From bc94560a6adb485e313bd95aa362163ad27e7146 Mon Sep 17 00:00:00 2001 From: nfenwick Date: Thu, 6 Feb 2025 17:49:41 -0800 Subject: Normalize --- .gitattributes | 4 + LICENSE.txt | 11 + README.md | 2 + old/53595-0.txt | 1000 --------------------------------- old/53595-0.zip | Bin 20118 -> 0 bytes old/53595-h.zip | Bin 373597 -> 0 bytes old/53595-h/53595-h.htm | 1121 ------------------------------------- old/53595-h/images/couverture.jpg | Bin 183956 -> 0 bytes old/53595-h/images/cover.jpg | Bin 183956 -> 0 bytes 9 files changed, 17 insertions(+), 2121 deletions(-) create mode 100644 .gitattributes create mode 100644 LICENSE.txt create mode 100644 README.md delete mode 100644 old/53595-0.txt delete mode 100644 old/53595-0.zip delete mode 100644 old/53595-h.zip delete mode 100644 old/53595-h/53595-h.htm delete mode 100644 old/53595-h/images/couverture.jpg delete mode 100644 old/53595-h/images/cover.jpg diff --git a/.gitattributes b/.gitattributes new file mode 100644 index 0000000..d7b82bc --- /dev/null +++ b/.gitattributes @@ -0,0 +1,4 @@ +*.txt text eol=lf +*.htm text eol=lf +*.html text eol=lf +*.md text eol=lf diff --git a/LICENSE.txt b/LICENSE.txt new file mode 100644 index 0000000..6312041 --- /dev/null +++ b/LICENSE.txt @@ -0,0 +1,11 @@ +This eBook, including all associated images, markup, improvements, +metadata, and any other content or labor, has been confirmed to be +in the PUBLIC DOMAIN IN THE UNITED STATES. + +Procedures for determining public domain status are described in +the "Copyright How-To" at https://www.gutenberg.org. + +No investigation has been made concerning possible copyrights in +jurisdictions other than the United States. 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If you are not located in the United States, you'll have -to check the laws of the country where you are located before using this ebook. - - - -Title: Les droits de la femme - -Author: Olympe de Gouges - -Release Date: November 25, 2016 [EBook #53595] - -Language: French - -Character set encoding: UTF-8 - -*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LES DROITS DE LA FEMME *** - - - - -Produced by Claudine Corbasson and the Online Distributed -Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This file was -produced from images generously made available by the -Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at -http://gallica.bnf.fr) - - - - - - - - - - Au lecteur - - Ce livre électronique reproduit intégralement le texte original. Nous - avons utilisé une typographie plus moderne que celle de la version - papier en remplaçant les lettres ſ par des s. - - La ponctuation n'a pas été modifiée hormis quelques corrections - mineures. - - L'orthographe a été conservée. Seuls quelques mots ont été modifiés. - La liste des modifications se trouve à la fin du texte. - - - - -LES DROITS DE LA FEMME. - - - - -A LA REINE. - - - MADAME, - -Peu faite au langage que l'on tient aux Rois, je n'emploierai point -l'adulation des Courtisans pour vous faire hommage de cette singulière -production. Mon but, Madame, est de vous parler franchement; je n'ai -pas attendu, pour m'exprimer ainsi, l'époque de la Liberté: je me -suis montrée avec la même énergie dans un temps où l'aveuglement des -Despotes punissait une si noble audace. - -Lorsque tout l'Empire vous accusait et vous rendait responsable de ses -calamités, moi seule, dans un temps de trouble et d'orage, j'ai eu la -force de prendre votre défense. Je n'ai jamais pu me persuader qu'une -Princesse, élevée au sein des grandeurs, eût tous les vices de la -bassesse. - -Oui, Madame, lorsque j'ai vu le glaive levé sur vous, j'ai jeté mes -observations entre ce glaive et la victime; mais aujourd'hui que je -vois qu'on observe de près la foule de mutins soudoyée, & qu'elle est -retenue par la crainte des loix, je vous dirai, Madame, ce que je ne -vous aurois pas dit alors. - -Si l'étranger porte le fer en France, vous n'êtes plus à mes yeux -cette Reine faussement inculpée, cette Reine intéressante, mais une -implacable ennemie des Français. Ah! Madame, songez que vous êtes mère -et épouse; employez tout votre crédit pour le retour des Princes. -Ce crédit, si sagement appliqué, raffermit la couronne du père, la -conserve au fils, et vous réconcilie l'amour des Français. Cette digne -négociation est le vrai devoir d'une Reine. L'intrigue, la cabale, les -projets sanguinaires précipiteroient votre chûte, si l'on pouvait vous -soupçonner capable de semblables desseins. - -Qu'un plus noble emploi, Madame, vous caractérise, excite votre -ambition, et fixe vos regards. Il n'appartient qu'à celle que le -hasard a élevée à une place éminente, de donner du poids à l'essor des -Droits de la Femme, et d'en accélérer les succès. Si vous étiez moins -instruite, Madame, je pourrais craindre que vos intérêts particuliers -ne l'emportassent sur ceux de votre sexe. Vous aimez la gloire: songez, -Madame, que les plus grands crimes s'immortalisent comme les plus -grandes vertus; mais quelle différence de célébrité dans les fastes de -l'histoire! l'une est sans cesse prise pour exemple, et l'autre est -éternellement l'exécration du genre humain. - -On ne vous fera jamais un crime de travailler à la restauration -des moeurs, à donner à votre sexe toute la consistence dont il -est susceptible. Cet ouvrage n'est pas le travail d'un jour, -malheureusement pour le nouveau régime. Cette révolution ne s'opérera -que quand toutes les femmes seront pénétrées de leur déplorable sort, & -des droits qu'elles ont perdus dans la société. Soutenez, Madame, une -si belle cause; défendez ce sexe malheureux, et vous aurez bientôt pour -vous une moitié du royaume, et le tiers au moins de l'autre. - -Voilà, Madame, voilà par quels exploits vous devez vous signaler et -employer votre crédit. Croyez-moi, Madame, notre vie est bien peu de -chose, sur-tout pour une Reine, quand cette vie n'est pas embellie par -l'amour des peuples, et par les charmes éternels de la bienfaisance. - -S'il est vrai que des Français arment contre leur patrie toutes les -puissances; pourquoi? pour de frivoles prérogatives, pour des chimères. -Croyez, Madame, si j'en juge par ce que je sens, le parti monarchique -se détruira de lui-même, qu'il abandonnera tous les tyrans, et tous les -coeurs se rallieront autour de la patrie pour la défendre. - -Voilà, Madame, voilà quels sont mes principes. En vous parlant de ma -patrie, je perds de vue le but de cette dédicace. C'est ainsi que tout -bon Citoyen sacrifie sa gloire, ses intérêts, quand il n'a pour objet -que ceux de son pays. - -Je suis avec le plus profond respect, - - MADAME, - - Votre très-humble et très-obéissante servante, - - DE GOUGES. - - - - -LES DROITS DE LA FEMME. - - -HOMME, es-tu capable d'être juste? C'est une femme qui t'en fait la -question; tu ne lui ôteras pas du moins ce droit. Dis-moi? qui t'a -donné le souverain empire d'opprimer mon sexe? ta force? tes talens? -Observe le créateur dans sa sagesse; parcours la nature dans toute sa -grandeur, dont tu sembles vouloir te rapprocher, et donne-moi, si tu -l'oses, l'exemple de cet empire tirannique. [A] Remonte aux animaux, -consulte les élémens, étudie les végétaux, jette enfin un coup-d'œil -sur toutes les modifications de la matière organisée; et rends-toi -à l'évidence quand je t'en offre les moyens; cherche, fouille et -distingue, si tu le peux, les sexes dans l'administration de la nature. -Par-tout tu les trouveras confondus, par-tout ils coopèrent avec un -ensemble harmonieux à ce chef-d'oeuvre immortel. - - [A] De Paris au Pérou, du Japon jusqu'à Rome, - Le plus sot animal, à mon avis, c'est l'homme. - -L'homme seul s'est fagoté un principe de cette exception. Bisarre, -aveugle, boursoufflé de sciences et dégénéré, dans ce siècle de -lumières et de sagacité, dans l'ignorance la plus crasse, il veut -commander en despote sur un sexe qui a reçu toutes les facultés -intellectuelles; il prétend jouir de la révolution, et réclamer ses -droits à l'égalité, pour ne rien dire de plus. - - - - -DÉCLARATION DES DROITS DE LA FEMME ET DE LA CITOYENNE, - -_A décréter par l'Assemblée nationale dans ses dernières séances ou -dans celle de la prochaine législature._ - - -PRÉAMBULE. - -Les mères, les filles, les soeurs, représentantes de la nation, -demandent d'être constituées en assemblée nationale. Considérant -que l'ignorance, l'oubli ou le mépris des droits de la femme, sont -les seules causes des malheurs publics et de la corruption des -gouvernemens, ont résolu d'exposer dans une déclaration solemnelle, -les droits naturels, inaliénables et sacrés de la femme, afin que -cette déclaration, constamment présente à tous les membres du corps -social, leur rappelle sans cesse leurs droits et leurs devoirs, afin -que les actes du pouvoir des femmes, et ceux du pouvoir des hommes -pouvant être à chaque instant comparés avec le but de toute institution -politique, en soient plus respectés, afin que les réclamations -des citoyennes, fondées désormais sur des principes simples et -incontestables, tournent toujours au maintien de la constitution, des -bonnes moeurs, et au bonheur de tous. - -En conséquence, le sexe supérieur en beauté comme en courage, dans les -souffrances maternelles, reconnaît et déclare, en présence et sous les -auspices de l'Etre suprême, les Droits suivans de la Femme et de la -Citoyenne. - - -ARTICLE PREMIER. - -La Femme naît libre et demeure égale à l'homme en droits. Les -distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune. - - -II. - -Le but de toute association politique est la conservation des droits -naturels et imprescriptibles de la Femme et de l'Homme: ces droits -sont la liberté, la propriété, la sûreté, et sur-tout la résistance à -l'oppression. - - -III. - -Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la -Nation, qui n'est que la réunion de la Femme et de l'Homme: nul corps, -nul individu, ne peut exercer d'autorité qui n'en émane expressement. - - -IV. - -La liberté et la justice consistent à rendre tout ce qui appartient à -autrui; ainsi l'exercice des droits naturels de la femme n'a de bornes -que la tyrannie perpétuelle que l'homme lui oppose; ces bornes doivent -être réformées par les loix de la nature et de la raison. - - -V. - -Les loix de la nature et de la raison défendent toutes actions -nuisibles à la société: tout ce qui n'est pas défendu par ces loix, -sages et divines, ne peut être empêché, et nul ne peut être contraint à -faire ce qu'elles n'ordonnent pas. - - -VI. - -La Loi doit être l'expression de la volonté générale; toutes les -Citoyennes et Citoyens doivent concourir personellement, ou par leurs -représentans, à sa formation; elle doit être la même pour tous: toutes -les citoyennes et tous les citoyens, étant égaux à ses yeux, doivent -être également admissibles à toutes dignités, places et emplois -publics, selon leurs capacités, & sans autres distinctions que celles -de leurs vertus et de leurs talens. - - -VII. - -Nulle femme n'est exceptée; elle est accusée, arrêtée, & détenue dans -les cas déterminés par la Loi. Les femmes obéissent comme les hommes à -cette Loi rigoureuse. - - -VIII. - -La loi ne doit établir que des peines strictement & évidemment -nécessaires, & nul ne peut être puni qu'en vertu d'une Loi établie et -promulguée antérieurement au délit et légalement appliquée aux femmes. - - -IX. - -Toute femme étant déclarée coupable, toute rigueur est exercée par la -Loi. - - -X. - -Nul ne doit être inquiété pour ses opinions mêmes fondamentales, la -femme a le droit de monter sur l'échafaud; elle doit avoir également -celui de monter à la Tribune; pourvu que ses manifestations ne -troublent pas l'ordre public établi par la Loi. - - -XI. - -La libre communication des pensées et des opinions est un des droits -les plus précieux de la femme, puisque cette liberté assure la -légitimité des pères envers les enfans. Toute Citoyenne peut donc dire -librement, je suis mère d'un enfant qui vous appartient, sans qu'un -préjugé barbare la force à dissimuler la vérité; sauf à répondre de -l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi. - - -XII. - -La garantie des droits de la femme et de la citoyenne nécessite une -utilité majeure; cette garantie doit être instituée pour l'avantage -de tous, & non pour l'utilité particulière de celles à qui elle est -confiée. - - -XIII. - -Pour l'entretien de la force publique, & pour les dépenses -d'administration, les contributions de la femme et de l'homme sont -égales; elle a part à toutes les corvées, à toutes les tâches pénibles; -elle doit donc avoir de même part à la distribution des places, des -emplois, des charges, des dignités et de l'industrie. - - -XIV. - -Les Citoyennes et Citoyens ont le droit de constater par eux-mêmes, -ou par leurs représentans, la nécessité de la contribution publique. -Les Citoyennes ne peuvent y adhérer que par l'admission d'un partage -égal, non-seulement dans la fortune, mais encore dans l'administration -publique, et de déterminer la quotité, l'assiette, le recouvrement et -la durée de l'impôt. - - -XV. - -La masse des femmes, coalisée pour la contribution à celle des -hommes, a le droit de demander compte, à tout agent public, de son -administration. - - -XVI. - -Toute société, dans laquelle la garantie des droits n'est pas assurée, -ni la séparation des pouvoirs déterminée, n'a point de constitution; la -constitution est nulle, si la majorité des individus qui composent la -Nation, n'a pas coopéré à sa rédaction. - - -XVII. - -Les propriétés sont à tous les sexes réunis ou séparés; elles ont -pour chacun un droit inviolable et sacré; nul ne peut en être privé -comme vrai patrimoine de la nature, si ce n'est lorsque la nécessité -publique, légalement constatée, l'exige évidemment, et sous la -condition d'une juste et préalable indemnité. - - -POSTAMBULE. - -Femme, réveille-toi; le tocsin de la raison se fait entendre dans tout -l'univers; reconnois tes droits. Le puissant empire de la nature -n'est plus environné de préjugés, de fanatisme, de superstition et de -mensonges. Le flambeau de la vérité a dissipé tous les nuages de la -sottise et de l'usurpation. L'homme esclave a multiplié ses forces, a -eu besoin de recourir aux tiennes pour briser ses fers. Devenu libre, -il est devenu injuste envers sa compagne. O femmes! femmes, quand -cesserez-vous d'être aveugles? Quels sont les avantages que vous avez -recueillis dans la révolution? Un mépris plus marqué, un dédain plus -signalé. Dans les siècles de corruption vous n'avez régné que sur la -foiblesse des hommes. Votre empire est détruit; que vous reste-t-il -donc? la conviction des injustices de l'homme. La réclamation de votre -patrimoine, fondée sur les sages décrets de la nature; qu'auriez-vous -à redouter pour une si belle entreprise? le bon mot du Législateur des -nôces de Cana? Craignez-vous que nos Législateurs Français, correcteurs -de cette morale, long-temps accrochée aux branches de la politique, -mais qui n'est plus de saison, ne vous répètent: femmes, qu'y a-t-il -de commun entre vous et nous? Tout, auriez-vous à répondre. S'ils -s'obstinoient, dans leur faiblesse, à mettre cette inconséquence en -contradiction avec leurs principes; opposez courageusement la force -de la raison aux vaines prétentions de supériorité; réunissez-vous -sous les étendards de la philosophie; déployez toute l'énergie de -votre caractère, et vous verrez bientôt ces orgueilleux, non serviles -adorateurs rampans à vos pieds, mais fiers de partager avec vous les -trésors de l'Etre-Suprême. Quelles que soient les barrières que l'on -vous oppose, il est en votre pouvoir de les affranchir; vous n'avez -qu'à le vouloir. Passons maintenant à l'effroyable tableau de ce que -vous avez été dans la société; & puisqu'il est question, en ce moment, -d'une éducation nationale, voyons si nos sages Législateurs penseront -sainement sur l'éducation des femmes. - -Les femmes ont fait plus de mal que de bien. La contrainte et la -dissimulation ont été leur partage. Ce que la force leur avoit ravi, -la ruse leur a rendu; elles ont eu recours à toutes les ressources -de leurs charmes, et le plus irréprochable ne leur résistoit pas. Le -poison, le fer, tout leur étoit soumis; elles commandoient au crime -comme à la vertu. Le gouvernement français, surtout, a dépendu, -pendant des siècles, de l'administration nocturne des femmes; le -cabinet n'avoit point de secret pour leur indiscrétion; ambassade, -commandement, ministère, présidence, pontificat,[1] cardinalat; enfin -tout ce qui caractérise la sottise des hommes, profane et sacré, -tout a été soumis à la cupidité et à l'ambition de ce sexe autrefois -méprisable et respecté, et depuis la révolution, respectable et méprisé. - - [1] M. de Bernis, de la façon de madame de Pompadour. - -Dans cette sorte d'antithèse, que de remarques n'ai-je point à offrir! -je n'ai qu'un moment pour les faire, mais ce moment fixera l'attention -de la postérité la plus reculée. Sous l'ancien régime, tout étoit -vicieux, tout étoit coupable; mais ne pourroit-on pas apercevoir -l'amélioration des choses dans la substance même des vices? Une femme -n'avoit besoin que d'être belle ou aimable; quand elle possédoit ces -deux avantages, elle voyoit cent fortunes à ses pieds. Si elle n'en -profitoit pas, elle avoit un caractère bizarre, ou une philosophie peu -commune, qui la portoit aux mépris des richesses; alors elle n'étoit -plus considérée que comme une mauvaise tête; la plus indécente se -faisoit respecter avec de l'or; le commerce des femmes étoit une espèce -d'industrie reçue dans la première classe, qui, désormais, n'aura plus -de crédit. S'il en avoit encore, la révolution seroit perdue, et sous -de nouveaux rapports, nous serions toujours corrompus; cependant la -raison peut-elle se dissimuler que tout autre chemin à la fortune est -fermé à la femme que l'homme achette, comme l'esclave sur les côtes -d'Afrique. La différence est grande; on le sait. L'esclave commande -au maître; mais si le maître lui donne la liberté sans récompense, -et à un âge où l'esclave a perdu tous ses charmes, que devient cette -infortunée? Le jouet du mépris; les portes même de la bienfaisance -lui sont fermées; elle est pauvre et vieille, dit-on; pourquoi -n'a-t-elle pas su faire fortune? D'autres exemples encore plus touchans -s'offrent à la raison. Une jeune personne sans expérience, séduite -par un homme qu'elle aime, abandonnera ses parens pour le suivre; -l'ingrat la laissera après quelques années, et plus elle aura vieilli -avec lui, plus son inconstance sera inhumaine; si elle a des enfans, -il l'abandonnera de même. S'il est riche, il se croira dispensé de -partager sa fortune avec ses nobles victimes. Si quelqu'engagement le -lie à ses devoirs, il en violera la puissance en espérant tout des -lois. S'il est marié, tout autre engagement perd ses droits. Quelles -lois reste-il donc à faire pour extirper le vice jusques dans la -racine? Celle du partage des fortunes entre les hommes et les femmes, -et de l'administration publique. On conçoit aisément que celle qui est -née d'une famille riche, gagne beaucoup avec l'égalité des partages. -Mais celle qui est née d'une famille pauvre, avec du mérite et des -vertus; quel est son lot? La pauvreté et l'opprobre. Si elle n'excelle -pas précisément en musique ou en peinture, elle ne peut être admise à -aucune fonction publique, quand elle en auroit toute la capacité. Je -ne veux donner qu'un aperçu des choses, je les approfondirai dans la -nouvelle édition de tous mes ouvrages politiques que je me propose de -donner au public dans quelques jours, avec des notes. - -Je reprends mon texte quant aux moeurs. Le mariage est le tombeau de -la confiance & de l'amour. La femme mariée peut impunément donner des -bâtards à son mari, et la fortune qui ne leur appartient pas. Celle qui -ne l'est pas, n'a qu'un foible droit: les lois anciennes et inhumaines -lui refusoient ce droit sur le nom & sur le bien de leur père, pour -ses enfans, et l'on n'a pas fait de nouvelles lois sur cette matière. -Si tenter de donner à mon sexe une consistance honorable et juste, -est considéré dans ce moment comme un paradoxe de ma part, et comme -tenter l'impossible, je laisse aux hommes à venir, la gloire de traiter -cette matière; mais, en attendant, on peut la préparer par l'éducation -nationale, par la restauration des moeurs et par les conventions -conjugales. - - -_Forme du Contrat social de l'Homme et de la Femme._ - - Nous _N_ et _N_, mus par notre propre volonté, nous unissons pour le - terme de notre vie, et pour la durée de nos penchans mutuels, aux - conditions suivantes: Nous entendons & voulons mettre nos fortunes - en communauté, en nous réservant cependant le droit de les séparer - en faveur de nos enfans, et de ceux que nous pourrions avoir d'une - inclination particulière, reconnoissant mutuellement que notre bien - appartient directement à nos enfans, de quelque lit qu'ils sortent, - et que tous indistinctement ont le droit de porter le nom des pères - et mères qui les ont avoués, et nous imposons de souscrire à la - loi qui punit l'abnégation de son propre sang. Nous nous obligeons - également, au cas de séparation, de faire le partage de notre - fortune, et de prélever la portion de nos enfans indiquée par la - loi; et, au cas d'union parfaite, celui qui viendroit à mourir, se - désisteroit de la moitié de ses propriétés en faveur de ses enfans; - et si l'un mouroit sans enfans, le survivant hériteroit de droit, à - moins que le mourant n'ait disposé de la moitié du bien commun en - faveur de qui il jugeroit à propos. - -Voilà à-peu-près la formule de l'acte conjugal dont je propose -l'exécution. A la lecture de ce bisarre écrit, je vois s'élever contre -moi les tartuffes, les bégueules, le clergé et toute la séquelle -infernale. Mais combien il offrira aux sages de moyens moraux pour -arriver à la perfectibilité d'un gouvernement heureux! j'en vais -donner en peu de mots la preuve physique. Le riche Epicurien sans -enfans, trouve fort bon d'aller chez son voisin pauvre augmenter sa -famille. Lorsqu'il y aura une loi qui autorisera la femme du pauvre à -faire adopter au riche ses enfans, les liens de la société seront plus -resserrés, et les moeurs plus épurées. Cette loi conservera peut-être -le bien de la communauté, et retiendra le désordre qui conduit tant -de victimes dans les hospices de l'opprobre, de la bassesse et de la -dégénération des principes humains, où, depuis long-tems, gémit la -nature. Que les détracteurs de la saine philosophie cessent donc de se -récrier contre les moeurs primitives, ou qu'ils aillent se perdre dans -la source de leurs citations.[2] - - [2] Abraham eut des enfans très-légitimes d'Agar, servante de sa - femme. - -Je voudrois encore une loi qui avantageât les veuves et les demoiselles -trompées par les fausses promesses d'un homme à qui elles se seroient -attachées; je voudrois, dis-je, que cette loi forçât un inconstant à -tenir ses engagemens, ou à une indemnité proportionnée à sa fortune. -Je voudrois encore que cette loi fût rigoureuse contre les femmes, du -moins pour celles qui auroient le front de recourir à une loi qu'elles -auroient elles-mêmes enfreinte par leur inconduite, si la preuve en -étoit faite. Je voudrois, en même tems, comme je l'ai exposé dans -le bonheur primitif de l'homme, en 1788, que les filles publiques -fussent placées dans des quartiers désignés. Ce ne sont pas les femmes -publiques qui contribuent le plus à la dépravation des moeurs, ce sont -les femmes de la société. En restaurant les dernières, on modifie -les premières. Cette chaîne d'union fraternelle offrira d'abord le -désordre, mais par les suites, elle produira à la fin un ensemble -parfait. - -J'offre un moyen invincible pour élever l'ame des femmes; c'est de -les joindre à tous les exercices de l'homme: si l'homme s'obstine à -trouver ce moyen impraticable, qu'il partage sa fortune avec la femme, -non à son caprice, mais par la sagesse des loix. Le préjugé tombe, les -moeurs s'épurent, et la nature reprend tous ses droits. Ajoutez-y le -mariage des prêtres; le Roi, raffermi sur son trône, et le gouvernement -français ne sauroit plus périr. - -Il étoit bien nécessaire que je dise quelques mots sur les troubles -que cause, dit-on, le décret en faveur des hommes de couleur, dans nos -îles. C'est là où la nature frémit d'horreur; c'est là où la raison -et l'humanité, n'ont pas encore touché les ames endurcies; c'est là -sur-tout où la division et la discorde agitent leurs habitans. Il -n'est pas difficile de deviner les instigateurs de ces fermentations -incendiaires: il y en a dans le sein même de l'Assemblée Nationale: -ils alument en Europe le feu qui doit embraser l'Amérique. Les Colons -prétendent régner en despotes sur des hommes dont ils sont les pères -et les frères; et méconnoissant les droits de la nature, ils en -poursuivent la source jusque dans la plus petite teinte de leur sang. -Ces Colons inhumains disent: notre sang circule dans leurs veines, -mais nous le répandrons tout, s'il le faut, pour assouvir notre -cupidité, ou notre aveugle ambition. C'est dans ces lieux les plus près -de la nature, que le père méconnoît le fils; sourd aux cris du sang, il -en étouffe tous les charmes; que peut-on espérer de la résistance qu'on -lui oppose? la contraindre avec violence, c'est la rendre terrible, -la laisser encore dans les fers, c'est acheminer toutes les calamités -vers l'Amérique. Une main divine semble répandre par tout l'appanage -de l'homme, _la liberté_; la loi seule a le droit de réprimer cette -liberté, si elle dégénére en licence; mais elle doit être égale pour -tous, c'est elle sur-tout qui doit renfermer l'Assemblée Nationale dans -son décret, dicté par la prudence et par la justice. Puisse-t-elle agir -de même pour l'état de la France, et se rendre aussi attentive sur les -nouveaux abus, comme elle l'a été sur les anciens qui deviennent chaque -jour plus effroyables! Mon opinion seroit encore de raccommoder le -pouvoir exécutif avec le pouvoir législatif, car il me semble que l'un -est tout, et que l'autre n'est rien; d'où naîtra, malheureusement peut -être, la perte de l'Empire François. Je considére ces deux pouvoirs, -comme l'homme et la femme[3] qui doivent être unis, mais égaux en -force et en vertu, pour faire un bon ménage. - - [3] Dans le souper magique de M. de Merville, Ninon demande quelle - est la maitresse de Louis XVI? On lui répond, c'est la Nation, cette - maitresse corrompra le gouvernement si elle prend trop d'empire. - -Il est donc vrai que nul individu ne peut échapper à son sort; j'en -fais l'expérience aujourd'hui. - -J'avois résolu & décidé de ne pas me permettre le plus petit mot pour -rire dans cette production, mais le sort en a décidé autrement: voici -le fait: - -L'économie n'est point défendue, sur-tout dans ce tems de misère. -J'habite la campagne. Ce matin à huit heures je suis partie d'Auteuil, -& me suis acheminée vers la route qui conduit de Paris à Versailles, où -l'on trouve souvent ces fameuses guinguettes qui ramassent les passans -à peu de frais. Sans doute une mauvaise étoile me poursuivoit dès le -matin. J'arrive à la barrière où je ne trouve pas même le triste sapin -aristocrate. Je me repose sur les marches de cet édifice insolent qui -recéloit des commis. Neuf heures sonnent, & je continue mon chemin: -une voiture s'offre à mes regards, j'y prends place, & j'arrive à -neuf heures un quart, à deux montres différentes, au Pont-Royal. J'y -prends le sapin, & je vole chez mon Imprimeur, rue Christine, car -je ne peux aller que là si matin: en corrigeant mes épreuves, il me -reste toujours quelque chose à faire, si les pages ne sont pas bien -serrées & remplies. Je reste à-peu-près vingt minutes; & fatiguée de -marche, de composition & d'impression, je me propose d'aller prendre -un bain dans le quartier du Temple, où j'allois dîner. J'arrive à -onze heures moins un quart à la pendule du bain; je devois donc au -cocher une heure & demie; mais, pour ne pas avoir de dispute avec -lui, je lui offre 48 sols: il exige plus, comme d'ordinaire, il fait -du bruit. Je m'obstine à ne vouloir plus lui donner que son dû, car -l'être équitable aime mieux être généreux que dupe. Je le menace de -la loi, il me dit qu'il s'en moque, & que je lui payerai deux heures. -Nous arrivons chez un commissaire de paix, que j'ai la générosité de -ne pas nommer, quoique l'acte d'autorité qu'il s'est permis envers -moi, mérite une dénonciation formelle. Il ignoroit sans doute que -la femme qui réclamoit sa justice étoit la femme auteur de tant de -bienfaisance & d'équité. Sans avoir égard à mes raisons, il me condamne -impitoyablement à payer au cocher ce qu'il demandoit. Connoissant -mieux la loi que lui, je lui dis, Monsieur, je m'y refuse, & je vous -prie de faire attention que vous n'êtes pas dans le principe de votre -charge. Alors cet homme, ou, pour mieux dire, ce forcené s'emporte, -me menace de la Force si je ne paye à l'instant, ou de rester toute -la journée dans son bureau. Je lui demande de me faire conduire au -tribunal de département ou à la mairie, ayant à me plaindre de son coup -d'autorité. Le grave magistrat, en rédingotte poudreuse & dégoûtante -comme sa conversation, m'a dit plaisamment: cette affaire ira sans -doute à l'Assemblée Nationale? Cela se pourroit bien, lui dis-je; & -je m'en fus moitié furieuse & moitié riant du jugement de ce moderne -Bride-Oison, en disant: c'est donc là l'espèce d'homme qui doit juger -un peuple éclairé! On ne voit que cela. Semblables aventures arrivent -indistinctement aux bons patriotes, comme aux mauvais. Il n'y a qu'un -cri sur les désordres des sections & des tribunaux. La justice ne se -rend pas; la loi est méconnue, & la police se fait, Dieu sait comment. -On ne peut plus retrouver les cochers à qui l'on confie des effets; ils -changent les numéros à leur fantaisie, & plusieurs personnes, ainsi -que moi, ont fait des pertes considérables dans les voitures. Sous -l'ancien régime, quel que fût son brigandage, on trouvoit la trace de -ses pertes, en faisant un appel nominal des cochers, & par l'inspection -exacte des numéros; enfin on étoit en sûreté. Que font ces juges de -paix? que font ces comissaires, ces inspecteurs du nouveau régime? Rien -que des sottises & des monopoles. L'Assemblée Nationale doit fixer -toute son attention sur cette partie qui embrasse l'ordre social. - - -_P. S._ Cet ouvrage étoit composé depuis quelques jours; il a été -retardé encore à l'impression; et au moment que M. Taleyrand, dont le -nom sera toujours cher à la postérité, venant de donner son ouvrage sur -les principes de l'éducation nationale, cette production étoit déja -sous la presse. Heureuse si je me suis rencontrée avec les vues de cet -orateur! Cependant je ne puis m'empêcher d'arrêter la presse, et de -faire éclater la pure joie, que mon coeur a ressentie à la nouvelle que -le roi venoit d'accepter la Constitution, et que l'assemblée nationale, -que j'adore actuellement, sans excepter l'abbé Maury; et la Fayette -est un dieu, avoit proclamé d'une voix unanime une amnistie générale. -Providence divine, fais que cette joie publique ne soit pas une -fausse illusion! Renvoie-nous, en corps, tous nos fugitifs, et que je -puisse avec un peuple aimant, voler sur leur passage; et dans ce jour -solemnel, nous rendrons tous hommage à ta puissance. - - - * * * * * - - - Liste des modifications: - - Page 13: «vons» remplacé par «vous» (vous n'avez qu'à le vouloir) - Page 14: «d'anthithèse» par «d'antithèse» (Dans cette sorte - d'antithèse) - Page 16: «restent-il» par «reste-il» (Quelles lois reste-il) - Page 19: «exposée» par «exposé» (comme je l'ai exposé dans le bonheur) - Page 20: «trouhles» par «troubles» (quelques mots sur les troubles) - Page 23: «fatiguéee» par «fatiguée» (fatiguée de marche) - Page 24: «ressntie» par «ressentie» (que mon coeur a ressentie) - - - - - -End of Project Gutenberg's Les droits de la femme, by Olympe de Gouges - -*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LES DROITS DE LA FEMME *** - -***** This file should be named 53595-0.txt or 53595-0.zip ***** -This and all associated files of various formats will be found in: - http://www.gutenberg.org/5/3/5/9/53595/ - -Produced by Claudine Corbasson and the Online Distributed -Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This file was -produced from images generously made available by the -Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at -http://gallica.bnf.fr) - - -Updated editions will replace the previous one--the old editions will -be renamed. - -Creating the works from print editions not protected by U.S. copyright -law means that no one owns a United States copyright in these works, -so the Foundation (and you!) can copy and distribute it in the United -States without permission and without paying copyright -royalties. 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-The Project Gutenberg EBook of Les droits de la femme, by Olympe de Gouges
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-Title: Les droits de la femme
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-Author: Olympe de Gouges
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-Release Date: November 25, 2016 [EBook #53595]
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-Language: French
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-Character set encoding: UTF-8
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-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LES DROITS DE LA FEMME ***
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-Produced by Claudine Corbasson and the Online Distributed
-Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This file was
-produced from images generously made available by the
-Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at
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Au lecteur

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LES DROITS DE LA FEMME.

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A LA REINE.

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MADAME,

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Peu faite au langage que l’on tient aux Rois, je n’emploierai point - l’adulation des Courtisans pour vous faire hommage de cette singulière - production. Mon but, Madame, est de vous parler franchement; je n’ai - pas attendu, pour m’exprimer ainsi, l’époque de la Liberté: je me - suis montrée avec la même énergie dans un temps où l’aveuglement des - Despotes punissait une si noble audace.

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Lorsque tout l’Empire vous accusait et vous rendait responsable de ses - calamités, moi seule, dans un temps de trouble et d’orage, j’ai eu la - force de prendre votre défense. Je n’ai jamais pu me persuader qu’une - Princesse, élevée au sein des grandeurs, eût tous les vices de la - bassesse.

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2

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Oui, Madame, lorsque j’ai vu le glaive levé sur vous, j’ai jeté mes - observations entre ce glaive et la victime; mais aujourd’hui que je - vois qu’on observe de près la foule de mutins soudoyée, & qu’elle est - retenue par la crainte des loix, je vous dirai, Madame, ce que je ne - vous aurois pas dit alors.

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Si l’étranger porte le fer en France, vous n’êtes plus à mes yeux - cette Reine faussement inculpée, cette Reine intéressante, mais une - implacable ennemie des Français. Ah! Madame, songez que vous êtes mère - et épouse; employez tout votre crédit pour le retour des Princes. - Ce crédit, si sagement appliqué, raffermit la couronne du père, la - conserve au fils, et vous réconcilie l’amour des Français. Cette digne - négociation est le vrai devoir d’une Reine. L’intrigue, la cabale, les - projets sanguinaires précipiteroient votre chûte, si l’on pouvait vous - soupçonner capable de semblables desseins.

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Qu’un plus noble emploi, Madame, vous caractérise, excite votre - ambition, et fixe vos regards. Il n’appartient qu’à celle que le - hasard a élevée à une place éminente, de donner du poids à l’essor - des Droits de la Femme, et d’en accélérer les succès. Si vous étiez - moins instruite, Madame, je 3 pourrais craindre que vos intérêts - particuliers ne l’emportassent sur ceux de votre sexe. Vous aimez la - gloire: songez, Madame, que les plus grands crimes s’immortalisent - comme les plus grandes vertus; mais quelle différence de célébrité dans - les fastes de l’histoire! l’une est sans cesse prise pour exemple, et - l’autre est éternellement l’exécration du genre humain.

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On ne vous fera jamais un crime de travailler à la restauration - des moeurs, à donner à votre sexe toute la consistence dont il - est susceptible. Cet ouvrage n’est pas le travail d’un jour, - malheureusement pour le nouveau régime. Cette révolution ne s’opérera - que quand toutes les femmes seront pénétrées de leur déplorable sort, & - des droits qu’elles ont perdus dans la société. Soutenez, Madame, une - si belle cause; défendez ce sexe malheureux, et vous aurez bientôt pour - vous une moitié du royaume, et le tiers au moins de l’autre.

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Voilà, Madame, voilà par quels exploits vous devez vous signaler et - employer votre crédit. Croyez-moi, Madame, notre vie est bien peu de - chose, sur-tout pour une Reine, quand cette vie n’est pas embellie - par l’amour 4 des peuples, et par les charmes éternels de la - bienfaisance.

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S’il est vrai que des Français arment contre leur patrie toutes les - puissances; pourquoi? pour de frivoles prérogatives, pour des chimères. - Croyez, Madame, si j’en juge par ce que je sens, le parti monarchique - se détruira de lui-même, qu’il abandonnera tous les tyrans, et tous les - coeurs se rallieront autour de la patrie pour la défendre.

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Voilà, Madame, voilà quels sont mes principes. En vous parlant de ma - patrie, je perds de vue le but de cette dédicace. C’est ainsi que tout - bon Citoyen sacrifie sa gloire, ses intérêts, quand il n’a pour objet - que ceux de son pays.

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Je suis avec le plus profond respect,

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Madame,

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Votre très-humble et très-obéissante servante,

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De Gouges.

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5

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LES DROITS DE LA FEMME.

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HOMME, es-tu capable d’être juste? C’est une femme qui t’en fait la - question; tu ne lui ôteras pas du moins ce droit. Dis-moi? qui t’a - donné le souverain empire d’opprimer mon sexe? ta force? tes talens? - Observe le créateur dans sa sagesse; parcours la nature dans toute sa - grandeur, dont tu sembles vouloir te rapprocher, et donne-moi, si tu - l’oses, l’exemple de cet empire tirannique.[A] Remonte aux animaux, - consulte les élémens, étudie les végétaux, jette enfin un coup-d’œil - sur toutes les modifications de la matière organisée; et rends-toi - à l’évidence quand je t’en offre les moyens; cherche, fouille et - distingue, si tu le peux, les sexes dans l’administration de la nature. - Par-tout tu les trouveras confondus, par-tout ils coopèrent avec un - ensemble harmonieux à ce chef-d’oeuvre immortel.

- -

L’homme seul s’est fagoté un principe de cette exception. Bisarre, - aveugle, boursoufflé de sciences et dégénéré, dans ce siècle de 6 - lumières et de sagacité, dans l’ignorance la plus crasse, il veut - commander en despote sur un sexe qui a reçu toutes les facultés - intellectuelles; il prétend jouir de la révolution, et réclamer ses - droits à l’égalité, pour ne rien dire de plus.

- -
- -

DÉCLARATION DES DROITS DE LA FEMME ET DE LA CITOYENNE,
- A décréter par l’Assemblée nationale
- dans ses dernières séances ou dans celle de la prochaine législature.

- -

Préambule.

- -

Les mères, les filles, les soeurs, représentantes de la nation, - demandent d’être constituées en assemblée nationale. Considérant - que l’ignorance, l’oubli ou le mépris des droits de la femme, sont - les seules causes des malheurs publics et de la corruption des - gouvernemens, ont résolu d’exposer dans une déclaration solemnelle, - les droits naturels, inaliénables et sacrés de la femme, afin que - cette déclaration, constamment présente à tous les membres du corps - social, leur rappelle sans cesse leurs droits et leurs devoirs, afin - que les actes du pouvoir des 7 femmes, et ceux du pouvoir des hommes - pouvant être à chaque instant comparés avec le but de toute institution - politique, en soient plus respectés, afin que les réclamations - des citoyennes, fondées désormais sur des principes simples et - incontestables, tournent toujours au maintien de la constitution, des - bonnes moeurs, et au bonheur de tous.

- -

En conséquence, le sexe supérieur en beauté comme en courage, dans les - souffrances maternelles, reconnaît et déclare, en présence et sous les - auspices de l’Etre suprême, les Droits suivans de la Femme et de la - Citoyenne.

- -

Article premier.

- -

La Femme naît libre et demeure égale à l’homme en droits. Les - distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune.

- -

II.

- -

Le but de toute association politique est la conservation des droits - naturels et imprescriptibles de la Femme et de l’Homme: ces droits - sont la liberté, la propriété, la sûreté, et sur-tout la résistance à - l’oppression.

- -

III.

- -

Le principe de toute souveraineté réside 8 essentiellement dans la - Nation, qui n’est que la réunion de la Femme et de l’Homme: nul corps, - nul individu, ne peut exercer d’autorité qui n’en émane expressement.

- -

IV.

- -

La liberté et la justice consistent à rendre tout ce qui appartient à - autrui; ainsi l’exercice des droits naturels de la femme n’a de bornes - que la tyrannie perpétuelle que l’homme lui oppose; ces bornes doivent - être réformées par les loix de la nature et de la raison.

- -

V.

- -

Les loix de la nature et de la raison défendent toutes actions - nuisibles à la société: tout ce qui n’est pas défendu par ces loix, - sages et divines, ne peut être empêché, et nul ne peut être contraint à - faire ce qu’elles n’ordonnent pas.

- -

VI.

- -

La Loi doit être l’expression de la volonté générale; toutes les - Citoyennes et Citoyens doivent concourir personellement, ou par leurs - représentans, à sa formation; elle doit être la même pour tous: toutes - les citoyennes et tous les citoyens, étant égaux à ses yeux, doivent - être également admissibles à toutes dignités, places et emplois - publics, 9 selon leurs capacités, & sans autres distinctions que - celles de leurs vertus et de leurs talens.

- -

VII.

- -

Nulle femme n’est exceptée; elle est accusée, arrêtée, & détenue dans - les cas déterminés par la Loi. Les femmes obéissent comme les hommes à - cette Loi rigoureuse.

- -

VIII.

- -

La loi ne doit établir que des peines strictement & évidemment - nécessaires, & nul ne peut être puni qu’en vertu d’une Loi établie et - promulguée antérieurement au délit et légalement appliquée aux femmes.

- -

IX.

- -

Toute femme étant déclarée coupable, toute rigueur est exercée par la - Loi.

- -

X.

- -

Nul ne doit être inquiété pour ses opinions mêmes fondamentales, la - femme a le droit de monter sur l’échafaud; elle doit avoir également - celui de monter à la Tribune; pourvu que ses manifestations ne - troublent pas l’ordre public établi par la Loi.

- -

XI.

- -

La libre communication des pensées et des opinions est un des droits - les plus précieux 10 de la femme, puisque cette liberté assure la - légitimité des pères envers les enfans. Toute Citoyenne peut donc dire - librement, je suis mère d’un enfant qui vous appartient, sans qu’un - préjugé barbare la force à dissimuler la vérité; sauf à répondre de - l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi.

- -

XII.

- -

La garantie des droits de la femme et de la citoyenne nécessite une - utilité majeure; cette garantie doit être instituée pour l’avantage - de tous, & non pour l’utilité particulière de celles à qui elle est - confiée.

- -

XIII.

- -

Pour l’entretien de la force publique, & pour les dépenses - d’administration, les contributions de la femme et de l’homme sont - égales; elle a part à toutes les corvées, à toutes les tâches pénibles; - elle doit donc avoir de même part à la distribution des places, des - emplois, des charges, des dignités et de l’industrie.

- -

XIV.

- -

Les Citoyennes et Citoyens ont le droit de constater par eux-mêmes, ou - par leurs représentans, la nécessité de la contribution publique. Les - Citoyennes ne peuvent y adhérer que par l’admission d’un partage égal, - 11 non-seulement dans la fortune, mais encore dans l’administration - publique, et de déterminer la quotité, l’assiette, le recouvrement et - la durée de l’impôt.

- -

XV.

- -

La masse des femmes, coalisée pour la contribution à celle des - hommes, a le droit de demander compte, à tout agent public, de son - administration.

- -

XVI.

- -

Toute société, dans laquelle la garantie des droits n’est pas assurée, - ni la séparation des pouvoirs déterminée, n’a point de constitution; la - constitution est nulle, si la majorité des individus qui composent la - Nation, n’a pas coopéré à sa rédaction.

- -

XVII.

- -

Les propriétés sont à tous les sexes réunis ou séparés; elles ont - pour chacun un droit inviolable et sacré; nul ne peut en être privé - comme vrai patrimoine de la nature, si ce n’est lorsque la nécessité - publique, légalement constatée, l’exige évidemment, et sous la - condition d’une juste et préalable indemnité.

- -

Postambule.

- -

Femme, réveille-toi; le tocsin de la raison se fait entendre dans tout - l’univers; reconnois 12 tes droits. Le puissant empire de la nature - n’est plus environné de préjugés, de fanatisme, de superstition et de - mensonges. Le flambeau de la vérité a dissipé tous les nuages de la - sottise et de l’usurpation. L’homme esclave a multiplié ses forces, a - eu besoin de recourir aux tiennes pour briser ses fers. Devenu libre, - il est devenu injuste envers sa compagne. O femmes! femmes, quand - cesserez-vous d’être aveugles? Quels sont les avantages que vous avez - recueillis dans la révolution? Un mépris plus marqué, un dédain plus - signalé. Dans les siècles de corruption vous n’avez régné que sur la - foiblesse des hommes. Votre empire est détruit; que vous reste-t-il - donc? la conviction des injustices de l’homme. La réclamation de votre - patrimoine, fondée sur les sages décrets de la nature; qu’auriez-vous - à redouter pour une si belle entreprise? le bon mot du Législateur - des nôces de Cana? Craignez-vous que nos Législateurs Français, - correcteurs de cette morale, long-temps accrochée aux branches de - la politique, mais qui n’est plus de saison, ne vous répètent: - femmes, qu’y a-t-il de commun entre vous et nous? Tout, auriez-vous - à répondre. S’ils s’obstinoient, dans leur faiblesse, à mettre - cette inconséquence en contradiction avec leurs principes; opposez - courageusement 13 la force de la raison aux vaines prétentions de - supériorité; réunissez-vous sous les étendards de la philosophie; - déployez toute l’énergie de votre caractère, et vous verrez bientôt - ces orgueilleux, non serviles adorateurs rampans à vos pieds, mais - fiers de partager avec vous les trésors de l’Etre-Suprême. Quelles que - soient les barrières que l’on vous oppose, il est en votre pouvoir - de les affranchir; vous n’avez qu’à le vouloir. Passons maintenant - à l’effroyable tableau de ce que vous avez été dans la société; & - puisqu’il est question, en ce moment, d’une éducation nationale, voyons - si nos sages Législateurs penseront sainement sur l’éducation des - femmes.

- -

Les femmes ont fait plus de mal que de bien. La contrainte et la - dissimulation ont été leur partage. Ce que la force leur avoit ravi, - la ruse leur a rendu; elles ont eu recours à toutes les ressources - de leurs charmes, et le plus irréprochable ne leur résistoit pas. Le - poison, le fer, tout leur étoit soumis; elles commandoient au crime - comme à la vertu. Le gouvernement français, surtout, a dépendu, pendant - des siècles, de l’administration nocturne des femmes; le cabinet - n’avoit point de secret pour leur indiscrétion; 14 ambassade, - commandement, ministère, présidence, pontificat,[1] cardinalat; enfin - tout ce qui caractérise la sottise des hommes, profane et sacré, - tout a été soumis à la cupidité et à l’ambition de ce sexe autrefois - méprisable et respecté, et depuis la révolution, respectable et méprisé.

- -

Dans cette sorte d’antithèse, que de remarques n’ai-je point à offrir! - je n’ai qu’un moment pour les faire, mais ce moment fixera l’attention - de la postérité la plus reculée. Sous l’ancien régime, tout étoit - vicieux, tout étoit coupable; mais ne pourroit-on pas apercevoir - l’amélioration des choses dans la substance même des vices? Une femme - n’avoit besoin que d’être belle ou aimable; quand elle possédoit ces - deux avantages, elle voyoit cent fortunes à ses pieds. Si elle n’en - profitoit pas, elle avoit un caractère bizarre, ou une philosophie - peu commune, qui la portoit aux mépris des richesses; alors elle - n’étoit plus considérée que comme une mauvaise tête; la plus indécente - se faisoit respecter avec de l’or; le commerce des femmes étoit une - espèce d’industrie reçue dans la première classe, qui, désormais, - 15 n’aura plus de crédit. S’il en avoit encore, la révolution - seroit perdue, et sous de nouveaux rapports, nous serions toujours - corrompus; cependant la raison peut-elle se dissimuler que tout autre - chemin à la fortune est fermé à la femme que l’homme achette, comme - l’esclave sur les côtes d’Afrique. La différence est grande; on le - sait. L’esclave commande au maître; mais si le maître lui donne la - liberté sans récompense, et à un âge où l’esclave a perdu tous ses - charmes, que devient cette infortunée? Le jouet du mépris; les portes - même de la bienfaisance lui sont fermées; elle est pauvre et vieille, - dit-on; pourquoi n’a-t-elle pas su faire fortune? D’autres exemples - encore plus touchans s’offrent à la raison. Une jeune personne sans - expérience, séduite par un homme qu’elle aime, abandonnera ses parens - pour le suivre; l’ingrat la laissera après quelques années, et plus - elle aura vieilli avec lui, plus son inconstance sera inhumaine; si - elle a des enfans, il l’abandonnera de même. S’il est riche, il se - croira dispensé de partager sa fortune avec ses nobles victimes. Si - quelqu’engagement le lie à ses devoirs, il en violera la puissance en - espérant tout des lois. S’il est marié, tout 16 autre engagement perd - ses droits. Quelles lois reste-il donc à faire pour extirper le vice - jusques dans la racine? Celle du partage des fortunes entre les hommes - et les femmes, et de l’administration publique. On conçoit aisément que - celle qui est née d’une famille riche, gagne beaucoup avec l’égalité - des partages. Mais celle qui est née d’une famille pauvre, avec du - mérite et des vertus; quel est son lot? La pauvreté et l’opprobre. - Si elle n’excelle pas précisément en musique ou en peinture, elle ne - peut être admise à aucune fonction publique, quand elle en auroit - toute la capacité. Je ne veux donner qu’un aperçu des choses, je les - approfondirai dans la nouvelle édition de tous mes ouvrages politiques - que je me propose de donner au public dans quelques jours, avec des - notes.

- -

Je reprends mon texte quant aux moeurs. Le mariage est le tombeau de - la confiance & de l’amour. La femme mariée peut impunément donner des - bâtards à son mari, et la fortune qui ne leur appartient pas. Celle qui - ne l’est pas, n’a qu’un foible droit: les lois anciennes et inhumaines - lui refusoient ce droit sur le nom & sur le bien de leur père, pour ses - enfans, et l’on n’a pas fait de nouvelles lois sur cette matière. Si - tenter de donner à mon sexe une 17 consistance honorable et juste, - est considéré dans ce moment comme un paradoxe de ma part, et comme - tenter l’impossible, je laisse aux hommes à venir, la gloire de traiter - cette matière; mais, en attendant, on peut la préparer par l’éducation - nationale, par la restauration des moeurs et par les conventions - conjugales.

- -

Forme du Contrat social de l’Homme et de la Femme.

- -
-

Nous N et N, mus par notre propre volonté, nous unissons pour le - terme de notre vie, et pour la durée de nos penchans mutuels, aux - conditions suivantes: Nous entendons & voulons mettre nos fortunes - en communauté, en nous réservant cependant le droit de les séparer - en faveur de nos enfans, et de ceux que nous pourrions avoir d’une - inclination particulière, reconnoissant mutuellement que notre bien - appartient directement à nos enfans, de quelque lit qu’ils sortent, et - que tous indistinctement ont le droit de porter le nom des pères et - mères qui les ont avoués, et nous imposons de souscrire à la loi qui - punit l’abnégation de son propre sang. Nous nous obligeons également, - au cas de séparation, de faire le partage de notre fortune, et de - prélever la portion de nos enfans 18 indiquée par la loi; et, au cas - d’union parfaite, celui qui viendroit à mourir, se désisteroit de la - moitié de ses propriétés en faveur de ses enfans; et si l’un mouroit - sans enfans, le survivant hériteroit de droit, à moins que le mourant - n’ait disposé de la moitié du bien commun en faveur de qui il jugeroit - à propos.

-
- -

Voilà à-peu-près la formule de l’acte conjugal dont je propose - l’exécution. A la lecture de ce bisarre écrit, je vois s’élever contre - moi les tartuffes, les bégueules, le clergé et toute la séquelle - infernale. Mais combien il offrira aux sages de moyens moraux pour - arriver à la perfectibilité d’un gouvernement heureux! j’en vais - donner en peu de mots la preuve physique. Le riche Epicurien sans - enfans, trouve fort bon d’aller chez son voisin pauvre augmenter sa - famille. Lorsqu’il y aura une loi qui autorisera la femme du pauvre à - faire adopter au riche ses enfans, les liens de la société seront plus - resserrés, et les moeurs plus épurées. Cette loi conservera peut-être - le bien de la communauté, et retiendra le désordre qui conduit tant - de victimes dans les hospices de l’opprobre, de la bassesse et de la - dégénération des principes humains, où, depuis long-tems, gémit la - nature. Que les détracteurs de la saine philosophie cessent 19 donc - de se récrier contre les moeurs primitives, ou qu’ils aillent se perdre - dans la source de leurs citations.[2]

- -

Je voudrois encore une loi qui avantageât les veuves et les demoiselles - trompées par les fausses promesses d’un homme à qui elles se seroient - attachées; je voudrois, dis-je, que cette loi forçât un inconstant à - tenir ses engagemens, ou à une indemnité proportionnée à sa fortune. - Je voudrois encore que cette loi fût rigoureuse contre les femmes, du - moins pour celles qui auroient le front de recourir à une loi qu’elles - auroient elles-mêmes enfreinte par leur inconduite, si la preuve en - étoit faite. Je voudrois, en même tems, comme je l’ai exposé dans - le bonheur primitif de l’homme, en 1788, que les filles publiques - fussent placées dans des quartiers désignés. Ce ne sont pas les femmes - publiques qui contribuent le plus à la dépravation des moeurs, ce sont - les femmes de la société. En restaurant les dernières, on modifie - les premières. Cette chaîne d’union fraternelle offrira d’abord le - désordre, mais par les suites, elle produira à la fin un ensemble - parfait.

- -

20

- -

J’offre un moyen invincible pour élever l’ame des femmes; c’est de - les joindre à tous les exercices de l’homme: si l’homme s’obstine à - trouver ce moyen impraticable, qu’il partage sa fortune avec la femme, - non à son caprice, mais par la sagesse des loix. Le préjugé tombe, les - moeurs s’épurent, et la nature reprend tous ses droits. Ajoutez-y le - mariage des prêtres; le Roi, raffermi sur son trône, et le gouvernement - français ne sauroit plus périr.

- -

Il étoit bien nécessaire que je dise quelques mots sur les troubles - que cause, dit-on, le décret en faveur des hommes de couleur, dans nos - îles. C’est là où la nature frémit d’horreur; c’est là où la raison - et l’humanité, n’ont pas encore touché les ames endurcies; c’est là - sur-tout où la division et la discorde agitent leurs habitans. Il - n’est pas difficile de deviner les instigateurs de ces fermentations - incendiaires: il y en a dans le sein même de l’Assemblée Nationale: - ils alument en Europe le feu qui doit embraser l’Amérique. Les Colons - prétendent régner en despotes sur des hommes dont ils sont les - pères et les frères; et méconnoissant les droits de la nature, ils - en poursuivent la source jusque dans la plus petite teinte de leur - sang. Ces Colons inhumains disent: notre sang 21 circule dans leurs - veines, mais nous le répandrons tout, s’il le faut, pour assouvir notre - cupidité, ou notre aveugle ambition. C’est dans ces lieux les plus près - de la nature, que le père méconnoît le fils; sourd aux cris du sang, il - en étouffe tous les charmes; que peut-on espérer de la résistance qu’on - lui oppose? la contraindre avec violence, c’est la rendre terrible, - la laisser encore dans les fers, c’est acheminer toutes les calamités - vers l’Amérique. Une main divine semble répandre par tout l’appanage - de l’homme, la liberté; la loi seule a le droit de réprimer cette - liberté, si elle dégénére en licence; mais elle doit être égale pour - tous, c’est elle sur-tout qui doit renfermer l’Assemblée Nationale dans - son décret, dicté par la prudence et par la justice. Puisse-t-elle agir - de même pour l’état de la France, et se rendre aussi attentive sur les - nouveaux abus, comme elle l’a été sur les anciens qui deviennent chaque - jour plus effroyables! Mon opinion seroit encore de raccommoder le - pouvoir exécutif avec le pouvoir législatif, car il me semble que l’un - est tout, et que l’autre n’est rien; d’où naîtra, malheureusement peut - être, la perte de l’Empire François. Je considére ces deux pouvoirs, - comme l’homme et la 22 femme[3] qui doivent être unis, mais égaux en - force et en vertu, pour faire un bon ménage.

- -
- -

Il est donc vrai que nul individu ne peut échapper à son sort; j’en - fais l’expérience aujourd’hui.

- -

J’avois résolu & décidé de ne pas me permettre le plus petit mot pour - rire dans cette production, mais le sort en a décidé autrement: voici - le fait:

- -

L’économie n’est point défendue, sur-tout dans ce tems de misère. - J’habite la campagne. Ce matin à huit heures je suis partie - d’Auteuil, & me suis acheminée vers la route qui conduit de Paris - à Versailles, où l’on trouve souvent ces fameuses guinguettes qui - ramassent les passans à peu de frais. Sans doute une mauvaise étoile - me poursuivoit dès le matin. J’arrive à la barrière où je ne trouve - pas même le triste sapin aristocrate. Je me repose sur les marches de - cet édifice insolent qui recéloit des commis. Neuf heures sonnent, & - je continue mon chemin: une voiture s’offre à mes regards, j’y prends - place, & j’arrive à neuf heures un quart, à deux montres différentes, - au Pont-Royal. J’y prends le sapin, & je vole chez mon Imprimeur, - rue Christine, car je ne peux aller que là si matin: en corrigeant - mes épreuves, il me reste toujours quelque chose à faire, si les - pages ne sont pas 23 bien serrées & remplies. Je reste à-peu-près - vingt minutes; & fatiguée de marche, de composition & d’impression, - je me propose d’aller prendre un bain dans le quartier du Temple, où - j’allois dîner. J’arrive à onze heures moins un quart à la pendule du - bain; je devois donc au cocher une heure & demie; mais, pour ne pas - avoir de dispute avec lui, je lui offre 48 sols: il exige plus, comme - d’ordinaire, il fait du bruit. Je m’obstine à ne vouloir plus lui - donner que son dû, car l’être équitable aime mieux être généreux que - dupe. Je le menace de la loi, il me dit qu’il s’en moque, & que je - lui payerai deux heures. Nous arrivons chez un commissaire de paix, - que j’ai la générosité de ne pas nommer, quoique l’acte d’autorité - qu’il s’est permis envers moi, mérite une dénonciation formelle. Il - ignoroit sans doute que la femme qui réclamoit sa justice étoit la - femme auteur de tant de bienfaisance & d’équité. Sans avoir égard - à mes raisons, il me condamne impitoyablement à payer au cocher - ce qu’il demandoit. Connoissant mieux la loi que lui, je lui dis, - Monsieur, je m’y refuse, & je vous prie de faire attention que vous - n’êtes pas dans le principe de votre charge. Alors cet homme, ou, - pour mieux dire, ce forcené s’emporte, me menace de la Force si je - ne paye à l’instant, ou de rester toute la journée dans son bureau. - Je lui demande de me faire conduire au tribunal de département - ou à la mairie, ayant à me plaindre de son coup d’autorité. Le - grave magistrat, en rédingotte poudreuse & dégoûtante comme sa - conversation, m’a dit plaisamment: cette affaire ira sans doute à - l’Assemblée Nationale? Cela se pourroit bien, lui dis-je; & je 24 - m’en fus moitié furieuse & moitié riant du jugement de ce moderne - Bride-Oison, en disant: c’est donc là l’espèce d’homme qui doit - juger un peuple éclairé! On ne voit que cela. Semblables aventures - arrivent indistinctement aux bons patriotes, comme aux mauvais. Il - n’y a qu’un cri sur les désordres des sections & des tribunaux. La - justice ne se rend pas; la loi est méconnue, & la police se fait, - Dieu sait comment. On ne peut plus retrouver les cochers à qui l’on - confie des effets; ils changent les numéros à leur fantaisie, & - plusieurs personnes, ainsi que moi, ont fait des pertes considérables - dans les voitures. Sous l’ancien régime, quel que fût son brigandage, - on trouvoit la trace de ses pertes, en faisant un appel nominal des - cochers, & par l’inspection exacte des numéros; enfin on étoit en - sûreté. Que font ces juges de paix? que font ces comissaires, ces - inspecteurs du nouveau régime? Rien que des sottises & des monopoles. - L’Assemblée Nationale doit fixer toute son attention sur cette partie - qui embrasse l’ordre social.

- -
-

P. S. Cet ouvrage étoit composé depuis quelques jours; il a été - retardé encore à l’impression; et au moment que M. Taleyrand, dont le - nom sera toujours cher à la postérité, venant de donner son ouvrage - sur les principes de l’éducation nationale, cette production étoit - déja sous la presse. Heureuse si je me suis rencontrée avec les - vues de cet orateur! Cependant je ne puis m’empêcher d’arrêter la - presse, et de faire éclater la pure joie, que mon coeur a ressentie - à la nouvelle que le roi venoit d’accepter la Constitution, et que - l’assemblée nationale, que j’adore actuellement, sans excepter - l’abbé Maury; et la Fayette est un dieu, avoit proclamé d’une voix - unanime une amnistie générale. Providence divine, fais que cette joie - publique ne soit pas une fausse illusion! Renvoie-nous, en corps, - tous nos fugitifs, et que je puisse avec un peuple aimant, voler sur - leur passage; et dans ce jour solemnel, nous rendrons tous hommage à - ta puissance.

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NOTES

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[A]

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De Paris au Pérou, du Japon jusqu’à Rome,
- Le plus sot animal, à mon avis, c’est l’homme.

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[1] M. de Bernis, de la façon de madame de Pompadour.

- -

[2] Abraham eut des enfans très-légitimes d’Agar, servante de - sa femme.

- -

[3] Dans le souper magique de M. de Merville, Ninon demande - quelle est la maitresse de Louis XVI? On lui répond, c’est la Nation, - cette maitresse corrompra le gouvernement si elle prend trop d’empire.

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Au lecteur

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