summaryrefslogtreecommitdiff
diff options
context:
space:
mode:
-rw-r--r--.gitattributes3
-rw-r--r--16758-8.txt4318
-rw-r--r--16758-8.zipbin0 -> 82351 bytes
-rw-r--r--16758-h.zipbin0 -> 87104 bytes
-rw-r--r--16758-h/16758-h.htm4402
-rw-r--r--LICENSE.txt11
-rw-r--r--README.md2
7 files changed, 8736 insertions, 0 deletions
diff --git a/.gitattributes b/.gitattributes
new file mode 100644
index 0000000..6833f05
--- /dev/null
+++ b/.gitattributes
@@ -0,0 +1,3 @@
+* text=auto
+*.txt text
+*.md text
diff --git a/16758-8.txt b/16758-8.txt
new file mode 100644
index 0000000..bc1e2e2
--- /dev/null
+++ b/16758-8.txt
@@ -0,0 +1,4318 @@
+The Project Gutenberg EBook of Le Salon des Refusés, by Fernand Desnoyers
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+
+Title: Le Salon des Refusés
+ Le Peinture en 1863
+
+Author: Fernand Desnoyers
+
+Release Date: September 26, 2005 [EBook #16758]
+[Last updated: March 4, 2012]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE SALON DES REFUSÉS ***
+
+
+
+
+Produced by Chuck Greif. Produced from images provided by Gallica.bnf.fr
+
+
+
+
+SALON DES REFUSÉS
+
+LA PEINTURE EN 1863
+
+PAR
+
+FERNAND DESNOYERS
+
+PARIS
+
+AZUR DUTIL, ÉDITEUR
+
+131, RUE MONTMARTRE, 131
+
+1863
+
+LE SALON DES REFUSÉS
+
+PAR UNE RÉUNION D'ÉCRIVAINS
+
+SOUS LA DIRECTION DE FERNAND DESNOYERS
+
+V'la l'bataillon d'la Moselle,
+En sabots!
+V'la l'bataillon d'la Moselle!!!
+(_Chanson populaire_.)
+
+
+
+
+I
+
+=SOMMAIRE=
+
+ Bonnes intentions des peintres.--Mauvais tableaux.--Le Jury devenu
+ méchant.--Imitation des cris des peintres.--On leur applique la
+ question du Jury.--L'Empereur la résout.--Grand embarras des
+ Refusés.--Ils se reçoivent.--Les lutteurs, bataillon de la Moselle
+ en sabots.--Brivet-le-Gaillard.--Quels types!--Les poltrons de la
+ peinture.--Le Comité de salut... des Refusés.--Son
+ plébiscite.--Honneur au courage malheureux!--Unité de
+ Refus.--Succès espéré des Refusés.--M. Harpignies a tous les
+ droits.--La Grenouille et le Lièvre, fable.--M. Briguiboul dans les
+ deux camps.--Des choux, des panais, des choux-fleurs, navets,
+ navets!--Discussion raisonnable.--La discussion continue.--La
+ cage.--M. Whistler est le plus spirite des peintres.--Défense des
+ moulins non attaqués.--Illumination _a giorno_ par la peinture.--Du
+ critique d'art.--De l'influence de la philosophie allemande sur la
+ peinture.--Abrutissement des peintres.--Classification des
+ peintres--École de Paris.--École de Montmartre.--École de
+ Rome.--École de Fontainebleau.--La raison même reprend la
+ parole.--The end.
+
+ * * * * *
+
+Aux époques où le quart d'heure de l'Exposition des tableaux approche,
+les peintres grouillent, s'agitent, se trémoussent, fouillent dans leurs
+ateliers et n'y trouvent rien ou presque rien. Tous les jours, deux mois
+avant le dernier moment, ils complotent de travailler et d'accoucher de
+grandes oeuvres. Mais ces gigantesques complots avortent et s'épanchent
+dans les petits cerveaux des peintres. Il ne résulte de tout cela que
+des discussions. La discussion est tout à la fois le fort et le faible
+des peintres. Non, les discussions ne sont pas le seul résultat de tant
+d'efforts quand il n'est plus temps: il arrive aussi que les tableaux
+sont manqués, mal faits, pas faits et mauvais pour la plupart.
+
+Fatigués de voir péricliter l'Art qu'ils n'avaient pas porté bien haut,
+les peintres, membres du jury, croient qu'ils deviennent sévères. Ils le
+croient aussi, les peintres qui courent, c'est-à-dire qui veulent être
+exposants. Bien des tableaux qu'on a vu se diriger à pied et en voiture,
+sur des crochets ou des brancards, sont forcés de reprendre le chemin de
+l'atelier natal.
+
+Il n'en a pas été ainsi cette année:
+
+Les cris des peintres, leurs réclamations se sont élevés du fond des
+marais jusqu'aux oreilles de l'Empereur. Les plaintes parvenues à cette
+hauteur ont obtenu justice. En vain le jury, souriant et haussant
+doucement l'épaule, disait:
+
+«On verra si nous n'avions pas raison!»
+
+En effet, on le verra.
+
+Cette grave et éternelle question du jury et même du jugement ne sera
+donc jamais résolue? Nous la verrons éternellement plantée devant nous.
+Elle nous ennuiera toujours.--Où est-il, le jugement dernier? Le
+voici,--par décision impériale.--Les refusés seront acceptés ou exposés.
+Les exposés ou acceptés, seront exposés comme les refusés.
+
+Donc les acceptés et les refusés, les exposants et les exposés, qui sont
+à peu près également exposés et exposants, ont pu lire dans le
+_Moniteur_ du 24 avril 1803 l'extrait suivant:
+
+ «De nombreuses réclamations sont parvenues à l'Empereur au sujet
+ des oeuvres d'art qui ont été refusées par le jury de l'Exposition.
+ Sa Majesté, voulant laisser le public juge de la légitimité de ces
+ réclamations, a déridé que les oeuvres d'art qui ont été refusées
+ seraient exposées dans une autre partie du Palais de l'Industrie.
+
+ »Cette Exposition sera facultative, et les artistes qui ne
+ voudraient pas y prendre part n'auront qu'à en informer
+ l'administration, qui s'empressera de leur restituer leurs oeuvres.
+
+ »Cette Exposition s'ouvrira le 15 mai. Les artistes ont jusqu'au 7
+ mai pour retirer leurs oeuvres. Passe ce délai, leurs tableaux
+ seront considérés comme non retirés, et seront placés dans les
+ galeries.»
+
+A cette nouvelle la joie des artistes fut grande, mais leur indécision
+plus grande encore.
+
+ «A ces mots les lions deviennent des tétards.»
+
+La fameuse question du jury fit place à celle-ci: «Exposerons-nous, ou
+non?--Nous acceptons-nous, ou ne nous acceptons-nous pas? Nous
+montrerons-nous aussi rigoureux envers nous-mêmes que le jury? Ce serait
+lui donner raison. Nous nous acceptons. Mais d'autre part regardons-nous
+bien: nous ne nous acceptons pas!»
+
+Finalement, les uns ont été non indulgents, mais justes, en
+s'acceptant,--et les autres aussi en se refusant. Que leurs ouvrages
+soient bons ou mauvais, peu importe. Ceux qui veulent se voir et se
+montrer le peuvent. Ils en appellent du jury qui n'est pas tumultueux,
+au public qui n'est pas attentif. Il est vrai qu'ils n'admettraient
+guère le jugement de tout le monde, s'il n'était conforme à celui du
+jury. C'est la loi de nature,--plus que de s'entr'aider.
+
+Eh bien! je vais dire une chose qui va m'étonner, je suis de l'opinion
+des peintres,--des peintres refusés par le jury qui s'acceptent tout
+seuls et s'exposent. Certes le jugement du public à tête de veau n'est
+pas plus sûr que celui du jury palmé, ni que celui des esthétistes et
+des critiques d'art raisonneurs; mais un objet d'art doit être vu de
+tout le monde, sans excepter les imbéciles; il doit se manifester, afin
+de se constater lui-même. C'est sa condition d'être. Il y a toujours
+trois ou quatre personnes qui comprennent et sauvent un chef-d'oeuvre.
+
+Les Refusés insoumis ont raison, comme tous les insoumis en tout genre.
+Ils luttent au moins. C'est le seul moyen, la seule chance qu'ils aient
+de pouvoir avoir raison. Que leurs armes, leurs oeuvres soient
+mauvaises, tant pis! Ils n'ont pas peur. Oui, M. Brivet lui-même, que
+des loustics appellent le vétérinaire Brivet ou Brivet-le-Gaillard, M.
+Brivet lui-même, élève de M. Yvon, a raison d'exposer ses _types de
+chevaux_.--Ces chevaux sont de véritables types, en effet; ils sont de
+toutes couleurs et semblent avoir uniformément des molletières de
+zouaves. J'aurai la hardiesse de dire que, malgré leur comique et leur
+puissance d'attirer le monde, on les trouve mauvais. Mais si leur auteur
+les trouve bons, qui peut lui prouver qu'ils sont détestables?
+
+Les peureux, les poltrons, les couards, qui ont _remporté_ leurs
+tableaux, (comme dans le peuple on dit: _remporter une veste_), n'ont
+fait qu'une révérence de plus au jury. Ils ont traîtreusement abandonné
+leurs frères d'armes, le bataillon en sabots... des Refusés, soit,--mais
+des Refusés qui combattent!
+
+ «Ce catalogue a été composé en dehors de toute spéculation de
+ librairie, par les soins du comité des artistes refusés par le jury
+ d'admission au Salon de 1863, sans le secours de l'administration
+ et sur des notices recueillies de tous côtés et à la hâte. Un
+ certain nombre d'artistes n'ayant point eu sans doute connaissance
+ de sa préparation, soit qu'ils aient été absents de Paris, soit que
+ les avis publiés par l'_Opinion Nationale_, la _Patrie_, le
+ _Temps_, la _Presse_, le _Siècle_, le _Moniteur des Arts_, etc, ne
+ soient point parvenus jusqu'à eux, ce catalogue n'a pu être rendu
+ aussi complet que l'eût désiré le Comité.»
+
+ «En livrant la dernière page de ce catalogue à l'impression, le
+ Comité a accompli sa mission tout entière; mais en la terminant, il
+ éprouve le besoin d'exprimer le regret profond qu'il a ressenti, en
+ constatant le nombre considérable des artistes qui n'ont pas cru
+ devoir maintenir leurs ouvrages à la Contre-exposition. Cette
+ abstention est d'autant plus regrettable qu'elle prive le public et
+ la critique de bien des oeuvres dont la valeur eût été précieuse,
+ autant pour répondre à la pensée qui a inspiré la
+ Contre-exposition, que pour l'édification entière de cette épreuve,
+ peut-être unique, qui nous est offerte.»
+
+ _Les membres du Comité_,
+
+ Chintreuil,
+ Desbrosses, (Jean),
+ Desbrosses,
+ Depuis (P. Félix),
+ Junker (Frédéric),
+ Lapostolet,
+ Levé,
+ Pelletier (Jules).
+
+ Paris, le 14 mai 1863.
+
+S'il faut insister sur l'utilité, sur l'importance de la défense et sur
+celle de l'Exposition des tableaux refusés, je dirai que les tableaux
+reçus sont peut-être moins mauvais, mais à coup sûr plus ordinaires et
+plus médiocres que les autres. On trouvera bien plus de hardiesse et
+d'essai, bien plus de tentatives malheureuses, mais courageuses dans les
+tableaux refusés que dans ceux reçus.
+
+Une remarque très-judicieuse à faire, c'est qu'il y a un système absolu
+d'exclusion pour les tableaux d'un certain genre, pour tous ceux, par
+exemple, de l'école dite _réaliste_. Toute tentative faite en dehors des
+principes ou des habitudes de l'Académie est rejetée. Nous résumerons à
+la fin de ce livre ce que nous pensons de toutes les écoles, de tous les
+systèmes, de l'Académie, des jurys, etc., et nous insisterons sur cette
+répréhensible unité de refus, de rejet des oeuvres faites dans le goût
+d'à présent, vécues et humées dans l'air au lieu d'être servilement
+imitées, éternellement rêvées de la même manière.--tirées d'un moule
+uniforme.
+
+Cette Exposition des Refusés faite pour la première fois, attire
+beaucoup plus de monde que celle des reçus. On s'y amuse bien plus, et
+l'on y vient juger juges et jugés. Que de tableaux refusés et acceptés
+sans la moindre apparence de raison! Pourquoi oui et, pourquoi
+non?--Pourquoi, par exemple, n'a-t-on pas admis les paysages de M.
+Harpignies? Ceux de M. Chintreuil, on s'explique encore leur refus; sans
+être d'une audace outrée, ils contiennent une étude très-minutieuse et
+très-fine de la nature champêtre; ils sont un peu en dehors du
+bien-faire ordinaire; ils ont pu, comme la grenouille, effrayer le
+lièvre académique; mais les paysages de MM. Harpignies, de Serres,
+Jongkind et de plusieurs autres; mais le grand tableau de M. Briguiboul,
+supérieur à celui du même peintre qui est parmi les reçus; mais les
+_Embrasseux_ de M. Jean Desbrosses, des _natures mortes_, des _fruits_,
+des _ognons_, des _carottes_, etc.; les portraits de MM. Julian, Fantin,
+Gilbert et vingt autres, pourquoi les avoir refusés? Personne, pas plus
+un juré qu'un jury, pas plus un critique d'art qu'un peintre, ne pourra
+donner une bonne raison du refus. Les peintures que je viens de citer
+sont proprement, habilement exécutées dans les règles et dans les
+conditions de sujet et de faire ordinaires. Donc, même en dehors de tout
+esprit révolutionnaire, les peintres des tableaux susdits, qui ont
+protesté en profitant de la Contre-exposition offerte, ont eu doublement
+raison.
+
+Ah! je comprends les frayeurs du jury à l'aspect des hardiesses du
+maître-peintre Courbet, ou du peintre des croque-morts, M. Lambron; les
+peintres de talent ont presque tous eu le même sort: on les a refusés
+jusqu'à ce qu'ils se soient imposés, jusqu'à ce qu'ils soient entrés de
+force, portés dans la salle par tout le monde. Quant aux peintres
+originaux, il leur a fallu lutter toute la vie et employer des moyens
+malicieux pour se faire admettre et se glisser derrière leurs pauvres
+confrères,--pour se placer à côte d'eux.
+
+Je comprends que l'amour du calme et le respect de l'Académie fassent
+reculer les juges devant le gai tableau de M. Fitz-Barn, _La Cage_, qui
+attire tant de monde, et qui contient tant d'animaux. Je m'explique le
+rejet _du Lever_ de M. Julian, _du Jeu de paume_ de M. Colin, de _la
+Femme adultère_ de M. A. Gautier, du _Bain_ de M. Manet, de _la Fille
+Blanche_ de M. Whistler, le plus spirite des peintres, et de _la
+Dernière heure_ de M. Viel-Cazal. Tous ces tableaux très-remarquables,
+ou très-osés, ont dû troubler des gens chargés de la défense du bon
+goût, de l'Art, de la Science et de beaucoup trop de choses que personne
+ne veut attaquer.
+
+Tout le monde peut s'assurer que ce plaidoyer pour les Refusés est
+juste; que je ne dis que des vérités et que ces vérités sautent aux
+yeux.
+
+On peut dès à présent être certain que les tableaux que j'ai cités
+attirent et méritent l'attention par des raisons diverses.
+
+Dieu! que c'est ennuyeux, l'Exposition! Comme tous ces cadres dorés,
+tous ces numéros, toutes ces peintures _a giorno_ vous taquinent les
+yeux, vous dessèchent la gorge, vous font mal au cou!
+
+Si j'avais l'intention de devenir critique d'art et _de faire le Salon_
+souvent, j'aimerais mieux, je crois, faire une tournée dans tous les
+ateliers quelques jours avant l'Exposition, que d'aller au musée. Ce
+serait plus fatigant et plus ennuyeux, mais je verrais mieux. Rien n'est
+plus discordant que cet amas de peintures. Au-dessous d'un tableau grave
+grimace un tableau grotesque.
+
+Mais je ne veux pas devenir critique d'art.
+
+Ah! les critiques d'art!
+
+ Voilà, voilà, voilà!
+ Le vrai critique d'art français.
+
+Le fameux critique influent au gilet blanc, celui-là même qui _se
+groupait_ dans les foyers de théâtre, les soirs de première
+représentation, et qui _protégeait_ si solennellement les auteurs
+dramatiques et les acteurs, n'est rien auprès du critique d'art.
+
+Le critique d'art a une importance qu'il ne cherche pas à dissimuler.
+Cette importance est basée sur sa science. C'est lui qui a fait des
+découvertes d'esthétique, de Svedenborgisme, de philosophie et de
+spiritisme dans les paysages et dans les tableaux. Jusqu'alors on
+n'avait trouvé dans la peinture que la représentation des objets plus ou
+moins réussie. Le critique d'art est enfin venu, armé de gros tomes, et
+il a démontré aux peintres que les diverses écoles de philosophie
+allemande, n'étaient pas du tout étrangères à la peinture. Kant,
+Leibnitz, Spinosa, Hégel, Schelling, Fichte, Richter, Grimm, Locke,
+Condillac et Denis Diderot, Svedenborg et Saint Martin font bien dans le
+paysage et les critiques d'art, qui sont leurs interprètes pour les
+peintres, les ont barbouilles de vermillon et de jaune de chrome et ont
+puissamment prouvé la nécessité absolue de leur incarnation dans la
+peinture à l'huile. Avant le critique d'art, on ne savait que voir la
+peinture, on ne savait pas la lire. Actuellement, grâce aux critiques
+d'art, les peintres mieux renseignés, remplissent leurs paysages et
+leurs portraits d'esthétique et de svedenborgisme. Heureux qui peut
+entendre un paysagiste approfondir les questions _d'objectif et de
+subjectif_, de sensualisme, de matérialisme et de spiritisme, et
+résoudre le problème _des trois corps_, d'après le fameux marquis de
+Condorcet.
+
+J'ai eu la chance de me trouver dans une société de peintres et de
+critiques d'art, brasserie allemande, où l'on discutait fortement, à
+propos de la dernière exposition de tableaux et de celles de Courbet,
+sur la définition de _la substance_. Les peintres, en méditant le fameux
+_Enterrement d'Ornans_ du maître-peintre, inclinaient d'abord pour le
+cartésianisme, puis, définissant _la substance_, ils la considéraient
+comme purement passive et invoquaient à l'appui de leur dissertation
+Mallebranche, Descartes et Spinosa. A la seconde tournée de canettes,
+les critiques d'art ramenèrent avec un grand bonheur d'expressions les
+peintres aux _monades_ et à une _harmonie préétablie_ qui expliquait
+tout.
+
+Le critique d'art a rendu le peintre plus bête qu'il n'était,--plus que
+la nature,--presque autant que lui.
+
+Il est la cause de la classification des peintres qui donnera une si
+rude besogne aux professeurs du Muséum:
+
+ Les peintres, désormais, rangés sur une liste,
+ Seront étiquetés par un naturaliste.
+
+ * * * * *
+
+
+=CLASSIFICATION DES PEINTRES=
+
+ÉCOLE DE PARIS
+
+Les peintres de cette école sont généralement élèves de Gassendi; comme
+ce célèbre professeur, ils font leur syntagme légèrement colorié
+d'épicurisme.--Voltaire, Rousseau, d'Alembert et Diderot empoignent les
+peintres à leur sortie de l'école de Gassendi et les poussent au
+matérialisme. Le fameux Biard, un des plus vieux élèves, se rappelant
+que Molière avait été aussi disciple de Gassendi, s'est surnommé le
+Molière de la peinture.
+
+Quelques spirites jettent de la variété dans cette école, à laquelle se
+rattachent les Michel-Ange de Montmartre, dont nous avons
+esquissé autrefois les portraits comme suit:
+
+
+LES MICHEL-ANGE DE MONTMARTRE
+
+Montmartre fut autrefois célèbre dans le monde des railleurs par son
+Académie. Les ânes de Montmartre sont tous _artisses_.
+
+ * * * * *
+
+Tout le quartier Bréda, la rue des Martyrs, les boulevards extérieurs et
+les rues de Montmartre sont occupés par des peintres, des gens de
+lettres, sculpteurs, musiciens, acteurs et architectes de vilaine
+espèce. Le fluide sympathique, loi physique irrésistible, les a attirés,
+groupés et parqués dans un même lieu.
+
+ * * * * *
+
+Généralement ils sont malpropres. Ils affectent dans leurs allures, dans
+leur mise, dans leur langage, une désinvolture qui voudrait prouver que
+l'Art seul les préoccupe. Les lignes et les coupes vulgaires de leur
+figure les rendent odieux aux yeux avant que les oreilles ne soient
+blessées par leur voix: car l'horrible vulgarité leur sort par tous les
+porcs et par tous les sens.
+
+ * * * * *
+
+Ils se font _des têtes_, ce qui serait excusable s'ils pouvaient
+comprendre l'insuffisance de celles que la nature leur a faites; mais
+non, ce n'est qu'une prétention bête: ils veulent attirer les regards
+des bourgeois, dans les estaminets.
+
+ * * * * *
+
+Pour se faire de grands fronts, ils rejettent leurs longs cheveux en
+arrière, les ébouriffent ou les collent derrière l'oreille, les séparent
+par une raie au milieu de la tête ou les portent à la _mal-content_, en
+laissant alors croître leur barbe, qu'ils taillent avec le même art.
+
+ * * * * *
+
+Une remarque bizarre résulte de leur examen. Au bout de peu de temps,
+l'intimité leur donne à tous la même voix, les mêmes gestes, les mêmes
+paroles, la même démarche.
+
+ * * * * *
+
+Si l'un d'eux s'accoutre d'une façon, deux jours après le camarade est
+affublé pareillement.--Les paletots-sacs et les feutres à larges bords
+sont de leur goût: _ça_ a du _chic_ ou du _caractère_, disent-ils.
+
+ * * * * *
+
+Mais le plus souvent on les voit passer dans le quartier ou s'attabler
+dans les cafés, habillés de pantalons à pied à larges carreaux, de
+vareuses rouges et coiffés de chapeaux de paille, de bérets, ou plus
+simplement tête nue.
+
+ * * * * *
+
+Ils partagent avec les acteurs la manie du tutoiement, et ce sont
+justement leurs propos qui provoquent dans l'homme les hauts-le-coeur
+les plus précipités.
+
+ * * * * *
+
+Ils ne s'abordent jamais sans s'adresser cette phrase sacramentelle:
+«Bonjour, _ma vieille_, comment _qu'ça te va_?» Quelques mots d'argot
+étincellent maladroitement dans leur conversation. Mais voici un
+échantillon significatif, qui achèvera de donner une idée juste de leurs
+expressions:
+
+ * * * * *
+
+Un soir, quelques-uns de ces messieurs étaient réunis dans un atelier.
+Un d'eux chanta une abominable niaiserie intitulée: _le Voyage aérien_.
+Le chanteur prenait des airs inspirés qui paraissaient émouvoir
+profondément l'auditoire. Quand il eut fini, tout le monde l'entoura, le
+félicita vivement; puis un peintre lui serra les deux mains en lui
+disant: «_C'est égal, tu y as été de la larme_.»
+
+ * * * * *
+
+Leurs moeurs ne sont pas édifiantes. Leurs soirées se passent dans les
+bals de barrière ou dans les estaminets; leurs nuits, je ne peux pas
+dire où. Enfin ils emploient leurs jours à dormir, flâner, jouer au
+billard ou à l'_impériale_, à fumer et à boire et manger des poisons qui
+ne les tuent pas.
+
+ * * * * *
+
+Leurs opinions artistiques et littéraires sont que M. Gustave Doré a un
+talent «_épatant_, «que M. Edmond About est «_l'esprit français»_ en
+personne; que sais-je encore? Cela suffit.
+
+ * * * * *
+
+Du reste, il n'est rien qui ne leur soit familier: peinture, poésie,
+sculpture, musique, philosophie, sciences, tout est de leur ressort.
+Semblables en cela au _Solitaire_ de M. le vicomte d'Arlincourt, ils
+voient tout, ils savent tout, ils sont partout.
+
+ * * * * *
+
+Quoiqu'ils soient tous de _bons garçons_, il ne faut pas se fier à eux.
+Comme ils sont naturellement répulsifs, aux yeux d'abord, ensuite aux
+oreilles et au nez même, puis surtout aux intelligences, il en résulte
+qu'ils ont pris en aversion tous ceux qui voient, qui entendent ou qui
+comprennent.
+
+ * * * * *
+
+C'est parce que ces _artisses_ ne font rien qu'ils se mêlent de tout;
+quand je dis qu'ils ne font rien, c'est l'exacte vérité. Cependant, de
+temps en temps, ils barbouillent des vers ou de la prose, ils
+griffonnent des tableaux, pétrissent de la musique et gâchent des
+plâtres; ils sont tous peintres, musiciens, poètes, sculpteurs et
+philosophes. Cette multiplicité de moyens dans l'impuissance les a fait
+surnommer _les Michel-Ange de Montmartre_.
+
+(1856.)
+
+
+ÉCOLE DE ROME
+
+Les peintres de cette école sont universels et éclectiques. Ils n'ont
+pas de parti pris en philosophie. Pic de la Mirandole, Bacon, Machiavel,
+Gozzi, Humbold et Cousin sont sur leur palette. Quand ils rentrent à
+Paris ils deviennent hommes du monde et quelquefois musiciens. Ils
+reçoivent.
+
+
+ÉCOLE DE FONTAINEBLEAU
+
+Cette école est celle qui contient la plus grande variété de peintres
+philosophes.--C'est toute une ménagerie.
+
+Les peintres de Barbison
+Ont des barbes de bison.
+
+Presque toutes les célébrités picturales ont vécu à _Barbison_, à
+_Marlotte_ et à _Samois_. Habitués à grimper de roc en roc dans les
+_gorges d'Apremont_, ils abordent aisément les pics escarpés de la
+philosophie la plus allemande. Le _Mont-Aigu, Franchard_, la _Roche qui
+pleure_ et la _Mare aux fées_ leur ont donné de saines idées sur
+Leibnitz, Spinosa, Kant, idées dont les critiques d'art avaient planté
+le germe en eux. Que de paysages philosophiques résultent de ces divers
+systèmes!
+
+Voilà ce que les critiques d'art ont fait. Ils ont comme des incubes et
+des sucubes tellement gratté les pauvres cervelets des peintres, qu'ils
+le sont complètement rendus fous, tandis qu'eux restaient simples
+crétins.
+
+Il y a autant de _faiseurs de Salons_ que de tableaux à l'Exposition.
+Chaque toile pourrait avoir son critique spécial. Il faut retenir
+l'accent _niais_ et magistral des bonshommes de lettres disant: «Cette
+année, je fais le Salon.» C'est pourtant Denis Diderot qui est cause de
+ce mal; il n'est pas plus coupable que le soleil de faire naître les
+vers à soie; mais enfin tous les coléoptères du petit et du grand
+journalisme ont le nom de Diderot à la trompe; ils se collent comme des
+taons au ventre des peintres et sur les tableaux, croyant faire comme le
+grand écrivain. Ils ne se doutent guère que Diderot examinait la
+peinture bien plus en philosophe et en homme qu'en peintre. Le sujet,
+les poses, les expressions, la composition, l'intéressaient infiniment
+plus que la manière de peindre, le dessin et la couleur. Greuze, par
+exemple, ne traitant que des conceptions simples et humaines, ne
+représentant que des scènes villageoises, bourgeoises ou familières avec
+naïveté et arrangement tout à la fois, lui semblait être le plus grand
+peintre de l'époque. Quant à l'argot des rapins mâché par les critiques
+diptères; quant aux mystères de la couleur, si souvent révélés, dans ces
+derniers temps, par les suceurs d'esthétique, je crois que Diderot n'y a
+jamais songé.
+
+La peinture s'adresse d'abord et presque exclusivement aux yeux. Il
+s'agit plus de voir que de comprendre. Le but, est de représenter les
+objets. Plus la ressemblance est grande, plus la perfection est
+approchée. La littérature peut tout; elle crée, décrit ou peint, raconte
+et analyse. La peinture ne fait que reproduire ou interpréter. Je me
+rappelle que ces opinions allumèrent une grosse discussion entre
+plusieurs peintres et un homme de lettres qui cita alors, à l'appui de
+ses arguments, Manon Lescaut. D'après le portrait qu'en fait l'abbé
+Prévost, disait-il justement, on la voit; tout le monde se la figure, à
+peu de différence près, de la même manière, et telle que les peintres et
+dessinateurs eux-mêmes l'ont traduite en tableaux ou en gravures. Mais
+jamais ces messieurs ne pourraient en une galerie immense décrire ou
+peindre son caractère et ses passions. Ils ne représenteraient que sa
+personne et des situations.
+
+L'Exposition des refusés est au moins curieuse. Plusieurs tableaux que
+j'ai déjà cités de MM. Briguiboul, Whistler, Fantin, Manet, Gautier,
+Colin, Gilbert, Viel-Cazal, Chintreuil, Jean Desbrosses, Julian, forcent
+l'attention. Nous allons avec soin passer en revue tous les tableaux de
+cette Exposition, où nous avons constaté une déplorable _unité de
+refus_, sur laquelle nous insistons. Nous répéterons les opinions de
+beaucoup d'artistes et de visiteurs, et toutes les remarques curieuses
+qui pourraient être faites par nous et par tout le monde.
+
+ * * * * *
+
+
+
+
+
+II
+
+=SOMMAIRE=
+
+ Grande, moyenne et petite classe des Refusés.--Les braves.--Les
+ suspects.--Les poltrons.--On demande les têtes des
+ suspects.--Messieurs, le maître-peintre Courbet!--Évidence de sa
+ supériorité.--Parenthèse.--Encore le critique d'art.--Paysages de
+ M. Daubigny en plusieurs chants.--Hautes opinions de Courbet à
+ propos de la peinture.--Révolution-Courbet.--Ornithologie des
+ critiques d'art.--Ce qu'ils avaient sur les yeux.--Réalisme et
+ Romantisme.--Haro sur le maître-peintre!--Les bons curés, tels que
+ les voulait Béranger et que ne les veut pas M. Veuillot.--Exposition
+ du Refusé en chef.--Peinture à l'encre ou description.--Conclusion
+ raisonnée.
+
+ * * * * *
+
+Les Refusés peuvent être divisés en trois classes:
+
+La première, la _grande_, est celle des Oseurs, des
+Révoltés, des Protestants contre les jurys, une
+Batterie des hommes sans peur; c'est pour ces peintres-là, qui
+ne se tiennent pas tranquilles, qui sont convaincus qu'ils savent ce
+qu'ils font, que l'Empereur a décrété une Contre-Exposition. Elle était
+ouverte à tous; mais le danger d'être tué ou blessé,--c'est-à-dire de
+déplaire au jury et d'être évincé une autre fois, le peu de courage, de
+foi en soi-même aussi, ont empêché un grand nombre de peintres de
+s'exposer--aux balles coniques des critiques et aux obus du public,
+autrement dit aux feuilletons et aux éclats de rire.
+
+Ces peintres-là, leurs confrères, les Braves refusés, les
+appellent des Couards et fixent leur nombre à 1,800 ou 2,000.
+C'est eux qui composent la troisième, la petite classe.
+
+Quant à la seconde, c'est celle des Suspects, gens timides,
+indécis, qui acceptent en longues phrases, au lieu de dire franchement
+oui; peintres timorés qui laissent leurs tableaux dans la salle des
+Refusés, mais qui sont inquiets d'être vus. Ils ont l'air d'être
+derrière leurs confrères, bien qu'ils soient à côté d'eux; en deux mots,
+ils ne mettent pas de numéros à leurs toiles; ils ne se sont pas faits
+inscrire dans le catalogue des Refusés, et ils ne peuvent être signalés
+que par les chiffres de refus de l'administration. Quelques-uns mêmes de
+ces peintres qui se trouvent mal et ont des borborygmes n'ont pas signé
+leurs ouvrages. Si le Comité des Refusés était aussi décidé que son
+aîné, le Comité de salut public, les Suspects seraient
+guillotinés tous comme les traîtres et les lâches.
+
+A la tête des plus vaillants Refusés, il convient de placer Courbet.
+Quoiqu'il ne figure pas parmi eux, dans le catalogue et dans le Musée,
+il est le plus Refusé des Refusés.
+
+Courbet est la plus puissante individualité qui se soit produite parmi
+les peintres depuis une vingtaine d'années.--Pour ceux qui ne cherchent
+pas dans la peinture ce qu'on n'y peut pas trouver, la philosophie, la
+poésie ou l'astronomie, l'agriculture, etc., mais qui se contentent d'y
+voir la représentation naïve et vigoureuse des faits et des objets, la
+supériorité du maître-peintre est évidente.
+
+(Je n'exagère pas la démence des critiques d'art et d'une foule d'autres
+gens, en disant qu'ils ne peuvent admettre qu'une peinture ne soit
+qu'une peinture, et que dans un tableau ce qui les charme le plus, c'est
+ce qui n'y est pas. Voilà un critique qui m'interrompt pour me lire son
+article sur M. Daubigny: «Chaque touche, a-t-il écrit, est «un
+hémistiche et fait venir à l'esprit un son cadencé, etc. C'est _avant
+tout_ un grand poëte!!!»)
+
+Courbet tout en ayant, des idées assez vastes de la peinture et des
+mondes qu'elle peut contenir, est convaincu d'abord qu'elle doit _faire
+ressemblant_, et que le meilleur moyen de faire ressemblant est de voir.
+Cette opinion instinctive est assurément préférable à celle de croire,
+comme le fameux M. Thoré, que la peinture est faite pour instruire les
+masses et donner des leçons de politique ou de morale.
+
+Toute espèce de tricherie est écartée des tableaux de Courbet. Il vaut
+mieux, croit-il, avoir vu ce qu'on veut peindre que l'avoir rêvé; la
+peinture mythologique ou allégorique excite son rire franc-comtois; il
+pense que la peinture est plus faite pour les yeux que pour
+l'imagination; il veut voir pour peindre. En Art, le parti pris, est
+indispensable.
+
+Le système de Courbet a fait éclore de nombreux partisans; on voit
+maintenant une foule de tableaux du genre dit réaliste. Tous ces
+croque-morts, ces carriers, ces sarcleurs, etc., c'est la faute de
+Courbet. Il fait école non seulement pour le sujet, mais encore pour la
+manière de peindre. Les nouveaux ne subissent pas seuls l'influence du
+nouveau maître: des anciens, et des plus célèbres, ont visiblement
+modifié leur peinture depuis sa venue. Le tableau de l'_Enterrement
+d'Ornans_, si décrié à son apparition, demeuré le chef-d'oeuvre de
+Courbet, quoi qu'on en dise et quoiqu'on ne veuille reconnaître de, lui,
+pour ne pas avoir l'air de se rendre, que des tableaux très-beaux sans
+doute, mais d'une moindre importance, l'_Enterrement d'Ornans_, dis-je,
+a fait émeute, mais aussi révolution. Les oeuvres que Courbet a exposées
+en 1861, lui avaient rallié, outre les jurés et les académiciens, les
+semblables de M. Anatole de la Forge et autres critiques qui manquaient
+à sa collection. C'était toujours la même peinture, mais ce n'était plus
+le même sujet. Les postères de la fameuse _Baigneuse_ qui avaient
+empêché bien des critiques d'art de s'apercevoir qu'elle était
+admirablement peinte, dans un paysage et à côté d'une belle fille
+également exécutés de main de maître, ne furent plus posés pendant un
+instant sur leurs binocles. Le _Combat de cerfs_, le _Renard sur la
+neige_, le _Cerf blessé_, etc., sont de superbes peintures qui
+n'offensent personne. Ceux même que le mot: _réalisme_ retenait encore
+par leurs pans d'habit commencent à comprendre que ce mot n'est qu'un
+nom, comme toute révolution littéraire ou autre en a toujours pris un,
+nom qui n'engage en rien les individualité entre elles, qui leur laisse
+leur pleine liberté, et qu'un artiste hardi, indépendant et original
+peut accepter comme il eût accepté relui de romantisme en 1830.
+
+Mais cette année tout est bien changé. Il n'y a plus assez de cris
+contre Courbet; il a envoyé au jury un grand tableau, représentant _des
+curés ivres_, dont nous allons parler tout à l'heure. Ce tableau était
+escorté de deux ébauches, une _Chasse au renard_ et un _Portrait de
+dame_.
+
+Courbet, médaillé, était reçu de droit; mais _les curés_, dodelinant et
+barytonnant, ont scandalisé le catholicisme du jury, et le tableau a
+été--je ne puis pas dire: refusé, car il serait exposé,--a été... remis
+à la disposition de son auteur qui, ne trouvant aucun endroit public où
+il fut accepté, a fini par le recevoir dans son atelier, rue
+Hautefeuille nº 32. Tout le monde est invité à venir le contempler tous
+les jours jusqu'à midi.--On fait queue.
+
+Jamais le maître-peintre Courbet n'avait fait un tableau aussi vivant,
+aussi amusant, aussi pris sur nature et étudié que celui-là.
+
+Par un beau temps septembral, le long d'un chemin de campagne, s'avance
+un groupe de curés rabelaisiens, dont un, doucement cahoté sur un joli
+âne, ressemble à un silène rubicond, plein d'une bonhomie vinicole qui
+semble dire: Mon Dieu, cela ne fait de mal à personne! Un curé à
+lunettes bleues et au nez pointu le soutient de ci, et un jeune vicaire
+qui pourrait bien lui appartenir de très-près, tant il lui ressemble, le
+soutient de là; un autre jeune vicaire--ineffable, celui-là,--tire le
+grison par la bride; un troisième vicaire ramasse un vieux curé qui
+butte à chaque pas.
+
+Un peu en arrière, marche à pas comptés un curé bourgeonné, aux cheveux
+vineux, balancé par le vin, qui tout en perdant son chapeau sans s'en
+apercevoir, raille la faiblesse de son collègue. La goguenarderie, la
+sanguinolence coutumière du teint, produite par une longue série de
+repas copieux et prolongés, l'équilibre de ce curé, sont des merveilles
+de peinture.
+
+Quatre servantes viennent au loin, égrenant des chapelets, suivant avec
+un calme béat cette sainte orgie dont elles ont fait la cuisine.
+
+Un brave paysan regarde passer le cortège en riant de tout son coeur et
+de tout son ventre, mais sans ironie, auprès de sa femme agenouillée,
+habituée au respect de monsieur le curé.
+
+Certes, ce tableau, un des plus vigoureux et des plus animés de
+Courbet, n'est pas l'oeuvre d'un catholique fervent qui s'incline comme
+la bonne femme ci-dessus désignée sur le passage d'une débauche
+presbytérale, mais elle n'annonce pas non plus des intentions
+malicieuses et subversives contre la religion. On ne reconnaît pas dans
+cette peinture l'ironie hostile et voltairienne de Béranger, l'inventeur
+de ce bon curé populaire de Meudon, qui boit et danse avec les
+fillettes, sur l'herbette, au nez de l'implacable Louis Veuillot.
+
+Courbet n'a fait que représenter une scène significative, expressive et
+gaie; le rejet la rend plus bruyante, plus voyante que ne l'aurait fait
+l'admission.
+
+ * * * * *
+
+
+
+
+
+III
+
+=SOMMAIRE=
+
+ Missive d'un élève, jeune encore, au nom des Refusés.--Étrange
+ prétention.--Un petit lopin.--Arguments sans réplique, réponse
+ accablante.--Le critique d'art revient sur l'eau.--Il est question
+ de M. Brivet-le-Gaillard et de Molière.--Naïveté
+ indispensable.--Premier prix donné à M. Whistler.--Plusieurs
+ tuiles se détachent et tombent sur les têtes du Jury.--La bêtise
+ afflige les uns et réjouit les autres.--Déclaration de principes.
+ --Dithyrambe bien appliqué à M. Signol.--L'art militaire et la
+ religion mal représentés dans les arts.--Le _suspect_ Briguiboul
+ est acquitté.--La Mythologie de M. Émile Loiseau n'est pas adressée
+ à Émilie Demoustier.--Mosaïque ou dessin à petits carreaux.--M.
+ Amand Gautier jette la pierre à la femme adultère.--Le sujet est
+ mis au concours par tout le monde.--Le public refait le
+ tableau.--Un amant en déshabillé, vu de dos.--Le Muséum-Gautier.
+ --Un petit air qui n'est pas de Nargeot.--La Tombe de l'Oiseau ou
+ l'Architecte en démence.--Imitation de Vadé à l'adresse du
+ jury.--La province ne vote pas comme Paris.--Preuves à l'appui.
+
+ * * * * *
+
+Nous recevons une lettre de M. Ancourt, un des Refusés hardis inscrits
+sur le catalogue, une réclamation _au nom des artistes refusés_....
+
+«_Cet élève, jeune encore_, écrit que les Refusés _n'avaient pas la
+prétention d'être exposés face à face avec les peintres en renom et même
+déjà décorés_ (sic).» Mais, alors, quelle était leur prétention en
+envoyant leurs tableaux à la Commission d'examen?
+
+_Nous n'avons demandé qu'un petit coin_,» répond ledit peintre, «_pour
+recueillir, s'il est possible, quelques encouragements_.» Ce petit coin,
+si modeste, vous pouviez l'obtenir sans vous faire refuser. On ne vous a
+fait la concession du grand coin de la Contre-Exposition que pour donner
+satisfaction aux plaignants et réclamants, et les faire ainsi juger, eux
+et le jury, par le public. Si le public ratifie par sa critique les refus
+de la Commission, les peintres sont condamnés, sinon, c'est la
+Commission qui est coupable.
+
+Quant aux encouragements, qu'est-ce cela? Un artiste ne se décourage
+pas. Il sait ce qu'il fait et n'a pas besoin de compliments.
+
+Qu'en regardant son oeuvre il se dise: c'est bien,
+Sûr d'elle et sûr de lui,--tout le reste n'est rien.
+
+Encourager qui? Quelqu'un qui fait mal à continuer?
+
+Notre correspondant ajoute: «_Nous ne disons rien de la prétendue
+injustice du jury_, etc.» Pourquoi donc protester contre sa décision en
+acceptant la Contre-Exposition? Et M. Ancourt nous écrit _tout ce que
+dessus_ Au nom des artistes Refusés! J'affirme qu'il se trompe
+et qu'un grand nombre de Refusés n'ont pas les mêmes opinions que lui.
+
+Quelques personnes se sont méprises à propos de la petite physiologie du
+critique d'art détaillée au commencement de ce livre. Je n'ai appliqué
+dérisoirement ce titre qu'à des _jugeurs_ dont j'ai fait la description
+ressemblante, qu'à des _faiseurs de Salons_ de profession qui ne savent
+ni critiquer, ni écrire, ni voir, ni lire. Mais il faut bien se garder
+de croire que je puisse confondre ces importants personnages avec des
+écrivains de génie ou de talent qui ont exprimé leurs opinions sur des
+peintres et sur la peinture. Si par quelques traits, ceux-ci se
+rapprochent de ceux-là, ce n'est qu'un petit ridicule qui se noie dans
+la valeur du littérateur-critique. Mais, je le répète, je n'ai pas plus
+voulu mêler ces hommes spirituels, intelligents et savants, que
+moi-même, qui suis bien aussi un peu critique d'art, aux pédadogues du
+Palais-de-Justice, de l'École normale, du Notariat, du monde et de
+brasserie, dont j'ai cité les infirmités, les tics, les dislocations,
+les loupes et les bosses intellectuelles. Quand on fait le portrait d'un
+type d'animal, cela n'est pas le portrait de tous les animaux. M.
+Brivet-le-Gaillard, déjà nommé, ne dit pas non plus que ses _Types de
+chevaux_ représentent tous les chevaux. L'ancien Trissotin et l'ancien
+Vadius n'étaient pas, dans la pensée de Molière, la portraiture de tous
+les savants et poètes de son temps. De même, en caricaturant certains
+peintres très-nombreux, je ne parle que de ceux-là et non d'autres,
+comme le verront les gens qui continueront la lecture de ce livre.
+(Quoique tout ceci soit d'une simplicité qui le rend inutile à dire, il
+est bon, il est important de le dire. On ne saurait trop expliquer les
+choses).
+
+La peinture la plus singulière, la plus originale, est celle de M.
+Whistler. La désignation de son tableau est: _La Fille blanche_. C'est
+le portrait d'une _spirite_, d'un _médium_. La figure, l'attitude, la
+physionomie, la couleur, sont étranges. C'est tout à la fois simple et
+fantastique. Le visage a une expression tourmentée et charmante qui fixe
+l'attention. Il y a quelque chose de vague et de profond dans le regard
+de cette jeune fille, qui est d'une beauté si particulière, que le
+public ne sait s'il doit la trouver laide ou jolie. Ce portrait est
+vivant. C'est une peinture remarquable, fine, une des plus originales
+qui aient passé devant les yeux du jury. Le refus de cette oeuvre
+n'irrite que les gens qui croient aux examinateurs, aux comités et aux
+académies; ce refus fait plaisir à d'autres personnes et leur confirme
+une fois de plus la vérité. Ne rien faire qui vienne de soi-même, ne
+rien faire que d'après les autres, c'est ce que veulent dire règle et
+tradition, bases fondamentales de l'art académique, à qui nous devons
+Abel de Pujol et M. Signol.
+
+ Tombe aux pieds de ce sexe à qui tu dois, etc.
+
+Et, puisque je parle de ce membre de l'Institut, de ce juge des
+peintres, qu'il me soit permis (autrement je prends moi-même la
+permission) de citer ici, à cause de sa violence, un petit morceau
+extrêmement violent:
+
+ M. SIGNOL
+
+ «Une des hontes de notre temps, c'est qu'un peintre de la force de
+ M. Signol ait pu arriver à l'Institut. Ce que c'est, cependant, que
+ la médiocrité soutenue, la docilité académique et la bêtise
+ soumise! N'avoir ni impression, ni idées, ni exécution, mais garder
+ bonne mémoire des _pensums_ donnés à l'École des Beaux-Arts, et
+ pieusement conserver les recettes de la maison, cela suffit,
+ paraît-il, pour vous conduire à tout.
+
+ »M. Signol me représente un élève ignorant et noué, le dernier de
+ sa classe, toujours coiffé d'un bonnet d'âne, la risée de ses
+ camarades et le plastron des professeurs. Plusieurs générations se
+ succèdent; petit à petit, la classe se vide; les professeurs
+ meurent, et un beau jour, le bonnet d'âne, resté seul, finit par
+ monter en chaire.
+
+ »Sa profonde nullité a fait sa fortune. Il n'a heurté personne,
+ et, comme tous les gens médiocres, il a avancé, soutenu par tout le
+ monde. Très-fidèle à la tradition de l'École, je ne crois pas qu'il
+ ait jamais peint un sujet en dehors de l'Antique ou de l'Évangile.
+ Le cycle de ses sujets est pour lui le cercle de Popilius: Il n'en
+ sort pas.
+
+ »Le _Supplice d'une vestale_ obtient au Salon, cette année, un
+ succès de fou rire, et _Rhadamiste et Zénobie_ rappellent avec
+ bonheur le Malek-Adel de Mme Cottin qui inspira tant de pendules
+ au commencement de ce siècle. Il est impossible de dire ce qu'est
+ la peinture. Elle a la propreté lustrée du cuir verni; elle en a
+ aussi la sécheresse cassante. Est-elle passée au four comme la
+ peinture de Sèvres?
+
+ »Mais que vais-je chercher là? On ne peut pas plus s'occuper de la
+ couleur de M. Signol, que de sa composition, que du choix de ses
+ sujets. La seule chose qu'on soit en droit de lui demander, c'est
+ un peu de pudeur. Lorsqu'on peint comme lui, on se cache.»
+
+ Henry De La Madelène.
+
+ (_Figaro-Programme_, 20 mai 1863)
+
+Il est à remarquer que les tableaux religieux, que les tableaux à sujets
+académiques, militaires, mythologiques et romains, sont les plus
+mauvais. Que de victimes de MM. Brascassat, Léon Cogniet, Yvon, Gleyre!
+etc., etc.
+
+Il faut excepter M. Briguiboul. Son tableau mythologique est beau; il a
+bien plus de valeur que son tableau reçu. Ce n'est pas seulement mon
+opinion, c'est celle de beaucoup de peintres, et je crois pouvoir dire
+de tout le monde. Mais, malgré son talent, M. Briguiboul doit être
+classé parmi Les Suspects. Il n'est pas inscrit sur le
+catalogue. Il proteste timidement au Salon des Refusés contre son rejet.
+Il ne se montre que comme quelqu'un qui se cache. Je sais par hasard que
+ce beau tableau est de lui.
+
+Voici un autre tableau mythologique, celui de M. Émile Loiseau, _Hercule
+filant aux pieds d'Omphale_. Quelques peintres disent que ce tableau est
+_un Jules Romain_. Ce n'est pas ce que je pense; d'ailleurs, mieux
+vaudrait être soi, fut-on mauvais, que d'être un imitateur. _L'Hercule_
+de M. Loiseau est formidable même pour un Hercule. Ce n'est pas des
+biceps qu'il a sur les bras, mais des montagnes. Son torse est tellement
+accidenté d'énormes capitons que cela doit le gêner. Du reste, tout est
+hercule dans ce tableau. Omphale aussi se porte bien! Quelle gaillarde!
+Cependant cette peinture ne méritait pas les honneurs du refus. Par
+exemple, _l'Intérieur mauresque_, du même peintre n'est pas du tout de
+mon goût, je l'avoue. Il ressemble à une tapisserie ou plutôt à un
+dessin industriel colorié sur papier à petits carreaux.
+
+
+M. Amand Gautier figure aux deux Expositions. _La Femme adultère_ est un
+beau tableau dont le refus ne peut s'expliquer que parce qu'il est beau.
+Quelques peintres pensent que les peintres du jury, qui ont fait dans
+leur jeunesse _une Femme adultère_, n'auront pas admis qu'on traitât le
+sujet évangélique autrement que classiquement. M. Gautier a représenté
+sur le seuil d'un petit temple grec un mari féroce, dont la figure est
+toute en poils, menaçant de transpercer de son doigt pointu sa femme
+qu'il a chassée pour cause d'adultère.
+
+ Une femme, après tout, n'est pas une muraille,
+ Quand son coeur lui dit: Va! que diable! il faut qu'elle aille.
+
+Un ciel en feu, un chien qui aboie, des arbres aux rameaux pointus et
+tendus comme le doigt de l'époux irrité, semblent être tous avec lui
+contre la malheureuse jeune femme. Je ne pense pas que M. Gautier ait
+voulu donner une leçon à Jésus-Christ qui pardonne à la femme adultère;
+mais j'ai entendu quelques personnes le supposer. Le tableau est
+très-bien peint;--la femme, le ciel, le chien surtout sont réussis. On
+ne peut s'empêcher de prendre le parti de cette jeune épouse qui doit
+être jolie, je dis qui doit, car elle cache sa figure dans ses mains. Le
+mari est plus désagréable, plus méchant, plus ridicule encore que ne le
+sont ses semblables ordinairement. Le ciel orageux est admirable--pas de
+charité,--et cela s'explique mal, puis-qu'il est le séjour du Christ.
+
+Ce qu'il y a de plus comique, c'est que chacun éprouve le besoin de
+recomposer le tableau de M. Gautier. L'un dit: le mari devrait être
+chauve, et fait plusieurs observations judicieuses à ce propos. L'autre
+prétend que dans le fond du paysage on devrait apercevoir de dos
+l'amant, fuyant en tenant sa culotte sur le bras. Un troisième voudrait
+que le chien, au lieu de prendre part à... l'accident de son maître,
+léchât les mains de sa douce maîtresse. Enfin, chacun refait le tableau
+à sa manière, et _la Femme adultère_ est bien certainement le sujet qui
+aura été traité le plus cette année.
+
+M. Amand Gautier est un des jeunes peintres qui se sont fait remarquer
+dans ces derniers temps: _La Promenade des Frères_, _les Folles de la
+Salpétrière_, _les Soeurs de chanté_ sont des tableaux connus, estimés.
+_La Femme adultère_ est digne de ces peintures qui avaient été admises
+aux Expositions précédentes.
+
+Le peintre Gautier ne s'est pas seulement fait connaître par ses
+tableaux; sa ménagerie ne l'a pas moins illustré. Il avait dans son
+atelier, singe, chats, perroquet, chiens, rats, serins et une alouette
+qu'il préférait même à son singe, nommé Arthur. Lorsque cette jolie
+alouette mourut, je fis sur elle, pour adoucir la vive douleur du
+peintre, la chanson suivante, qui arrive ici comme dans un vaudeville
+(_entrée habilement préparée_):
+
+
+=L'ALOUETTE DU PEINTRE GAUTIER=
+
+ Qu'a donc le peintre Gautier?
+ Revient-il de l'autre monde?
+ Ne sait-il plus son métier?
+ Est-ce que Courbet le gronde?
+ Ses lèvres n'ont plus d'accueil
+ Même pour le doux sourire.
+ Une larme dans son oeil
+ Ne cesse jamais de luire;
+
+ Son ami, le singe Arthur,
+ Ne fait plus de cabrioles.
+ Le perroquet, d'un air dur,
+ Roule d'amères paroles.
+ Pourquoi donc tout l'atelier
+ S'attriste-t-il de la sorte
+ Avec le peintre Gautier?
+ C'est que l'alouette est morte!!!
+
+ Il aimait tant cet oiseau
+ Auquel, sur la serinette,
+ Il apprenait un morceau
+ Ou l'air d'une chansonnette!
+ Un rayon parti des champs
+ Venait-il dorer sa cage,
+ L'alouette dans ses chants
+ Semblait rêver paysage,
+
+ Elle était heureuse, alors,
+ Le plumage de sa tête
+ Tout d'un coup formant un corps
+ Se dressait comme une aigrette!
+ Elle semblait un instant,
+ Par ses ailes soutenue,
+ Planer sur le blé flottant
+ Et s'élever dans la nue,
+
+ Elle mangeait du millet
+ Dans la main de son bon maître,
+ Et jamais ne s'envolait
+ Quand il ouvrait lu fenêtre.
+ Avec tous les animaux
+ Elle était si bien unie.
+ Que pas un jour de gros mots
+ N'ont troublé leur harmonie.
+
+ On n'aurait pas pu l'avoir
+ Ni pour cent francs, ni pour mille,
+ Me disait Gautier un soir.
+ Sa douleur n'est pas puérile.
+ Il faudrait être bien dur
+ Pour railler d'une alouette.
+ Les coeurs simples comme Arthur
+ Comprendront qu'on la regrette.
+
+ Un jour Gautier s'en allant
+ Porte la pauvre petite
+ Chez un ami bienveillant.
+ Il devait revenir vite.
+ L'alouette était encor
+ Plus aimainte que son maître,
+ Son départ causa sa mort.
+ Elle se tua peut-être!...
+
+ Gautier comprit tous ses torts
+ Et demeura morne en face
+ De ce pauvre petit corps
+ Déjà froid comme la glace.
+ Gâchet, un bon médecin,
+ Fut chargé de l'autopsie.
+ «L'oiseau, dit-il, était sain;
+ Il est mort d'apoplexie.»
+
+ Les restes du cher oiseau
+ Furent déposés en terre
+ Sous un cerisier fort beau,
+ Dans un jardin solitaire.
+ Trois dames ont accompli
+ Cette mission secrète.
+ An pied du bel arbre on lit:
+ Ici gît une alouette.
+
+Ce n'est pas tout.
+
+Jugez de mon étonnement: Je passais dans le Salon de l'architecture
+refusée. Tout d'un coup, je vis _Un projet de tombeau pour une
+fauvette_! Ce projet de l'architecte, M. Edmond Morin, n'a pas été
+réalisé: il n'est pas même indiqué dans le catalogue. On m'a raconté que
+l'auteur l'avait fait pour l'alouette de M. Gautier. Mais le peintre
+l'ayant refusé, préférant un cerisier pour tout mausolée, l'architecte,
+vexé, destina son projet de tombeau à une fauvette imaginaire.
+
+M. Morin est le seul architecte dont nous parlerons. L'architecture,
+comme la tragédie et comme la sculpture, est en pleine déroute. On ne
+sait même pas imiter. On ne sait plus faire que des maisons et des
+embarcadères, comme l'église de Saint-Vincent-de-Paul et autres, ou des
+échafaudages de pâtisserie.
+
+Reprenons haleine.
+
+Il me semble qu'il y a longtemps que je n'ai dit des choses désagréables
+au jury--depuis le commencement de ce chapitre.
+
+Ah! c'est que je ne suis pas comme la bonne province; je n'ai pas été
+nourri dans le respect de la niaiserie chauve et du crétinisme entêté
+aux cheveux d'un blanc jaune, aux oreilles bouchées par le coton.
+
+ Ces cheveux--devenus blancs à force d'outrage
+ Au bien élémentaire,--on doit les respecter,
+ A dit, d'un air profond, un pion sans ouvrage
+ Que son cuir chevelu ne pouvait qu'irriter.
+
+Vraiment, je ne suis pas flatteur--on le voit--pas plus pour mes amis
+les peintres et les critiques d'art que pour d'autres; je ne crible pas
+ceux-ci de compliments et ceux-là d'invectives. Je suis sûr jusqu'au
+bout de ne pas épargner les gens, sans pédantisme, sans forfanterie,
+uniquement parce que je ressens l'irrésistible besoin de dire mon
+opinion--mon opinion qui me semble être pleine de raison,--autrement je
+ne la publierais pas. Mais n'est-ce pas violent de voir tant de dessus
+et tant de dessous de pain à l'huile--et au vinaigre--s'étaler
+majestueusement d'un côté interdit à d'autres pauvres croûtes non moins
+rassies et non moins trempées?--Et de ne rencontrer les plus hardies
+peintures que dans les salles des Refusés!
+
+N'est-il pas temps de laisser à tous les artistes le droit et la
+possibilité de montrer leurs oeuvres? Que peuvent les censures? Le
+public à tête de veau lui-même n'est-il pas mille fois plus intelligent
+que tous les jurys du monde? Sa raillerie, son gros rire suffisent et ne
+ruinent ni ne désespèrent l'artiste. Au contraire, les arrêts
+académiques, outre qu'ils sont toujours contestables et contestés,
+accablent les pauvres victimes et les empêchent de vendre leurs tableaux
+bons ou mauvais. Là les Académies cessent d'être risibles. Puisqu'on ne
+peut empêcher les mauvais artistes de pulluler, à quoi bon les empêcher
+de vivre? Trop de mécaniques et de machines à vapeur remplacent
+avantageusement les hommes et les forcent de ne pas subsister. Laissons
+les peintres inoffensifs remplir tranquillement les crèmeries en
+essayant de faire quelque chose.
+
+Après ces considérations philanthropiques, comment s'expliquer le
+style--on pourrait dire académique--des critiques d'art de la banlieue
+et de la province?
+
+«Heureusement qu'il est empaillé!» s'écrie M. C. Brun, en
+parlant d'un tableau, dans le _Courrier artistique_. L'article commence
+ainsi:
+
+ «L'Exposition des Refusés pourrait aussi s'appeler l'Exposition des
+ comiques. Quelles toiles! quelles oeuvres! quelle collection!
+ quelle galerie! Les bonnes choses, et il y en a peu, y sont
+ écrasées par les mauvaises. Que dis-je? les mauvaises! les
+ déplorables! les impossibles! Jamais, certes, succès de fou rire ne
+ fut mieux mérité. Le public, qui ne paye que vingt sols à la porte,
+ s'amuse pour plus de cinq francs.»
+
+Et ce morceau dithyrambique de M. Fichau, du _Mémorial de la Loire_:
+
+ «Mais j'ai épuisé, ce me semble, les divers chefs de plainte sans
+ avoir rencontré de ces dénis de justice, de ces abus de pouvoir, de
+ ces injustices criantes, dont vous étiez accusés et dont j'avais
+ commencé par vous accuser moi-même. C'est à peine si j'ai pu
+ démêler une dizaine de rigueurs, parmi tant de jugements
+ inattaquables. Vous avez cru que c'était votre droit comme
+ dépositaires des saines doctrines, des traditions et des
+ bienséances de l'art, de protester contre des tendances funestes,
+ de rejeter dans l'ombre des productions où l'art se ravale jusqu'à
+ violenter le regard par le scandale. Vous vous êtes dit que le
+ respect dû aux grands artistes vos ancêtres, que le souci de votre
+ illustration personnelle et de l'avenir artistique de notre pays
+ vous faisaient une loi d'être sans pitié pour les dévergondages de
+ sentiment et de forme et vous commandaient de leur refuser votre
+ approbation, sorte de brevet qui leur eût reconnu le caractère
+ élevé et les qualités d'oeuvres d'art. Voilà donc toute votre
+ iniquité.»
+
+Je ne sais pas pourquoi je cite cela, par exemple, à moins que ce ne
+soit pour faire plaisir au Jury.
+
+ * * * * *
+
+
+
+
+
+IV
+
+=SOMMAIRE=
+
+ La noblesse des Refusés remonte à bien avant les croisades.--Les
+ imbéciles n'admettent que leurs nez.--Heureuse comparaison entre
+ plusieurs peintres et une fleur exotique.--Le 93-Courbet.--Bain
+ d'eau-forte.--La soupe est sur la table des aqua-fortistes!--Un
+ guitariste se révèle.--Tabatière à diable.--Des peintres devenus
+ pierrots.--Conquête de toutes les Espagnes.--La séance est ouverte
+ et levée.--Les rassemblements sont défendus.--Bonjour. Thomas.--Un
+ poète prisonnier.--L'Infant n'a plus de droits au trône.--Le vieux
+ persiste.--Portraits. Silence!--Le _Jury-Charivari_.--Oeufs
+ brouillés et oeufs sur le plat.--Retour en Espagne sans canons.--Le
+ Jury--_Journal amusant_.--Souvenirs du jeune âge.--Vol de
+ diamants.--Du latin!--Andromaque.--Charenton.--M. Biard.--M.
+ Millet.
+
+ * * * * *
+
+La race des Refusés ne vient pas d'éclore. Tout artiste, tout auteur
+d'une oeuvre nouvelle, faite en dehors des routines, des conventions et
+des _confections_, est presque toujours _refusé_. Il blesse trop de gens
+de la majorité pour ne pas être rejeté dans son individualité. Les sots
+veulent qu'on leur ressemble et qu'on fasse comme eux. Non seulement un
+artiste n'imite pas, mais il ne veut pas être imité. Celui même qui ne
+peut pas être imité est le plus fort.
+
+Il y avait donc, depuis trois ou quatre ans, bien des peintres
+prédestinés à être refusés avant l'Exposition dont nous nous occupons.
+Or, parmi ceux-là, s'épanouirent tout d'un coup comme des magnolias: MM.
+Manet, Legros, Fantin, Karolus Duran, Bracquemond, etc. Le girondin de
+la révolution-Courbet, M. Amand Gautier, relie cette révolution à cette
+jeune pléïade que l'enthousiasme pour Rembrandt a poussé à
+l'eau-forte.--Ils font, je crois, tous partie de la société des
+Aqua-Fortistes, qui s'est également illustrée par ses dîners aussi
+fameux que ceux du journal _le Figaro_. Le célèbre éditeur Cadart
+présidait à ces banquets, et publie avec luxe les superbes gravures de
+ces messieurs.
+
+A la précédente Exposition--des reçus,--un groupe de jeunes peintres
+ci-dessus désignés, s'arrêta coi devant un tableau, représentant _Un
+joueur de guitare espagnol_. Cette peinture, qui faisait s'ouvrir grands
+tant d'yeux et tant de bouches de peintres, était signée d'un nom
+nouveau, _Manet_.
+
+MM. Legros, Fantin, Karolus Duran et autres, se regardèrent avec
+étonnement, interrogeant leurs souvenirs et se demandant, comme dans les
+féeries à trappes, d'où pouvait sortir M. Manet? Le musicien espagnol
+était peint d'une certaine façon, _étrange_, nouvelle, dont les jeunes
+peintres étonnés croyaient avoir seuls le secret, peinture qui tient le
+milieu entre celle dite réaliste et celle dite romantique. Quelques
+paysagistes, qui jouent un rôle muet dans cette nouvelle école,
+exprimaient par une pantomime significative leur stupéfaction. M.
+Legros. qui avait fait lui-même quelques tentatives audacieuses contre
+les Espagnols, mais qui n'avait pas dépassé le Tage, considérait le
+musicien comme une conquête des Espagnes, au moins jusqu'au
+Guadalquivir.
+
+Il fut décrété séance tenante, par ledit groupe de jeunes peintres,
+qu'on se porterait en masse chez M. Manet. Cette manifestation éclatante
+de la nouvelle école eut lieu.
+
+M. Manet reçut très-bien la députation, et répondit aux orateurs qu'il
+n'était pas moins touché que flatté de cette preuve de sympathie. Il
+donna sur lui-même et sur le musicien espagnol tous les renseignements
+qu'on voulut. Il apprit aux orateurs, à leur grand ébahissement, qu'il
+était élève de M. Thomas Couture. On ne s'en tint pas à cette première
+visite. Les peintres même amenèrent un poète et plusieurs critiques
+d'art à M. Manet.
+
+Après divers amendements, il fut convenu qu'on abandonnerait l'Espagne à
+M. Manet. Les portraits de _Mademoiselle V. en costume d'Espada_, et du
+_Jeune homme en costume de majo; les Petits cavaliers_, d'après
+Velasquez; _Philippe IV_, d'après Velasquez, et _Lola de Valence_,
+gravures, le tout admis aux Refusés, justifient pleinement la grave
+détermination du comité de la jeune pléïade. _Le Bain_, même, la plus
+grande toile de M. Manet, quoique représentant des Parisiens et des
+Parisiennes (elles en costume de bain _d'homme_, eux presque _en costume
+de majo_), a des allures espagnoles qu'on ne peut nier. On remarque dans
+cette peinture surtout, l'influence des victoires et conquêtes de M.
+Manet dans les Espagnes.
+
+Les trois tableaux de M. Manet ont dû jeter une perturbation profonde
+dans les idées arrêtées du Jury. Le public lui-même ne laisse pas que
+d'être étonné de cette peinture qui, en même temps, irrite les amateurs
+et rend goguenards les critiques d'art. On peut la trouver mauvaise mais
+non médiocre. M. Manet n'a certes pas un demi-parti-pris. Il continuera
+par ce qu'il est convaincu.--Finalement, quoique les amateurs prétendent
+retrouver dans la manière de M. Manet des imitations de Goya et de M.
+Couture,--légère différence.--Je crois que M. Manet est bien lui-même;
+c'est le plus bel éloge qu'on puisse lui faire.
+
+M. Legros a un grand tableau aux Reçus et un petit portrait aux Refusés.
+Ce portrait est très-bien; mais il doit faire peur aux membres du Jury,
+en les poursuivant comme un remords. Pourquoi l'a-t-on mis à la porte?
+Silence du Jury.
+
+Je signale aussi un beau portrait de et par M. Fantin. Ce même portrait,
+dans diverses poses, avait déjà été reçu plusieurs fois. Pourquoi ne pas
+l'admettre encore? Enigme du Jury.
+
+En plus, M. Fantin jouit d'une grande réputation au Louvre pour ses
+belles études. Son système pictural ne se développe pas d'une façon
+aussi absolue que celui de M. Manet; mais son portrait, par exemple, est
+sans défaut, et vaut seul un long tableau. Je n'en dis pas autant de son
+ébauche intitulée _Féerie_. C'est un amas, une macédoine, un plat de
+couleurs brouillées; c'est une palette qui n'est pas faite sur laquelle
+on pourrait prendre de la couleur pour faire un tableau.
+
+M. Gustave Colin, dont le nom n'est pas dans le catalogue, a laissé aux
+Refusés un tableau très-remarquable: _Basques Espagnols jouant à la
+pelote_. C'est plein de vie, de mouvement et de soleil; c'est bien le
+midi. On entend crier, grouiller et grasseyer, une longue galerie de
+Basques châtoyants qui jugent les coups. Les joueurs ont une attention,
+une promptitude et une adresse très-observées. M. Gustave Colin gagne
+d'emblée la partie contre le Jury. Il n'a pas eu peur de peindre la
+chose comme elle est. Les costumes uniformément bleus et rouges des
+Basques, leurs attitudes, leur ciel, leur terrain, rien n'a effrayé le
+peintre; tout cela est curieux et intéressant et mérite d'être vu comme
+toute chose particulière.--Refusé!--Pourquoi?--Rébus du Jury.
+
+Un très-joli portrait encore, est celui de M. B. par M. Gilbert. M. B.
+est vu de profil, en train d'écrire. La pose, le regard, la main, la
+plume, la robe de chambre d'un autre temps, le bonnet _d'Antan_, tout
+est d'un calme et d'un naturel parfaits. Il semble qu'on a connu ce
+vieillard; une bonne figure bourgeoise, de larges joues de papa; on
+redevient enfant en le regardant; il ne faut pas le déranger pendant
+qu'il écrit. C'est très-bien fait, c'est peut-être trop bien fait; ce
+l'a été sûrement pour le Jury qui l'a rejeté.
+
+_Gants, fleurs et bijoux_, par M. Pipard, est un petit chef-d'oeuvre. Il
+est impossible de représenter plus finement un _sujet_ aussi simple. Les
+gants, c'est à les mettre; le verre, c'est à boire dedans; les bijoux,
+c'est à les voler, tant ils sont bien exécutés.--Refusé.--Logogriphe du
+Jury.
+
+_La Mort de l'enfant_, du même peintre, a les mêmes qualités poussées un
+peu moins loin.--Refusé.--Charade du Jury.
+
+Eh bien! tous ces logogriphes et toutes ces charades, on peut les
+pardonner au Jury. Mais son plus grand crime, ce qui ne peut s'expliquer
+que par une haine corse, c'est le refus d'un grand portrait par M.
+_Paulus Coesar_ Gariot qui a ajouté après son nom: _Faciebat Parisiis
+anno_ MDCCCLXIII. _Faciebat_ est joli surtout: _Il faisait_ en 1863!!!
+
+Je ne sais de qui est élève M. Paulus Coesar Gariot, mais il est une des
+nombreuses victimes du professeur Flandrin. Le portrait est peint
+exactement d'après son procédé; c'est d'un élève, mais malgré la
+faiblesse, c'est la même chose. Les ordres du Jury sont rigoureusement
+exécutés et il refuse. Quand M. Paulus Coesar lui dit avec raison:
+
+ ...Quoi! ne m'avez-vous pas,
+ Vous-même,--ici,--tantôt,--ordonné, etc.
+
+Le jury lui répond:
+
+ Hé! fallait-il en croire une amante insensée!
+
+Il y a de quoi devenir fou. C'est à croire que les examinateurs, que les
+magistrats de la peinture et du dessin ne veulent plus rien du tout et
+qu'ils recommencent, sans cheveux, la guerre des chevelus désordonnés,
+des jeunes-France, des romantiques contre les faux classiques, tapant
+d'estoc et de taille sans savoir où, uniquement pour taper.
+
+Mais au moins, quelques romantiques savaient ce qu'ils faisaient.
+
+J'ai cité un petit article de M. Henri de la Madelène, concernant M.
+Signol. Voici un autre extrait non moins virulent et non moins juste du
+même auteur, sur M. Biard.
+
+
+ M. BIARD
+
+ «J'espère parler aujourd'hui de M. Biard pour la dernière fois de
+ ma vie. Ce triste farceur, dont la popularité fut un moment si
+ grande, perd décidément sa clientèle, et n'arrête plus personne
+ devant ses toiles. Voilà un excellent symptôme de santé publique
+ qui vaut bien la peine d'être signalé.
+
+ «J'ai souvent entendu comparer la peinture de M. Biard à la
+ littérature de Paul de Kock, et cela m'a toujours paru
+ souverainement injuste. Certes, l'auteur de la _Pucelle de
+ Belleville_ ne saurait être rangé parmi les classiques de la
+ langue; mais on retrouve au milieu de sa banalité comme un dernier
+ écho de verve gauloise. Paul de Kock est commun au possible, mais
+ il est gai somme toute, et le _Cocu_ nous a tous déridés.
+
+ «M. Biard, au contraire, incarne en lui la plus lamentable
+ déviation de l'esprit français; quand le bourgeois de Paris se met
+ à être bête, Dieu sait s'il l'est plus qu'aucun bourgeois du monde:
+ M. Biard est le plus plat des bourgeois de ce temps. Il a toute la
+ gravité de M. Prud'homme. C'est le pitre du pinceau, un
+ queue-rouge, un bouffon, un grimacier lugubre. Nous savons ce
+ qu'est _Mon voisin Raymond_ avant que Paul de Kock fasse crever sa
+ culotte, et la grossièreté de l'accident est sauvée par les détails
+ qui le précèdent. Chez M. Biard, aucune précaution: la brutalité de
+ ce jocrisse excessif ne connaît ni ménagements ni mesure. Il
+ développe la laideur, non dans le sens du caractère, comme fait
+ Daumier, par exemple, mais par complaisance pure pour la laideur
+ même. Il ne conçoit pas, ce pauvre homme, qu'on puisse rire sans se
+ tordre, exprimer un sentiment intérieur sans tirer la langue,
+ équarquiller les yeux, hérisser les cheveux, convulser le corps
+ tout entier. Et remarquez qu'avec cette grossièreté des moyens il
+ n'atteint pas même une vérité triviale. Sa _Bourse_ est au-dessous
+ de la réalité, son _Plaidoyer en province_ n'a jamais pu être
+ plaidé par personne. Tout cela est glacé, faux, pénible, outré,
+ navrant, et je m'étonne que cela puisse encore faire rire quelques
+ sots.
+
+ «Et dire que ce barbouilleur est décoré depuis 1838, pour ses
+ oeuvres, et qu'il a gagné, par ses oeuvres, dix fois plus d'argent
+ que Poussin!»
+
+ (_Figaro-Programme_.)
+
+ Henry de la Madelène.
+
+Autre _guitare_!
+
+Je trouve dans le journal _l'Exposition_ une lettre de M. Millet,
+adressée à M. Théodore Pelloquet. Cette lettre est tout un programme où
+le peintre démontre qu'il faut chercher dans la peinture autre chose que
+la peinture.
+
+Je ne suis pas du tout, du tout, de cette opinion.
+
+Je vais d'abord citer la lettre et l'analyser ensuite
+
+ «Monsieur,
+
+ «Je suis très-heureux de la manière dont vous parlez de mes
+ tableaux qui sont à l'Exposition. Le plaisir que j'en ai est grand,
+ surtout à cause de votre façon de parler de l'art en général. Vous
+ êtes de l'excessivement petit nombre de ceux qui croient (tant pis
+ pour qui ne le croit pas), que tout art est une langue et qu'une
+ langue est faite pour exprimer ses pensées. Dites-le, puis
+ redites-le, cela fera peut-être réfléchir quelqu'un; si plus de
+ gens le croyaient, on n'en verrait pas tant peindre et écrire sans
+ but. Y a-t-il pourtant rien de plus insipide et de plus écoeurant
+ que de montrer seulement le plus ou le moins d'habitude qu'on a de
+ l'exercice d'une profession? On appelle cela de l'habileté, et ceux
+ qui en font commerce en sont grandement loués. Mais de bonne foi,
+ et quand même ce serait de la vraie habileté, est-ce qu'elle ne
+ devrait pas être employée seulement en vue d'accomplir le bien,
+ puis se cacher bien modestement derrière l'oeuvre? L'habileté
+ aurait-elle donc le droit d'ouvrir boutique à son compte?
+
+ «J'ai lu, je ne sais plus où: «Malheur à l'artiste qui montre son
+ talent avant son oeuvre!» Il serait bien plaisant que le poignet
+ marchât le premier.... Je ne sais pas textuellement ce que dit
+ Poussin dans une de ses lettres à propos du tremblement de sa main,
+ quand il se sentait la tête de mieux en mieux disposée à marcher;
+ mais en voici à peu près la substance: «Et quoique celle-ci (sa
+ main) soit débile, il faudra pourtant bien qu'elle soit la servante
+ de l'autre, etc.»
+
+ Encore un coup, si plus de gens croyaient ce que vous croyez, ils
+ ne s'emploieraient pas aussi résolument à flatter le mauvais goût
+ et les mauvaises passions à leur profit, sans aucun souci du bien,
+ et comme le dit si bien Montaigne:
+
+ «Au lieu de naturaliser l'art, ils artialisent la nature.»
+
+ «Je saurais gré au hasard qui me donnerait l'occasion de causer
+ avec vous, mais comme cela ne peut, dans tous les cas, se réaliser
+ immédiatement, au risque de vous fatiguer, je veux essayer de vous
+ dire comme je le pourrai certaines choses qui sont pour moi des
+ croyances, et que je souhaiterais de pouvoir rendre claires dans ce
+ que je fais: que les choses n'aient point l'air d'être amalgamées
+ au hasard et par occasion, mais qu'elles aient entre elles une
+ liaison indispensable et forcée. Je voudrais que les êtres que je
+ représente aient l'air voués à leur position, et qu'il soit
+ impossible d'imaginer qu'il leur puisse venir à l'idée d'être autre
+ chose que ce qu'ils sont. Une oeuvre doit être d'une pièce, et gens
+ et choses doivent toujours être là pour une fin. Je désire mettre
+ bien pleinement et fortement ce qui est nécessaire, et à tel point
+ que je crois qu'il vaudrait mieux que les choses faiblement dites
+ ne fussent pas dites, pour la raison qu'elles en sont comme
+ déflorées et gâtées; mais je professe la plus grande horreur pour
+ les inutilités (si brillantes qu'elles soient) et les remplissages,
+ ces choses ne pouvant amener d'autres résultats que la distraction
+ et l'affaiblissement. Ce n'est pas tant les choses représentées qui
+ font le beau, que le besoin qu'on a eu de les représenter, et ce
+ besoin lui-même a créé le degré de puissance avec lequel on s'en
+ est acquitté. On peut dire que tout est beau, pourvu que cela
+ arrive en son temps et à sa place, et par contre, que rien ne peut
+ être beau arrivant à contre-temps. Point d'atténuation dans les
+ caractères: Qu'Apollon soit Apollon, et Socrate, Socrate. Ne les
+ mêlons point l'un dans l'autre, ils y perdraient tous les deux.
+
+ «Quel est le plus beau d'un arbre droit ou d'un arbre tordu? Celui
+ qui est le mieux en situation.
+
+ «Je conclus donc à ceci: Le beau est ce qui convient. Cela
+ pourrait se développer à l'infini et se prouver par d'intarissables
+ exemples. Il doit être bien entendu que je ne parle pas du beau
+ absolu, vu que je ne sais pas ce que c'est, et que cela me semble
+ la plus belle de toutes les plaisanteries. Je crois bien que les
+ gens qui s'en occupent ne le font que parce qu'ils n'ont pas d'yeux
+ pour les choses naturelles, et qu'ils sont confits dans l'art
+ accompli, ne croyant pas la nature assez riche pour toujours
+ fournir. Braves gens! Ils sont de ceux qui font des poétiques au
+ lieu d'être poètes. Caractériser! voilà le but. Vasari dit que
+ Bacci Bandinelli faisait une figure devant représenter Ève. Mais,
+ en avançant dans sa besogne, il s'est avisé que cette figure, pour
+ son rôle d'Ève, était un peu efflanquée. Il s'est contenté de lui
+ mettre les attributs de Cérès, et Ève est devenue une Cérès! Nous
+ pouvons bien admettre, comme Bandinelli était un habile homme,
+ qu'il devait y avoir dans cette figure des morceaux d'un modelé
+ superbe et venant d'une grande science, mais tout cela
+ n'aboutissant pas à un caractère déterminé, n'en a pas moins dû
+ faire l'oeuvre la plus pitoyable. Ce n'était ni chair ni poisson.
+
+ «Pardon, Monsieur, de vous en avoir dit si long et peut-être si
+ peu; mais laissez-moi encore vous dire que s'il vous arrivait de
+ rôder dans les environs de Barbison, vous vouliez bien entrer dans
+ ma boutique.»
+
+ J.F. Millet.
+
+ * * * * *
+
+
+
+
+
+V.
+
+=SOMMAIRE=
+
+ La Bamboula du style.--Les cotons sont en baisse.--Citations... au
+ tribunal.--Une nouvelle langue qui n'est pas française.--Cette
+ vieille immorale, qu'on nomme la morale!--Garçon, encore une
+ langue!--Le but est atteint.--Monsieur, cela ne vous regarde
+ pas.--Le sergent de ville était dans son droit.--Oeuvre
+ pie.--Saint-Eustache.--La quête.--Pour les pauvres, s'il vous
+ plait!--Apollon avale la ciguë--Joseph Prud'homme.--Je n'ai pas le
+ courage d'aller plus loin.--Comment vous portez-vous?--Faisons les
+ cartes.--Une lettre... d'un homme à la campagne.--Nouvelles bévues
+ du maître.--La vertu est récompensée.--Ils ont pissé partout
+ (hémistiche du grand Racine).--Pile ou face?--La lune comme un
+ point sur un i.
+
+ * * * * *
+
+Après avoir lu cette lettre, je suis de plus en plus convaincu que les
+peintres ne devraient jamais écrire,--pas même des lettres.--C'est pour
+eux que la télégraphie a été inventée,--et pour les commerçants et
+amateurs,--tous gens _qui n'ont pas le temps_, comme ils disent. La
+correspondance par signes, par télégrammes, qui, pour faire des
+économies de lettres, exige qu'on écrive par exemple:
+Rouen.--Vu Michel.--Cotons baisse.--Moi, demain a paris... etc.
+Ce langage-nègre est le style qui convient aux peintres et autres
+personnes trop occupées et trop pressées.
+
+_Tant pis_, écrit M. Millet, _pour qui ne croit pas que tout art est une
+langue_.
+
+Je suis persuadé que l'art de la peinture n'est pas une langue, et que
+toute son esthétique gît dans la représentation des objets.
+
+(Cette définition pourrait s'appliquer également à la photographie qui
+n'est pas un art).
+
+Quand vous faites un _paysage_, ou un _intérieur de pauvres_, ou _un
+travailleur dans les champs_, ne vous obstinez pas à croire que vous
+avez approfondi quelque haute question philosophique, et que même cet
+_intérieur_, ce _paysage_ et ce _travailleur_ sont _des pensées_. M.
+Millet dit que c'est une très-petite minorité qui croit que _tout art
+est une langue_, mais c'est tout le contraire: Je ne crois pas qu'il y
+ait un seul peintre, par exemple, qui ne soit persuadé qu'il _exprime
+ses pensées_ par la peinture, que ses tableaux sont remplis de poésie,
+de tout ce qu'on voudra, et que conséquemment _la peinture est une
+langue_.
+
+_Si plus de gens le croyaient, on n'en verrait pas tant peindre et écrire
+sans but._
+
+Quel but?--Celui de donner un enseignement, de châtier en riant les
+moeurs, de faire de la politique ou de la philosophie?--Alors il y a
+beaucoup de gens qui écrivent sans but, mais il y en a peu qui peignent
+sans but, car les peintres croient tous que _tout art est une langue_,
+etc.
+
+Moi, je suis sûr, au contraire, que tout art qui sort de lui-même, qui
+s'occupe _d'autre chose_ que _de lui_, se mêle de ce qui ne le regarde
+pas et se nuit.
+
+Pourquoi, s'il en était autrement, les philosophes ne prétendraient-ils
+qu'ils font de la peinture?... à l'huile?
+
+_Montrer l'habitude qu'on a de l'exercice d'une profession_ n'a rien de
+bien _écoeurant_, et cette expression _exercice d'une profession_
+ressemble à celle de la 6e Chambre _dans l'exercice de ses
+fonctions_.
+
+_L'habileté employée seulement en vue d'accomplir le bien, puis se
+cacher modestement derrière l'oeuvre_! Ne croirait-on pas que nous
+sommes à l'église; franchement c'est plus catholique qu'artistique.
+
+Le sermon continue par... _flatter le mauvais goût et les mauvaises
+passions, sans aucun souci du bien_, etc.
+
+Il n'y a rien à répondre à ceci: _Qu'Apollon soit Apollon et Socrate
+Socrate. Ne les mêlons point l'un dans l'autre, etc_.
+
+Tout le reste de la lettre est le développement plus ou moins solennel,
+comme on peut revoir, du commencement que je viens d'épiloguer. Je ne
+veux pas continuer. Je n'ai voulu prouver qu'une chose: c'est que les
+peintres, même du renom de M. Millet, ont tort d'écrire, et d'écrire
+publiquement des manifestes, des programmes. Ils ne devraient que donner
+de leurs nouvelles à leurs amis, et c'est précisément ce qu'ils ne font
+pas.--Je parle d'un grand nombre.
+
+Pourtant, voici encore une lettre de peintre, mais pleine de gaîté,
+celle-là. _Bing_! _Bing_! Je vais la placer ici,--pour les paysagistes,
+_bam_! la voici, _boumm_!
+
+ «Voyez-vous, c'est charmant la journée d'un paysagiste:
+ «on se lève de bonne heure, à trois heures du matin, avant
+ «le soleil, on va s'asseoir au pied d'un arbre, on regarde
+ «et on attend.
+
+ «On ne voit pas grand'chose d'abord. La nature ressemble
+ «à une toile blanchâtre où s'esquissent à peine les
+ «profils de quelques masses: tout est embaumé, tout frissonne
+ «au souffle fraîchi de l'aube. _Bing_! le soleil s'éclaircit...
+ «le soleil n'a pas encore déchiré la gaze derrière
+ «laquelle se cachent la prairie, le vallon, les collines de
+ «l'horizon.... Les vapeurs nocturnes rampent encore comme
+ «des flocons argentés sur les herbes d'un vert transi.
+ «_Bing_!... _bing_!... un premier rayon de soleil... un second
+ «rayon de soleil.... Les petites fleurettes semblent s'éveiller
+ «joyeuses... elles ont toutes leur goutte de rosée qui
+ «tremble... les feuilles frileuses s'agitent au souffle du
+ «matin.... Sous la feuillée, les oiseaux invisibles chantent....
+ «Il semble que ce sont les fleurs qui font leur prière...
+ «Les amours à ailes de papillons s'abattent sur la prairie
+ «et font onduler les hautes herbes.... On ne voit rien...
+ «tout y est.... Le paysage est tout entier derrière la gaze
+ «transparente du brouillard, qui monte... monte...
+ «monte..., aspiré par le soleil... et laisse, en se levant,
+ «voir la rivière lamée d'argent, les prés, les arbres, les
+ «maisonnettes, le lointain fuyant.... On distingue enfin
+ «tout ce que l'on devinait d'abord.
+
+ «_Bam_! le soleil est levé.... _Bam_! le paysan passe au
+ «bout du champ avec sa charrette attelée de deux boeufs....
+ «_Ding_! _ding_! c'est la clochette du bélier qui mène le
+ «troupeau... _Bam_! tout éclate, tout brille... tout est en
+ «pleine lumière... lumière blonde et caressante encore.
+ «Les fonds, d'un contour simple et d'un ton harmonieux,
+ «se perdent dans l'infini du ciel, à travers un air brumeux
+ «et azuré.... Les fleurs relèvent la tête... les oiseaux
+ «volètent de ci de là.... Un campagnard, monté sur un cheval
+ «blanc, s'enfonce dans le sentier encaissé.... Les petits
+ «saules arrondis ont l'air de faire la roue au bord de la
+ «rivière.
+
+ «C'est adorable!... et l'on peint... et l'on peint!... Oh!
+ «la belle vache alezane enfoncée jusqu'au poitrail dans les
+ «herbes humides.... Je vais la peindre.... Crac! la voilà!
+ «Fameux! fameux! Dieu, comme elle est frappante!...
+ «Voyons ce qu'en dira ce paysan qui me regarde peindre
+ «et n'ose pas approcher.--Ohé! Simon!
+
+ «Bon, voilà Simon qui s'avance et regarde.
+
+ «--Eh bien, Simon, comment trouves-tu cela?
+
+ «--Oh! dam! m'seu... c'est ben biau, allez!...
+
+ «--Et tu vois bien ce que j'ai voulu faire?
+
+ «--J'crois ben que j'vois c'que c'est.... C'est un gros
+ «rocher jaune que vous avez mis là.
+
+ «_Boum_! _boum_! midi! Le soleil embrasé brûle la terre....
+ «_Boum_! tout s'alourdit, tout devient grave.... Les fleurs
+ «penchent la tête... les oiseaux se taisent, les bruits du
+ «village viennent jusqu'à nous. Ce sont les lourds travaux...
+ «le forgeron dont le marteau retentit sur l'enclume....
+ «_Boum_! Rentrons....--On voit tout, rien n'y est
+ «plus.
+
+ «Allons déjeuner à la ferme. Une bonne tranche de la
+ «miche de ménage, avec du beurre frais battu... des
+ «oeufs... de la crème... du jambon!... _Boum_! Travaillez,
+ «mes amis, je me repose... je fais la sieste... et je rêve
+ «un paysage du matin... je rêve mon tableau... plus tard,
+ «je peindrai mon rêve.
+
+ «_Bam_! _bam_! le soleil descend vers l'horizon... il est
+ «temps de retourner au travail... _Bam_! le soleil donne un
+ «coup de tam-tam.... _Bam_! il se couche au milieu d'une
+ «explosion de jaune, d'orange, de rouge-feu, de cerise,
+ «de pourpre.... Ah! c'est prétentieux et vulgaire, je n'aime
+ «pas ça.... Attendons, asseyons-nous là, au pied de ce
+ «peuplier... auprès de cet étang uni comme un miroir....
+ «La nature a l'air fatiguée... les fleurettes semblent se
+ «ranimer un peu... pauvres fleurettes... elles ne sont pas
+ «comme nous autres hommes, qui nous plaignons de
+ «tout.--Elles ont le soleil à gauche... elles prennent
+ «patience.... Bon, se disent-elles, tantôt nous l'aurons à
+ «droite.... Elles ont soif... elles attendent!... Elles savent
+ «que les sylphes du soir vont les arroser de vapeur avec
+ «leurs arrosoirs invisibles... elles prennent patience en
+ «bénissant Dieu!
+
+ «Mais le soleil descend de plus en plus derrière l'horizon....
+ «_Bam_! il jette son dernier rayon, une fusée d'or et
+ «de pourpre qui frange le nuage fuyant... bien! le voilà
+ «tout à fait disparu..., bien, bien, le crépuscule commence....
+ «Dieu! que c'est charmant! Le soleil a disparu.... Il ne
+ «reste dans le ciel adouci qu'une teinte vaporeuse de citron
+ «pâle, dernier reflet de ce charlatan de soleil, qui se fond
+ «dans le bleu foncé de la nuit en passant par des tons
+ «verdâtres de turquoise malade d'une finesse inouïe, d'une
+ «délicatesse fluide et insaisissable.... Les terrains perdent
+ «leur couleur... les arbres ne forment plus que des masses
+ «brunes ou grises... les eaux assombries reflètent les tons
+ «suaves du ciel.... On commence à ne plus voir... on sent
+ «que tout y est.... Tout est vague, confus.... La nature
+ «s'assoupit.... Cependant, l'air frais du soir soupire dans les
+ «feuilles... les oiseaux, ces voix des fleurs, disent la prière
+ «du soir... la rosée emperle le velours des gazons.... Les
+ «nymphes fuient... se cachent... et désirent être vues.
+
+ «_Bing_! Une étoile du ciel qui pique une tête dans
+ «l'étang... charmante étoile dont le frémissement de l'eau
+ «augmente le scintillement, tu me regardes... tu me souris
+ «en clignant de l'oeil.... _Bing_! une seconde étoile apparaît
+ «dans l'eau, un second oeil s'ouvre. Soyez les bienvenues,
+ «fraîches et souriantes étoiles.... _Bing_! _bing_! _bing_! trois,
+ «six, vingt étoiles.... Toutes les étoiles du ciel se sont
+ «donné rendez-vous dans cet heureux étang.... Tout
+ «s'assombrit encore.... L'étang seul scintille.... C'est un
+ «fourmillement d'étoiles.... L'illusion se produit.... Le soleil
+ «étant couché, le soleil intérieur de l'âme, le soleil de l'art
+ «se lève.... Bon! voilà mon tableau fait!»
+
+ Corot.
+
+ (_Figaro_, 24 mai 1863.)
+
+Après cette amusante lettre, d'un des maîtres du paysage, _bing_!
+_bing_! il est bon de parler d'un des meilleurs, des plus consciencieux
+et des plus fins paysagistes, M. Chintreuil, _bam_!
+
+Depuis vingt ans, je crois, il lutte, observe, recommence, sans se
+lasser, toujours heureux d'entrevoir seulement une étude un peu plus
+approfondie d'un effet de la nature. Un nuage qu'il ne connaissait pas
+encore, qu'il n'avait pas rencontré dans un tableau, le rend fou de
+joie. Il est le plus sincère amoureux du paysage. Dans tous ses tableaux
+on trouve quelque secret de jour ou de crépuscule, de pluie ou de vent,
+pris à la nature. Voilà un peintre convaincu et vraiment voué à son art,
+un chercheur éternel, un trouveur, même, indiscipliné, qui méritait bien
+d'être évincé par les professeurs gardés par les fameux lions riants et
+bouclés, symboles de l'Institut.
+
+Tant que ces lions inonderont les portiques de ce temple, les
+académiciens seront les mêmes.
+
+Les trois paysages de M. Chintreuil sont des plus beaux qu'il ait faits.
+
+Il n'y a pas de saison qui tienne, on entre dans la saison qu'a peinte
+M. Chintreuil. Nous sommes en juin, mais quand nous regardons le paysage
+représentant un coup de vent dans une forêt en novembre, nous sommes en
+plein novembre. C'est désagréable, mais le peintre connaît si bien son
+calendrier qu'il en joue à son gré.
+
+Le rejet des trois tableaux de M. Chintreuil est un jet de salive qui
+retombe sur le nez du jury.
+
+M. Julian a beaucoup de talent. On lui a refusé deux portraits très-bien
+faits et un tableau savamment peint, qui excite la joie, l'ironie de
+baudruche et l'indignation du public.
+
+Le peintre a eu raison de mettre au bas de son tableau une strophe
+explicative, autrement, _quoique la peinture soit une langue_, on ne
+comprendrait jamais le sujet.
+
+Voici les vers célèbres d'Alfred de Musset:
+
+ Assez dormir, ma belle,
+ Ta cavale, Isabelle,
+ Hennit sous tes balcons.
+ Vois les piqueurs alertes,
+ Et, sur leurs manches vertes.
+ Les pieds noirs des faucons.
+
+Les balcons, la cavale, les manches vertes des piqueurs, eux et les
+faucons aux pieds noirs, on ne voit rien de tout cela dans le tableau.
+
+Une jeune femme nue, _comme le discours d'un académicien_, a dit le même
+de Musset, retournée sur un lit, regarde, on ne sait quoi, à travers les
+carreaux de sa fenêtre, et montre ses postères à ceux qui la regardent,
+c'est-à-dire au public.
+
+Un cavalier _joyeux_, à la moustache blonde, se penche en appuyant une
+main sur la susdite partie charnue pour faire voir à Isabelle
+
+ Les pieds noirs des faucons, etc.
+
+quelques cerises détachées d'un collier de corail sont menacées d'être
+écrasées sur le lit par le gros... derrière d'Isabelle.
+
+Cheveux noirs et moustaches rousses, postères et cerises, linge et
+chair, tout est bien fait, vigoureusement peint.
+
+Ce que ce tableau fait épanouir de lazzis, de bons mots, parmi les
+spectateurs, est énorme.
+
+«Cela s'appelle _le Lever_,--_Lever de la lune_, à la bonne heure!»
+disait un loustic en posant, comme le _cavalier joyeux_, sa main sur les
+reins _souples et dispos_ d'Isabelle,--devant lesquels s'arrêtent les
+dames, pendant un quart d'heure, pour rire. Et que de coups d'oeil à
+travers les coups d'éventail!--D'autres dames passent plusieurs fois,
+indignées, devant ces rondeurs de fille nue.
+
+ * * * * *
+
+
+
+
+
+VI
+
+=SOMMAIRE=
+
+ Quadrille!--Un critique d'art lève la jambe.--Trinité de M. Maxime
+ Ducamp.--Tous ne font qu'un--(incarnation).--Beau trait de M.
+ Adrien Paul.--La blanche ou la noire?--L'indignation ne fait pas
+ la bonne prose.--M. Castagnary soumet quelques judicieux conseils
+ au public et au Jury.--Les peintres ne cessent ni de vaincre ni
+ d'écrire.--_Le Séjour des Élus_, c'est l'Exposition.--_L'Enfer_,
+ selon saint Tremblay, c'est la contre-Exposition.--Exemple
+ d'humilité donné par cet infortuné peintre.--Les bons et les
+ méchants.--Ventre-saint-Gris et un autre saint!--Je m'évanouis!
+ --D'où sort-il encore, ce peintre-là?--Cinq manants contre un
+ gentilhomme!--Exemple de discrétion.--Mort de quelqu'un.--Selon M.
+ Gautier, la contre-Exposition n'est que le purgatoire.--Où la
+ religion va-t-elle se nicher?--Moyen d'inquisition.--Les bons
+ l'emportent.--_Je vais revoir ma Normandie_ (air connu).--La poste
+ aux lettres.--Encore un petit saint.--Nuée de sauterelles.--La
+ toile se lève.--Le père, le fils et....--Le bon
+ fataliste.--Mangeons un peu.--Un pied de nez à la
+ Sainte-Menehould.--On abat le pilori.--_Partit en guerre_... le
+ tableau de Courbet.
+
+ * * * * *
+
+Les critiques d'art continuent à faire leurs farces.--M. Maxime Ducamp
+trouve, dans la _Revue des Deux-Mondes_, qu'il n'y a que trois peintres
+à l'Exposition; savoir: MM. Matout, Protais et un autre dont je ne me
+rappelle pas le nom.
+
+«_J'aime mieux çà_,» dit un autre critique d'art, M. Graham, dans le
+_Figaro_.
+
+Après la trouvaille, l'opinion de M. Maxime Ducamp, je trouve, moi,
+qu'il n'y a qu'un seul critique d'art,--mais qui vaut tous les autres
+critiques d'art;--c'est ledit M. Maxime Ducamp.
+
+Il les résume, il est leur chef; MM. Anatole de la Forge, Adrien Paul,
+etc., sont faits à son image.
+
+Et à propos de M. Adrien Paul, le critique du journal _le Siècle_, je
+vais rappeler un trait de lui qui le peint tout entier.
+
+Au Salon de 1861, M. Leboeuf avait exposé une statue colossale,
+représentant un esclave nègre, un Spartacus américain qui vient de
+briser ses fers et s'élance à la révolte. M. Adrien Paul prit cette
+statue symbolique, ce Spartacus nègre, pour le fameux gladiateur, pour
+le véritable Spartacus, héros de tragédie.
+
+«Rendre ainsi, écrivait-il, l'un des héros, l'un des martyrs de la
+liberté!...--Il fallait à Spartacus un caractère fier, mâle, héroïque,
+etc.»
+
+Un peu plus loin, M. Adrien Paul ayant remarqué les grosses babines ou
+lèvres du nègre, s'indignait démocratiquement de cette bouche, qu'il
+trouvait «enflée par l'envie,» octroyée par le sculpteur au libérateur
+des esclaves romains.
+
+Cela suffit, n'est-ce pas?
+
+Quoique les critiques d'art ne me soient pas agréables, il m'est doux de
+temps en temps de citer leur littérature.
+
+M. Castagnary, esthétiste connu, publie dans _le Courrier du Dimanche_
+un compte-rendu de l'Exposition des Refusés, et il conclut par les
+lignes suivantes:
+
+ «Au public: Croyez bien que si l'on retirait du salon des Refusés
+ deux cents toiles grotesques, qu'à défaut de l'Institut, un simple
+ garçon de bureau eût pu désigner, il resterait un ensemble de
+ peintures fort satisfaisant. Je vais plus loin: placez par la
+ pensée au milieu de ce restant, ainsi échenillé d'inepties
+ flagrantes, les cent oeuvres des trente ou quarante artistes dont
+ les noms sont dans toutes les bouches, et qui font l'honneur de
+ toutes les expositions, parce qu'ils sont véritablement
+ l'état-major de l'art: vous avez immédiatement un Salon complet,
+ aussi intéressant que celui qu'a combiné l'administration.
+
+ «A l'Institut: Messieurs, il faut abandonner cette guerre. Elle est
+ mauvaise; elle décourage. Elle est injuste; elle outrepasse vos
+ droits. Quand vous vous appeliez David et son école, que vous aviez
+ une esthétique à vous, que cette esthétique, acceptée de tous,
+ n'avait point encore été ébranlée par le contrôle d'une raison plus
+ libre, vous pouviez avec certitude établir la discipline dans
+ l'art; vous deviez étouffer les révoltes, exclure les hérétiques.
+ Mais l'école romantique, en procurant l'avènement de
+ l'individualisme, a signé votre destitution. Aujourd'hui, dans
+ l'art, chacun ne relève que de soi-même, n'admet d'autre
+ suzeraineté que la sienne. La société a sanctionné et sanctionne
+ encore chaque jour cette émancipation heureuse. Comme pouvoir
+ dirigeant, vous n'êtes plus rien. Abdiquez donc généreusement ce
+ qui vous reste d'autorité, et résignez-vous à suivre un mouvement
+ que vous ne pouvez plus arrêter désormais.
+
+ «Cas Agnary.»
+
+Les peintres ne cessent pas d'écrire. Après la lettre de M. Corot est
+venue celle de M. Millet, précédée de celle de M. Rousseau.
+
+Un Refusé, M. Tremblay, avait envoyé au _Petit Journal_ une protestation
+bien douce où il écrivait «que les moins bons de l'Exposition des
+_élus_, peuvent aller de pair avec les meilleurs de celle des
+_réprouvés_.»
+
+«Non pas, ajoutait-il, que nous voulions jeter au jury l'accusation
+banale de partialité; mais il est composé d'hommes accessibles à la
+fatigue, etc.»
+
+Un peu plus loin, on trouvait dans le même article: «En quoi, après
+tout, les mauvais tableaux peuvent-ils nuire aux bons?»
+
+Est-ce naïf?--Je ne crois pas qu'on se soit moqué jamais plus
+tranquillement de soi-même, ni qu'on ait protesté d'une plus sainte
+façon.
+
+Le même peintre religieux qui signe: L. Tremblay, _l'un des
+réprouvés, auteur de sainte Eugénie_, _qui compte huit années
+d'exposition_, cite à l'appui de ses arguments, «le _doux_ philosophe,
+le sage _aimable_, saint François de Sales, que _notre_ Henri IV aimait
+_tendrement_.»--Ah!... donnez-moi un peu de fleur d'oranger....
+
+Comme on va tout de suite se rendre au langage couleur _café au lait_,
+et à la raison couleur _cuisse de nymphe_ de ce pauvre _réprouvé_ M.
+Tremblay.
+
+Je viens d'apprendre que M. C. Brun, dont j'ai cité un si risible alinéa
+à la fin de mon troisième chapitre, est encore un peintre.
+
+Ah! tant pis! je ne renoncerai pas non plus; j'écrirai aussi,--pas comme
+les peintres;--je les citerai, je leur montrerai à eux-mêmes qu'il vaut
+mieux qu'ils _expriment_ leurs _idées par leurs tableaux_, et
+que la peinture est bien leur langue, comme disait M. Millet.
+
+M. A. Gautier--lui aussi!--a écrit, dans le journal _l'Exposition_, une
+longue lettre à M. Ch. Monselet; mais, comme elle ne concerne que M. A.
+Gautier, je ne suis pas assez indiscret pour la citer; je me contente
+d'en extraire ce petit passage:
+
+ «Si tu es friand d'entendre des choses singulières,
+ retourne au Salon des _proscrits_, tu surprendras parfois des
+ homme bien réfléchis qui le quittent en _soupirant_.»
+
+Si ces mots «des hommes bien réfléchis» ne s'appliquent pas spécialement
+aux peintres refusés, le dernier mot, le _dernier soupir_ doit faire
+bien réfléchir le jury.
+
+Comme les peintres sont moraux et religieux! Comme ils parlent du bon
+Dieu, des saints et de la vertu avec complaisance! (Revoir les lettres
+des peintres, que j'ai citées). M. Amand Gautier insiste aussi sur _la
+haute moralité_ de son tableau, _la Femme adultère_, exposé dans _le
+purgatoire_, dit-il.
+
+Qui diable se serait avisé d'aller trouver de la morale dans ce tableau,
+si ce n'est son auteur?
+
+Il est à remarquer également, à propos des écrits des peintres, qu'ils
+donnent tous des appellations différentes aux Refusés.
+
+L'un dit qu'ils sont Exclus.
+
+L'autre les traite d'Artistes non admis.
+
+M. Tremblay les nomme Réprouvés.
+
+M. Gautier les appelle Proscrits, etc., etc.
+
+En se livrant aux méditations dans lesquelles plongerait ce sujet, on
+arriverait peut-être à trouver dans ces diverses désignations les
+opinions philosophiques, politiques et artistiques de leurs auteurs.
+
+Le public, à force d'entendre de justes appréciations, commence à ne
+plus rire et à ne pas trop donner raison au jury,--ni aux peintres, il
+est vrai,--au Salon des Refusés.
+
+La quantité de mauvaises et de primitives peintures est immense, mais
+n'atteint pas au chiffre des médiocres, des prétentieux, des affreux
+tableaux qui surabondent à l'Exposition des Reçus.--En outre, on ne
+saurait trop le répéter, les tentatives souvent réussies, les
+individualités nouvelles, ne se rencontrent guère qu'au Salon des
+Refusés.
+
+Les tableaux que j'ai déjà cités de MM. Whistler, Colin, Pipard,
+Gilbert, Briguiboul, Gautier, Julian, Chintreuil, Fantin, etc., défient,
+bravent, et narguent le jury.
+
+Je vais indiquer un grand nombre d'autres toiles remarquables, des
+paysages et des natures mortes surtout.
+
+Voici _les Embrasseux_, de M. Jean Desbrosses.
+
+Le soir, au coin d'un bois, devant le soleil couchant, un gros garçon de
+campagne fait claquer un baiser sur la joue penchée d'une jeune et
+fraîche paysanne,--_l'enjoleu_ a l'air si heureux, la petite coquette
+est si gentille et si mutine! Toute cette campagne, cet horizon sont
+volés à la nature. Cela est vrai, amusant et naïf, cela sent bon; c'est
+un charmant tableau.
+
+M. Charles Lapostolet est l'auteur de deux paysages dont un surtout,
+celui qui représente une route et des massifs d'arbres dans une forêt,
+est très-beau.
+
+_La Chute de la rivière de Loing_, _au soleil couchant_, par M.
+Charles-Edme Saint-Marcel est encore un beau paysage. Mais que c'est
+fatigant de dire toujours: beau, très-beau, très-bien, très-réussi en
+parlant des paysages. C'est qu'il n'y a pas moyen de faire autrement. Je
+raconterais bien un paysage que j'aurais vu, moi-même, qui m'aurait fait
+une impression particulière; mais comment décrire les paysages des
+autres, à moins de dire comme au théâtre:--La scène se passe dans la
+forêt de Fontainebleau; à droite, sur le premier plan, un gros chêne; à
+gauche, un chemin qui mène à la ville. Je pourrais ajouter: _On entend
+un cor, à la cantonnade_.
+
+J'ai remarqué le paysage de M. Charles-Edme Saint-Marcel, et j'ai aussi
+remarqué un tableau de M. Saint-Marcel fils,--mais d'une toute autre
+façon.
+
+En regardant ses _Chevaux de ferme à l'écurie_, quoique M. Saint-Marcel
+fils soit élève de MM. Decamp et Léon Cogniet, j'ai cru fermement qu'il
+était élève de M. Brivet-le-Gaillard.
+
+Est-ce que les paysagistes commenceraient à croire, comme beaucoup
+d'hommes de lettres, à ce stupide proverbe: _Tel père_, _tel fils_? En
+voilà plusieurs qui donnent leurs pinceaux à leurs enfants dont ils
+feront d'éternels élèves. Un des exemples frappants de cette funeste
+voie est M. Daubigny, dont le fils a exposé cette année, des paysages
+copiés sur ceux du papa. Ces paysages ont pu réjouir ce bon père, mais
+ils font approuver sans réserve la conduite des notaires qui accumulent
+les barricades devant les envies artistiques de leurs fils.
+
+Un des plus curieux et des meilleurs tableaux au Salon des Refusés,
+c'est le _Bûcheron et la Mort_, par M. Pinkas.
+
+ «Un jour d'été, un bûcheron, épuisé sous le faix de la
+ chaleur et du travail, ramassa ses suprêmes efforts pour enfoncer
+ son coin dans le tronc d'un vieux chêne, puis retomba,
+ découragé. Les sueurs serpentaient sur son visage
+ terreux et ravagé, ses yeux grandissaient sans regards, et sa
+ respiration déchirait son gosier desséché. Quant il revint à
+ lui, le tableau splendide de la forêt tranquille et heureuse,
+ qui ne semblait occupée qu'à écouter, sous le soleil, le chant
+ du coucou, lui fit faire une comparaison si fâcheuse, qu'il
+ se prit à pleurer. Le bonheur calme de la forêt lui faisait
+ envisager, par contraste, sa destinée tourmentée.
+
+ «Le bûcheron, à force de se désoler, en arriva bientôt
+ à ce paroxysme de la douleur où l'on se met à parler tout
+ haut.
+
+ «--Suis-je malheureux, se dit-il en patois, je n'ai pas
+ la force de travailler, et je n'ai que le travail pour faire
+ vivre mes six enfants, ma femme et moi-même! Et ma
+ femme est encore enceinte!
+
+ «(Généralement, le hasard envoie beaucoup d'enfants à
+ ceux qui n'ont même pas de quoi se nourrir).
+
+ «--Ah! poursuivit le bûcheron, je voudrais que la Mort
+ fût la marraine de ce dernier enfant!
+
+ «Pendant qu'il se tenait ce triste langage, le _comique_ qui
+ ne perd jamais ses droits continuait à jouer des farces. Il
+ soufflait _aux_ fourmis l'idée de grimper dans les jambes du
+ bûcheron, aux faucheux celle de se promener sur son cou.
+ Il en résultait des grattements qui nuisaient à la gravité du
+ tableau. Le chant monotone du coucou se mêlant aux sanglots
+ de l'infortuné, une pie, oiseau de pantomime, qui
+ allait et venait non loin de là, en sautillant comme... une
+ pie, ajoutaient encore à la partie gaie.
+
+ «A peine le pauvre bûcheron avait-il prononcé cette phrase imprudente:
+ «Je voudrais que la Mort fût la marraine de ce dernier enfant!» que le
+ tronc d'un vieux chêne s'ouvrit et donna passage à cette vilaine
+ carcasse, la Mort, qui sembla descendre de voiture, et s'avança
+ gracieusement vers le bûcheron terrifié. Elle n'avait aucun vêtement,
+ c'était un squelette dans toute sa simplicité. La Mort est la seule
+ personne qui puisse sans indécence se présenter nue aux gens.
+
+ «--Tu m'as invoquée, dit-elle, ou plutôt firent les os
+ maxillaires au bûcheron, sur lequel elle tînt fixés les deux
+ trous qui lui servaient d'yeux.»
+
+ «C'est, dit-il, afin de m'aider
+ A recharger ce bois....»
+
+Telle est la scène représentée par M. Pinkas, excepté la Mort qui a une
+espèce de casquette et une cravate rouge autour de l'arête qui lui sert
+de cou.
+
+Les _Roses_, de Mlle Adèle de la Porte; les _Légumes_, de M. Horace
+Pagez; les _Lilas_, de M. Maistan,--un suspect qui n'est pas dans le
+catalogue!--le _Gibier_, de Mlle Aglaé Laurandeau (suspecte); les
+_Pêches_, de M. Leroy (suspect); les _Roses et Marguerites_, le
+_Seringat_, de M. Charles Laass d'Aguen; le _Citron_, de Mlle Louise
+Darru; les _Pieds de cochon_, les _Oeufs et le Fromage_, de M. Graham,
+et enfin le _Dessert_, de Marie Thibault, composent un festin complet et
+charmant, aussi agréable au goût qu'aux yeux.
+
+Il faut que Messieurs du jury aient le palais--de l'Institut--difficile.
+N'avoir pas voulu goûter ces excellents mets et ces beaux fruits parmi
+ces fraîches fleurs, avoir repoussé la peinture à la Sainte-Menehould de
+M. Graham, fait supposer des estomacs et nez bien blasés.
+
+L'Exposition des Reçus et des Refusés est terminée depuis le 1er
+juillet dernier. La distribution des prix ou médaille et récompenses
+sera faite le 6 juillet.--Les Refusés doivent avoir des chances!
+
+Un décret du 23 juin dernier, inséré au _Moniteur_, a fait savoir que
+dorénavant l'Exposition de peinture, de sculpture et d'architecture aura
+lieu chaque année, du 1er mai au 1er juillet.
+
+Les Refusés ne sont probablement pas compris dans ce décret, ce qui veut
+dire que le jury ne sera plus troublé, continuera, comme par le passé, à
+taper à l'aventure, et que les choses iront comme devant.
+
+Quand donc lirons-nous le bienfaisant décret qui supprimera le jury?
+
+Finissons ce chapitre par l'annonce d'une grande nouvelle.
+
+Le tableau de Courbet, _les Curés ivres_, déjà célèbre, quoique non vu,
+va commencer son tour du monde par l'Angleterre.
+
+Le maître-peintre consciencieux veut, avant le départ, mettre une
+perfection minutieuse dans les moindres détails de son oeuvre. Il s'est
+remis dessus et cherche des défauts. Il ne veut pas qu'un seul critique,
+un amateur, ni même qu'un artiste puisse y trouver une petite bête. Il
+considère ce tableau comme son meilleur et veut le faire ainsi
+considérer par tout le monde.
+
+Nous suivrons de loin ce tableau dans ses pérégrinations, et nous
+tiendrons nos lecteurs au courant de ses aventures et de ses effets.
+
+Dès à présent, nous savons qu'il sera exposé à Londres et qu'il y aura
+grand meeting.
+
+ * * * * *
+
+
+
+
+
+VII
+
+=SOMMAIRE=
+
+ Enterrements de toutes classes.--Une odeur de cuir chaud.--M.
+ Briguiboul ne sera plus Refusé.--L'honneur est le seul vrai
+ salaire.--Morceau éloquent.--Un maréchal qui a raison.--Il a
+ tort.--Les peintres ont mal compris.--On lit dans le _Moniteur_.
+
+ * * * * *
+
+La distribution _solennelle_ des croix et des médailles d'honneur, des
+médailles de 1er, 2e et 3e classes, des mentions honorables et
+des _rappels_ de médailles aux peintres, architectes, sculpteurs,
+graveurs et lithographes, est enfin terminée.
+
+Les discours ont passé «comme un parfum d'été.»
+
+M. Briguiboul est le seul Refusé qui ait obtenu (non à cause de cette
+qualité) une médaille de 3e classe.
+
+Si l'on admet ce principe absurde qu'une récompense est due à un
+artiste parce qu'il a du talent,--comme si la vraie, la seule récompense
+pour un artiste n'était pas d'avoir du talent ou même du génie,--on
+attribuera le don de cette 3e médaille au tableau mythologique de M.
+Briguiboul, qui est parmi les oeuvres refusées et non au tableau reçu.
+C'est pourtant ce dernier qui a valu à son auteur le grand honneur de
+3e classe dont nous venons de parler.
+
+Les jours de distribution de prix, les lycéens ne sont pas plus heureux
+et plus émus que les artistes ne le sont quand un ministre ou un
+maréchal leur octroye, dans une cérémonie _solennelle_, au nom de
+l'Empereur, des récompenses diverses.
+
+Quant à moi, si j'étais guerrier, je ne combattrai que pour
+combattre,--parce que ce serait mon devoir,--et non pour obtenir un
+grade ou une croix; peintre, je ne peindrai que pour faire de beaux
+tableaux--et non pour être applaudi ou récompensé; travailler pour
+soi-même me paraît une superbe maxime que je voudrais lire en lettres
+d'or sur champ d'azur chez tous les artistes.
+
+Arriver à être content de soi, à savoir, à être sûr qu'on a bien fait,
+est la vraie gloire, la seule durable, la seule que se transmettent les
+hommes de génie, frères de celui qui l'a conquise.
+
+Quel jury, quel souverain pourraient me donner tort ou raison contre
+moi-même. Quoi!--il dépendrait d'un homme parvenu--ou de
+plusieurs--d'annihiler mon oeuvre ou d'augmenter sa valeur! J'oserais me
+dire artiste et je n'aurais pas d'opinion! Le jugement même d'un grand
+homme prévaudrait contre le mien, quand je sais, quand j'ai appris,
+étudié, travaillé, quand j'ai vécu et fait mon oeuvre! Non, mille Dieux!
+répondrais-je. Je suis libre, je sens, je suis convaincu, je discute et
+je maintiens ce que j'ai fait!
+
+D'autre part, comment pourrait-on établir la justice et la justesse des
+condamnations et des récompenses en matière d'art?--Il est inutile de
+recommencer à démontrer l'impossibilité des censures et des jurys.
+
+La magistrature artistique infaillible n'est pas encore éclose. Dès lors
+un peintre médaillé, homme consciencieux, s'appréciant à sa valeur
+exacte,--s'il est possible,--pourra-t-il supporter de sangfroid qu'un
+peintre de sa valeur ou plus fort que lui n'ait pas reçu la même faveur?
+Croit-on que beaucoup d'académiciens pouvaient, sans rougir, frotter de
+leurs habits à palmes, en passant, le paletot de Balzac?
+
+Non, non.--Il est d'éternelles vérités toujours bonnes--et inutiles à
+dire,--dont on ne profite guère, soit, mais que les cérémonies, les
+solennités et toutes les fausses grandeurs ne renverseront pas.
+
+Le discours de M. le maréchal Vaillant, ministre des Beaux-Arts, a ceci
+de particulier que, pour la première fois peut-être, on a pu entendre
+l'éloge officiel de l'invention, de l'originalité. Dans les phrases
+_d'un vieux soldat_, l'armée devait naturellement avoir quelques mots.
+Mais nous ne sommes pas de l'opinion de M. le maréchal quand il parle du
+_jury éclairé_ et quand il affirme que _le public est toujours empressé
+d'accueillir une tentative originale_.
+
+Quelques allusions aux peintres refusés se glissent dans le discours de
+M. de Nieuwerkerke, qui a repoussé _l'excentricité_ avec dédain.
+
+Je crois, moi, que l'_excentricité_ est une rare faculté en Art que n'a
+pas qui veut, et contre laquelle conséquemment il est peu urgent de se
+mettre en garde.
+
+Certaines parties du discours de M. de Nieuwerkerke ont été interprétées
+par les artistes comme des promesses de liberté pour les Expositions à
+venir, et pour ce vivement applaudies.
+
+Beaucoup d'artistes, et des meilleurs, désirent et demandent la
+suppression du jury et la liberté des Expositions. C'est trop juste, et
+cela se fera.
+
+Voici, d'après le _Moniteur_, le compte-rendu de la cérémonie et les
+discours:
+
+
+DISTRIBUTION SOLENNELLE
+
+DES
+
+=RÉCOMPENSES DÉCERNÉES AUX ARTISTES=
+
+APRÈS L'EXPOSITION DE 1863
+
+La distribution des récompenses aux artistes qui ont pris part à
+l'Exposition de 1863 a eu lieu hier, à une heure, au Palais de
+l'Industrie.
+
+S. Exc. le maréchal Vaillant, ministre de la Maison de l'Empereur et des
+Beaux-Arts, a présidé la cérémonie. Il était accompagné de M. Alphonse
+Gautier, conseiller d'État, secrétaire général du ministère de la Maison
+de l'Empereur et des Beaux-Arts, et de M. le lieutenant-colonel
+Monrival, son aide de camp. Il a été reçu, à son arrivée au Palais, par
+M. le comte de Nieuwerkerke, surintendant des Beaux-Arts, assisté de M.
+Courmont, chef de la division des Beaux-Arts, de MM. les inspecteurs
+généraux des Beaux-Arts, de M. le marquis de Chennevières, conservateur
+adjoint au Musée du Louvre, chargé du service des Expositions.
+
+A droite et à gauche de l'estrade d'honneur se sont placés les membres
+du jury, les conservateurs et conservateurs adjoints des Musées
+impériaux, et les fonctionnaires supérieurs du service des Beaux-Arts.
+
+A une heure, la séance ayant été déclarée ouverte, S. Exc. le maréchal
+Vaillant s'est levé et a prononcé le discours suivant:
+
+ «Messieurs,
+
+ «C'est un vieux soldat qui vous remet, cette année, les récompenses
+ accordées par l'Empereur à tous ceux dont les travaux honorent le
+ pays. L'armée, vous le savez, a souvent bien mérité des artistes.
+ Vous lui devez quelques-uns de ces chefs-d'oeuvre que-vous admirez
+ et que vous prenez pour modèles; et naguère encore vous l'avez vue,
+ à Rome, suspendant les coups qui pouvaient porter le ravage dans
+ ces sanctuaires des arts, objets de juste vénération. Aujourd'hui,
+ ma tâche est facile: je viens proclamer les décisions d'un jury
+ éclairé, confirmées par ce jury sans appel qu'on nomme le public.
+ En aucun pays ses arrêts ne sont plus autorisés qu'en France, parce
+ qu'en France il n'y a personne qui ne s'intéresse à vos travaux.
+ Laissons la médiocrité orgueilleuse accuser le goût du siècle et
+ déplorer ses changements et ses caprices.
+
+ «Les artistes, messieurs, trouveront toujours le public empressé
+ d'accueillir une tentative originale, parce que l'invention est une
+ des plus précieuses qualités de l'art. S'ils rencontrent de la
+ sévérité lorsque, pour suivre la vogue, ils renient leurs propres
+ convictions; si, traités d'abord avec bienveillance, ils sont vite
+ abandonnés, c'est justice. Le public a toujours maudit, avec le
+ poète, le troupeau servile des imitateurs. Il avait applaudi à de
+ brillantes promesses, il retire sa faveur à qui ne les a pas
+ tenues.
+
+ «Notre siècle, assurément, n'est pas de ceux dont les artistes
+ aient à se plaindre. Je ne vous rappellerai pas la constante
+ protection dont ils sont l'objet de la part de l'Empereur; les
+ richesses nouvelles acquises par ses ordres pour nos Musées, les
+ grands travaux exécutés dans la capitale de l'Empire. Qu'il me soit
+ permis de vous faire remarquer seulement que l'absence de préjugés,
+ l'éloignement pour la routine, le dégagement de toutes traditions
+ étroites, sont devenus les principes de la critique moderne. Plus
+ heureux que la plupart de vos devanciers, vous n'avez plus à vous
+ débattre contre des règles absolues que de glorieuses écoles ont
+ souvent laissées après elles. Aujourd'hui, qu'on poursuive l'étude
+ de la nature jusque dans ses trivialités ou qu'on s'applique à
+ rechercher un idéal poétique, tous les efforts consciencieux sont
+ appréciés, et jamais le mérite d'un ouvrage ne sera contesté pour
+ n'avoir pas l'autorité d'exemples anciens. Cette disposition, qui
+ laisse aux artistes la plus complète liberté pour suivre leurs
+ tendances et leurs inspirations, ne doit pas leur faire oublier les
+ difficultés nombreuses de leur carrière. A moins de s'être préparé
+ par de fortes études, il est imprudent de tenter des routes
+ nouvelles, et, si j'ose me servir ici d'une comparaison empruntée à
+ mon métier, je dirai qu'il n'appartient qu'aux soldats aguerris et
+ disciplinés de tout oser avec l'espoir fondé de réussir.
+ L'observation constante de la nature, les méditations patientes
+ devant les oeuvres des maîtres, voilà les plus sûrs moyens
+ d'obtenir des succès durables. Telle a été l'éducation de ceux de
+ vos prédécesseurs qui ont conquis une juste renommée; telle je
+ voudrais que fut l'éducation de tous nos artistes.
+
+ «Vous avez désiré que des Expositions plus fréquentes permissent à
+ vos juges naturels de suivre, pour ainsi dire pas à pas, vos
+ efforts et vos progrès. Le comte Walewski, mon honorable
+ prédécesseur, qui, pendant son administration, a donné tant de
+ preuves de sa sollicitude pour vos intérêts, qui s'est montré si
+ jaloux de multiplier les moyens d'encourager vos travaux, a porté
+ votre désir à la connaissance de l'Empereur, et Sa Majesté a
+ ordonné la réalisation de cette mesure. Une année ne se passera
+ donc pas sans que cette enceinte reçoive vos oeuvres nouvelles.
+ J'ai la confiance que ces Expositions annuelles répondront à votre
+ attente, comme à celle du Gouvernement, grâce à vos efforts et au
+ concours du surintendant des Beaux-Arts, qui vient de recevoir de
+ la confiance de l'Empereur une mission plus élevée, et qui vous
+ aidera d'autant plus sûrement de ses conseils et de son autorité
+ qu'il est sorti de vos rangs et qu'il vous appartient toujours par
+ ses oeuvres.
+
+ «Pourquoi faut-il qu'un douloureux souvenir attriste la joie de
+ cette fête! Moins que personne et moins ici que partout ailleurs,
+ au milieu de ces toiles animées qui nous parlent de combats et de
+ victoires, je ne puis oublier que, dans le cours même de cette
+ année, il y a quelques mois à peine, l'armée des arts perdait l'un
+ de ses plus illustres maréchaux.
+
+ «Vous l'avez reconnu, messieurs, et vos coeurs ont nommé avant moi
+ le troisième, le dernier, le plus grand des Vernet.
+
+ «Peintre de l'épopée impériale, Horace Vernet, dans son inépuisable
+ fécondité, s'est associé à tous les triomphes de la France. Pendant
+ une longue vie, qui égala presque celles du Titien et de
+ Michel-Ange, cet infatigable créateur ne cessa pas un jour de
+ travailler, et, sans jamais avoir vieilli, ne s'arrêta que pour
+ mourir!
+
+ «Nul plus que lui, sans doute, n'aurait eu droit à d'éclatantes
+ funérailles; le peuple eût porté l'artiste populaire à sa suprême
+ demeure; jeunes et vieux, les soldats de l'Empire eussent voulu
+ honorer encore celui qui avait reproduit tous leurs combats et
+ popularisé toutes leurs victoires; et vous, messieurs, ses
+ derniers élèves, ses premiers admirateurs, quelle escorte vous
+ eussiez faite à sa cendre!
+
+ «Il ne l'a pas permis. Lassé de la gloire, il a refusé pour sa
+ tombe tous les hommages; mais dans cette tombe il a emporté tous
+ les regrets.
+
+ «Ce que la reconnaissance du pays n'a pu faire alors, messieurs,
+ l'Empereur, inspiré par sa grande âme, l'avait fait d'avance en
+ accordant à votre vieux maître, à mon vieil ami, un honneur si
+ exceptionnel qu'il est presque unique dans l'histoire de l'art.
+
+ «Que l'exemple vous soutienne, messieurs, et que la récompense vous
+ encourage. Il est bon, au début de la carrière, de se fortifier
+ pour la lutte, et rien ne rehausse le coeur comme le spectacle du
+ travail accompli, du succès mérité et de la gloire obtenue.»
+
+Ce discours a été plusieurs fois interrompu par des salves
+d'applaudissements.
+
+M. le comte de Nieuwerkerke a pris ensuite la parole et s'est exprimé en
+ces termes:
+
+ «Messieurs,
+
+ «A l'heure où les questions d'art deviennent plus graves parce
+ qu'elles deviennent plus générales, l'Empereur, en réunissant dans
+ le ministère de sa Maison tous les services des Beaux-Arts, en les
+ confiant à un maréchal de France à la fois homme de science et
+ de goût, a voulu, pour ainsi dire, les rapprocher encore de Lui.
+
+ «Déjà une mesure essentiellement libérale a été prise cette année
+ en faveur d'un grand nombre d'artistes. Ils la doivent, vous ne
+ l'ignorez pas, à la sollicitude de l'Empereur. Avec cette
+ bienveillante initiative qui distingue chacun de ses actes, notre
+ auguste Souverain a appelé tous les artistes à partager le grand
+ jour de la publicité. Il a pensé que le moment était venu de donner
+ cette satisfaction au public, aux artistes, aux membres du jury
+ eux-mêmes. C'est donc à tous ceux dont les oeuvres ont été exposées
+ que je m'adresse aujourd'hui, à ceux dont les noms sont inscrits au
+ catalogue officiel, comme à ceux pour lesquels des salles
+ particulières ont été ouvertes.
+
+ «Nous sommes heureux de constater le redoublement d'activité qu'a
+ produit le Salon de 1863. Il nous donne la preuve de l'intérêt
+ croissant que l'art inspire; le nombre des visiteurs pendant la
+ semaine a été plus considérable que les années précédentes, et
+ chaque dimanche, 30 à 40,000 personnes, profitant de ce jour de
+ repos, se sont empressées de venir contempler vos travaux.
+
+ «Vous répondrez à ce précieux encouragement de la foule, messieurs,
+ et nous aurons bientôt à enregistrer, à côté de noms déjà célèbres,
+ d'autres talents qui seront une illustration de plus pour l'époque
+ où nous vivons. Quand on voit constamment grandir l'élite vaillante
+ de notre école, quand on mesure sa moyenne fort élevée, il est bien
+ permis de caresser un pareil espoir.
+
+ «Nous qui suivons vos progrès avec une attention soutenue, nous
+ reconnaissons que jamais dans l'École française il n'y a eu une
+ somme de talent si générale; cependant nous ambitionnons une
+ supériorité plus haute encore. Ne vous méprenez pas sur notre
+ pensée, messieurs: lorsque nous souhaitons pour vous, pour l'art
+ national, un plus vaste avenir, nous ne prétendons pas refuser au
+ présent la justice qui lui est due. C'est parce que vous pouvez
+ beaucoup que nous vous demandons toujours davantage.
+
+ «Nous n'insisterons pas sur certains écarts de goût que le jury
+ devait signaler à ceux qui les ont laissés se manifester dans leurs
+ oeuvres. Cet avertissement suffira, nous en avons l'espérance, pour
+ que de telles défaillances ne se renouvellent plus; car, messieurs,
+ vous qui avez déjà du talent, croyez bien que l'excentricité n'a
+ jamais eu d'autre effet que de retarder les succès légitimes et
+ durables. C'est à vous-mêmes que nous en appelons, et nous ne
+ doutons pas que dans un très-bref délai vous ne nous donniez
+ raison.
+
+ «Si nous regrettons d'avoir à constater que l'on s'éloigne de la
+ grande peinture, il n'y a cependant pas lieu d'en être trop alarmé;
+ si les préférences de quelques-uns se portent vers l'étude du
+ paysage, par exemple, leurs succès dans cette voie ne doivent pas
+ nous inquiéter sur les destinées du grand art en France. Chaque
+ époque, en effet, obéit à un mouvement particulier, à une pression
+ extrêmement mobile de l'esprit et du goût. L'important, c'est que
+ dans chacune des directions parcourues, le talent soit à la hauteur
+ de la tentative. D'ailleurs, comme pour être signé de Raphaël ou de
+ Ruysdaël, de Michel-Ange ou de Clodion, un chef-d'oeuvre n'en est
+ pas moins un chef-d'oeuvre: en raison de la diversité des esprits,
+ de la variété infinie des talents et des aptitudes originelles, nous
+ comprenons que la plus grande liberté règne dans la pratique et la
+ direction de l'art. Mais, au nom même et en échange de cette
+ liberté de tendances dont nous nous plaisons à reconnaître la
+ légitimité, nous vous demandons, nous vous recommandons avec
+ instance le travail obstiné, patient, convaincu. Méfiez-vous des
+ à-peu-près en tout genre; la véritable force les a toujours
+ dédaignés, et vous pouvez, vous devez être véritablement forts.
+
+ «Le grand art sera toujours l'objet de nos prédilections. Pourtant
+ que ceux d'entre vous qui ne suivent pas ses traditions ne croient
+ pas que nous voulions les renier; ils sont nos enfants prodigues,
+ mais, à l'inverse de celui de la parabole, ils reviennent parfois
+ les mains pleines. L'École française contemporaine est à la tête
+ des écoles d'art de l'Europe. Et si nos coeurs sont encore émus de
+ la perte des Vernet, des Delaroche, des Decamps, des Pradier, et de
+ tant d'autres, hélas! n'est-ce pas une consolation de penser que
+ parmi vous il se fait ou se fera d'aussi grandes renommées? La
+ France est féconde, messieurs, et, de même que ses soldats, ses
+ artistes sont les premiers du monde.--Dans cette lice où sont venus
+ se mesurer les représentants de l'art européen, plus la lutte a été
+ sérieuse, plus la victoire est honorable, car nous sommes trop
+ justes pour ne pas apprécier à sa véritable valeur le mérite des
+ artistes étrangers qui, à chaque Exposition, viennent concourir
+ avec vous. Aussi est-ce sans distinction de nationalité que les
+ récompenses sont accordées au talent. L'Empereur et l'Impératrice,
+ par de nombreuses acquisitions aux artistes de toutes écoles et de
+ tous pays, ont voulu consacrer ce principe.
+
+ «Maintenant, messieurs, je vais vous faire connaître les noms des
+ artistes récompensés. Tout en laissant au jury l'honneur comme la
+ responsabilité de ses choix, il est juste de dire que la quantité
+ des médailles dont il pouvait disposer n'étant pas en rapport avec
+ la somme des talents, il s'est trouvé en présence d'une grande
+ difficulté. Cet embarras du choix, nous sommes heureux d'en faire
+ la remarque, prouve une fois de plus dans quelles proportions s'est
+ augmentée l'élite de l'École française. Un autre système de
+ récompenses était donc devenu nécessaire; nous vous le ferons
+ connaître prochainement, ainsi que le règlement de l'Exposition de
+ 1864»
+
+Le discours s'est terminé au bruit des manifestations les plus
+sympathiques.
+
+Le surintendant des Beaux-Arts, après avoir demandé les ordres de S.
+Exc. le ministre de la Maison de l'Empereur et des Beaux-Arts, a fait
+l'appel des artistes français et étrangers nommés dans l'ordre de la
+Légion d'honneur, par décret impérial; puis il a lu la liste des
+récompenses décernés par le jury.
+
+Chaque artiste est venu, au milieu des acclamations des assistants,
+recevoir les récompenses de la main de S. Exc. le maréchal Vaillant.
+
+A deux heures, la séance était terminée.
+
+(_Moniteur_, 7 juillet 1863.)
+
+Outre M. Briguiboul, plusieurs Refusés-Reçus, c'est-à-dire ayant des
+tableaux aux deux Expositions, ont eu des _mentions honorables_.
+
+C'est M. Blin et M. Méry, deux paysagistes de talent, deux _suspects_
+qui figurent timidement parmi les Refusés et qui ne se sont pas nommés
+dans le catalogue. Nous donnons, nous, une mention à leurs paysages
+repoussés. Puis, M. Harpignies, déjà nommé, qui a deux paysages
+remarquables, rejetés par la même raison qui a fait admettre un autre
+tableau de lui, je veux dire sans savoir pourquoi. MM. Laurens et Tabar,
+peintres connus et toujours reçus jusqu'à présent. Enfin, MM. Vaudé et
+Wagrez. Refusés cachés comme leurs tableaux qui ne m'ont pas arrêté.
+
+Je ne cite ces mentions que comme des preuves de plus de la faillibilité
+des censeurs et examinateurs. Comment s'expliquer que ces tableaux,
+d'égale force et des mêmes peintres, aient été--les uns admis, les
+autres renvoyés? Saint Basile, le fameux dialecticien, l'oracle
+invincible, n'aurait pu éclaircir ce mystère.
+
+ * * * * *
+
+
+
+
+
+VIII
+
+=SOMMAIRE=
+
+ Donnez-vous la peine de vous asseoir.--La ménagerie d'un suspect
+ amusant.--Gare aux animaux!--Ils nous donnent un sauf-conduit.--Le
+ Temps a fait son temps.--Un condamné par la raison qu'il est
+ criminel. Ne pourrait-on pas le condamner pour autre chose?--On se
+ jette les cartes et les verres à la tête.--A la tour de Nesle!--On
+ parle encore de Béranger.--L'auteur des _Étourdis_, comédie en
+ vers, fait la campagne d'Italie.--La gloire n'est que de la
+ fumée.--Une boucherie au clair de là lune.-_A nous_, _Français_!
+ etc.... (Varsovienne).--Celle fois, le général Hoche est bien
+ tué.--Théorie du sous-lieutenant.
+
+ * * * * *
+
+Nous allons, pour nous délasser, nous arrêter un peu devant deux
+peintures tout à fait amusantes; l'une est de M. Fitz-Barn, dont on ne
+trouve pas le nom dans le catalogue, mais ce ne peut être que par
+erreur, car le tableau de ce peintre fait un tel tapage qu'on ne peut
+soupçonner l'auteur d'avoir voulu se cacher. Tout d'un coup, nous nous
+trouvons dans une grande cage avec tous les animaux de pantomime.
+J'appelle ainsi les animaux fantastiques, domestiques et comiques, tels
+que chat, singe, rat, pie, grenouille, chien, poule, geai, hibou, etc.,
+etc., dont les mouvements, les allures et les physionomies sont vraiment
+risibles ou étonnants.--Avec nous, dans la même cage, crient,
+gloussent, coassent, jappent, miaulent et grouillent les animaux que je
+viens de citer. A travers le treillage, des figures singulières nous
+examinent très-attentivement. Le singe épluche ou épile un rat, ce
+qui indigne une pie.--Deux petits chiens bleus se battent pour
+rire.--Une grenouille montre sa tête immobile à fleur d'eau.--Un
+chat-huant attend la nuit avec impatience, et de ses deux lueurs fixes,
+qu'il a pour yeux, regarde passer le temps.--Bref, tous les animaux sont
+dans leurs attributions respectives.--Quittons ce petit pandémonium. Les
+animaux ne s'opposent pas à notre sortie de la cage.
+
+L'autre peinture représente un vieillard qui ressemble au Temps, assis
+sur un débris de colonne. Il a fait des progrès depuis la Mythologie; il
+a un chapeau, des lunettes, des bottes à revers et une lyre; il fait au
+jury, sans doute, une grimace des plus grotesques.
+
+Il est impossible que M. Paul Claparède, auteur de cette petite
+grisaille, ne l'ait pas conçue et peinte à la suite d'une absorption
+exagérée d'un hatchi inconnu, mais dont les effets doivent être gais.
+
+M. Viel-Cazal est encore un peintre hardi, un vigoureux réaliste qui n'a
+pas plus peur du sujet que de la couleur.
+
+Il a exposé un étude de _Tête de cheval_ et un très-grand tableau, la
+_Dernière heure_, dont voici la légende:
+
+«Un cheval vicieux, condamné _pour cette raison_ à être abattu, et ayant
+déjà les crins coupés, cherche à s'échapper des mains des équarrisseurs,
+après avoir rompu ses entraves.»
+
+La description n'est pas très-exacte.--Le cheval s'est échappé, il a
+même renversé, en s'échappant, l'un des équarrisseurs, et il enlève
+l'autre à ses naseaux ensanglantés; un boule-dogue s'élance à fond de
+train sur le cheval.
+
+Ce tableau est très-vivant, très-vrai, peint largement; il méritait
+enfin de s'échapper des mains des jurés et de s'installer dans le salon
+de la liberté et de l'audace.
+
+_Une Dispute de jeu_, par M. Thiery, est un tableau romantique qui
+aurait eu du succès en 1833; mais le succès ne prouve rien, et M. Thiery
+a fait une jolie peinture de cape et d'épée.
+
+Holà! tavernier du diable! il ne s'agit pas d'apporter à boire! sus aux
+querelleurs! enlevez les cartes si leurs épées vous laissent faire, ou,
+vive Dieu! votre tonnelle enragée sera fermée avant le couvre-feu!
+
+M. Allard Cambray a fait un beau Louis XI, à l'eau-forte, dans la
+superbe collection de M. Cadart; mais, hélas! _Agés_... hélas! il en a
+peint un bien faible. On voit qu'il s'est plus inspiré de la pâle
+chanson de Béranger que de l'histoire:
+
+Heureux villageois, dansons,
+Sautez, fillettes
+Et garçons!
+
+Unissez vos joyeux sons,
+Musettes
+Et chansons!
+
+Ainsi, dans ce tableau, non moins décoloré que le refrain, sautent et
+dansent les heureux villageois devant le cadavre encore vivant du roi
+Louis XI.
+
+M. Andrieux nous montre _le général Bonaparte accompagné de non
+escorte_, _le matin du combat_. (_Campagne d'Italie_, 1796.)
+
+Bonaparte, entouré de quelques officiers, galope dans un champ en
+désignant du doigt classique des héros l'endroit où il y a le plus de
+fumée.
+
+C'est une vignette coloriée assez habilement et dont le dessin dénote
+une main plus exercée à exécuter sur bois de petites manoeuvres
+militaires qu'à les peindre.
+
+M. Édouard-Alphonse Aufray a trois tableaux, dit le catalogue, mais je
+n'en ai trouvé qu'un, _Choc de cavaliers_. On dirait que c'est la
+_Bataille des Cimbres_, qui a donné aux Refusés son portrait en
+miniature (son portrait, pas tout à fait cependant); mais il y a tant
+d'enthousiasme pour cette _Bataille_, dans ce _choc_, qu'on voit bien
+que _les cavaliers_ de M. Aufray se souviennent _des Cimbres_ de
+Decamps. Ils se battent presque aussi furieusement.
+
+Les deux autres tableaux de M. Aufray, désignés dans le livret:
+_Crépuscule_ et _Lever de lune_, semblent être réunis dans _le Choc des
+cavaliers_ pour ne former à eux trois qu'une trinité. En effet, c'est
+par un _crépuscule_ et par un _lever de lune_ que se _choquent les
+cavaliers_.
+
+Le _Cavalier polonais_, de M. Guillaume Regamey, est plus triste et
+moins animé. Il songe à sa patrie et attend. Son cheval aussi est là qui
+attend. Malgré le soin et le patriotisme, ce tableau, qui a des
+qualités, n'est pas d'une belle couleur. On pourrait croire, du reste,
+qu'il a été exposé malgré son auteur, car il n'est pas indiqué dans le
+catalogue.
+
+_Les Dernières moments du général Hoche_ n'ont pas fait faire un bel
+ouvrage à M. E. Courtois; mais je crois que la médiocrité de ce tableau
+tient plus au genre,--genre ou art militaire,--qu'au talent modéré du
+peintre.
+
+On peut s'affermir dans cette opinion, en examinant avec
+attention,--rude travail,--tous les tableaux de bataille, de revue ou de
+guerriers, qui sont aux deux Expositions; les uns sont plus médiocres,
+les autres plus mauvais.
+
+ * * * * *
+
+
+
+
+
+IX
+
+=SOMMAIRE=
+
+ Malice du Jury.--Elle est noire, mais cousue de gros fil
+ blanc.--«Mon impartialité bien connue....»--Prenons le chemin de
+ fer de Castelnau.--Nous arrivons aux Tuileries.--Réhabilitation
+ d'un condamné.--Encore une victime.--Une tragédie de MM. Ponsard et
+ Latour de Saint-Ybars.--Ta vie, en cinq points secs!--Une fable vue
+ au microscope.--Quelle tête!--On met à Shakespeare la perruque à
+ marteau de Ducis ou celle des lions de l'Institut.--Henri IV est
+ mort!--Hoche pacifie la Vendée.--Les comestibles vont dévorer le
+ cuisinier.--Le duc d'Orléans au bal masqué.--Le petit dieu
+ malin.--1852 et 1815.--Les suspects au bal des victimes.--De bien
+ douces larmes.--Pauvre petite!--Elle aime Polichinelle.--Si
+ jeune!...--Tableau selon saint Jean.--«J'ai, Jean-Marc Mathieu,
+ huissier au tribunal, etc....»--Décidément, c'est une langue!...
+ mais pas française.--Vente par autorité de justice.--Autre tableau
+ religieux selon saint Marc.
+
+ * * * * *
+
+Parmi les tableaux que le jury a été enchanté de voir exposés dans la
+salle des Refusés, parce que ces tableaux-là ressemblent aux primitifs
+joujoux en bois dont les enfants ne veulent plus, et qu'ils font éclater
+la raison du jury dans toute sa splendeur, parmi ces tableaux il faut
+citer un paysage de M. Castelnau, qui n'a pas eu, comme son maître M.
+Brivet, l'énergie de s'exposer en plein catalogue.
+
+Moi, qui ai la résolution d'être d'une complète franchise, je cite
+également les choses marquantes en bien ou en mal. Je voudrais pouvoir
+parler de tout, mais j'ai des limites.[1]
+
+[Note 1: Quand on franchit la borne, il n'est plus de limites! a dit
+M. Ponsard.]
+
+D'ailleurs, il y a mauvais et mauvais: le mauvais amusant et le mauvais
+ennuyeux.
+
+C'est à ce mauvais-là qu'appartiennent les imitateurs ou plutôt les
+victimes de MM. Brascassat, Flandrin, Gérôme, Muller, etc.
+
+Mais c'est dans le mauvais amusant qu'il faut classer le paysage
+enfantin de M. Castelnau. Il y a un petit chemin de fer avec locomotive,
+un petit pont, des petites maisons en bois, des petits arbres en zinc
+et des petits chevaux-Brivet.
+
+Cela fait doucement sourire; cela rappelle l'enfance; on croit qu'on
+vient soi-même de mettre en rang tous ces jouets.
+
+Un autre paysage qui voulait être sérieux, mais qui a l'air d'un décor
+du théâtre des marionnettes aux Tuileries, c'est l'_Entrée de
+Thérouanne_, par M. Delalleau.
+
+M. Désiré Philippe a été reçu pendant 15 ans. La commission d'examen a
+trouvé que c'était assez.--Cependant ce n'est pas assez.
+
+Il fallait que les portraits envoyés par M. Philippe fussent en
+décadence; or, ils sont exactement ce qu'ils étaient,--d'une valeur qui
+n'a pas bougé.
+
+Le premier portrait, celui de M. Charles Vincent, est très-ressemblant;
+le second, celui d'un collégien, doit-être encore plus ressemblant: cela
+se devine.
+
+Dans son tableau, une, _Famille de Tritons_, M. Athon Donner est une
+victime de M. Millet.
+
+M. Doneaud n'est pas dépourvu des qualités qui causent l'étonnement. Il
+a fait une véritable _Jézabel morte_ qui indique qu'un membre de
+l'Institut avait d'abord dirigé ses études vers la tragédie, à la
+manière de MM. Ronsard et Latour.
+
+Cette Jézabel est d'un mauvais--mais de ce mauvais déplaisant dont je
+parlais tout à l'heure.
+
+Eh bien!--voilà d'où vient l'étonnement,--M. Doneaud a exposé un autre
+tableau qui est bien fait, c'est: _Suite de jeu_. L'intention
+philosophique y est peut-être trop indiquée: des cartes, de l'or, une
+dague et du sang!
+
+Voilà le tableau!
+
+La plus gigantesque des oeuvres refusées c'est le _Berger et la
+mer_,--_fable_!--par M. Doyen.
+
+Ce berger est plus grand que la mer qu'il contemple.
+
+Son genou est un immense rocher.--Et M. Doyen appelle cela une fable!
+
+M. Duckett, _suspect_, a fait un affreux portrait qui doit être celui de
+M. Brascassat.
+
+M. Hippolyte Dubois à traduit Shakespeare à la façon de Ducis.
+
+Figurez-vous une _Titania_, le _Songe d'une nuit d'été_, faits par un
+prix de Rome, sans doute, élève de M. Gleyre--Gleyre obscur,--dirait le
+_Tintamarre_.
+
+Obéron ne s'y tromperait pas et n'irait certes pas verser le suc des
+fleurs sur les paupières de cette Titania-là.
+
+_Les Funérailles du géneral Marceau_. _L'armée autrichienne lui rend les
+honneurs militaires de concert avec les Français_.
+
+Nous ne ferons pas pour ce tableau de M. Dupray comme les Autrichiens et
+les Français pour Marceau: nous ne lui rendrons pas même les honneurs
+militaires (Voir ce que nous avons dit du tableau, la _Mort du général
+Hoche)_.
+
+M. Delord a fait un joli Persan--en bois.
+
+Des légumes et des comestibles énormes sur le premier plan.--Au fond,
+sur le cinquantième plan, à quelques lieues on aperçoit dans une cuisine
+un petit cuisinier lilliputien apprêtant ses fourneaux pour faire cuire
+ces gros légumes qui pourraient bien le manger ou l'engloutir lui-même.
+
+Tel est le tableau assez plaisant de M. Fanchon.
+
+On dirait en voyant le portrait de M. Horace Vernet par M. Ficatie, que
+ce peintre a voulu faire le portrait du duc d'Orléans.
+
+Cette peinture est encore du genre primitif et amusant dans lequel se
+sont essayés avec tant de succès MM. Brivet, Castelnau, Delord, etc.
+
+J'aurais voulu citer l'auteur d'un _Franc-maçon_ éclatant et celui de la
+_Naissance d'un Poulain-Brivet_; mais je n'ai pu découvrir leurs noms.
+
+C'est dans cette série de peintres qu'il faut classer M. Hudei, auteur
+d'un _Mendiant suspect_, allégorie fine: ce mendiant, c'est l'amour....
+Ah!--que dirait M. Hamon?
+
+M. Mallet, auteur du 24 _septembre_ 1852 _à Viviers d'Ardèche_; M.
+Regnier, qui a fait le _Retour aux Tuileries_, 20 _mars_ 1815, et M.
+Rocques, peintre sur faïence, doivent être nomenclatures dans cette même
+classe.
+
+A ces diverses classifications de peintres, les _Suspects_, les
+_Philosophes_, les _Victimes_--victimes nombreuses, hélas! de MM.
+Signol, Pujol, Gleyre, Flandrin, Hamon, Brascassat, Yvon, etc.,--les
+_Primitifs_ ou _Antédiluviens_, les _Poltrons_, les _Montagnards_, etc.,
+etc., il faut ajouter les _Tristes_.
+
+M. Guillaume Regamey, qui a fait le _Cavalier polonais_ dont j'ai parlé,
+est de cette série.
+
+Il faut y placer également un peintre modeste, caché comme une violette,
+qui a fait une petite pauvresse plantée devant une boutique pleine de
+polichinelles et de poupées. On devine dans la main qui se tortille une
+envie démesurée de posséder, de toucher les joujoux. C'est une de ces
+peintures attendrissantes qui réussissent toujours en public. Le peintre
+l'a prise sur nature et a eu le bon goût de ne donner à ce sujet que la
+proportion convenable.
+
+M. Fourau, non moins élégiaque, a mis dans un cadre de chêne ou de sapin
+une petite fille encore vivante, mais qui a l'air de bien souffrir.
+
+M. Claude Maugey a exposé deux tableaux: le _Christ abandonné_ et un
+_Coin d'atelier_. Le cadavre du crucifié est bien abandonné en
+effet.--Il est étendu sur le sol dans un désert. M. Maugey a rendu
+hardiment et même originalement l'abandon immense, plus grand que la
+solitude.
+
+Ce tableau, bien conçu et bien rendu, avait été commandé, m'a-t-on dit,
+par un célèbre et noble amateur qui n'en a pas voulu, le jury l'ayant
+refusé!
+
+Il y a encore des gens qui croient au jury!
+
+Dans tous les cas, ce n'était pas une raison.
+
+Le noble amateur n'étant pas le jury, n'avait pas le droit de refuser.
+
+Le _Coin d'atelier_ est une simple petite toile qui montre des pinceaux,
+une palette, des couleurs et un _protêt_. Triste, triste,--comme dit
+Hamlet,--triste allusion à la vie des peintres qui ne vendent pas leurs
+tableaux vingt mille francs, car alors ils ne les vendent pas du tout.
+Il n'y a pas de milieu.
+
+La peinture rapporte des millions ou rien. C'est affaire de chance comme
+en tout art.
+
+Je ne sais si M. Maugey a voulu agiter ces hautes questions, et s'il
+croit, comme M. Millet, que la peinture est une langue, mais
+heureusement il n'en a pas l'air. Il conviendrait d'ailleurs avec moi
+que ces petites vessies et ce papier timbré n'ont pas une grande
+importance, ni une éloquence victorieuse et tranchant la discussion.
+
+Pour couper court à toute réplique, au lieu de cette douce plainte, il
+aurait fallu, alors, représenter dans un grand tableau les huissiers
+noirs emportant tout et le peintre rouge pleurant aux pieds du jaune
+propriétaire impitoyable.
+
+Voilà qui aurait corroboré l'apophthegme de M. Millet.
+
+J'admets le tableau religieux de M. Maugey, le _Christ abandonné_, mais
+je n'admets pas le _Christ mort_, de M. Zipelius. Celui-là est
+déplorable; il a l'air d'avoir concouru pour le prix de Rome.
+
+ * * * * *
+
+
+
+
+
+X
+
+=SOMMAIRE=
+
+ Orage.--Dispersion des insectes.--Nouvelle liste d'exécutés.--On
+ manque de tombereaux.--Le Jury a encore deux peintres tués sous lui
+ qui se portent bien.--Dernière fournée de victimes
+ innocentes.--Gentillesses à l'aquarelle et au pastel.--Traduction
+ libre de: _La garde meurt_..., etc.--Éloge des
+ aqua-fortistes.--Adresse de M. Cadart: rue Richelieu, 66
+ (réclame).--La bataille de Waterloo recommence.--La
+ sculpture.--Tout prouve que j'ai raison.--Otons nos paletots.--Un
+ nouveau suspect qui a du talent.--Moisson de
+ statuaires.--Conclusion.
+
+ * * * * *
+
+Tout d'un coup le ciel s'obscurcit, un torrent de paysagistes nous
+inonde. C'est comme une invasion de sauterelles en Afrique; il faudrait
+du canon pour les disperser.
+
+Cependant presque tous ces paysagistes ont du talent. C'est ce qui les a
+fait refuser.
+
+Citons les plus dignes et leurs tableaux.
+
+M. Berne-Bellecour, _Plâtreries_, _près Fontainebleau_.
+
+M. Besnus, _Bestiaux au pâturage_.
+
+M. Auguste Bouchet, auteur d'un superbe _Chemin creux dans la forêt de
+Montmorency_.
+
+M. Berthelon, _Paysage_ (non inscrit dans le catalogue).
+
+M. Chauvel, _Dans la Gorge aux Loups_, _Fontainebleau_.
+
+M. Louis Cordier (non inscrit), une _Rue de village_ très-bien peinte.
+
+M. Dutilleux, _Étude en forêt_ et _Effet du soir_.
+
+M. Fontaine (encore un suspect non inscrit!), _Paysage_.
+
+M. Eugène Lambert, _Vue prise en aval du l'Ile de Veaux_.
+
+M. Laîné (suspect), _Paysage_.
+
+M. Lansyer, _un Poste au bord de la mer_.
+
+M. Lemariée, _Vieilles tanneries à Montargis_.
+
+MM. Lalanne et Larochenoire, introuvables dans le catalogue, auteurs, M.
+Lalanne qui avait toujours été reçu, de _Ruines dans un paysage_, et M.
+Larochenoire, de _Chevaux au pâturage_.
+
+M. Célestin Leroux, dont j'ai remarqué les trois _Sites de
+Landebaudière_.
+
+M. Edouard Lobjoy, qui a fait une très-belle _Vue de l'Église
+San-Tommaso_, _à Gênes_.
+
+M. Longueville,--qui figure à l'exposition ordinaire,--_Joinville à
+Nogent_.
+
+M. Marois (non inscrit), _Paysage_.
+
+M. Michelin, _Vallée d'Hyères_.
+
+M. Morel-Lamy, _Bords de la Marne_ et _Promenade près le canal_, pastel.
+
+M. Masure (non inscrit), _Marine_.
+
+M. Perret (François), _les Bords de l'Oise_.
+
+M. Petit (non inscrit), _Paysages_.
+
+M. Pissaro, _Paysage_.
+
+M. Lavery (non inscrit), _Paysage_.
+
+M. G. de Serres, _Crépuscule_.
+
+M. Sutter (David), _Paysages de Fontainebleau_.
+
+M. Vollon, _Paysage_ (Charenton).
+
+M. Valnay (non inscrit), _Paysages_.
+
+M. Wagrez--admis à l'Exposition et mentionné,--_la Forêt par la neige_.
+
+J'en passe et d'aussi bons.
+
+Tous ces paysages sont bien.--Pas un ne ressort absolument. C'est du
+talent ordinaire, mais c'est du talent.--On n'a pas le droit de
+repousser le talent, même quand on n'en a pas. Plusieurs des auteurs de
+ces tableaux sont à la fois admis et refusés et figurent aux deux
+expositions. Presque tous ont deux ou trois peintures à la
+Contre-Exposition; je n'ai cité que les meilleures.
+
+Deux autres peintres très-connus, MM. Jongkind et Eugène Lavielle, qui,
+lui, ne s'est pas fait inscrire dans le catalogue, ont eu de charmants
+paysages renversés, mais non tués,--au contraire,--sous le jury.
+
+Quelques affreuses choses, _le Portrait de M. F._, par M. Tichit; _la
+Femme adultère_, par M. Hébert; _la Fête romaine sous Pompée_, par M.
+Navlet; un hideux fouillis sur faïence par M. Rocques, qui ne s'est pas
+assez caché, et _le Portrait de M. Dambry_, _inventeur de la capsule
+dite tire-feu_,--(remarquez l'invention, je vous prie),--sont les
+dernières peintures qui m'aient arrêté à cause de leur tristesse ou de
+leur comique involontaire.
+
+Madame Pauline Viancin, dont le nom manque dans le catalogue, a fait un
+très-joli portrait au pastel.
+
+M. Tournayre est auteur d'un beau paysage au fusain. Un dessin de M.
+Saint-François, _la Fièvre_, est des plus remarquables: un cadavre en
+délire se relève dans ses draps sur un grabat; ses crispations, sa
+maigreur en sueur, les effets d'ombre et de lumière sont arrachés à la
+nature fantastique. C'est admirable.
+
+_La Promenade près le canal_, pastel, par M. Morel-Lamy, et une _Plage_,
+aquarelle, par M. Laurens, tous deux déjà nommés; _le Naufrage de la
+Méduse_, d'après Géricault, fusain par M. Eustache (non inscrit); des
+fleurs et des fruits au pastel sont à citer.
+
+M. Frédérick Junker, qui n'est pas sans habileté, a voulu faire de
+l'esprit. Il a représenté le livre des _Misérables_ ouvert à la page où
+Cambronne répond si énergiquement aux Anglais qui le somment de se
+rendre. Un morceau de sucre brûle sur une pelle pour ôter l'odeur et
+mieux faire sentir l'intention du dessinateur, qui a appelé cette
+mauvaise plaisanterie: _le Dernier mot du réalisme_.
+
+
+GRAVURE
+
+M. Bracquemond, un des meilleurs aqua-fortistes, un des artistes qui se
+sont le plus distingués dans la magnifique galerie de M. Cadart, a
+laissé au salon des Refusés un superbe _portrait d'Érasme_, _d'après
+Holbein_, _eau-forte commandée par le ministère d'État_, et un _Tournoi,
+d'après Rubens_, _gravure commandée par l'administration des Musées pour
+la calcographie_.
+
+Il paraît que le jury n'est pas d'accord avec cette administration, ni
+avec le ministère d'État.
+
+M. Léopold Desbrosses a une belle eau-forte: _Waterloo_; _épisode du
+chemin creux d'Ohain_.
+
+«L'instant fut épouvantable. Le ravin était là, inattendu, béant, à pic
+sous les pieds des chevaux, profond de deux toises entre son double
+talus. Le second rang y poussa le premier et le troisième y poussa le
+second; les chevaux se dressaient, se rejetaient en arrière, tombaient
+sur la croupe, glissaient les quatre pieds en l'air, pilant et
+bouleversant les cavaliers..., et quand cette fosse fut pleine d'hommes
+vivants, on marcha dessus, et le reste passa.»
+
+Ces lignes expressives ont été comprises et rendues par M. Desbrosses.
+
+Il faut encore signaler les gravures espagnoles de M. Manet: _le Martyre
+de Saint-Barthelemy_, _d'après Ribeira_, par M. Masson; _une Tête_,
+_d'après Jean Bellin_, par M. Balleroy, Refusé craintif dont le
+catalogue ne parle pas; enfin _les Folles de la Salpétrière_ qui
+représentent _une Sortie de soeurs de charité_; _les Bords de l'Oise_,
+d'après Daubigny--(on voit une grange),--et divers croquis par M. Amand
+Gautier.
+
+
+SCULPTURE
+
+Mon opinion est que la sculpture est en déroute. Cela s'explique parce
+qu'il faut être savant pour être sculpteur, et que pour un art manuel,
+on rechigne à se bourrer d'études littéraires et scientifiques. La
+statuaire ne doit représenter que la beauté pure, correcte et nue,
+froide et sans défaut comme la matière qu'elle emploie.--La statuaire,
+c'est la mythologie, c'est l'antiquité. Malgré les vigoureuses oeuvres
+d'un des derniers sculpteurs de génie que nous ayons eu, Rude, je trouve
+absolument contraire à la statuaire, nos paletots, les habits de nos
+généraux et leurs chapeaux. Les riches et mâles costumes des guerriers
+de Louis XIII et de Louis XIV même luttent mal en marbre avec les
+draperies et surtout avec la nudité païenne.
+
+Le réalisme ne peut pas être aussi heureux en statuaire qu'en peinture.
+Il fait trop d'efforts, d'efforts inutiles.
+
+Une des plus hardies statues dans toute l'Exposition, est celle de
+_l'Ignorance_ qu'on a refusée. Je n'ai pu découvrir le nom de l'auteur.
+
+Un nègre herculéen est rivé à la glèbe. Sans même essayer de tout briser
+en détendant ses gros muscles, il s'allonge à terre en beuglant comme un
+animal qui hume l'air. La stupidité puissante, énorme, musculaire est
+parfaitement exprimée, et il y a une grande vigueur dans l'exécution.
+
+_La Panthère de Java guettant des petits lapins_, par M. Delabrière, est
+un joli plâtre.
+
+M. Leclerc a un médaillon à l'Exposition des Reçus et un buste bien
+ébauché à celle des Refusés.
+
+Le _buste de M. J.-S. de G._, par M. Matabon, est très-soigné; il n'a
+rien d'audacieux, il ressemble au roi Victor-Emmanuel, il est convenable
+de tous les côtés. Quoi ou qui diantre à pu le faire refuser?
+
+M. Auguste-Flavien Poitevin, fils de l'auteur du _Vengeur_, avait envoyé
+au Jury un _modèle en plâtre d'un Christ_.--Pas une raison de refus ne
+peut se découvrir.--M. Poitevin fils a reçu et reçoit encore de son père
+les meilleures leçons de sculpture. Il en a donné la preuve en son
+Christ. On sent dans l'exécution une jeunesse qui n'exclut ni l'habileté
+ni la fermeté.
+
+Le _Naufragé_, par M. Pètre; _Diderot_, par M. Leboeuf; des bustes, par
+MM. Durst, Virey et Alfred Michel, _une Tête de cuirassier_, sans nom
+d'auteur; _la Famille Cabasson_, très-spirituelle scène de saltimbanques
+qui font leur _boniment_, terre-cuite, par M. Eugène Decan, auraient on
+ne peut mieux figuré au milieu des oeuvres de sculpture admises.
+
+
+CONCLUSION
+
+J'ai terminé la revue des peintres, sculpteurs, graveurs et dessinateurs
+Refusés contre tout droit et toute justice. Je ne crois avoir omis rien
+d'important.--Je n'ai pas voulu ne parler que des oeuvres dont
+l'exécution ordinaire, mais complètement satisfaisante, sautait aux yeux
+de tout le monde. J'ai cité hautement les peintures trop rares où la
+hardiesse et l'originalité se laissent entrevoir. J'ai signalé et classé
+les mauvais tableaux, les croûtes et leurs auteurs, et je n'ai pas cessé
+de prendre, le plus franchement du monde, la défense des peintres,--tout
+en leur disant ce que je crois être leurs vérités,--contre la niaiserie
+du public et des critiques d'art, et contre l'arbitraire du jury.
+
+Je répète qu'il est honteux et absurde d'avoir rejeté les tableaux de
+MM. Whistler, Colin, Chintreuil, Gautier, Briguiboul, Pinkras, Pipard et
+autres que j'ai déjà plusieurs fois nommés. La surabondance des beaux
+paysages et des nature-morte, dignes de maîtres, révolte aussi contre
+leur rejet.
+
+Ces refus sont une condamnation à mort du jury. Tous les vrais artistes
+demandent l'exposition libre et la suppression de toute espèce de
+censure ou de commission d'examen.--Ils l'auront,--_nous l'aurons_!
+
+Nous avons encore bien des reproches à faire au jury. Pour se donner des
+airs de raison, n'avait-il pas, l'espiègle! poussé la malignité jusqu'à
+donner les places les plus en vue et les meilleures aux plus
+détestables, risibles et primitives peintures que les garçons
+d'administration et de bureau auraient refusées aussi, mais moins
+sérieusement, moins solennellement que l'Institut.
+
+Un fait encore grave, c'est que les refuseurs appliquent maintenant, au
+lieu d'une simple marque à la craie, un R. ineffaçable sur la toile même
+des tableaux qui ne leur plaisent pas. De sorte que les peintres sont
+obligés de faire rentoiler leurs oeuvres à grands frais pour pouvoir les
+vendre aux amateurs et bourgeois que le stigmate effraye et qui croient
+au jury. Je ne suis pas trop sensible et je ne m'attendris pas
+facilement sur le sort des _pauvres artistes_, mais c'est outre-passer
+le droit que de les marquer.
+
+M. le maréchal Vaillant a dit dans son discours officiel, le jour de la
+distribution des prix aux peintres, que les artistes n'avaient
+assurément pas à se plaindre de _ce siècle_: j'affirme alors qu'ils
+n'ont jamais eu à se plaindre, car, certes, si l'on veut se donner la
+peine d'aller les prendre au gîte ou de les regarder dans leurs
+terriers, on ne les trouvera pas très-heureux.
+
+Une des choses les plus révoltantes à constater, c'est, je le répète,
+l'unité de refus pour les oeuvres dites réalistes.
+
+Que signifie la beauté de convention pour un art comme la peinture,
+dont l'esthétique consiste à représenter ce qu'on voit et ce qui est?
+
+Quand on veut peindre la nature, ne faut-il pas être vrai?
+
+Le choix, à moins d'être faux, est-il possible? N'y aurait-il pas
+discordance, outre absurdité, à ne montrer que de jolies choses?
+
+J'ai publié, il y a six ou sept ans, dans le journal _l'Artiste_, un
+article sur cette vieille question. Je n'ai pas changé d'opinion et je
+crois devoir, pour finir, le reproduire tel que je l'ai fait:
+
+Cet article n'est ni la défense d'un client, ni le plaidoyer pour un
+individu, c'est un manifeste, une profession de foi; il commence comme
+une grammaire, comme un cours de mathématiques, par une définition:
+
+Le réalisme est la peinture vraie des objets.
+
+Il n'y a pas de peinture vraie sans couleur, sans esprit, sans vie ou
+animation, sans physionomie ou sentiment. Il serait donc vulgaire
+d'appliquer la définition qui précède à un art mécanique:
+
+L'esprit ne se peint que par l'esprit, d'où il suit qu'il serait
+impossible à beaucoup de gens de lettres de faire le portrait d'un homme
+spirituel.
+
+(Peut-être quelques lecteurs intelligents trouveront-ils inutile de
+défendre un art dont la base est la vérité, et qui acclame toutes les
+manifestations de l'esprit humain,--qu'elles viennent de l'imagination
+ou de la mémoire, de la réflexion ou de l'observation,--à la condition
+qu'elles soient sincères et individuelles. Cependant il faut bien
+défendre, puisqu'on attaque.)
+
+Le paysagiste qui ne sait pas remplir d'air son tableau, et qui n'a la
+force que de rendre exactement la couleur, n'est non seulement pas un
+peintre réaliste, mais même pas un peintre; car la vie d'un paysage,
+c'est l'air.
+
+L'écrivain qui ne sait dépeindre les hommes et les choses qu'à l'aide de
+traits convenus et connus, n'est pas un écrivain réaliste; il n'est pas
+un écrivain du tout.
+
+Le mot réaliste n'a été employé que pour distinguer l'artiste qui est
+sincère et clairvoyant d'avec l'être qui s'obstine, de bonne ou de
+mauvaise foi, à regarder les choses à travers les verres de couleur.
+
+Comme le mot vérité met tout le monde d'accord et que tout le monde aime
+ce mot, même les menteurs, il faut bien admettre que le réalisme, sans
+être l'apologie du laid et du mal, a le droit de représenter ce qui
+existe et ce qu'on voit.
+
+Or, Vénus est rare, et il y a longtemps que les nymphes diaphanes et les
+dieux aux arcs d'argent ont fui avec nos bois et notre ciel, et se sont
+réfugiés dans de certains volumes et tableaux.
+
+On ne conteste à personne le droit d'aimer ce qui est faux, ridicule ou
+déteint, et de l'appeler idéal et poésie; mais il est permis de
+contester que cette mythologie soit notre monde, dans lequel il serait
+peut-être temps de faire un tour.
+
+D'ailleurs, on abuse de la poésie. On la met à toute sauce, et ce n'est
+pas le cas de dire que la sauce fait le poisson.
+
+La poésie pousse comme l'herbe entre les pavés de Paris. Elle est rare,
+et quand il s'en trouve un brin, les pieds-plats l'ont bien vite
+écrasée. Laissons la poésie tranquille! Chaque époque, chaque être a la
+sienne, et cependant il n'y en a qu'une. Arrangez-vous. Quant à moi, je
+crois que cette poésie, que chacun pense avoir dans sa poche, se trouve
+aussi bien dans le laid que dans le beau, dans le fantastique que dans
+le réel, pourvu que la pensée soit naïve et convaincue, et que la forme
+soit sincère. Le laid ou le beau est l'affaire du peintre ou du poète:
+c'est à lui de choisir et de décider; mais à coup sûr la poésie, comme
+le réalisme, ne peut se rencontrer que dans ce qui existe, dans ce qui
+se voit, se sent, s'entend, se rêve, à la condition de ne pas faire
+semblant de rêver. Il est singulier, a ce propos qu'on se soit
+spécialement suspendu aux pans de l'habit du réalisme, comme s'il avait
+inventé la peinture du laid. Je voudrais bien que l'on m'indiquât le
+poète ou le peintre dont l'oeuvre ne renferme pas quelques monstres et
+beaucoup d'horreurs? Est-ce Shakespeare ou Rembrandt? Raphaël même ou
+Homère? Perse ou Rubens? Véronèse ou Rabelais? La plupart des
+difformités invraisemblables, des énormités hideuses, tout ce qui est
+matière à dégoût, horreur et épouvante, a été inventé ou dépeint par les
+grands artistes du passé.
+
+Racine lui-même se complaît dans la peinture des vilaines passions et
+des monstres odieux que vomit la plaine liquide, il est moins
+pardonnable à Albert Durer de nous avoir montré les faces atroces des
+Israélites diluviens, qu'aux peintres actuels de nous faire voir des
+nudités du jour, certainement moins affreuses que celles qu'on rencontre
+en général, et qui, d'ailleurs, à aucun litre ne justifieraient le
+reproche de peinture du laid, puisqu'elles s'épanouissent dans la belle
+nature, sous des verdures pleines de couleurs et de frissons. Ne
+faudrait-il pas, pour satisfaire le goût des prétendus amateurs du beau,
+mettre les scellés sur les moeurs qui ne sont pas pures et les nez qui
+ne sont pas ioniens? Qu'ils prennent une glace, et qu'ils ne sortent
+plus de chez eux, alors.
+
+L'antiquité surtout, la Mythologie, qui est beaucoup plus vraie qu'on ne
+le pense, regorgent d'abominations. Les types les plus repoussants,
+peints ou imprimés, se trouvent dans les bibliothèques et dans les
+musées; il n'y a point de critiques qui s'en effarouchent. Que les
+réalistes jouissent de la même liberté! Si les gens en paletot qui
+passent devant nos yeux ne sont pas beaux, tant pis! Ce n'est pas une
+raison pour mettre une redingote à Narcisse ou à Apollon. Je réclame le
+droit qu'ont les miroirs, pour la peinture comme pour la littérature.
+Les aventures d'à-présent ne sont pas moins étonnantes, réjouissantes et
+invraisemblables que celles des temps passés. Il y a même beaucoup de
+bourgeois dont l'existence n'excitera pas moins la curiosité, dans
+quelques siècles, que celles de Mercure et de Jupin. Les figures que
+nous rencontrons sont aussi grotesques que bien des têtes conservées par
+l'art grec, et la bourse de Paris ressemble au Parthénon.
+
+Tout cela devrait engager les amateurs, membres de l'Institut et
+conservateurs, à sortir un instant de Claros et de Trézène, à descendre
+de l'Olympe et du Double-Mont, où les confine depuis si longtemps
+l'amour du beau.
+
+D'autres s'obstinent non moins utilement à se promener dans les longues
+allées des parcs de Vatteau. Les marronniers de ces messieurs sont encore
+en fleurs au mois de novembre; il y a toujours des frou-frou de soie
+dans les bosquets--pommadés,--et les fleurs sentent la vanille et le
+patchouli; l'eau qui s'élance au-dessus des massifs ne cesse pas d'être
+irrisée dans un air couleur d'arc-en-ciel.
+
+Quant aux romantiques, depuis qu'ils n'ont plus à exterminer la famille
+des Atrides, leurs moustaches d'hidalgo ressemblent absolument à celles
+des vieux de la vieille. Les plumes de leurs feutres, les rubans de
+leurs pourpoints ont déteint.
+
+C'est en vain qu'ils prennent les volets de Paris pour les jalousies de
+Séville et qu'ils fredonnent d'une voix chevrotante l'air de
+l'Andalouse, pas un soupir ne filtre à travers les persiennes derrière
+lesquelles ne se fait entendre nul frôlement de robe effarouchée
+surprise par quelque fantôme de Bartholo. La rue de Rivoli, semblable à
+une flamberge, a traversé de part en part le vieux Paris. C'était là
+seulement que les romantiques pouvaient rêver au moyen âge! Il ne leur
+reste plus que leurs dagues, vieilles ferrailles dont le cliquetis ne se
+fait entendre que dans les feuilletons de Dartagnan; mais le journal [2]
+de ce héros lui-même est désert comme un estaminet où l'on a changé la
+qualité du gloria!
+
+[Note 2: _Le Mousquetaire_.]
+
+Quelques jeunes enthousiastes essayent bien encore de courir les
+aventures; hélas! les sergents de ville eux-mêmes n'y prennent pas
+garde. Des gamins de Paris hurlent aux chausses des derniers
+romantiques. Mais bientôt ces galopins gouailleurs sont essoufflés.
+
+Ils ont alors besoin, pour se mettre à l'abri de l'ironie et pour ne pas
+encourir la peine du talion, de produire des oeuvres. L'_exegi
+monumentum_ leur semble être leur loi: ils s'y soumettent et attrapent
+au vol leurs souvenirs comme des mouches. Alors ils vont voyager dans la
+plaine Saint-Denis et dans le bois de Boulogne. L'aspect de la nature
+les émeut; ils versent de douces larmes qui font pousser de grands
+chênes et des tilleuls pleins de chants d'oiseaux.
+
+Sous les feuillages ils aiment des figurantes amoureuses et des
+couturières dévouées qui leur font de la tisane avec la fleur de ces
+mêmes tilleuls. Quand vient l'hiver, ils ne peuvent plus s'embrasser
+sous les feuilles, car celles qui leur restent sont des feuilles de
+papier et il faut écrire dessus. Alors, semblables en cela aux
+rossignols, ils ne peuvent plus chanter.
+
+Le grattement perpétuel qu'ils opèrent sur leur front en fait sortir,
+non pas Minerve, mais des myriades de danseurs qui renoncent au beau
+monde pour se livrer à la littérature. Ces nouveaux venus ont toujours
+l'air de polker; la plupart d'entre eux sont riches et ce qu'on appelle
+de bons partis.
+
+Ils cultivent les lettres en dépit d'abord de leurs mères, qui bientôt
+ne peuvent résister à leur gloire en style coulant et facile; alors ils
+mettent les deux pieds dans les feuilles publiques, et les bellâtres
+deviennent de petits pédants.
+
+Ils jugent avec des façons de beaux danseurs les livres sérieux et
+autres; à force de valser, ils deviennent influents et font cercle dans
+les foyers, les soirs de première représentation. Leur quadrille est
+organisé.
+
+Puis viennent les professeurs qu'on appelle maîtres et qui font des
+cours d'art, comme si la littérature ou la peinture s'apprenait! De
+vieux journalistes conservent la causerie française.
+
+Ce n'est que parmi eux que la courtoisie avec mouches sur le visages et
+paniers aux reins fait des révérences aux beaux parleurs. Ce sont les
+derniers cabotins qui aient recueilli fidèlement les traditions du
+dix-huitième siècle.
+
+Ils parlent de Voltaire et de Diderot et s'appliquent à prendre leurs
+manières. Ils regrettent le café Procope, et la démolition du café de la
+Régence les fait songer aux ruines de Carthage et de Pompeï, et à la
+décadence de ce pays.
+
+Heureusement le bec de gaz du Divan Lepelletier leur luit comme un phare
+d'espérance. C'est le dernier rayon du Permesse.
+
+Il y a aussi de nouveaux romantiques: ceux-là ne sont pas moins curieux.
+Ils refont une charte à l'instar de la fameuse préface de Cromwell, qui
+fait encore du bruit parmi les gens de 1830. Ils ont inventé la
+littérature industrielle, la poésie Crampton.
+
+Ils soutiennent que le meilleur moyen de régénérer les lettres est de
+chanter les bienfaits du gaz, de la machine à coudre, etc. De sorte que
+les inventeurs et notables commerçants n'auraient plus besoin de
+réclames. Les livres seraient des livrets et des guides. Pourquoi nos
+aïeux n'y ont-il pas pensé? Nous aurions de beaux poèmes épiques sur la
+chandelle et des romans ou des tableaux prodigieux sur la pomme de
+terre.
+
+Cependant, au milieu de tout ce monde, on découvre quelques meneurs plus
+agaçants ou plus riches que d'autres. Un deux, que MM. Delaville et Luce
+de Lancival (maître du membre de l'Institut, Villemain) eussent appelé
+folliculaire, est réputé homme d'esprit autour des tables recouvertes de
+drap vert. Il obtient des places, porte haut la tête, et, comme Diavolo,
+il a sur les épaules un manteau de l'effet le plus beau. L'oeil cherche
+parmi les plis de ce manteau un petit bout de dague.
+
+Il est évident qu'il ne doit son maintien fier, son attitude rejetée en
+arrière, qu'à l'opinion considérable que lui inspire sa force; si l'on
+écrivait à coups de poing, il faut croire qu'il serait un hercule.
+
+Ce critique demandait un jour à son feuilleton la signification de ce
+mot: Réalisme. Par malheur, son feuilleton, n'ayant pas de dictionnaire,
+ne put lui répondre, et il fut réduit à admirer un recueil de chansons
+dites populaires, dont l'auteur commence à être servi au dessert des
+grands dîners.
+
+Ce jeune homme chante au piano, fait les délices des dames et exécute à
+lui tout seul, comme aux Folies-Nouvelles, de ravissantes opérettes.
+C'est un farceur de société. On dit de lui:--Nous avions hier ce
+délicieux X...
+
+Les couplets de cet agréable être jouissent de la faveur de deux maîtres
+de la scène. Le premier a pris son art au sérieux, et il a longtemps
+essayé de refaire à sa manière les vers de Corneille, de Racine, d'André
+Chénier, en haine du romantisme. Ses grands succès l'ont engagé à faire
+autre chose.
+
+Le voilà qui confectionne, dans l'attitude du Molière de la rue
+Fontaine, un brodequin à Thalie. Saint Crépin ne l'inspire pas et le
+brodequin va mal.
+
+Quant à l'autre auteur dramatique, la froideur du théâtre moderne a
+échauffé sa bile.
+
+Il est devenu tout rouge et s'est mis à la besogne, décidé à recommencer
+la vieille gaieté gauloise.
+
+Cette gaieté eut sans doute réjoui nos pères. Elle me fait souvenir de
+l'esprit français, qui, ne sachant plus où se fourrer, dans un temps où
+les loyers sont si chers, est allé se nicher dans la tête d'un jeune
+écrivain, comme disent certaines revues hebdomadaires. Ce que cet esprit
+français fait faire de bêtises au jeune écrivain est incalculable.
+
+Cependant on ne saurait refuser à cet esprit français le prix de Rome.
+La peinture réaliste a allumé sa mousqueterie; l'esprit français crible
+malicieusement la _Baigneuse_ de Courbet de grains de sel gris.
+
+Un autre esprit, pour n'être pas réputé absolument français, n'est pas
+moins pétillant, car il pétille depuis 1825 et appartient à la fameuse
+éclosion de 1830.
+
+Il fait des _verss_ comme un autre ferait... des vers. Rien ne lui
+coûte. Ce n'est pas comme au public,--car le public achète ses
+productions.--Ce merveilleux improvisateur et prestidigitateur veut
+qu'on fourre de l'esprit partout, même dans ses poches à lui; si le
+réalisme parvient à être aussi spirituel que lui, sa sanction n'est pas
+douteuse. Mais cet esprit va trop vite pour qu'on puisse le rattraper,
+il vaut mieux le laisser passer; au train dont il va, ce ne sera pas
+long, etc., etc.
+
+Tout ce monde ne croit qu'au passé et forme un immense carnaval. Ces
+armures, pourpoints, culottes et péplums ne vont pas aux gens d'à
+présent. Celle friperie est rouillée, fanée, trouée, rapée; tout est
+trop grand ou trop petit.
+
+Pourtant cette armée d'artistes, de littérateurs, peintres et critiques,
+assiste à la représentation de ce qui se fait, en germe ou en moisson,
+et parle en secouant la tête, des Grecs, des Romains, des Allemands, des
+Anglais, etc., et de l'éclosion de 1830, absolument comme ces chauves
+qui, les soirs de grande solennité, au Théâtre-Français, toussent les
+noms de Mole, de Monvel et de Mademoiselle Mars.
+
+L'art en est là. Discuté et envahi par ces fameux hommes d'esprit, ces
+délicieux causeurs, dont les oeuvres intitulées: Petites nouvelles,
+Petites causeries, Revues de Paris, Coups d'épingle, etc., réjouissent
+le provincial; ces poètes en or et argent qui disparaissent comme
+l'infâme potichomanie; ces amoureux du joli, inventeurs du rire mouillé,
+et autres illuminant leurs phrases d'adjectifs de toutes couleurs; ces
+vieux romantiques passés comme les morts de leurs ballades; ces
+romantiques nouveaux qui ne peuvent pas passer, malgré leur locomotive;
+ces pédants et pions inoccupés qui se font juges et critiques au lieu
+d'aller se faire tuer en Crimée; ces habitués d'estaminets qui cuvent
+leur bière sur des oeuvres consciencieuses; ces journalistes ignares et
+ignorants qui expriment des opinions qui ne leur appartiennent pas plus
+qu'à d'autres; ces fondateurs de revues, et jolis messieurs qui se
+servent du titre de journaliste pour en imposer aux femmes de mauvaises
+moeurs et leur appliquer le chantage de l'amour; ces amateurs enfin,
+bourgeois et beaux fils, bacheliers évadés du collège Bourbon, que la
+Faculté de droit rejette dans la Société des gens de lettres. Voilà pour
+la littérature.
+
+Quant à la peinture et à la statuaire, elles sont escaladées par les
+traditions et imitations, par l'Académie, par l'étranger enfin, comme la
+musique par le tapage, les tambours et les instruments de cuivre.
+
+Enfin, le réalisme vient!
+
+C'est à travers ces broussailles, cette bataille des Cimbres, ce
+pandémonium de temples grecs, de lyres et de guimbardes, d'alhambras et
+de chênes phthisiques, de boléros, de sonnets ridicules, d'odes en or,
+de dagues, de rapières et de feuilletons rouillés, d'hamadryades au
+clair de la lune et d'attendrissements vénériens, de mariages de
+Monsieur Scribe, de caricatures spirituelles et de photographies sans
+retouche, de cannes, de faux-cols d'amateurs, de discussions et
+critiques édentées, de traditions branlantes, de coutumes crochues et
+couplets au public, que le réalisme a fait une trouée.
+
+Vous figurez-vous le tapage produit par tant de gens bousculés,
+culbutés, roulant les uns par dessus les autres, dégringolant de
+l'Hélicon, de la rue de Bréda, de la Chaussée-d'Antin et de toutes les
+Académies? Que d'articles, que d'imprécations, que d'odes, que de rouge,
+d'or, de bleu, de jaune, de vert et de noir ameutés sont sortis des
+cadres et des journaux!
+
+Et tout cela pourquoi? Parce que le réalisme dit aux gens: Nous avons
+toujours été Grecs, Latins, Anglais, Allemands, Espagnols, etc., soyons
+un peu nous, fussions-nous laids.
+
+N'écrivons, ne peignons que ce qui est, ou du moins ce que nous voyons,
+ce que nous savons, ce que nous avons vécu.
+
+N'ayons ni maîtres, ni élèves!
+
+Singulière école, n'est-ce pas? que celle où il n'y a ni maître ni
+élève, et dont les seuls principes sont l'indépendance, la sincérité,
+l'individualisme!
+
+ * * * * *
+
+A part quelques allusions du moment et quelques détails vieillis, cet
+article rend encore assez mon opinion. Les diverses écoles et écoliers
+déteints, voulant s'opposer à la transformation ou plutôt à la
+marche--(je ne dis pas au progrès)--de l'art, à sa vie, ont encore la
+même envie, mais un peu moins criarde.
+
+Ce prétexte, l'amour du beau, leur est commode. Tout ce qui est faux est
+bon--pour eux.--Encore une fois, et pour la millième, je ne fais pas
+comme un peintre, je suis loin de nier l'imagination. Ce qu'un homme de
+génie rêve est sublime quand il le réalise; mais justement ce rêve,
+devenu oeuvre, est sublime parce que le poète l'a vécu, parce qu'il est
+vrai. De même, un peintre qui représente ce qu'il a vu, tel qu'il l'a
+vu, s'il possède son art, est un grand peintre.
+
+La sensation qu'il a éprouvée donne la vie (c'est le génie) à son
+oeuvre. S'il a rencontré et aimé Vénus, qu'il la fasse! Mais si une
+scène de campagne, quelque chose d'ordinaire, de l'espèce quotidienne,
+un de ces incidents humains, un de ces aspects qu'on trouve à chaque
+pas, est rendu par lui avec vérité, ce n'est pas moins beau. Vénus, en
+art, n'est pas préférable, comme sujet, à Quasimodo.
+
+Depuis une quinzaine d'années que le réalisme se développe sur toute la
+ligne de l'art, en peinture surtout, il n'est pas seulement repoussé par
+les jurys, il est compris à faux et pris à rebours par des hommes de
+talent et même par des artistes qui n'y voient, comme M. Prud'homme,
+qu'un parti pris de ne représenter que des choses abjectes. J'en vais
+citer, comme exemple, le morceau suivant de M. Paul de Saint-Victor:
+
+«Il serait cruel de parler des tableaux de M. Courbet; l'enfance de
+l'art désarme comme l'enfance du corps.
+
+Comment un peintre, à qui ses adversaires les plus décidés ne pouvaient
+refuser la science matérielle de la brosse et de la palette, a-t-il pu
+produire les caricatures puériles signées de son nom?
+
+Comment l'habile praticien de la _Chasse au chevreuil_ et du _Rut du
+Printemps_, semble-t-il, aujourd'hui, étranger aux premières notions du
+dessin et aux éléments de la perspective?
+
+Quoi qu'il en soit, tout en souhaitant que M. Courbet se relève, il est
+permis à ceux qui détestent les doctrines qu'il personnifie de se
+réjouir d'une chute qui donne la mesure de leur abaissement.
+
+Il est démontré aujourd'hui que le réalisme attaque la main, après avoir
+perverti le goût et paralysé l'imagination.
+
+Ce n'est pas impunément qu'on adore le laid et qu'on s'adonne aux
+trivialités; tôt ou tard l'aberration du système entraîne la dégradation
+du métier.
+
+M. Millet s'enfonce de plus en plus dans la voie où M. Courbet s'est
+perdu. L'art, pour lui, se borne à copier servilement d'ignobles
+modèles.
+
+M. Millet allume sa lanterne, et cherche un crétin; il a dû chercher
+longtemps avant de trouver son _Paysan se reposant sur sa houe_.
+
+De pareils types ne sont pas communs, même à l'hospice de Bicêtre.
+
+Imaginez un monstre sans crâne, à l'oeil éteint, au rictus idiot, planté
+de travers, comme un épouvantail, au milieu d'un champ. Aucune lueur
+d'intelligence n'humanise cette brute au repos. Vient-il de travailler
+ou d'assassiner? pioche-t-il la terre ou creuse-t-il une tombe?
+
+La voix publique a trouvé son nom: c'est Dumollart enterrant une bonne.
+
+L'exécution la plus énergique rendrait à peine supportable une pareille
+figure. Or, le pinceau de M. Millet s'amollit et s'allourdit à vue
+d'oeil: d'année en année sa couleur s'embourbe et son dessin se relâche.
+Les terrains, les chairs, les haillons, tout est fait de la même
+substance baveuse et mollasse. Faiblesse pour faiblesse, je préfère le
+_poncif_ veule à l'horreur débile. Ramenez-nous aux Vénus lisses et aux
+Apollons ratissés.
+
+Mieux dessinée et mieux modelée, la _Femme cardant de la laine_ est
+laineuse de la tête aux pieds. La monotonie du faire recouvre
+maintenant, comme d'une couche d'ennui, toutes les toiles de M. Millet.
+L'âme est aussi absente que dans le tableau précédent. Il n'y a pas même
+de mélancolie dans l'apathie de cette femme ovine. Elle carde la laine,
+comme les moutons qui l'ont fournie broutaient l'herbe; _E lo perche non
+sanno_, c'est Dante qui l'a dit.
+
+On peut louer dans _le Berger ramenant son troupeau_ un paysage
+crépusculaire d'une tonalité fine et juste; mais le pâtre et ses bêtes
+sont cloués au sol: je les défie d'avancer. Quelle tournure d'esclave
+abruti affecte d'ailleurs ce triste berger! Sommes-nous en France ou à
+Carthage? Va-t-il rentrer à la ferme ou dans l'ergastule?
+
+Si du moins cette matière inerte était naturelle; mais elle a la raideur
+d'un parti pris théorique. M. Millet semble glorifier l'idiotisme; il
+interdit l'expression à ses figures rustiques, comme les prêtres
+égyptiens la défendaient à leurs dieux.
+
+On voit qu'il attache je ne sais quel sens mystérieux à la vague
+bestialité qu'il leur prête. Étrange façon d'honorer le peuple, pour un
+peintre voué aux choses plébéiennes, que de le représenter sous les
+masques dégradés de l'abrutissement! Comme si les races champêtres
+n'avaient pas leur beauté et leur élégance! comme si le travail du champ
+frappait le laboureur de la stupidité de son boeuf!
+
+Cette fausse école est d'ailleurs, au Salon de cette année, en plein
+désarroi. La facture tombe, la vulgarité reste, et le réalisme
+s'évanouit.»
+
+Comme on le voit en tête de cette sortie contre le réalisme, c'est
+principalement à Courbet que M. de Saint-Victor s'en prend.--En effet,
+Courbet a eu sur la peinture actuelle une influence visible que
+l'Académie veut vainement combattre.--Les deux ébauches du
+maître-peintre, que M. de Saint-Victor a vues à l'Exposition, sont à
+peine des ébauches. Courbet ne les avait envoyées, avec son tableau des
+curés ivres, que pour former le nombre _trois_, puisque le jury avait
+décidé que les peintres pouvaient leur adresser trois tableaux.
+
+Qui connaît un peu les peintres sait qu'ils se seraient bien gardés de
+manquer à ce chiffre. Quand Courbet le voudra, il fera deux excellents
+tableaux de ces deux susdites ébauches.
+
+«Il est démontré aujourd'hui que le réalisme attaque la main, etc.,» dit
+M. de Saint-Victor.
+
+Le tableau des curés, dont le véritable titre est: _Retour d'une
+conférence_, en ce moment à Londres, répondrait au critique qui
+reconnaîtrait forcément que jamais Courbet n'avait poussé plus loin «la
+science matérielle de la brosse et de la palette.» Quant à l'_adoration
+du laid_, je crois y avoir suffisamment répondu.
+
+Fernand Desnoyers.
+
+=FIN=.
+
+
+ERRATA
+
+Quelques fautes d'impression se sont glissées dans cette brochure:
+
+Page 6: _à la place de_: dans les tableaux refusés que ceux reçus, _il
+faut_: dans les tableaux refusés que dans ceux reçus.
+
+M. Briguiboul n'a point d'e à la fin de son nom, et il faut un t au
+milieu du nom de M. Whistler, etc.
+
+Plusieurs autres petites fautes, comme «aura» au lion de «aurait,» page
+42, ont passe, et nous n'en parlons que par excès de conscience
+minutieuse.
+
+Une faute plus grave est celle qui dérange le sens d'une phrase, page
+42: à _la place de_: Il continuera par ce qu'il est convaincu,
+finalement, etc.; _l'auteur avait mis_: Il continuera parce qu'il est
+convaincu.--Finalement, etc....
+
+_Finalement_ commence une autre phrase.
+
+
+=PEINTRES, SCULPTEURS ET GRAVEURS=
+
+NOMMÉS DANS CE LIVRE
+
+Allard-Cambray.
+Ancourt.
+Andrieux.
+Aufray.
+
+Balleroy (A. de).
+Barret.
+Baudry.
+Bellenger.
+Berne-bellecour.
+Berthelon.
+Besnus.
+Biard.
+Blin.
+Bouchet.
+Bouguereau.
+Bracquemond.
+Brascassat.
+Briguiboul.
+Brivet.
+
+Cabanel.
+Cals.
+Castelnau.
+Chauvel.
+Chaussat (Emma).
+Chintreuil.
+Claparède.
+Cogniet (Léon).
+Colin.
+Cordier.
+Corot.
+Courbet.
+Courtois.
+
+Darjou.
+Darru (Louis).
+Daubigny.
+Decan.
+Decamps
+Delaroche (Paul).
+Delabrière.
+Delaporte (Mlle).
+Delalleau.
+Delord.
+Desbrosses (Jean).
+Désiré.
+Dietsh.
+Donner.
+Doneaud.
+Doyen.
+Doré.
+Dubois.
+Duckett.
+Dupray.
+Durst.
+Dutilleux.
+
+Eeckout.
+Eustache.
+
+Fanchon.
+Fantin.
+Ficatie.
+Fitz-Barn.
+Flandrin.
+Fontaine.
+Fourau.
+
+Galimard.
+Gagnon (Louis).
+Gariot.
+Gautier.
+Gérôme.
+Gilbert.
+Gleyre.
+Gorin.
+Graham.
+
+Hamon.
+Harpignies.
+Hébert.
+Hudei (Louis).
+
+Jongkind.
+Julian.
+Junker.
+
+Laass d'Aguen.
+Laîné.
+Lambron.
+Lambert.
+Lansyer.
+Lalanne.
+Lapostolet.
+Larochenoire.
+Laurandeau (Aglaé).
+Laurens.
+Lavielle.
+Leboeuf.
+Leclerc.
+Legros.
+Lemarié.
+Leroy.
+Leroux.
+Lobjoy.
+Loiseau.
+Longueville.
+
+Maistan.
+Mallet.
+Manet.
+Marois.
+Mazure.
+Masson.
+Maugey
+Matabon.
+Méry.
+Michel.
+Michelin.
+Millet.
+Morel-Lamy.
+Muller.
+
+Navlet.
+
+Pagez.
+Perret.
+Petit.
+Pètre.
+Philippe.
+Pinkas.
+Pipard.
+Pissaro.
+Poitevin.
+Pujol.
+
+Regnier.
+Regamey.
+Rocques.
+Rosi.
+
+Saint-François.
+Saint-Marcel.
+Schitz.
+Serres (G. de).
+Signol.
+Sutter.
+
+Tabar.
+Tichit.
+Thibault (Marie).
+Thiery.
+Tournayre.
+
+Valnay.
+Vaudé.
+Vernet (Horace).
+Viel-Cazal.
+Viancin (Pauline).
+Virey.
+Vollon.
+
+Wagrez.
+Whistler.
+
+Yvon.
+
+Zipelius.
+
+ * * * * *
+
+
+
+
+
+TABLE
+
+PREMIER SOMMAIRE: Page 1.
+
+ Bonnes intentions des peintres.--Mauvais tableaux.--Le Jury devenu
+ méchant.--Imitation des cris des peintres.--On leur applique la
+ question du Jury.--L'Empereur la résout.--Grand embarras des
+ Refusés.--Ils se reçoivent.--Les lutteurs, bataillon de la Moselle
+ en sabots.--Brivet-le-Gaillard.--Quels types!--Les poltrons de la
+ peinture.--Le Comité de salut... des Refusés.--Son
+ plébiscite.--Honneur au courage malheureux!--Unité de
+ Refus.--Succès espéré des Refusés.--M. Harpignies a tous les
+ droits.--La Grenouille et le Lièvre, fable.--M. Briguiboul dans les
+ deux camps.--Des choux, des panais, des choux-fleurs, navets,
+ navets!--Discussion raisonnable.--La discussion continue.--La
+ cage.--M. Whistler est le plus spirite des peintres.--Défense des
+ moulins non attaqués.--Illumination _a giorno_ par la peinture.--Du
+ critique d'art.--De l'influence de la philosophie allemande sur la
+ peinture.--Abrutissement des peintres.--Classification des
+ peintres--École de Paris.--École de Montmartre.--École de
+ Rome.--École de Fontainebleau.--La raison même reprend la
+ parole.--The end.
+
+DEUXIÈME SOMMAIRE: PAGE 19.
+
+ Grande, moyenne et petite classe des Refusés.--Les braves.--Les
+ suspects.--Les poltrons.--On demande les têtes des
+ suspects.--Messieurs, le maître-peintre Courbet!--Évidence de sa
+ supériorité.--Parenthèse.--Encore le critique d'art.--Paysages de
+ M. Daubigny en plusieus chants.--Hautes opinions de Courbet à
+ propos de la peinture.--Révolution-Courbet.--Ornithologie des
+ critiques d'art.--Ce qu'ils avaient sur les yeux.--Réalisme et
+ Romantisme.--Haro sur le maître-peintre!--Les bons curés, tels que
+ les voulait Béranger et que ne les veut pas M. Veuillot.
+ --Exposition du Refusé en chef.--Peinture à l'encre ou
+ description.--Conclusion raisonnée.
+
+TROISIÈME SOMMAIRE: Page 25.
+
+ Missive d'un élève, jeune encore, au nom des Refusés.--Étrange
+ prétention.--Un petit lopin.--Arguments sans réplique, réponse
+ accablante.--Le critique d'art revient sur l'eau.--Il est question
+ de M. Brivet-le-Gaillard et de Molière.--Naïveté
+ indispensable.--Premier prix donné à M. Whistler.--Plusieurs
+ tuiles se détachent et tombent sur les têtes du Jury.--La bêtise
+ afflige les uns et réjouit les autres.--Déclaration de principes.
+ --Dithyrambe bien appliqué à M. Signol.--L'art militaire et la
+ religion mal représentés dans les arts.--Le _suspect_ Briguiboul
+ est acquitté.--La Mythologie de M. Émile Loiseau n'est pas adressée
+ à Émilie Demoustier.--Mosaïque ou dessin à petits carreaux.--M.
+ Amand Gautier jette la pierre à la femme adultère.--Le sujet est
+ mis au concours par tout le monde.--Le public refait le
+ tableau.--Un amant en déshabillé, vu de dos.--Le Muséum-Gautier.
+ --Un petit air qui n'est pas de Nargeot.--La Tombe de l'Oiseau ou
+ l'Architecte en démence.--Imitation de Vadé à l'adresse du
+ jury.--La province ne vote pas comme Paris.--Preuves à l'appui.
+
+QUATRIÈME SOMMAIRE: Page 39.
+
+ La noblesse des Refusés remonta à bien avant les croisades.--Les
+ imbéciles n'admettent que leurs nez.--Heureuse comparaison entre
+ plusieurs peintres et une fleur exotique.--Le 93-Courbet.--Bain
+ d'eau-forte.--La soupe est sur la table des aqua-fortistes!--Un
+ guitariste se révèle.--Tabatière à diable.--Des peintres devenus
+ pierrots.--Conquête de toutes les Espagnes.--La séance est ouverte
+ et levée.--Les rassemblements sont défendus.--Bonjour. Thomas.--Un
+ poète prisonnier.--L'Infant n'a plus de droits au trône.--Le vieux
+ persiste.--Portraits. Silence!--Le _Jury-Charivari_.--Oeufs
+ brouillés et oeufs sur le plat.--Retour en Espagne sans canons.--Le
+ Jury--_Journal amusant_.--Souvenirs du jeune âge.--Vol de
+ diamants.--Du latin!--Andromaque.--Charenton.--M. Biard.--M.
+ Millet.
+
+CINQUIÈME sommaire: Page 51.
+
+ La Bamboula du style.--Les cotons sont en baisse.--Citations... au
+ tribunal.--Une nouvelle langue qui n'est pas française.--Cette
+ vieille immorale, qu'on nomme la morale!--Garçon, encore une
+ langue!--Le but est atteint.--Monsieur, cela ne vous regarde
+ pas;--Le sergent de ville était dans son droit.--Oeuvre
+ pie.--Saint-Eustache.--La quête.--Pour les pauvres, s'il vous
+ plait!--Apollon avale la ciguë--Joseph Prud'homme.--Je n'ai pas le
+ courage d'aller plus loin.--Comment vous portez-vous?--Faisons les
+ cartes.--Une lettre... d'un homme à la campagne.--Nouvelles bévues
+ du maître.--La vertu est récompensée.--Ils ont pissé partout
+ (hémistiche du grand Racine).--Pile ou face?--La lune comme un
+ point sur un i.
+
+SIXIÈME sommaire: Page 61.
+
+ Quadrille!--Un critique d'art lève la jambe.--Trinité de M. Maxime
+ Ducamp.--Tous ne font qu'un--(incarnation).--Beau trait de M.
+ Adrien Paul.--La blanche ou la noire?--L'indignation ne fait pas
+ la bonne prose.--M. Castagnary soumet quelques judicieux conseils
+ au public et au Jury.--Les peintres ne cessent ni de vaincre ni
+ d'écrire.--_Le Séjour des Élus_, c'est l'Exposition.--_L'Enfer_,
+ selon saint Tremblay, c'est la contre-Exposition.--Exemple
+ d'humilité donné par cet infortuné peintre.--Les bons et les
+ méchants.--Ventre-saint-Gris et un autre saint!--Je m'évanouis!
+ --D'où sort-il encore, ce peintre-là?--Cinq manants contre un
+ gentilhomme!--Exemple de discrétion.--Mort de quelqu'un.--Selon M.
+ Gautier, la contre-Exposition n'est que le purgatoire.--Où la
+ religion va-t-elle se nicher?--Moyen d'inquisition.--Les bons
+ l'emportent.--_Je vais revoir ma Normandie_ (air connu).--La poste
+ aux lettres.--Encore un petit saint.--Nuée de sauterelles.--La
+ toile se lève.--Le père, le fils et....--Le bon
+ fataliste.--Mangeons un peu.--Un pied de nez à la
+ Sainte-Menehould.--On abat le pilori.--_Partit en guerre_... le
+ tableau de Courbet.
+
+SEPTIÈME Sommaire: Page 73.
+
+ Enterrements de toutes classes.--Une odeur de cuir chaud.--M.
+ Briguiboul ne sera plus Refusé.--L'honneur est le seul vrai
+ salaire.--Morceau éloquent.--Un maréchal qui a raison.--Il a
+ tort.--Les peintres ont mal compris.--On lit dans le _Moniteur_.
+
+HUITIÈME SOMMAIRE: Page 88.
+
+ Donnez-vous la peine de vous asseoir.--La ménagerie d'un suspect
+ amusant.--Gare aux animaux!--Ils nous donnent un sauf-conduit.--Le
+ Temps a fait son temps.--Un condamné par la raison qu'il est
+ criminel. Ne pourrait-on pas le condamner pour autre chose?--On se
+ jette les cartes et les verres à la tête.--A la tour de Nesle!--On
+ parle encore de Béranger.--L'auteur des _Étourdis_, comédie en
+ vers, fait la campagne d'Italie.--La gloire n'est que de la
+ fumée.--Une boucherie au clair de la lune.-_A nous_, _Français_!
+ etc.... (Varsovienne).--Celle fois, le général Hoche est bien
+ tué.--Théorie du sous-lieutenant.
+
+
+NEUVIÈME sommaire: Page 93.
+
+ Malice du Jury.--Elle est noire, mais cousue de gros fil
+ blanc.--«Mon impartialité bien connue....»--Prenons le chemin de
+ fer de Castelnau.--Nous arrivons aux Tuileries.--Réhabilitation
+ d'un condamné.--Encore une victime.--Une tragédie de MM. Ponsard et
+ Latour de Saint-Ybars.--Ta vie, en cinq points secs!--Une fable vue
+ au microscope.--Quelle tête!--On met à Shakespeare la perruque à
+ marteau de Ducis ou celle des lions de l'Institut.--Henri IV est
+ mort!--Hoche pacifie la Vendée.--Les comestibles vont dévorer le
+ cuisinier.--Le duc d'Orléans au bal masqué.--Le petit dieu
+ malin.--1852 et 1815.--Les suspects au bal des victimes.--De bien
+ douces larmes.--Pauvre petite!--Elle aime Polichinelle.--Si
+ jeune!...--Tableau selon saint Jean.--«J'ai, Jean-Marc Mathieu,
+ huissier au tribunal, etc....»--Décidément, c'est une langue!...
+ mais pas française.--Vente par autorité de justice.--Autre tableau
+ religieux selon saint Marc.
+
+DIXIÈME SOMMAIRE: Page 100.
+
+ Orage.--Dispersion des insectes.--Nouvelle liste d'exécutés.--On
+ manque de tombereaux.--Le Jury a encore deux peintres tués sous lui
+ qui se portent bien.--Dernière fournée de victimes
+ innocentes.--Gentillesses à l'aquarelle et au pastel.--Traduction
+ libre de: _La garde meurt_..., etc.--Éloge des
+ aqua-fortistes.--Adresse de M. Cadart: rue Richelieu, 66
+ (réclame).--La bataille de Waterloo recommence.--La
+ sculpture.--Tout prouve que j'ai raison.--Otons nos paletots.--Un
+ nouveau suspect qui a du talent.--Moisson de
+ statuaires.--Conclusion.
+
+ * * * * *
+
+Paris.--Imp. Poitevin, rue Damiette, 2 et 4.
+
+
+
+
+
+
+End of Project Gutenberg's Le Salon des Refusés, by Fernand Desnoyers
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE SALON DES REFUSÉS ***
+
+***** This file should be named 16758-8.txt or 16758-8.zip *****
+This and all associated files of various formats will be found in:
+ https://www.gutenberg.org/1/6/7/5/16758/
+
+Produced by Chuck Greif. Produced from images provided by Gallica.bnf.fr
+
+Updated editions will replace the previous one--the old editions
+will be renamed.
+
+Creating the works from public domain print editions means that no
+one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
+(and you!) can copy and distribute it in the United States without
+permission and without paying copyright royalties. Special rules,
+set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to
+copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to
+protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark. Project
+Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
+charge for the eBooks, unless you receive specific permission. If you
+do not charge anything for copies of this eBook, complying with the
+rules is very easy. You may use this eBook for nearly any purpose
+such as creation of derivative works, reports, performances and
+research. They may be modified and printed and given away--you may do
+practically ANYTHING with public domain eBooks. Redistribution is
+subject to the trademark license, especially commercial
+redistribution.
+
+
+
+*** START: FULL LICENSE ***
+
+THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
+PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK
+
+To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free
+distribution of electronic works, by using or distributing this work
+(or any other work associated in any way with the phrase "Project
+Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project
+Gutenberg-tm License (available with this file or online at
+https://gutenberg.org/license).
+
+
+Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm
+electronic works
+
+1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
+electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
+and accept all the terms of this license and intellectual property
+(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all
+the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy
+all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession.
+If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project
+Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the
+terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or
+entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8.
+
+1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be
+used on or associated in any way with an electronic work by people who
+agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few
+things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
+even without complying with the full terms of this agreement. See
+paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
+Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
+and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
+works. See paragraph 1.E below.
+
+1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
+or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
+Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the
+collection are in the public domain in the United States. If an
+individual work is in the public domain in the United States and you are
+located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
+copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
+works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
+are removed. Of course, we hope that you will support the Project
+Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by
+freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of
+this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with
+the work. You can easily comply with the terms of this agreement by
+keeping this work in the same format with its attached full Project
+Gutenberg-tm License when you share it without charge with others.
+
+1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern
+what you can do with this work. Copyright laws in most countries are in
+a constant state of change. If you are outside the United States, check
+the laws of your country in addition to the terms of this agreement
+before downloading, copying, displaying, performing, distributing or
+creating derivative works based on this work or any other Project
+Gutenberg-tm work. The Foundation makes no representations concerning
+the copyright status of any work in any country outside the United
+States.
+
+1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg:
+
+1.E.1. The following sentence, with active links to, or other immediate
+access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently
+whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the
+phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project
+Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed,
+copied or distributed:
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+1.E.2. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived
+from the public domain (does not contain a notice indicating that it is
+posted with permission of the copyright holder), the work can be copied
+and distributed to anyone in the United States without paying any fees
+or charges. If you are redistributing or providing access to a work
+with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the
+work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1
+through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
+Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or
+1.E.9.
+
+1.E.3. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
+with the permission of the copyright holder, your use and distribution
+must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional
+terms imposed by the copyright holder. Additional terms will be linked
+to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the
+permission of the copyright holder found at the beginning of this work.
+
+1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
+License terms from this work, or any files containing a part of this
+work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.
+
+1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
+electronic work, or any part of this electronic work, without
+prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
+active links or immediate access to the full terms of the Project
+Gutenberg-tm License.
+
+1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary,
+compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any
+word processing or hypertext form. However, if you provide access to or
+distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than
+"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version
+posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org),
+you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a
+copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon
+request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other
+form. Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm
+License as specified in paragraph 1.E.1.
+
+1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
+performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
+unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.
+
+1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing
+access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided
+that
+
+- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
+ the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
+ you already use to calculate your applicable taxes. The fee is
+ owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he
+ has agreed to donate royalties under this paragraph to the
+ Project Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments
+ must be paid within 60 days following each date on which you
+ prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
+ returns. Royalty payments should be clearly marked as such and
+ sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
+ address specified in Section 4, "Information about donations to
+ the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."
+
+- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
+ you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
+ does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
+ License. You must require such a user to return or
+ destroy all copies of the works possessed in a physical medium
+ and discontinue all use of and all access to other copies of
+ Project Gutenberg-tm works.
+
+- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
+ money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
+ electronic work is discovered and reported to you within 90 days
+ of receipt of the work.
+
+- You comply with all other terms of this agreement for free
+ distribution of Project Gutenberg-tm works.
+
+1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
+electronic work or group of works on different terms than are set
+forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
+both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
+Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark. Contact the
+Foundation as set forth in Section 3 below.
+
+1.F.
+
+1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
+effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
+public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
+collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
+works, and the medium on which they may be stored, may contain
+"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
+corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
+property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
+computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by
+your equipment.
+
+1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
+of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
+Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
+Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
+liability to you for damages, costs and expenses, including legal
+fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
+LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
+PROVIDED IN PARAGRAPH F3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
+TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
+LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
+INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
+DAMAGE.
+
+1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
+defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
+receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
+written explanation to the person you received the work from. If you
+received the work on a physical medium, you must return the medium with
+your written explanation. The person or entity that provided you with
+the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
+refund. If you received the work electronically, the person or entity
+providing it to you may choose to give you a second opportunity to
+receive the work electronically in lieu of a refund. If the second copy
+is also defective, you may demand a refund in writing without further
+opportunities to fix the problem.
+
+1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth
+in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS', WITH NO OTHER
+WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
+WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
+
+1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied
+warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
+If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
+law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
+interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
+the applicable state law. The invalidity or unenforceability of any
+provision of this agreement shall not void the remaining provisions.
+
+1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
+trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
+providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
+with this agreement, and any volunteers associated with the production,
+promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
+harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
+that arise directly or indirectly from any of the following which you do
+or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
+work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
+Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.
+
+
+Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
+
+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
+electronic works in formats readable by the widest variety of computers
+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
+people in all walks of life.
+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at https://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+https://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
+
+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at https://pglaf.org
+
+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
+
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit https://pglaf.org
+
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including including checks, online payments and credit card
+donations. To donate, please visit: https://pglaf.org/donate
+
+
+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
+
+Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
+
+ https://www.gutenberg.org
+
+This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
+subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
+
+*** END: FULL LICENSE ***
+
diff --git a/16758-8.zip b/16758-8.zip
new file mode 100644
index 0000000..d49f02a
--- /dev/null
+++ b/16758-8.zip
Binary files differ
diff --git a/16758-h.zip b/16758-h.zip
new file mode 100644
index 0000000..334b982
--- /dev/null
+++ b/16758-h.zip
Binary files differ
diff --git a/16758-h/16758-h.htm b/16758-h/16758-h.htm
new file mode 100644
index 0000000..12831c2
--- /dev/null
+++ b/16758-h/16758-h.htm
@@ -0,0 +1,4402 @@
+<!DOCTYPE html PUBLIC "-//W3C//DTD XHTML 1.0 Strict//EN"
+ "http://www.w3.org/TR/xhtml1/DTD/xhtml1-strict.dtd">
+
+<html xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml">
+ <head>
+ <meta http-equiv="Content-Type" content="text/html;charset=iso-8859-1" />
+ <title>
+ The Project Gutenberg eBook of Le Salon Des Refusés, par FERNAND DESNOYERS.
+ </title>
+ <style type="text/css">
+/*<![CDATA[ XML blockout */
+<!--
+ p { margin-top: .75em;
+ text-align: justify;
+ margin-bottom: .75em;
+ }
+ h1,h2,h3 {
+ text-align: center;
+ clear: both;
+ }
+ hr { width: 33%;
+ margin-top: 2em;
+ margin-bottom: 2em;
+ margin-left: auto;
+ margin-right: auto;
+ clear: both;
+ }
+ .ind {text-indent:3%;margin-left:15%;}
+ body{margin-left: 10%;
+ margin-right: 10%;
+ }
+ .blockquot{margin-left: 5%; margin-right: 10%;}
+ .center {text-align: center;}
+ a:link {color: blue; text-decoration: none; }
+ link {color: blue; text-decoration: none; }
+ a:visited {color: blue; text-decoration: none; }
+ a:hover {color: red }
+ .smcap {font-variant: small-caps;}
+ .footnote {margin-left: 10%; margin-right: 10%; font-size: 0.9em;}
+ .footnote .label {position: absolute; right: 84%; text-align: right;}
+ .fnanchor {vertical-align: super; font-size: .8em; text-decoration: none;}
+ .poem {margin-left:10%; margin-right:10%; text-align: left;}
+ .poem br {display: none;}
+ .poem .stanza {margin: 1em 0em 1em 0em;}
+ .poem span.i0 {display: block; margin-left: 0em;}
+ .right {text-align: right;}
+ // -->
+ /* XML end ]]>*/
+ </style>
+ </head>
+<body>
+
+
+<pre>
+
+The Project Gutenberg EBook of Le Salon des Refusés, by Fernand Desnoyers
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+
+Title: Le Salon des Refusés
+ Le Peinture en 1863
+
+Author: Fernand Desnoyers
+
+Release Date: September 26, 2005 [EBook #16758]
+[Last updated: March 4, 2012]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE SALON DES REFUSÉS ***
+
+
+
+
+Produced by Chuck Greif. Produced from images provided by Gallica.bnf.fr
+
+
+
+
+
+</pre>
+
+
+
+<h1>SALON DES REFUSÉS</h1>
+
+<h1><big>LA PEINTURE EN 1863</big></h1>
+
+<h2>PAR</h2>
+
+<h1><big>FERNAND DESNOYERS</big></h1>
+
+<h2>PARIS</h2>
+
+<h2>AZUR DUTIL, ÉDITEUR</h2>
+
+<h2>131, RUE MONTMARTRE, 131</h2>
+
+<h2>1863</h2>
+
+<h2><big>LE SALON DES REFUSÉS</big></h2>
+
+<h2>PAR UNE RÉUNION D'ÉCRIVAINS</h2>
+
+<h2>SOUS LA DIRECTION DE FERNAND DESNOYERS</h2>
+
+<div class="right">
+<br />
+<br />
+V'la l'bataillon d'la Moselle,<br />
+En sabots!<br />
+V'la l'bataillon d'la Moselle!!!<br />
+(<i>Chanson populaire</i>.)<br />
+<br />
+<br />
+</div>
+
+<div class="center">
+<a href="#TABLE"><b>TABLE</b></a><br /><br />
+<b>SOMMAIRES:</b>
+<a href="#I"><b>I,</b></a>
+<a href="#II"><b>II,</b></a>
+<a href="#III"><b>III,</b></a>
+<a href="#IV"><b>IV,</b></a>
+<a href="#V"><b>V,</b></a>
+<a href="#VI"><b>VI,</b></a>
+<a href="#VII"><b>VII,</b></a>
+<a href="#VIII"><b>VIII,</b></a>
+<a href="#IX"><b>IX,</b></a>
+<a href="#X"><b>X,</b></a><br />
+</div>
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="I" id="I"></a>I</h2>
+
+<h3>SOMMAIRE</h3>
+
+<div class="blockquot"><p>Bonnes intentions des peintres.&mdash;Mauvais tableaux.&mdash;Le Jury devenu
+ méchant.&mdash;Imitation des cris des peintres.&mdash;On leur applique la
+ question du Jury.&mdash;L'Empereur la résout.&mdash;Grand embarras des
+ Refusés.&mdash;Ils se re&ccedil;oivent.&mdash;Les lutteurs, bataillon de la Moselle
+ en sabots.&mdash;Brivet-le-Gaillard.&mdash;Quels types!&mdash;Les poltrons de la
+ peinture.&mdash;Le Comité de salut... des Refusés.&mdash;Son
+ plébiscite.&mdash;Honneur au courage malheureux!&mdash;Unité de
+ Refus.&mdash;Succès espéré des Refusés.&mdash;M. Harpignies a tous les
+ droits.&mdash;La Grenouille et le Lièvre, fable.&mdash;M. Briguiboul dans les
+ deux camps.&mdash;Des choux, des panais, des choux-fleurs, navets,
+ navets!&mdash;Discussion raisonnable.&mdash;La discussion continue.&mdash;La
+ cage.&mdash;M. Whistler est le plus spirite des peintres.&mdash;Défense des
+ moulins non attaqués.&mdash;Illumination <i>a giorno</i> par la peinture.&mdash;Du
+ critique d'art.&mdash;De l'influence de la philosophie allemande sur la
+ peinture.&mdash;Abrutissement des peintres.&mdash;Classification des
+ peintres&mdash;École de Paris.&mdash;École de Montmartre.&mdash;École de
+ Rome.&mdash;École de Fontainebleau.&mdash;La raison même reprend la
+ parole.&mdash;The end.</p></div>
+
+<hr style='width: 45%;' />
+
+<p>Aux époques où le quart d'heure de l'Exposition des tableaux approche,
+les peintres grouillent, s'agitent, se trémoussent, fouillent dans leurs
+ateliers et n'y trouvent rien ou presque rien. Tous les jours, deux mois
+avant le dernier moment, ils complotent de travailler et d'accoucher de
+grandes &oelig;uvres. Mais ces gigantesques complots avortent et s'&eacute;panchent
+dans les petits cerveaux des peintres. Il ne résulte de tout cela que
+des discussions. La discussion est tout à la fois le fort et le faible
+des peintres. Non, les discussions ne sont pas le seul résultat de tant
+d'efforts quand il n'est plus temps: il arrive aussi que les tableaux
+sont manqués, mal faits, pas faits et mauvais pour la plupart.</p>
+
+<p>Fatigués de voir péricliter l'Art qu'ils n'avaient pas porté bien haut,
+les peintres, membres du jury, croient qu'ils deviennent sévères. Ils le
+croient aussi, les peintres qui courent, c'est-à-dire qui veulent être
+exposants. Bien des tableaux qu'on a vu se diriger à pied et en voiture,
+sur des crochets ou des brancards, sont forcés de reprendre le chemin de
+l'atelier natal.</p>
+
+<p>Il n'en a pas été ainsi cette année:</p>
+
+<p>Les cris des peintres, leurs réclamations se sont élevés du fond des
+marais jusqu'aux oreilles de l'Empereur. Les plaintes parvenues à cette
+hauteur ont obtenu justice. En vain le jury, souriant et haussant
+doucement l'&eacute;paule, disait:</p>
+
+<p>&laquo;On verra si nous n'avions pas raison!&raquo;</p>
+
+<p>En effet, on le verra.</p>
+
+<p>Cette grave et éternelle question du jury et même du jugement ne sera
+donc jamais résolue? Nous la verrons éternellement plantée devant nous.
+Elle nous ennuiera toujours.&mdash;Où est-il, le jugement dernier? Le
+voici,&mdash;par décision impériale.&mdash;Les refusés seront acceptés ou exposés.
+Les exposés ou acceptés, seront exposés comme les refusés.</p>
+
+<p>Donc les acceptés et les refusés, les exposants et les exposés, qui sont
+à peu près également exposés et exposants, ont pu lire dans le
+<i>Moniteur</i> du 24 avril 1803 l'extrait suivant:</p>
+
+<div class="blockquot"><p>&laquo;De nombreuses réclamations sont parvenues à l'Empereur au sujet
+ des &oelig;uvres d'art qui ont été refusées par le jury de l'Exposition.
+ Sa Majest&eacute;, voulant laisser le public juge de la légitimité de ces
+ réclamations, a déridé que les &oelig;uvres d'art qui ont été refusées
+ seraient exposées dans une autre partie du Palais de l'Industrie.</p>
+
+<p> &raquo;Cette Exposition sera facultative, et les artistes qui ne
+ voudraient pas y prendre part n'auront qu'à en informer
+ l'administration, qui s'empressera de leur restituer leurs &oelig;uvres.</p>
+
+<p> &raquo;Cette Exposition s'ouvrira le 15 mai. Les artistes ont jusqu'au 7
+ mai pour retirer leurs &oelig;uvres. Passe ce délai, leurs tableaux
+ seront considérés comme non retirés, et seront placés dans les
+ galeries.&raquo;</p></div>
+
+<p>A cette nouvelle la joie des artistes fut grande, mais leur indécision
+plus grande encore.</p>
+
+<div class="blockquot"><p>&laquo;A ces mots les lions deviennent des tétards.&raquo;</p></div>
+
+<p>La fameuse question du jury fit place à celle-ci: &laquo;Exposerons-nous, ou
+non?&mdash;Nous acceptons-nous, ou ne nous acceptons-nous pas? Nous
+montrerons-nous aussi rigoureux envers nous-mêmes que le jury? Ce serait
+lui donner raison. Nous nous acceptons. Mais d'autre part regardons-nous
+bien: nous ne nous acceptons pas!&raquo;</p>
+
+<p>Finalement, les uns ont été non indulgents, mais justes, en
+s'acceptant,&mdash;et les autres aussi en se refusant. Que leurs ouvrages
+soient bons ou mauvais, peu importe. Ceux qui veulent se voir et se
+montrer le peuvent. Ils en appellent du jury qui n'est pas tumultueux,
+au public qui n'est pas attentif. Il est vrai qu'ils n'admettraient
+guère le jugement de tout le monde, s'il n'&eacute;tait conforme à celui du
+jury. C'est la loi de nature,&mdash;plus que de s'entr'aider.</p>
+
+<p>Eh bien! je vais dire une chose qui va m'&eacute;tonner, je suis de l'opinion
+des peintres,&mdash;des peintres refusés par le jury qui s'acceptent tout
+seuls et s'exposent. Certes le jugement du public à tête de veau n'est
+pas plus sûr que celui du jury palm&eacute;, ni que celui des esthétistes et
+des critiques d'art raisonneurs; mais un objet d'art doit être vu de
+tout le monde, sans excepter les imbéciles; il doit se manifester, afin
+de se constater lui-même. C'est sa condition d'être. Il y a toujours
+trois ou quatre personnes qui comprennent et sauvent un chef-d'&oelig;uvre.</p>
+
+<p>Les Refusés insoumis ont raison, comme tous les insoumis en tout genre.
+Ils luttent au moins. C'est le seul moyen, la seule chance qu'ils aient
+de pouvoir avoir raison. Que leurs armes, leurs &oelig;uvres soient
+mauvaises, tant pis! Ils n'ont pas peur. Oui, M. Brivet lui-même, que
+des loustics appellent le vétérinaire Brivet ou Brivet-le-Gaillard, M.
+Brivet lui-même, élève de M. Yvon, a raison d'exposer ses <i>types de
+chevaux</i>.&mdash;Ces chevaux sont de véritables types, en effet; ils sont de
+toutes couleurs et semblent avoir uniformément des molletières de
+zouaves. J'aurai la hardiesse de dire que, malgré leur comique et leur
+puissance d'attirer le monde, on les trouve mauvais. Mais si leur auteur
+les trouve bons, qui peut lui prouver qu'ils sont détestables?</p>
+
+<p>Les peureux, les poltrons, les couards, qui ont <i>remport&eacute;</i> leurs
+tableaux, (comme dans le peuple on dit: <i>remporter une veste</i>), n'ont
+fait qu'une révérence de plus au jury. Ils ont tra&icirc;treusement abandonné
+leurs frères d'armes, le bataillon en sabots... des Refusés, soit,&mdash;mais
+des Refusés qui combattent!</p>
+
+<div class="blockquot"><p>&laquo;Ce catalogue a été composé en dehors de toute spéculation de
+ librairie, par les soins du comité des artistes refusés par le jury
+ d'admission au Salon de 1863, sans le secours de l'administration
+ et sur des notices recueillies de tous c&ocirc;tés et à la h&acirc;te. Un
+ certain nombre d'artistes n'ayant point eu sans doute connaissance
+ de sa préparation, soit qu'ils aient été absents de Paris, soit que
+ les avis publiés par l'<i>Opinion Nationale</i>, la <i>Patrie</i>, le
+ <i>Temps</i>, la <i>Presse</i>, le <i>Siècle</i>, le <i>Moniteur des Arts</i>, etc, ne
+ soient point parvenus jusqu'à eux, ce catalogue n'a pu être rendu
+ aussi complet que l'eût désiré le Comit&eacute;.&raquo;</p>
+
+<p> &laquo;En livrant la dernière page de ce catalogue à l'impression, le
+ Comité a accompli sa mission tout entière; mais en la terminant, il
+ éprouve le besoin d'exprimer le regret profond qu'il a ressenti, en
+ constatant le nombre considérable des artistes qui n'ont pas cru
+ devoir maintenir leurs ouvrages à la Contre-exposition. Cette
+ abstention est d'autant plus regrettable qu'elle prive le public et
+ la critique de bien des &oelig;uvres dont la valeur eût été précieuse,
+ autant pour répondre à la pensée qui a inspiré la
+ Contre-exposition, que pour l'&eacute;dification entière de cette épreuve,
+ peut-être unique, qui nous est offerte.&raquo;</p>
+
+<p> <i>Les membres du Comit&eacute;</i>,</p>
+
+<p> <span class="smcap">Chintreuil</span>,<br />
+ <span class="smcap">Desbrosses</span>, (Jean),<br />
+ <span class="smcap">Desbrosses</span>,<br />
+ <span class="smcap">Depuis</span> (P. Félix),<br />
+ <span class="smcap">Junker</span> (Frédéric),<br />
+ <span class="smcap">Lapostolet</span>,<br />
+ <span class="smcap">Lev&eacute;</span>,<br />
+ <span class="smcap">Pelletier</span> (Jules).</p>
+
+<p> Paris, le 14 mai 1863.</p></div>
+
+<p>S'il faut insister sur l'utilit&eacute;, sur l'importance de la défense et sur
+celle de l'Exposition des tableaux refusés, je dirai que les tableaux
+re&ccedil;us sont peut-être moins mauvais, mais à coup sûr plus ordinaires et
+plus médiocres que les autres. On trouvera bien plus de hardiesse et
+d'essai, bien plus de tentatives malheureuses, mais courageuses dans les
+tableaux refusés que dans ceux re&ccedil;us.</p>
+
+<p>Une remarque très-judicieuse à faire, c'est qu'il y a un système absolu
+d'exclusion pour les tableaux d'un certain genre, pour tous ceux, par
+exemple, de l'&eacute;cole dite <i>réaliste</i>. Toute tentative faite en dehors des
+principes ou des habitudes de l'Académie est rejetée. Nous résumerons à
+la fin de ce livre ce que nous pensons de toutes les écoles, de tous les
+systèmes, de l'Académie, des jurys, etc., et nous insisterons sur cette
+répréhensible unité de refus, de rejet des &oelig;uvres faites dans le goût
+d'à présent, vécues et humées dans l'air au lieu d'être servilement
+imitées, éternellement rêvées de la même manière.&mdash;tirées d'un moule
+uniforme.</p>
+
+<p>Cette Exposition des Refusés faite pour la première fois, attire
+beaucoup plus de monde que celle des re&ccedil;us. On s'y amuse bien plus, et
+l'on y vient juger juges et jugés. Que de tableaux refusés et acceptés
+sans la moindre apparence de raison! Pourquoi oui et, pourquoi
+non?&mdash;Pourquoi, par exemple, n'a-t-on pas admis les paysages de M.
+Harpignies? Ceux de M. Chintreuil, on s'explique encore leur refus; sans
+être d'une audace outrée, ils contiennent une étude très-minutieuse et
+très-fine de la nature champêtre; ils sont un peu en dehors du
+bien-faire ordinaire; ils ont pu, comme la grenouille, effrayer le
+lièvre académique; mais les paysages de MM. Harpignies, de Serres,
+Jongkind et de plusieurs autres; mais le grand tableau de M. Briguiboul,
+supérieur à celui du même peintre qui est parmi les re&ccedil;us; mais les
+<i>Embrasseux</i> de M. Jean Desbrosses, des <i>natures mortes</i>, des <i>fruits</i>,
+des <i>ognons</i>, des <i>carottes</i>, etc.; les portraits de MM. Julian, Fantin,
+Gilbert et vingt autres, pourquoi les avoir refusés? Personne, pas plus
+un juré qu'un jury, pas plus un critique d'art qu'un peintre, ne pourra
+donner une bonne raison du refus. Les peintures que je viens de citer
+sont proprement, habilement exécutées dans les règles et dans les
+conditions de sujet et de faire ordinaires. Donc, même en dehors de tout
+esprit révolutionnaire, les peintres des tableaux susdits, qui ont
+protesté en profitant de la Contre-exposition offerte, ont eu doublement
+raison.</p>
+
+<p>Ah! je comprends les frayeurs du jury à l'aspect des hardiesses du
+ma&icirc;tre-peintre Courbet, ou du peintre des croque-morts, M. Lambron; les
+peintres de talent ont presque tous eu le même sort: on les a refusés
+jusqu'à ce qu'ils se soient imposés, jusqu'à ce qu'ils soient entrés de
+force, portés dans la salle par tout le monde. Quant aux peintres
+originaux, il leur a fallu lutter toute la vie et employer des moyens
+malicieux pour se faire admettre et se glisser derrière leurs pauvres
+confrères,&mdash;pour se placer à c&ocirc;te d'eux.</p>
+
+<p>Je comprends que l'amour du calme et le respect de l'Académie fassent
+reculer les juges devant le gai tableau de M. Fitz-Barn, <i>La Cage</i>, qui
+attire tant de monde, et qui contient tant d'animaux. Je m'explique le
+rejet <i>du Lever</i> de M. Julian, <i>du Jeu de paume</i> de M. Colin, de <i>la
+Femme adultère</i> de M. A. Gautier, du <i>Bain</i> de M. Manet, de <i>la Fille
+Blanche</i> de M. Whistler, le plus spirite des peintres, et de <i>la
+Dernière heure</i> de M. Viel-Cazal. Tous ces tableaux très-remarquables,
+ou très-osés, ont dû troubler des gens chargés de la défense du bon
+goût, de l'Art, de la Science et de beaucoup trop de choses que personne
+ne veut attaquer.</p>
+
+<p>Tout le monde peut s'assurer que ce plaidoyer pour les Refusés est
+juste; que je ne dis que des vérités et que ces vérités sautent aux
+yeux.</p>
+
+<p>On peut dès à présent être certain que les tableaux que j'ai cités
+attirent et méritent l'attention par des raisons diverses.</p>
+
+<p>Dieu! que c'est ennuyeux, l'Exposition! Comme tous ces cadres dorés,
+tous ces numéros, toutes ces peintures <i>a giorno</i> vous taquinent les
+yeux, vous dessèchent la gorge, vous font mal au cou!</p>
+
+<p>Si j'avais l'intention de devenir critique d'art et <i>de faire le Salon</i>
+souvent, j'aimerais mieux, je crois, faire une tournée dans tous les
+ateliers quelques jours avant l'Exposition, que d'aller au musée. Ce
+serait plus fatigant et plus ennuyeux, mais je verrais mieux. Rien n'est
+plus discordant que cet amas de peintures. Au-dessous d'un tableau grave
+grimace un tableau grotesque.</p>
+
+<p>Mais je ne veux pas devenir critique d'art.</p>
+
+<p>Ah! les critiques d'art!</p>
+
+<p class="ind">Voilà, voilà, voilà!<br />
+Le vrai critique d'art fran&ccedil;ais.<br />
+</p>
+
+<p>Le fameux critique influent au gilet blanc, celui-là même qui <i>se
+groupait</i> dans les foyers de th&eacute;&acirc;tre, les soirs de première
+représentation, et qui <i>protégeait</i> si solennellement les auteurs
+dramatiques et les acteurs, n'est rien auprès du critique d'art.</p>
+
+<p>Le critique d'art a une importance qu'il ne cherche pas à dissimuler.
+Cette importance est basée sur sa science. C'est lui qui a fait des
+découvertes d'esthétique, de Svedenborgisme, de philosophie et de
+spiritisme dans les paysages et dans les tableaux. Jusqu'alors on
+n'avait trouvé dans la peinture que la représentation des objets plus ou
+moins réussie. Le critique d'art est enfin venu, armé de gros tomes, et
+il a démontré aux peintres que les diverses écoles de philosophie
+allemande, n'&eacute;taient pas du tout étrangères à la peinture. Kant,
+Leibnitz, Spinosa, Hégel, Schelling, Fichte, Richter, Grimm, Locke,
+Condillac et Denis Diderot, Svedenborg et Saint Martin font bien dans le
+paysage et les critiques d'art, qui sont leurs interprètes pour les
+peintres, les ont barbouilles de vermillon et de jaune de chrome et ont
+puissamment prouvé la nécessité absolue de leur incarnation dans la
+peinture à l'huile. Avant le critique d'art, on ne savait que voir la
+peinture, on ne savait pas la lire. Actuellement, gr&acirc;ce aux critiques
+d'art, les peintres mieux renseignés, remplissent leurs paysages et
+leurs portraits d'esthétique et de svedenborgisme. Heureux qui peut
+entendre un paysagiste approfondir les questions <i>d'objectif et de
+subjectif</i>, de sensualisme, de matérialisme et de spiritisme, et
+résoudre le problème <i>des trois corps</i>, d'après le fameux marquis de
+Condorcet.</p>
+
+<p>J'ai eu la chance de me trouver dans une société de peintres et de
+critiques d'art, brasserie allemande, où l'on discutait fortement, à
+propos de la dernière exposition de tableaux et de celles de Courbet,
+sur la définition de <i>la substance</i>. Les peintres, en méditant le fameux
+<i>Enterrement d'Ornans</i> du ma&icirc;tre-peintre, inclinaient d'abord pour le
+cartésianisme, puis, définissant <i>la substance</i>, ils la considéraient
+comme purement passive et invoquaient à l'appui de leur dissertation
+Mallebranche, Descartes et Spinosa. A la seconde tournée de canettes,
+les critiques d'art ramenèrent avec un grand bonheur d'expressions les
+peintres aux <i>monades</i> et à une <i>harmonie pr&eacute;&eacute;tablie</i> qui expliquait
+tout.</p>
+
+<p>Le critique d'art a rendu le peintre plus bête qu'il n'&eacute;tait,&mdash;plus que
+la nature,&mdash;presque autant que lui.</p>
+
+<p>Il est la cause de la classification des peintres qui donnera une si
+rude besogne aux professeurs du Muséum:</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">Les peintres, désormais, rangés sur une liste,<br /></span>
+<span class="i0">Seront étiquetés par un naturaliste.<br /></span>
+</div></div>
+
+<hr style='width: 45%;' />
+
+
+<h3>CLASSIFICATION DES PEINTRES</h3>
+
+<h3>ÉCOLE DE PARIS</h3>
+
+<p>Les peintres de cette école sont généralement élèves de Gassendi; comme
+ce célèbre professeur, ils font leur syntagme légèrement colorié
+d'&eacute;picurisme.&mdash;Voltaire, Rousseau, d'Alembert et Diderot empoignent les
+peintres à leur sortie de l'&eacute;cole de Gassendi et les poussent au
+matérialisme. Le fameux Biard, un des plus vieux élèves, se rappelant
+que Molière avait été aussi disciple de Gassendi, s'est surnommé le
+Molière de la peinture.</p>
+
+<p>Quelques spirites jettent de la variété dans cette école, à laquelle se
+rattachent les <span class="smcap">Michel-Ange</span> de Montmartre, dont nous avons
+esquissé autrefois les portraits comme suit:</p>
+
+
+<h3>LES MICHEL-ANGE DE MONTMARTRE</h3>
+
+<p>Montmartre fut autrefois célèbre dans le monde des railleurs par son
+Académie. Les &acirc;nes de Montmartre sont tous <i>artisses</i>.</p>
+
+<hr style='width: 45%;' />
+
+<p>Tout le quartier Bréda, la rue des Martyrs, les boulevards extérieurs et
+les rues de Montmartre sont occupés par des peintres, des gens de
+lettres, sculpteurs, musiciens, acteurs et architectes de vilaine
+espèce. Le fluide sympathique, loi physique irrésistible, les a attirés,
+groupés et parqués dans un même lieu.</p>
+
+<hr style='width: 45%;' />
+
+<p>Généralement ils sont malpropres. Ils affectent dans leurs allures, dans
+leur mise, dans leur langage, une désinvolture qui voudrait prouver que
+l'Art seul les préoccupe. Les lignes et les coupes vulgaires de leur
+figure les rendent odieux aux yeux avant que les oreilles ne soient
+blessées par leur voix: car l'horrible vulgarité leur sort par tous les
+porcs et par tous les sens.</p>
+
+<hr style='width: 45%;' />
+
+<p>Ils se font <i>des têtes</i>, ce qui serait excusable s'ils pouvaient
+comprendre l'insuffisance de celles que la nature leur a faites; mais
+non, ce n'est qu'une prétention bête: ils veulent attirer les regards
+des bourgeois, dans les estaminets.</p>
+
+<hr style='width: 45%;' />
+
+<p>Pour se faire de grands fronts, ils rejettent leurs longs cheveux en
+arrière, les ébouriffent ou les collent derrière l'oreille, les séparent
+par une raie au milieu de la tête ou les portent à la <i>mal-content</i>, en
+laissant alors cro&icirc;tre leur barbe, qu'ils taillent avec le même art.</p>
+
+<hr style='width: 45%;' />
+
+<p>Une remarque bizarre résulte de leur examen. Au bout de peu de temps,
+l'intimité leur donne à tous la même voix, les mêmes gestes, les mêmes
+paroles, la même démarche.</p>
+
+<hr style='width: 45%;' />
+
+<p>Si l'un d'eux s'accoutre d'une fa&ccedil;on, deux jours après le camarade est
+affublé pareillement.&mdash;Les paletots-sacs et les feutres à larges bords
+sont de leur goût: <i>&ccedil;a</i> a du <i>chic</i> ou du <i>caractère</i>, disent-ils.</p>
+
+<hr style='width: 45%;' />
+
+<p>Mais le plus souvent on les voit passer dans le quartier ou s'attabler
+dans les cafés, habillés de pantalons à pied à larges carreaux, de
+vareuses rouges et coiffés de chapeaux de paille, de bérets, ou plus
+simplement tête nue.</p>
+
+<hr style='width: 45%;' />
+
+<p>Ils partagent avec les acteurs la manie du tutoiement, et ce sont
+justement leurs propos qui provoquent dans l'homme les hauts-le-c&oelig;ur
+les plus précipités.</p>
+
+<hr style='width: 45%;' />
+
+<p>Ils ne s'abordent jamais sans s'adresser cette phrase sacramentelle:
+&laquo;Bonjour, <i>ma vieille</i>, comment <i>qu'&ccedil;a te va</i>?&raquo; Quelques mots d'argot
+étincellent maladroitement dans leur conversation. Mais voici un
+échantillon significatif, qui achèvera de donner une idée juste de leurs
+expressions:</p>
+
+<hr style='width: 45%;' />
+
+<p>Un soir, quelques-uns de ces messieurs étaient réunis dans un atelier.
+Un d'eux chanta une abominable niaiserie intitulée: <i>le Voyage aérien</i>.
+Le chanteur prenait des airs inspirés qui paraissaient émouvoir
+profondément l'auditoire. Quand il eut fini, tout le monde l'entoura, le
+félicita vivement; puis un peintre lui serra les deux mains en lui
+disant: &laquo;<i>C'est égal, tu y as été de la larme</i>.&raquo;</p>
+
+<hr style='width: 45%;' />
+
+<p>Leurs m&oelig;urs ne sont pas édifiantes. Leurs soirées se passent dans les
+bals de barrière ou dans les estaminets; leurs nuits, je ne peux pas
+dire où. Enfin ils emploient leurs jours à dormir, fl&acirc;ner, jouer au
+billard ou à l'<i>impériale</i>, à fumer et à boire et manger des poisons qui
+ne les tuent pas.</p>
+
+<hr style='width: 45%;' />
+
+<p>Leurs opinions artistiques et littéraires sont que M. Gustave Doré a un
+talent &laquo;<i>&eacute;patant</i>, &laquo;que M. Edmond About est &laquo;<i>l'esprit fran&ccedil;ais&raquo;</i> en
+personne; que sais-je encore? Cela suffit.</p>
+
+<hr style='width: 45%;' />
+
+<p>Du reste, il n'est rien qui ne leur soit familier: peinture, poésie,
+sculpture, musique, philosophie, sciences, tout est de leur ressort.
+Semblables en cela au <i>Solitaire</i> de M. le vicomte d'Arlincourt, ils
+voient tout, ils savent tout, ils sont partout.</p>
+
+<hr style='width: 45%;' />
+
+<p>Quoiqu'ils soient tous de <i>bons gar&ccedil;ons</i>, il ne faut pas se fier à eux.
+Comme ils sont naturellement répulsifs, aux yeux d'abord, ensuite aux
+oreilles et au nez même, puis surtout aux intelligences, il en résulte
+qu'ils ont pris en aversion tous ceux qui voient, qui entendent ou qui
+comprennent.</p>
+
+<hr style='width: 45%;' />
+
+<p>C'est parce que ces <i>artisses</i> ne font rien qu'ils se mêlent de tout;
+quand je dis qu'ils ne font rien, c'est l'exacte vérit&eacute;. Cependant, de
+temps en temps, ils barbouillent des vers ou de la prose, ils
+griffonnent des tableaux, pétrissent de la musique et g&acirc;chent des
+pl&acirc;tres; ils sont tous peintres, musiciens, poètes, sculpteurs et
+philosophes. Cette multiplicité de moyens dans l'impuissance les a fait
+surnommer <i>les Michel-Ange de Montmartre</i>.</p>
+
+<p>(1856.)</p>
+
+
+<h3>ÉCOLE DE ROME</h3>
+
+<p>Les peintres de cette école sont universels et éclectiques. Ils n'ont
+pas de parti pris en philosophie. Pic de la Mirandole, Bacon, Machiavel,
+Gozzi, Humbold et Cousin sont sur leur palette. Quand ils rentrent à
+Paris ils deviennent hommes du monde et quelquefois musiciens. Ils
+re&ccedil;oivent.</p>
+
+
+<h3>ÉCOLE DE FONTAINEBLEAU</h3>
+
+<p>Cette école est celle qui contient la plus grande variété de peintres
+philosophes.&mdash;C'est toute une ménagerie.</p>
+
+<p>
+Les peintres de Barbison<br />
+Ont des barbes de bison.<br />
+</p>
+
+<p>Presque toutes les célébrités picturales ont vécu à <i>Barbison</i>, à
+<i>Marlotte</i> et à <i>Samois</i>. Habitués à grimper de roc en roc dans les
+<i>gorges d'Apremont</i>, ils abordent aisément les pics escarpés de la
+philosophie la plus allemande. Le <i>Mont-Aigu, Franchard</i>, la <i>Roche qui
+pleure</i> et la <i>Mare aux fées</i> leur ont donné de saines idées sur
+Leibnitz, Spinosa, Kant, idées dont les critiques d'art avaient planté
+le germe en eux. Que de paysages philosophiques résultent de ces divers
+systèmes!</p>
+
+<p>Voilà ce que les critiques d'art ont fait. Ils ont comme des incubes et
+des sucubes tellement gratté les pauvres cervelets des peintres, qu'ils
+le sont complètement rendus fous, tandis qu'eux restaient simples
+crétins.</p>
+
+<p>Il y a autant de <i>faiseurs de Salons</i> que de tableaux à l'Exposition.
+Chaque toile pourrait avoir son critique spécial. Il faut retenir
+l'accent <i>niais</i> et magistral des bonshommes de lettres disant: &laquo;Cette
+année, je fais le Salon.&raquo; C'est pourtant Denis Diderot qui est cause de
+ce mal; il n'est pas plus coupable que le soleil de faire na&icirc;tre les
+vers à soie; mais enfin tous les coléoptères du petit et du grand
+journalisme ont le nom de Diderot à la trompe; ils se collent comme des
+taons au ventre des peintres et sur les tableaux, croyant faire comme le
+grand écrivain. Ils ne se doutent guère que Diderot examinait la
+peinture bien plus en philosophe et en homme qu'en peintre. Le sujet,
+les poses, les expressions, la composition, l'intéressaient infiniment
+plus que la manière de peindre, le dessin et la couleur. Greuze, par
+exemple, ne traitant que des conceptions simples et humaines, ne
+représentant que des scènes villageoises, bourgeoises ou familières avec
+na&iuml;veté et arrangement tout à la fois, lui semblait être le plus grand
+peintre de l'&eacute;poque. Quant à l'argot des rapins m&acirc;ché par les critiques
+diptères; quant aux mystères de la couleur, si souvent révélés, dans ces
+derniers temps, par les suceurs d'esthétique, je crois que Diderot n'y a
+jamais song&eacute;.</p>
+
+<p>La peinture s'adresse d'abord et presque exclusivement aux yeux. Il
+s'agit plus de voir que de comprendre. Le but, est de représenter les
+objets. Plus la ressemblance est grande, plus la perfection est
+approchée. La littérature peut tout; elle crée, décrit ou peint, raconte
+et analyse. La peinture ne fait que reproduire ou interpréter. Je me
+rappelle que ces opinions allumèrent une grosse discussion entre
+plusieurs peintres et un homme de lettres qui cita alors, à l'appui de
+ses arguments, Manon Lescaut. D'après le portrait qu'en fait l'abbé
+Prévost, disait-il justement, on la voit; tout le monde se la figure, à
+peu de différence près, de la même manière, et telle que les peintres et
+dessinateurs eux-mêmes l'ont traduite en tableaux ou en gravures. Mais
+jamais ces messieurs ne pourraient en une galerie immense décrire ou
+peindre son caractère et ses passions. Ils ne représenteraient que sa
+personne et des situations.</p>
+
+<p>L'Exposition des refusés est au moins curieuse. Plusieurs tableaux que
+j'ai déjà cités de MM. Briguiboul, Whistler, Fantin, Manet, Gautier,
+Colin, Gilbert, Viel-Cazal, Chintreuil, Jean Desbrosses, Julian, forcent
+l'attention. Nous allons avec soin passer en revue tous les tableaux de
+cette Exposition, où nous avons constaté une déplorable <i>unité de
+refus</i>, sur laquelle nous insistons. Nous répéterons les opinions de
+beaucoup d'artistes et de visiteurs, et toutes les remarques curieuses
+qui pourraient être faites par nous et par tout le monde.</p>
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="II" id="II"></a>II</h2>
+
+<h3>SOMMAIRE</h3>
+
+<div class="blockquot"><p>Grande, moyenne et petite classe des Refusés.&mdash;Les braves.&mdash;Les
+ suspects.&mdash;Les poltrons.&mdash;On demande les têtes des
+ suspects.&mdash;Messieurs, le ma&icirc;tre-peintre Courbet!&mdash;Évidence de sa
+ supériorit&eacute;.&mdash;Parenthèse.&mdash;Encore le critique d'art.&mdash;Paysages de
+ M. Daubigny en plusieurs chants.&mdash;Hautes opinions de Courbet à
+ propos de la peinture.&mdash;Révolution-Courbet.&mdash;Ornithologie des
+ critiques d'art.&mdash;Ce qu'ils avaient sur les yeux.&mdash;Réalisme et
+ Romantisme.&mdash;Haro sur le ma&icirc;tre-peintre!&mdash;Les bons curés, tels que
+ les voulait Béranger et que ne les veut pas M. Veuillot.&mdash;Exposition
+ du Refusé en chef.&mdash;Peinture à l'encre ou description.&mdash;Conclusion
+ raisonnée.</p></div>
+
+<hr style='width: 45%;' />
+
+<p>Les Refusés peuvent être divisés en trois classes:</p>
+
+<p>La première, la <i>grande</i>, est celle des <span class="smcap">Oseurs</span>, des
+<span class="smcap">Révoltés</span>, des <span class="smcap">Protestants</span> contre les jurys, une
+<span class="smcap">Batterie des hommes sans peur</span>; c'est pour ces peintres-là, qui
+ne se tiennent pas tranquilles, qui sont convaincus qu'ils savent ce
+qu'ils font, que l'Empereur a décrété une Contre-Exposition. Elle était
+ouverte à tous; mais le danger d'être tué ou bless&eacute;,&mdash;c'est-à-dire de
+déplaire au jury et d'être évincé une autre fois, le peu de courage, de
+foi en soi-même aussi, ont empêché un grand nombre de peintres de
+s'exposer&mdash;aux balles coniques des critiques et aux obus du public,
+autrement dit aux feuilletons et aux éclats de rire.</p>
+
+<p>Ces peintres-là, leurs confrères, les <span class="smcap">Braves refusés</span>, les
+appellent des <span class="smcap">Couards</span> et fixent leur nombre à 1,800 ou 2,000.
+C'est eux qui composent la troisième, la petite classe.</p>
+
+<p>Quant à la seconde, c'est celle des <span class="smcap">Suspects</span>, gens timides,
+indécis, qui acceptent en longues phrases, au lieu de dire franchement
+oui; peintres timorés qui laissent leurs tableaux dans la salle des
+Refusés, mais qui sont inquiets d'être vus. Ils ont l'air d'être
+derrière leurs confrères, bien qu'ils soient à c&ocirc;té d'eux; en deux mots,
+ils ne mettent pas de numéros à leurs toiles; ils ne se sont pas faits
+inscrire dans le catalogue des Refusés, et ils ne peuvent être signalés
+que par les chiffres de refus de l'administration. Quelques-uns mêmes de
+ces peintres qui se trouvent mal et ont des borborygmes n'ont pas signé
+leurs ouvrages. Si le Comité des Refusés était aussi décidé que son
+a&icirc;n&eacute;, le Comité de salut public, les <span class="smcap">Suspects</span> seraient
+guillotinés tous comme les tra&icirc;tres et les l&acirc;ches.</p>
+
+<p>A la tête des plus vaillants Refusés, il convient de placer Courbet.
+Quoiqu'il ne figure pas parmi eux, dans le catalogue et dans le Musée,
+il est le plus Refusé des Refusés.</p>
+
+<p>Courbet est la plus puissante individualité qui se soit produite parmi
+les peintres depuis une vingtaine d'années.&mdash;Pour ceux qui ne cherchent
+pas dans la peinture ce qu'on n'y peut pas trouver, la philosophie, la
+poésie ou l'astronomie, l'agriculture, etc., mais qui se contentent d'y
+voir la représentation na&iuml;ve et vigoureuse des faits et des objets, la
+supériorité du ma&icirc;tre-peintre est évidente.</p>
+
+<p>(Je n'exagère pas la démence des critiques d'art et d'une foule d'autres
+gens, en disant qu'ils ne peuvent admettre qu'une peinture ne soit
+qu'une peinture, et que dans un tableau ce qui les charme le plus, c'est
+ce qui n'y est pas. Voilà un critique qui m'interrompt pour me lire son
+article sur M. Daubigny: &laquo;Chaque touche, a-t-il écrit, est &laquo;un
+hémistiche et fait venir à l'esprit un son cadenc&eacute;, etc. C'est <i>avant
+tout</i> un grand po&euml;te!!!&raquo;)</p>
+
+<p>Courbet tout en ayant, des idées assez vastes de la peinture et des
+mondes qu'elle peut contenir, est convaincu d'abord qu'elle doit <i>faire
+ressemblant</i>, et que le meilleur moyen de faire ressemblant est de voir.
+Cette opinion instinctive est assurément préférable à celle de croire,
+comme le fameux M. Thor&eacute;, que la peinture est faite pour instruire les
+masses et donner des le&ccedil;ons de politique ou de morale.</p>
+
+<p>Toute espèce de tricherie est écartée des tableaux de Courbet. Il vaut
+mieux, croit-il, avoir vu ce qu'on veut peindre que l'avoir rêv&eacute;; la
+peinture mythologique ou allégorique excite son rire franc-comtois; il
+pense que la peinture est plus faite pour les yeux que pour
+l'imagination; il veut voir pour peindre. En Art, le parti pris, est
+indispensable.</p>
+
+<p>Le système de Courbet a fait éclore de nombreux partisans; on voit
+maintenant une foule de tableaux du genre dit réaliste. Tous ces
+croque-morts, ces carriers, ces sarcleurs, etc., c'est la faute de
+Courbet. Il fait école non seulement pour le sujet, mais encore pour la
+manière de peindre. Les nouveaux ne subissent pas seuls l'influence du
+nouveau ma&icirc;tre: des anciens, et des plus célèbres, ont visiblement
+modifié leur peinture depuis sa venue. Le tableau de l'<i>Enterrement
+d'Ornans</i>, si décrié à son apparition, demeuré le chef-d'&oelig;uvre de
+Courbet, quoi qu'on en dise et quoiqu'on ne veuille reconna&icirc;tre de, lui,
+pour ne pas avoir l'air de se rendre, que des tableaux très-beaux sans
+doute, mais d'une moindre importance, l'<i>Enterrement d'Ornans</i>, dis-je,
+a fait émeute, mais aussi révolution. Les &oelig;uvres que Courbet a exposées
+en 1861, lui avaient ralli&eacute;, outre les jurés et les académiciens, les
+semblables de M. Anatole de la Forge et autres critiques qui manquaient
+à sa collection. C'&eacute;tait toujours la même peinture, mais ce n'&eacute;tait plus
+le même sujet. Les postères de la fameuse <i>Baigneuse</i> qui avaient
+empêché bien des critiques d'art de s'apercevoir qu'elle était
+admirablement peinte, dans un paysage et à c&ocirc;té d'une belle fille
+également exécutés de main de ma&icirc;tre, ne furent plus posés pendant un
+instant sur leurs binocles. Le <i>Combat de cerfs</i>, le <i>Renard sur la
+neige</i>, le <i>Cerf bless&eacute;</i>, etc., sont de superbes peintures qui
+n'offensent personne. Ceux même que le mot: <i>réalisme</i> retenait encore
+par leurs pans d'habit commencent à comprendre que ce mot n'est qu'un
+nom, comme toute révolution littéraire ou autre en a toujours pris un,
+nom qui n'engage en rien les individualité entre elles, qui leur laisse
+leur pleine libert&eacute;, et qu'un artiste hardi, indépendant et original
+peut accepter comme il eût accepté relui de romantisme en 1830.</p>
+
+<p>Mais cette année tout est bien chang&eacute;. Il n'y a plus assez de cris
+contre Courbet; il a envoyé au jury un grand tableau, représentant <i>des
+curés ivres</i>, dont nous allons parler tout à l'heure. Ce tableau était
+escorté de deux ébauches, une <i>Chasse au renard</i> et un <i>Portrait de
+dame</i>.</p>
+
+<p>Courbet, médaill&eacute;, était re&ccedil;u de droit; mais <i>les curés</i>, dodelinant et
+barytonnant, ont scandalisé le catholicisme du jury, et le tableau a
+ét&eacute;&mdash;je ne puis pas dire: refus&eacute;, car il serait expos&eacute;,&mdash;a ét&eacute;... remis
+à la disposition de son auteur qui, ne trouvant aucun endroit public où
+il fut accept&eacute;, a fini par le recevoir dans son atelier, rue
+Hautefeuille n&ordm; 32. Tout le monde est invité à venir le contempler tous
+les jours jusqu'à midi.&mdash;On fait queue.</p>
+
+<p>Jamais le ma&icirc;tre-peintre Courbet n'avait fait un tableau aussi vivant,
+aussi amusant, aussi pris sur nature et étudié que celui-là.</p>
+
+<p>Par un beau temps septembral, le long d'un chemin de campagne, s'avance
+un groupe de curés rabelaisiens, dont un, doucement cahoté sur un joli
+âne, ressemble à un silène rubicond, plein d'une bonhomie vinicole qui
+semble dire: Mon Dieu, cela ne fait de mal à personne! Un curé à
+lunettes bleues et au nez pointu le soutient de ci, et un jeune vicaire
+qui pourrait bien lui appartenir de très-près, tant il lui ressemble, le
+soutient de là; un autre jeune vicaire&mdash;ineffable, celui-là,&mdash;tire le
+grison par la bride; un troisième vicaire ramasse un vieux curé qui
+butte à chaque pas.</p>
+
+<p>Un peu en arrière, marche à pas comptés un curé bourgeonn&eacute;, aux cheveux
+vineux, balancé par le vin, qui tout en perdant son chapeau sans s'en
+apercevoir, raille la faiblesse de son collègue. La goguenarderie, la
+sanguinolence coutumière du teint, produite par une longue série de
+repas copieux et prolongés, l'&eacute;quilibre de ce cur&eacute;, sont des merveilles
+de peinture.</p>
+
+<p>Quatre servantes viennent au loin, égrenant des chapelets, suivant avec
+un calme béat cette sainte orgie dont elles ont fait la cuisine.</p>
+
+<p>Un brave paysan regarde passer le cortège en riant de tout son c&oelig;ur et
+de tout son ventre, mais sans ironie, auprès de sa femme agenouillée,
+habituée au respect de monsieur le cur&eacute;.</p>
+
+<p>Certes, ce tableau, un des plus vigoureux et des plus animés de
+Courbet, n'est pas l'&oelig;uvre d'un catholique fervent qui s'incline comme
+la bonne femme ci-dessus désignée sur le passage d'une débauche
+presbytérale, mais elle n'annonce pas non plus des intentions
+malicieuses et subversives contre la religion. On ne reconna&icirc;t pas dans
+cette peinture l'ironie hostile et voltairienne de Béranger, l'inventeur
+de ce bon curé populaire de Meudon, qui boit et danse avec les
+fillettes, sur l'herbette, au nez de l'implacable Louis Veuillot.</p>
+
+<p>Courbet n'a fait que représenter une scène significative, expressive et
+gaie; le rejet la rend plus bruyante, plus voyante que ne l'aurait fait
+l'admission.</p>
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="III" id="III"></a>III</h2>
+
+<h3>SOMMAIRE</h3>
+
+<div class="blockquot"><p>Missive d'un élève, jeune encore, au nom des Refusés.&mdash;Étrange
+ prétention.&mdash;Un petit lopin.&mdash;Arguments sans réplique, réponse
+ accablante.&mdash;Le critique d'art revient sur l'eau.&mdash;Il est question
+ de M. Brivet-le-Gaillard et de Molière.&mdash;Na&iuml;veté
+ indispensable.&mdash;Premier prix donné à M. Whistler.&mdash;Plusieurs
+ tuiles se détachent et tombent sur les têtes du Jury.&mdash;La bêtise
+ afflige les uns et réjouit les autres.&mdash;Déclaration de principes.
+ &mdash;Dithyrambe bien appliqué à M. Signol.&mdash;L'art militaire et la
+ religion mal représentés dans les arts.&mdash;Le <i>suspect</i> Briguiboul
+ est acquitt&eacute;.&mdash;La Mythologie de M. Émile Loiseau n'est pas adressée
+ à Émilie Demoustier.&mdash;Mosa&iuml;que ou dessin à petits carreaux.&mdash;M.
+ Amand Gautier jette la pierre à la femme adultère.&mdash;Le sujet est
+ mis au concours par tout le monde.&mdash;Le public refait le
+ tableau.&mdash;Un amant en déshabill&eacute;, vu de dos.&mdash;Le Muséum-Gautier.
+ &mdash;Un petit air qui n'est pas de Nargeot.&mdash;La Tombe de l'Oiseau ou
+ l'Architecte en démence.&mdash;Imitation de Vadé à l'adresse du
+ jury.&mdash;La province ne vote pas comme Paris.&mdash;Preuves à l'appui.</p></div>
+
+<hr style='width: 45%;' />
+
+<p>Nous recevons une lettre de M. Ancourt, un des Refusés hardis inscrits
+sur le catalogue, une réclamation <i>au nom des artistes refusés</i>....</p>
+
+<p>&laquo;<i>Cet élève, jeune encore</i>, écrit que les Refusés <i>n'avaient pas la
+prétention d'être exposés face à face avec les peintres en renom et même
+déjà décorés</i> (sic).&raquo; Mais, alors, quelle était leur prétention en
+envoyant leurs tableaux à la Commission d'examen?</p>
+
+<p><i>Nous n'avons demandé qu'un petit coin</i>,&raquo; répond ledit peintre, &laquo;<i>pour
+recueillir, s'il est possible, quelques encouragements</i>.&raquo; Ce petit coin,
+si modeste, vous pouviez l'obtenir sans vous faire refuser. On ne vous a
+fait la concession du grand coin de la Contre-Exposition que pour donner
+satisfaction aux plaignants et réclamants, et les faire ainsi juger, eux
+et le jury, par le public. Si le public ratifie par sa critique les refus
+de la Commission, les peintres sont condamnés, sinon, c'est la
+Commission qui est coupable.</p>
+
+<p>Quant aux encouragements, qu'est-ce cela? Un artiste ne se décourage
+pas. Il sait ce qu'il fait et n'a pas besoin de compliments.</p>
+
+<p>
+Qu'en regardant son &oelig;uvre il se dise: c'est bien,<br />
+Sûr d'elle et sûr de lui,&mdash;tout le reste n'est rien.<br />
+</p>
+
+<p>Encourager qui? Quelqu'un qui fait mal à continuer?</p>
+
+<p>Notre correspondant ajoute: &laquo;<i>Nous ne disons rien de la prétendue
+injustice du jury</i>, etc.&raquo; Pourquoi donc protester contre sa décision en
+acceptant la Contre-Exposition? Et M. Ancourt nous écrit <i>tout ce que
+dessus</i> <span class="smcap">Au nom des artistes Refusés</span>! J'affirme qu'il se trompe
+et qu'un grand nombre de Refusés n'ont pas les mêmes opinions que lui.</p>
+
+<p>Quelques personnes se sont méprises à propos de la petite physiologie du
+critique d'art détaillée au commencement de ce livre. Je n'ai appliqué
+dérisoirement ce titre qu'à des <i>jugeurs</i> dont j'ai fait la description
+ressemblante, qu'à des <i>faiseurs de Salons</i> de profession qui ne savent
+ni critiquer, ni écrire, ni voir, ni lire. Mais il faut bien se garder
+de croire que je puisse confondre ces importants personnages avec des
+écrivains de génie ou de talent qui ont exprimé leurs opinions sur des
+peintres et sur la peinture. Si par quelques traits, ceux-ci se
+rapprochent de ceux-là, ce n'est qu'un petit ridicule qui se noie dans
+la valeur du littérateur-critique. Mais, je le répète, je n'ai pas plus
+voulu mêler ces hommes spirituels, intelligents et savants, que
+moi-même, qui suis bien aussi un peu critique d'art, aux pédadogues du
+Palais-de-Justice, de l'École normale, du Notariat, du monde et de
+brasserie, dont j'ai cité les infirmités, les tics, les dislocations,
+les loupes et les bosses intellectuelles. Quand on fait le portrait d'un
+type d'animal, cela n'est pas le portrait de tous les animaux. M.
+Brivet-le-Gaillard, déjà nomm&eacute;, ne dit pas non plus que ses <i>Types de
+chevaux</i> représentent tous les chevaux. L'ancien Trissotin et l'ancien
+Vadius n'&eacute;taient pas, dans la pensée de Molière, la portraiture de tous
+les savants et poètes de son temps. De même, en caricaturant certains
+peintres très-nombreux, je ne parle que de ceux-là et non d'autres,
+comme le verront les gens qui continueront la lecture de ce livre.
+(Quoique tout ceci soit d'une simplicité qui le rend inutile à dire, il
+est bon, il est important de le dire. On ne saurait trop expliquer les
+choses).</p>
+
+<p>La peinture la plus singulière, la plus originale, est celle de M.
+Whistler. La désignation de son tableau est: <i>La Fille blanche</i>. C'est
+le portrait d'une <i>spirite</i>, d'un <i>médium</i>. La figure, l'attitude, la
+physionomie, la couleur, sont étranges. C'est tout à la fois simple et
+fantastique. Le visage a une expression tourmentée et charmante qui fixe
+l'attention. Il y a quelque chose de vague et de profond dans le regard
+de cette jeune fille, qui est d'une beauté si particulière, que le
+public ne sait s'il doit la trouver laide ou jolie. Ce portrait est
+vivant. C'est une peinture remarquable, fine, une des plus originales
+qui aient passé devant les yeux du jury. Le refus de cette &oelig;uvre
+n'irrite que les gens qui croient aux examinateurs, aux comités et aux
+académies; ce refus fait plaisir à d'autres personnes et leur confirme
+une fois de plus la vérit&eacute;. Ne rien faire qui vienne de soi-même, ne
+rien faire que d'après les autres, c'est ce que veulent dire règle et
+tradition, bases fondamentales de l'art académique, à qui nous devons
+Abel de Pujol et M. Signol.</p>
+
+<div class="blockquot"><p>Tombe aux pieds de ce sexe à qui tu dois, etc.</p></div>
+
+<p>Et, puisque je parle de ce membre de l'Institut, de ce juge des
+peintres, qu'il me soit permis (autrement je prends moi-même la
+permission) de citer ici, à cause de sa violence, un petit morceau
+extrêmement violent:</p>
+
+<div class="blockquot">M. SIGNOL
+
+<p> &laquo;Une des hontes de notre temps, c'est qu'un peintre de la force de
+ M. Signol ait pu arriver à l'Institut. Ce que c'est, cependant, que
+ la médiocrité soutenue, la docilité académique et la bêtise
+ soumise! N'avoir ni impression, ni idées, ni exécution, mais garder
+ bonne mémoire des <i>pensums</i> donnés à l'École des Beaux-Arts, et
+ pieusement conserver les recettes de la maison, cela suffit,
+ para&icirc;t-il, pour vous conduire à tout.</p>
+
+<p> &raquo;M. Signol me représente un élève ignorant et nou&eacute;, le dernier de
+ sa classe, toujours coiffé d'un bonnet d'&acirc;ne, la risée de ses
+ camarades et le plastron des professeurs. Plusieurs générations se
+ succèdent; petit à petit, la classe se vide; les professeurs
+ meurent, et un beau jour, le bonnet d'&acirc;ne, resté seul, finit par
+ monter en chaire.</p>
+
+<p> &raquo;Sa profonde nullité a fait sa fortune. Il n'a heurté personne,
+ et, comme tous les gens médiocres, il a avanc&eacute;, soutenu par tout le
+ monde. Très-fidèle à la tradition de l'École, je ne crois pas qu'il
+ ait jamais peint un sujet en dehors de l'Antique ou de l'Évangile.
+ Le cycle de ses sujets est pour lui le cercle de Popilius: Il n'en
+ sort pas.</p>
+
+<p> &raquo;Le <i>Supplice d'une vestale</i> obtient au Salon, cette année, un
+ succès de fou rire, et <i>Rhadamiste et Zénobie</i> rappellent avec
+bonheur le Malek-Adel de M<sup>me</sup> Cottin qui inspira tant de pendules
+ au commencement de ce siècle. Il est impossible de dire ce qu'est
+ la peinture. Elle a la propreté lustrée du cuir verni; elle en a
+ aussi la sécheresse cassante. Est-elle passée au four comme la
+ peinture de Sèvres?</p>
+
+<p> &raquo;Mais que vais-je chercher là? On ne peut pas plus s'occuper de la
+ couleur de M. Signol, que de sa composition, que du choix de ses
+ sujets. La seule chose qu'on soit en droit de lui demander, c'est
+ un peu de pudeur. Lorsqu'on peint comme lui, on se cache.&raquo;</p>
+
+<p> <span class="smcap">Henry De La Madelène</span>.</p>
+
+<p> (<i>Figaro-Programme</i>, 20 mai 1863)</p></div>
+
+<p>Il est à remarquer que les tableaux religieux, que les tableaux à sujets
+académiques, militaires, mythologiques et romains, sont les plus
+mauvais. Que de victimes de MM. Brascassat, Léon Cogniet, Yvon, Gleyre!
+etc., etc.</p>
+
+<p>Il faut excepter M. Briguiboul. Son tableau mythologique est beau; il a
+bien plus de valeur que son tableau re&ccedil;u. Ce n'est pas seulement mon
+opinion, c'est celle de beaucoup de peintres, et je crois pouvoir dire
+de tout le monde. Mais, malgré son talent, M. Briguiboul doit être
+classé parmi <span class="smcap">Les Suspects</span>. Il n'est pas inscrit sur le
+catalogue. Il proteste timidement au Salon des Refusés contre son rejet.
+Il ne se montre que comme quelqu'un qui se cache. Je sais par hasard que
+ce beau tableau est de lui.</p>
+
+<p>Voici un autre tableau mythologique, celui de M. Émile Loiseau, <i>Hercule
+filant aux pieds d'Omphale</i>. Quelques peintres disent que ce tableau est
+<i>un Jules Romain</i>. Ce n'est pas ce que je pense; d'ailleurs, mieux
+vaudrait être soi, fut-on mauvais, que d'être un imitateur. <i>L'Hercule</i>
+de M. Loiseau est formidable même pour un Hercule. Ce n'est pas des
+biceps qu'il a sur les bras, mais des montagnes. Son torse est tellement
+accidenté d'&eacute;normes capitons que cela doit le gêner. Du reste, tout est
+hercule dans ce tableau. Omphale aussi se porte bien! Quelle gaillarde!
+Cependant cette peinture ne méritait pas les honneurs du refus. Par
+exemple, <i>l'Intérieur mauresque</i>, du même peintre n'est pas du tout de
+mon goût, je l'avoue. Il ressemble à une tapisserie ou plut&ocirc;t à un
+dessin industriel colorié sur papier à petits carreaux.</p>
+
+
+<p>M. Amand Gautier figure aux deux Expositions. <i>La Femme adultère</i> est un
+beau tableau dont le refus ne peut s'expliquer que parce qu'il est beau.
+Quelques peintres pensent que les peintres du jury, qui ont fait dans
+leur jeunesse <i>une Femme adultère</i>, n'auront pas admis qu'on trait&acirc;t le
+sujet évangélique autrement que classiquement. M. Gautier a représenté
+sur le seuil d'un petit temple grec un mari féroce, dont la figure est
+toute en poils, mena&ccedil;ant de transpercer de son doigt pointu sa femme
+qu'il a chassée pour cause d'adultère.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">Une femme, après tout, n'est pas une muraille,<br /></span>
+<span class="i0">Quand son c&oelig;ur lui dit: Va! que diable! il faut qu'elle aille.<br /></span>
+</div></div>
+
+<p>Un ciel en feu, un chien qui aboie, des arbres aux rameaux pointus et
+tendus comme le doigt de l'&eacute;poux irrit&eacute;, semblent être tous avec lui
+contre la malheureuse jeune femme. Je ne pense pas que M. Gautier ait
+voulu donner une le&ccedil;on à Jésus-Christ qui pardonne à la femme adultère;
+mais j'ai entendu quelques personnes le supposer. Le tableau est
+très-bien peint;&mdash;la femme, le ciel, le chien surtout sont réussis. On
+ne peut s'empêcher de prendre le parti de cette jeune épouse qui doit
+être jolie, je dis qui doit, car elle cache sa figure dans ses mains. Le
+mari est plus désagréable, plus méchant, plus ridicule encore que ne le
+sont ses semblables ordinairement. Le ciel orageux est admirable&mdash;pas de
+charit&eacute;,&mdash;et cela s'explique mal, puis-qu'il est le séjour du Christ.</p>
+
+<p>Ce qu'il y a de plus comique, c'est que chacun éprouve le besoin de
+recomposer le tableau de M. Gautier. L'un dit: le mari devrait être
+chauve, et fait plusieurs observations judicieuses à ce propos. L'autre
+prétend que dans le fond du paysage on devrait apercevoir de dos
+l'amant, fuyant en tenant sa culotte sur le bras. Un troisième voudrait
+que le chien, au lieu de prendre part à... l'accident de son ma&icirc;tre,
+léch&acirc;t les mains de sa douce ma&icirc;tresse. Enfin, chacun refait le tableau
+à sa manière, et <i>la Femme adultère</i> est bien certainement le sujet qui
+aura été traité le plus cette année.</p>
+
+<p>M. Amand Gautier est un des jeunes peintres qui se sont fait remarquer
+dans ces derniers temps: <i>La Promenade des Frères</i>, <i>les Folles de la
+Salpétrière</i>, <i>les S&oelig;urs de chant&eacute;</i> sont des tableaux connus, estimés.
+<i>La Femme adultère</i> est digne de ces peintures qui avaient été admises
+aux Expositions précédentes.</p>
+
+<p>Le peintre Gautier ne s'est pas seulement fait conna&icirc;tre par ses
+tableaux; sa ménagerie ne l'a pas moins illustr&eacute;. Il avait dans son
+atelier, singe, chats, perroquet, chiens, rats, serins et une alouette
+qu'il préférait même à son singe, nommé Arthur. Lorsque cette jolie
+alouette mourut, je fis sur elle, pour adoucir la vive douleur du
+peintre, la chanson suivante, qui arrive ici comme dans un vaudeville
+(<i>entrée habilement préparée</i>):</p>
+
+
+<p><b>L'ALOUETTE DU PEINTRE GAUTIER</b></p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">Qu'a donc le peintre Gautier?<br /></span>
+<span class="i0">Revient-il de l'autre monde?<br /></span>
+<span class="i0">Ne sait-il plus son métier?<br /></span>
+<span class="i0">Est-ce que Courbet le gronde?<br /></span>
+<span class="i0">Ses lèvres n'ont plus d'accueil<br /></span>
+<span class="i0">Même pour le doux sourire.<br /></span>
+<span class="i0">Une larme dans son &oelig;il<br /></span>
+<span class="i0">Ne cesse jamais de luire;<br /></span>
+</div><div class="stanza">
+<span class="i0">Son ami, le singe Arthur,<br /></span>
+<span class="i0">Ne fait plus de cabrioles.<br /></span>
+<span class="i0">Le perroquet, d'un air dur,<br /></span>
+<span class="i0">Roule d'amères paroles.<br /></span>
+<span class="i0">Pourquoi donc tout l'atelier<br /></span>
+<span class="i0">S'attriste-t-il de la sorte<br /></span>
+<span class="i0">Avec le peintre Gautier?<br /></span>
+<span class="i0">C'est que l'alouette est morte!!!<br /></span>
+</div><div class="stanza">
+<span class="i0">Il aimait tant cet oiseau<br /></span>
+<span class="i0">Auquel, sur la serinette,<br /></span>
+<span class="i0">Il apprenait un morceau<br /></span>
+<span class="i0">Ou l'air d'une chansonnette!<br /></span>
+<span class="i0">Un rayon parti des champs<br /></span>
+<span class="i0">Venait-il dorer sa cage,<br /></span>
+<span class="i0">L'alouette dans ses chants<br /></span>
+<span class="i0">Semblait rêver paysage,<br /></span>
+</div><div class="stanza">
+<span class="i0">Elle était heureuse, alors,<br /></span>
+<span class="i0">Le plumage de sa tête<br /></span>
+<span class="i0">Tout d'un coup formant un corps<br /></span>
+<span class="i0">Se dressait comme une aigrette!<br /></span>
+<span class="i0">Elle semblait un instant,<br /></span>
+<span class="i0">Par ses ailes soutenue,<br /></span>
+<span class="i0">Planer sur le blé flottant<br /></span>
+<span class="i0">Et s'&eacute;lever dans la nue,<br /></span>
+</div><div class="stanza">
+<span class="i0">Elle mangeait du millet<br /></span>
+<span class="i0">Dans la main de son bon ma&icirc;tre,<br /></span>
+<span class="i0">Et jamais ne s'envolait<br /></span>
+<span class="i0">Quand il ouvrait lu fenêtre.<br /></span>
+<span class="i0">Avec tous les animaux<br /></span>
+<span class="i0">Elle était si bien unie.<br /></span>
+<span class="i0">Que pas un jour de gros mots<br /></span>
+<span class="i0">N'ont troublé leur harmonie.<br /></span>
+</div><div class="stanza">
+<span class="i0">On n'aurait pas pu l'avoir<br /></span>
+<span class="i0">Ni pour cent francs, ni pour mille,<br /></span>
+<span class="i0">Me disait Gautier un soir.<br /></span>
+<span class="i0">Sa douleur n'est pas puérile.<br /></span>
+<span class="i0">Il faudrait être bien dur<br /></span>
+<span class="i0">Pour railler d'une alouette.<br /></span>
+<span class="i0">Les c&oelig;urs simples comme Arthur<br /></span>
+<span class="i0">Comprendront qu'on la regrette.<br /></span>
+</div><div class="stanza">
+<span class="i0">Un jour Gautier s'en allant<br /></span>
+<span class="i0">Porte la pauvre petite<br /></span>
+<span class="i0">Chez un ami bienveillant.<br /></span>
+<span class="i0">Il devait revenir vite.<br /></span>
+<span class="i0">L'alouette était encor<br /></span>
+<span class="i0">Plus aimainte que son ma&icirc;tre,<br /></span>
+<span class="i0">Son départ causa sa mort.<br /></span>
+<span class="i0">Elle se tua peut-être!...<br /></span>
+</div><div class="stanza">
+<span class="i0">Gautier comprit tous ses torts<br /></span>
+<span class="i0">Et demeura morne en face<br /></span>
+<span class="i0">De ce pauvre petit corps<br /></span>
+<span class="i0">Déjà froid comme la glace.<br /></span>
+<span class="i0">G&acirc;chet, un bon médecin,<br /></span>
+<span class="i0">Fut chargé de l'autopsie.<br /></span>
+<span class="i0">&laquo;L'oiseau, dit-il, était sain;<br /></span>
+<span class="i0">Il est mort d'apoplexie.&raquo;<br /></span>
+</div><div class="stanza">
+<span class="i0">Les restes du cher oiseau<br /></span>
+<span class="i0">Furent déposés en terre<br /></span>
+<span class="i0">Sous un cerisier fort beau,<br /></span>
+<span class="i0">Dans un jardin solitaire.<br /></span>
+<span class="i0">Trois dames ont accompli<br /></span>
+<span class="i0">Cette mission secrète.<br /></span>
+<span class="i0">An pied du bel arbre on lit:<br /></span>
+<span class="i0">Ici g&icirc;t une alouette.<br /></span>
+</div></div>
+
+<p>Ce n'est pas tout.</p>
+
+<p>Jugez de mon étonnement: Je passais dans le Salon de l'architecture
+refusée. Tout d'un coup, je vis <i>Un projet de tombeau pour une
+fauvette</i>! Ce projet de l'architecte, M. Edmond Morin, n'a pas été
+réalis&eacute;: il n'est pas même indiqué dans le catalogue. On m'a raconté que
+l'auteur l'avait fait pour l'alouette de M. Gautier. Mais le peintre
+l'ayant refus&eacute;, préférant un cerisier pour tout mausolée, l'architecte,
+vex&eacute;, destina son projet de tombeau à une fauvette imaginaire.</p>
+
+<p>M. Morin est le seul architecte dont nous parlerons. L'architecture,
+comme la tragédie et comme la sculpture, est en pleine déroute. On ne
+sait même pas imiter. On ne sait plus faire que des maisons et des
+embarcadères, comme l'&eacute;glise de Saint-Vincent-de-Paul et autres, ou des
+échafaudages de p&acirc;tisserie.</p>
+
+<p>Reprenons haleine.</p>
+
+<p>Il me semble qu'il y a longtemps que je n'ai dit des choses désagréables
+au jury&mdash;depuis le commencement de ce chapitre.</p>
+
+<p>Ah! c'est que je ne suis pas comme la bonne province; je n'ai pas été
+nourri dans le respect de la niaiserie chauve et du crétinisme entêté
+aux cheveux d'un blanc jaune, aux oreilles bouchées par le coton.</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">Ces cheveux&mdash;devenus blancs à force d'outrage<br /></span>
+<span class="i0">Au bien élémentaire,&mdash;on doit les respecter,<br /></span>
+<span class="i0">A dit, d'un air profond, un pion sans ouvrage<br /></span>
+<span class="i0">Que son cuir chevelu ne pouvait qu'irriter.<br /></span>
+</div></div>
+
+<p>Vraiment, je ne suis pas flatteur&mdash;on le voit&mdash;pas plus pour mes amis
+les peintres et les critiques d'art que pour d'autres; je ne crible pas
+ceux-ci de compliments et ceux-là d'invectives. Je suis sûr jusqu'au
+bout de ne pas épargner les gens, sans pédantisme, sans forfanterie,
+uniquement parce que je ressens l'irrésistible besoin de dire mon
+opinion&mdash;mon opinion qui me semble être pleine de raison,&mdash;autrement je
+ne la publierais pas. Mais n'est-ce pas violent de voir tant de dessus
+et tant de dessous de pain à l'huile&mdash;et au vinaigre&mdash;s'&eacute;taler
+majestueusement d'un c&ocirc;té interdit à d'autres pauvres croûtes non moins
+rassies et non moins trempées?&mdash;Et de ne rencontrer les plus hardies
+peintures que dans les salles des Refusés!</p>
+
+<p>N'est-il pas temps de laisser à tous les artistes le droit et la
+possibilité de montrer leurs &oelig;uvres? Que peuvent les censures? Le
+public à tête de veau lui-même n'est-il pas mille fois plus intelligent
+que tous les jurys du monde? Sa raillerie, son gros rire suffisent et ne
+ruinent ni ne désespèrent l'artiste. Au contraire, les arrêts
+académiques, outre qu'ils sont toujours contestables et contestés,
+accablent les pauvres victimes et les empêchent de vendre leurs tableaux
+bons ou mauvais. Là les Académies cessent d'être risibles. Puisqu'on ne
+peut empêcher les mauvais artistes de pulluler, à quoi bon les empêcher
+de vivre? Trop de mécaniques et de machines à vapeur remplacent
+avantageusement les hommes et les forcent de ne pas subsister. Laissons
+les peintres inoffensifs remplir tranquillement les crèmeries en
+essayant de faire quelque chose.</p>
+
+<p>Après ces considérations philanthropiques, comment s'expliquer le
+style&mdash;on pourrait dire académique&mdash;des critiques d'art de la banlieue
+et de la province?</p>
+
+<p>&laquo;<span class="smcap">Heureusement qu'il</span> est empaill&eacute;!&raquo; s'&eacute;crie M. C. Brun, en
+parlant d'un tableau, dans le <i>Courrier artistique</i>. L'article commence
+ainsi:</p>
+
+<div class="blockquot"><p>&laquo;L'Exposition des Refusés pourrait aussi s'appeler l'Exposition des
+ comiques. Quelles toiles! quelles &oelig;uvres! quelle collection!
+ quelle galerie! Les bonnes choses, et il y en a peu, y sont
+ écrasées par les mauvaises. Que dis-je? les mauvaises! les
+ déplorables! les impossibles! Jamais, certes, succès de fou rire ne
+ fut mieux mérit&eacute;. Le public, qui ne paye que vingt sols à la porte,
+ s'amuse pour plus de cinq francs.&raquo;</p></div>
+
+<p>Et ce morceau dithyrambique de M. Fichau, du <i>Mémorial de la Loire</i>:</p>
+
+<div class="blockquot"><p>&laquo;Mais j'ai épuis&eacute;, ce me semble, les divers chefs de plainte sans
+ avoir rencontré de ces dénis de justice, de ces abus de pouvoir, de
+ ces injustices criantes, dont vous étiez accusés et dont j'avais
+ commencé par vous accuser moi-même. C'est à peine si j'ai pu
+ démêler une dizaine de rigueurs, parmi tant de jugements
+ inattaquables. Vous avez cru que c'&eacute;tait votre droit comme
+ dépositaires des saines doctrines, des traditions et des
+ bienséances de l'art, de protester contre des tendances funestes,
+ de rejeter dans l'ombre des productions où l'art se ravale jusqu'à
+ violenter le regard par le scandale. Vous vous êtes dit que le
+ respect dû aux grands artistes vos ancêtres, que le souci de votre
+ illustration personnelle et de l'avenir artistique de notre pays
+ vous faisaient une loi d'être sans pitié pour les dévergondages de
+ sentiment et de forme et vous commandaient de leur refuser votre
+ approbation, sorte de brevet qui leur eût reconnu le caractère
+ élevé et les qualités d'&oelig;uvres d'art. Voilà donc toute votre
+ iniquit&eacute;.&raquo;</p></div>
+
+<p>Je ne sais pas pourquoi je cite cela, par exemple, à moins que ce ne
+soit pour faire plaisir au Jury.</p>
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="IV" id="IV"></a>IV</h2>
+
+<h3>SOMMAIRE</h3>
+
+<div class="blockquot"><p>La noblesse des Refusés remonta à bien avant les croisades.&mdash;Les
+ imbéciles n'admettent que leurs nez.&mdash;Heureuse comparaison entre
+ plusieurs peintres et une fleur exotique.&mdash;Le 93-Courbet.&mdash;Bain
+ d'eau-forte.&mdash;La soupe est sur la table des aqua-fortistes!&mdash;Un
+ guitariste se révèle.&mdash;Tabatière à diable.&mdash;Des peintres devenus
+ pierrots.&mdash;Conquête de toutes les Espagnes.&mdash;La séance est ouverte
+ et levée.&mdash;Les rassemblements sont défendus.&mdash;Bonjour. Thomas.&mdash;Un
+ poète prisonnier.&mdash;L'Infant n'a plus de droits au tr&ocirc;ne.&mdash;Le vieux
+ persiste.&mdash;Portraits. Silence!&mdash;Le <i>Jury-Charivari</i>.&mdash;Oeufs
+ brouillés et &oelig;ufs sur le plat.&mdash;Retour en Espagne sans canons.&mdash;Le
+ Jury&mdash;<i>Journal amusant</i>.&mdash;Souvenirs du jeune &acirc;ge.&mdash;Vol de
+ diamants.&mdash;Du latin!&mdash;Andromaque.&mdash;Charenton.&mdash;M. Biard.&mdash;M.
+ Millet.</p></div>
+
+<hr style='width: 45%;' />
+
+<p>La race des Refusés ne vient pas d'&eacute;clore. Tout artiste, tout auteur
+d'une &oelig;uvre nouvelle, faite en dehors des routines, des conventions et
+des <i>confections</i>, est presque toujours <i>refus&eacute;</i>. Il blesse trop de gens
+de la majorité pour ne pas être rejeté dans son individualit&eacute;. Les sots
+veulent qu'on leur ressemble et qu'on fasse comme eux. Non seulement un
+artiste n'imite pas, mais il ne veut pas être imit&eacute;. Celui même qui ne
+peut pas être imité est le plus fort.</p>
+
+<p>Il y avait donc, depuis trois ou quatre ans, bien des peintres
+prédestinés à être refusés avant l'Exposition dont nous nous occupons.
+Or, parmi ceux-là, s'&eacute;panouirent tout d'un coup comme des magnolias: MM.
+Manet, Legros, Fantin, Karolus Duran, Bracquemond, etc. Le girondin de
+la révolution-Courbet, M. Amand Gautier, relie cette révolution à cette
+jeune pl&eacute;&iuml;ade que l'enthousiasme pour Rembrandt a poussé à
+l'eau-forte.&mdash;Ils font, je crois, tous partie de la société des
+Aqua-Fortistes, qui s'est également illustrée par ses d&icirc;ners aussi
+fameux que ceux du journal <i>le Figaro</i>. Le célèbre éditeur Cadart
+présidait à ces banquets, et publie avec luxe les superbes gravures de
+ces messieurs.</p>
+
+<p>A la précédente Exposition&mdash;des re&ccedil;us,&mdash;un groupe de jeunes peintres
+ci-dessus désignés, s'arrêta coi devant un tableau, représentant <i>Un
+joueur de guitare espagnol</i>. Cette peinture, qui faisait s'ouvrir grands
+tant d'yeux et tant de bouches de peintres, était signée d'un nom
+nouveau, <i>Manet</i>.</p>
+
+<p>MM. Legros, Fantin, Karolus Duran et autres, se regardèrent avec
+étonnement, interrogeant leurs souvenirs et se demandant, comme dans les
+féeries à trappes, d'où pouvait sortir M. Manet? Le musicien espagnol
+était peint d'une certaine fa&ccedil;on, <i>&eacute;trange</i>, nouvelle, dont les jeunes
+peintres étonnés croyaient avoir seuls le secret, peinture qui tient le
+milieu entre celle dite réaliste et celle dite romantique. Quelques
+paysagistes, qui jouent un r&ocirc;le muet dans cette nouvelle école,
+exprimaient par une pantomime significative leur stupéfaction. M.
+Legros. qui avait fait lui-même quelques tentatives audacieuses contre
+les Espagnols, mais qui n'avait pas dépassé le Tage, considérait le
+musicien comme une conquête des Espagnes, au moins jusqu'au
+Guadalquivir.</p>
+
+<p>Il fut décrété séance tenante, par ledit groupe de jeunes peintres,
+qu'on se porterait en masse chez M. Manet. Cette manifestation éclatante
+de la nouvelle école eut lieu.</p>
+
+<p>M. Manet re&ccedil;ut très-bien la députation, et répondit aux orateurs qu'il
+n'&eacute;tait pas moins touché que flatté de cette preuve de sympathie. Il
+donna sur lui-même et sur le musicien espagnol tous les renseignements
+qu'on voulut. Il apprit aux orateurs, à leur grand ébahissement, qu'il
+était élève de M. Thomas Couture. On ne s'en tint pas à cette première
+visite. Les peintres même amenèrent un poète et plusieurs critiques
+d'art à M. Manet.</p>
+
+<p>Après divers amendements, il fut convenu qu'on abandonnerait l'Espagne à
+M. Manet. Les portraits de <i>Mademoiselle V. en costume d'Espada</i>, et du
+<i>Jeune homme en costume de majo; les Petits cavaliers</i>, d'après
+Velasquez; <i>Philippe IV</i>, d'après Velasquez, et <i>Lola de Valence</i>,
+gravures, le tout admis aux Refusés, justifient pleinement la grave
+détermination du comité de la jeune pl&eacute;&iuml;ade. <i>Le Bain</i>, même, la plus
+grande toile de M. Manet, quoique représentant des Parisiens et des
+Parisiennes (elles en costume de bain <i>d'homme</i>, eux presque <i>en costume
+de majo</i>), a des allures espagnoles qu'on ne peut nier. On remarque dans
+cette peinture surtout, l'influence des victoires et conquêtes de M.
+Manet dans les Espagnes.</p>
+
+<p>Les trois tableaux de M. Manet ont dû jeter une perturbation profonde
+dans les idées arrêtées du Jury. Le public lui-même ne laisse pas que
+d'être étonné de cette peinture qui, en même temps, irrite les amateurs
+et rend goguenards les critiques d'art. On peut la trouver mauvaise mais
+non médiocre. M. Manet n'a certes pas un demi-parti-pris. Il continuera
+par ce qu'il est convaincu.&mdash;Finalement, quoique les amateurs prétendent
+retrouver dans la manière de M. Manet des imitations de Goya et de M.
+Couture,&mdash;légère différence.&mdash;Je crois que M. Manet est bien lui-même;
+c'est le plus bel éloge qu'on puisse lui faire.</p>
+
+<p>M. Legros a un grand tableau aux Re&ccedil;us et un petit portrait aux Refusés.
+Ce portrait est très-bien; mais il doit faire peur aux membres du Jury,
+en les poursuivant comme un remords. Pourquoi l'a-t-on mis à la porte?
+Silence du Jury.</p>
+
+<p>Je signale aussi un beau portrait de et par M. Fantin. Ce même portrait,
+dans diverses poses, avait déjà été re&ccedil;u plusieurs fois. Pourquoi ne pas
+l'admettre encore? Enigme du Jury.</p>
+
+<p>En plus, M. Fantin jouit d'une grande réputation au Louvre pour ses
+belles études. Son système pictural ne se développe pas d'une fa&ccedil;on
+aussi absolue que celui de M. Manet; mais son portrait, par exemple, est
+sans défaut, et vaut seul un long tableau. Je n'en dis pas autant de son
+ébauche intitulée <i>Féerie</i>. C'est un amas, une macédoine, un plat de
+couleurs brouillées; c'est une palette qui n'est pas faite sur laquelle
+on pourrait prendre de la couleur pour faire un tableau.</p>
+
+<p>M. Gustave Colin, dont le nom n'est pas dans le catalogue, a laissé aux
+Refusés un tableau très-remarquable: <i>Basques Espagnols jouant à la
+pelote</i>. C'est plein de vie, de mouvement et de soleil; c'est bien le
+midi. On entend crier, grouiller et grasseyer, une longue galerie de
+Basques châtoyants qui jugent les coups. Les joueurs ont une attention,
+une promptitude et une adresse très-observées. M. Gustave Colin gagne
+d'emblée la partie contre le Jury. Il n'a pas eu peur de peindre la
+chose comme elle est. Les costumes uniformément bleus et rouges des
+Basques, leurs attitudes, leur ciel, leur terrain, rien n'a effrayé le
+peintre; tout cela est curieux et intéressant et mérite d'être vu comme
+toute chose particulière.&mdash;Refus&eacute;!&mdash;Pourquoi?&mdash;Rébus du Jury.</p>
+
+<p>Un très-joli portrait encore, est celui de M. B. par M. Gilbert. M. B.
+est vu de profil, en train d'&eacute;crire. La pose, le regard, la main, la
+plume, la robe de chambre d'un autre temps, le bonnet <i>d'Antan</i>, tout
+est d'un calme et d'un naturel parfaits. Il semble qu'on a connu ce
+vieillard; une bonne figure bourgeoise, de larges joues de papa; on
+redevient enfant en le regardant; il ne faut pas le déranger pendant
+qu'il écrit. C'est très-bien fait, c'est peut-être trop bien fait; ce
+l'a été sûrement pour le Jury qui l'a rejet&eacute;.</p>
+
+<p><i>Gants, fleurs et bijoux</i>, par M. Pipard, est un petit chef-d'&oelig;uvre. Il
+est impossible de représenter plus finement un <i>sujet</i> aussi simple. Les
+gants, c'est à les mettre; le verre, c'est à boire dedans; les bijoux,
+c'est à les voler, tant ils sont bien exécutés.&mdash;Refus&eacute;.&mdash;Logogriphe du
+Jury.</p>
+
+<p><i>La Mort de l'enfant</i>, du même peintre, a les mêmes qualités poussées un
+peu moins loin.&mdash;Refus&eacute;.&mdash;Charade du Jury.</p>
+
+<p>Eh bien! tous ces logogriphes et toutes ces charades, on peut les
+pardonner au Jury. Mais son plus grand crime, ce qui ne peut s'expliquer
+que par une haine corse, c'est le refus d'un grand portrait par M.
+<i>Paulus C&oelig;sar</i> Gariot qui a ajouté après son nom: <i>Faciebat Parisiis
+anno</i> MDCCCLXIII. <i>Faciebat</i> est joli surtout: <i>Il faisait</i> en 1863!!!</p>
+
+<p>Je ne sais de qui est élève M. Paulus C&oelig;sar Gariot, mais il est une des
+nombreuses victimes du professeur Flandrin. Le portrait est peint
+exactement d'après son procéd&eacute;; c'est d'un élève, mais malgré la
+faiblesse, c'est la même chose. Les ordres du Jury sont rigoureusement
+exécutés et il refuse. Quand M. Paulus C&oelig;sar lui dit avec raison:</p>
+
+<p>
+<span style="margin-left: 2.5em;">...Quoi! ne m'avez-vous pas,</span><br />
+<span style="margin-left: 2.5em;">Vous-même,&mdash;ici,&mdash;tant&ocirc;t,&mdash;ordonn&eacute;, etc.</span><br />
+</p>
+
+<p>Le jury lui répond:</p>
+
+<div class="blockquot"><p>H&eacute;! fallait-il en croire une amante insensée!</p></div>
+
+<p>Il y a de quoi devenir fou. C'est à croire que les examinateurs, que les
+magistrats de la peinture et du dessin ne veulent plus rien du tout et
+qu'ils recommencent, sans cheveux, la guerre des chevelus désordonnés,
+des jeunes-France, des romantiques contre les faux classiques, tapant
+d'estoc et de taille sans savoir où, uniquement pour taper.</p>
+
+<p>Mais au moins, quelques romantiques savaient ce qu'ils faisaient.</p>
+
+<p>J'ai cité un petit article de M. Henri de la Madelène, concernant M.
+Signol. Voici un autre extrait non moins virulent et non moins juste du
+même auteur, sur M. Biard.</p>
+
+<div class="blockquot">
+<p> M. BIARD</p>
+
+<p> &laquo;J'espère parler aujourd'hui de M. Biard pour la dernière fois de
+ ma vie. Ce triste farceur, dont la popularité fut un moment si
+ grande, perd décidément sa clientèle, et n'arrête plus personne
+ devant ses toiles. Voilà un excellent sympt&ocirc;me de santé publique
+ qui vaut bien la peine d'être signal&eacute;.</p>
+
+<p> &laquo;J'ai souvent entendu comparer la peinture de M. Biard à la
+ littérature de Paul de Kock, et cela m'a toujours paru
+ souverainement injuste. Certes, l'auteur de la <i>Pucelle de
+ Belleville</i> ne saurait être rangé parmi les classiques de la
+ langue; mais on retrouve au milieu de sa banalité comme un dernier
+ écho de verve gauloise. Paul de Kock est commun au possible, mais
+ il est gai somme toute, et le <i>Cocu</i> nous a tous déridés.</p>
+
+<p> &laquo;M. Biard, au contraire, incarne en lui la plus lamentable
+ déviation de l'esprit fran&ccedil;ais; quand le bourgeois de Paris se met
+ à être bête, Dieu sait s'il l'est plus qu'aucun bourgeois du monde:
+ M. Biard est le plus plat des bourgeois de ce temps. Il a toute la
+ gravité de M. Prud'homme. C'est le pitre du pinceau, un
+ queue-rouge, un bouffon, un grimacier lugubre. Nous savons ce
+ qu'est <i>Mon voisin Raymond</i> avant que Paul de Kock fasse crever sa
+ culotte, et la grossièreté de l'accident est sauvée par les détails
+ qui le précèdent. Chez M. Biard, aucune précaution: la brutalité de
+ ce jocrisse excessif ne conna&icirc;t ni ménagements ni mesure. Il
+ développe la laideur, non dans le sens du caractère, comme fait
+ Daumier, par exemple, mais par complaisance pure pour la laideur
+ même. Il ne con&ccedil;oit pas, ce pauvre homme, qu'on puisse rire sans se
+ tordre, exprimer un sentiment intérieur sans tirer la langue,
+ équarquiller les yeux, hérisser les cheveux, convulser le corps
+ tout entier. Et remarquez qu'avec cette grossièreté des moyens il
+ n'atteint pas même une vérité triviale. Sa <i>Bourse</i> est au-dessous
+ de la réalit&eacute;, son <i>Plaidoyer en province</i> n'a jamais pu être
+ plaidé par personne. Tout cela est glac&eacute;, faux, pénible, outr&eacute;,
+ navrant, et je m'&eacute;tonne que cela puisse encore faire rire quelques
+ sots.</p>
+
+<p> &laquo;Et dire que ce barbouilleur est décoré depuis 1838, pour ses
+ &oelig;uvres, et qu'il a gagn&eacute;, par ses &oelig;uvres, dix fois plus d'argent
+ que Poussin!&raquo;</p>
+
+<p> (<i>Figaro-Programme</i>.)</p>
+
+<p> <span class="smcap">Henry de la Madelène</span>.</p></div>
+
+<p>Autre <i>guitare</i>!</p>
+
+<p>Je trouve dans le journal <i>l'Exposition</i> une lettre de M. Millet,
+adressée à M. Théodore Pelloquet. Cette lettre est tout un programme où
+le peintre démontre qu'il faut chercher dans la peinture autre chose que
+la peinture.</p>
+
+<p>Je ne suis pas du tout, du tout, de cette opinion.</p>
+
+<p>Je vais d'abord citer la lettre et l'analyser ensuite</p>
+
+<div class="blockquot">&laquo;Monsieur,
+
+<p> &laquo;Je suis très-heureux de la manière dont vous parlez de mes
+ tableaux qui sont à l'Exposition. Le plaisir que j'en ai est grand,
+ surtout à cause de votre fa&ccedil;on de parler de l'art en général. Vous
+ êtes de l'excessivement petit nombre de ceux qui croient (tant pis
+ pour qui ne le croit pas), que tout art est une langue et qu'une
+ langue est faite pour exprimer ses pensées. Dites-le, puis
+ redites-le, cela fera peut-être réfléchir quelqu'un; si plus de
+ gens le croyaient, on n'en verrait pas tant peindre et écrire sans
+ but. Y a-t-il pourtant rien de plus insipide et de plus éc&oelig;urant
+ que de montrer seulement le plus ou le moins d'habitude qu'on a de
+ l'exercice d'une profession? On appelle cela de l'habilet&eacute;, et ceux
+ qui en font commerce en sont grandement loués. Mais de bonne foi,
+ et quand même ce serait de la vraie habilet&eacute;, est-ce qu'elle ne
+ devrait pas être employée seulement en vue d'accomplir le bien,
+ puis se cacher bien modestement derrière l'&oelig;uvre? L'habileté
+ aurait-elle donc le droit d'ouvrir boutique à son compte?</p>
+
+<p> &laquo;J'ai lu, je ne sais plus où: &laquo;Malheur à l'artiste qui montre son
+ talent avant son &oelig;uvre!&raquo; Il serait bien plaisant que le poignet
+ march&acirc;t le premier.... Je ne sais pas textuellement ce que dit
+ Poussin dans une de ses lettres à propos du tremblement de sa main,
+ quand il se sentait la tête de mieux en mieux disposée à marcher;
+ mais en voici à peu près la substance: &laquo;Et quoique celle-ci (sa
+ main) soit débile, il faudra pourtant bien qu'elle soit la servante
+ de l'autre, etc.&raquo;</p>
+
+<p> Encore un coup, si plus de gens croyaient ce que vous croyez, ils
+ ne s'emploieraient pas aussi résolument à flatter le mauvais goût
+ et les mauvaises passions à leur profit, sans aucun souci du bien,
+ et comme le dit si bien Montaigne:</p>
+
+<p> &laquo;Au lieu de naturaliser l'art, ils artialisent la nature.&raquo;</p>
+
+<p> &laquo;Je saurais gré au hasard qui me donnerait l'occasion de causer
+ avec vous, mais comme cela ne peut, dans tous les cas, se réaliser
+ immédiatement, au risque de vous fatiguer, je veux essayer de vous
+ dire comme je le pourrai certaines choses qui sont pour moi des
+ croyances, et que je souhaiterais de pouvoir rendre claires dans ce
+ que je fais: que les choses n'aient point l'air d'être amalgamées
+ au hasard et par occasion, mais qu'elles aient entre elles une
+ liaison indispensable et forcée. Je voudrais que les êtres que je
+ représente aient l'air voués à leur position, et qu'il soit
+ impossible d'imaginer qu'il leur puisse venir à l'idée d'être autre
+ chose que ce qu'ils sont. Une &oelig;uvre doit être d'une pièce, et gens
+ et choses doivent toujours être là pour une fin. Je désire mettre
+ bien pleinement et fortement ce qui est nécessaire, et à tel point
+ que je crois qu'il vaudrait mieux que les choses faiblement dites
+ ne fussent pas dites, pour la raison qu'elles en sont comme
+ déflorées et g&acirc;tées; mais je professe la plus grande horreur pour
+ les inutilités (si brillantes qu'elles soient) et les remplissages,
+ ces choses ne pouvant amener d'autres résultats que la distraction
+ et l'affaiblissement. Ce n'est pas tant les choses représentées qui
+ font le beau, que le besoin qu'on a eu de les représenter, et ce
+ besoin lui-même a cr&eacute;&eacute; le degré de puissance avec lequel on s'en
+ est acquitt&eacute;. On peut dire que tout est beau, pourvu que cela
+ arrive en son temps et à sa place, et par contre, que rien ne peut
+ être beau arrivant à contre-temps. Point d'atténuation dans les
+ caractères: Qu'Apollon soit Apollon, et Socrate, Socrate. Ne les
+ mêlons point l'un dans l'autre, ils y perdraient tous les deux.</p>
+
+<p> &laquo;Quel est le plus beau d'un arbre droit ou d'un arbre tordu? Celui
+ qui est le mieux en situation.</p>
+
+<p> &laquo;Je conclus donc à ceci: Le beau est ce qui convient. Cela
+ pourrait se développer à l'infini et se prouver par d'intarissables
+ exemples. Il doit être bien entendu que je ne parle pas du beau
+ absolu, vu que je ne sais pas ce que c'est, et que cela me semble
+ la plus belle de toutes les plaisanteries. Je crois bien que les
+ gens qui s'en occupent ne le font que parce qu'ils n'ont pas d'yeux
+ pour les choses naturelles, et qu'ils sont confits dans l'art
+ accompli, ne croyant pas la nature assez riche pour toujours
+ fournir. Braves gens! Ils sont de ceux qui font des poétiques au
+ lieu d'être poètes. Caractériser! voilà le but. Vasari dit que
+ Bacci Bandinelli faisait une figure devant représenter &Egrave;ve. Mais,
+ en avan&ccedil;ant dans sa besogne, il s'est avisé que cette figure, pour
+ son r&ocirc;le d'&Egrave;ve, était un peu efflanquée. Il s'est contenté de lui
+ mettre les attributs de Cérès, et &Egrave;ve est devenue une Cérès! Nous
+ pouvons bien admettre, comme Bandinelli était un habile homme,
+ qu'il devait y avoir dans cette figure des morceaux d'un modelé
+ superbe et venant d'une grande science, mais tout cela
+ n'aboutissant pas à un caractère détermin&eacute;, n'en a pas moins dû
+ faire l'&oelig;uvre la plus pitoyable. Ce n'&eacute;tait ni chair ni poisson.</p>
+
+<p> &laquo;Pardon, Monsieur, de vous en avoir dit si long et peut-être si
+ peu; mais laissez-moi encore vous dire que s'il vous arrivait de
+ r&ocirc;der dans les environs de Barbison, vous vouliez bien entrer dans
+ ma boutique.&raquo;</p>
+
+<p> J.F. <span class="smcap">Millet</span>.</p></div>
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="V" id="V"></a>V</h2>
+
+<h3>SOMMAIRE</h3>
+
+<div class="blockquot"><p>La Bamboula du style.&mdash;Les cotons sont en baisse.&mdash;Citations... au
+ tribunal.&mdash;Une nouvelle langue qui n'est pas fran&ccedil;aise.&mdash;Cette
+ vieille immorale, qu'on nomme la morale!&mdash;Gar&ccedil;on, encore une
+ langue!&mdash;Le but est atteint.&mdash;Monsieur, cela ne vous regarde
+ pas.&mdash;Le sergent de ville était dans son droit.&mdash;Oeuvre
+ pie.&mdash;Saint-Eustache.&mdash;La quête.&mdash;Pour les pauvres, s'il vous
+ plait!&mdash;Apollon avale la cigu&euml;&mdash;Joseph Prud'homme.&mdash;Je n'ai pas le
+ courage d'aller plus loin.&mdash;Comment vous portez-vous?&mdash;Faisons les
+ cartes.&mdash;Une lettre... d'un homme à la campagne.&mdash;Nouvelles bévues
+ du ma&icirc;tre.&mdash;La vertu est récompensée.&mdash;Ils ont pissé partout
+ (hémistiche du grand Racine).&mdash;Pile ou face?&mdash;La lune comme un
+ point sur un i.</p></div>
+
+<hr style='width: 45%;' />
+
+<p>Après avoir lu cette lettre, je suis de plus en plus convaincu que les
+peintres ne devraient jamais écrire,&mdash;pas même des lettres.&mdash;C'est pour
+eux que la télégraphie a été inventée,&mdash;et pour les commer&ccedil;ants et
+amateurs,&mdash;tous gens <i>qui n'ont pas le temps</i>, comme ils disent. La
+correspondance par signes, par télégrammes, qui, pour faire des économies
+de lettres, exige qu'on écrive par exemple:
+<span class="smcap">Rouen</span>.&mdash;<span class="smcap">Vu Michel</span>.&mdash;<span class="smcap">Cotons baisse</span>.&mdash;<span class="smcap">Moi,
+demain a paris</span>... etc. Ce langage-nègre est le style qui convient
+aux peintres et autres personnes trop occupées et trop pressées.</p>
+
+<p><i>Tant pis</i>, écrit M. Millet, <i>pour qui ne croit pas que tout art est une
+langue</i>.</p>
+
+<p>Je suis persuadé que l'art de la peinture n'est pas une langue, et que
+toute son esthétique g&icirc;t dans la représentation des objets.</p>
+
+<p>(Cette définition pourrait s'appliquer également à la photographie qui
+n'est pas un art).</p>
+
+<p>Quand vous faites un <i>paysage</i>, ou un <i>intérieur de pauvres</i>, ou <i>un
+travailleur dans les champs</i>, ne vous obstinez pas à croire que vous
+avez approfondi quelque haute question philosophique, et que même cet
+<i>intérieur</i>, ce <i>paysage</i> et ce <i>travailleur</i> sont <i>des pensées</i>. M.
+Millet dit que c'est une très-petite minorité qui croit que <i>tout art
+est une langue</i>, mais c'est tout le contraire: Je ne crois pas qu'il y
+ait un seul peintre, par exemple, qui ne soit persuadé qu'il <i>exprime
+ses pensées</i> par la peinture, que ses tableaux sont remplis de poésie,
+de tout ce qu'on voudra, et que conséquemment <i>la peinture est une
+langue</i>.</p>
+
+<p><i>Si plus de gens le croyaient, on n'en verrait pas tant peindre et écrire
+sans but.</i></p>
+
+<p>Quel but?&mdash;Celui de donner un enseignement, de ch&acirc;tier en riant les
+m&oelig;urs, de faire de la politique ou de la philosophie?&mdash;Alors il y a
+beaucoup de gens qui écrivent sans but, mais il y en a peu qui peignent
+sans but, car les peintres croient tous que <i>tout art est une langue</i>,
+etc.</p>
+
+<p>Moi, je suis sûr, au contraire, que tout art qui sort de lui-même, qui
+s'occupe <i>d'autre chose</i> que <i>de lui</i>, se mêle de ce qui ne le regarde
+pas et se nuit.</p>
+
+<p>Pourquoi, s'il en était autrement, les philosophes ne prétendraient-ils
+qu'ils font de la peinture?... à l'huile?</p>
+
+<p><i>Montrer l'habitude qu'on a de l'exercice d'une profession</i> n'a rien de
+bien <i>&eacute;c&oelig;urant</i>, et cette expression <i>exercice d'une profession</i>
+ressemble à celle de la 6<sup>e</sup> Chambre <i>dans l'exercice de ses
+fonctions</i>.</p>
+
+<p><i>L'habileté employée seulement en vue d'accomplir le bien, puis se
+cacher modestement derrière l'&oelig;uvre</i>! Ne croirait-on pas que nous
+sommes à l'&eacute;glise; franchement c'est plus catholique qu'artistique.</p>
+
+<p>Le sermon continue par... <i>flatter le mauvais goût et les mauvaises
+passions, sans aucun souci du bien</i>, etc.</p>
+
+<p>Il n'y a rien à répondre à ceci: <i>Qu'Apollon soit Apollon et Socrate
+Socrate. Ne les mêlons point l'un dans l'autre, etc</i>.</p>
+
+<p>Tout le reste de la lettre est le développement plus ou moins solennel,
+comme on peut revoir, du commencement que je viens d'&eacute;piloguer. Je ne
+veux pas continuer. Je n'ai voulu prouver qu'une chose: c'est que les
+peintres, même du renom de M. Millet, ont tort d'&eacute;crire, et d'&eacute;crire
+publiquement des manifestes, des programmes. Ils ne devraient que donner
+de leurs nouvelles à leurs amis, et c'est précisément ce qu'ils ne font
+pas.&mdash;Je parle d'un grand nombre.</p>
+
+<p>Pourtant, voici encore une lettre de peintre, mais pleine de ga&icirc;t&eacute;,
+celle-là. <i>Bing</i>! <i>Bing</i>! Je vais la placer ici,&mdash;pour les paysagistes,
+<i>bam</i>! la voici, <i>boumm</i>!</p>
+
+<p>
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;Voyez-vous, c'est charmant la journée d'un paysagiste:</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;on se lève de bonne heure, à trois heures du matin, avant</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;le soleil, on va s'asseoir au pied d'un arbre, on regarde</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;et on attend.</span><br />
+<br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;On ne voit pas grand'chose d'abord. La nature ressemble</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;à une toile blanch&acirc;tre où s'esquissent à peine les</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;profils de quelques masses: tout est embaum&eacute;, tout frissonne</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;au souffle fra&icirc;chi de l'aube. <i>Bing</i>! le soleil s'&eacute;claircit...</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;le soleil n'a pas encore déchiré la gaze derrière</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;laquelle se cachent la prairie, le vallon, les collines de</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;l'horizon.... Les vapeurs nocturnes rampent encore comme</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;des flocons argentés sur les herbes d'un vert transi.</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;<i>Bing</i>!... <i>bing</i>!... un premier rayon de soleil... un second</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;rayon de soleil.... Les petites fleurettes semblent s'&eacute;veiller</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;joyeuses... elles ont toutes leur goutte de rosée qui</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;tremble... les feuilles frileuses s'agitent au souffle du</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;matin.... Sous la feuillée, les oiseaux invisibles chantent....</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;Il semble que ce sont les fleurs qui font leur prière...</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;Les amours à ailes de papillons s'abattent sur la prairie</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;et font onduler les hautes herbes.... On ne voit rien...</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;tout y est.... Le paysage est tout entier derrière la gaze</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;transparente du brouillard, qui monte... monte...</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;monte..., aspiré par le soleil... et laisse, en se levant,</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;voir la rivière lamée d'argent, les prés, les arbres, les</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;maisonnettes, le lointain fuyant.... On distingue enfin</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;tout ce que l'on devinait d'abord.</span><br />
+<br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;<i>Bam</i>! le soleil est lev&eacute;.... <i>Bam</i>! le paysan passe au</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;bout du champ avec sa charrette attelée de deux b&oelig;ufs....</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;<i>Ding</i>! <i>ding</i>! c'est la clochette du bélier qui mène le</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;troupeau... <i>Bam</i>! tout éclate, tout brille... tout est en</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;pleine lumière... lumière blonde et caressante encore.</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;Les fonds, d'un contour simple et d'un ton harmonieux,</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;se perdent dans l'infini du ciel, à travers un air brumeux</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;et azur&eacute;.... Les fleurs relèvent la tête... les oiseaux</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;volètent de ci de là.... Un campagnard, monté sur un cheval</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;blanc, s'enfonce dans le sentier encaiss&eacute;.... Les petits</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;saules arrondis ont l'air de faire la roue au bord de la</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;rivière.</span><br />
+<br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;C'est adorable!... et l'on peint... et l'on peint!... Oh!</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;la belle vache alezane enfoncée jusqu'au poitrail dans les</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;herbes humides.... Je vais la peindre.... Crac! la voilà!</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;Fameux! fameux! Dieu, comme elle est frappante!...</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;Voyons ce qu'en dira ce paysan qui me regarde peindre</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;et n'ose pas approcher.&mdash;Oh&eacute;! Simon!</span><br />
+<br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;Bon, voilà Simon qui s'avance et regarde.</span><br />
+<br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;&mdash;Eh bien, Simon, comment trouves-tu cela?</span><br />
+<br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;&mdash;Oh! dam! m'seu... c'est ben biau, allez!...</span><br />
+<br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;&mdash;Et tu vois bien ce que j'ai voulu faire?</span><br />
+<br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;&mdash;J'crois ben que j'vois c'que c'est.... C'est un gros</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;rocher jaune que vous avez mis là,</span><br />
+<br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;<i>Boum</i>! <i>boum</i>! midi! Le soleil embrasé brûle la terre....</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;<i>Boum</i>! tout s'alourdit, tout devient grave.... Les fleurs</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;penchent la tête... les oiseaux se taisent, les bruits du</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;village viennent jusqu'à nous. Ce sont les lourds travaux...</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;le forgeron dont le marteau retentit sur l'enclume....</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;<i>Boum</i>! Rentrons....&mdash;On voit tout, rien n'y est</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;plus.</span><br />
+<br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;Allons déjeuner à la ferme. Une bonne tranche de la</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;miche de ménage, avec du beurre frais battu... des</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;&oelig;ufs... de la crème... du jambon!... <i>Boum</i>! Travaillez,</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;mes amis, je me repose... je fais la sieste... et je rêve</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;un paysage du matin... je rêve mon tableau... plus tard,</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;je peindrai mon rêve.</span><br />
+<br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;<i>Bam</i>! <i>bam</i>! le soleil descend vers l'horizon... il est</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;temps de retourner au travail... <i>Bam</i>! le soleil donne un</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;coup de tam-tam.... <i>Bam</i>! il se couche au milieu d'une</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;explosion de jaune, d'orange, de rouge-feu, de cerise,</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;de pourpre.... Ah! c'est prétentieux et vulgaire, je n'aime</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;pas &ccedil;a.... Attendons, asseyons-nous là, au pied de ce</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;peuplier... auprès de cet étang uni comme un miroir....</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;La nature a l'air fatiguée... les fleurettes semblent se</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;ranimer un peu... pauvres fleurettes... elles ne sont pas</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;comme nous autres hommes, qui nous plaignons de</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;tout.&mdash;Elles ont le soleil à gauche... elles prennent</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;patience.... Bon, se disent-elles, tant&ocirc;t nous l'aurons à</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;droite.... Elles ont soif... elles attendent!... Elles savent</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;que les sylphes du soir vont les arroser de vapeur avec</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;leurs arrosoirs invisibles... elles prennent patience en</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;bénissant Dieu!</span><br />
+<br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;Mais le soleil descend de plus en plus derrière l'horizon....</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;<i>Bam</i>! il jette son dernier rayon, une fusée d'or et</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;de pourpre qui frange le nuage fuyant... bien! le voilà</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;tout à fait disparu..., bien, bien, le crépuscule commence....</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;Dieu! que c'est charmant! Le soleil a disparu.... Il ne</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;reste dans le ciel adouci qu'une teinte vaporeuse de citron</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;p&acirc;le, dernier reflet de ce charlatan de soleil, qui se fond</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;dans le bleu foncé de la nuit en passant par des tons</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;verd&acirc;tres de turquoise malade d'une finesse inou&iuml;e, d'une</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;délicatesse fluide et insaisissable.... Les terrains perdent</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;leur couleur... les arbres ne forment plus que des masses</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;brunes ou grises... les eaux assombries reflètent les tons</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;suaves du ciel.... On commence à ne plus voir... on sent</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;que tout y est.... Tout est vague, confus.... La nature</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;s'assoupit.... Cependant, l'air frais du soir soupire dans les</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;feuilles... les oiseaux, ces voix des fleurs, disent la prière</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;du soir... la rosée emperle le velours des gazons.... Les</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;nymphes fuient... se cachent... et désirent être vues.</span><br />
+<br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;<i>Bing</i>! Une étoile du ciel qui pique une tête dans</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;l'&eacute;tang... charmante étoile dont le frémissement de l'eau</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;augmente le scintillement, tu me regardes... tu me souris</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;en clignant de l'&oelig;il.... <i>Bing</i>! une seconde étoile appara&icirc;t</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;dans l'eau, un second &oelig;il s'ouvre. Soyez les bienvenues,</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;fra&icirc;ches et souriantes étoiles.... <i>Bing</i>! <i>bing</i>! <i>bing</i>! trois,</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;six, vingt étoiles.... Toutes les étoiles du ciel se sont</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;donné rendez-vous dans cet heureux étang.... Tout</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;s'assombrit encore.... L'&eacute;tang seul scintille.... C'est un</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;fourmillement d'&eacute;toiles.... L'illusion se produit.... Le soleil</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;&eacute;tant couch&eacute;, le soleil intérieur de l'&acirc;me, le soleil de l'art</span><br />
+<span style="margin-left: 2em;">&laquo;se lève.... Bon! voilà mon tableau fait!&raquo;</span><br />
+<br />
+<span style="margin-left: 2em;">Corot.</span><br />
+<br />
+<span style="margin-left: 2em;">(<i>Figaro</i>, 24 mai 1863.)</span><br />
+</p>
+
+<p>Après cette amusante lettre, d'un des ma&icirc;tres du paysage, <i>bing</i>!
+<i>bing</i>! il est bon de parler d'un des meilleurs, des plus consciencieux
+et des plus fins paysagistes, M. Chintreuil, <i>bam</i>!</p>
+
+<p>Depuis vingt ans, je crois, il lutte, observe, recommence, sans se
+lasser, toujours heureux d'entrevoir seulement une étude un peu plus
+approfondie d'un effet de la nature. Un nuage qu'il ne connaissait pas
+encore, qu'il n'avait pas rencontré dans un tableau, le rend fou de
+joie. Il est le plus sincère amoureux du paysage. Dans tous ses tableaux
+on trouve quelque secret de jour ou de crépuscule, de pluie ou de vent,
+pris à la nature. Voilà un peintre convaincu et vraiment voué à son art,
+un chercheur éternel, un trouveur, même, indisciplin&eacute;, qui méritait bien
+d'être évincé par les professeurs gardés par les fameux lions riants et
+bouclés, symboles de l'Institut.</p>
+
+<p>Tant que ces lions inonderont les portiques de ce temple, les
+académiciens seront les mêmes.</p>
+
+<p>Les trois paysages de M. Chintreuil sont des plus beaux qu'il ait faits.</p>
+
+<p>Il n'y a pas de saison qui tienne, on entre dans la saison qu'a peinte
+M. Chintreuil. Nous sommes en juin, mais quand nous regardons le paysage
+représentant un coup de vent dans une forêt en novembre, nous sommes en
+plein novembre. C'est désagréable, mais le peintre conna&icirc;t si bien son
+calendrier qu'il en joue à son gr&eacute;.</p>
+
+<p>Le rejet des trois tableaux de M. Chintreuil est un jet de salive qui
+retombe sur le nez du jury.</p>
+
+<p>M. Julian a beaucoup de talent. On lui a refusé deux portraits très-bien
+faits et un tableau savamment peint, qui excite la joie, l'ironie de
+baudruche et l'indignation du public.</p>
+
+<p>Le peintre a eu raison de mettre au bas de son tableau une strophe
+explicative, autrement, <i>quoique la peinture soit une langue</i>, on ne
+comprendrait jamais le sujet.</p>
+
+<p>Voici les vers célèbres d'Alfred de Musset:</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">Assez dormir, ma belle,<br /></span>
+<span class="i0">Ta cavale, Isabelle,<br /></span>
+<span class="i0">Hennit sous tes balcons.<br /></span>
+<span class="i0">Vois les piqueurs alertes,<br /></span>
+<span class="i0">Et, sur leurs manches vertes.<br /></span>
+<span class="i0">Les pieds noirs des faucons.<br /></span>
+</div></div>
+
+<p>Les balcons, la cavale, les manches vertes des piqueurs, eux et les
+faucons aux pieds noirs, on ne voit rien de tout cela dans le tableau.</p>
+
+<p>Une jeune femme nue, <i>comme le discours d'un académicien</i>, a dit le même
+de Musset, retournée sur un lit, regarde, on ne sait quoi, à travers les
+carreaux de sa fenêtre, et montre ses postères à ceux qui la regardent,
+c'est-à-dire au public.</p>
+
+<p>Un cavalier <i>joyeux</i>, à la moustache blonde, se penche en appuyant une
+main sur la susdite partie charnue pour faire voir à Isabelle</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">Les pieds noirs des faucons, etc.<br /></span>
+</div></div>
+
+<p>quelques cerises détachées d'un collier de corail sont menacées d'être
+écrasées sur le lit par le gros... derrière d'Isabelle.</p>
+
+<p>Cheveux noirs et moustaches rousses, postères et cerises, linge et
+chair, tout est bien fait, vigoureusement peint.</p>
+
+<p>Ce que ce tableau fait épanouir de lazzis, de bons mots, parmi les
+spectateurs, est énorme.</p>
+
+<p>&laquo;Cela s'appelle <i>le Lever</i>,&mdash;<i>Lever de la lune</i>, à la bonne heure!&raquo;
+disait un loustic en posant, comme le <i>cavalier joyeux</i>, sa main sur les
+reins <i>souples et dispos</i> d'Isabelle,&mdash;devant lesquels s'arrêtent les
+dames, pendant un quart d'heure, pour rire. Et que de coups d'&oelig;il à
+travers les coups d'&eacute;ventail!&mdash;D'autres dames passent plusieurs fois,
+indignées, devant ces rondeurs de fille nue.</p>
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="VI" id="VI"></a>VI</h2>
+
+<h3>SOMMAIRE</h3>
+
+<div class="blockquot"><p>Quadrille!&mdash;Un critique d'art lève la jambe.&mdash;Trinité de M. Maxime
+ Ducamp.&mdash;Tous ne font qu'un&mdash;(incarnation).&mdash;Beau trait de M.
+ Adrien Paul.&mdash;La blanche ou la noire?&mdash;L'indignation ne fait pas
+ la bonne prose.&mdash;M. Castagnary soumet quelques judicieux conseils
+ au public et au Jury.&mdash;Les peintres ne cessent ni de vaincre ni
+ d'&eacute;crire.&mdash;<i>Le Séjour des Élus</i>, c'est l'Exposition.&mdash;<i>L'Enfer</i>,
+ selon saint Tremblay, c'est la contre-Exposition.&mdash;Exemple
+ d'humilité donné par cet infortuné peintre.&mdash;Les bons et les
+ méchants.&mdash;Ventre-saint-Gris et un autre saint!&mdash;Je m'&eacute;vanouis!
+ &mdash;D'où sort-il encore, ce peintre-là?&mdash;Cinq manants contre un
+ gentilhomme!&mdash;Exemple de discrétion.&mdash;Mort de quelqu'un.&mdash;Selon M.
+ Gautier, la contre-Exposition n'est que le purgatoire.&mdash;Où la
+ religion va-t-elle se nicher?&mdash;Moyen d'inquisition.&mdash;Les bons
+ l'emportent.&mdash;<i>Je vais revoir ma Normandie</i> (air connu).&mdash;La poste
+ aux lettres.&mdash;Encore un petit saint.&mdash;Nuée de sauterelles.&mdash;La
+ toile se lève.&mdash;Le père, le fils et....&mdash;Le bon
+ fataliste.&mdash;Mangeons un peu.&mdash;Un pied de nez à la
+ Sainte-Menehould.&mdash;On abat le pilori.&mdash;<i>Partit en guerre</i>... le
+ tableau de Courbet.</p></div>
+
+<hr style='width: 45%;' />
+
+<p>Les critiques d'art continuent à faire leurs farces.&mdash;M. Maxime Ducamp
+trouve, dans la <i>Revue des Deux-Mondes</i>, qu'il n'y a que trois peintres
+à l'Exposition; savoir: MM. Matout, Protais et un autre dont je ne me
+rappelle pas le nom.</p>
+
+<p>&laquo;<i>J'aime mieux &ccedil;à</i>,&raquo; dit un autre critique d'art, M. Graham, dans le
+<i>Figaro</i>.</p>
+
+<p>Après la trouvaille, l'opinion de M. Maxime Ducamp, je trouve, moi,
+qu'il n'y a qu'un seul critique d'art,&mdash;mais qui vaut tous les autres
+critiques d'art;&mdash;c'est ledit M. Maxime Ducamp.</p>
+
+<p>Il les résume, il est leur chef; MM. Anatole de la Forge, Adrien Paul,
+etc., sont faits à son image.</p>
+
+<p>Et à propos de M. Adrien Paul, le critique du journal <i>le Siècle</i>, je
+vais rappeler un trait de lui qui le peint tout entier.</p>
+
+<p>Au Salon de 1861, M. Leb&oelig;uf avait exposé une statue colossale,
+représentant un esclave nègre, un Spartacus américain qui vient de
+briser ses fers et s'&eacute;lance à la révolte. M. Adrien Paul prit cette
+statue symbolique, ce Spartacus nègre, pour le fameux gladiateur, pour
+le véritable Spartacus, héros de tragédie.</p>
+
+<p>&laquo;Rendre ainsi, écrivait-il, l'un des héros, l'un des martyrs de la
+libert&eacute;!...&mdash;Il fallait à Spartacus un caractère fier, m&acirc;le, héro&iuml;que,
+etc.&raquo;</p>
+
+<p>Un peu plus loin, M. Adrien Paul ayant remarqué les grosses babines ou
+lèvres du nègre, s'indignait démocratiquement de cette bouche, qu'il
+trouvait &laquo;enflée par l'envie,&raquo; octroyée par le sculpteur au libérateur
+des esclaves romains.</p>
+
+<p>Cela suffit, n'est-ce pas?</p>
+
+<p>Quoique les critiques d'art ne me soient pas agréables, il m'est doux de
+temps en temps de citer leur littérature.</p>
+
+<p>M. Castagnary, esthétiste connu, publie dans <i>le Courrier du Dimanche</i>
+un compte-rendu de l'Exposition des Refusés, et il conclut par les
+lignes suivantes:</p>
+
+<div class="blockquot"><p>&laquo;Au public: Croyez bien que si l'on retirait du salon des Refusés
+ deux cents toiles grotesques, qu'à défaut de l'Institut, un simple
+ gar&ccedil;on de bureau eût pu désigner, il resterait un ensemble de
+ peintures fort satisfaisant. Je vais plus loin: placez par la
+ pensée au milieu de ce restant, ainsi échenillé d'inepties
+ flagrantes, les cent &oelig;uvres des trente ou quarante artistes dont
+ les noms sont dans toutes les bouches, et qui font l'honneur de
+ toutes les expositions, parce qu'ils sont véritablement
+ l'&eacute;tat-major de l'art: vous avez immédiatement un Salon complet,
+ aussi intéressant que celui qu'a combiné l'administration.</p>
+
+<p> &laquo;A l'Institut: Messieurs, il faut abandonner cette guerre. Elle est
+ mauvaise; elle décourage. Elle est injuste; elle outrepasse vos
+ droits. Quand vous vous appeliez David et son école, que vous aviez
+ une esthétique à vous, que cette esthétique, acceptée de tous,
+ n'avait point encore été ébranlée par le contr&ocirc;le d'une raison plus
+ libre, vous pouviez avec certitude établir la discipline dans
+ l'art; vous deviez étouffer les révoltes, exclure les hérétiques.
+ Mais l'&eacute;cole romantique, en procurant l'avènement de
+ l'individualisme, a signé votre destitution. Aujourd'hui, dans
+ l'art, chacun ne relève que de soi-même, n'admet d'autre
+ suzeraineté que la sienne. La société a sanctionné et sanctionne
+ encore chaque jour cette émancipation heureuse. Comme pouvoir
+ dirigeant, vous n'êtes plus rien. Abdiquez donc généreusement ce
+ qui vous reste d'autorit&eacute;, et résignez-vous à suivre un mouvement
+ que vous ne pouvez plus arrêter désormais.</p>
+
+<p> &laquo;<span class="smcap">Cas Agnary</span>.&raquo;</p></div>
+
+<p>Les peintres ne cessent pas d'&eacute;crire. Après la lettre de M. Corot est
+venue celle de M. Millet, précédée de celle de M. Rousseau.</p>
+
+<p>Un Refus&eacute;, M. Tremblay, avait envoyé au <i>Petit Journal</i> une protestation
+bien douce où il écrivait &laquo;que les moins bons de l'Exposition des
+<i>&eacute;lus</i>, peuvent aller de pair avec les meilleurs de celle des
+<i>réprouvés</i>.&raquo;</p>
+
+<p>&laquo;Non pas, ajoutait-il, que nous voulions jeter au jury l'accusation
+banale de partialit&eacute;; mais il est composé d'hommes accessibles à la
+fatigue, etc.&raquo;</p>
+
+<p>Un peu plus loin, on trouvait dans le même article: &laquo;En quoi, après
+tout, les mauvais tableaux peuvent-ils nuire aux bons?&raquo;</p>
+
+<p>Est-ce na&iuml;f?&mdash;Je ne crois pas qu'on se soit moqué jamais plus
+tranquillement de soi-même, ni qu'on ait protesté d'une plus sainte
+fa&ccedil;on.</p>
+
+<p>Le même peintre religieux qui signe: L. <span class="smcap">Tremblay</span>, <i>l'un des
+réprouvés, auteur de sainte Eugénie</i>, <i>qui compte huit années
+d'exposition</i>, cite à l'appui de ses arguments, &laquo;le <i>doux</i> philosophe,
+le sage <i>aimable</i>, saint Fran&ccedil;ois de Sales, que <i>notre</i> Henri IV aimait
+<i>tendrement</i>.&raquo;&mdash;Ah!... donnez-moi un peu de fleur d'oranger....</p>
+
+<p>Comme on va tout de suite se rendre au langage couleur <i>café au lait</i>,
+et à la raison couleur <i>cuisse de nymphe</i> de ce pauvre <i>réprouv&eacute;</i> M.
+Tremblay.</p>
+
+<p>Je viens d'apprendre que M. C. Brun, dont j'ai cité un si risible alinéa
+à la fin de mon troisième chapitre, est encore un peintre.</p>
+
+<p>Ah! tant pis! je ne renoncerai pas non plus; j'&eacute;crirai aussi,&mdash;pas comme
+les peintres;&mdash;je les citerai, je leur montrerai à eux-mêmes qu'il vaut
+mieux qu'ils <i>expriment</i> leurs <i>idées par leurs tableaux</i>, et
+que la peinture est bien leur langue, comme disait M. Millet.</p>
+
+<p>M. A. Gautier&mdash;lui aussi!&mdash;a écrit, dans le journal <i>l'Exposition</i>, une
+longue lettre à M. Ch. Monselet; mais, comme elle ne concerne que M. A.
+Gautier, je ne suis pas assez indiscret pour la citer; je me contente
+d'en extraire ce petit passage:</p>
+
+<p>
+<span style="margin-left: 2.5em;">&laquo;Si tu es friand d'entendre des choses singulières,</span><br />
+<span style="margin-left: 2.5em;">retourne au Salon des <i>proscrits</i>, tu surprendras parfois des</span><br />
+<span style="margin-left: 2.5em;">homme bien réfléchis qui le quittent en <i>soupirant</i>.&raquo;</span><br />
+</p>
+
+<p>Si ces mots &laquo;des hommes bien réfléchis&raquo; ne s'appliquent pas spécialement
+aux peintres refusés, le dernier mot, le <i>dernier soupir</i> doit faire
+bien réfléchir le jury.</p>
+
+<p>Comme les peintres sont moraux et religieux! Comme ils parlent du bon
+Dieu, des saints et de la vertu avec complaisance! (Revoir les lettres
+des peintres, que j'ai citées). M. Amand Gautier insiste aussi sur <i>la
+haute moralit&eacute;</i> de son tableau, <i>la Femme adultère</i>, exposé dans <i>le
+purgatoire</i>, dit-il.</p>
+
+<p>Qui diable se serait avisé d'aller trouver de la morale dans ce tableau,
+si ce n'est son auteur?</p>
+
+<p>Il est à remarquer également, à propos des écrits des peintres, qu'ils
+donnent tous des appellations différentes aux Refusés.</p>
+
+<p>L'un dit qu'ils sont <span class="smcap">Exclus</span>.</p>
+
+<p>L'autre les traite d'<span class="smcap">Artistes non admis</span>.</p>
+
+<p>M. Tremblay les nomme <span class="smcap">Réprouvés</span>.</p>
+
+<p>M. Gautier les appelle <span class="smcap">Proscrits</span>, etc., etc.</p>
+
+<p>En se livrant aux méditations dans lesquelles plongerait ce sujet, on
+arriverait peut-être à trouver dans ces diverses désignations les
+opinions philosophiques, politiques et artistiques de leurs auteurs.</p>
+
+<p>Le public, à force d'entendre de justes appréciations, commence à ne
+plus rire et à ne pas trop donner raison au jury,&mdash;ni aux peintres, il
+est vrai,&mdash;au Salon des Refusés.</p>
+
+<p>La quantité de mauvaises et de primitives peintures est immense, mais
+n'atteint pas au chiffre des médiocres, des prétentieux, des affreux
+tableaux qui surabondent à l'Exposition des Re&ccedil;us.&mdash;En outre, on ne
+saurait trop le répéter, les tentatives souvent réussies, les
+individualités nouvelles, ne se rencontrent guère qu'au Salon des
+Refusés.</p>
+
+<p>Les tableaux que j'ai déjà cités de MM. Whistler, Colin, Pipard,
+Gilbert, Briguiboul, Gautier, Julian, Chintreuil, Fantin, etc., défient,
+bravent, et narguent le jury.</p>
+
+<p>Je vais indiquer un grand nombre d'autres toiles remarquables, des
+paysages et des natures mortes surtout.</p>
+
+<p>Voici <i>les Embrasseux</i>, de M. Jean Desbrosses.</p>
+
+<p>Le soir, au coin d'un bois, devant le soleil couchant, un gros gar&ccedil;on de
+campagne fait claquer un baiser sur la joue penchée d'une jeune et
+fra&icirc;che paysanne,&mdash;<i>l'enjoleu</i> a l'air si heureux, la petite coquette
+est si gentille et si mutine! Toute cette campagne, cet horizon sont
+volés à la nature. Cela est vrai, amusant et na&iuml;f, cela sent bon; c'est
+un charmant tableau.</p>
+
+<p>M. Charles Lapostolet est l'auteur de deux paysages dont un surtout,
+celui qui représente une route et des massifs d'arbres dans une forêt,
+est très-beau.</p>
+
+<p><i>La Chute de la rivière de Loing</i>, <i>au soleil couchant</i>, par M.
+Charles-Edme Saint-Marcel est encore un beau paysage. Mais que c'est
+fatigant de dire toujours: beau, très-beau, très-bien, très-réussi en
+parlant des paysages. C'est qu'il n'y a pas moyen de faire autrement. Je
+raconterais bien un paysage que j'aurais vu, moi-même, qui m'aurait fait
+une impression particulière; mais comment décrire les paysages des
+autres, à moins de dire comme au th&eacute;&acirc;tre:&mdash;La scène se passe dans la
+forêt de Fontainebleau; à droite, sur le premier plan, un gros chêne; à
+gauche, un chemin qui mène à la ville. Je pourrais ajouter: <i>On entend
+un cor, à la cantonnade</i>.</p>
+
+<p>J'ai remarqué le paysage de M. Charles-Edme Saint-Marcel, et j'ai aussi
+remarqué un tableau de M. Saint-Marcel fils,&mdash;mais d'une toute autre
+fa&ccedil;on.</p>
+
+<p>En regardant ses <i>Chevaux de ferme à l'&eacute;curie</i>, quoique M. Saint-Marcel
+fils soit élève de MM. Decamp et Léon Cogniet, j'ai cru fermement qu'il
+était élève de M. Brivet-le-Gaillard.</p>
+
+<p>Est-ce que les paysagistes commenceraient à croire, comme beaucoup
+d'hommes de lettres, à ce stupide proverbe: <i>Tel père</i>, <i>tel fils</i>? En
+voilà plusieurs qui donnent leurs pinceaux à leurs enfants dont ils
+feront d'&eacute;ternels élèves. Un des exemples frappants de cette funeste
+voie est M. Daubigny, dont le fils a exposé cette année, des paysages
+copiés sur ceux du papa. Ces paysages ont pu réjouir ce bon père, mais
+ils font approuver sans réserve la conduite des notaires qui accumulent
+les barricades devant les envies artistiques de leurs fils.</p>
+
+<p>Un des plus curieux et des meilleurs tableaux au Salon des Refusés,
+c'est le <i>Bûcheron et la Mort</i>, par M. Pinkas.</p>
+
+<p>
+<span style="margin-left: 2.5em;">&laquo;Un jour d'&eacute;t&eacute;, un bûcheron, épuisé sous le faix de la</span><br />
+<span style="margin-left: 2.5em;">chaleur et du travail, ramassa ses suprêmes efforts pour enfoncer</span><br />
+<span style="margin-left: 2.5em;">son coin dans le tronc d'un vieux chêne, puis retomba,</span><br />
+<span style="margin-left: 2.5em;">décourag&eacute;. Les sueurs serpentaient sur son visage</span><br />
+<span style="margin-left: 2.5em;">terreux et ravag&eacute;, ses yeux grandissaient sans regards, et sa</span><br />
+<span style="margin-left: 2.5em;">respiration déchirait son gosier desséch&eacute;. Quant il revint à</span><br />
+<span style="margin-left: 2.5em;">lui, le tableau splendide de la forêt tranquille et heureuse,</span><br />
+<span style="margin-left: 2.5em;">qui ne semblait occupée qu'à écouter, sous le soleil, le chant</span><br />
+<span style="margin-left: 2.5em;">du coucou, lui fit faire une comparaison si f&acirc;cheuse, qu'il</span><br />
+<span style="margin-left: 2.5em;">se prit à pleurer. Le bonheur calme de la forêt lui faisait</span><br />
+<span style="margin-left: 2.5em;">envisager, par contraste, sa destinée tourmentée.</span><br />
+<br />
+<span style="margin-left: 2.5em;">&laquo;Le bûcheron, à force de se désoler, en arriva bient&ocirc;t</span><br />
+<span style="margin-left: 2.5em;">à ce paroxysme de la douleur où l'on se met à parler tout</span><br />
+<span style="margin-left: 2.5em;">haut.</span><br />
+<br />
+<span style="margin-left: 2.5em;">&laquo;&mdash;Suis-je malheureux, se dit-il en patois, je n'ai pas</span><br />
+<span style="margin-left: 2.5em;">la force de travailler, et je n'ai que le travail pour faire</span><br />
+<span style="margin-left: 2.5em;">vivre mes six enfants, ma femme et moi-même! Et ma</span><br />
+<span style="margin-left: 2.5em;">femme est encore enceinte!</span><br />
+<br />
+<span style="margin-left: 2.5em;">&laquo;(Généralement, le hasard envoie beaucoup d'enfants à</span><br />
+<span style="margin-left: 2.5em;">ceux qui n'ont même pas de quoi se nourrir).</span><br />
+<br />
+<span style="margin-left: 2.5em;">&laquo;&mdash;Ah! poursuivit le bûcheron, je voudrais que la Mort</span><br />
+<span style="margin-left: 2.5em;">fût la marraine de ce dernier enfant!</span><br />
+<br />
+<span style="margin-left: 2.5em;">&laquo;Pendant qu'il se tenait ce triste langage, le <i>comique</i> qui</span><br />
+<span style="margin-left: 2.5em;">ne perd jamais ses droits continuait à jouer des farces. Il</span><br />
+<span style="margin-left: 2.5em;">soufflait <i>aux</i> fourmis l'idée de grimper dans les jambes du</span><br />
+<span style="margin-left: 2.5em;">bûcheron, aux faucheux celle de se promener sur son cou.</span><br />
+<span style="margin-left: 2.5em;">Il en résultait des grattements qui nuisaient à la gravité du</span><br />
+<span style="margin-left: 2.5em;">tableau. Le chant monotone du coucou se mêlant aux sanglots</span><br />
+<span style="margin-left: 2.5em;">de l'infortun&eacute;, une pie, oiseau de pantomime, qui</span><br />
+<span style="margin-left: 2.5em;">allait et venait non loin de là, en sautillant comme... une</span><br />
+<span style="margin-left: 2.5em;">pie, ajoutaient encore à la partie gaie.</span><br />
+<br />
+<span style="margin-left: 2.5em;">&laquo;A peine le pauvre bûcheron avait-il prononcé cette phrase imprudente:</span><br />
+<span style="margin-left: 2.5em;">&laquo;Je voudrais que la Mort fût la marraine de ce dernier enfant!&raquo; que le</span><br />
+<span style="margin-left: 2.5em;">tronc d'un vieux chêne s'ouvrit et donna passage à cette vilaine</span><br />
+<span style="margin-left: 2.5em;">carcasse, la Mort, qui sembla descendre de voiture, et s'avan&ccedil;a</span><br />
+<span style="margin-left: 2.5em;">gracieusement vers le bûcheron terrifi&eacute;. Elle n'avait aucun vêtement,</span><br />
+<span style="margin-left: 2.5em;">c'&eacute;tait un squelette dans toute sa simplicit&eacute;. La Mort est la seule</span><br />
+<span style="margin-left: 2.5em;">personne qui puisse sans indécence se présenter nue aux gens.</span><br />
+<br />
+<span style="margin-left: 2.5em;">&laquo;&mdash;Tu m'as invoquée, dit-elle, ou plut&ocirc;t firent les os</span><br />
+<span style="margin-left: 2.5em;">maxillaires au bûcheron, sur lequel elle t&icirc;nt fixés les deux</span><br />
+<span style="margin-left: 2.5em;">trous qui lui servaient d'yeux.&raquo;</span><br />
+</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">&laquo;C'est, dit-il, afin de m'aider<br /></span>
+<span class="i0">A recharger ce bois....&raquo;<br /></span>
+</div></div>
+
+<p>Telle est la scène représentée par M. Pinkas, excepté la Mort qui a une
+espèce de casquette et une cravate rouge autour de l'arête qui lui sert
+de cou.</p>
+
+<p>Les <i>Roses</i>, de M<sup>lle</sup> Adèle de la Porte; les <i>Légumes</i>, de M. Horace
+Pagez; les <i>Lilas</i>, de M. Maistan,&mdash;un suspect qui n'est pas dans le
+catalogue!&mdash;le <i>Gibier</i>, de M<sup>lle</sup> Aglaé Laurandeau (suspecte); les
+<i>Pêches</i>, de M. Leroy (suspect); les <i>Roses et Marguerites</i>, le
+<i>Seringat</i>, de M. Charles Laass d'Aguen; le <i>Citron</i>, de M<sup>lle</sup> Louise
+Darru; les <i>Pieds de cochon</i>, les <i>Oeufs et le Fromage</i>, de M. Graham,
+et enfin le <i>Dessert</i>, de Marie Thibault, composent un festin complet et
+charmant, aussi agréable au goût qu'aux yeux.</p>
+
+<p>Il faut que Messieurs du jury aient le palais&mdash;de l'Institut&mdash;difficile.
+N'avoir pas voulu goûter ces excellents mets et ces beaux fruits parmi
+ces fra&icirc;ches fleurs, avoir repoussé la peinture à la Sainte-Menehould de
+M. Graham, fait supposer des estomacs et nez bien blasés.</p>
+
+<p>L'Exposition des Re&ccedil;us et des Refusés est terminée depuis le 1<sup>er</sup>
+juillet dernier. La distribution des prix ou médaille et récompenses
+sera faite le 6 juillet.&mdash;Les Refusés doivent avoir des chances!</p>
+
+<p>Un décret du 23 juin dernier, inséré au <i>Moniteur</i>, a fait savoir que
+dorénavant l'Exposition de peinture, de sculpture et d'architecture aura
+lieu chaque année, du 1<sup>er</sup> mai au 1<sup>er</sup> juillet.</p>
+
+<p>Les Refusés ne sont probablement pas compris dans ce décret, ce qui veut
+dire que le jury ne sera plus troubl&eacute;, continuera, comme par le pass&eacute;, à
+taper à l'aventure, et que les choses iront comme devant.</p>
+
+<p>Quand donc lirons-nous le bienfaisant décret qui supprimera le jury?</p>
+
+<p>Finissons ce chapitre par l'annonce d'une grande nouvelle.</p>
+
+<p>Le tableau de Courbet, <i>les Curés ivres</i>, déjà célèbre, quoique non vu,
+va commencer son tour du monde par l'Angleterre.</p>
+
+<p>Le ma&icirc;tre-peintre consciencieux veut, avant le départ, mettre une
+perfection minutieuse dans les moindres détails de son &oelig;uvre. Il s'est
+remis dessus et cherche des défauts. Il ne veut pas qu'un seul critique,
+un amateur, ni même qu'un artiste puisse y trouver une petite bête. Il
+considère ce tableau comme son meilleur et veut le faire ainsi
+considérer par tout le monde.</p>
+
+<p>Nous suivrons de loin ce tableau dans ses pérégrinations, et nous
+tiendrons nos lecteurs au courant de ses aventures et de ses effets.</p>
+
+<p>Dès à présent, nous savons qu'il sera exposé à Londres et qu'il y aura
+grand meeting.</p>
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="VII" id="VII"></a>VII</h2>
+
+<h3>SOMMAIRE</h3>
+
+<div class="blockquot"><p>Enterrements de toutes classes.&mdash;Une odeur de cuir chaud.&mdash;M.
+ Briguiboul ne sera plus Refus&eacute;.&mdash;L'honneur est le seul vrai
+ salaire.&mdash;Morceau éloquent.&mdash;Un maréchal qui a raison.&mdash;Il a
+ tort.&mdash;Les peintres ont mal compris.&mdash;On lit dans le <i>Moniteur</i>.</p></div>
+
+<hr style='width: 45%;' />
+
+<p>La distribution <i>solennelle</i> des croix et des médailles d'honneur, des
+médailles de 1<sup>er</sup>, 2<sup>e</sup> et 3<sup>e</sup> classes, des mentions honorables et
+des <i>rappels</i> de médailles aux peintres, architectes, sculpteurs,
+graveurs et lithographes, est enfin terminée.</p>
+
+<p>Les discours ont passé &laquo;comme un parfum d'&eacute;t&eacute;.&raquo;</p>
+
+<p>M. Briguiboul est le seul Refusé qui ait obtenu (non à cause de cette
+qualit&eacute;) une médaille de 3<sup>e</sup> classe.</p>
+
+<p>Si l'on admet ce principe absurde qu'une récompense est due à un
+artiste parce qu'il a du talent,&mdash;comme si la vraie, la seule récompense
+pour un artiste n'&eacute;tait pas d'avoir du talent ou même du génie,&mdash;on
+attribuera le don de cette 3<sup>e</sup> médaille au tableau mythologique de M.
+Briguiboul, qui est parmi les &oelig;uvres refusées et non au tableau re&ccedil;u.
+C'est pourtant ce dernier qui a valu à son auteur le grand honneur de
+3<sup>e</sup> classe dont nous venons de parler.</p>
+
+<p>Les jours de distribution de prix, les lycéens ne sont pas plus heureux
+et plus émus que les artistes ne le sont quand un ministre ou un
+maréchal leur octroye, dans une cérémonie <i>solennelle</i>, au nom de
+l'Empereur, des récompenses diverses.</p>
+
+<p>Quant à moi, si j'&eacute;tais guerrier, je ne combattrai que pour
+combattre,&mdash;parce que ce serait mon devoir,&mdash;et non pour obtenir un
+grade ou une croix; peintre, je ne peindrai que pour faire de beaux
+tableaux&mdash;et non pour être applaudi ou récompens&eacute;; travailler pour
+soi-même me para&icirc;t une superbe maxime que je voudrais lire en lettres
+d'or sur champ d'azur chez tous les artistes.</p>
+
+<p>Arriver à être content de soi, à savoir, à être sûr qu'on a bien fait,
+est la vraie gloire, la seule durable, la seule que se transmettent les
+hommes de génie, frères de celui qui l'a conquise.</p>
+
+<p>Quel jury, quel souverain pourraient me donner tort ou raison contre
+moi-même. Quoi!&mdash;il dépendrait d'un homme parvenu&mdash;ou de
+plusieurs&mdash;d'annihiler mon &oelig;uvre ou d'augmenter sa valeur! J'oserais me
+dire artiste et je n'aurais pas d'opinion! Le jugement même d'un grand
+homme prévaudrait contre le mien, quand je sais, quand j'ai appris,
+étudi&eacute;, travaill&eacute;, quand j'ai vécu et fait mon &oelig;uvre! Non, mille Dieux!
+répondrais-je. Je suis libre, je sens, je suis convaincu, je discute et
+je maintiens ce que j'ai fait!</p>
+
+<p>D'autre part, comment pourrait-on établir la justice et la justesse des
+condamnations et des récompenses en matière d'art?&mdash;Il est inutile de
+recommencer à démontrer l'impossibilité des censures et des jurys.</p>
+
+<p>La magistrature artistique infaillible n'est pas encore éclose. Dès lors
+un peintre médaill&eacute;, homme consciencieux, s'appréciant à sa valeur
+exacte,&mdash;s'il est possible,&mdash;pourra-t-il supporter de sangfroid qu'un
+peintre de sa valeur ou plus fort que lui n'ait pas re&ccedil;u la même faveur?
+Croit-on que beaucoup d'académiciens pouvaient, sans rougir, frotter de
+leurs habits à palmes, en passant, le paletot de Balzac?</p>
+
+<p>Non, non.&mdash;Il est d'&eacute;ternelles vérités toujours bonnes&mdash;et inutiles à
+dire,&mdash;dont on ne profite guère, soit, mais que les cérémonies, les
+solennités et toutes les fausses grandeurs ne renverseront pas.</p>
+
+<p>Le discours de M. le maréchal Vaillant, ministre des Beaux-Arts, a ceci
+de particulier que, pour la première fois peut-être, on a pu entendre
+l'&eacute;loge officiel de l'invention, de l'originalit&eacute;. Dans les phrases
+<i>d'un vieux soldat</i>, l'armée devait naturellement avoir quelques mots.
+Mais nous ne sommes pas de l'opinion de M. le maréchal quand il parle du
+<i>jury éclair&eacute;</i> et quand il affirme que <i>le public est toujours empressé
+d'accueillir une tentative originale</i>.</p>
+
+<p>Quelques allusions aux peintres refusés se glissent dans le discours de
+M. de Nieuwerkerke, qui a repoussé <i>l'excentricit&eacute;</i> avec dédain.</p>
+
+<p>Je crois, moi, que l'<i>excentricit&eacute;</i> est une rare faculté en Art que n'a
+pas qui veut, et contre laquelle conséquemment il est peu urgent de se
+mettre en garde.</p>
+
+<p>Certaines parties du discours de M. de Nieuwerkerke ont été interprétées
+par les artistes comme des promesses de liberté pour les Expositions à
+venir, et pour ce vivement applaudies.</p>
+
+<p>Beaucoup d'artistes, et des meilleurs, désirent et demandent la
+suppression du jury et la liberté des Expositions. C'est trop juste, et
+cela se fera.</p>
+
+<p>Voici, d'après le <i>Moniteur</i>, le compte-rendu de la cérémonie et les
+discours:</p>
+
+
+<h3>DISTRIBUTION SOLENNELLE</h3>
+
+<h3>DES</h3>
+
+<h3>RÉCOMPENSES DÉCERNÉES AUX ARTISTES</h3>
+
+<h3>APR&Egrave;S L'EXPOSITION DE 1863</h3>
+
+<p>La distribution des récompenses aux artistes qui ont pris part à
+l'Exposition de 1863 a eu lieu hier, à une heure, au Palais de
+l'Industrie.</p>
+
+<p>S. Exc. le maréchal Vaillant, ministre de la Maison de l'Empereur et des
+Beaux-Arts, a présidé la cérémonie. Il était accompagné de M. Alphonse
+Gautier, conseiller d'État, secrétaire général du ministère de la Maison
+de l'Empereur et des Beaux-Arts, et de M. le lieutenant-colonel
+Monrival, son aide de camp. Il a été re&ccedil;u, à son arrivée au Palais, par
+M. le comte de Nieuwerkerke, surintendant des Beaux-Arts, assisté de M.
+Courmont, chef de la division des Beaux-Arts, de MM. les inspecteurs
+généraux des Beaux-Arts, de M. le marquis de Chennevières, conservateur
+adjoint au Musée du Louvre, chargé du service des Expositions.</p>
+
+<p>A droite et à gauche de l'estrade d'honneur se sont placés les membres
+du jury, les conservateurs et conservateurs adjoints des Musées
+impériaux, et les fonctionnaires supérieurs du service des Beaux-Arts.</p>
+
+<p>A une heure, la séance ayant été déclarée ouverte, S. Exc. le maréchal
+Vaillant s'est levé et a prononcé le discours suivant:</p>
+
+<div class="blockquot">&laquo;Messieurs,
+
+<p> &laquo;C'est un vieux soldat qui vous remet, cette année, les récompenses
+ accordées par l'Empereur à tous ceux dont les travaux honorent le
+ pays. L'armée, vous le savez, a souvent bien mérité des artistes.
+ Vous lui devez quelques-uns de ces chefs-d'&oelig;uvre que-vous admirez
+ et que vous prenez pour modèles; et naguère encore vous l'avez vue,
+ à Rome, suspendant les coups qui pouvaient porter le ravage dans
+ ces sanctuaires des arts, objets de juste vénération. Aujourd'hui,
+ ma t&acirc;che est facile: je viens proclamer les décisions d'un jury
+ éclair&eacute;, confirmées par ce jury sans appel qu'on nomme le public.
+ En aucun pays ses arrêts ne sont plus autorisés qu'en France, parce
+ qu'en France il n'y a personne qui ne s'intéresse à vos travaux.
+ Laissons la médiocrité orgueilleuse accuser le goût du siècle et
+ déplorer ses changements et ses caprices.</p>
+
+<p> &laquo;Les artistes, messieurs, trouveront toujours le public empressé
+ d'accueillir une tentative originale, parce que l'invention est une
+ des plus précieuses qualités de l'art. S'ils rencontrent de la
+ sévérité lorsque, pour suivre la vogue, ils renient leurs propres
+ convictions; si, traités d'abord avec bienveillance, ils sont vite
+ abandonnés, c'est justice. Le public a toujours maudit, avec le
+ poète, le troupeau servile des imitateurs. Il avait applaudi à de
+ brillantes promesses, il retire sa faveur à qui ne les a pas
+ tenues.</p>
+
+<p> &laquo;Notre siècle, assurément, n'est pas de ceux dont les artistes
+ aient à se plaindre. Je ne vous rappellerai pas la constante
+ protection dont ils sont l'objet de la part de l'Empereur; les
+ richesses nouvelles acquises par ses ordres pour nos Musées, les
+ grands travaux exécutés dans la capitale de l'Empire. Qu'il me soit
+ permis de vous faire remarquer seulement que l'absence de préjugés,
+ l'&eacute;loignement pour la routine, le dégagement de toutes traditions
+ étroites, sont devenus les principes de la critique moderne. Plus
+ heureux que la plupart de vos devanciers, vous n'avez plus à vous
+ débattre contre des règles absolues que de glorieuses écoles ont
+ souvent laissées après elles. Aujourd'hui, qu'on poursuive l'&eacute;tude
+ de la nature jusque dans ses trivialités ou qu'on s'applique à
+ rechercher un idéal poétique, tous les efforts consciencieux sont
+ appréciés, et jamais le mérite d'un ouvrage ne sera contesté pour
+ n'avoir pas l'autorité d'exemples anciens. Cette disposition, qui
+ laisse aux artistes la plus complète liberté pour suivre leurs
+ tendances et leurs inspirations, ne doit pas leur faire oublier les
+ difficultés nombreuses de leur carrière. A moins de s'être préparé
+ par de fortes études, il est imprudent de tenter des routes
+ nouvelles, et, si j'ose me servir ici d'une comparaison empruntée à
+ mon métier, je dirai qu'il n'appartient qu'aux soldats aguerris et
+ disciplinés de tout oser avec l'espoir fondé de réussir.
+ L'observation constante de la nature, les méditations patientes
+ devant les &oelig;uvres des ma&icirc;tres, voilà les plus sûrs moyens
+ d'obtenir des succès durables. Telle a été l'&eacute;ducation de ceux de
+ vos prédécesseurs qui ont conquis une juste renommée; telle je
+ voudrais que fut l'&eacute;ducation de tous nos artistes.</p>
+
+<p> &laquo;Vous avez désiré que des Expositions plus fréquentes permissent à
+ vos juges naturels de suivre, pour ainsi dire pas à pas, vos
+ efforts et vos progrès. Le comte Walewski, mon honorable
+ prédécesseur, qui, pendant son administration, a donné tant de
+ preuves de sa sollicitude pour vos intérêts, qui s'est montré si
+ jaloux de multiplier les moyens d'encourager vos travaux, a porté
+ votre désir à la connaissance de l'Empereur, et Sa Majesté a
+ ordonné la réalisation de cette mesure. Une année ne se passera
+ donc pas sans que cette enceinte re&ccedil;oive vos &oelig;uvres nouvelles.
+ J'ai la confiance que ces Expositions annuelles répondront à votre
+ attente, comme à celle du Gouvernement, gr&acirc;ce à vos efforts et au
+ concours du surintendant des Beaux-Arts, qui vient de recevoir de
+ la confiance de l'Empereur une mission plus élevée, et qui vous
+ aidera d'autant plus sûrement de ses conseils et de son autorité
+ qu'il est sorti de vos rangs et qu'il vous appartient toujours par
+ ses &oelig;uvres.</p>
+
+<p> &laquo;Pourquoi faut-il qu'un douloureux souvenir attriste la joie de
+ cette fête! Moins que personne et moins ici que partout ailleurs,
+ au milieu de ces toiles animées qui nous parlent de combats et de
+ victoires, je ne puis oublier que, dans le cours même de cette
+ année, il y a quelques mois à peine, l'armée des arts perdait l'un
+ de ses plus illustres maréchaux.</p>
+
+<p> &laquo;Vous l'avez reconnu, messieurs, et vos c&oelig;urs ont nommé avant moi
+ le troisième, le dernier, le plus grand des Vernet.</p>
+
+<p> &laquo;Peintre de l'&eacute;popée impériale, Horace Vernet, dans son inépuisable
+ fécondit&eacute;, s'est associé à tous les triomphes de la France. Pendant
+ une longue vie, qui égala presque celles du Titien et de
+ Michel-Ange, cet infatigable créateur ne cessa pas un jour de
+ travailler, et, sans jamais avoir vieilli, ne s'arrêta que pour
+ mourir!</p>
+
+<p> &laquo;Nul plus que lui, sans doute, n'aurait eu droit à d'&eacute;clatantes
+ funérailles; le peuple eût porté l'artiste populaire à sa suprême
+ demeure; jeunes et vieux, les soldats de l'Empire eussent voulu
+ honorer encore celui qui avait reproduit tous leurs combats et
+ popularisé toutes leurs victoires; et vous, messieurs, ses
+ derniers élèves, ses premiers admirateurs, quelle escorte vous
+ eussiez faite à sa cendre!</p>
+
+<p> &laquo;Il ne l'a pas permis. Lassé de la gloire, il a refusé pour sa
+ tombe tous les hommages; mais dans cette tombe il a emporté tous
+ les regrets.</p>
+
+<p> &laquo;Ce que la reconnaissance du pays n'a pu faire alors, messieurs,
+ l'Empereur, inspiré par sa grande &acirc;me, l'avait fait d'avance en
+ accordant à votre vieux ma&icirc;tre, à mon vieil ami, un honneur si
+ exceptionnel qu'il est presque unique dans l'histoire de l'art.</p>
+
+<p> &laquo;Que l'exemple vous soutienne, messieurs, et que la récompense vous
+ encourage. Il est bon, au début de la carrière, de se fortifier
+ pour la lutte, et rien ne rehausse le c&oelig;ur comme le spectacle du
+ travail accompli, du succès mérité et de la gloire obtenue.&raquo;</p></div>
+
+<p>Ce discours a été plusieurs fois interrompu par des salves
+d'applaudissements.</p>
+
+<p>M. le comte de Nieuwerkerke a pris ensuite la parole et s'est exprimé en
+ces termes:</p>
+
+<div class="blockquot">&laquo;Messieurs,
+
+<p> &laquo;A l'heure où les questions d'art deviennent plus graves parce
+ qu'elles deviennent plus générales, l'Empereur, en réunissant dans
+ le ministère de sa Maison tous les services des Beaux-Arts, en les
+ confiant à un maréchal de France à la fois homme de science et
+ de goût, a voulu, pour ainsi dire, les rapprocher encore de Lui.</p>
+
+<p> &laquo;Déjà une mesure essentiellement libérale a été prise cette année
+ en faveur d'un grand nombre d'artistes. Ils la doivent, vous ne
+ l'ignorez pas, à la sollicitude de l'Empereur. Avec cette
+ bienveillante initiative qui distingue chacun de ses actes, notre
+ auguste Souverain a appelé tous les artistes à partager le grand
+ jour de la publicit&eacute;. Il a pensé que le moment était venu de donner
+ cette satisfaction au public, aux artistes, aux membres du jury
+ eux-mêmes. C'est donc à tous ceux dont les &oelig;uvres ont été exposées
+ que je m'adresse aujourd'hui, à ceux dont les noms sont inscrits au
+ catalogue officiel, comme à ceux pour lesquels des salles
+ particulières ont été ouvertes.</p>
+
+<p> &laquo;Nous sommes heureux de constater le redoublement d'activité qu'a
+ produit le Salon de 1863. Il nous donne la preuve de l'intérêt
+ croissant que l'art inspire; le nombre des visiteurs pendant la
+ semaine a été plus considérable que les années précédentes, et
+ chaque dimanche, 30 à 40,000 personnes, profitant de ce jour de
+ repos, se sont empressées de venir contempler vos travaux.</p>
+
+<p> &laquo;Vous répondrez à ce précieux encouragement de la foule, messieurs,
+ et nous aurons bient&ocirc;t à enregistrer, à c&ocirc;té de noms déjà célèbres,
+ d'autres talents qui seront une illustration de plus pour l'&eacute;poque
+ où nous vivons. Quand on voit constamment grandir l'&eacute;lite vaillante
+ de notre école, quand on mesure sa moyenne fort élevée, il est bien
+ permis de caresser un pareil espoir.</p>
+
+<p> &laquo;Nous qui suivons vos progrès avec une attention soutenue, nous
+ reconnaissons que jamais dans l'École fran&ccedil;aise il n'y a eu une
+ somme de talent si générale; cependant nous ambitionnons une
+ supériorité plus haute encore. Ne vous méprenez pas sur notre
+ pensée, messieurs: lorsque nous souhaitons pour vous, pour l'art
+ national, un plus vaste avenir, nous ne prétendons pas refuser au
+ présent la justice qui lui est due. C'est parce que vous pouvez
+ beaucoup que nous vous demandons toujours davantage.</p>
+
+<p> &laquo;Nous n'insisterons pas sur certains écarts de goût que le jury
+ devait signaler à ceux qui les ont laissés se manifester dans leurs
+ &oelig;uvres. Cet avertissement suffira, nous en avons l'espérance, pour
+ que de telles défaillances ne se renouvellent plus; car, messieurs,
+ vous qui avez déjà du talent, croyez bien que l'excentricité n'a
+ jamais eu d'autre effet que de retarder les succès légitimes et
+ durables. C'est à vous-mêmes que nous en appelons, et nous ne
+ doutons pas que dans un très-bref délai vous ne nous donniez
+ raison.</p>
+
+<p> &laquo;Si nous regrettons d'avoir à constater que l'on s'&eacute;loigne de la
+ grande peinture, il n'y a cependant pas lieu d'en être trop alarm&eacute;;
+ si les préférences de quelques-uns se portent vers l'&eacute;tude du
+ paysage, par exemple, leurs succès dans cette voie ne doivent pas
+ nous inquiéter sur les destinées du grand art en France. Chaque
+ époque, en effet, obéit à un mouvement particulier, à une pression
+ extrêmement mobile de l'esprit et du goût. L'important, c'est que
+ dans chacune des directions parcourues, le talent soit à la hauteur
+ de la tentative. D'ailleurs, comme pour être signé de Rapha&euml;l ou de
+ Ruysda&euml;l, de Michel-Ange ou de Clodion, un chef-d'&oelig;uvre n'en est
+ pas moins un chef-d'&oelig;uvre: en raison de la diversité des esprits,
+ de la variété infinie des talents et des aptitudes originelles, nous
+ comprenons que la plus grande liberté règne dans la pratique et la
+ direction de l'art. Mais, au nom même et en échange de cette
+ liberté de tendances dont nous nous plaisons à reconna&icirc;tre la
+ légitimit&eacute;, nous vous demandons, nous vous recommandons avec
+ instance le travail obstin&eacute;, patient, convaincu. Méfiez-vous des
+ à-peu-près en tout genre; la véritable force les a toujours
+ dédaignés, et vous pouvez, vous devez être véritablement forts.</p>
+
+<p> &laquo;Le grand art sera toujours l'objet de nos prédilections. Pourtant
+ que ceux d'entre vous qui ne suivent pas ses traditions ne croient
+ pas que nous voulions les renier; ils sont nos enfants prodigues,
+ mais, à l'inverse de celui de la parabole, ils reviennent parfois
+ les mains pleines. L'École fran&ccedil;aise contemporaine est à la tête
+ des écoles d'art de l'Europe. Et si nos c&oelig;urs sont encore émus de
+ la perte des Vernet, des Delaroche, des Decamps, des Pradier, et de
+ tant d'autres, hélas! n'est-ce pas une consolation de penser que
+ parmi vous il se fait ou se fera d'aussi grandes renommées? La
+ France est féconde, messieurs, et, de même que ses soldats, ses
+ artistes sont les premiers du monde.&mdash;Dans cette lice où sont venus
+ se mesurer les représentants de l'art européen, plus la lutte a été
+ sérieuse, plus la victoire est honorable, car nous sommes trop
+ justes pour ne pas apprécier à sa véritable valeur le mérite des
+ artistes étrangers qui, à chaque Exposition, viennent concourir
+ avec vous. Aussi est-ce sans distinction de nationalité que les
+ récompenses sont accordées au talent. L'Empereur et l'Impératrice,
+ par de nombreuses acquisitions aux artistes de toutes écoles et de
+ tous pays, ont voulu consacrer ce principe.</p>
+
+<p> &laquo;Maintenant, messieurs, je vais vous faire conna&icirc;tre les noms des
+ artistes récompensés. Tout en laissant au jury l'honneur comme la
+ responsabilité de ses choix, il est juste de dire que la quantité
+ des médailles dont il pouvait disposer n'&eacute;tant pas en rapport avec
+ la somme des talents, il s'est trouvé en présence d'une grande
+ difficult&eacute;. Cet embarras du choix, nous sommes heureux d'en faire
+ la remarque, prouve une fois de plus dans quelles proportions s'est
+ augmentée l'&eacute;lite de l'École fran&ccedil;aise. Un autre système de
+ récompenses était donc devenu nécessaire; nous vous le ferons
+ conna&icirc;tre prochainement, ainsi que le règlement de l'Exposition de
+ 1864&raquo;</p></div>
+
+<p>Le discours s'est terminé au bruit des manifestations les plus
+sympathiques.</p>
+
+<p>Le surintendant des Beaux-Arts, après avoir demandé les ordres de S.
+Exc. le ministre de la Maison de l'Empereur et des Beaux-Arts, a fait
+l'appel des artistes fran&ccedil;ais et étrangers nommés dans l'ordre de la
+Légion d'honneur, par décret impérial; puis il a lu la liste des
+récompenses décernés par le jury.</p>
+
+<p>Chaque artiste est venu, au milieu des acclamations des assistants,
+recevoir les récompenses de la main de S. Exc. le maréchal Vaillant.</p>
+
+<p>A deux heures, la séance était terminée.</p>
+
+<p>(<i>Moniteur</i>, 7 juillet 1863.)</p>
+
+<p>Outre M. Briguiboul, plusieurs Refusés-Re&ccedil;us, c'est-à-dire ayant des
+tableaux aux deux Expositions, ont eu des <i>mentions honorables</i>.</p>
+
+<p>C'est M. Blin et M. Méry, deux paysagistes de talent, deux <i>suspects</i>
+qui figurent timidement parmi les Refusés et qui ne se sont pas nommés
+dans le catalogue. Nous donnons, nous, une mention à leurs paysages
+repoussés. Puis, M. Harpignies, déjà nomm&eacute;, qui a deux paysages
+remarquables, rejetés par la même raison qui a fait admettre un autre
+tableau de lui, je veux dire sans savoir pourquoi. MM. Laurens et Tabar,
+peintres connus et toujours re&ccedil;us jusqu'à présent. Enfin, MM. Vaudé et
+Wagrez. Refusés cachés comme leurs tableaux qui ne m'ont pas arrêt&eacute;.</p>
+
+<p>Je ne cite ces mentions que comme des preuves de plus de la faillibilité
+des censeurs et examinateurs. Comment s'expliquer que ces tableaux,
+d'&eacute;gale force et des mêmes peintres, aient ét&eacute;&mdash;les uns admis, les
+autres renvoyés? Saint Basile, le fameux dialecticien, l'oracle
+invincible, n'aurait pu éclaircir ce mystère.</p>
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="VIII" id="VIII"></a>VIII</h2>
+
+<h3>SOMMAIRE</h3>
+
+<div class="blockquot"><p>Donnez-vous la peine de vous asseoir.&mdash;La ménagerie d'un suspect
+ amusant.&mdash;Gare aux animaux!&mdash;Ils nous donnent un sauf-conduit.&mdash;Le
+ Temps a fait son temps.&mdash;Un condamné par la raison qu'il est
+ criminel. Ne pourrait-on pas le condamner pour autre chose?&mdash;On se
+ jette les cartes et les verres à la tête.&mdash;A la tour de Nesle!&mdash;On
+ parle encore de Béranger.&mdash;L'auteur des <i>Étourdis</i>, comédie en
+ vers, fait la campagne d'Italie.&mdash;La gloire n'est que de la
+ fumée.&mdash;Une boucherie au clair de là lune.-<i>A nous</i>, <i>Fran&ccedil;ais</i>!
+ etc.... (Varsovienne).&mdash;Celle fois, le général Hoche est bien
+ tu&eacute;.&mdash;Théorie du sous-lieutenant.</p></div>
+
+<hr style='width: 45%;' />
+
+<p>Nous allons, pour nous délasser, nous arrêter un peu devant deux
+peintures tout à fait amusantes; l'une est de M. Fitz-Barn, dont on ne
+trouve pas le nom dans le catalogue, mais ce ne peut être que par
+erreur, car le tableau de ce peintre fait un tel tapage qu'on ne peut
+soup&ccedil;onner l'auteur d'avoir voulu se cacher. Tout d'un coup, nous nous
+trouvons dans une grande cage avec tous les animaux de pantomime.
+J'appelle ainsi les animaux fantastiques, domestiques et comiques, tels
+que chat, singe, rat, pie, grenouille, chien, poule, geai, hibou, etc.,
+etc., dont les mouvements, les allures et les physionomies sont vraiment
+risibles ou étonnants.&mdash;Avec nous, dans la même cage, crient,
+gloussent, coassent, jappent, miaulent et grouillent les animaux que je
+viens de citer. A travers le treillage, des figures singulières nous
+examinent très-attentivement. Le singe épluche ou épile un rat, ce
+qui indigne une pie.&mdash;Deux petits chiens bleus se battent pour
+rire.&mdash;Une grenouille montre sa tête immobile à fleur d'eau.&mdash;Un
+chat-huant attend la nuit avec impatience, et de ses deux lueurs fixes,
+qu'il a pour yeux, regarde passer le temps.&mdash;Bref, tous les animaux sont
+dans leurs attributions respectives.&mdash;Quittons ce petit pandémonium. Les
+animaux ne s'opposent pas à notre sortie de la cage.</p>
+
+<p>L'autre peinture représente un vieillard qui ressemble au Temps, assis
+sur un débris de colonne. Il a fait des progrès depuis la Mythologie; il
+a un chapeau, des lunettes, des bottes à revers et une lyre; il fait au
+jury, sans doute, une grimace des plus grotesques.</p>
+
+<p>Il est impossible que M. Paul Claparède, auteur de cette petite
+grisaille, ne l'ait pas con&ccedil;ue et peinte à la suite d'une absorption
+exagérée d'un hatchi inconnu, mais dont les effets doivent être gais.</p>
+
+<p>M. Viel-Cazal est encore un peintre hardi, un vigoureux réaliste qui n'a
+pas plus peur du sujet que de la couleur.</p>
+
+<p>Il a exposé un étude de <i>Tête de cheval</i> et un très-grand tableau, la
+<i>Dernière heure</i>, dont voici la légende:</p>
+
+<p>&laquo;Un cheval vicieux, condamné <i>pour cette raison</i> à être abattu, et ayant
+déjà les crins coupés, cherche à s'&eacute;chapper des mains des équarrisseurs,
+après avoir rompu ses entraves.&raquo;</p>
+
+<p>La description n'est pas très-exacte.&mdash;Le cheval s'est échapp&eacute;, il a
+même renvers&eacute;, en s'&eacute;chappant, l'un des équarrisseurs, et il enlève
+l'autre à ses naseaux ensanglantés; un boule-dogue s'&eacute;lance à fond de
+train sur le cheval.</p>
+
+<p>Ce tableau est très-vivant, très-vrai, peint largement; il méritait
+enfin de s'&eacute;chapper des mains des jurés et de s'installer dans le salon
+de la liberté et de l'audace.</p>
+
+<p><i>Une Dispute de jeu</i>, par M. Thiery, est un tableau romantique qui
+aurait eu du succès en 1833; mais le succès ne prouve rien, et M. Thiery
+a fait une jolie peinture de cape et d'&eacute;pée.</p>
+
+<p>Holà! tavernier du diable! il ne s'agit pas d'apporter à boire! sus aux
+querelleurs! enlevez les cartes si leurs épées vous laissent faire, ou,
+vive Dieu! votre tonnelle enragée sera fermée avant le couvre-feu!</p>
+
+<p>M. Allard Cambray a fait un beau Louis XI, à l'eau-forte, dans la
+superbe collection de M. Cadart; mais, hélas! <i>Agés</i>... hélas! il en a
+peint un bien faible. On voit qu'il s'est plus inspiré de la p&acirc;le
+chanson de Béranger que de l'histoire:</p>
+
+<p>
+Heureux villageois, dansons,<br />
+Sautez, fillettes<br />
+Et gar&ccedil;ons!<br />
+<br />
+Unissez vos joyeux sons,<br />
+Musettes<br />
+Et chansons!<br />
+</p>
+
+<p>Ainsi, dans ce tableau, non moins décoloré que le refrain, sautent et
+dansent les heureux villageois devant le cadavre encore vivant du roi
+Louis XI.</p>
+
+<p>M. Andrieux nous montre <i>le général Bonaparte accompagné de non
+escorte</i>, <i>le matin du combat</i>. (<i>Campagne d'Italie</i>, 1796.)</p>
+
+<p>Bonaparte, entouré de quelques officiers, galope dans un champ en
+désignant du doigt classique des héros l'endroit où il y a le plus de
+fumée.</p>
+
+<p>C'est une vignette coloriée assez habilement et dont le dessin dénote
+une main plus exercée à exécuter sur bois de petites man&oelig;uvres
+militaires qu'à les peindre.</p>
+
+<p>M. Édouard-Alphonse Aufray a trois tableaux, dit le catalogue, mais je
+n'en ai trouvé qu'un, <i>Choc de cavaliers</i>. On dirait que c'est la
+<i>Bataille des Cimbres</i>, qui a donné aux Refusés son portrait en
+miniature (son portrait, pas tout à fait cependant); mais il y a tant
+d'enthousiasme pour cette <i>Bataille</i>, dans ce <i>choc</i>, qu'on voit bien
+que <i>les cavaliers</i> de M. Aufray se souviennent <i>des Cimbres</i> de
+Decamps. Ils se battent presque aussi furieusement.</p>
+
+<p>Les deux autres tableaux de M. Aufray, désignés dans le livret:
+<i>Crépuscule</i> et <i>Lever de lune</i>, semblent être réunis dans <i>le Choc des
+cavaliers</i> pour ne former à eux trois qu'une trinit&eacute;. En effet, c'est
+par un <i>crépuscule</i> et par un <i>lever de lune</i> que se <i>choquent les
+cavaliers</i>.</p>
+
+<p>Le <i>Cavalier polonais</i>, de M. Guillaume Regamey, est plus triste et
+moins anim&eacute;. Il songe à sa patrie et attend. Son cheval aussi est là qui
+attend. Malgré le soin et le patriotisme, ce tableau, qui a des
+qualités, n'est pas d'une belle couleur. On pourrait croire, du reste,
+qu'il a été exposé malgré son auteur, car il n'est pas indiqué dans le
+catalogue.</p>
+
+<p><i>Les Dernières moments du général Hoche</i> n'ont pas fait faire un bel
+ouvrage à M. E. Courtois; mais je crois que la médiocrité de ce tableau
+tient plus au genre,&mdash;genre ou art militaire,&mdash;qu'au talent modéré du
+peintre.</p>
+
+<p>On peut s'affermir dans cette opinion, en examinant avec
+attention,&mdash;rude travail,&mdash;tous les tableaux de bataille, de revue ou de
+guerriers, qui sont aux deux Expositions; les uns sont plus médiocres,
+les autres plus mauvais.</p>
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="IX" id="IX"></a>IX</h2>
+
+<h3>SOMMAIRE</h3>
+
+<div class="blockquot"><p>Malice du Jury.&mdash;Elle est noire, mais cousue de gros fil
+ blanc.&mdash;&laquo;Mon impartialité bien connue....&raquo;&mdash;Prenons le chemin de
+ fer de Castelnau.&mdash;Nous arrivons aux Tuileries.&mdash;Réhabilitation
+ d'un condamn&eacute;.&mdash;Encore une victime.&mdash;Une tragédie de MM. Ponsard et
+ Latour de Saint-Ybars.&mdash;Ta vie, en cinq points secs!&mdash;Une fable vue
+ au microscope.&mdash;Quelle tête!&mdash;On met à Shakespeare la perruque à
+ marteau de Ducis ou celle des lions de l'Institut.&mdash;Henri IV est
+ mort!&mdash;Hoche pacifie la Vendée.&mdash;Les comestibles vont dévorer le
+ cuisinier.&mdash;Le duc d'Orléans au bal masqu&eacute;.&mdash;Le petit dieu
+ malin.&mdash;1852 et 1815.&mdash;Les suspects au bal des victimes.&mdash;De bien
+ douces larmes.&mdash;Pauvre petite!&mdash;Elle aime Polichinelle.&mdash;Si
+ jeune!...&mdash;Tableau selon saint Jean.&mdash;&laquo;J'ai, Jean-Marc Mathieu,
+ huissier au tribunal, etc....&raquo;&mdash;Décidément, c'est une langue!...
+ mais pas fran&ccedil;aise.&mdash;Vente par autorité de justice.&mdash;Autre tableau
+ religieux selon saint Marc.</p></div>
+
+<hr style='width: 45%;' />
+
+<p>Parmi les tableaux que le jury a été enchanté de voir exposés dans la
+salle des Refusés, parce que ces tableaux-là ressemblent aux primitifs
+joujoux en bois dont les enfants ne veulent plus, et qu'ils font éclater
+la raison du jury dans toute sa splendeur, parmi ces tableaux il faut
+citer un paysage de M. Castelnau, qui n'a pas eu, comme son ma&icirc;tre M.
+Brivet, l'&eacute;nergie de s'exposer en plein catalogue.</p>
+
+<p>Moi, qui ai la résolution d'être d'une complète franchise, je cite
+également les choses marquantes en bien ou en mal. Je voudrais pouvoir
+parler de tout, mais j'ai des limites.<a name="FNanchor_1_1" id="FNanchor_1_1"></a><a href="#Footnote_1_1" class="fnanchor">[1]</a></p>
+
+<p>D'ailleurs, il y a mauvais et mauvais: le mauvais amusant et le mauvais
+ennuyeux.</p>
+
+<p>C'est à ce mauvais-là qu'appartiennent les imitateurs ou plut&ocirc;t les
+victimes de MM. Brascassat, Flandrin, Gér&ocirc;me, Muller, etc.</p>
+
+<p>Mais c'est dans le mauvais amusant qu'il faut classer le paysage
+enfantin de M. Castelnau. Il y a un petit chemin de fer avec locomotive,
+un petit pont, des petites maisons en bois, des petits arbres en zinc
+et des petits chevaux-Brivet.</p>
+
+<p>Cela fait doucement sourire; cela rappelle l'enfance; on croit qu'on
+vient soi-même de mettre en rang tous ces jouets.</p>
+
+<p>Un autre paysage qui voulait être sérieux, mais qui a l'air d'un décor
+du th&eacute;&acirc;tre des marionnettes aux Tuileries, c'est l'<i>Entrée de
+Thérouanne</i>, par M. Delalleau.</p>
+
+<p>M. Désiré Philippe a été re&ccedil;u pendant 15 ans. La commission d'examen a
+trouvé que c'&eacute;tait assez.&mdash;Cependant ce n'est pas assez.</p>
+
+<p>Il fallait que les portraits envoyés par M. Philippe fussent en
+décadence; or, ils sont exactement ce qu'ils étaient,&mdash;d'une valeur qui
+n'a pas boug&eacute;.</p>
+
+<p>Le premier portrait, celui de M. Charles Vincent, est très-ressemblant;
+le second, celui d'un collégien, doit-être encore plus ressemblant: cela
+se devine.</p>
+
+<p>Dans son tableau, une, <i>Famille de Tritons</i>, M. Athon Donner est une
+victime de M. Millet.</p>
+
+<p>M. Doneaud n'est pas dépourvu des qualités qui causent l'&eacute;tonnement. Il
+a fait une véritable <i>Jézabel morte</i> qui indique qu'un membre de
+l'Institut avait d'abord dirigé ses études vers la tragédie, à la
+manière de MM. Ronsard et Latour.</p>
+
+<p>Cette Jézabel est d'un mauvais&mdash;mais de ce mauvais déplaisant dont je
+parlais tout à l'heure.</p>
+
+<p>Eh bien!&mdash;voilà d'où vient l'&eacute;tonnement,&mdash;M. Doneaud a exposé un autre
+tableau qui est bien fait, c'est: <i>Suite de jeu</i>. L'intention
+philosophique y est peut-être trop indiquée: des cartes, de l'or, une
+dague et du sang!</p>
+
+<p>Voilà le tableau!</p>
+
+<p>La plus gigantesque des &oelig;uvres refusées c'est le <i>Berger et la
+mer</i>,&mdash;<i>fable</i>!&mdash;par M. Doyen.</p>
+
+<p>Ce berger est plus grand que la mer qu'il contemple.</p>
+
+<p>Son genou est un immense rocher.&mdash;Et M. Doyen appelle cela une fable!</p>
+
+<p>M. Duckett, <i>suspect</i>, a fait un affreux portrait qui doit être celui de
+M. Brascassat.</p>
+
+<p>M. Hippolyte Dubois à traduit Shakespeare à la fa&ccedil;on de Ducis.</p>
+
+<p>Figurez-vous une <i>Titania</i>, le <i>Songe d'une nuit d'&eacute;t&eacute;</i>, faits par un
+prix de Rome, sans doute, élève de M. Gleyre&mdash;Gleyre obscur,&mdash;dirait le
+<i>Tintamarre</i>.</p>
+
+<p>Obéron ne s'y tromperait pas et n'irait certes pas verser le suc des
+fleurs sur les paupières de cette Titania-là.</p>
+
+<p><i>Les Funérailles du géneral Marceau</i>. <i>L'armée autrichienne lui rend les
+honneurs militaires de concert avec les Fran&ccedil;ais</i>.</p>
+
+<p>Nous ne ferons pas pour ce tableau de M. Dupray comme les Autrichiens et
+les Fran&ccedil;ais pour Marceau: nous ne lui rendrons pas même les honneurs
+militaires (Voir ce que nous avons dit du tableau, la <i>Mort du général
+Hoche)</i>.</p>
+
+<p>M. Delord a fait un joli Persan&mdash;en bois.</p>
+
+<p>Des légumes et des comestibles énormes sur le premier plan.&mdash;Au fond,
+sur le cinquantième plan, à quelques lieues on aper&ccedil;oit dans une cuisine
+un petit cuisinier lilliputien apprêtant ses fourneaux pour faire cuire
+ces gros légumes qui pourraient bien le manger ou l'engloutir lui-même.</p>
+
+<p>Tel est le tableau assez plaisant de M. Fanchon.</p>
+
+<p>On dirait en voyant le portrait de M. Horace Vernet par M. Ficatie, que
+ce peintre a voulu faire le portrait du duc d'Orléans.</p>
+
+<p>Cette peinture est encore du genre primitif et amusant dans lequel se
+sont essayés avec tant de succès MM. Brivet, Castelnau, Delord, etc.</p>
+
+<p>J'aurais voulu citer l'auteur d'un <i>Franc-ma&ccedil;on</i> éclatant et celui de la
+<i>Naissance d'un Poulain-Brivet</i>; mais je n'ai pu découvrir leurs noms.</p>
+
+<p>C'est dans cette série de peintres qu'il faut classer M. Hudei, auteur
+d'un <i>Mendiant suspect</i>, allégorie fine: ce mendiant, c'est l'amour....
+Ah!&mdash;que dirait M. Hamon?</p>
+
+<p>M. Mallet, auteur du 24 <i>septembre</i> 1852 <i>à Viviers d'Ardèche</i>; M.
+Regnier, qui a fait le <i>Retour aux Tuileries</i>, 20 <i>mars</i> 1815, et M.
+Rocques, peintre sur fa&iuml;ence, doivent être nomenclatures dans cette même
+classe.</p>
+
+<p>A ces diverses classifications de peintres, les <i>Suspects</i>, les
+<i>Philosophes</i>, les <i>Victimes</i>&mdash;victimes nombreuses, hélas! de MM.
+Signol, Pujol, Gleyre, Flandrin, Hamon, Brascassat, Yvon, etc.,&mdash;les
+<i>Primitifs</i> ou <i>Antédiluviens</i>, les <i>Poltrons</i>, les <i>Montagnards</i>, etc.,
+etc., il faut ajouter les <i>Tristes</i>.</p>
+
+<p>M. Guillaume Regamey, qui a fait le <i>Cavalier polonais</i> dont j'ai parl&eacute;,
+est de cette série.</p>
+
+<p>Il faut y placer également un peintre modeste, caché comme une violette,
+qui a fait une petite pauvresse plantée devant une boutique pleine de
+polichinelles et de poupées. On devine dans la main qui se tortille une
+envie démesurée de posséder, de toucher les joujoux. C'est une de ces
+peintures attendrissantes qui réussissent toujours en public. Le peintre
+l'a prise sur nature et a eu le bon goût de ne donner à ce sujet que la
+proportion convenable.</p>
+
+<p>M. Fourau, non moins élégiaque, a mis dans un cadre de chêne ou de sapin
+une petite fille encore vivante, mais qui a l'air de bien souffrir.</p>
+
+<p>M. Claude Maugey a exposé deux tableaux: le <i>Christ abandonn&eacute;</i> et un
+<i>Coin d'atelier</i>. Le cadavre du crucifié est bien abandonné en
+effet.&mdash;Il est étendu sur le sol dans un désert. M. Maugey a rendu
+hardiment et même originalement l'abandon immense, plus grand que la
+solitude.</p>
+
+<p>Ce tableau, bien con&ccedil;u et bien rendu, avait été command&eacute;, m'a-t-on dit,
+par un célèbre et noble amateur qui n'en a pas voulu, le jury l'ayant
+refus&eacute;!</p>
+
+<p>Il y a encore des gens qui croient au jury!</p>
+
+<p>Dans tous les cas, ce n'&eacute;tait pas une raison.</p>
+
+<p>Le noble amateur n'&eacute;tant pas le jury, n'avait pas le droit de refuser.</p>
+
+<p>Le <i>Coin d'atelier</i> est une simple petite toile qui montre des pinceaux,
+une palette, des couleurs et un <i>protêt</i>. Triste, triste,&mdash;comme dit
+Hamlet,&mdash;triste allusion à la vie des peintres qui ne vendent pas leurs
+tableaux vingt mille francs, car alors ils ne les vendent pas du tout.
+Il n'y a pas de milieu.</p>
+
+<p>La peinture rapporte des millions ou rien. C'est affaire de chance comme
+en tout art.</p>
+
+<p>Je ne sais si M. Maugey a voulu agiter ces hautes questions, et s'il
+croit, comme M. Millet, que la peinture est une langue, mais
+heureusement il n'en a pas l'air. Il conviendrait d'ailleurs avec moi
+que ces petites vessies et ce papier timbré n'ont pas une grande
+importance, ni une éloquence victorieuse et tranchant la discussion.</p>
+
+<p>Pour couper court à toute réplique, au lieu de cette douce plainte, il
+aurait fallu, alors, représenter dans un grand tableau les huissiers
+noirs emportant tout et le peintre rouge pleurant aux pieds du jaune
+propriétaire impitoyable.</p>
+
+<p>Voilà qui aurait corroboré l'apophthegme de M. Millet.</p>
+
+<p>J'admets le tableau religieux de M. Maugey, le <i>Christ abandonn&eacute;</i>, mais
+je n'admets pas le <i>Christ mort</i>, de M. Zipelius. Celui-là est
+déplorable; il a l'air d'avoir concouru pour le prix de Rome.</p>
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="X" id="X"></a>X</h2>
+
+<h3>SOMMAIRE</h3>
+
+<div class="blockquot"><p>Orage.&mdash;Dispersion des insectes.&mdash;Nouvelle liste d'exécutés.&mdash;On
+ manque de tombereaux.&mdash;Le Jury a encore deux peintres tués sous lui
+ qui se portent bien.&mdash;Dernière fournée de victimes
+ innocentes.&mdash;Gentillesses à l'aquarelle et au pastel.&mdash;Traduction
+ libre de: <i>La garde meurt</i>..., etc.&mdash;Éloge des
+ aqua-fortistes.&mdash;Adresse de M. Cadart: rue Richelieu, 66
+ (réclame).&mdash;La bataille de Waterloo recommence.&mdash;La
+ sculpture.&mdash;Tout prouve que j'ai raison.&mdash;Otons nos paletots.&mdash;Un
+ nouveau suspect qui a du talent.&mdash;Moisson de
+ statuaires.&mdash;Conclusion.</p></div>
+
+<hr style='width: 45%;' />
+
+<p>Tout d'un coup le ciel s'obscurcit, un torrent de paysagistes nous
+inonde. C'est comme une invasion de sauterelles en Afrique; il faudrait
+du canon pour les disperser.</p>
+
+<p>Cependant presque tous ces paysagistes ont du talent. C'est ce qui les a
+fait refuser.</p>
+
+<p>Citons les plus dignes et leurs tableaux.</p>
+
+<p>M. Berne-Bellecour, <i>Pl&acirc;treries</i>, <i>près Fontainebleau</i>.</p>
+
+<p>M. Besnus, <i>Bestiaux au p&acirc;turage</i>.</p>
+
+<p>M. Auguste Bouchet, auteur d'un superbe <i>Chemin creux dans la forêt de
+Montmorency</i>.</p>
+
+<p>M. Berthelon, <i>Paysage</i> (non inscrit dans le catalogue).</p>
+
+<p>M. Chauvel, <i>Dans la Gorge aux Loups</i>, <i>Fontainebleau</i>.</p>
+
+<p>M. Louis Cordier (non inscrit), une <i>Rue de village</i> très-bien peinte.</p>
+
+<p>M. Dutilleux, <i>Étude en forêt</i> et <i>Effet du soir</i>.</p>
+
+<p>M. Fontaine (encore un suspect non inscrit!), <i>Paysage</i>.</p>
+
+<p>M. Eugène Lambert, <i>Vue prise en aval du l'Ile de Veaux</i>.</p>
+
+<p>M. La&icirc;né (suspect), <i>Paysage</i>.</p>
+
+<p>M. Lansyer, <i>un Poste au bord de la mer</i>.</p>
+
+<p>M. Lemariée, <i>Vieilles tanneries à Montargis</i>.</p>
+
+<p>MM. Lalanne et Larochenoire, introuvables dans le catalogue, auteurs, M.
+Lalanne qui avait toujours été re&ccedil;u, de <i>Ruines dans un paysage</i>, et M.
+Larochenoire, de <i>Chevaux au p&acirc;turage</i>.</p>
+
+<p>M. Célestin Leroux, dont j'ai remarqué les trois <i>Sites de
+Landebaudière</i>.</p>
+
+<p>M. Edouard Lobjoy, qui a fait une très-belle <i>Vue de l'Église
+San-Tommaso</i>, <i>à Gênes</i>.</p>
+
+<p>M. Longueville,&mdash;qui figure à l'exposition ordinaire,&mdash;<i>Joinville à
+Nogent</i>.</p>
+
+<p>M. Marois (non inscrit), <i>Paysage</i>.</p>
+
+<p>M. Michelin, <i>Vallée d'Hyères</i>.</p>
+
+<p>M. Morel-Lamy, <i>Bords de la Marne</i> et <i>Promenade près le canal</i>, pastel.</p>
+
+<p>M. Masure (non inscrit), <i>Marine</i>.</p>
+
+<p>M. Perret (Fran&ccedil;ois), <i>les Bords de l'Oise</i>.</p>
+
+<p>M. Petit (non inscrit), <i>Paysages</i>.</p>
+
+<p>M. Pissaro, <i>Paysage</i>.</p>
+
+<p>M. Lavery (non inscrit), <i>Paysage</i>.</p>
+
+<p>M. G. de Serres, <i>Crépuscule</i>.</p>
+
+<p>M. Sutter (David), <i>Paysages de Fontainebleau</i>.</p>
+
+<p>M. Vollon, <i>Paysage</i> (Charenton).</p>
+
+<p>M. Valnay (non inscrit), <i>Paysages</i>.</p>
+
+<p>M. Wagrez&mdash;admis à l'Exposition et mentionn&eacute;,&mdash;<i>la Forêt par la neige</i>.</p>
+
+<p>J'en passe et d'aussi bons.</p>
+
+<p>Tous ces paysages sont bien.&mdash;Pas un ne ressort absolument. C'est du
+talent ordinaire, mais c'est du talent.&mdash;On n'a pas le droit de
+repousser le talent, même quand on n'en a pas. Plusieurs des auteurs de
+ces tableaux sont à la fois admis et refusés et figurent aux deux
+expositions. Presque tous ont deux ou trois peintures à la
+Contre-Exposition; je n'ai cité que les meilleures.</p>
+
+<p>Deux autres peintres très-connus, MM. Jongkind et Eugène Lavielle, qui,
+lui, ne s'est pas fait inscrire dans le catalogue, ont eu de charmants
+paysages renversés, mais non tués,&mdash;au contraire,&mdash;sous le jury.</p>
+
+<p>Quelques affreuses choses, <i>le Portrait de M. F.</i>, par M. Tichit; <i>la
+Femme adultère</i>, par M. Hébert; <i>la Fête romaine sous Pompée</i>, par M.
+Navlet; un hideux fouillis sur fa&iuml;ence par M. Rocques, qui ne s'est pas
+assez cach&eacute;, et <i>le Portrait de M. Dambry</i>, <i>inventeur de la capsule
+dite tire-feu</i>,&mdash;(remarquez l'invention, je vous prie),&mdash;sont les
+dernières peintures qui m'aient arrêté à cause de leur tristesse ou de
+leur comique involontaire.</p>
+
+<p>Madame Pauline Viancin, dont le nom manque dans le catalogue, a fait un
+très-joli portrait au pastel.</p>
+
+<p>M. Tournayre est auteur d'un beau paysage au fusain. Un dessin de M.
+Saint-Fran&ccedil;ois, <i>la Fièvre</i>, est des plus remarquables: un cadavre en
+délire se relève dans ses draps sur un grabat; ses crispations, sa
+maigreur en sueur, les effets d'ombre et de lumière sont arrachés à la
+nature fantastique. C'est admirable.</p>
+
+<p><i>La Promenade près le canal</i>, pastel, par M. Morel-Lamy, et une <i>Plage</i>,
+aquarelle, par M. Laurens, tous deux déjà nommés; <i>le Naufrage de la
+Méduse</i>, d'après Géricault, fusain par M. Eustache (non inscrit); des
+fleurs et des fruits au pastel sont à citer.</p>
+
+<p>M. Frédérick Junker, qui n'est pas sans habilet&eacute;, a voulu faire de
+l'esprit. Il a représenté le livre des <i>Misérables</i> ouvert à la page où
+Cambronne répond si énergiquement aux Anglais qui le somment de se
+rendre. Un morceau de sucre brûle sur une pelle pour &ocirc;ter l'odeur et
+mieux faire sentir l'intention du dessinateur, qui a appelé cette
+mauvaise plaisanterie: <i>le Dernier mot du réalisme</i>.</p>
+
+
+<h3>GRAVURE</h3>
+
+<p>M. Bracquemond, un des meilleurs aqua-fortistes, un des artistes qui se
+sont le plus distingués dans la magnifique galerie de M. Cadart, a
+laissé au salon des Refusés un superbe <i>portrait d'Érasme</i>, <i>d'après
+Holbein</i>, <i>eau-forte commandée par le ministère d'État</i>, et un <i>Tournoi,
+d'après Rubens</i>, <i>gravure commandée par l'administration des Musées pour
+la calcographie</i>.</p>
+
+<p>Il para&icirc;t que le jury n'est pas d'accord avec cette administration, ni
+avec le ministère d'État.</p>
+
+<p>M. Léopold Desbrosses a une belle eau-forte: <i>Waterloo</i>; <i>&eacute;pisode du
+chemin creux d'Ohain.</i></p>
+
+<p>&laquo;L'instant fut épouvantable. Le ravin était là, inattendu, béant, à pic
+sous les pieds des chevaux, profond de deux toises entre son double
+talus. Le second rang y poussa le premier et le troisième y poussa le
+second; les chevaux se dressaient, se rejetaient en arrière, tombaient
+sur la croupe, glissaient les quatre pieds en l'air, pilant et
+bouleversant les cavaliers..., et quand cette fosse fut pleine d'hommes
+vivants, on marcha dessus, et le reste passa.&raquo;</p>
+
+<p>Ces lignes expressives ont été comprises et rendues par M. Desbrosses.</p>
+
+<p>Il faut encore signaler les gravures espagnoles de M. Manet: <i>le Martyre
+de Saint-Barthelemy</i>, <i>d'après Ribeira</i>, par M. Masson; <i>une Tête</i>,
+<i>d'après Jean Bellin</i>, par M. Balleroy, Refusé craintif dont le
+catalogue ne parle pas; enfin <i>les Folles de la Salpétrière</i> qui
+représentent <i>une Sortie de s&oelig;urs de charit&eacute;</i>; <i>les Bords de l'Oise</i>,
+d'après Daubigny&mdash;(on voit une grange),&mdash;et divers croquis par M. Amand
+Gautier.</p>
+
+
+<h3>SCULPTURE</h3>
+
+<p>Mon opinion est que la sculpture est en déroute. Cela s'explique parce
+qu'il faut être savant pour être sculpteur, et que pour un art manuel,
+on rechigne à se bourrer d'&eacute;tudes littéraires et scientifiques. La
+statuaire ne doit représenter que la beauté pure, correcte et nue,
+froide et sans défaut comme la matière qu'elle emploie.&mdash;La statuaire,
+c'est la mythologie, c'est l'antiquit&eacute;. Malgré les vigoureuses &oelig;uvres
+d'un des derniers sculpteurs de génie que nous ayons eu, Rude, je trouve
+absolument contraire à la statuaire, nos paletots, les habits de nos
+généraux et leurs chapeaux. Les riches et m&acirc;les costumes des guerriers
+de Louis XIII et de Louis XIV même luttent mal en marbre avec les
+draperies et surtout avec la nudité pa&iuml;enne.</p>
+
+<p>Le réalisme ne peut pas être aussi heureux en statuaire qu'en peinture.
+Il fait trop d'efforts, d'efforts inutiles.</p>
+
+<p>Une des plus hardies statues dans toute l'Exposition, est celle de
+<i>l'Ignorance</i> qu'on a refusée. Je n'ai pu découvrir le nom de l'auteur.</p>
+
+<p>Un nègre herculéen est rivé à la glèbe. Sans même essayer de tout briser
+en détendant ses gros muscles, il s'allonge à terre en beuglant comme un
+animal qui hume l'air. La stupidité puissante, énorme, musculaire est
+parfaitement exprimée, et il y a une grande vigueur dans l'exécution.</p>
+
+<p><i>La Panthère de Java guettant des petits lapins</i>, par M. Delabrière, est
+un joli pl&acirc;tre.</p>
+
+<p>M. Leclerc a un médaillon à l'Exposition des Re&ccedil;us et un buste bien
+ébauché à celle des Refusés.</p>
+
+<p>Le <i>buste de M. J.-S. de G.</i>, par M. Matabon, est très-soign&eacute;; il n'a
+rien d'audacieux, il ressemble au roi Victor-Emmanuel, il est convenable
+de tous les c&ocirc;tés. Quoi ou qui diantre à pu le faire refuser?</p>
+
+<p>M. Auguste-Flavien Poitevin, fils de l'auteur du <i>Vengeur</i>, avait envoyé
+au Jury un <i>modèle en pl&acirc;tre d'un Christ</i>.&mdash;Pas une raison de refus ne
+peut se découvrir.&mdash;M. Poitevin fils a re&ccedil;u et re&ccedil;oit encore de son père
+les meilleures le&ccedil;ons de sculpture. Il en a donné la preuve en son
+Christ. On sent dans l'exécution une jeunesse qui n'exclut ni l'habileté
+ni la fermet&eacute;.</p>
+
+<p>Le <i>Naufrag&eacute;</i>, par M. Pètre; <i>Diderot</i>, par M. Leb&oelig;uf; des bustes, par
+MM. Durst, Virey et Alfred Michel, <i>une Tête de cuirassier</i>, sans nom
+d'auteur; <i>la Famille Cabasson</i>, très-spirituelle scène de saltimbanques
+qui font leur <i>boniment</i>, terre-cuite, par M. Eugène Decan, auraient on
+ne peut mieux figuré au milieu des &oelig;uvres de sculpture admises.</p>
+
+
+<h3>CONCLUSION</h3>
+
+<p>J'ai terminé la revue des peintres, sculpteurs, graveurs et dessinateurs
+Refusés contre tout droit et toute justice. Je ne crois avoir omis rien
+d'important.&mdash;Je n'ai pas voulu ne parler que des &oelig;uvres dont
+l'exécution ordinaire, mais complètement satisfaisante, sautait aux yeux
+de tout le monde. J'ai cité hautement les peintures trop rares où la
+hardiesse et l'originalité se laissent entrevoir. J'ai signalé et classé
+les mauvais tableaux, les croûtes et leurs auteurs, et je n'ai pas cessé
+de prendre, le plus franchement du monde, la défense des peintres,&mdash;tout
+en leur disant ce que je crois être leurs vérités,&mdash;contre la niaiserie
+du public et des critiques d'art, et contre l'arbitraire du jury.</p>
+
+<p>Je répète qu'il est honteux et absurde d'avoir rejeté les tableaux de
+MM. Whistler, Colin, Chintreuil, Gautier, Briguiboul, Pinkras, Pipard et
+autres que j'ai déjà plusieurs fois nommés. La surabondance des beaux
+paysages et des nature-morte, dignes de ma&icirc;tres, révolte aussi contre
+leur rejet.</p>
+
+<p>Ces refus sont une condamnation à mort du jury. Tous les vrais artistes
+demandent l'exposition libre et la suppression de toute espèce de
+censure ou de commission d'examen.&mdash;Ils l'auront,&mdash;<i>nous l'aurons</i>!</p>
+
+<p>Nous avons encore bien des reproches à faire au jury. Pour se donner des
+airs de raison, n'avait-il pas, l'espiègle! poussé la malignité jusqu'à
+donner les places les plus en vue et les meilleures aux plus
+détestables, risibles et primitives peintures que les gar&ccedil;ons
+d'administration et de bureau auraient refusées aussi, mais moins
+sérieusement, moins solennellement que l'Institut.</p>
+
+<p>Un fait encore grave, c'est que les refuseurs appliquent maintenant, au
+lieu d'une simple marque à la craie, un R. ineffa&ccedil;able sur la toile même
+des tableaux qui ne leur plaisent pas. De sorte que les peintres sont
+obligés de faire rentoiler leurs &oelig;uvres à grands frais pour pouvoir les
+vendre aux amateurs et bourgeois que le stigmate effraye et qui croient
+au jury. Je ne suis pas trop sensible et je ne m'attendris pas
+facilement sur le sort des <i>pauvres artistes</i>, mais c'est outre-passer
+le droit que de les marquer.</p>
+
+<p>M. le maréchal Vaillant a dit dans son discours officiel, le jour de la
+distribution des prix aux peintres, que les artistes n'avaient
+assurément pas à se plaindre de <i>ce siècle</i>: j'affirme alors qu'ils
+n'ont jamais eu à se plaindre, car, certes, si l'on veut se donner la
+peine d'aller les prendre au g&icirc;te ou de les regarder dans leurs
+terriers, on ne les trouvera pas très-heureux.</p>
+
+<p>Une des choses les plus révoltantes à constater, c'est, je le répète,
+l'unité de refus pour les &oelig;uvres dites réalistes.</p>
+
+<p>Que signifie la beauté de convention pour un art comme la peinture,
+dont l'esthétique consiste à représenter ce qu'on voit et ce qui est?</p>
+
+<p>Quand on veut peindre la nature, ne faut-il pas être vrai?</p>
+
+<p>Le choix, à moins d'être faux, est-il possible? N'y aurait-il pas
+discordance, outre absurdit&eacute;, à ne montrer que de jolies choses?</p>
+
+<p>J'ai publi&eacute;, il y a six ou sept ans, dans le journal <i>l'Artiste</i>, un
+article sur cette vieille question. Je n'ai pas changé d'opinion et je
+crois devoir, pour finir, le reproduire tel que je l'ai fait:</p>
+
+<p>Cet article n'est ni la défense d'un client, ni le plaidoyer pour un
+individu, c'est un manifeste, une profession de foi; il commence comme
+une grammaire, comme un cours de mathématiques, par une définition:</p>
+
+<p>Le réalisme est la peinture vraie des objets.</p>
+
+<p>Il n'y a pas de peinture vraie sans couleur, sans esprit, sans vie ou
+animation, sans physionomie ou sentiment. Il serait donc vulgaire
+d'appliquer la définition qui précède à un art mécanique:</p>
+
+<p>L'esprit ne se peint que par l'esprit, d'où il suit qu'il serait
+impossible à beaucoup de gens de lettres de faire le portrait d'un homme
+spirituel.</p>
+
+<p>(Peut-être quelques lecteurs intelligents trouveront-ils inutile de
+défendre un art dont la base est la vérit&eacute;, et qui acclame toutes les
+manifestations de l'esprit humain,&mdash;qu'elles viennent de l'imagination
+ou de la mémoire, de la réflexion ou de l'observation,&mdash;à la condition
+qu'elles soient sincères et individuelles. Cependant il faut bien
+défendre, puisqu'on attaque.)</p>
+
+<p>Le paysagiste qui ne sait pas remplir d'air son tableau, et qui n'a la
+force que de rendre exactement la couleur, n'est non seulement pas un
+peintre réaliste, mais même pas un peintre; car la vie d'un paysage,
+c'est l'air.</p>
+
+<p>L'&eacute;crivain qui ne sait dépeindre les hommes et les choses qu'à l'aide de
+traits convenus et connus, n'est pas un écrivain réaliste; il n'est pas
+un écrivain du tout.</p>
+
+<p>Le mot réaliste n'a été employé que pour distinguer l'artiste qui est
+sincère et clairvoyant d'avec l'être qui s'obstine, de bonne ou de
+mauvaise foi, à regarder les choses à travers les verres de couleur.</p>
+
+<p>Comme le mot vérité met tout le monde d'accord et que tout le monde aime
+ce mot, même les menteurs, il faut bien admettre que le réalisme, sans
+être l'apologie du laid et du mal, a le droit de représenter ce qui
+existe et ce qu'on voit.</p>
+
+<p>Or, Vénus est rare, et il y a longtemps que les nymphes diaphanes et les
+dieux aux arcs d'argent ont fui avec nos bois et notre ciel, et se sont
+réfugiés dans de certains volumes et tableaux.</p>
+
+<p>On ne conteste à personne le droit d'aimer ce qui est faux, ridicule ou
+déteint, et de l'appeler idéal et poésie; mais il est permis de
+contester que cette mythologie soit notre monde, dans lequel il serait
+peut-être temps de faire un tour.</p>
+
+<p>D'ailleurs, on abuse de la poésie. On la met à toute sauce, et ce n'est
+pas le cas de dire que la sauce fait le poisson.</p>
+
+<p>La poésie pousse comme l'herbe entre les pavés de Paris. Elle est rare,
+et quand il s'en trouve un brin, les pieds-plats l'ont bien vite
+écrasée. Laissons la poésie tranquille! Chaque époque, chaque être a la
+sienne, et cependant il n'y en a qu'une. Arrangez-vous. Quant à moi, je
+crois que cette poésie, que chacun pense avoir dans sa poche, se trouve
+aussi bien dans le laid que dans le beau, dans le fantastique que dans
+le réel, pourvu que la pensée soit na&iuml;ve et convaincue, et que la forme
+soit sincère. Le laid ou le beau est l'affaire du peintre ou du poète:
+c'est à lui de choisir et de décider; mais à coup sûr la poésie, comme
+le réalisme, ne peut se rencontrer que dans ce qui existe, dans ce qui
+se voit, se sent, s'entend, se rêve, à la condition de ne pas faire
+semblant de rêver. Il est singulier, a ce propos qu'on se soit
+spécialement suspendu aux pans de l'habit du réalisme, comme s'il avait
+inventé la peinture du laid. Je voudrais bien que l'on m'indiqu&acirc;t le
+poète ou le peintre dont l'&oelig;uvre ne renferme pas quelques monstres et
+beaucoup d'horreurs? Est-ce Shakespeare ou Rembrandt? Rapha&euml;l même ou
+Homère? Perse ou Rubens? Véronèse ou Rabelais? La plupart des
+difformités invraisemblables, des énormités hideuses, tout ce qui est
+matière à dégoût, horreur et épouvante, a été inventé ou dépeint par les
+grands artistes du pass&eacute;.</p>
+
+<p>Racine lui-même se compla&icirc;t dans la peinture des vilaines passions et
+des monstres odieux que vomit la plaine liquide, il est moins
+pardonnable à Albert Durer de nous avoir montré les faces atroces des
+Israélites diluviens, qu'aux peintres actuels de nous faire voir des
+nudités du jour, certainement moins affreuses que celles qu'on rencontre
+en général, et qui, d'ailleurs, à aucun litre ne justifieraient le
+reproche de peinture du laid, puisqu'elles s'&eacute;panouissent dans la belle
+nature, sous des verdures pleines de couleurs et de frissons. Ne
+faudrait-il pas, pour satisfaire le goût des prétendus amateurs du beau,
+mettre les scellés sur les m&oelig;urs qui ne sont pas pures et les nez qui
+ne sont pas ioniens? Qu'ils prennent une glace, et qu'ils ne sortent
+plus de chez eux, alors.</p>
+
+<p>L'antiquité surtout, la Mythologie, qui est beaucoup plus vraie qu'on ne
+le pense, regorgent d'abominations. Les types les plus repoussants,
+peints ou imprimés, se trouvent dans les bibliothèques et dans les
+musées; il n'y a point de critiques qui s'en effarouchent. Que les
+réalistes jouissent de la même libert&eacute;! Si les gens en paletot qui
+passent devant nos yeux ne sont pas beaux, tant pis! Ce n'est pas une
+raison pour mettre une redingote à Narcisse ou à Apollon. Je réclame le
+droit qu'ont les miroirs, pour la peinture comme pour la littérature.
+Les aventures d'à-présent ne sont pas moins étonnantes, réjouissantes et
+invraisemblables que celles des temps passés. Il y a même beaucoup de
+bourgeois dont l'existence n'excitera pas moins la curiosit&eacute;, dans
+quelques siècles, que celles de Mercure et de Jupin. Les figures que
+nous rencontrons sont aussi grotesques que bien des têtes conservées par
+l'art grec, et la bourse de Paris ressemble au Parthénon.</p>
+
+<p>Tout cela devrait engager les amateurs, membres de l'Institut et
+conservateurs, à sortir un instant de Claros et de Trézène, à descendre
+de l'Olympe et du Double-Mont, où les confine depuis si longtemps
+l'amour du beau.</p>
+
+<p>D'autres s'obstinent non moins utilement à se promener dans les longues
+allées des parcs de Vatteau. Les marronniers de ces messieurs sont encore
+en fleurs au mois de novembre; il y a toujours des frou-frou de soie
+dans les bosquets&mdash;pommadés,&mdash;et les fleurs sentent la vanille et le
+patchouli; l'eau qui s'&eacute;lance au-dessus des massifs ne cesse pas d'être
+irrisée dans un air couleur d'arc-en-ciel.</p>
+
+<p>Quant aux romantiques, depuis qu'ils n'ont plus à exterminer la famille
+des Atrides, leurs moustaches d'hidalgo ressemblent absolument à celles
+des vieux de la vieille. Les plumes de leurs feutres, les rubans de
+leurs pourpoints ont déteint.</p>
+
+<p>C'est en vain qu'ils prennent les volets de Paris pour les jalousies de
+Séville et qu'ils fredonnent d'une voix chevrotante l'air de
+l'Andalouse, pas un soupir ne filtre à travers les persiennes derrière
+lesquelles ne se fait entendre nul fr&ocirc;lement de robe effarouchée
+surprise par quelque fant&ocirc;me de Bartholo. La rue de Rivoli, semblable à
+une flamberge, a traversé de part en part le vieux Paris. C'&eacute;tait là
+seulement que les romantiques pouvaient rêver au moyen &acirc;ge! Il ne leur
+reste plus que leurs dagues, vieilles ferrailles dont le cliquetis ne se
+fait entendre que dans les feuilletons de Dartagnan; mais le journal
+<a name="FNanchor_2_2" id="FNanchor_2_2"></a><a href="#Footnote_2_2" class="fnanchor">[2]</a>
+de ce héros lui-même est désert comme un estaminet où l'on a changé la
+qualité du gloria!</p>
+
+<p>Quelques jeunes enthousiastes essayent bien encore de courir les
+aventures; hélas! les sergents de ville eux-mêmes n'y prennent pas
+garde. Des gamins de Paris hurlent aux chausses des derniers
+romantiques. Mais bient&ocirc;t ces galopins gouailleurs sont essoufflés.</p>
+
+<p>Ils ont alors besoin, pour se mettre à l'abri de l'ironie et pour ne pas
+encourir la peine du talion, de produire des &oelig;uvres. L'<i>exegi
+monumentum</i> leur semble être leur loi: ils s'y soumettent et attrapent
+au vol leurs souvenirs comme des mouches. Alors ils vont voyager dans la
+plaine Saint-Denis et dans le bois de Boulogne. L'aspect de la nature
+les émeut; ils versent de douces larmes qui font pousser de grands
+chênes et des tilleuls pleins de chants d'oiseaux.</p>
+
+<p>Sous les feuillages ils aiment des figurantes amoureuses et des
+couturières dévouées qui leur font de la tisane avec la fleur de ces
+mêmes tilleuls. Quand vient l'hiver, ils ne peuvent plus s'embrasser
+sous les feuilles, car celles qui leur restent sont des feuilles de
+papier et il faut écrire dessus. Alors, semblables en cela aux
+rossignols, ils ne peuvent plus chanter.</p>
+
+<p>Le grattement perpétuel qu'ils opèrent sur leur front en fait sortir,
+non pas Minerve, mais des myriades de danseurs qui renoncent au beau
+monde pour se livrer à la littérature. Ces nouveaux venus ont toujours
+l'air de polker; la plupart d'entre eux sont riches et ce qu'on appelle
+de bons partis.</p>
+
+<p>Ils cultivent les lettres en dépit d'abord de leurs mères, qui bient&ocirc;t
+ne peuvent résister à leur gloire en style coulant et facile; alors ils
+mettent les deux pieds dans les feuilles publiques, et les bell&acirc;tres
+deviennent de petits pédants.</p>
+
+<p>Ils jugent avec des fa&ccedil;ons de beaux danseurs les livres sérieux et
+autres; à force de valser, ils deviennent influents et font cercle dans
+les foyers, les soirs de première représentation. Leur quadrille est
+organis&eacute;.</p>
+
+<p>Puis viennent les professeurs qu'on appelle ma&icirc;tres et qui font des
+cours d'art, comme si la littérature ou la peinture s'apprenait! De
+vieux journalistes conservent la causerie fran&ccedil;aise.</p>
+
+<p>Ce n'est que parmi eux que la courtoisie avec mouches sur le visages et
+paniers aux reins fait des révérences aux beaux parleurs. Ce sont les
+derniers cabotins qui aient recueilli fidèlement les traditions du
+dix-huitième siècle.</p>
+
+<p>Ils parlent de Voltaire et de Diderot et s'appliquent à prendre leurs
+manières. Ils regrettent le café Procope, et la démolition du café de la
+Régence les fait songer aux ruines de Carthage et de Pompe&iuml;, et à la
+décadence de ce pays.</p>
+
+<p>Heureusement le bec de gaz du Divan Lepelletier leur luit comme un phare
+d'espérance. C'est le dernier rayon du Permesse.</p>
+
+<p>Il y a aussi de nouveaux romantiques: ceux-là ne sont pas moins curieux.
+Ils refont une charte à l'instar de la fameuse préface de Cromwell, qui
+fait encore du bruit parmi les gens de 1830. Ils ont inventé la
+littérature industrielle, la poésie Crampton.</p>
+
+<p>Ils soutiennent que le meilleur moyen de régénérer les lettres est de
+chanter les bienfaits du gaz, de la machine à coudre, etc. De sorte que
+les inventeurs et notables commer&ccedil;ants n'auraient plus besoin de
+réclames. Les livres seraient des livrets et des guides. Pourquoi nos
+a&iuml;eux n'y ont-il pas pens&eacute;? Nous aurions de beaux poèmes épiques sur la
+chandelle et des romans ou des tableaux prodigieux sur la pomme de
+terre.</p>
+
+<p>Cependant, au milieu de tout ce monde, on découvre quelques meneurs plus
+aga&ccedil;ants ou plus riches que d'autres. Un deux, que MM. Delaville et Luce
+de Lancival (ma&icirc;tre du membre de l'Institut, Villemain) eussent appelé
+folliculaire, est réputé homme d'esprit autour des tables recouvertes de
+drap vert. Il obtient des places, porte haut la tête, et, comme Diavolo,
+il a sur les épaules un manteau de l'effet le plus beau. L'&oelig;il cherche
+parmi les plis de ce manteau un petit bout de dague.</p>
+
+<p>Il est évident qu'il ne doit son maintien fier, son attitude rejetée en
+arrière, qu'à l'opinion considérable que lui inspire sa force; si l'on
+écrivait à coups de poing, il faut croire qu'il serait un hercule.</p>
+
+<p>Ce critique demandait un jour à son feuilleton la signification de ce
+mot: Réalisme. Par malheur, son feuilleton, n'ayant pas de dictionnaire,
+ne put lui répondre, et il fut réduit à admirer un recueil de chansons
+dites populaires, dont l'auteur commence à être servi au dessert des
+grands d&icirc;ners.</p>
+
+<p>Ce jeune homme chante au piano, fait les délices des dames et exécute à
+lui tout seul, comme aux Folies-Nouvelles, de ravissantes opérettes.
+C'est un farceur de sociét&eacute;. On dit de lui:&mdash;Nous avions hier ce
+délicieux X...</p>
+
+<p>Les couplets de cet agréable être jouissent de la faveur de deux ma&icirc;tres
+de la scène. Le premier a pris son art au sérieux, et il a longtemps
+essayé de refaire à sa manière les vers de Corneille, de Racine, d'André
+Chénier, en haine du romantisme. Ses grands succès l'ont engagé à faire
+autre chose.</p>
+
+<p>Le voilà qui confectionne, dans l'attitude du Molière de la rue
+Fontaine, un brodequin à Thalie. Saint Crépin ne l'inspire pas et le
+brodequin va mal.</p>
+
+<p>Quant à l'autre auteur dramatique, la froideur du th&eacute;&acirc;tre moderne a
+échauffé sa bile.</p>
+
+<p>Il est devenu tout rouge et s'est mis à la besogne, décidé à recommencer
+la vieille gaieté gauloise.</p>
+
+<p>Cette gaieté eut sans doute réjoui nos pères. Elle me fait souvenir de
+l'esprit fran&ccedil;ais, qui, ne sachant plus où se fourrer, dans un temps où
+les loyers sont si chers, est allé se nicher dans la tête d'un jeune
+écrivain, comme disent certaines revues hebdomadaires. Ce que cet esprit
+fran&ccedil;ais fait faire de bêtises au jeune écrivain est incalculable.</p>
+
+<p>Cependant on ne saurait refuser à cet esprit fran&ccedil;ais le prix de Rome.
+La peinture réaliste a allumé sa mousqueterie; l'esprit fran&ccedil;ais crible
+malicieusement la <i>Baigneuse</i> de Courbet de grains de sel gris.</p>
+
+<p>Un autre esprit, pour n'être pas réputé absolument fran&ccedil;ais, n'est pas
+moins pétillant, car il pétille depuis 1825 et appartient à la fameuse
+éclosion de 1830.</p>
+
+<p>Il fait des <i>verss</i> comme un autre ferait... des vers. Rien ne lui
+coûte. Ce n'est pas comme au public,&mdash;car le public achète ses
+productions.&mdash;Ce merveilleux improvisateur et prestidigitateur veut
+qu'on fourre de l'esprit partout, même dans ses poches à lui; si le
+réalisme parvient à être aussi spirituel que lui, sa sanction n'est pas
+douteuse. Mais cet esprit va trop vite pour qu'on puisse le rattraper,
+il vaut mieux le laisser passer; au train dont il va, ce ne sera pas
+long, etc., etc.</p>
+
+<p>Tout ce monde ne croit qu'au passé et forme un immense carnaval. Ces
+armures, pourpoints, culottes et péplums ne vont pas aux gens d'à
+présent. Celle friperie est rouillée, fanée, trouée, rapée; tout est
+trop grand ou trop petit.</p>
+
+<p>Pourtant cette armée d'artistes, de littérateurs, peintres et critiques,
+assiste à la représentation de ce qui se fait, en germe ou en moisson,
+et parle en secouant la tête, des Grecs, des Romains, des Allemands, des
+Anglais, etc., et de l'&eacute;closion de 1830, absolument comme ces chauves
+qui, les soirs de grande solennit&eacute;, au Th&eacute;&acirc;tre-Fran&ccedil;ais, toussent les
+noms de Mole, de Monvel et de Mademoiselle Mars.</p>
+
+<p>L'art en est là. Discuté et envahi par ces fameux hommes d'esprit, ces
+délicieux causeurs, dont les &oelig;uvres intitulées: Petites nouvelles,
+Petites causeries, Revues de Paris, Coups d'&eacute;pingle, etc., réjouissent
+le provincial; ces poètes en or et argent qui disparaissent comme
+l'inf&acirc;me potichomanie; ces amoureux du joli, inventeurs du rire mouill&eacute;,
+et autres illuminant leurs phrases d'adjectifs de toutes couleurs; ces
+vieux romantiques passés comme les morts de leurs ballades; ces
+romantiques nouveaux qui ne peuvent pas passer, malgré leur locomotive;
+ces pédants et pions inoccupés qui se font juges et critiques au lieu
+d'aller se faire tuer en Crimée; ces habitués d'estaminets qui cuvent
+leur bière sur des &oelig;uvres consciencieuses; ces journalistes ignares et
+ignorants qui expriment des opinions qui ne leur appartiennent pas plus
+qu'à d'autres; ces fondateurs de revues, et jolis messieurs qui se
+servent du titre de journaliste pour en imposer aux femmes de mauvaises
+m&oelig;urs et leur appliquer le chantage de l'amour; ces amateurs enfin,
+bourgeois et beaux fils, bacheliers évadés du collège Bourbon, que la
+Faculté de droit rejette dans la Société des gens de lettres. Voilà pour
+la littérature.</p>
+
+<p>Quant à la peinture et à la statuaire, elles sont escaladées par les
+traditions et imitations, par l'Académie, par l'&eacute;tranger enfin, comme la
+musique par le tapage, les tambours et les instruments de cuivre.</p>
+
+<p>Enfin, le réalisme vient!</p>
+
+<p>C'est à travers ces broussailles, cette bataille des Cimbres, ce
+pandémonium de temples grecs, de lyres et de guimbardes, d'alhambras et
+de chênes phthisiques, de boléros, de sonnets ridicules, d'odes en or,
+de dagues, de rapières et de feuilletons rouillés, d'hamadryades au
+clair de la lune et d'attendrissements vénériens, de mariages de
+Monsieur Scribe, de caricatures spirituelles et de photographies sans
+retouche, de cannes, de faux-cols d'amateurs, de discussions et
+critiques édentées, de traditions branlantes, de coutumes crochues et
+couplets au public, que le réalisme a fait une trouée.</p>
+
+<p>Vous figurez-vous le tapage produit par tant de gens bousculés,
+culbutés, roulant les uns par dessus les autres, dégringolant de
+l'Hélicon, de la rue de Bréda, de la Chaussée-d'Antin et de toutes les
+Académies? Que d'articles, que d'imprécations, que d'odes, que de rouge,
+d'or, de bleu, de jaune, de vert et de noir ameutés sont sortis des
+cadres et des journaux!</p>
+
+<p>Et tout cela pourquoi? Parce que le réalisme dit aux gens: Nous avons
+toujours été Grecs, Latins, Anglais, Allemands, Espagnols, etc., soyons
+un peu nous, fussions-nous laids.</p>
+
+<p>N'&eacute;crivons, ne peignons que ce qui est, ou du moins ce que nous voyons,
+ce que nous savons, ce que nous avons vécu.</p>
+
+<p>N'ayons ni ma&icirc;tres, ni élèves!</p>
+
+<p>Singulière école, n'est-ce pas? que celle où il n'y a ni ma&icirc;tre ni
+élève, et dont les seuls principes sont l'indépendance, la sincérit&eacute;,
+l'individualisme!</p>
+
+<hr style='width: 45%;' />
+
+<p>A part quelques allusions du moment et quelques détails vieillis, cet
+article rend encore assez mon opinion. Les diverses écoles et écoliers
+déteints, voulant s'opposer à la transformation ou plut&ocirc;t à la
+marche&mdash;(je ne dis pas au progrès)&mdash;de l'art, à sa vie, ont encore la
+même envie, mais un peu moins criarde.</p>
+
+<p>Ce prétexte, l'amour du beau, leur est commode. Tout ce qui est faux est
+bon&mdash;pour eux.&mdash;Encore une fois, et pour la millième, je ne fais pas
+comme un peintre, je suis loin de nier l'imagination. Ce qu'un homme de
+génie rêve est sublime quand il le réalise; mais justement ce rêve,
+devenu &oelig;uvre, est sublime parce que le poète l'a vécu, parce qu'il est
+vrai. De même, un peintre qui représente ce qu'il a vu, tel qu'il l'a
+vu, s'il possède son art, est un grand peintre.</p>
+
+<p>La sensation qu'il a éprouvée donne la vie (c'est le génie) à son
+&oelig;uvre. S'il a rencontré et aimé Vénus, qu'il la fasse! Mais si une
+scène de campagne, quelque chose d'ordinaire, de l'espèce quotidienne,
+un de ces incidents humains, un de ces aspects qu'on trouve à chaque
+pas, est rendu par lui avec vérit&eacute;, ce n'est pas moins beau. Vénus, en
+art, n'est pas préférable, comme sujet, à Quasimodo.</p>
+
+<p>Depuis une quinzaine d'années que le réalisme se développe sur toute la
+ligne de l'art, en peinture surtout, il n'est pas seulement repoussé par
+les jurys, il est compris à faux et pris à rebours par des hommes de
+talent et même par des artistes qui n'y voient, comme M. Prud'homme,
+qu'un parti pris de ne représenter que des choses abjectes. J'en vais
+citer, comme exemple, le morceau suivant de M. Paul de Saint-Victor:</p>
+
+<p>&laquo;Il serait cruel de parler des tableaux de M. Courbet; l'enfance de
+l'art désarme comme l'enfance du corps.</p>
+
+<p>Comment un peintre, à qui ses adversaires les plus décidés ne pouvaient
+refuser la science matérielle de la brosse et de la palette, a-t-il pu
+produire les caricatures puériles signées de son nom?</p>
+
+<p>Comment l'habile praticien de la <i>Chasse au chevreuil</i> et du <i>Rut du
+Printemps</i>, semble-t-il, aujourd'hui, étranger aux premières notions du
+dessin et aux éléments de la perspective?</p>
+
+<p>Quoi qu'il en soit, tout en souhaitant que M. Courbet se relève, il est
+permis à ceux qui détestent les doctrines qu'il personnifie de se
+réjouir d'une chute qui donne la mesure de leur abaissement.</p>
+
+<p>Il est démontré aujourd'hui que le réalisme attaque la main, après avoir
+perverti le goût et paralysé l'imagination.</p>
+
+<p>Ce n'est pas impunément qu'on adore le laid et qu'on s'adonne aux
+trivialités; t&ocirc;t ou tard l'aberration du système entra&icirc;ne la dégradation
+du métier.</p>
+
+<p>M. Millet s'enfonce de plus en plus dans la voie où M. Courbet s'est
+perdu. L'art, pour lui, se borne à copier servilement d'ignobles
+modèles.</p>
+
+<p>M. Millet allume sa lanterne, et cherche un crétin; il a dû chercher
+longtemps avant de trouver son <i>Paysan se reposant sur sa houe</i>.</p>
+
+<p>De pareils types ne sont pas communs, même à l'hospice de Bicêtre.</p>
+
+<p>Imaginez un monstre sans cr&acirc;ne, à l'&oelig;il éteint, au rictus idiot, planté
+de travers, comme un épouvantail, au milieu d'un champ. Aucune lueur
+d'intelligence n'humanise cette brute au repos. Vient-il de travailler
+ou d'assassiner? pioche-t-il la terre ou creuse-t-il une tombe?</p>
+
+<p>La voix publique a trouvé son nom: c'est Dumollart enterrant une bonne.</p>
+
+<p>L'exécution la plus énergique rendrait à peine supportable une pareille
+figure. Or, le pinceau de M. Millet s'amollit et s'allourdit à vue
+d'&oelig;il: d'année en année sa couleur s'embourbe et son dessin se rel&acirc;che.
+Les terrains, les chairs, les haillons, tout est fait de la même
+substance baveuse et mollasse. Faiblesse pour faiblesse, je préfère le
+<i>poncif</i> veule à l'horreur débile. Ramenez-nous aux Vénus lisses et aux
+Apollons ratissés.</p>
+
+<p>Mieux dessinée et mieux modelée, la <i>Femme cardant de la laine</i> est
+laineuse de la tête aux pieds. La monotonie du faire recouvre
+maintenant, comme d'une couche d'ennui, toutes les toiles de M. Millet.
+L'&acirc;me est aussi absente que dans le tableau précédent. Il n'y a pas même
+de mélancolie dans l'apathie de cette femme ovine. Elle carde la laine,
+comme les moutons qui l'ont fournie broutaient l'herbe; <i>E lo perche non
+sanno</i>, c'est Dante qui l'a dit.</p>
+
+<p>On peut louer dans <i>le Berger ramenant son troupeau</i> un paysage
+crépusculaire d'une tonalité fine et juste; mais le p&acirc;tre et ses h&ocirc;tes
+sont cloués au sol: je les défie d'avancer. Quelle tournure d'esclave
+abruti affecte d'ailleurs ce triste berger! Sommes-nous en France ou à
+Carthage? Va-t-il rentrer à la ferme ou dans l'ergastule?</p>
+
+<p>Si du moins cette matière inerte était naturelle; mais elle a la raideur
+d'un parti pris théorique. M. Millet semble glorifier l'idiotisme; il
+interdit l'expression à ses figures rustiques, comme les prêtres
+égyptiens la défendaient à leurs dieux.</p>
+
+<p>On voit qu'il attache je ne sais quel sens mystérieux à la vague
+bestialité qu'il leur prête. Étrange fa&ccedil;on d'honorer le peuple, pour un
+peintre voué aux choses plébéiennes, que de le représenter sous les
+masques dégradés de l'abrutissement! Comme si les races champêtres
+n'avaient pas leur beauté et leur élégance! comme si le travail du champ
+frappait le laboureur de la stupidité de son b&oelig;uf!</p>
+
+<p>Cette fausse école est d'ailleurs, au Salon de cette année, en plein
+désarroi. La facture tombe, la vulgarité reste, et le réalisme
+s'&eacute;vanouit.&raquo;</p>
+
+<p>Comme on le voit en tête de cette sortie contre le réalisme, c'est
+principalement à Courbet que M. de Saint-Victor s'en prend.&mdash;En effet,
+Courbet a eu sur la peinture actuelle une influence visible que
+l'Académie veut vainement combattre.&mdash;Les deux ébauches du
+ma&icirc;tre-peintre, que M. de Saint-Victor a vues à l'Exposition, sont à
+peine des ébauches. Courbet ne les avait envoyées, avec son tableau des
+curés ivres, que pour former le nombre <i>trois</i>, puisque le jury avait
+décidé que les peintres pouvaient leur adresser trois tableaux.</p>
+
+<p>Qui conna&icirc;t un peu les peintres sait qu'ils se seraient bien gardés de
+manquer à ce chiffre. Quand Courbet le voudra, il fera deux excellents
+tableaux de ces deux susdites ébauches.</p>
+
+<p>&laquo;Il est démontré aujourd'hui que le réalisme attaque la main, etc.,&raquo; dit
+M. de Saint-Victor.</p>
+
+<p>Le tableau des curés, dont le véritable titre est: <i>Retour d'une
+conférence</i>, en ce moment à Londres, répondrait au critique qui
+reconna&icirc;trait forcément que jamais Courbet n'avait poussé plus loin &laquo;la
+science matérielle de la brosse et de la palette.&raquo; Quant à l'<i>adoration
+du laid</i>, je crois y avoir suffisamment répondu.</p>
+
+<p><span class="smcap">Fernand Desnoyers</span>.</p>
+
+<h3>FIN.</h3>
+
+<hr style="width: 65%;" />
+
+<h3>ERRATA</h3>
+
+<p>Quelques fautes d'impression se sont glissées dans cette brochure:</p>
+
+<p>Page 6: <i>à la place de</i>: dans les tableaux refusés que ceux re&ccedil;us, <i>il
+faut</i>: dans les tableaux refusés que dans ceux re&ccedil;us.</p>
+
+<p>M. Briguiboul n'a point d'e à la fin de son nom, et il faut un t au
+milieu du nom de M. Whistler, etc.</p>
+
+<p>Plusieurs autres petites fautes, comme &laquo;aura&raquo; au lion de &laquo;aurait,&raquo; page
+42, ont passe, et nous n'en parlons que par excès de conscience
+minutieuse.</p>
+
+<p>Une faute plus grave est celle qui dérange le sens d'une phrase, page
+42: à <i>la place de</i>: Il continuera par ce qu'il est convaincu,
+finalement, etc.; <i>l'auteur avait mis</i>: Il continuera parce qu'il est
+convaincu.&mdash;Finalement, etc....</p>
+
+<p><i>Finalement</i> commence une autre phrase.</p>
+
+<hr style="width: 65%;" />
+
+<h3>PEINTRES, SCULPTEURS ET GRAVEURS</h3>
+
+<p>NOMMÉS DANS CE LIVRE</p>
+
+<p>
+<span class="smcap">Allard-Cambray</span>.<br />
+<span class="smcap">Ancourt</span>.<br />
+<span class="smcap">Andrieux</span>.<br />
+<span class="smcap">Aufray</span>.<br />
+<br />
+<span class="smcap">Balleroy</span> (A. de).<br />
+<span class="smcap">Barret</span>.<br />
+<span class="smcap">Baudry</span>.<br />
+<span class="smcap">Bellenger</span>.<br />
+<span class="smcap">Berne-bellecour</span>.<br />
+<span class="smcap">Berthelon</span>.<br />
+<span class="smcap">Besnus</span>.<br />
+<span class="smcap">Biard</span>.<br />
+<span class="smcap">Blin</span>.<br />
+<span class="smcap">Bouchet</span>.<br />
+<span class="smcap">Bouguereau</span>.<br />
+<span class="smcap">Bracquemond</span>.<br />
+<span class="smcap">Brascassat</span>.<br />
+<span class="smcap">Briguiboul</span>.<br />
+<span class="smcap">Brivet</span>.<br />
+<br />
+<span class="smcap">Cabanel</span>.<br />
+<span class="smcap">Cals</span>.<br />
+<span class="smcap">Castelnau</span>.<br />
+<span class="smcap">Chauvel</span>.<br />
+<span class="smcap">Chaussat</span> (Emma).<br />
+<span class="smcap">Chintreuil</span>.<br />
+<span class="smcap">Claparède</span>.<br />
+<span class="smcap">Cogniet</span> (Léon).<br />
+<span class="smcap">Colin</span>.<br />
+<span class="smcap">Cordier</span>.<br />
+<span class="smcap">Corot</span>.<br />
+<span class="smcap">Courbet</span>.<br />
+<span class="smcap">Courtois</span>.<br />
+<br />
+<span class="smcap">Darjou</span>.<br />
+<span class="smcap">Darru</span> (Louis).<br />
+<span class="smcap">Daubigny</span>.<br />
+<span class="smcap">Decan</span>.<br />
+<span class="smcap">Decamps</span><br />
+<span class="smcap">Delaroche</span> (Paul).<br />
+<span class="smcap">Delabrière</span>.<br />
+<span class="smcap">Delaporte</span> (M^{lle}).<br />
+<span class="smcap">Delalleau</span>.<br />
+<span class="smcap">Delord</span>.<br />
+<span class="smcap">Desbrosses</span> (Jean).<br />
+<span class="smcap">Désir&eacute;</span>.<br />
+<span class="smcap">Dietsh</span>.<br />
+<span class="smcap">Donner</span>.<br />
+<span class="smcap">Doneaud</span>.<br />
+<span class="smcap">Doyen</span>.<br />
+<span class="smcap">Dor&eacute;</span>.<br />
+<span class="smcap">Dubois</span>.<br />
+<span class="smcap">Duckett</span>.<br />
+<span class="smcap">Dupray</span>.<br />
+<span class="smcap">Durst</span>.<br />
+<span class="smcap">Dutilleux</span>.<br />
+<br />
+<span class="smcap">Eeckout</span>.<br />
+<span class="smcap">Eustache</span>.<br />
+<br />
+<span class="smcap">Fanchon</span>.<br />
+<span class="smcap">Fantin</span>.<br />
+<span class="smcap">Ficatie</span>.<br />
+<span class="smcap">Fitz-Barn</span>.<br />
+<span class="smcap">Flandrin</span>.<br />
+<span class="smcap">Fontaine</span>.<br />
+<span class="smcap">Fourau</span>.<br />
+<br />
+<span class="smcap">Galimard</span>.<br />
+<span class="smcap">Gagnon</span> (Louis).<br />
+<span class="smcap">Gariot</span>.<br />
+<span class="smcap">Gautier</span>.<br />
+<span class="smcap">Gér&ocirc;me</span>.<br />
+<span class="smcap">Gilbert</span>.<br />
+<span class="smcap">Gleyre</span>.<br />
+<span class="smcap">Gorin</span>.<br />
+<span class="smcap">Graham</span>.<br />
+<br />
+<span class="smcap">Hamon</span>.<br />
+<span class="smcap">Harpignies</span>.<br />
+<span class="smcap">Hébert</span>.<br />
+<span class="smcap">Hudei</span> (Louis).<br />
+<br />
+<span class="smcap">Jongkind</span>.<br />
+<span class="smcap">Julian</span>.<br />
+<span class="smcap">Junker</span>.<br />
+<br />
+<span class="smcap">Laass d'Aguen</span>.<br />
+<span class="smcap">La&icirc;n&eacute;</span>.<br />
+<span class="smcap">Lambron</span>.<br />
+<span class="smcap">Lambert</span>.<br />
+<span class="smcap">Lansyer</span>.<br />
+<span class="smcap">Lalanne</span>.<br />
+<span class="smcap">Lapostolet</span>.<br />
+<span class="smcap">Larochenoire</span>.<br />
+<span class="smcap">Laurandeau</span> (Agla&eacute;).<br />
+<span class="smcap">Laurens</span>.<br />
+<span class="smcap">Lavielle</span>.<br />
+<span class="smcap">Leb&oelig;uf</span>.<br />
+<span class="smcap">Leclerc</span>.<br />
+<span class="smcap">Legros</span>.<br />
+<span class="smcap">Lemari&eacute;</span>.<br />
+<span class="smcap">Leroy</span>.<br />
+<span class="smcap">Leroux</span>.<br />
+<span class="smcap">Lobjoy</span>.<br />
+<span class="smcap">Loiseau</span>.<br />
+<span class="smcap">Longueville</span>.<br />
+<br />
+<span class="smcap">Maistan</span>.<br />
+<span class="smcap">Mallet</span>.<br />
+<span class="smcap">Manet</span>.<br />
+<span class="smcap">Marois</span>.<br />
+<span class="smcap">Mazure</span>.<br />
+<span class="smcap">Masson</span>.<br />
+<span class="smcap">Maugey</span><br />
+<span class="smcap">Matabon</span>.<br />
+<span class="smcap">Méry</span>.<br />
+<span class="smcap">Michel</span>.<br />
+<span class="smcap">Michelin</span>.<br />
+<span class="smcap">Millet</span>.<br />
+<span class="smcap">Morel-Lamy</span>.<br />
+<span class="smcap">Muller</span>.<br />
+<br />
+<span class="smcap">Navlet</span>.<br />
+<br />
+<span class="smcap">Pagez</span>.<br />
+<span class="smcap">Perret</span>.<br />
+<span class="smcap">Petit</span>.<br />
+<span class="smcap">Pètre</span>.<br />
+<span class="smcap">Philippe</span>.<br />
+<span class="smcap">Pinkas</span>.<br />
+<span class="smcap">Pipard</span>.<br />
+<span class="smcap">Pissaro</span>.<br />
+<span class="smcap">Poitevin</span>.<br />
+<span class="smcap">Pujol</span>.<br />
+<br />
+<span class="smcap">Regnier</span>.<br />
+<span class="smcap">Regamey</span>.<br />
+<span class="smcap">Rocques</span>.<br />
+<span class="smcap">Rosi</span>.<br />
+<br />
+<span class="smcap">Saint-Fran&ccedil;ois</span>.<br />
+<span class="smcap">Saint-Marcel</span>.<br />
+<span class="smcap">Schitz</span>.<br />
+<span class="smcap">Serres</span> (G. de).<br />
+<span class="smcap">Signol</span>.<br />
+<span class="smcap">Sutter</span>.<br />
+<br />
+<span class="smcap">Tabar</span>.<br />
+<span class="smcap">Tichit</span>.<br />
+<span class="smcap">Thibault</span> (Marie).<br />
+<span class="smcap">Thiery</span>.<br />
+<span class="smcap">Tournayre</span>.<br />
+<br />
+<span class="smcap">Valnay</span>.<br />
+<span class="smcap">Vaud&eacute;</span>.<br />
+<span class="smcap">Vernet</span> (Horace).<br />
+<span class="smcap">Viel-Cazal</span>.<br />
+<span class="smcap">Viancin</span> (Pauline).<br />
+<span class="smcap">Virey</span>.<br />
+<span class="smcap">Vollon</span>.<br />
+<br />
+<span class="smcap">Wagrez</span>.<br />
+<span class="smcap">Whistler</span>.<br />
+<br />
+<span class="smcap">Yvon</span>.<br />
+<br />
+<span class="smcap">Zipelius</span>.<br />
+</p>
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="TABLE" id="TABLE"></a>TABLE</h2>
+
+<h3>PREMIER SOMMAIRE:</h3>
+
+<div class="blockquot"><p>Bonnes intentions des peintres.&mdash;Mauvais tableaux.&mdash;Le Jury devenu
+ méchant.&mdash;Imitation des cris des peintres.&mdash;On leur applique la
+ question du Jury.&mdash;L'Empereur la résout.&mdash;Grand embarras des
+ Refusés.&mdash;Ils se re&ccedil;oivent.&mdash;Les lutteurs, bataillon de la Moselle
+ en sabots.&mdash;Brivet-le-Gaillard.&mdash;Quels types!&mdash;Les poltrons de la
+ peinture.&mdash;Le Comité de salut... des Refusés.&mdash;Son
+ plébiscite.&mdash;Honneur au courage malheureux!&mdash;Unité de
+ Refus.&mdash;Succès espéré des Refusés.&mdash;M. Harpignies a tous les
+ droits.&mdash;La Grenouille et le Lièvre, fable.&mdash;M. Briguiboul dans les
+ deux camps.&mdash;Des choux, des panais, des choux-fleurs, navets,
+ navets!&mdash;Discussion raisonnable.&mdash;La discussion continue.&mdash;La
+ cage.&mdash;M. Whistler est le plus spirite des peintres.&mdash;Défense des
+ moulins non attaqués.&mdash;Illumination <i>a giorno</i> par la peinture.&mdash;Du
+ critique d'art.&mdash;De l'influence de la philosophie allemande sur la
+ peinture.&mdash;Abrutissement des peintres.&mdash;Classification des
+ peintres&mdash;École de Paris.&mdash;École de Montmartre.&mdash;École de
+ Rome.&mdash;École de Fontainebleau.&mdash;La raison même reprend la
+ parole.&mdash;The end.</p></div>
+
+<h3>DEUXI&Egrave;ME SOMMAIRE</h3>
+
+<div class="blockquot"><p>Grande, moyenne et petite classe des Refusés.&mdash;Les braves.&mdash;Les
+ suspects.&mdash;Les poltrons.&mdash;On demande les têtes des
+ suspects.&mdash;Messieurs, le ma&icirc;tre-peintre Courbet!&mdash;Évidence de sa
+ supériorit&eacute;.&mdash;Parenthèse.&mdash;Encore le critique d'art.&mdash;Paysages de
+ M. Daubigny en plusieus chants.&mdash;Hautes opinions de Courbet à
+ propos de la peinture.&mdash;Révolution-Courbet.&mdash;Ornithologie des
+ critiques d'art.&mdash;Ce qu'ils avaient sur les yeux.&mdash;Réalisme et
+ Romantisme.&mdash;Haro sur le ma&icirc;tre-peintre!&mdash;Les bons curés, tels que
+ les voulait Béranger et que ne les veut pas M. Veuillot.
+ &mdash;Exposition du Refusé en chef.&mdash;Peinture à l'encre ou
+ description.&mdash;Conclusion raisonnée.</p></div>
+
+<h3>TROISI&Egrave;ME SOMMAIRE</h3>
+
+<div class="blockquot"><p>Missive d'un élève, jeune encore, au nom des Refusés.&mdash;Étrange
+ prétention.&mdash;Un petit lopin.&mdash;Arguments sans réplique, réponse
+ accablante.&mdash;Le critique d'art revient sur l'eau.&mdash;Il est question
+ de M. Brivet-le-Gaillard et de Molière.&mdash;Na&iuml;veté
+ indispensable.&mdash;Premier prix donné à M. Whistler.&mdash;Plusieurs
+ tuiles se détachent et tombent sur les têtes du Jury.&mdash;La bêtise
+ afflige les uns et réjouit les autres.&mdash;Déclaration de principes.
+ &mdash;Dithyrambe bien appliqué à M. Signol.&mdash;L'art militaire et la
+ religion mal représentés dans les arts.&mdash;Le <i>suspect</i> Briguiboul
+ est acquitt&eacute;.&mdash;La Mythologie de M. Émile Loiseau n'est pas adressée
+ à Émilie Demoustier.&mdash;Mosa&iuml;que ou dessin à petits carreaux.&mdash;M.
+ Amand Gautier jette la pierre à la femme adultère.&mdash;Le sujet est
+ mis au concours par tout le monde.&mdash;Le public refait le
+ tableau.&mdash;Un amant en déshabill&eacute;, vu de dos.&mdash;Le Muséum-Gautier.
+ &mdash;Un petit air qui n'est pas de Nargeot.&mdash;La Tombe de l'Oiseau ou
+ l'Architecte en démence.&mdash;Imitation de Vadé à l'adresse du
+ jury.&mdash;La province ne vote pas comme Paris.&mdash;Preuves à l'appui.</p></div>
+
+<h3>QUATRI&Egrave;ME SOMMAIRE</h3>
+
+<div class="blockquot"><p>La noblesse des Refusés remonte à bien avant les croisades.&mdash;Les
+ imbéciles n'admettent que leurs nez.&mdash;Heureuse comparaison entre
+ plusieurs peintres et une fleur exotique.&mdash;Le 93-Courbet.&mdash;Bain
+ d'eau-forte.&mdash;La soupe est sur la table des aqua-fortistes!&mdash;Un
+ guitariste se révèle.&mdash;Tabatière à diable.&mdash;Des peintres devenus
+ pierrots.&mdash;Conquête de toutes les Espagnes.&mdash;La séance est ouverte
+ et levée.&mdash;Les rassemblements sont défendus.&mdash;Bonjour. Thomas.&mdash;Un
+ poète prisonnier.&mdash;L'Infant n'a plus de droits au tr&ocirc;ne.&mdash;Le vieux
+ persiste.&mdash;Portraits. Silence!&mdash;Le <i>Jury-Charivari</i>.&mdash;Oeufs
+ brouillés et &oelig;ufs sur le plat.&mdash;Retour en Espagne sans canons.&mdash;Le
+ Jury&mdash;<i>Journal amusant</i>.&mdash;Souvenirs du jeune &acirc;ge.&mdash;Vol de
+ diamants.&mdash;Du latin!&mdash;Andromaque.&mdash;Charenton.&mdash;M. Biard.&mdash;M.
+ Millet.</p></div>
+
+<h3>CINQUI&Egrave;ME SOMMAIRE</h3>
+
+<div class="blockquot"><p>La Bamboula du style.&mdash;Les cotons sont en baisse.&mdash;Citations... au
+ tribunal.&mdash;Une nouvelle langue qui n'est pas fran&ccedil;aise.&mdash;Cette
+ vieille immorale, qu'on nomme la morale!&mdash;Gar&ccedil;on, encore une
+ langue!&mdash;Le but est atteint.&mdash;Monsieur, cela ne vous regarde
+ pas;&mdash;Le sergent de ville était dans son droit.&mdash;Oeuvre
+ pie.&mdash;Saint-Eustache.&mdash;La quête.&mdash;Pour les pauvres, s'il vous
+ plait!&mdash;Apollon avale la cigu&euml;&mdash;Joseph Prud'homme.&mdash;Je n'ai pas le
+ courage d'aller plus loin.&mdash;Comment vous portez-vous?&mdash;Faisons les
+ cartes.&mdash;Une lettre... d'un homme à la campagne.&mdash;Nouvelles bévues
+ du ma&icirc;tre.&mdash;La vertu est récompensée.&mdash;Ils ont pissé partout
+ (hémistiche du grand Racine).&mdash;Pile ou face?&mdash;La lune comme un
+ point sur un i.</p></div>
+
+<h3>SIXI&Egrave;ME SOMMAIRE</h3>
+
+<div class="blockquot"><p>Quadrille!&mdash;Un critique d'art lève la jambe.&mdash;Trinité de M. Maxime
+ Ducamp.&mdash;Tous ne font qu'un&mdash;(incarnation).&mdash;Beau trait de M.
+ Adrien Paul.&mdash;La blanche ou la noire?&mdash;L'indignation ne fait pas
+ la bonne prose.&mdash;M. Castagnary soumet quelques judicieux conseils
+ au public et au Jury.&mdash;Les peintres ne cessent ni de vaincre ni
+ d'&eacute;crire.&mdash;<i>Le Séjour des Élus</i>, c'est l'Exposition.&mdash;<i>L'Enfer</i>,
+ selon saint Tremblay, c'est la contre-Exposition.&mdash;Exemple
+ d'humilité donné par cet infortuné peintre.&mdash;Les bons et les
+ méchants.&mdash;Ventre-saint-Gris et un autre saint!&mdash;Je m'&eacute;vanouis!
+ &mdash;D'où sort-il encore, ce peintre-là?&mdash;Cinq manants contre un
+ gentilhomme!&mdash;Exemple de discrétion.&mdash;Mort de quelqu'un.&mdash;Selon M.
+ Gautier, la contre-Exposition n'est que le purgatoire.&mdash;Où la
+ religion va-t-elle se nicher?&mdash;Moyen d'inquisition.&mdash;Les bons
+ l'emportent.&mdash;<i>Je vais revoir ma Normandie</i> (air connu).&mdash;La poste
+ aux lettres.&mdash;Encore un petit saint.&mdash;Nuée de sauterelles.&mdash;La
+ toile se lève.&mdash;Le père, le fils et....&mdash;Le bon
+ fataliste.&mdash;Mangeons un peu.&mdash;Un pied de nez à la
+ Sainte-Menehould.&mdash;On abat le pilori.&mdash;<i>Partit en guerre</i>... le
+ tableau de Courbet.</p></div>
+
+<h3>SEPTI&Egrave;ME SOMMAIRE</h3>
+
+<div class="blockquot"><p>Enterrements de toutes classes.&mdash;Une odeur de cuir chaud.&mdash;M.
+ Briguiboul ne sera plus Refus&eacute;.&mdash;L'honneur est le seul vrai
+ salaire.&mdash;Morceau éloquent.&mdash;Un maréchal qui a raison.&mdash;Il a
+ tort.&mdash;Les peintres ont mal compris.&mdash;On lit dans le <i>Moniteur</i>.</p></div>
+
+<h3>HUITI&Egrave;ME SOMMAIRE</h3>
+
+<div class="blockquot"><p>Donnez-vous la peine de vous asseoir.&mdash;La ménagerie d'un suspect
+ amusant.&mdash;Gare aux animaux!&mdash;Ils nous donnent un sauf-conduit.&mdash;Le
+ Temps a fait son temps.&mdash;Un condamné par la raison qu'il est
+ criminel. Ne pourrait-on pas le condamner pour autre chose?&mdash;On se
+ jette les cartes et les verres à la tête.&mdash;A la tour de Nesle!&mdash;On
+ parle encore de Béranger.&mdash;L'auteur des <i>Étourdis</i>, comédie en
+ vers, fait la campagne d'Italie.&mdash;La gloire n'est que de la
+ fumée.&mdash;Une boucherie au clair de la lune.-<i>A nous</i>, <i>Fran&ccedil;ais</i>!
+ etc.... (Varsovienne).&mdash;Celle fois, le général Hoche est bien
+ tu&eacute;.&mdash;Théorie du sous-lieutenant.</p></div>
+
+
+<h3>NEUVI&Egrave;ME SOMMAIRE</h3>
+
+<div class="blockquot"><p>Malice du Jury.&mdash;Elle est noire, mais cousue de gros fil
+ blanc.&mdash;&laquo;Mon impartialité bien connue....&raquo;&mdash;Prenons le chemin de
+ fer de Castelnau.&mdash;Nous arrivons aux Tuileries.&mdash;Réhabilitation
+ d'un condamn&eacute;.&mdash;Encore une victime.&mdash;Une tragédie de MM. Ponsard et
+ Latour de Saint-Ybars.&mdash;Ta vie, en cinq points secs!&mdash;Une fable vue
+ au microscope.&mdash;Quelle tête!&mdash;On met à Shakespeare la perruque à
+ marteau de Ducis ou celle des lions de l'Institut.&mdash;Henri IV est
+ mort!&mdash;Hoche pacifie la Vendée.&mdash;Les comestibles vont dévorer le
+ cuisinier.&mdash;Le duc d'Orléans au bal masqu&eacute;.&mdash;Le petit dieu
+ malin.&mdash;1852 et 1815.&mdash;Les suspects au bal des victimes.&mdash;De bien
+ douces larmes.&mdash;Pauvre petite!&mdash;Elle aime Polichinelle.&mdash;Si
+ jeune!...&mdash;Tableau selon saint Jean.&mdash;&laquo;J'ai, Jean-Marc Mathieu,
+ huissier au tribunal, etc....&raquo;&mdash;Décidément, c'est une langue!...
+ mais pas fran&ccedil;aise.&mdash;Vente par autorité de justice.&mdash;Autre tableau
+ religieux selon saint Marc.</p></div>
+
+<h3>DIXI&Egrave;ME SOMMAIRE</h3>
+
+<div class="blockquot"><p>Orage.&mdash;Dispersion des insectes.&mdash;Nouvelle liste d'exécutés.&mdash;On
+ manque de tombereaux.&mdash;Le Jury a encore deux peintres tués sous lui
+ qui se portent bien.&mdash;Dernière fournée de victimes
+ innocentes.&mdash;Gentillesses à l'aquarelle et au pastel.&mdash;Traduction
+ libre de: <i>La garde meurt</i>..., etc.&mdash;Éloge des
+ aqua-fortistes.&mdash;Adresse de M. Cadart: rue Richelieu, 66
+ (réclame).&mdash;La bataille de Waterloo recommence.&mdash;La
+ sculpture.&mdash;Tout prouve que j'ai raison.&mdash;Otons nos paletots.&mdash;Un
+ nouveau suspect qui a du talent.&mdash;Moisson de
+ statuaires.&mdash;Conclusion.</p></div>
+
+<hr style='width: 45%;' />
+<div class="footnotes"><h3>NOTES:</h3>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_1_1" id="Footnote_1_1"></a><a href="#FNanchor_1_1"><span class="label">[1]</span></a>
+Quand on franchit la borne, il n'est plus de limites! a dit
+M. Ponsard.</p></div>
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_2_2" id="Footnote_2_2"></a><a href="#FNanchor_2_2"><span class="label">[2]</span></a>
+ <i>Le Mousquetaire</i>.</p></div></div>
+<hr style='width: 45%;' />
+
+<h3>Paris.&mdash;Imp. Poitevin, rue Damiette, 2 et 4.</h3>
+
+
+
+
+
+
+
+
+<pre>
+
+
+
+
+
+End of Project Gutenberg's Le Salon des Refusés, by Fernand Desnoyers
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE SALON DES REFUSÉS ***
+
+***** This file should be named 16758-h.htm or 16758-h.zip *****
+This and all associated files of various formats will be found in:
+ https://www.gutenberg.org/1/6/7/5/16758/
+
+Produced by Chuck Greif. Produced from images provided by Gallica.bnf.fr
+
+Updated editions will replace the previous one--the old editions
+will be renamed.
+
+Creating the works from public domain print editions means that no
+one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
+(and you!) can copy and distribute it in the United States without
+permission and without paying copyright royalties. Special rules,
+set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to
+copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to
+protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark. Project
+Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
+charge for the eBooks, unless you receive specific permission. If you
+do not charge anything for copies of this eBook, complying with the
+rules is very easy. You may use this eBook for nearly any purpose
+such as creation of derivative works, reports, performances and
+research. They may be modified and printed and given away--you may do
+practically ANYTHING with public domain eBooks. Redistribution is
+subject to the trademark license, especially commercial
+redistribution.
+
+
+
+*** START: FULL LICENSE ***
+
+THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
+PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK
+
+To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free
+distribution of electronic works, by using or distributing this work
+(or any other work associated in any way with the phrase "Project
+Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project
+Gutenberg-tm License (available with this file or online at
+https://gutenberg.org/license).
+
+
+Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm
+electronic works
+
+1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
+electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
+and accept all the terms of this license and intellectual property
+(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all
+the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy
+all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession.
+If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project
+Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the
+terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or
+entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8.
+
+1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be
+used on or associated in any way with an electronic work by people who
+agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few
+things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
+even without complying with the full terms of this agreement. See
+paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
+Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
+and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
+works. See paragraph 1.E below.
+
+1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
+or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
+Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the
+collection are in the public domain in the United States. If an
+individual work is in the public domain in the United States and you are
+located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
+copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
+works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
+are removed. Of course, we hope that you will support the Project
+Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by
+freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of
+this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with
+the work. You can easily comply with the terms of this agreement by
+keeping this work in the same format with its attached full Project
+Gutenberg-tm License when you share it without charge with others.
+
+1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern
+what you can do with this work. Copyright laws in most countries are in
+a constant state of change. If you are outside the United States, check
+the laws of your country in addition to the terms of this agreement
+before downloading, copying, displaying, performing, distributing or
+creating derivative works based on this work or any other Project
+Gutenberg-tm work. The Foundation makes no representations concerning
+the copyright status of any work in any country outside the United
+States.
+
+1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg:
+
+1.E.1. The following sentence, with active links to, or other immediate
+access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently
+whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the
+phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project
+Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed,
+copied or distributed:
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+1.E.2. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived
+from the public domain (does not contain a notice indicating that it is
+posted with permission of the copyright holder), the work can be copied
+and distributed to anyone in the United States without paying any fees
+or charges. If you are redistributing or providing access to a work
+with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the
+work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1
+through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
+Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or
+1.E.9.
+
+1.E.3. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
+with the permission of the copyright holder, your use and distribution
+must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional
+terms imposed by the copyright holder. Additional terms will be linked
+to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the
+permission of the copyright holder found at the beginning of this work.
+
+1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
+License terms from this work, or any files containing a part of this
+work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.
+
+1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
+electronic work, or any part of this electronic work, without
+prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
+active links or immediate access to the full terms of the Project
+Gutenberg-tm License.
+
+1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary,
+compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any
+word processing or hypertext form. However, if you provide access to or
+distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than
+"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version
+posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org),
+you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a
+copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon
+request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other
+form. Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm
+License as specified in paragraph 1.E.1.
+
+1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
+performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
+unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.
+
+1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing
+access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided
+that
+
+- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
+ the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
+ you already use to calculate your applicable taxes. The fee is
+ owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he
+ has agreed to donate royalties under this paragraph to the
+ Project Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments
+ must be paid within 60 days following each date on which you
+ prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
+ returns. Royalty payments should be clearly marked as such and
+ sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
+ address specified in Section 4, "Information about donations to
+ the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."
+
+- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
+ you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
+ does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
+ License. You must require such a user to return or
+ destroy all copies of the works possessed in a physical medium
+ and discontinue all use of and all access to other copies of
+ Project Gutenberg-tm works.
+
+- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
+ money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
+ electronic work is discovered and reported to you within 90 days
+ of receipt of the work.
+
+- You comply with all other terms of this agreement for free
+ distribution of Project Gutenberg-tm works.
+
+1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
+electronic work or group of works on different terms than are set
+forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
+both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
+Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark. Contact the
+Foundation as set forth in Section 3 below.
+
+1.F.
+
+1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
+effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
+public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
+collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
+works, and the medium on which they may be stored, may contain
+"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
+corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
+property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
+computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by
+your equipment.
+
+1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
+of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
+Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
+Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
+liability to you for damages, costs and expenses, including legal
+fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
+LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
+PROVIDED IN PARAGRAPH F3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
+TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
+LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
+INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
+DAMAGE.
+
+1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
+defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
+receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
+written explanation to the person you received the work from. If you
+received the work on a physical medium, you must return the medium with
+your written explanation. The person or entity that provided you with
+the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
+refund. If you received the work electronically, the person or entity
+providing it to you may choose to give you a second opportunity to
+receive the work electronically in lieu of a refund. If the second copy
+is also defective, you may demand a refund in writing without further
+opportunities to fix the problem.
+
+1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth
+in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS', WITH NO OTHER
+WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
+WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
+
+1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied
+warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
+If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
+law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
+interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
+the applicable state law. The invalidity or unenforceability of any
+provision of this agreement shall not void the remaining provisions.
+
+1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
+trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
+providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
+with this agreement, and any volunteers associated with the production,
+promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
+harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
+that arise directly or indirectly from any of the following which you do
+or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
+work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
+Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.
+
+
+Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
+
+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
+electronic works in formats readable by the widest variety of computers
+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
+people in all walks of life.
+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at https://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+https://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
+
+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at https://pglaf.org
+
+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
+
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit https://pglaf.org
+
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including including checks, online payments and credit card
+donations. To donate, please visit: https://pglaf.org/donate
+
+
+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
+
+Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
+
+ https://www.gutenberg.org
+
+This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
+subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
+
+*** END: FULL LICENSE ***
+
+
+
+</pre>
+
+</body>
+</html>
+
diff --git a/LICENSE.txt b/LICENSE.txt
new file mode 100644
index 0000000..6312041
--- /dev/null
+++ b/LICENSE.txt
@@ -0,0 +1,11 @@
+This eBook, including all associated images, markup, improvements,
+metadata, and any other content or labor, has been confirmed to be
+in the PUBLIC DOMAIN IN THE UNITED STATES.
+
+Procedures for determining public domain status are described in
+the "Copyright How-To" at https://www.gutenberg.org.
+
+No investigation has been made concerning possible copyrights in
+jurisdictions other than the United States. Anyone seeking to utilize
+this eBook outside of the United States should confirm copyright
+status under the laws that apply to them.
diff --git a/README.md b/README.md
new file mode 100644
index 0000000..027f797
--- /dev/null
+++ b/README.md
@@ -0,0 +1,2 @@
+Project Gutenberg (https://www.gutenberg.org) public repository for
+eBook #16758 (https://www.gutenberg.org/ebooks/16758)