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diff --git a/.gitattributes b/.gitattributes new file mode 100644 index 0000000..6833f05 --- /dev/null +++ b/.gitattributes @@ -0,0 +1,3 @@ +* text=auto +*.txt text +*.md text diff --git a/10061-0.txt b/10061-0.txt new file mode 100644 index 0000000..5cfb777 --- /dev/null +++ b/10061-0.txt @@ -0,0 +1,735 @@ +*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 10061 *** + +Em. Verhaeren + +Les +heures claires + +1896 + + + + + + +O la splendeur de notre joie, +Tissée en or dans l'air de soie! + +Voici la maison douce et son pignon léger, +Et le jardin et le verger. + +Voici le banc, sous les pommiers +D'où s'effeuille le printemps blanc, +A pétales frôlants et lents. +Voici des vols de lumineux ramiers +Plânant, ainsi que des présages, +Dans le ciel clair du paysage. + +Voici--pareils à des baisers tombés sur terre +De la bouche du frêle azur-- +Deux bleus étangs simples et purs, +Bordés naïvement de fleurs involontaires. + +O la splendeur de notre joie et de nous-mêmes, +En ce jardin où nous vivons de nos emblèmes! + +Là -bas, de lentes formes passent, +Sont-ce nos deux âmes qui se délassent, +Au long des bois et des terrasses? + +Sont-ce tes seins, sont-ce tes yeux +Ces deux fleurs d'or harmonieux? +Et ces herbes--on dirait des plumages +Mouillés dans la source qu'ils plissent-- +Sont-ce tes cheveux frais et lisses? + +Certes, aucun abri ne vaut le clair verger, +Ni la maison au toit léger, +Ni ce jardin, où le ciel trame +Ce climat cher à nos deux âmes. + +Quoique nous le voyions fleurir devant nos yeux, +Ce jardin clair où nous passons silencieux, +C'est plus encore en nous que se féconde +Le plus joyeux et le plus doux jardin du monde. + +Car nous vivons toutes les fleurs, +Toutes les herbes, toutes les palmes +En nos rires et en nos pleurs +De bonheur pur et calme. + +Car nous vivons toutes les transparences +De l'étang bleu qui reflète l'exubérance +Des roses d'or et des grands lys vermeils: +Bouches et lèvres de soleil. + +Car nous vivons toute la joie +Dardée en cris de fête et de printemps, +En nos aveux, où se côtoient +Les mots fervents et exaltants. + +Oh! dis, c'est bien en nous que se féconde +Le plus joyeux et clair jardin du monde. + +Ce chapiteau barbare, où des monstres se tordent, +Soudés entre eux, à coups de griffes et de dents, +En un tumulte fou de sang, de cris ardents, +De blessures et de gueules qui s'entre-mordent, +C'était moi-même, avant que tu fusses la mienne, +O toi la neuve, ô toi l'ancienne! +Qui vins à moi des loins d'éternité, +Avec, entre tes mains, l'ardeur et la bonté. + +Je sens en toi les mêmes choses très profondes +Qu'en moi-même dormir +Et notre soif de souvenir +Boire l'écho, où nos passés se correspondent. + +Nos yeux ont dû pleurer aux mêmes heures, +Sans le savoir, pendant l'enfance: +Avoir mêmes effrois, mêmes bonheurs, +Mêmes éclairs de confiance: +Car je te suis lié par l'inconnu +Qui me fixait, jadis au fond des avenues +Par où passait ma vie aventurière, +Et, certes, si j'avais regardé mieux, +J'aurais pu voir s'ouvrir tes yeux +Depuis longtemps en ses paupières. + +Le ciel en nuit s'est déplié +Et la lune semble veiller +Sur le silence endormi. + +Tout est si pur et clair, +Tout est si pur et si pâle dans l'air +Et sur les lacs du paysage ami, +Qu'elle angoisse, la goutte d'eau +Qui tombe d'un roseau +Et tinte et puis se tait dans l'eau. + +Mais j'ai tes mains entre les miennes +Et tes yeux sûrs, qui me retiennent, +De leurs ferveurs, si doucement; +Et je te sens si bien en paix de toute chose, +Que rien, pas même un fugitif soupçon de crainte, +Ne troublera, fût-ce un moment, +La confiance sainte +Qui dort en nous comme un enfant repose. + +Chaque heure, où je pense à ta bonté +Si simplement profonde, +Je me confonds en prières vers toi. + +Je suis venu si tard +Vers la douceur de ton regard +Et de si loin, vers tes deux mains tendues, +Tranquillement, par à travers les étendues! + +J'avais en moi tant de rouille tenace +Qui me rongeait, à dents rapaces, +La confiance; + +J'étais si lourd, j'étais si las, +J'étais si vieux de méfiance, +J'étais si lourd, j'étais si las +Du vain chemin de tous mes pas. + +Je méritais si peu la merveilleuse joie +De voir tes pieds illuminer ma voie, +Que j'en reste tremblant encore et presqu'en pleurs, +Et humble, à tout jamais, en face du bonheur. + +Tu arbores parfois cette grâce bénigne +Du matinal jardin tranquille et sinueux +Qui déroule, là -bas, parmi les lointains bleus, +Ses doux chemins courbés en cols de cygne. + +Et, d'autres fois, tu m'es le frisson clair +Du vent rapide et miroitant +Qui passe, avec ses doigts d'éclair, +Dans les crins d'eau de l'étang blanc. + +Au bon toucher de tes deux mains, +Je sens comme des feuilles +Me doucement frôler; +Que midi brûle le jardin. +Les ombres, aussitôt recueillent +Les paroles chères dont ton être a tremblé. + +Chaque moment me semble, grâce à toi, +Passer ainsi divinement en moi. +Aussi, quand l'heure vient de la nuit blême, +Où tu te cèles en toi-même, +En refermant les yeux, +Sens-tu mon doux regard dévotieux, +Plus humble et long qu'une prière, +Remercier le tien sous tes closes paupières? + +Oh! laisse frapper à la porte +La main qui passe avec ses doigts futiles; +Notre heure est si unique, et le reste qu'importe, +Le reste, avec ses doigts futiles. + +Laisse passer, par le chemin, +La triste et fatigante joie, +Avec ses crécelles en mains. + +Laisse monter, laisse bruire +Et s'en aller le rire; +Laisse passer la foule et ses milliers de voix. + +L'instant est si beau de lumière, +Dans le jardin, autour de nous, +L'instant est si rare de lumière trémière, +Dans notre coeur, au fond de nous. + +Tout nous prêche de n'attendre plus rien +De ce qui vient ou passe, +Avec des chansons lasses +Et des bras las par les chemins. + +Et de rester les doux qui bénissons le jour. +Même devant la nuit d'ombre barricadée, +Aimant en nous, par dessus tout, l'idée +Que bellement nous nous faisons de notre amour. + +Comme aux âges naïfs, je t'ai donné mon coeur, +Ainsi qu'une ample fleur +Qui s'ouvre, au clair de la rosée; +Entre ses plis frêles, ma bouche s'est posée. + +La fleur, je la cueillis au pré des fleurs en flamme; +Ne lui dis rien: car la parole entre nous deux +Serait banale, et tous les mots sont hasardeux. +C'est à travers les yeux que l'âme écoute une âme. + +La fleur qui est mon coeur et mon aveu, +Tout simplement, à tes lèvres confie +Qu'elle est loyale et claire et bonne, et qu'on se fie +Au vierge amour, comme un enfant se fie à Dieu. + +Laissons l'esprit fleurir sur les collines, +En de capricieux chemins de vanité; +Et faisons simple accueil à la sincérité +Qui tient nos deux coeurs clairs, en ses mains cristallines; +Et rien n'est beau comme une confession d'âmes, +L'une à l'autre, le soir, lorsque la flamme +Des incomptables diamants +Brûle, comme autant d'yeux +Silencieux, +Le silence des firmaments. + +Le printemps jeune et bénévole +Qui vêt le jardin de beauté +Elucide nos voix et nos paroles +Et les trempe dans sa limpidité. + +La brise et les lèvres des feuilles +Babillent--et effeuillent +En nous les syllabes de leur clarté. + +Mais le meilleur de nous se gare +Et fuit les mots matériels; +Un simple et doux élan muet +Mieux que tout verbe amarre +Notre bonheur à son vrai ciel: +Celui de ton âme, à deux genoux, +Tout simplement, devant la mienne, +Et de mon âme, à deux genoux, +Très doucement, devant la tienne. + +Viens lentement t'asseoir +Près du parterre, dont le soir +Ferme les fleurs de tranquille lumière, +Laisse filtrer la grande nuit en toi: +Nous sommes trop heureux pour que sa mer d'effroi +Trouble notre prière. + +Là -haut, le pur cristal des étoiles s'éclaire. +Voici le firmament plus net et translucide +Qu'un étang bleu ou qu'un vitrail d'abside; +Et puis voici le ciel qui regarde à travers. + +Les mille voix de l'énorme mystère +Parlent autour de toi. +Les mille lois de la nature entière +Bougent autour de toi, +Les arcs d'argent de l'invisible +Prennent ton âme et son élan pour cible, +Mais tu n'as peur, oh! simple coeur, +Mais tu n'as peur, puisque ta foi +Est que toute la terre collabore +A cet amour que fit éclore +La vie et son mystère en toi. + +Joins donc les mains tranquillement +Et doucement adore; +Un grand conseil de pureté +Et de divine intimité +Flotte, comme une étrange aurore, +Sous les minuits du firmament. + +Combien elle est facilement ravie, +Avec ses yeux d'extase ignée, +Elle, la douce et résignée +Si simplement devant la vie. + +Ce soir, comme un regard la surprenait fervente, +Et comme un mot la transportait +Au pur jardin de joie, où elle était +Tout à la fois reine et servante. + +Humble d'elle, mais ardente de nous, +C'était à qui ploierait les deux genoux, +Pour recueillir le merveilleux bonheur +Qui, mutuel, nous débordait du coeur. + +Nous écoutions se taire, en nous, la violence +De l'exaltant amour qu'emprisonnaient nos bras +Et le vivant silence +Dire des mots que nous ne savions pas. + +Au temps où longuement j'avais souffert +Où les heures m'étaient des pièges, +Tu m'apparus l'accueillante lumière +Qui luit, aux fenêtres, l'hiver, +Au fonds des soirs, sur de la neige. + +Ta clarté d'âme hospitalière +Frôla, sans le blesser, mon coeur, +Comme une main de tranquille chaleur; +Un espoir tiède, un mot clément, +Pénétrèrent en moi très lentement; + +Puis vint la bonne confiance +Et la franchise et la tendresse et l'alliance, +Enfin, de nos deux mains amies, +Un soir de claire entente et de douce accalmie. + +Depuis, bien que l'été ait succédé au gel, +En nous-mêmes et sous le ciel, +Dont les flammes éternisées +Pavoisent d'or tous les chemins de nos pensées, +Et que l'amour soit devenu la fleur immense, +Naissant du fier désir, +Qui, sans cesse, pour mieux encor grandir, +En notre coeur, se recommence, +Je regarde toujours la petite lumière +Qui me fut douce, la première. + +Je ne détaille pas, ni quels nous sommes +L'un pour l'autre, ni les pourquois, ni les raisons: +Tout doute est mort, en ce jardin de floraisons +Qui s'ouvre en nous et hors de nous, si loin des hommes. + +Je ne raisonne pas, et ne veux pas savoir, +Et rien ne troublera ce qui n'est que mystère +Et qu'élans doux et que ferveur involontaire +Et que tranquille essor vers nos parvis d'espoir. + +Je te sens claire avant de te comprendre telle; +Et c'est ma joie, infiniment, +De m'éprouver si doucement aimant, +Sans demander pourquoi ta voix m'appelle. + +Soyons simples et bons--et que le jour +Nous soit tendresse et lumière servies, +Et laissons dire que la vie +N'est point faite pour un pareil amour. + +A ces reines qui lentement descendent +Les escaliers en ors et fleurs de la légende, +Dans mon rêve, parfois, je t'apparie; +Je te donne des noms qui se marient +A la clarté, à la splendeur et à la joie, +Et bruissent en syllabes de soie, +Au long des vers bâtis comme une estrade +Pour la danse des mots et leurs belles parades. + +Mais combien vite on se lasse du jeu, +A te voir douce et profonde et si peu +Celle dont on enjolive les attitudes; +Ton front si clair et pur et blanc de certitude, +Tes douces mains d'enfant en paix sur tes genoux, +Tes seins se soulevant au rythme de ton pouls +Qui bat comme ton coeur immense et ingénu, +Oh! comme tout, hormis cela et ta prière, +Oh! comme tout est pauvre et vain, hors la lumière +Qui me regarde et qui m'accueille en tes yeux nus. + +Je dédie à tes pleurs, à ton sourire, +Mes plus douces pensées, +Celles que je te dis, celles aussi +Qui demeurent imprécisées +Et trop profondes pour les dire. + +Je dédie à tes pleurs, à ton sourire +A toute ton âme, mon âme, +Avec ses pleurs et ses sourires +Et son baiser. + +Vois-tu, l'aurore naît sur la terre effacée, +Des liens d'ombre semblent glisser +Et s'en aller, avec mélancolie; +L'eau des étangs s'écoule et tamise son bruit, +L'herbe s'éclaire et les corolles se déplient, +Et les bois d'or se désenlacent de la nuit. + +Oh! dis, pouvoir un jour, +Entrer ainsi dans la pleine lumière; +Oh! dis, pouvoir un jour +Avec toutes les fleurs de nos âmes trémières, +Sans plus aucun voile sur nous, +Sans plus aucun mystère en nous, +Oh dis, pouvoir, un jour, +Entrer à deux dans le lucide amour! + +Je noie en tes deux yeux mon âme toute entière +Et l'élan fou de cette âme éperdue, +Pour que, plongée en leur douceur et leur prière, +Plus claire et mieux trempée, elle me soit rendue. + +S'unir pour épurer son être, +Comme deux vitraux d'or en une même abside +Croisent leurs feux différemment lucides +Et se pénètrent! + +Je suis parfois si lourd, si las, +D'être celui qui ne sait pas +Etre parfait, comme il se veut! +Mon coeur se bat contre ses voeux, +Mon coeur dont les plantes mauvaises, +Entre des rocs d'entêtement, +Dressent, sournoisement, +Leurs fleurs d'encre ou de braise; +Mon coeur si faux, si vrai, selon les jours, +Mon coeur contradictoire, +Mon coeur exagéré toujours +De joie immense ou de crainte attentatoire. + +Pour nous aimer des yeux, +Lavons nos deux regards, de ceux +Que nous avons croisés, par milliers, dans la vie +Mauvaise et asservie. + +L'aube est en fleur et en rosée +Et en lumière tamisée +Très douce: +On croirait voir de molles plumes +D'argent et de soleil, à travers brumes, +Frôler et caresser, dans le jardin, les mousses. + +Nos bleus et merveilleux étangs +Tremblent et s'animent d'or miroitant, +Des vols émeraudés, sous les arbres, circulent; +Et la clarté, hors des chemins, des clos, des haies, +Balaie +La cendre humide, où traîne encor le crépuscule. + +Au clos de notre amour, l'été se continue: +Un paon d'or, là -bas traverse une avenue; +Des pétales pavoisent, +--Perles, émeraudes, turquoises-- +L'uniforme sommeil des gazons verts; +Nos étangs bleus luisent, couverts +Du baiser blanc des nénuphars de neige; +Aux quinconces, nos groseillers font des cortèges; + +Un insecte de prisme irrite un coeur de fleur; +De merveilleux sous-bois se jaspent de lueurs; +Et, comme des bulles légères, mille abeilles +Sur des grappes d'argent, vibrent, au long des treilles. + +L'air est si beau qu'il paraît chatoyant; +Sous les midis profonds et radiants, +On dirait qu'il remue en roses de lumière; +Tandis qu'au loin, les routes coutumières, +Telles de lents gestes qui s'allongent vermeils, +A l'horizon nacré, montent vers le soleil. + +Certes, la robe en diamants du bel été +Ne vêt aucun jardin d'aussi pure clarté; +Et c'est la joie unique éclose en nos deux âmes +Qui reconnait sa vie en ces bouquets de flammes. + +Que tes yeux clairs, tes yeux d'été, +Me soient, sur terre, +Les images de la bonté. + +Laissons nos âmes embrasées +Exalter d'or chaque flamme de nos pensées. + +Que mes deux mains contre ton coeur +Te soient, sur terre, +Les emblèmes de la douceur. + +Vivons pareils à deux prières éperdues +L'une vers l'autre, à toute heure, tendues. + +Que nos baisers sur nos bouches ravies +Nous soient sur terre, +Les symboles de notre vie. + +Dis-moi, ma simple et ma tranquille amie, +Dis, combien l'absence, même d'un jour, +Attriste et attise l'amour +Et le réveille, en ses brûlures endormies. + +Je m'en vais au devant de ceux +Qui reviennent des lointains merveilleux, +Où, dès l'aube, tu es allée; +Je m'assieds sous un arbre, au détour de l'allée, + +Et, sur la route, épiant leur venue, +Je regarde et regarde, avec ferveur, leurs yeux +Encore clairs de t'avoir vue. + +Et je voudrais baiser leurs doigts qui t'ont touchée, +Et leur crier des mots qu'ils ne comprendraient pas, +Et j'écoute longtemps se cadencer leurs pas +Vers l'ombre, où les vieux soirs tiennent la nuit penchée. + +En ces heures où nous sommes perdus +Si loin de tout ce qui n'est pas nous-mêmes. +Quel sang lustral ou quel baptême +Baigne nos coeurs vers tout l'amour tendus? + +Joignant les mains, sans que l'on prie, +Tendant les bras, sans que l'on crie, +Mais adorant on ne sait quoi +De plus lointain et de plus pur que soi, +L'esprit fervent et ingénu, +Dites, comme on se fond, comme on se vit dans l'inconnu. + +Comme on s'abîme en la présence +De ces heures de suprême existence, +Comme l'âme voudrait des cieux +Pour y chercher de nouveaux dieux, +Oh! l'angoissante et merveilleuse joie +Et l'espérance audacieuse +D'être, un jour, à travers la mort même, la proie +De ces affres silencieuses. + +Oh! ce bonheur +Si rare et si frêle parfois +Qu'il nous fait peur! + +Nous avons beau taire nos voix, +Et nous faire comme une tente, +Avec toute ta chevelure, +Pour nous créer un abri sûr, +Souvent l'angoisse en nos âmes fermente. + +Mais notre amour étant comme un ange à genoux, +Prie et supplie, +Que l'avenir donne à d'autres que nous +Même tendresse et même vie, +Pour que leur sort de notre sort ne soit jaloux. + +Et puis, aux jours mauvais, quand les grands soirs +Illimitent, jusques au ciel, le désespoir, +Nous demandons pardon à la nuit qui s'enflamme +De la douceur de notre âme. + +Vivons, dans notre amour et notre ardeur, +Vivons si hardiment nos plus belles pensées +Qu'elles s'entrelacent, harmonisées +A l'extase suprême et l'entière ferveur. + +Parce qu'en nos âmes pareilles, +Quelque chose de plus sacré que nous +Et de plus pur et de plus grand s'éveille, +Joignons les mains pour l'adorer à travers nous. + +Il n'importe que nous n'ayons que cris ou larmes +Pour humblement le définir, +Et que si rare et si puissant en soit le charme, +Qu'à le goûter, nos coeurs soient prêts à défaillir. + +Restons quand même et pour toujours, les fous +De cet amour presqu'implacable, +Et les fervents, à deux genoux, +Du Dieu soudain qui règne en nous, +Si violent et si ardemment doux +Qu'il nous fait mal et nous accable. + +Sitôt que nos bouches se touchent, +Nous nous sentons tant plus clairs de nous-mêmes +Que l'on dirait des Dieux qui s'aiment +Et qui s'unissent en nous-mêmes; + +Nous nous sentons le coeur si divinement frais +Et si renouvelé par leur lumière +Première +Que l'univers, sous leur clarté, nous apparaît. + +La joie est à nos yeux l'unique fleur du monde +Qui se prodigue et se féconde, +Innombrable, sur nos routes d'en bas; +Comme là haut, par tas, +En des pays de soie où voyagent des voiles +Brille la fleur myriadaire des étoiles. + +L'ordre nous éblouit, comme les feux, la cendre, +Tout nous éclaire et nous paraît: flambeau; +Nos plus simples mots ont un sens si beau +Que nous les répétons pour les sans cesse entendre. + +Nous sommes les victorieux sublimes +Qui conquérons l'éternité, +Sans nul orgueil et sans songer au temps minime: +Et notre amour nous semble avoir toujours été. + +Pour que rien de nous deux n'échappe à notre étreinte, +Si profonde qu'elle en est sainte +Et qu'à travers le corps même, l'amour soit clair, +Nous descendons ensemble au jardin de ta chair. + +Tes seins sont là , ainsi que des offrandes, +Et tes deux mains me sont tendues; +Et rien ne vaut la naïve provende +Des paroles dites et entendues. + +L'ombre des rameaux blancs voyage +Parmi ta gorge et ton visage +Et tes cheveux dénouent leur floraison, +En guirlandes, sur les gazons. + +La nuit est toute d'argent bleu, +La nuit est un beau lit silencieux, +La nuit douce, dont les brises vont, une à une, +Effeuiller les grands lys dardés au clair de lune. + +Bien que déjà , ce soir, +L'automne +Laisse aux sentes et aux orées, +Comme des mains dorées, +Lentes, les feuilles choir; +Bien que déjà l'automne, +Ce soir, avec ses bras de vent, +Moissonne +Sur les rosiers fervents, +Les pétales et leur pâleur, +Ne laissons rien de nos deux âmes +Tomber soudain avec ces fleurs. + +Mais tous les deux autour des flammes +De l'âtre en or du souvenir, +Mais tous les deux blottissons-nous, +Les mains au feu et les genoux. + +Contre les deuils à craindre ou à venir, +Contre le temps qui fixe à toute ardeur sa fin, +Contre notre terreur, contre nous-mêmes, enfin, +Blottissons-nous, près du foyer, +Que la mémoire en nous fait flamboyer. + +Et si l'automne obère +A grands pans d'ombre et d'orages plânants, +Les bois, les pelouses et les étangs, +Que sa douleur du moins n'altère +L'intérieur jardin tranquillisé, +Où s'unissent, dans la lumière, +Les pas égaux de nos pensées. + +Le don du corps, lorsque l'âme est donnée +N'est rien que l'aboutissement +De deux tendresses entraînées +L'une vers l'autre, éperdûment. + +Tu n'es heureuse de ta chair +Si simple, en sa beauté natale, +Que pour, avec ferveur, m'en faire +L'offre complète et l'aumône totale. + +Et je me donne à toi, ne sachant rien +Sinon que je m'exalte à te connaître, +Toujours meilleure et plus pure peut-être +Depuis que ton doux corps offrit sa fête au mien. + +L'amour, oh! qu'il nous soit la clairvoyance +Unique, et l'unique raison du coeur, +A nous, dont le plus fol bonheur +Est d'être fous de confiance. + +Fût-il en nous une seule tendresse, +Une pensée, une joie, une promesse, +Qui n'allât, d'elle-même, au devant de nos pas? + +Fût-il une prière en secret entendue, +Dont nous n'ayons serré les mains tendues +Avec douceur, sur notre sein? + +Fût-il un seul appel, un seul dessein, +Un voeu tranquille ou violent +Dont nous n'ayons épanoui l'élan? + +Et, nous aimant ainsi, +Nos coeurs s'en sont allés, tels des apôtres, +Vers les doux coeurs timides et transis +Des autres: +Ils les ont conviés, par la pensée, +A se sentir aux nôtres fiancés, +A proclamer l'amour avec des ardeurs franches, +Comme un peuple de fleurs aime la même branche +Qui le suspend et le baigne dans le soleil; +Et notre âme, comme agrandie, en cet éveil, +S'est mise à célébrer tout ce qui aime, +Magnifiant l'amour pour l'amour même, +Et à chérir, divinement, d'un désir fou, +Le monde entier qui se résume en nous. + +Le beau jardin fleuri de flammes +Qui nous semblait le double ou le miroir, +Du jardin clair que nous portions dans l'âme, +Se cristallise en gel et or, ce soir. + +Un grand silence blanc est descendu s'asseoir +Là -bas, aux horizons de marbre, +Vers où s'en vont, par défilés, les arbres +Avec leur ombre immense et bleue +Et régulière, à côté d'eux. + +Aucun souffle de vent, aucune haleine. +Les grands voiles du froid, +Se déplient seuls, de plaine en plaine, +Sur des marais d'argent ou des routes en croix. + +Les étoiles paraissent vivre. +Comme l'acier, brille le givre, +A travers l'air translucide et glacé. +De clairs métaux pulvérisés +A l'infini, semblent neiger +De la pâleur d'une lune de cuivre. +Tout est scintillement dans l'immobilité. + +Et c'est l'heure divine, où l'esprit est hanté +Par ces mille regards que projette sur terre, +Vers les hasards de l'humaine misère, +La bonne et pure et inchangeable éternité. + +S'il arrive jamais +Que nous soyons, sans le savoir, +Souffrance ou peine ou désespoir, +L'un pour l'autre; s'il se faisait +Que la fatigue ou le banal plaisir +Détendissent en nous l'arc d'or du haut désir; +Si le cristal de la pure pensée +De notre amour doit se briser, + +Si malgré tout, je me sentais +Vaincu pour n'avoir pas été +Assez en proie à la divine immensité +De la bonté; +Alors, oh! serrons-nous comme deux fous sublimes +Qui sous les cieux cassés, se cramponnent aux cimes +Quand même.--Et d'un unique essor +L'âme en soleil, s'exaltent dans la mort. + + + + + +End of the Project Gutenberg EBook of Les Heures Claires, by Emile Verhaeren + +*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 10061 *** diff --git a/10061-h/10061-h.htm b/10061-h/10061-h.htm new file mode 100644 index 0000000..70a865c --- /dev/null +++ b/10061-h/10061-h.htm @@ -0,0 +1,756 @@ +<!DOCTYPE HTML PUBLIC "-//W3C//DTD HTML 4.01 Transitional//EN"> +<html> + <head> + <meta http-equiv="Content-Type" content= + "text/html; charset=UTF-8"> + <title> + The Project Gutenberg eBook of Les Heures Claires, by Émile Verhaeren. + </title> + <style type="text/css"> + <!-- + * { font-family: Times;} + P { text-indent: 1em; + margin-top: .75em; + font-size: 14pt; + text-align: center; + margin-bottom: .75em; } + H1,H2,H3,H4,H5,H6 { text-align: center; } + HR { width: 33%; } + // --> + </style> + </head> +<body> +<div>*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 10061 ***</div> + +<h1>Em. Verhaeren</h1> + +<h1>Les +heures claires</h1> +<br> +<br> +<br> + +<h2>1896</h2> + + + + + +<br><br><hr style="width: 65%;"><br><br> +<p>O la splendeur de notre joie,<br> +Tissée en or dans l'air de soie !</p> + +<p>Voici la maison douce et son pignon léger,<br> +Et le jardin et le verger.</p> + +<p>Voici le banc, sous les pommiers<br> +D'où s'effeuille le printemps blanc,<br> +A pétales frôlants et lents.<br> +Voici des vols de lumineux ramiers<br> +Plânant, ainsi que des présages,<br> +Dans le ciel clair du paysage.</p> + +<p>Voici — pareils à des baisers tombés sur terre<br> +De la bouche du frêle azur — <br> +Deux bleus étangs simples et purs,<br> +Bordés naïvement de fleurs involontaires.</p> + +<p>O la splendeur de notre joie et de nous-mêmes,<br> +En ce jardin où nous vivons de nos emblèmes !</p> + +<p>Là-bas, de lentes formes passent,<br> +Sont-ce nos deux âmes qui se délassent,<br> +Au long des bois et des terrasses ?</p> + +<p>Sont-ce tes seins, sont-ce tes yeux<br> +Ces deux fleurs d'or harmonieux ?<br> +Et ces herbes — on dirait des plumages<br> +Mouillés dans la source qu'ils plissent — <br> +Sont-ce tes cheveux frais et lisses ?</p> + +<p>Certes, aucun abri ne vaut le clair verger,<br> +Ni la maison au toit léger,<br> +Ni ce jardin, où le ciel trame<br> +Ce climat cher à nos deux âmes.</p> + +<p>Quoique nous le voyions fleurir devant nos yeux,<br> +Ce jardin clair où nous passons silencieux,<br> +C'est plus encore en nous que se féconde<br> +Le plus joyeux et le plus doux jardin du monde.</p> + +<p>Car nous vivons toutes les fleurs,<br> +Toutes les herbes, toutes les palmes<br> +En nos rires et en nos pleurs<br> +De bonheur pur et calme.</p> + +<p>Car nous vivons toutes les transparences<br> +De l'étang bleu qui reflète l'exubérance<br> +Des roses d'or et des grands lys vermeils :<br> +Bouches et lèvres de soleil.</p> + +<p>Car nous vivons toute la joie<br> +Dardée en cris de fête et de printemps,<br> +En nos aveux, où se côtoient<br> +Les mots fervents et exaltants.</p> + +<p>Oh ! dis, c'est bien en nous que se féconde<br> +Le plus joyeux et clair jardin du monde.</p> + +<p>Ce chapiteau barbare, où des monstres se tordent,<br> +Soudés entre eux, à coups de griffes et de dents,<br> +En un tumulte fou de sang, de cris ardents,<br> +De blessures et de gueules qui s'entre-mordent,<br> +C'était moi-même, avant que tu fusses la mienne,<br> +O toi la neuve, ô toi l'ancienne !<br> +Qui vins à moi des loins d'éternité,<br> +Avec, entre tes mains, l'ardeur et la bonté.</p> + +<p>Je sens en toi les mêmes choses très profondes<br> +Qu'en moi-même dormir<br> +Et notre soif de souvenir<br> +Boire l'écho, où nos passés se correspondent.</p> + +<p>Nos yeux ont dû pleurer aux mêmes heures,<br> +Sans le savoir, pendant l'enfance :<br> +Avoir mêmes effrois, mêmes bonheurs,<br> +Mêmes éclairs de confiance :<br> +Car je te suis lié par l'inconnu<br> +Qui me fixait, jadis au fond des avenues<br> +Par où passait ma vie aventurière,<br> +Et, certes, si j'avais regardé mieux,<br> +J'aurais pu voir s'ouvrir tes yeux<br> +Depuis longtemps en ses paupières.</p> + +<p>Le ciel en nuit s'est déplié<br> +Et la lune semble veiller<br> +Sur le silence endormi.</p> + +<p>Tout est si pur et clair,<br> +Tout est si pur et si pâle dans l'air<br> +Et sur les lacs du paysage ami,<br> +Qu'elle angoisse, la goutte d'eau<br> +Qui tombe d'un roseau<br> +Et tinte et puis se tait dans l'eau.</p> + +<p>Mais j'ai tes mains entre les miennes<br> +Et tes yeux sûrs, qui me retiennent,<br> +De leurs ferveurs, si doucement ;<br> +Et je te sens si bien en paix de toute chose,<br> +Que rien, pas même un fugitif soupçon de crainte,<br> +Ne troublera, fût-ce un moment,<br> +La confiance sainte<br> +Qui dort en nous comme un enfant repose.</p> + +<p>Chaque heure, où je pense à ta bonté<br> +Si simplement profonde,<br> +Je me confonds en prières vers toi.</p> + +<p>Je suis venu si tard<br> +Vers la douceur de ton regard<br> +Et de si loin, vers tes deux mains tendues,<br> +Tranquillement, par à travers les étendues !</p> + +<p>J'avais en moi tant de rouille tenace<br> +Qui me rongeait, à dents rapaces,<br> +La confiance ;</p> + +<p>J'étais si lourd, j'étais si las,<br> +J'étais si vieux de méfiance,<br> +J'étais si lourd, j'étais si las<br> +Du vain chemin de tous mes pas.</p> + +<p>Je méritais si peu la merveilleuse joie<br> +De voir tes pieds illuminer ma voie,<br> +Que j'en reste tremblant encore et presqu'en pleurs,<br> +Et humble, à tout jamais, en face du bonheur.</p> + +<p>Tu arbores parfois cette grâce bénigne<br> +Du matinal jardin tranquille et sinueux<br> +Qui déroule, là-bas, parmi les lointains bleus,<br> +Ses doux chemins courbés en cols de cygne.</p> + +<p>Et, d'autres fois, tu m'es le frisson clair<br> +Du vent rapide et miroitant<br> +Qui passe, avec ses doigts d'éclair,<br> +Dans les crins d'eau de l'étang blanc.</p> + +<p>Au bon toucher de tes deux mains,<br> +Je sens comme des feuilles<br> +Me doucement frôler ;<br> +Que midi brûle le jardin.<br> +Les ombres, aussitôt recueillent<br> +Les paroles chères dont ton être a tremblé.</p> + +<p>Chaque moment me semble, grâce à toi,<br> +Passer ainsi divinement en moi.<br> +Aussi, quand l'heure vient de la nuit blême,<br> +Où tu te cèles en toi-même,<br> +En refermant les yeux,<br> +Sens-tu mon doux regard dévotieux,<br> +Plus humble et long qu'une prière,<br> +Remercier le tien sous tes closes paupières ?</p> + +<p>Oh ! laisse frapper à la porte<br> +La main qui passe avec ses doigts futiles ;<br> +Notre heure est si unique, et le reste qu'importe,<br> +Le reste, avec ses doigts futiles.</p> + +<p>Laisse passer, par le chemin,<br> +La triste et fatigante joie,<br> +Avec ses crécelles en mains.</p> + +<p>Laisse monter, laisse bruire<br> +Et s'en aller le rire ;<br> +Laisse passer la foule et ses milliers de voix.</p> + +<p>L'instant est si beau de lumière,<br> +Dans le jardin, autour de nous,<br> +L'instant est si rare de lumière trémière,<br> +Dans notre cœur, au fond de nous.</p> + +<p>Tout nous prêche de n'attendre plus rien<br> +De ce qui vient ou passe,<br> +Avec des chansons lasses<br> +Et des bras las par les chemins.</p> + +<p>Et de rester les doux qui bénissons le jour.<br> +Même devant la nuit d'ombre barricadée,<br> +Aimant en nous, par dessus tout, l'idée<br> +Que bellement nous nous faisons de notre amour.</p> + +<p>Comme aux âges naïfs, je t'ai donné mon cœur,<br> +Ainsi qu'une ample fleur<br> +Qui s'ouvre, au clair de la rosée ;<br> +Entre ses plis frêles, ma bouche s'est posée.</p> + +<p>La fleur, je la cueillis au pré des fleurs en flamme ;<br> +Ne lui dis rien : car la parole entre nous deux<br> +Serait banale, et tous les mots sont hasardeux.<br> +C'est à travers les yeux que l'âme écoute une âme.</p> + +<p>La fleur qui est mon cœur et mon aveu,<br> +Tout simplement, à tes lèvres confie<br> +Qu'elle est loyale et claire et bonne, et qu'on se fie<br> +Au vierge amour, comme un enfant se fie à Dieu.</p> + +<p>Laissons l'esprit fleurir sur les collines,<br> +En de capricieux chemins de vanité ;<br> +Et faisons simple accueil à la sincérité<br> +Qui tient nos deux cœurs clairs, en ses mains cristallines ;<br> +Et rien n'est beau comme une confession d'âmes,<br> +L'une à l'autre, le soir, lorsque la flamme<br> +Des incomptables diamants<br> +Brûle, comme autant d'yeux<br> +Silencieux,<br> +Le silence des firmaments.</p> + +<p>Le printemps jeune et bénévole<br> +Qui vêt le jardin de beauté<br> +Elucide nos voix et nos paroles<br> +Et les trempe dans sa limpidité.</p> + +<p>La brise et les lèvres des feuilles<br> +Babillent — et effeuillent<br> +En nous les syllabes de leur clarté.</p> + +<p>Mais le meilleur de nous se gare<br> +Et fuit les mots matériels ;<br> +Un simple et doux élan muet<br> +Mieux que tout verbe amarre<br> +Notre bonheur à son vrai ciel :<br> +Celui de ton âme, à deux genoux,<br> +Tout simplement, devant la mienne,<br> +Et de mon âme, à deux genoux,<br> +Très doucement, devant la tienne.</p> + +<p>Viens lentement t'asseoir<br> +Près du parterre, dont le soir<br> +Ferme les fleurs de tranquille lumière,<br> +Laisse filtrer la grande nuit en toi :<br> +Nous sommes trop heureux pour que sa mer d'effroi<br> +Trouble notre prière.</p> + +<p>Là-haut, le pur cristal des étoiles s'éclaire.<br> +Voici le firmament plus net et translucide<br> +Qu'un étang bleu ou qu'un vitrail d'abside ;<br> +Et puis voici le ciel qui regarde à travers.</p> + +<p>Les mille voix de l'énorme mystère<br> +Parlent autour de toi.<br> +Les mille lois de la nature entière<br> +Bougent autour de toi,<br> +Les arcs d'argent de l'invisible<br> +Prennent ton âme et son élan pour cible,<br> +Mais tu n'as peur, oh ! simple cœur,<br> +Mais tu n'as peur, puisque ta foi<br> +Est que toute la terre collabore<br> +A cet amour que fit éclore<br> +La vie et son mystère en toi.</p> + +<p>Joins donc les mains tranquillement<br> +Et doucement adore ;<br> +Un grand conseil de pureté<br> +Et de divine intimité<br> +Flotte, comme une étrange aurore,<br> +Sous les minuits du firmament.</p> + +<p>Combien elle est facilement ravie,<br> +Avec ses yeux d'extase ignée,<br> +Elle, la douce et résignée<br> +Si simplement devant la vie.</p> + +<p>Ce soir, comme un regard la surprenait fervente,<br> +Et comme un mot la transportait<br> +Au pur jardin de joie, où elle était<br> +Tout à la fois reine et servante.</p> + +<p>Humble d'elle, mais ardente de nous,<br> +C'était à qui ploierait les deux genoux,<br> +Pour recueillir le merveilleux bonheur<br> +Qui, mutuel, nous débordait du cœur.</p> + +<p>Nous écoutions se taire, en nous, la violence<br> +De l'exaltant amour qu'emprisonnaient nos bras<br> +Et le vivant silence<br> +Dire des mots que nous ne savions pas.</p> + +<p>Au temps où longuement j'avais souffert<br> +Où les heures m'étaient des pièges,<br> +Tu m'apparus l'accueillante lumière<br> +Qui luit, aux fenêtres, l'hiver,<br> +Au fonds des soirs, sur de la neige.</p> + +<p>Ta clarté d'âme hospitalière<br> +Frôla, sans le blesser, mon cœur,<br> +Comme une main de tranquille chaleur ;<br> +Un espoir tiède, un mot clément,<br> +Pénétrèrent en moi très lentement ;</p> + +<p>Puis vint la bonne confiance<br> +Et la franchise et la tendresse et l'alliance,<br> +Enfin, de nos deux mains amies,<br> +Un soir de claire entente et de douce accalmie.</p> + +<p>Depuis, bien que l'été ait succédé au gel,<br> +En nous-mêmes et sous le ciel,<br> +Dont les flammes éternisées<br> +Pavoisent d'or tous les chemins de nos pensées,<br> +Et que l'amour soit devenu la fleur immense,<br> +Naissant du fier désir,<br> +Qui, sans cesse, pour mieux encor grandir,<br> +En notre cœur, se recommence,<br> +Je regarde toujours la petite lumière<br> +Qui me fut douce, la première.</p> + +<p>Je ne détaille pas, ni quels nous sommes<br> +L'un pour l'autre, ni les pourquois, ni les raisons :<br> +Tout doute est mort, en ce jardin de floraisons<br> +Qui s'ouvre en nous et hors de nous, si loin des hommes.</p> + +<p>Je ne raisonne pas, et ne veux pas savoir,<br> +Et rien ne troublera ce qui n'est que mystère<br> +Et qu'élans doux et que ferveur involontaire<br> +Et que tranquille essor vers nos parvis d'espoir.</p> + +<p>Je te sens claire avant de te comprendre telle ;<br> +Et c'est ma joie, infiniment,<br> +De m'éprouver si doucement aimant,<br> +Sans demander pourquoi ta voix m'appelle.</p> + +<p>Soyons simples et bons — et que le jour<br> +Nous soit tendresse et lumière servies,<br> +Et laissons dire que la vie<br> +N'est point faite pour un pareil amour.</p> + +<p>A ces reines qui lentement descendent<br> +Les escaliers en ors et fleurs de la légende,<br> +Dans mon rêve, parfois, je t'apparie ;<br> +Je te donne des noms qui se marient<br> +A la clarté, à la splendeur et à la joie,<br> +Et bruissent en syllabes de soie,<br> +Au long des vers bâtis comme une estrade<br> +Pour la danse des mots et leurs belles parades.</p> + +<p>Mais combien vite on se lasse du jeu,<br> +A te voir douce et profonde et si peu<br> +Celle dont on enjolive les attitudes ;<br> +Ton front si clair et pur et blanc de certitude,<br> +Tes douces mains d'enfant en paix sur tes genoux,<br> +Tes seins se soulevant au rythme de ton pouls<br> +Qui bat comme ton cœur immense et ingénu,<br> +Oh ! comme tout, hormis cela et ta prière,<br> +Oh ! comme tout est pauvre et vain, hors la lumière<br> +Qui me regarde et qui m'accueille en tes yeux nus.</p> + +<p>Je dédie à tes pleurs, à ton sourire,<br> +Mes plus douces pensées,<br> +Celles que je te dis, celles aussi<br> +Qui demeurent imprécisées<br> +Et trop profondes pour les dire.</p> + +<p>Je dédie à tes pleurs, à ton sourire<br> +A toute ton âme, mon âme,<br> +Avec ses pleurs et ses sourires<br> +Et son baiser.</p> + +<p>Vois-tu, l'aurore naît sur la terre effacée,<br> +Des liens d'ombre semblent glisser<br> +Et s'en aller, avec mélancolie ;<br> +L'eau des étangs s'écoule et tamise son bruit,<br> +L'herbe s'éclaire et les corolles se déplient,<br> +Et les bois d'or se désenlacent de la nuit.</p> + +<p>Oh ! dis, pouvoir un jour,<br> +Entrer ainsi dans la pleine lumière ;<br> +Oh ! dis, pouvoir un jour<br> +Avec toutes les fleurs de nos âmes trémières,<br> +Sans plus aucun voile sur nous,<br> +Sans plus aucun mystère en nous,<br> +Oh dis, pouvoir, un jour,<br> +Entrer à deux dans le lucide amour !</p> + +<p>Je noie en tes deux yeux mon âme toute entière<br> +Et l'élan fou de cette âme éperdue,<br> +Pour que, plongée en leur douceur et leur prière,<br> +Plus claire et mieux trempée, elle me soit rendue.</p> + +<p>S'unir pour épurer son être,<br> +Comme deux vitraux d'or en une même abside<br> +Croisent leurs feux différemment lucides<br> +Et se pénètrent !</p> + +<p>Je suis parfois si lourd, si las,<br> +D'être celui qui ne sait pas<br> +Etre parfait, comme il se veut !<br> +Mon cœur se bat contre ses vœux,<br> +Mon cœur dont les plantes mauvaises,<br> +Entre des rocs d'entêtement,<br> +Dressent, sournoisement,<br> +Leurs fleurs d'encre ou de braise ;<br> +Mon cœur si faux, si vrai, selon les jours,<br> +Mon cœur contradictoire,<br> +Mon cœur exagéré toujours<br> +De joie immense ou de crainte attentatoire.</p> + +<p>Pour nous aimer des yeux,<br> +Lavons nos deux regards, de ceux<br> +Que nous avons croisés, par milliers, dans la vie<br> +Mauvaise et asservie.</p> + +<p>L'aube est en fleur et en rosée<br> +Et en lumière tamisée<br> +Très douce :<br> +On croirait voir de molles plumes<br> +D'argent et de soleil, à travers brumes,<br> +Frôler et caresser, dans le jardin, les mousses.</p> + +<p>Nos bleus et merveilleux étangs<br> +Tremblent et s'animent d'or miroitant,<br> +Des vols émeraudés, sous les arbres, circulent ;<br> +Et la clarté, hors des chemins, des clos, des haies,<br> +Balaie<br> +La cendre humide, où traîne encor le crépuscule.</p> + +<p>Au clos de notre amour, l'été se continue :<br> +Un paon d'or, là-bas traverse une avenue ;<br> +Des pétales pavoisent,<br> + — Perles, émeraudes, turquoises — <br> +L'uniforme sommeil des gazons verts ;<br> +Nos étangs bleus luisent, couverts<br> +Du baiser blanc des nénuphars de neige ;<br> +Aux quinconces, nos groseillers font des cortèges ;</p> + +<p>Un insecte de prisme irrite un cœur de fleur ;<br> +De merveilleux sous-bois se jaspent de lueurs ;<br> +Et, comme des bulles légères, mille abeilles<br> +Sur des grappes d'argent, vibrent, au long des treilles.</p> + +<p>L'air est si beau qu'il paraît chatoyant ;<br> +Sous les midis profonds et radiants,<br> +On dirait qu'il remue en roses de lumière ;<br> +Tandis qu'au loin, les routes coutumières,<br> +Telles de lents gestes qui s'allongent vermeils,<br> +A l'horizon nacré, montent vers le soleil.</p> + +<p>Certes, la robe en diamants du bel été<br> +Ne vêt aucun jardin d'aussi pure clarté ;<br> +Et c'est la joie unique éclose en nos deux âmes<br> +Qui reconnait sa vie en ces bouquets de flammes.</p> + +<p>Que tes yeux clairs, tes yeux d'été,<br> +Me soient, sur terre,<br> +Les images de la bonté.</p> + +<p>Laissons nos âmes embrasées<br> +Exalter d'or chaque flamme de nos pensées.</p> + +<p>Que mes deux mains contre ton cœur<br> +Te soient, sur terre,<br> +Les emblèmes de la douceur.</p> + +<p>Vivons pareils à deux prières éperdues<br> +L'une vers l'autre, à toute heure, tendues.</p> + +<p>Que nos baisers sur nos bouches ravies<br> +Nous soient sur terre,<br> +Les symboles de notre vie.</p> + +<p>Dis-moi, ma simple et ma tranquille amie,<br> +Dis, combien l'absence, même d'un jour,<br> +Attriste et attise l'amour<br> +Et le réveille, en ses brûlures endormies.</p> + +<p>Je m'en vais au devant de ceux<br> +Qui reviennent des lointains merveilleux,<br> +Où, dès l'aube, tu es allée ;<br> +Je m'assieds sous un arbre, au détour de l'allée,</p> + +<p>Et, sur la route, épiant leur venue,<br> +Je regarde et regarde, avec ferveur, leurs yeux<br> +Encore clairs de t'avoir vue.</p> + +<p>Et je voudrais baiser leurs doigts qui t'ont touchée,<br> +Et leur crier des mots qu'ils ne comprendraient pas,<br> +Et j'écoute longtemps se cadencer leurs pas<br> +Vers l'ombre, où les vieux soirs tiennent la nuit penchée.</p> + +<p>En ces heures où nous sommes perdus<br> +Si loin de tout ce qui n'est pas nous-mêmes.<br> +Quel sang lustral ou quel baptême<br> +Baigne nos cœurs vers tout l'amour tendus ?</p> + +<p>Joignant les mains, sans que l'on prie,<br> +Tendant les bras, sans que l'on crie,<br> +Mais adorant on ne sait quoi<br> +De plus lointain et de plus pur que soi,<br> +L'esprit fervent et ingénu,<br> +Dites, comme on se fond, comme on se vit dans l'inconnu.</p> + +<p>Comme on s'abîme en la présence<br> +De ces heures de suprême existence,<br> +Comme l'âme voudrait des cieux<br> +Pour y chercher de nouveaux dieux,<br> +Oh ! l'angoissante et merveilleuse joie<br> +Et l'espérance audacieuse<br> +D'être, un jour, à travers la mort même, la proie<br> +De ces affres silencieuses.</p> + +<p>Oh ! ce bonheur<br> +Si rare et si frêle parfois<br> +Qu'il nous fait peur !</p> + +<p>Nous avons beau taire nos voix,<br> +Et nous faire comme une tente,<br> +Avec toute ta chevelure,<br> +Pour nous créer un abri sûr,<br> +Souvent l'angoisse en nos âmes fermente.</p> + +<p>Mais notre amour étant comme un ange à genoux,<br> +Prie et supplie,<br> +Que l'avenir donne à d'autres que nous<br> +Même tendresse et même vie,<br> +Pour que leur sort de notre sort ne soit jaloux.</p> + +<p>Et puis, aux jours mauvais, quand les grands soirs<br> +Illimitent, jusques au ciel, le désespoir,<br> +Nous demandons pardon à la nuit qui s'enflamme<br> +De la douceur de notre âme.</p> + +<p>Vivons, dans notre amour et notre ardeur,<br> +Vivons si hardiment nos plus belles pensées<br> +Qu'elles s'entrelacent, harmonisées<br> +A l'extase suprême et l'entière ferveur.</p> + +<p>Parce qu'en nos âmes pareilles,<br> +Quelque chose de plus sacré que nous<br> +Et de plus pur et de plus grand s'éveille,<br> +Joignons les mains pour l'adorer à travers nous.</p> + +<p>Il n'importe que nous n'ayons que cris ou larmes<br> +Pour humblement le définir,<br> +Et que si rare et si puissant en soit le charme,<br> +Qu'à le goûter, nos cœurs soient prêts à défaillir.</p> + +<p>Restons quand même et pour toujours, les fous<br> +De cet amour presqu'implacable,<br> +Et les fervents, à deux genoux,<br> +Du Dieu soudain qui règne en nous,<br> +Si violent et si ardemment doux<br> +Qu'il nous fait mal et nous accable.</p> + +<p>Sitôt que nos bouches se touchent,<br> +Nous nous sentons tant plus clairs de nous-mêmes<br> +Que l'on dirait des Dieux qui s'aiment<br> +Et qui s'unissent en nous-mêmes ;</p> + +<p>Nous nous sentons le cœur si divinement frais<br> +Et si renouvelé par leur lumière<br> +Première<br> +Que l'univers, sous leur clarté, nous apparaît.</p> + +<p>La joie est à nos yeux l'unique fleur du monde<br> +Qui se prodigue et se féconde,<br> +Innombrable, sur nos routes d'en bas ;<br> +Comme là haut, par tas,<br> +En des pays de soie où voyagent des voiles<br> +Brille la fleur myriadaire des étoiles.</p> + +<p>L'ordre nous éblouit, comme les feux, la cendre,<br> +Tout nous éclaire et nous paraît : flambeau ;<br> +Nos plus simples mots ont un sens si beau<br> +Que nous les répétons pour les sans cesse entendre.</p> + +<p>Nous sommes les victorieux sublimes<br> +Qui conquérons l'éternité,<br> +Sans nul orgueil et sans songer au temps minime :<br> +Et notre amour nous semble avoir toujours été.</p> + +<p>Pour que rien de nous deux n'échappe à notre étreinte,<br> +Si profonde qu'elle en est sainte<br> +Et qu'à travers le corps même, l'amour soit clair,<br> +Nous descendons ensemble au jardin de ta chair.</p> + +<p>Tes seins sont là, ainsi que des offrandes,<br> +Et tes deux mains me sont tendues ;<br> +Et rien ne vaut la naïve provende<br> +Des paroles dites et entendues.</p> + +<p>L'ombre des rameaux blancs voyage<br> +Parmi ta gorge et ton visage<br> +Et tes cheveux dénouent leur floraison,<br> +En guirlandes, sur les gazons.</p> + +<p>La nuit est toute d'argent bleu,<br> +La nuit est un beau lit silencieux,<br> +La nuit douce, dont les brises vont, une à une,<br> +Effeuiller les grands lys dardés au clair de lune.</p> + +<p>Bien que déjà, ce soir,<br> +L'automne<br> +Laisse aux sentes et aux orées,<br> +Comme des mains dorées,<br> +Lentes, les feuilles choir ;<br> +Bien que déjà l'automne,<br> +Ce soir, avec ses bras de vent,<br> +Moissonne<br> +Sur les rosiers fervents,<br> +Les pétales et leur pâleur,<br> +Ne laissons rien de nos deux âmes<br> +Tomber soudain avec ces fleurs.</p> + +<p>Mais tous les deux autour des flammes<br> +De l'âtre en or du souvenir,<br> +Mais tous les deux blottissons-nous,<br> +Les mains au feu et les genoux.</p> + +<p>Contre les deuils à craindre ou à venir,<br> +Contre le temps qui fixe à toute ardeur sa fin,<br> +Contre notre terreur, contre nous-mêmes, enfin,<br> +Blottissons-nous, près du foyer,<br> +Que la mémoire en nous fait flamboyer.</p> + +<p>Et si l'automne obère<br> +A grands pans d'ombre et d'orages plânants,<br> +Les bois, les pelouses et les étangs,<br> +Que sa douleur du moins n'altère<br> +L'intérieur jardin tranquillisé,<br> +Où s'unissent, dans la lumière,<br> +Les pas égaux de nos pensées.</p> + +<p>Le don du corps, lorsque l'âme est donnée<br> +N'est rien que l'aboutissement<br> +De deux tendresses entraînées<br> +L'une vers l'autre, éperdûment.</p> + +<p>Tu n'es heureuse de ta chair<br> +Si simple, en sa beauté natale,<br> +Que pour, avec ferveur, m'en faire<br> +L'offre complète et l'aumône totale.</p> + +<p>Et je me donne à toi, ne sachant rien<br> +Sinon que je m'exalte à te connaître,<br> +Toujours meilleure et plus pure peut-être<br> +Depuis que ton doux corps offrit sa fête au mien.</p> + +<p>L'amour, oh ! qu'il nous soit la clairvoyance<br> +Unique, et l'unique raison du cœur,<br> +A nous, dont le plus fol bonheur<br> +Est d'être fous de confiance.</p> + +<p>Fût-il en nous une seule tendresse,<br> +Une pensée, une joie, une promesse,<br> +Qui n'allât, d'elle-même, au devant de nos pas ?</p> + +<p>Fût-il une prière en secret entendue,<br> +Dont nous n'ayons serré les mains tendues<br> +Avec douceur, sur notre sein ?</p> + +<p>Fût-il un seul appel, un seul dessein,<br> +Un vœu tranquille ou violent<br> +Dont nous n'ayons épanoui l'élan ?</p> + +<p>Et, nous aimant ainsi,<br> +Nos cœurs s'en sont allés, tels des apôtres,<br> +Vers les doux cœurs timides et transis<br> +Des autres :<br> +Ils les ont conviés, par la pensée,<br> +A se sentir aux nôtres fiancés,<br> +A proclamer l'amour avec des ardeurs franches,<br> +Comme un peuple de fleurs aime la même branche<br> +Qui le suspend et le baigne dans le soleil ;<br> +Et notre âme, comme agrandie, en cet éveil,<br> +S'est mise à célébrer tout ce qui aime,<br> +Magnifiant l'amour pour l'amour même,<br> +Et à chérir, divinement, d'un désir fou,<br> +Le monde entier qui se résume en nous.</p> + +<p>Le beau jardin fleuri de flammes<br> +Qui nous semblait le double ou le miroir,<br> +Du jardin clair que nous portions dans l'âme,<br> +Se cristallise en gel et or, ce soir.</p> + +<p>Un grand silence blanc est descendu s'asseoir<br> +Là-bas, aux horizons de marbre,<br> +Vers où s'en vont, par défilés, les arbres<br> +Avec leur ombre immense et bleue<br> +Et régulière, à côté d'eux.</p> + +<p>Aucun souffle de vent, aucune haleine.<br> +Les grands voiles du froid,<br> +Se déplient seuls, de plaine en plaine,<br> +Sur des marais d'argent ou des routes en croix.</p> + +<p>Les étoiles paraissent vivre.<br> +Comme l'acier, brille le givre,<br> +A travers l'air translucide et glacé.<br> +De clairs métaux pulvérisés<br> +A l'infini, semblent neiger<br> +De la pâleur d'une lune de cuivre.<br> +Tout est scintillement dans l'immobilité.</p> + +<p>Et c'est l'heure divine, où l'esprit est hanté<br> +Par ces mille regards que projette sur terre,<br> +Vers les hasards de l'humaine misère,<br> +La bonne et pure et inchangeable éternité.</p> + +<p>S'il arrive jamais<br> +Que nous soyons, sans le savoir,<br> +Souffrance ou peine ou désespoir,<br> +L'un pour l'autre ; s'il se faisait<br> +Que la fatigue ou le banal plaisir<br> +Détendissent en nous l'arc d'or du haut désir ;<br> +Si le cristal de la pure pensée<br> +De notre amour doit se briser,</p> + +<p>Si malgré tout, je me sentais<br> +Vaincu pour n'avoir pas été<br> +Assez en proie à la divine immensité<br> +De la bonté ;<br> +Alors, oh ! serrons-nous comme deux fous sublimes<br> +Qui sous les cieux cassés, se cramponnent aux cimes<br> +Quand même. — Et d'un unique essor<br> +L'âme en soleil, s'exaltent dans la mort.</p> + +<div>*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 10061 ***</div> +</body> +</html> diff --git a/LICENSE.txt b/LICENSE.txt new file mode 100644 index 0000000..6312041 --- /dev/null +++ b/LICENSE.txt @@ -0,0 +1,11 @@ +This eBook, including all associated images, markup, improvements, +metadata, and any other content or labor, has been confirmed to be +in the PUBLIC DOMAIN IN THE UNITED STATES. + +Procedures for determining public domain status are described in +the "Copyright How-To" at https://www.gutenberg.org. + +No investigation has been made concerning possible copyrights in +jurisdictions other than the United States. Anyone seeking to utilize +this eBook outside of the United States should confirm copyright +status under the laws that apply to them. diff --git a/README.md b/README.md new file mode 100644 index 0000000..f51be89 --- /dev/null +++ b/README.md @@ -0,0 +1,2 @@ +Project Gutenberg (https://www.gutenberg.org) public repository for +eBook #10061 (https://www.gutenberg.org/ebooks/10061) diff --git a/old/10061-8.txt b/old/10061-8.txt new file mode 100644 index 0000000..b83b3d4 --- /dev/null +++ b/old/10061-8.txt @@ -0,0 +1,1159 @@ +The Project Gutenberg EBook of Les Heures Claires, by Emile Verhaeren + +This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with +almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org + + +Title: Les Heures Claires + +Author: Emile Verhaeren + +Release Date: November 12, 2003 [EBook #10061] + +Language: French + +Character set encoding: ISO-8859-1 + +*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LES HEURES CLAIRES *** + + + + +Produced by Christine De Ryck and PG Distributed Proofreaders. +This file was produced from images generously made available +by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at +http://gallica.bnf.fr. + + + + +Em. Verhaeren + +Les +heures claires + +1896 + + + + + + +O la splendeur de notre joie, +Tissée en or dans l'air de soie! + +Voici la maison douce et son pignon léger, +Et le jardin et le verger. + +Voici le banc, sous les pommiers +D'où s'effeuille le printemps blanc, +A pétales frôlants et lents. +Voici des vols de lumineux ramiers +Plânant, ainsi que des présages, +Dans le ciel clair du paysage. + +Voici--pareils à des baisers tombés sur terre +De la bouche du frêle azur-- +Deux bleus étangs simples et purs, +Bordés naïvement de fleurs involontaires. + +O la splendeur de notre joie et de nous-mêmes, +En ce jardin où nous vivons de nos emblèmes! + +Là-bas, de lentes formes passent, +Sont-ce nos deux âmes qui se délassent, +Au long des bois et des terrasses? + +Sont-ce tes seins, sont-ce tes yeux +Ces deux fleurs d'or harmonieux? +Et ces herbes--on dirait des plumages +Mouillés dans la source qu'ils plissent-- +Sont-ce tes cheveux frais et lisses? + +Certes, aucun abri ne vaut le clair verger, +Ni la maison au toit léger, +Ni ce jardin, où le ciel trame +Ce climat cher à nos deux âmes. + +Quoique nous le voyions fleurir devant nos yeux, +Ce jardin clair où nous passons silencieux, +C'est plus encore en nous que se féconde +Le plus joyeux et le plus doux jardin du monde. + +Car nous vivons toutes les fleurs, +Toutes les herbes, toutes les palmes +En nos rires et en nos pleurs +De bonheur pur et calme. + +Car nous vivons toutes les transparences +De l'étang bleu qui reflète l'exubérance +Des roses d'or et des grands lys vermeils: +Bouches et lèvres de soleil. + +Car nous vivons toute la joie +Dardée en cris de fête et de printemps, +En nos aveux, où se côtoient +Les mots fervents et exaltants. + +Oh! dis, c'est bien en nous que se féconde +Le plus joyeux et clair jardin du monde. + +Ce chapiteau barbare, où des monstres se tordent, +Soudés entre eux, à coups de griffes et de dents, +En un tumulte fou de sang, de cris ardents, +De blessures et de gueules qui s'entre-mordent, +C'était moi-même, avant que tu fusses la mienne, +O toi la neuve, ô toi l'ancienne! +Qui vins à moi des loins d'éternité, +Avec, entre tes mains, l'ardeur et la bonté. + +Je sens en toi les mêmes choses très profondes +Qu'en moi-même dormir +Et notre soif de souvenir +Boire l'écho, où nos passés se correspondent. + +Nos yeux ont dû pleurer aux mêmes heures, +Sans le savoir, pendant l'enfance: +Avoir mêmes effrois, mêmes bonheurs, +Mêmes éclairs de confiance: +Car je te suis lié par l'inconnu +Qui me fixait, jadis au fond des avenues +Par où passait ma vie aventurière, +Et, certes, si j'avais regardé mieux, +J'aurais pu voir s'ouvrir tes yeux +Depuis longtemps en ses paupières. + +Le ciel en nuit s'est déplié +Et la lune semble veiller +Sur le silence endormi. + +Tout est si pur et clair, +Tout est si pur et si pâle dans l'air +Et sur les lacs du paysage ami, +Qu'elle angoisse, la goutte d'eau +Qui tombe d'un roseau +Et tinte et puis se tait dans l'eau. + +Mais j'ai tes mains entre les miennes +Et tes yeux sûrs, qui me retiennent, +De leurs ferveurs, si doucement; +Et je te sens si bien en paix de toute chose, +Que rien, pas même un fugitif soupçon de crainte, +Ne troublera, fût-ce un moment, +La confiance sainte +Qui dort en nous comme un enfant repose. + +Chaque heure, où je pense à ta bonté +Si simplement profonde, +Je me confonds en prières vers toi. + +Je suis venu si tard +Vers la douceur de ton regard +Et de si loin, vers tes deux mains tendues, +Tranquillement, par à travers les étendues! + +J'avais en moi tant de rouille tenace +Qui me rongeait, à dents rapaces, +La confiance; + +J'étais si lourd, j'étais si las, +J'étais si vieux de méfiance, +J'étais si lourd, j'étais si las +Du vain chemin de tous mes pas. + +Je méritais si peu la merveilleuse joie +De voir tes pieds illuminer ma voie, +Que j'en reste tremblant encore et presqu'en pleurs, +Et humble, à tout jamais, en face du bonheur. + +Tu arbores parfois cette grâce bénigne +Du matinal jardin tranquille et sinueux +Qui déroule, là-bas, parmi les lointains bleus, +Ses doux chemins courbés en cols de cygne. + +Et, d'autres fois, tu m'es le frisson clair +Du vent rapide et miroitant +Qui passe, avec ses doigts d'éclair, +Dans les crins d'eau de l'étang blanc. + +Au bon toucher de tes deux mains, +Je sens comme des feuilles +Me doucement frôler; +Que midi brûle le jardin. +Les ombres, aussitôt recueillent +Les paroles chères dont ton être a tremblé. + +Chaque moment me semble, grâce à toi, +Passer ainsi divinement en moi. +Aussi, quand l'heure vient de la nuit blême, +Où tu te cèles en toi-même, +En refermant les yeux, +Sens-tu mon doux regard dévotieux, +Plus humble et long qu'une prière, +Remercier le tien sous tes closes paupières? + +Oh! laisse frapper à la porte +La main qui passe avec ses doigts futiles; +Notre heure est si unique, et le reste qu'importe, +Le reste, avec ses doigts futiles. + +Laisse passer, par le chemin, +La triste et fatigante joie, +Avec ses crécelles en mains. + +Laisse monter, laisse bruire +Et s'en aller le rire; +Laisse passer la foule et ses milliers de voix. + +L'instant est si beau de lumière, +Dans le jardin, autour de nous, +L'instant est si rare de lumière trémière, +Dans notre coeur, au fond de nous. + +Tout nous prêche de n'attendre plus rien +De ce qui vient ou passe, +Avec des chansons lasses +Et des bras las par les chemins. + +Et de rester les doux qui bénissons le jour. +Même devant la nuit d'ombre barricadée, +Aimant en nous, par dessus tout, l'idée +Que bellement nous nous faisons de notre amour. + +Comme aux âges naïfs, je t'ai donné mon coeur, +Ainsi qu'une ample fleur +Qui s'ouvre, au clair de la rosée; +Entre ses plis frêles, ma bouche s'est posée. + +La fleur, je la cueillis au pré des fleurs en flamme; +Ne lui dis rien: car la parole entre nous deux +Serait banale, et tous les mots sont hasardeux. +C'est à travers les yeux que l'âme écoute une âme. + +La fleur qui est mon coeur et mon aveu, +Tout simplement, à tes lèvres confie +Qu'elle est loyale et claire et bonne, et qu'on se fie +Au vierge amour, comme un enfant se fie à Dieu. + +Laissons l'esprit fleurir sur les collines, +En de capricieux chemins de vanité; +Et faisons simple accueil à la sincérité +Qui tient nos deux coeurs clairs, en ses mains cristallines; +Et rien n'est beau comme une confession d'âmes, +L'une à l'autre, le soir, lorsque la flamme +Des incomptables diamants +Brûle, comme autant d'yeux +Silencieux, +Le silence des firmaments. + +Le printemps jeune et bénévole +Qui vêt le jardin de beauté +Elucide nos voix et nos paroles +Et les trempe dans sa limpidité. + +La brise et les lèvres des feuilles +Babillent--et effeuillent +En nous les syllabes de leur clarté. + +Mais le meilleur de nous se gare +Et fuit les mots matériels; +Un simple et doux élan muet +Mieux que tout verbe amarre +Notre bonheur à son vrai ciel: +Celui de ton âme, à deux genoux, +Tout simplement, devant la mienne, +Et de mon âme, à deux genoux, +Très doucement, devant la tienne. + +Viens lentement t'asseoir +Près du parterre, dont le soir +Ferme les fleurs de tranquille lumière, +Laisse filtrer la grande nuit en toi: +Nous sommes trop heureux pour que sa mer d'effroi +Trouble notre prière. + +Là-haut, le pur cristal des étoiles s'éclaire. +Voici le firmament plus net et translucide +Qu'un étang bleu ou qu'un vitrail d'abside; +Et puis voici le ciel qui regarde à travers. + +Les mille voix de l'énorme mystère +Parlent autour de toi. +Les mille lois de la nature entière +Bougent autour de toi, +Les arcs d'argent de l'invisible +Prennent ton âme et son élan pour cible, +Mais tu n'as peur, oh! simple coeur, +Mais tu n'as peur, puisque ta foi +Est que toute la terre collabore +A cet amour que fit éclore +La vie et son mystère en toi. + +Joins donc les mains tranquillement +Et doucement adore; +Un grand conseil de pureté +Et de divine intimité +Flotte, comme une étrange aurore, +Sous les minuits du firmament. + +Combien elle est facilement ravie, +Avec ses yeux d'extase ignée, +Elle, la douce et résignée +Si simplement devant la vie. + +Ce soir, comme un regard la surprenait fervente, +Et comme un mot la transportait +Au pur jardin de joie, où elle était +Tout à la fois reine et servante. + +Humble d'elle, mais ardente de nous, +C'était à qui ploierait les deux genoux, +Pour recueillir le merveilleux bonheur +Qui, mutuel, nous débordait du coeur. + +Nous écoutions se taire, en nous, la violence +De l'exaltant amour qu'emprisonnaient nos bras +Et le vivant silence +Dire des mots que nous ne savions pas. + +Au temps où longuement j'avais souffert +Où les heures m'étaient des pièges, +Tu m'apparus l'accueillante lumière +Qui luit, aux fenêtres, l'hiver, +Au fonds des soirs, sur de la neige. + +Ta clarté d'âme hospitalière +Frôla, sans le blesser, mon coeur, +Comme une main de tranquille chaleur; +Un espoir tiède, un mot clément, +Pénétrèrent en moi très lentement; + +Puis vint la bonne confiance +Et la franchise et la tendresse et l'alliance, +Enfin, de nos deux mains amies, +Un soir de claire entente et de douce accalmie. + +Depuis, bien que l'été ait succédé au gel, +En nous-mêmes et sous le ciel, +Dont les flammes éternisées +Pavoisent d'or tous les chemins de nos pensées, +Et que l'amour soit devenu la fleur immense, +Naissant du fier désir, +Qui, sans cesse, pour mieux encor grandir, +En notre coeur, se recommence, +Je regarde toujours la petite lumière +Qui me fut douce, la première. + +Je ne détaille pas, ni quels nous sommes +L'un pour l'autre, ni les pourquois, ni les raisons: +Tout doute est mort, en ce jardin de floraisons +Qui s'ouvre en nous et hors de nous, si loin des hommes. + +Je ne raisonne pas, et ne veux pas savoir, +Et rien ne troublera ce qui n'est que mystère +Et qu'élans doux et que ferveur involontaire +Et que tranquille essor vers nos parvis d'espoir. + +Je te sens claire avant de te comprendre telle; +Et c'est ma joie, infiniment, +De m'éprouver si doucement aimant, +Sans demander pourquoi ta voix m'appelle. + +Soyons simples et bons--et que le jour +Nous soit tendresse et lumière servies, +Et laissons dire que la vie +N'est point faite pour un pareil amour. + +A ces reines qui lentement descendent +Les escaliers en ors et fleurs de la légende, +Dans mon rêve, parfois, je t'apparie; +Je te donne des noms qui se marient +A la clarté, à la splendeur et à la joie, +Et bruissent en syllabes de soie, +Au long des vers bâtis comme une estrade +Pour la danse des mots et leurs belles parades. + +Mais combien vite on se lasse du jeu, +A te voir douce et profonde et si peu +Celle dont on enjolive les attitudes; +Ton front si clair et pur et blanc de certitude, +Tes douces mains d'enfant en paix sur tes genoux, +Tes seins se soulevant au rythme de ton pouls +Qui bat comme ton coeur immense et ingénu, +Oh! comme tout, hormis cela et ta prière, +Oh! comme tout est pauvre et vain, hors la lumière +Qui me regarde et qui m'accueille en tes yeux nus. + +Je dédie à tes pleurs, à ton sourire, +Mes plus douces pensées, +Celles que je te dis, celles aussi +Qui demeurent imprécisées +Et trop profondes pour les dire. + +Je dédie à tes pleurs, à ton sourire +A toute ton âme, mon âme, +Avec ses pleurs et ses sourires +Et son baiser. + +Vois-tu, l'aurore naît sur la terre effacée, +Des liens d'ombre semblent glisser +Et s'en aller, avec mélancolie; +L'eau des étangs s'écoule et tamise son bruit, +L'herbe s'éclaire et les corolles se déplient, +Et les bois d'or se désenlacent de la nuit. + +Oh! dis, pouvoir un jour, +Entrer ainsi dans la pleine lumière; +Oh! dis, pouvoir un jour +Avec toutes les fleurs de nos âmes trémières, +Sans plus aucun voile sur nous, +Sans plus aucun mystère en nous, +Oh dis, pouvoir, un jour, +Entrer à deux dans le lucide amour! + +Je noie en tes deux yeux mon âme toute entière +Et l'élan fou de cette âme éperdue, +Pour que, plongée en leur douceur et leur prière, +Plus claire et mieux trempée, elle me soit rendue. + +S'unir pour épurer son être, +Comme deux vitraux d'or en une même abside +Croisent leurs feux différemment lucides +Et se pénètrent! + +Je suis parfois si lourd, si las, +D'être celui qui ne sait pas +Etre parfait, comme il se veut! +Mon coeur se bat contre ses voeux, +Mon coeur dont les plantes mauvaises, +Entre des rocs d'entêtement, +Dressent, sournoisement, +Leurs fleurs d'encre ou de braise; +Mon coeur si faux, si vrai, selon les jours, +Mon coeur contradictoire, +Mon coeur exagéré toujours +De joie immense ou de crainte attentatoire. + +Pour nous aimer des yeux, +Lavons nos deux regards, de ceux +Que nous avons croisés, par milliers, dans la vie +Mauvaise et asservie. + +L'aube est en fleur et en rosée +Et en lumière tamisée +Très douce: +On croirait voir de molles plumes +D'argent et de soleil, à travers brumes, +Frôler et caresser, dans le jardin, les mousses. + +Nos bleus et merveilleux étangs +Tremblent et s'animent d'or miroitant, +Des vols émeraudés, sous les arbres, circulent; +Et la clarté, hors des chemins, des clos, des haies, +Balaie +La cendre humide, où traîne encor le crépuscule. + +Au clos de notre amour, l'été se continue: +Un paon d'or, là-bas traverse une avenue; +Des pétales pavoisent, +--Perles, émeraudes, turquoises-- +L'uniforme sommeil des gazons verts; +Nos étangs bleus luisent, couverts +Du baiser blanc des nénuphars de neige; +Aux quinconces, nos groseillers font des cortèges; + +Un insecte de prisme irrite un coeur de fleur; +De merveilleux sous-bois se jaspent de lueurs; +Et, comme des bulles légères, mille abeilles +Sur des grappes d'argent, vibrent, au long des treilles. + +L'air est si beau qu'il paraît chatoyant; +Sous les midis profonds et radiants, +On dirait qu'il remue en roses de lumière; +Tandis qu'au loin, les routes coutumières, +Telles de lents gestes qui s'allongent vermeils, +A l'horizon nacré, montent vers le soleil. + +Certes, la robe en diamants du bel été +Ne vêt aucun jardin d'aussi pure clarté; +Et c'est la joie unique éclose en nos deux âmes +Qui reconnait sa vie en ces bouquets de flammes. + +Que tes yeux clairs, tes yeux d'été, +Me soient, sur terre, +Les images de la bonté. + +Laissons nos âmes embrasées +Exalter d'or chaque flamme de nos pensées. + +Que mes deux mains contre ton coeur +Te soient, sur terre, +Les emblèmes de la douceur. + +Vivons pareils à deux prières éperdues +L'une vers l'autre, à toute heure, tendues. + +Que nos baisers sur nos bouches ravies +Nous soient sur terre, +Les symboles de notre vie. + +Dis-moi, ma simple et ma tranquille amie, +Dis, combien l'absence, même d'un jour, +Attriste et attise l'amour +Et le réveille, en ses brûlures endormies. + +Je m'en vais au devant de ceux +Qui reviennent des lointains merveilleux, +Où, dès l'aube, tu es allée; +Je m'assieds sous un arbre, au détour de l'allée, + +Et, sur la route, épiant leur venue, +Je regarde et regarde, avec ferveur, leurs yeux +Encore clairs de t'avoir vue. + +Et je voudrais baiser leurs doigts qui t'ont touchée, +Et leur crier des mots qu'ils ne comprendraient pas, +Et j'écoute longtemps se cadencer leurs pas +Vers l'ombre, où les vieux soirs tiennent la nuit penchée. + +En ces heures où nous sommes perdus +Si loin de tout ce qui n'est pas nous-mêmes. +Quel sang lustral ou quel baptême +Baigne nos coeurs vers tout l'amour tendus? + +Joignant les mains, sans que l'on prie, +Tendant les bras, sans que l'on crie, +Mais adorant on ne sait quoi +De plus lointain et de plus pur que soi, +L'esprit fervent et ingénu, +Dites, comme on se fond, comme on se vit dans l'inconnu. + +Comme on s'abîme en la présence +De ces heures de suprême existence, +Comme l'âme voudrait des cieux +Pour y chercher de nouveaux dieux, +Oh! l'angoissante et merveilleuse joie +Et l'espérance audacieuse +D'être, un jour, à travers la mort même, la proie +De ces affres silencieuses. + +Oh! ce bonheur +Si rare et si frêle parfois +Qu'il nous fait peur! + +Nous avons beau taire nos voix, +Et nous faire comme une tente, +Avec toute ta chevelure, +Pour nous créer un abri sûr, +Souvent l'angoisse en nos âmes fermente. + +Mais notre amour étant comme un ange à genoux, +Prie et supplie, +Que l'avenir donne à d'autres que nous +Même tendresse et même vie, +Pour que leur sort de notre sort ne soit jaloux. + +Et puis, aux jours mauvais, quand les grands soirs +Illimitent, jusques au ciel, le désespoir, +Nous demandons pardon à la nuit qui s'enflamme +De la douceur de notre âme. + +Vivons, dans notre amour et notre ardeur, +Vivons si hardiment nos plus belles pensées +Qu'elles s'entrelacent, harmonisées +A l'extase suprême et l'entière ferveur. + +Parce qu'en nos âmes pareilles, +Quelque chose de plus sacré que nous +Et de plus pur et de plus grand s'éveille, +Joignons les mains pour l'adorer à travers nous. + +Il n'importe que nous n'ayons que cris ou larmes +Pour humblement le définir, +Et que si rare et si puissant en soit le charme, +Qu'à le goûter, nos coeurs soient prêts à défaillir. + +Restons quand même et pour toujours, les fous +De cet amour presqu'implacable, +Et les fervents, à deux genoux, +Du Dieu soudain qui règne en nous, +Si violent et si ardemment doux +Qu'il nous fait mal et nous accable. + +Sitôt que nos bouches se touchent, +Nous nous sentons tant plus clairs de nous-mêmes +Que l'on dirait des Dieux qui s'aiment +Et qui s'unissent en nous-mêmes; + +Nous nous sentons le coeur si divinement frais +Et si renouvelé par leur lumière +Première +Que l'univers, sous leur clarté, nous apparaît. + +La joie est à nos yeux l'unique fleur du monde +Qui se prodigue et se féconde, +Innombrable, sur nos routes d'en bas; +Comme là haut, par tas, +En des pays de soie où voyagent des voiles +Brille la fleur myriadaire des étoiles. + +L'ordre nous éblouit, comme les feux, la cendre, +Tout nous éclaire et nous paraît: flambeau; +Nos plus simples mots ont un sens si beau +Que nous les répétons pour les sans cesse entendre. + +Nous sommes les victorieux sublimes +Qui conquérons l'éternité, +Sans nul orgueil et sans songer au temps minime: +Et notre amour nous semble avoir toujours été. + +Pour que rien de nous deux n'échappe à notre étreinte, +Si profonde qu'elle en est sainte +Et qu'à travers le corps même, l'amour soit clair, +Nous descendons ensemble au jardin de ta chair. + +Tes seins sont là, ainsi que des offrandes, +Et tes deux mains me sont tendues; +Et rien ne vaut la naïve provende +Des paroles dites et entendues. + +L'ombre des rameaux blancs voyage +Parmi ta gorge et ton visage +Et tes cheveux dénouent leur floraison, +En guirlandes, sur les gazons. + +La nuit est toute d'argent bleu, +La nuit est un beau lit silencieux, +La nuit douce, dont les brises vont, une à une, +Effeuiller les grands lys dardés au clair de lune. + +Bien que déjà, ce soir, +L'automne +Laisse aux sentes et aux orées, +Comme des mains dorées, +Lentes, les feuilles choir; +Bien que déjà l'automne, +Ce soir, avec ses bras de vent, +Moissonne +Sur les rosiers fervents, +Les pétales et leur pâleur, +Ne laissons rien de nos deux âmes +Tomber soudain avec ces fleurs. + +Mais tous les deux autour des flammes +De l'âtre en or du souvenir, +Mais tous les deux blottissons-nous, +Les mains au feu et les genoux. + +Contre les deuils à craindre ou à venir, +Contre le temps qui fixe à toute ardeur sa fin, +Contre notre terreur, contre nous-mêmes, enfin, +Blottissons-nous, près du foyer, +Que la mémoire en nous fait flamboyer. + +Et si l'automne obère +A grands pans d'ombre et d'orages plânants, +Les bois, les pelouses et les étangs, +Que sa douleur du moins n'altère +L'intérieur jardin tranquillisé, +Où s'unissent, dans la lumière, +Les pas égaux de nos pensées. + +Le don du corps, lorsque l'âme est donnée +N'est rien que l'aboutissement +De deux tendresses entraînées +L'une vers l'autre, éperdûment. + +Tu n'es heureuse de ta chair +Si simple, en sa beauté natale, +Que pour, avec ferveur, m'en faire +L'offre complète et l'aumône totale. + +Et je me donne à toi, ne sachant rien +Sinon que je m'exalte à te connaître, +Toujours meilleure et plus pure peut-être +Depuis que ton doux corps offrit sa fête au mien. + +L'amour, oh! qu'il nous soit la clairvoyance +Unique, et l'unique raison du coeur, +A nous, dont le plus fol bonheur +Est d'être fous de confiance. + +Fût-il en nous une seule tendresse, +Une pensée, une joie, une promesse, +Qui n'allât, d'elle-même, au devant de nos pas? + +Fût-il une prière en secret entendue, +Dont nous n'ayons serré les mains tendues +Avec douceur, sur notre sein? + +Fût-il un seul appel, un seul dessein, +Un voeu tranquille ou violent +Dont nous n'ayons épanoui l'élan? + +Et, nous aimant ainsi, +Nos coeurs s'en sont allés, tels des apôtres, +Vers les doux coeurs timides et transis +Des autres: +Ils les ont conviés, par la pensée, +A se sentir aux nôtres fiancés, +A proclamer l'amour avec des ardeurs franches, +Comme un peuple de fleurs aime la même branche +Qui le suspend et le baigne dans le soleil; +Et notre âme, comme agrandie, en cet éveil, +S'est mise à célébrer tout ce qui aime, +Magnifiant l'amour pour l'amour même, +Et à chérir, divinement, d'un désir fou, +Le monde entier qui se résume en nous. + +Le beau jardin fleuri de flammes +Qui nous semblait le double ou le miroir, +Du jardin clair que nous portions dans l'âme, +Se cristallise en gel et or, ce soir. + +Un grand silence blanc est descendu s'asseoir +Là-bas, aux horizons de marbre, +Vers où s'en vont, par défilés, les arbres +Avec leur ombre immense et bleue +Et régulière, à côté d'eux. + +Aucun souffle de vent, aucune haleine. +Les grands voiles du froid, +Se déplient seuls, de plaine en plaine, +Sur des marais d'argent ou des routes en croix. + +Les étoiles paraissent vivre. +Comme l'acier, brille le givre, +A travers l'air translucide et glacé. +De clairs métaux pulvérisés +A l'infini, semblent neiger +De la pâleur d'une lune de cuivre. +Tout est scintillement dans l'immobilité. + +Et c'est l'heure divine, où l'esprit est hanté +Par ces mille regards que projette sur terre, +Vers les hasards de l'humaine misère, +La bonne et pure et inchangeable éternité. + +S'il arrive jamais +Que nous soyons, sans le savoir, +Souffrance ou peine ou désespoir, +L'un pour l'autre; s'il se faisait +Que la fatigue ou le banal plaisir +Détendissent en nous l'arc d'or du haut désir; +Si le cristal de la pure pensée +De notre amour doit se briser, + +Si malgré tout, je me sentais +Vaincu pour n'avoir pas été +Assez en proie à la divine immensité +De la bonté; +Alors, oh! serrons-nous comme deux fous sublimes +Qui sous les cieux cassés, se cramponnent aux cimes +Quand même.--Et d'un unique essor +L'âme en soleil, s'exaltent dans la mort. + + + + + +End of the Project Gutenberg EBook of Les Heures Claires, by Emile Verhaeren + +*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LES HEURES CLAIRES *** + +***** This file should be named 10061-8.txt or 10061-8.zip ***** +This and all associated files of various formats will be found in: + https://www.gutenberg.org/1/0/0/6/10061/ + +Produced by Christine De Ryck and PG Distributed Proofreaders. +This file was produced from images generously made available +by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at +http://gallica.bnf.fr. + +Updated editions will replace the previous one--the old editions +will be renamed. + +Creating the works from public domain print editions means that no +one owns a United States copyright in these works, so the Foundation +(and you!) can copy and distribute it in the United States without +permission and without paying copyright royalties. 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Information about the Project Gutenberg Literary Archive +Foundation + +The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit +501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the +state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal +Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification +number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at +https://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent +permitted by U.S. federal laws and your state's laws. + +The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S. +Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered +throughout numerous locations. Its business office is located at +809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email +business@pglaf.org. 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You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org + + +Title: Les Heures Claires + +Author: Emile Verhaeren + +Release Date: January 11, 2004 [EBook #10061] + +Language: French + +Character set encoding: ISO Latin-1 + +*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LES HEURES CLAIRES *** + + + + +Produced by Christine De Ryck and PG Distributed Proofreaders. This +file was produced from images generously made available by the Biblioth +que nationale de France (BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr. + + + + + + +</pre> + +<h1>Em. Verhaeren</h1> + +<h1>Les +heures claires</h1> +<br> +<br> +<br> + +<h2>1896</h2> + + + + + +<br><br><hr style="width: 65%;"><br><br> +<p>O la splendeur de notre joie,<br> +Tissée en or dans l'air de soie !</p> + +<p>Voici la maison douce et son pignon léger,<br> +Et le jardin et le verger.</p> + +<p>Voici le banc, sous les pommiers<br> +D'où s'effeuille le printemps blanc,<br> +A pétales frôlants et lents.<br> +Voici des vols de lumineux ramiers<br> +Plânant, ainsi que des présages,<br> +Dans le ciel clair du paysage.</p> + +<p>Voici — pareils à des baisers tombés sur terre<br> +De la bouche du frêle azur — <br> +Deux bleus étangs simples et purs,<br> +Bordés naïvement de fleurs involontaires.</p> + +<p>O la splendeur de notre joie et de nous-mêmes,<br> +En ce jardin où nous vivons de nos emblèmes !</p> + +<p>Là-bas, de lentes formes passent,<br> +Sont-ce nos deux âmes qui se délassent,<br> +Au long des bois et des terrasses ?</p> + +<p>Sont-ce tes seins, sont-ce tes yeux<br> +Ces deux fleurs d'or harmonieux ?<br> +Et ces herbes — on dirait des plumages<br> +Mouillés dans la source qu'ils plissent — <br> +Sont-ce tes cheveux frais et lisses ?</p> + +<p>Certes, aucun abri ne vaut le clair verger,<br> +Ni la maison au toit léger,<br> +Ni ce jardin, où le ciel trame<br> +Ce climat cher à nos deux âmes.</p> + +<p>Quoique nous le voyions fleurir devant nos yeux,<br> +Ce jardin clair où nous passons silencieux,<br> +C'est plus encore en nous que se féconde<br> +Le plus joyeux et le plus doux jardin du monde.</p> + +<p>Car nous vivons toutes les fleurs,<br> +Toutes les herbes, toutes les palmes<br> +En nos rires et en nos pleurs<br> +De bonheur pur et calme.</p> + +<p>Car nous vivons toutes les transparences<br> +De l'étang bleu qui reflète l'exubérance<br> +Des roses d'or et des grands lys vermeils :<br> +Bouches et lèvres de soleil.</p> + +<p>Car nous vivons toute la joie<br> +Dardée en cris de fête et de printemps,<br> +En nos aveux, où se côtoient<br> +Les mots fervents et exaltants.</p> + +<p>Oh ! dis, c'est bien en nous que se féconde<br> +Le plus joyeux et clair jardin du monde.</p> + +<p>Ce chapiteau barbare, où des monstres se tordent,<br> +Soudés entre eux, à coups de griffes et de dents,<br> +En un tumulte fou de sang, de cris ardents,<br> +De blessures et de gueules qui s'entre-mordent,<br> +C'était moi-même, avant que tu fusses la mienne,<br> +O toi la neuve, ô toi l'ancienne !<br> +Qui vins à moi des loins d'éternité,<br> +Avec, entre tes mains, l'ardeur et la bonté.</p> + +<p>Je sens en toi les mêmes choses très profondes<br> +Qu'en moi-même dormir<br> +Et notre soif de souvenir<br> +Boire l'écho, où nos passés se correspondent.</p> + +<p>Nos yeux ont dû pleurer aux mêmes heures,<br> +Sans le savoir, pendant l'enfance :<br> +Avoir mêmes effrois, mêmes bonheurs,<br> +Mêmes éclairs de confiance :<br> +Car je te suis lié par l'inconnu<br> +Qui me fixait, jadis au fond des avenues<br> +Par où passait ma vie aventurière,<br> +Et, certes, si j'avais regardé mieux,<br> +J'aurais pu voir s'ouvrir tes yeux<br> +Depuis longtemps en ses paupières.</p> + +<p>Le ciel en nuit s'est déplié<br> +Et la lune semble veiller<br> +Sur le silence endormi.</p> + +<p>Tout est si pur et clair,<br> +Tout est si pur et si pâle dans l'air<br> +Et sur les lacs du paysage ami,<br> +Qu'elle angoisse, la goutte d'eau<br> +Qui tombe d'un roseau<br> +Et tinte et puis se tait dans l'eau.</p> + +<p>Mais j'ai tes mains entre les miennes<br> +Et tes yeux sûrs, qui me retiennent,<br> +De leurs ferveurs, si doucement ;<br> +Et je te sens si bien en paix de toute chose,<br> +Que rien, pas même un fugitif soupçon de crainte,<br> +Ne troublera, fût-ce un moment,<br> +La confiance sainte<br> +Qui dort en nous comme un enfant repose.</p> + +<p>Chaque heure, où je pense à ta bonté<br> +Si simplement profonde,<br> +Je me confonds en prières vers toi.</p> + +<p>Je suis venu si tard<br> +Vers la douceur de ton regard<br> +Et de si loin, vers tes deux mains tendues,<br> +Tranquillement, par à travers les étendues !</p> + +<p>J'avais en moi tant de rouille tenace<br> +Qui me rongeait, à dents rapaces,<br> +La confiance ;</p> + +<p>J'étais si lourd, j'étais si las,<br> +J'étais si vieux de méfiance,<br> +J'étais si lourd, j'étais si las<br> +Du vain chemin de tous mes pas.</p> + +<p>Je méritais si peu la merveilleuse joie<br> +De voir tes pieds illuminer ma voie,<br> +Que j'en reste tremblant encore et presqu'en pleurs,<br> +Et humble, à tout jamais, en face du bonheur.</p> + +<p>Tu arbores parfois cette grâce bénigne<br> +Du matinal jardin tranquille et sinueux<br> +Qui déroule, là-bas, parmi les lointains bleus,<br> +Ses doux chemins courbés en cols de cygne.</p> + +<p>Et, d'autres fois, tu m'es le frisson clair<br> +Du vent rapide et miroitant<br> +Qui passe, avec ses doigts d'éclair,<br> +Dans les crins d'eau de l'étang blanc.</p> + +<p>Au bon toucher de tes deux mains,<br> +Je sens comme des feuilles<br> +Me doucement frôler ;<br> +Que midi brûle le jardin.<br> +Les ombres, aussitôt recueillent<br> +Les paroles chères dont ton être a tremblé.</p> + +<p>Chaque moment me semble, grâce à toi,<br> +Passer ainsi divinement en moi.<br> +Aussi, quand l'heure vient de la nuit blême,<br> +Où tu te cèles en toi-même,<br> +En refermant les yeux,<br> +Sens-tu mon doux regard dévotieux,<br> +Plus humble et long qu'une prière,<br> +Remercier le tien sous tes closes paupières ?</p> + +<p>Oh ! laisse frapper à la porte<br> +La main qui passe avec ses doigts futiles ;<br> +Notre heure est si unique, et le reste qu'importe,<br> +Le reste, avec ses doigts futiles.</p> + +<p>Laisse passer, par le chemin,<br> +La triste et fatigante joie,<br> +Avec ses crécelles en mains.</p> + +<p>Laisse monter, laisse bruire<br> +Et s'en aller le rire ;<br> +Laisse passer la foule et ses milliers de voix.</p> + +<p>L'instant est si beau de lumière,<br> +Dans le jardin, autour de nous,<br> +L'instant est si rare de lumière trémière,<br> +Dans notre cœur, au fond de nous.</p> + +<p>Tout nous prêche de n'attendre plus rien<br> +De ce qui vient ou passe,<br> +Avec des chansons lasses<br> +Et des bras las par les chemins.</p> + +<p>Et de rester les doux qui bénissons le jour.<br> +Même devant la nuit d'ombre barricadée,<br> +Aimant en nous, par dessus tout, l'idée<br> +Que bellement nous nous faisons de notre amour.</p> + +<p>Comme aux âges naïfs, je t'ai donné mon cœur,<br> +Ainsi qu'une ample fleur<br> +Qui s'ouvre, au clair de la rosée ;<br> +Entre ses plis frêles, ma bouche s'est posée.</p> + +<p>La fleur, je la cueillis au pré des fleurs en flamme ;<br> +Ne lui dis rien : car la parole entre nous deux<br> +Serait banale, et tous les mots sont hasardeux.<br> +C'est à travers les yeux que l'âme écoute une âme.</p> + +<p>La fleur qui est mon cœur et mon aveu,<br> +Tout simplement, à tes lèvres confie<br> +Qu'elle est loyale et claire et bonne, et qu'on se fie<br> +Au vierge amour, comme un enfant se fie à Dieu.</p> + +<p>Laissons l'esprit fleurir sur les collines,<br> +En de capricieux chemins de vanité ;<br> +Et faisons simple accueil à la sincérité<br> +Qui tient nos deux cœurs clairs, en ses mains cristallines ;<br> +Et rien n'est beau comme une confession d'âmes,<br> +L'une à l'autre, le soir, lorsque la flamme<br> +Des incomptables diamants<br> +Brûle, comme autant d'yeux<br> +Silencieux,<br> +Le silence des firmaments.</p> + +<p>Le printemps jeune et bénévole<br> +Qui vêt le jardin de beauté<br> +Elucide nos voix et nos paroles<br> +Et les trempe dans sa limpidité.</p> + +<p>La brise et les lèvres des feuilles<br> +Babillent — et effeuillent<br> +En nous les syllabes de leur clarté.</p> + +<p>Mais le meilleur de nous se gare<br> +Et fuit les mots matériels ;<br> +Un simple et doux élan muet<br> +Mieux que tout verbe amarre<br> +Notre bonheur à son vrai ciel :<br> +Celui de ton âme, à deux genoux,<br> +Tout simplement, devant la mienne,<br> +Et de mon âme, à deux genoux,<br> +Très doucement, devant la tienne.</p> + +<p>Viens lentement t'asseoir<br> +Près du parterre, dont le soir<br> +Ferme les fleurs de tranquille lumière,<br> +Laisse filtrer la grande nuit en toi :<br> +Nous sommes trop heureux pour que sa mer d'effroi<br> +Trouble notre prière.</p> + +<p>Là-haut, le pur cristal des étoiles s'éclaire.<br> +Voici le firmament plus net et translucide<br> +Qu'un étang bleu ou qu'un vitrail d'abside ;<br> +Et puis voici le ciel qui regarde à travers.</p> + +<p>Les mille voix de l'énorme mystère<br> +Parlent autour de toi.<br> +Les mille lois de la nature entière<br> +Bougent autour de toi,<br> +Les arcs d'argent de l'invisible<br> +Prennent ton âme et son élan pour cible,<br> +Mais tu n'as peur, oh ! simple cœur,<br> +Mais tu n'as peur, puisque ta foi<br> +Est que toute la terre collabore<br> +A cet amour que fit éclore<br> +La vie et son mystère en toi.</p> + +<p>Joins donc les mains tranquillement<br> +Et doucement adore ;<br> +Un grand conseil de pureté<br> +Et de divine intimité<br> +Flotte, comme une étrange aurore,<br> +Sous les minuits du firmament.</p> + +<p>Combien elle est facilement ravie,<br> +Avec ses yeux d'extase ignée,<br> +Elle, la douce et résignée<br> +Si simplement devant la vie.</p> + +<p>Ce soir, comme un regard la surprenait fervente,<br> +Et comme un mot la transportait<br> +Au pur jardin de joie, où elle était<br> +Tout à la fois reine et servante.</p> + +<p>Humble d'elle, mais ardente de nous,<br> +C'était à qui ploierait les deux genoux,<br> +Pour recueillir le merveilleux bonheur<br> +Qui, mutuel, nous débordait du cœur.</p> + +<p>Nous écoutions se taire, en nous, la violence<br> +De l'exaltant amour qu'emprisonnaient nos bras<br> +Et le vivant silence<br> +Dire des mots que nous ne savions pas.</p> + +<p>Au temps où longuement j'avais souffert<br> +Où les heures m'étaient des pièges,<br> +Tu m'apparus l'accueillante lumière<br> +Qui luit, aux fenêtres, l'hiver,<br> +Au fonds des soirs, sur de la neige.</p> + +<p>Ta clarté d'âme hospitalière<br> +Frôla, sans le blesser, mon cœur,<br> +Comme une main de tranquille chaleur ;<br> +Un espoir tiède, un mot clément,<br> +Pénétrèrent en moi très lentement ;</p> + +<p>Puis vint la bonne confiance<br> +Et la franchise et la tendresse et l'alliance,<br> +Enfin, de nos deux mains amies,<br> +Un soir de claire entente et de douce accalmie.</p> + +<p>Depuis, bien que l'été ait succédé au gel,<br> +En nous-mêmes et sous le ciel,<br> +Dont les flammes éternisées<br> +Pavoisent d'or tous les chemins de nos pensées,<br> +Et que l'amour soit devenu la fleur immense,<br> +Naissant du fier désir,<br> +Qui, sans cesse, pour mieux encor grandir,<br> +En notre cœur, se recommence,<br> +Je regarde toujours la petite lumière<br> +Qui me fut douce, la première.</p> + +<p>Je ne détaille pas, ni quels nous sommes<br> +L'un pour l'autre, ni les pourquois, ni les raisons :<br> +Tout doute est mort, en ce jardin de floraisons<br> +Qui s'ouvre en nous et hors de nous, si loin des hommes.</p> + +<p>Je ne raisonne pas, et ne veux pas savoir,<br> +Et rien ne troublera ce qui n'est que mystère<br> +Et qu'élans doux et que ferveur involontaire<br> +Et que tranquille essor vers nos parvis d'espoir.</p> + +<p>Je te sens claire avant de te comprendre telle ;<br> +Et c'est ma joie, infiniment,<br> +De m'éprouver si doucement aimant,<br> +Sans demander pourquoi ta voix m'appelle.</p> + +<p>Soyons simples et bons — et que le jour<br> +Nous soit tendresse et lumière servies,<br> +Et laissons dire que la vie<br> +N'est point faite pour un pareil amour.</p> + +<p>A ces reines qui lentement descendent<br> +Les escaliers en ors et fleurs de la légende,<br> +Dans mon rêve, parfois, je t'apparie ;<br> +Je te donne des noms qui se marient<br> +A la clarté, à la splendeur et à la joie,<br> +Et bruissent en syllabes de soie,<br> +Au long des vers bâtis comme une estrade<br> +Pour la danse des mots et leurs belles parades.</p> + +<p>Mais combien vite on se lasse du jeu,<br> +A te voir douce et profonde et si peu<br> +Celle dont on enjolive les attitudes ;<br> +Ton front si clair et pur et blanc de certitude,<br> +Tes douces mains d'enfant en paix sur tes genoux,<br> +Tes seins se soulevant au rythme de ton pouls<br> +Qui bat comme ton cœur immense et ingénu,<br> +Oh ! comme tout, hormis cela et ta prière,<br> +Oh ! comme tout est pauvre et vain, hors la lumière<br> +Qui me regarde et qui m'accueille en tes yeux nus.</p> + +<p>Je dédie à tes pleurs, à ton sourire,<br> +Mes plus douces pensées,<br> +Celles que je te dis, celles aussi<br> +Qui demeurent imprécisées<br> +Et trop profondes pour les dire.</p> + +<p>Je dédie à tes pleurs, à ton sourire<br> +A toute ton âme, mon âme,<br> +Avec ses pleurs et ses sourires<br> +Et son baiser.</p> + +<p>Vois-tu, l'aurore naît sur la terre effacée,<br> +Des liens d'ombre semblent glisser<br> +Et s'en aller, avec mélancolie ;<br> +L'eau des étangs s'écoule et tamise son bruit,<br> +L'herbe s'éclaire et les corolles se déplient,<br> +Et les bois d'or se désenlacent de la nuit.</p> + +<p>Oh ! dis, pouvoir un jour,<br> +Entrer ainsi dans la pleine lumière ;<br> +Oh ! dis, pouvoir un jour<br> +Avec toutes les fleurs de nos âmes trémières,<br> +Sans plus aucun voile sur nous,<br> +Sans plus aucun mystère en nous,<br> +Oh dis, pouvoir, un jour,<br> +Entrer à deux dans le lucide amour !</p> + +<p>Je noie en tes deux yeux mon âme toute entière<br> +Et l'élan fou de cette âme éperdue,<br> +Pour que, plongée en leur douceur et leur prière,<br> +Plus claire et mieux trempée, elle me soit rendue.</p> + +<p>S'unir pour épurer son être,<br> +Comme deux vitraux d'or en une même abside<br> +Croisent leurs feux différemment lucides<br> +Et se pénètrent !</p> + +<p>Je suis parfois si lourd, si las,<br> +D'être celui qui ne sait pas<br> +Etre parfait, comme il se veut !<br> +Mon cœur se bat contre ses vœux,<br> +Mon cœur dont les plantes mauvaises,<br> +Entre des rocs d'entêtement,<br> +Dressent, sournoisement,<br> +Leurs fleurs d'encre ou de braise ;<br> +Mon cœur si faux, si vrai, selon les jours,<br> +Mon cœur contradictoire,<br> +Mon cœur exagéré toujours<br> +De joie immense ou de crainte attentatoire.</p> + +<p>Pour nous aimer des yeux,<br> +Lavons nos deux regards, de ceux<br> +Que nous avons croisés, par milliers, dans la vie<br> +Mauvaise et asservie.</p> + +<p>L'aube est en fleur et en rosée<br> +Et en lumière tamisée<br> +Très douce :<br> +On croirait voir de molles plumes<br> +D'argent et de soleil, à travers brumes,<br> +Frôler et caresser, dans le jardin, les mousses.</p> + +<p>Nos bleus et merveilleux étangs<br> +Tremblent et s'animent d'or miroitant,<br> +Des vols émeraudés, sous les arbres, circulent ;<br> +Et la clarté, hors des chemins, des clos, des haies,<br> +Balaie<br> +La cendre humide, où traîne encor le crépuscule.</p> + +<p>Au clos de notre amour, l'été se continue :<br> +Un paon d'or, là-bas traverse une avenue ;<br> +Des pétales pavoisent,<br> + — Perles, émeraudes, turquoises — <br> +L'uniforme sommeil des gazons verts ;<br> +Nos étangs bleus luisent, couverts<br> +Du baiser blanc des nénuphars de neige ;<br> +Aux quinconces, nos groseillers font des cortèges ;</p> + +<p>Un insecte de prisme irrite un cœur de fleur ;<br> +De merveilleux sous-bois se jaspent de lueurs ;<br> +Et, comme des bulles légères, mille abeilles<br> +Sur des grappes d'argent, vibrent, au long des treilles.</p> + +<p>L'air est si beau qu'il paraît chatoyant ;<br> +Sous les midis profonds et radiants,<br> +On dirait qu'il remue en roses de lumière ;<br> +Tandis qu'au loin, les routes coutumières,<br> +Telles de lents gestes qui s'allongent vermeils,<br> +A l'horizon nacré, montent vers le soleil.</p> + +<p>Certes, la robe en diamants du bel été<br> +Ne vêt aucun jardin d'aussi pure clarté ;<br> +Et c'est la joie unique éclose en nos deux âmes<br> +Qui reconnait sa vie en ces bouquets de flammes.</p> + +<p>Que tes yeux clairs, tes yeux d'été,<br> +Me soient, sur terre,<br> +Les images de la bonté.</p> + +<p>Laissons nos âmes embrasées<br> +Exalter d'or chaque flamme de nos pensées.</p> + +<p>Que mes deux mains contre ton cœur<br> +Te soient, sur terre,<br> +Les emblèmes de la douceur.</p> + +<p>Vivons pareils à deux prières éperdues<br> +L'une vers l'autre, à toute heure, tendues.</p> + +<p>Que nos baisers sur nos bouches ravies<br> +Nous soient sur terre,<br> +Les symboles de notre vie.</p> + +<p>Dis-moi, ma simple et ma tranquille amie,<br> +Dis, combien l'absence, même d'un jour,<br> +Attriste et attise l'amour<br> +Et le réveille, en ses brûlures endormies.</p> + +<p>Je m'en vais au devant de ceux<br> +Qui reviennent des lointains merveilleux,<br> +Où, dès l'aube, tu es allée ;<br> +Je m'assieds sous un arbre, au détour de l'allée,</p> + +<p>Et, sur la route, épiant leur venue,<br> +Je regarde et regarde, avec ferveur, leurs yeux<br> +Encore clairs de t'avoir vue.</p> + +<p>Et je voudrais baiser leurs doigts qui t'ont touchée,<br> +Et leur crier des mots qu'ils ne comprendraient pas,<br> +Et j'écoute longtemps se cadencer leurs pas<br> +Vers l'ombre, où les vieux soirs tiennent la nuit penchée.</p> + +<p>En ces heures où nous sommes perdus<br> +Si loin de tout ce qui n'est pas nous-mêmes.<br> +Quel sang lustral ou quel baptême<br> +Baigne nos cœurs vers tout l'amour tendus ?</p> + +<p>Joignant les mains, sans que l'on prie,<br> +Tendant les bras, sans que l'on crie,<br> +Mais adorant on ne sait quoi<br> +De plus lointain et de plus pur que soi,<br> +L'esprit fervent et ingénu,<br> +Dites, comme on se fond, comme on se vit dans l'inconnu.</p> + +<p>Comme on s'abîme en la présence<br> +De ces heures de suprême existence,<br> +Comme l'âme voudrait des cieux<br> +Pour y chercher de nouveaux dieux,<br> +Oh ! l'angoissante et merveilleuse joie<br> +Et l'espérance audacieuse<br> +D'être, un jour, à travers la mort même, la proie<br> +De ces affres silencieuses.</p> + +<p>Oh ! ce bonheur<br> +Si rare et si frêle parfois<br> +Qu'il nous fait peur !</p> + +<p>Nous avons beau taire nos voix,<br> +Et nous faire comme une tente,<br> +Avec toute ta chevelure,<br> +Pour nous créer un abri sûr,<br> +Souvent l'angoisse en nos âmes fermente.</p> + +<p>Mais notre amour étant comme un ange à genoux,<br> +Prie et supplie,<br> +Que l'avenir donne à d'autres que nous<br> +Même tendresse et même vie,<br> +Pour que leur sort de notre sort ne soit jaloux.</p> + +<p>Et puis, aux jours mauvais, quand les grands soirs<br> +Illimitent, jusques au ciel, le désespoir,<br> +Nous demandons pardon à la nuit qui s'enflamme<br> +De la douceur de notre âme.</p> + +<p>Vivons, dans notre amour et notre ardeur,<br> +Vivons si hardiment nos plus belles pensées<br> +Qu'elles s'entrelacent, harmonisées<br> +A l'extase suprême et l'entière ferveur.</p> + +<p>Parce qu'en nos âmes pareilles,<br> +Quelque chose de plus sacré que nous<br> +Et de plus pur et de plus grand s'éveille,<br> +Joignons les mains pour l'adorer à travers nous.</p> + +<p>Il n'importe que nous n'ayons que cris ou larmes<br> +Pour humblement le définir,<br> +Et que si rare et si puissant en soit le charme,<br> +Qu'à le goûter, nos cœurs soient prêts à défaillir.</p> + +<p>Restons quand même et pour toujours, les fous<br> +De cet amour presqu'implacable,<br> +Et les fervents, à deux genoux,<br> +Du Dieu soudain qui règne en nous,<br> +Si violent et si ardemment doux<br> +Qu'il nous fait mal et nous accable.</p> + +<p>Sitôt que nos bouches se touchent,<br> +Nous nous sentons tant plus clairs de nous-mêmes<br> +Que l'on dirait des Dieux qui s'aiment<br> +Et qui s'unissent en nous-mêmes ;</p> + +<p>Nous nous sentons le cœur si divinement frais<br> +Et si renouvelé par leur lumière<br> +Première<br> +Que l'univers, sous leur clarté, nous apparaît.</p> + +<p>La joie est à nos yeux l'unique fleur du monde<br> +Qui se prodigue et se féconde,<br> +Innombrable, sur nos routes d'en bas ;<br> +Comme là haut, par tas,<br> +En des pays de soie où voyagent des voiles<br> +Brille la fleur myriadaire des étoiles.</p> + +<p>L'ordre nous éblouit, comme les feux, la cendre,<br> +Tout nous éclaire et nous paraît : flambeau ;<br> +Nos plus simples mots ont un sens si beau<br> +Que nous les répétons pour les sans cesse entendre.</p> + +<p>Nous sommes les victorieux sublimes<br> +Qui conquérons l'éternité,<br> +Sans nul orgueil et sans songer au temps minime :<br> +Et notre amour nous semble avoir toujours été.</p> + +<p>Pour que rien de nous deux n'échappe à notre étreinte,<br> +Si profonde qu'elle en est sainte<br> +Et qu'à travers le corps même, l'amour soit clair,<br> +Nous descendons ensemble au jardin de ta chair.</p> + +<p>Tes seins sont là, ainsi que des offrandes,<br> +Et tes deux mains me sont tendues ;<br> +Et rien ne vaut la naïve provende<br> +Des paroles dites et entendues.</p> + +<p>L'ombre des rameaux blancs voyage<br> +Parmi ta gorge et ton visage<br> +Et tes cheveux dénouent leur floraison,<br> +En guirlandes, sur les gazons.</p> + +<p>La nuit est toute d'argent bleu,<br> +La nuit est un beau lit silencieux,<br> +La nuit douce, dont les brises vont, une à une,<br> +Effeuiller les grands lys dardés au clair de lune.</p> + +<p>Bien que déjà, ce soir,<br> +L'automne<br> +Laisse aux sentes et aux orées,<br> +Comme des mains dorées,<br> +Lentes, les feuilles choir ;<br> +Bien que déjà l'automne,<br> +Ce soir, avec ses bras de vent,<br> +Moissonne<br> +Sur les rosiers fervents,<br> +Les pétales et leur pâleur,<br> +Ne laissons rien de nos deux âmes<br> +Tomber soudain avec ces fleurs.</p> + +<p>Mais tous les deux autour des flammes<br> +De l'âtre en or du souvenir,<br> +Mais tous les deux blottissons-nous,<br> +Les mains au feu et les genoux.</p> + +<p>Contre les deuils à craindre ou à venir,<br> +Contre le temps qui fixe à toute ardeur sa fin,<br> +Contre notre terreur, contre nous-mêmes, enfin,<br> +Blottissons-nous, près du foyer,<br> +Que la mémoire en nous fait flamboyer.</p> + +<p>Et si l'automne obère<br> +A grands pans d'ombre et d'orages plânants,<br> +Les bois, les pelouses et les étangs,<br> +Que sa douleur du moins n'altère<br> +L'intérieur jardin tranquillisé,<br> +Où s'unissent, dans la lumière,<br> +Les pas égaux de nos pensées.</p> + +<p>Le don du corps, lorsque l'âme est donnée<br> +N'est rien que l'aboutissement<br> +De deux tendresses entraînées<br> +L'une vers l'autre, éperdûment.</p> + +<p>Tu n'es heureuse de ta chair<br> +Si simple, en sa beauté natale,<br> +Que pour, avec ferveur, m'en faire<br> +L'offre complète et l'aumône totale.</p> + +<p>Et je me donne à toi, ne sachant rien<br> +Sinon que je m'exalte à te connaître,<br> +Toujours meilleure et plus pure peut-être<br> +Depuis que ton doux corps offrit sa fête au mien.</p> + +<p>L'amour, oh ! qu'il nous soit la clairvoyance<br> +Unique, et l'unique raison du cœur,<br> +A nous, dont le plus fol bonheur<br> +Est d'être fous de confiance.</p> + +<p>Fût-il en nous une seule tendresse,<br> +Une pensée, une joie, une promesse,<br> +Qui n'allât, d'elle-même, au devant de nos pas ?</p> + +<p>Fût-il une prière en secret entendue,<br> +Dont nous n'ayons serré les mains tendues<br> +Avec douceur, sur notre sein ?</p> + +<p>Fût-il un seul appel, un seul dessein,<br> +Un vœu tranquille ou violent<br> +Dont nous n'ayons épanoui l'élan ?</p> + +<p>Et, nous aimant ainsi,<br> +Nos cœurs s'en sont allés, tels des apôtres,<br> +Vers les doux cœurs timides et transis<br> +Des autres :<br> +Ils les ont conviés, par la pensée,<br> +A se sentir aux nôtres fiancés,<br> +A proclamer l'amour avec des ardeurs franches,<br> +Comme un peuple de fleurs aime la même branche<br> +Qui le suspend et le baigne dans le soleil ;<br> +Et notre âme, comme agrandie, en cet éveil,<br> +S'est mise à célébrer tout ce qui aime,<br> +Magnifiant l'amour pour l'amour même,<br> +Et à chérir, divinement, d'un désir fou,<br> +Le monde entier qui se résume en nous.</p> + +<p>Le beau jardin fleuri de flammes<br> +Qui nous semblait le double ou le miroir,<br> +Du jardin clair que nous portions dans l'âme,<br> +Se cristallise en gel et or, ce soir.</p> + +<p>Un grand silence blanc est descendu s'asseoir<br> +Là-bas, aux horizons de marbre,<br> +Vers où s'en vont, par défilés, les arbres<br> +Avec leur ombre immense et bleue<br> +Et régulière, à côté d'eux.</p> + +<p>Aucun souffle de vent, aucune haleine.<br> +Les grands voiles du froid,<br> +Se déplient seuls, de plaine en plaine,<br> +Sur des marais d'argent ou des routes en croix.</p> + +<p>Les étoiles paraissent vivre.<br> +Comme l'acier, brille le givre,<br> +A travers l'air translucide et glacé.<br> +De clairs métaux pulvérisés<br> +A l'infini, semblent neiger<br> +De la pâleur d'une lune de cuivre.<br> +Tout est scintillement dans l'immobilité.</p> + +<p>Et c'est l'heure divine, où l'esprit est hanté<br> +Par ces mille regards que projette sur terre,<br> +Vers les hasards de l'humaine misère,<br> +La bonne et pure et inchangeable éternité.</p> + +<p>S'il arrive jamais<br> +Que nous soyons, sans le savoir,<br> +Souffrance ou peine ou désespoir,<br> +L'un pour l'autre ; s'il se faisait<br> +Que la fatigue ou le banal plaisir<br> +Détendissent en nous l'arc d'or du haut désir ;<br> +Si le cristal de la pure pensée<br> +De notre amour doit se briser,</p> + +<p>Si malgré tout, je me sentais<br> +Vaincu pour n'avoir pas été<br> +Assez en proie à la divine immensité<br> +De la bonté ;<br> +Alors, oh ! serrons-nous comme deux fous sublimes<br> +Qui sous les cieux cassés, se cramponnent aux cimes<br> +Quand même. — Et d'un unique essor<br> +L'âme en soleil, s'exaltent dans la mort.</p> + + + + + + + + +<pre> + + + + + +End of the Project Gutenberg EBook of Les Heures Claires, by Emile Verhaeren + +*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LES HEURES CLAIRES *** + +***** This file should be named 10061-h.htm or 10061-h.zip ***** +This and all associated files of various formats will be found in: + https://www.gutenberg.org/1/0/0/6/10061/ + +Produced by Christine De Ryck and PG Distributed Proofreaders. This +file was produced from images generously made available by the Biblioth +que nationale de France (BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr. + + +Updated editions will replace the previous one--the old editions +will be renamed. + +Creating the works from public domain print editions means that no +one owns a United States copyright in these works, so the Foundation +(and you!) can copy and distribute it in the United States without +permission and without paying copyright royalties. Special rules, +set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to +copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to +protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark. Project +Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you +charge for the eBooks, unless you receive specific permission. If you +do not charge anything for copies of this eBook, complying with the +rules is very easy. 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It exists +because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from +people in all walks of life. + +Volunteers and financial support to provide volunteers with the +assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's +goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will +remain freely available for generations to come. In 2001, the Project +Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure +and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations. +To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation +and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4 +and the Foundation web page at https://www.pglaf.org. + + +Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive +Foundation + +The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit +501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the +state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal +Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification +number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at +https://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent +permitted by U.S. federal laws and your state's laws. + +The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S. +Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered +throughout numerous locations. Its business office is located at +809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email +business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact +information can be found at the Foundation's web site and official +page at https://pglaf.org + +For additional contact information: + Dr. Gregory B. Newby + Chief Executive and Director + gbnewby@pglaf.org + +Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation + +Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide +spread public support and donations to carry out its mission of +increasing the number of public domain and licensed works that can be +freely distributed in machine readable form accessible by the widest +array of equipment including outdated equipment. Many small donations +($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt +status with the IRS. + +The Foundation is committed to complying with the laws regulating +charities and charitable donations in all 50 states of the United +States. 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For +example an eBook of filename 10234 would be found at: + + https://www.gutenberg.org/1/0/2/3/10234 + +or filename 24689 would be found at: + https://www.gutenberg.org/2/4/6/8/24689 + +An alternative method of locating eBooks: + https://www.gutenberg.org/GUTINDEX.ALL + + + + +</pre> + +</body> +</html> diff --git a/old/10061.txt b/old/10061.txt new file mode 100644 index 0000000..5aeea3b --- /dev/null +++ b/old/10061.txt @@ -0,0 +1,1159 @@ +The Project Gutenberg EBook of Les Heures Claires, by Emile Verhaeren + +This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with +almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org + + +Title: Les Heures Claires + +Author: Emile Verhaeren + +Release Date: November 12, 2003 [EBook #10061] + +Language: French + +Character set encoding: ASCII + +*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LES HEURES CLAIRES *** + + + + +Produced by Christine De Ryck and PG Distributed Proofreaders. +This file was produced from images generously made available by +the Bibliotheque nationale de France (BnF/Gallica) at +http://gallica.bnf.fr. + + + + +Em. Verhaeren + +Les +heures claires + +1896 + + + + + + +O la splendeur de notre joie, +Tissee en or dans l'air de soie! + +Voici la maison douce et son pignon leger, +Et le jardin et le verger. + +Voici le banc, sous les pommiers +D'ou s'effeuille le printemps blanc, +A petales frolants et lents. +Voici des vols de lumineux ramiers +Planant, ainsi que des presages, +Dans le ciel clair du paysage. + +Voici--pareils a des baisers tombes sur terre +De la bouche du frele azur-- +Deux bleus etangs simples et purs, +Bordes naivement de fleurs involontaires. + +O la splendeur de notre joie et de nous-memes, +En ce jardin ou nous vivons de nos emblemes! + +La-bas, de lentes formes passent, +Sont-ce nos deux ames qui se delassent, +Au long des bois et des terrasses? + +Sont-ce tes seins, sont-ce tes yeux +Ces deux fleurs d'or harmonieux? +Et ces herbes--on dirait des plumages +Mouilles dans la source qu'ils plissent-- +Sont-ce tes cheveux frais et lisses? + +Certes, aucun abri ne vaut le clair verger, +Ni la maison au toit leger, +Ni ce jardin, ou le ciel trame +Ce climat cher a nos deux ames. + +Quoique nous le voyions fleurir devant nos yeux, +Ce jardin clair ou nous passons silencieux, +C'est plus encore en nous que se feconde +Le plus joyeux et le plus doux jardin du monde. + +Car nous vivons toutes les fleurs, +Toutes les herbes, toutes les palmes +En nos rires et en nos pleurs +De bonheur pur et calme. + +Car nous vivons toutes les transparences +De l'etang bleu qui reflete l'exuberance +Des roses d'or et des grands lys vermeils: +Bouches et levres de soleil. + +Car nous vivons toute la joie +Dardee en cris de fete et de printemps, +En nos aveux, ou se cotoient +Les mots fervents et exaltants. + +Oh! dis, c'est bien en nous que se feconde +Le plus joyeux et clair jardin du monde. + +Ce chapiteau barbare, ou des monstres se tordent, +Soudes entre eux, a coups de griffes et de dents, +En un tumulte fou de sang, de cris ardents, +De blessures et de gueules qui s'entre-mordent, +C'etait moi-meme, avant que tu fusses la mienne, +O toi la neuve, o toi l'ancienne! +Qui vins a moi des loins d'eternite, +Avec, entre tes mains, l'ardeur et la bonte. + +Je sens en toi les memes choses tres profondes +Qu'en moi-meme dormir +Et notre soif de souvenir +Boire l'echo, ou nos passes se correspondent. + +Nos yeux ont du pleurer aux memes heures, +Sans le savoir, pendant l'enfance: +Avoir memes effrois, memes bonheurs, +Memes eclairs de confiance: +Car je te suis lie par l'inconnu +Qui me fixait, jadis au fond des avenues +Par ou passait ma vie aventuriere, +Et, certes, si j'avais regarde mieux, +J'aurais pu voir s'ouvrir tes yeux +Depuis longtemps en ses paupieres. + +Le ciel en nuit s'est deplie +Et la lune semble veiller +Sur le silence endormi. + +Tout est si pur et clair, +Tout est si pur et si pale dans l'air +Et sur les lacs du paysage ami, +Qu'elle angoisse, la goutte d'eau +Qui tombe d'un roseau +Et tinte et puis se tait dans l'eau. + +Mais j'ai tes mains entre les miennes +Et tes yeux surs, qui me retiennent, +De leurs ferveurs, si doucement; +Et je te sens si bien en paix de toute chose, +Que rien, pas meme un fugitif soupcon de crainte, +Ne troublera, fut-ce un moment, +La confiance sainte +Qui dort en nous comme un enfant repose. + +Chaque heure, ou je pense a ta bonte +Si simplement profonde, +Je me confonds en prieres vers toi. + +Je suis venu si tard +Vers la douceur de ton regard +Et de si loin, vers tes deux mains tendues, +Tranquillement, par a travers les etendues! + +J'avais en moi tant de rouille tenace +Qui me rongeait, a dents rapaces, +La confiance; + +J'etais si lourd, j'etais si las, +J'etais si vieux de mefiance, +J'etais si lourd, j'etais si las +Du vain chemin de tous mes pas. + +Je meritais si peu la merveilleuse joie +De voir tes pieds illuminer ma voie, +Que j'en reste tremblant encore et presqu'en pleurs, +Et humble, a tout jamais, en face du bonheur. + +Tu arbores parfois cette grace benigne +Du matinal jardin tranquille et sinueux +Qui deroule, la-bas, parmi les lointains bleus, +Ses doux chemins courbes en cols de cygne. + +Et, d'autres fois, tu m'es le frisson clair +Du vent rapide et miroitant +Qui passe, avec ses doigts d'eclair, +Dans les crins d'eau de l'etang blanc. + +Au bon toucher de tes deux mains, +Je sens comme des feuilles +Me doucement froler; +Que midi brule le jardin. +Les ombres, aussitot recueillent +Les paroles cheres dont ton etre a tremble. + +Chaque moment me semble, grace a toi, +Passer ainsi divinement en moi. +Aussi, quand l'heure vient de la nuit bleme, +Ou tu te celes en toi-meme, +En refermant les yeux, +Sens-tu mon doux regard devotieux, +Plus humble et long qu'une priere, +Remercier le tien sous tes closes paupieres? + +Oh! laisse frapper a la porte +La main qui passe avec ses doigts futiles; +Notre heure est si unique, et le reste qu'importe, +Le reste, avec ses doigts futiles. + +Laisse passer, par le chemin, +La triste et fatigante joie, +Avec ses crecelles en mains. + +Laisse monter, laisse bruire +Et s'en aller le rire; +Laisse passer la foule et ses milliers de voix. + +L'instant est si beau de lumiere, +Dans le jardin, autour de nous, +L'instant est si rare de lumiere tremiere, +Dans notre coeur, au fond de nous. + +Tout nous preche de n'attendre plus rien +De ce qui vient ou passe, +Avec des chansons lasses +Et des bras las par les chemins. + +Et de rester les doux qui benissons le jour. +Meme devant la nuit d'ombre barricadee, +Aimant en nous, par dessus tout, l'idee +Que bellement nous nous faisons de notre amour. + +Comme aux ages naifs, je t'ai donne mon coeur, +Ainsi qu'une ample fleur +Qui s'ouvre, au clair de la rosee; +Entre ses plis freles, ma bouche s'est posee. + +La fleur, je la cueillis au pre des fleurs en flamme; +Ne lui dis rien: car la parole entre nous deux +Serait banale, et tous les mots sont hasardeux. +C'est a travers les yeux que l'ame ecoute une ame. + +La fleur qui est mon coeur et mon aveu, +Tout simplement, a tes levres confie +Qu'elle est loyale et claire et bonne, et qu'on se fie +Au vierge amour, comme un enfant se fie a Dieu. + +Laissons l'esprit fleurir sur les collines, +En de capricieux chemins de vanite; +Et faisons simple accueil a la sincerite +Qui tient nos deux coeurs clairs, en ses mains cristallines; +Et rien n'est beau comme une confession d'ames, +L'une a l'autre, le soir, lorsque la flamme +Des incomptables diamants +Brule, comme autant d'yeux +Silencieux, +Le silence des firmaments. + +Le printemps jeune et benevole +Qui vet le jardin de beaute +Elucide nos voix et nos paroles +Et les trempe dans sa limpidite. + +La brise et les levres des feuilles +Babillent--et effeuillent +En nous les syllabes de leur clarte. + +Mais le meilleur de nous se gare +Et fuit les mots materiels; +Un simple et doux elan muet +Mieux que tout verbe amarre +Notre bonheur a son vrai ciel: +Celui de ton ame, a deux genoux, +Tout simplement, devant la mienne, +Et de mon ame, a deux genoux, +Tres doucement, devant la tienne. + +Viens lentement t'asseoir +Pres du parterre, dont le soir +Ferme les fleurs de tranquille lumiere, +Laisse filtrer la grande nuit en toi: +Nous sommes trop heureux pour que sa mer d'effroi +Trouble notre priere. + +La-haut, le pur cristal des etoiles s'eclaire. +Voici le firmament plus net et translucide +Qu'un etang bleu ou qu'un vitrail d'abside; +Et puis voici le ciel qui regarde a travers. + +Les mille voix de l'enorme mystere +Parlent autour de toi. +Les mille lois de la nature entiere +Bougent autour de toi, +Les arcs d'argent de l'invisible +Prennent ton ame et son elan pour cible, +Mais tu n'as peur, oh! simple coeur, +Mais tu n'as peur, puisque ta foi +Est que toute la terre collabore +A cet amour que fit eclore +La vie et son mystere en toi. + +Joins donc les mains tranquillement +Et doucement adore; +Un grand conseil de purete +Et de divine intimite +Flotte, comme une etrange aurore, +Sous les minuits du firmament. + +Combien elle est facilement ravie, +Avec ses yeux d'extase ignee, +Elle, la douce et resignee +Si simplement devant la vie. + +Ce soir, comme un regard la surprenait fervente, +Et comme un mot la transportait +Au pur jardin de joie, ou elle etait +Tout a la fois reine et servante. + +Humble d'elle, mais ardente de nous, +C'etait a qui ploierait les deux genoux, +Pour recueillir le merveilleux bonheur +Qui, mutuel, nous debordait du coeur. + +Nous ecoutions se taire, en nous, la violence +De l'exaltant amour qu'emprisonnaient nos bras +Et le vivant silence +Dire des mots que nous ne savions pas. + +Au temps ou longuement j'avais souffert +Ou les heures m'etaient des pieges, +Tu m'apparus l'accueillante lumiere +Qui luit, aux fenetres, l'hiver, +Au fonds des soirs, sur de la neige. + +Ta clarte d'ame hospitaliere +Frola, sans le blesser, mon coeur, +Comme une main de tranquille chaleur; +Un espoir tiede, un mot clement, +Penetrerent en moi tres lentement; + +Puis vint la bonne confiance +Et la franchise et la tendresse et l'alliance, +Enfin, de nos deux mains amies, +Un soir de claire entente et de douce accalmie. + +Depuis, bien que l'ete ait succede au gel, +En nous-memes et sous le ciel, +Dont les flammes eternisees +Pavoisent d'or tous les chemins de nos pensees, +Et que l'amour soit devenu la fleur immense, +Naissant du fier desir, +Qui, sans cesse, pour mieux encor grandir, +En notre coeur, se recommence, +Je regarde toujours la petite lumiere +Qui me fut douce, la premiere. + +Je ne detaille pas, ni quels nous sommes +L'un pour l'autre, ni les pourquois, ni les raisons: +Tout doute est mort, en ce jardin de floraisons +Qui s'ouvre en nous et hors de nous, si loin des hommes. + +Je ne raisonne pas, et ne veux pas savoir, +Et rien ne troublera ce qui n'est que mystere +Et qu'elans doux et que ferveur involontaire +Et que tranquille essor vers nos parvis d'espoir. + +Je te sens claire avant de te comprendre telle; +Et c'est ma joie, infiniment, +De m'eprouver si doucement aimant, +Sans demander pourquoi ta voix m'appelle. + +Soyons simples et bons--et que le jour +Nous soit tendresse et lumiere servies, +Et laissons dire que la vie +N'est point faite pour un pareil amour. + +A ces reines qui lentement descendent +Les escaliers en ors et fleurs de la legende, +Dans mon reve, parfois, je t'apparie; +Je te donne des noms qui se marient +A la clarte, a la splendeur et a la joie, +Et bruissent en syllabes de soie, +Au long des vers batis comme une estrade +Pour la danse des mots et leurs belles parades. + +Mais combien vite on se lasse du jeu, +A te voir douce et profonde et si peu +Celle dont on enjolive les attitudes; +Ton front si clair et pur et blanc de certitude, +Tes douces mains d'enfant en paix sur tes genoux, +Tes seins se soulevant au rythme de ton pouls +Qui bat comme ton coeur immense et ingenu, +Oh! comme tout, hormis cela et ta priere, +Oh! comme tout est pauvre et vain, hors la lumiere +Qui me regarde et qui m'accueille en tes yeux nus. + +Je dedie a tes pleurs, a ton sourire, +Mes plus douces pensees, +Celles que je te dis, celles aussi +Qui demeurent imprecisees +Et trop profondes pour les dire. + +Je dedie a tes pleurs, a ton sourire +A toute ton ame, mon ame, +Avec ses pleurs et ses sourires +Et son baiser. + +Vois-tu, l'aurore nait sur la terre effacee, +Des liens d'ombre semblent glisser +Et s'en aller, avec melancolie; +L'eau des etangs s'ecoule et tamise son bruit, +L'herbe s'eclaire et les corolles se deplient, +Et les bois d'or se desenlacent de la nuit. + +Oh! dis, pouvoir un jour, +Entrer ainsi dans la pleine lumiere; +Oh! dis, pouvoir un jour +Avec toutes les fleurs de nos ames tremieres, +Sans plus aucun voile sur nous, +Sans plus aucun mystere en nous, +Oh dis, pouvoir, un jour, +Entrer a deux dans le lucide amour! + +Je noie en tes deux yeux mon ame toute entiere +Et l'elan fou de cette ame eperdue, +Pour que, plongee en leur douceur et leur priere, +Plus claire et mieux trempee, elle me soit rendue. + +S'unir pour epurer son etre, +Comme deux vitraux d'or en une meme abside +Croisent leurs feux differemment lucides +Et se penetrent! + +Je suis parfois si lourd, si las, +D'etre celui qui ne sait pas +Etre parfait, comme il se veut! +Mon coeur se bat contre ses voeux, +Mon coeur dont les plantes mauvaises, +Entre des rocs d'entetement, +Dressent, sournoisement, +Leurs fleurs d'encre ou de braise; +Mon coeur si faux, si vrai, selon les jours, +Mon coeur contradictoire, +Mon coeur exagere toujours +De joie immense ou de crainte attentatoire. + +Pour nous aimer des yeux, +Lavons nos deux regards, de ceux +Que nous avons croises, par milliers, dans la vie +Mauvaise et asservie. + +L'aube est en fleur et en rosee +Et en lumiere tamisee +Tres douce: +On croirait voir de molles plumes +D'argent et de soleil, a travers brumes, +Froler et caresser, dans le jardin, les mousses. + +Nos bleus et merveilleux etangs +Tremblent et s'animent d'or miroitant, +Des vols emeraudes, sous les arbres, circulent; +Et la clarte, hors des chemins, des clos, des haies, +Balaie +La cendre humide, ou traine encor le crepuscule. + +Au clos de notre amour, l'ete se continue: +Un paon d'or, la-bas traverse une avenue; +Des petales pavoisent, +--Perles, emeraudes, turquoises-- +L'uniforme sommeil des gazons verts; +Nos etangs bleus luisent, couverts +Du baiser blanc des nenuphars de neige; +Aux quinconces, nos groseillers font des corteges; + +Un insecte de prisme irrite un coeur de fleur; +De merveilleux sous-bois se jaspent de lueurs; +Et, comme des bulles legeres, mille abeilles +Sur des grappes d'argent, vibrent, au long des treilles. + +L'air est si beau qu'il parait chatoyant; +Sous les midis profonds et radiants, +On dirait qu'il remue en roses de lumiere; +Tandis qu'au loin, les routes coutumieres, +Telles de lents gestes qui s'allongent vermeils, +A l'horizon nacre, montent vers le soleil. + +Certes, la robe en diamants du bel ete +Ne vet aucun jardin d'aussi pure clarte; +Et c'est la joie unique eclose en nos deux ames +Qui reconnait sa vie en ces bouquets de flammes. + +Que tes yeux clairs, tes yeux d'ete, +Me soient, sur terre, +Les images de la bonte. + +Laissons nos ames embrasees +Exalter d'or chaque flamme de nos pensees. + +Que mes deux mains contre ton coeur +Te soient, sur terre, +Les emblemes de la douceur. + +Vivons pareils a deux prieres eperdues +L'une vers l'autre, a toute heure, tendues. + +Que nos baisers sur nos bouches ravies +Nous soient sur terre, +Les symboles de notre vie. + +Dis-moi, ma simple et ma tranquille amie, +Dis, combien l'absence, meme d'un jour, +Attriste et attise l'amour +Et le reveille, en ses brulures endormies. + +Je m'en vais au devant de ceux +Qui reviennent des lointains merveilleux, +Ou, des l'aube, tu es allee; +Je m'assieds sous un arbre, au detour de l'allee, + +Et, sur la route, epiant leur venue, +Je regarde et regarde, avec ferveur, leurs yeux +Encore clairs de t'avoir vue. + +Et je voudrais baiser leurs doigts qui t'ont touchee, +Et leur crier des mots qu'ils ne comprendraient pas, +Et j'ecoute longtemps se cadencer leurs pas +Vers l'ombre, ou les vieux soirs tiennent la nuit penchee. + +En ces heures ou nous sommes perdus +Si loin de tout ce qui n'est pas nous-memes. +Quel sang lustral ou quel bapteme +Baigne nos coeurs vers tout l'amour tendus? + +Joignant les mains, sans que l'on prie, +Tendant les bras, sans que l'on crie, +Mais adorant on ne sait quoi +De plus lointain et de plus pur que soi, +L'esprit fervent et ingenu, +Dites, comme on se fond, comme on se vit dans l'inconnu. + +Comme on s'abime en la presence +De ces heures de supreme existence, +Comme l'ame voudrait des cieux +Pour y chercher de nouveaux dieux, +Oh! l'angoissante et merveilleuse joie +Et l'esperance audacieuse +D'etre, un jour, a travers la mort meme, la proie +De ces affres silencieuses. + +Oh! ce bonheur +Si rare et si frele parfois +Qu'il nous fait peur! + +Nous avons beau taire nos voix, +Et nous faire comme une tente, +Avec toute ta chevelure, +Pour nous creer un abri sur, +Souvent l'angoisse en nos ames fermente. + +Mais notre amour etant comme un ange a genoux, +Prie et supplie, +Que l'avenir donne a d'autres que nous +Meme tendresse et meme vie, +Pour que leur sort de notre sort ne soit jaloux. + +Et puis, aux jours mauvais, quand les grands soirs +Illimitent, jusques au ciel, le desespoir, +Nous demandons pardon a la nuit qui s'enflamme +De la douceur de notre ame. + +Vivons, dans notre amour et notre ardeur, +Vivons si hardiment nos plus belles pensees +Qu'elles s'entrelacent, harmonisees +A l'extase supreme et l'entiere ferveur. + +Parce qu'en nos ames pareilles, +Quelque chose de plus sacre que nous +Et de plus pur et de plus grand s'eveille, +Joignons les mains pour l'adorer a travers nous. + +Il n'importe que nous n'ayons que cris ou larmes +Pour humblement le definir, +Et que si rare et si puissant en soit le charme, +Qu'a le gouter, nos coeurs soient prets a defaillir. + +Restons quand meme et pour toujours, les fous +De cet amour presqu'implacable, +Et les fervents, a deux genoux, +Du Dieu soudain qui regne en nous, +Si violent et si ardemment doux +Qu'il nous fait mal et nous accable. + +Sitot que nos bouches se touchent, +Nous nous sentons tant plus clairs de nous-memes +Que l'on dirait des Dieux qui s'aiment +Et qui s'unissent en nous-memes; + +Nous nous sentons le coeur si divinement frais +Et si renouvele par leur lumiere +Premiere +Que l'univers, sous leur clarte, nous apparait. + +La joie est a nos yeux l'unique fleur du monde +Qui se prodigue et se feconde, +Innombrable, sur nos routes d'en bas; +Comme la haut, par tas, +En des pays de soie ou voyagent des voiles +Brille la fleur myriadaire des etoiles. + +L'ordre nous eblouit, comme les feux, la cendre, +Tout nous eclaire et nous parait: flambeau; +Nos plus simples mots ont un sens si beau +Que nous les repetons pour les sans cesse entendre. + +Nous sommes les victorieux sublimes +Qui conquerons l'eternite, +Sans nul orgueil et sans songer au temps minime: +Et notre amour nous semble avoir toujours ete. + +Pour que rien de nous deux n'echappe a notre etreinte, +Si profonde qu'elle en est sainte +Et qu'a travers le corps meme, l'amour soit clair, +Nous descendons ensemble au jardin de ta chair. + +Tes seins sont la, ainsi que des offrandes, +Et tes deux mains me sont tendues; +Et rien ne vaut la naive provende +Des paroles dites et entendues. + +L'ombre des rameaux blancs voyage +Parmi ta gorge et ton visage +Et tes cheveux denouent leur floraison, +En guirlandes, sur les gazons. + +La nuit est toute d'argent bleu, +La nuit est un beau lit silencieux, +La nuit douce, dont les brises vont, une a une, +Effeuiller les grands lys dardes au clair de lune. + +Bien que deja, ce soir, +L'automne +Laisse aux sentes et aux orees, +Comme des mains dorees, +Lentes, les feuilles choir; +Bien que deja l'automne, +Ce soir, avec ses bras de vent, +Moissonne +Sur les rosiers fervents, +Les petales et leur paleur, +Ne laissons rien de nos deux ames +Tomber soudain avec ces fleurs. + +Mais tous les deux autour des flammes +De l'atre en or du souvenir, +Mais tous les deux blottissons-nous, +Les mains au feu et les genoux. + +Contre les deuils a craindre ou a venir, +Contre le temps qui fixe a toute ardeur sa fin, +Contre notre terreur, contre nous-memes, enfin, +Blottissons-nous, pres du foyer, +Que la memoire en nous fait flamboyer. + +Et si l'automne obere +A grands pans d'ombre et d'orages planants, +Les bois, les pelouses et les etangs, +Que sa douleur du moins n'altere +L'interieur jardin tranquillise, +Ou s'unissent, dans la lumiere, +Les pas egaux de nos pensees. + +Le don du corps, lorsque l'ame est donnee +N'est rien que l'aboutissement +De deux tendresses entrainees +L'une vers l'autre, eperdument. + +Tu n'es heureuse de ta chair +Si simple, en sa beaute natale, +Que pour, avec ferveur, m'en faire +L'offre complete et l'aumone totale. + +Et je me donne a toi, ne sachant rien +Sinon que je m'exalte a te connaitre, +Toujours meilleure et plus pure peut-etre +Depuis que ton doux corps offrit sa fete au mien. + +L'amour, oh! qu'il nous soit la clairvoyance +Unique, et l'unique raison du coeur, +A nous, dont le plus fol bonheur +Est d'etre fous de confiance. + +Fut-il en nous une seule tendresse, +Une pensee, une joie, une promesse, +Qui n'allat, d'elle-meme, au devant de nos pas? + +Fut-il une priere en secret entendue, +Dont nous n'ayons serre les mains tendues +Avec douceur, sur notre sein? + +Fut-il un seul appel, un seul dessein, +Un voeu tranquille ou violent +Dont nous n'ayons epanoui l'elan? + +Et, nous aimant ainsi, +Nos coeurs s'en sont alles, tels des apotres, +Vers les doux coeurs timides et transis +Des autres: +Ils les ont convies, par la pensee, +A se sentir aux notres fiances, +A proclamer l'amour avec des ardeurs franches, +Comme un peuple de fleurs aime la meme branche +Qui le suspend et le baigne dans le soleil; +Et notre ame, comme agrandie, en cet eveil, +S'est mise a celebrer tout ce qui aime, +Magnifiant l'amour pour l'amour meme, +Et a cherir, divinement, d'un desir fou, +Le monde entier qui se resume en nous. + +Le beau jardin fleuri de flammes +Qui nous semblait le double ou le miroir, +Du jardin clair que nous portions dans l'ame, +Se cristallise en gel et or, ce soir. + +Un grand silence blanc est descendu s'asseoir +La-bas, aux horizons de marbre, +Vers ou s'en vont, par defiles, les arbres +Avec leur ombre immense et bleue +Et reguliere, a cote d'eux. + +Aucun souffle de vent, aucune haleine. +Les grands voiles du froid, +Se deplient seuls, de plaine en plaine, +Sur des marais d'argent ou des routes en croix. + +Les etoiles paraissent vivre. +Comme l'acier, brille le givre, +A travers l'air translucide et glace. +De clairs metaux pulverises +A l'infini, semblent neiger +De la paleur d'une lune de cuivre. +Tout est scintillement dans l'immobilite. + +Et c'est l'heure divine, ou l'esprit est hante +Par ces mille regards que projette sur terre, +Vers les hasards de l'humaine misere, +La bonne et pure et inchangeable eternite. + +S'il arrive jamais +Que nous soyons, sans le savoir, +Souffrance ou peine ou desespoir, +L'un pour l'autre; s'il se faisait +Que la fatigue ou le banal plaisir +Detendissent en nous l'arc d'or du haut desir; +Si le cristal de la pure pensee +De notre amour doit se briser, + +Si malgre tout, je me sentais +Vaincu pour n'avoir pas ete +Assez en proie a la divine immensite +De la bonte; +Alors, oh! serrons-nous comme deux fous sublimes +Qui sous les cieux casses, se cramponnent aux cimes +Quand meme.--Et d'un unique essor +L'ame en soleil, s'exaltent dans la mort. + + + + + +End of the Project Gutenberg EBook of Les Heures Claires, by Emile Verhaeren + +*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LES HEURES CLAIRES *** + +***** This file should be named 10061.txt or 10061.zip ***** +This and all associated files of various formats will be found in: + https://www.gutenberg.org/1/0/0/6/10061/ + +Produced by Christine De Ryck and PG Distributed Proofreaders. +This file was produced from images generously made available by +the Bibliotheque nationale de France (BnF/Gallica) at +http://gallica.bnf.fr. + +Updated editions will replace the previous one--the old editions +will be renamed. + +Creating the works from public domain print editions means that no +one owns a United States copyright in these works, so the Foundation +(and you!) can copy and distribute it in the United States without +permission and without paying copyright royalties. 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It exists +because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from +people in all walks of life. + +Volunteers and financial support to provide volunteers with the +assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's +goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will +remain freely available for generations to come. In 2001, the Project +Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure +and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations. +To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation +and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4 +and the Foundation web page at https://www.pglaf.org. + + +Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive +Foundation + +The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit +501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the +state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal +Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification +number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at +https://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent +permitted by U.S. federal laws and your state's laws. + +The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S. +Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered +throughout numerous locations. Its business office is located at +809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email +business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact +information can be found at the Foundation's web site and official +page at https://pglaf.org + +For additional contact information: + Dr. Gregory B. Newby + Chief Executive and Director + gbnewby@pglaf.org + +Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation + +Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide +spread public support and donations to carry out its mission of +increasing the number of public domain and licensed works that can be +freely distributed in machine readable form accessible by the widest +array of equipment including outdated equipment. Many small donations +($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt +status with the IRS. + +The Foundation is committed to complying with the laws regulating +charities and charitable donations in all 50 states of the United +States. 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Donations are accepted in a number of other +ways including including checks, online payments and credit card +donations. To donate, please visit: https://pglaf.org/donate + + +Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic +works. + +Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm +concept of a library of electronic works that could be freely shared +with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project +Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support. + +Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed +editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S. +unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily +keep eBooks in compliance with any particular paper edition. + +Each eBook is in a subdirectory of the same number as the eBook's +eBook number, often in several formats including plain vanilla ASCII, +compressed (zipped), HTML and others. + +Corrected EDITIONS of our eBooks replace the old file and take over +the old filename and etext number. 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For +example an eBook of filename 10234 would be found at: + + https://www.gutenberg.org/1/0/2/3/10234 + +or filename 24689 would be found at: + https://www.gutenberg.org/2/4/6/8/24689 + +An alternative method of locating eBooks: + https://www.gutenberg.org/GUTINDEX.ALL + + diff --git a/old/10061.zip b/old/10061.zip Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..c179b83 --- /dev/null +++ b/old/10061.zip |
