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+Project Gutenberg's L'Illustration, No. 3271, 4 Novembre 1905, by Various
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+
+Title: L'Illustration, No. 3271, 4 Novembre 1905
+
+Author: Various
+
+Release Date: July 9, 2011 [EBook #36676]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK
+L'ILLUSTRATION, NO. 3271, 4 NOVEMBRE 1905 ***
+
+
+
+
+Produced by Jeroen Hellingman and Rénald Lévesque
+
+
+
+
+
+
+L'Illustration, No. 3271, 4 Novembre 1905
+
+
+Avec ce Numéro: L'ILLUSTRATION THÉÂTRALE CONTENANT LE MASQUE D'AMOUR
+
+
+LA REVUE COMIQUE, par Henriot.
+
+
+Ce numéro contient: L'ILLUSTRATION THÉÂTRALE avec le texte complet du
+Masque d'Amour, par Daniel Lesueur.
+
+
+[Illustration: L'ILLUSTRATION _Prix de ce Numéro: Un Franc_. SAMEDI 4
+NOVEMBRE 1905 _63e Année--N° 3271_]
+
+[Illustration: LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE EN PORTUGAL L'arrivée à
+Lisbonne: M. Loubet et le roi Carlos, dans le carrosse de Jean V, se
+rendent de la gare au palais de Belem. _Dessin d'après nature de Georges
+Scott._]
+
+Nous publierons successivement dans nos numéros de novembre et décembre:
+
+LA MARCHE NUPTIALE, par HENRY BATAILLE;
+LES OBERLÉ, par EDMOND HARAUCOURT, d'après le roman de RENÉ BAZIN;
+LA RAFALE, par HENRY BERNSTEIN;
+BERTRADE, par JULES LEMAITRE.
+
+Nous commencerons, le 18 novembre, la publication d'un nouveau roman de
+J.-H. ROSNY: LA TOISON D'OR.
+
+
+
+COURRIER DE PARIS
+
+JOURNAL D'UNE ÉTRANGÈRE
+
+Nous sommes des ingrats. J'ai feuilleté, cette semaine, un grand nombre
+de journaux; je n'ai pas vu qu'on s'y apitoyât beaucoup sur le sort de
+ce pauvre Foottit, dont une dépêche anglaise nous contait--en deux
+lignes, d'ailleurs--l'aventure tragique: le plus joyeux des clowns
+était, paraît-il, devenu subitement fou. Le petit homme dont la
+silhouette bouffonne et les cabrioles éperdues égayèrent si longtemps
+nos cirques parisiens, et à qui tant d'enfants durent de si précieuses
+minutes de joie, enfermé dans un cabanon d'aliénés! Triste fin. Parmi
+ces milliers de gamins que Foottit amusa, et qui sont devenus des
+hommes, il y en a bien, je suppose, quelques-uns que le hasard a faits
+journalistes. J'aurais souhaité qu'ils parlassent de Foottit avec plus
+de gratitude. Car elle doit être lamentable, cette profession d'amuseur
+_quand même_ et j'imagine ce qu'il peut y avoir de mélancolie atroce,
+par moments, au fond d'une âme de pitre. Faire rire! Accomplir le devoir
+quotidien d'être comique, et ne pouvoir subsister qu'à la condition
+d'offrir à la vue de la foule le spectacle ininterrompu des pirouettes
+et des grimaces qu'elle aime; être un homme comme tous les autres--que
+menacent les pires tristesses humaines--et, quoi qu'il arrive, demeurer
+uniquement, éternellement, en face de cette foule, «l'homme qui rit»...
+C'est, en effet, de quoi devenir fou. Mais le bon clown nous télégraphie
+à l'instant que la nouvelle est fausse. Tant mieux! Foottit n'était que
+très malade et se contentera de rester l'un des hommes les plus moroses
+de son temps...
+
+Car si tous, heureusement, ne perdent point la tête à ce dur métier-là,
+presque tous y laissent leur gaieté. J'ai souvent remarqué l'air
+mélancolique des comédiens que leur «emploi» confine dans les rôles de
+bouffonnerie pure; et aussi de la plupart des humoristes dont le rôle,
+en littérature, est de nous faire rire. Le bon Alphonse Allais, qui
+vient de mourir, fut un de ces humoristes-là; et je ne me souviens pas
+d'avoir rencontré sur le boulevard de figure plus étrangement attristée
+que la sienne. On me dit qu'il était fort instruit. Qui sait si la vague
+ambition de conquérir la gloire par des moyens «graves» ne hanta point
+cet amuseur? Mais ce rêve-là lui était interdit. Nous sommions Allais
+d'être drôle quotidiennement: c'était sa fonction, et sa raison d'être;
+pendant vingt ans, nous avons condamné cet homme paisible à trouver tous
+les soirs l'idée «drôle» sur quoi Paris devait s'esclaffer le lendemain,
+et pendant vingt ans il est demeuré fidèle à cette consigne. On a
+raconté que, la veille de sa mort, agité d'un pressentiment sinistre, il
+dit à un ami qui lui demandait des nouvelles de sa santé: «Je mourrai
+demain.» Le mot fit rire. On trouva plaisant ce propos d'Allais. Tous
+les propos d'Allais n'étaient-ils point nécessairement plaisants? Et le
+lendemain il était mort, comme il l'avait dit. L'étonnement fut immense;
+on ne comprenait pas qu'Allais se fût pris lui-même à ce point au
+sérieux.
+
+Pauvres auteurs gais, comme je comprends qu'ils aient l'air triste!
+
+ *
+ * *
+
+... Rentrée des Chambres. En revenant du Salon d'automne, je me suis
+arrêtée un instant au milieu des groupes de badauds qui couvraient le
+trottoir, aux abords du Palais-Bourbon. C'est un des amusements favoris
+du Parisien que de reconnaître au passage les grands hommes dont il
+trouve tous les matins les noms dans son journal et les têtes aux
+vitrines des marchands de photographies. Autour des mieux
+renseignés--visiblement fiers de leur savoir--les plus ignorants
+s'empressent, écoutent, suivent de l'oeil avidement les figures qu'on
+leur désigne: «Tenez, ce grand-là, c'est Ribot... Voici Deschanel...
+Voulez-vous voir Jaurès? Attendez... il se retourne; il dit bonjour à
+Pelletan... Je crois bien que c'est Clémentel qui vient de passer, mais
+je n'en suis pas sûr... Vous ne connaissez pas Berteaux? Regardez là-bas
+le gros qui rit et qui donne des poignées de main à tout le monde...»
+Les agents nous repoussent un peu, car nous devenons encombrants. Et la
+foule des parlementaires continue d'arriver. Des fiacres, des locatis,
+beaucoup d'automobiles, quelques coupés joliment attelés défilent au
+fond de la petite cour d'entrée, le long du perron où s'empressent les
+ouvreurs de portières et les huissiers. Des rires, des appels, des
+poignées de main, un brouhaha de fête. Au milieu de cette cohue, un bras
+levé s'agite vers moi: «Bonjour, madame!--Bonjour, cher ami.» C'est
+B..., ancien professeur de l'Université, doyen du corps des informateurs
+parlementaires: un vieux camarade qui a la bonté de m'introduire au
+Palais-Bourbon, les jours de «grande séance». Il m'entraîne sur le quai
+et nous bavardons.
+
+--D'où venez-vous? Du Salon d'automne? C'est bien, ça. Mais moins
+amusant que ce salon-ci, dit-il en montrant du doigt la façade du
+palais.
+
+--Vous aimez, dis-je à B..., le tapage qu'on fait là-dedans?
+
+--J'aime tout ce qui se fait là-dedans: le bruit qu'on y mène, et les
+bêtises qu'on y dit.
+
+--Vous appelez bêtises, je suppose, les opinions de vos adversaires?
+
+--Je n'ai pas d'adversaires, madame; et cela tient à ce que je n'ai pas
+non plus d'opinions. Je suis un philosophe qui s'amuse au spectacle des
+passions des autres et qui regarde avec une émotion reconnaissante
+s'entre-dévorer les partis.
+
+--Je ne comprends pas...
+
+--Voici: nous constatons qu'il n'existe aucun parti politique assez
+vertueux pour n'être pas tenté, dès qu'il est le plus fort, d'abuser de
+sa force. En conséquence, il est excellent qu'en face de ce péril-là des
+résistances s'organisent; et c'est donc un peu l'intérêt de tout le
+monde qu'il y ait des politiciens qui se détestent et des gazettes qui
+s'injurient... C'est l'intérêt du vainqueur lui-même: on n'est jamais
+mieux averti que par les gens qui ne vous aiment pas des bêtises qu'on
+va faire, ou qu'on a faites. En sorte que de tous ces hommes-ci, madame,
+il n'y en a pas un qui ne serve à quelque chose. Il y a parmi eux des
+esprits admirables; il y en a de médiocres aussi. Il y a des niais; il y
+a des fous. Tout cela s'agite, hurle, bataille, et de tous ces chocs--de
+ce pêle-mêle de raison et de folie, d'ambitions pures et de vilains
+appétits--naît une espèce d'équilibre... On ne vit pas très
+glorieusement, mais on vit. Dans ma jeunesse, j'avais un vieux maître
+qui me faisait lire Bernardin de Saint-Pierre et m'enseignait qu'il n'y
+a point d'insecte minuscule ou d'animal, si vilain qu'il soit, à qui la
+Providence n'ait assigné son utilité particulière et sa fin dans l'ordre
+général des choses. La même confiance m'anime dès que j'entre dans cette
+maison-ci. Et je pense aux dangers qui nous menaceraient, le jour où l'on
+ne s'y disputerait plus...»
+
+ *
+ * *
+
+C'est vrai. Il ne faut pas craindre de voir les hommes se disputer. Au
+Salon d'automne (j'y repense!) un étrange spectacle s'offre aux
+visiteurs: on y regarde voisiner cette année, le plus simplement du
+monde, l'impressionnisme le plus éperdu et «monsieur Ingres». Si M.
+Ingres revenait au monde, il pourrait dire comme certain doge de Venise
+à la cour de Louis XIV: «Ce qui m'étonne le plus ici, c'est de m'y
+voir.» Cependant il constaterait, que même en si singulière compagnie,
+ses dessins font très bonne figure et qu'on est ravi de les y
+rencontrer. D'Ingres à Cézanne, que de chemin parcouru! On a marché («et
+dans quoi, mon Dieu!» comme disait Musset); on s'est injurié, on s'est
+battu. Aujourd'hui, on consent à causer; et, pour mieux causer, on se
+rapproche. Les amis de M. Ingres concèdent qu'on fit bien, il y a
+soixante ans, de les rudoyer un peu; les admirateurs de M. Cézanne
+avouent que M. Ingres avait du bon...
+
+Tous ont raison. La concurrence n'est pas que l'âme du commerce et de la
+politique; elle est l'âme des arts aussi. Une mode chasse l'autre, et
+cela est excellent. Ce serait affreux, des modes éternelles.
+
+Au théâtre, cet hiver, la mode est au suicide. M. Gandillot débattait le
+mois dernier par une noyade, au théâtre Antoine; au Gymnase, M.
+Bernstein a préféré que son héros se fît sauter la cervelle; M. Henry
+Bataille, au Vaudeville, a eu recours à la même bruyante solution; et
+l'on nous annonce d'autres drames prochains, que d'autres suicides
+termineront.
+
+Le théâtre aimable--la pièce qui «finit bien»--commençait à nous ennuyer
+un peu; nous nous sommes hâtés d'y substituer du théâtre horrifique, du
+drame noir, un peu sanglant; et voilà les Parisiennes ravies. Pas pour
+longtemps. Elles se plaindront bientôt d'avoir trop pleuré, trop frémi;
+l'odeur de la poudre les dégoûtera. Alors reparaîtra Capus; et, de
+nouveau, pendant un hiver ou deux, il sera formellement admis que la vie
+est belle, et que «tout s'arrange»...
+
+SONIA.
+
+
+
+NOTES ET IMPRESSIONS
+
+L'indépendance de l'âme fonde celle des États. Mme de Staël.
+
+ *
+ * *
+
+La pleine liberté de la presse a tué l'art de savoir tout dire dans le
+temps où il n'est permis de rien dire du tout. Le grand air fait du mal
+aux fleurs de serre. ERNEST LAVISSE.
+
+ *
+ * *
+
+Les événements sont des juges qui font payer très cher leurs sentences;
+la justice de l'histoire est la plus coûteuse de toutes les justices.
+VALBERT.
+
+ *
+ * *
+
+Il ne faut jamais trop parler du bonheur, on l'effarouche. M. DE
+COMISELLE.
+
+ *
+ * *
+
+On pardonne beaucoup aux illusions qui consolent, quand on est aux
+prises avec les réalités qui ne consolent pas.
+
+ *
+ * *
+
+Certaines âmes délicates redoutent les fêtes qui célèbrent les dates
+heureuses de notre passé, comme si elles nous dénonçaient au malheur qui
+nous oublie. G.-M. VALTOUR.
+
+
+
+[Illustration: Le président, le roi et les invités se rendant au lieu de
+chasse; dans le domaine royal de Rio-Frio.]
+
+[Illustration: A la chasse aux perdreaux dans la Casa del Carapo.
+Alphonse XIII: «C'est moi qui les ai tués!»]
+
+Pendant les dernières journées du séjour de M. Loubet en Espagne, le
+programme a fait la part belle à l'élément sportif. C'est ainsi qu'il y
+eut consécutivement deux chasses, et ce ne fut pas trop au gré du
+souverain et de son hôte, étant donné leur goût personnel prononcé pour
+ce passe-temps favori de la plupart des chefs d'État. La première, une
+chasse à la grosse bête, eut lieu le mercredi 25, sous la direction du
+comte de San-Roman, grand veneur, dans le domaine royal de Rio-Frio,
+situé à trois heures de chemin de fer de, Madrid, et dont les tirés
+abondent en cerfs, daims et chevreuils. Les chasseurs, divisés en
+groupes de deux ou trois, étaient placés derrière des abris, de manière
+à pouvoir viser tranquillement les pièces de choix parmi le gibier que
+poussaient devant eux une centaine de rabatteurs. Le jeudi 26, le roi et
+le président, accompagné encore, de M. Paul Loubet, son fils aîné,
+employaient leur matinée à chasser le lapin et le perdreau dans la Casa
+del Campo, autre parc royal, mais voisin, celui-là, du palais de Madrid.
+Ajoutons que, la veille, à la suite de la chasse, Alphonse XIII, plein
+d'un entrain juvénile, avait improvisé une excursion au château de la
+Granja et à Ségovie, conduisant lui-même d'une main sûre l'automobile
+où il emportait son illustre visiteur.
+
+[Illustration: M. Loubet et son fils, M. Paul Loubet, dans leur abri à
+la chasse de Rio-Frio.--_Phot, M. de Baena._]
+
+
+
+[Illustration: M. Loubet. Alphonse XIII. Le départ en automobile pour
+Ségovie--_Phot. L. Bouet._]
+
+LE PRÉSIDENT DE LA REPUBLIQUE EN ESPAGNE
+
+[Illustration: M, Loubet. Le prince héritier Louis-Philippe S. M. la
+reine Amélie. Le duc d'Oporto. S. H. le roi Carlos. Cliché Novaës.]
+
+LE VOYAGE DU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE EN PORTUGAL.--Devant le
+photographe, à Cintra.
+
+_L'excursion à Cintra, le samedi 28 octobre, eut surtout le caractère
+d'une partie de campagne, et là, plus qu'ailleurs, l'étiquette
+protocolaire se départit de sa rigueur, laissant libre carrière à un
+aimable enjouement, dont les souverains portugais donnaient l'exemple.
+C'est ainsi qu'à l'issue du déjeuner au Palais Royal, la reine Amélie
+organisa une séance de photographie, invitant avec une bonne grâce
+charmante tous les convives à la suivre devant les objectifs préparés
+par les opérateurs de_ L'Illustration. _Après le groupe général, elle
+voulut un groupe plus intime, à l'arrangement duquel elle se fit un
+plaisir de procéder elle-même. Le président Loubet était placé à sa
+gauche, le roi à sa droite; derrière eux se tenaient le prince royal et
+le duc d'Oporto, frère du roi. La pose, excellente, favorisa la réussite
+des clichés._
+
+[Illustration: LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE EN PORTUGAL.
+
+La galère, tirée par cent rameurs en costume de galérien, conduisant au
+_Léon-Gambetta_ la famille royale et M. Loubet pour le déjeuner d'adieu
+à bord du cuirassé français, le 29 octobre.--_Phot. L. Bouet.--Voir
+l'article, page 304._]
+
+
+
+LE SALON D'AUTOMNE
+
+_On nous a dit: «Pourquoi_ L'Illustration, _qui consacre chaque année
+aux traditionnels Salons du printemps tout un numéro, affecte-t-elle
+d'ignorer le jeune Salon d'automne? Vos lecteurs de province et de
+l'étranger, exilés loin du Grand Palais, seraient heureux d'avoir au
+moins une idée de ces oeuvres de maîtres peu connus, que les journaux les
+plus sérieux (le Temps lui-même) leur ont si chaleureusement vantées._»
+
+_Nous rendant à ces raisons, nous consacrons ici deux pages à reproduire
+de notre mieux une douzaine de toiles marquantes du Salon d'automne. Il
+y manque malheureusement la couleur; mais on pourra du moins juger le
+dessin et la composition. Si quelques lecteurs s'étonnent de certains de
+nos choix, qu'ils veuillent bien lire les lignes imprimées sous chaque
+tableau: ce sont les appréciations des écrivains d'art les plus
+notables, et nous nous retranchons derrière leur autorité. Nous
+remarquerons seulement que, si la critique, autrefois, réservait tout
+son encens aux gloires consacrées et tous ses sarcasmes aux débutants et
+aux chercheurs, les choses ont vraiment bien changé aujourd'hui._
+
+[Illustration: CHARLES GUERIN.--Baigneuses.]
+
+Dans le clan des jeunes, Guérin est un des premiers qui se soient frayé
+une oie neuve... Les transcriptions de la forme féminine qui constituent
+son envoi principal ont ceci de très particulier qu'elles sont à la fois
+familières, extrêmement réalistes, et pourtant sans vulgarité. Elles se
+relèvent d'une ingénuité de sentiment qui, dans une très forte mesure,
+les stylise... THIÉBAULT-SISSON, _le Temps_.
+
+[Illustration: J.-E. VUILLARD.--Panneau décoratif.]
+
+... Un des plus beaux peintres que ces dernières années nous aient
+révélés; ses harmonies sont une perpétuelle fête pour le regard. ARSENE
+ALEXANDRE, _le Figaro._
+
+Ces paysages sont reposants, ces intérieurs silencieux et quiets,
+propices infiniment à l'étude, aux douces rêveries... J'envie l'homme
+opulent et raffiné qui pourra les contempler à loisir, de son fauteuil,
+en tournant les pages de quelque, livre très attachant. GUSTAVE BABIN,
+_l'Écho de Paris._
+
+[Illustration: PAUL CÉZANNE.--Les Baigneurs.]
+
+Paul Cézanne donne une sensation d'harmonie, de gravité. La nature est
+chez Cézanne, solennelle et éternelle... Je ne puis m'empêcher de voir
+en ce singulier et si simple artiste, une des plus belles incarnations
+de l'art de peindre... J'ai, devant ces oeuvres si pures, la sensation
+de me trouver devant des aspects à jamais fixés... Je crois que cette
+peinture traversera les temps. Sa beauté est profonde et sereine...
+GUSTAVE GEFFROY, _le Journal_.
+
+Cézanne: le public va-t-il comprendre enfin ce langage rude et haut
+qu'on ne parle guère à ses oreilles?... Il est temps que s'impose l'âpre
+grandeur de cette oeuvre inégale, mais toujours émouvante... _Les
+Baigneurs_ michelangesques sous un ciel obscur d'été orageux... LOUIS
+VAUXCELLES, _Gil Blas_.
+
+[Illustration: HENRI ROUSSEAU.--Le lion, ayant faim, se jette sur
+l'antilope.]
+
+_Ancien douanier en retraite, M. Henri Rousseau, auquel les Salons des
+Indépendants firent fête autrefois pour sa naïveté miraculeuse et sa
+gaucherie non apprise, a été accueilli avec un pieux respect au Salon
+d'automne, où la toile reproduite ici occupe une place d'honneur._
+
+C'est une miniature persane agrandie, transformée en un énorme décor,
+non dépourvu d'ailleurs de mérite... THIÉBAULT-SISSON, _le Temps_.
+
+M. Rousseau a la mentalité rigide des mosaistes byzantins, des
+tapissiers de Bayeux: il est dommage que sa technique ne soit pas égale
+à sa candeur. Sa fresque n'est pas du tout indifférente: je concède que
+l'antilope du premier plan s'adorne à tort d'un museau de brochet; mais
+le soleil rouge et l'oiseau apparu parmi les feuillages témoignent d'une
+rare ingéniosité décorative. LOUIS VAUXCELLES, _Gil Blas_.
+
+[Illustration: ALCIDE LE BEAU.--Le long du lac (Bois de Boulogne).]
+
+Il est tout un groupe qui continue le mouvement impressionniste avec
+talent, mais sans assez changer la forme générale et l'aspect particulier
+des choses déjà vus par des peintres tels que Monet et Sisley. Ainsi MM.
+Maufra,... Alcide Le Beau (qui, lui, voisine, cette fois, avec Van
+Gogh). Ils savent peindre et ils exposent de belles toiles: on ne peut
+que leur demander de découvrir la nature pour leur compte. GUSTAVE
+GEFFROY, _le Journal_.
+
+Il a élargi puissamment sa manière, rejette les détails superflus; sa
+vision du _Bois de Boulogne_, les lacs où voguent les cygnes noirs sont
+d'une couleur qui séduit infiniment. L'envol de M, Le Beau est un des
+plus marquants du Salon. LOUIS VAUXCELLES, _Gil Blas_.
+
+[Illustration: HENRI MANGUIN.--La Sieste.]
+
+M. Manguin: progrès énorme; indépendant sorti des pochades et qui marche
+résolument vers le grand tableau. Trop de relents de Cézanne encore,
+mais la griffe d'une puissante personnalité toutefois. De quelle lumière
+est baignée cette femme à demi nue qui sommeille sur un canapé
+d'osier! _Gil Blas_. LOUIS VAUXCELLES, _Gil Blas_.
+
+[Illustration: HENRI MATISSE.--Femme au chapeau.]
+
+[Illustration: HENRI MATISSE.--Fenêtre ouverte.]
+
+M. Matisse est l'un des plus robustement doués des peintres
+d'aujourd'hui. Il aurait pu obtenu de faciles bravos, il préfère
+s'enfoncer, errer en des recherches passionnées, demander au
+pointillisme plus de vibrations de luminosité, Mais le souci de la forme
+souffre. LOUIS VAUXCELLES, _Gil Blas_.
+
+M. Henri Matisse, si bien doué, s'est égaré comme d'autres en
+excentricités coloriées, dont il reviendra de lui-même, sans aucun
+doute. GUSTAVE GEFFROY, _le Journal_.
+
+[Illustration: GEORGES ROUAULT.--Forains, Cabotins, Pitres.]
+
+Il est représenté ici par une série d'études de forains dont l'énergie
+d'accent et la robustesse de dessin sont extrêmes. Rouault a l'étoffe
+d'un maître et je serais tenté de voir là le prélude d'une période
+d'affranchissement que des créations originales et des travaux
+définitifs marqueront. THIÉBAULT-SISSON, _le Temps_.
+
+M. Rouault éclaire, mieux que l'an passé, sa lanterne de caricaturiste à
+la recherche des filles, forains, cabotins, pitres, etc. GUSTAVE
+GEFFROY, _le Journal_.
+
+M. Rouault... âme de rêveur catholique et misogyne. LOUIS VAUXCELLES,
+Gil Blas.
+
+[Illustration: ANDRÉ DERAIN.--Le séchage des voiles.]
+
+M. Derain effarouchera... Je le crois plus affichiste que peintre. Le
+parti pris de son imagerie virulente, la juxtaposition facile des
+complémentaires sembleront à certains d'un art volontiers puéril.
+Reconnaissons cependant que ses bateaux décoreraient heureusement le mur
+d'une chambre d'enfant. LOUIS VAUXCELLES, _Gil Blas_.
+
+[Illustration: LOUIS VALTAT.--Marine.]
+
+A noter encore:... Valtat et ses puissants bords de mer aux abruptes
+falaises. THIÉBAULT-SISSON, _le Temps._
+
+M. Louis Valtat montre une vraie puissance pour évoquer les rochers
+rouges ou violacés, selon les heures, et la mer bleue, claire ou
+assombrie. GUSTAVE GEFFROY, _le Journal_.
+
+[Illustration: JEAN PUY.--Flânerie sous les pins.]
+
+... M Puy, de qui un nu au bord de la mer évoque le large schématisme de
+Cézanne, est représenté par des scènes de plein air où les volumes des
+choses et les êtres sont robustement établis. LOUIS VAUXCELLES, _Gil
+Blas_.
+
+
+
+COMMENT ON PRÉPARE UNE RÉVOLUTION: L'ÉDUCATION DU PEUPLE RUSSE PAR LES
+ÉTUDIANTS
+
+D'après un tableau de Bogdanof-Bielski.
+
+Le manifeste signé, le 17/30 octobre, à Pêterhof, par le tsar, octroie à
+la Russie les libertés essentielles auxquelles elle aspirait depuis si
+longtemps. C'est dans l'histoire du peuple russe une date autrement
+décisive que celle du 19 août, où lui avait été donné l'oukase
+instituant la douma d'empire. L'acte libéral de l'empereur Nicolas II ne
+peut manquer d'ailleurs d'être revendiqué comme une victoire par cette
+partie de l'élite cultivée de la nation qui, après des années de patient
+travail, a réussi à provoquer, dans l'immense empire, l'agitation
+profonde qui a pris, en ces derniers jours, un caractère singulièrement
+inquiétant. C'est, en effet, la jeunesse studieuse de la Russie, ce sont
+ses maîtres et, avec eux, auprès d'eux, les écrivains, les artistes,
+tous les «intelligents», comme on dit là-bas, qui, lentement, ont
+préparé les événements auxquels nous assistons. Cette scène qu'a
+retracée, d'un pinceau ému, un artiste évidemment en sympathie avec les
+agitateurs, était de tous les jours. Dans la salle de quelque humble
+école villageoise, pas plus luxueuse que la chambre unique des isbas de
+sapin des paysans, autour d'un étudiant, prenant sur les heures de son
+travail personnel le temps d'accomplir ce ministère de catéchiste,
+venaient se grouper, pour une lecture à leur portée, sorte de prêche
+laïque, tous les humbles qui le voulaient, auxquels se mêlaient
+volontiers pour l'exemple deux ou trois amis politiques du conférencier,
+étudiants eux-mêmes, ou professeurs. Des enfants aux yeux ardents et
+naïfs coudoyaient là des femmes, recueillies comme au temple, et des
+vieillards au regard désabusé et las, désespérant de voir les temps
+qu'on leur promettait: auditoire ignorant et croyant, tout imprégné de
+mysticisme et prêt à accueillir avec enthousiasme les idées séduisantes
+qu'on lui jetait en pâture.
+
+
+
+[Illustration: Les Karpathes (2.500 m.) vus d'une altitude de 4.900
+mètres. Villages et champs hongrois photographiés à 4.500 mètres de
+hauteur.
+
+PHOTOGRAPHIES PRISES EN HONGRIE, PAR LE COMTE ROZAN, LE 16 OCTOBRE
+1905.]
+
+DES TUILERIES AUX KARPATHES
+
+LE GRAND PRIX DE L'AÉRO-CLUB.--1.400 KILOMÈTRES EN BALLON EN 18 HEURES
+
+_Nous avons publié, dans le numéro du 21 octobre, une page représentant
+les quinze ballons que l'on gonflait, dans le jardin des Tuileries, pour
+participer ci la fête donnée au profit des victimes du tremblement de
+terre de la Calabre--et aussi au Grand Prix de l'Aéro-Club de France. Le
+Grand Prix a été gagné par M. Jacques-Faure, montant avec le comte
+Mozart le ballon_ la Kabylie, _qui est allé atterrir à 1.100 kilomètres,
+près de Kirchdrauf, en Hongrie. Les hardis aéronautes n'avaient mis que
+dix-huit heures pour accomplir ce parcours, c'est-à-dire qu'ils
+l'avaient franchi à la moyenne de plus de 77 kilomètres à l'heure. Pour
+revenir de Kirchdrauf à Paris par la voie ferrée, en prenant les trains
+les plus rapides, ils ont mis 12 heures--beaucoup plus du double. C'est
+le pilote, même de_ la Kabylie, _M. Jacques-Faure, qui a bien voulu
+raconter aux lecteurs de_ L'Illustration _les détails et les péripéties
+de cette magnifique ascension._
+
+Quatre heures de l'après-midi: difficilement maintenu à terre par les
+aérostiers du 1er régiment du génie, que le ministre de la Guerre a bien
+voulu mettre à notre disposition, notre ballon, _la Kabylie_, sous
+l'effort du vent qui souffle par rafales, s'incline d'une façon
+inquiétante sur les statues et les becs de gaz du bassin des Tuileries.
+Malgré un temps épouvantable et une pluie battante, la foule, très
+intéressée par ce spectacle inusité de quinze ballons s'élevant du coeur
+même de Paris, a peu à peu envahi le jardin: des barrières ont été
+brisées, la police est débordée, et le monde s'empresse de telle façon
+autour de ma nacelle qu'il m'est matériellement impossible, au dernier
+moment, tant la foule est dense, de faire les 20 mètres qui me séparent
+de mon manteau de voyage resté chez le concierge des Tuileries: tant pis,
+nous partirons sans lui.
+
+[Illustration: «La Kabylie» partant des Tuileries, le 15 octobre 1905.]
+
+Péniblement, _la Kabylie_ est mise debout: nos braves aérostiers
+militaires, gênés par le publie, qui leur laisse à peine la liberté de
+leurs mouvements, manoeuvrent très difficilement. Au dernier moment,
+alors que tout semble prêt, une cordelette se brise; quelques secondes
+de plus, et nous partions avec l'appendice de notre ballon fermé:
+c'était notre aérostat éclatant à 300 mètres d'altitude, la chute
+inévitable, la mort certaine après quelques instants d'ascension. Mais
+mon vieil ami Santos-Dumont est là; il a vu le danger: sans hésiter il
+saute dans le cercle, grimpe comme un chat le long de la corde
+d'appendice et brise le «fil à casser» qui le maintient. Tout est prêt,
+nous allons partir: sur le bord de la nacelle, vingt personnes nous
+tendent les mains: au revoir! bonne chance! vive l'Aéro-Club! «Attention
+à la mer!» me crie au dernier moment mon ami Tollander de Balsch, qui
+garde un humide souvenir du bain forcé qu'il a pris, la semaine
+dernière, dans les polders du Zuiderzée.
+
+C'est fini; nous sommes en l'air; le spectacle est inoubliable: la foule
+couvre les Tuileries, la place de la Concorde et une partie des
+Champs-Elysées; à perte de vue, c'est une mer de parapluies ouverts,
+serrés les uns contre les autres sous des rafales de brouillard et de
+pluie. Il est impossible de décrire cette sensation extraordinaire de
+l'aéronaute emporté par un vent violent; c'est le calme dans la tempête,
+_immobilis in mobile_: penché sur le bord de sa nacelle, sur le bord de
+ce balcon aérien qui marche à de fantastiques vitesses, il voit les
+villes, les forêts, les montagnes, défiler sous ses yeux émerveillés.
+
+En bas, c'est la tempête, le vent qui souffle avec un fracas abominable
+à travers les bois et les chemins; en haut, dans le frêle panier
+d'osier, le calme absolu, la sensation de sécurité parfaite.
+
+Notre nacelle est équipée pour la course: de 7 ou 8 kilos plus légère
+que les nacelles ordinaires, elle est aussi beaucoup plus petite, en
+sorte que les sacs de lest la remplissent; elle est pleine plus qu'à
+moitié; nos genoux sont à la hauteur des bords du panier.
+
+Dès le départ, nous nous assurons notre direction: à 300 mètres
+d'altitude, nous traversons en tourbillon la place Vendôme; nous
+laissons franchement le Sacré-Coeur au nord: nous filons donc vers
+l'est.
+
+Je consulte mon compagnon de voyage; comme moi, le comte Rozan est
+décidé à gagner la course, ou du moins à faire l'impossible pour cela:
+il s'agit d'aller vite et longtemps: en haut, le vent est plus violent,
+nous allons monter. Tant pis si notre direction change, puisque la seule
+mer que nous puissions rencontrer sur notre route est la Baltique, et
+que nous sommes décidés, quoi qu'il arrive, à nous aventurer au-dessus
+d'elle.
+
+A 2.700 mètres, nous trouvons notre équilibre entre deux couches de
+nuages; nous nous maintenons à cette altitude sous une tempête de glace
+et de neige; notre nacelle et notre ballon sont littéralement incrustés
+de givre et notre thermomètre s'abaisse parfois à 14 et 15 degrés
+centigrades au-dessous de zéro.
+
+[Illustration: Le comte Rozan et M. Jacques-Faure.]
+
+[Illustration: La ville de Kirchdrauf, prise à 4.200 mètres. (A
+l'horizon, les Karpathes: 2.500 m.)]
+
+[Illustration: Le village de Szepesvaralja, photographié durant la
+descente effectuée à 600 mètres à la minute.]
+
+[Illustration: Szepesvaralja, vu à l'arrivée à terre.]
+
+ENTRE 10 HEURES ET 11 HEURES DU MATIN, A BORD DU BALLON «LA KABYLIE»
+PILOTÉ PAR M. JACQUES-FAURE.
+
+[Illustration: Itinéraire de l'aérostat _la Kabylie_ de Paris à
+Kirchdrauf.]
+
+Vers minuit, le vent redouble de violence, les nuages se déchirent
+au-dessus et au-dessous de nous; nous apercevons en même temps les
+lumières à terre et l'étoile polaire dans le ciel, ce qui nous permet,
+par une observation rapide, de constater que notre direction se
+maintient vers l'est; à partir de minuit, le ciel s'éclaire, la terre
+disparaît de nouveau sous une couche de nuages très épaisse, et nous
+naviguons baignés par un clair de lune splendide, tandis que l'ombre du
+ballon se profile sur les brumes, entourée d'un cercle brillant, bien
+connu des navigateurs aériens sous le nom d' «auréole des aéronautes»;
+de temps en temps la lune s'entoure des couleurs du spectre. De tels
+spectacles sont aussi fantastiques qu'inoubliables: pour y croire, il
+faut les avoir vus et toute description devient impossible devant de
+telles manifestations de la nature. C'est un conte d'Hoffmann vécu. De
+temps en temps, dans une éclaircie, la terre apparaît; nous
+reconnaissons Munich; Linz et Vienne reliées entre elles par un brillant
+ruban argenté; c'est le Danube, le plus beau fleuve d'Europe, dont nous
+observons de 3.000 mètres de hauteur le cours large et majestueux.
+
+A 5 heures le jour paraît, tandis que la lune s'abaisse à l'horizon; la
+lumière ne nous a donc pas manqué un seul instant, et c'est à peine si,
+durant cette seconde partie de la nuit, je me sers de temps en temps de
+ma lampe électrique.
+
+A 6 heures, je prends contact avec le sol; là, le vent souffle à peine à
+25 kilomètres à l'heure; une rapide conversation avec des paysans dont
+nous ne saisissons que le mot «Oestreich» (Autriche), et nous remontons
+à 4.000 mètres, où nous retrouvons la bonne brise de la nuit qui nous
+entraîne toujours vers l'est à 80 kilomètres à l'heure. Nous n'avons
+plus que 42 kilos de lest; j'en mets 12 dans un coin de la nacelle et
+jusqu'à 9 heures nous nous équilibrons entre 4.000 et 5.200 mètres avec
+les 32 autres kilos.
+
+A 9 h. 1/2, les bouteilles, les provisions passent par-dessus le bord; à
+10 h. 1/4, c'est le tour des sacs de voyage; depuis longtemps déjà nos
+objets de toilette, nos chaussures et nos vêtements de rechange avaient
+pris le même chemin: notre nacelle est absolument vide.
+
+Le froid est abominable; nous sommes très fatigués par ce long séjour
+dans les hautes régions de l'atmosphère; Rozan est complètement vert, ce
+qui ne l'empêche pas de me proposer froidement de grimper dans notre
+cercle, et d'envoyer notre nacelle rejoindre nos provisions. Mais j'ai à
+peine la force de soulever mon dernier sac de lest, et à 10 h. 1/2
+commence à 5.200 mètres une descente foudroyante et vertigineuse.
+
+Eu moins de sept minutes nous sommes au sol, ayant pu, durant cette
+véritable chute, prendre les quelques clichés que nous sommes heureux de
+soumettre aujourd'hui aux lecteurs de _L'Illustration._
+
+A 20 mètres de terre, le ballon passe au-dessus d'un petit bois; j'ouvre
+mon ballon en deux: la corde de déchirure fonctionne parfaitement, et,
+comme un grand oiseau blessé, il s'abîme sur un arbre, presque sans
+choc, sans secousse, la nacelle d'un côté, l'étoffe de l'autre. Suivant
+l'usage, je quitte la nacelle le dernier, et Rozan me photographie tout
+tranquillement, tandis qu'à bout de forces, je descends péniblement de
+mon arbre, le long du seul bout de filin qui nous reste.
+
+Nous sommes à Kirchdrauf (Hongrie), à 1.400 kilomètres de Paris, ayant
+effectué l'un des trois plus longs voyages aériens du monde entier.
+
+Le Grand Prix de l'Aéro-Club de France est à nous.
+
+JACQUES-FAURE.
+
+[Illustration: M. Jacques-Faure descendant par un filin de la nacelle,
+accrochée dans un arbre, près de Kirchdrauf.]
+
+
+
+[Illustration: Les bureaux du journal <i>Novosti</i> Dnia gardés par la
+police.]
+
+[Illustration: Les bureaux du journal <i>Rouski Listok</i> gardés par les
+cosaques.]
+
+PENDANT LA GRÈVE DES TYPOGRAPHES A MOSCOU
+
+LA RUSSIE SANS JOURNAUX Les typographes, les imprimeurs, tous les
+travailleurs qui concourent à la confection matérielle des journaux ont
+été des premiers à entrer dans les vues des meneurs de la révolution
+russe qui poussaient à la grève générale comme au sûr moyen d'obtenir
+les réformes politiques demandées. Quelques-uns ont bien cherché à
+résister à ce mouvement, ont voulu continuer le travail, sous la
+pro-tection de la gendarmerie ou des cosaques. C'est ainsi que certaines
+imprimeries de Moscou, celles des <i>Novosti Dnia</i> et du <i>Rouski Listok</i>,
+par exemple, ont continué à fonction-ner pendant quelques jours sous la
+protection de la force armée. Mais la plupart des grandes villes de
+l'empire, à commencer par Saint-Pétersbourg, sont actuellement sans
+journaux, sans nouvelles, séparées du reste dumonde, isolées même l'une
+de l'autre.
+
+LE GENERAL DRAGOMIROF
+
+«Mikhaël Ivanovitch», comme on l'appelait familière-ment, vient de
+s'éteindre à Konotop, près de Kiev, dans sa terre patrimoniale, où il
+était né, où reposent les siens.
+
+Sa popularité en Russie était considérable. Sa renom-mée avait franchi
+toutes les frontières. Chez nous, dont il avait suivi les armées pendant
+toute la campagne d'Italie, et où il était revenu souvent, prenant part
+avec un intérêt passionné aux manoeuvres, se complai-sant à vivre parmi
+nos soldats, il était fort connu et on l'aimait beaucoup.
+
+Ses théories sur l'éducation du troupier, qui voulaient que l'officier
+eût avant tout pour objectif de former le moral du soldat, étaient
+d'abord trop conformes à nos idées humanitaires pour ne pas lui avoir
+conquis, en France, de chauds admirateurs. En fait, d'ailleurs, elles
+semblaient mieux conçues pour s'appliquer au soldat français, dégrossi,
+déluré, qu'au malheureux moujik illettré.
+
+[Illustration: Le général O'Connor, qui vient de mourir à Paris.]
+
+[Illustration: Le général Dragomirof.--<i>Phot. Pirou, boul.
+Saint-Germain</i>.]
+
+Aussi bien, ces théories séduisantes, Dragomirof eut peu l'occasion d'en
+vérifier sur les champs de bataille l'excellence. Cette occasion
+pourtant, la guerre de 1877 sembla devoir la lui fournir. A la tête de
+la 14e division, qu'il commandait, à Kichinef, depuis plusieurs années,
+il dirigea brillamment le passage du Danube, pour marcher ensuite vers
+Chipka. Mais une balle, qui le blessa au genou gauche, l'immobilisa pour
+la durée de la campagne.
+
+Il demeura donc un théoricien, un éducateur, un pro-fesseur d'énergie
+militaire fort convaincant.
+
+Au commencement de la guerre russo-japonaise, il avait tenu à aller dire
+adieu aux troupes du gouverne-ment de Kiev partant pour la Mandchourie.
+Et il avait saisi ce prétexte pour leur répéter en guise de suprême
+recommandation, leur paraphraser l'un de ses adages favoris: «Tire
+rarement, mais juste; pique ferme avec la baïonnette. La balle
+s'égarera, la baïonnette ne s'éga-rera pas; <i>la balle est folle, la
+baïonnette est une luronne</i>.»
+
+Hélas! contre les canons d'aujourd'hui, une «luronne» bien
+impuissante!
+
+LE GENERAL O'CONNOR
+
+Le général de division O'Connor, commandeur de la Légion d'honneur, qui
+vient de mourir à la maison de santé des frères Saint-Jean de Dieu, où
+il suivait un trai-tement, après une grave opération, était né à Paris
+en 1847. Sorti de Saint-Cyr en 1868, il appartenait à l'arme de la
+cavalerie. Capitaine en 1876, il passa par l'Ecole supérieure de guerre
+et fut promu chef d'escadron en 1883, lieutenant-colonel en 1887,
+colonel en 1891, général de brigade en 1896 et divisionnaire en 1902. Il
+avait pris part aux expéditions de Tunisie et du Tonkin; mais c'est
+surtout à la tête de la division d'Oran qu'il devait se signaler comme
+organisateur de la plupart des postes de notre frontière marocaine. Un
+désaccord avec le gouver-nement sur les mesures à prendre dans le
+Sud-Oranais motiva son déplacement; à la fin de 1903, il était appelé
+au commandement de la 8e division d'infanterie au Mans, mis bientôt en
+disponibilité, puis nommé membre du Comité technique de l'artillerie et
+de la commission mixte des travaux publics.
+
+UNE NOUVELLE STATUE DE MOLTKE
+
+Il n'est guère de ville allemande se respectant un peu qui n'ait sa
+statue de Moltke, voisinant avec celle de Bis-marck. Berlin possédait
+seulement, sur la place Royale, l'effigie du chancelier de fer, face à
+la colonne de la Vic-toire. La place réservée, en pendant, au
+feld-maréchal demeurait vide, le sculpteur Joseph Uphues, chargé de la
+meubler, se consumant, depuis des années, en efforts, pour mettre au
+monde un chef-d'oeuvre.
+
+Il ne paraît guère qu'il y ait réussi. Il a campé son Moltke debout,
+appuyé à une sorte de colonnade qui n'a pour excuse d'être dorique que
+l'ambition puérile du statuaire d'avoir voulu la a raccorder», comme
+disent les architectes, avec quelques vilaines bâtisses de Berlin, qui
+sont du même ordre. Ce siège bizarre est d'ailleurs ridi-cule de
+disproportion avec la figure. Mais il v a dans l'at-titude que le
+professeur Uphues a donnée au vieux stra-tège, les mains croisées, le
+regard droit, une impression de tranquille confiance qui n'est pas sans
+caractère.
+
+Le monument entier est en marbre. Ce serait, paraît-il, le plus gros
+bloc de marbre qu'on ait jamais taillé--au moins dans les temps
+modernes.--Mais cette statue a attiré encore l'attention sur elle d'une
+autre façon: c'est à l'oc-casion de son inauguration, le 26 octobre,
+que le kaiser a prononcé, verre en main, les paroles belliqueuses qu'on
+a fort commentées ces jours derniers.
+
+[Illustration: Le monument de Moltke, inauguré à Berlin le 26 octobre.]
+
+
+
+
+
+
+LE JIU-JITSU
+
+ENCORE UNE VICTOIRE DES JAPONAIS
+
+La mode actuelle est incontestablement aux Japonais et, depuis les
+succès inattendus que ce petit peuple a remportés en Extrême-Orient,
+tout ce qui le concerne a le don d'exciter notre intérêt. C'est ainsi
+que, dans les milieux sportifs, on discutait tout récemment, non sans
+quelque vivacité, la question brûlante du jiu-jitsu. Le jiu-jitsu
+(prononcez djioudjitss) est-il un simple bluff, comme le prétendaient
+jadis la plupart des gens compétents? Est-ce, au contraire, le système
+idéal de défense individuelle, ainsi que le proclament les rares initiés
+de cet art nouveau? Le débat, qui était jusqu'à ce jour resté indécis,
+vient enfin d'être tranché. C'est du moins ce qui semble résulter du
+match disputé à Courbevoie, le jeudi 23 octobre, par le professeur
+Re-Nié, instructeur de jiu-jitsu à l'école de la rue de Ponthieu, et le
+maître Dubois, représentant des sports de défense français, qui avait
+lancé un défi à Re-Nié.
+
+Le maître Dubois, qui fut jadis un sculpteur non sans talent, est à la
+fois un escrimeur dangereux, un boxeur redoutable, un faiseur de poids
+et d'haltères de premier ordre: c'est, en un mot, le véritable type de
+l'athlète. Sa taille est de lm,68; son poids de 75 kilos. Il est né en
+1865.
+
+Re-Nié, qui a juste trente-six ans, mesure lm,65 et pèse 63 kilos. Il a
+appris le jiu-jitsu à Londres sous les maîtres japonais Miyaké et
+Kanaya. Bien que robuste, il est notablement moins vigoureux que son
+adversaire.
+
+Le combat, où tous les coups étaient permis, ne devait cesser que quand
+l'un des antagonistes se reconnaîtrait vaincu. Il a été très rapidement
+terminé par la victoire du jiu-jitsuan. En voici du reste le compte
+rendu sommaire:
+
+Au commandement: Allez, les deux adversaires se portent rapidement l'un
+vers l'autre, s'arrêtent à environ 2 mètres et s'observent trois ou
+quatre secondes. Sur une feinte de Re-Nié, Dubois esquisse du droit un
+coup de pied bas que Re-Nié esquive. Dubois porte alors, du même côté,
+un coup de pied de flanc; mais au même instant, avec un à-propos
+extraordinaire, Re-Nié rentre d'un véritable bond de chat et saisit
+Dubois à bras-le-corps. Dubois essaye un tour de hanche: Re-Nié, que ce
+mouvement a placé à droite de son adversaire, appuie la main droite sur
+l'abdomen de ce dernier, en même temps qu'il lui comprime les muscles
+lombaires avec la main gauche et lui envoie un coup de genou sous la
+cuisse droite. Dubois bascule et tombe sur les omoplates comme une
+masse; il porte néanmoins à Re-Nié, resté dessus, une prise de gorge qui
+permet à ce dernier de lui cueillir le poignet droit. Re-Nié se renverse
+immédiatement sur le dos, à la gauche de Dubois, lui passe la jambe
+gauche en travers de la gorge, en lui maintenant avec ses deux mains le
+bras sur son abdomen, le coude en dessous, le bras passant entre ses
+deux jambes (1). Une vigoureuse pression, exercée sur le poignet de
+Dubois, menace de lui désarticuler au coude le bras qui se trouve en
+porte-à-faux. Dubois résiste pendant une seconde, puis demande grâce.
+
+ (1) C'est la position des combattants à cet instant précis que
+ représente la photographie ci-dessous.
+
+Le combat avait juste duré 26 secondes, dont 6 secondes seulement pour
+l'engagement proprement dit.
+
+Les choses se sont passées exactement comme elles se seraient passées
+dans une rencontre non préméditée. Les deux adversaires étaient en tenue
+de ville, avec chaussures ordinaires; Georges Dubois avait même conservé
+son chapeau et ses gants. Le sol, recouvert de gravier, était seulement
+un peu moins dur que ne l'aurait été le macadam ou l'asphalte. Enfin le
+match a été disputé en plein air, sur la terrasse du nouveau bâtiment
+des établissements de carrosserie Védrine.
+
+Le résultat a été d'une netteté parfaite. Le représentant de la méthode
+française n'a pas existé devant le représentant du jiu-jitsu.
+
+ *
+ * *
+
+On pense bien qu'un événement de ce genre n'a pas été accueilli sans
+protestation de la part des adeptes de la boxe française ou anglaise. A
+les entendre, après coup, le maître Dubois n'était pas qualifié pour
+représenter les sports de défense, qu'il a précisément pour métier
+d'enseigner. Nous ne chercherons pas à discuter cette manière de voir;
+nous nous contenterons de dire que le jiu-jitsu, déjà officiellement
+pratiqué par les élèves de West-Point (le Saint-Cyr américain), les
+policemen de New-York et de Londres, etc., va, sur l'initiative de M.
+Lépine, être enseigné à partir de la semaine prochaine aux inspecteurs
+de la Sûreté et aux agents de la brigade des recherches. La défaite
+ultra-rapide d'un athlète très vigoureux et très exercé par un homme
+dont les moyens physiques étaient visiblement très inférieurs aux siens,
+et qui est en outre bien plus un instructeur qu'un combattant, a montré
+au préfet de police tout l'intérêt que présente le jiu-jitsu comme moyen
+de défense.
+
+On a prononcé, à propos de la rencontre de Courbevoie et du jiu-jitsu en
+général, le mot de sport de voyou. Ce terme, déjà excessif dans la
+bouche de ceux qui condamnent la boxe anglaise comme trop brutale, prête
+quelque peu à rire quand il est prononcé par les adeptes convaincus de
+la boxe anglaise ou française. Croit-on qu'il soit beaucoup plus élégant
+d'écraser d'un coup de poing le nez de son adversaire que de le forcer
+par une adroite torsion de bras à demander merci? Rien n'est moins
+certain. Nous partagerions même volontiers l'opinion des deux officiers
+supérieurs d'artillerie qui viennent de publier chez Berger-Levrault une
+traduction du livre de M. Irving Hancock sur le jiu-jitsu et qui
+considèrent ce sport comme un art extrêmement intéressant, une
+«véritable escrime aussi captivante que celle de l'épée».
+
+Est-ce à dire qu'il faille faire fi de notre vieille boxe française ou
+même de la lutte classique si chère à nos populations du Midi? En aucune
+façon. Si le jiu-jitsu paraît décidément supérieur au point de vue de la
+défense personnelle, la boxe et la lutte n'en restent pas moins des
+sports excellents pour le développement de l'adresse, de la force et du
+courage. Le jiu-jitsuan lui-même ne peut négliger complètement la boxe;
+il doit, en effet, connaître les moyens d'action du boxeur pour pouvoir,
+suivant l'expression consacrée, rentrer dans ce dernier dont la tactique
+est de le tenir à distance.
+
+Ajoutons enfin que le jiu-jitsu n'est point, comme on le croit
+généralement sur la foi de renseignements aussi erronés qu'incomplets,
+une simple collection de trucs de combat: c'est en réalité une méthode
+très originale et très complète de culture physique et d'entraînement
+qui commence par l'éducation de l'enfant, pour continuer par celle de
+l'adolescent et de l'homme fait, sans perdre de vue l'éducation physique
+de la femme. Ce sont en grande partie les enseignements du jiu-jitsu qui
+ont donné aux troupes japonaises leur merveilleuse endurance et leur
+admirable sobriété, et l'on peut, sans être taxé d'exagération, dire que
+la jiu-jitsu a eu sa part dans le triomphe, si inquiétant pour les
+Européens, de la race jaune en Extrême-Orient.
+
+L. SAUVEROCHE.
+
+
+
+[Illustration: Le match Re-Nié Georges Dubois. Coup de pied au corps
+porté par Georges Dubois (vu de face) à Re-Nié (vu de dos).]
+
+[Illustration: G. Dubois. Re-Nié. Re-Nié la jambe passée sur la gorge de
+Dubois, fait à son adversaire le coup d'étirement et de torsion du bras
+qui a mis fin au combat après six secondes de lutte.]
+
+LE MATCH RE-NIÉ-GEORGES DUBOIS
+
+LES LIVRES ET LES ÉCRIVAINS
+
+H. G. WELLS, l'auteur de «la Vérité».
+
+CONCERNANT PYECRAFT, DONT NOUS PUBLIONS
+
+EN SUPPLÉMENT, DANS CE NUMÉRO, LA TRADUCTION FRANÇAISE.
+
+C'est en 1895 que M. H. G. Wells a publié son premier ouvrage: _la
+Machine à explorer le temps_. Il avait alors vingt-neuf ans et, depuis
+cinq ans qu'il avait terminé ses études à l'Université de Londres, il
+professait les sciences en divers établissements d'enseignement
+secondaire de la capitale anglaise. Entre temps, il collaborait à des
+publications scientifiques et littéraires, à des revues de tous genres
+et même à des quotidiens. Encouragé par le succès de son premier roman,
+il publia coup sur coup, la même année, un recueil de nouvelles qu'on
+retrouve en partie dans le volume intitulé en français _les Pirates de
+la mer_ et _la Merveilleuse Visite_; l'année suivante: _les Roues de la
+Fortune_ et _l'Île du docteur Moreau_; en 1897, un recueil d'articles,
+un recueil de nouvelles et _l'Homme invisible_; en 1898, _la Guerre des
+mondes_; en 1899, _Quand le dormeur s'éveillera, Une Histoire des temps
+à venir_ et _les Récits de l'âge de pierre_; en 1900, _l'Amour et M.
+Lewisham_; en 1901, _Anticipations_ et _les Premiers Hommes dans la
+Lune_; en 1902, _la Dame de la mer_ et _la Découverte de l'avenir_; en
+1903, _l'Humanité en formation_ et _Douze Histoires et un Rêve_; en
+1904, _Place aux géants_; en 1905, _Une Utopie moderne_; il a achevé
+plusieurs romans, inédits encore, _Kips_, l'histoire d'un enfant; et un
+autre, sans titre jusqu'ici et plus fantastique, paraît-il, qu'aucun des
+précédents.
+
+[Illustration: H. G. Wells.]
+
+On a dit du fécond écrivain qu'il était le «Jules Verne anglais», mais
+Jules Verne lui-même, qui avait une grande admiration pour son jeune
+confrère, a fort bien marqué les différences qui les séparent et M.
+Ch.-V. Langlois, de la Sorbonne, écrivait dans la _Revue de Paris_:
+«Tout le monde a lu les livres de H. G. Wells, le nouveau Jules Verne
+anglais, dit-on, mais un Jules Verne mieux informé, d'une fantaisie plus
+puissante, et philosophe.» Et ce qui a assuré le grand succès de Wells,
+en Angleterre et en Amérique comme sur le continent, c'est que tout le
+monde peut le lire et que tout le monde le lit de plus en plus. Le
+savant professeur qui discute les prestigieuses _Anticipations_ de Wells
+prend un plaisir extrême à ses plus fantastiques récits; l'adolescent le
+suit, l'imagination éblouie, dans les temps à venir et dans l'âge de
+pierre, dans la lune ou à travers de plus lointains espaces; les
+lectrices moins vagabondes sont émues par les amours de M. Lewisham ou
+les tribulations de _la Merveilleuse Visite_, et les gens graves, les
+sociologues, les hommes de science, ou de toutes les sciences,
+s'émerveillent de ses audacieuses hypothèses, de ses prédictions
+déconcertantes qui influencent puissamment le mouvement des idées
+universelles. Et cet écrivain, ce penseur prodigieux a d'exquis moments
+de gaieté souriante, pendant lesquels il révèle _la Vérité concernant
+Pyecraft_ ou narre tel autre conte facétieux ou burlesque.
+
+
+
+ALPHONSE ALLAIS
+
+Alphonse Allais est mort subitement, samedi dernier, à l'âge de
+cinquante-deux ans. Fils d'un pharmacien d'Honfleur, il était venu tout
+jeune à Paris pour étudier les sciences; mais, comme il arrive assez
+fréquemment, sa réelle vocation n'avait pas tardé à l'entraîner dans une
+voie bien différente, où il devait, d'ailleurs, trouver le succès et
+conquérir la réputation.
+
+[Illustration: Alphonse Allais.]
+
+Après d'heureux débuts au _Tintamarre_ et au _Chat-Noir_, la publication
+de monologues fort goûtés, même au-delà de Montmartre, berceau de sa
+notoriété, il collabora au _Gil Blas_, devint rédacteur attitré du
+_Journal_, puis rédacteur en chef du _Sourire_. Il aborda en outre le
+théâtre, en collaboration avec Alfred Capus et y réussit. C'est surtout
+la _Vie drôle_, cette série de chroniques, d'une fantaisie si
+particulière, d'une forme si originale, qui lui avait valu la faveur
+durable du public; la clientèle de lecteurs fidèles qu'il s'était faite
+se grossissait de nouveaux contingents quand il réunissait ces feuillets
+épars en des volumes dont les seuls titres, répétés comme des formules
+typiques, assuraient la vogue: _A se tordre, On n'est pas des boeufs,
+le Parapluie de l'escouade_, etc.
+
+La verve par où Alphonse Allais s'était classé au premier rang des
+«auteurs gais» n'avait rien de banal ni de grossier; sa «blague» de
+pince-sans-rire était d'un observateur sagace, d'un fin satiriste, d'un
+humoriste du bon coin. Estimé du monde des lettres, il excella et sut
+rester égal à lui-même dans un des genres les plus difficiles à
+soutenir.
+
+
+
+LIVRES NOUVEAUX
+
+Romans.
+
+On nous a conté souvent les exploits des «fils à papa». Ce sont des
+«fils à maman» que M. René Boylesve, l'auteur de _l'Enfant à la
+balustrade_, met en scène dans son nouveau et délicieux roman: _le Bel
+Avenir_ (Calmann-Lévy, 3 fr. 50). Les «fils à maman» de l'ingénieux
+écrivain ne sont pas de bien grands caractères. Mais leurs mères: Mme
+Dieulefait d'Oudart, Mme Chef-Boutonne et Mme Lapoiroux, quelles
+héroïnes! Quels efforts pour assurer à leurs fils le «bel avenir» de
+tous les rêves maternels! Quel ressort, quels rebondissements après les
+échecs! Et surtout quelles habiletés raffinées--chez les deux
+premières--pour sauver la face dans les passes critiques! La fierté
+spéciale, l'amour-propre indomptable des mères de fils unique ont été
+finement observés par M. René Boylesve. Son livre est ironique sans
+malveillance. Celui qui le lit se surprend à sourire aux bons passages:
+et il y a de bons passages à tous les chapitres.
+
+--M. Marcel Batilliat est de ceux qui poursuivent un dessein quand ils
+l'ont formé. Matériellement, il avait entrepris d'écrire une série de
+trois romans sous le titre général: _le Règne de la Beauté_. Après _la
+Beauté_ et _Versailles-aux-Fantômes_, il nous donne aujourd'hui _la
+Joie_ (Mercure ne France. 3 fr. 50). Il annonce maintenant le _Règne de
+l'Action_ et _le Règne de la Sagesse_. C'est un beau programme
+d'écrivain. Faut-il tenter de résumer en quelques mots le sujet de _la
+Joie_? Ce serait aller contre le désir d'un auteur qui s'exprime ainsi
+dans un curieux avant-propos: «Les jeunes femmes qui figurent, avec de
+rares comparses volontairement effacés, les seuls personnages de _la
+Beauté_, de _Versailles-aux-Fantômes_ et de _la Joie_, ne tiennent leur
+raison d'être ni de leurs aventures, ni de leurs crises sentimentales.
+Le milieu social où elles évoluent demeure strictement assez précis pour
+qu'elles semblent vivre de notre vie et de notre temps; leurs actions,
+dégagées de toute intrigue romanesque, se résument aux phases
+essentielles et nécessaires de leur existence. Geneviève de Ceyneste,
+Cillette Tynanges, Marie Nuaillère et leurs quelques amies ignorent des
+contingences tout le relatif et le momentané: elles ne sont étudiées que
+dans leurs rapports avec le cadre de nature qui les entoure et les
+influence, et selon l'instinct éternel qui les émeut et les dirige...
+Les romans du _Règne de la Beauté_, comme ceux du _Règne de l'Action_ et
+du _Règne de la Sagesse_ qui paraîtront ensuite, ne prétendent ni
+analyser ni décrire; mais concréter et résumer le plus d'humanité
+possible dans les attitudes naturelles de quelques jeunes femmes
+symboliques,--semblables pourtant, par leur mentalité et leur évolution,
+à beaucoup de jeunes femmes de cette époque. Ces livres sont donc
+l'essai et l'expression première d'un art qui veut s'efforcer avant tout
+vers une interprétation _harmonieuse_ et _décorative_ de la nature, de
+la pensée moderne et de la vie.» C'est un peu obscur, mais il n'y a
+qu'en citant un écrivain que l'on soit sûr de ne pas le trahir.
+
+_Questions d'actualité._ Après M. Gabriel Veyre, qui publiait récemment:
+_Au Maroc: dans l'intimité du sultan_ (Librairie Universelle, 3 fr. 50),
+voici qu'un autre collaborateur de _L'Illustration_, M. Jean du Taillis,
+qui accompagna l'hiver dernier à Fez la mission Saint-René-Taillandier,
+publie à son tour un volume très abondamment et luxueusement illustré
+sur _le Maroc, pittoresque_ (Flammarion, 10 fr.). Dans une
+lettre-préface, M. Marcel Saint-Germain, sénateur d'Oran, constate que
+ce livre est fait «d'actualité, d'observations précises et judicieuses,
+de choses vécues». C'est le plus bel éloge qu'on puisse adresser, en peu
+de mots, à l'auteur d'un ouvrage de ce genre.
+
+--Comme les livres sur le Maroc, les volumes sur les États-Unis se
+multiplient. Viennent de paraître coup sur coup: _l'Empire du travail
+(la vie aux États-Unis)_, par Anadoli (Plon-Nourrit, 3 fr. 50), et _le
+Vol de l'aigle (de Monroe à Roosevelt)_, par Joseph Ribet (Flammarion, 3
+Fr. 50). Tous deux étudient, l'immense développement économique et
+politique de la grande république nord-américaine au dix-neuvième
+siècle. Et tous deux se préoccupent de voir déborder sur notre vieux
+continent cette force toujours croissante.
+
+
+
+LES THÉÂTRES
+
+Nous publierons prochainement _la Marche nuptiale_, l'émouvante pièce de
+M. Henry Bataille que le Vaudeville vient de représenter et qui excite
+vivement l'intérêt du public. C est un de ces problèmes passionnels
+auxquels se plaît le talent hardi et profondément original de l'auteur.
+Mme Bertille Bady, MM. Dubosc et Janvier interprètent avec un rare
+talent les rôles principaux de la pièce.
+
+Signalons à l'Odéon une très bonne reprise de _la Souris_, de Pailleron:
+Mlle Lély y remporte un grand succès dans le rôle créé jadis par Mlle
+Reichenberg.
+
+Le théâtre Molière passe volontiers d'un extrême à l'autre; le programme
+de son nouveau spectacle comprend un assassinat en un acte, _les
+Parias_, de MM. R. Vancouver et Ch. Duflo, et cette pièce sans
+prétention littéraire est immédiatement suivie d'une légère et aimable
+comédie de MM. A. Germain et R. Trébor, _Fred_, parfaitement interprétée
+par Mlle Marguerite Caron et MM. A. Dubosc, H. Lamothe et Pouctal.
+
+
+
+DOCUMENTS et INFORMATIONS
+
+LA PÊCHE DE L'OR AU MOYEN D'ÉPONGES.
+
+Après l'Anglais qui annonce un procédé industriel secret pour extraire
+l'or de la mer, voici un Belge qui nous dévoile pour s'enrichir à la
+même source un procédé tout à fait familial. Il suffit de plonger dans
+la mer ou dans les marais salants des éponges mordancées avec des sels
+d'étain suivant les méthodes pratiquées en teinturerie. Quand une tonne
+d'eau, soit 1.000 litres, aura passé sur l'éponge, de 32 à 64
+milligrammes d'or valant de 11 à 22 centimes s'y seront déposés sous
+forme de pourpre de Cassius qu'un bain chimique très simple transforme
+en cyanure d'or. Et l'éponge peut resservir! On peut, d'ailleurs, lui
+substituer de vieilles robes de soie, des chaussettes de laine et
+n'importe quel produit mordancé comme il convient. Malheureusement, ce
+petit jeu est interdit aux enfants qui pataugent sur les plages, car le
+procédé est breveté. La pêche la plus fructueuse qu'on puisse en
+attendre nous paraît être celle des actionnaires.
+
+LE CENTENAIRE DE BRIGNOLES.
+
+La petite ville de Brignoles (Var) vient de fêter le centenaire d'un de
+ses habitants les plus universellement considérés, M. Auguste Bourgogne,
+né le 13 octobre 1805.
+
+[Illustration: M. A. Bourgogne, né le 13 octobre 1805. entouré de sa
+famille.]
+
+Président du tribunal de commerce de Brignoles pendant trente ans, doyen
+des fabricants tanneurs de France, M. Bourgogne s'est retiré des
+affaires il y a plus de cinquante ans. Il est le cadet d'une famille de
+quatorze enfants qui dépassèrent tous la quatre-vingtième année; sa soeur
+est morte à quatre-vingt-dix-sept ans.
+
+Notre gravure le représente dans son jardin, entouré de son fils, de sa
+fille et de ses deux arrière-petits-enfants; elle atteste la verdeur de
+ce vieillard encore assez alerte pour avoir pu, le jour de son
+centenaire, se rendre à pied à l'église, puis à la salle de banquet et,
+de là, rentrer chez lui, ce qui représente un peu plus de deux
+kilomètres.
+
+Depuis l'année 1621, où mourut dans cette ville une femme âgée de cent
+trente-quatre ans, on n'avait pas vu de centenaire à Brignoles.
+
+LES EXPORTATIONS D'AUTOMOBILES.
+
+L'importation en France de vélocipèdes, de motocycles et de pièces
+détachées, a été de près de 6 millions en 1904, au lieu de 5.670.000
+francs en 1903, et celle des automobiles, venant pour le plus grand
+nombre du Wurtemberg, est passée de 1.267.000 à 3.836.000 francs.
+
+Mais notre exportation a subi un accroissement beaucoup plus
+considérable, passant de 64.405.000 francs en 1903 à 85 millions 250.000
+francs en 1904.
+
+L'Angleterre, à elle seule, nous a acheté pour près de 40 millions
+d'automobiles.
+
+Ainsi, en cinq ans, l'industrie automobile française a augmenté de 62
+millions ses exportations.
+
+L'exportation des vélocipèdes, motocycles et pièces détachées, est
+maintenant de plus de 6 millions et demi.
+
+EN ANGLETERRE.--Le lord-chief-justice et le lord-chancellor se rendant à
+la Chambre des lords après la cérémonie religieuse annuelle de l'abbaye
+de Westminster.
+
+LA RENTRÉE DES TRIBUNAUX ANGLAIS.
+
+La rentrée des cours et tribunaux s'est effectuée en Angleterre, le 24
+octobre, avec le cérémonial accoutumé. Ce cérémonial comporte d'abord un
+service religieux: à Londres, où la présence des plus éminents
+représentants du corps judiciaire en rehausse l'apparat--de même qu'à
+Paris, naguère, antérieurement à 1901, date de l'abolition de cet
+antique usage, le personnel du Palais, avant la reprise de ses travaux,
+allait entendre la messe du Saint-Esprit ou «messe rouge», célébrée à la
+Sainte-Chapelle--les magistrats anglais vont assister aux prières
+propitiatoires dites à l'abbaye de Westminster. Ensuite, ils se rendent
+processionnellement à l'audience solennelle d'ouverture tenue à la
+Chambre des lords, laquelle, on le sait, outre son pouvoir législatif,
+possède de hautes attributions judiciaires.
+
+La singularité pittoresque de ce défilé mérite d'être remarquée. On y
+voit, en effet, en pleine civilisation moderne, se dérouler sur la place
+publique, comme jadis, un cortège d'hommes vêtus de longues robes plus
+ou moins fourrées, coiffés de vastes perruques blanches semblables à des
+passe-montagnes, en tête duquel marchent gravement, à pas comptés, les
+deux dignitaires suprêmes de l'ordre, le «lord-chief-justice» et le
+«lord-chancellor», précédés d'huissiers et de massiers, suivis de
+porte-queue. Tandis que, chez nous, aujourd'hui, les gens de robe ne se
+résignent plus guère à s'exhiber dehors à pied, sous leur harnais
+professionnel, qu'aux grands enterrements officiels où les astreint le
+décret de messidor, chez nos voisins d'outre-Manche, ils ne craignent
+pas d'affronter la rue dans un appareil dont l'archaïsme plus complet
+jure davantage encore avec l'état actuel des moeurs. A Paris, un tel
+anachronisme ne manquerait pas de provoquer les sourires narquois, voire
+les quolibets irrévérencieux des badauds; à Londres, le prestige de la
+magistrature n'en est nullement compromis aux yeux des spectateurs qui,
+sans la moindre manifestation malséante, gardent une attitude
+flegmatiquement respectueuse.
+
+Ainsi qu'on l'a déjà maintes fois observé, notamment à propos de la
+procession annuelle du «lord-maire», ce sont là des traits bien
+caractéristiques de l'esprit britannique: esprit, d'une part, très
+positif et très progressiste; d'autre part, obstinément conservateur de
+certaines traditions séculaires et de certaines coutumes surannées. Ces
+tendances contradictoires donnent lieu à de curieux contrastes; mais,
+après tout, peut-être l'apparente antinomie n'est-elle que la forme
+originale d'une puissante logique en vertu de quoi, pour ce peuple,
+pratique par excellence, le culte de la force du passé est une des plus
+solides garanties de la force du présent.
+
+CONSERVATION DU BOIS PAR LE SUCRE.
+
+Divers procédés sont employés pour soustraire les bois de construction
+aux influences atmosphériques; en général, on injecte la masse ligneuse
+d'une substance aseptique formant avec les éléments du bois des
+combinaisons stables. C'est ainsi que les traverses de chemins de fer
+sont injectées de créosote, de chlorure de zinc ou de sulfate de cuivre.
+
+Un chimiste allemand a imaginé de plonger le bois dans une solution de
+sucre de betterave. Le sirop s'infiltre dans les pores du bois et y
+forme une combinaison spéciale, car, après dessiccation, on ne retrouve
+aucun cristal de sucre. Le bois ainsi traité présente, affirme-t-on, une
+grande cohésion moléculaire et acquiert une grande force de résistance
+aux injures du temps.
+
+TACHES IMMENSES SUR LE SOLEIL.
+
+Un immense groupe de taches vient d'être visible sur la surface du
+soleil. Il apparaissait le 14 octobre sur le bord oriental, passait au
+méridien central le 20 et disparaissait sur le limbe occidental le 26.
+Les photographies que nous donnons montrent, par le déplacement de cette
+tache, que le soleil tourne, comme on sait, sur lui-même, en vingt-cinq
+jours environ. Ces photographies sont orientées comme on voit les images
+dans une lunette astronomique, c'est-à-dire le sud en haut et l'est à
+droite.
+
+Une autre magnifique tache est apparue le 21 octobre. Sa profondeur
+s'est accusée nettement, par le fait qu'elle a creusé sensiblement le
+limbe solaire. Cette tache sera visible sur le disque solaire jusqu'au 2
+novembre prochain. Elle est visible à l'oeil nu comme un point noir.
+
+[Illustration: Le grand groupe de taches solaires: 20 octobre 1905 à 1
+h. 48 m. soir.]
+
+Le soleil est, en ce moment, dans une période d'activité assez intense.
+On sait qu'il est des époques où l'on ne voit presque pas de taches à sa
+surface, d'autres, au contraire, où elles sont nombreuses. La période
+est de onze ans environ et le maximum arrive quatre ans et demi après le
+minimum. Le dernier maximum des taches solaires est arrivé en août 1893
+et le dernier minimum en août 1901. Nous devons donc nous attendre à
+voir de très grandes taches cette année et l'année prochaine. Pour les
+observer, la plus petite lunette peut être employée, à la condition
+d'interposer entre l'oculaire et l'oeil un verre noir assez foncé.
+
+Un très intéressant problème est à l'étude en ce moment. C'est la
+relation possible de l'état du soleil avec les différents phénomènes qui
+se passent au sein de l'atmosphère terrestre. Des données fort utiles
+pourront ainsi être obtenues et être d'une grande portée pratique pour
+l'avenir.
+
+LA FORCE DU BOEUF.
+
+Au concours organisé par la Société d'agriculture de la Haute-Vienne et
+tenu récemment à Limoges, de fort intéressantes constatations ont été
+faites.
+
+Les boeufs étaient menés par leurs conducteurs habituels, mais ils
+étaient si bien dressés que les conducteurs se bornaient à faire le
+simulacre de se servir d'un fouet ou d'un aiguillon, mais sans frapper
+ni piquer les animaux.
+
+La plus forte paire de boeufs, âgés de quatre ans et demi, pesant 1.380
+kilos, se montra capable de fournir, en travail normal, un effort moyen
+de 317 kilogrammes à une vitesse moyenne de 60 centimètres par seconde,
+soit une puissance mécanique utilisable de plus de 190 kilos par
+seconde, ou un peu plus de 2 chevaux-vapeur et demi.
+
+Ces chiffres prouvent que le boeuf en général et les boeufs limousins en
+particulier sont d'excellents animaux de travail.
+
+Les résultats tiennent d'ailleurs en grande partie à la manière de
+conduire les boeufs. Avec la même paire d'animaux, le rendement varie
+beaucoup et, suivant l'adresse ou l'inexpérience du conducteur, il peut
+être supérieur ou inférieur, même avec une plus grande fatigue des
+animaux.
+
+[Illustration: 16 octobre 1905: 11 h. 37 m. du matin.]
+
+[Illustration: 20 octobre 1905: 11 h. 44 m. du matin.]
+
+[Illustration: 22 octobre 1905: 8 h. 53 m. du matin.]
+
+PHOTOGRAPHIES DES TACHES DU SOLEIL PRISES PAR M. F. QUÉNISSET, DE
+L'OBSERVATOIRE ASTROPHOTOGRAPHIQUE DE NANTERRE.
+
+
+
+[Illustration: La fête vénitienne et le feu d'artifice en l'honneur du
+président de la République, dans la baie de Cascaès, près Lisbonne, le
+28 octobre.--_Dessin d'après nature de Georges Scott_.]
+
+LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE EN PORTUGAL
+
+Ainsi que tous les bulletins quotidiens du séjour de M. Loubet en
+Portugal se sont accordés à le constater, la réception faite au
+président de la République française a été remarquablement cordiale et
+brillante. Si, d'une part, la population, très démonstrative, n'a pas
+ménagé ses chaleureuses ovations, d'autre part, les souverains n'ont
+rien négligé pour rehausser l'éclat des fêtes données en l'honneur de
+leur hôte. Celui-ci a, d'ailleurs, exprimé à plusieurs reprises son
+impression personnelle en des termes significatifs, notamment le dernier
+jour, lorsque, à l'occasion de sa visite à l'hôtel de ville de Lisbonne,
+répondant au discours du président de la municipalité, il a dit: «Je vis
+ici dans un enchantement perpétuel, De mon arrivée jusqu'à mon départ,
+j'ai résidé dans un palais des _Mille et une Nuits._»
+
+La mise en scène déployée fut, en effet, d'une magnificence
+merveilleuse. On peut citer, comme exemple, les sept voitures de grand
+gala de la cour, sorties pour la circonstance du musée de Belem,
+superbes modèles de carrosserie et d'art décoratif des dix-septième et
+dix-huitième siècles. Le plus beau carrosse, attelé de huit chevaux, où
+les deux chefs d'État prirent place--les personnages de la suite
+occupant les autres--a été construit sous le règne du fastueux Jean V:
+surchargé d'ornements et d'ors, ses panneaux sont décorés de sujets
+genre Watteau, exécutés par le peintre français Quillard; l'intérieur
+est tendu de soie cramoisie.
+
+A signaler encore la surprise finale d'une curieuse reconstitution:
+trois vénérables reliques du dix-septième siècle, trois galères royales,
+à la proue dorée en forme de chimère, à la vaste cabine d'arrière,
+tirées exceptionnellement de l'arsenal et équipées de leurs rameurs, au
+nombre de cent, quatre-vingts et quarante, revêtus du costume des
+anciens galériens, vareuse rouge et bonnet rouge liséré de jaune aux
+armes portugaises, maniant en cadence des avirons à manche rouge, à
+palette blanche semée de dauphins bleus. C'est une de ces embarcations
+historiques qui, le dimanche 29 octobre, transporta le roi, la reine et
+M. Loubet à bord du cuirassé _Léon-Gambetta_, où, avant l'appareillage,
+devait avoir lieu le déjeuner offert par le président.
+
+[Illustration: En rade de Lisbonne, le 29 octobre, pendant le déjeuner
+d'adieu offert par le président de la République au roi et à la reine de
+Portugal, à bord du _Léon-Gambetta_: les galères royales accostées au
+cuirassé français.]
+
+[Illustration: De gauche à droite, au premier rang: MM. Jean Bonnenille,
+président; Charles Rouvier, ministre de France; Max Doyan. Au deuxième
+rang: MM. Lucien Lallemant; docteur Pompei; A. Leroux; Emile Lefrapper;
+Fernand Pouget; Maurice Garrelon; Georges Chaigneau; Léon Lacombe. Les
+délégués de la colonie française à Lisbonne chargés d'organiser les
+fêtes en l'honneur du président de la République.--_Phot. Benoliel._]
+
+
+
+LE MONUMENT D'OMER SARRAUT
+
+Dimanche dernier, a eu lieu, en présence de MM. Gauthier, ministre des
+Travaux publics, et Dujardin-Beaumetz, sous-secrétaire d'Etat aux
+Beaux-Arts, l'inauguration du monument commémoratif élevé par ses
+concitoyens à Orner Sarraut, ancien maire de Carcassonne, mort en 1887,
+à l'âge de quarante-trois ans, pendant l'exercice de ses fonctions
+municipales. Ce monument, érigé au Jardin des Plantes, est l'oeuvre du
+sculpteur Ducuing; en bronze et granit, il se compose d'une stèle
+supportant un buste vers lequel un enfant des écoles, que soutient une
+femme symbolisant la ville de Carcassonne, tend une palme en signe
+d'hommage et de gratitude; le soubassement repose dans la vasque d'une
+fontaine.
+
+Les fils du défunt: MM. Albert et Maurice Sarraut, l'un député de
+Narbonne, l'autre directeur des services parisiens de _la Dépêche de
+Toulouse_, assistaient à la cérémonie, où plusieurs orateurs ont rappelé
+les vertus civiques de leur père et ses éminentes qualités
+d'administrateur.
+
+[Illustration: Le monument d'Orner Sarraut à Carcassonne.]
+
+
+
+[Illustration: LES AVATARS DE DON QUICHOTTE, par Henriot.]
+
+
+
+NOUVELLES INVENTIONS
+
+(Tous les articles compris sous cette rubrique sent entièrement
+gratuits.)
+
+
+LA JUMELLE «TOM POUCE»
+
+M. Balbreck, l'opticien bien connu, vient de lancer dans le commerce la
+jumelle «Tom Pouce», dont le dernier modèle est muni de tous les
+perfectionnements que la science moderne lui a permis d'y apporter. Nous
+n'avons pas à rappeler ici les remarquables qualités de cet ingénieur,
+dont les appareils de précision sont particulièrement appréciés dans le
+monde scientifique. Il nous suffira de rappeler que nous devons à cet
+habile et savant constructeur le télémètre, la boussole directrice de
+reconnaissance militaire, la boussole nivelante, le méridien portatif,
+l'orographe Schrader et tant d'autres instruments qui rendent à l'armée
+et à la marine d'inestimables services.
+
+Cette précision mathématique qui lui est familière, M. Balbreck a pu
+l'appliquer, et cela sans augmentation de prix, aux jumelles de théâtre
+ou de campagne fabriquées habituellement avec des tubes étirés ou du
+laiton repoussé.
+
+Une visite tout particulièrement instructive et intéressante aux
+ateliers de ce constructeur, rue de Vaugirard, nous a permis de suivre
+de très près le nouveau procédé de fabrication et de nous convaincre de
+sa grande supériorité. Comme nous le savons tous, une lorgnette se
+compose de deux verres, l'oculaire par lequel on regarde et l'objectif
+tourné vers l'objet regardé. Pour que l'image soit nette, il faut que le
+centre des deux lentilles concorde mathématiquement, sinon le rayon
+visuel dévie et l'image est brouillée.
+
+Cette exactitude mathématique existe toujours dans les lorgnettes et
+jumelles neuves, mais elle se perd rapidement à l'usage.
+
+Cet inconvénient est dû au mode de construction. La partie extérieure,
+en effet, l'enveloppe, se fait en cuivre ou en fer-blanc repoussé. C'est
+ainsi qu'on lui donne sa forme bombée. Quant aux pièces droites, elles
+sont en métal étiré et, si adroit que puisse être l'ouvrier qui les
+confectionne, la coulisse qui sert à éloigner ou à rapprocher l'oculaire
+de l'objectif n'est pas toujours d'une forme cylindrique parfaite. On
+remédie à cet inconvénient en feutrant cette coulisse. Cela va bien dans
+les premiers temps, mais peu à peu le feutrage s'use et la concordance
+des centres n'existe plus.
+
+[Illustration: La jumelle «Tom Pouce» ouverte. (Grandeur nature.) AA,
+oculaires; BB. objectifs; C, traits numérotés indiquant l'écartement des
+oculaires; D, bielle et mécanisme de mise au point.]
+
+De là le brouillard et le halo multicolore que l'on constate souvent
+dans les jumelles de théâtre.
+
+L'unique instrument de travail employé dans les ateliers de M. Balbreck
+est le tour: il permet, seul, d'obtenir des tubes absolument ronds et
+droits, susceptibles de coulisser l'un dans l'autre sans jeu
+appréciable, et cela pendant une durée de service indéfinie. Il est
+d'ailleurs extrêmement curieux de voir des barres de laiton, après
+perforage et filetage à l'aide de tours-revolvers perfectionnés, se
+transformer en un rien de temps en élégantes montures de lorgnette qu'il
+suffit de voir pour les désirer.
+
+Puisque nous en sommes à la partie mécanique, donnons une mention toute
+spéciale au mécanisme qui commande la mise au point: nous n'avons plus
+affaire cette fois au système ordinaire à vis, mais bien à un système de
+bielle double des plus originaux. Cette bielle, que l'on peut très bien
+voir sur notre gravure, commande les tubes porte-objectifs toutcomme une
+bielle ordinaire commande un piston de moteur; il suffit de tourner un
+bouton dont la manoeuvre est plus commode et plus rapide que celle des
+vis ordinaires.
+
+La jumelle est munie d'un dispositif d'écartement variable pour
+oculaires. L'écartement des yeux varie, en effet, suivant les personnes,
+entre 60 et 70 millimètres et il en résulte une gêne très sensible
+lorsqu'on regarde dans une lorgnette ordinaire ne concordant pas avec
+les yeux du spectateur. On voit très souvent deux images séparées que
+l'on fusionne avec peine; cet inconvénient est évité dans la jumelle
+«Tom Pouce», il suffit de retenir une fois pour toutes l'écartement qui
+convient et qui se trouve indiqué par des traits numérotés visibles sur
+notre gravure.
+
+La partie optique a été l'objet de soins spéciaux: il s'agissait
+d'obtenir un grossissement considérable sous une longueur et un volume
+minuscules. Seul l'emploi de douze verres, trois par oculaire et trois
+par objectif, permettait d'obtenir ces résultats; tout système optique
+achromatique, c'est-à-dire ne donnant pas d'images colorées, et
+anastigmate, c'est-à-dire donnant des images nettes, réclame, en effet,
+l'association de trois verres parfaitement taillés et centrés.
+
+Cet ensemble de perfectionnements fait de la jumelle «Tom Pouce», un
+instrument puissant et commode sous un volume très faible. L'élégance en
+est d'ailleurs remarquable.
+
+La jumelle «Tom Pouce» se trouve aux prix de 30 et 45 francs, suivant
+qualités, chez _M. Dwelleroy_, l'éventailliste bien connu, _35,
+boulevard des Capucines, et 17, passage des Panoramas, à Paris_. Joindre
+0 fr. 75 pour le port.
+
+
+UN ENDUIT CONTRE LA ROUILLE
+
+Un produit non salissant et susceptible de protéger les métaux contre la
+rouille serait assurément bien accueilli du public. A vrai dire, nous
+avons déjà pour ce but différents produits, en particulier de nombreux
+vernis à métaux, sans parler d'une simple couche de graisse quelconque,
+mais tous ces corps sont plus ou moins salissants et peu agréables à
+manier. Les vernis, d'autre part, dénaturent la surface ou la teinte du
+métal et, dans tous les cas, sont délicats à appliquer.
+
+Le produit antirouille que nous a indiqué M. Bourdais ne présenterait
+aucun de ces défauts; il sèche vite, sans former d'épaisseur appréciable
+et sans altérer la couleur des métaux. On pourrait, d'autre part, manier
+longtemps les objets traités avec ce produit sans que la couche
+protectrice disparaisse.
+
+D'après les indications qu'a bien voulu nous fournir l'inventeur, la
+base de cet antirouille serait le tannin associé à la térébène. Il
+existe toutefois deux sortes de produits, l'un destiné au fer et à
+l'acier, l'autre à tous autres métaux oxydables, le cuivre et le laiton,
+ainsi que les métaux d'orfèvrerie. On trouve ces deux antirouilles au
+prix de 0 fr. 75 le flacon (pour fer et acier) et 1 fr. 25 (pour tous
+autres métaux), port non compris, chez _M. Marcel Bourdais, 4, rue des
+Filles-du-Calvaire, Paris_.
+
+
+Note du transcripteur: Les suppléments mentionnés en titre ne nous ont
+pas été fournis.
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of L'Illustration, No. 3271, 4 Novembre
+1905, by Various
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK
+L'ILLUSTRATION, NO. 3271, 4 NOVEMBRE 1905 ***
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+ http://www.gutenberg.org/3/6/6/7/36676/
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+Produced by Jeroen Hellingman and Rénald Lévesque
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+will be renamed.
+
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+one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
+(and you!) can copy and distribute it in the United States without
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+such as creation of derivative works, reports, performances and
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+works. See paragraph 1.E below.
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+1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
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+ must be paid within 60 days following each date on which you
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+ returns. Royalty payments should be clearly marked as such and
+ sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
+ address specified in Section 4, "Information about donations to
+ the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."
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+ and discontinue all use of and all access to other copies of
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+- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
+ money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
+ electronic work is discovered and reported to you within 90 days
+ of receipt of the work.
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+is also defective, you may demand a refund in writing without further
+opportunities to fix the problem.
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+in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
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+WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
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+warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
+If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
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+or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
+work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
+Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.
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+Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
+
+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
+electronic works in formats readable by the widest variety of computers
+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
+people in all walks of life.
+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.
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+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
+
+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at http://pglaf.org
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+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
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+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit http://pglaf.org
+
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including checks, online payments and credit card donations.
+To donate, please visit: http://pglaf.org/donate
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+
+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
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+Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
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+This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
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+
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+
+
+
+</style>
+</head>
+<body>
+
+
+<pre>
+
+Project Gutenberg's L'Illustration, No. 3271, 4 Novembre 1905, by Various
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+
+Title: L'Illustration, No. 3271, 4 Novembre 1905
+
+Author: Various
+
+Release Date: July 9, 2011 [EBook #36676]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG
+EBOOK L'ILLUSTRATION, NO. 3271, 4 NOVEMBRE 1905 ***
+
+
+
+
+Produced by Jeroen Hellingman and Rénald Lévesque
+
+
+
+
+
+</pre>
+
+
+
+
+<br><br>
+
+<div class="cont">
+
+
+
+
+<p>L'Illustration, No. 3271, 4 Novembre 1905</p>
+
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/000small.png"><br><a href="images/000large.png">(Agrandissement)</a></p>
+
+<p class="sml">Ce numéro contient:<br>L'ILLUSTRATION THÉÂTRALE avec le texte complet du
+Masque d'Amour, par Daniel Lesueur.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/001.png"></p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/001a.png"><br><b>LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE EN PORTUGAL<br> L'arrivée à
+Lisbonne: M. Loubet et le roi Carlos, dans le carrosse de Jean V, se
+rendent de la gare au palais de Belem. <i>Dessin d'après nature de Georges
+Scott.</i></b></p>
+
+<div class="somm">
+<p>Nous publierons successivement dans nos numéros de novembre et décembre:</p>
+
+<p>LA MARCHE NUPTIALE, par <span class="sc">Henry Bataille</span>;</p>
+
+<p>LES OBERLÉ, par <span class="sc">Edmond Haraucourt</span>, d'après le roman de <span class="sc">René Bazin</span>;</p>
+
+<p>LA RAFALE, par <span class="sc">Henry Bernstein</span>;</p>
+
+<p>BERTRADE, par <span class="sc">Jules Lemaitre</span>.</p>
+
+<p>Nous commencerons, le 18 novembre, la publication d'un nouveau roman de
+<span class="sc">J.-H. Rosny</span>: LA TOISON D'OR.</p>
+</div>
+
+<h3>COURRIER DE PARIS</h3>
+
+<h4><span class="sc">Journal d'une étrangère</span></h4>
+
+<p>Nous sommes des ingrats. J'ai feuilleté, cette semaine, un grand nombre
+de journaux; je n'ai pas vu qu'on s'y apitoyât beaucoup sur le sort de
+ce pauvre Foottit, dont une dépêche anglaise nous contait--en deux
+lignes, d'ailleurs--l'aventure tragique: le plus joyeux des clowns
+était, paraît-il, devenu subitement fou. Le petit homme dont la
+silhouette bouffonne et les cabrioles éperdues égayèrent si longtemps
+nos cirques parisiens, et à qui tant d'enfants durent de si précieuses
+minutes de joie, enfermé dans un cabanon d'aliénés! Triste fin. Parmi
+ces milliers de gamins que Foottit amusa, et qui sont devenus des
+hommes, il y en a bien, je suppose, quelques-uns que le hasard a faits
+journalistes. J'aurais souhaité qu'ils parlassent de Foottit avec plus
+de gratitude. Car elle doit être lamentable, cette profession d'amuseur
+<i>quand même</i> et j'imagine ce qu'il peut y avoir de mélancolie atroce,
+par moments, au fond d'une âme de pitre. Faire rire! Accomplir le devoir
+quotidien d'être comique, et ne pouvoir subsister qu'à la condition
+d'offrir à la vue de la foule le spectacle ininterrompu des pirouettes
+et des grimaces qu'elle aime; être un homme comme tous les autres--que
+menacent les pires tristesses humaines--et, quoi qu'il arrive, demeurer
+uniquement, éternellement, en face de cette foule, «l'homme qui rit»...
+C'est, en effet, de quoi devenir fou. Mais le bon clown nous télégraphie
+à l'instant que la nouvelle est fausse. Tant mieux! Foottit n'était que
+très malade et se contentera de rester l'un des hommes les plus moroses
+de son temps...</p>
+
+<p>Car si tous, heureusement, ne perdent point la tête à ce dur métier-là,
+presque tous y laissent leur gaieté. J'ai souvent remarqué l'air
+mélancolique des comédiens que leur «emploi» confine dans les rôles de
+bouffonnerie pure; et aussi de la plupart des humoristes dont le rôle,
+en littérature, est de nous faire rire. Le bon Alphonse Allais, qui
+vient de mourir, fut un de ces humoristes-là; et je ne me souviens pas
+d'avoir rencontré sur le boulevard de figure plus étrangement attristée
+que la sienne. On me dit qu'il était fort instruit. Qui sait si la vague
+ambition de conquérir la gloire par des moyens «graves» ne hanta point
+cet amuseur? Mais ce rêve-là lui était interdit. Nous sommions Allais
+d'être drôle quotidiennement: c'était sa fonction, et sa raison d'être;
+pendant vingt ans, nous avons condamné cet homme paisible à trouver tous
+les soirs l'idée «drôle» sur quoi Paris devait s'esclaffer le lendemain,
+et pendant vingt ans il est demeuré fidèle à cette consigne. On a
+raconté que, la veille de sa mort, agité d'un pressentiment sinistre, il
+dit à un ami qui lui demandait des nouvelles de sa santé: «Je mourrai
+demain.» Le mot fit rire. On trouva plaisant ce propos d'Allais. Tous
+les propos d'Allais n'étaient-ils point nécessairement plaisants? Et le
+lendemain il était mort, comme il l'avait dit. L'étonnement fut immense;
+on ne comprenait pas qu'Allais se fût pris lui-même à ce point au
+sérieux.</p>
+
+<p>Pauvres auteurs gais, comme je comprends qu'ils aient l'air triste!</p>
+
+<p class="mid">*<br>* *</p>
+
+<p>... Rentrée des Chambres. En revenant du Salon d'automne, je me suis
+arrêtée un instant au milieu des groupes de badauds qui couvraient le
+trottoir, aux abords du Palais-Bourbon. C'est un des amusements favoris
+du Parisien que de reconnaître au passage les grands hommes dont il
+trouve tous les matins les noms dans son journal et les têtes aux
+vitrines des marchands de photographies. Autour des mieux
+renseignés--visiblement fiers de leur savoir--les plus ignorants
+s'empressent, écoutent, suivent de l'oeil avidement les figures qu'on
+leur désigne: «Tenez, ce grand-là, c'est Ribot... Voici Deschanel...
+Voulez-vous voir Jaurès? Attendez... il se retourne; il dit bonjour à
+Pelletan... Je crois bien que c'est Clémentel qui vient de passer, mais
+je n'en suis pas sûr... Vous ne connaissez pas Berteaux? Regardez là-bas
+le gros qui rit et qui donne des poignées de main à tout le monde...»
+Les agents nous repoussent un peu, car nous devenons encombrants. Et la
+foule des parlementaires continue d'arriver. Des fiacres, des locatis,
+beaucoup d'automobiles, quelques coupés joliment attelés défilent au
+fond de la petite cour d'entrée, le long du perron où s'empressent les
+ouvreurs de portières et les huissiers. Des rires, des appels, des
+poignées de main, un brouhaha de fête. Au milieu de cette cohue, un bras
+levé s'agite vers moi: «Bonjour, madame!--Bonjour, cher ami.» C'est
+B..., ancien professeur de l'Université, doyen du corps des informateurs
+parlementaires: un vieux camarade qui a la bonté de m'introduire au
+Palais-Bourbon, les jours de «grande séance». Il m'entraîne sur le quai
+et nous bavardons.</p>
+
+<p>--D'où venez-vous? Du Salon d'automne? C'est bien, ça. Mais moins
+amusant que ce salon-ci, dit-il en montrant du doigt la façade du
+palais.</p>
+
+<p>--Vous aimez, dis-je à B..., le tapage qu'on fait là-dedans?</p>
+
+<p>--J'aime tout ce qui se fait là-dedans: le bruit qu'on y mène, et les
+bêtises qu'on y dit.</p>
+
+<p>--Vous appelez bêtises, je suppose, les opinions de vos adversaires?</p>
+
+<p>--Je n'ai pas d'adversaires, madame; et cela tient à ce que je n'ai pas
+non plus d'opinions. Je suis un philosophe qui s'amuse au spectacle des
+passions des autres et qui regarde avec une émotion reconnaissante
+s'entre-dévorer les partis.</p>
+
+<p>--Je ne comprends pas...</p>
+
+<p>--Voici: nous constatons qu'il n'existe aucun parti politique assez
+vertueux pour n'être pas tenté, dès qu'il est le plus fort, d'abuser de
+sa force. En conséquence, il est excellent qu'en face de ce péril-là des
+résistances s'organisent; et c'est donc un peu l'intérêt de tout le
+monde qu'il y ait des politiciens qui se détestent et des gazettes qui
+s'injurient... C'est l'intérêt du vainqueur lui-même: on n'est jamais
+mieux averti que par les gens qui ne vous aiment pas des bêtises qu'on
+va faire, ou qu'on a faites. En sorte que de tous ces hommes-ci, madame,
+il n'y en a pas un qui ne serve à quelque chose. Il y a parmi eux des
+esprits admirables; il y en a de médiocres aussi. Il y a des niais; il y
+a des fous. Tout cela s'agite, hurle, bataille, et de tous ces chocs--de
+ce pêle-mêle de raison et de folie, d'ambitions pures et de vilains
+appétits--naît une espèce d'équilibre... On ne vit pas très
+glorieusement, mais on vit. Dans ma jeunesse, j'avais un vieux maître
+qui me faisait lire Bernardin de Saint-Pierre et m'enseignait qu'il n'y
+a point d'insecte minuscule ou d'animal, si vilain qu'il soit, à qui la
+Providence n'ait assigné son utilité particulière et sa fin dans l'ordre
+général des choses. La même confiance m'anime dès que j'entre dans cette
+maison-ci. Et je pense aux dangers qui nous menaceraient, le jour où l'on
+ne s'y disputerait plus...»</p>
+
+<p class="mid">*<br>* *</p>
+
+<p>C'est vrai. Il ne faut pas craindre de voir les hommes se disputer. Au
+Salon d'automne (j'y repense!) un étrange spectacle s'offre aux
+visiteurs: on y regarde voisiner cette année, le plus simplement du
+monde, l'impressionnisme le plus éperdu et «monsieur Ingres». Si M.
+Ingres revenait au monde, il pourrait dire comme certain doge de Venise
+à la cour de Louis XIV: «Ce qui m'étonne le plus ici, c'est de m'y
+voir.» Cependant il constaterait, que même en si singulière compagnie,
+ses dessins font très bonne figure et qu'on est ravi de les y
+rencontrer. D'Ingres à Cézanne, que de chemin parcouru! On a marché («et
+dans quoi, mon Dieu!» comme disait Musset); on s'est injurié, on s'est
+battu. Aujourd'hui, on consent à causer; et, pour mieux causer, on se
+rapproche. Les amis de M. Ingres concèdent qu'on fit bien, il y a
+soixante ans, de les rudoyer un peu; les admirateurs de M. Cézanne
+avouent que M. Ingres avait du bon...</p>
+
+<p>Tous ont raison. La concurrence n'est pas que l'âme du commerce et de la
+politique; elle est l'âme des arts aussi. Une mode chasse l'autre, et
+cela est excellent. Ce serait affreux, des modes éternelles.</p>
+
+<p>Au théâtre, cet hiver, la mode est au suicide. M. Gandillot débattait le
+mois dernier par une noyade, au théâtre Antoine; au Gymnase, M.
+Bernstein a préféré que son héros se fît sauter la cervelle; M. Henry
+Bataille, au Vaudeville, a eu recours à la même bruyante solution; et
+l'on nous annonce d'autres drames prochains, que d'autres suicides
+termineront.</p>
+
+<p>Le théâtre aimable--la pièce qui «finit bien»--commençait à nous ennuyer
+un peu; nous nous sommes hâtés d'y substituer du théâtre horrifique, du
+drame noir, un peu sanglant; et voilà les Parisiennes ravies. Pas pour
+longtemps. Elles se plaindront bientôt d'avoir trop pleuré, trop frémi;
+l'odeur de la poudre les dégoûtera. Alors reparaîtra Capus; et, de
+nouveau, pendant un hiver ou deux, il sera formellement admis que la vie
+est belle, et que «tout s'arrange»...<br>
+
+<span class="rig"><span class="sc">Sonia.</span></span></p><br><br>
+
+<h3>NOTES ET IMPRESSIONS</h3>
+
+<p>L'indépendance de l'âme fonde celle des États. <span class="sc">Mme de Staël</span>.</p>
+
+<p class="mid">*<br>* *</p>
+
+<p>La pleine liberté de la presse a tué l'art de savoir tout dire dans le
+temps où il n'est permis de rien dire du tout. Le grand air fait du mal
+aux fleurs de serre. <span class="sc">Ernest Lavisse</span>.</p>
+
+<p class="mid">*<br>* *</p>
+
+<p>Les événements sont des juges qui font payer très cher leurs sentences;
+la justice de l'histoire est la plus coûteuse de toutes les justices.
+<span class="sc">Valbert</span>.</p>
+
+<p class="mid">*<br>* *</p>
+
+<p>Il ne faut jamais trop parler du bonheur, on l'effarouche. <span class="sc">M. DE
+COMISELLE</span>.</p>
+
+<p class="mid">*<br>* *</p>
+
+<p>On pardonne beaucoup aux illusions qui consolent, quand on est aux
+prises avec les réalités qui ne consolent pas.</p>
+
+<p class="mid">*<br>* *</p>
+
+<p>Certaines âmes délicates redoutent les fêtes qui célèbrent les dates
+heureuses de notre passé, comme si elles nous dénonçaient au malheur qui
+nous oublie. <span class="sc">G.-M. Valtour.</span></p><br><br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/002a.png"></p>
+
+<table cellpadding="2" cellspacing="2" border="0"
+ style="width: 100%; text-align: left;" summary="3271">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 75%; text-align: center;">
+<b>Le président, le roi et les invités se rendant au lieu de<br>
+chasse; dans le domaine royal de Rio-Frio.</b>
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 25%; text-align: center;">
+<b>A la chasse aux perdreaux dans la Casa del Carapo.<br>
+Alphonse XIII: «C'est moi qui les ai tués!»</b>
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<p class="lef"><img alt="" src="images/002b.png"><br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;
+<b>Alphonse XIII et son porte-fusil.</b></p>
+
+<p>Pendant les dernières journées du séjour de M. Loubet en Espagne, le
+programme a fait la part belle à l'élément sportif. C'est ainsi qu'il y
+eut consécutivement deux chasses, et ce ne fut pas trop au gré du
+souverain et de son hôte, étant donné leur goût personnel prononcé pour
+ce passe-temps favori de la plupart des chefs d'État. La première, une
+chasse à la grosse bête, eut lieu le mercredi 25, sous la direction du
+comte de San-Roman, grand veneur, dans le domaine royal de Rio-Frio,
+situé à trois heures de chemin de fer de, Madrid, et dont les tirés
+abondent en cerfs, daims et chevreuils. Les chasseurs, divisés en
+groupes de deux ou trois, étaient placés derrière des abris, de manière
+à pouvoir viser tranquillement les pièces de choix parmi le gibier que
+poussaient devant eux une centaine de rabatteurs. Le jeudi 26, le roi et
+le président, accompagné encore, de M. Paul Loubet, son fils aîné,
+employaient leur matinée à chasser le lapin et le perdreau dans la Casa
+del Campo, autre parc royal, mais voisin, celui-là, du palais de Madrid.
+Ajoutons que, la veille, à la suite de la chasse, Alphonse XIII, plein
+d'un entrain juvénile, avait improvisé une excursion au château de la
+Granja et à Ségovie, conduisant lui-même d'une main sûre l'automobile
+où il emportait son illustre visiteur.</p>
+
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/002c.png"></p>
+
+<table cellpadding="2" cellspacing="2" border="0"
+ style="width: 100%; text-align: left;" summary="3271">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 30%; text-align: center;">
+<b>M. Loubet et son fils, M. Paul Loubet, dans leur abri à
+la chasse de Rio-Frio.</b> --<i>Phot, M. de Baena.</i>
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 70%; text-align: center;">
+<span class="sml">M. Loubet.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Alphonse XIII.</span>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<br><b>Le départ en automobile pour
+Ségovie</b>--<i>Phot. L. Bouet.</i>
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<h3>LE PRÉSIDENT DE LA REPUBLIQUE EN ESPAGNE</h3><br><br>
+
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/003.png"><br>
+<span class="sml">M. Loubet. Le prince héritier Louis-Philippe S. M. la reine Amélie. Le duc d'Oporto. S. H. le roi Carlos.</span><br><span class="rig">Cliché Novaës.</span><br>
+<b>LE VOYAGE DU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE EN PORTUGAL</b>.<br>--Devant le
+photographe, à Cintra.</p>
+
+<p><i>L'excursion à Cintra, le samedi 28 octobre, eut surtout le caractère
+d'une partie de campagne, et là, plus qu'ailleurs, l'étiquette
+protocolaire se départit de sa rigueur, laissant libre carrière à un
+aimable enjouement, dont les souverains portugais donnaient l'exemple.
+C'est ainsi qu'à l'issue du déjeuner au Palais Royal, la reine Amélie
+organisa une séance de photographie, invitant avec une bonne grâce
+charmante tous les convives à la suivre devant les objectifs préparés
+par les opérateurs de</i> L'Illustration. <i>Après le groupe général, elle
+voulut un groupe plus intime, à l'arrangement duquel elle se fit un
+plaisir de procéder elle-même. Le président Loubet était placé à sa
+gauche, le roi à sa droite; derrière eux se tenaient le prince royal et
+le duc d'Oporto, frère du roi. La pose, excellente, favorisa la réussite
+des clichés.</i></p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/004.png"><br><b>LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE EN PORTUGAL.<br>
+La galère, tirée par cent rameurs en costume de galérien, conduisant au
+<i>Léon-Gambetta</i> la famille royale et M. Loubet pour le déjeuner d'adieu
+à bord du cuirassé français, le 29 octobre.</b><br>--<i>Phot. L. Bouet.--Voir
+l'article, page 304.</i></p>
+
+<br><br>
+
+<h3>LE SALON D'AUTOMNE</h3>
+
+<p><i>On nous a dit: «Pourquoi</i> L'Illustration, <i>qui consacre chaque année
+aux traditionnels Salons du printemps tout un numéro, affecte-t-elle
+d'ignorer le jeune Salon d'automne? Vos lecteurs de province et de
+l'étranger, exilés loin du Grand Palais, seraient heureux d'avoir au
+moins une idée de ces oeuvres de maîtres peu connus, que les journaux les
+plus sérieux (le Temps lui-même) leur ont si chaleureusement vantées.»</i></p>
+
+<p><i>Nous rendant à ces raisons, nous consacrons ici deux pages à reproduire
+de notre mieux une douzaine de toiles marquantes du Salon d'automne. Il
+y manque malheureusement la couleur; mais on pourra du moins juger le
+dessin et la composition. Si quelques lecteurs s'étonnent de certains de
+nos choix, qu'ils veuillent bien lire les lignes imprimées sous chaque
+tableau: ce sont les appréciations des écrivains d'art les plus
+notables, et nous nous retranchons derrière leur autorité. Nous
+remarquerons seulement que, si la critique, autrefois, réservait tout
+son encens aux gloires consacrées et tous ses sarcasmes aux débutants et
+aux chercheurs, les choses ont vraiment bien changé aujourd'hui.</i></p>
+
+<table cellpadding="2" cellspacing="2" border="0"
+ style="width: 100%; text-align: left;" summary="3271">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: center;">
+<p class="mid"><img alt="" src="images/005a.png"><br> <b>CHARLES GUERIN.--Baigneuses.</b></p>
+<p>Dans le clan des jeunes, Guérin est un des premiers qui se soient frayé
+une oie neuve... Les transcriptions de la forme féminine qui constituent
+son envoi principal ont ceci de très particulier qu'elles sont à la fois
+familières, extrêmement réalistes, et pourtant sans vulgarité. Elles se
+relèvent d'une ingénuité de sentiment qui, dans une très forte mesure,
+les stylise... <span class="sc">Thiébault-Sisson</span>, <i>le Temps</i>.</p>
+
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: center;">
+<p class="mid"><img alt="" src="images/005b.png"><br> <b>J.-E. VUILLARD.--Panneau décoratif.</b></p>
+
+<p>... Un des plus beaux peintres que ces dernières années nous aient
+révélés; ses harmonies sont une perpétuelle fête pour le regard. <span class="sc">Arsene
+Alexandre</span>, <i>le Figaro.</i></p>
+
+<p>Ces paysages sont reposants, ces intérieurs silencieux et quiets,
+propices infiniment à l'étude, aux douces rêveries... J'envie l'homme
+opulent et raffiné qui pourra les contempler à loisir, de son fauteuil,
+en tournant les pages de quelque, livre très attachant. <span class="sc">Gustave Babin</span>,
+<i>l'Écho de Paris.</i></p>
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+
+
+
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/005c.png"><br><b>PAUL CÉZANNE.--Les Baigneurs.</b></p>
+
+<p>Paul Cézanne donne une sensation d'harmonie, de gravité. La nature est
+chez Cézanne, solennelle et éternelle... Je ne puis m'empêcher de voir
+en ce singulier et si simple artiste, une des plus belles incarnations
+de l'art de peindre... J'ai, devant ces oeuvres si pures, la sensation
+de me trouver devant des aspects à jamais fixés... Je crois que cette
+peinture traversera les temps. Sa beauté est profonde et sereine...
+<span class="sc">Gustave Geffroy</span>, <i>le Journal</i>.</p>
+
+<p>Cézanne: le public va-t-il comprendre enfin ce langage rude et haut
+qu'on ne parle guère à ses oreilles?... Il est temps que s'impose l'âpre
+grandeur de cette oeuvre inégale, mais toujours émouvante... <i>Les
+Baigneurs</i> michelangesques sous un ciel obscur d'été orageux... <span class="sc">Louis
+Vauxcelles</span>, <i>Gil Blas</i>.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/005d.png"><br><b>HENRI ROUSSEAU.--Le lion, ayant faim, se jette sur
+l'antilope.</b></p>
+
+<p><i>Ancien douanier en retraite, M. Henri Rousseau, auquel les Salons des
+Indépendants firent fête autrefois pour sa naïveté miraculeuse et sa
+gaucherie non apprise, a été accueilli avec un pieux respect au Salon
+d'automne, où la toile reproduite ici occupe une place d'honneur.</i></p>
+
+<p>C'est une miniature persane agrandie, transformée en un énorme décor,
+non dépourvu d'ailleurs de mérite... <span class="sc">Thiébault-Sisson</span>, <i>le Temps</i>.</p>
+
+<p>M. Rousseau a la mentalité rigide des mosaistes byzantins, des
+tapissiers de Bayeux: il est dommage que sa technique ne soit pas égale
+à sa candeur. Sa fresque n'est pas du tout indifférente: je concède que
+l'antilope du premier plan s'adorne à tort d'un museau de brochet; mais
+le soleil rouge et l'oiseau apparu parmi les feuillages témoignent d'une
+rare ingéniosité décorative. <span class="sc">Louis Vauxcelles</span>, <i>Gil Blas</i>.</p>
+
+<table cellpadding="2" cellspacing="2" border="0"
+ style="width: 100%; text-align: left;" summary="3271">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: center;">
+<p class="mid"><img alt="" src="images/005e.png"><br><b>ALCIDE LE BEAU.--Le long du lac (Bois de Boulogne).</b></p>
+
+<p>Il est tout un groupe qui continue le mouvement impressionniste avec
+talent, mais sans assez changer la forme générale et l'aspect particulier
+des choses déjà vus par des peintres tels que Monet et Sisley. Ainsi MM.
+Maufra,... Alcide Le Beau (qui, lui, voisine, cette fois, avec Van
+Gogh). Ils savent peindre et ils exposent de belles toiles: on ne peut
+que leur demander de découvrir la nature pour leur compte. <span class="sc">Gustave
+Geffroy</span>, <i>le Journal</i>.</p>
+
+<p>Il a élargi puissamment sa manière, rejette les détails superflus; sa
+vision du <i>Bois de Boulogne</i>, les lacs où voguent les cygnes noirs sont
+d'une couleur qui séduit infiniment. L'envol de M, Le Beau est un des
+plus marquants du Salon. <span class="sc">Louis Vauxcelles, </span> <i>Gil Blas</i>.</p>
+
+
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: center;">
+<p class="mid"><img alt="" src="images/006a.png"><br><b>HENRI MANGUIN.--La Sieste.</b></p>
+<p>M. Manguin: progrès énorme; indépendant sorti des pochades et qui marche
+résolument vers le grand tableau. Trop de relents de Cézanne encore,
+mais la griffe d'une puissante personnalité toutefois. De quelle lumière
+est baignée cette femme à demi nue qui sommeille sur un canapé
+d'osier! <i>Gil Blas</i>. <span class="sc">Louis Vauxcelles</span>, <i>Gil Blas</i>.</p>
+
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<table cellpadding="2" cellspacing="2" border="0"
+ style="width: 100%; text-align: left;" summary="3271">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: center;">
+<p class="mid"><img alt="" src="images/006b.png"><br><b>HENRI MATISSE.--Femme au chapeau.</b></p>
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: center;">
+<p class="mid"><img alt="" src="images/006c.png"><br><b>HENRI MATISSE.--Fenêtre ouverte.</b></p>
+
+<p>M. Matisse est l'un des plus robustement doués des peintres
+d'aujourd'hui. Il aurait pu obtenu de faciles bravos, il préfère
+s'enfoncer, errer en des recherches passionnées, demander au
+pointillisme plus de vibrations de luminosité, Mais le souci de la forme
+souffre. <span class="sc">Louis Vauxcelles</span>, <i>Gil Blas</i>.</p>
+
+<p>M. Henri Matisse, si bien doué, s'est égaré comme d'autres en
+excentricités coloriées, dont il reviendra de lui-même, sans aucun
+doute. <span class="sc">Gustave Geffroy</span>, <i>le Journal</i>.</p>
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/006d.png"><br> <b>GEORGES ROUAULT.--Forains, Cabotins, Pitres.</b></p>
+
+<p>Il est représenté ici par une série d'études de forains dont l'énergie
+d'accent et la robustesse de dessin sont extrêmes. Rouault a l'étoffe
+d'un maître et je serais tenté de voir là le prélude d'une période
+d'affranchissement que des créations originales et des travaux
+définitifs marqueront. <span class="sc">Thiébault-Sisson</span>, <i>le Temps</i>.</p>
+
+<p>M. Rouault éclaire, mieux que l'an passé, sa lanterne de caricaturiste à
+la recherche des filles, forains, cabotins, pitres, etc. <span class="sc">Gustave
+Geffroy</span>, <i>le Journal</i>.</p>
+
+<p>M. Rouault... âme de rêveur catholique et misogyne. Louis Vauxcelles,
+Gil Blas.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/006e.png"></p>
+
+<table cellpadding="2" cellspacing="8" border="0"
+ style="width: 100%; text-align: left;" summary="3271">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: center;">
+<b>ANDRÉ DERAIN.--Le séchage des voiles.</b>
+
+<p>M. Derain effarouchera... Je le crois plus affichiste que peintre. Le
+parti pris de son imagerie virulente, la juxtaposition facile des
+complémentaires sembleront à certains d'un art volontiers puéril.
+Reconnaissons cependant que ses bateaux décoreraient heureusement le mur
+d'une chambre d'enfant. <span class="sc">Louis Vauxcelles</span>, <i>Gil Blas</i>.</p>
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: center;">
+<b>LOUIS VALTAT.--Marine.</b>
+
+<p>A noter encore:... Valtat et ses puissants bords de mer aux abruptes
+falaises. <span class="sc">Thiébault-Sisson</span>, <i>le Temps.</i></p>
+
+<p>M. Louis Valtat montre une vraie puissance pour évoquer les rochers
+rouges ou violacés, selon les heures, et la mer bleue, claire ou
+assombrie. <span class="sc">Gustave Geffroy</span>, <i>le Journal</i>.</p>
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/006f.png"><br> <b>JEAN PUY.--Flânerie sous les pins.</b></p>
+
+<p>... M Puy, de qui un nu au bord de la mer évoque le large schématisme de
+Cézanne, est représenté par des scènes de plein air où les volumes des
+choses et les êtres sont robustement établis. <span class="sc">Louis Vauxcelles</span>, <i>Gil
+Blas</i>.</p>
+
+<br><br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/007.png"><br><b>COMMENT ON PRÉPARE UNE RÉVOLUTION: <br>L'ÉDUCATION DU PEUPLE RUSSE PAR LES
+ÉTUDIANTS<br>
+D'après un tableau de Bogdanof-Bielski.</b></p>
+
+<p>Le manifeste signé, le 17/30 octobre, à Pêterhof, par le tsar, octroie à
+la Russie les libertés essentielles auxquelles elle aspirait depuis si
+longtemps. C'est dans l'histoire du peuple russe une date autrement
+décisive que celle du 19 août, où lui avait été donné l'oukase
+instituant la douma d'empire. L'acte libéral de l'empereur Nicolas II ne
+peut manquer d'ailleurs d'être revendiqué comme une victoire par cette
+partie de l'élite cultivée de la nation qui, après des années de patient
+travail, a réussi à provoquer, dans l'immense empire, l'agitation
+profonde qui a pris, en ces derniers jours, un caractère singulièrement
+inquiétant. C'est, en effet, la jeunesse studieuse de la Russie, ce sont
+ses maîtres et, avec eux, auprès d'eux, les écrivains, les artistes,
+tous les «intelligents», comme on dit là-bas, qui, lentement, ont
+préparé les événements auxquels nous assistons. Cette scène qu'a
+retracée, d'un pinceau ému, un artiste évidemment en sympathie avec les
+agitateurs, était de tous les jours. Dans la salle de quelque humble
+école villageoise, pas plus luxueuse que la chambre unique des isbas de
+sapin des paysans, autour d'un étudiant, prenant sur les heures de son
+travail personnel le temps d'accomplir ce ministère de catéchiste,
+venaient se grouper, pour une lecture à leur portée, sorte de prêche
+laïque, tous les humbles qui le voulaient, auxquels se mêlaient
+volontiers pour l'exemple deux ou trois amis politiques du conférencier,
+étudiants eux-mêmes, ou professeurs. Des enfants aux yeux ardents et
+naïfs coudoyaient là des femmes, recueillies comme au temple, et des
+vieillards au regard désabusé et las, désespérant de voir les temps
+qu'on leur promettait: auditoire ignorant et croyant, tout imprégné de
+mysticisme et prêt à accueillir avec enthousiasme les idées séduisantes
+qu'on lui jetait en pâture.</p>
+
+<br><br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/008a.png"></p>
+
+<table cellpadding="2" cellspacing="2" border="0"
+ style="width: 100%; text-align: left;" summary="3271">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 33%; text-align: center;">
+<b>Les Karpathes (2.500 m.) vus d'une altitude de 4.900
+mètres.</b>
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 67%; text-align: center;">
+<b>Villages et champs hongrois photographiés à 4.500 mètres de
+hauteur.</b>
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<p class="mid"><b>PHOTOGRAPHIES PRISES EN HONGRIE, PAR LE COMTE ROZAN, LE 16 OCTOBRE
+1905.</b></p>
+
+<h3>DES TUILERIES AUX KARPATHES</h3>
+
+<p class="mid">LE GRAND PRIX DE L'AÉRO-CLUB.--1.400 KILOMÈTRES EN BALLON EN 18 HEURES</p>
+
+<p><i>Nous avons publié, dans le numéro du 21 octobre, une page représentant
+les quinze ballons que l'on gonflait, dans le jardin des Tuileries, pour
+participer ci la fête donnée au profit des victimes du tremblement de
+terre de la Calabre--et aussi au Grand Prix de l'Aéro-Club de France. Le
+Grand Prix a été gagné par M. Jacques-Faure, montant avec le comte
+Mozart le ballon</i> la Kabylie, <i>qui est allé atterrir à 1.100 kilomètres,
+près de Kirchdrauf, en Hongrie. Les hardis aéronautes n'avaient mis que
+dix-huit heures pour accomplir ce parcours, c'est-à-dire qu'ils
+l'avaient franchi à la moyenne de plus de 77 kilomètres à l'heure. Pour
+revenir de Kirchdrauf à Paris par la voie ferrée, en prenant les trains
+les plus rapides, ils ont mis 12 heures--beaucoup plus du double. C'est
+le pilote, même de</i> la Kabylie, <i>M. Jacques-Faure, qui a bien voulu
+raconter aux lecteurs de</i> L'Illustration <i>les détails et les péripéties
+de cette magnifique ascension.</i></p>
+
+<p>Quatre heures de l'après-midi: difficilement maintenu à terre par les
+aérostiers du 1er régiment du génie, que le ministre de la Guerre a bien
+voulu mettre à notre disposition, notre ballon, <i>la Kabylie</i>, sous
+l'effort du vent qui souffle par rafales, s'incline d'une façon
+inquiétante sur les statues et les becs de gaz du bassin des Tuileries.
+Malgré un temps épouvantable et une pluie battante, la foule, très
+intéressée par ce spectacle inusité de quinze ballons s'élevant du coeur
+même de Paris, a peu à peu envahi le jardin: des barrières ont été
+brisées, la police est débordée, et le monde s'empresse de telle façon
+autour de ma nacelle qu'il m'est matériellement impossible, au dernier
+moment, tant la foule est dense, de faire les 20 mètres qui me séparent
+de mon manteau de voyage resté chez le concierge des Tuileries: tant pis,
+nous partirons sans lui.</p>
+
+<p class="lef"><img alt="" src="images/008b.png"><br><b>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;«La Kabylie» partant des Tuileries,<br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;le 15 octobre 1905.</b></p>
+
+<p>Péniblement, <i>la Kabylie</i> est mise debout: nos braves aérostiers
+militaires, gênés par le publie, qui leur laisse à peine la liberté de
+leurs mouvements, manoeuvrent très difficilement. Au dernier moment,
+alors que tout semble prêt, une cordelette se brise; quelques secondes
+de plus, et nous partions avec l'appendice de notre ballon fermé:
+c'était notre aérostat éclatant à 300 mètres d'altitude, la chute
+inévitable, la mort certaine après quelques instants d'ascension. Mais
+mon vieil ami Santos-Dumont est là; il a vu le danger: sans hésiter il
+saute dans le cercle, grimpe comme un chat le long de la corde
+d'appendice et brise le «fil à casser» qui le maintient. Tout est prêt,
+nous allons partir: sur le bord de la nacelle, vingt personnes nous
+tendent les mains: au revoir! bonne chance! vive l'Aéro-Club! «Attention
+à la mer!» me crie au dernier moment mon ami Tollander de Balsch, qui
+garde un humide souvenir du bain forcé qu'il a pris, la semaine
+dernière, dans les polders du Zuiderzée.</p>
+
+<p>C'est fini; nous sommes en l'air; le spectacle est inoubliable: la foule
+couvre les Tuileries, la place de la Concorde et une partie des
+Champs-Elysées; à perte de vue, c'est une mer de parapluies ouverts,
+serrés les uns contre les autres sous des rafales de brouillard et de
+pluie. Il est impossible de décrire cette sensation extraordinaire de
+l'aéronaute emporté par un vent violent; c'est le calme dans la tempête,
+<i>immobilis in mobile</i>: penché sur le bord de sa nacelle, sur le bord de
+ce balcon aérien qui marche à de fantastiques vitesses, il voit les
+villes, les forêts, les montagnes, défiler sous ses yeux émerveillés.</p>
+
+<p class="rig"><img alt="" src="images/008c.png"><br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<b>Le comte Rozan et M. Jacques-Faure.</b></p>
+
+<p>En bas, c'est la tempête, le vent qui souffle avec un fracas abominable
+à travers les bois et les chemins; en haut, dans le frêle panier
+d'osier, le calme absolu, la sensation de sécurité parfaite.</p>
+
+<p>Notre nacelle est équipée pour la course: de 7 ou 8 kilos plus légère
+que les nacelles ordinaires, elle est aussi beaucoup plus petite, en
+sorte que les sacs de lest la remplissent; elle est pleine plus qu'à
+moitié; nos genoux sont à la hauteur des bords du panier.</p>
+
+<p>Dès le départ, nous nous assurons notre direction: à 300 mètres
+d'altitude, nous traversons en tourbillon la place Vendôme; nous
+laissons franchement le Sacré-Coeur au nord: nous filons donc vers
+l'est.</p>
+
+<p>Je consulte mon compagnon de voyage; comme moi, le comte Rozan est
+décidé à gagner la course, ou du moins à faire l'impossible pour cela:
+il s'agit d'aller vite et longtemps: en haut, le vent est plus violent,
+nous allons monter. Tant pis si notre direction change, puisque la seule
+mer que nous puissions rencontrer sur notre route est la Baltique, et
+que nous sommes décidés, quoi qu'il arrive, à nous aventurer au-dessus
+d'elle.</p>
+
+<p>A 2.700 mètres, nous trouvons notre équilibre entre deux couches de
+nuages; nous nous maintenons à cette altitude sous une tempête de glace
+et de neige; notre nacelle et notre ballon sont littéralement incrustés
+de givre et notre thermomètre s'abaisse parfois à 14 et 15 degrés
+centigrades au-dessous de zéro.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/009a.png"></p>
+
+<table cellpadding="2" cellspacing="8" border="0"
+ style="width: 100%; text-align: left;" summary="3271">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 33%; text-align: center;">
+<b>La ville de Kirchdrauf, prise à 4.200 mètres. (A
+l'horizon, les Karpathes: 2.500 m.)</b>
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 34%; text-align: center;">
+<b>Le village de Szepesvaralja, photographié durant la
+descente effectuée à 600 mètres à la minute.</b>
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 33%; text-align: center;">
+<b>Szepesvaralja, vu à l'arrivée à terre.</b>
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<p class="mid">ENTRE 10 HEURES ET 11 HEURES DU MATIN, A BORD DU BALLON «LA KABYLIE»<br>
+PILOTÉ PAR M. JACQUES-FAURE.</p>
+
+<p class="lef"><img alt="" src="images/009b.png"><br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<b>Itinéraire de l'aérostat <i>la Kabylie</i> de Paris à
+Kirchdrauf.</b></p>
+
+<p>Vers minuit, le vent redouble de violence, les nuages se déchirent
+au-dessus et au-dessous de nous; nous apercevons en même temps les
+lumières à terre et l'étoile polaire dans le ciel, ce qui nous permet,
+par une observation rapide, de constater que notre direction se
+maintient vers l'est; à partir de minuit, le ciel s'éclaire, la terre
+disparaît de nouveau sous une couche de nuages très épaisse, et nous
+naviguons baignés par un clair de lune splendide, tandis que l'ombre du
+ballon se profile sur les brumes, entourée d'un cercle brillant, bien
+connu des navigateurs aériens sous le nom d' «auréole des aéronautes»;
+de temps en temps la lune s'entoure des couleurs du spectre. De tels
+spectacles sont aussi fantastiques qu'inoubliables: pour y croire, il
+faut les avoir vus et toute description devient impossible devant de
+telles manifestations de la nature. C'est un conte d'Hoffmann vécu. De
+temps en temps, dans une éclaircie, la terre apparaît; nous
+reconnaissons Munich; Linz et Vienne reliées entre elles par un brillant
+ruban argenté; c'est le Danube, le plus beau fleuve d'Europe, dont nous
+observons de 3.000 mètres de hauteur le cours large et majestueux.</p>
+
+<p class="rig"><img alt="" src="images/009c.png"><br><b>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;M. Jacques-Faure descendant par un<br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;filin de la nacelle, accrochée dans<br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;un arbre, près de Kirchdrauf.</b></p>
+
+<p>A 5 heures le jour paraît, tandis que la lune s'abaisse à l'horizon; la
+lumière ne nous a donc pas manqué un seul instant, et c'est à peine si,
+durant cette seconde partie de la nuit, je me sers de temps en temps de
+ma lampe électrique.</p>
+
+<p>A 6 heures, je prends contact avec le sol; là, le vent souffle à peine à
+25 kilomètres à l'heure; une rapide conversation avec des paysans dont
+nous ne saisissons que le mot «Oestreich» (Autriche), et nous remontons
+à 4.000 mètres, où nous retrouvons la bonne brise de la nuit qui nous
+entraîne toujours vers l'est à 80 kilomètres à l'heure. Nous n'avons
+plus que 42 kilos de lest; j'en mets 12 dans un coin de la nacelle et
+jusqu'à 9 heures nous nous équilibrons entre 4.000 et 5.200 mètres avec
+les 32 autres kilos.</p>
+
+<p>A 9 h. 1/2, les bouteilles, les provisions passent par-dessus le bord; à
+10 h. 1/4, c'est le tour des sacs de voyage; depuis longtemps déjà nos
+objets de toilette, nos chaussures et nos vêtements de rechange avaient
+pris le même chemin: notre nacelle est absolument vide.</p>
+
+<p>Le froid est abominable; nous sommes très fatigués par ce long séjour
+dans les hautes régions de l'atmosphère; Rozan est complètement vert, ce
+qui ne l'empêche pas de me proposer froidement de grimper dans notre
+cercle, et d'envoyer notre nacelle rejoindre nos provisions. Mais j'ai à
+peine la force de soulever mon dernier sac de lest, et à 10 h. 1/2
+commence à 5.200 mètres une descente foudroyante et vertigineuse.</p>
+
+<p>Eu moins de sept minutes nous sommes au sol, ayant pu, durant cette
+véritable chute, prendre les quelques clichés que nous sommes heureux de
+soumettre aujourd'hui aux lecteurs de <i>L'Illustration.</i></p>
+
+<p>A 20 mètres de terre, le ballon passe au-dessus d'un petit bois; j'ouvre
+mon ballon en deux: la corde de déchirure fonctionne parfaitement, et,
+comme un grand oiseau blessé, il s'abîme sur un arbre, presque sans
+choc, sans secousse, la nacelle d'un côté, l'étoffe de l'autre. Suivant
+l'usage, je quitte la nacelle le dernier, et Rozan me photographie tout
+tranquillement, tandis qu'à bout de forces, je descends péniblement de
+mon arbre, le long du seul bout de filin qui nous reste.</p>
+
+<p>Nous sommes à Kirchdrauf (Hongrie), à 1.400 kilomètres de Paris, ayant
+effectué l'un des trois plus longs voyages aériens du monde entier.</p>
+
+<p>Le Grand Prix de l'Aéro-Club de France est à nous.<br>
+
+<span class="rig"><span class="sc">Jacques-Faure.</span></span></p><br><br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/010a.png"></p>
+
+<table cellpadding="2" cellspacing="2" border="0"
+ style="width: 100%; text-align: left;" summary="3271">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 40%; text-align: center;">
+<b>Les bureaux du journal <i>Novosti Dnia</i> gardés par la police.</b>
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 60%; text-align: center;">
+<b>Les bureaux du journal <i>Rouski Listok</i> gardés par les cosaques.</b>
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<p class="mid"><b>PENDANT LA GRÈVE DES TYPOGRAPHES A MOSCOU</b></p>
+
+<h3>LA RUSSIE SANS JOURNAUX</h3>
+
+<p>Les typographes, les imprimeurs, tous les travailleurs
+qui concourent à la confection matérielle des journaux
+ont été des premiers à entrer dans les vues des meneurs
+de la révolution russe qui poussaient à la grève générale
+comme au sûr moyen d'obtenir les réformes politiques
+demandées. Quelques-uns ont bien cherché à résister à ce
+mouvement, ont voulu continuer le travail, sous la protection
+de la gendarmerie ou des cosaques. C'est ainsi que
+certaines imprimeries de Moscou, celles des <i>Novosti Dnia</i> et
+du <i>Rouski Listok</i>, par exemple, ont continué à fonctionner
+pendant quelques jours sous la protection de la force
+armée. Mais la plupart des grandes villes de l'empire,
+à commencer par Saint-Pétersbourg, sont actuellement
+sans journaux, sans nouvelles, séparées du reste du monde,
+isolées même l'une de l'autre.</p>
+
+<h3>LE GENERAL DRAGOMIROF</h3>
+
+<p class="lef"><img alt="" src="images/010b.png"><br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<b>Le général Dragomirof.</b><br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;--<i>Phot. Pirou, boul. Saint-Germain</i>.</p>
+
+<p>«Mikhaël Ivanovitch», comme on l'appelait familièrement,
+vient de s'éteindre à Konotop, près de Kiev, dans
+sa terre patrimoniale, où il était né, où reposent les siens.</p>
+
+<p>Sa popularité en Russie était considérable. Sa renommée
+avait franchi toutes les frontières. Chez nous, dont
+il avait suivi les armées pendant toute la campagne
+d'Italie, et où il était revenu souvent, prenant part
+avec un intérêt passionné aux manoeuvres, se complaisant
+à vivre parmi nos soldats, il était fort connu et on
+l'aimait beaucoup.</p>
+
+<p>Ses théories sur l'éducation du troupier, qui voulaient
+que l'officier eût avant tout pour objectif de former le
+moral du soldat, étaient d'abord trop conformes à nos
+idées humanitaires pour ne pas lui avoir conquis, en
+France, de chauds admirateurs. En fait, d'ailleurs, elles
+semblaient mieux conçues pour s'appliquer au soldat
+français, dégrossi, déluré, qu'au malheureux moujik illettré.</p>
+
+<p>Aussi bien, ces théories séduisantes, Dragomirof eut
+peu l'occasion d'en vérifier sur les champs de bataille
+l'excellence. Cette occasion pourtant, la guerre de 1877
+sembla devoir la lui fournir. A la tête de la 14e division,
+qu'il commandait, à Kichinef, depuis plusieurs années, il
+dirigea brillamment le passage du Danube, pour marcher
+ensuite vers Chipka. Mais une balle, qui le blessa au genou
+gauche, l'immobilisa pour la durée de la campagne.</p>
+
+<p>Il demeura donc un théoricien, un éducateur, un professeur
+d'énergie militaire fort convaincant.</p>
+
+<p>Au commencement de la guerre russo-japonaise, il
+avait tenu à aller dire adieu aux troupes du gouvernement
+de Kiev partant pour la Mandchourie. Et il avait
+saisi ce prétexte pour leur répéter en guise de suprême
+recommandation, leur paraphraser l'un de ses adages
+favoris: «Tire rarement, mais juste ; pique ferme avec
+la baïonnette. La balle s'égarera, la baïonnette ne s'égarera
+pas; <i>la balle est folle, la baïonnette est une luronne</i>.»</p>
+
+<p>Hélas! contre les canons d'aujourd'hui, une «luronne»
+bien impuissante!</p>
+
+
+
+
+
+<h3>LE GENERAL O'CONNOR</h3>
+
+<p class="rig"><img alt="" src="images/010c.png"><br><b>Le général O'Connor, qui vient de mourir à Paris.</b></p>
+
+<p>Le général de division O'Connor, commandeur de la
+Légion d'honneur, qui vient de mourir à la maison de
+santé des frères Saint-Jean de Dieu, où il suivait un traitement,
+après une grave opération, était né à Paris en
+1847. Sorti de Saint-Cyr en 1868, il appartenait à l'arme
+de la cavalerie. Capitaine en 1876, il passa par l'École
+supérieure de guerre et fut promu chef d'escadron en
+1883, lieutenant-colonel en 1887, colonel en 1891, général
+de brigade en 1896 et divisionnaire en 1902. Il avait pris
+part aux expéditions de Tunisie et du Tonkin ; mais c'est
+surtout à la tête de la division d'Oran qu'il devait se
+signaler comme organisateur de la plupart des postes de
+notre frontière marocaine. Un désaccord avec le gouvernement
+ sur les mesures à prendre dans le Sud-Oranais
+motiva son déplacement ; à la fin de 1903, il était appelé
+au commandement de la 8e division d'infanterie au Mans,
+mis bientôt en disponibilité, puis nommé membre du
+Comité technique de l'artillerie et de la commission
+mixte des travaux publics.</p><br><br>
+
+
+<p class="lef"><img alt="" src="images/010d.png"><br><b>Le monument de Moltke, inauguré à Berlin<br> le 26 octobre.</b></p>
+
+<h3>UNE NOUVELLE STATUE DE MOLTKE</h3>
+
+
+
+<p>Il n'est guère de ville allemande se respectant un peu
+qui n'ait sa statue de Moltke, voisinant avec celle de Bismarck.
+Berlin possédait seulement, sur la place Royale,
+l'effigie du chancelier de fer, face à la colonne de la Victoire.
+ La place réservée, en pendant, au feld-maréchal
+demeurait vide, le sculpteur Joseph Uphues, chargé de
+la meubler, se consumant, depuis des années, en efforts,
+pour mettre au monde un chef-d'oeuvre.</p>
+
+<p>Il ne paraît guère qu'il y ait réussi. Il a campé son
+Moltke debout, appuyé à une sorte de colonnade qui
+n'a pour excuse d'être dorique que l'ambition puérile du
+statuaire d'avoir voulu la a raccorder », comme disent les
+architectes, avec quelques vilaines bâtisses de Berlin, qui
+sont du même ordre. Ce siège bizarre est d'ailleurs ridicule
+ de disproportion avec la figure. Mais il v a dans l'attitude
+ que le professeur Uphues a donnée au vieux stratège,
+ les mains croisées, le regard droit, une impression
+de tranquille confiance qui n'est pas sans caractère.</p>
+
+<p>Le monument entier est en marbre. Ce serait, paraît-il,
+le plus gros bloc de marbre qu'on ait jamais taillé--au
+moins dans les temps modernes.--Mais cette statue a attiré
+encore l'attention sur elle d'une autre façon : c'est à l'occasion
+de son inauguration, le 26 octobre, que le kaiser a
+prononcé, verre en main, les paroles belliqueuses qu'on a
+fort commentées ces jours derniers.</p>
+<br><br>
+
+
+
+
+
+
+<h3>LE JIU-JITSU</h3>
+
+<h4>ENCORE UNE VICTOIRE DES JAPONAIS</h4>
+
+<p>La mode actuelle est incontestablement aux Japonais et, depuis les
+succès inattendus que ce petit peuple a remportés en Extrême-Orient,
+tout ce qui le concerne a le don d'exciter notre intérêt. C'est ainsi
+que, dans les milieux sportifs, on discutait tout récemment, non sans
+quelque vivacité, la question brûlante du jiu-jitsu. Le jiu-jitsu
+(prononcez djioudjitss) est-il un simple bluff, comme le prétendaient
+jadis la plupart des gens compétents? Est-ce, au contraire, le système
+idéal de défense individuelle, ainsi que le proclament les rares initiés
+de cet art nouveau? Le débat, qui était jusqu'à ce jour resté indécis,
+vient enfin d'être tranché. C'est du moins ce qui semble résulter du
+match disputé à Courbevoie, le jeudi 23 octobre, par le professeur
+Re-Nié, instructeur de jiu-jitsu à l'école de la rue de Ponthieu, et le
+maître Dubois, représentant des sports de défense français, qui avait
+lancé un défi à Re-Nié.</p>
+
+<p>Le maître Dubois, qui fut jadis un sculpteur non sans talent, est à la
+fois un escrimeur dangereux, un boxeur redoutable, un faiseur de poids
+et d'haltères de premier ordre: c'est, en un mot, le véritable type de
+l'athlète. Sa taille est de lm,68; son poids de 75 kilos. Il est né en
+1865.</p>
+
+<p>Re-Nié, qui a juste trente-six ans, mesure lm,65 et pèse 63 kilos. Il a
+appris le jiu-jitsu à Londres sous les maîtres japonais Miyaké et
+Kanaya. Bien que robuste, il est notablement moins vigoureux que son
+adversaire.</p>
+
+<p>Le combat, où tous les coups étaient permis, ne devait cesser que quand
+l'un des antagonistes se reconnaîtrait vaincu. Il a été très rapidement
+terminé par la victoire du jiu-jitsuan. En voici du reste le compte
+rendu sommaire:</p>
+
+<p>Au commandement: Allez, les deux adversaires se portent rapidement l'un
+vers l'autre, s'arrêtent à environ 2 mètres et s'observent trois ou
+quatre secondes. Sur une feinte de Re-Nié, Dubois esquisse du droit un
+coup de pied bas que Re-Nié esquive. Dubois porte alors, du même côté,
+un coup de pied de flanc; mais au même instant, avec un à-propos
+extraordinaire, Re-Nié rentre d'un véritable bond de chat et saisit
+Dubois à bras-le-corps. Dubois essaye un tour de hanche: Re-Nié, que ce
+mouvement a placé à droite de son adversaire, appuie la main droite sur
+l'abdomen de ce dernier, en même temps qu'il lui comprime les muscles
+lombaires avec la main gauche et lui envoie un coup de genou sous la
+cuisse droite. Dubois bascule et tombe sur les omoplates comme une
+masse; il porte néanmoins à Re-Nié, resté dessus, une prise de gorge qui
+permet à ce dernier de lui cueillir le poignet droit. Re-Nié se renverse
+immédiatement sur le dos, à la gauche de Dubois, lui passe la jambe
+gauche en travers de la gorge, en lui maintenant avec ses deux mains le
+bras sur son abdomen, le coude en dessous, le bras passant entre ses
+deux jambes (1). Une vigoureuse pression, exercée sur le poignet de
+Dubois, menace de lui désarticuler au coude le bras qui se trouve en
+porte-à-faux. Dubois résiste pendant une seconde, puis demande grâce.</p>
+
+
+
+<p>Le combat avait juste duré 26 secondes, dont 6 secondes seulement pour
+l'engagement proprement dit.</p>
+
+<p>Les choses se sont passées exactement comme elles se seraient passées
+dans une rencontre non préméditée. Les deux adversaires étaient en tenue
+de ville, avec chaussures ordinaires; Georges Dubois avait même conservé
+son chapeau et ses gants. Le sol, recouvert de gravier, était seulement
+un peu moins dur que ne l'aurait été le macadam ou l'asphalte. Enfin le
+match a été disputé en plein air, sur la terrasse du nouveau bâtiment
+des établissements de carrosserie Védrine.</p>
+
+<p>Le résultat a été d'une netteté parfaite. Le représentant de la méthode
+française n'a pas existé devant le représentant du jiu-jitsu.</p>
+
+<p class="mid">*<br>* *</p>
+
+<p>On pense bien qu'un événement de ce genre n'a pas été accueilli sans
+protestation de la part des adeptes de la boxe française ou anglaise. A
+les entendre, après coup, le maître Dubois n'était pas qualifié pour
+représenter les sports de défense, qu'il a précisément pour métier
+d'enseigner. Nous ne chercherons pas à discuter cette manière de voir;
+nous nous contenterons de dire que le jiu-jitsu, déjà officiellement
+pratiqué par les élèves de West-Point (le Saint-Cyr américain), les
+policemen de New-York et de Londres, etc., va, sur l'initiative de M.
+Lépine, être enseigné à partir de la semaine prochaine aux inspecteurs
+de la Sûreté et aux agents de la brigade des recherches. La défaite
+ultra-rapide d'un athlète très vigoureux et très exercé par un homme
+dont les moyens physiques étaient visiblement très inférieurs aux siens,
+et qui est en outre bien plus un instructeur qu'un combattant, a montré
+au préfet de police tout l'intérêt que présente le jiu-jitsu comme moyen
+de défense.</p>
+
+<p>On a prononcé, à propos de la rencontre de Courbevoie et du jiu-jitsu en
+général, le mot de sport de voyou. Ce terme, déjà excessif dans la
+bouche de ceux qui condamnent la boxe anglaise comme trop brutale, prête
+quelque peu à rire quand il est prononcé par les adeptes convaincus de
+la boxe anglaise ou française. Croit-on qu'il soit beaucoup plus élégant
+d'écraser d'un coup de poing le nez de son adversaire que de le forcer
+par une adroite torsion de bras à demander merci? Rien n'est moins
+certain. Nous partagerions même volontiers l'opinion des deux officiers
+supérieurs d'artillerie qui viennent de publier chez Berger-Levrault une
+traduction du livre de M. Irving Hancock sur le jiu-jitsu et qui
+considèrent ce sport comme un art extrêmement intéressant, une
+«véritable escrime aussi captivante que celle de l'épée».</p>
+
+<p>Est-ce à dire qu'il faille faire fi de notre vieille boxe française ou
+même de la lutte classique si chère à nos populations du Midi? En aucune
+façon. Si le jiu-jitsu paraît décidément supérieur au point de vue de la
+défense personnelle, la boxe et la lutte n'en restent pas moins des
+sports excellents pour le développement de l'adresse, de la force et du
+courage. Le jiu-jitsuan lui-même ne peut négliger complètement la boxe;
+il doit, en effet, connaître les moyens d'action du boxeur pour pouvoir,
+suivant l'expression consacrée, rentrer dans ce dernier dont la tactique
+est de le tenir à distance.</p>
+
+<p>Ajoutons enfin que le jiu-jitsu n'est point, comme on le croit
+généralement sur la foi de renseignements aussi erronés qu'incomplets,
+une simple collection de trucs de combat: c'est en réalité une méthode
+très originale et très complète de culture physique et d'entraînement
+qui commence par l'éducation de l'enfant, pour continuer par celle de
+l'adolescent et de l'homme fait, sans perdre de vue l'éducation physique
+de la femme. Ce sont en grande partie les enseignements du jiu-jitsu qui
+ont donné aux troupes japonaises leur merveilleuse endurance et leur
+admirable sobriété, et l'on peut, sans être taxé d'exagération, dire que
+la jiu-jitsu a eu sa part dans le triomphe, si inquiétant pour les
+Européens, de la race jaune en Extrême-Orient.<br>
+
+<span class="rig"><span class="sc">L. Sauveroche.</span></span></p><br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/011a.png"><br><b>Le match Re-Nié Georges Dubois. Coup de pied au corps<br>
+porté par Georges Dubois (vu de face) à Re-Nié (vu de dos).</b></p>
+
+<blockquote>Note 1: C'est la position des combattants à cet instant précis que
+représente la photographie ci-dessous.</blockquote>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/011b.png"><br><b>G. Dubois. Re-Nié. Re-Nié la jambe passée sur la gorge de
+Dubois, fait à son adversaire le coup d'étirement et de torsion du bras
+qui a mis fin au combat après six secondes de lutte.</b></p>
+
+<h3>LE MATCH RE-NIÉ-GEORGES DUBOIS</h3>
+<br><br>
+
+<h3>LES LIVRES ET LES ÉCRIVAINS</h3>
+
+<p><span class="sc">H. G. Wells</span>, l'auteur de «la Vérité».
+
+CONCERNANT PYECRAFT, DONT NOUS PUBLIONS
+
+EN SUPPLÉMENT, DANS CE NUMÉRO, LA TRADUCTION FRANÇAISE.</p>
+
+<p>C'est en 1895 que M. H. G. Wells a publié son premier ouvrage: <i>la
+Machine à explorer le temps</i>. Il avait alors vingt-neuf ans et, depuis
+cinq ans qu'il avait terminé ses études à l'Université de Londres, il
+professait les sciences en divers établissements d'enseignement
+secondaire de la capitale anglaise. Entre temps, il collaborait à des
+publications scientifiques et littéraires, à des revues de tous genres
+et même à des quotidiens. Encouragé par le succès de son premier roman,
+il publia coup sur coup, la même année, un recueil de nouvelles qu'on
+retrouve en partie dans le volume intitulé en français <i>les Pirates de
+la mer</i> et <i>la Merveilleuse Visite</i>; l'année suivante: <i>les Roues de la
+Fortune</i> et <i>l'Île du docteur Moreau</i>; en 1897, un recueil d'articles,
+un recueil de nouvelles et <i>l'Homme invisible</i>; en 1898, <i>la Guerre des
+mondes</i>; en 1899, <i>Quand le dormeur s'éveillera, Une Histoire des temps
+à venir</i> et <i>les Récits de l'âge de pierre</i>; en 1900, <i>l'Amour et M.
+Lewisham</i>; en 1901, <i>Anticipations</i> et <i>les Premiers Hommes dans la
+Lune</i>; en 1902, <i>la Dame de la mer</i> et <i>la Découverte de l'avenir</i>; en
+1903, <i>l'Humanité en formation</i> et <i>Douze Histoires et un Rêve</i>; en
+1904, <i>Place aux géants</i>; en 1905, <i>Une Utopie moderne</i>; il a achevé
+plusieurs romans, inédits encore, <i>Kips</i>, l'histoire d'un enfant; et un
+autre, sans titre jusqu'ici et plus fantastique, paraît-il, qu'aucun des
+précédents.</p>
+
+<p class="lef"><img alt="" src="images/012a.png"><br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<b>H. G. Wells.</b></p>
+
+<p>On a dit du fécond écrivain qu'il était le «Jules Verne anglais», mais
+Jules Verne lui-même, qui avait une grande admiration pour son jeune
+confrère, a fort bien marqué les différences qui les séparent et M.
+Ch.-V. Langlois, de la Sorbonne, écrivait dans la <i>Revue de Paris</i>:
+«Tout le monde a lu les livres de H. G. Wells, le nouveau Jules Verne
+anglais, dit-on, mais un Jules Verne mieux informé, d'une fantaisie plus
+puissante, et philosophe.» Et ce qui a assuré le grand succès de Wells,
+en Angleterre et en Amérique comme sur le continent, c'est que tout le
+monde peut le lire et que tout le monde le lit de plus en plus. Le
+savant professeur qui discute les prestigieuses <i>Anticipations</i> de Wells
+prend un plaisir extrême à ses plus fantastiques récits; l'adolescent le
+suit, l'imagination éblouie, dans les temps à venir et dans l'âge de
+pierre, dans la lune ou à travers de plus lointains espaces; les
+lectrices moins vagabondes sont émues par les amours de M. Lewisham ou
+les tribulations de <i>la Merveilleuse Visite</i>, et les gens graves, les
+sociologues, les hommes de science, ou de toutes les sciences,
+s'émerveillent de ses audacieuses hypothèses, de ses prédictions
+déconcertantes qui influencent puissamment le mouvement des idées
+universelles. Et cet écrivain, ce penseur prodigieux a d'exquis moments
+de gaieté souriante, pendant lesquels il révèle <i>la Vérité concernant
+Pyecraft</i> ou narre tel autre conte facétieux ou burlesque.</p>
+
+<h4>ALPHONSE ALLAIS</h4>
+
+<p>Alphonse Allais est mort subitement, samedi dernier, à l'âge de
+cinquante-deux ans. Fils d'un pharmacien d'Honfleur, il était venu tout
+jeune à Paris pour étudier les sciences; mais, comme il arrive assez
+fréquemment, sa réelle vocation n'avait pas tardé à l'entraîner dans une
+voie bien différente, où il devait, d'ailleurs, trouver le succès et
+conquérir la réputation.</p>
+
+<p class="rig"><img alt="" src="images/012b.png"><br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<b>Alphonse Allais.</b></p>
+
+<p>Après d'heureux débuts au <i>Tintamarre</i> et au <i>Chat-Noir</i>, la publication
+de monologues fort goûtés, même au-delà de Montmartre, berceau de sa
+notoriété, il collabora au <i>Gil Blas</i>, devint rédacteur attitré du
+<i>Journal</i>, puis rédacteur en chef du <i>Sourire</i>. Il aborda en outre le
+théâtre, en collaboration avec Alfred Capus et y réussit. C'est surtout
+la <i>Vie drôle</i>, cette série de chroniques, d'une fantaisie si
+particulière, d'une forme si originale, qui lui avait valu la faveur
+durable du public; la clientèle de lecteurs fidèles qu'il s'était faite
+se grossissait de nouveaux contingents quand il réunissait ces feuillets
+épars en des volumes dont les seuls titres, répétés comme des formules
+typiques, assuraient la vogue: <i>A se tordre, On n'est pas des boeufs,
+le Parapluie de l'escouade</i>, etc.</p>
+
+<p>La verve par où Alphonse Allais s'était classé au premier rang des
+«auteurs gais» n'avait rien de banal ni de grossier; sa «blague» de
+pince-sans-rire était d'un observateur sagace, d'un fin satiriste, d'un
+humoriste du bon coin. Estimé du monde des lettres, il excella et sut
+rester égal à lui-même dans un des genres les plus difficiles à
+soutenir.</p><br><br>
+
+<h3>LIVRES NOUVEAUX</h3>
+
+<p class="mid"><i><b>Romans.</b></i></p>
+
+<p>On nous a conté souvent les exploits des «fils à papa». Ce sont des
+«fils à maman» que M. René Boylesve, l'auteur de <i>l'Enfant à la
+balustrade</i>, met en scène dans son nouveau et délicieux roman: <i>le Bel
+Avenir</i> (Calmann-Lévy, 3 fr. 50). Les «fils à maman» de l'ingénieux
+écrivain ne sont pas de bien grands caractères. Mais leurs mères: Mme
+Dieulefait d'Oudart, Mme Chef-Boutonne et Mme Lapoiroux, quelles
+héroïnes! Quels efforts pour assurer à leurs fils le «bel avenir» de
+tous les rêves maternels! Quel ressort, quels rebondissements après les
+échecs! Et surtout quelles habiletés raffinées--chez les deux
+premières--pour sauver la face dans les passes critiques! La fierté
+spéciale, l'amour-propre indomptable des mères de fils unique ont été
+finement observés par M. René Boylesve. Son livre est ironique sans
+malveillance. Celui qui le lit se surprend à sourire aux bons passages:
+et il y a de bons passages à tous les chapitres.</p>
+
+<p>--M. Marcel Batilliat est de ceux qui poursuivent un dessein quand ils
+l'ont formé. Matériellement, il avait entrepris d'écrire une série de
+trois romans sous le titre général: <i>le Règne de la Beauté</i>. Après <i>la
+Beauté</i> et <i>Versailles-aux-Fantômes</i>, il nous donne aujourd'hui <i>la
+Joie</i> (Mercure ne France. 3 fr. 50). Il annonce maintenant le <i>Règne de
+l'Action</i> et <i>le Règne de la Sagesse</i>. C'est un beau programme
+d'écrivain. Faut-il tenter de résumer en quelques mots le sujet de <i>la
+Joie</i>? Ce serait aller contre le désir d'un auteur qui s'exprime ainsi
+dans un curieux avant-propos: «Les jeunes femmes qui figurent, avec de
+rares comparses volontairement effacés, les seuls personnages de <i>la
+Beauté</i>, de <i>Versailles-aux-Fantômes</i> et de <i>la Joie</i>, ne tiennent leur
+raison d'être ni de leurs aventures, ni de leurs crises sentimentales.
+Le milieu social où elles évoluent demeure strictement assez précis pour
+qu'elles semblent vivre de notre vie et de notre temps; leurs actions,
+dégagées de toute intrigue romanesque, se résument aux phases
+essentielles et nécessaires de leur existence. Geneviève de Ceyneste,
+Cillette Tynanges, Marie Nuaillère et leurs quelques amies ignorent des
+contingences tout le relatif et le momentané: elles ne sont étudiées que
+dans leurs rapports avec le cadre de nature qui les entoure et les
+influence, et selon l'instinct éternel qui les émeut et les dirige...
+Les romans du <i>Règne de la Beauté</i>, comme ceux du <i>Règne de l'Action</i> et
+du <i>Règne de la Sagesse</i> qui paraîtront ensuite, ne prétendent ni
+analyser ni décrire; mais concréter et résumer le plus d'humanité
+possible dans les attitudes naturelles de quelques jeunes femmes
+symboliques,--semblables pourtant, par leur mentalité et leur évolution,
+à beaucoup de jeunes femmes de cette époque. Ces livres sont donc
+l'essai et l'expression première d'un art qui veut s'efforcer avant tout
+vers une interprétation <i>harmonieuse</i> et <i>décorative</i> de la nature, de
+la pensée moderne et de la vie.» C'est un peu obscur, mais il n'y a
+qu'en citant un écrivain que l'on soit sûr de ne pas le trahir.</p>
+
+<p><i>Questions d'actualité.</i> Après M. Gabriel Veyre, qui publiait récemment:
+<i>Au Maroc: dans l'intimité du sultan</i> (Librairie Universelle, 3 fr. 50),
+voici qu'un autre collaborateur de <i>L'Illustration</i>, M. Jean du Taillis,
+qui accompagna l'hiver dernier à Fez la mission Saint-René-Taillandier,
+publie à son tour un volume très abondamment et luxueusement illustré
+sur <i>le Maroc, pittoresque</i> (Flammarion, 10 fr.). Dans une
+lettre-préface, M. Marcel Saint-Germain, sénateur d'Oran, constate que
+ce livre est fait «d'actualité, d'observations précises et judicieuses,
+de choses vécues». C'est le plus bel éloge qu'on puisse adresser, en peu
+de mots, à l'auteur d'un ouvrage de ce genre.</p>
+
+<p>--Comme les livres sur le Maroc, les volumes sur les États-Unis se
+multiplient. Viennent de paraître coup sur coup: <i>l'Empire du travail
+(la vie aux États-Unis)</i>, par Anadoli (Plon-Nourrit, 3 fr. 50), et <i>le
+Vol de l'aigle (de Monroe à Roosevelt)</i>, par Joseph Ribet (Flammarion, 3
+Fr. 50). Tous deux étudient, l'immense développement économique et
+politique de la grande république nord-américaine au dix-neuvième
+siècle. Et tous deux se préoccupent de voir déborder sur notre vieux
+continent cette force toujours croissante.</p>
+<br><br>
+
+<h3>LES THÉÂTRES</h3>
+
+<p>Nous publierons prochainement <i>la Marche nuptiale</i>, l'émouvante pièce de
+M. Henry Bataille que le Vaudeville vient de représenter et qui excite
+vivement l'intérêt du public. C est un de ces problèmes passionnels
+auxquels se plaît le talent hardi et profondément original de l'auteur.
+Mme Bertille Bady, MM. Dubosc et Janvier interprètent avec un rare
+talent les rôles principaux de la pièce.</p>
+
+<p>Signalons à l'Odéon une très bonne reprise de <i>la Souris</i>, de Pailleron:
+Mlle Lély y remporte un grand succès dans le rôle créé jadis par Mlle
+Reichenberg.</p>
+
+<p>Le théâtre Molière passe volontiers d'un extrême à l'autre; le programme
+de son nouveau spectacle comprend un assassinat en un acte, <i>les
+Parias</i>, de MM. R. Vancouver et Ch. Duflo, et cette pièce sans
+prétention littéraire est immédiatement suivie d'une légère et aimable
+comédie de MM. A. Germain et R. Trébor, <i>Fred</i>, parfaitement interprétée
+par Mlle Marguerite Caron et MM. A. Dubosc, H. Lamothe et Pouctal.</p>
+<br><br>
+
+<h3>DOCUMENTS et INFORMATIONS</h3>
+
+<h4><span class="sc">La pêche de l'or au moyen d'éponges</span>.</h4>
+
+<p>Après l'Anglais qui annonce un procédé industriel secret pour extraire
+l'or de la mer, voici un Belge qui nous dévoile pour s'enrichir à la
+même source un procédé tout à fait familial. Il suffit de plonger dans
+la mer ou dans les marais salants des éponges mordancées avec des sels
+d'étain suivant les méthodes pratiquées en teinturerie. Quand une tonne
+d'eau, soit 1.000 litres, aura passé sur l'éponge, de 32 à 64
+milligrammes d'or valant de 11 à 22 centimes s'y seront déposés sous
+forme de pourpre de Cassius qu'un bain chimique très simple transforme
+en cyanure d'or. Et l'éponge peut resservir! On peut, d'ailleurs, lui
+substituer de vieilles robes de soie, des chaussettes de laine et
+n'importe quel produit mordancé comme il convient. Malheureusement, ce
+petit jeu est interdit aux enfants qui pataugent sur les plages, car le
+procédé est breveté. La pêche la plus fructueuse qu'on puisse en
+attendre nous paraît être celle des actionnaires.</p>
+
+<h4><span class="sc">Le centenaire de Brignoles.</span></h4>
+
+<p>La petite ville de Brignoles (Var) vient de fêter le centenaire d'un de
+ses habitants les plus universellement considérés, M. Auguste Bourgogne,
+né le 13 octobre 1805.</p>
+
+<p class="lef"><img alt="" src="images/012c.png"><br>&nbsp;&nbsp;<b>
+M. A. Bourgogne, né le 13<br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;octobre 1805, entouré de<br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;sa famille.</b></p>
+
+<p>Président du tribunal de commerce de Brignoles pendant trente ans, doyen
+des fabricants tanneurs de France, M. Bourgogne s'est retiré des
+affaires il y a plus de cinquante ans. Il est le cadet d'une famille de
+quatorze enfants qui dépassèrent tous la quatre-vingtième année; sa soeur
+est morte à quatre-vingt-dix-sept ans.</p>
+
+<p>Notre gravure le représente dans son jardin, entouré de son fils, de sa
+fille et de ses deux arrière-petits-enfants; elle atteste la verdeur de
+ce vieillard encore assez alerte pour avoir pu, le jour de son
+centenaire, se rendre à pied à l'église, puis à la salle de banquet et,
+de là, rentrer chez lui, ce qui représente un peu plus de deux
+kilomètres.</p>
+
+<p>Depuis l'année 1621, où mourut dans cette ville une femme âgée de cent
+trente-quatre ans, on n'avait pas vu de centenaire à Brignoles.</p>
+
+<h4><span class="sc">Les exportations d'automobiles.</span></h4>
+
+<p>L'importation en France de vélocipèdes, de motocycles et de pièces
+détachées, a été de près de 6 millions en 1904, au lieu de 5.670.000
+francs en 1903, et celle des automobiles, venant pour le plus grand
+nombre du Wurtemberg, est passée de 1.267.000 à 3.836.000 francs.</p>
+
+<p>Mais notre exportation a subi un accroissement beaucoup plus
+considérable, passant de 64.405.000 francs en 1903 à 85 millions 250.000
+francs en 1904.</p>
+
+<p>L'Angleterre, à elle seule, nous a acheté pour près de 40 millions
+d'automobiles.</p>
+
+<p>Ainsi, en cinq ans, l'industrie automobile française a augmenté de 62
+millions ses exportations.</p>
+
+<p>L'exportation des vélocipèdes, motocycles et pièces détachées, est
+maintenant de plus de 6 millions et demi.</p>
+<br><br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/013a.png"><br><span class="sc"><b>En Angleterre</b></span>.<b>--Le lord-chief-justice et le lord-chancellor se rendant à
+la Chambre des lords après la cérémonie religieuse annuelle de l'abbaye
+de Westminster.</b></p>
+
+<h4><span class="sc">La rentrée des tribunaux anglais.</span></h4>
+
+<p>La rentrée des cours et tribunaux s'est effectuée en Angleterre, le 24
+octobre, avec le cérémonial accoutumé. Ce cérémonial comporte d'abord un
+service religieux: à Londres, où la présence des plus éminents
+représentants du corps judiciaire en rehausse l'apparat--de même qu'à
+Paris, naguère, antérieurement à 1901, date de l'abolition de cet
+antique usage, le personnel du Palais, avant la reprise de ses travaux,
+allait entendre la messe du Saint-Esprit ou «messe rouge», célébrée à la
+Sainte-Chapelle--les magistrats anglais vont assister aux prières
+propitiatoires dites à l'abbaye de Westminster. Ensuite, ils se rendent
+processionnellement à l'audience solennelle d'ouverture tenue à la
+Chambre des lords, laquelle, on le sait, outre son pouvoir législatif,
+possède de hautes attributions judiciaires.</p>
+
+<p>La singularité pittoresque de ce défilé mérite d'être remarquée. On y
+voit, en effet, en pleine civilisation moderne, se dérouler sur la place
+publique, comme jadis, un cortège d'hommes vêtus de longues robes plus
+ou moins fourrées, coiffés de vastes perruques blanches semblables à des
+passe-montagnes, en tête duquel marchent gravement, à pas comptés, les
+deux dignitaires suprêmes de l'ordre, le «lord-chief-justice» et le
+«lord-chancellor», précédés d'huissiers et de massiers, suivis de
+porte-queue. Tandis que, chez nous, aujourd'hui, les gens de robe ne se
+résignent plus guère à s'exhiber dehors à pied, sous leur harnais
+professionnel, qu'aux grands enterrements officiels où les astreint le
+décret de messidor, chez nos voisins d'outre-Manche, ils ne craignent
+pas d'affronter la rue dans un appareil dont l'archaïsme plus complet
+jure davantage encore avec l'état actuel des moeurs. A Paris, un tel
+anachronisme ne manquerait pas de provoquer les sourires narquois, voire
+les quolibets irrévérencieux des badauds; à Londres, le prestige de la
+magistrature n'en est nullement compromis aux yeux des spectateurs qui,
+sans la moindre manifestation malséante, gardent une attitude
+flegmatiquement respectueuse.</p>
+
+<p>Ainsi qu'on l'a déjà maintes fois observé, notamment à propos de la
+procession annuelle du «lord-maire», ce sont là des traits bien
+caractéristiques de l'esprit britannique: esprit, d'une part, très
+positif et très progressiste; d'autre part, obstinément conservateur de
+certaines traditions séculaires et de certaines coutumes surannées. Ces
+tendances contradictoires donnent lieu à de curieux contrastes; mais,
+après tout, peut-être l'apparente antinomie n'est-elle que la forme
+originale d'une puissante logique en vertu de quoi, pour ce peuple,
+pratique par excellence, le culte de la force du passé est une des plus
+solides garanties de la force du présent.</p>
+
+<h4><span class="sc">Conservation du bois par le sucre.</span></h4>
+
+<p>Divers procédés sont employés pour soustraire les bois de construction
+aux influences atmosphériques; en général, on injecte la masse ligneuse
+d'une substance aseptique formant avec les éléments du bois des
+combinaisons stables. C'est ainsi que les traverses de chemins de fer
+sont injectées de créosote, de chlorure de zinc ou de sulfate de cuivre.</p>
+
+<p>Un chimiste allemand a imaginé de plonger le bois dans une solution de
+sucre de betterave. Le sirop s'infiltre dans les pores du bois et y
+forme une combinaison spéciale, car, après dessiccation, on ne retrouve
+aucun cristal de sucre. Le bois ainsi traité présente, affirme-t-on, une
+grande cohésion moléculaire et acquiert une grande force de résistance
+aux injures du temps.</p>
+
+<h4><span class="sc">Taches immenses sur le soleil.</span></h4>
+
+<p>Un immense groupe de taches vient d'être visible sur la surface du
+soleil. Il apparaissait le 14 octobre sur le bord oriental, passait au
+méridien central le 20 et disparaissait sur le limbe occidental le 26.
+Les photographies que nous donnons montrent, par le déplacement de cette
+tache, que le soleil tourne, comme on sait, sur lui-même, en vingt-cinq
+jours environ. Ces photographies sont orientées comme on voit les images
+dans une lunette astronomique, c'est-à-dire le sud en haut et l'est à
+droite.</p>
+
+<p>Une autre magnifique tache est apparue le 21 octobre. Sa profondeur
+s'est accusée nettement, par le fait qu'elle a creusé sensiblement le
+limbe solaire. Cette tache sera visible sur le disque solaire jusqu'au 2
+novembre prochain. Elle est visible à l'oeil nu comme un point noir.</p>
+
+<p class="rig"><img alt="" src="images/013b.png"><br><b>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Le grand groupe de taches<br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;solaires: 20 octobre 1905<br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;à 1 h. 48 m. soir.</b></p>
+
+<p>Le soleil est, en ce moment, dans une période d'activité assez intense.
+On sait qu'il est des époques où l'on ne voit presque pas de taches à sa
+surface, d'autres, au contraire, où elles sont nombreuses. La période
+est de onze ans environ et le maximum arrive quatre ans et demi après le
+minimum. Le dernier maximum des taches solaires est arrivé en août 1893
+et le dernier minimum en août 1901. Nous devons donc nous attendre à
+voir de très grandes taches cette année et l'année prochaine. Pour les
+observer, la plus petite lunette peut être employée, à la condition
+d'interposer entre l'oculaire et l'oeil un verre noir assez foncé.</p>
+
+<p>Un très intéressant problème est à l'étude en ce moment. C'est la
+relation possible de l'état du soleil avec les différents phénomènes qui
+se passent au sein de l'atmosphère terrestre. Des données fort utiles
+pourront ainsi être obtenues et être d'une grande portée pratique pour
+l'avenir.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/013c.png"></p>
+
+<table cellpadding="2" cellspacing="2" border="0"
+ style="width: 100%; text-align: left;" summary="3271">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 33%; text-align: center;">
+<b>16 octobre 1905: 11 h. 37 m. du matin.</b>
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 34%; text-align: center;">
+<b>20 octobre 1905: 11 h. 44 m. du matin.</b>
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 30%; text-align: center;">
+<b>22 octobre 1905: 8 h. 53 m. du matin.</b>
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<h4>PHOTOGRAPHIES DES TACHES DU SOLEIL PRISES PAR M. F. QUÉNISSET, DE
+L'OBSERVATOIRE ASTROPHOTOGRAPHIQUE DE NANTERRE</h4>
+
+<h4><span class="sc">La force du boeuf.</span></h4>
+
+<p>Au concours organisé par la Société d'agriculture de la Haute-Vienne et
+tenu récemment à Limoges, de fort intéressantes constatations ont été
+faites.</p>
+
+<p>Les boeufs étaient menés par leurs conducteurs habituels, mais ils
+étaient si bien dressés que les conducteurs se bornaient à faire le
+simulacre de se servir d'un fouet ou d'un aiguillon, mais sans frapper
+ni piquer les animaux.</p>
+
+<p>La plus forte paire de boeufs, âgés de quatre ans et demi, pesant 1.380
+kilos, se montra capable de fournir, en travail normal, un effort moyen
+de 317 kilogrammes à une vitesse moyenne de 60 centimètres par seconde,
+soit une puissance mécanique utilisable de plus de 190 kilos par
+seconde, ou un peu plus de 2 chevaux-vapeur et demi.</p>
+
+<p>Ces chiffres prouvent que le boeuf en général et les boeufs limousins en
+particulier sont d'excellents animaux de travail.</p>
+
+<p>Les résultats tiennent d'ailleurs en grande partie à la manière de
+conduire les boeufs. Avec la même paire d'animaux, le rendement varie
+beaucoup et, suivant l'adresse ou l'inexpérience du conducteur, il peut
+être supérieur ou inférieur, même avec une plus grande fatigue des
+animaux.</p>
+<br><br>
+
+
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/014a.png"><br><b>La fête vénitienne et le feu d'artifice en l'honneur du
+président de la République, dans la baie de Cascaès, près Lisbonne, le
+28 octobre.</b>--<i>Dessin d'après nature de Georges Scott</i>.</p>
+
+<h4>LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE EN PORTUGAL</h4>
+
+<p>Ainsi que tous les bulletins quotidiens du séjour de M. Loubet en
+Portugal se sont accordés à le constater, la réception faite au
+président de la République française a été remarquablement cordiale et
+brillante. Si, d'une part, la population, très démonstrative, n'a pas
+ménagé ses chaleureuses ovations, d'autre part, les souverains n'ont
+rien négligé pour rehausser l'éclat des fêtes données en l'honneur de
+leur hôte. Celui-ci a, d'ailleurs, exprimé à plusieurs reprises son
+impression personnelle en des termes significatifs, notamment le dernier
+jour, lorsque, à l'occasion de sa visite à l'hôtel de ville de Lisbonne,
+répondant au discours du président de la municipalité, il a dit: «Je vis
+ici dans un enchantement perpétuel, De mon arrivée jusqu'à mon départ,
+j'ai résidé dans un palais des <i>Mille et une Nuits.</i>»</p>
+
+<p>La mise en scène déployée fut, en effet, d'une magnificence
+merveilleuse. On peut citer, comme exemple, les sept voitures de grand
+gala de la cour, sorties pour la circonstance du musée de Belem,
+superbes modèles de carrosserie et d'art décoratif des dix-septième et
+dix-huitième siècles. Le plus beau carrosse, attelé de huit chevaux, où
+les deux chefs d'État prirent place--les personnages de la suite
+occupant les autres--a été construit sous le règne du fastueux Jean V:
+surchargé d'ornements et d'ors, ses panneaux sont décorés de sujets
+genre Watteau, exécutés par le peintre français Quillard; l'intérieur
+est tendu de soie cramoisie.</p>
+
+<p>A signaler encore la surprise finale d'une curieuse reconstitution:
+trois vénérables reliques du dix-septième siècle, trois galères royales,
+à la proue dorée en forme de chimère, à la vaste cabine d'arrière,
+tirées exceptionnellement de l'arsenal et équipées de leurs rameurs, au
+nombre de cent, quatre-vingts et quarante, revêtus du costume des
+anciens galériens, vareuse rouge et bonnet rouge liséré de jaune aux
+armes portugaises, maniant en cadence des avirons à manche rouge, à
+palette blanche semée de dauphins bleus. C'est une de ces embarcations
+historiques qui, le dimanche 29 octobre, transporta le roi, la reine et
+M. Loubet à bord du cuirassé <i>Léon-Gambetta</i>, où, avant l'appareillage,
+devait avoir lieu le déjeuner offert par le président.</p>
+
+<table cellpadding="2" cellspacing="8" border="0"
+ style="width: 100%; text-align: left;" summary="3271">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: center;">
+<p class="mid"><img alt="" src="images/014b.png"><br> <b>En rade de Lisbonne, le 29 octobre, pendant le déjeuner
+d'adieu offert par le président de la République au roi et à la reine de
+Portugal, à bord du <i>Léon-Gambetta</i>: les galères royales accostées au
+cuirassé français.</b></p>
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: center;">
+<p class="mid"><img alt="" src="images/014c.png"><br> <b>De gauche à droite, au premier rang: MM. Jean Bonnenille,
+président; Charles Rouvier, ministre de France; Max Doyan. Au deuxième
+rang: MM. Lucien Lallemant; docteur Pompei; A. Leroux; Emile Lefrapper;
+Fernand Pouget; Maurice Garrelon; Georges Chaigneau; Léon Lacombe. Les
+délégués de la colonie française à Lisbonne chargés d'organiser les
+fêtes en l'honneur du président de la République.</b>--<i>Phot. Benoliel.</i></p>
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+<br><br>
+
+<h4>LE MONUMENT D'OMER SARRAUT</h4>
+
+<p class="lef"><img alt="" src="images/014d.png"><br><b>Le monument d'Orner Sarraut<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;à Carcassonne.</b></p>
+
+<p>Dimanche dernier, a eu lieu, en présence de MM. Gauthier, ministre des
+Travaux publics, et Dujardin-Beaumetz, sous-secrétaire d'Etat aux
+Beaux-Arts, l'inauguration du monument commémoratif élevé par ses
+concitoyens à Orner Sarraut, ancien maire de Carcassonne, mort en 1887,
+à l'âge de quarante-trois ans, pendant l'exercice de ses fonctions
+municipales. Ce monument, érigé au Jardin des Plantes, est l'oeuvre du
+sculpteur Ducuing; en bronze et granit, il se compose d'une stèle
+supportant un buste vers lequel un enfant des écoles, que soutient une
+femme symbolisant la ville de Carcassonne, tend une palme en signe
+d'hommage et de gratitude; le soubassement repose dans la vasque d'une
+fontaine.</p>
+
+<p>Les fils du défunt: MM. Albert et Maurice Sarraut, l'un député de
+Narbonne, l'autre directeur des services parisiens de <i>la Dépêche de
+Toulouse</i>, assistaient à la cérémonie, où plusieurs orateurs ont rappelé
+les vertus civiques de leur père et ses éminentes qualités
+d'administrateur.</p>
+
+<br><br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/015small.png"><br><a href="images/015large.png">(Agrandissement)</a></p>
+<br><br>
+
+<h4>NOUVELLES INVENTIONS</h4>
+
+<p class="mid">(Tous les articles compris sous cette rubrique sent entièrement
+gratuits.)</p>
+
+<p>LA JUMELLE «TOM POUCE»</p>
+
+<p>M. Balbreck, l'opticien bien connu, vient de lancer dans le commerce la
+jumelle «Tom Pouce», dont le dernier modèle est muni de tous les
+perfectionnements que la science moderne lui a permis d'y apporter. Nous
+n'avons pas à rappeler ici les remarquables qualités de cet ingénieur,
+dont les appareils de précision sont particulièrement appréciés dans le
+monde scientifique. Il nous suffira de rappeler que nous devons à cet
+habile et savant constructeur le télémètre, la boussole directrice de
+reconnaissance militaire, la boussole nivelante, le méridien portatif,
+l'orographe Schrader et tant d'autres instruments qui rendent à l'armée
+et à la marine d'inestimables services.</p>
+
+<p>Cette précision mathématique qui lui est familière, M. Balbreck a pu
+l'appliquer, et cela sans augmentation de prix, aux jumelles de théâtre
+ou de campagne fabriquées habituellement avec des tubes étirés ou du
+laiton repoussé.</p>
+
+<p>Une visite tout particulièrement instructive et intéressante aux
+ateliers de ce constructeur, rue de Vaugirard, nous a permis de suivre
+de très près le nouveau procédé de fabrication et de nous convaincre de
+sa grande supériorité. Comme nous le savons tous, une lorgnette se
+compose de deux verres, l'oculaire par lequel on regarde et l'objectif
+tourné vers l'objet regardé. Pour que l'image soit nette, il faut que le
+centre des deux lentilles concorde mathématiquement, sinon le rayon
+visuel dévie et l'image est brouillée.</p>
+
+<p>Cette exactitude mathématique existe toujours dans les lorgnettes et
+jumelles neuves, mais elle se perd rapidement à l'usage.</p>
+
+<p>Cet inconvénient est dû au mode de construction. La partie extérieure,
+en effet, l'enveloppe, se fait en cuivre ou en fer-blanc repoussé. C'est
+ainsi qu'on lui donne sa forme bombée. Quant aux pièces droites, elles
+sont en métal étiré et, si adroit que puisse être l'ouvrier qui les
+confectionne, la coulisse qui sert à éloigner ou à rapprocher l'oculaire
+de l'objectif n'est pas toujours d'une forme cylindrique parfaite. On
+remédie à cet inconvénient en feutrant cette coulisse. Cela va bien dans
+les premiers temps, mais peu à peu le feutrage s'use et la concordance
+des centres n'existe plus.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/016.png"><br> <b>La jumelle «Tom Pouce» ouverte. (Grandeur nature.) AA,
+oculaires; BB. objectifs; C, traits numérotés indiquant l'écartement des
+oculaires; D, bielle et mécanisme de mise au point.</b></p>
+
+<p>De là le brouillard et le halo multicolore que l'on constate souvent
+dans les jumelles de théâtre.</p>
+
+<p>L'unique instrument de travail employé dans les ateliers de M. Balbreck
+est le tour: il permet, seul, d'obtenir des tubes absolument ronds et
+droits, susceptibles de coulisser l'un dans l'autre sans jeu
+appréciable, et cela pendant une durée de service indéfinie. Il est
+d'ailleurs extrêmement curieux de voir des barres de laiton, après
+perforage et filetage à l'aide de tours-revolvers perfectionnés, se
+transformer en un rien de temps en élégantes montures de lorgnette qu'il
+suffit de voir pour les désirer.</p>
+
+<p>Puisque nous en sommes à la partie mécanique, donnons une mention toute
+spéciale au mécanisme qui commande la mise au point: nous n'avons plus
+affaire cette fois au système ordinaire à vis, mais bien à un système de
+bielle double des plus originaux. Cette bielle, que l'on peut très bien
+voir sur notre gravure, commande les tubes porte-objectifs toutcomme une
+bielle ordinaire commande un piston de moteur; il suffit de tourner un
+bouton dont la manoeuvre est plus commode et plus rapide que celle des
+vis ordinaires.</p>
+
+<p>La jumelle est munie d'un dispositif d'écartement variable pour
+oculaires. L'écartement des yeux varie, en effet, suivant les personnes,
+entre 60 et 70 millimètres et il en résulte une gêne très sensible
+lorsqu'on regarde dans une lorgnette ordinaire ne concordant pas avec
+les yeux du spectateur. On voit très souvent deux images séparées que
+l'on fusionne avec peine; cet inconvénient est évité dans la jumelle
+«Tom Pouce», il suffit de retenir une fois pour toutes l'écartement qui
+convient et qui se trouve indiqué par des traits numérotés visibles sur
+notre gravure.</p>
+
+<p>La partie optique a été l'objet de soins spéciaux: il s'agissait
+d'obtenir un grossissement considérable sous une longueur et un volume
+minuscules. Seul l'emploi de douze verres, trois par oculaire et trois
+par objectif, permettait d'obtenir ces résultats; tout système optique
+achromatique, c'est-à-dire ne donnant pas d'images colorées, et
+anastigmate, c'est-à-dire donnant des images nettes, réclame, en effet,
+l'association de trois verres parfaitement taillés et centrés.</p>
+
+<p>Cet ensemble de perfectionnements fait de la jumelle «Tom Pouce», un
+instrument puissant et commode sous un volume très faible. L'élégance en
+est d'ailleurs remarquable.</p>
+
+<p>La jumelle «Tom Pouce» se trouve aux prix de 30 et 45 francs, suivant
+qualités, chez <i>M. Dwelleroy</i>, l'éventailliste bien connu, <i>35,
+boulevard des Capucines, et 17, passage des Panoramas, à Paris</i>. Joindre
+0 fr. 75 pour le port.</p>
+
+<p>UN ENDUIT CONTRE LA ROUILLE</p>
+
+<p>Un produit non salissant et susceptible de protéger les métaux contre la
+rouille serait assurément bien accueilli du public. A vrai dire, nous
+avons déjà pour ce but différents produits, en particulier de nombreux
+vernis à métaux, sans parler d'une simple couche de graisse quelconque,
+mais tous ces corps sont plus ou moins salissants et peu agréables à
+manier. Les vernis, d'autre part, dénaturent la surface ou la teinte du
+métal et, dans tous les cas, sont délicats à appliquer.</p>
+
+<p>Le produit antirouille que nous a indiqué M. Bourdais ne présenterait
+aucun de ces défauts; il sèche vite, sans former d'épaisseur appréciable
+et sans altérer la couleur des métaux. On pourrait, d'autre part, manier
+longtemps les objets traités avec ce produit sans que la couche
+protectrice disparaisse.</p>
+
+<p>D'après les indications qu'a bien voulu nous fournir l'inventeur, la
+base de cet antirouille serait le tannin associé à la térébène. Il
+existe toutefois deux sortes de produits, l'un destiné au fer et à
+l'acier, l'autre à tous autres métaux oxydables, le cuivre et le laiton,
+ainsi que les métaux d'orfèvrerie. On trouve ces deux antirouilles au
+prix de 0 fr. 75 le flacon (pour fer et acier) et 1 fr. 25 (pour tous
+autres métaux), port non compris, chez <i>M. Marcel Bourdais, 4, rue des
+Filles-du-Calvaire, Paris</i>.</p>
+
+<br><br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/supp1.png"><br>Note du transcripteur: Les suppléments mentionnés en titre<br>ne nous ont
+pas été fournis. </p>
+
+
+
+
+<br><br>
+</div>
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+<pre>
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of L'Illustration, No. 3271, 4 Novembre
+1905, by Various
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK
+L'ILLUSTRATION, NO. 3271, 4 NOVEMBRE 1905 ***
+
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+things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
+even without complying with the full terms of this agreement. See
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+Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
+and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
+works. See paragraph 1.E below.
+
+1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
+or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
+Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the
+collection are in the public domain in the United States. If an
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+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
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+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.
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+
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+Foundation
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+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
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+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
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+This eBook, including all associated images, markup, improvements,
+metadata, and any other content or labor, has been confirmed to be
+in the PUBLIC DOMAIN IN THE UNITED STATES.
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+Procedures for determining public domain status are described in
+the "Copyright How-To" at https://www.gutenberg.org.
+
+No investigation has been made concerning possible copyrights in
+jurisdictions other than the United States. Anyone seeking to utilize
+this eBook outside of the United States should confirm copyright
+status under the laws that apply to them.
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+Project Gutenberg (https://www.gutenberg.org) public repository for
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