

Ce n'est que miracle d'Amours.

+
+

Quant pitié vit que franchement

+

Voulu mon cueur abandonner

+

Envers ma Dame, tellement

+

Traicta que lui fist me laissier

+

Son cueur, me chargeant le garder,

+

Dont j'ay fait mon loyal devoir,

+

Maugré Dangier qui recevoir

+

M'a fait chascun jour de telz tours,

+

Que sans mort en ce point manoir

+

Ce n'est que miracle d'Amours.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Douleur, courroux, desplaisir et tristesse,

+

Quelque tourment que j'aye main et soir,

+

Ne pour doubte de mourir de destresse,

+

Ja ne sera en tout vostre povoir

+

De me changier le tres loyal vouloir

+

Qu'ay eu tousjours de la Belle servir,

+

Par qui je puis, et pense recevoir

+

Le plus grand bien qui me puist avenir.

+
+

Quant j'ay par vous aucun mal qui me blesse,

+

Je l'endure par le conseil d'Espoir

+

Qui ma promis qu'à ma seule maistresse

+

Lui fera brief mon angoisse savoir,

+

En lui mandant qu'en faisant mon devoir,

+

J'ay tous les maulx que nul pourrait souffrir;

+

Lors trouveray, je ne scay s'il dist voir,

+

Le plus grant bien qui me puist avenir.

+
+

Ne m'espargniez donc en rien de rudesse,

+

Je vous feray bien brief apparcevoir

+

Qu'aura y secours d'un Confort de liesse;

+

Longtemps ne puis en ce point remanoir,

+

Pour ce je metz du tout à nonchaloir

+

Les tres grans maulx que me faictes sentir;

+

Bien aurez dueil, se me voyez avoir

+

Le plus grant bien qui me puist avenir.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Je suis cellui au cueur vestu de noir

+

Qui dy ainsi qui que le vueille ouyr,

+

J'auray briefment, Loyaulté m'en fait hoir,

+

Le plus grant bien qui me puist avenir.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Jeune, gente, plaisant et debonnaire,

+

Par ung prier qui vault commandement

+

Chargié m'avez d'une balade faire;

+

Si l'ay faicte de cueur joyeusement;

+

Or la vueilliez recevoir doulcement,

+

Vous y verrez, s'il vous plaist à la lire,

+

Le mal que j'ay combien que vrayement

+

J'aymasse mieulx de bouche le vous dire.

+
+

Vostre doulceur m'a sceu si bien atraire

+

Que tout vostre je suis entierement,

+

Tres desirant de vous servir et plaire,

+

Mais je seuffre maint doloreux tourment,

+

Quant à mon gré je ne vous voy souvent,

+

Et me desplaist quant me fault vous escrire,

+

Car se faire ce povoit autrement,

+

J'aymasse mieulx de bouche le vous dire.

+
+

C'est par Dangier mon cruel adversaire

+

Qui m'a tenu en ses mains longuement,

+

En tous mes faiz je le trouve contraire,

+

Et plus se rit, quant plus me voit dolent;

+

Se vouloye raconter plainement

+

En cest escript mon ennuyeux martire.

+

Trop long seroit pour ce certainement,

+

J'aymasse mieulx de bouche le vous dire.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Loué soit cellui qui trouva

+

Premier la manière d'escrire,

+

En ce grand confort ordonna

+

Pour amans qui sont en martire;

+

Car quant ne pevent aler dire

+

A leurs dames leur grief tourment,

+

Ce leur est moult d'alegement,

+

Quant par escript pevent mander

+

Les maulx qu'ilz portent humblement,

+

Pour bien et loyaument amer.

+
+

Quand ung amoureux escrira

+

Son dueil, qui trop le tient de rire,

+

Au plustost qu'envoyé l'aura

+

A celle qui est son seul mire;

+

S'il lui plaist à la lectre lire,

+

Elle peut veoir clerement

+

Son doloreux gouvernement,

+

Et lors pitié lui scet monstrer

+

Qu'il dessert bon guerdonnement,

+

Pour bien et loyaument amer.

+
+

Par mon cueur je congnois pieca

+

Ce mestier, car quant il souspire,

+

Jamais rapaisié ne sera,

+

Tant qu'il ait envoyé de tire

+

Vers la belle que tant desire;

+

Et puis s'il peut aucunement

+

Oir nouvelles seulement

+

De sa doulce beaulté sans per,

+

Il oublie l'ennuy qu'il sent,

+

Pour bien et loyaument amer.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Ma Dame, Dieu doint que briefment

+

Vous puisse de bouche compter

+

Ce que j'ay souffert longuement,

+

Pour bien et loyaument amer.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Belle combien que de mon fait

+

Je croy qu'avez peu souvenance,

+

Toutesfoiz se savoir vous plaît

+

Mon estat, et mon ordonnance;

+

Saichiez que loingtain de Plaisance,

+

Je suis de tous maulx bien garny,

+

Autant que nul qui soit en France,

+

Dieu scet en quel mauvais party.

+
+

Helas! or n'ay je riens forfait

+

Dont porter je doye penance,

+

Car tousjours je me suis retrait

+

Vers Loyaulté et Esperance,

+

Pour acquerir leur bienvueillance;

+

Mais au besoing ilz m'ont failly

+

Et m'ont laissié sans recouvrance,

+

Dieu scet en quel mauvais party.

+
+

Dangier m'a joué de ce trait,

+

Mais se je puis avoir puissance,

+

Je feray maugré qu'il en ait,

+

Encontre lui une aliance,

+

Et si lui rendray la grevance,

+

Le mal, le dueil et le soussy,

+

Où il m'a mis jusqu'à oultrance,

+

Dieu scet en quel mauvais party.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Aydiez moy à l'oultrecuidance

+

Vengier, com en vous ay fiance,

+

Ma Maistresse, je vous supply

+

De ce faulx Dangier qui m'avance

+

Dieu scet en quel mauvais party.

+
+
+ +

BALADE.

+
+

Loyal espoir, trop je vous voy dormir,

+

Resveilliez vous et joyeuse pensée,

+

Et envoyez ung plaisant souvenir

+

Devers mon cueur, de la plus belle née

+

Dont aujourduy coure la renommée;

+

Vous ferez bien d'ung peu le resjoir,

+

Tristesse s'est avecques lui logiée,

+

Ne lui vueilliez à son besoing faillir.

+
+

Car Dangier l'a desrobé de plaisir,

+

Et que pis est, a de lui eslongnée

+

Celle qui plus le povoit enrichir;

+

C'est sa dame tres loyaument amée.

+

Oncques cueur n'eut si dure destinée

+

Pour Dieu, Espoir, venez le secourir,

+

Il a en vous sa fiance fermée,

+

Ne lui vueilliez à son besoing faillir.

+
+

Par povreté lui fault son pain querir

+

A l'uis d'Amours par chascune journée,

+

Or lui vueilliez l'aumosne departir

+

De liesse, que tant a désirée:

+

Avancez vous, sans faire demourée

+

Pensez de lui, vous savez son desir,

+

Par vous lui soit quelque grace donnée,

+

Ne lui vueilliez à son besoing faillir.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Seule sans per, de toutes gens louée,

+

Et de tous biens entierement douée,

+

Mon cueur ces maulx seuffre pour vous servir,

+

Sa loyaulté vous soit recommandée

+

Ne lui vueilliez à son besoing faillir.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Mon cueur au derrain entrera

+

Ou Paradis des amoureux,

+

Autrement tort fait lui sera,

+

Car il a de maulx doloreux

+

Plus d'un cent, non pas ung ou deux,

+

Pour servir sa belle maistresse;

+

Et le tient Dangier le crueulx

+

Ou Purgatoire de Tristesse.

+
+

Ainsi l'a tenu, longtemps a,

+

Ce faulx traître, vilain, hideux;

+

Espoir dit que hors le mectra,

+

Et que n'en soye ja doubteux;

+

Mais trop y met dont je me deulx,

+

Dieu doint qu'il tiengne sa promesse

+

Vers lui, tant est angoisseux

+

Ou Purgatoire de Tristesse.

+
+

Amour grant aumosne fera

+

En ce fait cy, d'estre piteux,

+

Et bon exemple monstrera

+

A toutes celles et à ceulx

+

Qui le servent, quant desireux

+

Le verront par sa grant humblesse,

+

D'aidier ce povre souffreteux

+

Ou Purgatoire de Tristesse.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Amour! faictes moy si eureux

+

Que mectez mon cueur en liesse;

+

Laissiez Dangier et Dueil tous seulx

+

Ou Purgatoire de Tristesse.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Mon cueur a envoyé querir

+

Tous ses bienvueillans et amis,

+

Il veult son grant conseil tenir

+

Avec eulx, pour avoir advis

+

Comment pourra ses ennemis,

+

Soussy, Dueil, et leur aliance

+

Surmonter, et tost desconfire,

+

Qui desirent de le destruire

+

En la prison de Desplaisance.

+
+

En desert ont mis son plaisir,

+

Et joye tenue en pastis;

+

Mais Confort lui a sans faillir

+

De nouvel loyaument promis

+

Qu'ilz seront desfaiz et bannis;

+

De ce se fais fort Esperance,

+

Et plus avant que n'ose dire,

+

C'est ce qui estaint son martire

+

En la prison de Desplaisance.

+
+

Briefment voye le temps venir,

+

J'en prie à Dieu de Paradis,

+

Que chascun puist vers son desir

+

Aler sans avoir saufconduis;

+

Adonc Amour et ses nourris

+

Auront de Dangier moins doubtance,

+

Et lors sentiray mon cueur rire

+

Qui à present souvent souspire

+

En la prison de Desplaisance.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Pour ce que veoir ne vous puis,

+

Mon cueur se complaint jours et nuis,

+

Belle nompareille de France;

+

Et m'a chargié de vous escrire

+

Qu'il n'a pas tout ce qu'il desire

+

En la prison de Desplaisance.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Desployez vostre banniere,

+

Loyaulté, je vous en prie,

+

Et assailliez la frontiere

+

Où Dueil et Merencolie,

+

A tort et par felonnie,

+

Tiennent Joye prisonnière,

+

De moy la font estrangiere;

+

Je pry Dieu qu'il les maudie.

+
+

Quant je deusse bonne chiere

+

Demener en compaignie,

+

Je n'en fais que la maniere,

+

Car, quoique ma bouche rie,

+

Ou parle parolle lye,

+

Dangier et Destresse fiere

+

Boutent mon plaisir arriere;

+

Je pry Dieu qu'il les maudie.

+
+

Helas! tant avoye chiere,

+

Ja pieca, joyeuse vie;

+

Se Raison fust droicturiere,

+

J'en eusse quelque partie;

+

Or est de mon cueur bannie

+

Par Fortune losengiere

+

Et Durté sa conseilliere;

+

Je pry Dieu qui les maudie.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Se j'avoye la maistrie

+

Sur ceste faulse mesgnie,

+

Je les meisse tous en biere;

+

Si est telle ma priere,

+

Je pry Dieu qui les maudie.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Ardant desir de veoir ma maistresse

+

A assailly de nouvel le logis

+

De mon las cueur, qui languist en tristesse,

+

Et puis dedens partout a le feu mis;

+

En grant doubte certainement je suis

+

Qu'il ne soit pas legierement estaint;

+

Sans grant grace, si vous pry, Dieu d'amours,

+

Sauvez mon cueur, ainsi qu'avez fait maint,

+

Je l'oy crier piteusement secours.


+

J'ay essayé par lermes à largesse

+

De l'estaindre; mais il n'en vault que pis:

+

C'est feu Gregeois, ce croy je, qui ne cesse

+

D'ardre, s'il n'est estaint par bon avis.

+

Au feu, au feu, courez tous mes amis;

+

S'aucun de vous, comme lasche, remaint

+

Sans y aler, je le hé pour tousjours;

+

Avancez vous, nul de vous ne soit faint,

+

Je l'oy crier piteusement secours.

+
+

S'il est ainsi mort par vostre peresse,

+

Je vous requier, au moins tant que je puis,

+

Chascun de vous donnez lui une messe,

+

Et j'ay espoir que brief ou Paradis

+

Des amoureux sera moult hault assis,

+

Comme martir et tres honnoré Saint,

+

Qui a tenu de Loyaulté le cours;

+

Grant tourment a, puisque si fort se plaint.

+

Je l'oy crier piteusement secours.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

En la nef de bonne nouvelle

+

Espoir a chargié Reconfort,

+

Pour l'amener de par la belle

+

Vers mon cueur qui l'ayme si fort.

+

A joye puist venir au port

+

De Desir, et pour tost passer

+

La mer, de fortune trouver

+

Ung plaisant vent venant de France,

+

Où est à present ma maistresse

+

Qui est ma doulce souvenance,

+

Et le tresor de ma liesse.

+
+

Certes moult suy tenu à elle,

+

Car j'ay sceu par loyal raport,

+

Que contre Dangier le rebelle

+

Qui mainteffoiz me nuist à tort,

+

Elle veult faire son effort

+

De tout son povoir de m'aidier,

+

Et, pour ce, lui plaist m'envoyer

+

Ceste nef plaine de Plaisance

+

Pour estoffer la forteresse,

+

Où mon cueur garde l'Esperance,

+

Et le tresor de ma liesse.

+
+

Pour ce, ma voulenté est telle,

+

Et sera jusques à la mort,

+

De tousjours tenir la querelle

+

De Loyaulté, où mon ressort

+

J'ay mis; mon cueur en est d'accort;

+

Si vueil en ce point demourer,

+

Et souvent Amour mercier,

+

Qui me fist avoir l'acointance

+

D'une si loyalle Princesse,

+

En qui puis mectre ma fiance

+

Et le tresor de ma liesse.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Dieu vueille celle nef garder

+

Des robeurs, escumeurs de mer,

+

Qui ont à Dangier aliance;

+

Car, s'ilz povoient, par rudesse

+

M'osteroient ma desirance,

+

Et le tresor de ma liesse.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Je ne crains Dangier, ne les siens,

+

Car j'ay garny la forteresse

+

Où mon cueur a retrait ses biens,

+

De Reconfort et de Liesse;

+

Et ay fait Loyaulté maistresse,

+

Qui la place bien gardera;

+

Dangier deffy, et sa rudesse,

+

Car le Dieu d'amours m'aidera.

+
+

Raison est et sera des miens,

+

Car ainsi m'en a fait promesse,

+

Et Espoir mon chier amy tiens,

+

Qui a mainteffoiz, par proesse,

+

Bouté hors d'avec moy Destresse;

+

Dont Dangier, dueil et despit a;

+

Mais ne me chault de sa tristesse,

+

Car le Dieu d'amours m'aidera.

+
+

Pour ce, requerir je vous viens,

+

Mon cueur, que prenez hardiesse;

+

Courez lui sus, sans craindre riens,

+

A dangier qui souvent vous blesse;

+

Sitost que vous prandrez l'adresse

+

De l'assaillir, il se rendra;

+

Je vous secourray sans peresse,

+

Car le Dieu d'amours m'aidera.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Se vous m'aidiez, gente Princesse,

+

Je croy que brief le temps vendra

+

Que j'auray des biens à largesse,

+

Car le Dieu d'amours m'aidera.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Belle, bien avez souvenance,

+

Comme certainement je croy,

+

De la tres plaisant aliance

+

Qu'Amour fist entre vous, et moy;

+

Son secretaire Bonne foy

+

Escrist la lectre du traictié,

+

Et puis la scella Loyaulté

+

Qui la chose tesmoingnera,

+

Quant temps et besoing en sera.

+
+

Joyeux desir fut en presence,

+

Qui alors ne se tint pas coy;

+

Mais mist le fait en ordonnance,

+

De par Amour le puissant Roy;

+

Et selon l'amoureuse loy,

+

De noz deux vouloirs, pour seurté,

+

Fist une seule voulenté;

+

Bien m'en souvient, et souvendra,

+

Quant temps et besoing en sera.

+
+

Mon cueur n'a en nully fiance

+

De garder la lectre, qu'en soy;

+

Et certes ce m'est grant plaisance,

+

Quant si tres loyal je le voy,

+

Et lui conseille, comme doy,

+

De tousjours hair Faulceté;

+

Car quiconque l'a en chierté,

+

Amour chastier l'en fera,

+

Quant temps et besoing en sera.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Pensez en ce que j'ay compté,

+

Ma Dame, car en verité

+

Mon cueur de soy vous requerra,

+

Quant temps et besoing en sera.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Venez vers moy, Bonne nouvelle,

+

Pour mon las cueur reconforter.

+

Contez moy comment fait la belle,

+

L'avez vous point oy parler

+

De moy, et amy me nommer?

+

A elle point mis en oubly

+

Ce qu'il lui pleut de m'accorder,

+

Quant me donna le don d'amy.

+
+

Combien que Dangier le rebelle

+

Me fait loing d'elle demourer;

+

Je congnois tant de biens en elle,

+

Que je ne pourroye penser

+

Que tousjours ne vueille garder

+

Ce que me promist sans nul sy,

+

Faisant nos deux mains assembler,

+

Quant me donna le don d'amy.

+
+

Pitié seroit, se Dame telle

+

Qui doit tout honneur desirer,

+

Failloit de tenir la querelle

+

De bien et loyaument amer;

+

Son sens lui scet bien remonstrer

+

Toutes les choses que je dy,

+

Et ce qu'Amour nous fist jurer

+

Quant me donna le don d'amy.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Loyaulté, vueilliez asseurer

+

Ma Dame que sien suy, ainsi

+

Qu'elle me voulu commander,

+

Quant me donna le don d'amy.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Belle, s'il vous plaist escouter

+

Comment j'ay gardé en chierté

+

Vostre cueur qu'il vous pleut laissier

+

Avec moy, par vostre bonté;

+

Saichez qu'il est enveloppé

+

En ung cueuvrechief de Plaisance,

+

Et enclos, pour plus grant seurté,

+

Ou coffre de ma souvenance.

+
+

Et pour nectement le garder,

+

Je l'ay souventesfoiz lavé

+

En lermes de piteux penser;

+

Et regrectant vostre beaulté,

+

Apres ce, sans delay porté,

+

Pour seicher, au feu d'Esperance,

+

Et puis doulcement rebouté

+

Ou coffre de ma souvenance.

+
+

Pour ce, vueillez vous acquieter

+

De mon cueur que vous ay donné;

+

Humblement vous en vueil prier,

+

En le gardant en loyaulté,

+

Soubz clef do bonne voulenté,

+

Comme j'ay fait, de ma puissance,

+

Le vostre que tiens enfermé

+

Ou coffre de ma souvenance.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Ma Dame, je vous ay compté

+

De vostre cueur la gouvernance,

+

Comment il est et a esté

+

Ou coffre de ma souvenance.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

L'AMANT.

+

Se je vous dy bonne nouvelle,

+

Mon cueur, que voulez vous donner?

+

LE CUEUR.

+

Elle pourroit bien estre telle

+

Que moult chier la vueil acheter.

+

L'AMANT.

+

Nul gueredon n'en quier demander.

+

LE CUEUR.

+

Dictes tost doncques, je vous prie,

+

J'ay grand desir de la savoir.

+

L'AMANT.

+

C'est de vostre Dame et amye

+

Qui loyaument fait son devoir.

+
+

LE CUEUR.

+

Que me savez vous dire d'elle?

+

Dont me puisse reconforter.

+

L'AMANT.

+

Je vous dy, sans que plus le celle,

+

Qu'elle vient par deca la mer.

+

LE CUEUR.

+

Dictes vous vray? Sans vous mocquer.

+

L'AMANT.

+

Ouil, je vous le certiffie,

+

Et dit que c'est pour vous veoir.

+

LE CUEUR.

+

Amour humblement j'en mercie,

+

Qui loyaument fait son devoir.

+
+

L'AMANT.

+

Que pourrait plus faire la belle

+

Que de tant pour vous se pener?

+

LE CUEUR.

+

Loyaulté soustient ma querelle,

+

Qui lui fait faire sans doubter.

+

L'AMANT.

+

Pensez doncques de bien l'amer.

+

LE CUEUR.

+

Si feray je toute ma vie,

+

Sans changier, de tout mon povoir.

+

L'AMANT.

+

Bien doit estre dame cherie,

+

Qui loyaument fait son devoir.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Mon cueur, ouvrez l'uis de Pensée,

+

Et recevez un doulx present

+

Que la tres loyaument amée

+

Vous envoye nouvellement;

+

Et vous tenez joyeusement;

+

Car, bien devez avoir liesse,

+

Quant la trouvez sans changement

+

Tousjours tres loyalle maistresse.

+
+

Bien devez prisier la journée

+

Que fustes sien premierement;

+

Car sa grace vous a donnée,

+

Sans faintise, tres loyaument;

+

Vous le povez veoir clerement,

+

Car elle vous tient sa promesse,

+

Soy monstrant vers vous fermement

+

Tousjours tres loyalle maistresse.

+
+

Par vous soit doncques honnourée,

+

Et servie soigneusement;

+

Tant comme vous aurez durée,

+

Sans point faire departement;

+

Car vous aurez certainement,

+

Par elle des biens à largesse,

+

Puisqu'elle est si entierement

+

Tousjours tres loyalle maistresse.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Grans mercis des foiz plus de cent,

+

Ma Dame, ma seule Princesse,

+

Car je vous trouve vrayement

+

Tousjours tres loyalle maistresse.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

J'ay ou tresor de ma pensée

+

Ung mirouer qu'ay acheté;

+

Amour, en l'année passée,

+

Le me vendy de sa bonté;

+

Ou quel voy tousjours la beaulté

+

De celle que l'en doit nommer,

+

Par droit, la plus belle de France;

+

Grant bien me fait à m'y mirer,

+

En actendant bonne esperance.

+
+

Je n'ay chose qui tant m'agrée,

+

Ne dont tiengne si grant chierté,

+

Car, en ma dure destinée,

+

Mainteffoiz m'a reconforté;

+

Ne mon cueur n'a jamais santé,

+

Fors, quant il y peut regarder

+

Des yeulx de joyeuse plaisance,

+

Il s'y esbat pour temps passer,

+

En actendant bonne esperance.

+
+

Advis m'est, chascune journée

+

Que m'y mire, qu'en verité

+

Toute douleur si m'est ostée;

+

Pour ce, de bonne voulenté,

+

Par le conseil de Leaulté,

+

Mectre le vueil et enfermer

+

Ou coffre de ma souvenance,

+

Pour plus seurement le garder,

+

En actendant bonne esperance.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Je ne vous puis, ne scay amer,

+

Ma Dame, tant que je vouldroye;

+

Car escript m'avez pour m'oster

+

Ennuy qui trop fort me guerroye:

+

Mon seul amy, mon bien, ma joye,

+

Cellui que sur tous amer veulx,

+

Je vous pry que soyez joyeux

+

En esperant que brief vous voye.

+
+

Je sens ces motz mon cueur percer

+

Si doulcement, que ne sauroye

+

Le confort, au vray, vous mander.

+

Que vostre messaige m'envoye;

+

Car vous dictes que querez voye

+

De venir vers moy, se m'aid Dieux,

+

Demander ne vouldroye mieulx.

+

En esperant que brief vous voye.

+
+

Et quant il vous plaist souhaidier

+

D'estre empres moy, où que je soye;

+

Par Dieu, nom pareille sans per,

+

C'est trop fait, se dire l'osoye;

+

Se suy je qui plus le devroye

+

Souhaidier de cueur tres soingneux,

+

C'est ce dont tant suis desireux,

+

En esperant que brief vous voye.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

L'autrier alay mon cueur veoir,

+

Pour savoir comment se portoit;

+

Si trouvay avec lui Espoir

+

Qui doulcement le confortoit,

+

Et ces parolles lui disoit:

+

Cueur, tenez vous joyeusement,

+

Je vous fais loyalle promesse,

+

Que je vous garde seurement

+

Tresor d'amoureuse richesse.

+
+

Car je vous fais pour vray savoir,

+

Que la plus tres belle qui soit

+

Vous ayme de loyal vouloir,

+

Et voulentiers pour vous feroit

+

Tout ce qu'elle faire pourroit;

+

Et vous mande que vrayement,

+

Maugré Dangier et sa rudesse,

+

Departir vous veult largement

+

Tresor d'amoureuse richesse.

+
+

Alors mon cueur, pour dire voir,

+

De joye souvent souspiroit,

+

Et, combien qu'il portast le noir,

+

Toutesfoiz pour lors oublioit

+

Toute la douleur qu'il avoit;

+

Pensant de recouvrer briefment

+

Plaisance, Confort et Liesse,

+

Et d'avoir en gouvernement

+

Tresor d'amoureuse richesse.

+
+

L'ENVOY.

+
+

A bon espoir mon cueur s'actent,

+

Et à vous, ma belle maistresse,

+

Que lui espargniez loyaument

+

Tresor d'amoureuse richesse.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Haa, Doulx penser, jamais je ne pourroye

+

Vous desservir les biens que me donnez,

+

Car, quant Ennuy mon povre cueur gerroye,

+

Par fortune, comme bien le savez,

+

Toutes les foiz qu'amener me voulez

+

Ung souvenir de ma belle maistresse;

+

Tantost Doleur, Desplaisir et Tristesse

+

S'en vont fuiant; ilz n'osent demourer,

+

Ne se trouver en vostre compaignie;

+

Mais se meurent de courrous et d'envie,

+

Quant il vous plaist d'ainsi me conforter.

+
+

L'aise que j'ay, dire je ne sauroye,

+

Quant Souvenir et vous me racontez

+

Les tres doulx fais, plaisans et plains de joye

+

De ma Dame, qui sont congneuz assez

+

En plusieurs lieux, et si bien renommés,

+

Que d'en parler chascun en a liesse.

+

Pour ce, tous deux pour me tollir Destresse,

+

D'elle vueilliez nouvelles m'aporter,

+

Le plus souvent que pourrez, je vous prie;

+

Vous me sauvez, et maintenez la vie,

+

Quant il vous plaist d'ainsi me conforter.

+
+

Car lors Amour par vous deux si m'envoye

+

Ung doulx espoir que vous me presentez,

+

Qui me donne conseil que joyeux soye;

+

Et puis apres tous trois me promectez

+

Qu'à mon besoing jamais ne me fauldrez;

+

Ainsi m'actens tout à vostre promesse,

+

Car par vous puis avoir, à grant largesse,

+

Des biens d'Amours, plus que ne scay nombrer,

+

Maugré Dangier, Dueil et Merencolie,

+

Que je ne crains en riens; mais les deffie,

+

Quant il vous plaist d'ainsi me conforter.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Jeune, gente, nompareille Princesse,

+

Puisque ne puis veoir vostre jeunesse,

+

De m'escrire ne vous vueilliez lasser;

+

Car vous faictes, je le vous certiffie,

+

Grant aumosne dont je vous remercie,

+

Quant il vous plaist d'ainsi me conforter.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Se je povoye mes souhais

+

Et mes souspirs faire voler,

+

Si tost que mon cueur les a fais,

+

Passer leur feroye la mer,

+

Et vers celle, tout droit aler,

+

Que j'ayme du cueur si tres fort.

+

Comme ma liesse mondaine

+

Que je tendray jusqu'à la mort.

+

Pour ma maistresse souveraine.

+
+

Helas! la verray je jamais?

+

Qu'en dictes vous, tres doulx penser?

+

Espoir m'a promis, ouil, mais

+

Trop longtemps me fait endurer;

+

Et, quant je lui viens demander

+

Secours à mon besoing, il dort.

+

Ainsi suis chascune sepmaine

+

En maint ennuy, sans reconfort,

+

Pour ma maistresse souveraine.

+
+

Je ne puis demourer en paix,

+

Fortune ne m'y veult laisser;

+

Au fort, à présent je me tais,

+

Et vueil laisser le temps passer;

+

Pensant d'avoir au par aler,

+

Par Loyaulté où mon ressort

+

J'ay mis, de Plaisance l'estraine,

+

En guerdon des maulx qu'ay à tort

+

Pour ma maistresse souveraine.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Fortune, vueilliez moy laissier

+

En paix une fois, je vous prie;

+

Trop longuement, à vray compter,

+

Avez eu sur moy seigneurie.

+

Tousjours faictes la rencherie

+

Vers moy, et ne voulez ouir

+

Les maulx que m'avez fait souffrir,

+

Il a ja plusieurs ans passez;

+

Doy je tousjours ainsi languir?

+

Helas! et n'est ce pas assez?

+
+

Plus ne puis en ce point durer;

+

A Mercy, mercy je crie;

+

Souspirs m'empeschent le parler;

+

Veoir le povez, sans mocquerie.

+

Il ne fault ja que je le dye;

+

Pour ce, vous vueil je requerir.

+

Qu'il vous plaise de me tollir

+

Les maulx que m'avez amassez,

+

Qui m'ont mis jusques au mourir;

+

Helas! et n'est ce pas assez?

+
+

Tous maulx suis content de porter,

+

Fors ung seul, qui trop fort m'ennuye,

+

C'est qu'il me fault loing demourer

+

De celle que tiens pour amye;

+

Car pieca en sa compaignie

+

Laissay mon cueur et mon desir;

+

Vers moy ne veulent revenir,

+

D'elle ne sont jamais lassez;

+

Ainsi suy seul, sans nul plaisir,

+

Helas! et n'est ce pas assez?

+
+

L'ENVOY.

+
+

De balader j'ay beau loisir,

+

Autres deduiz me sont cassez,

+

Prisonnier suis, d'Amours martir;

+

Helas! et n'est ce pas assez?

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Espoir m'a apporté nouvelle

+

Qui trop me doit reconforter,

+

Il dit que Fortune la felle

+

A voulu de soy raviser,

+

Et toutes faultes amender,

+

Qu'a faictes contre mon plaisir,

+

En faisant sa roe tourner.

+

Dieu doint qu'ainsi puist avenir!

+
+

Quoy que m'ait fait guerre mortelle,

+

Je suis content de l'esprouver,

+

Et le desbat qu'ay et querelle,

+

Vers elle je veuil delaisser,

+

Et tout courroux lui pardonner:

+

Car d'elle me puis bien servir.

+

Se loyaument veult s'acquicter...

+

Dieu doint qu'ainsi puist avenir!

+
+

Se la povoye trouver telle

+

Qu'elle me voulsist tant aidier;

+

Qu'en mes bras, je peusse la belle

+

Une foiz à mon gré trouver;

+

Plus ne vouldroye demander,

+

Car lors j'auroye mon desir,

+

Et tout quanque doy souhaidier.

+

Dieu doint qu'ainsi puist avenir!

+
+

L'ENVOY.

+
+

Amour, s'il vous plaist commander

+

A Fortune de me cherir,

+

Je pense joye recouvrer;

+

Dieu doint qu'ainsi puist avenir!

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Je ne me scay en quel point maintenir,

+

Ce premier jour de May plein de liesse;

+

Car d'une part puis dire sans faillir

+

Que, Dieu mercy, j'ay loyalle maistresse,

+

Qui de tous biens a trop plus qu'à largesse;

+

Et si pense que, la sienne mercy,

+

Elle me tient son servant et amy;

+

Ne doy je bien doncques joye mener,

+

Et me tenir en joyeuse plaisance?

+

Certes ouil! et Amour mercier

+

Tres humblement de toute ma puissance.

+
+

Mais d'autre part, il me convient souffrir

+

Tant de doleur et de dure destresse

+

Par Fortune, qui me vient assaillir

+

De tous costez, qui de maulx est princesse;

+

Passer m'a fait le plus de ma jeunesse,

+

Dieu scet comment, en doloreux party;

+

Et si me fait demourer en soussy,

+

Loings de celle par qui puis recouvrer

+

Le vray tresor de ma droicte esperance,

+

Et que je vueil obeir, et amer

+

Tres humblement de toute ma puissance.

+
+

Et pour ce May, je vous viens requerir,

+

Pardonnez moy de vostre gentillesse,

+

Se je ne puis à present vous servir

+

Comme je doy, car je vous fais promesse;

+

J'ay bon vouloir envers vous, mais Tristesse

+

M'a si longtemps en son dangier nourry,

+

Que j'ay du tout joye mis en oubly;

+

Si me vault mieulx seul de gens eslongner,

+

Qui dolent est ne sert que d'encombrance;

+

Pour ce, reclus me tendray en penser

+

Tres humblement de toute ma puissance.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Doulx souvenir, chierement je vous pry,

+

Escrivez tost ceste balade cy;

+

De par mon cueur la feray presenter

+

A ma Dame, ma seule desirance,

+

A qui pieca je le voulu donner

+

Tres humblement, de toute ma puissance.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Mon cueur est devenu hermite

+

En l'ermitaige de Pensée;

+

Car Fortune la tres despite

+

Qui l'a hay mainte journée,

+

S'est nouvellement aliée,

+

Contre lui, avecques Tristesse,

+

Et l'ont banny hors de liesse;

+

Place n'a où puis demourer,

+

Fors ou bois de Merencolie,

+

Il est content de s'y logier;

+

Si lui dis je que c'est folie.

+
+

Mainte parolle lui ay dicte,

+

Mais il ne l'a point escoutée:

+

Mon parler riens ne lui proufite,

+

Sa voulenté y est fermée;

+

De legier ne seroit changée,

+

Il se gouverne par Destresse

+

Qui, contre son prouffit, ne cesse

+

Nuit et jour de le conseillier;

+

De si pres lui tient compaignie

+

Qu'il ne peut ennuy delaissier,

+

Si lui dis je que c'est folie.

+
+

Pour ce saichiez, je m'en acquicte,

+

Belle tres loyaument amée,

+

Se lectre ne lui est escripte

+

Par vous, ou nouvelle mandée,

+

Dont sa doleur soit allegée,

+

Il a fait son veu et promesse

+

De renoncer à la richesse

+

De plaisir, et de doulx penser;

+

Et apres ce, toute sa vie,

+

L'abit de Desconfort porter,

+

Si lui dis je que c'est folie.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Se par vous n'est Belle sans per,

+

Pour quelque chose que lui dye,

+

Mon cueur ne se veult conforter,

+

Si lui dis je que c'est folie.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Dangier, je vous gecte mon gant,

+

Vous appellant de traison,

+

Devant le Dieu d'amours puissant

+

Qui me fera de vous raison;

+

Car vous m'avez, mainte saison,

+

Fait douleur à tort endurer,

+

Et me faictes loings demourer

+

De la nompareille de France.

+

Mais vous l'avez tousjours d'usance

+

De grever loyaulx amoureux,

+

Et pour ce que je suis l'un d'eulx,

+

Pour eulx et moy prens la querelle;

+

Par Dieu, vilain, vous y mourrez

+

Par mes mains, point ne le vous celle,

+

S'à Loyaulté ne vous rendez.

+
+

Comment avez vous d'orgueil tant?

+

Que vous osez sans achoison

+

Tourmenter aucun vray amant

+

Qui, de cueur et d'entencion,

+

Sert Amours sans condicion;

+

Certes moult estes à blasmer,

+

Pensez donques de l'amender,

+

En laissant vostre malvueillance,

+

Et par tres humble repentance,

+

Alez crier mercy à ceulx

+

Que vous avez faiz doloreux,

+

Et qui vous ont trouvé rebelle;

+

Autrement pour seur vous tenez

+

Que gaige je vous appelle,

+

S'à Loyaulté ne vous rendez,

+
+

Vous estes tous temps mal pensant,

+

Et plain de faulse soupecon;

+

Ce vous vient de mauvais talant

+

Nourry en couraige felon;

+

Quel mal ou ennuy vous fait on?

+

Se par amours on veult amer,

+

Pour plus aise le temps passer

+

En lyee joyeuse plaisance;

+

C'est gracieuse desirance.

+

Pour ce, faulx, vilain, orgueilleux,

+

Changiez voz vouloirs oultragieux,

+

Ou je vous feray guerre telle

+

Que, sans faillir, vous trouverez

+

Qu'elle vauldra pis que mortelle,

+

S'à Loyaulté ne vous rendez.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Se Dieu plaist, briefment la nuée

+

De ma tristesse passera,

+

Belle tres loyaument amée,

+

Et le beau temps se monstrera:

+

Mais savez vous quant ce sera?

+

Quant le doulx souleil gracieux

+

De vostre beaulté entrera

+

Par les fenestres de mes yeulx.

+
+

Lors la chambre de ma pensée

+

De grant plaisance reluira,

+

Et sera de joye parée,

+

Adonc mon coeur s'esveillera

+

Qui en dueil dormy longtemps a,

+

Plus ne dormira, se m'aid Dieux,

+

Quant ceste clarté le ferra

+

Par les fenestres de mes yeulx.

+
+

Helas! quant vendra la journée,

+

Qu'ainsi avenir me pourra

+

Ma maistresse tres desirée,

+

Pensez vous que brief avendra;

+

Car mon cueur tousjours languira

+

En ennuy sans point avoir mieulx,

+

Jusqu'à tant que ce cy verra

+

Par les fenestres de mes yeulx.

+
+

L'ENVOY.

+
+

De Reconfort mon cueur aura

+

Autant que nul dessoubz les cieulx,

+

Belle, quant vous regardera,

+

Par les fenestres de mes yeulx.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Au court jeu de tables jouer,

+

Amour me fait moult longuement;

+

Car tousjours me charge garder

+

Le point d'actente seulement;

+

En me disant que vrayement

+

Se ce point lye scay tenir,

+

Qu'au derrain je doy, sans mentir,

+

Gaaingnier le jeu entierement.

+
+

Je suy pris, et ne puis entrer

+

Ou point que desire souvent;

+

Dieu me doint une fois gecter

+

Chance qui soit aucunement

+

A mon propos, car autrement

+

Mon cueur sera pis que martir,

+

Se ne puis, ainsi qu'ay desir,

+

Gaaingnier le jeu entierement.

+
+

Fortune fait souvent tourner

+

Les dez contre moy mallement;

+

Mais Espoir, mon bon conseillier,

+

M'a dit et promis seurement,

+

Que Loyaulté prochainement

+

Fera Boneur vers moy venir

+

Qui me fera, à mon plaisir,

+

Gaaingnier le jeu entierement.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Je vous supply tres humblement,

+

Amour, aprenez moy comment

+

J'asserray les dez sans faillir;

+

Par quoi puisse, sans plus languir,

+

Gaaingnier le jeu entierement.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Vous, soyez la tres bien venue

+

Vers mon cueur, Joyeuse nouvelle,

+

Avez vous point ma Dame veue?

+

Contez moi quelque chose d'elle;

+

Dictes moy, n'est elle pas telle

+

Qu'estoit? quant derrenierement,

+

Pour m'oster de merencolie,

+

M'escrivy amoureusement:

+

C'estes vous de qui suis amye.

+
+

Son vouloir jamais ne se mue,

+

Ce croy je, mais tient la querelle

+

De Loyaulté, qu'a retenue

+

Sa plus prochaine damoiselle;

+

Bien le monstre, sans que le celle,

+

Qu'elle se maintient loyaument,

+

Quant lui plaist, dont je la mercie,

+

Me mander si tres doulcement:

+

C'estes vous de qui suis amye.

+
+

Pour le plus eureux soubz la nue

+

Me tiens, quant m'amye s'appelle;

+

Car en tous lieux, où est congneue,

+

Chascun la nomme la plus belle;

+

Dieu doint que, maugré le rebelle

+

Dangier, je la voye briefment,

+

Et que de sa bouche me die:

+

Amy, pensez que seulement

+

C'estes vous de qui suis amye.

+
+

L'ENVOY.

+
+

J'ay en mon cueur joyeusement

+

Escript, afin que ne l'oublie,

+

Ce refrain qu'ayme chierement:

+

C'estes vous de qui suis amye.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Trop longtemps vous voy sommeillier,

+

Mon cueur, en dueil et desplaisir;

+

Vueilliez vous ce jour esveillier,

+

Alons au bois le May cueillir,

+

Pour la coustume maintenir.

+

Nous orrons des oyseaulx le glay,

+

Dont ilz font les bois retentir,

+

Ce premier jour du mois de May,

+
+

Le Dieu d'amours est coustumier,

+

A ce jour, de feste tenir,

+

Pour amoureux cueurs festier

+

Qui desirent de le servir;

+

Pour ce, fait les arbres couvrir

+

De fleurs, et les champs de vert gay;

+

Pour la feste plus embellir,

+

Ce premier jour du mois de May.

+
+

Bien scay, mon cueur, que faulx Dangier

+

Vous fait mainte paine souffrir;

+

Car il vous fait trop eslongner

+

Celle qui est vostre desir;

+

Pourtant vous fault esbat querir;

+

Mieux conseiller, je ne vous scay,

+

Pour vostre doleur amendrir,

+

Ce premier jour du mois de May.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Ma Dame, mon seul souvenir,

+

En cent jours n'auroye loisir

+

De vous raconter, tout au vray,

+

Le mal qui tient mon cueur martir,

+

Ce premier jour du mois de May.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

J'ay mis en escript mes souhais

+

Ou plus parfont de mon penser;

+

Et combien, quant je les ay fais,

+

Que peu me pevent profiter;

+

Je ne les vouldroye donner

+

Pour nul or, qu'on me sceust offrir,

+

En esperant, qu'au par aler,

+

De mille l'un puist avenir.

+
+

Par la foy de mon corps! jamais

+

Mon cueur ne se peut d'eulx lasser;

+

Car si richement sont pourtrais,

+

Que souvent les vient regarder,

+

Et s'y esbat pour temps passer,

+

En disant par ardent desir:

+

Dieu doint que, pour me conforter,

+

De mille l'un puist avenir!

+
+

C'est merveille, quant je me tais,

+

Que j'oy mon cueur ainsi parler;

+

Et tient avec Amour ses plais,

+

Que tousjours veult acompaignier;

+

Car il dit que des biens d'amer

+

Cent mille lui veult departir;

+

Plus ne quier, mais que sans tarder,

+

De mille l'un puist avenir.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Vueilliez à mon cueur accorder,

+

Sans par parolles le mener,

+

Amour, que par vostre plaisir,

+

Des biens que lui voulez donner,

+

De mille l'un puist avenir.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Par le commandement d'Amours

+

Et de la plus belle de France,

+

J'enforcis mon chastel tousjours

+

Appellé Joyeuse plaisance,

+

Assis sur roche d'Esperance,

+

Avitaillé l'ay de Confort;

+

Contre Dangier et sa puissance,

+

Je le tendray jusqu'à la mort.

+
+

En ce chastel y a trois tours,

+

Dont l'une se nomme Fiance

+

D'avoir briefment loyal secours,

+

Et la seconde Souvenance,

+

La tierce Ferme desirance.

+

Ainsi le chastel est si fort

+

Que nul n'y peut faire grevance;

+

Je le tendray jusqu'à la mort.


+

Combien que Dangier, par faulx tours,

+

De le m'oster souvent s'avance;

+

Mais il trouvera le rebours,

+

Se Dieu plaist, de sa malvueillance;

+

Bon droit est de mon aliance,

+

Loyaulté et lui sont d'accort

+

De m'aidier, pour ce, sans doubtance;

+

Je le tendray jusqu'à la mort.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Faisons bon guet sans decevance

+

Et assaillons par ordonnance,

+

Mon cueur, Dangier qui nous fait tort;

+

Se prandre le puis par vaillance,

+

Je le tendray jusqu'à la mort.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

La premiere foiz, ma Maistresse,

+

Qu'en vostre presence vendray,

+

Si ravi seray de liesse,

+

Qu'à vous parler je ne pourray;

+

Toute contenance perdray,

+

Car, quant vostre beaulté luira

+

Sur moy, si fort esbloira

+

Mes yeulx que je ne verray goute;

+

Mon cueur aussi se pasmera,

+

C'est une chose que fort doubte.

+
+

Pour ce, nompareille Princesse,

+

Quant ainsi devant vous seray,

+

Vueilliez, par vostre grant humblesse,

+

Me pardonner, se je ne scay

+

Parler à vous, comme devray;

+

Mais tost apres, s'asseurera

+

Mon cueur, et puis vous contera

+

Son fait, mais que nul ne l'escoute;

+

Dangier grant guet sur lui fera,

+

C'est une chose que fort doubte.


+

Et se mectra souvent en presse

+

D'ouir tout ce que je diray;

+

Mais je pense que par sagesse

+

Si tres bien me gouverneray,

+

Et telle maniere tendray,

+

Que faulx Dangier trompé sera,

+

Ne nulle riens n'appercevra;

+

Si mectra il sa paine toute

+

D'espier tout ce qu'il pourra;

+

C'est une chose que fort doubte.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Me mocquez vous, Joyeulx Espoir,

+

Par parolles trop me menez,

+

Pensez vous de me decevoir;

+

Chascun jour vous me promectez

+

Que briefment veoir me ferez

+

Ma Dame, la gente Princesse,

+

Qui a mon cueur entierement;

+

Pour Dieu, tenez vostre promesse,

+

Car trop ennuié qui actent.

+
+

Il a longtemps, pour dire voir,

+

Que tout mon estat congnoissez;

+

N'ay je fait mon loyal devoir

+

D'endurer, comme bien savez,

+

Ouil, ce croy je plus qu'assez;

+

Temps est que me donnez liesse,

+

Desservie l'ay loyaument,

+

Pardonnez moy, se je vous presse,

+

Car trop ennuié qui actent.

+
+

Ne me mectez à nonchaloir,

+

Honte sera se me failliez,

+

Veu que me fie main et soir

+

En tout ce que faire vouldrez,

+

Se mieulx faire ne me povez,

+

Au moins monstrez moy ma maistresse

+

Une foiz, pour aucunement

+

Allegier le mal qui me blesse,

+

Car trop ennuié qui actent.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Espoir, tousjours vous m'asseurez

+

Que bien mon fait ordonnerez,

+

Bel me parlez, je le confesse;

+

Mais, tant y mectez longuement,

+

Que je languis en grant destresse,

+

Car trop ennuié qui actent.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Le premier jour du mois de May

+

S'acquicte vers moy grandement;

+

Car, ainsi qu'à présent, je n'ay

+

En mon cueur que deuil et tourment;

+

Il est aussi pareillement

+

Troublé, plain de vent et de pluie;

+

Estre souloit tout autrement,

+

Ou temps qu'ay congneu en ma vie.

+
+

Je croy qu'il se met en essay

+

De m'acompaignier loyaulment;

+

Content m'en tiens, pour dire vray,

+

Car meschans, en leur pensement,

+

Recoivent grand allegement,

+

Quant en leurs maulx ont compaignie;

+

Essayé l'ay certainement,

+

Ou temps qu'ay congneu en ma vie.

+
+

Las! j'ay veu May joyeux et gay,

+

Et si plaisant à toute gent,

+

Que raconter au long ne scay

+

Le plaisir et esbatement

+

Qu'avait en son commandement;

+

Car Amour, en son abbaye,

+

Le tenoit chief de son couvent,

+

Ou temps qu'ay congneu en ma vie.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Le temps va je ne scay comment,

+

Dieu l'amende prouchainement!

+

Car Plaisance est endormie,

+

Qui souloit vivre lyement,

+

Ou temps qu'ay congneu en ma vie.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Pour Dieu, gardez bien souvenir

+

Enclos dedens vostre pensée,

+

Ne le laissiez dehors yssir,

+

Belle tres loyaument amée;

+

Faictes que chascune journée

+

Vous ramentoive bien souvent

+

La maniere quoy et comment,

+

Ja pieca, me feistes promesse,

+

Quant vous retins premierement

+

Ma Dame, ma seule maistresse.

+
+

Vous savez que, par franc desir

+

Et loyal amour conseillée,

+

Me deistes que, sans departir,

+

De m'amer estiez fermée;

+

Tant comme j'auroye durée.

+

Je metz en vostre jugement

+

Se ma bouche dit vray ou ment;

+

Si tiens que parler de princesse

+

Vient du cueur, sans decevement,

+

Ma dame, ma seule maistresse.

+
+

Non pourtant, me fault vous ouvrir

+

La double qu'en moy est entrée:

+

C'est que j'ay paour, sans vous mentir,

+

Que ne m'ayez, tres belle née,

+

Mis en oubly; car mainte année

+

Suis loingtain de vous longuement,

+

Et n'oy de vous aucunement

+

Nouvelle pour avoir liesse;

+

Pourquoy vis douloreusement,

+

Ma Dame, ma seule maistresse.

+
+

Nul remede ne scay querir,

+

Dont ma doleur soit allegée;

+

Fors que souvent vous requerir,

+

Que la foy que m'avez donnée

+

Soit par vous loyaument gardée;

+

Car vous congnoissiez clerement

+

Que, par vostre commandement,

+

Ay despendu de ma jeunesse,

+

Pour vous actendre seulement,

+

Ma Dame, ma seule maistresse.

+
+

Plus ne vous convient esclarsir

+

La chose que vous ay comptée;

+

Vous la congnoissiez, sans faillir;

+

Pour ce, soyez bien advisée

+

Que je ne vous trouve muée;

+

Car, s'en vous trouve changement,

+

Je requerray tout haultement,

+

Devant l'amoureuse Deesse,

+

Que j'aye de vous vengement,

+

Ma dame, ma seule maistresse.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Se je puis veoir seurement

+

Que m'amez tousjours loyaument,

+

Content suis de passer destresse

+

En vous servant joyeusement,

+

Ma Dame, ma seule maistresse.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Helas! helas! qui a laissié entrer

+

Devers mon cueur doloreuse nouvelle?

+

Conté lui a plainement, sans celer,

+

Que sa Dame, la tres plaisant et belle,

+

Qu'il a longtemps tres loyaument servie,

+

Est à present en griefve maladie;

+

Dont il est cheu en desespoir si fort,

+

Qu'il souhaide piteusement la mort,

+

Et dit qu'il est ennuyé de sa vie.

+
+

Je suis alé pour le reconforter,

+

En lui priant qu'il n'ait nul soussy d'elle,

+

Car, se Dieu plaist, il orra brief conter

+

Que ce n'est pas maladie mortelle,

+

Et que sera prochainement guerrie;

+

Mais ne lui chault de chose que lui die;

+

Aincois en pleurs, a tousjours son ressort

+

Par Tristesse qui asprement le mort,

+

Et dit qu'il est ennuyé de sa vie.

+
+

Quant je lui dy qu'il ne se doit doubter,

+

Car Fortune n'est pas si tres cruelle,

+

Qu'elle voulsist hors de ce monde oster

+

Celle qui est des princesses l'estoille,

+

Qui partout luist des biens dont est garnie;

+

Il me respond; qu'il est fol qui se fie

+

En Fortune qui a fait à maint tort.

+

Ainsi ne voult recevoir reconfort,

+

Et dit qu'il est ennuyé de sa vie.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Dieu tout puissant, par vostre courtoisie

+

Guerissez la, ou mon cueur vous supplie

+

Que vous souffrez que la mort son effort

+

Face sur lui, car il en est d'accort,

+

Et dit qu'il est ennuyé de sa vie.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Sitost que l'autre jour j'ouy

+

Que ma souveraine sans per

+

Estoit guerie, Dieu mercy,

+

Je m'en alay sans point tarder

+

Vers mon cueur pour le lui conter;

+

Mais certes tant le desiroit,

+

Qu'à paine croire le povoit,

+

Pour la grant amour qu'a en elle,

+

Et souvent a par soy disoit:

+

Saint Gabriel, bonne nouvelle.

+
+

Je lui dis: mon cueur, je vous pry,

+

Ne vueilliez croire ne penser

+

Que moy, qui vous suy vray amy,

+

Vous vueille mensonges trouver,

+

Pour en vain vous reconforter;

+

Car, trop mieulx taire me vaudroit,

+

Que le dire se vray n'estoit;

+

Mais la vérité si est telle,

+

Soyez joyeulx comment qu'il soit.

+

Saint Gabriel, bonne nouvelle.

+
+

Alors mon cueur me respondy:

+

Croire vous vueil sans plus doubter,

+

Et tout le courroux et soussy

+

Qu'il m'a convenu endurer,

+

En joye le vueil retourner;

+

Puis apres, ses yeulx essuyoit

+

Que de plourer moilliez avoit,

+

Disant: il est temps que rappelle

+

Espoir qui delaissié m'avoit.

+

Saint Gabriel, bonne nouvelle.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Il me dist aussi qu'il feroit,

+

Dedens l'amoureuse chapelle,

+

Chanter la messe qu'il nommoit:

+

Saint Gabriel, bonne nouvelle.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Las! Mort qui t'a fait si hardie.

+

De prendre la noble Princesse

+

Qui estait mon confort, ma vie,

+

Mon bien, mon plaisir, ma richesse;

+

Puisque tu as prins ma maistresse,

+

Prens moy aussi son serviteur,

+

Car j'ayme mieulx prouchainement

+

Mourir, que languir en tourment,

+

En paine, soussy et doleur.

+
+

Las! de tous biens estoit garnie,

+

Et en droicte fleur de jeunesse;

+

Je pry à Dieu qu'il te maudie,

+

Faulse mort, plaine de rudesse;

+

Se prise l'eusses en vieillesse,

+

Ce ne fust pas si grant rigueur;

+

Mais prise l'as hastivement,

+

Et m'as laissié piteusement

+

En paine, soussy et doleur.

+
+

Las! je suis seul, sans compaignie,

+

Adieu ma Dame, ma liesse;

+

Or est nostre amour departie,

+

Non pourtant, je vous fais promesse

+

Que de prieres, à largesse,

+

Morte vous serviray de cueur,

+

Sans oublier aucunement,

+

Et vous regrecteray souvent

+

En paine, soussy et doleur

+
+

L'ENVOY.

+
+

Dieu, sur tout souverain Seigneur,

+

Ordonnez, par grace et doulceur,

+

De l'ame d'elle, tellement

+

Qu'elle ne soit pas longuement

+

En paine, soussy et doleur.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

J'ai aux esches joué devant Amours,

+

Pour passer temps, avecques faulx Dangier,

+

Et seurement me suy gardé tousjours,

+

Sans riens perdre jusques au derrenier,

+

Que Fortune lui est venu aidier,

+

Et par meschief, que maudite soit elle!

+

A ma Dame prise soudainement;

+

Par quoy suy mat, je le voy clerement,

+

Se je ne fais une Dame nouvelle.

+
+

Eu ma Dame j'avoye mon secours,

+

Plus qu'en autre, car souvent d'encombrier

+

Me delivroit, quant venoit à son cours,

+

Et en gardes faisoit mon jeu lier;

+

Je n'avoye Pion, ne Chevalier,

+

Auffin ne Rocq qui peussent ma querelle

+

Si bien aidier; il y pert vrayement,

+

Car j'ay perdu mon jeu entierement,

+

Se je ne fais une Dame nouvelle.

+
+

Je ne me scay jamais garder des tours

+

De Fortune, qui mainteffoiz changier

+

A fait mon jeu, et tourner à rebours;

+

Mon dommaige scet bientost espier,

+

Elle m'assault sans point me desfier;

+

Par mon serement, oncques ne congneu telle;

+

Enjeu party suy si estrangement,

+

Que je me rens, et n'y voy sauvement,

+

Se je ne fais une Dame nouvelle.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Je me souloye pourpenser

+

Au commencement de l'année,

+

Quel don je pourroye donner

+

A ma Dame la bien amée;

+

Or suis hors de ceste pensée,

+

Car Mort l'a mise soubz la lame,

+

Et l'a hors de ce monde ostée,

+

Je pry à Dieu qu'il en ait l'ame.

+
+

Non pourtant, pour tousjours garder

+

La coustume que j'ay usée,

+

Et pour à toutes gens monstrer

+

Que pas n'ay ma Dame oubliée,

+

De messes je l'ay estrenée;

+

Car ce me seroit trop de blasme

+

De l'oublier ceste journée,

+

Je pry à Dieu qu'il en ait l'ame.

+
+

Tellement lui puist prouffiter

+

Ma priere, que confortée

+

Soit son ame, sans point tarder,

+

Et de ses biensfaiz guerdonnée

+

En Paradis, et couronnée

+

Comme la plus loyalle Dame

+

Qu'en son vivant j'aye trouvée;

+

Je pry à Dieu qu'il en ait l'ame

+
+

L'ENVOY.

+
+

Quant je pense à la renommée

+

Des grans biens dont estoit parée,

+

Mon povre cueur de dueil se pasme;

+

De lui souvent est regrectée,

+

Je pry à Dieu qu'il en ait l'ame.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Quant Souvenir me ramentoit

+

La grant beaulté dont estoit plaine,

+

Celle que mon cueur appeloit

+

Sa seule Dame souveraine,

+

De tous biens la vraye fontaine,

+

Qui est morte nouvellement,

+

Je dy, en pleurant tendrement,

+

Ce monde n'est que chose vaine.

+
+

Ou vieil temps grant renom couroit

+

De Creseide, Yseud, Elaine

+

Et mainte autres, qu'on nommoit

+

Parfaictes en beaulté haultaine.

+

Mais, au derrain, en son demaine

+

La Mort les prist piteusement;

+

Parquoy puis veoir clerement,

+

Ce monde n'est que chose vaine.

+
+

La Mort a voulu et vouldroit,

+

Bien le cognois, mectre sa paine

+

De destruire, s'elle povait,

+

Liesse et Plaisance mondaine,

+

Quant tant de belles dames maine

+

Hors du monde; car vrayement

+

Sans elles, à mon jugement,

+

Ce monde n'est que chose vaine.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Amours, pour verité certaine,

+

Mort vous guerrie fellement;

+

Se n'y trouvez amendement,

+

Ce monde n'est que chose vaine.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Le premier jour du mois de May,

+

Trouvé me suis en compaignie

+

Qui estoit, pour dire le vray,

+

De gracieuseté garnie;

+

Et, pour oster merencolie,

+

Fut ordonné qu'on choisiroit,

+

Comme fortune donneroit,

+

La fueille plaine de verdure,

+

Ou la fleur pour toute l'année;

+

Si prins la feuille pour livrée,

+

Comme lors fut mon aventure.

+
+

Tantost apres je m'avisay,

+

Qu'à bon droit, je l'avoye choisie;

+

Car, puisque par mort perdu ay

+

La fleur, de tous biens enrichie,

+

Qui estoit ma Dame, m'amie,

+

Et qui de sa grace m'amoit,

+

Et pour son amy me tenoit,

+

Mon cueur d'autre fleur n'a plus cure:

+

Adonc congneu que ma pensée

+

Accordoit à ma destinée,

+

Comme lors fut mon aventure.

+
+

Pour ce, la fueille porteray

+

Cest an, sans que point je l'oublie;

+

Et à mon povoir me tendray

+

Entierement de sa partie;

+

Je n'ay de nulle fleur envie,

+

Porte la qui porter la doit,

+

Car la fleur, que mon cueur amoit

+

Plus que nulle autre creature,

+

Est hors de ce monde passée,

+

Qui son amour m'avoit donnée,

+

Comme lors fut mon aventure.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Il n'est fueille, ne fleur qui dure

+

Que pour ung temps, car esprouvée

+

J'ay la chose que j'ay comptée,

+

Comme lors fut mon aventure.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Le lendemain du premier jour de May,

+

Dedens mon lit, ainsi que je dormoye,

+

Au point du jour m'avint que je songay

+

Que devant moy une fleur je veoye,

+

Qui me disoit: Amy, je me souloye

+

En toy fier, car pieca mon party

+

Tu tenoies, mais mis l'as en oubly,

+

En soustenant la fueille contre moy;

+

J'ay merveille que tu veulx faire ainsi,

+

Riens n'ay meffait, ce pense je, vers toy.

+
+

Tout esbahy alors je me trouvay,

+

Si respondy au mieulx que je savoye:

+

Tres belle fleur, oncques je ne pensay

+

Faire chose qui desplaire te doye;

+

Se, pour esbat, aventure m'envoye

+

Que je serve la fueille cest an cy,

+

Doy je pourtant estre de toy banny?

+

Nennil certes, je fais comme je doy,

+

Et, se je tiens le party qu'ay choisy,

+

Riens n'ay meffait, ce pense je, vers toy.

+
+

Car non pourtant honneur te porteray

+

De bon vouloir, quelque part que je soye,

+

Tout pour l'amour d'une fleur que j'amay

+

Ou temps passé; Dieu doint que je la voye

+

En Paradis, apres ma mort, en joye;

+

Et pour ce, fleur, chierement je te pry,

+

Ne te plains plus, car cause n'as pourquoy,

+

Puisque je fais ainsi que tenu suy,

+

Riens n'ay meffait, ce pense je, vers toy.

+
+

L'ENVOY.

+
+

La vérité est telle que je dy,

+

J'en fais juge Amour le puissant Roy;

+

Tres doulce fleur, point ne te cry mercy,

+

Riens n'ay meffait, ce pense je, vers toy.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

En la forest d'ennuieuse tristesse,

+

Ung jour m'avint qu'à par moy cheminoye,

+

Si rencontray l'amoureuse Deesse

+

Qui m'appella, demandant où j'aloye.

+

Je respondy que par Fortune estoye

+

Mis en exil en ce bois, longtemps a,

+

Et, qu'à bon droit, appeller me povoye

+

L'omme esgaré qui ne scet où il va.

+
+

Et soubzriant, par sa tres grant humblesse,

+

Me respondy: Amy, se je savoye

+

Pourquoy tu es mis en ceste destresse,

+

A mon povoir, voulentiers t'aideroye;

+

Car, ja pieca, je mis ton cueur en voye

+

De tout plaisir, ne scay qui l'en osta;

+

Or me desplaist qu'à present je te voye

+

L'omme esgaré qui ne scet où il va.

+
+

Helas! dis je, souveraine Princesse,

+

Mon fait savez, pourquoy le vous diroye?

+

C'est par la Mort qui fait à tous rudesse,

+

Qui m'a tollu celle que tant amoye,

+

En qui estoit tout l'espoir que j'avoye,

+

Qui me guidoit, si bien m'acompaigna

+

En son vivant, que point ne me trouvoye

+

L'omme esgaré qui ne scet où il va.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Aveugle suy, ne scay où aler doye;

+

De mon baston affin que ne forvoye,

+

Je vois tastant mon chemin ca et là;

+

C'est grant pitié qu'il convient que je soye

+

L'omme esgaré qui ne scet où il va.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

J'ay esté de la compaignie

+

Des amoureux moult longuement,

+

Et m'a Amour, dont le mercie,

+

Donné de ses biens largement;

+

Mais au derrain, ne scay comment,

+

Mon fait est venu au contraire;

+

Et, à parler ouvertement,

+

Tout est rompu, c'est à reffaire

+
+

Certes, je ne cuidoye mie

+

Qu'en amer eust tel changement;

+

Car, chascun dit que c'est la vie

+

Où il a plus d'esbatement;

+

Helas! j'ay trouvé autrement;

+

Car, quant en l'amoureux repaire

+

Cuidoye vivre seurement,

+

Tout est rompu, c'est à reffaire.

+
+

Au fort, en Amour je m'affie

+

Qui m'aidera aucunement,

+

Pour l'amour de sa seigneurie

+

Que j'ay servie loyaument;

+

N'oncques ne fis, par mon serement,

+

Chose qui lui doye desplaire,

+

Et non pourtant estrangement,

+

Tout est rompu, c'est à reffaire.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Amour, ordonnez tellement

+

Que j'aye cause de me taire,

+

Sans plus dire de cueur dolent:

+

Tout est rompu, c'est à reffaire.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Plaisant Beaulté mon cueur nasvra

+

Ja pieca, si tres durement

+

Qu'en la fievre d'amours entra,

+

Qui l'a tenu moult asprement;

+

Mais, de nouvel presentement,

+

Ung bon medicin qu'on appelle

+

Nonchaloir, que tiens pour amy,

+

M'a guery, la sienne mercy,

+

Se la playe ne renouvelle.

+
+

Quant mon cueur tout sain se trouva,

+

Il l'en mercia grandement;

+

Et humblement lui demanda:

+

S'en santé serait longuement?

+

Il respondy tres saigement:

+

Mais que gardes bien ta fourcelle

+

Du vent d'Amours qui te fery,

+

Tu es en bon point jusqu'à cy,

+

Se la playe ne renouvelle.

+
+

L'embusche de Plaisir entra

+

Parmy tes yeulx soutifvement;

+

Jeunesse le mal pourchassa,

+

Qui t'avoit en gouvernement;

+

Et puis bouta priveement

+

Dedens ton logis l'estincelle

+

D'Ardant desir qui tout ardy;

+

Lors fus nasvré, or t'ay guery,

+

Se la playe ne renouvelle.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Le beau souleil, le jour saint Valentin,

+

Qui apportait sa chandelle alumée,

+

N'a pas longtemps, entra ung bien matin

+

Priveement en ma chambre fermée.

+

Celle clarté, qu'il avoit apportée,

+

Si m'esveilla du somme de Soussy,

+

Où j'avoye toute la nuit dormy

+

Sur le dur lit d'ennuieuse pensée.

+
+

Ce jour aussi, pour partir leur butin

+

Des biens d'Amours, faisoient assemblée

+

Tous les oyseaulx, qui parlans leur latin,

+

Crioyent fort, demandans la livrée

+

Que Nature leur avoit ordonnée;

+

C'estoit d'un per comme chascun choisy;

+

Si ne me peu rendormir, pour leur cry,

+

Sur le dur lit d'ennuieuse pensée.

+
+

Lors en moillant de larmes mon coessin,

+

Je regrectay ma dure destinée,

+

Disant: Oyseaulx je vous voy en chemin

+

De tout plaisir et joye désirée;

+

Chascun de vous a per qui lui agrée,

+

Et point n'en ay, car Mort, qui m'a trahy,

+

A prins mon per, dont en dueil je languy

+

Sur le dur lit d'ennuieuse pensée.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Saint Valentin choisissent ceste année

+

Ceulx et celles de l'amoureux party;

+

Seul me tendray, de confort desgarny,

+

Sur le dur lit d'ennuieuse pensée.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Mon cueur dormant en nonchaloir,

+

Reveilliez vous joyeusement,

+

Je vous fais nouvelles savoir,

+

Qui vous doit plaire grandement;

+

Il est vray que presentement

+

Une Dame tres honnorée

+

En toute bonne renommée,

+

Desire de vous acheter,

+

Dont je suy joyeulx et d'accort;

+

Pour vous, son cueur me veult donner,

+

Sans departir, jusqu'à la mort.

+
+

Ce change doy je recevoir

+

En grant gré, tres joyeusement;

+

Or, vous charge d'entier povoir

+

Si chier et tant estroictement,

+

Que je puis plus que loyaument

+

Soit par vous cherie et amée;

+

Et, en tous lieux, nuit et journée

+

L'acompaignier, sans la laissier,

+

Tant que j'en aye bon rapport;

+

Il vous convient sien demourer,

+

Sans departir, jusqu'à la mort.

+
+

Alez vous logier ou manoir

+

De son tres gracieux corps gent,

+

Pour y demourer main et soir,

+

Et l'onnourer entierement;

+

Car, par son bon commandement,

+

Lieutenant vous veult ordonner

+

De son cueur, en joyeulx deport;

+

Pensez de bien vous gouverner,

+

Sans departir, jusqu'à la mort.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Belle, se ne m'osez donner

+

De voz doulx baisiers amoureux,

+

Pour paour de Dangier courroucer,

+

Qui tousjours est fel et crueux;

+

J'en embleray bien ung ou deux;

+

Mais que, n'y prenez desplaisir,

+

Et que le vueilliez consentir,

+

Maugré Dangier et ses conseulx.

+
+

De ce faulx vilain aveugler,

+

Dieu scet se j'en suis desireux;

+

Nul ne le peut aprivoiser,

+

Tout temps est si souspeconneux,

+

Qu'en penser languist doloreux,

+

Quant il voit Plaisance venir;

+

Mais elle se scet bien chevir,

+

Maugré Dangier et ses conseulx.

+
+

Quand estroit la cuide garder,

+

Hardy cueur, secret et eureux,

+

S'avecques lui scet amener

+

Avis bon et aventureux,

+

Desguisé soubz maintien honteux;

+

Bien pevent Dangier endormir;

+

Lors Plaisance fait son desir,

+

Maugré Dangier et ses conseulx.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Bien dessert guerdon plantureux

+

Advis, qui scet si bien servir

+

Au besoing, et trouver loisir,

+

Maugré Dangier et ses conseulx.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

J'ay fait l'obseque de ma Dame

+

Dedens le moustier amoureux,

+

Et le service pour son ame

+

A chanté Penser doloreux;

+

Mains sierges de souspirs piteux

+

Ont esté en son luminaire;

+

Aussy j'ay fait la tombe faire

+

De regretz, tous de lermes pains,

+

Et tout entour, moult richement,

+

Est escript: Cy gist vrayement

+

Le tresor de tous biens mondains.

+
+

Dessus elle, gist une lame

+

Faictes d'or et de saffirs bleux;

+

Car saffir est nommé la jame

+

De Loyaulté, et l'or eureux;

+

Bien lui appartiennent ces deux;

+

Car Eur et Loyaulté pourtraire

+

Voulu, en la tres debonnaire,

+

Dieu, qui la fist de ses deux mains,

+

Et fourma merveilleusement;

+

C'estoit, à parler plainement,

+

Le tresor de tous biens mondains.

+
+

N'en parlons plus, mon cueur se pasme

+

Quant il oyt les faiz vertueux

+

D'elle, qui estoit sans nul blasme;

+

Comme jurent celles et ceulx

+

Qui congnoissoient ses conseulx;

+

Si croy que Dieu la voulu traire

+

Vers lui, pour parer son repaire

+

De Paradis, où sont les sains,

+

Car c'est d'elle bel parement,

+

Que l'en nommoit communement

+

Le tresor de tous biens mondains.

+
+

L'ENVOY.

+
+

De riens ne servent pleurs, ne plains;

+

Tous mourrons, ou tart ou briefment;

+

Nul ne peut garder longuement

+

Le tresor de tous biens mondains.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Puisque Mort a prins ma maistresse,

+

Que sur toutes amer souloye,

+

Mourir me convient en tristesse,

+

Certes plus vivre ne pourroye;

+

Pour ce, par deffaulte de joye

+

Tres malade, mon testament

+

J'ai mis en escript doloreux,

+

Lequel je presente humblement

+

Devant tous loyaulx amoureux.

+
+

Premierement, à la haultesse

+

Du Dieu d'amours donne et envoye

+

Mon esperit, et en humblesse

+

Lui supplie qu'il le convoye

+

En son Paradis, et pourvoye;

+

Car je jure que loyaument

+

L'a servi de vueil desireux;

+

Advouer le puis vrayement

+

Devant tous loyaulx amoureux.

+
+

Oultre plus, vueil que la richesse

+

Des biens d'Amours qu'avoir souloye,

+

Departie, soit à largesse,

+

A vraiz amans, et ne vouldroye

+

Que faulx amans, par nulle voye,

+

En eussent part aucunement;

+

Oncques n'euz amistié à eulx;

+

Je le prans sur mon sauvement

+

Devant tous loyaulx amoureux.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Sans espargnier or, ne monnoye,

+

Loyaulté veult qu'en terre soye

+

En sa chapelle grandement;

+

Dont je me tiens pour bien eureux,

+

Et l'en mercie chierement

+

Devant tous loyaulx amoureux.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

J'oy estrangement

+

Plusieurs gens parler,

+

Qui trop mallement

+

Se plaingnent d'amer;

+

Car, legierement,

+

Sans paine porter,

+

Vouldroient, briefment.

+

A fin amener

+

Tout leur pensement.

+
+

C'est fait follement

+

D'ainsi desirer;

+

Car, qui loyaument

+

Veulent acquester

+

Bon guerdonnement,

+

Maint mal endurer

+

Leur fault, et souvent

+

A rebours trouver

+

Tout leur pensement.

+
+

S'Amour humblement

+

Veulent honnourer,

+

Et soingneusement

+

Servir, sans faulser;

+

Des biens largement

+

Leur fera donner;

+

Mais, premierement,

+

Il veult esprouver

+

Tout leur pensement.

+
+
+
+

SONGE EN COMPLAINTE.

+
+

Apres le jour qui est fait pour traveil,

+

Ensuit la nuit pour repos ordonnée;

+

Pour ce, m'avint que chargié de sommeil

+

Je me trouvav moult fort une vesprée.

+

Pour la peine que j'avoye portée

+

Le jour devant, si fis mon appareil

+

De me couchier, sitost que le souleil

+

Je vy retrait, et sa clarté mussée.

+
+

Quant couchié fu, de legier m'endormy;

+

Et en dormant, ainsi que je songoye,

+

Advis me fu que, devant moy, je vy

+

Ung vieil homme que point ne congnoissoye;

+

Et non pourtant autresfoiz veu l'avoye,

+

Ce me sembla; si me trouvay marry

+

Que j'avoye son nom mis en oubly,

+

Et, pour honte, parler à lui n'osoye.

+
+

Ung peu se teut, et puis m'araisonna,

+

Disant: Amy, n'avez vous de moy cure?

+

Je suis Aage qui lectres apporta

+

A Enfance, de par Dame Nature,

+

Quant lui chargeay que plus la nourriture

+

N'auroit de vous, alors vous delivra

+

A Jeunesse, qui gouverné vous a

+

Moult longuement, sans raison et mesure.

+
+

Or est ainsi, que Raison qui sur tous

+

Doit gouverner, a fait tres grant complainte

+

A Nature, de Jeunesse et de vous,

+

Disant qu'avez tous deux fait faulte mainte,

+

Avisez vous, ce n'est pas chose fainte;

+

Car Vieillesse, la mere de courrous,

+

Qui tout abat et amaine au dessoubz,

+

Vous donnera dedens brief une atainte.

+
+

Au derrenier, ne la povez fuir;

+

Si vous vault mieulx, tandis qu'avez jeunesse,

+

A vostre honneur de folie partir,

+

Vous esloingnant de l'amoureuse adresse;

+

Car, en discort, sont Amours et Vieillesse,

+

Nul ne les peut à leur gré bien servir;

+

Amour vous doit pour excuse tenir,

+

Puisque la Mort a prins vostre maistresse.

+
+

Et tout ainsi, qu'assez est avenant

+

A jeunes gens, en l'amoureuse voye

+

De temps passer, c'est aussi mal seant,

+

Quant en amours ung vieil homme folloye;

+

Chascun s'en rit, disant: Dieu qu'elle joye!

+

Ce foul vieillart veult devenir enfant;

+

Jeunes et vieulx du doy le vont monstrant,

+

Mocquerie par tous lieux le convoye.

+
+

A vostre honneur povez Amours laisser

+

En jeune temps, comme par nonchalance;

+

Lors ne pourra nul de vous raconter,

+

Que l'ayez fait par faulte de puissance;

+

Et dira l'en que c'est par desplaisance

+

Que ne voulez en autre lieu amer,

+

Puisqu'est morte vostre Dame sans per,

+

Dont loyaument gardez la souvenance,

+
+

Au Dieu d'amours, requerez humblement

+

Qu'il lui plaise de reprandre l'ommaige

+

Que lui feistes, par son commandement,

+

Vous rebaillant vostre cueur qu'a en gaige;

+

Merciez le des biens qu'en son servaige

+

Avez receuz, lors gracieusement

+

Departirez de son gouvernement,

+

A grant honneur comme loyal et saige.

+
+

Puis requerez à tous les amoureux

+

Que chascun d'eulx tout ouvertement die,

+

Se vous avez riens failly envers eulx,

+

Tant que suivy avez leur compaignie,

+

Et que par eulx soit la faulte punie;

+

Leur requerant pardon de cueur piteux,

+

Car de servir estiez desireux

+

Amours, et tous ceulx de sa seigneurie.

+
+

Ainsi pourrez departir du povoir

+

Du Dieu d'amours, sans avoir charge aucune;

+

C'est mon conseil, faictes vostre vouloir,

+

Mais gardez vous que ne croiez Fortune

+

Qui de flater est à chascun commune;

+

Car tousjours dit qu'on doit avoir espoir

+

De mieulx avoir, mais c'est pour decevoir.

+

Je ne congnois plus faulse soubz la lune.

+
+

Je scay trop bien, s'escouter la voulez,

+

Et son conseil plus que le mien eslire,

+

Elle dira que, s'amours delaissiez,

+

Vous ne povez mieulx vostre cueur destruire;

+

Car vous n'aurez lors à quoy vous deduire,

+

Et tout plaisir à nonchaloir mectrez;

+

Ainsi, le temps en grant ennuy perdrez,

+

Qui pis vauldra que l'amoureux martire.

+
+

Et puis apres, pour vous donner confort,

+

Vous promectra que recevrez amande

+

De tous les maulx qu'avez souffers à tort,

+

Et que c'est droit qu'aucun guerdon vous rende;

+

Mais il n'est nul qui à elle s'atende,

+

Qui tost ou tard ne soit, je m'en fais fort,

+

Deceu d'elle, à vous je m'en raport;

+

Si pry à Dieu que d'elle vous deffende.

+
+

En tressaillant, sur ce point m'esveillay,

+

Tremblant ainsi que sur l'arbre la fueille,

+

Disant: Helas! oncques mais ne songay

+

Chose dont tant mon povre cueur se dueille;

+

Car, s'il est vray que Nature me vueille

+

Abandonner, je ne scay que feray;

+

A Vieillesse tenir pié ne pourray,

+

Mais convendra que tout ennuy m'acueille.

+
+

Et non pourtant le vieil homme qu'ay veu

+

En mon dormant, lequel Aage s'appelle,

+

Si m'a dit vray; car j'ay bien aperceu

+

Que Vieillesse veult emprandre querelle

+

Encontre moy, ce m'est dure nouvelle;

+

Et ja soit ce qu'à present suy pourveu

+

De jeunesse, sans me trouver recreu,

+

Ce n'est que sens de me pourveoir contre elle.

+
+

A celle fin que quant vendra vers moy,

+

Je ne soye despourveu comme nice;

+

C'est pour le mieulx, s'avant je me pourvoy;

+

Et trouveray Vieillesse plus propice,

+

Quant cognoistra qu'ay laissé tout office

+

Pour la servir; alors, en bonne foy

+

Recommandé m'aurra, comme je croy,

+

Et moins soussy auray en son service.

+
+

Si suis content, sans changier desormais,

+

Et pour tousjours entierement propose

+

De renoncer à tous amoureux fais;

+

Car il est temps que mon cueur se repose;

+

Mes yeulx cligniez et mon oreille close

+

Tendray, afin que n'y entre jamais,

+

Par Plaisance, les amoureux atrais;

+

Tant les congnois qu'en eulx fier ne m'ose.

+
+

Qui bien se veult garder d'amoureux tours,

+

Quant en repos sent que son cueur sommeille,

+

Garde ses yeulx emprisonnez tousjours;

+

S'ils eschapent, ils crient en l'oreille

+

Du cueur qui dort, tant qu'il fault qu'il s'esveille;

+

Et ne cessent de lui parler d'Amours,

+

Disans qu'ilz ont souvent hanté ses cours,

+

Où ilz ont veu plaisance nompareille.

+
+

Je scay par cueur ce mestier bien à plain,

+

Et m'a longtemps esté si agreable

+

Qu'il me sembloit qu'il n'estoit bien mondain,

+

Fors en amours, ne riens si honnorable;

+

Je trouvoye, par maint conte notable,

+

Comment Amour, par son povoir haultain.

+

A avancié comme Roy souverain,

+

Ses serviteurs en estat prouffitable.

+
+

Mais en ce temps, ne congnoissoye pas

+

La grant douleur qu'il convient que soustiengne

+

Ung povre cueur, pris es amoureuxlas;

+

Depuis l'ay sceu, bien scay à quoy m'entiengne,

+

J'ay grant cause que tousjours m'en souviengne;

+

Or en suis hors, mon cueur en est tout las,

+

Il ne veult plus d'Amours passer le pas,

+

Pour bien ou mal que jamais lui adviengne.

+
+

Pour ce tantost, sans plus prendre respit,

+

Escrire vueil, en forme de requeste,

+

Tout mon estat, comme devant est dit;

+

Et quant j'auray fait ma cedule preste,

+

Porter la vueil à la premiere feste

+

Qu'Amours tendra, lui monstrant par escript

+

Les maulx qu'ay euz, et le peu de prouffit,

+

En poursuivant l'amoureuse conqueste.

+
+

Ainsi d'Amours, devant tous les amans,

+

Prendray congié en honneste maniere,

+

En estouppant la bouche aux mesdisans

+

Qui ont langue pour mesdire legiere;

+

Et requerray, par tres humble priere,

+

Qu'il me quicte de tous les convenans

+

Que je lui fis, quant l'ung de ses servans

+

Devins pieca de voulenté entiere.

+
+

Et reprendray hors de ses mains mon cueur,

+

Que j'engagay par obligacion,

+

Pour plus seurté d'estre son serviteur,

+

Sans faintise, ou excusacion;

+

Et puis, apres recommandacion,

+

Je delairay, à mon tres grant honneur,

+

A jeunes gens qui sont en leur verdeur;

+

Tous fais d'Amours par resignacion.

+
+
+
+

LA REQUESTE

+
+

AUX EXCELLENS, ET PUISSANS EN NOBLESSE,

+

DIEU CUPIDO ET VENUS LA DEESSE.

+
+

Supplie presentement,

+

Humblement,

+

CHARLES LE DUC D'ORLÉANS

+

Qui a esté longuement,

+

Ligement

+

L'un de voz obeissans,

+

Et entre les vraiz amans,

+

Voz servans,

+

A despendu largement

+

Le temps de ses jeunes ans

+

Tres plaisans,

+

A vous servir loyaument.

+
+

Qu'il vous plaise regarder,

+

Et passer

+

Ceste requeste presente,

+

Sans la vouloir refuser;

+

Mais penser

+

Que d'umble vueil la presente

+

A vous, par loyalle entente,

+

En actente

+

De vostre grace trouver,

+

Car sa fortune dolente

+

Le tourmente,

+

Et le contraint de parler.

+
+

Comme ainsi soit que la Mort,

+

A grant tort,

+

En droicte fleur de jeunesse

+

Lui ait osté son deport,

+

Son ressort,

+

Sa seule Dame et liesse,

+

Dont a fait veu et promesse,

+

Par destresse,

+

Desespoir et desconfort,

+

Que jamais n'aura Princesse,

+

Ne maistresse,

+

Car son cueur en est d'accord.

+
+

Et pour ce que, ja pieca,

+

Vous jura

+

De vous loyaument servir,

+

Et en gaige vous laissa,

+

Et donna

+

Son cueur, par loyal desir;

+

Il vient pour vous requerir

+

Que tenir

+

Le vueilliez, tant qu'il vivra,

+

Excusé; car sans faillir.

+

Pour mourir,

+

Plus amoureux ne sera.

+
+

Et lui vueilliez doulcement,

+

Franchement,

+

Rebaillier son povre cueur,

+

En lui quictant son serement,

+

Tellement

+

Qu'il se parte, à son honneur,

+

De vous, car bon serviteur,

+

Sans couleur,

+

Vous a esté vrayement;

+

Monstrez lui quelque faveur,

+

En doulceur,

+

Au moins à son partement.

+
+

A Bonnefoy que tenez,

+

Et nommez

+

Vostre principal notaire,

+

Estroictement ordonnez,

+

Et mandez,

+

Sur peine de vous desplaire,

+

Qu'il vueille, sans delay traire,

+

Lectre faire,

+

En laquelle affermerez

+

Que congié de soy retraire,

+

Sans forfaire,

+

Audit cueur donné avez.

+
+

Afin que le suppliant,

+

Cy devant

+

Nommé, la puisse garder,

+

Pour sa descharge et garant,

+

En monstrant

+

Que nul ne le doit blasmer,

+

S'Amours a voulu laisser;

+

Car d'amer

+

N'eut oncques puis son talant

+

Que Mort lui voulut oster

+

La nomper

+

Qui fust ou monde vivant.

+
+

Et s'il vous plaist faire ainsi

+

Que je dy,

+

Ledit suppliant sera

+

Allegié de son soussy;

+

Et ennuy

+

D'avec son cueur bannira;

+

Et apres, tant que vivra,

+

Priera

+

Pour vous, sans mectre en oubly

+

La grace qu'il recevra,

+

Et aura,

+

Par vostre bonne mercy.

+
+
+
+
+

LA DESPARTIE D'AMOURS EN BALADES.

+
+

Quant vint à la prochaine feste,

+

Qu'Amour tenoit son Parlement,

+

Je lui presentay ma requeste

+

Laquelle leut tres doulcement,

+

Et puis me dist: Je suis dolent

+

Du mal qui vous est advenu;

+

Mais il n'a nul recouvrement,

+

Quant la Mort a son cop feru.

+
+

Eslongnez hors de vostre teste

+

Vostre doloreux pensement,

+

Monstrez vous homme, non pas beste,

+

Faictes que, sans empeschement,

+

Ait en vous le gouvernement

+

Raison, qui souvent a pourveu

+

En maint meschief, tres saigement,

+

Quant la Mort a son cop feru.

+
+

Reprenez nouvelle conqueste,

+

Je vous aideray tellement

+

Que vous trouverez Dame preste

+

De vous amer tres loyaument,

+

Qui de biens aura largement;

+

D'elle serez amy tenu;

+

Je n'y voy autre amendement,

+

Quant la Mort a son cop feru.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Helas! sire, pardonnez moi,

+

Se dis je, car, toute ma vie,

+

Je vous asseure par ma foy,

+

Jamais n'auray Dame, n'amie;

+

Plaisance s'est de moy partie,

+

Qui m'a de liesse forclos,

+

N'en parlez plus, je vous supplie,

+

Je suis bien loing de ce propos.

+
+

Quant ces parolles de vous oy,

+

Vous m'essayez, ne faictes mye;

+

A vous dire vray, je le croy,

+

Ou ce n'est dit qu'en mocquerie;

+

Ce me seroit trop grant folie,

+

Quant demeurer puis en repos,

+

De reprendre merencolie,

+

Je suis bien loing de ce propos.

+
+

Acquictié me suis, comme doy,

+

Vers vous et vostre seigneurie,

+

Desormais me vueil tenir coy;

+

Pour ce, de vostre courtoisie,

+

Accordez moi, je vous en prie,

+

Ma requeste, car à briefz mos,

+

De plus amer, quoique nul die,

+

Je suis bien loing de ce propos.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Amour congnu bien que j'estoye

+

En ce propos, sans changement,

+

Pour ce respondy: Je vouldroye

+

Que voulsissiez faire autrement,

+

Et me servir plus longuement,

+

Mais je voy bien que ne voulez,

+

Si vous accorde franchement

+

La requeste que faicte avez.

+
+

Escondire ne vous pourroye,

+

Car servy m'avez loyaument,

+

N'oncques ne vous trouvay en voye,

+

N'en voulenté aucunement

+

De rompre le loyal serement

+

Que me feistes, comme savez;

+

Ainsi le compte largement

+

La requeste que faicte avez.

+
+

Et afin que tout chascun voye

+

Que de vous je suis tres content,

+

Une quictance vous octroye,

+

Passée par mon Parlement,

+

Qui relaissera plainement

+

L'ommaige que vous me devez,

+

Comme contient ouvertement

+

La requeste que faicte avez.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Tantost Amour, en grant array,

+

Fist assembler son Parlement;

+

En plain conseil mon fait comptay,

+

Par congié et commandement;

+

Là fust passée plainement

+

La quictance que demandoye,

+

Baillée me fut franchement,

+

Pour en faire ce que vouldroye.

+
+

Oultre plus, mon cueur demanday,

+

Qu'Amour avoit eu longuement,

+

Car en gaige le lui baillay,

+

Quant je me mis premierement

+

En son service ligement;

+

Il me dist que je le rauroye,

+

Sans refuser aucunement,

+

Pour en faire ce que vouldroye.

+
+

A deux genoilz m'agenoillay,

+

Merciant Amour humblement

+

Qui tira mon cueur, sans delay,

+

Hors d'un escrin priveement,

+

Le me baillant courtoisement,

+

Lyé en ung noir drap de soye;

+

En mon sain le mist doulcement,

+

Pour en faire ce que vouldroye.

+
+
+
+
+

COPIE DE LA QUICTANCE DESSUS DICTE.

+
+

Saichent presens et avenir,

+

Que nous, Amours, par franc desir

+

Conseillez, sans nulle contraincte,

+

Apres qu'avons oy la plainte

+

De CHARLES LE DUC D'ORLÉANS

+

Qui a esté, par plusieurs ans,

+

Nostre vray loyal serviteur

+

Rebaillé lui avons son cueur

+

Qu'il nous bailla, pieca, en gaige,

+

Et le serment, foy et hommaige,

+

Qu'il nous devoit quictié avons,

+

Et par ces presentes quictons;

+

Oultre plus, faisons assavoir,

+

Et certiffions, pour tout voir,

+

Pour estoupper aux mesdisans

+

La bouche, qui trop sont nuisans,

+

Qu'il ne part de nostre service

+

Par deffaulte, forfait ou vice,

+

Mais seulement la cause est telle:

+

Vray est que la Mort trop cruelle

+

A tort lui est venu oster

+

Celle que tant souloit amer,

+

Qui estoit sa Dame et maistresse,

+

S'amie, son bien, sa leesse;

+

Et pour sa loyaulté garder,

+

Il veult desormais ressembler

+

A la loyalle turterelle

+

Qui seule se tient, à par elle,

+

Apres qu'elle a perdu son per;

+

Si lui avons voulu donner

+

Congié du tout de soy retraire

+

Hors de nostre court, sans forfaire.

+

Fait par bon conseil et advis

+

De nos subgietz et vraiz amis,

+

En nostre present Parlement

+

Que nous tenons nouvellement;

+

En tesmoing de ce, avons mis

+

Nostre scel, plaqué et assis,

+

En ceste presente quictance,

+

Escripte par nostre ordonnance,

+

Presens mains notables recors,

+

Le jour de la feste des morts,

+

L'an mil quatre cent trente et sept,

+

Ou chastel de Plaisant recept.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Quant j'euz mon cueur et ma quictance,

+

Ma voulenté fut assouvie,

+

Et non pourtant, pour l'acoinctance

+

Qu'avoye de la seigneurie

+

D'Amour, et de sa compaignie,

+

Quant vins à congié demander,

+

Trop mal me fist la departie,

+

Et ne cessoye de plourer.

+
+

Amour vit bien ma contenance,

+

Si me dist: Amy, je vous prie,

+

S'il est riens dessoubz ma puissance

+

Que vueilliez, ne l'espargniez mie.

+

Tant plain fu de merencolie,

+

Que je ne peuz à lui parler

+

Une parolle ne demie,

+

Et ne cessoye de plourer.

+
+

Ainsi party en desplaisance

+

D'Amour, faisant chiere marrie,

+

Et comme tout ravi en trance,

+

Prins congié, sans que plus mot dye.

+

A Confort dist qu'il me conduye,

+

Car je ne m'en savoye aler,

+

J'avois la veue esbluye,

+

Et ne cessoye de plourer.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Confort, me prenant par la main,

+

Hors de la porte me convoye;

+

Car Amour, le Roy souverain,

+

Lui chargea moy monstrer la voye

+

Pour aler où je desiroye;

+

C'estoit vers l'ancien manoir

+

Où en enffance demouroye,

+

Que l'en appelle Nonchaloir.

+
+

A confort dis: Jusqu'à demain

+

Ne me laissiez, car je pourroye

+

Me forvoier, pour tout certain,

+

Par desplaisir, vers la saussoye

+

Où est Vieillesse rabat joye;

+

Se nous travaillons fort ce soir,

+

Tost serons au lieu que vouldroye,

+

Que l'en appelle Nonchaloir.

+
+

Tant cheminasmes qu'au derrain

+

Veismes la place que queroye;

+

Quant de la porte fu prouchain,

+

Le portier, qu'assez congnoissoye,

+

Sitost comme je l'appelloye,

+

Nous receut, disant que pour voir

+

Ou dit lieu bien venu estoye,

+

Que l'en appelle Nonchaloir.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Le gouverneur de la maison

+

Qui Passetemps se fait nommer,

+

Me dist: Amy, ceste saison

+

Vous plaist il ceans sejourner?

+

Je respondy qu'à brief parler,

+

Se lui plaisoit ma compaignie,

+

Content estoye de passer

+

Avecques lui, toute ma vie.

+
+

Et lui racontay l'achoison

+

Qui me fist Amour delaisser;

+

Il me dist qu'avoye raison,

+

Quant eut veu ma quictance au cler,

+

Que je lui baillay à garder.

+

Aussi de ce me remercie

+

Que je vouloye demourer

+

Avecques lui, toute ma vie.

+
+

Le lendemain lectres foison

+

A Confort baillay à porter,

+

D'umble recommandation,

+

Et le renvoyay sans tarder

+

Vers Amour, pour lui raconter

+

Que Passetemps, à chiere lye,

+

M'a voit receu pour reposer

+

Avecques lui, toute ma vie.

+
+
+
+

A TRES NOBLE, HAULT ET PUISSANT SEIGNEUR

+

AMOUR, PRINCE DE MONDAINE DOULCEUR.

+
+

Tres excellent, tres hault et noble Prince,

+

Tres puissant Roy en chascune province,

+

Si humblement que se peut serviteur

+

Recommander à son maistre et seigneur,

+

Me recommande à vous, tant que je puis,

+

Et vous plaise savoir que toujours suis

+

Tres desirant oir souvent nouvelles

+

De vostre estat, que Dieu doint estre telles,

+

Et si bonnes, comme je le desire,

+

Plus que ne scay raconter ou escrire;

+

Dont vous suppli que me faictes sentir

+

Par tous venans, s'il vous vient à plaisir,

+

Car d'en oir en bien, et en honneur,

+

Ce me sera parfaicte joye au cueur;

+

Et s'il plaisoit à vostre seigneurie

+

Vouloir oir, par sa grant courtoisie,

+

De mon estat; je suis en tres bon point,

+

Joyeux de cueur, car soussy n'ay je point,

+

Et Passetemps, ou lieu de Nonchaloir,

+

M'a retenu pour avec lui manoir

+

Et sejourner, tant comme me plaira,

+

Jusques à tant que Vieillesse vendra;

+

Car lors fauldra qu'avec elle m'en voise

+

Finer mes jours; ce penser fort me poise

+

Dessus le cueur, quant j'en ai souvenance,

+

Mais, Dieu mercy, loing suis de sa puissance,

+

Presentement je ne la crains en riens,

+

N'en son dangier aucunement me tiens.

+

En oultre plus, saichez que vous renvoye

+

Confort, qui m'a conduit la droicte voye

+

Vers Nonchaloir, dont je vous remercie

+

De sa bonne, joyeuse compaignie,

+

En ce fait, à vostre commandement,

+

De bon vouloir et tres soingneusement,

+

Auquel vueilliez donner foy et fiance,

+

En ce que lui ay chargié en creance,

+

De vous dire plus pleinement de bouche;

+

Vous suppliant qu'en tout ce qui me touche,

+

Bien à loisir, le vueilliez escouter,

+

Et vous plaise me vouloir pardonner

+

Se je n'escris devers vostre Excellence,

+

Comme je doy, en telle reverence

+

Qu'il appartient, car c'est par non savoir

+

Qui destourbe d'acomplir mon vouloir.

+

En oultre plus, vous requerant mercy,

+

Je cognois bien que grandement failly,

+

Quant me party derrainement de vous,

+

Car j'estoye si rempli de courrous

+

Que je ne peu ung mot à vous parler,

+

Ne mon congié, au partir, demander;

+

Avecques ce, humblement vous mercie

+

Des biens qu'ay euz soubz vostre seigneurie.

+

Autre chose n'escris, quant à present,

+

Fors que je pry à Dieu, le tout puissant,

+

Qu'il vous octroit honneur et longue vie,

+

Et que puissiez tousjours la compaignie

+

De faulx Dangier surmonter, et deffaire,

+

Qui en tous temps vous a esté contraire.

+

Escript ce jour troisiesme vers le soir,

+

En Novembre ou lieu de Nonchaloir.

+
+

Le Bien vostre CHARLES DUC D'ORLÉANS

+

Qui jadis fut l'un de voz vrays servans.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Balades, chancons et complaintes

+

Sont pour moy mises en oubly,

+

Car ennuy et pensées maintes

+

M'ont tenu longtemps endormy;

+

Non pourtant, pour passer soussy,

+

Essayer vueil se je sauroye

+

Rimer, ainsi que je souloye,

+

Au moins j'en feray mon povoir,

+

Combien que je congnois et scay

+

Que mon langaige trouveray

+

Tout enroillié de nonchaloir.

+
+

Plaisans parolles sont estaintes

+

En moy qui deviens rassoty;

+

Au fort, je vendray aux actaintes,

+

Quant beau parler m'aura failly;

+

Pourquoy pry ceulx qui m'ont oy

+

Langaigier, quant pieca j'estoye

+

Jeune, nouvel et plain de joye,

+

Que vueillent excusé m'avoir;

+

Oncques mais je ne me trouvay

+

Si rude, car je suis, pour vray,

+

Tout enroillié de nonchaloir.

+
+

Amoureux ont parolles paintes,

+

Et langaige frais et joly;

+

Plaisance dont ilz sont acointes

+

Parle pour eulx; en ce party

+

J'ay esté, or n'est plus ainsy;

+

Alors, de beau parler trouvoye

+

A bon marchié, tant que vouloye;

+

Si ay despendu mon savoir,

+

Et s'ung peu espargné en ay,

+

Il est, quant vendra à l'essay,

+

Tout enroillié de nonchaloir.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Mon Jubile faire devroye,

+

Mais on diroit que me rendroye

+

Sans cop ferir, car Bon espoir

+

M'a dist que renouvelleray;

+

Pour ce, mon cueur fourbir feray

+

Tout enroillié de nonchaloir.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

L'emplastre de nonchaloir,

+

Que sus mon cueur pieca mis,

+

M'a guéri, pour dire voir,

+

Si nectement que je suis

+

En bon point, ne je ne puis

+

Plus avoir, jour de ma vie,

+

L'amoureuse maladie.

+
+

Si font mes yeulx leur povoir

+

D'espier par le pays,

+

S'ilz pourroyent plus veoir

+

Plaisant beaulté, qui jadis

+

Fut l'un de mes ennemis,

+

Et mist, en ma compaignie,

+

L'amoureuse maladie.

+
+

Mes yeux tense main et soir,

+

Mais ilz sont si tres hastis,

+

Et trop plains de leur vouloir;

+

Au fort, je les metz au pis,

+

Facent selon leur advis;

+

Plus ne crains, dont Dieu mercie,

+

L'amoureuse maladie.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Quant je voy en doleur pris

+

Les amoureux, je m'en ris;

+

Car je tiens, pour grant folie,

+

L'amoureuse maladie.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Mon cueur m'a fait commandement

+

De venir vers vostre jeunesse,

+

Belle que j'ayme loyaument,

+

Comme doy faire ma Princesse;

+

Se vous demandez pourquoi esse?

+

C'est pour savoir quant vous plaira

+

Alegier sa dure destresse,

+

Ma Dame, le sauray je ja?

+
+

Dictez le, par vostre serment

+

Je vous fais loyalle promesse,

+

Nul ne le saura, seulement

+

Fors que lui, pour avoir leesse;

+

Or lui monstrez qu'estes maistresse,

+

Et lui mandez qu'il guerira,

+

Ou s'il doit mourir de destresse,

+

Ma Dame, le saurai je ja?

+
+

Penser ne pourroit nullement

+

Que la doleur, qui tant le blesse,

+

Ne vous desplaise aucunement;

+

Or faictes donc tant qu'elle cesse,

+

Et le remectez en l'adresse

+

D'Espoir, dont il party pieca;

+

Respondez sans que plus vous presse.

+

Ma Dame, le sauray je ja?

+
+
+
+
+

BALADE.

+
+

Je meurs de soif, en cousté la fontaine;

+

Tremblant de froit, ou feu des amoureux;

+

Aveugle suis, et si les autres maine;

+

Povre de sens, entre saichans l'un d'eulx;

+

Trop negligent, en vain souvent soigneux;

+

C'est de mon fait une chose faiée,

+

En bien et mal par fortune menée.

+
+

Je gaingne temps, et pers mainte sepmaine;

+

Je joue et ris, quant me sens douloreux;

+

Desplaisance j'ay, d'esperance plaine;

+

J'actens boneur en regret angoisseux;

+

Rien ne me plaist, et si suis desireux;

+

Je m'esjois, et courre à ma pensée,

+

En bien et mal par fortune menée.

+
+

Je parle trop, et me tais à grant paine;

+

Je m'esbahys, et si suis courageux;

+

Tristesse tient mon confort en demaine,

+

Faillir ne puis, au moins à l'un des deux;

+

Bonne chierre je faiz, quant je me deulx;

+

Maladie m'est en santé donnée,

+

En bien et mal par fortune menée.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Prince, je dy que mon fait maleureux,

+

Et mon prouffit aussi avantageux,

+

Sur ung hasart j'asseray quelque année,

+

En bien et mal par fortune menée.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Comment voy je les Anglois esbahys,

+

Resjoys toy, franc royaume de France,

+

On apparcoit que de Dieu sont hays;

+

Puis qu'ilz n'ont plus couraige ne puissance;

+

Bien pensoient, par leur oultrecuidance,

+

Toy surmonter, et tenir en servaige;

+

Et ont tenu à tort ton heritaige;

+

Mais à present Dieu pour toy se combat,

+

Et se monstre du tout de ta partie,

+

Leur grant orgueil entierement abat,

+

Et t'a rendu Guyenne et Normendie.

+
+

Quant les Anglois as pieca envays,

+

Rien ny valoit ton sens, ne ta vaillance;

+

Lors estoies ainsi que fut Tays

+

Pecheresse qui pour faire penance,

+

Enclouse fut par divine ordonnance;

+

Ainsi as tu esté en reclusaige

+

De desconfort, et douleur de couraige.

+

Et les Anglois menoient leur sabat,

+

En grans pompes, baubans et tirannie.

+

Or, a tourné Dieu ton dueil en esbat,

+

Et t'a rendu Guyenne et Normendie.

+
+

N'ont pas Anglois souvent leurs Rois trays?

+

Certes ouil. tous en ont congnoissance;

+

Et encore, le Roy de leur pays

+

Est maintenant en doubteuse balance;

+

D'en parler mal, chascun Anglois s'avance;

+

Assez monstrent, par leur mauvais langage,

+

Que voulentiers ilz lui feroyent oultrage;

+

Qui sera Roy entr'eulx est grant desbat;

+

Pour ce, France, que veulx tu que te dye?

+

De sa verge Dieu, les punist et bat,

+

Et t'a rendu Guyenne et Normendie.

+
+

PRINCE.

+
+

Roy des Français gaigné as l'asvantaige,

+

Parfaiz ton jeu, comme vaillant et saige,

+

Maintenant l'as plus belle qu'au rabat.

+

De ton boneur, France, Dieu remercie;

+

Fortune en bien avecques toi s'embat,

+

Et t'a rendu Guyenne et Normendie.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

On parle de religion

+

Qui est d'estroicte gouvernance,

+

Et, par ardant devocion,

+

Portent mainte dure penance;

+

Mais, ainsi que j'ay congnoissance,

+

Et selon mon entencion,

+

Entre tous, j'ay compassion

+

Des amoureux de l'observance

+
+

Toujours par contemplacion

+

Tiennent leurs cueurs raviz en trance;

+

Pour venir par perfection

+

Au hault Paradis de Plaisance:

+

Chault, froit, soif et faim d'esperance,

+

Souffrent en mainte nacion;

+

Telle est la conversacion

+

Des amoureux de l'observance.

+
+

Piez nuz, de consolacion

+

Quierent l'aumosne d'alegence;

+

Or ne veulent ne pension,

+

Fors de pitié pour pitance;

+

En bissacs plains de souvenance,

+

Pour leur simple provision,

+

N'est ce saincte condicion

+

Des amoureux de l'observance?

+
+

L'ENVOY.

+
+

Des bigotz ne quiers l'accointance,

+

Ne loue leur oppinion,

+

Mais me tiens, par affection,

+

Des amoureux de l'observance.

+
+
+
+

OBLIGATION DE VAILLANT.

+
+

Present le notaire d'Amours,

+

Sans alleguer decepcion,

+

En renoncant tous droiz d'amours,

+

Coustume, loy, condicion,

+

De tres loyalle entencion,

+

A vous servir sans me douloir,

+

Passe ceste obligacion

+

Soubz le scel de vostre vouloir.

+
+

De cueur, corps, biens, sans nul recours.

+

Vous fais renunciacion,

+

Presens, advenir, à tousjours.

+

Et vous mets en possession

+

Ne nulle part, ne porcion

+

N'y aura, et, pour mieulx valoir,

+

Le jure en ma dampnacion

+

Soubz le scel de vostre vouloir.

+
+

Et quant je feray le rebours,

+

Pour recevoir punicion,

+

Me soubzmetz, sans estre ressours,

+

A vostre juridiction;

+

Et à bon droit, et action,

+

Pourrez, de vostre plain povoir:

+

Me mectre à execution

+

Soubz le scel de vostre vouloir.

+
+

L'ENVOY.

+
+

En l'an de ma grant passion

+

Mectant toutes à nonchaloir,

+

Feis ceste presentacion,

+

Soubz le scel de vostre vouloir.

+
+
+
+

VIDIMUS DE LA DICTE OBLIGACION

+

PAR LE DUC D'ORLÉANS.

+
+

A ceulx qui verront ces presentes,

+

Le Bailly d'Amoureux espoir,

+

Salut plain de bonnes ententes,

+

Mandons et faisons assavoir

+

Que le tabellion Devoir,

+

Juré des centraux en amours,

+

A veu nouvellement, à Tours,

+

De Vaillant l'obligacion

+

Entiere de bien vraye sorte,

+

Dont en fait la relacion,

+

Ainsi que ce vidimus porte.

+
+

A double queue, par patentes,

+

En cire vert, pour dire voir,

+

Oblige, soubzmectant ses rentes,

+

Cueur, corps et biens, sans decevoir,

+

Soubz le seau d'autruy vouloir,

+

Pour recouvrer joyeulx secours,

+

Qu'il a desservy par mains jours;

+

Faisant ratifficacion,

+

Ledit notaire le rapporte,

+

Par sa certifficacion,

+

Ainsi que ce vidimus porte.

+
+

Et deust il mectre tout en ventes,

+

Des biens qu'il pourra recevoir,

+

Veult paier ses debtes contentes,

+

Tant qu'on pourra apparcevoir,

+

Qu'il fera trop plus que povoir;

+

Combien qu'ait eu d'estranges tours

+

Qui lui sont venuz au rebours;

+

En soit faicte informacion,

+

Car à Loyaulté se conforte,

+

Qu'en fera la probacion,

+

Ainsi que ce vidimus porte.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Pour plus abreviacion,

+

De l'an et jour je me deporte,

+

On en voit declaracion,

+

Ainsi que ce vidimus porte.

+
+
+
+
+

ENTENDIT DE LA DICTE OBLIGACION

+
+

Par Maistre Jehan Caillau.

+
+

Intendit le nommé Vaillant

+

Qui fait ceste obligation,

+

Vous resigne tout son vaillant,

+

Par simple resignacion;

+

Ne ne fait supplicacion

+

De gueredon, pour mieulx valoir,

+

Fors tout à vostre oppinion,

+

Soubz le scel de vostre vouloir.

+
+

Lequel, d'estoc et de taillant.

+

Endure mainte passion

+

D'Amours, qui le vont assaillant;

+

Mais, soubz dissimulacion,

+

Porte sa tribulacion,

+

Faisant semblant de non doloir,

+

Actendant doulce pension,

+

Soubz le scel de vostre vouloir.

+
+

Pour ce, ne doit estre faillant

+

A la renumeracion,

+

Car, s'il y estoit deffaillant,

+

Ce serait sa perdicion;

+

Et, par Dieu, si bon champion

+

Ne devez mectre à nonchaloir;

+

Si faictes qu'ait provision,

+

Soubz le scel de vostre vouloir.

+
+

L'ENVOY.

+
+

J'en parle par compacion,

+

Mais grant bien lui devez vouloir,

+

Puis que met son entencion

+

Soubz le scel de vostre vouloir.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

En la forest de longue actente,

+

Chevauchant par divers sentiers,

+

M'en voys, ceste année presente,

+

Ou voyage de desiriers;

+

Devant sont allez mes fourriers,

+

Pour appareiller mon logis

+

En la cité de Destinée,

+

Et, pour mon cueur et moy, ont pris

+

L'ostellerie de Pensée.

+
+

Je mene des chevaulx quarente,

+

Et autant pour mes officiers,

+

Voire, par Dieu, plus de soixante,

+

Sans les bagaiges et sommiers.

+

Loger nous fauldra par quartiers,

+

Se les hostelz sont trop petis

+

Touteffoiz pour une vesprée

+

En gré prandray, soit mieulx ou pis,

+

L'ostellerie de Pensée.

+
+

Je despens chascun jour ma rente

+

En maints travaulx avanturiers,

+

Dont est Fortune mal contente,

+

Qui soustient contre moy Dangiers;

+

Mais, Espoirs, s'ilz sont droicturiers,

+

Et tiennent ce qui qu'ilz m'ont promis,

+

Je pense faire telle armée,

+

Qu'auray malgré mes ennemis,

+

L'ostellerie de Pensée.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Prince, vray Dieu de paradis,

+

Vostre grace me soit donnée,

+

Telle que trouve à mon devis,

+

L'ostellerie de Pensée.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Je cuide que ce sont nouvelles,

+

J'oy nouveau bruit, et qu'est ce là?

+

Helas! pourroy je savoir d'elles

+

Quelque chose qui me plaira;

+

Car j'ay desiré, longtemps a,

+

Qu'Espoir m'estraynast de liesse,

+

Je ne scay pas qu'il en fera,

+

Le beau menteur plain de promesse.

+
+

S'il ne sont ou bonnes ou belles,

+

Au fort, mon cueur endurera,

+

En actendant d'avoir de celles

+

Que Bon eur lui apportera,

+

Et de l'endormye beuvra;

+

De nonchaloir, en sa destresse,

+

Espoir plus ne l'esveillera,

+

Le beau menteur plain de promesse.

+
+

Pour ce, mon cueur, se tu me celles

+

Reconfort, quant vers toy vendra,

+

Tu feras mal, car tes querelles

+

J'ay gardées, or y perra;

+

Adviengne qu'avenir pourra!

+

Je suis gouverné par Vieillesse,

+

Qui de legier n'escoutera

+

Le beau menteur plain de promesse.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Ma bouche plus n'en parlera,

+

Raison sera d'elle maistresse;

+

Mais au derrain, blasmé sera

+

Le beau menteur plain de promesse.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

N'a pas longtemps qu'escoutoye parler

+

Ung amoureux, qui disoit à s'amye:

+

De mon estat plaise vous ordonner,

+

Sans me laisser ainsi finer ma vie,

+

Je meurs pour vous, je le vous certiffie.

+

Lors respondit, la plaisante aux doulx yeulx,

+

Assez le croy, dont je vous remercie,

+

Que m'aymez bien, et vous encores mieulx,

+
+

Il ne fault ja vostre pousse taster,

+

Fievre n'avez que de merencolie,

+

Vostre orine ne aussi regarder,

+

Tost se garist legiere maladie,

+

Medicine devez prendre d'oublie;

+

D'autres ay veu trop pis, en plusieurs lieux,

+

Que vous n'estes, et, pour ce, je vous prie,

+

Que m'aymez bien, et vous encores mieulx.

+
+

Je ne vueil pas de ce vous destourber,

+

Que ne m'amiez de vostre courtoisie;

+

Mais que pour moy, doyez mort endurer,

+

De le croire, ce me seroit folie;

+

Pensez de vous, et faictes chiere lye;

+

J'en ay ouy parler assez de tieulx

+

Qui sont tous sains; quoyque point ne desnye

+

Que m'aymez bien, et vous encores mieulx.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Telz beaulx parlers ne sont en compaignie

+

Qu'esbatemens, entre jeunes et vieulx;

+

Contente suis, combien que je m'en rye,

+

Que m'aymez bien, et vous encores mieulx.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Portant harnois rouillé de nonchaloir,

+

Sus monteure foulée de foiblesse,

+

Mal abillé de desireulx vouloir,

+

On m'a croizé, aux montres de liesse,

+

Comme cassé des gaiges de jeunesse;

+

Je ne congnois où je puisse servir,

+

L'arriere ban a fait crier Vieillesse,

+

Las! fauldra il son soudart devenir?

+
+

Le bien, que puis avecques elle avoir,

+

N'est que d'un peu d'atrempée sagesse;

+

En lieu de ce, me fauldra recevoir

+

Ennuy, soussy, desplaisir et destresse;

+

Par Dieu! Bon temps, mal me tenez promesse,

+

Vous me deviez contre elle soustenir,

+

Et je voy bien qu'elle sera maistresse,

+

Las! fauldra il son soudart devenir?

+
+

Foibles jambes porteront bon vouloir,

+

Puisqu'ainsy est, endurant en humblesse,

+

Prenant confort d'un bien joyeulx espoir,

+

Quant, Dieu mercy, maladie ne presse;

+

Mais loing se tient, et mon corps point ne blesse,

+

C'est ung tresor que doy bien chier tenir,

+

Veu que la fin de menasser ne cesse,

+

Las! fauldra il son soudart devenir?

+
+

L'ENVOY.

+
+

Prince, je dy que c'est peu de richesse

+

De ce monde, ne de tout son plaisir,

+

La mort depart ce qu'on tient à largesse,

+

Las! fauldra il son soudart devenir?

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Dieu vueille sauver ma galée,

+

Qu'ay chargée de marchandise

+

De mainte diverse pensée

+

Enpris de loyaulté assise;

+

Destourbée ne soit, ne prise

+

Des robeurs, escumeurs de mer;

+

Vent, ne marée ne luy nuyse,

+

A bien aler et retourner.

+
+

A Confort l'ay recommandée,

+

Qu'il en face tout à sa guise,

+

Et pencarte lui ay baillée,

+

Qui d'estranges pays devise,

+

Affin que dedens il advise

+

A quel port pourra arriver,

+

Et le chemin à chois eslise,

+

A bien aler et retourner.

+
+

Pour acquicter joye empruntée,

+

L'envoye, sans espargner mise,

+

Riche devendray, quelque année,

+

Se mon entente n'est surprise;

+

Conscience n'auray reprise

+

De gaing à tort au par aler,

+

En eur viengne mon entreprise,

+

A bien aler et retourner.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Prince, se maulx fortune atise,

+

Sagement s'y fault gouverner:

+

Le droit chemin jamais ne brise,

+

A bien aler et retourner.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

(Jacques bastart de la Tremoille.)

+
+

Pour la conqueste de mercy,

+

Où les vaillans hommes et saiges

+

Ont été pris, et mors aussi,

+

En acquerant leurs avantaiges;

+

Amours accroissant les couraiges

+

Des mieulx venuz, lectre patente

+

A tous a donné leurs usaiges,

+

En la forest de longue actente.

+
+

Les piteux s'arment de soussy,

+

Les francs se mectent en servaige,

+

Maigres de corps, le cueur noircy

+

De dueil, et pales les visaiges;

+

A tant pour services et gaiges,

+

Auront trois cens maulx jours de rente

+

Par an, avec les arreraiges,

+

En la forest de longue actente.

+
+

Ceulx qui Amours servent ainsy,

+

En lui faisant foys et hommaiges,

+

Il les fait apres eureux sy

+

Qu'ilz s'eschappent des brigandaiges

+

De Dangiers, par petiz boucaiges,

+

Puis les duit en la droicte sente;

+

Mais premier, paient leurs truaiges,

+

En la forest de longue actente.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Prince, pour duire cueurs volaiges,

+

Affin que nul ne s'en exempte,

+

Mectez les tous en hermitaiges,

+

En la forest de longue actente.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Ha! Dieu Amours, où m'avez vous logié?

+

Tout droit au trait de desir et plaisance,

+

Où, de legier, je puis estre blecié

+

Par doulx regart, et plaisant atraiance.

+

Jusqu'à la mort, dont trop suis en doubtance,

+

Pour moy couvrir prestez moy ung pavaiz,

+

Desarmé suis, car pieca mon harnaiz

+

Je le vendy, par le conseil d'oiseuse.

+

Comme lassé de la guerre amoureuse.

+
+

Vous savez bien que me suis esloingné,

+

Des longtemps a, d'amoureuse vaillance,

+

Où j'estoye moult fort embesoingné,

+

Quant m'aviez en vostre gouvernance;

+

Or en suis hors, Dieu me doint la puissance

+

De me garder que n'y rentre jamais;

+

Car, quant congneu j'ay les amoureux fais,

+

Retrait me suis de vie si peneuse,

+

Comme lassé de la guerre amoureuse.

+
+

Et non pourtant, j'ay esté advisé

+

Que Bel acueil a fait grant aliance

+

Encontre moy, et qu'il est embusché

+

Pour me prandre, s'il peut, par decevance;

+

Ung de ses gens, appellé Acointance,

+

M'assault tousjours; mais souvent je me taiz,

+

Monstrant semblant que je ne quiers que paiz.

+

Sans me bouter en paine dangereuse,

+

Comme lassé de la guerre amoureuse.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Voisent faire jeunes gens leurs essaiz,

+

Car reposer, je me vueil desormaiz;

+

Plus cure n'ay de pensée soingneuse,

+

Comme lassé de la guerre amoureuse.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Yeulx rougis, plains de piteux pleurs,

+

Fourcelle d'espoir reffroidie,

+

Teste enrumée de douleurs,

+

Et troublée de frénésie,

+

Corps percus sans plaisance lye,

+

Cueur du tout pausmé en rigueurs,

+

Voy souvent avoir à plusieurs,

+

Par le vent de merencolie.

+
+

Migraine de plaingnans ardeurs,

+

Transe de sommeil mi partie,

+

Fievre frissonnans de maleurs,

+

Chault ardant fort en reverie,

+

Soif que confort ne rassasie,

+

Dueil baigné en froides sueurs.

+

Begayant, et changeant couleurs,

+

Par le vent de merencolie.

+
+

Toute tourmentant en langueurs,

+

Colique de forcenerie,

+

Gravelle de soings assailleurs,

+

Raige de desirant folie,

+

Anuys enflans d'ydropisie,

+

Maulx ethiques aussi ailleurs

+

Assourdissent les escouteurs,

+

Par le vent de merencolie.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Guerir ne se peut maladie

+

Par phisique, ne cireurgie,

+

Astronomans, n'enchanteurs,

+

Des maulx que souffrent povres cueurs

+

Par le vent de merencolie.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Ce que l'ueil despend en plaisir,

+

Le cueur l'achete chierement,

+

Et, quand vient à compte tenir,

+

Raison, president saigement,

+

Demande pourquoi et comment

+

Est despendue la richesse,

+

Dont Amours deppart largement,

+

Sans grant espargne de liesse.

+
+

Lors respond Amoureux desir:

+

Amours me fist commandement

+

De joyeuse vie servir,

+

Et obeir entierement;

+

Et, s'ay failly aucunement,

+

On n'en doit blasmer que jeunesse

+

Qui m'a fait ouvrer sotement,

+

Sans grant espargne de liesse.

+
+

Pas ne mourray sans repentir,

+

Car je m'en repens grandement,

+

Trouvé me suis pis que martir,

+

Souffrant maint doloureux tourment;

+

Desormais en gouvernement

+

Me metz, et es mains de Vieillesse,

+

Bien scay qu'y vivray soubrement,

+

Sans grant espargne de liesse.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Le temps passe comme le vent,

+

Il n'est si beau jeu qui ne cesse,

+

En tout fault avoir finement,

+

Sans grant espargne de liesse.

+
+
+
+
+

BALADE.

+
+

Je, qui suis Fortune nommée,

+

Demande la raison pourquoy

+

On me donne la renommée,

+

Qu'on ne se peut fier en moy,

+

Et n'ay ne fermeté ne foy;

+

Car, quant aucuns en mes mains prens,

+

D'en bas je les monte en haultesse,

+

Et d'en hault en bas les descens,

+

Monstrant que suis Dame et maistresse.

+
+

En ce, je suis à tort blasmée,

+

Tenant l'usaige de ma loy,

+

Que de longtemps m'a ordonnée

+

Dieu, sur tous le souverain Roy,

+

Pour donner au monde chastoy;

+

Et, se de mes biens je despens

+

Souventesfoiz, à grant largesse,

+

Quant bon me semble, les suspens,

+

Monstrant que suis Dame et maistresse.

+
+

C'est ma maniere acoustumée,

+

Chascun le scet, comme je croy.

+

Et n'est pas nouvelle trouvée,

+

Mais, fays ainsi comme je doy;

+

Me mocquant, je les monstre au doy

+

Tous ceulx qui en sont mal contens:

+

En gré pregnent joye ou destresse,

+

Qu'ayent l'un des deux me consens,

+

Monstrant que suis Dame et maistresse.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Sur ce, s'advise qui a sens,

+

Soit en jeunesse, ou en vieillesse,

+

Et qui ne m'entent, je m'entens,

+

Monstrant que suis Dame et maistresse.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Fortune, je vous oy complaindre

+

Qu'on vous donne renom, à tort,

+

De savoir, et aider, et faindre,

+

Donnant plaisir et desconfort;

+

C'est vray, et encore plus fort.

+

Souvent effoiz, contre raison,

+

Boutez de hault plusieurs en bas,

+

Et de bas en hault; telz debas

+

Vous usez en vostre maison.

+
+

Bien savez de plaisance paindre,

+

Et d'espoir, quand prenez depport.

+

Apres effacer et destaindre

+

Toute joye, sans nul support.

+

Et mener à douloureux port,

+

Ne vous chault en quelle saison;

+

Jamais vous n'ouvrez par compas;

+

Beaucoup pis, que je ne dy pas,

+

Vous usez en vostre maison.

+
+

Pour Dieu, vueillez vous en reffraindre,

+

Affin qu'on ne face rapport,

+

Qui vouldra vostre fait actaindre,

+

Que vous soyez digne de mort;

+

Vostre maniere chascun mort,

+

Plus qu'autre, sans comparaison,

+

Qui regarde par tous estats,

+

Anuy et meschief, à grant tas,

+

Vous usez en vostre maison.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Ne jouez plus de vostre sort,

+

Car trop le passez oultre bort;

+

Se gens ne laissiez en pais, on

+

Appellera les advocas,

+

Qui plaideront que tres faulx cas

+

Vous usez en vostre maison.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Or ca, puisque il faut que responde,

+

Moy, Fortune, je parleray,

+

Si grant n'est, ne puissant ou monde,

+

A qui bien parler n'ozeray.

+

J'ay fait, faiz encores, et feray,

+

Ainsi que bon me semblera,

+

De ceulx qui sont soubz ma puissance;

+

Parle qui parler en vouldra,

+

Je n'en feray qu'à ma plaisance.

+
+

Quant les biens, qui sont en la ronde,

+

Sont miens, et je les donneray

+

Par grant largesse, dont j'abonde,

+

Et apres je les reprendray;

+

Certes, à nul tort ne feray.

+

Qui est ce qui m'en blasmera?

+

Je l'ay ainsi d'acoustumance,

+

En gré le preigne qui pourra,

+

Je n'en feray qu'à ma plaisance.

+
+

En raison jamais ne me fonde,

+

Mais mon vouloir accompliray;

+

Les aucuns convient que confonde,

+

Et les autres avanceray;

+

Mon propos souvent changeray,

+

En plusieurs lieux, puis ca, puis là,

+

Sans regle, ne sans ordonnance;

+

Où est il qui m'en gardera?

+

Je n'en feray qu'à ma plaisance.

+
+

L'ENVOY.

+
+

On escript: tant qu'il nous plaira,

+

Es lettres des seigneurs de France;

+

Pareillement de moy sera,

+

Je n'en feray qu'à ma plaisance.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Fortune, vray est vostre compte,

+

Que quant voz biens donné avez,

+

Vous les reprenez; mais, c'est honte,

+

Et don d'enfant, bien le savez;

+

Ainsi faire ne le devez.

+

Voz fais vous mectez à l'enchiere,

+

Chascun ce qu'il en peut, en a,

+

Et ne vous chault comment tout va,

+

Pour Dieu, changez vostre maniere63.

+
+ +
Note 63: (retour) Nous trouvons le commencement de cette ballade +dans un manuscrit de la Bibliothèque royale (Laval, 193); +la fin manque.
+ + +
+

BALADE.

+
+

Escollier de merancolie,

+

A l'estude je suis venu,

+

Lectres de mondaine clergie

+

Espelant atout ung festu,

+

Et moult fort m'y trouve esperdu;

+

Lire, n'escripre, ne scay mye,

+

Des verges de Soussy batu,

+

Es derreniers jours de ma vie.

+
+

Pieca, en jeunesse fleurie,

+

Quant de vif entendement fu,

+

J'eusse apris en heure et demye

+

Plus qu'à present; tant ay vesqu,

+

Que d'engin je me sens vaincu;

+

On me deust bien, sans flaterie,

+

Chastier despoillié tout nu,

+

Es derreniers jours de ma vie.

+
+

Que voulez vous que je vous die?

+

Je suis pour ung asnyer tenu,

+

Banny de bonne compaignie,

+

Et de nonchaloir retenu

+

Pour le servir, il est conclu;

+

Qui vouldra pour moy estudie,

+

Trop tart je m'y suis entendu,

+

Es derreniers jours de ma vie.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Se j'ay mon temps mal despendu,

+

Fait l'ay, par conseil de folie;

+

Je m'en sens, et m'en suis sentu,

+

Es derreniers jours de ma vie.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

L'autre jour tenoit son conseil,

+

En la chambre de ma pensée,

+

Mon cueur, qui faisoit appareil

+

De deffence contre l'armée

+

De Fortune mal advisée,

+

Qui guerrier vouloit Espoir;

+

Se sagement n'est reboutée,

+

Par Bon eur et Loyal vouloir.

+
+

Il n'est chose soubz le souleil,

+

Qui tant doit estre désirée

+

Que paix; c'est le don non pareil

+

Dont Grace fait toujours livrée

+

A sa gent qu'a recommandée;

+

Fol est, qui ne la veult avoir,

+

Quant elle est offerte et donnée,

+

Par Bon eur et Loyal vouloir.

+
+

Pour Dieu, laissons dormir traveil,

+

Ce monde n'a gueres durée,

+

Et paine, tant qu'elle a sommeil,

+

Souffrons que prengne reposée:

+

Qui une foiz l'a esprouvée,

+

La doit fuyr, de son povoir,

+

Par tout doit estre deboutée,

+

Par Bon eur et Loyal vouloir.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Dieu nous doint bonne destinée,

+

Et chascun face son devoir,

+

Ainsi ne sera redoubtée

+

Par Bon eur et Loyal vouloir.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

En la chambre de ma pensée,

+

Quant j'ay visité mes tresors,

+

Mainteffoiz la trouve estoffée

+

Richement, de plaisans confors;

+

A mon cueur je conseille lors,

+

Qu'y prenons notre demourée,

+

Et que par nous soit bien gardée,

+

Contre tous envieux rappors.

+
+

Car Desplaisance maleurée

+

Essaye souvent ses effors,

+

Pour la conquester par emblée,

+

Et nous bouter tous deux dehors;

+

Se Dieu plaist, assez sommes fors

+

Pour bientost rompre son armée,

+

Se d'Espoir bannyere est portée

+

Contre tous envieux rappors.

+
+

L'inventoire j'ay regardée

+

De noz meubles, en biens et corps;

+

De legier, ne sera gastée,

+

Et si ne ferons à nulz tors;

+

Mieux aymerions estre mors,

+

Mon cueur et moy, que couroucée

+

Fust raison saige et redoublée,

+

Contre tous envieux rappors.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Demourons tous en bons accors,

+

Pour parvenir à joyeulx pors;

+

Ou monde qui a peu durée,

+

Soustenons Paix la bien amée

+

Contre tous envieux rappors.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Je n'ay plus soif, tarie est la fontaine,

+

Bien eschauffé, sans le feu amoureux;

+

Je vois bien cler, ja ne fault qu'on me maine,

+

Folie et sens me gouvernent tous deux,

+

En nonchaloir resveille sommeilleux;

+

C'est de mon fait une chose meslée,

+

Ne bien, ne mal, d'avanture menée.

+
+

Je gaingne et pers, mescontant par sepmaine,

+

Ris, jeux, deduiz, je ne tiens compte d'eulx;

+

Espoir et dueil me mectent hors d'alaine,

+

Eur me flatent, si m'est trop rigoreux;

+

Dont vient cela, que je ris et me deulx?

+

Est ce par sens, ou folie esprouvée?

+

Ne bien, ne mal, d'avanture menée.

+
+

Guerdonné suis de malheureuse estraine,

+

En combatant, je me rens courageux,

+

Joye et Soussy m'ont mis en leur demaine,

+

Tout desconfit, me tiens au renc des preux;

+

Qui ne sauroit desnoer tous ses neux,

+

Teste d'acier y fauldroit fort armée,

+

Ne bien, ne mal, d'avanture menée.

+
+

PRINCE.

+
+

Vieillesse fait me jouer à telz jeux,

+

Perdre et gaingner, et tout par ses conseulx;

+

A la faille j'ay joué ceste année,

+

Ne bien, ne mal, d'avanture menée.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

(Orléans.)

+
+

Pourquoy m'as tu vendu, Jeunesse,

+

A grant marchié, comme pour rien,

+

Es mains de ma Dame Vieillesse

+

Qui ne me fait gueres de bien,

+

A elle peu tenu me tien,

+

Mais il convient que je l'endure,

+

Puisque c'est le cours de nature.

+
+

Son hostel, de noir de tristesse,

+

Est tendu; quant dedens je vien,

+

J'y voy l'istoire de destresse

+

Qui me fait changer mon maintien,

+

Quant la ly, et maint mal soustien;

+

Espargnée n'est creature,

+

Puisque c'est le cours de nature.

+
+

Prenant en gré ceste rudesse,

+

Le mal d'autruy compare au mien;

+

Lors me tance Dame Sagesse,

+

Adoncques en moy je revien;

+

Et croy de tout le conseil sien,

+

Qui est en ce plain de droicture,

+

Puisque c'est le cours de nature.

+
+

PRINCE.

+
+

Dire ne sauroye combien

+

Dedens mon cueur mal je retien,

+

Serré d'une vieille sainture,

+

Puisque c'est le cours de nature.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

(Orléans.)

+
+

Mon cueur vous adjourne, Vieillesse,

+

Par droit huissier de parlement,

+

Devant Raison qui est maistresse,

+

Et juge de vray jugement;

+

Depuis que le gouvernement

+

Avez eu, de luy et de moy,

+

Vous nous avez, par tirannie,

+

Mis es mains de merencolie,

+

Sans savoir la cause pourquoy.

+
+

Par avant nous tenoit Jeunesse,

+

Et nourrissoit si tendrement,

+

En plaisir, confort et liesse,

+

Et tout joyeulx esbatement;

+

Or faictes vous tout autrement

+

Se vous est honte, sur ma foy,

+

Car, en douleur et maladie,

+

Nous faictes user nostre vie,

+

Sans savoir la cause pourquoy.

+
+

De quoy vous sert ceste destresse

+

A donner sans alegement?

+

Cuidez vous pour telle rudesse

+

Avoir honneur aucunement?

+

Nennil, certes, car vrayement

+

Chascun vous monstrera au doy,

+

Disant: la vieille rassotie

+

Tient tout maulx en sa compaignie,

+

Sans savoir la cause pourquoy.

+
+

PRINCE.

+
+

Ce saint Martin presentement,

+

Qu'avocas font commencement

+

De plaidier les faiz de la loy,

+

Prenez bon conseil, je vous prie,

+

Ne faictes debat ne partie,

+

Sans savoir la cause pourquoy.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Plus ne voy riens qui reconfort me donne,

+

Plus dure ung jour que ne me souloient cent,

+

Plus n'est saison qu'à nul bien m'abandonne,

+

Plus voy plaisir et mains mon cueur s'en scent,

+

Plus qu'oncques mais mon vouloir bas descent,

+

Plus me souvient de vous, et plus m'empire;

+

Plus quiers esbas, c'est lors que plus soupire;

+

Plus fait beau temps, et plus me vient d'ennuys;

+

Plus ne m'actens fors tousjours d'avoir pire,

+

Puisque de vous approcher je ne puis.

+
+

Plus suis dolent que nul autre personne,

+

Plus n'ay espoir d'aucun alegement,

+

Plus ay désir, crainte d'autre part sonne;

+

Plus vueil aler vers vous, mains scay comment;

+

Plus suis espris, et plus ay de tourment;

+

Plus pleure et plains, et plus pleurer desire;

+

Plus chose n'est qui me sauroit suffire,

+

Plus n'ay repos, je hai les jours et nuys;

+

Plus que jamais à douleur me fault duyre,

+

Puisque de vous approcher je ne puis.

+
+

Plus vivre ainsi ne m'est pas chose bonne,

+

Plus vueil mourir, et raison si assent;

+

Plus qu'à nully, Amours de maulx m'ordonne;

+

Plus n'a ma voix, bon accort, ne assent;

+

Plus fait on jeux, mieux desire estre absent;

+

Plus force n'ay d'endurer tel martire,

+

Plus n'est vivant, homme qui tel mal tire;

+

Plus ne congnois bonnement où je suis,

+

Plus ne scay brief que pencer, faire ou dire,

+

Puisque de vous approcher je ne puis.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Plus n'ay mestier de jouer, ne de rire;

+

Plus n'est le temps sinon de tout despire,

+

Plus cuide avoir de douceur les apuys,

+

Plus suis adonc desplaisant et plain d'ire.

+

Puisque de vous approcher je ne puis.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

(Orléans.)

+
+

Chascun s'esbat au mieulx mentir,

+

Et voulentiers je l'aprendroye,

+

Mais maint mal j'en voy advenir,

+

Parquoy savoir, ne le vouldroye.

+

De mentir par déduit, ou joye,

+

Ou par passe temps, ou plaisir,

+

Ce n'est point mal fait, sans faillir,

+

Se faulceté ne s'y employe.

+
+

Faulx menteurs puisse l'en couvrir,

+

Sur les montaignes de Savoye,

+

De neiges, tant que revenir

+

Ne puissent par chemin, ne voye,

+

Jusques querir je les renvoye;

+

Pour Dieu, laissiez les là dormir,

+

Ils ne scevent de riens servir,

+

Se faulceté ne s'y employe.

+
+

Pourquoy se font ilz tant hair?

+

Veulent ilz que l'en les guerroye?

+

Cuident ilz du monde tenir

+

Tous les deux boutz de la courroye?

+

C'est folie, que vous diroye?

+

Leur prouffit puissent parfournir,

+

Et laissent les autres chevir,

+

Se faulceté ne s'y employe.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Paix crie, Dieu la nous octroye.

+

C'est ung tresor qu'on doit cherir,

+

Tous biens s'en pevent ensuir,

+

Se faulceté ne s'y employe.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Jam nova progenies coelo demittitur alto.

+
+

O louée Conception,

+

Envoyée sa jus des cieulx,

+

Du noble Lys digne Syon,

+

Don de Jhesus tres precieulx,

+

Marie, nom tres gracieulx,

+

Fons de pitié, source de grace,

+

La joye, confort de mes yeulx,

+

Qui nostre paix batist et brasse.

+
+

La paix, c'est assavoir des riches,

+

Des povres, le substantament,

+

Le rebours des felons et chiches,

+

Tres necessaire enfantement

+

Conceu, portée honnestement

+

Hors le pechié originel,

+

Que dire je puis sainctement,

+

Souverain bien de Dieu Eternel.

+
+

Nom recouvré, joye de peuple,

+

Confort des bons, de maulx retraicte,

+

Du doulx Seigneur premiere et seule

+

Fille, de son cler sang extraicte.

+

Du dextre costé Clovis traicte,

+

Glorieuse ymage en tout fais,

+

Ou hault ciel crée et pourtraicte,

+

Pour esjouyr, et donner paix.

+
+

En l'amour et crainte de Dieu,

+

Es nobles flans Cesar conceue,

+

Des petitz et grans, en tout lieu,

+

A tres grande joye receue,

+

De l'amour Dieu traicte, tissue

+

Pour les discordez ralier,

+

Et aux enclos donner yssue,

+

Leurs lians et fers delier.

+
+

Aucunes gens qui bien peu sentent,

+

Nourriz en simplesse et confiz,

+

Contre le vouloir Dieu, actentent

+

Par ignorance desconfiz,

+

Desirans que feussiez ung filz,

+

Mais qu'ainsi soit, ainsi m'aist Dieux,

+

Je croy que ce soit grans proufiz;

+

Raison, Dieu fait tout pour le mieulx.

+
+

Du Psalmiste je prens les dictz,

+

Delectasti me, Domine,

+

In factura tua, si ditz;

+

Noble enfant de bonne heure né,

+

A toute doulceur destiné,

+

Manna du ciel, celeste don,

+

De tous biens fais le guerdonné,

+

Et de noz maulx le vray pardon.

+
+

Combien que j'ay leu en ung dit,

+

Inimicum putes y a

+

Qui te presentem laudabit,

+

Toutteffoiz, non obstant cela,

+

Oncques vray homme ne cela

+

En son courage aucun grant bien,

+

Qui ne le monstrast ca et là,

+

On doit dire du bien le bien.

+
+

Saint Jehan Baptiste ainsi le fist,

+

Quant l'aignel de Dieu descela,

+

En ce faisant, pas ne meffist,

+

Dont sa voix es tourbes vola,

+

De quoy saint Andry Dieu loua,

+

Qui de lui, cy ne scavoit rien,

+

Et au filz de Dieu s'aloua,

+

On doit dire du bien le bien,

+
+

Envoyée de Jhesucrist,

+

Rappelez sa jus par deca

+

Les povres que rigueur proscript,

+

Et que fortune betourna;

+

Cy scay bien comment y m'en va,

+

De Dieu, de vous, vie je tien,

+

Benoist celle qui vous porta;

+

On doit dire du bien le bien.

+
+

Cy, devant Dieu, fais congnoissance

+

Que creature feusse morte,

+

Ne fust vostre doulce naissance,

+

En charité puissant et forte,

+

Qui ressuscite et reconforte,

+

Ce que mort avoit prins pour sien;

+

Vostre presence me conforte,

+

On doit dire du bien le bien.

+
+

Cy vous rens toute obeissance,

+

Ad ce faire, raison me porte,

+

De toute ma povre puissance,

+

Plus n'est deul qui me desconforte,

+

N'autre ennuy de quelconque sorte;

+

Vostre je suis, et non plus mien,

+

Ad ce, droit et devoir m'enhorte,

+

On doit dire du bien le bien.

+
+

O grace et pitié tres immense,

+

L'entrée de paix et la porte,

+

Some et benigne clemence,

+

Qui noz faultes toult et supporte;

+

Cy de vous louer me deporte,

+

Ingrat suis, et je le maintien,

+

Dont en ce refrain me transporte,

+

On doit dire du bien le bien.

+
+

Princesse, ce loz je vous porte,

+

Que sans vous je ne feusse rien;

+

A vous et à vous m'en rapporte,

+

On doit dire du bien le bien.

+

Euvre de Dieu, digne, louée,

+

Autant que nulle créature,

+

De tous biens et vertuz douée,

+

Tant d'esperit, que de nature,

+

Que de ceulx qu'on dit d'aventure;

+

Plus que rubis noble, ou balais,

+

Selon de Caton l'escripture,

+

Patrem insequitur proles.

+
+

Port asseuré, maintien rassis,

+

Plus que ne peut nature humaine,

+

Et eussiez des ans trente six,

+

Enfance en riens ne vous demaine,

+

Que jour ne le die et sepmaine,

+

Je ne scay qui le me deffant;

+

Ad ce propoz un g dit ramaine,

+

De saige mere, saige enfant.

+
+

Dont resume ce que j'ay dit,

+

Nova progenies coelo,

+

Car c'est du Poete le dit,

+

Jamjam demittitur alto.

+

Saige Cassandre, bel Echo,

+

Digne Judith, caste Lucresse,

+

Je vous congnois, noble Dido,

+

A ma seule Dame et maistresse.

+
+

En priant Dieu, digne Pucelle,

+

Qui vous doint longue et bonne vie,

+

Qui vous ayme, ma Damoiselle,

+

Ja ne coure sur lui envie;

+

Entiere Dame, et assouvie,

+

J'espoir de vous servir aincoys,

+

Certes, se Dieu plaist que devie

+

Vostre povre escolier francoys.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Je meurs de soif empres de la fontaine;

+

Suffisance ay, et si suis convoiteux;

+

Une heure m'est plus d'une quarantaine;

+

Droit et parfait, je chemine boiteux;

+

Tres pacient, plus que nul despiteux;

+

Je retiens tout, et ce que j'ai, despars;

+

A moy cruel, et aux autres Piteux;

+

Le neutre suis, et si tiens les deux pars.

+
+

En doubte suis de chose tres certaine;

+

Infortuné, je me repute eureux;

+

Vraye conclus une chose incertaine;

+

Rien je ne fois, et suis adventureux;

+

Feble me tiens, quant me sens vigoreux;

+

Plain de moisteur, tout tremblant au feu ars;

+

Doulx et beguin, de semblant rigoreux;

+

Le neutre suis, et si tiens les deux pars.

+
+

Quant dueil me prent, grand joye me demaine;

+

Par grant plaisir, je deviens langoreux;

+

Indigent suis, possident grant demaine;

+

Qui n'a nul goust, je le tiens savoreux,

+

Qui m'est amer, de lui suis amoureux;

+

Ignorant suis, et si scay les sept ars;

+

En grant seurté, fort craintif et paoureux;

+

Le neutre suis, et si tiens les deux pars.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Qui me loue, il m'est injurieux;

+

Je ne bouge, quant d'un lieu je me pars;

+

Par bien ouvrer, en vain labourieux;

+

Le neutre suis, et si tiens les deux pars.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Je meurs de soif aupres de la fontaine;

+

Tant plus mengue, et tant plus je me affame;

+

Povre d'argent, ou ma bourse en est plaine;

+

Marié suis, et si n'ay point de fame;

+

Qui me honnore, grandement me diffame;

+

Quant je vois droit, lors est que me devoye;

+

Pour loz et pris, je tiltre de diffame;

+

Grief desplaisir m'est excessive joye.

+
+

Quant on me toult, richement on me estraine;

+

Dix mile onces ne me sont que une dragme;

+

Sec et brahaing, je porte fleur et graine;

+

En reposant, sur mer tire à la rame;

+

Actaine suis en tous lieux on n'a ame;

+

Acompaigné, je n'ay qui me convoye;

+

Toute entiere est la chose que je entame,

+

Grief desplaisir m'est excessive joye.

+
+

En aspirant, je retiens mon alaine;

+

Quant eur me vient, maleureux je me clame;

+

Fort et puissant, flexible comme laine;

+

Transi d'amours sans avoir nulle dame;

+

Homme parfait, privé de corps et d'ame;

+

Paisible suis, et ung chascun guerroye;

+

Mes ennemis plus que tous autres, ame;

+

Grief desplaisir m'est excessive joye.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Mauvaise odeur m'est plus fleurant que basme;

+

Pasmé de dueil, angoisseux me resjoye;

+

En eau plungié, je brule tout en flame;

+

Grief desplaisir m'est excessive joie.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Je n'ai plus soif, tarie est la fontaine,

+

Repeu je suis de competent viande,

+

J'ai pris treves affin que on ne me actaine,

+

Dissimulant, fault que le hurt actende;

+

Adjoing des deux, sans que nul vilipende,

+

Je festie l'un, à l'austre fois la moue;

+

En ce faisant, pour éviter escande,

+

Entre deux eaues, comme le poisson, noue.

+
+

En grant travail j'ai frapé la quintaine,

+

Jusques ung temps fault qu'à repos entende;

+

Pour obvier à voye trop haultaine,

+

Le moyen tiens, affin que ne descende,

+

J'ai eu delay de payer mon amende,

+

En couroux faint, couvertement me joue,

+

En reculant pour mieulx saillir en lande,

+

Entre deux eaues, comme le poisson, noue.

+
+

Ne vert, ne meur, mon blé mangue en graine,

+

Dueil et plaisir me tiennent en commande;

+

En divers lieux ca et là me pourmaine;

+

La moitie fois, quant tout l'en me commande;

+

A demy trait lors est que l'arc debande,

+

Pour abreger, ne l'un ne l'autre loue,

+

Participant de l'une et l'autre bande,

+

Entre deux eaues, comme le poisson, noue.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Par priere de affaictée demande,

+

Interrogé se l'ung ou l'autre avoue,

+

A ce respons, se aucun le me demande,

+

Entre deux eaues, comme le poisson, noue.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

(Villon.)

+
+

Je meurs de soif aupres de la fontaine;

+

Chault comme feu, et tremble dent à dent;

+

En mon pays, suis en terre loingtaine;

+

Lez ung brasier, friconne tout ardent;

+

Nu comme ung ver, vestu en president;

+

Je ris en pleurs, et actens sans espoir;

+

Confors reprens, en triste desespoir;

+

Je m'esjouys, et n'ay plaisir aucun;

+

Puissant, je suis sans force et sans povoir;

+

Bien recueilly, débouté de chascun.


+

Rien ne m'est seur, que la chose incertaine;

+

Obscur, fors ce qui est tout evident;

+

Doubte ne fais, fors en chose certaine;

+

Science tiens à soudain accident;

+

Je gaigne tout, et demeure perdent;

+

Au point du jour diz: Dieu vous doint bon soir;

+

Gisant envers, j'ai grant paour de cheoir;

+

J'ai bien de quoy, et si n'en ay pas ung;

+

Eschoite actens, et d'omme ne suis hoir;

+

Bien recueilly, debouté de chascun.

+
+

De riens n'ay soing, si mets toute ma paine

+

D'acquerir biens, et n'y suis pretendent;

+

Qui mieulx me dist, c'est cil qui plus m'actaine;

+

Et qui plus vray, lors plus me va bourdent;

+

Mon amy est qui me fait entendent,

+

D'un cigne blanc, que c'est un corbeau noir;

+

Et qui me nuys, croy qu'il m'aide à povoir;

+

Bourde, verité, aujourduy m'est tout ung;

+

Je retiens tout, riens ne scay concepvoir;

+

Bien recueilly, debouté de chascun.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Prince clement, or vous plaise savoir

+

Que j'entens moult, et n'ay sens, ne savoir;

+

Parcial, suis à toutes lois commun;

+

Que fais je plus? quoy? les gaiges ravoir;

+

Bien recueilly, debouté de chascun.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Parfont conseil eximium.

+

En ce saint livre, exortatur,

+

Que l'omme, in matrimonium,

+

Folement non abutatur;

+

Raison, le sens hebetatur,

+

De omni viro quelqu'il soit;

+

Fol non credit tant qu'il recoit.

+
+

Et constat, par ceste leccon,

+

Pour conserver vim et robur,

+

Prestat ne faire mot, ne son,

+

Souffrir et escouter murmur;

+

Si conjunx clamat ad ce mur,

+

Fingat que pas ne le concoit,

+

Fol non credit tant qu'il recoit.

+
+

Fortior multo que Sanson,

+

En cest assault conjuncitur

+

Contra de Venus l'escusson,

+

Le plus fort bourdon plicatur;

+

. . . . . . . . . . . . . . . . . .64

+

Sed quisquis pas ne le concoit,

+

Fol non credit tant qu'il recoit.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Prince très saige, legitur

+

Quod astucior si decoit,

+

Le mieulx nagent y mergitur;

+

Fol non credit tant qu'il recoit.

+
+ +
Note 64: (retour) Le vers manque dans les manuscrits.
+ + +
+

BALADE.

+
+

Je meurs de soif aupres de la fontaine;

+

J'ai tres grant fain, et si ne puis mengier;

+

Je suis au bas en la maison haultaine,

+

Et enchartré en ung très beau vergier;

+

En grant peril, et hors de tout dangier;

+

Les biens que j'ay, me font povre indigent;

+

En beau logis, ne me scay où logier;

+

Je gaigne assez, et si n'ay point d'argent.

+
+

Je fais grant dueil, tristesse m'est loingtaine;

+

Dormir ne puis, et ne fais que songier;

+

Je suis tout sain, et ay fievre quartaine;

+

Tout esdenté, mon frain me fault rongier,

+

Verité dy, et si suis mensongier;

+

Je suis recluz, hanté de toute gent;

+

Congneu de tous, et à tous estrangier;

+

Je gaigne assez, et si n'ay point d'argent.

+
+

Grant doubte fais de chose bien certaine;

+

Incertain suis, et si en vueil jugier;

+

Ou champs estroit, je jouste à la quintaine;

+

Non offensé, je me cuide vengier;

+

Ung pesant faiz me semble tres legier;

+

Je suis paillart, et contrefay du gent;

+

Par trop couart, hardy comme un Ogier;

+

Je gaigne assez, et si n'ay point d'argent.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Prince, je suy siche, pour abregier,

+

Prodigue aussi, nonchallant, diligent,

+

Assez subtil, plus simple que bergier,

+

Je gaigne assez, et si n'ay point d'argent.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

(Montbreton et Robertet.)

+
+

Je meurs de soif auprès de la fontaine;

+

Je trouve doulx ce qui doit estre amer;

+

J'ayme et tiens chier tous ceux qui me font haine,

+

Je hé tous ceulx que fort je deusse amer;

+

Je loue ceulx que je deusse blasmer;

+

Je prens en gré plus le mal que le bien;

+

Je vois querant ce qu'à trouver je doubte;

+

Croire ne puis cela que je scay bien;

+

Je me tiens seur de ce dont plus jay doubte.

+
+

Je prens plaisir en ce qui m'est atayne;

+

Ung peu de chose m'est grant comme la mer;

+

Je tiens de pres, celle qui m'est loingtaine;

+

Je garde entier ce que deusse entamer;

+

Saoul suis, de ce qui me fait affamer;

+

J'ay largement de tout, et si n'ay rien;

+

J'oublie ce que plus à cueur je boute;

+

Ce qui me lasche, me tient en son lien;

+

Je me tiens seur de ce dont plus j'ay doubte.

+
+

Je tiens pour basse chose qui est haultaine;

+

Je fuis tous ceulx que deusse reclamer,

+

Je croy plus tart le vray qu'une fredaine;

+

Tant plus suis froit, plus me sens enflamer;

+

Quant j'ay bon cueur, lors je prens à pasmer;

+

Ce que j'aquiers, je ne tiens pas pour mien;

+

Je prise peu ce qui bien chier me couste;

+

Sote maniere m'est plus que beau maintien;

+

Je me tiens seur de ce dont plus j'ay doubte.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Prince, j'ay tout, et si ne scay combien;

+

J'atire à moy ce qui plus me deboute;

+

Ce que j'esloigne, m'est plus pres qu'autre rien;

+

Je me tiens seur de ce dont plus j'ay doubte.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Je meurs de soif aupres de la fontaine;

+

Verbe normal, sans conjugacion:

+

Congruité, de incongruité plaine;

+

Declinable, sans declinacion;

+

Approprié par appellation;

+

Determiné, sans quelque terminance;

+

Ou brief, ou long, sans variacion;

+

C'est plus fort fait, que ouvrer par ignorance.

+
+

Mat et vaincu, je frape la quintaine;

+

Sans violance je fois invasion;

+

Affirmatif d'une chose incertaine;

+

Silogisant sans proposicion;

+

Meuf figure où n'a conclusion;

+

Emptimeme sans quelque consequance;

+

Convertible où n'a conversion;

+

C'est plus fort fait, que ouvrer par ignorance.

+
+

J'ayme repos, et desire la paine;

+

Corruptible en generacion;

+

Le vray au faulx je duis et ramaine;

+

De maxime je fois oppinion;

+

Diffiment je fois descripcion,

+

Et l'accident je mue en substance;

+

Aveugle suis en clere vision;

+

C'est plus fort fait, que ouvrer par ignorance.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Incomplexif, ayant complexion;

+

Irregulier, je suis de l'observance;

+

Je suis actif, designant passion;

+

C'est plus fort fait, que ouvrer par ignorance.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

(Maistre Berthault de Villebresme.)

+
+

Je meurs de soif aupres de la fontaine;

+

Tout affamé, en mengier sumptueulx;

+

Comblé de dueil, en liesse haultaine;

+

Sec et brahaing, en pays fructueux;

+

Loing de vertuz, entre les vertueux;

+

Entre joyeux, plaintif et souspirant;

+

En lieu de bien, de mal affectueux;

+

Et va mon fait tousjours en empirant.

+
+

Entre tous biens je suis de mal quintaine;

+

Alangoré, entre les vigoreux;

+

Entre esbanoys, de regret cappitaine;

+

Amertume, entre les doulcereux;

+

Tremblant de froit en manoir chalereux;

+

En grant santé, tousjours mal endurant;

+

Entre courtois, despit et rigoreux;

+

Et va mon fait tousjours en empirant.

+
+

Forvoyé suis par hanter voye certaine,

+

Et avoyé, en lieux avantureux;

+

Ma nacion m'est region lointaine;

+

En lieu tres seur, je suis tres fort paoureux;

+

Espris d'amour, sans estre amoureux;

+

La lerme a l'ueil, je me vois deduisant;

+

Tout me desplaist, sans estre dangereux;

+

Et va mon fait tousjours en empirant.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Prince, cesser fay le mal qui m'actaine,

+

Ou autrement je m'en iray mourant,

+

Car je suis pres d'avoir fievre quartaine,

+

Et va mon fait toujours en empirant.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

(Maistre Jehan Caillau.)

+
+

Je meurs de soif aupres de la fontaine;

+

Tremblant de froit ou feu des amoureux;

+

Je suis tout sain en langueur et enpaine;

+

Et suis asseur, où tout est dangereux;

+

Tout mal, tout grief, m'est doulx et savoureux;

+

Plain de tourment, mene joyeuse vie,

+

Et ce qui plaist à tous, ne me plaist mie;

+

En povreté, je suis tres richement;

+

En engoisse, j'ay plaisance assovye;

+

Or jugiez donc se je vis plaisamment.

+
+

Je suis joyeulx sans plaisance mondaine;

+

Où chascun rit, pensif et douloreux;

+

Sans nul travail, si suis je hors d'alaine;

+

Pres de tout bien, suis le tres langoreux;

+

Ce qui me plaist, est aspre et rigoreux;

+

J'ayme estre seul, et si vueil compaignie;

+

Je dors assez, et suis en frenesie;

+

En desespoir j'ay grand allegement;

+

Ce qui est doulx, m'est plus amer que suye;

+

Or jugiez donc se je vis plaisamment.

+
+

Je suis seigneur sans terre et sans demaine;

+

Tant plus ay biens, et plus suis maleureux;

+

Je meurs de fain, et ay ma grange plaine;

+

Où tout est seur, si suis je tres paoureux;

+

Des plus vaillans et moins chevalereux;

+

Qui mal me fait, je lui rens courtoisie;

+

S'il fait beau temps, je demande la pluye;

+

Se je meurs tost, si vis je longuement;

+

En grant repos, plain de forsenerie;

+

Or jugez donc si je vis plaisamment.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Prince, mon fait est droicte faerie,

+

Je bay travail, et le repos m'ennuye;

+

Maintenant d'un, et tantost autrement;

+

J'ay tous les jeux, et quicte la partie;

+

Or jugez donc si je vis plaisamment.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

(Gilles des Ourmes.)

+
+

Je meurs de soif aupres de la fontaine;

+

Tremblant de froit ou feu des amoureux;

+

Je suis joyeulx s'aucun mal me demaine;

+

Plaintz et souspirs sont mes riz et mes jeux;

+

Je n'ay santé, sinon quand je me deulx;

+

Beau temps me plaist, et desire la pluye;

+

Qui bien me fait, je le tiens mon hayneux;

+

Or regardez, et jugiez s'il m'ennuye.

+
+

Je n'ay repos qu'en doleur et en paine;

+

J'ayme travail, et si suis paresseux;

+

Ung mois ne m'est qu'à ung aultre sepmaine,

+

Et m'est d'advis que le jour dure deux;

+

Se j'ay nul bien, je m'en tiens maleureux;

+

Quant j'ayme aucun, force est que je le fuye;

+

Qui m'est courtois, je lui suis rigoreux;

+

Or regardez, et jugiez s'il m'ennuye.

+
+

J'ay mille maulx, et ma personne est saine;

+

Plaisirs mondains me sont malencontreux;

+

Quant je suis seul, lors ung chascun m'actaine;

+

Rien n'ay asseur, si je n'en suis doubteux;

+

Gens bien en point me semblent souffreux;

+

En plain midy j'ay la veue esbluye;

+

Je n'ayme rien, et si suis convoiteux;

+

Or regardez, et jugiez s'il m'ennuye.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Sans mot sonner, je dy mon cas piteux;

+

Je n'ay regret qu'en ce que je ne veulx;

+

Ce qui est doulx, m'est plus amer que suye;

+

Quant gens n'ont rien, je vueil mordre sur eulx:

+

Or regardez, et jugiez s'il m'ennuye.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

(Simonnet Caillau.)

+
+

Je meurs de soif aupres de la fontaine;

+

Costé plaisir, mon cueur plaint et souspire;

+

Tout arresté, sans marchier l'on me maine;

+

Rempli de deul, vouloir me prent de rire;

+

En plaisans lieux je n'ay si non martire;

+

A nul ne suis, et si fault que m'avoue;

+

Parler scay bien, et ne puis mon cas dire;

+

Or regardez, se tel homme se joue.

+
+

Croire ne vueil, et est chose certaine;

+

Sans me toucher, je sens que l'on me tire;

+

En lit bien fait, là ne seuffre que paine;

+

Le chois ay eu, et est ma part la pire;

+

Sans avoir riens, j'ay tant qu'il deust suffire;

+

Qui mal me fait, de cestui la me loue;

+

Pres des joyeulx, je ne me scay deduire;

+

Or regardez, se tel homme se joue.

+
+

Esgaré suis, et voy la voye plaine;

+

Où tout est bien, assez treuve à redire;

+

Sens grant chaleur, ca et là me pourmaine;

+

Les yeulx bandez, en mirouer me mire;

+

Loingt de chault feu, je ne cesse de frire;

+

Tel me flate qui puis me fait la moue;

+

Ce qui est mien, j'en voy ung autre sire;

+

Or regardez, se tel homme se joue.

+
+

L'ENVOY.

+
+

J'ay piez et sens, et ne me scay conduire;

+

En beau chemin je suis cheut en la boue;

+

J'ayme estre à part, et compaignie desire;

+

Or regardez, se tel homme se joue.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

En regardant vers le pays de France,

+

Ung jour m'avint, à Dovre sur la mer,

+

Qu'il me souvint de la doulce plaisance

+

Que souloie ou dit pays trouver;

+

Si commencay de cueur à souspirer,

+

Combien certes que grant bien me faisoit,

+

De veoir France que mon cueur amer doit.

+
+

Je m'avisay que c'estoit nonsavance,

+

De telz souspirs dedens mon cueur garder,

+

Veu que je voy que la voye commence

+

De bonne paix, qui tous biens peut donner;

+

Pour ce, tournay en confort mon penser,

+

Mais non pourtant, mon cueur ne se lassoit

+

De veoir France que mon cueur amer doit.

+
+

Alors chargay, en la nef d'esperance,

+

Tous mes souhays en leur priant d'aler

+

Oultre la mer, sans faire demourance,

+

Et à France de me recommander;

+

Or nous doint Dieu bonne paix sans tarder,

+

Adonc auray loisir, mais qu'ainsi soit,

+

De veoir France que mon cueur amer doit.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Paix est tresor qu'on ne peut trop loer,

+

Je hé guerre, point ne la doit prisier,

+

Destourbé m'a longtemps, soit tort ou droit,

+

De veoir France que mon cueur amer doit.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Priez pour paix, doulce Vierge Marie,

+

Royne des cieulx, et du monde maistresse,

+

Faictes prier, par vostre courtoisie,

+

Saints et sainctes, et prenez vostre adresse

+

Vers vostre fils, requerrant sa haultesse

+

Qu'il lui plaise son peuple regarder,

+

Que de son sang a voulu rachater,

+

En deboutant guerre qui tout desvoye;

+

De prieres ne vous vueilliez lasser,

+

Priez pour paix, le vray tresor de joye.

+
+

Priez, prelaz, et gens de saincte vie.

+

Religieux, ne dormez en peresse,

+

Priez, maistres, et tous suivans clergie,

+

Car par guerre fault que l'estude cesse;

+

Moustiers destruiz sont sans qu'on les redresse,

+

Le service de Dieu vous fault laisser,

+

Quant ne povez en repos demourer;

+

Priez si fort que briefment Dieu vous oye,

+

L'Eglise voult à ce vous ordonner;

+

Priez pour paix, le vray tresor de joye.

+
+

Priez, princes qui avez seigneurie,

+

Roys, ducs, contes, barons plains de noblesse,

+

Gentils hommes avec chevalerie,

+

Car meschans gens surmontent gentillesse;

+

En leurs mains ont toute vostre richesse,

+

Debatz les font en hault estat monter,

+

Vous le povez chascun jour veoir au cler,

+

Et sont riches de voz biens et monnoye,

+

Dont vous deussiez le peuple supporter;

+

Prier pour paix, le vray tresor de joye.

+
+

Priez, peuple qui souffrez tirannie,

+

Car voz seigneurs sont en telle foiblesse,

+

Qu'ilz ne pevent vous garder par maistrie,

+

Ne vous aider en vostre grant destresse;

+

Loyaux marchans, la selle si vous blesse,

+

Fort sur le doz chascun vous vient presser,

+

Et ne povez marchandise mener,

+

Car vous n'avez seur passage, ne voye,

+

Et maint peril vous convient il passer:

+

Priez pour paix, le vray tresor de joye.

+
+

Priez, galans joyeulx en compaignie,

+

Qui despendre desirez à largesse,

+

Guerre vous tient la bourse degarnie;

+

Priez, amans, qui voulez en liesse

+

Servir amours, car guerre, par rudesse,

+

Vous destourbe de voz dames hanter,

+

Qui mainteffoiz fait leurs voloirs torner,

+

Et quant tenez le bout de la courroye,

+

Ung estrangier si le vous vient oster;

+

Priez pour paix, le vray tresor de joye.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Dieu tout puissant nous vueille conforter

+

Toutes choses en terre, ciel et mer,

+

Priez vers lui que brief en tout pourvoye,

+

En lui seul est de tous maulx amender;

+

Priez pour paix, le vray tresor de joye.

+
+
+
+

BALADES DE PLUSIEURS PROPOS.

+
+

(Orléans contre Garancières.

+
+

Je, qui suis Dieu des amoureux,

+

Prince de joyeuse plaisance,

+

A toutes celles et à ceulx

+

Qui sont de mon obeissance,

+

Requier qu'a toute leur puissance

+

Me viengnent aider et servir,

+

Pour l'outrecuidance punir

+

D'aucuns qui, par leur janglerie,

+

Veulent, par force, conquerir

+

Des grans biens de ma seigneurie.

+
+

Car Garencieres, l'un d'entre eulx,

+

Si dit en sa folle ventance,

+

Pour faire le chevalereux,

+

Qu'avant hyer, par sa grant vaillance,

+

Lui et son cueur d'une aliance,

+

Furent devant beaulté courir;

+

Je ne luy vy pas sans faillir,

+

Mais croy qu'il soit en resverie,

+

Car si pres n'oseroit venir

+

Des grans biens de ma seigneurie.

+
+

Il dit qu'il est tant douloreux,

+

Et qu'il est mort sans recouvrance;

+

Mais bien seroit il maleureux,

+

Qui donneroit en ce creance;

+

On peut veoir que celle penance,

+

Qu'il lui a convenu souffrir,

+

N'a fait son visaige pallir,

+

Ne amaigrir de maladie,

+

Ainsi se mocque, pour chevir

+

Des grans biens de ma seigneurie.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Sur tous, me plaist le retenir

+

Roys des heraulx pour bien mentir;

+

Cest office je lui octrie,

+

C'est ce que lui veuil departir

+

Des grans biens de ma seigneurie.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

(Response de Garencieres.)

+
+

Cupido, Dieu des amoureux,

+

Prince de joyeuse plaisance,

+

Moi, Garancieres, tres soingneux

+

De vous servir de ma puissance,

+

Viens devers vous, en obeissance,

+

Pour vous humblement requerir

+

Que vous vueilliez faire punir

+

Ung homme de mauvaise vie.

+

Qui, contre raison, veult tenir

+

Le droit de vostre seigneurie.

+
+

C'est ung enfant malicieux,

+

Où nul ne doit avoir fiance,

+

Car il en a ja plus de deux

+

Deceues, au pais de France,

+

Dont vous deussiez prendre vengeance,

+

Pour faire les autres cremir;

+

C'est le prince de bien mentir,

+

Ainsné frere de janglerie,

+

Qui, contre raison, veult tenir

+

Le droit de vostre seigneurie.

+
+

Oncques Lucifer l'orgueilleux

+

Ne fist si grant oultrecuidance,

+

Quant il emprist d'estre envieux

+

Sur le Dieu de toute puissance;

+

Il me semble que, par sentence,

+

Vous le deussiez faire bannir

+

De vostre court, sans revenir,

+

Lui et sa faulse compaignie,

+

Qui, contre raison, veult tenir

+

Le droit de vostre seigneurie.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Prince, s'on doit avoir vaillance

+

Pour mentir à grant habondance,

+

Et pour faulseté maintenir,

+

Vour verrez icellui venir

+

A grant honneur, n'en doubtez mie,

+

Qui, contre raison, veult tenir

+

Le droit de vostre seigneurie.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

En acquictant nostre temps vers jeunesse,

+

Le nouvel an et la saison jolie,

+

Plains de plaisir et de toute liesse,

+

Qui chascun d'eulx chierement nous en prie;

+

Venuz sommes en ceste mommerie,

+

Belles, bonnes, plaisans et gracieuses,

+

Prestz de dancer, et faire chiere lye,

+

Pour resveiller voz pensées joyeuses.

+
+

Or bannissiez de vous toute peresse,

+

Ennuy, soussy avec merencolie,

+

Car froit yver, qui ne veult que rudesse,

+

Est desconfit, et convient qu'il s'enfuye;

+

Avril et May amainent doulce vie

+

Avec eulx; pour ce, soyez songneuses

+

De recevoir leur plaisant compaignie,

+

Pour resveillier voz pensées joyeuses.

+
+

Venus aussi, la tres noble Deesse,

+

Qui sur femmes doit avoir la maistrie,

+

Vous envoye de confort à largesse,

+

Et plaisance de grans biens enrichie,

+

En vous chargeant que, de vostre partie,

+

Vous acquictiez sans estre dangereuses;

+

Aidiez vous veult sans que point vous oublie,

+

Pour resveiller voz pensées joyeuses.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Bien monstrez, printemps gracieulx,

+

De quel mestier savez servir,

+

Car yver fait cueurs ennuieux,

+

Et vous les faictes resjouir;

+

Sitost, comme il vous voit venir,

+

Lui et sa meschant retenue

+

Sont contrains, et pretz de fuir,

+

A vostre joyeuse venue.

+
+

Yver fait champs et arbres vieulx,

+

Leurs barbes de neiges blanchir,

+

Et est si froit, ort et pluvieux,

+

Qu'empres le feu convient croupir;

+

On ne peut hors des huis yssir,

+

Comme ung oisel qui est en mue;

+

Mais vous faictes tout rajeunir,

+

A vostre joyeuse venue.

+
+

Yver fait le souleil, es cieulx,

+

Du mantel des nues couvrir;

+

Or maintenant, loué soit Dieux,

+

Vous este venu esclersir

+

Toutes choses et embellir;

+

Yver a sa peine perdue,

+

Car l'an nouvel l'a fait bannir,

+

A vostre joyeuse venue.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Je fu en fleur ou temps passé d'enfance,

+

Et puis apres devins fruit en jeunesse;

+

Lors m'abaty de l'arbre de plaisance,

+

Vert et non meur, Folie, ma maistresse;

+

Et pour ce la, raison qui tout redresse

+

A son plaisir, sans tort ou mesprison,

+

M'a à bon droit, par sa tres grant sagesse,

+

Mis pour meurir ou feurre de prison.

+
+

En ce j'ay fait longue continuance,

+

Sans estre mis à l'essor de largesse;

+

J'en suis content, et tiens que sans doubtance,

+

C'est pour le mieulx, combien que par peresse

+

Deviens fletry, et tire vers vieillesse;

+

Assez estaint est en moy le tison

+

De sot desir, puisqu'ay esté en presse

+

Mis pour meurir ou feurre de prison.

+
+

Dieu nous doint paix, car c'est ma desirance,

+

Adonc seray en l'eaue de liesse

+

Tost refreschi, et au souleil de France

+

Bien nectié du moisy de tristesse;

+

J'actens bon temps, endurant en humblesse,

+

Car j'ay espoir que Dieu ma guerison

+

Ordonnera; pour ce, m'a sa haultesse

+

Mis pour meurir ou feurre de prison.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Fruit suis d'yver qui a meins de tendresse

+

Que fruit d'esté, si suis en garnison,

+

Pour amolir ma trop verde rudesse,

+

Mis pour meurir ou feurre de prison.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Cueur, trop es plain de folie,

+

Cuides tu de t'eslongner

+

Hors de nostre compaignie,

+

Et en repos te logier;

+

Ton propos ferons changier,

+

Soing et Ennuy nous nommons,

+

Avecques toy demourrons,

+

Car c'est le commandement

+

De Fortune qui en serre

+

T'a tenu moult longuement,

+

Ou royaume d'Angleterre.

+
+

Dy nous, ne cognois tu mie

+

Que l'estat de prisonnier

+

Est que souvent lui ennuye,

+

Et endure maint dangier,

+

Dont il ne se peut vengier;

+

Pour ce, nous ne te faisons

+

Nul tort, se te gouvernons

+

Ainsi que communement

+

Sont prisonniers pris en guerre,

+

Dont es l'un presentement

+

Ou royaume d'Angleterre.

+
+

En lieu de plaisance lye,

+

Au lever et au couschier

+

Trouveras merencolie,

+

Souvent te fera veillier,

+

La nuit et le jour songier;

+

Ainsi te guerdonnerons,

+

Et es fers te garderons;

+

De soussy et pensement,

+

Se tu peuz, si te defferre,

+

Par nous n'auras autrement

+

Ou royaume d'Angleterre.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Nouvelles ont couru en France,

+

Par mains lieux, que j'estoye mort;

+

Dont avoient peu deplaisance

+

Aucuns qui me hayent à tort;

+

Autres en ont eu desconfort,

+

Qui m'ayment de loyal vouloir,

+

Comme mes bons et vrais amis;

+

Si fais à toutes gens savoir

+

Qu'encore est vive la souris.

+
+

Je n'ay eu ne mal, ne grevance,

+

Dieu mercy, mais suis sain et fort,

+

Et passe temps en esperance

+

Que paix, qui trop longuement dort,

+

S'esveillera, et par accort

+

A tous fera liesse avoir;

+

Pour ce, de Dieu soient maudis

+

Ceux qui sont dolens de veoir

+

Qu'encore est vive la souris.

+
+

Jeunesse sur moy a puissance,

+

Mais Vieillesse fait son effort

+

De m'avoir en sa gouvernance;

+

A present faillira son sort,

+

Je suis assez loing de son port,

+

De pleurer vueil garder mon hoir;

+

Loué soit Dieu de Paradis,

+

Qui m'a donné force et povoir,

+

Qu'encore est vive la souris.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Nul ne porte pour moy le noir,

+

On vent meilleur marchié drap gris;

+

Or tiengne chascun, pour tout voir,

+

Qu'encore est vive la souris.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Puisqu'ainsi est que vous alez en France,

+

Duc de Bourbon, mon compaignon tres chier,

+

Ou Dieu vous doint, selon la desirance

+

Que tous avons, bien povoir besongner;

+

Mon fait vous vueil descouvrir et chargier

+

Du tout en tout, en sens et en folie;

+

Trouver ne puis nul meilleur messagier,

+

Il ne faut ja que plus je vous en die.

+
+

Premierement, se c'est vostre plaisance,

+

Recommandez moy, sans point l'oublier,

+

A ma Dame; ayez en souvenance,

+

Et lui dictes, je vous pry et requier,

+

Les maulx que j'ay quant me fault eslongnier,

+

Maugré mon vueil, sa doulce compaignie;

+

Vous savez bien que c'est de tel mestier,

+

Il ne faut ja que plus je vous en die.

+
+

Or y faictes comme j'ay la fiance,

+

Car un amy doit pour l'autre veillier;

+

Se vous dictes: Je ne scay, sans doubtance,

+

Qui est celle? vueilliez la enseignier.

+

Je vous respons qu'il ne vous fault serchier,

+

Fors que celle qui est la mieulx garnie

+

De tous les biens qu'on sauroit souhaidier;

+

Il ne faut ja que plus je vous en die.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Sy ay chargié à Guillaume Cadier

+

Que, par de la, bien souvent vous supplie;

+

Souviengne vous du fait du prisonnier,

+

Il ne faut ja que plus je vous en die.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Mon gracieulx cousin, Duc de Bourbon,

+

Je vous requier, quant vous aurez loisir.

+

Que me faictes, par balade ou chancon,

+

De vostre estat aucunement sentir;

+

Car quant à moy, saichiez que, sans mentir,

+

Je sens mon cueur renouveller de joye,

+

En esperant le bon temps à venir,

+

Par bonne paix que brief Dieu nous envoye.

+
+

Tout crestian qui est loyal et bon,

+

Du bien de paix se doit fort resjoir,

+

Veu les grans maulx, et la destruction,

+

Que guerre fait par tous pays courir;

+

Dieu a voulu Crestianté punir,

+

Qui a laissié de bien vivre la voye,

+

Mais puis apres, il la veult secourir,

+

Par bonne paix que brief Dieu nous envoye.

+
+

Et pour ce la, mon tres chier compaignon,

+

Vueilliez de vous desplaisance bannir,

+

En oubliant vostre longue prison,

+

Qui vous a fait mainte doleur souffrir;

+

Merciez Dieu, pensez de le servir,

+

Il vous garde de tous biens grant montjoye,

+

Et vous fera avoir vostre desir,

+

Par bonne paix que brief Dieu nous envoye.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Resveilliez vous en joyeulx souvenir,

+

Car j'ay espoir qu'encore je vous voye,

+

Et moy aussy en confort et plaisir,

+

Par bonne paix que brief Dieu nous envoye.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Mon chier cousin, de bon cueur vous mercie,

+

Des blancs connins que vous m'avez donnez;

+

Et oultre plus, pour vray vous certiffie,

+

Quant aux connins, que dictes qu'ay amez,

+

Ilz sont pour moy, plusieurs ans a passez,

+

Mis en oubly; aussi mon instrument

+

Qui les servoit, a fait son testament,

+

Et est retrait, et devenu hermite;

+

Il dort tousjours, à parler vrayement,

+

Comme cellui qui en riens ne prouffite.

+
+

Ne parlez plus de ce, je vous en prie,

+

Dieux ait l'ame de tous les trespassez!

+

Parler vault mieulx, pour faire chiere lye,

+

De bons morceaulx et de frians pastez,

+

Mais qu'ilz soient tout chaudement tastez;

+

Pour le present, c'est bon esbatement,

+

Et qu'on ait vin pour nectier la dent;

+

En char crue mon cueur ne se delicte,

+

Oublions tout le vieil gouvernement,

+

Comme cellui qui en riens ne proufite.

+
+

Quant Jeunesse tient gens en seigneurie,

+

Les jeux d'amours sont grandement prisez;

+

Mais Fortune qui m'a en sa baillie,

+

Les a du tout de mon cueur deboutez;

+

Et desormais, vous et moi excusez

+

De tels esbatz serons legierement,

+

Car faiz avons nos devoirs grandement

+

Ou temps passé; vers Amours me tiens quicte,

+

Je n'en vueil plus, mon cueur si s'en repent,

+

Comme cellui qui en riens ne proufite.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Vieulx soudoiers avecques jeune gent,

+

Ne sont prisiez la valeur d'une micte;

+

Mon office resine plainement,

+

Comme cellui qui en riens ne proufite.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Dame qui cuidiez trop savoir,

+

Mais vostre sens tourne en folie,

+

Et cuidiez les gens decevoir,

+

Par vostre cautelle jolie;

+

Qui croirait vostre chiere lie,

+

Tantost seroit pris en voz las,

+

Encore ne m'avez vous mie,

+

Encore ne m'avez vous pas.

+
+

Vous cuidiez bien qu'apercevoir

+

Ne saiche vostre moquerie,

+

Si fais, pour vous dire le voir;

+

Et pour ce, chierement vous prie,

+

Alez jouer de l'escremie

+

Autre part, car quant en ce cas,

+

Encore ne m'avez vous mie,

+

Encore ne m'avez vous pas.

+
+

Vous ferez bien vostre devoir,

+

Se m'atrapez par tromperie;

+

Car trop ay congneu main et soir

+

Les faulx tours dont estes garnie,

+

On vous appelle, fol si fie;

+

Deportez vous de telz esbas,

+

Encore ne m'avez vous mie,

+

Encore ne m'avez vous pas.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

(Orléans à Bourgoigne.)

+
+

Puisque je suis vostre voisin

+

En ce pais presentement,

+

Mon compaignon, frere et cousin,

+

Je vous requier tres chierement,

+

Que de vostre gouvernement,

+

Et estat me faictes savoir,

+

Car j'en orroye bien souvent,

+

S'il en estoit à mon vouloir.

+
+

Il n'est jour, ne soir, ne matin,

+

Que ne prie Dieu humblement

+

Que la paix prengne telle fin,

+

Que je puisse joyeusement,

+

A mon desir, prouchainement

+

Parler à vous, et vous veoir;

+

Ce seroit tres hastivement,

+

S'il en estoit à mon vouloir.

+
+

Chascun doit estre bien enclin

+

Vers la paix, car certainement

+

Elle departira butin

+

De grans biens à tous largement;

+

Guerre ne sert que de tourment,

+

Je la hé, pour dire le voir,

+

Bannie seroit plainement,

+

S'il en estoit à mon vouloir.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Va, ma balade, prestement

+

A Saint Omer, monstrant comment

+

Tu vas pour moy ramentevoir

+

Au Duc à qui suis loyaument,

+

Et tout à son commandement,

+

S'il en estoit à mon vouloir.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

(Responce de Bourgoigne à Orléans)

+
+

S'il en estoit à mon vouloir,

+

Mon maistre et amy sans changier,

+

Je vous asseure, pour tout voir,

+

Qu'en vo fait n'auroit nul dangier;

+

Mais par deca, sans actargier,

+

Vous verroye hors de prison,

+

Quicte du tout, pour abregier,

+

En ceste presente saison.

+
+

Se tel don povez recevoir

+

Par la grace Dieu, de legier

+

Pourrez tel à paix esmouvoir,

+

Qui la desire eslongier;

+

Nul contre n'osera songier,

+

Car confort aurez bel et bon,

+

Se Dieu nous veult assoulagier,

+

En ceste presente saison.

+
+

Mectons nous en nostre devoir

+

Qu'en paix nous puissions herbergier;

+

Il n'est ou monde tel manoir,

+

Qui desir a de s'y logier;

+

Abregeons, sans plus prolongier,

+

Il en est temps, ou jamais non,

+

Pour nous de guerre deslogier,

+

En ceste presente saison.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Or pensons de vous allegier

+

De prison, pour tout engagier,

+

Se n'avons paix et union,

+

Et du tout m'y vueil obligier,

+

En ceste presente saison.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

(Orléans à Bourgoigne.)

+
+

Pour le haste de mon passaige

+

Qu'il me convient faire oultre mer,

+

Tout ce que j'ay en mon couraige

+

A present ne vous puis mander;

+

Mais non pourtant, à brief parler,

+

De la balade que m'avez

+

Envoyée, comme savez,

+

Touchant paix et ma delivrance,

+

Je vous mercie chierement,

+

Comme tout vostre entierement,

+

De cueur, de corps et de puissance.

+
+

Je vous envoyerai messaige,

+

Se Dieu plaist, briefment sans tarder,

+

Loyal, secret et assez saige,

+

Pour bien à plain vous informer

+

De tout ce que pourray trouver

+

Sur ce que savoir desirez;

+

Pareillement fault que mectez

+

Et faictes, vers la part de France,

+

Diligence soigneusement;

+

Je vous en requier humblement,

+

De cueur, de corps et de puissance.

+
+

Et, sans plus despendre langaige,

+

A cours mots, plaise vous penser

+

Que vous laisse mon cueur en gaige

+

Pour tousjours, sans jamais faulser;

+

Si me veuillez recommander

+

A ma cousine, car croiez

+

Que en vous deux, tant que vivrez,

+

J'ay mise toute ma fiance;

+

Et vostre party loyaument

+

Tendray, sans faire changement,

+

De cueur, de corps et de puissance.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Or y perra que vous ferez,

+

Et se point ne m'oublierez,

+

Ainsi que j'y ai esperance.

+

Adieu vous dy presentement,

+

Tout Bourgongnon sui vrayement,

+

De cueur, de corps et de puissance.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

(Responce de Bourgoigne à Orléans.)

+
+

De cueur, de corps et de puissance,

+

Vous mercie tres humblement

+

De vostre bonne souvenance,

+

Qu'avez de moi soingneusement;

+

Or povez faire entierement

+

De moy, en tout bien et honneur,

+

Comme vostre cueur le propose,

+

Et de mon vouloir soyez seur,

+

Quoy que nul dye, ne deppose.

+
+

Ne mectez point en oubliance

+

L'estat et le gouvernement

+

De la noble maison de France.

+

Qui se maintient piteusement:

+

Vous saurez tout, quoy et comment;

+

Je n'en dy plus pour le meilleur,

+

Mais on en dit tant et expose,

+

Que c'est à oir grant orreur;

+

Quoy que nul dye, ne deppose.

+
+

Pensez à vostre delivrance,

+

Je vous en prie chierement;

+

Car, sans ce, je n'ay esperance

+

Que nous ayons paix nullement,

+

On la heit tant mortellement

+

Que trop peu trouve de faveur,

+

Ne fera, comme je suppose,

+

Se ce n'est par vostre labeur,

+

Quoique nul dye, ne deppose.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Or prions Dieu, par sa doulceur,

+

Qu'à vous delivrer se dispose,

+

Car trop avez souffert douleur,

+

Quoy que nul dye, ne deppose.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

(Orléans à Bourgoigne.)

+
+
+

Des nouvelles d'Albion,

+

S'il vous en plaist escouter,

+

Mon frere et mon compaignon,

+

Saichiez qu'à mon retourner,

+

J'ay esté, deca la mer,

+

Receu à joyeuse chiere,

+

Et a fait le Roy passer,

+

En bons termes, ma matiere.

+
+

Je doy estre une saison

+

Eslargi pour pourchasser

+

La paix, aussi ma raencon;

+

Se je puis seurté trouver

+

Pour aler et retourner,

+

Il fault qu'en haste la quiere,

+

Se je vueil brief achever,

+

En bons termes, ma matiere.

+
+

Or, gentil Duc Bourgongnon,

+

De ce cop vueilliez m'aydier,

+

Comme mon entencion

+

Est vous servir et amer,

+

Tant que vif pourray durer;

+

En vous ay fiance entiere,

+

Que m'ayderez à finer,

+

En bons termes, ma matiere.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Mes amis fault esprouver,

+

S'ilz vouldront à ma priere,

+

Me secourir pour mener,

+

En bons termes, ma matiere.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

J'ay tant joué avecques Aage

+

A la paulme, que maintenant

+

J'ay quarante cinq, sur bon gaige

+

Nous jouons, non pas pour neant;

+

Assez me sens fort et puissant

+

De garder mon jeu jusqu'à cy,

+

Ne je ne crains riens que Soussy.

+
+

Car Soussy tant me descourage

+

De jouer, et va estouppant

+

Les cops que fiers à l'avantage,

+

Trop seurement est rachassant;

+

Fortune si lui est aidant,

+

Mais Espoir est mon bon amy,

+

Ne je ne crains riens que Soussy.

+
+

Vieillesse de douleur enrage,

+

De ce que le jeu dure tant,

+

Et dit en son felon langage,

+

Que les chasses dorenavant

+

Merchera, pour m'estre nuisant;

+

Mais ne m'en chault, je la deffy,

+

Ne je ne crains riens que Soussy.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Se bon eur me tient convenant,

+

Je ne double, ne tant ne quant,

+

Tout mon adversaire party,

+

Ne je ne crains riens que Soussy.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Visaige de baffe venu

+

Confit en composte de vin,

+

Menton rongneulx et peu barbu,

+

Et dessiré comme ung coquin,

+

Malade du mal saint Martin,

+

Et aussi ront q'un tonnellet;

+

Dieu le me sauve ce varlet!

+
+

Il est enroué devenu,

+

Car une pouldre de raisin

+

L'a tellement en l'ueil feru,

+

Qu'endormy l'a, comme un touppin;

+

II y pert chascun matin,

+

Car il en a chault le touppet;

+

Dieu le me sauve ce varlet!

+
+

Rompre ne sauroit ung festu,

+

Quant il a pincé un loppin,

+

Saint Poursain qui l'a retenu

+

Son chier compaignon et cousin,

+

Combien qu'ayent souvent hutin,

+

Quant ou cellier sont en secret;

+

Dieu le me sauve ce varlet!

+
+

L'ENVOY.

+
+

Prince, pour aler jusqu'au Rin,

+

D'un baril a fait son ronssin,

+

Et ses esperons d'un foret;

+

Dieu le me sauve ce varlet!

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Amour qui tant a de puissance,

+

Qu'il fait vieilles gens rassoter,

+

Et jeunes plains d'oultrecuidance,

+

De tous estas se scet meller;

+

Je l'ay congneu pieca au cler,

+

Il ne fault ja que je le nye,

+

Parquoy dis et puis advouer

+

Ce n'est fors que plaisant folie.

+
+

A droit compter, sans decevance,

+

Quant ung amant vient demander

+

Confort de sa dure grevance,

+

Que vouldroit il faire, ou trouver?

+

Cela, je ne l'ose nommer;

+

Au fort, il faut que je le die,

+

Ce qui fait le ventre lever,

+

Ce n'est fors que plaisant folie.

+
+

Bien scay que je fais desplaisance

+

Aux amoureux, d'ainsi parler,

+

Et que j'acquier leur malvueillance;

+

Mais, s'il leur plaist me pardonner,

+

Je leur prometz qu'au par aler,

+

Quant leur chaleur est refroidie,

+

Ilz trouveront que, sans doubter,

+

Ce n'est fors que plaisant folie.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Prince, quant ung prie d'amer,

+

Se l'autre si veult accorder,

+

Il n'y a plus sans mocquerie,

+

Laissiez les ensemble jouer,

+

Ce n'est fors que plaisant folie.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

(Orléans à Bourgoigne.)

+
+

Beau frere, je vous remercie,

+

Car aidié m'avez grandement;

+

Et, oultre plus, vous certiffie

+

Que j'ay mon fait entierement;

+

Il ne me fault plus riens qu'argent,

+

Pour avancer tost mon passaige,

+

Et pour en avoir prestement,

+

Mectroye corps et ame en gaige.

+
+

Il n'a marchant en Lombardie,

+

S'il m'en prestoit presentement,

+

Que ne fusse, toute ma vie,

+

Du cueur à son commandement;

+

Et tant que l'eusse fait content,

+

Demourer vouldroye en servaige,

+

Sans espargner aucunement,

+

Pour mectre corps et ame en gaige.

+
+

Car se je suis en ma partie,

+

Et oultre la mer franchement,

+

Dieu mercy, point ne me soussie

+

Que n'aye des biens largement;

+

Et desserviray loyaument

+

A ceulx qui m'ont, de bon couraige,

+

Aidié, sans faillir nullement,

+

Pour mectre corps et ame en gaige.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Qui m'ostera de ce tourment,

+

Il m'achetera plainement,

+

A tousjours mes à heritaige,

+

Tout sien seray, sans changement,

+

Pour mectre corps et ame en gaige.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

(Orléans à Bourgoigne.)

+
+

Pour ce que je suis à présent

+

Avec la gent vostre ennemie,

+

Il fault que je face semblant,

+

Faignant que ne vous ayme mie;

+

Non pourtant, je vous certiffie,

+

Et vous pry que vueillez penser

+

Que je seray, toute ma vie,

+

Vostre loyaument, sans faulser.

+
+

Tous maulx de vous je voiz disant,

+

Pour aveugler leur faulse envie;

+

Non pourtant, je vous ayme tant,

+

Ainsi m'aid la Vierge Marie,

+

Que je pry Dieu qu'il me mauldie,

+

Se ne trouvez, au par aler,

+

Que vueil estre, quoy que nul die,

+

Vostre loyaument, sans faulser.

+
+

Gaignez envers moy mal talant,

+

A celle fin que nul n'espye

+

Nostre amour, car par ce faisant,

+

Sauldray hors du mal qui m'anuye;

+

Mais faictes que bonne foy lye

+

Nos cueurs, qu'ilz ne puissent muer,

+

Car mon vouloir vers vous se plye,

+

Vostre loyaument, sans faulser.

+
+

Vous et moy avons maint servant,

+

Que convoitise fort mestrie;

+

Il ne fault pas, ne tant ne quant,

+

Qu'ilz saichent nostre compaignie;

+

Peu de nombre fault que manye

+

Noz faiz secrez par bien celer,

+

Tant qu'il soit temps qu'on me publie

+

Vostre loyaument, sans faulser.

+
+

Tout mon fait saurez plus avant,

+

Par le porteur en qui me fye;

+

Il est loyal et bien saichant,

+

Et se garde de janglerie;

+

Creez le de vostre partie,

+

En ce qu'il vous doit raconter,

+

Et me tenez, je vous en prie,

+

Vostre loyaument, sans faulser.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Dieu me fiere d'espidimie,

+

Et ma part es cieulx je renye,

+

Se jamais vous povez trouver

+

Que me faigne, par tromperie,

+

Vostre loyaument, sans faulser.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Par les fenestres de mes yeulx,

+

Ou temps passé, quant regardoye,

+

Advis m'estoit, ainsi m'ait Dieux,

+

Que de trop plus belles voye

+

Qu'à present ne fais; mais j'estoye

+

Ravy en plaisir et lyesse,

+

Es mains de ma Dame Jeunesse.

+
+

Or, maintenant que deviens vieulx,

+

Quant je lis ou livre de joye,

+

Les lunectes prens pour le mieulx,

+

Parquoy la lectre me grossoye,

+

Et n'y voy ce que je souloye;

+

Pas n'avoye ceste foiblesse,

+

Es mains de ma Dame Jeunesse.

+
+

Jeunes gens vous deviendrez tieulx,

+

Se vivez et suivez ma voye;

+

Car aujourduy n'a soubz les cieulx

+

Qui en aucun temps ne foloye;

+

Puis fault que raison son compte oye,

+

Du trop despendu en simplesse,

+

Es mains de ma Dame Jeunesse.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Dieu en tout, par grace pourvoye,

+

Et ce qui nicement fourvoye

+

A son plaisir, en bien radresse

+

Es mains de ma Dame Jeunesse

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Par les fenestres de mes yeulx,

+

Le chault d'amours souloit passer;

+

Mais maintenant que deviens vieulx,

+

Pour la chambre de mon penser,

+

En esté freschement garder,

+

Fermées les feray tenir;

+

Laissant le chault du jour aler

+

Avant que je les face ouvrir.

+
+

Aussi en yver le pluvieux,

+

Qui vens et broillars fait lever,

+

L'air d'amour epidimieux

+

Souvent parmy se vient bouter;

+

Si fault les pertuis estouper,

+

Par où pourroit mon cueur ferir,

+

Le temps verray plus net et cler,

+

Avant que je les face ouvrir.

+
+

Desormais en sains et seur lieux,

+

Ordonne mon cueur demourer,

+

Et par Nonchaloir, pour le mieulx,

+

Mon medicin soy gouverner;

+

S'Amour à mes huys vient hurter,

+

Pour vouloir vers mon cueur venir,

+

Seurté lui fauldra me donner,

+

Avant que je les face ouvrir.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Amours, vous venistes frapper

+

Pieca mon cueur, sans menacer;

+

Or, ay fait mes logis bastir

+

Si fors que n'y pourrez entrer,

+

Avant que je les face ouvrir.

+
+
+
+
+

BALADE.

+
+

Ung jour à mon cueur devisoye,

+

Qui en secret à moy parloit,

+

Et en parlant, lui demandoye

+

Se point d'espargne fait avoit

+

D'aucuns biens, quant Amour servoit;

+

Il me dist que tres voulentiers

+

La vérité m'en compteroit,

+

Mais qu'eust visité ses papiers.

+
+

Quant ce m'eut dit, il print sa voye,

+

Et d'avecques moy se partoit,

+

Apres entrer je le voye

+

En ung comptouer qu'il avoit;

+

Là deça et delà queroit,

+

En cherchant plusieurs vieux cayers,

+

Car le vray monstrer me vouloit,

+

Mais qu'eust visité ses papiers.

+
+

Ainsi, par ung temps l'atendoye,

+

Tantost devers moy retournoit,

+

Et me monstra, dont j'euz grant joye,

+

Ung livre qu'en sa main tenoit,

+

Ou quel dedens escript portoit

+

Ses faiz, au long et bien entiers,

+

Desquelz informer me feroit,

+

Mais qu'eust visité ses papiers.

+
+

Lors demanday se j'y liroye,

+

Ou se mieulx lire lui plaisoit;

+

Il dit que trop paine prandroye,

+

Pourtant à lire commancoit,

+

Et puis gectoit et assommoit

+

Le compte des biens et dangiers;

+

Tout à ung vy que revendroit

+

Mais qu'eust visité ses papiers.

+
+

Lors dy: Jamais je ne cuidoye,

+

Ne nul autre ne le croiroit,

+

Qu'en amer, où chascun s'employe,

+

De proffit n'eust plus grant exploit;

+

Amours ainsi les gens decoit,

+

Plus ne m'aura en telz santiers,

+

Mon cueur bien effacier pourroit,

+

Mais qu'eust visité ses papiers.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Amours savoir ne me devroit

+

Mal gré, se blasme ses mestiers,

+

Il verroit mon gaing bien estroit,

+

Mais qu'eust visité ses papiers.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

En tirant d'Orléans à Blois,

+

L'autre jour par eaue venoye,

+

Si rencontray, par plusieurs foiz,

+

Vaisseaulx, ainsi que je passoye,

+

Qui singloient leur droicte voye,

+

Et aloient legierement,

+

Pour ce qu'eurent, comme veoye,

+

A plaisir et à gré, le vent.

+
+

Mon cueur, penser et moy, nous trois,

+

Les regardasmes à grant joye,

+

Et dist mon cueur à basse voie:

+

Voulentiers en ce point feroye,

+

De Confort la voille tendroye,

+

Se je cuidoye seurement

+

Avoir, ainsi que je vouldroye,

+

A plaisir et à gré, le vent.

+
+

Mais je treuve le plus des mois

+

L'eaue de Fortune si quoye,

+

Quant ou bateau du monde vois,

+

Que, s'avirons d'Espoir n'avoye,

+

Souvent en chemin demourroye,

+

En trop grant ennui longuement,

+

Pour neant en vain actendroye,

+

A plaisir et à gré, le vent.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Les nefz dont cy devant parloye,

+

Montoient, et je descendoye

+

Contre les vagues de tourment;

+

Quant il lui plaira, Dieu m'envoye,

+

A plaisir et à gré, le vent.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

L'autre jour je fis assembler

+

Le plus de conseil que povoye,

+

Et vins, bien au long, raconter

+

Comment deffié me tenoye;

+

Comme par lectres monstreroye,

+

De merancolie et douleur,

+

Pourquoy conseiller me vouloye

+

Par les trois estas de mon cueur.

+
+

Mon advocat prist à parler,

+

Ainsi qu'anformé je l'avoye;

+

Lors vissiez mes amis pleurer,

+

Quant sceurent le point où j'estoye;

+

Non pourtant je les confortoye,

+

Qu'à l'aide de nostre Seigneur,

+

Bon remede je trouveroye,

+

Par les trois estas de mon cueur.

+
+

Espoir, Confort, Loyal penser,

+

Que mes chiefs conseillers nommoye,

+

Se firent fors, sans point doubter,

+

Se par eulx je me gouvernoye,

+

De me trouver chemin et voye

+

D'avoir brief secours de doulceur,

+

Avecques l'aide que j'auroye

+

Par les trois estas de mon cueur.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Prince, fortune me guerroye

+

Souvent à tort, et par rigueur,

+

Raison veult que je me pourvoye,

+

Par les trois estas de mon cueur.

+
+
+

BALADE.

+
+

(Orléans.)

+
+

Bon regime sanitatis

+

Pro vobis, neuf en mariage,

+

Ne de vouloirs effrenatis,

+

Abusez nimis en mesnage;

+

Sagaciter menez l'ouvrage,

+

Ainsi fait homo sapiens,

+

Testibus les phisiciens.

+
+

Premierement, caveatis

+

De c...u trop à oultraige;

+

Car, se souvent hoc agatis,

+

Conjunx le vouldra par usaige

+

Chalenger, velud heritaige,

+

Aut erit quasi hors du sens,

+

Testibus les phisiciens.

+
+

Oultre plus, non faciatis

+

Ut Philomena ou boucaige;

+

Se voz amours habeatis,

+

Qui siffle carens de couraige

+

Cantendi, mais monstrez visaige

+

Joyeulx, et silis paciens;

+

Testibus les phisiciens.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Prince, miscui en potaige

+

Latinum et françois langaige,

+

Docens loyaulx advisemens,

+

Testibus les phisiciens.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Du regime quod dedistis,

+

Cognoscens que tres saigement

+

Me, Monseigneur, docuistis,

+

Je vous remercie humblement;

+

Mais d'ainsi faire seurement,

+

Numquam uxor concordabit,

+

Hoc mains desbas generabit.

+
+

Je ne scay si bien novistis

+

L'infinie peine et tourement,

+

In quibus me posuistis,

+

Se je croy vostre enseignement;

+

Car tant congnois, s'aucunement

+

Fais du sourt quando temptabit,

+

Hoc mains desbas generabit.

+
+

Je voy trop bien que dixistis

+

Ce qu'on doit dire bonnement,

+

Et qu'aussi me avertistis

+

De ma santé entierement;

+

Mais quant je feray autrement,

+

Le fait d'autres recordabit,

+

Hoc mains desbas generabit.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Prince, selon mon sentement,

+

Il fault s'acquiter loyaument;

+

Quia qui non laborabit,

+

Hoc mains desbas generabit.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

(Maistre Pierre Chevalier.)

+
+

Tost est deceu, cuider d'homme oultrageux;

+

Tost est perdu, avoir mal acquesté;

+

Tost est vaincu, homme peu courageux;

+

Tost est reprins, qui fait desloyaulté;

+

Tost est saoule, apetit degouté;

+

Tost est lassé amy, de plaisir faire;

+

Tost despendu, ce qui a chier cousté;

+

Tost est deffait, qui veult autruy deffaire.

+
+

Tost est meschant, qui est enclin à jeux;

+

Tost renversé, qui est trop hault monté;

+

Tost est à fol, son parler dommageux;

+

Tost voions nous l'orgueilleux surmonté;

+

Tost dit helas, qui se voit tourmenté;

+

Tost ennuye, ce qu'on ne peut parfaire;

+

Tost octroie, qui en a voulenté;

+

Tost est deffait, qui veult autruy deffaire.

+
+

Tost est passé, ung plaisir soulageux;

+

Tost est villain de mesdire apresté;

+

Tost est baillé, ung mal contagieux;

+

Tost se tarist, jeunesse et beaulté;

+

Tost est pensif, qui a necessité;

+

Tost est paillart, qui le veult contrefaire;

+

Tost vient l'yver, tost se passe l'esté;

+

Tost est deffait qui veult autruy deffaire.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Tart est rendu, argent qui est presté;

+

Tart vient à bien, homme de mal afaire;

+

Tart deffié, qui est ja conquesté;

+

Tost est deffait qui veult autruy deffaire.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

(Maistre Berthault de Villebresme.)

+
+

Tost fût Priam, puissant Roy couronné,

+

Tost fut destruit et toute sa lignée;

+

Tost fut Saturne à mal habandonné;

+

Tost fut Echo en amours refusée;

+

Tost Leander perit en mer salée;

+

Tost devia la noble Rosemonde;

+

Tost fut Dido, d'amours desheritée;

+

Tost se passe la joye de ce monde.

+
+

Tost delaissa Paris, Oenone;

+

Tost fut Biblis en fontaine muée;

+

Tost defflora Bacchus, Erigone;

+

Tost fut Jason ennuyé de Medée;

+

Tost fut Philis pendue et estranglée;

+

Tost finerent Guischart et Sigismonde;

+

Tost print jadis Atropos, Dyopée;

+

Tost se passe la joye de ce monde.

+
+

Tost fut Saul, Roy des Juifz ordonné,

+

Tost se navra à mort de son espée;

+

Tost fut Pheton de fouldre environné;

+

Tost fut ravie Helene en Citharée,

+

Tost en mourut noblesse inestimée;

+

Tost fut Hero noyée en mer parfonde;

+

Tost fut l'amour Piramus expirée;

+

Tost se passe la joye de ce monde.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Tost envahit fortuné, Hermionne;

+

Tost fut Progné convertie en haronde;

+

Tost fut Ithis en pieces tronsonné;

+

Tost se passe la joye de ce monde.

+
+
+
+

LECTRE EN COMPLAINTE

+

Envoyée par Fredet au duc d'Orléans.

+
+

Monseigneur, pour ce que scay bien

+

Que vous avez, de vostre bien,

+

Autreffoiz pris plaisir à lire

+

De mes faiz qui ne valent rien,

+

Dont trop à vous tenu me tien;

+

Vouloir m'est pris de vous escripre,

+

Et mon aventure vous dire,

+

Laquelle conter vous desire;

+

Car c'est raison que je le face,

+

Esperant que de mon martire,

+

Tel conseil qui devra suffire,

+

Me donnerez de vostre grace.

+
+

Il est vray que de par Amours,

+

Ung jour saint Valentin à Tours,

+

Fut une grande feste ordonnée,

+

Et fist assavoir par les cours,

+

Comme de coustume a tousjours,

+

Que chascun vint à la journée.

+

Là eut grant joye demenée,

+

Et mainte haulte loy donnée;

+

0Qui fut sans per, choisit adoncques;

+

Si euz, comme par destinée,

+

A mon gré la meilleure née

+

Qui en France se trouvast oncques.

+
+

Comme ma Dame, ma maistresse

+

Et ma terrienne Deesse,

+

Tousjours la sers, et l'ay servie;

+

Car il m'a, par deffense expresse,

+

Commandé lui faire promesse

+

D'estre sien pour toute ma vie;

+

Car tant ma pensée a ravie,

+

Et à la cherir asservie,

+

Que je ne pourroye, sur m'ame,

+

D'aultre jamais avoir envie,

+

Tant feust elle bien assouvie,

+

Si fort lui a pleu que je l'ame.

+
+

Mais ainsi m'en va, que depuis

+

Qu'à elle donné je me suis,

+

Je ne peuz avoir bien, ne joye,

+

Fors que tous maulx et tous Ennuys,

+

Qui à toute heure, jours et nuys,

+

Me tourmentent où que je soye,

+

Tant que ne scay que faire doye;

+

Et semble, se dire l'osoye,

+

Qu'ilz ayent tous ma mort jurée;

+

Se vostre bonté n'y pourvoye,

+

Force sera que par eulx voye

+

Finer ma vie maleurée.

+
+

Pource que souvent ne la voy,

+

Le plus que je puis, sur ma foy,

+

Je ne fais qu'en elle penser;

+

Savez vous la cause pourquoy?

+

En esperant que mon ennoy

+

Se deust aucunement cesser;

+

Mais il ne me veult delaisser,

+

Car plus en elle est mon penser,

+

Et plus de doleur me court seure,

+

Qui m'est si tres dure à passer,

+

Que je désire trespasser

+

Plus de mille foiz en une heure.

+
+

Que je sceusse prendre plaisir

+

En riens qui soit, fors desplaisir,

+

Las! je ne pourroye loing d'elle;

+

Car c'est celle que mon desir

+

M'a fait, pour maistresse choisir,

+

Comme s'il n'en feust point de telle,

+

Tout mon bien et mal vient de celle;

+

Ainsi, comme il plaist à la belle,

+

Il n'en est qu'à sa voulenté;

+

Et ne cuidez pas que vous celle

+

Que ce ne soit celle qu'appelle,

+

Devant chascun, ma Leauté.

+
+

Puisque je l'ame si tresfort,

+

N'a pas doncques Amours grant tort?

+

De moy faire tant endurer,

+

Ou dire fault qu'il soit d'accort,

+

Que pour trop amer prengne mort,

+

Ou moy faire desesperer;

+

Quant pour plaindre, pour souspirer,

+

Pour mal qu'il me voye tirer,

+

Il ne m'en a que pis donné;

+

En ce point me fault demourer,

+

Car mieulx vault ainsi qu'empirer;

+

Veez là comment suis gouverné!

+
+

Helas! ce qui plus me tourmente,

+

Et dont fault que plus de dueil sente,

+

C'est la grant doubte que je fais,

+

Que je defaille à mon entente,

+

Et que dutout perde l'actente

+

De mes tant desirez souhais;

+

Car je suis seur, plus qu'oncques mais,

+

Que si par vous ne sont parfais,

+

User ma vie me fauldra,

+

En languissant desoresmais;

+

Comme cil à qui, pour jamais,

+

Toute plaisance deffauldra.

+
+

Et quant devers Amours je viens

+

Lui compter les maulx que soustiens,

+

En lui requerant allegance.

+

Il me respond: Je n'y puis riens,

+

Mais va t'en au DUC D'ORLÉANS,

+

Que fors lui, n'en a la puissance;

+

Fay donc qu'ayes son accointance,

+

Et te metz en sa bienveillance;

+

Car, se tu le puis faire ainsi,

+

Tu ne dois point faire doubtance,

+

Que de ta dure desplaisance,

+

Il n'en ait voulentiers merci.

+
+

A vous doncques me fault venir,

+

Et vostre du tout devenir,

+

Puisque vous avez ce povoir,

+

Que de moy faire parvenir

+

Au plus haut bien qui avenir

+

Me peut jamais, à dire veoir;

+

Pourquoy il vous plaise savoir,

+

Que se vous y faictes devoir,

+

Et voulez à mon fait entendre,

+

Tellement que je puisse avoir

+

Celle qui tant me plaist à voir,

+

Vostre à tousjours je m'iray rendre.

+
+

Or n'oubliez pas, Monseigneur,

+

Vostre tres humble serviteur;

+

Mais escoutez mes dolans plains,

+

Desquieulx je vous fais la clameur,

+

Et vueillez, par vostre doulceur,

+

Que par vous ilz soient estains,

+

Car croiez qu'ilz ne sont pas fains,

+

Ains pires avant plus que mains;

+

Puis me donnez, de vostre grace,

+

Je vous en pry à jointes mains,

+

Tel responce que, soirs et mains,

+

Tout mon vivant joyeulx me face.

+
+
+
+

AUTRE LECTRE EN COMPLAINTE

+

FAISANT RESPONCE AU DIT FREDET.

+
+

Fredet, j'ay receu vostre lectre,

+

Dont vous mercie chierement,

+

Ou dedens avez voulu mectre

+

Vostre fait bien entierement;

+

Fier vous povez seurement

+

En moy, tout, non pas à demy;

+

Au besoing congnoist on l'amy.

+
+

S'Amour tient vostre cueur en serre,

+

Ne vous esbahissez en rien;

+

Il n'est nulle si forte guerre

+

Qu'au derrain ne s'appaise bien;

+

Amour le fait, comme je tien,

+

Pour esprouver mieulx vostre vueil,

+

Grant joye vient apres grant dueil.

+
+

Se vous dictes: Las! je ne puis

+

Une telle doleur porter;

+

Je vous respons: Beau Sire, et puis

+

Vous en voulez vous depporter,

+

Ou au Dieu d'amours rapporter?

+

L'un des deux fault, se m'aist Dieux, voire;

+

Puisqu'il est trait, il le fault boire.

+
+

Cuidez vous, par dueil et courroux,

+

Ainsi gangner vostre vouloir?

+

Nennil, ce ne sont que coups roux

+

Qu'Amours met tout en nonchaloir;

+

De riens ne vous pevent valoir,

+

Et se les couchez en despense,

+

Trop remaint de ce que fol pense.


+

Voulez vous rompre votre teste

+

Contre le mur? ce n'est pas sens;

+

Il faut dancer, qui est en feste;

+

Certes, autre raison n'y sens;

+

Et pour ce la, je me consens

+

Que souffrez qu'Amours vous demaine;

+

Grant bien ne vient jamais sans paine.

+
+

Mais de voz doleurs raconter

+

Faictes bien, ainsi qu'il me semble,

+

Et les assommer et compter

+

Devant Amours; car il ressemble

+

A l'ostellier qui met ensemble,

+

Et tout dedens son papier couche;

+

Pour parler est faicte la bouche.

+
+

De pieca je fuz en ce point,

+

Encore pis, loing d'allegence;

+

Touteffoiz ne vouluz je point,

+

De moy mesmes, faire vengence;

+

Mais chauldement, par diligence,

+

Pourchassay et playday mon fait;

+

Peu gangne cellui qui se tait.

+
+

Et pour ce que la lectre dit

+

Qu'Amours veult que vers moy tirez,

+

De moy ne serez escondit,

+

S'aucune chose desirez

+

A vostre bien, quant l'escriprez;

+

Paine mectray, d'entente franche,

+

Que l'ayez de croq ou de hanche.

+
+

Combatez, d'estoc et de taille,

+

Vostre dure merencolie,

+

Et reprenez, commant qu'il aille,

+

Espoir, confort et chiere lie;

+

De ne vous oublier me lie,

+

Autant en ce que puis et doy.

+

Que se me teniez par le doy.


+

Or retournons à mon propos,

+

Et ne parlons plus de cecy.

+

Vray est que je suis en repos

+

D'amours, mais non pas de Soussy;

+

Et pour ce, je vous vueil aussy

+

De me conseiller travailler,

+

L'ami doit pour l'autre veillier.

+
+

Soussy maintient que c'est raison

+

Qu'il ait sur tous vers moy puissance;

+

Nonchaloir dit qu'en ma maison,

+

Vault mieulx qu'il ait la gouvernance,

+

Car il ramenera Plaisance,

+

Que Soussy a bannye à tort,

+

Sans resveillier le chat qui dort.

+
+

Soussy respond qu'estre ne peut,

+

Tant qu'on est ou monde vivant,

+

Car Fortune partout s'esmeut,

+

Et est à chascun estrivant,

+

En tous lieux va mal escrivant,

+

Et toutes choses met en double;

+

Elle a beaux yeulx et ne voit goute.

+
+

Si ne scay que je doye faire,

+

Ne lequel d'eulx me laissera;

+

Car, veu que tousjours j'ay affaire,

+

Soussy jamais ne cessera,

+

Mais mon plaisir rabessera,

+

En quelque place que je voyse;

+

Bien est aise, qui est sans noyse.

+
+

Quant en nonchaloir je m'esbas,

+

Et desplaisir vueil debouter,

+

Jamais ne scay parler si bas

+

Que Soussy ne viengne escouter:

+

Las! je le doy tant redoubter,

+

Car à tort souvent me ravalle;

+

Mais sans mascher fault que l'avalle.


+

Je ne scay remede quelconques,

+

Quant ay mis ces choses en poys,

+

Pour tous deux contenter adoncques,

+

Fors les faire servir par moys;

+

Mandez moy sur ce quelquefoys,

+

Fredet, bon conseil par vostre ame,

+

Foy que devez à vostre Dame.

+
+
+
+

RESPONCE DE FREDET AU DUC D'ORLÉANS.

+
+

Monseigneur, j'ay de vous receu,

+

Et aussi de mot à mot leu,

+

Une lectre qu'il vous a pleu

+

Moy rescripre, touchant mon fait,

+

Par laquelle j'ay apperceu

+

Le bon vouloir qu'avez eu

+

Vers moy tousjours, qui n'est pas peu,

+

Dont tout mon dueil avez deffait;

+

Et oultre plus comme j'ay veu,

+

Avez voulu que j'aye sceu,

+

De quoy il ne m'a point despleu,

+

Ce qui tant vous griefve, ou refait;

+

Sur quoy, de vous obeir meu,

+

Non pas ainsi comme il est deu,

+

Mais du tout au mieulx que j'ay peu,

+

Mon conseil tel quel vous ait fait:

+
+

Vous plaigniez de la rigueur,

+

Et aigreur,

+

Que vous fait, par sa fureur,

+

Et chaleur,

+

Celluy que nommez Soussy,

+

Qui sans cause et sans couleur,

+

Et langueur,

+

Par son ennuyeux labeur

+

Et maleur,

+

Vous tourmente sans mercy;

+

Dont par force de douleur

+

Vostre cueur

+

Est noyé par grant langueur,

+

Tout en pleur,

+

Et souvent devient transy;

+

Puis racontez, Monseigneur,

+

Quel doulceur,

+

Nonchaloir, par son bon eur

+

Et valeur,

+

Se offre vous faire aussi.

+
+

De Soussy vous vueil escripre,

+

C'est ung tres merveilleux sire,

+

Et fault dire

+

Que cellui n'a pas couraige

+

D'omme saige,

+

Qui veult qu'avec lui demeure,

+

Car il ne sert que de nuyre,

+

Et ne pense, ne desire

+

Qu'à destruire,

+

Et fait à chascun dommaige,

+

Et oultraige;

+
+

Ne lui chault qui vive ou meure,

+

Et fut il seigneur d'empire,

+

Ou qui que soit, tout fait frire,

+

Et martire;

+

Tant qu'il est en son servaige,

+

Avantaige

+

N'a nul, je le vous assure,

+

Mille maulx, tous d'une tire,

+

Ne lui pevent trop suffire;

+

Il n'est pire,

+

Tant fait de tourmenter raige,

+

Et enraige

+

Qu'à son gré tout ne demeure.

+
+

Soussy toult d'estre joyeulx,

+

Et fait merencolieux

+

Par tous lieux,

+

Et bien souvent furieux,

+

Tous ceulx où il a puissance;

+

Par lui les biens gracieux

+

Deviennent mal gracieux;

+

Jeunes, vieux,

+

Tout fait trouver ennuyeux

+

A qui plaist son accointance;

+

Puis, par sa grande savance,

+
+

Il avance

+

Autour d'eulx Desesperance

+

Qui, par ses diz ennuyeux,

+

Et ses faiz malicieux

+

Et crueux,

+

Les met en ceste creance,

+

Que jamais ilz n'auront mieulx;

+

Lors sont à tel desplaisance,

+

Que plus seroit leur plaisance,

+

Sans doubtance,

+

Brief mourir qu'estre mais tieulx.

+
+

Se les maulx compter vouloye,

+

Et la puissance en avoye,

+

Que Soussy vous feroit bien;

+

Mais à quoy l'entreprendroye?

+

Car certes je ne sauroye

+

D'un an vous dire combien,

+

Et pour ce, à tant je m'en tien;

+

Et maintenant je revien,

+

Pour faire vostre vouloir,

+

A parler, se j'en scay rien,

+

Du grant aise, du hault bien,

+

Lequel donne Nonchaloir.

+
+

Qui à Nonchaloir s'adresse,

+

Et tout, pour estre sien, lesse

+

Et delesse;

+

En leesse,

+

Sans que jamais mal le blesse,

+

Pourra sa vie passer.

+

Dueil, courroux, soussy, aspresse,

+

Et tous ceulx de leur promesse,

+

Soit tristesse,

+

Ou destresse,

+

Ou rudesse,

+

Qui de mains grever ne cesse,

+

Tous les fait avant passer.

+
+

Contre lui n'ont hardiesse;

+

Il les vaint, par sa sagesse,

+

Et abesse

+

Leur duresse,

+

Leur haultesse;

+

Nul ose lui faire presse,

+

N'encontre lui s'amasser,

+

Car il maine joye en lesse,

+

Qui le deffent d'eulx sans cesse,

+

Par prouesse;

+

Or donc qu'esse?

+

Est il au monde richesse

+

Qui sceut ung tel bien passer?

+
+

De lui vient plaisante vie

+

Qui desvie

+

Dueil, soussy, de toute place,

+

De repos aise assouvie,

+

Sans envie

+

De bien qu'à autruy se face,

+

Les autres bonnes efface,

+

Et defface.

+

Tout est en joye ravye,

+

Tout fait a joyeuse face,

+

Dont la grace

+

De vous a bien desservye.

+
+

Nonchaloir, de sa nature,

+

Lui soit fortune ou non dure,

+

L'un et l'autre tout endure,

+

Et prent en gré l'avanture,

+

Car il ne tient d'ame conte;

+

Joye, dueil, paix ou murmure,

+

Gangner, perdre sans mesure,

+

Soit à tort, ou par droicture,

+

Tout lui est ung, je vous jure;

+

Ne lui chault s'il besse ou monte,

+

Ou se moindre le surmonte,

+

D'un chascun à son gré compte,

+

De quanque lui vient n'a honte,

+

Soit bien ou mal, rien n'en compte,

+

A tout faire s'avanture,

+

Autant lui est Roi que Conte,

+

La cause est, comme il raconte,

+

Car à nulluy ne rent compte;

+

Et pour ce, la fin de conte,

+

Tousjours sa vie en paix dure.

+
+

Pourquoy, servir je vous conseille

+

De nostre maistre Nonchaloir;

+

Et bannissez, vueille ou non vueille,

+

Soucy, sans plus vous en chaloir;

+

De lui mieulx ne povez valoir,

+

Mais soit hors de vostre memoire;

+

Qui demande conseil doit croire.

+
+

Je vous supply qu'il vous suffise,

+

Et aussi il ne vous desplaise,

+

D'une question qu'ay cy mise,

+

D'un mien amy tres en malaise;

+

Dont, Monseigneur mais qu'il vous plaise,

+

Vostre conseil avoir m'en fault;

+

L'advis de deux mieulx que d'un vault.

+
+

Celluy que dy est si espris

+

D'une tant belle, bonne Dame,

+

Qu'il ne pourrait estre pris

+

Tellement si tres fort il ame,

+

Mais espoir n'a point, sur mon ame,

+

D'avoir jamais d'elle secours;

+

Pas n'est en paix qui sert amours.

+
+

Que autre Dame, se lui semble,

+

Qui n'a point de meilleur vivant,

+

Par le bien qu'en elle s'assemble,

+

Le vouldroit bien, pour son servant;

+

Non pourtant il mourrait avant

+

Que son cueur se peust sien clamer;

+

Par force l'en ne peut amer.

+
+

Et, pour ce, maintenant demande

+

Qui lui sera moins chose forte?

+

Celle amer qu'Amours lui commande,

+

Où toute s'esperance est morte,

+

Ou l'autre, combien qu'il rapporte

+

Qu'amer ne la peut, ne desire;

+

De deulx maulx on prent le moins pire.

+
+

Veez là de mon amy le cas,

+

Auquel fauldroye bien envis;

+

Mais conseiller ne le puis pas,

+

Sans en avoir de vous l'advis;

+

Fait en soit à votre devis,

+

Monseigneur, car c'est bien raison,

+

Et à tant fine ma raison.

+
+
+
+

LA COMPLAINTE DE FRANCE.

+
+

France, jadis on te souloit nommer,

+

En tous pays, le tresor de noblesse,

+

Car ung chascun povoit en toy trouver

+

Bonté, honneur, loyaulté, gentillesse,

+

Clergie, sens, courtoisie, proesse;

+

Tous estrangiers amoient te suir,

+

Et maintenant voy, dont j'ay desplaisance,

+

Qu'il te convient maint grief mal soustenir,

+

Tres crestien, franc royaume de France.

+
+

Seez tu dont vient ton mal, à vray parler?

+

Congnois tu point pourquoy es en tristesse?

+

Conter le vueil, pour vers toy m'acquicter,

+

Escoutes moy, et tu feras sagesse.

+

Ton grant ourgueil, glotonnie, peresse,

+

Convoitise, sans justice tenir,

+

Et luxure, dont as eu habondance,

+

Ont pourchacié vers Dieu de te punir,

+

Tres crestien, franc royaume de France.

+
+

Ne te vueilles pourtant desesperer,

+

Car Dieu est plain de mercy, à largesse;

+

Va t'en vers lui sa grace demander,

+

Car il t'a fait, de ja pieca, promesse;

+

Mais que faces ton advocat Humblesse,

+

Que tres joyeux sera de toy guerir;

+

Entierement metz en lui ta fiance,

+

Pour toy et tous, voulu en croix mourir,

+

Tres crestien, franc royaume de France.

+
+

Souviengne toy comment voult ordonner

+

Que criasses Montjoye, par liesse,

+

Et, qu'en escu d'azur, deusses porter

+

Trois fleurs de Lis d'or, et pour hardiesse

+

Fermer en toy, t'envoya sa haultesse,

+

L'Auriflamme qui t'a fait seigneurir

+

Tes ennemis; ne metz en oubliance

+

Telz dons haultains, dont lui pleut t'enrichir,

+

Très crestien, franc royaume de France.

+
+

En oultre plus, te voulu envoyer

+

Par un coulomb qui est plain de simplesse,

+

La unction dont dois tes Roys sacrer,

+

Afin qu'en eulx dignité plus en cresse;

+

Et, plus qu'à nul, t'a voulu sa richesse

+

De reliques et corps sains, departir;

+

Tout le monde en a la congnoissance,

+

Soyes certain qu'il ne te veult faillir,

+

Tres crestien, franc royaume de France.

+
+

Court de Romme si te fait appeller

+

Son bras dextre, car souvent de destresse

+

L'as mise hors, et pour ce approuver,

+

Les Papes font te seoir, seul, sans presse,

+

A leur dextre, se droit jamais ne cesse;

+

Et pour ce, dois fort pleurer et gemir,

+

Quant tu desplais à Dieu qui tant t'avance

+

En tous estas, lequel deusses cherir,

+

Tres crestien, franc royaume de France.

+
+

Quelz champions souloit en toy trouver

+

Crestienté! Ja ne fault que l'expresse;

+

Charlemaine, Rolant et Olivier,

+

En sont tesmoings, pour ce, je m'en delaisse,

+

Et saint Loys Roy, qui fist la rudesse

+

Des Sarrasins souvent aneantir,

+

En son vivant, par travail et vaillance;

+

Les croniques le monstrent, sans mentir,

+

Tres crestien, franc royaume de France.

+
+

Pour ce, France, vueilles toy adviser,

+

Et tost reprens de bien vivre l'adresse;

+

Tous tes meffaiz metz paine d'amander,

+

Faisant chanter et dire mainte messe

+

Pour les ames de ceulx qui ont l'aspresse

+

De dure mort souffert, pour te servir;

+

Leurs loyaultez ayes en souvenance,

+

Riens espargnié n'ont pour toy garantir,

+

Tres crestien, franc royaume de France.

+
+

Dieu a les braz ouvers pour t'acoler,

+

Prest d'oublier ta vie pecheresse;

+

Requier pardon, bien te vendra aidier

+

Nostre Dame, la tres puissant princesse,

+

Qui est ton cry, et que tiens pour maistresse;

+

Les sains aussi te vendront secourir,

+

Desquelz les corps font en toy demourance.

+

Ne vueilles plus en ton pechié dormir,

+

Tres crestien, franc royaume de France.

+
+

Et je, CHARLES DUC D'ORLÉANS, rimer

+

Voulu ces vers, ou temps de ma jeunesse,

+

Devant chacun les vueil bien advouer,

+

Car prisonnier les fis, je le confesse;

+

Priant à Dieu, qu'avant qu'aye vieillesse,

+

Le temps de paix partout puist avenir,

+

Comme de cueur j'en ay la desirance,

+

Et que voye tous tes maulx brief finir,

+

Tres crestien, franc royaume de France.

+
+
+
+

COMPLAINTE.

+
+

Amour, ne vous vueille desplaire.

+

Se trop souvent à vous me plains,

+

Je ne puis mon cueur faire taire,

+

Pour la doleur dont il est plains;

+

Helas! vueillez penser au meins

+

Aux services qu'il vous a fais,

+

Je vous en pry à jointes mains,

+

Car il en est temps, ou jamais.

+
+

Monstrez qu'en avez souvenance,

+

En lui donnant aucun secours,

+

Faisant semblant qu'avez plaisance

+

Plus à son bien, qu'à ses doulours;

+

Ou me dictes, pour Dieu, Amours,

+

Se le lairrez en cest estat,

+

Car d'ainsi demourer tousjours,

+

Cuidez vous que ce soit esbat?

+
+

Nennil, car Dangier qui desire

+

De le mectre du tout à mort,

+

L'a mis, pour plustost le destruire,

+

En la prison de Desconfort;

+

Ne jamais ne sera d'accort

+

Qu'il en parte par son vouloir,

+

Combien que trop, et à grant tort,

+

Longtemps lui a fait mal avoir.

+
+

Et pour la tres mauvaise vie

+

Que lui fait souffrir ce villain,

+

Il est encheu en maladie,

+

Car de tout ce qui lui est sain,

+

A le rebours, j'en suy certain;

+

En ceste dolente prison,

+

Ne scay s'il passera demain,

+

Qu'il ne meure sans guerison.

+
+

Car il n'a que poires d'angoisse

+

Au matin, pour se desjeuner,

+

Qui tant le refroisdist et froisse,

+

Qu'il ne peut santé recouvrer;

+

D'eaue ne lui fault point donner,

+

Il en a de larmes assez;

+

Tant a de mal, à vray parler.

+

Que cent en seroient lassez.

+
+

Et n'a que le lit de pensée

+

Pour soy reposer et gesir;

+

Mais plaisance s'en est alée,

+

Qui plus ne le povoit souffrir,

+

A paine l'a peu retenir,

+

S'espoir ne feust jusques à cy;

+

N'a il donc raison, sans mentir?

+

S'il fait requeste de mercy.

+
+

Il porte le noir de tristesse,

+

Pour reconfort qu'il a perdu,

+

N'oncques hors des fers de destresse

+

N'est party, pour mal qu'il ait eu;

+

Touteffoiz vous avez bien sceu

+

Qu'à vous s'estoit du tout donné,

+

Quelque doleur qu'il ait receu,

+

Et vous l'avez abandonné!

+
+

Par m'ame, c'est donner courage

+

A chascun de voz serviteurs

+

De vous laisser, s'il estoit sage,

+

Et querir son party ailleurs;

+

Car tant qu'aurez telz gouverneurs,

+

Comme Dangier, le desloyal,

+

Vous n'aurez que plains et clameurs,

+

Car il ne fist oncques que mal,

+
+

A mon cueur le conseilleroye

+

Qu'il vous laissast; mais, par ma foy,

+

Ja consentir ne lui feroye,

+

Car tant de son vueil j'aperçoy,

+

Quelque doleur qu'il ait en soy,

+

Qu'il est vostre par devant tous;

+

Et, par mon serement, je le croy,

+

Qu'autre maistre n'aura que vous.

+
+

Or regardez, n'est ce merveille?

+

Qu'il vous aime si loyaument,

+

Quant toute doleur nompareille

+

A receu, sans allegement,

+

Et si le porte lyement,

+

Pensant que une foiz mieulx sera;

+

A vous s'en actent seulement,

+

Ne ja aultrement ne fera.

+
+

Si m'a chargié que vous requiere,

+

Comme pieca vous a requis,

+

Que vueilliez oir sa priere:

+

C'est qu'il soit hors de prison mis,

+

Et Dangier et les siens bannis,

+

Qui jamais ne vouldront son bien;

+

Ou au moins qu'aye saufconduis

+

Qu'ilz ne lui meffacent de rien.

+
+

Afin qu'il puist oir nouvelle

+

De celle dont il est servant,

+

Et souvent veoir sa beaulté belle;

+

Car d'autre rien n'est desirant

+

Que la servir, tout son vivant,

+

Comme la plus belle qui soit,

+

A qui Dieu doint de biens autant

+

Que son loyal cueur en vouldroit.

+
+
+
+

COMPLAINTE.

+
+

Ma seule Dame et ma maîtresse,

+

Où gist de tout mon bien l'espoir,

+

Et sans qui, plaisir, ne liesse,

+

Ne me pevent en riens valoir;

+

Pleust à Dieu que peussiez savoir

+

Le mal, l'ennuy et le courrous,

+

Qu'à toute heure me fault avoir

+

Pource que je suis loings de vous.

+
+

Helas! or ay je souvenance

+

Que je vous vy derrainement

+

A si tres joyeuse plaisance,

+

Qu'il me sembloit certainement

+

Que jamais ennuyeux tourment

+

Ne devoit pres de moi venir,

+

Mais je trouvay bien autrement,

+

Quant me fallut de vous partir.

+
+

Car, quant ce vint au congié prandre,

+

Je ne savoye, pour le mieulx,

+

Auquel me valoit plus entendre,

+

Ou à mon cueur, ou à mes yeulx;

+

Car je trouvay, ainsi m'aid' Dieux,

+

Mon cueur courroucié si tres fort

+

Qu'oncques ne le vy, en nulz lieux.

+

Si eslongné de reconfort.

+
+

Et d'autre part, mes yeulx estoient

+

En ung tel vouloir de pleurer

+

Qu'à peine tenir s'en povoient,

+

N'ilz n'osoient riens regarder;

+

Car, par ung seul semblant monstrer

+

En riens d'en estre desplaisans,

+

C'eust esté pour faire parler

+

Les jalous et les mesdisans.

+
+

Et de la grant paour que j'avoye

+

Que leur dueil si ne feust congneu,

+

Auquel entendre ne savoye;

+

Oncques si esbahy ne fu,

+

Si dolent, ne si esperdu;

+

Car, par Dieu, j'eusse mieulx amé,

+

Avant que l'en l'eust apperecu,

+

N'avoir jamais jour esté né.

+
+

Car, se par ma folle maniere,

+

J'eusse monstré, ou par semblant

+

Venant de voulenté legiere,

+

L'amour dont je vous ayme tant,

+

Par quoy eussiez eu, tant ne quant,

+

De blasme, ne de deshonneur;

+

Je scay bien que tout mon vivant,

+

Je fusse langui en doleur.

+
+

En ce point, et encore pire,

+

Alors de vous je me party,

+

Sans avoir loisir de vous dire

+

Les maulx dont j'estoye party:

+

Touteffoiz, Belle, je vous dy

+

Qu'il vous pleust de vouloir penser

+

Que je vous avoye servi,

+

Et serviroye sans cesser.

+
+

Tant comme dureroit ma vie,

+

Et, quant de mort seroye pris,

+

De m'ame seriez servie,

+

Priant pour vous en Paradis,

+

S'il en estoit en son devis;

+

Et mes biens, mon cueur et mon corps,

+

Je les vous ay du tout soubzmis;

+

Mais ca esté de leurs accors.

+
+

Car il n'est nulle que je clame,

+

Ne qui se puist nommer, de vray,

+

Ma seule souveraine Dame,

+

Fors que vous, à qui me donnay

+

Le premier jour que regarday

+

Vostre belle plaisant beaulté,

+

De qui vray serviteur mourray,

+

En gardant tousjours loyaulté.

+
+

Or vueilliez donc avoir pensée,

+

Puisque lors j'avoye tel dueil,

+

Belle tres loyaument amée,

+

Qu'encore plus grant le recueil,

+

Maintenant que, contre mon vueil,

+

Me fault estre de vous loingtains,

+

Et que veoir ne puis à l'ueil

+

Voz belles, blanches, doulces mains,

+
+

Et vostre beaulté nompareille,

+

Que veoye si voulentiers,

+

Plaine de doulceur à merveille,

+

Dont tous voz faiz sont si entiers,

+

Qu'ilz ont esté les messaigiers

+

De me tollir, et pres, et loing,

+

Mes vouloirs et mes desiriers;

+

Ainsi m'aid' Dieu à mon besoing.

+
+

Si vous supply, tres bonne et belle,

+

Qu'ayez souvenance de moy;

+

Car, à tousjours, vous serez celle

+

Que serviray comme je doy;

+

Je le vous prometz par ma foy,

+

Dutout à vous me suis donné;

+

Se Dieu plaist, je feray pourquoy

+

J'en seray tres bien guerdonné.

+
+
+
+

COMPLAINTE.

+
+

L'autrier en ung lieu me trouvay,

+

Triste, pensif et doloreux,

+

Tout mon fait, bien au long, comptay

+

Au hault Prince des amoureux,

+

Lequel m'a esté rigoreux,

+

Ou temps que mon cueur le servoit;

+

Et, ainsi qu'il me respondoit,

+

Souvenir, qui fut au plus pres,

+

Ses ditz et les miens escripvoit

+

En la maniere cy apres:

+
+

L'AMANT.

+
+

Helas! Amours, de vous me plains;

+

Mais les griefz maulx le me font faire,

+

Dont mon cueur et moy sommes plains,

+

Car trop estes de dur afaire;

+

S'un peu me fussiez debonnaire,

+

Espoir, que j'ay du tout perdu,

+

Si me seroit tantost rendu;

+

Mais pas n'avez tel vostre vueil,

+

Aincois, par vous m'est deffendu

+

Plaisant desir et bel acueil.

+
+

AMOURS.

+
+

Amours respond: A trop grand tort

+

Vous complaignez, et sans raison,

+

Car, envers chascun, Reconfort

+

N'est pas tousjours en sa saison;

+

Et, si savez qu'en ma maison,

+

Une coustume se maintient,

+

C'est assavoir que qui se tient

+

Pour serviteur de mon hostel,

+

Mainteffoiz souffrir lui convient;

+

L'usaige de mes gens est tel.

+
+

L'AMANT.

+
+

Certes, Sire, vous dictes vray;

+

Mais l'ordonnance riens ne vault,

+

Parler en puis, car bien le scay,

+

Et ay dancié à ce court sault;

+

Parquoy je congnois le deffault

+

De doulx plaisir que l'en y a;

+

Car, quant mon cueur vous depria

+

Secours, il lui fust escondit,

+

Adoncques, de dueil regnya

+

Vostre povoir, et s'en partit.

+
+

AMOURS.

+
+

Dea! beaulx amis, se dit Amours,

+

Celui qui a servir se met,

+

S'il veult avoir tantost secours,

+

Et le guerdon qu'on lui promet,

+

Ou autrement, il se desmet

+

Du service qu'il a empris;

+

De Loyaulté seroit repris,

+

Quand je tendray mon jugement,

+

Et si perdroit tous los et pris,

+

Sans jamais nul recouvrement.

+
+

L'AMANT.

+
+

Voire, Sire doit on servir

+

Sans prouffit, ou guerdon avoir?

+

Nennil, ung cueur devroit mourir,

+

Puisqu'il a fait loyal devoir,

+

Entierement à son povoir,

+

Et qu'il lui fault querir son pain;

+

A vous, qui estes souverain,

+

En est le plus de deshonneur,

+

Veu que, par faulte, meurt de fain

+

Vostre bon loyal serviteur.

+
+

AMOURS.

+
+

Qu'on meure de fain ne vueil pas,

+

Mais le trop haste s'echaulda,

+

Il convient aler pas à pas;

+

Et puis apres on congnoistra,

+

Qui mieulx son devoir fait aura,

+

Alors doit estre guerdonné.

+

Je suis assez abandonné,

+

A grant largesse, de mes biens;

+

Mais quant j'ay mainteffoiz donné

+

A plusieurs, semble qu'ilz n'ont riens.

+
+

L'AMANT.

+
+

De ceulx ne suis, quant est à moy,

+

Sur ce, je respons à briefz motz:

+

Je vous asseure, par ma foy,

+

Oncques ne fuz en ce propos,

+

J'ay tousjours porté sur mon dos,

+

Paine, travail à grant planté,

+

Ne nulle chose n'ay hanté,

+

Dont on dye qu'aye failly,

+

Combien qu'en dueil m'aiez planté,

+

Comme faint seigneur et amy.

+
+

AMOURS.

+
+

Estre mon maistre vous voulez,

+

Par vostre parler ce me semble,

+

Et grandement vous me foulez;

+

Mais l'estrif de nous deux ensemble,

+

Comme en peust cognoistre, ressemble

+

Au desbat du verre et du pot;

+

Fain avez qu'on vous tiengne à sot;

+

Devant Raison soit assigné,

+

Se j'ay tort, paier vueil l'escot,

+

Quand le desbat sera finé.

+
+

L'AMANT.

+
+

Il fault que le plus foible doncques

+

Soit tousjours gecté soubz le pié,

+

Ne je ne vy autrement oncques,

+

Rendre se fault, qui n'a traictié.

+

J'ay congneu, où j'ay peu gaingnié,

+

Vostre court, à mont et à val,

+

Et, soit à pié, ou à cheval,

+

On n'y scet trouver droit chemin;

+

Quoiqu'on y trouve bien, ou mal,

+

Il fault tout partir à butin.

+
+

AMOURS.

+
+

Pour le present, plus n'en parlons;

+

Puisque j'ay puissance sur tous,

+

Quelque chose que debatons,

+

A mon plaisir feray de vous;

+

Ne me chault de vostre courrous,

+

Ne de chose que l'en me dye,

+

Se je vous ay fait courtoisie,

+

Se vous voulez, prenez l'en gré;

+

Car le premier vous n'estes mie

+

Qu'ay courcié en plus grant degré.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Ce May qu'amours pas ne sommeille,

+

Mais fait amans esliesser,

+

De riens ne me doy soussier,

+

Car pas n'ay la pusse en l'oreille;

+

Ce n'est mie doncques merveille

+

Se je vueil joye demener,

+

Ce May, etc.

+

Mais fait, etc.

+
+

Quant je me dors, point ne m'esveille,

+

Pour ce que n'ay à quoy penser,

+

Sy ay vouloir de demourer

+

En ceste vie nompareille.

+

Ce May, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Tiengne soy d'amer qui pourra,

+

Plus ne m'en pourroye tenir,

+

Amoureux me fault devenir,

+

Je ne scay qu'il m'en avendra;

+

Combien que j'ay oy, pieca,

+

Qu'en amours fault mains maulx souffrir.

+

Tiengne soy, etc.

+

Plus ne, etc.

+
+

Mon cueur devant yer accointa

+

Beaulté qui tant le scet chierir,

+

Que d'elle ne veult departir;

+

C'est fait, il est sien et sera.

+

Tiengne soy d'amer, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Quelque chose que je die

+

D'Amour, ne de son povoir,

+

Touteffoiz, pour dire voir,

+

J'ay une Dame choisie,

+

La mieulx en bien acomplie

+

Que l'en puist jamais veoir.

+

Quelque chose, etc.

+

D'amour, ne, etc.

+
+

Mais à elle ne puis mie

+

Parler, selon mon vouloir,

+

Combien que, sans decevoir,

+

Je suis sien toute ma vie.

+

Quelque chose, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

N'est elle de tous biens garnie?

+

Celle que j'ayme loyaument;

+

Il m'est advis, par mon serement,

+

Que sa pareille n'a en vie.

+

Qu'en dites vous? je vous en prie,

+

Que vous en semble vrayement?

+

N'est elle, etc.

+

Celle que, etc.

+
+

Soit qu'elle dance, chante ou rie,

+

Ou face quelque esbatement;

+

Faictes en loyal jugement,

+

Sans faveur ou sans flatterie.

+

N'est elle, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Quant j'ay nompareille maistresse

+

Qui a mon cueur entierement,

+

Tenir me vueil joyeusement,

+

En servant sa gente jeunesse.

+

Car certes je suis en l'adresse

+

D'avoir de tous biens largement,

+

Quant j'ay, etc.

+

Qui a mon, etc.

+
+

Or en ayent dueil ou tristesse

+

Envieux, sans allegement;

+

Il ne m'en chault, par mon serement,

+

Car leur desplaisir m'est liesse,

+

Quant j'ay, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Dieu, qu'il l'a fait bon regarder!

+

La gracieuse, bonne et belle;

+

Pour les grans biens qui sont en elle,

+

Chascun est prest de la louer.

+

Qui se pourroit d'elle lasser?

+

Tousjours sa beaulté renouvelle.

+

Dieu qu'il, etc.

+

La gracieuse, etc.

+
+

Par deca, ne dela la mer,

+

Ne scay Dame, ne Damoiselle

+

Qui soit en tous biens parfais, telle;

+

C'est ung songe que d'y penser.

+

Dieu qu'il, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Par Dieu, mon plaisant bien joyeux,

+

Mon cueur est si plain de leesse,

+

Quant je voy la doulce jeunesse

+

De vostre gent corps gracieux,

+

Pour le regart de voz beaux yeulx

+

Qui me met hors de tristesse.

+

Par Dieu, etc.

+

Mon cueur, etc.

+
+

Combien que parler envieux

+

Souventeffoiz moult fort me blesse,

+

Mais ne vous chaille, ma maistresse,

+

Je n'en feray pourtant que mieulx.

+

Par Dieu, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Que me conseilliez vous, mon cueur,

+

Irai je par devers la belle?

+

Lui dire la paine mortelle

+

Que souffrez pour elle en doleur.

+

Pour vostre bien et son honneur,

+

C'est droit que vostre conseil celle.

+

Que me, etc.

+

Irai je, etc.

+
+

Si plaine la scay de doulceur,

+

Que trouveray mercy en elle,

+

Tost en aurez bonne nouvelle,

+

Cy vois n'est ce pour le meilleur.

+

Que me, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Ou regard de voz beaulx, doulx yeulx,

+

Dont loing suis par les envieux,

+

Me souhaide si tres souvent,

+

Que mon penser est seulement

+

En vostre gent corps gracieux.

+

Savez pourquoy, mon bien joyeulx,

+

Celle du monde qu'ayme mieulx

+

De loyal cueur, sans changement?

+

Ou regart, etc.

+

Dont loing, etc.

+

Me souhaide, etc.

+
+

Pour ce que vers moy en tous lieux

+

J'ay trouvé plaisir ennuieux,

+

Trop fort puis le departement

+

Que de vous fis derrainnement,

+

A regret merencolieux.

+

Ou regart, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Qui la regarde de mes yeulx,

+

Ma Dame, ma seule maistresse,

+

En elle voit, à grant largesse,

+

Plaisirs croissans de bien en mieulx.

+

Son parler et maintien sont tieulx

+

Qu'ilz mectent un cueur en liesse.

+

Qui la regarde, etc.

+

Ma Dame, etc.

+
+

Tous la suient, jeunes et vieulx,

+

Dieu scet qu'elle n'est pas sans presse;

+

Chascun dit: C'est une deesse

+

Qui est descendue des cieulx.

+

Qui la regarde, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Ce mois de May, nompareille Princesse,

+

Le seul plaisir de mon joyeulx espoir,

+

Mon cueur avez, et quanque puis avoir,

+

Ordonnez en comme dame et maistresse.

+

Pour ce, requier vostre doulce jeunesse

+

Qu'en gré vueille mon present recevoir.

+

Ce mois, etc.

+

Le seul, etc.

+
+

Et vous supply, pour me tollir tristesse,

+

Tres humblement, et de tout mon povoir,

+

Qu'à m'esmayer ayez vostre vouloir,

+

D'un reconfort bien garny de liesse.

+

Ce mois, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Commandez vostre bon vouloir

+

A vostre tres humble servant,

+

Il vous sera obeissant

+

D'entier cueur, et loyal povoir.

+

Prest est de faire son devoir,

+

Ne l'espargnez ne tant, ne quant.

+

Commandez, etc.

+

A vostre, etc.

+
+

Mectez le tout à nonchaloir,

+

Sans lui estre jamais aydant.

+

S'en riens le trouvez refusant,

+

Essayez se je vous dy voir.

+

Commandez, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Espoir, confort des maleureux,

+

Tu m'estourdis trop les oreilles

+

De tes promesses nompareilles,

+

Dont trompes les cueurs doloreux,

+

En amusant les amoureux,

+

Et faisant baster aux corneilles.

+

Espoir, confort, etc.

+

Tu m'estourdis, etc.

+
+

Ne soies plus si rigoreux,

+

Mieux vault qu'à raison te conseilles,

+

Car chascun se donne merveilles,

+

Que n'as pitié des langoreux.

+

Espoir, confort, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Belle, se c'est vostre plaisir

+

De me vouloir tant enrichir

+

De reconfort et de liesse,

+

Je vous requier, comme maistresse,

+

Ne me laissiez dutout mourir;

+

Car je n'ay vouloir, ne desir,

+

Fors de vous loyaument servir,

+

Sans espargnier dueil, ne tristesse.

+

Belle, etc.

+

De me, etc.

+

De reconfort, etc.

+
+

Et s'il vous plaist à l'accomplir,

+

Vueilliez tant seulement bannir

+

D'avec vostre doulce jeunesse,

+

Dolent refus qui trop me blesse,

+

Dont bien vous me povez guerir,

+

Belle, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Paix ou tresves, je requier desplaisance;

+

S'en toy ne tient, pas ne tendra à moy,

+

Que ne soyons desormais en requoy;

+

Accordons nous, chargons en Esperance.

+

Que gaignes tu à me faire grevence?

+

Assez me metz en devoir sur ma foy.

+

Paix ou tresves, etc.

+

S'en toy ne tient, etc.

+
+

Ou combatons tellement à oultrance

+

Que l'un die: Je me rens ou ren toy;

+

Mieulx estre mort je vueil, s'estre le doy,

+

Qu'ainsi languir, d'offrir premier m'avance.

+

Paix ou tresves, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Rafreschissez le chastel de mon cueur

+

D'aucuns vivres de joyeuse plaisance,

+

Car faulx Dangier, avec son aliance,

+

L'a assiegé tout entour de doleur.

+

Se ne voulez le siege sans longueur

+

Tantost lever, ou rompre par puissance,

+

Rafreschissez, etc.

+

D'aucuns, etc.

+
+

Ne souffrez pas que Dangier soit seigneur,

+

En conquestant soubz son obeissance

+

Ce que tenez en vostre gouvernance;

+

Avancez vous, et gardez vostre honneur.

+

Rafreschissez, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Se je fois loyalle requeste,

+

Soing et Soucy, et bon vous semble,

+

Pour Dieu, accordons nous ensemble;

+

Qui tort a soit mis en enqueste.

+

Quant vous, ne moy bien n'y aqueste,

+

Pour jugier droit conseil asemble.

+

Se je fois, etc.

+

Soing et Soussy, etc.

+
+

Je ne requier aultre conqueste

+

Que d'Espoir qui larron ressemble,

+

Et sans cause de mon cueur s'emble,

+

Dieu me secoure en cette queste!

+

Se je fois, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Se ma doleur vous savies,

+

Mon seul joyeux pensement,

+

Je scay bien certainement

+

Que mercy de moy auries.

+

Du tout refus banniries,

+

Qui me tient en ce tourment.

+

Se ma, etc.

+

Mon seul, etc.


+

Et le don me donneries,

+

Que vous ay requis souvent,

+

Pour avoir allegement;

+

Ja ne m'en escondiries,

+

Se ma, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Ne hurtez plus à l'uis de ma pensée,

+

Soing et Soucy, sans tant vous traveiller,

+

Car elle dort, et ne veult s'esveiller,

+

Toute la nuit en paine a despensée.

+

En dangier est, s'elle n'est bien pensée,

+

Cessez, cessez, laissez la sommeiller.

+

Ne hurtez plus, etc.

+

Soing et soussy, etc.

+
+

Pour la guerir Bon espoir a pensée

+

Medicine qu'a fait appareiller;

+

Lever ne peut son chief de l'oreiller,

+

Tant qu'en repos se soit recompensée.

+

Ne hurtez plus, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Ma seule, plaisant, doulce joye,

+

La maistresse de mon vouloir,

+

J'ay tel desir de vous veoir,

+

Que mander ne le vous sauroye.

+

Helas! pensez que ne pourroye

+

Aucun bien, sans vous, recevoir.

+

Ma seule, etc.

+

La maistresse, etc.

+
+

Car, quant desplaisir me guerroye

+

Souventeffoiz, de son povoir,

+

Et je vueil reconfort avoir,

+

Esperance vers vous m'envoye.

+

Ma seule, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

L'un ou l'autre desconfira

+

De mon cueur et merencolie;

+

Auquel que fortune s'alye,

+

L'autre je me rens lui dira.

+

D'estre juge me suffira,

+

Pour mectre fin en leur folye.

+

L'un ou l'autre, etc.

+

De mon cueur, etc.

+
+

Dieu scet comment mon cueur rira,

+

Se gangne, menant chiere lye,

+

Contre ceste saison jolye,

+

On verra comment en yra.

+

L'un ou l'autre, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Je ne vueil plus riens que la mort,

+

Pource que yoy que reconfort

+

Ne peut mon cueur eslyesser;

+

Au moins me pourray je vanter

+

Que je souffre doleur à tort.

+

Car puisque n'ay d'Espoir le port,

+

D'Amours ne puis souffrir l'effort.

+

Ne doy je donc joye laisser?

+

Je ne, etc,

+

Pource que, etc.

+

Ne peut, etc.

+
+

Au Dieu d'amours je m'en rapport

+

Qu'en peine suis bouté si fort,

+

Que povoir n'ay plus d'endurer,

+

S'en ce point me fault demourer;

+

Quant est de moy, je m'y accort.

+

Je ne, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Qui? quoy? comment? à qui? pourquoi?

+

Passez, presens, ou avenir,

+

Quant me viennent en souvenir,

+

Mon cueur en penser n'est pas coy.

+

Au fort, plus avant que ne doy,

+

Jamais je ne pense en guerir.

+

Qui? quoy? etc.

+

Passez, etc.

+
+

On s'en peut rapporter à moy

+

Qui de vivre ay eu beau loisir,

+

Pour bien aprendre et retenir,

+

Assez ay congneu, je m'en croy.

+

Qui? quoy? etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Belle que je cheris et crains,

+

En cest estat suis ordonné,

+

Que Dangier m'a emprisonné

+

De vostre grant beaulté loingtains;

+

N'il ne m'a de tous biens mondains

+

Qu'un souvenir abandonné.

+

Belle que je, etc.

+

En cest estat, etc.

+
+

Mais de nulle riens ne me plains,

+

Fors qu'il ne m'a tost raenconné;

+

Car bien lui seroit guerdonné,

+

Si j'estoye hors de ses mains.

+

Belle que je, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Je prens en mes mains voz debas

+

Desormais, mon cueur et mes yeulx,

+

Se longuement vous seuffre tieulx,

+

Moy mesmes de mon tour m'abas.

+

Pour vostre prouffit me combas,

+

Le desirant de bien en mieulx.

+

Je prens en, etc.

+

Desormais, etc.

+
+

Quant voz desirs souvent rabas

+

Desordonnez, en aulcuns lieux,

+

Mon devoir fais, ainsi m'aid' Dieux.

+

Passons temps en plus beaulx esbas.

+

Je prens en, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Ma Dame, tant qu'il vous plaira

+

De me faire mal endurer,

+

Mon cueur est prest de le porter,

+

Jamais ne le refusera.

+

En espérant qu'il guerira,

+

En cest estat veult demourer.

+

Ma Dame, etc.

+

De me, etc.

+
+

Une fois pitié vous prendra,

+

Quant seulement vouldrez penser,

+

Que c'est pour loyaument amer

+

Vostre beaulté qu'il servira

+

Ma Dame, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Mon cueur se combat à mon ueil,

+

Jamais ne les trouve d'accort;

+

Le cueur dit que l'ueil fait rapport

+

Que tousjours lui accroist son dueil.

+

La verité savoir j'en vueil,

+

Que semble il qui ait le tort?

+

Mon cueur, etc.

+

Jamais ne les, etc.

+
+

Se je trouve que Bel acueil

+

Ait gecté entre eulx aucun sort,

+

Je la condampneray à mort;

+

Doy je souffrir un tel orgueil?

+

Mon cueur, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

De la regarder vous gardez

+

La belle que sers ligement,

+

Car vous perdrez soudainement

+

Vostre cueur, se la regardez;

+

Se donner ne le lui voulez

+

Clignez les yeulx hastivement,

+

De la regarder, etc.

+

La belle que, etc.

+
+

Les biens que Dieu lui a donnez,

+

Emblent un cueur subtilement;

+

Sur ce, prenez avisement,

+

Quant devant elle vous vendrez.

+

De la regarder, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Tant que Pasques soient passées,

+

Se nous avons riens trespassé.

+

Prions mercy du tems passé,

+

Et pour les ames trespassées.

+

Chascun pas à pas ses passées

+

Face, avant que soit trespassé.

+

Tant que, etc.

+

Se nous, etc.

+
+

Foleur a fait grandes passées,

+

Mains cueurs ont tout oultre passé;

+

Pour ce, par nous soit compassé

+

D'eschever faultes compassées.

+

Tant que, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Puisque je ne puis eschapper

+

De vous, courroux, dueil et tristesse,

+

Il me convient suir l'adresse

+

Telle que me vouldrez donner.

+

Povoir n'ay pas de l'amender,

+

Car douleur est de moy maistresse.

+

Puisque je ne, etc.

+

De vous, etc.

+
+

Si manderay par ung penser

+

A mon las cueur vuit de liesse,

+

Qu'il prengne en gré sa grant destresse,

+

Car il lui fault tout endurer.

+

Puisque je ne, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Sans ce, le demourant n'est rien;

+

Qu'esse? je le vous ay à dire,

+

N'enquerez plus, il doit suffire,

+

C'est conseil que tres segret tien.

+

Pourtant n'y entendez que bien,

+

Autrement je ne le desire.

+

Sans ce, etc.

+

Qu'esse? etc.

+
+

S'ainsi m'esbas ou penser mien,

+

Et mainte chose faiz escripre

+

En mon cueur, pour le faire rire;

+

Tout ung est mon fait, et le sien.

+

Sans ce, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

C'est fait, il n'en fault plus parler,

+

Mon cueur s'est de moy departy;

+

Pour tenir l'amoureux party,

+

Il m'a voulu abandonner.

+

Riens ne vault m'en desconforter,

+

Ne d'estre dolent ou marry.

+

C'est fait, etc.

+

Mon cueur, etc.

+
+

De moy ne se fait que mocquer;

+

Quant piteusement je lui dy,

+

Que je ne puis vivre sans luy,

+

A paine me veult escouter.

+

C'est fait, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Assez pourveu, pour de cy à grant piece,

+

Et plus qu'assez, de penser et anuy,

+

Je me treuve sans congnoistre nulluy.

+

Qui se vente d'en avoir telle piece.

+

Fortune dit, qui tout mon fait despiece,

+

Que j'endure comme maint aujourduy.

+

Assez pourveu, etc.

+

Et plus qu'assez, etc.

+
+

Pourquoy souvent je mets soubz mon pié ce,

+

Prenant confort d'espoir, comme celluy

+

Qui me fye parfaitement en luy,

+

Ainsi remains qui le croiroit en piece.

+

Assez pourveu, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Puisqu'Amour veult que banny soye

+

De son hostel, sans revenir,

+

Je voy bien qu'il m'en fault partir,

+

Effacé du livre de Joye.

+

Plus demourer je n'y pourroye,

+

Car pas ne doy ce mois servir.

+

Puisqu'Amour, etc.

+

De son hostel, etc.

+
+

De Confort ay perdu la voye,

+

Et ne me veult on plus ouvrir

+

La barriere de Doulx plaisir,

+

Par desespoir qui me guerroye.

+

Puisqu'Amour, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Ca, venez avant, Esperance,

+

Or y perra que respondrez,

+

Et comment vous vous deffendrez;

+

On se plaint de vous à oultrance.

+

L'un dit que promectez de loing,

+

Et qu'en estes bonne maistresse,

+

L'aultre que faillez au besoing,

+

En ne tenant gueres promesse.

+

Quoique tardez, c'est la fiance

+

Qu'aux faiz de chascun entendrez

+

Et au derrain guerdon rendrez;

+

Dy je bien, ou se trop m'avance?

+

Ca, venez, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Pour le don que m'avez donné,

+

Dont tres grant gré vous doy savoir,

+

J'ay congneu vostre bon vouloir,

+

Qui vous sera bien guerdonné.

+

Raison l'a ainsi ordonné,

+

Bienfait doit plaisir recevoir.

+

Pour le don, etc.

+

Dont tres, etc.

+
+

Mon cueur se tient emprisonné,

+

Et obligé, pour dire voir,

+

Jusqu'à tant qu'ait fait son devoir

+

Vers vous, et se soit raenconné,

+

Pour le don, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Mon cueur, estouppe tes oreilles,

+

Pour le vent de Merencolie;

+

S'il y entre, ne doubte mye,

+

Il est dangereux à merveilles;

+

Soit que tu dormes ou tu veilles,

+

Fays ainsi que dy, je t'en prie.

+

Mon cueur, etc.

+

Pour le vent, etc.

+
+

Il cause doleurs nompareilles,

+

Dont s'engendre la maladie

+

Qui n'est pas de legier guerie;

+

Croy moy, s'à raison te conseilles.

+

Mon cueur, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Se j'eusse ma part de tous biens,

+

Autant que j'ay de loyaulté,

+

J'en auroye si grant planté

+

Qu'il ne me fauldroit jamais riens.

+

Et si gaingneroye des miens,

+

Ma Dame, vostre voulenté.

+

Se j'eusse, etc.

+

Autant que, etc.

+
+

Car pour asseuré je me tiens

+

Que vostre tres plaisant beaulté,

+

De s'amour me feroit rente,

+

Maugré Dangier et tous les siens.

+

Se j'eusse, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

(Philippe de Boulainvilliers.)

+
+

Hola, hola, souspir, on vous hoit bien,

+

Vous vous cuidez embler trop coyement,

+

Contrefaisant ung peu le cayement;

+

Grant fain avez qu'on vous die tien,

+

Vous ne querez que d'ung cueur le soustien,

+

C'est de tieulx gens tousjours l'esbatement.

+

Hola, hola, etc.

+

Vous vous, etc.

+
+

Trop vous hastez, de vray, comme je tien,

+

Car l'on congnoist vostre fait clerement,

+

Une autreffoiz faictes plus saigement,

+

Car maintenant vous n'y gangnerez rien.

+

Hola, hola, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Pour les grans biens de vostre renommée,

+

Dont j'oy parler à vostre grant honneur,

+

Je desire que vous ayez mon cueur,

+

Comme de moy, tres loyaument amée.

+

Tresoriere, je vous voy ordonnée

+

A le garder en plaisance et doulceur.

+

Pour les, etc.

+

Dont j'oy, etc.

+
+

Recevez le, s'il vous plaist, et agrée,

+

Du mien ne puis vous donner don meilleur;

+

C'est mon vaillant, c'est mon tresor greigneur,

+

A vous l'offre de loyalle pensée.

+

Pour les, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

(Gilles des Ourmes.)

+
+

Hola, hola, souspir, on vous oyt bien,

+

C'est à ung sourt à qui il le fault faire,

+

Retrayez vous, et pensez de vous taire,

+

Car Dangier oit si cler qu'il n'y fault rien;

+

Se d'aventure il vous oyt, je vous tien

+

Pour rué jus, car c'est vostre adversaire.

+

Hola, hola, etc.

+

C'est à ung, etc.

+
+

Ne saillez plus, actendez aucun bien,

+

Vous voulez vous, de vous mesmes deffaire?

+

Prenez conseil, quant c'est pour vostre affaire,

+

Et pour le mieulx, croyez sans plus le mien.

+

Hola, hola, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

En songe, souhaid et pensée

+

Vous voy chascun jour de sepmaine,

+

Combien qu'estes de moy loingtaine,

+

Belle, tres loyaument amée,

+

Pour ce qu'estes la mieulx parée

+

De toute plaisance mondaine.

+

En songe, etc.

+

Vous voy, etc.

+
+

Dutout vous ay m'amour donnée,

+

Vous en povez estre certaine,

+

Ma seule Dame, souveraine,

+

De mon las cueur moult desirée.

+

En songe, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Aidez ce povre cayement

+

Souspir, je le vous recommande;

+

De vous, quant ausmone demande,

+

Ne se parte meschantement.

+

Son cas monstre piteusement,

+

Il semble que la mort actende.

+

Aidez ce povre, etc.

+

Souspir, je le, etc.

+
+

Donnez lui assez largement,

+

Qu'il ne meure, Dieu l'en deffende,

+

Affin que n'en faictes amende,

+

Au jour d'amoureux jugement.

+

Aidez, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

De leal cueur, content de joye,

+

Ma maistresse, mon seul desir,

+

Plus qu'oncques vous vueil servir,

+

En quelque place que je soye;

+

Tout prest en ce que je pourroye,

+

Pour vostre vouloir acomplir.

+

De leal, etc.

+

Ma maistresse, etc.

+
+

En desirant que je vous voye,

+

A vostre honneur, et mon plaisir

+

Qui seroit briefment, sans mentir,

+

S'il fust ce que souhaideroye.

+

De leal, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

En faulte du logeis de Joye,

+

L'ostellerie de Pensée

+

M'est par les fourriers ordonnée,

+

Ne scay combien fault que je y soye.

+

Autre part ne me bouteroye,

+

Content m'en tien, et bien m'agrée.

+

En faulte, etc.

+

L'ostellerie, etc.

+
+

Je parle tout bas, qu'on ne l'oye,

+

Pensant de veoir, quelque année,

+

Quelle sera ma destinée,

+

Et en quel lieu demeurer doye.

+

En faulte, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Se mon propos vient à contraire,

+

Certes, je l'ay bien desservy,

+

Car je congnois que j'ay failly

+

Envers ce que devoye plaire.

+

Mais j'espoire que debonnaire

+

Trouveray sa grace et mercy.

+

Se mon, etc.

+

Certes, etc.

+
+

Je vueil endurer et me taire,

+

Quant cause suy de mon soucy;

+

Las! je me sens en tel party

+

Que je ne scay que pourray faire.

+

Se mon, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Et bien, de par Dieu, Esperance,

+

Esse doncques vostre plaisir?

+

Me voulez vous ainsi tenir

+

Hors, et ens toujours en balance?

+

Ung jour j'ay vostre bienveillance,

+

L'autre ne la scay où querir.

+

Et bien, etc.

+

Esse doncques, etc.

+
+

Au fort, puisque suis en la dance,

+

Bon gré maugré, m'y fault fournir,

+

Et n'y scay de quel pié saillir,

+

Je reculle, puis je m'avance.

+

Et bien, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Par le pourchas du regart de mes yeulx,

+

En vous servant, ma tres belle maistresse,

+

J'ay essayé qu'est plaisir et tristesse,

+

Dont j'ay trouvé maint penser ennuyeux.

+

Mais de cellui que j'amoye le mieulx,

+

N'ay peu avoir qu'à petite largesse.

+

Par le pourchas, etc.

+

En vous, etc.

+
+

Car pour ung jour qui m'a esté joyeux,

+

J'ay eu trois moys la fievre de destresse;

+

Mais Bon espoir m'a guery de liesse,

+

Qui m'a promis de ses biens gracieux.

+

Par le pourchas, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Armez vous de joyeux confort,

+

Je vous en pry, mon povre cueur,

+

Que destresse, par sa rigueur,

+

Ne vous navre jusqu'à la mort;

+

Vous couvrant d'ung pavaiz, au fort,

+

Tant qu'aurez passé sa chaleur,

+

Armez vous, etc.

+

Je vous, etc.

+
+

Faictes bon guet, tant qu'elle dort;

+

Espoir dit qu'il sera seigneur,

+

Et fera vostre fait meilleur,

+

Contre Dangier qui vous fait tort.

+

Armez vous, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Pour vous monstrer que point ne vous oublie,

+

Comme vostre que suis où que je soye,

+

Presentement ma chancon vous envoye.

+

Or la prenez en gré, je vous en prie.

+

En passant temps, plain de merencolie,

+

L'autrier la fis ainsi que je pensoye;

+

Pour vous, etc.

+

Comme, etc.

+
+

Mon cueur tousjours si vous tient compaignie,

+

Dieu doint que brief vous puisse veoir à joye!

+

Et, en briefz motz, en ce que je pourroye,

+

A vous m'offre du tout à chiere lye.

+

Pour vous, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Tousjours dictes: Je vien, je vien;

+

Espoir! je vous congnois assez,

+

De voz promesses me lassez,

+

Dont peu à vous tenu me tien.

+

Se vous requier au besoin mien.

+

Legierement vous en passez.

+

Tousjours, etc.

+

Espoir, etc.

+
+

Vous ne vous acquictez pas bien

+

Vers moy, quant ung peu ne cassez

+

Les soussiz que j'ay amassez

+

En me contentant d'un beau rien.

+

Tousjours, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Loingtain de joyeuse sente,

+

Où l'en peut tous biens avoir.

+

Sans nul confort recevoir,

+

Mon cueur en tristesse s'ente.

+

Par quoy convient que je sente

+

Mains griefz maulx, pour dire voir.

+

Loingtain, etc.

+

Où l'en peut, etc..

+
+

En dueil a fait sa descente

+

De tous poins, sans s'en mouvoir;

+

Et s'il fault qu'à mon savoir

+

Maugré mien je m'y consente.

+

Loingtain, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Vivre et mourir soubz son dangier

+

Me veult faire Merencolie;

+

Jamais vers moy ne s'amolye,

+

Mais plaisir me faist estranger.

+

D'ainsi demourer, sans changer,

+

Se me seroit trop grant folie.

+

Vivre et, etc.

+

Me veult, etc.

+
+

Pour d'elle plus tost me venger,

+

Force m'est qu'à Confort m'alye,

+

Acompaigné de Chiere lye;

+

A le suir me vueil ranger.

+

Vivre et, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Je ne prise point telz baisiers

+

Qui sont donnez par contenance,

+

Ou par maniere d'accointance;

+

Trop de gens en sont parconniers.

+

On en peut avoir par milliers,

+

A bon marchié, grant habondance.

+

Je ne prise, etc.

+

Qui sont, etc.

+
+

Mais savez vous lesquelz sont chiers?

+

Les privez venans par plaisance;

+

Tous autres ne sont, sans doubtance,

+

Que pour festiers estrangiers,

+

Je ne prise, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Pourtant, s'avale soussiz mains,

+

Sans macher, en peine confiz;

+

Si ne seront ja desconfiz

+

Les pensées qui m'ont en leurs mains.

+

En ce propos seurement mains,

+

Qu'il vendront à aucuns prouffiz.

+

Pourtant, etc.

+

Sans macher, etc.

+
+

Travail mectray, et soirs, et mains,

+

Autant ou plus quanques je fiz,

+

S'a les achever ne souffiz,

+

D'en faire quelque chose au mains.

+

Pourtant, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Ma seule amour, ma joye et ma maistresse,

+

Puisqu'il me fault loing de vous demourer,

+

Je n'ay plus riens à me reconforter,

+

Qu'un souvenir pour retenir lyesse.

+

En allegant, par espoir, ma destresse,

+

Me conviendra le temps ainsi passer.

+

Ma seule, etc.

+

Puisqu'il, etc.

+
+

Car mon las cueur, bien garny de tristesse,

+

S'en est voulu avecques vous aler,

+

Ne je ne puis jamais le recouvrer,

+

Jusques verray vostre belle jeunesse.

+

Ma seule, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Trop entré en la haulte game,

+

Mon cueur, d'ut, ré, mi, fa, sol, la,

+

Fut ja pieca, quant l'afola

+

Le trait du regart de ma Dame.

+

Fors lui, on n'en doit blasmer ame,

+

Puisqu'ainsi fait comme fol l'a.

+

Trop entré, etc.

+

Mon cueur, etc.

+
+

Mieux l'eust valu estre soubz lame,

+

Car sotement s'en afola;

+

Si, lui dis je, mon cueur, hola!

+

Mais conte n'en tint, sur mon ame.

+

Trop entré, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Se desplaire ne vous doubtoye,

+

Voulentiers je vous embleroye

+

Ung doulx baisier priveement,

+

Et garderoye seurement

+

Dedens le tresor de ma joye.

+

Mais que Dangier soit hors de voye,

+

Et que sans presse je vous voye,

+

Belle que j'ayme loyaument.

+

Se desplaire, etc.

+

Voulentiers, etc.

+

Ung doulx, etc.

+
+

Jamais ne m'en confesseroye,

+

Ne pour larrecin le tendroye,

+

Mais grant aumosne vrayement;

+

Car à mon cueur joyeusement,

+

De par vous le presenteroye,

+

Se desplaire, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Pour nous contenter, vous et moy,

+

De bon cueur et entier povoir,

+

Ne s'espargne Leal vouloir;

+

Viengne avant sans se tenir quoy.

+

Commandez moy je ne scay quoy,

+

Vous verrez se feray devoir,

+

Pour nous, etc.

+

De bon cueur, etc.

+
+

Se faulx, par l'amoureuse loy

+

Mis en fossé de Nonchaloir,

+

Soye sans grace recevoir;

+

Baillez la main, prenez ma foy,

+

Pour nous, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Malade de mal ennuieux,

+

Faisant la peneuse sepmaine,

+

Vous envoye, ma souveraine,

+

Un souspir merencolieux.

+

Par lui saurez, mon bien joyeulx,

+

Comment desplaisir me demaine.

+

Malade, etc.

+

Faisant, etc.

+
+

Car aler ne pevent mes yeulx,

+

Vers la beaulté dont estes plaine,

+

Mais au fort, ma joye mondaine,

+

J'endureray pour avoir mieulx;

+

Malade, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Tousjours dictes: Actendez, actendez,

+

Pas ne payez vos reconfors contens,

+

Joyeulx espoir, dont maints sont malcontens,

+

Qui ne scevent comment vous l'entendez;

+

De Fortune, pour Dieu, l'arc destendez,

+

Ne souffrez plus qu'elle face contens.

+

Tousjours, etc.

+

Pas ne payez, etc.

+
+

Vostre grace tost sur moy estandez,

+

Vous congnoissez assez à quoy contens;

+

Plus ne perdray ung tel tresor com temps,

+

Ainsi que fait qui son eur met en dez.

+

Tousjours, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Prenez tost ce baisier, mon cueur,

+

Que ma maistresse vous presente,

+

La belle, bonne, jeune et gente,

+

Par sa tres grant grace, et doulceur;

+

Bon guet feray, sus mon honneur,

+

Afin que Dangier riens n'en sente.

+

Prenez tost, etc.

+

Que ma, etc.

+
+

Dangier toute nuit en labeur

+

A fait guet, or gist en sa tente;

+

Accomplissez brief vostre entente

+

Tant dis qu'il dort, c'est le meilleur.

+

Prenez tost, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Resjouissez plus ung peu ma pensée,

+

Leal espoir, et me donnez secours;

+

Tousjours fuyez, et apres vous je cours,

+

Où j'ay assez de paine despensée;

+

La verray je jamais recompensée?

+

Quelque office lui donnent en vos cours.

+

Resjouissez, etc.

+

Leal espoir, etc.

+
+

La penance soit par vous dispensée,

+

Car desormais mes temps deviennent cours;

+

Ne souffrez plus son plaisirs en decours,

+

Veu que vers vous n'a faulte pourpensée,

+

Resjouissez, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Comment vous puis je tant amer

+

Et mon cueur si tres fort hair?

+

Qu'il ne me chault de desplaisir

+

Qu'il puisse pour vous endurer.

+

Son mal m'est joyeux à porter,

+

Mais qu'il vous puisse bien servir.

+

Comment vous, etc.

+

Et mon cueur, etc.

+
+

Las! or ne deusse je penser

+

Qu'à le garder et chier tenir,

+

Et non pourtant, mon seul desir,

+

Pour vous le vueil abandonner.

+

Comment, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

M'amye Esperance,

+

Pourquoy ne s'avance

+

Joyeulx Reconfort?

+

Ay je droit ou tort,

+

S'en lui j'ay fiance?

+

Peu de desplaisance

+

Prent en ma grevance,

+

Il semble qu'il dort.

+

M'amye, etc.

+

Pourquoy, etc.

+

Joyeulx, etc.

+
+

Quoy qu'à lui je tence,

+

Pour sa bienvueillance

+

Acquerir; au fort,

+

Je suis bien d'accort

+

D'actendre allegance:

+

M'amye, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Dedens mon sein, pres de mon cueur

+

J'ay mussié ung privé baisier

+

Que j'ay emblé, maugré Dangier;

+

Dont il meurt en paine et langueur.

+

Mais ne me chault de sa douleur,

+

Et en deust il vif enragier,

+

Dedens mon, etc.

+

J'ay mussié, etc.

+
+

Se ma Dame, par sa doulceur,

+

Le veult souffrir, sans m'empeschier,

+

Je pense d'en plus pourchassier,

+

Et en feray tresor greigneur.

+

Dedens mon, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

D'Espoir, et que vous en diroye?

+

C'est ung beau bailleur de parolles,

+

Il ne parle qu'en parabolles,

+

Dont ung grant livre j'escriroye.

+

En le lisant, je me riroye,

+

Tant auroit de choses frivolles.

+

D'Espoir, etc.

+

C'est ung, etc.

+
+

Par tout ung an ne le liroye.

+

Ce ne sont que promesses folles,

+

Dont il tient chascun jour escolles;

+

Telles estudes n'esliroye.

+

D'Espoir, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

De vostre beaulté regarder,

+

Ma tres belle, gente maistresse,

+

Ce m'est certes tant de lyesse

+

Que ne le sauriez penser.

+

Je ne m'en pourroye lasser.

+

Car j'oublie toute tristesse.

+

De vostre, etc.

+

Ma tres belle, etc.

+
+

Mais, pour mesdisans destourber

+

De parler sus vostre jeunesse,

+

Il fault que souvent m'en delaisse,

+

Combien que ne m'en puis garder.

+

De vostre, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Passez oultre, decevant Vueil,

+

Où portez vous cest estendart

+

De plaisant, actrayant regart,

+

Soubz l'emprise de Bel acueil?

+

De ma maison n'entrez le sueil

+

Plus avant, tirez autre part.

+

Passez oultre, etc.

+

Où portez, etc.

+
+

Vous taschez à croistre mon dueil,

+

Et gens engigner par votre art;

+

A! a! maistre sebelin regnart,

+

On vous congnoist tout cler à l'ueil.

+

Passez oultre, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Trop estes vers moy endebtée,

+

Vous me devez plusieurs baisiers,

+

Je vouldroye moult voulentiers

+

Que la debte fust acquictée;

+

Quoyque vous soyez excusée

+

Que n'osez pour les faulx Dangiers.

+

Trop estes, etc.

+

Vous me, etc.

+
+

J'en ay bonne lectre scellée,

+

Paiez les, sans tenir si chiers;

+

Autrement, par les officiers

+

D'Amours, vous serez arrestée.

+

Trop estes, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Ma plus chier tenue richesse,

+

Ou parfont tresor de pensée,

+

Est soubz clef, seurement gardée,

+

Par Esperance ma Déesse.

+

Se vous me demandez et qu'esse?

+

N'enquerez plus, elle est mussée.

+

Ma plus, etc.

+

Ou parfont, etc.

+
+

Avecques elle, seul, sans presse,

+

Je m'esbas soir et matinée,

+

Ainsi passe temps et journée,

+

Au partir dy: Adieu maistresse.

+

Ma plus, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Vostre bouche dit: Baisiez moy,

+

Se m'est avis quant la regarde;

+

Mais Dangier de trop pres la garde,

+

Dont mainte doleur je reçoy.

+

Laissez m'avoir, par vostre foy,

+

Ung doux baisier, sans que plus tarde.

+

Vostre, etc.

+

Se m'est, etc.

+
+

Dangier me heit, ne scay pourquoy?

+

Et tousjours destourbier me darde,

+

Je prie à Dieu que mal feu l'arde!

+

Il fust temps qu'il se teinst coy.

+

Vostre bouche, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Va tost, mon amoureux desir,

+

Sur quanque me veulx obeir,

+

Tout droit vers le manoir de Joye;

+

Et pour plus abregier ta voye,

+

Prens ta guide doulx souvenir.

+

Metz peine de me bien servir,

+

Et de ton messaige accomplir,

+

Tu congnois ce que je vouldroye.

+

Va tost, etc.

+

Sur, etc.

+

Tout, etc.

+
+

Recommandes moy à Plaisir;

+

Et se brief ne peuz revenir,

+

Fay que de toy nouvelles oye,

+

Et par Bon espoir les m'envoye;

+

Ne vueilles au besoing faillir.

+

Va tost, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Ou puis parfont de ma merencolie

+

L'eaue d'Espoir que ne cesse de tirer.

+

Soif de confort la me fait desirer,

+

Quoy que souvent je la trouve tarie.

+

Necte la voy ung temps et esclercie,

+

Et puis apres troubler et empirer.

+

Ou puis, etc.

+

L'eaue, etc.

+
+

D'elle trempe mon ancre d'estudie;

+

Quant j'en escrips, mais pour mon cueur irer,

+

Fortune vient mon pappier dessirer,

+

Et tout gecte par sa grant felonnie.

+

Ou puis, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Je me metz en vostre mercy;

+

Tres belle, bonne, jeune et gente,

+

On m'a dit qu'estes mal contente

+

De moy, ne scay s'il est ainsi.

+

De toute nuit je n'ay dormy,

+

Ne pensez pas que je vous mente.

+

Je me, etc.

+

Tres belle, etc.

+
+

Pour ce, tres humblement vous pry,

+

Que vous me dictes vostre entente;

+

Car d'une chose je me vante,

+

Qu'en loyaulté n'ay point failly.

+

Je me, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Monstrez les moy, ces povres yeulx,

+

Tous batuz et deffigurez,

+

Certes ilz sont fort empirez

+

Depuis hier, qu'ilz valloient mieulx.

+

Ne se congnoissent ilz pas tieulx;

+

Mal se sont au matin mirez.

+

Monstrez les moy, etc.

+

Tous batuz, etc.

+
+

Ont ilz pleuré devant leurs Dieux?

+

Comme de leur grace inspirez,

+

Ou s'ilz ont mains travaulx tirez,

+

Priveement en aucuns lieux.

+

Monstrez les, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

S'il vous plaist vendre voz baisiers,

+

J'en achecteray voulentiers,

+

Et en aurez mon cueur en gaige,

+

Pour les prendre par heritaige,

+

Par douzaines, cens ou milliers.

+

Ne les me vendez pas si chiers,

+

Que vous feriez à estrangiers,

+

En me recevant en hommaige.

+

S'il vous, etc.

+

J'en achecteray, etc.

+

Et en aurez, etc.

+
+

Mon vueil et mon desir entiers

+

Sont vostres, maugré tous dangiers;

+

Faictes comme loyalle et saige,

+

Que pour mon guerdon et partaige,

+

Je soye servy des premiers.

+

S'il vous, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Traitre regart, et que fais tu?

+

Quant tu vas souvent in questu;

+

Tu fiers sans dire: garde toy.

+

Et ne sces la raison pourquoy,

+

N'il ne t'en chault pas ung festu.

+

Tu es de couraige testu,

+

Et de fureur trop in estu,

+

Change ton propos, et me croy.

+

Traitre, etc.

+

Quant, etc.

+

Tu fiers, etc.

+
+

On te deust batre devestu

+

Parmi les rues cum mestu,

+

Par l'ordonnance de la loy;

+

Car tu n'as leaulté, ne foy,

+

On le voit in tuo gestu.

+

Traitre, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Ma seule amour, que tant desire,

+

Mon reconfort, mon doulx penser,

+

Belle, nompareille, sans per,

+

Il me desplaist de vous escrire;

+

Car j'aymasse mieulx à le dire

+

De bouche, sans le vous mander.

+

Ma seule, etc.

+

Mon reconfort, etc.

+
+

Las! or n'y puis je contredire;

+

Mais Espoir me fait endurer,

+

Qui m'as promis de retourner

+

En liesse, mon grief martire.

+

Ma seule, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Anuy, Soussy, Soing et Merencolie,

+

Se vous prenez desplaisir à ma vie,

+

Et desirez tost avancer ma mort,

+

Tourmentez moy de plus fort en plus fort,

+

Pour en passer tout à cop vostre envye.

+

Ay je bien dit? Nennil, je le renye;

+

Et, par conseil de Bon espoir, vous prie

+

Que m'espargnez, ou vous me ferez tort.

+

Anuy, Soussy, etc.

+

Se vous prenez, etc.

+

Et desirez, etc.

+
+

Et qu'esse cy? je suis en resverie,

+

Il semble bien que ne scay que je dye;

+

Je dy puis l'un, puis l'autre, sans accort;

+

Suis je enchanté? veille mon cueur ou dort?

+

Vuidez, vuidez de moy telle folie.

+

Anuy, Soussy, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Logiez moy entre voz bras,

+

Et m'envoyez doulx baisier

+

Qui me viengne festier,

+

D'aucun amoureux soulas.

+

Tandis que Dangier est las,

+

Et le voyez sommeillier,

+

Logiez, etc.

+

Et m'envoyez, etc.

+
+

Pour Dieu, ne l'esveillez pas

+

Ce faulx, envieux Dangier;

+

Jamais ne puist s'esveillier!

+

Faictes tost, et parlez bas.

+

Logiez moy, etc.

+
+

CHANCON.

+
+

Se Dangier me tolt le parler

+

A vous, mon bel amy, sans per;

+

Par le pourchas des envieux,

+

Non plus qu'on toucheroit aux cieulx,

+

Ne me tendray de vous amer,

+

Car mon cueur m'a voulu laissier

+

Pour soy du tout à vous donner,

+

Et pour estre vostre en tous lieux.

+

Se Dangier, etc.

+

A vous, etc.

+

Par le, etc.

+
+

Tout son povoir ne peut garder,

+

Que, sur tous autres, n'aye chier

+

Vostre gent corps, tres gracieux;

+

Et se ne vous voy de mes yeulx,

+

Pourtant ne vous veuil je changier.

+

Se Dangier, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Fault il aveugle devenir?

+

N'ose l'en plus les yeulx ouvrir,

+

Pour regarder ce qu'on desire?

+

Dangier est bien estrange sire,

+

Qui tant veult amans asservir.

+

Vous lerrez vous aneantir.

+

Amours, sans remede querir,

+

Ne peut nul Dangier contredire?

+

Faut il, etc.

+

N'ose l'en, etc.

+

Pour, etc.

+
+

Les yeulx si sont faiz pour servir,

+

Et pour raporter tout plaisir

+

Aux cueurs, quand ilz sont en martire;

+

A les en garder, Dangier tire,

+

Est ce bien fait de le souffrir?

+

Faut il, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Riens ne valent ses mirlifiques,

+

Et ses menues oberliques;

+

D'où venez vous? petit mercier,

+

Gueres ne vault vostre mestier,

+

Se me semble, ne voz pratiques.

+

Chier les tenez comme reliques,

+

Les voulez vous mectre en croniques,

+

Vous n'y gangnerez ja denier.

+

Riens ne valent, etc.

+

Et ses menues, etc.

+

D'où venez vous, etc.

+
+

En plusieurs lieux sont trop publiques,

+

Et pour ce, sans faire repliques,

+

Desploiez tout vostre pannier;

+

Affin qu'on y puisse serchier

+

Quelques bagues plus auctentiques.

+

Riens ne valent, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Regardez moy sa contenance,

+

Lui siet il bien à soy jouer?

+

Certes, c'est le vray mirouer

+

De toute joyeuse plaisance.

+

Entre les parfaictes de France

+

Se peut elle l'une advouer?

+

Regardez, etc.

+

Lui siet, etc.

+
+

Pour fol me tien, quant je m'avance

+

De vouloir les grans biens louer,

+

Dont Dieu l'a voulu douer;

+

Ses faiz en font la demonstrance.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Petit mercier, petit pannier;

+

Pourtant se je n'ay marchandise

+

Qui soit du tout à vostre guise,

+

Ne blasmez, pour ce, mon mestier.

+

Je gangne denier à denier,

+

C'est loings du tresor de Venise.

+

Petit mercier, etc.

+

Pourtant, etc.

+
+

Et tandiz qu'il est jour ouvrier,

+

Le temps pers quant à vous devise;

+

Je voys parfaire mon emprise,

+

El parmi les rues crier:

+

Petit mercier, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Reprenez ce larron souspir

+

Qui s'est emblé soudainement,

+

Sans congié, ou commandement,

+

Hors de la prison de Desir.

+

Mesdisans l'ont ouy partir,

+

Dont ilz tiennent leur parlement.

+

Reprenez, etc.

+

Qui s'est, etc.

+
+

Se le meschant eust sceu saillir

+

Sans noyse, tout priveement,

+

N'en peult chaloir, mais sotement

+

L'a fait; pour ce, l'en fault pugnir.

+

Reprenez, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

L'ostellerie de Pensée

+

Plaine de venans et alans,

+

Soussiz soient petitz ou grans,

+

A chascun est habandonnée;

+

Elle n'est à nul reffusée,

+

Mais preste pour tout les passans,

+

L'ostellerie, etc.

+

Plaine de, etc.

+
+

Plaisance chierement amée

+

S'y loge souvent, mais nuisans

+

Lui sont ennuiz gros et puissans,

+

Quand ilz la tiennent empeschée.

+

L'ostellerie, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Fuyez le trait de doulx regard,

+

Cueur, qui ne vous savez deffendre,

+

Veu qu'estes desarmé et tendre,

+

Nul ne vous doit tenir couard.

+

Vous serez pris ou tost, ou tard,

+

S'Amour le veult bien entreprendre.

+

Fuyez le, etc.

+

Cueur, etc.

+
+

Retrayez vous sous l'estendart

+

De Nonchaloir, sans plus actendre;

+

S'a Plaisance vous laissiez rendre,

+

Vous estes mort, Dieu vous en gard!

+

Fuyez le trait, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Yver, vous n'estes qu'un villain,

+

Esté est plaisant et gentil,

+

En tesmoing de May et d'Avril,

+

Qui l'accompaignent soir et main.

+

Esté revest champs, bois et fleurs,

+

De sa livrée de verdure,

+

Et de maintes autres couleurs,

+

Par l'ordonnance de Nature.

+

Mais vous, Yver, trop estes plain

+

De neige, vent, pluye et grezil;

+

On vous deust bannir en exil,

+

Sans point flater, je parle plain.

+

Yver, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Mon seul amy, mon bien, ma joye,

+

Cellui que sur tous amer veulx,

+

Je vous pry que soyez joyeux,

+

En esperant que brief vous voye.

+

Car je ne fais que querir voye

+

De venir vers vous, se m'aist Dieux.

+

Mon seul, etc.

+

Cellui. etc.

+
+

Et se par souhaidier povoye

+

Estre empres vous, un jour ou deux,

+

Pour quanqu'il a dessoubz les cieulx,

+

Outre rien ne souhaideroye.

+

Mon seul, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Je le retiens pour ma plaisance,

+

Espoir, mais que leal me soit,

+

Et, se jamais il me décoit,

+

Je renie son acointance.

+

Nous deux avons fait aliance,

+

Tant que mon cueur tel l'aparcoit.

+

Je le retiens, etc.

+

Espoir, etc.

+
+

Monstrer me puisse bienvueillance,

+

Ainsi que mon penser concoit,

+

Dont mainte liesse recoit;

+

Quand à moy, j'ay en lui fiance.

+

Je le retiens, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Je ne les prise pas deux blancs

+

Tous les biens qui sont en amer,

+

Car il n'y a que tout amer,

+

Et grant foison de faulx semblans;

+

Pour les maulx qui y sont doublans,

+

Pire que les perils de mer.

+

Je ne les, etc.

+

Tous les, etc.

+
+

Ilz ne sont à riens ressemblans,

+

Car ung jour viennent entamer

+

Le cueur, et apres embasmer;

+

Ce sont amouretes tremblans.

+

Je ne les, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Hors du propos si baille gaige,

+

Ce n'est que du jeu la maniere,

+

Nulle excusacion n'y quiere,

+

Quoyque soit prouffit ou dommaige.

+

Tousjours parle plus fol que saige,

+

C'est une chose coustumiere.

+

Hors du propos, etc.

+

Ce n'est que, etc.

+
+

Se l'en me dit: Vous contez raige;

+

Blasmez ma langue trop legere,

+

Raison de Secret tresoriere

+

La tance, quant despent langaige.

+

Hors du propos, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Au besoing congnoist on l'amy

+

Qui loyaument aidier desire,

+

Pour vous je puis bien cecy dire,

+

Car vous, ne m'avez pas failly;

+

Mais avez, la vostre mercy,

+

Tant fait qu'il me doit suffire.

+

Au besoing, etc.

+

Qui loyaument, etc.

+
+

Bien brief pense partir de cy,

+

Pour m'en aler vers vous de tire;

+

Loisir n'ay pas de vous escrire,

+

Et pour ce, plus avant ne dy.

+

Au besoing, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

O tres devotes creatures,

+

En ypocrisies d'amours

+

Que vous querez d'estranges tours!

+

Pour venir à voz aventures.

+

Vous cuidez bien par voz paintures,

+

Faire sotz, aveugles et sours.

+

O tres devotes, etc.

+

En ypocrisies, etc.

+
+

On ne peut desservir deux cures,

+

Ne prendre gaiges en deux cours;

+

Prenez les champs, ou les faulbourgs,

+

Ilz sont de diverses natures.

+

O tres devotes, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Que c'est estrange compaignie

+

De Penser joint avec Espoir;

+

Aidier scevent, et decevoir

+

Ung cueur qui tout en eulx se fie.

+

Il ne fault ja que je le dye,

+

Chascun le peut en soy savoir.

+

Que c'est, etc.

+

De Penser, etc.

+
+

D'eulx me plains et ne m'en plains mye,

+

Car mal et bien m'ont fait avoir;

+

Menty m'ont, et aussi dit voir,

+

Je l'aveu et si le renye.

+

Que c'est, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

(Orléans.)

+
+

Sera elle point jamais trouvée?

+

Celle qui ayme loyaulté,

+

Et qui a ferme voulenté,

+

Sans avoir legiere pensée.

+

Il convient qu'elle soit criée,

+

Pour en savoir la verité.

+

Sera elle point, etc.

+

Celle qui, etc.

+
+

Je crois bien qu'elle est deffiée

+

Des aliez de faulceté,

+

Dont il y a si grant planté,

+

Que de paour elle s'est mussiée.

+

Sera elle, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

(Responce du duc Jehan de Bourbon,)

+
+

DUC D'ORLÉANS, je l'ay trouvée

+

Celle qui ayme loyaulté,

+

Et qui a ferme voulenté,

+

Sans avoir legiere pensée.

+

Ja ne fault qu'elle soit criée,

+

J'en scay assez la vérité.

+

DUC D'ORLÉANS, etc.

+

Celle qui, etc.

+
+

C'est ma Dame tres bien amée,

+

Qui a des biens si grant planté,

+

Qu'el ne craint vostre faulceté,

+

Ne de ceulx de vostre livrée.

+

DUC D'ORLÉANS, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Puis ça, puis là,

+

Et sus, et jus,

+

De plus en plus,

+

Tout vient et va.

+

Tous on verra

+

Grans et menus,

+

Puis ça, etc.

+

Et sus, etc.

+
+

Vieulx temps desja,

+

S'en sont courus,

+

Et neufz venus,

+

Que dea! que dea!

+

Puis ca, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Dieu vous conduie, Doulx penser,

+

Et vous doint faire bon voyage,

+

Rapportez tost joyeulx message

+

Vers le cueur pour le conforter;

+

Ne vueillez gueres demourer,

+

Exploictez comme bon et sage.

+

Dieu vous, etc.

+

Et vous, etc.

+
+

Riens ne vous convient ordonner,

+

Les secrez savez du courage,

+

Besongnez à son avantage,

+

Et pensez de brief retourner.

+

Dieu vous, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Puisque par deca demourons,

+

Nous Saulongnois et Beausserons,

+

En la maison de Savonnieres,

+

Souhaidez nous des bonnes chieres

+

Des Bourbonnois et Bourguignons.

+

Aux champs, par hayes et buissons,

+

Perdrix et lyevres nous prendrons,

+

Et yrons pescher sur rivieres.

+

Puisque, etc.

+

Nous, etc.

+

En la maison, etc.

+
+

Vivres, tabliers, cartes aurons

+

Où souvent nous estudirons;

+

Vins, mangers de plusieurs manieres,

+

Galerons, sans faire prieres,

+

Et de dormir ne nous faindrons.

+

Puisque, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Les fourriers d'Amours m'ont logé

+

En ung lieu bien à ma plaisance,

+

Dont les mercy de ma puissance,

+

Et m'en tiens à eulx obligé.

+

Afin que tost soit abregé

+

Le mal qui me porte grevance,

+

Les fourriers, etc.

+

En ung lieu, etc.

+
+

Desja je me sens alegé,

+

Car acointié m'a Esperance,

+

Et croy qu'amoureux n'a en France

+

Qui soit mieulx que moy hebergé.

+

Les fourriers, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Penser, qui te fait si hardy,

+

De mectre en ton hostellerie

+

La tres diverse compaignie

+

D'Ennuy, Desplaisir et Soussy.

+

Se congié en as, si le dy,

+

Ou se le fais par ta folie.

+

Penser, qui, etc.

+

De mectre, etc.

+
+

Nul ne repose pour leur cry,

+

Boute les hors, et je t'en prie,

+

Ou il faut qu'on y remedie;

+

Veulx tu estre à tous ennemy?

+

Penser, qui, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Dont vient ce souleil de plaisance

+

Qui ainsi m'esbluyst les yeulx?

+

Beaulté, doulceur, et encor mieulx

+

Y sont à trop grant habondance;

+

Soudainement luyst par semblance,

+

Comme un escler venant des cieulx.

+

Dont vient, etc.

+

Qui ainsi, etc.

+
+

Il fait perdre la contenance

+

A toutes gens, jeunes et vieulx;

+

N'il n'est eclipse, se m'aist Dieux,

+

Qui de l'obscurcir ait puissance.

+

Dont vient, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

(Fraigne.)

+
+

Et où vas tu? petit souspir,

+

Que j'ay ouy si doulcement;

+

T'en vas tu mectre à saquement

+

Quelque povre amoureux martir?

+

Viens ca, dy moy tost, sans mentir,

+

Ce que tu as en pensement.

+

Et où vas tu, etc.

+

Que j'ay, etc.

+
+

Dieu te conduye à ton désir,

+

Et te remaine à sauvement;

+

Mais je te requier humblement

+

Que ne faces ame mourir.

+

Et où vas tu, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Laissez moy penser à mon aise,

+

Helas! donnez m'en le loisir,

+

Je devise avecques Plaisir,

+

Combien que ma bouche se taise.

+

Quant merencolie mauvaise

+

Me vient maintes foiz assaillir,

+

Laissez moy, etc.

+

Helas! donnez, etc.

+
+

Car affin que mon cueur rapaise,

+

J'appelle plaisant souvenir,

+

Qui tantost me vient resjouir;

+

Pour ce, pour Dieu, ne vous desplaise.

+

Laissez moy, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

As tu ja fait? petit souspir,

+

Est il sur son trespassement?

+

Le cueur qu'as mis à saquement;

+

A il remede de guerir?

+

Tu as mal fait de le ferir

+

En haste, si piteusement.

+

As tu ja, etc.

+

Est il sur, etc.

+
+

Amours qui t'en doit bien pugnir,

+

A fait de toy son jugement;

+

Pren franchise hastivement,

+

Sauve toy, quant tu as loisir.

+

As tu ja, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Levez ces cuevrechiefz plus hault

+

Qui trop cuevrent ces beaulx visaiges;

+

De riens ne servent telz umbraiges,

+

Quant il ne fait hale, ne chault.

+

On fait à beaulté qui tant vault,

+

De la musser, tort et oultraiges:

+

Levez ces, etc.

+

Qui trop, etc.

+
+

Je scay bien qu'à Dangier n'en chault,

+

Et pense qu'il ait donné gaiges,

+

Pour entretenir telz usaiges;

+

Mais l'ordonnance rompre fault.

+

Levez ces, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Deux ou trois couples d'ennuys

+

J'ay tousjours en ma maison,

+

Desencombrer ne m'en puis,

+

Quoyqu'à mon povoir les fuis,

+

Par le conseil de raison.

+

Deux ou trois, etc.

+
+

Je les chasse d'où je suis,

+

Mais en chascune saison,

+

Ilz rentrent par un autre huis.

+

Deux ou trois, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Entre les amoureux fourrez,

+

Non pas entre les decoppez,

+

Suis, car le temps sans refroidy,

+

Et le cueur de moy l'est aussi;

+

Tel me veez, tel me prenez.

+

Jeunes gens qui Amours servez,

+

Pour Dieu, de moy ne vous mocquez,

+

Il est ainsi que je vous dy.

+

Entre les, etc.

+

Non pas, etc.

+
+

Car, quant Amours servy aurez

+

Autant que j'ay, vous devendrez

+

Pareillement en mon party;

+

Et quant vous trouverez ainsy,

+

Comme je suis, lors vous serez.

+

Entre les, etc.

+
+
+
+

CAROLE.

+
+

Las! Merencolie,

+

Me tendrez vous longuement,

+

Es maulx dont j'ay plus de cent,

+

Sans pensée lie.

+

Je l'ay souffert main et soir,

+

Loingtain de joyeulx confort;

+

Mais nul bien n'en puis avoir,

+

Dont mon cueur est presque mort.

+

Au moins, je vous en prie,

+

Que me laissiez seulement,

+

Aucun peu d'alegement,

+

Sans m'oster la vie

+

Las! etc.

+
+

Esperance d'avoir mieulx

+

Dist qu'elle me veult aidier;

+

Mais tousjours maugracieux

+

Je trouve le faulx Dangier,

+

Qui tant me guerrie.

+

Si, vous requier humblement,

+

Qu'en ce douloureux tourment

+

Ne me laissiez mie,

+

Las! Merencolie.

+
+
+
+

CAROLE.

+
+

Avancez vous, Esperance,

+

Venez mon cueur conforter,

+

Car il ne peut plus porter

+

Sa tres greveuse penance.

+

Pieca, Joyeuse pensée

+

S'esbatoit avecques lui,

+

Mais elle s'en est alée,

+

Tant a pourchassié Ennuy.

+

Se vous n'avez la puissance

+

De tout son mal lui oster,

+

Plaise vous à alegier

+

Au moins un peu sa grevance.

+

Avancez, etc.

+
+

Vous lui avez fait promesse

+

De le venir secourir,

+

Et de lui tollir tristesse,

+

Mais trop le faictes languir.

+

Ayez de lui souvenance,

+

Et le venez deslogier

+

De la prison de Dangier,

+

Où il meurt en desplaisance,

+

Avancez, etc.

+
+
+
+

CAROLE.

+
+

M'avez vous point mis en oubly?

+

Par Dieu, je double fort, oy,

+

Ma seule maistresse et ma joye;

+

Non pourtant, quelque part que soye,

+

Je m'actens à vostre mercy.

+

Espoir m'a dit que Leauté

+

Vous fera souvenir de moy,

+

Car vostre bonne voulenté

+

Ne peult faillir, comme je croy.

+

Quant est à moy, je vous supply,

+

Pensez que l'amoureux party,

+

Que j'ay prins, changier ne pourroye;

+

Certes avant mourir vouldroye,

+

Je vous prometz qu'il est ainsi.

+

M'avez vous, etc.

+
+

Amour a tort, ce m'est advis,

+

Qu'il ne fait aux dames sentir

+

Les maulx, où leurs servans sont mis,

+

Pour les tres loyaument servir.

+

Pour vous, ma Dame, je le dy,

+

Car se vous saviez le soussy,

+

Qu'Amours, pour vous servir, m'envoye,

+

Vous diriez bien que j'auroye,

+

De droit, gaingné le don d'amy.

+

M'avez vous, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Et ne cesserez vous jamais?

+

Tousjours est à recommencer;

+

C'est folie d'y plus penser,

+

Ne s'en soussier desormais.

+

Plus avant j'en diroye, mais

+

Rien n'y vault flater, ne tanser.

+

Et ne cesserez, etc.

+

Tousjours, etc.

+
+

Passez a plusieurs moys des Mays

+

Qu'Amour vous vouldrent avanser;

+

Mal les voulez recompenser,

+

En servant de telz entremais.

+

Et ne cesserez vous, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orleans à Nevers.)

+
+

Pour paier vostre belle chiere,

+

Laissez en gaige vostre cueur,

+

Nous le garderons en doulceur

+

Tant que vous retournez arriere.

+

Contentez, car c'est la maniere,

+

Vostre hostesse pour vostre honneur.

+

Pour paier, etc.

+

Laissez en, etc.

+
+

Et se voiez nostre priere

+

Estre trop plaine de rigueur,

+

Changons de cueur, c'est le meilleur,

+

De voulenté bonne et entiere.

+

Pour paier, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Responce de Nevers.)

+
+

Mon tres bon hoste, et ma tres doulce hostesse,

+

Tres humblement et plus vous remercie

+

Des biens, honneurs, bonté et courtoisie,

+

Que m'avez faiz tous deux, par vostre humblesse.

+

Aussi fais je de vostre grant largesse

+

Et tres soingneuse et bonne compaignie.

+

Mon tres bon hoste, etc.

+

Tres humblement, etc.

+
+

Mon povre cueur pour paiement vous laisse,

+

Prenez en gré, et je vous supplie,

+

Et oultre plus, tant que je puis vous prie,

+

Que m'octroyez estre maistre et maistresse.

+

Mon tres bon, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Qu'il ne le me font,

+

Pour veoir que feroye,

+

Et se je sauroye

+

Leur donner le bont.

+

Puisque telz ilz sont

+

Affin qu'on les voye

+

Qu'il ne, etc.

+

Pour veoir, etc.

+
+

Droit à droit respont,

+

Paier les vouldroye

+

De telle monnoye

+

Qu'il desserviront.

+

Qu'il ne, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

A ce jour de saint Valentin,

+

Que chascun doit choisir son per,

+

Amours, demourray je non per?

+

Sans partir à vostre butin.

+

A mon resveillier au matin,

+

Je n'y ai cessé de penser,

+

A ce jour, etc.

+

Que chascun, etc.

+
+

Mais Nonchaloir, mon medicin,

+

M'est venu le pousse taster,

+

Qui ma conseillié reposer,

+

Et rendormir sur mon coussin.

+

A ce jour, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

J'ay esté Poursuivant d'Amours,

+

Mais maintenant je suis Herault;

+

Monter me fault en l'eschaffault,

+

Pour jugier des amoureux tours.

+

Quant je verray riens à rebours

+

Dieu scet se je crieray bien hault.

+

J'ay esté, etc.

+

Mais, etc.

+
+

Et s'amans vont faisant les lours,

+

Tantost congnoistray leur deffault;

+

Ja devant moy, clochier ne fault,

+

D'amer scay par cueur le droit cours.

+

J'ay esté, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Secile.)

+
+

Apres une seule exceptée,

+

Je vous servirai ceste année,

+

Ma doulce Valentine gente,

+

Puisqu'Amours veult que m'y consente,

+

Et que telle est ma destinée.

+

De moy, pour autre habandonnée

+

Ne serez; mais si fort amée

+

Qu'en devrez bien estre contente.

+

Apres une seule, etc.

+

Je vous, etc.

+
+

Or me soit par vous ordonnée,

+

S'il vous plaist, à ceste journée,

+

Vo voulenté doulce et plaisante;

+

Car à la faire me presente

+

Plus que pour Dame qui soit née.

+

Apres une seule, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Je suis desja d'amour tanné,

+

Ma tres doulce Valentinée,

+

Car pour moi fustes trop tart née,

+

Et moy pour vous fus trop tost né.

+

Dieu lui pardoint qui estrené

+

M'a de vous, pour toute l'année.

+

Je suis desja, etc.

+

Ma tres doulce, etc.

+
+

Bien m'estoye suspeconné,

+

Qu'auroye telle destinée,

+

Ains que passast ceste journée,

+

Combien qu'Amours l'eust ordonné.

+

Je suis desja, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Soubz parler couvert

+

D'estrange devise,

+

Monstrez qu'avez prise

+

Douleur; il y pert.

+

Du tout en desert,

+

N'est pas vostre emprise.

+

Soubz parler, etc.

+

D'estrange, etc.

+
+

Se Confort ouvert

+

N'est à vostre guise,

+

Tost, s'Amour s'avise,

+

Sera recouvert.

+

Soubz parler, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Laissez aler ces gorgias,

+

Chascun yver, à la pippée;

+

Vous verrez comme la gelée

+

Reverdira leurs estomas.

+

Dieu scet s'ilz auront froit aux bras.

+

Par leur manche deschiquetée.

+

Laissez aler, etc.

+
+

Il portent petiz soulers gras,

+

A une poulaine embourrée,

+

Froidure fera son entrée,

+

Par leurs talons nuz par en bas.

+

Laisser aler, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Les en voulez vous garder

+

Ces rivieres de courir,

+

Et grues prendre et tenir,

+

Quant hault les veez voler.

+

A telles choses muser,

+

Voit on folz souver servir.

+

Les en voulez, etc.

+

Ces rivieres, etc.

+
+

Laissez le temps tel passer

+

Que Fortune veult souffrir,

+

Et les choses avenir

+

Que l'en ne scet destourber.

+

Les en voulez, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Veu que j'ay tant Amour servy,

+

Ne suis je pas mal guerdonné,

+

Du plaisir qu'il m'avoit donné,

+

Sans cause m'a tost desservy.

+

Mon cueur loyaument son serf vy,

+

Mais à tort l'a abandonné.

+

Veu que j'ay, etc.

+

Ne suis, etc.

+
+

Plus ne lui sera asservy;

+

Pour Dieu, qu'il me soit pardonné,

+

Je croy que suis à ce don né,

+

D'avoir mal pour bien desservy.

+

Veu que j'ay, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Secile.)

+
+

Pourtant se vous plaignez d'Amours,

+

Il n'est pas temps de vous retraire,

+

Car encore il vous pourra faire

+

Tel bien, que perdrez vos dolours.

+

Vous congnoissez assez ses tours,

+

Je ne dy pas pour vous desplaire.

+

Pourtant, etc.

+

Il n'est, etc.

+
+

Ayez fiance en lui tousjours,

+

Et mectez paine de lui plaire;

+

Combien que mieulx me vaulsit taire,

+

Car vous pensez tout le rebours.

+

Pourtant, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Se vous estiez comme moy,

+

Las! vous vous devriez bien plaindre;

+

Car de tous mes maulx le maindre

+

Est plus grant que vostre ennoy.

+

Bien vous pourrez, sur ma foy,

+

D'Amours alors vous complaindre;

+

Se vous estiez, etc.

+

Las! vous, etc.

+
+

Car si tres dolent me voy,

+

Que plus la mort ne veuil craindre;

+

Touteffoiz, il me faut faindre;

+

Aussi feriez vous, se croy,

+

Se vous estiez, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Responce par Orléans.)

+
+

Chascune vieille son dueil plaint;

+

Vous cuidez que vostre mal passe

+

Tout autre; mais ja ne parlasse

+

Du mien, se n'y feusse contraint.

+

Saichiez de voir qu'il n'est pas faint,

+

Le tourment que mon cueur enlasse.

+

Chascune vieille, etc.

+

Vous cuidez, etc.

+
+

Ma peine pers comme fait maint,

+

Et contre Fortune je chasse;

+

Desespoir de pis me menasse,

+

Je sens où mon pourpoint m'estraint.

+

Chascune vieille, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Secile.)

+
+

Bien deffendu, bien assailly,

+

Chascun dit qu'il a grant dolours,

+

Mais, au fort, je veuil croire Amours

+

Par qui le debat est sailly;

+

Affin que qui aura failly,

+

N'aye jamais de lui secours.

+

Bien deffendu, etc.

+

Chascun dit, etc.

+
+

Car se j'ay en riens deffailly

+

De compter mon mal puis deux jours,

+

Banny vueil estre de ses cours,

+

Com un hom lasche et failly.

+

Bien deffendu, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Responce par Orléans.)

+
+

Bien assailly, bien deffendu;

+

Quant assez aurons debatu,

+

Il faut assembler noz raisons,

+

Et que les fons voler faisons

+

Du debat nouvel advenu.

+

Tres fort vous avez combatu,

+

Et j'ay mon billart bien tenu;

+

C'est beau debat que de deux bons.

+

Bien assailly, etc.

+

Quant assez, etc.

+
+

Vray est qu'estes d'Amour feru,

+

Et en ses fers estroit tenu;

+

Mais moy non, ainsi l'entendons;

+

Il a passé maintes saisons,

+

Que me suis aux armes rendu.

+

Bien assailly, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Secile.)

+
+

Si dolant je me trouve à part

+

De laisser ce dont mon bien part;

+

C'est celle en qui n'a que redire,

+

Que ne fus oncques si plain d'ire,

+

Ou jamais Dieu n'ait en moy part.

+

Car, quant je pense en mon depart,

+

Et qu'aler me fault autre part,

+

Je ne scay plus que je dois dire.

+

Si dolant, etc.

+

De laisser, etc.

+
+

Fortune, qui les lotz depart,

+

M'a baillé ce dueil pour ma part,

+

Qu'est pis qu'on ne seroit redire;

+

Et si ne lui puis contredire,

+

Dont a peu que mon cueur n'en part.

+

Si dolant, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

(Orléans.)

+
+

Durant les treves d'Angleterre

+

Qui ont esté faictes à Tours,

+

Par bon conseil avec Amours,

+

J'ay prins abstinence de guerre;

+

S'autre que moy ne la desserre,

+

Content suis que tiengne tousjours.

+

Durant les, etc.

+

Qui ont, etc.

+
+

Il n'est pas bon de trop enquerre,

+

Ne s'empechier es faiz des cours;

+

S'on m'assault, pour avoir secours,

+

Vers Nonchaloir iray grant erre.

+

Durant les, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Vous vistes que je le veoye

+

Ce que je ne vueil descouvrir,

+

Et congnustes, à l'ueil ouvrir,

+

Plus avant que je ne vouloye.

+

L'ueil d'embusche saillit en voye,

+

De soy retraire n'eut loisir.

+

Vous vistes, etc.

+

Ce que je ne, etc.

+
+

Trop est saige qui ne foloye,

+

Quant on est es mains de Plaisir,

+

Qui lors vint vostre cueur saisir,

+

Et fist comme pieca souloye.

+

Vous vistes, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Fredet.)

+
+

Jusques Pasques soient passées,

+

Donnez trieves à mes pensées,

+

Je vous pri tant que je puis, Amours;

+

Car c'est bien droit qu'à ces bons jours

+

En paix de vous soient laissées.

+

Assez voz gens les ont lassées,

+

Et pour ceste foiz couroussées,

+

Allez ailleurs faire vos tours.

+

Jusques Pasques, etc.

+

Donnez trieves, etc.

+
+

Pour plus donc n'estre d'eulx pressees,

+

Qui tant les ont fort menassées,

+

Faictes les crier par voz cours,

+

Et leur deffendez bien tousjours,

+

Que par eulx ne soient cassées.

+

Jusques Pasques, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Responce par Orléans)

+
+

Tant que Pasques soient passées,

+

Sans resveiller le chat qui dort,

+

Fredet, je suis de vostre accors,

+

Que pensées soient cassées,

+

Et en aumaires entassées,

+

Fermans à clef tres bien et fort.

+

Tant que Pasques, etc.

+

Sans resveiller, etc.

+
+

Quand aux miennes, ilz sont lassées,

+

Mais de les garder, mon effort

+

Feray, par l'avis de Confort,

+

En fardeaulx d'espoir amassées.

+

Tant que Pasques, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

La veez vous là, la lyme sourde,

+

Qui pense plus qu'elle ne dit,

+

Souventeffoiz s'esbat et rit

+

A planter une gente bourde;

+

Contrefaisant la coquelourde,

+

Soubz un malicieux abit.

+

La veez vous, etc.

+

Qui pense, etc.

+
+

Quelle part que malice sourde,

+

Tost congnoist s'il y a prouffit;

+

Benoist en soit le saint Esprit,

+

Qui de si finete me hourde.

+

La veez vous me, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Beaulté, gardez vous de mes yeulx,

+

Car ilz vous viennent assaillir;

+

S'ilz vous povoient conquerir,

+

Ilz ne demanderoyent mieulx.

+

Vous estes seule soubz les cieulx

+

Le tresor de parfait plaisir.

+

Beaulté, etc.

+

Car ilz vous, etc.

+
+

Congneuz les ay jeunes et vieulx,

+

Qu'il ne leur chauldroit de morir,

+

Mais qu'eussent de vous leur desir,

+

Je vous avise qu'ilz sont tieulx.

+

Beaulté, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Helas! et qui ne l'aymeroit?

+

De Bourbon le droit heritier,

+

Qui a l'estomac de papier,

+

Et aura la goute de droit;

+

Se Lymosin ne lui aidoit,

+

Il mourroit, tesmoing Villequier.

+

Helas! et qui, etc.

+

De Bourbon, etc.

+
+

Jamais plus hault ne sailliroit,

+

S'elle lui monstroit ung dangier;

+

Et pour ce, Fayete et Gouffier,

+

Aidiez chascun en vostre endroit.

+

Helas! et qui, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Bien viengne doulx regart qui rit,

+

Quelque bonne nouvelle porte,

+

Dont Dangier fort se desconforte,

+

Et de courroux en douleur frit.

+

Ne peut chaloir de son despit,

+

Ne de ceulx qui sont de sa sorte.

+

Bien viengne, etc.

+

Quelque, etc.

+
+

Dangier dist: baille par escript,

+

Et qu'il n'entre point en la porte;

+

Mais Amour, comme la plus forte,

+

Veult qu'il entre sans contredit.

+

Bien viengne, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+
+

Dieu vous envoye pascience,

+

Gentil conte Cleremondois,

+

Vous congnoissez, à ceste foiz,

+

Qu'est d'amoureuse penitence;

+

Puisqu'estes hors de la presence,

+

De celle que bien je congnois.

+

Dieu vous, etc.

+

Gentil conte, etc.

+
+

Vouer vous povez aliance

+

A la riche, comme je crois,

+

Ne vous trouverez de ce mois,

+

Las! trop estes loing d'alegance.

+

Dieu vous, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

En la promesse d'Esperance

+

Où j'ay temps perdu et usé,

+

J'ay souvent conseil reffusé,

+

Qui me povoit donner plaisance.

+

Las! ne suis le premier de France

+

Qui sotement s'est abusé,

+

En la promesse, etc.

+

Où j'ay temps, etc.

+
+

Et, de ma nysse gouvernance,

+

Devant Raison j'ay accusé

+

Mon cueur; mais il s'est excuse,

+

Disant que deceu l'a Fiance

+

En la promesse, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Sauves toutes bonnes raisons,

+

Mieulx vault mentir, pour paix avoir,

+

Qu'estre batu, pour dire voir;

+

Pour ce, mon cueur, ainsi faisons.

+

Riens ne perdons, se nous taisons,

+

Et se jouons au plus savoir.

+

Sauves toutes, etc.

+

Mieulx vault, etc.

+
+

Parler boute feu en maisons,

+

Et destruit paix, ce riche avoir;

+

On aprent à taire et à veoir,

+

Selon les temps et les saisons.

+

Sauves toutes, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Mon cueur, il me fault estre mestre

+

A ma foiz, aussi bien que vous,

+

N'en ayez ennuy, ou courroux;

+

Certes il convient ainsi estre.

+

Trop longuement m'avez fait pestre,

+

Et toujours tenir au dessous.

+

Mon cueur, etc.

+

A ma foiz, etc.

+
+

Allez à dextre, ou à senestre,

+

Pris serez, sans estre rescous,

+

Passer vous fault, mon amy doulx,

+

Ou par là, ou par la fenestre.

+

Mon cueur, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Il souffist bien que je le sache,

+

Sans en enquerir plus avant;

+

Car se tout aloye disant,

+

On vous pourrait bien dire actache.

+

Nul de la langue ne m'arrache

+

Ce qu'en mon cueur je voys pensant.

+

Il souffist, etc.

+

Sans en, etc.

+
+

Ainsi qu'en blanc pert noire tache,

+

Vostre fait est si apparant,

+

Que m'y trouve trop congnoissant;

+

Qui est descouvert, mal se cache.

+

Il souffist, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Mes yeulx trop sont bien reclamez,

+

Quant ma Dame si les appelle,

+

Leur monstrant sa grant beaulté belle,

+

Ilz reviennent comme affamez;

+

Maugré mesdisans peu amez,

+

Et Dangier qui tient leur querelle.

+

Mes yeulx, etc.

+

Quant ma, etc.

+
+

Estre devroient diffamez,

+

S'ilz ne voloyent, de bonne elle,

+

Vers les grans biens qui sont en elle;

+

De ce ne seront ja blasmez.

+

Mes yeulx, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Pense de toy

+

Dorenavant,

+

Du demourant

+

Te chaille poy.

+

Ce monde voy

+

En empirant.

+

Pense, etc.

+

Dorenavant, etc.

+
+

Regarde et oy,

+

Va peu parlant;

+

Dieu tout puissant

+

Fera de soy.

+

Pense, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Retraiez vous, regart mal avisé,

+

Vous cuidez bien que nulluy ne vous voye;

+

Certes, Aguet par tous lieux vous convoye

+

Priveement, en habit desguisé.

+

De gens saichans en estes moins prisé,

+

D'ainsi tousjours trocter parmy la voye.

+

Retraiez vous, etc.

+

Vous cuidez, etc.

+
+

Dangier avez contre vous atisé,

+

Quant sot maintien tellement vous forvoye;

+

Au derrenier, faudra qu'il y pourvoye,

+

Il est ainsi que je l'ay devisé.

+

Retraiez vous, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Ce n'est riens qui ne puist estre,

+

On voit de plus grans merveilles,

+

Que de baster aux corneilles

+

Les mariz, et l'erbe pestre.

+

Car de jouer tours de maistre,

+

Femmes sont les nompareilles.

+

Ce n'est riens, etc.

+

On voit, etc.

+
+

Tant aux huis, comme aux fenestres,

+

En champs, jardins, ou en trailles,

+

Par tout ont yeulx et oreilles,

+

Soit à dextre, ou a senestre.

+

Ce n'est riens, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Regart, vous prenez trop de paine,

+

Tousjours courez et racourez,

+

Il semble qu'aux barres jouez;

+

Reprenez un peu vostre alaine.

+

Cueurs qu'Amours tient en son demaine,

+

Cuident qu'assaillir les voulez.

+

Regart, vous, etc.

+

Tousjours, etc.

+
+

Amours, une fois la sepmaine

+

C'est raison que vous reposez,

+

Et affin que ne morfondez,

+

Il faudra que l'en vous pourmaine.

+

Regart, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Or est de dire, laissez m'en paix,

+

Et tout plain, de rien ne m'est plus;

+

Mes propos sont en ce conclus,

+

Qu'ainsy demourray desormais.

+

De s'entremectre de mes faiz,

+

Je n'en requier nulles, ne nuls.

+

Or est, etc.

+

Et tout, etc.

+
+

Fortune, par ses faulx atraiz,

+

En pipant, a pris à la glus

+

Mon cueur, et en soussy reclus

+

Se tient, sans departir jamais.

+

Or est, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Le voulez vous?

+

Que vostre soye,

+

Rendu m'octroye,

+

Pris ou recous.

+

Ung mot pour tous,

+

Bas qu'on ne l'oye.

+

Le voulez, etc.

+

Que vostre, etc.

+
+

Maugré jalons,

+

Foy vous tendroye,

+

Or sa, ma joye,

+

Accordons nous.

+

Le voulez, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

C'est grant paine que de vivre en ce monde,

+

Encores est ce plus paine de mourir;

+

Si convient il, en vivant, mal souffrir,

+

Et au derrain, de mort passer la bonde.

+

S'aucunefois joye, ou plaisir abonde,

+

On ne les peut longuement retenir.

+

C'est grant, etc.

+

Encores, etc.

+
+

Pour ce, je vueil comme un fol qu'on me tonde,

+

Se plus pense, quoyque voye à venir,

+

Qu'a vivre bien, et bonne fin querir;

+

Las! il n'est rien que soussy ne confonde.

+

C'est grant, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Crevez moy les yeulx,

+

Que ne voye goute,

+

Car trop je redoubte,

+

Beaulté en tous lieux;

+

Ravir jusqu'aux cieulx

+

Veult ma joye toute.

+

Crevez moy, etc.

+

Que ne, etc.

+
+

D'elle me gard Dieux,

+

Affin qu'en sa route

+

Jamais ne me boute;

+

N'est ce pour le mieulx?

+

Crevez moi, etc.

+
+

Quant je la regarde,

+

Elle vient ferir

+

Mon cueur, de la darde

+

D'amoureux desir.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

En vivant en bonne esperance,

+

Sans avoir desplaisance, ou dueil,

+

Vous aurez brief, à votre vueil,

+

Nouvelle plaine de plaisance.

+

De guerre n'avons plus doubtance,

+

Mais tousjours gracieulx acueil.

+

En vivant, etc.

+
+

Tous nouveaulx revendrons en France,

+

Et quant me reverrez à l'ueil,

+

Je suis tout autre que je sueil;

+

Au moins j'en fais la contenance.

+

En vivant, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Jeunes amoureux nouveaulx,

+

En la nouvelle saison,

+

Par les rues, sans raison,

+

Chevauchent faisans les saulx;

+

Et font saillir des carreaulx

+

Le feu, comme de charbon.

+

Jeunes, etc.

+

En la, etc.

+
+

Je ne scay se leurs travaulx

+

Ilz employent bien, ou non;

+

Mais piqués de l'esperon,

+

Sont autant que leurs chevaulx.

+

Jeunes, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

(Orléans à Secile.)

+
+

Vostre esclave et serf, où que soye,

+

Qui trop ne vous puis mercier,

+

Quant vous a pleu de m'envoyer

+

Le don qu'ay receu à grant joye;

+

Tel que dy, et plus, se povoye,

+

Me trouverez à l'essayer.

+

Vostre esclave, etc.

+

Qui trop, etc.

+
+

Paine mectray que brief vous voye,

+

Et tost arez, sans delayer,

+

Chose qui est sus le mestier,

+

Qui vous plaira; plus n'en diroye.

+

Vostre esclave, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Gardez le trait de la fenestre,

+

Amans, qui par rues passez,

+

Car plus tost en serez blessez,

+

Que de trait d'arc, ou d'arbalestre.

+

N'alez à dextre, ne à senestre

+

Regardant, mais les yeulx bessez.

+

Gardez, etc.

+

Amans, etc.

+
+

Se n'avez medicin bon maistre,

+

Si tost que vous serez navrez,

+

A Dieu soiez recommandez;

+

Mort vous tiens, demandez le prestre.

+

Gardez, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Tellement, quellement,

+

Me faut le temps passer,

+

Et soucy amasser

+

Mainteffoiz, mallement,

+

Quant ne puis nullement

+

Ma fortune casser.

+

Tellement, etc.

+

Me faut, etc.

+
+

G'iray tout bellement,

+

Pour paour de me lasser,

+

Et sans trop m'enlasser,

+

Ou monde follement.

+

Tellement, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

En gibessant toute l'apres disnée

+

Parmy les champs, pour me desanuyer,

+

N'a pas longtemps que faisoye l'autrier

+

Voler mon cueur apres mainte pensée;

+

La quilote souvenance nommée,

+

Sourdoit deduit, et savoit remerchier.

+

En gibessant, etc.

+

Parmy, etc.

+
+

Gibessiere de passe temps ouvrée,

+

Emplie toute d'assez plaisant gibier,

+

Et puis je peu mon cueur, au derrenier,

+

Sur ung faisant d'esperance celée.

+

En gibessant, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

A tout bon compte revenir

+

Convendra, qui qu'en rie, ou pleure,

+

Et ne scet on le jour, ne l'eure;

+

Souvent en devroit souvenir.

+

Prenez qu'on ait dueil, ou plaisir,

+

En brief temps, ou longue demeure,

+

A tout bon, etc.

+

Convendra, etc.

+
+

Las! on ne pense qu'à suyr

+

Le monde qui tousjours labeure;

+

Et quant on cuide qu'il sequeure,

+

Au plus grant besoing vient faillir,

+

A tout bon, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Que faut il plus à ung cueur amoureux?

+

Quant assiegé l'a Dangier, de tristesse;

+

Qu'avitailler tantost sa forteresse

+

D'assez vivres de Bon espoir eureux,

+

Cappitaine face Desir songneux,

+

Qui, nuyt et jour, fera guet sans peresse.

+

Que faut, etc.

+

Quant, etc.

+
+

Artillié soit d'Avis avantureux,

+

Coulevrines et canons, à largesse,

+

Pretz, assortiz et chargiez de Sagesse,

+

Es boulevers et lieux avantageux.

+

Que faut il, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Vous estes paié pour ce jour,

+

Puis qu'avez eu ung doulx regart;

+

Devant ung ancien regnart,

+

Tost est apparceu ung tel tour;

+

Quant on a esté à sejour,

+

Ce sont les gaiges de musart.

+

Vous estes, etc.

+

Puis qu'avez, etc.

+
+

Il souffist pour vostre labour,

+

Et s'apres on vous sert de lart,

+

Prenez en gré, maistre coquart,

+

Ce n'est qu'un restraintif d'amour.

+

Vous estes, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Des maleureux porte le pris,

+

Servant Dame loyalle et belle,

+

Qui, pour mourir en la querelle,

+

N'acheve ce qu'a entrepris;

+

Diffamé de droit, et repris

+

Par devant dame et damoiselle,

+

Des maleureux, etc.

+

Servant Dame, etc.

+
+

Pourquoy est d'amer si espris

+

Quant congnoist que son cueur chancelle?

+

En soy donnant repreuve telle,

+

Où a il ce mestier apris?

+

Des maleureux, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Puisqu'estes en chaleur d'amours.

+

Pour Dieu, laissez veoir vostre orine;

+

On vous trouvera medicine

+

Qui briefment vous fera secours.

+

Trop tost, oultre le commun cours,

+

Vous bat le cueur en la poictrine.

+

Puisqu'estes, etc.

+

Pour Dieu, etc.

+
+

La fievre blanche ses sejours

+

A fait, se voulez que termine,

+

Et que plus ne vous soit voisine,

+

Repousez vous pour aucuns jours.

+

Puisqu'estes, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

En amer n'a que martire,

+

Nully ne le devroit dire

+

Mieulx que moy;

+

J'en sauroye, sur ma foy,

+

De ma main ung livre escripre,

+

Où amans pourroient lire,

+

Des yeulx larmoyans, sans rire,

+

Je m'en croy.

+

En amer, etc.

+

Nully, etc.

+
+

Des maulx qu'on y peut eslire,

+

Celluy qui est le mains pire,

+

C'est anoy,

+

Qui n'est jamais à part soy;

+

Plus n'en dy, bien doit souffire.

+

En amer, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Saint Valentin, quant vous venez

+

En Karesme au commencement,

+

Receu ne serez vrayement

+

Ainsi que acoustumé avez.

+

Soussy et penance amenez,

+

Qui vous recevroit lyement?

+

Saint Valentin, etc.

+

En Karesme, etc.

+
+

Une autreffoiz vous avancez

+

Plus tost, et alors toute gent

+

Vous recuilliront autrement;

+

Et pers à choisir amenez.

+

Saint Valentin, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Me fauldrez vous à mon besoing?

+

Mon reconfort et ma fiance,

+

M'avez vous mis en oubliance?

+

Pourtant se de vous je suis loing,

+

N'avez vous pitié de mon soing,

+

Sans vous, savez que n'ay puissance.

+

Me fauldrez vous, etc.

+

Mon reconfort, etc.

+
+

On feroit des larmes ung baing,

+

Qu'ay pleurées de desplaisance,

+

Et crie, par desesperance,

+

Ferant ma poictrine du poing,

+

Me fauldrez, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Saint Valentin dit: Veez me ca,

+

Et apporte pers à choisir;

+

Viengne qui y devra venir,

+

C'est la coustume de pieca.

+

Quant le jour des Cendres hola

+

Respond, auquel doit on faillir?

+

Saint Valentin, etc.

+

Et apporte, etc.

+
+

Au fort, au matin convendra

+

En devocion se tenir,

+

Et apres disner, à loisir,

+

Choississe qui choisir vouldra.

+

Saint Valentin, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Cueur endormy en pensée,

+

En transes, moitié veillant,

+

S'on lui va riens demandant,

+

Il respont à la volée,

+

Et parle de voix cassée,

+

Sans propos ne tant, ne quant.

+

Cueur endormy,

+

En transes, etc.

+
+

Tout met en galimafrée,

+

Lombart, Anglois, Alemant,

+

Francois, Picart et Normant,

+

C'est une chose faée.

+

Cueur, etc.

+
+
+
+

CAROLE EN LATIN.

+
+

Laudes Deo sint, atque gloria,

+

Hoc tempore, pre cordis gaudio,

+

Exultemus cum Dei Filio,

+

Misso nobis a patris gracia.

+
+

Tunc prophete vere predixerant

+

Nasciturum de pura virgine,

+

Ut salvaret hos qui perirant,

+

Pro parentum dampnati crimine.

+
+

Tunc natus est ex stirpe Regia,

+

Flos ascendens de Jesse gremio;

+

Illi honor et benedictio

+

Qui nos replet tanta leticia.

+

Laudes, etc.

+
+

Sic induit se carne hominis,

+

Ut per carnem, carnem redimeret,

+

Sic amorem demonstrans servulis,

+

Quos creavit ne ipsos perderet.

+
+

O miranda Regis clemencia!

+

Qui non parcens corpori proprio,

+

Se obtulit diro supplicio,

+

Nostra sanans cruore vicia.

+

Laudes, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

A trompeur, trompeur et demy;

+

Tel qu'on seme convient cuillir;

+

Se mestier voy partout courir,

+

Chascun y joue, et moy aussi.

+

Dy je bien de ce que je dy?

+

De tel pain souppe fault servir.

+

A trompeur, etc.

+

Tel qu'on seme, etc.

+
+

Et qui n'a pas langaige en lui,

+

Pour parler selon son desir,

+

Ung truchement lui fault querir

+

Ainsi, ou par là, ou par cy.

+

A trompeur, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Baillez lui la massue,

+

A cellui qui cuide estre

+

Plus subtil que son maistre,

+

Et sans raison l'argue;

+

Ou il sera beste mue,

+

Quant on l'envoyera pestre.

+

Baillez, etc.

+

A cellui, etc.

+
+

Quoy qu'il regibe, ou rue,

+

Si sault par la fenestre,

+

Comme s'il vint de nestre,

+

Sera chose esperdue.

+

Baillez, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Ubi supra,

+

N'en parlons plus

+

Des tours cornulz,

+

Et cetera;

+

Non est cura,

+

De telz abus.

+

Ubi, etc.

+

N'en, etc.

+
+

Mala jura

+

Sont suspendus,

+

Ou deffendus,

+

Et reliqua.

+

Ubi, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Il vit en bonne esperance,

+

Puisqu'il est vestu de gris,

+

Qu'il aura, à son advis,

+

Encore sa desirance;

+

Combien qu'il soit hors de France,

+

Par deca le mont Senis,

+

Il vit, etc.

+

Puisqu'il, etc.

+
+

Perdu a sa contenance,

+

Et tous ses jeux et ses ris,

+

Gaigner lui fault Paradis.

+

Par force de paciance.

+

Il vit, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Noti me tangere

+

Faulte de serviteurs,

+

Car bonté de seigneurs

+

Ne les scet frangere.

+

Il vous fault regere

+

En craintes et rigueurs.

+

Noli me, etc.

+

Faulte de, etc.

+
+

De hault erigere

+

Trop tost en grans faveurs,

+

Ce ne sont que foleurs

+

Bien m'en puis plangere.

+

Noli me, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+

(Orléans à Maistre Estienne le Gout.)

+
+

Maistre Estienne le Gout nominatif,

+

Nouvellement, par maniere optative,

+

Si a voulu faire copulative;

+

Mais failli a en son cas genitif.

+

Il avait mis six ducatz en datif,

+

Pour mieulx avoir s'amie vocative.

+

Maistre, etc.

+

Nouvellement, etc.

+
+

Quant rencontré a un accusatif,

+

Qui sa robbe lui a fait ablative;

+

De fenestre assez superlative,

+

A fait ung sault portant coups en passif.

+

Maistre, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Responce de Maistre Estienne le Gout.)

+
+

Monseigneur tres supellatif,

+

Pour respondre au narratif

+

De vostre briefve expositive;

+

Elle fut premier vocative,

+

Par le moyen du genitif.

+

Les six ducatz sont nombratif,

+

Mais quant au fait du possessif,

+

La chose est ung peu neutrative.

+

Monseigneur, etc.

+

Pour respondre, etc.

+
+

Et quant au dangier du passif,

+

J'ay saufconduit prerogatif,

+

Par quoy mectray paine soubtive

+

D'accorder, sus la negative,

+

L'adjectif et le substantif.

+

Monseigneur, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Pres là, briquet aux pendantes oreilles,

+

Tu sces que c'est de deduit de gibier,

+

Au derrenier tu auras ton loyer,

+

Et puis seras viande pour corneilles.

+

Tu ne fais pas miracles, mais merveilles,

+

Et as aide pour te bien enseigner.

+

Pres là, briquet, etc.

+

Tu sces, etc.

+
+

A toute heure diligemment traveilles,

+

Et en chasse vaulx autant qu'un limier,

+

Tu amaines au tiltre de levrier

+

Toutes bestes, et noires, et vermeilles.

+

Près là briquet, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Or s'y joue qui vouldra;

+

Qui me change, je le change;

+

Nul ne le tiengne chose estrange,

+

D'avoir selon qu'il fera;

+

Quant par sa faulte fera,

+

Gré ne dessert, ne louange.

+

Or s'y joue, etc.

+

Qui me, etc.

+
+

Puisque advisé on l'en a.

+

Et à raison ne se range,

+

S'apres s'elle se revange,

+

Le tort à qui demourra?

+

Or s'y joue, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans à Alençon.)

+
+

En la vigne jusqu'au peschier

+

Estes bouté, mon filz tres chier,

+

Dont, par ma foy, suis tres joyeulx,

+

Quant de rimer vous voy songneux,

+

Et vous en voulez empeschier?

+

Soit au lever, ou au couchier,

+

Ou quant vous devez chevauchier,

+

Esbatez vous pour le mieulx.

+

En la vigne, etc.

+

Estes bouté, etc.

+
+

Se Desplaisir vous vient serchier,

+

Pour de lui tost vous despeschier,

+

Sans estre merencolieux,

+

Grant bien vous fera, se m'aid Dieux,

+

Passez y temps sans plus preschier.

+

En la vigne, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Responce d'Alençon.)

+
+

Le vigneron fut atrapé,

+

Quant il fut trouvé en la vigne,

+

Trop mieulx que poisson à la ligne,

+

Ne que rat au lardon hapé;

+

D'un trait d'ueil fut prins et frapé,

+

Par celle qui pas ne forligne.

+

Le vigneron, etc,

+

Quant il fut, etc.

+
+

A peine lui fut eschappé,

+

Le povre compaignon qui pigne,

+

Tres mal pigne des dents d'un pigne,

+

Ainsi surprins et agrapé.

+

Le vigneron, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Quant je fus prins ou pavillon

+

De ma Dame tres gente et belle,

+

Je me brulay à la chandelle,

+

Ainsi que fait le papillon.

+

Je rougiz comme vermeillon,

+

Aussi flambant qu'une estincelle.

+

Quand je fus, etc.

+

De ma Dame, etc.

+
+

Si j'eusse esté esmerillon,

+

Ou que j'eusse eu aussi bonne elle,

+

Je me feusse gardé de celle

+

Qui me bailla de l'aguillon.

+

Quant je fus, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Satis, satis, plus quam salis,

+

N'en avez vous encore assez?

+

Par Dieu, vous en serez lassez

+

Des folies quas amatis.

+

Cum sensibus ebetatis,

+

Soctes gens vous les amassez.

+

Satis, satis, etc.

+

N'en avez, etc.

+
+

Et pour ce, si me credatis,

+

Oubliez tous les temps passez,

+

Et voz meschans pensers cassez,

+

Dolendo de perpetratis.

+

Salis, satis, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Mon cueur plus ne volera,

+

Il est enchaperonné,

+

Nonchaloir l'a ordonné,

+

Qui ja piaca le m'osta.

+

Confort depuis ne lui a

+

Cure, n'atirer donné.

+

Mon cueur, etc

+

Il est, etc.

+
+

Se sa gorge gectera?

+

Je ne scay, car gouverné

+

Ne l'ay, mais abandonné;

+

Soit com avenir pourra.

+

Mon cueur, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Non temptabis, tien te coy,

+

Regard plain d'atrayement,

+

Vade retro tellement

+

Que point n'aproches de moy.

+

Probavi te, sur ma foy,

+

Je crains ton assotement.

+

Non, etc.

+

Regard, etc.

+
+

Ecce la raison pourquoy,

+

Tu resveilles trop souvent

+

Corda, bien congnois comment

+

Presches l'amoureuse loy.

+

Non temptabis, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Chascun dit qu'estes bonne et belle,

+

Mais mon ueil jugier n'e saura,

+

Car lignage m'avuglera,

+

Qui maintendra vostre querelle;

+

Quant on parle de damoiselle

+

Qui à largesse de biens a.

+

Chascun dit, etc.

+

Mais mon, etc.

+
+

A nostre assemblée nouvelle,

+

Verray ce qu'il m'en semblera,

+

Et, s'ainsi est, bien me plaira;

+

Or prenons que vous soyez telle.

+

Chascun dit, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Gardez vous de mergo

+

Trompeur faulx et rusez,

+

Qui les gens abusez

+

Mainteffoiz a tergo.

+

En tous lieux où pergo,

+

Fort estes accusez.

+

Gardez vous, etc.

+

Trompeur, etc.

+
+

Mercy dit: abstergo

+

Les faultes dont usez,

+

Mais que les refusez;

+

Avisez vous ergo.

+

Gardez vous, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Encore lui fait il grant bien

+

De veoir celle qu'a tant amée,

+

A celui qui cueur et pensée

+

Avoit en elle, comme tien.

+

Combien qu'il n'y aye plus rien,

+

Et qu'autre la lui ait ostée.

+

Encore lui, etc.

+

De veoir, etc.

+
+

En regardant son doulx maintien,

+

Et son fait qui moult lui agrée,

+

S'il la peut tenir embrassée,

+

Il pense que une foiz fut sien

+

Encore lui, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Quant n'ont assez fait dodo,

+

Ces petitz enfanchonnés,

+

Ilz portent soubz leurs bonnés

+

Visaiges pleins de bobo.

+

C'est pitié s'ilz font jojo

+

Trop matin, les doulcinés.

+

Quant n'ont, etc.

+

Ces petitz, etc.

+
+

Mieux amassent à gogo

+

Gesir sur molz coissinés,

+

Car ilz sont tant poupinés,

+

Helas! che, guoguo, guoguo.

+

Quant n'ont, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Avugle et assourdy,

+

De tous poins en nonchaloir,

+

Je ne puis ouir, ne veoir

+

Chose dont soye esjouy.

+

Se desplaisant, ou marry,

+

Tout m'est ung, pour dire veoir.

+

Avugle, etc.

+

De tous, etc.

+
+

Es escolles fu nourry

+

D'amours, pensant mieux valoir;

+

Quant plus y cuiday savoir,

+

Plus m'y trouvay rassoty.

+

Avugle, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Procul a nobis

+

Soient ces trompeurs,

+

Dantur aux flateurs

+

Verba pro verbis,

+

Sicut pax vobis,

+

Et tendent ailleurs.

+

Procul, etc.

+

Soient ces, etc.

+
+

Non semel sicul bis,

+

Et des foiz plusieurs,

+

Sont loups ravisseurs

+

Soubz peaulx de brebiz.

+

Procul, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

J'estraine de bien loing m'amie,

+

De cueur, de corps et quanque j'ay,

+

En bon an lui souhaideray

+

Joye, santé et bonne vie.

+

Mais que ne m'estraine d'oublie,

+

Ne plus ne moins que la feray.

+

J'estraine, etc.

+

De cueur, etc.

+
+

Mon cueur de chapel de soussie,

+

Ce jour de l'an, estreneray;

+

Et à elle presenteray

+

Des fleurs de ne m'oubliez mie.

+

J'estraine, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Faulcette confite

+

En plaisant parler,

+

Laissez la aler,

+

Car je la despite.

+

Ce n'est que redite

+

De tant l'esprouver.

+

Faulcette, etc.

+

En plaisant, etc.

+
+

Et quant on s'acquicte

+

Plus de l'amender,

+

Pis la voy ouvrer,

+

C'est chose maudicte.

+

Faulcette, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Parlant ouvertement

+

Des faiz du Dieu d'amours,

+

N'a il d'estranges tours

+

En son commandement?

+

Ouil, certainement,

+

Qui dira le rebours?

+

Parlant, etc.

+

Des faiz, etc.

+
+

S'on faisoit loyaument

+

Enqueste par les cours,

+

On orroit tous les jours

+

Qu'on s'en plaint grandement.

+

Parlant, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Il fauldroit faire l'arquemie,

+

Qui vouldroit forgier faulceté

+

Tant qu'elle devint loyaulté,

+

Quant en malice est endurcie.

+

C'est rompre sa teste en folie,

+

Et temps perdre en oysiveté.

+

Il fauldroit, etc.

+

Qui vouldroit, etc.

+
+

Plus avant qu'on y estudie,

+

Et moins y congnoist on seurté,

+

Car de faire de mal, bonté,

+

L'un à l'autre trop contrarie.

+

Il fauldroit, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Tant sont les yeulx de mon cueur endormiz

+

En nonchaloir, qu'ouvrir ne les pourroye;

+

Pour ce, parler de beaulté n'oseroye,

+

Pour le present, comme j'ay fait jadiz.

+

Par cueur retiens ce que j'en ay apris,

+

Car plus ne scay lire ou livre de joye,

+

Tant sont, etc.

+

En nonchaloir, etc.

+
+

Chascun diroit qu'entre les rassotiz,

+

Comme aveugle des couleurs jugeroye,

+

Taire m'en vueil, rien n'y voy, Dieu y voye!

+

Plaisans regars n'ont plus en moy logis.

+

Tant sont, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

En changeant mes appetiz,

+

Je suis tout saoul de blanc pain,

+

Et de menger meurs de fain

+

D'un fres et nouveau pain bis.

+

A mon gré, ce pain faitis,

+

C'est ung morceau souverain.

+

En changeant, etc.

+

Je suis tout, etc.

+
+

S'il en fust à mon devis,

+

Plus tost anuyt que demain

+

J'en eusse mon vouloir plain,

+

Car grant desir m'en est pris.

+

En changeant, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Maistre Jehan Caillau)

+
+

Tant sont les yeulx de mon cueur endormiz

+

En nonchaloir, qu'ouvrir ne les pourroye;

+

Pour ce, parler de beaulté n'oseroye

+

Pour le present, comme j'ay fait jadiz;

+

Joye et soulaz ne sont plus mes amis,

+

Chose ne voy de quoy je me resjoye,

+

Tant sont, etc.

+

En nonchaloir, etc.

+
+

Je suis mouillé, et retrait, et remis,

+

Morne et pensif, trop plus que ne souloye,

+

J'y voy trouble, car es yeulx ay la taye,

+

Et n'y congnois le blanc d'avec le bis,

+

Tant sont, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Fredet.)

+
+

Pour mectre à fin la grant doleur

+

Que par trop amer je reçoy,

+

Secourez moy;

+

Las! ou autrement, sur ma foy,

+

Mes jours n'auront pas grant longueur.

+

Car si tres tourmenté je suis,

+

De tant d'ennuys

+

Qui sans cesser me courent seure,

+

Que je n'ays bons jours, bonnes nuys;

+

Et si ne puis

+

Trouver, fors vous, qui me sequeure.

+

Aidez à vostre serviteur,

+

Qui est mieulx pris que par le doy,

+

Ou mort me voy,

+

Se ne montrez brief, savez quoy?

+

Que vous ayez mon fait à cueur.

+

Pour mectre, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Helas! me tuerez vous?

+

Pour Dieu retraiez cest ueil

+

Qui d'un amoureux acueil

+

M'occit, se ne suis rescous.

+

Je tiens vostre cueur si doulx,

+

Que me rens tout à son vueil.

+

Helas! etc.

+

Pour Dieu, etc.

+
+

De quoy vous peut mon courrous

+

Valoir? ne servir mon dueil?

+

Quant humblement, sans orgueil,

+

Je requier mercy à tous.

+

Helas, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Responce d'Orleans à Fredet.)

+
+

Pour mectre à fin vostre doleur,

+

Où pour le present je vous voy,

+

Descouvrez moy

+

Tout vostre fait, car, sur ma foy,

+

Je vous secourray de bon cueur;

+

Plus avant offrir ne vous puis,

+

Fors que je suis

+

Prest de vous aider à toute heure,

+

A vous bouter hors des ennuys

+

Que, jours et nuys,

+

Dictes qu'avec vous font demeure.

+

Quant vous tenez mon serviteur,

+

Et vostre doleur apparcoy,

+

Montrer au doy

+

On me devroit, se tenir quoy

+

Vouloye, comme faint seigneur.

+

Pour mectre, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Ung cueur, ung vueil, une plaisance,

+

Ung desir, ung consentement,

+

Ung reconfort, ung pensement,

+

Fermez en loyalle fiance,

+

Dieu que bonne en est l'accointance!

+

Tenir la doit on chierement.

+

Ung cueur, etc.

+

Ung desir, etc.

+
+

Contre Dangier et sa puissance.

+

Qui les het trop mortelement,

+

Gardons les bien et saigement;

+

N'est ce toute nostre chevance?

+

Ung cueur, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Pour ce que plaisance est morte,

+

Ce May suis vestu de noir,

+

C'est grant pitié de veoir

+

Mon cueur, qui s'en desconforte.

+

Je m'abille de la sorte

+

Que doy, pour faire devoir.

+

Pour ce que, etc.

+

Ce May, etc.

+
+

Le temps ces nouvelles porte,

+

Qui ne veult deduit avoir,

+

Mais par force de plouvoir,

+

Fait des champs clorre la porte.

+

Pour ce que, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Cueur, à qui prendrez vous conseil?

+

A nul ne povez descouvrir

+

Le tres angoisseux desplaisir

+

Qui vous tient en paine et traveil.

+

Je tiens qu'il n'a soubz le souleil,

+

De vous plus parfait vray martire.

+

Cueur, a qui, etc.

+

A nul, etc.

+
+

Au moins faictes vostre apareil

+

De bien vous faire ensevellir,

+

Ce n'est que mort d'ainsi languir,

+

En tel martire nompareil.

+

Cueur, à qui, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

A Dieu! qu'il m'anuye,

+

Helas! qu'est ce cy?

+

Demourray ainsi

+

En merencolie?

+

Qui que chante, ou rie,

+

J'ay tousjours soussy.

+

A Dieu, etc.

+

Helas! qu'est ce, etc.


+

Penser me guerrie,

+

Et fortune aussi,

+

Tellement, et si

+

Fort que hé ma vie.

+

A Dieu, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Dedens mon livre de pensée,

+

J'ay trouvé escripvant mon cueur,

+

La vraye histoire de doleur,

+

De lermes toute enluminée;

+

En deffassent la tres amée

+

Ymage de plaisant doulceur.

+

Dedens mon, etc.

+

J'ay trouvé, etc.

+
+

Helas! où l'a mon cueur trouvée?

+

Les grosses goutes de sueur

+

Lui saillent, de peine et labeur

+

Qu'il y prent, et nuit, et journée.

+

Dedens, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Ci pris, ci mis,

+

Trop fort me lie

+

Merencolie,

+

De pis en pis,

+

Quant me tient pris

+

En sa baillie.

+

Ci pris, etc.

+

Trop fort, etc.

+
+

Se hors soussis

+

Je ne m'alie

+

A chiere lie,

+

Vivant languis.

+

Ci pris, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

En regardant ces belles fleurs

+

Que le temps nouveau d'amours prie,

+

Chascune d'elle s'ajolie,

+

Et farde de plaisans couleurs;

+

Tant embasmées sont de odeurs

+

Qu'il n'est cueur qui ne rajeunie.

+

En regardant, etc.

+

Que le temps, etc.

+
+

Les oyseaulx deviennent danseurs

+

Dessus mainte branche fleurie,

+

Et font joyeuse chanterie,

+

De contres, des chans et teneurs.

+

En regardant, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Et de cela, quoy?

+

Se soussy m'assault,

+

A mon cueur n'en chault,

+

N'aussi peu à moy;

+

Comme j'appercoy,

+

Courroux riens n'y vault.

+

Et de cela, etc.

+

Se soussy, etc.

+
+

Par luy je reçoy

+

Souvent froit et chault,

+

Puisqu'estre ainsi fault,

+

Remede n'y voy.

+

Et de cela, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Oncques feu ne fut sans fumée,

+

Ne doloreux cueurs sans pensée,

+

Ne reconfort sans esperance,

+

Ne joyeulx regart sans plaisance,

+

Ne beau soleil qu'apres nuée.

+

J'ay tost ma sentence donnée,

+

De plus sachant soit amendée,

+

J'en dy selon ma congnoissance.

+

Oncques feu, etc.

+

Ne doloreux, etc.

+
+

Esbatement n'est sans risée,

+

Souspir sans chose regretée,

+

Souhait sans ardant desirance,

+

Doubte sans muer contenance,

+

C'est chose de vray esprouvée.

+

Oncques feu, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Et de cela, quoy?

+

En ce temps nouveau,

+

Soit ou laid, ou beau,

+

Il m'en chault bien poy;

+

Je demourray quoy

+

En ma vieille peau.

+

Et de cela, etc.

+
+

Plusieurs, comme voy,

+

Ont des pois au veau;

+

Je mectray mon seau

+

Qu'ainsi je le croy.

+

Et de cela, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Chantez ce que vous pensez,

+

Monstrant joyeuse maniere.

+

Ne la vendez pas si chiere,

+

Trop en vis la despensez.

+

Or sus, tost vous avancez,

+

Laissez coustume estrangiere.

+

Chantez ce que, etc.

+

Monstrant, etc.

+
+

Tous noz menuz pourpensez

+

Descouvrons, à lye chiere,

+

L'un à l'autre, sans priere;

+

J'acheveray, commencez.

+

Chantez, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Le trouveray je jamais?

+

Ung loyal cueur joint au mien,

+

A qui je soye tout sien,

+

Sans departir desormais.

+

D'en deviser par souhais,

+

Souvent m'y esbas, et bien.

+

Le trouveray, etc.

+

Ung loyal, etc.

+
+

Autant vault se je m'en tais,

+

Car certainement je tien

+

Qu'il ne s'en fera ja rien;

+

En toute chose a ung mais.

+

Le trouveray, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Gens qui cuident estre si saiges

+

Qu'ilz pensent plusieurs abestir,

+

Si bien ne se sauront couvrir

+

Qu'on n'aperçoive leurs couraiges;

+

Payer leur fauldra les usaiges

+

De leurs becz jaunes, sans faillir.

+

Gens qui, etc.

+

Qu'ilz pensent, etc.

+
+

On scet par anciens ouvraiges,

+

Dequel mestier scevent servir;

+

Melusine n'en peut mentir,

+

Elle les cognoist aux visaiges.

+

Gens qui, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Il me pleust bien,

+

Se tour il a,

+

Quan me monstra

+

Que estoit tout mien;

+

Par son maintien

+

Tost me gaigna.

+

Il me, etc.

+

Se tour, etc.

+
+

Sans dire rien,

+

Mon cueur pensa,

+

Et ordonna,

+

Qu'il seroit sien.

+

Il me, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Quant j'ay ouy le tabourin

+

Sonner, pour s'en aler au May,

+

En mon lit fait n'en ay effray,

+

Ne levé mon chief du coissin;

+

En disant: il est trop matin,

+

Ung peu je me rendormiray.

+

Quant j'ay, etc.

+

Sonner, pour, etc.

+
+

Jeunes gens partent leur butin,

+

De nonchaloir m'accointeray,

+

A lui je m'abutineray,

+

Trouvé l'ay plus prouchain voisin.

+

Quant j'ay, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

En mon cueur cheoit,

+

Et là devinoye,

+

Comme je pensoye,

+

Qu'ainsi m'avendroit.

+

Fol tant qu'il reçoit,

+

Ne croit rien qu'il voye.

+

En mon, etc.

+

Et là, etc.


+

Sotye seroit,

+

Se plus y musoye;

+

Ma teste romperoye,

+

Soit ou tort, ou droit.

+

En mon, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Le premier jour du mois de May,

+

De tanne et de vert perdu,

+

Las! j'ay trouvé mon cueur vestu,

+

Dieu scet en quel piteux array!

+

Tantost demandé je lui ay,

+

Dont estoit cest habit venu?

+

Le premier, etc.

+

De tanne, etc.

+
+

Il m'a respondu, bien le scay,

+

Mais par ma foy ne sera cogneu;

+

Desplaisance m'en a pourveu,

+

Sa livrée je porteray.

+

Le premier, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Le monde est ennuyé de moy,

+

Et moy pareillement de lui;

+

Je ne congnois rien aujourdui

+

Dont il me chaille que bien poy.

+

Dont quanque devant mes yeulx voy,

+

Puis nommer anuy sur anuy.

+

Le monde, etc.

+

Et moy, etc.

+
+

Chierement se vent bonne foy,

+

A bon marché n'en a nulluy;

+

Et pour ce, se je suis cellui

+

Qui m'en plains, j'ay raison pourquoy.

+

Le monde, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

De riens ne sert à cueur en desplaisance,

+

Chanter, dancer, n'aucun esbatement,

+

Il lui souffit de povoir seulement

+

Tousjours penser en sa male meschance;

+

Quant il congnoist qu'en hasart gist sa chance,

+

Et desir n'est à son commandement.

+

De riens ne sert, etc.

+

Chanter, dancer, etc.

+
+

S'on rit, pleurer lui est d'acoustumance;

+

S'il peut, à part se met le plus souvent.

+

Afin qu'à nul ne tiengne parlement;

+

Pour le guerir ja mire ne s'avance.

+

De riens ne sert, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Vous y fiez vous?

+

En mondain espoir,

+

S'il scet decevoir,

+

Demander à tous.

+

Son actrait est doulx,

+

Pour gens mieulx avoir.

+

Vous y, etc.

+

En mondain, etc.

+
+

De joye, ou courroux,

+

Soing, ou nonchaloir,

+

Veult, à son vouloir,

+

Tenir les deux boux.

+

Vous y, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Fiez vous y,

+

A qui?

+

En quoy?

+

Comme je voy,

+

Riens n'est sans sy;

+ +

Ce monde cy

+

A sy

+

Pou foy.

+

Fiez, etc.

+

A, etc.

+
+

Plus je n'en dy,

+

N'escry,

+

Pourquoy?

+

Chascun j'en croy;

+

S'il est ainsy,

+

Fiez, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Vengence de mes yeulx

+

Puisse mon cueur avoir,

+

Ilz lui font recevoir

+

Trop de maulx en mains lieux.

+

Amours, le Roy des Dieux,

+

Faictes vostre devoir.

+

Vengence, etc,

+

Puisse mon, etc.

+
+

Se jamais plus sont tieulx,

+

Encontre mon vouloir,

+

Sur eulx, et main, et soir,

+

Crieray jusques aux cieulx.

+

Vengence, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

De legier pleure à qui la lippe pent;

+

Ne demandez jamais comment lui va,

+

Laissez l'en paix, il se confortera,

+

Ou en son fait mectra appoinctement.

+

A son umbre se combactra souvent,

+

Et puis son frein rungier lui convendra.

+

De legier, etc.

+

Ne demandez, etc.


+

S'en parle à lui, il en est mal content;

+

Cheminée, au derrain trouvera,

+

Par où passer sa fumée pourra;

+

Ainsi avient le plus communement.

+

De legier, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Espoir ne me fist oncques bien,

+

Souvent me ment pour me complaire,

+

Et assez promet sans riens faire,

+

Dont à lui peu tenu me tien;

+

En ses ditz ne me fie en rien,

+

Se Dieu m'aist, je ne m'en puis taire.

+

Espoir ne, etc.

+

Souvent me, etc.

+
+

Quant reconfort requerir lui vien,

+

Et cuide qu'il le doye faire,

+

Tousjours me respont au contraire,

+

Et me hare reffus son chien.

+

Espoir ne, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Dont viens tu maintenant, souspir,

+

Aportes tu nulles nouvelles?

+

Dieu doint qu'ilz puissent estre telles

+

Que voulentiers les doye ouir.

+

S'ilz viennent de devers Desir,

+

Ilz ne sont que bonnes et belles.

+

Dont viens, etc.

+

Aportes tu, etc.

+
+

Mais s'ilz sourdent de Desplaisir,

+

J'ayme mieulx que tu les me celes,

+

Assez et trop j'en ay de telles;

+

Ne dy riens que pour m'esjouir.

+

Dont viens, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

C'est par vous seulement, Fiance,

+

Qu'ainsi je me trouve deceu;

+

Car, se par avant l'eusse sceu,

+

Bien y eusse mis pourveance.

+

Au fort, quant je suis en la dance,

+

Puisqu'il est trait, il sera beu.

+

C'est par vous, etc.

+

Qu'ainsi je, etc.

+
+

Je doy bien hair l'acointance

+

Du premier jour que vous ay veu,

+

Car prins m'avez au despourveu;

+

Nul n'est trahy qu'en esperance.

+

C'est par, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Ou pis, ou mieulx,

+

Mon cueur aura,

+

Plus ne sera

+

En soussy tieulx;

+

Par Dieu, des cieulx

+

Chemin prendra.

+

Ou pis, etc.

+

Mon cueur, etc.

+
+

En aucuns lieux,

+

Fortune, or ca,

+

On vous verra

+

Plus cler aux yeulx.

+

Ou pis, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Par vous, regart, sergent d'amours,

+

Sont arrestés les povres cueurs,

+

Souvent en plaisirs et doulceurs,

+

Et mainteffoiz tout au rebours;

+

Devant les amoureuses cours,

+

Les officiers et gouverneurs.

+

Par vous, etc.

+

Sont arrestés, etc.

+
+

Et adjournez à trop briefz jours,

+

Pour leur porter plus de rigueurs,

+

Comme subgiez et serviteurs,

+

Endurent mains estranges tours.

+

Par vous, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

S'en mes mains une foiz vous tiens,

+

Pas ne m'eschapperez, Plaisance,

+

Ja Fortune n'aura puissance

+

Que n'aye ma part de voz biens;

+

En despit de Dueil et des siens,

+

Qui me tourmentent de penance.

+

S'en mes, etc.

+

Pas ne, etc.

+
+

Doy je tousjours, sans avoir riens,

+

Languir en ma dure grevance?

+

Nennil, promis m'a Esperance

+

Que serez de tous poins des miens.

+

S'en mes, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Payés selon vostre deserte

+

Puissiez vous estre! faulx trompeurs,

+

Au derrenier des cabuseurs

+

Sera la malice deserte.

+

D'entre deux meures, une verte

+

Vous fault servir, pour voz labeurs.

+

Payés selon, etc.

+

Puissiez vous, etc.

+
+

Vostre besongne est trop ouverte,

+

Ce n'est pas jeu d'entrejecteurs;

+

Aux esches s'estes bons joueurs,

+

Gardez l'eschec à descouverte.

+

Payés selon, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Plus penser que dire,

+

Me convient souvent,

+

Sans monstrer comment,

+

N'a quoy, mon cueur tire;

+

Faignant de soubzrire,

+

Quant suis tres dolent.

+

Plus penser, etc.

+

Me convient, etc.

+
+

En toussant, souspire

+

Pour secretement

+

Musser mon tourment,

+

C'est privé martire.

+

Plus penser, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Mort de moy! vous y jouez vous

+

Avec Dame Merencolie?

+

Mon cueur, vous faictes grant folye,

+

C'est la nourrisse de courroux.

+

Ung baston qui point à deux boutz,

+

Porte, dont elle s'escremye.

+

Mort de moy, etc.

+

Avec Dame, etc.

+
+

Je tiens saiges toutes et tous,

+

Qui eslongnent sa compaignie;

+

Saint Jehan, je ne m'y mectray mie,

+

Que je m'y boutasse à quans coups.

+

Mort de moy, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Je ne suis pas de ses gens là,

+

A qui Fortune plaist et rit,

+

De reconfort trop m'escondit,

+

Veu que tant de mal donné m'a.

+

S'on demande comment me va?

+

Il est ainsi comme j'ay dit.

+

Je ne suis, etc.

+

A qui, etc.

+
+

Quant je dy que bon temps vendra,

+

Mon cueur me respont par despit:

+

Voire, s'Espoir ne vous mentit,

+

Plusieurs decoit et decevra.

+

Je ne suis, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Allez, allez, vieille nourrice

+

De courroux et de malle vie

+

Rassotée Merencolie,

+

Vous n'avez que dueil et malice;

+

Desormaiz plus n'aurez office

+

Avec mon cueur, je vous regnye.

+

Allez, allez, etc.

+

De courroux, etc.

+
+

Pour vous n'y a point lieu propice,

+

Confort l'a prins, n'en doubtez mie,

+

Fuyez hors de la compaignie;

+

D'Espoir fais nouvel edifice.

+

Allez, allez, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Remede comment

+

Pourray je querir?

+

Du mal qu'à souffrir

+

J'ay trop longuement.

+

Qu'en dit loyaument

+

Conseil? sans mentir.

+

Remede, etc.

+

Pourray je, etc.

+
+

Pour abregement,

+

Guerir, ou mourir;

+

Plus ne puis fournir,

+

Se sens ne m'aprent.

+

Remede, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Vous ne tenez compte de moy,

+

Beau Sire, mais qui estes vous?

+

Voulez vous estre seul sur tous,

+

Et qu'on vous laisse tenir quoy?

+

Merencolie suiz, et doy

+

En tous faiz, tenir l'un des bouts.

+

Vous ne tenez, etc.

+

Beau Sire, etc.

+
+

Se je vous pinsse par le doy,

+

Ne me chault de vostre courroux;

+

On verra se serez rescous

+

Des mains, par qui, et pourquoy?

+

Vous ne tenez, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Quant je voy ce que ne vueil mie.

+

Et n'ay ce dont suis desirant,

+

Pensant ce qui m'est desplaisant,

+

Est ce merveille s'il m'anuye?

+

Nennil, force est que me soussie

+

De mon cueur qui est languissant.

+

Quant je voy, etc.

+

Et n'ay, etc.

+
+

En douleur et merencolie

+

Suis, nuit et jour, estudiant;

+

Lors je me boute trop avant

+

En une haulte theologie.

+

Quant je voy, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Ainsi que chassoye aux sangliers,

+

Mon cueur chassoit apres Dangiers

+

En la forest de ma pensée,

+

Dont rencontra grant assemblée

+

Trespassans par divers sentiers;

+

Deux ou trois saillirent premiers,

+

Comme fors, orgueilleux et fiers;

+

N'estoit ce pas chose esfroyée?

+

Ainsi que, etc.

+

Mon cueur, etc.

+

En la forest, etc.

+
+

Lors mon cueur lascha sus levriers,

+

Lesquels sont nommés Desiriers;

+

Puis Esperance l'asseurée,

+

L'espieu ou poing, sainte l'espée,

+

Vint pour combatre voulentiers.

+

Ainsi que, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Sot euil, reporteur de nouvelles,

+

Où vas tu? et ne sces pourquoy,

+

Ne sans prandre congié de moy

+

En la compaignie des belles,

+

Tu es trop tost accointé d'elles;

+

Il te vaulsist mieulx tenir quoy.

+

Sot euil, etc.

+

Où vas tu, etc.

+
+

Se ne changes manieres telles,

+

Par raison, ainsi que je doy,

+

Chastier te vueil, sur ma foy;

+

Contre toy j'ay assez querelles.

+

Sot euil, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Mort de moy! vous y jouez vous?

+

En quoy? es faiz de tromperie;

+

Ce n'est que coustume jolie

+

Dont ung peu ont toutes et tous;

+

Renverser s'en dessuz dessoubz,

+

Est ce bien fait? je vous en prie.

+

Mort de moy, etc.

+

En quoy, etc.

+
+

Laissez moy taster vostre pouls,

+

Vous tient point celle maladie?

+

Parlez bas, qu'on ne l'oye mie,

+

Il semble que criez aux loups.

+

Mort de moy, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Est ce vers moi qu'envoyez ce souspir?

+

M'apporte il point quelque bonne nouvelle?

+

Soit mal ou bien, pour Dieu, qu'il ne me celle

+

Ce que lui vueil de mon fait enquerir.

+

Suis je jugié de vivre, ou de mourir?

+

Soustendra ja Loyaulté ma querelle?

+

Est ce vers moy, etc.

+

M'apporte il, etc.

+
+

Et, nuit et jour, j'escoute pour ouir

+

S'auray confort de ma paine cruelle,

+

Pire ne peut estre se non mortelle,

+

Dictes se riens y a pour m'esjouir?

+

Est ce vers moy, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

M'apellez vous cela jeu?

+

D'estre tousjours en ennuy;

+

Certes, je ne voy nulluy

+

Qui n'en ait plus trop que peu.

+

Nul ne desnoue ce neu,

+

S'il n'a de Fortune apuy.

+

M'apellez, etc.

+

D'estre, etc.

+
+

On s'art qui est pres du feu;

+

Et pour ce, je suis cellui

+

Qui à mon povoir le sui,

+

Quant je n'y congnois mon preu.

+

M'apellez vous, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Alons nous esbatre,

+

Mon cueur, vous et moy,

+

Laissons, à part soy,

+

Soussy se combatre;

+

Tousjours veult desbatre,

+

Et jamais n'est quoy.

+

Alons nous, etc.

+

Mon cueur, etc.

+
+

On vous devroit batre,

+

Et monstrer au doy,

+

Se, dessoubz sa loy,

+

Vous laissez abatre.

+

Allons nous, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Aussi bien laides que belles

+

Contrefont les dangereuses,

+

Et souvent les precieuses,

+

Ilz ont les manieres telles;

+

Pareillement les pucelles

+

Deviennent tantost honteuses

+

Aussi bien, etc.

+

Contrefont, etc.

+
+

Les vieilles font les nouvelles,

+

En parolles gracieuses

+

Et accointances joyeuses,

+

C'est la condicion d'elles.

+

Aussi bien, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Je vous arreste, de main mise,

+

Mes yeulx, emprisonnés serez,

+

Plus mon cueur ne gouvernerez,

+

Desormais je vous en avise;

+

Trop avez fait à vostre guise,

+

Par ma foy, plus ne le ferez.

+

Je vous arreste, etc.

+

Mes yeulx, etc.

+
+

On peut bien pour vous corner prise,

+

Prins estes, point n'eschapperez;

+

Nul remede n'y trouverez,

+

Rien n'y vault apel, ne franchise.

+

Je vous arreste, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Qui a toutes ses hontes beues,

+

Il ne lui chault que l'en lui die,

+

Il laisse passer mocquerie

+

Devant ses yeulx, comme les nues.

+

S'on le hue parmy les rues,

+

La teste hoche à chiere lie.

+

Qui a toutes, etc.

+

Il ne lui, etc.

+
+

Truffes sont vers lui bien venues,

+

Quant gens rient, il faut qu'il rie;

+

Rougir on ne le feroit mie,

+

Contenances n'a point perdues.

+

Qui a toutes, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

En mes pais, quant me trouve à repos,

+

Je m'esbays, et n'y scay contenance,

+

Car j'ay apris travail des mon enfance,

+

Dont fortune m'a bien chargié le dos.

+

Que voulez que vous die? à briefz mos,

+

Ainsi m'est il, ce vient d'acoustumarice.

+

En mes pais, etc.

+

Je m'esbays, etc.

+
+

Tout à part moy, en mon penser m'enclos,

+

Et fais chasteaulx en Espaigne et en France;

+

Oultre les monts, forge mainte ordonnance,

+

Chascun jour, j'ay plus de mille propos.

+

En mes pais, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Repaissez vous en parler gracieux,

+

Avec dames qui menguent poisson,

+

Vous qui jeusnez par grant devocion,

+

Ce vendredi ne povez faire mieulx.

+

Se vous voulez de Deesses, ou Dieux,

+

Avoir confort, ou consolacion,

+

Repaissez vous, etc.

+

Avec dames, etc.

+
+

Lire vous voy faiz merencolieux

+

De Troilus, plains de compassion;

+

D'Amour martir fut en sa nascion,

+

Laissez l'en paix, il n'en est plus de tieulx.

+

Repaissez vous, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Alez vous en, alez, alez,

+

Soussy, Soing et Merencolie,

+

Me cuidez vous toute ma vie

+

Gouverner, comme fait avez?

+

Je vous promet que non ferez,

+

Raison aura sur vous maistrie.

+

Alez vous en, etc,

+

Soussy, Soing, etc.

+
+

Se jamais plus vous retournez

+

Avecques vostre compaignie,

+

Je pri à Dieu qu'il vous maudie,

+

Et ce par qui vous revendrez.

+

Alez vous en, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Hau guecte mon ueil, et puis quoi?

+

Voyez vous riens? ouil, assez;

+

Qu'est ce cela que vous savez?

+

Cler, le vous puis monstrer au doy.

+

Regardez plus avant un poy,

+

Vos regars ne soient lassez.

+

Hau guecte, etc.

+

Voyez vous, etc.

+
+

Acquicté me suis, comme doy,

+

Il a ja plusieurs ans passez,

+

Sans avoir mes gaiges cassez,

+

Bien avez servi, sur ma foy.

+

Hau guecte, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Se vous voulez que tout vostre deviengne,

+

En me monstrant quelque joyeux semblant,

+

Dictes ce mot: Je vous tiens mon servant,

+

Servez si bien que contente m'en tiengne.

+

Devoir feray, comment qu'il m'en adviengne,

+

Tres loyaument, desoresenavant.

+

Se vous voulez, etc.

+

En me monstrant, etc.

+
+

Sans que mercy, ne grace me soustiengne,

+

S'en loyaulté je faulx, ne tant ne quant,

+

Punissez moy tout à vostre talant;

+

Et se bien sers, pour Dieu, vous en souviengne.

+

Se vous voulez, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Que nous en faisons

+

De telles manieres,

+

Et doulces, et fieres,

+

Selon les saisons;

+

En champs, ou maisons,

+

Par bois et rivieres,

+

Que nous, etc.

+

De telles, etc.

+
+

Ung temps nous taisons,

+

Tenans assez chieres,

+

Nos joyeuses chieres,

+

Puis nous rapaisons.

+

Que nous, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

A l'autre huis,

+

Souvent m'envoye Esperance,

+

Et me tanse,

+

Quant en tristesse je suis.

+

Jours et nuys,

+

Cellui demande alegance.

+

A l'autre, etc.

+

Souvent, etc.

+
+

Oncques puis

+

Que failli ma desirance,

+

De plaisance

+

Mon cueur et moy, sommes vuys.

+

A l'autre, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Vendez autre part vostre dueil,

+

Quant est à moy, je n'en ay cure;

+

A grant marché, oultre mesure,

+

J'en ay assez contre mon vueil.

+

Ja n'entrera dedans le sueil

+

De mon Penser, je vous le jure.

+

Vendez, etc.

+

Quant est, etc.

+
+

Desconforté, la lerme à l'ueil,

+

Ailleurs quiere son avanture,

+

Plus ne vous mene vie dure,

+

Puisque mal vous fait son accueil.

+

Vendez, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Comme j'oy que chascun devise;

+

On n'est pas tousjours à sa guise,

+

Beau chanter si ennuye bien,

+

Jeu qui trop dure, ne vault rien;

+

Tant va le pot à l'eaue qui brise.

+

Il convient que trop parler nuyse,

+

Se dit on, et trop grater cuise;

+

Riens ne demeure en ung maintien.

+

Comme j'oy, etc.

+

On n'est pas, etc.

+

Beau chanter, etc.

+
+

Apres chault temps, vient vent de bise,

+

Apres hucques, robbes de frise,

+

Le monde de passé revien,

+

A son vouloir joue du sien,

+

Tant entre gens laiz que d'Eglise.

+

Comme j'oy, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Clermondois.

+
+

Qui veult achater de mon dueil?

+

D'en avoir trop, las! je me vante,

+

Car ma povre vie dolante

+

N'en peut plus, non fait pas mon vueil.

+

Partout où je voys, mon recueil

+

Est si piteux, et mon actente.

+

Qui veult, etc.

+

D'en avoir, etc.

+
+

Que j'aye ung petit bon accueil

+

Au commancement de ma vante,

+

Et puis apres, se jamais hante.

+

Amours, qu'on me creve cest ueil.

+

Qui veult, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Ad ce premier jour de l'année,

+

De cueur, de corps et quanque j'ay,

+

Priveement estreneray;

+

Ce qui me gist en ma pensée,

+

C'est chose que tondray cellée,

+

Et que point ne descouvreray.

+

Ad ce premier, etc.

+

De cueur, etc.

+
+

Avant que soit toute passée

+

L'année, je l'aproucheray,

+

Et puis à loisir conteray

+

L'ennuy qu'ay, quant m'est eslongnée.

+

Ad ce premier, etc.

+
+
+
+

RONDEL DOUBLE.

+
+

Que voulez vous que plus vous die?

+

Jeunes assotez amoureux,

+

Par Dieu, j'ay esté l'un de ceulx

+

Qui ont eu vostre maladie;

+

Prenez exemple, je vous prie,

+

A moy qui m'en complains et deulx.

+

Que voulez, etc.

+
+

Et pour ce, de vostre partie,

+

Se voulez croire mes conseulx,

+

D'abregier, conseillier vous veulx,

+

Voz faiz, en sens, ou en folie.

+

Que voulez vous, etc.

+
+

Plusieurs y trouvent chiere lye

+

Mainteffoiz, et plaisans acueulx.

+

Que voulez vous, etc.

+
+

Mais au derrain, Merencolie

+

De ses huis fait passer les seulx,

+

En deuil et soussy, Dieu scet quieulx;

+

Lors ne chault de mort, ou de vie.

+

Que voulez vous, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Mais que vostre cueur soit mien,

+

Ne doit le mien estre vostre?

+

Ouil, certes, plus que sien.

+

Que vous en semble? dy je bien?

+

Vray comme la Patenostre.

+

Mais que vostre, etc.

+

Content et joyeulx m'en tien,

+

Foy que doy saint Pol l'Apostre,

+

Je ne désire autre rien.

+

Mais que vostre, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

A ce jour de saint Valentin,

+

Que prendray je? per, ou non per;

+

D'Amours ne quiers riens demander,

+

Pieca, j'eus ma part du butin;

+

Veu que plus resveille matin

+

Ne vueil avoir, mais reposer.

+

A ce jour, etc.

+

Que prendray, etc.

+
+

Jeunes gens voisent au hutin

+

Leurs sens, ou folie esprouver;

+

Vieux suis pour à l'escolle aller,

+

J'entens assez bien mon latin.

+

A ce jour, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Pour Dieu! boutons la hors,

+

Ceste Merencolie,

+

Qui si fort nous guerrie,

+

Et fait tant de grans tors.

+

Monstrons nous les plus fors,

+

Mon cueur, je vous en prie.

+

Pour Dieu, etc.

+

Ceste, etc

+
+

Trop lui avons amors

+

D'estre en sa compaignie,

+

Ne nous amuserons mie

+

A croire ses rappors.

+

Pour Dieu, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+
+

Contre le trait de faulceté,

+

Convient harnois de bonne espreuve,

+

Artillerie forgé neufve,

+

Chascun jour, en soutiveté.

+

A! Jhesus, benedicite,

+

Nul n'est qui seulement se trouve

+

Contre le, etc.

+

Convient, etc.

+
+

Au derrain fera Loyaulté,

+

Faulceté de son penser, veufve;

+

Pour Raison fault que Dieu s'esmeuve,

+

Monstrant sa puissance et bonté.

+

Contre le, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Acquictez vostre conscience,

+

Et gardez aussi vostre honneur,

+

Ne laissez mourir en douleur

+

Ce qui avoir vostre aide pense;

+

Puisque avez le povoir en ce

+

De l'aider, par grace et doulceur.

+

Acquictez vostre, etc.

+

Et gardez, etc.

+
+

On criera sur vous vengence,

+

Se souffrez murdrir en rigueur,

+

Ainsi à tort, ung povre cueur;

+

Assez a porté pascience.

+

Acquictez vostre, etc.

+
+
+
+
+

RONDEL.

+
+

On ne peut servir en deux lieux,

+

Choisir convient ou ca, ou là;

+

Au festu tire qui pourra,

+

Pour prendre le pis, ou le mieulx.

+

Qu'en dictes vous? jeunes et vieulx,

+

Parle qui parler en vouldra.

+

On ne peut, etc.

+

Choisir, etc.

+
+

Les faiz de ce monde sont tieulx:

+

Qui bien fera, bien trouvera;

+

Chascun son paiement aura,

+

Tesmoing les Deesses et Dieux.

+

On ne peut, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Le truchement de ma pensée,

+

Qui est venu devers mon cueur,

+

De par Reconfort, son seigneur,

+

Lui a une lectre apportée;

+

Puis a sa creance contée,

+

En langaige plein de doulceur.

+

Le truchement, etc.

+

Qui est venu, etc.

+
+

Response ne lui est donnée,

+

Pour le present, c'est le meilleur;

+

Il aura, par conseil greigneur,

+

Son ambaxade despeschée.

+

Le truchement, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Quant tu es courcé d'autres choses,

+

Cueur, mieulx te vault en paix laisser,

+

Car s'on te vient araisonner,

+

Tost y trouves d'estranges gloses.

+

De ton desplaisir monstrer n'oses

+

A aucun, pour te conforter.

+

Quant tu es, etc.

+

Cueur, mieulx, etc.

+
+

De tes levres les portes closes,

+

Penses de saigement garder;

+

Que dehors n'eschappe parler

+

Qui descouvre le pot aux roses.

+

Quant tu es, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Le truchement de ma pensée,

+

Qui parle maint divers langaige,

+

M'a rapporté chose sauvaige

+

Que je n'ay point acoustumée.

+

En francoys la m'a translatée,

+

Comme tres souffisant et saige.

+

Le truchement, etc.

+

Qui parle, etc.

+
+

Quant mon cueur l'a bien escoutée,

+

Il lui a dit: Vous faictes raige,

+

Oncques mais n'ouy tel messaige,

+

Venez vous d'estrange contrée?

+

Le truchement, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

J'ayme qui m'ayme, autrement non;

+

Et non pourtant je ne hay rien,

+

Mais vouldroye que tout feust bien,

+

A l'ordonnance de raison.

+

Je parle trop, las! se faiz mon;

+

Au fort, en ce propos me tien.

+

J'aime qui, etc.

+

Et non pourtant, etc.

+
+

De pensées son chapperon

+

A brodé le povre cueur mien,

+

Tout droit de devers lui je vien,

+

Et m'a baillé ceste chancon.

+

J'aime, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Comme le subgiet de Fortune,

+

Que j'ay esté en ma jeunesse,

+

Encores le suis en vieillesse;

+

Vers moy la trouve tousjour une.

+

Je suis ung de ceulx, soubz la lune,

+

Qu'elle plus à son vouloir dresse.

+

Comme le, etc.

+

Que j'ay, etc.

+
+

Ce ne m'est que chose commune,

+

Obeir fault à ma maistresse;

+

Sans machier, soit joye ou tristesse,

+

Avaler me fault ceste prune.

+

Comme le, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Ce qui m'entre par une oreille,

+

Par l'autre sault comme est venu,

+

Quant d'y penser n'y suis tenu,

+

Ainsi Raison le me conseille.

+

Se j'oy dire, vecy merveille,

+

L'ung est long, l'autre court vestu.

+

Ce qui m'entre, etc.

+

Par l'autre, etc.

+
+

Mais paine pert, et se traveille,

+

Qui devant moy trayne ung festu;

+

Comme ung chat, suis vieil et chenu,

+

Legierement pas ne m'esveille.

+

Ce qui m'entre, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Le conte de Clermont.)

+
+

Le truchement de ma pensée,

+

Qui de longtemps est commencée,

+

Va devers vous, pour exposer

+

Ce que de bouche proposer

+

N'oze, craignant d'estre tancée.

+

Combien que chose n'a pensée,

+

Dont deust estre desavancée,

+

Comme au long vous pourra gloser.

+

Le truchement, etc.

+

Qui de long, etc.

+

Va devers, etc.

+
+

Si soit par vous recompensée,

+

Et selon son cas avancée,

+

Pour mieulx se povoir disposer;

+

Car plus ne pourra reposer,

+

Jusques sa joye ait prononcée.

+

Le truchement, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Quelque chose derriere,

+

Convient tousjours garder,

+

On ne peut pas monstrer

+

Sa voulenté entiere.

+

Quant on est en frontiere

+

De dangereux parler,

+

Quelque chose, etc.

+

Convient, etc.

+
+

Se pensée legiere

+

Veult motz trop despenser,

+

Raison doit espargnier.

+

Comme la tresoriere,

+

Quelque chose, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Le conte de Clermont.)

+
+

De bien ou mal, le bien faire l'emporte,

+

N'est il pas vray? ainsi que dit chascun;

+

Helas, ouy, car je n'en voy pas ung

+

Qui à la fin d'un jeu ne se deporte.

+

Je vous diray, quant la personne est morte,

+

Et a bien fait, il n'a esté commun.

+

De bien ou mal, etc.

+

N'est il pas vray, etc.

+
+

Faisons le donc, nous trouverons la porte

+

De Paradis, où il n'entre nes ung,

+

Que peu ne soit, s'il n'est trop importun

+

De prier Dieu, et à vous m'en rapporte.

+

De bien ou mal, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Que cuidez vous qu'on verra,

+

Avant que passe l'année?

+

Mainte chose demenée

+

Estrangement, ca et là.

+

Veu que des cy, et des ja,

+

Court merveilleuse brouée.

+

Que cuidez vous, etc.

+

Avant que, etc.

+
+

Viengne que advenir pourra?

+

Chascun a sa destinée,

+

Soit que desplaise, ou agrée;

+

Quant nouveau monde vendra,

+

Que cuidez vous, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Quant oyez prescher le regnart,

+

Pensez de voz oyes garder,

+

Sans à son parler regarder,

+

Car souvent scet servir de l'art;

+

Contrefaisant le papelart,

+

Qui scet ses parolles farder.

+

Quant oyez, etc.

+

Pensez de voz, etc.

+
+

Les faiz de Dieu je mets à part,

+

Ne je ne les vueil retarder,

+

Ne contre le monde darder,

+

Chascun garde son estandart.

+

Quant oyez, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

pour Estampes.

+
+

Je suis mieulx pris que par le doy,

+

Et fort enserré d'un anneau;

+

S'a fait ung visaige si beau,

+

Qui m'a tout conquesté à soy.

+

Je rougis, et bien l'apercoy,

+

Ainsi qu'un amoureux nouveau.

+

Je suis, etc.

+

Et fort, etc.

+
+

Et d'amourectes, par ma foy,

+

J'ay assemblé ung grant fardeau,

+

Qu'ay mussées soubz mon chapeau;

+

Pour Dieu! ne vous mocquez de moy.

+

Je suis, etc

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Maistre Jehan Caillau.)

+
+

Las! le faut il? est ce ton vueil?

+

Fortune, dont me plains et dueil,

+

Que tout mon temps en doleur passe,

+

Souffre que j'aye quelque espasse

+

De repos, entre tant de dueil.

+

N'auray je de toy autre accueil?

+

Fors desdaing, reprouche et orgueil,

+

Veux tu qu'en ce point je trespasse?

+

Las! le fault, etc.

+

Fortune, etc.

+

Que tout, etc.

+
+

Je ris de bouche, et pleure d'ueil,

+

Et fais, et dy ce que ne vueil;

+

Ainsi ma vie se compasse,

+

Maleureuse, chetive et lasse,

+

En paine et maulx dont trop recueil.

+

Las! le fault, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Marche nul autrement

+

Avecques vous, beaulté,

+

Se de vous Loyaulté

+

N'a le gouvernement.

+

Puisque mes jours despens

+

A vous vouloir amer,

+

Et apres m'en repens,

+

Qui en doist on blasmer?

+

Riens, fors vous seulement,

+

A qui tiens feaulté,

+

Quant monstrez cruaulté,

+

Veu qu'Amour le deffent.

+

Marché nul, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Las! le faut il? est ce ton vueil?

+

Fortune, qu'aye douleur mainte,

+

Del'ueil me soubzris, mais c'est fainte,

+

Et soubz decepte, doulx accueil.

+

Ay je tort? quant recoy tel dueil,

+

S'ainsi je dy en ma complainte:

+

Las! le fault, etc.

+

Fortune, etc.

+
+

Tue moy, puis en mon sercueil

+

Me boute, c'est chose contrainte;

+

Lors n'y aura Dieu, saint, ne sainte,

+

Qui n'appercoive ton orgueil.

+

Las! le fault, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

As tu ce jour ma mort jurée?

+

Soussy, je te pry, tien te quoy,

+

Car à tort ma douleur, par toy,

+

Est trop souvent renouvellée;

+

A belle enseigne desployée,

+

Me court sus, et ne scay pourquoy?

+

As tu ce jour, etc.

+

Soussy, etc.

+
+

La guerre sera tost finée,

+

Se tu veulx, de toy et de moy,

+

Car je me rens, or me recoy;

+

Hola! paix, puisqu'elle est criée.

+

As tu ce jour, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Ne fais je bien ma besoingne?

+

Quant mon fait cuide avancer,

+

Je suis à recommancer,

+

Et ne scay comment m'esloingne.

+

Fortune tousjours me groingne,

+

Et ne fait riens que tanser.

+

Ne fais je, etc.

+

Quant mon, etc.

+
+

Certes tant je la ressoingne,

+

Car mon temps fait despenser

+

Trop, en ennuyeux penser,

+

Dont en roingeant mon frain, froingne.

+

Ne fais je bien, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Quant commenceray à voler,

+

Et sur elles me sentiray,

+

En si grant aise je seray

+

Que j'ay double de m'essorer.

+

Beau crier aura le levrier,

+

Chemin de plaisant vent tendray.

+

Quant je, etc.

+

Et sur elles, etc.

+
+

La mue m'a fallu garder

+

Par longtemps, plus ne le feray,

+

Puisque doulx temps et cler verray;

+

On le me devra pardonner.

+

Quant je, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Je ne hanis pour autre avoine,

+

Que de m'en retourner à Blois;

+

Trouvé me suis pour une fois

+

Assez longuement en Touraine.

+

J'ay galé, à largesse plaine,

+

Mes grans poissons, et vins des Grois.

+

Je ne, etc.

+

Que de, etc.

+
+

A la court plus ne prendray paine,

+

Pour generaux et millenois,

+

Confesser à present m'en vois,

+

Contre la peneuse sepmaine.

+

Je ne, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Je congnois assez telz desbas

+

Que l'ueil et le cueur ont entre eulx;

+

L'un dit: Nous serons amoureux,

+

L'autre dit: Je ne le vueil pas.

+

Raison s'en rit, disant tout bas:

+

Escoutez moy ces maleureux.

+

Je congnois, etc.

+

Que l'ueil, etc.

+
+

Lors m'en vois plustost que le pas,

+

Et les tanse si bien tous deux,

+

Que je les laisse tres honteux;

+

Mainteffoiz ainsi me combas.

+

Je congnois, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Que pense je? dictes le moy,

+

Adevinez, je vous en prie,

+

Autrement ne le saurez mie;

+

Il y a bien raison pourquoy.

+

A parler à la bonne foy,

+

Je vous en fais juge et partie.

+

Que pense, etc.

+

Adevinez, etc.

+
+

Vous ne saurez, comme je croy,

+

Car heure ne suis, ne demye,

+

Qu'en diverse merencolie;

+

Devisez, je me tairay, quoy?

+

Que pense, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Cueur, que fais tu? revenge toy

+

De Soussy et Merencolie;

+

C'est deshonneur et villenie,

+

De laschement se tenir coy.

+

Je tarderay, quant est à moy,

+

Voulentiers; or ne te fains mie.

+

Cueur, etc.

+

De Soussy, etc.

+
+

N'espergne riens, scez tu pourquoy?

+

Pour ce, qu'abrégeras ta vie,

+

Se les tiens en ta compaignie;

+

Desconfiz les, et prens leur foy.

+

Cueur, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Plaindre ne s'en doit loyal cueur,

+

S'Amours a servy longuement,

+

Recevant des biens largement,

+

Et pareillement de douleur.

+

N'est ce raison que le Seigneur

+

Ait tout à son commandement?

+

Plaindre, etc.

+

S'Amours, etc.

+
+

Ne plus a desservi Doulceur

+

Que ne trouve à son jugement,

+

En gré prengne pour payement

+

Moins de proufit et plus de honneur.

+

Plaindre, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Par les portes des yeulx et des oreilles,

+

Que chascun doit bien saigement garder,

+

Plaisir mondain va et vient, sans cesser,

+

Et raporte de diverses merveilles.

+

Pour ce, mon cueur, s'a raison te conseilles.

+

Ne le laisses point devers toy entrer.

+

Par les portes, etc.

+

Que chascun, etc.

+
+

A celle fin que par lui ne t'esveilles,

+

Veu qu'il te fault desormais reposer,

+

Dy lui: Va t'en, sans jamais retourner,

+

Ne revien plus, car en vain te traveilles.

+

Par les portes, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

En faictes vous doubte?

+

Point ne le devez,

+

Veu que vous savez

+

Ma pensée toute;

+

Quant mon cueur s'y boute,

+

Et vostre l'avez.

+

En faictes, etc.

+

Point ne, etc.

+
+

Dangier nous escoute,

+

Sus, tost achevez,

+

Ma foy recevez,

+

Ja ne sera route.

+

En faictes, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

A qui les vent on?

+

Ces gueines dorées,

+

Sont ilz achectées

+

De nouvel, ou non?

+

Par prest, ou par don?

+

En fait on livrées?

+

A qui les, etc.

+

Ces gueines, etc.

+
+

Alant au pardon,

+

Je les ay trouvées;

+

De telles denrées,

+

C'est petit guerdon.

+

A qui les, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

En faictes vous doubte?

+

Que vostre ne soye,

+

Se Dieu me doint joye

+

Au cueur, si suis toute.

+

Rien ne m'en deboute,

+

Pour chose que j'oye.

+

En faictes, etc.

+

Que vostre, etc.

+
+

Dangier et sa route

+

S'en voisent leur voye,

+

Sans que plus les voye,

+

Tousjours il m'escoute.

+

En faictes, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

A qui vendez vous voz coquilles?

+

Entre vous, amans pelerins,

+

Vous cuidez bien, par voz engins,

+

A tous pertuis trouver chevilles.

+

Sont ce coups d'esteufs, ou de billes,

+

Que ferez tesmoing voz voisins.

+

A qui vendez, etc.

+

Entre vous, etc.

+
+

On congnoist tous voz tours d'estrilles,

+

Et bien clerement voz latins;

+

Troctez, reprenez voz patins,

+

Et troussez voz sacs et voz quilles.

+

A qui vendez, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+
+

Avez vous dit, laissez me dire,

+

Amans qui devisez d'amours,

+

Sainte Marie! que de jours

+

J'ay despenduz en martire!

+

Vous mocquez vous? je vous voy rire,

+

Cuidez vous qu'il soit le rebours?

+

Avez vous, etc.

+

Amans, etc.

+
+

Parler n'en puis que ne souspire,

+

Raconter vous y scay cent tours

+

Qu'on y a, sans joyeulx secours,

+

S'au vray m'en voulez ouir lire.

+

Avez vous dit, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Envoyez nous ung doulx regart

+

Qui nous conduie jusqu'à Blois,

+

Nous le vous rendrons quelque fois,

+

Quoy que l'atente nous soit tart;

+

Puisqu'en emportez l'estandart

+

De la doulceur, que bien congnois.

+

Envoyez nous, etc.

+

Qui nous, etc.

+
+

Et pry Dieu que toutes vous gart,

+

Et vous doint bons jours, ans et mois,

+

A voz desirs, vouloirs et chois,

+

Acquictez vous de vostre part.

+

Envoyez nous, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Nevers.)

+
+

En la forest de longue actente,

+

Mainte personne bien joyeuse

+

S'est trouvée moult doloreuse,

+

Triste, marrie et bien dolente.

+

D'y estre, nul ne s'en talente,

+

La demeure est trop ennuyeuse.

+

En la forest, etc.

+

Mainte, etc.

+
+

Chascun qui pourra, s'en abscente,

+

Car l'entrée en est perilleuse,

+

Et l'issue fort dangereuse;

+

Pas de cent, ung ne se contente,

+

En la forest, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Pour ce qu'on jouxte à la quintaine

+

A Orleans, je tire à Blois;

+

Je me sens foulé du harnois,

+

Et veulx reprendre mon alaine;

+

Raisonnable cause m'y maine,

+

Excusé soye ceste foiz.

+

Pour ce, etc.

+

A Orleans, etc.

+
+

Je vous promet que c'est grant paine,

+

De tant faire baille lui bois;

+

Eslongner quelque part du mois,

+

Vault mieulx, pour avoir teste saine.

+

Pour ce, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

En la forest de longue actente,

+

Par vent de Fortune dolente.

+

Tant y voy abatu de bois,

+

Que, sur ma foy, je n'y congnois

+

A present, ne voye, ne sente.

+

Pieca, y pris joyeuse rente,

+

Jeunesse la payoit contente,

+

Or n'y ay qui vaille une nois.

+

En la forest, etc,

+

Par vent, etc.

+

Tant y voy, etc.

+
+

Vieillesse dit, qui me tourmente,

+

Pour toy n'y a pesson, ne vente,

+

Comme tu as eu autreffoiz;

+

Passez sont tes jours, ans et mois,

+

Souffize toy, et te contente.

+

En la forest, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Des arrérages de Plaisance,

+

Dont trop endebté m'est Espoir,

+

Se quelque part j'en peusse avoir,

+

Du surplus donnasse quictance;

+

Mais au pois et à la balance,

+

N'en puis que bien peu recevoir.

+

Des arrerages, etc.

+

Dont trop, etc.

+
+

Usure, ou perte de chevance,

+

Mectroye tout à nonchaloir,

+

Se je savoye, à mon vouloir,

+

Recouvrer prestement finance.

+

Des arrerages, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Madame d'Orléans.)

+
+

En la forest de longue actente,

+

Entrée suis en une sente,

+

Dont oster je ne puis mon cueur,

+

Pourquoy je viz en grant langueur

+

Par Fortune qui me tourmente.

+

Souvent Espoir chascun contente,

+

Excepté moy, povre dolente,

+

Qui, nuyt et jour, suis en doleur.

+

En la forest, etc.

+

Entrée, etc.

+

Dont oster, etc.

+
+

Ay je donc tort, se me garmente

+

Plus que nulle qui soit vivente?

+

Par Dieu, nennil, veu mon maleur;

+

Car, ainsy m'aist mon Créateur,

+

Qu'il n'est paine que je ne sente,

+

En la forest, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Rescouez ces deux povres yeulx

+

Qui tant ont nagé en Plaisance,

+

Qu'ilz se nayent sans recouvrance;

+

Je les tiens mors, ou presque tieulx.

+

Videz les tost, se vous aist Dieux,

+

En la sentine d'Alegeance.

+

Rescouez, etc.

+

Qui tant, etc.

+
+

Courez y tous, jeunes et vieulx,

+

Et à cros de bonne Esperance,

+

De les tirer hors, qu'on s'avance,

+

Chascun y face qui, mieulx, mieulx.

+

Rescouez, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Fredet.)

+
+

En la forest de longue actente,

+

Des brigans de Soussi bien trente,

+

Helas! ont pris mon povre cueur;

+

Et Dieu scet se c'est grant orreur

+

De veoir comment on le tourmente.

+

Priant vostre aide, lamente

+

Pour ce que chascun d'eulx se vente

+

Qu'ilz le merront à leur Seigneur.

+

En la forest, etc.

+

Des brigans, etc.

+

Helas! ont, etc.

+
+

Et pour ce, à vous il s'en garmente,

+

Car il voit bien qu'ilz ont entente

+

De lui faire tant rigueur,

+

Qu'il ne sera mal, ne doleur,

+

Se n'y pourvoyez, qu'il ne sente.

+

En la forest, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

A recommencer de plus belle,

+

J'en voy ja les adjournemens.

+

Que font, vers vieulx et jeunes gens,

+

Amours et la saison nouvelle.

+

Chascun d'eulx, aussi bien lui qu'elle,

+

Sont tous aprestés sur les rens.

+

A recommencer, etc.

+

J'en voy ja, etc.

+
+

Comme toute la chose est telle,

+

Je congnois telz esbatemens

+

Assez, de pieca m'y entens,

+

Ce n'est que ancienne querelle.

+

A recommencer, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

En la forest de longue actente,

+

Forvoyé de joyeuse sente,

+

Par la guide dure rigueur,

+

A esté robbé vostre cueur,

+

Comme j'entens, dont se lamente.

+

Par Dieu! j'en congnois plus de trente

+

Qui, chascun d'eulx, sans que s'en vente,

+

Est vestu de vostre couleur.

+

En la forest, etc.

+

Forvoyé, etc.

+
+

Et en briefz motz, sans que vous mente,

+

Soiez seur que je me contente,

+

Pour allegier vostre douleur,

+

De traictier avec le Seigneur,

+

Qui les brigans soustient et hente.

+

En la forest, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Ainsi doint Dieux à mon cueur, joye,

+

En ce que souhaidier vouldroye,

+

Et à mon penser; reconfort,

+

Comme voulentiers prisse accort

+

A soussy qui tant me guerroye.

+

Mais remede n'y trouveroye,

+

Et qui pis est, je n'oseroye

+

Descouvrir les maulx qu'ay à tort.

+

Ainsi doint, etc.

+

En ce que, etc.

+
+

Quant je lui dy: Dieu te convoye,

+

Laisse m'en paix, va t'en ta voye,

+

Par ton enchantement et sort;

+

Gueres mieulx ne vault vif que mort,

+

Je languis quelque part que soye.

+

Ainsi doint, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Se vous voulez m'amour avoir,

+

A tousjours, mais sans departir,

+

Pensez de faire mon plaisir,

+

Et jamais ne me decevoir;

+

Bientost sauray apparcevoir,

+

Au par aler, vostre desir.

+

Se vous voulez, etc.

+

A tousjours, etc.

+
+

Assez biens povez recevoir,

+

S'en vous ne tient, sans y faillir,

+

Vous estes pres d'y avenir,

+

Faisant vers moy leal devoir.

+

Se vous voulez, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Maudit soit mon cueur, se j'en mens,

+

Quant à mon lesir estre puis,

+

Et avecques pensée suis,

+

En mes maulx prens alegemens;

+

Car soussis plains d'encombremens,

+

Boutons hors, et lui fermons l'uis.

+

Maudit soit, etc.

+

Quant à mon, etc.

+
+

Assez y trouve esbatement.

+

Lors lui dy: Ma maistresse, et puis

+

Serons nous ainsi jours et nuis,

+

G'y donne mes consentemens.

+

Maudit soit, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Fredet.)

+
+

J'actens l'aumosne de doulceur,

+

Par l'aumosnier de doulx regart;

+

Espoir m'a promis de sa part,

+

Qu'il me fera toute faveur;

+

En esperant que ma langueur

+

Cessera, qui tant mon cueur art.

+

J'actens, etc.

+

Car, etc.

+
+

Car, comme leal serviteur,

+

J'ay servy tousjours main et tart;

+

Pensant qu'Amours aura regart

+

Quelquefoiz, à ma grant douleur.

+

J'actens, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

En la querelle de Plaisance,

+

J'ay veu le rencontre des yeulx

+

Qui estoient, ainsi m'aid Dieux,

+

Tous prestz de combatre à oultrance,

+

Rangez par si belle ordonnance,

+

Qu'on ne sauroit deviser mieulx.

+

En la querelle, etc.

+
+

S'Amours n'y mectent pourveance,

+

De pieca je les congnois tieulx,

+

Qu'au derrenier, jeunes ou vieulx,

+

Mourront tous, par leur grant vaillance.

+

En la querelle, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Par l'aumosnier, plaisant regart,

+

Donnez l'aumosne de doulceur,

+

A ce povre malade cueur,

+

Du feu d'Amours, dont Dieu nous gart.

+

Nuit et jour, sans cesser, il art;

+

Secourez le, pour vostre honneur.

+

Par l'aumosnier, etc.

+
+

S'il vous plaisoit, de vostre part,

+

Prier Amours qu'en sa langueur,

+

Pourvoyent à vostre faveur,

+

Aidié sera plus tost que tart.

+

Par l'aumosnier, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

De la maladie des yeulx,

+

Feruz de pouldre de plaisir,

+

Par le vent d'Amoureux desir,

+

Est fort à guerir, se maid Dieux.

+

Toutes gens, et jeunes, et vieulx,

+

S'en scevent bien à quoy tenir.

+

De la maladie, etc.

+

Feruz de, etc

+
+

Je n'y congnois remedes tieulx,

+

Que hors de presse soy tenir,

+

Et la compaignie fuir;

+

Qui plus en saura, die mieulx.

+

De la maladie, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Ce n'est que chose acoustumée,

+

Quant Soussy voy vers moy venir,

+

Se tost ne lui venoye ouvrir,

+

Il romproit l'uis de ma Pensée;

+

Lors fait d'escremie levée,

+

Et puis vient mon cueur assaillir.

+

Ce n'est, etc.

+

Quant, etc.

+
+

Adonc prent d'Espoir son espée

+

Mon cueur, pour des coups soy couvrir,

+

Et se deffendre et garentir;

+

Ainsi je passe la journée.

+

Ce n'est, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Par m'ame, s'il en fust en moy,

+

Soussy, Dieu scet que je feroye,

+

Moy et tous, de toy vengeroye;

+

Il y a bien raison pourquoy.

+

Riens ne dy qu'ainsi que je doy,

+

Et telle est la voulenté moye.

+

Par m'ame, etc.

+

Soussy, etc.

+
+

Ung chascun se complaint de toy,

+

Pour ce, voulentiers fin prendroye

+

Avec toy, se je povoye;

+

Je n'y vois qu'à la bonne foy.

+

Par m'ame, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Chascun devise à son propos,

+

Quant à moi, je suis loing du mien,

+

Mais mon cueur en espoir je tien,

+

Qu'il aura une foiz repos;

+

Souvent dit, me tournant le dos,

+

Je doubte que n'en sera rien.

+

Chascun, etc.

+

Quant, etc.

+
+

Tenez l'uis de Pensée clos,

+

Faictes ainsi pour vostre bien,

+

Soussy vous vouldroit avoir sien,

+

Ne croyez, n'escoutez ses mos.

+

Chascun, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Mon cueur se plaint qu'il n'est payé

+

De ses despens, pour son traveil

+

Qu'il a porté, si nompareil,

+

Qu'oncques tel ne fut essayé.

+

Son payement est delayé

+

Trop longtemps, sur ce, quel conseil?

+

Mon cueur, etc.

+

De ses, etc.

+
+

Puisqu'il n'est de gaiges rayé,

+

Mais prest en loyal appareil,

+

Autant que nul soubz le souleil,

+

Se mieulx ne peut, soit deffrayé.

+

Mon cueur, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Ennemy, je te conjure,

+

Regart qui aux gens cours sus,

+

Vieillars aux mentons chanus

+

Dont suis, n'avons de toy cure.

+

Jeune, navré de blesseure

+

Fu par toy, ny reviens plus.

+

Ennemy, etc.

+

Regart, etc.

+
+

Va querir ton avanture

+

Sus amans nouveaulx venus;

+

Nous vieulx, avons obtenus

+

Saufconduitz, de par Nature.

+

Ennemy, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Ou Loyaulté me payera

+

Des services qu'ay faiz sans faindre,

+

Ou j'auray cause de me plaindre;

+

Qui mon guerdon delayera?

+

Bon droit pour moy tant criera,

+

Qu'aux cieulx fera sa voix actaindre.

+

Ou Loyaulté, etc.

+

Des services, etc.

+
+

Quand Fortune s'effrayera.

+

Dieu a povoir de la reffraindre,

+

Et Raison, qui ne doit riens craindre,

+

De moy aider s'essayera.

+

Ou Loyaulté, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Des amoureux de l'observance,

+

Dont j'ay esté ou temps passé,

+

A present m'en treuve lassé

+

Du tout, sinon de souvenance.

+

Ou je prens d'en parler plaisance,

+

Quoy que suis de l'ordre cassé.

+

Des amoureux, etc.

+

Dont j'ay esté, etc.

+
+

Souvent y ay porté penance,

+

Et si pou de biens amassé,

+

Que, quant je seray trespassé,

+

A mes hoirs lairray pou chevance.

+

Des amoureux, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Mon cueur, n'entreprens trop de choses,

+

Tu peulz penser ce que tu veulz,

+

Et faire selon que tu peuz,

+

Et dire ainsi comme tu oses.

+

Qui vouldroit sur ce trouver gloses?

+

Je men rapporteray à eulx.

+

Mon cueur, etc.

+

Tu peulz, etc.

+
+

Se ces raisons garder proposes,

+

Tu feras bien, par mes conseulz,

+

Laisse les embesoignez seulz,

+

Il est temps que tu te reposes.

+

Mon cueur, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Ostez vous de devant moy,

+

Beaulté, par vostre serment,

+

Car trop me temptez souvent;

+

Tort avez, tenez vous quoy.

+

Toutes les foiz que vous voy,

+

Je suis je ne scay comment.

+

Ostez vous, etc.

+

Beaulté, etc.

+
+

Tant de plaisir j'appercoy

+

En vous, à mon jugement,

+

Qu'ilz troublent mon pensement,

+

Vous me grevez, sur ma foy.

+

Ostez vous, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Comment ce peut il faire ainsi,

+

En une seule creature,

+

Que tant ait des biens de nature,

+

Dont chascun en est esbahy.

+

Oncques tel chief d'euvre ne vy

+

Mieulx accomply, oultre mesure.

+

Comment, etc.

+

En une, etc.

+
+

Mes yeulx cuiday qu'eussent manty,

+

Quant apporterent sa figure

+

Devers mon cueur, en pourtraiture;

+

Mais vray fut, et plus que ne dy.

+

Comment, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Plaisant regard, mussez vous,

+

Ne vous monstrez plus en place,

+

Mon cueur craint vostre menace,

+

Dont mainteffoiz l'ay rescous;

+

Vostre actrait soubtil et doulx

+

Blesse sans qu'on lui mefface.

+

Plaisant, etc.

+

Ne vous, etc.

+
+

Se dictes: Je fais à tous

+

Ainsi, car je m'y solace;

+

A tort, sauve vostre grace,

+

Ne devez donner courrous.

+

Plaisant, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Ne m'en racontez plus, mes yeulx,

+

De beaulté que vous prisez tant,

+

Car plus voys ou monde vivant,

+

Et moins me plaist, ainsi m'aist Dieux.

+

Trouver je ne me scay en lieux

+

Qu'il m'en chaille, ne tant ne quant.

+

Ne m'en, etc.

+

De beaulté, etc.

+
+

Qu'est ce cy? deviens je des vieulx?

+

Ouy certes, dorenavant,

+

J'ay fait mon Karesme prenant,

+

Et jeusne de tous plaisirs tieulx.

+

Ne m'en, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Je ne vous voy pas à demy,

+

Tant ay mis en vous ma plaisance,

+

Tousjours m'estes en souvenance,

+

Puis le temps que premier vous vy.

+

Assez ne puis estre esbahy

+

Dont vient si ardent desirance.

+

Je ne vous, etc.

+

Tant ay, etc.

+
+

Fin de compte, puisqu'est ainsi,

+

Fermons nos cueurs en aliance;

+

Quant plus ay de vous acointance,

+

Plus suis ne scay comment ravy.

+

Je ne vous, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Si hardiz, mes yeulx,

+

De riens regarder,

+

Qui me puist grever,

+

Qu'en valez vous mieulx?

+

Estroit, se m'aist Dieux,

+

Vous pense garder.

+

Si hardiz, etc.

+

De riens, etc.

+
+

Vous devenez vieulx,

+

Et tousjours troter

+

Voulez, sans cesser,

+

Ne soyez plus tieulx,

+

Si hardiz, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Mon cueur, pour vous en garder,

+

De mes yeux qui tant vous temptent,

+

Afin que devers vous n'entrent,

+

Faictes les portes fermer.

+

S'ilz vous viennent raporter

+

Nouvelles, pensez qu'ilz mentent.

+

Mon cueur, etc.

+

De mes, etc.

+
+

Mensonges scevent conter,

+

Et trop de plaisir se ventent,

+

Folz sont qui en eulx s'atendent,

+

Ne les vueillez escouter.

+

Mon cueur, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

N'est ce pas grant trahison

+

De mes yeulx en qui me fye,

+

Qui me conseillent folie

+

Maintes foys, contre raison.

+

Que male part y ait on

+

D'eulx, et de leur tromperie.

+

N'est ce pas, etc.

+

De mes yeulx, etc.

+
+

Mieulx me fust, en ma maison

+

Estre seul à chiere lye,

+

Qu'avoir telle compaignie

+

Qui me bat de mon baston.

+

N'est ce pas, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Rendez compte, Vieillesse,

+

Du temps mal despendu

+

Et sotement perdu,

+

Es mains Dame Jeunesse.

+

Trop vous court sus Foiblesse,

+

Qu'est Povoir devenu?

+

Rendez compte, etc.

+
+

Mon bras en l'arc se blesse,

+

Quant je l'ay estendu,

+

Parquoy j'ay entendu

+

Qu'il convient que jeu cesse.

+

Rendez compte, etc.

+
+

Tout vous est en destresse,

+

Desormais chier vendu.

+

Rendez compte, etc.

+
+

Des tresors de liesse

+

Vous sera peu rendu,

+

Riens qui vaille ung festu;

+

N'avez plus que sagesse.

+

Rendez compte, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Le Seigneur de Torsy.)

+
+

Mais que mon mal si ne m'empire,

+

Je suis en bon point, Dieu mercy,

+

Ne n'ay ne douleur, ne soucy

+

De chose que on me puisse dire.

+

Plus ne me plains, plus ne souspire,

+

Je mengue, et dors bien aussi.

+

Mais que mon, etc.

+

Je suis en bon, etc.

+
+

Pleurer souloye en lieu de rire,

+

En requerant grace et mercy;

+

Maintenant ne fais plus ainsi,

+

Car je ne crains point l'escondire.

+

Mais que, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Le conte de Clermont.)

+
+

J'amasse ung tresor de regrez

+

Que ma tant amée m'envoye,

+

Mais jusqu'à ce que je la voye,

+

Ne partiront de mes segrez.

+

La cause pourquoy? je la celle,

+

Ses griefz maulx qui me font mourir,

+

C'est pour garder l'onneur de celle

+

Qui ne me daigne secourir.

+

Plus l'eslongne, plus d'elle est pres

+

Mon cueur, dont mon povre oeil lermoye;

+

Il n'est point doleur que la moye,

+

Car quant j'ay assez plaint, apres

+

J'amasse, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Responce d'Orléans.)

+
+

C'est une dangereuse espergne

+

D'amasser tresor de regrez,

+

Qui de son cueur les tient trop pres,

+

Il convient que mal lui en preigne;

+

Veu qu'ilz sont si oultre l'enseigne,

+

Non pas assez nuysans, mais tres.

+

C'est une, etc.

+

D'amasser, etc.

+
+

Se je mens, que l'en m'en repreigne,

+

Soient essayez, puis apres

+

On saura leurs tourmens segres;

+

Qui ne m'en croira, si l'apreigne.

+

C'est une, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

à Fredet.

+
+

Le fer est chault, il le fault batre,

+

Vostre fait que savez, va bien;

+

Tout le saurez, sans celer rien,

+

Se venez vers moy vous esbatre.

+

Il a convenu fort combatre,

+

Mais, s'il vous plaist, parfait le tien.

+

Le fer est chault, etc.

+

Vostre fait, etc.

+
+

Convoitise vouloit rabatre

+

Escharsement, et trop du sien;

+

Mais ung peu j'ay aidié du mien,

+

Qui l'a fait cesser de debatre.

+

Le fer est chault, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Fredet.)

+
+

Je regrecte mes dolans jours,

+

Comme celluy la qui tousjours

+

Ne fait que desirer sa mort;

+

Car plus avant vois, et plus fort

+

Acroissent mes dures dolours.

+

Quant on me fait d'estranges tours,

+

Que, mille foiz le jour, en plours,

+

Me fault dire par desconfort:

+

Je regrecte, etc.

+
+

En vous seul est tout mon recours,

+

Faictes donc, plustost que le cours,

+

Cesser le mal que souffre à tort,

+

Ou autrement je me voy mort,

+

Et tout pour bien servir Amours.

+

Je regrecte, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Responce au dit Fredet.)

+
+

Se regrectez vos dolans jours,

+

Et je regrecte mon argent

+

Que j'ay delivré franchement,

+

Cuidant de vous donner secours.

+

Se ne sont pas les premiers tours

+

Dont Convoitise sert souvent.

+

Se regrectez, etc.

+

Et je regrecte, etc.

+
+

Mais se vous n'avez voz amours,

+

Puisque Convoitise vous ment,

+

Le mien recouvreray briefment,

+

Ou mectray le fait en droit cours.

+

Se regrectez, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

à Daniel.

+
+

Vous dictes que j'en ayme deux,

+

Mais vous parlez contre raison,

+

Je n'ayme fors ung chapperon,

+

Et ung couvrechief, plus n'en veulx;

+

C'est assez pour ung amoureux;

+

Mal me louez, ce faictes mon.

+

Vous dictes, etc.

+

Mais vous, etc.

+
+

Certes je ne suis pas de ceulx

+

Qui partout veulent à foison

+

Eulx fournir, en toute saison;

+

N'en parlez plus, j'en suis honteux.

+

Vous dictes, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Olivier de la Marche)

+
+

Pour amours des dames de France,

+

Je suis entré en l'observance

+

Du tres renommé saint Francois,

+

Pour cuidier trouver une fois

+

La doulce voye d'alegance.

+

Saint suis de corde de souffrance,

+

Soubz haire d'aigre desirance,

+

Plus qu'en mon Dieu ne me congnois.

+

Pour amours, etc.

+

Je suis entré, etc.

+
+

Soubrement vis de ma plaisance,

+

Et june ce que desir pense,

+

Mandiant par tout où je vois,

+

Je veille à conter, par mes dois,

+

Les maulx que m'a fait Esperance.

+

Pour amours, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Vaillant.)

+
+

Des amoureux de l'observance,

+

Je suis le plus subgiet de France,

+

Car je sers d'estre mandien,

+

Et cherche le cotidien;

+

Mais nul en mon sac rien ne lance.

+

Aux freres l'aumosne, pour Dieu,

+

Tousjours vois criant d'uys en huis,

+

Las! Charité ne trouve en lieu,

+

Ne Pitié ne scet qui je suis,

+

Retourner m'en fault sans pitance;

+

Desir le proveheur me tance,

+

Puis le beau pere gardien,

+

Pis suis que Boesme, n'Yndien;

+

L'ordre vueil laisser sans doubtance.

+

Des amoureux, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(George.)

+
+

Les serviteurs submis à l'observance,

+

Quoyque souvent, il leur tourne à grevance,

+

De non avoir leur plaisir à toute heure;

+

Toute fois, Dieu soubz qui rien ne demeure,

+

A telz servans ne fist onc decevance;

+

Mains il convient par contrainte eslevance,

+

Qu'onneur, fortune, ou amour les avance

+

En quelque endroit, et au besoing seceure.

+

Les serviteurs, etc.

+

Quoyque, etc.

+

De non, etc.

+
+

Ce long souffrir en penible estrivance

+

N'aist aux souffrans, haulte et riche chevance,

+

Finablement, qui les paye et honneure;

+

Apres l'aigret, trouve on la doulce meure

+

Qui radoulcist en leur propre savance.

+

Les serviteurs, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Vaillant.)

+
+

Quant à moy, je crains le filé

+

Que d'autres ne craignent mye,

+

C'est d'avoir Dame sans amye,

+

Qui est un cas mal compilé.

+

Le fait d'amour est avilé,

+

Car Pitié y est endormie.

+

Quant à moy, etc.

+

Que d'autres, etc.

+
+

Puis voy, par maint bec affilé

+

Faire plus fort que l'arquemie,

+

Dont, sur mon ame, je fremie

+

Et de paour d'estre aux piez pilé.

+

Quant, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Celle que je ne scay nommer

+

Com à mon gré desireroye,

+

Ce jour de l'an, de biens et joye

+

Paise à Dieu de vous estrener.

+

S'amie vous vueil appeller,

+

Trop simple nom vous bailleroye.

+

Celle que, etc.

+

Com à mon, etc.

+
+

De ma Dame, nom vous donner,

+

Orguilleuse je vous feroye,

+

Maistresse point ne vous vouldroye;

+

Comment donc doy je à vous parler?

+

De celle, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

A ce jour de saint Valentin,

+

Que l'en prent per par destinée,

+

J'ay choisy, qui tres mal m'agrée,

+

Pluye, vent et mauvais chemin.

+

Il n'est de l'amoureux butin,

+

Nouvelle, ne chancon chantée.

+

A ce jour, etc.

+

Que l'en, etc.

+
+

Sourges me donne ce tatin,

+

Et à plusieurs de ma livrée;

+

Mieulx vauldroit en chambre natée

+

Dormir, sans lever sy matin,

+

A ce jour, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Bouciquault.)

+
+

Assez ne m'en peuz merveiller

+

Qu'aucuns amoureux ont creance

+

D'estre de ceulx de l'observance,

+

Mais plus n'y veulent travailler.

+

Je dy que leur vaulsist trop mieulx

+

Plus large reigle avoir choisie;

+

Par servir jeunes, et puis vieulx,

+

Laisser tout, c'est ypocrisie.

+

Autre nom leur convient bailler,

+

C'est apostat, qui pour doubtance

+

D'avoir un peu de penitance,

+

Ont voulu Loyaulté soiller.

+

Assez m'en, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Ce n'est pas par ypocrisie,

+

Ne je ne suis point apostat

+

Pourtant, se change mon estat

+

Es derreniers jours de ma vie.

+

J'ay gardé, ou temps de jeunesse,

+

L'observance des amoureux,

+

Or m'en a bouté hors Vieillesse,

+

Et mis en l'ordre douloreux

+

Des chartreux de Merencolie,

+

Solitaire, sans nul esbat;

+

A briefz motz, mon fait va de plat,

+

Et pour ce, ne m'en blasmez mye.

+

Ce n'est pas, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Bouciquault.)

+
+

Monstrer on doit qu'il en desplaise

+

Du meffait, à qui n'a povoir

+

De servir; car si cru pour voir,

+

En parler, il semble qu'il plaise;

+

Qui ne peut pour le moins se taise,

+

Et face en dueil larmes pleuvoir.

+

Monstrer on doit, etc.

+

Du meffait, etc.

+
+

Mais dire qu'on n'a temps, ne aise,

+

Pour aage, d'y faire devoir,

+

Chascun scet bien apparcevoir

+

Que pou courcé, tost se rappaise.

+

Monstrer on doit, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

A quiconques plaise, ou desplaise,

+

Quant Vieillesse vient les gens prendre,

+

Il convient à elle se rendre

+

Et endurer tout son malaise.

+

Nul ne peut faire son devoir

+

De garder d'Amours l'observance,

+

Quant, avecques son bon vouloir,

+

Il a povreté de puissance.

+

Plus n'en dy, mieulx vault que me taise,

+

Car j'en ay à vendre et revendre;

+

Ung chascun doit son fait entendre;

+

Qui ne peut, ne peut, si s'appaise.

+

A quiconques, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Fredet.)

+
+

Le truchement de ma pensée,

+

Ceste saint Valentin passée,

+

J'ay envoyé devers Amours,

+

Pour lui compter les grans dolours

+

Que seuffre, pour ma tant amée;

+

Requerant ma peine alegée,

+

Autrement ma vie est finée,

+

Comme scet bien, il a mains jours.

+

Le truchement, etc.

+
+

Et quant sa raison eut contée,

+

Lui dist: Ta requeste m'agrée,

+

Car trop leal l'ay veu tousjours;

+

Lors fut commandé mon secours,

+

Et le m'apporta la journée,

+

Le truchement etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Simonnet Caillau.)

+
+

Pour bref telz maulx d'amours guerir,

+

Esgrun de Dueil te fault fuyr,

+

Les poix au veau te sont contraires,

+

Quant les fleurs de plaisans viaires

+

Sont dedans mises au boillir.

+

L'oubliete te peut servir,

+

Et l'herbe de Nonsouvenir,

+

A faire bons electuaires.

+

Pour bref, etc.

+
+

Du triacle de Repentir,

+

Pour tes accez faire faillir,

+

Prendras sur les appoticaires;

+

Avecques siropz necessaires,

+

Faiz en succres de Deppartir.

+

Pour bref, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Les malades cueurs amoureux

+

Qui ont perdu leurs apetiz,

+

Et leurs estomacs refroidiz

+

Par soussiz et maulx douloureux,

+

Diete gardent sobrement,

+

Sans faire exces de trop douloir;

+

Chaulx electuaires souvent

+

Usent de Conforté vouloir,

+

Succres de Penser savoureux,

+

Pour renforser leurs esperiz;

+

Ainsi pevent estre gueriz,

+

Et hors de danger langoureux.

+

Les malades, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Jehan Monseigneur de Lorraine.)

+
+

Pour brief du mal d'amer guerir,

+

Esloingner l'air de Souvenir

+

Convient, sans grant merencolie;

+

Apres tout mes, mengier l'oublie

+

Pres du couchier, pour mieulx dormir.

+

De Nonchaloir, pour adoulcir

+

La medicine de Desir,

+

Prendre fault la plus grant partie.

+

Pour brief, etc.

+

Esloingner, etc.

+
+

Puis ung beau regime, à l'issir

+

De vostre acces, pourrez choisir,

+

D'une Leaulté m'y partie,

+

Affin que ne rencheez mye,

+

Faictes reffuz d'amour bannir.

+

Pour brief, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Pour tous voz maulx d'amours guerir,

+

Prenez la fleur de Souvenir

+

Avec le just d'une ancollie,

+

Et n'obliez pas la soussie,

+

Et meslez tout en Desplaisir.

+

L'erbe de loing de son Desir,

+

Poire d'Angoisse pour refreschir,

+

Vous envoye Dieu, de vostre amye.

+

Pour tous, etc.

+
+

Pouldre de Plains pour adoulcir,

+

Feille d'aultre que vous choisir,

+

Et racine de Jalousie,

+

Et de tretout la plus partie

+

Mectes au cueur, avant dormir.

+

Pour tous, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Puisque tu t'en vas,

+

Penser, en message,

+

Se tu fais que sage,

+

Ne t'esgare pas.

+

Au mieulx que pourras,

+

Pren le seur passage.

+

Puisque, etc.

+

Penser, etc.

+
+

Tout beau, pas à pas,

+

Reffrain ton courage,

+

Qu'en si long voyage

+

Ne deviengnes las.

+

Puisque, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

L'ueil et le cueur soient mis en tutelle,

+

Si tost qu'ilz sont rassotez en amours,

+

Combien qu'il a plusieurs qui font les lours,

+

Et ont trouvé contenance nouvelle;

+

Pour mieulx embler priveement Plaisance,

+

Mommerie sans parler de la bouche,

+

En beaux abiz d'or cliquant d'Acointance,

+

Soubz visieres de semblant qu'on n'y touche,

+

Faignent souvent l'amoureuse querelle;

+

Ainsi l'ay vu faire en mes jeunes jours,

+

Vestu m'y suis à droit et à rebours;

+

Je jangle trop, au fort, je me rappelle.

+

L'ueil et le cueur, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Jehan Monseigneur de Lorraine.)

+
+

Pour eschever plus grant dangier,

+

Certes, mon cueur, il est mestier,

+

Puisque nous alons veoir la belle,

+

Que tenez mon ueil en tutelle,

+

Qui ne vous donne à besongner;

+

Commandez lui bien, sans prier,

+

Qu'il ne croie riens de legier,

+

Dont il vous rapporte nouvelle.

+

Pour eschever, etc.

+
+

Et s'il ne s'y veult obligier,

+

Mectez Raison pour espier

+

A part sa couverte cautelle;

+

Car c'est cellui seul qui se mesle

+

De tieulx defaultes corrigier.

+

Pour eschever, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Chose qui plaist est à demy vendue,

+

Quelque cherté qui coure par pais;

+

Jamais ne sont bons marchands esbahis,

+

Tousjours gaignent à l'allée, ou venue.

+

Car, quant les yeulx qui sont facteurs du cueur,

+

Voyent Plaisir à bon marchié en vente,

+

Qui les tendroit d'achater leur bon eur?

+

Et deussent ilz engaiger biens et rente,

+

Et à rachat toute leur revenue,

+

De lascheté seroient bien trays,

+

Et devroient d'Amours estre hays;

+

Marchandise doit estre maintenue.

+

Chose qui plaist, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Chose qui plaist est à demy vendue,

+

A bon compte souvent, ou chierement,

+

Qui du marchié le denier a Dieu prent,

+

Il n'y peut plus mectre rabat, ne creue.

+

D'en debatre n'est que paine perdue,

+

Prenez ore, qu'apres on s'en repent.

+

Chose qui, etc.

+

A bon compte, etc.

+
+

S'aucun aussi monstre sa retenue,

+

Et au bureau va faire le serement,

+

Les officiers n'y font empeschement,

+

Mais demandent tantost la bienvenue.

+

Chose qui, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Jehan Monseigneur de Lorraine.)

+
+

L'abit le moine ne fait pas,

+

Pourtant se je me veis de dueil,

+

J'ay la lerme assez loing de l'ueil,

+

Passant mes ennuiz au gros sas;

+

Je fains d'assembler à grans tas

+

Douleurs à part, mais quant je vueil.

+

L'abit le, etc.

+

Pourtant, etc.

+
+

Conclusion, vecy mon cas:

+

De nulle rien je ne me dueil,

+

En gré prens d'Amours le recueil,

+

Soit beau, ou lait; puis je diz bas:

+

L'abit le, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

L'abit le moine ne fait pas,

+

L'ouvrier se congnoist à l'ouvrage,

+

Et plaisant maintient de visage

+

Ne monstre pas toujours le cas.

+

Alez tout soubrement le pas,

+

N'est que contrefaire le sage.

+

L'abit le, etc.

+

L'ouvrier, etc.

+
+

Soubtil sens couchié par compas,

+

Enveloppé en beau langage,

+

Musse le vouloir du courage;

+

Cuider decoit en mains estas.

+

L'abit le, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Jehan Monseigneur de Lorraine.)

+
+

De fol juge, briefve sentence;

+

Certes bon cueur ne peut mentir,

+

Et si ne scet du sac yssir

+

Que ce qui est d'acoustumence.

+

Là où Raison pert pascience,

+

On voit bien souvent avenir,

+

De fol juge, etc.

+

Certes bon, etc.

+
+

Envie, atout sa double lance,

+

Blesse en mains lieux sans cop ferir,

+

Dont il se convient repentir

+

Aucuneffoiz, qui bien y pense.

+

De fol juge, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

De fol juge, briefve sentence;

+

On n'y sauroit remedier,

+

Quant l'advocat oultrecuidier,

+

Sans raison, mainteffois sentence;

+

Apres s'en repent et s'en tence,

+

C'est tart, et ne se peut vuidier.

+

De fol juge, etc.

+

On n'y, etc.

+
+

Fleurs portent odeur, et sentence

+

Et savoir vient d'estudier;

+

Ce n'est pas ne d'anuyt, ne d'yer,

+

J'en dy ce que mon cueur sent en ce.

+

De fol juge, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Madame d'Orleans.)

+
+

L'abit le moine ne fait pas,

+

Car quelque chiere que je face,

+

Mon mal seul tous les autres pace,

+

De ceulx qui tant plaignent leur cas.

+

Souvent, en dansant fais mains pas

+

Que mon cueur pres en dueil trespace.

+

L'abit le, etc.

+
+

Las! mes yeulx gectent sans compas

+

Des lermes tant parmy ma face,

+

Dont plusieurs foiz je change place,

+

Alant à part pour crier las!

+

L'abit le, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Guiot Pot.)

+
+

L'abit le moine ne fait pas,

+

Car tel n'est pas vestu de noir,

+

Qui a cause de se douloir;

+

Par Dieu, qui congnoistroit son cas?

+

S'on lui fait changer ses esbas

+

Contre raison et son vouloir.

+

L'abit le, etc.

+
+

Quant Fortune charge le bas

+

Au compaignon, s'il a povoir,

+

Et s'il joue ung tour de savoir,

+

Disant que de souffrir est las.

+

L'abit le, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Messire Philippe Pot.)

+
+

En la forest de longue actente

+

Où mainte personne est dolente,

+

Espoir me promist de donner,

+

Se bien vouloye cheminer,

+

Ce qui tous amoureux contente.

+

J'ay tout mis, cueur, corps et entente,

+

A traverser chemin et sente,

+

Pour cuider ce grant bien trouver.

+

En la forest, etc.

+

Où mainte, etc.

+

Espoir me, etc.

+
+

Mais d'une chose je me vente,

+

Que j'ay eu tous les jours de rente,

+

Pour ma queste parachever,

+

Paine et ennuy, sans conquester

+

Riens, si non dueil qui me tourmente.

+

En la forest, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Anthoine de Lussay.)

+
+

En la forest de longue actente

+

Où les contentés, Dieu contente,

+

Je vous asseure, sur ma foy,

+

Que je n'y ay eu, tant soit poy,

+

Joye, ne bien dont je me sente.

+

Pensez se ma vie est dolente,

+

Veu, qu'ainsi soit, je me garmente,

+

Et que nul bien n'y a pour moy

+

En la forest, etc.

+

Où les contentés, etc.

+
+

Ou fort, d'une chose me vente,

+

Se je ne faulx en mon entente,

+

Ou se la mort brief ne recoy,

+

Que je y auray, savez vous quoy?

+

Aucun plaisir qui vauldra rente.

+

En la forest, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Guiot Pot.)

+
+

En la forest de longue actente,

+

Ja pieca, fus en une sente,

+

Là où j'ay esgaré mon cueur,

+

Mais y souffrit tant de douleurs

+

Que tousjours convient que s'en sente

+

Depuis, tousjours tant fort lamente,

+

Par Fortune qui le tourmente,

+

Qu'il fault qu'il vive en grant langueur.

+

En la forest de, etc.

+

Ja pieca, etc.

+
+

Mais, s'il eschappe, bien se vente

+

Qu'il gardera qu'on ne le tente

+

Par beau parler, ne par rigueur;

+

Car chascun se doit tenir seur

+

Que l'on fault bien à son entente,

+

En la forest, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Gilles.)

+
+

En la forest de longue actente,

+

Mon povre cueur tant se garmente

+

D'en saillir par aucune voye,

+

Qu'il ne lui semble pas qu'il voye

+

Jamais la fin de son entente;

+

Deconfort le tient en sa tente,

+

Qui par telle facon le tente,

+

Que j'ay paour qu'il ne le forvoye.

+

En la forest, etc.

+

Mon povre, etc.

+
+

Espoir en riens ne le contente,

+

Comme il souloit, pourquoy dolente

+

Sera ma vie, où que je soye;

+

Et si auray, en lieu de joye,

+

Dueil et soussy tousjours de rente.

+

En la forest, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Crié soit à la clochete,

+

Par les rues, sus et jus,

+

Fredet, on ne le voit plus;

+

Est il mis en oubliete?

+

Jadis il tenoit bien conte

+

De visiter ses amis,

+

Est il roy, ou duc, ou conte?

+

Quant en oubly les a mis.

+

Banny à son de trompete,

+

Comme marié confus,

+

Entre chartreux, ou reclus,

+

A il point fait sa retrete?

+

Crié soit, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Fredet.)

+
+

Se veoir ne vous voys plus,

+

Helas! ce fait mariage,

+

Qui me fait avoir courage

+

D'estre desormais reclus;

+

Puisque si fort m'a confus,

+

Ne le tenez à oultrage.

+

Se veoir, etc.

+

Helas! etc.

+
+

Mais non pourtant, je conclus

+

Que ce n'est pas fait que sage,

+

Car j'en puis, à brief langage,

+

Pour le moins perdre le plus.

+

Se veoir, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

En l'ordre de mariage,

+

A il desduit, ou courrous?

+

Comment vous gouvernez vous?

+

Y devient on fol, ou sage?

+

Soit aux vieulx, ou jeunes d'age,

+

Rapporter m'en vueil à tous.

+

En l'ordre, etc.

+

A il desduit, etc.

+
+

Le premier an, c'est la rage,

+

Tant y fait plaisant et douls;

+

Apres deux foiz toussir, j'ay la tous,

+

Cesser me fait de langage.

+

En l'ordre, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Jacques bastart de la Tremoille.)

+
+

En la forest de longue actente

+

J'ay couru l'année presente,

+

Tant que la saison a duré,

+

Mais j'ay esté plus maleuré

+

Que homme qui vive, je m'en vente.

+

La haye fut garnie de tente,

+

Et fis ma queste belle et gente,

+

Suivant les chiens, je m'esgaré

+

En la forest, etc.

+

J'ay couru, etc.

+
+

Je cours, je corne, je tourmente

+

En traversant, sans trouver sente,

+

Me trouvay tres fort enserré,

+

Tout seul presque desesperé,

+

Cuiday mourir des fois soixante.

+

En la forest, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Le Cadet Dalebret.)

+
+

Dedans l'abisme de douleur,

+

Où tant a d'amere saveur,

+

Aussi d'angoisseuse destresse,

+

Se trouve tourmenté, sans cesse,

+

Pour vous amer, mon povre cueur.

+

Ma Dame, par vostre doulceur,

+

Secourez ce bon serviteur,

+

A qui l'on fait tant de rudesse.

+

Dedans, etc.

+

Où tant, etc.

+
+

Las! ostez de lui tout maleur,

+

Ou autrement il se tient seur

+

De jamais n'avoir que tristesse;

+

Dont fauldra que sa vie cesse

+

Piteusement, en grant langueur.

+

Dedans, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orleans.)

+
+

Dedans l'abisme de douleur,

+

Sont tourmentées povres ames

+

Des amans; et, par Dieu, mes Dames,

+

Vous leur portez trop de rigueur.

+

Ostez les de ceste langueur,

+

Où ilz sont en maulx et diffames.

+

Dedans, etc.

+

Sont, etc.

+
+

Se n'y monstrez vostre doulceur,

+

Vous en pourrez recevoir blasmes;

+

Tost orra prieres de fames,

+

Dangier, des dyables le greigneur.

+

Dedans, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Gilles des Ourmes.)

+
+

Dedans l'abisme de douleur

+

Sont tourmentés par grand foleur

+

Maints cueurs, par faulte de secours,

+

Qui n'ont à personne recours,

+

Qu'à Pitié qui detient le leur.

+

Car, quant ilz ont servy, on leur

+

Taille la broche sans couleur;

+

Lors ilz s'en vont languir le cours

+

Dedans, etc.

+

Sont, etc.

+
+

Par Dieu! c'est faulte de valeur

+

A ceulx qui le font par chaleur,

+

Et de fait, les tiennent si cours,

+

Qu'il leur fault user tout le cours

+

De leur vie, en paine et maleur.

+

Dedans, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Philippe de Boulainvilliers.)

+
+

Tirez vous là, regart trop convoiteux,

+

Renom avez d'estre de nul piteux,

+

Vostre semblant demonstre, pour tout voir,

+

Qu'estes venu pour mon cueur décevoir;

+

Dont me desplaist, j'en suis tres tout honteux.

+

Pour me tromper, faictes le marmiteux,

+

II ne fault point clocher devant boiteux;

+

Allez, allez, je ne vous vueil plus voir.

+

Tirez vous là, etc.

+

Renom avez, etc.

+
+

Point ne vous fault faire le despiteux,

+

Car, quant vous voy, je suis toujours doubteux

+

De quelque mal, plus que de bien avoir;

+

Je vous congnois sans plus rien en savoir,

+

Où que soyez, vous estes rioteux.

+

Tirez vous là, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Clermont.)

+
+

Rendre vous fault de toutes choses conte,

+

Qu'avez vous fait, ma Dame, de mon cueur?

+

N'en mentons point, est il plus serviteur

+

Vostre tenu? dont je tien si grant conte.

+

A celle fin que l'en ne me mesconte,

+

Je vous diray, mais par mon créateur,

+

Rendre vous, etc.

+

Qu'avez, etc.

+
+

Entendez vous ce que je vous raconte,

+

Dictes moy vray, hay avant rigueur

+

Sera elle en vous? lui donrez vous faveur?

+

Fy, fy, nennil, car ce vous serait honte.

+

Rendre vous, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Que je vous ayme maintenant!

+

Quant je congnois vostre maniere

+

Venant de voulenté legiere,

+

Enveloppée en faulx semblant.

+

Je ne m'y fie tant, ne quant,

+

Veu qu'en estes bien coustumiere.

+

Que je vous, etc.

+

Quant je, etc.

+
+

N'en peut chaloir, tirez avant,

+

Parfaictes comme mesnagiere,

+

De haulte lisse bonne ouvriere;

+

Plus vous voy, plus vous prise tant.

+

Que je vous, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Cueur, qu'est cela? ce sommes nous voz yeulx,

+

Qu'apportez vous? grant foison de nouvelles,

+

Quelles sont ilz? amoureuses et belles,

+

Je n'en vueil point voire, non, se m'aist Dieux;

+

D'où venez vous? de plusieurs plaisans lieux,

+

Et qui a il? bon marchié de querelles.

+

Cueur, etc.

+

Qu'apportez, etc.

+
+

C'est pour jeunes, aussi est ce pour vieulx,

+

Trop sont vieulx soulz, pieca, n'en eustes telles,

+

Si ay, si ay, au moins escoutez d'elles,

+

Paix, je m'endors, non ferez pour le mieulx.

+

Cueur, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

SOUSSY.

+

Soussy, beau Sire, je vous prie,

+

LE CUEUR.

+

De quoy? que me demandez vous?

+

SOUSSY.

+

Ostez moy d'anuy et courous,

+

LE CUEUR.

+

Où vous estes? non feray mie.

+

SOUSSY.

+

Tenir je vous vueil compaignie,

+

LE CUEUR.

+

Las! non faictes, soyez moy douls.

+

Soussy, etc.

+

De quoy, etc.

+
+

SOUSSY.

+

Parlez en à Merencolie,

+

LE CUEUR.

+

Conseil premier entre vous.

+

SOUSSY.

+

Espoir y pourroit plus que nous,

+

LE CUEUR.

+

Faictes donc qu'il y remédie.

+ +

Soussy, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Quant Leaulté et Amour sont ensemble,

+

Et on les scet à deu entretenir.

+

En temps et lieu, et pour lui retenir,

+

Ilz font, par Dieu, feu Grejois, ce me semble.

+

J'en congnois deux qui portent grant atour,

+

Où contre droit en emportent le bruit;

+

Helas! voire, et ne font pas sejour,

+

Car traison en leurs cueurs tousjours bruit.

+

Garder se fault que nul ne les ressemble,

+

Ne nulle aussi qu'il veult à bien venir;

+

Pour ce, conclus, pour au point revenir,

+

Que jamais mal entre amoureux n'assemble

+

Quant, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Plus tost accointé que congneu,

+

Plus tost esprouvé que nourry,

+

Plus tost plaisant que bien choisy,

+

Est souvent en grace receu.

+

Mains tost que riche, despourveu

+

Se trouve garny de soussy.

+

Plus tost, etc.

+

Plus tost, etc.


+

Assez tost meschant est recreu,

+

Assez tost entreprent hardy,

+

Assez tost senti qui s'ardy,

+

Tout ce mal est de chascun sceu.

+

Plus tost, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Le Cadet.)

+
+

Tu vas trop avant, retray toy,

+

Mon cueur, ou tu te feras prendre,

+

Pas n'est bon de tant entreprendre;

+

Arreste et te tiens tout coy.

+

Le feras tu? or le dy coy,

+

Affin qu'on ne te puist reprendre

+

Tu vas, etc.

+

Mon cueur, etc.

+
+

Siet toy quelque part en requoy,

+

Pour mieulx te garder de surprendre;

+

Et de là tu pourras comprendre

+

Ton fait bien au long, or m'en croy.

+

Tu vas, etc.

+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

A ce jour de saint Valentin,

+

Bien et beau Karesme s'en va;

+

Je ne scay qui ce jeu trouva,

+

Penser m'y a pris au matin;

+

Et puis pour jouer à tintin

+

Avecques moy tost se leva.

+

A ce jour, etc.

+

Bien et beau, etc.

+
+

Soussy m'a cuidé ung tatin

+

Donner, mais pas ne l'acheva,

+

Bien garday que ne me greva;

+

Maledicatur en latin.

+

A ce jour, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans)

+
+

A ce jour de saint Valentin,

+

Venez avant, nouveaux faiseurs,

+

Faictes de plaisirs, ou douleurs,

+

Rimes en francoys, ou latin;

+

Ne dormez pas trop au matin,

+

Pensez à garder voz honneurs.

+

A ce jour, etc.

+

Venez, etc.

+
+

Heur et maleur sont en hutin,

+

Pour donner pers, cy et ailleurs,

+

Autant aux moindres, qu'aux greigneurs,

+

Veulent departir leur butin.

+

A ce jour, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans)

+
+

A ce jour de saint Valentin,

+

Qu'il me convient choisir ung per,

+

Et que je n'y puis eschapper,

+

Pensée prens pour mon butin.

+

Elle m'a resveillé matin,

+

En venant à mon huis frapper.

+

A ce jour, etc.

+
+

Ensemble nous arons hutin,

+

S'elle veult trop mon cueur happer;

+

Mais, s'Espoir je peusse atrapper,

+

Je parlasse d'autre latin.

+

A ce jour, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Benoist d'Amien.)

+
+

Au plus fort de ma maladie,

+

M'a abandonné Esperance,

+

Laquelle sans point decevance,

+

Me devoit tenir compaignie.

+

Helas! ce n'est pas mocquerie,

+

D'avoir perdu telle alliance.

+

Au plus fort, etc.

+
+

Car certes qui que chante, ou rie,

+

J'ay à toute heure desplaisance

+

Plus que nes ung qui soit en France,

+

Par quoy je ne scay que je die.

+

Au plus fort, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Au plus fort de ma maladie

+

Des fievres de merencolie,

+

Quant d'anuy j'ay frissonné fort,

+

J'entre en chaleur de desconfort

+

Qui me met tout en resverie;

+

Lors je jangle mainte folie,

+

Et meurs de soif de chiere lie,

+

De mourir seroye d'accort.

+

Au plus fort, etc.

+
+

Adoncques me tient compaignie

+

Espoir, dont je le remercie,

+

Qui de me guérir se fait fort;

+

Disant que n'ay garde de mort,

+

Et qu'en riens je ne m'en soussie.

+

Au plus fort, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Benoist d'Amien.)

+
+

Pour les maux dont je suis si plains,

+

Fortune, ay je tort? se me plains

+

De ta grant fierté et rudesse

+

Qui, nuyt et jour, sans point de cesse,

+

Me tient en douleur et en plains.

+

Las! pense qu'ilz ne sont pas fains,

+

Mais avant tres plus grans que mains,

+

Veu que suis en telle foiblesse.

+

Pour les, etc.

+
+

Or te requier, à jointes mains,

+

Que tu vueilles, à tout le moins.

+

Me tollir le mal qui me blesse;

+

Car je suis en telle destresse,

+

Que languir me fault, soirs et mains.

+

Pour les, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Benoist d'Amien.)

+
+

Pour parvenir à vostre grace,

+

Esperant que mon dueil efface,

+

Vous vueil servir jusqu'à la mort;

+

De ce, vous povez tenir fort,

+

Que nul autre bien ne pourchace.

+

Par quelque semblant que je face,

+

Ne quelque chemin que je trace,

+

N'est que pour arriver au port.

+

Pour parvenir, etc.

+
+

Quant des yeulx ne vous voy en place,

+

Plus rien qui soit ne me soulace,

+

Dont soussy me tient si tres fort;

+

Non pourtant, mon seul reconfort,

+

Ne me chault quoy qu'on me mefface,

+

Pour parvenir, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

de Monseigneur d'Orléans à ma Dame d'Angoulesme.

+
+

A ce jour de saint Valentin,

+

Puisqu'estes mon per ceste année,

+

De bien eureuse destinée

+

Puissions nous partir le butin.

+

Menez à beau frere hutin

+

Tant qu'ayez la pense levée.

+

A ce jour, etc.

+
+

Je dors tousjours sur mon coissin,

+

Et ne fois chose qui agrée

+

Gueres à ma mal assenée,

+

Dont me fait les groings au matin.

+

A ce jour, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Tignonville.)

+
+

Pour la coustume maintenir,

+

Ceste saint Valentin nouvelle,

+

Mon cueur a choisy Damoiselle,

+

Moyennant l'amoureux desir.

+

Par ung regart fait à loisir,

+

Se voult logier es mains de celle.

+

Pour la, etc.

+

Ceste saint, etc.

+
+

S'on lui fait trop de mal souffrir,

+

Je m'accorde qu'il se rappelle,

+

Et puis se tiengne à la plus belle

+

Que ses yeulx lui pourront choisir.

+

Pour, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Contre fenoches et nox buze,

+

Peut servir ung tantost de France,

+

Daly parolles de plaisance,

+

Au plus sapere l'en cabuze,

+

Ja cossy maintes foiz s'abuze,

+

Grandissime fault pourveance.

+

Contre fenoches, etc.

+
+

Sta fermo, toutes choses uze,

+

Aspecte ung poco par savance,

+

La Rasonne fa l'ordonnance

+

De quella medicine on uze,

+

Contre fenoches, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Ce premier jour du mois de May,

+

Quant de mon lit hors me levay,

+

Environ vers la matinée,

+

Dedens mon jardin de pensée,

+

Avecques mon cueur, seul entray.

+

Dieu scet s'entrepris fu d'esmay,

+

Car en pleurant tout regarday

+

Destruit d'ennuyeuse gelée.

+

Ce premier, etc.

+

Quant, etc.

+
+

En gast, fleurs et arbres trouvay;

+

Lors au jardinier demanday

+

Se Desplaisance maleurée,

+

Par tempeste, vent, ou nuée,

+

Avoit fait tel piteux array.

+

Ce premier, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Qui est cellui qui s'en tendroit

+

De bouter hors merencolie,

+

Quant toute chose reverdie,

+

Par les champs, devant ses yeulx, voit.

+

Ung malade s'en gueriroit,

+

Et ung mort revendroit en vie.

+

Qui est cellui, etc.

+

De bouter, etc.

+
+

En tous lieux on le nommeroit

+

Meschant endormy en follie,

+

Chasser de bonne compaignie,

+

Par raison, chascun le devroit.

+

Qui est cellui, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans)

+
+

Allez vous musser maintenant,

+

Ennuyeuse Merencolie,

+

Regardez la saison jolie,

+

Qui partout vous va reboutant;

+

Elle se rit en vous mocquant,

+

De tous bons lieux estes bannye.

+

Allez vous, etc.

+

Ennuyeuse, etc.

+
+

Jusques vers Karesme prenant

+

Que jeusne les gens amaigrie,

+

Et la saison est admortie,

+

Ne vous monstrez ne tant, ne quant.

+

Allez vous, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Qui est cellui qui d'amer se tendroit,

+

Quant beaulté fait de morisque l'entrée,

+

De plaisance si richement parée,

+

Qu'à l'amender jamais nul ne vendroit.

+

Cueur demy mort, les yeulx en ouvreroit,

+

Disant: C'est cy raige desesperée.

+

Qui est cellui, etc.

+

Quant, etc.

+
+

Lors quant Raison enseigner le vendroit,

+

Il lui diroit: A! vieille rassotée,

+

Laissez m'en paix, vous troublez ma pensée,

+

Pour riens, en ce nully ne vous croiroit.

+

Qui est cellui, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Bon fait avoir cueur à commandement,

+

Quant il est temps, qui scet laisser, ou prendre,

+

Sans trop vouloir sotement entreprendre

+

Chose où ne gist gueres d'amendement.

+

Quel besoing est, quand on est à son aise,

+

De se bouter en soussy et meschief;

+

Je tiens amans pour folz, ne leur desplaise,

+

De travailler sans riens mener à chief;

+

C'est par espoir, ou par son mandement,

+

Qui tel mestier leur conseille d'aprendre,

+

Il fait pechié, on l'en devroit reprendre,

+

J'en parle au vray, à mon entendement.

+

Bon fait avoir, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Je vous entens à regarder,

+

Et part de voz penser congnois,

+

Essayé vous ay trop de fois,

+

De moy ne vous povez garder.

+

Cuidez vous, par voz motz farder.

+

Mener les gens de deux en trois.

+

Je vous, etc.

+

Et part, etc.

+
+

Vous savez tirer et tarder,

+

Raige faictes, et feu Gregois;

+

Bien gangnez voz gaiges par mois,

+

Parachevez sans retarder.

+

Je vous. etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+
+

Plus de desplaisir que de joye,

+

Assez d'ennuy, souvent à tort,

+

Beaucoup de soussy sans confort,

+

Oultraige de peine, où que soye;

+

Trop de douleur à grant montjoye,

+

Foison de tres piteux rapport.

+

Plus de desplaisir, etc.

+

Assez d'ennuy, etc.

+
+

Tant de grief que je ne diroye,

+

Mains amant ma vie, que mort,

+

Pis que mourir, n'est ce pas fort?

+

Telz beaulx dons fortune m'envoye.

+

Plus de desplaisir, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans)

+
+

Pour mon cueur qui est en prison,

+

Mes yeulx vont l'aumosne quérir;

+

Gueres n'y pevent acquérir,

+

Tant petitement les prise on.

+

Reconfort qui est l'aumosnier,

+

Et Espoir, sont allez dehors;

+

On ne donna point l'aumosne hier,

+

Refus estoit portier alors.

+

Pour mon, etc.

+
+

Il est si plain de mesprison,

+

De rien ne le faut requerir,

+

N'essayer de le conquerir,

+

Tousjours tient sa vieille aprison.

+

Pour mon, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans)

+
+

Fortune! sont ce de voz dons?

+

Engoisses que vous aportez,

+

A présent vous en deportez,

+

Ce sont trop doloreux guerdons;

+

D'entrer ceans vous deffendons,

+

Dures nouvelles rapportez.

+

Fortune, etc.

+

Engoisses, etc.

+
+

Et oultre plus, vous commandons

+

Que les cueurs ung peu supportez

+

Jouer vous, et vous depportez

+

Autre part, baillant telz pardons.

+

Fortune, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Et comment l'entendez vous?

+

Ennuy et Merencolie,

+

Voulez vous toute ma vie.

+

Me tourmenter en courrous?

+

Le plus maleureux de tous

+

Doy je estre? je le vous nye.

+

Et comment, etc,

+

Ennuy, etc.

+
+

De tous poins accordons nous,

+

Ou, par la vierge Marie,

+

Se Raison n'y remédie,

+

Tout va sen dessus dessous.

+

Et comment, etc.

+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Voire, dea! je vous ameray,

+

Ennuyeuse Merencolie,

+

Et servant de plaisance lie,

+

Par vous plus ne me nommeray;

+

Foy que doy à Dieu, si seray

+

Tout sien, soit ou sens, ou folie.

+

Voire, dea, etc.

+

Ennuyeuse, etc.

+
+

Jamais ne m'y rebouteray,

+

En voz lactz, se je m'en deslie,

+

Et se Bon eur à moy s'alie,

+

Je fait à vous, mais non feray.

+

Voire, dea, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Fortune, passez ma requeste,

+

Quant assez m'aurez tort porté,

+

Ung peu je soye déporté,

+

Que Desespoir ne me conqueste;

+

Veu que je me suis, en la queste

+

D'Amours, loyaument deporté.

+

Fortune, passez, etc.

+

Quant, etc.

+
+

Mon droit, sans que plus y acqueste.

+

Aux jeunes gens j'ay transporté;

+

Se riens est de moy rapporté,

+

Je vous prie qu'on en face enqueste.

+

Fortune, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orleans.)

+
+

De quoy vous sert cela? Fortune,

+

Voz propos sont, puis longs, puis cours,

+

Une foiz estes en decours,

+

L'autre plaine comme la lune;

+

On ne vous trouve jamais une,

+

Nouvelletez sont en voz cours.

+

De quoy, etc.

+

Voz propos, etc.

+
+

S'est vostre maniere commune;

+

Car, quant je vous requiers secours,

+

Vous fuyez, apres vous je cours,

+

Et pitié n'a en vous aucune.

+

De quoy, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans)

+
+

Serviteur plus de vous, Merencolie,

+

Je ne seray, car trop fort y traveille;

+

Raison le veult, et ainsi me conseille

+

Que le face, pour l'aise de ma vie.

+

A Nonchaloir vueil tenir compaignie,

+

Par qui j'auray repos sans que m'esveille.

+

Serviteur, etc.

+

Je ne seray, etc.

+
+

Se de vous puis faire la departie,

+

Et il seurvient quelque estrange merveille,

+

Legierement passera par l'oreille;

+

Au contraire jamais nul ne me die.

+

Serviteur, etc

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Pourquoy moy, plus que les autres ne font,

+

Doy je porter de Fortune l'effort?

+

Par tout je vois criant: Confort, Confort,

+

C'est pour neant, jamais ne me respont.

+

Me convient il tousjours ou plus parfont

+

De dueil nager, sans venir à bon port.

+

Pourquoy moy, etc.

+

Doy je, etc.

+
+

J'appelle aussi, et en bas et amont,

+

Loyal Espoir, mais je pense qu'il dort,

+

Ou je cuide qu'il contrefait le mort:

+

Confort, n'Espoir, je ne scay où ilz sont.

+

Pourquoy, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Pourquoy moy, mains que nulluy

+

Que je congnoisse aujourduy,

+

Auray je part en liesse,

+

Veu qu'ay despendu jeunesse

+

Longuement, en grant ennuy.

+

Doy je donc estre cellui

+

Qui ne trouvera en lui

+

Bon eur, qu'à peu de largesse.

+

Pourquoy moy, etc.

+
+

J'ay loyal désir suy,

+

A mon povoir, et fuy,

+

Tout ce qui à tort le blesse;

+

Désormais, en ma vieillesse,

+

Demourray je sans apuy?

+

Pourquoy moy, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

C'est pour rompre sa teste

+

De fortune tanser,

+

Qui à riens ne s'arreste,

+

Trop seroit fait en beste.

+

C'est pour, etc.


+

Quant elle tient sa feste,

+

Les aucuns fait danser,

+

Et les autres tempeste.

+

C'est pour, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Du tout retrait en hermitage

+

De Nonchaloir, laissant folie.

+

Desormais veult user sa vie,

+

Mon cueur, que j'ay veu trop volage.

+

Et savez vous qui son courage

+

A changié? s'a fait maladie.

+

Du tout, etc.

+

De Nonchaloir, etc.

+
+

Fera il que fol, ou que sage?

+

Qu'en dictes vous? je vous en prie,

+

Il fera bien, quoy que nul dye,

+

Moult y trouvera d'avantage.

+

Du tout, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Sans faire mise, ne recepte

+

Du monde, dont compte ne tien,

+

Mon cueur, en propos je maintien;

+

Que mal et bien en gré accepte.

+

Se fortune est mauvaise, ou bonne,

+

A chascun la fault endurer;

+

Quant raison y mectra la bonne,

+

Elle ne pourra plus durer;

+

Rien n'y vault engin, ne decepte,

+

Au derrain on congnoistra bien,

+

Qui fera le mal, ou le bien,

+

Grans, ne petiz, je n'en excepte.

+

Sans faire, etc.

+
+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Est ce tout ce que m'apportez

+

A vostre jour? Saint Valentin,

+

N'auray je que d'Espoir butin,

+

L'actente des desconfortez.

+

Petitement vous m'enhortez

+

D'estre joyeulx à ce matin.

+

Est ce tout, etc.

+

A vostre jour, etc.

+
+

Nulle rien ne me rapportez,

+

Fors bona dies en latin,

+

Vieille relique en viel satin;

+

De telz presens vous deportez.

+

Est ce tout, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Simonnet Caillau.)

+
+

Ou millieu d'espoir et de doubte,

+

Helas! je pense jours et nuys;

+

Mais, par Dieu! bien bref, se je puis,

+

J'auray pis, ou mieulx, quoy qu'il couste.

+

Mes yeulx ouvers, je n'y vois goute,

+

Si non que maintenant j'en suis.

+

Ou millieu, etc.

+

Helas! je pense.

+
+

J'ay tant fait le guet et l'escoute,

+

A la fenestre et à l'uis,

+

Et n'ay pas ce que g'y poursuis,

+

Aincois m'est force que j'escoute.

+

Ou millieu, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Quant pleur ne pleut, souspir ne vante,

+

Et que cessée est la tourmente

+

De dueil, par le doulx temps d'espoir,

+

La nef de desireulx vouloir

+

A port eureux fait sa descente;

+

Sa marchandise met en vente,

+

Et à bon marché la presente

+

A ceulx qui ont fait leur devoir.

+

Quant pleur, etc.

+

Et que cessée, etc.

+
+

Lors les marchans de longue actente,

+

Pour gaigner, et corps, et rente,

+

En ont ce qu'en pevent avoir;

+

D'en acheter font leur povoir;

+

Tant que chascun cueur s'en contente.

+

Quant pleur, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Faret.)

+
+

Ou millieu d'espoir et de doubte,

+

Une foiz mal, autre foiz bien,

+

Je m'y trouve; mais je voy bien

+

Que c'est fortune qui m'y boute;

+

Et pour vous dire, somme toute,

+

C'est une chose où n'entens rien.

+

Ou millieu, etc.

+

Une foiz, etc.

+
+

Mais quelque chose qui me coute,

+

Si est ce bien le vouloir mien

+

De m'ouster hors de ce lien

+

Aucuneffoiz, tant me reboute,

+

Ou millieu, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Benoist d'Amien.)

+
+

En la grant mer de desplaisance,

+

Sans avoir espoir d'alegance

+

De trouver port, fors de douleur,

+

Nage tousjours mon povre cueur,

+

En bateau banny d'esperance;

+

Voille n'a que de decevance,

+

Ne soutte que de pascience,

+

Jamais n'y vente que maleur.

+

En la grant, etc.

+

Sans avoir, etc.

+
+

Dueil, Soussy ont la gouvernance;

+

Qui ne lui donnent, pour pitance

+

Que bescuit durcy de langueur,

+

Avecques eaue de rigueur;

+

Ainsi languist, faisant penance.

+

En la grant, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Quant pleur ne pleut, souspir ne vente,

+

Le bruit sourt de jeux et risée,

+

Et Joye vient appareillée

+

De recevoir d'Espoir sa rente

+

Assignée sur longue actente.

+

Mais apres loyaument paiée.

+

Quant, etc.

+

Le bruit, etc.

+
+

Ja Reconfort est mis en vente,

+

Et Plaisance fait sa livrée

+

De biens si richement ouvrée,

+

Que deuil fuyt, et s'en mal contente.

+

Quant pleur, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Jehan Monseigneur de Lorraine.)

+
+

Chose qui plaist est à demy vendue,

+

En quelconque marchandie que ce soit.

+

Mais l'ueil prise tel chose qui decoit,

+

Le plus souvent, quant elle est bien congnue;

+

Car, quant Amour se vendoit à Priere,

+

Peu de marchans y conquestoit proufit;

+

Desir survient qui met la fole enchiere,

+

A qui marchié de raison ne suffit.

+

Adonc vela qui apovrist, et tue

+

Le maleureux que chascun monstre au doit,

+

Disant: C'est cil qui plus fait qu'il ne doit,

+

Dont s'ordre n'est à son droit maintenue.

+

Chose qui plaist, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orleans.)

+
+

Quant je congnois que vous estes tant mien,

+

Et que m'aymez de cueur, si loyaument,

+

Je feroye vers vous trop faulcement

+

Se, sans faindre, ne vous amoye bien;

+

Essayez moy se vous fauldray en rien,

+

Gardant tousjours mon honneur seulement.

+

Quant, etc.

+

Et que, etc.

+
+

Se me dictes: Las! je ne scay combien

+

Vostre vouloir durera longuement;

+

Je vous respons, sans aucun changement,

+

Qu'en ce propos me tendray, et me tien.

+

Quant, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

pour Monseigneur de Beaujeu.

+
+

Puisqu'estes de la contrarie

+

D'Amours, comme monstrent voz yeulx,

+

Vous y trouvez vous pis, ou mieulx?

+

Qu'en dictes vous de telle vie?

+

Souffler vous y fault l'alquemie,

+

Ainsy que font jeunes et vieulx.

+

Puisqu'estes, etc.

+

D'Amours, etc.

+
+

Ne cuidez par nygromancye

+

Estre invisible; se m'aist Dieux,

+

On congnoistra, en temps et lieux,

+

Comment jourez de l'escremye.

+

Puisqu'estes, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Dedans l'amoureuse cuisine,

+

Où sont les bons, frians morceaux,

+

Avaler les convient tous chaulx,

+

Pour reconforter la poictrine.

+

Saulce ne faut, ne cameline,

+

Pour jeunes appetiz nouveaulx.

+

Dedans, etc.

+

Où sont, etc.

+
+

Il souffist de tendre geline

+

Qui soit sans os, ne vieilles peaulx,

+

Mainssée de plaisans cousteaux,

+

C'est au cueur vraye medicine.

+

Dedans, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Où le trouvez vous en escript?

+

Se dient à mon cueur mes yeulx,

+

Que nous ne soyons vers vous tieulx

+

Que devons, de jour et de nuyt.

+

Se ne vous conseillon prouffit,

+

Nous en croirez vous? nennil, Dieux.

+

Où le trouvez, etc.

+
+

Quant rapportons quelque deduit

+

Que nous avons veu en mains lieux,

+

Prenez en ce qui vous plaist mieulx,

+

L'autre lessez, est ce mau dit?

+

Où le trouvez, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

L'eaue de pleurs, de joye, ou de douleur,

+

Qui fait mouldre le molin de Pensée,

+

Dessus lequel la rente est ordonnée,

+

Qui doit fournir la despense du cueur.

+

Despartir fait farine de doulceur,

+

D'avecques son de dure destinée.

+

L'eaue, etc.

+
+

Lors le mosnier nommé Bon, ou Mal eur,

+

En prent prouffit, ainsi que lui agrée;

+

Mais Fortune souvent desmesurée

+

Lui destourbe mainteffois, par rigueur.

+

L'eaue, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

En verray je jamais la fin

+

De voz euvres? Merencolie,

+

Quant au soir de vous me deslie.

+

Vous me ratachez au matin;

+

J'amasse mieulx autre voisin

+

Que vous, qui si fort me guerrie.

+

En verrai je, etc.

+

De voz euvres, etc.

+
+

Vers moy venez en larrecin,

+

Et me robez plaisance lie;

+

Suis je destiné, en ma vie,

+

D'estre tousjours en tel hutin.

+

En verray je, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Soupper ou baing, et disner ou bateau,

+

En ce monde n'a telle compaignie,

+

L'un parle, ou dort, et l'autre chante, ou crie,

+

Les autres font balades, ou rondeau.

+

Et y boit on du viel et du nouveau,

+

On l'appelle le desduit de la pie.

+

Soupper ou baing, etc.

+

En ce monde, etc.

+
+

Il ne me chault ne de chien, ne d'oiseau;

+

Quant tout est fait, il fault passer sa vie

+

Le plus aise qu'on peut, à chiere lie;

+

A mon advis, c'est mestier bon et beau.

+

Soupper ou baing, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Qu'est cela? c'est Merencolie.

+

Vous n'entrerez ja; pourquoy? pour ce

+

Que vostre compaignie acourse

+

Mes jours, dont je foys grant folie.

+

Se me chassez par chiere lie,

+

Brief revendray de plaine course.

+

Qu'est cela, etc.

+

Vous, etc.

+
+

Il fault que raison amolie

+

Vostre cueur, et plus ne se cource,

+

Ainsi pourrez auroir ressource,

+

Mais que vostre mal sens deslie.

+

Qu'est cela, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orleans.)

+
+

En yver, du feu, du feu,

+

Et en esté, boire, boire,

+

C'est de quoy on fait memoire,

+

Quant on vient en aucun lieu.

+

Ce n'est ne bourde, ne jeu,

+

Qui mon conseil vouldra croire?

+

En yver, etc.

+

Et en esté, etc.

+
+

Chaulx morceaux faiz de bon queu,

+

Fault en froit temps, voire, voire,

+

En chault, froide pomme, ou poire;

+

C'est l'ordonnance de Dieu.

+

En yver, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Ne cessez de tanser, mon cueur,

+

Et fort combatre ces faulx yeulx

+

Que nous trouvons, vous et moy, tieulx

+

Qu'ilz nous font trop souffrir douleur.

+

Estroictement commandez leur

+

Qu'ilz ne troctent en tant de lieulx.

+

Ne cessez, etc.

+

Et fort, etc.

+
+

Et leur monstrez telle rigueur,

+

Qu'ilz vous craingnent, car c'est le mieulx;

+

Qu'ilz obeissent, se m'aist Dieux,

+

A vous, vous monstrant leur Seigneur.

+

Ne cessez, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Je ne voy rien qui ne m'annuye,

+

Et ne scay chose qui me plaise;

+

Au fort, de mon mal me rapaise,

+

Quant nul n'a sur mon fait envye.

+

D'en tant parler, ce m'est follie,

+

Il vault trop mieulx que je me taise.

+

Je ne voy, etc.

+

Et ne scay, etc.

+
+

Vouldroit aucun changer sa vie

+

A moy? pour essayer mon aise;

+

Je croy que non, car plus mauvaise

+

Ne trouveroit, je l'en deffie.

+

Je ne voy, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Ne bien, ne mal, mais entre deulx

+

J'ay trouvé aujourduy mon cueur

+

Qui parmi Confort et Douleur,

+

Se seiéoit ou meilleu d'entr'eulx.

+

Il me dit: Qu'est ce que tu veulx?

+

Peu, respondy pour le meilleur.

+

Ne bien, ne mal, etc.

+

J'ay trouvé, etc.

+
+

Aux dames et aux paons fais veulx,

+

Se fortune me tient rigueur,

+

De sa foy requerray bon eur,

+

Qu'il s'aquicte quant je me deulx.

+

Ne bien, ne mal, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Fermez lui l'uis au visaige,

+

Mon cueur, à Merencolie,

+

Gardez qu'elle n'entre mye,

+

Pour gaster nostre mesnaige;

+

Comme le chien plain de raige,

+

Chassez la, je vous en prye.

+

Fermez lui l'uis, etc.

+

Mon cueur, etc.

+
+

C'est trop plus nostre avantaige

+

D'estre sans sa compaignie,

+

Car tousjours nous tanse, et crye,

+

Et nous porte grand dommaige.

+

Fermez lui l'uis, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans)

+
+

Ou millieu d'Espoir et de Doubte,

+

Les cueurs se mussent plusieurs jours,

+

Pour regarder les divers tours

+

Dont Dangier souvent les deboute.

+

L'oreille je tens, et escoute

+

Savoir que, sur ce, dit Secours.

+

Ou millieu, etc.

+

Les cueurs, etc.

+
+

Eslongné de mondaine route

+

Me tiens, comme né en decours,

+

Entre les aveugles et sours,

+

Dieu y voye, je n'y voy goute.

+

Ou millieu, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orleans.)

+
+

Devenons saiges desormais,

+

Mon cueur, vous et moy, pour le mieulx,

+

Noz oreilles, aussi noz yeulx,

+

Ne croyons de legier jamais.

+

Passer fault nostre temps en paix,

+

Veu que sommes du renc des vieulx.

+

Devenons, etc.

+

Mon cueur, etc.

+
+

Se nous povoions par souhaiz

+

Rasjeunir, ainsi m'aide Dieux,

+

Feu Grejoys ferions en mains lieux;

+

Mais les plus grans coups en sont faiz,

+

Devenons, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Qui le vous a commandé?

+

Soussy, de me mener guerre;

+

Avant qu'on vous aille querre,

+

Venez sans estre mandé.

+

M'ordonnez vous almandé,

+

Quant Mort de son dart m'enferre.

+

Qui le vous, etc.

+

Soussy, etc.


+

Pour Dieu, tost soit amendé

+

Le mal qui tant fort me serre,

+

Apres que seray en terre,

+

Vous en sera demandé.

+

Qui le vous, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Ces beaulx mignons à vendre et à revendre,

+

Regardez les, sont ilz pas à louer?

+

Au service sont tous pres d'eulx louer

+

Au Dieu d'amours, s'il lui plaist à les prendre.

+

Bon escolle sauront bientost aprendre,

+

Bons escolliers, je les vueil advouer.

+

Ces beaulx, etc.

+

Regardez, etc.

+
+

Et s'ilz faillent, il les pourra reprendre,

+

Quant ilz vouldront trop nycement jouer,

+

Et sus leurs braz la chemise nouer,

+

Tant qu'au batre ne se puissent deffendre.

+

Ces beaulx, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Maistre Jehan Caillau.)

+
+

Quant pleur ne pleut, souspir ne vente,

+

Si fait, dea! des foiz plus de trente,

+

Maint se tourmente,

+

Souffrant le revers de son vueil,

+

Et touteffoiz lerme de l'ueil

+

Neist hors du sueil,

+

Pour payer du courroux la rente;

+

Du dolent, ou de la dolente,

+

Qui seuffre doleur non pas lente,

+

Sans nulle actente

+

D'assouagement de leur dueil.

+

Quant pleur, etc.

+
+

Tant y en a en ceste sente,

+

Souffrans de corps, de cueur, d'entente,

+

Loing de la tente

+

Où sont Plaisance et Doulx acueil;

+

Quant à moy, des maulx que recueil,

+

Dont tant me dueil,

+

Seulet, à part moy, me guermente.

+

Quant pleur, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans)

+
+

D'Espoir, il n'en est nouvelles,

+

Qui le dit? Merencolie,

+

Elle ment, je le vous nye;

+

A! a! vous tenez ses querelles.

+

Non faiz, mais parolles telles

+

Courent, je vous certiffie.

+

D'Espoir, etc.

+

Qui le dit, etc.

+
+

Parlons doncques d'autres, quelles?

+

De celles dont je me rie,

+

Peu j'en scay, or je vous prie

+

Que m'en contez des plus belles.

+

D'Espoir, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Une povre ame tourmentée

+

Ou Purgatoire de Soussy,

+

Est en mon corps, qu'il soit ainsi;

+

Il y pert, et nuyt, et journée,

+

Piteusement est detirée,

+

Sans point cesser, puis là, puis cy.

+

Une povre, etc.

+

Ou, etc.

+
+

Mon cueur en a peine portée,

+

Tant qu'il en est presque transy;

+

Mais esperance j'ay aussi,

+

Qu'au derrenier, sera sauvée.

+

Une povre, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Maistre Jehan Caillau.)

+
+

Espoir où est? en chambre close,

+

Et là que fait? il se repose,

+

Sera il empiece esveillé?

+

Il dit que il a trop veillé,

+

Et que dormir veult une pose.

+

Que pour quelque pris je compose

+

A vous, et l'esveiller je n'ose,

+

Car il est las, et traveillé.

+

Espoir, etc.

+
+

Par Dieu, ainsi que je suppose,

+

Il fait quelque roman, ou glose;

+

Moy mesmes suis esmerveillé

+

De le veoir si ensommeillé,

+

Ne m'en direz vous autre chose?

+

Espoir, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Pour empescher le chemin,

+

Il ne fault q'un amoureux

+

Qui, en penser desireux,

+

Va songant soir et matin;

+

Donnez lui ung bon tatin,

+

Il s'endort le maleureux.

+

Pour, etc.

+

Il ne, etc.

+
+

D'eaue tout plain ung bassin

+

Eust il dessus ses cheveulx,

+

D'un coup d'esperon, ou deux,

+

Ne veult chasser son roussin.

+

Pour, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Qu'esse la? qui vient si matin?

+

Se suis je, vous, saint Valentin,

+

Qui vous amaine maintenant,

+

Ce jour de Karesme prenant,

+

Venez vous departir butin?

+

A present nulluy ne demande,

+

Fors bon vin et bonne viande,

+

Banquetz, et faire bonne chiere;

+

Car Karesme vient et commande

+

A charnaige, tant qu'on le mande,

+

Que pour ung temps se tire arriere.

+

Ce nous est ung mauvais tatin,

+

Je n'y entens nul bon latin,

+

Il nous fauldra dorenavant

+

Confesser, penance faisant,

+

Fermons lui l'uys à tel hutin.

+

Qu'esse la, etc.

+
+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Commandez qu'elle s'en voise,

+

Mon cueur, à Merencolie,

+

Hors de vostre compaignie,

+

Vous laissent en paix sans noise;

+

Trop a esté, dont me poise,

+

Avecques vous, c'est folie.

+

Commandez, etc.

+

Mon cueur, etc.

+
+

Oncques ne vous fut courtoise,

+

Mais les jours de vostre vie

+

A traictez en tirannie;

+

Sang de moy, quelle bourgoise!

+

Commandez, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Bourbon jadiz Clermont.)

+
+

Je gis au lit d'amertume et doleur,

+

Livré à mort, par faulte de secours,

+

Et si ne scay quant finera le cours

+

De mon aspre et immortel malheur.

+

Priez pour moy, car je m'en vois mourir,

+

Mes bon amis, aiez en souvenance;

+

On ne me veult au besoing secourir,

+

Requerez en, apres mes jours, vengance.

+

Si vous m'amez, car c'est pour la valleur

+

D'une sans per, qu'ainsi m'est au decours

+

Ma povre vie, sans repit, ne recours,

+

Pour estre tant son loyal serviteur,

+

Je gis au lit, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Response d'Orleans à Bourbon.)

+
+

Comme parent et alyé

+

Du duc Bourbonnois à present,

+

Par ung rondeau nouvellement

+

Me tiens pour requis et payé;

+

Par une, gist malade, mis

+

Ou lit d'amertume et grevance,

+

Requerant tous ses bons amis,

+

S'il meurt, qu'on demande vengance.

+

Quant à moy, j'ay ja deffie

+

Celle qui le tient en tourment,

+

Et apres son trespassement,

+

Par moy sera bien hault crié.

+

Comme parent, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Quant ung cueur se rent à beaulx yeulx,

+

Criant mercy piteusement,

+

S'ilz le chastient rudement,

+

Et il meurt, qu'en valent ilz mieulx?

+

Batu de verges de Beaulté,

+

De lui font sang par tout courir,

+

Mais qu'il n'ait fait desleauté,

+

Pitié le devroit secourir;

+

S'il n'a point hanté entre tieulx

+

Qui ne s'acquictent loyaument;

+

Doit estre tel pugnissement,

+

A mon advis, en autres lieux.

+

Quant, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Le Seneschal.)

+
+

Ma fille de confession,

+

Vueillez avoir compassion

+

De cellui qui sert loyaument,

+

Et qui est vostre entierement,

+

Sans point faire de fiction.

+

Selon raison et conscience,

+

Tort lui tendrez, c'est ma creance,

+

S'il n'a bien brief ce que tant vault.

+

Je vous charge par penitence,

+

Q'ayez en lui toute fiance,

+

Sans plus respondre: Ne m'en chault.

+

Cellui qui souffrist passion,

+

Vous doint bonne contriction;

+

Au chois de mon entendement,

+

Plus eureux soubz le firmament

+

N'auroit, dont il soit mencion.

+

Ma fille, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Response d'Orleans au Seneschal.)

+
+

Beau Pere! benedicite,

+

Je vous requier confession,

+

Et, en humble contriction,

+

Mon pechié sera recité.

+

En moy n'a eu mercy, ne grace,

+

Prenant de ma beaulté orgueil,

+

Amours me pardoint, ainsi face,

+

Desormais repentir m'en vueil;

+

Reffus à mon cueur delité,

+

J'en feray satisfacion,

+

Donnez m'en absolucion

+

Et penance, par charité.

+

Beau Pere, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Blosseville.)

+
+

Ma tres belle, plaisante seur,

+

Confiteor du bon cueur

+

Dictes, par grant devocion,

+

Sans plus avoir intencion

+

De maintenir vostre folleur.

+

Car tost apres, de ma puissance

+

Vous absouldray, en esperance

+

Que doulce serez envers tous.

+

Et vous enjoings, par penitance,

+

De donner demain allegance

+

A cellui qui se meurt par vous;

+

Lequel, par vostre grant rigueur,

+

Seuffre, comme j'entens, doleur,

+

Et sans cause pugnicion;

+

Dont ja n'aurez remission,

+

Tant qu'il en soit hors, j'en suis seur.

+

Ma très belle, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Bourbon.)

+
+

Je sens le mal qu'il me convient porter

+

Non advenu, mais je crains qu'il aviengne,

+

Et qu'en la fin maleureux je deviengne,

+

Sans m'asservir ailleurs, ne transporter;

+

S'ainsi advient qu'à tort on m'abandonne,

+

Que Dieu ne vueille, que feray je sans per?

+

Las! je ne scay, si ce mal on me donne.

+

Des malheureux je seray le non per.

+

Pour le meilleur, il me fault deporter

+

Jusques à tant que ce malheur me viengne;

+

Mais à ma Dame hardiement en souviengne;

+

Car pour tousjours sa rigueur supporter,

+

Je sens le mal, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Response d'Orléans à Bourbon.)

+
+

A voz amours hardiement en souviengne,

+

Duc de Bourbon, se mourez par rigueur,

+

Jamais n'auront ung si bon serviteur,

+

Ne qui vers eulx tant loyaument se tiengne.

+

Dieu ne vueille que tel meschief adviengne,

+

Ilz perdroient leur renom de doulceur.

+

A voz amours, etc.

+

Duc de, etc.

+
+

S'il est jangleur qui soctement maintiengne

+

Que Bourbonnois ont souvent legier cueur,

+

Je ne respons, fors que pour vostre honneur,

+

Esperance convient que vous soustiengne.

+

A voz amours, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans)

+
+

Descouvreur d'embusche, sot ueil,

+

Pourquoy as tu passé le sueil

+

De ton logis, sans mandement?

+

Et par oultrageux hardement,

+

As entrepris contre mon vueil.

+

Demourer en repos je vueil,

+

Et en paix faire mon recueil.

+

Sans guerre avoir aucunement.

+

Descouvreur, etc.

+

Pourquoy, etc.

+
+

En aguet se tient Bel acueil,

+

Et se par puissance, ou orgueil,

+

Une fois en ses mains te prent,

+

Tu fineras piteusement

+

Tes jours, en la prison de dueil.

+

Descouvreur, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Maistre Berthault de Villebresme.)

+
+

Puisque Atropos a ravy Dyopée,

+

Contre humain cours prinse et anticipée,

+

Cupido! plus je ne vous serviray;

+

Car tel douleur que pour vous servir ay,

+

Pour Demophon n'eut Phillis Rodopée.

+

Plaisance s'est de moy émancipée,

+

Dueil m'est acquis, ma joie est dicipée;

+

En Boreas, Zephirus s'est viray.

+

Puisque, etc.

+

Contre, etc.

+
+

Adieu vous dy, toute nymphe actrapée

+

Aux laqs, Venus com oyseau a pipée,

+

Plus avecques vous je ne me deduiray,

+

Mais à gémir du tout me reduiray,

+

Ou m'occiray, com Piramus, d'espée.

+

Puisque, etc.

+
+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Amours, à vous ne chault de moy,

+

N'à moy de vous, c'est quiete et quiete,

+

Ung vieillart jamais ne prouffite

+

Avecques vous, comme je croy;

+

Puisque suis absolz de ma foy,

+

Et jeunesse m'est interdicte.

+

Amours, etc.

+

N'à moy, etc.

+
+

Jeune, sceu vostre vieille loy,

+

Vieil, la nouvelle je despite,

+

Ne je ne crains la mort subite

+

De regart; qu'en dictes vous? quoy?

+

Amours, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

J'ay pris le logis de bonne heure

+

D'Espoir, pour mon cueur, aujourduy,

+

Affin que les fourriers d'Annuy

+

Ne le preignent pour sa demeure;

+

Veu que, nuyt et jour, il labeure

+

De me gaster; et je le fuy.

+

J'ay pris, etc.

+

D'Espoir, etc.

+
+

Bon eur, avant que mon cueur meure,

+

L'aidera, il se fye en luy;

+

Autre part ne quiers mon apuy,

+

En actendant qu'il me sequeure,

+

J'ay pris, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Fraigne.)

+
+

Mon oeil m'a dit qu'il me deffie

+

A tousjours, sans repentir.

+

Se je ne lui fais ce plaisir

+

D'amer une qu'il a choisie;

+

Se c'estoit pour sauver sa vie,

+

Plus ne m'en pourroit requérir.

+

Mon oeil, etc.

+

A tousjours, etc.

+
+

Je lui ay dit: Tu fais folie,

+

Je te prie, laisse moy dormir,

+

Je n'ay pas à présent loisir

+

De penser à ta reverie.

+

Mon oeil, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Escoutez et laissez dire,

+

Et en voz mains point n'empire

+

Le mal, retournez le en bien;

+

Tout yra, n'en doublez rien,

+

Si bien qu'il devra suffire.

+

Dieu, comme souverain mire,

+

Fera mieulx qu'on ne désire,

+

Et pourverra; tout est sien.

+

Escoutez, etc.

+

Et en voz, etc,

+
+

Chascun à son propos tire,

+

Mais on ne peut pas eslire,

+

Je l'ay trouvé, ou fait mien;

+

Au fort, content je m'en tien,

+

Car apres pleurer, vient rire.

+

Escoutez, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Benoist d'Amien.)

+
+

Contre fenouches et nox buze,

+

Convient l'un faire, l'aultro dire,

+

Pleurer d'un ueil, de l'aultro rire,

+

Questo modo les gens abuze.

+

Or da poy que lo mondo en uze,

+

Non est dy besoingno dormire.

+

Contre, etc.

+

Convient, etc.

+
+

Tanto principo comme duze,

+

Veulent le lour fato conduire,

+

Et li soy servitor instruire

+

A sapere jouar la ruze.

+

Contre, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Maistre Berthault de Villebresme.)

+
+

Puisque chascun sert de fenouches,

+

Et de mentir, neiz que de mouches.

+

Aucun aujourduy ne tient conte,

+

Mais à chascun d'avoir son compte

+

Souffist, soit honneur, ou reprouches.

+

Retraire je me vueil es touches

+

Des bois, ainsi que les farouches,

+

Car d'estre au monde j'ay grant honte.

+

Puisque, etc.

+

Et de mentir, etc.

+
+

Je y congnois tant de males bouches,

+

De clers voyans faisant les louches.

+

De bons et simples que l'on donte;

+

Veu donc que mal bien y surmonte.

+

Plus me plaist vivre entre les souches.

+

Puisque, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Le Duc de Bourbon.)

+
+

Prenez l'ommaige de mon cueur,

+

En recevant sa feaulté,

+

Et il gardera loyaulté,

+

Comme doit leal serviteur.

+

S'il se forfait en vous servant,

+

Et qu'il soit clerement cogneu,

+

Ne le tenez plus pour servant,

+

Banny soit comme descongneu.

+

Mais ce pendant, toute doulceur

+

Lui soit faicte, sans cruaulté,

+

Actendant que vostre beaulté

+

Ait pouveu à sa grant douleur.

+

Prenez, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

En arrierefief soubz mes yeulx,

+

Amours, qui vous ont fait hommaige.

+

Je tiens de mon cueur l'eritaige,

+

A vous sommes et serons tieulx,

+

Voz vraiz subgietz, voire des vieulx.

+

Soit nostre prouffit, ou dommaige.

+

En arrierefief, etc.

+

Amours, etc.

+
+

J'appelle Déesse et Dieux

+

Sur ce, vers vous, en tesmoingnaige,

+

Se voulez, j'en tendray ostaige;

+

Vous puis je dire, ou faire mieulx?

+

En arrierefief, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

J'en baille le denombrement

+

Que je tiens soubz vous loyaument.

+

Loyal desir et bon vouloir;

+

Mais j'ay trop engagé povoir,

+

Se je n'en ay relèvement.

+

Je vous ay servi longuement,

+

En y despendant largement

+

Des biens que j'ay peu recevoir.

+

J'en baille, etc.

+

Que je tiens, etc.

+
+

Vieillesse m'assault tellement,

+

Et me veult à destruisement

+

Mener, mais, veu qu'ay fait devoir

+

Que m'aiderez, j'ay ferme espoir

+

A mes drois, voyez les comment.

+

J'en baille, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans).

+
+

Je suis à cela

+

Que Merencolie

+

Me gouvernera.

+

Qui m'en gardera?

+

Je suis, etc.

+
+

Puisqu'ainsi me va,

+

Je croy qu'à ma vie

+

Autre ne sera.

+

Je suis, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orleans.)

+
+

On ne peult chastier les yeulx,

+

N'en chevir, quoy que l'en leur dye,

+

Dont le cueur se complaint et crye,

+

Quant s'esgarent en trop de lieux.

+

Seront ilz tousjours ainsi? Dieux!

+

Rien n'y vault s'on les tanse, ou prie,

+

On ne peut, etc.

+

N'en chevir, etc.

+
+

Quant aux miens, ilz sont desja vieulx,

+

Et assez lassez de follie;

+

Les yeulx jeunes, fault qu'on les lye

+

Comme enragiez, n'est ce le mieulx?

+

On ne peut, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Sont les oreilles estouppées?

+

Rapportent ilz au cueur plus rien?

+

Ouyl, plustost le mal que bien,

+

Quant on ne les tient gouvernées.

+

Se leurs portes ne sont fermées,

+

Tout y court de va et de vien.

+

Sont les oreilles, etc.

+

Rapportent, etc.

+
+

Les miennes seront bien gardées

+

De Nonchaloir, que portier tien;

+

Dont se plaint et dit le cueur mien,

+

On ne me sert plus de pensées.

+

Sont les oreilles, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Tel est le partement des yeulx,

+

Quant congié prennent doulcement,

+

D'eulx retraire piteusement,

+

En regretz privez pour le mieulx.

+

Lors divers se dient adieux,

+

Esperans revenir briefment.

+

Tel est le, etc.

+

Quant, etc.

+
+

Et si laissent, en plusieurs lieux,

+

Des larmes par engagement

+

Pour paier leur deffrayement,

+

En gectant souspirs, Dieu scet quieulx.

+

Tel est le, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Pour monstrer que j'en ay esté,

+

Des amoureux aucuneffoiz,

+

Ce May, le plus plaisant des mois,

+

Vueil servir ce present esté.

+

Quoy que Soucy m'ait arresté,

+

Sans son congié, je m'y envoiz.

+

Pour monstrer, etc.

+

Des amoureux, etc.

+
+

Pour ce, je me tiens apresté

+

A deduiz, en champs et en bois,

+

S'Amours y prent nulz de ses droitz,

+

Quelque bien m'y sera presté.

+

Pour monstrer, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Tant ay largement despendu

+

Des biens d'amoureuse richesse,

+

Ou temps passé de ma jeunesse,

+

Que trop chier m'a esté rendu;

+

Car lors à rien je n'ay tendu,

+

Qu'à conquester foison lyesse.

+

Tant ay, etc.

+

Des biens, etc.

+
+

Commandé m'est, et deffendu

+

Desormais par Dame Vieillesse,

+

Qu'aux jeunes gens laisse prouesse,

+

Tout leur ay remis et vendu

+

Tant ay, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Fyez vous y, se vous voulez,

+

En Espoir qui tant promet bien;

+

Mais souventeffoiz n'en fait rien,

+

Dont mains cueurs se sentent foulez.

+

Quant Desir les a affolez,

+

Au grant besoing leur fault du sien.

+

Fyez vous y, etc.

+

En Espoir, etc.

+
+

Lors sont de destresse affolez;

+

J'aymeroye, pour le cueur mien,

+

Mieulx que deux tu l'aras, ung tien;

+

Quant les oyseaux s'en sont vollez.

+

Fyez vous, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Jaulier des prisons de Pensée,

+

Soussy, laissez mon cueur yssir,

+

Pasmé l'ay veu esvanouir

+

En la fosse desconfortée;

+

Mais que seurté vous soit donnée

+

De tenir foy et revenir.

+

Jaulier, etc.

+

Soussy, etc.

+
+

S'il mouroit en prison fermée,

+

Honneur n'y povez acquerir;

+

Vueilliez au moins tant l'eslargir

+

Qu'ait sa finance pourchassée.

+

Jaulier, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Simonnet Caillau.)

+
+

Jaulier des prisons de Pensée,

+

Mon povre cueur aux fers tenez,

+

Et dit on que vous lui donnez,

+

Chascun jour, une bastonnée.

+

Est ce par sentence ordonnée,

+

Qu'en ce point le me gouvernez?

+

Jaulier, etc.

+

Mon povre, etc.

+
+

Se sa cause estoit bien menée,

+

On jugeroit que mesprenez,

+

Et qu'à grant tort le retenez,

+

Sans plainte de personne née.

+

Jaulier, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Tignonville.)

+
+

Jaulier des prisons de Pensée,

+

Avez vous le commandement

+

De traicter ainsi rudement

+

Les povres cueurs, en ceste année;

+

Vous est la puissance donnée

+

De par Soussy, ou autrement.

+

Jaulier, etc.

+

Avez vous, etc.

+
+

Dedens la chartre adoulée,

+

Tenir les deussiez doulcement,

+

Batre ne devez nullement

+

Prisonniers en fosse fermée.

+

Jaulier, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Gilles des Ourmes.)

+
+

Jaulier des prisons de Pensée,

+

Qui tenez tant de gens de bien,

+

Ouvrez leur, ilz paieront bien

+

Le droit de l'yssue, et l'entrée.

+

Ilz m'ont commission baillée

+

D'appointer, dictes moi combien?

+

Jaulier, etc.

+

Qui tenez, etc.

+
+

Car j'ay cy finance apportée

+

Assez, que du leur, que du mien;

+

Tant qu'on ne vous en devra rien,

+

Jusqu'à la derreniere journée.

+

Jaulier, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orleans.)

+
+

Donnez l'aumosne aux prisonniers,

+

Reconfort, et espoir aussi,

+

Tant feray au jaulier Soussy,

+

Qu'il leur portera voulentiers.

+

Ilz n'ont ne vivres, ne deniers,

+

Crians de fain; il est ainsi.

+

Donnez, etc.

+

Reconfort, etc.

+
+

Meschans ont esté mesnagiers,

+

Tenuz pour debte jusques cy,

+

Faictes les euvres de mercy,

+

Comme vous estes coustumiers.

+

Donnez, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Benoist d'Amien.)

+
+

N'oubliez pas les prisonniers,

+

Bonnes gens, aiez en mercy;

+

Ilz sont en la tour de Soussy,

+

Et n'ont ne mailles, ne deniers,

+

Larrons ne sont point, ne murtriers,

+

Par envie on les tient ainsi.

+

N'oubliez pas, etc.

+

Bonnes gens, etc.

+
+

Faictes comme bons aumosniers,

+

Pour la grant pitié que veez cy,

+

Et pour vous prieront Dieu aussi

+

De tres bon cueur, et voulentiers.

+

N'oubliez pas, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Hugues le Voys.)

+
+

Jaulier des prisons de Pensée,

+

Ouvrez à Reconfort la porte,

+

Car à mon cueur l'aumosne porte,

+

Que mes yeulx lui ont pourchassée;

+

Tenu l'avez, mainte journée,

+

Ou cep d'anuy, et prison forte.

+

Jaulier, etc.

+

Ouvrez, etc.

+
+

Tant à faim et soif endurée,

+

Qu'il a perdu couleur et sorte,

+

Helas! pour Dieu, qu'on le supporte,

+

Autrement sa vie est finée.

+

Jaulier, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Banissons Soussy, ce ribault

+

Batu de verges par la ville,

+

C'est ung crocheteur trop habille

+

Pour embler joye qui tant vault;

+

Copper une oreille lui fault,

+

Il est fort larron entre mille.

+

Banissons, etc.

+

Batu de, etc.

+
+

Se plus ne revient, ne m'en chault,

+

Laissez le aller sans croix, ne pille,

+

Le Deable l'ait ou trou Sebille;

+

Point n'en saille pour froit, ne chault.

+

Banissons, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Des vieilles defferres d'Amours,

+

Je suis à present, Dieu mercy;

+

Vieillesse me gouverne ainsi,

+

Qui m'a condempné en ses cours.

+

Je m'esbahis quant à rebours

+

Voy mon fait, disant: Qu'est ce cy?

+

Des vieilles, etc.

+

Je suis, etc.

+
+

Mon vieil temps convient qu'ait son cours,

+

Qui en tutelle me tient sy,

+

Du jaulier appellé Soussy,

+

Que rendu me tiens pour tousjours.

+

Des vieilles, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orleans.)

+
+

Comme monnoye descriée,

+

Amours ne tient compte de moy;

+

Jeunesse m'a laissé, pourquoy?

+

Je ne suis plus de sa livrée.

+

Puisque telle est ma destinée,

+

Desormais me fault tenir coy.

+

Comme, etc.

+

Amours, etc.

+
+

Plus ne prens plaisir, qu'en pensée

+

Du temps passé; car, sur ma foy,

+

Ne me chault du present que voy,

+

Car Vieillesse m'est delivrée.

+

Comme, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orleans.)

+
+

Laissez Baude buissonner,

+

Le vieil Briquet se repose,

+

Desormais travailler n'ose,

+

Abayer, ne mot sonner.

+

On lui doit bien pardonner,

+

Ung vieillart peut pou de chose.

+

Laissez, etc.

+

Le vieil, etc.

+
+

Et Vieillesse emprisonner

+

L'a voulu, en chambre close;

+

Par quoy j'entens que propose

+

Plus peine ne lui donner.

+

Laissez, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Hugues le Voys.)

+
+

Comme monnoye descriée,

+

Loyaulté je voy abriée

+

Dessoubz le pavillon de Honte,

+

Par Faulceté qui la surmonte,

+

Et l'a d'oultrance deffiée.

+

De Bonnefoy s'est alyée,

+

Et de son aide l'a priée,

+

Mais on n'en tient que peu de conte.

+

Comme, etc.

+

Loyaulté, etc.

+
+

Du tout la tiens pour ravallée,

+

Par montaigne et par vallée,

+

Est notoire ce que raconte;

+

En maison de Duc, ne de Conte,

+

Ne se treuve qu'à l'eschappée.

+

Comme, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Quant me treuve seul, à part moy,

+

Et n'ay gueres de compaignie,

+

Ne demandez pas s'il m'ennuye,

+

Car ainsi est il, sur ma foy.

+

En riens plaisance n'apercoy,

+

Fors comme une chose endormye.

+

Quant me, etc.

+

Et n'ay, etc.

+
+

Mais s'entour moy plusieurs je voy,

+

Et qu'on rie, parle, chante, ou crye,

+

Je chasse hors merencolie

+

Que tant hair et craindre doy.

+

Quant, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Trop ennuyez la compaignie,

+

Douloureuse Merencolie,

+

Et troublez la feste de Joye;

+

Foy que doy à Dieu, je vouldroye

+

Que feussiez du pays bannie.

+

Vous venez sans que l'on vous prie,

+

Bon gré, maugré, à l'estourdie,

+

Alez, que plus on ne vous voye.

+

Trop ennuyez, etc.

+

Douloureuse, etc.

+
+

Soussy avecques vous s'alye,

+

Si lui dy je que c'est folie,

+

Quel mesnaige! Dieu vous convoye

+

Si loing, tant que vous revoye

+

Querir, quant? jamais en ma vie.

+

Trop ennuyez, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Escollier de Merencolie,

+

Des verges de Soussy batu,

+

Je suis à l'estude tenu,

+

Es derreniers jours de ma vie;

+

Se j'ay ennuy, n'en doubtez mye,

+

Quant me sens vieillart devenu.

+

Escollier, etc.

+

Des verges, etc.

+
+

Pitié convient que pour moy prie,

+

Qui me treuve tout esperdu,

+

Mon temps je pers, et ay perdu,

+

Comme rassoté en folie.

+

Escollier, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Hugues le Voys.)

+
+

Escollier de Merencolie,

+

Par Soussy qui est le recteur,

+

A l'estude est tenu mon cueur;

+

Et Dieu scet comme on le chastie.

+

De s'y mectre fist grant folie,

+

Car on le tient à la rigueur.

+

Escollier, etc.

+

Par Soussy, etc.

+
+

Bon temps n'aura jour de sa vie.

+

Puisqu'il y est, de son maleur,

+

Dedens le livre de douleur,

+

Lui est force qu'il estudie.

+

Escollier, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Et fust ce ma mort, ou ma vie,

+

Je ne puis de mon cueur chevir,

+

Qu'il ne veuille conseil tenir

+

Souvent, avec Merencolie.

+

Si lui dy je que c'est folie,

+

Mais comme sourt ne veult oir

+

Et fust ce, etc.

+

Je ne puis, etc.

+
+

A Grace, pour ce, je supplie

+

Qu'il lui plaise me secourir,

+

Au par aller ne puis fournir,

+

Se ne m'aide par courtoisie.

+

Et fust ce, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Allez vous en dont vous venez,

+

Ennuyeuse Merencolie,

+

Certes on ne vous mande mye.

+

Trop privée vous devenez.

+

Soussy avecques vous menez,

+

Mon huis ne vous ouvreray mye.

+

Allez vous en, etc.

+

Ennuyeuse, etc.

+
+

Car mon cueur en tourment tenez,

+

Quant estes en sa compaignie;

+

Prenez congié, je vous en prie,

+

Et jamais plus ne retournez,

+

Allez vous en, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

A qui en donne l'en le tort?

+

Puisque le cueur en est d'accort,

+

Se les yeulx vont hors en voyage,

+

Et rapportent aucun message

+

De beaulté plaine de confort.

+

Ilz crient: Resveille qui dort,

+

Lors le cueur ne dort pas si fort,

+

Qui ne dye: J'oy compter rage.

+

A qui en, etc.

+

Puisque le, etc.

+
+

Adoncques Desir picque et mort,

+

Savez comment? jusqu'à la mort;

+

Mais le cueur, s'il est bon et sage,

+

Remede y treuve et avantage,

+

Bien, ou mal en vient oultre bort.

+

A qui en, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Doivent ilz estre prisonniers,

+

Les yeulx, quant ilz vont assaillir

+

L'embusche de plaisant desir,

+

Comme hardiz avanturiers;

+

Veu qu'ilz sont d'Amours souldoyers,

+

Et leurs gaiges fault desservir.

+

Doivent ilz, etc.

+

Les yeulx, etc.

+
+

Ilz se tiennent siens si entiers,

+

Qu'au besoing ne pevent faillir,

+

Jusques à vivre, ou à mourir.

+

Ilz le font bien, et voulentiers.

+

Doivent ilz, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

N'oubliez pas vostre maniere,

+

Non ferez vous, je m'en fais fort,

+

Ennuy armé de desconfort,

+

Qui tousjours me tenez frontiere,

+

Venez combatre à la barriere,

+

Et faictes à coup vostre effort.

+

N'oubliez pas, etc.

+

Non ferez, etc.

+
+

Quant mectez sus vostre banniere,

+

Cueurs loyaux guerriez si fort,

+

Que les faictes retraire ou fort

+

De Douleurs, à piteuse chiere.

+

N'oubliez pas, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orleans)

+
+

Chiere contrefaicte de cueur.

+

De vert perdu et tanne painte,

+

Musique notée par fainte,

+

Avecques faulx bourdon de maleur.

+

Qui est il ce nouveau chanteur?

+

Qui si mal vient à son actainte.

+

Chiere, etc.

+

De vert, etc.

+
+

Je ne tiens contre, ne teneur

+

Enroué, faisant faulte mainte,

+

Et mal entonné par contrainte,

+

C'est la chapelle de douleur.

+

Chiere, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Le grant Seneschal.)

+
+

Qui trop embrasse, peu estraint;

+

Je le dy pour maintes et maint

+

Qui scevent servir de telz tours,

+

Mectans loyaulté en decours,

+

Dont leur bon los peut estre estaint.

+

Qui a choisy et pris party,

+

Puisque son cueur y a party,

+

Est ce bien fait de le laisser?

+

Pose qu'on feust trop mieulx party,

+

Si seroit ce mal depparty,

+

Et son honneur trop fort blesser.

+

Qui varie, sans bien remaint;

+

Par fermeté souvent on vaint,

+

Les bons trouvent tousjours secours,

+

Ceulx qui changent, l'ont à rebours;

+

Il est pieca escript et paint.

+

Qui trop, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Il n'est nul si beau passe temps

+

Que de jouer à sa pensée,

+

Mais qu'elle soit bien despensée

+

Par raison, ainsi je l'entens.

+

Elle a fait milz despens contens,

+

Par espoir soit recompensée.

+

Il n'est, etc.

+
+

Elle dit: A ce je m'actens,

+

Veu qu'ay loyaulté pourpensée,

+

Que de mes soussiz dispensée

+

Seray, malgré les malcontens.

+

Il n'est, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Fraigne.)

+
+

Le cueur, dont vous avez la foy,

+

Se recommande à vous, ma Dame,

+

Vous faisant savoir qu'il vous ame,

+

Mais pensez que ce n'est pas poy.

+

Il parle nuyt et jour à moy,

+

En vous louant, belle, plus que ame.

+

Le cueur, etc.

+

Se recommande, etc.

+
+

Il m'a juré, et je le croy,

+

Qu'à son vivant n'ayma tant femme,

+

Et Dieu scet comment il me blasme

+

Que plus souvent je ne vous voy.

+

Le cueur, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Prophetizant de vostre advenement,

+

Voyant venir voz haulx biens clerement,

+

Acompaignez de vostre grant beaulté,

+

A vous amer si fort me suis bouté,

+

Qu'au monde n'ay nul autre pensement.

+

Tres que mon oueil vous vit premierement,

+

Il ordonna mon cueur entierement

+

Pour vous servir en toute feaulté.

+

Prophetizant, etc.

+
+

Lors je jugay, à mon entendement,

+

Que quelquefoiz j'auroye advencement.

+

Vous remonstrant ma tres grant loyaulté,

+

Et que de biens j'auroye à grant planté,

+

Cela je creu des le commencement.

+

Prophetizant, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Fraigne.)

+
+

Mon oueil, je te pry et requier

+

Que tu n'ayes plus en pensée

+

D'aler veoir ma tant desirée.

+

Ou tu me metz en grant dangier:

+

Et si te dy, pour abregier,

+

Que c'est ma mort toute jurée.

+

Mon oueil, etc.

+

Que tu n'ayes, etc.

+
+

Quant tu la verra au moustier,

+

Ou quelque part à la passée,

+

Ne te metz pas en sa visée,

+

Car perilleux est tel archier.

+

Mon oueil, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Pour Dieu, faictes moy quelque bien,

+

Veu que m'a desrobé Vieillesse,

+

Plaisance; car, en ma jeunesse,

+

Savez que vous amoye bien;

+

Pour vous n'ay espargné du mien,

+

Or suis povre, plain de foiblesse.

+

Pour Dieu, etc.

+

Veu que, etc.

+
+

Devoir ferez, comme je tien.

+

Car j'ay despendu à largesse,

+

Pieca, mon tresor de liesse,

+

Et maintenant je n'ay plus rien.

+

Pour Dieu, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

C'est la prison Dedalus,

+

Que de ma merencolie,

+

Quant je la cuide faillie,

+

J'y rentre de plus en plus.

+

Aucunes foiz je conclus

+

D'y bouter Plaisance lie.

+

C'est la prison, etc.

+

Que de ma, etc.

+
+

Oncques ne fut Tantalus

+

En si tres peneuse vie,

+

Ne, quelque chose qu'on die,

+

Chartreux, hermite, ou reclus.

+

C'est la prison, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Anthoine de Cuise.)

+
+

Ha! mort, helas!

+

Veu que je suis de vivre las,

+

Que ne tens tu vers moy tes las,

+

Pour abregier mon infortune,

+

Aussi pour monstrer à Fortune

+

Qui me fortune,

+

La puissance que sur elle as.

+

Fay ton effort, et si t'avance,

+

Mais, pour Dieu, que ce soit avant ce

+

Que je m'occye de mes mains;

+

Monstre ton povoir et savance,

+

Puisque je vueil faire l'avance,

+

Car certes tu ne peutz à mains.

+

Pren tes esbas

+

A faire cesser noz debas,

+

Aussi bien sont ce tes cabas

+

Que de tousjours trouver rancune;

+

Tu es seule, celle et chascune:

+

Sans autre aucune,

+

Par qui tout cesse hault et bas.

+

Ha! mort, helas!

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Anthoine de Cuise.)

+
+

Par bien celer mains tours divers,

+

Monstrant de son vueil le revers,

+

Soubz ung peu de maniere fainte.

+

Avec abstinence contrainte,

+

Sont les secrez d'Amours ouvers.

+

Refus les deffent à travers,

+

Et ne sont à nulz descouvers,

+

Que ce ne soit en tres grant crainte.

+

Par bien celer, etc.

+
+

Honte, les tient clos et couvers,

+

Pour les faulx Dangiers et pervers.

+

Dont elle a eu repcouche mainte;

+

Mais pour venir à nostre actainte,

+

Loyaulté nous baille ces vers.

+

Par bien celer, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Anthoine de Cuise.)

+
+

Ou val obscur, avantureux,

+

Où les loyaulx cueurs doloreux

+

Des amoureux

+

Sont condempnez d'user leurs jours,

+

En piteux plains et grans clamours,

+

Me tient Amours,

+

Comme le chief des langoureux.

+

Et faut qu'avec les maleureux,

+

Par son faux refus rigoureux,

+

Plus que poureux,

+

J'actende la mort à secours.

+

Ou val obscur, etc.

+
+

C'est le hault guerdon dangereux,

+

Ordonné pour moy et pour eulx,

+

Peu savoureux,

+

Sans autre part avoir recours;

+

Et la voyant nostre decours.

+

De criz et plours,

+

Faisons ung tresor plaintureux.

+

Ou val obscur, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

A! que vous m'anuyez, Vieillesse!

+

Que me grevez plus que oncques mes,

+

Me voulez vous à tousjours mes

+

Tenir en courroux et rudesse;

+

Je vous fais loyalle promesse

+

Que ne vous aymeray james.

+

A! que vous, etc.

+

Que me, etc.

+
+

Vous m'avez banny de jeunesse,

+

Rendre me convient desormais,

+

Et faictes vous bien? Nennil, mais,

+

De tous maulx on vous tient maistresse.

+

A! que vous, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Les biens de vous, honneur et pris,

+

M'ont tant espris

+

De vous amer, ma gente Dame,

+

Qu'il n'est pas en puissance d'ame

+

De tourner ailleurs mes espris.

+

C'est à moy trop hault entrepris,

+

Com mal apris,

+

Mais blasmez en, s'il y a blasme,

+

Les biens, etc.

+
+

Donc, puisqu'Amour ainsi m'a pris

+

En son pourpris,

+

Et que tant loyaument vous ame,

+

Amez moy, je prens sus mon ame

+

Que jamais n'en serons repris.

+

Les biens, etc

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

M'amerez vous bien?

+

Dictes par vostre ame,

+

Mais que je vous ame

+

Plus que nulle rien;

+

Le vostre me tien,

+

Sans faire autre Dame.

+

M'amerez, etc.

+

Dictes par, etc.

+
+

Dieu mist tant de bien

+

En vous, que c'est basme;

+

Pour ce, je me clame

+

Vostre, mais combien.

+

M'amerez, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

C'est par vous que tant fort souspire,

+

Tousjours m'empire;

+

A vostre advis, faictes vous bien?

+

Que tant plus je vous vieulx de bien,

+

Et, sus ma foy, vous m'estes pire.

+

Ha! ma Dame, si grief martire,

+

Ame ne tire

+

Que moy, dont ne puis mais en rien.

+

C'est par vous, etc.

+
+

Vostre beaulté vint, de grant tire,

+

A mon oueil dire

+

Que feist mon cueur devenir sien;

+

Il le voulut, s'il meurt? et bien,

+

Je ne lui puis aider, ou nuyre.

+

C'est par vous, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Pour mectre fin à mes douloureux plains,

+

Et aux ennuys dont je me sens si plains,

+

Fort me complains

+

A toute heure, mais remede n'y treuve,

+

Fors qu'il me fault de mort faire l'espreuve,

+

Ou dame neuve,

+

Car la mienne se rit, tant plus me plains;

+

Souvent m'a veu pleurant par brais et plains,

+

A triste cueur, de dueil paliz et tains,

+

Mais pensez vous que de riens et se meuve?

+

Pour mectre fin, etc.

+
+

Nenny, ains dit par sa foy, qu'autres mains

+

Seuffrent des maulx plus que moy, soirs et mains,

+

Et qu'en ay mains

+

Que je ne dy, ainsi mon fait repreuve,

+

Bien lui plairoit qu'elle feust de moy veufve,

+

Son cas le preuve;

+

Ne suis je pas doncques en bonnes mains?

+

Pour mectre, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Temps et temps m'ont emblé jeunesse,

+

Et laissé es mains de Vieillesse,

+

Où vois mon povre pain querant;

+

Aage ne me veult, tant ne quant,

+

Donner l'aumosne de liesse.

+

Puisqu'elle se tient ma maistresse,

+

Demander ne lui puis promesse,

+

Pour ce, n'enquerons plus avant.

+

Temps, etc.

+
+

Je n'ay repast que de foiblesse,

+

Couchant sur paille de destresse,

+

Suis je bien payé maintenant

+

De mes jeunes jours cy devant?

+

Nennil, nul n'est qui le redresse.

+

Temps, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Asourdy de Nonchaloir,

+

Aveuglé de Desplaisance,

+

Pris de goute de Grevance,

+

Ne scay à quoy puis valoir.

+

Voulez vous mon fait savoir?

+

Je suis presque mis en trance.

+

Asourdy, etc.

+

Aveuglé, etc.

+
+

Se le Medicin Espoir,

+

Qui est le meilleur de France,

+

N'y met briefment pourveance,

+

Vieillesse estaint mon povoir.

+

Asourdy, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Dedens la maison de douleur,

+

Où estoit tres piteuse dance,

+

Soussy, Vieillesse et Desplaisance

+

Je vy dancer comme par cueur.

+

Le tabourin nommé Maleur

+

Ne jouoit point par ordonnance.

+

Dedens la, etc.

+

Où estoit, etc.

+
+

Puis chantoient chancons de pleur,

+

Sans musicque, ne accordance;

+

D'ennuy, comme ravy en trance,

+

M'endormy lors, pour le meilleur.

+

Dedens la, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Simonnet Caillau.)

+
+

Dedens la maison de douleur,

+

Où n'a leesse, ne musique,

+

Mon las cueur gist merencolique,

+

Malade ou piteux lit de pleur.

+

Dieu! n'est ce pas grant maleur?

+

Il est pis que paralitique.

+

Dedens la, etc.

+

Où n'a, etc.

+
+

Par racine, feuille, ne fleur,

+

Ne par medicine auctentique,

+

Remedier n'y scet phisique;

+

Confesse soy, c'est le meilleur,

+

Dedens la, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Je vous sans, et congnois venir,

+

Ennuyeuse Merencolie,

+

Mainteffoiz, quant je ne vueil mye,

+

L'uys de mon cueur vous fault ouvrir;

+

Point ne vous envoye querir,

+

Assez hay vostre compaignie.

+

Je vous sans, etc.

+

Ennuyeuse, etc.

+
+

Jeunes pevent paine souffrir,

+

Plus que vieillars; pour ce, vous prie

+

Que n'ayez plus sur nous envie,

+

Ne nous vuelliez plus assaillir.

+

Je vous sans, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Mentez, menteurs à quarterons,

+

Certes point ne vous redoubtons,

+

Ne vous, ne vostre baverye,

+

Loyaulté dit, de sens garnie.

+

Fy de vous et de voz raisons;

+

On ne vous prise deux boutons,

+

Et pour ce, nous vous deboutons.

+

Esloignant nostre compaignie.

+

Mentez, etc.

+
+

Voz parlez, pires que poisons.

+

Boutent par tout feu en maisons;

+

Que voulez vous que l'en vous die?

+

Dieu tout puissant si vous mauldie,

+

Vous donnant de maulx jours foisons.

+

Mentez, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Gilles des Ourmes.)

+
+

Pour bien mentir souvent et plaisamment,

+

Mais qu'il ne tourne à aucun prejudice,

+

Il m'est advis que ce n'est point de vice,

+

Mais est vertu et bon entendement:

+

On en voit maint eslevé haultement,

+

Bien recueilly et requis en service,

+

Pour bien, etc.

+

Mais qu'il, etc.

+
+

Mais controuveurs qui mentent faulcement,

+

Pour diffamer quelcun par leur malice,

+

Soient pugniz par droit, selon justice;

+

Pour ce, chascun s'avise saigement.

+

Pour bien mentir, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Des soucies de la court,

+

J'ay acheté aujourdui,

+

De deulx bien garny j'en suy,

+

Quoique mon argent soit court.

+

A les avoir chascun y court,

+

Mais quant à moy, je m'enfuy.

+

Des soucies, etc.

+

J'ay acheté, etc.

+
+

Je deviens vieil, sourt et lourt,

+

Et quant me treuve en ennuy,

+

Nonchaloir est mon apuy,

+

Qui mainteffoiz me secourt.

+

Des soucies, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Jehan Monseigneur de Lorraine.)

+
+

Je voy mal faire et mal parler,

+

Je voy meschefz renouveller,

+

Je voy loyaulté du tout morte,

+

Je voy trahison aspre et forte,

+

Je voy partout tout mal aler.

+

Je voy hayneurs entre acoler,

+

Verité voy dissimuler,

+

Grans et petiz sont d'une sorte.

+

Je voy mal, etc.

+
+

Je voy vertuz aux piez fouler.

+

Je voy amictié desseler,

+

Raison voy musser à la porte,

+

Par mehain voy justice morte,

+

Quant honneur veult voile caller.

+

Je voy mal, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Jehan Monseigneur de Lorraine.)

+
+

Je prens le temps ainsi qu'il peut venir,

+

Je metz courroux hors de mon souvenir,

+

Je suis content de tout ce que j'oy dire,

+

Je n'ay soucy qui me garde de rire,

+

Je suis d'amours bien aise à tenir.

+

Dorenavant plus ne vueil vivre en dueil,

+

Dorenavant consentir plus ne vueil

+

Qu'ame, fors moy, ait de mon cueur la garde.

+

C'est folie d'asubgetir son vueil,

+

C'est simplesse que pour ung regart d'ueil,

+

Sans coup ferir, te blesser par mesgarde.

+

N'ay je pas droit de joyeulx devenir?

+

N'ay je cause de mon ennuy bannir?

+

N'ai je raison de rigueur desconfire?

+

Ne doy je pas paix et repos eslire?

+

Je dye oy, et pour ce maintenir,

+

Je prens le temps, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Je n'ay deffaulte que de veue,

+

Et ne congnois riens qu'à demy,

+

En nonchaloir j'ay tant dormy

+

Qu'ay mainte chose descongneue.

+

Vieillesse tient mon cueur en mue,

+

Accompaignée de soucy.

+

Je n'ay, etc.

+

Et ne, etc.

+
+

Plus ne suis de la retenue

+

De jeunesse qui m'a banny;

+

Mais, au fort, puisqu'il est ainsi,

+

Souffrir fault fortune advenue.

+

Je n'ay, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Tais toy, cueur, pourquoy parles tu?

+

C'est folie de trop parler

+

De ce que ne puis amender,

+

Ton jangler ne vault ung festu;

+

Tu pers temps, d'espoir devestu.

+

Pense de toy reconforter.

+

Tais toy, etc.

+

C'est folie, etc.

+
+

J'ay desja plusieurs ans vescu,

+

Et tant congnois qu'au par aler

+

Il faut bien, ou mal endurer,

+

Riens ne gaigner d'estre testu.

+

Tais toy, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Qu'a mon cueur, qui s'est esveillé,

+

A faire chancon, ou balade?

+

Dieu mercy, il n'est plus malade,

+

Tant a par eaue travaillé;

+

D'Orleans s'est appareillé

+

Aler à Blois mangier salade.

+

Qu'a mon, etc.

+

A faire, etc.

+
+

Son harnois fourbira rouillé,

+

Quelque foiz aussi sa salade;

+

Mais qu'il ait joyeuse ambaxade,

+

Tout se trouvera retaillé.

+

Qu'a mon, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Tout plain ung sac de joyeuse promesse,

+

Soubz clef fermé, en ung coffin d'oublie,

+

Qui me poursuit, certes c'est grant folie,

+

Tant qu'on en ayt par raison, à largesse;

+

Craindre ne fault Fortune la diverse,

+

Qui Passe temps avecques elle alie.

+

Tout plain, etc.

+

Soubz clef, etc.

+
+

Conseil requier à gens plains de sagesse,

+

Qui mieulx saura, si leur plaist, com le die;

+

Car Bon espoir, quoy qu'on le contrarie,

+

A droit vendra et trouvera richesse.

+

Tout plain, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Benoist d'Amien.)

+
+

Nagent en angoisse parfonde,

+

Où joye, ne plaisir n'abite,

+

Mon dolent cueur en nef mauldite,

+

D'Ercules a passé la bonde;

+

D'y avoir bien nul ne s'y fonde,

+

La voye si est interdite.

+

Nagent, etc.

+

Où joye, etc.

+
+

L'aider, nul ne peut en ce monde,

+

Fors Thetis qui Deesse est dicte

+

De la mer, car, sans contredite,

+

En elle tout povoir habonde.

+

Nagent, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Benoist d'Amien.)

+
+

Tant plus regarde, moins y voy;

+

Et plus y voy, moins y congnois;

+

Le monde va de deux en trois,

+

Sans savoir comment, ne pourquoy.

+

Faulceté regne, et tient sa loy

+

En trestous les lieux où je vois.

+

Tant plus, etc.

+

Et plus, etc.

+
+

Loyaulté si est en recoy,

+

Deboutée on l'a tant de foiz,

+

Que passez sont mains jours et mois,

+

Qu'on ne la vit, comme je croy.

+

Tant plus, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Dieu les en puisse guerdonner,

+

Tous ceulx qui ainsi tormenter

+

Font, de vent, de neige et de pluye,

+

Et nous et nostre compaignie;

+

Dont peu nous en devons louer.

+

Mais il fauldra qu'au par aller,

+

Comment qu'il en doye tarder,

+

Que nous, ou eulx, en pleure, ou rie.

+

Dieu les, etc.

+
+

Or ca, il fault parachever.

+

Et puisqu'il est trait, avaler;

+

On congnoistra qu'est de clergie,

+

D'Orleans trait de Lombardie,

+

Tous bien faiz convendra trouver.

+

Dieu les, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Prenons congié du plaisir de noz yeulx,

+

Puisqu'à present ne povons mieulx avoir.

+

De revenir faisons nostre devoir,

+

Quant Dieu plaira, et sera pour le mieulx.

+

Il faut changier aucunefoiz les lieux,

+

Et essayer, pour plus, ou moins savoir.

+

Prenons congié, etc.

+

Puisqu'à, etc.

+
+

Ainsi parlent les jeunes et les vieulx;

+

Pour ce, chascun en face son povoir,

+

Nul ne mecte sa seurté en espoir,

+

Car aujourduy courent les eurs tieulx queulx.

+

Prenons, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

M'appelez vous cela jeu?

+

En froit d'aler par pays;

+

Or pleust à Dieu qu'à Paris

+

Nous feussions empres le feu.

+

Nostre prouffit veulent peu,

+

Qui en ce point nous ont mis.

+

M'appelez, etc.

+

En froit, etc.

+
+

Deslyer nous faut ce neu,

+

Et desployer faiz et dis.

+

Tant qu'aviengne mieulx, ou pis.

+

Passer convient par ce treu.

+

M'appelez, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

De Vieillesse porte livrée

+

Qu'elle m'a puis ung temps donnée,

+

Quoy que soit contre mon desir,

+

Mais maugré myen le fault souffrir,

+

Quant par Nature est ordonnée.

+

Elle est d'ennuy si fort bordée,

+

Dieu scet que l'ay chiere achaptée,

+

Sans gueres d'argent de plaisir.

+

De Vieillesse, etc.

+
+

Par moy puist estre bien usée,

+

En eur et bonne destinée,

+

Et à mon souhait parvenir,

+

Tant que vivre puisse et mourir

+

Selon l'escript de ma pensée.

+

De Vieillesse, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Saluez moy toute la compaignie

+

Où à present estes à chiere lie,

+

Et leur dictes que voulentiers seroye

+

Avecques eulx, mais estre n'y porroye,

+

Pour Vieillesse qui m'a en sa baillie.

+

Au temps passé, Jeunesse si jolie

+

Me gouvernoit; las! or n'y suis je mye,

+

Et pour cela, pour Dieu, que excusé soye.

+

Saluez moy, etc.

+
+

Amoureux fus, or ne le suis je mye,

+

Et en Paris menoye bonne vie;

+

Adieu bon temps, ravoir ne vous saroye,

+

Bien sanglé fus d'une estroite courroye,

+

Que, par aige, convient que la deslie.

+

Saluez moy, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Et eussiez vous, Dangier, cent yeulx

+

Assis, et derriere, et devant,

+

Ja n'yrez si pres regardant,

+

Que vostre propos en soit mieulx;

+

Estre ne povez en tous lieux,

+

Vous prenez peine pour neant.

+

Et eussiez, etc.

+

Assis, etc.

+
+

Les faiz des amoureux sont tieux,

+

Tousjours vont en assoubtivant,

+

Jamais ne saurez faire tant

+

Qu'ilz ne vous trompent, se m'aist Dieux.

+

Et eussiez, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Patron vous fais de ma galée

+

Toute chargée de pensée,

+

Confort, en qui j'ay ma fiance,

+

Droit ou pais de Desirance,

+

Briefment puissiez faire arrivée;

+

Affin que, par vous, soit gardée

+

De la tempeste fortunée

+

Qui vient du vent de Desplaisance.

+

Patron, etc.

+
+

Au port de Bonne destinée

+

Deschargez tost, sans demourée,

+

La marchandise d'Esperance;

+

Et m'aportez quelque finance,

+

Pour paier ma joye empruntée.

+

Patron, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Apres l'escarde route,

+

Mectons à saquement

+

Annuyeulx pensement,

+

Et sa brigade toute;

+

Il crye: Volte route,

+

Ralions nostre gent.

+

Apres, etc.

+

Mectons, etc.

+
+

Se Loyaulté s'y boute,

+

Par advis saigement

+

Dye gaillardement:

+

Daly brusque sans doubte.

+

Apres, etc.

+
+

RONDEL.

+
+

Les fourriers d'Esté sont venus

+

Pour appareillier son logis,

+

Et ont fait tendre ses tappis,

+

De fleurs et verdure tissus:

+

En estendant tappis velus

+

De vert herbe par le pais.

+

Les fourriers, etc.

+

Pour, etc.

+
+

Cueurs d'ennuy pieca morfondus,

+

Dieu mercy, sont sains et jolis;

+

Alez vous en, prenez pais,

+

Yver, vous ne demourerez plus.

+

Les fourriers, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Ce mois de May, ne joyeulx, ne dolent

+

Estre ne puis; au fort, vaille que vaille,

+

C'est le meilleur que de riens ne me chaille,

+

Soit bien ou mal, tenir m'en fault content:

+

Je laisse tout courir à val le vent,

+

Sans regarder lequel bout devant aille.

+

Ce mois, etc.

+

Estre ne, etc.

+
+

Qui Soussy suit, au derrain s'en repent;

+

C'est ung mestier qui ne vault une maille,

+

Avantureux comme le jeu de faille,

+

Que vous semble de mon gouvernerment?

+

Ce mois, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Le temps a laissié son manteau

+

De vent, de froidure et de pluye,

+

Et s'est vestu de brouderie

+

De souleil luisant, cler et beau.

+

Il n'y a beste, ne oyseau,

+

Qu'en son jargon ne chante, ou crie:

+

Le temps, etc.

+

De vent, etc.

+
+

Riviere, fontaine et ruisseau,

+

Portent, en livrée jolie,

+

Goutes d'argent d'orfaverie,

+

Chascun s'abille de nouveau.

+

Le temps, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Mais que mon propos ne m'empire,

+

Il ne me chault des faiz d'Amours,

+

Voisent à droit, ou à rebours,

+

Certes je ne m'en fais que rire.

+

En ne peut de riens m'escondire,

+

Aide ne requiers, ne secours.

+

Mais que, etc.

+

Il ne me, etc.

+
+

Quant j'oy ung amant qui souspire,

+

A, ha! dis je, vela des tours

+

Dont usay en mes jeunes jours.

+

Plus n'en vueil, bien me doit souffire.

+

Mais que, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Robertet.)

+
+

Ung droit Cesar en liberalité,

+

Ung grant Chaton en pure integrité,

+

Ung Fabius en foy non defaillable,

+

Vous tient chascun vray, constant et estable,

+

Duc D'ORLIENS, prince tres redoubté.

+

En si hault sang, parfonde humilité,

+

Clemence grant et magnanimité,

+

Cela avez; mais vous passez, sans fable,

+

Ung droit Cesar, etc.

+
+

En vostre bouche tousjours a verité,

+

En cueur, amour et ardent charité,

+

En loyaulté non jamais variable;

+

Qu'affiert il plus à Prince si notable?

+

Puisqu'on vous tient, parlant en equité,

+

Ung droit Cesar, etc.

+
+

Ung robertet indigne à porter plume,

+

Pour atouchier apres voz haulx escriptz,

+

Ces petiz vers icy vous a escriptz,

+

De rude mains, plus pezant qu'un enclume.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Cadier.)

+
+

Vous l'ung des plus nobles du monde,

+

Prince, tres redoubté Seigneur,

+

A Blois m'avez acreu d'onneur,

+

Dont joye en moy trop surhabonde.

+

Par vostre humilité parfonde,

+

Dieu vous en soit retributeur.

+

Vous l'ung, etc.

+

Prince, etc.

+
+

J'ay peu science, moins faconde,

+

Et encore prudence mineur,

+

Et vous me clamez serviteur

+

Digne pour estre en table ronde.

+

Vous l'ung, etc.

+
+

Cadier, qui endormy estoit,

+

Avez tout esveillé en joye,

+

Il prie Dieu qu'il vous octroie

+

Autant de bien qu'il vous vouldroit.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Bourbon.)

+
+

Gardez vous bien du cayement,

+

Ung chascun tendez y l'oreille,

+

Pour vous decevoir tousjours veille,

+

Escoutez s'il dit vray, ou mant.

+

Il vous trompera meschamment,

+

Pour ce que sans cesser traveille.

+

Gardez, etc.

+

Ung chascun, etc.

+
+

Dieu met en mal an le flament,

+

Vous direz qu'il dort et sommeille

+

Quant il va; mais il se reveille

+

En temps et lieu, incessamment

+

Gardez vous bien, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Des droiz de la porte Baudet,

+

Pour toute recompense et paine,

+

Tout au beau long de la sepmaine,

+

Suis servy comme ung grant cadet;

+

Si doulx ne sont que muscadet,

+

Rien n'en vault le fruit, ne la graine.

+

Des droiz, etc.

+

Pour toute, etc.

+
+

C'est bien joué du soubz coudet,

+

Puisqu'il le fault, ribon ribayne,

+

Endurer, comme à la quintayne,

+

On en deust servir Mistodet.

+

Des droiz, etc

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Gardez vous bien de ce fauveau,

+

C'est une dangereuse beste,

+

Arsoir, me donna par la teste,

+

Tant qu'il me rompit le cerveau.

+

Il est ferré tout de nouveau,

+

Et rue comme la tempeste.

+

Gardez vous bien, etc.

+

C'est une, etc.

+
+

Et combien qu'il soit bon et beau,

+

Doulx au brider, et faisant feste

+

A ung chascun, vous amonneste

+

Que vous ne le peignez sans eau.

+

Gardez vous bien, etc.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

En ceste nouvelle saison

+

Qui remplist jeunes cueurs de joye,

+

Et qu'Amours sault de sa maison

+

Pour conquester aucune proye;

+

Nulle riens n'ay qui me guerroye,

+

Se non Jeunesse qui me prie

+

D'estre amoureux plus conques mais,

+

Mais ainsi ne feray je mye,

+

Il me vault mieulx tenir en paix.

+
+

Je ne congnois point d'achoison

+

Pourquoy son conseil croire doye,

+

En elle n'a riens de raison;

+

Pour trop fol doncques me tendroye,

+

S'apres elle me gouvernoye;

+

Quel besoing est que je me lie?

+

Quant je suis franc en tous mes fais;

+

Pardieu, ce seroit grant folie.

+

Il me vault mieulx tenir en paix.

+
+

Je suis de ceste entencion,

+

Et seray quelque part que soye;

+

Mais Pieu me gart de la prison

+

Qu'Amours souventeffoyz m'envoye,

+

Par mes yeulx qui trop vont en voye,

+

Combien que souvent je leur die

+

Qu'ilz font mal, dont je leur desplais;

+

Pour ce, pour avoir d'eulx maistrie,

+

Il me vault mieulx tenir en paix.

+
+

L'ENVOY.

+
+

J'ay essayé toute ma vie

+

Qu'est de porter amoureux faiz,

+

Pourquoy congnois, sans moquerie,

+

Il me vault mieulx tenir en paix.

+
+
+
+

RONDEAU.

+
+

J'ay tant en moy de desplaisir,

+

Puisqu'il me convient departir,

+

Helas! de vous, et loing aller:

+

Et si ne puis à vous parler,

+

Dont j'auray maint mal à souffrir;

+

N'est riens qui puist esjoir,

+

Si n'est le tres doulx souvenir

+

Que j'ay par vous bien fort amer.

+

J'ay tant, etc.

+
+

Adieu ma joye, mon plaisir,

+

Adieu mon loyal souvenir,

+

Adieu belle Dame sans per;

+

Adieu dire m'est coup mortel,

+

Car je m'en vois sans vous veoir.

+

J'ay tant, etc.

+
+

RESPONCE.

+
+

Mon amy, Dieu te convoye,

+

Et brief te remaint à joye,

+

A ton honneur et plaisir,

+

Tout ainsi que je desire,

+

Mieulx que dire ne sauroye.

+

Si par souhait je povoye,

+

Plus souvent te reverroye

+

Mais, car ne te puis veoir.

+

Mon amy, etc.

+
+

Ceste chancon je t'envoye,

+

De m'amour par grant montjoye,

+

Si t'en vueilles esjoir;

+

Car te jure, sans mentir,

+

Que t'ayme loing que je soye.

+

Mon amy, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Faire ne puis joyeulx semblant,

+

Reconfort n'ay, qui soit plaisant

+

A moy qui suis sans mon amy;

+

Il a long temps que ne vous vy,

+

Ne le verray, je ne scay quant?

+

Faire ne puis, etc.

+
+

Guerir ne puis du mal qu'ay tant,

+

Helas! emy! jusques à tant

+

Retournera celluy pourquoy.

+

Faire ne puis, etc.

+
+

Mon cueur si est si desplaisant,

+

Aussi bien doit estre dolent,

+

Il m'ayme tant! si foys je lui;

+

Ne le mectray point en oubli,

+

Et l'ameray en l'actendant.

+

Faire ne puis, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Faictes pour moy com j'ay pour vous,

+

Retenez moy, par dessus tous,

+

Amy tout seul, tres belle Dame,

+

Je vous jure sur Dieu, sur m'ame,

+

Ne vueil servir autre que vous.

+

Faictes pour moy, etc.

+
+

Guerrissez moy du mal d'Amours,

+

Et me donnez du bien de vous;

+

Reconfort tel plus ne m'en chaille,

+

Mon bien, m'amour, mon fin cueur doulx,

+

A vous me rens, à vous suis tous.

+

Faictes pour moy, etc.

+
+

Je vous ayme plus que autre femme,

+

N'autre que vous n'aura la garde,

+

Helas! de moy qui suy à vous.

+

Faictes pour moy, etc.

+
+
+

LE LAY PITEUX.

+
+

Bonne saison, bon temps avoye,

+

Helas! amy, quant vous veoye,

+

Reconfort bon en vous prenoye;

+

Tant de plaisir et d'autre bien

+

Rejoissoit ma seule joye,

+

A vo vouloir me soubzmectoye,

+

Nul autre bien ne demandoye,

+

Dessoubz les cieulx pour estre mien,

+
+

Que vostre amour qui tant amoye,

+

En vous servant me delictoye,

+

Et pourquoy moult seur estoye

+

Que vous m'amiez tres loyaument;

+

Et quant jadiz vous requeroye

+

Que vo servant estre vouloye,

+

Mon seul vouloir vous appelloye,

+

Et mon vaillant entierement.

+
+

Vous me dictes si doulcement,

+

En moy baisant et accollant,

+

Amy, amons nous chierement,

+

Baille ton cueur, et prens le mien;

+

Et je changay joyeusement,

+

Et vous aussi si liement,

+

Et feismes loyal serment

+

Qu'avons tenu, je le scay bien.

+
+

Et est vray qu'oncques crestien

+

En amours n'eust autant de bien,

+

Gardant vostre honneur et le mien,

+

Que j'ay eu, et sans avoir blasme,

+

Vo doulx acueil, vo doulx maintien.

+

Vostre plaisir, que fust le mien,

+

Car sans cellui, ne m'estoit rien,

+

Je le jure sur Dieu, sur m'ame.

+
+

Si vous baillay le mien en garde,

+

Belle Dame,

+

Prenant charge

+

De vous loyaument servir,

+

Sans reprouche, ne diffame,

+

Sur mon arme,

+

Sans jamais de vous partir.

+
+

Helas! quant d'elle partoye,

+

Je pensoye

+

Quant pourroye

+

Bientost vers elle venir,

+

Nuit et jour je la sonjoye,

+

La veoye parler, aler et venir;

+

Tant espris d'elle estoye,

+

Qu'en veillant je l'appelloye,

+

Puis que bien loing en estoye,

+

A soy cuidoye parler;

+

Mais puis bien apres veoye

+

Que resvoye,

+

Me prenoye à plourer.

+
+

Cest dueil m'estoit à porter,

+

Et bien aise endurer,

+

Car bientost, du retourner

+

Me prenoit tres grant talent;

+

En elle si fort penser,

+

Ma joye renouveller

+

Me faisoit incontinent.

+
+

Et quant venir n'y povoye,

+

Entre deux lui rescripvoye,

+

Son nom et le mien mectoye

+

Escript bien estrangement;

+

Et puis quant je la veoye,

+

Dieu scet quel chiere j'avoye

+

Recueilly joyeusement.

+
+

Puis nous faillu esloingner

+

L'un de l'autre, guermenter,

+

Car dangier,

+

Plusieurs autres mesdisans

+

Nous firent tant endurer,

+

Et plourer,

+

Tourmenter,

+

Oncques puis n'eusmes bon temps

+

Et puis entre autre gent

+

Failloit, en nous esloingnant,

+

A plusieurs autres parler,

+

Avoir autre pensement,

+

Muer la couleur souvent,

+

Sans l'un l'autre regarder.

+
+

Helas! elle s'esbatoit,

+

Et bonne chiere faisoit

+

A tous autres, fors qu'à moy,

+

Dont mon cueur fort souspiroit,

+

Quant elle me regardoit,

+

Je vous jure par ma foy.

+
+

Dont sourdit grant jalousie,

+

Car elle ne creoit mye

+

Que n'eusse fait autre amye;

+

Ainsi me sembloit il d'elle,

+

Que s'amour me fust faillie,

+

Departie,

+

Et guerpie,

+

M'eust laissié la bonne belle.

+
+

Dont ensiues grant querelle;

+

Moy et elle,

+

Advint qu'en une chappelle

+

Nous nous trouvasmes tous deux,

+

Et je lui dis: Bonne et belle,

+

Ne me soiez si cruelle,

+

Puisque nous sommes tous seulz.

+

Dictes moy vostre vouloir,

+

Ne me vueillez decevoir,

+

Ne mectre à nonchaloir;

+

Car, vers vous, n'ay rien forfait.

+
+

Mon amy, vueillez savoir,

+

Vous me feistes trop douloir,

+

Ne savez vous comment il m'est?

+

Vous m'avez abandonnée

+

Et laissiée,

+

Desolée,

+

Esloingnée;

+

A qui oseray je dire

+

Ma tres dolente pensée

+

Qui grevée

+

M'a, et trestant mal menée

+

Que je vis en grant martire.

+
+

N'est riens qui me puist souffire,

+

Tant ay d'ire;

+

Quant les autres vous voy rire,

+

Et grant joye demener,

+

Je ne vueil avoir nul mire

+

Qui me mire,

+

J'ayme mieux mes jours finer.

+
+

Et lors nous nous advisames,

+

Et l'un l'autre pardonnasmes,

+

Car pour obvier mains blasmes,

+

Il nous faillut eslongner;

+

Noz amours renouvellasmes,

+

Et de nouvel, nous jurasmes

+

De nous loyaument amer.

+
+

Cecy nous dura long temps,

+

On dit qu'au bout de sept ans,

+

Revient voulentiers mal ans

+

Ainsi m'est il advenu,

+

Dont je vis piteusement,

+

En tourment,

+

Las! je suis pis que perdu.

+

Helas! tres cruelle mort,

+

Tu me fais crier à tort

+

A la mort,

+

Que ma mort

+

Bonnement ne l'ose dire

+

Mon confort,

+

Ma joye et mon deport.

+
+

Or me fault passer du port

+

Du royaulme en l'empire

+

De tout plaisir, en tristesse,

+

Mectre mon cueur en destresse

+

Qui me blesse,

+

Et ne cesse

+

De destruire ma jeunesse,

+

Puis que m'as mort ma maistresse.

+
+

Dont liesse

+

Si me blesse,

+

Helas! qu'esse

+

Qui me presse

+

De dire las! que feray?

+

Que diray? où iray?

+
+

Si mourray,

+

Ou si de dueil creveray,

+

Car je n'ay que esmay

+

Helas! et où me mectray

+

Jusques mes jours fineray!

+

En lieu ne reposeray

+

Jusque là où la verray.

+
+

Car pour ce que tant l'aymay,

+

Tous les jours souhaiteray

+

La mort qui desja m'aprouche,

+

Entre deux je ne vouldroye

+

Estre en lieu où eust joye,

+

Com souloye,

+

Car ma douleur doubleroit.

+
+

Veoir ce qu'avoir souloye,

+

Helas! car mieulx ameroye

+

M'enfouir où que que soit,

+

Disant adieu tres douloureux,

+

Adieu, adieu tous amoureux,

+

Adieu le plaisir de mes yeulx,

+

Adieu, sans plus estre joyeulx.

+
+

Adieu le bien de tous les lieux,

+

Adieu le mien dessoubz les cieux,

+

Adieu regard tres gracieux,

+

J'en preing congié de cueur piteux;

+

Si fineray ma complainte,

+

Ma joye sera actainte,

+

Et de douleur auray mainte.

+
+

Grant actainte

+

Dont il me convient languir,

+

Et sevir,

+

Car j'ay aymé, et sans fainte,

+

Celle qu'avoye tant crainte,

+

Que pour elle vueil mourir.

+
+

Sa tres bonne renommée,

+

Sa grace de tous louée,

+

Et de beauté aournée,

+

Tant amée et prisée,

+

Desirée

+

De tres toute autre gent,

+

La fait estre regrectée,

+

Dont ay la mort demandée,

+

Toute joye oubliée,

+

A Dieu son ame command.

+
+

Et saichiez certainemment

+

Trestous li leal amant,

+

J'en dis tant,

+

Sans nulle dame blasmer,

+

Que c'estoit la plus plaisant

+

Des belles, et avenant,

+

Com peut des yeulz regarder.

+

C'est le reconfortement

+

Que j'ay en mes jours finant,

+

En priant humblement

+

A Dieu, tres devotement,

+

Qu'en son Paradis briefment

+

Son ame puisse trouver.

+
+

Sans vous veoir,

+

Pres du manoir,

+

Amy de vous,

+

Fine mes jours

+

Cest derrain soir,

+

Veuillez savoir

+

Qu'à nonchaloir

+

Mis par vous tous.

+

Sans vous, etc.

+
+

Mourant espoir

+

Ferez devoir,

+

Souviengne vous

+

Que laissay tous,

+

Par vous vouloir.

+

Sans vous, etc

+
+

Faulce mort,

+

A grant tort,

+

M'as grevée,

+

Et ostée

+

Mon deport;

+

Mon cueur mort,

+

Car trop fort

+

L'as serré.

+

Faulce, etc.

+
+

Pres du bort

+

Du mal port

+

M'as laissiée

+

Desolée,

+

Sans confort.

+

Faulce, etc.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Bien puis dire souvent: helas!

+

Comment m'est il mesavenu!

+

La mort que moqué ne m'a pas,

+

La belle bonne m'a tollu,

+

Et m'a laissié despourveu

+

De tous les biens qu'avoir souloye,

+

Tout plain d'ennuy, sans point de joye,

+

Sy pry à Dieu qu'en son manoir,

+

L'ame de soy tout droyt envoye,

+

Où la puisse briefment veoir.

+
+

Helas! amy, d'un de ses dars

+

Soudainement Mort m'as feru;

+

De mon meschief, je n'ose pas

+

Faire semblant, qu'ay receu.

+

Or, ay je bien trestout perdu,

+

Car seulement quant je pensoye

+

De la veoir, m'esjoissoye,

+

Ou pres, ou loing, et main, et soir;

+

Or à présent, estre vouldroye

+

Où la puisse briefment veoir.

+
+

He! Dieu d'amour trop pugny m'as,

+

Sans toy me faire deceu,

+

Quant me souvient qu'entre ses bras

+

Amy tout seul m'ot retenu,

+

Mon cueur et moy si bien pourveu;

+

Estre tout sien lui promectoye

+

Tres loyaument, et lui disoye:

+

Vueillez vostre amy recevoir;

+

Or à present, estre vouldroye

+

Où la puisse briefment veoir.

+
+

EXPLICIT LE LAY PITEUX.

+
+ +


+

GLOSSAIRE-INDEX

+
+ +

A

+ +

ABRIÉ, abrité, caché.
+ACHOISON, cause, motif.
+ACTARGIER, retarder, attendre.
+AD, à.
+ADOULÉ, triste, chagrin.
+AINCOIS, auparavant, cependant.
+ALQUEMIE, alchimie.
+ANGOULESME (madame d'). Marguerite de Rohan, femme de Jean, comte d'Angoulême, frère de Charles d'Orléans.
+ANOY, ANUY, ennui.
+ANUYT, aujourd'hui.
+ARQUEMIE, alchimie.
+ARRAY, équipage, arrangement.
+ABSOIR, hier au soir.
+ASSENER, assigner, établir. A ma mal assenée (page 360, vers 21); c'est-à-dire, à ma mal partagée.
+ASSENTIR, consentir, acquiescer.
+ASSERER, maîtriser, prendre.
+ASSOMER, compter, nombrer.
+ASSOUBTIVER, ruser, feindre.
+ATIRER. Au vers 2 de la page 273. L'auteur veut dire que Confort n'a donné à son coeur ni soin, ni conseil; atirer signifie ici préparer, régler, disposer, et est employé comme substantif.
+ATOUT, avec.
+ATREMPÉ, modéré.
+AUMAIRE, armoire.
+AVOYÉ, celui qui est dans le chemin.

+ + +

B

+ +

BAFFE, soufflet, coup.
+BAGUES, bagages, bardes.
+BALLAIS (rubis), sorte de rubis couleur de vin paillet.
+BAILLIE, garde, juridiction.
+BAUDET. La porte Baudet ou Baudoyer, bâtie sous Philippe-Auguste, donnait dans la rue Saint-Antoine.
+BAUDEMENT, joyeusement.
+BEAUJEU (Monseigneur de). Pierre II, duc de Bourbon.
+BEAUSSERONS, habitants de la Beauce.
+BETOURNER, détourner.
+BRAHAING, stérile.
+BRAI, cri, pleurs.

+ + +

C

+ +

CABAS, tromperie, subtilité.
+CABUSEUR, trompeur.
+CAMELINE, espèce de sauce.
+CATOILLER, chatouiller.
+CAYEMENT, vagabond, mendiant.
+CHALENGER, réclamer.
+CHANU, blanchi.
+CHASTOY, châtiment, punition.
+CHATON, Caton.
+CHEVANCE, richesse, héritage.
+CHEVIR, venir à bout.
+CIL, celui.
+COFFIN, corbeille, coffre.
+CONNIN, lapin.
+CONSEULX, projets, desseins.
+CONVOYER, accompagner.
+COURCER ou COURCIER, courroucer.
+COUSTÉ, côté.
+CREMIR, craindre, trembler.
+CRESEIDE (page 69), probablement Cresside.
+CUEUVRECHIEF, coiffure, voile.

+ + +

D

+ +

DECEPTE, tromperie, feinte.
+DEDALUS. Au vers 22 de la page 407, le mot Dedalus est pris adjectivement; l'auteur compare sa mélancolie au labyrinthe construit dans l'île de Crète par Dédale.
+DELITER, réjouir. Page 385, vers 19; Reffus a (et non pas à) mon cueur délité, c'est-à-dire: Refus a réjoui mon coeur.
+DEMENTER (se), se plaindre.
+DEPORT ou DEPPORT, plaisir, joie.
+DERRAIN, dernier.
+DERRAINEMENT, dernièrement.
+DESERTE, mérite.
+DESIRIERS, désirs.
+DESPENDRE, dépenser.
+DESSELER, renverser de cheval.
+DESSERVIR, mériter.
+DESTOURBER, empêcher, troubler, détourner.
+DESTAINDRE, éteindre.
+DOINT, donne.
+DOUBTER, craindre.
+DOULCINÉS, douillets, délicats.
+DOULOIR, (se) se plaindre, s'affliger.
+DOVRE, Douvres, en Angleterre.
+DUIRE ou DUYRE, conduire.

+ + +

E

+ +

ELLE pour aile. Voy. p. 256, 272, 314.
+EMBATTRE (s'), s'attacher, se joindre.
+EMBLER, enlever.
+EMY, hélas.
+EMPIECE, bientôt.
+EMPRES, proche, auprès.
+EMPRISE, entreprise.
+EMCOMBRIER, malheur, embarras.
+ENFANCHONNES, petits enfants.
+ENS, dedans.
+ENSIVES, de ensievir, suivre, sortir.
+ESBANOY, joyeux, réjoui.
+ESCANDRE, scandale, dispute.
+ESCARDE, lisez escadre troupe, compagnie.
+ESCHARSEMENT, mesquinement, avec avarice.
+ESCHEVER, éviter.
+ESCHOITE, succession, héritage.
+ESCREMIE ou ESCREMYE, escrime. Jouer de l'escremye; voyez Escremyr.
+ESCREMYR (s'), s'escarmoucher, lutter.
+ESFROYÉ, effroyable.
+ESGRUN, herbe amère.
+ESMAY, étonnement, embarras.
+ESMAYER. Au vers 27 de la page 197, esmayer signifie à proprement parler: Planter le mai. +Le poëte prie, la dame de ses pensées de l'esmayer, c'est-à-dire de lui envoyer, à l'occasion du mois de mai, un reconfort bien garny de liesse.
+ESSORER (s'), s'élever, prendre son essor.
+ESTAMPES Jean de Bourgogne, duc de Brabant et comte d'Etampes.
+ESTEUF, balle pour jouer à la paume.
+ESTOUPPER, boucher, fermer.
+ESTRIF, querelle, dispute.
+ESTRIVANCE, malaise, inquiétude.

+ + +

F

+ +

FAÉ, FAIÉ, fait, fabriqué, conclu.
+FAITIS, beau, agréable.
+FEL, méchant, cruel.
+FELLEMENT, méchamment, cruellement.
+FERMER, affermir, déterminer.
+FEURRE, chaume. Ou feurre de prison (page 145), sur la paille de la prison.
+FOLEUR, FOLLEUR, ardeur folie, extravagance.
+FOURCELLE, poitrine.

+ + +

G

+ +

GAIGE. Que gaige je vous appelle (p. 54, vers 20); c'est-à-dire que je vous provoque au combat.
+GALÉE, vaisseau, navire.
+GALER, se réjouir, se régaler.
+GARMENTER (se), gémir, se plaindre.
+GAST, ruine, dégât.
+GESIR, dormir, se coucher.
+GLAY, ramage, gazouillement des oiseaux.
+GREIGNEUR, plus grand.
+GREVANCE, chagrin, injure, affliction.
+GUERDON, GUERDONNEMENT; récompense.
+GUERDONNER, récompenser.
+GUERMENTER, gémir, pleurer.

+ + +

H

+ +

HANCHE (p. 174, vers 18). On appelait le croc en jambe le tour de haute hanche.
+HANIR, hennir.
+HARER, exciter, pousser.
+HARONDE, hirondelle.
+HASTIS, vif, emporté.
+HAYNEUR, celui qui hait.
+HERAULT, voyez Poursuivant.
+HOURDER, enduir, couvrir.
+HUCQUE, sorte de capuchon.
+HUTIN, querelle, tapage.

+ + +

J

+ +

JAME, pierre précieuse, bijoux.
+JANGLER, bavarder.
+JANGLERIE, bavardage, vanterie.
+JANGLEUR, bavard.

+ + +

K

+ +

KARESME PRENANT. On désignait ainsi les trois jours qui précèdent le mercredi des Cendres.

+ + +

L

+ +

LAIZ, laïques.
+LAME, tombeau.
+LANGAGIER, parler.
+LESIR, loisir.
+LEZ, auprès de.
+LIE, joyeux.
+LIEMENT, joyeusement.
+LIPPE, lèvre. Faire la lippe, c'est-à-dire faire la moue.
+LOS ou LOZ, louange, réputation, faveur.
+LOSENGIER, trompeur, incertain.
+LYE, LYEMENT, voy. Lie, Liement.

+ + +

M

+ +

MAIN, pour matin.
+MAIN MISE. Ancien terme de jurisprudence, action de saisir, de prendre.
+MAINS, pour moins. Au vers 9 de la page 216. Mains signifie (je) demeure, du latin manere.
+MAINSSÉ, découpé.
+MAINTENEMENT, maintien.
+MAISTRIE, puissance, autorité.
+MAL, méchant, nuisible.
+MALLEMENT, méchamment.
+MALEURÉ, infortuné, malheureux.
+MANOIR, demeurer.
+MARMlTEUX, triste, dolent.
+MARTIN. (malade du mal saint). Page 157, vers 12. C'est-à-dire porté à l'ivrognerie.
+MEHAIN, tort, méchanceté
+MEINS, pour moins.
+MERCHER, marquer, désigner.
+MESCHIEF, malheur, accident.
+MESGNIE, famille.
+MESPRISON, injustice, outrage.
+MESTRIER, dominer.
+MIE, nullement.
+MIRE, médecin, chirurgien.
+MIRLIFIQUES, petits bijoux, menues curiosités.
+MONTRE. Pag. 108, vers 11. Croizé aux montres de liesse; c'est-à-dire mis au +rebut, condamné à être privé de toute joie.
+MONTJOYE (grand), abondamment.
+MOSNIER, meunier.
+MUSSER, cacher.

+ +

N

+ +

NEIZ, même, si ce n'est, non plus.
+NES, pas.
+NICE, NYSSE, niais, innocent.
+NICEMENT, niaisement.
+NOUER, nager, naviguer.
+NOURRIS, adeptes, nourrissons.
+NYSSE, voy. Nice.

+ +

O

+ +

OCTRIE pour octroye.
+ORINE, urine.
+ORT, sale, impur.
+OUVRIER, travailler.

+ +

P

+ +

PAINTURE, feinte, tromperie.
+PAISE, lisez. Plaise, p. 338, vers 32.
+PAON. Pag. 377, vers 27. Faire voeu aux dames et aux paons était un +usage dont l'histoire et les romans du moyen âge offrent de nombreux +exemples. A la fin du banquet, on apportait aux convives un paon ou +un faisan, sur lequel juraient les dames et les chevaliers: on appelait +cette cérémonie, le serment du paon.
+PAR ALER (au), au retour, à la fin.
+PARCONNIER, participant, compagnon.
+PARTUER, tuer.
+PASTIS, pâturages, enclos.
+PAVAIS, bouclier.
+PENANCE, douleur, pénitence.
+PER, égal, pareil, compagnon.
+PESSON, droit de pâture.
+PIECA, longtemps, depuis longtemps.
+PLANTÉ (à grant), en nombre, en grande quantité.
+PLOY, pli.
+POU, peu.
+POURPRIS, jardin.
+POURSUIVANT D'ARMES. Page 245 vers 1. Allusion aux coutumes de la +chevalerie. Les héraults d'armes présidaient aux tounois, en arrêtaient +les conditions, et montaient sur l'échaffaut, ainsi que dit le poëte, +pour surveiller les combattants et désigner le vainqueur. Les poursuivants +d'armes étaient un corps de jeunes gens parmi lesquels on choisissait +les héraults.
+POY, peu.
+PROVEHEUR, pourvoyeur.

+ +

Q

+ +

QUEU, cuisinier.
+QUIEULX, quels.
+QUINTAINE. Jeu qui consistait à frapper un but, soit avec des fleches, +soit avec d'autres armes.

+ +

R

+ +

RACHASSER, rabattre.
+RAMENTEVOIR (se), se souvenir, se rappeler.
+REMAINT, voy. Remanoir.
+REMANOIR, demeurer.
+REPREUVE, injure, reproche.
+RESCOUS, délivré, secourus.
+RESSOINGNER, craindre, appréhender.
+RETRAIRE, retirer.
+RIOTEUX, querelleur.
+RONSSIN, cheval.

+ +

S

+ +

SALMON, Salomon.
+SANS signifie quelquefois sens, de sentir. +Voy. p. 119, 413.
+SAULONGNOIS, habitants de la Saulogne.
+SAUSSOYE. Pag. 94, vers 4. Lieu planté +de saules. Sainte-Palaye a vu dans ce +mot une allusion a l'abbaye de la +Saussoye, près de Villejuif
+SEBELIN, fourré de martre zibeline.
+SEREMENTÉ, lié par un serment.
+SOLACER (se), se divertir.
+SOUBTIS, subtil, adroit.
+SOULDOYER, qui reçoit des gages, une paye.
+SOUSSIE, souci.
+SOUTIVETÉ, subtilité, finesse.
+SUIR ou SUYR, suivre.

+ +

T

+ +

TABLIER, table ou carton pour jouer aux dés, aux échecs, etc.
+TALANT, volonté, désir.
+TALENTER (se), s'inquiéter.
+TANNÉ, couleur brune.
+TAYS, Thaïs, courtisane du quatrième siècle, célèbre par sa conversion au +christianisme.
+TENEUR, voix de ténor.
+TIEULX, tels.
+TIRE (de), toute de suite, immédiatement.
+TOUTE. Pag. 112, vers 13. La toux.
+TRESQUE, dès que.
+TRIACLE, thériaque.
+TRUAIGE, impôt, subside.

+ +

V

+ +

VALENTIN (saint). L'abbe Goujet, qui +a remarqué avant nous les nombreux +passages où Charles d'Orléans cite +saint Valentin, s'exprime ainsi: «Le +jour de la fête de saint Valentin, +qui se célèbre le quatorzième de février, +arrive assez communément durant +le temps de carnaval; et en +ce même jour c'était un usage dans +plusieurs cours de l'Europe que les +cavaliers s'assemblassent pour donner +quelque fête aux dames, et qu'ensuite +on tirât au sort pour assigner à +chaque dame un cavalier, qui était +tenu de lui rendre ses services durant +une année, d'être à ses ordres, etc. +Cette servitude volontaire durait jusqu'au +même jour de saint Valentin +de l'année suivante.» (Bibl. franç. +t. IX, p. 266.)
+VAULSIT, voulût, de vouloir.
+VIAIRE, visage.
+VOLTER, tourner, retourner.
+VUIT, VUYS, vide.

+


+ +
*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 14343 ***
+ + diff --git a/LICENSE.txt b/LICENSE.txt new file mode 100644 index 0000000..6312041 --- /dev/null +++ b/LICENSE.txt @@ -0,0 +1,11 @@ +This eBook, including all associated images, markup, improvements, +metadata, and any other content or labor, has been confirmed to be +in the PUBLIC DOMAIN IN THE UNITED STATES. + +Procedures for determining public domain status are described in +the "Copyright How-To" at https://www.gutenberg.org. + +No investigation has been made concerning possible copyrights in +jurisdictions other than the United States. Anyone seeking to utilize +this eBook outside of the United States should confirm copyright +status under the laws that apply to them. diff --git a/README.md b/README.md new file mode 100644 index 0000000..edefe80 --- /dev/null +++ b/README.md @@ -0,0 +1,2 @@ +Project Gutenberg (https://www.gutenberg.org) public repository for +eBook #14343 (https://www.gutenberg.org/ebooks/14343) diff --git a/old/14343-8.txt b/old/14343-8.txt new file mode 100644 index 0000000..0828cf3 --- /dev/null +++ b/old/14343-8.txt @@ -0,0 +1,21367 @@ +Project Gutenberg's Poésies de Charles d'Orléans, by Charles d'Orléans + +This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with +almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org + + +Title: Poésies de Charles d'Orléans + +Author: Charles d'Orléans + +Release Date: December 13, 2004 [EBook #14343] + +Language: French + +Character set encoding: ISO-8859-1 + +*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK POÉSIES DE CHARLES D'ORLÉANS *** + + + + +Produced by Miranda van de Heijning, Renald Levesque and the Online +Distributed Proofreading Team. This file was produced from images generously +made available by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) + + + + + + + + POÉSIES DE CHARLES D'ORLÉANS + + PUBLIÉES AVEC L'AUTORISATION DE + M. le Ministre de l'Instruction Publique. + + D'après les manuscrits des + bibliothèques du Roi et de l'Arsenal. + + PAR J. MARIE GUICHARD. + + + 1842 + + +INTRODUCTION. + + +En 1734, l'abbé Sallier, homme savant et judicieux, prononça pour la +première fois le nom d'un poëte qui peut passer à bon droit pour un +des plus élégants et des plus accomplis parmi ceux de notre vieille +langue[1]. La parole du docte académicien qui exhumait Charles d'Orléans +après trois siècles d'oubli, semble avoir eu un faible retentissement; +ceci ne nous surprend pas. D'abord, la description et quelques extraits +du manuscrit étaient insuffisants à mettre dans sa lumière un +personnage si nouveau; puis, la critique d'alors, à peu près uniquement +circonscrite dans les limites de l'érudition grecque et latine, se +souciait peu d'un poëte à peine âgé de quelques centaines d'années. +Évidemment l'époque était mal choisie pour une réhabilitation. En +remontant un peu plus haut, Boileau, a-t-on dit maintes fois, n'a pas +nommé Charles d'Orléans; ceci prouve que Boileau, esprit d'un tact +exquis, n'avait pas lu un seul vers du recueil que nous publions +aujourd'hui. Mais si dans tout cela une chose doit étonner, c'est le +silence incompréhensible des écrivains du seizième siècle. + + [Note 1: _Mém. de l'Acad. des Inscrip_. t, XIII, année + 1740, p. 593.] + +Petit-fils de Charles V, le roi lettré de l'ancienne monarchie, neveu +de Charles VI, père de Louis XII et oncle de François Ier, Charles +d'Orléans fut le chef d'une faction puissante qui ébranla la France +pendant un demi-siècle; il poursuivit sans relâche le meurtrier de son +père assassiné rue Barbette par Jean de Bourgogne; il vécut au premier +rang dans les guerres civiles; enfin, lui et les siens se trouvent +mêlés à tous les désordres, à toutes les agitations de l'époque la +plus troublée des temps modernes. Certes, il faudrait moins que cela +aujourd'hui pour illustrer de mauvais vers, et on se demande pourquoi +les poésies si remarquables d'un homme qui réunissait d'ailleurs toutes +les conditions apparentes de la célébrité, sont restées dans l'ombre? +François Ier faisait publier les ouvrages de Villon, et il oublia son +oncle, le maître de Villon. Octavien de Saint-Gelais, Blaise d'Auriol +et les poëtes de ce temps pillaient effrontément Charles d'Orléans, +les compilateurs prenaient ses ballades[2], et personne ne signale le +plagiat. Bien plus, Marot a dit: «Entre tous les bons livres imprimez de +la langue françoise, ne s'en veoit ung si incorrect, ne si lourdement +corrompu, que celluy de Villon: et m'esbahy, _veu que c'est le +meilleur poète parisien qui se trouve_[3]. Cependant, et Marot le +savait sans doute mieux que nous[4], Charles d'Orléans composa certaines +de ses ballades avec une délicatesse de pensée et une perfection de +langage que Villon n'atteignit jamais; il fut en outre l'instigateur +d'un grand mouvement littéraire où Marot a tenu assurément une des +premières et des plus larges places. + + [Note 2: Voyez le _Jardin de Plaisance_, où se trouvent, + mêlées à d'autres poésies du temps, deux ballades de Ch. d'Orléans.] + + [Note 3: Voy. la préface des _Oeuvres de Villon_, publiées + par Marot.] + + [Note 4: La ballade de Marot, intitulée: _D'un amant ferme en + son amour_, est tout à fait dans le goût de Ch. d'Orléans.] + +Lorsqu'on écrit la vie d'un poëte, on interroge curieusement ses vers, +on y découvre les secrets de sa pensée, on aime à suivre les impressions +les plus fugitives de son âme, et on saisit le caractère qui leur +appartient. C'est là une étude attrayante et pleine d'enseignements +imprévus. Sans doute, nous pourrions raconter ici le meurtre de Louis +d'Orléans, épisode sanglant qui domine tout le règne de Charles VI; nous +pourrions suivre pas à pas les péripéties diverses de cette guerre de +parents à parents, où les uns s'appelaient _Armagnacs_, les +autres _Bourguignons_, ceux-ci _Cabochiens_, et ceux-là +_Écorcheurs_. Mais ces récits se trouvent partout; l'histoire +abonde en matériaux de toute sorte, et il serait facile de grouper +autour de Charles d'Orléans des volumes de pièces inédites ou déjà +publiées. Le prince et le chef de parti sont connus, nous cherchons +le poëte; aussi écarterons-nous tout ce qu'il n'est pas absolument +nécessaire de connaître pour l'objet que nous nous sommes proposé dans +cette notice. + +Louis d'Orléans et Valentine de Milan sa femme eurent trois fils: +Charles, l'aîné, d'abord comte d'Angoulême, puis duc d'Orléans, naquit à +Paris le 26 mai 1391[5]. Louis a laissé la réputation de ce qu'on peut +appeler un prince lettré; il protégea Christine de Pisan, il rimait des +ballades; passionné pour les fêtes et les plaisirs, sa maison était +le rendez-vous des beaux esprits, des femmes séduisantes et des plus +aimables gentilshommes[6]. On sait l'âme tendre et mélancolique de +Valentine, son exquise beauté, son inépuisable amour pour un mari dont +le libertinage sans frein était un scandale public; l'épouse résignée +se voua toute entière à l'éducation de ses enfants. L'histoire n'offre +point de figure plus gracieuse, plus chaste, ni plus touchante; tout +chez cette femme, jusqu'à la douleur, a quelque chose d'élevé et de +majestueux. Depuis le meurtre de La rue Barbette, Valentine avait adopté +la devise devenue populaire: _Rien ne m'est plus, plus ne m'est +rien_, et elle avait choisi pour emblème une chantepleure placée +entre deux S, initiales de _soucy_ et de _soupirs_ [7]. +C'est en face de ces lugubres images et au milieu des plus sinistres +catastrophes que Charles d'Orléans passa les années de sa jeunesse. En +1407, son père tombe sous le fer d'un assassin; en 1408, sa mère meurt +épuisée par les larmes; en 1409, sa jeune épouse Isabelle [8] perd la +vie en donnant le jour à une fille; et pendant tous ces désastres, +Charles, qui est l'unique protecteur de deux jeunes frères, fait +d'inutiles efforts pour tirer vengeance du duc de Bourgogne. Enfin le 25 +octobre 1415, jour de la bataille d'Azincourt, les Anglais trouvèrent +sous un tas de morts le duc d'Orléans blessé; ils l'emmenèrent +prisonnier. Le poëte avait vingt-quatre ans. + + [Note 5: Du Tillet dit 1393, et Juvénal des Ursins 1394.] + + [Note 6: Christine de Pisan, _le Livre des fais du sage roy + Charles V_. Collect. Petitot, t. V, p. 371.] + + [Note 7: _Hist. du château de Blois,_ par L. de la + Saussaye, p. 44. Lemaire (_Hist. et antiquités de la ville + d'Orléans,_ p. 96. Édit. in-folio) explique ainsi ces deux S: + _Solam soepe seipsam sollicitari suspirareque,_ c'est-à-dire: + _Seule souvent elle nourrit sa douleur_.] + + [Note 8: Isabelle, fille aînée de Charles VI, et déjà veuve de + Richard II, roi d'Angleterre, avait épousé Ch. d'Orléans en 1406.] + +Un singulier contraste frappe tout d'abord dans Charles d'Orléans: d'une +part, sa vie est ébranlée par les plus cruelles tourmentes; de l'autre, +une certaine tranquillité d'âme, des moqueries pleines de finesse et une +résignation placide, paraissent dans ses vers. On démêle bien au fond +des plus joyeux rondels échappés à sa plume quelque chose de réfléchi, +de grave et de mélancolique: _Je suis cellui au cueur vestu de +noir,_ dit-il dans les premières pages de son livre [9]. Cependant, à +proprement parler, Charles d'Orléans n'a fait que des poésies légères, +quelques plaintives élégies et des chansons amoureuses. + + [Note 9: Pag. 31.] + +Dans le poëme qui ouvre le recueil, l'auteur raconte, au milieu d'une +continuelle allégorie, comment il fut conduit par _dame Jeunesse_ +dans la maison _du seigneur Amour_, comment il fut vaincu +par _Beaulté (Beaulté_ est la Béatrix de notre poëte, nous y +reviendrons tout à l'heure), Comment il laissa à _Amour_ son coeur +en gage, et comment il promit de _faire balades et chancons +rimer. Dame Merencolie, dame Enfance, Joye, Soussy_ et autres +personnifications des sentiments humains, se retrouvent dans toutes les +poésies de Charles d'Orléans. + +Cette narration est froide, quoique d'une rime assez élégante. Les +ballades qui suivent sont uniquement consacrées à la louange de +_Beaulté_ (le lecteur nous permettra de laisser ce nom à une femme +qui joue un grand rôle dans la vie littéraire de Charles d'Orléans, +et dont nous aurons quelquefois à parler). Dans ces premières pages +inspirées par la douleur d'une séparation récente, le vers du poète +s'affermit visiblement, un élan inaccoutumé échauffe sa verve, et +déjà brillent çà et là toute l'originalité et toute la richesse de sa +manière. Tantôt l'amant s'abandonne à une triste rêverie, tantôt il +soupire gracieusement les peines de l'absence; parfois il craint d'être +oublié[10] et rappelle à sa maîtresse les serments jurés dans la maison +du _seigneur Amour_[11]. Alors _Beaulté_ se hâte de rassurer +son _bel amy sans per_, puis la correspondance continue plus active +et plus passionnée. Je ne sais si cette femme, dont le poëte a tu +discrètement le nom, méritait tous les éloges qu'il lui donne, mais à +coup sûr elle faisait des vers fort tendres; citons la première stance +d'une de ses chansons: + + Mon seul amy, mon bien, ma joye, + Cellui que sur tous amer veulx, + Je vous pry que soyez joyeux, + En esperant que brief vous voye [12] + +Écoutons maintenant la réponse du poëte: + + Je ne vous puis, ne scay aimer, + Ma Dame, tant que je vouldroye, + Car escript m'avez pour m'oster + Ennuy qui trop fort me guerroye: + «Mon seul amy, mon bien, ma joye, + »Cellui que sur tous amer veulx, + »Je vous pry que soyez joyeux, + »En esperant que brief vous voye[13]. + +Je demande pardon au lecteur d'insister sur ces détails; mais je devais +lui signaler une petite confusion échappée à deux éditeurs[14] qui +ont compris dans les oeuvres de Charles d'Orléans les poésies de sa +maîtresse. Cette erreur est d'autant plus facile à rectifier, que la +plus simple lecture suffit, à défaut de tout autre indice, pour montrer +que les poésies dont nous parlons, ont été composées par une femme et +envoyées au poëte prisonnier. + + [Note 10: Pag. 33.] + + [Note 11: Pag. 40.] + + [Note 12: Pag. 232.] + + [Note 13: Pag. 45-46.] + + [Note 14: MM. Chalvet et Aimé Champollion. Chalvet a édité + en 1803, les poésies de Charles d'Orléans, d'après le manuscrit + incomplet qui est conservé à la bibliothèque de Grenoble. Notre + édition est la seconde, ou si l'on veut la première, et pour mieux + dire la seule, qui offre d'une part toutes les poésies de Charles + d'Orléans, et de l'autre celles de ses collaborateurs: elle a paru + en deux livraisons, d'abord le texte, ensuite l'introduction et le + glossaire. Dans l'intervalle de temps qui s'est écoulé entre ces + deux publications, M. Aimé Champollion-Figeac, de la Bibliothèque + royale, etc., a mis au jour une troisième édition du même livre. Je + n'ai pas le loisir d'examiner ici le travail du nouvel éditeur, je + me bornerai à indiquer en note quelques-uns des principaux points + sur lesquels nos opinions diffèrent le plus.] + +Ainsi c'est à _Beaulté_ et non pas à Charles d'Orléans qu'il +faut attribuer la chanson de la page 227 (_Se Dangier me tolt le +parler_), celle de la page 232 (_Mon seul amy, mon bien, ma +joye_), celle de la page 428 (_Faire ne puis joyeulx semblant_), +et le rondeau de la page 427 (_Mon amy, Dieu te convoye_): ce +rondeau et celui du poëte (_J'ay tant en moy de desplaisir_, page +427) sembleraient avoir été écrits à l'époque même où le prisonnier +d'Azincourt quittait la France. Nous attribuerons aussi à _Beauté_ +la chanson de la page 214 (_Pour vous monstrer que point ne vous +oublie_), celle de la page 220 (_Comment vous puis je tant +aimer_), et même le rondel de la page 208 (_Pour le don que m'avez +donné_), ici l'auteur paraît répondre à deux chansons (_Ce mois de +may, nompareille princesse_, page 197, et _Belle que je cheris et +crains_, page 203) composées par Charles d'Orléans. + +La chanson de la page 233 (_Au besoing congnoist on l'amy_) est +sans contredit de _Beaulté_; la jeune femme annonçait son prochain +départ pour l'Angleterre, projet longuement médité entre les deux +amants; le voyage n'eut pas lieu[15], et c'est ici que finissent tout +à la fois les premières amours du poëte et les derniers chants de sa +maîtresse. _Beaulté_ tombe dangereusement malade[16], un instant on +espère la sauver[17], mais bientôt la nouvelle de sa mort traverse la mer +et arrive au prisonnier[18]. + + [Note 15: C'est ce que paraît indiquer la ballade de la page 61.] + + [Note 16: Pag. 64.] + + [Note 17: Pag. 65.] + + [Note 18: Pag. 66 et suiv.] + +Dans cet endroit du livre, le poëte exprime sa tristesse d'une façon +touchante, et le souvenir de _Beaulté_, morte en _droicte fleur +de jeunesse_[19], restera empreint pour toujours dans ses vers. +Toutefois nous ne pouvons passer sous silence une ballade pleine de +gémissements funèbres, et où l'auteur s'est représenté faisant une +partie d'échecs avec _Faulx Dangier_ en présence _d'Amour. Faulx +Dangier_ aidé par _Fortune_ enlève tout à coup la dame de son +adversaire, et celui-ci s'écrie: + + Par quoy suy mat, je le voy clerement, + Se je ne fais une Dame nouvelle[20]. + + [Note 19: Pag. 67.] + + [Note 20: Pag. 68.] + +Quelques-unes des ballades suivantes viennent confirmer l'inconstance +de l'amant de _Beaulté_; cependant ne le condamnons pas sans +l'entendre. Le poète qui avouait si ingénuement son infidélité a eu +le soin de nous laisser aussi sa justification sous la forme de deux +ballades, où tout ce que l'allégorie a de plus ingénieux, tout ce que +la forme du langage a de plus frais et de plus élégant, tout ce que la +pensée offre de plus naïf et de mieux senti, se trouve rassemblé[21]. +Nous nous rangerons volontiers à l'opinion de ceux qui compteront ces +deux ballades au nombre des plus charmantes du recueil. + + [Note 21: Voyez la ballade qui commence à la p. 70 et la suiv.] + +Charles d'Orléans avait épousé en 1410 (d'autres disent qu'elle lui fut +seulement fiancée) Bonne d'Armagnac; or, quelques critiques guidés +sans doute par un sentiment de haute moralité, ont cru voir dans Bonne +d'Armagnac la femme si éloquemment chantée par le prisonnier. Mais +comme cette conjecture, que rien dans les manuscrits ne peut autoriser, +tendrait tout simplement à rendre inexplicable le tiers des poésies +composées par Charles d'Orléans, nous devons nous y arrêter un instant. + +Dans quelques-unes de ses premières poésies, Charles d'Orléans se plaint +douloureusement, parfois avec un certain dépit, des rigueurs de sa dame, +et la forme de ces reproches ne peut en vérité convenir aux calmes +relations d'une union conjugale[22]. Nous signalerons aussi une ballade +où le prisonnier dit la joie que lui causera, à son retour en France, +la présence de cette même dame, à laquelle il recommande de craindre +_Dangier_ qui les épie, mais qui à la fin _trompé sera_[23]. +Ces particularités et nombre d'autres semblables que nous omettons, +ne paraissent pas devoir s'appliquer à une épouse légitime. Mais +continuons: Bonne d'Armagnac mourut un mois après la bataille +d'Azincourt, et il est matériellement impossible que dans ce court +intervalle les deux époux aient eu le temps d'écrire, l'un ses +nombreuses ballades, l'autre ses chansons. Enfin, le duc de Bourbon, +aussi prisonnier en Angleterre, revint en France, et à cette occasion +son cousin Charles d'Orléans lui adressa une ballade où il dit: +_Recommandez moy sans point l'oublier, à ma Dame_[24]. Or le voyage +du duc de Bourbon est de l'année 1417, et Bonne d'Armagnac était morte +en 1415. Quant au nom de la femme que nous avons appelée avec le poëte +_Beaulté_, car nous la soupçonnons fort d'être aussi la dame de +la ballade, c'est une petite énigme littéraire dont les manuscrits ne +donnent pas le mot, et que nous laisserons à nos successeurs[25]. + + [Note 22: Voy. la ballade de la pag. 27 (_Belle que je tiens + pour amye_); voy. la chanson de la pag. 194 (_Quelque chose que + je die_), etc., etc.] + + [Note 23: Pag. 61.] + + [Note 24: Pag. 148.] + + [Note 25: En ouvrant l'édition des poésies de Charles d'Orléans + publiée par M. Aimé Champollion, nous n'avons pas été médiocrement + surpris de trouver des ballades ainsi intitulées: _Ballade sur + la maladie de la duchesse d'Orléans; Ballade sur la guérison de la + duchesse d'Orléans; Ballade sur les obsèques de la duchesse + d'Orléans,_ etc., etc. J'ignore dans quel manuscrit le nouvel + éditeur a puisé les titres de ces ballades; mais je ne puis + véritablement adopter son avis sur ce point.] + +A la page 80, commence le _Songe en complainte_ qui forme le +complément, ou si l'on veut, la contre-partie du poëme placé en tête du +recueil. _Le Songe en complainte_ porte la date de 1437[26]; Charles +d'Orléans avait alors quarante-six ans, _Beaulté_ était morte et +le temps Des jeunes amours passé. _Ung vieil homme lequel Aage +s'appelle_ apparaît en songe au prisonnier; mais, cette fois, +_Aage_ est devenu philosophe, ses discours sont pleins d'une +moralité affectueuse et de sages conseils; il reproche doucement au +poëte une vie dépensée dans les loisirs inutiles; puis il ajoute: + + Avisez vous, ce n'est pas chose fainte; + Car Vieillesse, la mère de courrous, + Qui tout abat et amaine au dessoubz, + Vous donnera dedens brief une atainte[27]. + + [Note 26: Pag. 92.] + + [Note 27: Pag. 81.] + +A ce mot de _vieillesse_ le poëte effrayé se résigne courageusement +et va redemander son coeur à _Amour_ (on se souvient que vaincu par +_Beaulté_, Charles d'Orléans avait laissé à _Amour_ son coeur +en Gage). Le poëte reprend donc son coeur et sa quittance, abandonne +pour jamais la maison du _seigneur Amour_; puis, guidé par +_Confort_, il arrive Bientôt à _l'ancien manoir que l'en appelle +Nonchaloir_, et demande au _gouverneur Passetemps_ la permission +de demeurer avec lui le reste de Ses jours. Ce petit poëme entremêlé de +ballades est tout à fait dans le goût de celui auquel il sert en quelque +sorte de dénoûment. + +Charles d'Orléans composa aussi pendant la captivité, un chant +patriotique intitulé: _La Complainte de France_[28]. Le but du poëte +qui signalait avec douleur les plaies de la patrie, était louable sans +doute, mais sa voix n'avait ni la mâle éloquence ni la verve puissante +qu'il faut pour de tels sujets; et la ballade de la page 139 (_Priez +pour paix, doulce Vierge Marie_) nous confirme dans cette +opinion. Après _la Complainte de France_, viennent trois autres +complaintes[29] que je préfère, surtout la première; le poëte y dit ses +peines amoureuses, et il est plus à l'aise. En général, toutes les fois +que Charles d'Orléans, qu'on pourrait appeler le peintre des petits +tableaux, veut sortir de la ballade, de la carole ou du rondel, sa +pensée s'alourdit et sa plume s'embarrasse dans les détails. Qu'on lise +les poésies tendres et mélancoliques que lui arrachèrent les amertumes +et l'isolement de la prison, c'est là qu'il réussit parfaitement. +Lorsque des côtes d'Angleterre l'exilé tourne ses regards vers +la France[30] sa ballade devient une ode sublime et une élégie +attendrissante. Les jours de joyeuse humeur, Charles d'Orléans trouve +dans ses vers une incroyable dérision et une malignité de bon aloi, +qu'aucun écrivain de notre langue n'a connue avant lui; à la page 145 +(_Je fu en fleur ou temps passé d'enfance_), c'est _Raison_ +qui l'a _mis pour meurir ou feurre de prison_. Plus loin, il +condamne gaiement son coeur qui voulait fuir à demeurer captif au +royaume d'Angleterre[31]. A la page 141, le poëte raille avec une colère +bouffonne L'outrecuidance de Jean de Garencières[32], probablement son +rival en amour; Ce dernier réplique avec non moins de vivacité, et le +tout reste consigné dans deux ballades où chacun exhale à qui mieux +mieux, celui-ci sa plaisanterie provoquante, et celui-là son dépit. On +avait répandu en France le bruit de la mort du prisonnier, de là une +ballade pleine de moquerie, dont la première stance se termine ainsi: + + Si fais à toutes gens savoir + Qu'encore est vive la souris[33]. + +Et plus bas: + + Nul ne porte pour moy le noir, + On vent meilleur marchié drap gris. + + [Note 28: Pag. 181.] + + [Note 29: Pag. 184 et suiv.] + + [Note 30: Pag. 139.] + + [Note 31: Pag. 146.] + + [Note 32: Jean de Montenay, sire de Garencières, fait prisonnier + à la bataille d'Azincourt (_Essai sur les Bardes_, etc., par + l'abbé de La Rue, t. III, p. 326), soutint longtemps le parti des + _Armagnacs_ contre les _Bourguignons_. En 1411, Charles + d'Orléans demandait au roi qu'on rendît à Jean de Garencières la + capitainerie de la ville de Caen (Juvénal des Ursins, édit. de 1614, + p. 274).] + + [Note 33: Pag. 147.] + +A son arrivée en Angleterre, Charles d'Orléans avait été enfermé à +Windsor; en 1422, on le retrouve au château de Bolingbroke; ramené à +Londres en 1430, mis à l'enchère comme une bête de somme, on lui donna +successivement pour geôliers ceux qui le voulaient prendre au plus bas +prix; l'âme du poëte plia sous de telles humiliations: «En ma prison, +disait-il plus tard[34], pour les ennuys, desplaisances et dangiers en +quoy je me trouvoye, j'ay mainteffoiz souhaidié que j'eusse esté mort à +la bataille où je fus prins.» En 1433, ayant rencontré un jour chez le +comte de Suffolk, alors son gardien, les ambassadeurs de Philippe de +Bourgogne, il vint à leur rencontre et leur pressant tendrement la main, +il répondit à l'un d'eux qui s'enquérait de sa santé: «Mon corps est +bien, mais mon âme est douloureuse; je meurs de chagrin de passer ainsi +les plus beaux jours de ma vie en prison sans que personne songe à mes +maux[35].» Puis, après quelques paroles échangées, le prince ajouta: «Et +ne viendrez-vous point me visiter? promettez-le-moi, vous savez si je +me tiendrai heureux de vous voir[36].» Le comte de Suffolk ne permit pas +d'entretien particulier. Il y avait dans l'hôtel de ce comte un barbier, +natif de Lille et nommé Jean Canet; le prince aimait causer avec lui, +c'était un compatriote. Jean Canet alla trouver les ambassadeurs +bourguignons, et leur dit que le duc d'Orléans estimait grandement son +cousin le duc Philippe, et qu'il les priait de se charger d'une lettre +pour lui; mais cette lettre envoyée le lendemain n'avait pas été écrite +librement[37]. C'est au milieu de ces misères que le prisonnier proposa +au monarque anglais, en échange de sa liberté, de le reconnaître pour +seigneur suzerain; on a reproché cet acte au duc d'Orléans comme une +indigne bassesse, c'était avant tout une Impossibilité. + + [Note 34: _Discours prononcé par Ch. d'Orléans, en présence du + roi Charles VII, au sujet du procès du duc d'Alençon._] + + [Note 35: _Hist. des ducs de Bourgogne_, par M. de Barante, + quatrième édition, t. VI, p. 233.] + + [Note 36: M. de Brabante, _loc. cit._ p. 234.] + + [Note 37: M. de Brabante, _loc. cit._ p. 235.] + +Déjà en 1435 et 1438, les Anglais avaient amené leur prisonnier à Calais +pour y traiter de sa rançon; ces négociations échouèrent; mais en 1439, +aux conférences de Gravelines, Charles d'Orléans sut plaire par les +charmes de son esprit à la duchesse de Bourgogne; celle-ci fut émue +aux récits de si longs malheurs, et elle s'intéressa vivement à la +délivrance de son parent. C'est probablement pendant ce dernier voyage +en France que le poëte envoya à Philippe de Bourgogne la ballade de la +page 151 (_Puisque je suis vostre voisin_); le duc de Bourgogne +répliqua, et les deux princes continuèrent ainsi de régler les affaires +de l'Europe[38]. Certes, l'histoire de la diplomatie n'offre pas trace +d'une telle particularité. _Tout Bourgongnon suis vrayement_, dit +le duc d'Orléans à son cousin; les temps étaient bien changés. On fixa +la rançon du prisonnier à la somme énorme de cent vingt mille écus d'or. + + [Note 38: Les ballades échangées par les ducs d'Orléans et de + Bourgogne sont au nombre de sept; voy. pages 151, 152, 153, 154, + 155, 158 et 159.] + +Quand Villon avait dépensé jusqu'à son dernier sou, il adressait une +requête à Mgr de Bourbon, qui lui prêtait (c'est l'expression de +l'auteur) six écus; Marot escomptait ses _Épistres_ sur la bourse +de François Ier; et plus tard, pour une modique gratification, Corneille +comparait le financier Montauron à Auguste. Charles d'Orléans, qui +devait subir toutes les vicissitudes des grands poëtes ses descendants, +prit la plume et envoya à son cousin une ballade où il disait: + + Il ne me fault plus riens qu'argent + Pour avancer tost mon passaige, + Et pour en avoir prestement, + Mectroye corps et ame en gaige[39]. + + [Note 39: Pag. 159.] + +La ballade eut du succès, Philippe donna trente mille écus. + +Enfin, après une détention de vingt-cinq années, Charles d'Orléans +débarqua à Calais; la duchesse de Bourgogne l'attendait à Gravelines, où +le duc son mari arriva peu après. Les deux cousins se jetèrent dans +les bras l'un de l'autre, il n'y avait plus ni _Armagnac_, ni +_Bourguignon_, et la réconciliation était complète. Charles +d'Orléans, ses hôtes et un brillant cortége se rendirent à Saint-Omer; +là fut célébré (novembre 1440) le mariage du poëte avec Marie de Clèves, +nièce de Philippe de Bourgogne. Après un voyage à Bruges, les princes se +séparèrent. Le duc et la nouvelle duchesse d'Orléans prirent le chemin +du château de Blois. + +Le temps de la tranquillité et de la paix était venu; une vie libre, +facile et souriante s'ouvrait devant Charles d'Orléans rentré au foyer +de ses pères. Le poëte avait commencé par chanter ses maîtresses avec +une ardeur toute juvénile, puis ses vers s'étaient parfois assombris +sous les murs de la prison; maintenant l'homme mûri par l'âge a renoncé +aux joies des jeunes années, et il se laisse complaisamment aller à une +douce mélancolie. La ballade de la page 97 (_Balades, chançons et +complaintes_), composée en Angleterre, et dont les premiers vers +annoncent le retour du poëte, après une interruption, à ses délassements +favoris, nous semble marquer le point de départ de ce que nous nommerons +volontiers la troisième manière de Charles d'Orléans; quelques années +plus tard la transformation qui s'était accomplie se manifestait dans +une autre ballade, publiée récemment par M. Ch. Lenormand[40], et où +paraît la philosophie rêveuse et la brillante couleur des nouveaux +chants du poëte. + + [Note 40: _Livre de poésie à l'usage des jeunes filles + chrétiennes_, p. 408; voy. Dans notre édition la ballade de la + page 164 (_En tirant d'Orléans à Blois_).] + +Mais ici notre tâche se complique; Charles d'Orléans ne faisait pas +seulement de charmantes poésies, il faisait aussi des poëtes; et nous +ne pouvons pas tout à fait passer sous silence cette seconde partie des +oeuvres de notre auteur. Habité par un prince riche et puissant, le +château de Blois devint bientôt le centre d'une colonie littéraire, où +des rois, des grands seigneurs, le duc d'Orléans, la duchesse sa femme, +confondus avec d'humbles gentilshommes et de pauvres poëtes, venaient +chaque jour apporter leur tribut. Parmi les membres de cette petite +académie, qui rappelle le Dauphin et ses familiers écrivant à Génappe +les _Cent nouvelles nouvelles_, on remarque quelques noms devenus +célèbres dans les lettres, et au premier rang François Villon. + +La ballade de la page 130 (_Je meurs de soif aupres de la +fontaine_), signée par Villon et adressée à Charles d'Orléans, est +une espèce de jeu d'esprit où toute l'invention de l'auteur consistait +à fondre et à ajuster dans le même vers deux pensées opposées l'une à +l'autre; ces contrastes plus ou moins ingénieux, cherchés avec effort, +embarrassent sensiblement l'allure franche et aventureuse de Villon, et +se plient d'ailleurs avec peine à la forme rhythmique. La ballade de +la page 124, qui a pour épigraphe un vers de Virgile, et les deux +suivantes[41], ne portent pas de nom d'auteur dans les manuscrits; mais +elles sont aussi de Villon, qui termine la dernière par ces mots: +_Vostre povre escolier françoys_, qualité qu'il a prise plusieurs +fois dans ses vers[42]. Ces trois ballades, qui ont été insérées par M. +Prompsault dans son édition des oeuvres de Villon, furent écrites à +l'occasion de la naissance de la princesse Marie, fille de Charles le +Téméraire, et petite-fille du duc Charles de Bourbon[43]. A la page 336, +nous lisons un rondel d'Olivier de la Marche; nous préférons assurément +un chapitre de ses _Mémoires_. Le rondel de la page 337, signé +_George_, a été attribué par quelques critiques à George +Chastelain. + + + [Note 41: _Combien que j'ay leu en ung dit_, p. 125; et _Euvre + de Dieu, digne, louée,_ p. 127. Ces trois ballades de Villon sont + réunies dans le manuscrit en une seule, peut être pour montrer + qu'elles appartenaient au même auteur; nous avons dû respecter cette + disposition.] + + [Note 42: M. Aimé Champollion a inséré dans son édition les + deux premières de ces ballades, et il a supprimé la troisième. Il + ajoute en note, p. 443: «Il suffira de la lire (les deux premières + ballades) sans grande attention pour voir qu'elle n'est point de + Charles d'Orléans; son texte et ses rimes sont des plus mauvais.» + Boileau était moins sévère pour François Villon.] + + [Note 43: Les relations littéraires de Charles d'Orléans et de + Villon, qu'on n'a peut-être pas assez remarquées, ont laissé dans + les ouvrages du dernier une trace qu'on retrouve, pour ainsi dire, + à chacun de ses vers: nous ne citerons qu'un exemple. Charles + d'Orléans adresse à sa maîtresse une ballade (p. 22) où nous lisons: + + Au fort, martir on me devra nommer, + Se Dieu d'amours fait nulz amoureux saints, + Car j'ay des maulx plus que ne scay compter. + Puis qu'ainsi est que de vous suis loingtains. + + Ouvrons le petit testament de Villon: + + Au fort, je meurs amant martir, + Du nombre des amoureux sains.] + + +Nous trouvons aussi parmi les collaborateurs de Charles d'Orléans, René, +roi de Sicile et duc d'Anjou, qui est indiqué dans le manuscrit sous le +nom de _Secile_, le cadet d'Albret (_le cadet Dalebret_ +ou simplement _le Cadet_), Jean II, duc d'Alençon, _le grant +Seneschal_ (selon l'abbé de la Rue[44], ce personnage était Pierre +de Brézé, comte de Maulévrier, grand sénéchal d'Anjou, de Poitou et de +Normandie), le comte de Nevers, le vicomte de Blosseville qui +avait suivi Charles d'Orléans en Angleterre[45], et quelques autres +gentilshommes que nous nommerons plus loin[46]. Les poésies de ces +auteurs sont fort médiocres. Divers chansons ou rondels portent le nom +du duc de Bourbon et du comte de Clermont; il faut ici, pour éviter les +méprises, donner quelques éclaircissements. + + [Note 44: _Essais hist. sur les Bardes_, etc. t. III, p. 327.] + + [Note 45: _Essais hist, sur les Bardes_, etc, t. III. p. 322.] + + [Note 46: _Voyez_ la _Liste des auteurs_, p. xxiv.] + +Trois ballades de Charles d'Orléans[47] sont adressées à un duc de +Bourbon; ce duc est Jean Ier, qui avait été fait prisonnier à Azincourt, +et qui mourut à Londres en 1433. Jean II, comte de Clermont, petit-fils +de Jean Ier, prit à la mort de Charles son père (1456) le titre de duc +de Bourbon; il est l'auteur des rondels que nous allons citer: p. 303 +(_Rondel Clermondois_), 309, 310 et 354. Au rondel de la p. 383, +il est désigné sous le nom de _Bourbon jadis Clermont_; le duc son +père venait de mourir, et ceci nous explique les deux premiers vers du +rondel suivant, où Charles d'Orléans dit: + + Comme parent et alyé + Du duc Bourbonnois à present[48]. + + [Note 47: Pag. 148-150.] + + [Note 48: Page 383.] + +Enfin, ce duc _Bourbonnois à présent_ est encore l'auteur de la +chanson de la page 235, et de trois rondels (pag. 386, 391, 425), où il +est appellé _Bourbon_[49]. C'est probablement à ce duc Jean, et en +qualité de collaborateur, que Villon empruntait de temps en temps six +écus. + + [Note 49: Plusieurs de ces rondels ou chansons portent au titre + le nom de _Bourbon_, et sont, par conséquent, postérieurs à + l'année 1456. Je m'éloigne donc encore ici de l'opinion émise (p. + 425-427) par M. Aimé Champollion qui attribue ces poésies à Jean + Ier, duc de Bourbon, mort en 1433.] + +Hugues le Voys, Pierre Chevalier, Étienne le Gout, Montbreton, Vaillant, +n'étaient pas, je crois, gentilshommes; mais à coup sûr, ainsi que le +lecteur pourra s'en convaincre facilement, ils n'étaient pas poëtes non +plus. Les deux rondels de Guillaume Cadier[50] et de Robertet composés +en l'honneur de Charles d'Orléans[51], les trois rondels de Guiot et de +Philippe Pot, sont mauvais. Jean, duc de Lorraine, fils du roi Réné, a +fait sept rondels; celui de la page 345 annonce de l'esprit et de la +finesse. C'est à ce même duc de Lorraine qu'Antoine de la Sale a dédie +le roman du _Petit Jehan de Saintré_. + + [Note 50: Charles d'Orléans nomme ce Guillaume Cadier dans une + ballade, p. 148.] + + [Note 51: Pag. 424.] + +Philippe de Boulainvilliers a mis dans le recueil une chanson et un +rondel, deux pièces délicieuses qu'on croirait échappées à la plume de +Charles d'Orléans; on peut ranger hardiment sur la même ligne les trois +rondels et la chanson de Fraigne. + +Deux rondels d'un style élégant et pleins de sentiments gracieux portent +au titre: _Madame d'Orléans;_ l'abbé de la Rue avait attribué ces +deux pièces à Bonne d'Armagnac[52], seconde femme du duc d'Orléans, et +qui probablement ne fit jamais un vers de sa vie. Nous nous empressons +de les restituer à leur véritable auteur, Marie de Clèves. + + [Note 52: _Essai hist. sur les Bardes._ etc. t III, p. 323.] + +La ballade de Gilles des Ourmes, _Je meurs de soif aupres de la +fontaine,_ ressemble à celle de Villon sur le même sujet; la chanson +de la page 210 est fine et spirituelle; disons-en autant du rondel de la +page 414; celui de la page 349, signé _Gilles_, est probablement du +même auteur. Nous lisons deux ballades et deux rondels de Berthault de +Villebresme; la ballade de la page 168, dont chaque vers commence par +le mot _tost_, semble être la continuation de celle de Pierre +Chevalier (p. 167), qui offre la même singularité. Les deux Caillau +ont composé onze pièces, tant ballades que rondels. Jean est +incontestablement supérieur à Simonnet; les rondels des pages 278 et +381 sont fort jolis, surtout le dernier. Benoît d'Amiens ne vaut pas +à beaucoup près Jean Caillau. Mais de tous ces poëtes, le plus fécond +était, sans contredit, Fredet. + +Fredet paraît pour la première fois à la page 169; il écrit une +_lectre en complainte_ à Charles d'Orléans, qui répond par une +autre complainte, laquelle est suivie d'une nouvelle lettre de Fredet. +Les deux poëtes se plaignent et se consolent mutuellement; le premier +est tourmenté par _Amour_ et le second par _Soussy_; ces trois +pièces sont froides et dénuées de tout intérêt poétique. Fredet et +Charles d'Orléans échangent encore Deux rondels (pages 251, 252) qui ne +valent pas mieux que leur complainte; mais bientôt les vers s'animent et +se colorent. A la page 279 Fredet dit les grandes douleurs qu'il endure, +et Charles d'Orléans (page 280) promet de l'aider de toute sa puissance; +en effet un peu plus loin (page 335) le prince dit à son protégé: +_Vostre fait que savez, va bien_. Nonobstant ces bonnes paroles, +voici Fredet qui déplore les mauvais tours qu'on lui joue, et appelle la +mort à grands cris (page 335). Que voulait Fredet? quels tours lui avait +on joué? c'est ce que le livre ne dit pas; mais à la page 336 nous +lisons un rondel de Charles d'Orléans où perce le dépit du prince et +toute la mauvaise humeur du poëte; il faut remarquer cette pièce, +quoique très-faible; elle est la seule de son genre dans le recueil. La +pique des deux poëtes amena sans doute une rupture, car à la page 350 +Charles d'Orléans se plaint de la longue absence de Fredet, mais d'une +façon toute bienveillante; ce rondel, qui a douze vers, est un petit +chef-d'oeuvre d'esprit, de bonhomie et de gaieté; la réponse (page 350) +nous apprend que Fredet était marié, ce qui fournit à Charles d'Orléans +le sujet d'un nouveau rondel (page 35l), aussi caustique, aussi piquant +qu'un chapitre de Rabelais ou une scène de Molière. + +Nous ne pousserons pas plus loin cet examen des collaborateurs de notre +poëte. Seulement nous ferons remarquer que tous s'efforçaient d'imiter +le maître, et que ceux-là réussissaient le mieux qui, comme Fraigne, +Boulainvilliers et Jean Caillau, en approchaient le plus. Il nous reste +maintenant à parler de quelques pièces comprises dans le recueil, et +dont les auteurs sont inconnus. + +L'attribution des poésies qui portent au titre un nom d'auteur doit être +mise, par cela même, hors de toute controverse. Les poésies non signées +peuvent se diviser en deux catégories: les unes, et c'est l'immense +majorité, appartiennent à Charles d'Orléans; les autres, et c'est +l'exception, appartiennent à ses collaborateurs; il suffira d'indiquer +ces dernières. + +Onze ballades commencent par le vers: _Je meurs de soif auprès de la +fontaine_; cinq de ces ballades ne sont pas signées[53]. Les poëtes +du château de Blois, et ceci en offre un exemple, choisissaient +ordinairement une pièce de vers qui servait de thème commun; or, il est +peu probable que Charles d'Orléans ait composé pour sa part les +cinq ballades non signées. Quelles sont celle ou celles qui lui +appartiennent? Nous nous bornerons ici à consigner notre doute, car dans +ces concours poétiques l'originalité de l'auteur disparaît, pour ainsi +dire, derrière la rigueur de programme. + +La ballade de la page 166 _(Du regime quod dedistis)_ n'est +certainement pas de Charles d'Orléans, car elle sert de réponse à la +précédente _(Bon régime sanitatis)_, qui est signée par lui. Nous +avons vu plus haut Charles d'Orléans et Fredet échanger deux rondels à +propos du mariage de ce dernier; or, je serais tout disposé à voir dans +les deux ballades une continuation de la même polémique; d'autant plus +que cette réponse non signée est tout à fait dans la manière de Fredet, +et j'ajouterai même qu'elle ressortait de la situation. On pourra +m'objecter que Fredet n'était pas _prince_, et que le mot se trouve +dans l'envoi de la ballade de Charles d'Orléans; mais nous ferons +remarquer que Villon appelait _prince_ son ami Garnier[54]; ce sont +fictions de poëte. + + [Note 53: Voyez l'Envoi de la ballade de Villon à Garnier. + _OEuvres de Villon_, édit. de M. Prompsault, p. 310-311.] + + [Note 54: Il nous est impossible de partager sur les + _Envois_ l'opinion de M. Aimé Champollion, qui a retranché des + poésies de Charles d'Orléans les six ballades suivantes (nous citons + les pages de notre édition): _En la forest de longue actente_, + p. 105; _Portant harnois rouillé de nonchaloir_, p. 108; + _Dieu vueille sauver ma galée_ p. 109; _Amour qui tant a de + puissance_, p. 158; _L'autre jour je fis assembler_, p. 165, + et _Bon regime sanitatis_, p. 166 (cette dernière porte au + titre dans les manuscrits le nom de Charles d'Orléans, et c'est + probablement par une omission involontaire que l'éditeur ne l'a pas + comprise dans son volume). Ces six ballades se terminent par un + _envoi_ adressé à un _prince_; et comme Charles d'Orléans + était prince, M. Aimé Champollion a conclu que ces poésies avaient + été composées pour lui et non par lui; mais ici le nouvel éditeur + nous semble avoir attaché au mot _prince_ une signification + trop absolue et trop rigoureuse. Nous avons déjà vu que cette + locution était employée chez les poëtes de ce temps comme une + formule toute de convention. Bien plus, Charles d'Orléans avait + autour de lui et dans sa famille de vrais princes auxquels il + pouvait dédier ses poésies: qu'on ouvre notre volume aux pages + 120 et 121, on y Trouvera des ballades _signées_ par Charles + d'Orléans, et adressées dans l'_envoi_ à un _prince_. La + ballade de la page 100 (_Comment voy je les Anglois esbahys_) + composée, en 1453, par Charles d'Orléans, à l'occasion de la + conquête de la Guienne et de la Normandie, porte au titre de + l'_envoi_ le mot _prince_ (le nouvel éditeur a supprimé ce + titre dans plusieurs ballades). Ainsi une ballade avec l'envoi à + un prince peut venir aussi bien de notre poëte que de ses + collaborateurs. J'attribue sans hésitation à Charles d'Orléans les + six ballades citées plus haut, car je crois y découvrir des traces + non douteuses de sa manière. La ballade de la page 105 est une + charmante poésie, et toutes offrent de ce beautés délicates et + élégantes qui ont, du moins à mes yeux, l'autorité d'une signature.] + +Le rondel de la page 245 (_Je suis desja d'amour tanné_), adressé +comme le précédent à la _doulce Valentine_, doit être du même +auteur, René, roi de Sicile, auquel nous attribuerons aussi le rondel de +la page 248 (_Se vous estiez comme moy_). + +La ballade de la page 111 (_Yeulx rougis, plains de piteux +pleurs_), celle de la page 129 _(Je n'ay plus soif, tarie est la +fontaine)_, celle de la page 131 _(Parfont conseil eximium)_ +et celle de la page 157 _(Visaige de baffe venu)_, me paraissent +toutes provenir des élèves de Charles d'Orléans; péniblement rimées, +triviales et dénuées de toute élégance, ces quatre ballades n'offrent +pas un vers qui trahisse le style pénétrant, facile et correct du +maître. Je rangerai dans la même catégorie le rondel de la page 406 +_(Prophétisant de vostre advenement)_, celui de la page 425 _(Des +droiz de la porte Baudet)_ et celui de la page 426 _(Gardez vous +bien de ce fauveau)_, celui de la page 410 _(Les biens de Vous, +honneur et pris)_ et les trois suivants. Le rondel de la page 324 +_(Se vous voulez m'amour avoir)_ serait plus naturellement placé +dans la bouche d'un poëte féminin que dans celle de Charles d'Orléans. + +Le petit poëme diffus, plein de vers barbares, intitulé: _Le lay +piteux_ (pages 429-436), et que deux manuscrits comprennent au nombre +des poésies de Charles d'Orléans, me paraît d'une époque plus ancienne +et n'est vraisemblablement pas de lui; à la page 430, ligne 10, on lit +le mot _arme_ pour _ame_; à la page 434, ligne 31, _li_ +pour _le_; à la page 436, ligne 24, _m'ot_ pour _m'a;_ +ces formes grammaticales, dont les vers De Charles d'Orléans n'offrent +pas d'exemple[55], viennent nous raffermir dans notre conviction. + + [Note 55: A la page 390 de l'édition de M. Aimé Champollion, + ligne 16, on lit le vers suivant: _Abayer ne m'ot sonner._ Il + faut _mot; voy._ notre édition, page 399, vers 22.] + +Il y a bien encore quelques rondels sur lesquels nous ne sommes pas +absolument fixés; mais nous avons dû nous borner ici à indiquer les +pièces dont l'authenticité nous a paru la plus suspecte. Une lecture +attentive des poésies de Charles d'Orléans et des membres de sa petite +académie, est le meilleur guide qu'on puisse choisir pour démêler +sûrement, dans cette espèce d'album poétique, ce qui appartient à +celui-ci ou à ceux-là; toutefois il faut se défier de Fraigne et de +Boulainvilliers, dont la manière se rapproche et égale parfois celle du +maître. Maintenant on comprendra pourquoi nous avons publié le recueil +dans son entier, pourquoi nous avons toujours fidèlement et exactement +reproduit les titres de chaque pièce et pourquoi nous les avons laissées +dans l'ordre indiqué par le manuscrit où elles sont les plus nombreuses. +Tout cela est un enseignement nécessaire pour ceux qui voudront examiner +des questions que nous n'avons certainement pas la prétention d'avoir +résolues; d'ailleurs ces poésies s'éclairent les unes les autres et il +y a ici trop d'obscurité pour ne pas saisir avec empressement la plus +petite lumière. Le lecteur a maintenant les pièces du procès sous les +yeux, il appréciera[56]. + + [Note 56: Les manuscrits que nous avons reproduits dans celle + édition sont au nombre de six: + + 1. BIBLIOTH. DU ROI. (_Lavall._ No 193.) 269 feuil. vélin, + in-8°. Le feuillet 1 porte les armes de la maison d'Orléans. + L'écriture annonce la fin du quinzième siècle. Ce manuscrit, auquel + plusieurs scribes ont travaillé, a appartenu au duc de la Vallière. + + 2. BIBLIOTH. DU ROI. _(Fond. franc._, No 7357-4.) 112 feuil. + écrits sur Deux col. vélin, petit in-folio. Le feuillet 1 porte les + armes de la maison d'Orléans et de Milan. Moins ancien que le No 1, + le manuscrit No 2 représente le recueil le plus complet des poésies + de Charles d'Orléans et de ses collaborateurs; il a appartenu + à Henri II, à Catherine de Médicis, à Ballesdens et à Colbert. + L'exécution du manuscrit No 2 est très-riche et très-soignée; mais + les textes offrent la trace d'altérations nombreuses. + + 3. BIBLIOTH. DU ROI. _(S.Germ._ 1660.) Papier, petit in-folio. + Les poésies de Charles d'Orléans, recueillies dans le même volume + avec d'autres Opuscules, commencent au recto du feuillet 1 par ces + mots: _Cy commence le livre que monseigneur Charles duc d'Orléans + a faict estant prisonnier en Angleterre_, et finissent au recto + du feuillet 59: _Cy fine le livre_, etc. Le manuscrit No 3 ne + contient qu'une partie des poésies de l'auteur; mais dans le nombre + se trouvent une ballade, _le Lay piteux_, deux rondeaux et deux + chansons, qui manquent aux Nos 1 et 2. + + 4. BIBLIOTH. DE L'ARSENAL. 139 feuil. vélin, petit in-4º. Le + feuillet 1 porte la signature du marquis de Paulmy. Le manuscrit No + 4, moins complet que les Nos 1 et 2, plus ancien que ce dernier, + nous a fourni quelques leçons utiles. + + 5. BIBLIOTH. DE L'ARSENAL. Papier, petit in-folio. Ce volume + contient les poésies de divers auteurs; celles de Charles d'Orléans + occupent cinquante-trois feuillets; elles se terminent par la + souscription suivante; _Cy fine le livre que monseigneur d'Orléans + fist lui estant prisonnier en Angleterre, là où vous trouvères la + lectre de Retenue, et balades, et complaintes, et la Requeste, et la + Quictance, comme il bailla son cueur en gaige, et la lectre close et + le dit de France, et le lay piteux_, etc., etc. Le manuscrit No 5 + offre les mêmes textes que le No 3; mais il est moins correct, et + on y remarque une lacune considérable; le copiste a omis vingt-cinq + ballades. + + 6. BIBLIOTH DE L'ARSENAL. Papier, in folio. Reproduction + très-fautive du Manuscrit No 2. Cette copie, a été faite an + commencement du siècle dernier, sur un texte vicieux et déjà altéré; + mais une main érudite a jeté sur les marges du volume quelques notes + qui ont dû appeler notre attention. Au folio 120 recto le critique + anonyme écrit ces mois: _Galois et Galoises dont j'ai parlé dans + mes Mémoires sur la chevalerie_, et un peu plus loin (folio + 126 verso), il renvoie le lecteur à son _glossaire_ au mot + _estradiot_. Or, ce critique ne peut être que La Curne + de Sainte Palaye, dont l'écriture fine et serrée se reconnaît + d'ailleurs à la première vue. M. Aimé Champollion, qui, tout à + l'heure, était sans pitié pour notre ami François Villon, n'a vu + dans les remarques du célèbre philologue que des «_notes dont le + ridicule et la singularité sont le seul mérite_.» _(Notice + prélim_. xxxi.) Nous sommes moins difficile, nous avons lu les + Observations de Sainte Palaye avec tout le soin que commande le nom + de L'auteur, et nous y avons puisé des lumières pour rédiger le + glossaire qui termine notre volume. + + Le manuscrit n° 1, sans contredit le plus ancien et le plus correct + de tous, est celui que nous avons suivi de préférence pour la + transcription des textes. Le manuscrit n° 2, où les pièces sont les + plus nombreuses, est celui que nous avons suivi pour la distribution + et le classement des pièces. Ainsi notre Édition, à partir de la + page 1, jusques y compris le rondel de Cadier, page 425, reproduit, + dans leur ordre successif, les diverses poésies contenues dans le + manuscrit n° 2 (il faut toutefois excepter une première strophe de + la ballade de la page 116, qui, comme nous l'avons dit en note, + appartient au manuscrit n° 1). Les trois rondels qui suivent celui + de Cadier sont empruntés au manuscrit n° I, et le reste du volume, à + partir de la ballade de la page 426 est tiré des manuscrits 3 et 5. + + Les bibliographes signalent encore d'antres manuscrits des poésies + de Charles d'Orléans. Quatre de ces manuscrits sont à Londres, un à + Grenoble et un à Carpentras. Les manuscrits de Londres renferment, + dit-on, quelques chansons qui manquent dans ceux de Paris: je ne + sais si ces chansons appartiennent à notre auteur. Un des manuscrits + de Londres est la traduction anglaise des Oeuvres de Ch. d'Orléans; + cette traduction a été publiée en 1827, par M. Walson Taylor. + Le manuscrit de Grenoble ne contient qu'une partie des poésies + composées par Charles d'Orléans et ses collaborateurs: les textes + offrent de fâcheuses lacunes; et une imperfection plus fâcheuse + encore est l'absence du nom des auteurs en tète des pièces. Le + manuscrit de Carpentras paraît être une copie des manuscrits déjà + cités. + + De tous ces manuscrits, ceux que nous avons décrits sous les n° 1 + et 2 sont assurément les plus précieux, surtout le n° 1, qui semble + réunir tous les Caractères d'un texte original. L'édition de + Chalvet, qui a publié le manuscrit de Grenoble, nous a peu servi. + + On lit dans les manuscrits n° 1 et n° 2, une ballade et huit rondels + ou chansons en anglais; nous n'avons pas reproduit ces poésies qui + intéressent peu la littérature française. Nous avons joint au volume + un petit _glossaire-index_ qui donne l'explication des termes + les plus vieillis. Le recueil contient une carole en latin (p. 266), + un certain nombre de poésies mêlées de latin et de français, et deux + rondels (p. 361 et 390) où le français et l'italien se trouvent + confondus; nous n'avons inséré dans le glossaire que des mots + français D'ailleurs les termes empruntés aux idiomes étrangers + n'offrent pas ici de difficultés sérieuses, il faut toutefois + excepter le vers: _Contre fenoches et noxbuze_ (p. 361 et 390), + dont le sens est assurément fort obscur. Nous avons hésité entre + diverses interprétations qui, après un examen attentif, nous ont + paru trop peu certaines; ajoutons que Sainte-Palaye a écrit à la + marge du vers cité: _Mots que je n'entens pas_. Quelques Fautes + se sont glissées dans notre édition; au rondel dialogué de la page + 355, les noms des personnages _Soussy_ et _Cusur_ ont été + transposés dans les quatre premiers vers. On a imprimé au premier + vers de la page 1 _au_ pour _ou_. Quoique le poète ait dit + lui-même dans un de ses rondels: _ Au temps passé_, il faut + néanmoins signaler cette petite infidélité; tous les manuscrits + portent _ou_. Nous avons fait nos efforts pour donner un texte + pur et correct, et nous prions le lecteur de nous pardonner les + fautes qui, malgré des soins assidus, ont pu nous échapper, soit + dans la copie des manuscrits, soit dans l'impression du volume.] + +Retiré à Blois, Charles d'Orléans s'abandonna tout entier à ses goûts +littéraires, et chaque jour voyait s'accroître le nombre infini de ses +Poésies. Une promenade en bateau, la visite d'un parent, une partie +de chasse, en un mot, les moindres accidents deviennent sous sa plume +facile le sujet d'un rondel; de là aussi quelques passages du livre dont +le sens nous échappe aujourd'hui. Jamais le front du poète ne fut plus +serein, ni sa main plus ferme; nous recommandons au lecteur la ballade +de la page 106 _(Je cuide que ce sont nouvelles)_, et surtout celle +de la page 112 _(Ce que l'ueil despend en plaisir)_ où un certain +Contentement de soi-même s'allie merveilleusement à une sensibilité qui +n'a rien d'affecté. Le petit poème en ballades sur la Fortune (pages +113-116) offre aussi de grandes beautés, mais d'un ordre plus élevé. La +ballade de la page 107 _(N'a pas longtemps qu'escoutoye parler)_ +est ravissante; l'auteur n'a peut-être jamais mieux fait. J'avoue +qu'entre toutes les poésies de Charles d'Orléans, j'ai une préférence +marquée pour celles de cette époque; le poète me semble ici avoir +atteint toute la puissance et toute la maturité de son talent. Les +majestueuses grandeurs de la nature viennent se refléter dans ses vers, +et quelques-uns de ses rondels sur l'été aux _tappis veluz_[57], sur +l'hiver qui fuit[58], sont des chefs-d'oeuvre déjà devenus populaires. +Son humeur honnête et pacifique le Tenait éloigné des agitations; il +enseignait sa petite académie, et c'est à peine si nous trouvons çà +et là quelques anneaux qui le rattachent au mouvement politique de +l'Europe. En 1442, Charles VII chargea le duc d'Orléans de conclure à +Tours une trêve avec les Anglais; les deux premiers vers du rondel de +la page 250 _(Durant les trêves d'Angleterre)_ rappellent cette +négociation. En 1447, Philippe Marie, duc de Milan, mourut sans laisser +d'héritier, et Charles d'Orléans, comme fils de Valentine, réclama cette +riche succession; aidé par le duc de Bourgogne, il leva une petite armée +et en confia le commandement à Jean de Châlons. L'exécution fut de petit +fruit, dit Olivier de la Marche. En effet, on sait que François Sforce, +qui avait épousé une fille bâtarde du défunt, l'emporta sur ses rivaux +et conquit le duché; après un voyage à Asti, Charles d'Orléans revînt à +Blois. En 1458, il sortit de nouveau de sa retraite pour défendre Jean +II, duc d'Alençon, son gendre et son collaborateur en rondels, accusé du +crime de haute trahison[59]. Jean d'Alençon fut condamné à mort, mais le +roi fit grâce. + + [Note 57: Pag. 422.] + + [Note 58: Pag. 423.] + + [Note 59: Ce discours prononcé par Charles d'Orléans; et que nous + avons déjà cité page IX, a été conservé dans un manuscrit de là + Bibliothèque du Roi _(Fonds franc._ n° 7357-4).] + +Quelques-unes des dernières poésies de Charles d'Orléans portent +l'empreinte d'une décadence qu'on ne saurait dissimuler. Le poète a +perdu par degré sa vive allure et ses fraîches inspirations; il rime +toujours, mais son vers est décoloré, la sève des jeunes années a +disparu, et sa plume se traîne péniblement sur des sujets peu propres à +réveiller une muse épuisée; son imagination languit, s'éteint peu à peu +et paraît comme affaissée sous le poids de je ne sais quelle douleur +secrète; il dit tristement: + + Le monde est ennuyé de moy + Et moy pareillement de luy[60]. + +Et ailleurs: + + Je ne voy rien qui ne m'annuye + Et ne scay chose qui me plaise[61]. + + [Note 60: Pag. 287.] + + [Note 61: Pag. 377.] + +En 1462, la duchesse d'Orléans mit au monde un fils; mais ce bonheur +domestique ne réjouit plus le poète, ni ses chants, qui portent la trace +d'un sombre découragement et semblent annoncer une fin prochaine. En +effet, Charles d'Orléans allait être entraîné une dernière fois sur +la scène politique; le vieillard modeste, si plein de douceur et +d'humanité, le poète plaintif, devait paraître, avant de mourir, en face +de Louis XI. + +Louis XI avait résolu de dépouiller le duc de Bretagne de son duché, et +dans les états tenus à Tours, en 1464, Charles d'Orléans osa vanter +les douceurs de la paix publique et faire au roi quelques timides +remontrances que son grand âge eût dû lui faire pardonner. Louis XI, +furieux, interrompit violemment ces humbles paroles et accabla l'orateur +d'insultes et d'outrages. Le vieillard épouvanté s'enfuit de Tours +précipitamment; arrivé à Amboise, il expira le 4 janvier 1465. + +Quand on lit Christine de Pisan, Eustache Deschamps, Alain Chartier, +Martin le Franc et leurs contemporains, on se demande où notre poète +a puisé cette élocution facile, ce vers net, incisif et nerveux, ce +sentiment exquis de l'harmonie et de la pureté du langage qu'on retrouve +jusque dans ses poésies les plus négligées. Charles d'Orléans apparaît +au premier âge de notre littérature dans tout l'éclat d'un génie +original; il ne copie ni ne singe personne; c'est un homme toujours lui, +qui ne pose jamais, et qui donne aux moindres idées, aux plus fugitifs +détails, une forme admirable d'élégance et de distinction; rien de +guindé, rien de prétentieux, ni de préparé à l'avance; on pourrait faire +avec son livre son histoire de chaque jour; il dit toute chose, et +s'embarrasse peu si on l'écoute; il écrit pour lui, comme un voyageur +sur son album; maintenant choisissez ce qui vous plaît, vous trouverez +partout l'homme simple et bon, imprégné d'un parfum aristocratique qui +assouplit merveilleusement sa voix. Dans la jeunesse, il vous parlera +de ses amours; dans la prison, de ses ennuis; dans le château, de ses +pères, de sa philosophie songeuse. Ne lui demandez pas des souvenirs +trop lointains, il vit au jour le jour, ne s'inquiétant, ni de la +veille, ni du lendemain; c'est une nature insouciante, timide, un peu +molle et qui ne retrouve réellement sa vivacité que dans le vers qui +échappe à sa pensée. Né poète, la poésie a été l'occupation de toute sa +vie; les ballades, les rondels qui tombaient chaque jour de sa plume +sont devenus peu à peu, et peut-être sans qu'il s'en doutât, un +véritable monument poétique dont l'influence s'est étendue au loin dans +les siècles suivants. Mais pour achever cette esquisse trop imparfaite, +appelons ici à notre aide l'imposante parole d'un de nos plus ingénieux +écrivains: «Il y a dans Charles d'Orléans, dit M. Villemain, un bon goût +d'aristocratie chevaleresque, et cette élégance de tour, cette fine +plaisanterie sur soi-même, qui semble n'appartenir qu'à des époques +très-cultivées. Il s'y mêle une rêverie aimable, quand le poète songe à +la jeunesse qui fuit, au temps, à la vieillesse. C'est la philosophie +badine et le tour gracieux de Voltaire dans ses stances à madame du +Deffant.» Et ailleurs: «Le poète, parla douce émotion dont il était +rempli, trouve de ces expressions qui n'ont point de date, et qui, étant +toujours vraies, ne passent pas de la langue et de la mémoire d'un +peuple. Sans doute, quelques empreintes de rouille se mêlent à ces +beautés primitives; mais il n'est pas d'étude où l'on puisse mieux +découvrir ce que l'idiome français, manié par un homme de génie, offrait +déjà de créations heureuses[62].» + + [Note 62: _Tableau de la littérature au moyen âge_, par M. + Villemain, t. II, p. 228 et 234.] + +Le suc poétique, si je puis dire ainsi, exprimé par Charles d'Orléans, +a été soigneusement recueilli par Villon et par Marot; le premier y +a déposé sa franchise quelque peu cynique, et le second sa verve +étincelante, son vers correct et les traditions des littératures +grecques, et et latines qui renaissaient. Ces trois éléments combinés +dominent toute la poésie du seizième siècle. Ainsi pour apprécier, sous +tous ses aspects, le livre de Charles d'Orléans, il faudrait analyser +ces trois individualités et montrer l'effet qu'elles durent produire +confondues. Nous laissons ces questions de haute critique à une main +plus habile; d'ailleurs nous avons dû renfermer cette notice dans +les bornes restreintes et modestes d'une biographie littéraire; nous +n'ajouterons plus qu'un mot. De graves historiens ont prétendu que le +duc d'Orléans, prince du sang royal de France, était resté au dessous +de sa mission; ils lui ont fait un crime d'avoir soutenu mollement le +drapeau de la révolte et de la guerre civile, et ils lui reprochent +ses vers, en quelque sorte, comme des lâchetés. Voilà, en vérité, de +singulières accusations. Eh bien, sauf le respect que nous devons à ces +historiens, je crois que si au lieu d'assassiner leurs parents, d'avilir +une monarchie qu'ils devaient protéger, délivrer leur pays aux Anglais, +Jean sans Peur, le comte de Saint-Pol et le connétable d'Armagnac +avaient employé leur loisir à rimer des ballades dans leur château, je +crois, dis-je, que nos pères de ce temps-là en eussent ressenti +quelques bons effets. Historiens, rassure-vous, les chefs politiques ne +manqueront jamais à vos récits; mais des poètes comme Charles d'Orléans, +on n'en trouve qu'un dans une littérature; ainsi, pardonnez-lui ses +poésies. + +J. MARIE GUICHARD. + + + LISTE DES AUTEURS + NOMMÉS EN TÊTE DE QUELQUES-UNES + DES POÉSIES CONTENUES DANS CE VOLUME. + + + +ALBRET (le cadet d'), 352, 356. +ALENÇON (Jean II, duc d'), 271. +BENOIT d'Amiens, 358, 359, 371, 390, 397, 418. +BLOSSEVILLE (le vicomte de), 385. +BOUCICAUT, 339, 340. +BOULAINVILLIERS (Philippe de), 209,353. +BOURBON (Jean II, duc de), 235, 303, 309, 310, 334, 354, 383, 386, 391, +425. +BOURGOGNE (Philippe-le-Bon, duc de), 152, 154. +CADET (le), voy. Albret. +CADIER (Guillaume), 424. +CAILLAU (Jean), 104, 136,278, 312, 380, 381. +CAILLAU (Simonnet), 138, 341, 370, 395, 413. +CHEVALIER (Pierre), 167. +CLERMONT (compte de), voy. Bourbon. +CUISE (Antoine de), 408, 409. +DALEBRET, voy. Albret. +FARET, 371. +FRAIGNE, 238,389, 405, 406. +FREDET, 169, 176, 251, 279, 322, 325, 335, 341, 350. +GARENCIÈRES (Jean de Montenay, sire de), 142. +GEORGE, 337. +GILLES, 349. +GOUT (Étienne le), 269. +LORRAINE (Jean, duc de), 342, 344,345, 346, 372, 415, 416. +LUSSAY (Antoine de), 348. +MARCHE (Olivier de la), 336. +MONTBRETON, 133. +NEVERS (Charles de Bourgogne, comte de), 243, 319. +ORLÉANS (Charles, duc d'), 103, 120, + 121, 123, 141, 151, 153, 155, 158, 159, + 166, 173, 234, 243, 244, 246, 248--250, + 252, 260, 269, 271, 280, 311, 313, + 320, 323, 334, 335, 336, 340--342, + 346, 347, 350--352, 354--358, 360--368, + 370, 372--389, 391--395, 397--405, + 407, 409. 412--414, 417, 420, 423. +ORLÉANS (Marie de Clèves, duchesse d'), 321, 347. +OURMES (Gilles des), 137, 210, 349, 353, 396, 414. +POT (Guiet), 348, 349. +POT (Philippe), 348. +ROBERTET, 133, 424. +SECILE (René d'Anjou, roi de), 245, 248, 249, 250. +SÉNÉCHAL (le grand), 384, 405. +TIGNONVILLE, 360, 396. +TORSY (le seigneur de), 333. +TREMOILLE (Jacques, bâtard de la), 110, 351. +VAILLANT, 102, 337, 338. +VILLECRESME (Berthaud de), 135, 168, 387, 390. +VILLON (François), 130. +VOYS (Hugues le), 397, 400, 401. + + + + + POÉSIES DE CHARLES D'ORLÉANS + DE JEHAN DE LORRAINE, DE GILLES DES OURMES, + DU COMTE DE CLERMONT, DE SIMONNET ET DE JEHAN CAILLAU, + DE BERTHAULT DE VILLEBRESME, DE FREDET, ETC. + + + +Au temps passé quant Nature me fist +En ce monde venir, elle me mist +Premierement tout en la gouvernance +D'une Dame qu'on appeloit Enfance; +En lui faisant estroit commandement +De me nourrir, et garder tendrement, +Sans point souffrir soing ou merencolie, +Aucunement me tenir compaignie; +Dont elle fist loyaument son devoir; +Remercier l'en doy pour dire voir. + +En cest estat, par ung temps me nourry, +Et apres ce, quant je fu enforcy, +Ung messaigier qui Aage s'appella, +Une lectre de creance bailla +A Enfance, de par Dame Nature, +Et si lui dist que plus la nourriture +De moy n'auroit, et que Dame Jeunesse +Me nourriroit, et seroit ma maistresse; +Ainsi du tout Enfance delaissay, +Et avecques Jeunesse m'en alay. + +Quant Jeunesse me tint en sa maison, +Ung peu avant la nouvelle saison, +En ma chambre s'en vint ung bien matin, +Et m'esveilla le jour saint Valentin, +En me disant: Tu dors trop longuement, +Esveille toy, et aprestes briefment, +Car je te vueil avecques moy mener +Vers ung seigneur dont te fault acointer, +Lequel me tient sa servante tres chiere; +Il nous fera, sans faillir, bonne chiere. + +Je respondy: Maistresse gracieuse, +De lye cueur et voulenté joyeuse, +Vostre vouloir suy content d'acomplir; +Mais humblement je vous vueil requerir +Qu'il vous plaise le nom de moy nommer +De ce seigneur dont je vous oy parler, +Car s'ainsi est que sienne vous tenez, +Sien estre vueil, se le me commandez; +Et en tous faiz vous savez que desire +Vous ensuir, sans en riens contredire. + +Puis qu'ainsy est, dist elle, mon enfant, +Que de savoir son nom desirez tant, +Saichiez de vray que c'est le Dieu d'amours +Que j'ay servy, et serviray tousjours, +Car de pieca suy de sa retenue, +Et de ses gens, et de lui bien congneue, +Oncques ne vis maison, jour de ta vie, +De plaisans gens si largement remplie; +Je te feray avoir d'eulx acointance, +Là trouverons de tous biens habondance. + +Du Dieu d'amours quand parler je l'oy. +Aucunement me trouvay esbahy; +Pour ce lui dis: Maistresse, je vous prie +Pour le present que je n'y voise mie, +Car j'ay oy à plusieurs raconter +Les maulx qu'Amour leur a fait endurer, +En son dangier bouter ne m'oseroye, +Car ses tourmens endurer ne pourroye; +Trop jeune suy pour porter si grant fais, +Il vaulx trop mieulx que je me tiengne en pais. + +Fy, dist elle, par Dieu tu ne vaulx riens; +Tu ne congnois l'onneur et les grans biens +Que peus avoir, se tu es amoureux, +Tu as oy parler les maleureux, +Non pas amans qui congnoissent qu'est joye; +Car raconter au long ne te sauroye +Les biens qu'Amour scet aux siens departir; +Essaye les, puis tu pourras choisir +Se tu les veulx ou avoir ou laissier; +Contre vouloir nul n'est contraint d'amer. + +Bien me revint son gracieux langaige, +Et tost muay mon propos et couraige, +Quant j'entendy que nul ne contraindroit +Mon cueur d'amer fors ainsy qu'il vouldroit; +Si luy ay dit: Se vous me promectez, +Ma Maistresse, que point n'obligerez +Mon cueur, ne moy, contre nostre plaisir, +Pour ceste fois je vous vueil obeir, +Et à present vous suivray ceste voye, +Je prie à Dieu qu'à honneur m'y convoye. + +Ne te doubles, se dist elle, de moy, +Je te prometz et jure par ma foy +Par moy ton cueur ja forcé ne sera, +Mais garde soy qui garder se pourra, +Car je pense que ja n'aura povoir +De se garder, mais changera vouloir; +Quant Plaisance lui monstrera à l'ueil +Gente beaulté plaine de doulx acueil, +Jeune, saichant, et de maniere lye, +Et de tous biens à droit souhait garnie. + +Sans plus parler, sailli hors de mon lit, +Quant promis m'eust ce que devant est dit, +Et m'aprestay le plus joliement +Que peu faire, par son commandement: +Car jeunes gens qui desirent honneur, +Quant veoir vont aucun royal Seigneur, +Ilz se doivent mectre de leur puissance +En bon arroy, car cela les avance; +Et si les fait estre prisiez des gens, +Quant on les voit netz, gracieux et gens. + +Tantost apres tous deux nous en alasmes, +Et si longtemps ensemble cheminasmes +Que venismes au plus pres d'un manoir +Trop bel assis, et plaisant à veoir; +Lors Jeunesse me dist: Cy est la place +Où Amour tient sa court et se soulace, +Que t'en semble, n'est elle pas tres belle? +Je respondy: Oncques mais ne vy telle. +Ainsi parlans aprouchasmes la porte, +Qui à veoir fut tres plaisant et forte. + +Lors Jeunesse si hucha le portier, +Et lui a dit: J'ay cy ung estrangier, +Avecques moy entrer nous fault leans; +On l'appelle CHARLES DUC D'ORLÉANS. +Sans nul delay le portier nous ouvry, +Dedens nous mist, et puis nous respondy: +Tous deux estes ceans les bien venuz; +Aler m'en vueil, s'il vous plaist, vers Venus +Et Cupido, si leur raconteray +Qu'estes venuz, et ceans mis vous ay. + +Le portier fu appellé compaignie +Qui nous receu de maniere si lye, +De nous party, à Amour s'en ala: +Briefment apres devers nous retourna, +Et amena Bel-acueil et Plaisance +Qui de l'ostel avoient l'ordonnance; +Lors quant de nous approucher je les vy, +Couleur changay, et de cueur tressailly. +Jeunesse dist: De riens ne t'esbahys, +Soyes courtois et en faiz et en dys. + +Jeunesse tost se tira devers eulx, +Apres elle m'en alay tout honteulx, +Car jeunes gens perdent tost contenance +Quant en lieu sont où n'ont point d'acointance; +Si lui ont dit: «Bien soyez vous venue; +Puis par la main l'ont liement tenue; +Elle leur dit: «De cueur vous en mercy; +J'ay amené céans cest enfant cy, +Pour lui monstrer le tres loyal estat +Du Dieu d'amours, et son joyeulx esbat. + +Vers moy vindrent me prenant par la main, +Et me dirent: «Nostre Roy souverain +Le Dieu d'amours vous prie que venez +Par devers lui, et bien venu serez. +Je respondy humblement: «Je mercie +Amour et vous de vostre courtoisie: +De bon vouloir iray par devers lui, +Pour ce je suis venu cy aujourdui, +Car Jeunesse m'a dit que le verray +En son estat et gracieux array. + +Bel-acueil print Jeunesse par le bras, +Et Plaisance si ne m'oublia pas, +Mais me pria qu'avec elle venisse, +Et tout le jour pres d'elle me tenisse; +Si alasmes en ce point jusqu'au lieu +Là où estoit des amoureux le Dieu. +Entour de lui son peuple s'esbatoit, +Dancant, chantant, et maint esbat faisoit; +Tous à genoulz nous meismes humblement, +Et Jeunesse parla premierement + +Disant, «Tres haut et noble puissant Prince, +A qui subgiet est chascune province, +Et que je doy servir et honnourer, +De mon povoir je vous viens presenter +Ce jeune filz qui en moy a fiance, +Qui est sailly de la maison de France, +Creu ou jardin semé de fleurs de lys, +Combien que j'ay loyaument lui promis +Qu'en riens qui soit je ne le lyeray, +Mais à son gré son cueur gouverneray. + +Amour repont, «Il est le bien venu, +Ou temps passé j'ay son pere congneu, +Plusieurs autres aussi de son lignaige +Ont mainteffoiz esté en mon servaige, +Parquoy tenu suy plus de lui bien faire, +S'il veult apres son lignaige retraire; +Vien ça, dist il, mon filz, que pense tu? +Fu tu oncques de ma darde feru; +Je croy que non, Car ainsi le me semble; +Vien pres de moy, si parlerons ensemble. + +De cueur tremblant pres de lui m'aprouchay, +Si lui ay dit: «Sire, quant j'accorday +A Jeunesse de venir devers vous, +Elle me dist que vous estiez sur tous +Si tres courtois que chascun desiroit +De vous hanter, qui bien vous congnoissoit; +Je vous supply que je vous trouve tel, +Estrangier suy venu en votre hostel, +Honte seroit à vostre grant noblesse +Se fait m'estoit ceans mal ou rudesse. + +Par moy contraint, dist Amour, ne seras, +Mais de ceans jamais ne partiras +Que ne soies es las amoureux pris: +Je m'en fais fort, se bien l'ay entrepris: +Souvent Mercy me vendras demander, +Et humblement ton fait recommander, +Mais lors sera ma grace de toy loing; +Car à bon droit le fauldray au besoing, +Et si feray vers toy le dangereux, +Comme tu fais d'estre vray amoureux. + +Venez avant, dist il, plaisant Beaulté, +Je vous requier que sur la loyaulté +Que me devez, le venez assaillir, +Ne le laissiez reposer ne dormir, +Ne nuit, ne jour, s'il ne me fait hommaige, +Aprivoisiez ce compaignon sauvaige; +Ou temps passé vous conqueistes Sampson +Le fort, aussi le saige Salmon. +Se cest enfant surmonter ne savez, +Vostre renom du tout perdu avez. + +Beaulté lors vint, de costé moy s'assist, +Ung peu se teut, puis doulcement m'a dist: +Amy, certes, je me donne merveille +Que tu ne veulx pas que l'en te conseille; +Au fort saiches que tu ne peuz choisir, +Il te convient à Amour obeir; +Mes yeulx prindrent fort à la regarder, +Plus longuement ne les en peu garder; +Quant Beaulté vit que je la regardoye, +Tost par mes yeulx ung dard au cueur m'envoye. + +Quand dedens fu, mon cueur vint esveiller, +Et tellement le print à catoillier +Que je senty que trop rioit de joye; +Il me despleut qu'en ce point le sentoye; +Si commençay mes yeulx fort à tenser, +Et envoyay vers mon cueur ung penser, +En lui priant qu'il gectast hors ce dard; +Helas! helas! j'y envoyay trop tart, +Car quant Penser arriva vers mon cueur, +Il le trouva ja pasmé de doulceur. + +Quant je le sceu, je dis par desconfort, +Je hé ma vie, et desire ma mort, +Je hé mes yeulx, car par eulx suis deceu, +Je hé mon cueur qu'ay nicement perdu, +Je hé ce dard qui ainsi mon cueur blesse, +Venez avant, partuez moy, Destresse, +Car mieulx me vault tout à ung cop morir +Que longuement en desaise languir; +Je congnois bien, mon cueur est pris es las +Du Dieu d'amours, par vous Beaulté, helas! + +Adonc je cheu aux piez d'Amour malade, +Et semblay mort, tant euz la coleur fade: +Il m'apperceu, si commenca à rire +Disant: «Enfant, tu as besoing d'un mire; +Il semble bien par ta face palie +Que tu seuffres tres dure maladie; +Je cuidoye que tu fusses si fort +Qu'il ne fust riens qui te peust faire tort, +Et maintenant, ainsi soudainement, +Tu es vaincu par Beaulté seulement. + +Où est ton cueur pour le present alé +Ton grant orgueil est bientost ravalé; +Il m'est advis tu deusses avoir honte +Si de legier, quant Beaulté te surmonte, +Et à mes piez t'a abatu à terre; +Revenge toy, se tu vaulx riens pour guerre, +Ou à elle il vault mieulx de toy rendre, +Se tu ne scez autrement te deffendre, +Car de deux maulx, puisque tu peuz eslire, +C'est le meilleur que preignes le moins pire. + +Ainsi de moy fort Amour se mocquoit, +Mais non pourtant de ce ne me challoit, +Car de douleur je estoye si enclos +Que je ne tins compte de tous ses mos: +Quant Jeunesse vit que point ne parloye, +Car tout advis et sens perdu avoye, +Pour moy parla, et au Dieu d'amours dist: +Sire, vueillez qu'il ait aucun respit: +Amour respont: «Jamais respit n'aura +Jusques à tant que rendu se sera.» + +Beaulté mist lors en son giron ma teste, +Et si m'a dit: «De main mise t'arreste, +Rens toy à moy, et tu feras que saige, +Et à Amour va faire ton hommaige; +Je respondy: «Ma Dame, je le vueil, +Je me soubzmetz du tout à vostre vueil; +Au Dieu d'amours et à vous je me rens, +Mon povre cueur à mort feru je sens, +Vueillez avoir pitié de ma tristesse, +Jeune, gente, nompareille Princesse. + +Quant je me fu ainsi rendu à elle: +Je maintendray, dist elle, ta querelle +Envers Amour, et tant pourchasseray +Qu'en sa grace recevoir te feray; +A brief parler, et sans faire long compte, +Au Dieu d'amours mon fait au vray raconte, +Et lui a dit, «Sire, je l'ay conquis, +Il s'est à vous, et à moi tout soubzmis, +Vueillez avoir de sa douleur mercy, +Puisque vostre se tient, et mien aussy; + +S'il a meffait vers vous, il s'en repent, +Et se soubzmet en vostre jugement; +Puisqu'il se veult à vous abandonner, +Legierement lui devez pardonner; +Chascun seigneur qui est plain de noblesse +Doit departir mercy à grant largesse; +De vous servir sera plus obligié, +Se franchement son mal est allegié; +Et si mectra paine de desservir +Voz grans biensfaiz, par loyaument servir. + +Amour respont: Beaulté, si saigement +Avez parlé, et raisonnablement, +Que pardonner lui vueil la malvueillance +Qu'ay eu vers lui, car par oultrecuidance +Me courrouça quant, comme foul et nice, +Il refusa d'entrer en mon service; +Faictes de lui ainsi que vous vouldrez, +Content me tiens de ce que vous ferez, +Tout le soubzmetz à vostre voulenté, +Sauve, sans plus, ma souveraineté. + +Beaulté respont: Sire, c'est bien raison +Par dessus tous et sans comparaison, +Que pour seigneur et souverain vous tiengne, +Et ligement vostre subgiet deviengne; +Premierement devant vous jurera +Que loyaument de cueur vous servira, +Sans espargnier, soit de jours ou de nuis, +Paine, soucy, dueil, courroux ou ennuis, +Et souffrera, sans point se repentir, +Les maulx qu'amans ont souvent à souffrir. + +Il jurera aussi secondement +Qu'en ung seul lieu amera fermement, +Sans point querir ou desirer le change, +Car sans faillir ce seroit trop estrange +Que bien servir peust ung cueur en mains lieux, +Combien qu'aucuns cueurs ne demandent mieulx +Que de servir du tout à la volée, +Et qu'ilz ayent d'amer la renommée, +Mais au derrain ilz s'en trouvent punis +Par Loyaulté dont ils sont ennemis. + +En oultre plus promectra tiercement +Que voz conseulx tendra secretement, +Et gardera de mal parler sa bouche. +Noble Prince, ce point cy fort vous touche, +Car mains amans, par leurs nices parolles, +Par sotz regars et contenances folles, +Ont fait parler souvent les mesdisans, +Par quoy grevez ont esté voz servans, +Et ont receu souventeffoiz grant perte +Contre raison, et sans nulle desserte. + +Avecques ce, il vous fera serment +Que s'il recoit aucun avancement +En vous servant, qu'il n'en fera ventance; +Cestui meffait dessert trop grant vengance, +Car quant Dames veulent avoir pitié +De leurs servans, leur monstrant amitié, +Et de bon cueur aucun reconfort donnent, +En ce faisant leurs honneurs abandonnent, +Soubz fiance de trouver leurs amans +Secrez, ainsi qu'en font les convenans. + +Ces quatre points qu'ay cy devant nommez +A tous amans doivent estre gardez, +Qui à honneur et avancement tirent +Et leurs amours à fin mener désirent: +Six autres points aussi accordera, +Mais par serment point ne les promectra, +Car nul amant estre contraint ne doit +De les garder, se son prouffit n'y voit; +Mais se faire veult, apres bon conseil, +A les garder doit mectre son traveil. + +Le premier est qu'il se tiengne jolis, +Car les dames le tiennent à grant pris; +Le second est que tres courtoisement +Soy maintendra, et gracieusement; +Le tiers point est que, selon sa puissance, +Querra honneur et poursuivra vaillance; +Le quatriesme qu'il soit plain de largesse, +Car c'est chose qui avance noblesse; +Le cinquiesme qu'il suivra compaignie, +Amant honneur, et fuiant villenie. + +Le sixiesme point et le derrenier +Est qu'il sera diligent escollier, +En aprenant tous les gracieux tours, +A son povoir, qui servent en amours, +C'est assavoir à chanter, à dancer, +Faire chancons, et balades rimer, +Et tous autres joyeulx esbatemens. +Ce sont icy les dix commandemens, +Vray Dieu d'amours, que je ferai jurer +A cest enfant, s'il vous plaist l'appeller. + +Lors m'appella, et me fist les mains mectre +Sur ung livre en me faisant promectre +Que feroye loyaument mon devoir +Des poins d'amours garder, à mon povoir; +Ce que je fis de bon vueil lyement; +Adonc Amour a fait commandement +A Bonnefoy d'Amours chief secretaire +De ma lectre de Retenue faire; +Quant faicte fut, Loyaulté la scella +Du scel d'Amours et la me délivra. + +Ainsi Amour me mist en son servaige, +Mais pour seurté retint mon cueur en gaige, +Pourquoy lui dis que vivre ne pourroye +En cest estat, s'un autre cueur n'avoye. +Il respondit: Espoir mon medicin +Te gardera de mort soir et matin, +Jusques à tant qu'auras en lieu du tien +Le cueur d'une qui te tendra pour sien, +Gardes tousjours ce que t'ay commandé, +Et je t'auray pour bien recommandé. + + + +COPIE DE LA LECTRE DE RETENUE. + + +Dieu Cupido, et Venus la Deesse, +Ayans povoir sur mondaine liesse, +Salus de cueur par nostre grant humblesse, + A tous amans +Scavoir faisons que le DUC D'ORLÉANS +Nommé CHARLES à présent jeune d'ans, +Nous retenons pour l'ung de noz servans + Par ces presentes, +Et lui avons assigné sur noz rentes +Sa pension en joyeuses actentes +Pour en joir par noz lectres patentes + Tant que vouldrons, +En esperant que nous le trouverons +Loyal vers nous, ainsi que fait avons +Ses devanciers dont contens nous tenons + Tres grandement. +Pour ce donnons estroit commandement +Aux officiers de nostre Parlement +Qu'ilz le traictent et aident doulcement + En tout affaire, +A son besoing, sans venir au contraire; +Si chier qu'ilz ont nous obeir et plaire, +Et qu'ilz doubtent envers nous de forfaire + En corps et biens, +Le soustenant, sans y epargnier riens, +Contre Dangier avecques tous les siens, +Malle bouche plaine de faulx maintiens, + Et jalousie; +Car chascun d'eulx de grever estudie +Les vraiz subgietz de nostre Seigneurie, +Dont il est l'un, et sera à sa vie, + Car son serment +De nous servir devant tout ligement +Avons receu, et pour plus fermement, +Nous asseurer qu'il fera loyaument + Entier devoir, +Avons voulu en gaige recevoir +Le cueur de lui, lequel, de bon vouloir, +A tout soubzmis en noz mains et povoir; + Pourquoy tenus +Sommes à luy par ce de plus en plus, +Si ne seront pas ses biensfaiz perdus, +Ne ses travaulx pour neant despendus; + Mais pour monstrer +A toutes gens bon exemple d'amer, +Nous le voulons richement guerdonner, +Et de noz biens, à largesse donner, + Tesmoing nos seaulx +Cy actachiez, devant tous nos feaulx, +Gens de conseil, et serviteurs loyaulx +Venus vers nous par mandemens royaulx, + Pour nous servir. +Donné le jour saint Valentin martir, +En la cité de gracieux desir, +Où avons fait nostre conseil tenir. + + + +LE DESSOUBZ DE LA RETENUE + +Par Cupido et Venus souverains, +A ce presens plusieurs plaisirs mondains. + + +BALADE. + +Belle, bonne, nompareille plaisant, +Je vous suppli vueilliez me pardonner +Se moy qui sui vostre grace actendant, +Viens devers vous pour mon fait raconter, +Plus longuement je ne le puis celer +Qu'il ne faille que saichiez ma destresse, +Comme celle qui me peut conforter, +Car je vous tiens pour ma seule maistresse. + +Se cy à plain vous vois mes maulx disant, +Force d'amours me fait ainsi parler; +Car je devins vostre loyal servant, +Le premier jour que je peuz regarder +La grant beaulté que vous avez sans per, +Qui me feroit avoir toute liesse, +Se serviteur vous plaisoit me nommer; +Car je vous tiens pour ma seule maistresse. + +Que me donnez en octroy don si grant, +Je ne l'ose dire, ne demander; +Mais s'il vous plaist que, de cy en avant, +En vous servant puisse ma vie user, +Je vous supply que sans me refuser +Vueillez souffrir qu'y mecte ma jeunesse, +Nul autre bien je ne vueil souhaidier, +Car je vous tiens pour ma seule maistresse. + + + +BALADE. + +Vueilliez voz yeulx emprisonner, +Et sur moy plus ne les gectez; +Car quant vous plaist me regarder, +Par Dieu, Belle, vous me tuez; +Et en tel point mon cueur mectez +Que je ne scay que faire doye; +Je suis mort se vous ne m'aidez, +Ma seule souveraine joye, + +Je ne vous ose demander +Que vostre cueur vous me donnez, +Mais, se droit me voulez garder +Puisque le cueur de moy avez, +Le vostre fault que me laissiez; +Car sans cueur vivre ne pourroye; +Faictes en, comme vous vouldrez, +Ma seule souveraine joye. + +Trop hardy suis d'ainsi parler, +Mais, pardonner le me devez +Et n'en devez autruy blasmer, +Que le gent corps que vous portez +Qui m'a mis, comme vous veez, +Si fort en l'amoureuse voye, +Qu'en vostre prison me tenez, +Ma seule souveraine joye. + +L'ENVOY. + +Ma Dame, plus que ne savez, +Amour, si tres fort me guerroye, +Qu'à vous me rens, or me prenez, +Ma seule souveraine joye. + + + +BALADE. + +C'est grand peril de regarder +Chose dont peut venir la mort, +Combien qu'on ne s'en scet garder +Aucunes foiz, soit droit ou tort, +Quant plaisance si est d'accord +Avecques ung jeune desir, +Nul ne pourroit son coeur tenir +D'envoyer les yeulx en messaige; +On le voit souvent avenir, +Aussi bien au fol comme au saige. + +Lesquelz yeulx viennent raporter +Ung si tres gracieulx raport +Au cueur, quant le veult escouter, +Que s'il a eu d'amer l'effort, +Encores l'aura il plus fort; +Et le font du tout retenir +Ou service, sans departir +D'amours, à son tres grant dommaige +On le voit souvent avenir, +Aussi bien au fol comme au saige. + +Car mains maulx lui fault endurer, +Et de soussy passer le port, +Avant qu'il puisse recouvrer +L'acointance de Reconfort, +Qui plusieurs foiz au besoing dort, +Quant on se veult de lui servir; +Et lors il est plus que martir; +Car son mal vault trop pis que raige, +On le voit souvent avenir, +Aussi bien au fol comme au saige. + +L'ENVOY. + +Amour, ne prenez desplaisir +S'ay dit le mal que fault souffrir, +Demourant en vostre servaige; +On le voit souvent avenir, +Aussi bien au fol comme au saige. + + + +BALADE. + +Comment se peut ung povre cueur deffendre, +Quand deux beaulx yeulx le viennent assaillir; +Le cueur est seul, desarmé, nu et tendre, +Et les yeulx sont bien armez de plaisirs; +Contre tous deux ne pourroit pié tenir. +Amour aussi est de leur aliance, +Nul ne tendroit contre telle puissance. + +Il lui convient ou mourir ou se rendre, +Trop grant honte lui seroit de fuir; +Plus baudement les oseroit actendre, +S'il eust pavais dont il se peust couvrir; +Mais point n'en a, si lui vault mieux souffrir, +Et se mectre tout en leur gouvernance, +Nul ne tendroit contre telle puissance. + +Qu'il soit ainsi bien me le fist aprendre +Ma maistresse, mon souverain desir, +Quand il lui pleut ja pieca entreprendre +De me vouloir de ses doulx yeulx ferir; +Oncques depuis mon cueur ne peut guerir, +Car lors fut il desconfit à oultrance; +Nul ne tendroit contre telle puissance. + + + +BALADE. + +Espargniez vostre doulx actrait, +Et vostre gracieux parler, +Car Dieu scet les maulx qu'ilz ont fait +A mon povre cueur endurer; +Puisque ne voulez m'acorder +Ce qui pourroit mes maulx guerir, +Laissiez moy passer ma meschance, +Sans plus me vouloir assaillir +Par vostre plaisant acointance. + +Vers Amours faictes grant forfait, +Je l'ose pour vray advouer; +Quant me ferez d'amoureux trait, +Et ne me voulez conforter, +Je croy que me voulez tuer. +Pleust à Dieu que peussiez sentir +Une foiz la dure grevance +Que m'avez fait longtemps souffrir +Par vostre plaisant acointance. + +Helas! que vous ay je meffait +Par quoy me doyez tourmenter; +Quant mon cueur d'amer se retrait, +Tantost le venez rappeller; +Plaise vous en paix le laissier, +Ou lui acorder son desir; +Honte vous est, non pas vaillance, +D'un loyal cueur ainsi meurdrir +Par vostre plaisant acointance. + + + +BALADE. + +N'a pas longtemps qu'alay parler +A mon cueur tout secretement, +Et lui conseillay de s'oster +Hors de l'amoureux pensement; +Mais me dist bien fellement: +Ne m'en parlez plus, je vous prie; +J'ameray tousjours, se m'aist Dieux, +Car j'ay la plus belle choisie, +Ainsi m'ont raporté mes yeulx. + +Lors dis: Vueilliez me pardonner, +Car je vous jure mon serement +Que conseil vous cuide donner, +A mon povoir, tres loyaument; +Voulez vous sans allegement +En douleur finer vostre vie? +Nennil dya, dist il, j'auray mieulx; +Ma Dame m'a fait chiere lie, +Ainsi m'ont raporté mes yeulx. + +Cuidez vous scavoir sans doubter +Par ung regart tant seulement, +Se, dis je, du tout son penser +Ou par ung doulx acointement. +Taisiez vous, dist il, vrayement +Je ne croiray chose qu'on die; +Mais la serviray en tous lieux, +Car de tous biens est enrichie, +Ainsi m'ont raporté mes yeulx. + + + +BALADE. + +De jamais n'amer par amours +J'ay aucune foiz le vouloir, +Pour les ennuieuses dolours +Qu'il me fault souvent recevoir, +Mais en la fin, pour dire voir, +Quelque mal que doye porter, +Je vous asseure par ma foy, +Que je n'en sauroye garder +Mon cueur qui est maistre de moy. + +Combien qu'ay eu d'estranges tours, +Mais j'ai tout mis à nonchaloir, +Pensant de recouvrer secours +De Confort ou d'ung doulx espoir: +Hélas! se j'eusse le povoir +D'aucunement hors m'en bouter, +Par le serement qu'à Amours doy, +Jamais n'y lairroye rentrer +Mon cueur qui est maistre de moy. + +Car je scay bien que par doulcours +Amour le scet si bien avoir, +Qu'il vouldroit ainsi tous les jours +Demourer sans ja s'en mouvoir; +Nil ne veult oir ne savoir +Le mal qu'il me fait endurer, +Plaisance l'a mis en ce ploy, +Elle fait mal de le m'oster +Mon cueur qui est maistre de moy. + +L'ENVOY. + +Il me desplaist d'en tant parler, +Mais, par le Dieu en qui je croy, +Ce fait desir de recouvrer +Mon cueur qui est maistre de moy. + + + +BALADE. + +Quand je suis couchié en mon lit, +Je ne puis en paix reposer; +Car toute la nuit mon cueur lit +Ou rommant de plaisant penser, +Et me prie de l'escouter; +Si ne l'ose desobeir, +Pour dobte de le courroucier, +Ainsi je laisse le dormir. + +Ce livre si est tout escript +Des faiz de ma Dame sans per; +Souvent mon cueur de joye rit, +Quand il les list ou oyt compter; +Car certes tant sont à louer, +Qu'il y prent souverain plaisir, +Moy mesmes ne m'en puis lasser, +Ainsi je laisse le dormir. + +Se mes yeux demandent respit +Par sommeil qui les vient grever, +Il les tense par grant despit, +Et si ne les peut surmonter; +Il ne cesse de souspirer +A part soy; j'ay lors, sans mentir, +Grant paine de le rapaisier, +Ainsi je laisse le dormir. + +L'ENVOY. + +Amour, je ne puis gouverner +Mon cueur; car tant vous veult servir +Qu'il ne scet jour ne nuit cesser, +Ainsi je laisse le dormir. + + + +BALADE. + +Fresche beaulté tres riche de jeunesse, +Riant regart trait amoureusement, +Plaisant parler gouverné par sagesse, +Port femenin en corps bien fait et gent, +Haultain maintien demené doulcement, +Acueil humble plain de maniere lie, +Sans nul dangier bonne chiere faisant, +Et de chascun pris et los emportant; +De ces grans biens est ma Dame garnie. + +Tant bien lui siet à la noble Princesse +Chanter, dancer et tout esbatement, +Qu'on la nomme de ce faire maistresse, +Elle fait tout si gracieusement, +Que nul n'y scet trouver amendement: +L'escolle peut tenir de courtoisie, +En la voyant aprent qui est saichant, +Et en ses faiz qui va garde prenant, +De ces grans biens est ma Dame garnie. + +Bonté, Honneur, avecques Gentillesse +Tiennent son cueur en leur gouvernement, +Et Loyaulté nuit et jour ne la laisse; +Nature mist tout son entendement +A la fourmer, et faire proprement; +De point en point, c'est la mieux accomplie +Qui aujourdui soit ou monde vivant, +Je ne dy riens que tous ne vont disant; +De ces grans biens est ma Dame garnie. + +Elle semble mieulx que femme Deesse, +Si croy que Dieu l'envoya seulement +En ce monde, pour monstrer la largesse +De ces haults dons qu'il a entierement +En elle mis abandonnement. +Elle n'a per, plus ne scay que je dye, +Pour fol me tiens de l'aler devisant, +Car moy ne nul n'est à ce souffisant, +De ces grans biens est ma Dame garnie. + +S'il est aucun qui soit prins de tristesse +Voise voir son doulx maintenement, +Je me fais fort que le mal qui le blesse +Le laissera pour lors soudainement, +Et en oubly sera mis plainement; +C'est Paradis que de sa compaignie, +A tous complaist, à nul n'est ennuyant, +Qui plus la voit plus en est désirant, +De ces grans biens est ma Dame garnie. + +L'ENVOY. + +Toutes dames qui oyez cy comment +Prise celle que j'ayme loyaument, +Ne m'en saichiez maugré, je vous en prie; +Je ne parle pas en vous desprisant, +Mais comme sien je dy en m'acquittant: +De ces grans biens est ma Dame garnie. + + + +BALADE. + +A ma Dame je ne scay que je dye, +Ne par quel bout je doye commencer, +Pour vous mander la doloreuse vie +Qu'Amour me fait chascun jour endurer; +Trop mieulx vaulsist me taire que parler, +Car prouffiter ne me pevent mes plains, +Ne je ne puis guerison recouvrer, +Puisqu'ainsi est que de vous suis loingtains. + +Quanque je voy me desplaist et ennuye, +Et n'en ose contenance monstrer, +Mais ma bouche fait semblant qu'elle rie, +Quant mainteffoiz je sens mon cueur plourer. +Au fort, martir on me devra nommer, +Se Dieu d'amours fait nulz amoureux Saints, +Car j'ay des maulx plus que ne scay compter, +Puisqu'ainsi est que de vous suis loingtains. +Et non pourtant humblement vous mercie, +Car par escript vous a pleu me donner +Ung doulx confort que j'ay à chiere lie +Receu de cueur, et de joyeulx penser, +Vous suppliant que ne vueilliez changier, +Car en vous sont tous mes plaisirs mondains +Desquelz me fault à present deporter, +Puisqu'ainsi est que de vous suis loingtains. + + + +BALADE. + +Loingtain de vous, ma tres belle maistresse, +Fors que de cueur que laissié je vous ay, +A compaignie de Deuil et de Tristesse, +Jusques à tant que reconfort auray +D'un doulx plaisir, quant reveoir pourray +Vostre gent corps, plaisant et gracieux; +Car lors lairray tous mes maulx ennuyeux +Et trouveray, se m'a dit Esperance, +Par le pourchas du regard de mes yeulx +Autant de bien que j'ay de desplaisance + +Car s'oncques nul sceut que c'est de destresse, +Je pense bien que j'en ay fait l'essay; +Si tres avant et à telle largesse +Qu'en dueil pareil nulluy de moy ne scay; +Mais ne m'en chault; certes j'endureray +Au desplaisir des jaloux envieux, +Et me tendray par semblance joyeulx, +Car quand je suy en greveuse penance, +Ilz recoyvent, que mal jour leur doint Dieux, +Autant de bien que j'ay de desplaisance. + +Tout prens en gré jeune, gente Princesse, +Mais qu'en saichiez tant seulement le vray, +En actendant le gueredon de Liesse +Qu'à mon povoir vers vous desserviray; +Car le conseil de Loyaulté feray, +Que garderay pres de moy en tous lieux, +Vostre tousjours soye, jeunes ou vieulx, +Priant, a Dieu ma seule desirance, +Qu'il vous envoit, savoir ne povez mieulx, +Autant de bien que j'ay que desplaisance. + + + +BALADE. + +Puisqu'ainsi est que loingtain de vous suis, +Ma Maistresse, dont Dieu scet s'il m'ennuye, +Si chierement vous requier que je puis, +Qu'il vous plaise de vostre courtoisie, +Quant vous estes seule sans compaignie, +Me souhaidier ung baisier amoureux +Venant du cueur et de pensée lie, +Pour alegier mes griefz maulx doloureux. + +Quant en mon lit doy reposer de nuis, +Penser m'assault, et Désir me guerrye; +Et en pensant mainteffoiz m'est advis +Que je vous tiens entre mes bras, m'amye; +Lors accolle mon oreillier, et crie: +Mercy Amours, faictes moy si eureux, +Qu'avenir puist mon penser en ma vie, +Pour alegier mes griefz maulx doloureux. + +Espoir m'a dit et par sa foy promis +Qu'il m'aidera, et que ne m'en soussie; +Mais tant y met qu'un an me semble dix, +Et non pourtant, soit ou sens ou folie, +Je m'y actens, et en lui je m'afie +Qu'il fera tant que Dangier le crueux +N'aura briefment plus sur moy seigneurie, +Pour alegier mes griefz maulx doloureux. + +L'ENVOY. + +A Loyaulté de plus en plus m'alye, +Et à Amours humblement je supplie +Que de mon fait vueillent estre piteux, +En me donnant de mes vouloirs partie, +Pour alegier mes griefz maulx doloureux. + + + +BALADE. + +Pourtant se souvent ne vous voy, +Pensez vous plus que vostre soye; +Par le serement que je vous doy, +Si suis autant que je souloye; +N'il n'est ne plaisance, ne joye, +N'autre bien qu'on rac puist donner, +Je le vous prometz loyaument, +Qui me puist ce vouloir oster +Fors que la mort tant seulement. + +Vous savez que je vous feis foy +Pieca de tout ce que j'avoye, +Et vous laissay, en lieu de moy, +Le gaige que plus chier j'amoye; +C'estoit mon cueur que j'ordonnoye +Pour avecques vous demourer, +A qui je suis entierement; +Nul ne m'en pourroit destourber +Fors que la mort tant seulement. + +Combien certes que je recoy +Tel mal que, se le vous disoye, +Vous auriez, comme je croy, +Pitié du mal qui me guerroye; +Car de tout dueil suis en la voye, +Vous le povez assez penser, +Et ay esté si longuement, +Que je ne doy riens desirer +Fors que la mort tant seulement. + +L'ENVOY. + +Belle que tant veoir vouldroye, +Je prie à Dieu que brief vous voye; +Ou s'il ne le veult accorder, +Je lui supply tres humblement +Que riens ne me vueille donner +Fors que la mort tant seulement. + + + +BALADE. + +Quelles nouvelles, ma Maistresse, +Comment se portent noz amours? +De ma part je vous fais promesse +Qu'en ung propos me tiens tousjours, +Sans jamais penser le rebours; +C'est que seray toute ma vie +Vostre du tout entierement, +Et pour ce de vostre partie +Acquittez vous pareillement. + +Combien que Dangier et Destresse +Ont fait longuement leurs sejours +Avec mon cueur, et par rudesse +Lui ont monstré d'estranges tours, +Helas! en amoureuses cours, +C'est pitié qu'ilz ont seigneurie; +Si mectray paine que briefment +Loyaulté sur eulx ait maistrie, +Acquittez vous pareillement. + +Quoyque la nue de Tristesse +Par ung longtemps ait fait son cours; +Apres le beau temps de Liesse +Vendra qui donnera secours +A noz deux cueurs, car mon recours +J'ay en espoir, en qui me fie, +Et en vous, Belle, seulement, +Car jamais je ne vous oublie; +Acquittez vous pareillement. + +L'ENVOY. + +Soyez seure, ma doulce amye, +Que je vous ayme loyaument, +Or vous requier et vous supplie +Acquittez vous pareillement. + + + +BALADE. + +Belle que je tiens pour amye, +Pensez, quelque part que je soye, +Que jamais je ne vous oublie; +Et pour ce prier vous vouldroye, +Jusques à tant que vous revoye, +Qu'il vous souviengne de cellui +Qui a trouvé peu de mercy +En vous, se dire je l'osoye. + +Combien que je ne dye mie +Que n'aye receu bien et joye, +En vostre doulce compaignie, +Plus que desservir ne sauroye; +Non pourtant voulentiers j'auroye +Le guerdon de loyal amy, +Qu'oncques ne trouvay jusqu'à cy +En vous, se dire je l'osoye. + +Je vous ai longement servie, +Si m'est advis qu'avoir devroye +Le don que de sa courtoisie +Amour à ses servans envoye; +Or faictes qu'estre content doye, +Et m'accordez ce que je dy, +Car trop avez refus nourry +En vous, se dire je l'osoye. + + + +BALADE. + +Ma Dame, vous povez savoir +Les biens qu'ay euz à vous servir; +Car par ma foy, pour dire voir, +Oncques je n'y peuz acquerir +Tant seulement ung doulx plaisir, +Que sitost que je le tenoye, +Dangier le me venoit tollir +Ce peu de plaisir que j'avoye. +Je n'en savoye nul avoir +Qui peust contenter mon desir, +Se non quant vous povoye voir, +Ma joye, mon seul souvenir; +Or m'en a fait Dangier bannir, +Tant qu'il faut que loing de vous soye, +Par quoy a fait de moy partir +Ce peu de plaisir que j'avoye. + +Non pas peu, car de bon vouloir +Content m'en devoye tenir, +En esperant de recevoir +Ung trop plus grant bien advenir; +Je n'y cuidoye point faillir +A la paine que g'y mectoye, +Cela me faisoit enrichir +Ce peu de plaisir que j'avoye. + +L'ENVOY. + +Belle, je vous vueil requerir, +Pensez, quant serez de loisir, +Qu'en grant mal qui trop me guerroye, +Est tourné, sans vous en mentir, +Ce peu de plaisir que j'avoye. + + + +BALADE. + +En ce joyeulx temps du jourduy +Que le mois de may ce commance, +Et que l'en doit laissier ennuy, +Pour prendre joyeuse plaisance, +Je me trouve sans recouvrance, +Loingtain de joye conquester; +De tristesse si bien renté +Que j'ay, je m'en puis bien vanter, +Le rebours de ma voulenté. + +Las! Amours je ne voy nulluy +Qui n'ait aucune souffisance, +Fors que moy seul qui suis celluy +Qui est le plus dolent de France. +J'ay failli à mon esperance; +Car quant à vous me voulz donner +Pour estre vostre serementé, +Jamais ne cuidoye trouver +Le rebours de ma voulenté. + +Au fort, puisqu'en ce point je suy, +Je porteray ma grant penance, +Ayant vers Loyaulté refuy +Où j'ay mis toute ma fiance; +Ne Dangier qui ainsi m'avance, +Quelque mal que doye porter, +Combien que trop m'a tourmenté, +Ne pourra ja en moy bouter +Le rebours de ma voulenté. + +L'ENVOY. + +D'aucun reconfort acointer +Plusieurs foiz m'en suy dementé; +Mais j'ay tousjours au par aler +Le rebours de ma voulenté. + + + +BALADE. + +Quant je party derrainement +De ma souveraine sans per, +Que Dieu gard et luy doint briefment +Joye de son loyal penser, +Mon cueur lui laissay emporter; +Oncques puis ne le peuz ravoir, +Si m'esmerveille, main et soir, +Comment j'ai vesqu tant de jours +Depuis sans cueur, mais pour tout voir, +Ce n'est que miracle d'Amours. + +Qui est cellui qui longuement +Peut vivre sans cueur, ou durer +Comme j'ay fait en grief tourment; +Certes nul, je m'en puis vanter. +Mais Amours ont voulu monstrer +En ce leur gracieux povoir, +Pour donner aux amans vouloir +D'eulx fier en leur doulx secours; +Car bien pevent apparcevoir, +Ce n'est que miracle d'Amours. + +Quant pitié vit que franchement +Voulu mon cueur abandonner +Envers ma Dame, tellement +Traicta que lui fist me laissier +Son cueur, me chargeant le garder, +Dont j'ay fait mon loyal devoir, +Maugré Dangier qui recevoir +M'a fait chascun jour de telz tours, +Que sans mort en ce point manoir +Ce n'est que miracle d'Amours. + + + +BALADE. + +Douleur, courroux, desplaisir et tristesse, +Quelque tourment que j'aye main et soir, +Ne pour doubte de mourir de destresse, +Ja ne sera en tout vostre povoir +De me changier le tres loyal vouloir +Qu'ay eu tousjours de la Belle servir, +Par qui je puis, et pense recevoir +Le plus grand bien qui me puist avenir. + +Quant j'ay par vous aucun mal qui me blesse, +Je l'endure par le conseil d'Espoir +Qui ma promis qu'à ma seule maistresse +Lui fera brief mon angoisse savoir, +En lui mandant qu'en faisant mon devoir, +J'ay tous les maulx que nul pourrait souffrir; +Lors trouveray, je ne scay s'il dist voir, +Le plus grant bien qui me puist avenir. + +Ne m'espargniez donc en rien de rudesse, +Je vous feray bien brief apparcevoir +Qu'aura y secours d'un Confort de liesse; +Longtemps ne puis en ce point remanoir, +Pour ce je metz du tout à nonchaloir +Les tres grans maulx que me faictes sentir; +Bien aurez dueil, se me voyez avoir +Le plus grant bien qui me puist avenir. + +L'ENVOY. + +Je suis cellui au cueur vestu de noir +Qui dy ainsi qui que le vueille ouyr, +J'auray briefment, Loyaulté m'en fait hoir, +Le plus grant bien qui me puist avenir. + + + +BALADE. + +Jeune, gente, plaisant et debonnaire, +Par ung prier qui vault commandement +Chargié m'avez d'une balade faire; +Si l'ay faicte de cueur joyeusement; +Or la vueilliez recevoir doulcement, +Vous y verrez, s'il vous plaist à la lire, +Le mal que j'ay combien que vrayement +J'aymasse mieulx de bouche le vous dire. + +Vostre doulceur m'a sceu si bien atraire +Que tout vostre je suis entierement, +Tres desirant de vous servir et plaire, +Mais je seuffre maint doloreux tourment, +Quant à mon gré je ne vous voy souvent, +Et me desplaist quant me fault vous escrire, +Car se faire ce povoit autrement, +J'aymasse mieulx de bouche le vous dire. + +C'est par Dangier mon cruel adversaire +Qui m'a tenu en ses mains longuement, +En tous mes faiz je le trouve contraire, +Et plus se rit, quant plus me voit dolent; +Se vouloye raconter plainement +En cest escript mon ennuyeux martire. +Trop long seroit pour ce certainement, +J'aymasse mieulx de bouche le vous dire. + + + +BALADE. + +Loué soit cellui qui trouva +Premier la manière d'escrire, +En ce grand confort ordonna +Pour amans qui sont en martire; +Car quant ne pevent aler dire +A leurs dames leur grief tourment, +Ce leur est moult d'alegement, +Quant par escript pevent mander +Les maulx qu'ilz portent humblement, +Pour bien et loyaument amer. + +Quand ung amoureux escrira +Son dueil, qui trop le tient de rire, +Au plustost qu'envoyé l'aura +A celle qui est son seul mire; +S'il lui plaist à la lectre lire, +Elle peut veoir clerement +Son doloreux gouvernement, +Et lors pitié lui scet monstrer +Qu'il dessert bon guerdonnement, +Pour bien et loyaument amer. + +Par mon cueur je congnois pieca +Ce mestier, car quant il souspire, +Jamais rapaisié ne sera, +Tant qu'il ait envoyé de tire +Vers la belle que tant desire; +Et puis s'il peut aucunement +Oir nouvelles seulement +De sa doulce beaulté sans per, +Il oublie l'ennuy qu'il sent, +Pour bien et loyaument amer. + +L'ENVOY. + +Ma Dame, Dieu doint que briefment +Vous puisse de bouche compter +Ce que j'ay souffert longuement, +Pour bien et loyaument amer. + + + +BALADE. + +Belle combien que de mon fait +Je croy qu'avez peu souvenance, +Toutesfoiz se savoir vous plaît +Mon estat, et mon ordonnance; +Saichiez que loingtain de Plaisance, +Je suis de tous maulx bien garny, +Autant que nul qui soit en France, +Dieu scet en quel mauvais party. + +Helas! or n'ay je riens forfait +Dont porter je doye penance, +Car tousjours je me suis retrait +Vers Loyaulté et Esperance, +Pour acquerir leur bienvueillance; +Mais au besoing ilz m'ont failly +Et m'ont laissié sans recouvrance, +Dieu scet en quel mauvais party. + +Dangier m'a joué de ce trait, +Mais se je puis avoir puissance, +Je feray maugré qu'il en ait, +Encontre lui une aliance, +Et si lui rendray la grevance, +Le mal, le dueil et le soussy, +Où il m'a mis jusqu'à oultrance, +Dieu scet en quel mauvais party. + +L'ENVOY. + +Aydiez moy à l'oultrecuidance +Vengier, com en vous ay fiance, +Ma Maistresse, je vous supply +De ce faulx Dangier qui m'avance +Dieu scet en quel mauvais party. + + + +BALADE. + +Loyal espoir, trop je vous voy dormir, +Resveilliez vous et joyeuse pensée, +Et envoyez ung plaisant souvenir +Devers mon cueur, de la plus belle née +Dont aujourduy coure la renommée; +Vous ferez bien d'ung peu le resjoir, +Tristesse s'est avecques lui logiée, +Ne lui vueilliez à son besoing faillir. + +Car Dangier l'a desrobé de plaisir, +Et que pis est, a de lui eslongnée +Celle qui plus le povoit enrichir; +C'est sa dame tres loyaument amée. +Oncques cueur n'eut si dure destinée +Pour Dieu, Espoir, venez le secourir, +Il a en vous sa fiance fermée, +Ne lui vueilliez à son besoing faillir. + +Par povreté lui fault son pain querir +A l'uis d'Amours par chascune journée, +Or lui vueilliez l'aumosne departir +De liesse, que tant a désirée: +Avancez vous, sans faire demourée +Pensez de lui, vous savez son desir, +Par vous lui soit quelque grace donnée, +Ne lui vueilliez à son besoing faillir. + +L'ENVOY. + +Seule sans per, de toutes gens louée, +Et de tous biens entierement douée, +Mon cueur ces maulx seuffre pour vous servir, +Sa loyaulté vous soit recommandée +Ne lui vueilliez à son besoing faillir. + + + +BALADE. + +Mon cueur au derrain entrera +Ou Paradis des amoureux, +Autrement tort fait lui sera, +Car il a de maulx doloreux +Plus d'un cent, non pas ung ou deux, +Pour servir sa belle maistresse; +Et le tient Dangier le crueulx +Ou Purgatoire de Tristesse. + +Ainsi l'a tenu, longtemps a, +Ce faulx traître, vilain, hideux; +Espoir dit que hors le mectra, +Et que n'en soye ja doubteux; +Mais trop y met dont je me deulx, +Dieu doint qu'il tiengne sa promesse +Vers lui, tant est angoisseux +Ou Purgatoire de Tristesse. + +Amour grant aumosne fera +En ce fait cy, d'estre piteux, +Et bon exemple monstrera +A toutes celles et à ceulx +Qui le servent, quant desireux +Le verront par sa grant humblesse, +D'aidier ce povre souffreteux +Ou Purgatoire de Tristesse. + +L'ENVOY. + +Amour! faictes moy si eureux +Que mectez mon cueur en liesse; +Laissiez Dangier et Dueil tous seulx +Ou Purgatoire de Tristesse. + + + +BALADE. + +Mon cueur a envoyé querir +Tous ses bienvueillans et amis, +Il veult son grant conseil tenir +Avec eulx, pour avoir advis +Comment pourra ses ennemis, +Soussy, Dueil, et leur aliance +Surmonter, et tost desconfire, +Qui desirent de le destruire +En la prison de Desplaisance. + +En desert ont mis son plaisir, +Et joye tenue en pastis; +Mais Confort lui a sans faillir +De nouvel loyaument promis +Qu'ilz seront desfaiz et bannis; +De ce se fais fort Esperance, +Et plus avant que n'ose dire, +C'est ce qui estaint son martire +En la prison de Desplaisance. + +Briefment voye le temps venir, +J'en prie à Dieu de Paradis, +Que chascun puist vers son desir +Aler sans avoir saufconduis; +Adonc Amour et ses nourris +Auront de Dangier moins doubtance, +Et lors sentiray mon cueur rire +Qui à present souvent souspire +En la prison de Desplaisance. + +L'ENVOY. + +Pour ce que veoir ne vous puis, +Mon cueur se complaint jours et nuis, +Belle nompareille de France; +Et m'a chargié de vous escrire +Qu'il n'a pas tout ce qu'il desire +En la prison de Desplaisance. + + + +BALADE. + +Desployez vostre banniere, +Loyaulté, je vous en prie, +Et assailliez la frontiere +Où Dueil et Merencolie, +A tort et par felonnie, +Tiennent Joye prisonnière, +De moy la font estrangiere; +Je pry Dieu qu'il les maudie. + +Quant je deusse bonne chiere +Demener en compaignie, +Je n'en fais que la maniere, +Car, quoique ma bouche rie, +Ou parle parolle lye, +Dangier et Destresse fiere +Boutent mon plaisir arriere; +Je pry Dieu qu'il les maudie. + +Helas! tant avoye chiere, +Ja pieca, joyeuse vie; +Se Raison fust droicturiere, +J'en eusse quelque partie; +Or est de mon cueur bannie +Par Fortune losengiere +Et Durté sa conseilliere; +Je pry Dieu qui les maudie. + +L'ENVOY. + +Se j'avoye la maistrie +Sur ceste faulse mesgnie, +Je les meisse tous en biere; +Si est telle ma priere, +Je pry Dieu qui les maudie. + + + +BALADE. + +Ardant desir de veoir ma maistresse +A assailly de nouvel le logis +De mon las cueur, qui languist en tristesse, +Et puis dedens partout a le feu mis; +En grant doubte certainement je suis +Qu'il ne soit pas legierement estaint; +Sans grant grace, si vous pry, Dieu d'amours, +Sauvez mon cueur, ainsi qu'avez fait maint, +Je l'oy crier piteusement secours. + +J'ay essayé par lermes à largesse +De l'estaindre; mais il n'en vault que pis: +C'est feu Gregeois, ce croy je, qui ne cesse +D'ardre, s'il n'est estaint par bon avis. +Au feu, au feu, courez tous mes amis; +S'aucun de vous, comme lasche, remaint +Sans y aler, je le hé pour tousjours; +Avancez vous, nul de vous ne soit faint, +Je l'oy crier piteusement secours. + +S'il est ainsi mort par vostre peresse, +Je vous requier, au moins tant que je puis, +Chascun de vous donnez lui une messe, +Et j'ay espoir que brief ou Paradis +Des amoureux sera moult hault assis, +Comme martir et tres honnoré Saint, +Qui a tenu de Loyaulté le cours; +Grant tourment a, puisque si fort se plaint. +Je l'oy crier piteusement secours. + + + +BALADE. + +En la nef de bonne nouvelle +Espoir a chargié Reconfort, +Pour l'amener de par la belle +Vers mon cueur qui l'ayme si fort. +A joye puist venir au port +De Desir, et pour tost passer +La mer, de fortune trouver +Ung plaisant vent venant de France, +Où est à present ma maistresse +Qui est ma doulce souvenance, +Et le tresor de ma liesse. + +Certes moult suy tenu à elle, +Car j'ay sceu par loyal raport, +Que contre Dangier le rebelle +Qui mainteffoiz me nuist à tort, +Elle veult faire son effort +De tout son povoir de m'aidier, +Et, pour ce, lui plaist m'envoyer +Ceste nef plaine de Plaisance +Pour estoffer la forteresse, +Où mon cueur garde l'Esperance, +Et le tresor de ma liesse. + +Pour ce, ma voulenté est telle, +Et sera jusques à la mort, +De tousjours tenir la querelle +De Loyaulté, où mon ressort +J'ay mis; mon cueur en est d'accort; +Si vueil en ce point demourer, +Et souvent Amour mercier, +Qui me fist avoir l'acointance +D'une si loyalle Princesse, +En qui puis mectre ma fiance +Et le tresor de ma liesse. + +L'ENVOY. + +Dieu vueille celle nef garder +Des robeurs, escumeurs de mer, +Qui ont à Dangier aliance; +Car, s'ilz povoient, par rudesse +M'osteroient ma desirance, +Et le tresor de ma liesse. + + + +BALADE. + +Je ne crains Dangier, ne les siens, +Car j'ay garny la forteresse +Où mon cueur a retrait ses biens, +De Reconfort et de Liesse; +Et ay fait Loyaulté maistresse, +Qui la place bien gardera; +Dangier deffy, et sa rudesse, +Car le Dieu d'amours m'aidera. + +Raison est et sera des miens, +Car ainsi m'en a fait promesse, +Et Espoir mon chier amy tiens, +Qui a mainteffoiz, par proesse, +Bouté hors d'avec moy Destresse; +Dont Dangier, dueil et despit a; +Mais ne me chault de sa tristesse, +Car le Dieu d'amours m'aidera. + +Pour ce, requerir je vous viens, +Mon cueur, que prenez hardiesse; +Courez lui sus, sans craindre riens, +A dangier qui souvent vous blesse; +Sitost que vous prandrez l'adresse +De l'assaillir, il se rendra; +Je vous secourray sans peresse, +Car le Dieu d'amours m'aidera. + +L'ENVOY. + +Se vous m'aidiez, gente Princesse, +Je croy que brief le temps vendra +Que j'auray des biens à largesse, +Car le Dieu d'amours m'aidera. + + + +BALADE. + +Belle, bien avez souvenance, +Comme certainement je croy, +De la tres plaisant aliance +Qu'Amour fist entre vous, et moy; +Son secretaire Bonne foy +Escrist la lectre du traictié, +Et puis la scella Loyaulté +Qui la chose tesmoingnera, +Quant temps et besoing en sera. + +Joyeux desir fut en presence, +Qui alors ne se tint pas coy; +Mais mist le fait en ordonnance, +De par Amour le puissant Roy; +Et selon l'amoureuse loy, +De noz deux vouloirs, pour seurté, +Fist une seule voulenté; +Bien m'en souvient, et souvendra, +Quant temps et besoing en sera. + +Mon cueur n'a en nully fiance +De garder la lectre, qu'en soy; +Et certes ce m'est grant plaisance, +Quant si tres loyal je le voy, +Et lui conseille, comme doy, +De tousjours hair Faulceté; +Car quiconque l'a en chierté, +Amour chastier l'en fera, +Quant temps et besoing en sera. + +L'ENVOY. + +Pensez en ce que j'ay compté, +Ma Dame, car en verité +Mon cueur de soy vous requerra, +Quant temps et besoing en sera. + + + +BALADE. + +Venez vers moy, Bonne nouvelle, +Pour mon las cueur reconforter. +Contez moy comment fait la belle, +L'avez vous point oy parler +De moy, et amy me nommer? +A elle point mis en oubly +Ce qu'il lui pleut de m'accorder, +Quant me donna le don d'amy. + +Combien que Dangier le rebelle +Me fait loing d'elle demourer; +Je congnois tant de biens en elle, +Que je ne pourroye penser +Que tousjours ne vueille garder +Ce que me promist sans nul sy, +Faisant nos deux mains assembler, +Quant me donna le don d'amy. + +Pitié seroit, se Dame telle +Qui doit tout honneur desirer, +Failloit de tenir la querelle +De bien et loyaument amer; +Son sens lui scet bien remonstrer +Toutes les choses que je dy, +Et ce qu'Amour nous fist jurer +Quant me donna le don d'amy. + +L'ENVOY. + +Loyaulté, vueilliez asseurer +Ma Dame que sien suy, ainsi +Qu'elle me voulu commander, +Quant me donna le don d'amy. + + + +BALADE. + +Belle, s'il vous plaist escouter +Comment j'ay gardé en chierté +Vostre cueur qu'il vous pleut laissier +Avec moy, par vostre bonté; +Saichez qu'il est enveloppé +En ung cueuvrechief de Plaisance, +Et enclos, pour plus grant seurté, +Ou coffre de ma souvenance. + +Et pour nectement le garder, +Je l'ay souventesfoiz lavé +En lermes de piteux penser; +Et regrectant vostre beaulté, +Apres ce, sans delay porté, +Pour seicher, au feu d'Esperance, +Et puis doulcement rebouté +Ou coffre de ma souvenance. + +Pour ce, vueillez vous acquieter +De mon cueur que vous ay donné; +Humblement vous en vueil prier, +En le gardant en loyaulté, +Soubz clef do bonne voulenté, +Comme j'ay fait, de ma puissance, +Le vostre que tiens enfermé +Ou coffre de ma souvenance. + +L'ENVOY. + +Ma Dame, je vous ay compté +De vostre cueur la gouvernance, +Comment il est et a esté +Ou coffre de ma souvenance. + + + +BALADE. + +Se je vous dy bonne nouvelle, L'AMANT. +Mon cueur, que voulez vous donner? +Elle pourroit bien estre telle LE CUEUR. +Que moult chier la vueil acheter. +Nul gueredon n'en quier demander. L'AMANT. +Dictes tost doncques, je vous prie, LE CUEUR. +J'ay grand desir de la savoir. +C'est de vostre Dame et amye L'AMANT. +Qui loyaument fait son devoir. + +Que me savez vous dire d'elle? LE CUEUR. +Dont me puisse reconforter. +Je vous dy, sans que plus le celle, L'AMANT. +Qu'elle vient par deca la mer. +Dictes vous vray? Sans vous mocquer. LE CUEUR. +Ouil, je vous le certiffie, L'AMANT. +Et dit que c'est pour vous veoir. +Amour humblement j'en mercie, LE CUEUR. +Qui loyaument fait son devoir. + +Que pourrait plus faire la belle L'AMANT. +Que de tant pour vous se pener? +Loyaulté soustient ma querelle, LE CUEUR. +Qui lui fait faire sans doubter. +Pensez doncques de bien l'amer. L'AMANT. +Si feray je toute ma vie, LE CUEUR. +Sans changier, de tout mon povoir. +Bien doit estre dame cherie, L'AMANT. +Qui loyaument fait son devoir. + + + +BALADE. + +Mon cueur, ouvrez l'uis de Pensée, +Et recevez un doulx present +Que la tres loyaument amée +Vous envoye nouvellement; +Et vous tenez joyeusement; +Car, bien devez avoir liesse, +Quant la trouvez sans changement +Tousjours tres loyalle maistresse. + +Bien devez prisier la journée +Que fustes sien premierement; +Car sa grace vous a donnée, +Sans faintise, tres loyaument; +Vous le povez veoir clerement, +Car elle vous tient sa promesse, +Soy monstrant vers vous fermement +Tousjours tres loyalle maistresse. + +Par vous soit doncques honnourée, +Et servie soigneusement; +Tant comme vous aurez durée, +Sans point faire departement; +Car vous aurez certainement, +Par elle des biens à largesse, +Puisqu'elle est si entierement +Tousjours tres loyalle maistresse. + +L'ENVOY. + +Grans mercis des foiz plus de cent, +Ma Dame, ma seule Princesse, +Car je vous trouve vrayement +Tousjours tres loyalle maistresse. + + + +BALADE. + +J'ay ou tresor de ma pensée +Ung mirouer qu'ay acheté; +Amour, en l'année passée, +Le me vendy de sa bonté; +Ou quel voy tousjours la beaulté +De celle que l'en doit nommer, +Par droit, la plus belle de France; +Grant bien me fait à m'y mirer, +En actendant bonne esperance. + +Je n'ay chose qui tant m'agrée, +Ne dont tiengne si grant chierté, +Car, en ma dure destinée, +Mainteffoiz m'a reconforté; +Ne mon cueur n'a jamais santé, +Fors, quant il y peut regarder +Des yeulx de joyeuse plaisance, +Il s'y esbat pour temps passer, +En actendant bonne esperance. + +Advis m'est, chascune journée +Que m'y mire, qu'en verité +Toute douleur si m'est ostée; +Pour ce, de bonne voulenté, +Par le conseil de Leaulté, +Mectre le vueil et enfermer +Ou coffre de ma souvenance, +Pour plus seurement le garder, +En actendant bonne esperance. + + + +BALADE. + +Je ne vous puis, ne scay amer, +Ma Dame, tant que je vouldroye; +Car escript m'avez pour m'oster +Ennuy qui trop fort me guerroye: +Mon seul amy, mon bien, ma joye, +Cellui que sur tous amer veulx, +Je vous pry que soyez joyeux +En esperant que brief vous voye. + +Je sens ces motz mon cueur percer +Si doulcement, que ne sauroye +Le confort, au vray, vous mander. +Que vostre messaige m'envoye; +Car vous dictes que querez voye +De venir vers moy, se m'aid Dieux, +Demander ne vouldroye mieulx. +En esperant que brief vous voye. + +Et quant il vous plaist souhaidier +D'estre empres moy, où que je soye; +Par Dieu, nom pareille sans per, +C'est trop fait, se dire l'osoye; +Se suy je qui plus le devroye +Souhaidier de cueur tres soingneux, +C'est ce dont tant suis desireux, +En esperant que brief vous voye. + + + +BALADE. + +L'autrier alay mon cueur veoir, +Pour savoir comment se portoit; +Si trouvay avec lui Espoir +Qui doulcement le confortoit, +Et ces parolles lui disoit: +Cueur, tenez vous joyeusement, +Je vous fais loyalle promesse, +Que je vous garde seurement +Tresor d'amoureuse richesse. + +Car je vous fais pour vray savoir, +Que la plus tres belle qui soit +Vous ayme de loyal vouloir, +Et voulentiers pour vous feroit +Tout ce qu'elle faire pourroit; +Et vous mande que vrayement, +Maugré Dangier et sa rudesse, +Departir vous veult largement +Tresor d'amoureuse richesse. + +Alors mon cueur, pour dire voir, +De joye souvent souspiroit, +Et, combien qu'il portast le noir, +Toutesfoiz pour lors oublioit +Toute la douleur qu'il avoit; +Pensant de recouvrer briefment +Plaisance, Confort et Liesse, +Et d'avoir en gouvernement +Tresor d'amoureuse richesse. + +L'ENVOY. + +A bon espoir mon cueur s'actent, +Et à vous, ma belle maistresse, +Que lui espargniez loyaument +Tresor d'amoureuse richesse. + + + +BALADE. + +Haa, Doulx penser, jamais je ne pourroye +Vous desservir les biens que me donnez, +Car, quant Ennuy mon povre cueur gerroye, +Par fortune, comme bien le savez, +Toutes les foiz qu'amener me voulez +Ung souvenir de ma belle maistresse; +Tantost Doleur, Desplaisir et Tristesse +S'en vont fuiant; ilz n'osent demourer, +Ne se trouver en vostre compaignie; +Mais se meurent de courrous et d'envie, +Quant il vous plaist d'ainsi me conforter. + +L'aise que j'ay, dire je ne sauroye, +Quant Souvenir et vous me racontez +Les tres doulx fais, plaisans et plains de joye +De ma Dame, qui sont congneuz assez +En plusieurs lieux, et si bien renommés, +Que d'en parler chascun en a liesse. +Pour ce, tous deux pour me tollir Destresse, +D'elle vueilliez nouvelles m'aporter, +Le plus souvent que pourrez, je vous prie; +Vous me sauvez, et maintenez la vie, +Quant il vous plaist d'ainsi me conforter. + +Car lors Amour par vous deux si m'envoye +Ung doulx espoir que vous me presentez, +Qui me donne conseil que joyeux soye; +Et puis apres tous trois me promectez +Qu'à mon besoing jamais ne me fauldrez; +Ainsi m'actens tout à vostre promesse, +Car par vous puis avoir, à grant largesse, +Des biens d'Amours, plus que ne scay nombrer, +Maugré Dangier, Dueil et Merencolie, +Que je ne crains en riens; mais les deffie, +Quant il vous plaist d'ainsi me conforter. + +L'ENVOY. + +Jeune, gente, nompareille Princesse, +Puisque ne puis veoir vostre jeunesse, +De m'escrire ne vous vueilliez lasser; +Car vous faictes, je le vous certiffie, +Grant aumosne dont je vous remercie, +Quant il vous plaist d'ainsi me conforter. + + + +BALADE. + +Se je povoye mes souhais +Et mes souspirs faire voler, +Si tost que mon cueur les a fais, +Passer leur feroye la mer, +Et vers celle, tout droit aler, +Que j'ayme du cueur si tres fort. +Comme ma liesse mondaine +Que je tendray jusqu'à la mort. +Pour ma maistresse souveraine. + +Helas! la verray je jamais? +Qu'en dictes vous, tres doulx penser? +Espoir m'a promis, ouil, mais +Trop longtemps me fait endurer; +Et, quant je lui viens demander +Secours à mon besoing, il dort. +Ainsi suis chascune sepmaine +En maint ennuy, sans reconfort, +Pour ma maistresse souveraine. + +Je ne puis demourer en paix, +Fortune ne m'y veult laisser; +Au fort, à présent je me tais, +Et vueil laisser le temps passer; +Pensant d'avoir au par aler, +Par Loyaulté où mon ressort +J'ay mis, de Plaisance l'estraine, +En guerdon des maulx qu'ay à tort +Pour ma maistresse souveraine. + + + +BALADE. + +Fortune, vueilliez moy laissier +En paix une fois, je vous prie; +Trop longuement, à vray compter, +Avez eu sur moy seigneurie. +Tousjours faictes la rencherie +Vers moy, et ne voulez ouir +Les maulx que m'avez fait souffrir, +Il a ja plusieurs ans passez; +Doy je tousjours ainsi languir? +Helas! et n'est ce pas assez? + +Plus ne puis en ce point durer; +A Mercy, mercy je crie; +Souspirs m'empeschent le parler; +Veoir le povez, sans mocquerie. +Il ne fault ja que je le dye; +Pour ce, vous vueil je requerir. +Qu'il vous plaise de me tollir +Les maulx que m'avez amassez, +Qui m'ont mis jusques au mourir; +Helas! et n'est ce pas assez? + +Tous maulx suis content de porter, +Fors ung seul, qui trop fort m'ennuye, +C'est qu'il me fault loing demourer +De celle que tiens pour amye; +Car pieca en sa compaignie +Laissay mon cueur et mon desir; +Vers moy ne veulent revenir, +D'elle ne sont jamais lassez; +Ainsi suy seul, sans nul plaisir, +Helas! et n'est ce pas assez? + +L'ENVOY. + +De balader j'ay beau loisir, +Autres deduiz me sont cassez, +Prisonnier suis, d'Amours martir; +Helas! et n'est ce pas assez? + + + +BALADE. + +Espoir m'a apporté nouvelle +Qui trop me doit reconforter, +Il dit que Fortune la felle +A voulu de soy raviser, +Et toutes faultes amender, +Qu'a faictes contre mon plaisir, +En faisant sa roe tourner. +Dieu doint qu'ainsi puist avenir! + +Quoy que m'ait fait guerre mortelle, +Je suis content de l'esprouver, +Et le desbat qu'ay et querelle, +Vers elle je veuil delaisser, +Et tout courroux lui pardonner: +Car d'elle me puis bien servir. +Se loyaument veult s'acquicter... +Dieu doint qu'ainsi puist avenir! + +Se la povoye trouver telle +Qu'elle me voulsist tant aidier; +Qu'en mes bras, je peusse la belle +Une foiz à mon gré trouver; +Plus ne vouldroye demander, +Car lors j'auroye mon desir, +Et tout quanque doy souhaidier. +Dieu doint qu'ainsi puist avenir! + +L'ENVOY. + +Amour, s'il vous plaist commander +A Fortune de me cherir, +Je pense joye recouvrer; +Dieu doint qu'ainsi puist avenir! + + + +BALADE. + +Je ne me scay en quel point maintenir, +Ce premier jour de May plein de liesse; +Car d'une part puis dire sans faillir +Que, Dieu mercy, j'ay loyalle maistresse, +Qui de tous biens a trop plus qu'à largesse; +Et si pense que, la sienne mercy, +Elle me tient son servant et amy; +Ne doy je bien doncques joye mener, +Et me tenir en joyeuse plaisance? +Certes ouil! et Amour mercier +Tres humblement de toute ma puissance. + +Mais d'autre part, il me convient souffrir +Tant de doleur et de dure destresse +Par Fortune, qui me vient assaillir +De tous costez, qui de maulx est princesse; +Passer m'a fait le plus de ma jeunesse, +Dieu scet comment, en doloreux party; +Et si me fait demourer en soussy, +Loings de celle par qui puis recouvrer +Le vray tresor de ma droicte esperance, +Et que je vueil obeir, et amer +Tres humblement de toute ma puissance. + +Et pour ce May, je vous viens requerir, +Pardonnez moy de vostre gentillesse, +Se je ne puis à present vous servir +Comme je doy, car je vous fais promesse; +J'ay bon vouloir envers vous, mais Tristesse +M'a si longtemps en son dangier nourry, +Que j'ay du tout joye mis en oubly; +Si me vault mieulx seul de gens eslongner, +Qui dolent est ne sert que d'encombrance; +Pour ce, reclus me tendray en penser +Tres humblement de toute ma puissance. + +L'ENVOY. + +Doulx souvenir, chierement je vous pry, +Escrivez tost ceste balade cy; +De par mon cueur la feray presenter +A ma Dame, ma seule desirance, +A qui pieca je le voulu donner +Tres humblement, de toute ma puissance. + + + +BALADE. + +Mon cueur est devenu hermite +En l'ermitaige de Pensée; +Car Fortune la tres despite +Qui l'a hay mainte journée, +S'est nouvellement aliée, +Contre lui, avecques Tristesse, +Et l'ont banny hors de liesse; +Place n'a où puis demourer, +Fors ou bois de Merencolie, +Il est content de s'y logier; +Si lui dis je que c'est folie. + +Mainte parolle lui ay dicte, +Mais il ne l'a point escoutée: +Mon parler riens ne lui proufite, +Sa voulenté y est fermée; +De legier ne seroit changée, +Il se gouverne par Destresse +Qui, contre son prouffit, ne cesse +Nuit et jour de le conseillier; +De si pres lui tient compaignie +Qu'il ne peut ennuy delaissier, +Si lui dis je que c'est folie. + +Pour ce saichiez, je m'en acquicte, +Belle tres loyaument amée, +Se lectre ne lui est escripte +Par vous, ou nouvelle mandée, +Dont sa doleur soit allegée, +Il a fait son veu et promesse +De renoncer à la richesse +De plaisir, et de doulx penser; +Et apres ce, toute sa vie, +L'abit de Desconfort porter, +Si lui dis je que c'est folie. + +L'ENVOY. + +Se par vous n'est Belle sans per, +Pour quelque chose que lui dye, +Mon cueur ne se veult conforter, +Si lui dis je que c'est folie. + + + +BALADE. + +Dangier, je vous gecte mon gant, +Vous appellant de traison, +Devant le Dieu d'amours puissant +Qui me fera de vous raison; +Car vous m'avez, mainte saison, +Fait douleur à tort endurer, +Et me faictes loings demourer +De la nompareille de France. +Mais vous l'avez tousjours d'usance +De grever loyaulx amoureux, +Et pour ce que je suis l'un d'eulx, +Pour eulx et moy prens la querelle; +Par Dieu, vilain, vous y mourrez +Par mes mains, point ne le vous celle, +S'à Loyaulté ne vous rendez. + +Comment avez vous d'orgueil tant? +Que vous osez sans achoison +Tourmenter aucun vray amant +Qui, de cueur et d'entencion, +Sert Amours sans condicion; +Certes moult estes à blasmer, +Pensez donques de l'amender, +En laissant vostre malvueillance, +Et par tres humble repentance, +Alez crier mercy à ceulx +Que vous avez faiz doloreux, +Et qui vous ont trouvé rebelle; +Autrement pour seur vous tenez +Que gaige je vous appelle, +S'à Loyaulté ne vous rendez, + +Vous estes tous temps mal pensant, +Et plain de faulse soupecon; +Ce vous vient de mauvais talant +Nourry en couraige felon; +Quel mal ou ennuy vous fait on? +Se par amours on veult amer, +Pour plus aise le temps passer +En lyee joyeuse plaisance; +C'est gracieuse desirance. +Pour ce, faulx, vilain, orgueilleux, +Changiez voz vouloirs oultragieux, +Ou je vous feray guerre telle +Que, sans faillir, vous trouverez +Qu'elle vauldra pis que mortelle, +S'à Loyaulté ne vous rendez. + + + +BALADE. + +Se Dieu plaist, briefment la nuée +De ma tristesse passera, +Belle tres loyaument amée, +Et le beau temps se monstrera: +Mais savez vous quant ce sera? +Quant le doulx souleil gracieux +De vostre beaulté entrera +Par les fenestres de mes yeulx. + +Lors la chambre de ma pensée +De grant plaisance reluira, +Et sera de joye parée, +Adonc mon coeur s'esveillera +Qui en dueil dormy longtemps a, +Plus ne dormira, se m'aid Dieux, +Quant ceste clarté le ferra +Par les fenestres de mes yeulx. + +Helas! quant vendra la journée, +Qu'ainsi avenir me pourra +Ma maistresse tres desirée, +Pensez vous que brief avendra; +Car mon cueur tousjours languira +En ennuy sans point avoir mieulx, +Jusqu'à tant que ce cy verra +Par les fenestres de mes yeulx. + +L'ENVOY. + +De Reconfort mon cueur aura +Autant que nul dessoubz les cieulx, +Belle, quant vous regardera, +Par les fenestres de mes yeulx. + + + +BALADE. + +Au court jeu de tables jouer, +Amour me fait moult longuement; +Car tousjours me charge garder +Le point d'actente seulement; +En me disant que vrayement +Se ce point lye scay tenir, +Qu'au derrain je doy, sans mentir, +Gaaingnier le jeu entierement. + +Je suy pris, et ne puis entrer +Ou point que desire souvent; +Dieu me doint une fois gecter +Chance qui soit aucunement +A mon propos, car autrement +Mon cueur sera pis que martir, +Se ne puis, ainsi qu'ay desir, +Gaaingnier le jeu entierement. + +Fortune fait souvent tourner +Les dez contre moy mallement; +Mais Espoir, mon bon conseillier, +M'a dit et promis seurement, +Que Loyaulté prochainement +Fera Boneur vers moy venir +Qui me fera, à mon plaisir, +Gaaingnier le jeu entierement. + +L'ENVOY. + +Je vous supply tres humblement, +Amour, aprenez moy comment +J'asserray les dez sans faillir; +Par quoi puisse, sans plus languir, +Gaaingnier le jeu entierement. + + + +BALADE. + +Vous, soyez la tres bien venue +Vers mon cueur, Joyeuse nouvelle, +Avez vous point ma Dame veue? +Contez moi quelque chose d'elle; +Dictes moy, n'est elle pas telle +Qu'estoit? quant derrenierement, +Pour m'oster de merencolie, +M'escrivy amoureusement: +C'estes vous de qui suis amye. + +Son vouloir jamais ne se mue, +Ce croy je, mais tient la querelle +De Loyaulté, qu'a retenue +Sa plus prochaine damoiselle; +Bien le monstre, sans que le celle, +Qu'elle se maintient loyaument, +Quant lui plaist, dont je la mercie, +Me mander si tres doulcement: +C'estes vous de qui suis amye. + +Pour le plus eureux soubz la nue +Me tiens, quant m'amye s'appelle; +Car en tous lieux, où est congneue, +Chascun la nomme la plus belle; +Dieu doint que, maugré le rebelle +Dangier, je la voye briefment, +Et que de sa bouche me die: +Amy, pensez que seulement +C'estes vous de qui suis amye. + +L'ENVOY. + +J'ay en mon cueur joyeusement +Escript, afin que ne l'oublie, +Ce refrain qu'ayme chierement: +C'estes vous de qui suis amye. + + + +BALADE. + +Trop longtemps vous voy sommeillier, +Mon cueur, en dueil et desplaisir; +Vueilliez vous ce jour esveillier, +Alons au bois le May cueillir, +Pour la coustume maintenir. +Nous orrons des oyseaulx le glay, +Dont ilz font les bois retentir, +Ce premier jour du mois de May, + +Le Dieu d'amours est coustumier, +A ce jour, de feste tenir, +Pour amoureux cueurs festier +Qui desirent de le servir; +Pour ce, fait les arbres couvrir +De fleurs, et les champs de vert gay; +Pour la feste plus embellir, +Ce premier jour du mois de May. + +Bien scay, mon cueur, que faulx Dangier +Vous fait mainte paine souffrir; +Car il vous fait trop eslongner +Celle qui est vostre desir; +Pourtant vous fault esbat querir; +Mieux conseiller, je ne vous scay, +Pour vostre doleur amendrir, +Ce premier jour du mois de May. + +L'ENVOY. + +Ma Dame, mon seul souvenir, +En cent jours n'auroye loisir +De vous raconter, tout au vray, +Le mal qui tient mon cueur martir, +Ce premier jour du mois de May. + + + +BALADE. + +J'ay mis en escript mes souhais +Ou plus parfont de mon penser; +Et combien, quant je les ay fais, +Que peu me pevent profiter; +Je ne les vouldroye donner +Pour nul or, qu'on me sceust offrir, +En esperant, qu'au par aler, +De mille l'un puist avenir. + +Par la foy de mon corps! jamais +Mon cueur ne se peut d'eulx lasser; +Car si richement sont pourtrais, +Que souvent les vient regarder, +Et s'y esbat pour temps passer, +En disant par ardent desir: +Dieu doint que, pour me conforter, +De mille l'un puist avenir! + +C'est merveille, quant je me tais, +Que j'oy mon cueur ainsi parler; +Et tient avec Amour ses plais, +Que tousjours veult acompaignier; +Car il dit que des biens d'amer +Cent mille lui veult departir; +Plus ne quier, mais que sans tarder, +De mille l'un puist avenir. + +L'ENVOY. + +Vueilliez à mon cueur accorder, +Sans par parolles le mener, +Amour, que par vostre plaisir, +Des biens que lui voulez donner, +De mille l'un puist avenir. + + + +BALADE. + +Par le commandement d'Amours +Et de la plus belle de France, +J'enforcis mon chastel tousjours +Appellé Joyeuse plaisance, +Assis sur roche d'Esperance, +Avitaillé l'ay de Confort; +Contre Dangier et sa puissance, +Je le tendray jusqu'à la mort. + +En ce chastel y a trois tours, +Dont l'une se nomme Fiance +D'avoir briefment loyal secours, +Et la seconde Souvenance, +La tierce Ferme desirance. +Ainsi le chastel est si fort +Que nul n'y peut faire grevance; +Je le tendray jusqu'à la mort. +Combien que Dangier, par faulx tours, +De le m'oster souvent s'avance; +Mais il trouvera le rebours, +Se Dieu plaist, de sa malvueillance; +Bon droit est de mon aliance, +Loyaulté et lui sont d'accort +De m'aidier, pour ce, sans doubtance; +Je le tendray jusqu'à la mort. + +L'ENVOY. + +Faisons bon guet sans decevance +Et assaillons par ordonnance, +Mon cueur, Dangier qui nous fait tort; +Se prandre le puis par vaillance, +Je le tendray jusqu'à la mort. + + + +BALADE. + +La premiere foiz, ma Maistresse, +Qu'en vostre presence vendray, +Si ravi seray de liesse, +Qu'à vous parler je ne pourray; +Toute contenance perdray, +Car, quant vostre beaulté luira +Sur moy, si fort esbloira +Mes yeulx que je ne verray goute; +Mon cueur aussi se pasmera, +C'est une chose que fort doubte. + +Pour ce, nompareille Princesse, +Quant ainsi devant vous seray, +Vueilliez, par vostre grant humblesse, +Me pardonner, se je ne scay +Parler à vous, comme devray; +Mais tost apres, s'asseurera +Mon cueur, et puis vous contera +Son fait, mais que nul ne l'escoute; +Dangier grant guet sur lui fera, +C'est une chose que fort doubte. + +Et se mectra souvent en presse +D'ouir tout ce que je diray; +Mais je pense que par sagesse +Si tres bien me gouverneray, +Et telle maniere tendray, +Que faulx Dangier trompé sera, +Ne nulle riens n'appercevra; +Si mectra il sa paine toute +D'espier tout ce qu'il pourra; +C'est une chose que fort doubte. + + + +BALADE. + +Me mocquez vous, Joyeulx Espoir, +Par parolles trop me menez, +Pensez vous de me decevoir; +Chascun jour vous me promectez +Que briefment veoir me ferez +Ma Dame, la gente Princesse, +Qui a mon cueur entierement; +Pour Dieu, tenez vostre promesse, +Car trop ennuié qui actent. + +Il a longtemps, pour dire voir, +Que tout mon estat congnoissez; +N'ay je fait mon loyal devoir +D'endurer, comme bien savez, +Ouil, ce croy je plus qu'assez; +Temps est que me donnez liesse, +Desservie l'ay loyaument, +Pardonnez moy, se je vous presse, +Car trop ennuié qui actent. + +Ne me mectez à nonchaloir, +Honte sera se me failliez, +Veu que me fie main et soir +En tout ce que faire vouldrez, +Se mieulx faire ne me povez, +Au moins monstrez moy ma maistresse +Une foiz, pour aucunement +Allegier le mal qui me blesse, +Car trop ennuié qui actent. + +L'ENVOY. + +Espoir, tousjours vous m'asseurez +Que bien mon fait ordonnerez, +Bel me parlez, je le confesse; +Mais, tant y mectez longuement, +Que je languis en grant destresse, +Car trop ennuié qui actent. + + + +BALADE. + +Le premier jour du mois de May +S'acquicte vers moy grandement; +Car, ainsi qu'à présent, je n'ay +En mon cueur que deuil et tourment; +Il est aussi pareillement +Troublé, plain de vent et de pluie; +Estre souloit tout autrement, +Ou temps qu'ay congneu en ma vie. + +Je croy qu'il se met en essay +De m'acompaignier loyaulment; +Content m'en tiens, pour dire vray, +Car meschans, en leur pensement, +Recoivent grand allegement, +Quant en leurs maulx ont compaignie; +Essayé l'ay certainement, +Ou temps qu'ay congneu en ma vie. + +Las! j'ay veu May joyeux et gay, +Et si plaisant à toute gent, +Que raconter au long ne scay +Le plaisir et esbatement +Qu'avait en son commandement; +Car Amour, en son abbaye, +Le tenoit chief de son couvent, +Ou temps qu'ay congneu en ma vie. + +L'ENVOY. + +Le temps va je ne scay comment, +Dieu l'amende prouchainement! +Car Plaisance est endormie, +Qui souloit vivre lyement, +Ou temps qu'ay congneu en ma vie. + + + +BALADE. + +Pour Dieu, gardez bien souvenir +Enclos dedens vostre pensée, +Ne le laissiez dehors yssir, +Belle tres loyaument amée; +Faictes que chascune journée +Vous ramentoive bien souvent +La maniere quoy et comment, +Ja pieca, me feistes promesse, +Quant vous retins premierement +Ma Dame, ma seule maistresse. + +Vous savez que, par franc desir +Et loyal amour conseillée, +Me deistes que, sans departir, +De m'amer estiez fermée; +Tant comme j'auroye durée. +Je metz en vostre jugement +Se ma bouche dit vray ou ment; +Si tiens que parler de princesse +Vient du cueur, sans decevement, +Ma dame, ma seule maistresse. + +Non pourtant, me fault vous ouvrir +La double qu'en moy est entrée: +C'est que j'ay paour, sans vous mentir, +Que ne m'ayez, tres belle née, +Mis en oubly; car mainte année +Suis loingtain de vous longuement, +Et n'oy de vous aucunement +Nouvelle pour avoir liesse; +Pourquoy vis douloreusement, +Ma Dame, ma seule maistresse. + +Nul remede ne scay querir, +Dont ma doleur soit allegée; +Fors que souvent vous requerir, +Que la foy que m'avez donnée +Soit par vous loyaument gardée; +Car vous congnoissiez clerement +Que, par vostre commandement, +Ay despendu de ma jeunesse, +Pour vous actendre seulement, +Ma Dame, ma seule maistresse. + +Plus ne vous convient esclarsir +La chose que vous ay comptée; +Vous la congnoissiez, sans faillir; +Pour ce, soyez bien advisée +Que je ne vous trouve muée; +Car, s'en vous trouve changement, +Je requerray tout haultement, +Devant l'amoureuse Deesse, +Que j'aye de vous vengement, +Ma dame, ma seule maistresse. + +L'ENVOY. + +Se je puis veoir seurement +Que m'amez tousjours loyaument, +Content suis de passer destresse +En vous servant joyeusement, +Ma Dame, ma seule maistresse. + + + +BALADE. + +Helas! helas! qui a laissié entrer +Devers mon cueur doloreuse nouvelle? +Conté lui a plainement, sans celer, +Que sa Dame, la tres plaisant et belle, +Qu'il a longtemps tres loyaument servie, +Est à present en griefve maladie; +Dont il est cheu en desespoir si fort, +Qu'il souhaide piteusement la mort, +Et dit qu'il est ennuyé de sa vie. + +Je suis alé pour le reconforter, +En lui priant qu'il n'ait nul soussy d'elle, +Car, se Dieu plaist, il orra brief conter +Que ce n'est pas maladie mortelle, +Et que sera prochainement guerrie; +Mais ne lui chault de chose que lui die; +Aincois en pleurs, a tousjours son ressort +Par Tristesse qui asprement le mort, +Et dit qu'il est ennuyé de sa vie. + +Quant je lui dy qu'il ne se doit doubter, +Car Fortune n'est pas si tres cruelle, +Qu'elle voulsist hors de ce monde oster +Celle qui est des princesses l'estoille, +Qui partout luist des biens dont est garnie; +Il me respond; qu'il est fol qui se fie +En Fortune qui a fait à maint tort. +Ainsi ne voult recevoir reconfort, +Et dit qu'il est ennuyé de sa vie. + +L'ENVOY. + +Dieu tout puissant, par vostre courtoisie +Guerissez la, ou mon cueur vous supplie +Que vous souffrez que la mort son effort +Face sur lui, car il en est d'accort, +Et dit qu'il est ennuyé de sa vie. + + + +BALADE. + +Sitost que l'autre jour j'ouy +Que ma souveraine sans per +Estoit guerie, Dieu mercy, +Je m'en alay sans point tarder +Vers mon cueur pour le lui conter; +Mais certes tant le desiroit, +Qu'à paine croire le povoit, +Pour la grant amour qu'a en elle, +Et souvent a par soy disoit: +Saint Gabriel, bonne nouvelle. + +Je lui dis: mon cueur, je vous pry, +Ne vueilliez croire ne penser +Que moy, qui vous suy vray amy, +Vous vueille mensonges trouver, +Pour en vain vous reconforter; +Car, trop mieulx taire me vaudroit, +Que le dire se vray n'estoit; +Mais la vérité si est telle, +Soyez joyeulx comment qu'il soit. +Saint Gabriel, bonne nouvelle. + +Alors mon cueur me respondy: +Croire vous vueil sans plus doubter, +Et tout le courroux et soussy +Qu'il m'a convenu endurer, +En joye le vueil retourner; +Puis apres, ses yeulx essuyoit +Que de plourer moilliez avoit, +Disant: il est temps que rappelle +Espoir qui delaissié m'avoit. +Saint Gabriel, bonne nouvelle. + +L'ENVOY. + +Il me dist aussi qu'il feroit, +Dedens l'amoureuse chapelle, +Chanter la messe qu'il nommoit: +Saint Gabriel, bonne nouvelle. + + + +BALADE. + +Las! Mort qui t'a fait si hardie. +De prendre la noble Princesse +Qui estait mon confort, ma vie, +Mon bien, mon plaisir, ma richesse; +Puisque tu as prins ma maistresse, +Prens moy aussi son serviteur, +Car j'ayme mieulx prouchainement +Mourir, que languir en tourment, +En paine, soussy et doleur. + +Las! de tous biens estoit garnie, +Et en droicte fleur de jeunesse; +Je pry à Dieu qu'il te maudie, +Faulse mort, plaine de rudesse; +Se prise l'eusses en vieillesse, +Ce ne fust pas si grant rigueur; +Mais prise l'as hastivement, +Et m'as laissié piteusement +En paine, soussy et doleur. + +Las! je suis seul, sans compaignie, +Adieu ma Dame, ma liesse; +Or est nostre amour departie, +Non pourtant, je vous fais promesse +Que de prieres, à largesse, +Morte vous serviray de cueur, +Sans oublier aucunement, +Et vous regrecteray souvent +En paine, soussy et doleur + +L'ENVOY. + +Dieu, sur tout souverain Seigneur, +Ordonnez, par grace et doulceur, +De l'ame d'elle, tellement +Qu'elle ne soit pas longuement +En paine, soussy et doleur. + + + +BALADE. + +J'ai aux esches joué devant Amours, +Pour passer temps, avecques faulx Dangier, +Et seurement me suy gardé tousjours, +Sans riens perdre jusques au derrenier, +Que Fortune lui est venu aidier, +Et par meschief, que maudite soit elle! +A ma Dame prise soudainement; +Par quoy suy mat, je le voy clerement, +Se je ne fais une Dame nouvelle. + +Eu ma Dame j'avoye mon secours, +Plus qu'en autre, car souvent d'encombrier +Me delivroit, quant venoit à son cours, +Et en gardes faisoit mon jeu lier; +Je n'avoye Pion, ne Chevalier, +Auffin ne Rocq qui peussent ma querelle +Si bien aidier; il y pert vrayement, +Car j'ay perdu mon jeu entierement, +Se je ne fais une Dame nouvelle. + +Je ne me scay jamais garder des tours +De Fortune, qui mainteffoiz changier +A fait mon jeu, et tourner à rebours; +Mon dommaige scet bientost espier, +Elle m'assault sans point me desfier; +Par mon serement, oncques ne congneu telle; +Enjeu party suy si estrangement, +Que je me rens, et n'y voy sauvement, +Se je ne fais une Dame nouvelle. + + + +BALADE. + +Je me souloye pourpenser +Au commencement de l'année, +Quel don je pourroye donner +A ma Dame la bien amée; +Or suis hors de ceste pensée, +Car Mort l'a mise soubz la lame, +Et l'a hors de ce monde ostée, +Je pry à Dieu qu'il en ait l'ame. + +Non pourtant, pour tousjours garder +La coustume que j'ay usée, +Et pour à toutes gens monstrer +Que pas n'ay ma Dame oubliée, +De messes je l'ay estrenée; +Car ce me seroit trop de blasme +De l'oublier ceste journée, +Je pry à Dieu qu'il en ait l'ame. + +Tellement lui puist prouffiter +Ma priere, que confortée +Soit son ame, sans point tarder, +Et de ses biensfaiz guerdonnée +En Paradis, et couronnée +Comme la plus loyalle Dame +Qu'en son vivant j'aye trouvée; +Je pry à Dieu qu'il en ait l'ame + +L'ENVOY. + +Quant je pense à la renommée +Des grans biens dont estoit parée, +Mon povre cueur de dueil se pasme; +De lui souvent est regrectée, +Je pry à Dieu qu'il en ait l'ame. + + + +BALADE. + +Quant Souvenir me ramentoit +La grant beaulté dont estoit plaine, +Celle que mon cueur appeloit +Sa seule Dame souveraine, +De tous biens la vraye fontaine, +Qui est morte nouvellement, +Je dy, en pleurant tendrement, +Ce monde n'est que chose vaine. + +Ou vieil temps grant renom couroit +De Creseide, Yseud, Elaine +Et mainte autres, qu'on nommoit +Parfaictes en beaulté haultaine. +Mais, au derrain, en son demaine +La Mort les prist piteusement; +Parquoy puis veoir clerement, +Ce monde n'est que chose vaine. + +La Mort a voulu et vouldroit, +Bien le cognois, mectre sa paine +De destruire, s'elle povait, +Liesse et Plaisance mondaine, +Quant tant de belles dames maine +Hors du monde; car vrayement +Sans elles, à mon jugement, +Ce monde n'est que chose vaine. + +L'ENVOY. + +Amours, pour verité certaine, +Mort vous guerrie fellement; +Se n'y trouvez amendement, +Ce monde n'est que chose vaine. + + + +BALADE. + +Le premier jour du mois de May, +Trouvé me suis en compaignie +Qui estoit, pour dire le vray, +De gracieuseté garnie; +Et, pour oster merencolie, +Fut ordonné qu'on choisiroit, +Comme fortune donneroit, +La fueille plaine de verdure, +Ou la fleur pour toute l'année; +Si prins la feuille pour livrée, +Comme lors fut mon aventure. + +Tantost apres je m'avisay, +Qu'à bon droit, je l'avoye choisie; +Car, puisque par mort perdu ay +La fleur, de tous biens enrichie, +Qui estoit ma Dame, m'amie, +Et qui de sa grace m'amoit, +Et pour son amy me tenoit, +Mon cueur d'autre fleur n'a plus cure: +Adonc congneu que ma pensée +Accordoit à ma destinée, +Comme lors fut mon aventure. + +Pour ce, la fueille porteray +Cest an, sans que point je l'oublie; +Et à mon povoir me tendray +Entierement de sa partie; +Je n'ay de nulle fleur envie, +Porte la qui porter la doit, +Car la fleur, que mon cueur amoit +Plus que nulle autre creature, +Est hors de ce monde passée, +Qui son amour m'avoit donnée, +Comme lors fut mon aventure. + +L'ENVOY. + +Il n'est fueille, ne fleur qui dure +Que pour ung temps, car esprouvée +J'ay la chose que j'ay comptée, +Comme lors fut mon aventure. + + + +BALADE. + +Le lendemain du premier jour de May, +Dedens mon lit, ainsi que je dormoye, +Au point du jour m'avint que je songay +Que devant moy une fleur je veoye, +Qui me disoit: Amy, je me souloye +En toy fier, car pieca mon party +Tu tenoies, mais mis l'as en oubly, +En soustenant la fueille contre moy; +J'ay merveille que tu veulx faire ainsi, +Riens n'ay meffait, ce pense je, vers toy. + +Tout esbahy alors je me trouvay, +Si respondy au mieulx que je savoye: +Tres belle fleur, oncques je ne pensay +Faire chose qui desplaire te doye; +Se, pour esbat, aventure m'envoye +Que je serve la fueille cest an cy, +Doy je pourtant estre de toy banny? +Nennil certes, je fais comme je doy, +Et, se je tiens le party qu'ay choisy, +Riens n'ay meffait, ce pense je, vers toy. + +Car non pourtant honneur te porteray +De bon vouloir, quelque part que je soye, +Tout pour l'amour d'une fleur que j'amay +Ou temps passé; Dieu doint que je la voye +En Paradis, apres ma mort, en joye; +Et pour ce, fleur, chierement je te pry, +Ne te plains plus, car cause n'as pourquoy, +Puisque je fais ainsi que tenu suy, +Riens n'ay meffait, ce pense je, vers toy. + +L'ENVOY. + +La vérité est telle que je dy, +J'en fais juge Amour le puissant Roy; +Tres doulce fleur, point ne te cry mercy, +Riens n'ay meffait, ce pense je, vers toy. + + + +BALADE. + +En la forest d'ennuieuse tristesse, +Ung jour m'avint qu'à par moy cheminoye, +Si rencontray l'amoureuse Deesse +Qui m'appella, demandant où j'aloye. +Je respondy que par Fortune estoye +Mis en exil en ce bois, longtemps a, +Et, qu'à bon droit, appeller me povoye +L'omme esgaré qui ne scet où il va. + +Et soubzriant, par sa tres grant humblesse, +Me respondy: Amy, se je savoye +Pourquoy tu es mis en ceste destresse, +A mon povoir, voulentiers t'aideroye; +Car, ja pieca, je mis ton cueur en voye +De tout plaisir, ne scay qui l'en osta; +Or me desplaist qu'à present je te voye +L'omme esgaré qui ne scet où il va. + +Helas! dis je, souveraine Princesse, +Mon fait savez, pourquoy le vous diroye? +C'est par la Mort qui fait à tous rudesse, +Qui m'a tollu celle que tant amoye, +En qui estoit tout l'espoir que j'avoye, +Qui me guidoit, si bien m'acompaigna +En son vivant, que point ne me trouvoye +L'omme esgaré qui ne scet où il va. + +L'ENVOY. + +Aveugle suy, ne scay où aler doye; +De mon baston affin que ne forvoye, +Je vois tastant mon chemin ca et là; +C'est grant pitié qu'il convient que je soye +L'omme esgaré qui ne scet où il va. + + + +BALADE. + +J'ay esté de la compaignie +Des amoureux moult longuement, +Et m'a Amour, dont le mercie, +Donné de ses biens largement; +Mais au derrain, ne scay comment, +Mon fait est venu au contraire; +Et, à parler ouvertement, +Tout est rompu, c'est à reffaire + +Certes, je ne cuidoye mie +Qu'en amer eust tel changement; +Car, chascun dit que c'est la vie +Où il a plus d'esbatement; +Helas! j'ay trouvé autrement; +Car, quant en l'amoureux repaire +Cuidoye vivre seurement, +Tout est rompu, c'est à reffaire. + +Au fort, en Amour je m'affie +Qui m'aidera aucunement, +Pour l'amour de sa seigneurie +Que j'ay servie loyaument; +N'oncques ne fis, par mon serement, +Chose qui lui doye desplaire, +Et non pourtant estrangement, +Tout est rompu, c'est à reffaire. + +L'ENVOY. + +Amour, ordonnez tellement +Que j'aye cause de me taire, +Sans plus dire de cueur dolent: +Tout est rompu, c'est à reffaire. + + + +BALADE. + +Plaisant Beaulté mon cueur nasvra +Ja pieca, si tres durement +Qu'en la fievre d'amours entra, +Qui l'a tenu moult asprement; +Mais, de nouvel presentement, +Ung bon medicin qu'on appelle +Nonchaloir, que tiens pour amy, +M'a guery, la sienne mercy, +Se la playe ne renouvelle. + +Quant mon cueur tout sain se trouva, +Il l'en mercia grandement; +Et humblement lui demanda: +S'en santé serait longuement? +Il respondy tres saigement: +Mais que gardes bien ta fourcelle +Du vent d'Amours qui te fery, +Tu es en bon point jusqu'à cy, +Se la playe ne renouvelle. + +L'embusche de Plaisir entra +Parmy tes yeulx soutifvement; +Jeunesse le mal pourchassa, +Qui t'avoit en gouvernement; +Et puis bouta priveement +Dedens ton logis l'estincelle +D'Ardant desir qui tout ardy; +Lors fus nasvré, or t'ay guery, +Se la playe ne renouvelle. + + + +BALADE. + +Le beau souleil, le jour saint Valentin, +Qui apportait sa chandelle alumée, +N'a pas longtemps, entra ung bien matin +Priveement en ma chambre fermée. +Celle clarté, qu'il avoit apportée, +Si m'esveilla du somme de Soussy, +Où j'avoye toute la nuit dormy +Sur le dur lit d'ennuieuse pensée. + +Ce jour aussi, pour partir leur butin +Des biens d'Amours, faisoient assemblée +Tous les oyseaulx, qui parlans leur latin, +Crioyent fort, demandans la livrée +Que Nature leur avoit ordonnée; +C'estoit d'un per comme chascun choisy; +Si ne me peu rendormir, pour leur cry, +Sur le dur lit d'ennuieuse pensée. + +Lors en moillant de larmes mon coessin, +Je regrectay ma dure destinée, +Disant: Oyseaulx je vous voy en chemin +De tout plaisir et joye désirée; +Chascun de vous a per qui lui agrée, +Et point n'en ay, car Mort, qui m'a trahy, +A prins mon per, dont en dueil je languy +Sur le dur lit d'ennuieuse pensée. + +L'ENVOY. + +Saint Valentin choisissent ceste année +Ceulx et celles de l'amoureux party; +Seul me tendray, de confort desgarny, +Sur le dur lit d'ennuieuse pensée. + + + +BALADE. + +Mon cueur dormant en nonchaloir, +Reveilliez vous joyeusement, +Je vous fais nouvelles savoir, +Qui vous doit plaire grandement; +Il est vray que presentement +Une Dame tres honnorée +En toute bonne renommée, +Desire de vous acheter, +Dont je suy joyeulx et d'accort; +Pour vous, son cueur me veult donner, +Sans departir, jusqu'à la mort. + +Ce change doy je recevoir +En grant gré, tres joyeusement; +Or, vous charge d'entier povoir +Si chier et tant estroictement, +Que je puis plus que loyaument +Soit par vous cherie et amée; +Et, en tous lieux, nuit et journée +L'acompaignier, sans la laissier, +Tant que j'en aye bon rapport; +Il vous convient sien demourer, +Sans departir, jusqu'à la mort. + +Alez vous logier ou manoir +De son tres gracieux corps gent, +Pour y demourer main et soir, +Et l'onnourer entierement; +Car, par son bon commandement, +Lieutenant vous veult ordonner +De son cueur, en joyeulx deport; +Pensez de bien vous gouverner, +Sans departir, jusqu'à la mort. + + + +BALADE. + +Belle, se ne m'osez donner +De voz doulx baisiers amoureux, +Pour paour de Dangier courroucer, +Qui tousjours est fel et crueux; +J'en embleray bien ung ou deux; +Mais que, n'y prenez desplaisir, +Et que le vueilliez consentir, +Maugré Dangier et ses conseulx. + +De ce faulx vilain aveugler, +Dieu scet se j'en suis desireux; +Nul ne le peut aprivoiser, +Tout temps est si souspeconneux, +Qu'en penser languist doloreux, +Quant il voit Plaisance venir; +Mais elle se scet bien chevir, +Maugré Dangier et ses conseulx. + +Quand estroit la cuide garder, +Hardy cueur, secret et eureux, +S'avecques lui scet amener +Avis bon et aventureux, +Desguisé soubz maintien honteux; +Bien pevent Dangier endormir; +Lors Plaisance fait son desir, +Maugré Dangier et ses conseulx. + +L'ENVOY. + +Bien dessert guerdon plantureux +Advis, qui scet si bien servir +Au besoing, et trouver loisir, +Maugré Dangier et ses conseulx. + + + +BALADE. + +J'ay fait l'obseque de ma Dame +Dedens le moustier amoureux, +Et le service pour son ame +A chanté Penser doloreux; +Mains sierges de souspirs piteux +Ont esté en son luminaire; +Aussy j'ay fait la tombe faire +De regretz, tous de lermes pains, +Et tout entour, moult richement, +Est escript: Cy gist vrayement +Le tresor de tous biens mondains. + +Dessus elle, gist une lame +Faictes d'or et de saffirs bleux; +Car saffir est nommé la jame +De Loyaulté, et l'or eureux; +Bien lui appartiennent ces deux; +Car Eur et Loyaulté pourtraire +Voulu, en la tres debonnaire, +Dieu, qui la fist de ses deux mains, +Et fourma merveilleusement; +C'estoit, à parler plainement, +Le tresor de tous biens mondains. + +N'en parlons plus, mon cueur se pasme +Quant il oyt les faiz vertueux +D'elle, qui estoit sans nul blasme; +Comme jurent celles et ceulx +Qui congnoissoient ses conseulx; +Si croy que Dieu la voulu traire +Vers lui, pour parer son repaire +De Paradis, où sont les sains, +Car c'est d'elle bel parement, +Que l'en nommoit communement +Le tresor de tous biens mondains. + +L'ENVOY. + +De riens ne servent pleurs, ne plains; +Tous mourrons, ou tart ou briefment; +Nul ne peut garder longuement +Le tresor de tous biens mondains. + + + +BALADE. + +Puisque Mort a prins ma maistresse, +Que sur toutes amer souloye, +Mourir me convient en tristesse, +Certes plus vivre ne pourroye; +Pour ce, par deffaulte de joye +Tres malade, mon testament +J'ai mis en escript doloreux, +Lequel je presente humblement +Devant tous loyaulx amoureux. + +Premierement, à la haultesse +Du Dieu d'amours donne et envoye +Mon esperit, et en humblesse +Lui supplie qu'il le convoye +En son Paradis, et pourvoye; +Car je jure que loyaument +L'a servi de vueil desireux; +Advouer le puis vrayement +Devant tous loyaulx amoureux. + +Oultre plus, vueil que la richesse +Des biens d'Amours qu'avoir souloye, +Departie, soit à largesse, +A vraiz amans, et ne vouldroye +Que faulx amans, par nulle voye, +En eussent part aucunement; +Oncques n'euz amistié à eulx; +Je le prans sur mon sauvement +Devant tous loyaulx amoureux. + +L'ENVOY. + +Sans espargnier or, ne monnoye, +Loyaulté veult qu'en terre soye +En sa chapelle grandement; +Dont je me tiens pour bien eureux, +Et l'en mercie chierement +Devant tous loyaulx amoureux. + + + +BALADE. + +J'oy estrangement +Plusieurs gens parler, +Qui trop mallement +Se plaingnent d'amer; +Car, legierement, +Sans paine porter, +Vouldroient, briefment. +A fin amener +Tout leur pensement. + +C'est fait follement +D'ainsi desirer; +Car, qui loyaument +Veulent acquester +Bon guerdonnement, +Maint mal endurer +Leur fault, et souvent +A rebours trouver +Tout leur pensement. + +S'Amour humblement +Veulent honnourer, +Et soingneusement +Servir, sans faulser; +Des biens largement +Leur fera donner; +Mais, premierement, +Il veult esprouver +Tout leur pensement. + + + +SONGE EN COMPLAINTE. + +Apres le jour qui est fait pour traveil, +Ensuit la nuit pour repos ordonnée; +Pour ce, m'avint que chargié de sommeil +Je me trouvav moult fort une vesprée. +Pour la peine que j'avoye portée +Le jour devant, si fis mon appareil +De me couchier, sitost que le souleil +Je vy retrait, et sa clarté mussée. + +Quant couchié fu, de legier m'endormy; +Et en dormant, ainsi que je songoye, +Advis me fu que, devant moy, je vy +Ung vieil homme que point ne congnoissoye; +Et non pourtant autresfoiz veu l'avoye, +Ce me sembla; si me trouvay marry +Que j'avoye son nom mis en oubly, +Et, pour honte, parler à lui n'osoye. + +Ung peu se teut, et puis m'araisonna, +Disant: Amy, n'avez vous de moy cure? +Je suis Aage qui lectres apporta +A Enfance, de par Dame Nature, +Quant lui chargeay que plus la nourriture +N'auroit de vous, alors vous delivra +A Jeunesse, qui gouverné vous a +Moult longuement, sans raison et mesure. + +Or est ainsi, que Raison qui sur tous +Doit gouverner, a fait tres grant complainte +A Nature, de Jeunesse et de vous, +Disant qu'avez tous deux fait faulte mainte, +Avisez vous, ce n'est pas chose fainte; +Car Vieillesse, la mere de courrous, +Qui tout abat et amaine au dessoubz, +Vous donnera dedens brief une atainte. + +Au derrenier, ne la povez fuir; +Si vous vault mieulx, tandis qu'avez jeunesse, +A vostre honneur de folie partir, +Vous esloingnant de l'amoureuse adresse; +Car, en discort, sont Amours et Vieillesse, +Nul ne les peut à leur gré bien servir; +Amour vous doit pour excuse tenir, +Puisque la Mort a prins vostre maistresse. + +Et tout ainsi, qu'assez est avenant +A jeunes gens, en l'amoureuse voye +De temps passer, c'est aussi mal seant, +Quant en amours ung vieil homme folloye; +Chascun s'en rit, disant: Dieu qu'elle joye! +Ce foul vieillart veult devenir enfant; +Jeunes et vieulx du doy le vont monstrant, +Mocquerie par tous lieux le convoye. + +A vostre honneur povez Amours laisser +En jeune temps, comme par nonchalance; +Lors ne pourra nul de vous raconter, +Que l'ayez fait par faulte de puissance; +Et dira l'en que c'est par desplaisance +Que ne voulez en autre lieu amer, +Puisqu'est morte vostre Dame sans per, +Dont loyaument gardez la souvenance, + +Au Dieu d'amours, requerez humblement +Qu'il lui plaise de reprandre l'ommaige +Que lui feistes, par son commandement, +Vous rebaillant vostre cueur qu'a en gaige; +Merciez le des biens qu'en son servaige +Avez receuz, lors gracieusement +Departirez de son gouvernement, +A grant honneur comme loyal et saige. + +Puis requerez à tous les amoureux +Que chascun d'eulx tout ouvertement die, +Se vous avez riens failly envers eulx, +Tant que suivy avez leur compaignie, +Et que par eulx soit la faulte punie; +Leur requerant pardon de cueur piteux, +Car de servir estiez desireux +Amours, et tous ceulx de sa seigneurie. + +Ainsi pourrez departir du povoir +Du Dieu d'amours, sans avoir charge aucune; +C'est mon conseil, faictes vostre vouloir, +Mais gardez vous que ne croiez Fortune +Qui de flater est à chascun commune; +Car tousjours dit qu'on doit avoir espoir +De mieulx avoir, mais c'est pour decevoir. +Je ne congnois plus faulse soubz la lune. + +Je scay trop bien, s'escouter la voulez, +Et son conseil plus que le mien eslire, +Elle dira que, s'amours delaissiez, +Vous ne povez mieulx vostre cueur destruire; +Car vous n'aurez lors à quoy vous deduire, +Et tout plaisir à nonchaloir mectrez; +Ainsi, le temps en grant ennuy perdrez, +Qui pis vauldra que l'amoureux martire. + +Et puis apres, pour vous donner confort, +Vous promectra que recevrez amande +De tous les maulx qu'avez souffers à tort, +Et que c'est droit qu'aucun guerdon vous rende; +Mais il n'est nul qui à elle s'atende, +Qui tost ou tard ne soit, je m'en fais fort, +Deceu d'elle, à vous je m'en raport; +Si pry à Dieu que d'elle vous deffende. + +En tressaillant, sur ce point m'esveillay, +Tremblant ainsi que sur l'arbre la fueille, +Disant: Helas! oncques mais ne songay +Chose dont tant mon povre cueur se dueille; +Car, s'il est vray que Nature me vueille +Abandonner, je ne scay que feray; +A Vieillesse tenir pié ne pourray, +Mais convendra que tout ennuy m'acueille. + +Et non pourtant le vieil homme qu'ay veu +En mon dormant, lequel Aage s'appelle, +Si m'a dit vray; car j'ay bien aperceu +Que Vieillesse veult emprandre querelle +Encontre moy, ce m'est dure nouvelle; +Et ja soit ce qu'à present suy pourveu +De jeunesse, sans me trouver recreu, +Ce n'est que sens de me pourveoir contre elle. + +A celle fin que quant vendra vers moy, +Je ne soye despourveu comme nice; +C'est pour le mieulx, s'avant je me pourvoy; +Et trouveray Vieillesse plus propice, +Quant cognoistra qu'ay laissé tout office +Pour la servir; alors, en bonne foy +Recommandé m'aurra, comme je croy, +Et moins soussy auray en son service. + +Si suis content, sans changier desormais, +Et pour tousjours entierement propose +De renoncer à tous amoureux fais; +Car il est temps que mon cueur se repose; +Mes yeulx cligniez et mon oreille close +Tendray, afin que n'y entre jamais, +Par Plaisance, les amoureux atrais; +Tant les congnois qu'en eulx fier ne m'ose. + +Qui bien se veult garder d'amoureux tours, +Quant en repos sent que son cueur sommeille, +Garde ses yeulx emprisonnez tousjours; +S'ils eschapent, ils crient en l'oreille +Du cueur qui dort, tant qu'il fault qu'il s'esveille; +Et ne cessent de lui parler d'Amours, +Disans qu'ilz ont souvent hanté ses cours, +Où ilz ont veu plaisance nompareille. + +Je scay par cueur ce mestier bien à plain, +Et m'a longtemps esté si agreable +Qu'il me sembloit qu'il n'estoit bien mondain, +Fors en amours, ne riens si honnorable; +Je trouvoye, par maint conte notable, +Comment Amour, par son povoir haultain. +A avancié comme Roy souverain, +Ses serviteurs en estat prouffitable. + +Mais en ce temps, ne congnoissoye pas +La grant douleur qu'il convient que soustiengne +Ung povre cueur, pris es amoureuxlas; +Depuis l'ay sceu, bien scay à quoy m'entiengne, +J'ay grant cause que tousjours m'en souviengne; +Or en suis hors, mon cueur en est tout las, +Il ne veult plus d'Amours passer le pas, +Pour bien ou mal que jamais lui adviengne. + +Pour ce tantost, sans plus prendre respit, +Escrire vueil, en forme de requeste, +Tout mon estat, comme devant est dit; +Et quant j'auray fait ma cedule preste, +Porter la vueil à la premiere feste +Qu'Amours tendra, lui monstrant par escript +Les maulx qu'ay euz, et le peu de prouffit, +En poursuivant l'amoureuse conqueste. + +Ainsi d'Amours, devant tous les amans, +Prendray congié en honneste maniere, +En estouppant la bouche aux mesdisans +Qui ont langue pour mesdire legiere; +Et requerray, par tres humble priere, +Qu'il me quicte de tous les convenans +Que je lui fis, quant l'ung de ses servans +Devins pieca de voulenté entiere. + +Et reprendray hors de ses mains mon cueur, +Que j'engagay par obligacion, +Pour plus seurté d'estre son serviteur, +Sans faintise, ou excusacion; +Et puis, apres recommandacion, +Je delairay, à mon tres grant honneur, +A jeunes gens qui sont en leur verdeur; +Tous fais d'Amours par resignacion. + + + +LA REQUESTE + +AUX EXCELLENS, ET PUISSANS EN NOBLESSE, +DIEU CUPIDO ET VENUS LA DEESSE. + +Supplie presentement, + Humblement, +CHARLES LE DUC D'ORLÉANS +Qui a esté longuement, + Ligement +L'un de voz obeissans, +Et entre les vraiz amans, + Voz servans, +A despendu largement +Le temps de ses jeunes ans + Tres plaisans, +A vous servir loyaument. + +Qu'il vous plaise regarder, + Et passer +Ceste requeste presente, +Sans la vouloir refuser; + Mais penser +Que d'umble vueil la presente +A vous, par loyalle entente, + En actente +De vostre grace trouver, +Car sa fortune dolente + Le tourmente, +Et le contraint de parler. + +Comme ainsi soit que la Mort, + A grant tort, +En droicte fleur de jeunesse +Lui ait osté son deport, + Son ressort, +Sa seule Dame et liesse, +Dont a fait veu et promesse, + Par destresse, +Desespoir et desconfort, +Que jamais n'aura Princesse, + Ne maistresse, +Car son cueur en est d'accord. + +Et pour ce que, ja pieca, + Vous jura +De vous loyaument servir, +Et en gaige vous laissa, + Et donna +Son cueur, par loyal desir; +Il vient pour vous requerir + Que tenir +Le vueilliez, tant qu'il vivra, +Excusé; car sans faillir. + Pour mourir, +Plus amoureux ne sera. + +Et lui vueilliez doulcement, + Franchement, +Rebaillier son povre cueur, +En lui quictant son serement, + Tellement +Qu'il se parte, à son honneur, +De vous, car bon serviteur, + Sans couleur, +Vous a esté vrayement; +Monstrez lui quelque faveur, + En doulceur, +Au moins à son partement. + +A Bonnefoy que tenez, + Et nommez +Vostre principal notaire, +Estroictement ordonnez, + Et mandez, +Sur peine de vous desplaire, +Qu'il vueille, sans delay traire, + Lectre faire, +En laquelle affermerez +Que congié de soy retraire, + Sans forfaire, +Audit cueur donné avez. + +Afin que le suppliant, + Cy devant +Nommé, la puisse garder, +Pour sa descharge et garant, + En monstrant +Que nul ne le doit blasmer, +S'Amours a voulu laisser; + Car d'amer +N'eut oncques puis son talant +Que Mort lui voulut oster + La nomper +Qui fust ou monde vivant. + +Et s'il vous plaist faire ainsi + Que je dy, +Ledit suppliant sera +Allegié de son soussy; + Et ennuy +D'avec son cueur bannira; +Et apres, tant que vivra, + Priera +Pour vous, sans mectre en oubly +La grace qu'il recevra, + Et aura, +Par vostre bonne mercy. + + + + +LA DESPARTIE D'AMOURS EN BALADES. + +Quant vint à la prochaine feste, +Qu'Amour tenoit son Parlement, +Je lui presentay ma requeste +Laquelle leut tres doulcement, +Et puis me dist: Je suis dolent +Du mal qui vous est advenu; +Mais il n'a nul recouvrement, +Quant la Mort a son cop feru. + +Eslongnez hors de vostre teste +Vostre doloreux pensement, +Monstrez vous homme, non pas beste, +Faictes que, sans empeschement, +Ait en vous le gouvernement +Raison, qui souvent a pourveu +En maint meschief, tres saigement, +Quant la Mort a son cop feru. + +Reprenez nouvelle conqueste, +Je vous aideray tellement +Que vous trouverez Dame preste +De vous amer tres loyaument, +Qui de biens aura largement; +D'elle serez amy tenu; +Je n'y voy autre amendement, +Quant la Mort a son cop feru. + + + +BALADE. + +Helas! sire, pardonnez moi, +Se dis je, car, toute ma vie, +Je vous asseure par ma foy, +Jamais n'auray Dame, n'amie; +Plaisance s'est de moy partie, +Qui m'a de liesse forclos, +N'en parlez plus, je vous supplie, +Je suis bien loing de ce propos. + +Quant ces parolles de vous oy, +Vous m'essayez, ne faictes mye; +A vous dire vray, je le croy, +Ou ce n'est dit qu'en mocquerie; +Ce me seroit trop grant folie, +Quant demeurer puis en repos, +De reprendre merencolie, +Je suis bien loing de ce propos. + +Acquictié me suis, comme doy, +Vers vous et vostre seigneurie, +Desormais me vueil tenir coy; +Pour ce, de vostre courtoisie, +Accordez moi, je vous en prie, +Ma requeste, car à briefz mos, +De plus amer, quoique nul die, +Je suis bien loing de ce propos. + + + +BALADE. + +Amour congnu bien que j'estoye +En ce propos, sans changement, +Pour ce respondy: Je vouldroye +Que voulsissiez faire autrement, +Et me servir plus longuement, +Mais je voy bien que ne voulez, +Si vous accorde franchement +La requeste que faicte avez. + +Escondire ne vous pourroye, +Car servy m'avez loyaument, +N'oncques ne vous trouvay en voye, +N'en voulenté aucunement +De rompre le loyal serement +Que me feistes, comme savez; +Ainsi le compte largement +La requeste que faicte avez. + +Et afin que tout chascun voye +Que de vous je suis tres content, +Une quictance vous octroye, +Passée par mon Parlement, +Qui relaissera plainement +L'ommaige que vous me devez, +Comme contient ouvertement +La requeste que faicte avez. + + + +BALADE. + +Tantost Amour, en grant array, +Fist assembler son Parlement; +En plain conseil mon fait comptay, +Par congié et commandement; +Là fust passée plainement +La quictance que demandoye, +Baillée me fut franchement, +Pour en faire ce que vouldroye. + +Oultre plus, mon cueur demanday, +Qu'Amour avoit eu longuement, +Car en gaige le lui baillay, +Quant je me mis premierement +En son service ligement; +Il me dist que je le rauroye, +Sans refuser aucunement, +Pour en faire ce que vouldroye. + +A deux genoilz m'agenoillay, +Merciant Amour humblement +Qui tira mon cueur, sans delay, +Hors d'un escrin priveement, +Le me baillant courtoisement, +Lyé en ung noir drap de soye; +En mon sain le mist doulcement, +Pour en faire ce que vouldroye. + + + + +COPIE DE LA QUICTANCE DESSUS DICTE. + +Saichent presens et avenir, +Que nous, Amours, par franc desir +Conseillez, sans nulle contraincte, +Apres qu'avons oy la plainte +De CHARLES LE DUC D'ORLÉANS +Qui a esté, par plusieurs ans, +Nostre vray loyal serviteur +Rebaillé lui avons son cueur +Qu'il nous bailla, pieca, en gaige, +Et le serment, foy et hommaige, +Qu'il nous devoit quictié avons, +Et par ces presentes quictons; +Oultre plus, faisons assavoir, +Et certiffions, pour tout voir, +Pour estoupper aux mesdisans +La bouche, qui trop sont nuisans, +Qu'il ne part de nostre service +Par deffaulte, forfait ou vice, +Mais seulement la cause est telle: +Vray est que la Mort trop cruelle +A tort lui est venu oster +Celle que tant souloit amer, +Qui estoit sa Dame et maistresse, +S'amie, son bien, sa leesse; +Et pour sa loyaulté garder, +Il veult desormais ressembler +A la loyalle turterelle +Qui seule se tient, à par elle, +Apres qu'elle a perdu son per; +Si lui avons voulu donner +Congié du tout de soy retraire +Hors de nostre court, sans forfaire. +Fait par bon conseil et advis +De nos subgietz et vraiz amis, +En nostre present Parlement +Que nous tenons nouvellement; +En tesmoing de ce, avons mis +Nostre scel, plaqué et assis, +En ceste presente quictance, +Escripte par nostre ordonnance, +Presens mains notables recors, +Le jour de la feste des morts, +L'an mil quatre cent trente et sept, +Ou chastel de Plaisant recept. + + + +BALADE. + +Quant j'euz mon cueur et ma quictance, +Ma voulenté fut assouvie, +Et non pourtant, pour l'acoinctance +Qu'avoye de la seigneurie +D'Amour, et de sa compaignie, +Quant vins à congié demander, +Trop mal me fist la departie, +Et ne cessoye de plourer. + +Amour vit bien ma contenance, +Si me dist: Amy, je vous prie, +S'il est riens dessoubz ma puissance +Que vueilliez, ne l'espargniez mie. +Tant plain fu de merencolie, +Que je ne peuz à lui parler +Une parolle ne demie, +Et ne cessoye de plourer. + +Ainsi party en desplaisance +D'Amour, faisant chiere marrie, +Et comme tout ravi en trance, +Prins congié, sans que plus mot dye. +A Confort dist qu'il me conduye, +Car je ne m'en savoye aler, +J'avois la veue esbluye, +Et ne cessoye de plourer. + + + +BALADE. + +Confort, me prenant par la main, +Hors de la porte me convoye; +Car Amour, le Roy souverain, +Lui chargea moy monstrer la voye +Pour aler où je desiroye; +C'estoit vers l'ancien manoir +Où en enffance demouroye, +Que l'en appelle Nonchaloir. + +A confort dis: Jusqu'à demain +Ne me laissiez, car je pourroye +Me forvoier, pour tout certain, +Par desplaisir, vers la saussoye +Où est Vieillesse rabat joye; +Se nous travaillons fort ce soir, +Tost serons au lieu que vouldroye, +Que l'en appelle Nonchaloir. + +Tant cheminasmes qu'au derrain +Veismes la place que queroye; +Quant de la porte fu prouchain, +Le portier, qu'assez congnoissoye, +Sitost comme je l'appelloye, +Nous receut, disant que pour voir +Ou dit lieu bien venu estoye, +Que l'en appelle Nonchaloir. + + + +BALADE. + +Le gouverneur de la maison +Qui Passetemps se fait nommer, +Me dist: Amy, ceste saison +Vous plaist il ceans sejourner? +Je respondy qu'à brief parler, +Se lui plaisoit ma compaignie, +Content estoye de passer +Avecques lui, toute ma vie. + +Et lui racontay l'achoison +Qui me fist Amour delaisser; +Il me dist qu'avoye raison, +Quant eut veu ma quictance au cler, +Que je lui baillay à garder. +Aussi de ce me remercie +Que je vouloye demourer +Avecques lui, toute ma vie. + +Le lendemain lectres foison +A Confort baillay à porter, +D'umble recommandation, +Et le renvoyay sans tarder +Vers Amour, pour lui raconter +Que Passetemps, à chiere lye, +M'a voit receu pour reposer +Avecques lui, toute ma vie. + + + +A TRES NOBLE, HAULT ET PUISSANT SEIGNEUR +AMOUR, PRINCE DE MONDAINE DOULCEUR. + +Tres excellent, tres hault et noble Prince, +Tres puissant Roy en chascune province, +Si humblement que se peut serviteur +Recommander à son maistre et seigneur, +Me recommande à vous, tant que je puis, +Et vous plaise savoir que toujours suis +Tres desirant oir souvent nouvelles +De vostre estat, que Dieu doint estre telles, +Et si bonnes, comme je le desire, +Plus que ne scay raconter ou escrire; +Dont vous suppli que me faictes sentir +Par tous venans, s'il vous vient à plaisir, +Car d'en oir en bien, et en honneur, +Ce me sera parfaicte joye au cueur; +Et s'il plaisoit à vostre seigneurie +Vouloir oir, par sa grant courtoisie, +De mon estat; je suis en tres bon point, +Joyeux de cueur, car soussy n'ay je point, +Et Passetemps, ou lieu de Nonchaloir, +M'a retenu pour avec lui manoir +Et sejourner, tant comme me plaira, +Jusques à tant que Vieillesse vendra; +Car lors fauldra qu'avec elle m'en voise +Finer mes jours; ce penser fort me poise +Dessus le cueur, quant j'en ai souvenance, +Mais, Dieu mercy, loing suis de sa puissance, +Presentement je ne la crains en riens, +N'en son dangier aucunement me tiens. +En oultre plus, saichez que vous renvoye +Confort, qui m'a conduit la droicte voye +Vers Nonchaloir, dont je vous remercie +De sa bonne, joyeuse compaignie, +En ce fait, à vostre commandement, +De bon vouloir et tres soingneusement, +Auquel vueilliez donner foy et fiance, +En ce que lui ay chargié en creance, +De vous dire plus pleinement de bouche; +Vous suppliant qu'en tout ce qui me touche, +Bien à loisir, le vueilliez escouter, +Et vous plaise me vouloir pardonner +Se je n'escris devers vostre Excellence, +Comme je doy, en telle reverence +Qu'il appartient, car c'est par non savoir +Qui destourbe d'acomplir mon vouloir. +En oultre plus, vous requerant mercy, +Je cognois bien que grandement failly, +Quant me party derrainement de vous, +Car j'estoye si rempli de courrous +Que je ne peu ung mot à vous parler, +Ne mon congié, au partir, demander; +Avecques ce, humblement vous mercie +Des biens qu'ay euz soubz vostre seigneurie. +Autre chose n'escris, quant à present, +Fors que je pry à Dieu, le tout puissant, +Qu'il vous octroit honneur et longue vie, +Et que puissiez tousjours la compaignie +De faulx Dangier surmonter, et deffaire, +Qui en tous temps vous a esté contraire. +Escript ce jour troisiesme vers le soir, +En Novembre ou lieu de Nonchaloir. + +Le Bien vostre CHARLES DUC D'ORLÉANS +Qui jadis fut l'un de voz vrays servans. + + + +BALADE. + +Balades, chancons et complaintes +Sont pour moy mises en oubly, +Car ennuy et pensées maintes +M'ont tenu longtemps endormy; +Non pourtant, pour passer soussy, +Essayer vueil se je sauroye +Rimer, ainsi que je souloye, +Au moins j'en feray mon povoir, +Combien que je congnois et scay +Que mon langaige trouveray +Tout enroillié de nonchaloir. + +Plaisans parolles sont estaintes +En moy qui deviens rassoty; +Au fort, je vendray aux actaintes, +Quant beau parler m'aura failly; +Pourquoy pry ceulx qui m'ont oy +Langaigier, quant pieca j'estoye +Jeune, nouvel et plain de joye, +Que vueillent excusé m'avoir; +Oncques mais je ne me trouvay +Si rude, car je suis, pour vray, +Tout enroillié de nonchaloir. + +Amoureux ont parolles paintes, +Et langaige frais et joly; +Plaisance dont ilz sont acointes +Parle pour eulx; en ce party +J'ay esté, or n'est plus ainsy; +Alors, de beau parler trouvoye +A bon marchié, tant que vouloye; +Si ay despendu mon savoir, +Et s'ung peu espargné en ay, +Il est, quant vendra à l'essay, +Tout enroillié de nonchaloir. + +L'ENVOY. + +Mon Jubile faire devroye, +Mais on diroit que me rendroye +Sans cop ferir, car Bon espoir +M'a dist que renouvelleray; +Pour ce, mon cueur fourbir feray +Tout enroillié de nonchaloir. + + + +BALADE. + +L'emplastre de nonchaloir, +Que sus mon cueur pieca mis, +M'a guéri, pour dire voir, +Si nectement que je suis +En bon point, ne je ne puis +Plus avoir, jour de ma vie, +L'amoureuse maladie. + +Si font mes yeulx leur povoir +D'espier par le pays, +S'ilz pourroyent plus veoir +Plaisant beaulté, qui jadis +Fut l'un de mes ennemis, +Et mist, en ma compaignie, +L'amoureuse maladie. + +Mes yeux tense main et soir, +Mais ilz sont si tres hastis, +Et trop plains de leur vouloir; +Au fort, je les metz au pis, +Facent selon leur advis; +Plus ne crains, dont Dieu mercie, +L'amoureuse maladie. + +L'ENVOY. + +Quant je voy en doleur pris +Les amoureux, je m'en ris; +Car je tiens, pour grant folie, +L'amoureuse maladie. + + + +BALADE. + +Mon cueur m'a fait commandement +De venir vers vostre jeunesse, +Belle que j'ayme loyaument, +Comme doy faire ma Princesse; +Se vous demandez pourquoi esse? +C'est pour savoir quant vous plaira +Alegier sa dure destresse, +Ma Dame, le sauray je ja? + +Dictez le, par vostre serment +Je vous fais loyalle promesse, +Nul ne le saura, seulement +Fors que lui, pour avoir leesse; +Or lui monstrez qu'estes maistresse, +Et lui mandez qu'il guerira, +Ou s'il doit mourir de destresse, +Ma Dame, le saurai je ja? + +Penser ne pourroit nullement +Que la doleur, qui tant le blesse, +Ne vous desplaise aucunement; +Or faictes donc tant qu'elle cesse, +Et le remectez en l'adresse +D'Espoir, dont il party pieca; +Respondez sans que plus vous presse. +Ma Dame, le sauray je ja? + + + + +BALADE. + +Je meurs de soif, en cousté la fontaine; +Tremblant de froit, ou feu des amoureux; +Aveugle suis, et si les autres maine; +Povre de sens, entre saichans l'un d'eulx; +Trop negligent, en vain souvent soigneux; +C'est de mon fait une chose faiée, +En bien et mal par fortune menée. + +Je gaingne temps, et pers mainte sepmaine; +Je joue et ris, quant me sens douloreux; +Desplaisance j'ay, d'esperance plaine; +J'actens boneur en regret angoisseux; +Rien ne me plaist, et si suis desireux; +Je m'esjois, et courre à ma pensée, +En bien et mal par fortune menée. + +Je parle trop, et me tais à grant paine; +Je m'esbahys, et si suis courageux; +Tristesse tient mon confort en demaine, +Faillir ne puis, au moins à l'un des deux; +Bonne chierre je faiz, quant je me deulx; +Maladie m'est en santé donnée, +En bien et mal par fortune menée. + +L'ENVOY. + +Prince, je dy que mon fait maleureux, +Et mon prouffit aussi avantageux, +Sur ung hasart j'asseray quelque année, +En bien et mal par fortune menée. + + + +BALADE. + +Comment voy je les Anglois esbahys, +Resjoys toy, franc royaume de France, +On apparcoit que de Dieu sont hays; +Puis qu'ilz n'ont plus couraige ne puissance; +Bien pensoient, par leur oultrecuidance, +Toy surmonter, et tenir en servaige; +Et ont tenu à tort ton heritaige; +Mais à present Dieu pour toy se combat, +Et se monstre du tout de ta partie, +Leur grant orgueil entierement abat, +Et t'a rendu Guyenne et Normendie. + +Quant les Anglois as pieca envays, +Rien ny valoit ton sens, ne ta vaillance; +Lors estoies ainsi que fut Tays +Pecheresse qui pour faire penance, +Enclouse fut par divine ordonnance; +Ainsi as tu esté en reclusaige +De desconfort, et douleur de couraige. +Et les Anglois menoient leur sabat, +En grans pompes, baubans et tirannie. +Or, a tourné Dieu ton dueil en esbat, +Et t'a rendu Guyenne et Normendie. + +N'ont pas Anglois souvent leurs Rois trays? +Certes ouil. tous en ont congnoissance; +Et encore, le Roy de leur pays +Est maintenant en doubteuse balance; +D'en parler mal, chascun Anglois s'avance; +Assez monstrent, par leur mauvais langage, +Que voulentiers ilz lui feroyent oultrage; +Qui sera Roy entr'eulx est grant desbat; +Pour ce, France, que veulx tu que te dye? +De sa verge Dieu, les punist et bat, +Et t'a rendu Guyenne et Normendie. + +PRINCE. + +Roy des Français gaigné as l'asvantaige, +Parfaiz ton jeu, comme vaillant et saige, +Maintenant l'as plus belle qu'au rabat. +De ton boneur, France, Dieu remercie; +Fortune en bien avecques toi s'embat, +Et t'a rendu Guyenne et Normendie. + + + +BALADE. + +On parle de religion +Qui est d'estroicte gouvernance, +Et, par ardant devocion, +Portent mainte dure penance; +Mais, ainsi que j'ay congnoissance, +Et selon mon entencion, +Entre tous, j'ay compassion +Des amoureux de l'observance + +Toujours par contemplacion +Tiennent leurs cueurs raviz en trance; +Pour venir par perfection +Au hault Paradis de Plaisance: +Chault, froit, soif et faim d'esperance, +Souffrent en mainte nacion; +Telle est la conversacion +Des amoureux de l'observance. + +Piez nuz, de consolacion +Quierent l'aumosne d'alegence; +Or ne veulent ne pension, +Fors de pitié pour pitance; +En bissacs plains de souvenance, +Pour leur simple provision, +N'est ce saincte condicion +Des amoureux de l'observance? + +L'ENVOY. + +Des bigotz ne quiers l'accointance, +Ne loue leur oppinion, +Mais me tiens, par affection, +Des amoureux de l'observance. + + + +OBLIGATION DE VAILLANT. + +Present le notaire d'Amours, +Sans alleguer decepcion, +En renoncant tous droiz d'amours, +Coustume, loy, condicion, +De tres loyalle entencion, +A vous servir sans me douloir, +Passe ceste obligacion +Soubz le scel de vostre vouloir. + +De cueur, corps, biens, sans nul recours. +Vous fais renunciacion, +Presens, advenir, à tousjours. +Et vous mets en possession +Ne nulle part, ne porcion +N'y aura, et, pour mieulx valoir, +Le jure en ma dampnacion +Soubz le scel de vostre vouloir. + +Et quant je feray le rebours, +Pour recevoir punicion, +Me soubzmetz, sans estre ressours, +A vostre juridiction; +Et à bon droit, et action, +Pourrez, de vostre plain povoir: +Me mectre à execution +Soubz le scel de vostre vouloir. + +L'ENVOY. + +En l'an de ma grant passion +Mectant toutes à nonchaloir, +Feis ceste presentacion, +Soubz le scel de vostre vouloir. + + + +VIDIMUS DE LA DICTE OBLIGACION PAR LE DUC D'ORLÉANS. + +A ceulx qui verront ces presentes, +Le Bailly d'Amoureux espoir, +Salut plain de bonnes ententes, +Mandons et faisons assavoir +Que le tabellion Devoir, +Juré des centraux en amours, +A veu nouvellement, à Tours, +De Vaillant l'obligacion +Entiere de bien vraye sorte, +Dont en fait la relacion, +Ainsi que ce _vidimus_ porte. + +A double queue, par patentes, +En cire vert, pour dire voir, +Oblige, soubzmectant ses rentes, +Cueur, corps et biens, sans decevoir, +Soubz le seau d'autruy vouloir, +Pour recouvrer joyeulx secours, +Qu'il a desservy par mains jours; +Faisant ratifficacion, +Ledit notaire le rapporte, +Par sa certifficacion, +Ainsi que ce _vidimus_ porte. + +Et deust il mectre tout en ventes, +Des biens qu'il pourra recevoir, +Veult paier ses debtes contentes, +Tant qu'on pourra apparcevoir, +Qu'il fera trop plus que povoir; +Combien qu'ait eu d'estranges tours +Qui lui sont venuz au rebours; +En soit faicte informacion, +Car à Loyaulté se conforte, +Qu'en fera la probacion, +Ainsi que ce _vidimus_ porte. + +L'ENVOY. + +Pour plus abreviacion, +De l'an et jour je me deporte, +On en voit declaracion, +Ainsi que ce _vidimus_ porte. + + + + +ENTENDIT DE LA DICTE OBLIGACION + +par Maistre Jehan Caillau. + +_Intendit_ le nommé Vaillant +Qui fait ceste obligation, +Vous resigne tout son vaillant, +Par simple resignacion; +Ne ne fait supplicacion +De gueredon, pour mieulx valoir, +Fors tout à vostre oppinion, +Soubz le scel de vostre vouloir. + +Lequel, d'estoc et de taillant. +Endure mainte passion +D'Amours, qui le vont assaillant; +Mais, soubz dissimulacion, +Porte sa tribulacion, +Faisant semblant de non doloir, +Actendant doulce pension, +Soubz le scel de vostre vouloir. + +Pour ce, ne doit estre faillant +A la renumeracion, +Car, s'il y estoit deffaillant, +Ce serait sa perdicion; +Et, par Dieu, si bon champion +Ne devez mectre à nonchaloir; +Si faictes qu'ait provision, +Soubz le scel de vostre vouloir. + +L'ENVOY. + +J'en parle par compacion, +Mais grant bien lui devez vouloir, +Puis que met son entencion +Soubz le scel de vostre vouloir. + + + +BALADE. + +En la forest de longue actente, +Chevauchant par divers sentiers, +M'en voys, ceste année presente, +Ou voyage de desiriers; +Devant sont allez mes fourriers, +Pour appareiller mon logis +En la cité de Destinée, +Et, pour mon cueur et moy, ont pris +L'ostellerie de Pensée. + +Je mene des chevaulx quarente, +Et autant pour mes officiers, +Voire, par Dieu, plus de soixante, +Sans les bagaiges et sommiers. +Loger nous fauldra par quartiers, +Se les hostelz sont trop petis +Touteffoiz pour une vesprée +En gré prandray, soit mieulx ou pis, +L'ostellerie de Pensée. + +Je despens chascun jour ma rente +En maints travaulx avanturiers, +Dont est Fortune mal contente, +Qui soustient contre moy Dangiers; +Mais, Espoirs, s'ilz sont droicturiers, +Et tiennent ce qui qu'ilz m'ont promis, +Je pense faire telle armée, +Qu'auray malgré mes ennemis, +L'ostellerie de Pensée. + +L'ENVOY. + +Prince, vray Dieu de paradis, +Vostre grace me soit donnée, +Telle que trouve à mon devis, +L'ostellerie de Pensée. + + + +BALADE. + +Je cuide que ce sont nouvelles, +J'oy nouveau bruit, et qu'est ce là? +Helas! pourroy je savoir d'elles +Quelque chose qui me plaira; +Car j'ay desiré, longtemps a, +Qu'Espoir m'estraynast de liesse, +Je ne scay pas qu'il en fera, +Le beau menteur plain de promesse. + +S'il ne sont ou bonnes ou belles, +Au fort, mon cueur endurera, +En actendant d'avoir de celles +Que Bon eur lui apportera, +Et de l'endormye beuvra; +De nonchaloir, en sa destresse, +Espoir plus ne l'esveillera, +Le beau menteur plain de promesse. + +Pour ce, mon cueur, se tu me celles +Reconfort, quant vers toy vendra, +Tu feras mal, car tes querelles +J'ay gardées, or y perra; +Adviengne qu'avenir pourra! +Je suis gouverné par Vieillesse, +Qui de legier n'escoutera +Le beau menteur plain de promesse. + +L'ENVOY. + +Ma bouche plus n'en parlera, +Raison sera d'elle maistresse; +Mais au derrain, blasmé sera +Le beau menteur plain de promesse. + + + +BALADE. + +N'a pas longtemps qu'escoutoye parler +Ung amoureux, qui disoit à s'amye: +De mon estat plaise vous ordonner, +Sans me laisser ainsi finer ma vie, +Je meurs pour vous, je le vous certiffie. +Lors respondit, la plaisante aux doulx yeulx, +Assez le croy, dont je vous remercie, +Que m'aymez bien, et vous encores mieulx, + +Il ne fault ja vostre pousse taster, +Fievre n'avez que de merencolie, +Vostre orine ne aussi regarder, +Tost se garist legiere maladie, +Medicine devez prendre d'oublie; +D'autres ay veu trop pis, en plusieurs lieux, +Que vous n'estes, et, pour ce, je vous prie, +Que m'aymez bien, et vous encores mieulx. + +Je ne vueil pas de ce vous destourber, +Que ne m'amiez de vostre courtoisie; +Mais que pour moy, doyez mort endurer, +De le croire, ce me seroit folie; +Pensez de vous, et faictes chiere lye; +J'en ay ouy parler assez de tieulx +Qui sont tous sains; quoyque point ne desnye +Que m'aymez bien, et vous encores mieulx. + +L'ENVOY. + +Telz beaulx parlers ne sont en compaignie +Qu'esbatemens, entre jeunes et vieulx; +Contente suis, combien que je m'en rye, +Que m'aymez bien, et vous encores mieulx. + + + +BALADE. + +Portant harnois rouillé de nonchaloir, +Sus monteure foulée de foiblesse, +Mal abillé de desireulx vouloir, +On m'a croizé, aux montres de liesse, +Comme cassé des gaiges de jeunesse; +Je ne congnois où je puisse servir, +L'arriere ban a fait crier Vieillesse, +Las! fauldra il son soudart devenir? + +Le bien, que puis avecques elle avoir, +N'est que d'un peu d'atrempée sagesse; +En lieu de ce, me fauldra recevoir +Ennuy, soussy, desplaisir et destresse; +Par Dieu! Bon temps, mal me tenez promesse, +Vous me deviez contre elle soustenir, +Et je voy bien qu'elle sera maistresse, +Las! fauldra il son soudart devenir? + +Foibles jambes porteront bon vouloir, +Puisqu'ainsy est, endurant en humblesse, +Prenant confort d'un bien joyeulx espoir, +Quant, Dieu mercy, maladie ne presse; +Mais loing se tient, et mon corps point ne blesse, +C'est ung tresor que doy bien chier tenir, +Veu que la fin de menasser ne cesse, +Las! fauldra il son soudart devenir? + +L'ENVOY. + +Prince, je dy que c'est peu de richesse +De ce monde, ne de tout son plaisir, +La mort depart ce qu'on tient à largesse, +Las! fauldra il son soudart devenir? + + + +BALADE. + +Dieu vueille sauver ma galée, +Qu'ay chargée de marchandise +De mainte diverse pensée +Enpris de loyaulté assise; +Destourbée ne soit, ne prise +Des robeurs, escumeurs de mer; +Vent, ne marée ne luy nuyse, +A bien aler et retourner. + +A Confort l'ay recommandée, +Qu'il en face tout à sa guise, +Et pencarte lui ay baillée, +Qui d'estranges pays devise, +Affin que dedens il advise +A quel port pourra arriver, +Et le chemin à chois eslise, +A bien aler et retourner. + +Pour acquicter joye empruntée, +L'envoye, sans espargner mise, +Riche devendray, quelque année, +Se mon entente n'est surprise; +Conscience n'auray reprise +De gaing à tort au par aler, +En eur viengne mon entreprise, +A bien aler et retourner. + +L'ENVOY. + +Prince, se maulx fortune atise, +Sagement s'y fault gouverner: +Le droit chemin jamais ne brise, +A bien aler et retourner. + + + +BALADE + +(Jacques bastart de la Tremoille.) + +Pour la conqueste de mercy, +Où les vaillans hommes et saiges +Ont été pris, et mors aussi, +En acquerant leurs avantaiges; +Amours accroissant les couraiges +Des mieulx venuz, lectre patente +A tous a donné leurs usaiges, +En la forest de longue actente. + +Les piteux s'arment de soussy, +Les francs se mectent en servaige, +Maigres de corps, le cueur noircy +De dueil, et pales les visaiges; +A tant pour services et gaiges, +Auront trois cens maulx jours de rente +Par an, avec les arreraiges, +En la forest de longue actente. + +Ceulx qui Amours servent ainsy, +En lui faisant foys et hommaiges, +Il les fait apres eureux sy +Qu'ilz s'eschappent des brigandaiges +De Dangiers, par petiz boucaiges, +Puis les duit en la droicte sente; +Mais premier, paient leurs truaiges, +En la forest de longue actente. + +L'ENVOY. + +Prince, pour duire cueurs volaiges, +Affin que nul ne s'en exempte, +Mectez les tous en hermitaiges, +En la forest de longue actente. + + + +BALADE. + +Ha! Dieu Amours, où m'avez vous logié? +Tout droit au trait de desir et plaisance, +Où, de legier, je puis estre blecié +Par doulx regart, et plaisant atraiance. +Jusqu'à la mort, dont trop suis en doubtance, +Pour moy couvrir prestez moy ung pavaiz, +Desarmé suis, car pieca mon harnaiz +Je le vendy, par le conseil d'oiseuse. +Comme lassé de la guerre amoureuse. + +Vous savez bien que me suis esloingné, +Des longtemps a, d'amoureuse vaillance, +Où j'estoye moult fort embesoingné, +Quant m'aviez en vostre gouvernance; +Or en suis hors, Dieu me doint la puissance +De me garder que n'y rentre jamais; +Car, quant congneu j'ay les amoureux fais, +Retrait me suis de vie si peneuse, +Comme lassé de la guerre amoureuse. + +Et non pourtant, j'ay esté advisé +Que Bel acueil a fait grant aliance +Encontre moy, et qu'il est embusché +Pour me prandre, s'il peut, par decevance; +Ung de ses gens, appellé Acointance, +M'assault tousjours; mais souvent je me taiz, +Monstrant semblant que je ne quiers que paiz. +Sans me bouter en paine dangereuse, +Comme lassé de la guerre amoureuse. + +L'ENVOY. + +Voisent faire jeunes gens leurs essaiz, +Car reposer, je me vueil desormaiz; +Plus cure n'ay de pensée soingneuse, +Comme lassé de la guerre amoureuse. + + + +BALADE. + +Yeulx rougis, plains de piteux pleurs, +Fourcelle d'espoir reffroidie, +Teste enrumée de douleurs, +Et troublée de frénésie, +Corps percus sans plaisance lye, +Cueur du tout pausmé en rigueurs, +Voy souvent avoir à plusieurs, +Par le vent de merencolie. + +Migraine de plaingnans ardeurs, +Transe de sommeil mi partie, +Fievre frissonnans de maleurs, +Chault ardant fort en reverie, +Soif que confort ne rassasie, +Dueil baigné en froides sueurs. +Begayant, et changeant couleurs, +Par le vent de merencolie. + +Toute tourmentant en langueurs, +Colique de forcenerie, +Gravelle de soings assailleurs, +Raige de desirant folie, +Anuys enflans d'ydropisie, +Maulx ethiques aussi ailleurs +Assourdissent les escouteurs, +Par le vent de merencolie. + +L'ENVOY. + +Guerir ne se peut maladie +Par phisique, ne cireurgie, +Astronomans, n'enchanteurs, +Des maulx que souffrent povres cueurs +Par le vent de merencolie. + + + +BALADE. + +Ce que l'ueil despend en plaisir, +Le cueur l'achete chierement, +Et, quand vient à compte tenir, +Raison, president saigement, +Demande pourquoi et comment +Est despendue la richesse, +Dont Amours deppart largement, +Sans grant espargne de liesse. + +Lors respond Amoureux desir: +Amours me fist commandement +De joyeuse vie servir, +Et obeir entierement; +Et, s'ay failly aucunement, +On n'en doit blasmer que jeunesse +Qui m'a fait ouvrer sotement, +Sans grant espargne de liesse. + +Pas ne mourray sans repentir, +Car je m'en repens grandement, +Trouvé me suis pis que martir, +Souffrant maint doloureux tourment; +Desormais en gouvernement +Me metz, et es mains de Vieillesse, +Bien scay qu'y vivray soubrement, +Sans grant espargne de liesse. + +L'ENVOY. + +Le temps passe comme le vent, +Il n'est si beau jeu qui ne cesse, +En tout fault avoir finement, +Sans grant espargne de liesse. + + + + +BALADE. + +Je, qui suis Fortune nommée, +Demande la raison pourquoy +On me donne la renommée, +Qu'on ne se peut fier en moy, +Et n'ay ne fermeté ne foy; +Car, quant aucuns en mes mains prens, +D'en bas je les monte en haultesse, +Et d'en hault en bas les descens, +Monstrant que suis Dame et maistresse. + +En ce, je suis à tort blasmée, +Tenant l'usaige de ma loy, +Que de longtemps m'a ordonnée +Dieu, sur tous le souverain Roy, +Pour donner au monde chastoy; +Et, se de mes biens je despens +Souventesfoiz, à grant largesse, +Quant bon me semble, les suspens, +Monstrant que suis Dame et maistresse. + +C'est ma maniere acoustumée, +Chascun le scet, comme je croy. +Et n'est pas nouvelle trouvée, +Mais, fays ainsi comme je doy; +Me mocquant, je les monstre au doy +Tous ceulx qui en sont mal contens: +En gré pregnent joye ou destresse, +Qu'ayent l'un des deux me consens, +Monstrant que suis Dame et maistresse. + +L'ENVOY. + +Sur ce, s'advise qui a sens, +Soit en jeunesse, ou en vieillesse, +Et qui ne m'entent, je m'entens, +Monstrant que suis Dame et maistresse. + + + +BALADE. + +Fortune, je vous oy complaindre +Qu'on vous donne renom, à tort, +De savoir, et aider, et faindre, +Donnant plaisir et desconfort; +C'est vray, et encore plus fort. +Souvent effoiz, contre raison, +Boutez de hault plusieurs en bas, +Et de bas en hault; telz debas +Vous usez en vostre maison. + +Bien savez de plaisance paindre, +Et d'espoir, quand prenez depport. +Apres effacer et destaindre +Toute joye, sans nul support. +Et mener à douloureux port, +Ne vous chault en quelle saison; +Jamais vous n'ouvrez par compas; +Beaucoup pis, que je ne dy pas, +Vous usez en vostre maison. + +Pour Dieu, vueillez vous en reffraindre, +Affin qu'on ne face rapport, +Qui vouldra vostre fait actaindre, +Que vous soyez digne de mort; +Vostre maniere chascun mort, +Plus qu'autre, sans comparaison, +Qui regarde par tous estats, +Anuy et meschief, à grant tas, +Vous usez en vostre maison. + +L'ENVOY. + +Ne jouez plus de vostre sort, +Car trop le passez oultre bort; +Se gens ne laissiez en pais, on +Appellera les advocas, +Qui plaideront que tres faulx cas +Vous usez en vostre maison. + + + +BALADE. + +Or ca, puisque il faut que responde, +Moy, Fortune, je parleray, +Si grant n'est, ne puissant ou monde, +A qui bien parler n'ozeray. +J'ay fait, faiz encores, et feray, +Ainsi que bon me semblera, +De ceulx qui sont soubz ma puissance; +Parle qui parler en vouldra, +Je n'en feray qu'à ma plaisance. + +Quant les biens, qui sont en la ronde, +Sont miens, et je les donneray +Par grant largesse, dont j'abonde, +Et apres je les reprendray; +Certes, à nul tort ne feray. +Qui est ce qui m'en blasmera? +Je l'ay ainsi d'acoustumance, +En gré le preigne qui pourra, +Je n'en feray qu'à ma plaisance. + +En raison jamais ne me fonde, +Mais mon vouloir accompliray; +Les aucuns convient que confonde, +Et les autres avanceray; +Mon propos souvent changeray, +En plusieurs lieux, puis ca, puis là, +Sans regle, ne sans ordonnance; +Où est il qui m'en gardera? +Je n'en feray qu'à ma plaisance. + +L'ENVOY. + +On escript: tant qu'il nous plaira, +Es lettres des seigneurs de France; +Pareillement de moy sera, +Je n'en feray qu'à ma plaisance. + + + +BALADE. + +Fortune, vray est vostre compte, +Que quant voz biens donné avez, +Vous les reprenez; mais, c'est honte, +Et don d'enfant, bien le savez; +Ainsi faire ne le devez. +Voz fais vous mectez à l'enchiere, +Chascun ce qu'il en peut, en a, +Et ne vous chault comment tout va, +Pour Dieu, changez vostre maniere[63]. + + [Note 63: Nous trouvons le commencement de cette ballade dans un + manuscrit de la Bibliothèque royale (_Laval_, 193); la fin manque.] + + + + +BALADE. + +Escollier de merancolie, +A l'estude je suis venu, +Lectres de mondaine clergie +Espelant atout ung festu, +Et moult fort m'y trouve esperdu; +Lire, n'escripre, ne scay mye, +Des verges de Soussy batu, +Es derreniers jours de ma vie. + +Pieca, en jeunesse fleurie, +Quant de vif entendement fu, +J'eusse apris en heure et demye +Plus qu'à present; tant ay vesqu, +Que d'engin je me sens vaincu; +On me deust bien, sans flaterie, +Chastier despoillié tout nu, +Es derreniers jours de ma vie. + +Que voulez vous que je vous die? +Je suis pour ung asnyer tenu, +Banny de bonne compaignie, +Et de nonchaloir retenu +Pour le servir, il est conclu; +Qui vouldra pour moy estudie, +Trop tart je m'y suis entendu, +Es derreniers jours de ma vie. + +L'ENVOY. + +Se j'ay mon temps mal despendu, +Fait l'ay, par conseil de folie; +Je m'en sens, et m'en suis sentu, +Es derreniers jours de ma vie. + + + +BALADE. + +L'autre jour tenoit son conseil, +En la chambre de ma pensée, +Mon cueur, qui faisoit appareil +De deffence contre l'armée +De Fortune mal advisée, +Qui guerrier vouloit Espoir; +Se sagement n'est reboutée, +Par Bon eur et Loyal vouloir. + +Il n'est chose soubz le souleil, +Qui tant doit estre désirée +Que paix; c'est le don non pareil +Dont Grace fait toujours livrée +A sa gent qu'a recommandée; +Fol est, qui ne la veult avoir, +Quant elle est offerte et donnée, +Par Bon eur et Loyal vouloir. + +Pour Dieu, laissons dormir traveil, +Ce monde n'a gueres durée, +Et paine, tant qu'elle a sommeil, +Souffrons que prengne reposée: +Qui une foiz l'a esprouvée, +La doit fuyr, de son povoir, +Par tout doit estre deboutée, +Par Bon eur et Loyal vouloir. + +L'ENVOY. + +Dieu nous doint bonne destinée, +Et chascun face son devoir, +Ainsi ne sera redoubtée +Par Bon eur et Loyal vouloir. + + + +BALADE. + +En la chambre de ma pensée, +Quant j'ay visité mes tresors, +Mainteffoiz la trouve estoffée +Richement, de plaisans confors; +A mon cueur je conseille lors, +Qu'y prenons notre demourée, +Et que par nous soit bien gardée, +Contre tous envieux rappors. + +Car Desplaisance maleurée +Essaye souvent ses effors, +Pour la conquester par emblée, +Et nous bouter tous deux dehors; +Se Dieu plaist, assez sommes fors +Pour bientost rompre son armée, +Se d'Espoir bannyere est portée +Contre tous envieux rappors. + +L'inventoire j'ay regardée +De noz meubles, en biens et corps; +De legier, ne sera gastée, +Et si ne ferons à nulz tors; +Mieux aymerions estre mors, +Mon cueur et moy, que couroucée +Fust raison saige et redoublée, +Contre tous envieux rappors. + +L'ENVOY. + +Demourons tous en bons accors, +Pour parvenir à joyeulx pors; +Ou monde qui a peu durée, +Soustenons Paix la bien amée +Contre tous envieux rappors. + + + +BALADE. + +Je n'ay plus soif, tarie est la fontaine, +Bien eschauffé, sans le feu amoureux; +Je vois bien cler, ja ne fault qu'on me maine, +Folie et sens me gouvernent tous deux, +En nonchaloir resveille sommeilleux; +C'est de mon fait une chose meslée, +Ne bien, ne mal, d'avanture menée. + +Je gaingne et pers, mescontant par sepmaine, +Ris, jeux, deduiz, je ne tiens compte d'eulx; +Espoir et dueil me mectent hors d'alaine, +Eur me flatent, si m'est trop rigoreux; +Dont vient cela, que je ris et me deulx? +Est ce par sens, ou folie esprouvée? +Ne bien, ne mal, d'avanture menée. + +Guerdonné suis de malheureuse estraine, +En combatant, je me rens courageux, +Joye et Soussy m'ont mis en leur demaine, +Tout desconfit, me tiens au renc des preux; +Qui ne sauroit desnoer tous ses neux, +Teste d'acier y fauldroit fort armée, +Ne bien, ne mal, d'avanture menée. + +PRINCE. + +Vieillesse fait me jouer à telz jeux, +Perdre et gaingner, et tout par ses conseulx; +A la faille j'ay joué ceste année, +Ne bien, ne mal, d'avanture menée. + + + +BALADE. + +(Orléans.) + +Pourquoy m'as tu vendu, Jeunesse, +A grant marchié, comme pour rien, +Es mains de ma Dame Vieillesse +Qui ne me fait gueres de bien, +A elle peu tenu me tien, +Mais il convient que je l'endure, +Puisque c'est le cours de nature. + +Son hostel, de noir de tristesse, +Est tendu; quant dedens je vien, +J'y voy l'istoire de destresse +Qui me fait changer mon maintien, +Quant la ly, et maint mal soustien; +Espargnée n'est creature, +Puisque c'est le cours de nature. + +Prenant en gré ceste rudesse, +Le mal d'autruy compare au mien; +Lors me tance Dame Sagesse, +Adoncques en moy je revien; +Et croy de tout le conseil sien, +Qui est en ce plain de droicture, +Puisque c'est le cours de nature. + +PRINCE. + +Dire ne sauroye combien +Dedens mon cueur mal je retien, +Serré d'une vieille sainture, +Puisque c'est le cours de nature. + + + +BALADE. + +(Orléans.) + +Mon cueur vous adjourne, Vieillesse, +Par droit huissier de parlement, +Devant Raison qui est maistresse, +Et juge de vray jugement; +Depuis que le gouvernement +Avez eu, de luy et de moy, +Vous nous avez, par tirannie, +Mis es mains de merencolie, +Sans savoir la cause pourquoy. + +Par avant nous tenoit Jeunesse, +Et nourrissoit si tendrement, +En plaisir, confort et liesse, +Et tout joyeulx esbatement; +Or faictes vous tout autrement +Se vous est honte, sur ma foy, +Car, en douleur et maladie, +Nous faictes user nostre vie, +Sans savoir la cause pourquoy. + +De quoy vous sert ceste destresse +A donner sans alegement? +Cuidez vous pour telle rudesse +Avoir honneur aucunement? +Nennil, certes, car vrayement +Chascun vous monstrera au doy, +Disant: la vieille rassotie +Tient tout maulx en sa compaignie, +Sans savoir la cause pourquoy. + +PRINCE. + +Ce saint Martin presentement, +Qu'avocas font commencement +De plaidier les faiz de la loy, +Prenez bon conseil, je vous prie, +Ne faictes debat ne partie, +Sans savoir la cause pourquoy. + + + +BALADE. + +Plus ne voy riens qui reconfort me donne, +Plus dure ung jour que ne me souloient cent, +Plus n'est saison qu'à nul bien m'abandonne, +Plus voy plaisir et mains mon cueur s'en scent, +Plus qu'oncques mais mon vouloir bas descent, +Plus me souvient de vous, et plus m'empire; +Plus quiers esbas, c'est lors que plus soupire; +Plus fait beau temps, et plus me vient d'ennuys; +Plus ne m'actens fors tousjours d'avoir pire, +Puisque de vous approcher je ne puis. + +Plus suis dolent que nul autre personne, +Plus n'ay espoir d'aucun alegement, +Plus ay désir, crainte d'autre part sonne; +Plus vueil aler vers vous, mains scay comment; +Plus suis espris, et plus ay de tourment; +Plus pleure et plains, et plus pleurer desire; +Plus chose n'est qui me sauroit suffire, +Plus n'ay repos, je hai les jours et nuys; +Plus que jamais à douleur me fault duyre, +Puisque de vous approcher je ne puis. + +Plus vivre ainsi ne m'est pas chose bonne, +Plus vueil mourir, et raison si assent; +Plus qu'à nully, Amours de maulx m'ordonne; +Plus n'a ma voix, bon accort, ne assent; +Plus fait on jeux, mieux desire estre absent; +Plus force n'ay d'endurer tel martire, +Plus n'est vivant, homme qui tel mal tire; +Plus ne congnois bonnement où je suis, +Plus ne scay brief que pencer, faire ou dire, +Puisque de vous approcher je ne puis. + +L'ENVOY. + +Plus n'ay mestier de jouer, ne de rire; +Plus n'est le temps sinon de tout despire, +Plus cuide avoir de douceur les apuys, +Plus suis adonc desplaisant et plain d'ire. +Puisque de vous approcher je ne puis. + + + +BALADE. + +(Orléans.) + +Chascun s'esbat au mieulx mentir, +Et voulentiers je l'aprendroye, +Mais maint mal j'en voy advenir, +Parquoy savoir, ne le vouldroye. +De mentir par déduit, ou joye, +Ou par passe temps, ou plaisir, +Ce n'est point mal fait, sans faillir, +Se faulceté ne s'y employe. + +Faulx menteurs puisse l'en couvrir, +Sur les montaignes de Savoye, +De neiges, tant que revenir +Ne puissent par chemin, ne voye, +Jusques querir je les renvoye; +Pour Dieu, laissiez les là dormir, +Ils ne scevent de riens servir, +Se faulceté ne s'y employe. + +Pourquoy se font ilz tant hair? +Veulent ilz que l'en les guerroye? +Cuident ilz du monde tenir +Tous les deux boutz de la courroye? +C'est folie, que vous diroye? +Leur prouffit puissent parfournir, +Et laissent les autres chevir, +Se faulceté ne s'y employe. + +L'ENVOY. + +Paix crie, Dieu la nous octroye. +C'est ung tresor qu'on doit cherir, +Tous biens s'en pevent ensuir, +Se faulceté ne s'y employe. + + + +BALADE. + +_Jam nova progenies coelo demittitur alto_. + +O louée Conception, +Envoyée sa jus des cieulx, +Du noble Lys digne Syon, +Don de Jhesus tres precieulx, +Marie, nom tres gracieulx, +Fons de pitié, source de grace, +La joye, confort de mes yeulx, +Qui nostre paix batist et brasse. + +La paix, c'est assavoir des riches, +Des povres, le substantament, +Le rebours des felons et chiches, +Tres necessaire enfantement +Conceu, portée honnestement +Hors le pechié originel, +Que dire je puis sainctement, +Souverain bien de Dieu Eternel. + +Nom recouvré, joye de peuple, +Confort des bons, de maulx retraicte, +Du doulx Seigneur premiere et seule +Fille, de son cler sang extraicte. +Du dextre costé Clovis traicte, +Glorieuse ymage en tout fais, +Ou hault ciel crée et pourtraicte, +Pour esjouyr, et donner paix. + +En l'amour et crainte de Dieu, +Es nobles flans Cesar conceue, +Des petitz et grans, en tout lieu, +A tres grande joye receue, +De l'amour Dieu traicte, tissue +Pour les discordez ralier, +Et aux enclos donner yssue, +Leurs lians et fers delier. + +Aucunes gens qui bien peu sentent, +Nourriz en simplesse et confiz, +Contre le vouloir Dieu, actentent +Par ignorance desconfiz, +Desirans que feussiez ung filz, +Mais qu'ainsi soit, ainsi m'aist Dieux, +Je croy que ce soit grans proufiz; +Raison, Dieu fait tout pour le mieulx. + +Du Psalmiste je prens les dictz, +_Delectasti me, Domine, +In factura tua_, si ditz; +Noble enfant de bonne heure né, +A toute doulceur destiné, +_Manna_ du ciel, celeste don, +De tous biens fais le guerdonné, +Et de noz maulx le vray pardon. + +Combien que j'ay leu en ung dit, +_Inimicum putes_ y a +_Qui te presentem laudabit_, +Toutteffoiz, non obstant cela, +Oncques vray homme ne cela +En son courage aucun grant bien, +Qui ne le monstrast ca et là, +On doit dire du bien le bien. + +Saint Jehan Baptiste ainsi le fist, +Quant l'aignel de Dieu descela, +En ce faisant, pas ne meffist, +Dont sa voix es tourbes vola, +De quoy saint Andry Dieu loua, +Qui de lui, cy ne scavoit rien, +Et au filz de Dieu s'aloua, +On doit dire du bien le bien, + +Envoyée de Jhesucrist, +Rappelez sa jus par deca +Les povres que rigueur proscript, +Et que fortune betourna; +Cy scay bien comment y m'en va, +De Dieu, de vous, vie je tien, +Benoist celle qui vous porta; +On doit dire du bien le bien. + +Cy, devant Dieu, fais congnoissance +Que creature feusse morte, +Ne fust vostre doulce naissance, +En charité puissant et forte, +Qui ressuscite et reconforte, +Ce que mort avoit prins pour sien; +Vostre presence me conforte, +On doit dire du bien le bien. + +Cy vous rens toute obeissance, +Ad ce faire, raison me porte, +De toute ma povre puissance, +Plus n'est deul qui me desconforte, +N'autre ennuy de quelconque sorte; +Vostre je suis, et non plus mien, +Ad ce, droit et devoir m'enhorte, +On doit dire du bien le bien. + +O grace et pitié tres immense, +L'entrée de paix et la porte, +Some et benigne clemence, +Qui noz faultes toult et supporte; +Cy de vous louer me deporte, +Ingrat suis, et je le maintien, +Dont en ce refrain me transporte, +On doit dire du bien le bien. + +Princesse, ce loz je vous porte, +Que sans vous je ne feusse rien; +A vous et à vous m'en rapporte, +On doit dire du bien le bien. +Euvre de Dieu, digne, louée, +Autant que nulle créature, +De tous biens et vertuz douée, +Tant d'esperit, que de nature, +Que de ceulx qu'on dit d'aventure; +Plus que rubis noble, ou balais, +Selon de Caton l'escripture, +_Patrem insequitur proles_. + +Port asseuré, maintien rassis, +Plus que ne peut nature humaine, +Et eussiez des ans trente six, +Enfance en riens ne vous demaine, +Que jour ne le die et sepmaine, +Je ne scay qui le me deffant; +Ad ce propoz un g dit ramaine, +De saige mere, saige enfant. + +Dont resume ce que j'ay dit, +_Nova progenies coelo_, +Car c'est du Poete le dit, +_Jamjam demittitur alto_. +Saige Cassandre, bel Echo, +Digne Judith, caste Lucresse, +Je vous congnois, noble Dido, +A ma seule Dame et maistresse. + +En priant Dieu, digne Pucelle, +Qui vous doint longue et bonne vie, +Qui vous ayme, ma Damoiselle, +Ja ne coure sur lui envie; +Entiere Dame, et assouvie, +J'espoir de vous servir aincoys, +Certes, se Dieu plaist que devie +Vostre povre escolier francoys. + + + +BALADE. + +Je meurs de soif empres de la fontaine; +Suffisance ay, et si suis convoiteux; +Une heure m'est plus d'une quarantaine; +Droit et parfait, je chemine boiteux; +Tres pacient, plus que nul despiteux; +Je retiens tout, et ce que j'ai, despars; +A moy cruel, et aux autres Piteux; +Le neutre suis, et si tiens les deux pars. + +En doubte suis de chose tres certaine; +Infortuné, je me repute eureux; +Vraye conclus une chose incertaine; +Rien je ne fois, et suis adventureux; +Feble me tiens, quant me sens vigoreux; +Plain de moisteur, tout tremblant au feu ars; +Doulx et beguin, de semblant rigoreux; +Le neutre suis, et si tiens les deux pars. + +Quant dueil me prent, grand joye me demaine; +Par grant plaisir, je deviens langoreux; +Indigent suis, possident grant demaine; +Qui n'a nul goust, je le tiens savoreux, +Qui m'est amer, de lui suis amoureux; +Ignorant suis, et si scay les sept ars; +En grant seurté, fort craintif et paoureux; +Le neutre suis, et si tiens les deux pars. + + L'ENVOY. + +Qui me loue, il m'est injurieux; +Je ne bouge, quant d'un lieu je me pars; +Par bien ouvrer, en vain labourieux; +Le neutre suis, et si tiens les deux pars. + + + +BALADE. + +Je meurs de soif aupres de la fontaine; +Tant plus mengue, et tant plus je me affame; +Povre d'argent, ou ma bourse en est plaine; +Marié suis, et si n'ay point de fame; +Qui me honnore, grandement me diffame; +Quant je vois droit, lors est que me devoye; +Pour loz et pris, je tiltre de diffame; +Grief desplaisir m'est excessive joye. + +Quant on me toult, richement on me estraine; +Dix mile onces ne me sont que une dragme; +Sec et brahaing, je porte fleur et graine; +En reposant, sur mer tire à la rame; +Actaine suis en tous lieux on n'a ame; +Acompaigné, je n'ay qui me convoye; +Toute entiere est la chose que je entame, +Grief desplaisir m'est excessive joye. + +En aspirant, je retiens mon alaine; +Quant eur me vient, maleureux je me clame; +Fort et puissant, flexible comme laine; +Transi d'amours sans avoir nulle dame; +Homme parfait, privé de corps et d'ame; +Paisible suis, et ung chascun guerroye; +Mes ennemis plus que tous autres, ame; +Grief desplaisir m'est excessive joye. + +L'ENVOY. + +Mauvaise odeur m'est plus fleurant que basme; +Pasmé de dueil, angoisseux me resjoye; +En eau plungié, je brule tout en flame; +Grief desplaisir m'est excessive joie. + + + +BALADE. + +Je n'ai plus soif, tarie est la fontaine, +Repeu je suis de competent viande, +J'ai pris treves affin que on ne me actaine, +Dissimulant, fault que le hurt actende; +Adjoing des deux, sans que nul vilipende, +Je festie l'un, à l'austre fois la moue; +En ce faisant, pour éviter escande, +Entre deux eaues, comme le poisson, noue. + +En grant travail j'ai frapé la quintaine, +Jusques ung temps fault qu'à repos entende; +Pour obvier à voye trop haultaine, +Le moyen tiens, affin que ne descende, +J'ai eu delay de payer mon amende, +En couroux faint, couvertement me joue, +En reculant pour mieulx saillir en lande, +Entre deux eaues, comme le poisson, noue. + +Ne vert, ne meur, mon blé mangue en graine, +Dueil et plaisir me tiennent en commande; +En divers lieux ca et là me pourmaine; +La moitie fois, quant tout l'en me commande; +A demy trait lors est que l'arc debande, +Pour abreger, ne l'un ne l'autre loue, +Participant de l'une et l'autre bande, +Entre deux eaues, comme le poisson, noue. + +L'ENVOY. + +Par priere de affaictée demande, +Interrogé se l'ung ou l'autre avoue, +A ce respons, se aucun le me demande, +Entre deux eaues, comme le poisson, noue. + + + +BALADE. + +(Villon.) + +Je meurs de soif aupres de la fontaine; +Chault comme feu, et tremble dent à dent; +En mon pays, suis en terre loingtaine; +Lez ung brasier, friconne tout ardent; +Nu comme ung ver, vestu en president; +Je ris en pleurs, et actens sans espoir; +Confors reprens, en triste desespoir; +Je m'esjouys, et n'ay plaisir aucun; +Puissant, je suis sans force et sans povoir; +Bien recueilly, débouté de chascun. + +Rien ne m'est seur, que la chose incertaine; +Obscur, fors ce qui est tout evident; +Doubte ne fais, fors en chose certaine; +Science tiens à soudain accident; +Je gaigne tout, et demeure perdent; +Au point du jour diz: Dieu vous doint bon soir; +Gisant envers, j'ai grant paour de cheoir; +J'ai bien de quoy, et si n'en ay pas ung; +Eschoite actens, et d'omme ne suis hoir; +Bien recueilly, debouté de chascun. + +De riens n'ay soing, si mets toute ma paine +D'acquerir biens, et n'y suis pretendent; +Qui mieulx me dist, c'est cil qui plus m'actaine; +Et qui plus vray, lors plus me va bourdent; +Mon amy est qui me fait entendent, +D'un cigne blanc, que c'est un corbeau noir; +Et qui me nuys, croy qu'il m'aide à povoir; +Bourde, verité, aujourduy m'est tout ung; +Je retiens tout, riens ne scay concepvoir; +Bien recueilly, debouté de chascun. + +L'ENVOY. + +Prince clement, or vous plaise savoir +Que j'entens moult, et n'ay sens, ne savoir; +Parcial, suis à toutes lois commun; +Que fais je plus? quoy? les gaiges ravoir; +Bien recueilly, debouté de chascun. + + + +BALADE. + +Parfont conseil _eximium_. +En ce saint livre, _exortatur_, +Que l'omme, _in matrimonium_, +Folement _non abutatur_; +Raison, le sens _hebetatur_, +_De omni viro_ quelqu'il soit; +Fol _non credit_ tant qu'il recoit. + +_Et constat_, par ceste leccon, +Pour conserver _vim et robur_, +_Prestat_ ne faire mot, ne son, +Souffrir et escouter murmur; +_Si conjunx clamat ad_ ce mur, +_Fingat_ que pas ne le concoit, +Fol _non credit_ tant qu'il recoit. + +_Fortior multo_ que Sanson, +En cest assault _conjuncitur +Contra_ de Venus l'escusson, +Le plus fort bourdon _plicatur_; +. . . . . . . . . . . . . . . . . .[64] +_Sed quisquis_ pas ne le concoit, +Fol _non credit_ tant qu'il recoit. + +L'ENVOY. + +Prince très saige, _legitur +Quod astucior_ si decoit, +Le mieulx nagent y _mergitur_; +Fol _non credit_ tant qu'il recoit. + +[Note 64: Le vers manque dans les manuscrits.] + + + +BALADE. + +Je meurs de soif aupres de la fontaine; +J'ai tres grant fain, et si ne puis mengier; +Je suis au bas en la maison haultaine, +Et enchartré en ung très beau vergier; +En grant peril, et hors de tout dangier; +Les biens que j'ay, me font povre indigent; +En beau logis, ne me scay où logier; +Je gaigne assez, et si n'ay point d'argent. + +Je fais grant dueil, tristesse m'est loingtaine; +Dormir ne puis, et ne fais que songier; +Je suis tout sain, et ay fievre quartaine; +Tout esdenté, mon frain me fault rongier, +Verité dy, et si suis mensongier; +Je suis recluz, hanté de toute gent; +Congneu de tous, et à tous estrangier; +Je gaigne assez, et si n'ay point d'argent. + +Grant doubte fais de chose bien certaine; +Incertain suis, et si en vueil jugier; +Ou champs estroit, je jouste à la quintaine; +Non offensé, je me cuide vengier; +Ung pesant faiz me semble tres legier; +Je suis paillart, et contrefay du gent; +Par trop couart, hardy comme un Ogier; +Je gaigne assez, et si n'ay point d'argent. + +L'ENVOY. + +Prince, je suy siche, pour abregier, +Prodigue aussi, nonchallant, diligent, +Assez subtil, plus simple que bergier, +Je gaigne assez, et si n'ay point d'argent. + + + +BALADE + +(Montbreton et Robertet.) + +Je meurs de soif auprès de la fontaine; +Je trouve doulx ce qui doit estre amer; +J'ayme et tiens chier tous ceux qui me font haine, +Je hé tous ceulx que fort je deusse amer; +Je loue ceulx que je deusse blasmer; +Je prens en gré plus le mal que le bien; +Je vois querant ce qu'à trouver je doubte; +Croire ne puis cela que je scay bien; +Je me tiens seur de ce dont plus jay doubte. + +Je prens plaisir en ce qui m'est atayne; +Ung peu de chose m'est grant comme la mer; +Je tiens de pres, celle qui m'est loingtaine; +Je garde entier ce que deusse entamer; +Saoul suis, de ce qui me fait affamer; +J'ay largement de tout, et si n'ay rien; +J'oublie ce que plus à cueur je boute; +Ce qui me lasche, me tient en son lien; +Je me tiens seur de ce dont plus j'ay doubte. + +Je tiens pour basse chose qui est haultaine; +Je fuis tous ceulx que deusse reclamer, +Je croy plus tart le vray qu'une fredaine; +Tant plus suis froit, plus me sens enflamer; +Quant j'ay bon cueur, lors je prens à pasmer; +Ce que j'aquiers, je ne tiens pas pour mien; +Je prise peu ce qui bien chier me couste; +Sote maniere m'est plus que beau maintien; +Je me tiens seur de ce dont plus j'ay doubte. + +L'ENVOY. + +Prince, j'ay tout, et si ne scay combien; +J'atire à moy ce qui plus me deboute; +Ce que j'esloigne, m'est plus pres qu'autre rien; +Je me tiens seur de ce dont plus j'ay doubte. + + + +BALADE. + +Je meurs de soif aupres de la fontaine; +Verbe normal, sans conjugacion: +Congruité, de incongruité plaine; +Declinable, sans declinacion; +Approprié par appellation; +Determiné, sans quelque terminance; +Ou brief, ou long, sans variacion; +C'est plus fort fait, que ouvrer par ignorance. + +Mat et vaincu, je frape la quintaine; +Sans violance je fois invasion; +Affirmatif d'une chose incertaine; +Silogisant sans proposicion; +Meuf figure où n'a conclusion; +Emptimeme sans quelque consequance; +Convertible où n'a conversion; +C'est plus fort fait, que ouvrer par ignorance. + +J'ayme repos, et desire la paine; +Corruptible en generacion; +Le vray au faulx je duis et ramaine; +De maxime je fois oppinion; +Diffiment je fois descripcion, +Et l'accident je mue en substance; +Aveugle suis en clere vision; +C'est plus fort fait, que ouvrer par ignorance. + +L'ENVOY. + +Incomplexif, ayant complexion; +Irregulier, je suis de l'observance; +Je suis actif, designant passion; +C'est plus fort fait, que ouvrer par ignorance. + + + +BALADE. + +(Maistre Berthault de Villebresme.) + +Je meurs de soif aupres de la fontaine; +Tout affamé, en mengier sumptueulx; +Comblé de dueil, en liesse haultaine; +Sec et brahaing, en pays fructueux; +Loing de vertuz, entre les vertueux; +Entre joyeux, plaintif et souspirant; +En lieu de bien, de mal affectueux; +Et va mon fait tousjours en empirant. + +Entre tous biens je suis de mal quintaine; +Alangoré, entre les vigoreux; +Entre esbanoys, de regret cappitaine; +Amertume, entre les doulcereux; +Tremblant de froit en manoir chalereux; +En grant santé, tousjours mal endurant; +Entre courtois, despit et rigoreux; +Et va mon fait tousjours en empirant. + +Forvoyé suis par hanter voye certaine, +Et avoyé, en lieux avantureux; +Ma nacion m'est region lointaine; +En lieu tres seur, je suis tres fort paoureux; +Espris d'amour, sans estre amoureux; +La lerme a l'ueil, je me vois deduisant; +Tout me desplaist, sans estre dangereux; +Et va mon fait tousjours en empirant. + +L'ENVOY. + +Prince, cesser fay le mal qui m'actaine, +Ou autrement je m'en iray mourant, +Car je suis pres d'avoir fievre quartaine, +Et va mon fait toujours en empirant. + + + +BALADE. + +(Maistre Jehan Caillau.) + +Je meurs de soif aupres de la fontaine; +Tremblant de froit ou feu des amoureux; +Je suis tout sain en langueur et enpaine; +Et suis asseur, où tout est dangereux; +Tout mal, tout grief, m'est doulx et savoureux; +Plain de tourment, mene joyeuse vie, +Et ce qui plaist à tous, ne me plaist mie; +En povreté, je suis tres richement; +En engoisse, j'ay plaisance assovye; +Or jugiez donc se je vis plaisamment. + +Je suis joyeulx sans plaisance mondaine; +Où chascun rit, pensif et douloreux; +Sans nul travail, si suis je hors d'alaine; +Pres de tout bien, suis le tres langoreux; +Ce qui me plaist, est aspre et rigoreux; +J'ayme estre seul, et si vueil compaignie; +Je dors assez, et suis en frenesie; +En desespoir j'ay grand allegement; +Ce qui est doulx, m'est plus amer que suye; +Or jugiez donc se je vis plaisamment. + +Je suis seigneur sans terre et sans demaine; +Tant plus ay biens, et plus suis maleureux; +Je meurs de fain, et ay ma grange plaine; +Où tout est seur, si suis je tres paoureux; +Des plus vaillans et moins chevalereux; +Qui mal me fait, je lui rens courtoisie; +S'il fait beau temps, je demande la pluye; +Se je meurs tost, si vis je longuement; +En grant repos, plain de forsenerie; +Or jugez donc si je vis plaisamment. + +L'ENVOY. + +Prince, mon fait est droicte faerie, +Je bay travail, et le repos m'ennuye; +Maintenant d'un, et tantost autrement; +J'ay tous les jeux, et quicte la partie; +Or jugez donc si je vis plaisamment. + + + +BALADE. + +(Gilles des Ourmes.) + +Je meurs de soif aupres de la fontaine; +Tremblant de froit ou feu des amoureux; +Je suis joyeulx s'aucun mal me demaine; +Plaintz et souspirs sont mes riz et mes jeux; +Je n'ay santé, sinon quand je me deulx; +Beau temps me plaist, et desire la pluye; +Qui bien me fait, je le tiens mon hayneux; +Or regardez, et jugiez s'il m'ennuye. + +Je n'ay repos qu'en doleur et en paine; +J'ayme travail, et si suis paresseux; +Ung mois ne m'est qu'à ung aultre sepmaine, +Et m'est d'advis que le jour dure deux; +Se j'ay nul bien, je m'en tiens maleureux; +Quant j'ayme aucun, force est que je le fuye; +Qui m'est courtois, je lui suis rigoreux; +Or regardez, et jugiez s'il m'ennuye. + +J'ay mille maulx, et ma personne est saine; +Plaisirs mondains me sont malencontreux; +Quant je suis seul, lors ung chascun m'actaine; +Rien n'ay asseur, si je n'en suis doubteux; +Gens bien en point me semblent souffreux; +En plain midy j'ay la veue esbluye; +Je n'ayme rien, et si suis convoiteux; +Or regardez, et jugiez s'il m'ennuye. + +L'ENVOY. + +Sans mot sonner, je dy mon cas piteux; +Je n'ay regret qu'en ce que je ne veulx; +Ce qui est doulx, m'est plus amer que suye; +Quant gens n'ont rien, je vueil mordre sur eulx: +Or regardez, et jugiez s'il m'ennuye. + + + +BALADE. + +(Simonnet Caillau.) + +Je meurs de soif aupres de la fontaine; +Costé plaisir, mon cueur plaint et souspire; +Tout arresté, sans marchier l'on me maine; +Rempli de deul, vouloir me prent de rire; +En plaisans lieux je n'ay si non martire; +A nul ne suis, et si fault que m'avoue; +Parler scay bien, et ne puis mon cas dire; +Or regardez, se tel homme se joue. + +Croire ne vueil, et est chose certaine; +Sans me toucher, je sens que l'on me tire; +En lit bien fait, là ne seuffre que paine; +Le chois ay eu, et est ma part la pire; +Sans avoir riens, j'ay tant qu'il deust suffire; +Qui mal me fait, de cestui la me loue; +Pres des joyeulx, je ne me scay deduire; +Or regardez, se tel homme se joue. + +Esgaré suis, et voy la voye plaine; +Où tout est bien, assez treuve à redire; +Sens grant chaleur, ca et là me pourmaine; +Les yeulx bandez, en mirouer me mire; +Loingt de chault feu, je ne cesse de frire; +Tel me flate qui puis me fait la moue; +Ce qui est mien, j'en voy ung autre sire; +Or regardez, se tel homme se joue. + + L'ENVOY. + +J'ay piez et sens, et ne me scay conduire; +En beau chemin je suis cheut en la boue; +J'ayme estre à part, et compaignie desire; +Or regardez, se tel homme se joue. + + + +BALADE. + +En regardant vers le pays de France, +Ung jour m'avint, à Dovre sur la mer, +Qu'il me souvint de la doulce plaisance +Que souloie ou dit pays trouver; +Si commencay de cueur à souspirer, +Combien certes que grant bien me faisoit, +De veoir France que mon cueur amer doit. + +Je m'avisay que c'estoit nonsavance, +De telz souspirs dedens mon cueur garder, +Veu que je voy que la voye commence +De bonne paix, qui tous biens peut donner; +Pour ce, tournay en confort mon penser, +Mais non pourtant, mon cueur ne se lassoit +De veoir France que mon cueur amer doit. + +Alors chargay, en la nef d'esperance, +Tous mes souhays en leur priant d'aler +Oultre la mer, sans faire demourance, +Et à France de me recommander; +Or nous doint Dieu bonne paix sans tarder, +Adonc auray loisir, mais qu'ainsi soit, +De veoir France que mon cueur amer doit. + +L'ENVOY. + +Paix est tresor qu'on ne peut trop loer, +Je hé guerre, point ne la doit prisier, +Destourbé m'a longtemps, soit tort ou droit, +De veoir France que mon cueur amer doit. + + + +BALADE. + +Priez pour paix, doulce Vierge Marie, +Royne des cieulx, et du monde maistresse, +Faictes prier, par vostre courtoisie, +Saints et sainctes, et prenez vostre adresse +Vers vostre fils, requerrant sa haultesse +Qu'il lui plaise son peuple regarder, +Que de son sang a voulu rachater, +En deboutant guerre qui tout desvoye; +De prieres ne vous vueilliez lasser, +Priez pour paix, le vray tresor de joye. + +Priez, prelaz, et gens de saincte vie. +Religieux, ne dormez en peresse, +Priez, maistres, et tous suivans clergie, +Car par guerre fault que l'estude cesse; +Moustiers destruiz sont sans qu'on les redresse, +Le service de Dieu vous fault laisser, +Quant ne povez en repos demourer; +Priez si fort que briefment Dieu vous oye, +L'Eglise voult à ce vous ordonner; +Priez pour paix, le vray tresor de joye. + +Priez, princes qui avez seigneurie, +Roys, ducs, contes, barons plains de noblesse, +Gentils hommes avec chevalerie, +Car meschans gens surmontent gentillesse; +En leurs mains ont toute vostre richesse, +Debatz les font en hault estat monter, +Vous le povez chascun jour veoir au cler, +Et sont riches de voz biens et monnoye, +Dont vous deussiez le peuple supporter; +Prier pour paix, le vray tresor de joye. + +Priez, peuple qui souffrez tirannie, +Car voz seigneurs sont en telle foiblesse, +Qu'ilz ne pevent vous garder par maistrie, +Ne vous aider en vostre grant destresse; +Loyaux marchans, la selle si vous blesse, +Fort sur le doz chascun vous vient presser, +Et ne povez marchandise mener, +Car vous n'avez seur passage, ne voye, +Et maint peril vous convient il passer: +Priez pour paix, le vray tresor de joye. + +Priez, galans joyeulx en compaignie, +Qui despendre desirez à largesse, +Guerre vous tient la bourse degarnie; +Priez, amans, qui voulez en liesse +Servir amours, car guerre, par rudesse, +Vous destourbe de voz dames hanter, +Qui mainteffoiz fait leurs voloirs torner, +Et quant tenez le bout de la courroye, +Ung estrangier si le vous vient oster; +Priez pour paix, le vray tresor de joye. + +L'ENVOY. + +Dieu tout puissant nous vueille conforter +Toutes choses en terre, ciel et mer, +Priez vers lui que brief en tout pourvoye, +En lui seul est de tous maulx amender; +Priez pour paix, le vray tresor de joye. + + + +BALADES DE PLUSIEURS PROPOS. + +(Orléans contre Garancières. + +Je, qui suis Dieu des amoureux, +Prince de joyeuse plaisance, +A toutes celles et à ceulx +Qui sont de mon obeissance, +Requier qu'a toute leur puissance +Me viengnent aider et servir, +Pour l'outrecuidance punir +D'aucuns qui, par leur janglerie, +Veulent, par force, conquerir +Des grans biens de ma seigneurie. + +Car Garencieres, l'un d'entre eulx, +Si dit en sa folle ventance, +Pour faire le chevalereux, +Qu'avant hyer, par sa grant vaillance, +Lui et son cueur d'une aliance, +Furent devant beaulté courir; +Je ne luy vy pas sans faillir, +Mais croy qu'il soit en resverie, +Car si pres n'oseroit venir +Des grans biens de ma seigneurie. + +Il dit qu'il est tant douloreux, +Et qu'il est mort sans recouvrance; +Mais bien seroit il maleureux, +Qui donneroit en ce creance; +On peut veoir que celle penance, +Qu'il lui a convenu souffrir, +N'a fait son visaige pallir, +Ne amaigrir de maladie, +Ainsi se mocque, pour chevir +Des grans biens de ma seigneurie. + +L'ENVOY. + +Sur tous, me plaist le retenir +Roys des heraulx pour bien mentir; +Cest office je lui octrie, +C'est ce que lui veuil departir +Des grans biens de ma seigneurie. + + + +BALADE. + +(Response de Garencieres.) + +Cupido, Dieu des amoureux, +Prince de joyeuse plaisance, +Moi, Garancieres, tres soingneux +De vous servir de ma puissance, +Viens devers vous, en obeissance, +Pour vous humblement requerir +Que vous vueilliez faire punir +Ung homme de mauvaise vie. +Qui, contre raison, veult tenir +Le droit de vostre seigneurie. + +C'est ung enfant malicieux, +Où nul ne doit avoir fiance, +Car il en a ja plus de deux +Deceues, au pais de France, +Dont vous deussiez prendre vengeance, +Pour faire les autres cremir; +C'est le prince de bien mentir, +Ainsné frere de janglerie, +Qui, contre raison, veult tenir +Le droit de vostre seigneurie. + +Oncques Lucifer l'orgueilleux +Ne fist si grant oultrecuidance, +Quant il emprist d'estre envieux +Sur le Dieu de toute puissance; +Il me semble que, par sentence, +Vous le deussiez faire bannir +De vostre court, sans revenir, +Lui et sa faulse compaignie, +Qui, contre raison, veult tenir +Le droit de vostre seigneurie. + +L'ENVOY. + +Prince, s'on doit avoir vaillance +Pour mentir à grant habondance, +Et pour faulseté maintenir, +Vour verrez icellui venir +A grant honneur, n'en doubtez mie, +Qui, contre raison, veult tenir +Le droit de vostre seigneurie. + + + +BALADE. + +En acquictant nostre temps vers jeunesse, +Le nouvel an et la saison jolie, +Plains de plaisir et de toute liesse, +Qui chascun d'eulx chierement nous en prie; +Venuz sommes en ceste mommerie, +Belles, bonnes, plaisans et gracieuses, +Prestz de dancer, et faire chiere lye, +Pour resveiller voz pensées joyeuses. + +Or bannissiez de vous toute peresse, +Ennuy, soussy avec merencolie, +Car froit yver, qui ne veult que rudesse, +Est desconfit, et convient qu'il s'enfuye; +Avril et May amainent doulce vie +Avec eulx; pour ce, soyez songneuses +De recevoir leur plaisant compaignie, +Pour resveillier voz pensées joyeuses. + +Venus aussi, la tres noble Deesse, +Qui sur femmes doit avoir la maistrie, +Vous envoye de confort à largesse, +Et plaisance de grans biens enrichie, +En vous chargeant que, de vostre partie, +Vous acquictiez sans estre dangereuses; +Aidiez vous veult sans que point vous oublie, +Pour resveiller voz pensées joyeuses. + + + +BALADE. + +Bien monstrez, printemps gracieulx, +De quel mestier savez servir, +Car yver fait cueurs ennuieux, +Et vous les faictes resjouir; +Sitost, comme il vous voit venir, +Lui et sa meschant retenue +Sont contrains, et pretz de fuir, +A vostre joyeuse venue. + +Yver fait champs et arbres vieulx, +Leurs barbes de neiges blanchir, +Et est si froit, ort et pluvieux, +Qu'empres le feu convient croupir; +On ne peut hors des huis yssir, +Comme ung oisel qui est en mue; +Mais vous faictes tout rajeunir, +A vostre joyeuse venue. + +Yver fait le souleil, es cieulx, +Du mantel des nues couvrir; +Or maintenant, loué soit Dieux, +Vous este venu esclersir +Toutes choses et embellir; +Yver a sa peine perdue, +Car l'an nouvel l'a fait bannir, +A vostre joyeuse venue. + + + +BALADE. + +Je fu en fleur ou temps passé d'enfance, +Et puis apres devins fruit en jeunesse; +Lors m'abaty de l'arbre de plaisance, +Vert et non meur, Folie, ma maistresse; +Et pour ce la, raison qui tout redresse +A son plaisir, sans tort ou mesprison, +M'a à bon droit, par sa tres grant sagesse, +Mis pour meurir ou feurre de prison. + +En ce j'ay fait longue continuance, +Sans estre mis à l'essor de largesse; +J'en suis content, et tiens que sans doubtance, +C'est pour le mieulx, combien que par peresse +Deviens fletry, et tire vers vieillesse; +Assez estaint est en moy le tison +De sot desir, puisqu'ay esté en presse +Mis pour meurir ou feurre de prison. + +Dieu nous doint paix, car c'est ma desirance, +Adonc seray en l'eaue de liesse +Tost refreschi, et au souleil de France +Bien nectié du moisy de tristesse; +J'actens bon temps, endurant en humblesse, +Car j'ay espoir que Dieu ma guerison +Ordonnera; pour ce, m'a sa haultesse +Mis pour meurir ou feurre de prison. + +L'ENVOY. + +Fruit suis d'yver qui a meins de tendresse +Que fruit d'esté, si suis en garnison, +Pour amolir ma trop verde rudesse, +Mis pour meurir ou feurre de prison. + + + +BALADE. + +Cueur, trop es plain de folie, +Cuides tu de t'eslongner +Hors de nostre compaignie, +Et en repos te logier; +Ton propos ferons changier, +Soing et Ennuy nous nommons, +Avecques toy demourrons, +Car c'est le commandement +De Fortune qui en serre +T'a tenu moult longuement, +Ou royaume d'Angleterre. + +Dy nous, ne cognois tu mie +Que l'estat de prisonnier +Est que souvent lui ennuye, +Et endure maint dangier, +Dont il ne se peut vengier; +Pour ce, nous ne te faisons +Nul tort, se te gouvernons +Ainsi que communement +Sont prisonniers pris en guerre, +Dont es l'un presentement +Ou royaume d'Angleterre. + +En lieu de plaisance lye, +Au lever et au couschier +Trouveras merencolie, +Souvent te fera veillier, +La nuit et le jour songier; +Ainsi te guerdonnerons, +Et es fers te garderons; +De soussy et pensement, +Se tu peuz, si te defferre, +Par nous n'auras autrement +Ou royaume d'Angleterre. + + + +BALADE. + +Nouvelles ont couru en France, +Par mains lieux, que j'estoye mort; +Dont avoient peu deplaisance +Aucuns qui me hayent à tort; +Autres en ont eu desconfort, +Qui m'ayment de loyal vouloir, +Comme mes bons et vrais amis; +Si fais à toutes gens savoir +Qu'encore est vive la souris. + +Je n'ay eu ne mal, ne grevance, +Dieu mercy, mais suis sain et fort, +Et passe temps en esperance +Que paix, qui trop longuement dort, +S'esveillera, et par accort +A tous fera liesse avoir; +Pour ce, de Dieu soient maudis +Ceux qui sont dolens de veoir +Qu'encore est vive la souris. + +Jeunesse sur moy a puissance, +Mais Vieillesse fait son effort +De m'avoir en sa gouvernance; +A present faillira son sort, +Je suis assez loing de son port, +De pleurer vueil garder mon hoir; +Loué soit Dieu de Paradis, +Qui m'a donné force et povoir, +Qu'encore est vive la souris. + +L'ENVOY. + +Nul ne porte pour moy le noir, +On vent meilleur marchié drap gris; +Or tiengne chascun, pour tout voir, +Qu'encore est vive la souris. + + + +BALADE + +Puisqu'ainsi est que vous alez en France, +Duc de Bourbon, mon compaignon tres chier, +Ou Dieu vous doint, selon la desirance +Que tous avons, bien povoir besongner; +Mon fait vous vueil descouvrir et chargier +Du tout en tout, en sens et en folie; +Trouver ne puis nul meilleur messagier, +Il ne faut ja que plus je vous en die. + +Premierement, se c'est vostre plaisance, +Recommandez moy, sans point l'oublier, +A ma Dame; ayez en souvenance, +Et lui dictes, je vous pry et requier, +Les maulx que j'ay quant me fault eslongnier, +Maugré mon vueil, sa doulce compaignie; +Vous savez bien que c'est de tel mestier, +Il ne faut ja que plus je vous en die. + +Or y faictes comme j'ay la fiance, +Car un amy doit pour l'autre veillier; +Se vous dictes: Je ne scay, sans doubtance, +Qui est celle? vueilliez la enseignier. +Je vous respons qu'il ne vous fault serchier, +Fors que celle qui est la mieulx garnie +De tous les biens qu'on sauroit souhaidier; +Il ne faut ja que plus je vous en die. + +L'ENVOY. + +Sy ay chargié à Guillaume Cadier +Que, par de la, bien souvent vous supplie; +Souviengne vous du fait du prisonnier, +Il ne faut ja que plus je vous en die. + + + +BALADE. + +Mon gracieulx cousin, Duc de Bourbon, +Je vous requier, quant vous aurez loisir. +Que me faictes, par balade ou chancon, +De vostre estat aucunement sentir; +Car quant à moy, saichiez que, sans mentir, +Je sens mon cueur renouveller de joye, +En esperant le bon temps à venir, +Par bonne paix que brief Dieu nous envoye. + +Tout crestian qui est loyal et bon, +Du bien de paix se doit fort resjoir, +Veu les grans maulx, et la destruction, +Que guerre fait par tous pays courir; +Dieu a voulu Crestianté punir, +Qui a laissié de bien vivre la voye, +Mais puis apres, il la veult secourir, +Par bonne paix que brief Dieu nous envoye. + +Et pour ce la, mon tres chier compaignon, +Vueilliez de vous desplaisance bannir, +En oubliant vostre longue prison, +Qui vous a fait mainte doleur souffrir; +Merciez Dieu, pensez de le servir, +Il vous garde de tous biens grant montjoye, +Et vous fera avoir vostre desir, +Par bonne paix que brief Dieu nous envoye. + +L'ENVOY. + +Resveilliez vous en joyeulx souvenir, +Car j'ay espoir qu'encore je vous voye, +Et moy aussy en confort et plaisir, +Par bonne paix que brief Dieu nous envoye. + + + +BALADE. + +Mon chier cousin, de bon cueur vous mercie, +Des blancs connins que vous m'avez donnez; +Et oultre plus, pour vray vous certiffie, +Quant aux connins, que dictes qu'ay amez, +Ilz sont pour moy, plusieurs ans a passez, +Mis en oubly; aussi mon instrument +Qui les servoit, a fait son testament, +Et est retrait, et devenu hermite; +Il dort tousjours, à parler vrayement, +Comme cellui qui en riens ne prouffite. + +Ne parlez plus de ce, je vous en prie, +Dieux ait l'ame de tous les trespassez! +Parler vault mieulx, pour faire chiere lye, +De bons morceaulx et de frians pastez, +Mais qu'ilz soient tout chaudement tastez; +Pour le present, c'est bon esbatement, +Et qu'on ait vin pour nectier la dent; +En char crue mon cueur ne se delicte, +Oublions tout le vieil gouvernement, +Comme cellui qui en riens ne proufite. + +Quant Jeunesse tient gens en seigneurie, +Les jeux d'amours sont grandement prisez; +Mais Fortune qui m'a en sa baillie, +Les a du tout de mon cueur deboutez; +Et desormais, vous et moi excusez +De tels esbatz serons legierement, +Car faiz avons nos devoirs grandement +Ou temps passé; vers Amours me tiens quicte, +Je n'en vueil plus, mon cueur si s'en repent, +Comme cellui qui en riens ne proufite. + +L'ENVOY. + +Vieulx soudoiers avecques jeune gent, +Ne sont prisiez la valeur d'une micte; +Mon office resine plainement, +Comme cellui qui en riens ne proufite. + + + +BALADE. + +Dame qui cuidiez trop savoir, +Mais vostre sens tourne en folie, +Et cuidiez les gens decevoir, +Par vostre cautelle jolie; +Qui croirait vostre chiere lie, +Tantost seroit pris en voz las, +Encore ne m'avez vous mie, +Encore ne m'avez vous pas. + +Vous cuidiez bien qu'apercevoir +Ne saiche vostre moquerie, +Si fais, pour vous dire le voir; +Et pour ce, chierement vous prie, +Alez jouer de l'escremie +Autre part, car quant en ce cas, +Encore ne m'avez vous mie, +Encore ne m'avez vous pas. + +Vous ferez bien vostre devoir, +Se m'atrapez par tromperie; +Car trop ay congneu main et soir +Les faulx tours dont estes garnie, +On vous appelle, fol si fie; +Deportez vous de telz esbas, +Encore ne m'avez vous mie, +Encore ne m'avez vous pas. + + + +BALADE. + +(Orléans à Bourgoigne.) + +Puisque je suis vostre voisin +En ce pais presentement, +Mon compaignon, frere et cousin, +Je vous requier tres chierement, +Que de vostre gouvernement, +Et estat me faictes savoir, +Car j'en orroye bien souvent, +S'il en estoit à mon vouloir. + +Il n'est jour, ne soir, ne matin, +Que ne prie Dieu humblement +Que la paix prengne telle fin, +Que je puisse joyeusement, +A mon desir, prouchainement +Parler à vous, et vous veoir; +Ce seroit tres hastivement, +S'il en estoit à mon vouloir. + +Chascun doit estre bien enclin +Vers la paix, car certainement +Elle departira butin +De grans biens à tous largement; +Guerre ne sert que de tourment, +Je la hé, pour dire le voir, +Bannie seroit plainement, +S'il en estoit à mon vouloir. + +L'ENVOY. + +Va, ma balade, prestement +A Saint Omer, monstrant comment +Tu vas pour moy ramentevoir +Au Duc à qui suis loyaument, +Et tout à son commandement, +S'il en estoit à mon vouloir. + + + +BALADE. + +(Responce de Bourgoigne à Orléans) + +S'il en estoit à mon vouloir, +Mon maistre et amy sans changier, +Je vous asseure, pour tout voir, +Qu'en vo fait n'auroit nul dangier; +Mais par deca, sans actargier, +Vous verroye hors de prison, +Quicte du tout, pour abregier, +En ceste presente saison. + +Se tel don povez recevoir +Par la grace Dieu, de legier +Pourrez tel à paix esmouvoir, +Qui la desire eslongier; +Nul contre n'osera songier, +Car confort aurez bel et bon, +Se Dieu nous veult assoulagier, +En ceste presente saison. + +Mectons nous en nostre devoir +Qu'en paix nous puissions herbergier; +Il n'est ou monde tel manoir, +Qui desir a de s'y logier; +Abregeons, sans plus prolongier, +Il en est temps, ou jamais non, +Pour nous de guerre deslogier, +En ceste presente saison. + +L'ENVOY. + +Or pensons de vous allegier +De prison, pour tout engagier, +Se n'avons paix et union, +Et du tout m'y vueil obligier, +En ceste presente saison. + + + +BALADE. + +(Orléans à Bourgoigne.) + +Pour le haste de mon passaige +Qu'il me convient faire oultre mer, +Tout ce que j'ay en mon couraige +A present ne vous puis mander; +Mais non pourtant, à brief parler, +De la balade que m'avez +Envoyée, comme savez, +Touchant paix et ma delivrance, +Je vous mercie chierement, +Comme tout vostre entierement, +De cueur, de corps et de puissance. + +Je vous envoyerai messaige, +Se Dieu plaist, briefment sans tarder, +Loyal, secret et assez saige, +Pour bien à plain vous informer +De tout ce que pourray trouver +Sur ce que savoir desirez; +Pareillement fault que mectez +Et faictes, vers la part de France, +Diligence soigneusement; +Je vous en requier humblement, +De cueur, de corps et de puissance. + +Et, sans plus despendre langaige, +A cours mots, plaise vous penser +Que vous laisse mon cueur en gaige +Pour tousjours, sans jamais faulser; +Si me veuillez recommander +A ma cousine, car croiez +Que en vous deux, tant que vivrez, +J'ay mise toute ma fiance; +Et vostre party loyaument +Tendray, sans faire changement, +De cueur, de corps et de puissance. + +L'ENVOY. + +Or y perra que vous ferez, +Et se point ne m'oublierez, +Ainsi que j'y ai esperance. +Adieu vous dy presentement, +Tout Bourgongnon sui vrayement, +De cueur, de corps et de puissance. + + + +BALADE. + +(Responce de Bourgoigne à Orléans.) + +De cueur, de corps et de puissance, +Vous mercie tres humblement +De vostre bonne souvenance, +Qu'avez de moi soingneusement; +Or povez faire entierement +De moy, en tout bien et honneur, +Comme vostre cueur le propose, +Et de mon vouloir soyez seur, +Quoy que nul dye, ne deppose. + +Ne mectez point en oubliance +L'estat et le gouvernement +De la noble maison de France. +Qui se maintient piteusement: +Vous saurez tout, quoy et comment; +Je n'en dy plus pour le meilleur, +Mais on en dit tant et expose, +Que c'est à oir grant orreur; +Quoy que nul dye, ne deppose. + +Pensez à vostre delivrance, +Je vous en prie chierement; +Car, sans ce, je n'ay esperance +Que nous ayons paix nullement, +On la heit tant mortellement +Que trop peu trouve de faveur, +Ne fera, comme je suppose, +Se ce n'est par vostre labeur, +Quoique nul dye, ne deppose. + +L'ENVOY. + +Or prions Dieu, par sa doulceur, +Qu'à vous delivrer se dispose, +Car trop avez souffert douleur, +Quoy que nul dye, ne deppose. + + + +BALADE. + +(Orléans à Bourgoigne.) + + +Des nouvelles d'Albion, +S'il vous en plaist escouter, +Mon frere et mon compaignon, +Saichiez qu'à mon retourner, +J'ay esté, deca la mer, +Receu à joyeuse chiere, +Et a fait le Roy passer, +En bons termes, ma matiere. + +Je doy estre une saison +Eslargi pour pourchasser +La paix, aussi ma raencon; +Se je puis seurté trouver +Pour aler et retourner, +Il fault qu'en haste la quiere, +Se je vueil brief achever, +En bons termes, ma matiere. + +Or, gentil Duc Bourgongnon, +De ce cop vueilliez m'aydier, +Comme mon entencion +Est vous servir et amer, +Tant que vif pourray durer; +En vous ay fiance entiere, +Que m'ayderez à finer, +En bons termes, ma matiere. + +L'ENVOY. + +Mes amis fault esprouver, +S'ilz vouldront à ma priere, +Me secourir pour mener, +En bons termes, ma matiere. + + + +BALADE. + +J'ay tant joué avecques Aage +A la paulme, que maintenant +J'ay quarante cinq, sur bon gaige +Nous jouons, non pas pour neant; +Assez me sens fort et puissant +De garder mon jeu jusqu'à cy, +Ne je ne crains riens que Soussy. + +Car Soussy tant me descourage +De jouer, et va estouppant +Les cops que fiers à l'avantage, +Trop seurement est rachassant; +Fortune si lui est aidant, +Mais Espoir est mon bon amy, +Ne je ne crains riens que Soussy. + +Vieillesse de douleur enrage, +De ce que le jeu dure tant, +Et dit en son felon langage, +Que les chasses dorenavant +Merchera, pour m'estre nuisant; +Mais ne m'en chault, je la deffy, +Ne je ne crains riens que Soussy. + +L'ENVOY. + +Se bon eur me tient convenant, +Je ne double, ne tant ne quant, +Tout mon adversaire party, +Ne je ne crains riens que Soussy. + + + +BALADE. + +Visaige de baffe venu +Confit en composte de vin, +Menton rongneulx et peu barbu, +Et dessiré comme ung coquin, +Malade du mal saint Martin, +Et aussi ront q'un tonnellet; +Dieu le me sauve ce varlet! + +Il est enroué devenu, +Car une pouldre de raisin +L'a tellement en l'ueil feru, +Qu'endormy l'a, comme un touppin; +II y pert chascun matin, +Car il en a chault le touppet; +Dieu le me sauve ce varlet! + +Rompre ne sauroit ung festu, +Quant il a pincé un loppin, +Saint Poursain qui l'a retenu +Son chier compaignon et cousin, +Combien qu'ayent souvent hutin, +Quant ou cellier sont en secret; +Dieu le me sauve ce varlet! + +L'ENVOY. + +Prince, pour aler jusqu'au Rin, +D'un baril a fait son ronssin, +Et ses esperons d'un foret; +Dieu le me sauve ce varlet! + + + +BALADE. + +Amour qui tant a de puissance, +Qu'il fait vieilles gens rassoter, +Et jeunes plains d'oultrecuidance, +De tous estas se scet meller; +Je l'ay congneu pieca au cler, +Il ne fault ja que je le nye, +Parquoy dis et puis advouer +Ce n'est fors que plaisant folie. + +A droit compter, sans decevance, +Quant ung amant vient demander +Confort de sa dure grevance, +Que vouldroit il faire, ou trouver? +Cela, je ne l'ose nommer; +Au fort, il faut que je le die, +Ce qui fait le ventre lever, +Ce n'est fors que plaisant folie. + +Bien scay que je fais desplaisance +Aux amoureux, d'ainsi parler, +Et que j'acquier leur malvueillance; +Mais, s'il leur plaist me pardonner, +Je leur prometz qu'au par aler, +Quant leur chaleur est refroidie, +Ilz trouveront que, sans doubter, +Ce n'est fors que plaisant folie. + +L'ENVOY. + +Prince, quant ung prie d'amer, +Se l'autre si veult accorder, +Il n'y a plus sans mocquerie, +Laissiez les ensemble jouer, +Ce n'est fors que plaisant folie. + + + +BALADE. + +(Orléans à Bourgoigne.) + +Beau frere, je vous remercie, +Car aidié m'avez grandement; +Et, oultre plus, vous certiffie +Que j'ay mon fait entierement; +Il ne me fault plus riens qu'argent, +Pour avancer tost mon passaige, +Et pour en avoir prestement, +Mectroye corps et ame en gaige. + +Il n'a marchant en Lombardie, +S'il m'en prestoit presentement, +Que ne fusse, toute ma vie, +Du cueur à son commandement; +Et tant que l'eusse fait content, +Demourer vouldroye en servaige, +Sans espargner aucunement, +Pour mectre corps et ame en gaige. + +Car se je suis en ma partie, +Et oultre la mer franchement, +Dieu mercy, point ne me soussie +Que n'aye des biens largement; +Et desserviray loyaument +A ceulx qui m'ont, de bon couraige, +Aidié, sans faillir nullement, +Pour mectre corps et ame en gaige. + +L'ENVOY. + +Qui m'ostera de ce tourment, +Il m'achetera plainement, +A tousjours mes à heritaige, +Tout sien seray, sans changement, +Pour mectre corps et ame en gaige. + + + +BALADE. + +(Orléans à Bourgoigne.) + +Pour ce que je suis à présent +Avec la gent vostre ennemie, +Il fault que je face semblant, +Faignant que ne vous ayme mie; +Non pourtant, je vous certiffie, +Et vous pry que vueillez penser +Que je seray, toute ma vie, +Vostre loyaument, sans faulser. + +Tous maulx de vous je voiz disant, +Pour aveugler leur faulse envie; +Non pourtant, je vous ayme tant, +Ainsi m'aid la Vierge Marie, +Que je pry Dieu qu'il me mauldie, +Se ne trouvez, au par aler, +Que vueil estre, quoy que nul die, +Vostre loyaument, sans faulser. + +Gaignez envers moy mal talant, +A celle fin que nul n'espye +Nostre amour, car par ce faisant, +Sauldray hors du mal qui m'anuye; +Mais faictes que bonne foy lye +Nos cueurs, qu'ilz ne puissent muer, +Car mon vouloir vers vous se plye, +Vostre loyaument, sans faulser. + +Vous et moy avons maint servant, +Que convoitise fort mestrie; +Il ne fault pas, ne tant ne quant, +Qu'ilz saichent nostre compaignie; +Peu de nombre fault que manye +Noz faiz secrez par bien celer, +Tant qu'il soit temps qu'on me publie +Vostre loyaument, sans faulser. + +Tout mon fait saurez plus avant, +Par le porteur en qui me fye; +Il est loyal et bien saichant, +Et se garde de janglerie; +Creez le de vostre partie, +En ce qu'il vous doit raconter, +Et me tenez, je vous en prie, +Vostre loyaument, sans faulser. + +L'ENVOY. + +Dieu me fiere d'espidimie, +Et ma part es cieulx je renye, +Se jamais vous povez trouver +Que me faigne, par tromperie, +Vostre loyaument, sans faulser. + + + +BALADE. + +Par les fenestres de mes yeulx, +Ou temps passé, quant regardoye, +Advis m'estoit, ainsi m'ait Dieux, +Que de trop plus belles voye +Qu'à present ne fais; mais j'estoye +Ravy en plaisir et lyesse, +Es mains de ma Dame Jeunesse. + +Or, maintenant que deviens vieulx, +Quant je lis ou livre de joye, +Les lunectes prens pour le mieulx, +Parquoy la lectre me grossoye, +Et n'y voy ce que je souloye; +Pas n'avoye ceste foiblesse, +Es mains de ma Dame Jeunesse. + +Jeunes gens vous deviendrez tieulx, +Se vivez et suivez ma voye; +Car aujourduy n'a soubz les cieulx +Qui en aucun temps ne foloye; +Puis fault que raison son compte oye, +Du trop despendu en simplesse, +Es mains de ma Dame Jeunesse. + +L'ENVOY. + +Dieu en tout, par grace pourvoye, +Et ce qui nicement fourvoye +A son plaisir, en bien radresse +Es mains de ma Dame Jeunesse + + + +BALADE. + +Par les fenestres de mes yeulx, +Le chault d'amours souloit passer; +Mais maintenant que deviens vieulx, +Pour la chambre de mon penser, +En esté freschement garder, +Fermées les feray tenir; +Laissant le chault du jour aler +Avant que je les face ouvrir. + +Aussi en yver le pluvieux, +Qui vens et broillars fait lever, +L'air d'amour epidimieux +Souvent parmy se vient bouter; +Si fault les pertuis estouper, +Par où pourroit mon cueur ferir, +Le temps verray plus net et cler, +Avant que je les face ouvrir. + +Desormais en sains et seur lieux, +Ordonne mon cueur demourer, +Et par Nonchaloir, pour le mieulx, +Mon medicin soy gouverner; +S'Amour à mes huys vient hurter, +Pour vouloir vers mon cueur venir, +Seurté lui fauldra me donner, +Avant que je les face ouvrir. + +L'ENVOY. + +Amours, vous venistes frapper +Pieca mon cueur, sans menacer; +Or, ay fait mes logis bastir +Si fors que n'y pourrez entrer, +Avant que je les face ouvrir. + + + + +BALADE. + +Ung jour à mon cueur devisoye, +Qui en secret à moy parloit, +Et en parlant, lui demandoye +Se point d'espargne fait avoit +D'aucuns biens, quant Amour servoit; +Il me dist que tres voulentiers +La vérité m'en compteroit, +Mais qu'eust visité ses papiers. + +Quant ce m'eut dit, il print sa voye, +Et d'avecques moy se partoit, +Apres entrer je le voye +En ung comptouer qu'il avoit; +Là deça et delà queroit, +En cherchant plusieurs vieux cayers, +Car le vray monstrer me vouloit, +Mais qu'eust visité ses papiers. + +Ainsi, par ung temps l'atendoye, +Tantost devers moy retournoit, +Et me monstra, dont j'euz grant joye, +Ung livre qu'en sa main tenoit, +Ou quel dedens escript portoit +Ses faiz, au long et bien entiers, +Desquelz informer me feroit, +Mais qu'eust visité ses papiers. + +Lors demanday se j'y liroye, +Ou se mieulx lire lui plaisoit; +Il dit que trop paine prandroye, +Pourtant à lire commancoit, +Et puis gectoit et assommoit +Le compte des biens et dangiers; +Tout à ung vy que revendroit +Mais qu'eust visité ses papiers. + +Lors dy: Jamais je ne cuidoye, +Ne nul autre ne le croiroit, +Qu'en amer, où chascun s'employe, +De proffit n'eust plus grant exploit; +Amours ainsi les gens decoit, +Plus ne m'aura en telz santiers, +Mon cueur bien effacier pourroit, +Mais qu'eust visité ses papiers. + +L'ENVOY. + +Amours savoir ne me devroit +Mal gré, se blasme ses mestiers, +Il verroit mon gaing bien estroit, +Mais qu'eust visité ses papiers. + + + +BALADE. + +En tirant d'Orléans à Blois, +L'autre jour par eaue venoye, +Si rencontray, par plusieurs foiz, +Vaisseaulx, ainsi que je passoye, +Qui singloient leur droicte voye, +Et aloient legierement, +Pour ce qu'eurent, comme veoye, +A plaisir et à gré, le vent. + +Mon cueur, penser et moy, nous trois, +Les regardasmes à grant joye, +Et dist mon cueur à basse voie: +Voulentiers en ce point feroye, +De Confort la voille tendroye, +Se je cuidoye seurement +Avoir, ainsi que je vouldroye, +A plaisir et à gré, le vent. + +Mais je treuve le plus des mois +L'eaue de Fortune si quoye, +Quant ou bateau du monde vois, +Que, s'avirons d'Espoir n'avoye, +Souvent en chemin demourroye, +En trop grant ennui longuement, +Pour neant en vain actendroye, +A plaisir et à gré, le vent. + +L'ENVOY. + +Les nefz dont cy devant parloye, +Montoient, et je descendoye +Contre les vagues de tourment; +Quant il lui plaira, Dieu m'envoye, +A plaisir et à gré, le vent. + + + +BALADE. + +L'autre jour je fis assembler +Le plus de conseil que povoye, +Et vins, bien au long, raconter +Comment deffié me tenoye; +Comme par lectres monstreroye, +De merancolie et douleur, +Pourquoy conseiller me vouloye +Par les trois estas de mon cueur. + +Mon advocat prist à parler, +Ainsi qu'anformé je l'avoye; +Lors vissiez mes amis pleurer, +Quant sceurent le point où j'estoye; +Non pourtant je les confortoye, +Qu'à l'aide de nostre Seigneur, +Bon remede je trouveroye, +Par les trois estas de mon cueur. + +Espoir, Confort, Loyal penser, +Que mes chiefs conseillers nommoye, +Se firent fors, sans point doubter, +Se par eulx je me gouvernoye, +De me trouver chemin et voye +D'avoir brief secours de doulceur, +Avecques l'aide que j'auroye +Par les trois estas de mon cueur. + +L'ENVOY. + +Prince, fortune me guerroye +Souvent à tort, et par rigueur, +Raison veult que je me pourvoye, +Par les trois estas de mon cueur. + + +BALADE. + +(Orléans.) + +Bon regime _sanitatis +Pro vobis_, neuf en mariage, +Ne de vouloirs _effrenatis_, +Abusez _nimis_ en mesnage; +_Sagaciter_ menez l'ouvrage, +Ainsi fait _homo sapiens, +Testibus_ les phisiciens. + +Premierement, _caveatis +De c ...u_ trop à oultraige; +Car, se souvent _hoc agatis, +Conjunx_ le vouldra par usaige +Chalenger, _velud_ heritaige, +_Aut erit quasi_ hors du sens, +_Testibus_ les phisiciens. + +Oultre plus, _non faciatis +Ut Philomena_ ou boucaige; +Se voz amours _habeatis_, +Qui siffle _carens_ de couraige +_Cantendi_, mais monstrez visaige +Joyeulx, et _silis paciens; +Testibus_ les phisiciens. + +L'ENVOY. + +Prince, _miscui_ en potaige +_Latinum_ et françois langaige, +_Docens_ loyaulx advisemens, +_Testibus_ les phisiciens. + + + +BALADE. + +Du regime _quod dedistis, +Cognoscens_ que tres saigement +_Me_, Monseigneur, _docuistis_, +Je vous remercie humblement; +Mais d'ainsi faire seurement, +_Numquam uxor concordabit, +Hoc_ mains desbas _generabit_. + +Je ne scay si bien _novistis_ +L'infinie peine et tourement, +_In quibus me posuistis_, +Se je croy vostre enseignement; +Car tant congnois, s'aucunement +Fais du sourt _quando temptabit, +Hoc_ mains desbas _generabit_. + +Je voy trop bien que _dixistis_ +Ce qu'on doit dire bonnement, +Et qu'aussi _me avertistis_ +De ma santé entierement; +Mais quant je feray autrement, +Le fait d'autres _recordabit, +Hoc_ mains desbas _generabit_. + +L'ENVOY. + +Prince, selon mon sentement, +Il fault s'acquiter loyaument; +_Quia qui non laborabit, +Hoc_ mains desbas _generabit_. + + + +BALADE. + +(Maistre Pierre Chevalier.) + +Tost est deceu, cuider d'homme oultrageux; +Tost est perdu, avoir mal acquesté; +Tost est vaincu, homme peu courageux; +Tost est reprins, qui fait desloyaulté; +Tost est saoule, apetit degouté; +Tost est lassé amy, de plaisir faire; +Tost despendu, ce qui a chier cousté; +Tost est deffait, qui veult autruy deffaire. + +Tost est meschant, qui est enclin à jeux; +Tost renversé, qui est trop hault monté; +Tost est à fol, son parler dommageux; +Tost voions nous l'orgueilleux surmonté; +Tost dit helas, qui se voit tourmenté; +Tost ennuye, ce qu'on ne peut parfaire; +Tost octroie, qui en a voulenté; +Tost est deffait, qui veult autruy deffaire. + +Tost est passé, ung plaisir soulageux; +Tost est villain de mesdire apresté; +Tost est baillé, ung mal contagieux; +Tost se tarist, jeunesse et beaulté; +Tost est pensif, qui a necessité; +Tost est paillart, qui le veult contrefaire; +Tost vient l'yver, tost se passe l'esté; +Tost est deffait qui veult autruy deffaire. + +L'ENVOY. + +Tart est rendu, argent qui est presté; +Tart vient à bien, homme de mal afaire; +Tart deffié, qui est ja conquesté; +Tost est deffait qui veult autruy deffaire. + + + +BALADE. + +(Maistre Berthault de Villebresme.) + +Tost fût Priam, puissant Roy couronné, +Tost fut destruit et toute sa lignée; +Tost fut Saturne à mal habandonné; +Tost fut Echo en amours refusée; +Tost Leander perit en mer salée; +Tost devia la noble Rosemonde; +Tost fut Dido, d'amours desheritée; +Tost se passe la joye de ce monde. + +Tost delaissa Paris, Oenone; +Tost fut Biblis en fontaine muée; +Tost defflora Bacchus, Erigone; +Tost fut Jason ennuyé de Medée; +Tost fut Philis pendue et estranglée; +Tost finerent Guischart et Sigismonde; +Tost print jadis Atropos, Dyopée; +Tost se passe la joye de ce monde. + +Tost fut Saul, Roy des Juifz ordonné, +Tost se navra à mort de son espée; +Tost fut Pheton de fouldre environné; +Tost fut ravie Helene en Citharée, +Tost en mourut noblesse inestimée; +Tost fut Hero noyée en mer parfonde; +Tost fut l'amour Piramus expirée; +Tost se passe la joye de ce monde. + +L'ENVOY. + +Tost envahit fortuné, Hermionne; +Tost fut Progné convertie en haronde; +Tost fut Ithis en pieces tronsonné; +Tost se passe la joye de ce monde. + + + +LECTRE EN COMPLAINTE +Envoyée par Fredet au duc d'Orléans. + +Monseigneur, pour ce que scay bien +Que vous avez, de vostre bien, +Autreffoiz pris plaisir à lire +De mes faiz qui ne valent rien, +Dont trop à vous tenu me tien; +Vouloir m'est pris de vous escripre, +Et mon aventure vous dire, +Laquelle conter vous desire; +Car c'est raison que je le face, +Esperant que de mon martire, +Tel conseil qui devra suffire, +Me donnerez de vostre grace. + +Il est vray que de par Amours, +Ung jour saint Valentin à Tours, +Fut une grande feste ordonnée, +Et fist assavoir par les cours, +Comme de coustume a tousjours, +Que chascun vint à la journée. +Là eut grant joye demenée, +Et mainte haulte loy donnée; +Qui fut sans per, choisit adoncques; +Si euz, comme par destinée, +A mon gré la meilleure née +Qui en France se trouvast oncques. + +Comme ma Dame, ma maistresse +Et ma terrienne Deesse, +Tousjours la sers, et l'ay servie; +Car il m'a, par deffense expresse, +Commandé lui faire promesse +D'estre sien pour toute ma vie; +Car tant ma pensée a ravie, +Et à la cherir asservie, +Que je ne pourroye, sur m'ame, +D'aultre jamais avoir envie, +Tant feust elle bien assouvie, +Si fort lui a pleu que je l'ame. + +Mais ainsi m'en va, que depuis +Qu'à elle donné je me suis, +Je ne peuz avoir bien, ne joye, +Fors que tous maulx et tous Ennuys, +Qui à toute heure, jours et nuys, +Me tourmentent où que je soye, +Tant que ne scay que faire doye; +Et semble, se dire l'osoye, +Qu'ilz ayent tous ma mort jurée; +Se vostre bonté n'y pourvoye, +Force sera que par eulx voye +Finer ma vie maleurée. + +Pource que souvent ne la voy, +Le plus que je puis, sur ma foy, +Je ne fais qu'en elle penser; +Savez vous la cause pourquoy? +En esperant que mon ennoy +Se deust aucunement cesser; +Mais il ne me veult delaisser, +Car plus en elle est mon penser, +Et plus de doleur me court seure, +Qui m'est si tres dure à passer, +Que je désire trespasser +Plus de mille foiz en une heure. + +Que je sceusse prendre plaisir +En riens qui soit, fors desplaisir, +Las! je ne pourroye loing d'elle; +Car c'est celle que mon desir +M'a fait, pour maistresse choisir, +Comme s'il n'en feust point de telle, +Tout mon bien et mal vient de celle; +Ainsi, comme il plaist à la belle, +Il n'en est qu'à sa voulenté; +Et ne cuidez pas que vous celle +Que ce ne soit celle qu'appelle, +Devant chascun, ma Leauté. + +Puisque je l'ame si tresfort, +N'a pas doncques Amours grant tort? +De moy faire tant endurer, +Ou dire fault qu'il soit d'accort, +Que pour trop amer prengne mort, +Ou moy faire desesperer; +Quant pour plaindre, pour souspirer, +Pour mal qu'il me voye tirer, +Il ne m'en a que pis donné; +En ce point me fault demourer, +Car mieulx vault ainsi qu'empirer; +Veez là comment suis gouverné! + +Helas! ce qui plus me tourmente, +Et dont fault que plus de dueil sente, +C'est la grant doubte que je fais, +Que je defaille à mon entente, +Et que dutout perde l'actente +De mes tant desirez souhais; +Car je suis seur, plus qu'oncques mais, +Que si par vous ne sont parfais, +User ma vie me fauldra, +En languissant desoresmais; +Comme cil à qui, pour jamais, +Toute plaisance deffauldra. + +Et quant devers Amours je viens +Lui compter les maulx que soustiens, +En lui requerant allegance. +Il me respond: Je n'y puis riens, +Mais va t'en au DUC D'ORLÉANS, +Que fors lui, n'en a la puissance; +Fay donc qu'ayes son accointance, +Et te metz en sa bienveillance; +Car, se tu le puis faire ainsi, +Tu ne dois point faire doubtance, +Que de ta dure desplaisance, +Il n'en ait voulentiers merci. + +A vous doncques me fault venir, +Et vostre du tout devenir, +Puisque vous avez ce povoir, +Que de moy faire parvenir +Au plus haut bien qui avenir +Me peut jamais, à dire veoir; +Pourquoy il vous plaise savoir, +Que se vous y faictes devoir, +Et voulez à mon fait entendre, +Tellement que je puisse avoir +Celle qui tant me plaist à voir, +Vostre à tousjours je m'iray rendre. + +Or n'oubliez pas, Monseigneur, +Vostre tres humble serviteur; +Mais escoutez mes dolans plains, +Desquieulx je vous fais la clameur, +Et vueillez, par vostre doulceur, +Que par vous ilz soient estains, +Car croiez qu'ilz ne sont pas fains, +Ains pires avant plus que mains; +Puis me donnez, de vostre grace, +Je vous en pry à jointes mains, +Tel responce que, soirs et mains, +Tout mon vivant joyeulx me face. + + + +AUTRE LECTRE EN COMPLAINTE FAISANT RESPONCE AU DIT FREDET. + +Fredet, j'ay receu vostre lectre, +Dont vous mercie chierement, +Ou dedens avez voulu mectre +Vostre fait bien entierement; +Fier vous povez seurement +En moy, tout, non pas à demy; +Au besoing congnoist on l'amy. + +S'Amour tient vostre cueur en serre, +Ne vous esbahissez en rien; +Il n'est nulle si forte guerre +Qu'au derrain ne s'appaise bien; +Amour le fait, comme je tien, +Pour esprouver mieulx vostre vueil, +Grant joye vient apres grant dueil. + +Se vous dictes: Las! je ne puis +Une telle doleur porter; +Je vous respons: Beau Sire, et puis +Vous en voulez vous depporter, +Ou au Dieu d'amours rapporter? +L'un des deux fault, se m'aist Dieux, voire; +Puisqu'il est trait, il le fault boire. + +Cuidez vous, par dueil et courroux, +Ainsi gangner vostre vouloir? +Nennil, ce ne sont que coups roux +Qu'Amours met tout en nonchaloir; +De riens ne vous pevent valoir, +Et se les couchez en despense, +Trop remaint de ce que fol pense. +Voulez vous rompre votre teste +Contre le mur? ce n'est pas sens; +Il faut dancer, qui est en feste; +Certes, autre raison n'y sens; +Et pour ce la, je me consens +Que souffrez qu'Amours vous demaine; +Grant bien ne vient jamais sans paine. + +Mais de voz doleurs raconter +Faictes bien, ainsi qu'il me semble, +Et les assommer et compter +Devant Amours; car il ressemble +A l'ostellier qui met ensemble, +Et tout dedens son papier couche; +Pour parler est faicte la bouche. + +De pieca je fuz en ce point, +Encore pis, loing d'allegence; +Touteffoiz ne vouluz je point, +De moy mesmes, faire vengence; +Mais chauldement, par diligence, +Pourchassay et playday mon fait; +Peu gangne cellui qui se tait. + +Et pour ce que la lectre dit +Qu'Amours veult que vers moy tirez, +De moy ne serez escondit, +S'aucune chose desirez +A vostre bien, quant l'escriprez; +Paine mectray, d'entente franche, +Que l'ayez de croq ou de hanche. + +Combatez, d'estoc et de taille, +Vostre dure merencolie, +Et reprenez, commant qu'il aille, +Espoir, confort et chiere lie; +De ne vous oublier me lie, +Autant en ce que puis et doy. +Que se me teniez par le doy. + +Or retournons à mon propos, +Et ne parlons plus de cecy. +Vray est que je suis en repos +D'amours, mais non pas de Soussy; +Et pour ce, je vous vueil aussy +De me conseiller travailler, +L'ami doit pour l'autre veillier. + +Soussy maintient que c'est raison +Qu'il ait sur tous vers moy puissance; +Nonchaloir dit qu'en ma maison, +Vault mieulx qu'il ait la gouvernance, +Car il ramenera Plaisance, +Que Soussy a bannye à tort, +Sans resveillier le chat qui dort. + +Soussy respond qu'estre ne peut, +Tant qu'on est ou monde vivant, +Car Fortune partout s'esmeut, +Et est à chascun estrivant, +En tous lieux va mal escrivant, +Et toutes choses met en double; +Elle a beaux yeulx et ne voit goute. + +Si ne scay que je doye faire, +Ne lequel d'eulx me laissera; +Car, veu que tousjours j'ay affaire, +Soussy jamais ne cessera, +Mais mon plaisir rabessera, +En quelque place que je voyse; +Bien est aise, qui est sans noyse. + +Quant en nonchaloir je m'esbas, +Et desplaisir vueil debouter, +Jamais ne scay parler si bas +Que Soussy ne viengne escouter: +Las! je le doy tant redoubter, +Car à tort souvent me ravalle; +Mais sans mascher fault que l'avalle. + +Je ne scay remede quelconques, +Quant ay mis ces choses en poys, +Pour tous deux contenter adoncques, +Fors les faire servir par moys; +Mandez moy sur ce quelquefoys, +Fredet, bon conseil par vostre ame, +Foy que devez à vostre Dame. + + + +RESPONCE DE FREDET AU DUC D'ORLÉANS. + +Monseigneur, j'ay de vous receu, +Et aussi de mot à mot leu, +Une lectre qu'il vous a pleu +Moy rescripre, touchant mon fait, +Par laquelle j'ay apperceu +Le bon vouloir qu'avez eu +Vers moy tousjours, qui n'est pas peu, +Dont tout mon dueil avez deffait; +Et oultre plus comme j'ay veu, +Avez voulu que j'aye sceu, +De quoy il ne m'a point despleu, +Ce qui tant vous griefve, ou refait; +Sur quoy, de vous obeir meu, +Non pas ainsi comme il est deu, +Mais du tout au mieulx que j'ay peu, +Mon conseil tel quel vous ait fait: + +Vous plaigniez de la rigueur, + Et aigreur, +Que vous fait, par sa fureur, + Et chaleur, +Celluy que nommez Soussy, +Qui sans cause et sans couleur, + Et langueur, +Par son ennuyeux labeur + Et maleur, +Vous tourmente sans mercy; +Dont par force de douleur + Vostre cueur +Est noyé par grant langueur, + Tout en pleur, +Et souvent devient transy; +Puis racontez, Monseigneur, + Quel doulceur, +Nonchaloir, par son bon eur + Et valeur, +Se offre vous faire aussi. + +De Soussy vous vueil escripre, +C'est ung tres merveilleux sire, + Et fault dire +Que cellui n'a pas couraige + D'omme saige, +Qui veult qu'avec lui demeure, +Car il ne sert que de nuyre, +Et ne pense, ne desire + Qu'à destruire, +Et fait à chascun dommaige, + Et oultraige; + +Ne lui chault qui vive ou meure, + Et fut il seigneur d'empire, +Ou qui que soit, tout fait frire, + Et martire; +Tant qu'il est en son servaige, + Avantaige +N'a nul, je le vous assure, +Mille maulx, tous d'une tire, +Ne lui pevent trop suffire; + Il n'est pire, +Tant fait de tourmenter raige, + Et enraige +Qu'à son gré tout ne demeure. + +Soussy toult d'estre joyeulx, +Et fait merencolieux + Par tous lieux, +Et bien souvent furieux, +Tous ceulx où il a puissance; +Par lui les biens gracieux +Deviennent mal gracieux; + Jeunes, vieux, +Tout fait trouver ennuyeux +A qui plaist son accointance; +Puis, par sa grande savance, + + Il avance +Autour d'eulx Desesperance +Qui, par ses diz ennuyeux, +Et ses faiz malicieux + Et crueux, +Les met en ceste creance, +Que jamais ilz n'auront mieulx; +Lors sont à tel desplaisance, +Que plus seroit leur plaisance, + Sans doubtance, +Brief mourir qu'estre mais tieulx. + +Se les maulx compter vouloye, +Et la puissance en avoye, +Que Soussy vous feroit bien; +Mais à quoy l'entreprendroye? +Car certes je ne sauroye +D'un an vous dire combien, +Et pour ce, à tant je m'en tien; +Et maintenant je revien, +Pour faire vostre vouloir, +A parler, se j'en scay rien, +Du grant aise, du hault bien, +Lequel donne Nonchaloir. + +Qui à Nonchaloir s'adresse, +Et tout, pour estre sien, lesse + Et delesse; + En leesse, +Sans que jamais mal le blesse, +Pourra sa vie passer. +Dueil, courroux, soussy, aspresse, +Et tous ceulx de leur promesse, + Soit tristesse, + Ou destresse, + Ou rudesse, +Qui de mains grever ne cesse, +Tous les fait avant passer. + +Contre lui n'ont hardiesse; +Il les vaint, par sa sagesse, + Et abesse + Leur duresse, + Leur haultesse; +Nul ose lui faire presse, +N'encontre lui s'amasser, +Car il maine joye en lesse, +Qui le deffent d'eulx sans cesse, + Par prouesse; + Or donc qu'esse? +Est il au monde richesse +Qui sceut ung tel bien passer? + +De lui vient plaisante vie + Qui desvie +Dueil, soussy, de toute place, +De repos aise assouvie, + Sans envie +De bien qu'à autruy se face, +Les autres bonnes efface, + Et defface. +Tout est en joye ravye, +Tout fait a joyeuse face, + Dont la grace +De vous a bien desservye. + +Nonchaloir, de sa nature, +Lui soit fortune ou non dure, +L'un et l'autre tout endure, +Et prent en gré l'avanture, +Car il ne tient d'ame conte; +Joye, dueil, paix ou murmure, +Gangner, perdre sans mesure, +Soit à tort, ou par droicture, +Tout lui est ung, je vous jure; +Ne lui chault s'il besse ou monte, +Ou se moindre le surmonte, +D'un chascun à son gré compte, +De quanque lui vient n'a honte, +Soit bien ou mal, rien n'en compte, +A tout faire s'avanture, +Autant lui est Roi que Conte, +La cause est, comme il raconte, +Car à nulluy ne rent compte; +Et pour ce, la fin de conte, +Tousjours sa vie en paix dure. + +Pourquoy, servir je vous conseille +De nostre maistre Nonchaloir; +Et bannissez, vueille ou non vueille, +Soucy, sans plus vous en chaloir; +De lui mieulx ne povez valoir, +Mais soit hors de vostre memoire; +Qui demande conseil doit croire. + +Je vous supply qu'il vous suffise, +Et aussi il ne vous desplaise, +D'une question qu'ay cy mise, +D'un mien amy tres en malaise; +Dont, Monseigneur mais qu'il vous plaise, +Vostre conseil avoir m'en fault; +L'advis de deux mieulx que d'un vault. + +Celluy que dy est si espris +D'une tant belle, bonne Dame, +Qu'il ne pourrait estre pris +Tellement si tres fort il ame, +Mais espoir n'a point, sur mon ame, +D'avoir jamais d'elle secours; +Pas n'est en paix qui sert amours. + +Que autre Dame, se lui semble, +Qui n'a point de meilleur vivant, +Par le bien qu'en elle s'assemble, +Le vouldroit bien, pour son servant; +Non pourtant il mourrait avant +Que son cueur se peust sien clamer; +Par force l'en ne peut amer. + +Et, pour ce, maintenant demande +Qui lui sera moins chose forte? +Celle amer qu'Amours lui commande, +Où toute s'esperance est morte, +Ou l'autre, combien qu'il rapporte +Qu'amer ne la peut, ne desire; +De deulx maulx on prent le moins pire. + +Veez là de mon amy le cas, +Auquel fauldroye bien envis; +Mais conseiller ne le puis pas, +Sans en avoir de vous l'advis; +Fait en soit à votre devis, +Monseigneur, car c'est bien raison, +Et à tant fine ma raison. + + + +LA COMPLAINTE DE FRANCE. + +France, jadis on te souloit nommer, +En tous pays, le tresor de noblesse, +Car ung chascun povoit en toy trouver +Bonté, honneur, loyaulté, gentillesse, +Clergie, sens, courtoisie, proesse; +Tous estrangiers amoient te suir, +Et maintenant voy, dont j'ay desplaisance, +Qu'il te convient maint grief mal soustenir, +Tres crestien, franc royaume de France. + +Seez tu dont vient ton mal, à vray parler? +Congnois tu point pourquoy es en tristesse? +Conter le vueil, pour vers toy m'acquicter, +Escoutes moy, et tu feras sagesse. +Ton grant ourgueil, glotonnie, peresse, +Convoitise, sans justice tenir, +Et luxure, dont as eu habondance, +Ont pourchacié vers Dieu de te punir, +Tres crestien, franc royaume de France. + +Ne te vueilles pourtant desesperer, +Car Dieu est plain de mercy, à largesse; +Va t'en vers lui sa grace demander, +Car il t'a fait, de ja pieca, promesse; +Mais que faces ton advocat Humblesse, +Que tres joyeux sera de toy guerir; +Entierement metz en lui ta fiance, +Pour toy et tous, voulu en croix mourir, +Tres crestien, franc royaume de France. + +Souviengne toy comment voult ordonner +Que criasses Montjoye, par liesse, +Et, qu'en escu d'azur, deusses porter +Trois fleurs de Lis d'or, et pour hardiesse +Fermer en toy, t'envoya sa haultesse, +L'Auriflamme qui t'a fait seigneurir +Tes ennemis; ne metz en oubliance +Telz dons haultains, dont lui pleut t'enrichir, +Très crestien, franc royaume de France. + +En oultre plus, te voulu envoyer +Par un coulomb qui est plain de simplesse, +La unction dont dois tes Roys sacrer, +Afin qu'en eulx dignité plus en cresse; +Et, plus qu'à nul, t'a voulu sa richesse +De reliques et corps sains, departir; +Tout le monde en a la congnoissance, +Soyes certain qu'il ne te veult faillir, +Tres crestien, franc royaume de France. + +Court de Romme si te fait appeller +Son bras dextre, car souvent de destresse +L'as mise hors, et pour ce approuver, +Les Papes font te seoir, seul, sans presse, +A leur dextre, se droit jamais ne cesse; +Et pour ce, dois fort pleurer et gemir, +Quant tu desplais à Dieu qui tant t'avance +En tous estas, lequel deusses cherir, +Tres crestien, franc royaume de France. + +Quelz champions souloit en toy trouver +Crestienté! Ja ne fault que l'expresse; +Charlemaine, Rolant et Olivier, +En sont tesmoings, pour ce, je m'en delaisse, +Et saint Loys Roy, qui fist la rudesse +Des Sarrasins souvent aneantir, +En son vivant, par travail et vaillance; +Les croniques le monstrent, sans mentir, +Tres crestien, franc royaume de France. + +Pour ce, France, vueilles toy adviser, +Et tost reprens de bien vivre l'adresse; +Tous tes meffaiz metz paine d'amander, +Faisant chanter et dire mainte messe +Pour les ames de ceulx qui ont l'aspresse +De dure mort souffert, pour te servir; +Leurs loyaultez ayes en souvenance, +Riens espargnié n'ont pour toy garantir, +Tres crestien, franc royaume de France. + +Dieu a les braz ouvers pour t'acoler, +Prest d'oublier ta vie pecheresse; +Requier pardon, bien te vendra aidier +Nostre Dame, la tres puissant princesse, +Qui est ton cry, et que tiens pour maistresse; +Les sains aussi te vendront secourir, +Desquelz les corps font en toy demourance. +Ne vueilles plus en ton pechié dormir, +Tres crestien, franc royaume de France. + +Et je, CHARLES DUC D'ORLÉANS, rimer +Voulu ces vers, ou temps de ma jeunesse, +Devant chacun les vueil bien advouer, +Car prisonnier les fis, je le confesse; +Priant à Dieu, qu'avant qu'aye vieillesse, +Le temps de paix partout puist avenir, +Comme de cueur j'en ay la desirance, +Et que voye tous tes maulx brief finir, +Tres crestien, franc royaume de France. + + + +COMPLAINTE. + +Amour, ne vous vueille desplaire. +Se trop souvent à vous me plains, +Je ne puis mon cueur faire taire, +Pour la doleur dont il est plains; +Helas! vueillez penser au meins +Aux services qu'il vous a fais, +Je vous en pry à jointes mains, +Car il en est temps, ou jamais. + +Monstrez qu'en avez souvenance, +En lui donnant aucun secours, +Faisant semblant qu'avez plaisance +Plus à son bien, qu'à ses doulours; +Ou me dictes, pour Dieu, Amours, +Se le lairrez en cest estat, +Car d'ainsi demourer tousjours, +Cuidez vous que ce soit esbat? + +Nennil, car Dangier qui desire +De le mectre du tout à mort, +L'a mis, pour plustost le destruire, +En la prison de Desconfort; +Ne jamais ne sera d'accort +Qu'il en parte par son vouloir, +Combien que trop, et à grant tort, +Longtemps lui a fait mal avoir. + +Et pour la tres mauvaise vie +Que lui fait souffrir ce villain, +Il est encheu en maladie, +Car de tout ce qui lui est sain, +A le rebours, j'en suy certain; +En ceste dolente prison, +Ne scay s'il passera demain, +Qu'il ne meure sans guerison. + +Car il n'a que poires d'angoisse +Au matin, pour se desjeuner, +Qui tant le refroisdist et froisse, +Qu'il ne peut santé recouvrer; +D'eaue ne lui fault point donner, +Il en a de larmes assez; +Tant a de mal, à vray parler. +Que cent en seroient lassez. + +Et n'a que le lit de pensée +Pour soy reposer et gesir; +Mais plaisance s'en est alée, +Qui plus ne le povoit souffrir, +A paine l'a peu retenir, +S'espoir ne feust jusques à cy; +N'a il donc raison, sans mentir? +S'il fait requeste de mercy. + +Il porte le noir de tristesse, +Pour reconfort qu'il a perdu, +N'oncques hors des fers de destresse +N'est party, pour mal qu'il ait eu; +Touteffoiz vous avez bien sceu +Qu'à vous s'estoit du tout donné, +Quelque doleur qu'il ait receu, +Et vous l'avez abandonné! + +Par m'ame, c'est donner courage +A chascun de voz serviteurs +De vous laisser, s'il estoit sage, +Et querir son party ailleurs; +Car tant qu'aurez telz gouverneurs, +Comme Dangier, le desloyal, +Vous n'aurez que plains et clameurs, +Car il ne fist oncques que mal, + +A mon cueur le conseilleroye +Qu'il vous laissast; mais, par ma foy, +Ja consentir ne lui feroye, +Car tant de son vueil j'aperçoy, +Quelque doleur qu'il ait en soy, +Qu'il est vostre par devant tous; +Et, par mon serement, je le croy, +Qu'autre maistre n'aura que vous. + +Or regardez, n'est ce merveille? +Qu'il vous aime si loyaument, +Quant toute doleur nompareille +A receu, sans allegement, +Et si le porte lyement, +Pensant que une foiz mieulx sera; +A vous s'en actent seulement, +Ne ja aultrement ne fera. + +Si m'a chargié que vous requiere, +Comme pieca vous a requis, +Que vueilliez oir sa priere: +C'est qu'il soit hors de prison mis, +Et Dangier et les siens bannis, +Qui jamais ne vouldront son bien; +Ou au moins qu'aye saufconduis +Qu'ilz ne lui meffacent de rien. + +Afin qu'il puist oir nouvelle +De celle dont il est servant, +Et souvent veoir sa beaulté belle; +Car d'autre rien n'est desirant +Que la servir, tout son vivant, +Comme la plus belle qui soit, +A qui Dieu doint de biens autant +Que son loyal cueur en vouldroit. + + + +COMPLAINTE. + +Ma seule Dame et ma maîtresse, +Où gist de tout mon bien l'espoir, +Et sans qui, plaisir, ne liesse, +Ne me pevent en riens valoir; +Pleust à Dieu que peussiez savoir +Le mal, l'ennuy et le courrous, +Qu'à toute heure me fault avoir +Pource que je suis loings de vous. + +Helas! or ay je souvenance +Que je vous vy derrainement +A si tres joyeuse plaisance, +Qu'il me sembloit certainement +Que jamais ennuyeux tourment +Ne devoit pres de moi venir, +Mais je trouvay bien autrement, +Quant me fallut de vous partir. + +Car, quant ce vint au congié prandre, +Je ne savoye, pour le mieulx, +Auquel me valoit plus entendre, +Ou à mon cueur, ou à mes yeulx; +Car je trouvay, ainsi m'aid' Dieux, +Mon cueur courroucié si tres fort +Qu'oncques ne le vy, en nulz lieux. +Si eslongné de reconfort. + +Et d'autre part, mes yeulx estoient +En ung tel vouloir de pleurer +Qu'à peine tenir s'en povoient, +N'ilz n'osoient riens regarder; +Car, par ung seul semblant monstrer +En riens d'en estre desplaisans, +C'eust esté pour faire parler +Les jalous et les mesdisans. + +Et de la grant paour que j'avoye +Que leur dueil si ne feust congneu, +Auquel entendre ne savoye; +Oncques si esbahy ne fu, +Si dolent, ne si esperdu; +Car, par Dieu, j'eusse mieulx amé, +Avant que l'en l'eust apperecu, +N'avoir jamais jour esté né. + +Car, se par ma folle maniere, +J'eusse monstré, ou par semblant +Venant de voulenté legiere, +L'amour dont je vous ayme tant, +Par quoy eussiez eu, tant ne quant, +De blasme, ne de deshonneur; +Je scay bien que tout mon vivant, +Je fusse langui en doleur. + +En ce point, et encore pire, +Alors de vous je me party, +Sans avoir loisir de vous dire +Les maulx dont j'estoye party: +Touteffoiz, Belle, je vous dy +Qu'il vous pleust de vouloir penser +Que je vous avoye servi, +Et serviroye sans cesser. + +Tant comme dureroit ma vie, +Et, quant de mort seroye pris, +De m'ame seriez servie, +Priant pour vous en Paradis, +S'il en estoit en son devis; +Et mes biens, mon cueur et mon corps, +Je les vous ay du tout soubzmis; +Mais ca esté de leurs accors. + +Car il n'est nulle que je clame, +Ne qui se puist nommer, de vray, +Ma seule souveraine Dame, +Fors que vous, à qui me donnay +Le premier jour que regarday +Vostre belle plaisant beaulté, +De qui vray serviteur mourray, +En gardant tousjours loyaulté. + +Or vueilliez donc avoir pensée, +Puisque lors j'avoye tel dueil, +Belle tres loyaument amée, +Qu'encore plus grant le recueil, +Maintenant que, contre mon vueil, +Me fault estre de vous loingtains, +Et que veoir ne puis à l'ueil +Voz belles, blanches, doulces mains, + +Et vostre beaulté nompareille, +Que veoye si voulentiers, +Plaine de doulceur à merveille, +Dont tous voz faiz sont si entiers, +Qu'ilz ont esté les messaigiers +De me tollir, et pres, et loing, +Mes vouloirs et mes desiriers; +Ainsi m'aid' Dieu à mon besoing. + +Si vous supply, tres bonne et belle, +Qu'ayez souvenance de moy; +Car, à tousjours, vous serez celle +Que serviray comme je doy; +Je le vous prometz par ma foy, +Dutout à vous me suis donné; +Se Dieu plaist, je feray pourquoy +J'en seray tres bien guerdonné. + + + +COMPLAINTE. + +L'autrier en ung lieu me trouvay, +Triste, pensif et doloreux, +Tout mon fait, bien au long, comptay +Au hault Prince des amoureux, +Lequel m'a esté rigoreux, +Ou temps que mon cueur le servoit; +Et, ainsi qu'il me respondoit, +Souvenir, qui fut au plus pres, +Ses ditz et les miens escripvoit +En la maniere cy apres: + +L'AMANT. + +Helas! Amours, de vous me plains; +Mais les griefz maulx le me font faire, +Dont mon cueur et moy sommes plains, +Car trop estes de dur afaire; +S'un peu me fussiez debonnaire, +Espoir, que j'ay du tout perdu, +Si me seroit tantost rendu; +Mais pas n'avez tel vostre vueil, +Aincois, par vous m'est deffendu +Plaisant desir et bel acueil. + +AMOURS. + +Amours respond: A trop grand tort +Vous complaignez, et sans raison, +Car, envers chascun, Reconfort +N'est pas tousjours en sa saison; +Et, si savez qu'en ma maison, +Une coustume se maintient, +C'est assavoir que qui se tient +Pour serviteur de mon hostel, +Mainteffoiz souffrir lui convient; +L'usaige de mes gens est tel. + +L'AMANT. + +Certes, Sire, vous dictes vray; +Mais l'ordonnance riens ne vault, +Parler en puis, car bien le scay, +Et ay dancié à ce court sault; +Parquoy je congnois le deffault +De doulx plaisir que l'en y a; +Car, quant mon cueur vous depria +Secours, il lui fust escondit, +Adoncques, de dueil regnya +Vostre povoir, et s'en partit. + +AMOURS. + +Dea! beaulx amis, se dit Amours, +Celui qui a servir se met, +S'il veult avoir tantost secours, +Et le guerdon qu'on lui promet, +Ou autrement, il se desmet +Du service qu'il a empris; +De Loyaulté seroit repris, +Quand je tendray mon jugement, +Et si perdroit tous los et pris, +Sans jamais nul recouvrement. + +L'AMANT. + +Voire, Sire doit on servir +Sans prouffit, ou guerdon avoir? +Nennil, ung cueur devroit mourir, +Puisqu'il a fait loyal devoir, +Entierement à son povoir, +Et qu'il lui fault querir son pain; +A vous, qui estes souverain, +En est le plus de deshonneur, +Veu que, par faulte, meurt de fain +Vostre bon loyal serviteur. + +AMOURS. + +Qu'on meure de fain ne vueil pas, +Mais le trop haste s'echaulda, +Il convient aler pas à pas; +Et puis apres on congnoistra, +Qui mieulx son devoir fait aura, +Alors doit estre guerdonné. +Je suis assez abandonné, +A grant largesse, de mes biens; +Mais quant j'ay mainteffoiz donné +A plusieurs, semble qu'ilz n'ont riens. + +L'AMANT. + +De ceulx ne suis, quant est à moy, +Sur ce, je respons à briefz motz: +Je vous asseure, par ma foy, +Oncques ne fuz en ce propos, +J'ay tousjours porté sur mon dos, +Paine, travail à grant planté, +Ne nulle chose n'ay hanté, +Dont on dye qu'aye failly, +Combien qu'en dueil m'aiez planté, +Comme faint seigneur et amy. + +AMOURS. + +Estre mon maistre vous voulez, +Par vostre parler ce me semble, +Et grandement vous me foulez; +Mais l'estrif de nous deux ensemble, +Comme en peust cognoistre, ressemble +Au desbat du verre et du pot; +Fain avez qu'on vous tiengne à sot; +Devant Raison soit assigné, +Se j'ay tort, paier vueil l'escot, +Quand le desbat sera finé. + +L'AMANT. + +Il fault que le plus foible doncques +Soit tousjours gecté soubz le pié, +Ne je ne vy autrement oncques, +Rendre se fault, qui n'a traictié. +J'ay congneu, où j'ay peu gaingnié, +Vostre court, à mont et à val, +Et, soit à pié, ou à cheval, +On n'y scet trouver droit chemin; +Quoiqu'on y trouve bien, ou mal, +Il fault tout partir à butin. + +AMOURS. + +Pour le present, plus n'en parlons; +Puisque j'ay puissance sur tous, +Quelque chose que debatons, +A mon plaisir feray de vous; +Ne me chault de vostre courrous, +Ne de chose que l'en me dye, +Se je vous ay fait courtoisie, +Se vous voulez, prenez l'en gré; +Car le premier vous n'estes mie +Qu'ay courcié en plus grant degré. + + + +CHANCON. + +Ce May qu'amours pas ne sommeille, +Mais fait amans esliesser, +De riens ne me doy soussier, +Car pas n'ay la pusse en l'oreille; +Ce n'est mie doncques merveille +Se je vueil joye demener, +Ce May, etc. +Mais fait, etc. + +Quant je me dors, point ne m'esveille, +Pour ce que n'ay à quoy penser, +Sy ay vouloir de demourer +En ceste vie nompareille. +Ce May, etc. + + + +CHANCON. + +Tiengne soy d'amer qui pourra, +Plus ne m'en pourroye tenir, +Amoureux me fault devenir, +Je ne scay qu'il m'en avendra; +Combien que j'ay oy, pieca, +Qu'en amours fault mains maulx souffrir. +Tiengne soy, etc. +Plus ne, etc. + +Mon cueur devant yer accointa +Beaulté qui tant le scet chierir, +Que d'elle ne veult departir; +C'est fait, il est sien et sera. +Tiengne soy d'amer, etc. + + + +CHANCON. + +Quelque chose que je die +D'Amour, ne de son povoir, +Touteffoiz, pour dire voir, +J'ay une Dame choisie, +La mieulx en bien acomplie +Que l'en puist jamais veoir. +Quelque chose, etc. +D'amour, ne, etc. + +Mais à elle ne puis mie +Parler, selon mon vouloir, +Combien que, sans decevoir, +Je suis sien toute ma vie. +Quelque chose, etc. + + + +CHANCON. + +N'est elle de tous biens garnie? +Celle que j'ayme loyaument; +Il m'est advis, par mon serement, +Que sa pareille n'a en vie. +Qu'en dites vous? je vous en prie, +Que vous en semble vrayement? +N'est elle, etc. +Celle que, etc. + +Soit qu'elle dance, chante ou rie, +Ou face quelque esbatement; +Faictes en loyal jugement, +Sans faveur ou sans flatterie. +N'est elle, etc. + + + +CHANCON. + +Quant j'ay nompareille maistresse +Qui a mon cueur entierement, +Tenir me vueil joyeusement, +En servant sa gente jeunesse. +Car certes je suis en l'adresse +D'avoir de tous biens largement, +Quant j'ay, etc. +Qui a mon, etc. + +Or en ayent dueil ou tristesse +Envieux, sans allegement; +Il ne m'en chault, par mon serement, +Car leur desplaisir m'est liesse, +Quant j'ay, etc. + + + +CHANCON. + +Dieu, qu'il l'a fait bon regarder! +La gracieuse, bonne et belle; +Pour les grans biens qui sont en elle, +Chascun est prest de la louer. +Qui se pourroit d'elle lasser? +Tousjours sa beaulté renouvelle. +Dieu qu'il, etc. +La gracieuse, etc. + +Par deca, ne dela la mer, +Ne scay Dame, ne Damoiselle +Qui soit en tous biens parfais, telle; +C'est ung songe que d'y penser. +Dieu qu'il, etc. + + + +CHANCON. + +Par Dieu, mon plaisant bien joyeux, +Mon cueur est si plain de leesse, +Quant je voy la doulce jeunesse +De vostre gent corps gracieux, +Pour le regart de voz beaux yeulx +Qui me met hors de tristesse. +Par Dieu, etc. +Mon cueur, etc. + +Combien que parler envieux +Souventeffoiz moult fort me blesse, +Mais ne vous chaille, ma maistresse, +Je n'en feray pourtant que mieulx. +Par Dieu, etc. + + + +CHANCON. + +Que me conseilliez vous, mon cueur, +Irai je par devers la belle? +Lui dire la paine mortelle +Que souffrez pour elle en doleur. +Pour vostre bien et son honneur, +C'est droit que vostre conseil celle. +Que me, etc. +Irai je, etc. + +Si plaine la scay de doulceur, +Que trouveray mercy en elle, +Tost en aurez bonne nouvelle, +Cy vois n'est ce pour le meilleur. +Que me, etc. + + + +CHANCON. + +Ou regard de voz beaulx, doulx yeulx, +Dont loing suis par les envieux, +Me souhaide si tres souvent, +Que mon penser est seulement +En vostre gent corps gracieux. +Savez pourquoy, mon bien joyeulx, +Celle du monde qu'ayme mieulx +De loyal cueur, sans changement? +Ou regart, etc. +Dont loing, etc. +Me souhaide, etc. + +Pour ce que vers moy en tous lieux +J'ay trouvé plaisir ennuieux, +Trop fort puis le departement +Que de vous fis derrainnement, +A regret merencolieux. +Ou regart, etc. + + + +CHANCON. + +Qui la regarde de mes yeulx, +Ma Dame, ma seule maistresse, +En elle voit, à grant largesse, +Plaisirs croissans de bien en mieulx. +Son parler et maintien sont tieulx +Qu'ilz mectent un cueur en liesse. +Qui la regarde, etc. +Ma Dame, etc. + +Tous la suient, jeunes et vieulx, +Dieu scet qu'elle n'est pas sans presse; +Chascun dit: C'est une deesse +Qui est descendue des cieulx. +Qui la regarde, etc. + + + +CHANCON. + +Ce mois de May, nompareille Princesse, +Le seul plaisir de mon joyeulx espoir, +Mon cueur avez, et quanque puis avoir, +Ordonnez en comme dame et maistresse. +Pour ce, requier vostre doulce jeunesse +Qu'en gré vueille mon present recevoir. +Ce mois, etc. +Le seul, etc. + +Et vous supply, pour me tollir tristesse, +Tres humblement, et de tout mon povoir, +Qu'à m'esmayer ayez vostre vouloir, +D'un reconfort bien garny de liesse. +Ce mois, etc. + + + +CHANCON. + +Commandez vostre bon vouloir +A vostre tres humble servant, +Il vous sera obeissant +D'entier cueur, et loyal povoir. +Prest est de faire son devoir, +Ne l'espargnez ne tant, ne quant. +Commandez, etc. +A vostre, etc. + +Mectez le tout à nonchaloir, +Sans lui estre jamais aydant. +S'en riens le trouvez refusant, +Essayez se je vous dy voir. +Commandez, etc. + + + +CHANCON. + +Espoir, confort des maleureux, +Tu m'estourdis trop les oreilles +De tes promesses nompareilles, +Dont trompes les cueurs doloreux, +En amusant les amoureux, +Et faisant baster aux corneilles. +Espoir, confort, etc. +Tu m'estourdis, etc. + +Ne soies plus si rigoreux, +Mieux vault qu'à raison te conseilles, +Car chascun se donne merveilles, +Que n'as pitié des langoreux. +Espoir, confort, etc. + + + +CHANCON. + +Belle, se c'est vostre plaisir +De me vouloir tant enrichir +De reconfort et de liesse, +Je vous requier, comme maistresse, +Ne me laissiez dutout mourir; +Car je n'ay vouloir, ne desir, +Fors de vous loyaument servir, +Sans espargnier dueil, ne tristesse. +Belle, etc. +De me, etc. +De reconfort, etc. + +Et s'il vous plaist à l'accomplir, +Vueilliez tant seulement bannir +D'avec vostre doulce jeunesse, +Dolent refus qui trop me blesse, +Dont bien vous me povez guerir, +Belle, etc. + + + +CHANCON. + +Paix ou tresves, je requier desplaisance; +S'en toy ne tient, pas ne tendra à moy, +Que ne soyons desormais en requoy; +Accordons nous, chargons en Esperance. +Que gaignes tu à me faire grevence? +Assez me metz en devoir sur ma foy. +Paix ou tresves, etc. +S'en toy ne tient, etc. + +Ou combatons tellement à oultrance +Que l'un die: Je me rens ou ren toy; +Mieulx estre mort je vueil, s'estre le doy, +Qu'ainsi languir, d'offrir premier m'avance. +Paix ou tresves, etc. + + + +CHANCON. + +Rafreschissez le chastel de mon cueur +D'aucuns vivres de joyeuse plaisance, +Car faulx Dangier, avec son aliance, +L'a assiegé tout entour de doleur. +Se ne voulez le siege sans longueur +Tantost lever, ou rompre par puissance, +Rafreschissez, etc. +D'aucuns, etc. + +Ne souffrez pas que Dangier soit seigneur, +En conquestant soubz son obeissance +Ce que tenez en vostre gouvernance; +Avancez vous, et gardez vostre honneur. +Rafreschissez, etc. + + + +CHANCON. + +Se je fois loyalle requeste, +Soing et Soucy, et bon vous semble, +Pour Dieu, accordons nous ensemble; +Qui tort a soit mis en enqueste. +Quant vous, ne moy bien n'y aqueste, +Pour jugier droit conseil asemble. +Se je fois, etc. +Soing et Soussy, etc. + +Je ne requier aultre conqueste +Que d'Espoir qui larron ressemble, +Et sans cause de mon cueur s'emble, +Dieu me secoure en cette queste! +Se je fois, etc. + + + +CHANCON. + +Se ma doleur vous savies, +Mon seul joyeux pensement, +Je scay bien certainement +Que mercy de moy auries. +Du tout refus banniries, +Qui me tient en ce tourment. +Se ma, etc. +Mon seul, etc. + +Et le don me donneries, +Que vous ay requis souvent, +Pour avoir allegement; +Ja ne m'en escondiries, +Se ma, etc. + + + +CHANCON. + +Ne hurtez plus à l'uis de ma pensée, +Soing et Soucy, sans tant vous traveiller, +Car elle dort, et ne veult s'esveiller, +Toute la nuit en paine a despensée. +En dangier est, s'elle n'est bien pensée, +Cessez, cessez, laissez la sommeiller. +Ne hurtez plus, etc. +Soing et soussy, etc. + +Pour la guerir Bon espoir a pensée +Medicine qu'a fait appareiller; +Lever ne peut son chief de l'oreiller, +Tant qu'en repos se soit recompensée. +Ne hurtez plus, etc. + + + +CHANCON. + +Ma seule, plaisant, doulce joye, +La maistresse de mon vouloir, +J'ay tel desir de vous veoir, +Que mander ne le vous sauroye. +Helas! pensez que ne pourroye +Aucun bien, sans vous, recevoir. +Ma seule, etc. +La maistresse, etc. + +Car, quant desplaisir me guerroye +Souventeffoiz, de son povoir, +Et je vueil reconfort avoir, +Esperance vers vous m'envoye. +Ma seule, etc. + + + +CHANCON. + +L'un ou l'autre desconfira +De mon cueur et merencolie; +Auquel que fortune s'alye, +L'autre je me rens lui dira. +D'estre juge me suffira, +Pour mectre fin en leur folye. +L'un ou l'autre, etc. +De mon cueur, etc. + +Dieu scet comment mon cueur rira, +Se gangne, menant chiere lye, +Contre ceste saison jolye, +On verra comment en yra. +L'un ou l'autre, etc. + + + +CHANCON. + +Je ne vueil plus riens que la mort, +Pource que yoy que reconfort +Ne peut mon cueur eslyesser; +Au moins me pourray je vanter +Que je souffre doleur à tort. +Car puisque n'ay d'Espoir le port, +D'Amours ne puis souffrir l'effort. +Ne doy je donc joye laisser? +Je ne, etc, +Pource que, etc. +Ne peut, etc. + +Au Dieu d'amours je m'en rapport +Qu'en peine suis bouté si fort, +Que povoir n'ay plus d'endurer, +S'en ce point me fault demourer; +Quant est de moy, je m'y accort. +Je ne, etc. + + + +CHANCON. + +Qui? quoy? comment? à qui? pourquoi? +Passez, presens, ou avenir, +Quant me viennent en souvenir, +Mon cueur en penser n'est pas coy. +Au fort, plus avant que ne doy, +Jamais je ne pense en guerir. +Qui? quoy? etc. +Passez, etc. + +On s'en peut rapporter à moy +Qui de vivre ay eu beau loisir, +Pour bien aprendre et retenir, +Assez ay congneu, je m'en croy. +Qui? quoy? etc. + + + +CHANCON. + +Belle que je cheris et crains, +En cest estat suis ordonné, +Que Dangier m'a emprisonné +De vostre grant beaulté loingtains; +N'il ne m'a de tous biens mondains +Qu'un souvenir abandonné. +Belle que je, etc. +En cest estat, etc. + +Mais de nulle riens ne me plains, +Fors qu'il ne m'a tost raenconné; +Car bien lui seroit guerdonné, +Si j'estoye hors de ses mains. +Belle que je, etc. + + + +CHANCON. + +Je prens en mes mains voz debas +Desormais, mon cueur et mes yeulx, +Se longuement vous seuffre tieulx, +Moy mesmes de mon tour m'abas. +Pour vostre prouffit me combas, +Le desirant de bien en mieulx. +Je prens en, etc. +Desormais, etc. + +Quant voz desirs souvent rabas +Desordonnez, en aulcuns lieux, +Mon devoir fais, ainsi m'aid' Dieux. +Passons temps en plus beaulx esbas. +Je prens en, etc. + + + +CHANCON. + +Ma Dame, tant qu'il vous plaira +De me faire mal endurer, +Mon cueur est prest de le porter, +Jamais ne le refusera. +En espérant qu'il guerira, +En cest estat veult demourer. +Ma Dame, etc. +De me, etc. + +Une fois pitié vous prendra, +Quant seulement vouldrez penser, +Que c'est pour loyaument amer +Vostre beaulté qu'il servira +Ma Dame, etc. + + + +CHANCON. + +Mon cueur se combat à mon ueil, +Jamais ne les trouve d'accort; +Le cueur dit que l'ueil fait rapport +Que tousjours lui accroist son dueil. +La verité savoir j'en vueil, +Que semble il qui ait le tort? +Mon cueur, etc. +Jamais ne les, etc. + +Se je trouve que Bel acueil +Ait gecté entre eulx aucun sort, +Je la condampneray à mort; +Doy je souffrir un tel orgueil? +Mon cueur, etc. + + + +CHANCON. + +De la regarder vous gardez +La belle que sers ligement, +Car vous perdrez soudainement +Vostre cueur, se la regardez; +Se donner ne le lui voulez +Clignez les yeulx hastivement, +De la regarder, etc. +La belle que, etc. + +Les biens que Dieu lui a donnez, +Emblent un cueur subtilement; +Sur ce, prenez avisement, +Quant devant elle vous vendrez. +De la regarder, etc. + + + +CHANCON. + +Tant que Pasques soient passées, +Se nous avons riens trespassé. +Prions mercy du tems passé, +Et pour les ames trespassées. +Chascun pas à pas ses passées +Face, avant que soit trespassé. +Tant que, etc. +Se nous, etc. + +Foleur a fait grandes passées, +Mains cueurs ont tout oultre passé; +Pour ce, par nous soit compassé +D'eschever faultes compassées. +Tant que, etc. + + + +CHANCON. + +Puisque je ne puis eschapper +De vous, courroux, dueil et tristesse, +Il me convient suir l'adresse +Telle que me vouldrez donner. +Povoir n'ay pas de l'amender, +Car douleur est de moy maistresse. +Puisque je ne, etc. +De vous, etc. + +Si manderay par ung penser +A mon las cueur vuit de liesse, +Qu'il prengne en gré sa grant destresse, +Car il lui fault tout endurer. +Puisque je ne, etc. + + + +CHANCON. + +Sans ce, le demourant n'est rien; +Qu'esse? je le vous ay à dire, +N'enquerez plus, il doit suffire, +C'est conseil que tres segret tien. +Pourtant n'y entendez que bien, +Autrement je ne le desire. +Sans ce, etc. +Qu'esse? etc. + +S'ainsi m'esbas ou penser mien, +Et mainte chose faiz escripre +En mon cueur, pour le faire rire; +Tout ung est mon fait, et le sien. +Sans ce, etc. + + + +CHANCON. + +C'est fait, il n'en fault plus parler, +Mon cueur s'est de moy departy; +Pour tenir l'amoureux party, +Il m'a voulu abandonner. +Riens ne vault m'en desconforter, +Ne d'estre dolent ou marry. +C'est fait, etc. +Mon cueur, etc. + +De moy ne se fait que mocquer; +Quant piteusement je lui dy, +Que je ne puis vivre sans luy, +A paine me veult escouter. +C'est fait, etc. + + + +CHANCON. + +Assez pourveu, pour de cy à grant piece, +Et plus qu'assez, de penser et anuy, +Je me treuve sans congnoistre nulluy. +Qui se vente d'en avoir telle piece. +Fortune dit, qui tout mon fait despiece, +Que j'endure comme maint aujourduy. +Assez pourveu, etc. +Et plus qu'assez, etc. + +Pourquoy souvent je mets soubz mon pié ce, +Prenant confort d'espoir, comme celluy +Qui me fye parfaitement en luy, +Ainsi remains qui le croiroit en piece. +Assez pourveu, etc. + + + +RONDEL. + +Puisqu'Amour veult que banny soye +De son hostel, sans revenir, +Je voy bien qu'il m'en fault partir, +Effacé du livre de Joye. +Plus demourer je n'y pourroye, +Car pas ne doy ce mois servir. +Puisqu'Amour, etc. +De son hostel, etc. + +De Confort ay perdu la voye, +Et ne me veult on plus ouvrir +La barriere de Doulx plaisir, +Par desespoir qui me guerroye. +Puisqu'Amour, etc. + + + +CHANCON. + +Ca, venez avant, Esperance, +Or y perra que respondrez, +Et comment vous vous deffendrez; +On se plaint de vous à oultrance. +L'un dit que promectez de loing, +Et qu'en estes bonne maistresse, +L'aultre que faillez au besoing, +En ne tenant gueres promesse. +Quoique tardez, c'est la fiance +Qu'aux faiz de chascun entendrez +Et au derrain guerdon rendrez; +Dy je bien, ou se trop m'avance? +Ca, venez, etc. + + + +RONDEL. + +Pour le don que m'avez donné, +Dont tres grant gré vous doy savoir, +J'ay congneu vostre bon vouloir, +Qui vous sera bien guerdonné. +Raison l'a ainsi ordonné, +Bienfait doit plaisir recevoir. +Pour le don, etc. +Dont tres, etc. + +Mon cueur se tient emprisonné, +Et obligé, pour dire voir, +Jusqu'à tant qu'ait fait son devoir +Vers vous, et se soit raenconné, +Pour le don, etc. + + + +CHANCON. + +Mon cueur, estouppe tes oreilles, +Pour le vent de Merencolie; +S'il y entre, ne doubte mye, +Il est dangereux à merveilles; +Soit que tu dormes ou tu veilles, +Fays ainsi que dy, je t'en prie. +Mon cueur, etc. +Pour le vent, etc. + +Il cause doleurs nompareilles, +Dont s'engendre la maladie +Qui n'est pas de legier guerie; +Croy moy, s'à raison te conseilles. +Mon cueur, etc. + + + +CHANCON. + +Se j'eusse ma part de tous biens, +Autant que j'ay de loyaulté, +J'en auroye si grant planté +Qu'il ne me fauldroit jamais riens. +Et si gaingneroye des miens, +Ma Dame, vostre voulenté. +Se j'eusse, etc. +Autant que, etc. + +Car pour asseuré je me tiens +Que vostre tres plaisant beaulté, +De s'amour me feroit rente, +Maugré Dangier et tous les siens. +Se j'eusse, etc. + + + +CHANCON. + +(Philippe de Boulainvilliers.) + +Hola, hola, souspir, on vous hoit bien, +Vous vous cuidez embler trop coyement, +Contrefaisant ung peu le cayement; +Grant fain avez qu'on vous die tien, +Vous ne querez que d'ung cueur le soustien, +C'est de tieulx gens tousjours l'esbatement. +Hola, hola, etc. +Vous vous, etc. + +Trop vous hastez, de vray, comme je tien, +Car l'on congnoist vostre fait clerement, +Une autreffoiz faictes plus saigement, +Car maintenant vous n'y gangnerez rien. +Hola, hola, etc. + + + +CHANCON. + +Pour les grans biens de vostre renommée, +Dont j'oy parler à vostre grant honneur, +Je desire que vous ayez mon cueur, +Comme de moy, tres loyaument amée. +Tresoriere, je vous voy ordonnée +A le garder en plaisance et doulceur. +Pour les, etc. +Dont j'oy, etc. + +Recevez le, s'il vous plaist, et agrée, +Du mien ne puis vous donner don meilleur; +C'est mon vaillant, c'est mon tresor greigneur, +A vous l'offre de loyalle pensée. +Pour les, etc. + + + +CHANCON. + +(Gilles des Ourmes.) + +Hola, hola, souspir, on vous oyt bien, +C'est à ung sourt à qui il le fault faire, +Retrayez vous, et pensez de vous taire, +Car Dangier oit si cler qu'il n'y fault rien; +Se d'aventure il vous oyt, je vous tien +Pour rué jus, car c'est vostre adversaire. +Hola, hola, etc. +C'est à ung, etc. + +Ne saillez plus, actendez aucun bien, +Vous voulez vous, de vous mesmes deffaire? +Prenez conseil, quant c'est pour vostre affaire, +Et pour le mieulx, croyez sans plus le mien. +Hola, hola, etc. + + + +CHANCON. + +En songe, souhaid et pensée +Vous voy chascun jour de sepmaine, +Combien qu'estes de moy loingtaine, +Belle, tres loyaument amée, +Pour ce qu'estes la mieulx parée +De toute plaisance mondaine. +En songe, etc. +Vous voy, etc. + +Dutout vous ay m'amour donnée, +Vous en povez estre certaine, +Ma seule Dame, souveraine, +De mon las cueur moult desirée. +En songe, etc. + + + +CHANCON. + +Aidez ce povre cayement +Souspir, je le vous recommande; +De vous, quant ausmone demande, +Ne se parte meschantement. +Son cas monstre piteusement, +Il semble que la mort actende. +Aidez ce povre, etc. +Souspir, je le, etc. + +Donnez lui assez largement, +Qu'il ne meure, Dieu l'en deffende, +Affin que n'en faictes amende, +Au jour d'amoureux jugement. +Aidez, etc. + + + +CHANCON. + +De leal cueur, content de joye, +Ma maistresse, mon seul desir, +Plus qu'oncques vous vueil servir, +En quelque place que je soye; +Tout prest en ce que je pourroye, +Pour vostre vouloir acomplir. +De leal, etc. +Ma maistresse, etc. + +En desirant que je vous voye, +A vostre honneur, et mon plaisir +Qui seroit briefment, sans mentir, +S'il fust ce que souhaideroye. +De leal, etc. + + + +CHANCON. + +En faulte du logeis de Joye, +L'ostellerie de Pensée +M'est par les fourriers ordonnée, +Ne scay combien fault que je y soye. +Autre part ne me bouteroye, +Content m'en tien, et bien m'agrée. +En faulte, etc. +L'ostellerie, etc. + +Je parle tout bas, qu'on ne l'oye, +Pensant de veoir, quelque année, +Quelle sera ma destinée, +Et en quel lieu demeurer doye. +En faulte, etc. + + + +RONDEL. + +Se mon propos vient à contraire, +Certes, je l'ay bien desservy, +Car je congnois que j'ay failly +Envers ce que devoye plaire. +Mais j'espoire que debonnaire +Trouveray sa grace et mercy. +Se mon, etc. +Certes, etc. + +Je vueil endurer et me taire, +Quant cause suy de mon soucy; +Las! je me sens en tel party +Que je ne scay que pourray faire. +Se mon, etc. + + + +CHANCON. + +Et bien, de par Dieu, Esperance, +Esse doncques vostre plaisir? +Me voulez vous ainsi tenir +Hors, et ens toujours en balance? +Ung jour j'ay vostre bienveillance, +L'autre ne la scay où querir. +Et bien, etc. +Esse doncques, etc. + +Au fort, puisque suis en la dance, +Bon gré maugré, m'y fault fournir, +Et n'y scay de quel pié saillir, +Je reculle, puis je m'avance. +Et bien, etc. + + + +RONDEL. + +Par le pourchas du regart de mes yeulx, +En vous servant, ma tres belle maistresse, +J'ay essayé qu'est plaisir et tristesse, +Dont j'ay trouvé maint penser ennuyeux. +Mais de cellui que j'amoye le mieulx, +N'ay peu avoir qu'à petite largesse. +Par le pourchas, etc. +En vous, etc. + +Car pour ung jour qui m'a esté joyeux, +J'ay eu trois moys la fievre de destresse; +Mais Bon espoir m'a guery de liesse, +Qui m'a promis de ses biens gracieux. +Par le pourchas, etc. + + + +CHANCON. + +Armez vous de joyeux confort, +Je vous en pry, mon povre cueur, +Que destresse, par sa rigueur, +Ne vous navre jusqu'à la mort; +Vous couvrant d'ung pavaiz, au fort, +Tant qu'aurez passé sa chaleur, +Armez vous, etc. +Je vous, etc. + +Faictes bon guet, tant qu'elle dort; +Espoir dit qu'il sera seigneur, +Et fera vostre fait meilleur, +Contre Dangier qui vous fait tort. +Armez vous, etc. + + + +CHANCON. + +Pour vous monstrer que point ne vous oublie, +Comme vostre que suis où que je soye, +Presentement ma chancon vous envoye. +Or la prenez en gré, je vous en prie. +En passant temps, plain de merencolie, +L'autrier la fis ainsi que je pensoye; +Pour vous, etc. +Comme, etc. + +Mon cueur tousjours si vous tient compaignie, +Dieu doint que brief vous puisse veoir à joye! +Et, en briefz motz, en ce que je pourroye, +A vous m'offre du tout à chiere lye. +Pour vous, etc. + + + +CHANCON. + +Tousjours dictes: Je vien, je vien; +Espoir! je vous congnois assez, +De voz promesses me lassez, +Dont peu à vous tenu me tien. +Se vous requier au besoin mien. +Legierement vous en passez. +Tousjours, etc. +Espoir, etc. + +Vous ne vous acquictez pas bien +Vers moy, quant ung peu ne cassez +Les soussiz que j'ay amassez +En me contentant d'un beau rien. +Tousjours, etc. + + + +CHANCON. + +Loingtain de joyeuse sente, +Où l'en peut tous biens avoir. +Sans nul confort recevoir, +Mon cueur en tristesse s'ente. +Par quoy convient que je sente +Mains griefz maulx, pour dire voir. +Loingtain, etc. +Où l'en peut, etc.. + +En dueil a fait sa descente +De tous poins, sans s'en mouvoir; +Et s'il fault qu'à mon savoir +Maugré mien je m'y consente. +Loingtain, etc. + + + +CHANCON. + +Vivre et mourir soubz son dangier +Me veult faire Merencolie; +Jamais vers moy ne s'amolye, +Mais plaisir me faist estranger. +D'ainsi demourer, sans changer, +Se me seroit trop grant folie. +Vivre et, etc. +Me veult, etc. + +Pour d'elle plus tost me venger, +Force m'est qu'à Confort m'alye, +Acompaigné de Chiere lye; +A le suir me vueil ranger. +Vivre et, etc. + + + +CHANCON. + +Je ne prise point telz baisiers +Qui sont donnez par contenance, +Ou par maniere d'accointance; +Trop de gens en sont parconniers. +On en peut avoir par milliers, +A bon marchié, grant habondance. +Je ne prise, etc. +Qui sont, etc. + +Mais savez vous lesquelz sont chiers? +Les privez venans par plaisance; +Tous autres ne sont, sans doubtance, +Que pour festiers estrangiers, +Je ne prise, etc. + + + +CHANCON. + +Pourtant, s'avale soussiz mains, +Sans macher, en peine confiz; +Si ne seront ja desconfiz +Les pensées qui m'ont en leurs mains. +En ce propos seurement mains, +Qu'il vendront à aucuns prouffiz. +Pourtant, etc. +Sans macher, etc. + +Travail mectray, et soirs, et mains, +Autant ou plus quanques je fiz, +S'a les achever ne souffiz, +D'en faire quelque chose au mains. +Pourtant, etc. + + + +CHANCON. + +Ma seule amour, ma joye et ma maistresse, +Puisqu'il me fault loing de vous demourer, +Je n'ay plus riens à me reconforter, +Qu'un souvenir pour retenir lyesse. +En allegant, par espoir, ma destresse, +Me conviendra le temps ainsi passer. +Ma seule, etc. +Puisqu'il, etc. + +Car mon las cueur, bien garny de tristesse, +S'en est voulu avecques vous aler, +Ne je ne puis jamais le recouvrer, +Jusques verray vostre belle jeunesse. +Ma seule, etc. + + + +CHANCON. + +Trop entré en la haulte game, +Mon cueur, d'ut, ré, mi, fa, sol, la, +Fut ja pieca, quant l'afola +Le trait du regart de ma Dame. +Fors lui, on n'en doit blasmer ame, +Puisqu'ainsi fait comme fol l'a. +Trop entré, etc. +Mon cueur, etc. + +Mieux l'eust valu estre soubz lame, +Car sotement s'en afola; +Si, lui dis je, mon cueur, hola! +Mais conte n'en tint, sur mon ame. +Trop entré, etc. + + + +CHANCON. + +Se desplaire ne vous doubtoye, +Voulentiers je vous embleroye +Ung doulx baisier priveement, +Et garderoye seurement +Dedens le tresor de ma joye. +Mais que Dangier soit hors de voye, +Et que sans presse je vous voye, +Belle que j'ayme loyaument. +Se desplaire, etc. +Voulentiers, etc. +Ung doulx, etc. + +Jamais ne m'en confesseroye, +Ne pour larrecin le tendroye, +Mais grant aumosne vrayement; +Car à mon cueur joyeusement, +De par vous le presenteroye, +Se desplaire, etc. + + + +CHANCON. + +Pour nous contenter, vous et moy, +De bon cueur et entier povoir, +Ne s'espargne Leal vouloir; +Viengne avant sans se tenir quoy. +Commandez moy je ne scay quoy, +Vous verrez se feray devoir, +Pour nous, etc. +De bon cueur, etc. + +Se faulx, par l'amoureuse loy +Mis en fossé de Nonchaloir, +Soye sans grace recevoir; +Baillez la main, prenez ma foy, +Pour nous, etc. + + + +CHANCON. + +Malade de mal ennuieux, +Faisant la peneuse sepmaine, +Vous envoye, ma souveraine, +Un souspir merencolieux. +Par lui saurez, mon bien joyeulx, +Comment desplaisir me demaine. +Malade, etc. +Faisant, etc. + +Car aler ne pevent mes yeulx, +Vers la beaulté dont estes plaine, +Mais au fort, ma joye mondaine, +J'endureray pour avoir mieulx; +Malade, etc. + + + +CHANCON. + +Tousjours dictes: Actendez, actendez, +Pas ne payez vos reconfors contens, +Joyeulx espoir, dont maints sont malcontens, +Qui ne scevent comment vous l'entendez; +De Fortune, pour Dieu, l'arc destendez, +Ne souffrez plus qu'elle face contens. +Tousjours, etc. +Pas ne payez, etc. + +Vostre grace tost sur moy estandez, +Vous congnoissez assez à quoy contens; +Plus ne perdray ung tel tresor com temps, +Ainsi que fait qui son eur met en dez. +Tousjours, etc. + + + +RONDEL. + +Prenez tost ce baisier, mon cueur, +Que ma maistresse vous presente, +La belle, bonne, jeune et gente, +Par sa tres grant grace, et doulceur; +Bon guet feray, sus mon honneur, +Afin que Dangier riens n'en sente. +Prenez tost, etc. +Que ma, etc. + +Dangier toute nuit en labeur +A fait guet, or gist en sa tente; +Accomplissez brief vostre entente +Tant dis qu'il dort, c'est le meilleur. +Prenez tost, etc. + + + +CHANCON. + +Resjouissez plus ung peu ma pensée, +Leal espoir, et me donnez secours; +Tousjours fuyez, et apres vous je cours, +Où j'ay assez de paine despensée; +La verray je jamais recompensée? +Quelque office lui donnent en vos cours. +Resjouissez, etc. +Leal espoir, etc. + +La penance soit par vous dispensée, +Car desormais mes temps deviennent cours; +Ne souffrez plus son plaisirs en decours, +Veu que vers vous n'a faulte pourpensée, +Resjouissez, etc. + + + +CHANCON. + +Comment vous puis je tant amer +Et mon cueur si tres fort hair? +Qu'il ne me chault de desplaisir +Qu'il puisse pour vous endurer. +Son mal m'est joyeux à porter, +Mais qu'il vous puisse bien servir. +Comment vous, etc. +Et mon cueur, etc. + +Las! or ne deusse je penser +Qu'à le garder et chier tenir, +Et non pourtant, mon seul desir, +Pour vous le vueil abandonner. +Comment, etc. + + + +CHANCON. + +M'amye Esperance, +Pourquoy ne s'avance +Joyeulx Reconfort? +Ay je droit ou tort, +S'en lui j'ay fiance? +Peu de desplaisance +Prent en ma grevance, +Il semble qu'il dort. +M'amye, etc. +Pourquoy, etc. +Joyeulx, etc. + +Quoy qu'à lui je tence, +Pour sa bienvueillance +Acquerir; au fort, +Je suis bien d'accort +D'actendre allegance: +M'amye, etc. + + + +CHANCON. + +Dedens mon sein, pres de mon cueur +J'ay mussié ung privé baisier +Que j'ay emblé, maugré Dangier; +Dont il meurt en paine et langueur. +Mais ne me chault de sa douleur, +Et en deust il vif enragier, +Dedens mon, etc. +J'ay mussié, etc. + +Se ma Dame, par sa doulceur, +Le veult souffrir, sans m'empeschier, +Je pense d'en plus pourchassier, +Et en feray tresor greigneur. +Dedens mon, etc. + + + +CHANCON. + +D'Espoir, et que vous en diroye? +C'est ung beau bailleur de parolles, +Il ne parle qu'en parabolles, +Dont ung grant livre j'escriroye. +En le lisant, je me riroye, +Tant auroit de choses frivolles. +D'Espoir, etc. +C'est ung, etc. + +Par tout ung an ne le liroye. +Ce ne sont que promesses folles, +Dont il tient chascun jour escolles; +Telles estudes n'esliroye. +D'Espoir, etc. + + + +RONDEL. + +De vostre beaulté regarder, +Ma tres belle, gente maistresse, +Ce m'est certes tant de lyesse +Que ne le sauriez penser. +Je ne m'en pourroye lasser. +Car j'oublie toute tristesse. +De vostre, etc. +Ma tres belle, etc. + +Mais, pour mesdisans destourber +De parler sus vostre jeunesse, +Il fault que souvent m'en delaisse, +Combien que ne m'en puis garder. +De vostre, etc. + + + +CHANCON. + +Passez oultre, decevant Vueil, +Où portez vous cest estendart +De plaisant, actrayant regart, +Soubz l'emprise de Bel acueil? +De ma maison n'entrez le sueil +Plus avant, tirez autre part. +Passez oultre, etc. +Où portez, etc. + +Vous taschez à croistre mon dueil, +Et gens engigner par votre art; +A! a! maistre sebelin regnart, +On vous congnoist tout cler à l'ueil. +Passez oultre, etc. + + + +CHANCON. + +Trop estes vers moy endebtée, +Vous me devez plusieurs baisiers, +Je vouldroye moult voulentiers +Que la debte fust acquictée; +Quoyque vous soyez excusée +Que n'osez pour les faulx Dangiers. +Trop estes, etc. +Vous me, etc. + +J'en ay bonne lectre scellée, +Paiez les, sans tenir si chiers; +Autrement, par les officiers +D'Amours, vous serez arrestée. +Trop estes, etc. + + + +CHANCON. + +Ma plus chier tenue richesse, +Ou parfont tresor de pensée, +Est soubz clef, seurement gardée, +Par Esperance ma Déesse. +Se vous me demandez et qu'esse? +N'enquerez plus, elle est mussée. +Ma plus, etc. +Ou parfont, etc. + +Avecques elle, seul, sans presse, +Je m'esbas soir et matinée, +Ainsi passe temps et journée, +Au partir dy: Adieu maistresse. +Ma plus, etc. + + + +CHANCON. + +Vostre bouche dit: Baisiez moy, +Se m'est avis quant la regarde; +Mais Dangier de trop pres la garde, +Dont mainte doleur je reçoy. +Laissez m'avoir, par vostre foy, +Ung doux baisier, sans que plus tarde. +Vostre, etc. +Se m'est, etc. + +Dangier me heit, ne scay pourquoy? +Et tousjours destourbier me darde, +Je prie à Dieu que mal feu l'arde! +Il fust temps qu'il se teinst coy. +Vostre bouche, etc. + + + +CHANCON. + +Va tost, mon amoureux desir, +Sur quanque me veulx obeir, +Tout droit vers le manoir de Joye; +Et pour plus abregier ta voye, +Prens ta guide doulx souvenir. +Metz peine de me bien servir, +Et de ton messaige accomplir, +Tu congnois ce que je vouldroye. +Va tost, etc. +Sur, etc. +Tout, etc. + +Recommandes moy à Plaisir; +Et se brief ne peuz revenir, +Fay que de toy nouvelles oye, +Et par Bon espoir les m'envoye; +Ne vueilles au besoing faillir. +Va tost, etc. + + + +CHANCON. + +Ou puis parfont de ma merencolie +L'eaue d'Espoir que ne cesse de tirer. +Soif de confort la me fait desirer, +Quoy que souvent je la trouve tarie. +Necte la voy ung temps et esclercie, +Et puis apres troubler et empirer. +Ou puis, etc. +L'eaue, etc. + +D'elle trempe mon ancre d'estudie; +Quant j'en escrips, mais pour mon cueur irer, +Fortune vient mon pappier dessirer, +Et tout gecte par sa grant felonnie. +Ou puis, etc. + + + +CHANCON. + +Je me metz en vostre mercy; +Tres belle, bonne, jeune et gente, +On m'a dit qu'estes mal contente +De moy, ne scay s'il est ainsi. +De toute nuit je n'ay dormy, +Ne pensez pas que je vous mente. +Je me, etc. +Tres belle, etc. + +Pour ce, tres humblement vous pry, +Que vous me dictes vostre entente; +Car d'une chose je me vante, +Qu'en loyaulté n'ay point failly. +Je me, etc. + + + +CHANCON. + +Monstrez les moy, ces povres yeulx, +Tous batuz et deffigurez, +Certes ilz sont fort empirez +Depuis hier, qu'ilz valloient mieulx. +Ne se congnoissent ilz pas tieulx; +Mal se sont au matin mirez. +Monstrez les moy, etc. +Tous batuz, etc. + +Ont ilz pleuré devant leurs Dieux? +Comme de leur grace inspirez, +Ou s'ilz ont mains travaulx tirez, +Priveement en aucuns lieux. +Monstrez les, etc. + + + +CHANCON. + +S'il vous plaist vendre voz baisiers, +J'en achecteray voulentiers, +Et en aurez mon cueur en gaige, +Pour les prendre par heritaige, +Par douzaines, cens ou milliers. +Ne les me vendez pas si chiers, +Que vous feriez à estrangiers, +En me recevant en hommaige. +S'il vous, etc. +J'en achecteray, etc. +Et en aurez, etc. + +Mon vueil et mon desir entiers +Sont vostres, maugré tous dangiers; +Faictes comme loyalle et saige, +Que pour mon guerdon et partaige, +Je soye servy des premiers. +S'il vous, etc. + + + +CHANCON. + +Traitre regart, et que fais tu? +Quant tu vas souvent _in questu_; +Tu fiers sans dire: garde toy. +Et ne sces la raison pourquoy, +N'il ne t'en chault pas ung festu. +Tu es de couraige testu, +Et de fureur trop _in estu_ , +Change ton propos, et me croy. +Traitre, etc. +Quant, etc. +Tu fiers, etc. + +On te deust batre devestu +Parmi les rues _cum mestu_ , +Par l'ordonnance de la loy; +Car tu n'as leaulté, ne foy, +On le voit _in tuo gestu_ . +Traitre, etc. + + + +CHANCON. + +Ma seule amour, que tant desire, +Mon reconfort, mon doulx penser, +Belle, nompareille, sans per, +Il me desplaist de vous escrire; +Car j'aymasse mieulx à le dire +De bouche, sans le vous mander. +Ma seule, etc. +Mon reconfort, etc. + +Las! or n'y puis je contredire; +Mais Espoir me fait endurer, +Qui m'as promis de retourner +En liesse, mon grief martire. +Ma seule, etc. + + + +CHANCON. + +Anuy, Soussy, Soing et Merencolie, +Se vous prenez desplaisir à ma vie, +Et desirez tost avancer ma mort, +Tourmentez moy de plus fort en plus fort, +Pour en passer tout à cop vostre envye. +Ay je bien dit? Nennil, je le renye; +Et, par conseil de Bon espoir, vous prie +Que m'espargnez, ou vous me ferez tort. +Anuy, Soussy, etc. +Se vous prenez, etc. +Et desirez, etc. + +Et qu'esse cy? je suis en resverie, +Il semble bien que ne scay que je dye; +Je dy puis l'un, puis l'autre, sans accort; +Suis je enchanté? veille mon cueur ou dort? +Vuidez, vuidez de moy telle folie. +Anuy, Soussy, etc. + + + +CHANCON. + +Logiez moy entre voz bras, +Et m'envoyez doulx baisier +Qui me viengne festier, +D'aucun amoureux soulas. +Tandis que Dangier est las, +Et le voyez sommeillier, +Logiez, etc. +Et m'envoyez, etc. + +Pour Dieu, ne l'esveillez pas +Ce faulx, envieux Dangier; +Jamais ne puist s'esveillier! +Faictes tost, et parlez bas. +Logiez moy, etc. + +CHANCON. + +Se Dangier me tolt le parler +A vous, mon bel amy, sans per; +Par le pourchas des envieux, +Non plus qu'on toucheroit aux cieulx, +Ne me tendray de vous amer, +Car mon cueur m'a voulu laissier +Pour soy du tout à vous donner, +Et pour estre vostre en tous lieux. +Se Dangier, etc. +A vous, etc. +Par le, etc. + +Tout son povoir ne peut garder, +Que, sur tous autres, n'aye chier +Vostre gent corps, tres gracieux; +Et se ne vous voy de mes yeulx, +Pourtant ne vous veuil je changier. +Se Dangier, etc. + + + +CHANCON. + +Fault il aveugle devenir? +N'ose l'en plus les yeulx ouvrir, +Pour regarder ce qu'on desire? +Dangier est bien estrange sire, +Qui tant veult amans asservir. +Vous lerrez vous aneantir. +Amours, sans remede querir, +Ne peut nul Dangier contredire? +Faut il, etc. +N'ose l'en, etc. +Pour, etc. + +Les yeulx si sont faiz pour servir, +Et pour raporter tout plaisir +Aux cueurs, quand ilz sont en martire; +A les en garder, Dangier tire, +Est ce bien fait de le souffrir? +Faut il, etc. + + + +CHANCON. + +Riens ne valent ses mirlifiques, +Et ses menues oberliques; +D'où venez vous? petit mercier, +Gueres ne vault vostre mestier, +Se me semble, ne voz pratiques. +Chier les tenez comme reliques, +Les voulez vous mectre en croniques, +Vous n'y gangnerez ja denier. +Riens ne valent, etc. +Et ses menues, etc. +D'où venez vous, etc. + +En plusieurs lieux sont trop publiques, +Et pour ce, sans faire repliques, +Desploiez tout vostre pannier; +Affin qu'on y puisse serchier +Quelques bagues plus auctentiques. +Riens ne valent, etc. + + + +CHANCON. + +Regardez moy sa contenance, +Lui siet il bien à soy jouer? +Certes, c'est le vray mirouer +De toute joyeuse plaisance. +Entre les parfaictes de France +Se peut elle l'une advouer? +Regardez, etc. +Lui siet, etc. + +Pour fol me tien, quant je m'avance +De vouloir les grans biens louer, +Dont Dieu l'a voulu douer; +Ses faiz en font la demonstrance. + + + +CHANCON. + +Petit mercier, petit pannier; +Pourtant se je n'ay marchandise +Qui soit du tout à vostre guise, +Ne blasmez, pour ce, mon mestier. +Je gangne denier à denier, +C'est loings du tresor de Venise. +Petit mercier, etc. +Pourtant, etc. + +Et tandiz qu'il est jour ouvrier, +Le temps pers quant à vous devise; +Je voys parfaire mon emprise, +El parmi les rues crier: +Petit mercier, etc. + + + +CHANCON. + +Reprenez ce larron souspir +Qui s'est emblé soudainement, +Sans congié, ou commandement, +Hors de la prison de Desir. +Mesdisans l'ont ouy partir, +Dont ilz tiennent leur parlement. +Reprenez, etc. +Qui s'est, etc. + +Se le meschant eust sceu saillir +Sans noyse, tout priveement, +N'en peult chaloir, mais sotement +L'a fait; pour ce, l'en fault pugnir. +Reprenez, etc. + + + +CHANCON. + +L'ostellerie de Pensée +Plaine de venans et alans, +Soussiz soient petitz ou grans, +A chascun est habandonnée; +Elle n'est à nul reffusée, +Mais preste pour tout les passans, +L'ostellerie, etc. +Plaine de, etc. + +Plaisance chierement amée +S'y loge souvent, mais nuisans +Lui sont ennuiz gros et puissans, +Quand ilz la tiennent empeschée. +L'ostellerie, etc. + + + +CHANCON + +Fuyez le trait de doulx regard, +Cueur, qui ne vous savez deffendre, +Veu qu'estes desarmé et tendre, +Nul ne vous doit tenir couard. +Vous serez pris ou tost, ou tard, +S'Amour le veult bien entreprendre. +Fuyez le, etc. +Cueur, etc. + +Retrayez vous sous l'estendart +De Nonchaloir, sans plus actendre; +S'a Plaisance vous laissiez rendre, +Vous estes mort, Dieu vous en gard! +Fuyez le trait, etc. + + + +CHANCON. + +Yver, vous n'estes qu'un villain, +Esté est plaisant et gentil, +En tesmoing de May et d'Avril, +Qui l'accompaignent soir et main. +Esté revest champs, bois et fleurs, +De sa livrée de verdure, +Et de maintes autres couleurs, +Par l'ordonnance de Nature. +Mais vous, Yver, trop estes plain +De neige, vent, pluye et grezil; +On vous deust bannir en exil, +Sans point flater, je parle plain. +Yver, etc. + + + +CHANCON. + +Mon seul amy, mon bien, ma joye, +Cellui que sur tous amer veulx, +Je vous pry que soyez joyeux, +En esperant que brief vous voye. +Car je ne fais que querir voye +De venir vers vous, se m'aist Dieux. +Mon seul, etc. +Cellui. etc. + +Et se par souhaidier povoye +Estre empres vous, un jour ou deux, +Pour quanqu'il a dessoubz les cieulx, +Outre rien ne souhaideroye. +Mon seul, etc. + + + +CHANCON. + +Je le retiens pour ma plaisance, +Espoir, mais que leal me soit, +Et, se jamais il me décoit, +Je renie son acointance. +Nous deux avons fait aliance, +Tant que mon cueur tel l'aparcoit. +Je le retiens, etc. +Espoir, etc. + +Monstrer me puisse bienvueillance, +Ainsi que mon penser concoit, +Dont mainte liesse recoit; +Quand à moy, j'ay en lui fiance. +Je le retiens, etc. + + + +CHANCON. + +Je ne les prise pas deux blancs +Tous les biens qui sont en amer, +Car il n'y a que tout amer, +Et grant foison de faulx semblans; +Pour les maulx qui y sont doublans, +Pire que les perils de mer. +Je ne les, etc. +Tous les, etc. + +Ilz ne sont à riens ressemblans, +Car ung jour viennent entamer +Le cueur, et apres embasmer; +Ce sont amouretes tremblans. +Je ne les, etc. + + + +CHANCON. + +Hors du propos si baille gaige, +Ce n'est que du jeu la maniere, +Nulle excusacion n'y quiere, +Quoyque soit prouffit ou dommaige. +Tousjours parle plus fol que saige, +C'est une chose coustumiere. +Hors du propos, etc. +Ce n'est que, etc. + +Se l'en me dit: Vous contez raige; +Blasmez ma langue trop legere, +Raison de Secret tresoriere +La tance, quant despent langaige. +Hors du propos, etc. + + + +CHANCON. + +Au besoing congnoist on l'amy +Qui loyaument aidier desire, +Pour vous je puis bien cecy dire, +Car vous, ne m'avez pas failly; +Mais avez, la vostre mercy, +Tant fait qu'il me doit suffire. +Au besoing, etc. +Qui loyaument, etc. + +Bien brief pense partir de cy, +Pour m'en aler vers vous de tire; +Loisir n'ay pas de vous escrire, +Et pour ce, plus avant ne dy. +Au besoing, etc. + + + +CHANCON. + +O tres devotes creatures, +En ypocrisies d'amours +Que vous querez d'estranges tours! +Pour venir à voz aventures. +Vous cuidez bien par voz paintures, +Faire sotz, aveugles et sours. +O tres devotes, etc. +En ypocrisies, etc. + +On ne peut desservir deux cures, +Ne prendre gaiges en deux cours; +Prenez les champs, ou les faulbourgs, +Ilz sont de diverses natures. +O tres devotes, etc. + + + +CHANCON. + +Que c'est estrange compaignie +De Penser joint avec Espoir; +Aidier scevent, et decevoir +Ung cueur qui tout en eulx se fie. +Il ne fault ja que je le dye, +Chascun le peut en soy savoir. +Que c'est, etc. +De Penser, etc. + +D'eulx me plains et ne m'en plains mye, +Car mal et bien m'ont fait avoir; +Menty m'ont, et aussi dit voir, +Je l'aveu et si le renye. +Que c'est, etc. + + + +CHANCON. + +(Orléans.) + +Sera elle point jamais trouvée? +Celle qui ayme loyaulté, +Et qui a ferme voulenté, +Sans avoir legiere pensée. +Il convient qu'elle soit criée, +Pour en savoir la verité. +Sera elle point, etc. +Celle qui, etc. + +Je crois bien qu'elle est deffiée +Des aliez de faulceté, +Dont il y a si grant planté, +Que de paour elle s'est mussiée. +Sera elle, etc. + + + +CHANCON. + +(Responce du duc Jehan de Bourbon,) + +DUC D'ORLÉANS, je l'ay trouvée +Celle qui ayme loyaulté, +Et qui a ferme voulenté, +Sans avoir legiere pensée. +Ja ne fault qu'elle soit criée, +J'en scay assez la vérité. +DUC D'ORLÉANS, etc. +Celle qui, etc. + +C'est ma Dame tres bien amée, +Qui a des biens si grant planté, +Qu'el ne craint vostre faulceté, +Ne de ceulx de vostre livrée. +DUC D'ORLÉANS, etc. + + + +CHANCON. + +Puis ça, puis là, +Et sus, et jus, +De plus en plus, +Tout vient et va. +Tous on verra +Grans et menus, +Puis ça, etc. +Et sus, etc. + +Vieulx temps desja, +S'en sont courus, +Et neufz venus, +Que dea! que dea! +Puis ca, etc. + + + +CHANCON. + +Dieu vous conduie, Doulx penser, +Et vous doint faire bon voyage, +Rapportez tost joyeulx message +Vers le cueur pour le conforter; +Ne vueillez gueres demourer, +Exploictez comme bon et sage. +Dieu vous, etc. +Et vous, etc. + +Riens ne vous convient ordonner, +Les secrez savez du courage, +Besongnez à son avantage, +Et pensez de brief retourner. +Dieu vous, etc. + + + +CHANCON. + +Puisque par deca demourons, +Nous Saulongnois et Beausserons, +En la maison de Savonnieres, +Souhaidez nous des bonnes chieres +Des Bourbonnois et Bourguignons. +Aux champs, par hayes et buissons, +Perdrix et lyevres nous prendrons, +Et yrons pescher sur rivieres. +Puisque, etc. +Nous, etc. +En la maison, etc. + +Vivres, tabliers, cartes aurons +Où souvent nous estudirons; +Vins, mangers de plusieurs manieres, +Galerons, sans faire prieres, +Et de dormir ne nous faindrons. +Puisque, etc. + + + +CHANCON. + +Les fourriers d'Amours m'ont logé +En ung lieu bien à ma plaisance, +Dont les mercy de ma puissance, +Et m'en tiens à eulx obligé. +Afin que tost soit abregé +Le mal qui me porte grevance, +Les fourriers, etc. +En ung lieu, etc. + +Desja je me sens alegé, +Car acointié m'a Esperance, +Et croy qu'amoureux n'a en France +Qui soit mieulx que moy hebergé. +Les fourriers, etc. + + + +CHANCON. + +Penser, qui te fait si hardy, +De mectre en ton hostellerie +La tres diverse compaignie +D'Ennuy, Desplaisir et Soussy. +Se congié en as, si le dy, +Ou se le fais par ta folie. +Penser, qui, etc. +De mectre, etc. + +Nul ne repose pour leur cry, +Boute les hors, et je t'en prie, +Ou il faut qu'on y remedie; +Veulx tu estre à tous ennemy? +Penser, qui, etc. + + + +CHANCON. + +Dont vient ce souleil de plaisance +Qui ainsi m'esbluyst les yeulx? +Beaulté, doulceur, et encor mieulx +Y sont à trop grant habondance; +Soudainement luyst par semblance, +Comme un escler venant des cieulx. +Dont vient, etc. +Qui ainsi, etc. + +Il fait perdre la contenance +A toutes gens, jeunes et vieulx; +N'il n'est eclipse, se m'aist Dieux, +Qui de l'obscurcir ait puissance. +Dont vient, etc. + + + +CHANCON. + +(Fraigne.) + +Et où vas tu? petit souspir, +Que j'ay ouy si doulcement; +T'en vas tu mectre à saquement +Quelque povre amoureux martir? +Viens ca, dy moy tost, sans mentir, +Ce que tu as en pensement. +Et où vas tu, etc. +Que j'ay, etc. + +Dieu te conduye à ton désir, +Et te remaine à sauvement; +Mais je te requier humblement +Que ne faces ame mourir. +Et où vas tu, etc. + + + +CHANCON. + +Laissez moy penser à mon aise, +Helas! donnez m'en le loisir, +Je devise avecques Plaisir, +Combien que ma bouche se taise. +Quant merencolie mauvaise +Me vient maintes foiz assaillir, +Laissez moy, etc. +Helas! donnez, etc. + +Car affin que mon cueur rapaise, +J'appelle plaisant souvenir, +Qui tantost me vient resjouir; +Pour ce, pour Dieu, ne vous desplaise. +Laissez moy, etc. + + + +CHANCON. + +As tu ja fait? petit souspir, +Est il sur son trespassement? +Le cueur qu'as mis à saquement; +A il remede de guerir? +Tu as mal fait de le ferir +En haste, si piteusement. +As tu ja, etc. +Est il sur, etc. + +Amours qui t'en doit bien pugnir, +A fait de toy son jugement; +Pren franchise hastivement, +Sauve toy, quant tu as loisir. +As tu ja, etc. + + + +CHANCON. + +Levez ces cuevrechiefz plus hault +Qui trop cuevrent ces beaulx visaiges; +De riens ne servent telz umbraiges, +Quant il ne fait hale, ne chault. +On fait à beaulté qui tant vault, +De la musser, tort et oultraiges: +Levez ces, etc. +Qui trop, etc. + +Je scay bien qu'à Dangier n'en chault, +Et pense qu'il ait donné gaiges, +Pour entretenir telz usaiges; +Mais l'ordonnance rompre fault. +Levez ces, etc. + + + +CHANCON. + +Deux ou trois couples d'ennuys +J'ay tousjours en ma maison, +Desencombrer ne m'en puis, +Quoyqu'à mon povoir les fuis, +Par le conseil de raison. +Deux ou trois, etc. + +Je les chasse d'où je suis, +Mais en chascune saison, +Ilz rentrent par un autre huis. +Deux ou trois, etc. + + + +CHANCON. + +Entre les amoureux fourrez, +Non pas entre les decoppez, +Suis, car le temps sans refroidy, +Et le cueur de moy l'est aussi; +Tel me veez, tel me prenez. +Jeunes gens qui Amours servez, +Pour Dieu, de moy ne vous mocquez, +Il est ainsi que je vous dy. +Entre les, etc. +Non pas, etc. + +Car, quant Amours servy aurez +Autant que j'ay, vous devendrez +Pareillement en mon party; +Et quant vous trouverez ainsy, +Comme je suis, lors vous serez. +Entre les, etc. + + + +CAROLE. + + Las! Merencolie, +Me tendrez vous longuement, +Es maulx dont j'ay plus de cent, + Sans pensée lie. +Je l'ay souffert main et soir, +Loingtain de joyeulx confort; +Mais nul bien n'en puis avoir, +Dont mon cueur est presque mort. +Au moins, je vous en prie, +Que me laissiez seulement, +Aucun peu d'alegement, + Sans m'oster la vie + Las! etc. + +Esperance d'avoir mieulx +Dist qu'elle me veult aidier; +Mais tousjours maugracieux +Je trouve le faulx Dangier, + Qui tant me guerrie. +Si, vous requier humblement, +Qu'en ce douloureux tourment + Ne me laissiez mie, + Las! Merencolie. + + + +CAROLE. + +Avancez vous, Esperance, +Venez mon cueur conforter, +Car il ne peut plus porter +Sa tres greveuse penance. +Pieca, Joyeuse pensée +S'esbatoit avecques lui, +Mais elle s'en est alée, +Tant a pourchassié Ennuy. +Se vous n'avez la puissance +De tout son mal lui oster, +Plaise vous à alegier +Au moins un peu sa grevance. +Avancez, etc. + +Vous lui avez fait promesse +De le venir secourir, +Et de lui tollir tristesse, +Mais trop le faictes languir. +Ayez de lui souvenance, +Et le venez deslogier +De la prison de Dangier, +Où il meurt en desplaisance, +Avancez, etc. + + + +CAROLE. + +M'avez vous point mis en oubly? +Par Dieu, je double fort, oy, +Ma seule maistresse et ma joye; +Non pourtant, quelque part que soye, +Je m'actens à vostre mercy. +Espoir m'a dit que Leauté +Vous fera souvenir de moy, +Car vostre bonne voulenté +Ne peult faillir, comme je croy. +Quant est à moy, je vous supply, +Pensez que l'amoureux party, +Que j'ay prins, changier ne pourroye; +Certes avant mourir vouldroye, +Je vous prometz qu'il est ainsi. +M'avez vous, etc. + +Amour a tort, ce m'est advis, +Qu'il ne fait aux dames sentir +Les maulx, où leurs servans sont mis, +Pour les tres loyaument servir. +Pour vous, ma Dame, je le dy, +Car se vous saviez le soussy, +Qu'Amours, pour vous servir, m'envoye, +Vous diriez bien que j'auroye, +De droit, gaingné le don d'amy. +M'avez vous, etc. + + + +RONDEL. + +Et ne cesserez vous jamais? +Tousjours est à recommencer; +C'est folie d'y plus penser, +Ne s'en soussier desormais. +Plus avant j'en diroye, mais +Rien n'y vault flater, ne tanser. +Et ne cesserez, etc. +Tousjours, etc. + +Passez a plusieurs moys des Mays +Qu'Amour vous vouldrent avanser; +Mal les voulez recompenser, +En servant de telz entremais. +Et ne cesserez vous, etc. + + + +RONDEL. + +(Orleans à Nevers.) + +Pour paier vostre belle chiere, +Laissez en gaige vostre cueur, +Nous le garderons en doulceur +Tant que vous retournez arriere. +Contentez, car c'est la maniere, +Vostre hostesse pour vostre honneur. +Pour paier, etc. +Laissez en, etc. + +Et se voiez nostre priere +Estre trop plaine de rigueur, +Changons de cueur, c'est le meilleur, +De voulenté bonne et entiere. +Pour paier, etc. + + + +RONDEL. + +(Responce de Nevers.) + +Mon tres bon hoste, et ma tres doulce hostesse, +Tres humblement et plus vous remercie +Des biens, honneurs, bonté et courtoisie, +Que m'avez faiz tous deux, par vostre humblesse. +Aussi fais je de vostre grant largesse +Et tres soingneuse et bonne compaignie. +Mon tres bon hoste, etc. +Tres humblement, etc. +Mon povre cueur pour paiement vous laisse, +Prenez en gré, et je vous supplie, +Et oultre plus, tant que je puis vous prie, +Que m'octroyez estre maistre et maistresse. +Mon tres bon, etc. + + + +RONDEL. + +Qu'il ne le me font, +Pour veoir que feroye, +Et se je sauroye +Leur donner le bont. +Puisque telz ilz sont +Affin qu'on les voye +Qu'il ne, etc. +Pour veoir, etc. + +Droit à droit respont, +Paier les vouldroye +De telle monnoye +Qu'il desserviront. +Qu'il ne, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +A ce jour de saint Valentin, +Que chascun doit choisir son per, +Amours, demourray je non per? +Sans partir à vostre butin. +A mon resveillier au matin, +Je n'y ai cessé de penser, +A ce jour, etc. +Que chascun, etc. + +Mais Nonchaloir, mon medicin, +M'est venu le pousse taster, +Qui ma conseillié reposer, +Et rendormir sur mon coussin. +A ce jour, etc. + + + +RONDEL. + +J'ay esté Poursuivant d'Amours, +Mais maintenant je suis Herault; +Monter me fault en l'eschaffault, +Pour jugier des amoureux tours. +Quant je verray riens à rebours +Dieu scet se je crieray bien hault. +J'ay esté, etc. +Mais, etc. + +Et s'amans vont faisant les lours, +Tantost congnoistray leur deffault; +Ja devant moy, clochier ne fault, +D'amer scay par cueur le droit cours. +J'ay esté, etc. + + + +RONDEL. + +(Secile.) + +Apres une seule exceptée, +Je vous servirai ceste année, +Ma doulce Valentine gente, +Puisqu'Amours veult que m'y consente, +Et que telle est ma destinée. +De moy, pour autre habandonnée +Ne serez; mais si fort amée +Qu'en devrez bien estre contente. +Apres une seule, etc. +Je vous, etc. + +Or me soit par vous ordonnée, +S'il vous plaist, à ceste journée, +Vo voulenté doulce et plaisante; +Car à la faire me presente +Plus que pour Dame qui soit née. +Apres une seule, etc. + + + +RONDEL. + +Je suis desja d'amour tanné, +Ma tres doulce Valentinée, +Car pour moi fustes trop tart née, +Et moy pour vous fus trop tost né. +Dieu lui pardoint qui estrené +M'a de vous, pour toute l'année. +Je suis desja, etc. +Ma tres doulce, etc. + +Bien m'estoye suspeconné, +Qu'auroye telle destinée, +Ains que passast ceste journée, +Combien qu'Amours l'eust ordonné. +Je suis desja, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Soubz parler couvert +D'estrange devise, +Monstrez qu'avez prise +Douleur; il y pert. +Du tout en desert, +N'est pas vostre emprise. +Soubz parler, etc. +D'estrange, etc. + +Se Confort ouvert +N'est à vostre guise, +Tost, s'Amour s'avise, +Sera recouvert. +Soubz parler, etc. + + + +RONDEL. + +Laissez aler ces gorgias, +Chascun yver, à la pippée; +Vous verrez comme la gelée +Reverdira leurs estomas. +Dieu scet s'ilz auront froit aux bras. +Par leur manche deschiquetée. +Laissez aler, etc. + +Il portent petiz soulers gras, +A une poulaine embourrée, +Froidure fera son entrée, +Par leurs talons nuz par en bas. +Laisser aler, etc. + + + +RONDEL. + +Les en voulez vous garder +Ces rivieres de courir, +Et grues prendre et tenir, +Quant hault les veez voler. +A telles choses muser, +Voit on folz souver servir. +Les en voulez, etc. +Ces rivieres, etc. + +Laissez le temps tel passer +Que Fortune veult souffrir, +Et les choses avenir +Que l'en ne scet destourber. +Les en voulez, etc. + + + +RONDEL. + +Veu que j'ay tant Amour servy, +Ne suis je pas mal guerdonné, +Du plaisir qu'il m'avoit donné, +Sans cause m'a tost desservy. +Mon cueur loyaument son serf vy, +Mais à tort l'a abandonné. +Veu que j'ay, etc. +Ne suis, etc. + +Plus ne lui sera asservy; +Pour Dieu, qu'il me soit pardonné, +Je croy que suis à ce don né, +D'avoir mal pour bien desservy. +Veu que j'ay, etc. + + + +RONDEL. + +(Secile.) + +Pourtant se vous plaignez d'Amours, +Il n'est pas temps de vous retraire, +Car encore il vous pourra faire +Tel bien, que perdrez vos dolours. +Vous congnoissez assez ses tours, +Je ne dy pas pour vous desplaire. +Pourtant, etc. +Il n'est, etc. + +Ayez fiance en lui tousjours, +Et mectez paine de lui plaire; +Combien que mieulx me vaulsit taire, +Car vous pensez tout le rebours. +Pourtant, etc. + + + +RONDEL. + +Se vous estiez comme moy, +Las! vous vous devriez bien plaindre; +Car de tous mes maulx le maindre +Est plus grant que vostre ennoy. +Bien vous pourrez, sur ma foy, +D'Amours alors vous complaindre; +Se vous estiez, etc. +Las! vous, etc. + +Car si tres dolent me voy, +Que plus la mort ne veuil craindre; +Touteffoiz, il me faut faindre; +Aussi feriez vous, se croy, +Se vous estiez, etc. + + + +RONDEL. + +(Responce par Orléans.) + +Chascune vieille son dueil plaint; +Vous cuidez que vostre mal passe +Tout autre; mais ja ne parlasse +Du mien, se n'y feusse contraint. +Saichiez de voir qu'il n'est pas faint, +Le tourment que mon cueur enlasse. +Chascune vieille, etc. +Vous cuidez, etc. + +Ma peine pers comme fait maint, +Et contre Fortune je chasse; +Desespoir de pis me menasse, +Je sens où mon pourpoint m'estraint. +Chascune vieille, etc. + + + +RONDEL. + +(Secile.) + +Bien deffendu, bien assailly, +Chascun dit qu'il a grant dolours, +Mais, au fort, je veuil croire Amours +Par qui le debat est sailly; +Affin que qui aura failly, +N'aye jamais de lui secours. +Bien deffendu, etc. +Chascun dit, etc. + +Car se j'ay en riens deffailly +De compter mon mal puis deux jours, +Banny vueil estre de ses cours, +Com un hom lasche et failly. +Bien deffendu, etc. + + + +RONDEL. + +(Responce par Orléans.) + +Bien assailly, bien deffendu; +Quant assez aurons debatu, +Il faut assembler noz raisons, +Et que les fons voler faisons +Du debat nouvel advenu. +Tres fort vous avez combatu, +Et j'ay mon billart bien tenu; +C'est beau debat que de deux bons. +Bien assailly, etc. +Quant assez, etc. + +Vray est qu'estes d'Amour feru, +Et en ses fers estroit tenu; +Mais moy non, ainsi l'entendons; +Il a passé maintes saisons, +Que me suis aux armes rendu. +Bien assailly, etc. + + + +RONDEL. + +(Secile.) + +Si dolant je me trouve à part +De laisser ce dont mon bien part; +C'est celle en qui n'a que redire, +Que ne fus oncques si plain d'ire, +Ou jamais Dieu n'ait en moy part. +Car, quant je pense en mon depart, +Et qu'aler me fault autre part, +Je ne scay plus que je dois dire. +Si dolant, etc. +De laisser, etc. + +Fortune, qui les lotz depart, +M'a baillé ce dueil pour ma part, +Qu'est pis qu'on ne seroit redire; +Et si ne lui puis contredire, +Dont a peu que mon cueur n'en part. +Si dolant, etc. + + + +CHANCON. + +(Orléans.) + +Durant les treves d'Angleterre +Qui ont esté faictes à Tours, +Par bon conseil avec Amours, +J'ay prins abstinence de guerre; +S'autre que moy ne la desserre, +Content suis que tiengne tousjours. +Durant les, etc. +Qui ont, etc. + +Il n'est pas bon de trop enquerre, +Ne s'empechier es faiz des cours; +S'on m'assault, pour avoir secours, +Vers Nonchaloir iray grant erre. +Durant les, etc. + + + +RONDEL. + +Vous vistes que je le veoye +Ce que je ne vueil descouvrir, +Et congnustes, à l'ueil ouvrir, +Plus avant que je ne vouloye. +L'ueil d'embusche saillit en voye, +De soy retraire n'eut loisir. +Vous vistes, etc. +Ce que je ne, etc. + +Trop est saige qui ne foloye, +Quant on est es mains de Plaisir, +Qui lors vint vostre cueur saisir, +Et fist comme pieca souloye. +Vous vistes, etc. + + + +RONDEL. + +(Fredet.) + +Jusques Pasques soient passées, +Donnez trieves à mes pensées, +Je vous pri tant que je puis, Amours; +Car c'est bien droit qu'à ces bons jours +En paix de vous soient laissées. +Assez voz gens les ont lassées, +Et pour ceste foiz couroussées, +Allez ailleurs faire vos tours. +Jusques Pasques, etc. +Donnez trieves, etc. + +Pour plus donc n'estre d'eulx pressees, +Qui tant les ont fort menassées, +Faictes les crier par voz cours, +Et leur deffendez bien tousjours, +Que par eulx ne soient cassées. +Jusques Pasques, etc. + + + +RONDEL. + +(Responce par Orléans) + +Tant que Pasques soient passées, +Sans resveiller le chat qui dort, +Fredet, je suis de vostre accors, +Que pensées soient cassées, +Et en aumaires entassées, +Fermans à clef tres bien et fort. +Tant que Pasques, etc. +Sans resveiller, etc. + +Quand aux miennes, ilz sont lassées, +Mais de les garder, mon effort +Feray, par l'avis de Confort, +En fardeaulx d'espoir amassées. +Tant que Pasques, etc. + + + +CHANCON. + +La veez vous là, la lyme sourde, +Qui pense plus qu'elle ne dit, +Souventeffoiz s'esbat et rit +A planter une gente bourde; +Contrefaisant la coquelourde, +Soubz un malicieux abit. +La veez vous, etc. +Qui pense, etc. + +Quelle part que malice sourde, +Tost congnoist s'il y a prouffit; +Benoist en soit le saint Esprit, +Qui de si finete me hourde. +La veez vous me, etc. + + + +RONDEL. + +Beaulté, gardez vous de mes yeulx, +Car ilz vous viennent assaillir; +S'ilz vous povoient conquerir, +Ilz ne demanderoyent mieulx. +Vous estes seule soubz les cieulx +Le tresor de parfait plaisir. +Beaulté, etc. +Car ilz vous, etc. + +Congneuz les ay jeunes et vieulx, +Qu'il ne leur chauldroit de morir, +Mais qu'eussent de vous leur desir, +Je vous avise qu'ilz sont tieulx. +Beaulté, etc. + + + +CHANCON. + +Helas! et qui ne l'aymeroit? +De Bourbon le droit heritier, +Qui a l'estomac de papier, +Et aura la goute de droit; +Se Lymosin ne lui aidoit, +Il mourroit, tesmoing Villequier. +Helas! et qui, etc. +De Bourbon, etc. + +Jamais plus hault ne sailliroit, +S'elle lui monstroit ung dangier; +Et pour ce, Fayete et Gouffier, +Aidiez chascun en vostre endroit. +Helas! et qui, etc. + + + +RONDEL. + +Bien viengne doulx regart qui rit, +Quelque bonne nouvelle porte, +Dont Dangier fort se desconforte, +Et de courroux en douleur frit. +Ne peut chaloir de son despit, +Ne de ceulx qui sont de sa sorte. +Bien viengne, etc. +Quelque, etc. + +Dangier dist: baille par escript, +Et qu'il n'entre point en la porte; +Mais Amour, comme la plus forte, +Veult qu'il entre sans contredit. +Bien viengne, etc. + + + +CHANCON. + + +Dieu vous envoye pascience, +Gentil conte Cleremondois, +Vous congnoissez, à ceste foiz, +Qu'est d'amoureuse penitence; +Puisqu'estes hors de la presence, +De celle que bien je congnois. +Dieu vous, etc. +Gentil conte, etc. + +Vouer vous povez aliance +A la riche, comme je crois, +Ne vous trouverez de ce mois, +Las! trop estes loing d'alegance. +Dieu vous, etc. + + + +RONDEL. + +En la promesse d'Esperance +Où j'ay temps perdu et usé, +J'ay souvent conseil reffusé, +Qui me povoit donner plaisance. +Las! ne suis le premier de France +Qui sotement s'est abusé, +En la promesse, etc. +Où j'ay temps, etc. + +Et, de ma nysse gouvernance, +Devant Raison j'ay accusé +Mon cueur; mais il s'est excuse, +Disant que deceu l'a Fiance +En la promesse, etc. + + + +CHANCON. + +Sauves toutes bonnes raisons, +Mieulx vault mentir, pour paix avoir, +Qu'estre batu, pour dire voir; +Pour ce, mon cueur, ainsi faisons. +Riens ne perdons, se nous taisons, +Et se jouons au plus savoir. +Sauves toutes, etc. +Mieulx vault, etc. + +Parler boute feu en maisons, +Et destruit paix, ce riche avoir; +On aprent à taire et à veoir, +Selon les temps et les saisons. +Sauves toutes, etc. + + + +RONDEL. + +Mon cueur, il me fault estre mestre +A ma foiz, aussi bien que vous, +N'en ayez ennuy, ou courroux; +Certes il convient ainsi estre. +Trop longuement m'avez fait pestre, +Et toujours tenir au dessous. +Mon cueur, etc. +A ma foiz, etc. + +Allez à dextre, ou à senestre, +Pris serez, sans estre rescous, +Passer vous fault, mon amy doulx, +Ou par là, ou par la fenestre. +Mon cueur, etc. + + + +CHANCON. + +Il souffist bien que je le sache, +Sans en enquerir plus avant; +Car se tout aloye disant, +On vous pourrait bien dire actache. +Nul de la langue ne m'arrache +Ce qu'en mon cueur je voys pensant. +Il souffist, etc. +Sans en, etc. + +Ainsi qu'en blanc pert noire tache, +Vostre fait est si apparant, +Que m'y trouve trop congnoissant; +Qui est descouvert, mal se cache. +Il souffist, etc. + + + +RONDEL. + +Mes yeulx trop sont bien reclamez, +Quant ma Dame si les appelle, +Leur monstrant sa grant beaulté belle, +Ilz reviennent comme affamez; +Maugré mesdisans peu amez, +Et Dangier qui tient leur querelle. +Mes yeulx, etc. +Quant ma, etc. + +Estre devroient diffamez, +S'ilz ne voloyent, de bonne elle, +Vers les grans biens qui sont en elle; +De ce ne seront ja blasmez. +Mes yeulx, etc. + + + +CHANCON. + +Pense de toy +Dorenavant, +Du demourant +Te chaille poy. +Ce monde voy +En empirant. +Pense, etc. +Dorenavant, etc. + +Regarde et oy, +Va peu parlant; +Dieu tout puissant +Fera de soy. +Pense, etc. + + + +RONDEL. + +Retraiez vous, regart mal avisé, +Vous cuidez bien que nulluy ne vous voye; +Certes, Aguet par tous lieux vous convoye +Priveement, en habit desguisé. +De gens saichans en estes moins prisé, +D'ainsi tousjours trocter parmy la voye. +Retraiez vous, etc. +Vous cuidez, etc. + +Dangier avez contre vous atisé, +Quant sot maintien tellement vous forvoye; +Au derrenier, faudra qu'il y pourvoye, +Il est ainsi que je l'ay devisé. +Retraiez vous, etc. + + + +CHANCON. + +Ce n'est riens qui ne puist estre, +On voit de plus grans merveilles, +Que de baster aux corneilles +Les mariz, et l'erbe pestre. +Car de jouer tours de maistre, +Femmes sont les nompareilles. +Ce n'est riens, etc. +On voit, etc. + +Tant aux huis, comme aux fenestres, +En champs, jardins, ou en trailles, +Par tout ont yeulx et oreilles, +Soit à dextre, ou a senestre. +Ce n'est riens, etc. + + + +RONDEL. + +Regart, vous prenez trop de paine, +Tousjours courez et racourez, +Il semble qu'aux barres jouez; +Reprenez un peu vostre alaine. +Cueurs qu'Amours tient en son demaine, +Cuident qu'assaillir les voulez. +Regart, vous, etc. +Tousjours, etc. + +Amours, une fois la sepmaine +C'est raison que vous reposez, +Et affin que ne morfondez, +Il faudra que l'en vous pourmaine. +Regart, etc. + + + +CHANCON. + +Or est de dire, laissez m'en paix, +Et tout plain, de rien ne m'est plus; +Mes propos sont en ce conclus, +Qu'ainsy demourray desormais. +De s'entremectre de mes faiz, +Je n'en requier nulles, ne nuls. +Or est, etc. +Et tout, etc. + +Fortune, par ses faulx atraiz, +En pipant, a pris à la glus +Mon cueur, et en soussy reclus +Se tient, sans departir jamais. +Or est, etc. + + + +RONDEL. + +Le voulez vous? +Que vostre soye, +Rendu m'octroye, +Pris ou recous. +Ung mot pour tous, +Bas qu'on ne l'oye. +Le voulez, etc. +Que vostre, etc. + +Maugré jalons, +Foy vous tendroye, +Or sa, ma joye, +Accordons nous. +Le voulez, etc. + + + +CHANCON. + +C'est grant paine que de vivre en ce monde, +Encores est ce plus paine de mourir; +Si convient il, en vivant, mal souffrir, +Et au derrain, de mort passer la bonde. +S'aucunefois joye, ou plaisir abonde, +On ne les peut longuement retenir. +C'est grant, etc. +Encores, etc. + +Pour ce, je vueil comme un fol qu'on me tonde, +Se plus pense, quoyque voye à venir, +Qu'a vivre bien, et bonne fin querir; +Las! il n'est rien que soussy ne confonde. +C'est grant, etc. + + + +RONDEL. + +Crevez moy les yeulx, +Que ne voye goute, +Car trop je redoubte, +Beaulté en tous lieux; +Ravir jusqu'aux cieulx +Veult ma joye toute. +Crevez moy, etc. +Que ne, etc. + +D'elle me gard Dieux, +Affin qu'en sa route +Jamais ne me boute; +N'est ce pour le mieulx? +Crevez moi, etc. + +Quant je la regarde, +Elle vient ferir +Mon cueur, de la darde +D'amoureux desir. + + + +CHANCON. + +En vivant en bonne esperance, +Sans avoir desplaisance, ou dueil, +Vous aurez brief, à votre vueil, +Nouvelle plaine de plaisance. +De guerre n'avons plus doubtance, +Mais tousjours gracieulx acueil. +En vivant, etc. + +Tous nouveaulx revendrons en France, +Et quant me reverrez à l'ueil, +Je suis tout autre que je sueil; +Au moins j'en fais la contenance. +En vivant, etc. + + + +RONDEL. + +Jeunes amoureux nouveaulx, +En la nouvelle saison, +Par les rues, sans raison, +Chevauchent faisans les saulx; +Et font saillir des carreaulx +Le feu, comme de charbon. +Jeunes, etc. +En la, etc. + +Je ne scay se leurs travaulx +Ilz employent bien, ou non; +Mais piqués de l'esperon, +Sont autant que leurs chevaulx. +Jeunes, etc. + + + +CHANCON. + +(Orléans à Secile.) + +Vostre esclave et serf, où que soye, +Qui trop ne vous puis mercier, +Quant vous a pleu de m'envoyer +Le don qu'ay receu à grant joye; +Tel que dy, et plus, se povoye, +Me trouverez à l'essayer. +Vostre esclave, etc. +Qui trop, etc. + +Paine mectray que brief vous voye, +Et tost arez, sans delayer, +Chose qui est sus le mestier, +Qui vous plaira; plus n'en diroye. +Vostre esclave, etc. + + + +RONDEL. + +Gardez le trait de la fenestre, +Amans, qui par rues passez, +Car plus tost en serez blessez, +Que de trait d'arc, ou d'arbalestre. +N'alez à dextre, ne à senestre +Regardant, mais les yeulx bessez. +Gardez, etc. +Amans, etc. + +Se n'avez medicin bon maistre, +Si tost que vous serez navrez, +A Dieu soiez recommandez; +Mort vous tiens, demandez le prestre. +Gardez, etc. + + + +CHANCON. + +Tellement, quellement, +Me faut le temps passer, +Et soucy amasser +Mainteffoiz, mallement, +Quant ne puis nullement +Ma fortune casser. +Tellement, etc. +Me faut, etc. + +G'iray tout bellement, +Pour paour de me lasser, +Et sans trop m'enlasser, +Ou monde follement. +Tellement, etc. + + + +RONDEL. + +En gibessant toute l'apres disnée +Parmy les champs, pour me desanuyer, +N'a pas longtemps que faisoye l'autrier +Voler mon cueur apres mainte pensée; +La quilote souvenance nommée, +Sourdoit deduit, et savoit remerchier. +En gibessant, etc. +Parmy, etc. + +Gibessiere de passe temps ouvrée, +Emplie toute d'assez plaisant gibier, +Et puis je peu mon cueur, au derrenier, +Sur ung faisant d'esperance celée. +En gibessant, etc. + + + +CHANCON. + +A tout bon compte revenir +Convendra, qui qu'en rie, ou pleure, +Et ne scet on le jour, ne l'eure; +Souvent en devroit souvenir. +Prenez qu'on ait dueil, ou plaisir, +En brief temps, ou longue demeure, +A tout bon, etc. +Convendra, etc. + +Las! on ne pense qu'à suyr +Le monde qui tousjours labeure; +Et quant on cuide qu'il sequeure, +Au plus grant besoing vient faillir, +A tout bon, etc. + + + +RONDEL. + +Que faut il plus à ung cueur amoureux? +Quant assiegé l'a Dangier, de tristesse; +Qu'avitailler tantost sa forteresse +D'assez vivres de Bon espoir eureux, +Cappitaine face Desir songneux, +Qui, nuyt et jour, fera guet sans peresse. +Que faut, etc. +Quant, etc. + +Artillié soit d'Avis avantureux, +Coulevrines et canons, à largesse, +Pretz, assortiz et chargiez de Sagesse, +Es boulevers et lieux avantageux. +Que faut il, etc. + + + +CHANCON. + +Vous estes paié pour ce jour, +Puis qu'avez eu ung doulx regart; +Devant ung ancien regnart, +Tost est apparceu ung tel tour; +Quant on a esté à sejour, +Ce sont les gaiges de musart. +Vous estes, etc. +Puis qu'avez, etc. + +Il souffist pour vostre labour, +Et s'apres on vous sert de lart, +Prenez en gré, maistre coquart, +Ce n'est qu'un restraintif d'amour. +Vous estes, etc. + + + +RONDEL. + +Des maleureux porte le pris, +Servant Dame loyalle et belle, +Qui, pour mourir en la querelle, +N'acheve ce qu'a entrepris; +Diffamé de droit, et repris +Par devant dame et damoiselle, +Des maleureux, etc. +Servant Dame, etc. + +Pourquoy est d'amer si espris +Quant congnoist que son cueur chancelle? +En soy donnant repreuve telle, +Où a il ce mestier apris? +Des maleureux, etc. + + + +CHANCON. + +Puisqu'estes en chaleur d'amours. +Pour Dieu, laissez veoir vostre orine; +On vous trouvera medicine +Qui briefment vous fera secours. +Trop tost, oultre le commun cours, +Vous bat le cueur en la poictrine. +Puisqu'estes, etc. +Pour Dieu, etc. + +La fievre blanche ses sejours +A fait, se voulez que termine, +Et que plus ne vous soit voisine, +Repousez vous pour aucuns jours. +Puisqu'estes, etc. + + + +RONDEL. + +En amer n'a que martire, +Nully ne le devroit dire +Mieulx que moy; +J'en sauroye, sur ma foy, +De ma main ung livre escripre, +Où amans pourroient lire, +Des yeulx larmoyans, sans rire, +Je m'en croy. +En amer, etc. +Nully, etc. + +Des maulx qu'on y peut eslire, +Celluy qui est le mains pire, +C'est anoy, +Qui n'est jamais à part soy; +Plus n'en dy, bien doit souffire. +En amer, etc. + + + +CHANCON. + +Saint Valentin, quant vous venez +En Karesme au commencement, +Receu ne serez vrayement +Ainsi que acoustumé avez. +Soussy et penance amenez, +Qui vous recevroit lyement? +Saint Valentin, etc. +En Karesme, etc. + +Une autreffoiz vous avancez +Plus tost, et alors toute gent +Vous recuilliront autrement; +Et pers à choisir amenez. +Saint Valentin, etc. + + + +RONDEL. + +Me fauldrez vous à mon besoing? +Mon reconfort et ma fiance, +M'avez vous mis en oubliance? +Pourtant se de vous je suis loing, +N'avez vous pitié de mon soing, +Sans vous, savez que n'ay puissance. +Me fauldrez vous, etc. +Mon reconfort, etc. + +On feroit des larmes ung baing, +Qu'ay pleurées de desplaisance, +Et crie, par desesperance, +Ferant ma poictrine du poing, +Me fauldrez, etc. + + + +CHANCON. + +Saint Valentin dit: Veez me ca, +Et apporte pers à choisir; +Viengne qui y devra venir, +C'est la coustume de pieca. +Quant le jour des Cendres hola +Respond, auquel doit on faillir? +Saint Valentin, etc. +Et apporte, etc. + +Au fort, au matin convendra +En devocion se tenir, +Et apres disner, à loisir, +Choississe qui choisir vouldra. +Saint Valentin, etc. + + + +RONDEL. + +Cueur endormy en pensée, +En transes, moitié veillant, +S'on lui va riens demandant, +Il respont à la volée, +Et parle de voix cassée, +Sans propos ne tant, ne quant. +Cueur endormy, +En transes, etc. + +Tout met en galimafrée, +Lombart, Anglois, Alemant, +Francois, Picart et Normant, +C'est une chose faée. +Cueur, etc. + + + +CAROLE EN LATIN. + +Laudes Deo sint, atque gloria, +Hoc tempore, pre cordis gaudio, +Exultemus cum Dei Filio, +Misso nobis a patris gracia. + +Tunc prophete vere predixerant +Nasciturum de pura virgine, +Ut salvaret hos qui perirant, +Pro parentum dampnati crimine. + +Tunc natus est ex stirpe Regia, +Flos ascendens de Jesse gremio; +Illi honor et benedictio +Qui nos replet tanta leticia. +Laudes, etc. + +Sic induit se carne hominis, +Ut per carnem, carnem redimeret, +Sic amorem demonstrans servulis, +Quos creavit ne ipsos perderet. + +O miranda Regis clemencia! +Qui non parcens corpori proprio, +Se obtulit diro supplicio, +Nostra sanans cruore vicia. +Laudes, etc. + + + +RONDEL. + +A trompeur, trompeur et demy; +Tel qu'on seme convient cuillir; +Se mestier voy partout courir, +Chascun y joue, et moy aussi. +Dy je bien de ce que je dy? +De tel pain souppe fault servir. +A trompeur, etc. +Tel qu'on seme, etc. + +Et qui n'a pas langaige en lui, +Pour parler selon son desir, +Ung truchement lui fault querir +Ainsi, ou par là, ou par cy. +A trompeur, etc. + + + +RONDEL. + +Baillez lui la massue, +A cellui qui cuide estre +Plus subtil que son maistre, +Et sans raison l'argue; +Ou il sera beste mue, +Quant on l'envoyera pestre. +Baillez, etc. +A cellui, etc. + +Quoy qu'il regibe, ou rue, +Si sault par la fenestre, +Comme s'il vint de nestre, +Sera chose esperdue. +Baillez, etc. + + + +RONDEL. + +_Ubi supra_, +N'en parlons plus +Des tours cornulz, +_Et cetera; +Non est cura_, +De telz abus. +_Ubi_, etc. +N'en, etc. + +_Mala jura_ +Sont suspendus, +Ou deffendus, +_Et reliqua. +Ubi_, etc. + + + +RONDEL. + +Il vit en bonne esperance, +Puisqu'il est vestu de gris, +Qu'il aura, à son advis, +Encore sa desirance; +Combien qu'il soit hors de France, +Par deca le mont Senis, +Il vit, etc. +Puisqu'il, etc. + +Perdu a sa contenance, +Et tous ses jeux et ses ris, +Gaigner lui fault Paradis. +Par force de paciance. +Il vit, etc. + + + +RONDEL. + +_Noti me tangere_ +Faulte de serviteurs, +Car bonté de seigneurs +Ne les scet _frangere_. +Il vous fault _regere_ +En craintes et rigueurs. +_Noli me_, etc. +Faulte de, etc. + +De hault _erigere_ +Trop tost en grans faveurs, +Ce ne sont que foleurs +Bien m'en puis _plangere. +Noli me_, etc. + + + +RONDEL. +(Orléans à Maistre Estienne le Gout.) + +Maistre Estienne le Gout nominatif, +Nouvellement, par maniere optative, +Si a voulu faire copulative; +Mais failli a en son cas genitif. +Il avait mis six ducatz en datif, +Pour mieulx avoir s'amie vocative. +Maistre, etc. +Nouvellement, etc. + +Quant rencontré a un accusatif, +Qui sa robbe lui a fait ablative; +De fenestre assez superlative, +A fait ung sault portant coups en passif. +Maistre, etc. + + + +RONDEL. + +Responce de Maistre Estienne le Gout.) + +Monseigneur tres supellatif, +Pour respondre au narratif +De vostre briefve expositive; +Elle fut premier vocative, +Par le moyen du genitif. +Les six ducatz sont nombratif, +Mais quant au fait du possessif, +La chose est ung peu neutrative. +Monseigneur, etc. +Pour respondre, etc. + +Et quant au dangier du passif, +J'ay saufconduit prerogatif, +Par quoy mectray paine soubtive +D'accorder, sus la negative, +L'adjectif et le substantif. +Monseigneur, etc. + + + +RONDEL. + +Pres là, briquet aux pendantes oreilles, +Tu sces que c'est de deduit de gibier, +Au derrenier tu auras ton loyer, +Et puis seras viande pour corneilles. +Tu ne fais pas miracles, mais merveilles, +Et as aide pour te bien enseigner. +Pres là, briquet, etc. +Tu sces, etc. + +A toute heure diligemment traveilles, +Et en chasse vaulx autant qu'un limier, +Tu amaines au tiltre de levrier +Toutes bestes, et noires, et vermeilles. +Près là briquet, etc. + + + +RONDEL. + +Or s'y joue qui vouldra; +Qui me change, je le change; +Nul ne le tiengne chose estrange, +D'avoir selon qu'il fera; +Quant par sa faulte fera, +Gré ne dessert, ne louange. +Or s'y joue, etc. +Qui me, etc. + +Puisque advisé on l'en a. +Et à raison ne se range, +S'apres s'elle se revange, +Le tort à qui demourra? +Or s'y joue, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans à Alençon.) + +En la vigne jusqu'au peschier +Estes bouté, mon filz tres chier, +Dont, par ma foy, suis tres joyeulx, +Quant de rimer vous voy songneux, +Et vous en voulez empeschier? +Soit au lever, ou au couchier, +Ou quant vous devez chevauchier, +Esbatez vous pour le mieulx. +En la vigne, etc. +Estes bouté, etc. + +Se Desplaisir vous vient serchier, +Pour de lui tost vous despeschier, +Sans estre merencolieux, +Grant bien vous fera, se m'aid Dieux, +Passez y temps sans plus preschier. +En la vigne, etc. + + + +RONDEL. + +(Responce d'Alençon.) + +Le vigneron fut atrapé, +Quant il fut trouvé en la vigne, +Trop mieulx que poisson à la ligne, +Ne que rat au lardon hapé; +D'un trait d'ueil fut prins et frapé, +Par celle qui pas ne forligne. +Le vigneron, etc, +Quant il fut, etc. + +A peine lui fut eschappé, +Le povre compaignon qui pigne, +Tres mal pigne des dents d'un pigne, +Ainsi surprins et agrapé. +Le vigneron, etc. + + + +RONDEL. + +Quant je fus prins ou pavillon +De ma Dame tres gente et belle, +Je me brulay à la chandelle, +Ainsi que fait le papillon. +Je rougiz comme vermeillon, +Aussi flambant qu'une estincelle. +Quand je fus, etc. +De ma Dame, etc. + +Si j'eusse esté esmerillon, +Ou que j'eusse eu aussi bonne elle, +Je me feusse gardé de celle +Qui me bailla de l'aguillon. +Quant je fus, etc. + + + +CHANCON. + +_Satis, satis, plus quam salis_, +N'en avez vous encore assez? +Par Dieu, vous en serez lassez +Des folies _quas amatis. +Cum sensibus ebetatis_, +Soctes gens vous les amassez. +_Satis, satis_, etc. +N'en avez, etc. + +Et pour ce, _si me credatis_, +Oubliez tous les temps passez, +Et voz meschans pensers cassez, +_Dolendo de perpetratis. +Salis, satis_, etc. + + + +CHANCON. + +Mon cueur plus ne volera, +Il est enchaperonné, +Nonchaloir l'a ordonné, +Qui ja piaca le m'osta. +Confort depuis ne lui a +Cure, n'atirer donné. +Mon cueur, etc +Il est, etc. + +Se sa gorge gectera? +Je ne scay, car gouverné +Ne l'ay, mais abandonné; +Soit com avenir pourra. +Mon cueur, etc. + + + +CHANCON. + +_Non temptabis_, tien te coy, +Regard plain d'atrayement, +_Vade retro_ tellement +Que point n'aproches de moy. +_Probavi te_, sur ma foy, +Je crains ton assotement. +_Non_, etc. +Regard, etc. + +_Ecce_ la raison pourquoy, +Tu resveilles trop souvent +_Corda_, bien congnois comment +Presches l'amoureuse loy. +_Non temptabis_, etc. + + + +CHANCON. + +Chascun dit qu'estes bonne et belle, +Mais mon ueil jugier n'e saura, +Car lignage m'avuglera, +Qui maintendra vostre querelle; +Quant on parle de damoiselle +Qui à largesse de biens a. +Chascun dit, etc. +Mais mon, etc. + +A nostre assemblée nouvelle, +Verray ce qu'il m'en semblera, +Et, s'ainsi est, bien me plaira; +Or prenons que vous soyez telle. +Chascun dit, etc. + + + +CHANCON. + +Gardez vous de _mergo_ +Trompeur faulx et rusez, +Qui les gens abusez +Mainteffoiz _a tergo_. +En tous lieux où _pergo_, +Fort estes accusez. +Gardez vous, etc. +Trompeur, etc. + +Mercy dit: _abstergo_ +Les faultes dont usez, +Mais que les refusez; +Avisez vous _ergo_. +Gardez vous, etc. + + + +RONDEL. + +Encore lui fait il grant bien +De veoir celle qu'a tant amée, +A celui qui cueur et pensée +Avoit en elle, comme tien. +Combien qu'il n'y aye plus rien, +Et qu'autre la lui ait ostée. +Encore lui, etc. +De veoir, etc. + +En regardant son doulx maintien, +Et son fait qui moult lui agrée, +S'il la peut tenir embrassée, +Il pense que une foiz fut sien +Encore lui, etc. + + + +CHANCON. + +Quant n'ont assez fait dodo, +Ces petitz enfanchonnés, +Ilz portent soubz leurs bonnés +Visaiges pleins de bobo. +C'est pitié s'ilz font jojo +Trop matin, les doulcinés. +Quant n'ont, etc. +Ces petitz, etc. + +Mieux amassent à gogo +Gesir sur molz coissinés, +Car ilz sont tant poupinés, +Helas! che, guoguo, guoguo. +Quant n'ont, etc. + + + +RONDEL. + +Avugle et assourdy, +De tous poins en nonchaloir, +Je ne puis ouir, ne veoir +Chose dont soye esjouy. +Se desplaisant, ou marry, +Tout m'est ung, pour dire veoir. +Avugle, etc. +De tous, etc. + +Es escolles fu nourry +D'amours, pensant mieux valoir; +Quant plus y cuiday savoir, +Plus m'y trouvay rassoty. +Avugle, etc. + + + +RONDEL. + +_Procul a nobis_ +Soient ces trompeurs, +_Dantur_ aux flateurs +_Verba pro verbis, +Sicut pax vobis_, +Et tendent ailleurs. +_Procul_, etc. +Soient ces, etc. + +_Non semel sicul bis_, +Et des foiz plusieurs, +Sont loups ravisseurs +Soubz peaulx de brebiz. +_Procul_, etc. + + + +RONDEL. + +J'estraine de bien loing m'amie, +De cueur, de corps et quanque j'ay, +En bon an lui souhaideray +Joye, santé et bonne vie. +Mais que ne m'estraine d'oublie, +Ne plus ne moins que la feray. +J'estraine, etc. +De cueur, etc. + +Mon cueur de chapel de soussie, +Ce jour de l'an, estreneray; +Et à elle presenteray +Des fleurs de ne m'oubliez mie. +J'estraine, etc. + + + +RONDEL. + +Faulcette confite +En plaisant parler, +Laissez la aler, +Car je la despite. +Ce n'est que redite +De tant l'esprouver. +Faulcette, etc. +En plaisant, etc. + +Et quant on s'acquicte +Plus de l'amender, +Pis la voy ouvrer, +C'est chose maudicte. +Faulcette, etc. + + + +RONDEL. + +Parlant ouvertement +Des faiz du Dieu d'amours, +N'a il d'estranges tours +En son commandement? +Ouil, certainement, +Qui dira le rebours? +Parlant, etc. +Des faiz, etc. + +S'on faisoit loyaument +Enqueste par les cours, +On orroit tous les jours +Qu'on s'en plaint grandement. +Parlant, etc. + + + +RONDEL. + +Il fauldroit faire l'arquemie, +Qui vouldroit forgier faulceté +Tant qu'elle devint loyaulté, +Quant en malice est endurcie. +C'est rompre sa teste en folie, +Et temps perdre en oysiveté. +Il fauldroit, etc. +Qui vouldroit, etc. + +Plus avant qu'on y estudie, +Et moins y congnoist on seurté, +Car de faire de mal, bonté, +L'un à l'autre trop contrarie. +Il fauldroit, etc. + + + +RONDEL. + +Tant sont les yeulx de mon cueur endormiz +En nonchaloir, qu'ouvrir ne les pourroye; +Pour ce, parler de beaulté n'oseroye, +Pour le present, comme j'ay fait jadiz. +Par cueur retiens ce que j'en ay apris, +Car plus ne scay lire ou livre de joye, +Tant sont, etc. +En nonchaloir, etc. + +Chascun diroit qu'entre les rassotiz, +Comme aveugle des couleurs jugeroye, +Taire m'en vueil, rien n'y voy, Dieu y voye! +Plaisans regars n'ont plus en moy logis. +Tant sont, etc. + + + +RONDEL. + +En changeant mes appetiz, +Je suis tout saoul de blanc pain, +Et de menger meurs de fain +D'un fres et nouveau pain bis. +A mon gré, ce pain faitis, +C'est ung morceau souverain. +En changeant, etc. +Je suis tout, etc. + +S'il en fust à mon devis, +Plus tost anuyt que demain +J'en eusse mon vouloir plain, +Car grant desir m'en est pris. +En changeant, etc. + + + +RONDEL. + +(Maistre Jehan Caillau) + +Tant sont les yeulx de mon cueur endormiz +En nonchaloir, qu'ouvrir ne les pourroye; +Pour ce, parler de beaulté n'oseroye +Pour le present, comme j'ay fait jadiz; +Joye et soulaz ne sont plus mes amis, +Chose ne voy de quoy je me resjoye, +Tant sont, etc. +En nonchaloir, etc. + +Je suis mouillé, et retrait, et remis, +Morne et pensif, trop plus que ne souloye, +J'y voy trouble, car es yeulx ay la taye, +Et n'y congnois le blanc d'avec le bis, +Tant sont, etc. + + + +RONDEL. + +(Fredet.) + +Pour mectre à fin la grant doleur +Que par trop amer je reçoy, + Secourez moy; +Las! ou autrement, sur ma foy, +Mes jours n'auront pas grant longueur. +Car si tres tourmenté je suis, + De tant d'ennuys +Qui sans cesser me courent seure, +Que je n'ays bons jours, bonnes nuys; + Et si ne puis +Trouver, fors vous, qui me sequeure. +Aidez à vostre serviteur, +Qui est mieulx pris que par le doy, + Ou mort me voy, +Se ne montrez brief, savez quoy? +Que vous ayez mon fait à cueur. +Pour mectre, etc. + + + +RONDEL. + +Helas! me tuerez vous? +Pour Dieu retraiez cest ueil +Qui d'un amoureux acueil +M'occit, se ne suis rescous. +Je tiens vostre cueur si doulx, +Que me rens tout à son vueil. +Helas! etc. +Pour Dieu, etc. + +De quoy vous peut mon courrous +Valoir? ne servir mon dueil? +Quant humblement, sans orgueil, +Je requier mercy à tous. +Helas, etc. + + + +RONDEL. + +(Responce d'Orleans à Fredet.) + +Pour mectre à fin vostre doleur, +Où pour le present je vous voy, + Descouvrez moy +Tout vostre fait, car, sur ma foy, +Je vous secourray de bon cueur; +Plus avant offrir ne vous puis, + Fors que je suis +Prest de vous aider à toute heure, +A vous bouter hors des ennuys + Que, jours et nuys, +Dictes qu'avec vous font demeure. +Quant vous tenez mon serviteur, +Et vostre doleur apparcoy, + Montrer au doy +On me devroit, se tenir quoy +Vouloye, comme faint seigneur. +Pour mectre, etc. + + + +RONDEL. + +Ung cueur, ung vueil, une plaisance, +Ung desir, ung consentement, +Ung reconfort, ung pensement, +Fermez en loyalle fiance, +Dieu que bonne en est l'accointance! +Tenir la doit on chierement. +Ung cueur, etc. +Ung desir, etc. + +Contre Dangier et sa puissance. +Qui les het trop mortelement, +Gardons les bien et saigement; +N'est ce toute nostre chevance? +Ung cueur, etc. + + + +RONDEL. + +Pour ce que plaisance est morte, +Ce May suis vestu de noir, +C'est grant pitié de veoir +Mon cueur, qui s'en desconforte. +Je m'abille de la sorte +Que doy, pour faire devoir. +Pour ce que, etc. +Ce May, etc. + +Le temps ces nouvelles porte, +Qui ne veult deduit avoir, +Mais par force de plouvoir, +Fait des champs clorre la porte. +Pour ce que, etc. + + + +RONDEL. + +Cueur, à qui prendrez vous conseil? +A nul ne povez descouvrir +Le tres angoisseux desplaisir +Qui vous tient en paine et traveil. +Je tiens qu'il n'a soubz le souleil, +De vous plus parfait vray martire. +Cueur, a qui, etc. +A nul, etc. + +Au moins faictes vostre apareil +De bien vous faire ensevellir, +Ce n'est que mort d'ainsi languir, +En tel martire nompareil. +Cueur, à qui, etc. + + + +RONDEL. + +A Dieu! qu'il m'anuye, +Helas! qu'est ce cy? +Demourray ainsi +En merencolie? +Qui que chante, ou rie, +J'ay tousjours soussy. +A Dieu, etc. +Helas! qu'est ce, etc. +Penser me guerrie, +Et fortune aussi, +Tellement, et si +Fort que hé ma vie. +A Dieu, etc. + + + +RONDEL. + +Dedens mon livre de pensée, +J'ay trouvé escripvant mon cueur, +La vraye histoire de doleur, +De lermes toute enluminée; +En deffassent la tres amée +Ymage de plaisant doulceur. +Dedens mon, etc. +J'ay trouvé, etc. + +Helas! où l'a mon cueur trouvée? +Les grosses goutes de sueur +Lui saillent, de peine et labeur +Qu'il y prent, et nuit, et journée. +Dedens, etc. + + + +RONDEL. + +Ci pris, ci mis, +Trop fort me lie +Merencolie, +De pis en pis, +Quant me tient pris +En sa baillie. +Ci pris, etc. +Trop fort, etc. + +Se hors soussis +Je ne m'alie +A chiere lie, +Vivant languis. +Ci pris, etc. + + + +RONDEL. + +En regardant ces belles fleurs +Que le temps nouveau d'amours prie, +Chascune d'elle s'ajolie, +Et farde de plaisans couleurs; +Tant embasmées sont de odeurs +Qu'il n'est cueur qui ne rajeunie. +En regardant, etc. +Que le temps, etc. + +Les oyseaulx deviennent danseurs +Dessus mainte branche fleurie, +Et font joyeuse chanterie, +De contres, des chans et teneurs. +En regardant, etc. + + + +RONDEL. + +Et de cela, quoy? +Se soussy m'assault, +A mon cueur n'en chault, +N'aussi peu à moy; +Comme j'appercoy, +Courroux riens n'y vault. +Et de cela, etc. +Se soussy, etc. + +Par luy je reçoy +Souvent froit et chault, +Puisqu'estre ainsi fault, +Remede n'y voy. +Et de cela, etc. + + + +RONDEL. + +Oncques feu ne fut sans fumée, +Ne doloreux cueurs sans pensée, +Ne reconfort sans esperance, +Ne joyeulx regart sans plaisance, +Ne beau soleil qu'apres nuée. +J'ay tost ma sentence donnée, +De plus sachant soit amendée, +J'en dy selon ma congnoissance. +Oncques feu, etc. +Ne doloreux, etc. + +Esbatement n'est sans risée, +Souspir sans chose regretée, +Souhait sans ardant desirance, +Doubte sans muer contenance, +C'est chose de vray esprouvée. +Oncques feu, etc. + + + +RONDEL. + +Et de cela, quoy? +En ce temps nouveau, +Soit ou laid, ou beau, +Il m'en chault bien poy; +Je demourray quoy +En ma vieille peau. +Et de cela, etc. + +Plusieurs, comme voy, +Ont des pois au veau; +Je mectray mon seau +Qu'ainsi je le croy. +Et de cela, etc. + + + +RONDEL. + +Chantez ce que vous pensez, +Monstrant joyeuse maniere. +Ne la vendez pas si chiere, +Trop en vis la despensez. +Or sus, tost vous avancez, +Laissez coustume estrangiere. +Chantez ce que, etc. +Monstrant, etc. + +Tous noz menuz pourpensez +Descouvrons, à lye chiere, +L'un à l'autre, sans priere; +J'acheveray, commencez. +Chantez, etc. + + + +RONDEL. + +Le trouveray je jamais? +Ung loyal cueur joint au mien, +A qui je soye tout sien, +Sans departir desormais. +D'en deviser par souhais, +Souvent m'y esbas, et bien. +Le trouveray, etc. +Ung loyal, etc. + +Autant vault se je m'en tais, +Car certainement je tien +Qu'il ne s'en fera ja rien; +En toute chose a ung mais. +Le trouveray, etc. + + + +RONDEL. + +Gens qui cuident estre si saiges +Qu'ilz pensent plusieurs abestir, +Si bien ne se sauront couvrir +Qu'on n'aperçoive leurs couraiges; +Payer leur fauldra les usaiges +De leurs becz jaunes, sans faillir. +Gens qui, etc. +Qu'ilz pensent, etc. + +On scet par anciens ouvraiges, +Dequel mestier scevent servir; +Melusine n'en peut mentir, +Elle les cognoist aux visaiges. +Gens qui, etc. + + + +RONDEL. + +Il me pleust bien, +Se tour il a, +Quan me monstra +Que estoit tout mien; +Par son maintien +Tost me gaigna. +Il me, etc. +Se tour, etc. + +Sans dire rien, +Mon cueur pensa, +Et ordonna, +Qu'il seroit sien. +Il me, etc. + + + +RONDEL. + +Quant j'ay ouy le tabourin +Sonner, pour s'en aler au May, +En mon lit fait n'en ay effray, +Ne levé mon chief du coissin; +En disant: il est trop matin, +Ung peu je me rendormiray. +Quant j'ay, etc. +Sonner, pour, etc. + +Jeunes gens partent leur butin, +De nonchaloir m'accointeray, +A lui je m'abutineray, +Trouvé l'ay plus prouchain voisin. +Quant j'ay, etc. + + + +RONDEL. + +En mon cueur cheoit, +Et là devinoye, +Comme je pensoye, +Qu'ainsi m'avendroit. +Fol tant qu'il reçoit, +Ne croit rien qu'il voye. +En mon, etc. +Et là, etc. + +Sotye seroit, +Se plus y musoye; +Ma teste romperoye, +Soit ou tort, ou droit. +En mon, etc. + + + +RONDEL. + +Le premier jour du mois de May, +De tanne et de vert perdu, +Las! j'ay trouvé mon cueur vestu, +Dieu scet en quel piteux array! +Tantost demandé je lui ay, +Dont estoit cest habit venu? +Le premier, etc. +De tanne, etc. + +Il m'a respondu, bien le scay, +Mais par ma foy ne sera cogneu; +Desplaisance m'en a pourveu, +Sa livrée je porteray. +Le premier, etc. + + + +RONDEL. + +Le monde est ennuyé de moy, +Et moy pareillement de lui; +Je ne congnois rien aujourdui +Dont il me chaille que bien poy. +Dont quanque devant mes yeulx voy, +Puis nommer anuy sur anuy. +Le monde, etc. +Et moy, etc. + +Chierement se vent bonne foy, +A bon marché n'en a nulluy; +Et pour ce, se je suis cellui +Qui m'en plains, j'ay raison pourquoy. +Le monde, etc. + + + +RONDEL + +De riens ne sert à cueur en desplaisance, +Chanter, dancer, n'aucun esbatement, +Il lui souffit de povoir seulement +Tousjours penser en sa male meschance; +Quant il congnoist qu'en hasart gist sa chance, +Et desir n'est à son commandement. +De riens ne sert, etc. +Chanter, dancer, etc. + +S'on rit, pleurer lui est d'acoustumance; +S'il peut, à part se met le plus souvent. +Afin qu'à nul ne tiengne parlement; +Pour le guerir ja mire ne s'avance. +De riens ne sert, etc. + + + +RONDEL. + +Vous y fiez vous? +En mondain espoir, +S'il scet decevoir, +Demander à tous. +Son actrait est doulx, +Pour gens mieulx avoir. +Vous y, etc. +En mondain, etc. + +De joye, ou courroux, +Soing, ou nonchaloir, +Veult, à son vouloir, +Tenir les deux boux. +Vous y, etc. + + + +RONDEL. + +Fiez vous y, + A qui? + En quoy? +Comme je voy, +Riens n'est sans sy; +Ce monde cy + A sy + Pou foy. +Fiez, etc. + A, etc. + +Plus je n'en dy, + N'escry, + Pourquoy? +Chascun j'en croy; +S'il est ainsy, +Fiez, etc. + + + +RONDEL. + +Vengence de mes yeulx +Puisse mon cueur avoir, +Ilz lui font recevoir +Trop de maulx en mains lieux. +Amours, le Roy des Dieux, +Faictes vostre devoir. +Vengence, etc, +Puisse mon, etc. + +Se jamais plus sont tieulx, +Encontre mon vouloir, +Sur eulx, et main, et soir, +Crieray jusques aux cieulx. +Vengence, etc. + + + +RONDEL. + +De legier pleure à qui la lippe pent; +Ne demandez jamais comment lui va, +Laissez l'en paix, il se confortera, +Ou en son fait mectra appoinctement. +A son umbre se combactra souvent, +Et puis son frein rungier lui convendra. +De legier, etc. +Ne demandez, etc. + +S'en parle à lui, il en est mal content; +Cheminée, au derrain trouvera, +Par où passer sa fumée pourra; +Ainsi avient le plus communement. +De legier, etc. + + + +RONDEL. + +Espoir ne me fist oncques bien, +Souvent me ment pour me complaire, +Et assez promet sans riens faire, +Dont à lui peu tenu me tien; +En ses ditz ne me fie en rien, +Se Dieu m'aist, je ne m'en puis taire. +Espoir ne, etc. +Souvent me, etc. + +Quant reconfort requerir lui vien, +Et cuide qu'il le doye faire, +Tousjours me respont au contraire, +Et me hare reffus son chien. +Espoir ne, etc. + + + +RONDEL. + +Dont viens tu maintenant, souspir, +Aportes tu nulles nouvelles? +Dieu doint qu'ilz puissent estre telles +Que voulentiers les doye ouir. +S'ilz viennent de devers Desir, +Ilz ne sont que bonnes et belles. +Dont viens, etc. +Aportes tu, etc. + +Mais s'ilz sourdent de Desplaisir, +J'ayme mieulx que tu les me celes, +Assez et trop j'en ay de telles; +Ne dy riens que pour m'esjouir. +Dont viens, etc. + + + +RONDEL. + +C'est par vous seulement, Fiance, +Qu'ainsi je me trouve deceu; +Car, se par avant l'eusse sceu, +Bien y eusse mis pourveance. +Au fort, quant je suis en la dance, +Puisqu'il est trait, il sera beu. +C'est par vous, etc. +Qu'ainsi je, etc. + +Je doy bien hair l'acointance +Du premier jour que vous ay veu, +Car prins m'avez au despourveu; +Nul n'est trahy qu'en esperance. +C'est par, etc. + + + +RONDEL. + +Ou pis, ou mieulx, +Mon cueur aura, +Plus ne sera +En soussy tieulx; +Par Dieu, des cieulx +Chemin prendra. +Ou pis, etc. +Mon cueur, etc. + +En aucuns lieux, +Fortune, or ca, +On vous verra +Plus cler aux yeulx. +Ou pis, etc. + + + +RONDEL. + +Par vous, regart, sergent d'amours, +Sont arrestés les povres cueurs, +Souvent en plaisirs et doulceurs, +Et mainteffoiz tout au rebours; +Devant les amoureuses cours, +Les officiers et gouverneurs. +Par vous, etc. +Sont arrestés, etc. + +Et adjournez à trop briefz jours, +Pour leur porter plus de rigueurs, +Comme subgiez et serviteurs, +Endurent mains estranges tours. +Par vous, etc. + + + +RONDEL. + +S'en mes mains une foiz vous tiens, +Pas ne m'eschapperez, Plaisance, +Ja Fortune n'aura puissance +Que n'aye ma part de voz biens; +En despit de Dueil et des siens, +Qui me tourmentent de penance. +S'en mes, etc. +Pas ne, etc. + +Doy je tousjours, sans avoir riens, +Languir en ma dure grevance? +Nennil, promis m'a Esperance +Que serez de tous poins des miens. +S'en mes, etc. + + + +RONDEL. + +Payés selon vostre deserte +Puissiez vous estre! faulx trompeurs, +Au derrenier des cabuseurs +Sera la malice deserte. +D'entre deux meures, une verte +Vous fault servir, pour voz labeurs. +Payés selon, etc. +Puissiez vous, etc. + +Vostre besongne est trop ouverte, +Ce n'est pas jeu d'entrejecteurs; +Aux esches s'estes bons joueurs, +Gardez l'eschec à descouverte. +Payés selon, etc. + + + +RONDEL. + +Plus penser que dire, +Me convient souvent, +Sans monstrer comment, +N'a quoy, mon cueur tire; +Faignant de soubzrire, +Quant suis tres dolent. +Plus penser, etc. +Me convient, etc. + +En toussant, souspire +Pour secretement +Musser mon tourment, +C'est privé martire. +Plus penser, etc. + + + +RONDEL. + +Mort de moy! vous y jouez vous +Avec Dame Merencolie? +Mon cueur, vous faictes grant folye, +C'est la nourrisse de courroux. +Ung baston qui point à deux boutz, +Porte, dont elle s'escremye. +Mort de moy, etc. +Avec Dame, etc. + +Je tiens saiges toutes et tous, +Qui eslongnent sa compaignie; +Saint Jehan, je ne m'y mectray mie, +Que je m'y boutasse à quans coups. +Mort de moy, etc. + + + +RONDEL. + +Je ne suis pas de ses gens là, +A qui Fortune plaist et rit, +De reconfort trop m'escondit, +Veu que tant de mal donné m'a. +S'on demande comment me va? +Il est ainsi comme j'ay dit. +Je ne suis, etc. +A qui, etc. + +Quant je dy que bon temps vendra, +Mon cueur me respont par despit: +Voire, s'Espoir ne vous mentit, +Plusieurs decoit et decevra. +Je ne suis, etc. + + + +RONDEL. + +Allez, allez, vieille nourrice +De courroux et de malle vie +Rassotée Merencolie, +Vous n'avez que dueil et malice; +Desormaiz plus n'aurez office +Avec mon cueur, je vous regnye. +Allez, allez, etc. +De courroux, etc. + +Pour vous n'y a point lieu propice, +Confort l'a prins, n'en doubtez mie, +Fuyez hors de la compaignie; +D'Espoir fais nouvel edifice. +Allez, allez, etc. + + + +RONDEL. + +Remede comment +Pourray je querir? +Du mal qu'à souffrir +J'ay trop longuement. +Qu'en dit loyaument +Conseil? sans mentir. +Remede, etc. +Pourray je, etc. + +Pour abregement, +Guerir, ou mourir; +Plus ne puis fournir, +Se sens ne m'aprent. +Remede, etc. + + + +RONDEL. + +Vous ne tenez compte de moy, +Beau Sire, mais qui estes vous? +Voulez vous estre seul sur tous, +Et qu'on vous laisse tenir quoy? +Merencolie suiz, et doy +En tous faiz, tenir l'un des bouts. +Vous ne tenez, etc. +Beau Sire, etc. + +Se je vous pinsse par le doy, +Ne me chault de vostre courroux; +On verra se serez rescous +Des mains, par qui, et pourquoy? +Vous ne tenez, etc. + + + +RONDEL. + +Quant je voy ce que ne vueil mie. +Et n'ay ce dont suis desirant, +Pensant ce qui m'est desplaisant, +Est ce merveille s'il m'anuye? +Nennil, force est que me soussie +De mon cueur qui est languissant. +Quant je voy, etc. +Et n'ay, etc. + +En douleur et merencolie +Suis, nuit et jour, estudiant; +Lors je me boute trop avant +En une haulte theologie. +Quant je voy, etc. + + + +RONDEL. + +Ainsi que chassoye aux sangliers, +Mon cueur chassoit apres Dangiers +En la forest de ma pensée, +Dont rencontra grant assemblée +Trespassans par divers sentiers; +Deux ou trois saillirent premiers, +Comme fors, orgueilleux et fiers; +N'estoit ce pas chose esfroyée? +Ainsi que, etc. +Mon cueur, etc. +En la forest, etc. + +Lors mon cueur lascha sus levriers, +Lesquels sont nommés Desiriers; +Puis Esperance l'asseurée, +L'espieu ou poing, sainte l'espée, +Vint pour combatre voulentiers. +Ainsi que, etc. + + + +RONDEL. + +Sot euil, reporteur de nouvelles, +Où vas tu? et ne sces pourquoy, +Ne sans prandre congié de moy +En la compaignie des belles, +Tu es trop tost accointé d'elles; +Il te vaulsist mieulx tenir quoy. +Sot euil, etc. +Où vas tu, etc. + +Se ne changes manieres telles, +Par raison, ainsi que je doy, +Chastier te vueil, sur ma foy; +Contre toy j'ay assez querelles. +Sot euil, etc. + + + +RONDEL. + +Mort de moy! vous y jouez vous? +En quoy? es faiz de tromperie; +Ce n'est que coustume jolie +Dont ung peu ont toutes et tous; +Renverser s'en dessuz dessoubz, +Est ce bien fait? je vous en prie. +Mort de moy, etc. +En quoy, etc. + +Laissez moy taster vostre pouls, +Vous tient point celle maladie? +Parlez bas, qu'on ne l'oye mie, +Il semble que criez aux loups. +Mort de moy, etc. + + + +RONDEL. + +Est ce vers moi qu'envoyez ce souspir? +M'apporte il point quelque bonne nouvelle? +Soit mal ou bien, pour Dieu, qu'il ne me celle +Ce que lui vueil de mon fait enquerir. +Suis je jugié de vivre, ou de mourir? +Soustendra ja Loyaulté ma querelle? +Est ce vers moy, etc. +M'apporte il, etc. + +Et, nuit et jour, j'escoute pour ouir +S'auray confort de ma paine cruelle, +Pire ne peut estre se non mortelle, +Dictes se riens y a pour m'esjouir? +Est ce vers moy, etc. + + + +RONDEL. + +M'apellez vous cela jeu? +D'estre tousjours en ennuy; +Certes, je ne voy nulluy +Qui n'en ait plus trop que peu. +Nul ne desnoue ce neu, +S'il n'a de Fortune apuy. +M'apellez, etc. +D'estre, etc. + +On s'art qui est pres du feu; +Et pour ce, je suis cellui +Qui à mon povoir le sui, +Quant je n'y congnois mon preu. +M'apellez vous, etc. + + + +RONDEL. + +Alons nous esbatre, +Mon cueur, vous et moy, +Laissons, à part soy, +Soussy se combatre; +Tousjours veult desbatre, +Et jamais n'est quoy. +Alons nous, etc. +Mon cueur, etc. + +On vous devroit batre, +Et monstrer au doy, +Se, dessoubz sa loy, +Vous laissez abatre. +Allons nous, etc. + + + +RONDEL. + +Aussi bien laides que belles +Contrefont les dangereuses, +Et souvent les precieuses, +Ilz ont les manieres telles; +Pareillement les pucelles +Deviennent tantost honteuses +Aussi bien, etc. +Contrefont, etc. + +Les vieilles font les nouvelles, +En parolles gracieuses +Et accointances joyeuses, +C'est la condicion d'elles. +Aussi bien, etc. + + + +RONDEL. + +Je vous arreste, de main mise, +Mes yeulx, emprisonnés serez, +Plus mon cueur ne gouvernerez, +Desormais je vous en avise; +Trop avez fait à vostre guise, +Par ma foy, plus ne le ferez. +Je vous arreste, etc. +Mes yeulx, etc. + +On peut bien pour vous corner prise, +Prins estes, point n'eschapperez; +Nul remede n'y trouverez, +Rien n'y vault apel, ne franchise. +Je vous arreste, etc. + + + +RONDEL. + +Qui a toutes ses hontes beues, +Il ne lui chault que l'en lui die, +Il laisse passer mocquerie +Devant ses yeulx, comme les nues. +S'on le hue parmy les rues, +La teste hoche à chiere lie. +Qui a toutes, etc. +Il ne lui, etc. + +Truffes sont vers lui bien venues, +Quant gens rient, il faut qu'il rie; +Rougir on ne le feroit mie, +Contenances n'a point perdues. +Qui a toutes, etc. + + + +RONDEL. + +En mes pais, quant me trouve à repos, +Je m'esbays, et n'y scay contenance, +Car j'ay apris travail des mon enfance, +Dont fortune m'a bien chargié le dos. +Que voulez que vous die? à briefz mos, +Ainsi m'est il, ce vient d'acoustumarice. +En mes pais, etc. +Je m'esbays, etc. + +Tout à part moy, en mon penser m'enclos, +Et fais chasteaulx en Espaigne et en France; +Oultre les monts, forge mainte ordonnance, +Chascun jour, j'ay plus de mille propos. +En mes pais, etc. + + + +RONDEL. + +Repaissez vous en parler gracieux, +Avec dames qui menguent poisson, +Vous qui jeusnez par grant devocion, +Ce vendredi ne povez faire mieulx. +Se vous voulez de Deesses, ou Dieux, +Avoir confort, ou consolacion, +Repaissez vous, etc. +Avec dames, etc. + +Lire vous voy faiz merencolieux +De Troilus, plains de compassion; +D'Amour martir fut en sa nascion, +Laissez l'en paix, il n'en est plus de tieulx. +Repaissez vous, etc. + + + +RONDEL. + +Alez vous en, alez, alez, +Soussy, Soing et Merencolie, +Me cuidez vous toute ma vie +Gouverner, comme fait avez? +Je vous promet que non ferez, +Raison aura sur vous maistrie. +Alez vous en, etc, +Soussy, Soing, etc. + +Se jamais plus vous retournez +Avecques vostre compaignie, +Je pri à Dieu qu'il vous maudie, +Et ce par qui vous revendrez. +Alez vous en, etc. + + + +RONDEL. + +Hau guecte mon ueil, et puis quoi? +Voyez vous riens? ouil, assez; +Qu'est ce cela que vous savez? +Cler, le vous puis monstrer au doy. +Regardez plus avant un poy, +Vos regars ne soient lassez. +Hau guecte, etc. +Voyez vous, etc. + +Acquicté me suis, comme doy, +Il a ja plusieurs ans passez, +Sans avoir mes gaiges cassez, +Bien avez servi, sur ma foy. +Hau guecte, etc. + + + +RONDEL. + +Se vous voulez que tout vostre deviengne, +En me monstrant quelque joyeux semblant, +Dictes ce mot: Je vous tiens mon servant, +Servez si bien que contente m'en tiengne. +Devoir feray, comment qu'il m'en adviengne, +Tres loyaument, desoresenavant. +Se vous voulez, etc. +En me monstrant, etc. + +Sans que mercy, ne grace me soustiengne, +S'en loyaulté je faulx, ne tant ne quant, +Punissez moy tout à vostre talant; +Et se bien sers, pour Dieu, vous en souviengne. +Se vous voulez, etc. + + + +RONDEL. + +Que nous en faisons +De telles manieres, +Et doulces, et fieres, +Selon les saisons; +En champs, ou maisons, +Par bois et rivieres, +Que nous, etc. +De telles, etc. + +Ung temps nous taisons, +Tenans assez chieres, +Nos joyeuses chieres, +Puis nous rapaisons. +Que nous, etc. + + + +RONDEL. + + A l'autre huis, +Souvent m'envoye Esperance, +Et me tanse, +Quant en tristesse je suis. + Jours et nuys, +Cellui demande alegance. +A l'autre, etc. +Souvent, etc. + + Oncques puis +Que failli ma desirance, + De plaisance +Mon cueur et moy, sommes vuys. + A l'autre, etc. + + + +RONDEL. + +Vendez autre part vostre dueil, +Quant est à moy, je n'en ay cure; +A grant marché, oultre mesure, +J'en ay assez contre mon vueil. +Ja n'entrera dedans le sueil +De mon Penser, je vous le jure. +Vendez, etc. +Quant est, etc. + +Desconforté, la lerme à l'ueil, +Ailleurs quiere son avanture, +Plus ne vous mene vie dure, +Puisque mal vous fait son accueil. +Vendez, etc. + + + +RONDEL. + +Comme j'oy que chascun devise; +On n'est pas tousjours à sa guise, +Beau chanter si ennuye bien, +Jeu qui trop dure, ne vault rien; +Tant va le pot à l'eaue qui brise. +Il convient que trop parler nuyse, +Se dit on, et trop grater cuise; +Riens ne demeure en ung maintien. +Comme j'oy, etc. +On n'est pas, etc. +Beau chanter, etc. + +Apres chault temps, vient vent de bise, +Apres hucques, robbes de frise, +Le monde de passé revien, +A son vouloir joue du sien, +Tant entre gens laiz que d'Eglise. +Comme j'oy, etc. + + + +RONDEL + +Clermondois. + +Qui veult achater de mon dueil? +D'en avoir trop, las! je me vante, +Car ma povre vie dolante +N'en peut plus, non fait pas mon vueil. +Partout où je voys, mon recueil +Est si piteux, et mon actente. +Qui veult, etc. +D'en avoir, etc. + +Que j'aye ung petit bon accueil +Au commancement de ma vante, +Et puis apres, se jamais hante. +Amours, qu'on me creve cest ueil. +Qui veult, etc. + + + +RONDEL. + +Ad ce premier jour de l'année, +De cueur, de corps et quanque j'ay, +Priveement estreneray; +Ce qui me gist en ma pensée, +C'est chose que tondray cellée, +Et que point ne descouvreray. +Ad ce premier, etc. +De cueur, etc. + +Avant que soit toute passée +L'année, je l'aproucheray, +Et puis à loisir conteray +L'ennuy qu'ay, quant m'est eslongnée. +Ad ce premier, etc. + + + +RONDEL DOUBLE. + +Que voulez vous que plus vous die? +Jeunes assotez amoureux, +Par Dieu, j'ay esté l'un de ceulx +Qui ont eu vostre maladie; +Prenez exemple, je vous prie, +A moy qui m'en complains et deulx. +Que voulez, etc. + +Et pour ce, de vostre partie, +Se voulez croire mes conseulx, +D'abregier, conseillier vous veulx, +Voz faiz, en sens, ou en folie. +Que voulez vous, etc. + +Plusieurs y trouvent chiere lye +Mainteffoiz, et plaisans acueulx. +Que voulez vous, etc. + +Mais au derrain, Merencolie +De ses huis fait passer les seulx, +En deuil et soussy, Dieu scet quieulx; +Lors ne chault de mort, ou de vie. +Que voulez vous, etc. + + + +RONDEL. + +Mais que vostre cueur soit mien, +Ne doit le mien estre vostre? +Ouil, certes, plus que sien. +Que vous en semble? dy je bien? +Vray comme la Patenostre. +Mais que vostre, etc. + +Content et joyeulx m'en tien, +Foy que doy saint Pol l'Apostre, +Je ne désire autre rien. +Mais que vostre, etc. + + + +RONDEL. + +A ce jour de saint Valentin, +Que prendray je? per, ou non per; +D'Amours ne quiers riens demander, +Pieca, j'eus ma part du butin; +Veu que plus resveille matin +Ne vueil avoir, mais reposer. +A ce jour, etc. +Que prendray, etc. + +Jeunes gens voisent au hutin +Leurs sens, ou folie esprouver; +Vieux suis pour à l'escolle aller, +J'entens assez bien mon latin. +A ce jour, etc. + + + +RONDEL. + +Pour Dieu! boutons la hors, +Ceste Merencolie, +Qui si fort nous guerrie, +Et fait tant de grans tors. +Monstrons nous les plus fors, +Mon cueur, je vous en prie. +Pour Dieu, etc. +Ceste, etc + +Trop lui avons amors +D'estre en sa compaignie, +Ne nous amuserons mie +A croire ses rappors. +Pour Dieu, etc. + + + +RONDEL. + + +Contre le trait de faulceté, +Convient harnois de bonne espreuve, +Artillerie forgé neufve, +Chascun jour, en soutiveté. +A! Jhesus, _benedicite_, +Nul n'est qui seulement se trouve +Contre le, etc. +Convient, etc. + +Au derrain fera Loyaulté, +Faulceté de son penser, veufve; +Pour Raison fault que Dieu s'esmeuve, +Monstrant sa puissance et bonté. +Contre le, etc. + + + +RONDEL. + +Acquictez vostre conscience, +Et gardez aussi vostre honneur, +Ne laissez mourir en douleur +Ce qui avoir vostre aide pense; +Puisque avez le povoir en ce +De l'aider, par grace et doulceur. +Acquictez vostre, etc. +Et gardez, etc. + +On criera sur vous vengence, +Se souffrez murdrir en rigueur, +Ainsi à tort, ung povre cueur; +Assez a porté pascience. +Acquictez vostre, etc. + + + + +RONDEL. + +On ne peut servir en deux lieux, +Choisir convient ou ca, ou là; +Au festu tire qui pourra, +Pour prendre le pis, ou le mieulx. +Qu'en dictes vous? jeunes et vieulx, +Parle qui parler en vouldra. +On ne peut, etc. +Choisir, etc. + +Les faiz de ce monde sont tieulx: +Qui bien fera, bien trouvera; +Chascun son paiement aura, +Tesmoing les Deesses et Dieux. +On ne peut, etc. + + + +RONDEL. + +Le truchement de ma pensée, +Qui est venu devers mon cueur, +De par Reconfort, son seigneur, +Lui a une lectre apportée; +Puis a sa creance contée, +En langaige plein de doulceur. +Le truchement, etc. +Qui est venu, etc. + +Response ne lui est donnée, +Pour le present, c'est le meilleur; +Il aura, par conseil greigneur, +Son ambaxade despeschée. +Le truchement, etc. + + + +RONDEL. + +Quant tu es courcé d'autres choses, +Cueur, mieulx te vault en paix laisser, +Car s'on te vient araisonner, +Tost y trouves d'estranges gloses. +De ton desplaisir monstrer n'oses +A aucun, pour te conforter. +Quant tu es, etc. +Cueur, mieulx, etc. + +De tes levres les portes closes, +Penses de saigement garder; +Que dehors n'eschappe parler +Qui descouvre le pot aux roses. +Quant tu es, etc. + + + +RONDEL. + +Le truchement de ma pensée, +Qui parle maint divers langaige, +M'a rapporté chose sauvaige +Que je n'ay point acoustumée. +En francoys la m'a translatée, +Comme tres souffisant et saige. +Le truchement, etc. +Qui parle, etc. + +Quant mon cueur l'a bien escoutée, +Il lui a dit: Vous faictes raige, +Oncques mais n'ouy tel messaige, +Venez vous d'estrange contrée? +Le truchement, etc. + + + +RONDEL. + +J'ayme qui m'ayme, autrement non; +Et non pourtant je ne hay rien, +Mais vouldroye que tout feust bien, +A l'ordonnance de raison. +Je parle trop, las! se faiz mon; +Au fort, en ce propos me tien. +J'aime qui, etc. +Et non pourtant, etc. + +De pensées son chapperon +A brodé le povre cueur mien, +Tout droit de devers lui je vien, +Et m'a baillé ceste chancon. +J'aime, etc. + + + +RONDEL. + +Comme le subgiet de Fortune, +Que j'ay esté en ma jeunesse, +Encores le suis en vieillesse; +Vers moy la trouve tousjour une. +Je suis ung de ceulx, soubz la lune, +Qu'elle plus à son vouloir dresse. +Comme le, etc. +Que j'ay, etc. + +Ce ne m'est que chose commune, +Obeir fault à ma maistresse; +Sans machier, soit joye ou tristesse, +Avaler me fault ceste prune. +Comme le, etc. + + + +RONDEL. + +Ce qui m'entre par une oreille, +Par l'autre sault comme est venu, +Quant d'y penser n'y suis tenu, +Ainsi Raison le me conseille. +Se j'oy dire, vecy merveille, +L'ung est long, l'autre court vestu. +Ce qui m'entre, etc. +Par l'autre, etc. + +Mais paine pert, et se traveille, +Qui devant moy trayne ung festu; +Comme ung chat, suis vieil et chenu, +Legierement pas ne m'esveille. +Ce qui m'entre, etc. + + + +RONDEL. + +(Le conte de Clermont.) + +Le truchement de ma pensée, +Qui de longtemps est commencée, +Va devers vous, pour exposer +Ce que de bouche proposer +N'oze, craignant d'estre tancée. +Combien que chose n'a pensée, +Dont deust estre desavancée, +Comme au long vous pourra gloser. +Le truchement, etc. +Qui de long, etc. +Va devers, etc. + +Si soit par vous recompensée, +Et selon son cas avancée, +Pour mieulx se povoir disposer; +Car plus ne pourra reposer, +Jusques sa joye ait prononcée. +Le truchement, etc. + + + +RONDEL. + +Quelque chose derriere, +Convient tousjours garder, +On ne peut pas monstrer +Sa voulenté entiere. +Quant on est en frontiere +De dangereux parler, +Quelque chose, etc. +Convient, etc. + +Se pensée legiere +Veult motz trop despenser, +Raison doit espargnier. +Comme la tresoriere, +Quelque chose, etc. + + + +RONDEL. + +(Le conte de Clermont.) + +De bien ou mal, le bien faire l'emporte, +N'est il pas vray? ainsi que dit chascun; +Helas, ouy, car je n'en voy pas ung +Qui à la fin d'un jeu ne se deporte. +Je vous diray, quant la personne est morte, +Et a bien fait, il n'a esté commun. +De bien ou mal, etc. +N'est il pas vray, etc. + +Faisons le donc, nous trouverons la porte +De Paradis, où il n'entre nes ung, +Que peu ne soit, s'il n'est trop importun +De prier Dieu, et à vous m'en rapporte. +De bien ou mal, etc. + + + +RONDEL. + +Que cuidez vous qu'on verra, +Avant que passe l'année? +Mainte chose demenée +Estrangement, ca et là. +Veu que des cy, et des ja, +Court merveilleuse brouée. +Que cuidez vous, etc. +Avant que, etc. + +Viengne que advenir pourra? +Chascun a sa destinée, +Soit que desplaise, ou agrée; +Quant nouveau monde vendra, +Que cuidez vous, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Quant oyez prescher le regnart, +Pensez de voz oyes garder, +Sans à son parler regarder, +Car souvent scet servir de l'art; +Contrefaisant le papelart, +Qui scet ses parolles farder. +Quant oyez, etc. +Pensez de voz, etc. + +Les faiz de Dieu je mets à part, +Ne je ne les vueil retarder, +Ne contre le monde darder, +Chascun garde son estandart. +Quant oyez, etc. + + + +RONDEL. + +pour Estampes. + +Je suis mieulx pris que par le doy, +Et fort enserré d'un anneau; +S'a fait ung visaige si beau, +Qui m'a tout conquesté à soy. +Je rougis, et bien l'apercoy, +Ainsi qu'un amoureux nouveau. +Je suis, etc. +Et fort, etc. + +Et d'amourectes, par ma foy, +J'ay assemblé ung grant fardeau, +Qu'ay mussées soubz mon chapeau; +Pour Dieu! ne vous mocquez de moy. +Je suis, etc + + + +RONDEL. + +(Maistre Jehan Caillau.) + +Las! le faut il? est ce ton vueil? +Fortune, dont me plains et dueil, +Que tout mon temps en doleur passe, +Souffre que j'aye quelque espasse +De repos, entre tant de dueil. +N'auray je de toy autre accueil? +Fors desdaing, reprouche et orgueil, +Veux tu qu'en ce point je trespasse? +Las! le fault, etc. +Fortune, etc. +Que tout, etc. + +Je ris de bouche, et pleure d'ueil, +Et fais, et dy ce que ne vueil; +Ainsi ma vie se compasse, +Maleureuse, chetive et lasse, +En paine et maulx dont trop recueil. +Las! le fault, etc. + + + +RONDEL. + +Marche nul autrement +Avecques vous, beaulté, +Se de vous Loyaulté +N'a le gouvernement. +Puisque mes jours despens +A vous vouloir amer, +Et apres m'en repens, +Qui en doist on blasmer? +Riens, fors vous seulement, +A qui tiens feaulté, +Quant monstrez cruaulté, +Veu qu'Amour le deffent. +Marché nul, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Las! le faut il? est ce ton vueil? +Fortune, qu'aye douleur mainte, +Del'ueil me soubzris, mais c'est fainte, +Et soubz decepte, doulx accueil. +Ay je tort? quant recoy tel dueil, +S'ainsi je dy en ma complainte: +Las! le fault, etc. +Fortune, etc. + +Tue moy, puis en mon sercueil +Me boute, c'est chose contrainte; +Lors n'y aura Dieu, saint, ne sainte, +Qui n'appercoive ton orgueil. +Las! le fault, etc. + + + +RONDEL. + +As tu ce jour ma mort jurée? +Soussy, je te pry, tien te quoy, +Car à tort ma douleur, par toy, +Est trop souvent renouvellée; +A belle enseigne desployée, +Me court sus, et ne scay pourquoy? +As tu ce jour, etc. +Soussy, etc. + +La guerre sera tost finée, +Se tu veulx, de toy et de moy, +Car je me rens, or me recoy; +Hola! paix, puisqu'elle est criée. +As tu ce jour, etc. + + + +RONDEL. + +Ne fais je bien ma besoingne? +Quant mon fait cuide avancer, +Je suis à recommancer, +Et ne scay comment m'esloingne. +Fortune tousjours me groingne, +Et ne fait riens que tanser. +Ne fais je, etc. +Quant mon, etc. + +Certes tant je la ressoingne, +Car mon temps fait despenser +Trop, en ennuyeux penser, +Dont en roingeant mon frain, froingne. +Ne fais je bien, etc. + + + +RONDEL. + +Quant commenceray à voler, +Et sur elles me sentiray, +En si grant aise je seray +Que j'ay double de m'essorer. +Beau crier aura le levrier, +Chemin de plaisant vent tendray. +Quant je, etc. +Et sur elles, etc. + +La mue m'a fallu garder +Par longtemps, plus ne le feray, +Puisque doulx temps et cler verray; +On le me devra pardonner. +Quant je, etc. + + + +RONDEL. + +Je ne hanis pour autre avoine, +Que de m'en retourner à Blois; +Trouvé me suis pour une fois +Assez longuement en Touraine. +J'ay galé, à largesse plaine, +Mes grans poissons, et vins des Grois. +Je ne, etc. +Que de, etc. + +A la court plus ne prendray paine, +Pour generaux et millenois, +Confesser à present m'en vois, +Contre la peneuse sepmaine. +Je ne, etc. + + + +RONDEL. + +Je congnois assez telz desbas +Que l'ueil et le cueur ont entre eulx; +L'un dit: Nous serons amoureux, +L'autre dit: Je ne le vueil pas. +Raison s'en rit, disant tout bas: +Escoutez moy ces maleureux. +Je congnois, etc. +Que l'ueil, etc. + +Lors m'en vois plustost que le pas, +Et les tanse si bien tous deux, +Que je les laisse tres honteux; +Mainteffoiz ainsi me combas. +Je congnois, etc. + + + +RONDEL. + +Que pense je? dictes le moy, +Adevinez, je vous en prie, +Autrement ne le saurez mie; +Il y a bien raison pourquoy. +A parler à la bonne foy, +Je vous en fais juge et partie. +Que pense, etc. +Adevinez, etc. + +Vous ne saurez, comme je croy, +Car heure ne suis, ne demye, +Qu'en diverse merencolie; +Devisez, je me tairay, quoy? +Que pense, etc. + + + +RONDEL. + +Cueur, que fais tu? revenge toy +De Soussy et Merencolie; +C'est deshonneur et villenie, +De laschement se tenir coy. +Je tarderay, quant est à moy, +Voulentiers; or ne te fains mie. +Cueur, etc. +De Soussy, etc. + +N'espergne riens, scez tu pourquoy? +Pour ce, qu'abrégeras ta vie, +Se les tiens en ta compaignie; +Desconfiz les, et prens leur foy. +Cueur, etc. + + + +RONDEL. + +Plaindre ne s'en doit loyal cueur, +S'Amours a servy longuement, +Recevant des biens largement, +Et pareillement de douleur. +N'est ce raison que le Seigneur +Ait tout à son commandement? +Plaindre, etc. +S'Amours, etc. + +Ne plus a desservi Doulceur +Que ne trouve à son jugement, +En gré prengne pour payement +Moins de proufit et plus de honneur. +Plaindre, etc. + + + +RONDEL. + +Par les portes des yeulx et des oreilles, +Que chascun doit bien saigement garder, +Plaisir mondain va et vient, sans cesser, +Et raporte de diverses merveilles. +Pour ce, mon cueur, s'a raison te conseilles. +Ne le laisses point devers toy entrer. +Par les portes, etc. +Que chascun, etc. + +A celle fin que par lui ne t'esveilles, +Veu qu'il te fault desormais reposer, +Dy lui: Va t'en, sans jamais retourner, +Ne revien plus, car en vain te traveilles. +Par les portes, etc. + + + +RONDEL. + +En faictes vous doubte? +Point ne le devez, +Veu que vous savez +Ma pensée toute; +Quant mon cueur s'y boute, +Et vostre l'avez. +En faictes, etc. +Point ne, etc. + +Dangier nous escoute, +Sus, tost achevez, +Ma foy recevez, +Ja ne sera route. +En faictes, etc. + + + +RONDEL. + +A qui les vent on? +Ces gueines dorées, +Sont ilz achectées +De nouvel, ou non? +Par prest, ou par don? +En fait on livrées? +A qui les, etc. +Ces gueines, etc. + +Alant au pardon, +Je les ay trouvées; +De telles denrées, +C'est petit guerdon. +A qui les, etc. + + + +RONDEL. + +En faictes vous doubte? +Que vostre ne soye, +Se Dieu me doint joye +Au cueur, si suis toute. +Rien ne m'en deboute, +Pour chose que j'oye. +En faictes, etc. +Que vostre, etc. + +Dangier et sa route +S'en voisent leur voye, +Sans que plus les voye, +Tousjours il m'escoute. +En faictes, etc. + + + +RONDEL. + +A qui vendez vous voz coquilles? +Entre vous, amans pelerins, +Vous cuidez bien, par voz engins, +A tous pertuis trouver chevilles. +Sont ce coups d'esteufs, ou de billes, +Que ferez tesmoing voz voisins. +A qui vendez, etc. +Entre vous, etc. + +On congnoist tous voz tours d'estrilles, +Et bien clerement voz latins; +Troctez, reprenez voz patins, +Et troussez voz sacs et voz quilles. +A qui vendez, etc. + + + +RONDEL. + + +Avez vous dit, laissez me dire, +Amans qui devisez d'amours, +Sainte Marie! que de jours +J'ay despenduz en martire! +Vous mocquez vous? je vous voy rire, +Cuidez vous qu'il soit le rebours? +Avez vous, etc. +Amans, etc. + +Parler n'en puis que ne souspire, +Raconter vous y scay cent tours +Qu'on y a, sans joyeulx secours, +S'au vray m'en voulez ouir lire. +Avez vous dit, etc. + + + +RONDEL. + +Envoyez nous ung doulx regart +Qui nous conduie jusqu'à Blois, +Nous le vous rendrons quelque fois, +Quoy que l'atente nous soit tart; +Puisqu'en emportez l'estandart +De la doulceur, que bien congnois. +Envoyez nous, etc. +Qui nous, etc. + +Et pry Dieu que toutes vous gart, +Et vous doint bons jours, ans et mois, +A voz desirs, vouloirs et chois, +Acquictez vous de vostre part. +Envoyez nous, etc. + + + +RONDEL. + +(Nevers.) + +En la forest de longue actente, +Mainte personne bien joyeuse +S'est trouvée moult doloreuse, +Triste, marrie et bien dolente. +D'y estre, nul ne s'en talente, +La demeure est trop ennuyeuse. +En la forest, etc. +Mainte, etc. + +Chascun qui pourra, s'en abscente, +Car l'entrée en est perilleuse, +Et l'issue fort dangereuse; +Pas de cent, ung ne se contente, +En la forest, etc. + + + +RONDEL. + +Pour ce qu'on jouxte à la quintaine +A Orleans, je tire à Blois; +Je me sens foulé du harnois, +Et veulx reprendre mon alaine; +Raisonnable cause m'y maine, +Excusé soye ceste foiz. +Pour ce, etc. +A Orleans, etc. + +Je vous promet que c'est grant paine, +De tant faire baille lui bois; +Eslongner quelque part du mois, +Vault mieulx, pour avoir teste saine. +Pour ce, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +En la forest de longue actente, +Par vent de Fortune dolente. +Tant y voy abatu de bois, +Que, sur ma foy, je n'y congnois +A present, ne voye, ne sente. +Pieca, y pris joyeuse rente, +Jeunesse la payoit contente, +Or n'y ay qui vaille une nois. +En la forest, etc, +Par vent, etc. +Tant y voy, etc. + +Vieillesse dit, qui me tourmente, +Pour toy n'y a pesson, ne vente, +Comme tu as eu autreffoiz; +Passez sont tes jours, ans et mois, +Souffize toy, et te contente. +En la forest, etc. + + + +RONDEL. + +Des arrérages de Plaisance, +Dont trop endebté m'est Espoir, +Se quelque part j'en peusse avoir, +Du surplus donnasse quictance; +Mais au pois et à la balance, +N'en puis que bien peu recevoir. +Des arrerages, etc. +Dont trop, etc. + +Usure, ou perte de chevance, +Mectroye tout à nonchaloir, +Se je savoye, à mon vouloir, +Recouvrer prestement finance. +Des arrerages, etc. + + + +RONDEL. + +(Madame d'Orléans.) + +En la forest de longue actente, +Entrée suis en une sente, +Dont oster je ne puis mon cueur, +Pourquoy je viz en grant langueur +Par Fortune qui me tourmente. +Souvent Espoir chascun contente, +Excepté moy, povre dolente, +Qui, nuyt et jour, suis en doleur. +En la forest, etc. +Entrée, etc. +Dont oster, etc. + +Ay je donc tort, se me garmente +Plus que nulle qui soit vivente? +Par Dieu, nennil, veu mon maleur; +Car, ainsy m'aist mon Créateur, +Qu'il n'est paine que je ne sente, +En la forest, etc. + + + +RONDEL. + +Rescouez ces deux povres yeulx +Qui tant ont nagé en Plaisance, +Qu'ilz se nayent sans recouvrance; +Je les tiens mors, ou presque tieulx. +Videz les tost, se vous aist Dieux, +En la sentine d'Alegeance. +Rescouez, etc. +Qui tant, etc. + +Courez y tous, jeunes et vieulx, +Et à cros de bonne Esperance, +De les tirer hors, qu'on s'avance, +Chascun y face qui, mieulx, mieulx. +Rescouez, etc. + + + +RONDEL. + +(Fredet.) + +En la forest de longue actente, +Des brigans de Soussi bien trente, +Helas! ont pris mon povre cueur; +Et Dieu scet se c'est grant orreur +De veoir comment on le tourmente. +Priant vostre aide, lamente +Pour ce que chascun d'eulx se vente +Qu'ilz le merront à leur Seigneur. +En la forest, etc. +Des brigans, etc. +Helas! ont, etc. + +Et pour ce, à vous il s'en garmente, +Car il voit bien qu'ilz ont entente +De lui faire tant rigueur, +Qu'il ne sera mal, ne doleur, +Se n'y pourvoyez, qu'il ne sente. +En la forest, etc. + + + +RONDEL. + +A recommencer de plus belle, +J'en voy ja les adjournemens. +Que font, vers vieulx et jeunes gens, +Amours et la saison nouvelle. +Chascun d'eulx, aussi bien lui qu'elle, +Sont tous aprestés sur les rens. +A recommencer, etc. +J'en voy ja, etc. + +Comme toute la chose est telle, +Je congnois telz esbatemens +Assez, de pieca m'y entens, +Ce n'est que ancienne querelle. +A recommencer, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +En la forest de longue actente, +Forvoyé de joyeuse sente, +Par la guide dure rigueur, +A esté robbé vostre cueur, +Comme j'entens, dont se lamente. +Par Dieu! j'en congnois plus de trente +Qui, chascun d'eulx, sans que s'en vente, +Est vestu de vostre couleur. +En la forest, etc. +Forvoyé, etc. + +Et en briefz motz, sans que vous mente, +Soiez seur que je me contente, +Pour allegier vostre douleur, +De traictier avec le Seigneur, +Qui les brigans soustient et hente. +En la forest, etc. + + + +RONDEL. + +Ainsi doint Dieux à mon cueur, joye, +En ce que souhaidier vouldroye, +Et à mon penser; reconfort, +Comme voulentiers prisse accort +A soussy qui tant me guerroye. +Mais remede n'y trouveroye, +Et qui pis est, je n'oseroye +Descouvrir les maulx qu'ay à tort. +Ainsi doint, etc. +En ce que, etc. + +Quant je lui dy: Dieu te convoye, +Laisse m'en paix, va t'en ta voye, +Par ton enchantement et sort; +Gueres mieulx ne vault vif que mort, +Je languis quelque part que soye. +Ainsi doint, etc. + + + +RONDEL. + +Se vous voulez m'amour avoir, +A tousjours, mais sans departir, +Pensez de faire mon plaisir, +Et jamais ne me decevoir; +Bientost sauray apparcevoir, +Au par aler, vostre desir. +Se vous voulez, etc. +A tousjours, etc. + +Assez biens povez recevoir, +S'en vous ne tient, sans y faillir, +Vous estes pres d'y avenir, +Faisant vers moy leal devoir. +Se vous voulez, etc. + + + +RONDEL. + +Maudit soit mon cueur, se j'en mens, +Quant à mon lesir estre puis, +Et avecques pensée suis, +En mes maulx prens alegemens; +Car soussis plains d'encombremens, +Boutons hors, et lui fermons l'uis. +Maudit soit, etc. +Quant à mon, etc. + +Assez y trouve esbatement. +Lors lui dy: Ma maistresse, et puis +Serons nous ainsi jours et nuis, +G'y donne mes consentemens. +Maudit soit, etc. + + + +RONDEL. + +(Fredet.) + +J'actens l'aumosne de doulceur, +Par l'aumosnier de doulx regart; +Espoir m'a promis de sa part, +Qu'il me fera toute faveur; +En esperant que ma langueur +Cessera, qui tant mon cueur art. +J'actens, etc. +Car, etc. + +Car, comme leal serviteur, +J'ay servy tousjours main et tart; +Pensant qu'Amours aura regart +Quelquefoiz, à ma grant douleur. +J'actens, etc. + + + +RONDEL. + +En la querelle de Plaisance, +J'ay veu le rencontre des yeulx +Qui estoient, ainsi m'aid Dieux, +Tous prestz de combatre à oultrance, +Rangez par si belle ordonnance, +Qu'on ne sauroit deviser mieulx. +En la querelle, etc. + +S'Amours n'y mectent pourveance, +De pieca je les congnois tieulx, +Qu'au derrenier, jeunes ou vieulx, +Mourront tous, par leur grant vaillance. +En la querelle, etc. + + + +RONDEL. + +Par l'aumosnier, plaisant regart, +Donnez l'aumosne de doulceur, +A ce povre malade cueur, +Du feu d'Amours, dont Dieu nous gart. +Nuit et jour, sans cesser, il art; +Secourez le, pour vostre honneur. +Par l'aumosnier, etc. + +S'il vous plaisoit, de vostre part, +Prier Amours qu'en sa langueur, +Pourvoyent à vostre faveur, +Aidié sera plus tost que tart. +Par l'aumosnier, etc. + + + +RONDEL. + +De la maladie des yeulx, +Feruz de pouldre de plaisir, +Par le vent d'Amoureux desir, +Est fort à guerir, se maid Dieux. +Toutes gens, et jeunes, et vieulx, +S'en scevent bien à quoy tenir. +De la maladie, etc. +Feruz de, etc + +Je n'y congnois remedes tieulx, +Que hors de presse soy tenir, +Et la compaignie fuir; +Qui plus en saura, die mieulx. +De la maladie, etc. + + + +RONDEL. + +Ce n'est que chose acoustumée, +Quant Soussy voy vers moy venir, +Se tost ne lui venoye ouvrir, +Il romproit l'uis de ma Pensée; +Lors fait d'escremie levée, +Et puis vient mon cueur assaillir. +Ce n'est, etc. +Quant, etc. + +Adonc prent d'Espoir son espée +Mon cueur, pour des coups soy couvrir, +Et se deffendre et garentir; +Ainsi je passe la journée. +Ce n'est, etc. + + + +RONDEL. + +Par m'ame, s'il en fust en moy, +Soussy, Dieu scet que je feroye, +Moy et tous, de toy vengeroye; +Il y a bien raison pourquoy. +Riens ne dy qu'ainsi que je doy, +Et telle est la voulenté moye. +Par m'ame, etc. +Soussy, etc. + +Ung chascun se complaint de toy, +Pour ce, voulentiers fin prendroye +Avec toy, se je povoye; +Je n'y vois qu'à la bonne foy. +Par m'ame, etc. + + + +RONDEL. + +Chascun devise à son propos, +Quant à moi, je suis loing du mien, +Mais mon cueur en espoir je tien, +Qu'il aura une foiz repos; +Souvent dit, me tournant le dos, +Je doubte que n'en sera rien. +Chascun, etc. +Quant, etc. + +Tenez l'uis de Pensée clos, +Faictes ainsi pour vostre bien, +Soussy vous vouldroit avoir sien, +Ne croyez, n'escoutez ses mos. +Chascun, etc. + + + +RONDEL. + +Mon cueur se plaint qu'il n'est payé +De ses despens, pour son traveil +Qu'il a porté, si nompareil, +Qu'oncques tel ne fut essayé. +Son payement est delayé +Trop longtemps, sur ce, quel conseil? +Mon cueur, etc. +De ses, etc. + +Puisqu'il n'est de gaiges rayé, +Mais prest en loyal appareil, +Autant que nul soubz le souleil, +Se mieulx ne peut, soit deffrayé. +Mon cueur, etc. + + + +RONDEL. + +Ennemy, je te conjure, +Regart qui aux gens cours sus, +Vieillars aux mentons chanus +Dont suis, n'avons de toy cure. +Jeune, navré de blesseure +Fu par toy, ny reviens plus. +Ennemy, etc. +Regart, etc. + +Va querir ton avanture +Sus amans nouveaulx venus; +Nous vieulx, avons obtenus +Saufconduitz, de par Nature. +Ennemy, etc. + + + +RONDEL. + +Ou Loyaulté me payera +Des services qu'ay faiz sans faindre, +Ou j'auray cause de me plaindre; +Qui mon guerdon delayera? +Bon droit pour moy tant criera, +Qu'aux cieulx fera sa voix actaindre. +Ou Loyaulté, etc. +Des services, etc. + +Quand Fortune s'effrayera. +Dieu a povoir de la reffraindre, +Et Raison, qui ne doit riens craindre, +De moy aider s'essayera. +Ou Loyaulté, etc. + + + +RONDEL. + +Des amoureux de l'observance, +Dont j'ay esté ou temps passé, +A present m'en treuve lassé +Du tout, sinon de souvenance. +Ou je prens d'en parler plaisance, +Quoy que suis de l'ordre cassé. +Des amoureux, etc. +Dont j'ay esté, etc. + +Souvent y ay porté penance, +Et si pou de biens amassé, +Que, quant je seray trespassé, +A mes hoirs lairray pou chevance. +Des amoureux, etc. + + + +RONDEL. + +Mon cueur, n'entreprens trop de choses, +Tu peulz penser ce que tu veulz, +Et faire selon que tu peuz, +Et dire ainsi comme tu oses. +Qui vouldroit sur ce trouver gloses? +Je men rapporteray à eulx. +Mon cueur, etc. +Tu peulz, etc. + +Se ces raisons garder proposes, +Tu feras bien, par mes conseulz, +Laisse les embesoignez seulz, +Il est temps que tu te reposes. +Mon cueur, etc. + + + +RONDEL. + +Ostez vous de devant moy, +Beaulté, par vostre serment, +Car trop me temptez souvent; +Tort avez, tenez vous quoy. +Toutes les foiz que vous voy, +Je suis je ne scay comment. +Ostez vous, etc. +Beaulté, etc. + +Tant de plaisir j'appercoy +En vous, à mon jugement, +Qu'ilz troublent mon pensement, +Vous me grevez, sur ma foy. +Ostez vous, etc. + + + +RONDEL. + +Comment ce peut il faire ainsi, +En une seule creature, +Que tant ait des biens de nature, +Dont chascun en est esbahy. +Oncques tel chief d'euvre ne vy +Mieulx accomply, oultre mesure. +Comment, etc. +En une, etc. + +Mes yeulx cuiday qu'eussent manty, +Quant apporterent sa figure +Devers mon cueur, en pourtraiture; +Mais vray fut, et plus que ne dy. +Comment, etc. + + + +RONDEL. + +Plaisant regard, mussez vous, +Ne vous monstrez plus en place, +Mon cueur craint vostre menace, +Dont mainteffoiz l'ay rescous; +Vostre actrait soubtil et doulx +Blesse sans qu'on lui mefface. +Plaisant, etc. +Ne vous, etc. + +Se dictes: Je fais à tous +Ainsi, car je m'y solace; +A tort, sauve vostre grace, +Ne devez donner courrous. +Plaisant, etc. + + + +RONDEL. + +Ne m'en racontez plus, mes yeulx, +De beaulté que vous prisez tant, +Car plus voys ou monde vivant, +Et moins me plaist, ainsi m'aist Dieux. +Trouver je ne me scay en lieux +Qu'il m'en chaille, ne tant ne quant. +Ne m'en, etc. +De beaulté, etc. + +Qu'est ce cy? deviens je des vieulx? +Ouy certes, dorenavant, +J'ay fait mon Karesme prenant, +Et jeusne de tous plaisirs tieulx. +Ne m'en, etc. + + + +RONDEL. + +Je ne vous voy pas à demy, +Tant ay mis en vous ma plaisance, +Tousjours m'estes en souvenance, +Puis le temps que premier vous vy. +Assez ne puis estre esbahy +Dont vient si ardent desirance. +Je ne vous, etc. +Tant ay, etc. + +Fin de compte, puisqu'est ainsi, +Fermons nos cueurs en aliance; +Quant plus ay de vous acointance, +Plus suis ne scay comment ravy. +Je ne vous, etc. + + + +RONDEL. + +Si hardiz, mes yeulx, +De riens regarder, +Qui me puist grever, +Qu'en valez vous mieulx? +Estroit, se m'aist Dieux, +Vous pense garder. +Si hardiz, etc. +De riens, etc. + +Vous devenez vieulx, +Et tousjours troter +Voulez, sans cesser, +Ne soyez plus tieulx, +Si hardiz, etc. + + + +RONDEL. + +Mon cueur, pour vous en garder, +De mes yeux qui tant vous temptent, +Afin que devers vous n'entrent, +Faictes les portes fermer. +S'ilz vous viennent raporter +Nouvelles, pensez qu'ilz mentent. +Mon cueur, etc. +De mes, etc. + +Mensonges scevent conter, +Et trop de plaisir se ventent, +Folz sont qui en eulx s'atendent, +Ne les vueillez escouter. +Mon cueur, etc. + + + +RONDEL. + +N'est ce pas grant trahison +De mes yeulx en qui me fye, +Qui me conseillent folie +Maintes foys, contre raison. +Que male part y ait on +D'eulx, et de leur tromperie. +N'est ce pas, etc. +De mes yeulx, etc. + +Mieulx me fust, en ma maison +Estre seul à chiere lye, +Qu'avoir telle compaignie +Qui me bat de mon baston. +N'est ce pas, etc. + + + +RONDEL. + +Rendez compte, Vieillesse, +Du temps mal despendu +Et sotement perdu, +Es mains Dame Jeunesse. +Trop vous court sus Foiblesse, +Qu'est Povoir devenu? +Rendez compte, etc. + +Mon bras en l'arc se blesse, +Quant je l'ay estendu, +Parquoy j'ay entendu +Qu'il convient que jeu cesse. +Rendez compte, etc. + +Tout vous est en destresse, +Desormais chier vendu. +Rendez compte, etc. + +Des tresors de liesse +Vous sera peu rendu, +Riens qui vaille ung festu; +N'avez plus que sagesse. +Rendez compte, etc. + + + +RONDEL. + +(Le Seigneur de Torsy.) + +Mais que mon mal si ne m'empire, +Je suis en bon point, Dieu mercy, +Ne n'ay ne douleur, ne soucy +De chose que on me puisse dire. +Plus ne me plains, plus ne souspire, +Je mengue, et dors bien aussi. +Mais que mon, etc. +Je suis en bon, etc. + +Pleurer souloye en lieu de rire, +En requerant grace et mercy; +Maintenant ne fais plus ainsi, +Car je ne crains point l'escondire. +Mais que, etc. + + + +RONDEL. + +(Le conte de Clermont.) + +J'amasse ung tresor de regrez +Que ma tant amée m'envoye, +Mais jusqu'à ce que je la voye, +Ne partiront de mes segrez. +La cause pourquoy? je la celle, +Ses griefz maulx qui me font mourir, +C'est pour garder l'onneur de celle +Qui ne me daigne secourir. +Plus l'eslongne, plus d'elle est pres +Mon cueur, dont mon povre oeil lermoye; +Il n'est point doleur que la moye, +Car quant j'ay assez plaint, apres +J'amasse, etc. + + + +RONDEL. + +(Responce d'Orléans.) + +C'est une dangereuse espergne +D'amasser tresor de regrez, +Qui de son cueur les tient trop pres, +Il convient que mal lui en preigne; +Veu qu'ilz sont si oultre l'enseigne, +Non pas assez nuysans, mais tres. +C'est une, etc. +D'amasser, etc. + +Se je mens, que l'en m'en repreigne, +Soient essayez, puis apres +On saura leurs tourmens segres; +Qui ne m'en croira, si l'apreigne. +C'est une, etc. + + + +RONDEL + +à Fredet. + +Le fer est chault, il le fault batre, +Vostre fait que savez, va bien; +Tout le saurez, sans celer rien, +Se venez vers moy vous esbatre. +Il a convenu fort combatre, +Mais, s'il vous plaist, parfait le tien. +Le fer est chault, etc. +Vostre fait, etc. + +Convoitise vouloit rabatre +Escharsement, et trop du sien; +Mais ung peu j'ay aidié du mien, +Qui l'a fait cesser de debatre. +Le fer est chault, etc. + + + +RONDEL. + +(Fredet.) + +Je regrecte mes dolans jours, +Comme celluy la qui tousjours +Ne fait que desirer sa mort; +Car plus avant vois, et plus fort +Acroissent mes dures dolours. +Quant on me fait d'estranges tours, +Que, mille foiz le jour, en plours, +Me fault dire par desconfort: +Je regrecte, etc. + +En vous seul est tout mon recours, +Faictes donc, plustost que le cours, +Cesser le mal que souffre à tort, +Ou autrement je me voy mort, +Et tout pour bien servir Amours. +Je regrecte, etc. + + + +RONDEL. + +(Responce au dit Fredet.) + +Se regrectez vos dolans jours, +Et je regrecte mon argent +Que j'ay delivré franchement, +Cuidant de vous donner secours. +Se ne sont pas les premiers tours +Dont Convoitise sert souvent. +Se regrectez, etc. +Et je regrecte, etc. + +Mais se vous n'avez voz amours, +Puisque Convoitise vous ment, +Le mien recouvreray briefment, +Ou mectray le fait en droit cours. +Se regrectez, etc. + + + +RONDEL. + +à Daniel. + +Vous dictes que j'en ayme deux, +Mais vous parlez contre raison, +Je n'ayme fors ung chapperon, +Et ung couvrechief, plus n'en veulx; +C'est assez pour ung amoureux; +Mal me louez, ce faictes mon. +Vous dictes, etc. +Mais vous, etc. + +Certes je ne suis pas de ceulx +Qui partout veulent à foison +Eulx fournir, en toute saison; +N'en parlez plus, j'en suis honteux. +Vous dictes, etc. + + + +RONDEL. + +(Olivier de la Marche) + +Pour amours des dames de France, +Je suis entré en l'observance +Du tres renommé saint Francois, +Pour cuidier trouver une fois +La doulce voye d'alegance. +Saint suis de corde de souffrance, +Soubz haire d'aigre desirance, +Plus qu'en mon Dieu ne me congnois. +Pour amours, etc. +Je suis entré, etc. + +Soubrement vis de ma plaisance, +Et june ce que desir pense, +Mandiant par tout où je vois, +Je veille à conter, par mes dois, +Les maulx que m'a fait Esperance. +Pour amours, etc. + + + +RONDEL. + +(Vaillant.) + +Des amoureux de l'observance, +Je suis le plus subgiet de France, +Car je sers d'estre mandien, +Et cherche le cotidien; +Mais nul en mon sac rien ne lance. +Aux freres l'aumosne, pour Dieu, +Tousjours vois criant d'uys en huis, +Las! Charité ne trouve en lieu, +Ne Pitié ne scet qui je suis, +Retourner m'en fault sans pitance; +Desir le proveheur me tance, +Puis le beau pere gardien, +Pis suis que Boesme, n'Yndien; +L'ordre vueil laisser sans doubtance. +Des amoureux, etc. + + + +RONDEL. + +(George.) + +Les serviteurs submis à l'observance, +Quoyque souvent, il leur tourne à grevance, +De non avoir leur plaisir à toute heure; +Toute fois, Dieu soubz qui rien ne demeure, +A telz servans ne fist onc decevance; +Mains il convient par contrainte eslevance, +Qu'onneur, fortune, ou amour les avance +En quelque endroit, et au besoing seceure. +Les serviteurs, etc. +Quoyque, etc. +De non, etc. + +Ce long souffrir en penible estrivance +N'aist aux souffrans, haulte et riche chevance, +Finablement, qui les paye et honneure; +Apres l'aigret, trouve on la doulce meure +Qui radoulcist en leur propre savance. +Les serviteurs, etc. + + + +RONDEL. + +(Vaillant.) + +Quant à moy, je crains le filé +Que d'autres ne craignent mye, +C'est d'avoir Dame sans amye, +Qui est un cas mal compilé. +Le fait d'amour est avilé, +Car Pitié y est endormie. +Quant à moy, etc. +Que d'autres, etc. + +Puis voy, par maint bec affilé +Faire plus fort que l'arquemie, +Dont, sur mon ame, je fremie +Et de paour d'estre aux piez pilé. +Quant, etc. + + + +RONDEL. + +Celle que je ne scay nommer +Com à mon gré desireroye, +Ce jour de l'an, de biens et joye +Paise à Dieu de vous estrener. +S'amie vous vueil appeller, +Trop simple nom vous bailleroye. +Celle que, etc. +Com à mon, etc. + +De ma Dame, nom vous donner, +Orguilleuse je vous feroye, +Maistresse point ne vous vouldroye; +Comment donc doy je à vous parler? +De celle, etc. + + + +RONDEL. + +A ce jour de saint Valentin, +Que l'en prent per par destinée, +J'ay choisy, qui tres mal m'agrée, +Pluye, vent et mauvais chemin. +Il n'est de l'amoureux butin, +Nouvelle, ne chancon chantée. +A ce jour, etc. +Que l'en, etc. + +Sourges me donne ce tatin, +Et à plusieurs de ma livrée; +Mieulx vauldroit en chambre natée +Dormir, sans lever sy matin, +A ce jour, etc. + + + +RONDEL. + +(Bouciquault.) + +Assez ne m'en peuz merveiller +Qu'aucuns amoureux ont creance +D'estre de ceulx de l'observance, +Mais plus n'y veulent travailler. +Je dy que leur vaulsist trop mieulx +Plus large reigle avoir choisie; +Par servir jeunes, et puis vieulx, +Laisser tout, c'est ypocrisie. +Autre nom leur convient bailler, +C'est apostat, qui pour doubtance +D'avoir un peu de penitance, +Ont voulu Loyaulté soiller. +Assez m'en, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Ce n'est pas par ypocrisie, +Ne je ne suis point apostat +Pourtant, se change mon estat +Es derreniers jours de ma vie. +J'ay gardé, ou temps de jeunesse, +L'observance des amoureux, +Or m'en a bouté hors Vieillesse, +Et mis en l'ordre douloreux +Des chartreux de Merencolie, +Solitaire, sans nul esbat; +A briefz motz, mon fait va de plat, +Et pour ce, ne m'en blasmez mye. +Ce n'est pas, etc. + + + +RONDEL. + +(Bouciquault.) + +Monstrer on doit qu'il en desplaise +Du meffait, à qui n'a povoir +De servir; car si cru pour voir, +En parler, il semble qu'il plaise; +Qui ne peut pour le moins se taise, +Et face en dueil larmes pleuvoir. +Monstrer on doit, etc. +Du meffait, etc. + +Mais dire qu'on n'a temps, ne aise, +Pour aage, d'y faire devoir, +Chascun scet bien apparcevoir +Que pou courcé, tost se rappaise. +Monstrer on doit, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +A quiconques plaise, ou desplaise, +Quant Vieillesse vient les gens prendre, +Il convient à elle se rendre +Et endurer tout son malaise. +Nul ne peut faire son devoir +De garder d'Amours l'observance, +Quant, avecques son bon vouloir, +Il a povreté de puissance. +Plus n'en dy, mieulx vault que me taise, +Car j'en ay à vendre et revendre; +Ung chascun doit son fait entendre; +Qui ne peut, ne peut, si s'appaise. +A quiconques, etc. + + + +RONDEL. + +(Fredet.) + +Le truchement de ma pensée, +Ceste saint Valentin passée, +J'ay envoyé devers Amours, +Pour lui compter les grans dolours +Que seuffre, pour ma tant amée; +Requerant ma peine alegée, +Autrement ma vie est finée, +Comme scet bien, il a mains jours. +Le truchement, etc. + +Et quant sa raison eut contée, +Lui dist: Ta requeste m'agrée, +Car trop leal l'ay veu tousjours; +Lors fut commandé mon secours, +Et le m'apporta la journée, +Le truchement etc. + + + +RONDEL. + +(Simonnet Caillau.) + +Pour bref telz maulx d'amours guerir, +Esgrun de Dueil te fault fuyr, +Les poix au veau te sont contraires, +Quant les fleurs de plaisans viaires +Sont dedans mises au boillir. +L'oubliete te peut servir, +Et l'herbe de Nonsouvenir, +A faire bons electuaires. +Pour bref, etc. + +Du triacle de Repentir, +Pour tes accez faire faillir, +Prendras sur les appoticaires; +Avecques siropz necessaires, +Faiz en succres de Deppartir. +Pour bref, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Les malades cueurs amoureux +Qui ont perdu leurs apetiz, +Et leurs estomacs refroidiz +Par soussiz et maulx douloureux, +Diete gardent sobrement, +Sans faire exces de trop douloir; +Chaulx electuaires souvent +Usent de Conforté vouloir, +Succres de Penser savoureux, +Pour renforser leurs esperiz; +Ainsi pevent estre gueriz, +Et hors de danger langoureux. +Les malades, etc. + + + +RONDEL. + +(Jehan Monseigneur de Lorraine.) + +Pour brief du mal d'amer guerir, +Esloingner l'air de Souvenir +Convient, sans grant merencolie; +Apres tout mes, mengier l'oublie +Pres du couchier, pour mieulx dormir. +De Nonchaloir, pour adoulcir +La medicine de Desir, +Prendre fault la plus grant partie. +Pour brief, etc. +Esloingner, etc. + +Puis ung beau regime, à l'issir +De vostre acces, pourrez choisir, +D'une Leaulté m'y partie, +Affin que ne rencheez mye, +Faictes reffuz d'amour bannir. +Pour brief, etc. + + + +RONDEL. + +Pour tous voz maulx d'amours guerir, +Prenez la fleur de Souvenir +Avec le just d'une ancollie, +Et n'obliez pas la soussie, +Et meslez tout en Desplaisir. +L'erbe de loing de son Desir, +Poire d'Angoisse pour refreschir, +Vous envoye Dieu, de vostre amye. +Pour tous, etc. + +Pouldre de Plains pour adoulcir, +Feille d'aultre que vous choisir, +Et racine de Jalousie, +Et de tretout la plus partie +Mectes au cueur, avant dormir. +Pour tous, etc. + + + +RONDEL. + +Puisque tu t'en vas, +Penser, en message, +Se tu fais que sage, +Ne t'esgare pas. +Au mieulx que pourras, +Pren le seur passage. +Puisque, etc. +Penser, etc. + +Tout beau, pas à pas, +Reffrain ton courage, +Qu'en si long voyage +Ne deviengnes las. +Puisque, etc. + + + +RONDEL. + +L'ueil et le cueur soient mis en tutelle, +Si tost qu'ilz sont rassotez en amours, +Combien qu'il a plusieurs qui font les lours, +Et ont trouvé contenance nouvelle; +Pour mieulx embler priveement Plaisance, +Mommerie sans parler de la bouche, +En beaux abiz d'or cliquant d'Acointance, +Soubz visieres de semblant qu'on n'y touche, +Faignent souvent l'amoureuse querelle; +Ainsi l'ay vu faire en mes jeunes jours, +Vestu m'y suis à droit et à rebours; +Je jangle trop, au fort, je me rappelle. +L'ueil et le cueur, etc. + + + +RONDEL. + +(Jehan Monseigneur de Lorraine.) + +Pour eschever plus grant dangier, +Certes, mon cueur, il est mestier, +Puisque nous alons veoir la belle, +Que tenez mon ueil en tutelle, +Qui ne vous donne à besongner; +Commandez lui bien, sans prier, +Qu'il ne croie riens de legier, +Dont il vous rapporte nouvelle. +Pour eschever, etc. + +Et s'il ne s'y veult obligier, +Mectez Raison pour espier + +A part sa couverte cautelle; +Car c'est cellui seul qui se mesle +De tieulx defaultes corrigier. +Pour eschever, etc. + + + +RONDEL. + +Chose qui plaist est à demy vendue, +Quelque cherté qui coure par pais; +Jamais ne sont bons marchands esbahis, +Tousjours gaignent à l'allée, ou venue. +Car, quant les yeulx qui sont facteurs du cueur, +Voyent Plaisir à bon marchié en vente, +Qui les tendroit d'achater leur bon eur? +Et deussent ilz engaiger biens et rente, +Et à rachat toute leur revenue, +De lascheté seroient bien trays, +Et devroient d'Amours estre hays; +Marchandise doit estre maintenue. +Chose qui plaist, etc. + + + +RONDEL. + +Chose qui plaist est à demy vendue, +A bon compte souvent, ou chierement, +Qui du marchié le denier a Dieu prent, +Il n'y peut plus mectre rabat, ne creue. +D'en debatre n'est que paine perdue, +Prenez ore, qu'apres on s'en repent. +Chose qui, etc. +A bon compte, etc. + +S'aucun aussi monstre sa retenue, +Et au bureau va faire le serement, +Les officiers n'y font empeschement, +Mais demandent tantost la bienvenue. +Chose qui, etc. + + + +RONDEL. + +(Jehan Monseigneur de Lorraine.) + +L'abit le moine ne fait pas, +Pourtant se je me veis de dueil, +J'ay la lerme assez loing de l'ueil, +Passant mes ennuiz au gros sas; +Je fains d'assembler à grans tas +Douleurs à part, mais quant je vueil. +L'abit le, etc. +Pourtant, etc. + +Conclusion, vecy mon cas: +De nulle rien je ne me dueil, +En gré prens d'Amours le recueil, +Soit beau, ou lait; puis je diz bas: +L'abit le, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +L'abit le moine ne fait pas, +L'ouvrier se congnoist à l'ouvrage, +Et plaisant maintient de visage +Ne monstre pas toujours le cas. +Alez tout soubrement le pas, +N'est que contrefaire le sage. +L'abit le, etc. +L'ouvrier, etc. + +Soubtil sens couchié par compas, +Enveloppé en beau langage, +Musse le vouloir du courage; +Cuider decoit en mains estas. +L'abit le, etc. + + + +RONDEL. + +(Jehan Monseigneur de Lorraine.) + +De fol juge, briefve sentence; +Certes bon cueur ne peut mentir, +Et si ne scet du sac yssir +Que ce qui est d'acoustumence. +Là où Raison pert pascience, +On voit bien souvent avenir, +De fol juge, etc. +Certes bon, etc. + +Envie, atout sa double lance, +Blesse en mains lieux sans cop ferir, +Dont il se convient repentir +Aucuneffoiz, qui bien y pense. +De fol juge, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +De fol juge, briefve sentence; +On n'y sauroit remedier, +Quant l'advocat oultrecuidier, +Sans raison, mainteffois sentence; +Apres s'en repent et s'en tence, +C'est tart, et ne se peut vuidier. +De fol juge, etc. +On n'y, etc. + +Fleurs portent odeur, et sentence +Et savoir vient d'estudier; +Ce n'est pas ne d'anuyt, ne d'yer, +J'en dy ce que mon cueur sent en ce. +De fol juge, etc. + + + +RONDEL. + +(Madame d'Orleans.) + +L'abit le moine ne fait pas, +Car quelque chiere que je face, +Mon mal seul tous les autres pace, +De ceulx qui tant plaignent leur cas. +Souvent, en dansant fais mains pas +Que mon cueur pres en dueil trespace. +L'abit le, etc. + +Las! mes yeulx gectent sans compas +Des lermes tant parmy ma face, +Dont plusieurs foiz je change place, +Alant à part pour crier las! +L'abit le, etc. + + + +RONDEL. + +(Guiot Pot.) + +L'abit le moine ne fait pas, +Car tel n'est pas vestu de noir, +Qui a cause de se douloir; +Par Dieu, qui congnoistroit son cas? +S'on lui fait changer ses esbas +Contre raison et son vouloir. +L'abit le, etc. + +Quant Fortune charge le bas +Au compaignon, s'il a povoir, +Et s'il joue ung tour de savoir, +Disant que de souffrir est las. +L'abit le, etc. + + + +RONDEL. + +(Messire Philippe Pot.) + +En la forest de longue actente +Où mainte personne est dolente, +Espoir me promist de donner, +Se bien vouloye cheminer, +Ce qui tous amoureux contente. +J'ay tout mis, cueur, corps et entente, +A traverser chemin et sente, +Pour cuider ce grant bien trouver. +En la forest, etc. +Où mainte, etc. +Espoir me, etc. + +Mais d'une chose je me vente, +Que j'ay eu tous les jours de rente, +Pour ma queste parachever, +Paine et ennuy, sans conquester +Riens, si non dueil qui me tourmente. +En la forest, etc. + + + +RONDEL. + +(Anthoine de Lussay.) + +En la forest de longue actente +Où les contentés, Dieu contente, +Je vous asseure, sur ma foy, +Que je n'y ay eu, tant soit poy, +Joye, ne bien dont je me sente. +Pensez se ma vie est dolente, +Veu, qu'ainsi soit, je me garmente, +Et que nul bien n'y a pour moy +En la forest, etc. +Où les contentés, etc. + +Ou fort, d'une chose me vente, +Se je ne faulx en mon entente, +Ou se la mort brief ne recoy, +Que je y auray, savez vous quoy? +Aucun plaisir qui vauldra rente. +En la forest, etc. + + + +RONDEL. + +(Guiot Pot.) + +En la forest de longue actente, +Ja pieca, fus en une sente, +Là où j'ay esgaré mon cueur, +Mais y souffrit tant de douleurs +Que tousjours convient que s'en sente +Depuis, tousjours tant fort lamente, +Par Fortune qui le tourmente, +Qu'il fault qu'il vive en grant langueur. +En la forest de, etc. +Ja pieca, etc. + +Mais, s'il eschappe, bien se vente +Qu'il gardera qu'on ne le tente +Par beau parler, ne par rigueur; +Car chascun se doit tenir seur +Que l'on fault bien à son entente, +En la forest, etc. + + + +RONDEL. + +(Gilles.) + +En la forest de longue actente, +Mon povre cueur tant se garmente +D'en saillir par aucune voye, +Qu'il ne lui semble pas qu'il voye +Jamais la fin de son entente; +Deconfort le tient en sa tente, +Qui par telle facon le tente, +Que j'ay paour qu'il ne le forvoye. +En la forest, etc. +Mon povre, etc. + +Espoir en riens ne le contente, +Comme il souloit, pourquoy dolente +Sera ma vie, où que je soye; +Et si auray, en lieu de joye, +Dueil et soussy tousjours de rente. +En la forest, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Crié soit à la clochete, +Par les rues, sus et jus, +Fredet, on ne le voit plus; +Est il mis en oubliete? +Jadis il tenoit bien conte +De visiter ses amis, +Est il roy, ou duc, ou conte? +Quant en oubly les a mis. +Banny à son de trompete, +Comme marié confus, +Entre chartreux, ou reclus, +A il point fait sa retrete? +Crié soit, etc. + + + +RONDEL. + +(Fredet.) + +Se veoir ne vous voys plus, +Helas! ce fait mariage, +Qui me fait avoir courage +D'estre desormais reclus; +Puisque si fort m'a confus, +Ne le tenez à oultrage. +Se veoir, etc. +Helas! etc. + +Mais non pourtant, je conclus +Que ce n'est pas fait que sage, +Car j'en puis, à brief langage, +Pour le moins perdre le plus. +Se veoir, etc. + + + +RONDEL + +(Orléans.) + +En l'ordre de mariage, +A il desduit, ou courrous? +Comment vous gouvernez vous? +Y devient on fol, ou sage? +Soit aux vieulx, ou jeunes d'age, +Rapporter m'en vueil à tous. +En l'ordre, etc. +A il desduit, etc. + +Le premier an, c'est la rage, +Tant y fait plaisant et douls; +Apres deux foiz toussir, j'ay la tous, +Cesser me fait de langage. +En l'ordre, etc. + + + +RONDEL. + +(Jacques bastart de la Tremoille.) + +En la forest de longue actente +J'ay couru l'année presente, +Tant que la saison a duré, +Mais j'ay esté plus maleuré +Que homme qui vive, je m'en vente. +La haye fut garnie de tente, +Et fis ma queste belle et gente, +Suivant les chiens, je m'esgaré +En la forest, etc. +J'ay couru, etc. +Je cours, je corne, je tourmente +En traversant, sans trouver sente, +Me trouvay tres fort enserré, +Tout seul presque desesperé, +Cuiday mourir des fois soixante. +En la forest, etc. + + + +RONDEL. + +(Le Cadet Dalebret.) + +Dedans l'abisme de douleur, +Où tant a d'amere saveur, +Aussi d'angoisseuse destresse, +Se trouve tourmenté, sans cesse, +Pour vous amer, mon povre cueur. +Ma Dame, par vostre doulceur, +Secourez ce bon serviteur, +A qui l'on fait tant de rudesse. +Dedans, etc. +Où tant, etc. + +Las! ostez de lui tout maleur, +Ou autrement il se tient seur +De jamais n'avoir que tristesse; +Dont fauldra que sa vie cesse +Piteusement, en grant langueur. +Dedans, etc. + + + +RONDEL. + +(Orleans.) + +Dedans l'abisme de douleur, +Sont tourmentées povres ames +Des amans; et, par Dieu, mes Dames, +Vous leur portez trop de rigueur. +Ostez les de ceste langueur, +Où ilz sont en maulx et diffames. +Dedans, etc. +Sont, etc. + +Se n'y monstrez vostre doulceur, +Vous en pourrez recevoir blasmes; +Tost orra prieres de fames, +Dangier, des dyables le greigneur. +Dedans, etc. + + + +RONDEL. + +(Gilles des Ourmes.) + +Dedans l'abisme de douleur +Sont tourmentés par grand foleur +Maints cueurs, par faulte de secours, +Qui n'ont à personne recours, +Qu'à Pitié qui detient le leur. +Car, quant ilz ont servy, on leur +Taille la broche sans couleur; +Lors ilz s'en vont languir le cours +Dedans, etc. +Sont, etc. + +Par Dieu ! c'est faulte de valeur +A ceulx qui le font par chaleur, +Et de fait, les tiennent si cours, +Qu'il leur fault user tout le cours +De leur vie, en paine et maleur. +Dedans, etc. + + + +RONDEL. + +(Philippe de Boulainvilliers.) + +Tirez vous là, regart trop convoiteux, +Renom avez d'estre de nul piteux, +Vostre semblant demonstre, pour tout voir, +Qu'estes venu pour mon cueur décevoir; +Dont me desplaist, j'en suis tres tout honteux. +Pour me tromper, faictes le marmiteux, +II ne fault point clocher devant boiteux; +Allez, allez, je ne vous vueil plus voir. +Tirez vous là, etc. +Renom avez, etc. + +Point ne vous fault faire le despiteux, +Car, quant vous voy, je suis toujours doubteux +De quelque mal, plus que de bien avoir; +Je vous congnois sans plus rien en savoir, +Où que soyez, vous estes rioteux. +Tirez vous là, etc. + + + +RONDEL. + +(Clermont.) + +Rendre vous fault de toutes choses conte, +Qu'avez vous fait, ma Dame, de mon cueur? +N'en mentons point, est il plus serviteur +Vostre tenu? dont je tien si grant conte. +A celle fin que l'en ne me mesconte, +Je vous diray, mais par mon créateur, +Rendre vous, etc. +Qu'avez, etc. + +Entendez vous ce que je vous raconte, +Dictes moy vray, hay avant rigueur +Sera elle en vous? lui donrez vous faveur? +Fy, fy, nennil, car ce vous serait honte. +Rendre vous, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Que je vous ayme maintenant ! +Quant je congnois vostre maniere +Venant de voulenté legiere, +Enveloppée en faulx semblant. +Je ne m'y fie tant, ne quant, +Veu qu'en estes bien coustumiere. +Que je vous, etc. +Quant je, etc. + +N'en peut chaloir, tirez avant, +Parfaictes comme mesnagiere, +De haulte lisse bonne ouvriere; +Plus vous voy, plus vous prise tant. +Que je vous, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Cueur, qu'est cela? ce sommes nous voz yeulx, +Qu'apportez vous? grant foison de nouvelles, +Quelles sont ilz? amoureuses et belles, +Je n'en vueil point voire, non, se m'aist Dieux; +D'où venez vous? de plusieurs plaisans lieux, +Et qui a il? bon marchié de querelles. +Cueur, etc. +Qu'apportez, etc. + +C'est pour jeunes, aussi est ce pour vieulx, +Trop sont vieulx soulz, pieca, n'en eustes telles, +Si ay, si ay, au moins escoutez d'elles, +Paix, je m'endors, non ferez pour le mieulx. +Cueur, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Soussy, beau Sire, je vous prie, SOUSSY. +De quoy? que me demandez vous? LE CUEUR. +Ostez moy d'anuy et courous, SOUSSY. +Où vous estes? non feray mie. LE CUEUR. +Tenir je vous vueil compaignie, SOUSSY. +Las! non faictes, soyez moy douls. LE CUEUR. +Soussy, etc. +De quoy, etc. + +Parlez en à Merencolie, SOUSSY. +Conseil premier entre vous. LE CUEUR. +Espoir y pourroit plus que nous, SOUSSY. +Faictes donc qu'il y remédie. LE CUEUR. +Soussy, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Quant Leaulté et Amour sont ensemble, +Et on les scet à deu entretenir. +En temps et lieu, et pour lui retenir, +Ilz font, par Dieu, feu Grejois, ce me semble. +J'en congnois deux qui portent grant atour, +Où contre droit en emportent le bruit; +Helas! voire, et ne font pas sejour, +Car traison en leurs cueurs tousjours bruit. +Garder se fault que nul ne les ressemble, +Ne nulle aussi qu'il veult à bien venir; +Pour ce, conclus, pour au point revenir, +Que jamais mal entre amoureux n'assemble +Quant, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Plus tost accointé que congneu, +Plus tost esprouvé que nourry, +Plus tost plaisant que bien choisy, +Est souvent en grace receu. +Mains tost que riche, despourveu +Se trouve garny de soussy. +Plus tost, etc. +Plus tost, etc. + +Assez tost meschant est recreu, +Assez tost entreprent hardy, +Assez tost senti qui s'ardy, +Tout ce mal est de chascun sceu. +Plus tost, etc. + + + +RONDEL. + +(Le Cadet.) + +Tu vas trop avant, retray toy, +Mon cueur, ou tu te feras prendre, +Pas n'est bon de tant entreprendre; +Arreste et te tiens tout coy. +Le feras tu? or le dy coy, +Affin qu'on ne te puist reprendre +Tu vas, etc. +Mon cueur, etc. + +Siet toy quelque part en requoy, +Pour mieulx te garder de surprendre; +Et de là tu pourras comprendre +Ton fait bien au long, or m'en croy. +Tu vas, etc. + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +A ce jour de saint Valentin, +Bien et beau Karesme s'en va; +Je ne scay qui ce jeu trouva, +Penser m'y a pris au matin; +Et puis pour jouer à tintin +Avecques moy tost se leva. +A ce jour, etc. +Bien et beau, etc. + +Soussy m'a cuidé ung tatin +Donner, mais pas ne l'acheva, +Bien garday que ne me greva; +_Maledicatur_ en latin. +A ce jour, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans) + +A ce jour de saint Valentin, +Venez avant, nouveaux faiseurs, +Faictes de plaisirs, ou douleurs, +Rimes en francoys, ou latin; +Ne dormez pas trop au matin, +Pensez à garder voz honneurs. +A ce jour, etc. +Venez, etc. + +Heur et maleur sont en hutin, +Pour donner pers, cy et ailleurs, +Autant aux moindres, qu'aux greigneurs, +Veulent departir leur butin. +A ce jour, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans) + +A ce jour de saint Valentin, +Qu'il me convient choisir ung per, +Et que je n'y puis eschapper, +Pensée prens pour mon butin. +Elle m'a resveillé matin, +En venant à mon huis frapper. +A ce jour, etc. + +Ensemble nous arons hutin, +S'elle veult trop mon cueur happer; +Mais, s'Espoir je peusse atrapper, +Je parlasse d'autre latin. +A ce jour, etc. + + + +RONDEL. + +(Benoist d'Amien.) + +Au plus fort de ma maladie, +M'a abandonné Esperance, +Laquelle sans point decevance, +Me devoit tenir compaignie. +Helas! ce n'est pas mocquerie, +D'avoir perdu telle alliance. +Au plus fort, etc. + +Car certes qui que chante, ou rie, +J'ay à toute heure desplaisance +Plus que nes ung qui soit en France, +Par quoy je ne scay que je die. +Au plus fort, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Au plus fort de ma maladie +Des fievres de merencolie, +Quant d'anuy j'ay frissonné fort, +J'entre en chaleur de desconfort +Qui me met tout en resverie; +Lors je jangle mainte folie, +Et meurs de soif de chiere lie, +De mourir seroye d'accort. +Au plus fort, etc. + +Adoncques me tient compaignie +Espoir, dont je le remercie, +Qui de me guérir se fait fort; +Disant que n'ay garde de mort, +Et qu'en riens je ne m'en soussie. +Au plus fort, etc. + + + +RONDEL. + +(Benoist d'Amien.) + +Pour les maux dont je suis si plains, +Fortune, ay je tort? se me plains +De ta grant fierté et rudesse +Qui, nuyt et jour, sans point de cesse, +Me tient en douleur et en plains. +Las! pense qu'ilz ne sont pas fains, +Mais avant tres plus grans que mains, +Veu que suis en telle foiblesse. +Pour les, etc. + +Or te requier, à jointes mains, +Que tu vueilles, à tout le moins. +Me tollir le mal qui me blesse; +Car je suis en telle destresse, +Que languir me fault, soirs et mains. +Pour les, etc. + + + +RONDEL. + +{Benoist d'Amien.) + +Pour parvenir à vostre grace, +Esperant que mon dueil efface, +Vous vueil servir jusqu'à la mort; +De ce, vous povez tenir fort, +Que nul autre bien ne pourchace. +Par quelque semblant que je face, +Ne quelque chemin que je trace, +N'est que pour arriver au port. +Pour parvenir, etc. + +Quant des yeulx ne vous voy en place, +Plus rien qui soit ne me soulace, +Dont soussy me tient si tres fort; +Non pourtant, mon seul reconfort, +Ne me chault quoy qu'on me mefface, +Pour parvenir, etc. + + + +RONDEL + +de Monseigneur d'Orléans à ma Dame d'Angoulesme. + +A ce jour de saint Valentin, +Puisqu'estes mon per ceste année, +De bien eureuse destinée +Puissions nous partir le butin. +Menez à beau frere hutin +Tant qu'ayez la pense levée. +A ce jour, etc. + +Je dors tousjours sur mon coissin, +Et ne fois chose qui agrée +Gueres à ma mal assenée, +Dont me fait les groings au matin. +A ce jour, etc. + + + +RONDEL. + +(Tignonville.) + +Pour la coustume maintenir, +Ceste saint Valentin nouvelle, +Mon cueur a choisy Damoiselle, +Moyennant l'amoureux desir. +Par ung regart fait à loisir, +Se voult logier es mains de celle. +Pour la, etc. +Ceste saint, etc. + +S'on lui fait trop de mal souffrir, +Je m'accorde qu'il se rappelle, +Et puis se tiengne à la plus belle +Que ses yeulx lui pourront choisir. +Pour, etc. + + + +RONDEL + +(Orléans.) + +Contre _fenoches_ et _nox buze_, +Peut servir ung tantost de France, +_Daly_ parolles de plaisance, +Au plus _sapere_ l'en cabuze, +Ja _cossy_ maintes foiz s'abuze, +_Grandissime_ fault pourveance. +Contre _fenoches_, etc. + +_Sta fermo_, toutes choses uze, +_Aspecte_ ung _poco_ par savance, +_La Rasonne fa_ l'ordonnance +_De quella_ medicine on uze, +Contre _fenoches_, etc. + + + +RONDEL + +(Orléans.) + +Ce premier jour du mois de May, +Quant de mon lit hors me levay, +Environ vers la matinée, +Dedens mon jardin de pensée, +Avecques mon cueur, seul entray. +Dieu scet s'entrepris fu d'esmay, +Car en pleurant tout regarday +Destruit d'ennuyeuse gelée. +Ce premier, etc. +Quant, etc. + +En gast, fleurs et arbres trouvay; +Lors au jardinier demanday +Se Desplaisance maleurée, +Par tempeste, vent, ou nuée, +Avoit fait tel piteux array. +Ce premier, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Qui est cellui qui s'en tendroit +De bouter hors merencolie, +Quant toute chose reverdie, +Par les champs, devant ses yeulx, voit. +Ung malade s'en gueriroit, +Et ung mort revendroit en vie. +Qui est cellui, etc. +De bouter, etc. + +En tous lieux on le nommeroit +Meschant endormy en follie, +Chasser de bonne compaignie, +Par raison, chascun le devroit. +Qui est cellui, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans) + +Allez vous musser maintenant, +Ennuyeuse Merencolie, +Regardez la saison jolie, +Qui partout vous va reboutant; +Elle se rit en vous mocquant, +De tous bons lieux estes bannye. +Allez vous, etc. +Ennuyeuse, etc. + +Jusques vers Karesme prenant +Que jeusne les gens amaigrie, +Et la saison est admortie, +Ne vous monstrez ne tant, ne quant. +Allez vous, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Qui est cellui qui d'amer se tendroit, +Quant beaulté fait de morisque l'entrée, +De plaisance si richement parée, +Qu'à l'amender jamais nul ne vendroit. +Cueur demy mort, les yeulx en ouvreroit, +Disant: C'est cy raige desesperée. +Qui est cellui, etc. +Quant, etc. + +Lors quant Raison enseigner le vendroit, +Il lui diroit: A! vieille rassotée, +Laissez m'en paix, vous troublez ma pensée, +Pour riens, en ce nully ne vous croiroit. +Qui est cellui, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Bon fait avoir cueur à commandement, +Quant il est temps, qui scet laisser, ou prendre, +Sans trop vouloir sotement entreprendre +Chose où ne gist gueres d'amendement. +Quel besoing est, quand on est à son aise, +De se bouter en soussy et meschief; +Je tiens amans pour folz, ne leur desplaise, +De travailler sans riens mener à chief; +C'est par espoir, ou par son mandement, +Qui tel mestier leur conseille d'aprendre, +Il fait pechié, on l'en devroit reprendre, +J'en parle au vray, à mon entendement. +Bon fait avoir, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Je vous entens à regarder, +Et part de voz penser congnois, +Essayé vous ay trop de fois, +De moy ne vous povez garder. +Cuidez vous, par voz motz farder. +Mener les gens de deux en trois. +Je vous, etc. +Et part, etc. + +Vous savez tirer et tarder, +Raige faictes, et feu Gregois; +Bien gangnez voz gaiges par mois, +Parachevez sans retarder. +Je vous. etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + + +Plus de desplaisir que de joye, +Assez d'ennuy, souvent à tort, +Beaucoup de soussy sans confort, +Oultraige de peine, où que soye; +Trop de douleur à grant montjoye, +Foison de tres piteux rapport. +Plus de desplaisir, etc. +Assez d'ennuy, etc. + +Tant de grief que je ne diroye, +Mains amant ma vie, que mort, +Pis que mourir, n'est ce pas fort? +Telz beaulx dons fortune m'envoye. +Plus de desplaisir, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans} + +Pour mon cueur qui est en prison, +Mes yeulx vont l'aumosne quérir; +Gueres n'y pevent acquérir, +Tant petitement les prise on. +Reconfort qui est l'aumosnier, +Et Espoir, sont allez dehors; +On ne donna point l'aumosne hier, +Refus estoit portier alors. +Pour mon, etc. + +Il est si plain de mesprison, +De rien ne le faut requerir, +N'essayer de le conquerir, +Tousjours tient sa vieille aprison. +Pour mon, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans) + +Fortune! sont ce de voz dons? +Engoisses que vous aportez, +A présent vous en deportez, +Ce sont trop doloreux guerdons; +D'entrer ceans vous deffendons, +Dures nouvelles rapportez. +Fortune, etc. +Engoisses, etc. + +Et oultre plus, vous commandons +Que les cueurs ung peu supportez +Jouer vous, et vous depportez +Autre part, baillant telz pardons. +Fortune, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Et comment l'entendez vous? +Ennuy et Merencolie, +Voulez vous toute ma vie. +Me tourmenter en courrous? +Le plus maleureux de tous +Doy je estre? je le vous nye. +Et comment, etc, +Ennuy, etc. + +De tous poins accordons nous, +Ou, par la vierge Marie, +Se Raison n'y remédie, +Tout va sen dessus dessous. +Et comment, etc. + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Voire, dea! je vous ameray, +Ennuyeuse Merencolie, +Et servant de plaisance lie, +Par vous plus ne me nommeray; +Foy que doy à Dieu, si seray +Tout sien, soit ou sens, ou folie. +Voire, dea, etc. +Ennuyeuse, etc. + +Jamais ne m'y rebouteray, +En voz lactz, se je m'en deslie, +Et se Bon eur à moy s'alie, +Je fait à vous, mais non feray. +Voire, dea, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Fortune, passez ma requeste, +Quant assez m'aurez tort porté, +Ung peu je soye déporté, +Que Desespoir ne me conqueste; +Veu que je me suis, en la queste +D'Amours, loyaument deporté. +Fortune, passez, etc. +Quant, etc. + +Mon droit, sans que plus y acqueste. +Aux jeunes gens j'ay transporté; +Se riens est de moy rapporté, +Je vous prie qu'on en face enqueste. +Fortune, etc. + + + +RONDEL. + +(Orleans.) + +De quoy vous sert cela? Fortune, +Voz propos sont, puis longs, puis cours, +Une foiz estes en decours, +L'autre plaine comme la lune; +On ne vous trouve jamais une, +Nouvelletez sont en voz cours. +De quoy, etc. +Voz propos, etc. + +S'est vostre maniere commune; +Car, quant je vous requiers secours, +Vous fuyez, apres vous je cours, +Et pitié n'a en vous aucune. +De quoy, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans) + +Serviteur plus de vous, Merencolie, +Je ne seray, car trop fort y traveille; +Raison le veult, et ainsi me conseille +Que le face, pour l'aise de ma vie. +A Nonchaloir vueil tenir compaignie, +Par qui j'auray repos sans que m'esveille. +Serviteur, etc. +Je ne seray, etc. + +Se de vous puis faire la departie, +Et il seurvient quelque estrange merveille, +Legierement passera par l'oreille; +Au contraire jamais nul ne me die. +Serviteur, etc + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Pourquoy moy, plus que les autres ne font, +Doy je porter de Fortune l'effort? +Par tout je vois criant: Confort, Confort, +C'est pour neant, jamais ne me respont. +Me convient il tousjours ou plus parfont +De dueil nager, sans venir à bon port. +Pourquoy moy, etc. +Doy je, etc. + +J'appelle aussi, et en bas et amont, +Loyal Espoir, mais je pense qu'il dort, +Ou je cuide qu'il contrefait le mort: +Confort, n'Espoir, je ne scay où ilz sont. +Pourquoy, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Pourquoy moy, mains que nulluy +Que je congnoisse aujourduy, +Auray je part en liesse, +Veu qu'ay despendu jeunesse +Longuement, en grant ennuy. +Doy je donc estre cellui +Qui ne trouvera en lui +Bon eur, qu'à peu de largesse. +Pourquoy moy, etc. + +J'ay loyal désir suy, +A mon povoir, et fuy, +Tout ce qui à tort le blesse; +Désormais, en ma vieillesse, +Demourray je sans apuy? +Pourquoy moy, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +C'est pour rompre sa teste +De fortune tanser, +Qui à riens ne s'arreste, +Trop seroit fait en beste. +C'est pour, etc. +Quant elle tient sa feste, +Les aucuns fait danser, +Et les autres tempeste. +C'est pour, etc. + + + +RONDEL. + +Du tout retrait en hermitage +De Nonchaloir, laissant folie. +Desormais veult user sa vie, +Mon cueur, que j'ay veu trop volage. +Et savez vous qui son courage +A changié? s'a fait maladie. +Du tout, etc. +De Nonchaloir, etc. + +Fera il que fol, ou que sage? +Qu'en dictes vous? je vous en prie, +Il fera bien, quoy que nul dye, +Moult y trouvera d'avantage. +Du tout, etc. + + + +RONDEL. + +Sans faire mise, ne recepte +Du monde, dont compte ne tien, +Mon cueur, en propos je maintien; +Que mal et bien en gré accepte. +Se fortune est mauvaise, ou bonne, +A chascun la fault endurer; +Quant raison y mectra la bonne, +Elle ne pourra plus durer; +Rien n'y vault engin, ne decepte, +Au derrain on congnoistra bien, +Qui fera le mal, ou le bien, +Grans, ne petiz, je n'en excepte. +Sans faire, etc. + + + + +RONDEL. + +Est ce tout ce que m'apportez +A vostre jour? Saint Valentin, +N'auray je que d'Espoir butin, +L'actente des desconfortez. +Petitement vous m'enhortez +D'estre joyeulx à ce matin. +Est ce tout, etc. +A vostre jour, etc. + +Nulle rien ne me rapportez, +Fors _bona dies_ en latin, +Vieille relique en viel satin; +De telz presens vous deportez. +Est ce tout, etc. + + + +RONDEL. + +(Simonnet Caillau.) + +Ou millieu d'espoir et de doubte, +Helas! je pense jours et nuys; +Mais, par Dieu! bien bref, se je puis, +J'auray pis, ou mieulx, quoy qu'il couste. +Mes yeulx ouvers, je n'y vois goute, +Si non que maintenant j'en suis. +Ou millieu, etc. +Helas! je pense. + +J'ay tant fait le guet et l'escoute, +A la fenestre et à l'uis, +Et n'ay pas ce que g'y poursuis, +Aincois m'est force que j'escoute. +Ou millieu, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Quant pleur ne pleut, souspir ne vante, +Et que cessée est la tourmente +De dueil, par le doulx temps d'espoir, +La nef de desireulx vouloir +A port eureux fait sa descente; +Sa marchandise met en vente, +Et à bon marché la presente +A ceulx qui ont fait leur devoir. +Quant pleur, etc. +Et que cessée, etc. + +Lors les marchans de longue actente, +Pour gaigner, et corps, et rente, +En ont ce qu'en pevent avoir; +D'en acheter font leur povoir; +Tant que chascun cueur s'en contente. +Quant pleur, etc. + + + +RONDEL. + +(Faret.) + +Ou millieu d'espoir et de doubte, +Une foiz mal, autre foiz bien, +Je m'y trouve; mais je voy bien +Que c'est fortune qui m'y boute; +Et pour vous dire, somme toute, +C'est une chose où n'entens rien. +Ou millieu, etc. +Une foiz, etc. + +Mais quelque chose qui me coute, +Si est ce bien le vouloir mien +De m'ouster hors de ce lien +Aucuneffoiz, tant me reboute, +Ou millieu, etc. + + + +RONDEL. + +(Benoist d'Amien.) + +En la grant mer de desplaisance, +Sans avoir espoir d'alegance +De trouver port, fors de douleur, +Nage tousjours mon povre cueur, +En bateau banny d'esperance; +Voille n'a que de decevance, +Ne soutte que de pascience, +Jamais n'y vente que maleur. +En la grant, etc. +Sans avoir, etc. + +Dueil, Soussy ont la gouvernance; +Qui ne lui donnent, pour pitance +Que bescuit durcy de langueur, +Avecques eaue de rigueur; +Ainsi languist, faisant penance. +En la grant, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Quant pleur ne pleut, souspir ne vente, +Le bruit sourt de jeux et risée, +Et Joye vient appareillée +De recevoir d'Espoir sa rente +Assignée sur longue actente. +Mais apres loyaument paiée. +Quant, etc. +Le bruit, etc. + +Ja Reconfort est mis en vente, +Et Plaisance fait sa livrée +De biens si richement ouvrée, +Que deuil fuyt, et s'en mal contente. +Quant pleur, etc. + + + +RONDEL. + +(Jehan Monseigneur de Lorraine.) + +Chose qui plaist est à demy vendue, +En quelconque marchandie que ce soit. +Mais l'ueil prise tel chose qui decoit, +Le plus souvent, quant elle est bien congnue; +Car, quant Amour se vendoit à Priere, +Peu de marchans y conquestoit proufit; +Desir survient qui met la fole enchiere, +A qui marchié de raison ne suffit. +Adonc vela qui apovrist, et tue +Le maleureux que chascun monstre au doit, +Disant: C'est cil qui plus fait qu'il ne doit, +Dont s'ordre n'est à son droit maintenue. +Chose qui plaist, etc. + + + +RONDEL. + +(Orleans.) + +Quant je congnois que vous estes tant mien, +Et que m'aymez de cueur, si loyaument, +Je feroye vers vous trop faulcement +Se, sans faindre, ne vous amoye bien; +Essayez moy se vous fauldray en rien, +Gardant tousjours mon honneur seulement. +Quant, etc. +Et que, etc. + +Se me dictes: Las! je ne scay combien +Vostre vouloir durera longuement; +Je vous respons, sans aucun changement, +Qu'en ce propos me tendray, et me tien. +Quant, etc. + + + +RONDEL + +pour Monseigneur de Beaujeu. + +Puisqu'estes de la contrarie +D'Amours, comme monstrent voz yeulx, +Vous y trouvez vous pis, ou mieulx? +Qu'en dictes vous de telle vie? +Souffler vous y fault l'alquemie, +Ainsy que font jeunes et vieulx. +Puisqu'estes, etc. +D'Amours, etc. + +Ne cuidez par nygromancye +Estre invisible; se m'aist Dieux, +On congnoistra, en temps et lieux, +Comment jourez de l'escremye. +Puisqu'estes, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Dedans l'amoureuse cuisine, +Où sont les bons, frians morceaux, +Avaler les convient tous chaulx, +Pour reconforter la poictrine. +Saulce ne faut, ne cameline, +Pour jeunes appetiz nouveaulx. +Dedans, etc. +Où sont, etc. + +Il souffist de tendre geline +Qui soit sans os, ne vieilles peaulx, +Mainssée de plaisans cousteaux, +C'est au cueur vraye medicine. +Dedans, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Où le trouvez vous en escript? +Se dient à mon cueur mes yeulx, +Que nous ne soyons vers vous tieulx +Que devons, de jour et de nuyt. +Se ne vous conseillon prouffit, +Nous en croirez vous? nennil, Dieux. +Où le trouvez, etc. + +Quant rapportons quelque deduit +Que nous avons veu en mains lieux, +Prenez en ce qui vous plaist mieulx, +L'autre lessez, est ce mau dit? +Où le trouvez, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +L'eaue de pleurs, de joye, ou de douleur, +Qui fait mouldre le molin de Pensée, +Dessus lequel la rente est ordonnée, +Qui doit fournir la despense du cueur. +Despartir fait farine de doulceur, +D'avecques son de dure destinée. +L'eaue, etc. + +Lors le mosnier nommé Bon, ou Mal eur, +En prent prouffit, ainsi que lui agrée; +Mais Fortune souvent desmesurée +Lui destourbe mainteffois, par rigueur. +L'eaue, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +En verray je jamais la fin +De voz euvres? Merencolie, +Quant au soir de vous me deslie. +Vous me ratachez au matin; +J'amasse mieulx autre voisin +Que vous, qui si fort me guerrie. +En verrai je, etc. +De voz euvres, etc. + +Vers moy venez en larrecin, +Et me robez plaisance lie; +Suis je destiné, en ma vie, +D'estre tousjours en tel hutin. +En verray je, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Soupper ou baing, et disner ou bateau, +En ce monde n'a telle compaignie, +L'un parle, ou dort, et l'autre chante, ou crie, +Les autres font balades, ou rondeau. +Et y boit on du viel et du nouveau, +On l'appelle le desduit de la pie. +Soupper ou baing, etc. +En ce monde, etc. + +Il ne me chault ne de chien, ne d'oiseau; +Quant tout est fait, il fault passer sa vie +Le plus aise qu'on peut, à chiere lie; +A mon advis, c'est mestier bon et beau. +Soupper ou baing, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Qu'est cela? c'est Merencolie. +Vous n'entrerez ja; pourquoy? pour ce +Que vostre compaignie acourse +Mes jours, dont je foys grant folie. +Se me chassez par chiere lie, +Brief revendray de plaine course. +Qu'est cela, etc. +Vous, etc. + +Il fault que raison amolie +Vostre cueur, et plus ne se cource, +Ainsi pourrez auroir ressource, +Mais que vostre mal sens deslie. +Qu'est cela, etc. + + + +RONDEL. + +(Orleans.) + +En yver, du feu, du feu, +Et en esté, boire, boire, +C'est de quoy on fait memoire, +Quant on vient en aucun lieu. +Ce n'est ne bourde, ne jeu, +Qui mon conseil vouldra croire? +En yver, etc. +Et en esté, etc. + +Chaulx morceaux faiz de bon queu, +Fault en froit temps, voire, voire, +En chault, froide pomme, ou poire; +C'est l'ordonnance de Dieu. +En yver, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Ne cessez de tanser, mon cueur, +Et fort combatre ces faulx yeulx +Que nous trouvons, vous et moy, tieulx +Qu'ilz nous font trop souffrir douleur. +Estroictement commandez leur +Qu'ilz ne troctent en tant de lieulx. +Ne cessez, etc. +Et fort, etc. + +Et leur monstrez telle rigueur, +Qu'ilz vous craingnent, car c'est le mieulx; +Qu'ilz obeissent, se m'aist Dieux, +A vous, vous monstrant leur Seigneur. +Ne cessez, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Je ne voy rien qui ne m'annuye, +Et ne scay chose qui me plaise; +Au fort, de mon mal me rapaise, +Quant nul n'a sur mon fait envye. +D'en tant parler, ce m'est follie, +Il vault trop mieulx que je me taise. +Je ne voy, etc. +Et ne scay, etc. + +Vouldroit aucun changer sa vie +A moy? pour essayer mon aise; +Je croy que non, car plus mauvaise +Ne trouveroit, je l'en deffie. +Je ne voy, etc. + + + +RONDEL + +(Orléans.) + +Ne bien, ne mal, mais entre deulx +J'ay trouvé aujourduy mon cueur +Qui parmi Confort et Douleur, +Se seiéoit ou meilleu d'entr'eulx. +Il me dit: Qu'est ce que tu veulx? +Peu, respondy pour le meilleur. +Ne bien, ne mal, etc. +J'ay trouvé, etc. + +Aux dames et aux paons fais veulx, +Se fortune me tient rigueur, +De sa foy requerray bon eur, +Qu'il s'aquicte quant je me deulx. +Ne bien, ne mal, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Fermez lui l'uis au visaige, +Mon cueur, à Merencolie, +Gardez qu'elle n'entre mye, +Pour gaster nostre mesnaige; +Comme le chien plain de raige, +Chassez la, je vous en prye. +Fermez lui l'uis, etc. +Mon cueur, etc. + +C'est trop plus nostre avantaige +D'estre sans sa compaignie, +Car tousjours nous tanse, et crye, +Et nous porte grand dommaige. +Fermez lui l'uis, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans) + +Ou millieu d'Espoir et de Doubte, +Les cueurs se mussent plusieurs jours, +Pour regarder les divers tours +Dont Dangier souvent les deboute. +L'oreille je tens, et escoute +Savoir que, sur ce, dit Secours. +Ou millieu, etc. +Les cueurs, etc. + +Eslongné de mondaine route +Me tiens, comme né en decours, +Entre les aveugles et sours, +Dieu y voye, je n'y voy goute. +Ou millieu, etc. + + + +RONDEL. + +(Orleans.) + +Devenons saiges desormais, +Mon cueur, vous et moy, pour le mieulx, +Noz oreilles, aussi noz yeulx, +Ne croyons de legier jamais. +Passer fault nostre temps en paix, +Veu que sommes du renc des vieulx. +Devenons, etc. +Mon cueur, etc. + +Se nous povoions par souhaiz +Rasjeunir, ainsi m'aide Dieux, +Feu Grejoys ferions en mains lieux; +Mais les plus grans coups en sont faiz, +Devenons, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Qui le vous a commandé? +Soussy, de me mener guerre; +Avant qu'on vous aille querre, +Venez sans estre mandé. +M'ordonnez vous almandé, +Quant Mort de son dart m'enferre. +Qui le vous, etc. +Soussy, etc. +Pour Dieu, tost soit amendé +Le mal qui tant fort me serre, +Apres que seray en terre, +Vous en sera demandé. +Qui le vous, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Ces beaulx mignons à vendre et à revendre, +Regardez les, sont ilz pas à louer? +Au service sont tous pres d'eulx louer +Au Dieu d'amours, s'il lui plaist à les prendre. +Bon escolle sauront bientost aprendre, +Bons escolliers, je les vueil advouer. +Ces beaulx, etc. +Regardez, etc. + +Et s'ilz faillent, il les pourra reprendre, +Quant ilz vouldront trop nycement jouer, +Et sus leurs braz la chemise nouer, +Tant qu'au batre ne se puissent deffendre. +Ces beaulx, etc. + + + +RONDEL. + +(Maistre Jehan Caillau.) + +Quant pleur ne pleut, souspir ne vente, +Si fait, dea! des foiz plus de trente, + Maint se tourmente, +Souffrant le revers de son vueil, +Et touteffoiz lerme de l'ueil + Neist hors du sueil, +Pour payer du courroux la rente; +Du dolent, ou de la dolente, +Qui seuffre doleur non pas lente, + Sans nulle actente +D'assouagement de leur dueil. +Quant pleur, etc. + +Tant y en a en ceste sente, +Souffrans de corps, de cueur, d'entente, + Loing de la tente +Où sont Plaisance et Doulx acueil; +Quant à moy, des maulx que recueil, + Dont tant me dueil, +Seulet, à part moy, me guermente. +Quant pleur, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans) + +D'Espoir, il n'en est nouvelles, +Qui le dit? Merencolie, +Elle ment, je le vous nye; +A! a! vous tenez ses querelles. +Non faiz, mais parolles telles +Courent, je vous certiffie. +D'Espoir, etc. +Qui le dit, etc. + +Parlons doncques d'autres, quelles? +De celles dont je me rie, +Peu j'en scay, or je vous prie +Que m'en contez des plus belles. +D'Espoir, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Une povre ame tourmentée +Ou Purgatoire de Soussy, +Est en mon corps, qu'il soit ainsi; +Il y pert, et nuyt, et journée, +Piteusement est detirée, +Sans point cesser, puis là, puis cy. +Une povre, etc. +Ou, etc. + +Mon cueur en a peine portée, +Tant qu'il en est presque transy; +Mais esperance j'ay aussi, +Qu'au derrenier, sera sauvée. +Une povre, etc. + + + +RONDEL. + +(Maistre Jehan Caillau.) + +Espoir où est? en chambre close, +Et là que fait? il se repose, +Sera il empiece esveillé? +Il dit que il a trop veillé, +Et que dormir veult une pose. +Que pour quelque pris je compose +A vous, et l'esveiller je n'ose, +Car il est las, et traveillé. +Espoir, etc. + +Par Dieu, ainsi que je suppose, +Il fait quelque roman, ou glose; +Moy mesmes suis esmerveillé +De le veoir si ensommeillé, +Ne m'en direz vous autre chose? +Espoir, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Pour empescher le chemin, +Il ne fault q'un amoureux +Qui, en penser desireux, +Va songant soir et matin; +Donnez lui ung bon tatin, +Il s'endort le maleureux. +Pour, etc. +Il ne, etc. + +D'eaue tout plain ung bassin +Eust il dessus ses cheveulx, +D'un coup d'esperon, ou deux, +Ne veult chasser son roussin. +Pour, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Qu'esse la? qui vient si matin? +Se suis je, vous, saint Valentin, +Qui vous amaine maintenant, +Ce jour de Karesme prenant, +Venez vous departir butin? +A present nulluy ne demande, +Fors bon vin et bonne viande, +Banquetz, et faire bonne chiere; +Car Karesme vient et commande +A charnaige, tant qu'on le mande, +Que pour ung temps se tire arriere. +Ce nous est ung mauvais tatin, +Je n'y entens nul bon latin, +Il nous fauldra dorenavant +Confesser, penance faisant, +Fermons lui l'uys à tel hutin. +Qu'esse la, etc. + + + + +RONDEL. + +Commandez qu'elle s'en voise, +Mon cueur, à Merencolie, +Hors de vostre compaignie, +Vous laissent en paix sans noise; +Trop a esté, dont me poise, +Avecques vous, c'est folie. +Commandez, etc. +Mon cueur, etc. + +Oncques ne vous fut courtoise, +Mais les jours de vostre vie +A traictez en tirannie; +Sang de moy, quelle bourgoise! +Commandez, etc. + + + +RONDEL. + +(Bourbon jadiz Clermont.) + +Je gis au lit d'amertume et doleur, +Livré à mort, par faulte de secours, +Et si ne scay quant finera le cours +De mon aspre et immortel malheur. +Priez pour moy, car je m'en vois mourir, +Mes bon amis, aiez en souvenance; +On ne me veult au besoing secourir, +Requerez en, apres mes jours, vengance. +Si vous m'amez, car c'est pour la valleur +D'une sans per, qu'ainsi m'est au decours +Ma povre vie, sans repit, ne recours, +Pour estre tant son loyal serviteur, +Je gis au lit, etc. + + + +RONDEL. + +(Response d'Orleans à Bourbon.) + +Comme parent et alyé +Du duc Bourbonnois à present, +Par ung rondeau nouvellement +Me tiens pour requis et payé; +Par une, gist malade, mis +Ou lit d'amertume et grevance, +Requerant tous ses bons amis, +S'il meurt, qu'on demande vengance. +Quant à moy, j'ay ja deffie +Celle qui le tient en tourment, +Et apres son trespassement, +Par moy sera bien hault crié. +Comme parent, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Quant ung cueur se rent à beaulx yeulx, +Criant mercy piteusement, +S'ilz le chastient rudement, +Et il meurt, qu'en valent ilz mieulx? +Batu de verges de Beaulté, +De lui font sang par tout courir, +Mais qu'il n'ait fait desleauté, +Pitié le devroit secourir; +S'il n'a point hanté entre tieulx +Qui ne s'acquictent loyaument; +Doit estre tel pugnissement, +A mon advis, en autres lieux. +Quant, etc. + + + +RONDEL. + +(Le Seneschal.) + +Ma fille de confession, +Vueillez avoir compassion +De cellui qui sert loyaument, +Et qui est vostre entierement, +Sans point faire de fiction. +Selon raison et conscience, +Tort lui tendrez, c'est ma creance, +S'il n'a bien brief ce que tant vault. +Je vous charge par penitence, +Q'ayez en lui toute fiance, +Sans plus respondre: Ne m'en chault. +Cellui qui souffrist passion, +Vous doint bonne contriction; +Au chois de mon entendement, +Plus eureux soubz le firmament +N'auroit, dont il soit mencion. +Ma fille, etc. + + + +RONDEL. + +(Response d'Orleans au Seneschal.) + +Beau Pere! _benedicite_, +Je vous requier confession, +Et, en humble contriction, +Mon pechié sera recité. +En moy n'a eu mercy, ne grace, +Prenant de ma beaulté orgueil, +Amours me pardoint, ainsi face, +Desormais repentir m'en vueil; +Reffus à mon cueur delité, +J'en feray satisfacion, +Donnez m'en absolucion +Et penance, par charité. +Beau Pere, etc. + + + +RONDEL. + +(Blosseville.) + +Ma tres belle, plaisante seur, +_Confiteor_ du bon cueur +Dictes, par grant devocion, +Sans plus avoir intencion +De maintenir vostre folleur. +Car tost apres, de ma puissance +Vous absouldray, en esperance +Que doulce serez envers tous. +Et vous enjoings, par penitance, +De donner demain allegance +A cellui qui se meurt par vous; +Lequel, par vostre grant rigueur, +Seuffre, comme j'entens, doleur, +Et sans cause pugnicion; +Dont ja n'aurez remission, +Tant qu'il en soit hors, j'en suis seur. +Ma très belle, etc. + + + +RONDEL. + +(Bourbon.) + +Je sens le mal qu'il me convient porter +Non advenu, mais je crains qu'il aviengne, +Et qu'en la fin maleureux je deviengne, +Sans m'asservir ailleurs, ne transporter; +S'ainsi advient qu'à tort on m'abandonne, +Que Dieu ne vueille, que feray je sans per? +Las! je ne scay, si ce mal on me donne. +Des malheureux je seray le non per. +Pour le meilleur, il me fault deporter +Jusques à tant que ce malheur me viengne; +Mais à ma Dame hardiement en souviengne; +Car pour tousjours sa rigueur supporter, +Je sens le mal, etc. + + + +RONDEL. + +(Response d'Orléans à Bourbon.) + +A voz amours hardiement en souviengne, +Duc de Bourbon, se mourez par rigueur, +Jamais n'auront ung si bon serviteur, +Ne qui vers eulx tant loyaument se tiengne. +Dieu ne vueille que tel meschief adviengne, +Ilz perdroient leur renom de doulceur. +A voz amours, etc. +Duc de, etc. + +S'il est jangleur qui soctement maintiengne +Que Bourbonnois ont souvent legier cueur, +Je ne respons, fors que pour vostre honneur, +Esperance convient que vous soustiengne. +A voz amours, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans) + +Descouvreur d'embusche, sot ueil, +Pourquoy as tu passé le sueil +De ton logis, sans mandement? +Et par oultrageux hardement, +As entrepris contre mon vueil. +Demourer en repos je vueil, +Et en paix faire mon recueil. +Sans guerre avoir aucunement. +Descouvreur, etc. +Pourquoy, etc. + +En aguet se tient Bel acueil, +Et se par puissance, ou orgueil, +Une fois en ses mains te prent, +Tu fineras piteusement +Tes jours, en la prison de dueil. +Descouvreur, etc. + + + +RONDEL. + +(Maistre Berthault de Villebresme.) + +Puisque Atropos a ravy Dyopée, +Contre humain cours prinse et anticipée, +Cupido! plus je ne vous serviray; +Car tel douleur que pour vous servir ay, +Pour Demophon n'eut Phillis Rodopée. +Plaisance s'est de moy émancipée, +Dueil m'est acquis, ma joie est dicipée; +En Boreas, Zephirus s'est viray. +Puisque, etc. +Contre, etc. + +Adieu vous dy, toute nymphe actrapée +Aux laqs, Venus com oyseau a pipée, +Plus avecques vous je ne me deduiray, +Mais à gémir du tout me reduiray, +Ou m'occiray, com Piramus, d'espée. +Puisque, etc. + + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Amours, à vous ne chault de moy, +N'à moy de vous, c'est quiete et quiete, +Ung vieillart jamais ne prouffite +Avecques vous, comme je croy; +Puisque suis absolz de ma foy, +Et jeunesse m'est interdicte. +Amours, etc. +N'à moy, etc. + +Jeune, sceu vostre vieille loy, +Vieil, la nouvelle je despite, +Ne je ne crains la mort subite +De regart; qu'en dictes vous? quoy? +Amours, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +J'ay pris le logis de bonne heure +D'Espoir, pour mon cueur, aujourduy, +Affin que les fourriers d'Annuy +Ne le preignent pour sa demeure; +Veu que, nuyt et jour, il labeure +De me gaster; et je le fuy. +J'ay pris, etc. +D'Espoir, etc. + +Bon eur, avant que mon cueur meure, +L'aidera, il se fye en luy; +Autre part ne quiers mon apuy, +En actendant qu'il me sequeure, +J'ay pris, etc. + + + +RONDEL. + +(Fraigne.) + +Mon oeil m'a dit qu'il me deffie +A tousjours, sans repentir. +Se je ne lui fais ce plaisir +D'amer une qu'il a choisie; +Se c'estoit pour sauver sa vie, +Plus ne m'en pourroit requérir. +Mon oeil, etc. +A tousjours, etc. + +Je lui ay dit: Tu fais folie, +Je te prie, laisse moy dormir, +Je n'ay pas à présent loisir +De penser à ta reverie. +Mon oeil, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Escoutez et laissez dire, +Et en voz mains point n'empire +Le mal, retournez le en bien; +Tout yra, n'en doublez rien, +Si bien qu'il devra suffire. +Dieu, comme souverain mire, +Fera mieulx qu'on ne désire, +Et pourverra; tout est sien. +Escoutez, etc. +Et en voz, etc, + +Chascun à son propos tire, +Mais on ne peut pas eslire, +Je l'ay trouvé, ou fait mien; +Au fort, content je m'en tien, +Car apres pleurer, vient rire. +Escoutez, etc. + + + +RONDEL. + +(Benoist d'Amien.} + +Contre _fenouches_ et _nox buze_, +Convient l'un faire, _l'aultro_ dire, +Pleurer d'un ueil, de _l'aultro_ rire, +_Questo modo_ les gens abuze. +Or _da poy_ que _lo mondo_ en uze, +_Non est dy besoingno dormire_. +Contre, etc. +Convient, etc. + +_Tanto principo_ comme _duze_, +Veulent le _lour fato_ conduire, +Et _li soy servitor_ instruire +A _sapere jouar_ la ruze. +Contre, etc. + + + +RONDEL. + +(Maistre Berthault de Villebresme.) + +Puisque chascun sert de _fenouches_, +Et de mentir, neiz que de mouches. +Aucun aujourduy ne tient conte, +Mais à chascun d'avoir son compte +Souffist, soit honneur, ou reprouches. +Retraire je me vueil es touches +Des bois, ainsi que les farouches, +Car d'estre au monde j'ay grant honte. +Puisque, etc. +Et de mentir, etc. + +Je y congnois tant de males bouches, +De clers voyans faisant les louches. +De bons et simples que l'on donte; +Veu donc que mal bien y surmonte. +Plus me plaist vivre entre les souches. +Puisque, etc. + + + +RONDEL. + +(Le Duc de Bourbon.) + +Prenez l'ommaige de mon cueur, +En recevant sa feaulté, +Et il gardera loyaulté, +Comme doit leal serviteur. +S'il se forfait en vous servant, +Et qu'il soit clerement cogneu, +Ne le tenez plus pour servant, +Banny soit comme descongneu. +Mais ce pendant, toute doulceur +Lui soit faicte, sans cruaulté, +Actendant que vostre beaulté +Ait pouveu à sa grant douleur. +Prenez, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +En arrierefief soubz mes yeulx, +Amours, qui vous ont fait hommaige. +Je tiens de mon cueur l'eritaige, +A vous sommes et serons tieulx, +Voz vraiz subgietz, voire des vieulx. +Soit nostre prouffit, ou dommaige. +En arrierefief, etc. +Amours, etc. + +J'appelle Déesse et Dieux +Sur ce, vers vous, en tesmoingnaige, +Se voulez, j'en tendray ostaige; +Vous puis je dire, ou faire mieulx? +En arrierefief, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +J'en baille le denombrement +Que je tiens soubz vous loyaument. +Loyal desir et bon vouloir; +Mais j'ay trop engagé povoir, +Se je n'en ay relèvement. +Je vous ay servi longuement, +En y despendant largement +Des biens que j'ay peu recevoir. +J'en baille, etc. +Que je tiens, etc. + +Vieillesse m'assault tellement, +Et me veult à destruisement +Mener, mais, veu qu'ay fait devoir +Que m'aiderez, j'ay ferme espoir +A mes drois, voyez les comment. +J'en baille, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans). + +Je suis à cela +Que Merencolie +Me gouvernera. +Qui m'en gardera ? +Je suis, etc. + +Puisqu'ainsi me va, +Je croy qu'à ma vie +Autre ne sera. +Je suis, etc. + + + +RONDEL. + +(Orleans.) + +On ne peult chastier les yeulx, +N'en chevir, quoy que l'en leur dye, +Dont le cueur se complaint et crye, +Quant s'esgarent en trop de lieux. +Seront ilz tousjours ainsi? Dieux! +Rien n'y vault s'on les tanse, ou prie, +On ne peut, etc. +N'en chevir, etc. + +Quant aux miens, ilz sont desja vieulx, +Et assez lassez de follie; +Les yeulx jeunes, fault qu'on les lye +Comme enragiez, n'est ce le mieulx? +On ne peut, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Sont les oreilles estouppées? +Rapportent ilz au cueur plus rien? +Ouyl, plustost le mal que bien, +Quant on ne les tient gouvernées. +Se leurs portes ne sont fermées, +Tout y court de va et de vien. +Sont les oreilles, etc. +Rapportent, etc. + +Les miennes seront bien gardées +De Nonchaloir, que portier tien; +Dont se plaint et dit le cueur mien, +On ne me sert plus de pensées. +Sont les oreilles, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Tel est le partement des yeulx, +Quant congié prennent doulcement, +D'eulx retraire piteusement, +En regretz privez pour le mieulx. +Lors divers se dient adieux, +Esperans revenir briefment. +Tel est le, etc. +Quant, etc. + +Et si laissent, en plusieurs lieux, +Des larmes par engagement +Pour paier leur deffrayement, +En gectant souspirs, Dieu scet quieulx. +Tel est le, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Pour monstrer que j'en ay esté, +Des amoureux aucuneffoiz, +Ce May, le plus plaisant des mois, +Vueil servir ce present esté. +Quoy que Soucy m'ait arresté, +Sans son congié, je m'y envoiz. +Pour monstrer, etc. +Des amoureux, etc. + +Pour ce, je me tiens apresté +A deduiz, en champs et en bois, +S'Amours y prent nulz de ses droitz, +Quelque bien m'y sera presté. +Pour monstrer, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Tant ay largement despendu +Des biens d'amoureuse richesse, +Ou temps passé de ma jeunesse, +Que trop chier m'a esté rendu; +Car lors à rien je n'ay tendu, +Qu'à conquester foison lyesse. +Tant ay, etc. +Des biens, etc. + +Commandé m'est, et deffendu +Desormais par Dame Vieillesse, +Qu'aux jeunes gens laisse prouesse, +Tout leur ay remis et vendu +Tant ay, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Fyez vous y, se vous voulez, +En Espoir qui tant promet bien; +Mais souventeffoiz n'en fait rien, +Dont mains cueurs se sentent foulez. +Quant Desir les a affolez, +Au grant besoing leur fault du sien. +Fyez vous y, etc. +En Espoir, etc. + +Lors sont de destresse affolez; +J'aymeroye, pour le cueur mien, +Mieulx que deux tu l'aras, ung tien; +Quant les oyseaux s'en sont vollez. +Fyez vous, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Jaulier des prisons de Pensée, +Soussy, laissez mon cueur yssir, +Pasmé l'ay veu esvanouir +En la fosse desconfortée; +Mais que seurté vous soit donnée +De tenir foy et revenir. +Jaulier, etc. +Soussy, etc. + +S'il mouroit en prison fermée, +Honneur n'y povez acquerir; +Vueilliez au moins tant l'eslargir +Qu'ait sa finance pourchassée. +Jaulier, etc. + + + +RONDEL. + +(Simonnet Caillau.) + +Jaulier des prisons de Pensée, +Mon povre cueur aux fers tenez, +Et dit on que vous lui donnez, +Chascun jour, une bastonnée. +Est ce par sentence ordonnée, +Qu'en ce point le me gouvernez? +Jaulier, etc. +Mon povre, etc. + +Se sa cause estoit bien menée, +On jugeroit que mesprenez, +Et qu'à grant tort le retenez, +Sans plainte de personne née. +Jaulier, etc. + + + +RONDEL. + +(Tignonville.) + +Jaulier des prisons de Pensée, +Avez vous le commandement +De traicter ainsi rudement +Les povres cueurs, en ceste année; +Vous est la puissance donnée +De par Soussy, ou autrement. +Jaulier, etc. +Avez vous, etc. + +Dedens la chartre adoulée, +Tenir les deussiez doulcement, +Batre ne devez nullement +Prisonniers en fosse fermée. +Jaulier, etc. + + + +RONDEL. + +(Gilles des Ourmes.) + +Jaulier des prisons de Pensée, +Qui tenez tant de gens de bien, +Ouvrez leur, ilz paieront bien +Le droit de l'yssue, et l'entrée. +Ilz m'ont commission baillée +D'appointer, dictes moi combien? +Jaulier, etc. +Qui tenez, etc. + +Car j'ay cy finance apportée +Assez, que du leur, que du mien; +Tant qu'on ne vous en devra rien, +Jusqu'à la derreniere journée. +Jaulier, etc. + + + +RONDEL. + +(Orleans.) + +Donnez l'aumosne aux prisonniers, +Reconfort, et espoir aussi, +Tant feray au jaulier Soussy, +Qu'il leur portera voulentiers. +Ilz n'ont ne vivres, ne deniers, +Crians de fain; il est ainsi. +Donnez, etc. +Reconfort, etc. + +Meschans ont esté mesnagiers, +Tenuz pour debte jusques cy, +Faictes les euvres de mercy, +Comme vous estes coustumiers. +Donnez, etc. + + + +RONDEL. + +(Benoist d'Amien.) + +N'oubliez pas les prisonniers, +Bonnes gens, aiez en mercy; +Ilz sont en la tour de Soussy, +Et n'ont ne mailles, ne deniers, +Larrons ne sont point, ne murtriers, +Par envie on les tient ainsi. +N'oubliez pas, etc. +Bonnes gens, etc. + +Faictes comme bons aumosniers, +Pour la grant pitié que veez cy, +Et pour vous prieront Dieu aussi +De tres bon cueur, et voulentiers. +N'oubliez pas, etc. + + + +RONDEL. + +(Hugues le Voys.) + +Jaulier des prisons de Pensée, +Ouvrez à Reconfort la porte, +Car à mon cueur l'aumosne porte, +Que mes yeulx lui ont pourchassée; +Tenu l'avez, mainte journée, +Ou cep d'anuy, et prison forte. +Jaulier, etc. +Ouvrez, etc. + +Tant à faim et soif endurée, +Qu'il a perdu couleur et sorte, +Helas! pour Dieu, qu'on le supporte, +Autrement sa vie est finée. +Jaulier, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Banissons Soussy, ce ribault +Batu de verges par la ville, +C'est ung crocheteur trop habille +Pour embler joye qui tant vault; +Copper une oreille lui fault, +Il est fort larron entre mille. +Banissons, etc. +Batu de, etc. + +Se plus ne revient, ne m'en chault, +Laissez le aller sans croix, ne pille, +Le Deable l'ait ou trou Sebille; +Point n'en saille pour froit, ne chault. +Banissons, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Des vieilles defferres d'Amours, +Je suis à present, Dieu mercy; +Vieillesse me gouverne ainsi, +Qui m'a condempné en ses cours. +Je m'esbahis quant à rebours +Voy mon fait, disant: Qu'est ce cy? +Des vieilles, etc. +Je suis, etc. + +Mon vieil temps convient qu'ait son cours, +Qui en tutelle me tient sy, +Du jaulier appellé Soussy, +Que rendu me tiens pour tousjours. +Des vieilles, etc. + + + +RONDEL. + +(Orleans.) + +Comme monnoye descriée, +Amours ne tient compte de moy; +Jeunesse m'a laissé, pourquoy? +Je ne suis plus de sa livrée. +Puisque telle est ma destinée, +Desormais me fault tenir coy. +Comme, etc. +Amours, etc. + +Plus ne prens plaisir, qu'en pensée +Du temps passé; car, sur ma foy, +Ne me chault du present que voy, +Car Vieillesse m'est delivrée. +Comme, etc. + + + +RONDEL. + +(Orleans.) + +Laissez Baude buissonner, +Le vieil Briquet se repose, +Desormais travailler n'ose, +Abayer, ne mot sonner. +On lui doit bien pardonner, +Ung vieillart peut pou de chose. +Laissez, etc. +Le vieil, etc. + +Et Vieillesse emprisonner +L'a voulu, en chambre close; +Par quoy j'entens que propose +Plus peine ne lui donner. +Laissez, etc. + + + +RONDEL. + +(Hugues le Voys.) + +Comme monnoye descriée, +Loyaulté je voy abriée +Dessoubz le pavillon de Honte, +Par Faulceté qui la surmonte, +Et l'a d'oultrance deffiée. +De Bonnefoy s'est alyée, +Et de son aide l'a priée, +Mais on n'en tient que peu de conte. +Comme, etc. +Loyaulté, etc. + +Du tout la tiens pour ravallée, +Par montaigne et par vallée, +Est notoire ce que raconte; +En maison de Duc, ne de Conte, +Ne se treuve qu'à l'eschappée. +Comme, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Quant me treuve seul, à part moy, +Et n'ay gueres de compaignie, +Ne demandez pas s'il m'ennuye, +Car ainsi est il, sur ma foy. +En riens plaisance n'apercoy, +Fors comme une chose endormye. +Quant me, etc. +Et n'ay, etc. + +Mais s'entour moy plusieurs je voy, +Et qu'on rie, parle, chante, ou crye, +Je chasse hors merencolie +Que tant hair et craindre doy. +Quant, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Trop ennuyez la compaignie, +Douloureuse Merencolie, +Et troublez la feste de Joye; +Foy que doy à Dieu, je vouldroye +Que feussiez du pays bannie. +Vous venez sans que l'on vous prie, +Bon gré, maugré, à l'estourdie, +Alez, que plus on ne vous voye. +Trop ennuyez, etc. +Douloureuse, etc. + +Soussy avecques vous s'alye, +Si lui dy je que c'est folie, +Quel mesnaige! Dieu vous convoye +Si loing, tant que vous revoye +Querir, quant? jamais en ma vie. +Trop ennuyez, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Escollier de Merencolie, +Des verges de Soussy batu, +Je suis à l'estude tenu, +Es derreniers jours de ma vie; +Se j'ay ennuy, n'en doubtez mye, +Quant me sens vieillart devenu. +Escollier, etc. +Des verges, etc. + +Pitié convient que pour moy prie, +Qui me treuve tout esperdu, +Mon temps je pers, et ay perdu, +Comme rassoté en folie. +Escollier, etc. + + + +RONDEL. + +(Hugues le Voys.) + +Escollier de Merencolie, +Par Soussy qui est le recteur, +A l'estude est tenu mon cueur; +Et Dieu scet comme on le chastie. +De s'y mectre fist grant folie, +Car on le tient à la rigueur. +Escollier, etc. +Par Soussy, etc. + +Bon temps n'aura jour de sa vie. +Puisqu'il y est, de son maleur, +Dedens le livre de douleur, +Lui est force qu'il estudie. +Escollier, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Et fust ce ma mort, ou ma vie, +Je ne puis de mon cueur chevir, +Qu'il ne veuille conseil tenir +Souvent, avec Merencolie. +Si lui dy je que c'est folie, +Mais comme sourt ne veult oir +Et fust ce, etc. +Je ne puis, etc. + +A Grace, pour ce, je supplie +Qu'il lui plaise me secourir, +Au par aller ne puis fournir, +Se ne m'aide par courtoisie. +Et fust ce, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Allez vous en dont vous venez, +Ennuyeuse Merencolie, +Certes on ne vous mande mye. +Trop privée vous devenez. +Soussy avecques vous menez, +Mon huis ne vous ouvreray mye. +Allez vous en, etc. +Ennuyeuse, etc. + +Car mon cueur en tourment tenez, +Quant estes en sa compaignie; +Prenez congié, je vous en prie, +Et jamais plus ne retournez, +Allez vous en, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +A qui en donne l'en le tort? +Puisque le cueur en est d'accort, +Se les yeulx vont hors en voyage, +Et rapportent aucun message +De beaulté plaine de confort. +Ilz crient: Resveille qui dort, +Lors le cueur ne dort pas si fort, +Qui ne dye: J'oy compter rage. +A qui en, etc. +Puisque le, etc. + +Adoncques Desir picque et mort, +Savez comment? jusqu'à la mort; +Mais le cueur, s'il est bon et sage, +Remede y treuve et avantage, +Bien, ou mal en vient oultre bort. +A qui en, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Doivent ilz estre prisonniers, +Les yeulx, quant ilz vont assaillir +L'embusche de plaisant desir, +Comme hardiz avanturiers; +Veu qu'ilz sont d'Amours souldoyers, +Et leurs gaiges fault desservir. +Doivent ilz, etc. +Les yeulx, etc. + +Ilz se tiennent siens si entiers, +Qu'au besoing ne pevent faillir, +Jusques à vivre, ou à mourir. +Ilz le font bien, et voulentiers. +Doivent ilz, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +N'oubliez pas vostre maniere, +Non ferez vous, je m'en fais fort, +Ennuy armé de desconfort, +Qui tousjours me tenez frontiere, +Venez combatre à la barriere, +Et faictes à coup vostre effort. +N'oubliez pas, etc. +Non ferez, etc. + +Quant mectez sus vostre banniere, +Cueurs loyaux guerriez si fort, +Que les faictes retraire ou fort +De Douleurs, à piteuse chiere. +N'oubliez pas, etc. + + + +RONDEL. + +(Orleans) + +Chiere contrefaicte de cueur. +De vert perdu et tanne painte, +Musique notée par fainte, +Avecques faulx bourdon de maleur. +Qui est il ce nouveau chanteur? +Qui si mal vient à son actainte. +Chiere, etc. +De vert, etc. + +Je ne tiens contre, ne teneur +Enroué, faisant faulte mainte, +Et mal entonné par contrainte, +C'est la chapelle de douleur. +Chiere, etc. + + + +RONDEL. + +(Le grant Seneschal.) + +Qui trop embrasse, peu estraint; +Je le dy pour maintes et maint +Qui scevent servir de telz tours, +Mectans loyaulté en decours, +Dont leur bon los peut estre estaint. +Qui a choisy et pris party, +Puisque son cueur y a party, +Est ce bien fait de le laisser? +Pose qu'on feust trop mieulx party, +Si seroit ce mal depparty, +Et son honneur trop fort blesser. +Qui varie, sans bien remaint; +Par fermeté souvent on vaint, +Les bons trouvent tousjours secours, +Ceulx qui changent, l'ont à rebours; +Il est pieca escript et paint. +Qui trop, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Il n'est nul si beau passe temps +Que de jouer à sa pensée, +Mais qu'elle soit bien despensée +Par raison, ainsi je l'entens. +Elle a fait milz despens contens, +Par espoir soit recompensée. +Il n'est, etc. + +Elle dit: A ce je m'actens, +Veu qu'ay loyaulté pourpensée, +Que de mes soussiz dispensée +Seray, malgré les malcontens. +Il n'est, etc. + + + +RONDEL. + +(Fraigne.) + +Le cueur, dont vous avez la foy, +Se recommande à vous, ma Dame, +Vous faisant savoir qu'il vous ame, +Mais pensez que ce n'est pas poy. +Il parle nuyt et jour à moy, +En vous louant, belle, plus que ame. +Le cueur, etc. +Se recommande, etc. + +Il m'a juré, et je le croy, +Qu'à son vivant n'ayma tant femme, +Et Dieu scet comment il me blasme +Que plus souvent je ne vous voy. +Le cueur, etc. + + + +RONDEL. + +Prophetizant de vostre advenement, +Voyant venir voz haulx biens clerement, +Acompaignez de vostre grant beaulté, +A vous amer si fort me suis bouté, +Qu'au monde n'ay nul autre pensement. +Tres que mon oueil vous vit premierement, +Il ordonna mon cueur entierement +Pour vous servir en toute feaulté. +Prophetizant, etc. + +Lors je jugay, à mon entendement, +Que quelquefoiz j'auroye advencement. +Vous remonstrant ma tres grant loyaulté, +Et que de biens j'auroye à grant planté, +Cela je creu des le commencement. +Prophetizant, etc. + + + +RONDEL. + +(Fraigne.) + +Mon oueil, je te pry et requier +Que tu n'ayes plus en pensée +D'aler veoir ma tant desirée. +Ou tu me metz en grant dangier: +Et si te dy, pour abregier, +Que c'est ma mort toute jurée. +Mon oueil, etc. +Que tu n'ayes, etc. + +Quant tu la verra au moustier, +Ou quelque part à la passée, +Ne te metz pas en sa visée, +Car perilleux est tel archier. +Mon oueil, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Pour Dieu, faictes moy quelque bien, +Veu que m'a desrobé Vieillesse, +Plaisance; car, en ma jeunesse, +Savez que vous amoye bien; +Pour vous n'ay espargné du mien, +Or suis povre, plain de foiblesse. +Pour Dieu, etc. +Veu que, etc. + +Devoir ferez, comme je tien. +Car j'ay despendu à largesse, +Pieca, mon tresor de liesse, +Et maintenant je n'ay plus rien. +Pour Dieu, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +C'est la prison Dedalus, +Que de ma merencolie, +Quant je la cuide faillie, +J'y rentre de plus en plus. +Aucunes foiz je conclus +D'y bouter Plaisance lie. +C'est la prison, etc. +Que de ma, etc. + +Oncques ne fut Tantalus +En si tres peneuse vie, +Ne, quelque chose qu'on die, +Chartreux, hermite, ou reclus. +C'est la prison, etc. + + + +RONDEL. + +(Anthoine de Guise.) + + Ha! mort, helas! +Veu que je suis de vivre las, +Que ne tens tu vers moy tes las, +Pour abregier mon infortune, +Aussi pour monstrer à Fortune + Qui me fortune, +La puissance que sur elle as. +Fay ton effort, et si t'avance, +Mais, pour Dieu, que ce soit avant ce +Que je m'occye de mes mains; +Monstre ton povoir et savance, +Puisque je vueil faire l'avance, +Car certes tu ne peutz à mains. + Pren tes esbas +A faire cesser noz debas, +Aussi bien sont ce tes cabas +Que de tousjours trouver rancune; +Tu es seule, celle et chascune: + Sans autre aucune, +Par qui tout cesse hault et bas. + Ha! mort, helas! + + + +RONDEL. + +(Anthoine de Guise.) + +Par bien celer mains tours divers, +Monstrant de son vueil le revers, +Soubz ung peu de maniere fainte. +Avec abstinence contrainte, +Sont les secrez d'Amours ouvers. +Refus les deffent à travers, +Et ne sont à nulz descouvers, +Que ce ne soit en tres grant crainte. +Par bien celer, etc. + +Honte, les tient clos et couvers, +Pour les faulx Dangiers et pervers. +Dont elle a eu repcouche mainte; +Mais pour venir à nostre actainte, +Loyaulté nous baille ces vers. +Par bien celer, etc. + + + +RONDEL. + +(Anthoine de Guise.) + +Ou val obscur, avantureux, +Où les loyaulx cueurs doloreux + Des amoureux +Sont condempnez d'user leurs jours, +En piteux plains et grans clamours, + Me tient Amours, +Comme le chief des langoureux. +Et faut qu'avec les maleureux, +Par son faux refus rigoureux, + Plus que poureux, +J'actende la mort à secours. +Ou val obscur, etc. + +C'est le hault guerdon dangereux, +Ordonné pour moy et pour eulx, + Peu savoureux, +Sans autre part avoir recours; +Et la voyant nostre decours. + De criz et plours, +Faisons ung tresor plaintureux. +Ou val obscur, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +A! que vous m'anuyez, Vieillesse! +Que me grevez plus que oncques mes, +Me voulez vous à tousjours mes +Tenir en courroux et rudesse; +Je vous fais loyalle promesse +Que ne vous aymeray james. +A! que vous, etc. +Que me, etc. + +Vous m'avez banny de jeunesse, +Rendre me convient desormais, +Et faictes vous bien? Nennil, mais, +De tous maulx on vous tient maistresse. +A! que vous, etc. + + + +RONDEL. + +Les biens de vous, honneur et pris, + M'ont tant espris +De vous amer, ma gente Dame, +Qu'il n'est pas en puissance d'ame +De tourner ailleurs mes espris. +C'est à moy trop hault entrepris, + Com mal apris, +Mais blasmez en, s'il y a blasme, +Les biens, etc. + +Donc, puisqu'Amour ainsi m'a pris + En son pourpris, +Et que tant loyaument vous ame, +Amez moy, je prens sus mon ame +Que jamais n'en serons repris. +Les biens, etc + + + +RONDEL. + +M'amerez vous bien? +Dictes par vostre ame, +Mais que je vous ame +Plus que nulle rien; +Le vostre me tien, +Sans faire autre Dame. +M'amerez, etc. +Dictes par, etc. + +Dieu mist tant de bien +En vous, que c'est basme; +Pour ce, je me clame +Vostre, mais combien. +M'amerez, etc. + + + +RONDEL. + +C'est par vous que tant fort souspire, + Tousjours m'empire; +A vostre advis, faictes vous bien? +Que tant plus je vous vieulx de bien, +Et, sus ma foy, vous m'estes pire. +Ha! ma Dame, si grief martire, + Ame ne tire +Que moy, dont ne puis mais en rien. +C'est par vous, etc. + +Vostre beaulté vint, de grant tire, + A mon oueil dire +Que feist mon cueur devenir sien; +Il le voulut, s'il meurt? et bien, +Je ne lui puis aider, ou nuyre. +C'est par vous, etc. + + + +RONDEL. + +Pour mectre fin à mes douloureux plains, +Et aux ennuys dont je me sens si plains, + Fort me complains +A toute heure, mais remede n'y treuve, +Fors qu'il me fault de mort faire l'espreuve, + Ou dame neuve, +Car la mienne se rit, tant plus me plains; +Souvent m'a veu pleurant par brais et plains, +A triste cueur, de dueil paliz et tains, +Mais pensez vous que de riens et se meuve? + Pour mectre fin, etc. + +Nenny, ains dit par sa foy, qu'autres mains +Seuffrent des maulx plus que moy, soirs et mains, + Et qu'en ay mains +Que je ne dy, ainsi mon fait repreuve, +Bien lui plairoit qu'elle feust de moy veufve, + Son cas le preuve; +Ne suis je pas doncques en bonnes mains? +Pour mectre, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Temps et temps m'ont emblé jeunesse, +Et laissé es mains de Vieillesse, +Où vois mon povre pain querant; +Aage ne me veult, tant ne quant, +Donner l'aumosne de liesse. +Puisqu'elle se tient ma maistresse, +Demander ne lui puis promesse, +Pour ce, n'enquerons plus avant. +Temps, etc. + +Je n'ay repast que de foiblesse, +Couchant sur paille de destresse, +Suis je bien payé maintenant +De mes jeunes jours cy devant? +Nennil, nul n'est qui le redresse. +Temps, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Asourdy de Nonchaloir, +Aveuglé de Desplaisance, +Pris de goute de Grevance, +Ne scay à quoy puis valoir. +Voulez vous mon fait savoir? +Je suis presque mis en trance. +Asourdy, etc. +Aveuglé, etc. + +Se le Medicin Espoir, +Qui est le meilleur de France, +N'y met briefment pourveance, +Vieillesse estaint mon povoir. +Asourdy, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Dedens la maison de douleur, +Où estoit tres piteuse dance, +Soussy, Vieillesse et Desplaisance +Je vy dancer comme par cueur. +Le tabourin nommé Maleur +Ne jouoit point par ordonnance. +Dedens la, etc. +Où estoit, etc. + +Puis chantoient chancons de pleur, +Sans musicque, ne accordance; +D'ennuy, comme ravy en trance, +M'endormy lors, pour le meilleur. +Dedens la, etc. + + + +RONDEL. + +(Simonnet Caillau.) + +Dedens la maison de douleur, +Où n'a leesse, ne musique, +Mon las cueur gist merencolique, +Malade ou piteux lit de pleur. +Dieu! n'est ce pas grant maleur? +Il est pis que paralitique. +Dedens la, etc. +Où n'a, etc. + +Par racine, feuille, ne fleur, +Ne par medicine auctentique, +Remedier n'y scet phisique; +Confesse soy, c'est le meilleur, +Dedens la, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Je vous sans, et congnois venir, +Ennuyeuse Merencolie, +Mainteffoiz, quant je ne vueil mye, +L'uys de mon cueur vous fault ouvrir; +Point ne vous envoye querir, +Assez hay vostre compaignie. +Je vous sans, etc. +Ennuyeuse, etc. + +Jeunes pevent paine souffrir, +Plus que vieillars; pour ce, vous prie +Que n'ayez plus sur nous envie, +Ne nous vuelliez plus assaillir. +Je vous sans, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Mentez, menteurs à quarterons, +Certes point ne vous redoubtons, +Ne vous, ne vostre baverye, +Loyaulté dit, de sens garnie. +Fy de vous et de voz raisons; +On ne vous prise deux boutons, +Et pour ce, nous vous deboutons. +Esloignant nostre compaignie. +Mentez, etc. + +Voz parlez, pires que poisons. +Boutent par tout feu en maisons; +Que voulez vous que l'en vous die? +Dieu tout puissant si vous mauldie, +Vous donnant de maulx jours foisons. +Mentez, etc. + + + +RONDEL + +(Gilles des Ourmes.) + +Pour bien mentir souvent et plaisamment, +Mais qu'il ne tourne à aucun prejudice, +Il m'est advis que ce n'est point de vice, +Mais est vertu et bon entendement: +On en voit maint eslevé haultement, +Bien recueilly et requis en service, +Pour bien, etc. +Mais qu'il, etc. + +Mais controuveurs qui mentent faulcement, +Pour diffamer quelcun par leur malice, +Soient pugniz par droit, selon justice; +Pour ce, chascun s'avise saigement. +Pour bien mentir, etc. + + + +RONDEL. + +Des soucies de la court, +J'ay acheté aujourdui, +De deulx bien garny j'en suy, +Quoique mon argent soit court. +A les avoir chascun y court, +Mais quant à moy, je m'enfuy. +Des soucies, etc. +J'ay acheté, etc. + +Je deviens vieil, sourt et lourt, +Et quant me treuve en ennuy, +Nonchaloir est mon apuy, +Qui mainteffoiz me secourt. +Des soucies, etc. + + + +RONDEL + +(Jehan Monseigneur de Lorraine.) + +Je voy mal faire et mal parler, +Je voy meschefz renouveller, +Je voy loyaulté du tout morte, +Je voy trahison aspre et forte, +Je voy partout tout mal aler. +Je voy hayneurs entre acoler, +Verité voy dissimuler, +Grans et petiz sont d'une sorte. +Je voy mal, etc. + +Je voy vertuz aux piez fouler. +Je voy amictié desseler, +Raison voy musser à la porte, +Par mehain voy justice morte, +Quant honneur veult voile caller. +Je voy mal, etc. + + + +RONDEL. + +(Jehan Monseigneur de Lorraine.) + +Je prens le temps ainsi qu'il peut venir, +Je metz courroux hors de mon souvenir, +Je suis content de tout ce que j'oy dire, +Je n'ay soucy qui me garde de rire, +Je suis d'amours bien aise à tenir. +Dorenavant plus ne vueil vivre en dueil, +Dorenavant consentir plus ne vueil +Qu'ame, fors moy, ait de mon cueur la garde. +C'est folie d'asubgetir son vueil, +C'est simplesse que pour ung regart d'ueil, +Sans coup ferir, te blesser par mesgarde. +N'ay je pas droit de joyeulx devenir? +N'ay je cause de mon ennuy bannir? +N'ai je raison de rigueur desconfire? +Ne doy je pas paix et repos eslire? +Je dye oy, et pour ce maintenir, +Je prens le temps, etc. + + + +RONDEL. + +Je n'ay deffaulte que de veue, +Et ne congnois riens qu'à demy, +En nonchaloir j'ay tant dormy +Qu'ay mainte chose descongneue. +Vieillesse tient mon cueur en mue, +Accompaignée de soucy. +Je n'ay, etc. +Et ne, etc. + +Plus ne suis de la retenue +De jeunesse qui m'a banny; +Mais, au fort, puisqu'il est ainsi, +Souffrir fault fortune advenue. +Je n'ay, etc. + + + +RONDEL. + +Tais toy, cueur, pourquoy parles tu? +C'est folie de trop parler +De ce que ne puis amender, +Ton jangler ne vault ung festu; +Tu pers temps, d'espoir devestu. +Pense de toy reconforter. +Tais toy, etc. +C'est folie, etc. + +J'ay desja plusieurs ans vescu, +Et tant congnois qu'au par aler +Il faut bien, ou mal endurer, +Riens ne gaigner d'estre testu. +Tais toy, etc. + + + +RONDEL. + +Qu'a mon cueur, qui s'est esveillé, +A faire chancon, ou balade? +Dieu mercy, il n'est plus malade, +Tant a par eaue travaillé; +D'Orleans s'est appareillé +Aler à Blois mangier salade. +Qu'a mon, etc. +A faire, etc. + +Son harnois fourbira rouillé, +Quelque foiz aussi sa salade; +Mais qu'il ait joyeuse ambaxade, +Tout se trouvera retaillé. +Qu'a mon, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Tout plain ung sac de joyeuse promesse, +Soubz clef fermé, en ung coffin d'oublie, +Qui me poursuit, certes c'est grant folie, +Tant qu'on en ayt par raison, à largesse; +Craindre ne fault Fortune la diverse, +Qui Passe temps avecques elle alie. +Tout plain, etc. +Soubz clef, etc. + +Conseil requier à gens plains de sagesse, +Qui mieulx saura, si leur plaist, com le die; +Car Bon espoir, quoy qu'on le contrarie, +A droit vendra et trouvera richesse. +Tout plain, etc. + + + +RONDEL. + +(Benoist d'Amien.) + +Nagent en angoisse parfonde, +Où joye, ne plaisir n'abite, +Mon dolent cueur en nef mauldite, +D'Ercules a passé la bonde; +D'y avoir bien nul ne s'y fonde, +La voye si est interdite. +Nagent, etc. +Où joye, etc. + +L'aider, nul ne peut en ce monde, +Fors Thetis qui Deesse est dicte +De la mer, car, sans contredite, +En elle tout povoir habonde. +Nagent, etc. + + + +RONDEL. + +(Benoist d'Amien.) + +Tant plus regarde, moins y voy; +Et plus y voy, moins y congnois; +Le monde va de deux en trois, +Sans savoir comment, ne pourquoy. +Faulceté regne, et tient sa loy +En trestous les lieux où je vois. +Tant plus, etc. +Et plus, etc. + +Loyaulté si est en recoy, +Deboutée on l'a tant de foiz, +Que passez sont mains jours et mois, +Qu'on ne la vit, comme je croy. +Tant plus, etc. + + + +RONDEL. + +Dieu les en puisse guerdonner, +Tous ceulx qui ainsi tormenter +Font, de vent, de neige et de pluye, +Et nous et nostre compaignie; +Dont peu nous en devons louer. +Mais il fauldra qu'au par aller, +Comment qu'il en doye tarder, +Que nous, ou eulx, en pleure, ou rie. +Dieu les, etc. + +Or ca, il fault parachever. +Et puisqu'il est trait, avaler; +On congnoistra qu'est de clergie, +D'Orleans trait de Lombardie, +Tous bien faiz convendra trouver. +Dieu les, etc. + + + +RONDEL. + +Prenons congié du plaisir de noz yeulx, +Puisqu'à present ne povons mieulx avoir. +De revenir faisons nostre devoir, +Quant Dieu plaira, et sera pour le mieulx. +Il faut changier aucunefoiz les lieux, +Et essayer, pour plus, ou moins savoir. +Prenons congié, etc. +Puisqu'à, etc. + +Ainsi parlent les jeunes et les vieulx; +Pour ce, chascun en face son povoir, +Nul ne mecte sa seurté en espoir, +Car aujourduy courent les eurs tieulx queulx. +Prenons, etc. + + + +RONDEL. + +M'appelez vous cela jeu? +En froit d'aler par pays; +Or pleust à Dieu qu'à Paris +Nous feussions empres le feu. +Nostre prouffit veulent peu, +Qui en ce point nous ont mis. +M'appelez, etc. +En froit, etc. + +Deslyer nous faut ce neu, +Et desployer faiz et dis. +Tant qu'aviengne mieulx, ou pis. +Passer convient par ce treu. +M'appelez, etc. + + + +RONDEL. + +De Vieillesse porte livrée +Qu'elle m'a puis ung temps donnée, +Quoy que soit contre mon desir, +Mais maugré myen le fault souffrir, +Quant par Nature est ordonnée. +Elle est d'ennuy si fort bordée, +Dieu scet que l'ay chiere achaptée, +Sans gueres d'argent de plaisir. +De Vieillesse, etc. + +Par moy puist estre bien usée, +En eur et bonne destinée, +Et à mon souhait parvenir, +Tant que vivre puisse et mourir +Selon l'escript de ma pensée. +De Vieillesse, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Saluez moy toute la compaignie +Où à present estes à chiere lie, +Et leur dictes que voulentiers seroye +Avecques eulx, mais estre n'y porroye, +Pour Vieillesse qui m'a en sa baillie. +Au temps passé, Jeunesse si jolie +Me gouvernoit; las! or n'y suis je mye, +Et pour cela, pour Dieu, que excusé soye. +Saluez moy, etc. + +Amoureux fus, or ne le suis je mye, +Et en Paris menoye bonne vie; +Adieu bon temps, ravoir ne vous saroye, +Bien sanglé fus d'une estroite courroye, +Que, par aige, convient que la deslie. +Saluez moy, etc. + + + +CHANCON. + +Et eussiez vous, Dangier, cent yeulx +Assis, et derriere, et devant, +Ja n'yrez si pres regardant, +Que vostre propos en soit mieulx; +Estre ne povez en tous lieux, +Vous prenez peine pour neant. +Et eussiez, etc. +Assis, etc. + +Les faiz des amoureux sont tieux, +Tousjours vont en assoubtivant, +Jamais ne saurez faire tant +Qu'ilz ne vous trompent, se m'aist Dieux. +Et eussiez, etc. + + + +CHANCON. + +Patron vous fais de ma galée +Toute chargée de pensée, +Confort, en qui j'ay ma fiance, +Droit ou pais de Desirance, +Briefment puissiez faire arrivée; +Affin que, par vous, soit gardée +De la tempeste fortunée +Qui vient du vent de Desplaisance. +Patron, etc. + +Au port de Bonne destinée +Deschargez tost, sans demourée, +La marchandise d'Esperance; +Et m'aportez quelque finance, +Pour paier ma joye empruntée. +Patron, etc. + + + +RONDEL. + +Apres l'escarde route, +Mectons à saquement +Annuyeulx pensement, +Et sa brigade toute; +Il crye: Volte route, +Ralions nostre gent. +Apres, etc. +Mectons, etc. + +Se Loyaulté s'y boute, +Par advis saigement +Dye gaillardement: +Daly brusque sans doubte. +Apres, etc. + +RONDEL. + +Les fourriers d'Esté sont venus +Pour appareillier son logis, +Et ont fait tendre ses tappis, +De fleurs et verdure tissus: +En estendant tappis velus +De vert herbe par le pais. +Les fourriers, etc. +Pour, etc. + +Cueurs d'ennuy pieca morfondus, +Dieu mercy, sont sains et jolis; +Alez vous en, prenez pais, +Yver, vous ne demourerez plus. +Les fourriers, etc. + + + +RONDEL. + +Ce mois de May, ne joyeulx, ne dolent +Estre ne puis; au fort, vaille que vaille, +C'est le meilleur que de riens ne me chaille, +Soit bien ou mal, tenir m'en fault content: +Je laisse tout courir à val le vent, +Sans regarder lequel bout devant aille. +Ce mois, etc. +Estre ne, etc. + +Qui Soussy suit, au derrain s'en repent; +C'est ung mestier qui ne vault une maille, +Avantureux comme le jeu de faille, +Que vous semble de mon gouvernerment? +Ce mois, etc. + + + +RONDEL. + +Le temps a laissié son manteau +De vent, de froidure et de pluye, +Et s'est vestu de brouderie +De souleil luisant, cler et beau. +Il n'y a beste, ne oyseau, +Qu'en son jargon ne chante, ou crie: +Le temps, etc. +De vent, etc. + +Riviere, fontaine et ruisseau, +Portent, en livrée jolie, +Goutes d'argent d'orfaverie, +Chascun s'abille de nouveau. +Le temps, etc. + + + +RONDEL. + +(Orléans.) + +Mais que mon propos ne m'empire, +Il ne me chault des faiz d'Amours, +Voisent à droit, ou à rebours, +Certes je ne m'en fais que rire. +En ne peut de riens m'escondire, +Aide ne requiers, ne secours. +Mais que, etc. +Il ne me, etc. + +Quant j'oy ung amant qui souspire, +A, ha! dis je, vela des tours +Dont usay en mes jeunes jours. +Plus n'en vueil, bien me doit souffire. +Mais que, etc. + + + +RONDEL. + +(Robertet.) + +Ung droit Cesar en liberalité, +Ung grant Chaton en pure integrité, +Ung Fabius en foy non defaillable, +Vous tient chascun vray, constant et estable, +Duc D'ORLIENS, prince tres redoubté. +En si hault sang, parfonde humilité, +Clemence grant et magnanimité, +Cela avez; mais vous passez, sans fable, +Ung droit Cesar, etc. + +En vostre bouche tousjours a verité, +En cueur, amour et ardent charité, +En loyaulté non jamais variable; +Qu'affiert il plus à Prince si notable? +Puisqu'on vous tient, parlant en equité, +Ung droit Cesar, etc. + +Ung robertet indigne à porter plume, +Pour atouchier apres voz haulx escriptz, +Ces petiz vers icy vous a escriptz, +De rude mains, plus pezant qu'un enclume. + + + +RONDEL. + +(Cadier.) + +Vous l'ung des plus nobles du monde, +Prince, tres redoubté Seigneur, +A Blois m'avez acreu d'onneur, +Dont joye en moy trop surhabonde. +Par vostre humilité parfonde, +Dieu vous en soit retributeur. +Vous l'ung, etc. +Prince, etc. + +J'ay peu science, moins faconde, +Et encore prudence mineur, +Et vous me clamez serviteur +Digne pour estre en table ronde. +Vous l'ung, etc. + +Cadier, qui endormy estoit, +Avez tout esveillé en joye, +Il prie Dieu qu'il vous octroie +Autant de bien qu'il vous vouldroit. + + + +RONDEL. + +(Bourbon.) + +Gardez vous bien du cayement, +Ung chascun tendez y l'oreille, +Pour vous decevoir tousjours veille, +Escoutez s'il dit vray, ou mant. +Il vous trompera meschamment, +Pour ce que sans cesser traveille. +Gardez, etc. +Ung chascun, etc. + +Dieu met en mal an le flament, +Vous direz qu'il dort et sommeille +Quant il va; mais il se reveille +En temps et lieu, incessamment +Gardez vous bien, etc. + + + +RONDEL. + +Des droiz de la porte Baudet, +Pour toute recompense et paine, +Tout au beau long de la sepmaine, +Suis servy comme ung grant cadet; +Si doulx ne sont que muscadet, +Rien n'en vault le fruit, ne la graine. +Des droiz, etc. +Pour toute, etc. + +C'est bien joué du soubz coudet, +Puisqu'il le fault, ribon ribayne, +Endurer, comme à la quintayne, +On en deust servir Mistodet. +Des droiz, etc + + + +RONDEL. + +Gardez vous bien de ce fauveau, +C'est une dangereuse beste, +Arsoir, me donna par la teste, +Tant qu'il me rompit le cerveau. +Il est ferré tout de nouveau, +Et rue comme la tempeste. +Gardez vous bien, etc. +C'est une, etc. + +Et combien qu'il soit bon et beau, +Doulx au brider, et faisant feste +A ung chascun, vous amonneste +Que vous ne le peignez sans eau. +Gardez vous bien, etc. + + + +_BALADE_. + +En ceste nouvelle saison +Qui remplist jeunes cueurs de joye, +Et qu'Amours sault de sa maison +Pour conquester aucune proye; +Nulle riens n'ay qui me guerroye, +Se non Jeunesse qui me prie +D'estre amoureux plus conques mais, +Mais ainsi ne feray je mye, +Il me vault mieulx tenir en paix. + +Je ne congnois point d'achoison +Pourquoy son conseil croire doye, +En elle n'a riens de raison; +Pour trop fol doncques me tendroye, +S'apres elle me gouvernoye; +Quel besoing est que je me lie? +Quant je suis franc en tous mes fais; +Pardieu, ce seroit grant folie. +Il me vault mieulx tenir en paix. + +Je suis de ceste entencion, +Et seray quelque part que soye; +Mais Pieu me gart de la prison +Qu'Amours souventeffoyz m'envoye, +Par mes yeulx qui trop vont en voye, +Combien que souvent je leur die +Qu'ilz font mal, dont je leur desplais; +Pour ce, pour avoir d'eulx maistrie, +Il me vault mieulx tenir en paix. + +L'ENVOY. + +J'ay essayé toute ma vie +Qu'est de porter amoureux faiz, +Pourquoy congnois, sans moquerie, +Il me vault mieulx tenir en paix. + + + +RONDEAU. + +J'ay tant en moy de desplaisir, +Puisqu'il me convient departir, +Helas! de vous, et loing aller: +Et si ne puis à vous parler, +Dont j'auray maint mal à souffrir; +N'est riens qui puist esjoir, +Si n'est le tres doulx souvenir +Que j'ay par vous bien fort amer. +J'ay tant, etc. + +Adieu ma joye, mon plaisir, +Adieu mon loyal souvenir, +Adieu belle Dame sans per; +Adieu dire m'est coup mortel, +Car je m'en vois sans vous veoir. +J'ay tant, etc. + +RESPONCE. + +Mon amy, Dieu te convoye, +Et brief te remaint à joye, +A ton honneur et plaisir, +Tout ainsi que je desire, +Mieulx que dire ne sauroye. +Si par souhait je povoye, +Plus souvent te reverroye +Mais, car ne te puis veoir. +Mon amy, etc. + +Ceste chancon je t'envoye, +De m'amour par grant montjoye, +Si t'en vueilles esjoir; +Car te jure, sans mentir, +Que t'ayme loing que je soye. +Mon amy, etc. + + + +CHANCON. + +Faire ne puis joyeulx semblant, +Reconfort n'ay, qui soit plaisant +A moy qui suis sans mon amy; +Il a long temps que ne vous vy, +Ne le verray, je ne scay quant? +Faire ne puis, etc. + +Guerir ne puis du mal qu'ay tant, +Helas! emy! jusques à tant +Retournera celluy pourquoy. +Faire ne puis, etc. + +Mon cueur si est si desplaisant, +Aussi bien doit estre dolent, +Il m'ayme tant! si foys je lui; +Ne le mectray point en oubli, +Et l'ameray en l'actendant. +Faire ne puis, etc. + + + +CHANCON. + +Faictes pour moy com j'ay pour vous, +Retenez moy, par dessus tous, +Amy tout seul, tres belle Dame, +Je vous jure sur Dieu, sur m'ame, +Ne vueil servir autre que vous. +Faictes pour moy, etc. + +Guerrissez moy du mal d'Amours, +Et me donnez du bien de vous; +Reconfort tel plus ne m'en chaille, +Mon bien, m'amour, mon fin cueur doulx, +A vous me rens, à vous suis tous. +Faictes pour moy, etc. + +Je vous ayme plus que autre femme, +N'autre que vous n'aura la garde, +Helas! de moy qui suy à vous. +Faictes pour moy, etc. + + +LE LAY PITEUX. + +Bonne saison, bon temps avoye, +Helas! amy, quant vous veoye, +Reconfort bon en vous prenoye; +Tant de plaisir et d'autre bien +Rejoissoit ma seule joye, +A vo vouloir me soubzmectoye, +Nul autre bien ne demandoye, +Dessoubz les cieulx pour estre mien, + +Que vostre amour qui tant amoye, +En vous servant me delictoye, +Et pourquoy moult seur estoye +Que vous m'amiez tres loyaument; +Et quant jadiz vous requeroye +Que vo servant estre vouloye, +Mon seul vouloir vous appelloye, +Et mon vaillant entierement. + +Vous me dictes si doulcement, +En moy baisant et accollant, +Amy, amons nous chierement, +Baille ton cueur, et prens le mien; +Et je changay joyeusement, +Et vous aussi si liement, +Et feismes loyal serment +Qu'avons tenu, je le scay bien. + +Et est vray qu'oncques crestien +En amours n'eust autant de bien, +Gardant vostre honneur et le mien, +Que j'ay eu, et sans avoir blasme, +Vo doulx acueil, vo doulx maintien. +Vostre plaisir, que fust le mien, +Car sans cellui, ne m'estoit rien, +Je le jure sur Dieu, sur m'ame. + +Si vous baillay le mien en garde, + Belle Dame, + Prenant charge +De vous loyaument servir, +Sans reprouche, ne diffame, + Sur mon arme, +Sans jamais de vous partir. + +Helas! quant d'elle partoye, + Je pensoye + Quant pourroye +Bientost vers elle venir, +Nuit et jour je la sonjoye, +La veoye parler, aler et venir; +Tant espris d'elle estoye, +Qu'en veillant je l'appelloye, +Puis que bien loing en estoye, +A soy cuidoye parler; +Mais puis bien apres veoye + Que resvoye, +Me prenoye à plourer. + +Cest dueil m'estoit à porter, +Et bien aise endurer, +Car bientost, du retourner +Me prenoit tres grant talent; +En elle si fort penser, +Ma joye renouveller +Me faisoit incontinent. + +Et quant venir n'y povoye, +Entre deux lui rescripvoye, +Son nom et le mien mectoye +Escript bien estrangement; +Et puis quant je la veoye, +Dieu scet quel chiere j'avoye +Recueilly joyeusement. + +Puis nous faillu esloingner +L'un de l'autre, guermenter, + Car dangier, +Plusieurs autres mesdisans +Nous firent tant endurer, + Et plourer, + Tourmenter, +Oncques puis n'eusmes bon temps +Et puis entre autre gent +Failloit, en nous esloingnant, +A plusieurs autres parler, +Avoir autre pensement, +Muer la couleur souvent, +Sans l'un l'autre regarder. + +Helas! elle s'esbatoit, +Et bonne chiere faisoit +A tous autres, fors qu'à moy, +Dont mon cueur fort souspiroit, +Quant elle me regardoit, +Je vous jure par ma foy. + +Dont sourdit grant jalousie, +Car elle ne creoit mye +Que n'eusse fait autre amye; +Ainsi me sembloit il d'elle, +Que s'amour me fust faillie, + Departie, + Et guerpie, +M'eust laissié la bonne belle. + +Dont ensiues grant querelle; + Moy et elle, +Advint qu'en une chappelle +Nous nous trouvasmes tous deux, +Et je lui dis: Bonne et belle, +Ne me soiez si cruelle, +Puisque nous sommes tous seulz. +Dictes moy vostre vouloir, +Ne me vueillez decevoir, +Ne mectre à nonchaloir; +Car, vers vous, n'ay rien forfait. + +Mon amy, vueillez savoir, +Vous me feistes trop douloir, +Ne savez vous comment il m'est? +Vous m'avez abandonnée + Et laissiée, + Desolée, + Esloingnée; +A qui oseray je dire +Ma tres dolente pensée + Qui grevée +M'a, et trestant mal menée +Que je vis en grant martire. + +N'est riens qui me puist souffire, + Tant ay d'ire; +Quant les autres vous voy rire, +Et grant joye demener, +Je ne vueil avoir nul mire + Qui me mire, +J'ayme mieux mes jours finer. + +Et lors nous nous advisames, +Et l'un l'autre pardonnasmes, +Car pour obvier mains blasmes, +Il nous faillut eslongner; +Noz amours renouvellasmes, +Et de nouvel, nous jurasmes +De nous loyaument amer. + +Cecy nous dura long temps, +On dit qu'au bout de sept ans, +Revient voulentiers mal ans +Ainsi m'est il advenu, +Dont je vis piteusement, + En tourment, +Las! je suis pis que perdu. +Helas! tres cruelle mort, +Tu me fais crier à tort + A la mort, + Que ma mort +Bonnement ne l'ose dire + Mon confort, +Ma joye et mon deport. + +Or me fault passer du port +Du royaulme en l'empire +De tout plaisir, en tristesse, +Mectre mon cueur en destresse + Qui me blesse, + Et ne cesse +De destruire ma jeunesse, +Puis que m'as mort ma maistresse. + + Dont liesse + Si me blesse, + Helas! qu'esse + Qui me presse +De dire las! que feray? +Que diray? où iray? + + Si mourray, +Ou si de dueil creveray, +Car je n'ay que esmay +Helas! et où me mectray +Jusques mes jours fineray! +En lieu ne reposeray +Jusque là où la verray. + +Car pour ce que tant l'aymay, +Tous les jours souhaiteray +La mort qui desja m'aprouche, +Entre deux je ne vouldroye +Estre en lieu où eust joye, + Com souloye, +Car ma douleur doubleroit. + +Veoir ce qu'avoir souloye, +Helas! car mieulx ameroye +M'enfouir où que que soit, +Disant adieu tres douloureux, +Adieu, adieu tous amoureux, +Adieu le plaisir de mes yeulx, +Adieu, sans plus estre joyeulx. + +Adieu le bien de tous les lieux, +Adieu le mien dessoubz les cieux, +Adieu regard tres gracieux, +J'en preing congié de cueur piteux; +Si fineray ma complainte, +Ma joye sera actainte, +Et de douleur auray mainte. + + Grant actainte +Dont il me convient languir, + Et sevir, +Car j'ay aymé, et sans fainte, +Celle qu'avoye tant crainte, +Que pour elle vueil mourir. + +Sa tres bonne renommée, +Sa grace de tous louée, +Et de beauté aournée, +Tant amée et prisée, + Desirée +De tres toute autre gent, +La fait estre regrectée, +Dont ay la mort demandée, +Toute joye oubliée, +A Dieu son ame command. + +Et saichiez certainemment +Trestous li leal amant, + J'en dis tant, +Sans nulle dame blasmer, +Que c'estoit la plus plaisant +Des belles, et avenant, +Com peut des yeulz regarder. +C'est le reconfortement +Que j'ay en mes jours finant, +En priant humblement +A Dieu, tres devotement, +Qu'en son Paradis briefment +Son ame puisse trouver. + + Sans vous veoir, + Pres du manoir, + Amy de vous, + Fine mes jours + Cest derrain soir, + Veuillez savoir + Qu'à nonchaloir + Mis par vous tous. + Sans vous, etc. + + Mourant espoir + Ferez devoir, + Souviengne vous + Que laissay tous, + Par vous vouloir. + Sans vous, etc + + Faulce mort, + A grant tort, + M'as grevée, + Et ostée + Mon deport; + Mon cueur mort, + Car trop fort + L'as serré. + Faulce, etc. + + Pres du bort + Du mal port + M'as laissiée + Desolée, + Sans confort. + Faulce, etc. + + + +BALADE. + +Bien puis dire souvent: helas! +Comment m'est il mesavenu! +La mort que moqué ne m'a pas, +La belle bonne m'a tollu, +Et m'a laissié despourveu +De tous les biens qu'avoir souloye, +Tout plain d'ennuy, sans point de joye, +Sy pry à Dieu qu'en son manoir, +L'ame de soy tout droyt envoye, +Où la puisse briefment veoir. + +Helas! amy, d'un de ses dars +Soudainement Mort m'as feru; +De mon meschief, je n'ose pas +Faire semblant, qu'ay receu. +Or, ay je bien trestout perdu, +Car seulement quant je pensoye +De la veoir, m'esjoissoye, +Ou pres, ou loing, et main, et soir; +Or à présent, estre vouldroye +Où la puisse briefment veoir. + +He! Dieu d'amour trop pugny m'as, +Sans toy me faire deceu, +Quant me souvient qu'entre ses bras +Amy tout seul m'ot retenu, +Mon cueur et moy si bien pourveu; +Estre tout sien lui promectoye +Tres loyaument, et lui disoye: +Vueillez vostre amy recevoir; +Or à present, estre vouldroye +Où la puisse briefment veoir. + +EXPLICIT LE LAY PITEUX. + + + + GLOSSAIRE-INDEX + + +A + +ABRIÉ, abrité, caché. +ACHOISON, cause, motif. +ACTARGIER, retarder, attendre. +AD, à. +ADOULÉ, triste, chagrin. +AINCOIS, auparavant, cependant. +ALQUEMIE, alchimie. +ANGOULESME (madame d'). Marguerite de Rohan, femme de Jean, comte +d'Angoulême, frère de Charles d'Orléans. +ANOY, ANUY, ennui. +ANUYT, aujourd'hui. +ARQUEMIE, alchimie. +ARRAY, équipage, arrangement. +ABSOIR, hier au soir. +ASSENER, assigner, établir. _A ma mal assenée_ (page 360, vers 21); +c'est-à-dire, _à ma mal partagée_. +ASSENTIR, consentir, acquiescer. +ASSERER, maîtriser, prendre. +ASSOMER, compter, nombrer. +ASSOUBTIVER, ruser, feindre. +ATIRER. Au vers 2 de la page 273. L'auteur veut dire que _Confort_ n'a +donné à son coeur ni soin, ni conseil; _atirer_ signifie ici préparer, +régler, disposer, et est employé comme substantif. +ATOUT, avec. +ATREMPÉ, modéré. +AUMAIRE, armoire. +AVOYÉ, celui qui est dans le chemin. + +B + +BAFFE, soufflet, coup. +BAGUES, bagages, bardes. +BALLAIS (rubis), sorte de rubis couleur de vin paillet. +BAILLIE, garde, juridiction. +BAUDET. La porte Baudet ou Baudoyer, bâtie sous Philippe-Auguste, +donnait dans la rue Saint-Antoine. +BAUDEMENT, joyeusement. +BEAUJEU (Monseigneur de). Pierre II, duc de Bourbon. +BEAUSSERONS, habitants de la Beauce. +BETOURNER, détourner. +BRAHAING, stérile. +BRAI, cri, pleurs. + +C + +CABAS, tromperie, subtilité. +CABUSEUR, trompeur. +CAMELINE, espèce de sauce. +CATOILLER, chatouiller. +CAYEMENT, vagabond, mendiant. +CHALENGER, réclamer. +CHANU, blanchi. +CHASTOY, châtiment, punition. +CHATON, Caton. +CHEVANCE, richesse, héritage. +CHEVIR, venir à bout. +CIL, celui. +COFFIN, corbeille, coffre. +CONNIN, lapin. +CONSEULX, projets, desseins. +CONVOYER, accompagner. +COURCER ou COURCIER, courroucer. +COUSTÉ, côté. +CREMIR, craindre, trembler. +CRESEIDE (page 69), probablement _Cresside_. +CUEUVRECHIEF, coiffure, voile. + +D + +DECEPTE, tromperie, feinte. +DEDALUS. Au vers 22 de la page 407, le mot _Dedalus_ est pris +adjectivement; l'auteur compare sa mélancolie au labyrinthe construit +dans l'île de Crète par Dédale. +DELITER, réjouir. Page 385, vers 19; _Reffus a (et non pas _à_) _mon +cueur délité_, c'est-à-dire: Refus a réjoui mon coeur. +DEMENTER (se), se plaindre. +DEPORT ou DEPPORT, plaisir, joie. +DERRAIN, dernier. +DERRAINEMENT, dernièrement. +DESERTE, mérite. +DESIRIERS, désirs. +DESPENDRE, dépenser. +DESSELER, renverser de cheval. +DESSERVIR, mériter. +DESTOURBER, empêcher, troubler, détourner. +DESTAINDRE, éteindre. +DOINT, donne. +DOUBTER, craindre. +DOULCINÉS, douillets, délicats. +DOULOIR, (se) se plaindre, s'affliger. +DOVRE, Douvres, en Angleterre. +DUIRE ou DUYRE, conduire. + +E + +ELLE pour _aile_. Voy. p. 256, 272, 314. +EMBATTRE (s'}, s'attacher, se joindre. +EMBLER, enlever. +EMY, hélas. +EMPIECE, bientôt. +EMPRES, proche, auprès. +EMPRISE, entreprise. +EMCOMBRIER, malheur, embarras. +ENFANCHONNES, petits enfants. +ENS, dedans. +ENSIVES, de _ensievir_, suivre, sortir. +ESBANOY, joyeux, réjoui. +ESCANDRE, scandale, dispute. +ESCARDE, lisez _escadre_ troupe, compagnie. +ESCHARSEMENT, mesquinement, avec avarice. +ESCHEVER, éviter. +ESCHOITE, succession, héritage. +ESCREMIE ou ESCREMYE, escrime. _Jouer de l'escremye_; voyez _Escremyr_. +ESCREMYR (s'), s'escarmoucher, lutter. +ESFROYÉ, effroyable. +ESGRUN, herbe amère. +ESMAY, étonnement, embarras. +ESMAYER. Au vers 27 de la page 197, _esmayer_ signifie à proprement +parler: _Planter le mai_. Le poëte prie, la dame de ses pensées de +l'_esmayer_, c'est-à-dire de lui envoyer, à l'occasion du mois de mai, +_un reconfort bien garny de liesse_. +ESSORER (s'), s'élever, prendre son essor. +ESTAMPES Jean de Bourgogne, duc de Brabant et comte d'Etampes. +ESTEUF, balle pour jouer à la paume. +ESTOUPPER, boucher, fermer. +ESTRIF, querelle, dispute. +ESTRIVANCE, malaise, inquiétude. + +F + +FAÉ, FAIÉ, fait, fabriqué, conclu. +FAITIS, beau, agréable. +FEL, méchant, cruel. +FELLEMENT, méchamment, cruellement. +FERMER, affermir, déterminer. +FEURRE, chaume. _Ou feurre de prison_ (page 145), sur la paille de la +prison. +FOLEUR, FOLLEUR, ardeur folie, extravagance. +FOURCELLE, poitrine. + +G + +GAIGE. _Que gaige je vous appelle_ (p. 54, vers 20); c'est-à-dire que je +vous provoque au combat. +GALÉE, vaisseau, navire. +GALER, se réjouir, se régaler. +GARMENTER (se), gémir, se plaindre. +GAST, ruinp, dégât. +GESIR, dormir, se coucher. +GLAY, ramage, gazouillement des oiseaux. +GREIGNEUR, plus grand. +GREVANCE, chagrin, injure, affliction. +GUERDON, GUERDONNEMENT; récompense. +GUERDONNER, récompenser. +GUERMENTER, gémir, pleurer. + +H + +HANCHE (p. 174, vers 18). On appelait le croc en jambe le _tour de haute +hanche_. +HANIR, hennir. +HARER, exciter, pousser. +HARONDE, hirondelle. +HASTIS, vif, emporté. +HAYNEUR, celui qui hait. +HERAULT, voyez _Poursuivant_. +HOURDER, enduir, couvrir. +HUCQUE, sorte de capuchon. +HUTIN, querelle, tapage. + +J + +JAME, pierre précieuse, bijoux. +JANGLER, bavarder. +JANGLERIE, bavardage, vanterie. +JANGLEUR, bavard. + +K + +KARESME PRENANT. On désignait ainsi les trois jours qui précèdent le +mercredi des Cendres. + +L + +LAIZ, laïques. +LAME, tombeau. +LANGAGIER, parler. +LESIR, loisir. +LEZ, auprès de. +LIE, joyeux. +LIEMENT, joyeusement. +LIPPE, lèvre. _Faire la lippe_, c'est-à-dire faire la moue. +LOS ou LOZ, louange, réputation, faveur. +LOSENGIER, trompeur, incertain. +LYE, LYEMENT, voy. _Lie, Liement_. + +M + +MAIN, pour _matin_. +MAIN MISE. Ancien terme de jurisprudence, action de saisir, de prendre. +MAINS, pour _moins_. Au vers 9 de la page 216. _Mains_ signifie (je) +_demeure_, du latin _manere_. +MAINSSÉ, découpé. +MAINTENEMENT, maintien. +MAISTRIE, puissance, autorité. +MAL, méchant, nuisible. +MALLEMENT, méchamment. +MALEURÉ, infortuné, malheureux. +MANOIR, demeurer. +MARMlTEUX, triste, dolent. +MARTIN. (malade du mal saint). Page 157, vers 12. C'est-à-dire porté à +l'ivrognerie. +MEHAIN, tort, méchanceté +MEINS, pour _moins_. +MERCHER, marquer, désigner. +MESCHIEF, malheur, accident. +MESGNIE, famille. +MESPRISON, injustice, outrage. +MESTRIER, dominer. +MIE, nullement. +MIRE, médecin, chirurgien. +MIRLIFIQUES, petits bijoux, menues curiosités. +MONTRE. Pag. 108, vers 11. _Croizé aux montres de liesse_; c'est-à-dire +mis au rebut, condamné à être privé de toute joie. +MONTJOYE (grand), abondamment. +MOSNIER, meunier. +MUSSER, cacher. + +N + +NEIZ, même, si ce n'est, non plus. +NES, pas. +NICE, NYSSE, niais, innocent. +NICEMENT, niaisement. +NOUER, nager, naviguer. +NOURRIS, adeptes, nourrissons. +NYSSE, voy. _Nice_. + +O + +OCTRIE pour _octroye_. +ORINE, urine. +ORT, sale, impur. +OUVRIER, travailler. + +P + +PAINTURE, feinte, tromperie. +PAISE, lisez. _Plaise_, p. 338, vers 32. +PAON. Pag. 377, vers 27. _Faire voeu aux dames et aux paons_ était un +usage dont l'histoire et les romans du moyen âge offrent de nombreux +exemples. A la fin du banquet, on apportait aux convives un paon ou un +faisan, sur lequel juraient les dames et les chevaliers: on appelait +cette cérémonie, le _serment du paon_. +PAR ALER (au), au retour, à la fin. +PARCONNIER, participant, compagnon. +PARTUER, tuer. +PASTIS, pâturages, enclos. +PAVAIS, bouclier. +PENANCE, douleur, pénitence. +PER, égal, pareil, compagnon. +PESSON, droit de pâture. +PIECA, longtemps, depuis longtemps. +PLANTÉ (à grant), en nombre, en grande quantité. +PLOY, pli. +POU, peu. +POURPRIS, jardin. +POURSUIVANT D'ARMES. Page 245 vers 1. Allusion aux coutumes de la +chevalerie. Les _héraults d'armes_ présidaient aux tounois, en +arrêtaient les conditions, et _montaient sur l'échaffaut_, ainsi que dit +le poëte, pour surveiller les combattants et désigner le vainqueur. Les +_poursuivants d'armes_ étaient un corps de jeunes gens parmi lesquels on +choisissait les _héraults_. +POY, peu. +PROVEHEUR, pourvoyeur. + +Q + +QUEU, cuisinier. +QUIEULX, quels. +QUINTAINE. Jeu qui consistait à frapper un but, soit avec des fleches, +soit avec d'autres armes. + +R + +RACHASSER, rabattre. RAMENTEVOIR (se), se souvenir, se rappeler. +REMAINT, voy. _Remanoir._ +REMANOIR, demeurer. +REPREUVE, injure, reproche. +RESCOUS, délivré, secourus. +RESSOINGNER, craindre, appréhender. +RETRAIRE, retirer. +RIOTEUX, querelleur. +RONSSIN, cheval. + +S + +SALMON, Salomon. +SANS signifie quelquefois _sens_, de _sentir_. Voy. p. 119, 413. +SAULONGNOIS, habitants de la Saulogne. +SAUSSOYE. Pag. 94, vers 4. Lieu planté de saules. Sainte-Palaye a vu +dans ce mot une allusion a l'abbaye de la Saussoye, près de Villejuif. +SEBELIN, fourré de martre zibeline. +SEREMENTÉ, lié par un serment. +SOLACER (se), se divertir. +SOUBTIS, subtil, adroit. +SOULDOYER, qui reçoit des gages, une paye. +SOUSSIE, souci. +SOUTIVETÉ, subtilité, finesse. +SUIR ou SUYR, suivre. + +T + +TABLIER, table ou carton pour jouer aux dés, aux échecs, etc. +TALANT, volonté, désir. +TALENTER (se), s'inquiéter. +TANNÉ, couleur brune. +TAYS, Thaïs, courtisane du quatrième siècle, célèbre par sa conversion +au christianisme. +TENEUR, voix de ténor. +TIEULX, tels. +TIRE (de), toute de suite, immédiatement. +TOUTE. Pag. 112, vers 13. La _toux_. +TRESQUE, dès que. +TRIACLE, thériaque. +TRUAIGE, impôt, subside. + +V + +VALENTIN (saint). L'abbé Goujet, qui a remarqué avant nous les nombreux +passages où Charles d'Orléans cite saint Valentin, s'exprime ainsi: «Le +jour de la fête de saint Valentin, qui se célèbre le quatorzième de +février, arrive assez communément durant le temps de carnaval; et en +ce même jour c'était un usage dans plusieurs cours de l'Europe que +les cavaliers s'assemblassent pour donner quelque fête aux dames, et +qu'ensuite on tirât au sort pour assigner à chaque dame un cavalier, qui +était tenu de lui rendre ses services durant une année, d'être à ses +ordres, etc. Cette servitude volontaire durait jusqu'au même jour de +saint Valentin de l'année suivante.» _(Bibl. franç._ t. IX, p. 266.) +VAULSIT, voulût, de _vouloir_. +VIAIRE, visage. +VOLTER, tourner, retourner. +VUIT, VUYS, vide. + + + + + + + + +End of Project Gutenberg's Poésies de Charles d'Orléans, by Charles d'Orléans + +*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK POÉSIES DE CHARLES D'ORLÉANS *** + +***** This file should be named 14343-8.txt or 14343-8.zip ***** +This and all associated files of various formats will be found in: + https://www.gutenberg.org/1/4/3/4/14343/ + +Produced by Miranda van de Heijning, Renald Levesque and the Online +Distributed Proofreading Team. 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It exists +because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from +people in all walks of life. + +Volunteers and financial support to provide volunteers with the +assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's +goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will +remain freely available for generations to come. In 2001, the Project +Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure +and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations. +To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation +and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4 +and the Foundation web page at https://www.pglaf.org. + + +Section 3. 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Email contact links and up to date contact +information can be found at the Foundation's web site and official +page at https://pglaf.org + +For additional contact information: + Dr. Gregory B. Newby + Chief Executive and Director + gbnewby@pglaf.org + + +Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation + +Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide +spread public support and donations to carry out its mission of +increasing the number of public domain and licensed works that can be +freely distributed in machine readable form accessible by the widest +array of equipment including outdated equipment. Many small donations +($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt +status with the IRS. + +The Foundation is committed to complying with the laws regulating +charities and charitable donations in all 50 states of the United +States. 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Thus, we do not necessarily +keep eBooks in compliance with any particular paper edition. + + +Most people start at our Web site which has the main PG search facility: + + https://www.gutenberg.org + +This Web site includes information about Project Gutenberg-tm, +including how to make donations to the Project Gutenberg Literary +Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to +subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. diff --git a/old/14343-8.zip b/old/14343-8.zip new file mode 100644 index 0000000..50f8d14 Binary files /dev/null and b/old/14343-8.zip differ diff --git a/old/14343-h.zip b/old/14343-h.zip new file mode 100644 index 0000000..4274c23 Binary files /dev/null and b/old/14343-h.zip differ diff --git a/old/14343-h/14343-h.htm b/old/14343-h/14343-h.htm new file mode 100644 index 0000000..9fcf7fe --- /dev/null +++ b/old/14343-h/14343-h.htm @@ -0,0 +1,21492 @@ + + + + + Poesies de Charles d'Orleans + + + + + + + + +
+
+Project Gutenberg's Poésies de Charles d'Orléans, by Charles d'Orléans
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever.  You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+
+Title: Poésies de Charles d'Orléans
+
+Author: Charles d'Orléans
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+Release Date: December 13, 2004 [EBook #14343]
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+Language: French
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+Character set encoding: ISO-8859-1
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+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK POÉSIES DE CHARLES D'ORLÉANS ***
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+Produced by Miranda van de Heijning, Renald Levesque and the Online
+Distributed Proofreading Team. This file was produced from images generously
+made available by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica)
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POÉSIES
DE
CHARLES D'ORLÉANS

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PUBLIÉES AVEC L'AUTORISATION DE
M. le Ministre de l'Instruction +Publique.

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D'après les manuscrits des bibliothèques du Roi et de l'Arsenal.

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PAR J. MARIE GUICHARD.

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1842

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INTRODUCTION.

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En 1734, l'abbé Sallier, homme savant et judicieux, prononça pour la +première fois le nom d'un poëte qui peut passer à bon droit pour un +des plus élégants et des plus accomplis parmi ceux de notre vieille +langue1. La parole du docte académicien qui exhumait Charles d'Orléans +après trois siècles d'oubli, semble avoir eu un faible retentissement; +ceci ne nous surprend pas. D'abord, la description et quelques extraits +du manuscrit étaient insuffisants à mettre dans sa lumière un +personnage si nouveau; puis, la critique d'alors, à peu près uniquement +circonscrite dans les limites de l'érudition grecque et latine, se +souciait peu d'un poëte à peine âgé de quelques centaines d'années. +Évidemment l'époque était mal choisie pour une réhabilitation. En +remontant un peu plus haut, Boileau, a-t-on dit maintes fois, n'a pas +nommé Charles d'Orléans; ceci prouve que Boileau, esprit d'un tact +exquis, n'avait pas lu un seul vers du recueil que nous publions +aujourd'hui. Mais si dans tout cela une chose doit étonner, c'est le +silence incompréhensible des écrivains du seizième siècle.

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Note 1: (retour) Mém. de l'Acad. des Inscrip. t, XIII, année +1740, p. 593.
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Petit-fils de Charles V, le roi lettré de l'ancienne monarchie, neveu +de Charles VI, père de Louis XII et oncle de François Ier, Charles +d'Orléans fut le chef d'une faction puissante qui ébranla la France +pendant un demi-siècle; il poursuivit sans relâche le meurtrier de son +père assassiné rue Barbette par Jean de Bourgogne; il vécut au premier +rang dans les guerres civiles; enfin, lui et les siens se trouvent +mêlés à tous les désordres, à toutes les agitations de l'époque la +plus troublée des temps modernes. Certes, il faudrait moins que cela +aujourd'hui pour illustrer de mauvais vers, et on se demande pourquoi +les poésies si remarquables d'un homme qui réunissait d'ailleurs toutes +les conditions apparentes de la célébrité, sont restées dans l'ombre? +François Ier faisait publier les ouvrages de Villon, et il oublia son +oncle, le maître de Villon. Octavien de Saint-Gelais, Blaise d'Auriol +et les poëtes de ce temps pillaient effrontément Charles d'Orléans, +les compilateurs prenaient ses ballades2, et personne ne signale le +plagiat. Bien plus, Marot a dit: «Entre tous les bons livres imprimez de +la langue françoise, ne s'en veoit ung si incorrect, ne si lourdement +corrompu, que celluy de Villon: et m'esbahy, veu que c'est le +meilleur poète parisien qui se trouve3. Cependant, et Marot le +savait sans doute mieux que nous4, Charles d'Orléans composa certaines +de ses ballades avec une délicatesse de pensée et une perfection de +langage que Villon n'atteignit jamais; il fut en outre l'instigateur +d'un grand mouvement littéraire où Marot a tenu assurément une des +premières et des plus larges places.

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Note 2: (retour) Voyez le Jardin de Plaisance, où se trouvent, +mêlées à d'autres poésies du temps, deux ballades de Ch. d'Orléans.
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Note 3: (retour) Voy. la préface des Oeuvres de Villon, publiées +par Marot.
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Note 4: (retour) La ballade de Marot, intitulée: D'un amant ferme en +son amour, est tout à fait dans le goût de Ch. d'Orléans.
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Lorsqu'on écrit la vie d'un poëte, on interroge curieusement ses vers, +on y découvre les secrets de sa pensée, on aime à suivre les impressions +les plus fugitives de son âme, et on saisit le caractère qui leur +appartient. C'est là une étude attrayante et pleine d'enseignements +imprévus. Sans doute, nous pourrions raconter ici le meurtre de Louis +d'Orléans, épisode sanglant qui domine tout le règne de Charles VI; nous +pourrions suivre pas à pas les péripéties diverses de cette guerre de +parents à parents, où les uns s'appelaient Armagnacs, les +autres Bourguignons, ceux-ci Cabochiens, et ceux-là +Écorcheurs. Mais ces récits se trouvent partout; l'histoire +abonde en matériaux de toute sorte, et il serait facile de grouper +autour de Charles d'Orléans des volumes de pièces inédites ou déjà +publiées. Le prince et le chef de parti sont connus, nous cherchons +le poëte; aussi écarterons-nous tout ce qu'il n'est pas absolument +nécessaire de connaître pour l'objet que nous nous sommes proposé dans +cette notice.

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Louis d'Orléans et Valentine de Milan sa femme eurent trois fils: +Charles, l'aîné, d'abord comte d'Angoulême, puis duc d'Orléans, naquit à +Paris le 26 mai 13915. Louis a laissé la réputation de ce qu'on peut +appeler un prince lettré; il protégea Christine de Pisan, il rimait des +ballades; passionné pour les fêtes et les plaisirs, sa maison était +le rendez-vous des beaux esprits, des femmes séduisantes et des plus +aimables gentilshommes6. On sait l'âme tendre et mélancolique de +Valentine, son exquise beauté, son inépuisable amour pour un mari dont +le libertinage sans frein était un scandale public; l'épouse résignée +se voua toute entière à l'éducation de ses enfants. L'histoire n'offre +point de figure plus gracieuse, plus chaste, ni plus touchante; tout +chez cette femme, jusqu'à la douleur, a quelque chose d'élevé et de +majestueux. Depuis le meurtre de La rue Barbette, Valentine avait adopté +la devise devenue populaire: Rien ne m'est plus, plus ne m'est +rien, et elle avait choisi pour emblème une chantepleure placée +entre deux S, initiales de soucy et de soupirs 7. +C'est en face de ces lugubres images et au milieu des plus sinistres +catastrophes que Charles d'Orléans passa les années de sa jeunesse. En +1407, son père tombe sous le fer d'un assassin; en 1408, sa mère meurt +épuisée par les larmes; en 1409, sa jeune épouse Isabelle 8 perd la +vie en donnant le jour à une fille; et pendant tous ces désastres, +Charles, qui est l'unique protecteur de deux jeunes frères, fait +d'inutiles efforts pour tirer vengeance du duc de Bourgogne. Enfin le 25 +octobre 1415, jour de la bataille d'Azincourt, les Anglais trouvèrent +sous un tas de morts le duc d'Orléans blessé; ils l'emmenèrent +prisonnier. Le poëte avait vingt-quatre ans.

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Note 5: (retour) Du Tillet dit 1393, et Juvénal des Ursins 1394.
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Note 6: (retour) Christine de Pisan, le Livre des fais du sage roy +Charles V. Collect. Petitot, t. V, p. 371.
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Note 7: (retour) Hist. du château de Blois, par L. de la +Saussaye, p. 44. Lemaire [Hist. et antiquités de la ville +d'Orléans, p. 96. Édit. in-folio] explique ainsi ces deux S: +Solam soepe seipsam sollicitari suspirareque, c'est-à-dire: +Seule souvent elle nourrit sa douleur.
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Note 8: (retour) Isabelle, fille aînée de Charles VI, et déjà veuve de +Richard II, roi d'Angleterre, avait épousé Ch. d'Orléans en 1406.
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Un singulier contraste frappe tout d'abord dans Charles d'Orléans: d'une +part, sa vie est ébranlée par les plus cruelles tourmentes; de l'autre, +une certaine tranquillité d'âme, des moqueries pleines de finesse et une +résignation placide, paraissent dans ses vers. On démêle bien au fond +des plus joyeux rondels échappés à sa plume quelque chose de réfléchi, +de grave et de mélancolique: Je suis cellui au cueur vestu de +noir, dit-il dans les premières pages de son livre 9. Cependant, à +proprement parler, Charles d'Orléans n'a fait que des poésies légères, +quelques plaintives élégies et des chansons amoureuses.

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Note 9: (retour) Page 31.
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Dans le poëme qui ouvre le recueil, l'auteur raconte, au milieu d'une +continuelle allégorie, comment il fut conduit par dame Jeunesse +dans la maison du seigneur Amour, comment il fut vaincu +par Beaulté (Beaulté est la Béatrix de notre poëte, nous y +reviendrons tout à l'heure), Comment il laissa à Amour son coeur +en gage, et comment il promit de faire balades et chancons +rimer. Dame Merencolie, dame Enfance, Joye, Soussy et autres +personnifications des sentiments humains, se retrouvent dans toutes les +poésies de Charles d'Orléans.

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Cette narration est froide, quoique d'une rime assez élégante. Les +ballades qui suivent sont uniquement consacrées à la louange de +Beaulté (le lecteur nous permettra de laisser ce nom à une femme +qui joue un grand rôle dans la vie littéraire de Charles d'Orléans, +et dont nous aurons quelquefois à parler). Dans ces premières pages +inspirées par la douleur d'une séparation récente, le vers du poète +s'affermit visiblement, un élan inaccoutumé échauffe sa verve, et +déjà brillent çà et là toute l'originalité et toute la richesse de sa +manière. Tantôt l'amant s'abandonne à une triste rêverie, tantôt il +soupire gracieusement les peines de l'absence; parfois il craint d'être +oublié10 et rappelle à sa maîtresse les serments jurés dans la maison +du seigneur Amour11. Alors Beaulté se hâte de rassurer +son bel amy sans per, puis la correspondance continue plus active +et plus passionnée. Je ne sais si cette femme, dont le poëte a tu +discrètement le nom, méritait tous les éloges qu'il lui donne, mais à +coup sûr elle faisait des vers fort tendres; citons la première stance +d'une de ses chansons:

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Mon seul amy, mon bien, ma joye,

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Cellui que sur tous amer veulx,

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Je vous pry que soyez joyeux,

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En esperant que brief vous voye 12

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Écoutons maintenant la réponse du poëte:

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Je ne vous puis, ne scay aimer,

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Ma Dame, tant que je vouldroye,

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Car escript m'avez pour m'oster

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Ennuy qui trop fort me guerroye:

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«Mon seul amy, mon bien, ma joye,

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»Cellui que sur tous amer veulx,

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»Je vous pry que soyez joyeux,

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»En esperant que brief vous voye13.

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Je demande pardon au lecteur d'insister sur ces détails; mais je devais +lui signaler une petite confusion échappée à deux éditeurs14 qui +ont compris dans les oeuvres de Charles d'Orléans les poésies de sa +maîtresse. Cette erreur est d'autant plus facile à rectifier, que la +plus simple lecture suffit, à défaut de tout autre indice, pour montrer +que les poésies dont nous parlons, ont été composées par une femme et +envoyées au poëte prisonnier.

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Note 10: (retour) Page 33.
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Note 11: (retour) Page 40.
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Note 12: (retour) Page 232.
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Note 13: (retour) Page 45-46.
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Note 14: (retour) MM. Chalvet et Aimé Champollion. Chalvet a édité +en 1803, les poésies de Charles d'Orléans, d'après le manuscrit +incomplet qui est conservé à la bibliothèque de Grenoble. Notre +édition est la seconde, ou si l'on veut la première, et pour mieux +dire la seule, qui offre d'une part toutes les poésies de Charles +d'Orléans, et de l'autre celles de ses collaborateurs: elle a paru +en deux livraisons, d'abord le texte, ensuite l'introduction et le +glossaire. Dans l'intervalle de temps qui s'est écoulé entre ces +deux publications, M. Aimé Champollion-Figeac, de la Bibliothèque +royale, etc., a mis au jour une troisième édition du même livre. Je +n'ai pas le loisir d'examiner ici le travail du nouvel éditeur, je +me bornerai à indiquer en note quelques-uns des principaux points +sur lesquels nos opinions diffèrent le plus.
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Ainsi c'est à Beaulté et non pas à Charles d'Orléans qu'il +faut attribuer la chanson de la page 227 (Se Dangier me tolt le +parler), celle de la page 232 (Mon seul amy, mon bien, ma +joye), celle de la page 428 (Faire ne puis joyeulx semblant), +et le rondeau de la page 427 (Mon amy, Dieu te convoye): ce +rondeau et celui du poëte (J'ay tant en moy de desplaisir, page +427) sembleraient avoir été écrits à l'époque même où le prisonnier +d'Azincourt quittait la France. Nous attribuerons aussi à Beauté +la chanson de la page 214 (Pour vous monstrer que point ne vous +oublie), celle de la page 220 (Comment vous puis je tant +aimer), et même le rondel de la page 208 (Pour le don que m'avez +donné), ici l'auteur paraît répondre à deux chansons (Ce mois de +may, nompareille princesse, page 197, et Belle que je cheris et +crains, page 203) composées par Charles d'Orléans.

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La chanson de la page 233 (Au besoing congnoist on l'amy) est +sans contredit de Beaulté; la jeune femme annonçait son prochain +départ pour l'Angleterre, projet longuement médité entre les deux +amants; le voyage n'eut pas lieu15, et c'est ici que finissent tout +à la fois les premières amours du poëte et les derniers chants de sa +maîtresse. Beaulté tombe dangereusement malade16, un instant on +espère la sauver17, mais bientôt la nouvelle de sa mort traverse la mer +et arrive au prisonnier18.

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Note 15: (retour) C'est ce que paraît indiquer la ballade de la page 61.
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Note 16: (retour) Page 64.
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Note 17: (retour) Page 65.
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Note 18: (retour) Page 66 et suiv.
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Dans cet endroit du livre, le poëte exprime sa tristesse d'une façon +touchante, et le souvenir de Beaulté, morte en droicte fleur +de jeunesse19, restera empreint pour toujours dans ses vers. +Toutefois nous ne pouvons passer sous silence une ballade pleine de +gémissements funèbres, et où l'auteur s'est représenté faisant une +partie d'échecs avec Faulx Dangier en présence d'Amour. Faulx +Dangier aidé par Fortune enlève tout à coup la dame de son +adversaire, et celui-ci s'écrie:

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Par quoy suy mat, je le voy clerement,

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Se je ne fais une Dame nouvelle20.

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Note 19: (retour) Page 67.
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Note 20: (retour) Page 68.
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Quelques-unes des ballades suivantes viennent confirmer l'inconstance +de l'amant de Beaulté; cependant ne le condamnons pas sans +l'entendre. Le poète qui avouait si ingénuement son infidélité a eu +le soin de nous laisser aussi sa justification sous la forme de deux +ballades, où tout ce que l'allégorie a de plus ingénieux, tout ce que +la forme du langage a de plus frais et de plus élégant, tout ce que la +pensée offre de plus naïf et de mieux senti, se trouve rassemblé21. +Nous nous rangerons volontiers à l'opinion de ceux qui compteront ces +deux ballades au nombre des plus charmantes du recueil.

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Note 21: (retour) Voyez la ballade qui commence à la p. 70 et la suiv.
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Charles d'Orléans avait épousé en 1410 (d'autres disent qu'elle lui fut +seulement fiancée) Bonne d'Armagnac; or, quelques critiques guidés +sans doute par un sentiment de haute moralité, ont cru voir dans Bonne +d'Armagnac la femme si éloquemment chantée par le prisonnier. Mais +comme cette conjecture, que rien dans les manuscrits ne peut autoriser, +tendrait tout simplement à rendre inexplicable le tiers des poésies +composées par Charles d'Orléans, nous devons nous y arrêter un instant.

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Dans quelques-unes de ses premières poésies, Charles d'Orléans se plaint +douloureusement, parfois avec un certain dépit, des rigueurs de sa dame, +et la forme de ces reproches ne peut en vérité convenir aux calmes +relations d'une union conjugale22. Nous signalerons aussi une ballade +où le prisonnier dit la joie que lui causera, à son retour en France, +la présence de cette même dame, à laquelle il recommande de craindre +Dangier qui les épie, mais qui à la fin trompé sera23. +Ces particularités et nombre d'autres semblables que nous omettons, +ne paraissent pas devoir s'appliquer à une épouse légitime. Mais +continuons: Bonne d'Armagnac mourut un mois après la bataille +d'Azincourt, et il est matériellement impossible que dans ce court +intervalle les deux époux aient eu le temps d'écrire, l'un ses +nombreuses ballades, l'autre ses chansons. Enfin, le duc de Bourbon, +aussi prisonnier en Angleterre, revint en France, et à cette occasion +son cousin Charles d'Orléans lui adressa une ballade où il dit: +Recommandez moy sans point l'oublier, à ma Dame24. Or le voyage +du duc de Bourbon est de l'année 1417, et Bonne d'Armagnac était morte +en 1415. Quant au nom de la femme que nous avons appelée avec le poëte +Beaulté, car nous la soupçonnons fort d'être aussi la dame de +la ballade, c'est une petite énigme littéraire dont les manuscrits ne +donnent pas le mot, et que nous laisserons à nos successeurs25.

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Note 22: (retour) Voy. la ballade de la page 27 (Belle que je tiens +pour amye); voy. la chanson de la page 194 (Quelque chose que +je die), etc., etc.
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Note 23: (retour) Pag. 61.
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Note 24: (retour) Pag. 148.
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Note 25: (retour) En ouvrant l'édition des poésies de Charles d'Orléans +publiée par M. Aimé Champollion, nous n'avons pas été médiocrement +surpris de trouver des ballades ainsi intitulées: Ballade sur +la maladie de la duchesse d'Orléans; Ballade sur la guérison de la +duchesse d'Orléans; Ballade sur les obsèques de la duchesse +d'Orléans, etc., etc. J'ignore dans quel manuscrit le nouvel +éditeur a puisé les titres de ces ballades; mais je ne puis +véritablement adopter son avis sur ce point.
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A la page 80, commence le Songe en complainte qui forme le +complément, ou si l'on veut, la contre-partie du poëme placé en tête du +recueil. Le Songe en complainte porte la date de 143726; Charles +d'Orléans avait alors quarante-six ans, Beaulté était morte et +le temps Des jeunes amours passé. Ung vieil homme lequel Aage +s'appelle apparaît en songe au prisonnier; mais, cette fois, +Aage est devenu philosophe, ses discours sont pleins d'une +moralité affectueuse et de sages conseils; il reproche doucement au +poëte une vie dépensée dans les loisirs inutiles; puis il ajoute:

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Avisez vous, ce n'est pas chose fainte;

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Car Vieillesse, la mère de courrous,

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Qui tout abat et amaine au dessoubz,

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Vous donnera dedens brief une atainte27.

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Note 26: (retour) Page 92.
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Note 27: (retour) Page 81.
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A ce mot de vieillesse le poëte effrayé se résigne courageusement +et va redemander son coeur à Amour (on se souvient que vaincu par +Beaulté, Charles d'Orléans avait laissé à Amour son coeur +en Gage). Le poëte reprend donc son coeur et sa quittance, abandonne +pour jamais la maison du seigneur Amour; puis, guidé par +Confort, il arrive Bientôt à l'ancien manoir que l'en appelle +Nonchaloir, et demande au gouverneur Passetemps la permission +de demeurer avec lui le reste de Ses jours. Ce petit poëme entremêlé de +ballades est tout à fait dans le goût de celui auquel il sert en quelque +sorte de dénoûment.

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Charles d'Orléans composa aussi pendant la captivité, un chant +patriotique intitulé: La Complainte de France28. Le but du poëte +qui signalait avec douleur les plaies de la patrie, était louable sans +doute, mais sa voix n'avait ni la mâle éloquence ni la verve puissante +qu'il faut pour de tels sujets; et la ballade de la page 139 (Priez +pour paix, doulce Vierge Marie) nous confirme dans cette +opinion. Après la Complainte de France, viennent trois autres +complaintes29 que je préfère, surtout la première; le poëte y dit ses +peines amoureuses, et il est plus à l'aise. En général, toutes les fois +que Charles d'Orléans, qu'on pourrait appeler le peintre des petits +tableaux, veut sortir de la ballade, de la carole ou du rondel, sa +pensée s'alourdit et sa plume s'embarrasse dans les détails. Qu'on lise +les poésies tendres et mélancoliques que lui arrachèrent les amertumes +et l'isolement de la prison, c'est là qu'il réussit parfaitement. +Lorsque des côtes d'Angleterre l'exilé tourne ses regards vers +la France30 sa ballade devient une ode sublime et une élégie +attendrissante. Les jours de joyeuse humeur, Charles d'Orléans trouve +dans ses vers une incroyable dérision et une malignité de bon aloi, +qu'aucun écrivain de notre langue n'a connue avant lui; à la page 145 +(Je fu en fleur ou temps passé d'enfance), c'est Raison +qui l'a mis pour meurir ou feurre de prison. Plus loin, il +condamne gaiement son coeur qui voulait fuir à demeurer captif au +royaume d'Angleterre31. A la page 141, le poëte raille avec une colère +bouffonne L'outrecuidance de Jean de Garencières32, probablement son +rival en amour; Ce dernier réplique avec non moins de vivacité, et le +tout reste consigné dans deux ballades où chacun exhale à qui mieux +mieux, celui-ci sa plaisanterie provoquante, et celui-là son dépit. On +avait répandu en France le bruit de la mort du prisonnier, de là une +ballade pleine de moquerie, dont la première stance se termine ainsi:

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Si fais à toutes gens savoir

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Qu'encore est vive la souris33.

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Et plus bas:

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Nul ne porte pour moy le noir,

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On vent meilleur marchié drap gris.

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Note 28: (retour) Page 181.
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Note 29: (retour) Page 184 et suiv.
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Note 30: (retour) Page 139.
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Note 31: (retour) Page 146.
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Note 32: (retour) Jean de Montenay, sire de Garencières, fait prisonnier +à la bataille d'Azincourt (Essai sur les Bardes, etc., par +l'abbé de La Rue, t. III, p. 326), soutint longtemps le parti des +Armagnacs contre les Bourguignons. En 1411, Charles +d'Orléans demandait au roi qu'on rendît à Jean de Garencières la +capitainerie de la ville de Caen (Juvénal des Ursins, édit. de 1614, +p. 274).
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Note 33: (retour) Page 147.
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A son arrivée en Angleterre, Charles d'Orléans avait été enfermé à +Windsor; en 1422, on le retrouve au château de Bolingbroke; ramené à +Londres en 1430, mis à l'enchère comme une bête de somme, on lui donna +successivement pour geôliers ceux qui le voulaient prendre au plus bas +prix; l'âme du poëte plia sous de telles humiliations: «En ma prison, +disait-il plus tard34, pour les ennuys, desplaisances et dangiers en +quoy je me trouvoye, j'ay mainteffoiz souhaidié que j'eusse esté mort à +la bataille où je fus prins.» En 1433, ayant rencontré un jour chez le +comte de Suffolk, alors son gardien, les ambassadeurs de Philippe de +Bourgogne, il vint à leur rencontre et leur pressant tendrement la main, +il répondit à l'un d'eux qui s'enquérait de sa santé: «Mon corps est +bien, mais mon âme est douloureuse; je meurs de chagrin de passer ainsi +les plus beaux jours de ma vie en prison sans que personne songe à mes +maux35.» Puis, après quelques paroles échangées, le prince ajouta: «Et +ne viendrez-vous point me visiter? promettez-le-moi, vous savez si je +me tiendrai heureux de vous voir36.» Le comte de Suffolk ne permit pas +d'entretien particulier. Il y avait dans l'hôtel de ce comte un barbier, +natif de Lille et nommé Jean Canet; le prince aimait causer avec lui, +c'était un compatriote. Jean Canet alla trouver les ambassadeurs +bourguignons, et leur dit que le duc d'Orléans estimait grandement son +cousin le duc Philippe, et qu'il les priait de se charger d'une lettre +pour lui; mais cette lettre envoyée le lendemain n'avait pas été écrite +librement37. C'est au milieu de ces misères que le prisonnier proposa +au monarque anglais, en échange de sa liberté, de le reconnaître pour +seigneur suzerain; on a reproché cet acte au duc d'Orléans comme une +indigne bassesse, c'était avant tout une Impossibilité.

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Note 34: (retour) Discours prononcé par Ch. d'Orléans, en présence du +roi Charles VII, au sujet du procès du duc d'Alençon.
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Note 35: (retour) Hist. des ducs de Bourgogne, par M. de Brabante, +quatrième édition, t. VI, p. 233.
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Note 36: (retour) M. de Brabante, loc. cit. p. 234.
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Note 37: (retour) M. de Brabante, loc. cit. p. 235.
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Déjà en 1435 et 1438, les Anglais avaient amené leur prisonnier à Calais +pour y traiter de sa rançon; ces négociations échouèrent; mais en 1439, +aux conférences de Gravelines, Charles d'Orléans sut plaire par les +charmes de son esprit à la duchesse de Bourgogne; celle-ci fut émue +aux récits de si longs malheurs, et elle s'intéressa vivement à la +délivrance de son parent. C'est probablement pendant ce dernier voyage +en France que le poëte envoya à Philippe de Bourgogne la ballade de la +page 151 (Puisque je suis vostre voisin); le duc de Bourgogne +répliqua, et les deux princes continuèrent ainsi de régler les affaires +de l'Europe38. Certes, l'histoire de la diplomatie n'offre pas trace +d'une telle particularité. Tout Bourgongnon suis vrayement, dit +le duc d'Orléans à son cousin; les temps étaient bien changés. On fixa +la rançon du prisonnier à la somme énorme de cent vingt mille écus d'or.

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Note 38: (retour) Les ballades échangées par les ducs d'Orléans et de +Bourgogne sont au nombre de sept; voy. pages 151, 152, +153, 154, 155, 158 +et 159.
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Quand Villon avait dépensé jusqu'à son dernier sou, il adressait une +requête à Mgr de Bourbon, qui lui prêtait (c'est l'expression de +l'auteur) six écus; Marot escomptait ses Épistres sur la bourse +de François Ier; et plus tard, pour une modique gratification, Corneille +comparait le financier Montauron à Auguste. Charles d'Orléans, qui +devait subir toutes les vicissitudes des grands poëtes ses descendants, +prit la plume et envoya à son cousin une ballade où il disait:

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Il ne me fault plus riens qu'argent

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Pour avancer tost mon passaige,

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Et pour en avoir prestement,

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Mectroye corps et ame en gaige39.

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Note 39: (retour) Page 159.
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La ballade eut du succès, Philippe donna trente mille écus.

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Enfin, après une détention de vingt-cinq années, Charles d'Orléans +débarqua à Calais; la duchesse de Bourgogne l'attendait à Gravelines, où +le duc son mari arriva peu après. Les deux cousins se jetèrent dans +les bras l'un de l'autre, il n'y avait plus ni Armagnac, ni +Bourguignon, et la réconciliation était complète. Charles +d'Orléans, ses hôtes et un brillant cortége se rendirent à Saint-Omer; +là fut célébré (novembre 1440) le mariage du poëte avec Marie de Clèves, +nièce de Philippe de Bourgogne. Après un voyage à Bruges, les princes se +séparèrent. Le duc et la nouvelle duchesse d'Orléans prirent le chemin +du château de Blois.

+ +

Le temps de la tranquillité et de la paix était venu; une vie libre, +facile et souriante s'ouvrait devant Charles d'Orléans rentré au foyer +de ses pères. Le poëte avait commencé par chanter ses maîtresses avec +une ardeur toute juvénile, puis ses vers s'étaient parfois assombris +sous les murs de la prison; maintenant l'homme mûri par l'âge a renoncé +aux joies des jeunes années, et il se laisse complaisamment aller à une +douce mélancolie. La ballade de la page 97 (Balades, chançons et +complaintes), composée en Angleterre, et dont les premiers vers +annoncent le retour du poëte, après une interruption, à ses délassements +favoris, nous semble marquer le point de départ de ce que nous nommerons +volontiers la troisième manière de Charles d'Orléans; quelques années +plus tard la transformation qui s'était accomplie se manifestait dans +une autre ballade, publiée récemment par M. Ch. Lenormand40, et où +paraît la philosophie rêveuse et la brillante couleur des nouveaux +chants du poëte.

+ +
Note 40: (retour) * Livre de poésie à l'usage des jeunes filles +chrétiennes, p. 408; voy. Dans notre édition la ballade de la +page 164 (En tirant d'Orléans à Blois).
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Mais ici notre tâche se complique; Charles d'Orléans ne faisait pas +seulement de charmantes poésies, il faisait aussi des poëtes; et nous +ne pouvons pas tout à fait passer sous silence cette seconde partie des +oeuvres de notre auteur. Habité par un prince riche et puissant, le +château de Blois devint bientôt le centre d'une colonie littéraire, où +des rois, des grands seigneurs, le duc d'Orléans, la duchesse sa femme, +confondus avec d'humbles gentilshommes et de pauvres poëtes, venaient +chaque jour apporter leur tribut. Parmi les membres de cette petite +académie, qui rappelle le Dauphin et ses familiers écrivant à Génappe +les Cent nouvelles nouvelles, on remarque quelques noms devenus +célèbres dans les lettres, et au premier rang François Villon.

+ +

La ballade de la page 130 (Je meurs de soif aupres de la +fontaine), signée par Villon et adressée à Charles d'Orléans, est +une espèce de jeu d'esprit où toute l'invention de l'auteur consistait +à fondre et à ajuster dans le même vers deux pensées opposées l'une à +l'autre; ces contrastes plus ou moins ingénieux, cherchés avec effort, +embarrassent sensiblement l'allure franche et aventureuse de Villon, et +se plient d'ailleurs avec peine à la forme rhythmique. La ballade de +la page 124, qui a pour épigraphe un vers de Virgile, et les deux +suivantes41, ne portent pas de nom d'auteur dans les manuscrits; mais +elles sont aussi de Villon, qui termine la dernière par ces mots: +Vostre povre escolier françoys, qualité qu'il a prise plusieurs +fois dans ses vers42. Ces trois ballades, qui ont été insérées par M. +Prompsault dans son édition des oeuvres de Villon, furent écrites à +l'occasion de la naissance de la princesse Marie, fille de Charles le +Téméraire, et petite-fille du duc Charles de Bourbon43. A la page 336, +nous lisons un rondel d'Olivier de la Marche; nous préférons assurément +un chapitre de ses Mémoires. Le rondel de la page 337, signé +George, a été attribué par quelques critiques à George +Chastelain.

+ + +
Note 41: (retour) Combien que j'ay leu en ung dit, p. 125; et Euvre +de Dieu, digne, louée, p. 127. Ces trois ballades de Villon sont +réunies dans le manuscrit en une seule, peut être pour montrer +qu'elles appartenaient au même auteur; nous avons dû respecter cette +disposition.
+ +
Note 42: (retour) M. Aimé Champollion a inséré dans son édition les +deux premières de ces ballades, et il a supprimé la troisième. Il +ajoute en note, p. 443: «Il suffira de la lire (les deux premières +ballades) sans grande attention pour voir qu'elle n'est point de +Charles d'Orléans; son texte et ses rimes sont des plus mauvais.» +Boileau était moins sévère pour François Villon.
+ +
Note 43: (retour)

Les relations littéraires de Charles d'Orléans et de +Villon, qu'on n'a peut-être pas assez remarquées, ont laissé dans +les ouvrages du dernier une trace qu'on retrouve, pour ainsi dire, +à chacun de ses vers: nous ne citerons qu'un exemple. Charles +d'Orléans adresse à sa maîtresse une ballade (p. 22) où nous lisons:

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+

Au fort, martir on me devra nommer,

+

Se Dieu d'amours fait nulz amoureux saints,

+

Car j'ay des maulx plus que ne scay compter.

+

Puis qu'ainsi est que de vous suis loingtains.

+
+ +

Ouvrons le petit testament de Villon:

+ +
+

Au fort, je meurs amant martir,

+

Du nombre des amoureux sains.

+
+ + +

Nous trouvons aussi parmi les collaborateurs de Charles d'Orléans, René, +roi de Sicile et duc d'Anjou, qui est indiqué dans le manuscrit sous le +nom de Secile, le cadet d'Albret (le cadet Dalebret +ou simplement le Cadet), Jean II, duc d'Alençon, le grant +Seneschal (selon l'abbé de la Rue44, ce personnage était Pierre +de Brézé, comte de Maulévrier, grand sénéchal d'Anjou, de Poitou et de +Normandie), le comte de Nevers, le vicomte de Blosseville qui +avait suivi Charles d'Orléans en Angleterre45, et quelques autres +gentilshommes que nous nommerons plus loin46. Les poésies de ces +auteurs sont fort médiocres. Divers chansons ou rondels portent le nom +du duc de Bourbon et du comte de Clermont; il faut ici, pour éviter les +méprises, donner quelques éclaircissements.

+ +
Note 44: (retour) Essais hist. sur les Bardes, etc. t. III, p. +327.
+ +
Note 45: (retour) Essais hist, sur les Bardes, etc, t. III. p. +322.
+ +
Note 46: (retour) Voyez la Liste des auteurs, p. xxiv.
+ +

Trois ballades de Charles d'Orléans47 sont adressées à un duc de +Bourbon; ce duc est Jean Ier, qui avait été fait prisonnier à Azincourt, +et qui mourut à Londres en 1433. Jean II, comte de Clermont, petit-fils +de Jean Ier, prit à la mort de Charles son père (1456) le titre de duc +de Bourbon; il est l'auteur des rondels que nous allons citer: p. 303 +(Rondel Clermondois), 309, 310 et 354. +Au rondel de la p. 383, +il est désigné sous le nom de Bourbon jadis Clermont; le duc son +père venait de mourir, et ceci nous explique les deux premiers vers du +rondel suivant, où Charles d'Orléans dit:

+ +
+

Comme parent et alyé

+

Du duc Bourbonnois à present48.

+
+ +
Note 47: (retour) Pag. 148-150.
+ +
Note 48: (retour) Page 383.
+ +

Enfin, ce duc Bourbonnois à présent est encore l'auteur de la +chanson de la page 235, et de trois rondels (pag. 386, 391, 425), où il +est appellé Bourbon49. C'est probablement à ce duc Jean, et en +qualité de collaborateur, que Villon empruntait de temps en temps six +écus.

+ +
Note 49: (retour) Plusieurs de ces rondels ou chansons portent au titre +le nom de Bourbon, et sont, par conséquent, postérieurs à +l'année 1456. Je m'éloigne donc encore ici de l'opinion émise (p. +425-427) par M. Aimé Champollion qui attribue ces poésies à Jean +Ier, duc de Bourbon, mort en 1433.
+ +

Hugues le Voys, Pierre Chevalier, Étienne le Gout, Montbreton, Vaillant, +n'étaient pas, je crois, gentilshommes; mais à coup sûr, ainsi que le +lecteur pourra s'en convaincre facilement, ils n'étaient pas poëtes non +plus. Les deux rondels de Guillaume Cadier50 et de Robertet composés +en l'honneur de Charles d'Orléans51, les trois rondels de Guiot et de +Philippe Pot, sont mauvais. Jean, duc de Lorraine, fils du roi Réné, a +fait sept rondels; celui de la page 345 annonce de l'esprit et de la +finesse. C'est à ce même duc de Lorraine qu'Antoine de la Sale a dédie +le roman du Petit Jehan de Saintré.

+ +
Note 50: (retour) Charles d'Orléans nomme ce Guillaume Cadier dans une +ballade, p. 148.
+ +
Note 51: (retour) Page 424.
+ +

Philippe de Boulainvilliers a mis dans le recueil une chanson et un +rondel, deux pièces délicieuses qu'on croirait échappées à la plume de +Charles d'Orléans; on peut ranger hardiment sur la même ligne les trois +rondels et la chanson de Fraigne.

+ +

Deux rondels d'un style élégant et pleins de sentiments gracieux portent +au titre: Madame d'Orléans; l'abbé de la Rue avait attribué ces +deux pièces à Bonne d'Armagnac52, seconde femme du duc d'Orléans, et +qui probablement ne fit jamais un vers de sa vie. Nous nous empressons +de les restituer à leur véritable auteur, Marie de Clèves.

+ +
Note 52: (retour) Essai hist. sur les Bardes. etc. t III, p. 323.
+ +

La ballade de Gilles des Ourmes, Je meurs de soif aupres de la +fontaine, ressemble à celle de Villon sur le même sujet; la chanson +de la page 210 est fine et spirituelle; disons-en autant du rondel de la +page 414; celui de la page 349, signé Gilles, est probablement du +même auteur. Nous lisons deux ballades et deux rondels de Berthault de +Villebresme; la ballade de la page 168, dont chaque vers commence par +le mot tost, semble être la continuation de celle de Pierre +Chevalier (p. 167), qui offre la même singularité. Les deux Caillau +ont composé onze pièces, tant ballades que rondels. Jean est +incontestablement supérieur à Simonnet; les rondels des pages 278 et +381 sont fort jolis, surtout le dernier. Benoît d'Amiens ne vaut pas +à beaucoup près Jean Caillau. Mais de tous ces poëtes, le plus fécond +était, sans contredit, Fredet.

+ +

Fredet paraît pour la première fois à la page 169; il écrit une +lectre en complainte à Charles d'Orléans, qui répond par une +autre complainte, laquelle est suivie d'une nouvelle lettre de Fredet. +Les deux poëtes se plaignent et se consolent mutuellement; le premier +est tourmenté par Amour et le second par Soussy; ces trois +pièces sont froides et dénuées de tout intérêt poétique. Fredet et +Charles d'Orléans échangent encore Deux rondels (pages 251, 252) qui ne +valent pas mieux que leur complainte; mais bientôt les vers s'animent et +se colorent. A la page 279 Fredet dit les grandes douleurs qu'il endure, +et Charles d'Orléans (page 280) promet de l'aider de toute sa puissance; +en effet un peu plus loin (page 335) le prince dit à son protégé: +Vostre fait que savez, va bien. Nonobstant ces bonnes paroles, +voici Fredet qui déplore les mauvais tours qu'on lui joue, et appelle la +mort à grands cris (page 335). Que voulait Fredet? quels tours lui avait +on joué? c'est ce que le livre ne dit pas; mais à la page 336 nous +lisons un rondel de Charles d'Orléans où perce le dépit du prince et +toute la mauvaise humeur du poëte; il faut remarquer cette pièce, +quoique très-faible; elle est la seule de son genre dans le recueil. La +pique des deux poëtes amena sans doute une rupture, car à la page 350 +Charles d'Orléans se plaint de la longue absence de Fredet, mais d'une +façon toute bienveillante; ce rondel, qui a douze vers, est un petit +chef-d'oeuvre d'esprit, de bonhomie et de gaieté; la réponse (page 350) +nous apprend que Fredet était marié, ce qui fournit à Charles d'Orléans +le sujet d'un nouveau rondel (page 351), aussi caustique, aussi piquant +qu'un chapitre de Rabelais ou une scène de Molière.

+ +

Nous ne pousserons pas plus loin cet examen des collaborateurs de notre +poëte. Seulement nous ferons remarquer que tous s'efforçaient d'imiter +le maître, et que ceux-là réussissaient le mieux qui, comme Fraigne, +Boulainvilliers et Jean Caillau, en approchaient le plus. Il nous reste +maintenant à parler de quelques pièces comprises dans le recueil, et +dont les auteurs sont inconnus.

+ +

L'attribution des poésies qui portent au titre un nom d'auteur doit être +mise, par cela même, hors de toute controverse. Les poésies non signées +peuvent se diviser en deux catégories: les unes, et c'est l'immense +majorité, appartiennent à Charles d'Orléans; les autres, et c'est +l'exception, appartiennent à ses collaborateurs; il suffira d'indiquer +ces dernières.

+ +

Onze ballades commencent par le vers: Je meurs de soif auprès de la +fontaine; cinq de ces ballades ne sont pas signées53. Les poëtes +du château de Blois, et ceci en offre un exemple, choisissaient +ordinairement une pièce de vers qui servait de thème commun; or, il est +peu probable que Charles d'Orléans ait composé pour sa part les +cinq ballades non signées. Quelles sont celle ou celles qui lui +appartiennent? Nous nous bornerons ici à consigner notre doute, car dans +ces concours poétiques l'originalité de l'auteur disparaît, pour ainsi +dire, derrière la rigueur de programme.

+ +

La ballade de la page 166 (Du regime quod dedistis) n'est +certainement pas de Charles d'Orléans, car elle sert de réponse à la +précédente (Bon régime sanitatis), qui est signée par lui. Nous +avons vu plus haut Charles d'Orléans et Fredet échanger deux rondels à +propos du mariage de ce dernier; or, je serais tout disposé à voir dans +les deux ballades une continuation de la même polémique; d'autant plus +que cette réponse non signée est tout à fait dans la manière de Fredet, +et j'ajouterai même qu'elle ressortait de la situation. On pourra +m'objecter que Fredet n'était pas prince, et que le mot se trouve +dans l'envoi de la ballade de Charles d'Orléans; mais nous ferons +remarquer que Villon appelait prince son ami Garnier54; ce sont +fictions de poëte.

+ +
Note 53: (retour) Voyez l'Envoi de la ballade de Villon à Garnier. +OEuvres de Villon, édit. de M. Prompsault, p. 310-311.
+ +
Note 54: (retour) Il nous est impossible de partager sur les +Envois l'opinion de M. Aimé Champollion, qui a retranché des +poésies de Charles d'Orléans les six ballades suivantes (nous citons +les pages de notre édition): En la forest de longue actente, +p. 105; Portant harnois rouillé de nonchaloir, p. 108; +Dieu vueille sauver ma galée p. 109; Amour qui tant a de +puissance, p. 158; L'autre jour je fis assembler, p. 165, +et Bon regime sanitatis, p. 166 (cette dernière porte au +titre dans les manuscrits le nom de Charles d'Orléans, et c'est +probablement par une omission involontaire que l'éditeur ne l'a pas +comprise dans son volume). Ces six ballades se terminent par un +envoi adressé à un prince; et comme Charles d'Orléans +était prince, M. Aimé Champollion a conclu que ces poésies avaient +été composées pour lui et non par lui; mais ici le nouvel éditeur +nous semble avoir attaché au mot prince une signification +trop absolue et trop rigoureuse. Nous avons déjà vu que cette +locution était employée chez les poëtes de ce temps comme une +formule toute de convention. Bien plus, Charles d'Orléans avait +autour de lui et dans sa famille de vrais princes auxquels il +pouvait dédier ses poésies: qu'on ouvre notre volume aux pages +120 et 121, on y Trouvera des ballades signées par Charles +d'Orléans, et adressées dans l'envoi à un prince. La +ballade de la page 100 (Comment voy je les Anglois esbahys) +composée, en 1453, par Charles d'Orléans, à l'occasion de la +conquête de la Guienne et de la Normandie, porte au titre de +l'envoi le mot prince (le nouvel éditeur a supprimé ce +titre dans plusieurs ballades). Ainsi une ballade avec l'envoi à +un prince peut venir aussi bien de notre poëte que de ses +collaborateurs. J'attribue sans hésitation à Charles d'Orléans les +six ballades citées plus haut, car je crois y découvrir des traces +non douteuses de sa manière. La ballade de la page 105 est une +charmante poésie, et toutes offrent de ce beautés délicates et +élégantes qui ont, du moins à mes yeux, l'autorité d'une signature.
+ +

Le rondel de la page 245 (Je suis desja d'amour tanné), adressé +comme le précédent à la doulce Valentine, doit être du même +auteur, René, roi de Sicile, auquel nous attribuerons aussi le rondel de +la page 248 (Se vous estiez comme moy).

+ +

La ballade de la page 111 (Yeulx rougis, plains de piteux +pleurs), celle de la page 129 (Je n'ay plus soif, tarie est la +fontaine), celle de la page 131 (Parfont conseil eximium) +et celle de la page 157 (Visaige de baffe venu), me paraissent +toutes provenir des élèves de Charles d'Orléans; péniblement rimées, +triviales et dénuées de toute élégance, ces quatre ballades n'offrent +pas un vers qui trahisse le style pénétrant, facile et correct du +maître. Je rangerai dans la même catégorie le rondel de la page 406 +(Prophétisant de vostre advenement), celui de la page 425 (Des +droiz de la porte Baudet) et celui de la page 426 (Gardez vous +bien de ce fauveau), celui de la page 410 (Les biens de Vous, +honneur et pris) et les trois suivants. Le rondel de la page 324 +(Se vous voulez m'amour avoir) serait plus naturellement placé +dans la bouche d'un poëte féminin que dans celle de Charles d'Orléans.

+ +

Le petit poëme diffus, plein de vers barbares, intitulé: Le lay +piteux (pages 429-436), et que deux manuscrits comprennent au nombre +des poésies de Charles d'Orléans, me paraît d'une époque plus ancienne +et n'est vraisemblablement pas de lui; à la page 430, ligne 10, on lit +le mot arme pour ame; à la page 434, ligne 31, li +pour le; à la page 436, ligne 24, m'ot pour m'a; +ces formes grammaticales, dont les vers De Charles d'Orléans n'offrent +pas d'exemple55, viennent nous raffermir dans notre conviction.

+ +
Note 55: (retour) A la page 390 de l'édition de M. Aimé Champollion, +ligne 16, on lit le vers suivant: Abayer ne m'ot sonner. Il +faut mot; voy. notre édition, page 399, vers 22.
+ +

Il y a bien encore quelques rondels sur lesquels nous ne sommes pas +absolument fixés; mais nous avons dû nous borner ici à indiquer les +pièces dont l'authenticité nous a paru la plus suspecte. Une lecture +attentive des poésies de Charles d'Orléans et des membres de sa petite +académie, est le meilleur guide qu'on puisse choisir pour démêler +sûrement, dans cette espèce d'album poétique, ce qui appartient à +celui-ci ou à ceux-là; toutefois il faut se défier de Fraigne et de +Boulainvilliers, dont la manière se rapproche et égale parfois celle du +maître. Maintenant on comprendra pourquoi nous avons publié le recueil +dans son entier, pourquoi nous avons toujours fidèlement et exactement +reproduit les titres de chaque pièce et pourquoi nous les avons laissées +dans l'ordre indiqué par le manuscrit où elles sont les plus nombreuses. +Tout cela est un enseignement nécessaire pour ceux qui voudront examiner +des questions que nous n'avons certainement pas la prétention d'avoir +résolues; d'ailleurs ces poésies s'éclairent les unes les autres et il +y a ici trop d'obscurité pour ne pas saisir avec empressement la plus +petite lumière. Le lecteur a maintenant les pièces du procès sous les +yeux, il appréciera56.

+ +
Note 56: (retour)

Les manuscrits que nous avons reproduits dans celle +édition sont au nombre de six:

+ +

1. BIBLIOTH. DU ROI. (Lavall. No 193.) 269 feuil. vélin, +in-8°. Le feuillet 1 porte les armes de la maison d'Orléans. +L'écriture annonce la fin du quinzième siècle. Ce manuscrit, auquel +plusieurs scribes ont travaillé, a appartenu au duc de la Vallière.

+ +

2. BIBLIOTH. DU ROI. (Fond. franc., No 7357-4.) 112 feuil. +écrits sur Deux col. vélin, petit in-folio. Le feuillet 1 porte les +armes de la maison d'Orléans et de Milan. Moins ancien que le No 1, +le manuscrit No 2 représente le recueil le plus complet des poésies +de Charles d'Orléans et de ses collaborateurs; il a appartenu +à Henri II, à Catherine de Médicis, à Ballesdens et à Colbert. +L'exécution du manuscrit No 2 est très-riche et très-soignée; mais +les textes offrent la trace d'altérations nombreuses.

+ +

3. BIBLIOTH. DU ROI. (S.Germ. 1660.) Papier, petit in-folio. +Les poésies de Charles d'Orléans, recueillies dans le même volume +avec d'autres Opuscules, commencent au recto du feuillet 1 par ces +mots: Cy commence le livre que monseigneur Charles duc d'Orléans +a faict estant prisonnier en Angleterre, et finissent au recto +du feuillet 59: Cy fine le livre, etc. Le manuscrit No 3 ne +contient qu'une partie des poésies de l'auteur; mais dans le nombre +se trouvent une ballade, le Lay piteux, deux rondeaux et deux +chansons, qui manquent aux Nos 1 et 2.

+ +

4. BIBLIOTH. DE L'ARSENAL. 139 feuil. vélin, petit in-4º. Le +feuillet 1 porte la signature du marquis de Paulmy. Le manuscrit No +4, moins complet que les Nos 1 et 2, plus ancien que ce dernier, +nous a fourni quelques leçons utiles.

+ +

5. BIBLIOTH. DE L'ARSENAL. Papier, petit in-folio. Ce volume +contient les poésies de divers auteurs; celles de Charles d'Orléans +occupent cinquante-trois feuillets; elles se terminent par la +souscription suivante; Cy fine le livre que monseigneur d'Orléans +fist lui estant prisonnier en Angleterre, là où vous trouvères la +lectre de Retenue, et balades, et complaintes, et la Requeste, et la +Quictance, comme il bailla son cueur en gaige, et la lectre close et +le dit de France, et le lay piteux, etc., etc. Le manuscrit No 5 +offre les mêmes textes que le No 3; mais il est moins correct, et +on y remarque une lacune considérable; le copiste a omis vingt-cinq +ballades.

+ +

6. BIBLIOTH DE L'ARSENAL. Papier, in folio. Reproduction +très-fautive du Manuscrit No 2. Cette copie, a été faite an +commencement du siècle dernier, sur un texte vicieux et déjà altéré; +mais une main érudite a jeté sur les marges du volume quelques notes +qui ont dû appeler notre attention. Au folio 120 recto le critique +anonyme écrit ces mois: Galois et Galoises dont j'ai parlé dans +mes Mémoires sur la chevalerie, et un peu plus loin (folio +126 verso), il renvoie le lecteur à son glossaire au mot +estradiot. Or, ce critique ne peut être que La Curne +de Sainte Palaye, dont l'écriture fine et serrée se reconnaît +d'ailleurs à la première vue. M. Aimé Champollion, qui, tout à +l'heure, était sans pitié pour notre ami François Villon, n'a vu +dans les remarques du célèbre philologue que des «notes dont le +ridicule et la singularité sont le seul mérite(Notice +prélim. xxxi.) Nous sommes moins difficile, nous avons lu les +Observations de Sainte Palaye avec tout le soin que commande le nom +de L'auteur, et nous y avons puisé des lumières pour rédiger le +glossaire qui termine notre volume.

+ +

Le manuscrit n° 1, sans contredit le plus ancien et le plus correct +de tous, est celui que nous avons suivi de préférence pour la +transcription des textes. Le manuscrit n° 2, où les pièces sont les +plus nombreuses, est celui que nous avons suivi pour la distribution +et le classement des pièces. Ainsi notre Édition, à partir de la +page 1, jusques y compris le rondel de Cadier, page 425, reproduit, +dans leur ordre successif, les diverses poésies contenues dans le +manuscrit n° 2 (il faut toutefois excepter une première strophe de +la ballade de la page 116, qui, comme nous l'avons dit en note, +appartient au manuscrit n° 1). Les trois rondels qui suivent celui +de Cadier sont empruntés au manuscrit n° I, et le reste du volume, à +partir de la ballade de la page 426 est tiré des manuscrits 3 et 5.

+ +

Les bibliographes signalent encore d'antres manuscrits des poésies +de Charles d'Orléans. Quatre de ces manuscrits sont à Londres, un à +Grenoble et un à Carpentras. Les manuscrits de Londres renferment, +dit-on, quelques chansons qui manquent dans ceux de Paris: je ne +sais si ces chansons appartiennent à notre auteur. Un des manuscrits +de Londres est la traduction anglaise des Oeuvres de Ch. d'Orléans; +cette traduction a été publiée en 1827, par M. Walson Taylor. +Le manuscrit de Grenoble ne contient qu'une partie des poésies +composées par Charles d'Orléans et ses collaborateurs: les textes +offrent de fâcheuses lacunes; et une imperfection plus fâcheuse +encore est l'absence du nom des auteurs en tète des pièces. Le +manuscrit de Carpentras paraît être une copie des manuscrits déjà +cités.

+ +

De tous ces manuscrits, ceux que nous avons décrits sous les n° 1 +et 2 sont assurément les plus précieux, surtout le n° 1, qui semble +réunir tous les Caractères d'un texte original. L'édition de +Chalvet, qui a publié le manuscrit de Grenoble, nous a peu servi.

+ +

On lit dans les manuscrits n° 1 et n° 2, une ballade et huit rondels +ou chansons en anglais; nous n'avons pas reproduit ces poésies qui +intéressent peu la littérature française. Nous avons joint au volume +un petit glossaire-index qui donne l'explication des termes +les plus vieillis. Le recueil contient une carole en latin (p. 266), +un certain nombre de poésies mêlées de latin et de français, et deux +rondels (p. 361 et 390) où le français et l'italien se trouvent +confondus; nous n'avons inséré dans le glossaire que des mots +français D'ailleurs les termes empruntés aux idiomes étrangers +n'offrent pas ici de difficultés sérieuses, il faut toutefois +excepter le vers: Contre fenoches et noxbuze (p. 361 et 390), +dont le sens est assurément fort obscur. Nous avons hésité entre +diverses interprétations qui, après un examen attentif, nous ont +paru trop peu certaines; ajoutons que Sainte-Palaye a écrit à la +marge du vers cité: Mots que je n'entens pas. Quelques Fautes +se sont glissées dans notre édition; au rondel dialogué de la page +355, les noms des personnages Soussy et Cusur ont été +transposés dans les quatre premiers vers. On a imprimé au premier +vers de la page 1 au pour ou. Quoique le poète ait dit +lui-même dans un de ses rondels: Au temps passé, il faut +néanmoins signaler cette petite infidélité; tous les manuscrits +portent ou. Nous avons fait nos efforts pour donner un texte +pur et correct, et nous prions le lecteur de nous pardonner les +fautes qui, malgré des soins assidus, ont pu nous échapper, soit +dans la copie des manuscrits, soit dans l'impression du volume.

+ +

Retiré à Blois, Charles d'Orléans s'abandonna tout entier à ses goûts +littéraires, et chaque jour voyait s'accroître le nombre infini de ses +Poésies. Une promenade en bateau, la visite d'un parent, une partie +de chasse, en un mot, les moindres accidents deviennent sous sa plume +facile le sujet d'un rondel; de là aussi quelques passages du livre dont +le sens nous échappe aujourd'hui. Jamais le front du poète ne fut plus +serein, ni sa main plus ferme; nous recommandons au lecteur la ballade +de la page 106 (Je cuide que ce sont nouvelles), et surtout celle +de la page 112 (Ce que l'ueil despend en plaisir) où un certain +Contentement de soi-même s'allie merveilleusement à une sensibilité qui +n'a rien d'affecté. Le petit poème en ballades sur la Fortune (pages +113-116) offre aussi de grandes beautés, mais d'un ordre plus élevé. La +ballade de la page 107 (N'a pas longtemps qu'escoutoye parler) +est ravissante; l'auteur n'a peut-être jamais mieux fait. J'avoue +qu'entre toutes les poésies de Charles d'Orléans, j'ai une préférence +marquée pour celles de cette époque; le poète me semble ici avoir +atteint toute la puissance et toute la maturité de son talent. Les +majestueuses grandeurs de la nature viennent se refléter dans ses vers, +et quelques-uns de ses rondels sur l'été aux tappis veluz57, sur +l'hiver qui fuit58, sont des chefs-d'oeuvre déjà devenus populaires. +Son humeur honnête et pacifique le Tenait éloigné des agitations; il +enseignait sa petite académie, et c'est à peine si nous trouvons çà +et là quelques anneaux qui le rattachent au mouvement politique de +l'Europe. En 1442, Charles VII chargea le duc d'Orléans de conclure à +Tours une trêve avec les Anglais; les deux premiers vers du rondel de +la page 250 (Durant les trêves d'Angleterre) rappellent cette +négociation. En 1447, Philippe Marie, duc de Milan, mourut sans laisser +d'héritier, et Charles d'Orléans, comme fils de Valentine, réclama cette +riche succession; aidé par le duc de Bourgogne, il leva une petite armée +et en confia le commandement à Jean de Châlons. L'exécution fut de petit +fruit, dit Olivier de la Marche. En effet, on sait que François Sforce, +qui avait épousé une fille bâtarde du défunt, l'emporta sur ses rivaux +et conquit le duché; après un voyage à Asti, Charles d'Orléans revînt à +Blois. En 1458, il sortit de nouveau de sa retraite pour défendre Jean +II, duc d'Alençon, son gendre et son collaborateur en rondels, accusé du +crime de haute trahison59. Jean d'Alençon fut condamné à mort, mais le +roi fit grâce.

+ +
Note 57: (retour) Page 422.
+ +
Note 58: (retour) Page 423.
+ +
Note 59: (retour) Ce discours prononcé par Charles d'Orléans; et que nous +avons déjà cité page IX, a été conservé dans un manuscrit de là +Bibliothèque du Roi (Fonds franc. n° 7357-4).
+ +

Quelques-unes des dernières poésies de Charles d'Orléans portent +l'empreinte d'une décadence qu'on ne saurait dissimuler. Le poète a +perdu par degré sa vive allure et ses fraîches inspirations; il rime +toujours, mais son vers est décoloré, la sève des jeunes années a +disparu, et sa plume se traîne péniblement sur des sujets peu propres à +réveiller une muse épuisée; son imagination languit, s'éteint peu à peu +et paraît comme affaissée sous le poids de je ne sais quelle douleur +secrète; il dit tristement:

+ +
+

Le monde est ennuyé de moy

+

Et moy pareillement de luy60.

+
+ +

Et ailleurs:

+ +
+

Je ne voy rien qui ne m'annuye

+

Et ne scay chose qui me plaise61.

+
+ +
Note 60: (retour) Page 287.
+ +
Note 61: (retour) Page 377.
+ +

En 1462, la duchesse d'Orléans mit au monde un fils; mais ce bonheur +domestique ne réjouit plus le poète, ni ses chants, qui portent la trace +d'un sombre découragement et semblent annoncer une fin prochaine. En +effet, Charles d'Orléans allait être entraîné une dernière fois sur +la scène politique; le vieillard modeste, si plein de douceur et +d'humanité, le poète plaintif, devait paraître, avant de mourir, en face +de Louis XI.

+ +

Louis XI avait résolu de dépouiller le duc de Bretagne de son duché, et +dans les états tenus à Tours, en 1464, Charles d'Orléans osa vanter +les douceurs de la paix publique et faire au roi quelques timides +remontrances que son grand âge eût dû lui faire pardonner. Louis XI, +furieux, interrompit violemment ces humbles paroles et accabla l'orateur +d'insultes et d'outrages. Le vieillard épouvanté s'enfuit de Tours +précipitamment; arrivé à Amboise, il expira le 4 janvier 1465.

+ +

Quand on lit Christine de Pisan, Eustache Deschamps, Alain Chartier, +Martin le Franc et leurs contemporains, on se demande où notre poète +a puisé cette élocution facile, ce vers net, incisif et nerveux, ce +sentiment exquis de l'harmonie et de la pureté du langage qu'on retrouve +jusque dans ses poésies les plus négligées. Charles d'Orléans apparaît +au premier âge de notre littérature dans tout l'éclat d'un génie +original; il ne copie ni ne singe personne; c'est un homme toujours lui, +qui ne pose jamais, et qui donne aux moindres idées, aux plus fugitifs +détails, une forme admirable d'élégance et de distinction; rien de +guindé, rien de prétentieux, ni de préparé à l'avance; on pourrait faire +avec son livre son histoire de chaque jour; il dit toute chose, et +s'embarrasse peu si on l'écoute; il écrit pour lui, comme un voyageur +sur son album; maintenant choisissez ce qui vous plaît, vous trouverez +partout l'homme simple et bon, imprégné d'un parfum aristocratique qui +assouplit merveilleusement sa voix. Dans la jeunesse, il vous parlera +de ses amours; dans la prison, de ses ennuis; dans le château, de ses +pères, de sa philosophie songeuse. Ne lui demandez pas des souvenirs +trop lointains, il vit au jour le jour, ne s'inquiétant, ni de la +veille, ni du lendemain; c'est une nature insouciante, timide, un peu +molle et qui ne retrouve réellement sa vivacité que dans le vers qui +échappe à sa pensée. Né poète, la poésie a été l'occupation de toute sa +vie; les ballades, les rondels qui tombaient chaque jour de sa plume +sont devenus peu à peu, et peut-être sans qu'il s'en doutât, un +véritable monument poétique dont l'influence s'est étendue au loin dans +les siècles suivants. Mais pour achever cette esquisse trop imparfaite, +appelons ici à notre aide l'imposante parole d'un de nos plus ingénieux +écrivains: «Il y a dans Charles d'Orléans, dit M. Villemain, un bon goût +d'aristocratie chevaleresque, et cette élégance de tour, cette fine +plaisanterie sur soi-même, qui semble n'appartenir qu'à des époques +très-cultivées. Il s'y mêle une rêverie aimable, quand le poète songe à +la jeunesse qui fuit, au temps, à la vieillesse. C'est la philosophie +badine et le tour gracieux de Voltaire dans ses stances à madame du +Deffant.» Et ailleurs: «Le poète, parla douce émotion dont il était +rempli, trouve de ces expressions qui n'ont point de date, et qui, étant +toujours vraies, ne passent pas de la langue et de la mémoire d'un +peuple. Sans doute, quelques empreintes de rouille se mêlent à ces +beautés primitives; mais il n'est pas d'étude où l'on puisse mieux +découvrir ce que l'idiome français, manié par un homme de génie, offrait +déjà de créations heureuses62

+ +
Note 62: (retour) Tableau de la littérature au moyen âge, par M. +Villemain, t. II, p. 228 et 234.
+ +

Le suc poétique, si je puis dire ainsi, exprimé par Charles d'Orléans, +a été soigneusement recueilli par Villon et par Marot; le premier y +a déposé sa franchise quelque peu cynique, et le second sa verve +étincelante, son vers correct et les traditions des littératures +grecques, et et latines qui renaissaient. Ces trois éléments combinés +dominent toute la poésie du seizième siècle. Ainsi pour apprécier, sous +tous ses aspects, le livre de Charles d'Orléans, il faudrait analyser +ces trois individualités et montrer l'effet qu'elles durent produire +confondues. Nous laissons ces questions de haute critique à une main +plus habile; d'ailleurs nous avons dû renfermer cette notice dans +les bornes restreintes et modestes d'une biographie littéraire; nous +n'ajouterons plus qu'un mot. De graves historiens ont prétendu que le +duc d'Orléans, prince du sang royal de France, était resté au dessous +de sa mission; ils lui ont fait un crime d'avoir soutenu mollement le +drapeau de la révolte et de la guerre civile, et ils lui reprochent +ses vers, en quelque sorte, comme des lâchetés. Voilà, en vérité, de +singulières accusations. Eh bien, sauf le respect que nous devons à ces +historiens, je crois que si au lieu d'assassiner leurs parents, d'avilir +une monarchie qu'ils devaient protéger, délivrer leur pays aux Anglais, +Jean sans Peur, le comte de Saint-Pol et le connétable d'Armagnac +avaient employé leur loisir à rimer des ballades dans leur château, je +crois, dis-je, que nos pères de ce temps-là en eussent ressenti +quelques bons effets. Historiens, rassure-vous, les chefs politiques ne +manqueront jamais à vos récits; mais des poètes comme Charles d'Orléans, +on n'en trouve qu'un dans une littérature; ainsi, pardonnez-lui ses +poésies.

+ +

J. MARIE GUICHARD.

+


+ + +

LISTE DES AUTEURS
+NOMMÉS EN TÊTE DE QUELQUES-UNES DES POÉSIES
+CONTENUES DANS CE VOLUME.

+ + + +

ALBRET (le cadet d'), 352, 356.
+ALENÇON (Jean II, duc d'), 271.
+BENOIT d'Amiens, 358, 359, 371, 390, 397, 418.
+BLOSSEVILLE (le vicomte de), 385.
+BOUCICAUT, 339, 340.
+BOULAINVILLIERS (Philippe de), 209, 353.
+BOURBON (Jean II, duc de), 235, 303, 309, 310, 334, 354, 383, 386, 391, 425.
+BOURGOGNE (Philippe-le-Bon, duc de), 152, 154.
+CADET (le), voy. Albret.
+CADIER (Guillaume), 424.
+CAILLAU (Jean), 104, 136, 278, 316, 380, 381.
+CAILLAU (Simonnet), 138, 341, 370, 395, 413.
+CHEVALIER (Pierre), 167.
+CLERMONT (compte de), voy. Bourbon.
+CUISE (Antoine de), 408, 409.
+DALEBRET, voy. Albret.
+FARET, 371.
+FRAIGNE, 238, 389, 405, 406.
+FREDET, 169, 176, 251, 279, 322, 325, 335, 341, 350.
+GARENCIÈRES (Jean de Montenay, sire de), 142.
+GEORGE, 337.
+GILLES, 349.
+GOUT (Étienne le), 269.
+LORRAINE (Jean, duc de), 342, 344, 345, 346, 372, 415, 416.
+LUSSAY (Antoine de), 348.
+MARCHE (Olivier de la), 336.
+MONTBRETON, 133.
+NEVERS (Charles de Bourgogne, comte de), 243, 319.
+ +ORLÉANS (Charles, duc d'), 103, 120, + 121, 123, 141, 151, 153, 155, 158, 159, + 166, 173, 234, 243, 244, 246, 248—250, + 252, 260, 269, 271, 280, 311, 313, + 320, 323, 334, 335, 336, 340—342, + 346, 347, 350—352, 354—358, 360—368, + 370, 372—389, 391—395, 397—405, + 407, 409. 412—414, 417, 420, 423.
+ +ORLÉANS (Marie de Clèves, duchesse d'), 321, 347.
+OURMES (Gilles des), 137, 210, 349, 353, 396, 414.
+POT (Guiet), 348, 349.
+POT (Philippe), 348.
+ROBERTET, 133, 424.
+SECILE (René d'Anjou, roi de), 245, 248, 249, 250.
+SÉNÉCHAL (le grand), 384, 405.
+TIGNONVILLE, 360, 396.
+TORSY (le seigneur de), 333.
+TREMOILLE (Jacques, bâtard de la), 110, 351.
+VAILLANT, 102, 337, 338.
+VILLECRESME (Berthaud de), 135, 168, 387, 390.
+VILLON (François), 130.
+VOYS (Hugues le), 397, 400, 401.

+


+ + + +

POÉSIES DE CHARLES D'ORLÉANS

+ +

DE JEHAN DE LORRAINE, DE GILLES DES OURMES,
+DU COMTE DE CLERMONT, DE SIMONNET ET DE JEHAN CAILLAU,
+DE BERTHAULT DE VILLEBRESME, DE FREDET, ETC.

+

+ +
+

Au temps passé quant Nature me fist

+

En ce monde venir, elle me mist

+

Premierement tout en la gouvernance

+

D'une Dame qu'on appeloit Enfance;

+

En lui faisant estroit commandement

+

De me nourrir, et garder tendrement,

+

Sans point souffrir soing ou merencolie,

+

Aucunement me tenir compaignie;

+

Dont elle fist loyaument son devoir;

+

Remercier l'en doy pour dire voir.

+
+

En cest estat, par ung temps me nourry,

+

Et apres ce, quant je fu enforcy,

+

Ung messaigier qui Aage s'appella,

+

Une lectre de creance bailla

+

A Enfance, de par Dame Nature,

+

Et si lui dist que plus la nourriture

+

De moy n'auroit, et que Dame Jeunesse

+

Me nourriroit, et seroit ma maistresse;

+

Ainsi du tout Enfance delaissay,

+

Et avecques Jeunesse m'en alay.

+
+

Quant Jeunesse me tint en sa maison,

+

Ung peu avant la nouvelle saison,

+

En ma chambre s'en vint ung bien matin,

+

Et m'esveilla le jour saint Valentin,

+

En me disant: Tu dors trop longuement,

+

Esveille toy, et aprestes briefment,

+

Car je te vueil avecques moy mener

+

Vers ung seigneur dont te fault acointer,

+

Lequel me tient sa servante tres chiere;

+

Il nous fera, sans faillir, bonne chiere.

+
+

Je respondy: Maistresse gracieuse,

+

De lye cueur et voulenté joyeuse,

+

Vostre vouloir suy content d'acomplir;

+

Mais humblement je vous vueil requerir

+

Qu'il vous plaise le nom de moy nommer

+

De ce seigneur dont je vous oy parler,

+

Car s'ainsi est que sienne vous tenez,

+

Sien estre vueil, se le me commandez;

+

Et en tous faiz vous savez que desire

+

Vous ensuir, sans en riens contredire.

+
+

Puis qu'ainsy est, dist elle, mon enfant,

+

Que de savoir son nom desirez tant,

+

Saichiez de vray que c'est le Dieu d'amours

+

Que j'ay servy, et serviray tousjours,

+

Car de pieca suy de sa retenue,

+

Et de ses gens, et de lui bien congneue,

+

Oncques ne vis maison, jour de ta vie,

+

De plaisans gens si largement remplie;

+

Je te feray avoir d'eulx acointance,

+

Là trouverons de tous biens habondance.

+
+

Du Dieu d'amours quand parler je l'oy.

+

Aucunement me trouvay esbahy;

+

Pour ce lui dis: Maistresse, je vous prie

+

Pour le present que je n'y voise mie,

+

Car j'ay oy à plusieurs raconter

+

Les maulx qu'Amour leur a fait endurer,

+

En son dangier bouter ne m'oseroye,

+

Car ses tourmens endurer ne pourroye;

+

Trop jeune suy pour porter si grant fais,

+

Il vaulx trop mieulx que je me tiengne en pais.


+

Fy, dist elle, par Dieu tu ne vaulx riens;

+

Tu ne congnois l'onneur et les grans biens

+

Que peus avoir, se tu es amoureux,

+

Tu as oy parler les maleureux,

+

Non pas amans qui congnoissent qu'est joye;

+

Car raconter au long ne te sauroye

+

Les biens qu'Amour scet aux siens departir;

+

Essaye les, puis tu pourras choisir

+

Se tu les veulx ou avoir ou laissier;

+

Contre vouloir nul n'est contraint d'amer.

+
+

Bien me revint son gracieux langaige,

+

Et tost muay mon propos et couraige,

+

Quant j'entendy que nul ne contraindroit

+

Mon cueur d'amer fors ainsy qu'il vouldroit;

+

Si luy ay dit: Se vous me promectez,

+

Ma Maistresse, que point n'obligerez

+

Mon cueur, ne moy, contre nostre plaisir,

+

Pour ceste fois je vous vueil obeir,

+

Et à present vous suivray ceste voye,

+

Je prie à Dieu qu'à honneur m'y convoye.

+
+

Ne te doubles, se dist elle, de moy,

+

Je te prometz et jure par ma foy

+

Par moy ton cueur ja forcé ne sera,

+

Mais garde soy qui garder se pourra,

+

Car je pense que ja n'aura povoir

+

De se garder, mais changera vouloir;

+

Quant Plaisance lui monstrera à l'ueil

+

Gente beaulté plaine de doulx acueil,

+

Jeune, saichant, et de maniere lye,

+

Et de tous biens à droit souhait garnie.

+
+

Sans plus parler, sailli hors de mon lit,

+

Quant promis m'eust ce que devant est dit,

+

Et m'aprestay le plus joliement

+

Que peu faire, par son commandement:

+

Car jeunes gens qui desirent honneur,

+

Quant veoir vont aucun royal Seigneur,

+

Ilz se doivent mectre de leur puissance

+

En bon arroy, car cela les avance;

+

Et si les fait estre prisiez des gens,

+

Quant on les voit netz, gracieux et gens.

+
+

Tantost apres tous deux nous en alasmes,

+

Et si longtemps ensemble cheminasmes

+

Que venismes au plus pres d'un manoir

+

Trop bel assis, et plaisant à veoir;

+

Lors Jeunesse me dist: Cy est la place

+

Où Amour tient sa court et se soulace,

+

Que t'en semble, n'est elle pas tres belle?

+

Je respondy: Oncques mais ne vy telle.

+

Ainsi parlans aprouchasmes la porte,

+

Qui à veoir fut tres plaisant et forte.

+
+

Lors Jeunesse si hucha le portier,

+

Et lui a dit: J'ay cy ung estrangier,

+

Avecques moy entrer nous fault leans;

+

On l'appelle CHARLES DUC D'ORLÉANS.

+

Sans nul delay le portier nous ouvry,

+

Dedens nous mist, et puis nous respondy:

+

Tous deux estes ceans les bien venuz;

+

Aler m'en vueil, s'il vous plaist, vers Venus

+

Et Cupido, si leur raconteray

+

Qu'estes venuz, et ceans mis vous ay.

+
+

Le portier fu appellé compaignie

+

Qui nous receu de maniere si lye,

+

De nous party, à Amour s'en ala:

+

Briefment apres devers nous retourna,

+

Et amena Bel-acueil et Plaisance

+

Qui de l'ostel avoient l'ordonnance;

+

Lors quant de nous approucher je les vy,

+

Couleur changay, et de cueur tressailly.

+

Jeunesse dist: De riens ne t'esbahys,

+

Soyes courtois et en faiz et en dys.

+
+

Jeunesse tost se tira devers eulx,

+

Apres elle m'en alay tout honteulx,

+

Car jeunes gens perdent tost contenance

+

Quant en lieu sont où n'ont point d'acointance;

+

Si lui ont dit: «Bien soyez vous venue;

+

Puis par la main l'ont liement tenue;

+

Elle leur dit: «De cueur vous en mercy;

+

J'ay amené céans cest enfant cy,

+

Pour lui monstrer le tres loyal estat

+

Du Dieu d'amours, et son joyeulx esbat.

+
+

Vers moy vindrent me prenant par la main,

+

Et me dirent: «Nostre Roy souverain

+

Le Dieu d'amours vous prie que venez

+

Par devers lui, et bien venu serez.

+

Je respondy humblement: «Je mercie

+

Amour et vous de vostre courtoisie:

+

De bon vouloir iray par devers lui,

+

Pour ce je suis venu cy aujourdui,

+

Car Jeunesse m'a dit que le verray

+

En son estat et gracieux array.

+
+

Bel-acueil print Jeunesse par le bras,

+

Et Plaisance si ne m'oublia pas,

+

Mais me pria qu'avec elle venisse,

+

Et tout le jour pres d'elle me tenisse;

+

Si alasmes en ce point jusqu'au lieu

+

Là où estoit des amoureux le Dieu.

+

Entour de lui son peuple s'esbatoit,

+

Dancant, chantant, et maint esbat faisoit;

+

Tous à genoulz nous meismes humblement,

+

Et Jeunesse parla premierement;

+
+

Disant, «Tres haut et noble puissant Prince,

+

A qui subgiet est chascune province,

+

Et que je doy servir et honnourer,

+

De mon povoir je vous viens presenter

+

Ce jeune filz qui en moy a fiance,

+

Qui est sailly de la maison de France,

+

Creu ou jardin semé de fleurs de lys,

+

Combien que j'ay loyaument lui promis

+

Qu'en riens qui soit je ne le lyeray,

+

Mais à son gré son cueur gouverneray.

+
+

Amour repont, «Il est le bien venu,

+

Ou temps passé j'ay son pere congneu,

+

Plusieurs autres aussi de son lignaige

+

Ont mainteffoiz esté en mon servaige,

+

Parquoy tenu suy plus de lui bien faire,

+

S'il veult apres son lignaige retraire;

+

Vien ça, dist il, mon filz, que pense tu?

+

Fu tu oncques de ma darde feru;

+

Je croy que non, Car ainsi le me semble;

+

Vien pres de moy, si parlerons ensemble.

+
+

De cueur tremblant pres de lui m'aprouchay,

+

Si lui ay dit: «Sire, quant j'accorday

+

A Jeunesse de venir devers vous,

+

Elle me dist que vous estiez sur tous

+

Si tres courtois que chascun desiroit

+

De vous hanter, qui bien vous congnoissoit;

+

Je vous supply que je vous trouve tel,

+

Estrangier suy venu en votre hostel,

+

Honte seroit à vostre grant noblesse

+

Se fait m'estoit ceans mal ou rudesse.

+
+

Par moy contraint, dist Amour, ne seras,

+

Mais de ceans jamais ne partiras

+

Que ne soies es las amoureux pris:

+

Je m'en fais fort, se bien l'ay entrepris:

+

Souvent Mercy me vendras demander,

+

Et humblement ton fait recommander,

+

Mais lors sera ma grace de toy loing;

+

Car à bon droit le fauldray au besoing,

+

Et si feray vers toy le dangereux,

+

Comme tu fais d'estre vray amoureux.

+
+

Venez avant, dist il, plaisant Beaulté,

+

Je vous requier que sur la loyaulté

+

Que me devez, le venez assaillir,

+

Ne le laissiez reposer ne dormir,

+

Ne nuit, ne jour, s'il ne me fait hommaige,

+

Aprivoisiez ce compaignon sauvaige;

+

Ou temps passé vous conqueistes Sampson

+

Le fort, aussi le saige Salmon.

+

Se cest enfant surmonter ne savez,

+

Vostre renom du tout perdu avez.

+
+

Beaulté lors vint, de costé moy s'assist,

+

Ung peu se teut, puis doulcement m'a dist:

+

Amy, certes, je me donne merveille

+

Que tu ne veulx pas que l'en te conseille;

+

Au fort saiches que tu ne peuz choisir,

+

Il te convient à Amour obeir;

+

Mes yeulx prindrent fort à la regarder,

+

Plus longuement ne les en peu garder;

+

Quant Beaulté vit que je la regardoye,

+

Tost par mes yeulx ung dard au cueur m'envoye.

+
+

Quand dedens fu, mon cueur vint esveiller,

+

Et tellement le print à catoillier

+

Que je senty que trop rioit de joye;

+

Il me despleut qu'en ce point le sentoye;

+

Si commençay mes yeulx fort à tenser,

+

Et envoyay vers mon cueur ung penser,

+

En lui priant qu'il gectast hors ce dard;

+

Helas! helas! j'y envoyay trop tart,

+

Car quant Penser arriva vers mon cueur,

+

Il le trouva ja pasmé de doulceur.

+
+

Quant je le sceu, je dis par desconfort,

+

Je hé ma vie, et desire ma mort,

+

Je hé mes yeulx, car par eulx suis deceu,

+

Je hé mon cueur qu'ay nicement perdu,

+

Je hé ce dard qui ainsi mon cueur blesse,

+

Venez avant, partuez moy, Destresse,

+

Car mieulx me vault tout à ung cop morir

+

Que longuement en desaise languir;

+

Je congnois bien, mon cueur est pris es las

+

Du Dieu d'amours, par vous Beaulté, helas!

+
+

Adonc je cheu aux piez d'Amour malade,

+

Et semblay mort, tant euz la coleur fade:

+

Il m'apperceu, si commenca à rire

+

Disant: «Enfant, tu as besoing d'un mire;

+

Il semble bien par ta face palie

+

Que tu seuffres tres dure maladie;

+

Je cuidoye que tu fusses si fort

+

Qu'il ne fust riens qui te peust faire tort,

+

Et maintenant, ainsi soudainement,

+

Tu es vaincu par Beaulté seulement.

+
+

Où est ton cueur pour le present alé

+

Ton grant orgueil est bientost ravalé;

+

Il m'est advis tu deusses avoir honte

+

Si de legier, quant Beaulté te surmonte,

+

Et à mes piez t'a abatu à terre;

+

Revenge toy, se tu vaulx riens pour guerre,

+

Ou à elle il vault mieulx de toy rendre,

+

Se tu ne scez autrement te deffendre,

+

Car de deux maulx, puisque tu peuz eslire,

+

C'est le meilleur que preignes le moins pire.

+
+

Ainsi de moy fort Amour se mocquoit,

+

Mais non pourtant de ce ne me challoit,

+

Car de douleur je estoye si enclos

+

Que je ne tins compte de tous ses mos:

+

Quant Jeunesse vit que point ne parloye,

+

Car tout advis et sens perdu avoye,

+

Pour moy parla, et au Dieu d'amours dist:

+

Sire, vueillez qu'il ait aucun respit:

+

Amour respont: «Jamais respit n'aura

+

Jusques à tant que rendu se sera.»

+
+

Beaulté mist lors en son giron ma teste,

+

Et si m'a dit: «De main mise t'arreste,

+

Rens toy à moy, et tu feras que saige,

+

Et à Amour va faire ton hommaige;

+

Je respondy: «Ma Dame, je le vueil,

+

Je me soubzmetz du tout à vostre vueil;

+

Au Dieu d'amours et à vous je me rens,

+

Mon povre cueur à mort feru je sens,

+

Vueillez avoir pitié de ma tristesse,

+

Jeune, gente, nompareille Princesse.

+
+

Quant je me fu ainsi rendu à elle:

+

Je maintendray, dist elle, ta querelle

+

Envers Amour, et tant pourchasseray

+

Qu'en sa grace recevoir te feray;

+

A brief parler, et sans faire long compte,

+

Au Dieu d'amours mon fait au vray raconte,

+

Et lui a dit, «Sire, je l'ay conquis,

+

Il s'est à vous, et à moi tout soubzmis,

+

Vueillez avoir de sa douleur mercy,

+

Puisque vostre se tient, et mien aussy;

+
+

S'il a meffait vers vous, il s'en repent,

+

Et se soubzmet en vostre jugement;

+

Puisqu'il se veult à vous abandonner,

+

Legierement lui devez pardonner;

+

Chascun seigneur qui est plain de noblesse

+

Doit departir mercy à grant largesse;

+

De vous servir sera plus obligié,

+

Se franchement son mal est allegié;

+

Et si mectra paine de desservir

+

Voz grans biensfaiz, par loyaument servir.

+
+

Amour respont: Beaulté, si saigement

+

Avez parlé, et raisonnablement,

+

Que pardonner lui vueil la malvueillance

+

Qu'ay eu vers lui, car par oultrecuidance

+

Me courrouça quant, comme foul et nice,

+

Il refusa d'entrer en mon service;

+

Faictes de lui ainsi que vous vouldrez,

+

Content me tiens de ce que vous ferez,

+

Tout le soubzmetz à vostre voulenté,

+

Sauve, sans plus, ma souveraineté.

+
+

Beaulté respont: Sire, c'est bien raison

+

Par dessus tous et sans comparaison,

+

Que pour seigneur et souverain vous tiengne,

+

Et ligement vostre subgiet deviengne;

+

Premierement devant vous jurera

+

Que loyaument de cueur vous servira,

+

Sans espargnier, soit de jours ou de nuis,

+

Paine, soucy, dueil, courroux ou ennuis,

+

Et souffrera, sans point se repentir,

+

Les maulx qu'amans ont souvent à souffrir.

+
+

Il jurera aussi secondement

+

Qu'en ung seul lieu amera fermement,

+

Sans point querir ou desirer le change,

+

Car sans faillir ce seroit trop estrange

+

Que bien servir peust ung cueur en mains lieux,

+

Combien qu'aucuns cueurs ne demandent mieulx

+

Que de servir du tout à la volée,

+

Et qu'ilz ayent d'amer la renommée,

+

Mais au derrain ilz s'en trouvent punis

+

Par Loyaulté dont ils sont ennemis.

+
+

En oultre plus promectra tiercement

+

Que voz conseulx tendra secretement,

+

Et gardera de mal parler sa bouche.

+

Noble Prince, ce point cy fort vous touche,

+

Car mains amans, par leurs nices parolles,

+

Par sotz regars et contenances folles,

+

Ont fait parler souvent les mesdisans,

+

Par quoy grevez ont esté voz servans,

+

Et ont receu souventeffoiz grant perte

+

Contre raison, et sans nulle desserte.

+
+

Avecques ce, il vous fera serment

+

Que s'il recoit aucun avancement

+

En vous servant, qu'il n'en fera ventance;

+

Cestui meffait dessert trop grant vengance,

+

Car quant Dames veulent avoir pitié

+

De leurs servans, leur monstrant amitié,

+

Et de bon cueur aucun reconfort donnent,

+

En ce faisant leurs honneurs abandonnent,

+

Soubz fiance de trouver leurs amans

+

Secrez, ainsi qu'en font les convenans.

+
+

Ces quatre points qu'ay cy devant nommez

+

A tous amans doivent estre gardez,

+

Qui à honneur et avancement tirent

+

Et leurs amours à fin mener désirent:

+

Six autres points aussi accordera,

+

Mais par serment point ne les promectra,

+

Car nul amant estre contraint ne doit

+

De les garder, se son prouffit n'y voit;

+

Mais se faire veult, apres bon conseil,

+

A les garder doit mectre son traveil.

+
+

Le premier est qu'il se tiengne jolis,

+

Car les dames le tiennent à grant pris;

+

Le second est que tres courtoisement

+

Soy maintendra, et gracieusement;

+

Le tiers point est que, selon sa puissance,

+

Querra honneur et poursuivra vaillance;

+

Le quatriesme qu'il soit plain de largesse,

+

Car c'est chose qui avance noblesse;

+

Le cinquiesme qu'il suivra compaignie,

+

Amant honneur, et fuiant villenie.

+
+

Le sixiesme point et le derrenier

+

Est qu'il sera diligent escollier,

+

En aprenant tous les gracieux tours,

+

A son povoir, qui servent en amours,

+

C'est assavoir à chanter, à dancer,

+

Faire chancons, et balades rimer,

+

Et tous autres joyeulx esbatemens.

+

Ce sont icy les dix commandemens,

+

Vray Dieu d'amours, que je ferai jurer

+

A cest enfant, s'il vous plaist l'appeller.

+
+

Lors m'appella, et me fist les mains mectre

+

Sur ung livre en me faisant promectre

+

Que feroye loyaument mon devoir

+

Des poins d'amours garder, à mon povoir;

+

Ce que je fis de bon vueil lyement;

+

Adonc Amour a fait commandement

+

A Bonnefoy d'Amours chief secretaire

+

De ma lectre de Retenue faire;

+

Quant faicte fut, Loyaulté la scella

+

Du scel d'Amours et la me délivra.

+
+

Ainsi Amour me mist en son servaige,

+

Mais pour seurté retint mon cueur en gaige,

+

Pourquoy lui dis que vivre ne pourroye

+

En cest estat, s'un autre cueur n'avoye.

+

Il respondit: Espoir mon medicin

+

Te gardera de mort soir et matin,

+

Jusques à tant qu'auras en lieu du tien

+

Le cueur d'une qui te tendra pour sien,

+

Gardes tousjours ce que t'ay commandé,

+

Et je t'auray pour bien recommandé.

+
+

+ + + +
+

COPIE DE LA LECTRE DE RETENUE.


+

Dieu Cupido, et Venus la Deesse,

+

Ayans povoir sur mondaine liesse,

+

Salus de cueur par nostre grant humblesse,

+

A tous amans

+

Scavoir faisons que le DUC D'ORLÉANS

+

Nommé CHARLES à présent jeune d'ans,

+

Nous retenons pour l'ung de noz servans

+

Par ces presentes,

+

Et lui avons assigné sur noz rentes

+

Sa pension en joyeuses actentes

+

Pour en joir par noz lectres patentes

+

Tant que vouldrons,

+

En esperant que nous le trouverons

+

Loyal vers nous, ainsi que fait avons

+

Ses devanciers dont contens nous tenons

+

Tres grandement.

+

Pour ce donnons estroit commandement

+

Aux officiers de nostre Parlement

+

Qu'ilz le traictent et aident doulcement

+

En tout affaire,

+

A son besoing, sans venir au contraire;

+

Si chier qu'ilz ont nous obeir et plaire,

+

Et qu'ilz doubtent envers nous de forfaire

+

En corps et biens,

+

Le soustenant, sans y epargnier riens,

+

Contre Dangier avecques tous les siens,

+

Malle bouche plaine de faulx maintiens,

+

Et jalousie;

+

Car chascun d'eulx de grever estudie

+

Les vraiz subgietz de nostre Seigneurie,

+

Dont il est l'un, et sera à sa vie,

+

Car son serment

+

De nous servir devant tout ligement

+

Avons receu, et pour plus fermement,

+

Nous asseurer qu'il fera loyaument

+

Entier devoir,

+

Avons voulu en gaige recevoir

+

Le cueur de lui, lequel, de bon vouloir,

+

A tout soubzmis en noz mains et povoir;

+

Pourquoy tenus

+

Sommes à luy par ce de plus en plus,

+

Si ne seront pas ses biensfaiz perdus,

+

Ne ses travaulx pour neant despendus;

+

Mais pour monstrer

+

A toutes gens bon exemple d'amer,

+

Nous le voulons richement guerdonner,

+

Et de noz biens, à largesse donner,

+

Tesmoing nos seaulx

+

Cy actachiez, devant tous nos feaulx,

+

Gens de conseil, et serviteurs loyaulx

+

Venus vers nous par mandemens royaulx,

+

Pour nous servir.

+

Donné le jour saint Valentin martir,

+

En la cité de gracieux desir,

+

Où avons fait nostre conseil tenir.

+
+
+ +

LE DESSOUBZ DE LA RETENUE

+
+

Par Cupido et Venus souverains,

+

A ce presens plusieurs plaisirs mondains.

+
+
+ +

BALADE.

+
+

Belle, bonne, nompareille plaisant,

+

Je vous suppli vueilliez me pardonner

+

Se moy qui sui vostre grace actendant,

+

Viens devers vous pour mon fait raconter,

+

Plus longuement je ne le puis celer

+

Qu'il ne faille que saichiez ma destresse,

+

Comme celle qui me peut conforter,

+

Car je vous tiens pour ma seule maistresse.

+
+

Se cy à plain vous vois mes maulx disant,

+

Force d'amours me fait ainsi parler;

+

Car je devins vostre loyal servant,

+

Le premier jour que je peuz regarder

+

La grant beaulté que vous avez sans per,

+

Qui me feroit avoir toute liesse,

+

Se serviteur vous plaisoit me nommer;

+

Car je vous tiens pour ma seule maistresse.

+
+

Que me donnez en octroy don si grant,

+

Je ne l'ose dire, ne demander;

+

Mais s'il vous plaist que, de cy en avant,

+

En vous servant puisse ma vie user,

+

Je vous supply que sans me refuser

+

Vueillez souffrir qu'y mecte ma jeunesse,

+

Nul autre bien je ne vueil souhaidier,

+

Car je vous tiens pour ma seule maistresse.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Vueilliez voz yeulx emprisonner,

+

Et sur moy plus ne les gectez;

+

Car quant vous plaist me regarder,

+

Par Dieu, Belle, vous me tuez;

+

Et en tel point mon cueur mectez

+

Que je ne scay que faire doye;

+

Je suis mort se vous ne m'aidez,

+

Ma seule souveraine joye,

+
+

Je ne vous ose demander

+

Que vostre cueur vous me donnez,

+

Mais, se droit me voulez garder

+

Puisque le cueur de moy avez,

+

Le vostre fault que me laissiez;

+

Car sans cueur vivre ne pourroye;

+

Faictes en, comme vous vouldrez,

+

Ma seule souveraine joye.

+
+

Trop hardy suis d'ainsi parler,

+

Mais, pardonner le me devez

+

Et n'en devez autruy blasmer,

+

Que le gent corps que vous portez

+

Qui m'a mis, comme vous veez,

+

Si fort en l'amoureuse voye,

+

Qu'en vostre prison me tenez,

+

Ma seule souveraine joye.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Ma Dame, plus que ne savez,

+

Amour, si tres fort me guerroye,

+

Qu'à vous me rens, or me prenez,

+

Ma seule souveraine joye.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

C'est grand peril de regarder

+

Chose dont peut venir la mort,

+

Combien qu'on ne s'en scet garder

+

Aucunes foiz, soit droit ou tort,

+

Quant plaisance si est d'accord

+

Avecques ung jeune desir,

+

Nul ne pourroit son coeur tenir

+

D'envoyer les yeulx en messaige;

+

On le voit souvent avenir,

+

Aussi bien au fol comme au saige.

+
+

Lesquelz yeulx viennent raporter

+

Ung si tres gracieulx raport

+

Au cueur, quant le veult escouter,

+

Que s'il a eu d'amer l'effort,

+

Encores l'aura il plus fort;

+

Et le font du tout retenir

+

Ou service, sans departir

+

D'amours, à son tres grant dommaige

+

On le voit souvent avenir,

+

Aussi bien au fol comme au saige.

+
+

Car mains maulx lui fault endurer,

+

Et de soussy passer le port,

+

Avant qu'il puisse recouvrer

+

L'acointance de Reconfort,

+

Qui plusieurs foiz au besoing dort,

+

Quant on se veult de lui servir;

+

Et lors il est plus que martir;

+

Car son mal vault trop pis que raige,

+

On le voit souvent avenir,

+

Aussi bien au fol comme au saige.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Amour, ne prenez desplaisir

+

S'ay dit le mal que fault souffrir,

+

Demourant en vostre servaige;

+

On le voit souvent avenir,

+

Aussi bien au fol comme au saige.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Comment se peut ung povre cueur deffendre,

+

Quand deux beaulx yeulx le viennent assaillir;

+

Le cueur est seul, desarmé, nu et tendre,

+

Et les yeulx sont bien armez de plaisirs;

+

Contre tous deux ne pourroit pié tenir.

+

Amour aussi est de leur aliance,

+

Nul ne tendroit contre telle puissance.

+
+

Il lui convient ou mourir ou se rendre,

+

Trop grant honte lui seroit de fuir;

+

Plus baudement les oseroit actendre,

+

S'il eust pavais dont il se peust couvrir;

+

Mais point n'en a, si lui vault mieux souffrir,

+

Et se mectre tout en leur gouvernance,

+

Nul ne tendroit contre telle puissance.

+
+

Qu'il soit ainsi bien me le fist aprendre

+

Ma maistresse, mon souverain desir,

+

Quand il lui pleut ja pieca entreprendre

+

De me vouloir de ses doulx yeulx ferir;

+

Oncques depuis mon cueur ne peut guerir,

+

Car lors fut il desconfit à oultrance;

+

Nul ne tendroit contre telle puissance.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Espargniez vostre doulx actrait,

+

Et vostre gracieux parler,

+

Car Dieu scet les maulx qu'ilz ont fait

+

A mon povre cueur endurer;

+

Puisque ne voulez m'acorder

+

Ce qui pourroit mes maulx guerir,

+

Laissiez moy passer ma meschance,

+

Sans plus me vouloir assaillir

+

Par vostre plaisant acointance.

+
+

Vers Amours faictes grant forfait,

+

Je l'ose pour vray advouer;

+

Quant me ferez d'amoureux trait,

+

Et ne me voulez conforter,

+

Je croy que me voulez tuer.

+

Pleust à Dieu que peussiez sentir

+

Une foiz la dure grevance

+

Que m'avez fait longtemps souffrir

+

Par vostre plaisant acointance.

+
+

Helas! que vous ay je meffait

+

Par quoy me doyez tourmenter;

+

Quant mon cueur d'amer se retrait,

+

Tantost le venez rappeller;

+

Plaise vous en paix le laissier,

+

Ou lui acorder son desir;

+

Honte vous est, non pas vaillance,

+

D'un loyal cueur ainsi meurdrir

+

Par vostre plaisant acointance.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

N'a pas longtemps qu'alay parler

+

A mon cueur tout secretement,

+

Et lui conseillay de s'oster

+

Hors de l'amoureux pensement;

+

Mais me dist bien fellement:

+

Ne m'en parlez plus, je vous prie;

+

J'ameray tousjours, se m'aist Dieux,

+

Car j'ay la plus belle choisie,

+

Ainsi m'ont raporté mes yeulx.

+
+

Lors dis: Vueilliez me pardonner,

+

Car je vous jure mon serement

+

Que conseil vous cuide donner,

+

A mon povoir, tres loyaument;

+

Voulez vous sans allegement

+

En douleur finer vostre vie?

+

Nennil dya, dist il, j'auray mieulx;

+

Ma Dame m'a fait chiere lie,

+

Ainsi m'ont raporté mes yeulx.

+
+

Cuidez vous scavoir sans doubter

+

Par ung regart tant seulement,

+

Se, dis je, du tout son penser

+

Ou par ung doulx acointement.

+

Taisiez vous, dist il, vrayement

+

Je ne croiray chose qu'on die;

+

Mais la serviray en tous lieux,

+

Car de tous biens est enrichie,

+

Ainsi m'ont raporté mes yeulx.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

De jamais n'amer par amours

+

J'ay aucune foiz le vouloir,

+

Pour les ennuieuses dolours

+

Qu'il me fault souvent recevoir,

+

Mais en la fin, pour dire voir,

+

Quelque mal que doye porter,

+

Je vous asseure par ma foy,

+

Que je n'en sauroye garder

+

Mon cueur qui est maistre de moy.

+
+

Combien qu'ay eu d'estranges tours,

+

Mais j'ai tout mis à nonchaloir,

+

Pensant de recouvrer secours

+

De Confort ou d'ung doulx espoir:

+

Hélas! se j'eusse le povoir

+

D'aucunement hors m'en bouter,

+

Par le serement qu'à Amours doy,

+

Jamais n'y lairroye rentrer

+

Mon cueur qui est maistre de moy.

+
+

Car je scay bien que par doulcours

+

Amour le scet si bien avoir,

+

Qu'il vouldroit ainsi tous les jours

+

Demourer sans ja s'en mouvoir;

+

Nil ne veult oir ne savoir

+

Le mal qu'il me fait endurer,

+

Plaisance l'a mis en ce ploy,

+

Elle fait mal de le m'oster

+

Mon cueur qui est maistre de moy.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Il me desplaist d'en tant parler,

+

Mais, par le Dieu en qui je croy,

+

Ce fait desir de recouvrer

+

Mon cueur qui est maistre de moy.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Quand je suis couchié en mon lit,

+

Je ne puis en paix reposer;

+

Car toute la nuit mon cueur lit

+

Ou rommant de plaisant penser,

+

Et me prie de l'escouter;

+

Si ne l'ose desobeir,

+

Pour dobte de le courroucier,

+

Ainsi je laisse le dormir.

+
+

Ce livre si est tout escript

+

Des faiz de ma Dame sans per;

+

Souvent mon cueur de joye rit,

+

Quand il les list ou oyt compter;

+

Car certes tant sont à louer,

+

Qu'il y prent souverain plaisir,

+

Moy mesmes ne m'en puis lasser,

+

Ainsi je laisse le dormir.

+
+

Se mes yeux demandent respit

+

Par sommeil qui les vient grever,

+

Il les tense par grant despit,

+

Et si ne les peut surmonter;

+

Il ne cesse de souspirer

+

A part soy; j'ay lors, sans mentir,

+

Grant paine de le rapaisier,

+

Ainsi je laisse le dormir.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Amour, je ne puis gouverner

+

Mon cueur; car tant vous veult servir

+

Qu'il ne scet jour ne nuit cesser,

+

Ainsi je laisse le dormir.

+
+
+ +

BALADE.

+
+

Fresche beaulté tres riche de jeunesse,

+

Riant regart trait amoureusement,

+

Plaisant parler gouverné par sagesse,

+

Port femenin en corps bien fait et gent,

+

Haultain maintien demené doulcement,

+

Acueil humble plain de maniere lie,

+

Sans nul dangier bonne chiere faisant,

+

Et de chascun pris et los emportant;

+

De ces grans biens est ma Dame garnie.

+
+

Tant bien lui siet à la noble Princesse

+

Chanter, dancer et tout esbatement,

+

Qu'on la nomme de ce faire maistresse,

+

Elle fait tout si gracieusement,

+

Que nul n'y scet trouver amendement:

+

L'escolle peut tenir de courtoisie,

+

En la voyant aprent qui est saichant,

+

Et en ses faiz qui va garde prenant,

+

De ces grans biens est ma Dame garnie.

+
+

Bonté, Honneur, avecques Gentillesse

+

Tiennent son cueur en leur gouvernement,

+

Et Loyaulté nuit et jour ne la laisse;

+

Nature mist tout son entendement

+

A la fourmer, et faire proprement;

+

De point en point, c'est la mieux accomplie

+

Qui aujourdui soit ou monde vivant,

+

Je ne dy riens que tous ne vont disant;

+

De ces grans biens est ma Dame garnie.

+
+

Elle semble mieulx que femme Deesse,

+

Si croy que Dieu l'envoya seulement

+

En ce monde, pour monstrer la largesse

+

De ces haults dons qu'il a entierement

+

En elle mis abandonnement.

+

Elle n'a per, plus ne scay que je dye,

+

Pour fol me tiens de l'aler devisant,

+

Car moy ne nul n'est à ce souffisant,

+

De ces grans biens est ma Dame garnie.

+
+

S'il est aucun qui soit prins de tristesse

+

Voise voir son doulx maintenement,

+

Je me fais fort que le mal qui le blesse

+

Le laissera pour lors soudainement,

+

Et en oubly sera mis plainement;

+

C'est Paradis que de sa compaignie,

+

A tous complaist, à nul n'est ennuyant,

+

Qui plus la voit plus en est désirant,

+

De ces grans biens est ma Dame garnie.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Toutes dames qui oyez cy comment

+

Prise celle que j'ayme loyaument,

+

Ne m'en saichiez maugré, je vous en prie;

+

Je ne parle pas en vous desprisant,

+

Mais comme sien je dy en m'acquittant:

+

De ces grans biens est ma Dame garnie.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

A ma Dame je ne scay que je dye,

+

Ne par quel bout je doye commencer,

+

Pour vous mander la doloreuse vie

+

Qu'Amour me fait chascun jour endurer;

+

Trop mieulx vaulsist me taire que parler,

+

Car prouffiter ne me pevent mes plains,

+

Ne je ne puis guerison recouvrer,

+

Puisqu'ainsi est que de vous suis loingtains.

+
+

Quanque je voy me desplaist et ennuye,

+

Et n'en ose contenance monstrer,

+

Mais ma bouche fait semblant qu'elle rie,

+

Quant mainteffoiz je sens mon cueur plourer.

+

Au fort, martir on me devra nommer,

+

Se Dieu d'amours fait nulz amoureux Saints,

+

Car j'ay des maulx plus que ne scay compter,

+

Puisqu'ainsi est que de vous suis loingtains.


+

Et non pourtant humblement vous mercie,

+

Car par escript vous a pleu me donner

+

Ung doulx confort que j'ay à chiere lie

+

Receu de cueur, et de joyeulx penser,

+

Vous suppliant que ne vueilliez changier,

+

Car en vous sont tous mes plaisirs mondains

+

Desquelz me fault à present deporter,

+

Puisqu'ainsi est que de vous suis loingtains.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Loingtain de vous, ma tres belle maistresse,

+

Fors que de cueur que laissié je vous ay,

+

A compaignie de Deuil et de Tristesse,

+

Jusques à tant que reconfort auray

+

D'un doulx plaisir, quant reveoir pourray

+

Vostre gent corps, plaisant et gracieux;

+

Car lors lairray tous mes maulx ennuyeux

+

Et trouveray, se m'a dit Esperance,

+

Par le pourchas du regard de mes yeulx

+

Autant de bien que j'ay de desplaisance

+
+

Car s'oncques nul sceut que c'est de destresse,

+

Je pense bien que j'en ay fait l'essay;

+

Si tres avant et à telle largesse

+

Qu'en dueil pareil nulluy de moy ne scay;

+

Mais ne m'en chault; certes j'endureray

+

Au desplaisir des jaloux envieux,

+

Et me tendray par semblance joyeulx,

+

Car quand je suy en greveuse penance,

+

Ilz recoyvent, que mal jour leur doint Dieux,

+

Autant de bien que j'ay de desplaisance.

+
+

Tout prens en gré jeune, gente Princesse,

+

Mais qu'en saichiez tant seulement le vray,

+

En actendant le gueredon de Liesse

+

Qu'à mon povoir vers vous desserviray;

+

Car le conseil de Loyaulté feray,

+

Que garderay pres de moy en tous lieux,

+

Vostre tousjours soye, jeunes ou vieulx,

+

Priant, a Dieu ma seule desirance,

+

Qu'il vous envoit, savoir ne povez mieulx,

+

Autant de bien que j'ay que desplaisance.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Puisqu'ainsi est que loingtain de vous suis,

+

Ma Maistresse, dont Dieu scet s'il m'ennuye,

+

Si chierement vous requier que je puis,

+

Qu'il vous plaise de vostre courtoisie,

+

Quant vous estes seule sans compaignie,

+

Me souhaidier ung baisier amoureux

+

Venant du cueur et de pensée lie,

+

Pour alegier mes griefz maulx doloureux.

+
+

Quant en mon lit doy reposer de nuis,

+

Penser m'assault, et Désir me guerrye;

+

Et en pensant mainteffoiz m'est advis

+

Que je vous tiens entre mes bras, m'amye;

+

Lors accolle mon oreillier, et crie:

+

Mercy Amours, faictes moy si eureux,

+

Qu'avenir puist mon penser en ma vie,

+

Pour alegier mes griefz maulx doloureux.

+
+

Espoir m'a dit et par sa foy promis

+

Qu'il m'aidera, et que ne m'en soussie;

+

Mais tant y met qu'un an me semble dix,

+

Et non pourtant, soit ou sens ou folie,

+

Je m'y actens, et en lui je m'afie

+

Qu'il fera tant que Dangier le crueux

+

N'aura briefment plus sur moy seigneurie,

+

Pour alegier mes griefz maulx doloureux.

+
+

L'ENVOY.

+
+

A Loyaulté de plus en plus m'alye,

+

Et à Amours humblement je supplie

+

Que de mon fait vueillent estre piteux,

+

En me donnant de mes vouloirs partie,

+

Pour alegier mes griefz maulx doloureux.

+
+
+ +

BALADE.

+
+

Pourtant se souvent ne vous voy,

+

Pensez vous plus que vostre soye;

+

Par le serement que je vous doy,

+

Si suis autant que je souloye;

+

N'il n'est ne plaisance, ne joye,

+

N'autre bien qu'on rac puist donner,

+

Je le vous prometz loyaument,

+

Qui me puist ce vouloir oster

+

Fors que la mort tant seulement.

+
+

Vous savez que je vous feis foy

+

Pieca de tout ce que j'avoye,

+

Et vous laissay, en lieu de moy,

+

Le gaige que plus chier j'amoye;

+

C'estoit mon cueur que j'ordonnoye

+

Pour avecques vous demourer,

+

A qui je suis entierement;

+

Nul ne m'en pourroit destourber

+

Fors que la mort tant seulement.

+
+

Combien certes que je recoy

+

Tel mal que, se le vous disoye,

+

Vous auriez, comme je croy,

+

Pitié du mal qui me guerroye;

+

Car de tout dueil suis en la voye,

+

Vous le povez assez penser,

+

Et ay esté si longuement,

+

Que je ne doy riens desirer

+

Fors que la mort tant seulement.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Belle que tant veoir vouldroye,

+

Je prie à Dieu que brief vous voye;

+

Ou s'il ne le veult accorder,

+

Je lui supply tres humblement

+

Que riens ne me vueille donner

+

Fors que la mort tant seulement.

+
+
+ +

BALADE.

+
+

Quelles nouvelles, ma Maistresse,

+

Comment se portent noz amours?

+

De ma part je vous fais promesse

+

Qu'en ung propos me tiens tousjours,

+

Sans jamais penser le rebours;

+

C'est que seray toute ma vie

+

Vostre du tout entierement,

+

Et pour ce de vostre partie

+

Acquittez vous pareillement.

+
+

Combien que Dangier et Destresse

+

Ont fait longuement leurs sejours

+

Avec mon cueur, et par rudesse

+

Lui ont monstré d'estranges tours,

+

Helas! en amoureuses cours,

+

C'est pitié qu'ilz ont seigneurie;

+

Si mectray paine que briefment

+

Loyaulté sur eulx ait maistrie,

+

Acquittez vous pareillement.

+
+

Quoyque la nue de Tristesse

+

Par ung longtemps ait fait son cours;

+

Apres le beau temps de Liesse

+

Vendra qui donnera secours

+

A noz deux cueurs, car mon recours

+

J'ay en espoir, en qui me fie,

+

Et en vous, Belle, seulement,

+

Car jamais je ne vous oublie;

+

Acquittez vous pareillement.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Soyez seure, ma doulce amye,

+

Que je vous ayme loyaument,

+

Or vous requier et vous supplie

+

Acquittez vous pareillement.

+
+
+

BALADE.

+
+

Belle que je tiens pour amye,

+

Pensez, quelque part que je soye,

+

Que jamais je ne vous oublie;

+

Et pour ce prier vous vouldroye,

+

Jusques à tant que vous revoye,

+

Qu'il vous souviengne de cellui

+

Qui a trouvé peu de mercy

+

En vous, se dire je l'osoye.

+
+

Combien que je ne dye mie

+

Que n'aye receu bien et joye,

+

En vostre doulce compaignie,

+

Plus que desservir ne sauroye;

+

Non pourtant voulentiers j'auroye

+

Le guerdon de loyal amy,

+

Qu'oncques ne trouvay jusqu'à cy

+

En vous, se dire je l'osoye.

+
+

Je vous ai longement servie,

+

Si m'est advis qu'avoir devroye

+

Le don que de sa courtoisie

+

Amour à ses servans envoye;

+

Or faictes qu'estre content doye,

+

Et m'accordez ce que je dy,

+

Car trop avez refus nourry

+

En vous, se dire je l'osoye.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Ma Dame, vous povez savoir

+

Les biens qu'ay euz à vous servir;

+

Car par ma foy, pour dire voir,

+

Oncques je n'y peuz acquerir

+

Tant seulement ung doulx plaisir,

+

Que sitost que je le tenoye,

+

Dangier le me venoit tollir

+

Ce peu de plaisir que j'avoye.


+

Je n'en savoye nul avoir

+

Qui peust contenter mon desir,

+

Se non quant vous povoye voir,

+

Ma joye, mon seul souvenir;

+

Or m'en a fait Dangier bannir,

+

Tant qu'il faut que loing de vous soye,

+

Par quoy a fait de moy partir

+

Ce peu de plaisir que j'avoye.

+
+

Non pas peu, car de bon vouloir

+

Content m'en devoye tenir,

+

En esperant de recevoir

+

Ung trop plus grant bien advenir;

+

Je n'y cuidoye point faillir

+

A la paine que g'y mectoye,

+

Cela me faisoit enrichir

+

Ce peu de plaisir que j'avoye.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Belle, je vous vueil requerir,

+

Pensez, quant serez de loisir,

+

Qu'en grant mal qui trop me guerroye,

+

Est tourné, sans vous en mentir,

+

Ce peu de plaisir que j'avoye.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

En ce joyeulx temps du jourduy

+

Que le mois de may ce commance,

+

Et que l'en doit laissier ennuy,

+

Pour prendre joyeuse plaisance,

+

Je me trouve sans recouvrance,

+

Loingtain de joye conquester;

+

De tristesse si bien renté

+

Que j'ay, je m'en puis bien vanter,

+

Le rebours de ma voulenté.

+
+

Las! Amours je ne voy nulluy

+

Qui n'ait aucune souffisance,

+

Fors que moy seul qui suis celluy

+

Qui est le plus dolent de France.

+

J'ay failli à mon esperance;

+

Car quant à vous me voulz donner

+

Pour estre vostre serementé,

+

Jamais ne cuidoye trouver

+

Le rebours de ma voulenté.

+
+

Au fort, puisqu'en ce point je suy,

+

Je porteray ma grant penance,

+

Ayant vers Loyaulté refuy

+

Où j'ay mis toute ma fiance;

+

Ne Dangier qui ainsi m'avance,

+

Quelque mal que doye porter,

+

Combien que trop m'a tourmenté,

+

Ne pourra ja en moy bouter

+

Le rebours de ma voulenté.

+
+

L'ENVOY.

+
+

D'aucun reconfort acointer

+

Plusieurs foiz m'en suy dementé;

+

Mais j'ay tousjours au par aler

+

Le rebours de ma voulenté.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Quant je party derrainement

+

De ma souveraine sans per,

+

Que Dieu gard et luy doint briefment

+

Joye de son loyal penser,

+

Mon cueur lui laissay emporter;

+

Oncques puis ne le peuz ravoir,

+

Si m'esmerveille, main et soir,

+

Comment j'ai vesqu tant de jours

+

Depuis sans cueur, mais pour tout voir,

+

Ce n'est que miracle d'Amours.

+
+

Qui est cellui qui longuement

+

Peut vivre sans cueur, ou durer

+

Comme j'ay fait en grief tourment;

+

Certes nul, je m'en puis vanter.

+

Mais Amours ont voulu monstrer

+

En ce leur gracieux povoir,

+

Pour donner aux amans vouloir

+

D'eulx fier en leur doulx secours;

+

Car bien pevent apparcevoir,

+

Ce n'est que miracle d'Amours.

+
+

Quant pitié vit que franchement

+

Voulu mon cueur abandonner

+

Envers ma Dame, tellement

+

Traicta que lui fist me laissier

+

Son cueur, me chargeant le garder,

+

Dont j'ay fait mon loyal devoir,

+

Maugré Dangier qui recevoir

+

M'a fait chascun jour de telz tours,

+

Que sans mort en ce point manoir

+

Ce n'est que miracle d'Amours.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Douleur, courroux, desplaisir et tristesse,

+

Quelque tourment que j'aye main et soir,

+

Ne pour doubte de mourir de destresse,

+

Ja ne sera en tout vostre povoir

+

De me changier le tres loyal vouloir

+

Qu'ay eu tousjours de la Belle servir,

+

Par qui je puis, et pense recevoir

+

Le plus grand bien qui me puist avenir.

+
+

Quant j'ay par vous aucun mal qui me blesse,

+

Je l'endure par le conseil d'Espoir

+

Qui ma promis qu'à ma seule maistresse

+

Lui fera brief mon angoisse savoir,

+

En lui mandant qu'en faisant mon devoir,

+

J'ay tous les maulx que nul pourrait souffrir;

+

Lors trouveray, je ne scay s'il dist voir,

+

Le plus grant bien qui me puist avenir.

+
+

Ne m'espargniez donc en rien de rudesse,

+

Je vous feray bien brief apparcevoir

+

Qu'aura y secours d'un Confort de liesse;

+

Longtemps ne puis en ce point remanoir,

+

Pour ce je metz du tout à nonchaloir

+

Les tres grans maulx que me faictes sentir;

+

Bien aurez dueil, se me voyez avoir

+

Le plus grant bien qui me puist avenir.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Je suis cellui au cueur vestu de noir

+

Qui dy ainsi qui que le vueille ouyr,

+

J'auray briefment, Loyaulté m'en fait hoir,

+

Le plus grant bien qui me puist avenir.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Jeune, gente, plaisant et debonnaire,

+

Par ung prier qui vault commandement

+

Chargié m'avez d'une balade faire;

+

Si l'ay faicte de cueur joyeusement;

+

Or la vueilliez recevoir doulcement,

+

Vous y verrez, s'il vous plaist à la lire,

+

Le mal que j'ay combien que vrayement

+

J'aymasse mieulx de bouche le vous dire.

+
+

Vostre doulceur m'a sceu si bien atraire

+

Que tout vostre je suis entierement,

+

Tres desirant de vous servir et plaire,

+

Mais je seuffre maint doloreux tourment,

+

Quant à mon gré je ne vous voy souvent,

+

Et me desplaist quant me fault vous escrire,

+

Car se faire ce povoit autrement,

+

J'aymasse mieulx de bouche le vous dire.

+
+

C'est par Dangier mon cruel adversaire

+

Qui m'a tenu en ses mains longuement,

+

En tous mes faiz je le trouve contraire,

+

Et plus se rit, quant plus me voit dolent;

+

Se vouloye raconter plainement

+

En cest escript mon ennuyeux martire.

+

Trop long seroit pour ce certainement,

+

J'aymasse mieulx de bouche le vous dire.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Loué soit cellui qui trouva

+

Premier la manière d'escrire,

+

En ce grand confort ordonna

+

Pour amans qui sont en martire;

+

Car quant ne pevent aler dire

+

A leurs dames leur grief tourment,

+

Ce leur est moult d'alegement,

+

Quant par escript pevent mander

+

Les maulx qu'ilz portent humblement,

+

Pour bien et loyaument amer.

+
+

Quand ung amoureux escrira

+

Son dueil, qui trop le tient de rire,

+

Au plustost qu'envoyé l'aura

+

A celle qui est son seul mire;

+

S'il lui plaist à la lectre lire,

+

Elle peut veoir clerement

+

Son doloreux gouvernement,

+

Et lors pitié lui scet monstrer

+

Qu'il dessert bon guerdonnement,

+

Pour bien et loyaument amer.

+
+

Par mon cueur je congnois pieca

+

Ce mestier, car quant il souspire,

+

Jamais rapaisié ne sera,

+

Tant qu'il ait envoyé de tire

+

Vers la belle que tant desire;

+

Et puis s'il peut aucunement

+

Oir nouvelles seulement

+

De sa doulce beaulté sans per,

+

Il oublie l'ennuy qu'il sent,

+

Pour bien et loyaument amer.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Ma Dame, Dieu doint que briefment

+

Vous puisse de bouche compter

+

Ce que j'ay souffert longuement,

+

Pour bien et loyaument amer.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Belle combien que de mon fait

+

Je croy qu'avez peu souvenance,

+

Toutesfoiz se savoir vous plaît

+

Mon estat, et mon ordonnance;

+

Saichiez que loingtain de Plaisance,

+

Je suis de tous maulx bien garny,

+

Autant que nul qui soit en France,

+

Dieu scet en quel mauvais party.

+
+

Helas! or n'ay je riens forfait

+

Dont porter je doye penance,

+

Car tousjours je me suis retrait

+

Vers Loyaulté et Esperance,

+

Pour acquerir leur bienvueillance;

+

Mais au besoing ilz m'ont failly

+

Et m'ont laissié sans recouvrance,

+

Dieu scet en quel mauvais party.

+
+

Dangier m'a joué de ce trait,

+

Mais se je puis avoir puissance,

+

Je feray maugré qu'il en ait,

+

Encontre lui une aliance,

+

Et si lui rendray la grevance,

+

Le mal, le dueil et le soussy,

+

Où il m'a mis jusqu'à oultrance,

+

Dieu scet en quel mauvais party.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Aydiez moy à l'oultrecuidance

+

Vengier, com en vous ay fiance,

+

Ma Maistresse, je vous supply

+

De ce faulx Dangier qui m'avance

+

Dieu scet en quel mauvais party.

+
+
+ +

BALADE.

+
+

Loyal espoir, trop je vous voy dormir,

+

Resveilliez vous et joyeuse pensée,

+

Et envoyez ung plaisant souvenir

+

Devers mon cueur, de la plus belle née

+

Dont aujourduy coure la renommée;

+

Vous ferez bien d'ung peu le resjoir,

+

Tristesse s'est avecques lui logiée,

+

Ne lui vueilliez à son besoing faillir.

+
+

Car Dangier l'a desrobé de plaisir,

+

Et que pis est, a de lui eslongnée

+

Celle qui plus le povoit enrichir;

+

C'est sa dame tres loyaument amée.

+

Oncques cueur n'eut si dure destinée

+

Pour Dieu, Espoir, venez le secourir,

+

Il a en vous sa fiance fermée,

+

Ne lui vueilliez à son besoing faillir.

+
+

Par povreté lui fault son pain querir

+

A l'uis d'Amours par chascune journée,

+

Or lui vueilliez l'aumosne departir

+

De liesse, que tant a désirée:

+

Avancez vous, sans faire demourée

+

Pensez de lui, vous savez son desir,

+

Par vous lui soit quelque grace donnée,

+

Ne lui vueilliez à son besoing faillir.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Seule sans per, de toutes gens louée,

+

Et de tous biens entierement douée,

+

Mon cueur ces maulx seuffre pour vous servir,

+

Sa loyaulté vous soit recommandée

+

Ne lui vueilliez à son besoing faillir.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Mon cueur au derrain entrera

+

Ou Paradis des amoureux,

+

Autrement tort fait lui sera,

+

Car il a de maulx doloreux

+

Plus d'un cent, non pas ung ou deux,

+

Pour servir sa belle maistresse;

+

Et le tient Dangier le crueulx

+

Ou Purgatoire de Tristesse.

+
+

Ainsi l'a tenu, longtemps a,

+

Ce faulx traître, vilain, hideux;

+

Espoir dit que hors le mectra,

+

Et que n'en soye ja doubteux;

+

Mais trop y met dont je me deulx,

+

Dieu doint qu'il tiengne sa promesse

+

Vers lui, tant est angoisseux

+

Ou Purgatoire de Tristesse.

+
+

Amour grant aumosne fera

+

En ce fait cy, d'estre piteux,

+

Et bon exemple monstrera

+

A toutes celles et à ceulx

+

Qui le servent, quant desireux

+

Le verront par sa grant humblesse,

+

D'aidier ce povre souffreteux

+

Ou Purgatoire de Tristesse.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Amour! faictes moy si eureux

+

Que mectez mon cueur en liesse;

+

Laissiez Dangier et Dueil tous seulx

+

Ou Purgatoire de Tristesse.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Mon cueur a envoyé querir

+

Tous ses bienvueillans et amis,

+

Il veult son grant conseil tenir

+

Avec eulx, pour avoir advis

+

Comment pourra ses ennemis,

+

Soussy, Dueil, et leur aliance

+

Surmonter, et tost desconfire,

+

Qui desirent de le destruire

+

En la prison de Desplaisance.

+
+

En desert ont mis son plaisir,

+

Et joye tenue en pastis;

+

Mais Confort lui a sans faillir

+

De nouvel loyaument promis

+

Qu'ilz seront desfaiz et bannis;

+

De ce se fais fort Esperance,

+

Et plus avant que n'ose dire,

+

C'est ce qui estaint son martire

+

En la prison de Desplaisance.

+
+

Briefment voye le temps venir,

+

J'en prie à Dieu de Paradis,

+

Que chascun puist vers son desir

+

Aler sans avoir saufconduis;

+

Adonc Amour et ses nourris

+

Auront de Dangier moins doubtance,

+

Et lors sentiray mon cueur rire

+

Qui à present souvent souspire

+

En la prison de Desplaisance.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Pour ce que veoir ne vous puis,

+

Mon cueur se complaint jours et nuis,

+

Belle nompareille de France;

+

Et m'a chargié de vous escrire

+

Qu'il n'a pas tout ce qu'il desire

+

En la prison de Desplaisance.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Desployez vostre banniere,

+

Loyaulté, je vous en prie,

+

Et assailliez la frontiere

+

Où Dueil et Merencolie,

+

A tort et par felonnie,

+

Tiennent Joye prisonnière,

+

De moy la font estrangiere;

+

Je pry Dieu qu'il les maudie.

+
+

Quant je deusse bonne chiere

+

Demener en compaignie,

+

Je n'en fais que la maniere,

+

Car, quoique ma bouche rie,

+

Ou parle parolle lye,

+

Dangier et Destresse fiere

+

Boutent mon plaisir arriere;

+

Je pry Dieu qu'il les maudie.

+
+

Helas! tant avoye chiere,

+

Ja pieca, joyeuse vie;

+

Se Raison fust droicturiere,

+

J'en eusse quelque partie;

+

Or est de mon cueur bannie

+

Par Fortune losengiere

+

Et Durté sa conseilliere;

+

Je pry Dieu qui les maudie.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Se j'avoye la maistrie

+

Sur ceste faulse mesgnie,

+

Je les meisse tous en biere;

+

Si est telle ma priere,

+

Je pry Dieu qui les maudie.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Ardant desir de veoir ma maistresse

+

A assailly de nouvel le logis

+

De mon las cueur, qui languist en tristesse,

+

Et puis dedens partout a le feu mis;

+

En grant doubte certainement je suis

+

Qu'il ne soit pas legierement estaint;

+

Sans grant grace, si vous pry, Dieu d'amours,

+

Sauvez mon cueur, ainsi qu'avez fait maint,

+

Je l'oy crier piteusement secours.


+

J'ay essayé par lermes à largesse

+

De l'estaindre; mais il n'en vault que pis:

+

C'est feu Gregeois, ce croy je, qui ne cesse

+

D'ardre, s'il n'est estaint par bon avis.

+

Au feu, au feu, courez tous mes amis;

+

S'aucun de vous, comme lasche, remaint

+

Sans y aler, je le hé pour tousjours;

+

Avancez vous, nul de vous ne soit faint,

+

Je l'oy crier piteusement secours.

+
+

S'il est ainsi mort par vostre peresse,

+

Je vous requier, au moins tant que je puis,

+

Chascun de vous donnez lui une messe,

+

Et j'ay espoir que brief ou Paradis

+

Des amoureux sera moult hault assis,

+

Comme martir et tres honnoré Saint,

+

Qui a tenu de Loyaulté le cours;

+

Grant tourment a, puisque si fort se plaint.

+

Je l'oy crier piteusement secours.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

En la nef de bonne nouvelle

+

Espoir a chargié Reconfort,

+

Pour l'amener de par la belle

+

Vers mon cueur qui l'ayme si fort.

+

A joye puist venir au port

+

De Desir, et pour tost passer

+

La mer, de fortune trouver

+

Ung plaisant vent venant de France,

+

Où est à present ma maistresse

+

Qui est ma doulce souvenance,

+

Et le tresor de ma liesse.

+
+

Certes moult suy tenu à elle,

+

Car j'ay sceu par loyal raport,

+

Que contre Dangier le rebelle

+

Qui mainteffoiz me nuist à tort,

+

Elle veult faire son effort

+

De tout son povoir de m'aidier,

+

Et, pour ce, lui plaist m'envoyer

+

Ceste nef plaine de Plaisance

+

Pour estoffer la forteresse,

+

Où mon cueur garde l'Esperance,

+

Et le tresor de ma liesse.

+
+

Pour ce, ma voulenté est telle,

+

Et sera jusques à la mort,

+

De tousjours tenir la querelle

+

De Loyaulté, où mon ressort

+

J'ay mis; mon cueur en est d'accort;

+

Si vueil en ce point demourer,

+

Et souvent Amour mercier,

+

Qui me fist avoir l'acointance

+

D'une si loyalle Princesse,

+

En qui puis mectre ma fiance

+

Et le tresor de ma liesse.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Dieu vueille celle nef garder

+

Des robeurs, escumeurs de mer,

+

Qui ont à Dangier aliance;

+

Car, s'ilz povoient, par rudesse

+

M'osteroient ma desirance,

+

Et le tresor de ma liesse.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Je ne crains Dangier, ne les siens,

+

Car j'ay garny la forteresse

+

Où mon cueur a retrait ses biens,

+

De Reconfort et de Liesse;

+

Et ay fait Loyaulté maistresse,

+

Qui la place bien gardera;

+

Dangier deffy, et sa rudesse,

+

Car le Dieu d'amours m'aidera.

+
+

Raison est et sera des miens,

+

Car ainsi m'en a fait promesse,

+

Et Espoir mon chier amy tiens,

+

Qui a mainteffoiz, par proesse,

+

Bouté hors d'avec moy Destresse;

+

Dont Dangier, dueil et despit a;

+

Mais ne me chault de sa tristesse,

+

Car le Dieu d'amours m'aidera.

+
+

Pour ce, requerir je vous viens,

+

Mon cueur, que prenez hardiesse;

+

Courez lui sus, sans craindre riens,

+

A dangier qui souvent vous blesse;

+

Sitost que vous prandrez l'adresse

+

De l'assaillir, il se rendra;

+

Je vous secourray sans peresse,

+

Car le Dieu d'amours m'aidera.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Se vous m'aidiez, gente Princesse,

+

Je croy que brief le temps vendra

+

Que j'auray des biens à largesse,

+

Car le Dieu d'amours m'aidera.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Belle, bien avez souvenance,

+

Comme certainement je croy,

+

De la tres plaisant aliance

+

Qu'Amour fist entre vous, et moy;

+

Son secretaire Bonne foy

+

Escrist la lectre du traictié,

+

Et puis la scella Loyaulté

+

Qui la chose tesmoingnera,

+

Quant temps et besoing en sera.

+
+

Joyeux desir fut en presence,

+

Qui alors ne se tint pas coy;

+

Mais mist le fait en ordonnance,

+

De par Amour le puissant Roy;

+

Et selon l'amoureuse loy,

+

De noz deux vouloirs, pour seurté,

+

Fist une seule voulenté;

+

Bien m'en souvient, et souvendra,

+

Quant temps et besoing en sera.

+
+

Mon cueur n'a en nully fiance

+

De garder la lectre, qu'en soy;

+

Et certes ce m'est grant plaisance,

+

Quant si tres loyal je le voy,

+

Et lui conseille, comme doy,

+

De tousjours hair Faulceté;

+

Car quiconque l'a en chierté,

+

Amour chastier l'en fera,

+

Quant temps et besoing en sera.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Pensez en ce que j'ay compté,

+

Ma Dame, car en verité

+

Mon cueur de soy vous requerra,

+

Quant temps et besoing en sera.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Venez vers moy, Bonne nouvelle,

+

Pour mon las cueur reconforter.

+

Contez moy comment fait la belle,

+

L'avez vous point oy parler

+

De moy, et amy me nommer?

+

A elle point mis en oubly

+

Ce qu'il lui pleut de m'accorder,

+

Quant me donna le don d'amy.

+
+

Combien que Dangier le rebelle

+

Me fait loing d'elle demourer;

+

Je congnois tant de biens en elle,

+

Que je ne pourroye penser

+

Que tousjours ne vueille garder

+

Ce que me promist sans nul sy,

+

Faisant nos deux mains assembler,

+

Quant me donna le don d'amy.

+
+

Pitié seroit, se Dame telle

+

Qui doit tout honneur desirer,

+

Failloit de tenir la querelle

+

De bien et loyaument amer;

+

Son sens lui scet bien remonstrer

+

Toutes les choses que je dy,

+

Et ce qu'Amour nous fist jurer

+

Quant me donna le don d'amy.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Loyaulté, vueilliez asseurer

+

Ma Dame que sien suy, ainsi

+

Qu'elle me voulu commander,

+

Quant me donna le don d'amy.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Belle, s'il vous plaist escouter

+

Comment j'ay gardé en chierté

+

Vostre cueur qu'il vous pleut laissier

+

Avec moy, par vostre bonté;

+

Saichez qu'il est enveloppé

+

En ung cueuvrechief de Plaisance,

+

Et enclos, pour plus grant seurté,

+

Ou coffre de ma souvenance.

+
+

Et pour nectement le garder,

+

Je l'ay souventesfoiz lavé

+

En lermes de piteux penser;

+

Et regrectant vostre beaulté,

+

Apres ce, sans delay porté,

+

Pour seicher, au feu d'Esperance,

+

Et puis doulcement rebouté

+

Ou coffre de ma souvenance.

+
+

Pour ce, vueillez vous acquieter

+

De mon cueur que vous ay donné;

+

Humblement vous en vueil prier,

+

En le gardant en loyaulté,

+

Soubz clef do bonne voulenté,

+

Comme j'ay fait, de ma puissance,

+

Le vostre que tiens enfermé

+

Ou coffre de ma souvenance.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Ma Dame, je vous ay compté

+

De vostre cueur la gouvernance,

+

Comment il est et a esté

+

Ou coffre de ma souvenance.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

L'AMANT.

+

Se je vous dy bonne nouvelle,

+

Mon cueur, que voulez vous donner?

+

LE CUEUR.

+

Elle pourroit bien estre telle

+

Que moult chier la vueil acheter.

+

L'AMANT.

+

Nul gueredon n'en quier demander.

+

LE CUEUR.

+

Dictes tost doncques, je vous prie,

+

J'ay grand desir de la savoir.

+

L'AMANT.

+

C'est de vostre Dame et amye

+

Qui loyaument fait son devoir.

+
+

LE CUEUR.

+

Que me savez vous dire d'elle?

+

Dont me puisse reconforter.

+

L'AMANT.

+

Je vous dy, sans que plus le celle,

+

Qu'elle vient par deca la mer.

+

LE CUEUR.

+

Dictes vous vray? Sans vous mocquer.

+

L'AMANT.

+

Ouil, je vous le certiffie,

+

Et dit que c'est pour vous veoir.

+

LE CUEUR.

+

Amour humblement j'en mercie,

+

Qui loyaument fait son devoir.

+
+

L'AMANT.

+

Que pourrait plus faire la belle

+

Que de tant pour vous se pener?

+

LE CUEUR.

+

Loyaulté soustient ma querelle,

+

Qui lui fait faire sans doubter.

+

L'AMANT.

+

Pensez doncques de bien l'amer.

+

LE CUEUR.

+

Si feray je toute ma vie,

+

Sans changier, de tout mon povoir.

+

L'AMANT.

+

Bien doit estre dame cherie,

+

Qui loyaument fait son devoir.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Mon cueur, ouvrez l'uis de Pensée,

+

Et recevez un doulx present

+

Que la tres loyaument amée

+

Vous envoye nouvellement;

+

Et vous tenez joyeusement;

+

Car, bien devez avoir liesse,

+

Quant la trouvez sans changement

+

Tousjours tres loyalle maistresse.

+
+

Bien devez prisier la journée

+

Que fustes sien premierement;

+

Car sa grace vous a donnée,

+

Sans faintise, tres loyaument;

+

Vous le povez veoir clerement,

+

Car elle vous tient sa promesse,

+

Soy monstrant vers vous fermement

+

Tousjours tres loyalle maistresse.

+
+

Par vous soit doncques honnourée,

+

Et servie soigneusement;

+

Tant comme vous aurez durée,

+

Sans point faire departement;

+

Car vous aurez certainement,

+

Par elle des biens à largesse,

+

Puisqu'elle est si entierement

+

Tousjours tres loyalle maistresse.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Grans mercis des foiz plus de cent,

+

Ma Dame, ma seule Princesse,

+

Car je vous trouve vrayement

+

Tousjours tres loyalle maistresse.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

J'ay ou tresor de ma pensée

+

Ung mirouer qu'ay acheté;

+

Amour, en l'année passée,

+

Le me vendy de sa bonté;

+

Ou quel voy tousjours la beaulté

+

De celle que l'en doit nommer,

+

Par droit, la plus belle de France;

+

Grant bien me fait à m'y mirer,

+

En actendant bonne esperance.

+
+

Je n'ay chose qui tant m'agrée,

+

Ne dont tiengne si grant chierté,

+

Car, en ma dure destinée,

+

Mainteffoiz m'a reconforté;

+

Ne mon cueur n'a jamais santé,

+

Fors, quant il y peut regarder

+

Des yeulx de joyeuse plaisance,

+

Il s'y esbat pour temps passer,

+

En actendant bonne esperance.

+
+

Advis m'est, chascune journée

+

Que m'y mire, qu'en verité

+

Toute douleur si m'est ostée;

+

Pour ce, de bonne voulenté,

+

Par le conseil de Leaulté,

+

Mectre le vueil et enfermer

+

Ou coffre de ma souvenance,

+

Pour plus seurement le garder,

+

En actendant bonne esperance.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Je ne vous puis, ne scay amer,

+

Ma Dame, tant que je vouldroye;

+

Car escript m'avez pour m'oster

+

Ennuy qui trop fort me guerroye:

+

Mon seul amy, mon bien, ma joye,

+

Cellui que sur tous amer veulx,

+

Je vous pry que soyez joyeux

+

En esperant que brief vous voye.

+
+

Je sens ces motz mon cueur percer

+

Si doulcement, que ne sauroye

+

Le confort, au vray, vous mander.

+

Que vostre messaige m'envoye;

+

Car vous dictes que querez voye

+

De venir vers moy, se m'aid Dieux,

+

Demander ne vouldroye mieulx.

+

En esperant que brief vous voye.

+
+

Et quant il vous plaist souhaidier

+

D'estre empres moy, où que je soye;

+

Par Dieu, nom pareille sans per,

+

C'est trop fait, se dire l'osoye;

+

Se suy je qui plus le devroye

+

Souhaidier de cueur tres soingneux,

+

C'est ce dont tant suis desireux,

+

En esperant que brief vous voye.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

L'autrier alay mon cueur veoir,

+

Pour savoir comment se portoit;

+

Si trouvay avec lui Espoir

+

Qui doulcement le confortoit,

+

Et ces parolles lui disoit:

+

Cueur, tenez vous joyeusement,

+

Je vous fais loyalle promesse,

+

Que je vous garde seurement

+

Tresor d'amoureuse richesse.

+
+

Car je vous fais pour vray savoir,

+

Que la plus tres belle qui soit

+

Vous ayme de loyal vouloir,

+

Et voulentiers pour vous feroit

+

Tout ce qu'elle faire pourroit;

+

Et vous mande que vrayement,

+

Maugré Dangier et sa rudesse,

+

Departir vous veult largement

+

Tresor d'amoureuse richesse.

+
+

Alors mon cueur, pour dire voir,

+

De joye souvent souspiroit,

+

Et, combien qu'il portast le noir,

+

Toutesfoiz pour lors oublioit

+

Toute la douleur qu'il avoit;

+

Pensant de recouvrer briefment

+

Plaisance, Confort et Liesse,

+

Et d'avoir en gouvernement

+

Tresor d'amoureuse richesse.

+
+

L'ENVOY.

+
+

A bon espoir mon cueur s'actent,

+

Et à vous, ma belle maistresse,

+

Que lui espargniez loyaument

+

Tresor d'amoureuse richesse.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Haa, Doulx penser, jamais je ne pourroye

+

Vous desservir les biens que me donnez,

+

Car, quant Ennuy mon povre cueur gerroye,

+

Par fortune, comme bien le savez,

+

Toutes les foiz qu'amener me voulez

+

Ung souvenir de ma belle maistresse;

+

Tantost Doleur, Desplaisir et Tristesse

+

S'en vont fuiant; ilz n'osent demourer,

+

Ne se trouver en vostre compaignie;

+

Mais se meurent de courrous et d'envie,

+

Quant il vous plaist d'ainsi me conforter.

+
+

L'aise que j'ay, dire je ne sauroye,

+

Quant Souvenir et vous me racontez

+

Les tres doulx fais, plaisans et plains de joye

+

De ma Dame, qui sont congneuz assez

+

En plusieurs lieux, et si bien renommés,

+

Que d'en parler chascun en a liesse.

+

Pour ce, tous deux pour me tollir Destresse,

+

D'elle vueilliez nouvelles m'aporter,

+

Le plus souvent que pourrez, je vous prie;

+

Vous me sauvez, et maintenez la vie,

+

Quant il vous plaist d'ainsi me conforter.

+
+

Car lors Amour par vous deux si m'envoye

+

Ung doulx espoir que vous me presentez,

+

Qui me donne conseil que joyeux soye;

+

Et puis apres tous trois me promectez

+

Qu'à mon besoing jamais ne me fauldrez;

+

Ainsi m'actens tout à vostre promesse,

+

Car par vous puis avoir, à grant largesse,

+

Des biens d'Amours, plus que ne scay nombrer,

+

Maugré Dangier, Dueil et Merencolie,

+

Que je ne crains en riens; mais les deffie,

+

Quant il vous plaist d'ainsi me conforter.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Jeune, gente, nompareille Princesse,

+

Puisque ne puis veoir vostre jeunesse,

+

De m'escrire ne vous vueilliez lasser;

+

Car vous faictes, je le vous certiffie,

+

Grant aumosne dont je vous remercie,

+

Quant il vous plaist d'ainsi me conforter.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Se je povoye mes souhais

+

Et mes souspirs faire voler,

+

Si tost que mon cueur les a fais,

+

Passer leur feroye la mer,

+

Et vers celle, tout droit aler,

+

Que j'ayme du cueur si tres fort.

+

Comme ma liesse mondaine

+

Que je tendray jusqu'à la mort.

+

Pour ma maistresse souveraine.

+
+

Helas! la verray je jamais?

+

Qu'en dictes vous, tres doulx penser?

+

Espoir m'a promis, ouil, mais

+

Trop longtemps me fait endurer;

+

Et, quant je lui viens demander

+

Secours à mon besoing, il dort.

+

Ainsi suis chascune sepmaine

+

En maint ennuy, sans reconfort,

+

Pour ma maistresse souveraine.

+
+

Je ne puis demourer en paix,

+

Fortune ne m'y veult laisser;

+

Au fort, à présent je me tais,

+

Et vueil laisser le temps passer;

+

Pensant d'avoir au par aler,

+

Par Loyaulté où mon ressort

+

J'ay mis, de Plaisance l'estraine,

+

En guerdon des maulx qu'ay à tort

+

Pour ma maistresse souveraine.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Fortune, vueilliez moy laissier

+

En paix une fois, je vous prie;

+

Trop longuement, à vray compter,

+

Avez eu sur moy seigneurie.

+

Tousjours faictes la rencherie

+

Vers moy, et ne voulez ouir

+

Les maulx que m'avez fait souffrir,

+

Il a ja plusieurs ans passez;

+

Doy je tousjours ainsi languir?

+

Helas! et n'est ce pas assez?

+
+

Plus ne puis en ce point durer;

+

A Mercy, mercy je crie;

+

Souspirs m'empeschent le parler;

+

Veoir le povez, sans mocquerie.

+

Il ne fault ja que je le dye;

+

Pour ce, vous vueil je requerir.

+

Qu'il vous plaise de me tollir

+

Les maulx que m'avez amassez,

+

Qui m'ont mis jusques au mourir;

+

Helas! et n'est ce pas assez?

+
+

Tous maulx suis content de porter,

+

Fors ung seul, qui trop fort m'ennuye,

+

C'est qu'il me fault loing demourer

+

De celle que tiens pour amye;

+

Car pieca en sa compaignie

+

Laissay mon cueur et mon desir;

+

Vers moy ne veulent revenir,

+

D'elle ne sont jamais lassez;

+

Ainsi suy seul, sans nul plaisir,

+

Helas! et n'est ce pas assez?

+
+

L'ENVOY.

+
+

De balader j'ay beau loisir,

+

Autres deduiz me sont cassez,

+

Prisonnier suis, d'Amours martir;

+

Helas! et n'est ce pas assez?

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Espoir m'a apporté nouvelle

+

Qui trop me doit reconforter,

+

Il dit que Fortune la felle

+

A voulu de soy raviser,

+

Et toutes faultes amender,

+

Qu'a faictes contre mon plaisir,

+

En faisant sa roe tourner.

+

Dieu doint qu'ainsi puist avenir!

+
+

Quoy que m'ait fait guerre mortelle,

+

Je suis content de l'esprouver,

+

Et le desbat qu'ay et querelle,

+

Vers elle je veuil delaisser,

+

Et tout courroux lui pardonner:

+

Car d'elle me puis bien servir.

+

Se loyaument veult s'acquicter...

+

Dieu doint qu'ainsi puist avenir!

+
+

Se la povoye trouver telle

+

Qu'elle me voulsist tant aidier;

+

Qu'en mes bras, je peusse la belle

+

Une foiz à mon gré trouver;

+

Plus ne vouldroye demander,

+

Car lors j'auroye mon desir,

+

Et tout quanque doy souhaidier.

+

Dieu doint qu'ainsi puist avenir!

+
+

L'ENVOY.

+
+

Amour, s'il vous plaist commander

+

A Fortune de me cherir,

+

Je pense joye recouvrer;

+

Dieu doint qu'ainsi puist avenir!

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Je ne me scay en quel point maintenir,

+

Ce premier jour de May plein de liesse;

+

Car d'une part puis dire sans faillir

+

Que, Dieu mercy, j'ay loyalle maistresse,

+

Qui de tous biens a trop plus qu'à largesse;

+

Et si pense que, la sienne mercy,

+

Elle me tient son servant et amy;

+

Ne doy je bien doncques joye mener,

+

Et me tenir en joyeuse plaisance?

+

Certes ouil! et Amour mercier

+

Tres humblement de toute ma puissance.

+
+

Mais d'autre part, il me convient souffrir

+

Tant de doleur et de dure destresse

+

Par Fortune, qui me vient assaillir

+

De tous costez, qui de maulx est princesse;

+

Passer m'a fait le plus de ma jeunesse,

+

Dieu scet comment, en doloreux party;

+

Et si me fait demourer en soussy,

+

Loings de celle par qui puis recouvrer

+

Le vray tresor de ma droicte esperance,

+

Et que je vueil obeir, et amer

+

Tres humblement de toute ma puissance.

+
+

Et pour ce May, je vous viens requerir,

+

Pardonnez moy de vostre gentillesse,

+

Se je ne puis à present vous servir

+

Comme je doy, car je vous fais promesse;

+

J'ay bon vouloir envers vous, mais Tristesse

+

M'a si longtemps en son dangier nourry,

+

Que j'ay du tout joye mis en oubly;

+

Si me vault mieulx seul de gens eslongner,

+

Qui dolent est ne sert que d'encombrance;

+

Pour ce, reclus me tendray en penser

+

Tres humblement de toute ma puissance.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Doulx souvenir, chierement je vous pry,

+

Escrivez tost ceste balade cy;

+

De par mon cueur la feray presenter

+

A ma Dame, ma seule desirance,

+

A qui pieca je le voulu donner

+

Tres humblement, de toute ma puissance.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Mon cueur est devenu hermite

+

En l'ermitaige de Pensée;

+

Car Fortune la tres despite

+

Qui l'a hay mainte journée,

+

S'est nouvellement aliée,

+

Contre lui, avecques Tristesse,

+

Et l'ont banny hors de liesse;

+

Place n'a où puis demourer,

+

Fors ou bois de Merencolie,

+

Il est content de s'y logier;

+

Si lui dis je que c'est folie.

+
+

Mainte parolle lui ay dicte,

+

Mais il ne l'a point escoutée:

+

Mon parler riens ne lui proufite,

+

Sa voulenté y est fermée;

+

De legier ne seroit changée,

+

Il se gouverne par Destresse

+

Qui, contre son prouffit, ne cesse

+

Nuit et jour de le conseillier;

+

De si pres lui tient compaignie

+

Qu'il ne peut ennuy delaissier,

+

Si lui dis je que c'est folie.

+
+

Pour ce saichiez, je m'en acquicte,

+

Belle tres loyaument amée,

+

Se lectre ne lui est escripte

+

Par vous, ou nouvelle mandée,

+

Dont sa doleur soit allegée,

+

Il a fait son veu et promesse

+

De renoncer à la richesse

+

De plaisir, et de doulx penser;

+

Et apres ce, toute sa vie,

+

L'abit de Desconfort porter,

+

Si lui dis je que c'est folie.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Se par vous n'est Belle sans per,

+

Pour quelque chose que lui dye,

+

Mon cueur ne se veult conforter,

+

Si lui dis je que c'est folie.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Dangier, je vous gecte mon gant,

+

Vous appellant de traison,

+

Devant le Dieu d'amours puissant

+

Qui me fera de vous raison;

+

Car vous m'avez, mainte saison,

+

Fait douleur à tort endurer,

+

Et me faictes loings demourer

+

De la nompareille de France.

+

Mais vous l'avez tousjours d'usance

+

De grever loyaulx amoureux,

+

Et pour ce que je suis l'un d'eulx,

+

Pour eulx et moy prens la querelle;

+

Par Dieu, vilain, vous y mourrez

+

Par mes mains, point ne le vous celle,

+

S'à Loyaulté ne vous rendez.

+
+

Comment avez vous d'orgueil tant?

+

Que vous osez sans achoison

+

Tourmenter aucun vray amant

+

Qui, de cueur et d'entencion,

+

Sert Amours sans condicion;

+

Certes moult estes à blasmer,

+

Pensez donques de l'amender,

+

En laissant vostre malvueillance,

+

Et par tres humble repentance,

+

Alez crier mercy à ceulx

+

Que vous avez faiz doloreux,

+

Et qui vous ont trouvé rebelle;

+

Autrement pour seur vous tenez

+

Que gaige je vous appelle,

+

S'à Loyaulté ne vous rendez,

+
+

Vous estes tous temps mal pensant,

+

Et plain de faulse soupecon;

+

Ce vous vient de mauvais talant

+

Nourry en couraige felon;

+

Quel mal ou ennuy vous fait on?

+

Se par amours on veult amer,

+

Pour plus aise le temps passer

+

En lyee joyeuse plaisance;

+

C'est gracieuse desirance.

+

Pour ce, faulx, vilain, orgueilleux,

+

Changiez voz vouloirs oultragieux,

+

Ou je vous feray guerre telle

+

Que, sans faillir, vous trouverez

+

Qu'elle vauldra pis que mortelle,

+

S'à Loyaulté ne vous rendez.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Se Dieu plaist, briefment la nuée

+

De ma tristesse passera,

+

Belle tres loyaument amée,

+

Et le beau temps se monstrera:

+

Mais savez vous quant ce sera?

+

Quant le doulx souleil gracieux

+

De vostre beaulté entrera

+

Par les fenestres de mes yeulx.

+
+

Lors la chambre de ma pensée

+

De grant plaisance reluira,

+

Et sera de joye parée,

+

Adonc mon coeur s'esveillera

+

Qui en dueil dormy longtemps a,

+

Plus ne dormira, se m'aid Dieux,

+

Quant ceste clarté le ferra

+

Par les fenestres de mes yeulx.

+
+

Helas! quant vendra la journée,

+

Qu'ainsi avenir me pourra

+

Ma maistresse tres desirée,

+

Pensez vous que brief avendra;

+

Car mon cueur tousjours languira

+

En ennuy sans point avoir mieulx,

+

Jusqu'à tant que ce cy verra

+

Par les fenestres de mes yeulx.

+
+

L'ENVOY.

+
+

De Reconfort mon cueur aura

+

Autant que nul dessoubz les cieulx,

+

Belle, quant vous regardera,

+

Par les fenestres de mes yeulx.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Au court jeu de tables jouer,

+

Amour me fait moult longuement;

+

Car tousjours me charge garder

+

Le point d'actente seulement;

+

En me disant que vrayement

+

Se ce point lye scay tenir,

+

Qu'au derrain je doy, sans mentir,

+

Gaaingnier le jeu entierement.

+
+

Je suy pris, et ne puis entrer

+

Ou point que desire souvent;

+

Dieu me doint une fois gecter

+

Chance qui soit aucunement

+

A mon propos, car autrement

+

Mon cueur sera pis que martir,

+

Se ne puis, ainsi qu'ay desir,

+

Gaaingnier le jeu entierement.

+
+

Fortune fait souvent tourner

+

Les dez contre moy mallement;

+

Mais Espoir, mon bon conseillier,

+

M'a dit et promis seurement,

+

Que Loyaulté prochainement

+

Fera Boneur vers moy venir

+

Qui me fera, à mon plaisir,

+

Gaaingnier le jeu entierement.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Je vous supply tres humblement,

+

Amour, aprenez moy comment

+

J'asserray les dez sans faillir;

+

Par quoi puisse, sans plus languir,

+

Gaaingnier le jeu entierement.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Vous, soyez la tres bien venue

+

Vers mon cueur, Joyeuse nouvelle,

+

Avez vous point ma Dame veue?

+

Contez moi quelque chose d'elle;

+

Dictes moy, n'est elle pas telle

+

Qu'estoit? quant derrenierement,

+

Pour m'oster de merencolie,

+

M'escrivy amoureusement:

+

C'estes vous de qui suis amye.

+
+

Son vouloir jamais ne se mue,

+

Ce croy je, mais tient la querelle

+

De Loyaulté, qu'a retenue

+

Sa plus prochaine damoiselle;

+

Bien le monstre, sans que le celle,

+

Qu'elle se maintient loyaument,

+

Quant lui plaist, dont je la mercie,

+

Me mander si tres doulcement:

+

C'estes vous de qui suis amye.

+
+

Pour le plus eureux soubz la nue

+

Me tiens, quant m'amye s'appelle;

+

Car en tous lieux, où est congneue,

+

Chascun la nomme la plus belle;

+

Dieu doint que, maugré le rebelle

+

Dangier, je la voye briefment,

+

Et que de sa bouche me die:

+

Amy, pensez que seulement

+

C'estes vous de qui suis amye.

+
+

L'ENVOY.

+
+

J'ay en mon cueur joyeusement

+

Escript, afin que ne l'oublie,

+

Ce refrain qu'ayme chierement:

+

C'estes vous de qui suis amye.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Trop longtemps vous voy sommeillier,

+

Mon cueur, en dueil et desplaisir;

+

Vueilliez vous ce jour esveillier,

+

Alons au bois le May cueillir,

+

Pour la coustume maintenir.

+

Nous orrons des oyseaulx le glay,

+

Dont ilz font les bois retentir,

+

Ce premier jour du mois de May,

+
+

Le Dieu d'amours est coustumier,

+

A ce jour, de feste tenir,

+

Pour amoureux cueurs festier

+

Qui desirent de le servir;

+

Pour ce, fait les arbres couvrir

+

De fleurs, et les champs de vert gay;

+

Pour la feste plus embellir,

+

Ce premier jour du mois de May.

+
+

Bien scay, mon cueur, que faulx Dangier

+

Vous fait mainte paine souffrir;

+

Car il vous fait trop eslongner

+

Celle qui est vostre desir;

+

Pourtant vous fault esbat querir;

+

Mieux conseiller, je ne vous scay,

+

Pour vostre doleur amendrir,

+

Ce premier jour du mois de May.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Ma Dame, mon seul souvenir,

+

En cent jours n'auroye loisir

+

De vous raconter, tout au vray,

+

Le mal qui tient mon cueur martir,

+

Ce premier jour du mois de May.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

J'ay mis en escript mes souhais

+

Ou plus parfont de mon penser;

+

Et combien, quant je les ay fais,

+

Que peu me pevent profiter;

+

Je ne les vouldroye donner

+

Pour nul or, qu'on me sceust offrir,

+

En esperant, qu'au par aler,

+

De mille l'un puist avenir.

+
+

Par la foy de mon corps! jamais

+

Mon cueur ne se peut d'eulx lasser;

+

Car si richement sont pourtrais,

+

Que souvent les vient regarder,

+

Et s'y esbat pour temps passer,

+

En disant par ardent desir:

+

Dieu doint que, pour me conforter,

+

De mille l'un puist avenir!

+
+

C'est merveille, quant je me tais,

+

Que j'oy mon cueur ainsi parler;

+

Et tient avec Amour ses plais,

+

Que tousjours veult acompaignier;

+

Car il dit que des biens d'amer

+

Cent mille lui veult departir;

+

Plus ne quier, mais que sans tarder,

+

De mille l'un puist avenir.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Vueilliez à mon cueur accorder,

+

Sans par parolles le mener,

+

Amour, que par vostre plaisir,

+

Des biens que lui voulez donner,

+

De mille l'un puist avenir.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Par le commandement d'Amours

+

Et de la plus belle de France,

+

J'enforcis mon chastel tousjours

+

Appellé Joyeuse plaisance,

+

Assis sur roche d'Esperance,

+

Avitaillé l'ay de Confort;

+

Contre Dangier et sa puissance,

+

Je le tendray jusqu'à la mort.

+
+

En ce chastel y a trois tours,

+

Dont l'une se nomme Fiance

+

D'avoir briefment loyal secours,

+

Et la seconde Souvenance,

+

La tierce Ferme desirance.

+

Ainsi le chastel est si fort

+

Que nul n'y peut faire grevance;

+

Je le tendray jusqu'à la mort.


+

Combien que Dangier, par faulx tours,

+

De le m'oster souvent s'avance;

+

Mais il trouvera le rebours,

+

Se Dieu plaist, de sa malvueillance;

+

Bon droit est de mon aliance,

+

Loyaulté et lui sont d'accort

+

De m'aidier, pour ce, sans doubtance;

+

Je le tendray jusqu'à la mort.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Faisons bon guet sans decevance

+

Et assaillons par ordonnance,

+

Mon cueur, Dangier qui nous fait tort;

+

Se prandre le puis par vaillance,

+

Je le tendray jusqu'à la mort.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

La premiere foiz, ma Maistresse,

+

Qu'en vostre presence vendray,

+

Si ravi seray de liesse,

+

Qu'à vous parler je ne pourray;

+

Toute contenance perdray,

+

Car, quant vostre beaulté luira

+

Sur moy, si fort esbloira

+

Mes yeulx que je ne verray goute;

+

Mon cueur aussi se pasmera,

+

C'est une chose que fort doubte.

+
+

Pour ce, nompareille Princesse,

+

Quant ainsi devant vous seray,

+

Vueilliez, par vostre grant humblesse,

+

Me pardonner, se je ne scay

+

Parler à vous, comme devray;

+

Mais tost apres, s'asseurera

+

Mon cueur, et puis vous contera

+

Son fait, mais que nul ne l'escoute;

+

Dangier grant guet sur lui fera,

+

C'est une chose que fort doubte.


+

Et se mectra souvent en presse

+

D'ouir tout ce que je diray;

+

Mais je pense que par sagesse

+

Si tres bien me gouverneray,

+

Et telle maniere tendray,

+

Que faulx Dangier trompé sera,

+

Ne nulle riens n'appercevra;

+

Si mectra il sa paine toute

+

D'espier tout ce qu'il pourra;

+

C'est une chose que fort doubte.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Me mocquez vous, Joyeulx Espoir,

+

Par parolles trop me menez,

+

Pensez vous de me decevoir;

+

Chascun jour vous me promectez

+

Que briefment veoir me ferez

+

Ma Dame, la gente Princesse,

+

Qui a mon cueur entierement;

+

Pour Dieu, tenez vostre promesse,

+

Car trop ennuié qui actent.

+
+

Il a longtemps, pour dire voir,

+

Que tout mon estat congnoissez;

+

N'ay je fait mon loyal devoir

+

D'endurer, comme bien savez,

+

Ouil, ce croy je plus qu'assez;

+

Temps est que me donnez liesse,

+

Desservie l'ay loyaument,

+

Pardonnez moy, se je vous presse,

+

Car trop ennuié qui actent.

+
+

Ne me mectez à nonchaloir,

+

Honte sera se me failliez,

+

Veu que me fie main et soir

+

En tout ce que faire vouldrez,

+

Se mieulx faire ne me povez,

+

Au moins monstrez moy ma maistresse

+

Une foiz, pour aucunement

+

Allegier le mal qui me blesse,

+

Car trop ennuié qui actent.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Espoir, tousjours vous m'asseurez

+

Que bien mon fait ordonnerez,

+

Bel me parlez, je le confesse;

+

Mais, tant y mectez longuement,

+

Que je languis en grant destresse,

+

Car trop ennuié qui actent.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Le premier jour du mois de May

+

S'acquicte vers moy grandement;

+

Car, ainsi qu'à présent, je n'ay

+

En mon cueur que deuil et tourment;

+

Il est aussi pareillement

+

Troublé, plain de vent et de pluie;

+

Estre souloit tout autrement,

+

Ou temps qu'ay congneu en ma vie.

+
+

Je croy qu'il se met en essay

+

De m'acompaignier loyaulment;

+

Content m'en tiens, pour dire vray,

+

Car meschans, en leur pensement,

+

Recoivent grand allegement,

+

Quant en leurs maulx ont compaignie;

+

Essayé l'ay certainement,

+

Ou temps qu'ay congneu en ma vie.

+
+

Las! j'ay veu May joyeux et gay,

+

Et si plaisant à toute gent,

+

Que raconter au long ne scay

+

Le plaisir et esbatement

+

Qu'avait en son commandement;

+

Car Amour, en son abbaye,

+

Le tenoit chief de son couvent,

+

Ou temps qu'ay congneu en ma vie.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Le temps va je ne scay comment,

+

Dieu l'amende prouchainement!

+

Car Plaisance est endormie,

+

Qui souloit vivre lyement,

+

Ou temps qu'ay congneu en ma vie.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Pour Dieu, gardez bien souvenir

+

Enclos dedens vostre pensée,

+

Ne le laissiez dehors yssir,

+

Belle tres loyaument amée;

+

Faictes que chascune journée

+

Vous ramentoive bien souvent

+

La maniere quoy et comment,

+

Ja pieca, me feistes promesse,

+

Quant vous retins premierement

+

Ma Dame, ma seule maistresse.

+
+

Vous savez que, par franc desir

+

Et loyal amour conseillée,

+

Me deistes que, sans departir,

+

De m'amer estiez fermée;

+

Tant comme j'auroye durée.

+

Je metz en vostre jugement

+

Se ma bouche dit vray ou ment;

+

Si tiens que parler de princesse

+

Vient du cueur, sans decevement,

+

Ma dame, ma seule maistresse.

+
+

Non pourtant, me fault vous ouvrir

+

La double qu'en moy est entrée:

+

C'est que j'ay paour, sans vous mentir,

+

Que ne m'ayez, tres belle née,

+

Mis en oubly; car mainte année

+

Suis loingtain de vous longuement,

+

Et n'oy de vous aucunement

+

Nouvelle pour avoir liesse;

+

Pourquoy vis douloreusement,

+

Ma Dame, ma seule maistresse.

+
+

Nul remede ne scay querir,

+

Dont ma doleur soit allegée;

+

Fors que souvent vous requerir,

+

Que la foy que m'avez donnée

+

Soit par vous loyaument gardée;

+

Car vous congnoissiez clerement

+

Que, par vostre commandement,

+

Ay despendu de ma jeunesse,

+

Pour vous actendre seulement,

+

Ma Dame, ma seule maistresse.

+
+

Plus ne vous convient esclarsir

+

La chose que vous ay comptée;

+

Vous la congnoissiez, sans faillir;

+

Pour ce, soyez bien advisée

+

Que je ne vous trouve muée;

+

Car, s'en vous trouve changement,

+

Je requerray tout haultement,

+

Devant l'amoureuse Deesse,

+

Que j'aye de vous vengement,

+

Ma dame, ma seule maistresse.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Se je puis veoir seurement

+

Que m'amez tousjours loyaument,

+

Content suis de passer destresse

+

En vous servant joyeusement,

+

Ma Dame, ma seule maistresse.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Helas! helas! qui a laissié entrer

+

Devers mon cueur doloreuse nouvelle?

+

Conté lui a plainement, sans celer,

+

Que sa Dame, la tres plaisant et belle,

+

Qu'il a longtemps tres loyaument servie,

+

Est à present en griefve maladie;

+

Dont il est cheu en desespoir si fort,

+

Qu'il souhaide piteusement la mort,

+

Et dit qu'il est ennuyé de sa vie.

+
+

Je suis alé pour le reconforter,

+

En lui priant qu'il n'ait nul soussy d'elle,

+

Car, se Dieu plaist, il orra brief conter

+

Que ce n'est pas maladie mortelle,

+

Et que sera prochainement guerrie;

+

Mais ne lui chault de chose que lui die;

+

Aincois en pleurs, a tousjours son ressort

+

Par Tristesse qui asprement le mort,

+

Et dit qu'il est ennuyé de sa vie.

+
+

Quant je lui dy qu'il ne se doit doubter,

+

Car Fortune n'est pas si tres cruelle,

+

Qu'elle voulsist hors de ce monde oster

+

Celle qui est des princesses l'estoille,

+

Qui partout luist des biens dont est garnie;

+

Il me respond; qu'il est fol qui se fie

+

En Fortune qui a fait à maint tort.

+

Ainsi ne voult recevoir reconfort,

+

Et dit qu'il est ennuyé de sa vie.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Dieu tout puissant, par vostre courtoisie

+

Guerissez la, ou mon cueur vous supplie

+

Que vous souffrez que la mort son effort

+

Face sur lui, car il en est d'accort,

+

Et dit qu'il est ennuyé de sa vie.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Sitost que l'autre jour j'ouy

+

Que ma souveraine sans per

+

Estoit guerie, Dieu mercy,

+

Je m'en alay sans point tarder

+

Vers mon cueur pour le lui conter;

+

Mais certes tant le desiroit,

+

Qu'à paine croire le povoit,

+

Pour la grant amour qu'a en elle,

+

Et souvent a par soy disoit:

+

Saint Gabriel, bonne nouvelle.

+
+

Je lui dis: mon cueur, je vous pry,

+

Ne vueilliez croire ne penser

+

Que moy, qui vous suy vray amy,

+

Vous vueille mensonges trouver,

+

Pour en vain vous reconforter;

+

Car, trop mieulx taire me vaudroit,

+

Que le dire se vray n'estoit;

+

Mais la vérité si est telle,

+

Soyez joyeulx comment qu'il soit.

+

Saint Gabriel, bonne nouvelle.

+
+

Alors mon cueur me respondy:

+

Croire vous vueil sans plus doubter,

+

Et tout le courroux et soussy

+

Qu'il m'a convenu endurer,

+

En joye le vueil retourner;

+

Puis apres, ses yeulx essuyoit

+

Que de plourer moilliez avoit,

+

Disant: il est temps que rappelle

+

Espoir qui delaissié m'avoit.

+

Saint Gabriel, bonne nouvelle.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Il me dist aussi qu'il feroit,

+

Dedens l'amoureuse chapelle,

+

Chanter la messe qu'il nommoit:

+

Saint Gabriel, bonne nouvelle.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Las! Mort qui t'a fait si hardie.

+

De prendre la noble Princesse

+

Qui estait mon confort, ma vie,

+

Mon bien, mon plaisir, ma richesse;

+

Puisque tu as prins ma maistresse,

+

Prens moy aussi son serviteur,

+

Car j'ayme mieulx prouchainement

+

Mourir, que languir en tourment,

+

En paine, soussy et doleur.

+
+

Las! de tous biens estoit garnie,

+

Et en droicte fleur de jeunesse;

+

Je pry à Dieu qu'il te maudie,

+

Faulse mort, plaine de rudesse;

+

Se prise l'eusses en vieillesse,

+

Ce ne fust pas si grant rigueur;

+

Mais prise l'as hastivement,

+

Et m'as laissié piteusement

+

En paine, soussy et doleur.

+
+

Las! je suis seul, sans compaignie,

+

Adieu ma Dame, ma liesse;

+

Or est nostre amour departie,

+

Non pourtant, je vous fais promesse

+

Que de prieres, à largesse,

+

Morte vous serviray de cueur,

+

Sans oublier aucunement,

+

Et vous regrecteray souvent

+

En paine, soussy et doleur

+
+

L'ENVOY.

+
+

Dieu, sur tout souverain Seigneur,

+

Ordonnez, par grace et doulceur,

+

De l'ame d'elle, tellement

+

Qu'elle ne soit pas longuement

+

En paine, soussy et doleur.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

J'ai aux esches joué devant Amours,

+

Pour passer temps, avecques faulx Dangier,

+

Et seurement me suy gardé tousjours,

+

Sans riens perdre jusques au derrenier,

+

Que Fortune lui est venu aidier,

+

Et par meschief, que maudite soit elle!

+

A ma Dame prise soudainement;

+

Par quoy suy mat, je le voy clerement,

+

Se je ne fais une Dame nouvelle.

+
+

Eu ma Dame j'avoye mon secours,

+

Plus qu'en autre, car souvent d'encombrier

+

Me delivroit, quant venoit à son cours,

+

Et en gardes faisoit mon jeu lier;

+

Je n'avoye Pion, ne Chevalier,

+

Auffin ne Rocq qui peussent ma querelle

+

Si bien aidier; il y pert vrayement,

+

Car j'ay perdu mon jeu entierement,

+

Se je ne fais une Dame nouvelle.

+
+

Je ne me scay jamais garder des tours

+

De Fortune, qui mainteffoiz changier

+

A fait mon jeu, et tourner à rebours;

+

Mon dommaige scet bientost espier,

+

Elle m'assault sans point me desfier;

+

Par mon serement, oncques ne congneu telle;

+

Enjeu party suy si estrangement,

+

Que je me rens, et n'y voy sauvement,

+

Se je ne fais une Dame nouvelle.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Je me souloye pourpenser

+

Au commencement de l'année,

+

Quel don je pourroye donner

+

A ma Dame la bien amée;

+

Or suis hors de ceste pensée,

+

Car Mort l'a mise soubz la lame,

+

Et l'a hors de ce monde ostée,

+

Je pry à Dieu qu'il en ait l'ame.

+
+

Non pourtant, pour tousjours garder

+

La coustume que j'ay usée,

+

Et pour à toutes gens monstrer

+

Que pas n'ay ma Dame oubliée,

+

De messes je l'ay estrenée;

+

Car ce me seroit trop de blasme

+

De l'oublier ceste journée,

+

Je pry à Dieu qu'il en ait l'ame.

+
+

Tellement lui puist prouffiter

+

Ma priere, que confortée

+

Soit son ame, sans point tarder,

+

Et de ses biensfaiz guerdonnée

+

En Paradis, et couronnée

+

Comme la plus loyalle Dame

+

Qu'en son vivant j'aye trouvée;

+

Je pry à Dieu qu'il en ait l'ame

+
+

L'ENVOY.

+
+

Quant je pense à la renommée

+

Des grans biens dont estoit parée,

+

Mon povre cueur de dueil se pasme;

+

De lui souvent est regrectée,

+

Je pry à Dieu qu'il en ait l'ame.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Quant Souvenir me ramentoit

+

La grant beaulté dont estoit plaine,

+

Celle que mon cueur appeloit

+

Sa seule Dame souveraine,

+

De tous biens la vraye fontaine,

+

Qui est morte nouvellement,

+

Je dy, en pleurant tendrement,

+

Ce monde n'est que chose vaine.

+
+

Ou vieil temps grant renom couroit

+

De Creseide, Yseud, Elaine

+

Et mainte autres, qu'on nommoit

+

Parfaictes en beaulté haultaine.

+

Mais, au derrain, en son demaine

+

La Mort les prist piteusement;

+

Parquoy puis veoir clerement,

+

Ce monde n'est que chose vaine.

+
+

La Mort a voulu et vouldroit,

+

Bien le cognois, mectre sa paine

+

De destruire, s'elle povait,

+

Liesse et Plaisance mondaine,

+

Quant tant de belles dames maine

+

Hors du monde; car vrayement

+

Sans elles, à mon jugement,

+

Ce monde n'est que chose vaine.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Amours, pour verité certaine,

+

Mort vous guerrie fellement;

+

Se n'y trouvez amendement,

+

Ce monde n'est que chose vaine.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Le premier jour du mois de May,

+

Trouvé me suis en compaignie

+

Qui estoit, pour dire le vray,

+

De gracieuseté garnie;

+

Et, pour oster merencolie,

+

Fut ordonné qu'on choisiroit,

+

Comme fortune donneroit,

+

La fueille plaine de verdure,

+

Ou la fleur pour toute l'année;

+

Si prins la feuille pour livrée,

+

Comme lors fut mon aventure.

+
+

Tantost apres je m'avisay,

+

Qu'à bon droit, je l'avoye choisie;

+

Car, puisque par mort perdu ay

+

La fleur, de tous biens enrichie,

+

Qui estoit ma Dame, m'amie,

+

Et qui de sa grace m'amoit,

+

Et pour son amy me tenoit,

+

Mon cueur d'autre fleur n'a plus cure:

+

Adonc congneu que ma pensée

+

Accordoit à ma destinée,

+

Comme lors fut mon aventure.

+
+

Pour ce, la fueille porteray

+

Cest an, sans que point je l'oublie;

+

Et à mon povoir me tendray

+

Entierement de sa partie;

+

Je n'ay de nulle fleur envie,

+

Porte la qui porter la doit,

+

Car la fleur, que mon cueur amoit

+

Plus que nulle autre creature,

+

Est hors de ce monde passée,

+

Qui son amour m'avoit donnée,

+

Comme lors fut mon aventure.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Il n'est fueille, ne fleur qui dure

+

Que pour ung temps, car esprouvée

+

J'ay la chose que j'ay comptée,

+

Comme lors fut mon aventure.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Le lendemain du premier jour de May,

+

Dedens mon lit, ainsi que je dormoye,

+

Au point du jour m'avint que je songay

+

Que devant moy une fleur je veoye,

+

Qui me disoit: Amy, je me souloye

+

En toy fier, car pieca mon party

+

Tu tenoies, mais mis l'as en oubly,

+

En soustenant la fueille contre moy;

+

J'ay merveille que tu veulx faire ainsi,

+

Riens n'ay meffait, ce pense je, vers toy.

+
+

Tout esbahy alors je me trouvay,

+

Si respondy au mieulx que je savoye:

+

Tres belle fleur, oncques je ne pensay

+

Faire chose qui desplaire te doye;

+

Se, pour esbat, aventure m'envoye

+

Que je serve la fueille cest an cy,

+

Doy je pourtant estre de toy banny?

+

Nennil certes, je fais comme je doy,

+

Et, se je tiens le party qu'ay choisy,

+

Riens n'ay meffait, ce pense je, vers toy.

+
+

Car non pourtant honneur te porteray

+

De bon vouloir, quelque part que je soye,

+

Tout pour l'amour d'une fleur que j'amay

+

Ou temps passé; Dieu doint que je la voye

+

En Paradis, apres ma mort, en joye;

+

Et pour ce, fleur, chierement je te pry,

+

Ne te plains plus, car cause n'as pourquoy,

+

Puisque je fais ainsi que tenu suy,

+

Riens n'ay meffait, ce pense je, vers toy.

+
+

L'ENVOY.

+
+

La vérité est telle que je dy,

+

J'en fais juge Amour le puissant Roy;

+

Tres doulce fleur, point ne te cry mercy,

+

Riens n'ay meffait, ce pense je, vers toy.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

En la forest d'ennuieuse tristesse,

+

Ung jour m'avint qu'à par moy cheminoye,

+

Si rencontray l'amoureuse Deesse

+

Qui m'appella, demandant où j'aloye.

+

Je respondy que par Fortune estoye

+

Mis en exil en ce bois, longtemps a,

+

Et, qu'à bon droit, appeller me povoye

+

L'omme esgaré qui ne scet où il va.

+
+

Et soubzriant, par sa tres grant humblesse,

+

Me respondy: Amy, se je savoye

+

Pourquoy tu es mis en ceste destresse,

+

A mon povoir, voulentiers t'aideroye;

+

Car, ja pieca, je mis ton cueur en voye

+

De tout plaisir, ne scay qui l'en osta;

+

Or me desplaist qu'à present je te voye

+

L'omme esgaré qui ne scet où il va.

+
+

Helas! dis je, souveraine Princesse,

+

Mon fait savez, pourquoy le vous diroye?

+

C'est par la Mort qui fait à tous rudesse,

+

Qui m'a tollu celle que tant amoye,

+

En qui estoit tout l'espoir que j'avoye,

+

Qui me guidoit, si bien m'acompaigna

+

En son vivant, que point ne me trouvoye

+

L'omme esgaré qui ne scet où il va.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Aveugle suy, ne scay où aler doye;

+

De mon baston affin que ne forvoye,

+

Je vois tastant mon chemin ca et là;

+

C'est grant pitié qu'il convient que je soye

+

L'omme esgaré qui ne scet où il va.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

J'ay esté de la compaignie

+

Des amoureux moult longuement,

+

Et m'a Amour, dont le mercie,

+

Donné de ses biens largement;

+

Mais au derrain, ne scay comment,

+

Mon fait est venu au contraire;

+

Et, à parler ouvertement,

+

Tout est rompu, c'est à reffaire

+
+

Certes, je ne cuidoye mie

+

Qu'en amer eust tel changement;

+

Car, chascun dit que c'est la vie

+

Où il a plus d'esbatement;

+

Helas! j'ay trouvé autrement;

+

Car, quant en l'amoureux repaire

+

Cuidoye vivre seurement,

+

Tout est rompu, c'est à reffaire.

+
+

Au fort, en Amour je m'affie

+

Qui m'aidera aucunement,

+

Pour l'amour de sa seigneurie

+

Que j'ay servie loyaument;

+

N'oncques ne fis, par mon serement,

+

Chose qui lui doye desplaire,

+

Et non pourtant estrangement,

+

Tout est rompu, c'est à reffaire.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Amour, ordonnez tellement

+

Que j'aye cause de me taire,

+

Sans plus dire de cueur dolent:

+

Tout est rompu, c'est à reffaire.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Plaisant Beaulté mon cueur nasvra

+

Ja pieca, si tres durement

+

Qu'en la fievre d'amours entra,

+

Qui l'a tenu moult asprement;

+

Mais, de nouvel presentement,

+

Ung bon medicin qu'on appelle

+

Nonchaloir, que tiens pour amy,

+

M'a guery, la sienne mercy,

+

Se la playe ne renouvelle.

+
+

Quant mon cueur tout sain se trouva,

+

Il l'en mercia grandement;

+

Et humblement lui demanda:

+

S'en santé serait longuement?

+

Il respondy tres saigement:

+

Mais que gardes bien ta fourcelle

+

Du vent d'Amours qui te fery,

+

Tu es en bon point jusqu'à cy,

+

Se la playe ne renouvelle.

+
+

L'embusche de Plaisir entra

+

Parmy tes yeulx soutifvement;

+

Jeunesse le mal pourchassa,

+

Qui t'avoit en gouvernement;

+

Et puis bouta priveement

+

Dedens ton logis l'estincelle

+

D'Ardant desir qui tout ardy;

+

Lors fus nasvré, or t'ay guery,

+

Se la playe ne renouvelle.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Le beau souleil, le jour saint Valentin,

+

Qui apportait sa chandelle alumée,

+

N'a pas longtemps, entra ung bien matin

+

Priveement en ma chambre fermée.

+

Celle clarté, qu'il avoit apportée,

+

Si m'esveilla du somme de Soussy,

+

Où j'avoye toute la nuit dormy

+

Sur le dur lit d'ennuieuse pensée.

+
+

Ce jour aussi, pour partir leur butin

+

Des biens d'Amours, faisoient assemblée

+

Tous les oyseaulx, qui parlans leur latin,

+

Crioyent fort, demandans la livrée

+

Que Nature leur avoit ordonnée;

+

C'estoit d'un per comme chascun choisy;

+

Si ne me peu rendormir, pour leur cry,

+

Sur le dur lit d'ennuieuse pensée.

+
+

Lors en moillant de larmes mon coessin,

+

Je regrectay ma dure destinée,

+

Disant: Oyseaulx je vous voy en chemin

+

De tout plaisir et joye désirée;

+

Chascun de vous a per qui lui agrée,

+

Et point n'en ay, car Mort, qui m'a trahy,

+

A prins mon per, dont en dueil je languy

+

Sur le dur lit d'ennuieuse pensée.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Saint Valentin choisissent ceste année

+

Ceulx et celles de l'amoureux party;

+

Seul me tendray, de confort desgarny,

+

Sur le dur lit d'ennuieuse pensée.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Mon cueur dormant en nonchaloir,

+

Reveilliez vous joyeusement,

+

Je vous fais nouvelles savoir,

+

Qui vous doit plaire grandement;

+

Il est vray que presentement

+

Une Dame tres honnorée

+

En toute bonne renommée,

+

Desire de vous acheter,

+

Dont je suy joyeulx et d'accort;

+

Pour vous, son cueur me veult donner,

+

Sans departir, jusqu'à la mort.

+
+

Ce change doy je recevoir

+

En grant gré, tres joyeusement;

+

Or, vous charge d'entier povoir

+

Si chier et tant estroictement,

+

Que je puis plus que loyaument

+

Soit par vous cherie et amée;

+

Et, en tous lieux, nuit et journée

+

L'acompaignier, sans la laissier,

+

Tant que j'en aye bon rapport;

+

Il vous convient sien demourer,

+

Sans departir, jusqu'à la mort.

+
+

Alez vous logier ou manoir

+

De son tres gracieux corps gent,

+

Pour y demourer main et soir,

+

Et l'onnourer entierement;

+

Car, par son bon commandement,

+

Lieutenant vous veult ordonner

+

De son cueur, en joyeulx deport;

+

Pensez de bien vous gouverner,

+

Sans departir, jusqu'à la mort.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Belle, se ne m'osez donner

+

De voz doulx baisiers amoureux,

+

Pour paour de Dangier courroucer,

+

Qui tousjours est fel et crueux;

+

J'en embleray bien ung ou deux;

+

Mais que, n'y prenez desplaisir,

+

Et que le vueilliez consentir,

+

Maugré Dangier et ses conseulx.

+
+

De ce faulx vilain aveugler,

+

Dieu scet se j'en suis desireux;

+

Nul ne le peut aprivoiser,

+

Tout temps est si souspeconneux,

+

Qu'en penser languist doloreux,

+

Quant il voit Plaisance venir;

+

Mais elle se scet bien chevir,

+

Maugré Dangier et ses conseulx.

+
+

Quand estroit la cuide garder,

+

Hardy cueur, secret et eureux,

+

S'avecques lui scet amener

+

Avis bon et aventureux,

+

Desguisé soubz maintien honteux;

+

Bien pevent Dangier endormir;

+

Lors Plaisance fait son desir,

+

Maugré Dangier et ses conseulx.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Bien dessert guerdon plantureux

+

Advis, qui scet si bien servir

+

Au besoing, et trouver loisir,

+

Maugré Dangier et ses conseulx.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

J'ay fait l'obseque de ma Dame

+

Dedens le moustier amoureux,

+

Et le service pour son ame

+

A chanté Penser doloreux;

+

Mains sierges de souspirs piteux

+

Ont esté en son luminaire;

+

Aussy j'ay fait la tombe faire

+

De regretz, tous de lermes pains,

+

Et tout entour, moult richement,

+

Est escript: Cy gist vrayement

+

Le tresor de tous biens mondains.

+
+

Dessus elle, gist une lame

+

Faictes d'or et de saffirs bleux;

+

Car saffir est nommé la jame

+

De Loyaulté, et l'or eureux;

+

Bien lui appartiennent ces deux;

+

Car Eur et Loyaulté pourtraire

+

Voulu, en la tres debonnaire,

+

Dieu, qui la fist de ses deux mains,

+

Et fourma merveilleusement;

+

C'estoit, à parler plainement,

+

Le tresor de tous biens mondains.

+
+

N'en parlons plus, mon cueur se pasme

+

Quant il oyt les faiz vertueux

+

D'elle, qui estoit sans nul blasme;

+

Comme jurent celles et ceulx

+

Qui congnoissoient ses conseulx;

+

Si croy que Dieu la voulu traire

+

Vers lui, pour parer son repaire

+

De Paradis, où sont les sains,

+

Car c'est d'elle bel parement,

+

Que l'en nommoit communement

+

Le tresor de tous biens mondains.

+
+

L'ENVOY.

+
+

De riens ne servent pleurs, ne plains;

+

Tous mourrons, ou tart ou briefment;

+

Nul ne peut garder longuement

+

Le tresor de tous biens mondains.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Puisque Mort a prins ma maistresse,

+

Que sur toutes amer souloye,

+

Mourir me convient en tristesse,

+

Certes plus vivre ne pourroye;

+

Pour ce, par deffaulte de joye

+

Tres malade, mon testament

+

J'ai mis en escript doloreux,

+

Lequel je presente humblement

+

Devant tous loyaulx amoureux.

+
+

Premierement, à la haultesse

+

Du Dieu d'amours donne et envoye

+

Mon esperit, et en humblesse

+

Lui supplie qu'il le convoye

+

En son Paradis, et pourvoye;

+

Car je jure que loyaument

+

L'a servi de vueil desireux;

+

Advouer le puis vrayement

+

Devant tous loyaulx amoureux.

+
+

Oultre plus, vueil que la richesse

+

Des biens d'Amours qu'avoir souloye,

+

Departie, soit à largesse,

+

A vraiz amans, et ne vouldroye

+

Que faulx amans, par nulle voye,

+

En eussent part aucunement;

+

Oncques n'euz amistié à eulx;

+

Je le prans sur mon sauvement

+

Devant tous loyaulx amoureux.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Sans espargnier or, ne monnoye,

+

Loyaulté veult qu'en terre soye

+

En sa chapelle grandement;

+

Dont je me tiens pour bien eureux,

+

Et l'en mercie chierement

+

Devant tous loyaulx amoureux.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

J'oy estrangement

+

Plusieurs gens parler,

+

Qui trop mallement

+

Se plaingnent d'amer;

+

Car, legierement,

+

Sans paine porter,

+

Vouldroient, briefment.

+

A fin amener

+

Tout leur pensement.

+
+

C'est fait follement

+

D'ainsi desirer;

+

Car, qui loyaument

+

Veulent acquester

+

Bon guerdonnement,

+

Maint mal endurer

+

Leur fault, et souvent

+

A rebours trouver

+

Tout leur pensement.

+
+

S'Amour humblement

+

Veulent honnourer,

+

Et soingneusement

+

Servir, sans faulser;

+

Des biens largement

+

Leur fera donner;

+

Mais, premierement,

+

Il veult esprouver

+

Tout leur pensement.

+
+
+
+

SONGE EN COMPLAINTE.

+
+

Apres le jour qui est fait pour traveil,

+

Ensuit la nuit pour repos ordonnée;

+

Pour ce, m'avint que chargié de sommeil

+

Je me trouvav moult fort une vesprée.

+

Pour la peine que j'avoye portée

+

Le jour devant, si fis mon appareil

+

De me couchier, sitost que le souleil

+

Je vy retrait, et sa clarté mussée.

+
+

Quant couchié fu, de legier m'endormy;

+

Et en dormant, ainsi que je songoye,

+

Advis me fu que, devant moy, je vy

+

Ung vieil homme que point ne congnoissoye;

+

Et non pourtant autresfoiz veu l'avoye,

+

Ce me sembla; si me trouvay marry

+

Que j'avoye son nom mis en oubly,

+

Et, pour honte, parler à lui n'osoye.

+
+

Ung peu se teut, et puis m'araisonna,

+

Disant: Amy, n'avez vous de moy cure?

+

Je suis Aage qui lectres apporta

+

A Enfance, de par Dame Nature,

+

Quant lui chargeay que plus la nourriture

+

N'auroit de vous, alors vous delivra

+

A Jeunesse, qui gouverné vous a

+

Moult longuement, sans raison et mesure.

+
+

Or est ainsi, que Raison qui sur tous

+

Doit gouverner, a fait tres grant complainte

+

A Nature, de Jeunesse et de vous,

+

Disant qu'avez tous deux fait faulte mainte,

+

Avisez vous, ce n'est pas chose fainte;

+

Car Vieillesse, la mere de courrous,

+

Qui tout abat et amaine au dessoubz,

+

Vous donnera dedens brief une atainte.

+
+

Au derrenier, ne la povez fuir;

+

Si vous vault mieulx, tandis qu'avez jeunesse,

+

A vostre honneur de folie partir,

+

Vous esloingnant de l'amoureuse adresse;

+

Car, en discort, sont Amours et Vieillesse,

+

Nul ne les peut à leur gré bien servir;

+

Amour vous doit pour excuse tenir,

+

Puisque la Mort a prins vostre maistresse.

+
+

Et tout ainsi, qu'assez est avenant

+

A jeunes gens, en l'amoureuse voye

+

De temps passer, c'est aussi mal seant,

+

Quant en amours ung vieil homme folloye;

+

Chascun s'en rit, disant: Dieu qu'elle joye!

+

Ce foul vieillart veult devenir enfant;

+

Jeunes et vieulx du doy le vont monstrant,

+

Mocquerie par tous lieux le convoye.

+
+

A vostre honneur povez Amours laisser

+

En jeune temps, comme par nonchalance;

+

Lors ne pourra nul de vous raconter,

+

Que l'ayez fait par faulte de puissance;

+

Et dira l'en que c'est par desplaisance

+

Que ne voulez en autre lieu amer,

+

Puisqu'est morte vostre Dame sans per,

+

Dont loyaument gardez la souvenance,

+
+

Au Dieu d'amours, requerez humblement

+

Qu'il lui plaise de reprandre l'ommaige

+

Que lui feistes, par son commandement,

+

Vous rebaillant vostre cueur qu'a en gaige;

+

Merciez le des biens qu'en son servaige

+

Avez receuz, lors gracieusement

+

Departirez de son gouvernement,

+

A grant honneur comme loyal et saige.

+
+

Puis requerez à tous les amoureux

+

Que chascun d'eulx tout ouvertement die,

+

Se vous avez riens failly envers eulx,

+

Tant que suivy avez leur compaignie,

+

Et que par eulx soit la faulte punie;

+

Leur requerant pardon de cueur piteux,

+

Car de servir estiez desireux

+

Amours, et tous ceulx de sa seigneurie.

+
+

Ainsi pourrez departir du povoir

+

Du Dieu d'amours, sans avoir charge aucune;

+

C'est mon conseil, faictes vostre vouloir,

+

Mais gardez vous que ne croiez Fortune

+

Qui de flater est à chascun commune;

+

Car tousjours dit qu'on doit avoir espoir

+

De mieulx avoir, mais c'est pour decevoir.

+

Je ne congnois plus faulse soubz la lune.

+
+

Je scay trop bien, s'escouter la voulez,

+

Et son conseil plus que le mien eslire,

+

Elle dira que, s'amours delaissiez,

+

Vous ne povez mieulx vostre cueur destruire;

+

Car vous n'aurez lors à quoy vous deduire,

+

Et tout plaisir à nonchaloir mectrez;

+

Ainsi, le temps en grant ennuy perdrez,

+

Qui pis vauldra que l'amoureux martire.

+
+

Et puis apres, pour vous donner confort,

+

Vous promectra que recevrez amande

+

De tous les maulx qu'avez souffers à tort,

+

Et que c'est droit qu'aucun guerdon vous rende;

+

Mais il n'est nul qui à elle s'atende,

+

Qui tost ou tard ne soit, je m'en fais fort,

+

Deceu d'elle, à vous je m'en raport;

+

Si pry à Dieu que d'elle vous deffende.

+
+

En tressaillant, sur ce point m'esveillay,

+

Tremblant ainsi que sur l'arbre la fueille,

+

Disant: Helas! oncques mais ne songay

+

Chose dont tant mon povre cueur se dueille;

+

Car, s'il est vray que Nature me vueille

+

Abandonner, je ne scay que feray;

+

A Vieillesse tenir pié ne pourray,

+

Mais convendra que tout ennuy m'acueille.

+
+

Et non pourtant le vieil homme qu'ay veu

+

En mon dormant, lequel Aage s'appelle,

+

Si m'a dit vray; car j'ay bien aperceu

+

Que Vieillesse veult emprandre querelle

+

Encontre moy, ce m'est dure nouvelle;

+

Et ja soit ce qu'à present suy pourveu

+

De jeunesse, sans me trouver recreu,

+

Ce n'est que sens de me pourveoir contre elle.

+
+

A celle fin que quant vendra vers moy,

+

Je ne soye despourveu comme nice;

+

C'est pour le mieulx, s'avant je me pourvoy;

+

Et trouveray Vieillesse plus propice,

+

Quant cognoistra qu'ay laissé tout office

+

Pour la servir; alors, en bonne foy

+

Recommandé m'aurra, comme je croy,

+

Et moins soussy auray en son service.

+
+

Si suis content, sans changier desormais,

+

Et pour tousjours entierement propose

+

De renoncer à tous amoureux fais;

+

Car il est temps que mon cueur se repose;

+

Mes yeulx cligniez et mon oreille close

+

Tendray, afin que n'y entre jamais,

+

Par Plaisance, les amoureux atrais;

+

Tant les congnois qu'en eulx fier ne m'ose.

+
+

Qui bien se veult garder d'amoureux tours,

+

Quant en repos sent que son cueur sommeille,

+

Garde ses yeulx emprisonnez tousjours;

+

S'ils eschapent, ils crient en l'oreille

+

Du cueur qui dort, tant qu'il fault qu'il s'esveille;

+

Et ne cessent de lui parler d'Amours,

+

Disans qu'ilz ont souvent hanté ses cours,

+

Où ilz ont veu plaisance nompareille.

+
+

Je scay par cueur ce mestier bien à plain,

+

Et m'a longtemps esté si agreable

+

Qu'il me sembloit qu'il n'estoit bien mondain,

+

Fors en amours, ne riens si honnorable;

+

Je trouvoye, par maint conte notable,

+

Comment Amour, par son povoir haultain.

+

A avancié comme Roy souverain,

+

Ses serviteurs en estat prouffitable.

+
+

Mais en ce temps, ne congnoissoye pas

+

La grant douleur qu'il convient que soustiengne

+

Ung povre cueur, pris es amoureuxlas;

+

Depuis l'ay sceu, bien scay à quoy m'entiengne,

+

J'ay grant cause que tousjours m'en souviengne;

+

Or en suis hors, mon cueur en est tout las,

+

Il ne veult plus d'Amours passer le pas,

+

Pour bien ou mal que jamais lui adviengne.

+
+

Pour ce tantost, sans plus prendre respit,

+

Escrire vueil, en forme de requeste,

+

Tout mon estat, comme devant est dit;

+

Et quant j'auray fait ma cedule preste,

+

Porter la vueil à la premiere feste

+

Qu'Amours tendra, lui monstrant par escript

+

Les maulx qu'ay euz, et le peu de prouffit,

+

En poursuivant l'amoureuse conqueste.

+
+

Ainsi d'Amours, devant tous les amans,

+

Prendray congié en honneste maniere,

+

En estouppant la bouche aux mesdisans

+

Qui ont langue pour mesdire legiere;

+

Et requerray, par tres humble priere,

+

Qu'il me quicte de tous les convenans

+

Que je lui fis, quant l'ung de ses servans

+

Devins pieca de voulenté entiere.

+
+

Et reprendray hors de ses mains mon cueur,

+

Que j'engagay par obligacion,

+

Pour plus seurté d'estre son serviteur,

+

Sans faintise, ou excusacion;

+

Et puis, apres recommandacion,

+

Je delairay, à mon tres grant honneur,

+

A jeunes gens qui sont en leur verdeur;

+

Tous fais d'Amours par resignacion.

+
+
+
+

LA REQUESTE

+
+

AUX EXCELLENS, ET PUISSANS EN NOBLESSE,

+

DIEU CUPIDO ET VENUS LA DEESSE.

+
+

Supplie presentement,

+

Humblement,

+

CHARLES LE DUC D'ORLÉANS

+

Qui a esté longuement,

+

Ligement

+

L'un de voz obeissans,

+

Et entre les vraiz amans,

+

Voz servans,

+

A despendu largement

+

Le temps de ses jeunes ans

+

Tres plaisans,

+

A vous servir loyaument.

+
+

Qu'il vous plaise regarder,

+

Et passer

+

Ceste requeste presente,

+

Sans la vouloir refuser;

+

Mais penser

+

Que d'umble vueil la presente

+

A vous, par loyalle entente,

+

En actente

+

De vostre grace trouver,

+

Car sa fortune dolente

+

Le tourmente,

+

Et le contraint de parler.

+
+

Comme ainsi soit que la Mort,

+

A grant tort,

+

En droicte fleur de jeunesse

+

Lui ait osté son deport,

+

Son ressort,

+

Sa seule Dame et liesse,

+

Dont a fait veu et promesse,

+

Par destresse,

+

Desespoir et desconfort,

+

Que jamais n'aura Princesse,

+

Ne maistresse,

+

Car son cueur en est d'accord.

+
+

Et pour ce que, ja pieca,

+

Vous jura

+

De vous loyaument servir,

+

Et en gaige vous laissa,

+

Et donna

+

Son cueur, par loyal desir;

+

Il vient pour vous requerir

+

Que tenir

+

Le vueilliez, tant qu'il vivra,

+

Excusé; car sans faillir.

+

Pour mourir,

+

Plus amoureux ne sera.

+
+

Et lui vueilliez doulcement,

+

Franchement,

+

Rebaillier son povre cueur,

+

En lui quictant son serement,

+

Tellement

+

Qu'il se parte, à son honneur,

+

De vous, car bon serviteur,

+

Sans couleur,

+

Vous a esté vrayement;

+

Monstrez lui quelque faveur,

+

En doulceur,

+

Au moins à son partement.

+
+

A Bonnefoy que tenez,

+

Et nommez

+

Vostre principal notaire,

+

Estroictement ordonnez,

+

Et mandez,

+

Sur peine de vous desplaire,

+

Qu'il vueille, sans delay traire,

+

Lectre faire,

+

En laquelle affermerez

+

Que congié de soy retraire,

+

Sans forfaire,

+

Audit cueur donné avez.

+
+

Afin que le suppliant,

+

Cy devant

+

Nommé, la puisse garder,

+

Pour sa descharge et garant,

+

En monstrant

+

Que nul ne le doit blasmer,

+

S'Amours a voulu laisser;

+

Car d'amer

+

N'eut oncques puis son talant

+

Que Mort lui voulut oster

+

La nomper

+

Qui fust ou monde vivant.

+
+

Et s'il vous plaist faire ainsi

+

Que je dy,

+

Ledit suppliant sera

+

Allegié de son soussy;

+

Et ennuy

+

D'avec son cueur bannira;

+

Et apres, tant que vivra,

+

Priera

+

Pour vous, sans mectre en oubly

+

La grace qu'il recevra,

+

Et aura,

+

Par vostre bonne mercy.

+
+
+
+
+

LA DESPARTIE D'AMOURS EN BALADES.

+
+

Quant vint à la prochaine feste,

+

Qu'Amour tenoit son Parlement,

+

Je lui presentay ma requeste

+

Laquelle leut tres doulcement,

+

Et puis me dist: Je suis dolent

+

Du mal qui vous est advenu;

+

Mais il n'a nul recouvrement,

+

Quant la Mort a son cop feru.

+
+

Eslongnez hors de vostre teste

+

Vostre doloreux pensement,

+

Monstrez vous homme, non pas beste,

+

Faictes que, sans empeschement,

+

Ait en vous le gouvernement

+

Raison, qui souvent a pourveu

+

En maint meschief, tres saigement,

+

Quant la Mort a son cop feru.

+
+

Reprenez nouvelle conqueste,

+

Je vous aideray tellement

+

Que vous trouverez Dame preste

+

De vous amer tres loyaument,

+

Qui de biens aura largement;

+

D'elle serez amy tenu;

+

Je n'y voy autre amendement,

+

Quant la Mort a son cop feru.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Helas! sire, pardonnez moi,

+

Se dis je, car, toute ma vie,

+

Je vous asseure par ma foy,

+

Jamais n'auray Dame, n'amie;

+

Plaisance s'est de moy partie,

+

Qui m'a de liesse forclos,

+

N'en parlez plus, je vous supplie,

+

Je suis bien loing de ce propos.

+
+

Quant ces parolles de vous oy,

+

Vous m'essayez, ne faictes mye;

+

A vous dire vray, je le croy,

+

Ou ce n'est dit qu'en mocquerie;

+

Ce me seroit trop grant folie,

+

Quant demeurer puis en repos,

+

De reprendre merencolie,

+

Je suis bien loing de ce propos.

+
+

Acquictié me suis, comme doy,

+

Vers vous et vostre seigneurie,

+

Desormais me vueil tenir coy;

+

Pour ce, de vostre courtoisie,

+

Accordez moi, je vous en prie,

+

Ma requeste, car à briefz mos,

+

De plus amer, quoique nul die,

+

Je suis bien loing de ce propos.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Amour congnu bien que j'estoye

+

En ce propos, sans changement,

+

Pour ce respondy: Je vouldroye

+

Que voulsissiez faire autrement,

+

Et me servir plus longuement,

+

Mais je voy bien que ne voulez,

+

Si vous accorde franchement

+

La requeste que faicte avez.

+
+

Escondire ne vous pourroye,

+

Car servy m'avez loyaument,

+

N'oncques ne vous trouvay en voye,

+

N'en voulenté aucunement

+

De rompre le loyal serement

+

Que me feistes, comme savez;

+

Ainsi le compte largement

+

La requeste que faicte avez.

+
+

Et afin que tout chascun voye

+

Que de vous je suis tres content,

+

Une quictance vous octroye,

+

Passée par mon Parlement,

+

Qui relaissera plainement

+

L'ommaige que vous me devez,

+

Comme contient ouvertement

+

La requeste que faicte avez.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Tantost Amour, en grant array,

+

Fist assembler son Parlement;

+

En plain conseil mon fait comptay,

+

Par congié et commandement;

+

Là fust passée plainement

+

La quictance que demandoye,

+

Baillée me fut franchement,

+

Pour en faire ce que vouldroye.

+
+

Oultre plus, mon cueur demanday,

+

Qu'Amour avoit eu longuement,

+

Car en gaige le lui baillay,

+

Quant je me mis premierement

+

En son service ligement;

+

Il me dist que je le rauroye,

+

Sans refuser aucunement,

+

Pour en faire ce que vouldroye.

+
+

A deux genoilz m'agenoillay,

+

Merciant Amour humblement

+

Qui tira mon cueur, sans delay,

+

Hors d'un escrin priveement,

+

Le me baillant courtoisement,

+

Lyé en ung noir drap de soye;

+

En mon sain le mist doulcement,

+

Pour en faire ce que vouldroye.

+
+
+
+
+

COPIE DE LA QUICTANCE DESSUS DICTE.

+
+

Saichent presens et avenir,

+

Que nous, Amours, par franc desir

+

Conseillez, sans nulle contraincte,

+

Apres qu'avons oy la plainte

+

De CHARLES LE DUC D'ORLÉANS

+

Qui a esté, par plusieurs ans,

+

Nostre vray loyal serviteur

+

Rebaillé lui avons son cueur

+

Qu'il nous bailla, pieca, en gaige,

+

Et le serment, foy et hommaige,

+

Qu'il nous devoit quictié avons,

+

Et par ces presentes quictons;

+

Oultre plus, faisons assavoir,

+

Et certiffions, pour tout voir,

+

Pour estoupper aux mesdisans

+

La bouche, qui trop sont nuisans,

+

Qu'il ne part de nostre service

+

Par deffaulte, forfait ou vice,

+

Mais seulement la cause est telle:

+

Vray est que la Mort trop cruelle

+

A tort lui est venu oster

+

Celle que tant souloit amer,

+

Qui estoit sa Dame et maistresse,

+

S'amie, son bien, sa leesse;

+

Et pour sa loyaulté garder,

+

Il veult desormais ressembler

+

A la loyalle turterelle

+

Qui seule se tient, à par elle,

+

Apres qu'elle a perdu son per;

+

Si lui avons voulu donner

+

Congié du tout de soy retraire

+

Hors de nostre court, sans forfaire.

+

Fait par bon conseil et advis

+

De nos subgietz et vraiz amis,

+

En nostre present Parlement

+

Que nous tenons nouvellement;

+

En tesmoing de ce, avons mis

+

Nostre scel, plaqué et assis,

+

En ceste presente quictance,

+

Escripte par nostre ordonnance,

+

Presens mains notables recors,

+

Le jour de la feste des morts,

+

L'an mil quatre cent trente et sept,

+

Ou chastel de Plaisant recept.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Quant j'euz mon cueur et ma quictance,

+

Ma voulenté fut assouvie,

+

Et non pourtant, pour l'acoinctance

+

Qu'avoye de la seigneurie

+

D'Amour, et de sa compaignie,

+

Quant vins à congié demander,

+

Trop mal me fist la departie,

+

Et ne cessoye de plourer.

+
+

Amour vit bien ma contenance,

+

Si me dist: Amy, je vous prie,

+

S'il est riens dessoubz ma puissance

+

Que vueilliez, ne l'espargniez mie.

+

Tant plain fu de merencolie,

+

Que je ne peuz à lui parler

+

Une parolle ne demie,

+

Et ne cessoye de plourer.

+
+

Ainsi party en desplaisance

+

D'Amour, faisant chiere marrie,

+

Et comme tout ravi en trance,

+

Prins congié, sans que plus mot dye.

+

A Confort dist qu'il me conduye,

+

Car je ne m'en savoye aler,

+

J'avois la veue esbluye,

+

Et ne cessoye de plourer.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Confort, me prenant par la main,

+

Hors de la porte me convoye;

+

Car Amour, le Roy souverain,

+

Lui chargea moy monstrer la voye

+

Pour aler où je desiroye;

+

C'estoit vers l'ancien manoir

+

Où en enffance demouroye,

+

Que l'en appelle Nonchaloir.

+
+

A confort dis: Jusqu'à demain

+

Ne me laissiez, car je pourroye

+

Me forvoier, pour tout certain,

+

Par desplaisir, vers la saussoye

+

Où est Vieillesse rabat joye;

+

Se nous travaillons fort ce soir,

+

Tost serons au lieu que vouldroye,

+

Que l'en appelle Nonchaloir.

+
+

Tant cheminasmes qu'au derrain

+

Veismes la place que queroye;

+

Quant de la porte fu prouchain,

+

Le portier, qu'assez congnoissoye,

+

Sitost comme je l'appelloye,

+

Nous receut, disant que pour voir

+

Ou dit lieu bien venu estoye,

+

Que l'en appelle Nonchaloir.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Le gouverneur de la maison

+

Qui Passetemps se fait nommer,

+

Me dist: Amy, ceste saison

+

Vous plaist il ceans sejourner?

+

Je respondy qu'à brief parler,

+

Se lui plaisoit ma compaignie,

+

Content estoye de passer

+

Avecques lui, toute ma vie.

+
+

Et lui racontay l'achoison

+

Qui me fist Amour delaisser;

+

Il me dist qu'avoye raison,

+

Quant eut veu ma quictance au cler,

+

Que je lui baillay à garder.

+

Aussi de ce me remercie

+

Que je vouloye demourer

+

Avecques lui, toute ma vie.

+
+

Le lendemain lectres foison

+

A Confort baillay à porter,

+

D'umble recommandation,

+

Et le renvoyay sans tarder

+

Vers Amour, pour lui raconter

+

Que Passetemps, à chiere lye,

+

M'a voit receu pour reposer

+

Avecques lui, toute ma vie.

+
+
+
+

A TRES NOBLE, HAULT ET PUISSANT SEIGNEUR

+

AMOUR, PRINCE DE MONDAINE DOULCEUR.

+
+

Tres excellent, tres hault et noble Prince,

+

Tres puissant Roy en chascune province,

+

Si humblement que se peut serviteur

+

Recommander à son maistre et seigneur,

+

Me recommande à vous, tant que je puis,

+

Et vous plaise savoir que toujours suis

+

Tres desirant oir souvent nouvelles

+

De vostre estat, que Dieu doint estre telles,

+

Et si bonnes, comme je le desire,

+

Plus que ne scay raconter ou escrire;

+

Dont vous suppli que me faictes sentir

+

Par tous venans, s'il vous vient à plaisir,

+

Car d'en oir en bien, et en honneur,

+

Ce me sera parfaicte joye au cueur;

+

Et s'il plaisoit à vostre seigneurie

+

Vouloir oir, par sa grant courtoisie,

+

De mon estat; je suis en tres bon point,

+

Joyeux de cueur, car soussy n'ay je point,

+

Et Passetemps, ou lieu de Nonchaloir,

+

M'a retenu pour avec lui manoir

+

Et sejourner, tant comme me plaira,

+

Jusques à tant que Vieillesse vendra;

+

Car lors fauldra qu'avec elle m'en voise

+

Finer mes jours; ce penser fort me poise

+

Dessus le cueur, quant j'en ai souvenance,

+

Mais, Dieu mercy, loing suis de sa puissance,

+

Presentement je ne la crains en riens,

+

N'en son dangier aucunement me tiens.

+

En oultre plus, saichez que vous renvoye

+

Confort, qui m'a conduit la droicte voye

+

Vers Nonchaloir, dont je vous remercie

+

De sa bonne, joyeuse compaignie,

+

En ce fait, à vostre commandement,

+

De bon vouloir et tres soingneusement,

+

Auquel vueilliez donner foy et fiance,

+

En ce que lui ay chargié en creance,

+

De vous dire plus pleinement de bouche;

+

Vous suppliant qu'en tout ce qui me touche,

+

Bien à loisir, le vueilliez escouter,

+

Et vous plaise me vouloir pardonner

+

Se je n'escris devers vostre Excellence,

+

Comme je doy, en telle reverence

+

Qu'il appartient, car c'est par non savoir

+

Qui destourbe d'acomplir mon vouloir.

+

En oultre plus, vous requerant mercy,

+

Je cognois bien que grandement failly,

+

Quant me party derrainement de vous,

+

Car j'estoye si rempli de courrous

+

Que je ne peu ung mot à vous parler,

+

Ne mon congié, au partir, demander;

+

Avecques ce, humblement vous mercie

+

Des biens qu'ay euz soubz vostre seigneurie.

+

Autre chose n'escris, quant à present,

+

Fors que je pry à Dieu, le tout puissant,

+

Qu'il vous octroit honneur et longue vie,

+

Et que puissiez tousjours la compaignie

+

De faulx Dangier surmonter, et deffaire,

+

Qui en tous temps vous a esté contraire.

+

Escript ce jour troisiesme vers le soir,

+

En Novembre ou lieu de Nonchaloir.

+
+

Le Bien vostre CHARLES DUC D'ORLÉANS

+

Qui jadis fut l'un de voz vrays servans.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Balades, chancons et complaintes

+

Sont pour moy mises en oubly,

+

Car ennuy et pensées maintes

+

M'ont tenu longtemps endormy;

+

Non pourtant, pour passer soussy,

+

Essayer vueil se je sauroye

+

Rimer, ainsi que je souloye,

+

Au moins j'en feray mon povoir,

+

Combien que je congnois et scay

+

Que mon langaige trouveray

+

Tout enroillié de nonchaloir.

+
+

Plaisans parolles sont estaintes

+

En moy qui deviens rassoty;

+

Au fort, je vendray aux actaintes,

+

Quant beau parler m'aura failly;

+

Pourquoy pry ceulx qui m'ont oy

+

Langaigier, quant pieca j'estoye

+

Jeune, nouvel et plain de joye,

+

Que vueillent excusé m'avoir;

+

Oncques mais je ne me trouvay

+

Si rude, car je suis, pour vray,

+

Tout enroillié de nonchaloir.

+
+

Amoureux ont parolles paintes,

+

Et langaige frais et joly;

+

Plaisance dont ilz sont acointes

+

Parle pour eulx; en ce party

+

J'ay esté, or n'est plus ainsy;

+

Alors, de beau parler trouvoye

+

A bon marchié, tant que vouloye;

+

Si ay despendu mon savoir,

+

Et s'ung peu espargné en ay,

+

Il est, quant vendra à l'essay,

+

Tout enroillié de nonchaloir.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Mon Jubile faire devroye,

+

Mais on diroit que me rendroye

+

Sans cop ferir, car Bon espoir

+

M'a dist que renouvelleray;

+

Pour ce, mon cueur fourbir feray

+

Tout enroillié de nonchaloir.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

L'emplastre de nonchaloir,

+

Que sus mon cueur pieca mis,

+

M'a guéri, pour dire voir,

+

Si nectement que je suis

+

En bon point, ne je ne puis

+

Plus avoir, jour de ma vie,

+

L'amoureuse maladie.

+
+

Si font mes yeulx leur povoir

+

D'espier par le pays,

+

S'ilz pourroyent plus veoir

+

Plaisant beaulté, qui jadis

+

Fut l'un de mes ennemis,

+

Et mist, en ma compaignie,

+

L'amoureuse maladie.

+
+

Mes yeux tense main et soir,

+

Mais ilz sont si tres hastis,

+

Et trop plains de leur vouloir;

+

Au fort, je les metz au pis,

+

Facent selon leur advis;

+

Plus ne crains, dont Dieu mercie,

+

L'amoureuse maladie.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Quant je voy en doleur pris

+

Les amoureux, je m'en ris;

+

Car je tiens, pour grant folie,

+

L'amoureuse maladie.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Mon cueur m'a fait commandement

+

De venir vers vostre jeunesse,

+

Belle que j'ayme loyaument,

+

Comme doy faire ma Princesse;

+

Se vous demandez pourquoi esse?

+

C'est pour savoir quant vous plaira

+

Alegier sa dure destresse,

+

Ma Dame, le sauray je ja?

+
+

Dictez le, par vostre serment

+

Je vous fais loyalle promesse,

+

Nul ne le saura, seulement

+

Fors que lui, pour avoir leesse;

+

Or lui monstrez qu'estes maistresse,

+

Et lui mandez qu'il guerira,

+

Ou s'il doit mourir de destresse,

+

Ma Dame, le saurai je ja?

+
+

Penser ne pourroit nullement

+

Que la doleur, qui tant le blesse,

+

Ne vous desplaise aucunement;

+

Or faictes donc tant qu'elle cesse,

+

Et le remectez en l'adresse

+

D'Espoir, dont il party pieca;

+

Respondez sans que plus vous presse.

+

Ma Dame, le sauray je ja?

+
+
+
+
+

BALADE.

+
+

Je meurs de soif, en cousté la fontaine;

+

Tremblant de froit, ou feu des amoureux;

+

Aveugle suis, et si les autres maine;

+

Povre de sens, entre saichans l'un d'eulx;

+

Trop negligent, en vain souvent soigneux;

+

C'est de mon fait une chose faiée,

+

En bien et mal par fortune menée.

+
+

Je gaingne temps, et pers mainte sepmaine;

+

Je joue et ris, quant me sens douloreux;

+

Desplaisance j'ay, d'esperance plaine;

+

J'actens boneur en regret angoisseux;

+

Rien ne me plaist, et si suis desireux;

+

Je m'esjois, et courre à ma pensée,

+

En bien et mal par fortune menée.

+
+

Je parle trop, et me tais à grant paine;

+

Je m'esbahys, et si suis courageux;

+

Tristesse tient mon confort en demaine,

+

Faillir ne puis, au moins à l'un des deux;

+

Bonne chierre je faiz, quant je me deulx;

+

Maladie m'est en santé donnée,

+

En bien et mal par fortune menée.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Prince, je dy que mon fait maleureux,

+

Et mon prouffit aussi avantageux,

+

Sur ung hasart j'asseray quelque année,

+

En bien et mal par fortune menée.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Comment voy je les Anglois esbahys,

+

Resjoys toy, franc royaume de France,

+

On apparcoit que de Dieu sont hays;

+

Puis qu'ilz n'ont plus couraige ne puissance;

+

Bien pensoient, par leur oultrecuidance,

+

Toy surmonter, et tenir en servaige;

+

Et ont tenu à tort ton heritaige;

+

Mais à present Dieu pour toy se combat,

+

Et se monstre du tout de ta partie,

+

Leur grant orgueil entierement abat,

+

Et t'a rendu Guyenne et Normendie.

+
+

Quant les Anglois as pieca envays,

+

Rien ny valoit ton sens, ne ta vaillance;

+

Lors estoies ainsi que fut Tays

+

Pecheresse qui pour faire penance,

+

Enclouse fut par divine ordonnance;

+

Ainsi as tu esté en reclusaige

+

De desconfort, et douleur de couraige.

+

Et les Anglois menoient leur sabat,

+

En grans pompes, baubans et tirannie.

+

Or, a tourné Dieu ton dueil en esbat,

+

Et t'a rendu Guyenne et Normendie.

+
+

N'ont pas Anglois souvent leurs Rois trays?

+

Certes ouil. tous en ont congnoissance;

+

Et encore, le Roy de leur pays

+

Est maintenant en doubteuse balance;

+

D'en parler mal, chascun Anglois s'avance;

+

Assez monstrent, par leur mauvais langage,

+

Que voulentiers ilz lui feroyent oultrage;

+

Qui sera Roy entr'eulx est grant desbat;

+

Pour ce, France, que veulx tu que te dye?

+

De sa verge Dieu, les punist et bat,

+

Et t'a rendu Guyenne et Normendie.

+
+

PRINCE.

+
+

Roy des Français gaigné as l'asvantaige,

+

Parfaiz ton jeu, comme vaillant et saige,

+

Maintenant l'as plus belle qu'au rabat.

+

De ton boneur, France, Dieu remercie;

+

Fortune en bien avecques toi s'embat,

+

Et t'a rendu Guyenne et Normendie.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

On parle de religion

+

Qui est d'estroicte gouvernance,

+

Et, par ardant devocion,

+

Portent mainte dure penance;

+

Mais, ainsi que j'ay congnoissance,

+

Et selon mon entencion,

+

Entre tous, j'ay compassion

+

Des amoureux de l'observance

+
+

Toujours par contemplacion

+

Tiennent leurs cueurs raviz en trance;

+

Pour venir par perfection

+

Au hault Paradis de Plaisance:

+

Chault, froit, soif et faim d'esperance,

+

Souffrent en mainte nacion;

+

Telle est la conversacion

+

Des amoureux de l'observance.

+
+

Piez nuz, de consolacion

+

Quierent l'aumosne d'alegence;

+

Or ne veulent ne pension,

+

Fors de pitié pour pitance;

+

En bissacs plains de souvenance,

+

Pour leur simple provision,

+

N'est ce saincte condicion

+

Des amoureux de l'observance?

+
+

L'ENVOY.

+
+

Des bigotz ne quiers l'accointance,

+

Ne loue leur oppinion,

+

Mais me tiens, par affection,

+

Des amoureux de l'observance.

+
+
+
+

OBLIGATION DE VAILLANT.

+
+

Present le notaire d'Amours,

+

Sans alleguer decepcion,

+

En renoncant tous droiz d'amours,

+

Coustume, loy, condicion,

+

De tres loyalle entencion,

+

A vous servir sans me douloir,

+

Passe ceste obligacion

+

Soubz le scel de vostre vouloir.

+
+

De cueur, corps, biens, sans nul recours.

+

Vous fais renunciacion,

+

Presens, advenir, à tousjours.

+

Et vous mets en possession

+

Ne nulle part, ne porcion

+

N'y aura, et, pour mieulx valoir,

+

Le jure en ma dampnacion

+

Soubz le scel de vostre vouloir.

+
+

Et quant je feray le rebours,

+

Pour recevoir punicion,

+

Me soubzmetz, sans estre ressours,

+

A vostre juridiction;

+

Et à bon droit, et action,

+

Pourrez, de vostre plain povoir:

+

Me mectre à execution

+

Soubz le scel de vostre vouloir.

+
+

L'ENVOY.

+
+

En l'an de ma grant passion

+

Mectant toutes à nonchaloir,

+

Feis ceste presentacion,

+

Soubz le scel de vostre vouloir.

+
+
+
+

VIDIMUS DE LA DICTE OBLIGACION

+

PAR LE DUC D'ORLÉANS.

+
+

A ceulx qui verront ces presentes,

+

Le Bailly d'Amoureux espoir,

+

Salut plain de bonnes ententes,

+

Mandons et faisons assavoir

+

Que le tabellion Devoir,

+

Juré des centraux en amours,

+

A veu nouvellement, à Tours,

+

De Vaillant l'obligacion

+

Entiere de bien vraye sorte,

+

Dont en fait la relacion,

+

Ainsi que ce vidimus porte.

+
+

A double queue, par patentes,

+

En cire vert, pour dire voir,

+

Oblige, soubzmectant ses rentes,

+

Cueur, corps et biens, sans decevoir,

+

Soubz le seau d'autruy vouloir,

+

Pour recouvrer joyeulx secours,

+

Qu'il a desservy par mains jours;

+

Faisant ratifficacion,

+

Ledit notaire le rapporte,

+

Par sa certifficacion,

+

Ainsi que ce vidimus porte.

+
+

Et deust il mectre tout en ventes,

+

Des biens qu'il pourra recevoir,

+

Veult paier ses debtes contentes,

+

Tant qu'on pourra apparcevoir,

+

Qu'il fera trop plus que povoir;

+

Combien qu'ait eu d'estranges tours

+

Qui lui sont venuz au rebours;

+

En soit faicte informacion,

+

Car à Loyaulté se conforte,

+

Qu'en fera la probacion,

+

Ainsi que ce vidimus porte.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Pour plus abreviacion,

+

De l'an et jour je me deporte,

+

On en voit declaracion,

+

Ainsi que ce vidimus porte.

+
+
+
+
+

ENTENDIT DE LA DICTE OBLIGACION

+
+

Par Maistre Jehan Caillau.

+
+

Intendit le nommé Vaillant

+

Qui fait ceste obligation,

+

Vous resigne tout son vaillant,

+

Par simple resignacion;

+

Ne ne fait supplicacion

+

De gueredon, pour mieulx valoir,

+

Fors tout à vostre oppinion,

+

Soubz le scel de vostre vouloir.

+
+

Lequel, d'estoc et de taillant.

+

Endure mainte passion

+

D'Amours, qui le vont assaillant;

+

Mais, soubz dissimulacion,

+

Porte sa tribulacion,

+

Faisant semblant de non doloir,

+

Actendant doulce pension,

+

Soubz le scel de vostre vouloir.

+
+

Pour ce, ne doit estre faillant

+

A la renumeracion,

+

Car, s'il y estoit deffaillant,

+

Ce serait sa perdicion;

+

Et, par Dieu, si bon champion

+

Ne devez mectre à nonchaloir;

+

Si faictes qu'ait provision,

+

Soubz le scel de vostre vouloir.

+
+

L'ENVOY.

+
+

J'en parle par compacion,

+

Mais grant bien lui devez vouloir,

+

Puis que met son entencion

+

Soubz le scel de vostre vouloir.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

En la forest de longue actente,

+

Chevauchant par divers sentiers,

+

M'en voys, ceste année presente,

+

Ou voyage de desiriers;

+

Devant sont allez mes fourriers,

+

Pour appareiller mon logis

+

En la cité de Destinée,

+

Et, pour mon cueur et moy, ont pris

+

L'ostellerie de Pensée.

+
+

Je mene des chevaulx quarente,

+

Et autant pour mes officiers,

+

Voire, par Dieu, plus de soixante,

+

Sans les bagaiges et sommiers.

+

Loger nous fauldra par quartiers,

+

Se les hostelz sont trop petis

+

Touteffoiz pour une vesprée

+

En gré prandray, soit mieulx ou pis,

+

L'ostellerie de Pensée.

+
+

Je despens chascun jour ma rente

+

En maints travaulx avanturiers,

+

Dont est Fortune mal contente,

+

Qui soustient contre moy Dangiers;

+

Mais, Espoirs, s'ilz sont droicturiers,

+

Et tiennent ce qui qu'ilz m'ont promis,

+

Je pense faire telle armée,

+

Qu'auray malgré mes ennemis,

+

L'ostellerie de Pensée.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Prince, vray Dieu de paradis,

+

Vostre grace me soit donnée,

+

Telle que trouve à mon devis,

+

L'ostellerie de Pensée.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Je cuide que ce sont nouvelles,

+

J'oy nouveau bruit, et qu'est ce là?

+

Helas! pourroy je savoir d'elles

+

Quelque chose qui me plaira;

+

Car j'ay desiré, longtemps a,

+

Qu'Espoir m'estraynast de liesse,

+

Je ne scay pas qu'il en fera,

+

Le beau menteur plain de promesse.

+
+

S'il ne sont ou bonnes ou belles,

+

Au fort, mon cueur endurera,

+

En actendant d'avoir de celles

+

Que Bon eur lui apportera,

+

Et de l'endormye beuvra;

+

De nonchaloir, en sa destresse,

+

Espoir plus ne l'esveillera,

+

Le beau menteur plain de promesse.

+
+

Pour ce, mon cueur, se tu me celles

+

Reconfort, quant vers toy vendra,

+

Tu feras mal, car tes querelles

+

J'ay gardées, or y perra;

+

Adviengne qu'avenir pourra!

+

Je suis gouverné par Vieillesse,

+

Qui de legier n'escoutera

+

Le beau menteur plain de promesse.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Ma bouche plus n'en parlera,

+

Raison sera d'elle maistresse;

+

Mais au derrain, blasmé sera

+

Le beau menteur plain de promesse.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

N'a pas longtemps qu'escoutoye parler

+

Ung amoureux, qui disoit à s'amye:

+

De mon estat plaise vous ordonner,

+

Sans me laisser ainsi finer ma vie,

+

Je meurs pour vous, je le vous certiffie.

+

Lors respondit, la plaisante aux doulx yeulx,

+

Assez le croy, dont je vous remercie,

+

Que m'aymez bien, et vous encores mieulx,

+
+

Il ne fault ja vostre pousse taster,

+

Fievre n'avez que de merencolie,

+

Vostre orine ne aussi regarder,

+

Tost se garist legiere maladie,

+

Medicine devez prendre d'oublie;

+

D'autres ay veu trop pis, en plusieurs lieux,

+

Que vous n'estes, et, pour ce, je vous prie,

+

Que m'aymez bien, et vous encores mieulx.

+
+

Je ne vueil pas de ce vous destourber,

+

Que ne m'amiez de vostre courtoisie;

+

Mais que pour moy, doyez mort endurer,

+

De le croire, ce me seroit folie;

+

Pensez de vous, et faictes chiere lye;

+

J'en ay ouy parler assez de tieulx

+

Qui sont tous sains; quoyque point ne desnye

+

Que m'aymez bien, et vous encores mieulx.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Telz beaulx parlers ne sont en compaignie

+

Qu'esbatemens, entre jeunes et vieulx;

+

Contente suis, combien que je m'en rye,

+

Que m'aymez bien, et vous encores mieulx.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Portant harnois rouillé de nonchaloir,

+

Sus monteure foulée de foiblesse,

+

Mal abillé de desireulx vouloir,

+

On m'a croizé, aux montres de liesse,

+

Comme cassé des gaiges de jeunesse;

+

Je ne congnois où je puisse servir,

+

L'arriere ban a fait crier Vieillesse,

+

Las! fauldra il son soudart devenir?

+
+

Le bien, que puis avecques elle avoir,

+

N'est que d'un peu d'atrempée sagesse;

+

En lieu de ce, me fauldra recevoir

+

Ennuy, soussy, desplaisir et destresse;

+

Par Dieu! Bon temps, mal me tenez promesse,

+

Vous me deviez contre elle soustenir,

+

Et je voy bien qu'elle sera maistresse,

+

Las! fauldra il son soudart devenir?

+
+

Foibles jambes porteront bon vouloir,

+

Puisqu'ainsy est, endurant en humblesse,

+

Prenant confort d'un bien joyeulx espoir,

+

Quant, Dieu mercy, maladie ne presse;

+

Mais loing se tient, et mon corps point ne blesse,

+

C'est ung tresor que doy bien chier tenir,

+

Veu que la fin de menasser ne cesse,

+

Las! fauldra il son soudart devenir?

+
+

L'ENVOY.

+
+

Prince, je dy que c'est peu de richesse

+

De ce monde, ne de tout son plaisir,

+

La mort depart ce qu'on tient à largesse,

+

Las! fauldra il son soudart devenir?

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Dieu vueille sauver ma galée,

+

Qu'ay chargée de marchandise

+

De mainte diverse pensée

+

Enpris de loyaulté assise;

+

Destourbée ne soit, ne prise

+

Des robeurs, escumeurs de mer;

+

Vent, ne marée ne luy nuyse,

+

A bien aler et retourner.

+
+

A Confort l'ay recommandée,

+

Qu'il en face tout à sa guise,

+

Et pencarte lui ay baillée,

+

Qui d'estranges pays devise,

+

Affin que dedens il advise

+

A quel port pourra arriver,

+

Et le chemin à chois eslise,

+

A bien aler et retourner.

+
+

Pour acquicter joye empruntée,

+

L'envoye, sans espargner mise,

+

Riche devendray, quelque année,

+

Se mon entente n'est surprise;

+

Conscience n'auray reprise

+

De gaing à tort au par aler,

+

En eur viengne mon entreprise,

+

A bien aler et retourner.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Prince, se maulx fortune atise,

+

Sagement s'y fault gouverner:

+

Le droit chemin jamais ne brise,

+

A bien aler et retourner.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

(Jacques bastart de la Tremoille.)

+
+

Pour la conqueste de mercy,

+

Où les vaillans hommes et saiges

+

Ont été pris, et mors aussi,

+

En acquerant leurs avantaiges;

+

Amours accroissant les couraiges

+

Des mieulx venuz, lectre patente

+

A tous a donné leurs usaiges,

+

En la forest de longue actente.

+
+

Les piteux s'arment de soussy,

+

Les francs se mectent en servaige,

+

Maigres de corps, le cueur noircy

+

De dueil, et pales les visaiges;

+

A tant pour services et gaiges,

+

Auront trois cens maulx jours de rente

+

Par an, avec les arreraiges,

+

En la forest de longue actente.

+
+

Ceulx qui Amours servent ainsy,

+

En lui faisant foys et hommaiges,

+

Il les fait apres eureux sy

+

Qu'ilz s'eschappent des brigandaiges

+

De Dangiers, par petiz boucaiges,

+

Puis les duit en la droicte sente;

+

Mais premier, paient leurs truaiges,

+

En la forest de longue actente.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Prince, pour duire cueurs volaiges,

+

Affin que nul ne s'en exempte,

+

Mectez les tous en hermitaiges,

+

En la forest de longue actente.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Ha! Dieu Amours, où m'avez vous logié?

+

Tout droit au trait de desir et plaisance,

+

Où, de legier, je puis estre blecié

+

Par doulx regart, et plaisant atraiance.

+

Jusqu'à la mort, dont trop suis en doubtance,

+

Pour moy couvrir prestez moy ung pavaiz,

+

Desarmé suis, car pieca mon harnaiz

+

Je le vendy, par le conseil d'oiseuse.

+

Comme lassé de la guerre amoureuse.

+
+

Vous savez bien que me suis esloingné,

+

Des longtemps a, d'amoureuse vaillance,

+

Où j'estoye moult fort embesoingné,

+

Quant m'aviez en vostre gouvernance;

+

Or en suis hors, Dieu me doint la puissance

+

De me garder que n'y rentre jamais;

+

Car, quant congneu j'ay les amoureux fais,

+

Retrait me suis de vie si peneuse,

+

Comme lassé de la guerre amoureuse.

+
+

Et non pourtant, j'ay esté advisé

+

Que Bel acueil a fait grant aliance

+

Encontre moy, et qu'il est embusché

+

Pour me prandre, s'il peut, par decevance;

+

Ung de ses gens, appellé Acointance,

+

M'assault tousjours; mais souvent je me taiz,

+

Monstrant semblant que je ne quiers que paiz.

+

Sans me bouter en paine dangereuse,

+

Comme lassé de la guerre amoureuse.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Voisent faire jeunes gens leurs essaiz,

+

Car reposer, je me vueil desormaiz;

+

Plus cure n'ay de pensée soingneuse,

+

Comme lassé de la guerre amoureuse.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Yeulx rougis, plains de piteux pleurs,

+

Fourcelle d'espoir reffroidie,

+

Teste enrumée de douleurs,

+

Et troublée de frénésie,

+

Corps percus sans plaisance lye,

+

Cueur du tout pausmé en rigueurs,

+

Voy souvent avoir à plusieurs,

+

Par le vent de merencolie.

+
+

Migraine de plaingnans ardeurs,

+

Transe de sommeil mi partie,

+

Fievre frissonnans de maleurs,

+

Chault ardant fort en reverie,

+

Soif que confort ne rassasie,

+

Dueil baigné en froides sueurs.

+

Begayant, et changeant couleurs,

+

Par le vent de merencolie.

+
+

Toute tourmentant en langueurs,

+

Colique de forcenerie,

+

Gravelle de soings assailleurs,

+

Raige de desirant folie,

+

Anuys enflans d'ydropisie,

+

Maulx ethiques aussi ailleurs

+

Assourdissent les escouteurs,

+

Par le vent de merencolie.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Guerir ne se peut maladie

+

Par phisique, ne cireurgie,

+

Astronomans, n'enchanteurs,

+

Des maulx que souffrent povres cueurs

+

Par le vent de merencolie.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Ce que l'ueil despend en plaisir,

+

Le cueur l'achete chierement,

+

Et, quand vient à compte tenir,

+

Raison, president saigement,

+

Demande pourquoi et comment

+

Est despendue la richesse,

+

Dont Amours deppart largement,

+

Sans grant espargne de liesse.

+
+

Lors respond Amoureux desir:

+

Amours me fist commandement

+

De joyeuse vie servir,

+

Et obeir entierement;

+

Et, s'ay failly aucunement,

+

On n'en doit blasmer que jeunesse

+

Qui m'a fait ouvrer sotement,

+

Sans grant espargne de liesse.

+
+

Pas ne mourray sans repentir,

+

Car je m'en repens grandement,

+

Trouvé me suis pis que martir,

+

Souffrant maint doloureux tourment;

+

Desormais en gouvernement

+

Me metz, et es mains de Vieillesse,

+

Bien scay qu'y vivray soubrement,

+

Sans grant espargne de liesse.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Le temps passe comme le vent,

+

Il n'est si beau jeu qui ne cesse,

+

En tout fault avoir finement,

+

Sans grant espargne de liesse.

+
+
+
+
+

BALADE.

+
+

Je, qui suis Fortune nommée,

+

Demande la raison pourquoy

+

On me donne la renommée,

+

Qu'on ne se peut fier en moy,

+

Et n'ay ne fermeté ne foy;

+

Car, quant aucuns en mes mains prens,

+

D'en bas je les monte en haultesse,

+

Et d'en hault en bas les descens,

+

Monstrant que suis Dame et maistresse.

+
+

En ce, je suis à tort blasmée,

+

Tenant l'usaige de ma loy,

+

Que de longtemps m'a ordonnée

+

Dieu, sur tous le souverain Roy,

+

Pour donner au monde chastoy;

+

Et, se de mes biens je despens

+

Souventesfoiz, à grant largesse,

+

Quant bon me semble, les suspens,

+

Monstrant que suis Dame et maistresse.

+
+

C'est ma maniere acoustumée,

+

Chascun le scet, comme je croy.

+

Et n'est pas nouvelle trouvée,

+

Mais, fays ainsi comme je doy;

+

Me mocquant, je les monstre au doy

+

Tous ceulx qui en sont mal contens:

+

En gré pregnent joye ou destresse,

+

Qu'ayent l'un des deux me consens,

+

Monstrant que suis Dame et maistresse.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Sur ce, s'advise qui a sens,

+

Soit en jeunesse, ou en vieillesse,

+

Et qui ne m'entent, je m'entens,

+

Monstrant que suis Dame et maistresse.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Fortune, je vous oy complaindre

+

Qu'on vous donne renom, à tort,

+

De savoir, et aider, et faindre,

+

Donnant plaisir et desconfort;

+

C'est vray, et encore plus fort.

+

Souvent effoiz, contre raison,

+

Boutez de hault plusieurs en bas,

+

Et de bas en hault; telz debas

+

Vous usez en vostre maison.

+
+

Bien savez de plaisance paindre,

+

Et d'espoir, quand prenez depport.

+

Apres effacer et destaindre

+

Toute joye, sans nul support.

+

Et mener à douloureux port,

+

Ne vous chault en quelle saison;

+

Jamais vous n'ouvrez par compas;

+

Beaucoup pis, que je ne dy pas,

+

Vous usez en vostre maison.

+
+

Pour Dieu, vueillez vous en reffraindre,

+

Affin qu'on ne face rapport,

+

Qui vouldra vostre fait actaindre,

+

Que vous soyez digne de mort;

+

Vostre maniere chascun mort,

+

Plus qu'autre, sans comparaison,

+

Qui regarde par tous estats,

+

Anuy et meschief, à grant tas,

+

Vous usez en vostre maison.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Ne jouez plus de vostre sort,

+

Car trop le passez oultre bort;

+

Se gens ne laissiez en pais, on

+

Appellera les advocas,

+

Qui plaideront que tres faulx cas

+

Vous usez en vostre maison.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Or ca, puisque il faut que responde,

+

Moy, Fortune, je parleray,

+

Si grant n'est, ne puissant ou monde,

+

A qui bien parler n'ozeray.

+

J'ay fait, faiz encores, et feray,

+

Ainsi que bon me semblera,

+

De ceulx qui sont soubz ma puissance;

+

Parle qui parler en vouldra,

+

Je n'en feray qu'à ma plaisance.

+
+

Quant les biens, qui sont en la ronde,

+

Sont miens, et je les donneray

+

Par grant largesse, dont j'abonde,

+

Et apres je les reprendray;

+

Certes, à nul tort ne feray.

+

Qui est ce qui m'en blasmera?

+

Je l'ay ainsi d'acoustumance,

+

En gré le preigne qui pourra,

+

Je n'en feray qu'à ma plaisance.

+
+

En raison jamais ne me fonde,

+

Mais mon vouloir accompliray;

+

Les aucuns convient que confonde,

+

Et les autres avanceray;

+

Mon propos souvent changeray,

+

En plusieurs lieux, puis ca, puis là,

+

Sans regle, ne sans ordonnance;

+

Où est il qui m'en gardera?

+

Je n'en feray qu'à ma plaisance.

+
+

L'ENVOY.

+
+

On escript: tant qu'il nous plaira,

+

Es lettres des seigneurs de France;

+

Pareillement de moy sera,

+

Je n'en feray qu'à ma plaisance.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Fortune, vray est vostre compte,

+

Que quant voz biens donné avez,

+

Vous les reprenez; mais, c'est honte,

+

Et don d'enfant, bien le savez;

+

Ainsi faire ne le devez.

+

Voz fais vous mectez à l'enchiere,

+

Chascun ce qu'il en peut, en a,

+

Et ne vous chault comment tout va,

+

Pour Dieu, changez vostre maniere63.

+
+ +
Note 63: (retour) Nous trouvons le commencement de cette ballade +dans un manuscrit de la Bibliothèque royale (Laval, 193); +la fin manque.
+ + +
+

BALADE.

+
+

Escollier de merancolie,

+

A l'estude je suis venu,

+

Lectres de mondaine clergie

+

Espelant atout ung festu,

+

Et moult fort m'y trouve esperdu;

+

Lire, n'escripre, ne scay mye,

+

Des verges de Soussy batu,

+

Es derreniers jours de ma vie.

+
+

Pieca, en jeunesse fleurie,

+

Quant de vif entendement fu,

+

J'eusse apris en heure et demye

+

Plus qu'à present; tant ay vesqu,

+

Que d'engin je me sens vaincu;

+

On me deust bien, sans flaterie,

+

Chastier despoillié tout nu,

+

Es derreniers jours de ma vie.

+
+

Que voulez vous que je vous die?

+

Je suis pour ung asnyer tenu,

+

Banny de bonne compaignie,

+

Et de nonchaloir retenu

+

Pour le servir, il est conclu;

+

Qui vouldra pour moy estudie,

+

Trop tart je m'y suis entendu,

+

Es derreniers jours de ma vie.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Se j'ay mon temps mal despendu,

+

Fait l'ay, par conseil de folie;

+

Je m'en sens, et m'en suis sentu,

+

Es derreniers jours de ma vie.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

L'autre jour tenoit son conseil,

+

En la chambre de ma pensée,

+

Mon cueur, qui faisoit appareil

+

De deffence contre l'armée

+

De Fortune mal advisée,

+

Qui guerrier vouloit Espoir;

+

Se sagement n'est reboutée,

+

Par Bon eur et Loyal vouloir.

+
+

Il n'est chose soubz le souleil,

+

Qui tant doit estre désirée

+

Que paix; c'est le don non pareil

+

Dont Grace fait toujours livrée

+

A sa gent qu'a recommandée;

+

Fol est, qui ne la veult avoir,

+

Quant elle est offerte et donnée,

+

Par Bon eur et Loyal vouloir.

+
+

Pour Dieu, laissons dormir traveil,

+

Ce monde n'a gueres durée,

+

Et paine, tant qu'elle a sommeil,

+

Souffrons que prengne reposée:

+

Qui une foiz l'a esprouvée,

+

La doit fuyr, de son povoir,

+

Par tout doit estre deboutée,

+

Par Bon eur et Loyal vouloir.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Dieu nous doint bonne destinée,

+

Et chascun face son devoir,

+

Ainsi ne sera redoubtée

+

Par Bon eur et Loyal vouloir.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

En la chambre de ma pensée,

+

Quant j'ay visité mes tresors,

+

Mainteffoiz la trouve estoffée

+

Richement, de plaisans confors;

+

A mon cueur je conseille lors,

+

Qu'y prenons notre demourée,

+

Et que par nous soit bien gardée,

+

Contre tous envieux rappors.

+
+

Car Desplaisance maleurée

+

Essaye souvent ses effors,

+

Pour la conquester par emblée,

+

Et nous bouter tous deux dehors;

+

Se Dieu plaist, assez sommes fors

+

Pour bientost rompre son armée,

+

Se d'Espoir bannyere est portée

+

Contre tous envieux rappors.

+
+

L'inventoire j'ay regardée

+

De noz meubles, en biens et corps;

+

De legier, ne sera gastée,

+

Et si ne ferons à nulz tors;

+

Mieux aymerions estre mors,

+

Mon cueur et moy, que couroucée

+

Fust raison saige et redoublée,

+

Contre tous envieux rappors.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Demourons tous en bons accors,

+

Pour parvenir à joyeulx pors;

+

Ou monde qui a peu durée,

+

Soustenons Paix la bien amée

+

Contre tous envieux rappors.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Je n'ay plus soif, tarie est la fontaine,

+

Bien eschauffé, sans le feu amoureux;

+

Je vois bien cler, ja ne fault qu'on me maine,

+

Folie et sens me gouvernent tous deux,

+

En nonchaloir resveille sommeilleux;

+

C'est de mon fait une chose meslée,

+

Ne bien, ne mal, d'avanture menée.

+
+

Je gaingne et pers, mescontant par sepmaine,

+

Ris, jeux, deduiz, je ne tiens compte d'eulx;

+

Espoir et dueil me mectent hors d'alaine,

+

Eur me flatent, si m'est trop rigoreux;

+

Dont vient cela, que je ris et me deulx?

+

Est ce par sens, ou folie esprouvée?

+

Ne bien, ne mal, d'avanture menée.

+
+

Guerdonné suis de malheureuse estraine,

+

En combatant, je me rens courageux,

+

Joye et Soussy m'ont mis en leur demaine,

+

Tout desconfit, me tiens au renc des preux;

+

Qui ne sauroit desnoer tous ses neux,

+

Teste d'acier y fauldroit fort armée,

+

Ne bien, ne mal, d'avanture menée.

+
+

PRINCE.

+
+

Vieillesse fait me jouer à telz jeux,

+

Perdre et gaingner, et tout par ses conseulx;

+

A la faille j'ay joué ceste année,

+

Ne bien, ne mal, d'avanture menée.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

(Orléans.)

+
+

Pourquoy m'as tu vendu, Jeunesse,

+

A grant marchié, comme pour rien,

+

Es mains de ma Dame Vieillesse

+

Qui ne me fait gueres de bien,

+

A elle peu tenu me tien,

+

Mais il convient que je l'endure,

+

Puisque c'est le cours de nature.

+
+

Son hostel, de noir de tristesse,

+

Est tendu; quant dedens je vien,

+

J'y voy l'istoire de destresse

+

Qui me fait changer mon maintien,

+

Quant la ly, et maint mal soustien;

+

Espargnée n'est creature,

+

Puisque c'est le cours de nature.

+
+

Prenant en gré ceste rudesse,

+

Le mal d'autruy compare au mien;

+

Lors me tance Dame Sagesse,

+

Adoncques en moy je revien;

+

Et croy de tout le conseil sien,

+

Qui est en ce plain de droicture,

+

Puisque c'est le cours de nature.

+
+

PRINCE.

+
+

Dire ne sauroye combien

+

Dedens mon cueur mal je retien,

+

Serré d'une vieille sainture,

+

Puisque c'est le cours de nature.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

(Orléans.)

+
+

Mon cueur vous adjourne, Vieillesse,

+

Par droit huissier de parlement,

+

Devant Raison qui est maistresse,

+

Et juge de vray jugement;

+

Depuis que le gouvernement

+

Avez eu, de luy et de moy,

+

Vous nous avez, par tirannie,

+

Mis es mains de merencolie,

+

Sans savoir la cause pourquoy.

+
+

Par avant nous tenoit Jeunesse,

+

Et nourrissoit si tendrement,

+

En plaisir, confort et liesse,

+

Et tout joyeulx esbatement;

+

Or faictes vous tout autrement

+

Se vous est honte, sur ma foy,

+

Car, en douleur et maladie,

+

Nous faictes user nostre vie,

+

Sans savoir la cause pourquoy.

+
+

De quoy vous sert ceste destresse

+

A donner sans alegement?

+

Cuidez vous pour telle rudesse

+

Avoir honneur aucunement?

+

Nennil, certes, car vrayement

+

Chascun vous monstrera au doy,

+

Disant: la vieille rassotie

+

Tient tout maulx en sa compaignie,

+

Sans savoir la cause pourquoy.

+
+

PRINCE.

+
+

Ce saint Martin presentement,

+

Qu'avocas font commencement

+

De plaidier les faiz de la loy,

+

Prenez bon conseil, je vous prie,

+

Ne faictes debat ne partie,

+

Sans savoir la cause pourquoy.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Plus ne voy riens qui reconfort me donne,

+

Plus dure ung jour que ne me souloient cent,

+

Plus n'est saison qu'à nul bien m'abandonne,

+

Plus voy plaisir et mains mon cueur s'en scent,

+

Plus qu'oncques mais mon vouloir bas descent,

+

Plus me souvient de vous, et plus m'empire;

+

Plus quiers esbas, c'est lors que plus soupire;

+

Plus fait beau temps, et plus me vient d'ennuys;

+

Plus ne m'actens fors tousjours d'avoir pire,

+

Puisque de vous approcher je ne puis.

+
+

Plus suis dolent que nul autre personne,

+

Plus n'ay espoir d'aucun alegement,

+

Plus ay désir, crainte d'autre part sonne;

+

Plus vueil aler vers vous, mains scay comment;

+

Plus suis espris, et plus ay de tourment;

+

Plus pleure et plains, et plus pleurer desire;

+

Plus chose n'est qui me sauroit suffire,

+

Plus n'ay repos, je hai les jours et nuys;

+

Plus que jamais à douleur me fault duyre,

+

Puisque de vous approcher je ne puis.

+
+

Plus vivre ainsi ne m'est pas chose bonne,

+

Plus vueil mourir, et raison si assent;

+

Plus qu'à nully, Amours de maulx m'ordonne;

+

Plus n'a ma voix, bon accort, ne assent;

+

Plus fait on jeux, mieux desire estre absent;

+

Plus force n'ay d'endurer tel martire,

+

Plus n'est vivant, homme qui tel mal tire;

+

Plus ne congnois bonnement où je suis,

+

Plus ne scay brief que pencer, faire ou dire,

+

Puisque de vous approcher je ne puis.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Plus n'ay mestier de jouer, ne de rire;

+

Plus n'est le temps sinon de tout despire,

+

Plus cuide avoir de douceur les apuys,

+

Plus suis adonc desplaisant et plain d'ire.

+

Puisque de vous approcher je ne puis.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

(Orléans.)

+
+

Chascun s'esbat au mieulx mentir,

+

Et voulentiers je l'aprendroye,

+

Mais maint mal j'en voy advenir,

+

Parquoy savoir, ne le vouldroye.

+

De mentir par déduit, ou joye,

+

Ou par passe temps, ou plaisir,

+

Ce n'est point mal fait, sans faillir,

+

Se faulceté ne s'y employe.

+
+

Faulx menteurs puisse l'en couvrir,

+

Sur les montaignes de Savoye,

+

De neiges, tant que revenir

+

Ne puissent par chemin, ne voye,

+

Jusques querir je les renvoye;

+

Pour Dieu, laissiez les là dormir,

+

Ils ne scevent de riens servir,

+

Se faulceté ne s'y employe.

+
+

Pourquoy se font ilz tant hair?

+

Veulent ilz que l'en les guerroye?

+

Cuident ilz du monde tenir

+

Tous les deux boutz de la courroye?

+

C'est folie, que vous diroye?

+

Leur prouffit puissent parfournir,

+

Et laissent les autres chevir,

+

Se faulceté ne s'y employe.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Paix crie, Dieu la nous octroye.

+

C'est ung tresor qu'on doit cherir,

+

Tous biens s'en pevent ensuir,

+

Se faulceté ne s'y employe.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Jam nova progenies coelo demittitur alto.

+
+

O louée Conception,

+

Envoyée sa jus des cieulx,

+

Du noble Lys digne Syon,

+

Don de Jhesus tres precieulx,

+

Marie, nom tres gracieulx,

+

Fons de pitié, source de grace,

+

La joye, confort de mes yeulx,

+

Qui nostre paix batist et brasse.

+
+

La paix, c'est assavoir des riches,

+

Des povres, le substantament,

+

Le rebours des felons et chiches,

+

Tres necessaire enfantement

+

Conceu, portée honnestement

+

Hors le pechié originel,

+

Que dire je puis sainctement,

+

Souverain bien de Dieu Eternel.

+
+

Nom recouvré, joye de peuple,

+

Confort des bons, de maulx retraicte,

+

Du doulx Seigneur premiere et seule

+

Fille, de son cler sang extraicte.

+

Du dextre costé Clovis traicte,

+

Glorieuse ymage en tout fais,

+

Ou hault ciel crée et pourtraicte,

+

Pour esjouyr, et donner paix.

+
+

En l'amour et crainte de Dieu,

+

Es nobles flans Cesar conceue,

+

Des petitz et grans, en tout lieu,

+

A tres grande joye receue,

+

De l'amour Dieu traicte, tissue

+

Pour les discordez ralier,

+

Et aux enclos donner yssue,

+

Leurs lians et fers delier.

+
+

Aucunes gens qui bien peu sentent,

+

Nourriz en simplesse et confiz,

+

Contre le vouloir Dieu, actentent

+

Par ignorance desconfiz,

+

Desirans que feussiez ung filz,

+

Mais qu'ainsi soit, ainsi m'aist Dieux,

+

Je croy que ce soit grans proufiz;

+

Raison, Dieu fait tout pour le mieulx.

+
+

Du Psalmiste je prens les dictz,

+

Delectasti me, Domine,

+

In factura tua, si ditz;

+

Noble enfant de bonne heure né,

+

A toute doulceur destiné,

+

Manna du ciel, celeste don,

+

De tous biens fais le guerdonné,

+

Et de noz maulx le vray pardon.

+
+

Combien que j'ay leu en ung dit,

+

Inimicum putes y a

+

Qui te presentem laudabit,

+

Toutteffoiz, non obstant cela,

+

Oncques vray homme ne cela

+

En son courage aucun grant bien,

+

Qui ne le monstrast ca et là,

+

On doit dire du bien le bien.

+
+

Saint Jehan Baptiste ainsi le fist,

+

Quant l'aignel de Dieu descela,

+

En ce faisant, pas ne meffist,

+

Dont sa voix es tourbes vola,

+

De quoy saint Andry Dieu loua,

+

Qui de lui, cy ne scavoit rien,

+

Et au filz de Dieu s'aloua,

+

On doit dire du bien le bien,

+
+

Envoyée de Jhesucrist,

+

Rappelez sa jus par deca

+

Les povres que rigueur proscript,

+

Et que fortune betourna;

+

Cy scay bien comment y m'en va,

+

De Dieu, de vous, vie je tien,

+

Benoist celle qui vous porta;

+

On doit dire du bien le bien.

+
+

Cy, devant Dieu, fais congnoissance

+

Que creature feusse morte,

+

Ne fust vostre doulce naissance,

+

En charité puissant et forte,

+

Qui ressuscite et reconforte,

+

Ce que mort avoit prins pour sien;

+

Vostre presence me conforte,

+

On doit dire du bien le bien.

+
+

Cy vous rens toute obeissance,

+

Ad ce faire, raison me porte,

+

De toute ma povre puissance,

+

Plus n'est deul qui me desconforte,

+

N'autre ennuy de quelconque sorte;

+

Vostre je suis, et non plus mien,

+

Ad ce, droit et devoir m'enhorte,

+

On doit dire du bien le bien.

+
+

O grace et pitié tres immense,

+

L'entrée de paix et la porte,

+

Some et benigne clemence,

+

Qui noz faultes toult et supporte;

+

Cy de vous louer me deporte,

+

Ingrat suis, et je le maintien,

+

Dont en ce refrain me transporte,

+

On doit dire du bien le bien.

+
+

Princesse, ce loz je vous porte,

+

Que sans vous je ne feusse rien;

+

A vous et à vous m'en rapporte,

+

On doit dire du bien le bien.

+

Euvre de Dieu, digne, louée,

+

Autant que nulle créature,

+

De tous biens et vertuz douée,

+

Tant d'esperit, que de nature,

+

Que de ceulx qu'on dit d'aventure;

+

Plus que rubis noble, ou balais,

+

Selon de Caton l'escripture,

+

Patrem insequitur proles.

+
+

Port asseuré, maintien rassis,

+

Plus que ne peut nature humaine,

+

Et eussiez des ans trente six,

+

Enfance en riens ne vous demaine,

+

Que jour ne le die et sepmaine,

+

Je ne scay qui le me deffant;

+

Ad ce propoz un g dit ramaine,

+

De saige mere, saige enfant.

+
+

Dont resume ce que j'ay dit,

+

Nova progenies coelo,

+

Car c'est du Poete le dit,

+

Jamjam demittitur alto.

+

Saige Cassandre, bel Echo,

+

Digne Judith, caste Lucresse,

+

Je vous congnois, noble Dido,

+

A ma seule Dame et maistresse.

+
+

En priant Dieu, digne Pucelle,

+

Qui vous doint longue et bonne vie,

+

Qui vous ayme, ma Damoiselle,

+

Ja ne coure sur lui envie;

+

Entiere Dame, et assouvie,

+

J'espoir de vous servir aincoys,

+

Certes, se Dieu plaist que devie

+

Vostre povre escolier francoys.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Je meurs de soif empres de la fontaine;

+

Suffisance ay, et si suis convoiteux;

+

Une heure m'est plus d'une quarantaine;

+

Droit et parfait, je chemine boiteux;

+

Tres pacient, plus que nul despiteux;

+

Je retiens tout, et ce que j'ai, despars;

+

A moy cruel, et aux autres Piteux;

+

Le neutre suis, et si tiens les deux pars.

+
+

En doubte suis de chose tres certaine;

+

Infortuné, je me repute eureux;

+

Vraye conclus une chose incertaine;

+

Rien je ne fois, et suis adventureux;

+

Feble me tiens, quant me sens vigoreux;

+

Plain de moisteur, tout tremblant au feu ars;

+

Doulx et beguin, de semblant rigoreux;

+

Le neutre suis, et si tiens les deux pars.

+
+

Quant dueil me prent, grand joye me demaine;

+

Par grant plaisir, je deviens langoreux;

+

Indigent suis, possident grant demaine;

+

Qui n'a nul goust, je le tiens savoreux,

+

Qui m'est amer, de lui suis amoureux;

+

Ignorant suis, et si scay les sept ars;

+

En grant seurté, fort craintif et paoureux;

+

Le neutre suis, et si tiens les deux pars.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Qui me loue, il m'est injurieux;

+

Je ne bouge, quant d'un lieu je me pars;

+

Par bien ouvrer, en vain labourieux;

+

Le neutre suis, et si tiens les deux pars.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Je meurs de soif aupres de la fontaine;

+

Tant plus mengue, et tant plus je me affame;

+

Povre d'argent, ou ma bourse en est plaine;

+

Marié suis, et si n'ay point de fame;

+

Qui me honnore, grandement me diffame;

+

Quant je vois droit, lors est que me devoye;

+

Pour loz et pris, je tiltre de diffame;

+

Grief desplaisir m'est excessive joye.

+
+

Quant on me toult, richement on me estraine;

+

Dix mile onces ne me sont que une dragme;

+

Sec et brahaing, je porte fleur et graine;

+

En reposant, sur mer tire à la rame;

+

Actaine suis en tous lieux on n'a ame;

+

Acompaigné, je n'ay qui me convoye;

+

Toute entiere est la chose que je entame,

+

Grief desplaisir m'est excessive joye.

+
+

En aspirant, je retiens mon alaine;

+

Quant eur me vient, maleureux je me clame;

+

Fort et puissant, flexible comme laine;

+

Transi d'amours sans avoir nulle dame;

+

Homme parfait, privé de corps et d'ame;

+

Paisible suis, et ung chascun guerroye;

+

Mes ennemis plus que tous autres, ame;

+

Grief desplaisir m'est excessive joye.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Mauvaise odeur m'est plus fleurant que basme;

+

Pasmé de dueil, angoisseux me resjoye;

+

En eau plungié, je brule tout en flame;

+

Grief desplaisir m'est excessive joie.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Je n'ai plus soif, tarie est la fontaine,

+

Repeu je suis de competent viande,

+

J'ai pris treves affin que on ne me actaine,

+

Dissimulant, fault que le hurt actende;

+

Adjoing des deux, sans que nul vilipende,

+

Je festie l'un, à l'austre fois la moue;

+

En ce faisant, pour éviter escande,

+

Entre deux eaues, comme le poisson, noue.

+
+

En grant travail j'ai frapé la quintaine,

+

Jusques ung temps fault qu'à repos entende;

+

Pour obvier à voye trop haultaine,

+

Le moyen tiens, affin que ne descende,

+

J'ai eu delay de payer mon amende,

+

En couroux faint, couvertement me joue,

+

En reculant pour mieulx saillir en lande,

+

Entre deux eaues, comme le poisson, noue.

+
+

Ne vert, ne meur, mon blé mangue en graine,

+

Dueil et plaisir me tiennent en commande;

+

En divers lieux ca et là me pourmaine;

+

La moitie fois, quant tout l'en me commande;

+

A demy trait lors est que l'arc debande,

+

Pour abreger, ne l'un ne l'autre loue,

+

Participant de l'une et l'autre bande,

+

Entre deux eaues, comme le poisson, noue.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Par priere de affaictée demande,

+

Interrogé se l'ung ou l'autre avoue,

+

A ce respons, se aucun le me demande,

+

Entre deux eaues, comme le poisson, noue.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

(Villon.)

+
+

Je meurs de soif aupres de la fontaine;

+

Chault comme feu, et tremble dent à dent;

+

En mon pays, suis en terre loingtaine;

+

Lez ung brasier, friconne tout ardent;

+

Nu comme ung ver, vestu en president;

+

Je ris en pleurs, et actens sans espoir;

+

Confors reprens, en triste desespoir;

+

Je m'esjouys, et n'ay plaisir aucun;

+

Puissant, je suis sans force et sans povoir;

+

Bien recueilly, débouté de chascun.


+

Rien ne m'est seur, que la chose incertaine;

+

Obscur, fors ce qui est tout evident;

+

Doubte ne fais, fors en chose certaine;

+

Science tiens à soudain accident;

+

Je gaigne tout, et demeure perdent;

+

Au point du jour diz: Dieu vous doint bon soir;

+

Gisant envers, j'ai grant paour de cheoir;

+

J'ai bien de quoy, et si n'en ay pas ung;

+

Eschoite actens, et d'omme ne suis hoir;

+

Bien recueilly, debouté de chascun.

+
+

De riens n'ay soing, si mets toute ma paine

+

D'acquerir biens, et n'y suis pretendent;

+

Qui mieulx me dist, c'est cil qui plus m'actaine;

+

Et qui plus vray, lors plus me va bourdent;

+

Mon amy est qui me fait entendent,

+

D'un cigne blanc, que c'est un corbeau noir;

+

Et qui me nuys, croy qu'il m'aide à povoir;

+

Bourde, verité, aujourduy m'est tout ung;

+

Je retiens tout, riens ne scay concepvoir;

+

Bien recueilly, debouté de chascun.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Prince clement, or vous plaise savoir

+

Que j'entens moult, et n'ay sens, ne savoir;

+

Parcial, suis à toutes lois commun;

+

Que fais je plus? quoy? les gaiges ravoir;

+

Bien recueilly, debouté de chascun.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Parfont conseil eximium.

+

En ce saint livre, exortatur,

+

Que l'omme, in matrimonium,

+

Folement non abutatur;

+

Raison, le sens hebetatur,

+

De omni viro quelqu'il soit;

+

Fol non credit tant qu'il recoit.

+
+

Et constat, par ceste leccon,

+

Pour conserver vim et robur,

+

Prestat ne faire mot, ne son,

+

Souffrir et escouter murmur;

+

Si conjunx clamat ad ce mur,

+

Fingat que pas ne le concoit,

+

Fol non credit tant qu'il recoit.

+
+

Fortior multo que Sanson,

+

En cest assault conjuncitur

+

Contra de Venus l'escusson,

+

Le plus fort bourdon plicatur;

+

. . . . . . . . . . . . . . . . . .64

+

Sed quisquis pas ne le concoit,

+

Fol non credit tant qu'il recoit.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Prince très saige, legitur

+

Quod astucior si decoit,

+

Le mieulx nagent y mergitur;

+

Fol non credit tant qu'il recoit.

+
+ +
Note 64: (retour) Le vers manque dans les manuscrits.
+ + +
+

BALADE.

+
+

Je meurs de soif aupres de la fontaine;

+

J'ai tres grant fain, et si ne puis mengier;

+

Je suis au bas en la maison haultaine,

+

Et enchartré en ung très beau vergier;

+

En grant peril, et hors de tout dangier;

+

Les biens que j'ay, me font povre indigent;

+

En beau logis, ne me scay où logier;

+

Je gaigne assez, et si n'ay point d'argent.

+
+

Je fais grant dueil, tristesse m'est loingtaine;

+

Dormir ne puis, et ne fais que songier;

+

Je suis tout sain, et ay fievre quartaine;

+

Tout esdenté, mon frain me fault rongier,

+

Verité dy, et si suis mensongier;

+

Je suis recluz, hanté de toute gent;

+

Congneu de tous, et à tous estrangier;

+

Je gaigne assez, et si n'ay point d'argent.

+
+

Grant doubte fais de chose bien certaine;

+

Incertain suis, et si en vueil jugier;

+

Ou champs estroit, je jouste à la quintaine;

+

Non offensé, je me cuide vengier;

+

Ung pesant faiz me semble tres legier;

+

Je suis paillart, et contrefay du gent;

+

Par trop couart, hardy comme un Ogier;

+

Je gaigne assez, et si n'ay point d'argent.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Prince, je suy siche, pour abregier,

+

Prodigue aussi, nonchallant, diligent,

+

Assez subtil, plus simple que bergier,

+

Je gaigne assez, et si n'ay point d'argent.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

(Montbreton et Robertet.)

+
+

Je meurs de soif auprès de la fontaine;

+

Je trouve doulx ce qui doit estre amer;

+

J'ayme et tiens chier tous ceux qui me font haine,

+

Je hé tous ceulx que fort je deusse amer;

+

Je loue ceulx que je deusse blasmer;

+

Je prens en gré plus le mal que le bien;

+

Je vois querant ce qu'à trouver je doubte;

+

Croire ne puis cela que je scay bien;

+

Je me tiens seur de ce dont plus jay doubte.

+
+

Je prens plaisir en ce qui m'est atayne;

+

Ung peu de chose m'est grant comme la mer;

+

Je tiens de pres, celle qui m'est loingtaine;

+

Je garde entier ce que deusse entamer;

+

Saoul suis, de ce qui me fait affamer;

+

J'ay largement de tout, et si n'ay rien;

+

J'oublie ce que plus à cueur je boute;

+

Ce qui me lasche, me tient en son lien;

+

Je me tiens seur de ce dont plus j'ay doubte.

+
+

Je tiens pour basse chose qui est haultaine;

+

Je fuis tous ceulx que deusse reclamer,

+

Je croy plus tart le vray qu'une fredaine;

+

Tant plus suis froit, plus me sens enflamer;

+

Quant j'ay bon cueur, lors je prens à pasmer;

+

Ce que j'aquiers, je ne tiens pas pour mien;

+

Je prise peu ce qui bien chier me couste;

+

Sote maniere m'est plus que beau maintien;

+

Je me tiens seur de ce dont plus j'ay doubte.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Prince, j'ay tout, et si ne scay combien;

+

J'atire à moy ce qui plus me deboute;

+

Ce que j'esloigne, m'est plus pres qu'autre rien;

+

Je me tiens seur de ce dont plus j'ay doubte.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Je meurs de soif aupres de la fontaine;

+

Verbe normal, sans conjugacion:

+

Congruité, de incongruité plaine;

+

Declinable, sans declinacion;

+

Approprié par appellation;

+

Determiné, sans quelque terminance;

+

Ou brief, ou long, sans variacion;

+

C'est plus fort fait, que ouvrer par ignorance.

+
+

Mat et vaincu, je frape la quintaine;

+

Sans violance je fois invasion;

+

Affirmatif d'une chose incertaine;

+

Silogisant sans proposicion;

+

Meuf figure où n'a conclusion;

+

Emptimeme sans quelque consequance;

+

Convertible où n'a conversion;

+

C'est plus fort fait, que ouvrer par ignorance.

+
+

J'ayme repos, et desire la paine;

+

Corruptible en generacion;

+

Le vray au faulx je duis et ramaine;

+

De maxime je fois oppinion;

+

Diffiment je fois descripcion,

+

Et l'accident je mue en substance;

+

Aveugle suis en clere vision;

+

C'est plus fort fait, que ouvrer par ignorance.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Incomplexif, ayant complexion;

+

Irregulier, je suis de l'observance;

+

Je suis actif, designant passion;

+

C'est plus fort fait, que ouvrer par ignorance.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

(Maistre Berthault de Villebresme.)

+
+

Je meurs de soif aupres de la fontaine;

+

Tout affamé, en mengier sumptueulx;

+

Comblé de dueil, en liesse haultaine;

+

Sec et brahaing, en pays fructueux;

+

Loing de vertuz, entre les vertueux;

+

Entre joyeux, plaintif et souspirant;

+

En lieu de bien, de mal affectueux;

+

Et va mon fait tousjours en empirant.

+
+

Entre tous biens je suis de mal quintaine;

+

Alangoré, entre les vigoreux;

+

Entre esbanoys, de regret cappitaine;

+

Amertume, entre les doulcereux;

+

Tremblant de froit en manoir chalereux;

+

En grant santé, tousjours mal endurant;

+

Entre courtois, despit et rigoreux;

+

Et va mon fait tousjours en empirant.

+
+

Forvoyé suis par hanter voye certaine,

+

Et avoyé, en lieux avantureux;

+

Ma nacion m'est region lointaine;

+

En lieu tres seur, je suis tres fort paoureux;

+

Espris d'amour, sans estre amoureux;

+

La lerme a l'ueil, je me vois deduisant;

+

Tout me desplaist, sans estre dangereux;

+

Et va mon fait tousjours en empirant.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Prince, cesser fay le mal qui m'actaine,

+

Ou autrement je m'en iray mourant,

+

Car je suis pres d'avoir fievre quartaine,

+

Et va mon fait toujours en empirant.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

(Maistre Jehan Caillau.)

+
+

Je meurs de soif aupres de la fontaine;

+

Tremblant de froit ou feu des amoureux;

+

Je suis tout sain en langueur et enpaine;

+

Et suis asseur, où tout est dangereux;

+

Tout mal, tout grief, m'est doulx et savoureux;

+

Plain de tourment, mene joyeuse vie,

+

Et ce qui plaist à tous, ne me plaist mie;

+

En povreté, je suis tres richement;

+

En engoisse, j'ay plaisance assovye;

+

Or jugiez donc se je vis plaisamment.

+
+

Je suis joyeulx sans plaisance mondaine;

+

Où chascun rit, pensif et douloreux;

+

Sans nul travail, si suis je hors d'alaine;

+

Pres de tout bien, suis le tres langoreux;

+

Ce qui me plaist, est aspre et rigoreux;

+

J'ayme estre seul, et si vueil compaignie;

+

Je dors assez, et suis en frenesie;

+

En desespoir j'ay grand allegement;

+

Ce qui est doulx, m'est plus amer que suye;

+

Or jugiez donc se je vis plaisamment.

+
+

Je suis seigneur sans terre et sans demaine;

+

Tant plus ay biens, et plus suis maleureux;

+

Je meurs de fain, et ay ma grange plaine;

+

Où tout est seur, si suis je tres paoureux;

+

Des plus vaillans et moins chevalereux;

+

Qui mal me fait, je lui rens courtoisie;

+

S'il fait beau temps, je demande la pluye;

+

Se je meurs tost, si vis je longuement;

+

En grant repos, plain de forsenerie;

+

Or jugez donc si je vis plaisamment.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Prince, mon fait est droicte faerie,

+

Je bay travail, et le repos m'ennuye;

+

Maintenant d'un, et tantost autrement;

+

J'ay tous les jeux, et quicte la partie;

+

Or jugez donc si je vis plaisamment.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

(Gilles des Ourmes.)

+
+

Je meurs de soif aupres de la fontaine;

+

Tremblant de froit ou feu des amoureux;

+

Je suis joyeulx s'aucun mal me demaine;

+

Plaintz et souspirs sont mes riz et mes jeux;

+

Je n'ay santé, sinon quand je me deulx;

+

Beau temps me plaist, et desire la pluye;

+

Qui bien me fait, je le tiens mon hayneux;

+

Or regardez, et jugiez s'il m'ennuye.

+
+

Je n'ay repos qu'en doleur et en paine;

+

J'ayme travail, et si suis paresseux;

+

Ung mois ne m'est qu'à ung aultre sepmaine,

+

Et m'est d'advis que le jour dure deux;

+

Se j'ay nul bien, je m'en tiens maleureux;

+

Quant j'ayme aucun, force est que je le fuye;

+

Qui m'est courtois, je lui suis rigoreux;

+

Or regardez, et jugiez s'il m'ennuye.

+
+

J'ay mille maulx, et ma personne est saine;

+

Plaisirs mondains me sont malencontreux;

+

Quant je suis seul, lors ung chascun m'actaine;

+

Rien n'ay asseur, si je n'en suis doubteux;

+

Gens bien en point me semblent souffreux;

+

En plain midy j'ay la veue esbluye;

+

Je n'ayme rien, et si suis convoiteux;

+

Or regardez, et jugiez s'il m'ennuye.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Sans mot sonner, je dy mon cas piteux;

+

Je n'ay regret qu'en ce que je ne veulx;

+

Ce qui est doulx, m'est plus amer que suye;

+

Quant gens n'ont rien, je vueil mordre sur eulx:

+

Or regardez, et jugiez s'il m'ennuye.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

(Simonnet Caillau.)

+
+

Je meurs de soif aupres de la fontaine;

+

Costé plaisir, mon cueur plaint et souspire;

+

Tout arresté, sans marchier l'on me maine;

+

Rempli de deul, vouloir me prent de rire;

+

En plaisans lieux je n'ay si non martire;

+

A nul ne suis, et si fault que m'avoue;

+

Parler scay bien, et ne puis mon cas dire;

+

Or regardez, se tel homme se joue.

+
+

Croire ne vueil, et est chose certaine;

+

Sans me toucher, je sens que l'on me tire;

+

En lit bien fait, là ne seuffre que paine;

+

Le chois ay eu, et est ma part la pire;

+

Sans avoir riens, j'ay tant qu'il deust suffire;

+

Qui mal me fait, de cestui la me loue;

+

Pres des joyeulx, je ne me scay deduire;

+

Or regardez, se tel homme se joue.

+
+

Esgaré suis, et voy la voye plaine;

+

Où tout est bien, assez treuve à redire;

+

Sens grant chaleur, ca et là me pourmaine;

+

Les yeulx bandez, en mirouer me mire;

+

Loingt de chault feu, je ne cesse de frire;

+

Tel me flate qui puis me fait la moue;

+

Ce qui est mien, j'en voy ung autre sire;

+

Or regardez, se tel homme se joue.

+
+

L'ENVOY.

+
+

J'ay piez et sens, et ne me scay conduire;

+

En beau chemin je suis cheut en la boue;

+

J'ayme estre à part, et compaignie desire;

+

Or regardez, se tel homme se joue.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

En regardant vers le pays de France,

+

Ung jour m'avint, à Dovre sur la mer,

+

Qu'il me souvint de la doulce plaisance

+

Que souloie ou dit pays trouver;

+

Si commencay de cueur à souspirer,

+

Combien certes que grant bien me faisoit,

+

De veoir France que mon cueur amer doit.

+
+

Je m'avisay que c'estoit nonsavance,

+

De telz souspirs dedens mon cueur garder,

+

Veu que je voy que la voye commence

+

De bonne paix, qui tous biens peut donner;

+

Pour ce, tournay en confort mon penser,

+

Mais non pourtant, mon cueur ne se lassoit

+

De veoir France que mon cueur amer doit.

+
+

Alors chargay, en la nef d'esperance,

+

Tous mes souhays en leur priant d'aler

+

Oultre la mer, sans faire demourance,

+

Et à France de me recommander;

+

Or nous doint Dieu bonne paix sans tarder,

+

Adonc auray loisir, mais qu'ainsi soit,

+

De veoir France que mon cueur amer doit.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Paix est tresor qu'on ne peut trop loer,

+

Je hé guerre, point ne la doit prisier,

+

Destourbé m'a longtemps, soit tort ou droit,

+

De veoir France que mon cueur amer doit.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Priez pour paix, doulce Vierge Marie,

+

Royne des cieulx, et du monde maistresse,

+

Faictes prier, par vostre courtoisie,

+

Saints et sainctes, et prenez vostre adresse

+

Vers vostre fils, requerrant sa haultesse

+

Qu'il lui plaise son peuple regarder,

+

Que de son sang a voulu rachater,

+

En deboutant guerre qui tout desvoye;

+

De prieres ne vous vueilliez lasser,

+

Priez pour paix, le vray tresor de joye.

+
+

Priez, prelaz, et gens de saincte vie.

+

Religieux, ne dormez en peresse,

+

Priez, maistres, et tous suivans clergie,

+

Car par guerre fault que l'estude cesse;

+

Moustiers destruiz sont sans qu'on les redresse,

+

Le service de Dieu vous fault laisser,

+

Quant ne povez en repos demourer;

+

Priez si fort que briefment Dieu vous oye,

+

L'Eglise voult à ce vous ordonner;

+

Priez pour paix, le vray tresor de joye.

+
+

Priez, princes qui avez seigneurie,

+

Roys, ducs, contes, barons plains de noblesse,

+

Gentils hommes avec chevalerie,

+

Car meschans gens surmontent gentillesse;

+

En leurs mains ont toute vostre richesse,

+

Debatz les font en hault estat monter,

+

Vous le povez chascun jour veoir au cler,

+

Et sont riches de voz biens et monnoye,

+

Dont vous deussiez le peuple supporter;

+

Prier pour paix, le vray tresor de joye.

+
+

Priez, peuple qui souffrez tirannie,

+

Car voz seigneurs sont en telle foiblesse,

+

Qu'ilz ne pevent vous garder par maistrie,

+

Ne vous aider en vostre grant destresse;

+

Loyaux marchans, la selle si vous blesse,

+

Fort sur le doz chascun vous vient presser,

+

Et ne povez marchandise mener,

+

Car vous n'avez seur passage, ne voye,

+

Et maint peril vous convient il passer:

+

Priez pour paix, le vray tresor de joye.

+
+

Priez, galans joyeulx en compaignie,

+

Qui despendre desirez à largesse,

+

Guerre vous tient la bourse degarnie;

+

Priez, amans, qui voulez en liesse

+

Servir amours, car guerre, par rudesse,

+

Vous destourbe de voz dames hanter,

+

Qui mainteffoiz fait leurs voloirs torner,

+

Et quant tenez le bout de la courroye,

+

Ung estrangier si le vous vient oster;

+

Priez pour paix, le vray tresor de joye.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Dieu tout puissant nous vueille conforter

+

Toutes choses en terre, ciel et mer,

+

Priez vers lui que brief en tout pourvoye,

+

En lui seul est de tous maulx amender;

+

Priez pour paix, le vray tresor de joye.

+
+
+
+

BALADES DE PLUSIEURS PROPOS.

+
+

(Orléans contre Garancières.

+
+

Je, qui suis Dieu des amoureux,

+

Prince de joyeuse plaisance,

+

A toutes celles et à ceulx

+

Qui sont de mon obeissance,

+

Requier qu'a toute leur puissance

+

Me viengnent aider et servir,

+

Pour l'outrecuidance punir

+

D'aucuns qui, par leur janglerie,

+

Veulent, par force, conquerir

+

Des grans biens de ma seigneurie.

+
+

Car Garencieres, l'un d'entre eulx,

+

Si dit en sa folle ventance,

+

Pour faire le chevalereux,

+

Qu'avant hyer, par sa grant vaillance,

+

Lui et son cueur d'une aliance,

+

Furent devant beaulté courir;

+

Je ne luy vy pas sans faillir,

+

Mais croy qu'il soit en resverie,

+

Car si pres n'oseroit venir

+

Des grans biens de ma seigneurie.

+
+

Il dit qu'il est tant douloreux,

+

Et qu'il est mort sans recouvrance;

+

Mais bien seroit il maleureux,

+

Qui donneroit en ce creance;

+

On peut veoir que celle penance,

+

Qu'il lui a convenu souffrir,

+

N'a fait son visaige pallir,

+

Ne amaigrir de maladie,

+

Ainsi se mocque, pour chevir

+

Des grans biens de ma seigneurie.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Sur tous, me plaist le retenir

+

Roys des heraulx pour bien mentir;

+

Cest office je lui octrie,

+

C'est ce que lui veuil departir

+

Des grans biens de ma seigneurie.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

(Response de Garencieres.)

+
+

Cupido, Dieu des amoureux,

+

Prince de joyeuse plaisance,

+

Moi, Garancieres, tres soingneux

+

De vous servir de ma puissance,

+

Viens devers vous, en obeissance,

+

Pour vous humblement requerir

+

Que vous vueilliez faire punir

+

Ung homme de mauvaise vie.

+

Qui, contre raison, veult tenir

+

Le droit de vostre seigneurie.

+
+

C'est ung enfant malicieux,

+

Où nul ne doit avoir fiance,

+

Car il en a ja plus de deux

+

Deceues, au pais de France,

+

Dont vous deussiez prendre vengeance,

+

Pour faire les autres cremir;

+

C'est le prince de bien mentir,

+

Ainsné frere de janglerie,

+

Qui, contre raison, veult tenir

+

Le droit de vostre seigneurie.

+
+

Oncques Lucifer l'orgueilleux

+

Ne fist si grant oultrecuidance,

+

Quant il emprist d'estre envieux

+

Sur le Dieu de toute puissance;

+

Il me semble que, par sentence,

+

Vous le deussiez faire bannir

+

De vostre court, sans revenir,

+

Lui et sa faulse compaignie,

+

Qui, contre raison, veult tenir

+

Le droit de vostre seigneurie.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Prince, s'on doit avoir vaillance

+

Pour mentir à grant habondance,

+

Et pour faulseté maintenir,

+

Vour verrez icellui venir

+

A grant honneur, n'en doubtez mie,

+

Qui, contre raison, veult tenir

+

Le droit de vostre seigneurie.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

En acquictant nostre temps vers jeunesse,

+

Le nouvel an et la saison jolie,

+

Plains de plaisir et de toute liesse,

+

Qui chascun d'eulx chierement nous en prie;

+

Venuz sommes en ceste mommerie,

+

Belles, bonnes, plaisans et gracieuses,

+

Prestz de dancer, et faire chiere lye,

+

Pour resveiller voz pensées joyeuses.

+
+

Or bannissiez de vous toute peresse,

+

Ennuy, soussy avec merencolie,

+

Car froit yver, qui ne veult que rudesse,

+

Est desconfit, et convient qu'il s'enfuye;

+

Avril et May amainent doulce vie

+

Avec eulx; pour ce, soyez songneuses

+

De recevoir leur plaisant compaignie,

+

Pour resveillier voz pensées joyeuses.

+
+

Venus aussi, la tres noble Deesse,

+

Qui sur femmes doit avoir la maistrie,

+

Vous envoye de confort à largesse,

+

Et plaisance de grans biens enrichie,

+

En vous chargeant que, de vostre partie,

+

Vous acquictiez sans estre dangereuses;

+

Aidiez vous veult sans que point vous oublie,

+

Pour resveiller voz pensées joyeuses.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Bien monstrez, printemps gracieulx,

+

De quel mestier savez servir,

+

Car yver fait cueurs ennuieux,

+

Et vous les faictes resjouir;

+

Sitost, comme il vous voit venir,

+

Lui et sa meschant retenue

+

Sont contrains, et pretz de fuir,

+

A vostre joyeuse venue.

+
+

Yver fait champs et arbres vieulx,

+

Leurs barbes de neiges blanchir,

+

Et est si froit, ort et pluvieux,

+

Qu'empres le feu convient croupir;

+

On ne peut hors des huis yssir,

+

Comme ung oisel qui est en mue;

+

Mais vous faictes tout rajeunir,

+

A vostre joyeuse venue.

+
+

Yver fait le souleil, es cieulx,

+

Du mantel des nues couvrir;

+

Or maintenant, loué soit Dieux,

+

Vous este venu esclersir

+

Toutes choses et embellir;

+

Yver a sa peine perdue,

+

Car l'an nouvel l'a fait bannir,

+

A vostre joyeuse venue.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Je fu en fleur ou temps passé d'enfance,

+

Et puis apres devins fruit en jeunesse;

+

Lors m'abaty de l'arbre de plaisance,

+

Vert et non meur, Folie, ma maistresse;

+

Et pour ce la, raison qui tout redresse

+

A son plaisir, sans tort ou mesprison,

+

M'a à bon droit, par sa tres grant sagesse,

+

Mis pour meurir ou feurre de prison.

+
+

En ce j'ay fait longue continuance,

+

Sans estre mis à l'essor de largesse;

+

J'en suis content, et tiens que sans doubtance,

+

C'est pour le mieulx, combien que par peresse

+

Deviens fletry, et tire vers vieillesse;

+

Assez estaint est en moy le tison

+

De sot desir, puisqu'ay esté en presse

+

Mis pour meurir ou feurre de prison.

+
+

Dieu nous doint paix, car c'est ma desirance,

+

Adonc seray en l'eaue de liesse

+

Tost refreschi, et au souleil de France

+

Bien nectié du moisy de tristesse;

+

J'actens bon temps, endurant en humblesse,

+

Car j'ay espoir que Dieu ma guerison

+

Ordonnera; pour ce, m'a sa haultesse

+

Mis pour meurir ou feurre de prison.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Fruit suis d'yver qui a meins de tendresse

+

Que fruit d'esté, si suis en garnison,

+

Pour amolir ma trop verde rudesse,

+

Mis pour meurir ou feurre de prison.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Cueur, trop es plain de folie,

+

Cuides tu de t'eslongner

+

Hors de nostre compaignie,

+

Et en repos te logier;

+

Ton propos ferons changier,

+

Soing et Ennuy nous nommons,

+

Avecques toy demourrons,

+

Car c'est le commandement

+

De Fortune qui en serre

+

T'a tenu moult longuement,

+

Ou royaume d'Angleterre.

+
+

Dy nous, ne cognois tu mie

+

Que l'estat de prisonnier

+

Est que souvent lui ennuye,

+

Et endure maint dangier,

+

Dont il ne se peut vengier;

+

Pour ce, nous ne te faisons

+

Nul tort, se te gouvernons

+

Ainsi que communement

+

Sont prisonniers pris en guerre,

+

Dont es l'un presentement

+

Ou royaume d'Angleterre.

+
+

En lieu de plaisance lye,

+

Au lever et au couschier

+

Trouveras merencolie,

+

Souvent te fera veillier,

+

La nuit et le jour songier;

+

Ainsi te guerdonnerons,

+

Et es fers te garderons;

+

De soussy et pensement,

+

Se tu peuz, si te defferre,

+

Par nous n'auras autrement

+

Ou royaume d'Angleterre.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Nouvelles ont couru en France,

+

Par mains lieux, que j'estoye mort;

+

Dont avoient peu deplaisance

+

Aucuns qui me hayent à tort;

+

Autres en ont eu desconfort,

+

Qui m'ayment de loyal vouloir,

+

Comme mes bons et vrais amis;

+

Si fais à toutes gens savoir

+

Qu'encore est vive la souris.

+
+

Je n'ay eu ne mal, ne grevance,

+

Dieu mercy, mais suis sain et fort,

+

Et passe temps en esperance

+

Que paix, qui trop longuement dort,

+

S'esveillera, et par accort

+

A tous fera liesse avoir;

+

Pour ce, de Dieu soient maudis

+

Ceux qui sont dolens de veoir

+

Qu'encore est vive la souris.

+
+

Jeunesse sur moy a puissance,

+

Mais Vieillesse fait son effort

+

De m'avoir en sa gouvernance;

+

A present faillira son sort,

+

Je suis assez loing de son port,

+

De pleurer vueil garder mon hoir;

+

Loué soit Dieu de Paradis,

+

Qui m'a donné force et povoir,

+

Qu'encore est vive la souris.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Nul ne porte pour moy le noir,

+

On vent meilleur marchié drap gris;

+

Or tiengne chascun, pour tout voir,

+

Qu'encore est vive la souris.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Puisqu'ainsi est que vous alez en France,

+

Duc de Bourbon, mon compaignon tres chier,

+

Ou Dieu vous doint, selon la desirance

+

Que tous avons, bien povoir besongner;

+

Mon fait vous vueil descouvrir et chargier

+

Du tout en tout, en sens et en folie;

+

Trouver ne puis nul meilleur messagier,

+

Il ne faut ja que plus je vous en die.

+
+

Premierement, se c'est vostre plaisance,

+

Recommandez moy, sans point l'oublier,

+

A ma Dame; ayez en souvenance,

+

Et lui dictes, je vous pry et requier,

+

Les maulx que j'ay quant me fault eslongnier,

+

Maugré mon vueil, sa doulce compaignie;

+

Vous savez bien que c'est de tel mestier,

+

Il ne faut ja que plus je vous en die.

+
+

Or y faictes comme j'ay la fiance,

+

Car un amy doit pour l'autre veillier;

+

Se vous dictes: Je ne scay, sans doubtance,

+

Qui est celle? vueilliez la enseignier.

+

Je vous respons qu'il ne vous fault serchier,

+

Fors que celle qui est la mieulx garnie

+

De tous les biens qu'on sauroit souhaidier;

+

Il ne faut ja que plus je vous en die.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Sy ay chargié à Guillaume Cadier

+

Que, par de la, bien souvent vous supplie;

+

Souviengne vous du fait du prisonnier,

+

Il ne faut ja que plus je vous en die.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Mon gracieulx cousin, Duc de Bourbon,

+

Je vous requier, quant vous aurez loisir.

+

Que me faictes, par balade ou chancon,

+

De vostre estat aucunement sentir;

+

Car quant à moy, saichiez que, sans mentir,

+

Je sens mon cueur renouveller de joye,

+

En esperant le bon temps à venir,

+

Par bonne paix que brief Dieu nous envoye.

+
+

Tout crestian qui est loyal et bon,

+

Du bien de paix se doit fort resjoir,

+

Veu les grans maulx, et la destruction,

+

Que guerre fait par tous pays courir;

+

Dieu a voulu Crestianté punir,

+

Qui a laissié de bien vivre la voye,

+

Mais puis apres, il la veult secourir,

+

Par bonne paix que brief Dieu nous envoye.

+
+

Et pour ce la, mon tres chier compaignon,

+

Vueilliez de vous desplaisance bannir,

+

En oubliant vostre longue prison,

+

Qui vous a fait mainte doleur souffrir;

+

Merciez Dieu, pensez de le servir,

+

Il vous garde de tous biens grant montjoye,

+

Et vous fera avoir vostre desir,

+

Par bonne paix que brief Dieu nous envoye.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Resveilliez vous en joyeulx souvenir,

+

Car j'ay espoir qu'encore je vous voye,

+

Et moy aussy en confort et plaisir,

+

Par bonne paix que brief Dieu nous envoye.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Mon chier cousin, de bon cueur vous mercie,

+

Des blancs connins que vous m'avez donnez;

+

Et oultre plus, pour vray vous certiffie,

+

Quant aux connins, que dictes qu'ay amez,

+

Ilz sont pour moy, plusieurs ans a passez,

+

Mis en oubly; aussi mon instrument

+

Qui les servoit, a fait son testament,

+

Et est retrait, et devenu hermite;

+

Il dort tousjours, à parler vrayement,

+

Comme cellui qui en riens ne prouffite.

+
+

Ne parlez plus de ce, je vous en prie,

+

Dieux ait l'ame de tous les trespassez!

+

Parler vault mieulx, pour faire chiere lye,

+

De bons morceaulx et de frians pastez,

+

Mais qu'ilz soient tout chaudement tastez;

+

Pour le present, c'est bon esbatement,

+

Et qu'on ait vin pour nectier la dent;

+

En char crue mon cueur ne se delicte,

+

Oublions tout le vieil gouvernement,

+

Comme cellui qui en riens ne proufite.

+
+

Quant Jeunesse tient gens en seigneurie,

+

Les jeux d'amours sont grandement prisez;

+

Mais Fortune qui m'a en sa baillie,

+

Les a du tout de mon cueur deboutez;

+

Et desormais, vous et moi excusez

+

De tels esbatz serons legierement,

+

Car faiz avons nos devoirs grandement

+

Ou temps passé; vers Amours me tiens quicte,

+

Je n'en vueil plus, mon cueur si s'en repent,

+

Comme cellui qui en riens ne proufite.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Vieulx soudoiers avecques jeune gent,

+

Ne sont prisiez la valeur d'une micte;

+

Mon office resine plainement,

+

Comme cellui qui en riens ne proufite.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Dame qui cuidiez trop savoir,

+

Mais vostre sens tourne en folie,

+

Et cuidiez les gens decevoir,

+

Par vostre cautelle jolie;

+

Qui croirait vostre chiere lie,

+

Tantost seroit pris en voz las,

+

Encore ne m'avez vous mie,

+

Encore ne m'avez vous pas.

+
+

Vous cuidiez bien qu'apercevoir

+

Ne saiche vostre moquerie,

+

Si fais, pour vous dire le voir;

+

Et pour ce, chierement vous prie,

+

Alez jouer de l'escremie

+

Autre part, car quant en ce cas,

+

Encore ne m'avez vous mie,

+

Encore ne m'avez vous pas.

+
+

Vous ferez bien vostre devoir,

+

Se m'atrapez par tromperie;

+

Car trop ay congneu main et soir

+

Les faulx tours dont estes garnie,

+

On vous appelle, fol si fie;

+

Deportez vous de telz esbas,

+

Encore ne m'avez vous mie,

+

Encore ne m'avez vous pas.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

(Orléans à Bourgoigne.)

+
+

Puisque je suis vostre voisin

+

En ce pais presentement,

+

Mon compaignon, frere et cousin,

+

Je vous requier tres chierement,

+

Que de vostre gouvernement,

+

Et estat me faictes savoir,

+

Car j'en orroye bien souvent,

+

S'il en estoit à mon vouloir.

+
+

Il n'est jour, ne soir, ne matin,

+

Que ne prie Dieu humblement

+

Que la paix prengne telle fin,

+

Que je puisse joyeusement,

+

A mon desir, prouchainement

+

Parler à vous, et vous veoir;

+

Ce seroit tres hastivement,

+

S'il en estoit à mon vouloir.

+
+

Chascun doit estre bien enclin

+

Vers la paix, car certainement

+

Elle departira butin

+

De grans biens à tous largement;

+

Guerre ne sert que de tourment,

+

Je la hé, pour dire le voir,

+

Bannie seroit plainement,

+

S'il en estoit à mon vouloir.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Va, ma balade, prestement

+

A Saint Omer, monstrant comment

+

Tu vas pour moy ramentevoir

+

Au Duc à qui suis loyaument,

+

Et tout à son commandement,

+

S'il en estoit à mon vouloir.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

(Responce de Bourgoigne à Orléans)

+
+

S'il en estoit à mon vouloir,

+

Mon maistre et amy sans changier,

+

Je vous asseure, pour tout voir,

+

Qu'en vo fait n'auroit nul dangier;

+

Mais par deca, sans actargier,

+

Vous verroye hors de prison,

+

Quicte du tout, pour abregier,

+

En ceste presente saison.

+
+

Se tel don povez recevoir

+

Par la grace Dieu, de legier

+

Pourrez tel à paix esmouvoir,

+

Qui la desire eslongier;

+

Nul contre n'osera songier,

+

Car confort aurez bel et bon,

+

Se Dieu nous veult assoulagier,

+

En ceste presente saison.

+
+

Mectons nous en nostre devoir

+

Qu'en paix nous puissions herbergier;

+

Il n'est ou monde tel manoir,

+

Qui desir a de s'y logier;

+

Abregeons, sans plus prolongier,

+

Il en est temps, ou jamais non,

+

Pour nous de guerre deslogier,

+

En ceste presente saison.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Or pensons de vous allegier

+

De prison, pour tout engagier,

+

Se n'avons paix et union,

+

Et du tout m'y vueil obligier,

+

En ceste presente saison.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

(Orléans à Bourgoigne.)

+
+

Pour le haste de mon passaige

+

Qu'il me convient faire oultre mer,

+

Tout ce que j'ay en mon couraige

+

A present ne vous puis mander;

+

Mais non pourtant, à brief parler,

+

De la balade que m'avez

+

Envoyée, comme savez,

+

Touchant paix et ma delivrance,

+

Je vous mercie chierement,

+

Comme tout vostre entierement,

+

De cueur, de corps et de puissance.

+
+

Je vous envoyerai messaige,

+

Se Dieu plaist, briefment sans tarder,

+

Loyal, secret et assez saige,

+

Pour bien à plain vous informer

+

De tout ce que pourray trouver

+

Sur ce que savoir desirez;

+

Pareillement fault que mectez

+

Et faictes, vers la part de France,

+

Diligence soigneusement;

+

Je vous en requier humblement,

+

De cueur, de corps et de puissance.

+
+

Et, sans plus despendre langaige,

+

A cours mots, plaise vous penser

+

Que vous laisse mon cueur en gaige

+

Pour tousjours, sans jamais faulser;

+

Si me veuillez recommander

+

A ma cousine, car croiez

+

Que en vous deux, tant que vivrez,

+

J'ay mise toute ma fiance;

+

Et vostre party loyaument

+

Tendray, sans faire changement,

+

De cueur, de corps et de puissance.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Or y perra que vous ferez,

+

Et se point ne m'oublierez,

+

Ainsi que j'y ai esperance.

+

Adieu vous dy presentement,

+

Tout Bourgongnon sui vrayement,

+

De cueur, de corps et de puissance.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

(Responce de Bourgoigne à Orléans.)

+
+

De cueur, de corps et de puissance,

+

Vous mercie tres humblement

+

De vostre bonne souvenance,

+

Qu'avez de moi soingneusement;

+

Or povez faire entierement

+

De moy, en tout bien et honneur,

+

Comme vostre cueur le propose,

+

Et de mon vouloir soyez seur,

+

Quoy que nul dye, ne deppose.

+
+

Ne mectez point en oubliance

+

L'estat et le gouvernement

+

De la noble maison de France.

+

Qui se maintient piteusement:

+

Vous saurez tout, quoy et comment;

+

Je n'en dy plus pour le meilleur,

+

Mais on en dit tant et expose,

+

Que c'est à oir grant orreur;

+

Quoy que nul dye, ne deppose.

+
+

Pensez à vostre delivrance,

+

Je vous en prie chierement;

+

Car, sans ce, je n'ay esperance

+

Que nous ayons paix nullement,

+

On la heit tant mortellement

+

Que trop peu trouve de faveur,

+

Ne fera, comme je suppose,

+

Se ce n'est par vostre labeur,

+

Quoique nul dye, ne deppose.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Or prions Dieu, par sa doulceur,

+

Qu'à vous delivrer se dispose,

+

Car trop avez souffert douleur,

+

Quoy que nul dye, ne deppose.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

(Orléans à Bourgoigne.)

+
+
+

Des nouvelles d'Albion,

+

S'il vous en plaist escouter,

+

Mon frere et mon compaignon,

+

Saichiez qu'à mon retourner,

+

J'ay esté, deca la mer,

+

Receu à joyeuse chiere,

+

Et a fait le Roy passer,

+

En bons termes, ma matiere.

+
+

Je doy estre une saison

+

Eslargi pour pourchasser

+

La paix, aussi ma raencon;

+

Se je puis seurté trouver

+

Pour aler et retourner,

+

Il fault qu'en haste la quiere,

+

Se je vueil brief achever,

+

En bons termes, ma matiere.

+
+

Or, gentil Duc Bourgongnon,

+

De ce cop vueilliez m'aydier,

+

Comme mon entencion

+

Est vous servir et amer,

+

Tant que vif pourray durer;

+

En vous ay fiance entiere,

+

Que m'ayderez à finer,

+

En bons termes, ma matiere.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Mes amis fault esprouver,

+

S'ilz vouldront à ma priere,

+

Me secourir pour mener,

+

En bons termes, ma matiere.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

J'ay tant joué avecques Aage

+

A la paulme, que maintenant

+

J'ay quarante cinq, sur bon gaige

+

Nous jouons, non pas pour neant;

+

Assez me sens fort et puissant

+

De garder mon jeu jusqu'à cy,

+

Ne je ne crains riens que Soussy.

+
+

Car Soussy tant me descourage

+

De jouer, et va estouppant

+

Les cops que fiers à l'avantage,

+

Trop seurement est rachassant;

+

Fortune si lui est aidant,

+

Mais Espoir est mon bon amy,

+

Ne je ne crains riens que Soussy.

+
+

Vieillesse de douleur enrage,

+

De ce que le jeu dure tant,

+

Et dit en son felon langage,

+

Que les chasses dorenavant

+

Merchera, pour m'estre nuisant;

+

Mais ne m'en chault, je la deffy,

+

Ne je ne crains riens que Soussy.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Se bon eur me tient convenant,

+

Je ne double, ne tant ne quant,

+

Tout mon adversaire party,

+

Ne je ne crains riens que Soussy.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Visaige de baffe venu

+

Confit en composte de vin,

+

Menton rongneulx et peu barbu,

+

Et dessiré comme ung coquin,

+

Malade du mal saint Martin,

+

Et aussi ront q'un tonnellet;

+

Dieu le me sauve ce varlet!

+
+

Il est enroué devenu,

+

Car une pouldre de raisin

+

L'a tellement en l'ueil feru,

+

Qu'endormy l'a, comme un touppin;

+

II y pert chascun matin,

+

Car il en a chault le touppet;

+

Dieu le me sauve ce varlet!

+
+

Rompre ne sauroit ung festu,

+

Quant il a pincé un loppin,

+

Saint Poursain qui l'a retenu

+

Son chier compaignon et cousin,

+

Combien qu'ayent souvent hutin,

+

Quant ou cellier sont en secret;

+

Dieu le me sauve ce varlet!

+
+

L'ENVOY.

+
+

Prince, pour aler jusqu'au Rin,

+

D'un baril a fait son ronssin,

+

Et ses esperons d'un foret;

+

Dieu le me sauve ce varlet!

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Amour qui tant a de puissance,

+

Qu'il fait vieilles gens rassoter,

+

Et jeunes plains d'oultrecuidance,

+

De tous estas se scet meller;

+

Je l'ay congneu pieca au cler,

+

Il ne fault ja que je le nye,

+

Parquoy dis et puis advouer

+

Ce n'est fors que plaisant folie.

+
+

A droit compter, sans decevance,

+

Quant ung amant vient demander

+

Confort de sa dure grevance,

+

Que vouldroit il faire, ou trouver?

+

Cela, je ne l'ose nommer;

+

Au fort, il faut que je le die,

+

Ce qui fait le ventre lever,

+

Ce n'est fors que plaisant folie.

+
+

Bien scay que je fais desplaisance

+

Aux amoureux, d'ainsi parler,

+

Et que j'acquier leur malvueillance;

+

Mais, s'il leur plaist me pardonner,

+

Je leur prometz qu'au par aler,

+

Quant leur chaleur est refroidie,

+

Ilz trouveront que, sans doubter,

+

Ce n'est fors que plaisant folie.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Prince, quant ung prie d'amer,

+

Se l'autre si veult accorder,

+

Il n'y a plus sans mocquerie,

+

Laissiez les ensemble jouer,

+

Ce n'est fors que plaisant folie.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

(Orléans à Bourgoigne.)

+
+

Beau frere, je vous remercie,

+

Car aidié m'avez grandement;

+

Et, oultre plus, vous certiffie

+

Que j'ay mon fait entierement;

+

Il ne me fault plus riens qu'argent,

+

Pour avancer tost mon passaige,

+

Et pour en avoir prestement,

+

Mectroye corps et ame en gaige.

+
+

Il n'a marchant en Lombardie,

+

S'il m'en prestoit presentement,

+

Que ne fusse, toute ma vie,

+

Du cueur à son commandement;

+

Et tant que l'eusse fait content,

+

Demourer vouldroye en servaige,

+

Sans espargner aucunement,

+

Pour mectre corps et ame en gaige.

+
+

Car se je suis en ma partie,

+

Et oultre la mer franchement,

+

Dieu mercy, point ne me soussie

+

Que n'aye des biens largement;

+

Et desserviray loyaument

+

A ceulx qui m'ont, de bon couraige,

+

Aidié, sans faillir nullement,

+

Pour mectre corps et ame en gaige.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Qui m'ostera de ce tourment,

+

Il m'achetera plainement,

+

A tousjours mes à heritaige,

+

Tout sien seray, sans changement,

+

Pour mectre corps et ame en gaige.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

(Orléans à Bourgoigne.)

+
+

Pour ce que je suis à présent

+

Avec la gent vostre ennemie,

+

Il fault que je face semblant,

+

Faignant que ne vous ayme mie;

+

Non pourtant, je vous certiffie,

+

Et vous pry que vueillez penser

+

Que je seray, toute ma vie,

+

Vostre loyaument, sans faulser.

+
+

Tous maulx de vous je voiz disant,

+

Pour aveugler leur faulse envie;

+

Non pourtant, je vous ayme tant,

+

Ainsi m'aid la Vierge Marie,

+

Que je pry Dieu qu'il me mauldie,

+

Se ne trouvez, au par aler,

+

Que vueil estre, quoy que nul die,

+

Vostre loyaument, sans faulser.

+
+

Gaignez envers moy mal talant,

+

A celle fin que nul n'espye

+

Nostre amour, car par ce faisant,

+

Sauldray hors du mal qui m'anuye;

+

Mais faictes que bonne foy lye

+

Nos cueurs, qu'ilz ne puissent muer,

+

Car mon vouloir vers vous se plye,

+

Vostre loyaument, sans faulser.

+
+

Vous et moy avons maint servant,

+

Que convoitise fort mestrie;

+

Il ne fault pas, ne tant ne quant,

+

Qu'ilz saichent nostre compaignie;

+

Peu de nombre fault que manye

+

Noz faiz secrez par bien celer,

+

Tant qu'il soit temps qu'on me publie

+

Vostre loyaument, sans faulser.

+
+

Tout mon fait saurez plus avant,

+

Par le porteur en qui me fye;

+

Il est loyal et bien saichant,

+

Et se garde de janglerie;

+

Creez le de vostre partie,

+

En ce qu'il vous doit raconter,

+

Et me tenez, je vous en prie,

+

Vostre loyaument, sans faulser.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Dieu me fiere d'espidimie,

+

Et ma part es cieulx je renye,

+

Se jamais vous povez trouver

+

Que me faigne, par tromperie,

+

Vostre loyaument, sans faulser.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Par les fenestres de mes yeulx,

+

Ou temps passé, quant regardoye,

+

Advis m'estoit, ainsi m'ait Dieux,

+

Que de trop plus belles voye

+

Qu'à present ne fais; mais j'estoye

+

Ravy en plaisir et lyesse,

+

Es mains de ma Dame Jeunesse.

+
+

Or, maintenant que deviens vieulx,

+

Quant je lis ou livre de joye,

+

Les lunectes prens pour le mieulx,

+

Parquoy la lectre me grossoye,

+

Et n'y voy ce que je souloye;

+

Pas n'avoye ceste foiblesse,

+

Es mains de ma Dame Jeunesse.

+
+

Jeunes gens vous deviendrez tieulx,

+

Se vivez et suivez ma voye;

+

Car aujourduy n'a soubz les cieulx

+

Qui en aucun temps ne foloye;

+

Puis fault que raison son compte oye,

+

Du trop despendu en simplesse,

+

Es mains de ma Dame Jeunesse.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Dieu en tout, par grace pourvoye,

+

Et ce qui nicement fourvoye

+

A son plaisir, en bien radresse

+

Es mains de ma Dame Jeunesse

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Par les fenestres de mes yeulx,

+

Le chault d'amours souloit passer;

+

Mais maintenant que deviens vieulx,

+

Pour la chambre de mon penser,

+

En esté freschement garder,

+

Fermées les feray tenir;

+

Laissant le chault du jour aler

+

Avant que je les face ouvrir.

+
+

Aussi en yver le pluvieux,

+

Qui vens et broillars fait lever,

+

L'air d'amour epidimieux

+

Souvent parmy se vient bouter;

+

Si fault les pertuis estouper,

+

Par où pourroit mon cueur ferir,

+

Le temps verray plus net et cler,

+

Avant que je les face ouvrir.

+
+

Desormais en sains et seur lieux,

+

Ordonne mon cueur demourer,

+

Et par Nonchaloir, pour le mieulx,

+

Mon medicin soy gouverner;

+

S'Amour à mes huys vient hurter,

+

Pour vouloir vers mon cueur venir,

+

Seurté lui fauldra me donner,

+

Avant que je les face ouvrir.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Amours, vous venistes frapper

+

Pieca mon cueur, sans menacer;

+

Or, ay fait mes logis bastir

+

Si fors que n'y pourrez entrer,

+

Avant que je les face ouvrir.

+
+
+
+
+

BALADE.

+
+

Ung jour à mon cueur devisoye,

+

Qui en secret à moy parloit,

+

Et en parlant, lui demandoye

+

Se point d'espargne fait avoit

+

D'aucuns biens, quant Amour servoit;

+

Il me dist que tres voulentiers

+

La vérité m'en compteroit,

+

Mais qu'eust visité ses papiers.

+
+

Quant ce m'eut dit, il print sa voye,

+

Et d'avecques moy se partoit,

+

Apres entrer je le voye

+

En ung comptouer qu'il avoit;

+

Là deça et delà queroit,

+

En cherchant plusieurs vieux cayers,

+

Car le vray monstrer me vouloit,

+

Mais qu'eust visité ses papiers.

+
+

Ainsi, par ung temps l'atendoye,

+

Tantost devers moy retournoit,

+

Et me monstra, dont j'euz grant joye,

+

Ung livre qu'en sa main tenoit,

+

Ou quel dedens escript portoit

+

Ses faiz, au long et bien entiers,

+

Desquelz informer me feroit,

+

Mais qu'eust visité ses papiers.

+
+

Lors demanday se j'y liroye,

+

Ou se mieulx lire lui plaisoit;

+

Il dit que trop paine prandroye,

+

Pourtant à lire commancoit,

+

Et puis gectoit et assommoit

+

Le compte des biens et dangiers;

+

Tout à ung vy que revendroit

+

Mais qu'eust visité ses papiers.

+
+

Lors dy: Jamais je ne cuidoye,

+

Ne nul autre ne le croiroit,

+

Qu'en amer, où chascun s'employe,

+

De proffit n'eust plus grant exploit;

+

Amours ainsi les gens decoit,

+

Plus ne m'aura en telz santiers,

+

Mon cueur bien effacier pourroit,

+

Mais qu'eust visité ses papiers.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Amours savoir ne me devroit

+

Mal gré, se blasme ses mestiers,

+

Il verroit mon gaing bien estroit,

+

Mais qu'eust visité ses papiers.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

En tirant d'Orléans à Blois,

+

L'autre jour par eaue venoye,

+

Si rencontray, par plusieurs foiz,

+

Vaisseaulx, ainsi que je passoye,

+

Qui singloient leur droicte voye,

+

Et aloient legierement,

+

Pour ce qu'eurent, comme veoye,

+

A plaisir et à gré, le vent.

+
+

Mon cueur, penser et moy, nous trois,

+

Les regardasmes à grant joye,

+

Et dist mon cueur à basse voie:

+

Voulentiers en ce point feroye,

+

De Confort la voille tendroye,

+

Se je cuidoye seurement

+

Avoir, ainsi que je vouldroye,

+

A plaisir et à gré, le vent.

+
+

Mais je treuve le plus des mois

+

L'eaue de Fortune si quoye,

+

Quant ou bateau du monde vois,

+

Que, s'avirons d'Espoir n'avoye,

+

Souvent en chemin demourroye,

+

En trop grant ennui longuement,

+

Pour neant en vain actendroye,

+

A plaisir et à gré, le vent.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Les nefz dont cy devant parloye,

+

Montoient, et je descendoye

+

Contre les vagues de tourment;

+

Quant il lui plaira, Dieu m'envoye,

+

A plaisir et à gré, le vent.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

L'autre jour je fis assembler

+

Le plus de conseil que povoye,

+

Et vins, bien au long, raconter

+

Comment deffié me tenoye;

+

Comme par lectres monstreroye,

+

De merancolie et douleur,

+

Pourquoy conseiller me vouloye

+

Par les trois estas de mon cueur.

+
+

Mon advocat prist à parler,

+

Ainsi qu'anformé je l'avoye;

+

Lors vissiez mes amis pleurer,

+

Quant sceurent le point où j'estoye;

+

Non pourtant je les confortoye,

+

Qu'à l'aide de nostre Seigneur,

+

Bon remede je trouveroye,

+

Par les trois estas de mon cueur.

+
+

Espoir, Confort, Loyal penser,

+

Que mes chiefs conseillers nommoye,

+

Se firent fors, sans point doubter,

+

Se par eulx je me gouvernoye,

+

De me trouver chemin et voye

+

D'avoir brief secours de doulceur,

+

Avecques l'aide que j'auroye

+

Par les trois estas de mon cueur.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Prince, fortune me guerroye

+

Souvent à tort, et par rigueur,

+

Raison veult que je me pourvoye,

+

Par les trois estas de mon cueur.

+
+
+

BALADE.

+
+

(Orléans.)

+
+

Bon regime sanitatis

+

Pro vobis, neuf en mariage,

+

Ne de vouloirs effrenatis,

+

Abusez nimis en mesnage;

+

Sagaciter menez l'ouvrage,

+

Ainsi fait homo sapiens,

+

Testibus les phisiciens.

+
+

Premierement, caveatis

+

De c...u trop à oultraige;

+

Car, se souvent hoc agatis,

+

Conjunx le vouldra par usaige

+

Chalenger, velud heritaige,

+

Aut erit quasi hors du sens,

+

Testibus les phisiciens.

+
+

Oultre plus, non faciatis

+

Ut Philomena ou boucaige;

+

Se voz amours habeatis,

+

Qui siffle carens de couraige

+

Cantendi, mais monstrez visaige

+

Joyeulx, et silis paciens;

+

Testibus les phisiciens.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Prince, miscui en potaige

+

Latinum et françois langaige,

+

Docens loyaulx advisemens,

+

Testibus les phisiciens.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Du regime quod dedistis,

+

Cognoscens que tres saigement

+

Me, Monseigneur, docuistis,

+

Je vous remercie humblement;

+

Mais d'ainsi faire seurement,

+

Numquam uxor concordabit,

+

Hoc mains desbas generabit.

+
+

Je ne scay si bien novistis

+

L'infinie peine et tourement,

+

In quibus me posuistis,

+

Se je croy vostre enseignement;

+

Car tant congnois, s'aucunement

+

Fais du sourt quando temptabit,

+

Hoc mains desbas generabit.

+
+

Je voy trop bien que dixistis

+

Ce qu'on doit dire bonnement,

+

Et qu'aussi me avertistis

+

De ma santé entierement;

+

Mais quant je feray autrement,

+

Le fait d'autres recordabit,

+

Hoc mains desbas generabit.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Prince, selon mon sentement,

+

Il fault s'acquiter loyaument;

+

Quia qui non laborabit,

+

Hoc mains desbas generabit.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

(Maistre Pierre Chevalier.)

+
+

Tost est deceu, cuider d'homme oultrageux;

+

Tost est perdu, avoir mal acquesté;

+

Tost est vaincu, homme peu courageux;

+

Tost est reprins, qui fait desloyaulté;

+

Tost est saoule, apetit degouté;

+

Tost est lassé amy, de plaisir faire;

+

Tost despendu, ce qui a chier cousté;

+

Tost est deffait, qui veult autruy deffaire.

+
+

Tost est meschant, qui est enclin à jeux;

+

Tost renversé, qui est trop hault monté;

+

Tost est à fol, son parler dommageux;

+

Tost voions nous l'orgueilleux surmonté;

+

Tost dit helas, qui se voit tourmenté;

+

Tost ennuye, ce qu'on ne peut parfaire;

+

Tost octroie, qui en a voulenté;

+

Tost est deffait, qui veult autruy deffaire.

+
+

Tost est passé, ung plaisir soulageux;

+

Tost est villain de mesdire apresté;

+

Tost est baillé, ung mal contagieux;

+

Tost se tarist, jeunesse et beaulté;

+

Tost est pensif, qui a necessité;

+

Tost est paillart, qui le veult contrefaire;

+

Tost vient l'yver, tost se passe l'esté;

+

Tost est deffait qui veult autruy deffaire.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Tart est rendu, argent qui est presté;

+

Tart vient à bien, homme de mal afaire;

+

Tart deffié, qui est ja conquesté;

+

Tost est deffait qui veult autruy deffaire.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

(Maistre Berthault de Villebresme.)

+
+

Tost fût Priam, puissant Roy couronné,

+

Tost fut destruit et toute sa lignée;

+

Tost fut Saturne à mal habandonné;

+

Tost fut Echo en amours refusée;

+

Tost Leander perit en mer salée;

+

Tost devia la noble Rosemonde;

+

Tost fut Dido, d'amours desheritée;

+

Tost se passe la joye de ce monde.

+
+

Tost delaissa Paris, Oenone;

+

Tost fut Biblis en fontaine muée;

+

Tost defflora Bacchus, Erigone;

+

Tost fut Jason ennuyé de Medée;

+

Tost fut Philis pendue et estranglée;

+

Tost finerent Guischart et Sigismonde;

+

Tost print jadis Atropos, Dyopée;

+

Tost se passe la joye de ce monde.

+
+

Tost fut Saul, Roy des Juifz ordonné,

+

Tost se navra à mort de son espée;

+

Tost fut Pheton de fouldre environné;

+

Tost fut ravie Helene en Citharée,

+

Tost en mourut noblesse inestimée;

+

Tost fut Hero noyée en mer parfonde;

+

Tost fut l'amour Piramus expirée;

+

Tost se passe la joye de ce monde.

+
+

L'ENVOY.

+
+

Tost envahit fortuné, Hermionne;

+

Tost fut Progné convertie en haronde;

+

Tost fut Ithis en pieces tronsonné;

+

Tost se passe la joye de ce monde.

+
+
+
+

LECTRE EN COMPLAINTE

+

Envoyée par Fredet au duc d'Orléans.

+
+

Monseigneur, pour ce que scay bien

+

Que vous avez, de vostre bien,

+

Autreffoiz pris plaisir à lire

+

De mes faiz qui ne valent rien,

+

Dont trop à vous tenu me tien;

+

Vouloir m'est pris de vous escripre,

+

Et mon aventure vous dire,

+

Laquelle conter vous desire;

+

Car c'est raison que je le face,

+

Esperant que de mon martire,

+

Tel conseil qui devra suffire,

+

Me donnerez de vostre grace.

+
+

Il est vray que de par Amours,

+

Ung jour saint Valentin à Tours,

+

Fut une grande feste ordonnée,

+

Et fist assavoir par les cours,

+

Comme de coustume a tousjours,

+

Que chascun vint à la journée.

+

Là eut grant joye demenée,

+

Et mainte haulte loy donnée;

+

0Qui fut sans per, choisit adoncques;

+

Si euz, comme par destinée,

+

A mon gré la meilleure née

+

Qui en France se trouvast oncques.

+
+

Comme ma Dame, ma maistresse

+

Et ma terrienne Deesse,

+

Tousjours la sers, et l'ay servie;

+

Car il m'a, par deffense expresse,

+

Commandé lui faire promesse

+

D'estre sien pour toute ma vie;

+

Car tant ma pensée a ravie,

+

Et à la cherir asservie,

+

Que je ne pourroye, sur m'ame,

+

D'aultre jamais avoir envie,

+

Tant feust elle bien assouvie,

+

Si fort lui a pleu que je l'ame.

+
+

Mais ainsi m'en va, que depuis

+

Qu'à elle donné je me suis,

+

Je ne peuz avoir bien, ne joye,

+

Fors que tous maulx et tous Ennuys,

+

Qui à toute heure, jours et nuys,

+

Me tourmentent où que je soye,

+

Tant que ne scay que faire doye;

+

Et semble, se dire l'osoye,

+

Qu'ilz ayent tous ma mort jurée;

+

Se vostre bonté n'y pourvoye,

+

Force sera que par eulx voye

+

Finer ma vie maleurée.

+
+

Pource que souvent ne la voy,

+

Le plus que je puis, sur ma foy,

+

Je ne fais qu'en elle penser;

+

Savez vous la cause pourquoy?

+

En esperant que mon ennoy

+

Se deust aucunement cesser;

+

Mais il ne me veult delaisser,

+

Car plus en elle est mon penser,

+

Et plus de doleur me court seure,

+

Qui m'est si tres dure à passer,

+

Que je désire trespasser

+

Plus de mille foiz en une heure.

+
+

Que je sceusse prendre plaisir

+

En riens qui soit, fors desplaisir,

+

Las! je ne pourroye loing d'elle;

+

Car c'est celle que mon desir

+

M'a fait, pour maistresse choisir,

+

Comme s'il n'en feust point de telle,

+

Tout mon bien et mal vient de celle;

+

Ainsi, comme il plaist à la belle,

+

Il n'en est qu'à sa voulenté;

+

Et ne cuidez pas que vous celle

+

Que ce ne soit celle qu'appelle,

+

Devant chascun, ma Leauté.

+
+

Puisque je l'ame si tresfort,

+

N'a pas doncques Amours grant tort?

+

De moy faire tant endurer,

+

Ou dire fault qu'il soit d'accort,

+

Que pour trop amer prengne mort,

+

Ou moy faire desesperer;

+

Quant pour plaindre, pour souspirer,

+

Pour mal qu'il me voye tirer,

+

Il ne m'en a que pis donné;

+

En ce point me fault demourer,

+

Car mieulx vault ainsi qu'empirer;

+

Veez là comment suis gouverné!

+
+

Helas! ce qui plus me tourmente,

+

Et dont fault que plus de dueil sente,

+

C'est la grant doubte que je fais,

+

Que je defaille à mon entente,

+

Et que dutout perde l'actente

+

De mes tant desirez souhais;

+

Car je suis seur, plus qu'oncques mais,

+

Que si par vous ne sont parfais,

+

User ma vie me fauldra,

+

En languissant desoresmais;

+

Comme cil à qui, pour jamais,

+

Toute plaisance deffauldra.

+
+

Et quant devers Amours je viens

+

Lui compter les maulx que soustiens,

+

En lui requerant allegance.

+

Il me respond: Je n'y puis riens,

+

Mais va t'en au DUC D'ORLÉANS,

+

Que fors lui, n'en a la puissance;

+

Fay donc qu'ayes son accointance,

+

Et te metz en sa bienveillance;

+

Car, se tu le puis faire ainsi,

+

Tu ne dois point faire doubtance,

+

Que de ta dure desplaisance,

+

Il n'en ait voulentiers merci.

+
+

A vous doncques me fault venir,

+

Et vostre du tout devenir,

+

Puisque vous avez ce povoir,

+

Que de moy faire parvenir

+

Au plus haut bien qui avenir

+

Me peut jamais, à dire veoir;

+

Pourquoy il vous plaise savoir,

+

Que se vous y faictes devoir,

+

Et voulez à mon fait entendre,

+

Tellement que je puisse avoir

+

Celle qui tant me plaist à voir,

+

Vostre à tousjours je m'iray rendre.

+
+

Or n'oubliez pas, Monseigneur,

+

Vostre tres humble serviteur;

+

Mais escoutez mes dolans plains,

+

Desquieulx je vous fais la clameur,

+

Et vueillez, par vostre doulceur,

+

Que par vous ilz soient estains,

+

Car croiez qu'ilz ne sont pas fains,

+

Ains pires avant plus que mains;

+

Puis me donnez, de vostre grace,

+

Je vous en pry à jointes mains,

+

Tel responce que, soirs et mains,

+

Tout mon vivant joyeulx me face.

+
+
+
+

AUTRE LECTRE EN COMPLAINTE

+

FAISANT RESPONCE AU DIT FREDET.

+
+

Fredet, j'ay receu vostre lectre,

+

Dont vous mercie chierement,

+

Ou dedens avez voulu mectre

+

Vostre fait bien entierement;

+

Fier vous povez seurement

+

En moy, tout, non pas à demy;

+

Au besoing congnoist on l'amy.

+
+

S'Amour tient vostre cueur en serre,

+

Ne vous esbahissez en rien;

+

Il n'est nulle si forte guerre

+

Qu'au derrain ne s'appaise bien;

+

Amour le fait, comme je tien,

+

Pour esprouver mieulx vostre vueil,

+

Grant joye vient apres grant dueil.

+
+

Se vous dictes: Las! je ne puis

+

Une telle doleur porter;

+

Je vous respons: Beau Sire, et puis

+

Vous en voulez vous depporter,

+

Ou au Dieu d'amours rapporter?

+

L'un des deux fault, se m'aist Dieux, voire;

+

Puisqu'il est trait, il le fault boire.

+
+

Cuidez vous, par dueil et courroux,

+

Ainsi gangner vostre vouloir?

+

Nennil, ce ne sont que coups roux

+

Qu'Amours met tout en nonchaloir;

+

De riens ne vous pevent valoir,

+

Et se les couchez en despense,

+

Trop remaint de ce que fol pense.


+

Voulez vous rompre votre teste

+

Contre le mur? ce n'est pas sens;

+

Il faut dancer, qui est en feste;

+

Certes, autre raison n'y sens;

+

Et pour ce la, je me consens

+

Que souffrez qu'Amours vous demaine;

+

Grant bien ne vient jamais sans paine.

+
+

Mais de voz doleurs raconter

+

Faictes bien, ainsi qu'il me semble,

+

Et les assommer et compter

+

Devant Amours; car il ressemble

+

A l'ostellier qui met ensemble,

+

Et tout dedens son papier couche;

+

Pour parler est faicte la bouche.

+
+

De pieca je fuz en ce point,

+

Encore pis, loing d'allegence;

+

Touteffoiz ne vouluz je point,

+

De moy mesmes, faire vengence;

+

Mais chauldement, par diligence,

+

Pourchassay et playday mon fait;

+

Peu gangne cellui qui se tait.

+
+

Et pour ce que la lectre dit

+

Qu'Amours veult que vers moy tirez,

+

De moy ne serez escondit,

+

S'aucune chose desirez

+

A vostre bien, quant l'escriprez;

+

Paine mectray, d'entente franche,

+

Que l'ayez de croq ou de hanche.

+
+

Combatez, d'estoc et de taille,

+

Vostre dure merencolie,

+

Et reprenez, commant qu'il aille,

+

Espoir, confort et chiere lie;

+

De ne vous oublier me lie,

+

Autant en ce que puis et doy.

+

Que se me teniez par le doy.


+

Or retournons à mon propos,

+

Et ne parlons plus de cecy.

+

Vray est que je suis en repos

+

D'amours, mais non pas de Soussy;

+

Et pour ce, je vous vueil aussy

+

De me conseiller travailler,

+

L'ami doit pour l'autre veillier.

+
+

Soussy maintient que c'est raison

+

Qu'il ait sur tous vers moy puissance;

+

Nonchaloir dit qu'en ma maison,

+

Vault mieulx qu'il ait la gouvernance,

+

Car il ramenera Plaisance,

+

Que Soussy a bannye à tort,

+

Sans resveillier le chat qui dort.

+
+

Soussy respond qu'estre ne peut,

+

Tant qu'on est ou monde vivant,

+

Car Fortune partout s'esmeut,

+

Et est à chascun estrivant,

+

En tous lieux va mal escrivant,

+

Et toutes choses met en double;

+

Elle a beaux yeulx et ne voit goute.

+
+

Si ne scay que je doye faire,

+

Ne lequel d'eulx me laissera;

+

Car, veu que tousjours j'ay affaire,

+

Soussy jamais ne cessera,

+

Mais mon plaisir rabessera,

+

En quelque place que je voyse;

+

Bien est aise, qui est sans noyse.

+
+

Quant en nonchaloir je m'esbas,

+

Et desplaisir vueil debouter,

+

Jamais ne scay parler si bas

+

Que Soussy ne viengne escouter:

+

Las! je le doy tant redoubter,

+

Car à tort souvent me ravalle;

+

Mais sans mascher fault que l'avalle.


+

Je ne scay remede quelconques,

+

Quant ay mis ces choses en poys,

+

Pour tous deux contenter adoncques,

+

Fors les faire servir par moys;

+

Mandez moy sur ce quelquefoys,

+

Fredet, bon conseil par vostre ame,

+

Foy que devez à vostre Dame.

+
+
+
+

RESPONCE DE FREDET AU DUC D'ORLÉANS.

+
+

Monseigneur, j'ay de vous receu,

+

Et aussi de mot à mot leu,

+

Une lectre qu'il vous a pleu

+

Moy rescripre, touchant mon fait,

+

Par laquelle j'ay apperceu

+

Le bon vouloir qu'avez eu

+

Vers moy tousjours, qui n'est pas peu,

+

Dont tout mon dueil avez deffait;

+

Et oultre plus comme j'ay veu,

+

Avez voulu que j'aye sceu,

+

De quoy il ne m'a point despleu,

+

Ce qui tant vous griefve, ou refait;

+

Sur quoy, de vous obeir meu,

+

Non pas ainsi comme il est deu,

+

Mais du tout au mieulx que j'ay peu,

+

Mon conseil tel quel vous ait fait:

+
+

Vous plaigniez de la rigueur,

+

Et aigreur,

+

Que vous fait, par sa fureur,

+

Et chaleur,

+

Celluy que nommez Soussy,

+

Qui sans cause et sans couleur,

+

Et langueur,

+

Par son ennuyeux labeur

+

Et maleur,

+

Vous tourmente sans mercy;

+

Dont par force de douleur

+

Vostre cueur

+

Est noyé par grant langueur,

+

Tout en pleur,

+

Et souvent devient transy;

+

Puis racontez, Monseigneur,

+

Quel doulceur,

+

Nonchaloir, par son bon eur

+

Et valeur,

+

Se offre vous faire aussi.

+
+

De Soussy vous vueil escripre,

+

C'est ung tres merveilleux sire,

+

Et fault dire

+

Que cellui n'a pas couraige

+

D'omme saige,

+

Qui veult qu'avec lui demeure,

+

Car il ne sert que de nuyre,

+

Et ne pense, ne desire

+

Qu'à destruire,

+

Et fait à chascun dommaige,

+

Et oultraige;

+
+

Ne lui chault qui vive ou meure,

+

Et fut il seigneur d'empire,

+

Ou qui que soit, tout fait frire,

+

Et martire;

+

Tant qu'il est en son servaige,

+

Avantaige

+

N'a nul, je le vous assure,

+

Mille maulx, tous d'une tire,

+

Ne lui pevent trop suffire;

+

Il n'est pire,

+

Tant fait de tourmenter raige,

+

Et enraige

+

Qu'à son gré tout ne demeure.

+
+

Soussy toult d'estre joyeulx,

+

Et fait merencolieux

+

Par tous lieux,

+

Et bien souvent furieux,

+

Tous ceulx où il a puissance;

+

Par lui les biens gracieux

+

Deviennent mal gracieux;

+

Jeunes, vieux,

+

Tout fait trouver ennuyeux

+

A qui plaist son accointance;

+

Puis, par sa grande savance,

+
+

Il avance

+

Autour d'eulx Desesperance

+

Qui, par ses diz ennuyeux,

+

Et ses faiz malicieux

+

Et crueux,

+

Les met en ceste creance,

+

Que jamais ilz n'auront mieulx;

+

Lors sont à tel desplaisance,

+

Que plus seroit leur plaisance,

+

Sans doubtance,

+

Brief mourir qu'estre mais tieulx.

+
+

Se les maulx compter vouloye,

+

Et la puissance en avoye,

+

Que Soussy vous feroit bien;

+

Mais à quoy l'entreprendroye?

+

Car certes je ne sauroye

+

D'un an vous dire combien,

+

Et pour ce, à tant je m'en tien;

+

Et maintenant je revien,

+

Pour faire vostre vouloir,

+

A parler, se j'en scay rien,

+

Du grant aise, du hault bien,

+

Lequel donne Nonchaloir.

+
+

Qui à Nonchaloir s'adresse,

+

Et tout, pour estre sien, lesse

+

Et delesse;

+

En leesse,

+

Sans que jamais mal le blesse,

+

Pourra sa vie passer.

+

Dueil, courroux, soussy, aspresse,

+

Et tous ceulx de leur promesse,

+

Soit tristesse,

+

Ou destresse,

+

Ou rudesse,

+

Qui de mains grever ne cesse,

+

Tous les fait avant passer.

+
+

Contre lui n'ont hardiesse;

+

Il les vaint, par sa sagesse,

+

Et abesse

+

Leur duresse,

+

Leur haultesse;

+

Nul ose lui faire presse,

+

N'encontre lui s'amasser,

+

Car il maine joye en lesse,

+

Qui le deffent d'eulx sans cesse,

+

Par prouesse;

+

Or donc qu'esse?

+

Est il au monde richesse

+

Qui sceut ung tel bien passer?

+
+

De lui vient plaisante vie

+

Qui desvie

+

Dueil, soussy, de toute place,

+

De repos aise assouvie,

+

Sans envie

+

De bien qu'à autruy se face,

+

Les autres bonnes efface,

+

Et defface.

+

Tout est en joye ravye,

+

Tout fait a joyeuse face,

+

Dont la grace

+

De vous a bien desservye.

+
+

Nonchaloir, de sa nature,

+

Lui soit fortune ou non dure,

+

L'un et l'autre tout endure,

+

Et prent en gré l'avanture,

+

Car il ne tient d'ame conte;

+

Joye, dueil, paix ou murmure,

+

Gangner, perdre sans mesure,

+

Soit à tort, ou par droicture,

+

Tout lui est ung, je vous jure;

+

Ne lui chault s'il besse ou monte,

+

Ou se moindre le surmonte,

+

D'un chascun à son gré compte,

+

De quanque lui vient n'a honte,

+

Soit bien ou mal, rien n'en compte,

+

A tout faire s'avanture,

+

Autant lui est Roi que Conte,

+

La cause est, comme il raconte,

+

Car à nulluy ne rent compte;

+

Et pour ce, la fin de conte,

+

Tousjours sa vie en paix dure.

+
+

Pourquoy, servir je vous conseille

+

De nostre maistre Nonchaloir;

+

Et bannissez, vueille ou non vueille,

+

Soucy, sans plus vous en chaloir;

+

De lui mieulx ne povez valoir,

+

Mais soit hors de vostre memoire;

+

Qui demande conseil doit croire.

+
+

Je vous supply qu'il vous suffise,

+

Et aussi il ne vous desplaise,

+

D'une question qu'ay cy mise,

+

D'un mien amy tres en malaise;

+

Dont, Monseigneur mais qu'il vous plaise,

+

Vostre conseil avoir m'en fault;

+

L'advis de deux mieulx que d'un vault.

+
+

Celluy que dy est si espris

+

D'une tant belle, bonne Dame,

+

Qu'il ne pourrait estre pris

+

Tellement si tres fort il ame,

+

Mais espoir n'a point, sur mon ame,

+

D'avoir jamais d'elle secours;

+

Pas n'est en paix qui sert amours.

+
+

Que autre Dame, se lui semble,

+

Qui n'a point de meilleur vivant,

+

Par le bien qu'en elle s'assemble,

+

Le vouldroit bien, pour son servant;

+

Non pourtant il mourrait avant

+

Que son cueur se peust sien clamer;

+

Par force l'en ne peut amer.

+
+

Et, pour ce, maintenant demande

+

Qui lui sera moins chose forte?

+

Celle amer qu'Amours lui commande,

+

Où toute s'esperance est morte,

+

Ou l'autre, combien qu'il rapporte

+

Qu'amer ne la peut, ne desire;

+

De deulx maulx on prent le moins pire.

+
+

Veez là de mon amy le cas,

+

Auquel fauldroye bien envis;

+

Mais conseiller ne le puis pas,

+

Sans en avoir de vous l'advis;

+

Fait en soit à votre devis,

+

Monseigneur, car c'est bien raison,

+

Et à tant fine ma raison.

+
+
+
+

LA COMPLAINTE DE FRANCE.

+
+

France, jadis on te souloit nommer,

+

En tous pays, le tresor de noblesse,

+

Car ung chascun povoit en toy trouver

+

Bonté, honneur, loyaulté, gentillesse,

+

Clergie, sens, courtoisie, proesse;

+

Tous estrangiers amoient te suir,

+

Et maintenant voy, dont j'ay desplaisance,

+

Qu'il te convient maint grief mal soustenir,

+

Tres crestien, franc royaume de France.

+
+

Seez tu dont vient ton mal, à vray parler?

+

Congnois tu point pourquoy es en tristesse?

+

Conter le vueil, pour vers toy m'acquicter,

+

Escoutes moy, et tu feras sagesse.

+

Ton grant ourgueil, glotonnie, peresse,

+

Convoitise, sans justice tenir,

+

Et luxure, dont as eu habondance,

+

Ont pourchacié vers Dieu de te punir,

+

Tres crestien, franc royaume de France.

+
+

Ne te vueilles pourtant desesperer,

+

Car Dieu est plain de mercy, à largesse;

+

Va t'en vers lui sa grace demander,

+

Car il t'a fait, de ja pieca, promesse;

+

Mais que faces ton advocat Humblesse,

+

Que tres joyeux sera de toy guerir;

+

Entierement metz en lui ta fiance,

+

Pour toy et tous, voulu en croix mourir,

+

Tres crestien, franc royaume de France.

+
+

Souviengne toy comment voult ordonner

+

Que criasses Montjoye, par liesse,

+

Et, qu'en escu d'azur, deusses porter

+

Trois fleurs de Lis d'or, et pour hardiesse

+

Fermer en toy, t'envoya sa haultesse,

+

L'Auriflamme qui t'a fait seigneurir

+

Tes ennemis; ne metz en oubliance

+

Telz dons haultains, dont lui pleut t'enrichir,

+

Très crestien, franc royaume de France.

+
+

En oultre plus, te voulu envoyer

+

Par un coulomb qui est plain de simplesse,

+

La unction dont dois tes Roys sacrer,

+

Afin qu'en eulx dignité plus en cresse;

+

Et, plus qu'à nul, t'a voulu sa richesse

+

De reliques et corps sains, departir;

+

Tout le monde en a la congnoissance,

+

Soyes certain qu'il ne te veult faillir,

+

Tres crestien, franc royaume de France.

+
+

Court de Romme si te fait appeller

+

Son bras dextre, car souvent de destresse

+

L'as mise hors, et pour ce approuver,

+

Les Papes font te seoir, seul, sans presse,

+

A leur dextre, se droit jamais ne cesse;

+

Et pour ce, dois fort pleurer et gemir,

+

Quant tu desplais à Dieu qui tant t'avance

+

En tous estas, lequel deusses cherir,

+

Tres crestien, franc royaume de France.

+
+

Quelz champions souloit en toy trouver

+

Crestienté! Ja ne fault que l'expresse;

+

Charlemaine, Rolant et Olivier,

+

En sont tesmoings, pour ce, je m'en delaisse,

+

Et saint Loys Roy, qui fist la rudesse

+

Des Sarrasins souvent aneantir,

+

En son vivant, par travail et vaillance;

+

Les croniques le monstrent, sans mentir,

+

Tres crestien, franc royaume de France.

+
+

Pour ce, France, vueilles toy adviser,

+

Et tost reprens de bien vivre l'adresse;

+

Tous tes meffaiz metz paine d'amander,

+

Faisant chanter et dire mainte messe

+

Pour les ames de ceulx qui ont l'aspresse

+

De dure mort souffert, pour te servir;

+

Leurs loyaultez ayes en souvenance,

+

Riens espargnié n'ont pour toy garantir,

+

Tres crestien, franc royaume de France.

+
+

Dieu a les braz ouvers pour t'acoler,

+

Prest d'oublier ta vie pecheresse;

+

Requier pardon, bien te vendra aidier

+

Nostre Dame, la tres puissant princesse,

+

Qui est ton cry, et que tiens pour maistresse;

+

Les sains aussi te vendront secourir,

+

Desquelz les corps font en toy demourance.

+

Ne vueilles plus en ton pechié dormir,

+

Tres crestien, franc royaume de France.

+
+

Et je, CHARLES DUC D'ORLÉANS, rimer

+

Voulu ces vers, ou temps de ma jeunesse,

+

Devant chacun les vueil bien advouer,

+

Car prisonnier les fis, je le confesse;

+

Priant à Dieu, qu'avant qu'aye vieillesse,

+

Le temps de paix partout puist avenir,

+

Comme de cueur j'en ay la desirance,

+

Et que voye tous tes maulx brief finir,

+

Tres crestien, franc royaume de France.

+
+
+
+

COMPLAINTE.

+
+

Amour, ne vous vueille desplaire.

+

Se trop souvent à vous me plains,

+

Je ne puis mon cueur faire taire,

+

Pour la doleur dont il est plains;

+

Helas! vueillez penser au meins

+

Aux services qu'il vous a fais,

+

Je vous en pry à jointes mains,

+

Car il en est temps, ou jamais.

+
+

Monstrez qu'en avez souvenance,

+

En lui donnant aucun secours,

+

Faisant semblant qu'avez plaisance

+

Plus à son bien, qu'à ses doulours;

+

Ou me dictes, pour Dieu, Amours,

+

Se le lairrez en cest estat,

+

Car d'ainsi demourer tousjours,

+

Cuidez vous que ce soit esbat?

+
+

Nennil, car Dangier qui desire

+

De le mectre du tout à mort,

+

L'a mis, pour plustost le destruire,

+

En la prison de Desconfort;

+

Ne jamais ne sera d'accort

+

Qu'il en parte par son vouloir,

+

Combien que trop, et à grant tort,

+

Longtemps lui a fait mal avoir.

+
+

Et pour la tres mauvaise vie

+

Que lui fait souffrir ce villain,

+

Il est encheu en maladie,

+

Car de tout ce qui lui est sain,

+

A le rebours, j'en suy certain;

+

En ceste dolente prison,

+

Ne scay s'il passera demain,

+

Qu'il ne meure sans guerison.

+
+

Car il n'a que poires d'angoisse

+

Au matin, pour se desjeuner,

+

Qui tant le refroisdist et froisse,

+

Qu'il ne peut santé recouvrer;

+

D'eaue ne lui fault point donner,

+

Il en a de larmes assez;

+

Tant a de mal, à vray parler.

+

Que cent en seroient lassez.

+
+

Et n'a que le lit de pensée

+

Pour soy reposer et gesir;

+

Mais plaisance s'en est alée,

+

Qui plus ne le povoit souffrir,

+

A paine l'a peu retenir,

+

S'espoir ne feust jusques à cy;

+

N'a il donc raison, sans mentir?

+

S'il fait requeste de mercy.

+
+

Il porte le noir de tristesse,

+

Pour reconfort qu'il a perdu,

+

N'oncques hors des fers de destresse

+

N'est party, pour mal qu'il ait eu;

+

Touteffoiz vous avez bien sceu

+

Qu'à vous s'estoit du tout donné,

+

Quelque doleur qu'il ait receu,

+

Et vous l'avez abandonné!

+
+

Par m'ame, c'est donner courage

+

A chascun de voz serviteurs

+

De vous laisser, s'il estoit sage,

+

Et querir son party ailleurs;

+

Car tant qu'aurez telz gouverneurs,

+

Comme Dangier, le desloyal,

+

Vous n'aurez que plains et clameurs,

+

Car il ne fist oncques que mal,

+
+

A mon cueur le conseilleroye

+

Qu'il vous laissast; mais, par ma foy,

+

Ja consentir ne lui feroye,

+

Car tant de son vueil j'aperçoy,

+

Quelque doleur qu'il ait en soy,

+

Qu'il est vostre par devant tous;

+

Et, par mon serement, je le croy,

+

Qu'autre maistre n'aura que vous.

+
+

Or regardez, n'est ce merveille?

+

Qu'il vous aime si loyaument,

+

Quant toute doleur nompareille

+

A receu, sans allegement,

+

Et si le porte lyement,

+

Pensant que une foiz mieulx sera;

+

A vous s'en actent seulement,

+

Ne ja aultrement ne fera.

+
+

Si m'a chargié que vous requiere,

+

Comme pieca vous a requis,

+

Que vueilliez oir sa priere:

+

C'est qu'il soit hors de prison mis,

+

Et Dangier et les siens bannis,

+

Qui jamais ne vouldront son bien;

+

Ou au moins qu'aye saufconduis

+

Qu'ilz ne lui meffacent de rien.

+
+

Afin qu'il puist oir nouvelle

+

De celle dont il est servant,

+

Et souvent veoir sa beaulté belle;

+

Car d'autre rien n'est desirant

+

Que la servir, tout son vivant,

+

Comme la plus belle qui soit,

+

A qui Dieu doint de biens autant

+

Que son loyal cueur en vouldroit.

+
+
+
+

COMPLAINTE.

+
+

Ma seule Dame et ma maîtresse,

+

Où gist de tout mon bien l'espoir,

+

Et sans qui, plaisir, ne liesse,

+

Ne me pevent en riens valoir;

+

Pleust à Dieu que peussiez savoir

+

Le mal, l'ennuy et le courrous,

+

Qu'à toute heure me fault avoir

+

Pource que je suis loings de vous.

+
+

Helas! or ay je souvenance

+

Que je vous vy derrainement

+

A si tres joyeuse plaisance,

+

Qu'il me sembloit certainement

+

Que jamais ennuyeux tourment

+

Ne devoit pres de moi venir,

+

Mais je trouvay bien autrement,

+

Quant me fallut de vous partir.

+
+

Car, quant ce vint au congié prandre,

+

Je ne savoye, pour le mieulx,

+

Auquel me valoit plus entendre,

+

Ou à mon cueur, ou à mes yeulx;

+

Car je trouvay, ainsi m'aid' Dieux,

+

Mon cueur courroucié si tres fort

+

Qu'oncques ne le vy, en nulz lieux.

+

Si eslongné de reconfort.

+
+

Et d'autre part, mes yeulx estoient

+

En ung tel vouloir de pleurer

+

Qu'à peine tenir s'en povoient,

+

N'ilz n'osoient riens regarder;

+

Car, par ung seul semblant monstrer

+

En riens d'en estre desplaisans,

+

C'eust esté pour faire parler

+

Les jalous et les mesdisans.

+
+

Et de la grant paour que j'avoye

+

Que leur dueil si ne feust congneu,

+

Auquel entendre ne savoye;

+

Oncques si esbahy ne fu,

+

Si dolent, ne si esperdu;

+

Car, par Dieu, j'eusse mieulx amé,

+

Avant que l'en l'eust apperecu,

+

N'avoir jamais jour esté né.

+
+

Car, se par ma folle maniere,

+

J'eusse monstré, ou par semblant

+

Venant de voulenté legiere,

+

L'amour dont je vous ayme tant,

+

Par quoy eussiez eu, tant ne quant,

+

De blasme, ne de deshonneur;

+

Je scay bien que tout mon vivant,

+

Je fusse langui en doleur.

+
+

En ce point, et encore pire,

+

Alors de vous je me party,

+

Sans avoir loisir de vous dire

+

Les maulx dont j'estoye party:

+

Touteffoiz, Belle, je vous dy

+

Qu'il vous pleust de vouloir penser

+

Que je vous avoye servi,

+

Et serviroye sans cesser.

+
+

Tant comme dureroit ma vie,

+

Et, quant de mort seroye pris,

+

De m'ame seriez servie,

+

Priant pour vous en Paradis,

+

S'il en estoit en son devis;

+

Et mes biens, mon cueur et mon corps,

+

Je les vous ay du tout soubzmis;

+

Mais ca esté de leurs accors.

+
+

Car il n'est nulle que je clame,

+

Ne qui se puist nommer, de vray,

+

Ma seule souveraine Dame,

+

Fors que vous, à qui me donnay

+

Le premier jour que regarday

+

Vostre belle plaisant beaulté,

+

De qui vray serviteur mourray,

+

En gardant tousjours loyaulté.

+
+

Or vueilliez donc avoir pensée,

+

Puisque lors j'avoye tel dueil,

+

Belle tres loyaument amée,

+

Qu'encore plus grant le recueil,

+

Maintenant que, contre mon vueil,

+

Me fault estre de vous loingtains,

+

Et que veoir ne puis à l'ueil

+

Voz belles, blanches, doulces mains,

+
+

Et vostre beaulté nompareille,

+

Que veoye si voulentiers,

+

Plaine de doulceur à merveille,

+

Dont tous voz faiz sont si entiers,

+

Qu'ilz ont esté les messaigiers

+

De me tollir, et pres, et loing,

+

Mes vouloirs et mes desiriers;

+

Ainsi m'aid' Dieu à mon besoing.

+
+

Si vous supply, tres bonne et belle,

+

Qu'ayez souvenance de moy;

+

Car, à tousjours, vous serez celle

+

Que serviray comme je doy;

+

Je le vous prometz par ma foy,

+

Dutout à vous me suis donné;

+

Se Dieu plaist, je feray pourquoy

+

J'en seray tres bien guerdonné.

+
+
+
+

COMPLAINTE.

+
+

L'autrier en ung lieu me trouvay,

+

Triste, pensif et doloreux,

+

Tout mon fait, bien au long, comptay

+

Au hault Prince des amoureux,

+

Lequel m'a esté rigoreux,

+

Ou temps que mon cueur le servoit;

+

Et, ainsi qu'il me respondoit,

+

Souvenir, qui fut au plus pres,

+

Ses ditz et les miens escripvoit

+

En la maniere cy apres:

+
+

L'AMANT.

+
+

Helas! Amours, de vous me plains;

+

Mais les griefz maulx le me font faire,

+

Dont mon cueur et moy sommes plains,

+

Car trop estes de dur afaire;

+

S'un peu me fussiez debonnaire,

+

Espoir, que j'ay du tout perdu,

+

Si me seroit tantost rendu;

+

Mais pas n'avez tel vostre vueil,

+

Aincois, par vous m'est deffendu

+

Plaisant desir et bel acueil.

+
+

AMOURS.

+
+

Amours respond: A trop grand tort

+

Vous complaignez, et sans raison,

+

Car, envers chascun, Reconfort

+

N'est pas tousjours en sa saison;

+

Et, si savez qu'en ma maison,

+

Une coustume se maintient,

+

C'est assavoir que qui se tient

+

Pour serviteur de mon hostel,

+

Mainteffoiz souffrir lui convient;

+

L'usaige de mes gens est tel.

+
+

L'AMANT.

+
+

Certes, Sire, vous dictes vray;

+

Mais l'ordonnance riens ne vault,

+

Parler en puis, car bien le scay,

+

Et ay dancié à ce court sault;

+

Parquoy je congnois le deffault

+

De doulx plaisir que l'en y a;

+

Car, quant mon cueur vous depria

+

Secours, il lui fust escondit,

+

Adoncques, de dueil regnya

+

Vostre povoir, et s'en partit.

+
+

AMOURS.

+
+

Dea! beaulx amis, se dit Amours,

+

Celui qui a servir se met,

+

S'il veult avoir tantost secours,

+

Et le guerdon qu'on lui promet,

+

Ou autrement, il se desmet

+

Du service qu'il a empris;

+

De Loyaulté seroit repris,

+

Quand je tendray mon jugement,

+

Et si perdroit tous los et pris,

+

Sans jamais nul recouvrement.

+
+

L'AMANT.

+
+

Voire, Sire doit on servir

+

Sans prouffit, ou guerdon avoir?

+

Nennil, ung cueur devroit mourir,

+

Puisqu'il a fait loyal devoir,

+

Entierement à son povoir,

+

Et qu'il lui fault querir son pain;

+

A vous, qui estes souverain,

+

En est le plus de deshonneur,

+

Veu que, par faulte, meurt de fain

+

Vostre bon loyal serviteur.

+
+

AMOURS.

+
+

Qu'on meure de fain ne vueil pas,

+

Mais le trop haste s'echaulda,

+

Il convient aler pas à pas;

+

Et puis apres on congnoistra,

+

Qui mieulx son devoir fait aura,

+

Alors doit estre guerdonné.

+

Je suis assez abandonné,

+

A grant largesse, de mes biens;

+

Mais quant j'ay mainteffoiz donné

+

A plusieurs, semble qu'ilz n'ont riens.

+
+

L'AMANT.

+
+

De ceulx ne suis, quant est à moy,

+

Sur ce, je respons à briefz motz:

+

Je vous asseure, par ma foy,

+

Oncques ne fuz en ce propos,

+

J'ay tousjours porté sur mon dos,

+

Paine, travail à grant planté,

+

Ne nulle chose n'ay hanté,

+

Dont on dye qu'aye failly,

+

Combien qu'en dueil m'aiez planté,

+

Comme faint seigneur et amy.

+
+

AMOURS.

+
+

Estre mon maistre vous voulez,

+

Par vostre parler ce me semble,

+

Et grandement vous me foulez;

+

Mais l'estrif de nous deux ensemble,

+

Comme en peust cognoistre, ressemble

+

Au desbat du verre et du pot;

+

Fain avez qu'on vous tiengne à sot;

+

Devant Raison soit assigné,

+

Se j'ay tort, paier vueil l'escot,

+

Quand le desbat sera finé.

+
+

L'AMANT.

+
+

Il fault que le plus foible doncques

+

Soit tousjours gecté soubz le pié,

+

Ne je ne vy autrement oncques,

+

Rendre se fault, qui n'a traictié.

+

J'ay congneu, où j'ay peu gaingnié,

+

Vostre court, à mont et à val,

+

Et, soit à pié, ou à cheval,

+

On n'y scet trouver droit chemin;

+

Quoiqu'on y trouve bien, ou mal,

+

Il fault tout partir à butin.

+
+

AMOURS.

+
+

Pour le present, plus n'en parlons;

+

Puisque j'ay puissance sur tous,

+

Quelque chose que debatons,

+

A mon plaisir feray de vous;

+

Ne me chault de vostre courrous,

+

Ne de chose que l'en me dye,

+

Se je vous ay fait courtoisie,

+

Se vous voulez, prenez l'en gré;

+

Car le premier vous n'estes mie

+

Qu'ay courcié en plus grant degré.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Ce May qu'amours pas ne sommeille,

+

Mais fait amans esliesser,

+

De riens ne me doy soussier,

+

Car pas n'ay la pusse en l'oreille;

+

Ce n'est mie doncques merveille

+

Se je vueil joye demener,

+

Ce May, etc.

+

Mais fait, etc.

+
+

Quant je me dors, point ne m'esveille,

+

Pour ce que n'ay à quoy penser,

+

Sy ay vouloir de demourer

+

En ceste vie nompareille.

+

Ce May, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Tiengne soy d'amer qui pourra,

+

Plus ne m'en pourroye tenir,

+

Amoureux me fault devenir,

+

Je ne scay qu'il m'en avendra;

+

Combien que j'ay oy, pieca,

+

Qu'en amours fault mains maulx souffrir.

+

Tiengne soy, etc.

+

Plus ne, etc.

+
+

Mon cueur devant yer accointa

+

Beaulté qui tant le scet chierir,

+

Que d'elle ne veult departir;

+

C'est fait, il est sien et sera.

+

Tiengne soy d'amer, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Quelque chose que je die

+

D'Amour, ne de son povoir,

+

Touteffoiz, pour dire voir,

+

J'ay une Dame choisie,

+

La mieulx en bien acomplie

+

Que l'en puist jamais veoir.

+

Quelque chose, etc.

+

D'amour, ne, etc.

+
+

Mais à elle ne puis mie

+

Parler, selon mon vouloir,

+

Combien que, sans decevoir,

+

Je suis sien toute ma vie.

+

Quelque chose, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

N'est elle de tous biens garnie?

+

Celle que j'ayme loyaument;

+

Il m'est advis, par mon serement,

+

Que sa pareille n'a en vie.

+

Qu'en dites vous? je vous en prie,

+

Que vous en semble vrayement?

+

N'est elle, etc.

+

Celle que, etc.

+
+

Soit qu'elle dance, chante ou rie,

+

Ou face quelque esbatement;

+

Faictes en loyal jugement,

+

Sans faveur ou sans flatterie.

+

N'est elle, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Quant j'ay nompareille maistresse

+

Qui a mon cueur entierement,

+

Tenir me vueil joyeusement,

+

En servant sa gente jeunesse.

+

Car certes je suis en l'adresse

+

D'avoir de tous biens largement,

+

Quant j'ay, etc.

+

Qui a mon, etc.

+
+

Or en ayent dueil ou tristesse

+

Envieux, sans allegement;

+

Il ne m'en chault, par mon serement,

+

Car leur desplaisir m'est liesse,

+

Quant j'ay, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Dieu, qu'il l'a fait bon regarder!

+

La gracieuse, bonne et belle;

+

Pour les grans biens qui sont en elle,

+

Chascun est prest de la louer.

+

Qui se pourroit d'elle lasser?

+

Tousjours sa beaulté renouvelle.

+

Dieu qu'il, etc.

+

La gracieuse, etc.

+
+

Par deca, ne dela la mer,

+

Ne scay Dame, ne Damoiselle

+

Qui soit en tous biens parfais, telle;

+

C'est ung songe que d'y penser.

+

Dieu qu'il, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Par Dieu, mon plaisant bien joyeux,

+

Mon cueur est si plain de leesse,

+

Quant je voy la doulce jeunesse

+

De vostre gent corps gracieux,

+

Pour le regart de voz beaux yeulx

+

Qui me met hors de tristesse.

+

Par Dieu, etc.

+

Mon cueur, etc.

+
+

Combien que parler envieux

+

Souventeffoiz moult fort me blesse,

+

Mais ne vous chaille, ma maistresse,

+

Je n'en feray pourtant que mieulx.

+

Par Dieu, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Que me conseilliez vous, mon cueur,

+

Irai je par devers la belle?

+

Lui dire la paine mortelle

+

Que souffrez pour elle en doleur.

+

Pour vostre bien et son honneur,

+

C'est droit que vostre conseil celle.

+

Que me, etc.

+

Irai je, etc.

+
+

Si plaine la scay de doulceur,

+

Que trouveray mercy en elle,

+

Tost en aurez bonne nouvelle,

+

Cy vois n'est ce pour le meilleur.

+

Que me, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Ou regard de voz beaulx, doulx yeulx,

+

Dont loing suis par les envieux,

+

Me souhaide si tres souvent,

+

Que mon penser est seulement

+

En vostre gent corps gracieux.

+

Savez pourquoy, mon bien joyeulx,

+

Celle du monde qu'ayme mieulx

+

De loyal cueur, sans changement?

+

Ou regart, etc.

+

Dont loing, etc.

+

Me souhaide, etc.

+
+

Pour ce que vers moy en tous lieux

+

J'ay trouvé plaisir ennuieux,

+

Trop fort puis le departement

+

Que de vous fis derrainnement,

+

A regret merencolieux.

+

Ou regart, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Qui la regarde de mes yeulx,

+

Ma Dame, ma seule maistresse,

+

En elle voit, à grant largesse,

+

Plaisirs croissans de bien en mieulx.

+

Son parler et maintien sont tieulx

+

Qu'ilz mectent un cueur en liesse.

+

Qui la regarde, etc.

+

Ma Dame, etc.

+
+

Tous la suient, jeunes et vieulx,

+

Dieu scet qu'elle n'est pas sans presse;

+

Chascun dit: C'est une deesse

+

Qui est descendue des cieulx.

+

Qui la regarde, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Ce mois de May, nompareille Princesse,

+

Le seul plaisir de mon joyeulx espoir,

+

Mon cueur avez, et quanque puis avoir,

+

Ordonnez en comme dame et maistresse.

+

Pour ce, requier vostre doulce jeunesse

+

Qu'en gré vueille mon present recevoir.

+

Ce mois, etc.

+

Le seul, etc.

+
+

Et vous supply, pour me tollir tristesse,

+

Tres humblement, et de tout mon povoir,

+

Qu'à m'esmayer ayez vostre vouloir,

+

D'un reconfort bien garny de liesse.

+

Ce mois, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Commandez vostre bon vouloir

+

A vostre tres humble servant,

+

Il vous sera obeissant

+

D'entier cueur, et loyal povoir.

+

Prest est de faire son devoir,

+

Ne l'espargnez ne tant, ne quant.

+

Commandez, etc.

+

A vostre, etc.

+
+

Mectez le tout à nonchaloir,

+

Sans lui estre jamais aydant.

+

S'en riens le trouvez refusant,

+

Essayez se je vous dy voir.

+

Commandez, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Espoir, confort des maleureux,

+

Tu m'estourdis trop les oreilles

+

De tes promesses nompareilles,

+

Dont trompes les cueurs doloreux,

+

En amusant les amoureux,

+

Et faisant baster aux corneilles.

+

Espoir, confort, etc.

+

Tu m'estourdis, etc.

+
+

Ne soies plus si rigoreux,

+

Mieux vault qu'à raison te conseilles,

+

Car chascun se donne merveilles,

+

Que n'as pitié des langoreux.

+

Espoir, confort, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Belle, se c'est vostre plaisir

+

De me vouloir tant enrichir

+

De reconfort et de liesse,

+

Je vous requier, comme maistresse,

+

Ne me laissiez dutout mourir;

+

Car je n'ay vouloir, ne desir,

+

Fors de vous loyaument servir,

+

Sans espargnier dueil, ne tristesse.

+

Belle, etc.

+

De me, etc.

+

De reconfort, etc.

+
+

Et s'il vous plaist à l'accomplir,

+

Vueilliez tant seulement bannir

+

D'avec vostre doulce jeunesse,

+

Dolent refus qui trop me blesse,

+

Dont bien vous me povez guerir,

+

Belle, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Paix ou tresves, je requier desplaisance;

+

S'en toy ne tient, pas ne tendra à moy,

+

Que ne soyons desormais en requoy;

+

Accordons nous, chargons en Esperance.

+

Que gaignes tu à me faire grevence?

+

Assez me metz en devoir sur ma foy.

+

Paix ou tresves, etc.

+

S'en toy ne tient, etc.

+
+

Ou combatons tellement à oultrance

+

Que l'un die: Je me rens ou ren toy;

+

Mieulx estre mort je vueil, s'estre le doy,

+

Qu'ainsi languir, d'offrir premier m'avance.

+

Paix ou tresves, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Rafreschissez le chastel de mon cueur

+

D'aucuns vivres de joyeuse plaisance,

+

Car faulx Dangier, avec son aliance,

+

L'a assiegé tout entour de doleur.

+

Se ne voulez le siege sans longueur

+

Tantost lever, ou rompre par puissance,

+

Rafreschissez, etc.

+

D'aucuns, etc.

+
+

Ne souffrez pas que Dangier soit seigneur,

+

En conquestant soubz son obeissance

+

Ce que tenez en vostre gouvernance;

+

Avancez vous, et gardez vostre honneur.

+

Rafreschissez, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Se je fois loyalle requeste,

+

Soing et Soucy, et bon vous semble,

+

Pour Dieu, accordons nous ensemble;

+

Qui tort a soit mis en enqueste.

+

Quant vous, ne moy bien n'y aqueste,

+

Pour jugier droit conseil asemble.

+

Se je fois, etc.

+

Soing et Soussy, etc.

+
+

Je ne requier aultre conqueste

+

Que d'Espoir qui larron ressemble,

+

Et sans cause de mon cueur s'emble,

+

Dieu me secoure en cette queste!

+

Se je fois, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Se ma doleur vous savies,

+

Mon seul joyeux pensement,

+

Je scay bien certainement

+

Que mercy de moy auries.

+

Du tout refus banniries,

+

Qui me tient en ce tourment.

+

Se ma, etc.

+

Mon seul, etc.


+

Et le don me donneries,

+

Que vous ay requis souvent,

+

Pour avoir allegement;

+

Ja ne m'en escondiries,

+

Se ma, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Ne hurtez plus à l'uis de ma pensée,

+

Soing et Soucy, sans tant vous traveiller,

+

Car elle dort, et ne veult s'esveiller,

+

Toute la nuit en paine a despensée.

+

En dangier est, s'elle n'est bien pensée,

+

Cessez, cessez, laissez la sommeiller.

+

Ne hurtez plus, etc.

+

Soing et soussy, etc.

+
+

Pour la guerir Bon espoir a pensée

+

Medicine qu'a fait appareiller;

+

Lever ne peut son chief de l'oreiller,

+

Tant qu'en repos se soit recompensée.

+

Ne hurtez plus, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Ma seule, plaisant, doulce joye,

+

La maistresse de mon vouloir,

+

J'ay tel desir de vous veoir,

+

Que mander ne le vous sauroye.

+

Helas! pensez que ne pourroye

+

Aucun bien, sans vous, recevoir.

+

Ma seule, etc.

+

La maistresse, etc.

+
+

Car, quant desplaisir me guerroye

+

Souventeffoiz, de son povoir,

+

Et je vueil reconfort avoir,

+

Esperance vers vous m'envoye.

+

Ma seule, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

L'un ou l'autre desconfira

+

De mon cueur et merencolie;

+

Auquel que fortune s'alye,

+

L'autre je me rens lui dira.

+

D'estre juge me suffira,

+

Pour mectre fin en leur folye.

+

L'un ou l'autre, etc.

+

De mon cueur, etc.

+
+

Dieu scet comment mon cueur rira,

+

Se gangne, menant chiere lye,

+

Contre ceste saison jolye,

+

On verra comment en yra.

+

L'un ou l'autre, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Je ne vueil plus riens que la mort,

+

Pource que yoy que reconfort

+

Ne peut mon cueur eslyesser;

+

Au moins me pourray je vanter

+

Que je souffre doleur à tort.

+

Car puisque n'ay d'Espoir le port,

+

D'Amours ne puis souffrir l'effort.

+

Ne doy je donc joye laisser?

+

Je ne, etc,

+

Pource que, etc.

+

Ne peut, etc.

+
+

Au Dieu d'amours je m'en rapport

+

Qu'en peine suis bouté si fort,

+

Que povoir n'ay plus d'endurer,

+

S'en ce point me fault demourer;

+

Quant est de moy, je m'y accort.

+

Je ne, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Qui? quoy? comment? à qui? pourquoi?

+

Passez, presens, ou avenir,

+

Quant me viennent en souvenir,

+

Mon cueur en penser n'est pas coy.

+

Au fort, plus avant que ne doy,

+

Jamais je ne pense en guerir.

+

Qui? quoy? etc.

+

Passez, etc.

+
+

On s'en peut rapporter à moy

+

Qui de vivre ay eu beau loisir,

+

Pour bien aprendre et retenir,

+

Assez ay congneu, je m'en croy.

+

Qui? quoy? etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Belle que je cheris et crains,

+

En cest estat suis ordonné,

+

Que Dangier m'a emprisonné

+

De vostre grant beaulté loingtains;

+

N'il ne m'a de tous biens mondains

+

Qu'un souvenir abandonné.

+

Belle que je, etc.

+

En cest estat, etc.

+
+

Mais de nulle riens ne me plains,

+

Fors qu'il ne m'a tost raenconné;

+

Car bien lui seroit guerdonné,

+

Si j'estoye hors de ses mains.

+

Belle que je, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Je prens en mes mains voz debas

+

Desormais, mon cueur et mes yeulx,

+

Se longuement vous seuffre tieulx,

+

Moy mesmes de mon tour m'abas.

+

Pour vostre prouffit me combas,

+

Le desirant de bien en mieulx.

+

Je prens en, etc.

+

Desormais, etc.

+
+

Quant voz desirs souvent rabas

+

Desordonnez, en aulcuns lieux,

+

Mon devoir fais, ainsi m'aid' Dieux.

+

Passons temps en plus beaulx esbas.

+

Je prens en, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Ma Dame, tant qu'il vous plaira

+

De me faire mal endurer,

+

Mon cueur est prest de le porter,

+

Jamais ne le refusera.

+

En espérant qu'il guerira,

+

En cest estat veult demourer.

+

Ma Dame, etc.

+

De me, etc.

+
+

Une fois pitié vous prendra,

+

Quant seulement vouldrez penser,

+

Que c'est pour loyaument amer

+

Vostre beaulté qu'il servira

+

Ma Dame, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Mon cueur se combat à mon ueil,

+

Jamais ne les trouve d'accort;

+

Le cueur dit que l'ueil fait rapport

+

Que tousjours lui accroist son dueil.

+

La verité savoir j'en vueil,

+

Que semble il qui ait le tort?

+

Mon cueur, etc.

+

Jamais ne les, etc.

+
+

Se je trouve que Bel acueil

+

Ait gecté entre eulx aucun sort,

+

Je la condampneray à mort;

+

Doy je souffrir un tel orgueil?

+

Mon cueur, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

De la regarder vous gardez

+

La belle que sers ligement,

+

Car vous perdrez soudainement

+

Vostre cueur, se la regardez;

+

Se donner ne le lui voulez

+

Clignez les yeulx hastivement,

+

De la regarder, etc.

+

La belle que, etc.

+
+

Les biens que Dieu lui a donnez,

+

Emblent un cueur subtilement;

+

Sur ce, prenez avisement,

+

Quant devant elle vous vendrez.

+

De la regarder, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Tant que Pasques soient passées,

+

Se nous avons riens trespassé.

+

Prions mercy du tems passé,

+

Et pour les ames trespassées.

+

Chascun pas à pas ses passées

+

Face, avant que soit trespassé.

+

Tant que, etc.

+

Se nous, etc.

+
+

Foleur a fait grandes passées,

+

Mains cueurs ont tout oultre passé;

+

Pour ce, par nous soit compassé

+

D'eschever faultes compassées.

+

Tant que, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Puisque je ne puis eschapper

+

De vous, courroux, dueil et tristesse,

+

Il me convient suir l'adresse

+

Telle que me vouldrez donner.

+

Povoir n'ay pas de l'amender,

+

Car douleur est de moy maistresse.

+

Puisque je ne, etc.

+

De vous, etc.

+
+

Si manderay par ung penser

+

A mon las cueur vuit de liesse,

+

Qu'il prengne en gré sa grant destresse,

+

Car il lui fault tout endurer.

+

Puisque je ne, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Sans ce, le demourant n'est rien;

+

Qu'esse? je le vous ay à dire,

+

N'enquerez plus, il doit suffire,

+

C'est conseil que tres segret tien.

+

Pourtant n'y entendez que bien,

+

Autrement je ne le desire.

+

Sans ce, etc.

+

Qu'esse? etc.

+
+

S'ainsi m'esbas ou penser mien,

+

Et mainte chose faiz escripre

+

En mon cueur, pour le faire rire;

+

Tout ung est mon fait, et le sien.

+

Sans ce, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

C'est fait, il n'en fault plus parler,

+

Mon cueur s'est de moy departy;

+

Pour tenir l'amoureux party,

+

Il m'a voulu abandonner.

+

Riens ne vault m'en desconforter,

+

Ne d'estre dolent ou marry.

+

C'est fait, etc.

+

Mon cueur, etc.

+
+

De moy ne se fait que mocquer;

+

Quant piteusement je lui dy,

+

Que je ne puis vivre sans luy,

+

A paine me veult escouter.

+

C'est fait, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Assez pourveu, pour de cy à grant piece,

+

Et plus qu'assez, de penser et anuy,

+

Je me treuve sans congnoistre nulluy.

+

Qui se vente d'en avoir telle piece.

+

Fortune dit, qui tout mon fait despiece,

+

Que j'endure comme maint aujourduy.

+

Assez pourveu, etc.

+

Et plus qu'assez, etc.

+
+

Pourquoy souvent je mets soubz mon pié ce,

+

Prenant confort d'espoir, comme celluy

+

Qui me fye parfaitement en luy,

+

Ainsi remains qui le croiroit en piece.

+

Assez pourveu, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Puisqu'Amour veult que banny soye

+

De son hostel, sans revenir,

+

Je voy bien qu'il m'en fault partir,

+

Effacé du livre de Joye.

+

Plus demourer je n'y pourroye,

+

Car pas ne doy ce mois servir.

+

Puisqu'Amour, etc.

+

De son hostel, etc.

+
+

De Confort ay perdu la voye,

+

Et ne me veult on plus ouvrir

+

La barriere de Doulx plaisir,

+

Par desespoir qui me guerroye.

+

Puisqu'Amour, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Ca, venez avant, Esperance,

+

Or y perra que respondrez,

+

Et comment vous vous deffendrez;

+

On se plaint de vous à oultrance.

+

L'un dit que promectez de loing,

+

Et qu'en estes bonne maistresse,

+

L'aultre que faillez au besoing,

+

En ne tenant gueres promesse.

+

Quoique tardez, c'est la fiance

+

Qu'aux faiz de chascun entendrez

+

Et au derrain guerdon rendrez;

+

Dy je bien, ou se trop m'avance?

+

Ca, venez, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Pour le don que m'avez donné,

+

Dont tres grant gré vous doy savoir,

+

J'ay congneu vostre bon vouloir,

+

Qui vous sera bien guerdonné.

+

Raison l'a ainsi ordonné,

+

Bienfait doit plaisir recevoir.

+

Pour le don, etc.

+

Dont tres, etc.

+
+

Mon cueur se tient emprisonné,

+

Et obligé, pour dire voir,

+

Jusqu'à tant qu'ait fait son devoir

+

Vers vous, et se soit raenconné,

+

Pour le don, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Mon cueur, estouppe tes oreilles,

+

Pour le vent de Merencolie;

+

S'il y entre, ne doubte mye,

+

Il est dangereux à merveilles;

+

Soit que tu dormes ou tu veilles,

+

Fays ainsi que dy, je t'en prie.

+

Mon cueur, etc.

+

Pour le vent, etc.

+
+

Il cause doleurs nompareilles,

+

Dont s'engendre la maladie

+

Qui n'est pas de legier guerie;

+

Croy moy, s'à raison te conseilles.

+

Mon cueur, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Se j'eusse ma part de tous biens,

+

Autant que j'ay de loyaulté,

+

J'en auroye si grant planté

+

Qu'il ne me fauldroit jamais riens.

+

Et si gaingneroye des miens,

+

Ma Dame, vostre voulenté.

+

Se j'eusse, etc.

+

Autant que, etc.

+
+

Car pour asseuré je me tiens

+

Que vostre tres plaisant beaulté,

+

De s'amour me feroit rente,

+

Maugré Dangier et tous les siens.

+

Se j'eusse, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

(Philippe de Boulainvilliers.)

+
+

Hola, hola, souspir, on vous hoit bien,

+

Vous vous cuidez embler trop coyement,

+

Contrefaisant ung peu le cayement;

+

Grant fain avez qu'on vous die tien,

+

Vous ne querez que d'ung cueur le soustien,

+

C'est de tieulx gens tousjours l'esbatement.

+

Hola, hola, etc.

+

Vous vous, etc.

+
+

Trop vous hastez, de vray, comme je tien,

+

Car l'on congnoist vostre fait clerement,

+

Une autreffoiz faictes plus saigement,

+

Car maintenant vous n'y gangnerez rien.

+

Hola, hola, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Pour les grans biens de vostre renommée,

+

Dont j'oy parler à vostre grant honneur,

+

Je desire que vous ayez mon cueur,

+

Comme de moy, tres loyaument amée.

+

Tresoriere, je vous voy ordonnée

+

A le garder en plaisance et doulceur.

+

Pour les, etc.

+

Dont j'oy, etc.

+
+

Recevez le, s'il vous plaist, et agrée,

+

Du mien ne puis vous donner don meilleur;

+

C'est mon vaillant, c'est mon tresor greigneur,

+

A vous l'offre de loyalle pensée.

+

Pour les, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

(Gilles des Ourmes.)

+
+

Hola, hola, souspir, on vous oyt bien,

+

C'est à ung sourt à qui il le fault faire,

+

Retrayez vous, et pensez de vous taire,

+

Car Dangier oit si cler qu'il n'y fault rien;

+

Se d'aventure il vous oyt, je vous tien

+

Pour rué jus, car c'est vostre adversaire.

+

Hola, hola, etc.

+

C'est à ung, etc.

+
+

Ne saillez plus, actendez aucun bien,

+

Vous voulez vous, de vous mesmes deffaire?

+

Prenez conseil, quant c'est pour vostre affaire,

+

Et pour le mieulx, croyez sans plus le mien.

+

Hola, hola, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

En songe, souhaid et pensée

+

Vous voy chascun jour de sepmaine,

+

Combien qu'estes de moy loingtaine,

+

Belle, tres loyaument amée,

+

Pour ce qu'estes la mieulx parée

+

De toute plaisance mondaine.

+

En songe, etc.

+

Vous voy, etc.

+
+

Dutout vous ay m'amour donnée,

+

Vous en povez estre certaine,

+

Ma seule Dame, souveraine,

+

De mon las cueur moult desirée.

+

En songe, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Aidez ce povre cayement

+

Souspir, je le vous recommande;

+

De vous, quant ausmone demande,

+

Ne se parte meschantement.

+

Son cas monstre piteusement,

+

Il semble que la mort actende.

+

Aidez ce povre, etc.

+

Souspir, je le, etc.

+
+

Donnez lui assez largement,

+

Qu'il ne meure, Dieu l'en deffende,

+

Affin que n'en faictes amende,

+

Au jour d'amoureux jugement.

+

Aidez, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

De leal cueur, content de joye,

+

Ma maistresse, mon seul desir,

+

Plus qu'oncques vous vueil servir,

+

En quelque place que je soye;

+

Tout prest en ce que je pourroye,

+

Pour vostre vouloir acomplir.

+

De leal, etc.

+

Ma maistresse, etc.

+
+

En desirant que je vous voye,

+

A vostre honneur, et mon plaisir

+

Qui seroit briefment, sans mentir,

+

S'il fust ce que souhaideroye.

+

De leal, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

En faulte du logeis de Joye,

+

L'ostellerie de Pensée

+

M'est par les fourriers ordonnée,

+

Ne scay combien fault que je y soye.

+

Autre part ne me bouteroye,

+

Content m'en tien, et bien m'agrée.

+

En faulte, etc.

+

L'ostellerie, etc.

+
+

Je parle tout bas, qu'on ne l'oye,

+

Pensant de veoir, quelque année,

+

Quelle sera ma destinée,

+

Et en quel lieu demeurer doye.

+

En faulte, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Se mon propos vient à contraire,

+

Certes, je l'ay bien desservy,

+

Car je congnois que j'ay failly

+

Envers ce que devoye plaire.

+

Mais j'espoire que debonnaire

+

Trouveray sa grace et mercy.

+

Se mon, etc.

+

Certes, etc.

+
+

Je vueil endurer et me taire,

+

Quant cause suy de mon soucy;

+

Las! je me sens en tel party

+

Que je ne scay que pourray faire.

+

Se mon, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Et bien, de par Dieu, Esperance,

+

Esse doncques vostre plaisir?

+

Me voulez vous ainsi tenir

+

Hors, et ens toujours en balance?

+

Ung jour j'ay vostre bienveillance,

+

L'autre ne la scay où querir.

+

Et bien, etc.

+

Esse doncques, etc.

+
+

Au fort, puisque suis en la dance,

+

Bon gré maugré, m'y fault fournir,

+

Et n'y scay de quel pié saillir,

+

Je reculle, puis je m'avance.

+

Et bien, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Par le pourchas du regart de mes yeulx,

+

En vous servant, ma tres belle maistresse,

+

J'ay essayé qu'est plaisir et tristesse,

+

Dont j'ay trouvé maint penser ennuyeux.

+

Mais de cellui que j'amoye le mieulx,

+

N'ay peu avoir qu'à petite largesse.

+

Par le pourchas, etc.

+

En vous, etc.

+
+

Car pour ung jour qui m'a esté joyeux,

+

J'ay eu trois moys la fievre de destresse;

+

Mais Bon espoir m'a guery de liesse,

+

Qui m'a promis de ses biens gracieux.

+

Par le pourchas, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Armez vous de joyeux confort,

+

Je vous en pry, mon povre cueur,

+

Que destresse, par sa rigueur,

+

Ne vous navre jusqu'à la mort;

+

Vous couvrant d'ung pavaiz, au fort,

+

Tant qu'aurez passé sa chaleur,

+

Armez vous, etc.

+

Je vous, etc.

+
+

Faictes bon guet, tant qu'elle dort;

+

Espoir dit qu'il sera seigneur,

+

Et fera vostre fait meilleur,

+

Contre Dangier qui vous fait tort.

+

Armez vous, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Pour vous monstrer que point ne vous oublie,

+

Comme vostre que suis où que je soye,

+

Presentement ma chancon vous envoye.

+

Or la prenez en gré, je vous en prie.

+

En passant temps, plain de merencolie,

+

L'autrier la fis ainsi que je pensoye;

+

Pour vous, etc.

+

Comme, etc.

+
+

Mon cueur tousjours si vous tient compaignie,

+

Dieu doint que brief vous puisse veoir à joye!

+

Et, en briefz motz, en ce que je pourroye,

+

A vous m'offre du tout à chiere lye.

+

Pour vous, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Tousjours dictes: Je vien, je vien;

+

Espoir! je vous congnois assez,

+

De voz promesses me lassez,

+

Dont peu à vous tenu me tien.

+

Se vous requier au besoin mien.

+

Legierement vous en passez.

+

Tousjours, etc.

+

Espoir, etc.

+
+

Vous ne vous acquictez pas bien

+

Vers moy, quant ung peu ne cassez

+

Les soussiz que j'ay amassez

+

En me contentant d'un beau rien.

+

Tousjours, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Loingtain de joyeuse sente,

+

Où l'en peut tous biens avoir.

+

Sans nul confort recevoir,

+

Mon cueur en tristesse s'ente.

+

Par quoy convient que je sente

+

Mains griefz maulx, pour dire voir.

+

Loingtain, etc.

+

Où l'en peut, etc..

+
+

En dueil a fait sa descente

+

De tous poins, sans s'en mouvoir;

+

Et s'il fault qu'à mon savoir

+

Maugré mien je m'y consente.

+

Loingtain, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Vivre et mourir soubz son dangier

+

Me veult faire Merencolie;

+

Jamais vers moy ne s'amolye,

+

Mais plaisir me faist estranger.

+

D'ainsi demourer, sans changer,

+

Se me seroit trop grant folie.

+

Vivre et, etc.

+

Me veult, etc.

+
+

Pour d'elle plus tost me venger,

+

Force m'est qu'à Confort m'alye,

+

Acompaigné de Chiere lye;

+

A le suir me vueil ranger.

+

Vivre et, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Je ne prise point telz baisiers

+

Qui sont donnez par contenance,

+

Ou par maniere d'accointance;

+

Trop de gens en sont parconniers.

+

On en peut avoir par milliers,

+

A bon marchié, grant habondance.

+

Je ne prise, etc.

+

Qui sont, etc.

+
+

Mais savez vous lesquelz sont chiers?

+

Les privez venans par plaisance;

+

Tous autres ne sont, sans doubtance,

+

Que pour festiers estrangiers,

+

Je ne prise, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Pourtant, s'avale soussiz mains,

+

Sans macher, en peine confiz;

+

Si ne seront ja desconfiz

+

Les pensées qui m'ont en leurs mains.

+

En ce propos seurement mains,

+

Qu'il vendront à aucuns prouffiz.

+

Pourtant, etc.

+

Sans macher, etc.

+
+

Travail mectray, et soirs, et mains,

+

Autant ou plus quanques je fiz,

+

S'a les achever ne souffiz,

+

D'en faire quelque chose au mains.

+

Pourtant, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Ma seule amour, ma joye et ma maistresse,

+

Puisqu'il me fault loing de vous demourer,

+

Je n'ay plus riens à me reconforter,

+

Qu'un souvenir pour retenir lyesse.

+

En allegant, par espoir, ma destresse,

+

Me conviendra le temps ainsi passer.

+

Ma seule, etc.

+

Puisqu'il, etc.

+
+

Car mon las cueur, bien garny de tristesse,

+

S'en est voulu avecques vous aler,

+

Ne je ne puis jamais le recouvrer,

+

Jusques verray vostre belle jeunesse.

+

Ma seule, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Trop entré en la haulte game,

+

Mon cueur, d'ut, ré, mi, fa, sol, la,

+

Fut ja pieca, quant l'afola

+

Le trait du regart de ma Dame.

+

Fors lui, on n'en doit blasmer ame,

+

Puisqu'ainsi fait comme fol l'a.

+

Trop entré, etc.

+

Mon cueur, etc.

+
+

Mieux l'eust valu estre soubz lame,

+

Car sotement s'en afola;

+

Si, lui dis je, mon cueur, hola!

+

Mais conte n'en tint, sur mon ame.

+

Trop entré, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Se desplaire ne vous doubtoye,

+

Voulentiers je vous embleroye

+

Ung doulx baisier priveement,

+

Et garderoye seurement

+

Dedens le tresor de ma joye.

+

Mais que Dangier soit hors de voye,

+

Et que sans presse je vous voye,

+

Belle que j'ayme loyaument.

+

Se desplaire, etc.

+

Voulentiers, etc.

+

Ung doulx, etc.

+
+

Jamais ne m'en confesseroye,

+

Ne pour larrecin le tendroye,

+

Mais grant aumosne vrayement;

+

Car à mon cueur joyeusement,

+

De par vous le presenteroye,

+

Se desplaire, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Pour nous contenter, vous et moy,

+

De bon cueur et entier povoir,

+

Ne s'espargne Leal vouloir;

+

Viengne avant sans se tenir quoy.

+

Commandez moy je ne scay quoy,

+

Vous verrez se feray devoir,

+

Pour nous, etc.

+

De bon cueur, etc.

+
+

Se faulx, par l'amoureuse loy

+

Mis en fossé de Nonchaloir,

+

Soye sans grace recevoir;

+

Baillez la main, prenez ma foy,

+

Pour nous, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Malade de mal ennuieux,

+

Faisant la peneuse sepmaine,

+

Vous envoye, ma souveraine,

+

Un souspir merencolieux.

+

Par lui saurez, mon bien joyeulx,

+

Comment desplaisir me demaine.

+

Malade, etc.

+

Faisant, etc.

+
+

Car aler ne pevent mes yeulx,

+

Vers la beaulté dont estes plaine,

+

Mais au fort, ma joye mondaine,

+

J'endureray pour avoir mieulx;

+

Malade, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Tousjours dictes: Actendez, actendez,

+

Pas ne payez vos reconfors contens,

+

Joyeulx espoir, dont maints sont malcontens,

+

Qui ne scevent comment vous l'entendez;

+

De Fortune, pour Dieu, l'arc destendez,

+

Ne souffrez plus qu'elle face contens.

+

Tousjours, etc.

+

Pas ne payez, etc.

+
+

Vostre grace tost sur moy estandez,

+

Vous congnoissez assez à quoy contens;

+

Plus ne perdray ung tel tresor com temps,

+

Ainsi que fait qui son eur met en dez.

+

Tousjours, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Prenez tost ce baisier, mon cueur,

+

Que ma maistresse vous presente,

+

La belle, bonne, jeune et gente,

+

Par sa tres grant grace, et doulceur;

+

Bon guet feray, sus mon honneur,

+

Afin que Dangier riens n'en sente.

+

Prenez tost, etc.

+

Que ma, etc.

+
+

Dangier toute nuit en labeur

+

A fait guet, or gist en sa tente;

+

Accomplissez brief vostre entente

+

Tant dis qu'il dort, c'est le meilleur.

+

Prenez tost, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Resjouissez plus ung peu ma pensée,

+

Leal espoir, et me donnez secours;

+

Tousjours fuyez, et apres vous je cours,

+

Où j'ay assez de paine despensée;

+

La verray je jamais recompensée?

+

Quelque office lui donnent en vos cours.

+

Resjouissez, etc.

+

Leal espoir, etc.

+
+

La penance soit par vous dispensée,

+

Car desormais mes temps deviennent cours;

+

Ne souffrez plus son plaisirs en decours,

+

Veu que vers vous n'a faulte pourpensée,

+

Resjouissez, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Comment vous puis je tant amer

+

Et mon cueur si tres fort hair?

+

Qu'il ne me chault de desplaisir

+

Qu'il puisse pour vous endurer.

+

Son mal m'est joyeux à porter,

+

Mais qu'il vous puisse bien servir.

+

Comment vous, etc.

+

Et mon cueur, etc.

+
+

Las! or ne deusse je penser

+

Qu'à le garder et chier tenir,

+

Et non pourtant, mon seul desir,

+

Pour vous le vueil abandonner.

+

Comment, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

M'amye Esperance,

+

Pourquoy ne s'avance

+

Joyeulx Reconfort?

+

Ay je droit ou tort,

+

S'en lui j'ay fiance?

+

Peu de desplaisance

+

Prent en ma grevance,

+

Il semble qu'il dort.

+

M'amye, etc.

+

Pourquoy, etc.

+

Joyeulx, etc.

+
+

Quoy qu'à lui je tence,

+

Pour sa bienvueillance

+

Acquerir; au fort,

+

Je suis bien d'accort

+

D'actendre allegance:

+

M'amye, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Dedens mon sein, pres de mon cueur

+

J'ay mussié ung privé baisier

+

Que j'ay emblé, maugré Dangier;

+

Dont il meurt en paine et langueur.

+

Mais ne me chault de sa douleur,

+

Et en deust il vif enragier,

+

Dedens mon, etc.

+

J'ay mussié, etc.

+
+

Se ma Dame, par sa doulceur,

+

Le veult souffrir, sans m'empeschier,

+

Je pense d'en plus pourchassier,

+

Et en feray tresor greigneur.

+

Dedens mon, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

D'Espoir, et que vous en diroye?

+

C'est ung beau bailleur de parolles,

+

Il ne parle qu'en parabolles,

+

Dont ung grant livre j'escriroye.

+

En le lisant, je me riroye,

+

Tant auroit de choses frivolles.

+

D'Espoir, etc.

+

C'est ung, etc.

+
+

Par tout ung an ne le liroye.

+

Ce ne sont que promesses folles,

+

Dont il tient chascun jour escolles;

+

Telles estudes n'esliroye.

+

D'Espoir, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

De vostre beaulté regarder,

+

Ma tres belle, gente maistresse,

+

Ce m'est certes tant de lyesse

+

Que ne le sauriez penser.

+

Je ne m'en pourroye lasser.

+

Car j'oublie toute tristesse.

+

De vostre, etc.

+

Ma tres belle, etc.

+
+

Mais, pour mesdisans destourber

+

De parler sus vostre jeunesse,

+

Il fault que souvent m'en delaisse,

+

Combien que ne m'en puis garder.

+

De vostre, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Passez oultre, decevant Vueil,

+

Où portez vous cest estendart

+

De plaisant, actrayant regart,

+

Soubz l'emprise de Bel acueil?

+

De ma maison n'entrez le sueil

+

Plus avant, tirez autre part.

+

Passez oultre, etc.

+

Où portez, etc.

+
+

Vous taschez à croistre mon dueil,

+

Et gens engigner par votre art;

+

A! a! maistre sebelin regnart,

+

On vous congnoist tout cler à l'ueil.

+

Passez oultre, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Trop estes vers moy endebtée,

+

Vous me devez plusieurs baisiers,

+

Je vouldroye moult voulentiers

+

Que la debte fust acquictée;

+

Quoyque vous soyez excusée

+

Que n'osez pour les faulx Dangiers.

+

Trop estes, etc.

+

Vous me, etc.

+
+

J'en ay bonne lectre scellée,

+

Paiez les, sans tenir si chiers;

+

Autrement, par les officiers

+

D'Amours, vous serez arrestée.

+

Trop estes, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Ma plus chier tenue richesse,

+

Ou parfont tresor de pensée,

+

Est soubz clef, seurement gardée,

+

Par Esperance ma Déesse.

+

Se vous me demandez et qu'esse?

+

N'enquerez plus, elle est mussée.

+

Ma plus, etc.

+

Ou parfont, etc.

+
+

Avecques elle, seul, sans presse,

+

Je m'esbas soir et matinée,

+

Ainsi passe temps et journée,

+

Au partir dy: Adieu maistresse.

+

Ma plus, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Vostre bouche dit: Baisiez moy,

+

Se m'est avis quant la regarde;

+

Mais Dangier de trop pres la garde,

+

Dont mainte doleur je reçoy.

+

Laissez m'avoir, par vostre foy,

+

Ung doux baisier, sans que plus tarde.

+

Vostre, etc.

+

Se m'est, etc.

+
+

Dangier me heit, ne scay pourquoy?

+

Et tousjours destourbier me darde,

+

Je prie à Dieu que mal feu l'arde!

+

Il fust temps qu'il se teinst coy.

+

Vostre bouche, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Va tost, mon amoureux desir,

+

Sur quanque me veulx obeir,

+

Tout droit vers le manoir de Joye;

+

Et pour plus abregier ta voye,

+

Prens ta guide doulx souvenir.

+

Metz peine de me bien servir,

+

Et de ton messaige accomplir,

+

Tu congnois ce que je vouldroye.

+

Va tost, etc.

+

Sur, etc.

+

Tout, etc.

+
+

Recommandes moy à Plaisir;

+

Et se brief ne peuz revenir,

+

Fay que de toy nouvelles oye,

+

Et par Bon espoir les m'envoye;

+

Ne vueilles au besoing faillir.

+

Va tost, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Ou puis parfont de ma merencolie

+

L'eaue d'Espoir que ne cesse de tirer.

+

Soif de confort la me fait desirer,

+

Quoy que souvent je la trouve tarie.

+

Necte la voy ung temps et esclercie,

+

Et puis apres troubler et empirer.

+

Ou puis, etc.

+

L'eaue, etc.

+
+

D'elle trempe mon ancre d'estudie;

+

Quant j'en escrips, mais pour mon cueur irer,

+

Fortune vient mon pappier dessirer,

+

Et tout gecte par sa grant felonnie.

+

Ou puis, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Je me metz en vostre mercy;

+

Tres belle, bonne, jeune et gente,

+

On m'a dit qu'estes mal contente

+

De moy, ne scay s'il est ainsi.

+

De toute nuit je n'ay dormy,

+

Ne pensez pas que je vous mente.

+

Je me, etc.

+

Tres belle, etc.

+
+

Pour ce, tres humblement vous pry,

+

Que vous me dictes vostre entente;

+

Car d'une chose je me vante,

+

Qu'en loyaulté n'ay point failly.

+

Je me, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Monstrez les moy, ces povres yeulx,

+

Tous batuz et deffigurez,

+

Certes ilz sont fort empirez

+

Depuis hier, qu'ilz valloient mieulx.

+

Ne se congnoissent ilz pas tieulx;

+

Mal se sont au matin mirez.

+

Monstrez les moy, etc.

+

Tous batuz, etc.

+
+

Ont ilz pleuré devant leurs Dieux?

+

Comme de leur grace inspirez,

+

Ou s'ilz ont mains travaulx tirez,

+

Priveement en aucuns lieux.

+

Monstrez les, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

S'il vous plaist vendre voz baisiers,

+

J'en achecteray voulentiers,

+

Et en aurez mon cueur en gaige,

+

Pour les prendre par heritaige,

+

Par douzaines, cens ou milliers.

+

Ne les me vendez pas si chiers,

+

Que vous feriez à estrangiers,

+

En me recevant en hommaige.

+

S'il vous, etc.

+

J'en achecteray, etc.

+

Et en aurez, etc.

+
+

Mon vueil et mon desir entiers

+

Sont vostres, maugré tous dangiers;

+

Faictes comme loyalle et saige,

+

Que pour mon guerdon et partaige,

+

Je soye servy des premiers.

+

S'il vous, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Traitre regart, et que fais tu?

+

Quant tu vas souvent in questu;

+

Tu fiers sans dire: garde toy.

+

Et ne sces la raison pourquoy,

+

N'il ne t'en chault pas ung festu.

+

Tu es de couraige testu,

+

Et de fureur trop in estu,

+

Change ton propos, et me croy.

+

Traitre, etc.

+

Quant, etc.

+

Tu fiers, etc.

+
+

On te deust batre devestu

+

Parmi les rues cum mestu,

+

Par l'ordonnance de la loy;

+

Car tu n'as leaulté, ne foy,

+

On le voit in tuo gestu.

+

Traitre, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Ma seule amour, que tant desire,

+

Mon reconfort, mon doulx penser,

+

Belle, nompareille, sans per,

+

Il me desplaist de vous escrire;

+

Car j'aymasse mieulx à le dire

+

De bouche, sans le vous mander.

+

Ma seule, etc.

+

Mon reconfort, etc.

+
+

Las! or n'y puis je contredire;

+

Mais Espoir me fait endurer,

+

Qui m'as promis de retourner

+

En liesse, mon grief martire.

+

Ma seule, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Anuy, Soussy, Soing et Merencolie,

+

Se vous prenez desplaisir à ma vie,

+

Et desirez tost avancer ma mort,

+

Tourmentez moy de plus fort en plus fort,

+

Pour en passer tout à cop vostre envye.

+

Ay je bien dit? Nennil, je le renye;

+

Et, par conseil de Bon espoir, vous prie

+

Que m'espargnez, ou vous me ferez tort.

+

Anuy, Soussy, etc.

+

Se vous prenez, etc.

+

Et desirez, etc.

+
+

Et qu'esse cy? je suis en resverie,

+

Il semble bien que ne scay que je dye;

+

Je dy puis l'un, puis l'autre, sans accort;

+

Suis je enchanté? veille mon cueur ou dort?

+

Vuidez, vuidez de moy telle folie.

+

Anuy, Soussy, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Logiez moy entre voz bras,

+

Et m'envoyez doulx baisier

+

Qui me viengne festier,

+

D'aucun amoureux soulas.

+

Tandis que Dangier est las,

+

Et le voyez sommeillier,

+

Logiez, etc.

+

Et m'envoyez, etc.

+
+

Pour Dieu, ne l'esveillez pas

+

Ce faulx, envieux Dangier;

+

Jamais ne puist s'esveillier!

+

Faictes tost, et parlez bas.

+

Logiez moy, etc.

+
+

CHANCON.

+
+

Se Dangier me tolt le parler

+

A vous, mon bel amy, sans per;

+

Par le pourchas des envieux,

+

Non plus qu'on toucheroit aux cieulx,

+

Ne me tendray de vous amer,

+

Car mon cueur m'a voulu laissier

+

Pour soy du tout à vous donner,

+

Et pour estre vostre en tous lieux.

+

Se Dangier, etc.

+

A vous, etc.

+

Par le, etc.

+
+

Tout son povoir ne peut garder,

+

Que, sur tous autres, n'aye chier

+

Vostre gent corps, tres gracieux;

+

Et se ne vous voy de mes yeulx,

+

Pourtant ne vous veuil je changier.

+

Se Dangier, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Fault il aveugle devenir?

+

N'ose l'en plus les yeulx ouvrir,

+

Pour regarder ce qu'on desire?

+

Dangier est bien estrange sire,

+

Qui tant veult amans asservir.

+

Vous lerrez vous aneantir.

+

Amours, sans remede querir,

+

Ne peut nul Dangier contredire?

+

Faut il, etc.

+

N'ose l'en, etc.

+

Pour, etc.

+
+

Les yeulx si sont faiz pour servir,

+

Et pour raporter tout plaisir

+

Aux cueurs, quand ilz sont en martire;

+

A les en garder, Dangier tire,

+

Est ce bien fait de le souffrir?

+

Faut il, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Riens ne valent ses mirlifiques,

+

Et ses menues oberliques;

+

D'où venez vous? petit mercier,

+

Gueres ne vault vostre mestier,

+

Se me semble, ne voz pratiques.

+

Chier les tenez comme reliques,

+

Les voulez vous mectre en croniques,

+

Vous n'y gangnerez ja denier.

+

Riens ne valent, etc.

+

Et ses menues, etc.

+

D'où venez vous, etc.

+
+

En plusieurs lieux sont trop publiques,

+

Et pour ce, sans faire repliques,

+

Desploiez tout vostre pannier;

+

Affin qu'on y puisse serchier

+

Quelques bagues plus auctentiques.

+

Riens ne valent, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Regardez moy sa contenance,

+

Lui siet il bien à soy jouer?

+

Certes, c'est le vray mirouer

+

De toute joyeuse plaisance.

+

Entre les parfaictes de France

+

Se peut elle l'une advouer?

+

Regardez, etc.

+

Lui siet, etc.

+
+

Pour fol me tien, quant je m'avance

+

De vouloir les grans biens louer,

+

Dont Dieu l'a voulu douer;

+

Ses faiz en font la demonstrance.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Petit mercier, petit pannier;

+

Pourtant se je n'ay marchandise

+

Qui soit du tout à vostre guise,

+

Ne blasmez, pour ce, mon mestier.

+

Je gangne denier à denier,

+

C'est loings du tresor de Venise.

+

Petit mercier, etc.

+

Pourtant, etc.

+
+

Et tandiz qu'il est jour ouvrier,

+

Le temps pers quant à vous devise;

+

Je voys parfaire mon emprise,

+

El parmi les rues crier:

+

Petit mercier, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Reprenez ce larron souspir

+

Qui s'est emblé soudainement,

+

Sans congié, ou commandement,

+

Hors de la prison de Desir.

+

Mesdisans l'ont ouy partir,

+

Dont ilz tiennent leur parlement.

+

Reprenez, etc.

+

Qui s'est, etc.

+
+

Se le meschant eust sceu saillir

+

Sans noyse, tout priveement,

+

N'en peult chaloir, mais sotement

+

L'a fait; pour ce, l'en fault pugnir.

+

Reprenez, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

L'ostellerie de Pensée

+

Plaine de venans et alans,

+

Soussiz soient petitz ou grans,

+

A chascun est habandonnée;

+

Elle n'est à nul reffusée,

+

Mais preste pour tout les passans,

+

L'ostellerie, etc.

+

Plaine de, etc.

+
+

Plaisance chierement amée

+

S'y loge souvent, mais nuisans

+

Lui sont ennuiz gros et puissans,

+

Quand ilz la tiennent empeschée.

+

L'ostellerie, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Fuyez le trait de doulx regard,

+

Cueur, qui ne vous savez deffendre,

+

Veu qu'estes desarmé et tendre,

+

Nul ne vous doit tenir couard.

+

Vous serez pris ou tost, ou tard,

+

S'Amour le veult bien entreprendre.

+

Fuyez le, etc.

+

Cueur, etc.

+
+

Retrayez vous sous l'estendart

+

De Nonchaloir, sans plus actendre;

+

S'a Plaisance vous laissiez rendre,

+

Vous estes mort, Dieu vous en gard!

+

Fuyez le trait, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Yver, vous n'estes qu'un villain,

+

Esté est plaisant et gentil,

+

En tesmoing de May et d'Avril,

+

Qui l'accompaignent soir et main.

+

Esté revest champs, bois et fleurs,

+

De sa livrée de verdure,

+

Et de maintes autres couleurs,

+

Par l'ordonnance de Nature.

+

Mais vous, Yver, trop estes plain

+

De neige, vent, pluye et grezil;

+

On vous deust bannir en exil,

+

Sans point flater, je parle plain.

+

Yver, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Mon seul amy, mon bien, ma joye,

+

Cellui que sur tous amer veulx,

+

Je vous pry que soyez joyeux,

+

En esperant que brief vous voye.

+

Car je ne fais que querir voye

+

De venir vers vous, se m'aist Dieux.

+

Mon seul, etc.

+

Cellui. etc.

+
+

Et se par souhaidier povoye

+

Estre empres vous, un jour ou deux,

+

Pour quanqu'il a dessoubz les cieulx,

+

Outre rien ne souhaideroye.

+

Mon seul, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Je le retiens pour ma plaisance,

+

Espoir, mais que leal me soit,

+

Et, se jamais il me décoit,

+

Je renie son acointance.

+

Nous deux avons fait aliance,

+

Tant que mon cueur tel l'aparcoit.

+

Je le retiens, etc.

+

Espoir, etc.

+
+

Monstrer me puisse bienvueillance,

+

Ainsi que mon penser concoit,

+

Dont mainte liesse recoit;

+

Quand à moy, j'ay en lui fiance.

+

Je le retiens, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Je ne les prise pas deux blancs

+

Tous les biens qui sont en amer,

+

Car il n'y a que tout amer,

+

Et grant foison de faulx semblans;

+

Pour les maulx qui y sont doublans,

+

Pire que les perils de mer.

+

Je ne les, etc.

+

Tous les, etc.

+
+

Ilz ne sont à riens ressemblans,

+

Car ung jour viennent entamer

+

Le cueur, et apres embasmer;

+

Ce sont amouretes tremblans.

+

Je ne les, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Hors du propos si baille gaige,

+

Ce n'est que du jeu la maniere,

+

Nulle excusacion n'y quiere,

+

Quoyque soit prouffit ou dommaige.

+

Tousjours parle plus fol que saige,

+

C'est une chose coustumiere.

+

Hors du propos, etc.

+

Ce n'est que, etc.

+
+

Se l'en me dit: Vous contez raige;

+

Blasmez ma langue trop legere,

+

Raison de Secret tresoriere

+

La tance, quant despent langaige.

+

Hors du propos, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Au besoing congnoist on l'amy

+

Qui loyaument aidier desire,

+

Pour vous je puis bien cecy dire,

+

Car vous, ne m'avez pas failly;

+

Mais avez, la vostre mercy,

+

Tant fait qu'il me doit suffire.

+

Au besoing, etc.

+

Qui loyaument, etc.

+
+

Bien brief pense partir de cy,

+

Pour m'en aler vers vous de tire;

+

Loisir n'ay pas de vous escrire,

+

Et pour ce, plus avant ne dy.

+

Au besoing, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

O tres devotes creatures,

+

En ypocrisies d'amours

+

Que vous querez d'estranges tours!

+

Pour venir à voz aventures.

+

Vous cuidez bien par voz paintures,

+

Faire sotz, aveugles et sours.

+

O tres devotes, etc.

+

En ypocrisies, etc.

+
+

On ne peut desservir deux cures,

+

Ne prendre gaiges en deux cours;

+

Prenez les champs, ou les faulbourgs,

+

Ilz sont de diverses natures.

+

O tres devotes, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Que c'est estrange compaignie

+

De Penser joint avec Espoir;

+

Aidier scevent, et decevoir

+

Ung cueur qui tout en eulx se fie.

+

Il ne fault ja que je le dye,

+

Chascun le peut en soy savoir.

+

Que c'est, etc.

+

De Penser, etc.

+
+

D'eulx me plains et ne m'en plains mye,

+

Car mal et bien m'ont fait avoir;

+

Menty m'ont, et aussi dit voir,

+

Je l'aveu et si le renye.

+

Que c'est, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

(Orléans.)

+
+

Sera elle point jamais trouvée?

+

Celle qui ayme loyaulté,

+

Et qui a ferme voulenté,

+

Sans avoir legiere pensée.

+

Il convient qu'elle soit criée,

+

Pour en savoir la verité.

+

Sera elle point, etc.

+

Celle qui, etc.

+
+

Je crois bien qu'elle est deffiée

+

Des aliez de faulceté,

+

Dont il y a si grant planté,

+

Que de paour elle s'est mussiée.

+

Sera elle, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

(Responce du duc Jehan de Bourbon,)

+
+

DUC D'ORLÉANS, je l'ay trouvée

+

Celle qui ayme loyaulté,

+

Et qui a ferme voulenté,

+

Sans avoir legiere pensée.

+

Ja ne fault qu'elle soit criée,

+

J'en scay assez la vérité.

+

DUC D'ORLÉANS, etc.

+

Celle qui, etc.

+
+

C'est ma Dame tres bien amée,

+

Qui a des biens si grant planté,

+

Qu'el ne craint vostre faulceté,

+

Ne de ceulx de vostre livrée.

+

DUC D'ORLÉANS, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Puis ça, puis là,

+

Et sus, et jus,

+

De plus en plus,

+

Tout vient et va.

+

Tous on verra

+

Grans et menus,

+

Puis ça, etc.

+

Et sus, etc.

+
+

Vieulx temps desja,

+

S'en sont courus,

+

Et neufz venus,

+

Que dea! que dea!

+

Puis ca, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Dieu vous conduie, Doulx penser,

+

Et vous doint faire bon voyage,

+

Rapportez tost joyeulx message

+

Vers le cueur pour le conforter;

+

Ne vueillez gueres demourer,

+

Exploictez comme bon et sage.

+

Dieu vous, etc.

+

Et vous, etc.

+
+

Riens ne vous convient ordonner,

+

Les secrez savez du courage,

+

Besongnez à son avantage,

+

Et pensez de brief retourner.

+

Dieu vous, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Puisque par deca demourons,

+

Nous Saulongnois et Beausserons,

+

En la maison de Savonnieres,

+

Souhaidez nous des bonnes chieres

+

Des Bourbonnois et Bourguignons.

+

Aux champs, par hayes et buissons,

+

Perdrix et lyevres nous prendrons,

+

Et yrons pescher sur rivieres.

+

Puisque, etc.

+

Nous, etc.

+

En la maison, etc.

+
+

Vivres, tabliers, cartes aurons

+

Où souvent nous estudirons;

+

Vins, mangers de plusieurs manieres,

+

Galerons, sans faire prieres,

+

Et de dormir ne nous faindrons.

+

Puisque, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Les fourriers d'Amours m'ont logé

+

En ung lieu bien à ma plaisance,

+

Dont les mercy de ma puissance,

+

Et m'en tiens à eulx obligé.

+

Afin que tost soit abregé

+

Le mal qui me porte grevance,

+

Les fourriers, etc.

+

En ung lieu, etc.

+
+

Desja je me sens alegé,

+

Car acointié m'a Esperance,

+

Et croy qu'amoureux n'a en France

+

Qui soit mieulx que moy hebergé.

+

Les fourriers, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Penser, qui te fait si hardy,

+

De mectre en ton hostellerie

+

La tres diverse compaignie

+

D'Ennuy, Desplaisir et Soussy.

+

Se congié en as, si le dy,

+

Ou se le fais par ta folie.

+

Penser, qui, etc.

+

De mectre, etc.

+
+

Nul ne repose pour leur cry,

+

Boute les hors, et je t'en prie,

+

Ou il faut qu'on y remedie;

+

Veulx tu estre à tous ennemy?

+

Penser, qui, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Dont vient ce souleil de plaisance

+

Qui ainsi m'esbluyst les yeulx?

+

Beaulté, doulceur, et encor mieulx

+

Y sont à trop grant habondance;

+

Soudainement luyst par semblance,

+

Comme un escler venant des cieulx.

+

Dont vient, etc.

+

Qui ainsi, etc.

+
+

Il fait perdre la contenance

+

A toutes gens, jeunes et vieulx;

+

N'il n'est eclipse, se m'aist Dieux,

+

Qui de l'obscurcir ait puissance.

+

Dont vient, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

(Fraigne.)

+
+

Et où vas tu? petit souspir,

+

Que j'ay ouy si doulcement;

+

T'en vas tu mectre à saquement

+

Quelque povre amoureux martir?

+

Viens ca, dy moy tost, sans mentir,

+

Ce que tu as en pensement.

+

Et où vas tu, etc.

+

Que j'ay, etc.

+
+

Dieu te conduye à ton désir,

+

Et te remaine à sauvement;

+

Mais je te requier humblement

+

Que ne faces ame mourir.

+

Et où vas tu, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Laissez moy penser à mon aise,

+

Helas! donnez m'en le loisir,

+

Je devise avecques Plaisir,

+

Combien que ma bouche se taise.

+

Quant merencolie mauvaise

+

Me vient maintes foiz assaillir,

+

Laissez moy, etc.

+

Helas! donnez, etc.

+
+

Car affin que mon cueur rapaise,

+

J'appelle plaisant souvenir,

+

Qui tantost me vient resjouir;

+

Pour ce, pour Dieu, ne vous desplaise.

+

Laissez moy, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

As tu ja fait? petit souspir,

+

Est il sur son trespassement?

+

Le cueur qu'as mis à saquement;

+

A il remede de guerir?

+

Tu as mal fait de le ferir

+

En haste, si piteusement.

+

As tu ja, etc.

+

Est il sur, etc.

+
+

Amours qui t'en doit bien pugnir,

+

A fait de toy son jugement;

+

Pren franchise hastivement,

+

Sauve toy, quant tu as loisir.

+

As tu ja, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Levez ces cuevrechiefz plus hault

+

Qui trop cuevrent ces beaulx visaiges;

+

De riens ne servent telz umbraiges,

+

Quant il ne fait hale, ne chault.

+

On fait à beaulté qui tant vault,

+

De la musser, tort et oultraiges:

+

Levez ces, etc.

+

Qui trop, etc.

+
+

Je scay bien qu'à Dangier n'en chault,

+

Et pense qu'il ait donné gaiges,

+

Pour entretenir telz usaiges;

+

Mais l'ordonnance rompre fault.

+

Levez ces, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Deux ou trois couples d'ennuys

+

J'ay tousjours en ma maison,

+

Desencombrer ne m'en puis,

+

Quoyqu'à mon povoir les fuis,

+

Par le conseil de raison.

+

Deux ou trois, etc.

+
+

Je les chasse d'où je suis,

+

Mais en chascune saison,

+

Ilz rentrent par un autre huis.

+

Deux ou trois, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Entre les amoureux fourrez,

+

Non pas entre les decoppez,

+

Suis, car le temps sans refroidy,

+

Et le cueur de moy l'est aussi;

+

Tel me veez, tel me prenez.

+

Jeunes gens qui Amours servez,

+

Pour Dieu, de moy ne vous mocquez,

+

Il est ainsi que je vous dy.

+

Entre les, etc.

+

Non pas, etc.

+
+

Car, quant Amours servy aurez

+

Autant que j'ay, vous devendrez

+

Pareillement en mon party;

+

Et quant vous trouverez ainsy,

+

Comme je suis, lors vous serez.

+

Entre les, etc.

+
+
+
+

CAROLE.

+
+

Las! Merencolie,

+

Me tendrez vous longuement,

+

Es maulx dont j'ay plus de cent,

+

Sans pensée lie.

+

Je l'ay souffert main et soir,

+

Loingtain de joyeulx confort;

+

Mais nul bien n'en puis avoir,

+

Dont mon cueur est presque mort.

+

Au moins, je vous en prie,

+

Que me laissiez seulement,

+

Aucun peu d'alegement,

+

Sans m'oster la vie

+

Las! etc.

+
+

Esperance d'avoir mieulx

+

Dist qu'elle me veult aidier;

+

Mais tousjours maugracieux

+

Je trouve le faulx Dangier,

+

Qui tant me guerrie.

+

Si, vous requier humblement,

+

Qu'en ce douloureux tourment

+

Ne me laissiez mie,

+

Las! Merencolie.

+
+
+
+

CAROLE.

+
+

Avancez vous, Esperance,

+

Venez mon cueur conforter,

+

Car il ne peut plus porter

+

Sa tres greveuse penance.

+

Pieca, Joyeuse pensée

+

S'esbatoit avecques lui,

+

Mais elle s'en est alée,

+

Tant a pourchassié Ennuy.

+

Se vous n'avez la puissance

+

De tout son mal lui oster,

+

Plaise vous à alegier

+

Au moins un peu sa grevance.

+

Avancez, etc.

+
+

Vous lui avez fait promesse

+

De le venir secourir,

+

Et de lui tollir tristesse,

+

Mais trop le faictes languir.

+

Ayez de lui souvenance,

+

Et le venez deslogier

+

De la prison de Dangier,

+

Où il meurt en desplaisance,

+

Avancez, etc.

+
+
+
+

CAROLE.

+
+

M'avez vous point mis en oubly?

+

Par Dieu, je double fort, oy,

+

Ma seule maistresse et ma joye;

+

Non pourtant, quelque part que soye,

+

Je m'actens à vostre mercy.

+

Espoir m'a dit que Leauté

+

Vous fera souvenir de moy,

+

Car vostre bonne voulenté

+

Ne peult faillir, comme je croy.

+

Quant est à moy, je vous supply,

+

Pensez que l'amoureux party,

+

Que j'ay prins, changier ne pourroye;

+

Certes avant mourir vouldroye,

+

Je vous prometz qu'il est ainsi.

+

M'avez vous, etc.

+
+

Amour a tort, ce m'est advis,

+

Qu'il ne fait aux dames sentir

+

Les maulx, où leurs servans sont mis,

+

Pour les tres loyaument servir.

+

Pour vous, ma Dame, je le dy,

+

Car se vous saviez le soussy,

+

Qu'Amours, pour vous servir, m'envoye,

+

Vous diriez bien que j'auroye,

+

De droit, gaingné le don d'amy.

+

M'avez vous, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Et ne cesserez vous jamais?

+

Tousjours est à recommencer;

+

C'est folie d'y plus penser,

+

Ne s'en soussier desormais.

+

Plus avant j'en diroye, mais

+

Rien n'y vault flater, ne tanser.

+

Et ne cesserez, etc.

+

Tousjours, etc.

+
+

Passez a plusieurs moys des Mays

+

Qu'Amour vous vouldrent avanser;

+

Mal les voulez recompenser,

+

En servant de telz entremais.

+

Et ne cesserez vous, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orleans à Nevers.)

+
+

Pour paier vostre belle chiere,

+

Laissez en gaige vostre cueur,

+

Nous le garderons en doulceur

+

Tant que vous retournez arriere.

+

Contentez, car c'est la maniere,

+

Vostre hostesse pour vostre honneur.

+

Pour paier, etc.

+

Laissez en, etc.

+
+

Et se voiez nostre priere

+

Estre trop plaine de rigueur,

+

Changons de cueur, c'est le meilleur,

+

De voulenté bonne et entiere.

+

Pour paier, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Responce de Nevers.)

+
+

Mon tres bon hoste, et ma tres doulce hostesse,

+

Tres humblement et plus vous remercie

+

Des biens, honneurs, bonté et courtoisie,

+

Que m'avez faiz tous deux, par vostre humblesse.

+

Aussi fais je de vostre grant largesse

+

Et tres soingneuse et bonne compaignie.

+

Mon tres bon hoste, etc.

+

Tres humblement, etc.

+
+

Mon povre cueur pour paiement vous laisse,

+

Prenez en gré, et je vous supplie,

+

Et oultre plus, tant que je puis vous prie,

+

Que m'octroyez estre maistre et maistresse.

+

Mon tres bon, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Qu'il ne le me font,

+

Pour veoir que feroye,

+

Et se je sauroye

+

Leur donner le bont.

+

Puisque telz ilz sont

+

Affin qu'on les voye

+

Qu'il ne, etc.

+

Pour veoir, etc.

+
+

Droit à droit respont,

+

Paier les vouldroye

+

De telle monnoye

+

Qu'il desserviront.

+

Qu'il ne, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

A ce jour de saint Valentin,

+

Que chascun doit choisir son per,

+

Amours, demourray je non per?

+

Sans partir à vostre butin.

+

A mon resveillier au matin,

+

Je n'y ai cessé de penser,

+

A ce jour, etc.

+

Que chascun, etc.

+
+

Mais Nonchaloir, mon medicin,

+

M'est venu le pousse taster,

+

Qui ma conseillié reposer,

+

Et rendormir sur mon coussin.

+

A ce jour, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

J'ay esté Poursuivant d'Amours,

+

Mais maintenant je suis Herault;

+

Monter me fault en l'eschaffault,

+

Pour jugier des amoureux tours.

+

Quant je verray riens à rebours

+

Dieu scet se je crieray bien hault.

+

J'ay esté, etc.

+

Mais, etc.

+
+

Et s'amans vont faisant les lours,

+

Tantost congnoistray leur deffault;

+

Ja devant moy, clochier ne fault,

+

D'amer scay par cueur le droit cours.

+

J'ay esté, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Secile.)

+
+

Apres une seule exceptée,

+

Je vous servirai ceste année,

+

Ma doulce Valentine gente,

+

Puisqu'Amours veult que m'y consente,

+

Et que telle est ma destinée.

+

De moy, pour autre habandonnée

+

Ne serez; mais si fort amée

+

Qu'en devrez bien estre contente.

+

Apres une seule, etc.

+

Je vous, etc.

+
+

Or me soit par vous ordonnée,

+

S'il vous plaist, à ceste journée,

+

Vo voulenté doulce et plaisante;

+

Car à la faire me presente

+

Plus que pour Dame qui soit née.

+

Apres une seule, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Je suis desja d'amour tanné,

+

Ma tres doulce Valentinée,

+

Car pour moi fustes trop tart née,

+

Et moy pour vous fus trop tost né.

+

Dieu lui pardoint qui estrené

+

M'a de vous, pour toute l'année.

+

Je suis desja, etc.

+

Ma tres doulce, etc.

+
+

Bien m'estoye suspeconné,

+

Qu'auroye telle destinée,

+

Ains que passast ceste journée,

+

Combien qu'Amours l'eust ordonné.

+

Je suis desja, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Soubz parler couvert

+

D'estrange devise,

+

Monstrez qu'avez prise

+

Douleur; il y pert.

+

Du tout en desert,

+

N'est pas vostre emprise.

+

Soubz parler, etc.

+

D'estrange, etc.

+
+

Se Confort ouvert

+

N'est à vostre guise,

+

Tost, s'Amour s'avise,

+

Sera recouvert.

+

Soubz parler, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Laissez aler ces gorgias,

+

Chascun yver, à la pippée;

+

Vous verrez comme la gelée

+

Reverdira leurs estomas.

+

Dieu scet s'ilz auront froit aux bras.

+

Par leur manche deschiquetée.

+

Laissez aler, etc.

+
+

Il portent petiz soulers gras,

+

A une poulaine embourrée,

+

Froidure fera son entrée,

+

Par leurs talons nuz par en bas.

+

Laisser aler, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Les en voulez vous garder

+

Ces rivieres de courir,

+

Et grues prendre et tenir,

+

Quant hault les veez voler.

+

A telles choses muser,

+

Voit on folz souver servir.

+

Les en voulez, etc.

+

Ces rivieres, etc.

+
+

Laissez le temps tel passer

+

Que Fortune veult souffrir,

+

Et les choses avenir

+

Que l'en ne scet destourber.

+

Les en voulez, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Veu que j'ay tant Amour servy,

+

Ne suis je pas mal guerdonné,

+

Du plaisir qu'il m'avoit donné,

+

Sans cause m'a tost desservy.

+

Mon cueur loyaument son serf vy,

+

Mais à tort l'a abandonné.

+

Veu que j'ay, etc.

+

Ne suis, etc.

+
+

Plus ne lui sera asservy;

+

Pour Dieu, qu'il me soit pardonné,

+

Je croy que suis à ce don né,

+

D'avoir mal pour bien desservy.

+

Veu que j'ay, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Secile.)

+
+

Pourtant se vous plaignez d'Amours,

+

Il n'est pas temps de vous retraire,

+

Car encore il vous pourra faire

+

Tel bien, que perdrez vos dolours.

+

Vous congnoissez assez ses tours,

+

Je ne dy pas pour vous desplaire.

+

Pourtant, etc.

+

Il n'est, etc.

+
+

Ayez fiance en lui tousjours,

+

Et mectez paine de lui plaire;

+

Combien que mieulx me vaulsit taire,

+

Car vous pensez tout le rebours.

+

Pourtant, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Se vous estiez comme moy,

+

Las! vous vous devriez bien plaindre;

+

Car de tous mes maulx le maindre

+

Est plus grant que vostre ennoy.

+

Bien vous pourrez, sur ma foy,

+

D'Amours alors vous complaindre;

+

Se vous estiez, etc.

+

Las! vous, etc.

+
+

Car si tres dolent me voy,

+

Que plus la mort ne veuil craindre;

+

Touteffoiz, il me faut faindre;

+

Aussi feriez vous, se croy,

+

Se vous estiez, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Responce par Orléans.)

+
+

Chascune vieille son dueil plaint;

+

Vous cuidez que vostre mal passe

+

Tout autre; mais ja ne parlasse

+

Du mien, se n'y feusse contraint.

+

Saichiez de voir qu'il n'est pas faint,

+

Le tourment que mon cueur enlasse.

+

Chascune vieille, etc.

+

Vous cuidez, etc.

+
+

Ma peine pers comme fait maint,

+

Et contre Fortune je chasse;

+

Desespoir de pis me menasse,

+

Je sens où mon pourpoint m'estraint.

+

Chascune vieille, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Secile.)

+
+

Bien deffendu, bien assailly,

+

Chascun dit qu'il a grant dolours,

+

Mais, au fort, je veuil croire Amours

+

Par qui le debat est sailly;

+

Affin que qui aura failly,

+

N'aye jamais de lui secours.

+

Bien deffendu, etc.

+

Chascun dit, etc.

+
+

Car se j'ay en riens deffailly

+

De compter mon mal puis deux jours,

+

Banny vueil estre de ses cours,

+

Com un hom lasche et failly.

+

Bien deffendu, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Responce par Orléans.)

+
+

Bien assailly, bien deffendu;

+

Quant assez aurons debatu,

+

Il faut assembler noz raisons,

+

Et que les fons voler faisons

+

Du debat nouvel advenu.

+

Tres fort vous avez combatu,

+

Et j'ay mon billart bien tenu;

+

C'est beau debat que de deux bons.

+

Bien assailly, etc.

+

Quant assez, etc.

+
+

Vray est qu'estes d'Amour feru,

+

Et en ses fers estroit tenu;

+

Mais moy non, ainsi l'entendons;

+

Il a passé maintes saisons,

+

Que me suis aux armes rendu.

+

Bien assailly, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Secile.)

+
+

Si dolant je me trouve à part

+

De laisser ce dont mon bien part;

+

C'est celle en qui n'a que redire,

+

Que ne fus oncques si plain d'ire,

+

Ou jamais Dieu n'ait en moy part.

+

Car, quant je pense en mon depart,

+

Et qu'aler me fault autre part,

+

Je ne scay plus que je dois dire.

+

Si dolant, etc.

+

De laisser, etc.

+
+

Fortune, qui les lotz depart,

+

M'a baillé ce dueil pour ma part,

+

Qu'est pis qu'on ne seroit redire;

+

Et si ne lui puis contredire,

+

Dont a peu que mon cueur n'en part.

+

Si dolant, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

(Orléans.)

+
+

Durant les treves d'Angleterre

+

Qui ont esté faictes à Tours,

+

Par bon conseil avec Amours,

+

J'ay prins abstinence de guerre;

+

S'autre que moy ne la desserre,

+

Content suis que tiengne tousjours.

+

Durant les, etc.

+

Qui ont, etc.

+
+

Il n'est pas bon de trop enquerre,

+

Ne s'empechier es faiz des cours;

+

S'on m'assault, pour avoir secours,

+

Vers Nonchaloir iray grant erre.

+

Durant les, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Vous vistes que je le veoye

+

Ce que je ne vueil descouvrir,

+

Et congnustes, à l'ueil ouvrir,

+

Plus avant que je ne vouloye.

+

L'ueil d'embusche saillit en voye,

+

De soy retraire n'eut loisir.

+

Vous vistes, etc.

+

Ce que je ne, etc.

+
+

Trop est saige qui ne foloye,

+

Quant on est es mains de Plaisir,

+

Qui lors vint vostre cueur saisir,

+

Et fist comme pieca souloye.

+

Vous vistes, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Fredet.)

+
+

Jusques Pasques soient passées,

+

Donnez trieves à mes pensées,

+

Je vous pri tant que je puis, Amours;

+

Car c'est bien droit qu'à ces bons jours

+

En paix de vous soient laissées.

+

Assez voz gens les ont lassées,

+

Et pour ceste foiz couroussées,

+

Allez ailleurs faire vos tours.

+

Jusques Pasques, etc.

+

Donnez trieves, etc.

+
+

Pour plus donc n'estre d'eulx pressees,

+

Qui tant les ont fort menassées,

+

Faictes les crier par voz cours,

+

Et leur deffendez bien tousjours,

+

Que par eulx ne soient cassées.

+

Jusques Pasques, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Responce par Orléans)

+
+

Tant que Pasques soient passées,

+

Sans resveiller le chat qui dort,

+

Fredet, je suis de vostre accors,

+

Que pensées soient cassées,

+

Et en aumaires entassées,

+

Fermans à clef tres bien et fort.

+

Tant que Pasques, etc.

+

Sans resveiller, etc.

+
+

Quand aux miennes, ilz sont lassées,

+

Mais de les garder, mon effort

+

Feray, par l'avis de Confort,

+

En fardeaulx d'espoir amassées.

+

Tant que Pasques, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

La veez vous là, la lyme sourde,

+

Qui pense plus qu'elle ne dit,

+

Souventeffoiz s'esbat et rit

+

A planter une gente bourde;

+

Contrefaisant la coquelourde,

+

Soubz un malicieux abit.

+

La veez vous, etc.

+

Qui pense, etc.

+
+

Quelle part que malice sourde,

+

Tost congnoist s'il y a prouffit;

+

Benoist en soit le saint Esprit,

+

Qui de si finete me hourde.

+

La veez vous me, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Beaulté, gardez vous de mes yeulx,

+

Car ilz vous viennent assaillir;

+

S'ilz vous povoient conquerir,

+

Ilz ne demanderoyent mieulx.

+

Vous estes seule soubz les cieulx

+

Le tresor de parfait plaisir.

+

Beaulté, etc.

+

Car ilz vous, etc.

+
+

Congneuz les ay jeunes et vieulx,

+

Qu'il ne leur chauldroit de morir,

+

Mais qu'eussent de vous leur desir,

+

Je vous avise qu'ilz sont tieulx.

+

Beaulté, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Helas! et qui ne l'aymeroit?

+

De Bourbon le droit heritier,

+

Qui a l'estomac de papier,

+

Et aura la goute de droit;

+

Se Lymosin ne lui aidoit,

+

Il mourroit, tesmoing Villequier.

+

Helas! et qui, etc.

+

De Bourbon, etc.

+
+

Jamais plus hault ne sailliroit,

+

S'elle lui monstroit ung dangier;

+

Et pour ce, Fayete et Gouffier,

+

Aidiez chascun en vostre endroit.

+

Helas! et qui, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Bien viengne doulx regart qui rit,

+

Quelque bonne nouvelle porte,

+

Dont Dangier fort se desconforte,

+

Et de courroux en douleur frit.

+

Ne peut chaloir de son despit,

+

Ne de ceulx qui sont de sa sorte.

+

Bien viengne, etc.

+

Quelque, etc.

+
+

Dangier dist: baille par escript,

+

Et qu'il n'entre point en la porte;

+

Mais Amour, comme la plus forte,

+

Veult qu'il entre sans contredit.

+

Bien viengne, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+
+

Dieu vous envoye pascience,

+

Gentil conte Cleremondois,

+

Vous congnoissez, à ceste foiz,

+

Qu'est d'amoureuse penitence;

+

Puisqu'estes hors de la presence,

+

De celle que bien je congnois.

+

Dieu vous, etc.

+

Gentil conte, etc.

+
+

Vouer vous povez aliance

+

A la riche, comme je crois,

+

Ne vous trouverez de ce mois,

+

Las! trop estes loing d'alegance.

+

Dieu vous, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

En la promesse d'Esperance

+

Où j'ay temps perdu et usé,

+

J'ay souvent conseil reffusé,

+

Qui me povoit donner plaisance.

+

Las! ne suis le premier de France

+

Qui sotement s'est abusé,

+

En la promesse, etc.

+

Où j'ay temps, etc.

+
+

Et, de ma nysse gouvernance,

+

Devant Raison j'ay accusé

+

Mon cueur; mais il s'est excuse,

+

Disant que deceu l'a Fiance

+

En la promesse, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Sauves toutes bonnes raisons,

+

Mieulx vault mentir, pour paix avoir,

+

Qu'estre batu, pour dire voir;

+

Pour ce, mon cueur, ainsi faisons.

+

Riens ne perdons, se nous taisons,

+

Et se jouons au plus savoir.

+

Sauves toutes, etc.

+

Mieulx vault, etc.

+
+

Parler boute feu en maisons,

+

Et destruit paix, ce riche avoir;

+

On aprent à taire et à veoir,

+

Selon les temps et les saisons.

+

Sauves toutes, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Mon cueur, il me fault estre mestre

+

A ma foiz, aussi bien que vous,

+

N'en ayez ennuy, ou courroux;

+

Certes il convient ainsi estre.

+

Trop longuement m'avez fait pestre,

+

Et toujours tenir au dessous.

+

Mon cueur, etc.

+

A ma foiz, etc.

+
+

Allez à dextre, ou à senestre,

+

Pris serez, sans estre rescous,

+

Passer vous fault, mon amy doulx,

+

Ou par là, ou par la fenestre.

+

Mon cueur, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Il souffist bien que je le sache,

+

Sans en enquerir plus avant;

+

Car se tout aloye disant,

+

On vous pourrait bien dire actache.

+

Nul de la langue ne m'arrache

+

Ce qu'en mon cueur je voys pensant.

+

Il souffist, etc.

+

Sans en, etc.

+
+

Ainsi qu'en blanc pert noire tache,

+

Vostre fait est si apparant,

+

Que m'y trouve trop congnoissant;

+

Qui est descouvert, mal se cache.

+

Il souffist, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Mes yeulx trop sont bien reclamez,

+

Quant ma Dame si les appelle,

+

Leur monstrant sa grant beaulté belle,

+

Ilz reviennent comme affamez;

+

Maugré mesdisans peu amez,

+

Et Dangier qui tient leur querelle.

+

Mes yeulx, etc.

+

Quant ma, etc.

+
+

Estre devroient diffamez,

+

S'ilz ne voloyent, de bonne elle,

+

Vers les grans biens qui sont en elle;

+

De ce ne seront ja blasmez.

+

Mes yeulx, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Pense de toy

+

Dorenavant,

+

Du demourant

+

Te chaille poy.

+

Ce monde voy

+

En empirant.

+

Pense, etc.

+

Dorenavant, etc.

+
+

Regarde et oy,

+

Va peu parlant;

+

Dieu tout puissant

+

Fera de soy.

+

Pense, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Retraiez vous, regart mal avisé,

+

Vous cuidez bien que nulluy ne vous voye;

+

Certes, Aguet par tous lieux vous convoye

+

Priveement, en habit desguisé.

+

De gens saichans en estes moins prisé,

+

D'ainsi tousjours trocter parmy la voye.

+

Retraiez vous, etc.

+

Vous cuidez, etc.

+
+

Dangier avez contre vous atisé,

+

Quant sot maintien tellement vous forvoye;

+

Au derrenier, faudra qu'il y pourvoye,

+

Il est ainsi que je l'ay devisé.

+

Retraiez vous, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Ce n'est riens qui ne puist estre,

+

On voit de plus grans merveilles,

+

Que de baster aux corneilles

+

Les mariz, et l'erbe pestre.

+

Car de jouer tours de maistre,

+

Femmes sont les nompareilles.

+

Ce n'est riens, etc.

+

On voit, etc.

+
+

Tant aux huis, comme aux fenestres,

+

En champs, jardins, ou en trailles,

+

Par tout ont yeulx et oreilles,

+

Soit à dextre, ou a senestre.

+

Ce n'est riens, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Regart, vous prenez trop de paine,

+

Tousjours courez et racourez,

+

Il semble qu'aux barres jouez;

+

Reprenez un peu vostre alaine.

+

Cueurs qu'Amours tient en son demaine,

+

Cuident qu'assaillir les voulez.

+

Regart, vous, etc.

+

Tousjours, etc.

+
+

Amours, une fois la sepmaine

+

C'est raison que vous reposez,

+

Et affin que ne morfondez,

+

Il faudra que l'en vous pourmaine.

+

Regart, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Or est de dire, laissez m'en paix,

+

Et tout plain, de rien ne m'est plus;

+

Mes propos sont en ce conclus,

+

Qu'ainsy demourray desormais.

+

De s'entremectre de mes faiz,

+

Je n'en requier nulles, ne nuls.

+

Or est, etc.

+

Et tout, etc.

+
+

Fortune, par ses faulx atraiz,

+

En pipant, a pris à la glus

+

Mon cueur, et en soussy reclus

+

Se tient, sans departir jamais.

+

Or est, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Le voulez vous?

+

Que vostre soye,

+

Rendu m'octroye,

+

Pris ou recous.

+

Ung mot pour tous,

+

Bas qu'on ne l'oye.

+

Le voulez, etc.

+

Que vostre, etc.

+
+

Maugré jalons,

+

Foy vous tendroye,

+

Or sa, ma joye,

+

Accordons nous.

+

Le voulez, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

C'est grant paine que de vivre en ce monde,

+

Encores est ce plus paine de mourir;

+

Si convient il, en vivant, mal souffrir,

+

Et au derrain, de mort passer la bonde.

+

S'aucunefois joye, ou plaisir abonde,

+

On ne les peut longuement retenir.

+

C'est grant, etc.

+

Encores, etc.

+
+

Pour ce, je vueil comme un fol qu'on me tonde,

+

Se plus pense, quoyque voye à venir,

+

Qu'a vivre bien, et bonne fin querir;

+

Las! il n'est rien que soussy ne confonde.

+

C'est grant, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Crevez moy les yeulx,

+

Que ne voye goute,

+

Car trop je redoubte,

+

Beaulté en tous lieux;

+

Ravir jusqu'aux cieulx

+

Veult ma joye toute.

+

Crevez moy, etc.

+

Que ne, etc.

+
+

D'elle me gard Dieux,

+

Affin qu'en sa route

+

Jamais ne me boute;

+

N'est ce pour le mieulx?

+

Crevez moi, etc.

+
+

Quant je la regarde,

+

Elle vient ferir

+

Mon cueur, de la darde

+

D'amoureux desir.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

En vivant en bonne esperance,

+

Sans avoir desplaisance, ou dueil,

+

Vous aurez brief, à votre vueil,

+

Nouvelle plaine de plaisance.

+

De guerre n'avons plus doubtance,

+

Mais tousjours gracieulx acueil.

+

En vivant, etc.

+
+

Tous nouveaulx revendrons en France,

+

Et quant me reverrez à l'ueil,

+

Je suis tout autre que je sueil;

+

Au moins j'en fais la contenance.

+

En vivant, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Jeunes amoureux nouveaulx,

+

En la nouvelle saison,

+

Par les rues, sans raison,

+

Chevauchent faisans les saulx;

+

Et font saillir des carreaulx

+

Le feu, comme de charbon.

+

Jeunes, etc.

+

En la, etc.

+
+

Je ne scay se leurs travaulx

+

Ilz employent bien, ou non;

+

Mais piqués de l'esperon,

+

Sont autant que leurs chevaulx.

+

Jeunes, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

(Orléans à Secile.)

+
+

Vostre esclave et serf, où que soye,

+

Qui trop ne vous puis mercier,

+

Quant vous a pleu de m'envoyer

+

Le don qu'ay receu à grant joye;

+

Tel que dy, et plus, se povoye,

+

Me trouverez à l'essayer.

+

Vostre esclave, etc.

+

Qui trop, etc.

+
+

Paine mectray que brief vous voye,

+

Et tost arez, sans delayer,

+

Chose qui est sus le mestier,

+

Qui vous plaira; plus n'en diroye.

+

Vostre esclave, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Gardez le trait de la fenestre,

+

Amans, qui par rues passez,

+

Car plus tost en serez blessez,

+

Que de trait d'arc, ou d'arbalestre.

+

N'alez à dextre, ne à senestre

+

Regardant, mais les yeulx bessez.

+

Gardez, etc.

+

Amans, etc.

+
+

Se n'avez medicin bon maistre,

+

Si tost que vous serez navrez,

+

A Dieu soiez recommandez;

+

Mort vous tiens, demandez le prestre.

+

Gardez, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Tellement, quellement,

+

Me faut le temps passer,

+

Et soucy amasser

+

Mainteffoiz, mallement,

+

Quant ne puis nullement

+

Ma fortune casser.

+

Tellement, etc.

+

Me faut, etc.

+
+

G'iray tout bellement,

+

Pour paour de me lasser,

+

Et sans trop m'enlasser,

+

Ou monde follement.

+

Tellement, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

En gibessant toute l'apres disnée

+

Parmy les champs, pour me desanuyer,

+

N'a pas longtemps que faisoye l'autrier

+

Voler mon cueur apres mainte pensée;

+

La quilote souvenance nommée,

+

Sourdoit deduit, et savoit remerchier.

+

En gibessant, etc.

+

Parmy, etc.

+
+

Gibessiere de passe temps ouvrée,

+

Emplie toute d'assez plaisant gibier,

+

Et puis je peu mon cueur, au derrenier,

+

Sur ung faisant d'esperance celée.

+

En gibessant, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

A tout bon compte revenir

+

Convendra, qui qu'en rie, ou pleure,

+

Et ne scet on le jour, ne l'eure;

+

Souvent en devroit souvenir.

+

Prenez qu'on ait dueil, ou plaisir,

+

En brief temps, ou longue demeure,

+

A tout bon, etc.

+

Convendra, etc.

+
+

Las! on ne pense qu'à suyr

+

Le monde qui tousjours labeure;

+

Et quant on cuide qu'il sequeure,

+

Au plus grant besoing vient faillir,

+

A tout bon, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Que faut il plus à ung cueur amoureux?

+

Quant assiegé l'a Dangier, de tristesse;

+

Qu'avitailler tantost sa forteresse

+

D'assez vivres de Bon espoir eureux,

+

Cappitaine face Desir songneux,

+

Qui, nuyt et jour, fera guet sans peresse.

+

Que faut, etc.

+

Quant, etc.

+
+

Artillié soit d'Avis avantureux,

+

Coulevrines et canons, à largesse,

+

Pretz, assortiz et chargiez de Sagesse,

+

Es boulevers et lieux avantageux.

+

Que faut il, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Vous estes paié pour ce jour,

+

Puis qu'avez eu ung doulx regart;

+

Devant ung ancien regnart,

+

Tost est apparceu ung tel tour;

+

Quant on a esté à sejour,

+

Ce sont les gaiges de musart.

+

Vous estes, etc.

+

Puis qu'avez, etc.

+
+

Il souffist pour vostre labour,

+

Et s'apres on vous sert de lart,

+

Prenez en gré, maistre coquart,

+

Ce n'est qu'un restraintif d'amour.

+

Vous estes, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Des maleureux porte le pris,

+

Servant Dame loyalle et belle,

+

Qui, pour mourir en la querelle,

+

N'acheve ce qu'a entrepris;

+

Diffamé de droit, et repris

+

Par devant dame et damoiselle,

+

Des maleureux, etc.

+

Servant Dame, etc.

+
+

Pourquoy est d'amer si espris

+

Quant congnoist que son cueur chancelle?

+

En soy donnant repreuve telle,

+

Où a il ce mestier apris?

+

Des maleureux, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Puisqu'estes en chaleur d'amours.

+

Pour Dieu, laissez veoir vostre orine;

+

On vous trouvera medicine

+

Qui briefment vous fera secours.

+

Trop tost, oultre le commun cours,

+

Vous bat le cueur en la poictrine.

+

Puisqu'estes, etc.

+

Pour Dieu, etc.

+
+

La fievre blanche ses sejours

+

A fait, se voulez que termine,

+

Et que plus ne vous soit voisine,

+

Repousez vous pour aucuns jours.

+

Puisqu'estes, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

En amer n'a que martire,

+

Nully ne le devroit dire

+

Mieulx que moy;

+

J'en sauroye, sur ma foy,

+

De ma main ung livre escripre,

+

Où amans pourroient lire,

+

Des yeulx larmoyans, sans rire,

+

Je m'en croy.

+

En amer, etc.

+

Nully, etc.

+
+

Des maulx qu'on y peut eslire,

+

Celluy qui est le mains pire,

+

C'est anoy,

+

Qui n'est jamais à part soy;

+

Plus n'en dy, bien doit souffire.

+

En amer, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Saint Valentin, quant vous venez

+

En Karesme au commencement,

+

Receu ne serez vrayement

+

Ainsi que acoustumé avez.

+

Soussy et penance amenez,

+

Qui vous recevroit lyement?

+

Saint Valentin, etc.

+

En Karesme, etc.

+
+

Une autreffoiz vous avancez

+

Plus tost, et alors toute gent

+

Vous recuilliront autrement;

+

Et pers à choisir amenez.

+

Saint Valentin, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Me fauldrez vous à mon besoing?

+

Mon reconfort et ma fiance,

+

M'avez vous mis en oubliance?

+

Pourtant se de vous je suis loing,

+

N'avez vous pitié de mon soing,

+

Sans vous, savez que n'ay puissance.

+

Me fauldrez vous, etc.

+

Mon reconfort, etc.

+
+

On feroit des larmes ung baing,

+

Qu'ay pleurées de desplaisance,

+

Et crie, par desesperance,

+

Ferant ma poictrine du poing,

+

Me fauldrez, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Saint Valentin dit: Veez me ca,

+

Et apporte pers à choisir;

+

Viengne qui y devra venir,

+

C'est la coustume de pieca.

+

Quant le jour des Cendres hola

+

Respond, auquel doit on faillir?

+

Saint Valentin, etc.

+

Et apporte, etc.

+
+

Au fort, au matin convendra

+

En devocion se tenir,

+

Et apres disner, à loisir,

+

Choississe qui choisir vouldra.

+

Saint Valentin, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Cueur endormy en pensée,

+

En transes, moitié veillant,

+

S'on lui va riens demandant,

+

Il respont à la volée,

+

Et parle de voix cassée,

+

Sans propos ne tant, ne quant.

+

Cueur endormy,

+

En transes, etc.

+
+

Tout met en galimafrée,

+

Lombart, Anglois, Alemant,

+

Francois, Picart et Normant,

+

C'est une chose faée.

+

Cueur, etc.

+
+
+
+

CAROLE EN LATIN.

+
+

Laudes Deo sint, atque gloria,

+

Hoc tempore, pre cordis gaudio,

+

Exultemus cum Dei Filio,

+

Misso nobis a patris gracia.

+
+

Tunc prophete vere predixerant

+

Nasciturum de pura virgine,

+

Ut salvaret hos qui perirant,

+

Pro parentum dampnati crimine.

+
+

Tunc natus est ex stirpe Regia,

+

Flos ascendens de Jesse gremio;

+

Illi honor et benedictio

+

Qui nos replet tanta leticia.

+

Laudes, etc.

+
+

Sic induit se carne hominis,

+

Ut per carnem, carnem redimeret,

+

Sic amorem demonstrans servulis,

+

Quos creavit ne ipsos perderet.

+
+

O miranda Regis clemencia!

+

Qui non parcens corpori proprio,

+

Se obtulit diro supplicio,

+

Nostra sanans cruore vicia.

+

Laudes, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

A trompeur, trompeur et demy;

+

Tel qu'on seme convient cuillir;

+

Se mestier voy partout courir,

+

Chascun y joue, et moy aussi.

+

Dy je bien de ce que je dy?

+

De tel pain souppe fault servir.

+

A trompeur, etc.

+

Tel qu'on seme, etc.

+
+

Et qui n'a pas langaige en lui,

+

Pour parler selon son desir,

+

Ung truchement lui fault querir

+

Ainsi, ou par là, ou par cy.

+

A trompeur, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Baillez lui la massue,

+

A cellui qui cuide estre

+

Plus subtil que son maistre,

+

Et sans raison l'argue;

+

Ou il sera beste mue,

+

Quant on l'envoyera pestre.

+

Baillez, etc.

+

A cellui, etc.

+
+

Quoy qu'il regibe, ou rue,

+

Si sault par la fenestre,

+

Comme s'il vint de nestre,

+

Sera chose esperdue.

+

Baillez, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Ubi supra,

+

N'en parlons plus

+

Des tours cornulz,

+

Et cetera;

+

Non est cura,

+

De telz abus.

+

Ubi, etc.

+

N'en, etc.

+
+

Mala jura

+

Sont suspendus,

+

Ou deffendus,

+

Et reliqua.

+

Ubi, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Il vit en bonne esperance,

+

Puisqu'il est vestu de gris,

+

Qu'il aura, à son advis,

+

Encore sa desirance;

+

Combien qu'il soit hors de France,

+

Par deca le mont Senis,

+

Il vit, etc.

+

Puisqu'il, etc.

+
+

Perdu a sa contenance,

+

Et tous ses jeux et ses ris,

+

Gaigner lui fault Paradis.

+

Par force de paciance.

+

Il vit, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Noti me tangere

+

Faulte de serviteurs,

+

Car bonté de seigneurs

+

Ne les scet frangere.

+

Il vous fault regere

+

En craintes et rigueurs.

+

Noli me, etc.

+

Faulte de, etc.

+
+

De hault erigere

+

Trop tost en grans faveurs,

+

Ce ne sont que foleurs

+

Bien m'en puis plangere.

+

Noli me, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+

(Orléans à Maistre Estienne le Gout.)

+
+

Maistre Estienne le Gout nominatif,

+

Nouvellement, par maniere optative,

+

Si a voulu faire copulative;

+

Mais failli a en son cas genitif.

+

Il avait mis six ducatz en datif,

+

Pour mieulx avoir s'amie vocative.

+

Maistre, etc.

+

Nouvellement, etc.

+
+

Quant rencontré a un accusatif,

+

Qui sa robbe lui a fait ablative;

+

De fenestre assez superlative,

+

A fait ung sault portant coups en passif.

+

Maistre, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Responce de Maistre Estienne le Gout.)

+
+

Monseigneur tres supellatif,

+

Pour respondre au narratif

+

De vostre briefve expositive;

+

Elle fut premier vocative,

+

Par le moyen du genitif.

+

Les six ducatz sont nombratif,

+

Mais quant au fait du possessif,

+

La chose est ung peu neutrative.

+

Monseigneur, etc.

+

Pour respondre, etc.

+
+

Et quant au dangier du passif,

+

J'ay saufconduit prerogatif,

+

Par quoy mectray paine soubtive

+

D'accorder, sus la negative,

+

L'adjectif et le substantif.

+

Monseigneur, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Pres là, briquet aux pendantes oreilles,

+

Tu sces que c'est de deduit de gibier,

+

Au derrenier tu auras ton loyer,

+

Et puis seras viande pour corneilles.

+

Tu ne fais pas miracles, mais merveilles,

+

Et as aide pour te bien enseigner.

+

Pres là, briquet, etc.

+

Tu sces, etc.

+
+

A toute heure diligemment traveilles,

+

Et en chasse vaulx autant qu'un limier,

+

Tu amaines au tiltre de levrier

+

Toutes bestes, et noires, et vermeilles.

+

Près là briquet, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Or s'y joue qui vouldra;

+

Qui me change, je le change;

+

Nul ne le tiengne chose estrange,

+

D'avoir selon qu'il fera;

+

Quant par sa faulte fera,

+

Gré ne dessert, ne louange.

+

Or s'y joue, etc.

+

Qui me, etc.

+
+

Puisque advisé on l'en a.

+

Et à raison ne se range,

+

S'apres s'elle se revange,

+

Le tort à qui demourra?

+

Or s'y joue, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans à Alençon.)

+
+

En la vigne jusqu'au peschier

+

Estes bouté, mon filz tres chier,

+

Dont, par ma foy, suis tres joyeulx,

+

Quant de rimer vous voy songneux,

+

Et vous en voulez empeschier?

+

Soit au lever, ou au couchier,

+

Ou quant vous devez chevauchier,

+

Esbatez vous pour le mieulx.

+

En la vigne, etc.

+

Estes bouté, etc.

+
+

Se Desplaisir vous vient serchier,

+

Pour de lui tost vous despeschier,

+

Sans estre merencolieux,

+

Grant bien vous fera, se m'aid Dieux,

+

Passez y temps sans plus preschier.

+

En la vigne, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Responce d'Alençon.)

+
+

Le vigneron fut atrapé,

+

Quant il fut trouvé en la vigne,

+

Trop mieulx que poisson à la ligne,

+

Ne que rat au lardon hapé;

+

D'un trait d'ueil fut prins et frapé,

+

Par celle qui pas ne forligne.

+

Le vigneron, etc,

+

Quant il fut, etc.

+
+

A peine lui fut eschappé,

+

Le povre compaignon qui pigne,

+

Tres mal pigne des dents d'un pigne,

+

Ainsi surprins et agrapé.

+

Le vigneron, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Quant je fus prins ou pavillon

+

De ma Dame tres gente et belle,

+

Je me brulay à la chandelle,

+

Ainsi que fait le papillon.

+

Je rougiz comme vermeillon,

+

Aussi flambant qu'une estincelle.

+

Quand je fus, etc.

+

De ma Dame, etc.

+
+

Si j'eusse esté esmerillon,

+

Ou que j'eusse eu aussi bonne elle,

+

Je me feusse gardé de celle

+

Qui me bailla de l'aguillon.

+

Quant je fus, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Satis, satis, plus quam salis,

+

N'en avez vous encore assez?

+

Par Dieu, vous en serez lassez

+

Des folies quas amatis.

+

Cum sensibus ebetatis,

+

Soctes gens vous les amassez.

+

Satis, satis, etc.

+

N'en avez, etc.

+
+

Et pour ce, si me credatis,

+

Oubliez tous les temps passez,

+

Et voz meschans pensers cassez,

+

Dolendo de perpetratis.

+

Salis, satis, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Mon cueur plus ne volera,

+

Il est enchaperonné,

+

Nonchaloir l'a ordonné,

+

Qui ja piaca le m'osta.

+

Confort depuis ne lui a

+

Cure, n'atirer donné.

+

Mon cueur, etc

+

Il est, etc.

+
+

Se sa gorge gectera?

+

Je ne scay, car gouverné

+

Ne l'ay, mais abandonné;

+

Soit com avenir pourra.

+

Mon cueur, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Non temptabis, tien te coy,

+

Regard plain d'atrayement,

+

Vade retro tellement

+

Que point n'aproches de moy.

+

Probavi te, sur ma foy,

+

Je crains ton assotement.

+

Non, etc.

+

Regard, etc.

+
+

Ecce la raison pourquoy,

+

Tu resveilles trop souvent

+

Corda, bien congnois comment

+

Presches l'amoureuse loy.

+

Non temptabis, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Chascun dit qu'estes bonne et belle,

+

Mais mon ueil jugier n'e saura,

+

Car lignage m'avuglera,

+

Qui maintendra vostre querelle;

+

Quant on parle de damoiselle

+

Qui à largesse de biens a.

+

Chascun dit, etc.

+

Mais mon, etc.

+
+

A nostre assemblée nouvelle,

+

Verray ce qu'il m'en semblera,

+

Et, s'ainsi est, bien me plaira;

+

Or prenons que vous soyez telle.

+

Chascun dit, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Gardez vous de mergo

+

Trompeur faulx et rusez,

+

Qui les gens abusez

+

Mainteffoiz a tergo.

+

En tous lieux où pergo,

+

Fort estes accusez.

+

Gardez vous, etc.

+

Trompeur, etc.

+
+

Mercy dit: abstergo

+

Les faultes dont usez,

+

Mais que les refusez;

+

Avisez vous ergo.

+

Gardez vous, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Encore lui fait il grant bien

+

De veoir celle qu'a tant amée,

+

A celui qui cueur et pensée

+

Avoit en elle, comme tien.

+

Combien qu'il n'y aye plus rien,

+

Et qu'autre la lui ait ostée.

+

Encore lui, etc.

+

De veoir, etc.

+
+

En regardant son doulx maintien,

+

Et son fait qui moult lui agrée,

+

S'il la peut tenir embrassée,

+

Il pense que une foiz fut sien

+

Encore lui, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Quant n'ont assez fait dodo,

+

Ces petitz enfanchonnés,

+

Ilz portent soubz leurs bonnés

+

Visaiges pleins de bobo.

+

C'est pitié s'ilz font jojo

+

Trop matin, les doulcinés.

+

Quant n'ont, etc.

+

Ces petitz, etc.

+
+

Mieux amassent à gogo

+

Gesir sur molz coissinés,

+

Car ilz sont tant poupinés,

+

Helas! che, guoguo, guoguo.

+

Quant n'ont, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Avugle et assourdy,

+

De tous poins en nonchaloir,

+

Je ne puis ouir, ne veoir

+

Chose dont soye esjouy.

+

Se desplaisant, ou marry,

+

Tout m'est ung, pour dire veoir.

+

Avugle, etc.

+

De tous, etc.

+
+

Es escolles fu nourry

+

D'amours, pensant mieux valoir;

+

Quant plus y cuiday savoir,

+

Plus m'y trouvay rassoty.

+

Avugle, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Procul a nobis

+

Soient ces trompeurs,

+

Dantur aux flateurs

+

Verba pro verbis,

+

Sicut pax vobis,

+

Et tendent ailleurs.

+

Procul, etc.

+

Soient ces, etc.

+
+

Non semel sicul bis,

+

Et des foiz plusieurs,

+

Sont loups ravisseurs

+

Soubz peaulx de brebiz.

+

Procul, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

J'estraine de bien loing m'amie,

+

De cueur, de corps et quanque j'ay,

+

En bon an lui souhaideray

+

Joye, santé et bonne vie.

+

Mais que ne m'estraine d'oublie,

+

Ne plus ne moins que la feray.

+

J'estraine, etc.

+

De cueur, etc.

+
+

Mon cueur de chapel de soussie,

+

Ce jour de l'an, estreneray;

+

Et à elle presenteray

+

Des fleurs de ne m'oubliez mie.

+

J'estraine, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Faulcette confite

+

En plaisant parler,

+

Laissez la aler,

+

Car je la despite.

+

Ce n'est que redite

+

De tant l'esprouver.

+

Faulcette, etc.

+

En plaisant, etc.

+
+

Et quant on s'acquicte

+

Plus de l'amender,

+

Pis la voy ouvrer,

+

C'est chose maudicte.

+

Faulcette, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Parlant ouvertement

+

Des faiz du Dieu d'amours,

+

N'a il d'estranges tours

+

En son commandement?

+

Ouil, certainement,

+

Qui dira le rebours?

+

Parlant, etc.

+

Des faiz, etc.

+
+

S'on faisoit loyaument

+

Enqueste par les cours,

+

On orroit tous les jours

+

Qu'on s'en plaint grandement.

+

Parlant, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Il fauldroit faire l'arquemie,

+

Qui vouldroit forgier faulceté

+

Tant qu'elle devint loyaulté,

+

Quant en malice est endurcie.

+

C'est rompre sa teste en folie,

+

Et temps perdre en oysiveté.

+

Il fauldroit, etc.

+

Qui vouldroit, etc.

+
+

Plus avant qu'on y estudie,

+

Et moins y congnoist on seurté,

+

Car de faire de mal, bonté,

+

L'un à l'autre trop contrarie.

+

Il fauldroit, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Tant sont les yeulx de mon cueur endormiz

+

En nonchaloir, qu'ouvrir ne les pourroye;

+

Pour ce, parler de beaulté n'oseroye,

+

Pour le present, comme j'ay fait jadiz.

+

Par cueur retiens ce que j'en ay apris,

+

Car plus ne scay lire ou livre de joye,

+

Tant sont, etc.

+

En nonchaloir, etc.

+
+

Chascun diroit qu'entre les rassotiz,

+

Comme aveugle des couleurs jugeroye,

+

Taire m'en vueil, rien n'y voy, Dieu y voye!

+

Plaisans regars n'ont plus en moy logis.

+

Tant sont, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

En changeant mes appetiz,

+

Je suis tout saoul de blanc pain,

+

Et de menger meurs de fain

+

D'un fres et nouveau pain bis.

+

A mon gré, ce pain faitis,

+

C'est ung morceau souverain.

+

En changeant, etc.

+

Je suis tout, etc.

+
+

S'il en fust à mon devis,

+

Plus tost anuyt que demain

+

J'en eusse mon vouloir plain,

+

Car grant desir m'en est pris.

+

En changeant, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Maistre Jehan Caillau)

+
+

Tant sont les yeulx de mon cueur endormiz

+

En nonchaloir, qu'ouvrir ne les pourroye;

+

Pour ce, parler de beaulté n'oseroye

+

Pour le present, comme j'ay fait jadiz;

+

Joye et soulaz ne sont plus mes amis,

+

Chose ne voy de quoy je me resjoye,

+

Tant sont, etc.

+

En nonchaloir, etc.

+
+

Je suis mouillé, et retrait, et remis,

+

Morne et pensif, trop plus que ne souloye,

+

J'y voy trouble, car es yeulx ay la taye,

+

Et n'y congnois le blanc d'avec le bis,

+

Tant sont, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Fredet.)

+
+

Pour mectre à fin la grant doleur

+

Que par trop amer je reçoy,

+

Secourez moy;

+

Las! ou autrement, sur ma foy,

+

Mes jours n'auront pas grant longueur.

+

Car si tres tourmenté je suis,

+

De tant d'ennuys

+

Qui sans cesser me courent seure,

+

Que je n'ays bons jours, bonnes nuys;

+

Et si ne puis

+

Trouver, fors vous, qui me sequeure.

+

Aidez à vostre serviteur,

+

Qui est mieulx pris que par le doy,

+

Ou mort me voy,

+

Se ne montrez brief, savez quoy?

+

Que vous ayez mon fait à cueur.

+

Pour mectre, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Helas! me tuerez vous?

+

Pour Dieu retraiez cest ueil

+

Qui d'un amoureux acueil

+

M'occit, se ne suis rescous.

+

Je tiens vostre cueur si doulx,

+

Que me rens tout à son vueil.

+

Helas! etc.

+

Pour Dieu, etc.

+
+

De quoy vous peut mon courrous

+

Valoir? ne servir mon dueil?

+

Quant humblement, sans orgueil,

+

Je requier mercy à tous.

+

Helas, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Responce d'Orleans à Fredet.)

+
+

Pour mectre à fin vostre doleur,

+

Où pour le present je vous voy,

+

Descouvrez moy

+

Tout vostre fait, car, sur ma foy,

+

Je vous secourray de bon cueur;

+

Plus avant offrir ne vous puis,

+

Fors que je suis

+

Prest de vous aider à toute heure,

+

A vous bouter hors des ennuys

+

Que, jours et nuys,

+

Dictes qu'avec vous font demeure.

+

Quant vous tenez mon serviteur,

+

Et vostre doleur apparcoy,

+

Montrer au doy

+

On me devroit, se tenir quoy

+

Vouloye, comme faint seigneur.

+

Pour mectre, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Ung cueur, ung vueil, une plaisance,

+

Ung desir, ung consentement,

+

Ung reconfort, ung pensement,

+

Fermez en loyalle fiance,

+

Dieu que bonne en est l'accointance!

+

Tenir la doit on chierement.

+

Ung cueur, etc.

+

Ung desir, etc.

+
+

Contre Dangier et sa puissance.

+

Qui les het trop mortelement,

+

Gardons les bien et saigement;

+

N'est ce toute nostre chevance?

+

Ung cueur, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Pour ce que plaisance est morte,

+

Ce May suis vestu de noir,

+

C'est grant pitié de veoir

+

Mon cueur, qui s'en desconforte.

+

Je m'abille de la sorte

+

Que doy, pour faire devoir.

+

Pour ce que, etc.

+

Ce May, etc.

+
+

Le temps ces nouvelles porte,

+

Qui ne veult deduit avoir,

+

Mais par force de plouvoir,

+

Fait des champs clorre la porte.

+

Pour ce que, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Cueur, à qui prendrez vous conseil?

+

A nul ne povez descouvrir

+

Le tres angoisseux desplaisir

+

Qui vous tient en paine et traveil.

+

Je tiens qu'il n'a soubz le souleil,

+

De vous plus parfait vray martire.

+

Cueur, a qui, etc.

+

A nul, etc.

+
+

Au moins faictes vostre apareil

+

De bien vous faire ensevellir,

+

Ce n'est que mort d'ainsi languir,

+

En tel martire nompareil.

+

Cueur, à qui, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

A Dieu! qu'il m'anuye,

+

Helas! qu'est ce cy?

+

Demourray ainsi

+

En merencolie?

+

Qui que chante, ou rie,

+

J'ay tousjours soussy.

+

A Dieu, etc.

+

Helas! qu'est ce, etc.


+

Penser me guerrie,

+

Et fortune aussi,

+

Tellement, et si

+

Fort que hé ma vie.

+

A Dieu, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Dedens mon livre de pensée,

+

J'ay trouvé escripvant mon cueur,

+

La vraye histoire de doleur,

+

De lermes toute enluminée;

+

En deffassent la tres amée

+

Ymage de plaisant doulceur.

+

Dedens mon, etc.

+

J'ay trouvé, etc.

+
+

Helas! où l'a mon cueur trouvée?

+

Les grosses goutes de sueur

+

Lui saillent, de peine et labeur

+

Qu'il y prent, et nuit, et journée.

+

Dedens, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Ci pris, ci mis,

+

Trop fort me lie

+

Merencolie,

+

De pis en pis,

+

Quant me tient pris

+

En sa baillie.

+

Ci pris, etc.

+

Trop fort, etc.

+
+

Se hors soussis

+

Je ne m'alie

+

A chiere lie,

+

Vivant languis.

+

Ci pris, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

En regardant ces belles fleurs

+

Que le temps nouveau d'amours prie,

+

Chascune d'elle s'ajolie,

+

Et farde de plaisans couleurs;

+

Tant embasmées sont de odeurs

+

Qu'il n'est cueur qui ne rajeunie.

+

En regardant, etc.

+

Que le temps, etc.

+
+

Les oyseaulx deviennent danseurs

+

Dessus mainte branche fleurie,

+

Et font joyeuse chanterie,

+

De contres, des chans et teneurs.

+

En regardant, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Et de cela, quoy?

+

Se soussy m'assault,

+

A mon cueur n'en chault,

+

N'aussi peu à moy;

+

Comme j'appercoy,

+

Courroux riens n'y vault.

+

Et de cela, etc.

+

Se soussy, etc.

+
+

Par luy je reçoy

+

Souvent froit et chault,

+

Puisqu'estre ainsi fault,

+

Remede n'y voy.

+

Et de cela, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Oncques feu ne fut sans fumée,

+

Ne doloreux cueurs sans pensée,

+

Ne reconfort sans esperance,

+

Ne joyeulx regart sans plaisance,

+

Ne beau soleil qu'apres nuée.

+

J'ay tost ma sentence donnée,

+

De plus sachant soit amendée,

+

J'en dy selon ma congnoissance.

+

Oncques feu, etc.

+

Ne doloreux, etc.

+
+

Esbatement n'est sans risée,

+

Souspir sans chose regretée,

+

Souhait sans ardant desirance,

+

Doubte sans muer contenance,

+

C'est chose de vray esprouvée.

+

Oncques feu, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Et de cela, quoy?

+

En ce temps nouveau,

+

Soit ou laid, ou beau,

+

Il m'en chault bien poy;

+

Je demourray quoy

+

En ma vieille peau.

+

Et de cela, etc.

+
+

Plusieurs, comme voy,

+

Ont des pois au veau;

+

Je mectray mon seau

+

Qu'ainsi je le croy.

+

Et de cela, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Chantez ce que vous pensez,

+

Monstrant joyeuse maniere.

+

Ne la vendez pas si chiere,

+

Trop en vis la despensez.

+

Or sus, tost vous avancez,

+

Laissez coustume estrangiere.

+

Chantez ce que, etc.

+

Monstrant, etc.

+
+

Tous noz menuz pourpensez

+

Descouvrons, à lye chiere,

+

L'un à l'autre, sans priere;

+

J'acheveray, commencez.

+

Chantez, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Le trouveray je jamais?

+

Ung loyal cueur joint au mien,

+

A qui je soye tout sien,

+

Sans departir desormais.

+

D'en deviser par souhais,

+

Souvent m'y esbas, et bien.

+

Le trouveray, etc.

+

Ung loyal, etc.

+
+

Autant vault se je m'en tais,

+

Car certainement je tien

+

Qu'il ne s'en fera ja rien;

+

En toute chose a ung mais.

+

Le trouveray, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Gens qui cuident estre si saiges

+

Qu'ilz pensent plusieurs abestir,

+

Si bien ne se sauront couvrir

+

Qu'on n'aperçoive leurs couraiges;

+

Payer leur fauldra les usaiges

+

De leurs becz jaunes, sans faillir.

+

Gens qui, etc.

+

Qu'ilz pensent, etc.

+
+

On scet par anciens ouvraiges,

+

Dequel mestier scevent servir;

+

Melusine n'en peut mentir,

+

Elle les cognoist aux visaiges.

+

Gens qui, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Il me pleust bien,

+

Se tour il a,

+

Quan me monstra

+

Que estoit tout mien;

+

Par son maintien

+

Tost me gaigna.

+

Il me, etc.

+

Se tour, etc.

+
+

Sans dire rien,

+

Mon cueur pensa,

+

Et ordonna,

+

Qu'il seroit sien.

+

Il me, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Quant j'ay ouy le tabourin

+

Sonner, pour s'en aler au May,

+

En mon lit fait n'en ay effray,

+

Ne levé mon chief du coissin;

+

En disant: il est trop matin,

+

Ung peu je me rendormiray.

+

Quant j'ay, etc.

+

Sonner, pour, etc.

+
+

Jeunes gens partent leur butin,

+

De nonchaloir m'accointeray,

+

A lui je m'abutineray,

+

Trouvé l'ay plus prouchain voisin.

+

Quant j'ay, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

En mon cueur cheoit,

+

Et là devinoye,

+

Comme je pensoye,

+

Qu'ainsi m'avendroit.

+

Fol tant qu'il reçoit,

+

Ne croit rien qu'il voye.

+

En mon, etc.

+

Et là, etc.


+

Sotye seroit,

+

Se plus y musoye;

+

Ma teste romperoye,

+

Soit ou tort, ou droit.

+

En mon, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Le premier jour du mois de May,

+

De tanne et de vert perdu,

+

Las! j'ay trouvé mon cueur vestu,

+

Dieu scet en quel piteux array!

+

Tantost demandé je lui ay,

+

Dont estoit cest habit venu?

+

Le premier, etc.

+

De tanne, etc.

+
+

Il m'a respondu, bien le scay,

+

Mais par ma foy ne sera cogneu;

+

Desplaisance m'en a pourveu,

+

Sa livrée je porteray.

+

Le premier, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Le monde est ennuyé de moy,

+

Et moy pareillement de lui;

+

Je ne congnois rien aujourdui

+

Dont il me chaille que bien poy.

+

Dont quanque devant mes yeulx voy,

+

Puis nommer anuy sur anuy.

+

Le monde, etc.

+

Et moy, etc.

+
+

Chierement se vent bonne foy,

+

A bon marché n'en a nulluy;

+

Et pour ce, se je suis cellui

+

Qui m'en plains, j'ay raison pourquoy.

+

Le monde, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

De riens ne sert à cueur en desplaisance,

+

Chanter, dancer, n'aucun esbatement,

+

Il lui souffit de povoir seulement

+

Tousjours penser en sa male meschance;

+

Quant il congnoist qu'en hasart gist sa chance,

+

Et desir n'est à son commandement.

+

De riens ne sert, etc.

+

Chanter, dancer, etc.

+
+

S'on rit, pleurer lui est d'acoustumance;

+

S'il peut, à part se met le plus souvent.

+

Afin qu'à nul ne tiengne parlement;

+

Pour le guerir ja mire ne s'avance.

+

De riens ne sert, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Vous y fiez vous?

+

En mondain espoir,

+

S'il scet decevoir,

+

Demander à tous.

+

Son actrait est doulx,

+

Pour gens mieulx avoir.

+

Vous y, etc.

+

En mondain, etc.

+
+

De joye, ou courroux,

+

Soing, ou nonchaloir,

+

Veult, à son vouloir,

+

Tenir les deux boux.

+

Vous y, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Fiez vous y,

+

A qui?

+

En quoy?

+

Comme je voy,

+

Riens n'est sans sy;

+ +

Ce monde cy

+

A sy

+

Pou foy.

+

Fiez, etc.

+

A, etc.

+
+

Plus je n'en dy,

+

N'escry,

+

Pourquoy?

+

Chascun j'en croy;

+

S'il est ainsy,

+

Fiez, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Vengence de mes yeulx

+

Puisse mon cueur avoir,

+

Ilz lui font recevoir

+

Trop de maulx en mains lieux.

+

Amours, le Roy des Dieux,

+

Faictes vostre devoir.

+

Vengence, etc,

+

Puisse mon, etc.

+
+

Se jamais plus sont tieulx,

+

Encontre mon vouloir,

+

Sur eulx, et main, et soir,

+

Crieray jusques aux cieulx.

+

Vengence, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

De legier pleure à qui la lippe pent;

+

Ne demandez jamais comment lui va,

+

Laissez l'en paix, il se confortera,

+

Ou en son fait mectra appoinctement.

+

A son umbre se combactra souvent,

+

Et puis son frein rungier lui convendra.

+

De legier, etc.

+

Ne demandez, etc.


+

S'en parle à lui, il en est mal content;

+

Cheminée, au derrain trouvera,

+

Par où passer sa fumée pourra;

+

Ainsi avient le plus communement.

+

De legier, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Espoir ne me fist oncques bien,

+

Souvent me ment pour me complaire,

+

Et assez promet sans riens faire,

+

Dont à lui peu tenu me tien;

+

En ses ditz ne me fie en rien,

+

Se Dieu m'aist, je ne m'en puis taire.

+

Espoir ne, etc.

+

Souvent me, etc.

+
+

Quant reconfort requerir lui vien,

+

Et cuide qu'il le doye faire,

+

Tousjours me respont au contraire,

+

Et me hare reffus son chien.

+

Espoir ne, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Dont viens tu maintenant, souspir,

+

Aportes tu nulles nouvelles?

+

Dieu doint qu'ilz puissent estre telles

+

Que voulentiers les doye ouir.

+

S'ilz viennent de devers Desir,

+

Ilz ne sont que bonnes et belles.

+

Dont viens, etc.

+

Aportes tu, etc.

+
+

Mais s'ilz sourdent de Desplaisir,

+

J'ayme mieulx que tu les me celes,

+

Assez et trop j'en ay de telles;

+

Ne dy riens que pour m'esjouir.

+

Dont viens, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

C'est par vous seulement, Fiance,

+

Qu'ainsi je me trouve deceu;

+

Car, se par avant l'eusse sceu,

+

Bien y eusse mis pourveance.

+

Au fort, quant je suis en la dance,

+

Puisqu'il est trait, il sera beu.

+

C'est par vous, etc.

+

Qu'ainsi je, etc.

+
+

Je doy bien hair l'acointance

+

Du premier jour que vous ay veu,

+

Car prins m'avez au despourveu;

+

Nul n'est trahy qu'en esperance.

+

C'est par, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Ou pis, ou mieulx,

+

Mon cueur aura,

+

Plus ne sera

+

En soussy tieulx;

+

Par Dieu, des cieulx

+

Chemin prendra.

+

Ou pis, etc.

+

Mon cueur, etc.

+
+

En aucuns lieux,

+

Fortune, or ca,

+

On vous verra

+

Plus cler aux yeulx.

+

Ou pis, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Par vous, regart, sergent d'amours,

+

Sont arrestés les povres cueurs,

+

Souvent en plaisirs et doulceurs,

+

Et mainteffoiz tout au rebours;

+

Devant les amoureuses cours,

+

Les officiers et gouverneurs.

+

Par vous, etc.

+

Sont arrestés, etc.

+
+

Et adjournez à trop briefz jours,

+

Pour leur porter plus de rigueurs,

+

Comme subgiez et serviteurs,

+

Endurent mains estranges tours.

+

Par vous, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

S'en mes mains une foiz vous tiens,

+

Pas ne m'eschapperez, Plaisance,

+

Ja Fortune n'aura puissance

+

Que n'aye ma part de voz biens;

+

En despit de Dueil et des siens,

+

Qui me tourmentent de penance.

+

S'en mes, etc.

+

Pas ne, etc.

+
+

Doy je tousjours, sans avoir riens,

+

Languir en ma dure grevance?

+

Nennil, promis m'a Esperance

+

Que serez de tous poins des miens.

+

S'en mes, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Payés selon vostre deserte

+

Puissiez vous estre! faulx trompeurs,

+

Au derrenier des cabuseurs

+

Sera la malice deserte.

+

D'entre deux meures, une verte

+

Vous fault servir, pour voz labeurs.

+

Payés selon, etc.

+

Puissiez vous, etc.

+
+

Vostre besongne est trop ouverte,

+

Ce n'est pas jeu d'entrejecteurs;

+

Aux esches s'estes bons joueurs,

+

Gardez l'eschec à descouverte.

+

Payés selon, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Plus penser que dire,

+

Me convient souvent,

+

Sans monstrer comment,

+

N'a quoy, mon cueur tire;

+

Faignant de soubzrire,

+

Quant suis tres dolent.

+

Plus penser, etc.

+

Me convient, etc.

+
+

En toussant, souspire

+

Pour secretement

+

Musser mon tourment,

+

C'est privé martire.

+

Plus penser, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Mort de moy! vous y jouez vous

+

Avec Dame Merencolie?

+

Mon cueur, vous faictes grant folye,

+

C'est la nourrisse de courroux.

+

Ung baston qui point à deux boutz,

+

Porte, dont elle s'escremye.

+

Mort de moy, etc.

+

Avec Dame, etc.

+
+

Je tiens saiges toutes et tous,

+

Qui eslongnent sa compaignie;

+

Saint Jehan, je ne m'y mectray mie,

+

Que je m'y boutasse à quans coups.

+

Mort de moy, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Je ne suis pas de ses gens là,

+

A qui Fortune plaist et rit,

+

De reconfort trop m'escondit,

+

Veu que tant de mal donné m'a.

+

S'on demande comment me va?

+

Il est ainsi comme j'ay dit.

+

Je ne suis, etc.

+

A qui, etc.

+
+

Quant je dy que bon temps vendra,

+

Mon cueur me respont par despit:

+

Voire, s'Espoir ne vous mentit,

+

Plusieurs decoit et decevra.

+

Je ne suis, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Allez, allez, vieille nourrice

+

De courroux et de malle vie

+

Rassotée Merencolie,

+

Vous n'avez que dueil et malice;

+

Desormaiz plus n'aurez office

+

Avec mon cueur, je vous regnye.

+

Allez, allez, etc.

+

De courroux, etc.

+
+

Pour vous n'y a point lieu propice,

+

Confort l'a prins, n'en doubtez mie,

+

Fuyez hors de la compaignie;

+

D'Espoir fais nouvel edifice.

+

Allez, allez, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Remede comment

+

Pourray je querir?

+

Du mal qu'à souffrir

+

J'ay trop longuement.

+

Qu'en dit loyaument

+

Conseil? sans mentir.

+

Remede, etc.

+

Pourray je, etc.

+
+

Pour abregement,

+

Guerir, ou mourir;

+

Plus ne puis fournir,

+

Se sens ne m'aprent.

+

Remede, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Vous ne tenez compte de moy,

+

Beau Sire, mais qui estes vous?

+

Voulez vous estre seul sur tous,

+

Et qu'on vous laisse tenir quoy?

+

Merencolie suiz, et doy

+

En tous faiz, tenir l'un des bouts.

+

Vous ne tenez, etc.

+

Beau Sire, etc.

+
+

Se je vous pinsse par le doy,

+

Ne me chault de vostre courroux;

+

On verra se serez rescous

+

Des mains, par qui, et pourquoy?

+

Vous ne tenez, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Quant je voy ce que ne vueil mie.

+

Et n'ay ce dont suis desirant,

+

Pensant ce qui m'est desplaisant,

+

Est ce merveille s'il m'anuye?

+

Nennil, force est que me soussie

+

De mon cueur qui est languissant.

+

Quant je voy, etc.

+

Et n'ay, etc.

+
+

En douleur et merencolie

+

Suis, nuit et jour, estudiant;

+

Lors je me boute trop avant

+

En une haulte theologie.

+

Quant je voy, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Ainsi que chassoye aux sangliers,

+

Mon cueur chassoit apres Dangiers

+

En la forest de ma pensée,

+

Dont rencontra grant assemblée

+

Trespassans par divers sentiers;

+

Deux ou trois saillirent premiers,

+

Comme fors, orgueilleux et fiers;

+

N'estoit ce pas chose esfroyée?

+

Ainsi que, etc.

+

Mon cueur, etc.

+

En la forest, etc.

+
+

Lors mon cueur lascha sus levriers,

+

Lesquels sont nommés Desiriers;

+

Puis Esperance l'asseurée,

+

L'espieu ou poing, sainte l'espée,

+

Vint pour combatre voulentiers.

+

Ainsi que, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Sot euil, reporteur de nouvelles,

+

Où vas tu? et ne sces pourquoy,

+

Ne sans prandre congié de moy

+

En la compaignie des belles,

+

Tu es trop tost accointé d'elles;

+

Il te vaulsist mieulx tenir quoy.

+

Sot euil, etc.

+

Où vas tu, etc.

+
+

Se ne changes manieres telles,

+

Par raison, ainsi que je doy,

+

Chastier te vueil, sur ma foy;

+

Contre toy j'ay assez querelles.

+

Sot euil, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Mort de moy! vous y jouez vous?

+

En quoy? es faiz de tromperie;

+

Ce n'est que coustume jolie

+

Dont ung peu ont toutes et tous;

+

Renverser s'en dessuz dessoubz,

+

Est ce bien fait? je vous en prie.

+

Mort de moy, etc.

+

En quoy, etc.

+
+

Laissez moy taster vostre pouls,

+

Vous tient point celle maladie?

+

Parlez bas, qu'on ne l'oye mie,

+

Il semble que criez aux loups.

+

Mort de moy, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Est ce vers moi qu'envoyez ce souspir?

+

M'apporte il point quelque bonne nouvelle?

+

Soit mal ou bien, pour Dieu, qu'il ne me celle

+

Ce que lui vueil de mon fait enquerir.

+

Suis je jugié de vivre, ou de mourir?

+

Soustendra ja Loyaulté ma querelle?

+

Est ce vers moy, etc.

+

M'apporte il, etc.

+
+

Et, nuit et jour, j'escoute pour ouir

+

S'auray confort de ma paine cruelle,

+

Pire ne peut estre se non mortelle,

+

Dictes se riens y a pour m'esjouir?

+

Est ce vers moy, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

M'apellez vous cela jeu?

+

D'estre tousjours en ennuy;

+

Certes, je ne voy nulluy

+

Qui n'en ait plus trop que peu.

+

Nul ne desnoue ce neu,

+

S'il n'a de Fortune apuy.

+

M'apellez, etc.

+

D'estre, etc.

+
+

On s'art qui est pres du feu;

+

Et pour ce, je suis cellui

+

Qui à mon povoir le sui,

+

Quant je n'y congnois mon preu.

+

M'apellez vous, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Alons nous esbatre,

+

Mon cueur, vous et moy,

+

Laissons, à part soy,

+

Soussy se combatre;

+

Tousjours veult desbatre,

+

Et jamais n'est quoy.

+

Alons nous, etc.

+

Mon cueur, etc.

+
+

On vous devroit batre,

+

Et monstrer au doy,

+

Se, dessoubz sa loy,

+

Vous laissez abatre.

+

Allons nous, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Aussi bien laides que belles

+

Contrefont les dangereuses,

+

Et souvent les precieuses,

+

Ilz ont les manieres telles;

+

Pareillement les pucelles

+

Deviennent tantost honteuses

+

Aussi bien, etc.

+

Contrefont, etc.

+
+

Les vieilles font les nouvelles,

+

En parolles gracieuses

+

Et accointances joyeuses,

+

C'est la condicion d'elles.

+

Aussi bien, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Je vous arreste, de main mise,

+

Mes yeulx, emprisonnés serez,

+

Plus mon cueur ne gouvernerez,

+

Desormais je vous en avise;

+

Trop avez fait à vostre guise,

+

Par ma foy, plus ne le ferez.

+

Je vous arreste, etc.

+

Mes yeulx, etc.

+
+

On peut bien pour vous corner prise,

+

Prins estes, point n'eschapperez;

+

Nul remede n'y trouverez,

+

Rien n'y vault apel, ne franchise.

+

Je vous arreste, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Qui a toutes ses hontes beues,

+

Il ne lui chault que l'en lui die,

+

Il laisse passer mocquerie

+

Devant ses yeulx, comme les nues.

+

S'on le hue parmy les rues,

+

La teste hoche à chiere lie.

+

Qui a toutes, etc.

+

Il ne lui, etc.

+
+

Truffes sont vers lui bien venues,

+

Quant gens rient, il faut qu'il rie;

+

Rougir on ne le feroit mie,

+

Contenances n'a point perdues.

+

Qui a toutes, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

En mes pais, quant me trouve à repos,

+

Je m'esbays, et n'y scay contenance,

+

Car j'ay apris travail des mon enfance,

+

Dont fortune m'a bien chargié le dos.

+

Que voulez que vous die? à briefz mos,

+

Ainsi m'est il, ce vient d'acoustumarice.

+

En mes pais, etc.

+

Je m'esbays, etc.

+
+

Tout à part moy, en mon penser m'enclos,

+

Et fais chasteaulx en Espaigne et en France;

+

Oultre les monts, forge mainte ordonnance,

+

Chascun jour, j'ay plus de mille propos.

+

En mes pais, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Repaissez vous en parler gracieux,

+

Avec dames qui menguent poisson,

+

Vous qui jeusnez par grant devocion,

+

Ce vendredi ne povez faire mieulx.

+

Se vous voulez de Deesses, ou Dieux,

+

Avoir confort, ou consolacion,

+

Repaissez vous, etc.

+

Avec dames, etc.

+
+

Lire vous voy faiz merencolieux

+

De Troilus, plains de compassion;

+

D'Amour martir fut en sa nascion,

+

Laissez l'en paix, il n'en est plus de tieulx.

+

Repaissez vous, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Alez vous en, alez, alez,

+

Soussy, Soing et Merencolie,

+

Me cuidez vous toute ma vie

+

Gouverner, comme fait avez?

+

Je vous promet que non ferez,

+

Raison aura sur vous maistrie.

+

Alez vous en, etc,

+

Soussy, Soing, etc.

+
+

Se jamais plus vous retournez

+

Avecques vostre compaignie,

+

Je pri à Dieu qu'il vous maudie,

+

Et ce par qui vous revendrez.

+

Alez vous en, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Hau guecte mon ueil, et puis quoi?

+

Voyez vous riens? ouil, assez;

+

Qu'est ce cela que vous savez?

+

Cler, le vous puis monstrer au doy.

+

Regardez plus avant un poy,

+

Vos regars ne soient lassez.

+

Hau guecte, etc.

+

Voyez vous, etc.

+
+

Acquicté me suis, comme doy,

+

Il a ja plusieurs ans passez,

+

Sans avoir mes gaiges cassez,

+

Bien avez servi, sur ma foy.

+

Hau guecte, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Se vous voulez que tout vostre deviengne,

+

En me monstrant quelque joyeux semblant,

+

Dictes ce mot: Je vous tiens mon servant,

+

Servez si bien que contente m'en tiengne.

+

Devoir feray, comment qu'il m'en adviengne,

+

Tres loyaument, desoresenavant.

+

Se vous voulez, etc.

+

En me monstrant, etc.

+
+

Sans que mercy, ne grace me soustiengne,

+

S'en loyaulté je faulx, ne tant ne quant,

+

Punissez moy tout à vostre talant;

+

Et se bien sers, pour Dieu, vous en souviengne.

+

Se vous voulez, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Que nous en faisons

+

De telles manieres,

+

Et doulces, et fieres,

+

Selon les saisons;

+

En champs, ou maisons,

+

Par bois et rivieres,

+

Que nous, etc.

+

De telles, etc.

+
+

Ung temps nous taisons,

+

Tenans assez chieres,

+

Nos joyeuses chieres,

+

Puis nous rapaisons.

+

Que nous, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

A l'autre huis,

+

Souvent m'envoye Esperance,

+

Et me tanse,

+

Quant en tristesse je suis.

+

Jours et nuys,

+

Cellui demande alegance.

+

A l'autre, etc.

+

Souvent, etc.

+
+

Oncques puis

+

Que failli ma desirance,

+

De plaisance

+

Mon cueur et moy, sommes vuys.

+

A l'autre, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Vendez autre part vostre dueil,

+

Quant est à moy, je n'en ay cure;

+

A grant marché, oultre mesure,

+

J'en ay assez contre mon vueil.

+

Ja n'entrera dedans le sueil

+

De mon Penser, je vous le jure.

+

Vendez, etc.

+

Quant est, etc.

+
+

Desconforté, la lerme à l'ueil,

+

Ailleurs quiere son avanture,

+

Plus ne vous mene vie dure,

+

Puisque mal vous fait son accueil.

+

Vendez, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Comme j'oy que chascun devise;

+

On n'est pas tousjours à sa guise,

+

Beau chanter si ennuye bien,

+

Jeu qui trop dure, ne vault rien;

+

Tant va le pot à l'eaue qui brise.

+

Il convient que trop parler nuyse,

+

Se dit on, et trop grater cuise;

+

Riens ne demeure en ung maintien.

+

Comme j'oy, etc.

+

On n'est pas, etc.

+

Beau chanter, etc.

+
+

Apres chault temps, vient vent de bise,

+

Apres hucques, robbes de frise,

+

Le monde de passé revien,

+

A son vouloir joue du sien,

+

Tant entre gens laiz que d'Eglise.

+

Comme j'oy, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Clermondois.

+
+

Qui veult achater de mon dueil?

+

D'en avoir trop, las! je me vante,

+

Car ma povre vie dolante

+

N'en peut plus, non fait pas mon vueil.

+

Partout où je voys, mon recueil

+

Est si piteux, et mon actente.

+

Qui veult, etc.

+

D'en avoir, etc.

+
+

Que j'aye ung petit bon accueil

+

Au commancement de ma vante,

+

Et puis apres, se jamais hante.

+

Amours, qu'on me creve cest ueil.

+

Qui veult, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Ad ce premier jour de l'année,

+

De cueur, de corps et quanque j'ay,

+

Priveement estreneray;

+

Ce qui me gist en ma pensée,

+

C'est chose que tondray cellée,

+

Et que point ne descouvreray.

+

Ad ce premier, etc.

+

De cueur, etc.

+
+

Avant que soit toute passée

+

L'année, je l'aproucheray,

+

Et puis à loisir conteray

+

L'ennuy qu'ay, quant m'est eslongnée.

+

Ad ce premier, etc.

+
+
+
+

RONDEL DOUBLE.

+
+

Que voulez vous que plus vous die?

+

Jeunes assotez amoureux,

+

Par Dieu, j'ay esté l'un de ceulx

+

Qui ont eu vostre maladie;

+

Prenez exemple, je vous prie,

+

A moy qui m'en complains et deulx.

+

Que voulez, etc.

+
+

Et pour ce, de vostre partie,

+

Se voulez croire mes conseulx,

+

D'abregier, conseillier vous veulx,

+

Voz faiz, en sens, ou en folie.

+

Que voulez vous, etc.

+
+

Plusieurs y trouvent chiere lye

+

Mainteffoiz, et plaisans acueulx.

+

Que voulez vous, etc.

+
+

Mais au derrain, Merencolie

+

De ses huis fait passer les seulx,

+

En deuil et soussy, Dieu scet quieulx;

+

Lors ne chault de mort, ou de vie.

+

Que voulez vous, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Mais que vostre cueur soit mien,

+

Ne doit le mien estre vostre?

+

Ouil, certes, plus que sien.

+

Que vous en semble? dy je bien?

+

Vray comme la Patenostre.

+

Mais que vostre, etc.

+

Content et joyeulx m'en tien,

+

Foy que doy saint Pol l'Apostre,

+

Je ne désire autre rien.

+

Mais que vostre, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

A ce jour de saint Valentin,

+

Que prendray je? per, ou non per;

+

D'Amours ne quiers riens demander,

+

Pieca, j'eus ma part du butin;

+

Veu que plus resveille matin

+

Ne vueil avoir, mais reposer.

+

A ce jour, etc.

+

Que prendray, etc.

+
+

Jeunes gens voisent au hutin

+

Leurs sens, ou folie esprouver;

+

Vieux suis pour à l'escolle aller,

+

J'entens assez bien mon latin.

+

A ce jour, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Pour Dieu! boutons la hors,

+

Ceste Merencolie,

+

Qui si fort nous guerrie,

+

Et fait tant de grans tors.

+

Monstrons nous les plus fors,

+

Mon cueur, je vous en prie.

+

Pour Dieu, etc.

+

Ceste, etc

+
+

Trop lui avons amors

+

D'estre en sa compaignie,

+

Ne nous amuserons mie

+

A croire ses rappors.

+

Pour Dieu, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+
+

Contre le trait de faulceté,

+

Convient harnois de bonne espreuve,

+

Artillerie forgé neufve,

+

Chascun jour, en soutiveté.

+

A! Jhesus, benedicite,

+

Nul n'est qui seulement se trouve

+

Contre le, etc.

+

Convient, etc.

+
+

Au derrain fera Loyaulté,

+

Faulceté de son penser, veufve;

+

Pour Raison fault que Dieu s'esmeuve,

+

Monstrant sa puissance et bonté.

+

Contre le, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Acquictez vostre conscience,

+

Et gardez aussi vostre honneur,

+

Ne laissez mourir en douleur

+

Ce qui avoir vostre aide pense;

+

Puisque avez le povoir en ce

+

De l'aider, par grace et doulceur.

+

Acquictez vostre, etc.

+

Et gardez, etc.

+
+

On criera sur vous vengence,

+

Se souffrez murdrir en rigueur,

+

Ainsi à tort, ung povre cueur;

+

Assez a porté pascience.

+

Acquictez vostre, etc.

+
+
+
+
+

RONDEL.

+
+

On ne peut servir en deux lieux,

+

Choisir convient ou ca, ou là;

+

Au festu tire qui pourra,

+

Pour prendre le pis, ou le mieulx.

+

Qu'en dictes vous? jeunes et vieulx,

+

Parle qui parler en vouldra.

+

On ne peut, etc.

+

Choisir, etc.

+
+

Les faiz de ce monde sont tieulx:

+

Qui bien fera, bien trouvera;

+

Chascun son paiement aura,

+

Tesmoing les Deesses et Dieux.

+

On ne peut, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Le truchement de ma pensée,

+

Qui est venu devers mon cueur,

+

De par Reconfort, son seigneur,

+

Lui a une lectre apportée;

+

Puis a sa creance contée,

+

En langaige plein de doulceur.

+

Le truchement, etc.

+

Qui est venu, etc.

+
+

Response ne lui est donnée,

+

Pour le present, c'est le meilleur;

+

Il aura, par conseil greigneur,

+

Son ambaxade despeschée.

+

Le truchement, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Quant tu es courcé d'autres choses,

+

Cueur, mieulx te vault en paix laisser,

+

Car s'on te vient araisonner,

+

Tost y trouves d'estranges gloses.

+

De ton desplaisir monstrer n'oses

+

A aucun, pour te conforter.

+

Quant tu es, etc.

+

Cueur, mieulx, etc.

+
+

De tes levres les portes closes,

+

Penses de saigement garder;

+

Que dehors n'eschappe parler

+

Qui descouvre le pot aux roses.

+

Quant tu es, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Le truchement de ma pensée,

+

Qui parle maint divers langaige,

+

M'a rapporté chose sauvaige

+

Que je n'ay point acoustumée.

+

En francoys la m'a translatée,

+

Comme tres souffisant et saige.

+

Le truchement, etc.

+

Qui parle, etc.

+
+

Quant mon cueur l'a bien escoutée,

+

Il lui a dit: Vous faictes raige,

+

Oncques mais n'ouy tel messaige,

+

Venez vous d'estrange contrée?

+

Le truchement, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

J'ayme qui m'ayme, autrement non;

+

Et non pourtant je ne hay rien,

+

Mais vouldroye que tout feust bien,

+

A l'ordonnance de raison.

+

Je parle trop, las! se faiz mon;

+

Au fort, en ce propos me tien.

+

J'aime qui, etc.

+

Et non pourtant, etc.

+
+

De pensées son chapperon

+

A brodé le povre cueur mien,

+

Tout droit de devers lui je vien,

+

Et m'a baillé ceste chancon.

+

J'aime, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Comme le subgiet de Fortune,

+

Que j'ay esté en ma jeunesse,

+

Encores le suis en vieillesse;

+

Vers moy la trouve tousjour une.

+

Je suis ung de ceulx, soubz la lune,

+

Qu'elle plus à son vouloir dresse.

+

Comme le, etc.

+

Que j'ay, etc.

+
+

Ce ne m'est que chose commune,

+

Obeir fault à ma maistresse;

+

Sans machier, soit joye ou tristesse,

+

Avaler me fault ceste prune.

+

Comme le, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Ce qui m'entre par une oreille,

+

Par l'autre sault comme est venu,

+

Quant d'y penser n'y suis tenu,

+

Ainsi Raison le me conseille.

+

Se j'oy dire, vecy merveille,

+

L'ung est long, l'autre court vestu.

+

Ce qui m'entre, etc.

+

Par l'autre, etc.

+
+

Mais paine pert, et se traveille,

+

Qui devant moy trayne ung festu;

+

Comme ung chat, suis vieil et chenu,

+

Legierement pas ne m'esveille.

+

Ce qui m'entre, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Le conte de Clermont.)

+
+

Le truchement de ma pensée,

+

Qui de longtemps est commencée,

+

Va devers vous, pour exposer

+

Ce que de bouche proposer

+

N'oze, craignant d'estre tancée.

+

Combien que chose n'a pensée,

+

Dont deust estre desavancée,

+

Comme au long vous pourra gloser.

+

Le truchement, etc.

+

Qui de long, etc.

+

Va devers, etc.

+
+

Si soit par vous recompensée,

+

Et selon son cas avancée,

+

Pour mieulx se povoir disposer;

+

Car plus ne pourra reposer,

+

Jusques sa joye ait prononcée.

+

Le truchement, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Quelque chose derriere,

+

Convient tousjours garder,

+

On ne peut pas monstrer

+

Sa voulenté entiere.

+

Quant on est en frontiere

+

De dangereux parler,

+

Quelque chose, etc.

+

Convient, etc.

+
+

Se pensée legiere

+

Veult motz trop despenser,

+

Raison doit espargnier.

+

Comme la tresoriere,

+

Quelque chose, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Le conte de Clermont.)

+
+

De bien ou mal, le bien faire l'emporte,

+

N'est il pas vray? ainsi que dit chascun;

+

Helas, ouy, car je n'en voy pas ung

+

Qui à la fin d'un jeu ne se deporte.

+

Je vous diray, quant la personne est morte,

+

Et a bien fait, il n'a esté commun.

+

De bien ou mal, etc.

+

N'est il pas vray, etc.

+
+

Faisons le donc, nous trouverons la porte

+

De Paradis, où il n'entre nes ung,

+

Que peu ne soit, s'il n'est trop importun

+

De prier Dieu, et à vous m'en rapporte.

+

De bien ou mal, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Que cuidez vous qu'on verra,

+

Avant que passe l'année?

+

Mainte chose demenée

+

Estrangement, ca et là.

+

Veu que des cy, et des ja,

+

Court merveilleuse brouée.

+

Que cuidez vous, etc.

+

Avant que, etc.

+
+

Viengne que advenir pourra?

+

Chascun a sa destinée,

+

Soit que desplaise, ou agrée;

+

Quant nouveau monde vendra,

+

Que cuidez vous, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Quant oyez prescher le regnart,

+

Pensez de voz oyes garder,

+

Sans à son parler regarder,

+

Car souvent scet servir de l'art;

+

Contrefaisant le papelart,

+

Qui scet ses parolles farder.

+

Quant oyez, etc.

+

Pensez de voz, etc.

+
+

Les faiz de Dieu je mets à part,

+

Ne je ne les vueil retarder,

+

Ne contre le monde darder,

+

Chascun garde son estandart.

+

Quant oyez, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

pour Estampes.

+
+

Je suis mieulx pris que par le doy,

+

Et fort enserré d'un anneau;

+

S'a fait ung visaige si beau,

+

Qui m'a tout conquesté à soy.

+

Je rougis, et bien l'apercoy,

+

Ainsi qu'un amoureux nouveau.

+

Je suis, etc.

+

Et fort, etc.

+
+

Et d'amourectes, par ma foy,

+

J'ay assemblé ung grant fardeau,

+

Qu'ay mussées soubz mon chapeau;

+

Pour Dieu! ne vous mocquez de moy.

+

Je suis, etc

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Maistre Jehan Caillau.)

+
+

Las! le faut il? est ce ton vueil?

+

Fortune, dont me plains et dueil,

+

Que tout mon temps en doleur passe,

+

Souffre que j'aye quelque espasse

+

De repos, entre tant de dueil.

+

N'auray je de toy autre accueil?

+

Fors desdaing, reprouche et orgueil,

+

Veux tu qu'en ce point je trespasse?

+

Las! le fault, etc.

+

Fortune, etc.

+

Que tout, etc.

+
+

Je ris de bouche, et pleure d'ueil,

+

Et fais, et dy ce que ne vueil;

+

Ainsi ma vie se compasse,

+

Maleureuse, chetive et lasse,

+

En paine et maulx dont trop recueil.

+

Las! le fault, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Marche nul autrement

+

Avecques vous, beaulté,

+

Se de vous Loyaulté

+

N'a le gouvernement.

+

Puisque mes jours despens

+

A vous vouloir amer,

+

Et apres m'en repens,

+

Qui en doist on blasmer?

+

Riens, fors vous seulement,

+

A qui tiens feaulté,

+

Quant monstrez cruaulté,

+

Veu qu'Amour le deffent.

+

Marché nul, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Las! le faut il? est ce ton vueil?

+

Fortune, qu'aye douleur mainte,

+

Del'ueil me soubzris, mais c'est fainte,

+

Et soubz decepte, doulx accueil.

+

Ay je tort? quant recoy tel dueil,

+

S'ainsi je dy en ma complainte:

+

Las! le fault, etc.

+

Fortune, etc.

+
+

Tue moy, puis en mon sercueil

+

Me boute, c'est chose contrainte;

+

Lors n'y aura Dieu, saint, ne sainte,

+

Qui n'appercoive ton orgueil.

+

Las! le fault, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

As tu ce jour ma mort jurée?

+

Soussy, je te pry, tien te quoy,

+

Car à tort ma douleur, par toy,

+

Est trop souvent renouvellée;

+

A belle enseigne desployée,

+

Me court sus, et ne scay pourquoy?

+

As tu ce jour, etc.

+

Soussy, etc.

+
+

La guerre sera tost finée,

+

Se tu veulx, de toy et de moy,

+

Car je me rens, or me recoy;

+

Hola! paix, puisqu'elle est criée.

+

As tu ce jour, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Ne fais je bien ma besoingne?

+

Quant mon fait cuide avancer,

+

Je suis à recommancer,

+

Et ne scay comment m'esloingne.

+

Fortune tousjours me groingne,

+

Et ne fait riens que tanser.

+

Ne fais je, etc.

+

Quant mon, etc.

+
+

Certes tant je la ressoingne,

+

Car mon temps fait despenser

+

Trop, en ennuyeux penser,

+

Dont en roingeant mon frain, froingne.

+

Ne fais je bien, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Quant commenceray à voler,

+

Et sur elles me sentiray,

+

En si grant aise je seray

+

Que j'ay double de m'essorer.

+

Beau crier aura le levrier,

+

Chemin de plaisant vent tendray.

+

Quant je, etc.

+

Et sur elles, etc.

+
+

La mue m'a fallu garder

+

Par longtemps, plus ne le feray,

+

Puisque doulx temps et cler verray;

+

On le me devra pardonner.

+

Quant je, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Je ne hanis pour autre avoine,

+

Que de m'en retourner à Blois;

+

Trouvé me suis pour une fois

+

Assez longuement en Touraine.

+

J'ay galé, à largesse plaine,

+

Mes grans poissons, et vins des Grois.

+

Je ne, etc.

+

Que de, etc.

+
+

A la court plus ne prendray paine,

+

Pour generaux et millenois,

+

Confesser à present m'en vois,

+

Contre la peneuse sepmaine.

+

Je ne, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Je congnois assez telz desbas

+

Que l'ueil et le cueur ont entre eulx;

+

L'un dit: Nous serons amoureux,

+

L'autre dit: Je ne le vueil pas.

+

Raison s'en rit, disant tout bas:

+

Escoutez moy ces maleureux.

+

Je congnois, etc.

+

Que l'ueil, etc.

+
+

Lors m'en vois plustost que le pas,

+

Et les tanse si bien tous deux,

+

Que je les laisse tres honteux;

+

Mainteffoiz ainsi me combas.

+

Je congnois, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Que pense je? dictes le moy,

+

Adevinez, je vous en prie,

+

Autrement ne le saurez mie;

+

Il y a bien raison pourquoy.

+

A parler à la bonne foy,

+

Je vous en fais juge et partie.

+

Que pense, etc.

+

Adevinez, etc.

+
+

Vous ne saurez, comme je croy,

+

Car heure ne suis, ne demye,

+

Qu'en diverse merencolie;

+

Devisez, je me tairay, quoy?

+

Que pense, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Cueur, que fais tu? revenge toy

+

De Soussy et Merencolie;

+

C'est deshonneur et villenie,

+

De laschement se tenir coy.

+

Je tarderay, quant est à moy,

+

Voulentiers; or ne te fains mie.

+

Cueur, etc.

+

De Soussy, etc.

+
+

N'espergne riens, scez tu pourquoy?

+

Pour ce, qu'abrégeras ta vie,

+

Se les tiens en ta compaignie;

+

Desconfiz les, et prens leur foy.

+

Cueur, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Plaindre ne s'en doit loyal cueur,

+

S'Amours a servy longuement,

+

Recevant des biens largement,

+

Et pareillement de douleur.

+

N'est ce raison que le Seigneur

+

Ait tout à son commandement?

+

Plaindre, etc.

+

S'Amours, etc.

+
+

Ne plus a desservi Doulceur

+

Que ne trouve à son jugement,

+

En gré prengne pour payement

+

Moins de proufit et plus de honneur.

+

Plaindre, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Par les portes des yeulx et des oreilles,

+

Que chascun doit bien saigement garder,

+

Plaisir mondain va et vient, sans cesser,

+

Et raporte de diverses merveilles.

+

Pour ce, mon cueur, s'a raison te conseilles.

+

Ne le laisses point devers toy entrer.

+

Par les portes, etc.

+

Que chascun, etc.

+
+

A celle fin que par lui ne t'esveilles,

+

Veu qu'il te fault desormais reposer,

+

Dy lui: Va t'en, sans jamais retourner,

+

Ne revien plus, car en vain te traveilles.

+

Par les portes, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

En faictes vous doubte?

+

Point ne le devez,

+

Veu que vous savez

+

Ma pensée toute;

+

Quant mon cueur s'y boute,

+

Et vostre l'avez.

+

En faictes, etc.

+

Point ne, etc.

+
+

Dangier nous escoute,

+

Sus, tost achevez,

+

Ma foy recevez,

+

Ja ne sera route.

+

En faictes, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

A qui les vent on?

+

Ces gueines dorées,

+

Sont ilz achectées

+

De nouvel, ou non?

+

Par prest, ou par don?

+

En fait on livrées?

+

A qui les, etc.

+

Ces gueines, etc.

+
+

Alant au pardon,

+

Je les ay trouvées;

+

De telles denrées,

+

C'est petit guerdon.

+

A qui les, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

En faictes vous doubte?

+

Que vostre ne soye,

+

Se Dieu me doint joye

+

Au cueur, si suis toute.

+

Rien ne m'en deboute,

+

Pour chose que j'oye.

+

En faictes, etc.

+

Que vostre, etc.

+
+

Dangier et sa route

+

S'en voisent leur voye,

+

Sans que plus les voye,

+

Tousjours il m'escoute.

+

En faictes, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

A qui vendez vous voz coquilles?

+

Entre vous, amans pelerins,

+

Vous cuidez bien, par voz engins,

+

A tous pertuis trouver chevilles.

+

Sont ce coups d'esteufs, ou de billes,

+

Que ferez tesmoing voz voisins.

+

A qui vendez, etc.

+

Entre vous, etc.

+
+

On congnoist tous voz tours d'estrilles,

+

Et bien clerement voz latins;

+

Troctez, reprenez voz patins,

+

Et troussez voz sacs et voz quilles.

+

A qui vendez, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+
+

Avez vous dit, laissez me dire,

+

Amans qui devisez d'amours,

+

Sainte Marie! que de jours

+

J'ay despenduz en martire!

+

Vous mocquez vous? je vous voy rire,

+

Cuidez vous qu'il soit le rebours?

+

Avez vous, etc.

+

Amans, etc.

+
+

Parler n'en puis que ne souspire,

+

Raconter vous y scay cent tours

+

Qu'on y a, sans joyeulx secours,

+

S'au vray m'en voulez ouir lire.

+

Avez vous dit, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Envoyez nous ung doulx regart

+

Qui nous conduie jusqu'à Blois,

+

Nous le vous rendrons quelque fois,

+

Quoy que l'atente nous soit tart;

+

Puisqu'en emportez l'estandart

+

De la doulceur, que bien congnois.

+

Envoyez nous, etc.

+

Qui nous, etc.

+
+

Et pry Dieu que toutes vous gart,

+

Et vous doint bons jours, ans et mois,

+

A voz desirs, vouloirs et chois,

+

Acquictez vous de vostre part.

+

Envoyez nous, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Nevers.)

+
+

En la forest de longue actente,

+

Mainte personne bien joyeuse

+

S'est trouvée moult doloreuse,

+

Triste, marrie et bien dolente.

+

D'y estre, nul ne s'en talente,

+

La demeure est trop ennuyeuse.

+

En la forest, etc.

+

Mainte, etc.

+
+

Chascun qui pourra, s'en abscente,

+

Car l'entrée en est perilleuse,

+

Et l'issue fort dangereuse;

+

Pas de cent, ung ne se contente,

+

En la forest, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Pour ce qu'on jouxte à la quintaine

+

A Orleans, je tire à Blois;

+

Je me sens foulé du harnois,

+

Et veulx reprendre mon alaine;

+

Raisonnable cause m'y maine,

+

Excusé soye ceste foiz.

+

Pour ce, etc.

+

A Orleans, etc.

+
+

Je vous promet que c'est grant paine,

+

De tant faire baille lui bois;

+

Eslongner quelque part du mois,

+

Vault mieulx, pour avoir teste saine.

+

Pour ce, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

En la forest de longue actente,

+

Par vent de Fortune dolente.

+

Tant y voy abatu de bois,

+

Que, sur ma foy, je n'y congnois

+

A present, ne voye, ne sente.

+

Pieca, y pris joyeuse rente,

+

Jeunesse la payoit contente,

+

Or n'y ay qui vaille une nois.

+

En la forest, etc,

+

Par vent, etc.

+

Tant y voy, etc.

+
+

Vieillesse dit, qui me tourmente,

+

Pour toy n'y a pesson, ne vente,

+

Comme tu as eu autreffoiz;

+

Passez sont tes jours, ans et mois,

+

Souffize toy, et te contente.

+

En la forest, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Des arrérages de Plaisance,

+

Dont trop endebté m'est Espoir,

+

Se quelque part j'en peusse avoir,

+

Du surplus donnasse quictance;

+

Mais au pois et à la balance,

+

N'en puis que bien peu recevoir.

+

Des arrerages, etc.

+

Dont trop, etc.

+
+

Usure, ou perte de chevance,

+

Mectroye tout à nonchaloir,

+

Se je savoye, à mon vouloir,

+

Recouvrer prestement finance.

+

Des arrerages, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Madame d'Orléans.)

+
+

En la forest de longue actente,

+

Entrée suis en une sente,

+

Dont oster je ne puis mon cueur,

+

Pourquoy je viz en grant langueur

+

Par Fortune qui me tourmente.

+

Souvent Espoir chascun contente,

+

Excepté moy, povre dolente,

+

Qui, nuyt et jour, suis en doleur.

+

En la forest, etc.

+

Entrée, etc.

+

Dont oster, etc.

+
+

Ay je donc tort, se me garmente

+

Plus que nulle qui soit vivente?

+

Par Dieu, nennil, veu mon maleur;

+

Car, ainsy m'aist mon Créateur,

+

Qu'il n'est paine que je ne sente,

+

En la forest, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Rescouez ces deux povres yeulx

+

Qui tant ont nagé en Plaisance,

+

Qu'ilz se nayent sans recouvrance;

+

Je les tiens mors, ou presque tieulx.

+

Videz les tost, se vous aist Dieux,

+

En la sentine d'Alegeance.

+

Rescouez, etc.

+

Qui tant, etc.

+
+

Courez y tous, jeunes et vieulx,

+

Et à cros de bonne Esperance,

+

De les tirer hors, qu'on s'avance,

+

Chascun y face qui, mieulx, mieulx.

+

Rescouez, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Fredet.)

+
+

En la forest de longue actente,

+

Des brigans de Soussi bien trente,

+

Helas! ont pris mon povre cueur;

+

Et Dieu scet se c'est grant orreur

+

De veoir comment on le tourmente.

+

Priant vostre aide, lamente

+

Pour ce que chascun d'eulx se vente

+

Qu'ilz le merront à leur Seigneur.

+

En la forest, etc.

+

Des brigans, etc.

+

Helas! ont, etc.

+
+

Et pour ce, à vous il s'en garmente,

+

Car il voit bien qu'ilz ont entente

+

De lui faire tant rigueur,

+

Qu'il ne sera mal, ne doleur,

+

Se n'y pourvoyez, qu'il ne sente.

+

En la forest, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

A recommencer de plus belle,

+

J'en voy ja les adjournemens.

+

Que font, vers vieulx et jeunes gens,

+

Amours et la saison nouvelle.

+

Chascun d'eulx, aussi bien lui qu'elle,

+

Sont tous aprestés sur les rens.

+

A recommencer, etc.

+

J'en voy ja, etc.

+
+

Comme toute la chose est telle,

+

Je congnois telz esbatemens

+

Assez, de pieca m'y entens,

+

Ce n'est que ancienne querelle.

+

A recommencer, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

En la forest de longue actente,

+

Forvoyé de joyeuse sente,

+

Par la guide dure rigueur,

+

A esté robbé vostre cueur,

+

Comme j'entens, dont se lamente.

+

Par Dieu! j'en congnois plus de trente

+

Qui, chascun d'eulx, sans que s'en vente,

+

Est vestu de vostre couleur.

+

En la forest, etc.

+

Forvoyé, etc.

+
+

Et en briefz motz, sans que vous mente,

+

Soiez seur que je me contente,

+

Pour allegier vostre douleur,

+

De traictier avec le Seigneur,

+

Qui les brigans soustient et hente.

+

En la forest, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Ainsi doint Dieux à mon cueur, joye,

+

En ce que souhaidier vouldroye,

+

Et à mon penser; reconfort,

+

Comme voulentiers prisse accort

+

A soussy qui tant me guerroye.

+

Mais remede n'y trouveroye,

+

Et qui pis est, je n'oseroye

+

Descouvrir les maulx qu'ay à tort.

+

Ainsi doint, etc.

+

En ce que, etc.

+
+

Quant je lui dy: Dieu te convoye,

+

Laisse m'en paix, va t'en ta voye,

+

Par ton enchantement et sort;

+

Gueres mieulx ne vault vif que mort,

+

Je languis quelque part que soye.

+

Ainsi doint, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Se vous voulez m'amour avoir,

+

A tousjours, mais sans departir,

+

Pensez de faire mon plaisir,

+

Et jamais ne me decevoir;

+

Bientost sauray apparcevoir,

+

Au par aler, vostre desir.

+

Se vous voulez, etc.

+

A tousjours, etc.

+
+

Assez biens povez recevoir,

+

S'en vous ne tient, sans y faillir,

+

Vous estes pres d'y avenir,

+

Faisant vers moy leal devoir.

+

Se vous voulez, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Maudit soit mon cueur, se j'en mens,

+

Quant à mon lesir estre puis,

+

Et avecques pensée suis,

+

En mes maulx prens alegemens;

+

Car soussis plains d'encombremens,

+

Boutons hors, et lui fermons l'uis.

+

Maudit soit, etc.

+

Quant à mon, etc.

+
+

Assez y trouve esbatement.

+

Lors lui dy: Ma maistresse, et puis

+

Serons nous ainsi jours et nuis,

+

G'y donne mes consentemens.

+

Maudit soit, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Fredet.)

+
+

J'actens l'aumosne de doulceur,

+

Par l'aumosnier de doulx regart;

+

Espoir m'a promis de sa part,

+

Qu'il me fera toute faveur;

+

En esperant que ma langueur

+

Cessera, qui tant mon cueur art.

+

J'actens, etc.

+

Car, etc.

+
+

Car, comme leal serviteur,

+

J'ay servy tousjours main et tart;

+

Pensant qu'Amours aura regart

+

Quelquefoiz, à ma grant douleur.

+

J'actens, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

En la querelle de Plaisance,

+

J'ay veu le rencontre des yeulx

+

Qui estoient, ainsi m'aid Dieux,

+

Tous prestz de combatre à oultrance,

+

Rangez par si belle ordonnance,

+

Qu'on ne sauroit deviser mieulx.

+

En la querelle, etc.

+
+

S'Amours n'y mectent pourveance,

+

De pieca je les congnois tieulx,

+

Qu'au derrenier, jeunes ou vieulx,

+

Mourront tous, par leur grant vaillance.

+

En la querelle, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Par l'aumosnier, plaisant regart,

+

Donnez l'aumosne de doulceur,

+

A ce povre malade cueur,

+

Du feu d'Amours, dont Dieu nous gart.

+

Nuit et jour, sans cesser, il art;

+

Secourez le, pour vostre honneur.

+

Par l'aumosnier, etc.

+
+

S'il vous plaisoit, de vostre part,

+

Prier Amours qu'en sa langueur,

+

Pourvoyent à vostre faveur,

+

Aidié sera plus tost que tart.

+

Par l'aumosnier, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

De la maladie des yeulx,

+

Feruz de pouldre de plaisir,

+

Par le vent d'Amoureux desir,

+

Est fort à guerir, se maid Dieux.

+

Toutes gens, et jeunes, et vieulx,

+

S'en scevent bien à quoy tenir.

+

De la maladie, etc.

+

Feruz de, etc

+
+

Je n'y congnois remedes tieulx,

+

Que hors de presse soy tenir,

+

Et la compaignie fuir;

+

Qui plus en saura, die mieulx.

+

De la maladie, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Ce n'est que chose acoustumée,

+

Quant Soussy voy vers moy venir,

+

Se tost ne lui venoye ouvrir,

+

Il romproit l'uis de ma Pensée;

+

Lors fait d'escremie levée,

+

Et puis vient mon cueur assaillir.

+

Ce n'est, etc.

+

Quant, etc.

+
+

Adonc prent d'Espoir son espée

+

Mon cueur, pour des coups soy couvrir,

+

Et se deffendre et garentir;

+

Ainsi je passe la journée.

+

Ce n'est, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Par m'ame, s'il en fust en moy,

+

Soussy, Dieu scet que je feroye,

+

Moy et tous, de toy vengeroye;

+

Il y a bien raison pourquoy.

+

Riens ne dy qu'ainsi que je doy,

+

Et telle est la voulenté moye.

+

Par m'ame, etc.

+

Soussy, etc.

+
+

Ung chascun se complaint de toy,

+

Pour ce, voulentiers fin prendroye

+

Avec toy, se je povoye;

+

Je n'y vois qu'à la bonne foy.

+

Par m'ame, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Chascun devise à son propos,

+

Quant à moi, je suis loing du mien,

+

Mais mon cueur en espoir je tien,

+

Qu'il aura une foiz repos;

+

Souvent dit, me tournant le dos,

+

Je doubte que n'en sera rien.

+

Chascun, etc.

+

Quant, etc.

+
+

Tenez l'uis de Pensée clos,

+

Faictes ainsi pour vostre bien,

+

Soussy vous vouldroit avoir sien,

+

Ne croyez, n'escoutez ses mos.

+

Chascun, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Mon cueur se plaint qu'il n'est payé

+

De ses despens, pour son traveil

+

Qu'il a porté, si nompareil,

+

Qu'oncques tel ne fut essayé.

+

Son payement est delayé

+

Trop longtemps, sur ce, quel conseil?

+

Mon cueur, etc.

+

De ses, etc.

+
+

Puisqu'il n'est de gaiges rayé,

+

Mais prest en loyal appareil,

+

Autant que nul soubz le souleil,

+

Se mieulx ne peut, soit deffrayé.

+

Mon cueur, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Ennemy, je te conjure,

+

Regart qui aux gens cours sus,

+

Vieillars aux mentons chanus

+

Dont suis, n'avons de toy cure.

+

Jeune, navré de blesseure

+

Fu par toy, ny reviens plus.

+

Ennemy, etc.

+

Regart, etc.

+
+

Va querir ton avanture

+

Sus amans nouveaulx venus;

+

Nous vieulx, avons obtenus

+

Saufconduitz, de par Nature.

+

Ennemy, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Ou Loyaulté me payera

+

Des services qu'ay faiz sans faindre,

+

Ou j'auray cause de me plaindre;

+

Qui mon guerdon delayera?

+

Bon droit pour moy tant criera,

+

Qu'aux cieulx fera sa voix actaindre.

+

Ou Loyaulté, etc.

+

Des services, etc.

+
+

Quand Fortune s'effrayera.

+

Dieu a povoir de la reffraindre,

+

Et Raison, qui ne doit riens craindre,

+

De moy aider s'essayera.

+

Ou Loyaulté, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Des amoureux de l'observance,

+

Dont j'ay esté ou temps passé,

+

A present m'en treuve lassé

+

Du tout, sinon de souvenance.

+

Ou je prens d'en parler plaisance,

+

Quoy que suis de l'ordre cassé.

+

Des amoureux, etc.

+

Dont j'ay esté, etc.

+
+

Souvent y ay porté penance,

+

Et si pou de biens amassé,

+

Que, quant je seray trespassé,

+

A mes hoirs lairray pou chevance.

+

Des amoureux, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Mon cueur, n'entreprens trop de choses,

+

Tu peulz penser ce que tu veulz,

+

Et faire selon que tu peuz,

+

Et dire ainsi comme tu oses.

+

Qui vouldroit sur ce trouver gloses?

+

Je men rapporteray à eulx.

+

Mon cueur, etc.

+

Tu peulz, etc.

+
+

Se ces raisons garder proposes,

+

Tu feras bien, par mes conseulz,

+

Laisse les embesoignez seulz,

+

Il est temps que tu te reposes.

+

Mon cueur, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Ostez vous de devant moy,

+

Beaulté, par vostre serment,

+

Car trop me temptez souvent;

+

Tort avez, tenez vous quoy.

+

Toutes les foiz que vous voy,

+

Je suis je ne scay comment.

+

Ostez vous, etc.

+

Beaulté, etc.

+
+

Tant de plaisir j'appercoy

+

En vous, à mon jugement,

+

Qu'ilz troublent mon pensement,

+

Vous me grevez, sur ma foy.

+

Ostez vous, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Comment ce peut il faire ainsi,

+

En une seule creature,

+

Que tant ait des biens de nature,

+

Dont chascun en est esbahy.

+

Oncques tel chief d'euvre ne vy

+

Mieulx accomply, oultre mesure.

+

Comment, etc.

+

En une, etc.

+
+

Mes yeulx cuiday qu'eussent manty,

+

Quant apporterent sa figure

+

Devers mon cueur, en pourtraiture;

+

Mais vray fut, et plus que ne dy.

+

Comment, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Plaisant regard, mussez vous,

+

Ne vous monstrez plus en place,

+

Mon cueur craint vostre menace,

+

Dont mainteffoiz l'ay rescous;

+

Vostre actrait soubtil et doulx

+

Blesse sans qu'on lui mefface.

+

Plaisant, etc.

+

Ne vous, etc.

+
+

Se dictes: Je fais à tous

+

Ainsi, car je m'y solace;

+

A tort, sauve vostre grace,

+

Ne devez donner courrous.

+

Plaisant, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Ne m'en racontez plus, mes yeulx,

+

De beaulté que vous prisez tant,

+

Car plus voys ou monde vivant,

+

Et moins me plaist, ainsi m'aist Dieux.

+

Trouver je ne me scay en lieux

+

Qu'il m'en chaille, ne tant ne quant.

+

Ne m'en, etc.

+

De beaulté, etc.

+
+

Qu'est ce cy? deviens je des vieulx?

+

Ouy certes, dorenavant,

+

J'ay fait mon Karesme prenant,

+

Et jeusne de tous plaisirs tieulx.

+

Ne m'en, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Je ne vous voy pas à demy,

+

Tant ay mis en vous ma plaisance,

+

Tousjours m'estes en souvenance,

+

Puis le temps que premier vous vy.

+

Assez ne puis estre esbahy

+

Dont vient si ardent desirance.

+

Je ne vous, etc.

+

Tant ay, etc.

+
+

Fin de compte, puisqu'est ainsi,

+

Fermons nos cueurs en aliance;

+

Quant plus ay de vous acointance,

+

Plus suis ne scay comment ravy.

+

Je ne vous, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Si hardiz, mes yeulx,

+

De riens regarder,

+

Qui me puist grever,

+

Qu'en valez vous mieulx?

+

Estroit, se m'aist Dieux,

+

Vous pense garder.

+

Si hardiz, etc.

+

De riens, etc.

+
+

Vous devenez vieulx,

+

Et tousjours troter

+

Voulez, sans cesser,

+

Ne soyez plus tieulx,

+

Si hardiz, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Mon cueur, pour vous en garder,

+

De mes yeux qui tant vous temptent,

+

Afin que devers vous n'entrent,

+

Faictes les portes fermer.

+

S'ilz vous viennent raporter

+

Nouvelles, pensez qu'ilz mentent.

+

Mon cueur, etc.

+

De mes, etc.

+
+

Mensonges scevent conter,

+

Et trop de plaisir se ventent,

+

Folz sont qui en eulx s'atendent,

+

Ne les vueillez escouter.

+

Mon cueur, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

N'est ce pas grant trahison

+

De mes yeulx en qui me fye,

+

Qui me conseillent folie

+

Maintes foys, contre raison.

+

Que male part y ait on

+

D'eulx, et de leur tromperie.

+

N'est ce pas, etc.

+

De mes yeulx, etc.

+
+

Mieulx me fust, en ma maison

+

Estre seul à chiere lye,

+

Qu'avoir telle compaignie

+

Qui me bat de mon baston.

+

N'est ce pas, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Rendez compte, Vieillesse,

+

Du temps mal despendu

+

Et sotement perdu,

+

Es mains Dame Jeunesse.

+

Trop vous court sus Foiblesse,

+

Qu'est Povoir devenu?

+

Rendez compte, etc.

+
+

Mon bras en l'arc se blesse,

+

Quant je l'ay estendu,

+

Parquoy j'ay entendu

+

Qu'il convient que jeu cesse.

+

Rendez compte, etc.

+
+

Tout vous est en destresse,

+

Desormais chier vendu.

+

Rendez compte, etc.

+
+

Des tresors de liesse

+

Vous sera peu rendu,

+

Riens qui vaille ung festu;

+

N'avez plus que sagesse.

+

Rendez compte, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Le Seigneur de Torsy.)

+
+

Mais que mon mal si ne m'empire,

+

Je suis en bon point, Dieu mercy,

+

Ne n'ay ne douleur, ne soucy

+

De chose que on me puisse dire.

+

Plus ne me plains, plus ne souspire,

+

Je mengue, et dors bien aussi.

+

Mais que mon, etc.

+

Je suis en bon, etc.

+
+

Pleurer souloye en lieu de rire,

+

En requerant grace et mercy;

+

Maintenant ne fais plus ainsi,

+

Car je ne crains point l'escondire.

+

Mais que, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Le conte de Clermont.)

+
+

J'amasse ung tresor de regrez

+

Que ma tant amée m'envoye,

+

Mais jusqu'à ce que je la voye,

+

Ne partiront de mes segrez.

+

La cause pourquoy? je la celle,

+

Ses griefz maulx qui me font mourir,

+

C'est pour garder l'onneur de celle

+

Qui ne me daigne secourir.

+

Plus l'eslongne, plus d'elle est pres

+

Mon cueur, dont mon povre oeil lermoye;

+

Il n'est point doleur que la moye,

+

Car quant j'ay assez plaint, apres

+

J'amasse, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Responce d'Orléans.)

+
+

C'est une dangereuse espergne

+

D'amasser tresor de regrez,

+

Qui de son cueur les tient trop pres,

+

Il convient que mal lui en preigne;

+

Veu qu'ilz sont si oultre l'enseigne,

+

Non pas assez nuysans, mais tres.

+

C'est une, etc.

+

D'amasser, etc.

+
+

Se je mens, que l'en m'en repreigne,

+

Soient essayez, puis apres

+

On saura leurs tourmens segres;

+

Qui ne m'en croira, si l'apreigne.

+

C'est une, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

à Fredet.

+
+

Le fer est chault, il le fault batre,

+

Vostre fait que savez, va bien;

+

Tout le saurez, sans celer rien,

+

Se venez vers moy vous esbatre.

+

Il a convenu fort combatre,

+

Mais, s'il vous plaist, parfait le tien.

+

Le fer est chault, etc.

+

Vostre fait, etc.

+
+

Convoitise vouloit rabatre

+

Escharsement, et trop du sien;

+

Mais ung peu j'ay aidié du mien,

+

Qui l'a fait cesser de debatre.

+

Le fer est chault, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Fredet.)

+
+

Je regrecte mes dolans jours,

+

Comme celluy la qui tousjours

+

Ne fait que desirer sa mort;

+

Car plus avant vois, et plus fort

+

Acroissent mes dures dolours.

+

Quant on me fait d'estranges tours,

+

Que, mille foiz le jour, en plours,

+

Me fault dire par desconfort:

+

Je regrecte, etc.

+
+

En vous seul est tout mon recours,

+

Faictes donc, plustost que le cours,

+

Cesser le mal que souffre à tort,

+

Ou autrement je me voy mort,

+

Et tout pour bien servir Amours.

+

Je regrecte, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Responce au dit Fredet.)

+
+

Se regrectez vos dolans jours,

+

Et je regrecte mon argent

+

Que j'ay delivré franchement,

+

Cuidant de vous donner secours.

+

Se ne sont pas les premiers tours

+

Dont Convoitise sert souvent.

+

Se regrectez, etc.

+

Et je regrecte, etc.

+
+

Mais se vous n'avez voz amours,

+

Puisque Convoitise vous ment,

+

Le mien recouvreray briefment,

+

Ou mectray le fait en droit cours.

+

Se regrectez, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

à Daniel.

+
+

Vous dictes que j'en ayme deux,

+

Mais vous parlez contre raison,

+

Je n'ayme fors ung chapperon,

+

Et ung couvrechief, plus n'en veulx;

+

C'est assez pour ung amoureux;

+

Mal me louez, ce faictes mon.

+

Vous dictes, etc.

+

Mais vous, etc.

+
+

Certes je ne suis pas de ceulx

+

Qui partout veulent à foison

+

Eulx fournir, en toute saison;

+

N'en parlez plus, j'en suis honteux.

+

Vous dictes, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Olivier de la Marche)

+
+

Pour amours des dames de France,

+

Je suis entré en l'observance

+

Du tres renommé saint Francois,

+

Pour cuidier trouver une fois

+

La doulce voye d'alegance.

+

Saint suis de corde de souffrance,

+

Soubz haire d'aigre desirance,

+

Plus qu'en mon Dieu ne me congnois.

+

Pour amours, etc.

+

Je suis entré, etc.

+
+

Soubrement vis de ma plaisance,

+

Et june ce que desir pense,

+

Mandiant par tout où je vois,

+

Je veille à conter, par mes dois,

+

Les maulx que m'a fait Esperance.

+

Pour amours, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Vaillant.)

+
+

Des amoureux de l'observance,

+

Je suis le plus subgiet de France,

+

Car je sers d'estre mandien,

+

Et cherche le cotidien;

+

Mais nul en mon sac rien ne lance.

+

Aux freres l'aumosne, pour Dieu,

+

Tousjours vois criant d'uys en huis,

+

Las! Charité ne trouve en lieu,

+

Ne Pitié ne scet qui je suis,

+

Retourner m'en fault sans pitance;

+

Desir le proveheur me tance,

+

Puis le beau pere gardien,

+

Pis suis que Boesme, n'Yndien;

+

L'ordre vueil laisser sans doubtance.

+

Des amoureux, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(George.)

+
+

Les serviteurs submis à l'observance,

+

Quoyque souvent, il leur tourne à grevance,

+

De non avoir leur plaisir à toute heure;

+

Toute fois, Dieu soubz qui rien ne demeure,

+

A telz servans ne fist onc decevance;

+

Mains il convient par contrainte eslevance,

+

Qu'onneur, fortune, ou amour les avance

+

En quelque endroit, et au besoing seceure.

+

Les serviteurs, etc.

+

Quoyque, etc.

+

De non, etc.

+
+

Ce long souffrir en penible estrivance

+

N'aist aux souffrans, haulte et riche chevance,

+

Finablement, qui les paye et honneure;

+

Apres l'aigret, trouve on la doulce meure

+

Qui radoulcist en leur propre savance.

+

Les serviteurs, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Vaillant.)

+
+

Quant à moy, je crains le filé

+

Que d'autres ne craignent mye,

+

C'est d'avoir Dame sans amye,

+

Qui est un cas mal compilé.

+

Le fait d'amour est avilé,

+

Car Pitié y est endormie.

+

Quant à moy, etc.

+

Que d'autres, etc.

+
+

Puis voy, par maint bec affilé

+

Faire plus fort que l'arquemie,

+

Dont, sur mon ame, je fremie

+

Et de paour d'estre aux piez pilé.

+

Quant, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Celle que je ne scay nommer

+

Com à mon gré desireroye,

+

Ce jour de l'an, de biens et joye

+

Paise à Dieu de vous estrener.

+

S'amie vous vueil appeller,

+

Trop simple nom vous bailleroye.

+

Celle que, etc.

+

Com à mon, etc.

+
+

De ma Dame, nom vous donner,

+

Orguilleuse je vous feroye,

+

Maistresse point ne vous vouldroye;

+

Comment donc doy je à vous parler?

+

De celle, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

A ce jour de saint Valentin,

+

Que l'en prent per par destinée,

+

J'ay choisy, qui tres mal m'agrée,

+

Pluye, vent et mauvais chemin.

+

Il n'est de l'amoureux butin,

+

Nouvelle, ne chancon chantée.

+

A ce jour, etc.

+

Que l'en, etc.

+
+

Sourges me donne ce tatin,

+

Et à plusieurs de ma livrée;

+

Mieulx vauldroit en chambre natée

+

Dormir, sans lever sy matin,

+

A ce jour, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Bouciquault.)

+
+

Assez ne m'en peuz merveiller

+

Qu'aucuns amoureux ont creance

+

D'estre de ceulx de l'observance,

+

Mais plus n'y veulent travailler.

+

Je dy que leur vaulsist trop mieulx

+

Plus large reigle avoir choisie;

+

Par servir jeunes, et puis vieulx,

+

Laisser tout, c'est ypocrisie.

+

Autre nom leur convient bailler,

+

C'est apostat, qui pour doubtance

+

D'avoir un peu de penitance,

+

Ont voulu Loyaulté soiller.

+

Assez m'en, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Ce n'est pas par ypocrisie,

+

Ne je ne suis point apostat

+

Pourtant, se change mon estat

+

Es derreniers jours de ma vie.

+

J'ay gardé, ou temps de jeunesse,

+

L'observance des amoureux,

+

Or m'en a bouté hors Vieillesse,

+

Et mis en l'ordre douloreux

+

Des chartreux de Merencolie,

+

Solitaire, sans nul esbat;

+

A briefz motz, mon fait va de plat,

+

Et pour ce, ne m'en blasmez mye.

+

Ce n'est pas, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Bouciquault.)

+
+

Monstrer on doit qu'il en desplaise

+

Du meffait, à qui n'a povoir

+

De servir; car si cru pour voir,

+

En parler, il semble qu'il plaise;

+

Qui ne peut pour le moins se taise,

+

Et face en dueil larmes pleuvoir.

+

Monstrer on doit, etc.

+

Du meffait, etc.

+
+

Mais dire qu'on n'a temps, ne aise,

+

Pour aage, d'y faire devoir,

+

Chascun scet bien apparcevoir

+

Que pou courcé, tost se rappaise.

+

Monstrer on doit, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

A quiconques plaise, ou desplaise,

+

Quant Vieillesse vient les gens prendre,

+

Il convient à elle se rendre

+

Et endurer tout son malaise.

+

Nul ne peut faire son devoir

+

De garder d'Amours l'observance,

+

Quant, avecques son bon vouloir,

+

Il a povreté de puissance.

+

Plus n'en dy, mieulx vault que me taise,

+

Car j'en ay à vendre et revendre;

+

Ung chascun doit son fait entendre;

+

Qui ne peut, ne peut, si s'appaise.

+

A quiconques, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Fredet.)

+
+

Le truchement de ma pensée,

+

Ceste saint Valentin passée,

+

J'ay envoyé devers Amours,

+

Pour lui compter les grans dolours

+

Que seuffre, pour ma tant amée;

+

Requerant ma peine alegée,

+

Autrement ma vie est finée,

+

Comme scet bien, il a mains jours.

+

Le truchement, etc.

+
+

Et quant sa raison eut contée,

+

Lui dist: Ta requeste m'agrée,

+

Car trop leal l'ay veu tousjours;

+

Lors fut commandé mon secours,

+

Et le m'apporta la journée,

+

Le truchement etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Simonnet Caillau.)

+
+

Pour bref telz maulx d'amours guerir,

+

Esgrun de Dueil te fault fuyr,

+

Les poix au veau te sont contraires,

+

Quant les fleurs de plaisans viaires

+

Sont dedans mises au boillir.

+

L'oubliete te peut servir,

+

Et l'herbe de Nonsouvenir,

+

A faire bons electuaires.

+

Pour bref, etc.

+
+

Du triacle de Repentir,

+

Pour tes accez faire faillir,

+

Prendras sur les appoticaires;

+

Avecques siropz necessaires,

+

Faiz en succres de Deppartir.

+

Pour bref, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Les malades cueurs amoureux

+

Qui ont perdu leurs apetiz,

+

Et leurs estomacs refroidiz

+

Par soussiz et maulx douloureux,

+

Diete gardent sobrement,

+

Sans faire exces de trop douloir;

+

Chaulx electuaires souvent

+

Usent de Conforté vouloir,

+

Succres de Penser savoureux,

+

Pour renforser leurs esperiz;

+

Ainsi pevent estre gueriz,

+

Et hors de danger langoureux.

+

Les malades, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Jehan Monseigneur de Lorraine.)

+
+

Pour brief du mal d'amer guerir,

+

Esloingner l'air de Souvenir

+

Convient, sans grant merencolie;

+

Apres tout mes, mengier l'oublie

+

Pres du couchier, pour mieulx dormir.

+

De Nonchaloir, pour adoulcir

+

La medicine de Desir,

+

Prendre fault la plus grant partie.

+

Pour brief, etc.

+

Esloingner, etc.

+
+

Puis ung beau regime, à l'issir

+

De vostre acces, pourrez choisir,

+

D'une Leaulté m'y partie,

+

Affin que ne rencheez mye,

+

Faictes reffuz d'amour bannir.

+

Pour brief, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Pour tous voz maulx d'amours guerir,

+

Prenez la fleur de Souvenir

+

Avec le just d'une ancollie,

+

Et n'obliez pas la soussie,

+

Et meslez tout en Desplaisir.

+

L'erbe de loing de son Desir,

+

Poire d'Angoisse pour refreschir,

+

Vous envoye Dieu, de vostre amye.

+

Pour tous, etc.

+
+

Pouldre de Plains pour adoulcir,

+

Feille d'aultre que vous choisir,

+

Et racine de Jalousie,

+

Et de tretout la plus partie

+

Mectes au cueur, avant dormir.

+

Pour tous, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Puisque tu t'en vas,

+

Penser, en message,

+

Se tu fais que sage,

+

Ne t'esgare pas.

+

Au mieulx que pourras,

+

Pren le seur passage.

+

Puisque, etc.

+

Penser, etc.

+
+

Tout beau, pas à pas,

+

Reffrain ton courage,

+

Qu'en si long voyage

+

Ne deviengnes las.

+

Puisque, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

L'ueil et le cueur soient mis en tutelle,

+

Si tost qu'ilz sont rassotez en amours,

+

Combien qu'il a plusieurs qui font les lours,

+

Et ont trouvé contenance nouvelle;

+

Pour mieulx embler priveement Plaisance,

+

Mommerie sans parler de la bouche,

+

En beaux abiz d'or cliquant d'Acointance,

+

Soubz visieres de semblant qu'on n'y touche,

+

Faignent souvent l'amoureuse querelle;

+

Ainsi l'ay vu faire en mes jeunes jours,

+

Vestu m'y suis à droit et à rebours;

+

Je jangle trop, au fort, je me rappelle.

+

L'ueil et le cueur, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Jehan Monseigneur de Lorraine.)

+
+

Pour eschever plus grant dangier,

+

Certes, mon cueur, il est mestier,

+

Puisque nous alons veoir la belle,

+

Que tenez mon ueil en tutelle,

+

Qui ne vous donne à besongner;

+

Commandez lui bien, sans prier,

+

Qu'il ne croie riens de legier,

+

Dont il vous rapporte nouvelle.

+

Pour eschever, etc.

+
+

Et s'il ne s'y veult obligier,

+

Mectez Raison pour espier

+

A part sa couverte cautelle;

+

Car c'est cellui seul qui se mesle

+

De tieulx defaultes corrigier.

+

Pour eschever, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Chose qui plaist est à demy vendue,

+

Quelque cherté qui coure par pais;

+

Jamais ne sont bons marchands esbahis,

+

Tousjours gaignent à l'allée, ou venue.

+

Car, quant les yeulx qui sont facteurs du cueur,

+

Voyent Plaisir à bon marchié en vente,

+

Qui les tendroit d'achater leur bon eur?

+

Et deussent ilz engaiger biens et rente,

+

Et à rachat toute leur revenue,

+

De lascheté seroient bien trays,

+

Et devroient d'Amours estre hays;

+

Marchandise doit estre maintenue.

+

Chose qui plaist, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Chose qui plaist est à demy vendue,

+

A bon compte souvent, ou chierement,

+

Qui du marchié le denier a Dieu prent,

+

Il n'y peut plus mectre rabat, ne creue.

+

D'en debatre n'est que paine perdue,

+

Prenez ore, qu'apres on s'en repent.

+

Chose qui, etc.

+

A bon compte, etc.

+
+

S'aucun aussi monstre sa retenue,

+

Et au bureau va faire le serement,

+

Les officiers n'y font empeschement,

+

Mais demandent tantost la bienvenue.

+

Chose qui, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Jehan Monseigneur de Lorraine.)

+
+

L'abit le moine ne fait pas,

+

Pourtant se je me veis de dueil,

+

J'ay la lerme assez loing de l'ueil,

+

Passant mes ennuiz au gros sas;

+

Je fains d'assembler à grans tas

+

Douleurs à part, mais quant je vueil.

+

L'abit le, etc.

+

Pourtant, etc.

+
+

Conclusion, vecy mon cas:

+

De nulle rien je ne me dueil,

+

En gré prens d'Amours le recueil,

+

Soit beau, ou lait; puis je diz bas:

+

L'abit le, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

L'abit le moine ne fait pas,

+

L'ouvrier se congnoist à l'ouvrage,

+

Et plaisant maintient de visage

+

Ne monstre pas toujours le cas.

+

Alez tout soubrement le pas,

+

N'est que contrefaire le sage.

+

L'abit le, etc.

+

L'ouvrier, etc.

+
+

Soubtil sens couchié par compas,

+

Enveloppé en beau langage,

+

Musse le vouloir du courage;

+

Cuider decoit en mains estas.

+

L'abit le, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Jehan Monseigneur de Lorraine.)

+
+

De fol juge, briefve sentence;

+

Certes bon cueur ne peut mentir,

+

Et si ne scet du sac yssir

+

Que ce qui est d'acoustumence.

+

Là où Raison pert pascience,

+

On voit bien souvent avenir,

+

De fol juge, etc.

+

Certes bon, etc.

+
+

Envie, atout sa double lance,

+

Blesse en mains lieux sans cop ferir,

+

Dont il se convient repentir

+

Aucuneffoiz, qui bien y pense.

+

De fol juge, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

De fol juge, briefve sentence;

+

On n'y sauroit remedier,

+

Quant l'advocat oultrecuidier,

+

Sans raison, mainteffois sentence;

+

Apres s'en repent et s'en tence,

+

C'est tart, et ne se peut vuidier.

+

De fol juge, etc.

+

On n'y, etc.

+
+

Fleurs portent odeur, et sentence

+

Et savoir vient d'estudier;

+

Ce n'est pas ne d'anuyt, ne d'yer,

+

J'en dy ce que mon cueur sent en ce.

+

De fol juge, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Madame d'Orleans.)

+
+

L'abit le moine ne fait pas,

+

Car quelque chiere que je face,

+

Mon mal seul tous les autres pace,

+

De ceulx qui tant plaignent leur cas.

+

Souvent, en dansant fais mains pas

+

Que mon cueur pres en dueil trespace.

+

L'abit le, etc.

+
+

Las! mes yeulx gectent sans compas

+

Des lermes tant parmy ma face,

+

Dont plusieurs foiz je change place,

+

Alant à part pour crier las!

+

L'abit le, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Guiot Pot.)

+
+

L'abit le moine ne fait pas,

+

Car tel n'est pas vestu de noir,

+

Qui a cause de se douloir;

+

Par Dieu, qui congnoistroit son cas?

+

S'on lui fait changer ses esbas

+

Contre raison et son vouloir.

+

L'abit le, etc.

+
+

Quant Fortune charge le bas

+

Au compaignon, s'il a povoir,

+

Et s'il joue ung tour de savoir,

+

Disant que de souffrir est las.

+

L'abit le, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Messire Philippe Pot.)

+
+

En la forest de longue actente

+

Où mainte personne est dolente,

+

Espoir me promist de donner,

+

Se bien vouloye cheminer,

+

Ce qui tous amoureux contente.

+

J'ay tout mis, cueur, corps et entente,

+

A traverser chemin et sente,

+

Pour cuider ce grant bien trouver.

+

En la forest, etc.

+

Où mainte, etc.

+

Espoir me, etc.

+
+

Mais d'une chose je me vente,

+

Que j'ay eu tous les jours de rente,

+

Pour ma queste parachever,

+

Paine et ennuy, sans conquester

+

Riens, si non dueil qui me tourmente.

+

En la forest, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Anthoine de Lussay.)

+
+

En la forest de longue actente

+

Où les contentés, Dieu contente,

+

Je vous asseure, sur ma foy,

+

Que je n'y ay eu, tant soit poy,

+

Joye, ne bien dont je me sente.

+

Pensez se ma vie est dolente,

+

Veu, qu'ainsi soit, je me garmente,

+

Et que nul bien n'y a pour moy

+

En la forest, etc.

+

Où les contentés, etc.

+
+

Ou fort, d'une chose me vente,

+

Se je ne faulx en mon entente,

+

Ou se la mort brief ne recoy,

+

Que je y auray, savez vous quoy?

+

Aucun plaisir qui vauldra rente.

+

En la forest, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Guiot Pot.)

+
+

En la forest de longue actente,

+

Ja pieca, fus en une sente,

+

Là où j'ay esgaré mon cueur,

+

Mais y souffrit tant de douleurs

+

Que tousjours convient que s'en sente

+

Depuis, tousjours tant fort lamente,

+

Par Fortune qui le tourmente,

+

Qu'il fault qu'il vive en grant langueur.

+

En la forest de, etc.

+

Ja pieca, etc.

+
+

Mais, s'il eschappe, bien se vente

+

Qu'il gardera qu'on ne le tente

+

Par beau parler, ne par rigueur;

+

Car chascun se doit tenir seur

+

Que l'on fault bien à son entente,

+

En la forest, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Gilles.)

+
+

En la forest de longue actente,

+

Mon povre cueur tant se garmente

+

D'en saillir par aucune voye,

+

Qu'il ne lui semble pas qu'il voye

+

Jamais la fin de son entente;

+

Deconfort le tient en sa tente,

+

Qui par telle facon le tente,

+

Que j'ay paour qu'il ne le forvoye.

+

En la forest, etc.

+

Mon povre, etc.

+
+

Espoir en riens ne le contente,

+

Comme il souloit, pourquoy dolente

+

Sera ma vie, où que je soye;

+

Et si auray, en lieu de joye,

+

Dueil et soussy tousjours de rente.

+

En la forest, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Crié soit à la clochete,

+

Par les rues, sus et jus,

+

Fredet, on ne le voit plus;

+

Est il mis en oubliete?

+

Jadis il tenoit bien conte

+

De visiter ses amis,

+

Est il roy, ou duc, ou conte?

+

Quant en oubly les a mis.

+

Banny à son de trompete,

+

Comme marié confus,

+

Entre chartreux, ou reclus,

+

A il point fait sa retrete?

+

Crié soit, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Fredet.)

+
+

Se veoir ne vous voys plus,

+

Helas! ce fait mariage,

+

Qui me fait avoir courage

+

D'estre desormais reclus;

+

Puisque si fort m'a confus,

+

Ne le tenez à oultrage.

+

Se veoir, etc.

+

Helas! etc.

+
+

Mais non pourtant, je conclus

+

Que ce n'est pas fait que sage,

+

Car j'en puis, à brief langage,

+

Pour le moins perdre le plus.

+

Se veoir, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

En l'ordre de mariage,

+

A il desduit, ou courrous?

+

Comment vous gouvernez vous?

+

Y devient on fol, ou sage?

+

Soit aux vieulx, ou jeunes d'age,

+

Rapporter m'en vueil à tous.

+

En l'ordre, etc.

+

A il desduit, etc.

+
+

Le premier an, c'est la rage,

+

Tant y fait plaisant et douls;

+

Apres deux foiz toussir, j'ay la tous,

+

Cesser me fait de langage.

+

En l'ordre, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Jacques bastart de la Tremoille.)

+
+

En la forest de longue actente

+

J'ay couru l'année presente,

+

Tant que la saison a duré,

+

Mais j'ay esté plus maleuré

+

Que homme qui vive, je m'en vente.

+

La haye fut garnie de tente,

+

Et fis ma queste belle et gente,

+

Suivant les chiens, je m'esgaré

+

En la forest, etc.

+

J'ay couru, etc.

+
+

Je cours, je corne, je tourmente

+

En traversant, sans trouver sente,

+

Me trouvay tres fort enserré,

+

Tout seul presque desesperé,

+

Cuiday mourir des fois soixante.

+

En la forest, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Le Cadet Dalebret.)

+
+

Dedans l'abisme de douleur,

+

Où tant a d'amere saveur,

+

Aussi d'angoisseuse destresse,

+

Se trouve tourmenté, sans cesse,

+

Pour vous amer, mon povre cueur.

+

Ma Dame, par vostre doulceur,

+

Secourez ce bon serviteur,

+

A qui l'on fait tant de rudesse.

+

Dedans, etc.

+

Où tant, etc.

+
+

Las! ostez de lui tout maleur,

+

Ou autrement il se tient seur

+

De jamais n'avoir que tristesse;

+

Dont fauldra que sa vie cesse

+

Piteusement, en grant langueur.

+

Dedans, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orleans.)

+
+

Dedans l'abisme de douleur,

+

Sont tourmentées povres ames

+

Des amans; et, par Dieu, mes Dames,

+

Vous leur portez trop de rigueur.

+

Ostez les de ceste langueur,

+

Où ilz sont en maulx et diffames.

+

Dedans, etc.

+

Sont, etc.

+
+

Se n'y monstrez vostre doulceur,

+

Vous en pourrez recevoir blasmes;

+

Tost orra prieres de fames,

+

Dangier, des dyables le greigneur.

+

Dedans, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Gilles des Ourmes.)

+
+

Dedans l'abisme de douleur

+

Sont tourmentés par grand foleur

+

Maints cueurs, par faulte de secours,

+

Qui n'ont à personne recours,

+

Qu'à Pitié qui detient le leur.

+

Car, quant ilz ont servy, on leur

+

Taille la broche sans couleur;

+

Lors ilz s'en vont languir le cours

+

Dedans, etc.

+

Sont, etc.

+
+

Par Dieu! c'est faulte de valeur

+

A ceulx qui le font par chaleur,

+

Et de fait, les tiennent si cours,

+

Qu'il leur fault user tout le cours

+

De leur vie, en paine et maleur.

+

Dedans, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Philippe de Boulainvilliers.)

+
+

Tirez vous là, regart trop convoiteux,

+

Renom avez d'estre de nul piteux,

+

Vostre semblant demonstre, pour tout voir,

+

Qu'estes venu pour mon cueur décevoir;

+

Dont me desplaist, j'en suis tres tout honteux.

+

Pour me tromper, faictes le marmiteux,

+

II ne fault point clocher devant boiteux;

+

Allez, allez, je ne vous vueil plus voir.

+

Tirez vous là, etc.

+

Renom avez, etc.

+
+

Point ne vous fault faire le despiteux,

+

Car, quant vous voy, je suis toujours doubteux

+

De quelque mal, plus que de bien avoir;

+

Je vous congnois sans plus rien en savoir,

+

Où que soyez, vous estes rioteux.

+

Tirez vous là, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Clermont.)

+
+

Rendre vous fault de toutes choses conte,

+

Qu'avez vous fait, ma Dame, de mon cueur?

+

N'en mentons point, est il plus serviteur

+

Vostre tenu? dont je tien si grant conte.

+

A celle fin que l'en ne me mesconte,

+

Je vous diray, mais par mon créateur,

+

Rendre vous, etc.

+

Qu'avez, etc.

+
+

Entendez vous ce que je vous raconte,

+

Dictes moy vray, hay avant rigueur

+

Sera elle en vous? lui donrez vous faveur?

+

Fy, fy, nennil, car ce vous serait honte.

+

Rendre vous, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Que je vous ayme maintenant!

+

Quant je congnois vostre maniere

+

Venant de voulenté legiere,

+

Enveloppée en faulx semblant.

+

Je ne m'y fie tant, ne quant,

+

Veu qu'en estes bien coustumiere.

+

Que je vous, etc.

+

Quant je, etc.

+
+

N'en peut chaloir, tirez avant,

+

Parfaictes comme mesnagiere,

+

De haulte lisse bonne ouvriere;

+

Plus vous voy, plus vous prise tant.

+

Que je vous, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Cueur, qu'est cela? ce sommes nous voz yeulx,

+

Qu'apportez vous? grant foison de nouvelles,

+

Quelles sont ilz? amoureuses et belles,

+

Je n'en vueil point voire, non, se m'aist Dieux;

+

D'où venez vous? de plusieurs plaisans lieux,

+

Et qui a il? bon marchié de querelles.

+

Cueur, etc.

+

Qu'apportez, etc.

+
+

C'est pour jeunes, aussi est ce pour vieulx,

+

Trop sont vieulx soulz, pieca, n'en eustes telles,

+

Si ay, si ay, au moins escoutez d'elles,

+

Paix, je m'endors, non ferez pour le mieulx.

+

Cueur, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

SOUSSY.

+

Soussy, beau Sire, je vous prie,

+

LE CUEUR.

+

De quoy? que me demandez vous?

+

SOUSSY.

+

Ostez moy d'anuy et courous,

+

LE CUEUR.

+

Où vous estes? non feray mie.

+

SOUSSY.

+

Tenir je vous vueil compaignie,

+

LE CUEUR.

+

Las! non faictes, soyez moy douls.

+

Soussy, etc.

+

De quoy, etc.

+
+

SOUSSY.

+

Parlez en à Merencolie,

+

LE CUEUR.

+

Conseil premier entre vous.

+

SOUSSY.

+

Espoir y pourroit plus que nous,

+

LE CUEUR.

+

Faictes donc qu'il y remédie.

+ +

Soussy, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Quant Leaulté et Amour sont ensemble,

+

Et on les scet à deu entretenir.

+

En temps et lieu, et pour lui retenir,

+

Ilz font, par Dieu, feu Grejois, ce me semble.

+

J'en congnois deux qui portent grant atour,

+

Où contre droit en emportent le bruit;

+

Helas! voire, et ne font pas sejour,

+

Car traison en leurs cueurs tousjours bruit.

+

Garder se fault que nul ne les ressemble,

+

Ne nulle aussi qu'il veult à bien venir;

+

Pour ce, conclus, pour au point revenir,

+

Que jamais mal entre amoureux n'assemble

+

Quant, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Plus tost accointé que congneu,

+

Plus tost esprouvé que nourry,

+

Plus tost plaisant que bien choisy,

+

Est souvent en grace receu.

+

Mains tost que riche, despourveu

+

Se trouve garny de soussy.

+

Plus tost, etc.

+

Plus tost, etc.


+

Assez tost meschant est recreu,

+

Assez tost entreprent hardy,

+

Assez tost senti qui s'ardy,

+

Tout ce mal est de chascun sceu.

+

Plus tost, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Le Cadet.)

+
+

Tu vas trop avant, retray toy,

+

Mon cueur, ou tu te feras prendre,

+

Pas n'est bon de tant entreprendre;

+

Arreste et te tiens tout coy.

+

Le feras tu? or le dy coy,

+

Affin qu'on ne te puist reprendre

+

Tu vas, etc.

+

Mon cueur, etc.

+
+

Siet toy quelque part en requoy,

+

Pour mieulx te garder de surprendre;

+

Et de là tu pourras comprendre

+

Ton fait bien au long, or m'en croy.

+

Tu vas, etc.

+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

A ce jour de saint Valentin,

+

Bien et beau Karesme s'en va;

+

Je ne scay qui ce jeu trouva,

+

Penser m'y a pris au matin;

+

Et puis pour jouer à tintin

+

Avecques moy tost se leva.

+

A ce jour, etc.

+

Bien et beau, etc.

+
+

Soussy m'a cuidé ung tatin

+

Donner, mais pas ne l'acheva,

+

Bien garday que ne me greva;

+

Maledicatur en latin.

+

A ce jour, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans)

+
+

A ce jour de saint Valentin,

+

Venez avant, nouveaux faiseurs,

+

Faictes de plaisirs, ou douleurs,

+

Rimes en francoys, ou latin;

+

Ne dormez pas trop au matin,

+

Pensez à garder voz honneurs.

+

A ce jour, etc.

+

Venez, etc.

+
+

Heur et maleur sont en hutin,

+

Pour donner pers, cy et ailleurs,

+

Autant aux moindres, qu'aux greigneurs,

+

Veulent departir leur butin.

+

A ce jour, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans)

+
+

A ce jour de saint Valentin,

+

Qu'il me convient choisir ung per,

+

Et que je n'y puis eschapper,

+

Pensée prens pour mon butin.

+

Elle m'a resveillé matin,

+

En venant à mon huis frapper.

+

A ce jour, etc.

+
+

Ensemble nous arons hutin,

+

S'elle veult trop mon cueur happer;

+

Mais, s'Espoir je peusse atrapper,

+

Je parlasse d'autre latin.

+

A ce jour, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Benoist d'Amien.)

+
+

Au plus fort de ma maladie,

+

M'a abandonné Esperance,

+

Laquelle sans point decevance,

+

Me devoit tenir compaignie.

+

Helas! ce n'est pas mocquerie,

+

D'avoir perdu telle alliance.

+

Au plus fort, etc.

+
+

Car certes qui que chante, ou rie,

+

J'ay à toute heure desplaisance

+

Plus que nes ung qui soit en France,

+

Par quoy je ne scay que je die.

+

Au plus fort, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Au plus fort de ma maladie

+

Des fievres de merencolie,

+

Quant d'anuy j'ay frissonné fort,

+

J'entre en chaleur de desconfort

+

Qui me met tout en resverie;

+

Lors je jangle mainte folie,

+

Et meurs de soif de chiere lie,

+

De mourir seroye d'accort.

+

Au plus fort, etc.

+
+

Adoncques me tient compaignie

+

Espoir, dont je le remercie,

+

Qui de me guérir se fait fort;

+

Disant que n'ay garde de mort,

+

Et qu'en riens je ne m'en soussie.

+

Au plus fort, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Benoist d'Amien.)

+
+

Pour les maux dont je suis si plains,

+

Fortune, ay je tort? se me plains

+

De ta grant fierté et rudesse

+

Qui, nuyt et jour, sans point de cesse,

+

Me tient en douleur et en plains.

+

Las! pense qu'ilz ne sont pas fains,

+

Mais avant tres plus grans que mains,

+

Veu que suis en telle foiblesse.

+

Pour les, etc.

+
+

Or te requier, à jointes mains,

+

Que tu vueilles, à tout le moins.

+

Me tollir le mal qui me blesse;

+

Car je suis en telle destresse,

+

Que languir me fault, soirs et mains.

+

Pour les, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Benoist d'Amien.)

+
+

Pour parvenir à vostre grace,

+

Esperant que mon dueil efface,

+

Vous vueil servir jusqu'à la mort;

+

De ce, vous povez tenir fort,

+

Que nul autre bien ne pourchace.

+

Par quelque semblant que je face,

+

Ne quelque chemin que je trace,

+

N'est que pour arriver au port.

+

Pour parvenir, etc.

+
+

Quant des yeulx ne vous voy en place,

+

Plus rien qui soit ne me soulace,

+

Dont soussy me tient si tres fort;

+

Non pourtant, mon seul reconfort,

+

Ne me chault quoy qu'on me mefface,

+

Pour parvenir, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

de Monseigneur d'Orléans à ma Dame d'Angoulesme.

+
+

A ce jour de saint Valentin,

+

Puisqu'estes mon per ceste année,

+

De bien eureuse destinée

+

Puissions nous partir le butin.

+

Menez à beau frere hutin

+

Tant qu'ayez la pense levée.

+

A ce jour, etc.

+
+

Je dors tousjours sur mon coissin,

+

Et ne fois chose qui agrée

+

Gueres à ma mal assenée,

+

Dont me fait les groings au matin.

+

A ce jour, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Tignonville.)

+
+

Pour la coustume maintenir,

+

Ceste saint Valentin nouvelle,

+

Mon cueur a choisy Damoiselle,

+

Moyennant l'amoureux desir.

+

Par ung regart fait à loisir,

+

Se voult logier es mains de celle.

+

Pour la, etc.

+

Ceste saint, etc.

+
+

S'on lui fait trop de mal souffrir,

+

Je m'accorde qu'il se rappelle,

+

Et puis se tiengne à la plus belle

+

Que ses yeulx lui pourront choisir.

+

Pour, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Contre fenoches et nox buze,

+

Peut servir ung tantost de France,

+

Daly parolles de plaisance,

+

Au plus sapere l'en cabuze,

+

Ja cossy maintes foiz s'abuze,

+

Grandissime fault pourveance.

+

Contre fenoches, etc.

+
+

Sta fermo, toutes choses uze,

+

Aspecte ung poco par savance,

+

La Rasonne fa l'ordonnance

+

De quella medicine on uze,

+

Contre fenoches, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Ce premier jour du mois de May,

+

Quant de mon lit hors me levay,

+

Environ vers la matinée,

+

Dedens mon jardin de pensée,

+

Avecques mon cueur, seul entray.

+

Dieu scet s'entrepris fu d'esmay,

+

Car en pleurant tout regarday

+

Destruit d'ennuyeuse gelée.

+

Ce premier, etc.

+

Quant, etc.

+
+

En gast, fleurs et arbres trouvay;

+

Lors au jardinier demanday

+

Se Desplaisance maleurée,

+

Par tempeste, vent, ou nuée,

+

Avoit fait tel piteux array.

+

Ce premier, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Qui est cellui qui s'en tendroit

+

De bouter hors merencolie,

+

Quant toute chose reverdie,

+

Par les champs, devant ses yeulx, voit.

+

Ung malade s'en gueriroit,

+

Et ung mort revendroit en vie.

+

Qui est cellui, etc.

+

De bouter, etc.

+
+

En tous lieux on le nommeroit

+

Meschant endormy en follie,

+

Chasser de bonne compaignie,

+

Par raison, chascun le devroit.

+

Qui est cellui, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans)

+
+

Allez vous musser maintenant,

+

Ennuyeuse Merencolie,

+

Regardez la saison jolie,

+

Qui partout vous va reboutant;

+

Elle se rit en vous mocquant,

+

De tous bons lieux estes bannye.

+

Allez vous, etc.

+

Ennuyeuse, etc.

+
+

Jusques vers Karesme prenant

+

Que jeusne les gens amaigrie,

+

Et la saison est admortie,

+

Ne vous monstrez ne tant, ne quant.

+

Allez vous, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Qui est cellui qui d'amer se tendroit,

+

Quant beaulté fait de morisque l'entrée,

+

De plaisance si richement parée,

+

Qu'à l'amender jamais nul ne vendroit.

+

Cueur demy mort, les yeulx en ouvreroit,

+

Disant: C'est cy raige desesperée.

+

Qui est cellui, etc.

+

Quant, etc.

+
+

Lors quant Raison enseigner le vendroit,

+

Il lui diroit: A! vieille rassotée,

+

Laissez m'en paix, vous troublez ma pensée,

+

Pour riens, en ce nully ne vous croiroit.

+

Qui est cellui, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Bon fait avoir cueur à commandement,

+

Quant il est temps, qui scet laisser, ou prendre,

+

Sans trop vouloir sotement entreprendre

+

Chose où ne gist gueres d'amendement.

+

Quel besoing est, quand on est à son aise,

+

De se bouter en soussy et meschief;

+

Je tiens amans pour folz, ne leur desplaise,

+

De travailler sans riens mener à chief;

+

C'est par espoir, ou par son mandement,

+

Qui tel mestier leur conseille d'aprendre,

+

Il fait pechié, on l'en devroit reprendre,

+

J'en parle au vray, à mon entendement.

+

Bon fait avoir, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Je vous entens à regarder,

+

Et part de voz penser congnois,

+

Essayé vous ay trop de fois,

+

De moy ne vous povez garder.

+

Cuidez vous, par voz motz farder.

+

Mener les gens de deux en trois.

+

Je vous, etc.

+

Et part, etc.

+
+

Vous savez tirer et tarder,

+

Raige faictes, et feu Gregois;

+

Bien gangnez voz gaiges par mois,

+

Parachevez sans retarder.

+

Je vous. etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+
+

Plus de desplaisir que de joye,

+

Assez d'ennuy, souvent à tort,

+

Beaucoup de soussy sans confort,

+

Oultraige de peine, où que soye;

+

Trop de douleur à grant montjoye,

+

Foison de tres piteux rapport.

+

Plus de desplaisir, etc.

+

Assez d'ennuy, etc.

+
+

Tant de grief que je ne diroye,

+

Mains amant ma vie, que mort,

+

Pis que mourir, n'est ce pas fort?

+

Telz beaulx dons fortune m'envoye.

+

Plus de desplaisir, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans)

+
+

Pour mon cueur qui est en prison,

+

Mes yeulx vont l'aumosne quérir;

+

Gueres n'y pevent acquérir,

+

Tant petitement les prise on.

+

Reconfort qui est l'aumosnier,

+

Et Espoir, sont allez dehors;

+

On ne donna point l'aumosne hier,

+

Refus estoit portier alors.

+

Pour mon, etc.

+
+

Il est si plain de mesprison,

+

De rien ne le faut requerir,

+

N'essayer de le conquerir,

+

Tousjours tient sa vieille aprison.

+

Pour mon, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans)

+
+

Fortune! sont ce de voz dons?

+

Engoisses que vous aportez,

+

A présent vous en deportez,

+

Ce sont trop doloreux guerdons;

+

D'entrer ceans vous deffendons,

+

Dures nouvelles rapportez.

+

Fortune, etc.

+

Engoisses, etc.

+
+

Et oultre plus, vous commandons

+

Que les cueurs ung peu supportez

+

Jouer vous, et vous depportez

+

Autre part, baillant telz pardons.

+

Fortune, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Et comment l'entendez vous?

+

Ennuy et Merencolie,

+

Voulez vous toute ma vie.

+

Me tourmenter en courrous?

+

Le plus maleureux de tous

+

Doy je estre? je le vous nye.

+

Et comment, etc,

+

Ennuy, etc.

+
+

De tous poins accordons nous,

+

Ou, par la vierge Marie,

+

Se Raison n'y remédie,

+

Tout va sen dessus dessous.

+

Et comment, etc.

+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Voire, dea! je vous ameray,

+

Ennuyeuse Merencolie,

+

Et servant de plaisance lie,

+

Par vous plus ne me nommeray;

+

Foy que doy à Dieu, si seray

+

Tout sien, soit ou sens, ou folie.

+

Voire, dea, etc.

+

Ennuyeuse, etc.

+
+

Jamais ne m'y rebouteray,

+

En voz lactz, se je m'en deslie,

+

Et se Bon eur à moy s'alie,

+

Je fait à vous, mais non feray.

+

Voire, dea, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Fortune, passez ma requeste,

+

Quant assez m'aurez tort porté,

+

Ung peu je soye déporté,

+

Que Desespoir ne me conqueste;

+

Veu que je me suis, en la queste

+

D'Amours, loyaument deporté.

+

Fortune, passez, etc.

+

Quant, etc.

+
+

Mon droit, sans que plus y acqueste.

+

Aux jeunes gens j'ay transporté;

+

Se riens est de moy rapporté,

+

Je vous prie qu'on en face enqueste.

+

Fortune, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orleans.)

+
+

De quoy vous sert cela? Fortune,

+

Voz propos sont, puis longs, puis cours,

+

Une foiz estes en decours,

+

L'autre plaine comme la lune;

+

On ne vous trouve jamais une,

+

Nouvelletez sont en voz cours.

+

De quoy, etc.

+

Voz propos, etc.

+
+

S'est vostre maniere commune;

+

Car, quant je vous requiers secours,

+

Vous fuyez, apres vous je cours,

+

Et pitié n'a en vous aucune.

+

De quoy, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans)

+
+

Serviteur plus de vous, Merencolie,

+

Je ne seray, car trop fort y traveille;

+

Raison le veult, et ainsi me conseille

+

Que le face, pour l'aise de ma vie.

+

A Nonchaloir vueil tenir compaignie,

+

Par qui j'auray repos sans que m'esveille.

+

Serviteur, etc.

+

Je ne seray, etc.

+
+

Se de vous puis faire la departie,

+

Et il seurvient quelque estrange merveille,

+

Legierement passera par l'oreille;

+

Au contraire jamais nul ne me die.

+

Serviteur, etc

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Pourquoy moy, plus que les autres ne font,

+

Doy je porter de Fortune l'effort?

+

Par tout je vois criant: Confort, Confort,

+

C'est pour neant, jamais ne me respont.

+

Me convient il tousjours ou plus parfont

+

De dueil nager, sans venir à bon port.

+

Pourquoy moy, etc.

+

Doy je, etc.

+
+

J'appelle aussi, et en bas et amont,

+

Loyal Espoir, mais je pense qu'il dort,

+

Ou je cuide qu'il contrefait le mort:

+

Confort, n'Espoir, je ne scay où ilz sont.

+

Pourquoy, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Pourquoy moy, mains que nulluy

+

Que je congnoisse aujourduy,

+

Auray je part en liesse,

+

Veu qu'ay despendu jeunesse

+

Longuement, en grant ennuy.

+

Doy je donc estre cellui

+

Qui ne trouvera en lui

+

Bon eur, qu'à peu de largesse.

+

Pourquoy moy, etc.

+
+

J'ay loyal désir suy,

+

A mon povoir, et fuy,

+

Tout ce qui à tort le blesse;

+

Désormais, en ma vieillesse,

+

Demourray je sans apuy?

+

Pourquoy moy, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

C'est pour rompre sa teste

+

De fortune tanser,

+

Qui à riens ne s'arreste,

+

Trop seroit fait en beste.

+

C'est pour, etc.


+

Quant elle tient sa feste,

+

Les aucuns fait danser,

+

Et les autres tempeste.

+

C'est pour, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Du tout retrait en hermitage

+

De Nonchaloir, laissant folie.

+

Desormais veult user sa vie,

+

Mon cueur, que j'ay veu trop volage.

+

Et savez vous qui son courage

+

A changié? s'a fait maladie.

+

Du tout, etc.

+

De Nonchaloir, etc.

+
+

Fera il que fol, ou que sage?

+

Qu'en dictes vous? je vous en prie,

+

Il fera bien, quoy que nul dye,

+

Moult y trouvera d'avantage.

+

Du tout, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Sans faire mise, ne recepte

+

Du monde, dont compte ne tien,

+

Mon cueur, en propos je maintien;

+

Que mal et bien en gré accepte.

+

Se fortune est mauvaise, ou bonne,

+

A chascun la fault endurer;

+

Quant raison y mectra la bonne,

+

Elle ne pourra plus durer;

+

Rien n'y vault engin, ne decepte,

+

Au derrain on congnoistra bien,

+

Qui fera le mal, ou le bien,

+

Grans, ne petiz, je n'en excepte.

+

Sans faire, etc.

+
+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Est ce tout ce que m'apportez

+

A vostre jour? Saint Valentin,

+

N'auray je que d'Espoir butin,

+

L'actente des desconfortez.

+

Petitement vous m'enhortez

+

D'estre joyeulx à ce matin.

+

Est ce tout, etc.

+

A vostre jour, etc.

+
+

Nulle rien ne me rapportez,

+

Fors bona dies en latin,

+

Vieille relique en viel satin;

+

De telz presens vous deportez.

+

Est ce tout, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Simonnet Caillau.)

+
+

Ou millieu d'espoir et de doubte,

+

Helas! je pense jours et nuys;

+

Mais, par Dieu! bien bref, se je puis,

+

J'auray pis, ou mieulx, quoy qu'il couste.

+

Mes yeulx ouvers, je n'y vois goute,

+

Si non que maintenant j'en suis.

+

Ou millieu, etc.

+

Helas! je pense.

+
+

J'ay tant fait le guet et l'escoute,

+

A la fenestre et à l'uis,

+

Et n'ay pas ce que g'y poursuis,

+

Aincois m'est force que j'escoute.

+

Ou millieu, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Quant pleur ne pleut, souspir ne vante,

+

Et que cessée est la tourmente

+

De dueil, par le doulx temps d'espoir,

+

La nef de desireulx vouloir

+

A port eureux fait sa descente;

+

Sa marchandise met en vente,

+

Et à bon marché la presente

+

A ceulx qui ont fait leur devoir.

+

Quant pleur, etc.

+

Et que cessée, etc.

+
+

Lors les marchans de longue actente,

+

Pour gaigner, et corps, et rente,

+

En ont ce qu'en pevent avoir;

+

D'en acheter font leur povoir;

+

Tant que chascun cueur s'en contente.

+

Quant pleur, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Faret.)

+
+

Ou millieu d'espoir et de doubte,

+

Une foiz mal, autre foiz bien,

+

Je m'y trouve; mais je voy bien

+

Que c'est fortune qui m'y boute;

+

Et pour vous dire, somme toute,

+

C'est une chose où n'entens rien.

+

Ou millieu, etc.

+

Une foiz, etc.

+
+

Mais quelque chose qui me coute,

+

Si est ce bien le vouloir mien

+

De m'ouster hors de ce lien

+

Aucuneffoiz, tant me reboute,

+

Ou millieu, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Benoist d'Amien.)

+
+

En la grant mer de desplaisance,

+

Sans avoir espoir d'alegance

+

De trouver port, fors de douleur,

+

Nage tousjours mon povre cueur,

+

En bateau banny d'esperance;

+

Voille n'a que de decevance,

+

Ne soutte que de pascience,

+

Jamais n'y vente que maleur.

+

En la grant, etc.

+

Sans avoir, etc.

+
+

Dueil, Soussy ont la gouvernance;

+

Qui ne lui donnent, pour pitance

+

Que bescuit durcy de langueur,

+

Avecques eaue de rigueur;

+

Ainsi languist, faisant penance.

+

En la grant, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Quant pleur ne pleut, souspir ne vente,

+

Le bruit sourt de jeux et risée,

+

Et Joye vient appareillée

+

De recevoir d'Espoir sa rente

+

Assignée sur longue actente.

+

Mais apres loyaument paiée.

+

Quant, etc.

+

Le bruit, etc.

+
+

Ja Reconfort est mis en vente,

+

Et Plaisance fait sa livrée

+

De biens si richement ouvrée,

+

Que deuil fuyt, et s'en mal contente.

+

Quant pleur, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Jehan Monseigneur de Lorraine.)

+
+

Chose qui plaist est à demy vendue,

+

En quelconque marchandie que ce soit.

+

Mais l'ueil prise tel chose qui decoit,

+

Le plus souvent, quant elle est bien congnue;

+

Car, quant Amour se vendoit à Priere,

+

Peu de marchans y conquestoit proufit;

+

Desir survient qui met la fole enchiere,

+

A qui marchié de raison ne suffit.

+

Adonc vela qui apovrist, et tue

+

Le maleureux que chascun monstre au doit,

+

Disant: C'est cil qui plus fait qu'il ne doit,

+

Dont s'ordre n'est à son droit maintenue.

+

Chose qui plaist, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orleans.)

+
+

Quant je congnois que vous estes tant mien,

+

Et que m'aymez de cueur, si loyaument,

+

Je feroye vers vous trop faulcement

+

Se, sans faindre, ne vous amoye bien;

+

Essayez moy se vous fauldray en rien,

+

Gardant tousjours mon honneur seulement.

+

Quant, etc.

+

Et que, etc.

+
+

Se me dictes: Las! je ne scay combien

+

Vostre vouloir durera longuement;

+

Je vous respons, sans aucun changement,

+

Qu'en ce propos me tendray, et me tien.

+

Quant, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

pour Monseigneur de Beaujeu.

+
+

Puisqu'estes de la contrarie

+

D'Amours, comme monstrent voz yeulx,

+

Vous y trouvez vous pis, ou mieulx?

+

Qu'en dictes vous de telle vie?

+

Souffler vous y fault l'alquemie,

+

Ainsy que font jeunes et vieulx.

+

Puisqu'estes, etc.

+

D'Amours, etc.

+
+

Ne cuidez par nygromancye

+

Estre invisible; se m'aist Dieux,

+

On congnoistra, en temps et lieux,

+

Comment jourez de l'escremye.

+

Puisqu'estes, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Dedans l'amoureuse cuisine,

+

Où sont les bons, frians morceaux,

+

Avaler les convient tous chaulx,

+

Pour reconforter la poictrine.

+

Saulce ne faut, ne cameline,

+

Pour jeunes appetiz nouveaulx.

+

Dedans, etc.

+

Où sont, etc.

+
+

Il souffist de tendre geline

+

Qui soit sans os, ne vieilles peaulx,

+

Mainssée de plaisans cousteaux,

+

C'est au cueur vraye medicine.

+

Dedans, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Où le trouvez vous en escript?

+

Se dient à mon cueur mes yeulx,

+

Que nous ne soyons vers vous tieulx

+

Que devons, de jour et de nuyt.

+

Se ne vous conseillon prouffit,

+

Nous en croirez vous? nennil, Dieux.

+

Où le trouvez, etc.

+
+

Quant rapportons quelque deduit

+

Que nous avons veu en mains lieux,

+

Prenez en ce qui vous plaist mieulx,

+

L'autre lessez, est ce mau dit?

+

Où le trouvez, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

L'eaue de pleurs, de joye, ou de douleur,

+

Qui fait mouldre le molin de Pensée,

+

Dessus lequel la rente est ordonnée,

+

Qui doit fournir la despense du cueur.

+

Despartir fait farine de doulceur,

+

D'avecques son de dure destinée.

+

L'eaue, etc.

+
+

Lors le mosnier nommé Bon, ou Mal eur,

+

En prent prouffit, ainsi que lui agrée;

+

Mais Fortune souvent desmesurée

+

Lui destourbe mainteffois, par rigueur.

+

L'eaue, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

En verray je jamais la fin

+

De voz euvres? Merencolie,

+

Quant au soir de vous me deslie.

+

Vous me ratachez au matin;

+

J'amasse mieulx autre voisin

+

Que vous, qui si fort me guerrie.

+

En verrai je, etc.

+

De voz euvres, etc.

+
+

Vers moy venez en larrecin,

+

Et me robez plaisance lie;

+

Suis je destiné, en ma vie,

+

D'estre tousjours en tel hutin.

+

En verray je, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Soupper ou baing, et disner ou bateau,

+

En ce monde n'a telle compaignie,

+

L'un parle, ou dort, et l'autre chante, ou crie,

+

Les autres font balades, ou rondeau.

+

Et y boit on du viel et du nouveau,

+

On l'appelle le desduit de la pie.

+

Soupper ou baing, etc.

+

En ce monde, etc.

+
+

Il ne me chault ne de chien, ne d'oiseau;

+

Quant tout est fait, il fault passer sa vie

+

Le plus aise qu'on peut, à chiere lie;

+

A mon advis, c'est mestier bon et beau.

+

Soupper ou baing, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Qu'est cela? c'est Merencolie.

+

Vous n'entrerez ja; pourquoy? pour ce

+

Que vostre compaignie acourse

+

Mes jours, dont je foys grant folie.

+

Se me chassez par chiere lie,

+

Brief revendray de plaine course.

+

Qu'est cela, etc.

+

Vous, etc.

+
+

Il fault que raison amolie

+

Vostre cueur, et plus ne se cource,

+

Ainsi pourrez auroir ressource,

+

Mais que vostre mal sens deslie.

+

Qu'est cela, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orleans.)

+
+

En yver, du feu, du feu,

+

Et en esté, boire, boire,

+

C'est de quoy on fait memoire,

+

Quant on vient en aucun lieu.

+

Ce n'est ne bourde, ne jeu,

+

Qui mon conseil vouldra croire?

+

En yver, etc.

+

Et en esté, etc.

+
+

Chaulx morceaux faiz de bon queu,

+

Fault en froit temps, voire, voire,

+

En chault, froide pomme, ou poire;

+

C'est l'ordonnance de Dieu.

+

En yver, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Ne cessez de tanser, mon cueur,

+

Et fort combatre ces faulx yeulx

+

Que nous trouvons, vous et moy, tieulx

+

Qu'ilz nous font trop souffrir douleur.

+

Estroictement commandez leur

+

Qu'ilz ne troctent en tant de lieulx.

+

Ne cessez, etc.

+

Et fort, etc.

+
+

Et leur monstrez telle rigueur,

+

Qu'ilz vous craingnent, car c'est le mieulx;

+

Qu'ilz obeissent, se m'aist Dieux,

+

A vous, vous monstrant leur Seigneur.

+

Ne cessez, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Je ne voy rien qui ne m'annuye,

+

Et ne scay chose qui me plaise;

+

Au fort, de mon mal me rapaise,

+

Quant nul n'a sur mon fait envye.

+

D'en tant parler, ce m'est follie,

+

Il vault trop mieulx que je me taise.

+

Je ne voy, etc.

+

Et ne scay, etc.

+
+

Vouldroit aucun changer sa vie

+

A moy? pour essayer mon aise;

+

Je croy que non, car plus mauvaise

+

Ne trouveroit, je l'en deffie.

+

Je ne voy, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Ne bien, ne mal, mais entre deulx

+

J'ay trouvé aujourduy mon cueur

+

Qui parmi Confort et Douleur,

+

Se seiéoit ou meilleu d'entr'eulx.

+

Il me dit: Qu'est ce que tu veulx?

+

Peu, respondy pour le meilleur.

+

Ne bien, ne mal, etc.

+

J'ay trouvé, etc.

+
+

Aux dames et aux paons fais veulx,

+

Se fortune me tient rigueur,

+

De sa foy requerray bon eur,

+

Qu'il s'aquicte quant je me deulx.

+

Ne bien, ne mal, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Fermez lui l'uis au visaige,

+

Mon cueur, à Merencolie,

+

Gardez qu'elle n'entre mye,

+

Pour gaster nostre mesnaige;

+

Comme le chien plain de raige,

+

Chassez la, je vous en prye.

+

Fermez lui l'uis, etc.

+

Mon cueur, etc.

+
+

C'est trop plus nostre avantaige

+

D'estre sans sa compaignie,

+

Car tousjours nous tanse, et crye,

+

Et nous porte grand dommaige.

+

Fermez lui l'uis, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans)

+
+

Ou millieu d'Espoir et de Doubte,

+

Les cueurs se mussent plusieurs jours,

+

Pour regarder les divers tours

+

Dont Dangier souvent les deboute.

+

L'oreille je tens, et escoute

+

Savoir que, sur ce, dit Secours.

+

Ou millieu, etc.

+

Les cueurs, etc.

+
+

Eslongné de mondaine route

+

Me tiens, comme né en decours,

+

Entre les aveugles et sours,

+

Dieu y voye, je n'y voy goute.

+

Ou millieu, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orleans.)

+
+

Devenons saiges desormais,

+

Mon cueur, vous et moy, pour le mieulx,

+

Noz oreilles, aussi noz yeulx,

+

Ne croyons de legier jamais.

+

Passer fault nostre temps en paix,

+

Veu que sommes du renc des vieulx.

+

Devenons, etc.

+

Mon cueur, etc.

+
+

Se nous povoions par souhaiz

+

Rasjeunir, ainsi m'aide Dieux,

+

Feu Grejoys ferions en mains lieux;

+

Mais les plus grans coups en sont faiz,

+

Devenons, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Qui le vous a commandé?

+

Soussy, de me mener guerre;

+

Avant qu'on vous aille querre,

+

Venez sans estre mandé.

+

M'ordonnez vous almandé,

+

Quant Mort de son dart m'enferre.

+

Qui le vous, etc.

+

Soussy, etc.


+

Pour Dieu, tost soit amendé

+

Le mal qui tant fort me serre,

+

Apres que seray en terre,

+

Vous en sera demandé.

+

Qui le vous, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Ces beaulx mignons à vendre et à revendre,

+

Regardez les, sont ilz pas à louer?

+

Au service sont tous pres d'eulx louer

+

Au Dieu d'amours, s'il lui plaist à les prendre.

+

Bon escolle sauront bientost aprendre,

+

Bons escolliers, je les vueil advouer.

+

Ces beaulx, etc.

+

Regardez, etc.

+
+

Et s'ilz faillent, il les pourra reprendre,

+

Quant ilz vouldront trop nycement jouer,

+

Et sus leurs braz la chemise nouer,

+

Tant qu'au batre ne se puissent deffendre.

+

Ces beaulx, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Maistre Jehan Caillau.)

+
+

Quant pleur ne pleut, souspir ne vente,

+

Si fait, dea! des foiz plus de trente,

+

Maint se tourmente,

+

Souffrant le revers de son vueil,

+

Et touteffoiz lerme de l'ueil

+

Neist hors du sueil,

+

Pour payer du courroux la rente;

+

Du dolent, ou de la dolente,

+

Qui seuffre doleur non pas lente,

+

Sans nulle actente

+

D'assouagement de leur dueil.

+

Quant pleur, etc.

+
+

Tant y en a en ceste sente,

+

Souffrans de corps, de cueur, d'entente,

+

Loing de la tente

+

Où sont Plaisance et Doulx acueil;

+

Quant à moy, des maulx que recueil,

+

Dont tant me dueil,

+

Seulet, à part moy, me guermente.

+

Quant pleur, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans)

+
+

D'Espoir, il n'en est nouvelles,

+

Qui le dit? Merencolie,

+

Elle ment, je le vous nye;

+

A! a! vous tenez ses querelles.

+

Non faiz, mais parolles telles

+

Courent, je vous certiffie.

+

D'Espoir, etc.

+

Qui le dit, etc.

+
+

Parlons doncques d'autres, quelles?

+

De celles dont je me rie,

+

Peu j'en scay, or je vous prie

+

Que m'en contez des plus belles.

+

D'Espoir, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Une povre ame tourmentée

+

Ou Purgatoire de Soussy,

+

Est en mon corps, qu'il soit ainsi;

+

Il y pert, et nuyt, et journée,

+

Piteusement est detirée,

+

Sans point cesser, puis là, puis cy.

+

Une povre, etc.

+

Ou, etc.

+
+

Mon cueur en a peine portée,

+

Tant qu'il en est presque transy;

+

Mais esperance j'ay aussi,

+

Qu'au derrenier, sera sauvée.

+

Une povre, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Maistre Jehan Caillau.)

+
+

Espoir où est? en chambre close,

+

Et là que fait? il se repose,

+

Sera il empiece esveillé?

+

Il dit que il a trop veillé,

+

Et que dormir veult une pose.

+

Que pour quelque pris je compose

+

A vous, et l'esveiller je n'ose,

+

Car il est las, et traveillé.

+

Espoir, etc.

+
+

Par Dieu, ainsi que je suppose,

+

Il fait quelque roman, ou glose;

+

Moy mesmes suis esmerveillé

+

De le veoir si ensommeillé,

+

Ne m'en direz vous autre chose?

+

Espoir, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Pour empescher le chemin,

+

Il ne fault q'un amoureux

+

Qui, en penser desireux,

+

Va songant soir et matin;

+

Donnez lui ung bon tatin,

+

Il s'endort le maleureux.

+

Pour, etc.

+

Il ne, etc.

+
+

D'eaue tout plain ung bassin

+

Eust il dessus ses cheveulx,

+

D'un coup d'esperon, ou deux,

+

Ne veult chasser son roussin.

+

Pour, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Qu'esse la? qui vient si matin?

+

Se suis je, vous, saint Valentin,

+

Qui vous amaine maintenant,

+

Ce jour de Karesme prenant,

+

Venez vous departir butin?

+

A present nulluy ne demande,

+

Fors bon vin et bonne viande,

+

Banquetz, et faire bonne chiere;

+

Car Karesme vient et commande

+

A charnaige, tant qu'on le mande,

+

Que pour ung temps se tire arriere.

+

Ce nous est ung mauvais tatin,

+

Je n'y entens nul bon latin,

+

Il nous fauldra dorenavant

+

Confesser, penance faisant,

+

Fermons lui l'uys à tel hutin.

+

Qu'esse la, etc.

+
+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Commandez qu'elle s'en voise,

+

Mon cueur, à Merencolie,

+

Hors de vostre compaignie,

+

Vous laissent en paix sans noise;

+

Trop a esté, dont me poise,

+

Avecques vous, c'est folie.

+

Commandez, etc.

+

Mon cueur, etc.

+
+

Oncques ne vous fut courtoise,

+

Mais les jours de vostre vie

+

A traictez en tirannie;

+

Sang de moy, quelle bourgoise!

+

Commandez, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Bourbon jadiz Clermont.)

+
+

Je gis au lit d'amertume et doleur,

+

Livré à mort, par faulte de secours,

+

Et si ne scay quant finera le cours

+

De mon aspre et immortel malheur.

+

Priez pour moy, car je m'en vois mourir,

+

Mes bon amis, aiez en souvenance;

+

On ne me veult au besoing secourir,

+

Requerez en, apres mes jours, vengance.

+

Si vous m'amez, car c'est pour la valleur

+

D'une sans per, qu'ainsi m'est au decours

+

Ma povre vie, sans repit, ne recours,

+

Pour estre tant son loyal serviteur,

+

Je gis au lit, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Response d'Orleans à Bourbon.)

+
+

Comme parent et alyé

+

Du duc Bourbonnois à present,

+

Par ung rondeau nouvellement

+

Me tiens pour requis et payé;

+

Par une, gist malade, mis

+

Ou lit d'amertume et grevance,

+

Requerant tous ses bons amis,

+

S'il meurt, qu'on demande vengance.

+

Quant à moy, j'ay ja deffie

+

Celle qui le tient en tourment,

+

Et apres son trespassement,

+

Par moy sera bien hault crié.

+

Comme parent, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Quant ung cueur se rent à beaulx yeulx,

+

Criant mercy piteusement,

+

S'ilz le chastient rudement,

+

Et il meurt, qu'en valent ilz mieulx?

+

Batu de verges de Beaulté,

+

De lui font sang par tout courir,

+

Mais qu'il n'ait fait desleauté,

+

Pitié le devroit secourir;

+

S'il n'a point hanté entre tieulx

+

Qui ne s'acquictent loyaument;

+

Doit estre tel pugnissement,

+

A mon advis, en autres lieux.

+

Quant, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Le Seneschal.)

+
+

Ma fille de confession,

+

Vueillez avoir compassion

+

De cellui qui sert loyaument,

+

Et qui est vostre entierement,

+

Sans point faire de fiction.

+

Selon raison et conscience,

+

Tort lui tendrez, c'est ma creance,

+

S'il n'a bien brief ce que tant vault.

+

Je vous charge par penitence,

+

Q'ayez en lui toute fiance,

+

Sans plus respondre: Ne m'en chault.

+

Cellui qui souffrist passion,

+

Vous doint bonne contriction;

+

Au chois de mon entendement,

+

Plus eureux soubz le firmament

+

N'auroit, dont il soit mencion.

+

Ma fille, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Response d'Orleans au Seneschal.)

+
+

Beau Pere! benedicite,

+

Je vous requier confession,

+

Et, en humble contriction,

+

Mon pechié sera recité.

+

En moy n'a eu mercy, ne grace,

+

Prenant de ma beaulté orgueil,

+

Amours me pardoint, ainsi face,

+

Desormais repentir m'en vueil;

+

Reffus à mon cueur delité,

+

J'en feray satisfacion,

+

Donnez m'en absolucion

+

Et penance, par charité.

+

Beau Pere, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Blosseville.)

+
+

Ma tres belle, plaisante seur,

+

Confiteor du bon cueur

+

Dictes, par grant devocion,

+

Sans plus avoir intencion

+

De maintenir vostre folleur.

+

Car tost apres, de ma puissance

+

Vous absouldray, en esperance

+

Que doulce serez envers tous.

+

Et vous enjoings, par penitance,

+

De donner demain allegance

+

A cellui qui se meurt par vous;

+

Lequel, par vostre grant rigueur,

+

Seuffre, comme j'entens, doleur,

+

Et sans cause pugnicion;

+

Dont ja n'aurez remission,

+

Tant qu'il en soit hors, j'en suis seur.

+

Ma très belle, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Bourbon.)

+
+

Je sens le mal qu'il me convient porter

+

Non advenu, mais je crains qu'il aviengne,

+

Et qu'en la fin maleureux je deviengne,

+

Sans m'asservir ailleurs, ne transporter;

+

S'ainsi advient qu'à tort on m'abandonne,

+

Que Dieu ne vueille, que feray je sans per?

+

Las! je ne scay, si ce mal on me donne.

+

Des malheureux je seray le non per.

+

Pour le meilleur, il me fault deporter

+

Jusques à tant que ce malheur me viengne;

+

Mais à ma Dame hardiement en souviengne;

+

Car pour tousjours sa rigueur supporter,

+

Je sens le mal, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Response d'Orléans à Bourbon.)

+
+

A voz amours hardiement en souviengne,

+

Duc de Bourbon, se mourez par rigueur,

+

Jamais n'auront ung si bon serviteur,

+

Ne qui vers eulx tant loyaument se tiengne.

+

Dieu ne vueille que tel meschief adviengne,

+

Ilz perdroient leur renom de doulceur.

+

A voz amours, etc.

+

Duc de, etc.

+
+

S'il est jangleur qui soctement maintiengne

+

Que Bourbonnois ont souvent legier cueur,

+

Je ne respons, fors que pour vostre honneur,

+

Esperance convient que vous soustiengne.

+

A voz amours, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans)

+
+

Descouvreur d'embusche, sot ueil,

+

Pourquoy as tu passé le sueil

+

De ton logis, sans mandement?

+

Et par oultrageux hardement,

+

As entrepris contre mon vueil.

+

Demourer en repos je vueil,

+

Et en paix faire mon recueil.

+

Sans guerre avoir aucunement.

+

Descouvreur, etc.

+

Pourquoy, etc.

+
+

En aguet se tient Bel acueil,

+

Et se par puissance, ou orgueil,

+

Une fois en ses mains te prent,

+

Tu fineras piteusement

+

Tes jours, en la prison de dueil.

+

Descouvreur, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Maistre Berthault de Villebresme.)

+
+

Puisque Atropos a ravy Dyopée,

+

Contre humain cours prinse et anticipée,

+

Cupido! plus je ne vous serviray;

+

Car tel douleur que pour vous servir ay,

+

Pour Demophon n'eut Phillis Rodopée.

+

Plaisance s'est de moy émancipée,

+

Dueil m'est acquis, ma joie est dicipée;

+

En Boreas, Zephirus s'est viray.

+

Puisque, etc.

+

Contre, etc.

+
+

Adieu vous dy, toute nymphe actrapée

+

Aux laqs, Venus com oyseau a pipée,

+

Plus avecques vous je ne me deduiray,

+

Mais à gémir du tout me reduiray,

+

Ou m'occiray, com Piramus, d'espée.

+

Puisque, etc.

+
+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Amours, à vous ne chault de moy,

+

N'à moy de vous, c'est quiete et quiete,

+

Ung vieillart jamais ne prouffite

+

Avecques vous, comme je croy;

+

Puisque suis absolz de ma foy,

+

Et jeunesse m'est interdicte.

+

Amours, etc.

+

N'à moy, etc.

+
+

Jeune, sceu vostre vieille loy,

+

Vieil, la nouvelle je despite,

+

Ne je ne crains la mort subite

+

De regart; qu'en dictes vous? quoy?

+

Amours, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

J'ay pris le logis de bonne heure

+

D'Espoir, pour mon cueur, aujourduy,

+

Affin que les fourriers d'Annuy

+

Ne le preignent pour sa demeure;

+

Veu que, nuyt et jour, il labeure

+

De me gaster; et je le fuy.

+

J'ay pris, etc.

+

D'Espoir, etc.

+
+

Bon eur, avant que mon cueur meure,

+

L'aidera, il se fye en luy;

+

Autre part ne quiers mon apuy,

+

En actendant qu'il me sequeure,

+

J'ay pris, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Fraigne.)

+
+

Mon oeil m'a dit qu'il me deffie

+

A tousjours, sans repentir.

+

Se je ne lui fais ce plaisir

+

D'amer une qu'il a choisie;

+

Se c'estoit pour sauver sa vie,

+

Plus ne m'en pourroit requérir.

+

Mon oeil, etc.

+

A tousjours, etc.

+
+

Je lui ay dit: Tu fais folie,

+

Je te prie, laisse moy dormir,

+

Je n'ay pas à présent loisir

+

De penser à ta reverie.

+

Mon oeil, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Escoutez et laissez dire,

+

Et en voz mains point n'empire

+

Le mal, retournez le en bien;

+

Tout yra, n'en doublez rien,

+

Si bien qu'il devra suffire.

+

Dieu, comme souverain mire,

+

Fera mieulx qu'on ne désire,

+

Et pourverra; tout est sien.

+

Escoutez, etc.

+

Et en voz, etc,

+
+

Chascun à son propos tire,

+

Mais on ne peut pas eslire,

+

Je l'ay trouvé, ou fait mien;

+

Au fort, content je m'en tien,

+

Car apres pleurer, vient rire.

+

Escoutez, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Benoist d'Amien.)

+
+

Contre fenouches et nox buze,

+

Convient l'un faire, l'aultro dire,

+

Pleurer d'un ueil, de l'aultro rire,

+

Questo modo les gens abuze.

+

Or da poy que lo mondo en uze,

+

Non est dy besoingno dormire.

+

Contre, etc.

+

Convient, etc.

+
+

Tanto principo comme duze,

+

Veulent le lour fato conduire,

+

Et li soy servitor instruire

+

A sapere jouar la ruze.

+

Contre, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Maistre Berthault de Villebresme.)

+
+

Puisque chascun sert de fenouches,

+

Et de mentir, neiz que de mouches.

+

Aucun aujourduy ne tient conte,

+

Mais à chascun d'avoir son compte

+

Souffist, soit honneur, ou reprouches.

+

Retraire je me vueil es touches

+

Des bois, ainsi que les farouches,

+

Car d'estre au monde j'ay grant honte.

+

Puisque, etc.

+

Et de mentir, etc.

+
+

Je y congnois tant de males bouches,

+

De clers voyans faisant les louches.

+

De bons et simples que l'on donte;

+

Veu donc que mal bien y surmonte.

+

Plus me plaist vivre entre les souches.

+

Puisque, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Le Duc de Bourbon.)

+
+

Prenez l'ommaige de mon cueur,

+

En recevant sa feaulté,

+

Et il gardera loyaulté,

+

Comme doit leal serviteur.

+

S'il se forfait en vous servant,

+

Et qu'il soit clerement cogneu,

+

Ne le tenez plus pour servant,

+

Banny soit comme descongneu.

+

Mais ce pendant, toute doulceur

+

Lui soit faicte, sans cruaulté,

+

Actendant que vostre beaulté

+

Ait pouveu à sa grant douleur.

+

Prenez, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

En arrierefief soubz mes yeulx,

+

Amours, qui vous ont fait hommaige.

+

Je tiens de mon cueur l'eritaige,

+

A vous sommes et serons tieulx,

+

Voz vraiz subgietz, voire des vieulx.

+

Soit nostre prouffit, ou dommaige.

+

En arrierefief, etc.

+

Amours, etc.

+
+

J'appelle Déesse et Dieux

+

Sur ce, vers vous, en tesmoingnaige,

+

Se voulez, j'en tendray ostaige;

+

Vous puis je dire, ou faire mieulx?

+

En arrierefief, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

J'en baille le denombrement

+

Que je tiens soubz vous loyaument.

+

Loyal desir et bon vouloir;

+

Mais j'ay trop engagé povoir,

+

Se je n'en ay relèvement.

+

Je vous ay servi longuement,

+

En y despendant largement

+

Des biens que j'ay peu recevoir.

+

J'en baille, etc.

+

Que je tiens, etc.

+
+

Vieillesse m'assault tellement,

+

Et me veult à destruisement

+

Mener, mais, veu qu'ay fait devoir

+

Que m'aiderez, j'ay ferme espoir

+

A mes drois, voyez les comment.

+

J'en baille, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans).

+
+

Je suis à cela

+

Que Merencolie

+

Me gouvernera.

+

Qui m'en gardera?

+

Je suis, etc.

+
+

Puisqu'ainsi me va,

+

Je croy qu'à ma vie

+

Autre ne sera.

+

Je suis, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orleans.)

+
+

On ne peult chastier les yeulx,

+

N'en chevir, quoy que l'en leur dye,

+

Dont le cueur se complaint et crye,

+

Quant s'esgarent en trop de lieux.

+

Seront ilz tousjours ainsi? Dieux!

+

Rien n'y vault s'on les tanse, ou prie,

+

On ne peut, etc.

+

N'en chevir, etc.

+
+

Quant aux miens, ilz sont desja vieulx,

+

Et assez lassez de follie;

+

Les yeulx jeunes, fault qu'on les lye

+

Comme enragiez, n'est ce le mieulx?

+

On ne peut, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Sont les oreilles estouppées?

+

Rapportent ilz au cueur plus rien?

+

Ouyl, plustost le mal que bien,

+

Quant on ne les tient gouvernées.

+

Se leurs portes ne sont fermées,

+

Tout y court de va et de vien.

+

Sont les oreilles, etc.

+

Rapportent, etc.

+
+

Les miennes seront bien gardées

+

De Nonchaloir, que portier tien;

+

Dont se plaint et dit le cueur mien,

+

On ne me sert plus de pensées.

+

Sont les oreilles, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Tel est le partement des yeulx,

+

Quant congié prennent doulcement,

+

D'eulx retraire piteusement,

+

En regretz privez pour le mieulx.

+

Lors divers se dient adieux,

+

Esperans revenir briefment.

+

Tel est le, etc.

+

Quant, etc.

+
+

Et si laissent, en plusieurs lieux,

+

Des larmes par engagement

+

Pour paier leur deffrayement,

+

En gectant souspirs, Dieu scet quieulx.

+

Tel est le, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Pour monstrer que j'en ay esté,

+

Des amoureux aucuneffoiz,

+

Ce May, le plus plaisant des mois,

+

Vueil servir ce present esté.

+

Quoy que Soucy m'ait arresté,

+

Sans son congié, je m'y envoiz.

+

Pour monstrer, etc.

+

Des amoureux, etc.

+
+

Pour ce, je me tiens apresté

+

A deduiz, en champs et en bois,

+

S'Amours y prent nulz de ses droitz,

+

Quelque bien m'y sera presté.

+

Pour monstrer, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Tant ay largement despendu

+

Des biens d'amoureuse richesse,

+

Ou temps passé de ma jeunesse,

+

Que trop chier m'a esté rendu;

+

Car lors à rien je n'ay tendu,

+

Qu'à conquester foison lyesse.

+

Tant ay, etc.

+

Des biens, etc.

+
+

Commandé m'est, et deffendu

+

Desormais par Dame Vieillesse,

+

Qu'aux jeunes gens laisse prouesse,

+

Tout leur ay remis et vendu

+

Tant ay, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Fyez vous y, se vous voulez,

+

En Espoir qui tant promet bien;

+

Mais souventeffoiz n'en fait rien,

+

Dont mains cueurs se sentent foulez.

+

Quant Desir les a affolez,

+

Au grant besoing leur fault du sien.

+

Fyez vous y, etc.

+

En Espoir, etc.

+
+

Lors sont de destresse affolez;

+

J'aymeroye, pour le cueur mien,

+

Mieulx que deux tu l'aras, ung tien;

+

Quant les oyseaux s'en sont vollez.

+

Fyez vous, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Jaulier des prisons de Pensée,

+

Soussy, laissez mon cueur yssir,

+

Pasmé l'ay veu esvanouir

+

En la fosse desconfortée;

+

Mais que seurté vous soit donnée

+

De tenir foy et revenir.

+

Jaulier, etc.

+

Soussy, etc.

+
+

S'il mouroit en prison fermée,

+

Honneur n'y povez acquerir;

+

Vueilliez au moins tant l'eslargir

+

Qu'ait sa finance pourchassée.

+

Jaulier, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Simonnet Caillau.)

+
+

Jaulier des prisons de Pensée,

+

Mon povre cueur aux fers tenez,

+

Et dit on que vous lui donnez,

+

Chascun jour, une bastonnée.

+

Est ce par sentence ordonnée,

+

Qu'en ce point le me gouvernez?

+

Jaulier, etc.

+

Mon povre, etc.

+
+

Se sa cause estoit bien menée,

+

On jugeroit que mesprenez,

+

Et qu'à grant tort le retenez,

+

Sans plainte de personne née.

+

Jaulier, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Tignonville.)

+
+

Jaulier des prisons de Pensée,

+

Avez vous le commandement

+

De traicter ainsi rudement

+

Les povres cueurs, en ceste année;

+

Vous est la puissance donnée

+

De par Soussy, ou autrement.

+

Jaulier, etc.

+

Avez vous, etc.

+
+

Dedens la chartre adoulée,

+

Tenir les deussiez doulcement,

+

Batre ne devez nullement

+

Prisonniers en fosse fermée.

+

Jaulier, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Gilles des Ourmes.)

+
+

Jaulier des prisons de Pensée,

+

Qui tenez tant de gens de bien,

+

Ouvrez leur, ilz paieront bien

+

Le droit de l'yssue, et l'entrée.

+

Ilz m'ont commission baillée

+

D'appointer, dictes moi combien?

+

Jaulier, etc.

+

Qui tenez, etc.

+
+

Car j'ay cy finance apportée

+

Assez, que du leur, que du mien;

+

Tant qu'on ne vous en devra rien,

+

Jusqu'à la derreniere journée.

+

Jaulier, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orleans.)

+
+

Donnez l'aumosne aux prisonniers,

+

Reconfort, et espoir aussi,

+

Tant feray au jaulier Soussy,

+

Qu'il leur portera voulentiers.

+

Ilz n'ont ne vivres, ne deniers,

+

Crians de fain; il est ainsi.

+

Donnez, etc.

+

Reconfort, etc.

+
+

Meschans ont esté mesnagiers,

+

Tenuz pour debte jusques cy,

+

Faictes les euvres de mercy,

+

Comme vous estes coustumiers.

+

Donnez, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Benoist d'Amien.)

+
+

N'oubliez pas les prisonniers,

+

Bonnes gens, aiez en mercy;

+

Ilz sont en la tour de Soussy,

+

Et n'ont ne mailles, ne deniers,

+

Larrons ne sont point, ne murtriers,

+

Par envie on les tient ainsi.

+

N'oubliez pas, etc.

+

Bonnes gens, etc.

+
+

Faictes comme bons aumosniers,

+

Pour la grant pitié que veez cy,

+

Et pour vous prieront Dieu aussi

+

De tres bon cueur, et voulentiers.

+

N'oubliez pas, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Hugues le Voys.)

+
+

Jaulier des prisons de Pensée,

+

Ouvrez à Reconfort la porte,

+

Car à mon cueur l'aumosne porte,

+

Que mes yeulx lui ont pourchassée;

+

Tenu l'avez, mainte journée,

+

Ou cep d'anuy, et prison forte.

+

Jaulier, etc.

+

Ouvrez, etc.

+
+

Tant à faim et soif endurée,

+

Qu'il a perdu couleur et sorte,

+

Helas! pour Dieu, qu'on le supporte,

+

Autrement sa vie est finée.

+

Jaulier, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Banissons Soussy, ce ribault

+

Batu de verges par la ville,

+

C'est ung crocheteur trop habille

+

Pour embler joye qui tant vault;

+

Copper une oreille lui fault,

+

Il est fort larron entre mille.

+

Banissons, etc.

+

Batu de, etc.

+
+

Se plus ne revient, ne m'en chault,

+

Laissez le aller sans croix, ne pille,

+

Le Deable l'ait ou trou Sebille;

+

Point n'en saille pour froit, ne chault.

+

Banissons, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Des vieilles defferres d'Amours,

+

Je suis à present, Dieu mercy;

+

Vieillesse me gouverne ainsi,

+

Qui m'a condempné en ses cours.

+

Je m'esbahis quant à rebours

+

Voy mon fait, disant: Qu'est ce cy?

+

Des vieilles, etc.

+

Je suis, etc.

+
+

Mon vieil temps convient qu'ait son cours,

+

Qui en tutelle me tient sy,

+

Du jaulier appellé Soussy,

+

Que rendu me tiens pour tousjours.

+

Des vieilles, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orleans.)

+
+

Comme monnoye descriée,

+

Amours ne tient compte de moy;

+

Jeunesse m'a laissé, pourquoy?

+

Je ne suis plus de sa livrée.

+

Puisque telle est ma destinée,

+

Desormais me fault tenir coy.

+

Comme, etc.

+

Amours, etc.

+
+

Plus ne prens plaisir, qu'en pensée

+

Du temps passé; car, sur ma foy,

+

Ne me chault du present que voy,

+

Car Vieillesse m'est delivrée.

+

Comme, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orleans.)

+
+

Laissez Baude buissonner,

+

Le vieil Briquet se repose,

+

Desormais travailler n'ose,

+

Abayer, ne mot sonner.

+

On lui doit bien pardonner,

+

Ung vieillart peut pou de chose.

+

Laissez, etc.

+

Le vieil, etc.

+
+

Et Vieillesse emprisonner

+

L'a voulu, en chambre close;

+

Par quoy j'entens que propose

+

Plus peine ne lui donner.

+

Laissez, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Hugues le Voys.)

+
+

Comme monnoye descriée,

+

Loyaulté je voy abriée

+

Dessoubz le pavillon de Honte,

+

Par Faulceté qui la surmonte,

+

Et l'a d'oultrance deffiée.

+

De Bonnefoy s'est alyée,

+

Et de son aide l'a priée,

+

Mais on n'en tient que peu de conte.

+

Comme, etc.

+

Loyaulté, etc.

+
+

Du tout la tiens pour ravallée,

+

Par montaigne et par vallée,

+

Est notoire ce que raconte;

+

En maison de Duc, ne de Conte,

+

Ne se treuve qu'à l'eschappée.

+

Comme, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Quant me treuve seul, à part moy,

+

Et n'ay gueres de compaignie,

+

Ne demandez pas s'il m'ennuye,

+

Car ainsi est il, sur ma foy.

+

En riens plaisance n'apercoy,

+

Fors comme une chose endormye.

+

Quant me, etc.

+

Et n'ay, etc.

+
+

Mais s'entour moy plusieurs je voy,

+

Et qu'on rie, parle, chante, ou crye,

+

Je chasse hors merencolie

+

Que tant hair et craindre doy.

+

Quant, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Trop ennuyez la compaignie,

+

Douloureuse Merencolie,

+

Et troublez la feste de Joye;

+

Foy que doy à Dieu, je vouldroye

+

Que feussiez du pays bannie.

+

Vous venez sans que l'on vous prie,

+

Bon gré, maugré, à l'estourdie,

+

Alez, que plus on ne vous voye.

+

Trop ennuyez, etc.

+

Douloureuse, etc.

+
+

Soussy avecques vous s'alye,

+

Si lui dy je que c'est folie,

+

Quel mesnaige! Dieu vous convoye

+

Si loing, tant que vous revoye

+

Querir, quant? jamais en ma vie.

+

Trop ennuyez, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Escollier de Merencolie,

+

Des verges de Soussy batu,

+

Je suis à l'estude tenu,

+

Es derreniers jours de ma vie;

+

Se j'ay ennuy, n'en doubtez mye,

+

Quant me sens vieillart devenu.

+

Escollier, etc.

+

Des verges, etc.

+
+

Pitié convient que pour moy prie,

+

Qui me treuve tout esperdu,

+

Mon temps je pers, et ay perdu,

+

Comme rassoté en folie.

+

Escollier, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Hugues le Voys.)

+
+

Escollier de Merencolie,

+

Par Soussy qui est le recteur,

+

A l'estude est tenu mon cueur;

+

Et Dieu scet comme on le chastie.

+

De s'y mectre fist grant folie,

+

Car on le tient à la rigueur.

+

Escollier, etc.

+

Par Soussy, etc.

+
+

Bon temps n'aura jour de sa vie.

+

Puisqu'il y est, de son maleur,

+

Dedens le livre de douleur,

+

Lui est force qu'il estudie.

+

Escollier, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Et fust ce ma mort, ou ma vie,

+

Je ne puis de mon cueur chevir,

+

Qu'il ne veuille conseil tenir

+

Souvent, avec Merencolie.

+

Si lui dy je que c'est folie,

+

Mais comme sourt ne veult oir

+

Et fust ce, etc.

+

Je ne puis, etc.

+
+

A Grace, pour ce, je supplie

+

Qu'il lui plaise me secourir,

+

Au par aller ne puis fournir,

+

Se ne m'aide par courtoisie.

+

Et fust ce, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Allez vous en dont vous venez,

+

Ennuyeuse Merencolie,

+

Certes on ne vous mande mye.

+

Trop privée vous devenez.

+

Soussy avecques vous menez,

+

Mon huis ne vous ouvreray mye.

+

Allez vous en, etc.

+

Ennuyeuse, etc.

+
+

Car mon cueur en tourment tenez,

+

Quant estes en sa compaignie;

+

Prenez congié, je vous en prie,

+

Et jamais plus ne retournez,

+

Allez vous en, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

A qui en donne l'en le tort?

+

Puisque le cueur en est d'accort,

+

Se les yeulx vont hors en voyage,

+

Et rapportent aucun message

+

De beaulté plaine de confort.

+

Ilz crient: Resveille qui dort,

+

Lors le cueur ne dort pas si fort,

+

Qui ne dye: J'oy compter rage.

+

A qui en, etc.

+

Puisque le, etc.

+
+

Adoncques Desir picque et mort,

+

Savez comment? jusqu'à la mort;

+

Mais le cueur, s'il est bon et sage,

+

Remede y treuve et avantage,

+

Bien, ou mal en vient oultre bort.

+

A qui en, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Doivent ilz estre prisonniers,

+

Les yeulx, quant ilz vont assaillir

+

L'embusche de plaisant desir,

+

Comme hardiz avanturiers;

+

Veu qu'ilz sont d'Amours souldoyers,

+

Et leurs gaiges fault desservir.

+

Doivent ilz, etc.

+

Les yeulx, etc.

+
+

Ilz se tiennent siens si entiers,

+

Qu'au besoing ne pevent faillir,

+

Jusques à vivre, ou à mourir.

+

Ilz le font bien, et voulentiers.

+

Doivent ilz, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

N'oubliez pas vostre maniere,

+

Non ferez vous, je m'en fais fort,

+

Ennuy armé de desconfort,

+

Qui tousjours me tenez frontiere,

+

Venez combatre à la barriere,

+

Et faictes à coup vostre effort.

+

N'oubliez pas, etc.

+

Non ferez, etc.

+
+

Quant mectez sus vostre banniere,

+

Cueurs loyaux guerriez si fort,

+

Que les faictes retraire ou fort

+

De Douleurs, à piteuse chiere.

+

N'oubliez pas, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orleans)

+
+

Chiere contrefaicte de cueur.

+

De vert perdu et tanne painte,

+

Musique notée par fainte,

+

Avecques faulx bourdon de maleur.

+

Qui est il ce nouveau chanteur?

+

Qui si mal vient à son actainte.

+

Chiere, etc.

+

De vert, etc.

+
+

Je ne tiens contre, ne teneur

+

Enroué, faisant faulte mainte,

+

Et mal entonné par contrainte,

+

C'est la chapelle de douleur.

+

Chiere, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Le grant Seneschal.)

+
+

Qui trop embrasse, peu estraint;

+

Je le dy pour maintes et maint

+

Qui scevent servir de telz tours,

+

Mectans loyaulté en decours,

+

Dont leur bon los peut estre estaint.

+

Qui a choisy et pris party,

+

Puisque son cueur y a party,

+

Est ce bien fait de le laisser?

+

Pose qu'on feust trop mieulx party,

+

Si seroit ce mal depparty,

+

Et son honneur trop fort blesser.

+

Qui varie, sans bien remaint;

+

Par fermeté souvent on vaint,

+

Les bons trouvent tousjours secours,

+

Ceulx qui changent, l'ont à rebours;

+

Il est pieca escript et paint.

+

Qui trop, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Il n'est nul si beau passe temps

+

Que de jouer à sa pensée,

+

Mais qu'elle soit bien despensée

+

Par raison, ainsi je l'entens.

+

Elle a fait milz despens contens,

+

Par espoir soit recompensée.

+

Il n'est, etc.

+
+

Elle dit: A ce je m'actens,

+

Veu qu'ay loyaulté pourpensée,

+

Que de mes soussiz dispensée

+

Seray, malgré les malcontens.

+

Il n'est, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Fraigne.)

+
+

Le cueur, dont vous avez la foy,

+

Se recommande à vous, ma Dame,

+

Vous faisant savoir qu'il vous ame,

+

Mais pensez que ce n'est pas poy.

+

Il parle nuyt et jour à moy,

+

En vous louant, belle, plus que ame.

+

Le cueur, etc.

+

Se recommande, etc.

+
+

Il m'a juré, et je le croy,

+

Qu'à son vivant n'ayma tant femme,

+

Et Dieu scet comment il me blasme

+

Que plus souvent je ne vous voy.

+

Le cueur, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Prophetizant de vostre advenement,

+

Voyant venir voz haulx biens clerement,

+

Acompaignez de vostre grant beaulté,

+

A vous amer si fort me suis bouté,

+

Qu'au monde n'ay nul autre pensement.

+

Tres que mon oueil vous vit premierement,

+

Il ordonna mon cueur entierement

+

Pour vous servir en toute feaulté.

+

Prophetizant, etc.

+
+

Lors je jugay, à mon entendement,

+

Que quelquefoiz j'auroye advencement.

+

Vous remonstrant ma tres grant loyaulté,

+

Et que de biens j'auroye à grant planté,

+

Cela je creu des le commencement.

+

Prophetizant, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Fraigne.)

+
+

Mon oueil, je te pry et requier

+

Que tu n'ayes plus en pensée

+

D'aler veoir ma tant desirée.

+

Ou tu me metz en grant dangier:

+

Et si te dy, pour abregier,

+

Que c'est ma mort toute jurée.

+

Mon oueil, etc.

+

Que tu n'ayes, etc.

+
+

Quant tu la verra au moustier,

+

Ou quelque part à la passée,

+

Ne te metz pas en sa visée,

+

Car perilleux est tel archier.

+

Mon oueil, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Pour Dieu, faictes moy quelque bien,

+

Veu que m'a desrobé Vieillesse,

+

Plaisance; car, en ma jeunesse,

+

Savez que vous amoye bien;

+

Pour vous n'ay espargné du mien,

+

Or suis povre, plain de foiblesse.

+

Pour Dieu, etc.

+

Veu que, etc.

+
+

Devoir ferez, comme je tien.

+

Car j'ay despendu à largesse,

+

Pieca, mon tresor de liesse,

+

Et maintenant je n'ay plus rien.

+

Pour Dieu, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

C'est la prison Dedalus,

+

Que de ma merencolie,

+

Quant je la cuide faillie,

+

J'y rentre de plus en plus.

+

Aucunes foiz je conclus

+

D'y bouter Plaisance lie.

+

C'est la prison, etc.

+

Que de ma, etc.

+
+

Oncques ne fut Tantalus

+

En si tres peneuse vie,

+

Ne, quelque chose qu'on die,

+

Chartreux, hermite, ou reclus.

+

C'est la prison, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Anthoine de Cuise.)

+
+

Ha! mort, helas!

+

Veu que je suis de vivre las,

+

Que ne tens tu vers moy tes las,

+

Pour abregier mon infortune,

+

Aussi pour monstrer à Fortune

+

Qui me fortune,

+

La puissance que sur elle as.

+

Fay ton effort, et si t'avance,

+

Mais, pour Dieu, que ce soit avant ce

+

Que je m'occye de mes mains;

+

Monstre ton povoir et savance,

+

Puisque je vueil faire l'avance,

+

Car certes tu ne peutz à mains.

+

Pren tes esbas

+

A faire cesser noz debas,

+

Aussi bien sont ce tes cabas

+

Que de tousjours trouver rancune;

+

Tu es seule, celle et chascune:

+

Sans autre aucune,

+

Par qui tout cesse hault et bas.

+

Ha! mort, helas!

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Anthoine de Cuise.)

+
+

Par bien celer mains tours divers,

+

Monstrant de son vueil le revers,

+

Soubz ung peu de maniere fainte.

+

Avec abstinence contrainte,

+

Sont les secrez d'Amours ouvers.

+

Refus les deffent à travers,

+

Et ne sont à nulz descouvers,

+

Que ce ne soit en tres grant crainte.

+

Par bien celer, etc.

+
+

Honte, les tient clos et couvers,

+

Pour les faulx Dangiers et pervers.

+

Dont elle a eu repcouche mainte;

+

Mais pour venir à nostre actainte,

+

Loyaulté nous baille ces vers.

+

Par bien celer, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Anthoine de Cuise.)

+
+

Ou val obscur, avantureux,

+

Où les loyaulx cueurs doloreux

+

Des amoureux

+

Sont condempnez d'user leurs jours,

+

En piteux plains et grans clamours,

+

Me tient Amours,

+

Comme le chief des langoureux.

+

Et faut qu'avec les maleureux,

+

Par son faux refus rigoureux,

+

Plus que poureux,

+

J'actende la mort à secours.

+

Ou val obscur, etc.

+
+

C'est le hault guerdon dangereux,

+

Ordonné pour moy et pour eulx,

+

Peu savoureux,

+

Sans autre part avoir recours;

+

Et la voyant nostre decours.

+

De criz et plours,

+

Faisons ung tresor plaintureux.

+

Ou val obscur, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

A! que vous m'anuyez, Vieillesse!

+

Que me grevez plus que oncques mes,

+

Me voulez vous à tousjours mes

+

Tenir en courroux et rudesse;

+

Je vous fais loyalle promesse

+

Que ne vous aymeray james.

+

A! que vous, etc.

+

Que me, etc.

+
+

Vous m'avez banny de jeunesse,

+

Rendre me convient desormais,

+

Et faictes vous bien? Nennil, mais,

+

De tous maulx on vous tient maistresse.

+

A! que vous, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Les biens de vous, honneur et pris,

+

M'ont tant espris

+

De vous amer, ma gente Dame,

+

Qu'il n'est pas en puissance d'ame

+

De tourner ailleurs mes espris.

+

C'est à moy trop hault entrepris,

+

Com mal apris,

+

Mais blasmez en, s'il y a blasme,

+

Les biens, etc.

+
+

Donc, puisqu'Amour ainsi m'a pris

+

En son pourpris,

+

Et que tant loyaument vous ame,

+

Amez moy, je prens sus mon ame

+

Que jamais n'en serons repris.

+

Les biens, etc

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

M'amerez vous bien?

+

Dictes par vostre ame,

+

Mais que je vous ame

+

Plus que nulle rien;

+

Le vostre me tien,

+

Sans faire autre Dame.

+

M'amerez, etc.

+

Dictes par, etc.

+
+

Dieu mist tant de bien

+

En vous, que c'est basme;

+

Pour ce, je me clame

+

Vostre, mais combien.

+

M'amerez, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

C'est par vous que tant fort souspire,

+

Tousjours m'empire;

+

A vostre advis, faictes vous bien?

+

Que tant plus je vous vieulx de bien,

+

Et, sus ma foy, vous m'estes pire.

+

Ha! ma Dame, si grief martire,

+

Ame ne tire

+

Que moy, dont ne puis mais en rien.

+

C'est par vous, etc.

+
+

Vostre beaulté vint, de grant tire,

+

A mon oueil dire

+

Que feist mon cueur devenir sien;

+

Il le voulut, s'il meurt? et bien,

+

Je ne lui puis aider, ou nuyre.

+

C'est par vous, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Pour mectre fin à mes douloureux plains,

+

Et aux ennuys dont je me sens si plains,

+

Fort me complains

+

A toute heure, mais remede n'y treuve,

+

Fors qu'il me fault de mort faire l'espreuve,

+

Ou dame neuve,

+

Car la mienne se rit, tant plus me plains;

+

Souvent m'a veu pleurant par brais et plains,

+

A triste cueur, de dueil paliz et tains,

+

Mais pensez vous que de riens et se meuve?

+

Pour mectre fin, etc.

+
+

Nenny, ains dit par sa foy, qu'autres mains

+

Seuffrent des maulx plus que moy, soirs et mains,

+

Et qu'en ay mains

+

Que je ne dy, ainsi mon fait repreuve,

+

Bien lui plairoit qu'elle feust de moy veufve,

+

Son cas le preuve;

+

Ne suis je pas doncques en bonnes mains?

+

Pour mectre, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Temps et temps m'ont emblé jeunesse,

+

Et laissé es mains de Vieillesse,

+

Où vois mon povre pain querant;

+

Aage ne me veult, tant ne quant,

+

Donner l'aumosne de liesse.

+

Puisqu'elle se tient ma maistresse,

+

Demander ne lui puis promesse,

+

Pour ce, n'enquerons plus avant.

+

Temps, etc.

+
+

Je n'ay repast que de foiblesse,

+

Couchant sur paille de destresse,

+

Suis je bien payé maintenant

+

De mes jeunes jours cy devant?

+

Nennil, nul n'est qui le redresse.

+

Temps, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Asourdy de Nonchaloir,

+

Aveuglé de Desplaisance,

+

Pris de goute de Grevance,

+

Ne scay à quoy puis valoir.

+

Voulez vous mon fait savoir?

+

Je suis presque mis en trance.

+

Asourdy, etc.

+

Aveuglé, etc.

+
+

Se le Medicin Espoir,

+

Qui est le meilleur de France,

+

N'y met briefment pourveance,

+

Vieillesse estaint mon povoir.

+

Asourdy, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Dedens la maison de douleur,

+

Où estoit tres piteuse dance,

+

Soussy, Vieillesse et Desplaisance

+

Je vy dancer comme par cueur.

+

Le tabourin nommé Maleur

+

Ne jouoit point par ordonnance.

+

Dedens la, etc.

+

Où estoit, etc.

+
+

Puis chantoient chancons de pleur,

+

Sans musicque, ne accordance;

+

D'ennuy, comme ravy en trance,

+

M'endormy lors, pour le meilleur.

+

Dedens la, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Simonnet Caillau.)

+
+

Dedens la maison de douleur,

+

Où n'a leesse, ne musique,

+

Mon las cueur gist merencolique,

+

Malade ou piteux lit de pleur.

+

Dieu! n'est ce pas grant maleur?

+

Il est pis que paralitique.

+

Dedens la, etc.

+

Où n'a, etc.

+
+

Par racine, feuille, ne fleur,

+

Ne par medicine auctentique,

+

Remedier n'y scet phisique;

+

Confesse soy, c'est le meilleur,

+

Dedens la, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Je vous sans, et congnois venir,

+

Ennuyeuse Merencolie,

+

Mainteffoiz, quant je ne vueil mye,

+

L'uys de mon cueur vous fault ouvrir;

+

Point ne vous envoye querir,

+

Assez hay vostre compaignie.

+

Je vous sans, etc.

+

Ennuyeuse, etc.

+
+

Jeunes pevent paine souffrir,

+

Plus que vieillars; pour ce, vous prie

+

Que n'ayez plus sur nous envie,

+

Ne nous vuelliez plus assaillir.

+

Je vous sans, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Mentez, menteurs à quarterons,

+

Certes point ne vous redoubtons,

+

Ne vous, ne vostre baverye,

+

Loyaulté dit, de sens garnie.

+

Fy de vous et de voz raisons;

+

On ne vous prise deux boutons,

+

Et pour ce, nous vous deboutons.

+

Esloignant nostre compaignie.

+

Mentez, etc.

+
+

Voz parlez, pires que poisons.

+

Boutent par tout feu en maisons;

+

Que voulez vous que l'en vous die?

+

Dieu tout puissant si vous mauldie,

+

Vous donnant de maulx jours foisons.

+

Mentez, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Gilles des Ourmes.)

+
+

Pour bien mentir souvent et plaisamment,

+

Mais qu'il ne tourne à aucun prejudice,

+

Il m'est advis que ce n'est point de vice,

+

Mais est vertu et bon entendement:

+

On en voit maint eslevé haultement,

+

Bien recueilly et requis en service,

+

Pour bien, etc.

+

Mais qu'il, etc.

+
+

Mais controuveurs qui mentent faulcement,

+

Pour diffamer quelcun par leur malice,

+

Soient pugniz par droit, selon justice;

+

Pour ce, chascun s'avise saigement.

+

Pour bien mentir, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Des soucies de la court,

+

J'ay acheté aujourdui,

+

De deulx bien garny j'en suy,

+

Quoique mon argent soit court.

+

A les avoir chascun y court,

+

Mais quant à moy, je m'enfuy.

+

Des soucies, etc.

+

J'ay acheté, etc.

+
+

Je deviens vieil, sourt et lourt,

+

Et quant me treuve en ennuy,

+

Nonchaloir est mon apuy,

+

Qui mainteffoiz me secourt.

+

Des soucies, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Jehan Monseigneur de Lorraine.)

+
+

Je voy mal faire et mal parler,

+

Je voy meschefz renouveller,

+

Je voy loyaulté du tout morte,

+

Je voy trahison aspre et forte,

+

Je voy partout tout mal aler.

+

Je voy hayneurs entre acoler,

+

Verité voy dissimuler,

+

Grans et petiz sont d'une sorte.

+

Je voy mal, etc.

+
+

Je voy vertuz aux piez fouler.

+

Je voy amictié desseler,

+

Raison voy musser à la porte,

+

Par mehain voy justice morte,

+

Quant honneur veult voile caller.

+

Je voy mal, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Jehan Monseigneur de Lorraine.)

+
+

Je prens le temps ainsi qu'il peut venir,

+

Je metz courroux hors de mon souvenir,

+

Je suis content de tout ce que j'oy dire,

+

Je n'ay soucy qui me garde de rire,

+

Je suis d'amours bien aise à tenir.

+

Dorenavant plus ne vueil vivre en dueil,

+

Dorenavant consentir plus ne vueil

+

Qu'ame, fors moy, ait de mon cueur la garde.

+

C'est folie d'asubgetir son vueil,

+

C'est simplesse que pour ung regart d'ueil,

+

Sans coup ferir, te blesser par mesgarde.

+

N'ay je pas droit de joyeulx devenir?

+

N'ay je cause de mon ennuy bannir?

+

N'ai je raison de rigueur desconfire?

+

Ne doy je pas paix et repos eslire?

+

Je dye oy, et pour ce maintenir,

+

Je prens le temps, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Je n'ay deffaulte que de veue,

+

Et ne congnois riens qu'à demy,

+

En nonchaloir j'ay tant dormy

+

Qu'ay mainte chose descongneue.

+

Vieillesse tient mon cueur en mue,

+

Accompaignée de soucy.

+

Je n'ay, etc.

+

Et ne, etc.

+
+

Plus ne suis de la retenue

+

De jeunesse qui m'a banny;

+

Mais, au fort, puisqu'il est ainsi,

+

Souffrir fault fortune advenue.

+

Je n'ay, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Tais toy, cueur, pourquoy parles tu?

+

C'est folie de trop parler

+

De ce que ne puis amender,

+

Ton jangler ne vault ung festu;

+

Tu pers temps, d'espoir devestu.

+

Pense de toy reconforter.

+

Tais toy, etc.

+

C'est folie, etc.

+
+

J'ay desja plusieurs ans vescu,

+

Et tant congnois qu'au par aler

+

Il faut bien, ou mal endurer,

+

Riens ne gaigner d'estre testu.

+

Tais toy, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Qu'a mon cueur, qui s'est esveillé,

+

A faire chancon, ou balade?

+

Dieu mercy, il n'est plus malade,

+

Tant a par eaue travaillé;

+

D'Orleans s'est appareillé

+

Aler à Blois mangier salade.

+

Qu'a mon, etc.

+

A faire, etc.

+
+

Son harnois fourbira rouillé,

+

Quelque foiz aussi sa salade;

+

Mais qu'il ait joyeuse ambaxade,

+

Tout se trouvera retaillé.

+

Qu'a mon, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Tout plain ung sac de joyeuse promesse,

+

Soubz clef fermé, en ung coffin d'oublie,

+

Qui me poursuit, certes c'est grant folie,

+

Tant qu'on en ayt par raison, à largesse;

+

Craindre ne fault Fortune la diverse,

+

Qui Passe temps avecques elle alie.

+

Tout plain, etc.

+

Soubz clef, etc.

+
+

Conseil requier à gens plains de sagesse,

+

Qui mieulx saura, si leur plaist, com le die;

+

Car Bon espoir, quoy qu'on le contrarie,

+

A droit vendra et trouvera richesse.

+

Tout plain, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Benoist d'Amien.)

+
+

Nagent en angoisse parfonde,

+

Où joye, ne plaisir n'abite,

+

Mon dolent cueur en nef mauldite,

+

D'Ercules a passé la bonde;

+

D'y avoir bien nul ne s'y fonde,

+

La voye si est interdite.

+

Nagent, etc.

+

Où joye, etc.

+
+

L'aider, nul ne peut en ce monde,

+

Fors Thetis qui Deesse est dicte

+

De la mer, car, sans contredite,

+

En elle tout povoir habonde.

+

Nagent, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Benoist d'Amien.)

+
+

Tant plus regarde, moins y voy;

+

Et plus y voy, moins y congnois;

+

Le monde va de deux en trois,

+

Sans savoir comment, ne pourquoy.

+

Faulceté regne, et tient sa loy

+

En trestous les lieux où je vois.

+

Tant plus, etc.

+

Et plus, etc.

+
+

Loyaulté si est en recoy,

+

Deboutée on l'a tant de foiz,

+

Que passez sont mains jours et mois,

+

Qu'on ne la vit, comme je croy.

+

Tant plus, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Dieu les en puisse guerdonner,

+

Tous ceulx qui ainsi tormenter

+

Font, de vent, de neige et de pluye,

+

Et nous et nostre compaignie;

+

Dont peu nous en devons louer.

+

Mais il fauldra qu'au par aller,

+

Comment qu'il en doye tarder,

+

Que nous, ou eulx, en pleure, ou rie.

+

Dieu les, etc.

+
+

Or ca, il fault parachever.

+

Et puisqu'il est trait, avaler;

+

On congnoistra qu'est de clergie,

+

D'Orleans trait de Lombardie,

+

Tous bien faiz convendra trouver.

+

Dieu les, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Prenons congié du plaisir de noz yeulx,

+

Puisqu'à present ne povons mieulx avoir.

+

De revenir faisons nostre devoir,

+

Quant Dieu plaira, et sera pour le mieulx.

+

Il faut changier aucunefoiz les lieux,

+

Et essayer, pour plus, ou moins savoir.

+

Prenons congié, etc.

+

Puisqu'à, etc.

+
+

Ainsi parlent les jeunes et les vieulx;

+

Pour ce, chascun en face son povoir,

+

Nul ne mecte sa seurté en espoir,

+

Car aujourduy courent les eurs tieulx queulx.

+

Prenons, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

M'appelez vous cela jeu?

+

En froit d'aler par pays;

+

Or pleust à Dieu qu'à Paris

+

Nous feussions empres le feu.

+

Nostre prouffit veulent peu,

+

Qui en ce point nous ont mis.

+

M'appelez, etc.

+

En froit, etc.

+
+

Deslyer nous faut ce neu,

+

Et desployer faiz et dis.

+

Tant qu'aviengne mieulx, ou pis.

+

Passer convient par ce treu.

+

M'appelez, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

De Vieillesse porte livrée

+

Qu'elle m'a puis ung temps donnée,

+

Quoy que soit contre mon desir,

+

Mais maugré myen le fault souffrir,

+

Quant par Nature est ordonnée.

+

Elle est d'ennuy si fort bordée,

+

Dieu scet que l'ay chiere achaptée,

+

Sans gueres d'argent de plaisir.

+

De Vieillesse, etc.

+
+

Par moy puist estre bien usée,

+

En eur et bonne destinée,

+

Et à mon souhait parvenir,

+

Tant que vivre puisse et mourir

+

Selon l'escript de ma pensée.

+

De Vieillesse, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Saluez moy toute la compaignie

+

Où à present estes à chiere lie,

+

Et leur dictes que voulentiers seroye

+

Avecques eulx, mais estre n'y porroye,

+

Pour Vieillesse qui m'a en sa baillie.

+

Au temps passé, Jeunesse si jolie

+

Me gouvernoit; las! or n'y suis je mye,

+

Et pour cela, pour Dieu, que excusé soye.

+

Saluez moy, etc.

+
+

Amoureux fus, or ne le suis je mye,

+

Et en Paris menoye bonne vie;

+

Adieu bon temps, ravoir ne vous saroye,

+

Bien sanglé fus d'une estroite courroye,

+

Que, par aige, convient que la deslie.

+

Saluez moy, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Et eussiez vous, Dangier, cent yeulx

+

Assis, et derriere, et devant,

+

Ja n'yrez si pres regardant,

+

Que vostre propos en soit mieulx;

+

Estre ne povez en tous lieux,

+

Vous prenez peine pour neant.

+

Et eussiez, etc.

+

Assis, etc.

+
+

Les faiz des amoureux sont tieux,

+

Tousjours vont en assoubtivant,

+

Jamais ne saurez faire tant

+

Qu'ilz ne vous trompent, se m'aist Dieux.

+

Et eussiez, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Patron vous fais de ma galée

+

Toute chargée de pensée,

+

Confort, en qui j'ay ma fiance,

+

Droit ou pais de Desirance,

+

Briefment puissiez faire arrivée;

+

Affin que, par vous, soit gardée

+

De la tempeste fortunée

+

Qui vient du vent de Desplaisance.

+

Patron, etc.

+
+

Au port de Bonne destinée

+

Deschargez tost, sans demourée,

+

La marchandise d'Esperance;

+

Et m'aportez quelque finance,

+

Pour paier ma joye empruntée.

+

Patron, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Apres l'escarde route,

+

Mectons à saquement

+

Annuyeulx pensement,

+

Et sa brigade toute;

+

Il crye: Volte route,

+

Ralions nostre gent.

+

Apres, etc.

+

Mectons, etc.

+
+

Se Loyaulté s'y boute,

+

Par advis saigement

+

Dye gaillardement:

+

Daly brusque sans doubte.

+

Apres, etc.

+
+

RONDEL.

+
+

Les fourriers d'Esté sont venus

+

Pour appareillier son logis,

+

Et ont fait tendre ses tappis,

+

De fleurs et verdure tissus:

+

En estendant tappis velus

+

De vert herbe par le pais.

+

Les fourriers, etc.

+

Pour, etc.

+
+

Cueurs d'ennuy pieca morfondus,

+

Dieu mercy, sont sains et jolis;

+

Alez vous en, prenez pais,

+

Yver, vous ne demourerez plus.

+

Les fourriers, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Ce mois de May, ne joyeulx, ne dolent

+

Estre ne puis; au fort, vaille que vaille,

+

C'est le meilleur que de riens ne me chaille,

+

Soit bien ou mal, tenir m'en fault content:

+

Je laisse tout courir à val le vent,

+

Sans regarder lequel bout devant aille.

+

Ce mois, etc.

+

Estre ne, etc.

+
+

Qui Soussy suit, au derrain s'en repent;

+

C'est ung mestier qui ne vault une maille,

+

Avantureux comme le jeu de faille,

+

Que vous semble de mon gouvernerment?

+

Ce mois, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Le temps a laissié son manteau

+

De vent, de froidure et de pluye,

+

Et s'est vestu de brouderie

+

De souleil luisant, cler et beau.

+

Il n'y a beste, ne oyseau,

+

Qu'en son jargon ne chante, ou crie:

+

Le temps, etc.

+

De vent, etc.

+
+

Riviere, fontaine et ruisseau,

+

Portent, en livrée jolie,

+

Goutes d'argent d'orfaverie,

+

Chascun s'abille de nouveau.

+

Le temps, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Orléans.)

+
+

Mais que mon propos ne m'empire,

+

Il ne me chault des faiz d'Amours,

+

Voisent à droit, ou à rebours,

+

Certes je ne m'en fais que rire.

+

En ne peut de riens m'escondire,

+

Aide ne requiers, ne secours.

+

Mais que, etc.

+

Il ne me, etc.

+
+

Quant j'oy ung amant qui souspire,

+

A, ha! dis je, vela des tours

+

Dont usay en mes jeunes jours.

+

Plus n'en vueil, bien me doit souffire.

+

Mais que, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Robertet.)

+
+

Ung droit Cesar en liberalité,

+

Ung grant Chaton en pure integrité,

+

Ung Fabius en foy non defaillable,

+

Vous tient chascun vray, constant et estable,

+

Duc D'ORLIENS, prince tres redoubté.

+

En si hault sang, parfonde humilité,

+

Clemence grant et magnanimité,

+

Cela avez; mais vous passez, sans fable,

+

Ung droit Cesar, etc.

+
+

En vostre bouche tousjours a verité,

+

En cueur, amour et ardent charité,

+

En loyaulté non jamais variable;

+

Qu'affiert il plus à Prince si notable?

+

Puisqu'on vous tient, parlant en equité,

+

Ung droit Cesar, etc.

+
+

Ung robertet indigne à porter plume,

+

Pour atouchier apres voz haulx escriptz,

+

Ces petiz vers icy vous a escriptz,

+

De rude mains, plus pezant qu'un enclume.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Cadier.)

+
+

Vous l'ung des plus nobles du monde,

+

Prince, tres redoubté Seigneur,

+

A Blois m'avez acreu d'onneur,

+

Dont joye en moy trop surhabonde.

+

Par vostre humilité parfonde,

+

Dieu vous en soit retributeur.

+

Vous l'ung, etc.

+

Prince, etc.

+
+

J'ay peu science, moins faconde,

+

Et encore prudence mineur,

+

Et vous me clamez serviteur

+

Digne pour estre en table ronde.

+

Vous l'ung, etc.

+
+

Cadier, qui endormy estoit,

+

Avez tout esveillé en joye,

+

Il prie Dieu qu'il vous octroie

+

Autant de bien qu'il vous vouldroit.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

(Bourbon.)

+
+

Gardez vous bien du cayement,

+

Ung chascun tendez y l'oreille,

+

Pour vous decevoir tousjours veille,

+

Escoutez s'il dit vray, ou mant.

+

Il vous trompera meschamment,

+

Pour ce que sans cesser traveille.

+

Gardez, etc.

+

Ung chascun, etc.

+
+

Dieu met en mal an le flament,

+

Vous direz qu'il dort et sommeille

+

Quant il va; mais il se reveille

+

En temps et lieu, incessamment

+

Gardez vous bien, etc.

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Des droiz de la porte Baudet,

+

Pour toute recompense et paine,

+

Tout au beau long de la sepmaine,

+

Suis servy comme ung grant cadet;

+

Si doulx ne sont que muscadet,

+

Rien n'en vault le fruit, ne la graine.

+

Des droiz, etc.

+

Pour toute, etc.

+
+

C'est bien joué du soubz coudet,

+

Puisqu'il le fault, ribon ribayne,

+

Endurer, comme à la quintayne,

+

On en deust servir Mistodet.

+

Des droiz, etc

+
+
+
+

RONDEL.

+
+

Gardez vous bien de ce fauveau,

+

C'est une dangereuse beste,

+

Arsoir, me donna par la teste,

+

Tant qu'il me rompit le cerveau.

+

Il est ferré tout de nouveau,

+

Et rue comme la tempeste.

+

Gardez vous bien, etc.

+

C'est une, etc.

+
+

Et combien qu'il soit bon et beau,

+

Doulx au brider, et faisant feste

+

A ung chascun, vous amonneste

+

Que vous ne le peignez sans eau.

+

Gardez vous bien, etc.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

En ceste nouvelle saison

+

Qui remplist jeunes cueurs de joye,

+

Et qu'Amours sault de sa maison

+

Pour conquester aucune proye;

+

Nulle riens n'ay qui me guerroye,

+

Se non Jeunesse qui me prie

+

D'estre amoureux plus conques mais,

+

Mais ainsi ne feray je mye,

+

Il me vault mieulx tenir en paix.

+
+

Je ne congnois point d'achoison

+

Pourquoy son conseil croire doye,

+

En elle n'a riens de raison;

+

Pour trop fol doncques me tendroye,

+

S'apres elle me gouvernoye;

+

Quel besoing est que je me lie?

+

Quant je suis franc en tous mes fais;

+

Pardieu, ce seroit grant folie.

+

Il me vault mieulx tenir en paix.

+
+

Je suis de ceste entencion,

+

Et seray quelque part que soye;

+

Mais Pieu me gart de la prison

+

Qu'Amours souventeffoyz m'envoye,

+

Par mes yeulx qui trop vont en voye,

+

Combien que souvent je leur die

+

Qu'ilz font mal, dont je leur desplais;

+

Pour ce, pour avoir d'eulx maistrie,

+

Il me vault mieulx tenir en paix.

+
+

L'ENVOY.

+
+

J'ay essayé toute ma vie

+

Qu'est de porter amoureux faiz,

+

Pourquoy congnois, sans moquerie,

+

Il me vault mieulx tenir en paix.

+
+
+
+

RONDEAU.

+
+

J'ay tant en moy de desplaisir,

+

Puisqu'il me convient departir,

+

Helas! de vous, et loing aller:

+

Et si ne puis à vous parler,

+

Dont j'auray maint mal à souffrir;

+

N'est riens qui puist esjoir,

+

Si n'est le tres doulx souvenir

+

Que j'ay par vous bien fort amer.

+

J'ay tant, etc.

+
+

Adieu ma joye, mon plaisir,

+

Adieu mon loyal souvenir,

+

Adieu belle Dame sans per;

+

Adieu dire m'est coup mortel,

+

Car je m'en vois sans vous veoir.

+

J'ay tant, etc.

+
+

RESPONCE.

+
+

Mon amy, Dieu te convoye,

+

Et brief te remaint à joye,

+

A ton honneur et plaisir,

+

Tout ainsi que je desire,

+

Mieulx que dire ne sauroye.

+

Si par souhait je povoye,

+

Plus souvent te reverroye

+

Mais, car ne te puis veoir.

+

Mon amy, etc.

+
+

Ceste chancon je t'envoye,

+

De m'amour par grant montjoye,

+

Si t'en vueilles esjoir;

+

Car te jure, sans mentir,

+

Que t'ayme loing que je soye.

+

Mon amy, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Faire ne puis joyeulx semblant,

+

Reconfort n'ay, qui soit plaisant

+

A moy qui suis sans mon amy;

+

Il a long temps que ne vous vy,

+

Ne le verray, je ne scay quant?

+

Faire ne puis, etc.

+
+

Guerir ne puis du mal qu'ay tant,

+

Helas! emy! jusques à tant

+

Retournera celluy pourquoy.

+

Faire ne puis, etc.

+
+

Mon cueur si est si desplaisant,

+

Aussi bien doit estre dolent,

+

Il m'ayme tant! si foys je lui;

+

Ne le mectray point en oubli,

+

Et l'ameray en l'actendant.

+

Faire ne puis, etc.

+
+
+
+

CHANCON.

+
+

Faictes pour moy com j'ay pour vous,

+

Retenez moy, par dessus tous,

+

Amy tout seul, tres belle Dame,

+

Je vous jure sur Dieu, sur m'ame,

+

Ne vueil servir autre que vous.

+

Faictes pour moy, etc.

+
+

Guerrissez moy du mal d'Amours,

+

Et me donnez du bien de vous;

+

Reconfort tel plus ne m'en chaille,

+

Mon bien, m'amour, mon fin cueur doulx,

+

A vous me rens, à vous suis tous.

+

Faictes pour moy, etc.

+
+

Je vous ayme plus que autre femme,

+

N'autre que vous n'aura la garde,

+

Helas! de moy qui suy à vous.

+

Faictes pour moy, etc.

+
+
+

LE LAY PITEUX.

+
+

Bonne saison, bon temps avoye,

+

Helas! amy, quant vous veoye,

+

Reconfort bon en vous prenoye;

+

Tant de plaisir et d'autre bien

+

Rejoissoit ma seule joye,

+

A vo vouloir me soubzmectoye,

+

Nul autre bien ne demandoye,

+

Dessoubz les cieulx pour estre mien,

+
+

Que vostre amour qui tant amoye,

+

En vous servant me delictoye,

+

Et pourquoy moult seur estoye

+

Que vous m'amiez tres loyaument;

+

Et quant jadiz vous requeroye

+

Que vo servant estre vouloye,

+

Mon seul vouloir vous appelloye,

+

Et mon vaillant entierement.

+
+

Vous me dictes si doulcement,

+

En moy baisant et accollant,

+

Amy, amons nous chierement,

+

Baille ton cueur, et prens le mien;

+

Et je changay joyeusement,

+

Et vous aussi si liement,

+

Et feismes loyal serment

+

Qu'avons tenu, je le scay bien.

+
+

Et est vray qu'oncques crestien

+

En amours n'eust autant de bien,

+

Gardant vostre honneur et le mien,

+

Que j'ay eu, et sans avoir blasme,

+

Vo doulx acueil, vo doulx maintien.

+

Vostre plaisir, que fust le mien,

+

Car sans cellui, ne m'estoit rien,

+

Je le jure sur Dieu, sur m'ame.

+
+

Si vous baillay le mien en garde,

+

Belle Dame,

+

Prenant charge

+

De vous loyaument servir,

+

Sans reprouche, ne diffame,

+

Sur mon arme,

+

Sans jamais de vous partir.

+
+

Helas! quant d'elle partoye,

+

Je pensoye

+

Quant pourroye

+

Bientost vers elle venir,

+

Nuit et jour je la sonjoye,

+

La veoye parler, aler et venir;

+

Tant espris d'elle estoye,

+

Qu'en veillant je l'appelloye,

+

Puis que bien loing en estoye,

+

A soy cuidoye parler;

+

Mais puis bien apres veoye

+

Que resvoye,

+

Me prenoye à plourer.

+
+

Cest dueil m'estoit à porter,

+

Et bien aise endurer,

+

Car bientost, du retourner

+

Me prenoit tres grant talent;

+

En elle si fort penser,

+

Ma joye renouveller

+

Me faisoit incontinent.

+
+

Et quant venir n'y povoye,

+

Entre deux lui rescripvoye,

+

Son nom et le mien mectoye

+

Escript bien estrangement;

+

Et puis quant je la veoye,

+

Dieu scet quel chiere j'avoye

+

Recueilly joyeusement.

+
+

Puis nous faillu esloingner

+

L'un de l'autre, guermenter,

+

Car dangier,

+

Plusieurs autres mesdisans

+

Nous firent tant endurer,

+

Et plourer,

+

Tourmenter,

+

Oncques puis n'eusmes bon temps

+

Et puis entre autre gent

+

Failloit, en nous esloingnant,

+

A plusieurs autres parler,

+

Avoir autre pensement,

+

Muer la couleur souvent,

+

Sans l'un l'autre regarder.

+
+

Helas! elle s'esbatoit,

+

Et bonne chiere faisoit

+

A tous autres, fors qu'à moy,

+

Dont mon cueur fort souspiroit,

+

Quant elle me regardoit,

+

Je vous jure par ma foy.

+
+

Dont sourdit grant jalousie,

+

Car elle ne creoit mye

+

Que n'eusse fait autre amye;

+

Ainsi me sembloit il d'elle,

+

Que s'amour me fust faillie,

+

Departie,

+

Et guerpie,

+

M'eust laissié la bonne belle.

+
+

Dont ensiues grant querelle;

+

Moy et elle,

+

Advint qu'en une chappelle

+

Nous nous trouvasmes tous deux,

+

Et je lui dis: Bonne et belle,

+

Ne me soiez si cruelle,

+

Puisque nous sommes tous seulz.

+

Dictes moy vostre vouloir,

+

Ne me vueillez decevoir,

+

Ne mectre à nonchaloir;

+

Car, vers vous, n'ay rien forfait.

+
+

Mon amy, vueillez savoir,

+

Vous me feistes trop douloir,

+

Ne savez vous comment il m'est?

+

Vous m'avez abandonnée

+

Et laissiée,

+

Desolée,

+

Esloingnée;

+

A qui oseray je dire

+

Ma tres dolente pensée

+

Qui grevée

+

M'a, et trestant mal menée

+

Que je vis en grant martire.

+
+

N'est riens qui me puist souffire,

+

Tant ay d'ire;

+

Quant les autres vous voy rire,

+

Et grant joye demener,

+

Je ne vueil avoir nul mire

+

Qui me mire,

+

J'ayme mieux mes jours finer.

+
+

Et lors nous nous advisames,

+

Et l'un l'autre pardonnasmes,

+

Car pour obvier mains blasmes,

+

Il nous faillut eslongner;

+

Noz amours renouvellasmes,

+

Et de nouvel, nous jurasmes

+

De nous loyaument amer.

+
+

Cecy nous dura long temps,

+

On dit qu'au bout de sept ans,

+

Revient voulentiers mal ans

+

Ainsi m'est il advenu,

+

Dont je vis piteusement,

+

En tourment,

+

Las! je suis pis que perdu.

+

Helas! tres cruelle mort,

+

Tu me fais crier à tort

+

A la mort,

+

Que ma mort

+

Bonnement ne l'ose dire

+

Mon confort,

+

Ma joye et mon deport.

+
+

Or me fault passer du port

+

Du royaulme en l'empire

+

De tout plaisir, en tristesse,

+

Mectre mon cueur en destresse

+

Qui me blesse,

+

Et ne cesse

+

De destruire ma jeunesse,

+

Puis que m'as mort ma maistresse.

+
+

Dont liesse

+

Si me blesse,

+

Helas! qu'esse

+

Qui me presse

+

De dire las! que feray?

+

Que diray? où iray?

+
+

Si mourray,

+

Ou si de dueil creveray,

+

Car je n'ay que esmay

+

Helas! et où me mectray

+

Jusques mes jours fineray!

+

En lieu ne reposeray

+

Jusque là où la verray.

+
+

Car pour ce que tant l'aymay,

+

Tous les jours souhaiteray

+

La mort qui desja m'aprouche,

+

Entre deux je ne vouldroye

+

Estre en lieu où eust joye,

+

Com souloye,

+

Car ma douleur doubleroit.

+
+

Veoir ce qu'avoir souloye,

+

Helas! car mieulx ameroye

+

M'enfouir où que que soit,

+

Disant adieu tres douloureux,

+

Adieu, adieu tous amoureux,

+

Adieu le plaisir de mes yeulx,

+

Adieu, sans plus estre joyeulx.

+
+

Adieu le bien de tous les lieux,

+

Adieu le mien dessoubz les cieux,

+

Adieu regard tres gracieux,

+

J'en preing congié de cueur piteux;

+

Si fineray ma complainte,

+

Ma joye sera actainte,

+

Et de douleur auray mainte.

+
+

Grant actainte

+

Dont il me convient languir,

+

Et sevir,

+

Car j'ay aymé, et sans fainte,

+

Celle qu'avoye tant crainte,

+

Que pour elle vueil mourir.

+
+

Sa tres bonne renommée,

+

Sa grace de tous louée,

+

Et de beauté aournée,

+

Tant amée et prisée,

+

Desirée

+

De tres toute autre gent,

+

La fait estre regrectée,

+

Dont ay la mort demandée,

+

Toute joye oubliée,

+

A Dieu son ame command.

+
+

Et saichiez certainemment

+

Trestous li leal amant,

+

J'en dis tant,

+

Sans nulle dame blasmer,

+

Que c'estoit la plus plaisant

+

Des belles, et avenant,

+

Com peut des yeulz regarder.

+

C'est le reconfortement

+

Que j'ay en mes jours finant,

+

En priant humblement

+

A Dieu, tres devotement,

+

Qu'en son Paradis briefment

+

Son ame puisse trouver.

+
+

Sans vous veoir,

+

Pres du manoir,

+

Amy de vous,

+

Fine mes jours

+

Cest derrain soir,

+

Veuillez savoir

+

Qu'à nonchaloir

+

Mis par vous tous.

+

Sans vous, etc.

+
+

Mourant espoir

+

Ferez devoir,

+

Souviengne vous

+

Que laissay tous,

+

Par vous vouloir.

+

Sans vous, etc

+
+

Faulce mort,

+

A grant tort,

+

M'as grevée,

+

Et ostée

+

Mon deport;

+

Mon cueur mort,

+

Car trop fort

+

L'as serré.

+

Faulce, etc.

+
+

Pres du bort

+

Du mal port

+

M'as laissiée

+

Desolée,

+

Sans confort.

+

Faulce, etc.

+
+
+
+

BALADE.

+
+

Bien puis dire souvent: helas!

+

Comment m'est il mesavenu!

+

La mort que moqué ne m'a pas,

+

La belle bonne m'a tollu,

+

Et m'a laissié despourveu

+

De tous les biens qu'avoir souloye,

+

Tout plain d'ennuy, sans point de joye,

+

Sy pry à Dieu qu'en son manoir,

+

L'ame de soy tout droyt envoye,

+

Où la puisse briefment veoir.

+
+

Helas! amy, d'un de ses dars

+

Soudainement Mort m'as feru;

+

De mon meschief, je n'ose pas

+

Faire semblant, qu'ay receu.

+

Or, ay je bien trestout perdu,

+

Car seulement quant je pensoye

+

De la veoir, m'esjoissoye,

+

Ou pres, ou loing, et main, et soir;

+

Or à présent, estre vouldroye

+

Où la puisse briefment veoir.

+
+

He! Dieu d'amour trop pugny m'as,

+

Sans toy me faire deceu,

+

Quant me souvient qu'entre ses bras

+

Amy tout seul m'ot retenu,

+

Mon cueur et moy si bien pourveu;

+

Estre tout sien lui promectoye

+

Tres loyaument, et lui disoye:

+

Vueillez vostre amy recevoir;

+

Or à present, estre vouldroye

+

Où la puisse briefment veoir.

+
+

EXPLICIT LE LAY PITEUX.

+
+ +


+

GLOSSAIRE-INDEX

+
+ +

A

+ +

ABRIÉ, abrité, caché.
+ACHOISON, cause, motif.
+ACTARGIER, retarder, attendre.
+AD, à.
+ADOULÉ, triste, chagrin.
+AINCOIS, auparavant, cependant.
+ALQUEMIE, alchimie.
+ANGOULESME (madame d'). Marguerite de Rohan, femme de Jean, comte d'Angoulême, frère de Charles d'Orléans.
+ANOY, ANUY, ennui.
+ANUYT, aujourd'hui.
+ARQUEMIE, alchimie.
+ARRAY, équipage, arrangement.
+ABSOIR, hier au soir.
+ASSENER, assigner, établir. A ma mal assenée (page 360, vers 21); c'est-à-dire, à ma mal partagée.
+ASSENTIR, consentir, acquiescer.
+ASSERER, maîtriser, prendre.
+ASSOMER, compter, nombrer.
+ASSOUBTIVER, ruser, feindre.
+ATIRER. Au vers 2 de la page 273. L'auteur veut dire que Confort n'a donné à son coeur ni soin, ni conseil; atirer signifie ici préparer, régler, disposer, et est employé comme substantif.
+ATOUT, avec.
+ATREMPÉ, modéré.
+AUMAIRE, armoire.
+AVOYÉ, celui qui est dans le chemin.

+ + +

B

+ +

BAFFE, soufflet, coup.
+BAGUES, bagages, bardes.
+BALLAIS (rubis), sorte de rubis couleur de vin paillet.
+BAILLIE, garde, juridiction.
+BAUDET. La porte Baudet ou Baudoyer, bâtie sous Philippe-Auguste, donnait dans la rue Saint-Antoine.
+BAUDEMENT, joyeusement.
+BEAUJEU (Monseigneur de). Pierre II, duc de Bourbon.
+BEAUSSERONS, habitants de la Beauce.
+BETOURNER, détourner.
+BRAHAING, stérile.
+BRAI, cri, pleurs.

+ + +

C

+ +

CABAS, tromperie, subtilité.
+CABUSEUR, trompeur.
+CAMELINE, espèce de sauce.
+CATOILLER, chatouiller.
+CAYEMENT, vagabond, mendiant.
+CHALENGER, réclamer.
+CHANU, blanchi.
+CHASTOY, châtiment, punition.
+CHATON, Caton.
+CHEVANCE, richesse, héritage.
+CHEVIR, venir à bout.
+CIL, celui.
+COFFIN, corbeille, coffre.
+CONNIN, lapin.
+CONSEULX, projets, desseins.
+CONVOYER, accompagner.
+COURCER ou COURCIER, courroucer.
+COUSTÉ, côté.
+CREMIR, craindre, trembler.
+CRESEIDE (page 69), probablement Cresside.
+CUEUVRECHIEF, coiffure, voile.

+ + +

D

+ +

DECEPTE, tromperie, feinte.
+DEDALUS. Au vers 22 de la page 407, le mot Dedalus est pris adjectivement; l'auteur compare sa mélancolie au labyrinthe construit dans l'île de Crète par Dédale.
+DELITER, réjouir. Page 385, vers 19; Reffus a (et non pas à) mon cueur délité, c'est-à-dire: Refus a réjoui mon coeur.
+DEMENTER (se), se plaindre.
+DEPORT ou DEPPORT, plaisir, joie.
+DERRAIN, dernier.
+DERRAINEMENT, dernièrement.
+DESERTE, mérite.
+DESIRIERS, désirs.
+DESPENDRE, dépenser.
+DESSELER, renverser de cheval.
+DESSERVIR, mériter.
+DESTOURBER, empêcher, troubler, détourner.
+DESTAINDRE, éteindre.
+DOINT, donne.
+DOUBTER, craindre.
+DOULCINÉS, douillets, délicats.
+DOULOIR, (se) se plaindre, s'affliger.
+DOVRE, Douvres, en Angleterre.
+DUIRE ou DUYRE, conduire.

+ + +

E

+ +

ELLE pour aile. Voy. p. 256, 272, 314.
+EMBATTRE (s'), s'attacher, se joindre.
+EMBLER, enlever.
+EMY, hélas.
+EMPIECE, bientôt.
+EMPRES, proche, auprès.
+EMPRISE, entreprise.
+EMCOMBRIER, malheur, embarras.
+ENFANCHONNES, petits enfants.
+ENS, dedans.
+ENSIVES, de ensievir, suivre, sortir.
+ESBANOY, joyeux, réjoui.
+ESCANDRE, scandale, dispute.
+ESCARDE, lisez escadre troupe, compagnie.
+ESCHARSEMENT, mesquinement, avec avarice.
+ESCHEVER, éviter.
+ESCHOITE, succession, héritage.
+ESCREMIE ou ESCREMYE, escrime. Jouer de l'escremye; voyez Escremyr.
+ESCREMYR (s'), s'escarmoucher, lutter.
+ESFROYÉ, effroyable.
+ESGRUN, herbe amère.
+ESMAY, étonnement, embarras.
+ESMAYER. Au vers 27 de la page 197, esmayer signifie à proprement parler: Planter le mai. +Le poëte prie, la dame de ses pensées de l'esmayer, c'est-à-dire de lui envoyer, à l'occasion du mois de mai, un reconfort bien garny de liesse.
+ESSORER (s'), s'élever, prendre son essor.
+ESTAMPES Jean de Bourgogne, duc de Brabant et comte d'Etampes.
+ESTEUF, balle pour jouer à la paume.
+ESTOUPPER, boucher, fermer.
+ESTRIF, querelle, dispute.
+ESTRIVANCE, malaise, inquiétude.

+ + +

F

+ +

FAÉ, FAIÉ, fait, fabriqué, conclu.
+FAITIS, beau, agréable.
+FEL, méchant, cruel.
+FELLEMENT, méchamment, cruellement.
+FERMER, affermir, déterminer.
+FEURRE, chaume. Ou feurre de prison (page 145), sur la paille de la prison.
+FOLEUR, FOLLEUR, ardeur folie, extravagance.
+FOURCELLE, poitrine.

+ + +

G

+ +

GAIGE. Que gaige je vous appelle (p. 54, vers 20); c'est-à-dire que je vous provoque au combat.
+GALÉE, vaisseau, navire.
+GALER, se réjouir, se régaler.
+GARMENTER (se), gémir, se plaindre.
+GAST, ruine, dégât.
+GESIR, dormir, se coucher.
+GLAY, ramage, gazouillement des oiseaux.
+GREIGNEUR, plus grand.
+GREVANCE, chagrin, injure, affliction.
+GUERDON, GUERDONNEMENT; récompense.
+GUERDONNER, récompenser.
+GUERMENTER, gémir, pleurer.

+ + +

H

+ +

HANCHE (p. 174, vers 18). On appelait le croc en jambe le tour de haute hanche.
+HANIR, hennir.
+HARER, exciter, pousser.
+HARONDE, hirondelle.
+HASTIS, vif, emporté.
+HAYNEUR, celui qui hait.
+HERAULT, voyez Poursuivant.
+HOURDER, enduir, couvrir.
+HUCQUE, sorte de capuchon.
+HUTIN, querelle, tapage.

+ + +

J

+ +

JAME, pierre précieuse, bijoux.
+JANGLER, bavarder.
+JANGLERIE, bavardage, vanterie.
+JANGLEUR, bavard.

+ + +

K

+ +

KARESME PRENANT. On désignait ainsi les trois jours qui précèdent le mercredi des Cendres.

+ + +

L

+ +

LAIZ, laïques.
+LAME, tombeau.
+LANGAGIER, parler.
+LESIR, loisir.
+LEZ, auprès de.
+LIE, joyeux.
+LIEMENT, joyeusement.
+LIPPE, lèvre. Faire la lippe, c'est-à-dire faire la moue.
+LOS ou LOZ, louange, réputation, faveur.
+LOSENGIER, trompeur, incertain.
+LYE, LYEMENT, voy. Lie, Liement.

+ + +

M

+ +

MAIN, pour matin.
+MAIN MISE. Ancien terme de jurisprudence, action de saisir, de prendre.
+MAINS, pour moins. Au vers 9 de la page 216. Mains signifie (je) demeure, du latin manere.
+MAINSSÉ, découpé.
+MAINTENEMENT, maintien.
+MAISTRIE, puissance, autorité.
+MAL, méchant, nuisible.
+MALLEMENT, méchamment.
+MALEURÉ, infortuné, malheureux.
+MANOIR, demeurer.
+MARMlTEUX, triste, dolent.
+MARTIN. (malade du mal saint). Page 157, vers 12. C'est-à-dire porté à l'ivrognerie.
+MEHAIN, tort, méchanceté
+MEINS, pour moins.
+MERCHER, marquer, désigner.
+MESCHIEF, malheur, accident.
+MESGNIE, famille.
+MESPRISON, injustice, outrage.
+MESTRIER, dominer.
+MIE, nullement.
+MIRE, médecin, chirurgien.
+MIRLIFIQUES, petits bijoux, menues curiosités.
+MONTRE. Pag. 108, vers 11. Croizé aux montres de liesse; c'est-à-dire mis au +rebut, condamné à être privé de toute joie.
+MONTJOYE (grand), abondamment.
+MOSNIER, meunier.
+MUSSER, cacher.

+ +

N

+ +

NEIZ, même, si ce n'est, non plus.
+NES, pas.
+NICE, NYSSE, niais, innocent.
+NICEMENT, niaisement.
+NOUER, nager, naviguer.
+NOURRIS, adeptes, nourrissons.
+NYSSE, voy. Nice.

+ +

O

+ +

OCTRIE pour octroye.
+ORINE, urine.
+ORT, sale, impur.
+OUVRIER, travailler.

+ +

P

+ +

PAINTURE, feinte, tromperie.
+PAISE, lisez. Plaise, p. 338, vers 32.
+PAON. Pag. 377, vers 27. Faire voeu aux dames et aux paons était un +usage dont l'histoire et les romans du moyen âge offrent de nombreux +exemples. A la fin du banquet, on apportait aux convives un paon ou +un faisan, sur lequel juraient les dames et les chevaliers: on appelait +cette cérémonie, le serment du paon.
+PAR ALER (au), au retour, à la fin.
+PARCONNIER, participant, compagnon.
+PARTUER, tuer.
+PASTIS, pâturages, enclos.
+PAVAIS, bouclier.
+PENANCE, douleur, pénitence.
+PER, égal, pareil, compagnon.
+PESSON, droit de pâture.
+PIECA, longtemps, depuis longtemps.
+PLANTÉ (à grant), en nombre, en grande quantité.
+PLOY, pli.
+POU, peu.
+POURPRIS, jardin.
+POURSUIVANT D'ARMES. Page 245 vers 1. Allusion aux coutumes de la +chevalerie. Les héraults d'armes présidaient aux tounois, en arrêtaient +les conditions, et montaient sur l'échaffaut, ainsi que dit le poëte, +pour surveiller les combattants et désigner le vainqueur. Les poursuivants +d'armes étaient un corps de jeunes gens parmi lesquels on choisissait +les héraults.
+POY, peu.
+PROVEHEUR, pourvoyeur.

+ +

Q

+ +

QUEU, cuisinier.
+QUIEULX, quels.
+QUINTAINE. Jeu qui consistait à frapper un but, soit avec des fleches, +soit avec d'autres armes.

+ +

R

+ +

RACHASSER, rabattre.
+RAMENTEVOIR (se), se souvenir, se rappeler.
+REMAINT, voy. Remanoir.
+REMANOIR, demeurer.
+REPREUVE, injure, reproche.
+RESCOUS, délivré, secourus.
+RESSOINGNER, craindre, appréhender.
+RETRAIRE, retirer.
+RIOTEUX, querelleur.
+RONSSIN, cheval.

+ +

S

+ +

SALMON, Salomon.
+SANS signifie quelquefois sens, de sentir. +Voy. p. 119, 413.
+SAULONGNOIS, habitants de la Saulogne.
+SAUSSOYE. Pag. 94, vers 4. Lieu planté +de saules. Sainte-Palaye a vu dans ce +mot une allusion a l'abbaye de la +Saussoye, près de Villejuif
+SEBELIN, fourré de martre zibeline.
+SEREMENTÉ, lié par un serment.
+SOLACER (se), se divertir.
+SOUBTIS, subtil, adroit.
+SOULDOYER, qui reçoit des gages, une paye.
+SOUSSIE, souci.
+SOUTIVETÉ, subtilité, finesse.
+SUIR ou SUYR, suivre.

+ +

T

+ +

TABLIER, table ou carton pour jouer aux dés, aux échecs, etc.
+TALANT, volonté, désir.
+TALENTER (se), s'inquiéter.
+TANNÉ, couleur brune.
+TAYS, Thaïs, courtisane du quatrième siècle, célèbre par sa conversion au +christianisme.
+TENEUR, voix de ténor.
+TIEULX, tels.
+TIRE (de), toute de suite, immédiatement.
+TOUTE. Pag. 112, vers 13. La toux.
+TRESQUE, dès que.
+TRIACLE, thériaque.
+TRUAIGE, impôt, subside.

+ +

V

+ +

VALENTIN (saint). L'abbe Goujet, qui +a remarqué avant nous les nombreux +passages où Charles d'Orléans cite +saint Valentin, s'exprime ainsi: «Le +jour de la fête de saint Valentin, +qui se célèbre le quatorzième de février, +arrive assez communément durant +le temps de carnaval; et en +ce même jour c'était un usage dans +plusieurs cours de l'Europe que les +cavaliers s'assemblassent pour donner +quelque fête aux dames, et qu'ensuite +on tirât au sort pour assigner à +chaque dame un cavalier, qui était +tenu de lui rendre ses services durant +une année, d'être à ses ordres, etc. +Cette servitude volontaire durait jusqu'au +même jour de saint Valentin +de l'année suivante.» (Bibl. franç. +t. IX, p. 266.)
+VAULSIT, voulût, de vouloir.
+VIAIRE, visage.
+VOLTER, tourner, retourner.
+VUIT, VUYS, vide.

+


+ + + + + + + + +
+
+
+
+
+
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+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK POÉSIES DE CHARLES D'ORLÉANS ***
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+and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
+works.  See paragraph 1.E below.
+
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+or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
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+through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
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+     returns.  Royalty payments should be clearly marked as such and
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+     and discontinue all use of and all access to other copies of
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+
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+     distribution of Project Gutenberg-tm works.
+
+1.E.9.  If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
+electronic work or group of works on different terms than are set
+forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
+both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
+Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark.  Contact the
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+1.F.
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+effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
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+of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
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+or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
+work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
+Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.
+
+
+Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
+
+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
+electronic works in formats readable by the widest variety of computers
+including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
+people in all walks of life.
+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at https://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
+https://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
+
+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations.  Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at https://pglaf.org
+
+For additional contact information:
+     Dr. Gregory B. Newby
+     Chief Executive and Director
+     gbnewby@pglaf.org
+
+
+Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements.  We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance.  To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit https://pglaf.org
+
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
+ways including including checks, online payments and credit card
+donations.  To donate, please visit: https://pglaf.org/donate
+
+
+Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
+
+
+Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
+
+     https://www.gutenberg.org
+
+This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
+subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
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