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PANCKOUCKE, Éditeur</h2> + +<h4>MDCCCXXI.</h4> +<br><br><br> + + +<p><b>LIVRE CINQUIÈME.</b></p> + + + +<h3>EMPIRE.<br> +1806.</h3> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Munich, le 6 janvier 1806<a id="footnotetag1" name="footnotetag1"></a><a href="#footnote1"><sup>1</sup></a>.</p> + +<p class="milieu"><i>Au sénat conservateur.</i></p> + +<p>Sénateurs,</p> + +<p>«La paix a été conclue à Presbourg et ratifiée à Vienne +entre moi et l'empereur d'Autriche. Je voulais, dans une +séance solennelle, vous en faire connaître moi-même les conditions; +mais ayant depuis long-temps arrêté, avec le roi +de Bavière, le mariage de mon fils le prince Eugène, avec la +princesse Augusta, sa fille, et me trouvant à Munich au moment +où la célébration du mariage devait avoir lieu, je n'ai +pu résister au plaisir d'unir moi-même les jeunes époux qui +sont tous deux le modèle de leur sexe. Je suis, d'ailleurs, +bien aise de donner à la maison royale de Bavière, et à ce +brave peuple bavarois, qui, dans cette circonstance, m'a +rendu tant de services et montré tant d'amitié, et dont tes ancêtres +furent constamment unis de politique et de coeurs à la +France, cette preuve de ma considération et de mon estime +particulière.</p> + +<p>Le mariage aura lieu le 15 janvier. Mon arrivée au milieu +de mon peuple sera donc retardée de quelques jours; ces jours +paraîtront longs à mon coeur; mais après avoir été sans cesse +livré aux devoirs d'un soldat, j'éprouve un tendre délassement +à m'occuper des détails et des devoirs d'un père de famille. +Mais ne voulant point retarder davantage la publication +du traité de paix, j'ai ordonné, en conséquence de nos +statuts constitutionnels, qu'il vous fût communiqué sans +délai, pour être ensuite publié comme loi de l'empire.</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote1" name="footnote1"></a><b>Note 1:</b><a href="#footnotetag1"> (retour) </a> A compter du 1er janvier 1806, le calendrier républicain +a été supprimé par une loi.</blockquote> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Munich, le 12 janvier 1806.</p> + +<p class="milieu"><i>Au sénat conservateur.</i></p> + +<p>Sénateurs,</p> + +<p>«Le sénatus-consulte organique du 18 floréal an 12 a +pourvu à tout ce qui était relatif à l'hérédité de la couronne +impériale en France.</p> + +<p>«Le premier statut constitutionnel de notre royaume +d'Italie, en date du 19 mars 1805, a fixé l'hérédité de cette +couronne dans notre descendance directe et légitime, soit +naturelle, soit adoptive<a id="footnotetag2" name="footnotetag2"></a><a href="#footnote2"><sup>2</sup></a>.</p> + +<p>«Les dangers que nous avons courus au milieu de la guerre, +et qui se sont encore exagérés chez nos peuples d'Italie, ceux +que nous pouvons courir en combattant les ennemis qui restent +encore à la France, leur font concevoir de vives inquiétudes: +ils ne jouissent pas de la sécurité que leur offre la +modération et la libéralité de nos lois, parce que leur avenir +est encore incertain.</p> + +<p>«Nous avons considéré comme un de nos premiers devoirs +de faire cesser ces inquiétudes.</p> + +<p>«Nous nous sommes en conséquence déterminé à adopter +comme notre fils le prince Eugène, archi-chancelier d'état +de notre empire, et vice-roi de notre royaume d'Italie. Nous +l'avons appelé, après nous et nos enfans naturels et légitimes, +au trône d'Italie, et nous avons statué qu'à défaut, soit de +notre descendance directe, légitime et naturelle, soit de la +descendance du prince Eugène, notre fils, il appartiendra au +parent le plus proche de celui des princes de notre sang, qui, +le cas arrivant, se trouvera alors régner en France.</p> + +<p>«Nous avons jugé de notre dignité que le prince Eugène +jouisse de tous les honneurs attachés à notre adoption, quoiqu'elle +ne lui donne des droits que sur la couronne d'Italie; +entendant que dans aucun cas, ni dans aucune circonstance, +notre adoption ne puisse autoriser ni lui, ni ses descendans, +à élever des prétentions sur la couronne de France, dont la +succession est irrévocablement réglée par les constitutions de +l'empire.</p> + +<p>«L'histoire de tous les siècles nous apprend que l'uniformité +des lois nuit essentiellement à la force et à la bonne organisation +des empires, lorsqu'elle s'étend au-delà de ce que +permettent, soit les moeurs des nations, soit les considérations +géographiques.</p> + +<p>«Nous nous réservons, d'ailleurs, de faire connaître par +des dispositions ultérieures les liaisons que nous entendons +qu'il existe après nous, entre tous les états fédératifs de +l'empire français. Les différentes parties indépendantes entre +elles, ayant un intérêt commun, doivent avoir un lien +commun.</p> + +<p>«Nos peuples d'Italie accueilleront avec des transports de +joie les nouveaux témoignages de notre sollicitude; ils verront +un garant de la félicité dont ils jouissent, dans la permanence +du gouvernement de ce jeune prince, qui, dans des +circonstances si orageuses, et surtout dans ces premiers momens +si difficiles pour les hommes même expérimentés, a su +gouverner par l'amour, et faire chérir nos lois.</p> + +<p>«Il nous a offert un spectacle dont tous les instans nous +ont vivement intéressés. Nous l'avons vu mettre en pratique, +dans des circonstances nouvelles, les principes que nous nous +étions étudié à inculquer dans son esprit et dans son coeur, +pendant tout le temps où il a été sous nos yeux. Lorsqu'il +s'agira de défendre nos peuples d'Italie, il se montrera également +digne d'imiter et de renouveler ce que nous pouvons +avoir fait de bien dans l'art si difficile des batailles.</p> + +<p>«Au même moment où nous avons ordonné que notre quatrième +statut constitutionnel fût communiqué aux trois collèges +d'Italie, il nous a paru indispensable de ne pas différer +un instant à vous instruire des dispositions qui assoient la +prospérité et la durée de l'empire sur l'amour et l'intérêt de +toutes les nations qui le composent. Nous avons aussi été +persuadés que tout ce qui est pour nous un sujet de bonheur +et de joie, ne saurait être indifférent ni à vous, ni à mon +peuple.»</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote2" name="footnote2"></a><b>Note 2:</b><a href="#footnotetag2"> (retour) </a> Art. 2. La couronne d'Italie est héréditaire dans sa descendance +directe et légitime, soit naturelle, soit adoptive, de mâle en mâle, et à +l'exclusion perpétuelle des femmes et de leur descendance, sans néanmoins +que son droit d'adoption puisse s'étendre sur une autre personne, qu'un +citoyen de l'empire français ou du royaume d'Italie (<i>Statut +constitutionnel du royaume d'Italie</i>, 19 mars 1805).</blockquote> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Paris, le 2 mars 1806.</p> + +<p class="milieu"><i>Discours prononcé par l'empereur à l'ouverture du corps +législatif.</i></p> + +<p>«Messieurs les députés des départemens au corps législatif, +messieurs les tribuns et les membres de mon conseil d'état, +depuis votre dernière session, la plus grande partie de +l'Europe s'est coalisée avec l'Angleterre. Mes armées n'ont +cessé de vaincre que lorsque je leur ai ordonné de ne plus +combattre. J'ai vengé les droits des états faibles, opprimés +par les forts. Mes alliés ont augmenté en puissance et en +considération; mes ennemis ont été humiliés et confondus; la +maison de Naples a perdu sa couronne sans retour; la presqu'île +de l'Italie toute entière fait partie du grand empire. +J'ai garanti, comme chef suprême, les souverains et les constitutions +qui en gouvernent les différentes parties.</p> + +<p>«La Russie ne doit le retour des débris de son armée, +qu'au bienfait de la capitulation que je lui ai accordée. +Maître de renverser le trône impérial d'Autriche, je l'ai raffermi. +La conduite du cabinet de Vienne sera telle, que la +postérité ne me reprochera pas d'avoir manqué de prévoyance. +J'ai ajouté une entière confiance aux protestations qui m'ont +été faites par son souverain. D'ailleurs, les hautes destinées +de ma couronne ne dépendent pas des sentimens et des dispositions +des cours étrangères. Mon peuple maintiendra toujours +ce trône à l'abri des efforts de la haine et de la jalousie; aucun +sacrifice ne lui sera pénible pour assurer ce premier intérêt +de la patrie.</p> + +<p>«Nourri dans les camps, et dans des camps toujours +triomphans, je dois dire cependant que, dans ces dernières +circonstances, mes soldats ont surpassé mon attente; mais il +m'est doux de déclarer aussi que mon peuple a rempli tous +ses devoirs. Au fond de la Moravie, je n'ai pas cessé un instant +d'éprouver les effets de son amour et de son enthousiasme. +Jamais il ne m'en a donné des marques qui aient pénétré +mon coeur de plus douces émotions. Français! je n'ai +pas été trompé dans mon espérance. Votre amour, plus que +l'étendue et la richesse de votre territoire, fait ma gloire. Magistrats, +prêtres, citoyens, tous se sont montrés dignes des +hautes destinées de cette belle France, qui, depuis deux +siècles, est l'objet des ligues et de la jalousie de ses voisins.</p> + +<p>«Mon ministre de l'intérieur vous fera connaître les événemens +qui se sont passés dans le cours de l'année. Mon +conseil-d'état vous présentera des projets de lois pour améliorer +les différentes branches de l'administration. Mes ministres +des finances et du trésor public vous communiqueront +les comptes qu'ils m'ont rendus, vous y verrez l'état prospère +de nos finances. Depuis mon retour, je me suis occupé +sans relâche de rendre à l'administration ce ressort et cette +activité qui portent la vie jusqu'aux extrémités de ce vaste +empire. Mon peuple ne supportera pas de nouvelles charges, +mais il vous sera proposé de nouveaux développemens au +système des finances, dont les bases ont été posées l'année +dernière. J'ai l'intention de diminuer les impositions directes +qui pèsent uniquement sur le territoire, en remplaçant une +partie de ces charges par des perceptions indirectes.</p> + +<p>Les tempêtes nous ont fait perdre quelques vaisseaux après +un combat imprudemment engagé. Je ne saurais trop me +louer de la grandeur d'âme et de l'attachement que le roi +d'Espagne a montrés dans ces circonstances pour la cause +commune. Je désire la paix avec l'Angleterre. De mon côté, +je n'en retarderai jamais le moment. Je serai toujours prêt à +la conclure, en prenant pour base les stipulations du traité +d'Amiens. Messieurs les députés du corps législatif, l'attachement +que vous m'avez montré, la manière dont vous m'avez +secondé dans les dernières sessions ne me laissent point de +doute sur votre assistance. Rien ne vous sera proposé qui ne +soit nécessaire pour garantir la gloire et la sûreté de mes +peuples.»</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Au palais des Tuileries, le 15 mars 1806.</p> + +<p class="milieu"><i>Acte impérial.</i></p> + +<p>Napoléon, par la grâce de Dieu et les constitutions, empereur +des Français et roi d'Italie, à tous ceux gui les présentes +verront salut:</p> + +<p>LL. MM. les rois de Prusse et de Bavière nous ayant cédé +respectivement les duchés de Clèves et de Berg dans toute +leur souveraineté, généralement avec tous droits, titres et +prérogatives qui ont été de tous temps attachés à la possession +de ces deux duchés, ainsi qu'ils ont été possédés par +eux, pour en disposer en faveur d'un prince à notre choix, +nous avons transmis lesdits duchés, droits, titres, prérogatives, +avec la pleine souveraineté, ainsi qu'ils nous ont été +cédés, et les transmettons par la présente au prince Joachim, +notre très-cher beau-frère, pour qu'il les possède pleinement +et dans toute leur étendue, en qualité de duc de Clèves et de +Berg, et les transmette héréditairement à ses descendans +mâles naturels et légitimes, d'après l'ordre de primogéniture, +avec exclusion perpétuelle du sexe féminin et de sa descendance.</p> + +<p>Mais si, ce que Dieu veuille prévenir, il n'existait plus +de descendant mâle, naturel et légitime dudit prince Joachim, +notre beau-frère, les duchés de Clèves et de Berg passeront +avec tous droits, titres et prérogatives, à nos descendans +mâles, naturels et légitimes, et s'il n'en existe plus, aux descendans +de notre frère le prince Joseph, et à défaut d'eux, +aux descendans de notre frère le prince Louis, sans que dans +aucun cas lesdits duchés de Clèves et de Berg puissent être +réunis à notre couronne impériale.</p> + +<p>Comme nous avons été particulièrement déterminés au +choix que nous avons fait de la personne du prince Joachim, +notre beau-frère, parce que nous connaissons ses qualités distinguées, +et que nous étions assuré des avantages qui doivent +en résulter pour les habitans des duchés de Berg et de +Clèves, nous avons la ferme confiance qu'ils se montreront +dignes de la grâce de leur nouveau prince, en continuant de +jouir de la bonne réputation acquise sous leur ancien prince, +par leur fidélité et attachement, et qu'ils mériteront par là +notre grâce et notre protection impériale.</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Au palais des Tuileries, le 30 mars 1806.</p> + +<p class="milieu"><i>Message au sénat conservateur.</i></p> + +<p>Sénateurs,</p> + +<p>«Nous avons chargé notre cousin, l'archi-chancelier de +l'empire, de vous donner connaissance, pour être transcrits +sur vos registres: 1°. Des statuts qu'en vertu de l'article 14 +de l'acte des constitutions de l'empire, en date du 28 floréal +an 12, nous avons jugé convenable d'adopter: ils forment la +loi de notre famille impériale. 2°. De la disposition que nous +avons faite du royaume de Naples et de Sicile, des duchés de +Berg et de Clèves, du duché de Guastalla et de la principauté +de Neufchâtel, que différentes transactions politiques +ont mis entre nos mains. 3°. De l'accroissement de territoire +que nous avons trouvé à propos de donner, tant à notre +royaume d'Italie, en y incorporant tous les états vénitiens, +qu'à la principauté de Lucques.</p> + +<p>«Nous avons jugé, dans ces circonstances, devoir imposer +plusieurs obligations, et faire supporter plusieurs charges à +notre couronne d'Italie, au roi de Naples et au prince de +Lucques. Nous avons ainsi trouvé moyen de concilier les intérêts +et la dignité de notre trône, et le sentiment de notre +reconnaissance pour les services qui nous ont été rendus dans +la carrière civile et dans la carrière militaire. Quelle que soit +la puissance à laquelle la divine Providence et l'amour de nos +peuples nous aient élevé, elle est insuffisante pour récompenser +tant de braves, et pour reconnaître les nombreux témoignages +de fidélité et d'amour qu'ils ont donnés à notre personne. +Vous remarquerez dans plusieurs des dispositions qui vous +seront communiquées, que nous ne nous sommes pas uniquement +abandonné aux sentimens affectueux dont nous étions +pénétré, et au bonheur de faire du bien à ceux qui nous ont +si bien servi: nous avons été principalement guidé par la +grande pensée de consolider l'ordre social et notre trône qui +en est le fondement et la base, et de donner des centres de +correspondance et d'appui à ce grand empire; elle se rattache +à nos pensées les plus chères, à celle à laquelle nous +avons dévoué notre vie entière, la grandeur et la prospérité +de nos peuples.»</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Au palais des Tuileries, le 30 mars 1806.</p> + +<p class="milieu"><i>Préambule de l'acte constitutif de la famille impériale.</i></p> + +<p>Napoléon, par la grâce de Dieu et les constitutions de +l'état, empereur des Français et roi d'Italie, à tous présens +et à venir, salut:</p> + +<p>L'article 14 de l'acte des constitutions du 28 floréal an 12, +porte que nous établirons par des statuts auxquels nos successeurs +seront tenus de se conformer, les devoirs des individus +de tout sexe, membres de la maison impériale, envers +l'empereur. Pour nous acquitter de cette importante obligation, +nous avons considéré dans son objet et dans ses conséquences +la disposition dont il s'agit, et nous avons pesé les +principes sur lesquels doit reposer le statut constitutionnel +qui formera la loi de notre famille. L'état des princes appelés +à régner sur ce vaste empire et à le fortifier par des alliances, +ne saurait être absolument le même que celui des autres Français. +Leur naissance, leur mariage, leur décès, les adoptions +qu'ils pourraient faire, intéressent la nation toute entière, et +influent plus ou moins sur ses destinées; comme tout ce qui +concerne l'existence sociale de ces principes appartient plus +au droit politique qu'au droit civil, les dispositions de celui-ci +ne peuvent leur être appliquées qu'avec les modifications déterminées +par la raison d'état; et si cette raison d'état leur +impose des obligations dont les simples citoyens sont affranchis, +ils doivent les considérer comme une conséquence nécessaire +de cette haute dignité à laquelle ils sont élevés, et +qui les dévoue sans réserve aux grands intérêts de la patrie et +à la gloire de notre maison. Des actes aussi importans que ceux +qui constatent l'état civil de la maison impériale, doivent +être reçus dans les formes les plus solennelles; la dignité du +trône l'exige, et il faut d'ailleurs rendre toute surprise impossible.</p> + +<p>En conséquence, nous avons jugé convenable de confier à +notre cousin l'archi-chancelier de l'empire, le droit de remplir +exclusivement, par rapport à nous et aux princes et +princesses de notre maison, les fonctions attribuées par les +lois aux officiers de l'état civil. Nous avons aussi commis à +l'archi-chancelier le soin de recevoir le testament de l'empereur +et le statut qui fixera le douaire de l'impératrice. Ces +actes, ainsi que ceux de l'état civil, tiennent de si près à la +maison impériale et à l'ordre politique, qu'il est impossible +de leur appliquer exclusivement les formes ordinairement +employées pour les contrats et pour les dispositions de dernière +volonté.</p> + +<p>Après avoir réglé l'état des princes et princesses de notre +sang, notre sollicitude devait se porter sur l'éducation de +leurs enfans; rien de plus important que d'écarter d'eux, de +bonne heure, les flatteurs qui tenteraient de les corrompre; +les ambitieux qui, par des complaisances coupables, pourraient +capter leur confiance, et préparer à la nation des souverains +faibles, sous le nom desquels ils se promettraient un +jour de régner. Le choix des personnes chargées de l'éducation +des enfans des princes et princesses de la maison impériale +doit donc être réservé à l'empereur. Nous avons ensuite +considéré les princes et princesses dans les actions communes +de la vie. Trop souvent la conduite des princes a troublé le +repos des peuples, et produit des déchiremens dans l'état. +Nous devons armer les empereurs qui régneront après nous, +de tout le pouvoir nécessaire pour prévenir ces malheurs dans +leur cause éloignée, pour les arrêter dans leurs progrès, pour +les étouffer lorsqu'ils éclatent. Nous avons aussi pensé que +les princes de l'empire, titulaires des grandes dignités, étant +appelés par leurs éminentes prérogatives à servir d'exemple +au reste de nos sujets, leur conduite devait, à plusieurs égards, +être l'objet de notre particulière sollicitude. Tant de précautions +seraient sans doute inutiles, si les souverains qui sont +destinés à s'asseoir un jour sur le trône impérial, avaient, +comme nous, l'avantage de ne voir autour d'eux que des parens +dévoués à leur service et au bonheur des peuples, que +des grands, distingués par un attachement inviolable à leur +personne; mais notre prévoyance doit se porter sur d'autres +temps, et notre amour pour la patrie nous presse d'assurer, +s'il se peut, aux Français, pour une longue suite de siècles, +l'état de gloire et de prospérité où, avec l'aide de Dieu, nous +sommes parvenu à les placer.</p> + +<p>A ces causes, nous avons décrété et décrétons le présent +statut, auquel, en exécution de l'article 14 de l'acte des +constitutions de l'empire, du 28 floréal an 12, nos successeurs +seront tenus de se conformer.</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Au palais des Tuileries, le 30 mars 1806.</p> + +<p class="milieu"><i>Acte impérial</i>.</p> + +<p>Les intérêts de notre peuple, l'honneur de notre couronne, +et la tranquillité du continent de l'Europe, voulant que nous +assurions d'une manière stable et définitive le sort des peuples +de Naples et de Sicile tombés en notre pouvoir par le +droit de conquête, et faisant d'ailleurs partie du grand empire, +nous avons déclaré et déclarons par les présentes, reconnaître +pour roi de Naples et de Sicile, notre frère bien +aimé Joseph Napoléon, grand-électeur de France. Cette couronne +sera héréditaire par ordre de primogéniture dans sa descendance +masculine, légitime et naturelle. Venant à s'éteindre, +ce que Dieu ne veuille, sa dite descendance, nous prétendons +y appeler nos enfans mâles, légitimes et naturels, par ordre +de primogéniture, et à défaut de nos enfans mâles, légitimes +et naturels, ceux de notre frère Louis et de sa descendance +masculine, légitime et naturelle, par ordre de primogéniture; +nous réservant, si notre frère Joseph Napoléon venait à mourir +de notre vivant, sans laisser d'enfans mâles, légitimes et +naturels, le droit de désigner, pour succéder à ladite couronne, +un prince de notre maison, ou même d'y appeler un +enfant adoptif, selon que nous le jugerons convenable pour +l'intérêt de nos peuples et pour l'avantage du grand système +que la divine Providence nous a destiné à fonder.</p> + +<p>Nous instituons dans ledit royaume de Naples et de Sicile +six grands fiefs de l'empire, avec le titre de duché et les mêmes +avantages et prérogatives que ceux qui sont institués dans +les provinces vénitiennes réunies à notre couronne d'Italie, +pour être, lesdits duchés, grands fiefs de l'empire, à perpétuité, +et le cas échéant, à notre nomination et à celle de nos +successeurs. Tous les détails de la formation desdits fiefs sont +remis aux soins de notre dit frère Joseph Napoléon.</p> + +<p>Nous nous réservons sur ledit royaume de Naples et de +Sicile, la disposition d'un million de rentes pour être distribué +aux généraux, officiers et soldats de notre armée qui ont +rendu le plus de services à la patrie et au trône, et que nous +désignerons à cet effet, sous la condition expresse de ne pouvoir, +lesdits généraux, officiers ou soldats, avant l'expiration +de dix années, vendre ou aliéner lesdites rentes qu'avec +notre autorisation.</p> + +<p>Le roi de Naples sera à perpétuité grand dignitaire de +l'empire, sous le titre de grand-électeur; nous réservant +toutefois, lorsque nous le jugerons convenable, de créer la +dignité de prince vice-grand-électeur.</p> + +<p>Nous entendons que la couronne de Naples et de Sicile, +que nous plaçons sur la tête de notre frère Joseph Napoléon +et de ses descendans, ne porte atteinte en aucune manière +que ce soit à leurs droits de succession au trône de France. +Mais il est également dans notre volonté que les couronnes, +soit de France, soit d'Italie, soit de Naples et de Sicile, ne +puissent jamais être réunies sur la même tête.</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Au palais des Tuileries, le 30 mars 1806.</p> + +<p class="milieu"><i>Acte impérial.</i></p> + +<p>Napoléon, par la grâce de Dieu et les constitutions, empereur +des Français et roi d'Italie, à tous présens et à venir, +salut:</p> + +<p>La principauté de Guastalla étant à notre disposition, +nous en avons disposé, comme nous en disposons par les présentes, +en faveur de la princesse Pauline, notre bien-aimée +soeur, pour en jouir, en toute propriété et souveraineté, +sous le titre de princesse et duchesse de Guastalla.</p> + +<p>Nous entendons que le prince Borghèse, son époux, porte +le titre de prince et duc de Guastalla; que cette principauté +soit transmise, par ordre de primogéniture, à la descendance +masculine, légitime et naturelle de notre soeur Pauline; et, à +défaut de ladite descendance masculine, légitime et naturelle, +nous nous réservons de disposer de la principauté de +Guastalla, à notre choix, et ainsi que nous le jugerons convenable +pour le bien de nos peuples, et pour l'intérêt de notre +couronne.</p> + +<p>Nous entendons toutefois que le cas arrivant où ledit +prince Borghèse survivrait à son épouse, notre soeur, la +princesse Pauline, il ne cesse pas de jouir personnellement +et sa vie durant, de ladite principauté.</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Au palais des Tuileries, le 30 mars 1806.</p> + +<p class="milieu"><i>Acte impérial.</i></p> + +<p>Voulant donner à notre cousin le maréchal Berthier, notre +grand-veneur et notre ministre de la guerre, un témoignage +de notre bienveillance pour l'attachement qu'il nous a montré, +et la fidélité et le talent avec lesquels il nous a constamment +servi, nous avons résolu de lui transférer, comme en +effet, nous lui transférons par les présentes, la principauté +de Neufchâtel avec le titre de prince et duc de Neufchâtel, +pour la posséder en toute propriété et souveraineté, telle +qu'elle nous a été cédée par S.M. le roi de Prusse. Nous entendons +qu'il transmettra ladite principauté à ses enfans mâles, +légitimes et naturels, par ordre de primogéniture, nous réservant, +si sa descendance masculine légitime et naturelle +venait à s'éteindre, ce que Dieu ne veuille, de transmettre +ladite principauté aux mêmes titres et charges, à notre choix, +et ainsi que nous le croirons convenable pour le bien de nos +peuples et l'intérêt de notre couronne. Notre cousin le maréchal +Berthier prêtera en nos mains, et en sa dite qualité de +prince et duc de Neufchâtel, le serment de nous servir en +bon et loyal sujet. Le même serment sera prêté à chaque +vacance par ses successeurs. Nous ne doutons pas qu'ils n'héritent +de ses sentimens pour nous, et qu'ils nous portent, +ainsi qu'à nos descendans, le même attachement et la même +fidélité. Nos peuples de Neufchâtel mériteront, par leur obéissance +envers leur nouveau souverain, la protection spéciale +qu'il est dans notre intention de leur accorder constamment.</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Paris, le 21 avril 1806.</p> + +<p class="milieu"><i>Copie d'une note remise par Napoléon, lui-même, à<br> +M. Talleyrand, ministre des relations extérieures.</i></p> + +<p>Faire un nouvel état au nord de l'Allemagne, qui soit dans +les intérêts de la France; qui garantisse la Hollande et la +Flandre contre la Prusse, et l'Europe contre la Russie.</p> + +<p>Le noyau serait le duché de Berg, le duché de Clèves, +Hesse-Darmstadt, etc., etc.: chercher, en outre, dans les +entours tout ce qui pourrait y être incorporé, pour pouvoir +former un million ou douze cent mille âmes.</p> + +<p>Y joindre, si l'on veut, le Hanovre.</p> + +<p>Y joindre, dans la perspective, Hambourg, Bremen, +Lubeck.</p> + +<p>Donner la statistique de ce nouvel état.</p> + +<p>Cela fait, considérer l'Allemagne comme divisée en huit +états: Bavière, Bade, Wurtemberg, et le nouvel état; ces +quatre, dans les intérêts de la France.</p> + +<p>L'Autriche, la Prusse, la Saxe, Hesse-Cassel, dans les +quatre autres.</p> + +<p>D'après cette division, supposez qu'on détruise la constitution +germanique, et qu'on annule, au profit des huit grands +états, les petites souverainetés, il faut faire un calcul statistique +pour savoir si les quatre états qui sont dans les intérêts +de la France perdront ou gagneront plus à cette destruction, +que les quatre états qui n'y sont pas.</p> + +<p>Un rapport sur ces deux objets, dimanche matin.</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> + +<p><i>Nota.</i> Le dimanche était le 23 d'avril.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Paris, le 5 juin 1806.</p> + +<p class="milieu"><i>Réponse de l'empereur à un discours de l'ambassadeur de +la Porte-Ottomane.</i></p> + +<p>Monsieur l'ambassadeur, votre mission m'est agréable. Les +assurances que vous me donnez des sentimens du sultan Sélim, +votre maître, vont à mon coeur. Un des plus grands, des +plus précieux avantages que je veux retirer des succès qu'ont +obtenus mes armes, c'est de soutenir et d'aider le plus utile +comme le plus ancien de mes alliés. Je me plais à vous en +donner publiquement et solennellement l'assurance. Tout ce +qui arrivera d'heureux ou de malheureux aux Ottomans, sera +heureux ou malheureux pour la France. Monsieur l'ambassadeur, +transmettez ces paroles au sultan Sélim; qu'il s'en +souvienne toutes les fois que mes ennemis, qui sont aussi les +siens, voudront arriver jusqu'à lui. Il ne peut jamais rien +avoir à craindre de moi; uni avec moi, il n'aura jamais à redouter +la puissance d'aucun de ses ennemis.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Paris, le 5 juin 1806.</p> + +<p class="milieu"><i>Réponse de l'empereur à une députation du corps législatif +hollandais.</i></p> + +<p>Messieurs les représentans du peuple batave,</p> + +<p>J'ai toujours regardé comme le premier intérêt de ma couronne +de protéger votre patrie. Toutes les fois que j'ai dû +intervenir dans vos affaires intérieures, j'ai d'abord été frappé +des inconvéniens attachés à la forme incertaine de votre gouvernement. +Gouvernés par une assemblée populaire, elle eût +été influencée par les intrigues, et agitée par les puissances +voisines. Gouvernés par une magistrature élective, tous les +renouvellemens de cette magistrature eussent été des momens +de crise pour l'Europe, et le signal de nouvelles guerres maritimes. +Tous ces inconvéniens ne pouvaient être parés que +par un gouvernement héréditaire. Je l'ai appelé dans votre +patrie par mes conseils, lors de l'établissement de votre dernière +constitution; et l'offre que vous faites de la couronne +de Hollande au prince Louis, est conforme aux vrais intérêts +de votre patrie, aux miens, et propre à assurer le repos général +de l'Europe. La France a été assez généreuse pour renoncer +à tous les droits que les événemens de la guerre lui +avaient donnés sur vous; mais je ne pouvais confier les places +fortes qui couvrent ma frontière du Nord à la garde d'une +main infidèle, ou même douteuse.</p> + +<p>Messieurs les représentans du peuple batave, j'adhère au +voeu de LL.HH.PP. Je proclame roi de Hollande le prince +Louis. Vous, prince, régnez sur ces peuples; leurs pères +n'acquirent leur indépendance que par les secours constans +de la France. Depuis, la Hollande fut l'alliée de l'Angleterre; +elle fut conquise; elle dut encore à la France son existence. +Qu'elle vous doive donc des rois qui protègent ses libertés, +ses lois et sa religion. Mais ne cessez jamais d'être Français. +La dignité de connétable de l'empire sera possédée par vous +et vos descendans: elle vous retracera les devoirs que vous +avez à remplir envers moi, et l'importance que j'attache à la +garde des places fortes qui garantissent le nord de mes états, +et que je vous confie. Prince, entretenez parmi vos troupes +cet esprit que je leur ai vu sur les champs de bataille. Entretenez +dans vos nouveaux sujets des sentimens d'union et +d'amour pour la France. Soyez l'effroi des méchans et le père +des bons: c'est le caractère des grands rois.</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Au palais de Saint-Cloud, le 5 juin 1806.</p> + +<p class="milieu"><i>Message au sénat conservateur.</i></p> + +<p>Sénateurs,</p> + +<p>Nous chargeons notre cousin l'archichancelier de l'empire +de vous faire connaître, qu'adhérant au voeu de leurs hautes +puissances, nous avons proclamé le prince Louis Napoléon, +notre bien aimé frère, roi de Hollande, pour ladite couronne +être héréditaire en toute souveraineté, par ordre de primogéniture, +dans sa descendance naturelle, légitime et masculine; +notre intention étant en même temps que le roi de Hollande +et ses descendans conservent la dignité de connétable +de l'empire. Notre détermination dans cette circonstance nous +a paru conforme aux intérêts de nos peuples. Sous le point +de vue militaire, la Hollande possédant toutes les places +fortes qui garantissent notre frontière du Nord, il importait +à la sûreté de nos états que la garde en fût confiée à des personnes +sur l'attachement desquelles nous ne pussions concevoir +aucun doute. Sous le point de vue commercial, la Hollande +étant située à l'embouchure des grandes rivières qui +arrosent une partie considérable de notre territoire, il fallait +que nous eussions la garantie que le traité de commerce que +nous conclurons avec elle serait fidèlement exécuté, afin de +concilier les intérêts de nos manufactures et de notre commerce +avec ceux du commerce de ces peuples. Enfin, la Hollande +est le premier intérêt politique de la France. Une magistrature +élective aurait eu l'inconvénient de livrer fréquemment +ce pays aux intrigues de nos ennemis, et chaque élection +serait devenue le signal d'une guerre nouvelle.</p> + +<p>Le prince Louis, n'étant animé d'aucune ambition personnelle, +nous a donné une preuve de l'amour qu'il nous porte, +et de son estime pour les peuples de Hollande, en acceptant +un trône qui lui impose de si grandes obligations.</p> + +<p>L'archichancelier de l'empire d'Allemagne, électeur de +Ratisbonne et primat de Germanie, nous ayant fait connaître +que son intention était de se donner un coadjuteur, et que, +d'accord avec ses ministres et les principaux membres de son +chapitre, il avait pensé qu'il était du bien de la religion et de +l'empire germanique qu'il nommât à cette place notre oncle +et cousin le cardinal Fesch, notre grand aumônier et archevêque +de Lyon, nous avons accepté ladite nomination au +nom dudit cardinal. Si cette détermination de l'électeur archichancelier +de l'empire germanique est utile à l'Allemagne, +elle n'est pas moins conforme à la politique de la France.</p> + +<p>Ainsi, le service de la patrie appelle loin de nous nos frères +et nos enfans; mais le bonheur et les prospérités de nos peuples +composent aussi nos plus chères affections.</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Au palais de Saint-Cloud, le 5 juin 1806.</p> + +<p class="milieu"><i>Message au sénat conservateur.</i></p> + +<p>Sénateurs, les duchés de Bénévent et de Ponte-Corvo +étaient un sujet de litige entre le roi de Naples et la cour de +Rome: nous avons jugé convenable de mettre un terme à +ces difficultés, en érigeant ces duchés en fiefs immédiats de +notre empire. Nous avons saisi cette occasion de récompenser +les services qui nous ont été rendus par notre grand chambellan +et ministre des relations extérieures, Talleyrand, et +par notre cousin le maréchal de l'empire, Bernadotte. Nous +n'entendons pas cependant, par ces dispositions, porter aucune +atteinte aux droits du roi de Naples et de la cour de +Rome, notre intention étant de les indemniser l'un et l'autre. +Par cette mesure, ces deux gouvernemens, sans éprouver +aucune perte, verront disparaître les causes de mésintelligence +qui, en différens temps, ont compromis leur tranquillité, +et qui, encore aujourd'hui, sont un sujet d'inquiétude +pour l'un et pour l'autre de ces états, et surtout pour le +royaume de Naples, dans le territoire duquel ces deux principautés +se trouvent enclavées.</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Au palais de Saint-Cloud, le 5 juin 1806.</p> + +<p class="milieu"><i>Acte impérial.</i></p> + +<p>Voulant donner à notre grand-chambellan et ministre des +relations extérieures, Talleyrand, un témoignage de notre +bienveillance pour les services qu'il a rendus à notre couronne, +nous avons résolu de lui transférer, comme en effet +nous lui transférons par les présentes la principauté de Bénévent, +avec le titre de prince et duc de Bénévent, pour la +posséder en toute propriété et souveraineté, et comme fief +immédiat de notre couronne.</p> + +<p>Nous entendons qu'il transmettra ladite principauté à ses +enfans mâles, légitimes et naturels, par ordre de primogéniture, +nous réservant, si sa descendance masculine, naturelle +et légitime venait à s'éteindre, ce que Dieu ne veuille, de +transmettre ladite principauté, aux mêmes titres et charges, +à notre choix et ainsi que nous le croirons convenable pour +le bien de nos peuples et l'intérêt de notre couronne.</p> + +<p>Notre grand chambellan et ministre des relations extérieures, +Talleyrand, prêtera en nos mains, et en sa dite qualité +de prince et duc de Bénévent, le serment de nous servir +en bon et loyal sujet. Le même serment sera prêté à chaque +vacance par ses successeurs.</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Au palais de Saint-Cloud, le 11 septembre 1806.</p> + +<p class="milieu"><i>A.S.A.E. le prince primat.</i></p> + +<p>Mon frère!</p> + +<p>Les formes de nos communications en ma qualité de protecteur, +avec les souverains réunis en congrès à Francfort, +n'étant pas encore terminées, nous avons pensé qu'il n'en était +aucune qui fût plus convenable que d'adresser la présente à +votre A. Em., afin qu'elle en fasse part aux deux collèges. +En effet, quel organe pouvions-nous plus naturellement choisir, +que celui d'un prince à la sagesse duquel a été confié +le soin de préparer le premier statut fondamental? Nous aurions +attendu que ce statut eût été arrêté par le congrès, et +nous eût été donné en communication, s'il ne devait pas +contenir des dispositions qui nous regardent personnellement. +Cela seul a dû nous porter à prendre nous-même l'initiative +pour soumettre nos sentimens et nos réflexions à la sagesse +des princes confédérés.</p> + +<p>Lorsque nous avons accepté le titre de protecteur de la +confédération du Rhin, nous n'avons eu en vue que d'établir +en droit ce qui existait de fait depuis plusieurs siècles. En +l'acceptant, nous avons contracté la double obligation de garantir +le territoire de la confédération contre les troupes +étrangères et le territoire de chaque confédéré contre les entreprises +des autres. Ces observations, toutes conservatrices, +plaisent à notre coeur; elles sont conformes à ces sentimens +de bienveillance et d'amitié dont nous n'avons cessé, dans +toutes les circonstances, de donner des preuves aux membres +de la confédération. Mais là se bornent nos devoirs envers +eux. Nous n'entendons en rien nous arroger la portion +de souveraineté qu'exerçait l'empereur d'Allemagne comme +suzerain. Le gouvernement des peuples que la providence +nous a confié, occupant tous nos momens, nous ne saurions +voir croître nos obligations sans en être alarmé. Comme nous +ne voulons pas qu'on puisse nous attribuer le bien que les +souverains font dans leurs états, nous ne voulons pas non +plus qu'on nous impute les maux que la vicissitude des choses +humaines peut y introduire. Les affaires intérieures de chaque +état ne nous regardent pas. Les princes de la confédération du +Rhin sont les souverains qui n'ont point de suzerain. Nous +les avons reconnus comme tels. Les discussions qu'ils pourraient +avoir avec leurs sujets, ne peuvent donc être portées +à un tribunal étranger? La diète est le tribunal politique, +conservateur de la paix entre les différens souverains qui composent +la confédération. Ayant reconnu tous les autres princes +qui formaient le corps germanique, comme souverains +indépendans, nous ne pouvons reconnaître qui que ce soit +comme leur suzerain. Ce ne sont point des rapports de suzeraineté +qui nous lient à la confédération, mais des rapports +de simple protection. Plus puissant que les princes confédérés, +nous voulons jouir de la supériorité de notre puissance, +non pour restreindre leurs droits de suzeraineté, mais pour +leur en garantir la plénitude.</p> + +<p>Sur ce, nous prions Dieu, mon frère, qu'il vous ait en sa +sainte et digne garde.</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Au palais de Saint-Cloud, le 21 septembre 1806.</p> + +<p class="milieu"><i>A.S.M. le roi de Bavière.</i></p> + +<p>Monsieur mon frère!</p> + +<p>Il y a plus d'un mois que la Prusse arme, et il est connu +de tout le monde qu'elle arme contre la France et contre la +confédération du Rhin. Nous cherchons les motifs sans pouvoir +les pénétrer. Les lettres que S. M. prussienne nous écrit +sont amicales; son ministre des affaires étrangères a notifié, +à notre envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire, +qu'elle reconnaissait la confédération du Rhin, et qu'elle +n'avait rien à objecter contre les arrangemens faits dans le +midi de l'Allemagne.</p> + +<p>Les armemens de la Prusse sont-ils le résultat d'une coalition +avec la Russie, ou seulement des intrigues des différens +partis qui existent à Berlin, et de l'irréflexion, du cabinet? +Ont-ils pour objet de forcer la Hesse, la Saxe et les +villes anséatiques à contracter des liens que ces deux dernières +puissances paraissent ne pas vouloir former? La Prusse +voudrait-elle nous obliger nous-même à nous départir de la +déclaration que nous avons faite, que les villes anséatiques +ne pourront entrer dans aucune confédération particulière; +déclaration fondée sur l'intérêt du commerce de la France et +du midi de l'Allemagne, et sur ce que l'Angleterre nous a +fait connaître que tout changement dans la situation présente +des villes anséatiques, serait un obstacle de plus à la paix +générale? Nous avons aussi déclaré que les princes de la confédération +germanique, qui n'étaient point compris dans la confédération +du Rhin, devaient être maîtres de ne consulter +que leurs intérêts et leurs convenances, qu'ils devaient se regarder +comme parfaitement libres, que nous ne ferions rien +pour qu'ils entrassent dans la confédération du Rhin, mais +que nous ne souffririons pas que qui que ce fût les forçât de +faire ce qui serait contraire à leur volonté, à leur politique, +aux intérêts de leurs peuples. Cette déclaration si juste aurait-elle +blessé le cabinet de Berlin, et voudrait-il nous obliger +à la rétracter! Entre tous ces motifs, quel peut être le +véritable? Nous ne saurions le deviner, et l'avenir seul pourra +révéler le secret d'une conduite aussi étrange qu'elle était +inattendue. Nous avons été un mois sans y faire attention. +Notre impassibilité n'a fait qu'enhardir tous les brouillons +qui veulent précipiter la cour de Berlin dans la lutte la plus +inconsidérée.</p> + +<p>Toutefois, les armemens de la Prusse ont amené le cas prévu +par l'un des articles du traité du 12 juillet, et nous croyons +nécessaire que tous les souverains qui composent la confédération +du Rhin, arment pour défendre ses intérêts, pour garantir +son territoire et en maintenir l'inviolabilité. Au lieu +de 200,000 hommes que la France est obligée de fournir, +elle en fournira 300,000, et nous venons d'ordonner que les +troupes nécessaires pour compléter ce nombre, soient transportées +en poste sur le Bas-Rhin; les troupes de V. M. étant +toujours restées sur le pied de guerre, nous invitons V. M. +à ordonner qu'elles soient mises, sans délai, en état de marche +avec leurs équipages de campagne, et de concourir à la +défense de la cause commune, dont le succès, nous avons lieu +de le croire, répondra à sa justice, si toutefois, contre nos désirs +et contre nos espérances, la Prusse nous met dans la nécessité +de repousser la force par la force.</p> + +<p>Sur ce, nous prions Dieu, mon frère, qu'il vous ait en sa +sainte et digne garde.</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Au quartier impérial de Bamberg, le 6 octobre 1806.</p> + +<p class="milieu"><i>Proclamation à la grande armée.</i></p> + +<p>Soldats,</p> + +<p>«L'ordre pour votre rentrée en France était parti; vous +vous en étiez déjà rapprochés de plusieurs marches. Des fêtes +triomphales vous attendaient, et les préparatifs pour vous recevoir +étaient commencés dans la capitale.</p> + +<p>«Mais, lorsque nous nous abandonnions à cette trop confiante +sécurité, de nouvelles trames s'ourdissaient sous le masque +de l'amitié et de l'alliance. Des cris de guerre se sont fait +entendre à Berlin; depuis deux mois nous sommes provoqués +tous les jours davantage.</p> + +<p>«La même faction, le même esprit de vertige qui, à la +faveur de nos dissensions intestines, conduisit, il y a quatorze +ans, les Prussiens au milieu des plaines de la Champagne, +domine dans leurs conseils. Si ce n'est plus Paris qu'ils +veulent brûler et renverser jusque dans ses fondemens, c'est, +aujourd'hui, leurs drapeaux qu'ils se vantent de planter dans +les capitales de nos alliés; c'est la Saxe qu'ils veulent obliger +à renoncer, par une transaction honteuse, à son indépendance, +en la rangeant au nombre de leurs provinces; c'est +enfin vos lauriers qu'ils veulent arracher de votre front. Ils +veulent que nous évacuions l'Allemagne à l'aspect de leur armée! +les insensés!!! Qu'ils sachent donc qu'il serait mille +fois plus facile de détruire la grande capitale que de flétrir +l'honneur des enfans du grand-peuple et de ses alliés. Leurs +projets furent confondus alors; ils trouvèrent dans les plaines +de la Champagne la défaite, la mort et la honte: mais les +leçons de l'expérience s'effacent, et il est des hommes chez +lesquels le sentiment de la haine et de la jalousie ne meurt +jamais.</p> + +<p>«Soldats, il n'est aucun de vous qui veuille retourner en +France par un autre chemin que par celui de l'honneur. Nous +ne devons y rentrer que sous des arcs de triomphe.</p> + +<p>«Eh quoi! aurions-nous donc bravé les saisons, les mers, +les déserts; vaincu l'Europe plusieurs fois coalisée contre +nous; porté notre gloire de l'orient à l'occident, pour retourner +aujourd'hui dans notre patrie comme des transfuges, +après avoir abandonné nos alliés, et pour entendre dire que +l'aigle française a fui épouvantée à l'aspect des armées prussiennes... +Mais déjà ils sont arrivés sur nos avant-postes...</p> + +<p>«Marchons donc, puisque la modération n'a pu les faire +sortir de cette étonnante ivresse. Que l'armée prussienne +éprouve le même sort qu'elle éprouva il y a quatorze ans! +qu'ils apprennent que s'il est facile d'acquérir un accroissement +de domaines et de puissance avec l'amitié du grand-peuple, +son inimitié (qu'on ne peut provoquer que par l'abandon +de tout esprit de sagesse et de raison) est plus terrible +que les tempêtes de l'Océan.</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Au quartier impérial de Bamberg, le 7 octobre 1806.</p> + +<p class="milieu"><i>Au sénat conservateur.</i></p> + +<p>«Sénateurs,</p> + +<p>«Nous avons quitté notre capitale, pour nous rendre au +milieu de notre armée d'Allemagne, dès l'instant que nous +avons su avec certitude qu'elle était menacée sur ses flancs +par des mouvemens inopinés. A peine arrivé sur les frontières +de nos états, nous avons eu lieu de reconnaître combien +notre présence y était nécessaire, et de nous applaudir des +mesures défensives que nous avons prises avant de quitter le +centre de notre empire. Déjà les armées prussiennes, portées +au grand complet de guerre, s'étaient ébranlées de toutes +parts; elles avaient dépassé leurs frontières, la Saxe était +envahie, et le sage prince qui gouverne était forcé d'agir contre +sa volonté, contre l'intérêt de ses peuples. Les armées +prussiennes étaient arrivées devant les cantonnemens de nos +troupes. Des provocations de toutes espèces, et mêmes des +voies de fait avaient signalé l'esprit de haine qui animait nos +ennemis, et la modération de nos soldats, qui, tranquilles à +l'aspect de tous ces mouvemens, étonnés seulement de ne +recevoir aucun ordre, se reposaient dans la double confiance +que donnent le courage et le bon droit. Notre premier devoir a +été de passer le Rhin nous-même, de former nos camps, +et de faire entendre le cri de guerre. Il a retenti au coeur de +tous nos guerriers. Des marches combinées et rapides les ont +portés en un clin-d'oeil au lieu que nous leur avons indiqué. +Tous nos camps sont formés; nous allons marcher contre +les armées prussiennes, et repousser la force par la force. +Toutefois, nous osons le dire, notre coeur est péniblement +affecté de cette prépondérance constante qu'obtient en Europe +le génie du mal, occupé sans cesse à traverser les desseins +que nous formons pour la tranquillité de l'Europe, le +repos et le bonheur de la génération présente, assiégeant tous +les cabinets par tous les genres de séductions, et égarant ceux +qu'il n'a pu corrompre, les aveuglant sur leurs véritables intérêts, +et les lançant au milieu des partis, sans autre guide +que les passions qu'il a su inspirer. Le cabinet de Berlin lui-même +n'a point choisi avec délibération le parti qu'il prend; +il y a été jeté avec art et une malicieuse adresse. Le roi s'est +trouvé tout-à-coup à cent lieues de sa capitale, aux frontières +de la confédération du Rhin, au milieu de son armée et +vis-à-vis des troupes françaises dispersées dans leurs cantonnemens, +et qui croyaient devoir compter sur les liens qui unissaient +les deux états, et sur les protestations prodiguées en +toutes circonstances par la cour de Berlin. Dans une guerre +aussi juste, où nous ne prenons les armes que pour nous défendre, +que nous n'avons provoquée par aucun acte, par aucune +prétention, et dont il nous serait impossible d'assigner +la véritable cause, nous comptons entièrement sur l'appui des +lois et sur celui des peuples, que les circonstances appellent +à nous donner de nouvelles preuves de leur dévouement et +de leur courage. De notre côté, aucun sacrifice personnel ne +nous sera pénible, aucun danger ne nous arrêtera, toutes les +fois qu'il s'agira d'assurer les droits, l'honneur et la prospérité +de nos peuples.</p> + +<p>«Donné en notre quartier-impérial de Bamberg, le 7 octobre +1806.</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Bamberg, le 8 octobre 1806.</p> + +<p class="milieu"><i>Premier bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>La paix avec la Russie, conclue et signée le 20 juillet, des +négociations avec l'Angleterre, entamées et presque conduites +à leur maturité, avaient porté l'alarme à Berlin. Les bruits +vagues qui se multiplièrent, et la conscience des torts de ce +cabinet envers toutes les puissances qu'il avait successivement +trahis, le portèrent à ajouter croyance aux bruits répandus +qu'un des articles secrets du traité conclu avec la Russie, donnait +la Pologne au prince Constantin, avec le titre de roi; la +Silésie à l'Autriche, en échange de la portion autrichienne +de la Pologne, et le Hanovre à l'Angleterre. Il se persuada +enfin que ces trois puissances étaient d'accord avec la France, +et que de cet accord résultait un danger imminent pour la +Prusse.</p> + +<p>Les torts de la Prusse envers la France remontaient à des +époques fort éloignées. La première, elle avait armé pour +profiter de nos dissensions intestines. On la vit ensuite courir +aux armes au moment de l'invasion du duc d'Yorck en Hollande; +et, lors des événemens de la guerre, quoiqu'elle n'eût +aucun motif de mécontentement contre la France, elle arma +de nouveau, et signa, le 1er octobre 1805, ce fameux traité +de Potsdam, qui fut, un mois après, remplacé par le traité +de Vienne.</p> + +<p>Elle avait des torts envers la Russie, qui ne peut oublier +l'inexécution du traité de Potsdam et la conclusion subséquente +du traité de Vienne.</p> + +<p>Ses torts envers l'empereur d'Allemagne et le corps germanique, +plus nombreux et plus anciens, ont été connus de +tous les temps. Elle se tint toujours en opposition avec la +diète. Quand le corps germanique était en guerre, elle était +en paix avec ses ennemis. Jamais ses traités avec l'Autriche +ne recevaient d'exécution, et sa constante étude était d'exciter +les puissances au combat, afin de pouvoir, au moment de la +paix, venir recueillir les fruits de son adresse et de leurs succès.</p> + +<p>Ceux qui supposeraient que tant de versatilité tient à un +défaut de moralité de la part du prince, seraient dans une +grande erreur. Depuis quinze ans, la cour de Berlin est une +arène où les partis se combattent et triomphent tour à tour; +l'un veut la guerre, et l'autre veut la paix. Le moindre événement +politique, le plus léger incident donne l'avantage à +l'un ou à l'autre, et le roi, au milieu de ce mouvement des +passions opposées, au sein de ce dédale d'intrigues, flotte +incertain sans cesser un moment d'être honnête homme.</p> + +<p>Le 11 août, un courrier de M. le marquis de Lucchesini +arriva à Berlin, et y porta, dans les termes les plus positifs, +l'assurance de ces prétendues dispositions par lesquelles la +France et la Russie seraient convenues, par le traité du 20 +juillet, de rétablir le royaume de Pologne, et d'enlever la Silésie +à la Prusse. Les partisans de la guerre s'enflammèrent +aussitôt; ils firent violence aux sentimens personnels du roi; +quarante courriers partirent dans une seule nuit, et l'on courut +aux armes.</p> + +<p>La nouvelle de cette explosion soudaine parvint à Paris +le 20 du même mois. On plaignit un allié si cruellement +abusé; on lui donna sur-le-champ des explications, des assurances +précises, et comme une erreur manifeste était le +seul motif de ces armemens imprévus, on espéra que la réflexion +calmerait une effervescence aussi peu motivée.</p> + +<p>Cependant le traité signé à Paris, ne fut pas ratifié à Saint-Pétersbourg, +et des renseignemens de toute espèce ne tardèrent +pas à faire connaître à la Prusse, que M. le marquis de Lucchesini +avait puisé ses renseignemens dans les réunions les plus suspectes +de la capitale, et parmi les hommes d'intrigues qui composaient +sa société habituelle. En conséquence il fut rappelé, +on annonça pour lui succéder M. le baron de Knobelsdorff, +homme d'un caractère plein de droiture et de franchise, et +d'une moralité parfaite.</p> + +<p>Cet envoyé extraordinaire arriva bientôt à Paris, porteur +d'une lettre du roi de Prusse, datée du 23 août.</p> + +<p>Cette lettre était remplie d'expressions obligeantes et de +déclarations pacifiques, et l'empereur y répondit d'une manière +franche et rassurante.</p> + +<p>Le lendemain du jour où partit le courrier porteur de +cette réponse, on apprit que des chansons outrageantes pour +la France avaient été chantées sur le théâtre de Berlin; +qu'aussitôt après le départ de M. de Knobelsdorff les armemens +avaient redoublé, et que, quoique les hommes demeurés +de sang-froid eussent rougi de ces fausses alarmes, le parti +de la guerre soufflant la discorde de tous côtés, avait si bien +exalté toutes les tètes que le roi se trouvait dans l'impuissance +de résister au torrent.</p> + +<p>On commença dès-lors à comprendre à Paris, que le parti +de la paix ayant lui-même été alarmé par des assurances mensongères +et des apparences trompeuses, avait perdu tous ses +avantages, tandis que le parti de la guerre mettant à profit +l'erreur dans laquelle ses adversaires s'étaient laissé entraîner, +avait ajouté provocation à provocation, et accumulé insulte +sur insulte, et que les choses étaient arrivées à un tel +point, qu'on ne pourrait sortir de cette situation que par la +guerre.</p> + +<p>L'empereur vit alors que telle était la force des circonstances, +qu'il ne pouvait éviter de prendre les armes contre +son allié. Il ordonna ses préparatifs.</p> + +<p>Tout marchait à Berlin avec une grande rapidité: les +troupes prussiennes entrèrent en Saxe, arrivèrent sur les +frontières de la confédération, et insultèrent les avant-postes.</p> + +<p>Le 24 septembre, la garde impériale partit de Paris pour +Bamberg, où elle est arrivée le 6 octobre. Les ordres furent +expédiés pour l'armée, et tout se mit en mouvement.</p> + +<p>Ce fut le 25 septembre que l'empereur quitta Paris; le 28 +il était à Mayence, le 2 octobre à Wurtzbourg, et le 6 à +Bamberg.</p> + +<p>Le même jour, deux coups de carabine furent tirés par +les hussards prussiens sur un officier de l'état-major français. +Les deux armées pouvaient se considérer comme en présence.</p> + +<p>Le 7, S. M. l'empereur reçut un courrier de Mayence, dépêché +par le prince de Bénévent, qui était porteur de deux +dépêches importantes: l'une était une lettre du roi de Prusse, +d'une vingtaine de pages, qui n'était réellement qu'un mauvais +pamphlet contre la France, dans le genre de ceux que +le cabinet anglais fait faire par ses écrivains à cinq cents livres +sterling par an. L'Empereur n'en acheva point la lecture, et +dit aux personnes qui l'entouraient: «Je plains mon frère le +roi de Prusse, il n'entend pas le français, il n'a sûrement +pas lu cette rapsodie.» A cette lettre était jointe la célèbre +note de M. Knobelsdorff. «Maréchal, dit l'Empereur au +maréchal Berthier, on nous donne un rendez-vous d'honneur +pour le 8; jamais un Français n'y a manqué; mais comme on +dit qu'il y a une belle reine qui veut être témoin des combats, +soyons courtois, et marchons, sans nous coucher, pour la +Saxe.» L'empereur avait raison de parler ainsi, car la reine +de Prusse est à l'armée, habillée en amazone, portant l'uniforme +de son régiment de dragons, écrivant vingt lettres par +jour pour exciter de toute part l'incendie. Il semble voir Armide +dans son égarement, mettant le feu à son propre palais; +après elle le prince Louis de Prusse, jeune prince plein de +bravoure et de courage, excité par le parti, croit trouver +une grande renommée dans les vicissitudes de la guerre. A +l'exemple de ces deux grands personnages, toute la cour crie +à la guerre; mais quand la guerre se sera présentée, avec +toutes ses horreurs, tout le monde s'excusera d'avoir été coupable, +et d'avoir attiré la foudre sur les provinces paisibles +du Nord; alors par une suite naturelle des inconséquences +des gens de cour, ou verra les auteurs de la guerre, non seulement +la trouver insensée, s'excuser de l'avoir provoquée, +et dire qu'ils la voulaient, mais dans un autre temps; mais +même en faire retomber le blâme sur le roi, honnête homme, +qu'ils ont rendu la dupe de leurs intrigues et de leurs artifices.</p> + +<p>Voici la disposition de l'armée française:</p> + +<p>L'armée doit se mettre en marche par trois débouchés.</p> + +<p>La droite, composée des corps des maréchaux Soult et Ney +et d'une division des Bavarois, part d'Amberg et de Nuremberg, +se réunit à Bayreuth, et doit se porter sur Hoff, où elle +arrivera le 9.</p> + +<p>Le centre, composé de la réserve du grand-duc de Berg, +du corps du maréchal prince de Ponte-Corvo et du maréchal +Davoust, et de la garde impériale, débouche par Bamberg +sur Cronach, arrivera le 8 à Saalbourg, et de là se portera +par Saalbourg et Schleitz sur Géra.</p> + +<p>La gauche, composée des corps des maréchaux Lannes et +Augereau, doit se porter de Schwenfurth sur Cobourg, Graffental +et Saalfed.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">De mon camp impérial de Géra, le 12 octobre 1806.</p> + +<p class="milieu"><i>Au roi de Prusse.</i></p> + +<p>«Monsieur mon frère,<br><br> Je n'ai reçu que le 7 la lettre de +V. M., du 25 septembre. Je suis fâché qu'on lui ait fait signer +cette espèce de pamphlet<a id="footnotetag3" name="footnotetag3"></a><a href="#footnote3"><sup>3</sup></a>. Je ne lui réponds que pour +lui protester que jamais je n'attribuerai à elle les choses qui +y sont contenues; toutes sont contraires à son caractère et à +l'honneur de tous deux. Je plains et dédaigne les rédacteurs +d'un pareil ouvrage. J'ai reçu immédiatement après la note +de son ministre, du 1er octobre. Elle m'a donné rendez-vous +le 8: en bon chevalier, je lui ai tenu parole; je suis au milieu +de la Saxe. Qu'elle m'en croie, j'ai des forces telles que +toutes ses forces ne peuvent balancer longtemps la victoire. +Mais pourquoi répandre tant de sang? A quel but? Je tiendrai +à V. M. le même langage que j'ai tenu à l'empereur +Alexandre deux jours avant la bataille d'Austerlitz. Fasse le +ciel que des hommes vendus ou fanatisés, plus les ennemis +d'elle et de son règne, qu'ils ne sont les miens et de ma +nation, ne lui donnent pas les mêmes conseils pour la faire +arriver au même résultat!</p> + +<p>«Sire, j'ai été ami de V. M. depuis six ans. Je ne veux point +profiter de cette espèce de vertige qui anime ses conseils, et +qui lui ont fait commettre des erreurs politiques dont l'Europe +est encore tout étonnée, et des erreurs militaires de +l'énormité desquelles l'Europe ne tardera pas à retentir. Si elle +m'eût demandé des choses possibles, par sa note, je les lui +eusse accordées; elle a demandé mon déshonneur, elle devait +être certaine de ma réponse. La guerre est donc faite entre +nous, l'alliance rompue pour jamais. Mais pourquoi faire +égorger nos sujets? Je ne prise point une victoire qui sera +achetée par la vie d'un bon nombre de mes enfans. Si j'étais +à mon début dans la carrière militaire, et si je pouvais +craindre les hasards des combats, ce langage serait tout à +fait déplacé. Sire, votre majesté sera vaincue; elle aura +compromis le repos de ses jours, l'existence de ses sujets +sans l'ombre d'un prétexte. Elle est aujourd'hui intacte, et +peut traiter avec moi d'une manière conforme à son rang; +elle traitera avant un mois dans une situation différente. +Elle s'est laissé aller à des irritations qu'on a calculées et +préparées avec art; elle m'a dit qu'elle m'avait souvent rendu +des services; eh bien! je veux lui donner la plus grande +preuve du souvenir que j'en ai; elle est maîtresse de sauver +à ses sujets les ravages et les malheurs de la guerre; à peine +commencée, elle peut la terminer, et elle fera une chose dont +l'Europe lui saura gré. Si elle écoute les furibonds qui, il y +a quatorze ans, voulaient prendre Paris, et qui aujourd'hui +l'ont embarquée dans une guerre, et immédiatement après +dans des plans offensifs également inconcevables, elle fera à +son peuple un mal que le reste de sa vie ne pourra guérir. +Sire, je n'ai rien à gagner contre V. M.; je ne veux rien et +n'ai rien voulu d'elle; la guerre actuelle est une guerre impolitique. +Je sens que peut-être j'irrite dans cette lettre une +certaine susceptibilité naturelle à tout souverain; mais les circonstances +ne demandent aucun ménagement; je lui dis les +choses comme je les pense; et d'ailleurs, que V. M. me permette +de le lui dire, ce n'est pas pour l'Europe une grande +découverte que d'apprendre que la Francs est du triple plus +populeuse et aussi brave et aguerrie que les États de V. M. +Je ne lui ai donné aucun sujet réel de guerre. Qu'elle ordonne +à cet essaim de malveillans et d'inconsidérés de se taire à +l'aspect de son trône dans le respect qui lui est dû; et qu'elle +rende la tranquillité à elle et à ses États. Si elle ne retrouve +plus jamais en moi un allié, elle retrouvera un homme désireux +de ne faire que des guerres indispensables à la politique +de mes peuples, et de ne point répandre le sang dans une +lutte avec des souverains qui n'ont avec moi aucune opposition +d'industrie, de commerce et de politique. Je prie V. M. +de ne voir dans cette lettre que le désir que j'ai d'épargner +le sang des hommes, et d'éviter à une nation qui, géographiquement, +ne saurait être ennemie de la mienne, l'amer +repentir d'avoir trop écouté des sentimens éphémères qui +s'excitent et se calment avec tant de facilité parmi les peuples. +«Sur ce, je prie Dieu, monsieur mon frère, qu'il vous ait +en sa sainte et digne garde.</p> + +<p>«De votre majesté, le bon frère,</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote3" name="footnote3"></a><b>Note 3:</b><a href="#footnotetag3"> (retour) </a> Ceci a rapport à une lettre du roi de Prusse, composée de +vingt pages, véritable rapsodie, et que très-certainement le roi n'a pu +ni lire ni comprendre. Nous ne pouvons l'imprimer, attendu que tout ce +qui tient à la correspondance particulière des souverains, reste dans le +portefeuille de l'empereur, et ne vient point à la connaissance du public. +Si nous publions celle de S. M., c'est parce que beaucoup d'exemplaires +en ayant été faits au quartier-général des Prussiens, où on la trouve +très-belle, une copie en est tombée entre nos mains. (<i>Moniteur</i>)</blockquote> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Auma, le 13 octobre 1806.</p> + +<p class="milieu"><i>Deuxième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>L'empereur est parti de Bamberg le 8 octobre, à trois +heures du matin, et est arrivé à neuf heures à Cronach. Sa +majesté a traversé la forêt de Franconie à la pointe du +jour du 9, pour se rendre a Ebersdorff, et de là elle s'est +portée sur Schleitz, où elle a assisté au premier combat de +la campagne. Elle est revenue coucher à Ebersdorff, en est +repartie le 10 pour Schleitz, et est arrivée le 11 à Auma, où +elle a couché après avoir passé la journée à Gera. Le quartier-général +part dans l'instant même pour Gera. Tous les ordres +de l'empereur ont été parfaitement exécutés.</p> + +<p>Le maréchal Soult se portait le 7 à Bayreuth, se présentait +le 9 à Hoff, a enlevé tous les magasins de l'ennemi, lui a fait +plusieurs prisonniers, et s'est porté sur Planen le 10.</p> + +<p>Le maréchal Ney a suivi son mouvement à une demi-journée +de distance.</p> + +<p>Le 8, le grand duc de Berg a débouché avec la cavalerie +légère, de Cronach, et s'est porté devant Saalbourg, ayant +avec lui le vingt-cinquième régiment d'infanterie légère. Un +régiment prussien voulut défendre le passage de la Saale; +après une canonnade d'une demi-heure, menacé d'être tourné, +il a abandonné apposition et la Saale.</p> + +<p>Le 9, le grand duc de Berg se porta sur Schleitz; un +général prussien y était avec dix mille hommes. L'empereur +y arriva à midi, et chargea le maréchal prince de Ponte-Corvo +d'attaquer et d'enlever le village, voulant l'avoir avant la fin +du jour. Le maréchal fit ses dispositions, se mit à la tête de +ses colonnes; le village fut enlevé et l'ennemi poursuivi. Sans +la nuit, la plus grande partie de cette division eût été prise. +Le général Walter, avec le quatrième régiment de hussards +et le cinquième régiment de chasseurs, fit une belle charge +de cavalerie contre trois régimens prussiens; quatre compagnies +du vingt-septième d'infanterie légère se trouvant en +plaine, furent chargées par les hussards prussiens; mais +ceux-ci virent comme l'infanterie française reçoit la cavalerie +prussienne. Deux cents cavaliers prussiens restèrent sur le +champ de bataille. Le général Maisons commandait l'infanterie +légère. Un colonel ennemi fut tué, deux pièces de canon +prises, trois cents hommes furent faits prisonniers, et quatre +cents tués. Notre perte a été de peu d'hommes; l'infanterie +prussienne a jeté ses armes, et a fui, épouvantée, devant les +baïonnettes françaises. Le grand-duc de Berg était au milieu +des charges, le sabre à la main.</p> + +<p>Le 10, le prince de Ponte-Corvo a porté son quartier-général +à Auma; le 11, le grand-duc de Berg est arrivé à +Gera. Le général de brigade Lasalle, de la cavalerie de réserve, +a culbuté l'escorte des bagages ennemis; cinq cents +caissons et voitures de bagage ont été pris par les hussards +français. Notre cavalerie légère est couverte d'or. Les équipages +de pont et plusieurs objets importans font partie du +convoi.</p> + +<p>La gauche a eu des succès égaux. Le maréchal Lannes est +entré à Cobourg le 8, se portait le 9 sur Graffenthal. Il a +attaqué, le 10, à Saalfeld, l'avant-garde du prince Hohenlohe, +qui était commandée par le prince Louis de Prusse, un +des champions de la guerre. La canonnade n'a duré que deux +heures; la moitié de la division du général Suchet a seule +donné. La cavalerie prussienne a été culbutée par les neuvième +et dixième régimens d'hussards; l'infanterie prussienne +n'a pu conserver aucun ordre de retraite; partie a été culbutée +dans un marais, partie dispersée dans les bois. On a fait mille +prisonniers, six cents hommes sont restés sur le champ de +bataille; trente pièces de canon sont tombées au pouvoir de +l'armée.</p> + +<p>Voyant ainsi la déroute de ses gens, le prince Louis de +Prusse, en brave et loyal soldat, se prit corps à corps avec +un maréchal-des-logis du dixième régiment de hussards. <i>Rendez +vous, colonel,</i> lui dit le hussard, <i>ou vous êtes mort.</i> Le +prince lui répondit par un coup de sabre; le maréchal-des-logis +riposta par un coup de pointe, et le prince tomba mort. +Si les derniers instans de sa vie ont été ceux d'un mauvais +citoyen, sa mort est glorieuse et digne de regrets. Il est mort +comme doit désirer de mourir tout bon soldat. Deux de ses +aides-de-camp ont été tués à ses côtés. Ou a trouvé sur lui +des lettres de Berlin, qui font voir que le projet de l'ennemi +était d'attaquer incontinent, et que le parti de la guerre, à +la tête duquel étaient le jeune prince et la reine, craignait toujours +que les intentions pacifiques du roi, et l'amour qu'il +porte à ses sujets ne lui fissent adopter des tempéramens, et ne +déjouassent leurs cruelles espérances. On peut dire que les +premiers coups de la guerre ont tué un de ses auteurs.</p> + +<p>Dresde ni Berlin ne sont couverts par aucun corps d'armée. +Tournée par sa gauche, prise en flagrant délit au moment +où elle se livrait aux combinaisons les plus hasardées, +l'armée prussienne se trouve, dès le début, dans une position +assez critique. Elle occupe Eisenach, Gotha, Erfurt, Weimar. +Le 12, l'armée française occupe Saalfed et Gera, et +marche sur Naumbourg et Jena. Des coureurs de l'armée +française inondent la plaine de Leipsick.</p> + +<p>Toutes les lettres interceptées peignent le conseil du roi +déchiré par des opinions différentes, toujours délibérant et +jamais d'accord. L'incertitude, l'alarme et l'épouvante paraissent +déjà succéder à l'arrogance, à l'inconsidération et à +la folie.</p> + +<p>Hier 11, en passant à Gera devant le vingt-septième régiment +d'infanterie légère, l'empereur a chargé le colonel de +témoigner sa satisfaction à ce régiment, sur sa bonne conduite.</p> + +<p>Dans tous ces combats, nous n'avons à regretter aucun +officier de marque: le plus élevé en grade est le capitaine +Campobasso, du vingt-septième régiment d'infanterie légère, +brave et loyal officier. Nous n'avons pas eu quarante hommes +tués et soixante blessés.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Gera, le 13 octobre 1806.</p> + +<p class="milieu"><i>Troisième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Le combat de Schleitz, qui a ouvert la campagne, et qui +a été très-funeste à l'armée prussienne, celui de Saalfeld +qui l'a suivi le lendemain, ont porté la consternation chez +l'ennemi. Toutes les lettres interceptées disent que la consternation +est à Erfurt, où se trouvent encore le roi et la reine, +le duc de Brunswick, etc.; qu'on discute sur le parti à prendre +sans pouvoir s'accorder. Mais pendant qu'on délibère, +l'armée française marche. A cet esprit d'effervescence, à cette +excessive jactance, commencent à succéder des observations +critiques sur l'inutilité de cette guerre, sur l'injustice de s'en +prendre à la France, sur l'impossibilité d'être secouru, sur +la mauvaise volonté des soldats, sur ce qu'on n'a pas fait +ceci, et mille et une autres observations qui sont toujours +dans la bouche de la multitude, lorsque les princes sont assez +faibles pour la consulter sur les grands intérêts politiques au-dessus +de sa portée.</p> + +<p>Cependant, le 12 au soir, les coureurs de l'armée française +étaient aux portes de Leipsick; le quartier-général du grand-duc +de Berg, entre Zeist et Leipzick; celui du prince de +Ponte-Corvo, à Zeist; le quartier impérial à Gera; la garde +impériale et le corps d'armée du maréchal Soult, à Gera; +le corps d'armée du maréchal Ney, à Neustadt; en première +ligne, le corps d'armée du maréchal Davoust, à Naumbourg, +celui du maréchal Lannes, à Jena; celui du maréchal Augereau, +à Kala. Le prince Jérôme, auquel l'empereur a confié +le commandement des alliés et d'un corps de troupes bavaroises, +est arrivé à Schleitz, après avoir fait bloquer le fort +de Culenbach par un régiment.</p> + +<p>L'ennemi, coupé a Dresde, était encore le 11 à Erfurt, et +travaillait à réunir ses colonnes qu'il avait envoyées sur Cassel +et Wurtzbourg, dans des projets offensifs; voulant ouvrir la +campagne par une invasion en Allemagne. Le Weser, où il +avait construit des batteries, la Saale qu'il prétendait également +défendre, et les autres rivières, sont tournées à-peu-près +comme le fut l'Iller l'année passée; de sorte que l'armée +française borde la Saale, ayant le dos à l'Elbe et marchant +sur l'armée prussienne qui, de son côté, a le dos sur le Rhin, +position assez bizarre, d'où doivent naître dès événemens d'une +grande importance.</p> + +<p>Le temps, depuis notre entrée en campagne, est superbe, +le pays abondant, le soldat plein de vigueur et de santé. On +fait des marches de dix lieues, et pas un traîneur; jamais +l'armée n'a été si belle.</p> + +<p>Toutes les intentions du roi de Prusse se trouvent exécutées: +il voulait que le 8 octobre l'armée française eût évacué +le territoire de la confédération, et elle l'avait évacué; mais +au lieu de repasser le Rhin, elle a passé la Saale.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Gera, le 14 octobre 1806.</p> + +<p class="milieu"><i>Quatrième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Les événemens se succèdent avec rapidité. L'armée prussienne +est prise en flagrant délit, ses magasins enlevés: elle +est tournée.</p> + +<p>Le maréchal Davoust est arrivé à Naumbourg le 12, à neuf +heures du soir, y a saisi les magasins de l'armée ennemie, +fait des prisonniers et pris un superbe équipage de 18 pontons +de cuivre attelés.</p> + +<p>Il paraît que l'armée prussienne se met en marche pour gagner +Magdebourg; mais l'armée française a gagné trois marches +sur elle. L'anniversaire des affaires d'Ulm sera célèbre, +dans l'histoire de France.</p> + +<p>Une lettre qui vient d'être interceptée, fait connaître la +vraie situation des esprits, mais cette bataille dont parle +l'officier prussien, aura lieu dans peu de jours. Les résultats +décideront du sort la guerre. Les Français doivent être sans +inquiétude.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Jéna, 15 octobre 1806.</p> + +<p class="milieu"><i>Cinquième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>La bataille de Jéna a lavé l'affront de Rosbach et décidé, +en sept jours, une campagne qui a entièrement calmé cette +frénésie guerrière qui s'était emparée des têtes prussiennes.</p> + +<p>Voici la position de l'armée au 13:</p> + +<p>Le grand-duc de Berg et le maréchal Davoust, avec leurs +corps d'armée, étaient à Naumbourg, ayant des partis sur +Leipsick et Halle.</p> + +<p>Le corps du maréchal prince de Ponte-Corvo était en marche +pour se rendre à Dornbourg.</p> + +<p>Le corps du maréchal Lannes arrivait à Iéna.</p> + +<p>Le corps du maréchal Augereau était en position à Kala.</p> + +<p>Le corps du maréchal Ney était à Roda.</p> + +<p>Le quartier-général, à Gera.</p> + +<p>L'empereur, en marche pour se rendre à Jéna.</p> + +<p>Le corps du maréchal Soult, de Gera était en marche pour +prendre une position plus rapprochée, à l'embranchement des +routes de Naumbourg et d'Jéna.</p> + +<p>Voici la position de l'ennemi:</p> + +<p>Le roi de Prusse voulut commencer les hostilités au 9 octobre, +en débouchant sur Francfort par sa droite, sur Wurtzbourg +par son centre, et sur Bamberg par sa gauche, toutes +les divisions de son armée étaient disposées pour exécuter ce +plan; mais l'armée française tournant sur l'extrémité de sa +gauche, se trouva en peu de jours à Saalbourg, à Lobenstein, +à Schleitz, à Gera, à Naumbourg. L'armée prussienne, +tournée employa, les journées des 9, 10, 11 et 12 à rappeler +tous ses détachemens, et le 13, elle se présenta en bataille +entre Capelsdorf et Auerstaedt, forte de près de cent cinquante +mille hommes.</p> + +<p>Le 13, à deux heures après-midi, l'empereur arriva à Iéna, +et sur un petit plateau qu'occupait notre avant-garde, il aperçut +les dispositions de l'ennemi qui paraissait manoeuvrer +pour attaquer le lendemain, et forcer les divers débouchés de +la Saale. L'ennemi défendait en force, et par une position +inexpugnable, la chaussée de Jéna à Weimar, et paraissait +penser que les Français ne pourraient déboucher dans la +plaine, sans avoir forcé ce passage. Il ne paraissait pas possible +en effet de faire monter de l'artillerie sur le plateau, qui +d'ailleurs était si petit, que quatre bataillons pouvaient à +peine s'y déployer. On fit travailler toute la nuit à un chemin +dans le roc, et l'on parvint à conduire l'artillerie sur la +hauteur.</p> + +<p>Le maréchal Davoust reçut l'ordre de déboucher par Naumbourg +pour défendre les défilés de Koesen si l'ennemi voulait +marcher sur Naumbourg, ou pour se rendre à Apolda pour +le prendre à dos, s'il restait dans la position où il était.</p> + +<p>Le corps du maréchal prince de Ponte-Corvo fut destiné à +déboucher de Dornbourg, pour tomber sur les derrières de +l'ennemi, soit qu'il se portât en force sur Naumbourg, soit +qu'il se portât sur Jéna.</p> + +<p>La grosse cavalerie qui n'avait pas encore rejoint l'armée, +ne pouvait la rejoindre qu'à midi; la cavalerie de la garde +impériale était à trente-six heures de distance, quelque fortes +marches qu'elle eût faites depuis son départ de Paris. Mais il +est des momens à la guerre où aucune considération ne doit +balancer l'avantage de prévenir l'ennemi et de l'attaquer le +premier. L'empereur fit ranger sur le plateau qu'occupait +l'avant-garde, que l'ennemi paraissait avoir négligé, et vis-à-vis +duquel il était en position, tout le corps du maréchal +Lannes; ce corps d'armée fut rangé par les soins du général +Victor, chaque division formant une aile. Le maréchal Lefebvre +fit ranger au sommet la garde impériale en bataillon +carré. L'empereur bivouaqua au milieu de ses braves. La nuit +offrait un spectacle digne d'observation, celui de deux armées +dont l'une déployait son front sur six lieues d'étendue, et +embrasait de ses feux l'atmosphère, l'autre dont les feux apparens +étaient concentrés sur un petit point; et dans l'une et +l'autre armée, de l'activité et du mouvement; les feux des +deux armées étaient à une demi-portée de canon; les sentinelles +se touchaient presque, et il ne se faisait pas un mouvement +qui ne fut entendu.</p> + +<p>Les corps des maréchaux Ney et Soult passaient la nuit en +marche. A la pointe du jour, toute l'armée prit les armes. La +division Gazan était rangée sur trois lignes, sur la gauche +du plateau. La division Suchet formait la droite; la garde impériale +occupait le sommet du monticule; chacun de ces corps +ayant ses canons dans les intervalles. De la ville et des vallées +voisines on avait pratiqué des débouchés qui permettaient +le déploiement le plus facile aux troupes qui n'avaient pu être +placées sur le plateau; car c'était peut-être la première fois +qu'une armée devait passer par un si petit débouché.</p> + +<p>Un brouillard épais obscurcissait le jour. L'empereur passa +devant plusieurs lignes. Il recommanda aux soldats de se +tenir en garde contre cette cavalerie prussienne qu'on peignait +comme si redoutable. Il les fit souvenir qu'il y avait un an +qu'à la même époque ils avaient pris Ulm; que l'armée prussienne, +comme l'armée autrichienne, était aujourd'hui cernée, +ayant perdu sa ligne d'opérations, ses magasins; qu'elle +ne se battait plus dans ce moment pour la gloire, mais pour +sa retraite; que cherchant à faire une trouée sur différens +points, les corps d'armée qui la laisseraient passer, seraient +perdus d'honneur et de réputation. A ce discours animé, le +soldat répondit par des cris de <i>marchons</i>. Les tirailleurs +engagèrent +l'action, la fusillade devint vive. Quelque bonne +que fût la position que l'ennemi occupait, il en fut débusqué, +et l'armée française, débouchant dans la plaine, commença +à prendre son ordre de bataille.</p> + +<p>De son côté, le gros de l'armée ennemie, qui n'avait eu le +projet d'attaquer que lorsque le brouillard serait dissipé, prit +les armes. Un corps de cinquante mille hommes de la gauche, se +posta pour couvrir les défilés de Naumbourg et s'emparer des +débouchés de Koesen; mais il avait déjà été prévenu par le maréchal +Davoust. Les deux autres corps formant une force de +80,000 hommes, se portèrent en avant de l'armée française +qui débouchait du plateau de Jéna. Le brouillard couvrit les +deux armées pendant deux heures, mais enfin il fut dissipé +par un beau soleil d'automne. Les deux armées s'aperçurent +à petite portée de canon. La gauche de l'armée française, appuyée +sur un village et des bois, était commandée par le maréchal +Augereau. La garde impériale la séparait du centre +qu'occupait le maréchal Lannes. La droite était formée par +le corps du maréchal Soult; le maréchal Ney n'avait qu'un +simple corps de trois mille hommes, seules troupes qui fussent +arrivées de son corps d'armée.</p> + +<p>L'armée ennemie était nombreuse et montrait une belle +cavalerie. Ses manoeuvres étaient exécutées avec précision et +rapidité. L'empereur eût désiré retarder de deux heures d'en +venir aux mains, afin d'attendre dans la position qu'il venait +de prendre après l'attaque du matin, les troupes qui devaient +le joindre, et surtout sa cavalerie; mais l'ardeur française +l'emporta. Plusieurs bataillons s'étant engagés, au village de +Hollstedt, il vit l'ennemi s'ébranler pour les en déposter. Le +maréchal Lannes reçut ordre sur-le-champ de marcher en +échelons pour soutenir ce village. Le maréchal Soult avait attaqué +un bois sur la droite; l'ennemi ayant fait un mouvement +de sa droite sur notre gauche, le maréchal Augereau +fut chargé de le repousser; en moins d'une heure, l'action +devint générale; deux cent cinquante ou trois cent mille hommes +avec sept ou huit cents pièces de canon, semaient partout +la mort, et offraient un de ces spectacles rares dans l'histoire. De +part et d'autre, on manoeuvra constamment comme à une parade. +Parmi nos troupes, il n'y eut jamais le moindre désordre, +la victoire ne fut pas un moment incertaine. L'empereur +eut toujours auprès de lui, indépendamment de la garde impériale, +un bon nombre de troupes de réserve pour pouvoir +parer à tout accident imprévu.</p> + +<p>Le maréchal Soult ayant enlevé le bois qu'il attaquait depuis +deux heures, fit un mouvement en avant. Dans cet instant, +on prévint l'empereur que la division de cavalerie française +de réserve commençait à se placer, et que deux divisions +du corps du maréchal Ney se plaçaient en arrière sur le champ +de bataille. On fit alors avancer toutes les troupes qui étaient +en réserve sur la première ligne, et qui, se trouvant ainsi appuyées, +culbutèrent l'ennemi dans un clin-d'oeil, et le mirent +en pleine retraite. Il la fit en ordre pendant la première heure; +mais elle devint un affreux désordre du moment que nos divisions +de dragons et nos cuirassiers, ayant le grand-duc de +Berg à leur tête, purent prendre part à l'affaire. Ces braves +cavaliers, frémissant de voir la victoire décidée sans eux, se +précipitèrent partout où ils rencontrèrent l'ennemi. La cavalerie, +l'infanterie prussienne ne purent soutenir leur choc. +En vain l'infanterie ennemie se forma en bataillons carrés, +cinq de ces bataillons furent enfoncés; artillerie, cavalerie, +infanterie, tout fut culbuté et pris. Les Français arrivèrent à +Weimar en même temps que l'ennemi, qui fut ainsi poursuivi +pendant l'espace de six lieues.</p> + +<p>A notre droite, le corps du maréchal Davoust faisait des +prodiges. Non-seulement il contint, mais mena battant pendant +plus de trois lieues, le gros des troupes ennemies qui devait +déboucher du côté de Koesen. Ce maréchal a déployé une +bravoure distinguée et de la fermeté de caractère, première +qualité d'un homme de guerre. Il a été secondé par les généraux +Gudin, Friant, Morand, Daultanne, chef de l'état-major, +et par la rare intrépidité de son brave corps d'armée.</p> + +<p>Les résultats de la bataille sont trente à quarante mille prisonniers; +il en arrive à chaque moment; vingt-cinq à trente drapeaux, +trois cents pièces de canon, des magasins immenses de +subsistances. Parmi les prisonniers, se trouvent plus de vingt généraux, +dont plusieurs lieutenants-généraux, entr'autres le lieutenant-général +Schmettau. Le nombre des morts est immense +dans l'armée prussienne. On compte qu'il y a plus de vingt mille +tués ou blessés; le feld-maréchal Mollendorff a été blessé; le duc +de Brunswick a été tué; le général Rüchel a été tué; le prince +Henri de Prusse grièvement blessé. Au dire des déserteurs, +des prisonniers et des parlementaires, le désordre et la consternation +sont extrêmes dans les débris de l'armée ennemie.</p> + +<p>De notre côté, nous n'avons à regretter parmi les généraux +que la perte du général de brigade de Billy, excellent soldat; +parmi les blessés, le général de brigade Conroux. Parmi les +colonels morts, les colonels Vergès, du douzième régiment +d'infanterie de ligne; Lamotte, du trente-sixième; Barbenègre, +du neuvième de hussards; Marigny, du vingtième de +chasseurs; Harispe, du seizième d'infanterie légère; Dulembourg, +du premier de dragons; Nicolas, du soixante-unième +de ligne; Viala, du quatre-vingt-unième; Higonet, du cent-huitième.</p> + +<p>Les hussards et les chasseurs ont montré dans cette journée +une audace digne des plus grands éloges. La cavalerie +prussienne n'a jamais tenu devant eux; et toutes les charges +qu'ils ont faites devant l'infanterie, ont été heureuses.</p> + +<p>Nous ne parlons pas de l'infanterie française; il est reconnu +depuis long-temps que c'est la meilleure infanterie du monde. +L'empereur a déclaré que la cavalerie française, après l'expérience +des deux campagnes et de cette dernière bataille, n'avait +pas d'égale.</p> + +<p>L'armée prussienne a dans cette bataille perdu toute retraite +et toute sa ligne d'opérations. Sa gauche, poursuivie par le +maréchal Davoust, opéra sa retraite sur Weimar, dans le +temps que sa droite et son centre se retiraient de Weimar sur +Naumbourg. La confusion fut donc extrême. Le roi a dû +se retirer à travers les champs, à la tête de son régiment de +cavalerie.</p> + +<p>Notre perte est évaluée à mille ou douze cents tués et à +trois mille blessés. Le grand-duc de Berg investit en ce moment +la place d'Erfurth, où se trouve un corps d'ennemis +que commandent le maréchal de Mollendorff et le prince +d'Orange.</p> + +<p>L'état-major s'occupe d'une relation officielle, qui fera +connaître dans tous ses détails cette bataille et les services +rendus par les différens corps d'armée et régimens. Si cela peut +ajouter quelque chose aux titres qu'a l'armée à l'estime et à +la considération de la nation, rien ne pourra ajouter au sentiment +d'attendrissement qu'ont éprouvé ceux qui ont été témoins +de l'enthousiasme et de l'amour qu'elle témoignait à +l'empereur au plus fort du combat. S'il y avait un moment +d'hésitation, le seul cri de vive l'empereur! ranimait les courages +et retrempait toutes les ames. Au fort de la mêlée, l'empereur +voyant ses ailes menacées par la cavalerie, se portait +au galop pour ordonner des manoeuvres et des changemens de +front en carrés; il était interrompu à chaque instant par des +cris de <i>vive l'empereur!</i> La garde impériale à pied voyait +avec un dépit qu'elle ne pouvait dissimuler, tout le monde +aux mains et elle dans l'inaction. Plusieurs voix firent entendre +les mots <i>en avant</i>? «Qu'est-ce? dit l'empereur; ce ne +peut être qu'un jeune homme qui n'a pas de barbe qui peut +vouloir préjuger ce que je dois faire; qu'il attende qu'il ait +commandé dans trente batailles rangées, avant de prétendre +me donner des avis.» C'étaient effectivement des vélites, dont +le jeune courage était impatient de se signaler.</p> + +<p>Dans une mêlée aussi chaude, pendant que l'ennemi perdait +presque tous ses généraux, on doit remercier cette Providence +qui gardait notre armée. Aucun homme de marque n'a +été tué ni blessé. Le maréchal Lannes a eu un biscaïen qui lui +a rasé le poitrine sans le blesser. Le maréchal Davoust a eu son +chapeau emporté et un grand nombre de balles dans ses habits. +L'empereur a toujours été entouré, partout où il a paru, du +prince de Neufchâtel, du maréchal Bessières, du grand maréchal +du palais, Duroc, du grand-écuyer Caulincourt, et de +ses aides-de-camp et écuyers de service. Une partie de l'armée +n'a pas donné, ou est encore sans avoir tiré un coup de +fusil.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">De notre camp impérial de Weimar, le 15 octobre 1806.</p> + +<p class="milieu"><i>Aux archevêques et évêques de l'empire.</i></p> + +<p>«Monsieur l'évêque, le succès que nous venons de remporter +sur nos ennemis, avec l'aide de la divine providence, +imposent à nous et à notre peuple l'obligation d'en rendre +au Dieu des armées de solennelles actions de graces. Vous +avez vu, par la dernière note du roi de Prusse, la nécessité +où nous nous sommes trouvé de tirer l'épée pour défendre +le bien le plus précieux de notre peuple, l'honneur. Quelque +répugnance que nous ayons eue, nous avons été poussé à +bout par nos ennemis; ils ont été battus et confondus. Au +reçu de la présente, veuillez donc réunir nos peuples dans +les temples, chanter un <i>Te Deum</i>, et ordonner des prières +pour remercier Dieu de la prospérité qu'il a accordée à nos +armes. Cette lettre n'étant pas à une autre fin, je prie Dieu, +M. l'évêque, qu'il vous ait en sa sainte garde.»</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Weimar, le 15 octobre 1806.</p> + +<p class="milieu"><i>Sixième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Six mille Saxons et plus de trois cents officiers ont été faits +prisonniers. L'empereur a fait réunir les officiers, et leur a dit +qu'il voyait avec peine que leur armée lui faisait la guerre; +qu'il n'avait pris les armes que pour assurer l'indépendance +de la nation saxonne, et s'opposer à ce qu'elle fût incorporée +à la monarchie prussienne; que son intention était, de les renvoyer +tous chez eux s'il donnait leur parole de ne jamais servir +contre la France; que leur souverain, dont il reconnaissait +les qualités, avait été d'une extrême faiblesse en cédant ainsi +aux menaces des Prussiens, et en les laissant entrer sur son territoire; +mais qu'il fallait que tout cela finît; que les Prussiens +restassent en Prusse, et qu'ils ne se mêlassent en rien des affaires +de l'Allemagne; que les Saxons devaient se trouver réunis +dans la confédération du Rhin, sous la protection de la +France, protection qui n'était pas nouvelle, puisque depuis +deux cents ans, sans la France, ils eussent été envahis par +l'Autriche, ou par la Prusse; que l'empereur n'avait pris les +armes que lorsque la Prusse avait envahi la Saxe; qu'il fallait +mettre un terme à ces violences; que le continent avait besoin +de repos, et que, malgré les intrigues et les basses passions qui +agitent plusieurs cours, il fallait que ce repos existât, dût-il +en coûter la chute de quelques trônes.</p> + +<p>Effectivement tous les prisonniers saxons ont été renvoyés +chez eux avec la proclamation de l'empereur aux Saxons, et +des assurances qu'on n'en voulait point à leur nation.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Weimar, le 16 octobre 1806.</p> + +<p class="milieu"><i>Septième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Le grand-duc de Berg a cerné Erfurth le 15, dans la matinée. +Le 16, la place a capitulé. Par ce moyen, quatorze +mille hommes, dont huit mille blessés et six mille bien portans, +sont devenus prisonniers de guerre, parmi lesquels +sont le prince d'Orange, le feld-maréchal Mollendorff, le +lieutenant-général Larisph, le lieutenant-général Graver, +les généraux majors Leffave et Zveilfel. Un parc de cent vingt +pièces d'artillerie approvisionné est également tombé en notre +pouvoir. On ramasse tous les jours des prisonniers.</p> + +<p>Le roi de Prusse a envoyé un aide-de-camp à l'empereur, +avec une lettre en réponse à celle que l'empereur lui avait +écrite avant la bataille; mais le roi de Prusse n'a répondu +qu'après. Cette démarche de l'empereur Napoléon était pareille +à celle qu'il fit auprès de l'empereur de Russie, avant +la bataille d'Austerlitz; il dit au roi de Prusse: «Le succès +de mes armes n'est point incertain. Vos troupes seront battues; +mais il en coûtera le sang de mes enfans; s'il pouvait être +épargné par quelque arrangement compatible avec l'honneur +de ma couronne, il n'y a rien que je ne fasse pour épargner +un sang si précieux. Il n'y a que l'honneur qui, à mes yeux, +soit encore plus précieux que le sang de mes soldats.»</p> + +<p>Il paraît que les débris de l'armée prussienne se retirent +sur Magdebourg. De toute cette immense et belle armée, il +ne s'en réunira que des débris.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Weimar, le 16 octobre 1806, au soir.</p> + +<p class="milieu"><i>Huitième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Les différens corps d'armée qui sont à la poursuite de +l'ennemi, annoncent à chaque instant des prisonniers, la +prise de bagages, de pièces de canon, de magasins, de munitions +de toute espèce. Le maréchal Davoust vient de prendre +trente pièces de canon; le maréchal Soult, un convoi de trois +mille tonneaux de farine; le maréchal Bernadotte, quinze +cents prisonniers; l'armée ennemie est tellement dispersée et +mêlée avec nos troupes, qu'un de ses bataillons vint se placer +dans un de nos bivouacs, se croyant dans le sien.</p> + +<p>Le roi de Prusse tâche de gagner Magdebourg. Le maréchal +Mollendorf est très-malade à Erfurth, le grand-duc de +Berg lui a envoyé son médecin.</p> + +<p>La reine de Prusse a été plusieurs fois en vue de nos postes; +elle est dans des transes et dans des alarmes continuelles. La +veille, elle avait passé son régiment en revue. Elle excitait +sans cesse le roi et les généraux. Elle voulait du sang, le sang +le plus précieux a coulé. Les généraux les plus marquans +sont ceux sur qui sont tombés les premiers coups.</p> + +<p>Le général de brigade Durosnel a fait, avec les septième +et vingtième de chasseurs, une charge hardie qui a eu le plus +grand effet. Le major du vingtième régiment s'y est distingué. +Le général de brigade Colbert, à la tête du troisième de +hussards et du douzième de chasseurs, a fait sur l'infanterie +ennemie plusieurs charges qui ont eu le plus grand succès.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Weimar, le 17 octobre 1806.</p> + +<p class="milieu"><i>Neuvième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>La garnison d'Erfurth a défilé. On y a trouvé beaucoup +plus de monde qu'on ne croyait. Il y a une grande quantité +de magasins. L'empereur a nommé le général Clarke commandant +de la ville et citadelle d'Erfurth et du pays environnant. +La citadelle d'Erfurth est un bel octogone bastionné, avec +casemates, et bien armé. C'est une acquisition précieuse qui +nous servira de point d'appui au milieu de nos opérations.</p> + +<p>On a dit dans le cinquième bulletin qu'on avait pris vingt-cinq +à trente drapeaux; il y en a jusqu'ici quarante-cinq au +quartier-général. Il est probable qu'il y en aura plus de +soixante. Ce sont des drapeaux donnés par le grand Frédéric +à ses soldats. Celui du régiment des gardes, celui du régiment +de la reine, brodé des mains de cette princesse, se +trouvent du nombre. Il paraît que l'ennemi veut tâcher de se +rallier sur Magdebourg; mais pendant ce temps-là on marche +de tous côtés. Les différens corps de l'armée sont à sa poursuite +par différens chemins. A chaque instant arrivent des +courriers annonçant que des bataillons entiers sont coupés, +des pièces de canon prises, des bagages, etc.</p> + +<p>L'empereur est logé au palais de Weimar, où logeait quelques +jours avant la reine de Prusse. Il paraît que ce qu'on a +dit d'elle est vrai. Elle était ici pour souffler le feu de la +guerre. C'est une femme d'une jolie figure, mais de peu d'esprit, +incapable de présager les conséquences de ce qu'elle +faisait. Il faut aujourd'hui, au lieu de l'accuser, la plaindre, +car elle doit avoir bien des remords des maux qu'elle a faits +à sa patrie, et de l'ascendant qu'elle a exercé sur le roi son +mari, qu'on s'accorde à présenter comme un parfait honnête +homme, qui voulait la paix et le bien de ses peuples.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Naumbourg, le 18 octobre 1806.</p> + +<p class="milieu"><i>Dixième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Parmi les soixante drapeaux qui ont été pris à la bataille +de Jéna, il s'en trouve plusieurs des gardes du roi de Prusse +et un des gardes du corps, sur lequel la légende est écrite en +français.</p> + +<p>Le roi de Prusse a fait demander un armistice de six semaines. +L'empereur a répondu qu'il était impossible, après +une victoire, de donner à l'ennemi le temps de se rallier.</p> + +<p>Cependant les Prussiens ont fait tellement courir ce bruit, +que plusieurs de nos généraux les ayant rencontrés, on leur +a fait croire que cet armistice était conclu.</p> + +<p>Le maréchal Soult est arrivé le 16 à Greussen, poursuivant +devant lui la colonne où était le roi, qu'on estimait forte +de dix ou douze mille hommes. Le général Kalkreuth, qui la +commandait, fit dire au maréchal Soult qu'un armistice avait +été conclu. Ce maréchal répondit qu'il était impossible que +l'empereur eût fait cette faute; qu'il croirait à cet armistice, +lorsqu'il lui aurait été notifié officiellement. Le général Kalkreuth +témoigna le désir de voir le maréchal Soult, qui se +rendit aux avant-postes. «Que voulez-vous de nous, lui dit +le général prussien? le duc de Brunswick est mort, tous nos +généraux sont tués, blessés ou pris, la plus grande partie de +notre armée est en fuite; vos succès sont assez grands. Le roi +a demandé une suspension d'armes, il est impossible que votre +empereur ne l'accorde pas.—Monsieur le général, lui répondit +le maréchal Soult, il y a long-temps qu'on en agit ainsi +avec nous; on en appelle à notre générosité quand on est +vaincu, et on oublie un instant après la magnanimité que +nous avons coutume de montrer. Après la bataille d'Austerlitz, +l'empereur accorda un armistice à l'armée russe; cet armistice +sauva l'armée. Voyez la manière indigne dont agissent +aujourd'hui les Russes. On dit qu'ils veulent revenir: +nous brûlons du désir de les revoir. S'il y avait eu chez eux +autant de générosité que chez nous, on nous aurait laissé +tranquilles enfin, après la modération que nous avons montrée +dans la victoire. Nous n'avons en rien provoqué la guerre +injuste que vous nous faites. Vous l'avez déclarée de gaîté +de coeur; la bataille de Jéna a décidé du sort de la campagne. +Notre métier est de vous faire le plus de mal que nous pourrons. +Posez les armes, et j'attendrai dans cette situation les +ordres de l'Empereur.» Le vieux général Kalkreuth vit bien +qu'il n'avait rien à répondre. Les deux généraux se séparèrent, +et les hostilités recommencèrent un instant après: le +village de Greussen fut enlevé, l'ennemi culbuté et poursuivi +l'épée dans les reins.</p> + +<p>Le grand-duc de Berg et les maréchaux Soult et Ney doivent, +dans les journées des 17 et 18, se réunir par des marches +combinées et écraser l'ennemi. Ils auront sans doute cerné +un bon nombre de fuyards; les campagnes en sont couvertes, +et les routes sont encombrées de caissons et de bagages de +toute espèce.</p> + +<p>Jamais plus grande victoire ne fut signalée par de plus +grands désastres. La réserve que commande le prince Eugène +de Wurtemberg, est arrivée à Halle; ainsi nous ne sommes +qu'au neuvième jour de la campagne, et déjà l'ennemi est +obligé de mettre en avant sa dernière ressource. L'empereur +marche à elle; elle sera attaquée demain, si elle tient dans +la position de Halle.</p> + +<p>Le maréchal Davoust est parti aujourd'hui pour prendre +possession de Leipsick et jeter un pont sur l'Elbe. La garde +impériale à cheval vient enfin nous joindre.</p> + +<p>Indépendamment des magasins considérables trouvés à +Naumbourg, on en a trouvé un grand nombre à Weissenfels.</p> + +<p>Le général en chef Rüchel a été trouvé, dans un village, +mortellement blessé; le maréchal Soult lui a envoyé son +chirurgien. Il semble que ce soit un décret de la Providence, +que tous ceux qui ont poussé à cette guerre aient été frappés +par ses premiers coups.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Mersebourg, le 19 octobre 1806.</p> + +<p class="milieu"><i>Onzième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Le nombre des prisonniers qui ont été faits à Erfurth est +plus considérable qu'on ne le croyait. Les passeports accordés +aux officiers qui doivent retourner chez eux sur parole, +en vertu d'un des articles de la capitulation, se sont montés +à six cents.</p> + +<p>Le corps du maréchal Davoust a pris possession le 18 de +Leipsick.</p> + +<p>Le prince de Ponte-Corvo, qui se trouvait le 17 à Eisleben, +pour couper des colonnes prussiennes, ayant appris que la +réserve de S. M. le roi de Prusse, commandée par le prince +Eugène de Wurtemberg, était arrivée à Halle, s'y porta. +Après avoir fait ses dispositions, le prince de Ponte-Corvo +fit attaquer Halle par le général Dupont, et laissa la division +Drouet en réserve sur sa gauche. Le trente-deuxième et le +neuvième d'infanterie légère passèrent les trois ponts au pas +de charge, et entrèrent dans la ville, soutenus par le quatre-vingt-seizième. +En moins d'une heure tout fut culbuté. Les +deuxième et quatrième régimens de hussards et toute la division +du général Rivaut traversèrent la ville et chassèrent +l'ennemi de Dienitz, de Peissen et de Rabatz. La cavalerie +prussienne voulut charger le huitième et le quatre-vingt-seizième +d'infanterie, mais elle fut vivement reçue et repoussée.</p> + +<p>La réserve du prince de Wurtemberg fut mise dans la plus +complète déroute, et poursuivie l'espace de quatre lieues.</p> + +<p>Les résultats de ce combat, qui mérite une relation particulière +et soignée, sont cinq mille prisonniers, dont deux généraux +et trois colonels, quatre drapeaux et trente-quatre +pièces de canon.</p> + +<p>Le général Dupont s'est conduit avec beaucoup de distinction.</p> + +<p>Le général de division Rouyer a eu un cheval tué sons +lui. Le général de division Drouet a pris en entier le régiment +de Treskow.</p> + +<p>De notre côté, la perte ne se monte qu'à quarante hommes +tués et deux cents blessés. Le colonel du neuvième régiment +d'infanterie légère a été blessé.</p> + +<p>Le général Léopold Berthier, chef de l'état-major du prince +de Ponte-Corvo, s'est comporté avec distinction.</p> + +<p>Par le résultat du combat de Halle, il n'est plus de troupes +ennemies qui n'aient été entamées.</p> + +<p>Le général prussien Blucher, avec cinq mille hommes, a +traversé la division de dragons du général Klein, qui l'avait +coupé. Ayant allégué au général Klein qu'il y avait un armistice +de six semaines, ce général a eu la simplicité de le +croire.</p> + +<p>L'officier d'ordonnance près de l'empereur, Montesquiou, +qui avait été envoyé en parlementaire auprès du roi de Prusse +l'avant-veille de la bataille, est de retour. Il a été entraîné, +pendant plusieurs jours, avec les fuyards ennemis; il dépeint +le désordre de l'armée prussienne comme inexprimable. Cependant +la veille de la bataille, leur jactance était sans égale. +Il n'était question de rien moins que de couper l'armée française +et d'enlever des colonnes de quarante mille hommes. +Les généraux prussiens singeaient, autant qu'ils pouvaient, +les manières du grand Frédéric.</p> + +<p>Quoique nous fussions dans leur pays, les généraux paraissaient +être dans l'ignorance la plus absolue de nos mouvements; +ils croyaient qu'il n'y avait sur le petit plateau de +Jéna que quatre mille hommes; et cependant la plus grande +partie de l'armée a débouché sur ce plateau.</p> + +<p>L'armée ennemie se retire à force sur Magdebourg. Il est +probable que plusieurs colonnes seront coupées avant d'y arriver. +On n'a point de nouvelles depuis plusieurs jours du +maréchal Soult, qui a été détaché avec quarante mille hommes +pour poursuivre l'armée ennemie.</p> + +<p>L'empereur a traversé le champ de bataille de Rosbach; il +a ordonné que la colonne qui y avait été élevée, fût transportée +à Paris.</p> + +<p>Le quartier-général de l'empereur a été le 18 à Mersebourg; +il sera le 19 à Halle. On a trouvé dans cette dernière +ville des magasins de toute espèce, très-considérables.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Halle, le 19 octobre 1806.</p> + +<p class="milieu"><i>Douzième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Le maréchal Soult a poursuivi l'ennemi jusqu'aux portes de +Magdebourg. Plusieurs fois les Prussiens ont voulu prendre +position, et toujours ils ont été culbutés.</p> + +<p>On a trouvé à Nordhausen des magasins considérables, et +même une caisse du roi de Prusse, remplie d'argent.</p> + +<p>Pendant les cinq jours que le maréchal Soult a employés +à la poursuite de l'ennemi, il a fait douze cents prisonniers +et pris trente pièces de canon, et deux ou trois cents caissons.</p> + +<p>Le premier objet de la campagne se trouve rempli. La +Saxe, la Westphalie, et tous les pays situés sur la rive gauche +de l'Elbe, sont délivrés de la présence de l'armée prussienne. +Cette armée, battue et poursuivie l'épée dans les reins +pendant plus de cinquante lieues, est aujourd'hui sans artillerie, +sans bagages, et sans officiers, réduite au-dessous du +tiers de ce qu'elle était il y a huit jours; et, ce qui est encore +pis que cela, elle a perdu son moral et toute confiance en elle-même.</p> + +<p>Deux corps de l'armée française sont sur l'Elbe, occupés +à construire des ponts.</p> + +<p>Le quartier-général est à Halle.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Halle, le 20 octobre 1806.</p> + +<p class="milieu"><i>Treizième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Le général Macon, commandant à Leipsick, a fait aux +banquiers, négocians et marchands de cette ville une notification<a id="footnotetag4" name="footnotetag4"></a><a href="#footnote4"><sup>4</sup></a>. +Puisque les oppresseurs des mers ne respectent aucun +pavillon, l'intention de l'empereur est de saisir partout leurs +marchandises et de les bloquer véritablement dans leur île.</p> + +<p>On a trouvé dans les magasins militaires de Leipsick +quinze mille quintaux de farine et beaucoup d'autres denrées +d'approvisionnement.</p> + +<p>Le grand-duc de Berg est arrivé à Halberstadt le 19. Le 20, +il a inondé toute la plaine de Magdebourg, par sa cavalerie, +jusqu'à la portée du canon. Les troupes ennemies, les détachemens +isolés, les hommes perdus, seront pris au moment +où ils se présenteront pour entrer dans la place.</p> + +<p>Un régiment de hussards ennemis croyait que Halberstadt +était encore occupé par les Prussiens; il a été chargé par le +deuxième de hussards, et a éprouvé une perte de trois cents +hommes.</p> + +<p>Le général Beaumont s'est emparé de six cents hommes de +la garde du roi, et de tous les équipages de ce corps.</p> + +<p>Deux heures auparavant, deux compagnies de la garde +royale à pied avaient été prises par le maréchal Soult.</p> + +<p>Le lieutenant-général, comte de Schmettau, qui avait été +fait prisonnier, vient de mourir à Weimar.</p> + +<p>Ainsi, de cette belle et superbe armée qui, il y a peu de +jours, menaçait d'envahir la confédération du Rhin, et qui +inspirait à son souverain une telle confiance, qu'il osait ordonner +à l'empereur Napoléon de sortir de l'Allemagne avant +le 8 octobre, s'il ne voulait pas y être contraint par la force; +de cette belle et superbe armée, disons-nous, il ne reste que +les débris, chaos informe qui mérite plutôt le nom de rassemblement +que celui d'armée. De cent soixante mille hommes +qu'avait le roi de Prusse, il serait difficile d'en réunir plus de +cinquante mille, encore sont-ils sans artillerie et sans bagages, +armés en partie, en partie désarmés. Tous ces événemens +justifient ce que l'empereur a dit dans sa première proclamation, +lorsqu'il s'est exprimé ainsi: «Qu'ils apprennent que +s'il est facile d'acquérir un accroissement de domaines et de +puissance avec l'amitié du grand peuple, son inimitié est plus +terrible que les tempêtes de l'Océan.»</p> + +<p>Rien ne ressemble en effet davantage à l'état actuel de +l'armée prussienne que les débris d'un naufrage. C'était une +belle et nombreuse flotte qui ne prétendait pus moins qu'asservir +les mers; les vents impétueux du nord ont soulevé l'Océan +contre elle. Il ne rentre au port qu'une petite partie des +équipages qui n'ont trouvé de salut qu'en se sauvant sur des +débris.</p> + +<p>Trois lettres interceptées peignent au vrai la situation des +choses.</p> + +<p>Une autre lettre également interceptée, montre à quel point +le cabinet prussien a été dupe de fausses apparences. Il a pris +la modération de l'empereur Napoléon pour de la faiblesse. +De ce que ce monarque ne voulait pas la guerre, et faisait tout +ce qui pouvait être convenable pour l'éviter, on a conclu qu'il +n'était pas en mesure, et qu'il avait besoin de deux cent mille +conscrits pour recruter son armée.</p> + +<p>Cependant l'armée française n'était plus claquemurée dans +les camps de Boulogne; elle était en Allemagne: M. Ch. +L. de Hesse et M. d'Haugwitz auraient pu la compter. +Reconnaissons donc ici la volonté de cette providence qui ne +laisse pas à nos ennemis des yeux pour voir, des oreilles +pour entendre, du jugement et de la raison pour raisonner.</p> + +<p>Il paraît que M. Charles Louis de Hesse convoitait seulement +Mayence. Pourquoi pas Metz? pourquoi pas les autres +places de l'ouest de la France? Ne dites donc plus que l'ambition +des Français vous a fait prendre les armes; convenez +que c'est votre ambition mal raisonnée qui vous a excités à la +guerre. Parce qu'il y avait une armée française à Naples, une +autre en Dalmatie, vous avez projeté de tomber sur le +grand-peuple; mais en sept jours vos projets ont été confondus. +Vous vouliez attaquer la France sans courir aucun danger, +et déjà vous avez cessé d'exister.</p> + +<p>On rapporte que l'empereur Napoléon ayant, avant de +quitter Paris, rassemblé ses ministres, leur dit: «Je suis innocent +de cette guerre; je ne l'ai provoquée en rien: elle +n'est point entrée dans mes calculs. Que je sois battu si elle +est de mon fait. Un des principaux motifs de la confiance dans +laquelle je suis que mes ennemis seront détruits, c'est que je +vois dans leur conduite le doigt de la providence, qui, voulant +que les traîtres soient punis, a tellement éloigné toute +sagesse de leurs conseils, que lorqu'ils pensent m'attaquer dans +un moment de faiblesse, ils choisissent l'instant même où je +suis le plus fort.»</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote4" name="footnote4"></a><b>Note 4:</b><a href="#footnotetag4"> (retour) </a> Cette notification était une injonction à tous les négocians +de déclarer les marchandises anglaises, dont la saisie était ordonnée.</blockquote> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Dessau, le 22 octobre 1806.</p> + +<p class="milieu"><i>Quatorzième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Le maréchal Davoust est arrivé le 20 à Wittemberg, et a +surpris le pont sur l'Elbe au moment où l'ennemi y mettait +le feu.</p> + +<p>Le maréchal Lannes est arrivé à Dessau; le pont était brûlé; +il a fait travailler sur-le-champ à le réparer.</p> + +<p>Le marquis de Lucchesini s'est présenté aux avant-postes +avec une lettre du roi de Prusse. L'empereur a envoyé le +grand-maréchal de son palais, Duroc, pour conférer avec lui.</p> + +<p>Magdebourg est bloqué. Le général de division Legrand, +dans sa marche sur Magdehourg, a fait quelques prisonniers. +Le maréchal Soult a ses postes autour de la ville. Le grand-duc +de Berg y a envoyé son chef d'état-major le général Belliard. +Ce général y a vu le prince de Hohenlohe. Le langage des +officiers prussiens était bien changé. Ils demandent la paix à +grands cris. «Que veut votre empereur, nous disent-ils? Nous +poursuivra-t-il toujours l'épée dans les reins? Nous n'avons +pas un moment de repos depuis la bataille.» Ces messieurs +étaient sans doute accoutumés aux manoeuvres de la guerre +de sept ans. Ils voulaient demander trois jours pour enterrer +les morts. «Songez aux vivans, a répondu l'empereur, et laissez-nous +le soin d'enterrer les morts; il n'y a pas besoin de +trêve pour cela.»</p> + +<p>La confusion est extrême dans Berlin. Tous les bons citoyens, +qui gémissaient de la fausse direction donnée à la politique +de leur pays, reprochent avec raison aux boute-feux +excités par l'Angleterre, les tristes effets de leurs menées. Il +n'y a qu'un cri contre la reine dans tout le pays.</p> + +<p>Il paraît que l'ennemi cherche à se rallier derrière l'Oder.</p> + +<p>Le souverain de Saxe a remercié l'empereur de la générosité +avec laquelle il l'a traité, et qui va l'arracher à l'influence +prussienne. Cependant bon nombre de ses soldats ont péri dans +toute cette bagarre.</p> + +<p>Le quartier-général était, le 21, à Dessau.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Wittemberg, le 23 octobre 1806.</p> + +<p class="milieu"><i>Quinzième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Voici les renseignemens qu'on a pu recueillir sur les causes +de cette étrange guerre.</p> + +<p>Le général Schmettau (mort prisonnier à Weymar) fit +un mémoire écrit, avec beaucoup de force et dans lequel il +établissait que l'armée prussienne devait se regarder comme +déshonorée, qu'elle était cependant en état de battre les Français, +et qu'il fallait faire la guerre.</p> + +<p>Les généraux Ruchel (tué) et Blucher (qui ne s'est sauvé +que par un subterfuge, en abusant de la bonne foi française), +souscrivirent ce mémoire, qui était rédigé en forme de pétition +au roi. Le prince Louis-Ferdinand de Prusse (tué) l'appuya +de toutes sortes de sarcasmes. L'incendie gagna toutes +les tètes. Le duc de Brunswick (blessé très-grièvement), +homme connu pour être sans volonté et sans caractère, fut +enrôlé dans la faction de la guerre. Enfin, le mémoire étant +ainsi appuyé, on le presenta au roi. La reine se chargea de +disposer l'esprit de ce prince, et de lui faire connaître ce +qu'on pensait de lui. Elle lui rapporta qu'on disait qu'il +n'était pas brave, et que, s'il ne faisait pas la guerre, c'est +qu'il n'osait pas se mettre à la tête de l'armée. Le roi, réellement +aussi brave qu'aucun prince de Prusse, se laissa entraîner +sans cesser de conserver l'opinion intime qu'il faisait une +grande faute.</p> + +<p>Il faut signaler les hommes qui n'ont pas partagé les illusions +des partisans de la guerre. Ce sont le respectable feld-maréchal +Mollendorf et le général Kalkreuth.</p> + +<p>On assure qu'après la belle charge du neuvième et du +dixième régiment de hussards à Saalfeld, le roi dit: «Vous +prétendiez que la cavalerie française ne valait rien, voyez cependant +ce que fait la cavalerie légère, et jugez ce que feront +les cuirassiers. Ces troupes ont acquis leur supériorité par +quinze ans de combats. Il en faudrait autant, afin de parvenir +à les égaler; mais qui de nous serait assez ennemi de la Prusse +pour désirer cette terrible épreuve?»</p> + +<p>L'empereur, déjà maître de toutes les communications et +des magasins de l'ennemi, écrivit le 12 de ce mois la lettre +ci-jointe (nous l'avons rapportée à son ordre de date), qu'il envoya +au roi de Prusse par l'officier d'ordonnance Montesquiou.</p> + +<p>Cet officier arriva le 13, à quatre heures après midi, au +quartier du général Hohenlohe, qui le retint auprès de lui, +et qui prit la lettre dont il était porteur.</p> + +<p>Le camp dit roi de Prusse était à deux lieues en arrière. Ce +prince devait donc recevoir la lettre de l'empereur au plus +tard à six heures du soir. On assure cependant qu'il ne la reçut +que le 14, à neuf heures du matin, c'est-à-dire, lorsque déjà +l'on se battait. +On rapporte aussi que le roi de Prusse dit alors: «Si cette +lettre était arrivée plus tôt, peut-être aurait-on pu ne pas se +battre; mais ces jeunes gens ont la tête tellement montée, que +s'il eût été question hier de la paix, je n'aurais pas ramené le +tiers de mon armée à Berlin.»</p> + +<p>Le roi de Prusse a eu deux chevaux tués sous lui, et a +reçu un coup de fusil dans la manche.</p> + +<p>Le duc de Brunswick a eu tous les torts dans cette guerre; +il a mal conçu et mal dirigé les mouvemens de l'armée; il +croyait l'empereur à Paris, lorsqu'il se trouvait sur ses flancs; +il pensait avoir l'initiative des mouvemens, et il était déjà +tourné.</p> + +<p>Au reste, la veille de la bataille, la consternation était +déjà dans les chefs; ils reconnaissaient qu'on était mal posté, +et qu'on allait jouer le va-tout de la monarchie. Ils disaient +tous: «Eh bien? nous paierons de notre personne». Ce qui +est, d'ordinaire, le sentiment des hommes qui conservent peu +d'espérance.</p> + +<p>La reine se trouvait toujours au quartier-général à Weimar; +il a bien fallu lui dire enfin que les circonstances étaient +sérieuses, et que le lendemain il pouvait se passer de grands +événemens pour la monarchie prussienne. Elle voulait que +le roi lui dît de s'en aller; et, en effet elle fut mise dans le +cas de partir.</p> + +<p>Lord Morpelh, envoyé par la cour de Londres pour marchander +le sang prussien, mission véritablement indigne +d'un homme tel que lui, arriva le 11 à Weimar, chargé de +faire des offres séduisantes, et de proposer des subsides considérables. +L'horizon s'était déjà fort obscurci, le cabinet ne +voulut pas voir cet envoyé; il lui fit dire qu'il y avait peut-être +peu de sûreté pour sa personne, et il l'engagea à retourner +à Hambourg, pour y attendre l'événement. Qu'aurait +dit la duchesse de Devonshire, si elle avait vu son gendre +chargé de souffler le feu de la guerre, de venir offrir un or +empoisonné, et obligé de retourner sur ses pas tristement et +en grande hâte? Ou ne peut que s'indigner de voir l'Angleterre +compromettre de la sorte des agens estimables et jouer +un rôle aussi odieux.</p> + +<p>On n'a point encore de nouvelles de la conclusion d'un +traité entre la Prusse et la Russie, et il est certain qu'aucun +Russe n'a paru, jusqu'à ce jour, sur le territoire prussien. +Du reste, l'armée désire fort les voir; ils trouveront Austerlitz +en Prusse.</p> + +<p>Le prince Louis-Ferdinand de Prusse, et les autres généraux +qui ont succombé sous les premiers coups des Français, +sont aujourd'hui désignés comme les principaux moteurs +de cette incroyable frénésie. Le roi, qui en a couru toutes +les chances, et qui supporte tous les malheurs qui en ont été +le résultat, est de tous les hommes entraînés par elle, celui +qui y était demeuré le plus étranger.</p> + +<p>Il y a à Leipsick une telle quantité de marchandises +anglaises, qu'on a déjà offert soixante millions pour les +racheter.</p> + +<p>On se demande ce que l'Angleterre gagnera à tout ceci. +Elle pouvait recouvrer le Hanovre, garder le cap de Bonne-Espérance, +conserver Malte, faire une paix honorable, et +rendre la tranquillité au Monde. Elle a voulu exciter la +Prusse contre la France, pousser l'empereur et la France à +bout; eh bien! elle a conduit la Prusse à sa ruine, procuré à +l'empereur une plus grande gloire, à la France une plus +grande puissance; el le temps approche où l'on pourra déclarer +l'Angleterre en état de blocus continental. Est-ce donc +avec du sang que les Anglais ont espéré alimenter leur commerce +et ranimer leur industrie? De grands malheurs peuvent +fondre sur l'Angleterre; l'Europe les attribuera à la +perte de ce ministre honnête homme, qui voulait gouverner +par des idées grandes et libérales, et que le peuple anglais +pleurera un jour avec des larmes de sang.</p> + +<p>Les colonnes françaises sont déjà en marche sur Potsdam +et Berlin. Les députés de Potsdam sont arrivés pour demander +une sauve-garde.</p> + +<p>Le quartier impérial est aujourd'hui à Wittemberg.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Wittemberg, le 24 octobre 1806.</p> + +<p class="milieu"><i>Seizième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Le duc de Brunswick a envoyé son maréchal du palais à +l'empereur. Cet officier était chargé d'une lettre par laquelle +le duc recommandait ses états à S.M.</p> + +<p>L'empereur lui a dit: Si je faisais démolir la ville de +Brunswick, et si je n'y laissais pas pierre sur pierre, que +dirait votre prince? La loi du talion ne me permet-elle pas +de faire à Brunswick ce qu'il voulait faire dans ma capitale? +Annoncer le projet de démolir des villes, cela peut être insensé; +mais vouloir ôter l'honneur à toute une armée de +braves gens, lui proposer de quitter l'Allemagne par journées +d'étapes, à la seule sommation de l'armée prussienne, +voilà ce que la postérité aura peine à croire. Le duc de Brunswick +n'eût jamais dû se permettre un tel outrage; lorsqu'on +a blanchi sous les armes, on doit respecter l'honneur militaire, +et ce n'est pas d'ailleurs dans les plaines de Champagne +que ce général a pu acquérir le droit de traiter les drapeaux; +français avec un tel mépris. Une pareille sommation ne déshonorera +que le militaire qui l'a pu faire. Ce n'est pas au roi de +Prusse que restera ce déshonneur, c'est au chef de son conseil +militaire, c'est au général à qui, dans ces circonstances +difficiles, il avait remis le soin des affaires; c'est enfin le duc +de Brunswick que la France et la Prusse peuvent accuser seul +de la guerre. La frénésie dont ce vieux général a donné +l'exemple, a autorisé une jeunesse turbulente et entraîné le +roi contre sa propre pensée et son intime conviction. Toutefois, +monsieur, dites aux habitans du pays de Brunswick +qu'ils trouveront dans les Français des ennemis généreux, +que je désire adoucir à leur égard les rigueurs de la guerre, +et que le mal que pourrait occasionner le passage des troupes, +serait contre mon gré. Dites au général Brunswick qu'il +sera traité avec tous les honneurs dus à un officier prussien; +mais que je ne puis reconnaître dans un général prussien, un +souverain. S'il arrive que la maison de Brunswick perde la +souveraineté de ses ancêtres, elle ne pourra s'en prendre qu'à +l'auteur de deux guerres qui, dans l'une, voulut saper jusque +dans ses fondemens la grande capitale; qui, dans l'autre, +prétendit déshonorer deux cent mille braves, qu'on parviendrait +peut-être à vaincre, mais qu'on ne surprendra jamais +hors du chemin de l'honneur et de la gloire. Beaucoup de sang +a été versé en peu de jours; de grands désastres pèsent sur +la monarchie prussienne. Qu'il est digne de blâme cet homme +qui d'un mot pouvait les prévenir, si, comme Nestor, élevant +la parole au milieu des conseils, il avait dit:</p> + +<p>«Jeunesse inconsidérée, taisez-vous; femmes, retournez à +vos fuseaux et rentrez dans l'intérieur de vos ménages; et vous, +sire, croyez-en le compagnon du plus illustre de vos prédécesseurs: +puisque l'empereur Napoléon ne veut pas la guerre, +ne le placez pas entre la guerre et le déshonneur; ne vous engagez +pas dans une lutte dangereuse avec une armée qui s'honore +de quinze ans de travaux glorieux, et que la victoire a +accoutumée à tout soumettre.» Au lieu de tenir ce langage qui +convenait si bien à la prudence de son âge et à l'expérience +de sa longue carrière, il a été le premier à crier aux armes. Il +a méconnu jusqu'aux liens du sang, en armant un fils contre +son père; il a menacé de planter ses drapeaux sur le palais de +Stuttgard, et accompagnant ses démarches d'imprécations +contre la France, il s'est déclaré l'auteur de ce manifeste insensé +qu'il avait désavoué pendant quatorze ans, quoiqu'il +n'osât pas nier de l'avoir revêtu de sa signature.</p> + +<p>On a remarqué que pendant cette conversation, l'empereur +avec cette chaleur dont il est quelquefois animé, a répété souvent: +renverser et détruire les habitations des citoyens paisibles, +c'est un crime qui se répare avec du temps et de l'argent; +mais déshonorer une armée, vouloir qu'elle fuie hors +de l'Allemagne, devant l'aigle prussienne, c'est une bassesse +que celui-là seul qui la conseille, était capable de commettre.</p> + +<p>M. de Lucchesini est toujours au quartier-général; l'empereur +a refusé de le voir, mais on observe qu'il a de fréquentes +conférences avec le grand-maréchal du palais Duroc.</p> + +<p>L'empereur a ordonné de faire présent, sur la grande +quantité de draps anglais trouvée à Leipsick, d'un habillement +complet à chaque officier, et d'une capote et d'un habit +à chaque soldat.</p> + +<p>Le quartier-général est à Kropstadt.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Potsdam, le 25 octobre 1806.</p> + +<p class="milieu"><i>Dix-septième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Le corps du maréchal Lannes est arrivé le 24 à Potsdam.</p> + +<p>Le corps du maréchal Davoust a fait son entrée le 25, à +dix heures du matin, à Berlin.</p> + +<p>Le corps du maréchal prince de Ponte-Corvo est à Brandenbourg.</p> + +<p>Le corps du maréchal Augereau fera son entrée à Berlin, +demain 26.</p> + +<p>L'empereur est arrivé hier à Potsdam, et est descendu au +palais. Dans la soirée, il est allé visiter le nouveau palais, +Sans-Soucy, et toutes les positions qui environnent Potsdam. +Il a trouvé la situation et la distribution du château de Sans-Soucy, +agréables. Il est resté quelque temps dans la chambre +du grand Frédéric, qui se trouve tendue et meublée telle +qu'elle l'était à sa mort.</p> + +<p>Le prince Ferdinand, frère du grand Frédéric, est demeuré +à Berlin.</p> + +<p>On a trouvé dans l'arsenal de Berlin cinq cents pièces de +canon, plusieurs centaines de milliers de poudre et plusieurs +milliers de fusils.</p> + +<p>Le général Hullin est nommé commandant de Berlin.</p> + +<p>Le général Bertrand, aide-de-camp de l'empereur, s'est +rendu à Spandau, la forteresse se défend; il en a fait l'investissement +avec les dragons de la division Dupont.</p> + +<p>Le grand-duc de Berg s'est rendu à Spandau pour se mettre +à la poursuite d'une colonne qui file de Spandau sur Stettin, +et qu'on espère couper.</p> + +<p>Le maréchal Lefebvre, commandant la garde impériale à +pied, et le maréchal Bessières, commandant la garde impériale +à cheval, sont arrivés à Potsdam le 24 à neuf heures +du soir. La garde à pied a fait quatorze lieues dans un jour.</p> + +<p>L'empereur reste toute la journée du 25 à Potsdam.</p> + +<p>Le corps du maréchal Ney bloque Magdebourg.</p> + +<p>Le corps du maréchal Soult a passé l'Elbe à une journée +de Magdebourg, et poursuit l'ennemi sur Stettin.</p> + +<p>Le temps continue à être superbe; c'est le plus bel automne +que l'on ait vu.</p> + +<p>En route, l'empereur étant à cheval, pour se rendre de +Wittemberg à Potsdam, a été surpris par un orage, et a +mis pied à terre dans la maison du grand-veneur de Saxe. +S.M. a été fort étonnée de s'entendre appeler par son nom +par une jolie femme; c'était une Égyptienne, veuve d'un +officier français de l'armée d'Égypte, et qui se trouvait en +Saxe depuis trois mois; elle demeurait chez le grand-veneur +de Saxe, qui l'avait recueillie et honorablement traitée. L'empereur +lui a fait une pension de 1200 fr. et s'est chargé de +placer son enfant. «C'est la première fois, a dit l'empereur, +que je mets pied à terre pour un orage; j'avais le pressentiment +qu'une bonne action m'attendait là.»</p> + +<p>On remarque comme une singularité, que l'empereur Napoléon +est arrivé à Potsdam,, et descendu dans le même appartement, +le jour même, et presque à la même heure que +l'empereur de Russie, lors du voyage que fit ce prince, l'an +passé, et qui a été si funeste à la Prusse. C'est de ce moment, +que la reine a quitté le soin de ses affaires intérieures et les +graves occupations de la toilette, pour se mêler des affaires +d'état, influencer le roi, et susciter partout ce feu dont elle +était possédée.</p> + +<p>La saine partie de la nation prussienne regarde ce voyage +comme un des plus grands malheurs qui soit arrivé à la Prusse. +On ne se fait point d'idée de l'activité de la faction pour +porter le roi à la guerre malgré lui.</p> + +<p>Le résultat du célèbre serment fait sur le tombeau du +grand Frédéric le 4 novembre 1805, a été la bataillé d'Austerlitz +et l'évacuation de l'Allemagne par l'armée russe, à +journées d'étapes. On fit quarante-huit heures après, sur ce +sujet, une gravure qu'on trouve dans toutes les boutiques, et +qui excite le rire même des paysans. On y voit le bel empereur +de Russie, près de lui la reine, et de l'autre côté le roi +qui lève la main sur le tombeau du grand Frédéric; la reine +elle-même, drapée d'un schall à peu près comme les gravures +de Londres représentent lady Hamilton, appuie la main sur +son coeur, et a l'air de regarder l'empereur de Russie. On ne +conçoit point que la police de Berlin ait laissé répandre une +aussi pitoyable satire.</p> + +<p>Toutefois, l'ombre du grand Frédéric n'a pu que s'indigner +de cette scène scandaleuse. Son esprit, son génie et ses voeux +étaient avec la nation qu'il a tant estimée, et dont il disait +que s'il en était roi, il ne se tirerait pas un coup de canon en +Europe, sans sa permission.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Potsdam, le 26 octobre 1806.</p> + +<p class="milieu"><i>Dix-huitième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>L'empereur a passé à Potsdam la revue de la garde à pied, +composée de dix bataillons et de soixante pièces d'artillerie, +servie par l'artillerie à cheval. Ces troupes, qui ont éprouvé +tant de fatigues, avaient la même tenue qu'à la parade de +Paris.</p> + +<p>A la bataille de Jéna, le général de division Victor a reçu +un biscaïen qui lui a fait une contusion: il a été obligé de +garder le lit pendant quelques jours. Le général de brigade +Gardanne, aide-de-camp de l'empereur, a eu un cheval tué et +a été légèrement blessé. Quelques officiers supérieurs ont eu +des blessures, d'autres des chevaux tués, et tous ont rivalisé +de courage et de zèle.</p> + +<p>L'empereur a été voir le tombeau du grand Frédéric. Les +restes de ce grand homme sont renfermés dans un cercueil de +bois recouvert en cuivre, placé dans un caveau sans ornemens, +sans trophées, sans aucune distinction qui rappellent les +grandes actions qu'il a faites.</p> + +<p>L'empereur a fait présent à l'Hôtel-des-Invalides de Paris, +de l'épée de Frédéric, de son cordon de l'Aigle-Noir, de sa +ceinture de général, ainsi que des drapeaux que portait sa +garde dans la guerre de sept ans. Les vieux invalides de l'armée +de Hanovre accueilleront avec un respect religieux tout +ce qui a appartenu à un des premiers capitaines dont l'histoire +conservera le souvenir.</p> + +<p>Lord Morpelh, envoyé d'Angleterre auprès du cabinet +prussien, ne se trouvait, pendant la journée de Jéna, qu'à +six lieues du champ de bataille. Il a entendu le canon; un +courrier vint bientôt lui annoncer que la bataille était perdue, +et en un moment il fut entouré de fuyards qui le poussaient +de tous côtés. Il courait en criant: <i>Il ne faut pas que je sois +pris!</i> Il offrit jusqu'à soixante guinées pour obtenir un cheval; +il en obtint un et se sauva.</p> + +<p>La citadelle de Spandau, située à trois lieues de Berlin, +et à quatre lieues de Potsdam, forte par sa situation au milieu +des eaux, et renfermant douze cents hommes de garnison, +et une grande quantité de munitions de guerre et de +bouche, a été cernée le 24 dans la nuit. Le général Bertrand, +aide-de-camp de l'empereur, avait déjà reconnu la +place. Les pièces étaient disposées pour jeter des obus et intimider +la garnison. Le maréchal Lannes a fait signer par le +commandant la capitulation de cette place.</p> + +<p>On a trouvé à Berlin des magasins considérables d'effets +de campement et d'habillement; ou en dresse les inventaires.</p> + +<p>Une colonne, commandée par le duc de Weimar, est +poursuivie par le maréchal Soult. Elle s'est présentée le 23 +devant Magdebourg. Nos troupes étaient là depuis le 20. Il +est probable que nette colonne, forte de quinze mille hommes, +sera coupée et prise. Magdebourg est le premier point de +rendez-vous des troupes prussiennes. Beaucoup de corps s'y +rendent. Les Français le bloquent.</p> + +<p>Une lettre de Helmstadt, récemment interceptée, contient +des détails curieux.</p> + +<p>MM. le prince d'Hatzfeld, Basching, président de la police, +le président de Kercheisen; Formey, conseiller intime; +Polzig, conseiller de la municipalité; MM. Ruek, Siegr et +Hermensdorf, conseillers députés de la ville de Berlin, ont +remis ce matin à l'empereur, à Potsdam, les clefs de cette +capitale. Ils étaient accompagnés de MM. Grote, conseiller +des finances; le baron de Vichnitz et le baron d'Eckarlstein. +Ils ont dit que les bruits qu'on avait répandus sur l'esprit de +cette ville étaient faux; que les bourgeois et la masse du +peuple avaient vu la guerre avec peine; qu'une poignée de +femmes et de jeunes officiers avaient fait seuls ce tapage; +qu'il n'y avait pas un seul homme sensé qui n'eût vu ce qu'on +avait à craindre, et qui pût deviner ce qu'on avait à espérer. +Comme tous les Prussiens, ils accusent le voyage de l'empereur +Alexandre des malheurs de la Prusse. Le changement +qui s'est dès-lors opéré dans l'esprit de la reine, qui, de +femme timide et modeste, s'occupant de son intérieur, est +devenue turbulente et guerrière, a été une révolution subite. +Elle a voulu tout à coup avoir un régiment, aller au conseil; +elle a si bien mené la monarchie, qu'en peu de jours elle l'a +conduite au bord du précipice.</p> + +<p>Le quartier-général est à Charlottembourg.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Charlottembourg, le 27 octobre 1806.</p> + +<p class="milieu"><i>Dix-neuvième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>L'empereur, parti de Potsdam aujourd'hui à midi, a été +visiter la forteresse de Spandau. Il a donné des ordres au +général de division Chasseloup, commandant le génie de +l'armée, sur les améliorations à faire aux fortifications de cette +place. C'est un ouvrage superbe; les magasins sont magnifiques. +On a trouvé à Spandau des farines, des grains, de l'avoine +pour nourrir l'armée pendant deux mois, des munitions de +guerre pour doubler l'approvisionnement de l'artillerie. Cette +forteresse, située sur la Sprée, à deux lieues de Berlin, est une +acquisition inestimable. Dans nos mains, elle soutiendra deux +mois de tranchée ouverte. Si les Prussiens ne l'ont pas défendue, +c'est que le commandant n'avait pas reçu d'ordre, et que +les Français y sont arrivés en même temps que la nouvelle +de la bataille perdue. Les batteries n'étaient pas faites et la +place était désarmée.</p> + +<p>Pour donner une idée de l'extrême confusion qui règne +dans cette monarchie, il suffît de dire que la reine, à son retour +de ses ridicules et tristes voyages d'Erfurt et de Weimar, a +passé la nuit à Berlin, sans voir personne; qu'on a été long-temps +sans avoir de nouvelles du roi; que personne n'a pourvu +à la sûreté de la capitale, et que les bourgeois ont été obligés +de se réunir pour former un gouvernement provisoire.</p> + +<p>L'indignation est à son comble contre les auteurs de la +guerre. Le manifeste, que l'on appelle à Berlin un indécent libelle +où aucun grief n'est articulé, a soulevé la nation contre +son auteur, misérable scribe nommé Gentz, un de ces hommes +sans honneur qui se vendent pour de l'argent.</p> + +<p>Tout le monde avoue que la reine est l'auteur des maux +que souffre la nation prussienne. On entend dire partout: +Elle était si bonne, si douce il y a un an! mais depuis cette +fatale entrevue avec l'empereur Alexandre, combien elle est +changée!</p> + +<p>Il n'y a eu aucun ordre donné dans les palais, de manière +qu'on a trouvé à Potsdam l'épée du grand Frédéric, la ceinture +dégénérai qu'il portait à la guerre de sept ans, et son cordon +de l'Aigle-Noir. L'empereur s'est saisi de ces trophées avec +empressement, et a dit: «J'aime mieux cela que vingt millions.» +Puis, pensant un moment à qui il confierait ce précieux +dépôt: «Je les enverrai, dit-il, à mes vieux soldats de la +guerre d'Hanovre, j'en ferai présent au gouverneur des Invalides: +cela restera à l'Hôtel.»</p> + +<p>On a trouvé dans l'appartement qu'occupait la reine, à +Potsdam, le portrait de l'empereur de Russie, dont ce prince +lui avait fait présent; on a trouvé à Charlottembourg sa correspondance +avec le roi, pendant trois ans, et des mémoires +rédigés par des écrivains anglais, pour prouver qu'on ne devait +tenir aucun compte des traités conclus avec l'empereur +Napoléon, mais se tourner tout à fait du côté de la Russie. +Ces pièces surtout sont des pièces historiques; elles démontreraient, +si cela avait besoin d'une démonstration, combien +sont malheureux les princes qui laissent prendre aux femmes +l'influence sur les affaires politiques. Les notes, les rapports, +les papiers d'état étaient musqués, et se trouvaient mêlés +avec les chiffons et d'autres objets de la toilette de la reine. +Cette princesse avait exalté les têtes de toutes les femmes de +Berlin; mais aujourd'hui elles ont bien changé: les premiers +fuyards ont été mal reçus; on leur a rappelé, avec ironie, le +jour où ils aiguisaient leurs sabres sur les places de Berlin, +voulant tout tuer et tout pour fendre.</p> + +<p>Le général Savary, envoyé avec un détachement de cavalerie +à la recherche de l'ennemi, mande que le prince de +Hohenlohe, obligé de quitter Magdebourg, se trouvait, le +25, entre Rattenau et Ruppin, se retirant sur Stettin.</p> + +<p>Le maréchal Lannes était déjà à Zehdenick; il est probable +que les débris de ce corps ne parviendront pas à se sauver +sans être de nouveau entamés.</p> + +<p>Le corps bavarois doit être entré ce matin à Dresde, on +n'en a pas encore de nouvelles.</p> + +<p>Le prince Louis-Ferdinand, qui a été tué dans la première +affaire de la campagne, est appelé publiquement, à +Berlin, le petit duc d'Orléans. Ce jeune homme abusait de +la bonté du roi au point de l'insulter. C'est lui qui, à la tête +d'une troupe de jeunes officiers, se porta, pendant une nuit, +à la maison de M. de Haugwitz, lorsque ce ministre revint +de Paris, et cassa ses fenêtres.</p> + +<p>On ne sait si l'on doit le plus s'étonner de tant d'audace ou +de tant de faiblesse.</p> + +<p>Une grande partie de ce qui a été dirigé de Berlin sur +Magdebourg et sur l'Oder a été intercepté par la cavalerie +légère. On a déjà arrêté plus de soixante bateaux chargée +d'effets d'habillement, de farine d'artillerie. Il y a des régimens +d'hussards qui ont plus de 500,000 francs. On a +rendu compte qu'ils achetaient de l'or pour de l'argent à +cinquante pour cent de perte.</p> + +<p>Le château de Charlottembourg, où loge l'empereur, est +situé à une lieue de Berlin, sur la Sprée.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Charlottembourg, le 27 octobre 1806.</p> + +<p class="milieu"><i>Vingtième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Si les événemens militaires n'ont plus l'intérêt de l'incertitude, +ils ont toujours l'intérêt des combinaisons, des marches +et des manoeuvres. L'infatigable grand-duc de Berg se trouvait +à Zehdenick le 26, à trois heures après-midi, avec la brigade +de cavalerie légère du général Lasalle, et les divisions de dragons +des généraux Beaumont et Grouchy étaient en marche +pour arriver sur ce point.</p> + +<p>La brigade du général Lasalle contint l'ennemi, qui lui +montra près de six mille hommes de cavalerie. C'était toute +la cavalerie de l'armée prussienne, qui, ayant abandonné +Magdebourg, formait l'avant garde du corps du prince de +Hohenlohe, qui se dirigeait sur Stettin. A quatre heures après +midi, les deux divisions de dragons étant arrivées, la brigade +du général Lasalle chargea l'ennemi avec cette singulière intrépidité +qui a caractérisé les hussards et les chasseurs français +dans cette campagne, La ligne de l'ennemi, quoique +triple, fut rompue, l'ennemi poursuivi dans le village de +Zehdenick et culbuté dans les défilés. Le régiment des dragons +de la reine voulut se reformer; mais les dragons de la +division Grouchy se présentèrent, chargèrent l'ennemi, et +en firent un horrible carnage. De ces six mille hommes de cavalerie, +partie a été culbutée dans les marais; trois cents +hommes sont restés sur le champ de bataille; sept cents ont +été pris avec leurs chevaux, le colonel du régiment de la +reine et un grand nombre d'officiers sont de ce nombre. L'étendard +de ce régiment a été pris. Le corps du maréchal +Lannes est en pleine marche pour soutenir la cavalerie. Les +cuirassiers se portent en colonne sur la droite, et un autre +corps d'armée se porte sur Gransée. Nous arriverons à Stettin +avant cette armée, qui, attaquée dans sa marche en flanc, +est déjà débordée par sa tête. Démoralisée comme elle l'est, +on a lieu d'espérer que rien n'échappera, et que toute la +partie de l'armée prussienne qui a inutilement perdu deux +jours à Magdebourg pour se rallier, n'arrivera pas sur l'Oder.</p> + +<p>Ce combat de cavalerie de Zehdenick a son intérêt comme +fait militaire. De part et d'autre, il n'y avait pas d'infanterie; +mais la cavalerie prussienne est si loin de la nôtre, que les +événemens de la campagne ont prouvé qu'elle ne pouvait +tenir vis à vis de forces moindres de la moitié.</p> + +<p>Un adjoint de l'état-major, arrêté par un parti ennemi du +côté de la Thuringe, lorsqu'il portait des ordres au maréchal +Mortier, a été conduit à Custrin, et y a vu le roi. Il rapporte +qu'au-delà de l'Oder, il n'est arrivé que très-peu de +fuyards, soit à Stettin, soit à Custrin; il n'a presque point +vu de troupes d'infanterie.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Berlin, le 28 octobre 1806.</p> + +<p class="milieu"><i>Vingt-unième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>L'empereur a fait, hier 27, une entrée solennelle à Berlin. +Il était environné du prince de Neufchâtel, des maréchaux +Davoust et Augereau, de son grand-maréchal du palais, de +son grand-écuyer et de ses aides-de-camp. Le maréchal Lefebvre +ouvrait la marche, à la tête de la garde impériale à +pied; les cuirassiers de la division Nansouty étaient en bataille +sur le chemin. L'empereur marchait entre les grenadiers +et les chasseurs à cheval de sa garde. Il est descendu au +palais à trois heures après-midi; il a été reçu par le grand-maréchal +du palais, Duroc. Un foule immense était accourue +sur son passage. L'avenue de Charlottembourg à Berlin est +très-belle; l'entrée par cette porte est magnifique. La journée +était superbe. Tout le corps de la ville, présenté par le général +Hullin, commandant de la place, est venu à la porte +offrir les clefs de la ville à l'empereur; ce corps s'est rendu +ensuite chez S.M. Le général prince d'Hatzfeld était à la tête.</p> + +<p>L'empereur a ordonné que les deux mille bourgeois les +plus riches se réunissent a l'hôtel-de-ville, pour nommer +soixante d'entr'eux, qui formeront le corps municipal. Les +vingt cantons fourniront une garde de soixante hommes chacun; +ce qui fera douze cents des plus riches bourgeois pour +garder la ville et en faire la police. L'empereur a dit au prince +d'Hatzfeld: «Ne vous présentez pas devant moi, je n'ai pas +besoin de vos services. Retirez-vous dans vos terres.» Il a reçu +le chancelier et les ministres du roi de Prusse.</p> + +<p>Le 28, à neuf heures du matin, les ministres de Bavière, +d'Espagne, de Portugal et de la Porte, qui étaient à Berlin, +ont été admis à l'audience de l'empereur. Il a dit au ministre +de la Porte d'envoyer un courrier à Constantinople, pour +porter des nouvelles de ce qui se passait, et annoncer que les +Russes n'entreraient pas aujourd'hui en Moldavie, et qu'ils +ne tenteraient rien contre l'empire ottoman. Ensuite il a reçu +tout le clergé protestant et calviniste. Il y a à Berlin plus de +dix ou douze mille Français réfugiés par suite de l'édit de +Nantes. S. M. a causé avec les principaux d'entr'eux. Il leur +a dit qu'ils avaient de justes droits à sa protection, et que +leurs privilèges et leur culte seraient maintenus. Il leur a recommandé +de s'occuper de leurs affaires, de rester tranquilles, +et de porter obéissance et respect à <i>César</i>.</p> + +<p>Les cours de justice lui ont été présentées par le chancelier. +Il s'est entretenu avec les membres de la division des +cours d'appel et de première instance; il s'est informé de la +manière dont se rendait la justice.</p> + +<p>M. le comte de Néale s'étant présenté dans les salons de +l'empereur, S.M. lui a dit: «Eh! bien, Monsieur, vos femmes +ont voulu la guerre, en voici le résultat; vous deviez +mieux contenir votre famille.» Des lettres de sa fille avaient +été interceptées: «Napoléon, disaient ces lettres, ne veut +pas la guerre, il faut la lui faire.» --«Non, dit S.M. à +M. de Néale, je ne veux pas la guerre, non pas que je me méfie +de ma puissance, comme vous le pensez, mais parce que le +sang de mes peuples m'est précieux, et que mon premier devoir +est de ne le répandre que pour sa sûreté et son honneur. +Mais ce bon peuple de Berlin est victime de la guerre, tandis +que ceux qui l'ont attirée se sont sauvés. Je rendrai cette +noblesse de cour si petite, qu'elle sera obligée de mendier +son pain.»</p> + +<p>En faisant connaître ses intentions au corps municipal, +«j'entends, dit l'empereur, qu'on ne casse les fenêtres de +personne. Mon frère le roi de Prusse a cessé d'être roi le jour +où il n'a pas fait pendre le prince Louis-Ferdinand, lorsqu'il +a été assez osé pour aller casser les fenêtres de ses ministres.»</p> + +<p>Aujourd'hui 28, l'empereur est monté à cheval pour passer +en revue le corps du maréchal Davoust; demain S.M. +passera en revue le corps du maréchal Augereau.</p> + +<p>Le grand-duc de Berg, et les maréchaux Lannes et prince +de Ponte-Corvo sont à la poursuite du prince de Hohenlohe. +Après le brillant combat de cavalerie de Zehdenick, le +grand-duc de Berg s'est porté à Templin; il y a trouvé les +vivres et le dîner préparés pour les généraux et les troupes +prussienne.</p> + +<p>À Gransée, le prince de Hohenlohe a changé de route, +et s'est dirigé sur Furstemberg. Il est probable qu'il sera +coupé de l'Oder, et qu'il sera enveloppé et pris.</p> + +<p>Le duc de Weimar est dans une position semblable vis-à-vis +du maréchal Soult. Ce duc a montré l'intention de passer +l'Elbe à Tanger-Munde, pour gagner l'Oder. Le 25, le maréchal +Soult l'a prévenu. S'il est joint, pas un homme n'échappera; +s'il parvient à passer, il tombe dans les mains du grand-duc +de Berg et des maréchaux Lannes et prince de Ponte-Corvo. +Une partie de nos troupes borde l'Oder. Le roi de +Prusse a passé la Vistule.</p> + +<p>M. le comte de Zastrow a été présenté à l'empereur le 27, +à Charlottembourg, et lui a remis une lettre du roi de Prusse. +Au moment même l'empereur reçoit un aide-de-camp du +prince Eugène, qui lui annonce une victoire remportée sur +les Russes en Albanie.</p> + +<p>Voici la proclamation que l'empereur a faite à ses soldats:</p> + +<p class="milieu"><i>Proclamation de l'empereur à l'armée.</i></p> + +<p>Soldats! vous avez justifié mon attente, et répondu dignement +à la confiance du peuple français. Tous avez supporté +les privations et les fatigues avec autant de courage que vous +avez montré d'intrépidité et de sang-froid au milieu des combats. +Vous êtes les dignes défenseurs de l'honneur de ma couronne +et de la gloire du grand peuple; tant que vous serez +animés de cet esprit, rien ne pourra vous résister. Je ne +sais désormais à quelle arme je dois donner la préférence.... +vous êtes tous de bons soldats. Voici les résultats de nos +travaux.</p> + +<p>Une des premières puissances militaires de l'Europe, qui +osa naguère nous proposer une honteuse capitulation, est +anéantie. Les forêts, les défilés de la Franconie, la Saale, +l'Elbe, que nos pères n'eussent pas traversés en sept ans, nous +les avons traversés en sept jours, et livré dans l'intervalle +quatre combats et une grande bataille, Nous avons précédé à +Potsdam, à Berlin, la renommée de nos victoires. Nous avons +fait soixante mille prisonniers, pris soixante-cinq drapeaux, +parmi lesquels ceux des gardes du roi de Prusse; six cents +pièces de canon, trois forteresses, plus de vingt généraux. +Cependant, près de la moitié de vous regrettent de n'avoir +pas encore tiré un coup de fusil. Toutes les provinces de la +monarchie prussienne, jusqu'à l'Oder, sont en notre pouvoir.</p> + +<p>Soldats! les Russes se vantent de venir à nous. Nous marcherons +à leur rencontre, nous leur épargnerons la moitié du +chemin, ils retrouveront Austerlitz au milieu de la Prusse. +Une nation qui a aussitôt oublié la générosité dont nous +avons usé envers elle après cette bataille, où son empereur, +sa cour, les débris de son armée n'ont dû leur salut qu'à la +capitulation que nous leur avons accordée, est une nation qui +ne saurait lutter avec succès contre nous.</p> + +<p>Cependant, tandis que nous marchons au-devant des Russes, +de nouvelles armées, formées dans l'intérieur de l'empire, +tiennent prendre notre place pour garder nos conquêtes. Mon +peuple tout entier s'est levé, indigné de la honteuse capitulation +que les ministres prussiens, dans leur délire, nous ont +proposée. Nos routes et nos villes frontières sont remplies de +conscrits qui brûlent de marcher sur vos traces. Nous ne serons +plus désormais les jouets d'une paix traîtresse, et nous +ne poserons plus les armes que nous n'ayons obligé les Anglais, +ces éternels ennemis de notre nation, à renoncer au +projet de troubler le continent, et à la tyrannie des mers.</p> + +<p>Soldats! je ne puis mieux vous exprimer les sentimens que +j'ai pour vous, qu'en vous disant que je vous porta dans +mon coeur l'amour que vous me montrez tous les jours.</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Berlin, le 29 octobre 1806.</p> + +<p class="milieu"><i>Vingt-deuxième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Les événemens se succèdent avec rapidité. Le grand-duc +de Berg est arrivé le 27 à Hasleben avec une division de dragons. +Il avait envoyé à Boitzenhourg le général Milhaud, avec +le treizième régiment de chasseurs et la brigade de cavalerie +légère du général Lasalle, sur Prentzlow. Instruit que +l'ennemi était en force à Boitzenbourg, il s'est porté à Wigneensdorf. +A peine arrivé là, il s'aperçut qu'une brigade de +cavalerie ennemie s'était portée sur la gauche, dans l'intention +de couper le général Milhaud. Les voir, les charger, +jeter le corps des gendarmes du roi dans le lac, fut l'affaire +d'un moment. Ce régiment se voyant perdu, demanda à capituler. +Cinq cents hommes mirent pied à terre et remirent +leurs chevaux. Les officiers se retirent chez eux sur parole. +Quatre étendards de la garde, tous d'or, furent le trophée +du petit combat de Wigneensdorf, qui n'était que le prélude +de la belle affaire de Prentzlow.</p> + +<p>Ces célèbres gendarmes, qui ont trouvé tant de commisération +après la défaite, sont les mêmes qui, pendant trois mois, +ont révolté la ville de Berlin par toutes sortes de provocations. +Ils allaient sous les fenêtres de M. Laforêt, ministre de +France, aiguiser leurs sabres: les gens de bon sens haussaient +les épaules; mais la jeunesse sans expérience, et les femmes +passionnées, à l'exemple de la reine, voyaient dans cette fanfaronnade, +un pronostic sûr des grandes destinées qui attendaient +l'armée prussienne.</p> + +<p>Le prince de Hohenlohe, avec les débris de la bataille +de Jéna, cherchait à gagner Stettin. Il avait été obligé de changer +de route, parce que le grand-duc de Berg était à Templin +avant lui. Il voulut déboucher de Boitzenbourg sur Hasleben, +il fut trompé dans son mouvement. Le grand-duc de +Berg jugea que l'ennemi cherchait à gagner Prentzlow; cette +conjecture était fondée. Le prince marcha toute la nuit avec +les divisions de dragons des généraux Beaumont et Grouchy, +éclairées par la cavalerie légère du général Lasalle. Les premiers +postes de nos hussards arrivèrent à Prentzlow avec +l'ennemi, mais ils furent obligés de se retirer le 28 au matin +devant les forces supérieures que déploya le prince de +Hohenlohe. A neuf heures du matin, le grand-duc de Berg +arriva à Prentow, et à dix heures, il vit l'armée ennemie en +pleine marche. Sans perdre de temps en vains mouvemens, +le prince ordonna, au général Lasalle de charger dans les faubourgs +de Prentzlow, et le fit soutenir par les généraux Grouchy +et Beaumont, et leurs six pièces d'artillerie légère. Il fît +traverser à Golmitz la petite rivière qui passe à Prentzlow, +par trois régimens de dragons, attaquer le flanc de l'ennemi, +et chargea son autre brigade de dragons de tourner la ville. +Nos braves canonnières à cheval placèrent si bien leurs pièces, +et tirèrent avec tant d'assurance, qu'ils mirent de l'incertitude +dans les mouvemens de l'ennemi. Dans le moment, le +général Grouchy reçut ordre de charger: ses braves dragons +s'en acquittèrent avec intrépidité. Cavalerie, infanterie, artillerie, +tout fut culbuté dans les faubourgs de Prentzlow. On +pouvait entrer pêle-mêle avec l'ennemi dans la ville; mais le +prince préféra les faire sommer par le général Belliard. Les +portes de la ville étaient déjà brisées; Sans espérance, le prince +de Hohenlohe, un des principaux boute-feux de cette guerre +impie, capitula, et défila devant l'armée française avec seize +mille hommes d'infanterie, presque tous gardes ou grenadiers; +six régimens de cavalerie, quarante-cinq drapeaux et soixante-quatre +pièces d'artillerie attelées. Tout ce qui avait échappé +des gardes du roi de Prusse à la bataille de Jéna, est tombé en +notre pouvoir. Nous avons tous les drapeaux des gardes à pied +et à cheval du roi. Le prince de Hohenlohe, commandant en +chef, après la blessure du duc de Brunswick, un prince de +Mecklembourg-Schwerin et plusieurs généraux sont nos prisonniers.</p> + +<p>«Mais il n'y a rien de fait, tant qu'il reste à faire, écrivit +l'empereur au grand-duc de Berg. Vous avez débordé une +colonne de huit mille hommes, commandée par le général +Blucher; que j'apprenne bientôt qu'elle a éprouvé le même +sort.»</p> + +<p>Une autre de dix mille hommes a passé l'Elbe; elle est +commandée par le duc de Weimar. Tout porte à croire que +lui et toute sa colonne vont être enveloppés.</p> + +<p>Le prince Auguste-Ferdinand, frère du prince Louis, tué +à Saalfeld, et fils du prince Ferdinand, frère du Grand-Frédéric, +a été pris par nos dragons les armes à la main.</p> + +<p>Ainsi, cette grande et belle armée prussienne a disparu +comme un brouillard d'automne au lever du soleil. Généraux +en chef, généraux commandant les corps d'armée, princes, +infanterie, cavalerie, artillerie, il n'en reste plus rien. Nos +postes étant entrés à Francfort sur l'Oder, le roi de Prusse +s'est porté plus loin. Il ne lui reste pas quinze mille hommes; +et pour un tel résultat, il n'y a presque aucune perte de notre +côté.</p> + +<p>Le général Clarke, gouverneur du pays d'Erfurth, a fait +capituler un bataillon saxon qui errait sans direction.</p> + +<p>L'empereur a passé, le 28, la revue du corps du maréchal +Davoust, sous les murs de Berlin. Il a nommé à toutes les +places vacantes, il a récompensé les braves. Il a ensuite réuni +les officiers et sous-officiers en cercle, et leur a dit: «Officiers +et sous-officiers du troisième corps d'armée, vous vous +êtes couverts de gloire à la bataille de Jéna; j'en conserverai +un éternel souvenir. Les braves qui sont morts, sont morts +avec gloire. Nous devons désirer de mourir dans des circonstances +si glorieuses.» En passant la revue des douzième, +soixante-unième et quatre-vingt-cinquième régimens de ligne +qui ont le plus perdu à cette bataille, parce qu'ils ont dû +soutenir les plus grands efforts, l'empereur a été attendri de +savoir morts, ou grièvement blessés, beaucoup de ses vieux +soldats dont il connaissait le dévouement et la bravoure depuis +quatorze ans. Le douzième régiment surtout a montré +une intrépidité digne des plus grands éloges.</p> + +<p>Aujourd'hui à midi, l'empereur a passé la revue du septième +corps, que commande le maréchal Augereau. Ce corps +a très-peu souffert. La moitié des soldats n'a pas eu occasion +de tirer un coup de fusil, mais tous avaient la même volonté +et la même intrépidité. La vue de ce corps était magnifique. +«Votre corps seul, a dit l'empereur, est plus fort que tout +ce qui reste au roi de Prusse, et vous ne composez pas le +dixième de mon armée.»</p> + +<p>Tous les dragons à pied que l'empereur avait fait venir à +la grande armée sont montés, et il y a au grand dépôt de +Spandau quatre mille chevaux sellés et bridés dont on ne +sait que faire, parce qu'il n'y a pas de cavaliers qui en aient +besoin. On attend avec impatience l'arrivée des dépôts.</p> + +<p>Le prince Auguste a été présenté à l'empereur, au palais +de Berlin, après la revue du septième corps d'année. Ce +prince a été renvoyé chez son père, le prince Ferdinand, +pour se reposer et se faire panser de ses blessures.</p> + +<p>Hier, avant d'aller à la revue du corps du maréchal Davoust, +l'empereur avait rendu visite à la veuve du prince +Henri, et au prince et à la princesse Ferdinand, qui se sont +toujours fait remarquer par la manière distinguée avec laquelle +ils n'ont cessé d'accueillir les Français.</p> + +<p>Dans le palais qu'habite l'empereur à Berlin, se trouve la +soeur du roi de Prusse, princesse électorale de Hesse-Cassel. +Cette princesse est en couche. L'empereur a ordonné à son +grand-maréchal du palais de veiller à ce qu'elle ne fût pas +incommodée du bruit et des mouvemens du quartier-général.</p> + +<p>Le dernier bulletin rapporte la manière dont l'empereur a +reçu le prince d'Hatzfeld à son audience. Quelques instans après +ce prince fut arrêté. Il aurait été traduit devant une commission militaire +et inévitablement condamné à mort: des lettres +de ce prince au prince Hohenlohe, interceptées aux avant-postes, +avaient appris que, quoiqu'il se dit chargé du gouvernement +civil de la ville, il instruisait l'ennemi des mouvemens +des Français. Sa femme, fille du ministre Schulenbourg, +est venue se jeter aux pieds de l'empereur; elle croyait +que son mari était arrêté à cause de la haine que le ministre +Schulenbourg portait à la France. L'empereur la dissuada +bientôt, et lui fit connaître qu'on avait intercepté des papiers +dont il résultait que son mari faisait un double rôle, et que +les lois de la guerre étaient impitoyables sur un pareil délit. +La princesse attribuait à l'imposture de ses ennemis cette accusation, +qu'elle appelait une calomnie. «Vous connaissez +l'écriture de votre mari, dit l'empereur, je vais vous faire +juge.» Il fit apporter la lettre interceptée, et la lui remit. Cette +femme, grosse de plus de huit mois, s'évanouissait à chaque +mot qui lui découvrait jusqu'à quel point était compromis +son mari, dont elle reconnaissait l'écriture. L'empereur fut +touché de sa douleur, de sa confusion, des angoisses qui la déchiraient. +«Eh! bien, lui dit-il, vous tenez cette lettre, +jetez-la au feu; cette pièce anéantie, je ne pourrai plus faire +condamner votre mari.» (Cette scène touchante se passait +près de la cheminée). Madame d'Hatzfeld ne se le fit pas dire +deux fois. Immédiatement après, le prince de Neufchâtel +reçut ordre de lui rendre son mari. La commission militaire +était déjà réunie. La lettre seule de M. d'Hatzfeld le condamnait; +trois heures plus tard il était fusillé.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Berlin, le 30 octobre 1806.</p> + +<p class="milieu"><i>Vingt-troisième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Le duc de Weimar est parvenu à passer l'Elbe à Havelberg. +Le général Soult s'est porté le 9 à Rathnau, et le 30 à +Wertenhausen.</p> + +<p>Le 29, la colonne du duc de Weimar était à Rhinsberg, et +le maréchal prince de Ponte-Corvo à Furstemberg. Il n'y a +pas de doute que ces quatorze mille hommes ne soient tombés +ou ne tombent, dans ce moment, au pouvoir de l'armée +française. D'un autre côté, le général Blucher, avec sept +mille hommes, quittait Rhinsberg, le 29 au matin, pour se +porter sur Stettin, le maréchal Lannes et le grand-duc de +Berg avaient trois journées de marche d'avance sur lui. Cette +colonne est tombée en notre pouvoir, ou y tombera sous quarante-huit +heures.</p> + +<p>Nous avons rendu compte, dans le dernier bulletin, qu'à +l'affaire de Prentzlow, le grand-duc de Berg avait fait mettre +bas les armes au prince de Hohenlohe et à ses dix-sept mille +hommes. Le 29, une colonne ennemie de six mille hommes a +capitulé dans les mains du général Milhaud à Passewalk. Cela +nous donne encore deux mille chevaux sellés et bridés, avec +les sabres. Voilà plus de six mille chevaux que l'empereur a +ainsi à Spandau, après avoir monté toute sa cavalerie.</p> + +<p>Le maréchal Soult, arrivé à Rathnau, a rencontré cinq +escadrons de cavalerie saxonne qui ont demandé à capituler. +Il leur a fait signer une capitulation. C'est encore cinq cents +chevaux pour l'armée.</p> + +<p>Le maréchal Davoust a passé l'Oder à Francfort. Les alliés +bavarois et wurtembergeois, sous les ordres du prince Jérôme, +sont en marche de Dresde sur Francfort.</p> + +<p>Le roi de Prusse a quitté l'Oder, et a passé la Vistule; il +est à Graudentz. Les places de la Silésie sont sans garnison +et sans approvisionnemens. Il est probable que la place de +Stettin ne tardera pas à tomber en notre pouvoir. Le roi de +Prusse est sans armée, sans artillerie, sans fusils. C'est beaucoup +que d'évaluer à douze ou quinze mille hommes ce qu'il +aura pu réunir sur la Vistule. Rien n'est curieux comme les +mouvemens actuels. C'est une espèce de chasse où la cavalerie +légère, qui va aux aguets des corps d'armée, est sans cesse +détournée par des colonnes ennemies qui sont coupées.</p> + +<p>Jusqu'à cette heure, nous avons cent cinquante drapeaux, +parmi lesquels sont ceux brodés des mains de la belle reine, +beauté aussi funeste aux peuples de Prusse, que le fut Hélène +aux Troyens.</p> + +<p>Les gendarmes de la garde ont traversé Berlin pour se +rendre prisonniers à Spandau. Le peuple, qui les avait vus +si arrogans il y a peu de semaines, les a vus dans toute leur +humiliation.</p> + +<p>L'empereur a fait aujourd'hui une grande parade, qui a +duré depuis onze heures du matin, jusqu'à six heures du +soir. Il a vu en détail toute sa garde à pied et à cheval, et +les beaux régimens des carabiniers et des cuirassiers de la division +Nansouty; il a fait différentes promotions, en se faisant +rendre compte de tout dans le plus grand détail.</p> + +<p>Le général Savary, avec deux régimens de cavalerie, a +déjà atteint le corps du duc de Weimar, et sert de communication +pour transmettre des renseignemens au grand-duc de +Berg, au prince de Ponte-Corvo et au maréchal Soult.</p> + +<p>On a pris possession des états du duc de Brunswick. On +croit que ce duc s'est réfugié en Angleterre. Toutes ses +troupes ont été désarmées. Si ce prince a mérité, à juste +titre, l'animadversion du peuple français, il a aussi encouru +celle du peuple et de l'armée prussienne; du peuple qui lui +reproche d'être l'un des auteurs de la guerre; de l'armée; +qui se plaint de ses manoeuvres et de sa conduite militaire. +Les faux calculs des jeunes gendarmes sont pardonnables; +mais la conduite de ce vieux prince, âgé de soixante-douze +ans, est un excès de délire dont la catastrophe ne saurait exciter +de regrets. Qu'aura donc de respectable la vieillesse, si, +au défaut de son âge, elle joint la fanfaronnade et l'inconsidération +de la jeunesse?</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Berlin, le 31 octobre 1806.</p> + +<p class="milieu"><i>Vingt-quatrième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Stettin est en notre pouvoir. Pendant que la gauche du +grand-duc de Berg, commandée par le général Milhaud, faisait +mettre bas les armes, à une colonne de six mille hommes +à Passewalk, la droite, commandée par le général Lasalle, +sommait la ville de Stettin, et l'obligeait à capituler. Stettin +est une place en bon état, bien armée et bien palissadée: +cent-soixante pièces de canon, des magasins considérables, +une garnison de six mille hommes de belles troupes, prisonnière, +beaucoup de généraux, tel est le résultat de la +capitulation de Stettin, qui ne peut s'expliquer que par l'extrême +découragement qu'a produit sur l'Oder et dans tous +les pays de la rive droite la disparition de la grande armée +prussienne.</p> + +<p>De toute cette belle armée de cent quatre-vingt mille +hommes, rien n'a passé l'Oder. Tout a été pris, ou erre encore +entre l'Elbe et l'Oder, et sera pris avant quatre jours. Le +nombre des prisonniers montera à près de cent mille hommes. +Il est inutile de faire sentir l'importance de la prise de la +ville de Stettin, une des places les plus commerçantes de la +Prusse, et qui assure à l'armée un bon pont sur l'Oder et une +bonne ligne d'opérations.</p> + +<p>Du moment que les colonnes du duc de Weimar et du général +Blucher, qui sont débordées par la droite et la gauche, +et poursuivies par la queue, seront rendues, l'armée prendra +quelques jours de repos.</p> + +<p>On n'entend point encore parler des Russes. Nous désirons +fort qu'il en vienne une centaine de milliers. Mais le bruit +de leur marche est une vraie fanfaronnade. Ils n'oseront pas +venir à notre rencontre. La journée d'Austerlitz se représente +à leurs yeux. Ce qui indigne les gens sensés, c'est d'entendre +l'empereur Alexandre et son sénat dirigeant, dire que ce sont +les alliés qui ont été battus. Toute l'Europe sait bien qu'il n'y +a pas de familles en Russie qui ne portent le deuil.</p> + +<p>Ce n'est point la perte des alliés qu'elle pleure: cent +quatre-vingt-quinze pièces de bataille russes qui ont été +prises, et qui sont à Strasbourg, ne sont pas les canons des +alliés.</p> + +<p>Les cinquante drapeaux russes qui sont suspendus a Notre-Dame +de Paris, ne sont point les drapeaux des alliés. Les +bandes de Russes qui sont morts dans nos hôpitaux, ou sont +prisonniers dans nos villes, ne sont pas les soldats des alliés.</p> + +<p>L'empereur Alexandre, qui commandait à Austerlitz et à +Vischau, avec un si grand corps d'armée, et qui faisait tant +de tapage, ne commandait pas les alliés.</p> + +<p>Le prince qui a capitulé, et s'est soumis à évacuer l'Allemagne +par journées d'étapes, n'était pas sans doute un prince +allié. On ne peut que hausser les épaules à de pareilles forfanteries. +Voilà le résultat de la faiblesse des princes et de la +vénalité des ministres. Il était bien plus simple pour l'empereur +Alexandre de ratifier le traité de paix qu'avait conclu son +plénipotentiaire, et de donner le repos au continent. Plus la +guerre durera, plus la chimère de la Russie s'effacera, et elle +finira par être anéantie; autant la sage politique de Catherine +était parvenue à faire de sa puissance un immense épouvantail, autant +l'extravagance et la folie des ministres actuels la +rendront ridicule en Europe.</p> + +<p>Le roi de Hollande, avec l'avant-garde de l'armée du Nord, +est arrivé, le 21, à Gottingue. Le maréchal Mortier, avec les +deux divisions du huitième corps de la grande armée, commandées +par les généraux Lagrange et Dupas, est arrivé le +26 à Fulde.</p> + +<p>Le roi de Hollande a trouvé, à Munster, dans le comté de +la Marck et autres états prussiens, des magasins et de l'artillerie.</p> + +<p>On a ôté à Fulde et à Brunswick les armes du prince d'Orange +et celles du duc. Ces deux princes ne régneront plus. +Ce sont les principaux auteurs de cette nouvelle coalition.</p> + +<p>Les Anglais n'ont pas voulu faire la paix; ils la feront; +mais la France aura plus d'états et de côtes dans son système +fédératif.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Berlin, le 2 novembre 1806.</p> + +<p class="milieu"><i>Vingt-cinquième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Le général de division Beaumont a présenté aujourd'hui +à l'empereur cinquante nouveaux drapeaux et étendards pris +sur l'ennemi; il a traversé toute la ville avec les dragons qu'il +commande, et qui portaient ces trophées; le nombre des drapeaux, +dont la prise a été la suite de la bataille de Jéna, s'élève +en ce moment à deux cents.</p> + +<p>Le général Davoust a fait cerner et sommer Custrin, et +cette place s'est rendue. On y a fait quatre mille hommes prisonniers +de guerre. Les officiers retournent chez eux sur parole, +et les soldats sont conduits en France. Quatre-vingt-dix +pièces de canon ont été trouvées sur les remparts; la place, +en très-bon état, est située au milieu des marais; elle renferme +des magasins considérables. C'est une des conquêtes les plus +importantes de l'armée; elle a achevé de nous rendre maître +de toutes les places sur l'Oder.</p> + +<p>Le maréchal Ney va attaquer en règle Magdebourg, et il +est probable que cette forteresse fera peu de résistance.</p> + +<p>Le grand-duc de Berg avait son quartier général, le 31, à +Friedland. Ses dispositions faites, il a ordonné l'attaque de la +colonne du général prussien Bila que le général Beker a chargé +dans la plaine en avant de la petite ville d'Anklam, avec la +brigade de dragons du général Boussart. Tout a été enfoncé, +cavalerie et infanterie, et le général Beker est entré dans la +ville avec les ennemis, qu'il a forcés de capituler. Le résultat +de cette capitulation a été quatre mille prisonniers de guerre: +les officiers sont renvoyés sur parole, et les soldats sont conduits +en France. Parmi ces prisonniers, se trouve le régiment +de hussards de la garde du roi, qui, après la guerre de sept +ans, avaient reçu de l'impératrice Catherine, en témoignage +de leur bonne conduite, des pelisses de peau de tigre.</p> + +<p>La caisse du corps du général Bila, et une partie des bagages +avaient passé la Penne et se trouvaient dans la Poméranie +suédoise. Le grand-duc de Berg les a fait réclamer.</p> + +<p>Le 1er novembre au soir, le grand-duc avait son quartier-général +à Demmin.</p> + +<p>Le général Blucher et le duc de Weimar, voyant le chemin +de Stettin fermé, se portaient sur leur gauche, comme pour +retourner sur l'Elbe; mais le maréchal Soult avait prévu ce +mouvement: et il y a peu de doute que ces deux corps ne +tombent bientôt entre nos mains.</p> + +<p>Le maréchal a réuni son corps d'armée à Stettin, où l'on +trouve encore chaque jour des magasins et des pièces de +canon.</p> + +<p>Nos coureurs sont déjà entrés en Pologne.</p> + +<p>Le prince Jérôme, avec les Bavarois et les Wurtembergeois, +formant un corps d'armée, se porte en Silésie.</p> + +<p>S.M. a nommé le général Clarke gouverneur général de +Berlin et de la Prusse, et a déjà arrêté toutes les bases de +l'organisation intérieure du pays.</p> + +<p>Le roi de Hollande marche sur Hanovre, et le maréchal +Mortier sur Cassel.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Berlin, le 3 novembre 1806.</p> + +<p class="milieu"><i>Vingt-sixième bulletin de la grande armée</i>.</p> + +<p>On n'a pas encore reçu la nouvelle de la prise des colonnes +du général Blucher et du duc de Weimar. Voici la situation +de ces deux divisions ennemies et celle de nos troupes. Le +général Blucher, avec sa colonne, s'était dirigé sur Stettin. +Ayant appris que nous étions déjà dans cette ville, et que +nous avions gagné deux marches sur lui, il se reploya, de +Gransée, où nous arrivions en même temps que lui, sur +Neustrelitz, où il arriva le 30 octobre, ne s'arrêtant point là, +et se dirigeant sur Wharen, où on le suppose arrivé le 31, +avec le projet de chercher à se retirer du côté de Rostock +pour s'y embarquer.</p> + +<p>Le 31, six heures après son départ, le général Savary, +avec une colonne de six cents chevaux, est arrivé à Strelitz, +où il a fait prisonnier le frère de la reine de Prusse, qui est +général au service du roi.</p> + +<p>Le 1er novembre, le grand-duc de Berg était à Demmin, +filant pour arriver a Rostock, et couper la mer au général +Blucher.</p> + +<p>Le maréchal prince de Ponte-Corvo avait débordé le général +Blucher. Ce maréchal se trouvait le 31, avec son corps +d'armée, à Neubrandebourg, et se mettait en marche sur +Wharen, ce qui a dû le mettre aux prises, dans la journée +du 1er, avec le général Blucher.</p> + +<p>La colonne commandée par le duc de Weimar était arrivée +le 29 octobre à Neustrelitz; mais instruit que la route de +Stettin était coupée, et ayant rencontré les avant-postes +français, il fit une marche rétrograde, le 29, sur Wistock. +Le 30, le maréchal Soult en avait connaissance par ses hussards, +et se mettait en marche sur Wertenhausen. Il l'a immanquablement +rencontré le 31 ou le 1er. Ces deux colonnes +ont donc été prises hier, ou aujourd'hui au plus tard.</p> + +<p>Voici leurs forces: le général Blucher a trente pièces de +canon, sept bataillons d'infanterie et quinze cents hommes de +cavalerie. Il est difficile d'évaluer la force de ce corps; ses +équipages, ses caissons, ses munitions ont été pris. Il est +dans la plus pitoyable situation.</p> + +<p>Le duc de Weimar a douze bataillons et trente-cinq escadrons +en bon état; mais il n'a pas une pièce d'artillerie.</p> + +<p>Tels sont les faibles débris de toute l'armée prussienne: +il n'en restera rien. Ces deux colonnes prises, la puissance de +la Prusse est anéantie, et elle n'a presque plus de soldats. En +évaluant à dix mille hommes ce qui s'est retiré avec le roi sur +la Vistule, ce serait exagérer.</p> + +<p>M. Schulenbourg s'est présenté à Strelitz pour demander +un passeport pour Berlin. Il a dit au général Savary: «Il y a +huit heures que j'ai vu passer les débris de la monarchie prussienne. +Vous les aurez aujourd'hui ou demain. Quelle destinée +inconcevable et inattendue! La foudre nous a frappés.» +Il est vrai que depuis que l'empereur est entré en campagne, +il n'a pas pris un moment de repos. Toujours en marches forcées, +devinant constamment les mouvemens de l'ennemi. Les +résultats en sont tels qu'il n'y en a aucun exemple dans l'histoire. +De plus de cent cinquante mille hommes qui se sont +présentés à la bataille de Jéna, pas un ne s'est échappé pour +en porter la nouvelle au-delà de l'Oder. Certes, jamais +agression ne fut plus injuste; jamais guerre ne fut plus intempestive. +Puisse cet exemple servir de leçon aux princes faibles, +que les intrigues, les cris et l'or de l'Angleterre excitent +toujours à des entreprises insensées.</p> + +<p>La division bavaroise, commandée par le général Wrede, +est partie de Dresde le 31 octobre. Celle commandée par le +général Deroi est partie le 1er novembre. La colonne wurtembergeoise +est partie le 3. Toutes ces colonnes se rendent +sur l'Oder; elles forment le corps d'armée du prince Jérôme.</p> + +<p>Le général Durosnet a été envoyé à Odesberg avec un +parti de cavalerie immédiatement après notre entrée à Berlin, +pour intercepter tout ce qui se jetterait du canal dans +l'Oder. Il a pris plus de quatre-vingts bateaux chargés de +munitions de toute espèce qu'il a envoyés à Spandau.</p> + +<p>On a trouvé à Custrin des magasins de vivres suffisans +pour nourrir l'armée pendant deux mois.</p> + +<p>Le général de brigade Macon, que l'empereur avait nommé +commandant de Leipsick, est mort dans cette ville d'une +fièvre putride. C'était un brave soldat et un parfait honnête +homme. L'empereur en faisait cas, et a été très-affligé de sa +mort.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Berlin, le 6 novembre 1806.</p> + +<p class="milieu"><i>Vingt-septième bulletin de la grande armée</i>.</p> + +<p>On a trouvé à Stettin une grande quantité de marchandises +anglaises, à l'entrepôt sur l'Oder; on y a trouvé cinq +cents pièces de canon et des magasins considérables de vivres.</p> + +<p>Le 1er novembre, le grand-duc de Berg était à Demmin: le +2 à Tetetow, ayant sa droite sur Rostock. Le général Savary +était le 1er à Kratzebourg, et le 2, de bonne heure, à Wharen +et à Jabel. Le prince de Ponte-Corvo attaqua, le soir du +1er à Jabel, l'arrière-garde de l'ennemi. Le combat fut assez +soutenu; le corps ennemi fut plusieurs fois mis en déroute: +il eût été entièrement enlevé si les difficultés de passer le pays +de Mecklembourg ne l'eussent encore sauvé ce jour-là. Le +prince de Ponte-Corvo, en chargeant avec la cavalerie, a fait +une chute de cheval, qui n'a eu aucune suite. Le maréchal +Soult est arrivé le 2 à Plauer.</p> + +<p>Ainsi, l'ennemi a renoncé à se porter sur l'Oder. Il change +tous les jours de projets. Voyant que la route de l'Oder lui +était fermée, il a voulu se retirer sur la Poméranie suédoise. +Voyant celle-ci également interceptée, il a voulu retourner +sur l'Elbe; mais le maréchal Soult l'ayant prévenu, il paraît +se diriger sur le point le plus prochain des côtes. Il doit avoir +été à bout le 4 ou le 5 novembre. Cependant tous les jours +un ou deux bataillons, et même des escadrons de cette colonne +tombent en notre pouvoir. Elle n'a plus ni caissons, ni +bagages.</p> + +<p>Le maréchal Lannes est à Stettin; le maréchal Davoust à +Francfort; le prince Jérôme en Silésie. Le duc de Weimar +a quitté le commandement pour retourner chez lui, et l'a +laissé à un général peu connu.</p> + +<p>L'empereur a passé aujourd'hui la revue de la division de +dragons du général Beaumont, sur la place du palais de +Berlin. Il a fait différentes promotions.</p> + +<p>Tous les hommes de cavalerie qui se trouvaient à pied, se +sont rendus a Potsdam, où l'on a envoyé les chevaux de prise. +Le général de division Bourcier a été chargé de la direction +de ce grand dépôt. Deux mille dragons à pied qui suivaient +l'armée, sont déjà montés.</p> + +<p>On travaille avec activité à armer la forteresse de Spandau, +et à rétablir les fortifications de Wittemberg, d'Erfurt, de +Custrin et de Stettin.</p> + +<p>Le maréchal Mortier, commandant le huitième corps de la +grande armée, s'est mis en marche le 30 octobre sur Cassel: +il y est arrivé le 31.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Berlin, 7 novembre 1806.</p> + +<p class="milieu"><i>Vingt-huitième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Sa majesté a passé aujourd'hui, sur la place du palais de +Berlin, depuis onze heures du matin jusqu'à trois après-midi, +la revue de la division de dragons du générai Klein. Elle a +fait plusieurs promotions. Cette division a donné avec distinction +à la bataille de Jéna et a enfoncé plusieurs carrés d'infanterie +prussienne. L'empereur a vu ensuite défiler le grand +parc de l'armée, l'équipage de pont et le parc du génie: +le grand parc est commandé par le général d'artillerie Saint-Laurent; +l'équipage de pont, par le colonel Boucher, et le +parc de génie, par le général du génie Casals.</p> + +<p>S.M. a témoigné au général Songis, inspecteur-général, +sa satisfaction de l'activité qu'il mettait dans l'organisation +des différentes parties du service de l'artillerie de cette grande +armée.</p> + +<p>Le général Savary a tourné près de Wismar sur la Baltique, +à la tête de cinq cents chevaux du premier de hussards +et du septième de chasseurs, le général prussien Husdunne, +et l'a fait prisonnier avec deux brigades de hussards et deux +pièces de canon. Cette colonne appartient au corps que poursuivent +le grand-duc de Berg, le prince de Ponte-Corvo et le +maréchal Soult, lequel corps, coupé de l'Oder et de la Poméranie, +paraît acculé du côté de Lubeck.</p> + +<p>Le colonel Excelmans, commandant le premier régiment +de chasseurs du maréchal Davoust, est entré à Posen, capitale +de la Grande-Pologne. Il a été reçu avec un enthousiasme +difficile à peindre; la ville était remplie de monde, les fenêtres +parées comme en un jour de fête;: à peine la cavalerie +pouvait-elle se faire jour pour traverser les rues.</p> + +<p>Le général du génie Bertrand, aide-de-camp de l'empereur, +s'est embarqué sur le lac de Stettin, pour faire la reconnaissance +de toutes les passes.</p> + +<p>On a formé à Dresde et à Wittemberg un équipage de siège +pour Magdebourg: l'Elbe en est couvert. Il est à espérer +que cette place ne tiendra pas long-temps. Le maréchal Ney +est chargé de ce siège.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Berlin, le 9 novembre 1806.</p> + +<p class="milieu"><i>Vingt-neuvième, bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>La brigade de dragons du général Beker a paru aujourd'hui +à la parade.</p> + +<p>S.M. voulant récompenser la bonne conduite des régimens +qui la composent, a fait différentes promotions.</p> + +<p>Mille dragons, qui étaient venus à pied à l'armée, et qui +ont été montés au dépôt de Potsdam, ont passé hier la revue +du général Bessières; ils ont été munis de quelques objets +d'équipement qui leur manquaient, et ils partent aujourd'hui +pour rejoindre leurs corps respectifs, pourvus de bonnes selles +et montés sur de bons chevaux, fruits de la victoire.</p> + +<p>S.M. a ordonné qu'il serait frappé une contribution de +cent cinquante millions sur les états prussiens et sur ceux des +alliés de la Prusse.</p> + +<p>Après la capitulation du prince Hohenlohe, le général +Blucher, qui le suivait, changea de direction, et parvint à se +réunir à la colonne du duc de Weimar, à laquelle s'était +jointe celle du prince Frédéric-Guillaume Brunswick-Oels, +fils du duc de Brunswick. Ces trois divisions se trouvèrent +ainsi sous les ordres du général Blucher. Différentes petites +colonnes se joignirent également à ce corps. Pendant plusieurs +jours, ces troupes essayèrent de pénétrer par des chemins que +les Français pouvaient avoir laissés libres; mais les marches +combinées du grand-duc de Berg, du maréchal Soult et du +prince de Ponte-Corvo avaient obstrué tous les passages. L'ennemi +tenta d'abord de se porter sur Anklam, et ensuite sur +Rostock: prévenu dans l'exécution de ce projet, il essaya de +revenir sur l'Elbe; mais s'étant trouvé encore prévenu, il +marche devant lui pour gagner Lubeck.</p> + +<p>Le 4 novembre, il prit position à Crevismulen; le prince +de Ponte-Corvo culbuta l'arrière-garde, mais il ne put entamer +ce corps, parce qu'il n'avait que six cents hommes de +cavalerie, et que celle de l'ennemi était beaucoup plus forte. +Le général Vattier a fait, dans cette affaire, de très-belles +charges, soutenues par les généraux Pactod et Maisons, +avec le vingt-septième régiment d'infanterie légère et le huitième +de ligne.</p> + +<p>On remarque, dans les différentes circonstances de ce combat, +qu'une compagnie d'éclaireurs du quatre-vingt-quatorzième +régiment, commandée par le capitaine Razout, fut entourée +par quelques escadrons ennemis: mais les voltigeurs +français ne redoutent point le choc des cuirassiers prussiens; +ils les reçurent de pied-ferme, et firent un feu si bien nourri, +et si adroitement dirigé, que l'ennemi renonça à les enfoncer. +On vit alors les voltigeurs à pied poursuivre la cavalerie à +toute course: les Prussiens perdirent sept pièces de canon, et +mille hommes.</p> + +<p>Mais le 4 au soir, le grand-duc de Berg, qui s'était porté +sur la droite, arriva avec sa cavalerie sur l'ennemi, dont le +projet était encore incertain. Le maréchal Soult marcha par +Ratzbourg; le prince de Ponte-Corvo marcha par Rebna. Il +coucha du 5 au 6 à Schoenberg, d'où il partit à deux heures +après minuit. Arrivé à Schlukup sur la Trave, il fit environner +un corps de seize cents Suédois, qui avaient enfin jugé +convenable d'opérer leur retraite du Lauenbourg, pour s'embarquer +sur la Trave. Des coups de canon coulèrent les bâtimens +préparés pour l'embarquement. Les Suédois, après +avoir riposté, mirent bas les armes. Un convoi de trois cents +voitures que le général Savary avait poursuivi de Wismar, +fut enveloppé par la colonne du prince de Ponte-Corvo, et +pris.—Cependant l'ennemi se fortifiait à Lubeck. Le maréchal +Soult n'avait pas perdu de temps dans sa marche de +Ratzbourg; de sorte qu'il arriva à la porte de Mullen lorsque +le prince de Ponte-Corvo arrivait à celle de la Trave. +Le grand-duc de Berg, avec sa cavalerie, était entre deux. +L'ennemi avait arrangé à la hâte l'ancienne enceinte de +Lubeck; il avait disposé des batteries sur les bastions; il +ne doutait pas qu'il ne pût gagner là une journée; mais le +voir, le reconnaître et l'attaquer fut l'affaire d'un instant. +Le général Drouet, à la tête du vingt-septième régiment d'infanterie +légère, et des quatre-vingt-quatorzième et quatre-vingt-quinzième +régimens, aborda les batteries avec ce sang-froid +et cette intrépidité qui appartiennent aux troupes françaises. +Les portes sont aussitôt enfoncées, les bastions escaladés +et l'ennemi mis en fuite; et le corps du prince de Ponte-Corvo +entre par la porte de la Trave. Les chasseurs corses, +les tirailleurs du Pô et le vingt-sixième d'infanterie légère, +composant la division d'avant-garde du général Legrand, qui +n'avaient point encore combattu dans cette campagne, et qui +étaient impatiens de se mesurer avec l'ennemi, marchèrent +avec la rapidité de l'éclair: redoutes, bastions, fossés, tout est +franchi, et le corps du maréchal Soult entre par la porte de +Mullen. C'est en vain que l'ennemi voulut se défendre dans les +rues, dans les places, il fut poursuivi partout. Toutes les +rues, toutes les places furent jonchées de cadavres. Les deux +corps d'armée arrivant de deux côtés opposés, se réunirent +au milieu de la ville. A peine le grand-duc de Berg put-il passer, +qu'il se mit à la poursuite des fuyards: quatre mille prisonniers, +soixante pièces de canon, plusieurs généraux, un +grand nombre d'officiers tués ou pris, tel est le résultat de +cette belle journée.</p> + +<p>Le 7, avant le jour, tout le monde était à cheval, et le +grand-duc de Berg cernait l'ennemi près de Schwartau avec +la brigade Lasalle et la division de cuirassiers d'Hautpoult, +Le général Blucher, le prince Frédéric-Guillaume de Brunswick-Oels, +et tous les généraux se présentent alors aux vainqueurs, +demandent à signer une capitulation, et défilent devant +l'armée française.</p> + +<p>Ces deux journées ont détruit le dernier corps qui restait +de l'armée prussienne, et nous ont valu le reste de l'artillerie +de cette armée, beaucoup de drapeaux et seize mille prisonniers, +parmi lesquels se trouvent quatre mille hommes de +cavalerie.</p> + +<p>Ainsi ces généraux prussiens qui, dans le délire de leur vanité, +s'étaient permis tant de sarcasmes contre les généraux +autrichiens, ont renouvelé quatre fois la catastrophe d'Ulm, +la première, par la capitulation d'Erfurt, la seconde, par +celle du prince Hohenlohe; la troisième, par la reddition de +Stettin, et la quatrième par la capitulation de Schwartau.</p> + +<p>La ville de Lubeck a considérablement souffert: prise d'assaut, +ses places et les rues ont été le théâtre du carnage. Elle +ne doit s'en prendre qu'à ceux qui ont attiré la guerre dans +ses murs. Le Mecklembourg a été également ravagé par les +armées françaises et prussiennes. Un grand nombre de troupes +se croisant en tout sens, et à marches forcées sur ce territoire, +n'a pu trouver sa subsistance qu'aux dépens de cette +contrée. Ce pays est intimement lié avec la Russie; son sort +servira d'exemple aux princes d'Allemagne qui cherchent des +relations éloignées avec une puissance à l'abri des malheurs +qu'elle attire sur eux, et qui ne fait rien pour secourir ceux +qui lui sont attachés par les liens les plus étroits du sang et +par les rapports les plus intimes.</p> + +<p>L'aide-de-camp du grand-duc de Berg, Dery, a fait capituler +le corps qui escortait les bagages qui s'étaient retirés +derrière la Penne. Les Suédois ont livré les fuyards et les +caissons. Cette capitulation a produit quinze cents prisonniers, +une grande quantité de bagages et de chariots. Il y a aujourd'hui +des régimens de cavalerie, qui possèdent plusieurs centaines +de milliers d'écus.</p> + +<p>Le maréchal Ney, chargé du siège de Magdebourg, a fait +bombarder cette place. Plusieurs maisons ayant été brûlées, +les habitans ont manifesté leur mécontentement, et le commandant +a demandé à capituler. Il y a, dans cette forteresse, +beaucoup d'artillerie, des magasins considérables, seize mille +hommes appartenant à plus de soixante-dix bataillons, et +beaucoup de caisses des corps.</p> + +<p>Pendant ces événemens importans, plusieurs corps de notre +armée arrivent sur la Vistule.</p> + +<p>La malle de Varsovie a apporté beaucoup de lettres de Russie +qui ont été interceptées. On y voit que dans ce pays les +fables des journaux anglais trouvent une grande croyance; +ainsi, l'on est persuadé en Russie que le maréchal Masséna +a été tué; que la ville de Naples s'est soulevée; qu'elle a été +occupée par les Calabrais; que le roi s'est réfugié à Rome, +et que les Anglais, avec cinq ou six mille hommes, sont maîtres +de l'Italie. Il ne faudrait cependant qu'un peu de réflexion +pour rejeter de pareils bruits. La France n'a-t-elle donc plus +d'armée en Italie? Le roi de Naples est dans sa capitale; il +a quatre-vingt mille Français; il est maître des deux Calabres; +et à Pétersbourg on croit les Calabrais à Rome. Si quelques +galériens armés et endoctrinés par cet infâme Sidney-Smith, +la honte des braves militaires anglais, tuent des hommes +isolés, égorgent des propriétaires riches et paisibles, la +gendarmerie et l'échafaud en font justice.</p> + +<p>La marine anglaise ne désavouera point le titre d'infamie +donnée à Sidney-Smith. Les généraux Stuart et Fox, tous les +officiers de terre s'indignent de voir le nom anglais associé +à des brigands. Le brave général Stuart s'est même élevé publiquement +contre ces menées aussi impuissantes qu'atroces, +et qui tendent à faire du noble métier de la guerre, un échange +d'assassinats et de brigandages. Mais quand Sidney-Smith a +été choisi pour seconder les fureurs de la reine, on n'a vu +en lui qu'un de ces instrumens que les gouvernemens emploient +trop souvent, et qu'ils abandonnent au mépris qu'ils +sont les premiers à avoir pour eux. Les Napolitains feront connaître +un jour avec détail les lettres de Sidney-Smith, les +missions qu'il a données, l'argent qu'il a répandu pour l'exécution +des atrocités dont il est l'agent en chef.</p> + +<p>On voit aussi dans les lettres de Pétersbourg, et même dans +les dépêches officielles, qu'on croit qu'il n'y a plus de Français +dans l'Italie supérieure: on doit savoir cependant que, +indépendamment de l'armée de Naples, il y a encore en Italie +cent mille hommes prêts à punir ceux qui voudraient y +porter la guerre.</p> + +<p>On attend aussi de Pétersbourg des succès de la division +de Corfou; mais ou ne tardera pas à apprendre que cette division, +à peine débarquée aux bouches de Cattaro, a été défaite +par le général Marmont; qu'une partie a été prise, et +l'autre rejetée dans ses vaisseaux. C'est une chose fort différente +d'avoir affaire à des Français, ou à des Turcs que l'on +tient dans la crainte et dans l'oppression, en fomentant avec +art la discorde dans les provinces. Mais quoi qu'il en puisse +être, les Russes ne seront point embarrassés pour détourner +d'eux l'opprobre de ces résultats.</p> + +<p>Un décret du sénat-dirigeant a déclaré qu'à Austerlitz, +ce n'étaient point les Russes, mais leurs alliés, qui avaient +été battus. S'il y a sur la Vistule une nouvelle bataille d'Austerlitz, +ce sera encore d'autres qu'eux qui auront été vaincus, +quoiqu'aujourd'hui, comme alors, leurs alliés n'aient point +de troupes à joindre à leurs troupes, et que leur armée ne +puisse être composée que de Russes. Les états de mouvemens +et ceux des marches de l'armée russe seul tombés dans +les mains de l'état-major français. Il n'y aurait rien de plus +ridicule que les plans d'opérations des Russes, si leurs vaines +espérances n'étaient plus ridicules encore.</p> + +<p>Le général Lagrange a été déclaré gouverneur-général de +Cassel et des états de Hesse.</p> + +<p>Le maréchal Mortier s'est mis en marche pour le Hanovre +et pour Hambourg, avec son corps d'armée.</p> + +<p>Le roi de Hollande a fait bloquer Hamelin. Il faut que cette +guerre soit la dernière, et que ses auteurs soient si sévèrement +punis, que quiconque voudra désormais prendre les armes +contre le peuple Français, sache bien, avant de s'engager +dans une telle entreprise, quelles peuvent en être les +conséquences.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Berlin, le 10 novembre 1806.</p> + +<p class="milieu"><i>Trentième bulletin de la grande armée</i>.</p> + +<p>La place de Magdebourg s'est rendue le 8: le 9, les portes +ont été occupées par les troupes françaises.</p> + +<p>Seize mille hommes, près de huit cents pièces de canon, +des magasins de toute espèce tombent en notre pouvoir.</p> + +<p>Le prince Jérôme a fait bloquer la place de Glogau, capitale +de la Haute-Silésie, par le général de brigade Lefebvre, +à la tête de deux mille chevaux bavarois. La place a été bombardée +le 8 par dix obusiers servis par de l'artillerie légère. +Le prince fait l'éloge de la conduite de la cavalerie bavaroise. +Le général Deroy, avec sa division, a investi Glogau le 9: +on est entré en pourparler pour sa reddition.</p> + +<p>Le maréchal Davoust est entré à Posen avec un corps d'armée +le 10. Il est extrêmement content de l'esprit qui anime +les Polonais. Les agens prussiens auraient été massacrés, si +l'armée française ne les eût pris sous sa protection.</p> + +<p>La tête de quatre colonnes russes, fortes chacune de quinze +mille hommes, entrait dans les états prussiens par Georgenbourg, +Olita, Grodno et Jalowka. Le 25 octobre, ces têtes +de colonnes avaient fait deux marches, lorsqu'elles reçurent +la nouvelle de la bataille du 14 et des événemens qui l'ont +suivie; elles rétrogradèrent sur-le-champ. Tant de succès, +des événemens d'une si haute importance, ne doivent pas +ralentir en France les préparatifs militaires; on doit, au contraire, +les poursuivre avec une nouvelle énergie, non pour +satisfaire une ambition insatiable, mais pour mettre un terme +à celle de nos ennemis. L'armée française ne quittera pas la +Pologne et Berlin que la Porte ne soit rétablie dans toute son +indépendance, et que la Valachie et la Moldavie ne soient +déclarées appartenant en toute suzeraineté à la Porte.</p> + +<p>L'armée française ne quittera point Berlin, que les possessions +des colonies espagnoles, hollandaises et françaises ne +soient rendues, et la paix générale faite.</p> + +<p>On a intercepté une malle de Dantzick, dans laquelle on a +trouvé beaucoup de lettres venant de Pétersbourg et de +Vienne. Ou use à Vienne d'une ruse assez simple pour répandre +de faux bruits. Avec chaque exemplaire des gazettes, +dont le ton est fort réservé, on envoie, sous la même enveloppe, +un bulletin à la main, qui contient les nouvelles les +plus absurdes. On y lit que la France n'a plus d'armée en +Italie; que toute cette contrée est en feu; que l'état de Venise +est dans le plus grand mécontentement et a les armes à +la main; que les Russes ont attaqué l'armée française en Dalmatie, +et l'ont complètement battue.</p> + +<p>Quelque fausses et ridicules que soient ces nouvelles, +elles arrivent de tant de côtés à la fois, qu'elles obscurcissent +la vérité. Nous sommes autorisés à dire que l'empereur a deux +cent mille hommes en Italie, dont quatre-vingt mille à Naples, +et vingt-cinq mille en Dalmatie; que le royaume de Naples +n'a jamais été troublé que par des brigandages et des assassinats; +que le roi de Naples est maître de toute la Calabre; +que si les Anglais veulent y débarquer avec des troupes régulières, +ils trouveront a qui parler; que le maréchal Masséna +n'a jamais eu que des succès, et que le roi est tranquille dans +sa capitale, occupé des soins de son armée et de l'administration +de son royaume; que le général Marmont, commandant +l'armée française en Dalmatie, a complètement battu les +Russes et les Monténégrins, entre lesquels la division règne; +que les Monténégrins accusent les Russes de s'être mal battus, +et que les Russes reprochent aux Monténégrins d'avoir fui; +que de toutes les troupes de l'Europe, les moins propres à +faire la guerre en Dalmatie sont certainement les troupes +russes. Aussi y font-elles en général une fort mauvaise figure.</p> + +<p>Cependant le corps diplomatique, endoctriné par ces fausses +directions données à Vienne à l'opinion, égare les cabinets +par ses rapsodies. De faux calculs s'établissent là-dessus; et +comme tout ce qui est bâti sur le mensonge et sur l'erreur +tombe promptement en ruine, des entreprises aussi mal calculées +tournent à la confusion de leurs auteurs. Certainement +dans la guerre actuelle, l'empereur n'a pas voulu affaiblir +son armée d'Italie; il n'en a pas retiré un seul homme; il +s'est contenté de faire venir huit escadrons de cuirassiers, +parce que les troupes de cette arme sont inutiles en Italie. +Ces escadrons ne sont pas encore arrivés à Inspruck. Depuis +la dernière campagne, l'empereur a, au contraire, augmenté +son armée d'Italie de quinze régimens qui étaient dans l'intérieur, +et de neuf régimens du corps du général Marmont. +Quarante mille conscrits, presque tous de la conscription de +1806, ont été dirigés sur l'Italie; et par les états de situation +de cette armée au 1er novembre, vingt-cinq mille y +étaient déjà arrivés. Quant au peuple des états vénitiens, +l'empereur ne saurait être que très-satisfait de l'esprit qui +l'anime. Aussi, S.M. s'occupe-t-elle des plus chers intérêts +des Vénitiens; aussi a-t-elle ordonné des travaux pour réparer +et améliorer leur port, et pour rendre la passe de Malmocco +propre aux vaisseaux de tout rang.</p> + +<p>Du reste, tous ces faiseurs de nouvelles en veulent beaucoup +à nos maréchaux et à nos généraux; il ont tué le maréchal +Masséna à Naples; ils ont tué en Allemagne le grand-duc +de Berg, le maréchal Soult. Cela n'empêche heureusement +personne de se porter très-bien.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Berlin. le 12 novembre 1806.</p> + +<p class="milieu"><i>Trente-unième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>La garnison de Magdebourg a défilé le 11, à neuf heures +du matin, devant le corps d'armée du maréchal Ney. Nous +avons vingt généraux, huit cents officiers, vingt-deux mille +prisonniers, parmi lesquels deux mille artilleurs, cinquante-quatre +drapeaux, cinq étendards, huit cents pièces de canon, +un million de poudre, un grand équipage de pont et un matériel +immense d'artillerie.</p> + +<p>Le colonel Gérard et l'adjudant-commandant Ricard ont +présenté, ce matin, à l'empereur, au nom des premier et quatrième +corps, soixante drapeaux qui ont été pris à Lubeck +au corps du général prussien Blucher: il y avait vingt-deux +étendards; quatre mille chevaux tout harnachés, pris dans +cette journée, se rendent au dépôt de Potsdam.</p> + +<p>Dans le vingt-neuvième bulletin, on a dit que le corps du +général Blucher avait fourni seize mille prisonniers, parmi +lesquels quatre mille de cavalerie. On s'est trompé, il y avait +vingt-un mille prisonniers, parmi lesquels cinq mille hommes +de cavalerie montés; de sorte que, par le résultat de ces deux +capitulations, nous avons cent vingt drapeaux et étendards, +et quarante-cinq mille prisonniers. Le nombre des prisonniers +qui ont été faits dans la campagne passe cent quarante mille; +le nombre des drapeaux pris passe deux cent cinquante; le +nombre des pièces de campagne prises devant l'ennemi et +sur le champ de bataille, passe huit cents; celui des pièces +prises à Berlin et dans les places qui se sont rendues, passe +quatre mille.</p> + +<p>L'empereur a fait manoeuvrer hier sa garde à pied et à cheval, +dans une plaine aux portes de Berlin. La journée a été +superbe.</p> + +<p>Le général Savary, avec sa colonne mobile, s'est rendu à +Rostock, et y a pris quarante ou cinquante bâtimens suédois +sur leur lest: il les a fait vendre sur-le-champ.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Berlin, le 16 novembre 1806.</p> + +<p class="milieu"><i>Trente-deuxième bulletin de la grande armée</i>.</p> + +<p>Après la prise de Magdebourg et l'affaire de Lubeck, la +campagne contre la Prusse se trouve entièrement finie.</p> + +<p>Voici quelle était la situation de l'armée prussienne en entrant +en campagne: Le corps du général Ruchel, dit de +Westphalie, était composé de trente-trois bataillons d'infanterie, +de quatre compagnies de chasseurs, de quarante-cinq +escadrons de cavalerie, d'un bataillon d'artillerie et de sept +batteries, indépendamment des pièces de régiment. Le corps +du prince de Hohenlohe était composé de vingt-quatre bataillons +prussiens et de vingt-cinq bataillons saxons, de quarante-cinq +escadrons prussiens et de trente-six escadrons +saxons, de deux bataillons d'artillerie, de huit batteries +prussiennes et de huit batteries saxonnes. L'armée commandée +par le roi en personne, était composée d'une avant-garde +de dix bataillons et de quinze escadrons, commandée par le +duc de Weimar, et de trois divisions; la première, commandée +par le prince d'Orange, était composée de onze bataillons +et de vingt escadrons; la seconde division, commandée par +le général Wartensleben, était composée de onze bataillons +et de quinze escadrons; la troisième division, commandée +par le général Schmettau, était composée de dix bataillons +et de quinze escadrons. Le corps de réserve de cette armée, +que commandait le général Kalkreuth, était composé de deux +divisions, chacune de dix bataillons des régimens de la garde +ou d'élite, et de vingt escadrons. La réserve que commandait +le prince Eugène de Wurtemberg, était composée de dix-huit +bataillons et de vingt escadrons. Ainsi, le total général +de l'armée prussienne était de cent soixante bataillons et de +deux cent trente-six escadrons, servie par cinquante batteries, +ce qui faisait, présens sous les armes, cent quinze mille +hommes d'infanterie, trente mille de cavalerie, et huit cents +pièces de canon, y compris les canons de bataillons; Toute +cette armée se trouvait à la bataille du 14, hormis le corps du +duc de Weimar, qui était encore sur Eisenach, et la réserve +du prince de Wurtemberg; ce qui porte les forces prussiennes +qui se trouvaient à la batailles à cent vingt-six mille hommes. +De ces cent vingt-six mille hommes, pas un n'a échappé. Du +corps du duc de Weimar, pas un homme n'a échappé. Du +corps de réserve du duc de Wurtemberg, qui a été battu à +Halle, pas un homme n'est échappé. Ainsi, ces cent quarante-cinq +mille hommes ont tous été pris, blessés ou tués; +tous les drapeaux, étendards, tous les canons, tous les +bagages, tous les généraux ont été pris, et rien n'a +passé l'Oder. Le roi, la reine, le général Kalkreuth, et à +peine dix ou douze officiers, voilà tout ce qui s'est sauvé. Il +reste aujourd'hui au roi de Prusse un régiment dans la place +de Gros-Glogau qui est assiégée, un à Breslau, un à Brieg, +deux à Varsovie, et quelques régimens à Koenigsberg, en tout +à peu près quinze mille hommes d'infanterie et trois ou quatre +mille hommes de cavalerie. Une partie de ces troupes est enfermée +dans des places fortes. Le roi ne peut pas réunir à +Koenigsberg, où il s'est réfugié dans ce moment, plus de +huit mille hommes. Le souverain de Saxe a fait présent de +son portrait au général Lemarrois, gouverneur de Wittemberg, +qui, se trouvant à Torgau, a remis l'ordre dans une +maison de correction, parmi six cents brigands qui s'étaient +armés et menaçaient de piller la ville. Le lieutenant Lebrun +a présenté hier à l'empereur quatre étendards de quatre escadrons +prussiens que commandait le général Pelet, et que le +général Drouet a fait capituler du côté de Lauembourg. Ils +s'étaient échappés du corps du général Blucher. Le major +Ameil, à la tête d'un escadron du seizième de chasseurs, envoyé +par le maréchal Soult le long de l'Elbe, pour ramasser +tout ce qui pourrait s'échapper du corps du général Blucher, +a fait un millier de prisonniers, dont cinq cents hussards, et +a pris une grande quantité de bagages.</p> + +<p>Voici la position de l'armée française. La division des +cuirassiers du général d'Hautpoult, les divisions de dragons +des généraux Grouchy et Sahuc, la cavalerie légère du général +Lasalle, faisant partie de la réserve de cavalerie que le +grand-duc de Berg avait à Lubeck, arrivent à Berlin. La tête +du corps du maréchal Ney, qui a fait capituler la place de +Magdebourg, est entrée aujourd'hui à Berlin. Les corps du +prince de Ponte-Corvo et du maréchal Soult sont en route +pour venir à Berlin. Le corps du maréchal Soult y arrivera +le 20; celui du prince de Ponte-Corvo, quelques jours après. +Le maréchal Mortier est arrivé avec le huitième corps à +Hambourg, pour fermer l'Elbe et le Weser. Le général Savary +a été chargé du blocus de Hameln avec la division hollandaise. +Le corps du maréchal Lannes est à Thorn. Le corps +du maréchal Augereau est à Bromberg et vis-à-vis Graudentz. +Le corps du maréchal Davoust est en marche de Posen sur +Varsovie, où se rend le grand-duc de Berg avec l'autre partie +de la réserve de cavalerie, composée des divisions de dragons +des généraux Beaumont, Klein et Beker, de la division de +cuirassiers du général Nansouty, et de la cavalerie légère du +général Milhaud. Le prince Jérôme, avec le corps des alliés, +assiège Gros-Glogau; son équipage de siège a été formé à +Custrin. Une de ses divisions investit Breslau. Il prend possession +de la Silésie. Nos troupes occupent le fort de Lenczyc, +à mi-chemin de Posen à Varsovie; on y a trouvé des +magasins et de l'artillerie. Les Polonais montrent la meilleure +volonté, mais jusqu'à la Vistule ce pays est difficile; il y a +beaucoup de sable. Pour la première fois, la Vistule voit +l'aigle gauloise. L'empereur a désiré que le roi de Hollande +retournât dans son royaume pour veiller lui-même à sa défense. +Le roi de Hollande a fait prendre possession du Hanovre +par le corps du général Mortier. Les aigles prussiennes +et les armes électorales en ont été ôtées ensemble.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Berlin, le 1er novembre 1806.</p> + +<p class="milieu"><i>Trente-troisième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Une suspension d'armes a été signée hier à Charlottembourg. +La saison se trouvant avancée, cette suspension d'armes +assoit les quartiers de l'armée. Partie de la Pologne +prussienne se trouve ainsi occupée par l'armée française, et +partie est neutre.</p> + +<p>(<i>Suit la teneur de cette suspension</i>).</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Berlin, le 31 novembre 1806.</p> + +<p class="milieu">Message au sénat.</p> + +<p>«Sénateurs, nous voulons, dans les circonstances où se +trouvent les affaires générales de l'Europe, faire connaître, +à vous et à la nation, les principes que nous avons adoptés +comme règle général.</p> + +<p>«Notre extrême modération, après chacune des trois premières +guerres, a été la cause de celle qui leur a succédé. +C'est ainsi que nous avons eu à lutter contre une quatrième +coalition, neuf mois après que la troisième avait été dissoute, +neuf mois après ces victoires éclatantes que nous avait accordées +la providence, et qui devaient assurer un long repos au +continent.</p> + +<p>Mais un grand nombre de cabinets de l'Europe est plus +tôt ou plus tard influencé par l'Angleterre; et sans une solide +paix avec cette puissance, notre peuple ne saurait jouir des +bienfaits qui sont le premier but de nos travaux, l'unique +objet de notre vie. Aussi, malgré notre situation triomphante, +nous n'avons été arrêtés, dans nos dernières négociations avec +l'Angleterre, ni par l'arrogance de son langage, ni par les sacrifices +qu'elle a voulu nous imposer. L'île de Malte, à laquelle +s'attachait pour ainsi dire l'honneur de cette guerre, +et qui, retenue par l'Angleterre au mépris des traités, en était +la première cause, nous l'avions cédée; nous avions consenti +à ce qu'à la possession de Ceylan et de l'empire du Myssoure, +l'Angleterre joignît celle du cap de Bonne-Espérance.</p> + +<p>Mais tous nos efforts ont dû échouer lorsque les conseils +de nos ennemis ont cessé d'être animés de la noble ambition +de concilier le bien du monde avec la prospérité présente de +leur patrie, et la prospérité présente de leur patrie avec une +prospérité durable; et aucune prospérité ne peut être durable +pour l'Angleterre, lorsqu'elle sera fondée sur une politique +exagérée et injuste qui dépouillerait soixante millions d'habitans, +leurs voisins, riches et braves, de tout commerce et de +toute navigation. Immédiatement après la mort du principal +ministre de l'Angleterre, il nous fut facile de nous apercevoir +que la continuation des négociations n'avait plus d'autre +objet que de couvrir les trames de cette quatrième coalition, +étouffée dès sa naissance.</p> + +<p>Dans cette nouvelle position, nous avons pris pour principes +invariables de notre conduite, de ne point évacuer ni +Berlin, ni Varsovie, ni les provinces que la force des armes +a fait tomber en nos mains, avant que la paix générale ne +soit conclue; que les colonies espagnoles, hollandaises et françaises +ne soient rendues; que les fondemens de la puissance +ottomane ne soient raffermis, et l'indépendance absolue de ce +vaste empire, premier intérêt de notre peuple, irrévocablement +consacrée. Nous avons mis les îles britanniques en état +de blocus, et nous avons ordonné contre elles des dispositions +qui répugnaient à notre coeur. Il nous en a coûté de faire dépendre +les intérêts des particuliers de la querelle des rois, et +de revenir, après tant d'années de civilisation, aux principes +qui caractérisent la barbarie des premiers âges des nations. +Mais nous avons été contraints, pour le bien de nos alliés, à +opposer à l'ennemi commun les mêmes armes dont il se servait +contre nous. Ces déterminations, commandées par un +juste sentiment de réciprocité, n'ont été inspirées ni par la +passion, ni par la haine. Ce que nous avons offert après avoir +dissipé les trois coalitions qui avaient tant contribué à la +gloire de nos peuples, nous l'offrons encore aujourd'hui que +nos armes ont obtenu de nouveaux triomphes. Nous sommes +prêts à faire la paix avec l'Angleterre; nous sommes prêts +à la faire avec la Russie, avec la Prusse; mais elle ne peut +être conclue que sur des bases telles qu'elle ne permette +à qui que ce soit, de s'arroger aucun droit de suprématie à +notre égard, qu'elle rende les colonies a notre métropole, et +qu'elle garantisse à notre commerce et à notre industrie la +prospérité à laquelle ils doivent atteindre. Et si l'ensemble de +ces dispositions éloigne de quelque temps encore le rétablissement +de la paix générale, quelque court que soit ce retard, +il paraîtra long à notre coeur. Mais nous sommes certains que +nos peuples apprécieront la sagesse de nos motifs politiques, +qu'ils jugeront avec nous qu'une paix partielle n'est qu'une +trêve qui nous fait perdre tous nos avantages acquis pour +donner lieu à une nouvelle guerre, et qu'enfin ce n'est que +dans une paix générale que la France peut trouver le bonheur. +Nous sommes dans un de ces instans importans pour la +destinée des nations; et le peuple français se montrera digne +de celle qui l'attend. Le sénatus-consulte que nous avons ordonné +de vous proposer, et qui mettra à notre disposition, +dans les premiers jours de l'année, la conscription de 1807, +qui, dans les circonstances ordinaires, ne devrait être levée +qu'au mois de septembre, sera exécuté avec empressement +par les pères, comme par les enfans. Et dans quel plus beau +moment pourrions-nous appeler aux armes les jeunes Français! +ils auront à traverser, pour se rendre à leurs drapeaux, +les capitales de nos ennemis et les champs de bataille illustrés +par les victoires de leurs aînés!»</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">En notre camp Impérial de Berlin, le 21 novembre 1806.</p> + +<p class="milieu"><i>Décret constitutif du blocus continental.</i></p> + +<p>Napoléon, empereur des Français et roi d'Italie, considérant:</p> + +<p>1°. Que l'Angleterre n'admet point le droit des gens +suivi universellement par tous les peuples policés;</p> + +<p>2°. Qu'elle répute ennemi tout individu appartenant à +l'état ennemi, et fait en conséquence prisonniers de guerre, +non-seulement les équipages des vaisseaux armés en guerre, +mais encore les équipages des vaisseaux de commerce et des +navires marchands, et même les facteurs du commerce et les +négocians qui voyagent pour les affaires de leur négoce;</p> + +<p>3°. Qu'elle étend aux bâtimens et marchandises du commerce +et aux propriétés des particuliers, le droit de conquête, +qui ne peut s'appliquer qu'à ce qui appartient à l'état +ennemi;</p> + +<p>4°. Qu'elle étend aux villes et ports de commerce non fortifiés, +aux havres et aux embouchures des rivières, le droit +de blocus, qui, d'après la raison et l'usage de tous les peuples +policés, n'est applicable qu'aux places fortes; qu'elle +déclare bloquées des places devant lesquelles elle n'a pas +même un seul bâtiment de guerre, quoiqu'une place ne soit +bloquée que quand elle est tellement investie, qu'on ne puisse +tenter de s'en approcher sans un danger imminent; qu'elle +déclare même en état de blocus des lieux que toutes ses +forces réunies seraient incapables de bloquer, des côtes entières +et tout un empire;</p> + +<p>5°. Que cet abus monstrueux du droit de blocus n'a d'autre +but que d'empêcher les communications entre les peuples, et +d'élever le commerce et l'industrie de l'Angleterre sur la +ruine de l'industrie et du commerce du continent;</p> + +<p>6°. Que tel étant le but évident de l'Angleterre, quiconque +fait sur le continent le commerce des marchandises anglaises, +favorise par-là ses desseins et s'en rend le complice;</p> + +<p>7°. Que cette conduite de l'Angleterre, digne en tout des +premiers âges de la barbarie, a profité à cette puissance au +détriment de toutes les antres;</p> + +<p>8°. Qu'il est de droit naturel d'opposer à l'ennemi les armes +dont il se sert, et de le combattre de la même manière qu'il +combat, lorsqu'il méconnaît toutes les idées de justice et tous +les sentimens libéraux, résultat de la civilisation parmi les +hommes; nous avons résolu d'appliquer à l'Angleterre les +usages qu'elle a consacrés dans sa législation maritime. Les +dispositions du présent décret seront constamment considérées +comme principe fondamental de l'empire, jusqu'à ce que +l'Angleterre ait reconnu que le droit de la guerre est un et le +même sur terre que sur mer; qu'il ne peut s'étendre ni aux +propriétés privées, quelles qu'elles soient, ni à la personne +des individus étrangers à la profession des armes, et que le +droit de blocus doit être restreint aux places fortes réellement +investies par des forces suffisantes.</p> + +<p>Nous avons en conséquence décrété et décrétons ce qui suit:</p> + +<p>Art. 1er. Les Iles-Britanniques sont déclarées en état de +blocus.</p> + +<p>2. Tout commerce et toute correspondance avec les Iles-Britanniques +sont interdits.</p> + +<p>En conséquence, les lettres ou paquets adressés ou en Angleterre +ou à un Anglais, ou écrits en langue anglaise, n'auront +pas cours aux postes, et seront saisis.</p> + +<p>3. Tout individu sujet de l'Angleterre, de quelque état et +condition qu'il soit, qui sera trouvé dans les pays occupés +par nos troupes ou par celles de nos alliés, sera fait prisonnier +de guerre.</p> + +<p>4. Tout magasin, toute marchandise, toute propriété, de +quelque nature qu'elle puisse être, appartenant à un sujet de +l'Angleterre, sera déclaré de bonne prise.</p> + +<p>5. Le commerce des marchandises anglaises est défendu; +et toute marchandise appartenant à l'Angleterre, ou provenant +de ses fabriques et de ses colonies, est déclarée de bonne +prise.</p> + +<p>6. La moitié du produit de la confiscation des marchandises +et propriétés déclarées de bonne prise par les articles +précédens, sera employée à indemniser les négocians des +pertes qu'ils ont éprouvées par la prise des bâtimens de commerce +qui ont été enlevés par les croisières anglaises.</p> + +<p>7. Aucun bâtiment venant directement de l'Angleterre ou +des colonies anglaises, ou y ayant été depuis la publication +du présent décret, ne sera reçu dans aucun port.</p> + +<p>3. Tout bâtiment qui, au moyen d'une fausse déclaration, +contreviendra à la disposition ci-dessus, sera saisi, et le navire +et la cargaison seront confisqués comme s'ils étaient propriété +anglaise.</p> + +<p>9. Notre tribunal des prises de Paris est chargé du jugement +définitif de toutes les contestations qui pourront survenir +dans notre empire ou dans les pays occupés par l'armée française, +relativement à l'exécution du présent décret. Notre tribunal +des prises à Milan sera chargé du jugement définitif +desdites contestations qui pourront survenir dans l'étendue +de notre royaume d'Italie.</p> + +<p>10. Communication du présent décret sera donnée, par +notre ministre des relations extérieures, aux rois d'Espagne, +de Naples, de Hollande et d'Étrurie, et à nos autres alliés +dont les sujets sont victimes, comme les nôtres, de l'injustice +et de la barbarie de la législation maritime anglaise.</p> + +<p>11. Nos ministres des relations extérieures, de la guerre, +de la marine, des finances, de la police, et nos directeurs-généraux +des postes sont chargés, chacun en ce qui le concerne, +de l'exécution du présent décret.</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Berlin, le 23 novembre 1806.</p> + +<p class="milieu"><i>Trente-quatrième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>On n'a pas encore de nouvelles que la suspension d'armes, +signée le 17, ait été ratifiée par le roi de Prusse, et que l'échange +des ratifications ait eu lieu. En attendant, les hostilités +continuent toujours, ne devant cesser qu'au moment de +l'échange.</p> + +<p>Le général Savary, auquel l'empereur avait confié le commandement +du siège de Hameln, est arrivé le 19 à Ebersdorff, +devant Hameln, a eu une conférence, le 20, avec le +général Lecoq et les généraux prussiens enfermés dans cette +place, et leur a fait signer une capitulation. Neuf mille prisonniers, +parmi lesquels six généraux, des magasins pour +nourrir dix mille hommes pendant six mois, des munitions +de toute espèce, une compagnie d'artillerie à cheval, et +trois cents hommes à cheval sont en notre pouvoir.</p> + +<p>Les seules troupes qu'avait le général Savary étaient un +régiment français d'infanterie légère, et deux régimens hollandais, +que commandait le général hollandais Dumonceau.</p> + +<p>Le général Savary est parti sur-le-champ pour Nienbourg, +pour faire capituler cette place, dans laquelle on croit qu'il +y a deux ou trois mille hommes de garnison.</p> + +<p>Un bataillon prussien de huit cents hommes, tenant garnison +à Czentoschau, à l'extrémité de la Pologne prussienne, +a capitulé, le 18, devant cent cinquante chasseurs du +deuxième régiment, réunis à trois cents Polonais confédérés +qui se sont présentés devant cette place. La garnison est prisonnière +de guerre; il y a des magasins considérables.</p> + +<p>L'empereur a employé toute la journée à passer en revue +l'infanterie du quatrième corps d'armée, commandé par le +maréchal Soult. Il a fait des promotions et distribué des récompenses +dans chaque corps.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Posen, le 38 novembre 1806.</p> + +<p class="milieu"><i>Trente-cinquième bulletin de la grande-armée.</i></p> + +<p>L'empereur est parti de Berlin le 25, à deux heures du +matin, et est arrivé à Custrin le même jour, à dix heures +du matin. Il est arrivé à Meseritz le 26, et à Posen le 27, à +dix heures du soir. Le lendemain, S.M. a reçu les différens +ordres des Polonais. Le maréchal du palais, Duroc, a été +jusqu'à Osterode, où il a vu le roi de Prusse, qui lui a déclaré +qu'une partie de ses états était occupée par les Russes, +et qu'il était entièrement dans leur dépendance; qu'en conséquence +il ne pouvait ratifier la suspension d'armes qu'avaient +conclue ses plénipotentiaires, parce qu'il ne pourrait +pas en exécuter les stipulations. S.M. se rendait à Koenigsberg.</p> + +<p>Le grand-duc de Berg, avec une partie de sa réserve de +cavalerie et les corps des maréchaux Davoust, Lannes et +Augereau, est entré à Varsovie. Le général russe Benigsen, +qui avait occupé la ville avant l'approche des Français, l'a +évacuée, apprenant que l'armée française venait à lui et voulait +tenter un engagement.</p> + +<p>Le prince Jérôme, avec le corps des Bavarois, se trouve +à Kalitsch. Tout le reste de l'armée est arrivé à Posen, ou +en marche par différentes directions pour s'y rendre. Le maréchal +Mortier marche sur Anklam, Rostock et la Poméranie +suédoise, après avoir pris possession des villes Anséatiques. +La reddition d'Hameln a été accompagnée d'événemens assez +étranges. Outre la garnison destinée à la défense de cette +place, quelques bataillons prussiens paraissent s'y être réfugiés +après la bataille du 14. L'anarchie régnait dans cette +nombreuse garnison. Les officiers étaient insubordonnés contre +les généraux, et les soldats contre les officiers. A peine +la capitulation était-elle signée, que le général Savary reçut +une lettre du général Von Schoeler, à laquelle il répondit. +Pendant ce temps la garnison était insurgée, et le premier +acte de la sédition fut de courir aux magasins d'eaux-de-vie, +de les enfoncer et d'en boire outre mesure. Bientôt animés +par ces boissons spiritueuses, on se fusilla dans-les rues, +soldats contre soldats, soldats contre officiers, soldats contre +bourgeois; le désordre était extrême. Le général Von Schoeler +envoya courrier sur courrier au général Savary, pour le +prier de venir prendre possession de la place avant le moment +fixé pour sa remise. Le général Savary accourut aussitôt, +entra dans la ville à travers une grêle de balles, fit filer +tous les soldats de la garnison par une porte, et les parqua +dans une prairie. Il assembla ensuite les officiers, leur +fit connaître que ce qui arrivait était un effet de la mauvaise +discipline, leur fit signer leur cartel, et rétablit l'ordre dans +la ville. On croit que dans le tumulte, il y a eu plusieurs bourgeois.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Posen, le 1er décembre 1806.</p> + +<p class="milieu"><i>Trente-sixième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Le quartier-général du grand-duc de Berg était le 27 à Lowiez. +Le général Benigsen, commandant l'armée russe, espérant +empêcher les Français d'entrer à Varsovie, avait envoyé une +avant-garde border la rivière de Bsura. Les avant-postes se +rencontrèrent dans la journée du 26; les Russes furent culbutés. +Le général Beaumont passa la Bsura à Lowiez, rétablit +le pont, tua ou blessa plusieurs hussards russes, fit prisonniers +plusieurs cosaques, et les poursuivit jusqu'à Blonic. +Le 27, quelques coups de sabre furent donnés entre les +grand'-gardes de cavalerie; les Russes furent poursuivis; on +leur fit quelques prisonniers. Le 28, à la nuit tombante, le +grand-duc de Berg, avec sa cavalerie, entra à Varsovie. Le +corps du maréchal Davoust y est entré le 29. Les Russes +avaient repassé la Vistule en brûlant le pont. Il est difficile +de peindre l'enthousiasme des Polonais. Notre entrée dans +cette grande ville était un triomphe, et les sentimens que les +Polonais de toutes les classes montrent depuis notre arrivée +ne sauraient s'exprimer. L'amour de la patrie et le sentiment +national sont non-seulement conservés eu entier dans le coeur +du peuple, mais il a été retrempé par le malheur; sa première +passion, son premier désir est de redevenir nation. +Les plus riches sortent de leurs châteaux pour venir demander +à grands cris le rétablissement de la nation, et offrir leurs +enfans, leur fortune, leur influence. Ce spectacle est vraiment +touchant. Déjà ils ont partout repris leur ancien costume, +leurs anciennes habitudes. Le trône de Pologne se rétablira-t-il, +et cette grande nation reprendra-t-elle son existence et +son indépendance? Du fond du tombeau renaîtra-t-elle à la +vie? Dieu seul, qui tient dans ses mains les combinaisons de +tous les événemens, est l'arbitre de ce grand problème politique; +mais certes il n'y eut jamais d'événement plus mémorable, +plus digne d'intérêt, et, par une correspondance de +sentimens qui fait l'éloge des Français, des traînards qui +avaient commis quelque excès dans d'autres pays, ont été touchés +du bon accueil du peuple, et n'ont eu besoin d'aucun +effort pour se bien comporter. Nos soldats trouvent que les +solitudes de la Pologne contrastent avec les campagnes riantes +de leur patrie; mais ils ajoutent aussitôt: <i>Ce sont de bonnes +gens que les Polonais.</i> Ce peuple se montre vraiment sous +des couleurs intéressantes.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Au quartier impérial de Posen, le 2 décembre 1806.</p> + +<p class="milieu"><i>Proclamation à la grande armée.</i></p> + +<p>Soldats!</p> + +<p>Il y a aujourd'hui un an, à cette heure même, que vous +étiez sur le champ mémorable d'Austerlitz. Les bataillons +russes, épouvantés, fuyaient en déroute, ou, enveloppés, +rendaient les armes à leurs vainqueurs. Le lendemain ils firent +entendre des paroles de paix; mais elles étaient trompeuses. +A peine échappés par l'effet d'une générosité peut-être +condamnable, aux désastres de la troisième coalition, ils +en ont ourdi une quatrième. Mais l'allié, sur la tactique duquel +ils fondaient leur principale espérance, n'est déjà plus. Ses places +fortes, ses capitales, ses magasins, ses arsenaux, deux cent +quatre-vingts drapeaux, sept cents pièces de bataille, cinq grandes +places de guerre, sont en notre pouvoir. L'Oder, la Wartha, +les déserts de la Pologne, les mauvais temps de la saison +n'ont pu vous arrêter un moment. Vous avez tout bravé, +tout surmonté; tout a fui à votre approche. C'est en vain +que les Russes ont voulu défendre la capitale de cette ancienne +et illustre Pologne; l'aigle française plane sur la Vistule. Le +brave et infortuné Polonais, en vous voyant, croit revoir +les légions de Sobieski, de retour de leur mémorable expédition.</p> + +<p>Soldats, nous ne déposerons point les armes que la paix +générale n'ait affermi et assuré la puissance de nos alliés, n'ait +restitué à notre commerce sa liberté et ses colonies. Nous +avons conquis sur l'Elbe et l'Oder, Pondichery, nos établissemens +des Indes, le cap de Bonne-Espérance et les colonies +espagnoles. Qui donnerait le droit de faire espérer aux +Russes de balancer les destins? Qui leur donnerait le droit de +renverser de si justes desseins? Eux et nous ne sommes-nous +pas les soldats d'Austerlitz?»</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">De notre camp impérial de Posen, le 2 décembre 1806.</p> + +<p class="milieu"><i>Ordre du jour.</i></p> + +<p>Napoléon, empereur des Français et roi d'Italie,</p> + +<p>Avons décrété et décrétons ce qui suit:</p> + +<p>Art. 1er. Il sera établi sur l'emplacement de la Madelaine +de notre bonne ville de Paris, aux frais du trésor et de notre +couronne, un monument dédié à la grande armée, portant +sur le frontispice: <i>L'empereur Napoléon aux soldats de +la grande armée.</i></p> + +<p>2. Dans l'intérieur du monument seront inscrits, sur des +tables de marbre, les noms de tous les hommes, par corps +d'armée et par régiment, qui ont assisté aux batailles d'Ulm, +d'Austerlitz et de Jena; et sur des tables d'or massif, les noms +de tous ceux qui sont morts sur les champs de bataille. Sur +des tables d'argent sera gravée la récapitulation, par département, +des soldats que chaque département a fournis à la +grande armée.</p> + +<p>3. Autour de la salle seront sculptés des bas-reliefs où seront +représentés les colonels de chacun des régimens de la +grande armée avec leurs noms; ces bas-reliefs seront faits de +manière que les colonels soient groupés autour de leurs généraux +de division et de brigade par corps d'armée. Les statues +en marbre des maréchaux qui ont commandé des corps +ou qui ont fait partie de la grande armée, seront placées dans +l'intérieur de la salle.</p> + +<p>3. Les armures, statues, monumens de toutes espèces, enlevés +par la grande armée dans ces deux campagnes; les drapeaux, +étendards et tymbales conquis par la grande armée, +avec les noms des régimens ennemis auxquels ils appartenaient, +seront déposés dans l'intérieur du monument.</p> + +<p>5. Tous les ans, aux anniversaires des batailles d'Austerlitz +et de Jena, le monument sera illuminé, et il sera donné +vu concert, précédé d'un discours sur les vertus nécessaires +au soldat, et d'un éloge de ceux qui périrent sur le champ +de bataille dans ces journées mémorables. Un mois avant, +un concours sera ouvert pour recevoir la meilleure pièce de +musique analogue aux circonstances. Une médaille d'or de +cent cinquante doubles Napoléons, sera donnée aux auteurs +de chacune de ces pièces qui auront remporté le prix. Dans +les discours et odes, il est expressément défendu de faire aucune +mention de l'empereur.</p> + +<p>6. Notre ministre de l'intérieur ouvrira sans délai un concours +d'architecture pour choisir le meilleur projet pour l'exécution +de ce monument. Une des conditions du prospectus +sera de conserver la partie du bâtiment de la Madelaine qui +existe aujourd'hui, et que la dépense ne dépasse pas trois +millions. Une commission de la classe des beaux-arts de notre +institut sera chargée de faire un rapport à notre ministre +de l'intérieur, avant le mois de mars 1807, sur les projets +soumis au concours. Les travaux commenceront le 1er mai, +et devront être achevés avant l'an 1809. Notre ministre de +l'intérieur sera chargé de tous les détails relatifs à la construction +du monument, et le directeur-général de nos musées, +de tous les détails des bas-reliefs, statues et tableaux.</p> + +<p>7. Il sera acheté cent mille francs de rente en inscriptions +sur le grand-livre, pour servir à la dotation du monument +et à son entretien annuel.</p> + +<p>8. Une fois le monument construit, le grand-conseil de la +légion d'honneur sera spécialement chargé de sa garde, de +sa conservation, et de tout ce qui est relatif au concours annuel.</p> + +<p>9. Notre ministre de l'intérieur et l'intendant des biens +de notre couronne, sont chargés de l'exécution du présent +décret.</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Posen, le 2 décembre 1806.</p> + +<p class="milieu"><i>Trente-Septième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Le fort de Czentoschau a capitulé. Six cents hommes qui +en formaient la garnison, trente bouches à feu, des magasins +sont tombés en notre pouvoir. Il y a un trésor formé de beaucoup +d'objets précieux, que la dévotion des Polonais avait +offerts à une image de la vierge, qui est regardée comme la +patronne de la Pologne. Ce trésor avait été mis sous le séquestre, +mais l'empereur a ordonné qu'il fût rendu. La partie de +l'armée qui est à Varsovie continue à être satisfaite de l'esprit +qui anime cette grande capitale. La ville de Posen a +donné aujourd'hui un bal à l'empereur. S.M. y a passé une +heure. Il y a eu aujourd'hui un <i>Te Deum</i> pour l'anniversaire +du couronnement de l'empereur.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Posen, le 5 décembre 1806.</p> + +<p class="milieu"><i>Trente-huitième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Le prince Jérôme, commandant l'armée des alliés, après +avoir resserré le blocus de Glogau et fait construire des batteries +autour de cette place, se porta avec les divisions bavaroises, +Wrede et Deroi, du côté de Kalistch à la rencontre +des Russes, et laissa le général Vandamme et le corps wurtembergeois +continuer le siége de Glogau. Des mortiers et +plusieurs pièces de canon arrivèrent le 29 novembre. Ils furent +sur-le-champ mis en batterie, et après quelques heures +de bombardement, la place s'est rendue, et la capitulation +a été signée.</p> + +<p>Les troupes alliées du roi de Wurtemberg se sont bien montrées. +Deux mille cinq cents hommes, des magasins assez considérables +de biscuits, de blé, de poudre, près de deux cents +pièces de canon sont les résultats de cette conquête importante, +surtout par la bonté de ses fortifications et par sa situation. +C'est la capitale de la basse Silésie. Les Russes ayant +refusé la bataille devant Varsovie, ont repassé la Vistule. Le +grand-duc de Berg l'a passée après eux; il s'est emparé du +faubourg de Praga. Il les poursuit sur le Bug. L'empereur a +donné en conséquence l'ordre au prince Jérôme, de marcher +par sa droite sur Breslaw, et de cerner cette place, qui ne +tardera pas de tomber en notre pouvoir. Les sept places de la +Silésie seront successivement attaquées et bloquées. Vu le moral +des troupes qui s'y trouvent, aucune ne fait présumer une +longue résistance. Le petit fort de Culmbach, nommé <i>Plassembourg</i>, +avait été bloqué par un bataillon bavarois: muni +de vivres pour plusieurs mois, il n'y avait pas de raison pour +qu'il se rendît. L'empereur a fait préparer à Cronach et à +Forcheim des pièces d'artillerie pour battre ce fort et l'obliger +à se rendre. Le 24 novembre, vingt-deux pièces étaient en +batterie, ce qui a décidé le commandant à livrer la place. M. de +Beker, colonel du sixième régiment d'infanterie de ligne +Bavarois, et commandant le blocus, a montré de l'activité et +du savoir-faire dans cette circonstance. L'anniversaire de la +bataille d'Austerlitz et du couronnement de l'empereur, a +été célébré à Varsovie avec le plus grand enthousiasme.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Posen, le 7 décembre 1806.</p> + +<p class="milieu"><i>Trente-neuvième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Le général Savary, après avoir pris possession d'Hameln, +s'est porté sur Nienbourg. Le gouverneur faisait des difficultés +pour capituler. Le général Savary entra dans la place, et +après quelques pourparlers, il conclut la capitulation. Un +courrier vient d'arriver, apportant la nouvelle à l'empereur +que les Russes ont déclaré la guerre à la Porte; que Choczin +et Bender sont cernés par leurs troupes, qu'ils ont passé à +l'improviste le Dniester, et poussé jusqu'à Jassy. C'est le général +Michelson qui commande l'armée russe en Valachie. +L'armée russe, commandée par le général Benigsen, a évacué +la Vistule, et paraît décidée à s'enfoncer dans les terres. Le +maréchal Davoust a passé la Vistule, et a établi son quartier-général +en avant de Praga; ses avant-postes sont sur le Bug. Le +grand-duc de Berg est toujours à Varsovie. L'empereur a toujours +son quartier-général à Posen.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Posen, le 9 décembre 1806.</p> + +<p class="milieu"><i>Quarantième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Le maréchal Ney a passé la Vistule, et est entré le 6 à +Thorn. Il se loue particulièrement du colonel Savary, qui, +à la tête du quatorzième régiment d'infanterie, et des grenadiers +et voltigeurs du quatre-vingt-seizième et du sixième +d'infanterie légère, passa le premier la Vistule. Il eut à Thorn +un engagement avec les Prussiens, qu'il força, après un léger +combat, d'évacuer la ville. Il leur tua quelques hommes et +leur fit vingt prisonniers.</p> + +<p>Cette affaire offre un trait remarquable. La rivière large +de quatre cents toises, charriait des glaçons. Le bateau qui +portait notre avant-garde, retenu par les glaces, ne pouvait +avancer; de l'autre rive, des bateliers polonais s'élancèrent au +milieu d'une grêle de balles pour le dégager. Les bateliers +prussiens voulurent s'y opposer: une lutte à coups de poing +s'engagea entre eux. Les bateliers polonais jetèrent les prussiens +à l'eau, et guidèrent nos bateaux jusqu'à la rive droite. +L'empereur a demandé le nom de ces braves gens pour les +récompenser.</p> + +<p>L'empereur a reçu aujourd'hui la députation de Varsovie, +composée de MM. Gutakouski, grand-chambellan de Lithuanie, +chevalier des ordres de Pologne; Gorzenski, lieutenant-général, +chevalier des ordres de Pologne; Lubienski, chevalier +des ordres de Pologne; Alexandre Potocki; Rzetkowki, +chevalier de l'ordre de Saint-Stanislas; Luszewki.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Posen, le 14 décembre 1806.</p> + +<p class="milieu"><i>Quarante-unième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Le général de brigade Belair, du corps du maréchal Ney, +partit de Thorn le 9 de ce mois, et se porta sur Galup. Le +sixième, bataillon d'infanterie légère et le chef d'escadron +Schoeni, avec soixante hommes du troisième de hussards, rencontrèrent +un parti de quatre cents chevaux ennemis. Ces +deux avant-postes en vinrent aux mains. Les Prussiens perdirent +un officier et cinq dragons faits prisonniers, et eurent +trente hommes tués, dont les chevaux restèrent en notre pouvoir. +Le maréchal Ney se loue beaucoup du chef d'escadron +Schoeni. Nos avant-postes de ce côté arrivent jusqu'à Strasbourg.</p> + +<p>Le 11, à six heures du matin, la canonnade se fît entendre +du côté du Bug. Le maréchal Davoust avait fait passer cette +rivière au général de brigade Gauthier, à l'embouchure de +la Wrka, vis-à-vis le village d'Okunin.</p> + +<p>Le vingt-cinquième de ligne et le quatre-vingt-neuvième +étant passés, s'étaient déjà couverts par une tête de pont, et +s'étaient portés une demi-lieue en avant, au village de Pomikuwo, +lorsqu'une division russe se présenta pour enlever ce +village; elle ne fit que des efforts inutiles, fut repoussée, et +perdit beaucoup de monde. Nous avons eu vingt hommes tué +ou blessés.</p> + +<p>Le pont de Thorn, qui est sur pilotis, est rétabli; on relève +les fortifications de cette place. Le pont de Varsovie, au +faubourg de Praga, est terminé; c'est un pont de bateaux. On +fait au faubourg de Praga un camp retranché; le général du +génie Chasseloup dirige en chef ces travaux.</p> + +<p>Le 10, le maréchal Augereau a passé la Vistule entre Zakroczym +et Utrata. Ses détachemens travaillent sur la rive +droite à se couvrir par des retranchemens. Les Russes paraissent +avoir des forces à Pultusk.</p> + +<p>Le maréchal Bessières débouche de Thorn avec le second +corps de la réserve de cavalerie, composé de la division de +cavalerie légère du général Tilly, des dragons des généraux +Grouchy et Sahuc, et des cuirassiers du général d'Hautpoult.</p> + +<p>MM. de Lucchesini et de Zastrow, plénipotentiaires du +roi de Prusse, ont passé le 10 à Thorn pour se rendre à Koenigsberg +auprès de leur maître.</p> + +<p>Un bataillon prussien de Klock a déserté tout entier du +village de Brok. Il s'est dirigé par différens chemins sur nos +postes. Il est composé en partie de Prussiens et de Polonais. +Tous sont indignés du traitement qu'ils reçoivent des Russes. +«Notre prince nous a vendus aux Russes, disent-ils; nous +ne voulons point aller avec eux.»</p> + +<p>L'ennemi a brûlé les beaux faubourgs de Breslaw, beaucoup +de femmes et d'enfans ont péri dans cet incendie. Le +prince Jérôme a donné des secours à ces malheureux habitans. +L'humanité l'a emporté sur les lois de la guerre qui ordonnent +de repousser dans une place assiégée les bouches +inutiles que l'ennemi veut en éloigner. Le bombardement était +commencé.</p> + +<p>Le général Gouvion est nommé gouverneur de Varsovie.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Posen, le 15 décembre 1806.</p> + +<p class="milieu"><i>Quarante-deuxième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Le pont sur la Narew, à son embouchure dans le Bug, est +terminé. La tête de pont est finie et armée de canons.</p> + +<p>Le pont sur la Vistule, entre Zakroczym et Utrata, auprès +de l'embouchure du Bug, est également terminé. La tête de +pont, armée d'un grand nombre de batteries, est un ouvrage +très-redoutable.</p> + +<p>Les armées russes viennent sur la direction de Grodno et +sur celle de Bielk, en longeant la Narew et le Bug. Le quartier-général +d'une de leurs divisions, était le 10 à Pultusk +sur la Narew.</p> + +<p>Le général Dulauloi est nommé gouverneur de Thorn.</p> + +<p>Le huitième corps de la grande armée, que commande le +maréchal Mortier, s'avance; il a sa droite à Stettin, sa gauche +à Rostock, et son quartier-général à Anklain. Les grenadiers +de la réserve du général Oudinot arrivent à Custrin.</p> + +<p>La division des cuirassiers, nouvellement formée sous le +commandement du général Espagne, arrive à Berlin. La +division italienne du général Lecchi se réunit à Magdebourg.</p> + +<p>Le corps du grand-duc de Bade est à Stettin; sous quinze +jours il pourra entrer en ligne. Le prince héréditaire a constamment +suivi le quartier-général, et s'est trouvé à toutes les +affaires.</p> + +<p>Le division polonaise de Zayonschek, qui a été organisée +à Haguenau, et qui est forte de six mille hommes, est à Leipsick, +pour y former son habillement.</p> + +<p>S.M. a ordonné de lever dans les états prussiens au-delà +de l'Elbe, un régiment qui se réunira à Munster. Le prince +de Hohenzollern-Sigmaringen est nommé colonel de ce +corps.</p> + +<p>Une division de l'armée de réserve du général Kellermann +est partie de Mayence. La tête de cette division est déjà arrivée +à Magdebourg.</p> + +<p>La paix avec l'électeur de Saxe et le duc de Saxe-Weimar +a été signée à Posen.</p> + +<p>Tous les princes de Saxe ont été admis dans la confédération +du Rhin.</p> + +<p>S.M. a désapprouvé la levée des contributions frappées +sur les Etats de Saxe-Gotha et Saxe-Meinungen, et a ordonné +de restituer ce qui a été perçu. Ces princes n'ayant point été +en guerre avec la France, et n'ayant point fourni de contingent +à la Prusse, ne devaient point être sujets à des contributions +de guerre.</p> + +<p>L'armée a pris possession du pays de Mecklembourg. C'est +une suite du traité signé à Schwerin le 25 octobre 1805. Par +ce traité, le prince de Mecklembourg avait accordé passage +sur son territoire aux troupes russes commandées par le général Tolstoy.</p> + +<p>La saison étonne les habitans de la Pologne. Il ne gèle +point. Le soleil parait tous les jours, et il fait encore un temps +d'automne.</p> + +<p>L'empereur part cette nuit pour Varsovie.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Kutno, le 17 décembre 1806.</p> + +<p class="milieu"><i>Quarante-troisième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>L'empereur est arrivé à Kutno à une heure après midi, +ayant voyagé toute la nuit dans des calèches du pays, le dégel +ne permettant pas de se servir de voitures ordinaires. La +calèche dans laquelle se trouvait le grand-maréchal du palais, +Duroc, a versé. Cet officier a été grièvement blessé à l'épaule, +sans cependant aucune espèce de danger. Cela l'obligera à garder +le lit huit à dix jours.</p> + +<p>Les têtes de pont de Prag, de Zakroczym, de la Narew et +de Thorn, acquièrent tous les jours un nouveau degré de +force.</p> + +<p>L'empereur sera demain à Varsovie.</p> + +<p>La Vistule étant extrêmement large, les ponts ont partout +trois à quatre cents toises; ce qui est un travail très-considérable.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Varsovie, le 21 décembre 1806.</p> + +<p class="milieu"><i>Quarante-quatrième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>L'empereur a visité hier les travaux de Prag. Huit belles +redoutes palissadées et fraisées, ferment une enceinte de +quinze mille toises, et trois fronts bastionnés de six cents +toises de développement, forment le réduit d'un camp retranché.</p> + +<p>La Vistule est une des plus grandes rivières qui existent.</p> + +<p>Le Bug, qui est comparativement beaucoup plus petit, est +cependant beaucoup plus fort que la Seine. Le pont sur ce +dernier fleuve est entièrement terminé. Le général Gauthier, +avec les vingt-cinquième et quatre-vingt-cinquième régimens +d'infanterie, occupe la tête du pont, que le général Chasseloup +a fait fortifier avec intelligence; de manière que cette +tête de pont, qui n'a cependant que quatre cents toises de +développement, se trouvant appuyée à des marais et à la rivière, +entoure un camp retranché qui peut renfermer, sur +la rive droite, toute une armée à l'abri de toute attaque de +l'ennemi. Une brigade de cavalerie légère de la réserve a tous +les jours de petites escarmouches avec la cavalerie russe.</p> + +<p>Le 18, le maréchal Davoust sentit la nécessité, pour rendre +son camp sur la rive droite meilleur, de s'emparer d'une petite +île située à l'embouchure de la Wrka. L'ennemi reconnut +l'importance de ce poste. Une vive fusillade d'avant-garde +s'engagea, mais la victoire et l'île, restèrent aux Français. +Notre perte a été de peu d'hommes blessés. L'officier de génie +Clouet, jeune homme de la plus grande espérance, a eu +une balle dans la poitrine. Le 19, un régiment de cosaques, +soutenu par des hussards russes, essaya d'enlever la grand'garde +de la brigade de cavalerie légère placée en avant de la +tête du pont du Bug; mais la grand'garde s'était placée de +manière à être à l'abri d'une surprise. Le 1er d'hussards sonna +à cheval. Le colonel se précipita à la tête d'un escadron, et +le treizième s'avança pour le soutenir. L'ennemi fut culbuté. +Nous avons eu dans cette petite affaire trois ou quatre hommes +blessés, mais le colonel des cosaques a été tué. Une trentaine +d'hommes et vingt-cinq chevaux sont restés en notre +pouvoir. Il n'y a rien de si lâche et de si misérable que les cosaques; +c'est la honte de la nature humaine. Ils passent le +Bug et violent chaque jour la neutralité de l'Autriche, pour +piller une maison en Galicie, ou pour se faire donner un +verre d'eau-de-vie, dont ils sont très-friands; mais notre cavalerie +légère est familiarisée, depuis la dernière campagne, +avec la manière de combattre ces misérables, qui peuvent arrêter +par leur nombre et le tintamarre qu'ils font en chargeant, +des troupes qui n'ont pas l'habitude de les voir, mais, +quand on les connaît, deux mille de ces malheureux ne sont +pas capables de charger un escadron qui les attend de pied +ferme.</p> + +<p>Le maréchal Augereau a passé la Vistule à Utrata. Le +général Lapisse est entré à Plousk, et en a chassé l'ennemi.</p> + +<p>Le maréchal Soult a passé la Vistule à Vizogrod.</p> + +<p>Le maréchal Bessières est arrivé le 18 à Kikol avec le second +corps de réserve de cavalerie. La tête est arrivée à Siepez, +Différentes rencontres de cavalerie avaient eu lieu avec +des hussards prussiens, dont bon nombre a été pris. La rive +droite de la Vistule se trouve entièrement nettoyée.</p> + +<p>Le maréchal Ney, avec son corps d'armée, appuie le maréchal +Bessières. Il était arrivé le 18 à Rypin. Il avait lui-même +sa droite appuyée par le maréchal prince de Ponte-Corvo.</p> + +<p>Tout se trouve donc en mouvement. Si l'ennemi persiste à +rester dans sa position, il y aura une bataille dans peu de +jours. Avec l'aide de Dieu, l'issue n'en peut être incertaine. +L'armée russe est commandée par le maréchal Kamenskoy, +vieillard de soixante-quinze ans. Il a sous lui les généraux +Benigsen et Buxhowden.</p> + +<p>Le général Michelson est décidèrent entré en Moldavie. +Des rapports assurent qu'il est entré le 29 novembre à Yassi. +On assuré même qu'un de ses généraux a pris d'assaut Bender, +et a tout passé au fil de l'épée. Voilà donc une guerre déclarée +à la Porte sans prétexte ni raison; mais on avait jugé +à Saint-Pétersbourg que le moment où la France et la Prusse, +les deux puissances les plus intéressées à maintenir l'indépendance +de la Turquie, étaient aux mains, devenait le moment +favorable pour assujettir cette puissance. Les événemens +d'un mois ont déconcerté ces calculs, et la Porte leur devra +sa conservation.</p> + +<p>Le grand-duc de Berg est malade de la fièvre. Il va mieux. +Le temps est doux comme à Paris au mois d'octobre, et +humide, ce qui rend les chemins difficiles. On est parvenu à +se procurer une assez grande quantité de vin pour soutenir la +force du soldat.</p> + +<p>Le palais des rois de Pologne est beau et bien meublé. Il +y a à Varsovie un grand nombre de beaux palais et de belles +maisons. Nos hôpitaux y sont bien établis, ce qui n'est pas +un petit avantage dans ce pays. L'ennemi paraît avoir beaucoup +de malades; il a aussi beaucoup de déserteurs. On ne +parle pas des Prussiens, car même des colonnes entières ont +déserté pour ne pas être, sous les Russes, obligés de dévorer +de continuels affronts.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Haluski, le 27 décembre 1806.</p> + +<p class="milieu"><i>Quarante-cinquième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Le général russe Benigsen commandait une armée que l'on +évaluait à soixante mille hommes. Il avait d'abord le projet de +couvrir Varsovie, mais la renommée des événemens qui s'étaient +passés en Prusse lui porta conseil, et il prit le parti de +se retirer sur la frontière russe. Sans presque aucun engagement, +les armées françaises entrèrent dans Varsovie, passèrent +la Vistule et occupèrent Prag. Sur ces entrefaites, le feld-maréchal +Kaminski arriva à l'armée russe au moment même où +la jonction du corps de Benigsen avec celai de Buxhowden, +s'opérait. Il s'indignait de la marche rétrograde des Russes. +Il crut qu'elle compromettait l'honneur des armes de sa nation, +et il marcha en avant. La Prusse faisait instances sur +instances, se plaignant qu'on l'abandonnait après lui avoir +promis de la soutenir, et disant que le chemin de Berlin n'était +ni par Grodno, ni par Olita, ni par Brezsc; que ses sujets +se désaffectionnaient; que l'habitude de voir le trône de +Berlin occupé par des Français était dangereuse pour elle et +favorable à l'ennemi. Non-seulement le mouvement rétrograde +des Russes cessa, mais ils se reportèrent en avant. Le 5 décembre, +le général Benigsen rétablit son quartier-général à +Pultusk. Les ordres étaient d'empêcher les Français de passer +la Narew, de reprendre Prag, et d'occuper la Vistule jusqu'au +moment où l'on pourrait effectuer des opérations offensives +d'une plus grande importance.</p> + +<p>La réunion, des généraux Kaminski, Buxhowden et Benigsen, +fut célébrée au château de Sierock par des réjouissances +et des illuminations, qui furent aperçues du haut des +tours de Varsovie.</p> + +<p>Cependant, au moment même où l'ennemi s'encourageait +par des fêtes, la Narew se passait; huit cents Français jetés +de l'autre côté de cette rivière, à l'embouchure de la Wrka, +s'y retranchèrent cette même nuit; et lorsque l'ennemi se présenta +le matin pour, les rejeter dans la rivière, il n'était plus +temps; ils se trouvaient à l'abri de tout événement.</p> + +<p>Instruit de ce changement survenu dans les opérations de +l'ennemi, l'empereur partit de Posen le 16. Au même moment, +il avait mis en mouvement son armée. Tout ce qui revenait +des discours des Russes faisait comprendre qu'ils voulaient +reprendre l'offensive.</p> + +<p>Le maréchal Ney était depuis plusieurs jours maître de +Thorn. Il réunit son corps d'armée à Gallup. Le maréchal +Bessières, avec le deuxième corps de la cavalerie de la réserve, +composé des divisions de dragons des généraux Sahuc +et Grouchy, et de la division des cuirassiers d'Hautpoult, +partit de Thorn pour se porter sur Biezan. Le maréchal +prince de Ponte-Corvo partit avec son corps d'armée pour le +soutenir. Le maréchal Soult passait la Vistule vis à vis de +Plock, le maréchal Augereau la passait vis à vis de Zakroczym, +où l'on travaillait à force à établir un pont. Celui de la Narew +se poussait aussi vivement.</p> + +<p>Le 22, le pont de la Narew fut terminé. Toute la réserve +de cavalerie passa sur-le-champ la Vistule à Prag, pour se +rendre sur la Narew. Le maréchal Davoust y réunit tout son +corps. Le 23, à une heure du matin, l'empereur partit de +Varsovie, et passa la Narew à neuf heures. Après avoir reconnu +l'Wrka et les retranchemens considérables qu'avait +élevés l'ennemi, il fit jeter un pont au confluent de la Narew +et de l'Wrka. Ce pont fut jeté en deux heures par les soins +du général d'artillerie.</p> + +<p class="milieu"><i>Combat de nuit de Czarnowo.</i></p> + +<p>La division Morand passa sur-le-champ pour aller s'emparer +des retranchemens de l'ennemi près du village de Czarnowo. +Le général de brigade Marulaz la soutenait avec sa +cavalerie légère. La division de dragons du général Beaumont +passa immédiatement après. La canonnade s'engagea à +Czarnowo. Le maréchal Davoust fît passer le général Petit +avec le douzième de ligne pour enlever les redoutes du pont. +La nuit vint, on dut achever toutes les opérations au clair de +la lune; et a deux heures du matin, l'objet que se proposait +l'empereur fut rempli. Toutes les batteries du village de Czarnowo +furent enlevées; celles du pont furent prises; quinze +mille Hommes qui les défendaient furent mis en déroute, +malgré leur vive résistance.</p> + +<p>Quelques prisonniers et six pièces de canon restèrent en +notre pouvoir. Plusieurs généraux ennemis furent blesses. +De notre côté, le général de brigade Boussard a été légèrement +blessé. Nous avons eu peu de morts, mais près de deux +cents blessés. Dans le même temps, à l'autre extrémité de la +ligne d'opérations, le maréchal Ney culbutait les restes de +l'armée prussienne, et les jetait dans les bois de Lauterburg, +en leur faisant éprouver une perte notable. Le maréchal Bessières +avait une brillante affaire de cavalerie, cernait trois +escadrons de hussards qu'il faisait prisonniers, et enlevait +plusieurs pièces de canon.</p> + +<p class="milieu"><i>Combat de Nasielsk.</i></p> + +<p>Le 24, la réserve de cavalerie et le corps du maréchal Davoust +se dirigèrent sur Nasielsk. L'empereur donna le commandement +de l'avant-garde au général Rapp. Arrivé à une +lieue de Nasielsk, on rencontra l'avant-garde ennemie.</p> + +<p>Le générai Lemarrois partit avec deux régimens de dragons, +pour tourner un grand bois et cerner celle avant-garde. +Ce mouvement, fut exécuté avec promptitude. Mais l'avant-garde +ennemie, voyant l'armée française ne faire aucun mouvement +pour avancer, soupçonna quelque projet et ne tint +pas. Cependant il se fît quelques charges, dans l'une desquelles +fut pris le major Ourvarow, aide-de-camp de l'empereur +de Russie. Immédiatement après, un détachement +arriva sur la petite ville de Nasielsk. La canonnade devint +vive. La position de l'ennemi était bonne; il était retranché +par des marais et des bois. Le maréchal Kaminski commandait +lui-même. Il croyait pouvoir passer la nuit dans cette +position, en attendant que d'autres colonnes vinssent le +joindre. Vain calcul; il en fut chassé, et mené tambour battant +pendant plusieurs lieues. Quelques généraux russes furent +blessés, plusieurs colonels faits prisonniers, et plusieurs +pièces de canon prises. Le colonel Beker, du huitième régiment +de dragons, brave officier, a été blesse mortellement.</p> + +<p class="milieu"><i>Passage de Wrka</i></p> + +<p>Au même moment, le général Nansouty, avec la division +Klein et une brigade de cavalerie légère, culbutait, en avant +de Kursomb, les cosaques et la cavalerie ennemie, qui avait +passé l'Wrka sur ce point, et traversait là cette rivière. Le +septième corps d'armée, que commande le maréchal Augereau, +effectuait son passage de l'Wrka à Kursomb, et culbutait +les quinze mille hommes qui la défendaient. Le passage +du pont fut brillant. Le quatorzième de ligne l'exécuta en colonnes +serrées, pendant que le seizième d'infanterie légère +établissait une vive fusillade sur la rive droite. A peine le +quatorzième eut-il débouché du pont, qu'il essuya une +charge de cavalerie, qu'il soutint avec l'intrépidité ordinaire +à l'infanterie française; mais un malheureux lancier pénétra +jusqu'à la tête du régiment, et vint percer d'un coup de lance +le colonel qui tomba raide mort. C'était un brave soldat; il +était digne de commander un si brave corps. Le feu à bout +portant qu'exécuta son régiment, et qui mit la cavalerie ennemie +dans le plus grand désordre, fut le premier des honneurs +rendus à sa mémoire.</p> + +<p>Le 25, le troisième corps, que commande le maréchal +Davoust, se porta à Tykoczyn, où s'était retiré l'ennemi. Le +cinquième corps commandé par le maréchal Lannes, se dirigeait +sur Pultusk, avec la division de dragons Beker.</p> + +<p>L'empereur se porta, avec la plus grande partie de la cavalerie +de réserve, à Ciechanow.</p> + +<p class="milieu"><i>Passage de la Sonna.</i></p> + +<p>Le général Gardanne, que l'empereur avait envoyé avec +trente hommes de sa garde pour reconnaître les mouvemens +de l'ennemi, rapporta qu'il passait la rivière de Sonna à Lopackzin, +et se dirigeait sur Tykoczyn.</p> + +<p>Le grand-duc de Berg, qui était resté malade a Varsovie, +n'avait pu résister à l'impatience de prendre part aux événemens +qui se préparaient. Il partit de Varsovie et vint rejoindre +l'empereur. Il prit deux escadrons des chasseurs de la garde +pour observer les mouvemens de la colonne ennemie. Les brigades de +cavalerie légère de la réserve, et les divisions Klein +et Nansouty, pressèrent le pas pour le joindre. Arrivé au +pont de Lopackzin, il trouva un régiment de hussards russes, +qui le gardait. Ce régiment fut aussitôt chargé par les chasseurs +de la garde, et culbuté dans la rivière, sans autre perte +de la part des chasseurs, qu'un maréchal-des-logis blessé.</p> + +<p>Cependant la moitié de cette colonne n'avait pas encore +passé; elle passait plus haut. Le grand-duc de Berg la fît +charger par le colonel Dalhmann, à la tête des chasseurs de la +garde, qui lui prit trois pièces de canon, après avoir mis +plusieurs escadron en déroute.</p> + +<p>Tandis que la colonne que l'ennemi avait si imprudemment +jetée sur la droite, cherchait à gagner la Narew, pour arriver +à Tykoczyn, point de rendez-vous, Tykoczyn était occupé +par le maréchal Davoust, qui y prit deux cents voitures +de bagages et une grande quantité de traînards qu'on ramassa +de tous côtés.</p> + +<p>Toutes les colonnes russes sont coupées, errantes à l'aventure, +dans un désordre difficile à imaginer. Le général russe +a fait la faute de cantonner son armée, ayant sur ses flancs +l'armée française, séparée, il est vrai, par la Narew, mais +ayant un pont sur cette rivière. Si la saison était belle, on +pourrait prédire que l'armée russe ne se retirerait pas et serait +perdue sans bataille; mais dans une saison où il fait nuit à +quatre heures, et où il ne fait jour qu'a huit, l'ennemi qu'on +poursuit a toutes les chances pour se sauver, surtout dans un +pays difficile et coupé de bois. D'ailleurs, les chemins sont +couverts de quatre pieds de boue, et le dégel continue. L'artillerie +ne peut faire plus de deux lieues dans un jour. Il est +donc à prévoir que l'ennemi se retirera de la position fâcheuse +où il se trouve, mais il perdra toute son artillerie, toutes ses +voitures, tous ses bagages.</p> + +<p>Voici quelle était, le 25 au soir, la position de l'armée +française.</p> + +<p>La gauche, composée des corps du maréchal prince de +Ponte-Corvo et des maréchaux Ney et Bessières, marchant +de Biézon sur la route de Grodno;</p> + +<p>Le maréchal Soult arrivant a Ciechanow;</p> + +<p>Le maréchal Augereau marchant sur Golymin;</p> + +<p>Le maréchal Davoust entre Golymin et Pultusk;</p> + +<p>Le maréchal Lannes à Pultusk.</p> + +<p>Dans ces deux jours nous avons fait quinze à seize cents +prisonniers, pris vingt-cinq à trente pièces de canon, trois +drapeaux et un étendard.</p> + +<p>Le temps est extraordinaire ici; il fait plus chaud qu'au +mois d'octobre à Paris, mais il pleut, et dans un pays où il +n'y a pas de chaussées, on est constamment dans la boue.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Golymin, le 28 décembre 1806.</p> + +<p class="milieu"><i>Quarante-sixième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Le maréchal Ney, chargé de manoeuvrer pour détacher le +lieutenant-général prussien Lestocq de l'Wrka, déborder et +menacer ses communications, et pour le couper des Russes, +a dirigé ses mouvemens avec son habileté et son intrépidité +ordinaires. Le 23, la division Marchand se rendit à Gurzno, +Le 24, l'ennemi a été poursuivi jusqu'à Kunsbroch. Le 25, +l'arrière garde de l'ennemi a été entamée. Le 26, l'ennemi +s'étant concentré à Soldan et Mlawa, le maréchal Ney résolut +de marcher à lui et de l'attaquer. Les Prussiens occupaient +Soldan avec six mille hommes d'infanterie et un millier +d'hommes de cavalerie; ils comptaient, protégés par les +marais et les obstacles qui environnent cette ville, être à l'abri +de toute attaque. Tous ces obstacles ont été surmontés par +les soixante-neuvième et soixante-seizième. L'ennemi s'est +défendu dans toutes les rues, et a été repoussé partout à +coups de baïonnette. Le gênerai Lestocq, voyant le petit +nombre de troupes qui l'avaient attaqué, voulut reprendre +la ville. Il fit quatre attaques successives pendant la nuit, +dont aucune ne réussit. Il se retira à Niedenbourg: six pièces +de canon, quelques drapeaux, un assez bon nombre de prisonniers, +ont été le résultât du combat de Soldan. Le maréchal +Ney se loue du général Wonderveid, qui a été blessé. +Il fait une mention particulière du colonel Brun, du soixante-neuvième, +qui s'est fait remarquer par sa bonne conduite. +Le même jour, le cinquante-neuvième a passé sur Lauterburg.</p> + +<p>Pendant le combat de Soldan, le général Marchand, avec +sa division, repoussait l'ennemi de Mlawa, où il eut un très-brillant +combat.</p> + +<p>Le maréchal Bessières, avec le second corps de la réserve +de cavalerie, avait occupé Biézun dès le 19. L'ennemi reconnaissant +l'importance de cette position, et sentant que la +gauche de l'armée française voulait séparer les Prussiens des +Russes, tenta de reprendre ce poste; ce qui donna lieu au +combat de Biézun. Le 23, à huit heures, il déboucha par +plusieurs routes. Le maréchal Bessières avait placé les deux +seules compagnies d'infanterie qu'il avait, près du pont. +Voyant l'ennemi venir en très-grande force, il donna ordre au +général Grouchy de déboucher avec sa division. L'ennemi +était déjà maître du village de Karmidjeu, et y avait jeté un +bataillon d'infanterie.</p> + +<p>Chargée par la division Grouchy, la ligne ennemie fut +rompue. Cavalerie et infanterie prussienne, fortes de six +mille hommes, ont été enfoncées et jetées dans les marais; +cinq cents prisonniers, cinq pièces de canon, deux étendards, +sont le résultat de cette charge. Le maréchal Bessières se +loue beaucoup du général Grouchy, du général Rouget, et +de son chef d'état-major le général Roussel. Le chef d'escadron +Renié, du sixième régiment de dragons, s'est distingué. +M. Launay, capitaine de la compagnie d'élite du même régiment, +a été tué.</p> + +<p>M. Bourreau, aide-de-camp du maréchal Bessières, a été +blessé. Notre perte est, du reste, peu considérable. Nous +avons eu huit hommes tués et une vingtaine de blessés. Les +deux étendards ont été pris par le dragon Plet, du sixième +régiment de dragons, et par le fourrier Jeuffroy, du troisième +régiment.</p> + +<p>S.M. désirant que le prince Jérôme eût occasion de s'instruire +l'a fait appeler de Silésie. Ce prince a pris part à tous +les combats qui ont eu lieu, et s'est trouvé souvent aux +avant-postes.</p> + +<p>S.M. a été satisfaite de la conduite de l'artillerie, pour +l'intelligence et l'intrépidité qu'elle a montrées devant l'ennemi, +soit dans la construction des ponts, soit pour faire +marcher l'artillerie au milieu des mauvais chemins.</p> + +<p>Le général Marulaz, commandant la cavalerie légère du +troisième corps, le colonel Excelmans, du premier de chasseurs, +et le général Petit, ont fait preuve d'intelligence et de +bravoure.</p> + +<p>S.M. a recommandé que dans les relations officielles des +différentes affaires, on fît connaître un grand nombre de +traits qui méritent de passer à la postérité; car c'est pour +elle, et pour vivre éternellement dans sa mémoire, que le +soldat français affronte tous les dangers et toutes les fatigues.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Pultusk, le 30 décembre 1806.</p> + +<p class="milieu"><i>Quarante-septième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Le combat de Czarnowo, celui de Nasielsk, celui de Kursomb, +le combat de cavalerie de Lopackzin, ont été suivis +par les combats de Golymin et de Pultusk; et la retraite entière +et précipitée des armées russes a terminé l'année et la +campagne.</p> + +<p class="milieu"><i>Combat de Pultusk.</i></p> + +<p>Le maréchal Lannes ne put arriver vis à vis Pultusk que +le 26 au matin. Tout le corps de Benigsen s'y était réuni +dans la nuit. Les divisions russes qui avaient été battues à +Nasielsk, poursuivies par la troisième division du corps du +maréchal Davoust, entrèrent dans le camp de Putulsk à deux +heures après minuit. A dix heures le maréchal Lannes attaqua, +ayant la division Suchet en première ligne, la division +Gazan en seconde ligne, la division Gudin, du troisième +corps d'armée, commandée par le général Daultanne, sur sa +gauche. Le combat devint vif. Après différens engagemens, +l'ennemi fut culbuté. Le dix-septième régiment d'infanterie +légère et le trente-quatrième se couvrirent de gloire. Les +généraux Vedel et Claparède ont été blessés. Le général Treillard, +commandant la cavalerie légère du corps d'armée, le général +Boussard, commandant une brigade de la division de +dragons Beker, le colonel Barthelemy, du quinzième régiment +de dragons, ont été blessés par la mitraille. L'aide-de-camp +Voisin, du maréchal Lannes, et l'aide-de-camp Curial, +du général Suchet, ont été tués l'un et l'autre avec gloire. +Le maréchal Lannes a été touché d'une balle. Le cinquième +corps d'armée a montré, dans cette circonstance, ce que peuvent +des braves, et l'immense supériorité de l'infanterie française +sur celle des autres nations. Le maréchal Lannes, quoique +malade depuis huit jours, avait voulu suivre son corps +d'armée. Le quatre-vingt-cinquième régiment a soutenu plusieurs charges de cavalerie ennemie avec sang-froid et succès. +L'ennemi, dans la nuit, a battu en retraite et a gagné Ostrolenka.</p> + +<p class="milieu"><i>Combat de Golymin.</i></p> + +<p>Pendant que le corps de Benigsen était à Pultusk, et y était +battu, celui de Buxhowden se réunissait à Golymin, à midi. +La division Panin, de ce corps, qui avait été attaquée la +veille par le grand-duc de Berg, une autre division qui avait +été battue à Nasielsk, arrivaient par différens chemins au +camp de Golymin.</p> + +<p>Le maréchal Davoust, qui poursuivait l'ennemi depuis +Nasielsk, l'atteignit, le chargea, et lui enleva un bois près +du camp de Golymin.</p> + +<p>Dans le même temps, le maréchal Augereau arrivant de +Golaczima, prenait l'ennemi en flanc. Le général de brigade +Lapisse, avec le seizième d'infanterie légère, enlevait à la +baïonnette un village qui servait de point d'appui à l'ennemi. +La division Heudelet se déployait et marchait à lui. A trois +heures après midi, le feu était des plus chauds. Le grand-duc +de Berg fit exécuter avec le plus grand succès plusieurs +charges, dans lesquelles la division de dragons Klein se distingua. +Cependant la nuit arrivant trop tôt, le combat continua +jusqu'à onze heures du soir. L'ennemi fit sa retraite en +désordre, laissant son artillerie, ses bagages, presque tous +ses sacs, et beaucoup de morts. Toutes les colonnes ennemies +se retirèrent sur Ostrolenka.</p> + +<p>Le général Fenerolle, commandant une brigade de dragons, +fut tué d'un boulet. L'intrépide général Rapp, aide-de-camp +de l'empereur, a été blessé d'un coup de fusil, à la +tête de sa division de dragons. Le colonel Sémélé, du brave +vingt-quatrième de ligne, a été blessé. Le maréchal Augereau +a eu un cheval tué sous lui.</p> + +<p>Cependant le maréchal Soult, avec son corps d'armée, +était déjà arrivé à Molati, à deux lieues de Makow; mais les +horribles boues, suite des pluies et du dégel, arrêtèrent sa +marche et sauvèrent l'armée russe, dont pas un seul homme +n'eût échappé sans cet accident. Les destins de l'armée de +Benigsen et de celle de Buxhowden devaient se terminer en +deçà de la petite rivière d'Orcye; mais tous les mouvemens +ont été contrariés par l'effet du dégel, au point que l'artillerie +a mis jusqu'à deux jours pour faire trois lieues. Toutefois, +l'armée russe a perdu quatre-vingt pièces de canon, tous ses +caissons, plus de douze cents voitures de bagages, et douze +mille hommes tués, blessés ou faits prisonniers. Les mouvemens +des colonnes françaises et russes seront un objet de vive +curiosité pour les militaires, lorsqu'ils seront tracés sur la +carte. On y verra à combien peu il a tenu que toute cette armée +ne fût prise et anéantie en peu de jours, et cela, par +l'effet d'une seule faute du général russe.</p> + +<p>Nous avons perdu huit cents hommes tués, et nous avons +eu deux mille blessés. Maître d'une grande partie de l'artillerie +ennemie, de toutes les positions ennemies, ayant repoussé +l'ennemi à plus de quarante lieues, l'empereur a mis son armée +en quartiers d'hiver.</p> + +<p>Avant cette expédition, les officiers russes disaient qu'ils +avaient cent cinquante mille hommes: aujourd'hui ils prétendent +n'en avoir eu que la moitié. Qui croire, des officiers +russes avant la bataille, ou des officiers russes après la bataille?</p> + +<p>La Perse et la Porte ont déclaré la guerre à la Russie. +Michelson attaque la Porte. Ces deux grands empires, voisins +de la Russie, sont tourmentés par la politique fallacieuse du +cabinet de Saint-Pétersbourg, qui agit depuis dix ans chez +eux comme elle a fait pendant cinquante ans en Pologne.</p> + +<p>M. Philippe Ségur, maréchal-des-logis de la maison de +l'empereur, se rendant à Nasielsk, est tombé dans une embuscade +de cosaques, qui s'étaient placés dans une maison de +bois qui se trouve derrière Nasielsk. Il en a tué deux de sa +main, mais il a été fait prisonnier.</p> + +<p>L'empereur l'a fait réclamer; mais le général russe l'avait +sur-le-champ dirigé sur Saint-Pétersbourg.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">De notre camp impérial de Pultusk, le 31 décembre 1806.</p> + +<p>M. l'archevêque (ou évêque), les nouveaux succès que +nos armées ont remportés sur les bords du Bug et de la Narew, +où, en cinq jours de temps, elles ont mis en déroute l'armée +russe, avec période son artillerie, de ses bagages et d'un grand +nombre de prisonniers, en les obligeant à évacuer toutes les +positions importantes où elle s'était retranchée, nous portent +à désirer que notre peuple adresse des remercîmens au ciel, +pour qu'il continue à nous être favorable, et pour que le Dieu +des armées seconde nos justes entreprises, qui ont pour but de +donner enfin, à nos peuples, une paix stable et solide, que ne +puisse troubler le génie du mal. Cette lettre n'étant pas à autre +fin, nous prions Dieu, M. l'archevêque (ou évêque), qu'il +vous ait en sa sainte garde.</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Varsovie, le 3 janvier 1807.</p> + +<p class="milieu"><i>Quarante-huitième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Le général Corbineau, aide-de-camp de l'empereur, est +parti de Pultusk avec trois régiments de cavalerie légère, pour +se mettre à la poursuite de l'ennemi. Il est arrivé le 1er janvier +à Ostrowiec, après avoir occupé Brock. Il a ramassé +quatre cents prisonniers, plusieurs officiers et plusieurs voitures +de bagages.</p> + +<p>Le maréchal Soult, ayant sous ses ordres les trois brigades +de cavalerie légère de la division Lasalle, borde la petite rivière +d'Orcye, pour mettre à couvert les cantonnemens de +l'armée. Le maréchal Ney, le maréchal prince de Ponte-Corvo +et le maréchal Bessières ont leurs troupes cantonnées +sur la gauche. Les corps d'armée des maréchaux Soult, Davoust +et Lannes, occupent Pultusk et les bords du Bug.</p> + +<p>L'armée ennemie continue son mouvement de retraite.</p> + +<p>L'empereur est arrivé le 2 janvier à Varsovie, à deux heures +après midi.</p> + +<p>Il a gelé et neigé pendant deux jours, mais déjà le dégel +recommence, et les chemins, qui paraissaient s'améliorer +sont devenus aussi mauvais qu'auparavant.</p> + +<p>Le prince Borghèse a été constamment à la tête du premier +régiment des carabiniers, qu'il commande. Les braves carabiniers +et cuirassiers brûlaient d'en venir aux mains avec +l'ennemi; mais les divisions de dragons qui marchaient en +avant ayant tout enfoncé, ne les ont pas mis dans le cas de +fournir une charge.</p> + +<p>S.M. a nommé le général Lariboissière général de division, +et lui a donné le commandement de l'artillerie de sa garde. +C'est un officier du plus rare mérite.</p> + +<p>Les troupes du grand-duc de Wurtzbourg forment la garnison +de Berlin. Elles sont composées de deux régimens qui +se font distinguer par leur belle tenue.</p> + +<p>Le corps du prince Jérôme assiége toujours Breslaw. Cette +belle ville est réduite en cendres. L'attente des événemens, et +l'espérance qu'elle avait d'être secourue par les Russes, l'ont +empêchée de se rendre; mais le siége avance. Les troupes bavaroises +et wurtembergeoises ont mérité les éloges du prince +Jérôme et l'estime de l'armée française.</p> + +<p>Le commandant de la Silésie avait réuni les garnisons des +places qui ne sont pas bloquées et en avait formé un corps +de huit mille hommes, avec lequel il s'était mis en marche +pour inquiéter le siége de Breslaw. Le général Hédouville, +chef de l'état-major du prince Jérôme, a fait marcher contre +ce corps le général Montbrun, commandant les Wurtembergeois, +et le général Minucci, commandant les Bavarois. Ils +ont atteint les Prussiens à Strehlen, les ont mis dans une +grande déroute, et leur ont pris quatre cents hommes, six +cents chevaux, et des convois considérables de subsistances +que l'ennemi avait le projet de jeter dans la place. Le major +Erschet, à la tête de cent cinquante hommes des chevau-légers +de Linange, a chargé deux escadrons prussiens, les a +rompus, et leur a fait trente-six prisonniers.</p> + +<p>S.M. a ordonné qu'une partie des drapeaux pris au siége +de Glogau fût envoyée au roi de Wurtemberg, dont les +troupes se sont emparées de cette place. S.M., voulant aussi +reconnaître la bonne conduite de ces troupes, a accordé au +corps de Wurtemberg dix décorations de la Légion d'Honneur.</p> + +<p>Une députation du royaume d'Italie, composée de +MM. Prima, ministre des finances, et homme d'un grand +mérite; Renier, podestat de Venise, et Guasta Villani, conseiller-d'état, +a été présentée aujourd'hui à l'empereur.</p> + +<p>S.M. a reçu le même jour toutes les autorités du pays, et +les différens ministres étrangers qui se trouvent à Varsovie.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Varsovie, le 8 janvier 1807.</p> + +<p class="milieu"><i>Quarante-neuvième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Breslaw s'est rendu. On n'a pas encore la capitulation au +quartier-général. On n'a pas non plus l'état des magasins de +subsistances, d'habillement et d'artillerie. On sait cependant +qu'ils sont très-considérables. Le prince Jérôme a dû faire +son entrée dans la place. Il va assiéger Brieg, Schweidnitz et +Kosel.</p> + +<p>Le général Victor, commandant le dixième corps d'armée, +s'est mis en marche pour aller faire le siége de Colberg et de +Dantzick, et prendre ces places pendant le reste de l'hiver.</p> + +<p>M. de Zastrow, aide-de-camp du roi de Prusse, homme +sage et modéré, qui avait signé l'armistice que son maître n'a +pas ratifié, a cependant été chargé, à son arrivée à Koenigsberg, +du porte-feuille des affaires étrangères.</p> + +<p>Notre cavalerie légère n'est pas loin de Koenigsberg.</p> + +<p>L'armée russe continue son mouvement sur Grodno. On +apprend que dans les dernières affaires elle a eu un grand +nombre de généraux tués et blessés. Elle montre assez de mécontentement +soldats disent que si l'on avait jugé leur armée assez forte +pour se mesurer avec avantage contre les Français, l'empereur, +sa garde, la garnison de Saint-Pétersbourg et les généraux +de la cour, auraient été conduits à l'armée par cette +même sécurité qui les y amena l'année dernière; que si, au +contraire, les événemens d'Austerlitz et ceux d'Jéna ont fait +penser que les Russes ne pouvaient pas obtenir des succès +contre l'armée française, il ne fallait pas s'engager dans une +lutte inégale. Ils disent aussi: L'empereur Alexandre a compromis +notre gloire. Nous avions toujours été vainqueurs; +nous avions établi et partagé l'opinion que nous étions invincibles. +Les choses sont bien changées. Depuis deux ans on +nous fait promener des frontières de la Pologne en Autriche, +de Dniester à la Vistule, et tomber partout dans les piéges +de l'ennemi. Il est difficile de ne pas s'apercevoir que tout +cela est mal dirigé.</p> + +<p>Le général Michelson est toujours en Moldavie. On n'a +pas de nouvelles qu'il se soit porté contre l'armée turque qui +occupe Bucharest et la Valachie. Les faits d'armes de cette +guerre se bornent jusqu'à présent à l'investissement de Choczym +et de Bender. De grands mouvemens ont lieu dans toute +la Turquie pour repousser une aussi injuste agression.</p> + +<p>Le général baron de Vincent est arrivé de Vienne à Varsovie, +porteur de lettres de l'empereur d'Autriche pour l'empereur +Napoléon.</p> + +<p>Il était tombé beaucoup de neige, et il avait gelé pendant +trois jours. L'usage des traîneaux avait donné une grande rapidité +aux communications, mais le dégel vient de recommencer. +Les Polonais prétendent qu'un pareil hiver est sans +exemple dans ce pays-ci. La température est effectivement +plus douce qu'elle ne l'est ordinairement à Paris dans cette +saison.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Varsovie, le 13 janvier 1807.</p> + +<p class="milieu"><i>Cinquantième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Les troupes françaises ont trouvé à Ostrolenka quelques +malades russes que l'ennemi n'avait pu transporter. Indépendamment +des pertes de l'armée russe en tués et en blessés, +elle en éprouve encore de très-considérables par les maladies, +qui se multiplient chaque jour.</p> + +<p>La plus grande désunion s'est établie entre les généraux +Kaminski, Benigsen et Buxhowden.</p> + +<p>Tout le territoire de la Pologne prussienne se trouve actuellement +évacué par l'ennemi.</p> + +<p>Le roi de Prusse a quitté Koenigsberg, et s'est réfugié à +Memel.</p> + +<p>La Vistule, la Narew et le Bug, avaient, pendant quelques +jours charrié des glaçons; mais le temps s'est ensuite +radouci, et tout annonce que l'hiver sera moins rude à Varsovie +qu'il ne l'est ordinairement à Paris.</p> + +<p>Le 8 janvier, la garnison de Breslaw, forte de cinq mille +cinq cents hommes, a défilé devant le prince Jérôme. La ville +a beaucoup souffert. Dès les premiers momens où elle a été +investie, le gouverneur prussien avait fait brûler ses trois +faubourgs. La place ayant été assiégée en règle, on était +déjà à la brèche lorsqu'elle s'est rendue. Les Bavarois et les +Wurtembergeois se sont distingués par leur intelligence et +leur bravoure. Le prince Jérôme investit dans ce moment +et assiége à la fois toutes les autres places de la Silésie. Il est +probable qu'elles ne feront pas une longue résistance.</p> + +<p>Le corps de dix mille hommes que le prince de Pless avait +composé de tout ce qui était dans les garnisons des places, a +été mis en pièces dans les combats du 29 et du 30 décembre.</p> + +<p>Le général Montbrun, avec la cavalerie wurtembergeoise, +fut à la rencontre du prince de Pless vers Ohlau, qu'il occupa +le 28 au soir. Le lendemain, à cinq heures du matin, le +prince de Pless le fit attaquer. Le général Montbrun, profitant +d'une position défavorable où se trouvait l'infanterie ennemie, +fit un mouvement sur sa gauche, la tourna, lui tua +beaucoup de monde, lui prit sept cents hommes, quatre +pièces de canon et beaucoup de chevaux.</p> + +<p>Cependant, les principales forces du prince de Pless étaient +derrière la Neisse, où il les avait rassemblées après le combat +de Strehlen. Parti de Schurgaft, et marchant jour et nuit, +il s'avança jusqu'au bivouac de la brigade wurtembergeoise, +placé en arrière de d'Hubé sous Breslaw. A huit heures du +matin, il attaqua avec neuf mille hommes le village de Grietern, +occupé par deux bataillons d'infanterie et par les chevau-légers +de Linange, sous les ordres de l'adjudant-commandant +Duveyrier; mais il fut reçu vigoureusement et forcé +à une retraite précipitée. Les généraux Montbrun et Minucci, +qui revenaient d'Hobleau, eurent aussitôt l'ordre de marcher +sur Schweidnitz, pour couper la retraite à l'ennemi; mais le +prince de Pless s'empressa de disperser toutes ses troupes, et +les fit rentrer par détachemens dans les places, en abandonnant +dans sa fuite une partie de son artillerie, beaucoup de +bagages et des chevaux. Il a, de plus, perdu dans cette affaire +beaucoup d'hommes tués et huit cents prisonniers.</p> + +<p>S. M. a ordonné de témoigner sa satisfaction aux troupes +bavaroises et wurtembergeoises.</p> + +<p>Le maréchal Mortier entre dans la Poméranie suédoise.</p> + +<p>Des lettres arrivées de Bucharest donnent des détails sur +les préparatifs de guerre de Barayctar et du pacha de Widdin. +Au 20 décembre, l'avant-garde de l'armée turque, forte +de quinze mille hommes, était sur les frontières de la Valachie +et de la Moldavie. Le prince Dolgoroucki s'y trouvait aussi +avec ses troupes. Ainsi l'on était en présence. En passant à +Bucharest, les officiers turcs paraissaient fort animés; ils +disaient à un officier français qui se trouvait dans cette ville: +«Les Français verront de quoi nous sommes capables. Nous +formerons la droite de l'armée de Pologne; nous nous montrerons +digne d'être loués par l'empereur Napoléon.»</p> + +<p>Tout est en mouvement dans ce vaste empire: les scheicks +et les ulhemas donnent l'impulsion, et tout le monde court +aux armes pour repousser la plus injuste des agressions.</p> + +<p>M. Italinski n'a évité jusqu'à présent d'être mis aux Sept-Tours, +qu'en promettant qu'au retour de son courrier les +Russes auraient l'ordre d'abandonner la Moldavie, et de +rendre Choczim et Bender.</p> + +<p>Les Serviens, que les Russes ne désavouent plus pour +alliés, se sont emparés d'une île du Danube qui appartient à +l'Autriche, et d'où ils canonnent Belgrade. Le gouvernement +autrichien a ordonné de la reprendre.</p> + +<p>L'Autriche et la France sont également intéressées à ne +pas voir la Moldavie, la Valachie, la Servie, la Grèce, la +Romélie, la Natolie, devenir le jouet de l'ambition des Moscovites.</p> + +<p>L'intérêt de l'Angleterre dans cette contestation est au +moins aussi évident que celui de la France et de l'Autriche, +mais le reconnaîtra-t-elle? Imposera-t-elle silence à la haine +qui dirige son cabinet? Écoutera-t-elle les leçons de la politique +et de l'expérience? Si elle ferme les yeux sur l'avenir, +si elle ne vit qu'au jour le jour, si elle n'écoute que sa jalousie +contre la France, elle déclarera peut-être la guerre à la +Porte; elle se fera l'auxiliaire de l'insatiable ambition des +Russes; elle creusera elle même un abîme dont elle ne reconnaîtra +la profondeur qu'en y tombant.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Varsovie, le 14 janvier 1807.</p> + +<p class="milieu"><i>Cinquante-unième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Le 29 décembre, une dépêche du général Benigsen parvint +à Koenigsberg, au roi de Prusse. Elle fut sur-le-champ +publiée et placardée dans toute la ville, où elle excita les +transports de la plus vive joie. Le roi reçut publiquement +des complimens, mais le 31 au soir, on apprit, par des officiers +prussiens et par d'autres relations du pays, le véritable +état des choses. La tristesse et la consternation furent alors +d'autant plus grandes, qu'on s'était plus entièrement livré à +l'allégresse. On songea dès-lors à évacuer Koenigsberg, et +l'on en fit sur-le-champ tous les préparatifs. Le trésor et les +effets les plus précieux furent aussitôt dirigés sur Memel. La +reine, qui était assez malade, s'embarqua le 3 janvier pour +cette ville. Le roi partit le 6 pour s'y rendre. Les débris de la +division du général Lestocq se replièrent aussi sur cette +place, en laissant à Koenigsberg deux bataillons et une compagnie +d'invalides.</p> + +<p>Le ministère du roi de Prusse est composé de la manière +suivante:</p> + +<p>M. le général de Zastrow est nommé ministre des affaires +étrangères;</p> + +<p>M. le général Ruchel, encore malade de la blessure qu'il +a reçue à la bataille de Jéna, est nommé ministre de la +guerre;</p> + +<p>M. le président de Sagebarthe est nommé ministre de l'intérieur.</p> + +<p>Voici en quoi consistent maintenant les forces de la monarchie +prussienne:</p> + +<p>Le roi est accompagné par quinze cents hommes de troupes, +tant à pied qu'à cheval.</p> + +<p>Le général Lestocq a à-peu-près cinq mille hommes, y +compris les deux bataillons laissés à Koenigsberg avec la +compagnie d'invalides;</p> + +<p>Le lieutenant-général Hamberg commande à Dantzick, +où il a six mille hommes de garnison. Les habitans ont été +désarmés. On leur a intimé qu'en cas d'alerte, les troupes +feront feu sur tous ceux qui sortiront de leurs maisons.</p> + +<p>Le général Gutadon commande à Colberg avec dix-huit +cents hommes.</p> + +<p>Le lieutenant-général Courbière est à Graudentz avec trois +mille hommes.</p> + +<p>Les troupes françaises sont en mouvement pour cerner et +assiéger ces places.</p> + +<p>Un certain nombre de recrues que le roi de Prusse avait +fait réunir, et qui n'étaient ni habillées ni armées, ont été +licenciées, parce qu'il n'y avait plus de moyen de les contenir.</p> + +<p>Deux ou trois officiers anglais étaient à Koenigsberg, et +faisaient espérer l'arrivée d'une armée anglaise.</p> + +<p>Le prince de Pless a en Silésie douze ou quinze cents +hommes enfermés dans les places de Brieg, Neisse, Schweidnitz +et Kosel, que le prince Jérôme a fait investir.</p> + +<p>Nous ne dirons rien de la ridicule dépêche du général +Benigsen; nous remarquerons seulement qu'elle paraît contenir +quelque chose d'inconcevable. Ce général semble accuser +son collègue le général Buxhowden; il dit qu'il était à Makow. +Comment pouvait-il ignorer que le général Buxhowden +était allé jusqu'à Golymin, où il avait été battu? Il prétend +avoir remporté une victoire, et cependant il était en pleine +retraite à dix heures du soir, et cette retraite fut si précipitée, +qu'il abandonna ses blessés. Qu'il nous montre une seule +pièce de canon, un seul drapeau français, un seul prisonnier, +hormis douze ou quinze hommes isolés qui peuvent avoir été +pris par les cosaques sur les derrières de l'armée, tandis que +nous pouvons lui montrer six mille prisonniers, deux drapeaux +qu'il a perdus près de Pultusk, et trois mille blessés +qu'il a abandonnés dans sa fuite. Il dit encore qu'il a eu +contre lui le grand-duc de Berg et le maréchal Davoust, +tandis qu'il n'a eu affaire qu'à la division Suchet, du corps +du maréchal Lannes. Le dix-septième d'infanterie légère, le +trente-quatrième de ligne, le soixante-quatrième et le quatre-vingt-huitième, +sont les seuls régimens qui se soient battus +contre lui. Il faut qu'il ait bien peu réfléchi sur la position de +Pultusk, pour supposer que les Français voulaient s'emparer +de cette ville. Elle est dominée à portée de pistolet.</p> + +<p>Si le général Buxhowden a fait de son côté une relation +aussi véridique du combat de Golymin, il deviendra évident +que l'armée française a été battue, et que, par suite de sa +défaite, elle s'est emparée de cent pièces de canon et de seize +cents voitures de bagages, de tous les hôpitaux de l'armée +russe, de tous ses blessés, et des importantes positions de Sieroch, +de Pultusk, d'Ostrolenka, et qu'elle a obligé l'ennemi +à reculer de quatre-vingt lieues.</p> + +<p>Quant à l'induction que le général Benigsen veut tirer de +ce qu'il n'a pas été poursuivi, il suffira d'observer qu'on se +serait bien gardé de le poursuivre, puisqu'il était débordé de +deux journées, et que, sans les mauvais chemins, qui ont +empêché le maréchal Soult de suivre ce mouvement, le général +russe aurait trouvé les Français à Ostrolenka.</p> + +<p>Il ne reste plus qu'à chercher quel peut être le but d'une +pareille relation. Il est le même, sans doute, que celui que +se proposaient les Russes dans les relations qu'ils ont faites +de la bataille d'Austerlitz. Il est le même, sans doute, que +celui des ukases par lesquels l'empereur Alexandre refusait +la grande décoration de l'ordre de Saint-Georges, parce que, +disait-il, il n'avait pas commandé à cette bataille, et acceptait +la petite décoration pour les succès qu'il y avait obtenus, +quoique sous le commandement de l'empereur d'Autriche.</p> + +<p>Il y a cependant un point de vue sous lequel la relation +du général Benigsen peut être justifiée. On a craint sans doute +l'effet de la vérité dans les pays de la Pologne prussienne et +de la Pologne russe, que l'ennemi avait à traverser, si elle y +était parvenue avant qu'il eût pu mettre ses hôpitaux et ses +détachemens isolés à l'abri de toute insulte.</p> + +<p>Ces relations, aussi évidemment ridicules, peuvent avoir +encore pour les Russes l'avantage de retarder de quelques +jours l'élan que des récits fidèles donneraient aux Turcs, et +il est des circonstances où quelques jours sont un délai d'une +certaine importance. Cependant l'expérience a prouvé que +toutes ces ruses vont contre leur but, et qu'en toutes choses +la simplicité et la vérité sont les meilleurs moyens de politique.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Varsovie, le 19 janvier 1807.</p> + +<p class="milieu"><i>Cinquante-deuxième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Le huitième corps de la grande armée, que commande le +maréchal Mortier, a détaché un bataillon du deuxième régiment +d'infanterie légère sur Wollin. Trois compagnies de ce +bataillon y étaient à peine arrivées, qu'elles furent attaquées +avant le jour par un détachement de mille hommes d'infanterie, +avec cent cinquante chevaux et quatre pièces de canon. +Ce détachement venait de Colberg, dont la garnison étend ses +courses jusque-là. Les trois compagnies d'infanterie légère +française ne s'étonnèrent point du nombre de leurs ennemis +et lui enlevèrent un pont et ses quatre pièces de canon, et +lui firent cent prisonniers; le reste prit la fuite, en laissant +beaucoup de morts dans la ville de Wollin, dont les rues sont +jonchées de cadavres prussiens.</p> + +<p>La ville de Brieg, en Silésie, s'est rendue après un siége +de cinq jours. La garnison est composée de trois généraux et +de quatorze cents hommes.</p> + +<p>Le prince héréditaire de Bade a été dangereusement malade, +mais il est rétabli. Les fatigues de la campagne, et les +privations qu'il a supportées comme simple officier, ont beaucoup +contribué à sa maladie.</p> + +<p>La Pologne, riche en blé, en avoine, en fourrages, en +bestiaux, en pommes de terre, fournit abondamment à nos +magasins. La seule manutention de Varsovie fait cent mille +rations par jour, et nos dépôts se remplissent de biscuit. +Tout était tellement désorganisé à notre arrivée, que pendant +quelque temps les subsistances ont été difficiles.</p> + +<p>Il ne règne dans l'armée aucune maladie; cependant, pour +la conservation de la santé du soldat, on désirerait un peu +plus de froid. Jusqu'à présent, il s'est à peine fait sentir, et +l'hiver est déjà fort avancé. Sous ce point de vue, l'année +est fort extraordinaire.</p> + +<p>L'empereur fait tous les jours défiler la parade devant le +palais de Varsovie, et passe successivement en revue les différens +corps de l'armée, ainsi que les détachemens et les conscrits +venant de France, auxquels les magasins de Varsovie +distribuent des souliers et des capottes.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Varsovie, le 22 janvier 1807.</p> + +<p class="milieu"><i>Cinquante-troisième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>On a trouvé à Brieg (qui vient de capituler) des magasins +assez considérables de subsistances.</p> + +<p>Le prince Jérôme continue avec activité sa campagne de +Silésie. Le lieutenant-général Deroi avait déjà cerné Kosel et +ouvert la tranchée. Le siège de Schweidnitz et celui de Neisse +se poursuivent en même temps.</p> + +<p>Le général Victor se rendant à Stettin, et étant en voiture +avec son aide-de-camp et un domestique, a été enlevé par un +parti de vingt-cinq hussards qui battaient le pays.</p> + +<p>Le temps est devenu froid. Il est probable que sous peu de +jours les rivières seront gelées; cependant la saison n'est pas +plus rigoureuse qu'elle ne l'est ordinairement à Paris. L'empereur +fait défiler tous les jours la parade et passe en revue +plusieurs régimens.</p> + +<p>Tous les magasins de l'armée s'organisent et s'approvisionnent. +On fait du biscuit dans toutes les manutentions. L'empereur +vient d'ordonner qu'on établît de grands magasins et +qu'on confectionnât une quantité considérable d'habillemens +dans la Silésie.</p> + +<p>Les Anglais, qui ne peuvent plus faire accroire que les +Russes, les Tartares, les Calmoucks vont dévorer l'armée, +française, parce que, même dans les cafés de Londres, on +sait que ces dignes alliés ne soutiennent point l'aspect de nos +baïonnettes, appellent aujourd'hui à leur secours la dysenterie, +la peste et toutes les maladies épidémiques.</p> + +<p>Si ces fléaux étaient à la disposition du cabinet de Londres, +point de doute que non-seulement notre armée, mais +même nos provinces et toute la classe manufacturière du +continent, ne devinssent leur proie. En attendant, les Anglais +se contentent de publier et de faire publier, sous toute +espèce de forme, par leurs nombreux émissaires, que l'armée +française est détruite par les maladies. A les entendre, des +bataillons entiers tombent comme ceux des Grecs au commencement +du siége de Troie. Ils auraient là une manière +toute commode de se défaire de leurs ennemis, mais il faut +bien qu'ils y renoncent. Jamais l'armée ne s'est mieux portée; +les blessés guérissent, et le nombre des morts est peu +considérable. Il n'y a pas autant de malades que dans la campagne +précédente; il y en a même moins qu'il n'y en aurait +en France en temps de paix, suivant les calculs ordinaires.</p> + + +<p class="droite">Varsovie, le 27 janvier 1807.</p> + +<p class="milieu"><i>Cinquante-quatrième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Quatre-vingt-neuf pièces de canon prises sur les Russes +sont rangées sur la place du palais de la République à Varsovie: +ce sont celles qui ont été enlevées aux généraux Kaminski, +Benigsen et Buxhowden, dans les combats de Czarnowo, +Nazielsk, Pultusk et Golymin. Ce sont les mêmes que +les Russes traînaient avec ostentation dans les rues de cette +ville, lorsque naguère ils la traversaient pour aller au-devant +des Français. Il est facile de comprendre l'effet que produit +l'aspect d'un si magnifique trophée sur un peuple charmé de +voir humiliés les ennemis qui l'ont si long-temps et si cruellement +outragé.</p> + +<p>Il y a dans les pays occupés par l'armée plusieurs hôpitaux +renfermant un grand nombre de Russes blessés et malades.</p> + +<p>Cinq mille prisonniers ont été évacués sur la France, deux +mille se sont échappés dans les premiers momens du désordre; +et quinze cents sont entrés dans les troupes polonaises.</p> + +<p>Ainsi, les combats livrés contre les Russes leur ont coûté +une grande partie de leur artillerie, tous leurs bagages, et +vingt-cinq ou trente mille hommes tant tués que blessés ou +prisonniers.</p> + +<p>Le général Kaminski, qu'on avait dépeint comme un autre +Suwarow, vient d'être disgracié; on dit qu'il en est de +même du général Buxhowden, et il paraît que c'est le général +Benigsen qui commande actuellement l'armée.</p> + +<p>Quelques bataillons d'infanterie légère du maréchal Ney +s'étaient portés à vingt lieues en avant de leurs cantonnemens; +l'armée russe en avait conçu des alarmes, et avait fait un mouvement +sur sa droite: ces bataillons sont rentrés dans la ligne +de leurs cantonnemens sans éprouver aucune perte.</p> + +<p>Pendant ce temps le prince de Ponte-Corvo prenait possession +d'Elbing et des pays situés sur le bord de la Baltique.</p> + +<p>Le général de division Drouet entrait à Chrisbourg, où il +faisait trois cents prisonniers du régiment de Courbières, y +compris un major et plusieurs officiers.</p> + +<p>Le colonel Saint-Genez, du dix-neuvième de dragons, chargeait +un autre régiment ennemi et lui faisait cinquante prisonniers, +parmi lesquels était le colonel commandant.</p> + +<p>Une colonne russe s'était portée sur Liebstadt, au-delà de +la petite rivière du Passarge, et avait enlevé une demi-compagnie +de voltigeurs du huitième régiment de ligne, qui +était aux avant-postes du cantonnement.</p> + +<p>Le prince de Ponte-Corvo, informé de ce mouvement, +quitta Elbing, réunit ses troupes, se porta avec la division Rivaud +au-devant de l'ennemi, et le rencontra auprès de Mohring.</p> + +<p>Le 25 de ce mois, à midi, la division ennemie paraissait +forte de douze cents hommes; on en vint bientôt aux mains; +le huitième régiment de ligne se précipita sur les Russes +avec une valeur inexprimable, pour réparer la perte d'un de +ses postes. Les ennemis furent battus, mis dans une déroute +complète, poursuivis pendant quatre lieues, et forcés de +repasser la rivière de Passarge. La division Dupont arriva au +moment où le combat finissait, et ne put y prendre part.</p> + +<p>Un vieillard de cent-dix-sept ans a été présenté à l'empereur, +qui lui a accordé une pension de cent napoléons, et a +ordonné qu'une année lui fût payée d'avance. La notice jointe +à ce bulletin, donne quelques détails sur cet homme extraordinaire.</p> + +<p>Le temps est fort beau, il ne fait froid qu'autant qu'il le +faut pour la santé du soldat et pour l'amélioration des chemins, +qui deviennent praticables.</p> + +<p>Sur la droite et sur le centre de l'armée, l'ennemi est éloigné +de plus de trente lieues de nos postes.</p> + +<p>L'empereur est monté à cheval pour aller faire le tour de +ses cantonnemens; il sera absent de Varsovie pendant huit +ou dix jours.</p> + +<p>François-Ignace Narocki, né à Witki, près de Wilna, est +fils de Joseph et Anne Narocki; il est d'une famille noble, +et embrassa dans sa jeunesse le parti des armes. Il faisait +partie de la confédération de Bar, fut fait prisonnier par les +Russes et conduit à Kasan. Ayant perdu le peu de fortune +qu'il avait, il se livra à l'agriculture, et fut employé comme +fermier des biens d'un curé. Il se maria en premières noces +à l'âge de soixante-dix ans, et eut quatre enfans de ce mariage. +A quatre-vingt-six ans il épousa une seconde femme, et en +eut six enfans, qui sont tous morts: il ne lui reste que le dernier +fils de sa première femme. Le roi de Prusse, en considération +de son grand âge, lui avait accordé une pension de +vingt-quatre florins de Pologne par mois, faisant quatorze +livres huit sous de France. Il n'est sujet à aucune infirmité, +jouit encore d'une bonne mémoire, et parle la langue latine +avec une extrême facilité; il cite les auteurs classiques avec +esprit et à propos. La pétition dont la traduction est ci-jointe, +est entièrement écrite de sa main. Le caractère en est très-ferme +et très-lisible.</p> + +<p class="milieu"><i>Pétition.</i></p> + +<p>Sire,</p> + +<p>Mon extrait baptistaire date de l'an 1690; donc j'ai à présent +117 ans.</p> + +<p>Je me rappelle encore la bataille de Vienne, et les temps +de Jean Sobieski.</p> + +<p>Je croyais qu'ils ne se reproduiraient jamais, mais assurément +je m'attendais encore moins à revoir le siècle d'Alexandre.</p> + +<p>Ma vieillesse m'a attiré les bienfaits de tous les souverains +qui ont été ici, et je réclame ceux du grand Napoléon, étant +à mon âge plus que séculaire, hors d'état de travailler. +Vivez, sire, aussi long-temps que moi; votre gloire n'en +a pas besoin, mais le bonheur du genre humain le demande.</p> + +<p class="droite"><i>Signé</i><br>NAROCKI.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Varsovie, le 29 janvier 1807.</p> + +<p class="milieu"><i>Cinquante-cinquième bulletin de la grande armée,</i></p> + +<p>Voici les détails du combat de Mohringen:</p> + +<p>Le maréchal prince de Ponte-Corvo arriva à Mohringen +avec la division Drouet, le 25 de ce mois, à onze heures du +matin, au moment où le général de brigade Pactod était attaqué +par l'ennemi.</p> + +<p>Le maréchal prince de Ponte-Corvo fit attaquer sur-le-champ +le village de Pfarresfeldehen par un bataillon du neuvième +d'infanterie légère. Ce village était défendu par trois +bataillons russes, que l'ennemi fit soutenir par trois autres +bataillons. Le prince de Ponte-Corvo fit aussi marcher deux +autres bataillons pour appuyer celui du neuvième. La mêlée +fut très-vive. L'aigle du neuvième régiment d'infanterie légère +fut enlevée par l'ennemi; mais à l'aspect de cet affront, +dont ce brave régiment allait être couvert pour toujours, et +que ni la victoire, ni la gloire acquise dans cent combats n'auraient +lavé, les soldats, animés d'une ardeur inconcevable, se +précipitent sur l'ennemi, le mettent en déroute et ressaisissent +leur aigle.</p> + +<p>Cependant la ligne française, composée du huitième de +ligne, du vingt-septième d'infanterie légère, et du quatre-vingt-quatorzième, +était formée. Elle aborde la ligne russe, +qui avait pris position sur un rideau. La fusillade devient vive +et à bout portant.</p> + +<p>A l'instant même le général Dupont débouchait de la route +d'Holland avec les trente-deuxième et quatre-vingt-seizième +régimens, il tourna la droite de l'ennemi. Un bataillon du +trente-deuxième régiment se précipita sur les Russes avec +l'impétuosité ordinaire à ce corps; il les mit en désordre et +leur tua beaucoup de monde. Il ne fit de prisonniers que les +hommes qui étaient dans les maisons. L'ennemi a été poursuivi +pendant deux lieues. La nuit a empêché de continuer +la poursuite. Les comtes Fabien et Gallitzin commandaient +les Russes. Ils ont perdu trois cents hommes faits prisonniers, +mille deux cents hommes laissés sur le champ de bataille, +et plusieurs obusiers. Nous avons eu cent hommes tués et +quatre cents blessés.</p> + +<p>Le général de brigade Laplanche s'est fait distinguer. Le +dix-neuvième de dragons a fait une belle charge sur l'infanterie +russe. Ce qui est à remarquer, ce n'est pas seulement la +bonne conduite des soldats et l'habileté des généraux, mais +la rapidité avec laquelle les corps ont levé leurs cantonnemens, +et fait une marche très-forte pour toutes autres troupes, +sans qu'il manquât un seul homme sur le champ de bataille; +voilà ce qui distingue éminemment des soldats qui ne sont +mus que par l'honneur.</p> + +<p>Un Tartare vient d'arriver de Constantinople, d'où il est +parti le 1er janvier. Il est expédié à Londres par la Porte.</p> + +<p>Le 30 décembre la guerre contre la Russie avait été solennellement +proclamée. La pelisse et l'épée avaient été envoyées +au grand-visir. Vingt-huit régimens de janissaires +étaient partis de Constantinople. Plusieurs autres passaient +d'Asie en Europe.</p> + +<p>L'ambassadeur de Russie, toutes les personnes de sa légation, +tous les Russes qui se trouvaient dans cette résidence; +et tous les Grecs attachés à leur parti, au nombre de sept à +huit cents, avaient quitté Constantinople le 29.</p> + +<p>Le ministre d'Angleterre et les deux vaisseaux anglais restaient +spectateurs des événemens, et paraissaient attendre les +ordres du gouvernement.</p> + +<p>Le Tartare était passé à Widdin le 15 janvier. Il avait trouvé +les routes couvertes de troupes qui marchaient avec gaîté contre +leur éternel ennemi. Soixante mille hommes étaient déjà à +Rodschuk, et vingt-cinq mille hommes d'avant-garde se trouvaient +entre cette ville et Bucharest. Les Russes s'étaient arrêtés +à Bucharest, qu'ils avaient fait occuper par une avant-garde +de quinze mille hommes.</p> + +<p>Le prince Suzzo a été déclaré hospodar de Valachie. Le +prince Ipsilanti a été proclamé traître, et l'on a mis sa tête +à prix.</p> + +<p>Le Tartare a rencontré l'ambassadeur persan à moitié chemin +de Constantinople à Widdin, et l'ambassadeur extraordinaire +de la Porte, au-delà de cette dernière ville.</p> + +<p>Les victoires de Pultusk et Golymin étaient déjà connues +dans l'empire ottoman. Le courrier tartare en a entendu le +récit de la bouche des Turcs avant d'arriver à Widdin.</p> + +<p>Le froid se soutient entre deux et trois degrés au-dessous +de zéro. C'est le temps le plus favorable pour l'armée.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">De notre camp impérial de Varsovie, le 29 janvier 1807.</p> + +<p class="milieu"><i>Message au sénat conservateur.</i></p> + +<p>«Sénateurs,</p> + +<p>Nous avons ordonné à notre ministre des relations extérieures +de vous communiquer les traités que nous avons faits +avec le roi de Saxe et avec les différens princes souverains +de cette maison.</p> + +<p>«La nation saxonne avait perdu son indépendance le 14 +octobre 1755; elle l'a recouvrée le 14 octobre 1806. Après +cinquante années, la Saxe, garantie par le traité de Posen, +a cessé d'être province prussienne.</p> + +<p>«Le duc de Saxe-Weimar, sans déclaration préalable, a +embrassé la cause de nos ennemis. Son sort devait servir de +règle aux petits princes qui, sans être liés par des lois fondamentales, +se mêlent des querelles des grandes nations; +mais nous avons cédé au désir de voir notre réconciliation +avec la maison de Saxe entière et sans mélange.</p> + +<p>«Le prince de Saxe-Cobourg est mort. Son fils se trouvant +dans le camp de nos ennemis, nous avons fait mettre le séquestre +sur sa principauté.</p> + +<p>«Nous avons aussi ordonné que le rapport de notre ministre +des relations extérieures, sur les dangers de la Porte-Ottomane, +fût mis sous vos yeux. Témoin, dès les premiers +temps de notre jeunesse, de tous les maux que produit la +guerre, notre bonheur, notre gloire, notre ambition, nous +les avons placés dans les conquêtes et les travaux de la paix. +Mais la force des circonstances dans lesquelles nous nous +trouvons mérite notre principale sollicitude. Il a fallu quinze +ans de victoires pour donner à la France des équivalens de +ce partage de la Pologne, qu'une seule campagne, faite en +1778 aurait empêché.</p> + +<p>«Eh! qui pourrait calculer la durée des guerres, le nombre +de compagnes qu'il faudrait faire un jour pour réparer +des malheurs qui résulteraient de la perte de l'empire de +Constantinople, si l'amour d'un lâche repos et des délices de +la grande ville l'emportait sur les conseils d'une sage prévoyance? +Nous laisserions à nos neveux un long héritage de +guerres et de malheurs. La tiare grecque relevée et triomphante, +depuis la Baltique jusqu'à la Méditerranée, on verrait +de nos jours nos provinces attaquées par une nuée de +fanatiques et de barbares; et si dans cette lutte trop tardive, +l'Europe civilisée venait à périr, notre coupable indifférence +exciterait justement les plaintes de la postérité, et serait un +titre d'opprobre dans l'histoire.</p> + +<p>«L'empereur de Perse, tourmenté dans l'intérieur de ses +états comme le fut pendant soixante ans la Pologne, comme +l'est depuis vingt ans la Turquie par la politique du cabinet +de Pétersbourg, et animé des mêmes sentimens que la Porte, +a pris les mêmes résolutions, et marche en personne sur le +Caucase pour défendre ses frontières.</p> + +<p>«Mais déjà l'ambition de nos ennemis a été confondue, +leur armée a été défaite à Pultusk et à Golymin, et leurs +bataillons épouvantés fuient au loin à l'aspect de nos aigles.</p> + +<p>«Dans de pareilles positions, la paix, pour être sûre +pour nous, doit garantir l'indépendance entière de ces deux +empires. Et si, par l'injustice et l'ambition démesurée de nos +ennemis, la guerre doit se continuer encore, nos peuples se +montreront constamment dignes, par leur énergie, par leur +amour pour notre personne, des hautes destinées qui couronneront +tous nos travaux; et alors seulement une paix stable +et longue fera succéder pour nos peuples, à ces jours de +gloire, des jours heureux et paisibles.</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Arensdorf, le 5 février 1807.</p> + +<p class="milieu"><i>Cinquante-sixième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Après le combat de Mohringen, où elle avait été battue +et mise en déroute, l'avant-garde de l'armée russe se retira +sur Liebstadt. Mais le surlendemain, 27 janvier, plusieurs +divisions russes la joignirent, et toutes étaient en marche +pour porter le théâtre de la guerre sur le bas de la Vistule.</p> + +<p>Le corps du général Essen, accouru du fond de la Moldavie, +où il était d'abord destiné à servir contre les Turcs, et +plusieurs régimens qui étaient en Russie, mis en marche depuis +quelque temps des extrémités de ce vaste empire, avaient +rejoint les corps d'armée.</p> + +<p>L'empereur donna ordre au prince de Ponte-Corvo de +battre en retraite, et de favoriser les opérations offensives de +l'ennemi, en l'attirant sur le bas de la Vistule. Il ordonna en +même temps la levée de ses quartiers d'hiver.</p> + +<p>Le cinquième corps commandé par le général Savary, le +maréchal Lannes étant malade, se trouva réuni le 31 janvier +à Brok, devant tenir en échec le corps du général Essen cantonné +sur le Haut-Bug.</p> + +<p>Le troisième corps se trouva réuni à Mysiniez;</p> + +<p>Le quatrième corps à Willenberg;</p> + +<p>Le sixième corps à Gilgenburg;</p> + +<p>Le septième corps à Neidenburg.</p> + +<p>L'empereur partit de Varsovie, et arriva le 31 au soir à +Willenberg. Le grand-duc s'y était rendu depuis deux jours, +et y avait réuni toute sa cavalerie.</p> + +<p>Le prince de Ponte-Corvo avait successivement évacué +Osterode, Tobau, et s'était jeté sur Strasburg.</p> + +<p>Le maréchal Lefebvre avait réuni le dixième corps à Thorn +pour la défense de la gauche de la Vistule et de cette ville.</p> + +<p>Le 1er février, on se mit en marche. On rencontra à Passenheim +l'avant-garde ennemie qui prenait l'offensive et se +dirigeait déjà sur Willenberg. Le grand-duc, avec plusieurs +colonnes de cavalerie, la fit charger et entra de vive force +dans la ville.</p> + +<p>Le corps du maréchal Davoust se porta à Ortelsburg.</p> + +<p>Le 2, le grand-duc de Berg se porta à Allenstein avec le +corps du maréchal Soult.</p> + +<p>Le corps du maréchal Davoust marcha sur Whastruburg.</p> + +<p>Les corps des maréchaux Augereau et Ney arrivèrent dans +la journée du 3 à Allenstein.</p> + +<p>Le 3 au matin, l'armée ennemie, qui avait rétrogradé en +toute hâte, se voyant tournée par son flanc gauche et jetée +sur cette Vistule qu'elle s'était tant vanté de vouloir passer, +parut rangée en bataille, la gauche appuyée au village de +Moudtken, le centre à Joukowe, couvrant la grande route de +Liebstadt.</p> + +<p class="milieu"><i>Combat de Bergfrield.</i></p> + +<p>L'empereur se porta au village de Getkendorf, et plaça en +bataille le corps du maréchal Ney sur la gauche, le corps du +maréchal Augereau au centre, et le corps du maréchal Soult +à la droite, la garde impériale en réserve. Il ordonna au maréchal Soult +de se porter sur le chemin de Custad, et de +s'emparer du pont de Bergfried, pour déboucher sur les derrières +de l'ennemi avec tout son corps d'armée, manoeuvre qui +donnait à cette bataille un caractère décisif. Vaincu, l'ennemi +était perdu sans ressource.</p> + +<p>Le maréchal Soult envoya le général Guyot, avec sa cavalerie +légère, s'emparer de Gustadt, où il prit une grande +partie du bagage de l'ennemi, et fit successivement seize cents +prisonniers russes. Gustadt était son centre des dépôts. Mais +au même moment le maréchal Soult se portait sur le pont de +Bergfried avec les divisions Leval et Legrand. L'ennemi, qui +sentait que cette position importante protégeait la retraite de +son flanc gauche, défendait ce pont avec douze de ses meilleurs +bataillons. À trois heures après midi, la canonnade +s'engagea. Le quatrième régiment de ligne et le vingt-quatrième +d'infanterie légère, eurent la gloire d'aborder les premiers +l'ennemi. Ils soutinrent leur vieille réputation. Ces deux +régimens seuls et un bataillon du vingt-huitième en réserve, +suffirent pour débusquer l'ennemi, passèrent au pas de charge +le pont, enfoncèrent les douze bataillons russes, prirent quatre +pièces de canon, et couvrirent le champ de bataille de morts +et de blessés. Le quarante-sixième et le cinquante-cinquième, +qui formaient la seconde brigade, étaient derrière, impatiens +de se déployer; mais déjà l'ennemi en déroute abandonnait, +épouvanté, toutes ses belles positions, heureux présage pour +la journée du lendemain.</p> + +<p>Dans le même temps, le maréchal Ney s'emparait d'un bois +où l'ennemi avait appuyé sa droite; la division St.-Hilaire +s'emparait du village du centre, et le grand-duc de Berg, avec +une division de dragons placée par escadrons au centre, passait +le bois et balayait la plaine, afin d'éclaircir le devant de +notre position. Dans ces petites attaques partielles, l'ennemi +fut repoussé et perdit une centaine de prisonniers. La nuit +surprit ainsi les deux armées en présence.</p> + +<p>Le temps est superbe pour la saison; il y a trois pieds de +neige, le thermomètre est à deux et trois degrés de froid.</p> + +<p>A la pointe du jour du 4, le général de cavalerie légère +Lasalle battit la plaine avec ses hussards. Une ligne de cosaques +et de cavalerie ennemie vint sur-le-champ se placer devant +lui. La canonnade s'engagea, mais bientôt on acquit la +certitude que l'ennemi avait profité de la nuit pour battre en +retraite, et n'avait laissé qu'une arrière garde de la droite, +de la gauche et du centre. On marcha à elle, et elle fut menée +battant pendant six lieues. La cavalerie ennemie fut culbutée +plusieurs fois; mais les difficultés d'un terrain montueux +et inégal s'opposèrent aux efforts de la cavalerie. Avant +la fin du jour du 4, l'avant-garde française vint coucher à +Deppen. L'empereur coucha à Schlett.</p> + +<p>Le 5, à la pointe du jour, toute l'armée française vint coucher +à Deppen. L'empereur coucha à Schlett.</p> + +<p>Le 5, à la pointe du jour, toute l'armée française fut en +mouvement à Deppen, l'empereur reçut le rapport qu'une +colonne ennemie n'avait pas encore passé l'Alle, et se trouvait +ainsi débordée par notre gauche, tandis que l'armée +russe rétrogradait toujours sur les routes d'Arensdorf et de +Landsberg. Sa majesté donna l'ordre au grand-duc de Berg +et aux maréchaux Soult et Davoust de poursuivre l'ennemi +dans cette direction. Elle fit passer l'Alle au corps du maréchal +Ney, avec la division de cavalerie légère du général Lasalle +et une division de dragons, et lui donna l'ordre d'attaquer +le corps ennemi qui se trouvait coupé.</p> + +<p class="milieu"><i>Combat de Waterdorf.</i></p> + +<p>Le grand-duc de Berg, arrivé sur la hauteur de Waterdorf, +se trouva en présence de huit à neuf mille hommes de cavalerie. +Plusieurs charges successives eurent lieu, et l'ennemi +fit sa retraite.</p> + +<p class="milieu"><i>Combat de Deppen.</i></p> + +<p>Pendant ce temps, le maréchal Ney se canonnait et était +aux prises avec le corps ennemi qui était coupé. L'ennemi +voulut un moment essayer de forcer le passage, mais il vint +trouver la mort au milieu de nos baïonnettes. Culbuté au +pas de charge et mis dans une déroute complète, il abandonna +canons, drapeaux et bagages. Les autres divisions de +ce corps voyant le sort de leur avant-garde, battirent en retraite. +A la nuit, nous avions déjà fait plusieurs milliers de +prisonniers, et pris seize pièces de canon.</p> + +<p>Cependant, par ces mouvemens, la plus grande partie des +communications de l'armée russe a été coupée. Ses dépôts de +Gunstadt et de Liebstadt et une partie de ses magasins de +l'Alle avaient été enlevés par notre cavalerie légère.</p> + +<p>Notre perte a été peu considérable dans tous ces petits +combats; elle se monte à quatre-vingts ou cent morts, et à +trois ou quatre cents blessés. Le général Gardanne, aide-de-camp +de l'empereur et gouverneur des pages, a eu une forte contusion +à la poitrine. Le colonel du quatrième régiment de +dragons a été grièvement blessé. Le général de brigade +Latour-Maubourg a été blessé d'une balle dans le bras. L'adjudant-commandant, +Lauberdière, chargé du détail des hussards, +a été blessé dans une charge. Le colonel du quatrième +régiment de ligne a été blessé.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">A Preussich-Eylau, le 7 février 1807.</p> + +<p class="milieu"><i>Cinquante-septième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Le 6 au matin, l'armée se mit en marche pour suivre +l'ennemi: le grand-duc de Berg avec le corps du maréchal +Soult sur Landsberg, le corps du maréchal Davoust sur +Heilsberg, et celui du maréchal Ney sur Worenditt, pour +empêcher le corps coupé à Deppen de s'élever.</p> + +<p class="milieu"><i>Combat de Hoff.</i></p> + +<p>Arrivé à Glodau, le grand-duc de Berg rencontra l'arrière-garde +ennemie, et la fit charger entre Glodau et Hoff. L'ennemi +déploya plusieurs lignes de cavalerie qui paraissaient +soutenir cette arrière-garde, composée de douze bataillons, +ayant le front sur les hauteurs de Landsberg. Le grand-duc +de Berg fit ses dispositions. Après différentes attaques sur +la droite et sur la gauche de l'ennemi, appuyées à un mamelon +et à un bois, les dragons et les cuirassiers de la division +du général d'Hautpoult firent une brillante charge, culbutèrent +et mirent en pièces deux régimens d'infanterie russe. +Les colonels, les drapeaux, les canons et la plupart des officiers +et soldats furent pris. L'armée ennemie se mit en mouvement +pour soutenir son arrière-garde. Le maréchal Augereau +prit position sur la gauche, et le village de Hoff fut occupé. +L'ennemi sentit l'importance de cette position, et fit +marcher dix bataillons pour la reprendre. Le grand-duc de +Berg fit exécuter une seconde charge par les cuirassiers, qui +les prirent en flanc et les écharpèrent. Ces manoeuvres sont +de beaux faits d'armes et font le plus grand honneur à ces intrépides +cuirassiers. Cette journée mérite une relation particulière; +une partie des deux armées passa la nuit du 6 au 7 +en présence. L'ennemi fila pendant la nuit.</p> + +<p>A la pointe du jour, l'avant-garde française se mit en +marche, rencontra l'arrière-garde ennemie entre le bois et +la petite ville d'Eylau. Plusieurs régimens de chasseurs à +pied ennemis qui la défendaient furent chargés et en partie +pris. On ne tarda pas à arriver à Eylau, et à reconnaître que +l'ennemi était en position derrière cette ville.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Preussich-Eylau, le 9 février 1807.</p> + +<p class="milieu"><i>Cinquante-huitième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p class="milieu"><i>Combat d'Eylau.</i></p> + +<p>A un quart de lieue de la petite ville de Preussich-Eylau, +est un plateau qui défend le débouché de la plaine. Le maréchal +Soult ordonna au quarante-sixième et au dix-huitième +régimens de ligne de l'enlever. Trois régimens qui le défendaient +furent culbutés, mais au même moment une colonne +de cavalerie russe chargea l'extrémité de la gauche du dix-huitième, +et mit en désordre un de ses bataillons. Les dragons +de la division Klein s'en aperçurent à temps; les troupes +s'engagèrent dans la ville d'Eylau. L'ennemi avait placé dans +une église et un cimetière plusieurs régimens. Il fit là une +opiniâtre résistance, et après un combat meurtrier de part +et d'autre, la position fut enlevée à dix heures du soir. La +division Legrand prit ses bivouacs au-devant de la ville, et +la division Saint-Hilaire à la droite. Le corps du maréchal +Augereau se plaça sur la gauche, le corps du maréchal Davoust +avait, dès la veille, marché pour déborder Eylau, et +tomber sur le flanc gauche de l'ennemi, s'il ne changeait pas +de position. Le maréchal Ney était en marche pour le déborder +sur son flanc droit. C'est dans cette position que la nuit +se passa.</p> + +<p class="milieu"><i>Bataille d'Eylau.</i></p> + +<p>A la pointe du jour, l'ennemi commença l'attaque par une +vive canonnade sur la ville d'Eylau et sur la division Saint-Hilaire.</p> + +<p>L'empereur se porta à la position de l'église que l'ennemi +avait tant défendue la veille. Il fit avancer le corps du maréchal +Augereau, et fit canonner le monticule par quarante pièces +d'artillerie de sa garde. Une épouvantable canonnade s'engagea +de part et d'autre.</p> + +<p>L'armée russe, rangée en colonnes, était à demi-portée de +canon; tout coup frappait. Il parut un moment, aux mouvemens +de l'ennemi, qu'impatienté de tant souffrir, il voulait +déborder notre gauche. Au même moment, les tirailleurs du +maréchal Davoust se firent entendre, et arrivèrent sur les +derrières de l'armée ennemie; le corps du maréchal Augereau +déboucha en même temps en colonnes, pour se porter sur le +centre de l'ennemi, et, partageant ainsi son attention, l'empêcher +de se porter tout entier contre le corps du maréchal +Davoust. La division Saint-Hilaire déboucha sur la droite, +l'une et l'autre devant manoeuvrer pour se réunir au maréchal +Davoust: à peine le corps du maréchal Augereau et la +division Saint-Hilaire eurent-ils débouché, qu'une neige +épaisse, et telle qu'on ne distinguait pas à deux pas, couvrit +les deux armées.</p> + +<p>Dans cette obscurité, le point de direction fut perdu, et +les colonnes, appuyant trop à gauche, flottèrent incertaines. +Cette désolante obscurité dura une demi-heure. Le temps s'étant +éclairci, le grand-duc de Berg, à la tête de sa cavalerie, +et soutenu par le maréchal Bessières à la tête de la garde, +tourna la division Saint-Hilaire, et tomba sur l'armée ennemie: +manoeuvre audacieuse, s'il en fut jamais, qui couvrit +de gloire la cavalerie, et qui était devenue nécessaire dans la +circonstance où se trouvaient nos colonnes. La cavalerie ennemie, +qui voulut s'opposer à cette manoeuvre, fut culbutée; +le massacre fut horrible. Deux lignes d'infanterie russe furent +rompues; la troisième ne résista qu'en s'adossant à un bois. +Des escadrons de la garde traversèrent deux fois toute l'armée +ennemie.</p> + +<p>Cette charge brillante et inouïe qui avait culbuté plus de +vingt mille hommes d'infanterie, et les avait obligés à abandonner +leurs pièces, aurait décidé sur-le-champ la victoire +sans le bois et quelques difficultés de terrain. Le général de +division d'Hautpoult fut blessé d'un biscaïen. Le général +Dalhmann, commandant les chasseurs de la garde, et un bon +nombre de ses intrépides soldats moururent avec gloire. Mais +les cent dragons, cuirassiers ou soldats de la garde que l'on +trouva sur le champ de bataille, on les y trouva environnés +de plus de mille cadavres ennemis. Cette partie du champ de +bataille fait horreur à voir. Pendant ce temps, le corps du +maréchal Davoust débouchait derrière l'ennemi. La neige, +qui, plusieurs fois dans la journée, obscurcit le temps, retarda +aussi sa marche et l'ensemble de ses colonnes.</p> + +<p>Le mal de l'ennemi est immense, celui que nous avons +éprouvé est considérable. Trois cents bouches à feu ont vomi +la mort de part et d'autre pendant douze heures. La victoire, +long-temps incertaine, fut décidée et gagnée lorsque le maréchal +Davoust déboucha sur le plateau et déborda l'ennemi, +qui, après avoir fait de vains efforts pour le reprendre, battit +en retraite. Au même moment, le corps du maréchal Ney +débouchait par Altorff sur la gauche, et poussait devant lui +le reste de la colonne prussienne échappée au combat de Deppen. +Il vint se placer le soir au village de Schnaditten, et +par-là l'ennemi se trouva tellement serré entre les corps des +maréchaux Ney et Davoust, que, craignant de voir son arrière-garde +compromise, il résolut, à huit heures du soir, de reprendre +le village de Schnaditten. Plusieurs bataillons de +grenadiers russes, les seuls qui n'eussent pas donné, se présentèrent +à ce village; mais le sixième régiment d'infanterie +légère les laissa approcher à bout portant, et les mit dans une +entière déroute. Le lendemain l'ennemi a été poursuivi jusqu'à +la rivière de Frischling. Il se retire au-delà de la Pregel. +Il a abandonné sur le champ de bataille seize pièces de canon +et ses blessés. Toutes les maisons des villages qu'il a parcourus +la nuit en sont remplies.</p> + +<p>Le maréchal Augereau a été blessé d'une balle. Les généraux +Desjardins, Heudelet, Lochet, ont été blessés. Le général +Corbineau a été enlevé par un boulet. Le colonel Lacuée, +du soixante-troisième, et le colonel Lemarois, du quarante-troisième +ont été tués par des boulets. Le colonel Bouvières, +du onzième régiment de dragons, n'a pas survécu à +ses blessures. Tous sont morts avec gloire. Notre perte se +monte exactement à dix-neuf cents morts et à cinq mille sept +cents blessés, parmi lesquels un millier qui le sont grièvement, +seront hors de service. Tous les morts ont été enterrés +dans la journée du 10. On a compté sur le champ de bataille +sept mille Russes.</p> + +<p>Ainsi l'expédition offensive de l'ennemi, qui avait pour +but de se porter sur Thorn en débordant la gauche de la +grande armée, lui a été funeste. Douze à quinze mille prisonniers, +autant d'hommes hors de combat, dix-huit drapeaux, +quarante-cinq pièces de canon, sont les trophées trop +chèrement payés sans doute par le sang de tant de braves.</p> + +<p>De petites contrariétés de temps, qui auraient paru légères +dans toute autre circonstance, ont beaucoup contrarié les +combinaisons du général français. Notre cavalerie et notre artillerie +ont fait des merveilles. La garde à cheval s'est surpassée; +c'est beaucoup dire. La garde à pied a été toute la +journée l'arme au bras, sous le feu d'une épouvantable mitraille, +sans tirer un coup de fusil, ni faire aucun mouvement. +Les circonstances n'ont point été telles qu'elle ait dû donner. +La blessure du maréchal Augereau a été aussi un accident +défavorable, en laissant, pendant le plus fort de la mêlée, +son corps d'armée sans chef capable de le diriger.</p> + +<p>Ce récit est l'idée générale de la bataille. Il s'est passé des +faits qui honorent le soldat français: l'état-major s'occupe de +les recueillir.</p> + +<p>La consommation en munitions à canon a été considérable; +elle a été beaucoup moindre en munitions d'infanterie.</p> + +<p>L'aigle d'un des bataillons du dix-huitième régiment ne +s'est pas retrouvée; elle est probablement tombée entre les +mains de l'ennemi. On ne peut en faire un reproche à ce régiment; +c'est, dans la position où il se trouvait, un accident +de guerre; toutefois l'empereur lui en rendra une autre lorsqu'il +aura pris un drapeau à l'ennemi.</p> + +<p>Cette expédition est terminée, l'ennemi, battu, est rejeté à +cent lieues de la Vistule. L'armée va reprendre ses cantonnements, +et rentrer dans ses quartiers-d'hiver.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">A Preussich-Eylau, le 14 février 1807.</p> + +<p class="milieu"><i>Cinquante-neuvième bulletin de la grande armée</i>.</p> + +<p>L'ennemi prend position derrière la Pregel. Nos coureurs +sont sur Koenigsberg, mais l'empereur a jugé convenable de +mettre son armée en quartiers, en se tenant à portée de couvrir +la ligne de la Vistule.</p> + +<p>Le nombre des canons qu'on a pris depuis le combat de +Bergfried se monte à près de soixante. Les vingt quatre que +l'ennemi a laissés à la bataille d'Eylau viennent d'être dirigés +sur Thorn.</p> + +<p>L'ennemi a fait courir la notice ci-jointe: tout y est faux. +L'ennemi a attaqué la ville, et a été constamment repoussé; +il avoue avoir perdu vingt mille hommes tués ou blessés. Sa +perte est beaucoup plus forte. La prise de neuf aigles est aussi +fausse que la prise de la ville.</p> + +<p>Le grand-duc de Berg a toujours son quartier-général à +Wittemberg, tout près de la Prégel.</p> + +<p>Le général d'Hautpoult est mort de ses blessures. Il a été +généralement regretté. Peu de soldats ont eu une fin plus +glorieuse. Sa division de cuirassiers s'est couverte de gloire à +toutes les affaires. L'empereur a ordonné que son corps serait +transporté à Paris.</p> + +<p>Le général de cavalerie Bouardi-Saint-Sulpice, blessé au +poignet, ne voulut pas aller à l'ambulance, et fournit une +seconde charge. Sa majesté a été si contente de ses services, +qu'elle l'a nommé général de division.</p> + +<p>Le maréchal Lefebvre s'est porté le 12 sur Marienwerder. +Il y a trouvé sept escadrons prussiens, les a culbutés, leur +a pris trois cents hommes, parmi lesquels un colonel, un +major et plusieurs officiers, et deux cent cinquante chevaux. +Ce qui a échappé à ce combat s'est réfugié dans Dantzick.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">A Preussich-Eylau, le 17 février 1807.</p> + +<p class="milieu"><i>Soixantième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>La reddition de la Silésie avance. La place de Schweidnitz +a capitulé. Ci-joint la capitulation. Le gouvernement prussien +de la Silésie a été cerné dans Glatz, après avoir été forcé +dans la position de Frankenstein et de Neubrode par le général +Lefebvre. Les troupes de Wurtemberg se sont fort bien +comportées dans cette affaire. Le régiment bavarois de la +Tour-et-Taxis, commandé par le colonel Teydis, et le +sixième régiment de ligne bavarois, commandé par le colonel +Baker, se sont fait remarquer. L'ennemi a perdu dans ces +combats une centaine d'hommes tués, trois cents faits prisonniers.</p> + +<p>Le siége de Kosel se poursuit avec activité.</p> + +<p>Depuis la bataille d'Eylau, l'ennemi s'est rallié derrière +la Prégel. On concevait l'espoir de le forcer dans cette position, +si la rivière fût restée gelée; mais le dégel continue, et +cette rivière est une barrière au-delà de laquelle l'armée +française n'a pas intérêt de le jeter.</p> + +<p>Du côté de Willemberg, trois mille prisonniers russes ont +été délivrés par un parti de mille Cosaques.</p> + +<p>Le froid a entièrement cessé; la neige est partout fondue, +et la saison actuelle nous offre le phénomène, au mois de février, +du temps de la fin d'avril.</p> + +<p>L'armée entre dans ses cantonnemens.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Preussich-Eylau, le 16 février 1807.</p> + +<p class="milieu"><i>Proclamation.</i></p> + +<p>Soldats!</p> + +<p>Nous commencions à prendre un peu de repos dans nos +quartiers d'hiver, lorsque l'ennemi a attaqué le premier corps +et s'est présenté sur la Basse-Vistule. Nous avons marché à +lui; nous l'avons poursuivi l'épée dans les reins pendant l'espace +de quatre-vingts lieues. Il s'est réfugié sous les remparts +de ses places, et a repassé la Prégel. Nous lui avons enlevé, +aux combats de Bergfried, de Deppen, de Hoff, à la bataille +d'Eylau, soixante-cinq pièces de canon, seize drapeaux, et +tué, blessé ou pris plus de quarante mille hommes. Les +braves qui, de notre côté, sont restés sur le champ d'honneur, +sont morts d'une mort glorieuse: c'est la mort des vrais +soldats. Leurs familles auront des droits constans à notre +sollicitude et à nos bienfaits.</p> + +<p>Ayant ainsi déjoué tous les projets de l'ennemi, nous allons +nous approcher de la Vistule, et rentrer dans nos cantonnements. +Qui osera en troubler le repos, s'en repentira; +car au-delà de la Vistule comme au-delà du Danube, au milieu +des frimas de l'hiver, comme au commencement de l'automne, +nous serons toujours les soldats français, et les soldats +français de la grande armée.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Landsberg, le 18 février 1807.</p> + +<p class="milieu"><i>Soixante-unième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>La bataille d'Eylau avait d'abord été présentée par plusieurs +officiers ennemis comme une victoire. On fut dans +cette croyance à Koenigsberg toute la matinée du 9. Bientôt +le quartier-général et toute l'armée russe arrivèrent. L'alarme +alors devint grande. Peu de temps après, ou entendit des +coups de canon, et on vit les Français maîtres d'une petite +hauteur qui dominait tout le camp russe.</p> + +<p>Le général russe a déclaré qu'il voulait défendre la ville; +ce qui a augmenté la consternation des habitans, qui disaient: +Nous allons éprouver le sort de Lubeck. Il est heureux +pour cette ville qu'il ne soit pas entré dans les calculs +du général français de forcer l'armée russe dans cette position.</p> + +<p>Le nombre des morts dans l'armée russe, en généraux et +en officiers, est extrêmement considérable.</p> + +<p>Par la bataille d'Eylau, plus de cinq mille blessés russes +restés sur le champ de bataille ou dans les ambulances environnantes, +sont tombés au pouvoir du vainqueur. Partie sont +morts, partie légèrement blessés, ont augmenté le nombre +des prisonniers. Quinze cents prisonniers viennent d'être rendus +à l'armée russe. Indépendamment des cinq mille blessés +qui sont restés au pouvoir de l'armée française, on calcule +que les Russes en ont eu quinze mille.</p> + +<p>L'armée vient de prendre ses cantonnemens. Les pays +d'Elbing, de Liebstadt, d'Osterode sont les plus belle parties +de ces contrées. Ce sont eux que l'empereur a choisis +pour établir sa gauche.</p> + +<p>Le maréchal Mortier est entré dans la Poméranie suédoise. +Stralsund a été bloqué. Il est à regretter que l'ennemi ait mis +le feu sans raison au beau faubourg de Kniper. Cet incendie +offrait un spectacle horrible. Plus de deux mille individus se +trouvent sans maisons et sans asile.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Liebstadt, le 21 février 1807.</p> + +<p class="milieu"><i>Soixante-deuxième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>La droite de la grande armée a été victorieuse, comme le +centre et la gauche. Le général Essen, à la tête de vingt-cinq +mille hommes, s'est porté sur Ostrolenka, le 13, par les deux +rives de la Narew. Arrivé au village de Flacies-Lawowa, il +rencontra l'avant-garde du général Savary, commandant le +cinquième corps.</p> + +<p>Le 16, à la pointe du jour, le général Gazan se porta avec +une partie de sa division à l'avant-garde. A neuf heures du +matin, il rencontra l'ennemi sur la route de Nowogrod, l'attaqua, +le culbuta et le mit en déroute. Mais au même moment, +l'ennemi attaquait Ostrolenka par la rive gauche. Le +général Campana, avec une brigade de la division Gazan, et +le général Ruffin, avec une brigade de la division du général +Oudinot, défendaient cette petite ville.</p> + +<p>Le général Savary y envoya le général de division Reille, +chef de l'état-major du corps d'armée. L'infanterie russe, sur +plusieurs colonnes, voulut emporter la ville. On la laissa +avancer jusqu'à la moitié des rues; on marcha à elle au pas de +charge; elle fut culbutée trois fois, et laissa les rues couvertes +de morts. La perte de l'ennemi fut si grande, qu'il abandonna +la ville et prit position derrière les monticules de sable +qui la recouvrent.</p> + +<p>Les divisions des généraux Suchet et Oudinot avancèrent: +à midi, leurs têtes de colonne arrivèrent à Ostrolenka. Le +général Savary rangea sa petite armée de la manière suivante:</p> + +<p>Le général Oudinot, sur deux lignes, commandait la gauche; +le général Suchet le centre; et le général Reille, commandant +une brigade de la division Gazan, formait la droite. +Il se couvrit de toute son artillerie, et marcha à l'ennemi. +L'intrépide général Oudinot se mit à la tête de la cavalerie, +fit une charge qui eut du succès, et tailla en pièces les cosaques +de l'arrière-garde ennemie. Le feu fut très-vif, l'ennemi +ploya de tous côtés, et fut mené battant pendant trois +lieues.</p> + +<p>Le lendemain, l'ennemi a été poursuivi plusieurs lieues, +mais sans qu'on pût reconnaître que sa cavalerie avait battu, +en retraite toute la nuit. Le général Suwarow et plusieurs +autres officiers ennemis ont été tués. L'ennemi a abandonné +un grand nombre de blessés. On en avait ramassé douze +cents; on en ramassait à chaque instant. Sept pièces de canon +et deux drapeaux sont les trophées de la victoire. L'ennemi +a laissé treize cents cadavres sur le champ de bataille. De +notre côté, nous avons perdu soixante hommes tués et quatre +à cinq cents blessés; mais une perte vivement sentie est celle +du général de brigade Campana, qui était un officier d'un +grand mérite et d'une grande espérance. Il était né dans le +département de Marengo. L'empereur a été très-peiné de sa +perte. Le cent-troisième régiment s'est particulièrement distingué +dans cette affaire. Parmi les blessés sont le colonel +Duhamel, du vingt-unième régiment d'infanterie légère, et +le colonel d'artillerie Nourrit.</p> + +<p>L'empereur a ordonné au cinquième corps de s'arrêter et +de prendre ses quartiers d'hiver. Le dégel est affreux. La +saison ne permet pas de rien faire de grand: c'est celle du +repos. L'ennemi a le premier levé ses quartiers; il s'en +repent.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Osterode, le 28 février 1807.</p> + +<p class="milieu"><i>Soixante-troisième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Le capitaine des grenadiers à cheval de la garde impériale, +Auzouï, blessé à mort à la bataille d'Eylau, était couché sur +le champ de bataille. Ses camarades viennent pour l'enlever +et le porter à l'ambulance. Il ne recouvre ses esprits que pour +leur dire: «Laissez-moi, mes amis; je meurs content, puisque +nous avons la victoire, et que je puis mourir sur le lit +d'honneur, environné de canons pris à l'ennemi et des débris +de leur défaite. Dites à l'empereur que je n'ai qu'un regret; +c'est que, dans quelques momens, je ne pourrai plus rien +pour son service et pour la gloire de notre belle France. A +elle mon dernier soupir.» L'effort qu'il fit pour prononcer +ces paroles épuisa le peu de forces qui lui restaient.</p> + +<p>Tous les rapports que l'on reçoit s'accordent à dire que +l'ennemi a perdu à la bataille d'Eylau vingt généraux et neuf +cents officiers tués et blessés, et plus de trente mille hommes +hors de combat.</p> + +<p>Au combat d'Ostrolenka, du 16, deux généraux russes +ont été tués et trois blessés.</p> + +<p>Sa Majesté a envoyé à Paris les seize drapeaux pris à la bataille +d'Eylau. Tous les canons sont déjà dirigés sur Thorn. +Sa Majesté a ordonné que ces canons seraient fondus, et qu'il +en serait fait une statue en bronze du général d'Hautpoult, +commandant la deuxième division de cuirassiers, dans son +costume de cuirassier.</p> + +<p>L'armée est concentrée dans ses cantonnemens, derrière la +Passarge, appuyant sa gauche à Marienwerder, à l'île du +Nogat et à Elbing, pays qui fournissent des ressources.</p> + +<p>Instruit qu'une division russe s'était portée sur Braunsberg, +à la tête de nos cantonnemens, l'empereur a ordonné qu'elle +fût attaquée. Le prince de Ponte-Corvo chargea de cette expédition +le général Dupont, officier d'un grand mérite.</p> + +<p>Le 26, à deux heures après-midi, le général Dupont se +présenta devant Braunsberg, attaqua la division ennemie, +forte de dix mille hommes, la culbuta à la baïonnette, la +chassa de la ville et lui fit repasser la Passarge, lui prit seize +pièces de canon, deux drapeaux, et lui fit deux mille prisonniers. +Nous avons eu très-peu d'hommes tués.</p> + +<p>Du côté de Gustadt, le général Léger-Belair se porta au +village de Peterswalde à la pointe du jour du 25, sur l'avis +qu'une colonne russe était arrivée dans la nuit à ce village, +la culbuta, prit le général baron de Korff qui la commandait, +son état-major, plusieurs lieutenans-colonels et officiers, et +quatre cents hommes. Cette brigade était composée de dix bataillons, +qui avaient tellement souffert qu'ils ne formaient +que seize cents hommes présens sous les armes.</p> + +<p>L'empereur a témoigné sa satisfaction au général Savary +pour le combat d'Ostrolenka, lui a accordé la grande décoration +de la légion-d'honneur, et l'a rappelé près de sa personne. +Sa Majesté a donné le commandement du cinquième corps +au maréchal Masséna, le maréchal Lannes continuant à être +malade.</p> + +<p>A la bataille d'Eylau, le maréchal Augereau couvert de +rhumatismes, était malade et avait à peine connaissance; mais +le canon réveille les braves: il revole au galop à la tête de +son corps, après s'être fait attacher sur son cheval. Il a été +constamment exposé au plus grand feu, et a même été légèrement +blessé. L'empereur vient de l'autoriser à rentrer en +France pour y soigner sa santé.</p> + +<p>Les garnisons de Colberg et de Dantzick profitant du peu +d'attention qu'on avait fait à elles, s'étaient encouragées par +différentes excursions. Un avant-poste de la division italienne +a été attaqué, le 16, à Stutgard, par un parti de huit cents +hommes de la garnison de Colberg. Le général Bonfanti n'avait +avec lui que quelques compagnies du premier régiment +de ligne italien, qui ont pris les armes à temps, ont marché +avec résolution sur l'ennemi, et l'ont mis en déroute.</p> + +<p>Le général Teulié, de son côté, avec le gros de la division +italienne, le régiment de fusiliers de la garde et la première +compagnie de gendarmes d'ordonnance, s'est porté pour investir +Colberg. Arrivé à Naugarten, il a trouvé l'ennemi retranché, +occupant un fort hérissé de pièces de canon. Le colonel +Boyer, des fusiliers de la garde, est monté à l'assaut. +Le capitaine de la compagnie des gendarmes, M. de Montmorency, +a fait une charge qui a eu du succès. Le fort a été pris, +trois cents hommes faits prisonniers et six pièces de canon enlevées. +L'ennemi a laissé cent hommes sur le champ de bataille.</p> + +<p>Le général Dabrowsky a marché contre la garnison de +Dantzick; il l'a rencontrée à Dirschau, l'a culbutée, lui a fait +six cents prisonniers, pris sept pièces de canon, et l'a poursuivie +plusieurs lieues l'épée dans les reins. Il a été blessé +d'une balle. Le maréchal Lefebvre était arrivé, sur ces entrefaites, +au commandement du dixième corps: il y avait été +joint par les Saxons, et il marchait pour investir Dantzick.</p> + +<p>Le temps est toujours variable. Il gelait hier; il dégèle aujourd'hui. +L'hiver s'est ainsi passé. Le thermomètre n'a jamais +été à plus de cinq degrés.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Osterode, le 2 mars 1807.</p> + +<p class="milieu"><i>Soixante-quatrième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>La ville d'Elbing fournit de grandes ressources à l'armée: +on y a trouvé une grande quantité de vins et d'eaux-de-vie. +Ce pays de la Basse-Vistule est très-fertile.</p> + +<p>Les ambassadeurs de Constantinople et de Perse sont entrés +en Pologne, et arrivent à Varsovie.</p> + +<p>Après la bataille d'Eylau, l'empereur a passé tous les jours +plusieurs heures sur le champ de bataille, spectacle horrible, +mais que le devoir rendait nécessaire. Il a failli beaucoup de +travail pour enterrer tous les morts. On a trouvé un grand +nombre de cadavres d'officiers russes avec leurs décorations. +Il paraît que parmi eux il y avait un prince Repnin. Quarante-huit +heures encore après la bataille, il y avait plus de +cinq cents russes blessés qu'on n'avait pas encore pu emporter. +On leur faisait porter de l'eau-de-vie et du pain, et successivement +on les a transportés à l'ambulance.</p> + +<p>Qu'on se figure sur un espace d'une lieue carrée, neuf ou +dix mille cadavres, quatre ou cinq mille chevaux tués, des +lignes de sacs russes, des débris de fusils et de sabres, la terre +couverte de boulets, d'obus, de munitions, vingt-quatre +pièces de canon auprès desquelles on voyait les cadavres des +conducteurs tués au moment où ils faisaient des efforts pour +les enlever: tout cela avait plus de relief sur un fond de neige. +Ce spectacle est fait pour inspirer aux princes l'amour de la +paix et l'horreur de la guerre.</p> + +<p>Les cinq mille blessés que nous avons eus ont été tous évacués +sur Thorn et sur nos hôpitaux de la rive gauche de la +Vistule, sur des traîneaux. Les chirurgiens ont observé avec +étonnement que la fatigue de cette évacuation n'a point nui +aux blessés.</p> + +<p>Voici quelques détails sur le combat de Braunsberg.</p> + +<p>Le général Dupont marcha à l'ennemi sur deux colonnes. +Le général Bruyer, qui commandait la colonne de droite, +rencontra l'ennemi à Ragern, le poussa sur la rivière qui se +trouve en avant de ce village. La colonne de gauche poussa +l'ennemi sur Villenberg, et toute la division ne tarda pas à +déboucher hors du bois. L'ennemi, chassé de sa première position, +fut obligé de se replier sur la rivière qui couvre la ville +de Braunsberg: il a d'abord tenu ferme; mais le général Dupont +a marché à lui, l'a culbuté au pas de charge, et est entré +avec lui dans la ville, qui a été jonchée de cadavres russes.</p> + +<p>Le neuvième d'infanterie légère, le trente-deuxième, le +quatre-vingt-seizième de ligne qui composent cette division, +se sont distingués. Les généraux Barrois, Lahoussaye, le colonel +Semelle du vingt-quatrième de ligne, le colonel Meunier +du neuvième d'infanterie légère, le chef de bataillon +Bouge du trente-deuxième de ligne, et le chef d'escadron Hubinet +du neuvième de hussards, ont mérité des éloges particuliers.</p> + +<p>Depuis l'arrivée de l'armée française sur la Vistule, nous +avons pris aux Russes, aux affaires de Pultusk et de Golymin, +quatre vingt-neuf pièces de canon; au combat de Bergfried, +quatre pièces, dans la retraite d'Allenstein, cinq pièces; +au combat de Deppen, seize pièces; au combat de Hoff, +douze pièces; à la bataille d'Eylau, vingt-quatre pièces; au +combat de Braunsberg, seize pièces; au combat d'Ostrolenka, +neuf pièces: total, cent soixante-quinze pièces de canon.</p> + +<p>On a fait à ce sujet la remarque que l'empereur n'a jamais +perdu de canons dans les armées qu'il a commandées, soit +dans les premières campagnes d'Italie et d'Égypte, soit dans +celle de l'armée de réserve, soit dans celle d'Autriche et de +Moravie, soit dans celle de Prusse et de Pologne.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Osterode, le 10 mars 1807.</p> + +<p><i>Soixante-cinquième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>L'armée est cantonnée derrière la Passarge:</p> + +<p>Le prince de Ponte-Corvo, à Holland et à Braunsberg;</p> + +<p>Le maréchal Soult, à Liebstadt et Mohringen;</p> + +<p>Le maréchal Ney, à Guttstadt;</p> + +<p>Le maréchal Davoust, à Allenstein, Hohenstein et Deppen;</p> + +<p>Le quartier-général, à Osterode;</p> + +<p>Le corps d'observation polonais, que commande le général +Zayonchek, à Neidenbourg;</p> + +<p>Le corps du maréchal Lefebvre devant Dantzick;</p> + +<p>Le cinquième corps, sur l'Omulew;</p> + +<p>Une division de Bavarois, que commande le prince royal +de Bavière, à Varsovie;</p> + +<p>Le corps du prince Jérôme, en Silésie;</p> + +<p>Le huitième corps, en observation dans la Poméranie suédoise.</p> + +<p>Les places de Breslau, de Schweidnitz et de Brieg sont en +démolition.</p> + +<p>Le général Rapp, aide-de-camp de l'empereur, est gouverneur +de Thorn.</p> + +<p>On jette des ponts sur la Vistule, à Marienbourg et à Dirschau.</p> + +<p>Ayant été instruit, le 1er mars, que l'ennemi, encouragé +par les positions qu'avait prise l'armée, faisait voir des postes +tout le long de la rive droite de la Passarge, l'empereur ordonna +aux maréchaux Soult et Ney de faire des reconnaissances +en avant pour repousser l'ennemi. Le maréchal Ney +marcha sur Guttstadt; le maréchal Soult passa la Passarge à +Worditt. L'ennemi fit aussitôt un mouvement général, et se +mit en retraite sur Koenigsberg; ses postes, qui s'étaient retirés +en toute hâte, furent poursuivis à huit lieues.</p> + +<p>Voyant ensuite que les Français ne faisaient plus de mouvemens, +et s'apercevant que ce n'étaient que des avant-gardes +qui avaient quitté leurs régimens, deux régimens de grenadiers +russes se rapprochèrent et se portèrent de nuit sur le cantonnement +de Zechern. Le cinquantième régiment les reçut à +bout portant; le vingt-septième et le trente-neuvième se comportèrent +de même. Dans ces petits combats, les Russes ont +eu un millier d'hommes blessés, tués ou prisonniers.</p> + +<p>Après s'être ainsi assurée des mouvemens de l'ennemi, l'armée +est entrée dans ses cantonnemens.</p> + +<p>Le grand-duc de Berg, instruit qu'un corps de cavalerie +s'était porté sur Villenberg, l'a fait attaquer dans cette ville +par le prince Borghèse, qui, à la tête de son régiment, a +chargé huit escadrons russes, les a culbutés et mis en déroute, +et leur a fait une centaine de prisonniers, parmi lesquels +se trouvent trois capitaines et huit officiers.</p> + +<p>Le maréchal Lefebvre a cerné entièrement Dantzick, et a +commencé les ouvrages de circonvallation de la place.</p> +<br><br><br> + + + +<p class="droite">Osterode, le 14 mars 1807.</p> + +<p class="milieu"><i>Soixante-sixième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>La grande armée est toujours dans ses cantonnemens, où +elle prend du repos.</p> + +<p>De petits combats ont lieu souvent entre les avant-postes +des deux armées.</p> + +<p>Deux régimens de cavalerie russe sont venus, le 12, inquiéter +le soixante-neuvième régiment d'infanterie de ligne dans +son cantonnement de Liguau, en avant de Guttstadt.</p> + +<p>Un bataillon de ce régiment prit les armes, s'embusqua, +et tira à bout portant sur l'ennemi, qui laissa quatre-vingts +hommes sur la place.</p> + +<p>Le général Guyot, qui commande les avant-postes du maréchal +Soult, a eu de son côté quelques engagemens qui ont +été à son avantage.</p> + +<p>Après le petit combat de Villenberg, le grand-duc de Berg +a chassé les cosaques de toute la rive droite de l'Alle, afin de +s'assurer que l'ennemi ne masquait pas quelque mouvement. +Il s'est porté à Wartembourg, Seeburg, Meusguth et Bischoffburg. +Il a eu quelques engagemens avec la cavalerie ennemie, +et a fait une centaine de cosaques prisonniers.</p> + +<p>L'armée russe paraît concentrée du côté de Bartenstein sur +l'Alle; la division prussienne du côté de Creutsbourg.</p> + +<p>L'armée ennemie a fait un mouvement de retraite, et s'est +rapprochée d'une marche de Koenigsberg.</p> + +<p>Toute l'armée française est cantonnée; elle est approvisionnée +par les villes d'Elbing, de Braunsberg, et par les +ressources que l'on tire de l'île du Nogat, qui est d'une très-grande +fertilité.</p> + +<p>Deux-ponts ont été jetés sur la Vistule: un à Marienbourg, +et l'autre à Marienwerder. Le maréchal Lefebvre a achevé +l'investissement de Dantzick; le général Tenlié a investi Colberg. +L'une et l'autre de ces garnisons ont été rejetées dans +ces places après de légères attaques.</p> + +<p>Une division de douze mille Bavarois, commandée par le +prince royal de Bavière, a passé la Vistule à Varsovie, et +vient joindre l'armée.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">De notre camp impérial d'Osterode, le 20 mars 1807.</p> + +<p class="milieu"><i>Message de S.M. au Sénat.</i></p> + +<p>SÉNATEURS,</p> + +<p>«Nous avons ordonné qu'un projet de sénatus-consulte, +ayant pour objet d'appeler dès ce moment la conscription de +1808, vous soit présenté.</p> + +<p>«Le rapport que nous a fait notre ministre de la guerre +vous donnera à connaître les avantages de toute espèce qui +résulteront de cette mesure.</p> + +<p>«Tout s'arme autour de nous. L'Angleterre vient d'ordonner +une levée extraordinaire de deux cent mille hommes; +d'autres puissances ont recours également à des recrutemens +considérables. Quelque formidables, quelque nombreuses que +soient nos armées, les dispositions contenues dans ce projet +de sénatus-consulte nous paraissent, sinon nécessaires, du +moins utiles et convenables. Il faut qu'à la vue de cette triple +barrière de camps qui environnera notre territoire, comme +à l'aspect du triple rang de places fortes qui garantissent nos +plus importantes frontières, nos ennemis ne conçoivent l'espérance +d'aucun succès, se découragent, et soient ramenés +enfin, par l'impuissance de nous nuire, à la justice, à la +raison.</p> + +<p>«L'empressement avec lequel nos peuples ont exécuté les +sénatus-consultes du 24 septembre 1805 et du 4 décembre +1806, a vivement excité en nous le sentiment de la reconnaissance. +Tout Français se montrera également digne d'un +si beau nom.</p> + +<p>«Nous avons appelé à commander et à diriger cette intéressante +jeunesse, des sénateurs qui se sont distingués +dans la carrière des armes, et nous désirons que vous reconnaissiez +dans cette détermination la confiance sans bornes +que nous mettons en vous. Ces sénateurs enseigneront aux +jeunes conscrits, que la discipline et la patience à supporter +les fatigues et les travaux de la guerre, sont les premiers garans +de la victoire. Ils leur apprendront à tout sacrifier +pour la gloire du trône et le bonheur de la patrie, eux, membres +d'un corps qui en est le plus ferme appui.</p> + +<p>«Nous avons été victorieux de tous nos ennemis. En six +mois, nous avons passé le Mein, la Saale, l'Elbe, l'Oder, la +Vistule; nous avons conquis les places les plus formidables +de l'Europe, Magdebourg, Hameln, Spandau, Stettin, Custrin, +Glogau, Breslau, Schweidnitz, Brieg; nos soldats +ont triomphé dans un grand nombre de combats et dans plusieurs +grandes batailles rangées; ils ont pris plus de huit +cents pièces de canon sur le champ de bataille; ils ont dirigé +vers la France quatre mille pièces de siége, quatre cents drapeaux +prussiens ou russes, et plus de deux cent mille prisonniers +de guerre; les sables de la Prusse, les solitudes de +la Pologne, les pluies de l'automne, les frimas de l'hiver, +rien n'a ralenti leur ardent désir de parvenir à la paix par la +victoire, et de se voir ramener sur le territoire de la patrie +par des triomphes. Cependant nos armées d'Italie, de Dalmatie, +de Naples, nos camps de Boulogne, de Bretagne, de +Normandie, du Rhin sont restés intacts.</p> + +<p>«Si nous demandons aujourd'hui à nos peuples de nouveaux +sacrifices pour ranger autour de nous de nouveaux +moyens de puissance, nous n'hésitons pas à le dire, ce n'est +point pour en abuser en prolongeant la guerre. Notre politique +est fixe: nous avons offert la paix à l'Angleterre, avant +qu'elle eût fait éclater la quatrième coalition; cette même +paix, nous la lui offrons encore. Le principal ministre qu'elle +a employé dans ses négociations a déclaré authentiquement +dans ces assemblées publiques que cette paix pouvait être +pour elle honorable et avantageuse; il a ainsi mis en évidence +la justice de notre cause. Nous sommes prêts à conclure avec +la Russie aux mêmes conditions que son négociateur avait +signées, et que les intrigues et l'influence de l'Angleterre +l'ont contrainte à repousser. Nous sommes prêts à rendre à +ces huit millions d'habitans conquis par nos armes, la tranquillité; +et au roi de Prusse sa capitale. Mais si tant de +preuves de modération si souvent renouvelées ne peuvent +rien contre les illusions que la passion suggère à l'Angleterre; +si cette puissance ne peut trouver la paix que dans +notre abaissement, il ne nous reste plus qu'à gémir sur les +malheurs de la guerre, et à rejeter l'opprobre et le blâme sur +cette nation qui alimente son monopole avec le sang du continent. +Nous trouverons dans notre énergie, dans le courage, +le dévouement et la puissance de nos peuples, des moyens +assurés pour rendre vaines les coalitions qu'ont cimentées +l'injustice et la haine, et pour les faire tourner à la confusion +de leurs auteurs. Français! nous bravons tous les périls +pour la gloire et pour le repos de nos enfans.</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Osterode, le 25 mars 1807.</p> + +<p class="milieu"><i>Soixante-septième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Le 14 mars à trois heures après-midi, la garnison de Stralsund, +à la faveur d'un temps brumeux, déboucha avec deux +mille hommes d'infanterie, deux escadrons de cavalerie et +six pièces de canon, pour attaquer une redoute construite par +la division Dupas. Cette redoute, qui n'était ni fermée ni +palissadée, ni armée de canons, était occupée par une seule +compagnie de voltigeurs du cinquante-huitième de ligne. +L'immense supériorité de l'ennemi n'étonna point ces braves. +Cette compagnie ayant été renforcée par une compagnie de +voltigeurs du quatrième d'infanterie légère, commandée par +le capitaine Barral, brava les efforts de cette brigade suédoise. +Quinze soldats suédois arrivèrent sur les parapets, +mais ils y trouvèrent la mort. Toutes les tentatives que fit +l'ennemi furent également inutiles. Soixante-deux cadavres +suédois ont été enterrés au pied de la redoute. On peut supposer +que plus de cent vingt hommes ont été blessés; cinquante +ont été faits prisonniers. Il n'y avait cependant dans +cette redoute que cent cinquante hommes. Plusieurs officiers +suédois décorés ont été trouvés parmi les morts. Cet acte +d'intrépidité a fixé les regards de l'empereur, qui a accordé +trois décorations de la légion d'honneur aux compagnies de +voltigeurs du cinquante-huitième et du quatrième léger. Le +capitaine Drivet, qui commandait dans cette mauvaise redoute, +s'est particulièrement distingué. Le maréchal Lefebvre +a ordonné le 20, au général de brigade Schramm, de passer de +l'île du Nogat dans le Frich-Hoff, pour couper la communication +de Dantzick avec la mer. Le passage s'est effectué à +trois heures du matin; les Prussiens ont été culbutés et ont +laissé entre nos mains trois cents prisonniers.</p> + +<p>A six heures du soir, la garnison a fait un détachement +de quatre mille hommes pour reprendre ce poste; il a été repoussé +avec perte de quelques centaines de prisonniers et +d'une pièce de canon.</p> + +<p>Le général Schramm avait sous ses ordres le deuxième bataillon +du deuxième régiment d'infanterie légère et plusieurs +bataillons saxons qui se sont distingués. L'empereur a accordé +trois décorations de la légion d'honneur aux officiers saxons, +et trois aux sous-officiers et soldats et au major qui les commandait.</p> + +<p>En Silésie, la garnison de Neiss a fait une sortie. Elle a donné +dans une embuscade. Un régiment de cavalerie wurtembergeois +a pris les troupes sorties en flanc, leur a tué une cinquantaine +d'hommes et fait soixante prisonniers.</p> + +<p>Cet hiver a été en Pologne comme il paraît qu'il a été à +Paris, c'est à dire variable. Il gèle et dégèle tour-à-tour. Cependant +nous sommes assez heureux pour n'avoir pas de malades. +Tous les rapports disent que l'armée russe en a au contraire +beaucoup. L'armée continue à être tranquille dans ses +cantonnemens.</p> + +<p>Les places formant tête de pont de Sierock, Modlin, Praga, +Marienbourg, et Marienwerder, prennent tous les jours un +nouvel accroissement de forces. Les manutentions et les magasins +sont organisés, et s'approvisionnent sur tous les points +de l'armée. On a trouvé à Elbing trois cent mille bouteilles +de vin de Bordeaux; et quoiqu'il coûtât quatre francs la bouteille, +l'empereur l'a fait distribuer à l'armée, en en faisant +payer le prix aux marchands.</p> + +<p>L'empereur a envoyé le prince de Borghèse à Varsovie +avec une mission.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Osterode, le 39 mars 1807.</p> + +<p class="milieu"><i>Soixante-huitième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Le 17 mars à trois heures du matin, le général de brigade +Lefèvre, aide-de-camp du prince Jérôme, se trouvant avec +trois escadrons de chevaux-légers et le régiment d'infanterie +légère le Taxis, passa auprès de Glatz pour se rendre à Wunchelsbourg. +Quinze cents hommes sortirent de la place avec +deux pièces de canon. Le lieutenant-colonel Gerard les chargea +aussitôt et les rejeta dans Glatz, après leur avoir pris +cent soldats, plusieurs officiers et leurs deux pièces de canon. +Le maréchal Masséna s'est porté de Willemberg sur Ortelsbourg; +il y a fait entrer la division de dragons Becker, et l'a +renforcée d'un détachement de Polonais à cheval. Il y avait à +Ortelsbourg quelques cosaques; plusieurs charges ont eu +lieu, et l'ennemi a perdu vingt hommes.</p> + +<p>Le général Becker, en venant reprendre sa position à Willemberg, +a été chargé par deux mille cosaques; on leur avait +tendu une embuscade d'infanterie, dans laquelle ils ont +donné. Ils ont perdu deux cents hommes.</p> + +<p>Le 26, à cinq heures du matin, la garnison de Dantzick a +fait une sortie générale qui lui a été funeste. Elle a été repoussée +partout. Un colonel, nommé Gracow, qui a fait le métier +de partisan, a été pris avec quatre cents hommes et deux +pièces de canon, dans une charge du dix-neuvième de chasseurs. +La légion polonaise du Nord s'est fort bien comportée; +deux bataillons saxons se sont distingués.</p> + +<p>Du reste, il n'y a rien de nouveau; les lacs sont encore +gelés; on commence cependant à s'apercevoir de l'approche +du printemps.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Finckenstein, le 4 avril 1807.</p> + +<p class="milieu"><i>Soixante-neuvième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Les gendarmes d'ordonnance sont arrivés à Marienwerder. +Le maréchal Bessières est parti pour aller en passer la revue. +Ils se sont très-bien comportés et ont montré beaucoup de +bravoure dans les différentes affaires qu'ils ont eues.</p> + +<p>Le général Teulié, qui jusqu'à présent avait conduit le +blocus de Colberg, a fait preuve de beaucoup d'activité et de +talent. Le général de division Loison vient de prendre le +commandement du siège de cette place.</p> + +<p>Le 19 mars, les redoutes de Selnow ont été attaquées et +emportées par le premier régiment d'infanterie légère italienne. +La garnison a fait une sortie. La compagnie de carabiniers +du premier régiment léger et une compagnie de dragons +l'ont repoussée.</p> + +<p>Les voltigeurs du dix-neuvième régiment de ligne se sont +distingués à l'attaque du village d'Allstadt. L'ennemi a perdu +dans ces affaires trois pièces de canon et deux cents hommes +faits prisonniers.</p> + +<p>Le maréchal Lefebvre commande le siège de Dantzick. Le +général Lariboissière a le commandement de l'artillerie. Le +corps de l'artillerie justifie, dans toutes les circonstances, la +réputation de supériorité qu'il a si bien acquise. Les canonniers +français méritent, à juste raison, le litre d'hommes d'élite. +On est satisfait de la manière de servir des bataillons du +train.</p> + +<p>L'empereur a reçu à Finckenstein une députation de la +chambre de Marienwerder; composée de MM. le comte de +Groeben, le conseiller baron de Schleinitz et le comte de +Dohna, directeur de la chambre. Cette députation a fait à +S. M. le tableau des maux que la guerre a attirés sur les habitans. +L'empereur lui a fait connaître qu'il en était touché, +et qu'il les exemptait, ainsi que la ville d'Elbing, des contributions +extraordinaires. Il a dit qu'il y avait des malheurs +inévitables pour le théâtre de la guerre, qu'il y prenait part, +et qu'il ferait tout ce qui dépendrait de lui pour les alléger.</p> + +<p>On croit que S. M. partira aujourd'hui pour faire une +tournée à Marienwerder et à Elbing.</p> + +<p>La seconde division bavaroise est arrivée à Varsovie.</p> + +<p>Le prince royal de Bavière est allé prendre à Pultusk le +commandement de la première division.</p> + +<p>Le prince héréditaire de Bade est allé se mettre à la tête +de son corps de troupes à Dantzick. Le contingent de Saxe-Weymar +est arrivé sur la Warta.</p> + +<p>Il n'a pas été tiré aux avant-postes de l'armée un coup de +fusil depuis quinze jours.</p> + +<p>La chaleur du soleil commence à se faire sentir; mais elle +ne parvient point à amollir la terre. Tout est encore gelé: le +printemps est tardif dans ces climats.</p> + +<p>Des courriers de Constantinople et de Perse arrivent fréquemment +au quartier-général.</p> + +<p>La santé de l'empereur ne cesse pas d'être excellente. On +remarque même qu'elle est meilleure qu'elle n'a jamais été. +Il y a des jours où S. M. fait quarante lieues à cheval.</p> + +<p>On avait cru, la semaine dernière, à Varsovie, que l'empereur +y était arrivé à dix heures du soir. La ville entière fut +aussitôt et spontanément illuminée.</p> + +<p>Les places de Praga, Sierock, Modlin, Thorn et Marienbourg +commencent à être en état de défense; celle de Marienwerder +est tracée. Toutes ces places forment des têtes de pont +sur la Vistule.</p> + +<p>L'empereur se loue de l'activité du maréchal Kellermann à +former des régimens provisoires, dont plusieurs sont arrivés +à l'armée dans une très-bonne tenue, et ont été incorporés.</p> + +<p>S. M. se loue également du général Clarke, gouverneur de +Berlin, qui montre autant d'activité et de zèle que de talent, +dans le poste important qui lui est confié.</p> + +<p>Le prince Jérôme, commandant des troupes en Silésie, +fait preuve d'une grande activité, et montre les talens et la +prudence qui ne sont, d'ordinaire, que les fruits d'une longue +expérience.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Finckenstein, le 9 avril 1807.</p> + +<p class="milieu"><i>Soixante-dixième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Un parti de quatre cents Prussiens, qui s'était embarqué +à Koenigsberg, a débarqué dans la presqu'île, vis-à-vis de +Pilau, et s'est avancé vers le village de Carlsberg. M. Mainguernaud, +aide-de-camp du maréchal Lefebvre, s'est porté +sur ce point avec quelques hommes. Il a si habilement manoeuvré, +qu'il a enlevé les quatre cents Prussiens, parmi lesquels +il y avait cent vingt hommes de cavalerie.</p> + +<p>Plusieurs régimens russes sont entrés par mer dans la ville +de Dantzick. La garnison a fait différentes sorties. La légion +polonaise du Nord et le prince Michel Radzivil qui la commande, +se sont distingués; ils ont fait une quarantaine de prisonniers +russes. Le siège se continue avec activité. L'artillerie +de siège commence à arriver.</p> + +<p>Il n'y a rien de nouveau sur les différens points de l'armée.</p> + +<p>L'empereur est de retour d'une course qu'il a faite a Marienwerder +et à la tête de pont sur la Vistule. Il a passé en +revue le douzième régiment d'infanterie légère et les gendarmes +d'ordonnance.</p> + +<p>La terre, les lacs, dont le pays est rempli, et les petites +rivières commencent à dégeler. Cependant, il n'y a encore +aucune apparence de végétation.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Finckenstein, le 19 avril 1807.</p> + +<p class="milieu"><i>Soixante-onzième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>La victoire d'Eylau ayant fait échouer tous les projets que +l'ennemi avait formés contre la Basse-Vistule, nous a mis en +mesure d'investir Dantzick et de commencer le siège de cette +place. Mais il a fallu tirer les équipages de siège des forteresses +de la Silésie et de l'Oder, en traversant une étendue de +plus de cent lieues dans un pays où il n'y a pas de chemins. +Ces obstacles ont été surmontés, et les équipages de siège commencent +à arriver. Cent pièces de canon de gros calibre, venues +de Stettin, de Custrin, de Glogau et de Breslau, auront +sous peu de jours leur approvisionnement complet.</p> + +<p>Le général prussien Kalkreuth commande la ville de Dantzick. +Sa garnison est composée de quatorze mille Prussiens et +six mille Russes. Des inondations et des marais, plusieurs +rangs de fortifications et le fort de Weischelmunde, ont rendu +difficile l'investissement de la place.</p> + +<p>Le journal du siège de Dantzick fera connaître ses progrès +à la date du 17 de ce mois. Nos ouvrages sont parvenus à quatre-vingt +toises de la place; nous avons même plusieurs fois +insulté et dépalissadé les chemins couverts.</p> + +<p>Le maréchal Lefebvre montre l'activité d'un jeune homme. +Il était parfaitement secondé par le général Savary; mais ce +général est tombé malade d'une fièvre bilieuse à l'abbaye +d'Oliva, qui est à peu de distance de la place. Sa maladie a +été assez grave pour donner pendant quelque temps des +craintes sur ses jours. Le général de brigade Schramm, le +général d'artillerie Lariboissière et le général du génie Kirgener +ont aussi très-bien secondé le maréchal Lefebvre. Le +général de division du génie Chasseloup vient de se rendre devant +Dantzick.</p> + +<p>Les Saxons, les Polonais, ainsi que les Badois, depuis +que le prince héréditaire de Bade est à leur tête, rivalisent +entre eux d'ardeur et de courage.</p> + +<p>L'ennemi n'a tenté d'autre moyen de secourir Dantzick que +d'y faire passer par mer quelques bataillons et quelques provisions.</p> + +<p>En Silésie, le prince Jérôme fait suivre très-vivement le +siége de Neiss.</p> + +<p>Depuis que le prince de Pletz a abandonné la partie, l'aide-de-camp +du roi de Prusse, baron de Kleist, est arrivé à Glatz +par Vienne, avec le titre de gouverneur-général de la Silésie. +Un commissaire anglais l'a accompagné, pour surveiller l'emploi +de 80,000 mille livres sterling, donnés au roi de Prusse +par l'Angleterre.</p> + +<p>Le 13 de ce mois, cet officier est sorti de Glatz avec un +corps de quatre mille nommes, et est venu attaquer, dans +la position de Frankenstein, le général de brigade Lefebvre, +commandant le corps d'observation qui protège le siège de +Neiss. Cette entreprise n'a eu aucun succès: M. de Kleist a +été vivement repoussé.</p> + +<p>Le prince Jérôme a porté, le 14, son quartier-général à +Munsterberg.</p> + +<p>Le général Loison a pris le commandement du siège de +Colberg. Les moyens nécessaires pour ses opérations commencent +à se réunir. Ils ont éprouvé quelques retards, parce +qu'ils ne devaient pas contrarier la formation des équipages +de siège de Dantzick.</p> + +<p>Le maréchal Mortier, sous la direction duquel se trouve +le siège de Colberg, s'est porté sur cette place, en laissant en +Poméranie le général Grandjean avec un corps d'observation, +et l'ordre de prendre position sur la Peene.</p> + +<p>La garnison de Stralsund ayant sur ces entrefaites reçu par +mer un renfort de quelques régimens, et ayant été informée +du mouvement fait par le maréchal Mortier, avec une partie +de son corps d'armée, a débouché en force. Le général Grandjean, +conformément à ses instructions, a passé la Peene et a +pris position à Anclam. La nombreuse flottille des Suédois +leur a donné la facilité de faire des débarquements sur différens +points et de surprendre un poste hollandais de trente +hommes, et un poste italien de trente-sept hommes. Le maréchal +Mortier, instruit de ces mouvemens, s'est porté, le 13, +sur Stettin, et ayant réuni ses forces, a manoeuvré pour attirer +les Suédois, dont le corps ne s'élève pas à douze mille +hommes.</p> + +<p>La grande-armée est depuis deux mois stationnaire dans +ses positions. Ce temps a été employé à renouveler et remonter +la cavalerie, à réparer l'armement, à former de grands +magasins de biscuit et d'eau-de-vie, à approvisionner le +soldat de souliers: chaque homme, indépendamment de la +paire qu'il porte, en a deux dans le sac.</p> + +<p>La Silésie et l'île de Nogat ont fourni aux cuirassiers, aux +dragons, à la cavalerie légère, de bonnes et nombreuses remontes.</p> + +<p>Dans les premiers jours de mai, un corps d'observation +de cinquante mille hommes, français et espagnols, +sera réuni sur l'Elbe. Tandis que la Russie a presque toutes +ses troupes concentrées en Pologne, l'empire français n'y a +qu'une partie de ses forces; mais telle est la différence de +puissance réelle des deux états. Les cinq cent mille Russes +que les gazetiers font marcher tantôt à droite, tantôt à gauche, +n'existent que dans leurs feuilles et dans l'imagination de +quelques lecteurs qu'on abuse d'autant plus facilement, qu'on +leur montre l'immensité du territoire russe, sans parler de +l'étendue de ses pays incultes et de ses vastes déserts.</p> + +<p>La garde de l'empereur de Russie est, à ce qu'on dit; +arrivée à l'armée; elle reconnaîtra, lors des premiers événemens, +s'il est vrai, comme l'ont assuré les généraux ennemis, +que la garde impériale ait été détruite. Cette garde est aujourd'hui +plus nombreuse qu'elle ne l'a jamais été, et presque +double de ce qu'elle était à Austerlitz.</p> + +<p>Indépendamment du pont qui a été établi sur la Narew, +on en construit un sur pilotis entre Varsovie et Praga; il est +déjà fort avancé. L'empereur se propose d'en faire faire trois +autres sur différens points. Ces ponts sur pilotis sont plus solides +et d'un meilleur service que les ponts de bateaux. Quelque +grands travaux qu'exigerait ces entreprises sur une rivière +de quatre cents toises de large, l'intelligence et l'activité +des officiers qui les dirigent, et l'abondance de bois, en facilitent +le succès.</p> + +<p>M. le prince de Bénévent est toujours à Varsovie, occupé +à traiter avec les ambassadeurs de la Porte et de l'empereur +de Perse. Indépendamment des services qu'il rend à S. M. +dans son ministère, il est fréquemment chargé de commissions +importantes relativement aux différens besoins de +l'armée.</p> + +<p>Finckenstein, où S. M. s'est établie pour rapprocher son +quartier-général de ses positions, est un très beau château +qui a été construit par M. de Finckenstein, gouverneur de +Frédéric II, et qui appartient maintenant à M. de Dohna, +grand-maréchal de la cour de Prusse.</p> + +<p>Le froid a repris depuis deux jours. Le printemps n'est encore +annoncé que par le dégel. Les arbustes les plus précoces +ne donnent aucun signe de végétation.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Finckenstein, le 13 avril 1817.</p> + +<p class="milieu"><i>Soixante-douzième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Les opérations du maréchal Mortier ont réussi comme +on pouvait le désirer. Les Suédois ont eu l'imprudence de +passer la Peene, de déboucher sur Anklam et Demmin, et de +se porter sur Passewalk. Le 16, avant le jour, le maréchal +Mortier réunit ses troupes, déboucha de Passewalk sur la +route d'Anklam, culbuta les positions de Belling et de Ferdinandshoff, +fit quatre cents prisonniers, prit deux pièces +de canon, entra pêle-mêle avec l'ennemi dans Anklam, et +s'empara de son pont sur la Peene.</p> + +<p>La colonne du général suédois Cardell a été coupée. Elle +était à Uckermünde, lorsque nous étions déjà à Anklam. Le +général en chef d'Armfeld a été blessé d'un coup de mitraille; +tous les magasins de l'ennemi ont été pris.</p> + +<p>La colonne coupée du général Cardell a été attaquée le 17 +à Uckermünde, par le général de brigade Veau. Elle a perdu +trois pièces de canon et cinq cents prisonniers; le reste s'est +embarqué sur des chaloupes canonnières sur le Haff. Deux +autres pièces de canon et cent hommes ont été pris du côté +de Demmin.</p> + +<p>Le baron d'Essen qui se trouve commander l'armée suédoise +en l'absence du général d'Armfeld, a proposé une trêve +au général Mortier, en lui faisant connaître qu'il avait l'autorisation +spéciale du roi pour sa conclusion. La paix et même +une trêve accordée à la Suède remplirait les plus chers désirs +de l'empereur, qui a toujours éprouvé une véritable douleur +de faire la guerre à une nation généreuse, brave, géographiquement +et historiquement amie de la France. Et dans le fait, +le sang suédois doit-il être versé pour la défense de l'empire +Ottoman ou pour sa ruine! Doit-il être versé pour maintenir +l'équilibre des mers ou pour leur-asservissement? Qu'a à +craindre la Suède de la France? Rien. Qu'a-t-elle à craindre +de la Russie? Tout. Ces raisons sont trop solides pour que, +dans un cabinet aussi éclairé, et chez une nation qui a des +lumières et de l'opinion, la guerre actuelle n'ait promptement +un terme. Immédiatement après la bataille d'Iéna, l'empereur +fit connaître le désir qu'il avait de rétablir les anciennes +relations de la Suède avec la France. Ces premières ouvertures +furent faites au ministre de Suède à Hambourg; mais elles +furent repoussées. L'instruction de l'empereur à ses généraux +a toujours été de traiter les Suédois comme des amis avec lesquels +la nature des choses ne tardera pas à nous remettre en +paix. Ce sont-là les plus chers intérêts des deux peuples. +«S'ils nous faisaient du mal, ils le pleureraient un jour; et +nous, nous voudrions réparer le mal que nous leur aurions +fait. L'intérêt de l'état l'emporte tôt ou tard sur les brouilleries +et sur les petites passions.» Ce sont les propres termes +des ordres de l'empereur. C'est dans ce sentiment que l'empereur +a contremandé les opérations du siège de Stralsund, +en a fait revenir les mortiers et les pièces qu'on y avait envoyés +de Stettin. Il écrivait dans ces ternies au général Mortier: +«Je regrette déjà ce qui s'est fait. Je suis fâché que le +beau faubourg de Stralsund ait été brûlé. Est-ce à nous à faire +du mal à la Suède? Ceci n'est qu'un rêve: c'est à nous à la +défendre, et non à lui faire du mal. Faites-lui en le moins +que vous pourrez; proposez au gouverneur de Stralsund un +armistice, une suspension d'armes, afin d'alléger et de rendre +moins funeste une guerre que je regarde comme criminelle, +parce qu'elle est impolitique.»</p> + +<p>Une suspension d'armes a été signée le 18, entre le maréchal +Mortier et le baron d'Essen.</p> + +<p>Le siège de Dantzick se continue.</p> + +<p>Le 16 avril, à huit heures du soir, un détachement de deux +mille hommes, et six pièces de canon de la garnison de Glatz, +marcha sur la droite de la position de Frankenstein; le lendemain, +17, à la pointe du jour, une nouvelle colonne de +huit cents hommes sortit de Silberberg. Ces troupes réunies +marchèrent sur Frankenstein et commencèrent l'attaque à +cinq heures du matin pour en déloger le général Lefebvre, +qui était là avec son corps d'observation.</p> + +<p>Le prince Jérôme partit de Munsterberg au premier coup +de canon, et arriva à dix heures du matin a Frankenstein. +L'ennemi a été complètement battu et poursuivi jusque sur +les chemins couverts de Glatz. On lui a fait six cents prisonniers +et pris trois pièces de canon. Parmi les prisonniers, se +trouvent un major et huit officiers; trois cents morts sont +restés sur le champ de bataille: quatre cents hommes s'étant +perdus dans les bois, furent attaqués à onze heures du matin, +et pris. Le colonel Beckers, commandant le sixième régiment +de ligne bavarois, et le colonel Scharfenstein, des troupes de +Wurtemberg, ont fait des prodiges de valeur. Le premier, +quoique blessé à l'épaule, ne voulut point quitter le champ +de bataille; il se portait partout avec son bataillon, et partout +faisait des prodiges.</p> + +<p>L'empereur a accordé à chacun de ces officiers l'aigle de la +légion-d'honneur. Le capitaine Brockfeld, commandant provisoirement +les chasseurs à cheval de Wurtemberg, s'est fait +remarquer. C'est lui qui a pris les pièces de canon.</p> + +<p>Le siège de Neiss avance. La ville est déjà à demi-brûlée, +et les tranchées approchent de la place.</p> + +<p>De noire camp impérial de Finckenstein, lo 5 mai 1807.</p> + +<p><i>Lettre de S. M. à son ministre des cultes, sur la mort de +M. Meyneau-Pancemont, évêque de Vannes.</i></p> + +<p>Monsieur Portalis, nous avons appris avec une profonde +douleur la mort de notre bien-aimé évêque de Vannes, Meyneau-Pancemont. +A la lecture de votre lettre, les vertus qui +distinguent ce digne prélat, les services qu'il a rendus à notre +sainte religion, à notre couronne, à nos peuples, la situation +des églises et des consciences dans le Morbihan, au moment +où it arriva à l'épiscopat; tout ce que nous devons à son zèle, +à ses lumières, à cette charité évangélique qui dirigeait toutes +ses actions; tous ces souvenirs se sont présentés à la fois à +notre esprit. Nous voulons que vous fassiez placer sa statue +en marbre dans la cathédrale de Vannes: elle excitera ses successeurs +à suivre l'exemple qu'il leur a tracé; elle fera connaître +tout le cas que nous faisons des vertus évangéliques +d'un véritable évêque, et couvrira de confusion ces faux pasteurs +qui ont vendu leur foi aux ennemis éternels de la France +et de la religion catholique, apostolique et romaine, dont +toutes les paroles appellent l'anarchie, la guerre, le désordre +et la rébellion. Enfin, elle sera pour nos peuples du Morbihan +une nouvelle preuve de l'intérêt que nous prenons à leur +bonheur. De toutes les parties de notre empire, c'est une de +celles qui sont le plus souvent présentes à notre pensée, parce +que c'est une de celles qui ont le plus souffert des malheurs des +temps passés. Nous regrettons de n'avoir pu encore la visiter; +mais un de nos premiers voyages que nous ferons à notre retour +dans nos états, ce sera de voir par nos propres yeux +cette partie si intéressante de nos peuples. Cette lettre n'étant +pas à autre fin, nous prions Dieu qu'il vous ait en sa sainte +garde.</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Elbing, le 8 mai 1807.</p> + +<p class="milieu"><i>Soixante-treizième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>L'ambassadeur persan a reçu son audience de congé. Il a +apporté de très-beaux présens h l'empereur de la part de son +maître, et a reçu en échange le portrait de l'empereur, enrichi +de très-belles pierreries. Il retourne en Perse directement: +c'est un personnage très-considérable dans son pays, et un +homme d'esprit et de beaucoup de sagacité; son retour dans +sa patrie était nécessaire. Il a été réglé qu'il y aurait désormais +une légation nombreuse de Persans à Paris, et de Français +à Téhéran.</p> + +<p>L'empereur s'est rendu à Elbing, et a passé la revue de +dix-huit à vingt mille hommes de cavalerie, cantonnés dans +les environs de cette ville et dans l'île de Nogat, pays qui +ressemble beaucoup à la Hollande. Le grand-duc de Berg a +commandé la manoeuvre. A aucune époque, l'empereur n'avait +vu sa cavalerie en meilleur état et mieux disposée.</p> + +<p>Le journal du siége de Dantzick fera connaître qu'on s'est +logé dans le chemin couvert, que les feux de la place sont +éteints, et donnera les détails de la belle opération qu'a dirigée +le général Drouet, et qui a été exécutée par le colonel +Aimé, le chef de bataillon Arnault, du deuxième léger, et +le capitaine Avy. Cette opération a mis en notre pouvoir une +île que défendaient mille Russes, et cinq redoutes garnies +d'artillerie, et qui est très-importante pour le siége, puisqu'elle +prend de revers la position que l'on attaque. Les +Russes ont été surpris dans leurs corps-de-garde: quatre cents +ont été égorgés à la baïonnette, sans avoir le temps de se défendre, +et six cents ont été faits prisonniers. Cette expédition +qui a eu lieu dans la nuit du 6 au 7, a été faite en grande +partie par les troupes de Paris, qui se sont couvertes de +gloire.</p> + +<p>Le temps devient plus doux, les chemins sont excellens, +les bourgeons paraissent sur les arbres, l'herbe commence à +couvrir les campagnes; mais il faut encore un mois pour que +la cavalerie puisse trouver à vivre.</p> + +<p>L'empereur a établi à Magdebourg, sous les ordres du +maréchal Brune, un corps d'observation qui sera composé +de près de quatre-vingt mille hommes, moitié Français, +et l'autre moitié Hollandais et confédérés du Rhin; les troupes +hollandaises sont au nombre de vingt mille hommes.</p> + +<p>Les divisions françaises Molitor et Boudet, qui font aussi +partie de ce corps d'observation, arrivent le 15 mai a Magdebourg. +Ainsi on est en mesure de recevoir l'expédition anglaise +sur quelque point qu'elle se présente. S'il est certain +qu'elle débarquera, il ne l'est pas qu'elle puisse se rembarquer.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Finckenstein, le 16 mai 1807.</p> + +<p class="milieu"><i>Soixante-quatorzième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Le prince Jérôme ayant reconnu que trois ouvrages avancés +de Neiss, qui étaient le long de la Biélau, gênaient +les opérations du siége, a ordonné au général Vandamme de +les enlever. Ce général à la tête des troupes wurtembergeoises, +a emporté ces ouvrages dans la nuit du 30 avril au premier +mai, a passé au fil de l'épée les troupes ennemies qui les défendaient, +a fait cent vingt prisonniers et, pris neuf pièces +de canon. Les capitaines du génie Depouthou et Prost, +le premier, officier d'ordonnance de l'empereur, ont marché +à la tête des colonnes, et ont fait preuve de grande bravoure. +Les lieutenans Hohendorff, Bawer et Mulher, se sont particulièrement +distingués.</p> + +<p>Le 2 mai, le lieutenant-général Camrer a pris le commandement +de la division wurtembergeoise.</p> + +<p>Depuis l'arrivée de l'empereur Alexandre à l'armée, il paraît +qu'un grand conseil de guerre a été tenu à Bartenstein, +auquel ont assisté le roi de Prusse et le grand-duc Constantin; +que les dangers que courait Dantzick ont été l'objet des délibérations +de ce conseil; que l'on a reconnu que Dantzick ne +pouvait être sauvé que de deux manières: la première en attaquant +l'armée française, en passant la Passarge, en courant +la chance d'une bataille générale, dont l'issue, si l'on avait +du succès, serait d'obliger l'armée française à découvrir Dantzick; +l'autre en secourant la place par mer. La première opération +paraît n'avoir pas été jugée praticable, sans s'exposer à +une ruine et à une défaite totale; et on s'est arrêté au plan +de secourir Dantzick par mer.</p> + +<p>En conséquence, le lieutenant-général Kaminski, fils du +feld-maréchal de ce nom, avec deux divisions russes, formant +douze régimens, et plusieurs régimens prussiens, ont +été embarqués à Pilau. Le 13, soixante-six bâtimens de transport, +escortés par trois frégates, ont débarqué les troupes à +l'embouchure de la Vistule, au port de Dantzick, sous la +protection du fort de Weischelmunde.</p> + +<p>L'empereur donna sur le champ l'ordre au maréchal Lannes, +commandant le corps de réserve de la grande-armée, de se +porter à Marienbourg, où était son quartier-général, avec +la division du général Oudinot, pour renforcer l'armée du maréchal +Lefebvre. Il arriva en une marche, dans le même +temps que l'armée ennemie débarquait. Le 13 et le 14, l'ennemi +fît des préparatifs d'attaque; il était séparé de la ville +par une espace de moins d'une lieue, mais occupé par les +troupes françaises. Le 15, il déboucha du fort sur trois colonnes; +il projetait de déboucher par la droite de la Vistule. +Le général de brigade Schramm, qui était aux avant-postes +avec le deuxième régiment d'infanterie légère, et un bataillon +de Saxons et de Polonais, reçut les premiers feux de l'ennemi, +et le contint à portée de canon de Weischelmunde.</p> + +<p>Le maréchal Lefebvre s'était porté au pont situé au bas de +la Vistule, avait fait passer le douzième d'infanterie légère et +des Saxons, pour soutenir le général Schramm. Le général +Gardanne, chargé de la défense de la droite de la Vistule, +y avait également appuyé le reste de ses forces. L'ennemi se +trouvait supérieur et le combat se soutenait avec une égale +opiniâtreté. Le maréchal Lannes, avec la réserve d'Oudinot, +était placé sur la gauche de la Vistule, par où il paraissait la +veille que l'ennemi devait déboucher; mais voyant les mouvemens +de l'ennemi démasqués, le maréchal Lannes passa la +Vistule, avec quatre bataillons de la réserve d'Oudinot. +Toute la ligne et la réserve de l'ennemi furent mises en déroute +et poursuivies jusqu'aux palissades, et à neuf heures +du matin l'ennemi était bloqué dans le fort de Weischelmunde. +Le champ de bataille était couvert de morts. Notre perte se +monte à vingt-cinq hommes tués et deux cents blessés. Celle +de l'ennemi est de neuf cents hommes tués, quinze cents +blessés et deux cents prisonniers. Le soir on distinguait un +grand nombre de blessés, qu'on embarquait sur les bâtimens +qui, successivement, ont pris le large pour retourner à Koenigsberg. +Pendant cette action, la place n'a fait aucune sortie, +et s'est contentée de soutenir les Russes par une vive +canonnade. Du haut de ses remparts délabrés et à demi démolis, +l'ennemi a été témoin de toute l'affaire. Il a été consterné +de voir s'évanouir l'espérance qu'il avait d'être secouru. +Le général Oudinot a tué de sa propre main trois Russes. +Plusieurs de ses officiers d'état-major ont été blessés. Le douzième +et le deuxième régimens d'infanterie légère se sont distingués. +Les détails de ce combat n'étaient pas encore arrivés +à l'état-major.</p> + +<p>Le journal du siège de Dantzick fera connaître que les travaux +se poursuivent avec une égaie activité, que le chemin +couvert est couronné, et que l'on s'occupe des préparatifs du +passage du fossé.</p> + +<p>Dès que l'ennemi sut que son expédition maritime était +arrivée devant Dantzick, ses troupes légères observèrent et +inquiétèrent toute la ligne, depuis la position qu'occupe le +maréchal Soult le long de la Passarge, devant la division du +général Morand, sur l'Alle. Elles furent reçues à bout portant +par les voltigeurs, perdirent un bon nombre d'hommes, +et se retirèrent plus vite qu'elles n'étaient venues.</p> + +<p>Les Russes se présentèrent aussi à Malga, devant le général +Zayonchek, commandant le corps d'observation polonais, +et enlevèrent un poste de Polonais. Le général de brigade +Fischer marcha à eux, les culbuta, leur tua une soixantaine +d'hommes, un colonel et deux capitaines. Ils se présentèrent +également devant le cinquième corps, insultèrent les avant-postes +du général Gazan à Willenberg; ce général les poursuivit +pendant plusieurs lieues. Ils attaquèrent plus sérieusement +la tête du pont de l'Omulew de Drenzewo. Le général +de brigade Girard marcha à eux avec le quatre-vingt-huitième +et les culbuta dans la Narew. Le général de division +Suchet arriva, poussa les Russes l'épée dans les reins, les culbuta +dans Ostrolenka, leur tua une soixantaine d'hommes, +et leur prit cinquante chevaux. Le capitaine du soixante-quatrième +Laurin, qui commandait une grand'garde, cerné de +tous côtés par les Cosaques, fît la meilleure contenance, et +mérita d'être distingué. Le maréchal Masséna, qui était monté +à cheval avec une brigade de troupes bavaroises, eut lieu d'être +satisfait du zèle et de la bonne contenance de ces troupes.</p> + +<p>Le même jour 13, l'ennemi attaqua le général Lemarrois, +à l'embouchure du Bug. Ce général avait passé cette rivière +le 10 avec une brigade bavaroise et un régiment polonais, +avait fait construire en trois jours des ouvrages de tête de +pont, et s'était porté sur Wiskowo, dans l'intention de brûler +les radeaux auxquels l'ennemi faisait travailler depuis six semaines. +Son expédition a parfaitement réussi, tout a été détruit; +et dans un moment, ce ridicule ouvrage de six semaines +fut anéanti.</p> + +<p>Le 13, à neuf heures du matin, six mille Russes, arrivés +de Nur, attaquèrent le général Lemarrois dans son camp retranché. +Ils furent reçus par la fusillade et la mitraille; trois +cents Russes restèrent sur le champ de bataille: et quand le +général Lemarrois vit l'ennemi, qui était arrivé sur les bords +du fossé, repoussé, il fit une sortie et le poursuivit l'épée +dans les reins. Le colonel du quatrième de ligne bavarois, +brave militaire, a été tué. Il est généralement regretté. Les +Bavarois ont perdu vingt hommes, et ont eu une soixantaine +de blessés.</p> + +<p>Toute l'armée est campée par divisions en bataillons carrés, +dans des positions saines.</p> + +<p>Ces événemens d'avant-postes n'ont occasionné aucun mouvement +dans l'armée. Tout est tranquille au quartier-général.</p> + +<p>Cette attaque générale de nos avant-postes, dans la journée +du 13, paraît avoir eu pour but d'occuper l'armée +française, pour l'empêcher de renforcer l'armée qui assiège +Dantzick.</p> + +<p>Cette espérance de secourir Dantzick par une expédition +maritime paraîtra fort extraordinaire à tout militaire sensé, +et qui connaîtra le terrain et la position qu'occupé l'armée +française.</p> + +<p>Les feuilles commencent à pousser. La saison est comme +au mois d'avril en France.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Finckenstein, le 18 mai 1807.</p> + +<p class="milieu"><i>Soixante-quinzième bulletin de la grande-armée.</i></p> + +<p>Voici de nouveaux détails sur la journée du 15. Le maréchal +Lefebvre fait une mention, particulière du général +Schramm, auquel il attribue en grande partie le succès du +combat de Weischelmunde.</p> + +<p>Le 15, depuis deux heures du matin, le général Schramm +était en bataille, couvert par deux redoutes construites vis-à-vis +le fort de Weischelmunde. Il avait les Polonais à sa +gauche, les Saxons au centre, le deuxième régiment d'infanterie +légère à sa droite, et le régiment de Paris en réserve. +Le lieutenant-général russe Kaminski déboucha du fort à la +pointe du jour, et après deux heures de combat, l'arrivée +du douzième d'infanterie légère, que le maréchal Lefebvre +expédia de la rive gauche, et un bataillon saxon, décidèrent +l'affaire. De la brigade Oudinot, un seul bataillon put donner. +Notre perte a été peu considérable. Un colonel polonais, +M. Paris, a été tué. La perte de l'ennemi est plus forte qu'on +ne pensait. On a enterré plus de neuf cents cadavres russes. +On ne peut pas évaluer la perte de l'ennemi à moins de deux +mille cinq cents hommes. Aussi ne bouge-t-il plus, et parait-t-il +très-circonspect derrière l'enceinte de ses fortifications. +Le nombre de bateaux chargés de blessés qui ont mis +à la voile, est de quatorze.</p> + +<p>Dans la journée du 14, une division de cinq mille hommes +prussiens et russes, mais en majorité prussiens, partie de Koenigsberg, +débarqua à Pilau, longea la langue de terre dite le +Nehrung, et arriva à Havelberg devant nos premiers postes +de grand'garde de cavalerie légère, qui se replièrent jusqu'à +Furtenswerder.</p> + +<p>L'ennemi s'avança jusqu'à l'extrémité du Frich-Haff. On +s'attendait à le voir pénétrer par là sur Dantzick. Un pont jeté +sur la Vistule à Furtenswerder facilitait le passage à l'infanterie +cantonnée dans l'île de Nogat pour filer sur les derrières +de l'ennemi. Mais les Prussiens furent plus avisés, et n'osèrent +pas s'aventurer. L'empereur donna ordre au général Beaumont, +aide de camp du grand-duc de Berg, de les attaquer. +Le 16, à deux heures du malin, ce général déboucha, avec +le général de brigade Albert, à la tête de deux bataillons de +grenadiers de la réserve, le troisième et le onzième régimens +de chasseurs et une brigade de dragons. Il rencontra l'ennemi +entre Passenwerder et Stege, à la petite pointe du jour, l'attaqua, +le culbuta et le poursuivit l'épée dans les reins pendant +onze lieues, lui prit onze cents hommes, lui en tua un +grand nombre, et lui enleva quatre pièces de canon. Le général +Albert s'est parfaitement comporté; les majors Chemineau +et Salmon se sont distingués. Le troisième et le onzième +régimens de chasseurs ont donné avec la plus grande intrépidité. +Nous avons eu un capitaine du troisième régiment de +chasseurs et cinq ou six hommes tués, et huit ou dix blessés. +Deux bricks ennemis qui naviguaient sur le Haff, sont venus +nous harceler. Un obus, qui a éclaté sur le pont de l'un +d'eux, les a fait virer de bord.</p> + +<p>Ainsi, depuis le 12, sur les différens points, l'ennemi a +fait des pertes notables.</p> + +<p>L'empereur a fait manoeuvrer, dans la journée du 17, les +fusiliers de la garde, qui sont campés près du château de Finckenstein +dans d'aussi belles baraques qu'à Boulogne.</p> + +<p>Dans les journées des 18 et 19, toute la garde va également +camper au même endroit.</p> + +<p>En Silésie, le prince Jérôme est campé avec son corps +d'observation à Frankenstein, protégeant le siège de Neiss.</p> + +<p>Le 12, ce prince apprit qu'une colonne de trois mille hommes +était sortie de Glatz pour surprendre Breslau. Il fit partir le +général Lefebvre avec le premier régiment de ligne bavarois, +excellent régiment, cent chevaux et trois cents Saxons. Le +général Lefebvre atteignit la queue de l'ennemi le 14, à quatre +heures du matin, au village de Cauth; il l'attaqua aussitôt, +enleva le village à la baïonnette, et fit cent cinquante prisonniers; +cent chevau-légers du roi de Bavière taillèrent en pièces +la cavalerie ennemie, forte de cinq cents hommes, et la dispersèrent. +Cependant l'ennemi se plaça en bataille et fit résistance. +Les trois cents Saxons lâchèrent pied, conduite extraordinaire +qui doit être le résultat de quelque malveillance; car les +troupes saxonnes, depuis qu'elles sont réunies aux troupes +françaises; se sont toujours bravement comportées. Cette défection +inattendue mit le premier régiment de ligne bavarois +dans une situation critique. Il perdit cent cinquante hommes +gui furent faits prisonniers et dut battre en retraite, ce qu'il fit +cependant en ordre. L'ennemi reprit le village de Cauth. A +onze heures du matin, le général Dumuy, qui était sorti de +Breslau à la tête d'un millier de Français, dragons, chasseurs +et hussards à pied, qui avaient été envoyés en Silésie pour +être montés, et dont une partie l'était déjà, attaqua l'ennemi +en queue: cent cinquante hussards à pied enlevèrent le village +de Cauht à la baïonnette, firent cent prisonniers, et reprirent +tous les Bavarois qui avaient été faits prisonniers.</p> + +<p>L'ennemi, pour rentrer avec plus de facilité dans Glatz, +s'était séparé en deux colonnes. Le général Lefebvre, qui +était parti de Schweidnitz le 15, tomba sur une de ces colonnes, +lui tua cent hommes et lui fit quatre cents prisonniers, +parmi lesquels trente officiers.</p> + +<p>Un régiment de lanciers polonais, arrivé la veille à Frankenstein, +et dont le prince Jérôme avait envoyé un détachement +au général Lefebvre, s'est distingué.</p> + +<p>La seconde colonne de l'ennemi avait cherché à gagner +Glatz par Siberberg; le lieutenant-colonel Ducoudras, aide-de-camp +du prince, la rencontra et la mit en déroute. Ainsi +cette colonne de trois à quatre mille hommes, qui était sortie +de Glatz, ne put y rentrer. Elle a été toute entière prise, +tuée ou éparpillée.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Finckenstein, le 30 mai 1807.</p> + +<p class="milieu"><i>Soixante-seizième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Une belle corvette anglaise doublée en cuivre, de vingt-quatre +canons, montée par cent vingt Anglais, et chargée de +poudre et de boulets, s'est présentée pour entrer dans la ville +de Dantzick. Arrivée à la hauteur de nos ouvrages, elle a été +assaillie par une vive fusillade des deux rives, et obligée d'amener. +Un piquet du régiment de Paris a sauté le premier à +bord. Un aide-de-camp du général Kalkreuth, qui revenait +du quartier-général russe, plusieurs officiers anglais ont été +pris à bord.</p> + +<p>Cette corvette s'appelle <i>le Sans-Peur</i>.</p> + +<p>Indépendamment de cent vingt Anglais, il y avait soixante +Russes sur ce bâtiment.</p> + +<p>La perte de l'ennemi au combat de Weischelmunde du +15, a été plus forte qu'on ne l'avait d'abord pensé, une colonne +russe qui avait longé la mer, ayant été passée au fil de +la baïonnette. Compte fait, on a enterré treize cents cadavres +russes.</p> + +<p>Le 16, une division de sept mille Russes, commandée par +le général Turkow, s'est portée de Broc sur le Bug, sur Pultusk, +pour s'opposer à de nouveaux travaux qui avaient été +ordonnés pour rendre plus respectable la tête de pont.</p> + +<p>Ces ouvrages étaient défendus par six bataillons bavarois, +commandés par le prince royal de Bavière.</p> + +<p>L'ennemi a tenté quatre attaques. Dans toutes, il a été culbuté +par les Bavarois, et mitraillé par les batteries des différens +ouvrages.</p> + +<p>Le maréchal Masséna évalue la perte de l'ennemi à trois +cents morts et au double de blessés.</p> + +<p>Ce qui rend l'affaire plus belle, c'est que les Bavarois +étaient moins de quatre mille hommes.</p> + +<p>Le prince royal se loue particulièrement du baron de +Wreden, officier-général au service de Bavière, d'un mérite +distingué. La perte des Bavarois a été de quinze hommes tués +et de cent cinquante blessés.</p> + +<p>Il y a autant de déraison dans l'attaque faite contre les ouvrages +du général Lemarrois, dans la journée du 13, et dans +l'attaque du 16 sur Pultusk, qu'il y en avait il y a six semaines, +dans la construction de ce grand nombre de radeaux +auxquels l'ennemi faisait travailler sur le Bug.</p> + +<p>Le résultat a été que ces radeaux, qui avaient coûté six semaines +de travail, ont été brûlés en deux heures, quand on +l'a voulu, et que ces attaques successives contre des ouvrages +bien retranchés et soutenus de bonnes batteries, leur ont valu +des pertes considérables sans espoir de profit.</p> + +<p>Il paraîtrait que ces opérations ont pour but d'attirer l'attention +de l'armée française sur sa droite, mais les positions +de l'armée française sont raisonnées sur toutes les bases et dans +toutes les hypothèses, défensives comme offensives.</p> + +<p>Pendant ce temps, l'intéressant siège de Dantzick continue +à marcher. L'ennemi éprouvera un notable dommage en perdant +cette place importante et les vingt mille hommes qui y +sont renfermés.</p> + +<p>Une mine a joué sur le Blockhausen et l'a fait sauter. On +a débouché, sur le chemin couvert, par quatre amorces, et +on exécute la descente du fossé.</p> + +<p>L'empereur a passé aujourd'hui l'inspection du cinquième +régiment provisoire. Les huit premiers ont subi leur incorporation.</p> + +<p>On se loue beaucoup dans ces régimens des nouveaux conscrits +génois, qui montrent de la bonne volonté et de l'ardeur.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Finckenstein, le 28 mai 1807.</p> + +<p class="milieu"><i>Soixante-dix-septième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Dantzick a capitulé. Cette belle place est en notre pouvoir. +Huit cents pièces d'artillerie, des magasins de toute espèce, +plus de cinq cents mille quintaux de grains, des caves considérables, +de grands approvisionnemens de draps et d'épiceries, +des ressources de toute espèce pour l'armée, et enfin une +place forte du premier ordre appuyant notre gauche, comme +Thorn appuie notre centre et Prag notre droite; tels sont les +avantages obtenus pendant l'hiver et qui ont signalé les loisirs +de la grande armée: c'est le premier, le plus beau fruit +de la victoire d'Eylau. La rigueur de la saison, la neige qui +a couvert nos tranchées, la gelée qui y a ajouté de nouvelles +difficultés, n'ont pas été des obstacles pour nos travaux. Le +maréchal Lefebvre a tout bravé; il a animé d'un même esprit +les Saxons, les Polonais, les Badois, et les à fait marcher à +son but. Les difficultés que l'artillerie a eues à vaincre étaient +considérables. Cent bouches à feu, cinq à six cent milliers de +poudre, une immense quantité de boulets ont été tirés de +Stettin et des places de la Silésie. Il a fallu vaincre bien des +difficultés de transport, mais la Vistule a offert un moyen +facile et prompt. Les marins de la garde ont fait passer les +bateaux sous le fort de Graudentz avec leur habileté et leur +résolution ordinaires. Le général Chasseloup, le général Kirgener, +le colonel Lacoste, et en général tous les officiers du +génie ont servi de la manière la plus distinguée. Les sapeurs +ont montré une rare intrépidité. Tout le corps d'artillerie +commandé par le général Lariboissière a soutenu sa réputation. +Le deuxième régiment d'infanterie légère, le douzième +et les troupes de Paris, le général Schramm et le général Puthod +se sont fait remarquer.</p> + +<p>Un journal détaillé de ce siége sera rédigé avec soin. Il +consacrera un grand nombre de faits de bravoure dignes d'être +offerts comme exemples, et faits pour exciter l'enthousiasme +et l'admiration.</p> + +<p>Le 17, la mine fit sauter un blockhaus de la place d'armes +du chemin couvert.</p> + +<p>Le 19, la descente et le passage du fossé furent exécutés +à sept heures du soir.</p> + +<p>Le 21, le maréchal Lefebvre ayant tout préparé pour l'assaut, +on y montait lorsque le colonel Lacoste, qui avait été +envoyé le matin dans la place pour affaires de service, fit +connaître que le général Kalkreuth demandait à capituler aux +mêmes conditions qu'il avait autrefois accordées à la garnison +de Mayence. On y consentit.</p> + +<p>Le Hakelsberg aurait été enlevé d'assaut sans une grande +perte, mais le corps de place était encore entier; un large +fossé rempli d'eau courante offrait assez de difficultés pour +que les assiégés prolongeassent leur défense pendant une quinzaine +de jours. Dans cette situation, il a paru convenable de +leur accorder une capitulation honorable.</p> + +<p>Le 27, la garnison a défilé, le général Kalkreuth à sa tête.</p> + +<p>Cette forte garnison, qui d'abord était de seize mille hommes, +est réduite à neuf mille, et sur ce nombre, quatre mille +ont déserté. Il y a même des officiers parmi les déserteurs. +«Nous ne voulons pas, disent-ils, aller en Sibérie.» Plusieurs +milliers de chevaux nous ont été remis; mais ils sont en fort +mauvais état.</p> + +<p>On dresse en ce moment les inventaires des magasins. Le +général Rapp est nommé gouverneur de Dantzick.</p> + +<p>Le lieutenant-général russe Kamenski, après avoir été +battu le 15, s'était acculé sous les fortifications de Weischelmunde; +il y est demeuré sans rien oser entreprendre, et il a +été spectateur de la reddition de la place. Lorsqu'il a vu que +l'on établissait des batteries à boulets rouges pour brûler ses +vaisseaux, il est monté à bord et s'est retiré. Il est retourné à +Pilau.</p> + +<p>Le fort de Weischelmunde tenait encore. Le maréchal +Lefebvre l'a fait sommer le 29, et pendant que l'on réglait la +capitulation, la garnison est sortie du fort et s'est rendue. +Le commandant, abandonné, s'est sauvé par mer, ainsi nous +sommes maîtres de la ville et du port de Dantzick. Ces événemens +sont d'un heureux présage pour la campagne. L'empereur +de Russie et le roi de Prusse étaient à Heiligenberg. Ils +ont pu conjecturer de la reddition de la place, par la cessation +du feu. Le canon s'entendait jusque-là.</p> + +<p>L'empereur, pour témoigner sa satisfaction à l'armée assiégeante, +a accordé une gratification à chaque soldat.</p> + +<p>Le siége de Graudentz commence sous le commandement +du général Victor. Le général Lazowski commande le génie, +et le général Danthouard l'artillerie. Graudentz est fort par +sa grande quantité de mines.</p> + +<p>La cavalerie de l'armée est belle. Les divisions de cavalerie +légère, deux divisions de cuirassiers et une de dragons ont +été passées en revue à Elbing, le 26, par le grand-duc de +Berg. Le même jour, S.M. s'est rendue à Bischoffverder et à +Strasburg, où elle a passé en revue la division de cuirassiers +d'Hautpoult et la division de dragons du général Grouchy. +Elle a été satisfaite de leur tenue et du bon état des chevaux.</p> + +<p>L'ambassadeur de la Porte, Seid-Mohammed-Emen-Vahid, +a été présenté le 28 à deux heures après-midi, par M. le +prince de Bénévent, à l'empereur, auquel il a remis ses lettres +de créance. Il est resté une heure dans le cabinet de S.M.; il +est logé au château, et occupe l'appartement du grand-duc +de Berg, absent pour la revue. On assure que l'empereur lui +a dit que lui et l'empereur Sélim étaient désormais inséparables, +comme la main droite et la main gauche. Toutes les +bonnes nouvelles des succès d'Ismaïl et de Valachie venaient +d'arriver. Les Russes ont été obligés de lever le siége d'Ismaïl +et d'évacuer la Valachie.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">De notre camp impérial de Finckenstein, le 28 mai 1807.</p> + +<p class="milieu"><i>Lettre de S.M. aux archevêques et évêques de France.</i></p> + +<p>«Monsieur l'évêque de .... après la mémorable victoire +d'Eylau, qui a terminé la dernière campagne, l'ennemi, +chassé à plus de quarante lieues de la Vistule, n'a pu porter +aucun secours à la ville de Dantzick. Malgré la rigueur de +la saison, nous en avons fait sur-le-champ commencer le +siége. Après quarante jours de tranchée, cette importante +place est tombée au pouvoir de nos armes. Tout ce que nos +ennemis ont pu entreprendre pour la secourir, a été déjoué. +La victoire a constamment suivi nos drapeaux. Des magasins +immenses de subsistances et d'artillerie, une des villes les plus +riches et les plus commerçantes du monde se trouvent par-là en +notre pouvoir dès le début de la campagne. Nous ne pouvons +attribuer des succès si prompts et si éclatans qu'à cette protection +spéciale, dont la divine Providence nous a donné +tant de preuves. Notre volonté est donc qu'au reçu de la présente, +vous ayez à vous concerter avec qui de droit, et à +réunir nos peuples pour adresser de solennelles actions de +grâces au Dieu des armées, afin qu'il daigne continuer à favoriser +nos armes et à veiller sur le bonheur de notre patrie. +Que nos peuples prient aussi pour que ce cabinet persécuteur +de notre sainte religion, tout autant qu'ennemi éternel de +notre nation, cesse d'avoir de l'influence dans les cabinets du +continent, afin qu'une paix solide et glorieuse, digne de nous +et de notre grand peuple, console l'humanité, et nous mette +à même de donner un plein essor à tous les projets que nous +méditons pour le bien de la religion et de nos peuples. Cette +lettre n'étant pas à autre fin, nous prions Dieu qu'il vous ait, +monsieur l'évêque, en sa sainte garde.»</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">De notre camp impérial de Finckenstein, le 28 mai 1807.</p> + +<p class="milieu"><i>Message de S.M. l'empereur et roi au sénat.</i></p> + +<p>«Sénateurs, par nos décrets du 30 mars de l'année 1806, +nous avons institué des duchés pour récompenser les grands +services civils et militaires qui nous ont été ou qui nous seront +rendus, et pour donner de nouveaux appuis à notre +trône, et environner notre couronne d'un nouvel éclat.</p> + +<p>«C'est à nous à songer à assurer l'état et la fortune des +familles qui se dévouent entièrement à notre service, et qui +sacrifient constamment leurs intérêts aux nôtres. Les honneurs +permanens, la fortune légitime, honorable et glorieuse +que nous voulons donner à ceux qui nous rendent des services +éminens, soit dans la carrière civile, soit dans la carrière +militaire, contrasteront avec la fortune illégitime, cachée, +honteuse de ceux qui, dans l'exercice de leurs fonctions, ne +chercheraient que leur intérêt, au lieu d'avoir en vue celui +de nos peuples et le bien de notre service. Sans doute, la +conscience d'avoir fait son devoir, et les biens attachés à +notre estime, suffisent pour retenir un bon Français dans la +ligne de l'honneur; mais l'ordre de notre société est ainsi +constitué, qu'à des distinctions apparentes, à une grande fortune +sont attachés une considération et un éclat dont nous +voulons que soient environnés ceux de nos sujets grands par +leurs talens, par leurs services, et par leur caractère, ce premier +don de l'homme.</p> + +<p>Celui qui nous a le plus secondé dans cette première journée +de notre règne, et qui, après avoir rendu des services +dans toutes les circonstances de sa carrière militaire, vient +d'attacher son nom à un siége mémorable où il a déployé des +talens et un brillant courage, nous a paru mériter une éclatante +distinction. Nous avons voulu aussi consacrer une époque +si honorable pour nos armes, et par les lettres-patentes dont +nous chargeons notre cousin l'archi-chancelier de vous donner +communication, nous avons créé notre cousin le maréchal et +sénateur Lefebvre, duc de Dantzick. Que ce titre porté par +ses descendans, leur retrace les vertus de leur père, et +qu'eux-mêmes ils s'en reconnaissent indignes, s'ils préféraient +jamais un lâche repos et l'oisiveté de la grande ville aux périls +et à la noble poussière des camps, si jamais leurs premiers +sentimens cessaient d'être pour la patrie et pour nous! Qu'aucun +d'eux ne termine sa carrière sans avoir versé son sang +pour la gloire et l'honneur de notre belle France; que dans +le nom qu'ils portent, ils ne voient jamais un privilège, +mais des devoirs envers nos peuples et envers nous. A ces +conditions, notre protection et celle de nos successeurs les +distinguera dans tous les temps.</p> + +<p>«Sénateurs, nous éprouvons un sentiment de satisfaction +en pensant que les premières lettres-patentes qui, en conséquence +de notre sénatus-consulte du 14 août 1806, doivent +être inscrites sur vos registres, consacrent les services de +votre préteur.»</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">De notre camp impérial de Finckenstein, le 28 mai 1807.</p> + +<p class="milieu"><i>Lettres-patentes de S.M. l'empereur et roi.</i></p> + +<p>NAPOLÉON, par la grâce de Dieu et par les constitutions +de la république, empereur des Français, à tous présens et +à venir, salut:</p> + +<p>Voulant donner à notre cousin le maréchal et sénateur Lefebvre, +un témoignage de notre bienveillance pour l'attachement +et fidélité qu'il a toujours montrés, et reconnaître les +services éminens qu'il nous a rendus le premier jour de nôtre +règne, qu'il n'a cessé de nous rendre depuis, et auquel il +vient d'ajouter encore un nouvel éclat par la prise de la ville +de Dantzick; désirant de plus, consacrer par un titre spécial +le souvenir de cette circonstance mémorable et glorieuse, +nous avons résolu de lui conférer et nous lui conférons, par +les présentes, le titre de <i>duc de Dantzick</i>, avec une dotation +en domaines situés dans l'intérieur de nos états.</p> + +<p>Nous entendons que ledit duché de Dantzick soit possédé +par notre cousin le maréchal et sénateur Lefebvre, et transmis +héréditairement à ses enfans mâles, légitimes et naturels, +par ordre de primogéniture, pour en jouir en toute propriété +aux charges et conditions, et avec les droits, titres, honneurs +et prérogatives attachés aux duchés par les constitutions +de l'empire, nous réservant, si sa descendance masculine +légitime et naturelle venait à s'éteindre, ce que Dieu ne +veuille, de transmettre ledit duché à notre choix et ainsi +qu'il sera jugé convenable par nous ou nos successeurs, pour +le bien de nos peuples et l'intérêt de notre couronne.</p> + +<p>Nous ordonnons que les présentes lettres-patentes soient +communiquées au sénat, pour être transcrites sur ses registres.</p> + +<p>Ordonnons pareillement qu'aussitôt que la dotation définitive +du duché de Dantzick aura été revêtue de notre approbation, +l'état détaillé des biens dont elle se trouvera composée, +soit, en exécution des ordres donnés à cet effet par +notre ministre de la justice, inscrit au greffe de la cour d'appel +dans le ressort de laquelle l'habitation principale du duché +sera située, et que la même inscription ait lieu au bureau +des hypothèques des arrondissemens respectifs, afin que la +condition desdits biens, résultant des dispositions du sénatus-consulte +du 14 août 1806, soit généralement reconnue, et +que personne ne puisse en prétendre cause d'ignorance.</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Heilsberg, le 12 juin 1807.</p> + +<p class="milieu"><i>Soixante-dix-huitième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Des négociations de paix avaient eu lieu pendant tout l'hiver. +On avait proposé à la France un congrès général, auquel +toutes les puissances belligérantes auraient été admises, la +Turquie seule exceptée. L'empereur avait été justement révolté +d'une telle proposition. Après quelques mois de pourparlers, +il fut convenu que toutes les puissances belligérantes; +sans exception, enverraient des plénipotentiaires au congrès, +gui se tiendrait à Copenhague. L'empereur avait fait connaître +que la Turquie étant admise à faire cause commune +dans les négociations avec la France, il n'y avait pas d'inconvénient +à ce que l'Angleterre fît cause commune avec la Russie. +Les ennemis demandèrent alors sur quelles bases le congrès +aurait à négocier. Ils n'en proposaient aucune, et voulaient +cependant que l'empereur en proposât. L'empereur ne fit point +de difficulté de déclarer que, selon lui, la base des négociations +devait être égalité et réciprocité entre les deux masses +belligérantes, et que les deux masses belligérantes entreraient +en commun dans un système de compensations.</p> + +<p>La modération, la clarté, la promptitude de cette réponse, +ne laissèrent aucun doute aux ennemis de la paix sur les dispositions +pacifiques de l'empereur; ils en craignirent les effets, +et au moment même où l'on répondait qu'il n'y avait plus +d'obstacles à l'ouverture du congrès, l'armée russe sortit de +ses cantonnemens et vint attaquer l'armée française. Le sang +a de nouveau été répandu, mais du moins la France en est +innocente. Il n'est aucune ouverture pacifique que l'empereur +n'ait écoutée, il n'est aucune proposition à laquelle il ait différé +de répondre; il n'est aucun piége tendu par les fauteurs +de la guerre que sa volonté n'ait écarté. Ils ont inconsidérément +fait courir l'armée russe aux armes, quand ils ont vu +leurs démarches déjouées, et ces coupables entreprises, que désavouait +la justice, ont été confondues. De nouveaux échecs +ont été attirés sur les armées de la Russie, de nouveaux trophées +ont couronné celles de la France. Rien ne prouve davantage +que la passion et des intérêts étrangers à ceux de la +Russie et de la Prusse dirigent le cabinet de ces deux puissances, +et conduisent leurs braves armées à de nouveaux malheurs, +en les forçant à de nouveaux combats, que la circonstance +où l'armée russe reprend les hostilités: c'est quinze jours +après que Dantzick s'est rendu, c'est lorsque ses opérations +sont sans objets, c'est lorsqu'il ne s'agit plus de faire lever le +siége de ce boulevard, dont l'importance aurait justifié toutes +les tentatives, et pour la conservation duquel aucun militaire +n'aurait été blâmé d'avoir tenté le sort de trois batailles. Ces +considérations sont étrangères aux passions qui ont préparé +les événemens qui viennent de se passer; empêcher les négociations +de s'ouvrir, éloigner deux princes prêts à se rapprocher +et à s'entendre, tel est le but qu'on s'est proposé. Quel +sera le résultat d'une telle démarche? où est la probabilité +du succès? Toutes ces questions sont indifférentes à ceux qui +soufflent la guerre. Que leur importent les malheurs des armées +russes et prussiennes? S'ils peuvent prolonger encore +les calamités qui pèsent sur l'Europe, leur but est rempli.</p> + +<p>Si l'empereur n'avait eu en vue d'autre intérêt que celui +de sa gloire, s'il n'avait fait d'autres calculs que ceux qui +étaient relatifs à l'avantage de ses opérations militaires, il aurait +ouvert la campagne immédiatement après la prise de Dantzick; +et cependant quoiqu'il n'existât ni trêve, ni armistice, +il ne s'est occupé que de l'espérance de voir arriver à bien les +négociations commencées.</p> + +<p class="milieu"><i>Combat de Spanden.</i></p> + +<p>Le 5 juin, l'armée russe se mit en mouvement; ses divisions +de droite attaquèrent la tête de pont de Spanden, que le +général Frère défendait avec le vingt-septième régiment d'infanterie +légère. Douze régimens russes et prussiens firent de +nouveaux efforts; sept fois ils les renouvelèrent, et sept fois +ils furent repoussés. Cependant le prince de Ponte-Corvo +avait réuni son corps d'armée; mais avant qu'il pût déboucher, +une seule charge du dix-septième de dragons, faite immédiatement +après le septième assaut donné à la tête de pont, +avait forcé l'ennemi à abandonner le champ de bataille et à +battre en retraite. Ainsi, pendant tout un jour, deux divisions +ont attaqué sans succès un régiment qui, à la vérité, +était retranché.</p> + +<p>Le prince de Ponte-Corvo visitant en personne les retranchemens, +dans l'intervalle des attaques, pour s'assurer de l'état +des batteries, a reçu une blessure légère, qui le tiendra +pendant une quinzaine de jours éloigné de son commandement. +Notre perte dans cette affaire a été peu considérable; +l'ennemi a perdu douze cents hommes, et a eu beaucoup de +blessés.</p> + +<p class="milieu"><i>Combat de Lomitten.</i></p> + +<p>Deux divisions russes du centre attaquaient au même moment +la tête de pont de Lomitten. La brigade du général Ferrey, +du corps du maréchal Soult, défendait cette position. +Le quarante-sixième, le cinquante-septième et le vingt-quatrième +d'infanterie légère repoussèrent l'ennemi pendant toute +la journée. Les abattis et les ouvrages restèrent couverts de +Russes; leur général fut tué. La perte de l'ennemi fut de +onze cents hommes tués, cent prisonniers et un grand nombre +de blessés. Nous avons eu deux cents hommes tués ou blessés.</p> + +<p>Pendant ce temps, le général en chef russe, avec le grand-duc +Constantin, la garde impériale russe et trois divisions, +attaqua à la fois les positions du maréchal Ney sur Altkirken, +Amt, Guttstadt et Volfsdorff; il fut partout repoussé, mais +lorsque le maréchal Ney s'aperçut que les forces qui lui étaient +opposées étaient de plus de quarante mille hommes, il suivit +ses instructions, et porta son corps à Ackendorff.</p> + +<p class="milieu"><i>Combat de Deppen.</i></p> + +<p>Le lendemain 6, l'ennemi attaqua le sixième corps dans sa +position de Deppen sur la Passarge; il y fut culbuté. Les +manoeuvres du maréchal Ney, l'intrépidité qu'il a montrée +et qu'il a communiquée à toutes ses troupes, les talens déployés +dans cette circonstance par le général de division Marchand +et par les autres officiers-généraux, sont dignes des +plus grands éloges. L'ennemi, de son propre aveu, a eu, +dans cette journée, deux mille hommes tués et plus de trois +mille blessés; notre perte a été de cent soixante hommes tués, +deux cents blessés et deux cent cinquante faits prisonniers. +Ceux-ci ont été, pour la plupart, enlevés par les cosaques +qui, le matin de l'attaque, s'étaient portés sur les dernières +de l'armée. Le général Roger ayant été blessé, est tombé de +cheval, et a été fait prisonnier dans une charge. Le général +de brigade Dutaillis a eu le bras emporté par un boulet.</p> + +<p>L'empereur arriva le 8 à Deppen au camp du maréchal Ney; +il donna sur-le-champ les ordres nécessaires. Le quatrième +corps se porta sur Volfsdorff, où, ayant rencontré une division +russe de Kamenski, qui rejoignait le corps d'armée, il +l'attaqua, lui mit hors de combat quatre ou cinq cents hommes, +lui fit cent-cinquante prisonniers et vint prendre position +le soir à Altirken. Le 9, l'empereur se porta sur Guttstadt +avec les corps des maréchaux Ney, Davoust et Lannes, +avec sa garde et la cavalerie de réserve. Une partie de l'arrière-garde +ennemie, formant dix mille hommes de cavalerie +et quinze mille hommes d'infanterie, prit position à Glottau, +et voulut disputer le passage. Le grand-duc de Berg, après +des manoeuvres fort habiles, la débusqua successivement de +toutes ses positions. Les brigades de cavalerie légère des généraux +Pajol, Bruyer et Durosnel et la division de grosse +cavalerie du général Nansouty triomphèrent de tous les efforts +de l'ennemi.</p> + +<p>Le soir, à huit heures, nous entrâmes de vive force à Guttstadt; +un millier de prisonniers, la prise de toutes les positions +en avant de Guttstadt, et la déroute de l'infanterie ennemie +furent les suites de cette journée. Les régimens de cavalerie +de la garde russe ont surtout été très-maltraités.</p> + +<p>Le 10, l'armée se dirigea sur Heilsberg; elle enleva les divers +camps de l'ennemi. Un quart de lieue au-delà de ces +camps, l'arrière-garde se montra en position, elle avait quinze +à dix-huit mille hommes de cavalerie et plusieurs lignes d'infanterie. +Les cuirassiers de la division Espagne, la division +de dragons Latour-Maubourg et les brigades de cavalerie légère, +entreprirent différentes charges et gagnèrent du terrain. +A deux heures le corps du maréchal Soult se trouva +formé; deux divisions marchèrent sur la droite, tandis que +la division Legrand marchait sur la gauche pour s'emparer +de la pointe d'un bois dont l'occupation était nécessaire, afin +d'appuyer la gauche de la cavalerie. Toute l'armée russe se +trouvait alors à Heilsberg; elle alimenta ses colonnes d'infanterie +et de cavalerie, et fit de nombreux efforts pour se maintenir +dans ses positions en avant de cette ville. Plusieurs divisions +russes furent mises en déroute, et à neuf heures du +soir, on se trouva sous les retranchemens ennemis.</p> + +<p>Les fusiliers de la garde, commandés par le général Savary, +furent mis en mouvement pour soutenir la division +St.-Hilaire, et firent des prodiges. La division Verdier, du +corps d'infanterie de réserve du maréchal Lannes, s'engagea, +la nuit étant déjà tombée, et déborda l'ennemi, afin de lui +couper le chemin de Lansberg; elle y réussit parfaitement. +L'ardeur des troupes était telle, que plusieurs compagnies +d'infanterie furent insulter les ouvrages retranchés des Russes. +Quelques braves trouvèrent la mort dans les fossés des redoutes +et au pied des palissades.</p> + +<p>L'empereur passa la journée du 11 sur le champ de bataille; +il y plaça les corps d'armée et les divisions pour donner +une bataille qui fût décisive, et telle qu'elle pût mettre +fin à la guerre. Toute l'armée russe était réunie; elle avait à +Heilsberg tous ses magasins; elle occupait une superbe position +que la nature avait rendue très-forte, et que l'ennemi +avait encore fortifiée par un travail de quatre mois.</p> + +<p>A quatre heures après-midi, l'empereur ordonna au maréchal +Davoust de faire un changement de front par son extrémité +de droite, la gauche en avant; ce mouvement le porta +sur la basse Alle, et intercepta complètement le chemin +d'Eylau. Chaque corps d'armée avait ses postes assignés; ils +étaient tous réunis, hormis le premier corps, qui continuait +à manoeuvrer sur la basse Passarge. Ainsi les Russes, qui +avaient les premiers recommencé les hostilités, se trouvaient +comme bloqués dans leur camp retranché; on venait leur présenter +la bataille dans la position qu'ils avaient eux-mêmes +choisie.</p> + +<p>On crut long-temps qu'ils attaqueraient dans la journée +du 11.</p> + +<p>Au moment où l'armée française faisait ses dispositions, +ils se laissaient voir rangés en colonnes au milieu de leurs retranchemens, +farcis de canons.</p> + +<p>Mais soit que ces retranchemens ne leur parussent pas assez +formidables, à l'aspect des préparatifs qu'ils voyaient faire +devant eux, soit que cette impétuosité qu'avait montrée l'armée +française dans la journée du 10 leur en imposât, ils commencèrent, +à dix heures du soir, à passer sur la rive droite +de l'Alle, en abandonnant tous les pays de la gauche, et laissant +à la disposition du vainqueur leurs blessés, leurs magasins +et ces retranchemens, fruit d'un travail si long et si pénible. +Le 12, à la pointe du jour, tous les corps d'armée s'ébranlèrent, +et prirent différentes directions.</p> + +<p>Les maisons d'Heilsberg et celles des villages voisins sont +remplies de blessés russes.</p> + +<p>Le résultat de ces différentes journées, depuis le 5 jusqu'au +12, a été de priver l'armée russe d'environ trente mille combattans; +elle a laissé dans nos mains trois ou quatre mille +hommes, sept ou huit drapeaux et neuf pièces de canon. Au +dire des paysans et des prisonniers, plusieurs des généraux +russes les plus marquans ont été tués ou blessés.</p> + +<p>Notre perte monte à six ou sept cents hommes tués, deux +mille ou deux mille deux cents blessés, deux ou trois cents +prisonniers. Le général de division Espagne a été blessé; le +général Roussel, chef de l'état-major de la garde, qui se trouvait +au milieu des fusiliers, a eu la tête emportée par un boulet +de canon; c'était un officier très-distingué.</p> + +<p>Le grand-duc de Berg a eu deux chevaux tués sous lui. +M. de Ségur, un de ses aides-de-camp, a eu un bras emporté. +M. Lameth, aide-de-camp du maréchal Soult, a été +blessé. M. Lagrange, colonel du septième régiment de chasseurs +à cheval, a été atteint par une balle.</p> + +<p>Dans les rapports détaillés que rédigera l'état-major, on +fera connaître les traits de bravoure par lesquels se sont signalés +un grand nombre d'officiers et de soldats, et les noms +de ceux qui ont été blessés dans la mémorable journée du +10 juin.</p> + +<p>On a trouvé dans les magasins d'Heilsberg plusieurs milliers +de quintaux de farine et beaucoup de denrées de diverses +sortes. L'impuissance de l'armée russe, démontrée par la +prise de Dantzick, vient de l'être encore par l'évacuation du +camp de Heilsberg; elle l'est par sa retraite; elle le sera +d'une manière plus éclatante encore si les Russes attendent +l'armée française; mais dans de si grandes armées, qui exigent +vingt-quatre heures pour mettre tous les corps en position, +on ne peut avoir que des affaires partielles, lorsque +l'une d'elles n'est pas disposée à finir bravement la querelle +dans une affaire générale.</p> + +<p>Il parait que l'empereur Alexandre avait quitté son armée +quelques jours avant la reprise des hostilités. Plusieurs personnes +prétendent que le parti anglais l'a éloigné, pour qu'il +ne fût pas témoin des malheurs qu'entraîne la guerre et des +désastres de son armée, prévus par ceux mêmes qui l'ont excité +à rentrer en campagne. On a craint qu'un si déplorable +spectacle ne lui rappelât les véritables intérêts de son pays, +ne le fît revenir aux conseils des hommes sages et désintéressés, +et ne le ramenât enfin, par les sentimens les plus propres +à toucher un souverain, à repousser la funeste influence que +la corruption anglaise exerce autour de lui.</p> +<br><br><br> + + + +<p class="droite">De notre camp impérial de Friedland, le 15 juin 1807.</p> + +<p class="milieu"><i>Lettre de S. M. l'empereur et roi à MM. les archevêques +et évêques.</i></p> + +<p>Monsieur l'évêque de...... La victoire éclatante qui vient +d'être remportée par nos armes sur le champ de bataille de +Friedland, qui a confondu les ennemis de notre peuple, et +qui a mis en notre pouvoir la ville importante de Koenigsberg +et les magasins considérables qu'elle contenait, doit être pour +nos sujets un nouveau motif d'actions de grâce envers le +dieu des armées. Cette victoire mémorable a signalé l'anniversaire +de la bataille de Marengo, de ce jour, où tout couvert +de poussière du champ de bataille, notre première pensée, +notre premier soin fut pour le rétablissement de l'ordre +et de la paix dans l'église de France. Notre intention est qu'au +reçu de la présente vous vous concertiez avec qui de droit, +et vous réunissiez nos sujets de votre diocèse dans vos églises +cathédrales et paroissiales, pour y chanter un Te Deum, et +adresser au ciel les autres prières que vous jugerez convenable +d'ordonner dans de pareilles circonstances. Cette lettre +n'étant à d'autre fin, monsieur l'évêque de......., je prie Dieu +qu'il vous ait en sa sainte garde.</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Wehlau, le 17 juin 1807.</p> + +<p class="milieu"><i>Soixante-dix-neuvième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Les combats de Spanden, de Lomitten, les journées de +Guttstadt et de Heilsberg n'étaient que le prélude de plus +grands événemens.</p> + +<p>Le 12, à quatre heures du matin, l'armée française entra +à Heilsberg. Le général Latour-Maubourg avec sa division +de dragons et les brigades de cavalerie légère des généraux +Durosnel et Wattier, poursuivirent l'ennemi sur la rive +droite de l'Alle dans la direction de Bartenstein, pendant que +les corps d'armée se mettaient en marche dans différentes directions +pour déborder l'ennemi et lui couper sa retraite sur +Koenigsberg, en arrivant avant lui sur ses magasins. La fortune +a souri à ce projet.</p> + +<p>Le 12, à cinq heures après-midi, l'empereur porta son +quartier-général à Eylau. Ce n'étaient plus ces champs couverts +de glaces et de neige, c'était le plus beau pays de la +nature, coupé de beaux bois, de beaux lacs, et peuplé de +jolis villages.</p> + +<p>Le grand-duc de Berg se porta le 13 sur Koenigsberg avec +sa cavalerie; le maréchal Davoust marcha derrière pour le +soutenir; le maréchal Soult se porta sur Creutzbourg; le maréchal +Lannes sur Damnau; les maréchaux Ney et Mortier +sur Lampaseh.</p> + +<p>Cependant le général Latour-Maubourg écrivait qu'il avait +poursuivi l'arrière-garde ennemie; que les Russes abandonnaient +beaucoup de blessés; qu'ils avaient évacué Bartenstein, +et continuaient leur retraite sur Schippenbeil, par la +rive droite de l'Alle. L'empereur se mit sur-le-champ en +marche sur Friedland; il donna ordre au duc de Berg, aux +maréchaux Soult et Davoust de manoeuvrer sur Koenigsberg, +et avec les corps des maréchaux Ney, Lannes, Mortier, +avec la garde impériale et le premier corps commandé par le +général Victor, il marcha en personne sur Friedland.</p> + +<p>Le 13, le neuvième de hussards entra à Friedland; mais il +en fut chassé par trois mille hommes de cavalerie.</p> + +<p>Le 14, l'ennemi déboucha sur le pont de Friedland. A +trois heures du matin, des coups de canon se firent entendre. +«C'est un jour de bonheur, dit l'empereur, c'est l'anniversaire +de Marengo.»</p> + +<p>Les maréchaux Lannes et Mortier furent les premiers engagés; +ils étaient soutenus par la division de dragons du général +Grouchy et par les cuirassiers du général Nansouty. +Différens mouvemens, différentes actions eurent lieu. L'ennemi +fut contenu, et ne put pas dépasser le village de Posthenem. +Croyant qu'il n'avait devant lui qu'un corps de +quinze mille hommes, l'ennemi continua son mouvement +pour filer sur Koenigsberg. Dans cette occasion, les dragons +et les cuirassiers français et saxons firent les plus belles charges, +et prirent quatre pièces de canon à l'ennemi.</p> + +<p>À cinq heures du soir, les différens corps d'armée étaient +à leur place. A la droite, le maréchal Ney; au centre, le +maréchal Lannes; à la gauche, le Maréchal Mortier; à la réserve, +le corps du général Victor et la garde.</p> + +<p>La cavalerie, sous les ordres du général Grouchy, soutenait +la gauche. La division de dragons du général Latour-Maubourg +était en réserve derrière la droite, la division de +dragons du général Lahoussaye et les cuirassiers saxons +étaient en réserve derrière le centre.</p> + +<p>Cependant l'ennemi avait déployé toute son armée; il appuyait +sa gauche à la ville de Friedland et sa droite se prolongeait +à une lieue et demie.</p> + +<p>L'empereur, après avoir reconnu la position, décida d'enlever +sur-le-champ la ville de Friedland, en faisant brusquement +un changement de front, la droite en avant, et fit +commencer l'attaque par l'extrémité de sa droite.</p> + +<p>A cinq heures et demie, le maréchal Ney se mit en mouvement, +quelques salves d'une batterie de vingt pièces de canon +furent le signal. Au même moment, la division du général +Marchand avança, l'arme au bras, sur l'ennemi, prenant +sa direction sur le clocher de la ville. La division du général +Bisson la soutenait sur la gauche. Du moment où l'ennemi +s'aperçut que le maréchal Ney avait quitté le bois où sa droite +était en position, il le fit déborder par des régimens de cavalerie, +précédés d'une nuée de cosaques. La division de +dragons du général Latour-Maubourg se forma sur-le-champ +au galop sur la droite, et repoussa la charge ennemie. Cependant +le général Victor fit placer une batterie de trente pièces +de canon en avant de son centre; le général Sennarmont, qui +la commandait, se porta à plus de quatre cents pas en avant +et fit éprouver une horrible perte à l'ennemi. Les différentes +démonstrations que les Russes voulurent faire pour opérer +une diversion furent inutiles. Le maréchal Ney, avec un +sang-froid, et avec cette intrépidité qui lui est particulière, +était en avant de ses échelons, dirigeant lui-même les plus +petits détails, et donnait l'exemple à un corps d'armée, qui +toujours s'est fait distinguer, même parmi les corps de la +grande armée. Plusieurs colonnes d'infanterie ennemie, qui +attaquaient la droite du maréchal Ney, furent chargées à la +baïonnette et précipitées dans l'Alle. Plusieurs milliers +d'hommes y trouvèrent la mort; quelques-uns échappèrent +à la nage. La gauche du maréchal Ney arriva sur ces entrefaites +au ravin qui entoure la ville de Friedland. L'ennemi, +qui y avait embusqué la garde impériale russe à pied et à +cheval, déboucha avec intrépidité, et fit une charge sur la +gauche du maréchal Ney, qui fut un moment ébranlée; mais +la division Dupont, qui formait la droite de la réserve, marcha +sur la garde impériale, la culbuta et en fit un horrible +carnage.</p> + +<p>L'ennemi tira de ses réserves et de son centre d'autres +corps pour défendre Friedland. Vains efforts! Friedland fut +forcé et ses rues furent jonchées de morts.</p> + +<p>Le centre, que commandait le maréchal Lannes, se trouva +dans ce moment engagé. L'effort que l'ennemi avait fait sur +l'extrémité de la droite de l'armée française ayant échoué, il +voulut essayer un semblable effort sur le centre. Il y fut reçu +comme on devait l'attendre des braves divisions Oudinot et +Verdier, et du maréchal qui les commandait.</p> + +<p>Des charges d'infanterie et de cavalerie ne purent pas retarder +la marche de nos colonnes. Tous les efforts de la bravoure +des Russes furent inutiles; ils ne purent rien entamer, +et vinrent trouver la mort sur nos baïonnettes.</p> + +<p>Le maréchal Mortier, qui pendant toute la journée fit +grandes preuves de sang-froid et d'intrépidité, en maintenant +la gauche, marcha alors en avant, et fut soutenu par les fusiliers +de la garde, que commandait le général Savary. Cavalerie, +infanterie, artillerie, tout le monde s'est distingué.</p> + +<p>La garde impériale à pied et à cheval, et deux divisions +de la réserve du premier corps n'ont pas été engagées. La +victoire n'a pas hésité un seul instant. Le champ de bataille +est un des plus horribles qu'on puisse voir. Ce n'est pas exagérer +que de porter le nombre des morts, du côté des Russes, +de quinze à dix-huit mille hommes. Du côté des Français la +perte ne se monte pas à cinq cents morts, ni à plus de trois +mille blessés. Nous avons pris quatre-vingt pièces de canon +et une grande quantité de caissons. Plusieurs drapeaux sont +restés en notre pouvoir. Les Russes ont eu vingt-cinq généraux +tués, pris ou blessés. Leur cavalerie a fait des pertes +immenses.</p> + +<p>Les carabiniers et les cuirassiers, commandés par le général +Nansouty, et les différentes divisions de dragons se +sont fait remarquer. Le général Grouchy, qui commandait +la cavalerie de l'aile gauche, a rendu des services importans.</p> + +<p>Le général Drouet, chef de l'état-major du corps d'armée +du maréchal Lannes; le général Cohorn, le colonel Regaud, +du quinzième de ligne; le colonel Lajonquière, du soixantième +de ligne; le colonel Lamotte, du quatrième de dragons, +et le général de brigade Brun, ont été blessés. Le général de +division Latour-Maubourg l'a été à la main. Le colonel d'artillerie +de Forno, et le chef d'escadron Hutin, premier aide-de-camp +du général Oudinot, ont été tués. Les aides-de-camp +de l'empereur, Mouton et Lacoste, ont été légèrement blessés.</p> + +<p>La nuit n'a point empêché de poursuivre l'ennemi; on l'a +suivi jusqu'à onze heures du soir. Le reste de la nuit, les colonnes +qui avaient été coupées ont essayé de passer l'Alle, à +plusieurs gués. Partout, le lendemain et à plusieurs lieues, +nous avons trouvé des caissons, des canons et des voitures +perdus dans la rivière.</p> + +<p>La bataille de Friedland est digne d'être mise à côté de +celles de Marengo, d'Austerlitz et d'Iéna. L'ennemi était +nombreux, avait une belle et forte cavalerie, et s'est battu +avec courage.</p> + +<p>Le lendemain 15, pendant que l'ennemi essayait de se rallier, +et faisait sa retraite sur la rive droite de l'Alle, l'armée +française continuait, sur la rive gauche, ses manoeuvres pour +le couper de Koenigsberg.</p> + +<p>Les têtes des colonnes sont arrivées ensemble à Wehlau, +ville située au confluent de l'Alle et de la Prégel. +L'empereur avait son quartier-général au village de Peterswalde.</p> + +<p>Le 16, à la pointe du jour, l'ennemi ayant coupé tous les +ponts, mit à profit cet obstacle pour continuer son mouvement +rétrograde sur la Russie.</p> + +<p>A huit heures du matin, l'empereur fit jeter un pont sur +la Prégel, et l'armée s'y mit en position.</p> + +<p>Presque tous les magasins que l'ennemi avait sur l'Alle ont +été par lui jetés à l'eau ou brûlés. Par ce qui nous reste, on +peut connaître les pertes immenses qu'il a faites. Partout dans +les villages, les Russes avaient des magasins, et partout, en +passant, ils les ont incendiés. Nous avons cependant trouvé +à Wehlau plus de six mille quintaux de blé.</p> + +<p>A la nouvelle de la victoire de Friedland, Koenigsberg a +été abandonné. Le maréchal Soult est entré dans cette place, +où nous avons trouvé des richesses immenses, plusieurs centaines +de milliers de quintaux de blé, plus de vingt mille +blessés russes et prussiens, tout ce que l'Angleterre a envoyé +de munitions de guerre à la Russie, entr'autres cent soixante +mille fusils encore embarqués. Ainsi la Providence a puni +ceux qui, au lieu de négocier de bonne foi pour arriver à +l'oeuvre salutaire de la paix, s'en sont fait un jeu, prenant +pour faiblesse et pour impuissance la tranquillité du vainqueur.</p> + +<p>L'armée occupe ici le plus beau pays possible. Les bords +de la Prégel sont riches. Dans peu les magasins et les caves +de Dantzick et Koenigsberg vont nous apporter de nouveaux +moyens d'abondance et de santé.</p> + +<p>Les noms des braves qui se sont distingués, les détails de +ce que chaque corps a fait, passent les bornes d'un simple +bulletin, et l'état-major s'occupe de réunir tous les faits.</p> + +<p>Le prince de Neufchâtel a, dans la bataille de Friedland, +donné des preuves particulières de son zèle et de ses talens. +Plusieurs fois il s'est trouvé au fort de la mêlée, et y a fait +des dispositions utiles.</p> + +<p>L'ennemi avait recommencé les hostilités le 5: on peut +évaluer la perte qu'il a éprouvée en dix jours, et par suite +des opérations, à soixante mille hommes pris, blessés, tués +ou hors de combat. Il a perdu une partie de son artillerie, +presque toutes ses munitions, et tous ses magasins sur une +ligne de plus de quarante lieues.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Tilsitt, le 19 juin 1807.</p> + +<p class="milieu"><i>Quatre-vingtième bulletin de la grande armée</i>.</p> + +<p>Les armées françaises ont rarement obtenu de si grands +succès avec moins de perte.</p> + +<p>Pendant le temps que les armées françaises se signalaient +sur le champ de bataille de Friedland, le grand-duc de +Berg, arrivé devant Koenigsberg, prenait en flanc le corps +d'armée du général Lestocq.</p> + +<p>Le 13, le maréchal Soult trouva à Creutzbourg l'arrière-garde +prussienne; la division de dragons Milhaud exécuta +une belle charge, culbuta la cavalerie prussienne, et enleva +plusieurs pièces de canon.</p> + +<p>Le 14, l'ennemi fut obligé de s'enfermer dans la place de +Koenigsberg. Vers le milieu de la journée, deux colonnes +ennemies coupées se présentèrent pour entrer dans la place. +Six pièces de canon et trois à quatre mille hommes qui composaient +cette troupe furent pris; tous les faubourgs de Koenigsberg +furent enlevés; on y fit un bon nombre de prisonniers: +le général de brigade Buget a eu la main emportée par +un boulet.</p> + +<p>En résumé, les résultats de toutes ces affaires sont quatre +à cinq mille prisonniers et quinze pièces de canon.</p> + +<p>Le 15 et le 16, le corps d'armée du maréchal Soult fut +contenu devant les retranchemens de Koenigsberg, mais la +marche du gros de l'armée sur Wehlau obligea l'ennemi à +évacuer Koenigsberg, et cette place tomba en notre pouvoir.</p> + +<p>Ce qu'on a trouvé à Koenigsberg en subsistances, est immense. +Deux cents gros bâtimens, venant de Russie, sont +encore tous chargés dans le port. Il y a beaucoup plus de vins +et d'eaux-de-vie qu'on était dans le cas de l'espérer.</p> + +<p>Une brigade de la division Saint-Hilaire s'est portée devant +Pilau pour en former le siège, et le général Rapp a fait +partir de Dantzick une colonne chargée d'aller, par le Niérung, +établir devant Pilau une batterie qui ferme le Haff. +Des bâtimens montés par des marins de la garde nous rendent +maîtres de cette petite mer.</p> + +<p>Le 17, l'empereur porta son quartier-général à la métairie +de Crucken, près Klein-Schirau; le 18, il le porta à Sgaisgirren; +le 19, à deux heures après-midi, il entra dans +Tilsitt.</p> + +<p>Le grand-duc de Berg, à la tête de la plus grande partie +de la cavalerie légère, des divisions de dragons et de cuirassiers, +a mené battant l'ennemi ces trois jours derniers, et lui +a fait beaucoup de mal. Le cinquième régiment de hussards +s'est distingué; les cosaques ont été culbutés plusieurs fois +et ont beaucoup souffert dans ces différentes charges. Nous +avons eu peu de tués et de blessés. Au nombre de ces derniers +se trouve le chef d'escadron Piéton, aide-de-camp du +grand-duc de Berg.</p> + +<p>Après le passage de la Prégel, vis-à-vis Wehlau, un tambour +fut chargé par un cosaque, et se jeta ventre à terre; le +cosaque prend sa lance pour en percer le tambour; mais +celui-ci conserve toute sa présence d'esprit, tire à lui la lance, +désarme le cosaque et le poursuit.</p> + +<p>Un fait particulier, qui a excité le rire des soldats, a eu lieu +pour la première fois vers Tilsitt; on a vu une nuée de Kalmoucks +se battant à coup de flèches.</p> + +<p>Nous en sommes fâchés pour ceux qui donnent l'avantage +aux armes anciennes sur les modernes; mais rien n'est plus risible +que le jeu de ces armes contre nos fusils.</p> + +<p>Le maréchal Davoust, à la tête du troisième corps, a débouché +par Labiau, est tombé sur l'arrière-garde ennemie, +et lui a fait deux mille cinq cents prisonniers.</p> + +<p>De son côté, le maréchal Ney est arrivé le 17 à Insterbourg, +y a pris un millier de blessés et a enlevé à l'ennemi des +magasins assez considérables.</p> + +<p>Les bois, les villages sont pleins de Russes isolés, ou blessés +ou malades.</p> + +<p>Les pertes de l'armée russe sont énormes; elle n'a ramené +avec elle qu'une soixantaine de pièces de canon.</p> + +<p>La rapidité des marches empêche de connaître encore toutes +les pièces qu'on a prises à la bataille de Friedland; on +croit que le nombre passera cent vingt.</p> + +<p>A la hauteur de Tilsitt, deux billets ont été remis au +grand-duc de Berg, et par suite le prince russe, lieutenant-général +Labanoff a passé le Niémen, et a conféré une heure +avec le prince de Neufchâtel.</p> + +<p>L'ennemi a brûlé en grande hâte le pont de Tilsitt sur le +Niémen, et parait continuer sa retraite sur la Russie. +Nous sommes sur les confins de cet empire.</p> + +<p>Le Niémen, vis-à-vis Tilsitt, est un peu plus large que +la Seine.</p> + +<p>L'on voit, de la rive gauche, une nuée de cosaques qui +forment l'arrière-garde ennemie sur la rive droite.</p> + +<p>Déjà l'on ne commet aucune hostilité.</p> + +<p>Ce qui restait au roi de Prusse est conquis. Cet infortuné +prince n'a plus en son pouvoir que le pays situé entre le Niémen +et Mémel.</p> + +<p>La plus grande partie de son armée on plutôt de la division +de ses troupes, déserte ne voulant pas aller en Russie.</p> + +<p>L'empereur de Russie est resté trois semaines à Tilsitt +avec le roi de Prusse.</p> + +<p>A la nouvelle de la bataille de Friedland, l'un et l'autre +sont partis en toute hâte.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Tilsitt, le 21 juin 1807.</p> + +<p class="milieu"><i>Quatre-vingt-unième bulletin de la grande armée</i>.</p> + +<p>A la journée d'Heilsberg, le grand-duc de Berg passa sur +la ligne de la troisième division de cuirassiers, au moment +où le sixième régiment de cuirassiers venait de faire une +charge. Le colonel d'Avenay, commandant ce régiment, son +sabre dégouttant de sang, lui dit: «Prince, faites la revue de +mon régiment, vous verrez qu'il n'est aucun soldat dont le +sabre ne soit comme le mien.»</p> + +<p>Les colonels Colbert, du septième de hussards, Léry, du +cinquième, se sont fait également remarquer par la plus brillante +intrépidité. Le colonel Borde-Soult, du vingt-deuxième +de chasseurs, a été blessé. M. Gueheneuc, aide-de-camp du +maréchal Lannes, a été blessé d'une balle au bras.</p> + +<p>Les généraux aides-de-camp de l'empereur, Reille et Bertrand, +ont rendu des services importans. Les officiers d'ordonnance +de l'empereur Bongars, Montesquiou, Labiffe, +ont mérité des éloges pour leur conduite.</p> + +<p>Les aides-de-camp du prince de Neufchâtel Louis de Périgord, +capitaine, et Piré, chef d'escadron, se sont fait remarquer.</p> + +<p>Le colonel Curial, commandant les fusiliers de la garde, +a été nommé général de brigade.</p> + +<p>Le général de division Dupas, commandant une division +sous les ordres du maréchal Mortier, a rendu d'importans +Les fils des sénateurs Pérignon, Clément de Ris et Garran +de Coulon, sont morts avec honneur sur le champ de +bataille.</p> + +<p>Le maréchal Ney s'étant porté sur Gumbinnen, a arrêté +quelques parcs d'artillerie ennemie, beaucoup de convois de +blessés, et fait un grand nombre de prisonniers.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Tilsitt, le 22 juin 1807.</p> + +<p class="milieu"><i>Quatre-vingt-deuxième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>En conséquence de la proposition qui a été faite par le +commandant de l'armée russe, un armistice a été conclu.</p> + +<p>L'armée française occupe tout le thalweg du Niémen, +de sorte qu'il ne reste plus au roi de Prusse que la petite ville +et le territoire de Mémel.</p> +<br><br><br> + + + + +<p class="droite">Au camp de Tilsitt, le 22 juin 1807.</p> + +<p class="milieu"><i>Proclamation de S. M. à la grande armée.</i></p> + +<p>Soldats!</p> + +<p>Le 5 juin nous avons été attaqués dans nos cantonnemens +par l'armée russe. L'ennemi s'est mépris sur les causes de notre +inactivité. Il s'est aperçu trop tard que notre repos était celui +du lion: il se repent de l'avoir oublié.</p> + +<p>Dans les journées de Guttstadt, de Heilsberg, dans celle, +à jamais mémorable, de Friedland, dans dix jours de campagne +enfin, nous avons pris cent vingt pièces de canon, +sept drapeaux; tué, blessé, ou fait prisonniers soixante mille +Russes; enlevé à l'armée ennemie tous ses magasins, ses hôpitaux, +ses ambulances, la place de Koenigsberg, les trois +cents bâtimens qui étaient dans ce port, chargés de toute espèce +de munitions, cent soixante mille fusils que l'Angleterre +envoyait pour armer nos ennemis.</p> + +<p>Des bords de la Vistule, nous sommes arrivés sur ceux du +Niémen avec la rapidité de l'aigle. Vous célébrâtes à Austerlitz +l'anniversaire du couronnement; vous avez cette année +célébré celui de la bataille de Marengo, qui mit fin à la guerre +de la seconde coalition.</p> + +<p>Français! vous avez été dignes de vous et de moi. Vous +rentrerez en France couverts de tous vos lauriers, après avoir +obtenu une paix glorieuse qui porte avec elle la garantie de +sa durée. Il est temps que notre patrie vive en repos, à l'abri +de la maligne influence de l'Angleterre. Mes bienfaits vous +prouveront ma reconnaissance et toute l'étendue de l'amour +que je vous porte.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Tilsitt, le 23 juin 1807</p> + +<p class="milieu"><i>Quatre-vingt-troisième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>La place de Neiss a capitulé.</p> + +<p>La garnison, forte de six mille hommes d'infanterie et de +trois cents hommes de cavalerie, a défilé le 16 juin devant +le prince Jérôme. On a trouvé dans la place trois cent milliers +de poudre et trois cents bouches à feu.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Tilsitt, le 24 juin 1807</p> + +<p class="milieu"><i>Quatre-vingt-quatrième bulletin de la grande armée</i>.</p> + +<p>Le grand-maréchal du palais Duroc s'est rendu le 23 au +quartier-général des Russes, au-delà du Niémen, pour +échanger les ratifications de l'armistice qui a été ratifié par +l'empereur Alexandre.</p> + +<p>Le 24, le prince Labanoff ayant fait demander une audience +à l'empereur, y a été admis le même jour à deux heures +après midi. Il est resté long-temps dans le cabinet de S. M.</p> + +<p>Le générai Kalkreuth est attendu au quartier-général pour +signer l'armistice du roi de Prusse.</p> + +<p>Le 11 juin, à quatre heures du matin, les Russes attaquèrent +en force Druczewo. Le général Claparède soutint le feu +de l'ennemi. Le maréchal Masséna se porta sur la ligne, repoussa +l'ennemi et déconcerta ses projets. Le dix-septième +régiment d'infanterie légère a soutenu sa réputation. Le général +Montbrun s'est fait remarquer. Un détachement du +vingt-huitième d'infanterie légère et un piquet du vingt-cinquième +de dragons ont mis en fuite les cosaques. Tout ce +que l'ennemi a entrepris contre nos postes dans les journées +du 12 et du 12, a tourné à sa confusion.</p> + +<p>On a vu par l'armistice que la gauche de l'armée française +est appuyée sur Currisch-Haff, à l'embouchure du Niémen; +de là notre ligne se prolonge sur Grodno. La droite, commandée +par le maréchal Massena, s'étend sur les confins de +la Russie, entre les sources de la Narew et du Bug.</p> + +<p>Le quartier-général va se concentrer à Koenigsberg, où l'on +fait toujours de nouvelles découvertes en vivres, munitions +et autres effets appartenant à l'ennemi.</p> + +<p>Une position aussi formidable est le résultat des succès les +plus brillans; et tandis que toute l'armée ennemie est en +fuite et presque anéantie, plus de la moitié de l'armée française +n'a pas tiré un coup de fusil.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Tilsitt; le 24 juin 1807.</p> + +<p class="milieu"><i>Quatre-vingt-cinquième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Demain les deux empereurs de France et de Russie doivent +avoir une entrevue. On a à cet effet, élevé au milieu du +Niémen, un pavillon où les deux monarques se rendront de +chaque rive.</p> + +<p>Peu de spectacles seront aussi intéressans. Les deux côtés +du fleuve seront bordés par les deux armées, pendant que +les deux chefs conféreront sur les moyens de rétablir l'ordre +et de donner le repos à la génération présente.</p> + +<p>Le grand-maréchal du palais Duroc est allé, hier à trois +heures après midi, complimenter l'empereur Alexandre.</p> + +<p>Le maréchal comte de Kalkreuth a été présenté aujourd'hui +à l'empereur; il est resté une heure dans le cabinet +de S.M.</p> + +<p>L'empereur a passé ce matin la revue du corps du maréchal +Lannes. Il a fait différentes promotions, a récompensé les +braves, et a témoigné sa satisfaction aux cuirassiers saxons.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Tilsitt, le 25 juin 1807.</p> + +<p class="milieu"><i>Quatre-vingt-sixième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Le 25 juin, à une heure après midi, l'empereur accompagné +du grand-duc de Berg, du prince de Neufchâtel, du +maréchal du palais Duroc et du grand-écuyer Caulaincourt, +s'est embarqué sur les bords du Niémen dans un bateau préparé +à cet effet; il s'est rendu au milieu de la rivière, où le +général Lariboissière, commandant de l'artillerie de la garde, +avait fait placer un large radeau, et élever un pavillon. A +côté, était un autre radeau et pavillon pour la suite de LL. +MM. Au même moment, l'empereur Alexandre est parti de +la rive droite, sur un bateau, avec le grand-duc Constantin, +le général Benigsen, le général Ouwaroff, le prince Labanoff +et son premier aide-de-camp, le comte de Liéven.</p> + +<p>Les deux bateaux sont arrivés en même temps; les deux +empereurs se sont embrassés en mettant le pied sur le radeau; +ils sont entrés ensemble dans la salle qui avait été préparée, +et y sont restés deux heures. La conférence finie, les personnes +de la suite des deux empereurs ont été introduites. L'empereur +Alexandre a dit des choses agréables aux militaires qui +accompagnaient l'empereur, qui, de son côté, s'est entretenu +long-temps avec le grand-duc Constantin et le général Benigsen.</p> + +<p>La conférence finie, les deux empereurs sont montés chacun +dans leur barque. On conjecture que la conférence a eut +le résultat le plus satisfaisant. Immédiatement après, le prince +Labanoff s'est rendu au quartier-général français. On est convenu +que la moitié de la ville de Tilsitt serait neutralisée. +On y a marqué le logement de l'empereur de Russie et de sa +cour. La garde impériale russe passera le fleuve et sera cantonnée +dans la partie de la ville qui lui est destinée.</p> + +<p>Le grand nombre des personnes de l'une et l'autre armée, +accourues sur l'une et l'autre rive pour être témoins de cette +scène, rendaient ce spectacle d'autant plus intéressant, que +les spectateurs étaient des braves des extrémités du monde.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Tilsitt, le 26 juin 1807.</p> + +<p>Aujourd'hui à midi et demi, S.M. s'est rendue au pavillon +de Niémen. L'empereur Alexandre et le roi de Prusse y +sont arrivés au même moment. Ces trois souverains sont +restés ensemble dans le salon du pavillon pendant une demi-heure.</p> + +<p>A cinq heures et demie, l'empereur Alexandre est passé +sur la rive gauche. L'empereur Napoléon l'a reçu à la descente +du bateau. Ils sont montés à cheval l'un et l'autre; ils +ont parcouru la grande rue de la ville, où se trouvait rangée +la garde impériale française à pied et à cheval, et sont descendus +au palais de l'empereur Napoléon. L'empereur Alexandre +y a dîné avec l'empereur, le grand-duc Constantin et le +grand-duc de Berg.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Tilsitt, le 27 juin 1807.</p> + +<p>Le général de division Teulié, commandant la division +italienne au siége de Colbert, qui avait été blessé à la cuisse +d'un boulet, le 12 à l'attaque du fort Wolsberg, vient de +mourir de ses blessures. C'était un officier également distingué +par sa bravoure et ses talens militaires.</p> + +<p>La ville de Kosel a capitulé.</p> + +<p>Le 24 juin à deux heures du matin, S.A.I. le prince +Jérôme a fait attaquer et enlever le camp retranché que les +Prussiens occupaient sous Glatz, à portée de mitraille de +cette place.</p> + +<p>Le général Vandamme, à la tête de la division, wurtembergeoise, +ayant avec lui un régiment provisoire de chasseurs +français à cheval, a commencé l'attaque sur la rive gauche +de la Neisse, tandis que le général Lefebvre avec les Bavarois +attaquait sur la rive droite. En une demi-heure, toutes +les redoutes ont été enlevées à la baïonnette, l'ennemi a fait +sa retraite en désordre, abandonnant dans le camp douze +cents hommes tués et blessés, cinq cents prisonniers et douze +pièces de canon.</p> + +<p>Les Bavarois et les Wurtembergeois se sont très-bien conduits. +Les généraux Vandamme et Lefebvre ont dirigé les +attaques avec une grande habileté.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Tilsitt, le 28 juin 1807.</p> + +<p>Hier, à trois heures après midi, l'empereur s'est rendu +chez l'empereur Alexandre. Ces deux princes sont restés ensemble +jusqu'à six heures. Ils sont alors montés à cheval et +sont allés voir manoeuvrer la garde impériale. L'empereur +Alexandre a montré qu'il connaît très-bien toutes nos manoeuvres, +et qu'il entend parfaitement tous les détails de la +tactique militaire.</p> + +<p>A huit heures, les deux souverains sont revenus au palais +de l'empereur Napoléon, où ils ont dîné, comme la veille, avec +le grand-duc Constantin et le grand-duc de Berg.</p> + +<p>Après le dîner, l'empereur Napoléon a présenté LL. Exc. +le ministre des relations extérieures et le ministre secrétaire +d'état à l'empereur Alexandre, qui lui a aussi présenté S. Exc. +M. de Budberg, ministre des affaires étrangères, et le prince +Kourakin.</p> + +<p>Les deux souverains sont ensuite rentrés dans le cabinet +de l'empereur Napoléon, où ils sont restés seuls jusqu'à onze +heures du soir.</p> + +<p>Aujourd'hui 28, à midi, le roi de Prusse a passé le Niémen, +et est venu occuper à Tilsitt le palais qui lui avait été préparé. +Il a été reçu à la descente de son bateau, par le maréchal +Bessières. Immédiatement après, le grand-duc de Berg est +allé lui rendre visite.</p> + +<p>A une heure, l'empereur Alexandre est venu faire une visite +à l'empereur Napoléon, qui est allé au-devant de lui jusqu'à +la porte de son palais.</p> + +<p>A deux heures, S.M. le roi de Prusse est venu, chez l'empereur +Napoléon, qui est allé le recevoir jusqu'au pied de +l'escalier de son appartement.</p> + +<p>A quatre heures, l'empereur Napoléon est allé voir l'empereur +Alexandre. Ils sont montés à cheval à cinq heures, et +se sont rendus sur le terrain où devait manoeuvrer le corps +du maréchal Davoust.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Tilsitt, le 1er juillet 1807.</p> + +<p>Le 29 et le 30 juin, les choses se sont passées entre les trois +souverains comme les jours précédens. Le 29, à six heures +du soir, ils sont allés voir manoeuvrer l'artillerie de la garde. +Le lendemain, à la même heure, ils ont vu manoeuvrer les +grenadiers à cheval. La plus grande amitié paraît régner +entre ces princes.</p> + +<p>A l'un de ces dîners qui ont toujours lieu chez l'empereur +Napoléon, S.M. a porté la santé de l'impératrice de Russie +et de l'impératrice-mère. Le lendemain, l'empereur Alexandre +a porté la santé de l'impératrice des Français.</p> + +<p>La première fois que le roi de Prusse a dîné chez l'empereur +Napoléon, S. M. a porté la santé de la reine de Prusse.</p> + +<p>Le 29, le prince Alexandre Kourakin, ambassadeur et +ministre plénipotentiaire de l'empereur Alexandre, a été présenté +à l'empereur Napoléon.</p> + +<p>Le 30, la garde impériale a donné un dîner de corps à la +garde impériale russe. Les choses se sont passées avec beaucoup +d'ordre. Cette réunion a produit beaucoup de gaité dans +la ville.</p> + +<p>La place de Glatz a capitulé. Le fort de Silberberg est la +seule place de la Silésie qui tienne encore.</p> +<br><br><br> + + + +<p class="droite">Tilsitt, le 7 juillet 1807.</p> + +<p>La reine de Prusse est arrivée ici hier à midi. A midi et +demi l'empereur Napoléon est allé lui rendre visite.</p> + +<p>Les trois souverains ont fait chaque jour, à six heures du +soir, leurs promenades accoutumées. Ils ont ensuite dîné chez +l'empereur Napoléon avec la reine de Prusse, le grand-duc +Constantin, le prince Henri de Prusse, le grand-duc de Berg +et le prince royal de Bavière.</p> + +<p>On a distribué à l'ordre de la grande armée la notice suivante:</p> +<br><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général impérial à Tilsitt, le 9 juillet 1807.</p> + +<p class="milieu"><i>Notice pour l'armée.</i></p> + +<p>La paix a été conclue entre l'empereur des Français et +l'empereur de Russie, hier 8 juillet, à Tilsitt, et signée par +le prince de Bénévent, ministre des relations extérieures de +France, et par les princes Kourakin et Labanoff de Rostow, +pour l'empereur de Russie, chacun de ces plénipotentiaires +étant muni de pleins-pouvoirs de leurs souverains respectifs. +Les ratifications ont été échangées aujourd'hui 9 juillet, +ces deux souverains se trouvant encore à Tilsitt.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Tilsitt, le 9 juillet 1807.</p> + +<p>L'échange des ratifications du traité de paix entre la France +et la Russie a eu lieu aujourd'hui à neuf heures du matin. A +onze heures, l'empereur Napoléon, portant le grand cordon +de l'ordre de Saint-André, s'est rendu chez l'empereur +Alexandre, qui l'a reçu à la tête de sa garde, et ayant la +grande décoration de la légion-d'honneur.</p> + +<p>L'empereur a demandé à voir le soldat de la garde russe +qui s'était le plus distingué; il lui a été présenté. S. M., en +témoignage de son estime pour la garde impériale russe, a +donné à ce brave l'aigle d'or de la légion-d'honneur.</p> + +<p>Les empereurs sont restés ensemble pendant trois heures, +et sont ensuite montés à cheval; ils se sont rendus au bord +du Niémen, où l'empereur Alexandre s'est embarqué. L'empereur +Napoléon est demeuré sur le rivage jusqu'à ce que +l'empereur Alexandre fût arrivé à l'autre bord. Les marques +d'affection que ces princes se sont données en se séparant, ont +excité la plus vive émotion parmi les nombreux spectateurs +qui s'étaient rassemblés pour voir les plus grands souverains +du monde, offrir dans les témoignages de leur union et de +leur amitié un solide garant du repos de la terre.</p> + +<p>L'empereur Napoléon a fait remettre le grand cordon de la +légion-d'honneur au grand-duc Constantin, au prince Kourakine, +au prince Labanoff et à M. de Budberg.</p> + +<p>L'empereur Alexandre a donné le grand ordre de Saint-André +au prince Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, au +grand-duc de Berg et de Clèves, au prince de Neufchâtel et +au prince de Bénévent.</p> + +<p>A trois heures de l'après midi, le roi de Prusse est venu voir +l'empereur Napoléon. Ces deux souverains se sont entretenus +pendant une demi-heure. Immédiatement après, l'empereur +Napoléon a rendu au roi de Prusse sa visite; il est ensuite +parti pour Koenigsberg.</p> + +<p>Ainsi, les trois souverains ont séjourné pendant vingt jours +à Tilsitt. Cette petite ville était le point de réunion des deux +armées. Ces soldats qui naguères étaient ennemis, se donnaient +des témoignages réciproques d'amitié qui n'ont pas été troublés +par le plus léger désordre.</p> + +<p>Hier, l'empereur Alexandre avait fait passer le Niémen à +une dizaine de Baschirs qui ont donné à l'empereur Napoléon +un concert à la manière de leur pays.</p> + +<p>L'empereur, en témoignage de son estime pour le général +Platow, hetman des cosaques, lui a fait présent de son portrait.</p> + +<p>Les Russes ont remarqué que le 27 juin (style russe, 9 +juillet du calendrier grégorien), jour de la ratification du +traité de paix, est l'anniversaire de la bataille de Pultawa, +qui fut si glorieuse et qui assura tant d'avantages à l'empire +de Russie; ils en tirent un augure favorable pour la durée +de la paix et de l'amitié qui viennent de s'établir entre ces +deux grands empires.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Koenigsberg, le 12 juillet 1807.</p> + +<p class="milieu"><i>Quatre-vingt-septième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Les empereurs de France et de Russie, après avoir séjourné +pendant vingt jours à Tilsitt, où les deux maisons impériales, +situées dans la même rue, étaient à peu de distance l'une de +l'autre, se sont séparés le 9, à trois heures après midi, en se +donnant les plus grandes marques d'amitié. Le journal de ce +qui s'est passé pendant leur séjour, sera d'un véritable intérêt +pour les deux peuples.</p> + +<p>Après avoir reçu, à trois heures et demie, la visite d'adieu +du roi de Prusse, qui est retourné à Memel, l'empereur Napoléon +est parti pour Koenigsberg, où il est arrivé le 10 à +quatre heures du matin.</p> + +<p>Il a fait hier la visite du port dans un canot qui était servi +par les marins de la garde. S. M. passe aujourd'hui la revue +du corps du maréchal Soult, et part demain, à deux heures +du matin, pour Dresde.</p> + +<p>Le nombre des Russes tués à la bataille de Friedland s'élève +à dix-sept mille cinq cents, celui des prisonniers est de +quarante mille, dix-huit mille sont passés à Koenigsberg, +sept mille sont restés malades dans les hôpitaux, le reste a été +dirigé sur Thorn et Varsovie.</p> + +<p>Les ordres ont été donnés pour qu'ils fussent renvoyés en +Russie sans délai, sept mille sont déjà revenus à Koenigsberg, +et vont être rendus.</p> + +<p>Ceux qui sont en France seront formés en régimens provisoires. +L'empereur a ordonné de les habiller et de les armer.</p> + +<p>Les ratifications du traité de paix entre la France et la +Russie avaient été échangées à Tilsitt le 9; celles du traité de +paix entre la France et la Prusse l'ont été ici aujourd'hui.</p> + +<p>Les plénipotentiaires chargés de ces négociations étaient, +pour la France, M. le prince de Bénévent; pour la Russie, +le prince Kourakin et le prince Labanoff; pour la Prusse, le +feld-maréchal Kalkreuth et le comte de Glotz.</p> + +<p>Après de tels événemens on ne peut s'empêcher de sourire +quand on entend parler de la grande expédition anglaise et de +la nouvelle frénésie qui s'est emparée du roi de Suède.</p> + +<p>On doit remarquer d'ailleurs que l'armée d'observation de +l'Elbe et de l'Oder était de soixante-dix mille hommes, indépendamment +de la grande armée, et non compris les divisions +espagnoles qui sont en ce moment sur l'Oder.</p> + +<p>Ainsi, il aurait fallu que l'Angleterre mît en expédition +toute son armée, ses milices, ses volontaires, ses fencibles, +pour opérer une diversion sérieuse.</p> + +<p>Quand on considère que, dans de telles circonstances, elle +a envoyé six mille hommes se faire massacrer par les Arabes, +et sept mille hommes dans les Indes espagnoles, on ne peut +qu'avoir pitié de l'excessive avidité qui tourmente ce cabinet.</p> + +<p>La paix de Tilsitt met fin aux opérations de la grande armée, +mais toutes les côtes, tous les ports de la Prusse n'en +resteront pas moins fermés aux Anglais. Il est probable que le +blocus continental ne sera pas un vain mot.</p> + +<p>La Porte a été comprise dans le traité. La révolution qui +vient de s'opérer à Constantinople est une révolution anti-chrétienne +qui n'a rien de commun avec la politique de l'Europe. +L'adjudant-commandant Guilleminot est parti pour la +Bessarabie, où il va informer le grand-visir de la paix, de la +liberté qu'a la Porte d'y prendre part, et des conditions qui +la concernent.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Koenigsberg, le 13 juillet 1807.</p> + +<p>L'empereur a passé hier la revue du quatrième corps d'armée. +Arrivé au vingt-sixième régiment d'infanterie légère, +on lui présenta le capitaine de grenadiers Roussel. Ce brave +soldat, fait prisonnier à l'affaire de Aoff, avait été remis aux +Prussiens. Il se trouva dans un appartement où un insolent +officier se livrait à toute espèce d'invectives contre l'empereur. +Roussel supporta d'abord patiemment ces injures, mais +enfin il se lève fièrement en disant: «Il n'y a que des lâches +qui puissent tenir de pareils propos contre l'empereur Napoléon +devant un de ses soldats. Si je suis contraint d'entendre +de pareilles infamies, je suis à votre discrétion, donnez-moi +la mort.» Plusieurs autres officiers prussiens qui étaient présens, +ayant autant de jactance que peu de mérite et d'honneur, +voulurent se porter contre ce brave militaire à des voies de +fait. Roussel, seul contre sept ou huit personnes, aurait passé +un mauvais quart-d'heure, si un officier russe, survenant à +l'instant, ne se fût jeté devant lui le sabre à la main: c'est +notre prisonnier, dit-il, et non le vôtre; il a raison, et vous +outragez lâchement le premier capitaine de l'Europe. Avant +de frapper ce brave homme, il vous faudra passer sur mon +corps.</p> + +<p>En général, autant les prisonniers français se louent des +Russes, autant ils se plaignent des Prussiens, surtout du général +Ruchel, officier aussi méchant et fanfaron qu'il est +inepte et ignorant sur le champ de bataille. Des corps prussiens +qui se trouvaient à la journée d'Iéna, le sien est celui qui +s'est le moins bravement comporté.</p> + +<p>En entrant à Koenigsberg, on a trouvé aux galères un caporal +français qui y avait été jeté, parce qu'entendant les sectateurs +de Ruchel parler mal de l'empereur, il s'était emporté +et avait déclaré ne pas vouloir le souffrir en sa présence.</p> + +<p>Le général Victor, qui fut fait prisonnier dans une chaise +de poste par un guet-apens, a eu aussi à se plaindre du traitement +qu'il a reçu du général Ruchel, qui était gouverneur +de Koenigsberg. C'est cependant le même Ruchel qui, blessé +grièvement à la bataille d'Iéna, fut accablé de bons traitemens +par les Français; c'est lui qu'on laissa libre, et à qui, au lieu +d'envoyer des gardes comme on devait le faire, on envoya des +chirurgiens. Heureusement que le nombre des hommes auxquels +il faut se repentir d'avoir fait du bien, n'est pas grand. +Quoi qu'en disent les misanthropes, les ingrats et les pervers +forment une exception dans l'espèce humaine.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Dresde, le 18 juillet 1817.</p> + +<p>S. M. l'empereur est parti de Koenigsberg le 13 à six heures +du soir; il est arrivé le 14 à midi à Marienwerder, où il s'est +arrêté pendant une heure.</p> + +<p>Il a passé à Posen le 14, à dix heures du soir; il s'y est +reposé deux heures; il y a reçu les autorités du gouvernement +polonais.</p> + +<p>Il est arrivé à Glogau le 16 à midi, et le 17, à sept heures +du matin, à Bautzen, première ville du royaume de Saxe, où +il a été reçu par le roi.</p> + +<p>Ces deux souverains se sont entretenus un moment dans la +maison de l'évêché. Le roi est monté dans la voiture de l'empereur; +ils sont arrivés ensemble à Dresde et sont descendus +au palais.</p> + +<p>Aujourd'hui à six heures du matin, l'empereur est monté à +cheval pour parcourir les environs de Dresde.</p> + +<p>Les sentimens que S.M. à trouvés en Saxe sont semblables +à ceux qui lui ont été exprimés sur toute sa route en Pologne; +un immense concours de peuple était partout sur son passage.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Paris, le 12 août 1807.</p> + +<p class="milieu"><i>Réponse de l'empereur à une députation du royaume +d'Italie.</i></p> + +<p>«J'agrée les sentimens que vous m'exprimez au nom de +mes peuples d'Italie. J'ai éprouvé une joie particulière dans +le cours de la campagne dernière, de la conduite distinguée +qu'ont tenue mes troupes italiennes. Pour la première fois, +depuis bien des siècles, les Italiens se sont montrés avec honneur +sur le grand théâtre du monde: j'espère qu'un si heureux +commencement excitera l'émulation de la nation; que +les femmes elles-mêmes renverront d'auprès d'elle cette jeunesse +oisive qui languit dans leurs boudoirs, ou du moins +ne les recevront que lorsqu'ils seront couverts d'honorables +cicatrices. Du reste, j'espère avant l'hiver aller faire un tour +dans mes Etats d'Italie, et je me fais un plaisir tout particulier +de me trouver au milieu des habitans de ma bonne +ville de Venise. Le vice-roi ne m'a pas laissé ignorer les bons +sentiments qui les animent, et les preuves d'amour qu'ils +m'ont données.»</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">En notre palais impérial de Saint-Cloud, le 14 août 1807.</p> + +<p class="milieu"><i>Message de Sa Majesté impériale et royale au sénat.</i></p> + +<p>Sénateurs,</p> + +<p>Conformément à l'article LVI de l'acte des constitutions de +l'empire en date du 28 floréal an 12, nous avons nommé +membres du sénat.</p> + +<p>MM. Klein, général de division; Beaunont, général de +division, et Béguinot, général de division.</p> + +<p>Nous désirons que l'armée voie dans ce choix l'intention +où nous sommes de distinguer constamment ses services.</p> + +<p>MM. Fabre (de l'Aude), président du tribunat; et Curée; +membre du tribunat.</p> + +<p>Nous désirons que les membres du tribunat trouvent dans +ces nominations un témoignage de notre satisfaction pour la +manière dont ils ont concouru avec notre conseil d'Etat, à +établir les grandes bases de la législation civile.</p> + +<p>M. l'archevêque de Turin.</p> + +<p>Nous saisissons avec plaisir cette occasion de témoigner +notre satisfaction au clergé de notre empire, et particulièrement +à celui de nos départements au-delà des Alpes.</p> + +<p>M. Dupont, maire de Paris.</p> + +<p>Notre bonne ville de Paris verra dans le choix d'un de ses +maires, le désir que nous avons de lui donner constamment +des preuves de notre affection.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p> +<br><br><br> + + +<p class="milieu"><i>Autre message de S. M. impériale et royale au sénat.</i></p> + +<p>Sénateurs,</p> + +<p>Nous avons jugé convenable de nommer à la place de vice-grand-électeur +le prince de Bénévent; c'est une marque éclatante de notre +satisfaction, que nous avons voulu lui donner +pour la manière distinguée dont il nous a constamment secondé +dans la direction des affaires extérieures de l'empire.</p> + +<p>Nous avons nommé vice-connétable notre cousin le prince +de Neufchâtel: en l'élevant à cette haute dignité, nous avons +voulu reconnaître son attachement à notre personne, et les +services réels qu'il nous a rendus dans toutes les circonstances +par son zèle et ses talents.</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Paris, le 16 août 1807.</p> + +<p class="milieu"><i>Discours de Sa Majesté l'empereur et roi à l'ouverture du +corps législatif.</i></p> + +<p>«Messieurs les députés des départements au corps législatif, +messieurs les tribuns et les membres de mon conseil +d'état,</p> + +<p>Depuis votre dernière session, de nouvelles guerres, +de nouveaux triomphes, de nouveaux traités de paix ont +changé la face de l'Europe politique.</p> + +<p>Si la maison de Brandebourg, qui, la première, se conjura +contre notre indépendance, règne encore, elle le doit à +la sincère amitié que m'a inspiré le puissant empereur du +Nord.</p> + +<p>Un prince français régnera sur l'Elbe: il saura concilier +les intérêts de ses nouveaux sujets avec ses premiers et ses plus +sacrés devoir.</p> + +<p>La maison de Saxe a recouvré, après cinquante ans, l'indépendance +qu'elle avait perdue.</p> + +<p>Les peuples du duché de Varsovie, de la ville de Dantzick, +ont recouvré leur patrie et leurs droits.</p> + +<p>Toutes les nations se réjouissent d'un commun accord, +de voir l'influence malfaisante que l'Angleterre exerçait sur le +continent, détruite sans retour.</p> + +<p>»La France est unie aux peuples de l'Allemagne par les +lois de la confédération du Rhin, à ceux des Espagnes, de +la Hollande, de la Suisse et des Italies, par les lois de notre +système fédératif. Nos nouveaux rapports avec la Russie sont +cimentés par l'estime réciproque de ces deux grandes nations.</p> + +<p>»Dans tout ce que j'ai fait, j'ai eu uniquement en vue le +bonheur de mes peuples, plus cher à mes yeux que ma propre +gloire.</p> + +<p>»Je désire la paix maritime. Aucun ressentiment n'influera +jamais sur mes déterminations: je n'en saurais avoir contre +une nation, jouet et victime des partis qui la déchirent, et +trompée sur la situation de ses affaires, comme sur celle de +ses voisins.</p> + +<p>»Mais quelle que soit l'issue que les décrets de la Providence +aient assignée à la guerre maritime, mes peuples me +trouveront toujours le même, et je trouverai toujours mes +peuples dignes de moi.</p> + +<p>»Français, votre conduite dans ces derniers temps, où +votre empereur était éloigné de plus de cinq cents lieues, a +augmenté mon estime et l'opinion que j'avais conçue de votre +caractère. Je me suis senti fier d'être le premier parmi vous.—Si, +pendant ces dix mois d'absence et de périls, j'ai été +présent à votre pensée, les marques d'amour que vous m'avez +données ont excité constamment mes plus vives émotions. +Toutes mes sollicitudes, tout ce qui pouvait avoir rapport +même à la conservation de ma personne, ne me touchaient +que par l'intérêt que vous y portiez et par l'importance dont +elles pouvaient être pour vos futures destinée. <i>Vous êtes un +bon et grand peuple.</i></p> + +<p>»J'ai médité différentes dispositions pour simplifier et +perfectionner nos institutions.</p> + +<p>»La nation a éprouvé les plus heureux effets de l'établissement +de la légion d'honneur. J'ai créé différens titres impériaux +pour donner un nouvel éclat aux principaux de mes +sujets, pour honorer d'éclatans services par d'éclatantes récompenses, +et aussi pour empêcher le retour de tout titre féodal, +incompatible avec nos constitutions.</p> + +<p>»Les comptes de mes ministres des finances et du trésor +public vous feront connaître l'état prospère de nos finances. +Mes peuples éprouveront une considérable décharge sur la +contribution foncière.</p> + +<p>»Mon ministre de l'intérieur vous fera connaître les travaux +qui ont été commencés ou finis; mais ce qui reste à faire +est bien plus important encore, car je veux que dans toutes +les parties de mon empire, même dans le plus petit hameau, +l'aisance des citoyens et la valeur des terres se trouvent augmentées +par l'effet du système général d'amélioration que j'ai +conçu.</p> + +<p>»Messieurs les députés des départemens au corps législatif, +votre assistance me sera nécessaire pour arriver à ce grand +résultat, et j'ai le droit d'y compter constamment.»</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Paris, le 19 août 1807.</p> + +<p class="milieu"><i>Décret qui supprime le tribunat.</i></p> + +<p>ART. 1er. A l'avenir, et à compter de la fin de la session +qui va s'ouvrir, la discussion préalable des lois qui est faite +par les sections du tribunat, le sera, pendant la durée de chaque +session, par trois commissions du corps législatif, sous +le titre, la première, de <i>commission de législation civile et +criminelle</i>; la seconde, de <i>commission d'administration intérieure</i>; +la troisième, de <i>commission des finances</i>.</p> + +<p>2. Chacune de ces commissions délibérera séparément et +sans assistans; elle sera composée de sept membres nommés +par le corps législatif, au scrutin secret et à la majorité absolue +des voix. Le président sera nommé par l'empereur, +soit parmi les membres de la commission, soit parmi les autres +membres du corps législatif.</p> + +<p>3. La forme du scrutin sera dirigée de manière qu'il y ait, +autant qu'il sera possible, quatre jurisconsultes dans la commission +de législation.</p> + +<p>4. En cas de discordance d'opinion entre la section du conseil +d'état, qui aura rédigé le projet de loi, et la commission +compétente du corps législatif, l'une et l'autre se réuniront +en conférence, sous la présidence de l'archi-chancelier de l'empire, +ou de l'archi-trésorier, suivant la nature des objets à +examiner.</p> + +<p>5. Si les conseillers d'état et les membres de la commission +du corps législatif sont du même avis, le président de la +commission sera entendu, après que l'orateur du conseil +d'état aura exposé devant le corps législatif les motifs de +la loi.</p> + +<p>6. Lorsque la commission se décidera contre le projet de +loi, tous les membres de la commission auront la faculté +d'exposer devant le corps législatif les motifs de leur opinion.</p> + +<p>7. Les membres de la commission qui auront discuté un +projet de loi seront admis, comme les autres membres du +corps législatif, à voter sur le projet.</p> + +<p>8. Lorsque les circonstances donneront lieu à l'examen de +quelque projet d'une importance particulière, il sera loisible +à l'empereur d'appeler, dans l'intervalle de deux sessions, +les membres du corps législatif nécessaires pour former les +commissions, lesquelles procéderont, de suite, à la discussion +préalable du projet: ces commissions se trouveront +nommées pour la session prochaine.</p> + +<p>9. Les membres du tribunal qui, aux termes de l'acte du +sénat conservateur, en date du 17 fructidor an 10 devaient +rester jusqu'en l'an 19, et dont pouvoirs avaient été, par +l'article 89 de l'acte des constitutions de l'empire, du 28 floréal +an 12, prorogés jusqu'en l'an 21, correspondant à l'année +1812 du calendrier grégorien, entreront au corps législatif, +et feront partie de ce corps jusqu'à l'époque où leurs fonctions +auraient dû cesser au tribunat.</p> + +<p>10. A l'avenir, nul ne pourra être renommé membre du corps +législatif, à moins qu'il n'ait quarante ans accomplis.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">En notre palais royal de Milan, le 17 décembre 1807.</p> + +<p class="milieu"><i>Décret qui déclare en état de blocus les îles britanniques.</i></p> + +<p>Napoléon, empereur des Français, roi d'Italie, et protecteur +de la confédération du Rhin.</p> + +<p>Vu les dispositions arrêtées par le gouvernement britannique, +en date du 11 novembre dernier, qui assujettissent les +bâtimens des puissances neutres, amies et même alliées de +l'Angleterre, non-seulement à une visite par les croiseurs +anglais, mais encore à une station obligée en Angleterre et à +une imposition arbitraire de tant pour cent sur leur chargement, +qui doit être réglée par la législation anglaise;</p> + +<p>Considérant que, par ces actes, le gouvernement anglais a +dénationalisé les bâtimens de toutes les nations de l'Europe; +qu'il n'est au pouvoir d'aucun gouvernement de transiger sur +son indépendance et sur ses droits, tous les souverains de +l'Europe étant solidaires de la souveraineté et de l'indépendance +de leur pavillon; que si, par une faiblesse inexcusable, +et qui serait une tache ineffaçable aux yeux de la postérité, +ou laissait passer en principe et consacrer par l'usage une pareille +tyrannie, les Anglais en prendraient acte pour l'établir +en droit, comme ils ont profité de la tolérance des gouvernemens +pour établir l'infâme principe que le pavillon ne +couvre pas la marchandise, et pour donner à leur droit de +blocus une extension arbitraire et attentatoire à la souveraineté +de tous les états.</p> + +<p>Nous avons décrété et décrétons ce qui suit:</p> + +<p>Art. 1er. Tout bâtiment, de quelque nation qu'il soit, qui +aura souffert la visite d'un vaisseau anglais, ou se sera soumis +à un voyage en Angleterre, ou aura payé une imposition +quelconque au gouvernement anglais, est par cela seul déclaré +dénationalisé, a perdu la garantie de son pavillon et est +devenu propriété anglaise.</p> + +<p>2. Soit que lesdits bâtimens ainsi dénationalisés par les +mesures arbitraires du gouvernement anglais, entrent dans +nos ports ou dans ceux de nos alliés, soit qu'ils tombent +au pouvoir de nos vaisseaux de guerre ou de nos corsaires, +ils sont déclarés de bonne et valable prise.</p> + +<p>3. Les îles britanniques sont déclarées en état de blocus +sur mer comme sur terre. Tout bâtiment de quelque nation +qu'il soit, quel que soit son chargement, expédié des ports +d'Angleterre ou des colonies anglaises, ou des pays occupés +par les troupes anglaises, ou allant en Angleterre, ou dans +les colonies anglaises, ou dans des pays occupés par les troupes +anglaises, est de bonne prise, comme contrevenant au +présent décret; il sera capturé par nos vaisseaux de guerre +ou par nos corsaires, et adjugé au capteur.</p> + +<p>4. Ces mesures, qui ne sont qu'une juste réciprocité pour le +système barbare adopté par le gouvernement anglais, qui assimile +sa législation à celle d'Alger, cesseront d'avoir leur +effet pour toutes les nations qui sauraient obliger le gouvernement +anglais à respecter leur pavillon. Elles continueront +d'être en vigueur pendant tout le temps que ce gouvernement +ne reviendra pas aux principes du droit des gens, qui règle +les relations des états civilisés dans l'état de guerre. Les dispositions +du présent décret seront abrogées et nulles par le +fait, dès que le gouvernement anglais sera revenu aux principes +du droit des gens, qui sont aussi ceux de la justice et +de l'honneur.</p> + +<p>5. Tous nos ministres sont chargés de l'exécution du présent +décret, qui sera inséré au bulletin des lois.</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">En notre palais royal de Milan, la 20 décembre 1807.</p> + +<p class="milieu"><i>Lettres-patentes.</i></p> + +<p>Napoléon, par la grâce de Dieu et par les constitutions, +empereur des Français, roi d'Italie, protecteur de la confédération +du Rhin, à tous ceux qui les présentes verront; salut:</p> + +<p>Voulant donner une preuve particulière de notre satisfaction +à notre bonne ville de Venise, nous avons conféré et +conférons, par ces présentes lettres-patentes, à notre bien-aimé +fils le prince Eugène Napoléon, notre héritier présomptif +à la couronne d'Italie, le titre de <i>prince de Venise</i>.</p> + +<p>Nous mandons et ordonnons que les présentes lettres-patentes +soient enregistrées à la consulte d'état, transcrites sur +le grand livre qu'ouvrira à cet effet notre chancelier garde-des-sceaux, +et insérées au bulletin des lois, afin que personne +ne puisse en prétexter cause d'ignorance.</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">En notre palais royal de Milan, le 20 décembre 1807.</p> + +<p class="milieu"><i>Lettres-patentes.</i></p> + + +<p>Napoléon, par la grâce de Dieu et les constitutions, empereur +des Français, roi d'Italie, protecteur de la confédération +du Rhin, à tous ceux qui les présentes verront; salut:</p> + +<p>Voulant donner une preuve particulière de notre satisfaction +à notre bonne ville de Bologne, nous avons conféré et conférons +par les présentes, le titre de <i>princesse de Bologne</i> à +notre bien-aimée petite-fille la princesse Joséphine.</p> + +<p>Nous mandons et ordonnons que les présentes lettres-patentes +soient enregistrées à la consulte-d'état, transcrites sur +les registres du sénat à la première session, inscrites sur le +grand livre qu'ouvrira à cet effet notre chancelier garde-des-sceaux, +et insérées au bulletin des lois, afin que personne ne +puisse en prétexter cause d'ignorance.</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">En notre palais royal de Milan, le 20 décembre 1807.</p> + +<p class="milieu"><i>Lettres-patentes.</i></p> + +<p>Napoléon, par la grâce de Dieu et les constitutions, empereur +des Français, roi d'Italie, protecteur de la confédération +du Rhin, à tous ceux qui les présentes verront; salut:</p> + +<p>Voulant reconnaître les services que le sieur Melzi, chancelier +garde-des-sceaux de notre royaume d'Italie, nous a +rendus dans toutes les circonstances, dans l'administration +publique, où il a déployé, pour le bien de nos peuples et de +notre couronne, les plus hauts talens et la plus sévère intégrité;</p> + +<p>Nous souvenant qu'il fut le premier Italien qui nous porta, +sur le champ de bataille de Lodi, les clefs et les voeux de +notre bonne ville de Milan, nous avons résolu de lui conférer +le titre de <i>duc de Lodi</i>, pour être possédé par lui ou par ses +héritiers masculins, soit naturels, soit adoptifs, par ordre de +primogéniture; entendant que le cas d'adoption ayant lieu +par le titulaire et ses descendans, elle sera soumise à notre +approbation ou à celle de nos successeurs.</p> + +<p>Nous mandons et ordonnons que l'état des biens que nous +avons annexés au duché de Lodi, soit envoyé par notre grand-juge +aux cours d'appel du lieu où ils sont situés, pour être +inscrit au greffe, afin que personne n'en puisse prétexter +cause d'ignorance; notre intention étant que ces biens soient +exceptés des dispositions du Code Napoléon, et possédés toujours +et en entier par les titulaires du duché, comme en faisant +partie intégrante.</p> + +<p>Les présentes lettres-patentes seront enregistrées à la consulte-d'état, +imprimées au bulletin des lois, et transcrites sur +les registres du sénat, à sa première session, et sur le grand +livre qu'ouvrira à cet effet notre chancelier garde-des-sceaux.</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Milan, le 21 décembre 1807.</p> + +<p class="milieu"><i>Discours de l'empereur et roi au corps législatif italien, +après la lecture des lettres-patentes gui précèdent.</i></p> + +<p>«Messieurs les possidenti, dotti et commercianti,</p> + +<p>«Je vous vois avec plaisir environner mon trône.</p> + +<p>«De retour, après trois ans d'absence, je me plais à remarquer +les progrès qu'ont faits mes peuples; mais que de +choses il reste encore à faire pour effacer les fautes de nos +pères, et vous rendre dignes des destins que je vous prépare!</p> + +<p>«Les divisions intestines de nos ancêtres, leur misérable +égoïsme de ville, préparèrent la perte de tous nos droits. La +patrie fut déshéritée de son rang et de sa dignité, elle qui, +dans des siècles plus éloignés, avait porté si loin l'honneur +de ses armes et l'éclat de ses vertus. Cet éclat, ces vertus, je +fais consister ma gloire à les reconquérir.</p> + +<p>«Citoyens d'Italie, j'ai beaucoup fait pour vous; je ferai, +plus encore. Mais de vôtre côté, unis de coeur comme vous +l'êtes d'intérêt avec mes peuples de France, considérez-les +comme des frères aînés. Voyez constamment la source de notre +prospérité, la garantie de nos institutions, celle de notre indépendance, +dans l'union de cette couronne de fer avec ma +couronne impériale.»</p> +<br><br><br> + + + +<h3>LIVRE SIXIÈME.</h3> +<br><br><br> + + +<h3>EMPIRE.</h3> + +<h4>1808.</h4> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Paris, le 6 janvier 1808.</p> + +<p><b><i>Notes extraites du Moniteur.</i></b></p> + +<p><a id="footnotetag5" name="footnotetag5"></a><a href="#footnote5"><sup>5</sup></a>Nous sommes autorisés à déclarer qu'il n'a été pris, pendant +les conférences de Tilsitt, aucun engagement secret +dont l'Angleterre puisse se plaindre, et qui la concerne en +aucune manière. Pourquoi le cabinet de Londres, s'il est instruit +d'engagemens secrets, contraires aux intérêts de l'Angleterre, +ne les fait-il pas connaître? Son manifeste deviendrait +inutile, et la seule communication de ces articles secrets +justifierait sa conduite aux yeux de l'Europe, et redoublerait +la bonne volonté et l'énergie de tout citoyen anglais. Mais +c'est l'usage de ce gouvernement de partir d'une assertion +fausse pour autoriser ses injustices, et pour chercher à justifier +les vexations qu'il fait éprouver sans distinction à tous +les peuples du monde. Lorsqu'il jugea convenable de ne point +exécuter l'article du traité d'Amiens qui exigeait l'évacuation +de Malte, il fit dire au roi dans un message au parlement: +que tous les ports français étaient remplis de vaisseaux prêts +à effectuer une descente en Angleterre, et l'Europe entière +sait s'il y avait alors le moindre armement dans les ports de +France. Lorsqu'il voulut ravir quelques millions de piastres, +que quatre frégates espagnoles rapportaient du continent de +l'Amérique, il fit un mensonge non moins grossier, pour justifier +l'agression la plus honteuse. Lorsqu'enfin, il veut excuser +l'inexcusable expédition de Copenhague, il a recours à +des suppositions d'une fausseté évidente pour toute l'Europe.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote5" name="footnote5"></a><b>Note 5:</b><a href="#footnotetag5"> (retour) </a> Cette note est une réponse aux plaintes que faisait le +gouvernement anglais sur des engagement secrets auxquels aurait souscrit +la Russie lors du traité de Tilsitt.</blockquote> + +<p>Mais si les dénégations formelles de la Russie et de la +France, si l'expérience si souvent renouvelée de l'infidélité +des assertions de l'Angleterre, si le défi qu'on lui fait de donner +connaissance de quelque article secret du traité de Tilsitt +qui serait contraire à ses intérêts, ne suffisent point pour convaincre +tout homme impartial, un très-petit nombre de réflexions +prouvera que l'Angleterre ne croit pas à ces engagemens +secrets pris par la Russie contre elle.</p> + +<p>En effet, si le cabinet de Londres croyait qu'il existait de tels +engagemens contre la France et la Russie, pourquoi, dans le moment +même où il avait fait cette découverte, qui le portait à attaquer +Copenhague, ne faisait-il pas attaquer l'escadre russe dans +la Méditerranée, et lui permettait-il de franchir librement le +détroit de Gibraltar? Pourquoi trois vaisseaux russes, qui +venaient de la mer du Nord, traversaient-ils l'escadre anglaise +qui bloquait Copenhague? Pourquoi, s'il était vrai que des +conditions secrètes eussent été stipulées à Tilsitt, au désavantage +de l'Angleterre, le cabinet de Londres recourait-il +à la médiation de la Russie pour concilier ses différens avec +le Danemarck? Que ses ministres soient au moins d'accord +avec eux-mêmes, et qu'ils ne disent pas quelques pages plus +bas ces propres mots: «Et cependant jusqu'à la publication +de la déclaration russe (c'est-à-dire jusqu'en novembre), S.M. +n'avait aucune raison de soupçonner que, quelle que pût être +l'opinion de l'empereur de Russie sur les événemens de Copenhague, +elle pût empêcher S.M.I. de se charger, à la +demande de la Grande-Bretagne, de ce même rôle de médiateur.» +Ainsi les Anglais ont eu recours à la médiation de la +Russie pour s'arranger avec le Danemarck plus de trois mois +après le traité de Tilsitt; et ils prétendent, comme on le verra +encore plus bas, n'avoir fait l'expédition de Danemarck, +que pour s'opposer à l'exécution des ces arrangemens de Tilsitt, +et pour déjouer un des objets de ces arrangemens. Ils se sont +emparés des vaisseaux danois, à cause des arrangemens que +l'empereur de Russie avait faits à Tilsitt; ils ont laissé passer +librement les vaisseaux de l'empereur de Russie; ils étaient +en paix avec la Russie, puisqu'ils avaient recours à sa médiation; +il n'est donc pas vrai qu'ils crussent alors que la Russie +avait pris des arrangemens contre eux; il n'est donc pas +vrai qu'ils croient aujourd'hui que ces arrangemens ont existé. +Que cette malheureuse nation est déchue! par quels misérables +conseils ses affaires sont-elles dirigées! Ses ministres, +en arrêtant un manifeste de quelques pages, n'ont pas même +assez de bon sens et de réflexion pour éviter des contradictions +aussi grossières.</p> + +<p><a id="footnotetag6" name="footnotetag6"></a><a href="#footnote6"><sup>6</sup></a>La bonne foi du cabinet de Londres paraît ici dans tout +son jour: il espérait que l'empereur de Russie, après avoir +pris des engagemens contraires à l'Angleterre, y manquerait +presque aussitôt. Le gouvernement anglais en juge +sans doute d'après ses propres sentimens. Il révèle son +secret à toute la terre. Les traités qu'il signe ne sont que +des actes éventuels; les obligations qu'il contracte ne sont que +des engagemens simulés, qu'il tient ou qu'il viole au gré de +ses caprices ou de ses intérêts. Nous le répétons, l'empereur +de Russie n'a rien signé à Tilsitt qui fût contraire aux intérêts +de l'Angleterre; mais s'il l'eût fait, son caractère, sa +loyauté, n'autorisaient pas l'Angleterre à penser qu'il aurait +aussitôt violé ses engagemens. Nous ne relèverons pas le ton +de tout ce paragraphe où on représente la Russie cédant à un +moment d'alarme et d'abattement; les Russes y répondront +mieux que nous. Nous remarquerons seulement la différence +qui existe entre la déclaration de la Russie et la réponse de +l'Angleterre. On trouve dans la première le noble langage +d'un prince qui respecte le rang suprême et la dignité +des nations; qui, s'il dit des faits honteux pour un état, +ne les dit que parce qu'il y est forcé pour exposer ses motifs +de plainte. Nous voyons au contraire, dans la réponse de +l'Angleterre, la grossière insolence d'un club oligarque qui +ne respecte rien, qui cherche à humilier par ses expressions, +et qui, au défaut de bonnes raisons, a recours à des imputations +calomnieuses, et à des sarcasmes outrageans.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote6" name="footnote6"></a><b>Note 6:</b><a href="#footnotetag6"> (retour) </a> L'Angleterre paraissait croire que l'empereur de Russie +ne tarderait pas à revenir à son système.</blockquote> + +<p><a id="footnotetag7" name="footnotetag7"></a><a href="#footnote7"><sup>7</sup></a>Deux grandes nations égales en force, en courage, versaient +des flots du plus pur de leur sang pour le seul intérêt +des oppresseurs des mers: ces calamités ont touché les deux +souverains; ils ont voulu les faire cesser, et l'empereur de +Russie, lors même qu'il était animé par un si puissant motif, +a désiré faire sentir à l'Angleterre les effets de son ancienne affection: +il a demandé que la France acceptât sa médiation, condition +que la générosité de l'empereur de Russie a rendu moins +pénible à l'empereur des Français. Elle pouvait l'être cependant, +puisque la médiation qu'il s'agissait d'accepter était celle +d'un prince si nouvellement réconcilié avec la France; et cette +médiation ainsi proposée, ainsi accueillie, l'Angleterre, au lieu +de l'accepter avec empressement, a répondu à tant de générosité +avec une défiance insultante; elle a demandé qu'avant +tout, on lui communiquât les articles secrets du traité de +Tilsitt qui la concernaient; on lui a répondu qu'il n'existait +pas d'articles secrets qui la concernassent, et il aurait fallu +sans doute, que l'empereur de Russie en forgeât exprès pour +dissiper un odieux soupçon: lui qui, dans les négociations, +a eu toujours à coeur de laisser la porte ouverte aux arrangemens +entre la France et l'Angleterre. Il n'avait pas lieu de +s'attendre à être si mal récompensé de soins si généreux. En +vérité, il est difficile de porter plus loin l'oubli de toutes les +convenances, de tout sentiment et de toute raison.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote7" name="footnote7"></a><b>Note 7:</b><a href="#footnotetag7"> (retour) </a> Dans le paragraphe qui a motivé cette note, l'Angleterre +exigeait de la Russie communication des prétendus articles secrets qui +la concernaient.</blockquote> + +<p><a id="footnotetag8" name="footnotetag8"></a><a href="#footnote8"><sup>8</sup></a>Les ministres de Londres manquent de mémoire d'une manière +bien étrange. S'ils voulaient persuader à l'Europe qu'ils +n'avaient aucune liaison avec la Russie lorsque la guerre a +éclaté entre la France et la Prusse, il fallait effacer de tous +les souvenirs, retirer de tous les documens publics, les pièces +qu'ils firent imprimer sur les événements de 1805. Ces pièces +publiées par l'Angleterre, ont appris que le cabinet de Londres, +pour éloigner l'orage qui se préparait à Boulogne, fit +alors un traité avec la Russie et l'Autriche. Ce fut contre opinion +du prince Charles et de tous les hommes éclairés, +qu'une armée autrichienne se précipita sur l'Iller. La faction +que le gouvernement anglais avait alors à Vienne, n'examina +pas s'il convenait aux puissances de la coalition d'attendre +que les troupes russes fussent réunies aux troupes autrichiennes: +ce retard de trois mois effrayait l'Angleterre; les longues +nuits de l'automne la menaçaient d'un trop grand péril, et +Cobentzel envoya la note qui décidait la guerre, au moment +même où l'armée de Boulogne était embarquée; et Mack finissait +ses destins à Ulm, tandis que les Russes étaient encore +en Pologne. Lorsqu'on peut répondre à l'Angleterre par des +faits aussi publics, comment nierait-elle que c'est pour elle, +et pour elle seule, que l'Autriche et la Russie ont fait la guerre? +L'Autriche ne tarda point à conclure sa paix; la Russie resta +en guerre avec la France. Depuis, un plénipotentiaire russe +signa un traité de paix à Paris; la Russie ne le ratifia point, +par la seule raison qu'ayant fait la guerre avec vous, c'était +avec vous qu'elle voulait faire la paix. Ainsi, après avoir fait +la guerre pour l'Angleterre, c'est encore pour elle que la Russie +n'a pas fait la paix; c'est encore pour elle que la Russie a +continué la guerre. Ce n'est point pour la Prusse, parce que +la Russie ne devait rien à cette puissance; elle ne devait rien +à cette puissance, parce que la Prusse, après avoir signé à +Berlin un traité de coopération, l'avait presque aussitôt fait +désavouer à Vienne, s'était séparée de ses alliés, et avait conclu +avec la France ses arrangemens particuliers. La possession +du Hanovre, désirée par la Prusse, l'avait été non-seulement +sans l'intention de la Russie, mais contre ses intérêts et sa +volonté. C'est encore une vérité historique, que la Prusse a +armé sur le bruit du traité de paix signé à Paris par M. Doubril, +et d'après l'assurance qui lui fut donnée par le marquis +de Lucchesini, que, par un article secret de ce traité, la Pologne +avait été cédée au grand-duc Constantin. Cet inconcevable +cabinet de Berlin, après avoir trompé tout le monde, +avait enfin été pris dans ses propres filets. Il est donc vrai que +lorsque la Prusse arma en 1806, ce fut tout à la fois contre +la France et contre la Russie; il n'est pas moins vrai que la +bataille d'Iéna avait déjà détruit l'armée prussienne, que les +Français étaient déjà à Berlin et sur l'Oder, lorsqu'il n'y avait +point encore de traité entre la Prusse et la Russie. La Russie +dut marcher sur la Vistule, à cause de l'état de guerre où elle +se trouvait avec la France depuis 1805, et pour se défendre +elle-même. Cette confusion des événemens les plus récens, +cette ignorance des affaires de nos jours, sont dignes de l'administration +actuelle de l'Angleterre. Toute cette conduite +enfin décèle l'égoïsme et le machiavélisme de ce cabinet.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote8" name="footnote8"></a><b>Note 8:</b><a href="#footnotetag8"> (retour) </a> L'Angleterre se défend d'avoir eu, plus que la Russie, +un intérêt immédiat à la guerre de Prusse.</blockquote> + +<p><a id="footnotetag9" name="footnotetag9"></a><a href="#footnote9"><sup>9</sup></a>Ainsi l'empereur de Russie n'est pas fondé à se plaindre de +ce que, pendant qu'il était aux prises avec l'armée française, +le cabinet de Londres employait les forces britanniques pour +le seul profit de l'Angleterre. Si l'escadre anglaise qui a forcé +les Dardanelles, avait voulu se combiner avec l'escadre russe, +si elle avait pris à bord les dix mille hommes qui ont été envoyés +en Ègypte, si elle les avait réunis aux douze mille +Russes de Corfou, l'attaque de Constantinople eût été une +diversion efficace pour la Russie. La conduite de l'Angleterre +fut dans un sens tout opposé: après avoir subi à Constantinople +une honte ineffaçable, elle fit son expédition d'Egypte, +qui n'affaiblissait pas le grand-visir d'un seul homme, et qui +n'avait rien de commun avec la querelle dans laquelle elle +avait engagé la Russie.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote9" name="footnote9"></a><b>Note 9:</b><a href="#footnotetag9"> (retour) </a> La déclaration anglaise cherche à repousser le reproche +qu'on lui adressait de n'avoir rien tenté en faveur de ses alliés.</blockquote> + +<p>Ainsi l'empereur de Russie ne doit s'en prendre qu'à lui, +puisqu'il n'a pas voulu attendre les secours que l'Angleterre +était disposée à lui accorder. Mais ces secours, il fallait les +faire marcher lorsque Dantzick était encore dans la possession +de Kalkreuth. Si aux douze mille hommes qui ont mis bas +les armes et capitulé dans les rues de Buénos-Ayres, l'Angleterre +avait joint les quinze mille hommes qui depuis ont incendié +Copenhague, ces forces n'auraient pas sans doute fait +triompher les armes britanniques; la France était en mesure; +elle estimait assez l'Angleterre pour avoir compté sur de plus +grands efforts; mais la Russie n'avait pas à se plaindre. Il +importait bien peu au cabinet de Londres que deux nations +du continent s'entr'égorgeassent sur la Vistule; les trésors +de Monte-Vidéo et de Buénos-Ayres excitaient sa cupidité, +et Dantzick n'a point été secouru.</p> + +<p>S. M., disent les ministres, faisait les plus grands efforts +pour remplir l'attente de son allié. Et qu'ont produit ces +grands efforts? L'arrivée de six mille Hanovriens à l'île de +Rugen, au mois de juillet, c'est-à-dire, un mois après que +la querelle était terminée. N'était-il pas évident qu'une si +misérable expédition avait été conçue dans le seul but d'occuper +le Hanovre, si l'armée russe avait été victorieuse? +n'est-il pas évident qu'elle n'arrivait à Rugen que pour le +compte de l'Angleterre? n'est-it pas évident que si l'armée +française avait été victorieuse, un secours de six mille hommes +n'aurait été d'aucun effet? n'est-il pas évident qu'au mois de +juillet, l'armée française devait être victorieuse ou battue? +n'est-il pas évident que les vingt mille Espagnols, que les +quarante mille Français venus de l'armée d'Italie, et dont une +partie s'était trouvée disponible par la sûreté que donnait à +la France les expéditions d'Egypte et de Buénos-Ayres, réunis +aux vingt-quatre mille Hollandais qui étaient à Hambourg, +formaient au mois de juillet une armée plus que suffisante +pour anéantir tous les efforts de l'Angleterre?</p> + +<p>Ce n'est donc pas au mois de juillet qu'il fallait envoyer +des secours. C'était en avril. Mais alors la légion hanovrienne +n'était point formée, et avant qu'on pût faire marcher ce ramas +de déserteurs étrangers, les ministres n'avaient à leur +disposition que des troupes nationales, et nous dirons pourquoi +ils n'aiment pas à en disposer. Les quinze mille hommes +de Buénos-Ayres, réunis à quinze mille hommes des milices +de la Grande-Bretagne, pouvaient fournir au mois d'avril une +armée de trente mille Anglais; mais ce n'était point là ce qui +convenait au cabinet de Londres: le sang des peuples du continent +doit seul couler pour la défense de l'Angleterre. Qu'on +lise attentivement les débats du parlement, on y trouvera le +développement de cette politique; et c'est de cette politique +que la Russie se plaint justement. Elle avait le droit de voir +débarquer quarante mille Anglais au mois d'avril, ou à Dantzick +ou même à Stralsund. L'Angleterre l'a-t-elle fait? Non; +l'a-t elle pu faire? Si elle répond négativement, elle est donc +une nation bien faible et bien misérable; elle a donc bien +peu de titres pour être si exigeante envers ses alliés. Mais ce +qui manquait aux ministres, c'était la volonté; il ne leur faut +que des opérations de pirates; ils calculent les résultats de +la guerre à tant pour cent; ils ne songent qu'à gagner de +l'argent, et les champs de la Pologne n'offraient que des dangers +et de la gloire; et si l'Angleterre avait enfin pris part à +quelques combats, du sang anglais aurait été versé; le peuple +de la Grande-Bretagne, en apprenant quels sacrifices exige +la guerre, aurait désiré la paix; le deuil des pères, des mères +pleurant leurs enfans morts au champ d'honneur, aurait peut-être +fait naître enfin, dans le coeur des ministres, ces mêmes +sentimens qu'une longue guerre a inspirés aux Français, aux +Russes, aux Autrichiens. Le cabinet britannique n'aurait pu +se défendre à son tour d'avoir horreur de la guerre perpétuelle, +ou bien les hommes de sang qui le composent seraient +devenus l'exécration du peuple. Il n'en est pas de la guerre de +terre comme de la guerre de mer: la plus forte escadre +n'exige pas quinze mille hommes parfaitement approvisionnés +et n'ayant à souffrir aucune privation; le plus grand combat +naval n'équivaut pas une escarmouche de terre, il coûte peu +de sang et de larmes. La France, l'Autriche, la Russie emploient +à la guerre des armées de quatre cent mille hommes, +qui sont exposés à tous les genres de dangers et qui se battent +tous les jours. Le désir de la paix naît au sein même de la +victoire; et pour des souverains pères de leurs sujets, il se +place bientôt parmi leurs sentimens les plus chers. De tous +les gouvernemens, l'oligarchie est le plus dur; lui même cependant +est aussi ramené vers la paix, quand la guerre coûte +tant de victimes. Le système qui a conduit l'Angleterre à ne +point secourir ses alliés, est la suite de son égoïsme, et l'effet +de sa maxime barbare d'une guerre perpétuelle. Le peuple +anglais ne se révolte point à cette idée, parce qu'on a soin +d'éloigner de lui les sacrifices de la guerre. C'est ainsi que, pendant +quatre coalitions, nous avons vu l'Angleterre rire a l'aspect +des malheurs du continent, alimenter son commerce de +sang humain, et se faire un jeu des scènes de carnage auxquelles +elle ne prenait point de part. Elle rentrera dans l'estime +de l'Europe, elle sera digne d'avoir des alliés quand elle +se présentera en front de bandière avec quatre-vingt mille +hommes; alors, quel que soit l'événement, elle ne voudra pas +une guerre perpétuelle; son peuple ne se soumettra point +aux caprices d'une ambition désordonnée, ses alliés ne seront +pas ses victimes. C'est en se battant que les Russes, les Autrichiens, +les Français ont appris à s'estimer; c'est en se battant +qu'ils ont appris à faire céder les passions haineuses ou +cruelles au désir de la paix. L'Angleterre a acquis sa supériorité +sur les mers par la trahison à Toulon et dans la Vendée: +elle n'a exposé aux convulsions qu'elle a suscitées, que +quelques vaisseaux et quelques milliers d'hommes; elle n'a +éprouvé ni le besoin de la paix, ni les pertes sanglantes de la +guerre. Mais il est naturel que le continent veuille la paix, +et que les puissances continentales aient en horreur la république +d'Angleterre.</p> + +<p><a id="footnotetag10" name="footnotetag10"></a><a href="#footnote10"><sup>10</sup></a> Il est vrai que la cour de l'amirauté n'a condamné qu'un +seul bâtiment russe; mais ce raisonnement n'en est pas +moins faux: plus de cent bàtimens russes ont été détournés +de leur navigation, assujettis à d'odieuses visites et retenus +en Angleterre. Depuis le manifeste du cabinet de Londres, +plus de douze de ces vaisseaux arrêtés pendant que les Russes +se battaient pour la cause de l'Angleterre, ont déjà été condamnés. +Ce n'est donc point à la cour de l'amirauté qu'il fallait +s'adresser pour vérifier les sujets de plaintes de la Russie: +ce sont les registres des croiseurs, ce sont ceux des capitaines +de ports qu'il faut consulter. C'est une étrange manière +de chercher à persuader qu'on n'a point de torts, que +de chercher les preuves de ces torts où elles ne sont pas.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote10" name="footnote10"></a><b>Note 10:</b><a href="#footnotetag10"> (retour) </a> Réfutation des griefs de la Russie, qui se plaignait des +vexations que son commerce avait éprouvées de la part des Anglais.</blockquote> + +<p><a id="footnotetag11" name="footnotetag11"></a><a href="#footnote11"><sup>11</sup></a> Le sophisme et l'hypocrisie ajoutent encore au sentiment +de dégoût qu'on éprouve en lisant de telles absurdités. Quelque +horrible que soit le principe de la guerre perpétuelle, +il serait moins honteux de l'avouer: il y a une sorte de grandeur +à proclamer hautement la scélératesse; l'Angleterre dit +qu'elle n'a pas refusé la médiation offerte par l'empereur de +Russie, et le même jour où parut sa note en réponse à cette +offre, ses troupes entrèrent à Copenhague, déclarant ainsi la +guerre, non-seulement à la Russie, mais à l'Autriche, mais +à tout le continent. Sa réponse au cabinet de Saint-Pétersbourg +a été lue à la lueur de l'incendie de Copenhague. Que +disait cette réponse? Que l'Angleterre voulait connaître les +bases de la négociation; ressource misérable lorsqu'il s'agit de +si grands intérêts. Lord Yarmouth, Lord Lauderdale connaissent +ces bases: qu'on leur demande s'ils pensent que la France +voulait la paix? La base la plus désirable se trouvait énoncée +dans les notes de la Russie, puisqu'elle offrait sa médiation +pour une paix juste et honorable. L'Angleterre demandait +une garantie, et l'empereur de Russie offrait la sienne. Etait-il +sur la terre une garantie plus puissante et plus auguste? +Quant à la communication des articles secrets vous concernant, +qu'aviez-vous donc à demander, puisqu'ils n'existaient +pas? et que vouliez-vous réellement? refuser la médiation? +Vous l'avez refusée, et la main qui a signé ce refus dégouttait +du sang des Danois, le plus cher et le plus ancien des alliés +de la Russie.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote11" name="footnote11"></a><b>Note 11:</b><a href="#footnotetag11"> (retour) </a> L'Angleterre cherche à colorer son refus d'accepter +la médiation de la Russie pour traiter avec la France.</blockquote> + +<p><a id="footnotetag12" name="footnotetag12"></a><a href="#footnote12"><sup>12</sup></a> La Prusse avait perdu tous ses états; Memel était au moment +d'échapper au pouvoir du roi. Le cabinet de Londres +était une des causes de cette situation malheureuse, en insinuant +à la Prusse que la France voulait remettre le Hanovre +au roi d'Angleterre. Est-ce avec le secours des Anglais que le +roi de Prusse est sorti d'une position désespérée? C'est l'empereur +de Russie qui a combattu pour lui et qui lui a fait restituer +sa couronne. Voilà une étrange manière d'abandonner +ses alliés. Les anciens alliés de l'Angleterre seraient bien heureux +s'ils n'avaient à se plaindre que d'un abandon de cette +espèce. Sans doute la France a proposé deux fois à la Prusse +une paix séparée, mais il était bien entendu, lorsqu'elle n'avait +pas pour elle la généreuse intervention de la Russie, que +le territoire prussien n'aurait été évacué que quand les Anglais +auraient eux-mêmes fait la paix.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote12" name="footnote12"></a><b>Note 12:</b><a href="#footnotetag12"> (retour) </a> Elle prétexte l'abandon des intérêts de la Prusse.</blockquote> + +<p><a id="footnotetag13" name="footnotetag13"></a><a href="#footnote13"><sup>13</sup></a> Ce paragraphe ne contient que des assertions fausses. Aucune +nouvelle contribution n'a été mise sur les états prussiens, +mais celles qui avaient été imposées pendant la guerre doivent +être acquittées. Tous les pays entre le Niémen et la Vistule, +formant une population de plus d'un million, ont été +évacués. Le reste ne l'est pas: il n'a pas dû l'être, parce que +le traité n'a pas fixé le temps; parce que les arrangemens préalables +avec le roi de Prusse ne sont pas terminés; parce que +l'expédition de Copenhague est venue jeter de nouvelles incertitudes +dans les affaires du Nord de l'Europe; parce que +le ministre de Prusse, qui, selon l'ancienne politique de son +cabinet, a si bien instruit le cabinet britannique par de fausses +confidences, est encore à Londres; parce que les vaisseaux +anglais ont été reçus à Memel; parce qu'enfin dans la circonstance +extraordinaire où les injustices de la Grande-Bretagne +ont placé l'Europe, la Russie et la France ont à s'entendre.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote13" name="footnote13"></a><b>Note 13:</b><a href="#footnotetag13"> (retour) </a> Elle allègue la conduite de la France à l'égard de la Prusse.</blockquote> + +<p>Quant à la mort d'individus sujets de S. M. prussienne, +et à la remise de forteresses prussiennes qui n'avaient pu être +réduites pendant la guerre, ces assertions sont tout à fait inintelligibles. +La France a, au contraire, rendu deux forteresses +de plus à la Prusse, Cassel et Gratz. Les Français font la +guerre loyalement, et assurément ils ne tuent point les sujets +paisibles des pays conquis; ils ne prennent pas les propriétés +des particuliers, ils les protègent. Peuples du continent, +lisez le code maritime de l'Angleterre, et vous verrez quel serait +son code terrestre si elle était puissante sur terre comme +sur mer. Elle ne s'empare pas seulement des vaisseaux des +princes avec lesquels elle est en guerre, mais aussi des vaisseaux +marchands qui transportent des propriétés privées. Il +n'y a aucune différence, aux yeux de l'équité, entre les magasins +de marchandises appartenant à des particuliers dans les +provinces conquises, et les marchandises qui appartiennent +à des négocians et qui naviguent sur bâtimens marchands; +il n'y a point de différence, sous le rapport de l'équité, entre +les vaisseaux marchands et les convois de marchandises +transportées par terre de Hambourg à Berlin, ou de Trieste +en Allemagne. Et a-t-on jamais vu les armées françaises +arrêter des convois? n'a-t-on pas vu lord Keith vouloir +s'emparer à Gênes des vaisseaux qui étaient dans le +port, et des denrées qui se trouvaient chez les marchands de +cette ville? il ne faisait là qu'une application à la terre des +principes du code maritime de l'Angleterre. Les Autrichiens +et le prince Hohenzollern qui les commandait, furent indignés +de ces vexations; ils s'y opposèrent, et la journée de Marengo +amenant, quelques jours après, les Français dans +Gênes, y ramena aussi la sécurité sur les propriétés privées. +D'où viennent donc des procédés si différens? Les uns sont +le résultat de la politique atrabilaire, injuste de l'Angleterre, +les autres sont le fruit de la politique libérale et de la civilisation +de la France. Si, à son tour, elle dominait sur les mers, +on ne la verrait attaquer que les vaisseaux armés; on la verrait +protéger même les propriétés appartenant aux sujets des +états avec lesquels elle serait en guerre. Si l'on veut comparer +l'esprit de libéralité et la civilisation des deux nations, il faut +prendre pour termes de cette comparaison le code des Français +pendant la guerre de terre, et son application aux individus +et aux propriétés, et le code maritime des Anglais, et +son application aux individus et aux propriétés qui se trouvent +sur les mers.</p> + +<p>Mais quel est le motif qui a porté les ministres de Londres +à faire mention de la Prusse dans ce manifeste? est-ce l'intérêt +de la Prusse? Mais si l'intérêt de la Prusse les avait touchés, +ils auraient accepté la médiation de l'empereur de Russie. +Pourquoi publier aujourd'hui ce paragraphe indiscret +qui laisse voir clairement que l'esprit qui a fait faire tant de +faux pas au cabinet de Berlin s'agite encore? est-ce pour être +utile à la Prusse, et lui concilier l'intérêt de la France dont +elle a tant besoin dans ces circonstances?</p> + +<p>La France a évacué beaucoup de pays, et l'Angleterre n'en +a pas évacué un seul, et la base préalable de toutes ses négociations +est <i>l'uti possidetis</i>. Lorsque les Français traitent +avec leurs ennemis, ou ils changent les gouvernemens coupables +de s'être unis à l'Angleterre contre les intérêts du continent, +ou, s'ils évacuent les pays conquis, ce n'est qu'en +conséquence d'une paix solide dont toutes les stipulations +sont observées: et de même qu'en ne les voit pas attaquer +leurs alliés sans déclaration de guerre, surprendre leurs capitales +par trahison, de même on ne les voit pas abandonner +une place avant que les négociations aient décidé de son sort. +Les Anglais attaquent pour dépouiller, et se retirent après +le pillage et l'incendie. Cette guerre leur convient, car c'est +celle des pirates. Puisqu'ils étaient entrés à Copenhague, il +fallait qu'ils y demeurassent jusqu'à la paix. Ils ont joint à +la honte d'une entreprise atroce, le déshonneur d'une fuite +honteuse.</p> + +<p>Mais s'il était vrai que les Français fussent exigeans envers +leurs ennemis, il faut le dire, comment ne le seraient-ils +point? Ils ont huit cent mille hommes sur pied, et ils sont +prêts à tous les sacrifices pour doubler encore leurs forces si +cela était nécessaire: non que les armes soient leur métier +naturel, et que tant de bras arrachés à la culture d'un sol si +fertile, ne soient pas pour eux un sensible sacrifice. Possesseurs +d'un beau pays, ils voudraient se livrer aux conquêtes du +commerce et de l'industrie; mais votre tyrannie les en empêche. +C'est un géant que vous avez excité et que vous irritez +sans cesse. Depuis quinze ans vos injustices n'ont fait qu'ajouter +à son énergie et à sa puissance que votre persévérance +dans la tyrannie doit accroître encore. Non-seulement il ne +posera pas les armes, mais il augmentera ses forces jusqu'à +ce qu'il ait conquis la liberté des mers qui est son premier +droit et le patrimoine de toutes les nations. Si les suites affligeantes +de la guerre se prolongent, si le séjour des troupes +françaises est à charge aux pays qu'elles occupent, c'est à vous +qu'il faut s'en prendre: tous les maux qui ont tourmenté +l'Europe sont venus de vous seuls. Les lieux communs diplomatiques +ne résolvent pas de si grandes questions. Quand +vous voudrez la paix, la France sera prête à la faire; vous +ne pouvez l'ignorer, vous ne l'ignorez point. On peut citer à +ce sujet une anecdote qui est généralement connue. Lorsque +la garde impériale partit pour Jéna, et que l'on sut que peu +de jours après l'empereur devait partir pour l'armée, lord Lauderdale +demanda à M. de Champagny si, dans le cas où l'Angleterre +ferait la paix, l'empereur Napoléon consentirait à +s'arrêter et à contremander la marche de ses troupes contre +la Prusse: l'empereur fit répondre affirmativement. D'un +seul mot vous auriez sauvé la Prusse. En prévenant la chute +de cette puissance, vous mainteniez sur l'Elbe cette barrière +si nécessaire à vos intérêts les plus chers, et dont le rétablissement +est désormais impossible.</p> + +<p><a id="footnotetag14" name="footnotetag14"></a><a href="#footnote14"><sup>14</sup></a>L'empereur de Russie a du être offensé de la communication +que fit M. Canning à M. Ryder, et dans laquelle le ministre +anglais se disait certain que la Russie garantirait le Danemarck +du juste ressentiment de la France, si, après avoir +laissé violer son indépendance et ravir sa flotte, le Danemarck +se constituait province anglaise. Ce mensonge ne fit qu'irriter +le prince royal: il ne pouvait en imposer à personne. +L'Angleterre voulait que la Russie garantît le Danemarck du +ressentiment de la France, tandis qu'elle déclarait qu'elle ne +faisait violence au Danemarck que pour se garantir des engagemens +secrets contractés à Tilsitt par l'empereur de Russie. +On ne sait, en vérité, ce qui est ici le plus frappant, ou la +déraison ou l'immoralité du cabinet de Londres.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote14" name="footnote14"></a><b>Note 14:</b><a href="#footnotetag14"> (retour) </a> Elle oppose à son refus d'accepter la médiation de la +Russie, celui fait par cette puissance de lui servir de médiatrice envers +le Danemarck.</blockquote> + +<p><a id="footnotetag15" name="footnotetag15"></a><a href="#footnote15"><sup>15</sup></a>Si l'empereur de Russie a montrée à l'Angleterre les premiers +symptômes d'une paix renaissante depuis la paix de +Tilsitt, il n'est donc pas vrai qu'il ait conclu à Tilsitt des arrangemens +secrets qui l'avaient mis en inimitié avec l'Angleterre. +Si ces démonstrations ont eu lieu au moment où l'on +venait d'apprendre à Pétersbourg la nouvelle de l'investissement +de Copenhague, ce n'est pas que l'empereur de Russie +n'en éprouvât aucun ressentiment; c'est qu'il concevait quelqu'espoir +d'adoucir la férocité de l'Angleterre par de bons +procédés; c'est qu'il a désiré intervenir pour sauver son malheureux +allié; c'est qu'ignorant les causes de l'expédition de +Copenhague, sachant qu'il n'y avait donné lieu, ni directement, +ni indirectement, il a pu croire pendant quelque temps +que l'Angleterre avait eu des motifs pour se porter à une démarche +si importante. Mais il fut éclairé par les communications +du prince royal, par les propres communications de +l'Angleterre, par le manifeste du général anglais qui expliquait +les odieuses prétentions de son gouvernement; et alors +il demanda que l'attaque de Copenhague cessât. L'Angleterre +lui répondit en brûlant Copenhague et en enlevant la flotte.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote15" name="footnote15"></a><b>Note 15:</b><a href="#footnotetag15"> (retour) </a> Elle insinue que les premiers symptômes de bienveillance +envers elle n'ont eu lieu a Saint-Pétersbourg qu'au moment où la nouvelle +du siège de Copenhague venait d'y arriver.</blockquote> + +<p>Après cette opération la plus funeste pour l'Angleterre de +toutes les entreprises qu'elle ait jamais formées, elle n'avait +que deux partis à prendre: ou continuer à occuper Copenhague, +et elle ne l'osait pas; ou évacuer Copenhague, et elle +sentit que le Sund lui serait à jamais fermé. Elle eut alors la +lâcheté de recourir à la médiation de la Russie; elle mit à +nu son caractère; elle crut qu'elle imposerait à l'empereur +Alexandre; mais elle ne put rien obtenir d'une démarche que +cette opinion rendait offensante: la Russie lui répondit par +le silence du mépris et en armant Cronstadt et ses côtes. Cette +démarche de l'Angleterre prouve donc une seule chose; c'est +qu'elle ne pensait pas que la Russie eût arrêté à Tilsitt des +articles secrets contraires à ses intérêts. Cette vérité démontrée +dans ces notes de tant de manières, fait crouler tout l'échafaudage +du manifeste anglais.</p> + +<p><a id="footnotetag16" name="footnotetag16"></a><a href="#footnote16"><sup>16</sup></a>Comment l'Angleterre peut-elle ne pas convenir de l'inviolabilité +de la Baltique? Si cette mer n'est point une mer +fermée, pourquoi les vaisseaux anglais paient-ils à Elseneur?</p> + +<p><a id="footnotetag17" name="footnotetag17"></a><a href="#footnote17"><sup>17</sup></a>L'Europe va juger si ces conditions, sont en effet telles +que la guerre la plus heureuse de la part du Danemarck pourrait +à peine les lui faire obtenir. L'Angleterre demandait:</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote16" name="footnote16"></a><b>Note 16:</b><a href="#footnotetag16"> (retour) </a> Elle nie avoir jamais acquiescé à la reconnaissance de inviolabilité de la mer Baltique.</blockquote> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote17" name="footnote17"></a><b>Note 17:</b><a href="#footnotetag17"> (retour) </a> Elle se targue des conditions avantageuses qu'elle offrait +au Danemarck.</blockquote> + +<p>1º Que la marine danoise restât en dépôt jusqu'à la paix;</p> + +<p>2º Que le juste ressentiment de l'outrage fait à Copenhague, +fît place à des sentimens d'amitié pour l'Angleterre;</p> + +<p>3.° Que les armées danoises prissent parti contre la France +et fissent la guerre pour l'Angleterre.</p> + +<p>Il faut ajouter à tous les avantages que présentaient de si +belles conditions accordées par l'Angleterre, la perte des +possessions danoises en Allemagne, dont la France se serait +emparée, et sur le territoire desquelles elle aurait battu les +Anglais, si elle leur avait permis d'y descendre.</p> + +<p>On chercherait vainement la trace de quelques calculs, de +quelque apparence de raison dans de tels raisonnemens. Le +fait est que la précipitation et l'ignorance président aux conseils +britanniques, et qu'on ne peut trouver dans ce que ce +gouvernement dit, fait ou veut, ni but, ni vue, ni motif.</p> + +<p><a id="footnotetag18" name="footnotetag18"></a><a href="#footnote18"><sup>18</sup></a>Ainsi la Russie n'a point d'intérêt à faire la guerre à +l'Angleterre, car les intérêts du commerce et de la navigation +ne regardent pas les Busses: ils n'ont point d'intérêt à +l'indépendance de la Baltique, car un arrêt du conseil britannique +a déchu la mer Baltique de son indépendance; car +une autre décision du même conseil peut décider qu'ils n'ont +point d'intérêt à la navigation de la Newa. Le but que se +proposent toutes les puissances en rétablissant la liberté des +mers, et en rendant la paix à l'Europe, est un but étranger +à la Russie. La Russie a retiré depuis cent ans un si grand +avantage de ses liaisons avec l'Angleterre, qu'elle n'a plus +rien à désirer. Ce grand avantage consiste dans un traité de +commerce qui a entravé, ruiné l'industrie et le commerce en +Russie; mais puisque ce traité a contribué éminemment à la +prospérité de l'Angleterre, qu'importe qu'il équivaille pour +la Russie au fléau d'une gelée perpétuelle?</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote18" name="footnote18"></a><b>Note 18:</b><a href="#footnotetag18"> (retour) </a> La Russie, suivant elle, se trouve engagée dans une +guerre contraire à ses Intérêts.</blockquote> + +<p><a id="footnotetag19" name="footnotetag19"></a><a href="#footnote19"><sup>19</sup></a>S. M. britannique éprouve ici un étrange embarras, et +son conseil n'est pas fertile en expédiens. La France, l'Autriche, +la Russie demandent que la flotte danoise soit rendue; +que des réparations soient faites au prince royal; que le +peuple anglais, imitant ce que fit le peuple romain en pareille +circonstance, mette à la disposition du prince royal, celui qui +a conseillé au roi d'Angleterre l'expédition de Copenhague; +que les maisons incendiées à Copenhague soient reconstruites +aux frais de l'Angleterre; et qu'enfin S. M. britannique montre +qu'elle désavoue l'outrage fait à tous les souverains. Il y +a loin de là aux propositions que fait l'Angleterre.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote19" name="footnote19"></a><b>Note 19:</b><a href="#footnotetag19"> (retour) </a> Elle allègue les efforts qu'elle a faits pour terminer +la guerre avec le Danemarck.</blockquote> + +<p><a id="footnotetag20" name="footnotetag20"></a><a href="#footnote20"><sup>20</sup></a>Quand on veut soutenir une cause étrangère a toute justice, +à toute vérité; il faut du moins le faire avec talent, et +ce talent ne se manifeste point par l'aveu fort remarquable +que contient ce paragraphe. «La dernière négociation entre +la France et l'Angleterre, a été rompue pour des points qui +touchaient immédiatement, non les intérêts de S. M. britannique, +mais ceux de son allié impérial.» Peuples de l'Europe, +vous l'entendez! Ce n'est pas la France qui s'est opposée à la +paix, ce ne sont pas des intérêts importans pour l'Angleterre +qui ont empêché la paix, c'est la Russie seule qui alors y +mettait obstacle. Eh bien! lorsque cet obstacle n'existe plus, +pourquoi l'Angleterre se refuse-t-elle à la paix? pourquoi, +au lieu de négocier, demande-t-elle sur quelles bases veut +traiter la France? pourquoi continue-t-elle à violer tous les +pavillons? pourquoi maintient-elle le monde entier dans cet +état d'irritation et de violence qui opprime tous les peuples, +qui est à charge à tous les souverains? Tout Anglais doit +rougir d'être gouverné par de tels hommes.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote20" name="footnote20"></a><b>Note 20:</b><a href="#footnotetag20"> (retour) </a> Elle repousse l'idée de la conclusion d'un traité avec +la France, et s'excuse sur la forme offensante que la Russie aurait donnée +à cette proposition.</blockquote> + +<p>Nous ne relevons point la phrase qui termine ce paragraphe. +Le langage insultant de souverain à souverain n'avilit que +celui qui se le permet. L'empereur de Russie méprisera l'insulte +de l'Angleterre; mais la nation russe ne manquera pas +de s'en ressouvenir. On ne voit pas ce que le manifeste aurait +perdu à la suppression de cette phrase et de beaucoup d'autres. +La plus haute estime réunit la France et la Russie; leur +union fait le désespoir de l'Angleterre, et lui sera funeste. +Si l'Angleterre avait voulu qu'elle n'eût pas lieu, il ne fallait +pas faire l'expédition de Copenhague; il fallait ouvrir des +négociations pour arriver à cette paix, d'autant plus facile à +conclure, que, selon les ministres anglais, elle n'a été rompue +que pour des points qui touchaient immédiatement aux intérêts +de S. M. impériale.</p> + +<p><a id="footnotetag21" name="footnotetag21"></a><a href="#footnote21"><sup>21</sup></a>Ce qui a maintenu la puissance maritime de l'Angleterre, +ce ne sont ni des principes, ni des maximes tyranniques; +c'est la politique, l'énergie, le bon sens, la bonne conduite +de vos pères; c'est la division qu'ils ont souvent eu l'adresse +de semer sur le continent. Ce qui contribuera essentiellement +à sa ruine, c'est l'inconsidération, la précipitation, la violence +et la folle arrogance de leurs successeurs. L'empereur +de Russie désire la paix maritime; l'Autriche, la France, +l'Espagne partagent les mêmes sentimens.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote21" name="footnote21"></a><b>Note 21:</b><a href="#footnotetag21"> (retour) </a> Elle s'étaie des principes de droit maritime auxquels elle +attribue sa prospérité.</blockquote> + +<p>Vous avez dit que la négociation avec la France n'avait été +rompue que pour des points qui touchaient les intérêts de la +Russie; pourquoi donc aujourd'hui, nous le répétons encore, +continuez-vous la guerre? Pourquoi? c'est que vous ne voulez +pas la paix.</p> + +<p>C'est parce que vous ne voulez pas la paix que vous élevez +des questions inutiles. La France, l'Autriche, l'Espagne, la +Hollande, Naples, disent comme l'empereur de Russie, qu'ils +proclament de nouveau les principes de la neutralité armée. +Ces puissances ont sans doute le droit de déclarer les principes +qui doivent être la règle de leur politique; elles ont le +droit de dire à quelles conditions il leur convient d'être neutres +ou ennemies. Vous proclamez de nouveau les principes +de vos lois maritimes; eh bien! cette opposition de +principes ne sera point un obstacle au rétablissement de la +paix; ils ne sont de part et d'autre d'aucun effet en temps de +paix; ils ne trouvent leur application que quand vous êtes +en guerre avec une puissance maritime; mais alors chaque +gouvernement a le droit et le pouvoir de considérer comme +une hostilité la première violation de son pavillon. Les circonstances +où vous vous trouvez, décideront la conduite que +vous tiendrez alors; si c'est avec la France que vous êtes en +guerre, vous ne la jugerez pas une puissance assez faible pour +qu'il vous soit indifférent de vous attirer d'autres ennemis, et +vous userez de ménagemens avec le reste de l'Europe. Vous +n'en êtes venus à insulter tous les pavillons, qu'après avoir +eu l'adresse d'armer tout le continent contre la France. Vos +principes maritimes ont alors changé, et ils ont été plus violens, +plus injustes à mesure que vos liaisons continentales se +resserraient, ou que vos alliés soutenaient plus péniblement +la lutte dans laquelle vous les aviez engagés. C'est ainsi que +quand la Russie était obligée de réunir tous ses moyens contre +les Français en Pologne, vous avez violé son pavillon; +vous lui avez refusé pour son traité de commerce, des concessions +que vous vous êtes montrés disposés à lui accorder, +lorsqu'elle n'a plus eu d'ennemis à combattre. Les puissances +du continent, en proclamant de nouveau les principes de la +neutralité armée, ne font autre chose que d'énoncer les +maximes qu'elles se proposent d'adopter dans la prochaine +guerre maritime. Vous ne pouvez les empêcher de diriger +leur politique comme elles l'entendent; elles usent en cela +d'un droit qui appartient à tous les gouvernemens, et à +l'usurpation duquel elles n'auraient à opposer que l'<i>ultima +ratio regum</i>. De votre côté, vous proclamez les principes +de vos lois maritimes, c'est-à-dire, les principes dont vous +voulez vous servir à la prochaine guerre. Le continent n'a +aucun intérêt à exiger de vous à cet égard ni des déclarations, +ni des renonciations; les déclarations seraient inutiles dès le +moment où vous croiriez pouvoir les oublier impunément; +des renonciations sont sans objet, car on ne renonce point à +des droits qu'on n'a pas. Si l'on juge de ce que vous ferez par +ce que vous avez fait jusqu'à ce jour, on en conclura que +vous n'exigerez des puissances du continent, ni déclaration, ni +renonciation; et comme elles n'en exigeront pas de vous, il +n'y a donc aucune question à discuter, aucune difficulté à +résoudre; il n'y a donc rien ici qui puisse retarder d'un jour +les bienfaits de la paix. Si cependant vous éleviez l'étrange +et nouvelle prétention d'imposer à la France et autres puissances +du continent, par un acte de votre seule volonté, l'obligation +de souscrire à vos lois maritimes, ce serait la même +chose que si vous exigiez que la législature et la souveraineté +de la Russie, de la France, de l'Espagne, fussent transportées +à Londres: belle prérogative pour votre parlement. Ce +serait la même chose que si vous proclamiez la guerre perpétuelle, +ou du moins que si vous mettiez pour terme à la +guerre, le moment où vos armes se seraient emparées de Pétersbourg, +de Paris, de Vienne et de Madrid. Mais si tel n'est +point le fond de votre pensée, il n'y a donc plus aucun obstacle +à la paix. Car, selon vos propres expressions, les négociations +n'ont été rompues que pour des points qui touchaient +immédiatement, non les intérêts de S. M. britannique, mais +ceux de son allié impérial; car l'allié impérial de S. M. +britannique vous a fait connaître que la paix est désormais le +principal but de ses voeux, le principal objet de son intérêt.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Paris, le 4 février 1808.</p> + +<p class="milieu"><i>Lettre de S. M. l'empereur et roi, à madame mère.</i></p> + +<p>Madame.</p> + +<p>J'ai lu avec attention les procès-verbaux du chapitre-général +des soeurs de la Charité. J'ai fort à coeur de voir s'augmenter +et s'accroître le nombre des maisons et des individus de +ces différentes institutions, ayant pour but le soulagement et +le soin des malades de mon empire.</p> + +<p>J'ai fait connaître à mon ministre des cultes ma volonté, +que les réglemens de ces différentes institutions fussent révisés +et arrêtés définitivement par mon conseil, dans l'année. +Je désire que les chefs des différentes maisons sentent la nécessité +de réunir des institutions séparées autant que cela sera +possible; elles acquerront plus de considération, trouveront +plus de facilités pour leur administration, et auront droit à +ma protection spéciale. Toutes les maisons que les députés +ont demandées, tous les secours de premier établissement et +secours annuels que vous-avez jugé convenable de demander +pour elles, seront accordés. Je suis même disposé à leur faire +de nouvelles et de plus grandes faveurs, toutes les fois que +les différens chefs des maisons seconderont de tous leurs efforts +et de tout leur zèle le voeu de mon coeur pour le soulagement +des pauvres, et en se dévouant avec cette charité +que notre sainte religion peut seule inspirer au service des +hôpitaux et des malheureux. Je ne puis, madame, que vous +témoigner ma satisfaction du zèle que vous montrez et des +nouveaux soins que vous vous donnez. Ils ne peuvent rien +ajouter aux sentimens de vénération et à l'amour filial que je +vous porte. Votre affectionné fils.</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Paris, le 15 février 1808.</p> + +<p class="milieu"><i>Message de S. M. au Sénat-conservateur.</i></p> + +<p>Sénateurs,</p> + +<p>Nous avons jugé convenable de nommer notre beau-frère +le prince Borghèse à la dignité de gouverneur-général, érigée +par le sénatus-consulte organique du 2 du présent mois. Nos +peuples des départemens au-delà des Alpes reconnaîtront +dans la création de cette dignité, et dans le choix que nous +avons fait pour la remplir, notre désir d'être plus immédiatement +instruit de tout ce qui peut les intéresser, et le sentiment +qui rend toujours présentes à notre pensée les parties même +les plus éloignées de notre empire.</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Paris, le 27 février 1807.</p> + +<p class="milieu"><i>Réponse de S. M. à une députation de la deuxième +classe de l'Institut.</i></p> + +<p>Messieurs les députés de la seconde classe de l'Institut, si la +langue française est devenue une langue universelle, c'est +aux hommes de génie qui ont siégé, ou qui siégent parmi +vous, que nous en sommes redevables.</p> + +<p>J'attache du prix au succès de vos travaux; ils tendent à +éclairer mes peuples et sont nécessaires à la gloire de ma couronne.</p> + +<p>J'ai entendu avec satisfaction le compte que vous venez de +me rendre.</p> + +<p>Vous pouvez compter sur ma protection.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Paris, le 5 mars 1808.</p> + +<p class="milieu"><i>Réponse de S. M. à une députation de la quatrième +classe de l'Institut.</i></p> + +<p>Messieurs les président et députés de la quatrième classe +de l'Institut, Athènes et Rome sont encore célèbres par leurs +succès dans les arts; l'Italie dont les peuples me sont chers à +tant de titres, s'est distinguée la première parmi les nations +modernes. J'ai à coeur de voir les artistes français effacer la +gloire d'Athènes et de l'Italie. C'est à vous de réaliser de si +belles espérances. Vous pouvez compter sur ma protection.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Baïonne, le 16 avril 1808.</p> + +<p class="milieu"><i>Lettre de S. M. l'empereur au prince des Asturies.</i></p> + +<p>Mon frère, j'ai reçu la lettre de votre altesse royale. Elle +doit avoir acquis la preuve, dans les papiers qu'elle a eus du +roi son père, de l'intérêt que je lui ai toujours porté. Elle +me permettra, dans la circonstance actuelle, de lui parler avec +franchise et loyauté. En arrivant à Madrid, j'espérais porter +mon illustre ami à quelques réformes nécessaires dans ses +états, et à donner quelque satisfaction à l'opinion publique. +Le renvoi du prince de la Paix me paraissait nécessaire pour +son bonheur, et celui de ses sujets. Les affaires du Nord ont +retardé mon voyage. Les événemens d'Aranjuez ont eu lieu. +Je ne suis point juge de ce qui s'est passé, et de la conduite +du prince de la Paix; mais ce que je sais bien, c'est qu'il est +dangereux pour les rois d'accoutumer les peuples à répandre +du sang et à se faire justice eux-mêmes. Je prie Dieu que +V. A. R. n'en fasse pas elle-même un jour l'expérience. Il +n'est pas de l'intérêt de l'Espagne de faire du mal à un prince +qui a épousé une princesse du sang royal et qui a si longtemps +régi le royaume. Il n'a plus d'amis: V. A. R. n'en aura +plus, si jamais elle est malheureuse. Les peuples se vengent volontiers +des hommages qu'ils nous rendent. Comment d'ailleurs +pourrait-on faire le procès au prince de la Paix, sans +le faire à la reine et au roi votre père? Ce procès alimentera +les haines et les passions factieuses: le résultat en sera funeste +pour votre couronne. V. A. R. n'y a de droits que ceux +que lui a transmis sa mère. Si le procès la déshonore, V.A.R. +déchire par là ses droits. Qu'elle ferme l'oreille à des conseils +faibles et perfides. Elle n'a pas le droit de juger le prince de +la Paix. Ses crimes, si on lui en reproche, se perdent dans +les droits du trône. J'ai souvent manifesté le désir que le +prince de la Paix fût éloigné des affaires; l'amitié du roi +Charles m'a porté souvent à me taire et à détourner les yeux +des faiblesses de son attachement. Misérables hommes que +nous sommes! faiblesse et erreur, c'est notre devise. Mais tout +cela peut se concilier: que le prince de la Paix soit exilé +d'Espagne, et je lui offre un refuge en France. Quant à l'abdication +de Charles IV, elle a eu lieu dans un moment où mes +armées couvraient les Espagnes: et aux yeux de l'Europe et +de la postérité, je paraîtrais n'avoir envoyé tant de troupes que +pour précipiter du trône mon allié et mon ami. Comme souverain +voisin, il m'est permis de vouloir en connaître les motifs +avant de reconnaître cette abdication. Je le dis à V.A.R., aux +Espagnols, au monde entier: si l'abdication du roi Charles +est de pur mouvement, s'il n'y a pas été forcé par l'insurrection +et l'émeute d'Aranjuez, je ne fais aucune difficulté de +l'admettre, et je reconnais V.A.R. comme roi d'Espagne. Je +désire donc causer avec elle sur cet objet. La circonspection +que je porte depuis un mois dans ces affaires, doit être garant +de l'appui qu'elle trouvera en moi, si, à son tour, des factions, +de quelque nature qu'elles soient, venaient à l'inquiéter sur +son trône. Quand le roi Charles me fit part de l'événement +du mois d'octobre dernier, j'en fus douloureusement affecté; +et je pense avoir contribué par les insinuations que j'ai faites, +à la bonne issue de l'affaire de l'Escurial. V.A.R. avait +bien des torts; je n'en veux pour preuve que la lettre qu'elle +m'a écrite, et que j'ai constamment voulu ignorer. Roi à son +tour, elle saura combien les droits du trône sont sacrés. Toute +démarche près d'un souverain étranger de la part d'un prince +héréditaire, est criminelle. V. A. R. doit se défier des écarts, +des émotions populaires. On pourra commettre quelques meurtres +sur mes soldats isolés, mais la ruine de l'Espagne en serait +le résultat. J'ai déjà vu avec peine qu'à Madrid on avait +répandu des lettres du capitaine-général de la Catalogne et +fait tout ce qui pouvait donner du mouvement aux têtes. +V. A. R. connaît ma pensée toute entière. Elle voit que je +flotte entre diverses idées qui ont besoin d'être fixées. Elle +peut être certaine que dans tous les cas je me comporterai +avec elle, comme envers le roi son père. Qu'elle croie à mon +désir de tout concilier et de trouver des occasions de lui donner +des preuves de mon affection et de ma parfaite estime. +Sur ce, etc., etc.</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Baïonne, le 25 mai 1808.</p> + +<p class="milieu"><i>Proclamation.</i></p> + +<p>Napoléon, empereur des Français, roi d'Italie, protecteur +de la confédération du Rhin, etc., etc., etc.</p> + +<p>A tous ceux qui les présentes verront, salut.</p> + +<p>Espagnols!</p> + +<p>Après une longue agonie, votre nation périssait; j'ai vu +vos maux, je vais y porter remède; votre grandeur, votre +puissance fait partie de la mienne.</p> + +<p>Vos princes m'ont cédé tous leurs droits à la couronne des +Espagnes. Je ne veux point régner sur vos provinces, mais +je veux acquérir des titres éternels à l'amour et à la reconnaissance +de votre postérité.</p> + +<p>Votre monarchie est vieille: ma mission est de la rajeunir. +J'améliorerai toutes vos institutions, et je vous ferai jouir, +si vous me secondez, des bienfaits d'une réforme, sans froissemens, +sans désordre, sans convulsions.</p> + +<p>Espagnols, j'ai fait convoquer une assemblée générale des +députations des provinces et des villes. Je veux m'assurer par +moi-même de vos désirs et de vos besoins.</p> + +<p>Je déposerai alors tous mes droits et je placerai votre glorieuse +couronne sur la tête d'un autre moi-même, en vous garantissant +une constitution qui concilie la sainte et salutaire +autorité du souverain avec les libertés et les priviléges du +peuple.</p> + +<p>Espagnols, souvenez-vous de ce qu'ont été vos pères: +voyez ce que vous êtes devenus. La faute n'en est pas à vous, +mais à la mauvaise administration qui vous a régis. Soyez +pleins d'espérance et de confiance dans les circonstances actuelles; +car je veux que vos derniers neveux conservent mon +souvenir et disent; <i>Il est le régénérateur de notre patrie.</i></p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Baïonne, le 6 juin 1808.</p> + +<p class="milieu"><i>Proclamation.</i></p> + +<p>Napoléon, par la grâce de Dieu, empereur des Français, +roi d'Italie, protecteur de la confédération du Rhin, à tous +ceux qui ces présentes verront, salut.</p> + +<p>La junte d'état, le conseil de Castille, la ville de Madrid, +etc., nous ayant, par des adresses, fait connaître que +le bien de l'Espagne voulait que l'on mît promptement un +terme à l'interrègne, nous avons résolu de proclamer, comme +nous proclamons par la présente, notre bien-aimé frère Joseph +Napoléon, actuellement roi de Naples et de Sicile, roi +des Espagnes et des Indes.</p> + +<p>Nous garantissons au roi des Espagnes l'indépendance et +l'intégrité de ses états, soit d'Europe, soit d'Afrique, soit +d'Asie, soit d'Amérique.</p> + +<p>Enjoignons au lieutenant-général du royaume, aux ministres, +et au conseil de Castille, de faire expédier et publier la +présente proclamation dans les formes accoutumées, afin que +personne n'en puisse prétendre cause d'ignorance.</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> +<br><br><br> + + +<p><b><i>Notes contenues dans le Moniteur.</i></b></p> + +<p><a id="footnotetag22" name="footnotetag22"></a><a href="#footnote22"><sup>22</sup></a> Il est vrai que quarante mille hommes de la dernière conscription +se rendent en Allemagne pour renforcer les cadres +de la grande armée, et remplacer le double de vieilles troupes +qui en sont retirées pour l'Espagne; ainsi la grande armée +sera plutôt diminuée qu'augmentée par l'effet de cette +mesure, qui n'indique donc aucun projet hostile.</p> + +<p><a id="footnotetag23" name="footnotetag23"></a><a href="#footnote23"><sup>23</sup></a> Jamais le royaume de Naples n'a été plus tranquille. Depuis +cent ans, il n'y a jamais eu moins d'assassinats et de brigandages, +les galériens que des frégates anglaises y ont débarqués, +ont été pris par les gardes du pays et livrés à la +justice. La présence de l'armée anglaise en Sicile ne s'y fait +point sentir; elle est retranchée dans Syracuse et Messine; +l'expérience prouvera si elle saura défendre la Sicile.</p> + +<p><a id="footnotetag24" name="footnotetag24"></a><a href="#footnote24"><sup>24</sup></a> Bruits d'agiotage; le comte de Metternich est à Paris, et, +qui mieux est, y est très-bien vu. Le général Andréossi est +à Vienne. Les troupes françaises sont dans leurs cantonnemens, +et à plus de cent lieues de l'Autriche proprement dite.</p> + +<p><a id="footnotetag25" name="footnotetag25"></a><a href="#footnote25"><sup>25</sup></a> Il est plaisant de mettre en doute si la France et ses alliés +peuvent à la fois faire la guerre à l'Autriche et à l'Espagne, +lorsque, sans alliés, elle a vaincu quatre coalitions dix fois +plus redoutables; n'importe, les Anglais verraient avec plaisir +l'Autriche faire la guerre dans le même esprit qu'ils ont +excité la coalition de la Prusse, quoiqu'ils prévissent bien ce +qui arriverait à la Prusse; mais ils vivent au jour le jour; +une guerre qui ne durerait que six mois, serait toujours autant +de gagné pour eux; ils ne songent pas au résultat qui +ne pourrait qu'empirer leur position.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote22" name="footnote22"></a><b>Note 22:</b><a href="#footnotetag22"> (retour) </a> Les gazettes anglaises annonçaient une concentration de +troupes françaises sur le Rhin.</blockquote> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote23" name="footnote23"></a><b>Note 23:</b><a href="#footnotetag23"> (retour) </a> Elles parlaient de troubles dans l'Italie.</blockquote> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote24" name="footnote24"></a><b>Note 24:</b><a href="#footnotetag24"> (retour) </a> Elles donnaient comme certaines la nouvelle du rappel +de l'ambassadeur d'Autriche de Paris.</blockquote> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote25" name="footnote25"></a><b>Note 25:</b><a href="#footnotetag25"> (retour) </a> Elles parlaient de la détermination qu'avait prise Napoléon +de faire marcher de front la guerre d'Espagne avec celle qu'il méditait +contre l'Autriche.</blockquote> + +<p><a id="footnotetag26" name="footnotetag26"></a><a href="#footnote26"><sup>26</sup></a> L'Angleterre connaît l'étroite union qui existe entre la +France et la Russie; elle sait que ces deux grandes puissances +sont résolues à réunir leurs forces, et à reconnaître pour ennemi +tout ami de l'Angleterre; elle sait que la paix ne sera +pas troublée en Allemagne, et elle ne conserve aucun espoir +raisonnable de succès définitifs, en fomentant des troubles +et des désordres en Espagne; elle sait que c'est du sang et +des victimes inutiles; mais cet encens lui est agréable; les +déchiremens du continent sont ses délices; elle sait bien aussi +qu'avant que l'année soit révolue, il n'y aura pas un seul +village d'Espagne insurgé, pas un Anglais sur cette terre: +mais qu'importe à l'Angleterre? elle ne connaît ni honte ni +remords; ses armées se rembarqueront et abandonneront ses +dupes; elle traitera les insurgés d'Espagne comme elle a traité +le roi de Suède. Elle a mis les armes à la main à ce souverain, +l'a flatté d'un secours puissant: vingt ou trente mille +hommes devaient le secourir contre le Danemarck et contre +la Russie; mais les promesses sont faciles. Le général Moore +et cinq mille hommes sont arrivés et sont restés deux mois +mouillés sur la côte de Suède, pendant que la Finlande était +conquise, et que les Suédois étaient chassés de la Norwège. Il +y a peu de semaines, nous cherchions comment l'Angleterre +pourrait se tirer avec honneur de cette lutte folle du Nord; +si elle débarque une armée, disions-nous, cette armée sera +prise pendant l'hiver; nous ne pouvions nous attendre, quelque +mauvaise opinion que nous eussions de la bonne foi britannique, +que cette perfide puissance abandonnerait la Suède +à son malheureux sort, et sortirait de là en donnant de nouvelles +preuves de ce que les alliés de l'Angleterre ont à attendre +d'elle; trahison et abandon. Les insurgés espagnols +seront trahis et abandonnés de même lorsque l'aigle française +couvrira de ses ailes toutes les Espagnes.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote26" name="footnote26"></a><b>Note 26:</b><a href="#footnotetag26"> (retour) </a> Le journaliste regardait comme un devoir du gouvernement +anglais de fournir à ses alliés des subsides et des munitions.</blockquote> + +<p>L'ineptie, le défaut de courage d'esprit ont fait essuyer +quelques échecs à nos armes; ils seront promptement réparés, +et alors les Anglais se précipiteront sur leurs vaisseaux; ils +abandonneront leurs alliés, et, comme à Quiberon, tireront +sur les malheureux qu'ils auront laissés sur le rivage.</p> + +<p>Quant à l'Autriche, la paix sera maintenue sur le continent, +parce que l'Angleterre y est sans influence. Le mépris +et la haine qu'elle inspire sont communs à toutes les grandes +puissances; toutes ont été ses victimes; M. Adair a été +chassé de Vienne, le jour où M. de Staremberg est revenu de +Londres.</p> + +<p>Les armemens faits par l'Angleterre sous pavillon américain, +qu'escortaient à Trieste des frégates anglaises, ont été +repoussés et proscrits par un dernier édit de l'empereur François II. +La bonne intelligence n'a pas cessé de régner entre +l'Autriche et la France.</p> + +<p>Les agens obscurs que l'Angleterre solde, et qui se cachent +dans cette foule d'escrocs que poursuit la police de tous les +gouvernemens de l'Europe, ont dit à Vienne que la France +allait faire la guerre à l'Autriche; et à Paris, que l'Autriche +levait de nouvelles armées pour attaquer la France. Les oisifs +avides de nouvelles et d'émotions, ont pu, sur ces obscures +rumeurs, supposer des marches, des contremarches, et bâtir +des plans de campagne aussi frivoles qu'eux; mais les deux +cabinets n'ont pas cessé d'être dans les relations les plus amicales. +Dans l'entrevue que l'empereur Napoléon a eue avec l'empereur +Francois II en Moravie, l'empereur François lui promit +qu'il ne lui ferait plus la guerre. Ce prince a prouvé qu'il +tenait sa parole. Il est curieux de voir que, tandis que le cabinet +d'Autriche assure et déclare qu'il est bien avec la France, +que la France publie les mêmes assurances; il est curieux, +disons-nous, de voir que cette faction brouillonne, qui se +nourrit d'agiotage, de calomnies, de libelles, continue à jeter +l'inquiétude parmi les hommes paisibles.</p> + +<p>Les affaires d'Espagne sont irrévocablement fixées; elles +sont reconnues par les grandes puissances du continent. Si +l'on a été déçu dans l'espoir de conduire ces peuples à un +meilleur ordre de choses, sans troubles, sans désordres, sans +guerre, c'est une victoire qu'a obtenue le génie du mal sur +l'esprit du bien. Du reste et en définitif, cela ne sera funeste +qu'à l'Angleterre et à ses partisans. Ces vérités sont +évidentes, et il n'y a pas un homme de sens à Londres qui +n'en soit pénétré.</p> + +<p>Que penser de la politique et de la raison d'un cabinet +qui; ayant, excité la Suède contre la Russie, espérait la soutenir +avec une expédition de cinq mille hommes?</p> + +<p>Tant qu'il s'agira de calomnier, de séduire, de suborner, +l'Angleterre aura l'avantage dans ce genre de guerre; mais +lorsqu'il verra l'aigle le suivre de l'oeil, le léopard sentira fuir +sous ses pas la terre ferme, et ne trouvera de refuge que sur +ses flottes et dans l'élément des tempêtes.</p> + +<p>La paix est le voeu de l'univers; les événemens qui ont +changé la face du monde depuis la rupture de la paix d'Amiens, +c'est à la rupture de cette paix qu'il faut les attribuer; +les événemens si défavorables à l'Angleterre qui se sont passés +depuis la mort de Fox, c'est à sa mort et à la rupture des +négociations qu'il faut les attribuer; les changemens survenus +en Europe depuis la paix de Tilsitt, c'est au refus d'accepter +la médiation de la Russie qu'il faut les attribuer: ce +qui arrivera encore sur le continent, de contraire à la grandeur +et à l'intérêt de l'Angleterre, si la paix n'a pas lieu, il +faudra l'attribuer à cette obstination folle, à cette politique +aveugle et furibonde qui, malgré l'union des grandes puissances, +met toujours son avenir dans les rêves d'une division +impossible, et du renouvellement de coalitions qui ne peuvent +exister que contre elle. C'est bien ici le lieu d'appliquer +cette maxime de Cicéron, que le parti le plus politique est +celui qui est le plus conforme à la justice. La continuation +de la paix d'Amiens eût laissé l'Europe dans le même +état. La paix que voulait Fox eût empêché la ruine de la +Prusse et l'occupation des villes du Nord. L'acceptation de la +médiation offerte par la Russie eût empêché les affaires de la +Baltique et d'Espagne. Et si la paix n'a pas lieu dans l'année, +qui peut prédire les événemens contraires à l'intérêt de +l'Angleterre qui se se seront passés d'ici à un an?</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Saint-Cloud, le 4 septembre 1808.</p> + +<p class="milieu"><i>Message de S. M. l'empereur et roi au sénat conservateur.</i></p> + +<p>Sénateurs,</p> + +<p>Mon ministre des relations extérieures mettra sous vos +yeux les différens traités relatifs à l'Espagne, et les constitutions +acceptées par la junte espagnole.</p> + +<p>Mon ministre de la guerre vous fera connaître les besoins +et la situation de mes armées dans les différentes parties du +monde.</p> + +<p>Je suis résolu à pousser les affaires d'Espagne avec la plus +grande activité et à détruire les armées que l'Angleterre a débarquées +dans ce pays.</p> + +<p>La sécurité future de mes peuples, la prospérité du commerce, +et la paix maritime sont également attachées à ces +importantes opérations.</p> + +<p>Mon alliance avec l'empereur de Russie ne laisse à l'Angleterre +aucun espoir dans ses projets. Je crois à la paix du +continent; mais je ne veux, ni ne dois dépendre des faux +calculs et des erreurs des autres cours; et puisque mes voisins +augmentent leurs armées, il est de mon devoir d'augmenter +les miennes.</p> + +<p>L'empire de Constantinople est en proie aux plus affreux +bouleversemens; le sultan Sélim, le meilleur empereur qu'aient +eu depuis long-temps les Ottomans, vient de mourir de la +main de ses propres neveux; cette catastrophe m'a été sensible.</p> + +<p>J'impose avec confiance de nouveaux sacrifices à mes peuples; +ils sont nécessaires pour leur en épargner de plus considérables +et pour nous conduire au grand résultat de la paix +générale, qui doit seul être regardé comme le moment du +repos.</p> + +<p>Français, je n'ai dans mes projets qu'un but, le bonheur +et la sécurité de vos enfans, et, si je vous connais bien, vous +vous hâterez de répondre au nouvel appel qu'exige l'intérêt +de la patrie. Vous m'avez dit si souvent que vous m'aimiez! +Je reconnaîtrai la vérité de vos sentimens à l'empressement +que vous mettrez à seconder des projets si intimement liés +à vos plus chers intérêts, à l'honneur de l'empire et à ma +gloire.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Paris, le 19 septembre 1808.</p> + +<p class="milieu"><i>Allocution à l'avant-garde des troupes de la grande armée, +réunie à la parade du 11 septembre 1808, dans +la place du Carrousel.</i></p> + +<p>Soldats!</p> + +<p>Après avoir triomphé sur les bords du Danube et de la +Vistule, vous avez traversé l'Allemagne à marches forcées; +je vous fais aujourd'hui traverser la France sans vous donner +un moment de repos.</p> + +<p>Soldats, j'ai besoin de vous; la présence hideuse du léopard +souille les continens d'Espagne et du Portugal. Qu'à +votre aspect il fuie épouvanté: portons nos aigles triomphantes +jusqu'aux colonnes d'Hercule: là aussi nous avons +des outrages à venger.</p> + +<p>Soldats, vous avez surpassé la renommée des armées modernes; +mais avez-vous égalé la gloire des armées de Rome, +qui, dans une même campagne, triomphèrent sur le Rhin et +sur l'Euphrate, en Illyrie et sur le Tage?</p> + +<p>Une longue paix, une prospérité durable seront le prix de +vos travaux; un vrai Français ne peut, ne doit prendre aucun +repos jusqu'à ce que les mers soient ouvertes et affranchies.</p> + +<p>Soldats, tout ce que vous avez fait, tout ce que vous ferez +encore pour le bonheur du peuple français et pour ma gloire, +sera éternellement dans mon coeur.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Erfurth, le 12 octobre 1808.</p> + +<p class="milieu"><i>Lettre de LL. MM. les empereurs de France et de +Russie à S. M. le roi d'Angleterre.</i></p> + +<p>Sire,</p> + +<p>Les circonstances actuelles de l'Europe nous ont réunis à +Erfurth. Notre première pensée est de céder au voeu et aux +besoins de tous les peuples, et de chercher, par une prompte +pacification avec Votre Majesté, le remède le plus efficace +aux malheurs qui pèsent sur toutes les nations. Nous en faisons +connaître notre sincère désir à Votre Majesté par cette +présente lettre.</p> + +<p>La guerre longue et sanglante qui a déchiré le continent +est terminée, sans qu'elle puisse se renouveler. Beaucoup de +changemens ont eu lieu en Europe: beaucoup d'états ont été +bouleversés. La cause en est dans l'état d'agitation et de malheurs +où la cessation du commerce maritime a placé les grands +peuples. De plus grands changemens encore peuvent avoir +lieu et tout contraires à la politique de la nation anglaise. La +paix est donc à la fois dans l'intérêt des peuples du continent +comme dans l'intérêt des peuples de la Grande-Bretagne.</p> + +<p>Nous nous réunissons pour prier Votre Majesté d'écouter +la voix de l'humanité, en faisant taire celle des passions, de +chercher, avec l'intention d'y parvenir, à concilier tous les +intérêts, et par là, garantir toutes les puissances qui existent, +et assurer le bonheur de l'Europe et de cette génération à la +tête de laquelle la Providence nous à placés.</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON, ALEXANDRE.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Erfurth, le 12 octobre 1808.</p> + +<p class="milieu"><i>Lettre de S. M. l'empereur Napoléon aux rois de Bavière, +de Saxe, de Westphalie, de Wurtemberg, au +grand-duc de Bade et au Prince-Primat.</i></p> + +<p>Monsieur mon frère, les assurances données par la cour de +Vienne que les milices étaient renvoyées chez elles et ne seraient +plus rassemblées, qu'aucun armement ne donnerait +plus d'inquiétude pour les frontières de la confédération; la +lettre que je reçois de l'empereur d'Autriche, les protestations +réitérées que m'a faites M. le baron de Vincent, et plus +que cela, le commencement d'exécution qui a eu déjà lieu +en ce moment en Autriche, de différentes promesses qui ont +été faites, me portent à écrire à V. M. que je crois que la +tranquillité des états de la confédération n'est d'aucune manière +menacée, et que V. M. est maîtresse de lever ses camps +et de remettre ses troupes dans leurs quartiers de la manière +qu'elle est accoutumée de le faire. Je pense qu'il est convenable +que son ministre a Vienne reçoive pour instruction de +tenir ce langage, que les camps seront reformés, et que les +troupes de la confédération et du protecteur seront remises +en situation hostile toutes les fois que l'Autriche ferait des +armemens extraordinaires et inusités; que nous voulons enfin +tranquillité et sûreté.</p> + +<p>Sur ce, je prie Dieu qu'il vous ait en sa sainte et digne +garde.</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Erfurt, le 14 octobre 1808.</p> + +<p class="milieu"><i>Lettre de Sa Majesté l'empereur Napoléon à Sa Majesté +l'empereur d'Autriche.</i></p> + +<p>Monsieur mon frère, je remercie Votre Majesté impériale +et royale de la lettre qu'elle a bien voulu m'écrire, et que +M. le baron de Vincent m'a remise. Je n'ai jamais douté des +intentions droites de Votre Majesté; mais je n'en ai pas +moins craint un moment de voir les hostilités se renouveler +entre nous. Il est à Vienne une faction qui affecte la peur +pour précipiter votre cabinet dans des mesures violentes qui +seraient l'origine de malheurs plus grands que ceux qui ont +précédé. J'ai été le maître de démembrer la monarchie de +Votre Majesté, ou du moins de la laisser moins puissante. +Je ne l'ai pas voulu: ce qu'elle est, elle l'est de mon voeu. +C'est la plus évidente preuve que nos comptes sont soldés +et que je ne veux rien d'elle. Je suis toujours prêt à garantir +l'intégrité de sa monarchie; je ne ferai jamais rien contre +les principaux intérêts de ses états; mais Votre Majesté ne doit +pas mettre en discussion ce que quinze ans de guerre ont +terminé; elle doit défendre toute proclamation ou démarche +provoquant la guerre. La dernière levée en masse aurait produit +la guerre, si j'avais pu craindre que cette levée et ces +préparatifs fussent combinés avec la Russie. Je viens de licencier +les camps de la confédération. Cent mille hommes de +mes troupes vont à Boulogne pour renouveler mes projets +sur l'Angleterre; j'ai dû croire, lorsque j'ai eu le bonheur +de voir Votre Majesté, et que j'ai conclu le traité de Presbourg, +que nos affaires étaient terminées pour toujours, et +que je pourrais me livrer à la guerre maritime sans être inquiété +ni distrait. Que Votre Majesté se méfie de ceux qui, +lui parlant des dangers de sa monarchie, troublent ainsi son +bonheur, celui de sa famille et de ses peuples. Ceux-là seuls +sont dangereux, ceux-là seuls appellent les dangers qu'ils +feignent de craindre. Avec une conduite droite, franche et +simple, Votre Majesté rendra ses peuples heureux, jouira +elle-même du bonheur dont elle doit sentir le besoin après +tant de troubles, et sera sûre d'avoir en moi un homme décidé +à ne jamais rien faire contre ses principaux intérêts. Que +ses démarches montrent de la confiance, elles en inspireront. +La meilleure politique aujourd'hui, c'est la simplicité et la +vérité. Qu'elle me confie ses inquiétudes, lorsqu'on parviendra +à lui en donner, je les dissiperai sur-le-champ. Que Votre +Majesté me permette un dernier mot: qu'elle écoute son opinion, +son sentiment, il est bien supérieur à celui de ses +conseils.</p> + +<p>Je prie Votre Majesté de lire ma lettre dans un bon sens; +et de n'y voir rien qui ne soit pour le bien et la tranquillité +de l'Europe et de Votre Majesté.</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Paris, le 25 octobre 1808.</p> + +<p class="milieu"><i>Discours de l'empereur à l'ouverture du corps législatif.</i></p> + +<p>Messieurs les députés des départemens au corps législatif,</p> + +<p>Les Codes qui fixent les principes de la propriété et de la +liberté civile qui sont l'objet de vos travaux obtiennent l'opinion +de l'Europe. Mes peuples en éprouvent déjà les plus salutaires +effets.</p> + +<p>Les dernières lois ont posé les bases de notre système de +finances. C'est un monument de la puissance et de la grandeur +de la France. Nous pourrons désormais subvenir aux dépenses +que nécessiterait même une coalition générale de l'Europe, +par nos seules recettes annuelles; nous ne serons jamais contraints +d'avoir recours aux mesures désastreuses du papier-monnaie, +des emprunts et des arriérés.</p> + +<p>J'ai fait cette année plus de mille lieues dans l'intérieur de +mon empire. Le système de travaux que j'ai arrêté pour l'amélioration +du territoire se poursuit avec activité.</p> + +<p>La vue de cette grande famille française, naguère déchirée +par les opinions et les haines intestines, aujourd'hui prospère, +tranquille et unie, a sensiblement ému mon âme. J'ai senti que +pour être heureux, il me fallait d'abord l'assurance que la +France fût heureuse.</p> + +<p>Le traité de paix de Presbourg, celui de Tilsitt, l'attaque +de Copenhague, l'attentat de l'Angleterre contre toutes les +nations maritimes, les différentes révolutions de Constantinople, +les affaires de Portugal et d'Espagne ont diversement +influé sur les affaires du monde.</p> + +<p>La Russie et le Danemarck se sont unis à moi contre l'Angleterre.</p> + +<p>Les Etat-Unis d'Amérique ont préféré renoncer au commerce +et à la mer, plutôt que d'en reconnaître l'esclavage.</p> + +<p>Une partie de mon armée marche contre celles que l'Angleterre +a formées ou débarquées dans les Espagnes. C'est un +bienfait particulier de cette Providence, qui a constamment +protégé nos armes, que les passions aient assez aveuglé les +conseils anglais pour qu'ils renoncent à la protection des +mers et présentent enfin leur armée sur le continent.</p> + +<p>Je pars dans peu de jours pour me mettre moi-même à la +tête de mon armée, et, avec l'aide de Dieu, couronner dans +Madrid le roi d'Espagne et planter mes aigles sur les forts de +Lisbonne.</p> + +<p>Je ne puis que me louer des sentimens des princes de la +confédération du Rhin.</p> + +<p>La Suisse sent tous les jours davantage les bienfaits de +l'acte de médiation.</p> + +<p>Les peuples d'Italie ne me donnent que des sujets de contentement.</p> + +<p>L'empereur de Russie et moi nous nous sommes vus à Erfurt. +Notre première pensée a été une pensée de paix. Nous +avons résolu de faire quelques sacrifices, pour faire jouir plus +tôt s'il se peut les cent millions d'hommes que nous représentons, +de tous les bienfaits du commerce maritime. Nous sommes +d'accord et invariablement unis pour la paix comme pour +la guerre.</p> + +<p>Messieurs les députés des départemens au corps législatif, +j'ai ordonné à mes ministres des finances et du trésor public +de mettre sous vos yeux les comptes des recettes et des dépenses +de cette année. Vous y verrez avec satisfaction que je +n'ai besoin de hausser le tarif d'aucune imposition. Mes peuples +n'éprouveront aucune nouvelle charge.</p> + +<p>Les orateurs de mon conseil-d'état vous présenteront différens +projets de lois, et entr'autres tous ceux relatifs au Code +criminel.</p> + +<p>Je compte constamment sur toute votre assistance.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Paris, le 27 octobre 1808.</p> + +<p class="milieu"><i>Réponse de l'empereur à une députation du corps législatif, +et annonce de son prochain départ pour l'Espagne.</i></p> + +<p>Mon devoir et mes inclinations me portent à partager les +dangers de mes soldats. Nous nous sommes mutuellement nécessaires. +Mon retour dans ma capitale sera prompt. Je compte +pour peu les fatigues, lorsqu'elles peuvent contribuer à assurer +la gloire et la grandeur de la France. Je reconnais, dans +la sollicitude que vous m'exprimez, l'amour que vous me +portez; je vous en remercie.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Paris, le 27 octobre 1808.</p> + +<p class="milieu"><i>Réponse de l'empereur à une députation de plusieurs +départemens d'Italie.</i></p> + +<p>J'agrée les sentimens que vous m'exprimez au nom de mes +peuples du Musone, du Metauro et du Tronto. Je suis bien +aise de les voir heureux dans leur nouvelle situation. J'ai été +témoin des vices de votre ancienne administration. Les ecclésiastiques +doivent se renfermer dans le gouvernement des affaires +du Ciel. La théologie, qu'ils apprennent dans leur enfance, +leur donne des règles sûres pour le gouvernement spirituel, +mais ne leur en donne aucune pour le gouvernement +des armées et pour l'administration.</p> + +<p>Nos conciles ont voulu que les prêtres ne fussent pas mariés, +pour que les soins de la famille ne les détournassent pas +du soin des affaires spirituelles auxquelles ils doivent être +exclusivement livrés.</p> + +<p>La décadence de l'Italie date du moment où les prêtres ont +voulu gouverner et les finances et la police et l'armée.</p> + +<p>Après de grandes révolutions, j'ai relevé les autels en +France et en Italie; je leur ai donné un nouvel éclat dans plusieurs +parties de l'Allemagne et de la Pologne. J'en protégerai +constamment les ministres.</p> + +<p>Je n'ai qu'à me louer de mon clergé de France et d'Italie. +Il sait que les trônes émanent de Dieu, et que le crime le plus +grand à ses yeux, parce que c'est celui qui fait le plus de mal +aux hommes, c'est d'ébranler le respect et l'amour que l'on +doit aux souverains. Je fais un cas particulier de votre archevêque +d'Urbin. Ce prélat, animé d'une véritable foi a repoussé +avec indignation les conseils, comme il a bravé les menaces +de ceux qui veulent confondre les affaires du Ciel, qui +ne changent jamais, avec les affaires de la terre, qui se modifient +selon les circonstances de la force et de la politique. +Je saurai faire respecter en Italie comme en France les droits +des nations et de ma couronne, et réprimer ceux qui voudraient +se servir de l'influence spirituelle pour troubler mes +peuples et leur prêcher le désordre et la rébellion. Ma couronne +de fer est entière et indépendante comme ma couronne +de France. Je ne veux aucun assujettissement qui en altère +l'indépendance.</p> + +<p>Les sentimens que vous m'exprimez, et qui animent mes +peuples du Musone, du Metauro et du Tronto me sont connus. +Assurez les que constamment ils peuvent compter sur les +effets de ma protection, et que la première fois que je passerai +les Alpes, j'irai jusqu'à eux.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Vittoria, le 9 novembre 1808.</p> + +<p class="milieu"><i>Premier bulletin de l'armée d'Espagne.</i></p> + +<p>Position de l'armée française au 25 octobre: le quartier-général +à Vittoria.</p> + +<p>Le maréchal duc de Conegliano, avec la gauche, bordant +l'Aragon et l'Ebre: son quartier-général à Rafalla.</p> + +<p>Le maréchal duc d'Elchingen: son quartier-général à +Guardia.</p> + +<p>Le maréchal duc d'Istrie: son quartier-général à Miranda, +occupant le fort de Pancorba par une garnison.</p> + +<p>Le général de division Merlin, occupant avec une division +les hauteurs de Durango, et contenant l'ennemi, qui paraissait +vouloir tomber sur les hauteurs de Mondragon.</p> + +<p>Le maréchal duc de Dantzick étant arrivé avec la division +Sébastiani et Leval, le roi jugea à propos de faire rentrer la +division Merlin.</p> + +<p>Cependant l'ennemi ayant pris de l'audace, et ayant occupé +Lérin, Viana et plusieurs postes sur la rive gauche de +l'Ebre, le roi ordonna au maréchal duc de Conegliano de +marcher sur lui. Le général Watier, commandant la cavalerie, +et les brigades des généraux Habert, Brun et Razout, marchèrent +contre les postes ennemis; l'ennemi fut culbuté partout +dans la journée du 27; douze cents hommes armés dans +Lerin voulurent d'abord se défendre, mais le général de division +Grandjean ayant fait ses dispositions pour les attaquer, +les culbuta, fit prisonnier un colonel, deux lieutenans-colonels, +quarante officiers et les douze cents soldats: ce sont les +troupes qui faisaient partie du camp Saint-Roch. Dans le +même temps le maréchal duc d'Elchingen marchait sur Logrono, +passait l'Ebre, faisait à l'ennemi trois cents prisonniers, +le poursuivait à plusieurs lieues de l'Ebre, et rétablissait le +pont de Logrono. Par suite de cet événement, le général +espagnol Pignatelli, qui commandait les insurgés, fut lapidé +par eux.</p> + +<p>Les troupes du traître la Romana, et les Espagnols prisonniers +en Angleterre, que les Anglais avaient débarqués en +Espagne, et les divisions de Galice, formant une force de +trente mille hommes, de Bilbao, menaçaient le maréchal duc +de Dantzick, qui, emporté par une noble impatience, marcha +à eux dans la journée du 31, et les culbuta de toutes leurs +positions, au pas de charge: les troupes de la confédération +du Rhin se sont distinguées, principalement le corps de +Bade.</p> + +<p>Le maréchal duc de Dantzick poursuivit l'ennemi, l'épée +dans les reins, toute la journée du premier novembre, jusqu'à +Guenès, et entra dans Bilbao. Des magasins considérables +ont été trouvés dans cette ville; plusieurs Anglais ont été +faits prisonniers. La perte de l'ennemi a été considérable en +tués et blessés; elle l'a été peu en prisonniers. Notre perte n'a +été que d'une quinzaine de tués et d'une centaine de blessés. +Tout honorable qu'est cette affaire, il serait à désirer qu'elle +n'eût pas eu lieu. Le corps espagnol était dans une position à +être enlevé.</p> + +<p>Sur ces entrefaites, le corps du maréchal Victor étant +arrivé, fut dirigé de Vittoria sur Orduna. Dans la journée +du 7, l'ennemi renforcé de nouvelles troupes arrivées de +Saint-Ander, avait couronné les hauteurs de Guenès. Le +maréchal duc de Dantzick marcha à eux et perça leur centre. +Les cinquante-huitième et trente-deuxième se sont distingués.</p> + +<p>Si ces événemens se fussent passés en plaine, pas un ennemi +n'eût échappé; mais les montagnes de Saint-Ander et +de Bilbao sont presque inaccessibles. Le duc de Dantzick +poursuivit toute la journée l'ennemi dans les gorges de +Valmaseda.</p> + +<p>Dans ces dernières affaires, l'ennemi a perdu en hommes +tués, blessés et prisonniers, plus de trois mille cinq cents à +quatre mille hommes.</p> + +<p>Le duc de Dantzick se loue particulièrement du général +de division Leval, du général de division Sébastiani, du général +hollandais Chassey, du colonel Lacoste, du vingt-septième +régiment d'infanterie légère, du colonel Bacon, du +soixante-troisième d'infanterie de ligne, et des colonels des +régimens de Bade et de Nassau, auxquels S. M. a accordé +des récompenses.</p> + +<p>L'armée est abondamment pourvue de vivres; le temps est +très-beau.</p> + +<p>Nos colonnes marchent en combinant leurs mouvemens.</p> + +<p>On croit que le quartier-général part cette nuit de Vittoria.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Burgos, le 12 novembre 1808.</p> + +<p class="milieu"><i>Deuxième bulletin de l'armée d'Espagne,</i></p> + +<p>Le duc de Dantzick est entré dans Valmaseda en poursuivant +l'ennemi.</p> + +<p>Dans la journée du 8, le général Sébastiani découvrit sur +une montagne très-élevée, à la droite de Valmaseda, l'arrière-garde +des insurgés; il marcha sur-le-champ à eux, les +culbuta, et fit une centaine de prisonniers.</p> + +<p>Cependant, la ville de Burgos était occupée par l'armée +d'Estramadure, formée en trois divisions: l'avant-garde +composée des gardes wallonnes et espagnoles et du corps d'étudians +des universités de Salamanque et de Léon, formant +plusieurs bataillons; plusieurs régimens de ligne et des régimens +de nouvelle formation, formés depuis l'insurrection +de Badajoz, portaient cette armée à environ vingt mille +hommes.</p> + +<p>L'empereur ayant donné le commandement de la cavalerie +de l'armée au maréchal duc d'Istrie, donna le commandement +du deuxième corps au maréchal duc de Dalmatie. Le +10, à la pointe du jour, ce maréchal marcha à la tête de la +division Mouton, pour reconnaître l'ennemi. Arrivé à Gamonal, +il fut accueilli par une décharge de trente pièces de +canon: ce fut le signal du pas de charge. L'infanterie de la +division Mouton marcha soutenue par des salves d'artillerie. +Les gardes wallonnes et espagnoles furent culbutées à la première +attaque. Le duc d'Istrie, à la tête de sa cavalerie, déborda +leurs ailes; l'ennemi fut mis en pleine déroute; trois +mille hommes sont restés sur le champ de bataille, douze +drapeaux et vingt-cinq pièces de canon ont été pris, trois +mille prisonniers ont été faits; le reste est dispersé. Nos troupes +sont entrées pêle-mêle avec l'ennemi dans la ville de +Burgos, et la cavalerie le poursuit dans toutes les directions.</p> + +<p>Cette armée d'Estramadure, qui venait de Madrid à marches +forcées, qui s'était signalée pour premier exploit, par +l'égorgement de son infortuné général, le comte de Torrès, +toute armée de fusils anglais, et spécialement soldée par +l'Angleterre, n'existe plus. Le colonel des gardes wallonnes +et un grand nombre d'officiers supérieurs ont été faits prisonniers. +Notre perte a été très-légère; elle consiste en douze ou +quinze hommes tués et cinquante blessés au plus. Un seul +capitaine a été tué d'un boulet.</p> + +<p>Cette affaire, due aux dispositions du duc de Dalmatie et +à l'intrépidité avec laquelle le duc d'Istrie a fait charger la +cavalerie, fait le plus grand honneur à la division Mouton; +il est vrai que cette division est composée de corps dont le +seul nom est depuis long-temps un dire d'honneur.</p> + +<p>Le château de Burgos a été occupé et trouvé en bon +état. Il y a des magasins considérables de farines, de vin et +de blé.</p> + +<p>Le 11, l'empereur a passé la revue de la division Bonnet, +et l'a dirigée immédiatement sur les débouchés des gorges de +Saint-Ander.</p> + +<p>Voici la position de l'armée aujourd'hui:</p> + +<p>Le maréchal duc de Bellune poursuivant vivement les +restes de l'armée de Galice, qui se retire par Villarcayo et +Reynosa, point vers lequel le duc de Dalmatie est en marche. +Il ne lui restera plus d'autres ressources que de se disséminer +dans des montagnes, en abandonnant son artillerie, ses bagages +et tout ce qui constitue une armée.</p> + +<p>S. M. l'empereur est à Burgos avec sa garde; le général +Milhaud, avec sa division de dragons, marche sur Palencia; +le général Lasalle a pris possession de Lerma.</p> + +<p>Ainsi, dans un moment, les armées de Galice et d'Estramadure +ont été battues, dispersées et en partie détruites, et +cependant tous les corps de l'armée ne sont pas arrivés. Les +trois-quarts de la cavalerie sont en arrière, et près de la moitié +de l'infanterie.</p> + +<p>On a remarqué dans l'armée insurgée les contrastes les plus +opposés. On a trouvé dans la poche des officiers morts, des +contrôles de compagnies qui s'intitulaient compagnies de +Brutus, compagnies del Populo; c'étaient les compagnies des +étudians des écoles; d'autres dont les compagnies portaient +des noms de saints; c'était l'insurrection des paysans. Anarchie +et désordres, voilà ce que l'Angleterre sème en Espagne. +Qu'en recueillera-t-elle? la haine de cette brave nation éclairée +et réorganisée. Du reste, l'extravagance des meneurs des +insurgés s'aperçoit partout. Il y a des drapeaux parmi ceux +que nous avons pris, où l'aigle impérial se trouve déchiré par +le lion d'Espagne; et qui se permet de pareilles allégories? +Les troupes les plus mauvaises qui existent en Europe.</p> + +<p>La cavalerie de l'armée d'Estramadure a été battue de +l'oeil. Du moment que le dixième de chasseurs l'a aperçue, +elle s'est mise en déroute, et on ne l'a plus revue.</p> + +<p>L'empereur a passé la revue du corps du duc de Dalmatie, +comme il partait de Burgos pour marcher sur les derrières de +l'armée de Galice. S. M. a fait des promotions, donné des récompenses, +et a été fort contente de la troupe. Elle a témoigné +sa satisfaction aux vainqueurs de Médina del Riosecco et +de Burgos, le maréchal duc d'Istrie, et les généraux Merle +et Mouton.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">An quartier-impérial de Burgos, le 12 novembre 1808.</p> + +<p class="milieu"><i>Au président du corps législatif.</i></p> + +<p>Monsieur le président du corps législatif, mes troupes +ayant, au combat de Burgos, pris douze drapeaux de l'armée +d'Estramadure, parmi lesquels se trouvent ceux des +gardes wallonnes et espagnoles, j'ai voulu profiter de cette +circonstance et donner une marque de ma considération aux +députés des départemens au corps législatif, en leur envoyant +ces drapeaux pris dans la même quinzaine où j'ai présidé à +l'ouverture de leur session. Que les députés des départemens +et les collèges électoraux dont ils font partie, y voient le +désir que j'ai de leur donner une preuve de mon estime. Cette +lettre n'étant à autre fin, je prie Dieu qu'il vous ait, monsieur +le président du corps législatif, en sa sainte et digne +garde.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Burgos, le 13 décembre 1808.</p> + +<p class="milieu"><i>Troisième bulletin de l'armée d'Espagne.</i></p> + +<p>L'armée de Galice, qui est en fuite de Bilbao, est poursuivie +par le maréchal duc de Bellune, dans la direction d'Espinosa; +par le maréchal duc de Dantzick, dans celle de Villarcayo, +et tournée sur Reynosa, par le maréchal duc de +Dalmatie. Des événemens importans doivent avoir lieu.</p> + +<p>Le général Milhaud, avec sa division de cavalerie, est entré +à Palencia, et a poussé des détachemens sur les débouchés +de Reynosa, à la suite d'un parc d'artillerie de l'armée de +Galice.</p> + +<p>Les jeunes étudians de Salamanque, qui croyaient faire la +conquête de la France, les paysans fanatiques qui rêvaient +déjà le pillage de Baïonne et de Bordeaux, et se croyaient +conduits par tous les saints apparus à des moines imposteurs, +se trouvent déchus de leurs folles chimères. Leur désespoir +et leur consternation sont au comble; ils se lamentent des +malheurs auxquels ils sont en proie, des mensonges qu'on +leur a fait accroire, et de la lutte sans objet dans laquelle ils +sont engagés.</p> + +<p>Toute la plaine de Castille est déjà couverte de notre cavalerie. +L'élan et l'ardeur de nos troupes les portent à faire +quatorze et quinze lieues par jour. Nos grand'gardes sont +sur le Duero. Toute la côte de Bilbao et de Saint-Ander est +nettoyée d'ennemis.</p> + +<p>L'infortunée ville de Burgos, en proie à tous les maux +d'une ville prise d'assaut, fait frémir d'horreur. Prêtres, +moines, habitans, se sont sauvés à la première nouvelle du +combat, menacés de voir les soldats de l'armée d'Estramadure +se défendre dans les maisons, comme ils en avaient annoncé +l'intention, pillés d'abord par eux, et ensuite par nos soldats +entrant dans les maisons pour en chasser les ennemis et n'y +trouvant plus d'habitans.</p> + +<p>Il faudrait que des hommes comme M. de Stein, qui, au +défaut de troupes de ligne qui n'ont pu résister à nos aigles, +méditent le sublime projet de lever des masses, fussent témoins +des malheurs qu'elles entraînent, et du peu d'obstacle +que cette ressource peut offrir à des troupes réglées.</p> + +<p>On a trouvé dans Burgos et dans les environs pour trente +millions de laines que S. M. l'empereur a fait séquestrer. +Toutes celles qui appartiendraient à des moines et à des +individus faisant partie des insurgés, seront confisquées et +serviront de première indemnité aux Français, pour les pertes +qu'ils ont éprouvées; car à Madrid même, les Français +domiciliés depuis quarante ans, ont été dépouillés de leurs +biens; les Espagnols fidèles à leur roi, ont été déclarés émigrés. +Les biens de d'Aranza, le ministre le plus vertueux et +le plus éclairé; de Massaredo, le marin le plus instruit; +d'Offarill, le meilleur militaire de l'Espagne, ont été vendus +à l'encan. Ceux de Campo d'Alange, respectable par ses +vertus, par son nom et par sa fortune, propriétaire de +soixante mille mérinos et de trois millions de revenus, sont +devenus la proie de ces frénétiques.</p> + +<p>Une autre mesure que l'empereur à ordonnée, c'est la confiscation +de toutes les marchandises de fabrique anglaise, celle +des denrées coloniales débarquées en Espagne depuis l'insurrection. +Les marchands de Londres feront donc bien d'envoyer +des marchandises à Lisbonne, à Porto et dans les ports +d'Espagne. Plus ils en enverront et plus grande sera la contribution +qu'ils nous paient.</p> + +<p>La ville de Palencia, dirigée par un digne évêque, a accueilli +nos troupes avec empressement. Cette ville ne se ressent +pas des calamités de la guerre. Un saint évêque qui pratique +les principes de l'évangile, animé par la charité chrétienne, +des lèvres duquel il ne découle que du miel, est le +plus grand bienfait que le Ciel accorde aux peuples. Un évêque +passionné, haineux et furibond, qui ne prêche que la désobéissance +et la rébellion, le désordre et la guerre, est un +monstre que Dieu a donné aux peuples dans sa colère, pour +les égarer dans la source même de la morale.</p> + +<p>Dans les prisons de Burgos étaient renfermés plusieurs moines. +Les paysans les ont lapidés. «Malheureux que vous êtes, +leur disaient-ils, c'est vous qui nous avez entraînés dans ce +comble d'infortunes. Nos malheureuses femmes, nos pauvres +enfans, nous ne les reverrons peut-être plus. Misérables que +vous êtes, le Dieu juste vous punira aux enfers de tous les +maux que vous causez à nos familles et à notre patrie.»</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Burgos, le 15 novembre 1808.</p> + +<p class="milieu"><i>Quatrième bulletin de l'armée d'Espagne.</i></p> + +<p>S. M. a passé hier la revue de la division Marchand, a +nommé les officiers et sous-officiers les plus méritans à toutes +les places vacantes, et a donné des récompenses aux soldats +qui s'étaient distingués. S. M. a été extrêmement contente de +ces troupes, qui arrivent presque sans s'arrêter des bords de +la Vistule.</p> + +<p>Le duc d'Elchingen est parti de Burgos. L'empereur a +passé ce matin la revue de sa garde dans la plaine de Burgos. +S. M. a vu ensuite la division Dessolles et a nommé à toutes +les places vacantes dans cette division.</p> + +<p>Les événemens se préparent et tout est en marche. Rien +ne réussit à la guerre qu'en conséquence d'un plan bien combiné.</p> + +<p>Parmi les prisonniers nous en avons trouvé qui portaient +à la boutonnière un aigle renversé percé de deux flèches, avec +celle inscription: <i>au vainqueur de la France</i>. A cette ridicule +fanfaronnade, on reconnaît les compatriotes de Don +Quichotte. Le fait est qu'il est impossible de trouver de plus +mauvaises troupes, soit dans les montagnes soit dans la plaine. +Ignorance crasse, folle présomption, cruauté contre le faible, +souplesse et lâcheté avec le fort, voilà le spectacle que +nous avons sous les yeux. Les moines et l'inquisition ont +abruti cette nation.</p> + +<p>Dix mille hommes de cavalerie légère et de dragons, avec +vingt-quatre pièces d'artillerie légère, s'étaient mis en marche +le 11 pour courir sur les derrières de la division anglaise que +l'on disait être à Valladolid. Ces braves ont fait trente-quatre +lieues en deux jours, mais notre espérance a été déçue. Nous +sommes entrés à Palencia, à Valladolid; on a poussé six lieues +plus loin; point d'Anglais, mais bien des promesses et des +assurances.</p> + +<p>Il paraît certain qu'une division de leur troupes a débarqué +à la Corogne, et qu'une autre division est entrée à Badajoz +au commencement du mois. Le jour où nous les trouverons +sera un jour de fête pour l'armée française. Puissent-ils +rougir de leur sang ce continent qu'ils dévastent par leurs +intrigues, leur monopole et leur épouvantable égoïsme! Puissent-ils, +au lieu de vingt mille, être quatre-vingt ou cent +mille hommes, afin que les mères de famille anglaises apprennent +ce que c'est que les maux de la guerre, et que le gouvernement +britannique cesse de se jouer de la vie et du sang +des peuples du continent. Les mensonges les plus grossiers, +les moyens les plus vils sont mis en oeuvre par le machiavélisme +anglais pour égarer la nation espagnole. Mais la masse +est bonne: la Biscaye, la Navarre, la Vieille-Castille, la plus +grande partie de l'Aragon même, sont animées d'un bon esprit. +La généralité de la nation voit avec une profonde douleur +l'abîme où on la jette, et ne tardera pas à maudire les +auteurs de tant de maux.</p> + +<p>Florida Blanca, qui est à la tête de l'insurrection espagnole, +est le même qui a été ministre sous Charles III. Il a toujours +été ennemi décidé de la France, et partisan zélé de l'Angleterre. +Il faut espérer qu'à sa dernière heure, il reconnaîtra +les erreurs de la politique de sa vie. C'est un vieillard qui +réunit à l'anglomanie la plus aveugle, la dévotion la plus +superstitieuse. Ses confidens et ses amis sont les moines les +plus fanatiques et les plus ignares.</p> + +<p>L'ordre est rétabli dans Burgos et dans les environs. A ce +premier moment de terreur a succédé la confiance. Les paysans +sont retournés dans leurs villages et à leur labour.</p> +<br><br><br> + + + +<p class="droite">Burgos, le 16 novembre 1808.</p> + +<p class="milieu"><i>Cinquième bulletin de l'armée d'Espagne.</i></p> + +<p>Les destinées de l'armée d'Estramadure se sont terminées +dans les plaines de Burgos. L'armée de Galice, battue aux +combats de Durango, de Guénès, de Valmaseda, a péri ou +a été dispersée à la bataille d'Espinosa. Cette armée était +composée de l'infanterie de l'ancienne armée espagnole qui +était en Portugal et en Galice, et qui a quitté Porto à la fin +de juin; des milices de la Galice, des Asturies et de la Vieille-Castille;</p> + +<p>De cinq mille prisonniers espagnols que les Anglais avaient +habillés et armés à leurs frais et débarqués à Saint Ander;</p> + +<p>Des volontaires de levées extraordinaires de la Galice, de +la Vieille-Castille et des Asturies;</p> + +<p>Des régimens d'artillerie, des garnisons de marine, et des +matelots des départemens de la Corogne et du Ferrol;</p> + +<p>Enfin des corps que le traître la Romana avait amenés du +Nord et débarqués a Saint-Ander.</p> + +<p>Dans sa folle présomption, cette armée manoeuvrait sur le +flanc droit de l'armée française, et voulait couper la communication +par la Biscaye. Pendant l'espace de dix jours, +elle a été menée battant de gorge en gorge, de mamelon en +mamelon. Enfin, le 10 novembre, arrivée à Espinosa, elle +voulut couvrir sa retraite, ses parcs, ses hôpitaux et ses magasins.</p> + +<p>Elle se rangea en bataille et se crut dans une position inattaquable.</p> + +<p>Le maréchal duc de Bellune culbuta son arrière-garde, et +se trouva à trois heures après midi devant son front de bataille. +Le général Pacthod, avec les quatre-vingt-quatorzième +et quatre-vingt-quinzième régimens de ligne, eut ordre d'enlever +un mamelon situé en avant de la ligne de bataille qu'occupait +la troupe du traître la Romana. La position était belle; +les soldats qui la défendaient, les meilleurs du pays et soutenus +par toute la ligne ennemie. Le général Pacthod gravit, +l'arme au bras, ces montagnes escarpées, et fondit sur ces +régimens qui avaient abusé de notre loyauté et faussé leurs +sermens. Dans un clin d'oeil ils furent rompus et jetés dans +les précipices. Le régiment de la Princesse a été détruit.</p> + +<p>La ligne ennemie se porta alors en avant et combina des +attaques pour reprendre le plateau. Toutes les colonnes qui +avancèrent disparurent et trouvèrent la mort. La nuit obscure +surprit les deux armées dans cette position.</p> + +<p>Pendant ce temps, le maréchal duc de Dalmatie filait sur +Reynosa, seule retraite de l'ennemi.</p> + +<p>A la pointe du jour, le duc de Bellune fit déborder par le +général de brigade Maison, à la tête du seizième régiment d'infanterie +légère, la gauche de l'ennemi; de son côté le duc de +Dantzick accourut au feu et déborda sa droite.</p> + +<p>Le général Maison, avec les braves du seizième, gravit sur +des montagnes escarpées à tout autre inaccessibles, et culbuta +l'ennemi. Le duc de Bellune fit alors avancer le centre; et +l'ennemi coupé et tourné, fuit à la débandade, jetant ses +armes, ses drapeaux et abandonnant ses canons.</p> + +<p>La division Sébastiani poursuivit les fuyards dans la direction +de Villarcayo, attaqua, tua, prit ou dispersa une division +et lui enleva ses canons.</p> + +<p>Le duc de Dalmatie enleva à Reynosa tous les parcs, magasins, +bagages, et fit quelques prisonniers.</p> + +<p>Le colonel Tascher, envoyé à la poursuite de l'ennemi à la +tête d'un régiment de chasseurs, a ramené un grand nombre +de prisonniers.</p> + +<p>Cependant l'ennemi qui nous menaçait avec tant d'ignorance +et une si aveugle présomption, était non-seulement +tourné par Reynosa, mais encore par Palencia, par la cavalerie +qui déjà occupait les débouchés des montagnes dans la +plaine à vingt lieues de ses derrières.</p> + +<p>Soixante pièces de canon, vingt mille hommes tués ou pris, +le reste dispersé; douze généraux espagnols tués; tous les +secours en armes, habillemens, munitions, que les Anglais +avaient débarqués, tombés en notre pouvoir, sont le résultat +de cette affaire. La terreur est dans l'âme du soldat espagnol. +Il jette sa veste rouge au chiffre du roi Georges, +son fusil anglais, et cherche à se cacher dans des cavernes, +dans des hameaux sous l'habit de paysan. Blake se sauve errant +dans les montagnes des Asturies; la Romana, avec +quelques milliers d'hommes, s'est jeté sur la marine de Saint-Ander.</p> + +<p>Cependant notre perte est de peu de conséquence. Aux +combats de Durango, de Guenès, de Valmaseda, d'Espinosa, +nous n'avons perdu que quatre-vingts hommes tués et trois +cents blessés, aucun homme de marque. On a brisé trente +mille fusils et on en a pris en magasin à Reynosa.</p> + +<p>S.M. a nommé le général de brigade Pacthod général de division, +et a accordé dix décorations de la légion d'honneur +aux quatre-vingt-quatorzième et quatre-vingt-quinzième régimens +d'infanterie de ligne et au seizième d'infanterie légère.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Burgos, le 18 novembre 1808.</p> + +<p class="milieu"><i>Sixième bulletin de l'armée d'Espagne.</i></p> + +<p>Des quarante-cinq mille hommes qui composaient l'armée +de Galice, partie a été tuée et prise, le reste a été éparpillé. +Les débris en tombent de tous côtés dans nos postes. Le général +de division Debelle a fait cinq cents prisonniers du côté +de Vasconcellos.</p> + +<p>Le colonel Tascher, commandant le premier régiment provisoire +de chasseurs, a donné sur l'escorte du général espagnol +Acebedo; l'escorte ayant fait résistance, tout a été tué.</p> + +<p>Le général Bonnet est tombé avec sa division sur la tête +d'une colonne de fuyards de deux mille hommes; partie a +été prise et l'autre partie détruite.</p> + +<p>Le maréchal duc d'Istrie, commandant la cavalerie de l'armée, +est entré à Aranda, le 16 à midi. Nos partis de cavalerie +vont sur la gauche jusqu'à Soria et Madrid, et sur la droite +jusqu'à Léon et Zamora.</p> + +<p>L'ennemi a évacué Aranda avec la plus grande précipitation. +Il y a laissé quatre pièces de canon. On a trouvé dans +cette ville un magasin considérable de biscuit, quarante +mille quintaux de blé, et une grande quantité d'effets d'habillement.</p> + +<p>A Reynosa on a trouvé beaucoup d'objets anglais, et des +approvisionnemens de toute espèce.</p> + +<p>Les habitans de Montana, de toute la plaine de la Castille +jusqu'au Portugal, de la province de Soria, maudissent hautement +les auteurs de cette guerre, et demandent à grands +cris le repos et la paix.</p> + +<p>Le maréchal duc de Dantzick fait une mention particulière +du général de brigade Roguet. Il cite avec éloge le lieutenant +de Coigny, aide-de-camp du général Sébastiani, qui a eu +un cheval tué sous lui.</p> + +<p>Le duc de Bellune fait une mention particulière du général +de division Villatte.</p> + +<p>Vingt mille balles de laine valant de quinze à vingt millions, +saisis à Burgos, ont été dirigées sur Baïonne. La vente publique +en sera faite à l'enchère au premier janvier. Tous les négocians +de France pourront y concourir. Sur le produit de cette vente +le droit de vingt pour cent est dû au roi. Le surplus servira +soit à rendre aux propriétaires qui n'ont point pris part à +l'insurrection, le prix des laines qui leur appartiennent, ce +qui se réduit à peu de chose, servir d'indemnité aux négocians +français qui ont été pillés ou ont essuyé des confiscations +en Espagne.</p> + +<p>S.M. a ordonné qu'une commission présidée par un maître +des requêtes, et composée de deux membres de chacune des +chambres de commerce des villes de Baïonne, Bordeaux, +Toulouse et Marseille, un auditeur au conseil d'État faisant +les fonctions de secrétaire-général, se réunirait à Baïonne, +et que toutes les villes et corporations françaises et italiennes +qui auraient des réclamations à faire à raison des pertes et +confiscations qu'elles auraient essuyées en Espagne, s'adresseraient +à cette commission pour en poursuivre la liquidation. +S.M. a chargé le ministre de l'intérieur de faire un règlement +sur la manière de procéder de cette commission.</p> + +<p>L'intention de S.M. est également que les biens qui sont +en France, dans le royaume d'Italie ou dans le royaume de +Naples, appartenant à des Espagnols insurgés, soient séquestrés +pour servir également aux indemnités.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Burgos, le 18 novembre 1808.</p> + +<p class="milieu"><i>Lettre de S.M. l'empereur au grand-juge, ministre de la +justice.</i></p> + +<p>Monsieur le comte Régnier, nous avons résolu de faire +placer dans la salle de notre conseil d'état les statues en marbre +des sieur Tronchet et Portalis, rédacteurs du premier +projet du code Napoléon, et dont nous avons été à même +d'apprécier les grands talens dans les conférences qui ont eu +lieu lors de la rédaction dudit code; notre intention est que +nos ministres, conseillers d'état et magistrats de toutes les +cours voient dans cette résolution le désir que nous avons +d'illustrer leurs talens et de récompenser leurs services, la +seule récompense du génie étant l'immortalité et la gloire. +Nous avons fait connaître nos volontés à notre grand-maréchal +du palais et à l'intendant de notre maison; mais nous +vous chargeons spécialement de porter tous vos soins à ce que +les statues soient promptement faites et ressemblantes. Nous +désirons que vous fassiez connaître ces dispositions à nos différentes +cours.</p> + +<p>Cette lettre n'étant à autre fin, nous prions Dieu qu'il vous +ait en sa sainte garde.</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Burgos, le 20 novembre 1808.</p> + +<p class="milieu"><i>Septième bulletin de l'armée d'Espagne.</i></p> + +<p>Le 16, l'avant-garde du maréchal duc de Dalmatie est +entrée à Saint-Ander, et y a trouvé une grande quantité de +farine, de blé, de munitions de guerre et de poudre, un +magasin de neuf mille fusils anglais, des dépôts assez considérables +de coton et de marchandises de fabrique anglaise et +coloniale.</p> + +<p>Pendant que nos troupes entraient à Saint-Ander, il y avait +à deux lieues au large un grand convoi anglais chargé de +troupes, de munitions et d'habillemens; lorsqu'il a vu le drapeau +français arboré et salué par la garnison, il a pris le large.</p> + +<p>On a trouvé à Saint-Ander un dépôt considérable de laines +qui est transporté en France.</p> + +<p>Le 17, le colonel Tascher a rencontré à Cunillas les fuyards +ennemis. Il y a eu quelques coups de sabre de donnés; on a +fait une trentaine de prisonniers.</p> + +<p>L'évêquè de Saint-Ander, animé plutôt de l'esprit du démon +que de l'esprit de l'évangile, homme furibond et fanatique, +marchant toujours un coutelas au côté, s'est sauvé à +bord des frégates anglaises. Toutes les lettres interceptées +font voir la terreur et l'effroi qui agitent cette partie de l'armée +espagnole.</p> + +<p>On a procédé au désarmement de la Montana, de Bilbao +et de la partie de la Biscaye qui s'est insurgée. On marche +également du côté de Soria pour désarmer cette province. +Les provinces de Valladolid et de Palencia le sont déjà.</p> + +<p>Le général Franceschi, commandant un corps de cavalerie +légère, a rencontré à Sahagun, à six lieues de Léon, un grand +convoi de bagages et de malades de l'armée de Galice, qu'il +a enlevé.</p> + +<p>A Mayorga, un escadron de cavalerie légère a rencontré +trois cents hommes qu'ils a chargés; partie a été tuée, l'autre +prise.</p> + +<p>La cavalerie du général Lasalle a poussé des partis jusqu'à +Somo-Sierra.</p> + +<p>Des officiers des régimens espagnols de Zamora et de la +Princesse, qui étaient dans le Nord, et qui s'étaient sauvés à +Zamora, ont été faits prisonniers. «Vous avez prêté serment +au roi, leur a-t-on dit. Ils l'ont avoué;--Vous avez faussé +votre serment.--Nous avons obéi à notre général.--Vous +faisiez partie de l'armée française, et vous avez reconnu les +meilleurs procédés par la plus infâme trahison.--Ils répondirent +encore qu'ils étaient sous les ordres de leur général, et +qu'ils n'avaient fait qu'obéir.--On aurait pu vous désarmer, +a-t-on ajouté, peut-être l'aurait-on dû; mais on a eu confiance +en vos sermens. Il vaut mieux pour la gloire de l'empereur +qu'il ait eu à vous combattre, que de s'être porté à un +acte qui aurait pu être taxé de trop de méfiance. Vous n'êtes +plus couverts par le droit des gens que vous avez violé. Vous +devriez être passés par les armes; l'empereur veut vous pardonner +une seconde fois.» Au reste, les régimens de Zamora +et de la Princesse ont cruellement souffert; il en est +peu resté aux drapeaux.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Burgos, le 23 novembre 1808.</p> + +<p class="milieu"><i>Huitième bulletin de l'armée d'Espagne.</i></p> + +<p>Le duc de Dalmatie poursuit ses succès avec la plus grande +activité.</p> + +<p>Un convoi chargé d'artillerie, de munitions et de fusils +anglais, a été pris dans le port de Cunillas au moment où il +allait appareiller: on en fait l'inventaire. On a déjà noté +trente pièces de canon et une grande quantité de malles d'officiers.</p> + +<p>Le général Sarrut, à la tête de sa brigade, pousse vivement +l'ennemi; arrivé à Saint-Vicente, et cotoyant la mer, l'ennemi +s'aperçut d'une hauteur qui couvrait le défilé de Saint-Vicente, +que le général Sarrut n'avait que neuf cents hommes; +il crut avoir le temps de tenir pour passer le défilé qui +est un pont de quatre cents toises sur un bras de mer; mais +il ignorait que ces neuf cents hommes étaient du deuxième +d'infanterie légère; il ne tarda pas à l'apprendre. A peine le +général Sarrut fut à portée, que ces braves chargèrent, et +l'on vit neuf cents hommes rompre et mettre en désordre six +mille hommes bien postés, sans éprouver de perte et sans +presque coup férir. Cependant le colonel Tascher avait habilement +placé cent cinquante hommes de son régiment de +chasseurs en colonne serrée, par peloton, derrière celle avant-garde; +et aussitôt qu'il vit l'ennemi ébranlé, il chargea, sans +délibérer, dans le défilé, tua et jeta dans la mer et le marais, +ou prit la plus grande partie de cette colonne. On avait déjà +fait un millier de prisonniers lorsque le dernier compte a été +rendu, et la colonne du général Sarrut avait déjà dépassé la +province de la Montana et était entrée dans les Asturies. +Les voltigeurs du trente-sixième régiment ont arrêté dans le +port de Santillana un convoi anglais chargé de sucre, de café, +de coton et d'autres denrées coloniales. Le nombre de bâtimens +anglais, richement chargés, qui ont été pris sur cette côte, +était déjà de 25.</p> + +<p>Dans la plaine, le général de division Milhaud annonce +que le 19, non loin de Léon, une reconnaissance a chargé +dans le village de Valverde, un bataillon d'étudians, dont un +grand nombre a été sabré et le reste dispersé.</p> + +<p>Le septième corps de l'armée d'Espagne, que commande +le général Gouvion-Saint-Cyr, commence aussi à faire parler +de lui. Le 6 novembre, la place de Roses a été investie par +les généraux Reille et Pino. Les hauteurs de Saint-Pedro ont +été enlevées par les Italiens avec cette impétuosité qu'ils avaient +au quinzième siècle, et dont les troupes du royaume d'Italie +ont donné tant de preuves dans la dernière campagne d'Allemagne. +Un grand nombre de miquelets et d'Anglais débarqués +occupaient le port de Selva. Le général Fontana, à la +tête de trois bataillons d'infanterie légère italienne et des grenadiers +et voltigeurs du septième régiment français, se porta +sur Selva, chargea les miquelets et les Anglais, les culbuta +dans la mer, et s'empara de dix pièces de 24, dont quatre +de bronze, que les Anglais n'eurent pas le temps d'embarquer.</p> + +<p>Le 8, la garnison de Roses fit sortir trois colonnes protégées +par l'artillerie des vaisseaux anglais. Le général Mazuchelli +les reçut à bout portant et leur tua plus de six cents +hommes.</p> + +<p>Le 12, les ennemis voulurent encore faire une sortie; ils +trouvèrent les mêmes braves, et le général Mazuchelli en couvrit +ses tranchées. Depuis ce moment, la garnison a paru +consternée et n'a plus voulu sortir.</p> + +<p>Dans Barcelonne, le général Duhesme fait le plus grand +éloge des vélites et des troupes d'Italie qui sont sous ses +ordres.</p> + +<p>On croit que le quartier-général part cette nuit de Burgos.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Aranda, le 25 novembre 1808.</p> + +<p class="milieu"><i>Neuvième bulletin de l'armée d'Espagne.</i></p> + +<p>Le système militaire des ennemis paraît avoir été le suivant:</p> + +<p>Sur leur gauche était l'armée de Galice, composée de la +moitié des troupes de ligne d'Espagne et de toutes les ressources +de la Galice, des Asturies et du royaume de Léon.</p> + +<p>Au centre, était l'armée d'Estramadure, que les corps anglais +avaient promis d'appuyer, et qui était composée de toutes +les ressources que pouvaient fournir l'Estramadure et les +provinces voisines.</p> + +<p>L'armée d'Andalousie, de Valence, de la Nouvelle-Castille +et d'Aragon, que l'on porte à soixante-dix ou quatre-vingt +mille hommes, occupait, le 20 novembre, Calehorra, +Tudela et les bords de l'Aragon. Cette armée appuyait +la droite de l'ennemi: elle était composée de toutes +les troupes qui se trouvaient au camp de Saint-Roch, en Andalousie, +à Valence, à Carthagène et à Madrid, de toutes les +levées et de toutes les ressources de ces provinces. C'est contre +cette armée que les corps de l'armée française manoeuvrent +aujourd'hui, les autres ayant été dispersés et détruits dans les +batailles d'Espinosa et de Burgos.</p> + +<p>Le quartier-général a été transporté le 22 de Burgos à +Lerma, et le 23, de Lerma à Aranda.</p> + +<p>Le duc d'Elchingen s'est porté le 22 à Soria: cette ville, +qui est l'ancienne Numance, est un chef-lieu de province: +c'est un des pays de l'Espagne où les têtes avaient été le plus +volcanisées, et c'est celui qui a fait le moins de résistance. La +ville a été désarmée, et un comité composé de gens bien intentionnés +a été chargé de l'administration de la province.</p> + +<p>Le duc d'Elchingen occupait par sa cavalerie légère Medina-Celi, +et battait la route de Sarragosse à Madrid; son +avant-garde marchait sur Agréda.</p> + +<p>Le 22, les ducs de Montebello et de Conegliano faisaient +leur jonction au pont de Lodosa.</p> + +<p>Le 24, le duc de Bellune portait son quartier-général à +Venta-Gonnez.</p> + +<p>Presque toutes les routes de communication de Madrid +avec les provinces du Nord se trouvent interceptées; un grand +nombre de courriers et de malles de poste aux lettres sont +tombés entre les mains de nos coureurs. La confusion paraît +extrême à Madrid, et il règne dans toute la nation un défaut +de confiance et un désir du repos et de la paix que la puérile +arrogance et la criminelle astuce des meneurs ne parviennent +pas à détruire.</p> + +<p>Il paraît difficile que l'armée qui forme la droite de l'ennemi +et qui est sur l'Ebre, puisse se replier sur Madrid et sur +le Midi de l'Espagne. Les événemens qui se préparent décideront +probablement du sort de cette autre moitié de l'armée +espagnole.</p> + +<p>Le temps est humide; un brouillard épais règne depuis +trois jours: cette saison est plus défavorable encore aux naturels +du pays qu'aux hommes accoutumés aux climats du +Nord.</p> + +<p>Le général Gouvion-Saint-Cyr continue à faire pousser +vivement le siège de Roses.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Aranda de Duero, le 26 novembre 1808.</p> + +<p class="milieu"><i>Dixième bulletin de l'armée d'Espagne.</i></p> + +<p>Il paraît que les forces espagnoles s'élèvent à cent quatre-vingt-dix +mille hommes effectifs.</p> + +<p>Quatre-vingt mille hommes effectifs faisant soixante mille +hommes sous les armes, qui composaient les armées de +Galice et d'Estramadure, et que commandaient Blake, la Romana +et Galluzzo, ont été dispersés et mis hors de combat.</p> + +<p>L'armée d'Andalousie, de Valence, de la Nouvelle-Castille +et d'Aragon, que commandaient Castanos, Penas et +Palafox, et qui paraissait être également de quatre-vingt +mille hommes, c'est-à-dire soixante mille hommes sous les +armes, aura sous peu de jours accompli ses destins. Le maréchal +duc de Montebello a ordre de l'attaquer de front avec +trente mille hommes, tandis que les ducs d'Elchingen et de +Bellune sont déjà placés sur ses derrières.</p> + +<p>Reste soixante mille hommes effectifs qui peuvent donner +quarante mille hommes sous les armes, dont trente mille sont +en Catalogne et dix mille hommes existent à Madrid, à Valence +et dans les autres lieux de dépôts, ou sont en mouvement.</p> + +<p>Avant de faire un pas au-delà du Duero, l'empereur a pris +la résolution de faire anéantir les armées du centre et de gauche, +et de faire subir le même sort à celle de droite du général +Castanos.</p> + +<p>Lorsque ce plan aura été exécuté, la marche sur Madrid ne +sera plus qu'une promenade. Ce grand dessein doit, à l'heure +qu'il est, être accompli.</p> + +<p>Quant au corps de Catalogne, étant en partie composé des +troupes de Valence, Murcie et Grenade, ces provinces menacées +retireront leurs troupes, si toutefois l'état des communications +le permet; dans tous les cas, le septième corps, +après avoir terminé le siége de Roses, en rendra bon compte.</p> + +<p>A Barcelonne, le général Duhesine, avec quinze mille +hommes approvisionnés pour six mois, répond de cette importante +place.</p> + +<p>Nous n'avons pas parlé des forces anglaises. Il paraît qu'une +division est en Galice, et qu'une autre s'est montrée à Badajoz +vers la fin du mois passé. Si les Anglais ont de la cavalerie, +nous devrions nous en apercevoir; car nos troupes légères +sont presque parvenues aux frontières du Portugal. +S'ils ont de l'infanterie, ils ne sont pas probablement dans +l'intention de s'en servir en faveur de leurs alliés, car voilà +trente jours que la campagne est ouverte; trois fortes armées +ont été détruites, une immense artillerie a été enlevée; les +provinces de Castille, de la Montana, d'Aragon, de Soria, +etc., sont conquises; enfin le sort de l'Espagne et du +Portugal est décidé, et l'on n'entend parler d'aucun mouvement +des troupes anglaises.</p> + +<p>Cependant la moitié de l'armée française n'est point encore +arrivée; une partie du quatrième corps d'armée, le cinquième +et le huitième corps entiers, six régimens de cavalerie légère, +beaucoup de compagnies d'artillerie et de sapeurs, et +un grand nombre d'hommes des régimens qui sont en Espagne, +n'ont pas encore passé la Bidassoa.</p> + +<p>A la vérité, et sans faire tort à la bravoure de nos soldats, +on doit dire qu'il n'y a pas de plus mauvaises troupes que les +troupes espagnoles; elles peuvent, comme les Arabes, tenir +derrière des maisons, mais elle n'ont aucune discipline, aucune +connaissance des manoeuvres, et il leur est impossible +de résister sur un champ de bataille, Les montagnes même +ne leur ont offert qu'une faible protection. Mais grâce à la +puissance de l'inquisition, à l'influence des moines, à leur +adresse à s'emparer de toutes les plumes et à faire parler toutes +les langues, on croit encore dans une grande partie de l'Espagne +que Blake a été vainqueur, que l'armée française a été +détruite, que la garde impériale a été prise. Quel que soit +le succès momentané de ces misérables ressources et de ces +ridicules efforts, le règne de l'Inquisition est fini; ses tribunaux +révolutionnaires ne tourmenteront plus aucune contrée +de l'Europe; en Espagne comme à Rome l'inquisition sera +abolie, et l'affreux spectacle des auto-da-fé ne se renouvellera +pas; cette réforme s'opérera malgré le zèle religieux des +Anglais, malgré l'alliance qu'ils ont contractée avec les moines +imposteurs qui ont fait parler la Vierge d'el Pilar et les +saints de Valladolid. L'Angleterre a pour alliés le monopole, +l'inquisition et les franciscains; tout lui est bon pourvu +qu'elle divise les peuples et qu'elle ensanglante le continent. +Un brick anglais, <i>le Ferrets</i>, parti de Portsmouth le 11 de +ce mois, a mouillé le 22 dans le port de Saint-Ander qu'il +ne savait pas être occupé par les Français; il avait à bord des +dépêches importantes et beaucoup de papiers anglais dont on +s'est emparé.</p> + +<p>On a trouvé à Saint-Ander une grande quantité de quinquina +et de denrées coloniales qui ont été envoyées à Baïonne.</p> + +<p>Le duc de Dalmatie est entré dans les Asturies; plusieurs +villes et beaucoup de villages ont demandé à se soumettre +pour sortir enfin de l'abîme creusé par les conseils des étrangers, +et par les passions de la multitude.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Aranda de Duero, le 27 novembre 1808.</p> + +<p class="milieu"><i>Onzième bulletin de l'armée d'Espagne.</i></p> + +<p>S. M., dans la journée du 19, avait fait partir le maréchal +duc de Montebello avec des instructions pour les mouvemens +de la gauche dont elle lui donna le commandement.</p> + +<p>Le duc de Montebello et le duc de Conegliano se concertèrent +le 20, à Lodosa, pour l'exécution des ordres de S. M.</p> + +<p>Le 21, la division du général Lagrange, avec la brigade +de cavalerie légère du général Colbert et la brigade de dragons +du général Dijon, partirent de Logrono par la droite +de l'Ebre.</p> + +<p>Au même moment, les quatre divisions composant le corps +d'armée du duc de Conegliano, passèrent le fleuve à Lodosa, +abandonnant tout le pays entre l'Ebre et Pampelune.</p> + +<p>Le 22, à la pointe du jour, l'armée française se mit en +marche. Elle se dirigea sur Calahora, où était la veille le +quartier-général de Castanos; elle trouva cette ville évacuée. +Elle marcha ensuite sur Alfaro; l'ennemi s'était également +retiré.</p> + +<p>Le 23, à la pointe du jour, le général de division Lefebvre, +à la tête de la cavalerie et appuyé par la division du général +Morlot, faisant l'avant-garde, rencontra l'ennemi. Il en +donna sur-le-champ avis au duc de Montebello, qui trouva +l'armée ennemie forte de sept divisions, formant quarante-cinq +mille hommes présens sous les armes, la droite en avant de +Tudela, et la gauche occupant une ligne d'une lieue et demie, +disposition absolument vicieuse. Les Aragonais étaient à la +droite, les troupes de Valence et de la nouvelle Castille étaient +au centre, et les trois divisions d'Andalousie, que commandait +plus spécialement le général Castanos, formaient +la gauche. Quarante pièces de canon couvraient la ligne +ennemie.</p> + +<p>A neuf heures du matin, les colonnes de l'armée française +commencèrent à se déployer avec cet ordre, cette régularité, ce +sang-froid qui caractérisent de vieilles troupes. On choisissait +les emplacement pour établir en batterie une soixantaine de canons; +mais l'impétuosité des troupes et l'inquiétude de l'ennemi +n'en donnèrent pas le temps; l'armée espagnole était déjà vaincue +par l'ordre et par les mouvemens de l'armée française.</p> + +<p>Le duc de Montebello fit enfoncer le centre par la division +du général Maurice Mathieu.</p> + +<p>Le général de division Lefebvre, avec sa cavalerie, passa +aussitôt au trot par cette trouée, et enveloppa, par un quart +de conversion à gauche, toute la droite de l'ennemi.</p> + +<p>Le moment où la moitié de la ligne ennemie se trouva ainsi +tournée et culbutée, fut celui où le général Lagrange attaqua +la ville de Cascante, où était placée la ligne de Castanos, +qui ne fit pas meilleure contenance que la droite, et abandonna +le champ de bataille, en laissant son artillerie et un +grand nombre de prisonniers. La cavalerie poursuivit les débris +de l'armée ennemie jusqu'à Tarracone, dans la direction +d'Agreda. Sept drapeaux, trente pièces de canon avec leurs +attelages et leurs caissons, douze colonels, trois cents officiers +et trois mille hommes ont été pris; quatre mille Espagnols +sont restés sur le champ de bataille, ou ont été jetés dans +l'Ebre. Notre perte a été légère; nous avons eu soixante +hommes tués et quatre cents blessés; parmi ces derniers se +trouve le général de division Lagrange, qui a été atteint d'une +balle au bras.</p> + +<p>Nos troupes ont trouvé à Tudela beaucoup de magasins.</p> + +<p>Le maréchal duc de Conegliano s'est mis en marche sur +Sarragosse.</p> + +<p>Pendant qu'une partie des fuyards se retirait sur cette +place, la gauche qui avait été coupée, fuyait en désordre sur +Tarraçone et Agreda.</p> + +<p>Le duc d'Elchingen, qui était le 22 à Soria, devait être +le 23 à Agreda; pas un homme n'aurait échappé, mais ce +corps d'armée se trouvant trop fatigué, séjourna le 23 et le +24 à Soria; il arriva le 24 à Agreda assez à temps pour s'emparer +encore d'une grande quantité de magasins.</p> + +<p>Un nommé Palafox, ancien garde-du-corps, homme sans +talens et sans courage, espèce de mannequin d'un moine, +véritable chef de parti, qui lui avait fait donner le titre de +général, a été le premier à prendre la fuite. Au reste, ce n'est +pas la première fois qu'il agit de la sorte; il a fait de même +dans toutes les occasions.</p> + +<p>Cette armée de quarante-cinq mille hommes a été ainsi +battue et défaite, sans que nous en ayons eu plus de six mille +engagés.</p> + +<p>Le combat de Burgos avait frappé le centre de l'ennemi, +la bataille d'Espinosa la droite, et la bataille de Tudela la +gauche. La victoire a ainsi foudroyé et dispersé toute la ligne +ennemie.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Aranda de Duero, 28 novembre 1808.</p> + +<p class="milieu"><i>Douzième bulletin de l'armée d'Espagne.</i></p> + +<p>A la bataille de Tudela, le général de division Lagrange, +chargé de l'attaque de Cascante, fit marcher sa division par +échelons, et se mit à la tête du premier échelon, composé +du vingt-cinquième régiment d'infanterie légère, qui aborda +l'ennemi avec une telle décision, que deux cents Espagnols +furent percés dans la première charge par les baïonnettes. +Les autres échelons ne purent donner. Cette singulière intrépidité +avait jeté la consternation et le désordre dans les troupes +de Castanos. C'est dans cette circonstance que le général +Lagrange, qui était à la tête de son premier échelon, a reçu +une balle qui l'a blessé assez dangereusement.</p> + +<p>Le 26, le duc d'Elchingen s'est porté par Tarraçonne, sur +Borja. Les ennemis avait mis le feu à un parc d'artillerie +de soixante caissons qu'ils avaient à Tarraçonne.</p> + +<p>Le général Maurice Mathieu est arrivé le 25 à Borja, poursuivant +l'ennemi et ramassant à chaque instant de nouveaux +prisonniers dont le nombre est déjà de cinq mille; ils appartiennent +tous aux troupes de ligue; le soldat n'a pardonné à +aucun paysan armé. Le nombre des pièces de canon prises est +de trente-sept.</p> + +<p>Le désordre et le délire se sont emparés des meneurs. Pour +première mesure, ils ont fait un manifeste violent par lequel +ils déclarent la guerre à la France; ils lui imputent tous les +désordres de leur cour, l'abâtardissement de la race qui régnait, +et la lâcheté des grands, qui, pendant tant d'années, +se sont prosternés de la manière la plus abjecte aux pieds de +l'idole qu'ils accablent de toute leur rage, aujourd'hui qu'elle +est tombée.</p> + +<p>On se ferait en Allemagne, en Italie, en France, une bien +fausse idée des moines espagnols, si on les comparait aux +moines qui ont existé dans ces contrées. On trouvait parmi les +bénédictins, les bernardins, etc., etc., de France, d'Italie, une +foule d'hommes remarquables dans les sciences et les lettres; +ils se distinguaient et par leur éducation et par la classe honorable +et utile d'où ils étaient sortis; les moines espagnols, +au contraire, sont tirés de la lie du peuple, ils sont ignares +et crapuleux; on ne saurait leur trouver de ressemblance +qu'avec des artisans employés dans les boucheries; ils en ont +l'ignorance, le ton et la tournure. Ce n'est que sur le bas +peuple qu'ils exercent leur influence. Une maison bourgeoise +se serait crue déshonorée en admettant un moine à sa table.</p> + +<p>Quant aux malheureux paysans espagnols, on ne peut les +comparer qu'aux fellahs d'Egypte; ils n'ont aucune propriété; +tout appartient soit aux moines, soit à quelque maison +puissante. La faculté de tenir une auberge est un droit féodal; +et dans un pays aussi favorisé de la nature, on ne trouve ni +postes, ni hôtelleries. Les impositions même ont été aliénées +et appartiennent aux seigneurs. Les grands ont tellement dégénéré, +qu'il sont sans énergie, sans mérite et même sans +influence.</p> + +<p>On trouve tous les jours à Valladolid et au-delà, des magasins +d'armes considérables. Les Anglais ont bien exécuté +cette partie de leurs engagemens; ils avaient promis des fusils, +des poignards, des libelles, et ils en ont envoyé avec +profusion. Leur esprit inventif s'est signalé, et ils ont poussé +fort loin l'art de répandre des libelles, comme dans ces derniers +temps ils s'étaient distingués par leurs fusées incendiaires. +Tous les maux, tous les fléaux qui peuvent affliger les hommes, +viennent de Londres.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Saint-Martin près Madrid, 2 décembre 1808.</p> + +<p class="milieu"><i>Treizième bulletin de l'armée d'Espagne.</i></p> + +<p>Le 29, le quartier-général de l'empereur a été porté au +village de Bozeguillas; le 30, à la pointe du jour, le duc de +Bellune s'est présenté au pied du Somo-Sierra; une division +de treize mille hommes de l'armée de réserve espagnole, défendait +le passage de cette montagne. L'ennemi se croyait +inexpugnable dans cette position. Il avait retranché le col +que les Espagnols appellent <i>Puerto</i>, et y avait placé seize +pièces de canon. Le neuvième d'infanterie légère couronna +la droite; le quatre-vingt-seizième marcha sur la chaussée, +et le vingt-quatrième suivit à mi-côte les hauteurs de gauche. +Le général Sennarmont avec six pièces d'artillerie avança par +la chaussée.</p> + +<p>La fusillade et la canonnade s'engagèrent. Une charge que fit +le général Montbrun, à la tête des chevau-légers polonais, +décida l'affaire; charge brillante s'il en fut, où ce régiment +s'est couvert de gloire et a montré qu'il était digne de faire +partie de la garde impériale. Canons, drapeaux, fusils, soldats, +tout fut enlevé, coupé ou pris. Huit chevau-légers +polonais ont été tués sur les pièces, et seize ont été blessés. +Parmi ces derniers, le capitaine Dzievanoski à été si grièvement +blessé qu'il est presque sans espérance. Le major Ségur, +maréchal-des-logis de la maison de l'empereur, chargeant +parmi les Polonais, a reçu plusieurs blessures dont une assez +grave. Les seize pièces de canon, dix drapeaux, une trentaine +de caissons, deux cents chariots de toute espèce de bagage, +les caisses des régimens, sont les fruits de cette brillante +affaire. Parmi les prisonniers qui sont très-nombreux, se trouvent +tous les colonels et les lieutenans-colonels des corps de +la division espagnole. Tous les soldats auraient été pris, s'ils +n'avaient pas jeté leurs armes et ne s'étaient éparpillés dans +les montagnes.</p> + +<p>Le premier décembre, le quartier-général de l'empereur +était à Saint-Augustin, et le 2, le duc d'Istrie, avec la cavalerie, +est venu couronner les hauteurs de Madrid. L'infanterie +ne pourra arriver que le 3. Les renseignemens qu'on a +pris jusqu'à cette heure, portent à penser que la ville est +livrée à toute espèce de désordre, et que les portes sont +barricadées.</p> + +<p>Le temps est très-beau.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Madrid, 5 décembre 1808.</p> + +<p class="milieu"><i>Quatorzième bulletin de l'armée d'Espagne.</i></p> + +<p>Le 3, à midi, S. M. arriva de sa personne sur les hauteurs +qui couronnent Madrid, et où étaient placées les divisions de +dragons des généraux Latour-Maubourg et Lahoussaye, et la +garde impériale à cheval. L'anniversaire du couronnement, +cette époque qui a signalé tant de jours à jamais heureux +pour la France, réveilla dans tous les coeurs les plus doux +souvenirs et inspira à toutes les troupes un enthousiasme +qui se manifesta par mille acclamations. Le temps était superbe +et semblable à celui dont on jouit eu France dans les +belles journées du mois de mai.</p> + +<p>Le maréchal duc d'Istrie envoya sommer la ville, où s'était +formé une junte militaire, sous la présidence du général +Castellar, qui avait sous ses ordres le général Morla, capitaine-général +de l'Andalousie et inspecteur-général de l'artillerie. +La ville renfermait un grand nombre de paysans armés qui +s'y étaient rendus de tous côtés, six mille hommes de troupes +de ligne et cent pièces de canon. Depuis huit jours on barricadait +les rues et les portes de la ville; soixante mille hommes +étaient en armes; des cris se faisaient entendre de toutes +parts; les cloches de deux cents églises sonnaient à la fois et +tout présentait l'image du désordre et du délire.</p> + +<p>Un général de troupes de ligne parut aux avant-postes +pour répondre à la sommation du duc d'Istrie; il était accompagné +et surveillé par trente hommes du peuple dont le costume, +les regards et le farouche langage, rappelaient les +assassins de septembre. Lorsqu'on demandait au général espagnol +s'il voulait exposer des femmes, des enfans, des vieillards +aux horreurs d'un assaut, il manifestait à la dérobée la +douleur dont il était pénétré; il faisait connaître par des +signes qu'il gémissait sous l'oppression ainsi que tous les +honnêtes gens de Madrid, et lorsqu'il élevait la voix, ses paroles +étaient dictées par les misérables qui le surveillaient. +On ne put avoir aucun doute de l'excès auquel était portée la +tyrannie de la multitude, lorsqu'on le vit dresser procès-verbal +de ses propres discours, et les faire attester par la signature +des spadassins qui l'environnaient.</p> + +<p>L'aide-de-camp du duc d'Istrie, qui avait été envoyé dans +la ville, saisi par des hommes de la dernière classe du peuple, +allait être massacré, lorsque les troupes de ligne indignées +le prirent sous leur sauve-garde et le firent remettre à son +général.</p> + +<p>Un garçon boucher de l'Estramadure, qui commandait une +des portes, osa demander que le duc d'Istrie vint lui-même +dans la ville les yeux bandés; le général Montbrun repoussa +cette audace avec indignation; il fut aussitôt entouré, et il +n'échappa qu'en tirant son sabre. Il faillit être victime de +l'imprudence avec laquelle il avait oublié qu'il n'avait point +affaire avec des ennemis civilisés.</p> + +<p>Peu de temps après des déserteurs des gardes wallonnes se +rendirent au camp. Leurs dépositions donnèrent la conviction +que les propriétaires, les honnêtes gens étaient sans influence, +et l'on dut croire que toute conciliation était impossible.</p> + +<p>La veille, le marquis de Perales, homme respectable qui +avait paru jouir jusqu'alors de la confiance du peuple, fut +accusé d'avoir fait mettre du sable dans les cartouches. Il fut +aussitôt étranglé, et ses membres déchirés furent envoyés +comme des trophées dans les quartiers de la ville. On arrêta +que toutes les cartouches seraient refaites, et trois ou quatre +mille moines furent conduits au Retiro et employés à ce travail. +Il avait été ordonné que tous les palais, toutes les maisons +seraient constamment ouvertes aux paysans des environs, +qui devaient y trouver de la soupe et des alimens à discrétion.</p> + +<p>L'infanterie française était encore à trois lieues de Madrid. +L'empereur employa la soirée à reconnaître la ville et à arrêter +un plan d'attaque qui se conciliait avec les ménagemens +que méritent le grand nombre d'hommes honnêtes qui se trouvent +toujours dans une grande capitale.</p> + +<p>Prendre Madrid d'assaut pouvait être une opération militaire +de peu de difficulté; mais amener cette grande ville +se soumettre en employant tour à tour la force et la persuasion +et en arrachant les propriétaires et les véritables hommes +de bien à l'oppression sous laquelle ils gémissaient, c'est là +ce qui était difficile. Tous les efforts de l'empereur dans ces +deux journées n'eurent pas d'autre but; ils ont été couronnés +du plus grand succès.</p> + +<p>A sept heures, la division Lapisse, du corps du maréchal +duc de Bellune, arriva. La lune donnait une clarté qui semblait +prolonger celle du jour. L'empereur ordonna au général +de brigade Maison de s'emparer des faubourgs, et chargea le +général de division Lauriston de protéger cette occupation +par le feu de quatre pièces d'artillerie de la garde. Les voltigeurs +du seizième s'emparèrent des maisons et notamment +d'un grand cimetière. Au premier feu l'ennemi montra autant +de lâcheté qu'il avait montré d'arrogance pendant toute la +journée. Le duc de Bellune employa toute la nuit à placer +son artillerie dans les lieux désignés pour l'attaque.</p> + +<p>A minuit, le prince de Neufchâtel envoya à Madrid un +lieutenant-colonel d'artillerie espagnole qui avait été pris à +Somo-Sierra et qui voyait avec effroi la folle obstination de +ses concitoyens. Il se chargea de la lettre ci-jointe (nº 1).</p> + +<p>Le 3, à neuf heures du matin, le même parlementaire revint +au quartier-général avec la lettre ci-jointe (nº 2).</p> + +<p>Mais déjà le général de brigade d'artillerie Sénarmont, officier +d'un grand mérite, avait placé ses trente pièces d'artillerie +et avait commencé un feu très-vif qui avait fait brèche +aux murs du Retiro. Des voltigeurs de la division Villatte +ayant passé la brèche, leur bataillon les suivit, et en moins +d'une heure, quatre mille hommes qui défendaient le Retiro +furent culbutés. Le palais du Retiro, les postes importans de +l'observatoire, de la manufacture de porcelaine, de la grande +caserne et de l'hôtel de Medina-Celi et tous les débouchés qui +avaient été mis en défense furent emportés par nos troupes.</p> + +<p>D'un autre côté, vingt pièces de canon de la garde jetaient +des obus et attiraient l'attention de l'ennemi sur une fausse +attaque.</p> + +<p>On se serait peint difficilement le désordre qui régnait dans +Madrid, si un grand nombre de prisonniers arrivant successivement +n'avaient rendu compte des scènes épouvantables et +de tout genre dont cette capitale offrait le spectacle. On avait +coupé les rues, crénelé les maisons; des barricades de balles +de coton et de laine avaient été fermées; les fenêtres étaient +matelassées; ceux des habitans qui désespéraient du succès +d'une aveugle résistance, fuyaient dans les campagnes; d'autres +qui avaient conservé quelque raison, et qui aimaient +mieux se montrer au sein de leurs propriétés devant un ennemi +généreux, que de les abandonner au pillage de leurs propres +concitoyens, demandaient qu'on ne s'exposât point à un +assaut. Ceux qui étaient étrangers à la ville ou qui n'avaient +rien à perdre, voulaient qu'on se défendît à toute outrance, +accusaient les troupes de ligne de trahison et les obligeaient +à continuer le feu.</p> + +<p>L'ennemi avait plus de cent pièces de canon en batterie; un +nombre plus considérable de pièces de 2 et de 3 avaient été déterrées, +tirées des caves et ficelées sur des charrettes; équipage +grotesque qui seul aurait prouvé le délire d'un peuple abandonné +à lui-même. Mais tous moyens de défense étaient devenus +inutiles: étant maître du Retiro, on l'est de Madrid. L'empereur +mit tous ses soins à empêcher qu'on entrât de maison +en maison. C'en était fait de la ville si beaucoup de troupes +avaient été employées. On ne laissa avancer que quelques compagnies +de voltigeurs que l'empereur se refusa toujours à faire +soutenir.</p> + +<p>A onze heures, le prince de Neufchâtel écrivit la lettre ci-jointe +nº 3; S.M. ordonna aussitôt que le feu cessât sur +tous les points.</p> + +<p>A cinq heures, le maréchal Morla, l'un des membres de +la junte militaire, et don Bernardo Yriarte, envoyé de la ville, +se rendirent dans la tente de S.A.S. le major-général. Ils +firent connaître que tous les hommes bien pensans ne doutaient +pas que la ville ne fût sans ressources, et que la continuation +de la défense était un véritable délire; mais que les dernières +classes du peuple et la foule des hommes étrangers à Madrid +voulaient se défendre et croyaient le pouvoir. Ils demandaient +la journée du 4 pour faire entendre raison au peuple. +Le prince major-général les présenta à S.M. l'empereur et +roi, qui leur dit: «Vous employez en vain le nom du peuple; +si vous ne pouvez parvenir à le calmer, c'est parce que +vous-mêmes vous l'avez excité, vous l'avez égaré par des +mensonges. Rassemblez les curés, les chefs des couvens, +les alcades, les principaux propriétaires, et que d'ici à six +heures du matin la ville se rende, ou elle aura cessé d'exister. +Je ne veux ni ne dois retirer mes troupes. Vous avez massacré +les malheureux prisonniers français qui étaient tombés +entre vos mains. Vous avez, il y a peu de jours, laissé traîner +et mettre à mort dans les rues deux domestiques de l'ambassadeur +de Russie parce qu'ils étaient nés Français. L'inhabileté +et la lâcheté d'un général avaient mis en vos mains des +troupes qui avaient capitulé sur le champ de bataille, et la +capitulation a été violée. Vous, monsieur Morla, quelle lettre +avez-vous écrite à ce général? Il vous convenait bien de parler +de pillage, vous qui étant entré en Roussillon avez enlevé +toutes les femmes et les avez partagées comme un butin entre +vos soldats. Quel droit aviez-vous, d'ailleurs, de tenir un pareil +langage? La capitulation vous l'interdisait. Voyez quelle +a été la conduite des Anglais, qui sont bien loin de se piquer +d'être rigides observateurs du droit des nations; ils se sont +plaints de la convention du Portugal, mais ils l'ont exécutée. +Violer les traités militaires, c'est renoncer à toute civilisation, +c'est se mettre sur la même ligne que les Bédouins du désert. +Comment donc osez-vous demander une capitulation, vous +qui avez violé celle de Baylen? Voilà comme l'injustice et la +mauvaise foi tournent toujours au préjudice de ceux qui s'en +s'en sont rendus coupables. J'avais une flotte à Cadix; elle +était l'alliée de l'Espagne, et vous avez dirigé contre elle les +mortiers de la ville où vous commandiez. J'avais une armée +espagnole dans mes rangs: j'ai mieux aimé la voir passer sur +les vaisseaux anglais, et être obligé de la précipiter du haut +des rochers d'Espinosa, que de la désarmer; j'ai préféré +avoir sept mille ennemis de plus à combattre, que de manquer +à la bonne foi et à l'honneur. Retournez à Madrid. Je +vous donne jusqu'à demain à six heures du matin. Revenez +alors, si vous n'avez à me parler du peuple que pour m'apprendre +qu'il s'est soumis. Sinon vous et vos troupes, vous +serez tous passés par les armes.»</p> + +<p>Le 4 à six heures du matin, le général Morla et le général +don Fernando de la Vera, gouverneur de la ville, se présentèrent +à la tente du prince major-général. Les discours de +l'empereur, répétés au milieu des notables, la certitude qu'il +commandait en personne; les pertes éprouvées pendant la +journée précédente avaient porté le repentir et la douleur +dans tous les esprits; pendant la nuit, les plus mutins s'étaient +soustraits au danger par la fuite, et une partie des +troupes s'était débandée.</p> + +<p>A dix heures, le général Belliard prit le commandement +de Madrid, tous les postes furent remis aux Français, et un +pardon général fut proclamé.</p> + +<p>A dater de ce moment, les hommes, les femmes, les enfans +se répandirent dans les rues avec sécurité. Jusqu'à onze +heures du soir les boutiques furent ouvertes. Tous les citoyens +se mirent à détruire les barricades et à repaver les rues; les +moines rentrèrent dans leurs couvens, et en peu d'heures Madrid +présenta le contraste le plus extraordinaire; contraste +inexplicable pour qui ne connaît pas les moeurs des grandes +villes. Tant d'hommes qui ne pouvaient se dissimuler à eux-mêmes +ce qu'ils auraient fait dans pareille circonstance, s'étonnent +de la générosité des Français. Cinquante mille armes +ont été rendues, et cent pièces de canon sont remises au Retiro. +Au reste les angoisses dans lesquelles les habitans de +cette malheureuse ville ont vécu depuis quatre mois, ne peuvent +se dépeindre. La junte était sans puissance; les hommes +les plus ignorans et les plus forcenés exerçaient le pouvoir, +et le peuple, à chaque instant, massacrait ou menaçait de la +potence ses magistrats et ses généraux. Le général de brigade +Maison a été blessé. Le général Bruyère, qui s'était avancé +imprudemment dans le moment où l'on avait cessé le feu, a +été tué. Douze soldats ont été tués, cinquante ont été blessés. +Cette perte faible pour un événement aussi mémorable, est +due au peu de troupes qu'on a engagées; on la doit aussi, il +faut le dire, à l'extrême lâcheté de tout ce qui avait les armes +à la main.</p> + +<p>L'artillerie a, à son ordinaire, rendu les plus grands services.</p> + +<p>Dix mille fuyards échappés de Burgos et de Somo-Sierra, +et la deuxième division de l'armée de réserve se trouvaient, +le 3, à trois lieues de Madrid; mais chargés par un piquet +de dragons, ils se sont sauvés en abandonnant quarante pièces +de canon et soixante caissons.</p> + +<p>Un trait mérite d'être cité:</p> + +<p>Un vieux général retiré du service et âgé de quatre-vingts +ans, était dans sa maison à Madrid, près de la rue d'Alcala. +Un officier français s'y loge avec sa troupe. Ce respectable +vieillard paraît devant cet officier, tenant une jeune fille par +la main et dit: Je suis un vieux soldat, voilà ma fille: je lui +donne neuf cent mille livres de dot; sauvez lui l'honneur et +soyez son époux. Le jeune officier prend le vieillard, sa famille +et sa maison sous sa protection. Qu'ils sont coupables +ceux qui exposent tant de citoyens paisibles, tant d'infortunés +habitans d'une grande capitale à tant de malheurs!</p> + +<p>Le duc de Dantzick est arrivé le 3 à Ségovie. Le duc d'Istrie, +avec quatre mille hommes de cavalerie, s'est mis à la poursuite +de la division Pennas, qui s'étant échappée de la bataille +de Tudela, s'était dirigée sur Guadalaxara.</p> + +<p>Florida Blanca et la junte s'étaient enfuis d'Aranjuez et +s'étaient sauvés à Tolède; ils ne se sont pas crus en sûreté +dans cette ville, et se sont réfugiés auprès des Anglais.</p> + +<p>La conduite des Anglais est honteuse. Dès le 20, ils étaient +à l'Escurial au nombre de six mille, ils y ont passé quelques +jours. Ils ne prétendaient pas moins que franchir les Pyrénées +et venir sur la Garonne. Leurs troupes sont superbes +et bien disciplinées. La confiance qu'elles avaient inspirée aux +Espagnols est inconcevable; les uns espéraient que cette division +irait à Somo-Sierra, les autres qu'elle viendrait défendre +la capitale d'un allié si cher; mais tous connaissaient +mal les Anglais. A peine eut-on avis que l'empereur était à +Somo-Sierra, que les troupes anglaises battirent en retraite +sur l'Escurial. De là, combinant leur marche avec la division +de Salamanque, elles se dirigèrent sur la mer. Des armes, +de la poudre, des habits, ils nous en ont donné, disait un +Espagnol; mais leurs soldats ne sont venus que pour nous +exciter, nous égarer et nous abandonner au milieu de la crise.—Mais, +répondit un officier français, ignorez-vous donc les +faits les plus récens de notre histoire? Qu'ont-ils donc fait +pour le stathouder, pour la Sardaigne, pour l'Autriche? +Qu'ont-ils fait plus récemment encore pour la Suède? Ils fomentent +partout la guerre, ils distribuent des armes comme +du poison, mais ils ne versent leur sang que pour leurs intérêts +directs et personnels. N'attendez pas autre chose de +leur égoïsme.—Cependant, répliqua l'Espagnol, leur cause +était la nôtre. Quarante mille Anglais ajoutés à nos forces à +Tudela et à Espinosa pouvaient balancer les destins et sauver +le Portugal. Mais à présent que notre armée de Blake à la +gauche, que celle du centre, que celle d'Aragon à la droite +sont détruites, que les Espagnes sont presque conquises, et +que la raison va achever de les soumettre, que deviendra le +Portugal? Ce n'est pas à Lisbonne que les Anglais devaient +le défendre, c'est à Espinosa, à Burgos, à Tudela, à Somo-Sierra +et devant Madrid.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Devant Madrid, le 3 décembre 1808.</p> + +<p class="milieu">Nº 1. <i>A Monsieur le commandant de la ville de Madrid.</i></p> + +<p>Les circonstances de la guerre ayant conduit l'armée française +aux portes de Madrid, et toutes les dispositions étant +faites pour s'emparer de la ville de vive force, je crois convenable +et conforme à l'usage de toutes les nations de vous +sommer, monsieur le général, de ne pas exposer une ville +aussi importante à toutes les horreurs d'un assaut, et rendre +tant d'habitans paisibles victimes des maux de la guerre. Voulant +ne rien épargner pour vous éclairer sur votre véritable +situation, je vous envoie la présente sommation par l'un de +vos officiers fait prisonnier et qui a été à portée de voir les +moyens qu'a l'armée pour réduire la ville.</p> + +<p>Recevez, monsieur le général, etc.</p> + +<p class="droite">ALEXANDRE.</p> +<br><br><br> + + +<p class="milieu">No. 2. <i>A S.A.S. le prince de Neufchâtel.</i></p> + +<p>Monseigneur,</p> + +<p>Avant de répondre catégoriquement à V.A., je ne puis +me dispenser de consulter les autorités constituées de cette +ville et de connaître les dispositions du peuple en lui donnant +avis des circonstances présentes.</p> + +<p>A ces fins, je supplie V.A. de m'accorder cette journée +de suspension pour m'acquitter de ces obligations, vous promettant +que demain, de bonne heure, ou même cette nuit, +j'enverrai ma réponse à V.A. par un officier-général.</p> + +<p>Je prie V.A. d'agréer, etc.</p> + +<p class="droite">F. marquis de CASTELAR.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Au camp impérial devant Madrid, le 4 décembre 1808, à onze heures du +matin.</p> + +<p class="milieu">Nº 3. <i> Au général commandant Madrid.</i></p> + +<p>Monsieur le général Castelar, défendre Madrid est contraire +aux principes de la guerre et inhumain pour les habitans. +S.M. m'autorise à vous envoyer une seconde sommation. +Une artillerie immense est en batterie; des mineurs sont prêts +à faire sauter vos principaux édifices; des colonnes sont à +l'entrée des débouchés de la ville, dont quelques compagnies +de voltigeurs se sont rendues maîtresses. Mais l'empereur, toujours +généreux dans le cours de ses victoires, suspend l'attaque +jusqu'à deux heures. La ville de Madrid doit espérer protection +et sûreté pour ses habitans paisibles, pour le culte, +pour ses ministres, enfin l'oubli du passé. Arborez un pavillon +blanc avant deux heures et envoyez des commissaires +pour traiter de la reddition de la ville.</p> + +<p>Recevez, monsieur le général, etc.</p> + +<p>Le major-général,</p> + +<p class="droite">ALEXANDRE.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Madrid, 7 décembre 1808.</p> + +<p class="milieu"><i>Quinzième bulletin de l'armée d'Espagne.</i></p> + +<p>Sa Majesté a nommé le général d'artillerie Sénarmont général +de division. Le major Ségur a été nommé adjudant-commandant. +On avait désespéré de la vie de cet officier; +mais il est aujourd'hui hors de danger.</p> + +<p>Le comte Krazinski, colonel des chevau-légers polonais, +quoique malade, a toujours voulu charger à la tête de son +corps.</p> + +<p>Les sieurs Balecki et Wolygurski, maréchaux-des-logis, +et Surzieski, soldat des chevau-légers polonais qui ont pris +des drapeaux à l'ennemi, ont été nommés membres de la légion-d'honneur.</p> + +<p>Sa Majesté a de plus accordé aux chevau-légers polonais +huit décorations pour les officiers, et un pareil nombre pour +les soldats.</p> + +<p>Le duc de l'Infantado a été une des premières causes des +malheurs que son pays a éprouvés; il fut le principal instrument +de l'Angleterre dans ses funestes projets contre l'Espagne; +c'est lui qu'elle employa pour diviser le père et le +fils, pour renverser du trône le roi Charles, dont l'attachement +pour la France était connu; pour susciter des orages +populaires contre le premier ministre de ce souverain; pour +élever à la puissance suprême ce jeune prince, qui, dans son +mariage avec une princesse de l'ancienne maison de Naples, +avait puisé cette haine contre les Français dont cette maison +ne s'est jamais départie. Ce fut le duc de l'Infantado qui +joua le premier rôle dans la conspiration de l'Escurial, et +c'est à lui que fut alors confié le pouvoir de généralissime +des armées d'Espagne. On le vit ensuite prêter serment à +Baïonne entre les mains du roi Joseph comme colonel des +gardes espagnoles. De retour à Madrid, on le vit jeter le +masque et se montrer ouvertement l'homme des Anglais. +C'est chez lui que logeaient les ministres de l'Angleterre; +c'est dans sa société que vivaient les agens accrédités ou secrets +de cette puissance. Après avoir excité ses concitoyens à +une résistance insensée, on l'a vu, aussi lâche que traître, +s'enfuir de Madrid à Guadalaxara, sous le prétexte d'aller +chercher du secours, se soustraire par cette ruse aux périls +dans lesquels il avait entraîné ses concitoyens, et ne montrer +quelque sollicitude que pour l'agent anglais, qu'il emmena +dans sa propre voiture et auquel il servit d'escorte. Que lui +vaudra cette conduite? Il perdra ses titres, il perdra ses +biens, qu'on évalue à deux millions de rentes, et il ira chercher +à Londres les mépris, les dédains et l'oubli dont l'Angleterre +a toujours payé les hommes qui ont sacrifié leur +honneur et leur patrie à l'injustice de sa cause.</p> + +<p>Aussitôt que le rapport du chef d'escadron comte Lubienski +fut connu, le duc d'Istrie se mit en marche avec seize +escadrons de cavalerie pour observer l'ennemi. Le duc de Bellune +suivit avec l'infanterie. Le duc d'Istrie, arrivé à Guadalaxara, +y trouva l'arrière-garde ennemie qui filait sur +l'Andalousie, la culbuta et lui fit cinq cents prisonniers. Le +général de division Ruffin et la brigade de dragons Bordesoult +informés que des ennemis se dirigeaient sur Aranjuez, se +sont portés sur ce point; l'ennemi en a été chassé, et ces troupes +se sont mises aussitôt à la poursuite de tout ce qui fuit +vers l'Andalousie.</p> + +<p>Le général de division Lahoussaye est entré le 5 à l'Escurial. +Cinq à six cents paysans voulaient défendre le couvent, +ils en ont été chassés de vive force.</p> + +<p>Chaque jour les restes de la stupeur dans laquelle étaient +tombés les habitans de Madrid, se dissipent. Ceux qui avaient +caché leurs meubles et leurs effets précieux les rapportent +dans leurs maisons. Les boutiques se garnissent comme à l'ordinaire; +les barricades et tous autres apprêts de défense ont +disparu. L'occupation de Madrid s'est faite sans désordre, +et la tranquillité règne dans toutes les parties de cette grande +ville. Un fusilier de la garde ayant été trouvé saisi de plusieurs +montres, et ayant été convaincu de les avoir volées, a +été fusillé sur la principale place de Madrid.</p> + +<p>On a trouvé dans cette ville deux cents milliers de poudre, +dix mille boulets, deux millions de plomb, cent pièces +de canon de campagne et cent vingt mille fusils, la plupart +anglais. Le désarmement continue sans aucune difficulté; +tous les habitans s'y prêtent avec la meilleure volonté; ils +reviennent avec empressement et de bonne foi à l'autorité +royale qui les soustrait à la malfaisance de l'Angleterre, à la +violence des factions et aux désordres des mouvemens populaires.</p> + +<p>Le roi d'Espagne a créé un régiment qui porte le nom de +royal-étranger, et dans lequel sont admis les déserteurs et +les Allemands qui étaient au service d'Espagne. Il a aussi +formé un régiment suisse de Réding le jeune: cet officier s'étant +comporté parfaitement et en véritable patriote suisse; +bien différent en cela du général Réding; l'un a bien mérité +de ses compatriotes, et obtiendra partout l'estime; l'autre, +généralement méprisé, ira dans les tavernes de Londres +jouir d'une centaine de livres sterling mal acquises et payées +avec dédain; il sera émigré du continent. Les régimens royal-étranger +et Réding le jeune ont déjà plusieurs milliers +d'hommes.</p> + +<p>Le cinquième et le huitième corps de l'armée d'Espagne +et trois divisions de cavalerie ne font que passer la Bidassoa; +ils sont encore bien loin d'être en ligne, et cependant beaucoup +de victoires ont déjà été obtenues, et la plus grande +partie de la besogne est faite.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Au camp impérial de Madrid, 7 décembre 1808.</p> + +<p class="milieu"><i>Proclamation.</i></p> + +<p>Espagnols,</p> + +<p>Vous avez été égarés par des hommes perfides; ils vous +ont engagés dans une lutte insensée, et vous ont fait courir +aux armes. Est-il quelqu'un parmi vous qui, réfléchissant un +moment sur tout ce qui s'est passé, ne soit aussitôt convaincu +que vous avez été le jouet des perpétuels ennemis du continent +qui se réjouissaient en voyant répandre le sang espagnol +et le sang français? Quel pouvait être le résultat du succès +même de quelques campagnes? Une guerre de terre sans fin +et une longue incertitude sur le sort de vos propriétés et de +votre existence. Dans peu de mois vous avez été livrés à toutes +les angoisses des factions populaires. La défaite de vos armées +a été l'affaire de quelques marches. Je suis entré dans +Madrid: les droits de la guerre m'autorisaient à donner un +grand exemple, et à laver dans le sang des outrages faits à +moi et à ma nation: je n'ai écouté que la clémence. Quelques +hommes, auteurs de tous vos maux, seront seuls frappés. Je +chasserai bientôt de la Péninsule cette armée anglaise qui a +été envoyée en Espagne non pour vous secourir, mais pour +vous inspirer une fausse confiance et vous égarer.</p> + +<p>Je vous avais dit dans ma proclamation du 2 juin que je +voulais être votre régénérateur. Aux droits qui m'ont été cédés +par les princes de la dernière dynastie, vous avez voulu +que j'ajoutasse le droit de conquête. Cela ne changera rien à mes +dispositions. Je veux même louer ce qu'il peut y avoir eu de généreux +dans vos efforts, je veux reconnaître que l'on vous a +caché vos vrais intérêts, qu'on vous a dissimulé le véritable +état des choses. Espagnols, votre destinée est entre vos mains. +Rejetez les poisons que les Anglais ont répandus parmi vous; +que votre roi soit certain de votre amour et de votre confiance, +et vous serez plus puissans, plus heureux que vous +n'avez jamais été. Tout ce qui s'opposait à votre prospérité +et à votre grandeur, je l'ai détruit; les entraves qui pesaient +sur le peuple, je les ai brisées; une constitution libérale vous +donne, au lieu d'une monarchie absolue, une monarchie +tempérée et constitutionnelle. Il dépend de vous que cette +constitution soit encore votre loi.</p> + +<p>Mais si tous mes efforts sont inutiles, et si vous ne répondez +pas à ma confiance, il ne me restera qu'à vous traiter en +provinces conquises, et à placer mon frère sur un autre trône. +Je mettrai alors la couronne d'Espagne sur ma tête et je saurai +la faire respecter des méchans, car Dieu m'a donné la force +et la volonté nécessaires pour surmonter tous les obstacles.</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Au camp impérial de Madrid, 7 décembre 1808.</p> + +<p class="milieu"><i>Circulaire aux archevêques, aux évêques et aux président +des consistoires.</i></p> + +<p>M. l'évêque de......,</p> + +<p>Les victoires remportées par nos armes aux champs d'Espinosa, +de Burgos, de Tudela et de Somo-Sierra, l'entrée +de nos troupes dans la ville de Madrid, et le bonheur particulier +que nous avons eu de sauver cette ville intacte des +mains des brigands insurgés qui en tenaient tous les honnêtes +habitans sous l'oppression, nous portent à vous écrire cette +lettre. Nous désirons qu'aussitôt après sa réception, vous +vous concertiez avec qui de droit, afin d'appeler nos peuples +dans les églises, et de faire chanter un <i>Te Deum</i> et telles +autres prières que vous vous voudrez désigner, pour rendre +grâce à Dieu d'avoir protégé nos armes et d'avoir confondu +les ennemis de notre nation et de la tranquillité du continent, +qui, réveillant sans cesse l'esprit de faction, cherchent à consolider +leur monopole par les désordres publics et par le +malheur des peuples.</p> + +<p>Sur ce, M. l'évêque d...., nous prions Dieu qu'il vous ait +en sa sainte garde.</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Madrid, le 8 décembre 1808.</p> + +<p class="milieu"><i>Seizième bulletin de l'armée d'Espagne.</i></p> + +<p>Le duc de Montebello se loue beaucoup de la conduite du +général de brigade Pouzet à la bataille de Tudela; du général +de division Lefebvre, du général de brigade d'artillerie Couin, +de son aide-de-camp Gueheneuc. Il fait une mention particulière +des trois régimens de la Vistule. Le général de brigade +Augereau, qui a chargé à la tête de la division Morlot, s'est +fait remarquer. Messieurs Viry et Labédoyère ont pris une +pièce de canon au milieu de la ligne ennemie. Le second a été +légèrement blessé au bras.</p> + +<p>S. M. a nommé le colonel Pépin général de brigade, et le +major polonais Kliki, colonel. Le colonel polonais Kasinowski, +qui a été blessé, a été nommé membre de la légion-d'honneur.</p> + +<p>Le général de division Ruffin, ayant passé le Tage à Aranjuez, +s'est porté sur Orcanna et a coupé le chemin aux débris +de l'armée d'Andalousie qui voulaient se retirer en Andalousie +et qui se sont jetés sur Cuença.</p> + +<p>Les divisions de cavalerie des généraux Lasalle et Milhaud +se sont dirigées sur le Portugal par Talavera de la Reina.</p> + +<p>Le duc de Dantzick arrive aujourd'hui à Madrid avec son +corps d'armée.</p> + +<p>Le maréchal Ney, avec son corps d'armée, est arrivé à +Guadalaxara venant de Sarragosse.</p> + +<p>S. M. voulant épargner aux honnêtes habitans de cette +ville les horreurs d'un assaut, n'a pas voulu qu'on attaquât +Sarragosse jusqu'au moment où la nouvelle des événemens +de Madrid et de la dispersion des armées espagnoles y serait +connue. Cependant si cette ville s'obstinait dans sa résistance, +les mines et les bombes en feraient raison.</p> + +<p>Le huitième corps est entré en Espagne. Le général Delaborde +va porter son quartier-général à Vittoria.</p> + +<p>La division polonaise du générai Valence arrive aujourd'hui +à Buitrago.</p> + +<p>Les Anglais sont en retraite de tous côtés. La division Lasalle +a cependant rencontré seize hommes qu'elle a sabrés; +c'était des traîneurs ou des hommes qui s'étaient égarés.</p> + +<p>Le maréchal Mortier arrivera le 16 en Catalogne, pour +tourner l'armée ennemie et faire sa jonction avec les généraux +Duhesnie et Saint-Cyr.</p> + +<p>Le 23 novembre, la brèche du château de la Trinité de la +ville de Roses était au moment de se trouver praticable. Le +même jour, les Anglais ont débarqué quatre cents hommes +au pied du château. Un bataillon italien a marché sur eux, +leur a tué dix hommes, en a blessé davantage et a jeté le reste +dans la mer.</p> + +<p>On a remarqué une trentaine de barques qui sortaient du +port de Roses, ce qui porte à penser que les habitans commencent +à évacuer la ville.</p> + +<p>Le 24, l'avant-garde ennemie, campée sur la Fluvia, forte +de cinq à six mille hommes, et commandée par le général Alvarès, +est venue en plusieurs colonnes attaquer les points de +Navata, Puntos, Armodas et Garrigas, occupés par la division +du général Souham. Le premier régiment d'infanterie +légère et le quatrième bataillon de la troisième légère ont soutenu +seuls l'effort de l'ennemi et l'ont ensuite repoussé.</p> + +<p>L'ennemi a été rejeté au-delà de la Fluvia, avec une perte +considérable en tués et blessés. On a fait des prisonniers, +parmi lesquels se trouvent le colonel Lebrun, commandant +en second de l'expédition, et colonel du régiment de Tarragone, +le major et un capitaine du même régiment.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Madrid, le 10 décembre 1808.</p> + +<p class="milieu"><i>Dix-septième bulletin de l'armée d'Espagne.</i></p> + +<p>S. M. a passé hier, au Prado, la revue du corps du maréchal +duc de Dantzick, arrivé avant-hier à Madrid; elle a témoigné +sa satisfaction à ces braves troupes.</p> + +<p>Elle a passé aujourd'hui la revue des troupes de la confédération +du Rhin, formant la division commandée par le général +Leval. Les régimens de Nassau et de Bade se sont bien +comportés. Le régiment de Hesse-Darmstadt n'a pas soutenu +la réputation des troupes de ce pays et n'a pas répondu à +l'opinion qu'elles avaient donnée d'elles dans les campagnes de +Pologne. Le colonel et le major paraissent être des hommes +médiocres.</p> + +<p>Le duc d'Istrie est parti le 6 de Guadalaxara; il a fait +battre toute la route de Sarragosse et de Valence, a fait cinq +cents prisonniers et a pris beaucoup de bagages. Au Bastan, +un bataillon de cinq cents hommes, cerné par la cavalerie, a +été écharpé.</p> + +<p>L'armée ennemie, battue à Tudela, à Catalayud, abandonnée +par ses généraux, par une partie de ses officiers et par un +grand nombre de soldats, était réduite à six mille hommes.</p> + +<p>Le 8, à minuit, le duc d'Istrie fit attaquer par le général +Montbrun à Santa-Cruz un corps qui protégeait la fuite de +l'armée ennemie. Ce corps fut poursuivi l'épée dans les reins, +et on lui fit mille prisonniers. Il voulut se jeter dans l'Andalousie +par Madridego. Il paraît qu'il a été forcé de se disperser +dans les montagnes de Cuença.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Madrid, 12 décembre 1808.</p> + +<p class="milieu"><i>Dix-huitième bulletin de l'armée d'Espagne.</i></p> + +<p>La junte centrale d'Espagne avait peu de pouvoir. La +plupart des provinces lui répondaient à peine; toutes lui +avaient arraché l'administration des finances. Elle était influencée +par la dernière classe du peuple; elle était gouvernée +par la minorité; Florida-Blanca était sans aucun crédit. La +junte était soumise à la volonté de deux hommes, l'un nommé +Lorenzo-Calvo, marchand épicier de Sarragosse, qui avait +gagné en peu de mois le titre d'excellence; c'était un de ces +hommes violens qui paraissent dans les révolutions; sa probité +était plus que suspecte; l'autre était un nommé Tilly, +condamné autrefois aux galères comme voleur, frère cadet +du nommé Gusman, qui a joué un rôle sous Robespierre +dans le temps de la terreur, et bien digne d'avoir eu pour +frère ce misérable. Aussitôt que quelque membre de la junte +voulait s'opposer à des mesures violentes, ces deux hommes +criaient à la trahison: un rassemblement se formait sous les +fenêtres d'Aranjuez, et tout le monde signait. L'extravagance +et la méchanceté de ces meneurs se manifestaient de toutes les +manières. Aussitôt qu'ils apprirent que l'empereur était à +Burgos et que bientôt il serait à Madrid, ils poussèrent le +délire jusqu'à faire contre la France une déclaration de guerre +remplie d'injures et de traits de folie.</p> + +<p>Ce que les honnêtes gens ont à en souffrir de la dernière +classe du peuple se concevrait à peine, si chaque nation ne +trouvait dans ses annales le souvenir de crises semblables.</p> + +<p>Récemment encore trois respectables habitans de Tolède +ont été égorgés.</p> + +<p>Lorsque le 11, le général de division Lasalle, poursuivant +l'ennemi, est arrivé à Talavera de la Reyna, où les Anglais +étaient passés en triomphe dix jours auparavant, en annonçant +qu'ils allaient secourir la capitale, un spectacle affreux +s'est offert aux yeux des Français: un cadavre revêtu de l'uniforme +de général espagnol, était suspendu a une potence +et percé de mille coups de fusil: c'était le général Bénito San Juan, +que ses soldats, dans le désordre de leur terreur panique, +et pour donner un prétexte à leur lâcheté, avaient aussi +indignement sacrifié.</p> + +<p>Ils n'ont repris haleine à Talavera, que pour torturer leur +infortuné général, qui pendant tout un jour, a été le but de +leur barbarie et de leur adresse atroce.</p> + +<p>Talavera de la Reyna est une ville considérable, située +sur la belle vallée du Tage et dans un pays très-fertile.</p> + +<p>Les évêques de Léon et d'Astorga, et un grand nombre +d'ecclésiastiques, se sont distingués par leur bonne conduite +et par l'exemple des vertus apostoliques.</p> + +<p>Le pardon général accordé par l'empereur et les dispositions +qui marquent l'établissement de la nouvelle dynastie +par l'anéantissement des maisons des principaux coupables, +ont produit un grand effet. La destruction de droits odieux +au peuple et contraires à la prospérité de l'état, et la mesure +qui ne laisse plus à la classe nombreuse des moines aucune +incertitude sur son sort, ont un bon résultat.</p> + +<p>L'animadversion générale se dirige contre les Anglais. +Les paysans disent dans leur langage, qu'à l'approche des +Français, les Anglais sont allés monter sur leurs chevaux +de bois.</p> + +<p>S. M. a passé hier la revue de plusieurs corps de cavalerie. +Elle a nommé commandant de la Légion d'Honneur, le colonel +des lanciers polonais Konopka. Le corps que cet officier +commande s'est couvert de gloire dans toutes les occasions.</p> + +<p>S. M. a témoigné sa satisfaction à la brigade Dijon, pour +sa bonne conduite à la bataille de Tudela.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Madrid, 13 décembre 1808.</p> + +<p class="milieu"><i>Dix-neuvième bulletin de l'armée d'Espagne.</i></p> + +<p>La place de Roses s'est rendue le 6; deux mille hommes ont +été faits prisonniers. On a trouvé dans la place une artillerie +considérable; six vaisseaux de ligne anglais qui étaient mouillés +sur la rade, n'ont pu recevoir la garnison à leur bord. Le +général Gouvion-Saint-Cyr se loue beaucoup du général de +division Pino. Les troupes du royaume d'Italie se sont distinguées +pendant le siège.</p> + +<p>L'empereur a passé aujourd'hui en revue, au-delà du pont +de Ségovie, toutes les troupes réunies du corps du maréchal +duc de Dantzick.</p> + +<p>La division du général Sébastiani s'est mise en marche pour +Talavera de la Reyna.</p> + +<p>La division polonaise du général Valence est fort belle.</p> + +<p>La dissolution des troupes espagnoles continue de tous +côtés; les nouvelles levées qu'on était occupé à faire, se dispersent +de toutes parts et retournent dans leurs foyers.</p> + +<p>Les détails que l'on recueille de la bouche des Espagnols, +sur la junte centrale, tendent tous à la couvrir de ridicule. +Cette assemblée était devenue l'objet du mépris de toute l'Espagne. +Ses membres, au nombre de trente-six, s'étaient attribué +eux-mêmes des titres, des cordons de toute espèce, et +soixante mille livres de traitement. Florida-Blanca était un +véritable mannequin. Il rougit à présent du déshonneur qu'il +a répandu sur sa vieillesse. Ainsi que cela arrive toujours dans +de pareilles assemblées, deux ou trois hommes dominaient +tous les autres, et ces deux ou trois misérables étaient aux +gages de l'Angleterre. L'opinion de la ville de Madrid est +très-prononcée à l'égard de cette junte, qui est vouée au ridicule +et au mépris, ainsi qu'à la haine de tous les habitans +de la capitale.</p> + +<p>La bourgeoisie, le clergé, la noblesse, convoqués par le +corregidor, se sont assemblés deux fois.</p> + +<p>L'esprit de la capitale est fort différent de ce qu'il était +avant le départ des Français. Pendant le temps qui s'est écoulé +depuis cette époque, cette ville a éprouvé tous les maux qui +résultent de l'absence du gouvernement. Sa propre expérience +lui a inspiré le dégoût des révolutions; elle a resserré les liens +qui l'attachaient au roi. Pendant les scènes de désordre qui +ont agité l'Espagne, les voeux et les regards des hommes sages +se tournaient vers leur souverain.</p> + +<p>Jamais on n'a vu dans ce pays un aussi beau mois de décembre; +on se croirait au commencement du printemps. L'empereur +profite de ce temps magnifique pour rester à la campagne +à une lieue de Madrid.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Paris, le 14 décembre 1808.</p> + +<p class="milieu"><i>Note extraite du Moniteur.</i></p> + +<p>Plusieurs de nos journaux ont imprimé que S. M. l'impératrice, +dans sa réponse à la députation du corps législatif, +avait dit qu'elle était bien aise de voir que le premier sentiment +de l'empereur avait été pour le corps législatif qui représente +la nation.</p> + +<p>S. M. l'impératrice n'a point dit cela; elle connaît trop bien +nos constitutions; elle sait trop bien que le premier représentant +de la nation, c'est l'empereur; car tout pouvoir vient de +Dieu et de la nation.</p> + +<p>Dans l'ordre de nos constitutions, après l'empereur, est +le sénat; après le sénat, est le conseil d'état; après le conseil +d'état, est le corps législatif; après le corps législatif, viennent +chaque tribunal et fonctionnaire public dans l'ordre de +ses attributions; car, s'il y avait dans nos constitutions un +corps représentant la nation, ce corps serait souverain; les +autres corps ne seraient rien, et ses volontés seraient tout.</p> + +<p>La convention, même le corps législatif, ont été représentans. +Telles étaient nos constitutions alors. Aussi le président +disputa-t-il le fauteuil au roi, se fondant sur le principe +que le président de l'assemblée de la nation, était avant les +autorités de la nation. Nos malheurs sont venus en partie de +cette exagération d'idées. Ce serait une prétention chimérique +et même criminelle, que de vouloir représenter la nation avant +l'empereur.</p> + +<p>Le corps législatif, improprement appelé de ce nom, devrait +être appelé conseil législatif, puisqu'il n'a pas la faculté +de faire des lois, n'en ayant pas la proposition. Le conseil législatif +est donc la réunion des mandataires des collèges électoraux. +Ou les appelle députés des départemens, parce qu'ils +sont nommés par les départemens.</p> + +<p>Dans l'ordre de notre hiérarchie constitutionnelle, le premier +représentant de la nation, c'est l'empereur, et ses ministres, +organes de ses décisions; la seconde autorité représentante, +est le sénat; la troisième, le conseil d'état qui a de +véritables attributions législatives; le conseil législatif a le +quatrième rang.</p> + +<p>Tout rentrerait dans le désordre, si d'autres idées constitutionnelles +venaient pervertir les idées de nos constitutions +monarchiques.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Madrid, 15 décembre 1808.</p> + +<p class="milieu"><i>Réponse de l'empereur à une députation de la ville de +Madrid.</i></p> + +<p>J'agrée les sentimens de la ville de Madrid. Je regrette le +mal qu'elle a essuyé, et je tiens à bonheur particulier d'avoir +pu, dans ces circonstances, le sauver et lui épargner de plus +grands maux.</p> + +<p>Je me suis empressé de prendre des mesures qui tranquillisent +toutes les classes des citoyens, sachant combien l'incertitude +est pénible pour tous les peuples et pour tous les hommes.</p> + +<p>J'ai conservé les ordres religieux en restreignant le nombre +des moines. Il n'est pas un homme sensé qui ne jugeât qu'ils +étaient trop nombreux. Ceux qui sont appelés par une vocation +qui vient de Dieu, resteront dans leur couvens. Quant +à ceux dont la vocation était peu solide et déterminée par +des considérations mondaines, j'ai assuré leur existence dans +l'ordre des ecclésiastiques séculiers. Du surplus des biens des +couvens, j'ai pourvu aux besoins des curés, de cette classe la +plus intéressante et la plus utile parmi le clergé.</p> + +<p>J'ai aboli ce tribunal contre lequel le siècle et l'Europe réclamaient. +Les prêtres doivent guider les consciences, mais ne doivent +exercer aucune juridiction extérieure et corporelle sur les +citoyens.</p> + +<p>J'ai satisfait à ce que je devais à moi et à ma nation; la +part de la vengeance est faite; elle est tombée sur dix des +principaux coupables; le pardon est entier et absolu pour +tous les autres.</p> + +<p>J'ai supprimé des droits usurpés par les seigneurs, dans le +temps des guerres civiles, où les rois ont trop souvent été +obligés d'abandonner leurs droits, pour acheter leur tranquillité +et le repos des peuples.</p> + +<p>J'ai supprimé les droits féodaux, et chacun pourra établir +des hôtelleries, des fours, des moulins, des madragues, des +pêcheries et donner un libre essor à son industrie, en observant +les lois et les réglemens de la police. L'égoïsme, la richesse +et la prospérité d'un petit nombre d'hommes nuisaient +plus à votre agriculture que les chaleurs de la canicule.</p> + +<p>Comme il n'y a qu'un Dieu, il ne doit y avoir dans un état +qu'une justice. Toutes les justices particulières avaient été +usurpées et étaient contraires aux droits de la nation. Je les +ai détruites.</p> + +<p>J'ai aussi fait connaître à chacun ce qu'il pouvait avoir à +craindre, ce qu'il pouvait espérer.</p> + +<p>Les armées anglaises, je les chasserai de la Péninsule.</p> + +<p>Sarragosse, Valence, Séville seront soumises ou par la persuasion, +ou parla force de mes armes.</p> + +<p>Il n'est aucun obstacle capable de retarder long-temps l'exécution +de mes volontés.</p> + +<p>Mais ce qui est au-dessus de mon pouvoir,, c'est de constituer +les Espagnols en nation sous les ordres du roi, s'ils continuent +à être imbus des principes de scission et de haine +envers la France, que les partisans des Anglais et les ennemis +du continent ont répandus au sein de l'Espagne. Je ne +puis établir une nation, un roi et l'indépendance des Espagnols, +si ce roi n'est pas sûr de leur affection et de leur fidélité.</p> + +<p>Les Bourbons ne peuvent plus régner en Europe. Les divisions +dans la famille royale avaient été tramées par les Anglais. +Ce n'était pas le roi Charles et le favori, que le duc de +l'Infantado, instrument de l'Angleterre, comme le prouvent +les papiers récemment trouvés dans sa maison, voulait renverser +du trône, c'était la prépondérance de l'Angleterre qu'on +voulait établir en Espagne; projet insensé, dont le résultat +aurait été une guerre de terre sans fin, et qui aurait fait couler +des flots de sang. Aucune puissance ne peut exister sur le +continent, influencée par l'Angleterre. S'il en est qui le désirent, +leur désir est insensé et produira tôt ou tard leur ruine.</p> + +<p>Il me serait facile, et je serais obligé de gouverner l'Espagne +en y établissant autant de vice-rois qu'il y a de provinces. +Cependant, je ne me refuse point de céder mes droits de conquête +au roi, et à l'établir dans Madrid, lorsque les trente +mille citoyens que renferme cette capitale, ecclésiastiques, +nobles, négocians, hommes de loi, auront manifesté leurs +sentimens et leur fidélité, donné l'exemple aux provinces, +éclairé le peuple et fait connaître à la nation, que son existence +et son bonheur dépendent d'un roi et d'une constitution +libérale, favorable au peuple et contraire seulement à l'égoïsme +et aux passions orgueilleuses des grands.</p> + +<p>Si tels sont les sentimens des habitans de la ville de Madrid, +que ces trente mille citoyens se rassemblent dans les églises, +qu'ils prêtent, devant le Saint-Sacrement, un serment qui +sorte non-seulement de la bouche, mais du coeur, et qui soit +sans restriction jésuitique; qu'ils jurent appui, amour et fidélité +au roi; que les prêtres au confessionnal et dans la chaire, +les négocians dans leur correspondance, les hommes de loi +dans leurs écrits et leurs discours, inculquent ces sentimens +au peuple; alors je me dessaisirai du droit, de conquête, je +placerai le roi sur le trône, et je me ferai une douce tâche de +me conduire envers les Espagnols en ami fidèle. La génération +pourra varier dans ses opinions; trop de passions ont été mises +en jeu; mais vos neveux me béniront comme votre régénérateur; +ils placeront au nombre des jours mémorables, ceux +où j'ai paru parmi vous; et, de ces jours, datera la prospérité +de l'Espagne.</p> + +<p>Voilà, M. le corregidor, ma pensée tout entière. Consultez +vos concitoyens et voyez le parti que vous avez à prendre; +mais quel qu'il soit, prenez-le franchement et ne me montrez +que des dispositions vraies.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Valderad, 28 décembre 1808.</p> + +<p class="milieu"><i>Vingt-unième bulletin de l'armée d'Espagne.</i></p> + +<p>Les Anglais sont entrés en Espagne le 29 octobre.</p> + +<p>Ils ont vu dans les mois de novembre et de décembre, détruire +l'armée de Galice à Espinosa, celle d'Estramadure à +Burgos, celle d'Aragon et de Valence à Tudela, celle de réserve +à Somo-Sierra; enfin, ils ont vu prendre Madrid, sans +faire aucun mouvement et sans secourir aucune des armées +espagnoles, pour lesquelles une division de troupes anglaises +eût été cependant un secours considérable.</p> + +<p>Dans les premiers jours du mois de décembre, on apprit +que les colonnes de l'armée anglaise étaient en retraite, et se +dirigeaient vers la Corogne, où elles devaient se rembarquer. +De nouvelles informations firent ensuite connaître qu'elles +s'étaient arrêtées, et que le 16 elles étaient parties de Salamanque, +pour entrer en campagne. Dès le 15, la cavalerie +légère avait paru à Valladolid. Toute l'armée anglaise passa +le Duero, et arriva le 23 devant le duc de Dalmatie à Saldagua.</p> + +<p>Aussitôt que l'empereur fut instruit à Madrid de cette résolution +inespérée des Anglais, il marcha pour leur couper la +retraite et se porter sur leurs derrières; mais quelque diligence +que fissent les troupes françaises, le passage de la montagne +de Guadarama, qui était couverte de neige, les pluies +continuelles et le débordement des torrens, retardèrent leur +marche de deux jours.</p> + +<p>Le 22, l'empereur était parti de Madrid; son quartier-général +était le 23 à Villa-Castin, le 25 à Tordesillas, et +le 27 a Médina del Rio-Secco.</p> + +<p>Le 21, à la pointe du jour, l'ennemi s'était mis en marche +pour déborder la gauche du duc de Dalmatie; mais dans la +matinée ayant appris le mouvement qui se faisait de Madrid, +il se mit sur-le-champ en retraite, abandonnant ceux de ses +partisans du pays dont il avait réveillé les passions, les restes +de l'armée de Galice, qui avaient conçu de nouvelles espérances, +une partie de ses hôpitaux et de ses bagages, et un +grand nombre de traînards. Cette armée a été dans un péril +imminent; douze heures de différence, elle était perdue pour +l'Angleterre.</p> + +<p>Elle a commis beaucoup de ravages, résultat inévitable des +marches forcées de troupes en retraite; elle a enlevé les couvertures, +les mules, les mulets et beaucoup d'autres effets; elle +a pillé un grand nombre d'églises et de couvens. L'abbaye +de Sahagun, qui contenait soixante religieux et qui avait toujours +été respectée par l'armée française, a été ravagée par +les Anglais; partout les moines et les prêtres ont fui à leur +approche. Ces désordres ont exaspéré le pays contre les Anglais: +la différence de la langue, des moeurs et de la religion, +n'a pas peu contribué à cette disposition des esprits; ils reprochent +aux Espagnols de n'avoir plus d'armée à joindre à +la leur, et d'avoir trompé le gouvernement anglais; les Espagnols +leur répondent, que l'Espagne a eu des armées nombreuses, +mais que les Anglais les ont laissé détruire sans faire +aucun effort pour les secourir.</p> + +<p>Dans les quinze jours qui viennent de s'écouler, on n'a pas +tiré un coup de fusil; la cavalerie légère a seulement donné +quelques coups de sabre.</p> + +<p>Le général Durosnel, avec quatre cents chevau-légers de +la garde, donna, à la nuit tombante, dans une colonne d'infanterie +anglaise, en marche, sabra un grand nombre d'hommes, +et jeta le désordre dans la colonne.</p> + +<p>Le général Lefebvre-Desnouettes, colonel des chasseurs de +la garde, détaché depuis deux jours du quartier-général, avec +trois escadrons de son régiment, ayant pris beaucoup de bagages, +de femmes, de traînards, et trouvant le pont de l'Ezla +coupé, crut la ville de Bénavente évacuée; emporté par cette +ardeur qu'on a si souvent reprochée au soldat français, il +passa la rivière à la nage pour se porter sur Bénavente, où il +trouva toute la cavalerie de l'arrière-garde anglaise; alors +s'engagea un long combat de quatre cents hommes contre deux +mille. Il fallut enfin céder au nombre; ces braves repassèrent +la rivière; une balle tua le cheval du général Lefebvre-Desnouettes, +qui avait été blessé d'un coup de pistolet, et qui +resté à pied, fut fait prisonnier. Dix de ses chasseurs, qui +étaient aussi démontés, ont également été pris, cinq se sont +noyés, vingt ont été blessés. Cette échauffourée a dû convaincre +les Anglais de ce qu'ils auraient à redouter de pareilles gens +dans une affaire générale. Le général Lefebvre a sans doute +fait une faute, mais cette faute est d'un Français: il doit être +à la fois blâmé et récompensé.</p> + +<p>Le nombre des prisonniers qu'on a faits à l'ennemi jusqu'à +cette heure, et qui sont la plupart des hommes isolés et des +traînards, s'élève à trois cents.</p> + +<p>Le 28, le quartier-général de l'empereur était à Valderas;</p> + +<p>Celui du duc de Dalmatie, à Mancilla;</p> + +<p>Celui du duc d'Elchingen, à Villafer.</p> + +<p>En partant de Madrid, l'empereur avait nommé le roi +Joseph, son lieutenant-général commandant la garnison de +la capitale; les corps des ducs de Dantzick et de Bellune, et +les divisions de cavalerie Lasalle, Milhaud, et Latour-Maubourg, +avaient été laissés pour la protection du centre.</p> + +<p>Le temps est extrêmement mauvais. A un froid vif, ont +succédé des pluies abondantes. Nous souffrons, mais les Anglais +doivent bien souffrir davantage.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Benavente, le 31 décembre 1808.</p> + +<p class="milieu"><i>Vingt-deuxième bulletin de l'armée d'Espagne.</i></p> + +<p>Dans la journée du 30, la cavalerie, commandée par le +duc d'Istrie, a passé l'Ezla. Le 30 au soir, elle a traversé +Benavente et a poursuivi l'ennemi jusqu'à Puente de la Velana.</p> + +<p>Le même jour, le quartier-général a été établi à Benavente.</p> + +<p>Les Anglais ne se sont pas contentés de couper une arche +du pont de l'Ezla, ils ont aussi fait sauter les piles avec des +mines, dégât inutile, qui est très-nuisible au pays. Ils se sont +livrés partout au plus affreux pillage. Les soldats, dans l'excès +de leur perpétuelle intempérance, se sont portés à tous +les désordres d'une ivresse brutale. Tout enfin, dans leur +conduite, annonçait plutôt une armée ennemie qu'une armée +qui venait secourir un peuple ami. Le mépris que les Anglais +témoignaient pour les Espagnols, a rendu plus profonde encore +l'impression causée par tant d'outrages. Cette expérience +est un utile calmant pour les insurrections suscitées par les +étrangers. On ne peut que regretter que les Anglais n'aient +pas envoyé une armée en Andalousie. Celle qui a traversé +Benavente, il y a dix jours, triomphait en espérance et couvrait +déjà ses drapeaux de trophées; rien n'égalait la sécurité +et l'audace qu'elle faisait paraître. A son retour, son attitude +était bien changée; elle était harassée de fatigues et paraissait +accablée de la honte de fuir sans avoir combattu. Pour prévenir +les justes reproches des Espagnols, les Anglais répétaient +sans cesse qu'on leur avait promis de joindre des forces +nombreuses à leur armée; et les Espagnols repoussaient encore +cette calomnieuse assertion par des raisons auxquelles il +n'y avait rien à répondre.</p> + +<p>Lorsqu'il y a dix jours les Anglais traversaient le pays, ils +savaient bien que les armées espagnoles étaient détruites. Les +commissaires qu'ils avaient entretenus aux armées de la gauche, +du centre et de la droite, n'ignoraient pas que ce n'était +point cinquante mille hommes, mais cent quatre-vingt mille, +que les Espagnols avaient mis sous les armes; que ces cent +quatre-vingt mille hommes s'étaient battus, tandis que pendant +six semaines les Anglais avaient été spectateurs indifférens +de leurs combats. Ces commissaires n'avaient pas laissé +ignorer que les armées espagnoles avaient cessé d'exister. Les +Anglais savaient donc que les Espagnol étaient sans armées, +lorsqu'il y a dix jours ils se portèrent en avant, enivrés de +la folle espérance de tromper la vigilance du général français, +et donnant dans le piège qu'il-leur avait tendu pour les attirer +en rase campagne. Ils avaient fait auparavant quelques +marches pour retourner à leurs vaisseaux.</p> + +<p>Vous deviez, ajoutaient les Espagnols, persister dans cette +résolution prudente, ou bien il fallait être assez forts pour +balancer les destins des Français. Il ne fallait pas surtout +avancer d'abord avec tant de confiance pour reculer ensuite +avec tant de précipitation; il ne fallait pas attirer chez nous +le théâtre de la guerre, et nous exposer aux ravages de deux +armées; après avoir appelé sur nos têtes tant de désastres, il +ne faut pas en jeter la faute sur nous.</p> + +<p>Nous n'avons pu résister aux armes françaises, vous ne +pouvez pas leur résister davantage; cessez donc de nous accuser, +de nous outrager: tous nos malheurs viennent de vous.</p> + +<p>Les Anglais avaient répandu dans le pays qu'ils avaient +battu cinq mille hommes de cavalerie française sur les bords +de l'Ezla, et que le champ de bataille était couvert de morts. +Les habitans de Benavente ont été fort surpris, lorsque visitant +le champ de bataille, ils n'y ont trouvé que trois Anglais +et deux Français. Ce combat de quatre cents hommes contre +deux mille, fait beaucoup d'honneur aux Français. Les eaux +de la rivière avaient augmenté pendant toute la journée du +29, de sorte qu'à la fin du jour le gué n'était plus praticable. +C'est au milieu de la rivière, et dans le temps où il était prêt +à se noyer, que le général Lefebvre-Desnouettes ayant été +porté par le courant sur la rive occupée par les Anglais, a été +fait prisonnier. La perte des ennemis en tués et en blessés +dans cette affaire d'avant-postes, a été beaucoup plus considérable +que celle des Français. La fuite des Anglais a été si +précipitée, qu'ils ont laissé à l'hôpital leurs malades et leurs +blessés, et qu'ils ont été obligés de brûler un superbe magasin +de tentes et d'effets d'habillemens. Ils ont tué tous les +chevaux blessés ou fatigués qui les embarrassaient. On ne saurait +croire combien ce spectacle, si contraire à nos moeurs, de +plusieurs centaines de chevaux tués à coups de pistolet, indigne +les Espagnols; plusieurs y voient une sorte de sacrifice, +un usage religieux, et cela leur fait naître des idées +bizarres sur la religion anglicane.</p> + +<p>Les Anglais se retirent eu toute hâte. Tous les Allemands +à leur service désertent. Notre armée sera ce soir à Astorga +et près des confins de la Galice.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Benavente, 1er janvier 1809.</p> + +<p class="milieu"><i>Vingt troisième bulletin de l'armée d'Espagne.</i></p> + +<p>Le duc de Dalmatie arriva le 30 à Mancilla où était la +gauche des ennemis, occupée par les Espagnols du général +la Romana. Le général Franceschi les culbuta d'une seule +charge, leur tua beaucoup de monde, leur prit deux drapeaux, +fit prisonniers un colonel, deux lieutenans-colonels, +cinquante officiers et quinze cents soldats.</p> + +<p>Le 31, le duc de Dalmatie entra à Léon; il y trouva deux +mille malades. La Romana avait succédé dans le commandement +à Blake, après la bataille d'Espinosa. Les restes de cette +armée qui, devant Bilbao, était de plus de cinquante mille +hommes, formaient à peine cinq mille hommes à Mancilla. +Ces malheureux, sans vêtemens, accablés par la misère, +remplissent les hôpitaux.</p> + +<p>Les Anglais sont en horreur à ces troupes qu'ils méprisent, +aux citoyens paisibles qu'ils maltraitent et dont ils dévorent +la subsistance pour faire vivre leur armée. L'esprit des habitans +du royaume de Léon est bien changé; ils demandent à +grands cris et la paix et leur roi; ils maudissent les Anglais +et leurs insinuations fallacieuses; ils leur reprochent d'avoir +fait verser le sang espagnol pour nourrir le monopole anglais +et perpétuer la guerre du continent. La perfidie de l'Angleterre +et ses motifs sont maintenant à la portée de tout le +monde et n'échappent pas même à la pénétration du dernier +des habitans des campagnes. Ils savent ce qu'ils souffrent, et +les auteurs de leurs maux étaient sous leurs yeux.</p> + +<p>Cependant les Anglais fuient en toute hâte, poursuivis +par le duc d'Istrie avec neuf mille hommes de cavalerie. Dans +les magasins qu'ils ont brûlés à Bénavente, se trouvaient, indépendamment +des tentes, quatre mille couvertures et une +grande quantité de rhum. On a ramassé plus de deux cents +chariots de bagages et de munitions de guerre abandonnés +sur la route de Bénavente à Astorga. Les débris de la division +la Romana se sont jetés sur cette dernière ville et ont encore +augmenté la confusion.</p> + +<p>Les événement de l'expédition de l'Angleterre en Espagne +fourniront le sujet d'un beau discours d'ouverture du parlement. +Il faudra annoncer à la nation anglaise qui son armée +est restée trois mois dans l'inaction, tandis qu'elle pouvait +secourir les Espagnols; que ses chefs, ou ceux dont elle exécutait +les ordres, ont eu l'extrême ineptie de la porter en +avant lorsque les armées espagnoles étaient détruites; qu'enfin +elle a commencé l'année, fuyant l'épée dans les reins, +poursuivie par l'ennemi qu'elle n'a pas osé combattre, et par +les malédictions de ceux qu'elle avait excités, fit qu'elle aurait +dû défendre: de telles entreprises et de semblables résultats +ne peuvent appartenir qu'à un pays qui n'a pas de gouvernement. +Fox, ou même Pitt, n'auraient pas commis de telles +fautes. S'engager dans une lutte de terre contre la France qui +a cent mille hommes de cavalerie, cinquante mille chevaux +d'équipages et neuf cent mille hommes d'infanterie; c'est, +pour l'Angleterre, pousser la folie jusqu'à ses derniers excès; +c'est être avide de honte, c'est enfin diriger les affaires de la +Grande-Bretagne comme pouvait le désirer le cabinet des +Tuileries. Il fallait bien peu connaître l'Espagne pour attacher +quelque importance à des mouvemens populaires, et +pour espérer qu'en y soufflant le feu de la sédition, cet incendie +aurait quelques résultats et quelque durée. Il ne faut +que quelques prêtres fanatiques pour composer et répandre +des libelles, pour porter un désordre momentané dans les esprits; +mais il faut autre chose pour constituer une nation en +armes. Lors de la révolution de France il fallut trois années et +le régime de la convention pour préparer des succès militaires; +et qui ne sait encore à quelles chances la France fut +exposée? Cependant elle était excitée, soutenue par la volonté +unanime de recouvrer les droits qui lui avaient été ravis +dans des temps d'obscurité. En Espagne, c'étaient quelques +hommes qui soulevaient le peuple pour conserver la +possession exclusive de droits odieux au peuple. Ceux qui se +battaient pour l'inquisition, les Franciscains et les droits +féodaux, pouvaient être animés d'un zèle ardent pour leurs +intérêts personnels, mais ne pouvaient inspirer à toute une +nation une volonté ferme et des sentimens durables. Malgré +les Anglais, les droits féodaux, les Franciscains et l'inquisition +n'existent plus en Espagne.</p> + +<p>Après la prise de Roses, le général Gouvion-Saint-Cyr +s'est dirigé sur Barcelonne avec le septième coups; il a dispersé +tout ce qui se trouvait aux environs de cette place, et +il a fait sa jonction avec le général Duhesme. Cette réunion +a porté son armée à quarante mille hommes.</p> + +<p>Les ducs de Trévise et d'Abrantès ont enlevé tous les ouvrages +avancés de Sarragosse. Le général du génie Lacoste +prépare ses moyens pour s'emparer de cette ville sans perte.</p> + +<p>Le roi d'Espagne s'est rendu à Aranjuez pour passer en +revue le premier corps commandé par le duc de Bellune.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Astorga, 2 janvier 1809.</p> + +<p class="milieu"><i>Vingt-quatrième bulletin de l'armée d'Espagne.</i></p> + +<p>L'empereur est arrivé à Astorga le 1er janvier.</p> + +<p>La route de Bénavente à Astorga est couverte de chevaux +anglais morts, de voitures d'équipages, de caissons d'artillerie +et de munitions de guerre. On a trouvé à Astorga des +magasins de draps, de couvertures, et d'outils de pionniers. +Dans la route d'Astorga à Villa-Franca, le général Colbert +commandant l'avant-garde de cavalerie du duc d'Istrie, a fait +deux mille prisonniers, pris des convois de fusils, et délivré +une quarantaine d'hommes isolés qui étaient tombés entre les +mains des Anglais.</p> + +<p>Quant à l'armée de la Romana, elle est réduite presqu'à rien. +Ce petit nombre de soldats, sans habits, sans souliers, sans +solde, sans nourriture, ne peut plus être compté pour quelque +chose.</p> + +<p>L'empereur a chargé le duc de Dalmatie de la mission +glorieuse de poursuivre les Anglais jusqu'au lieu de leur embarquement, +et de les jeter dans la mer l'épée dans les reins.</p> + +<p>Les Anglais sauront ce qu'il en coûte pour faire un mouvement +inconsidéré devant l'armée française. La manière dont +ils sont chassés du royaume de Léon et de la Galice, et la destruction +d'une partie de leur armée leur apprendra sans doute +à être plus circonspects dans leurs opérations sur le continent.</p> + +<p>La neige a tombé à gros flocons pendant toute la journée +du 1er janvier. Ce temps, très-mauvais pour l'armée française, +est encore plus mauvais pour une armée qui bat en +retraite.</p> + +<p>En Catalogne, le général Gouvion-Saint-Cyr est entré à +Barcelonne.</p> + +<p>A Sarragosse, les ducs de Conegliano et de Trévise se sont +emparés, avec peu de perte, du Monte-Torrero; ils ont fait +un millier de prisonniers, et ont entièrement cerné la ville. +Les mineurs ont commencé leurs travaux.</p> + +<p>Dans l'Estramadure, la division du général Sébastiani +ayant passé le Tage, le 24, au pont de l'Arzobispo, a attaqué +les débris de l'armée d'Estramadure. Une seule charge +du vingt-huitième régiment d'infanterie de ligne a suffi pour +les mettre en déroute. Le duc de Dantzick avait en même +temps fait passer le Tage à la division du général Valence +sur le pont d'Almaraz. Quatre pièces de canon, douze caissons, +et quatre ou cinq cents prisonniers ont été le fruit de +cette journée. On s'est emparé de divers magasins, et notamment +d'un immense magasin de tentes.</p> + +<p>Tout ce qui reste de troupes espagnoles insurgées est sans +solde depuis plusieurs mois.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Benavente, 5 janvier 1809.</p> + +<p class="milieu"><i>Vingt-cinquième bulletin de l'armée d'Espagne.</i></p> + +<p>La tête de la division Merle, faisant partie du corps du duc +de Dalmatie, a gagné l'avant-garde dans la journée du 3 de +ce mois.</p> + +<p>A quatre heures après-midi, elle s'est trouvée en présence +de l'arrière-garde anglaise qui était en position sur les hauteurs +de Prieros, a une lieue devant Villa-Franca, et qui +était composée de cinq mille hommes d'infanterie et six cents +chevaux. Cette position était fort belle et difficile à aborder. +Le général Merle fit ses dispositions. L'infanterie s'approcha, +on battit la charge, et les Anglais furent mis dans une entière +déroute. La difficulté du terrain ne permit pas à la cavalerie +de charger, et l'on ne put faire que deux cents prisonniers. +Nous avons eu une cinquantaine d'hommes tués ou blessés.</p> + +<p>Le général de brigade Colbert, commandant la cavalerie +de l'avant-garde, s'était avancé avec les tirailleurs de l'infanterie, +pour voir si le terrain s'élargissait, et s'il pouvait former +sa cavalerie. Son heure était arrivée; une balle le frappa +au front, le renversa, et il ne vécut qu'un quart d'heure; revenu +un moment à lui, il s'était fait placer sur son séant, et +voyant alors la déroute complète des Anglais, il dit: Je suis +bien jeune encore pour mourir, mais du moins ma mort est +digne d'un soldat de la grande armée, puisqu'en mourant je +vois fuir les derniers et les éternels ennemis de ma patrie. Le +général Colbert était un officier d'un grand mérite.</p> + +<p>Il y a deux routes d'Astorga à Villa-Franca. Les Anglais +passaient par celle de droite, les Espagnols suivaient celle de +gauche; ils marchaient sans ordre; ils ont été coupés et cernés +par les chasseurs hanovriens. Un général de brigade et une +division entière, officiers et soldats, ont mis bas les armes. On +lui a pris ses équipages, dix drapeaux et six pièces de canon.</p> + +<p>Depuis le 27, nous avons déjà fait à l'ennemi plus de dix +mille prisonniers parmi lesquels sont quinze cents Anglais. +Nous lui avons pris plus de quatre cents voitures de bagages +et de munitions, quinze voitures de fusils, ses magasins et +ses hôpitaux de Bénavente, Astorga et Bembibre. Dans ce +dernier endroit, le magasin à poudre qu'il avait établi dans +une église, a sauté.</p> + +<p>Les Anglais se retirent en désordre, laissant ainsi leurs +magasins, leurs blessés, leurs malades, et abandonnant leurs +équipages sur les chemins. Ils éprouveront une plus grande +perte encore; et s'ils parviennent à s'embarquer, il est probable +que ce ne sera qu'après avoir perdu la moitié de leur +armée.</p> + +<p>Sa Majesté, informée que celle armée était réduite au-dessous +de vingt mille hommes, a pris le parti de porter son quartier-général +d'Astorga à Bénavente, où elle restera quelques jours, +et d'où elle ira occuper une position centrale à Valladolid, +laissant au duc de Dalmatie le soin de détruire l'armée anglaise.</p> + +<p>On a trouvé dans les granges beaucoup d'Anglais qui avaient +été pendus par les Espagnols. Sa Majesté a été indignée; elle +a fait brûler les granges. Les paysans, quel que soit le ressentiment +dont ils sont animés, n'ont pas le droit d'attenter +à la vie des traînards de l'une ou de l'autre armée. Sa Majesté +a ordonné de traiter les prisonniers anglais avec les égards +dus à des soldats qui, dans toutes les circonstances, ont manifesté +des idées libérales et des sentimens d'honneur. Informée +que dans les lieux où les prisonniers sont rassemblés, +et où se trouvent dix Espagnols contre un Anglais, les Espagnols +maltraitent les Anglais et les dépouillent, elle a ordonné +de séparer les uns des autres, et elle a prescrit, pour +les Anglais, un traitement tout particulier.</p> + +<p>L'arrière-garde anglaise, en acceptant le combat de Prieros, +avait espéré donner le temps à la colonne de gauche, +composée pour la plus grande partie d'Espagnols, de faire sa +jonction à Villa-Francs. Elle comptait aussi gagner une nuit +pour rendre plus complète l'évacuation de Villa-Franca.</p> + +<p>Nous avons trouvé à l'hôpital de Villa-Franca trois cents +Anglais malades ou blessés. Les Anglais avaient brûlé dans +cette ville un grand magasin de farine et de blé; ils y avaient +détruit beaucoup d'équipages d'artillerie, et tué cinq cents de +leurs chevaux. On en a déjà compté seize cents laissés morts +sur les routes.</p> + +<p>Le nombre des prisonniers est assez considérable et s'accroît +de moment en moment. On trouve dans toutes les caves +de la ville des soldats anglais morts ivres.</p> + +<p>Le quartier-général du duc de Dalmatie était, le 4 au +soir, à dix lieues de Lugo.</p> + +<p>Le 2, Sa Majesté a passé en revue, à Astorga, les divisions +Laborde et Loison, qui formaient l'Armée de Portugal. +Ces troupes voient fuir les Anglais et brûlent du désir de les +joindre.</p> + +<p>Sa Majesté a laissé en réserve à Astorga le corps du duc +d'Elchingen, qui a son avant-garde sur les débouchés de la +Galice, et qui est à portée d'appuyer, en cas d'événement, +le corps du duc de Dalmatie.</p> + +<p>On a reçu la confirmation de la nouvelle de l'arrivée du +général Gouvion-Saint-Cyr avec le septième corps à Barcelonne. +Il y est entré le 17; le 15, il avait rencontré a Linas +les troupes commandées par les généraux Reding et Vivès +et les avait mises dans une entière déroute. Il leur a pris six +pièces de canon, trente caissons et trois mille hommes. Moyennant +la jonction du septième corps avec les troupes du général +Duhesme, nous avons une grosse armée à Barcelonne.</p> + +<p>Lorsque Sa Majesté était à Tordesillas, elle avait son +quartier-général dans les bâtimens extérieurs du couvent +royal de Sainte-Claire. C'est dans ces bâtimens que s'était +retirée et qu'est morte la mère de Charles-Quint, surnommée +Jeanne la folle. Le couvent de Sainte-Claire a été construit +sur un ancien palais des Maures, dont il reste un bain et +deux salles d'une belle conservation. L'abbesse a été présentée +à l'empereur; elle est âgée de soixante-quinze ans, et il y +avait soixante-cinq ans qu'elle n'était sortie de sa clôture. +Cette religieuse parut fort émue lorsqu'elle franchit le seuil; +mais elle entretint l'empereur avec beaucoup de présence +d'esprit, et elle obtint un grand nombre de grâces pour tout +ce qui l'intéressait.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Valladolid, 7 janvier 1809.</p> + +<p class="milieu"><i>Vingt-sixième bulletin de l'armée d'Espagne.</i></p> + +<p>Le général Gouvion-Saint-Cyr, aussitôt après son entrée +à Barcelonne, s'est porté sur Lobregat, a forcé l'ennemi dans +son camp retranché, lui a pris vingt-cinq pièces de canon, et +a marché sur Tarragone dont il s'est emparé. La prise de cette +ville est d'une grande importance.</p> + +<p>Les rapports du général Duhesme et du général Saint-Cyr +contiennent le détail des événemens militaires qui ont eu lieu +en Catalogne jusqu'au 21 décembre; ils font le plus grand +honneur au général Gouvion-Saint-Cyr. Tout ce qui s'est +passé à Barcelonne est un titre d'éloge pour le général Duhesme, +qui a déployé autant de talent que de fermeté.</p> + +<p>Les troupes du royaume d'Italie se sont couvertes de +gloire: leur belle conduite a sensiblement touché le coeur de +l'empereur; elles sont à la vérité composées pour la plupart +des corps formés par Sa Majesté pendant la campagne de l'an 5. +Les vélites italiens sont aussi sages que braves: ils n'ont +donné lieu à aucune plainte, et ils ont montré le plus grand +courage. Depuis les Romains, les peuples d'Italie n'avaient +pas fait la guerre en Espagne; depuis les Romains, aucune +époque n'a été si glorieuse pour les armes italiennes.</p> + +<p>L'armée du royaume d'Italie est déjà de quatre-vingt mille +soldats, et bons soldats; voilà les garans qu'a cette belle contrée +de n'être plus le théâtre de la guerre.</p> + +<p>Sa Majesté a porté son quartier-général de Benavente à +Valladolid.</p> + +<p>Elle a reçu aujourd'hui toutes les autorités de la ville. Dix +des plus mauvais sujets de la dernière classe du peuple ont +été passés par les armes. Ce sont les mêmes qui avaient massacré +le général Cevallos, et qui, pendant si long temps, ont +opprimé les gens de bien.</p> + +<p>Sa Majesté a ordonné la suppression du couvent des Dominicains +dans lequel un Français a été tué.</p> + +<p>Elle a témoigné sa satisfaction au couvent de San-Benito +dont les moines sont des hommes éclairés, qui, bien loin d'avoir +prêché la guerre et le désordre, de s'être montrés avides +de sang et de meurtre, ont employé tous leurs soins et consacré +les efforts les plus courageux à calmer le peuple et à le +ramener au bon ordre. Plusieurs Français leur doivent la +vie. L'empereur a voulu voir ces religieux, et lorsqu'il a appris +qu'ils étaient de l'ordre des Bénédictins, dont les membres +se sont toujours illustrés dans les lettres et dans les +sciences, soit en France, soit en Italie, il a daigné exprimer +la satisfaction qu'il éprouvait de leur avoir cette obligation.</p> + +<p>En général, le clergé de cette ville est bon; les moines +vraiment dangereux sont ces dominicains fanatiques qui s'étaient +emparés de l'inquisition, et qui, ayant baigné leurs +mains dans le sang d'un Français, ont eu la lâcheté sacrilége, +de jurer sur l'évangile que l'infortuné dont on leur demandait +compte, n'était point mort et avait été conduit à l'hôpital, et +qui ensuite ont avoué qu'après qu'il eut été privé de la vie +on avait jeté son corps dans un puits, où on l'a en effet +trouvé. Hommes hypocrites et barbares, qui prêchez l'intolérance, +qui suscitez la discorde, qui excitez à verser le sang, +vous n'êtes pas les ministres de l'évangile! Le temps où l'Europe +voyait sans indignation célébrer par des illuminations, +dans les grandes villes, le massacre des protestans, ne peut +renaître. Les bienfaits de la tolérance sont les premiers droits +des hommes; elle est la première maxime de l'évangile, puisqu'elle +est le premier attribut de la charité. S'il fût une +époque où quelques faux docteurs de la religion chrétienne +prêchaient l'intolérance, alors ils n'avaient pas en vue les intérêts +du ciel, mais ceux de leur influence temporelle; ils +voulaient s'emparer de l'autorité chez des peuples ignorans. +Lorsqu'un moine, un théologien, un évêque, un pontife prêche +l'intolérance, il prêche sa condamnation; il se livre à la risée +des nations.</p> + +<p>Le duc de Dalmatie doit être ce soir à Lugo. De nombreuses +colonnes de prisonniers sont en marche pour se rendre ici.</p> + +<p>Le général de brigade Duvernay s'est porté avec cinq cents +chevaux sur Toro. Il y a rencontré deux ou trois cents hommes +restes des débris de l'insurrection; il les a chargés et en +a tué ou pris le plus grand nombre. Le colonel des hussards +hollandais a été blessé dans cette charge.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Valladolid, 9 janvier 1809.</p> + +<p class="milieu"><i>Vingt-septième bulletin de l'armée d'Espagne.</i></p> + +<p>Après le combat de Prieros contre l'arrière-garde anglaise, +le duc de Dalmatie jugea nécessaire de déposter promptement +l'ennemi du col de Piedra-Filla. Il fit une marche très-longue, +et il en recueillit le fruit. Il prit quinze cents Anglais, +cinq pièces de canon, beaucoup de caissons. Il obligea l'ennemi +à détruire considérablement d'affûts, de voitures, de +bagages et de munitions. Les précipices étaient remplis de ces +débris; le désordre était tel, que les divisions Lorges et Lahoussaye +ont trouvé parmi les équipages abandonnés, des +voitures remplies d'or et d'argent: c'était une partie du trésor +de l'armée anglaise: on évalue ce qui est tombé entre les +mains des divisions à deux millions.</p> + +<p>Le 4 au soir, l'avant-garde de l'armée française était à +Castillo et à Nocedo.</p> + +<p>Le lendemain 5, l'arrière-garde ennemie a été rencontrée +à Puente de Ferrerya au moment où elle faisait une fougasse +pour faire sauter le pont; une charge de cavalerie a rendu +cette tentative inutile. Il en a été de même au pont de +Crueril.</p> + +<p>Le 5 au soir, les divisions Lorges et Lahoussaye étaient à +Constantin, et l'ennemi à peu de distance de Lugo.</p> + +<p>Le 6, le duc de Dalmatie s'est mis en marche pour arriver +sur cette ville.</p> + +<p>L'armée anglaise souffre considérablement; elle n'a presque +plus de munitions et de bagages, et la moitié de sa cavalerie +est à pied. Depuis le départ de Benavente jusqu'au 5 de +ce mois, on a compté sur la route dix-huit cents chevaux anglais +tués.</p> + +<p>Les débris du corps de la Romana errent partout. Dans la +journée du 1er janvier, le huitième régiment de dragons chargea +un carré d'infanterie espagnole et le culbuta. Les régimens +du roi, de Mayorca, d'Ibernia, de Barcelonne et de +Naples ont été faits prisonniers.</p> + +<p>Le général Maupetit ayant rencontré du côté de Zamora, +avec sa division de dragons, une colonne de huit cents +fuyards, l'a chargée et dispersée, et en a pris ou tué la plus +grande partie.</p> + +<p>Les paysans espagnols de la Galice et du royaume de Léon +sont impitoyables pour les traînards anglais. Malgré les sévères +défenses qui ont été faites, on trouve tous les jours +beaucoup d'Anglais assassinés.</p> + +<p>Le quartier-général du duc d'Elchingen est à Villa-Franca, +sur les confins de la Galice et du royaume de Léon.</p> + +<p>Le duc de Bellune est sur le Tage.</p> + +<p>Toute la garde impériale se concentre à Valladolid.</p> + +<p>Les villes de Valladolid, de Palencia, de Ségovie, d'Avila, +d'Astorga, de Léon, etc., envoient de nombreuses députations +au roi. La fuite de l'armée anglaise, la dispersion des +restes des armées de la Romana et de l'Estramadure, et les +maux que les troupes des différentes armées font peser sur le +pays, rallient les provinces autour de l'autorité légitime.</p> + +<p>La ville de Madrid s'est particulièrement distinguée. Les procès-verbaux +constatant le serment prêté devant le saint-Sacrement +par vingt-huit mille sept cents chefs de famille, ont été +mis sous les yeux de l'empereur. Les citoyens de Madrid ont +promis à Sa Majesté, que, si elle place sur le trône le roi son +frère, ils le seconderont de tous leurs efforts et le défendront +de tous leurs moyens.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Valladolid, 13 janvier 1809.</p> + +<p class="milieu"><i>Vingt-huitième bulletin de l'armée d'Espagne.</i></p> + +<p>La partie du trésor de l'ennemi qui est tombée entre les +mains de nos troupes était d'un million huit cent mille +francs. Les habitans assurent que les Anglais ont emporté +huit à dix millions.</p> + +<p>Le général anglais jugeant qu'il était impossible que l'infanterie +et l'artillerie l'eussent suivi, et eussent gagné sur lui +un certain nombre de marches, surtout dans des montagnes +aussi difficiles que celles de la Galice, comprit qu'il ne devait +avoir à sa poursuite que des voltigeurs et de la cavalerie. +Il prit donc la position de Castro, sa droite appuyée à la rivière +de Tamboya, qui passe à Lugo, et qui n'est pas guéable.</p> + +<p>Le duc de Dalmatie arriva le 6 en présence de l'ennemi. +Il employa les journées du 7 et du 8 à le reconnaître, et à +réunir son infanterie et son artillerie, qui étaient encore en +arrière. Il forma son plan d'attaque. La gauche seule de l'ennemi +était attaquable; il manoeuvra sur cette gauche. Ses dispositions +exigèrent quelques mouvemens dans la journée du +8, le duc de Dalmatie étant dans l'intention d'attaquer le lendemain +9. Mais l'ennemi s'en étant douté, fit sa retraite pendant +la nuit, et le matin, notre avant-garde entra à Lugo. +L'ennemi a abandonné trois cents malades anglais dans les hôpitaux +de la ville, un parc de dix-huit pièces de canon et +trois cents chariots de munitions. Nous lui avons fait sept +cents prisonniers. La ville et les environs de Lugo sont encombrés +de cadavres de chevaux anglais. Ainsi voilà plus de +deux mille cinq cents chevaux que les Anglais ont tués dans +leur retraite.</p> + +<p>Il fait un temps affreux; la neige et la pluie tombent continuellement.</p> + +<p>Les Anglais gagnent à toute force la Corogne où ils ont +quatre cents bâtimens de transport pour leur embarquement. +Ils ont déjà perdu leurs bagages, leurs munitions, une partie +même du matériel de leur artillerie, et plus de trois mille +hommes faits prisonniers.</p> + +<p>Le 10, notre avant-garde était à Betancos, à peu de distance +de la Corogne.</p> + +<p>Le duc d'Elchingen est avec son corps d'armée sur Lugo.</p> + +<p>En comptant les malades, les hommes égarés, ceux qui +ont été tués par les paysans, et ceux qui ont été faits prisonniers +par nos troupes, on peut calculer que les Anglais ont +perdu le tiers de leur armée. Ils sont réduits à dix mille +hommes et ne sont pas encore embarqués. Depuis Sahagun, +ils ont fait une retraite de cent cinquante lieues par un mauvais +temps, dans des chemins affreux, au milieu des montagnes +et toujours l'épée dans les reins.</p> + +<p>On a de la peine à concevoir la folie de leur plan de campagne. +Il faut l'attribuer non au général qui commande, et +qui est un homme habile et sage, mais à cet esprit de haine +et de rage qui anime le ministère anglais. Jeter ainsi en avant +trente mille hommes pour les exposer à être détruits, ou à +n'avoir de ressource que dans la fuite, c'est une conception +qui ne peut être inspirée que par l'esprit de passion, +ou par la plus extravagante présomption. Le gouvernement +anglais, comme le menteur du théâtre, est parvenu à se persuader +lui-même; il s'est pris dans son propre piége.</p> + +<p>La ville de Lugo a été pillée et saccagée par l'ennemi. On ne +peut imputer ces désastres au général anglais; c'est une suite +ordinaire et inévitable des marches forcées et des retraites précipitées. +Les habitans du royaume de Léon et de la Galice ont +les Anglais en horreur. Sous ce rapport, les événemens qui +viennent de se passer équivalent à une grande victoire.</p> + +<p>La ville de Zamora, dont les habitans avaient été exaltés +par la présence des Anglais, a fermé ses portes au général de +cavalerie Maupetit. Le général Darricau s'y est porté avec +quatre bataillons. Il a escaladé la ville, l'a prise, et a fait +passer les plus coupables par les armes.</p> + +<p>De toutes les provinces de l'Espagne, la Galice est celle +qui manifeste le meilleur esprit; elle reçoit les Français comme +des libérateurs qui l'ont délivrée à la fois des étrangers et de +l'anarchie. L'évêque de Lugo et le clergé de toute la province +manifestent les plus sages dispositions.</p> + +<p>La ville de Valladolid a prêté serment au roi Joseph, et a +fait une adresse à S.M.I. et R.</p> + +<p>Six hommes, chefs d'émeutes et des massacres contre les +Français, ont été condamnés à mort. Cinq ont été exécutés. +L clergé est venu demander la grâce du sixième qui est père +de quatre enfans. S.M. a commué sa peine; elle a dit qu'elle +voulait en cela témoigner sa satisfaction pour la bonne conduite +que le clergé séculier de Valladolid a tenue en plusieurs +occasions importantes.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Valladolid, 16 janvier 1809.</p> + +<p class="milieu"><i>Vingt-neuvième bulletin de l'armée d'Espagne.</i></p> + +<p>Le 10 janvier, le quartier-général du duc de Bellune était +à Aranjuez.</p> + +<p>Instruit que les débris de l'armée battue à Tudéla s'étaient +réunis du côté de Cuença et avaient été joints par les nouvelles +levées de Grenade, de Valence et de Murcie, le roi +d'Espagne conçut la possibilité d'attirer l'ennemi. A cet effet, +il fit replier tous les postes qui s'avançaient jusqu'aux montagnes +de Cuença au-delà de Tarançon et de Huete. L'armée +espagnole suivit ce mouvement. Le 12 elle prit position à +Uclès. Le duc de Bellune se porta alors à Tarançon et à +Fuente de Padronaro. Le 13 la division Villatte marcha droit +à l'ennemi, tandis que le duc de Bellune, avec la division +Ruffin, tournait par Alcazar. Aussitôt que le général Villatte +découvrit les Espagnols, il marcha au pas de charge, et mit +en déroute les douze ou treize mille hommes qu'avait l'ennemi +et qui cherchèrent à se retirer par Carascosa sur Alcazar; +mais déjà le duc de Bellune occupait la route d'Alcazar. Le +neuvième régiment d'infanterie légère, le vingt-quatrième de +ligne, et le quatre-vingt-seizième présentèrent à l'ennemi un +mur de baïonnettes. Les Espagnols mirent bas les armes. +Trois cents officiers, deux généraux, sept colonels, vingt +lieutenant-colonels et douze mille hommes ont été faits prisonniers. +On a pris trente drapeaux et toute l'artillerie. Le +nommé Venegas, qui commandait ces troupes, a été tué.</p> + +<p>Cette armée avec ses drapeaux et son artillerie, escortée +par trois bataillons, fera demain 17 son entrée à Madrid.</p> + +<p>Ce succès fait honneur au duc de Bellune et à la conduite +des troupes. Le général Villatte a manoeuvré avec habileté. +Le général Ruffin s'est distingué. Il en a été de même du +général Latour-Maubourg. Ses dragons se sont comportés +avec intrépidité. Le jeune Sopransi, chef d'escadron au premier +de dragons, s'est précipité au milieu des ennemis, en +déployant une singulière bravoure. Il a apporté six drapeaux +au duc de Bellune.</p> + +<p>Le général d'artillerie Sénarmont s'est conduit comme il +l'a fait dans toutes les circonstances. Lorsque l'armée ennemie +se vit coupée, elle changea de direction. Le général Sénarmont +était alors engagé dans une gorge avec son artillerie, +et c'est sur cette gorge que l'ennemi se dirigea pour y chercher +un passage. L'artillerie avait peu d'escorte, mais les canonniers +de la grande-armée n'en ont pas besoin. Le général +Sénarmont plaça ses pièces en bataillon carré et tira à mitraille. +La colonne ennemie changea encore de direction et se porta +sur le point où elle est venue mettre bas les armes. Le duc de +Bellune se loue de M. Château son premier aide-de-camp, et +de M. l'adjudant commandant Aimé. Il donne des éloges au +général Sémélé, aux colonels Jamin, Meunier, Mouton Duvernay, +Lacoste, Pescheux et Combelle, tous officiers dont +la bravoure et l'habileté ont été éprouvées dans cent combats.</p> + +<p>En Galice les Anglais continuent d'être poursuivis l'épée +dans les reins. Après avoir été chassés de Lugo, les trois +quarts ont pris la direction de la Corogne, et un quart celle +de Vigo où les Anglais ont des transports. Le duc de Dalmatie +s'est porté sur la Corogne et le duc d'Elchingen sur +Vigo.</p> + +<p>Des députations du conseil d'état d'Espagne, du conseil +des Indes, du conseil des finances, du conseil de la guerre, +du conseil de marine, du conseil des ordres, de la junte de +commerce et des monnaies, du tribunal des alcades de casa +y corte, de la municipalité de Madrid, du clergé séculier et +régulier, du corps de la noblesse, des corporations majeures +et mineures et des habitans des paroisses et des quartiers, +parties de Madrid le 11, ont été présentées le 16 à S. M. I. +et R. à Valladolid.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Valladolid, 21 janvier 1809.</p> + +<p class="milieu"><i>Trentième bulletin de l'armée d'Espagne.</i></p> + +<p>Le duc de Dalmatie partit le 12 de Betanzos. Arrivé sur le +Meso, il trouva le pont de Burgo coupé. L'ennemi fut délogé +du village de Burgo. Pendant ce temps, le général Franceschi +remonta la rivière qu'il passa sur le pont de Cela. Il intercepta +la grande route de la Corogne à Santyago et prit six officiers +et soixante soldats. Le même jour un poste de trente marins +qui étaient à Meso sur le golfe, et qui y faisait de l'eau, +fut pris. Du village de Perillo on put observer la flotte anglaise +en rade de la Corogne.</p> + +<p>Le 13, l'ennemi fit sauter deux magasins à poudre situés +sur les hauteurs de Sainte Marguerite, à une demi-lieue de +la Corogne. La détonation fut terrible et se fit sentir à plus +de trois lieues dans les terres.</p> + +<p>Le 14, le pont de Burgo fut raccommodé et l'artillerie française +put y passer. L'ennemi était en position sur deux lignes, +à une demi-lieue en avant de la Corogne. On le voyait s'occuper +à embarquer en toute hâte ses malades et ses blessés, +les espions et les déserteurs en portent le nombre à trois ou quatre +mille hommes. Les Anglais s'occupaient en même temps +à détruire les batteries de la côte, et à dévaster le pays voisin +de la mer. Le commandant du fort de Saint-Philippe se doutant +du sort qu'ils réservaient à la place, refusa de les y recevoir.</p> + +<p>Le 14 au soir, on vit arriver un nouveau convoi de cent +soixante voiles, parmi lesquelles on comptait quatre vaisseaux +de ligne.</p> + +<p>Le 15 au matin, les divisions Merle et Mermet occupèrent +les hauteurs de Vallaboa où se trouvait l'avant-garde ennemie, +qui fut attaquée et culbutée. Notre droite fut appuyée au point +d'intersection de la route de la Corogne à Lugo, et de la Corogne +à Santyago. La gauche était placée en arrière du village +d'Elvina. L'ennemi occupait en face de très-belles hauteurs.</p> + +<p>Le reste de la journée du 15 fut employé à placer une +batterie de douze pièces de canon, et ce ne fut que le 16, à +trois heures après midi que le duc de Dalmatie donna l'ordre +de l'attaque.</p> + +<p>Les Anglais furent abordés franchement par la première +brigade de la division Mermet qui les culbuta et les délogea +du village d'Elvina. Le deuxième régiment d'infanterie légère +se couvrit de gloire. Le général Jardon à la tête des voltigeurs +fit paraître un notable courage. L'ennemi culbuté de ses positions, +se retira dans les jardins qui sont autour de la Corogne. +La nuit devenant très-obscure, on fut obligé de suspendre +l'attaque. L'ennemi en a profité pour s'embarquer en +toute hâte. Nous n'avons eu d'engagés pendant le combat, +qu'environ six mille hommes, et tout était disposé pour partir +de la position que nos troupes occupaient le soir, et profiter +du lendemain pour une affaire générale. La perte de l'ennemi +est immense; deux batteries de notre artillerie l'ont foudroyé +pendant la durée du combat. On a compté sur le champ +de bataille plus de huit cents cadavres anglais, parmi lesquels +on a trouvé le corps du général Hamilton, et ceux de deux +autres officiers généraux dont on ignore les noms. Nous avons +pris vingt officiers, trois cents soldats et quatre pièces de canon. +Les Anglais ont laissé plus de quinze cents chevaux qu'ils +avaient tués. Notre perte s'élève à cent hommes; nous en avons +eu cent cinquante blesses. Le colonel du quarante-cinquième +s'est distingué. Un porte-aigle du trente-unième d'infanterie +légère a tue de sa propre main un officier anglais qui, dans +la mêlée, s'était attaché a lui pour tâcher de lui enlever son +aigle. Le général d'artillerie Bourgeat et le colonel Fontenay +se sont très-bien montrés.</p> + +<p>Le 17 à la pointe du jour, on a vu le convoi anglais mettre +à la voile: le 18 tout avait disparu. Le duc de Dalmatie avait +fait canonner les bâtiments des hauteurs du fort Sandiego. +Plusieurs transports ont échoué, et tous les hommes qu'ils +portaient ont été pris.</p> + +<p>On a trouvé dans l'établissement de la Payoza trois mille +fusils anglais. On s'est aussi emparé des magasins de l'ennemi +et d'une quantité considérable de munitions et d'effets appartenant +à l'armée. On a ramassé dans les faubourgs beaucoup +de blessés. L'opinion des habitans du pays et des déserteurs +est que le nombre des blessés dans le combat excède deux +mille cinq cents.</p> + +<p>Ainsi s'est terminée l'expédition anglaise envoyée en Espagne. +Après avoir fomenté la guerre dans ce malheureux +pays, les Anglais l'ont abandonné. Ils avaient débarqué +trente-huit mille hommes et six mille chevaux; nous leur +avons pris de compte fait six mille cinq cents hommes, non +compris les malades. Ils ont rembarqué très-peu de bagages, +très-peu de munitions et très-peu de chevaux: on en a compté +cinq mille tués et abandonnés. Les hommes qui ont trouvé +un asile sur leurs vaisseaux sont harassés et découragés. Dans +une autre saison, il n'en aurait pas échappé un seul. La facilité +de couper les ponts, la rapidité des torrens qui, pendant +l'hiver, deviennent de profondes rivières, le peu de durée +des journées et la longueur des nuits, sont très-favorables +à une armée en retraite.</p> + +<p>Des trente-huit mille hommes que les Anglais avaient débarqués, +on peut assurer qu'à peine vingt-quatre mille hommes +retourneront en Angleterre.</p> + +<p>L'armée de la Romana, qui, à la fin de décembre, au +moyen des renforts qu'elle avait reçus de la Galice, était forte +de seize mille hommes, est réduite à moins de cinq mille +hommes, qui errent entre Vigo et Santyago, et sont vivement +poursuivis. Le royaume de Léon, la province de Zamora +et toute la Galice que les Anglais avaient voulu couvrir, sont +conquis et soumis.</p> + +<p>Le général de division Lapisse a envoyé en Portugal des +patrouilles qui y ont été très-bien reçues.</p> + +<p>Le général Maupetit est entré à Salamanque. Il y a encore +trouvé quelques malades anglais.</p> +<br><br><br> + + + +<p class="milieu"><i>Trente-unième bulletin de l'année d'Espagne.</i></p> + +<p>Les régimens anglais portant les numéros 42, 50 et 52 +ont été entièrement détruits au combat du 16 près la Corogne. +Il ne s'est pas embarqué soixante hommes de chacun de +ces corps. Le général en chef Moore a été tué en voulant +charger à la tête de cette brigade, pour rétablir les affaires. +Efforts impuissans! cette troupe a été dispersée et son général +frappé au milieu d'elle. Le général Baird avait déjà été +blessé; il traversa la Corogne pour gagner son vaisseau, et +ne se fit panser qu'à bord. Le bruit court qu'il est mort le 19.</p> + +<p>Après la bataille du 16, la nuit fut terrible à la Corogne. +Les Anglais y entrèrent consternés et pêle-mêle. L'armée +anglaise avait débarqué plus de quatre-vingts pièces de Canon; +elle n'en a pas rembarqué douze. Le reste a été pris ou perdu, +et décompte fait, nous nous trouvons en possession de soixante +pièces de canon anglaises.</p> + +<p>Indépendamment du trésor de deux millions que l'armée +a pris aux Anglais, il paraît qu'un trésor plus considérable a +été jeté dans les précipices qui bordent la route d'Astorga à +la Corogne. Les paysans et les soldats ont ramassé parmi les +rochers une grande quantité d'argent.</p> + +<p>Dans les engagemens qui ont eu lieu pendant la retraite, +et avant le combat de la Corogne, deux généraux anglais +avaient été tués, et trois avaient été blessés. On nomme parmi +ces derniers le général Crawford. Les Anglais ont perdu tout +ce qui constitue une armée: généraux, artillerie, chevaux, +bagages, munitions, magasins.</p> + +<p>Dès le 17, à la pointe du jour, nous étions maîtres des +hauteurs qui dominent la rade de la Corogne, et nos batteries +jouaient contre le convoi anglais. Il en est résulté que +plusieurs bàtimens n'ont pu sortir, et ont été pris lors de la +capitulation de la Corogne. On a trouvé aussi cinq cents chevaux +anglais encore vivans, seize mille fusils, et beaucoup +d'artillerie de siège abandonnée par l'ennemi. Un grand nombre +de magasins sont pleins de munitions confectionnées que +les Anglais voulaient emmener, mais qu'ils ont été forcés de +laisser. Un magasin à poudre situé dans la presqu'île, contenant +deux cents milliers de poudre, nous est également resté. +Les Anglais surpris par l'événement du combat du 16, n'ont +pas même eu le temps de détruire leurs magasins. Il y nvait +trois cents malades anglais dans les hôpitaux. Nous avons +trouvé dans le port sept bâtimens anglais; trois étaient chargés +de chevaux et quatre de troupes, lis n'avaient pu appareiller.</p> + +<p>La place de la Corogne a une enceinte qui la met à l'abri d'un +coup de main. Il n'a donc été possible d'y entrer que le 20 +par une capitulation. On a trouvé à la Corogne plus de deux +cents pièces de canon espagnoles. Le consul français Fourcroy, +le général Quesnel et son état-major; M. Bougars, officier +d'ordonnance, M. Taboureau, auditeur, et trois cent cinquante +Français, soldats ou marins qui avaient été pris ou +en Portugal ou sur le bâtiment l'<i>Atlas</i>, ont été délivrés. Ils +se louent beaucoup des officiers de la marine espagnole.</p> + +<p>Les Anglais n'auront rapporté de leur expédition que la +haine des Espagnols, la honte et le déshonneur. L'élite de +leur armée, composée d'Écossais, a été blessée, tuée ou prise.</p> + +<p>Le général Franceschi est entré à Santyago de Compostelle, +où il a trouvé quelques magasins et une garde anglaise qu'il +a fait prisonnière. Il a sur-le-champ marché sur Vigo. La Romana +paraissait se diriger sur ce port avec deux mille cinq +cents hommes, les seuls qu'il ait pu rallier. La division Mermet +marchait sur le Ferrol.</p> + +<p>L'air était infecté à la Corogne par douze cents cadavres de +chevaux que les Anglais avaient égorgés dans les rues. Le +premier soin du duc de Dalmatie a été de pourvoir au rétablissement +de la salubrité si importante pour le soldat et pour +les habitans.</p> + +<p>Le général Alzedo, gouverneur de la Corogne, paraît n'avoir +pris parti pour les insurgés, que contraint par la force. Il +a prêté avec enthousiasme le serment de fidélité au roi Joseph +Napoléon. Le peuple manifeste la joie qu'il éprouve d'être +délivré des Anglais.</p> +<br><br><br> + + +<p class="milieu"><i>Trente-deuxième bulletin de l'armée d'Espagne.</i></p> + +<p>Le duc de Dalmatie arrivé devant le Ferrol, fit investir la +place. Des négociations furent entamées. Les autorités civiles +et les officiers de terre et de mer paraissaient disposés à se +rendre; mais le peuple, fomenté par les espions qu'avaient +laissés les Anglais, se souleva.</p> + +<p>Le 24, le duc de Dalmatie reçut deux parlementaires. L'un +avait été envoyé par l'amiral Melgarejo, commandant l'escadre +espagnole; l'autre, qui passa par les montagnes, avait +été envoyé par les commandans des troupes de terre. Ces deux +parlementaires étaient partis à l'insu du peuple. Ils firent connaître +que toutes les autorités étaient sous le joug d'une populace +effrénée, soudoyée et soulevée par les agens de l'Angleterre, +et que huit mille hommes de la ville et des environs +étaient armés.</p> + +<p>Le duc de Dalmatie dut se résoudre à faire ouvrir la tranchée; +mais du 24 au 25, différens mouvemens se manifestèrent +dans la ville. Le dix-septième régiment d'infanterie légère +s'étant porté à Mugardos, le trente-unième d'infanterie +légère étant aux forts de la Palma et de Saint-Martin et à +Lugrana, et bloquant le fort Saint-Philippe, le peuple commença +à craindre les suites d'un assaut et à écouter les hommes +sensés. Dans la journée du 26, trois parlementaires munis +de pouvoirs et porteurs d'une lettre arrivèrent au quartier-général +et signèrent la reddition de la place.</p> + +<p>Le 27, à sept heures du matin, la ville a été occupée par +la division Mermet et par une brigade de dragons.</p> + +<p>Le même jour à midi, la garnison a été désarmée: le désarmement +a déjà produit cinq mille fusils. Les personnes +étrangères au Ferrol ont été renvoyées dans leurs villages. +Les hommes connus pour s'être souillés de sang pendant l'insurrection, +ont été arrêtés.</p> + +<p>L'amiral Obregon, que le peuple avait arrêté pendant l'insurrection, +a été mis à la tête de l'arsenal.</p> + +<p>On a trouvé dans le port, trois vaisseaux de cent douze +canons; deux de quatre-vingts; un de soixante-quatorze; +deux de soixante-quatre; trois frégates et un certain nombre +de corvettes, de bricks et autres bâtimens désarmés; plus de +quinze cents pièces de canon de tous calibres, et des munitions +de toute espèce.</p> + +<p>Il est probable que sans la retraite précipitée des Anglais, +et sans l'événement du 16, ils auraient occupé le Ferrol, et +se seraient emparés de cette belle escadre. Les officiers de +terre et de mer ont prêté serment au roi Joseph avec le plus +grand enthousiasme. Ce qu'ils racontent de ce qu'ils ont eu +à souffrir de la dernière classe du peuple et des boute-feux +de l'Angleterre est difficile à concevoir.</p> + +<p>L'ordre règne dans la Galice, et l'autorité du roi est rétablie +dans cette province, l'une des plus considérables de la +monarchie espagnole.</p> + +<p>Le général Laborde a trouvé à la Corogne, sur le bord de +la mer, sept pièces de canon que les Anglais avaient enterrées +dans la journée du 16, ne pouvant les emmener. La Romana, +abandonné par les Anglais et par ses troupes, s'est enfui avec +cinq cents hommes du côté du Portugal, pour se jeter en +Andalousie.</p> + +<p>Il ne restait à Lisbonne que quatre à cinq mille Anglais. +Tous les hôpitaux, tous les magasins étaient embarqués, et +la garnison se disposait à abandonner ce peuple, aussi indigné +de la perfidie des Anglais que révolté par la différence +de moeurs et de religion, par la brutale et continuelle intempérance +des troupes anglaises, par cet entêtement et par cet +orgueil si mal fondés qui rendent cette nation odieuse à tous +les peuples du continent.</p> +<br><br><br> + + +<p class="milieu"><i>Trente-troisième bulletin de l'armée d'Espagne.</i></p> + +<p>Le duc de Dalmatie est arrivé le 10 février à Tuy. Toute +la province est soumise.</p> + +<p>Il réunissait tous les moyens pour passer le lendemain le +Minho, qui est extrêmement large dans cet endroit. It a dû +arriver du 15 au 20 à Oporto, et du 20 au 28 à Lisbonne.</p> + +<p>Les Anglais s'embarquaient à Lisbonne pour abandonner +le Portugal; l'indignation des Portugais était au comble, et +il y avait journellement des engagemens notables et sanglans +entre les Portugais et les Anglais.</p> + +<p>En Galice, le duc d'Elchingen achevait l'organisation de +la province. L'amiral Messaredra était arrivé au Ferrol, et +l'activité commençait à renaître dans cet arsenal important. La +tranquillité est rétablie dans toutes les provinces sous les ordres +du duc d'Istrie, et situées entre les Pyrénées, la mer, le +Portugal, et la chaîne de montagnes qui couvrent Madrid. +La sécurité succède aux jours d'alarmes et de désordres.</p> + +<p>De nombreuses députations se rendent de toutes parts auprès +du roi à Madrid. La réorganisation et l'esprit public +font des progrès rapides sous la nouvelle administration.</p> + +<p>Le duc de Bellune marche sur Badajoz; il désarme et pacifie +toute la basse Estramadure.</p> + +<p>Sarragosse s'est rendue. Les calamités qui ont pesé sur cette +ville infortunée, sont un effrayant exemple pour les peuples. +L'ordre rétabli dans Sarragosse, s'étend à tout l'Aragon, et +les deux corps d'armée qui se trouvaient autour de cette ville, +deviennent disponibles.</p> + +<p>Sarragosse a été le véritable siège de l'insurrection de l'Espagne. +C'est dans cette ville qu'existait le parti qui voulait appeler +un prince de la maison d'Autriche à régner sur le Tage. +Les hommes de ce parti avaient hérité de cette opinion qui fut +celle de leurs ancêtres à l'époque de le guerre de la succession, +et qui vient d'être étouffée sans retour.</p> + +<p>La bataille de Tudela avait été gagnée le 23 novembre, +et dès le 27, l'armée française campait à peu de distance de +Sarragosse.</p> + +<p>La population de cette ville était armée. Celle des campagnes +de l'Aragon s'y était jointe, et Sarragosse contenait +cinquante mille hommes, formés par régimens de mille hommes, +et par compagnies de cent hommes. Tous les grades de +généraux, d'officiers et de sous-officiers, étaient remplis par +des moines. Un corps de troupes de dix mille hommes échappés +de la bataille de Tudela, s'était renfermé dans la ville, +dont les subsistances étaient assurées par d'immenses, magasins, +et qui était défendue par deux cents pièces de canon. +L'image de notre dame del Pilar, faisait, au gré des moines, +des miracles qui animaient l'ardeur de cette nombreuse population, +ou qui soutenaient sa confiance. En plaine ces cinquante +mille hommes n'auraient pas tenu contre trois régimens; +mais enfermés dans leur ville, excités par tous les chefs +de partis, pouvaient-ils échapper aux maux que l'ignorance +et le fanatisme attiraient sur tant d'infortunés?</p> + +<p>Tout ce qu'il était possible de faire pour les éclairer, les +ramener à la raison, a été entrepris. Immédiatement après la +bataille de Tudela, on jugea que l'opinion où on était à Sarragosse, +que Madrid ferait de la résistance, que les armées +de Somo-Sierra, du Guadarama, de l'Estramadure, de Léon +et de la Catalogne, obtiendraient quelques succès, servirait +de prétexte aux chefs des insurgés pour entretenir le fanatisme +des habitans. On résolut de ne pas investir la ville, et de la +laisser communiquer avec toute l'Espagne, afin qu'elle apprît +la déroute des armées espagnoles, et qu'elle connût les détails +de l'entrée de l'armée française à Madrid. Mais ces nouvelles ne +parvinrent qu'aux meneurs, et demeurèrent inconnues à la +masse de la population. Non-seulement on lui cachait la vérité, +mais on l'encourageait par des mensonges. Tantôt les +Français avaient perdu quarante mille hommes à Madrid, +la Romana était entré en France; enfin l'armée anglaise arrivait +en grande hâte, et les aigles françaises devaient fuir à +l'aspect du terrible léopard.</p> + +<p>Ce temps sacrifié à des vues politiques et à l'espoir de voir +se calmer des têtes exaltées par le fanatisme et par l'erreur, +n'était pas perdu pour l'armée française. Le général du génie +Lacoste, aide-de-camp de l'empereur et officier du plus grand +mérite, réunissait à Alagon, les outils, les équipages de mines +et les matériaux nécessaires à la guerre souterraine que +S. M. avait ordonnée.</p> + +<p>Le général de division Dedon, commandant l'artillerie, +rassemblait une grande quantité de mortiers, de bombes, +d'obus et des bouches à feu de tous calibre. On tirait tous +ces objets de Pampelune, éloignée de sept marches de Sarragosse.</p> + +<p>Cependant on remarqua que l'ennemi mettait le temps à +profit pour fortifier le Monte-Torrero et d'autres positions +importantes. Le 21 décembre, la division Suchet le chassa +des hauteurs de Saint-Lambert, et de deux ouvrages de campagne +qui étaient à portée de la place. La division du général +Gazan culbuta l'ennemi des hauteurs de Saint-Grégorio, et +fit enlever par le vingt-unième d'infanterie légère et le centième +de ligne, les redoutes adossées aux faubourgs, qui défendaient +les routes de Suéva et de Barcelonne. I1 s'empara +également d'une grande manufacture située près de Galliego, +où s'étaient retranchés cinq cents Suisses. Le même jour, le +duc de Conegliano s'empara des ouvrages et de la position du +Monte-Torrero, enleva tous les canons, fit beaucoup de prisonniers +et un grand mal à l'ennemi.</p> + +<p>Le duc de Conegliano étant tombé malade, le duc d'Abrantès +vint dans le commencement de janvier, prendre le commandement +du troisième corps.</p> + +<p>Il signala son arrivée par la prise du couvent de Saint-Joseph, +et poursuivit ses succès le 16 janvier, en enlevant la +tête du pont de la Huerba, où ses troupes se logèrent. Le +chef de bataillon Athal, du quatorzième de ligne, se distingua +à l'attaque du couvent Saint-Joseph, et le lieutenant Victor +de Buffon, monta des premiers à l'assaut.</p> + +<p>L'investissement de Sarragosse n'était cependant pas encore +terminé. On persistait toujours dans les mêmes ménagemens, +et on laissait à dessein les communications libres, afin que les +insurgés pussent apprendre la déroute des Anglais et leur +honteuse fuite au-delà des Espagnes. Ce fut le 16 janvier, +que les Anglais furent jetés dans la mer à la Corogne, et ce +fut le 26, que les opérations commencèrent à devenir sérieuses +devant Sarragosse.</p> + +<p>Le duc de Montebello y arriva le 20 pour prendre le commandement +supérieur du siège. Lorsqu'il eut acquis la certitude +que toutes les nouvelles que l'on faisait parvenir dans la +ville, ne produisaient aucun effet, et que quelques moines, +qui s'étaient emparés des esprits, réussissaient, ou à empêcher +qu'elles vinssent à la connaissance du peuple, ou à les +travestir de manière à perpétuer le délire des assiégés, il prit +le parti de renoncer à tous les ménagements.</p> + +<p>Quinze mille paysans s'étaient réunis sur la gauche de l'Ebre +à Perdiguera. Le duc de Trévise les attaqua avec trois régimens, +et malgré la belle position qu'ils occupaient, le soixante-quatrième +régiment les culbuta et les mit en déroute. Le dixième +de hussards se trouva dans la plaine pour les recevoir, et un +grand nombre resta sar le champ de bataille. Neuf pièces de +canon et plusieurs drapeaux furent les trophées de cette +rencontre.</p> + +<p>En même temps, le duc de Montebello avait envoyé l'adjudant-commandant +Gasquet sur Zuer, pour y dissiper un +rassemblement. Cet officier, avec trois bataillons, attaqua +quatre mille insurgés, les culbuta et leur prit quatre pièces +de canon avec leurs caissons attelés.</p> + +<p>Le général Vattier avait en même temps été détaché avec +trois cents hommes d'infanterie et deux cents chevaux sur la +route de Valence. Il rencontra cinq mille insurgés à Alcanitz, +les força dans la ville même à jeter leurs fusils dans leur fuite; +leur tua six cents hommes, et prit des magasins de subsistances, +de munitions et d'armes; parmi ces derniers se +trouvèrent mille fusils anglais. L'adjudant-commandant Carrion +de Nizas, à la tête d'une colon de d'infanterie, s'est conduit +d'une manière brillante; le colonel Burthe, du quatrième +de hussards, et le chef de bataillon Camus, du vingt-huitième +d'infanterie légère, se sont distingués.</p> + +<p>Ces opérations se faisaient entre le 20 et le 26 janvier.</p> + +<p>Le 26, on commença à attaquer sérieusement la ville, et +l'on démasqua les batteries. Le 27 à midi, la brèche se trouva +praticable sur plusieurs points de l'enceinte. Les troupes se +logèrent dans le couvent de San-Ingracia. La division Grandjean occupa +une trentaine de maisons dans la ville. Le colonel +Chlopiscki et les soldats de la Vistule, se distinguèrent. Dans +le même moment, le général de division Merlot, dans une +attaque sur la gauche, s'empara de tout le front de défense +de l'ennemi.</p> + +<p>Le capitaine Guetteman, à la tête des travailleurs et de +trente-six grenadiers du quarante-quatrième, est monté à la +brèche avec une hardiesse rare. M. Bobieski, officier des voltigeurs +de la Vistule, jeune homme âgé de dix-sept ans, et +déjà couvert de sept blessures, s'est présenté le premier à la +brèche. Le chef de bataillon Lejeune, aide-de-camp du prince +de Neufchâtel, s'est conduit avec distinction, et a reçu deux +blessures légères. Le chef de bataillon Haxo a aussi été légèrement +blessé et s'est également distingué.</p> + +<p>Le 30, les couvens de Sainte-Monique et des Grands-Augustins +furent enlevés. Soixante maisons furent prises à +la sape. Les sapeurs du quatorzième régiment de ligue se +distinguèrent.</p> + +<p>Le premier février, le général Lacoste fut atteint d'une +balle, et mourut sur le champ d'honneur. C'était un officier +aussi brave qu'instruit. Sa perte a été sensible à toute l'armée, +et plus particulièrement encore à l'empereur. Le colonel Rogniat +lui succéda dans le commandement de l'arme du génie +et dans la direction du siège.</p> + +<p>L'ennemi défendait chaque maison. Trois attaques de mines +étaient conduites de front, et tous les jours trois ou quatre +mines faisaient sauter plusieurs maisons, et permettaient aux +troupes de se loger dans plusieurs autres.</p> + +<p>C'est ainsi qu'on arriva jusqu'au Corso (grande rue de Sarragosse), +qu'on se logea sur les quais, et que l'on s'empara de +la maison des écoles et de celle de l'université. L'ennemi +tentait d'opposer mineurs à mineurs; mais peu habiles dans +ce genre d'opérations, ses mineurs étaient sur-le-champ découverts +et étouffés.</p> + +<p>Cette manière de conduire le siège rendait sa marche +lente, mais certaine et moins coûteuse pour l'armée. Pendant +que trois compagnies de mineurs, et huit compagnies de sapeurs +sont seules occupées à cette guerre souterraine, dont +les résultats sont si terribles, le feu est presque constamment +entretenu dans la ville par les mortiers qui lancent, des bombes +remplies de cloches à feu.</p> + +<p>Il n'y avait que dix jours que l'attaque avait commencé, et +déjà on présageait la prochaine reddition de la ville. On s'était +emparé de plus du tiers des maisons et on s'y était logé. +L'église où se trouvait l'image de Notre-Dame del Pifar, qui +par tant de miracles avait promis de la défendre, était écrasée +par les bombes, et n'était plus habitable.</p> + +<p>Le duc de Montebello jugea alors nécessaire de s'emparer +du faubourg de la rive gauche, pour occuper tout le diamètre +de la ville, et croiser son feu. Le général de division Gazan +enleva la caserne des Suisses, par une attaque prompte et +brillante. Le 17, une batterie de cinquante pièces de canon +qu'on avait établie, joua dès le matin. A trois heures après +midi, un bataillon du vingt-huitième attaqua un énorme couvent +dont les murs en briques avaient trois à quatre pieds +d'épaisseur, et s'en empara. Sept mille ennemis défendaient le +faubourg. Le général Gazan se porta rapidement sur le pont +par où les insurgés avaient leur retraite dans la ville. Il en tua +un grand nombre, et fit quatre mille prisonniers, au nombre +desquels se trouvaient deux généraux, douze colonels, dix-neuf +lieutenans-colonels et deux cent trente officiers. Il prit +six drapeaux et trente pièces de canon. Presque toutes les +troupes de ligne de la place occupaient ce point important +qui était menacé depuis le 10.</p> + +<p>Au même instant, le duc d'Abrantès traversait le Corso +par plusieurs canonnières, et faisait sauter, au moyen de deux +fourneaux de mine, le vaste bâtiment des écoles.</p> + +<p>Après ces événemens la terreur se mit dans la ville. La +junte, pour obtenir quelques délais, et donner le temps à la +frayeur des habitans de se dissiper, demanda à parlementer; +mais sa mauvaise foi était connue et cette ruse lui fut inutile. +Trente autres maisons furent enlevées à la sape ou par des mines.</p> + +<p>Enfin le 21, toute la ville fut occupée par nos troupes. +Quinze mille hommes d'infanterie et deux mille de cavalerie +ont posé les armes a la porte de Portillo, et ont remis quarante +drapeaux et cent cinquante pièces de canon. Les insurgés +ont perdu vingt mille hommes pendant le siège. On en a +trouvé treize mille dans les hôpitaux. Il en mourait cinq cents +par jour.</p> + +<p>Le duc de Montebello n'a pas voulu accorder de capitulation +à la ville de Sarragosse; il a seulement fait connaître les +dispositions suivantes:</p> + +<p>La garnison posera les armes le 21, à midi, à là porte de +Portillo; après quoi elle sera prisonnière de guerre. Les hommes +des troupes de ligne qui voudraient prêter serment au +roi Joseph et entrer à son service, pourront y être admis. +Dans le cas où leur admission ne serait pas accordée par le +ministre de la guerre du roi d'Espagne, ils seront prisonniers +de guerre et conduits en France. La religion sera respectée. +Les troupes françaises occuperont, le 21 à midi, le château. +Toute l'artillerie et toutes les munitions de toute espèce, +leur seront remises. Toutes les armes seront déposées aux +portes de chaque maison, et recueillies par les alcades de +chaque quartier.</p> + +<p>Les magasins en blé, riz et légumes qu'on a trouvés dans +la place, sont très-considérables.</p> + +<p>Le duc de Montebello a nommé le général Laval, gouverneur +de Sarragosse.</p> + +<p>Une députation du clergé et des principaux habitans est +partie pour se rendre à Madrid.</p> + +<p>Palafox est dangereusement malade. Cet homme était l'objet +du mépris de toute l'armée ennemie, qui l'accusait de +présomption et de lâcheté.</p> + +<p>On ne l'a jamais vu dans les postes où il y avait quelques +dangers.</p> + +<p>Le comte de Fuentes, grand d'Espagne, que les insurgés +avaient arrêté dans ses terres, il y a sept mois, a été trouvé +dans un cachot de huit pieds carrés, et délivré. On ne peut +se faire une idée des maux qu'il a soufferts.</p> +<br><br><br> + + + +<h3>GUERRE D'AUTRICHE</h3> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Donswerth, 17 avril 1809.</p> + +<p class="milieu"><i>Proclamation à l'armée.</i></p> + +<p>Soldats!</p> + +<p>Le territoire de la confédération a été violé. Le général autrichien +veut que nous fuyions à l'aspect de ses armes, et que +nous lui abandonnions nos alliés; j'arrive avec la rapidité de +l'éclair.</p> + +<p>Soldats, j'étais entouré de vous lorsque le souverain d'Autriche +vint à mon bivouac de Moravie; vous l'avez entendu +implorer ma clémence et me jurer une amitié éternelle. Vainqueurs +dans trois guerres, l'Autriche a dû tout à notre générosité; +trois fois elle a été parjure!!! Nos succès passés sont +un sûr garant de la victoire qui nous attend.</p> + +<p>Marchons donc, et qu'à votre aspect l'ennemi reconnaisse +son vainqueur.</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Ratisbonne, 24 avril 1809.</p> + +<p class="milieu"><i>Premier bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>L'armée autrichienne a passé l'Inn le 9 avril; par là les hostilités +ont commencé, et l'Autriche a déclaré une guerre implacable +à la France, à ses alliés et à la confédération du +Rhin.</p> + +<p>Voici quelle était la position des corps français et alliés.</p> + +<p>Le corps du duc d'Auerstaedt à Ratisbonne.</p> + +<p>Le corps du duc de Rivoli à Ulm.</p> + +<p>Le corps du général Oudinot à Augsbourg.</p> + +<p>Le quartier-général à Strasbourg.</p> + +<p>Les trois divisions bavaroises, sous les ordres du duc de +Dantzick: placées, la première, commandée parle prince +royal, à Munich; la deuxième, commandée par le général +Deroi, à Landshut; et la troisième, commandée par le général +de Wrede, a Straubing.</p> + +<p>La division wurtembergeoise à Heidenheim.</p> + +<p>Les troupes saxonnes campées sous les murs de Dresde.</p> + +<p>Le corps du duché de Varsovie, commandé par le prince +Poniatowski, sous Varsovie.</p> + +<p>Le 10, les troupes autrichiennes investirent Passau, où +s'enferma un bataillon bavarois; elles investirent en même +temps Kufftein, où s'enferma également un bataillon bavarois. +Ce mouvement eut lieu sans tirer un coup de fusil.</p> + +<p>Les Autrichiens publièrent dans le Tyrol la proclamation +ci-jointe. La cour de Bavière quitta Munich pour se rendre à +Dillingen.</p> + +<p>La division bavaroise qui était à Landshut se porta à Altorff, +sur la rive gauche de l'Iser.</p> + +<p>La division commandée par le général de Wrede se porta +sur Neustadt.</p> + +<p>Le duc de Rivoli partit d'Ulm et se porta sur Augsbourg.</p> + +<p>Du 10 au 16, l'armée ennemie s'avança de l'Inn sur l'Iser. +Des partis de cavalerie se rencontrèrent, et il y eut plusieurs +charges, dans lesquelles les Bavarois eurent l'avantage. Le 16, +à Pfaffenhoffen, les deuxième et troisième régimens de chevau-légers +bavarois culbutèrent les hussards Stipschitz et les +dragons de Rosemberg.</p> + +<p>Au même moment, l'ennemi se présenta en force pour déboucher +par Landshut. Le pont était rompu, et la division +bavaroise, commandée par le général Deroy, opposait une +vive résistance à ce mouvement; mais menacée par des colonnes +qui avaient passé l'Iser à Moorburg et à Freysing, cette +division se retira en bon ordre sur celle du général de Wrede, +et l'armée bavaroise se centralisa sur Neustadt.</p> + +<p><i>Départ de l'empereur de Paris, le 13.</i></p> + +<p>L'empereur apprit par le télégraphe, dans la soirée du 12, +le passage de l'Inn par l'armée autrichienne, et partit de Paris +un instant après. Il arriva le 16, à trois heures du matin, à +Louisbourg, et dans la soirée du même jour à Dillingen, où +il vit le roi de Bavière; passa une demi-heure avec ce prince +et lui promit de le ramener en quinze jours dans sa capitale et +de venger l'affront fait à sa maison, en le faisant plus grand +que ne furent jamais aucun de ses ancêtres. Le 17, à sept +heures du matin, S. M. arriva à Donswerth, où était établi +le quartier-général, et donna sur-le-champ les ordres nécessaires.</p> + +<p>Le 18, le quartier-général fut transporté à Ingolstadt.</p> + +<p class="milieu"><i>Combat de Pfaffenhoffen, le 19.</i></p> + +<p>Le 19, le général Oudinot, parti d'Augsbourg, arriva à la +pointe du jour à Pfaffenhoffen, y rencontra trois à quatre +mille Autrichiens qu'il attaqua et dispersa, et fit trois cents +prisonniers.</p> + +<p>Le duc de Rivoli, avec son corps d'armée, arriva le lendemain +à Pfaffenhoffen.</p> + +<p>Le même jour, le duc d'Auerstaedt quitta Ratisbonne pour +se porter sur Neustadt et se rapprocher d'Ingolstadt. Il parut +évident alors que le projet de l'empereur était de manoeuvrer +sur l'ennemi qui avait débouché de Landshut, et de l'attaquer +dans le moment même où, croyant avoir l'initiative, il +marchait sut Ratisbonne.</p> + +<p class="milieu"><i>Bataille de Tann, le 19.</i></p> + +<p>Le 19, à la pointe du jour, le duc d'Auerstaedt se mit en +marche sur deux colonnes. Les divisions Morand et Gudin +formaient sa droite; les divisions Saint-Hilaire et Friant formaient +sa gauche. La division Saint-Hilaire, arrivée au village +de Peissing, y rencontra l'ennemi plus fort en nombre, mais +bien inférieur en bravoure; et là s'ouvrit la campagne par un +combat glorieux pour nos armées. Le général Saint-Hilaire, +soutenu par le général Friant, culbuta tout ce qui était devant +lui, enleva les positions de l'ennemi, lui tua une grande +quantité de monde et lui fit six à sept cents prisonniers.</p> + +<p>Le soixante-douzième se distingua dans cette journée, et +le cinquante-septième soutint son ancienne réputation. Il y a +seize ans ce régiment avait été surnommé en Italie <i>le terrible</i>, +et il a bien justifié ce surnom dans cette affaire, où seul il a +abordé et successivement défait six régimens autrichiens.</p> + +<p>Sur la gauche, à deux heures après-midi, le général Morand +rencontra également une division autrichienne qu'il attaqua +en tête, tandis que le duc de Dantzick, avec un corps +bavarois, parti d'Abensberg, vint la prendre en queue. Cette +division fut bientôt débusquée de toutes ses positions, et +laissa quelques centaines de morts et de prisonniers. Le régiment +entier des dragons de Levenher fut détruit par les chevau-légers +bavarois, et son colonel fut tué.</p> + +<p>A la chute du jour, le corps du duc de Dantzick fit sa +jonction avec celui du duc d'Auerstaedt.</p> + +<p>Dans toutes ces affaires les généraux Saint-Hilaire et Friant +se sont particulièrement distingués.</p> + +<p>Ces malheureuses troupes autrichiennes qu'on avait amenées +de Vienne au bruit des chansons et des fifres, en leur +faisant croire qu'il n'y avait plus d'armée française en Allemagne, +et qu'elles n'auraient affaire qu'aux Bavarois et aux +Wurtembergeois, montrèrent tout le ressentiment qu'elles +concevaient contre leurs chefs, des erreurs où ils les avaient +entretenues, et leur terreur ne fut que plus grande à la vue de +ces vieilles bandes qu'elles étaient accoutumées à considérer +comme leurs maîtres.</p> + +<p>Dans tous ces combats, notre perte fut peu considérable en +comparaison de celle de l'ennemi, qui surtout perdit beaucoup +d'officiers et de généraux, obligés de se mettre en avant pour +donner de l'élan à leurs troupes. Le prince de Liechtenstein, +le général de Lusignan et plusieurs autres furent blessés. La +perte des Autrichiens en colonels et officiers de moindre +grade, est extrêmement considérable.</p> + +<p class="milieu"><i>Bataille d'Abensberg, le 20.</i></p> + +<p>L'empereur résolut de battre et de détruire le corps de +l'archiduc Louis et celui du général Hiller, forts ensemble de +soixante mille hommes. Le 20, Sa Majesté se porta à Abensberg; +il donna ordre au duc d'Auerstaedt de tenir en respect +les corps de Hohenzollern, Rosemberg et de Liechtenstein, +pendant qu'avec les deux divisions Morand et Gudin, les Bavarois +et les Wurtembergeois, il attaquait de front l'armée +de l'archiduc Louis et du général Hiller, et qu'il faisait couper +les communications de l'ennemi par le duc de Rivoli, en +le faisant passer à Freysing, et de là sur les derrières de l'armée +autrichienne.</p> + +<p>Les divisions Morand et Gudin formèrent la gauche et +manoeuvrèrent sous les ordres du duc de Montebello. L'empereur +se décida à combattre ce jour-là à la tête des Bavarois +et des Wurtembergeois. Il fit réunir en cercle les officiers de +ces deux armées et leur parla long-temps. Le prince royal de +Bavière traduisait en allemand ce qu'il disait en français. +L'empereur leur fit sentir la marque de confiance qu'il leur +donnait. Il dit aux officiers bavarois que les Autrichiens +avaient toujours été leurs ennemis; que c'était à leur indépendance +qu'ils en voulaient; que depuis plus de deux cents ans +les drapeaux bavarois étaient déployés contre la maison d'Autriche; +mais que cette fois il les rendrait si puissans, qu'ils +suffiraient seuls désormais pour lui résister.</p> + +<p>Il parla aux Wurtembergeois des victoires qu'ils avaient +remportées sur la maison d'Autriche, lorsqu'ils servaient dans +l'armée prussienne, et des derniers avantages qu'ils avaient +obtenus dans la campagne de Silésie. Il leur dit à tous que le +moment de vaincre était venu pour porter la guerre sur le +territoire autrichien. Ces discours, qui furent répétés aux +compagnies par les capitaines, et les différentes dispositions +que fit l'empereur, produisirent l'effet qu'on pouvait en attendre.</p> + +<p>L'empereur donna alors le signal du combat et mesura les +manoeuvres sur le caractère particulier de ces troupes. Le général +de Wrede, officier bavarois d'un grand mérite, placé +au devant du pont de Siegenburg, attaqua une division autrichienne +qui lui était opposée. Le général Vandamme, qui +commandait les Wurtembergeois, la déborda sur son flanc +droit. Le duc de Dantzick, avec la division du prince royal +et celle du général Deroy, marcha sur le village de Rennhause +pour arriver sur la grande route d'Abensberg à Landshut. +Le duc de Montebello, avec ses deux divisions françaises, +força l'extrême gauche, culbuta tout ce qui était devant +lui, et se porta sur Rohr et Rothemburg. Sur tous les +points, la canonnade était engagée avec succès. L'ennemi, déconcerté +par ces dispositions, ne combattit qu'une heure et +battit en retraite. Huit drapeaux, douze pièces de canon, +dix-huit mille prisonniers furent le résultat de cette affaire, +qui ne nous a coûté-que peu de monde.</p> + +<p class="milieu"><i>Bataille d'Eckmülh, le 22.</i></p> + +<p>Tandis que la bataille d'Abensberg et le combat de Landshut +avaient des résultats si importans, le prince Charles se +réunissait avec le corps de Bohême, commandé par le général +Kollowrath, et obtenait à Ratisbonne un faible succès.</p> + +<p>Mille hommes du soixante-cinquième, qui avaient été laissés +pour garder le pont de Ratisbonne, ne reçurent point l'ordre +de se retirer. Cernés par l'armée autrichienne, ces braves +ayant épuisé leurs cartouches, furent obligés de se rendre. +Cet événement fut sensible à l'empereur; il jura que dans les +vingt-quatre heures le sang autrichien coulerait dans Ratisbonne, +pour venger cet affront fait à ses armes.</p> + +<p>Dans le même temps, les ducs d'Auerstaedt et de Dantzick +tenaient en échec les corps de Rosemberg, de Hohenzollern +et de Liechtenstein. Il n'y avait pas de temps à perdre. +Le 22 au matin, l'empereur se mit en marche de Landshut +avec les deux divisions du duc de Montebello, le corps du +duc de Rivoli, les divisions de cuirassiers Nansouty et Saint-Sulpice +et la division wurtembergeoise. A deux heures après-midi, +il arriva vis-à-vis Eckmülh, où les quatre corps de l'armée +autrichienne, formant cent dix mille hommes, étaient +en position sous le commandement de l'archiduc Charles. Le +duc de Montebello déborda l'ennemi par la gauche avec la +division Gudin. Au premier signal, les ducs d'Auerstaedt et +de Dantzick, et la division de cavalerie légère du général +Montbrun, débouchèrent. On vit alors un des plus beaux +spectacles qu'aient offerts la guerre. Cent dix mille ennemis +attaqués sur tous les points, tournés par leur gauche, et successivement +dépostés de toutes leurs positions. Le détail des +événemens militaires serait trop long; il suffit de dire que, +mis en pleine déroute, l'ennemi a perdu la plus grande partie +de ses canons et un grand nombre de prisonniers; que le +dixième d'infanterie légère, de la division Saint-Hilaire, se +couvrit de gloire en débouchant sur l'ennemi, et que les Autrichiens, +débusqués du bois qui couvre Ratisbonne, furent +jetés dans la plaine et coupés par la cavalerie. Le sénateur +général de division Demont eut un cheval tué sous lui. La +cavalerie autrichienne, forte et nombreuse, se présenta pour +protéger la retraite de son infanterie; la division Saint-Sulpice +sur la droite, la division Nansouty sur la gauche, l'abordèrent; +la ligne de hussards et de cuirassiers ennemis fut +mise en déroute. Plus de trois cents cuirassiers autrichiens +furent faits prisonniers. La nuit commençait; nos cuirassiers +continuèrent leur marche sur Ratisbonne. La division Nansouty +rencontra une colonne ennemie qui se sauvait, la chargea +et la fit prisonnière; elle était composée de trois bataillons +hongrois de quinze cents hommes.</p> + +<p>La division Saint-Sulpice chargea un autre carré dans lequel +faillit être pris le prince Charles, qui ne dut son salut +qu'à la vitesse de son cheval. Cette colonne fut également enfoncée +et prise. L'obscurité obligea enfin à s'arrêter. Dans +cette bataille d'Eckmülh, il n'y eut que la moitié à peu près +des troupes françaises engagée. Poussée l'épée dans les reins, +l'armée ennemie continua de défiler toute la nuit par morceaux +et dans la plus épouvantable déroute. Tous ses blessés, +la plus grande partie de son artillerie, quinze drapeaux +et vingt mille prisonniers sont tombés eu notre pouvoir. Les +cuirassiers se sont, comme à l'ordinaire, couverts de gloire.</p> + +<p class="milieu"><i>Combat et prise de Ratisbonne, le 23.</i></p> + +<p>Le 20, à la pointe du jour, on s'avança sur Ratisbonne; +l'avant-garde formée par la division Gudin et par les cuirassiers +des divisions Nansouty et Saint-Sulpice; on ne tarda +pas à apercevoir la cavalerie ennemie gui prétendait couvrir +la ville. Trois charges successives s'engagèrent: toutes furent +à notre avantage. Sabrés et mis en pièces, huit mille hommes +de cavalerie ennemie repassèrent précipitamment le Danube. +Sur ces entrefaites, nos tirailleurs tâtèrent la ville. Par +une inconcevable disposition, le général autrichien y avait +placé six régiments sacrifiés sans raison. La ville est enveloppée +d'une mauvaise enceinte, d'un mauvais fossé et d'une +mauvaise contrescarpe. L'artillerie arriva; on mit en batterie +des pièces de 12. On reconnut une issue par laquelle, au +moyen d'une échelle, on pouvait descendre dans le fossé, et +remonter ensuite par une brèche faite à la muraille.</p> + +<p>Le duc de Montebello fit passer par cette ouverture un bataillon +qui gagna une poterne et l'ouvrit; on s'introduisit +alors dans la ville. Tout ce qui fit résistance fut sabré; le +nombre des prisonniers passa huit mille. Par suite de ses +mauvaises dispositions, l'ennemi n'eut pas le temps de couper +le pont, et les Français passèrent avec lui sur la rive +gauche. Cette malheureuse ville, qu'il a eu la barbarie de défendre, +a beaucoup souffert; le feu y a été une partie de la +nuit; mais par les soins du général Morand et de sa division, +on parvint à le dominer et à l'éteindre.</p> + +<p>Ainsi, à la bataille d'Abensberg, l'empereur battit séparément +les deux corps de l'archiduc Louis et du général Hiller. +Au combat de Landshut, il s'empara du centre des communications +de l'ennemi et du dépôt général de ses magasins +et de son artillerie. Enfin, à la bataille d'Eckmülh, les +quatre corps d'Hohenzollern, de Rosemberg, de Kollowrath +et de Lichtenstein furent défaits et mis en déroute. Le corps +du général Bellegarde, arrivé le lendemain de cette bataille, +ne put qu'être témoin de la prise de Ratisbonne, et se sauva +en Bohême.</p> + +<p>Cette première notice des opérations militaires qui ont +ouvert la campagne d'une manière si brillante, sera suivie +d'une relation plus détaillée de tous les faits d'armes qui ont +illustré les armées française et alliées.</p> + +<p>Dans tous ces combats, notre perte peut se monter à douze +cents tués et à quatre mille blessés. Le général de division +Cervoni, chef d'état-major du général Montebello, fut frappé +d'un boulet de canon et tomba mort sur le champ de bataille +d'Eckmülh. C'était un officier de mérite et qui s'était distingué +dans nos premières campagnes. Au combat de Peissing, +le général Hervo, chef de l'état-major du duc d'Auerstaedt, +a été également tué. Le duc d'Auerstaedt regrette vivement +cet officier, dont il estimait la bravoure, l'intelligence et +l'activité. Le général de brigade Clément, commandant une +brigade de cuirassiers de la division Saint-Sulpice, a eu un +bras emporté. C'est un officier de courage et d'un mérite +distingué. Le général Schramm a été blessé. Le colonel du +quatorzième de chasseurs a été tué dans une charge. En général, +notre perte en officiers est peu considérable. Les mille +hommes du soixante-cinquième qui ont été faits prisonniers, +ont été pour la plupart repris. Il est impossible de montrer plus +de bravoure et de bonne volonté qu'en ont montré les troupes.</p> + +<p>A la bataille d'Eckmülh, le corps du duc de Rivoli n'ayant +pu encore joindre, ce maréchal est resté constamment auprès +de l'empereur, il a porté des ordres et fait exécuter différentes +manoeuvres.</p> + +<p>A l'assaut de Ratisbonne, le duc de Montebello, qui avait +désigné le lieu du passage, a fait porter les échelles par ses +aides-de-camp.</p> + +<p>Le prince de Neufchâtel, afin d'encourager les troupes et +donner en même temps une preuve de confiance aux alliés, a +marché plusieurs fois à l'avant-garde avec les régiments bavarois.</p> + +<p>Le duc d'Auerstaedt a donné dans ces différentes affaires +de nouvelles preuves de l'intrépidité qui le caractérise.</p> + +<p>Le duc de Rovigo, avec autant de dévouement que d'intrépidité, +a traversé plusieurs fois les légions ennemies, pour +aller faire connaître aux différentes colonnes l'intention de +l'empereur.</p> + +<p>Des deux cent vingt mille hommes qui composaient l'armée +autrichienne, tous ont été engagés hormis les vingt mille +hommes que commande le général Bellegarde et qui n'ont pas +donné. De l'armée française, au contraire, près de la moitié +n'a pas tiré un coup de fusil. L'ennemi, étonné, par des mouvemens +rapides, et hors de ses calculs, s'est trouvé en un +moment déchu de sa folle espérance, et transporté du délire +de la présomption dans un abattement approchant du désespoir.</p> +<br><br><br> + + +<p class="milieu"><i>Proclamation du général Jellachich aux habitons du +Tyrol.</i></p> + +<p>Tyroliens,</p> + +<p>Si vous êtes encore ce que vous avez été il n'y a pas longtemps; +si vous vous rappelez le bonheur, la prospérité, la +liberté véritable dont vous avez joui sous le sceptre bienfaisant +de l'Autriche; si la voix du général que vous avez reconnu +comme un des vôtres, lorsqu'on 1799 il vous a sauvés +d'un danger imminent par la victoire de Feldkirch, qui, dans +l'année suivante, a rendu inattaquable votre frontière depuis +Arbberg jusqu'à la vallée de Karabendel; si tout cela n'est +pas effacé de votre mémoire, écoutez ce que je viens vous +dire; écoutez et soyez-en pénétrés.</p> + +<p>Votre seigneur légitime (je devrais dire votre père) vous +recherche: placez-vous sous son égide! Son coeur saigne de +vous voir sous une domination étrangère; vous, ses fidèles, +redevenez les enfans de l'Autriche, ne méconnaissez pas ce +titre précieux!</p> + +<p>Des armées autrichiennes plus nombreuses que jamais, +plus animées et plus patriotiques, vont entrer dans votre +pays; considérez-les comme vos frères, comme les enfans d'un +même père; réunissez-vous à elles, suivant l'exemple de tous +les peuples qui rendent hommage au trône autrichien. Enfin, +comportez-vous en tout comme vous l'avez fait tout récemment +à l'admiration de toute l'Europe.</p> + +<p>Tyroliens, Dieu est avec nous. Nous ne cherchons pas de +nouvelles conquêtes, mais nous voulons ramener dans le +sein de notre père impérial et gracieux des frères qui ont été +détachés de lui. Rien ne nous résiste, rien ne peut nous vaincre +dès que nous nous unissons pour notre bonheur et pour +la conservation de notre existence. Croyez-moi, Tyroliens, +Dieu est avec nous!</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Mulhdorf, 27 avril 1809.</p> + +<p class="milieu"><i>Deuxième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Le 22, le lendemain du combat de Landshut, l'empereur +partit de cette ville pour Ratisbonne et livra la bataille d'Eckmülh. +En même temps il envoya le maréchal duc d'Istrie, +avec la division bavaroise aux ordres du général de Wrede, et +la division Molitor, pour se porter sur l'Inn et poursuivre les +deux corps d'armée autrichiens battus à la bataille d'Abensberg +et au combat de Landshut.</p> + +<p>Le maréchal duc d'Istrie, arrivé successivement à Wilsbiburg +et à Neumark, y trouva un équipage de pont attelé, plus +de quatre cents voitures, des caissons et des équipages, et fit +dans sa marche quinze à dix-huit cents prisonniers.</p> + +<p>Les corps autrichiens trouvèrent au-delà de Neumark un +corps de réserve qui arrivait sur l'Inn; ils s'y rallièrent, et +le 25 livrèrent à Neumark un combat où les Bavarois, malgré +leur extrême infériorité, conservèrent leurs positions.</p> + +<p>Le 24, l'empereur avait dirigé le corps du maréchal duc +de Rivoli, de Ratisbonne sur Straubing, et de là sur Passau, +où il arriva le 26. Le duc de Rivoli fit passer l'Inn au bataillon +du Pô, qui fit trois cents prisonniers, débloqua la +citadelle et occupa Scharding.</p> + +<p>Le 25, le maréchal duc de Montebello avait eu ordre de +marcher avec son corps, de Ratisbonne sur Mulhdorf; le 27, +il passa l'Inn et se porta sur la Salza.</p> + +<p>Aujourd'hui 27, l'empereur a son quartier-général à Mulhdorf.</p> + +<p>La division autrichienne, commandée par le général Jellachich, +qui occupait Munich, est poursuivie par le corps du +duc de Dantzick.</p> + +<p>Le roi de Bavière s'est montré de sa personne à Munich; +il est retourné ensuite à Augsbourg, où il restera encore quelques +jours, attendant, pour établir fixement sa résidence à +Munich, que la Bavière soit entièrement purgée des partis +ennemis.</p> + +<p>Cependant, du côté de Ratisbonne, le duc d'Auerstaedt +s'est mis à la poursuite du prince Charles, qui, coupé de ses +communications avec l'Inn et Vienne, n'a eu d'autre ressource +que de se retirer dans les montagnes de Bohême par Waldmunchen +et Cham.</p> + +<p>Quant à l'empereur d'Autriche, il parait qu'il était devant +Passau, s'étant chargé d'assiéger cette place avec trois bataillons +de landwerh.</p> + +<p>Toute la Bavière et le Palatinat sont délivrés de la présence +des armées ennemies.</p> + +<p>A Ratisbonne, l'empereur a passé la revue de plusieurs +corps, ci s'est fait présenter le plus brave soldat, auquel il a +donné des distinctions et des pensions, et le plus brave officier, +auquel il a donné des baronnies et des terres. Il a spécialement +témoigné sa satisfaction aux divisions Saint-Hilaire et +Friant.</p> + +<p>Jusqu'à cette heure, l'empereur a fait la guerre presque sans +équipages et sans garde, et l'on a remarqué qu'en l'absence de +sa garde, il avait toujours autour de lui des troupes alliées +bavaroises et wurtembergeoises, voulant par là leur donner +une preuve particulière de confiance. Hier sont arrivés à +Landshut une partie des chasseurs et grenadiers à cheval de +la garde, le régiment de fusiliers et un bataillon de chasseurs +à pied.</p> + +<p>D'ici à huit jours, toute la garde sera arrivée.</p> + +<p>On a fait courir le bruit que l'empereur avait eu la jambe +cassée; le fuit est qu'une balle morte a effleuré le talon de la +botte de S. M., mais n'a pas même altéré la peau. Jamais +S. M., au milieu des plus grandes fatigues, ne s'est mieux +portée.</p> + +<p>On remarque comme un fuit singulier qu'un des premiers +officiers autrichiens faits prisonniers dans cette guerre, se +trouve être l'aide-de-camp du prince Charles, envoyé à +M. Otto pour lui remettre la fameuse lettre portant que l'armée +française eût à s'éloigner.</p> + +<p>Les habitans de Ratisbonne s'étant très-bien comportés, et +ayant montré l'esprit patriotique et confédéré que nous étions +en droit d'attendre d'eux, S. M. a ordonné que les dégâts qui +avaient été faits seraient réparés à ses frais, et particulièrement +la restauration des maisons incendiées, dont la dépense +s'élèvera à plusieurs millions.</p> + +<p>Tous les souverains et tous les pays de la confédération +montrent l'esprit le plus patriotique. Lorsque le ministre +d'Autriche à Dresde remit la déclaration de sa cour au roi de +Saxe, ce prince ne put retenir son indignation. «Vous voulez +la guerre, dit le roi, et contre qui? Vous attaquez et vous +invectivez celui qui, il y a trois ans, maître de votre sort, +vous a restitué vos états. Les propositions que l'on me fait +m'affligent; mes engagemens sont connus de toute l'Europe; +aucun prince de la confédération ne s'en détachera.»</p> + +<p>Le grand duc de Wurtzbourg, frère de l'empereur d'Autriche, +a montré les mêmes sentimens, et a déclaré que si les +Autrichiens avançaient sur ses états, il se retirerait, s'il le +fallait, au-delà du Rhin; tout l'esprit de vertige et les injures +de la cour de Vienne sont généralement appréciés. Les régimens +des petits princes, toutes les troupes alliées, demandent +à l'envi à marcher à l'ennemi.</p> + +<p>Une chose notable, et que la postérité remarquera comme +une nouvelle preuve de l'insigne mauvaise foi de la maison +d'Autriche, c'est que le même jour qu'elle faisait écrire au +roi de Bavière la lettre, elle faisait publier dans le Tyrol la +proclamation du général Jellachich: le même jour on proposait +au roi d'être neutre et on insurgeait ses sujets. Comment +concilier cette contradiction, ou plutôt, comment justifier +cette infamie?</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Ratisbonne, 24 avril 1809.</p> + +<p class="milieu"><i>Ordre du jour.</i></p> + +<p>Soldats!</p> + +<p>Vous avez justifié mon attente: vous avez suppléé au nombre +par votre courage; vous avez glorieusement marqué la +différence qui existe entre les soldats de César et les armées +de Xerxès.</p> + +<p>En peu de jours nous avons triomphé dans les trois batailles +de Tann, d'Abensberg et d'Eckmühl, et dans les combats de +Peissing, Landshut et de Ratisbonne. Cent pièces de canon, +quarante drapeaux, cinquante mille prisonniers, trois équipages +attelés, trois mille voitures attelées portant les bagages, +toutes les caisses des régimens, voilà le résultat de la rapidité +de vos marches et de votre courage.</p> + +<p>L'ennemi enivré par un cabinet parjure, paraissait ne plus +conserver aucun souvenir de vous; son réveil a été prompt; +vous lui avez paru plus terribles que jamais. Naguère il a +traversé l'Inn et envahi le territoire de nos alliés; naguère +il se promettait de porter la guerre au sein de notre patrie. +Aujourd'hui, défait, épouvanté, il fuit en désordre; déjà +mon avant-garde a passé l'Inn; avant un mois nous serons à +Vienne.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Burghausen, 30 avril 1809.</p> + +<p class="milieu"><i>Troisième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>L'empereur est arrivé le 27, à six heures du soir, à Mulhdorf. +S. M. a envoyé la division du général de Wrede à Lauffen, +sur l'Alza, pour tâcher d'atteindre le corps que l'ennemi +avait dans le Tyrol, et qui battait en retraite à marches forcées. +Le général de Wrede arriva le 28 à Lauffen, rencontra +l'arrière-garde ennemie, prit ses bagages, et lui fit bon nombre +de prisonniers; mais l'ennemi eut le temps de passer la +rivière et brûla le pont.</p> + +<p>Le 27, le duc de Dantzick arriva à Wanesburk et le 28 à +Altenmarck.</p> + +<p>Le 29, le général de Wrede avec sa division, continua sa +marche sur Salzbourg: à trois lieues de cette ville, sur la +route de Lauffen, il trouva des avant-postes de l'armée ennemie. +Les Bavarois les poursuivirent l'épée dans les reins, +et entrèrent pêle-mêle avec eux dans Salzbourg. Le général +de Wrede assure que la division du général Jellachich est entièrement +dispersée. Ainsi, ce général a porté la peine de l'infâme +proclamation par laquelle il a mis le poignard aux mains +des Tyroliens.</p> + +<p>Les Bavarois ont fait cinq cents prisonniers. On a trouvé +à Salzbourg des magasins assez considérables.</p> + +<p>Le 28, à la pointe du jour, le duc d'Istrie arriva à Burghausen, +et posta une avant-garde sur la rive droite de l'Inn. +Le même jour, le duc de Montebello arriva à Burghausen. +Le comte Bertrand disposa tout pour raccommoder le pont +que l'ennemi avait brûlé. La crue de la rivière occasionnée +par la fonte des neiges, mit quelque retard au rétablissement +du pont. Toute la journée du 29 fut employée à ce travail. +Dans la journée du 30, le pont a été rétabli et toute l'armée +a passé.</p> + +<p>Le 28, un détachement de cinquante chasseurs, sous le +commandement du chef d'escadron Margaron, est arrivé à Dittemaning, +où il a rencontré un bataillon de la fameuse landwerh +qui à son approche se jeta dans un bois. Le chef d'escadron +Margaron l'envoya sommer; après s'être long-temps consultés, +mille hommes de ces redoutables milices postés dans +un bois fourré et inaccessible à la cavalerie, se sont rendus à +cinquante chasseurs. L'empereur voulut les voir; ils faisaient +pitié: ils étaient commandés par de vieux officiers d'artillerie, +mal armés et plus mal équipés encore.</p> + +<p>Le génie arrogant et farouche de l'Autrichien s'était entièrement +découvert dans le moment de fausse prospérité dont +leur entrée à Munich les avait éblouis. Ils feignirent de caresser +les Bavarois; mais les griffes du tigre reparurent bientôt. +Le bailli de Mulhdorf, nommé Stark, qui avait mérité +une distinction du roi de Bavière, pour les services qu'il avait +rendus à ses troupes dans la dernière guerre, a été arrêté et +conduit à Vienne pour y être jugé. A Burghausen la femme +du bailli, comte d'Armansperd, est venue supplier l'empereur +de lui faire rendre son mari que les Autrichiens ont emmené +à Lintz, et de là à Vienne, sans qu'on en ait entendu +parler depuis. La raison de ce mauvais traitement est qu'en +1805, il lui fut fait des réquisitions auxquelles il n'obtempéra +point. Voilà le crime dont les Autrichiens lui ont gardé un +si long ressentiment et dont ils ont tiré cette injuste vengeance.</p> + +<p>Les Bavarois feront sans doute un récit de toutes les vexations +et des violences que les Autrichiens ont exercées envers +eux, pour en transmettre la mémoire à leurs enfans, quoiqu'il +soit probable que c'est pour la dernière fois que les Autrichiens +ont insulté aux alliés de la France. Des intrigues ont +été ourdies par eux, en Tyrol et en Westphalie pour exciter +les sujets à la révolte contre leurs princes.</p> + +<p>Levant des armées nombreuses divisées en corps comme +l'armée française, marchant au pas accéléré pour singer l'armée +française, faisant des bulletins, des proclamations, des +ordres du jour, en singeant même encore l'armée française, +ils ne représentent pas mal l'âne qui, couvert de la peau du +lion, cherche à l'imiter; mais le bout de l'oreille se laisse +apercevoir, et le naturel l'emporte toujours.</p> + +<p>L'empereur d'Autriche a quitté Vienne et a signé en partant +une proclamation, rédigée par Gentz dans le style de +l'esprit des plus sots libelles. Il s'est porté à Scharding, position +qu'il a choisie, précisément pour n'être nulle part, ni +dans sa capitale pour gouverner ses états, ni au camp où il +n'eût été qu'un inutile embarras. Il est difficile de voir un +prince plus débile et plus faux. Lorsqu'il a appris la suite +de la bataille d'Eckmülh, il a quitté les bords de l'Inn et est +rentré dans le sein de ses états.</p> + +<p>La ville de Scharding que le duc de Rivoli a occupée, a +beaucoup souffert. Les Autrichiens en se retirant ont mis le +feu à leurs magasins et ont brûlé la moitié de la ville qui +leur appartenait. Sans doute qu'ils avaient le pressentiment, +et qu'ils ont adopté l'adage que ce qui leur appartenait, ne +leur appartiendra plus.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Braunau, 1er mai 1809.</p> + +<p class="milieu"><i>Quatrième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Au passage du pont de Landshut, le général de brigade +Lacour a montré du courage et du sang-froid. Le comte Lauriston +a placé l'artillerie avec intelligence, et a contribué au +succès de cette brillante affaire.</p> + +<p>L'évêque et les principales autorités de Salzbourg sont venus +à Burghausen implorer la clémence de l'empereur pour +leur pays. S. M. leur a donné l'assurance qu'ils ne retourneraient +plus sous la domination de la maison d'Autriche. Ils ont +promis de prendre des mesures pour faire rentrer les quatre +bataillons de milices que le cercle avait fournis, et dont une +partie avait déjà été prise et dispersée.</p> + +<p>Le quartier-général part pour se rendre aujourd'hui premier +mai, à Ried.</p> + +<p>On a trouvé à Braunau des magasins de deux cent mille +rations de biscuit et de six mille sacs d'avoine. On espère en +trouver de plus considérables à Ried. Le cercle de Ried a +fourni trois bataillons de milices; mais la plus grande partie +est déjà rentrée.</p> + +<p>L'empereur d'Autriche a été pendant trois jours à Braunau. +C'est à Scharding qu'il a appris la défaite de son armée. Les +habitans lui imputent d'être le principal auteur de la guerre.</p> + +<p>Les fameux volontaires de Vienne, battus à Landshut, +ont repassé ici, jetant leurs armes et portant à toutes jambes +l'alarme à Vienne.</p> + +<p>Le 21 avril, on a publié dans cette capitale un décret du +souverain qui déclare que les ports sont rouverts aux Anglais, +les relations avec cet ancien allié rétablies, et les hostilités +commencées avec l'ennemi commun.</p> + +<p>Le général Oudinot a pris entre Altain et Ried un bataillon +de mille hommes: ce bataillon était sans cavalerie et sans artillerie; +à l'approche de nos troupes, il se mit en devoir de +commencer la fusillade; mais cerné de tous côtés par la cavalerie, +il posa les armes.</p> + +<p>S. M. a passé en revue à Burghausen plusieurs brigades de +cavalerie légère, entre autres celle de Hesse-Darmstadt, à laquelle +elle a témoigné sa satisfaction. Le général Marulaz, +sous les ordres duquel est cette troupe, en fait une mention, +particulière. S. M. lui a accordé plusieurs décorations de la +légion d'honneur.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Enns, 4 mai 1809.</p> + +<p class="milieu"><i>Cinquième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Le premier mai, le général Oudinot, après avoir fait onze +cents prisonniers, a poussé au-delà de Ried où il en a encore +fait quatre cents, de sorte que dans cette journée il a pris +quinze cents hommes sans tirer un coup de fusil.</p> + +<p>La ville de Braunau était une place forte d'assez d'importance, +puisqu'elle rendait maître d'un pont sur la rivière qui +forme la frontière de l'Autriche. Par un esprit de vertige digne +de ce débile cabinet, il a détruit une forteresse située +dans une position frontière où elle pouvait lui être d'une +grande utilité, pour en construire une à Comorn, au milieu de +la Hongrie. La postérité aura peine à croire à cet excès d'inconséquence +et de folie.</p> + +<p>L'empereur est arrivé à Ried, le 2 mai à une heure du +matin, et à Lambach le même jour à une heure après midi.</p> + +<p>On a trouvé à Ried une manutention de huit fours organisés +et des magasins contenant vingt mille quintaux de farine.</p> + +<p>Le pont de Lambach sur la Braun avait été coupé par l'ennemi; +il a été rétabli dans la journée.</p> + +<p>Le même jour, le duc d'Istrie, commandant la cavalerie, +et le duc de Montebello, avec le corps du général Oudinot, +sont entrés à Wels. On a trouvé dans cette ville une manutention, +douze ou quinze mille quintaux de farine et des magasins +de vin et d'eau-de-vie.</p> + +<p>Le duc de Dantzick, arrivé le 30 avril à Salzbourg, a fait +marcher sur-le-champ une brigade sur Kufstein et une autre +sur Rastadt, dans la direction des chemins d'Italie. Son avant-garde +poursuivant le général Jellachich, l'a forcé dans la position +de Colling.</p> + +<p>Le premier mai, le quartier-général du maréchal duc de +Rivoli était à Sharding. L'adjudant commandant Tringualye, +commandant l'avant-garde de la division Saint-Cyr, a rencontré +à Riedau, sur la route de Neumarck, l'avant-garde +de l'ennemi; les chevau-légers wurtembergeois, les dragons +badois et trois compagnies de voltigeurs du quatrième régiment +de ligne français, aussitôt qu'ils aperçurent l'ennemi, +l'attaquèrent et le poursuivirent jusqu'à Neumarck. Ils lui +ont tué cinquante hommes et fait cinq cents prisonniers.</p> + +<p>Les dragons badois ont bravement chargé un demi-bataillon +du régiment de Jordis et lui ont fait mettre bas les armes; +le lieutenant-colonel d'Emmerade, qui les commandait, a en +son cheval percé de coups de baïonnette. Le major Sainte-Croix +a pris de sa propre main un drapeau à l'ennemi. Notre +perte est de trois hommes tués et de cinquante blessés.</p> + +<p>Le duc de Rivoli continua sa marche le 2, et arriva le 3 à +Lintz. L'archiduc Louis et le général Hiller, avec les débris +de leurs corps renforcés d'une réserve de grenadiers et de tout +ce qu'avait pu leur fournir le pays, était en avant de la Traun +avec trente-cinq mille-hommes; mais menacés d'être tournés +par le duc de Montebello, ils se portèrent sur Ebersberg pour +y passer la rivière.</p> + +<p>Le 3, le duc d'Istrie et le général Oudinot se dirigèrent +sur Ebersberg et firent leur jonction avec le duc de Rivoli. +Ils rencontrèrent en avant d'Ebersberg l'arrière-garde des +Autrichiens. Les intrépides bataillons des tirailleurs du Pô +et des tirailleurs corses poursuivirent l'ennemi qui passait le +pont, culbutèrent dans la rivière les canons, les chariots, huit +à neuf cents hommes, et prirent dans la ville trois à quatre +mille hommes que l'ennemi y avait laissés pour sa défense. +Le général Claparède. dont ces bataillons faisaient l'avant-garde, +les suivait; il déboucha à Ebersberg et trouva trente +mille Autrichiens occupant une superbe position. Le maréchal +duc d'Istrie passait le pont avec sa cavalerie pour soutenir +la division, et le duc de Rivoli ordonnait d'appuyer son +avant-garde par le corps d'armée. Ces restes du corps du +prince Louis et du général Hitler étaient perdus sans ressource. +Dans cet extrême danger l'ennemi mit le feu à la ville, +qui est construite en bois. Le feu s'étendit en un instant partout; +le pont fut bientôt encombré, et l'incendie gagna même +jusqu'aux premières travées qu'on fut obligé de couper pour +le conserver. Cavalerie, infanterie, rien ne put déboucher, +et la division Claparède, seule, et n'ayant que quatre pièces +de canon, lutta pendant trois heures contre trente mille ennemis. +Cette action d'Ebersberg est un des plus beaux faits +d'armes dont l'histoire puisse conserver le souvenir.</p> + +<p>L'ennemi voyant que la division Claparède était sans communications, +avança trois fois sur elle, et fut toujours arrêté +et reçu par les baïonnettes. Enfin, après un travail de trois +heures, on parvint à détourner les flammes et à ouvrir un +passage. Le général de division Legrand, avec le vingt-cinquième +d'infanterie légère et le dix-huitième de ligne, se porta +sur le château que l'ennemi avait fait occuper par huit cents +hommes. Les sapeurs enfoncèrent les portes, et l'incendie +ayant gagné le château, tout ce qu'il renfermait y périt. Le +général Legrand marcha ensuite au secours de la division Claparède. +Le général Durosnel qui venait par la rive droite +avec un millier de chevaux, se joignit à lui, et l'ennemi fut +obligé de se mettre en retraite en toute hâte. Au premier bruit +de ces événemens, l'empereur avait marché lui-même par la +rive droite avec les divisions Nansouty et Molitor.</p> + +<p>L'ennemi, qui se retirait avec la plus grande rapidité, arriva +la nuit à Enns, brûla le pont, et continua sa fuite sur la +route de Vienne. Sa perte consiste en douze mille hommes, +dont sept mille cinq cents prisonniers, quatre pièces de canon +et deux drapeaux.</p> + +<p>La division Claparède, qui fait partie des grenadiers d'Oudinot, +s'est couverte de gloire; elle eu trois cents hommes tués +et six cents blessés. L'impétuosité des bataillons des tirailleurs +du Pô et des tirailleurs corses a fixé l'attention de toute l'armée. +Le pont, la ville, et la position d'Ebersberg, serons +des monumens durables de leur courage. Le voyageur s'arrêtera +et dira: C'est ici, c'est de cette superbe position, de ce +pont d'une si longue étendue, de ce château si fort par sa situation, +qu'une armée de trente-cinq mille Autrichiens a été +chassée par sept mille Français.</p> + +<p>Le général de brigade Cohorne, officier d'une singulière +intrépidité, a eu un cheval tué sous lui.</p> + +<p>Les colonels en second Cardenau et Leudy ont été tués.</p> + +<p>Une compagnie du bataillon corse poursuivant l'ennemi +dans les bois, a fait à elle seule sept cents prisonniers.</p> + +<p>Pendant l'affaire d'Ebersberg, le duc de Montebello arrivait +à Steyer où il a fait rétablir le pont que l'ennemi avait +coupé.</p> + +<p>L'empereur couche aujourd'hui à Enns dans le château dit +prince d'Awersperg; la journée de demain sera employée à +rétablir le pont.</p> + +<p>Les députés des états de la Haute-Autriche ont été présentés +à S. M. à son bivouac d'Ebersberg.</p> + +<p>Les citoyens de toutes les classes et de toutes les provinces +reconnaissent que l'empereur François II est l'agresseur: ils +s'attendent à de grands changemens, et conviennent que la +maison d'Autriche a mérité tous ses malheurs. Ils accusent +même ouvertement de leurs maux, le caractère faible, opiniâtre +et perfide de leur souverain; ils manifestent tous la +plus grande reconnaissance pour la générosité dont l'empereur +Napoléon usa pendant la dernière guerre envers la capitale +et les pays qu'il avait conquis; ils s'indignent avec toute +l'Europe, du ressentiment et de la haine que l'empereur François II +n'a cessé de nourrir contre une nation qui avait été si +grande et si magnanime envers lui; ainsi, dans l'opinion +même des sujets de notre ennemi, la victoire est du côté du +bon droit.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Saint-Polten, 9 mai 1809.</p> + +<p class="milieu"><i>Sixième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Le maréchal prince de Ponte-Corvo qui commande le neuvième +corps, composé en grande partie de l'armée saxonne, +et qui a longé toute la Bohême, portant partout l'inquiétude, +a fait marcher le général saxon Guts Schmitt sur Egra. Ce +général a été bien reçu par les habitans, auxquels il a ordonné +de faire désarmer la landwerh. Le 6, le quartier-général du +prince de Ponte-Corvo était à Retz, entre la Bohême et Ratisbonne.</p> + +<p>Le nommé Schill, espèce de brigand qui s'est couvert de +crimes dans la dernière campagne de Prusse, et qui avait obtenu +le grade de colonel, a déserté de Berlin avec tout son régiment, +et s'est porté à Wittemberg, frontière de la Saxe. Il +a cerné cette ville. Le général Lestocq l'a fait mettre à l'ordre +comme déserteur. Ce ridicule mouvement était concerté avec +le parti qui voulait mettre tout a feu et à sang en Allemagne.</p> + +<p>S. M. a ordonné la formation d'un corps d'observation de +l'Elbe, qui sera commandé par le maréchal duc de Valmy, +et composé de soixante mille hommes. L'avant-garde est déjà +en mouvement pour se porter d'abord sur Hanau.</p> + +<p>Le maréchal duc de Montebello a passé l'Enns à Steyer +le 4, et est arrivé le 5 à Amstetten, où il a rencontré l'avant-garde +ennemie. Le général de brigade Colbert a fait faire par +le vingtième régiment de chasseurs à cheval une charge sur +un régiment de houlans dont cinq cents ont été pris. Le jeune +Lauriston, âgé de dix-huit ans, et sorti depuis six mois des +pages, a arrêté le commandant des houlans, et après un combat +singulier, l'a terrassé et l'a fait prisonnier. S. M. lui a +accordé la décoration de la légion d'honneur.</p> + +<p>Le 6, le duc de Montebello est arrivé à Molk, le maréchal +duc de Rivoli à Amstetten, et le maréchal duc d'Auerstaedt +à Lintz.</p> + +<p>Les débris du corps de l'archiduc Louis et du général Hiller +ont quitté Saint-Polten le 7; les deux tiers ont passé le +Danube à Crems; on les a poursuivis jusqu'à Mautern où +l'on a trouvé le pont coupé; l'autre tiers a pris la direction de +Vienne.</p> + +<p>Le 8, le quartier-général de l'empereur était à Saint-Polten.</p> + +<p>Le quartier-général du duc de Montebello est aujourd'hui +à Sigarhiztzkirchen.</p> + +<p>Le maréchal duc de Dantzick marche de Salzbourg sur +Inspruck, pour prendre à revers les détachemens que l'ennemi +a encore dans le Tyrol, et qui inquiètent les frontières +de la Bavière.</p> + +<p>On a trouvé dans les caves de l'abbaye de Molck plusieurs +millions de bouteilles de vin qui sont très-utiles à l'armée. +Ce n'est qu'après avoir passé Molck qu'on entre dans les +pays de vignobles.</p> + +<p>Il résulte des états qui ont été dressés, que sur la ligne de +l'armée depuis le passage de l'Inn, on a trouvé dans les différentes +manutentions de l'ennemi, quarante mille quintaux +de farine, quatre cent mille rations de biscuit et plusieurs +centaines de milliers de rations de pain. L'Autriche avait +formé ces magasins pour marcher en avant; ils nous ont +beaucoup servi.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Vienne, 13 mai 1809.</p> + +<p class="milieu"><i>Septième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Le 10, à neuf heures du matin, l'empereur a paru aux +portes de Vienne, avec le corps du maréchal duc de Montebello; +c'était à la même heure, le même jour et un mois +juste après que l'armée autrichienne avait passé l'Inn, et que +l'empereur François II s'était rendu coupable d'un parjure, +signal de sa ruine.</p> + +<p>Le 5 mai, l'archiduc Maximilien, frère de l'impératrice, +jeune prince âgé de vingt-six ans, présomptueux, sans expérience, +d'un caractère ardent, avait pris le commandement +de Vienne.</p> + +<p>Le bruit était général dans le pays que tous les retranchemens +qui environnaient la capitale, étaient armés, qu'on avait +construit des redoutes, qu'on travaillait à des camps retranchés, +et que la ville était résolue à se défendre. L'empereur +avait peine à croire qu'une capitale si généreusement traitée +par l'armée française en 1805, et que des habitans dont le +bon esprit et la sagesse sont reconnus, eussent été fanatisés +au point de se déterminer à une aussi folle entreprise. Il +éprouva donc une douce satisfaction, lorqu'en approchant +des immenses faubourgs de Vienne, il vit une population +nombreuse, des femmes, des enfans, des vieillards, se précipiter +au devant de l'armée française, et accueillir nos soldats +comme des amis.</p> + +<p>Le général Conroux traversa les faubourgs, et le général +Barreau se rendit sur l'esplanade qui les sépare de la cité. Au +moment où il débouchait, il fut reçu par une fusillade et par +des coups de canon, et légèrement blessé.</p> + +<p>Sur trois cent mille habitans qui composent la population +de la ville de Vienne, la cité proprement dite, qui a une enceinte +avec des bastions et une contrescarpe, contient à peine +quatre-vingt mille habitans et treize cents maisons. Les huit +quartiers de la ville qui ont conservé le nom de faubourgs, +et qui sont séparés de la ville par une vaste esplanade et couverts +du côté de la campagne, par des retranchements, renferment +plus de cinq mille maisons et sont habités par plus +de deux cent vingt mille ames, qui tirent leur subsistance de +la cité, où sont les marchés et les magasins.</p> + +<p>L'archiduc Maximilien avait fait ouvrir des registres pour +recueillir les noms des habitans qui voudraient se défendre. +Trente individus seulement se firent inscrire; tous les autres +refusèrent avec indignation. Déjoué dans ses espérances par +le bons sens des Viennois, il fit venir dix bataillons, de landwehr +et dix bataillons de troupes de ligne, composant une +force de quinze a seize mille hommes, et se renferma dans la +place.</p> + +<p>Le duc de Montebello lui envoya un aide-de-camp porteur +d'une sommation; mais des bouchers et quelques centaines de +gens sans aveu, qui étaient les satellites de l'archiduc Maximilien, +s'élancèrent sur le parlementaire, et l'un d'eux le blessa. +L'archiduc ordonna que le misérable qui avait commis une +action aussi infâme, fût promené en triomphe dans toute la +ville, monté sur le cheval de l'officier français et environné +par la landwehr.</p> + +<p>Après cette violation inouie du droit des gens, on vit l'affreux +spectacle d'une partie d'une ville qui tirait contre l'autre, +et d'une cité dont les armes étaient dirigées contre ses +propres concitoyens.</p> + +<p>Le général Andréossi, nommé gouverneur de la ville, +organisa dans chaque faubourg, des municipalités, un comité +central des subsistances, et une garde nationale, composée +des négocians, des fabricans et de tous les bons citoyens, +armés pour contenir les prolétaires et les mauvais sujets.</p> + +<p>Le général gouverneur fit venir à Schoenbrunn une députation +des huit faubourgs: l'empereur la chargea de se rendre +dans la cité pour porter une lettre écrite par le prince de +Neufchâtel, major-général, à l'archiduc Maximilien. Il recommanda +aux députés de représenter à l'archiduc, que, s'il +continuait à faire tirer sur les faubourgs, et si un seul de ses +habitans y perdait la vie par ses armes, cet acte de frénésie, +cet attentat envers les peuples, briserait à jamais les liens +qui attachent les sujets à leurs souverains.</p> + +<p>La députation entra dans la cité, le 11 à dix heures du +matin, et l'on ne s'aperçut de son arrivée que par le redoublement +du feu des remparts. Quinze habitans des faubourgs +ont péri et deux Français seulement ont été tués.</p> + +<p>La patience de l'empereur se lassa: il se porta avec le duc +de Rivoli sur le bras du Danube qui sépare la promenade du +Prater des faubourgs, et ordonna que deux compagnies de +voltigeurs occupassent un petit pavillon sur la rive gauche, +pour protéger la construction d'un pont. Le bataillon de grenadiers +qui défendait le passage, fut chassé par ces voltigeurs et +par la mitraille de quinze pièces d'artillerie. A huit heures du +soir, ce pavillon était occupé, et les matériaux du pont réunis. +Le capitaine Pourtalès, aide-de-camp du prince de Neufchâtel, +et le sieur Susaldi, aide-de-camp du général Boudet, +s'étaient jetés des premiers à la nage, pour aller chercher les +bateaux qui étaient sur la rive opposée.</p> + +<p>A neuf heures du soir, une batterie de vingt obusiers, construite +par les généraux Bertrand et Navelet, à cent toises de +la place, commença le bombardement: dix-huit cents obus +furent lancés en moins de quatre heures, et bientôt toute la +ville parut en flammes. Il faut avoir vu Vienne, ses maisons +à huit et neuf étages, ses rues resserrées, cette population si +nombreuse dans une aussi étroite enceinte, pour se faire une +idée du désordre, de la rumeur et des désastres que devait +occasionner une telle opération.</p> + +<p>L'archiduc Maximilien avait fait marcher, à une heure du +matin, deux bataillons en colonne serrée, pour tâcher de reprendre +le pavillon qui protégeait la construction du pont. +Les deux compagnies de voltigeurs qui occupaient ce pavillon +qu'elles avaient crénelé, reçurent l'ennemi à bout portant: +leur feu et celui des quinze pièces d'artillerie qui étaient sur +la rive droite, couchèrent par terre une partie de la colonne; +le reste se sauva dans le plus grand désordre.</p> + +<p>L'archiduc perdit la tête au milieu du bombardement, et +au moment surtout où il apprit que nous avions passé un bras +du Danube, et que nous marchions pour lui couper la retraite. +Aussi faible, aussi pusillanime qu'il avait été arrogant et +inconsidéré, il s'enfuit le premier et repassa les ponts. Le +respectable général O'Reilly n'apprit que par la fuite de l'archiduc, +qu'il se trouvait investi du commandement.</p> + +<p>Le 12, à la pointe du jour, ce général fit prévenir les +avant-postes qu'on allait cesser le feu, et qu'une députation +allait être envoyée à l'empereur.</p> + +<p>Cette députation fut présentée à S. M. dans le parc de +Schoenbrunn. Elle était composée de messieurs le comte de +Dietricshtein, maréchal provisoire des états; le prélat de Klosternenbourg; +le prélat des Écossais; le comte Perges; le +comte Veterain; le baron de Bartenstein; M. de Mayenberg; +le baron de Hafen, référendaire de la Basse-Autriche; +tous membres des états; l'archevêque de Vienne; le baron de +Lederer, capitaine de la ville; M. Wohlleben, bourguemestre; +M. Meher, vice-bourguemestre; Egger, Pinck, Staif, +conseillers du magistrat.</p> + +<p>S. M. assura les députés de sa protection; elle exprima la +peine que lui avait fait éprouver la conduite inhumaine de +leur gouverneur, qui n'avait pas craint de livrer sa capitale +à tous les malheurs de la guerre, qui, portant lui-même atteinte +à ses droits, au lieu d'être le père et le roi de ses sujets, +s'en était montré l'ennemi et en avait été le tyran. S. M. fit +connaître que Vienne serait traitée avec les mêmes ménagemens +et les mêmes égards dont on avait usé en 1805. La députation +répondit à cette assurance par les témoignages de la +plus vive reconnaissance.</p> + +<p>A neuf heures du matin, le duc de Rivoli, avec les divisions +Saint-Cyr et Boudet, s'est emparé de Léopoldstadt.</p> + +<p>Pendant ce temps, le lieutenant-général O'Reilly envoyait le +lieutenant-général de Vaux, et M. Bellonte, colonel, pour +traiter de la capitulation de la place. La capitulation a été +signée dans la soirée, et le 13, à six heures du matin, les +grenadiers du corps d'Oudinot ont pris possession de la +ville.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Schoenbrunn, 13 mai 1809.</p> + +<p class="milieu"><i>Ordre du jour.</i></p> + +<p>Soldats,</p> + +<p>Un mois après que l'ennemi passa l'Inn, au même jour, à +la même heure, nous sommes entrés dans Vienne.</p> + +<p>Ses landwehrs, ses levées en masse, ses remparts créés par +la rage impuissante des princes de la maison de Lorraine, n'ont +point soutenu vos regards. Les princes de cette maison ont +abandonné leur capitale, non comme des soldats d'honneur +qui cèdent aux circonstances et aux revers de la guerre, mais +comme des parjures que poursuivent leurs remords. En fuyant +de Vienne, leurs adieux à ses habitans ont été le meurtre et +l'incendie; comme Médée, ils ont de leurs propres mains +égorgé leurs enfans.</p> + +<p>Le peuple de Vienne, selon l'expression de la députation +de ses faubourgs, délaissé, abandonné, veuf, sera l'objet de +vos égards. J'en prends les habitans sous ma spéciale protection: +quant aux hommes turbulens et méchans, j'en ferai une +justice exemplaire.</p> + +<p>Soldats! soyons bons pour les pauvres paysans, pour ce +bon peuple qui a tant de droits à notre estime: ne conservons +aucun orgueil de tous nos succès; voyons-y une preuve de +cette justice divine qui punit l'ingrat et le parjure.</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Schoenbrunn, 13 mai 1809.</p> + +<p class="milieu"><i>Circulaire aux archevêques et évêques, et aux présidens +des consistoires.</i></p> + +<p>Monsieur l'évêque de ... la divine providence ayant +voulu nous donner une nouvelle preuve de sa spéciale protection +en permettant notre entrée dans la capitale de notre +ennemi, le même jour où, un mois auparavant, il avait violé +la paix, et manifester ainsi d'une manière éclatante, qu'elle +punit l'ingrat et le parjure, il est dans notre intention que vous +réunissiez nos peuples dans les églises pour chanter un <i>Te +Deum</i> en actions de grâce et toutes autres prières que vous +jugerez convenable d'ordonner. Cette lettre n'étant à autre +fin, monsieur l'évêque de ... nous prions Dieu qu'il vous +ait en sa sainte garde.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Vienne, 16 mai 1809.</p> + +<p class="milieu"><i>Huitième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Les habitans de Vienne se louent de l'archiduc Rainier. +Il était gouverneur de Vienne, et lorsqu'il eut connaissance +des mesures révolutionnaires ordonnées par l'empereur François II, +il refusa de conserver le gouvernement. L'archiduc +Maximilien fut envoyé à sa place. Ce jeune prince ayant toute +l'inconséquence de son âge, déclara qu'il s'enterrerait sous +les ruines de la capitale. Il fit appeler les hommes turbulens +et sans aveu, qui sont toujours nombreux dans une grande +ville, les arma de piques, et leur distribua toutes les armes +qui étaient dans les arsenaux. Eu vain les habitans lui représentèrent +qu'une grande ville, parvenue à un si haut degré +de splendeur, au prix de tant de travaux et de trésors, ne +devait pas être exposée aux désastres que la guerre entraîne +avec elle. Ces représentations exaltèrent sa colère, et sa fureur +était portée à un tel point, qu'il ne répondait qu'en ordonnant +de jeter sur les faubourgs des bombes et des obus, qui +ne devaient tuer que des Viennois, les Français trouvant un +abri dans leurs tranchées, et leur sécurité dans l'habitude de +la guerre.</p> + +<p>Les Viennois éprouvaient des frayeurs mortelles, et la ville +se croyait perdue, lorsque l'empereur Napoléon, pour épargner +à la capitale les désastres d'une défense prolongée, en la +rendant promptement inutile, fit passer le bras du Danube +et occuper le Prater.</p> + +<p>A huit heures, un officier vint annoncer à l'archiduc qu'un +pont se construisait, qu'un grand nombre de Français avait +passé la rivière à la nage, et qu'ils étaient déjà sur l'autre +rive. Cette nouvelle fit pâlir ce prince furibond, et porta la +crainte dans ses esprits. Il traversa le Prater en toute hâte; il +renvoya au-delà des ponts chaque bataillon qu'il rencontrait, +et il se sauva sans faire aucune disposition, et sans donner à +personne le commandement qu'il abandonnait. C'était cependant +le même homme qui, une heure auparavant, protestait +de s'ensevelir sous les ruines de la capitale.</p> + +<p>La catastrophe de la maison de Lorraine était prévue par +les hommes sensés des opinions les plus opposées. Manfredini +avait demandé une audience à l'empereur, pour lui représenter +que cette guerre pèserait long-temps sur sa conscience, +qu'elle entraînerait la ruine de sa maison, et que +bientôt les Français seraient dans Vienne. Bah! bah! répondit +l'empereur, ils sont tous en Espagne.</p> + +<p>Thugut, profitant de l'ancienne confiance que l'empereur +avait mise en lui, s'est aussi permis des représentations réitérées.</p> + +<p>Le prince de Ligne disait hautement: Je croyais être assez +vieux pour ne pas survivre à la monarchie autrichienne. Et +lorsque le vieux comte Wallis vit l'empereur partir pour l'armée: +«C'est Darius, dit-il, qui court au-devant d'Alexandre; +il aura le même sort.»</p> + +<p>Le comte Louis de Cobentzel, principal auteur de la guerre +de 1805, étant à son lit de mort, et vingt-quatre heures +avant de fermer les yeux, adressa à l'empereur une lettre fort +pathétique. «V. M., écrivait-il, doit se trouver heureuse de +l'état où l'a mise la paix de Presbourg; elle est au second rang +parmi les puissances de l'Europe; c'est celui de ses ancêtres. +Qu'elle renonce à une guerre qui n'a point été provoquée et +qui entraînera la ruine de sa maison. Napoléon sera vainqueur +et il aura le droit d'être inflexible, etc., etc.» Cette +dernière action de Cobentzel a jeté de l'intérêt sur ses derniers +momens.</p> + +<p>Le prince de Zinzendorf, ministre de l'intérieur, plusieurs +hommes d'état demeurés étrangers comme lui à la corruption +et aux fatales illusions du moment, beaucoup d'autres personnages +distingués, et ce qu'il y avait de plus considérable +dans la bourgeoisie, partageaient tous, exprimaient tous la +même opinion.</p> + +<p>Mais l'orgueil humilié de l'empereur François II, la haine +de l'archiduc Charles contre les Russes, le ressentiment qu'il +éprouvait en voyant la Russie et la France intimement unies, +l'or de l'Angleterre qui avait corrompu le ministre Sladion, +la légèreté et l'inconséquence d'une soixantaine de femmelettes, +l'hypocrisie et les faux rapports de l'ambassadeur Metternich, +les intrigues des Razumowski, des Dalpozzo, des +Schlegel, des Gentz et autres aventuriers que l'Angleterre entretient +sur le continent pour y fomenter des discussions, ont +produit cette guerre insensée et sacrilège.</p> + +<p>Avant que les Français eussent été vainqueurs sur le champ +de bataille, on disait qu'ils n'étaient pas nombreux, qu'il n'y +en avait plus en Allemagne, que les corps n'étaient composés +que de conscrits, que la cavalerie était à pied, la garde impériale +en révolte, les Parisiens en insurrection contre l'empereur +Napoléon. Après nos victoires, on a dit que l'armée +française était innombrable, qu'elle n'avait jamais été composée +d'hommes plus aguerris et plus braves, que le dévouement +des soldats à Napoléon, triplait et quadruplait leurs moyens, +que la cavalerie était superbe, nombreuse, redoutable, que +l'artillerie, mieux attelée que celle d'aucune autre nation, +marchait avec la rapidité de la foudre, etc., etc.</p> + +<p>Princes faibles! cabinets corrompus! hommes ignorans, +légers, inconséquens! voilà cependant les pièges que l'Angleterre +vous tend depuis quinze années, et vous y tombez +toujours; mais enfin la catastrophe que vous avez préparée +s'est accomplie, la paix du continent est assurée pour jamais.</p> + +<p>L'empereur a passé hier la revue de la division de grosse +cavalerie du général Nansouty. Il à donné des éloges à la +tenue de cette belle division qui, après une campagne aussi +active, a présenté cinq mille chevaux en bataille. S. M. a +nommé aux places vacantes, a accordé le titre de baron, avec +des dotations en terres, au plus brave officier, et la décoration +de la Légion-d'Honneur, avec une pension de douze cents +francs, au plus brave cuirassier de chaque régiment.</p> + +<p>On a trouvé à Vienne cinq cents pièces de canon, beaucoup +d'affûts, beaucoup de fusils, de poudre et de munitions +confectionnées, et une grande quantité de boulets et de fer +coulé.</p> + +<p>Il n'y a eu que dis maisons brûlées pendant le bombardement. +Les Viennois ont remarqué que ce malheur est tombé sur +les partisans les plus ardens de la guerre; aussi disaient-ils +que le général Andréossi dirigeait les batteries. La nomination +de ce général au gouvernement de Vienne, a été agréable +à tous les habitans; il avait laissé dans la capitale des souvenirs +agréables, et il jouit de l'estime universelle.</p> + +<p>Quelques jours de repos ont fait beaucoup de bien à l'armée; +et le temps est si beau que nous n'avons presque pas de +malades. Le vin que l'on distribue aux troupes est abondant +et de bonne qualité.</p> + +<p>La monarchie autrichienne avait fait pour cette guerre +des efforts prodigieux: on calcule que ses préparatifs lui ont +coûté au-delà de trois cents millions en papier. La masse des +billets en circulation excède quinze cents millions. La cour +de Vienne a emporté les planches de cette espèce d'assignats, +hypothéqués sur une partie des mines de la monarchie, c'est-à-dire, +sur des propriétés presque chimériques, et qui ne +sont pas disponibles. Pendant qu'on prodiguait ainsi un papier-monnaie +que le public ne pouvait pas réaliser, et qui +perdait chaque jour davantage, la cour faisait acheter par +les banquiers de Vienne tout l'or qu'elle pouvait se procurer, +et l'envoyait en pays étranger. Il y a à peine quelques mois +que des caisses de ducats d'or, scellés du sceau impérial, ont +été expédiées pour la Hollande, par le nord de l'Allemagne.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Vienne, 19 mai 1809.</p> + +<p class="milieu"><i>Neuvième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Pendant que l'armée prenait quelque repos dans Vienne, +que ses corps se ralliaient, que l'empereur passait des revues, +pour accorder des récompenses aux braves qui s'étaient distingués, +et pour nommer aux emplois vacans, on préparait tout +ce qui était nécessaire pour l'importante opération du passage +du Danube.</p> + +<p>Le prince Charles, après la bataille d'Eckmülh, jeté sur +l'autre rive du Danube, n'eût d'autre refuge que les montagnes +de la Bohème.</p> + +<p>En suivant les débris de l'armée du prince Charles dans +l'intérieur de la Bohème, l'empereur lui aurait enlevé son +artillerie et ses bagages; mais cet avantage ne valait pas l'inconvénient +de promener son armée, pendant quinze jours, +dans des pays pauvres, montagneux et dévastés.</p> + +<p>L'empereur n'adopta aucun plan qui pût retarder d'un jour +son entrée à Vienne, se doutant bien que, dans l'état d'irritation +qu'on avait excité, on songerait à défendre cette ville, qui a +une excellente enceinte bastionnée, et à opposer quelque obstacle. +D'un autre côté, son armée d'Italie attirait son attention, +et l'idée que les Autrichiens occupaient ses belles provinces +du Frioul et de la Piave, ne lui laissait point de +repos.</p> + +<p>Le maréchal duc d'Auerstaedt resta en position en avant +de Ratisbonne, pendant le temps que mit le prince Charles +à déboucher en Bohème, et immédiatement après, il se dirigea +sur Passau et Lintz, sur la rive gauche du Danube, gagnant +quatre marches sur ce prince. Le corps du prince de +Ponte-Corvo fut dirigé dans le même système. D'abord il fit +un mouvement sur Egra, ce qui obligea le prince Charles à y +détacher le corps du général Bellegarde; mais par une contremarche, +il se porta brusquement sur Lintz, où il arriva +avant le général Bellegarde, qui, ayant appris cette contremarche, +se dirigea aussi sur le Danube.</p> + +<p>Ces manoeuvres habiles, faites jour par jour, selon les circonstances, +ont dégagé l'Italie, livré sans défense les barrières de l'Inn, +de la Salza, de la Traun et tous les magasins ennemis, +soumis Vienne, désorganisé les milices et la landwerh, +terminé la défaite des corps de l'archiduc Louis et du général +Hiller, et achevé de perdre la réputation du général ennemi. +Celui-ci, voyant la marche de l'empereur, devait penser à se +porter sur Lintz, passer le pont, et s'y réunir aux corps de +l'archiduc Louis et du général Hiller; mais l'armée française +y était réunie plusieurs jours avant qu'il pût y arriver. Il aurait +pu espérer de faire sa jonction à Krems; vains-calculs! +il était encore en retard de quatre jours, et le général Hiller, +en repassant le Danube, fut obligé de brûler le beau pont de +Krems. Il espérait enfin se réunir devant Vienne; il était +encore eu retard de plusieurs jours.</p> + +<p>L'empereur a fait jeter un pont sur le Danube, vis-à-vis +le village d'Ebersdorf, à deux lieues au-dessous de Vienne. +Le fleuve divisé en cet endroit en plusieurs bras, a quatre +cents toises de largeur. L'opération a commencé hier 18, à +quatre heures après midi. La division Molitor a été jetée sur +la rive gauche, et a culbuté les faibles détachemens qui voulaient +lui disputer le terrain et couvrir le dernier bras du +fleuve.</p> + +<p>Les généraux Bertrand et Pernetti ont fait travailler aux +deux ponts, l'un de plus de deux cent quarante, l'autre de +plus de cent trente toises, communiquant entre eux par une +île. On espère que les travaux seront finis demain.</p> + +<p>Tous les renseignemens qu'on a recueillis portent à penser +que l'empereur d'Autriche est à Znaïm.</p> + +<p>Il n'y a encore aucune levée en Hongrie: sans armes, sans +selles, sans argent, et fort peu attachée à la maison d'Autriche, +cette nation paraît avoir refusé toute espèce de +secours.</p> + +<p>Le général Lauriston, aide-de-camp de S. M., à la tête de +la brigade d'infanterie badoise et de la brigade de cavalerie +légère du général Colbert, s'est porté de Neustadt sur Bruck +et sur la Simeringberg, haute montagne qui sépare les eaux +qui coulent dans la mer Noire et dans la Méditerranée. Dans +ce passage difficile il a fait quelques centaines de prisonniers.</p> + +<p>Le général Dupellin a marché sur Mariazell, où il a désarmé +un millier de landwehr et fait quelques centaines de +prisonniers.</p> + +<p>Le maréchal duc de Dantzick s'est porté sur Inspruck; il +a rencontré le 14, à Vorgel, le général Chasteller avec ses +Tyroliens. Il l'a culbuté et lui a pris sept cents hommes et +onze pièces d'artillerie.</p> + +<p>Kufstein a été débloqué le 12. Le chambellan de S. M., Germain, +qui s'était renfermé dans cette place, s'est bien montré.</p> + +<p>Voici quelle est aujourd'hui la position de l'armée:</p> + +<p>Les corps des maréchaux duc de Rivoli et de Montebello, +et le corps des grenadiers du général Oudinot, sont à Vienne, +ainsi que la garde impériale. Le corps du maréchal duc +d'Auerstaedt est réparti entre Saint-Polten et Vienne. Le maréchal +prince Ponte-Corvo est à Lintz, avec les Saxons et les +Wurtembergeois, il a une réserve à Passau. Le maréchal duc +de Dantzick est, avec les Bavarois, à Saltzbourg et à Inspruck.</p> + +<p>Le colonel comte de Czernichew, aide-de-camp de l'empereur +de Russie, qui avait été expédié pour Paris, est arrivé +au moment où l'armée entrait à Vienne. Depuis ce moment, +il fait le service, et suit S. M. Il a apporté des nouvelles de +l'armée russe, qui n'aura pu sortir de ses cantonnemens que +vers le l0 ou 12 mai.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Ebersdorf, 23 mai 1809.</p> + +<p class="milieu"><i>Dixième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Vis-à-vis Ebersdorf, le Danube est divisé en trois bras séparés +par deux îles. De la rive droite à la première île il y a +deux cent quarante toises; cette île a à-peu-près mille toises +de tour. De cette île à la grande île, où est le principal courant, +le canal est de cent vingt toises. La grande île, appelée +In-der-Lobau, a sept mille toises de tour, et le canal qui la +sépare du continent a soixante-dix toises. Les premiers villages +que l'on rencontre ensuite sont Gross-Aspern, Esling +et Enzersdorf. Le passage d'une rivière comme le Danube +devant un ennemi connaissant parfaitement les localités, et +ayant les habitans pour lui, est une des plus grandes opérations +de guerre qu'il soit possible de concevoir.</p> + +<p>Le pont de la rive droite à la première île et celui de la +première île à celle de In-der-Lobau ont été faits dans la journée +du 19, et dès le 18 la division Molitor avait été jetée par +des bateaux à rames, dans la grande île.</p> + +<p>Le 20, l'empereur passa dans cette île, et fit établir un +pont sur le dernier bras, entre Gross-Aspern et Esling. Ce +bras n'ayant que soixante-dix toises, le pont n'exigea que +quinze pontons, et fut jeté en trois heures par le colonel d'artillerie +Aubry.</p> + +<p>Le colonel Sainte-Croix, aide-de-camp du maréchal duc +de Rivoli, passa le premier dans un bateau sur la rive gauche.</p> + +<p>La division de cavalerie légère du général Lasalle et les divisions +Molitor et Boudet passèrent dans la nuit.</p> + +<p>Le 21, l'empereur, accompagné du prince de Neufchâtel +et des maréchaux ducs de Rivoli et de Montebello, reconnut +la position de la rive gauche, et établit son champ de bataille, +la droite au village d'Esling, et la gauche à celui de Gross-Aspern, +qui furent sur le champ occupés.</p> + +<p>Le 21, à quatre heures après midi, l'armée ennemie se +montra et parut avoir le dessein de culbuter notre avant-garde +et de la jeter dans le fleuve; vain projet! Le maréchal +duc de Rivoli fut le premier attaqué à Gross-Aspern, par le +corps du général Bellegarde. Il manoeuvra avec les divisions +Molitor et Legrand, et pendant toute la soirée, fit tourner à +la confusion de l'ennemi toutes les attaques qui furent entreprises. +Le duc de Montebello défendit le village d'Esling, et +le maréchal duc d'Istrie, avec la cavalerie légère et la division +de cuirassiers Espagne couvrit la plaine et protégea Enzersdorf. +L'affaire fut vive; l'ennemi déploya deux cents pièces +de canon et à peu près quatre-vingt dix mille hommes composés +des débris de tous les corps de l'armée autrichienne.</p> + +<p>La division de cuirassiers Espagne fit plusieurs belles +charges, enfonça deux carrés et s'empara de quatorze pièces +de canon. Un boulet tua le général Espagne, combattant +glorieusement à la tête des troupes, officier brave, distingué +et recommandable sous tous les points de vue. Le général de +brigade Foulers fut tué dans une charge.</p> + +<p>Le général Nansouty, avec la seule brigade commandée +par le général Saint-Germain, arriva sur le champ de bataille +vers la fin du jour. Cette brigade se distingua par plusieurs +belles charges. A huit heures du soir le combat cessa, et nous +restâmes entièrement maîtres du champ de bataille.</p> + +<p>Pendant la nuit, le corps du général Oudinot, la division +Saint-Hilaire, deux brigades de cavalerie légère et le train +d'artillerie passèrent les trois ponts.</p> + +<p>Le 22, à quatre heures du matin, le duc de Rivoli fut le +premier engagé. L'ennemi fit successivement plusieurs attaques +pour reprendre le village. Enfin, ennuyé de rester sur la défensive, +le duc de Rivoli attaqua à son tour et culbuta l'ennemi. +Le général de division Legrand s'est fait remarquer par +ce sang-froid et cette intrépidité qui le distinguent. +Le général de division Boudet, placé au village d'Esling, +était chargé de défendre ce poste important.</p> + +<p>Voyant que l'ennemi occupait un grand espace, de la +droite à la gauche, on conçut le projet de le percer par le +centre. Le duc de Montebello se mit à la tête de l'attaque, +ayant le général Oudinot à la gauche, la division Saint-Hilaire +au centre et la division Boudet à la droite. Le centre de l'armée +ennemie ne soutint pas les regards de nos troupes. Dans +un moment tout fut culbuté. Le duc d'Istrie fit faire plusieurs +belles charges, qui toutes eurent du succès. Trois colonnes +d'infanterie ennemie furent chargées par les cuirassiers et sabrées. +C'en était fait de l'armée autrichienne, lorsqu'à sept +heures du matin, un aide-de-camp vint annoncer à l'empereur +que la crue subite du Danube ayant mis à flot un grand +nombre de gros arbres et de radeaux, coupés et jetés sur les +rives, dans les événemens qui ont eu lieu lors de la prise de +Vienne, les ponts qui communiquaient de la rive droite à la +petite île, et de celle-ci à l'île de In-der-Lobau, venaient d'être +rompus; cette crue périodique, qui n'a ordinairement lieu +qu'à la mi-juin, par la fonte des neiges, a été accélérée par +la chaleur prématurée qui se fait sentir depuis quelques jours. +Tous les parcs de réserve qui défilaient se trouvèrent retenus +sur la rive droite par la rupture des ponts, ainsi qu'une partie +de notre grosse cavalerie, et le corps entier du maréchal duc +d'Auerstaedt. Ce terrible contre-temps décida l'empereur à +arrêter le mouvement en avant. Il ordonna au duc de Montebello +de garder le champ de bataille qui avait été reconnu, et +de prendre position, la gauche appuyée à un rideau qui couvrait +le duc de Rivoli, et la droite à Esling.</p> + +<p>Les cartouches à canon et d'infanterie, que portait notre +parc de réserve, ne pouvaient plus passer. L'ennemi était +dans la plus épouvantable déroute, lorsqu'il apprit que nos +ponts étaient rompus. Le ralentissement de notre feu et le +mouvement concentré que faisait notre armée, ne lui laissaient +aucun doute sur cet événement imprévu. Tous ses canons et +ses équipages d'artillerie, qui étaient en retraite, se représentèrent +sur la ligne, et depuis neuf heures du matin jusqu'à +sept heures du soir, il fit des efforts inouïs, secondé par le feu +de deux cents pièces de canon, pour culbuter l'armée française. +Ces efforts tournèrent à sa honte; il attaqua trois fois +les villages d'Esling et de Gross-Aspern, et trois fois il les +remplit de ses morts. Les fusiliers de la garde, commandés +par le général Mouton, se couvrirent de gloire, et culbutèrent +la réserve, composée de tous les grenadiers de l'armée +autrichienne, les seules troupes fraîches qui restassent à l'ennemi. +Le général Gros fit passer au fil de l'épée sept cents +Hongrois qui s'étaient déjà logés dans le cimetière du village +d'Ësling. Les tirailleurs sous les ordres du général Curial +firent leurs premières armes dans cette journée, et montrèrent +de la vigueur. Le général Dorsenne, colonel commandant la +vieille garde, la plaça en troisième ligne, formant un mur +d'airain, seul capable d'arrêter tous les efforts de l'armée autrichienne. +L'ennemi tira quarante mille coups de canon, +tandis que, privés de nos parcs de réserve, nous étions dans +la nécessité de ménager nos munitions pour quelques circonstances +imprévues.</p> + +<p>Le soir, l'ennemi reprit les anciennes positions qu'il avait +quittées pour l'attaque, et nous restâmes maîtres du champ +de bataille. Sa perte est immense; les militaires dont le coup +d'oeil est le plus exercé ont évalué à plus de douze mille les +morts qu'il a laissés sur le champ de bataille. Selon le rapport +des prisonniers, il a eu vingt-trois généraux et soixante officiers +supérieurs tués ou blessés. Le feld-maréchal-lieutenant +Weber, quinze cents hommes et quatre drapeaux sont restés +en notre pouvoir. La perte de notre côté a été considérable; +nous avons eu onze cents tués et trois mille blessés. Le duc +de Montebello a eu la cuisse emportée par un boulet, le 22, +sur les six heures du soir. L'amputation a été faite, et sa vie +est hors de danger. Au premier moment on le crut mort. +Transporté sur un brancard auprès de l'empereur, ses adieux +furent touchans. Au milieu des sollicitudes de cette journée, +l'empereur se livra à la tendre amitié qu'il porte depuis tant +d'années à ce brave compagnon d'armes. Quelques larmes coulèrent +de ses yeux, et se tournant vers ceux qui l'environnaient: +«Il fallait, dit-il, que dans cette journée mon coeur +fût frappé par un coup aussi sensible, pour que je pusse +m'abandonner à d'autres soins qu'à ceux de mon armée.» Le +duc de Montebello avait perdu connaissance; la présence de +l'empereur le fit revenir; il se jeta à son cou en lui disant: +«Dans une heure vous aurez perdu celui qui meurt avec la +gloire et la conviction d'avoir été et d'être votre meilleur +ami.»</p> + +<p>Le général de division Saint-Hilaire a été blessé; c'est un +des généraux les plus distingués de la France.</p> + +<p>Le général Durosnel, aide-de-camp de l'empereur, a été +enlevé par un boulet en portant un ordre.</p> + +<p>Le soldat a montré un sang-froid et une intrépidité qui +n'appartiennent qu'à des Français.</p> + +<p>Les eaux du Danube croissant toujours, les ponts n'ont pu +être rétablis pendant la nuit. L'empereur a fait repasser le +23, à l'armée le petit bras de la rive gauche, et a fait prendre +position dans l'île de In-der-Lobau, en gardant les têtes de +pont.</p> + +<p>On travaille à rétablir les ponts; l'on n'entreprendra rien +qu'ils ne soient à l'abri des accidens des eaux, et même de +tout ce que l'on pourrait tenter contre eux: l'élévation du +fleuve et la rapidité du courant obligent à des travaux considérables +et à de grandes précautions.</p> + +<p>Lorsque le 23, au matin, on fit connaître à l'armée que +l'empereur avait ordonné qu'elle repassât dans la grande île, +l'étonnement de ces braves fut extrême. Vainqueurs dans les +deux journées, ils croyaient que le reste de l'armée allait les +rejoindre; et quand on leur dit que les grandes eaux ayant +rompu les ponts et augmentant sans cesse, rendaient le renouvellement +des munitions et des vivres impossible, et que +tout mouvement en avant serait insensé, on eut de la peine à +les persuader.</p> + +<p>C'est un malheur très-grand et tout à fait imprévu que des +ponts formés des plus grands bateaux du Danube, amarrés +par de doubles ancres et par des cinquenelles, aient été enlevés; +mais c'est un grand bonheur que l'empereur ne l'ait pas +appris deux heures plus tard; l'armée poursuivant l'ennemi +aurait épuisé ses munitions, et se serait trouvée sans moyen +de les renouveler.</p> + +<p>Le 23, on a fait passer une grande quantité de vivres au +camp d'In-der-Lobau.</p> + +<p>La bataille d'Esling, dont il sera fait une relation plus détaillée +qui fera connaître les braves qui se sont distingués, +sera, aux yeux de la postérité, un nouveau monument de la +gloire et de l'inébranlable fermeté de l'armée française.</p> + +<p>Les maréchaux ducs de Montebello et de Rivoli ont montré +dans cette journée tonte la force de leur caractère militaire.</p> + +<p>L'empereur a donné le commandement du second corps au +comte Oudinot, général éprouvé dans cent combats, où il a +montré autant d'intrépidité que de savoir.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Ebersdorf, 24 mai 1809.</p> + +<p class="milieu"><i>Onzième bulletin du la grande armée.</i></p> + +<p>Le maréchal duc de Dantzick est maître du Tyrol. Il est entré +à Inspruck le 19 de ce mois. Le pays entier s'est soumis.</p> + +<p>Le 11, le duc de Dantzick avait enlevé la forte position +de Strob-Pass, et pris à l'ennemi sept canons et six cents +hommes.</p> + +<p>Le 13, après avoir battu Chasteller dans la position de Voergel, +l'avoir mis dans une déroute complète, et lui avoir pris +toute son artillerie, il l'avait poursuivi jusqu'au-delà de Rattenberg. +Ce misérable n'a dû son salut qu'à la vitesse de son +cheval.</p> + +<p>En même temps, le général Deroy, ayant débloqué la forteresse +de Kufstein, faisait sa jonction avec les troupes que +le duc de Dantzick commandait en personne. Ce maréchal se +loue de la conduite du major Palm, du chef du bataillon léger +bavarois, du lieutenant-colonel Habérman, du capitaine Laider, +du capitaine Bernard du troisième régiment de chevau-légers +de Bavière, de ses aides-de-camp Montmarie, Maingarnaud +et Montelegier, et du chef d'escadron Fontange, officier +d'état-major.</p> + +<p>Chasteller était entré dans le Tyrol avec une poignée de +mauvais sujets. Il a prêché la révolte, le pillage et l'assassinat. +Il a vu égorger sous ses yeux plusieurs milliers de Bavarois +et une centaine de soldats français. Il a encouragé les assassins +par ses éloges, et excité la férocité de ces ours des montagnes. +Parmi les Français qui ont péri dans ce massacre se trouvaient +une soixantaine de Belges tous compatriotes de Chasteller. +Ce misérable couvert des bienfaits de l'empereur, à qui il +doit d'avoir recouvré des biens montant à plusieurs millions, +était incapable d'éprouver le sentiment de la reconnaissance, +et ces affections qui attachent même les barbares aux habitans +du pays qui leur a donné naissance.</p> + +<p>Les Tyroliens vouent à l'exécration les hommes dont les +perfides insinuations les ont excités à la rébellion et ont appelé +sur eux les malheurs qu'elle entraîne avec elle. Leur fureur +contre Chasteller était telle, que lorsqu'il se sauva après +la déroute de Voergel, ils l'arrêtèrent à Hall, le fustigèrent +et le maltraitèrent au point qu'il fut obligé de passer deux +jours dans son lit. Il osa ensuite reparaître pour demander à +capituler; on lui répondit qu'on ne capitulait pas avec un +brigand, et il s'enfuit à toute hâte dans les montagnes de la +Carinthie.</p> + +<p>La vallée de Zillerthal a été la première à se soumettre; +elle a remis ses armes et donné des otages; le reste du pays a +suivi cet exemple. Tous les chefs ont ordonné aux paysans de +rentrer chez eux, et on les a vus quitter les montagnes de +toutes parts, et revenir dans leurs villages. La ville d'Inspruck +et tous les cercles ont envoyé des députations à S. M. +le roi de Bavière, pour protester de leur fidélité et implorer +sa clémence.</p> + +<p>Le Voralberg, que les proclamations incendiaires et les intrigues +de l'ennemi avaient aussi égaré, imitera le Tyrol; et +cette partie de l'Allemagne sera arrachée aux désastres et aux +crimes des insurrections populaires.</p> + +<p class="milieu"><i>Combat de Urfar.</i></p> + +<p>Le 17 de ce mois, à deux heures après midi, trois colonnes +autrichiennes commandées par les généraux Grainville, +Bucalowitz et Sommariva, et soutenues par une réserve aux +ordres du général Jellachich, ont attaqué le général Vandamme, +au village de Urfar, eu avant de la tête du pont de +Lintz. Dans le même moment arrivait à Lintz le maréchal +prince de Ponte-Corvo, avec la cavalerie et la première brigade +d'infanterie saxonne. Le général Vandamme, à la tète +des troupes wurtembergeoises, et avec quatre escadrons de +hussards et de dragon saxons, repoussa vigoureusement les +deux premières colonnes ennemies, les chassa de leurs positions, +leur prit six pièces de canon et quatre cents hommes, +et les mit dans une pleine déroute. La troisième colonne ennemie +parut sur les hauteurs de Boslingberg, à sept heures +du soir, et son infanterie couronna en un instant la Crète des +montagnes voisines. L'infanterie saxonne attaqua l'ennemi +avec impétuosité, le chassa de toutes ses positions, lui prit +trois cents hommes et plusieurs caissons de munitions.</p> + +<p>L'ennemi s'est retiré en désordre sur Freystadt et sur Haslach. +Les hussards envoyés à sa poursuite ont ramené beaucoup +de prisonniers. On a pris dans les bois cinq cents fusils +et une quantité de voitures et de caissons chargés d'effets +d'habillement. La perte de l'ennemi, indépendamment des +prisonniers, est de deux mille hommes tués ou blessés; la +nôtre ne va pas à quatre cents hommes hors de combat.</p> + +<p>Le maréchal prince de Ponte-Corvo fait beaucoup d'éloges +du général Vandamme. Il se loue de la conduite de M. de +Leschwitz, général en chef des Saxons, qui conserve, à +soixante-cinq ans, l'activité et l'ardeur d'un jeune homme; +du général d'artillerie Mossel; du général Gérard, chef d'état-major, +et du lieutenant-colonel aide-de-camp Hamelinaie.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Ebersdorf, 26 mai 1809.</p> + +<p class="milieu"><i>Douzième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>On a employé toute la journée du 23, la nuit du 23 au +24, et toute la journée du 24 à réparer les ponts.</p> + +<p>Le 25, à la pointe du jour, ils étaient en état. Les blessés, +les caissons vides, et tous les objets qu'il était nécessaire de +renouveler, ont passé sur la rive droite.</p> + +<p>La crue du Danube devant encore durer jusqu'au 15 juin, +on a pensé que pour pouvoir compter sur les ponts, il convenait +de planter en avant des lignes de pilotis auxquels on +amarrera la grande chaîne de fer qui est à l'arsenal, et qui fut +prise par les Autrichiens sur les Turcs, qui la destinaient à +un semblable usage.</p> + +<p>On travaille à ces ouvrages avec la plus grande activité, +et déjà un grand nombre de sonnettes battent des pilotis; par +ce moyen, et avec les fortifications qu'on fait sur la rive +gauche, nous sommes assurés de pouvoir manoeuvrer sur les +deux rives à volonté.</p> + +<p>Notre cavalerie légère est vis-à-vis de Presbourg, appuyée +sur le lac de Neusiedel.</p> + +<p>Le général Lauriston est en Styrie sur le Simmeringberg +et sur Bruck.</p> + +<p>Le maréchal duc de Dantzick est en grandes marches avec +les Bavarois. Il ne tardera pas à rejoindre l'armée près de +Vienne.</p> + +<p>Les chasseurs à cheval de la garde sont arrivés hier; les +dragons arrivent aujourd'hui; on attend dans peu de jours +les grenadiers à cheval et soixante pièces d'artillerie de la +garde.</p> + +<p>Nous avons fait prisonniers lors de la capitulation de Vienne, +sept feld-maréchaux-lieutenans, neuf généraux-majors, dix +colonels, vingt majors et lieutenans-colonels, cent capitaines, +cent cinquante lieutenans, deux cents sous-lieutenans, et trois +mille sous-officiers et soldats, parmi lesquels ne sont pas +compris les hommes qui étaient aux hôpitaux, et qui montaient +à plusieurs milliers.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Ebersdorf, 27 mai 1809.</p> + +<p class="milieu"><i>Proclamation à l'armée d'Italie.</i></p> + +<p>Soldats de l'armée d'Italie,</p> + +<p>Vous avez glorieusement atteint le but que je vous avais +marqué; le Simering a été témoin de voire jonction avec +la grande armée.</p> + +<p>Soyez les bienvenus! Je suis content de vous!!! Surpris +par un ennemi perfide avant que vos colonnes fussent réunies, +vous avez dû rétrograder jusqu'à l'Adige; mais lorsque vous +reçûtes l'ordre de marcher en avant, vous étiez sur le champ +mémorable d'Arcole, et là, vous jurâtes sur les mânes de nos +héros de triompher. Vous avez tenu parole à la bataille de la +Piave, aux combats de Saint-Daniel, de Tarvis, de Gorice. +Vous avez pris d'assaut les forts de Malborghetto, de Pradel +et fait capituler la division ennemie retranchée dans Prévald +et Laybach. Vous n'aviez pas encore passé la Drave, et déjà +vingt-cinq mille prisonniers, soixante pièces de bataille, dix +drapeaux avaient signalé votre valeur. Depuis, la Drave, la +Save, la Muer n'ont pu retarder votre marche. La colonne autrichienne +de Jellachich, qui la première entra dans Munich, +qui donna le signai des massacres dans le Tyrol, environnée +à Saint-Michel, est tombée dans vos baïonnettes. Vous avez +fait une prompte justice de ces débris dérobés à la colère de +la grande armée.</p> + +<p>Soldats, cette armée autrichienne d'Italie, qui un moment +souilla par sa présence mes provinces, qui avait la prétention de +briser ma couronne de fer, battue, dispersée, anéantie, +grâces à vous, sera un exemple de la vérité de cette devise: +<i>Dieu me la donne, gare à qui la touche.</i></p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Ebersdorf, 28 mai 1809.</p> + +<p class="milieu"><i>Treizième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Dans la nuit du 26 au 27, nos ponts sur le Danube ont +été enlevés par les eaux et par des moulins qu'on a détachés. +On n'avait pas encore eu le temps d'achever les pilotis et de +placer la grande chaîne de fer. Aujourd'hui, l'un des ponts +est rétabli, on espère que l'autre le sera demain.</p> + +<p>L'empereur a passé la journée d'hier sur la rive gauche, +pour visiter les fortifications que l'on élève dans l'île d'In-der-Lobau, +et pour voir plusieurs régimens du corps du duc de +Rivoli en position de cette espèce de tête de pont.</p> + +<p>Le 27, à midi, le capitaine Bataille, aide-de-camp du prince +vice-roi, a apporté l'agréable nouvelle de l'arrivée de l'armée +d'Italie à Bruck. Le général Lauriston avait été envoyé au devant +d'elle, et la jonction a eu lieu sur le Simmeringberg. Un +chasseur du neuvième qui était en coureur en avant d'une +reconnaissance de l'armée d'Italie, rencontra un chasseur +d'un peloton du vingtième, envoyé par le général Lauriston, +Après s'être observés pendant quelque temps, ils reconnurent +qu'ils étaient Français et s'embrassèrent. Le chasseur du +vingtième marcha sur Bruck, pour se rendre auprès du vice-roi, +et celui du neuvième se dirigea vers le général Lauriston +pour l'informer de l'approche de l'armée d'Italie. Il y avait +plus de douze jours que les deux armées n'avaient pas de +nouvelles l'une de l'autre. Le 26 au soir, le général Lauriston +était à Bruck au quartier-général du vice-roi.</p> + +<p>Le vice-roi a montré dans toute cette campagne un sang-froid +et un coup d'oeil qui présagent un grand capitaine.</p> + +<p>Dans la relation des faits qui ont illustré l'armée d'Italie +pendant ces vingt derniers jours, Sa Majesté a remarqué avec +plaisir la destruction du corps de Jellachich. C'est ce général +qui fit aux Tyroliens cette insolente proclamation qui alluma +leur fureur et aiguisa leurs poignards. Poursuivi par le +duc de Dantzick, menacé d'être pris eu flanc par la brigade +du général Dupellin, que le duc d'Auerstaedt avait fait +déboucher par Mariazell, il est venu tomber comme dans un +piége en avant de l'armée d'Italie. L'archiduc Jean qui, il y +a si peu de temps, et dans l'excès de sa présomption, se dégradait +par sa lettre au duc de Raguse, a évacué Gratz, hier, +27, ramenant à peine vingt ou vingt-cinq mille hommes de +cette belle armée qui était entrée en Italie. L'arrogance, l'insulte, +les provocations à la révolte, toutes ses actions portant +le caractère de la rage, ont tourné à sa honte.</p> + +<p>Les peuples de l'Italie se sont conduits comme auraient pu +le faire les peuples de l'Alsace, de la Normandie ou du Dauphiné. +Dans la retraite de nos soldais, ils les accompagnaient +de leurs voeux et de leurs larmes; ils reconduisaient par des +chemins détournés, et jusqu'à cinq marches de l'armée, +les hommes égarés. Lorsque quelques prisonniers ou quelques +blessés, français ou italiens, ramenés par l'ennemi, traversaient +les villes et les villages, les habitans leur portaient +des secours; ils cherchaient pendant la nuit les moyens de +les travestir et de les faire sauver.</p> + +<p>Les proclamations et les discours de l'archiduc Jean n'inspiraient +que le mépris et le dédain, et l'on aurait peine à se +peindre la joie des peuples de la Piave, du Tagliamento et du +Frioul, lorsqu'ils virent l'armée de l'ennemi fuyant en désordre, +et l'armée du souverain et de la patrie revenant triomphante.</p> + +<p>Lorsqu'on a visité les papiers de l'intendant de l'armée autrichienne +qui était à la fois le chef du gouvernement et de la +police, et qui a été pris à Padoue avec quatre voitures, on y +a découvert la preuve de l'amour des peuples d'Italie pour +l'empereur. Tout le monde avait refusé des places, personne +ne voulait servir l'Autriche: et parmi sept millions d'hommes +qui composent la population du royaume, l'ennemi n'a trouvé +que trois misérables qui n'aient pas repoussé la séduction.</p> + +<p>Les régimens d'Italie qui s'étaient distingués en Pologne +et qui avaient rivalisé d'intrépidité dans la campagne de Catalogne +avec les plus vieilles bandes françaises, se sont couverts +de gloire dans toutes les affaires. Les peuples d'Italie +marchent à grands pas vers le dernier terme d'un heureux +changement. Cette belle partie du continent, où s'attachent +tant de grands et d'illustres souvenirs, que la cour de Rome, +que, cette nuée de moines, que ses divisions avaient perdue, +reparaît avec honneur sur la scène de l'Europe.</p> + +<p>Tous les détails qui suivent, de l'armée autrichienne, constatent +que dans les journées du 21 et du 22, sa perte a été +énorme. L'élite de l'armée a péri. Selon les aimables de +Vienne, les manoeuvres du général Danube ont sauvé l'armée +autrichienne.</p> + +<p>Le Tyrol et le Voralberg sont parfaitement soumis. La +Carniole, la Styrie, la Carinthie, le pays de Salzbourg, la +Haute et la Basse-Autriche sont pacifiés et désarmés.</p> + +<p>Trieste, cette ville où les Français et les Italiens ont subi +tant d'outrages, a été occupée. Les marchandises coloniales +anglaises ont été confisquées. Une circonstance de la prise de +Trieste a été très-agréable a l'empereur: c'est la délivrance +de l'escadre russe; elle avait eu ordre d'appareiller pour Ancône; +mais retenue par les vents contraires, elle était restée +au pouvoir des Autrichiens.</p> + +<p>La jonction de l'armée de Dalmatie est prochaine. Le duc +de Raguse s'est mis en marche aussitôt qu'il a appris que +l'armée d'Italie était sur l'Izonso. On espère qu'il arrivera +à Laybach avant le 5 juin.</p> + +<p>Le brigand Schill qui se donnait, et avec raison, le titre +de général au service de l'Angleterre, après avoir prostitué +le nom du roi de Prusse, comme les satellites de l'Angleterre +prostituent celui de Ferdinand à Séville, a été poursuivi et +jeté dans une île de l'Elbe. Le roi de Westphalie, indépendamment +de quinze mille hommes de ses troupes, avait une +division hollandaise et une division française; et le duc de +Valmy a déjà réuni à Hanau deux divisions du corps d'observation, +commandées par les généraux Rivaux et Despeaux, et +composées des brigades Lameth, Clément, Taupin et Vaufreland.</p> + +<p>La pacification de la Souabe rend disponible le corps d'observation +du général Beaumont qui est réuni à Augsbourg, +et où se trouvent plus de trois mille dragons.</p> + +<p>La rage des princes de la maison de Lorraine contre la +ville de Vienne peut se peindre par un seul trait. La capitale +est nourrie par quarante moulins établis sur la rive gauche +du fleuve. Ils les ont fait enlever et détruire.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Ebersdorf, 1er juin 1809.</p> + +<p class="milieu"><i>Quatorzième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Les ponts sur le Danube sont entièrement rétablis. On y a +joint un pont volant, et l'on prépare tous les matériaux nécessaires +pour jeter un autre pont de radeaux. Sept sonnettes +battent des pilotis; mais le Danube ayant dans plusieurs endroits +vingt-quatre et vingt-six pieds de profondeur, on emploie +toujours beaucoup de temps pour faire tenir les ancres, +lorsqu'on déplace les sonnettes. Cependant les travaux avancent +et seront terminés sous peu.</p> + +<p>Le général de brigade du génie Lazowski fait travailler, +sur la rive gauche, à une tête de pont qui aura seize cents +toises de développement, et qui sera couverte par un bon +fossé plein d'eau courante.</p> + +<p>Le quarante-quatrième équipage de la flottille de Boulogne, +commandé par le capitaine de vaisseau Baste, est arrivé. Un +grand nombre de bateaux en croisière battent toutes les îles, +couvrent le pont et rendent beaucoup de services.</p> + +<p>Le bataillon des ouvriers de la marine travaille à la construction +de petites péniches armées, qui serviront a maîtriser +parfaitement le fleuve.</p> + +<p>Après la défaite du corps du général Jellachich, M. Mathieu, +capitaine-adjoint à l'état-major de l'armée d'Italie, fut +envoyé avec un dragon d'ordonnance sur la route de Salzbourg; +ayant rencontré successivement une colonne de six cent cinquante +hommes de troupes de ligne, et une colonne de deux +mille landwehrs qui, l'une et l'autre étaient coupées et égarées, +il les somma de se rendre, et elles mirent bas les armes.</p> + +<p>Le général de division Lauriston est arrivé à Oedembourg, +premier comitat de Hongrie, avec une forte avant-garde. Il +paraît qu'il y a de la fermentation en Hongrie, que les esprits +y sont très-divisés, et que la majorité n'est pas favorable à +l'Autriche.</p> + +<p>Le général de division Lasalle a son quartier-général vis-à-vis +Presbourg, a poussé ses postes jusqu'à Altenbourg et +jusqu'auprès de Raab.</p> + +<p>Trois-divisions de l'armée d'Italie sont arrivées a Neustadt. +Le vice-roi est depuis deux jours au quartier-général de l'empereur.</p> + +<p>Le général Macdonald, commandant un des corps de l'armée +d'Italie, est entré à Gratz. On a trouvé dans cette capitale +de la Styrie d'immenses magasins de vivres et d'effets +d'habillement et d'équipement de toute espèce.</p> + +<p>Le duc de Dantzick est à Lintz.</p> + +<p>Le prince de Ponte-Corvo marche sur Vienne. Le général +de division Vandamme, avec les Wurtembergeois, est à Saint-Polten, +Mauteru et Krems.</p> + +<p>La tranquillité règne dans le Tyrol. Coupés par les mouvemens +du duc de Dantzick et de l'armée d'Italie, tous les +Autrichiens qui s'étaient imprudemment engagés dans cette +pointe, ont été détruits, les uns par le duc de Dantzick, les +autres, tels que le corps de Jellachich, par l'armée d'Italie. +Ceux qui étaient en Souabe n'ont eu d'autre ressource que de +tâcher de traverser en partisans l'Allemagne, en se portant +sur le Haut-Palatinat. Ils formaient une petite colonne d'infanterie +et de cavalerie qui s'était échappée de Lindau et qui +avait été rencontrée par le colonel Reiset du corps d'observation +du général Beaumont; elle a été coupée à Neumarck, et la +colonne entière, officiers et soldats, a mis bas les armes.</p> + +<p>Vienne est tranquille, le pain et le vin sont en abondance; +mais la viande que cette capitale tirait du fond de la Hongrie, +commence à devenir rare. Contre toutes les raisons politiques +et tous les motifs d'humanité, les ennemis font l'impossible +pour affamer leurs compatriotes et cette capitale qui renferme +cependant leurs femmes et leurs enfans. Il y a loin de cette +conduite à celle de notre Henri IV, nourrissant lui-même une +ville qui était alors ennemie et qu'il assiégeait.</p> + +<p>Le duc de Montebello est mort hier à cinq heures du matin. +Quelque temps auparavant, l'empereur s'était entretenu +pendant une heure avec lui. Sa Majesté avait envoyé chercher +par le général Rapp, son aide-de-camp, M. le docteur +Franck, l'un des médecins les plus célèbres de l'Europe; ses +blessures étaient en bon état, mais une fièvre pernicieuse avait +fait en peu d'heures les plus funestes progrès. Tous les secours +de l'art étaient devenus inutiles. S. M. a ordonné que le corps +du duc de Montebello soit embaumé et transporté en France +pour y recevoir les honneurs qui sont dus à un rang élevé et +à d'éminens services. Ainsi a fini l'un des militaires les plus +distingués qu'ait eus la France. Dans les nombreuses batailles +où il s'est trouvé, il avait reçu treize blessures. L'empereur +a été extrêmement sensible à cette perte qui sera ressentie par +tous les Français.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Ebersdorf, 2 juin 1809.</p> + +<p class="milieu"><i>Quinzième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>L'armée de Dalmatie a obtenu les plus grands succès; elle +a défait tout ce qui s'est présenté devant elle aux combats de +Mont-Kitta, de Gradchatz, de la Liéca et d'Ottachatz. Le +général en chef Sloissevich a été pris.</p> + +<p>Le duc de Raguse est arrivé le 28 à Fiume, et a fait ainsi +sa jonction avec l'armée d'Italie et avec la grande armée, dont +l'armée de Dalmatie forme l'extrême droite. On fera connaître +la relation du duc de Raguse sur ces différens événemens.</p> + +<p>Le 28, une escadre anglaise de quatre vaisseaux, deux +frégates et un brick, s'est présentée devant Trieste, avec l'intention +de prendre l'escadre russe. Le général comte Cafarelli +venait d'arriver dans ce port. Comme la ville était désarmée, +les Russes ont débarqué quarante pièces de canon, +dont vingt-quatre de 36 et seize de 24. On a mis ces pièces +en batterie, et l'escadre russe s'est embossée. Tout était prêt +pour bien recevoir l'ennemi qui, voyant son coup manqué, +s'est éloigné.</p> + +<p>Un millier d'Autrichiens ayant passé de Krems sur la rive +droite du Danube, ont été culbutés par le corps, wurtembergeois +qui leur a fait soixante prisonniers.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Ebersdorf, 4 juin 1809.</p> + +<p class="milieu"><i>Seizième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>L'ennemi avait jeté sur la rive droite du Danube, vis-à-vis +Presbourg, une division de neuf mille hommes, qui s'était retranchée +dans le village d'Engerau. Le duc d'Auerstaedt l'a +fait attaquer hier par les tirailleurs de Hesse-Darmstadt, +soutenus par le douzième régiment d'infanterie de ligne. Le +village a été emporté avec rapidité. Un major, huit officiers +du régiment de Beaulieu, parmi lesquels se trouve le petit-fils +de ce feld-maréchal, et quatre cents hommes ont été pris. Le +reste du régiment a été tué, ou blessé, ou jeté dans l'eau; ce +qui restait de la division a trouvé protection dans une île +pour repasser le fleuve. Les tirailleurs de Hesse-Darmstadt +se sont très-bien battus.</p> + +<p>Le vice-roi a aujourd'hui son quartier-général à Oedembourg.</p> + +<p>Les effets les plus précieux de la cour ont été transportés +de Bude à Peterswalde, où l'impératrice s'est retirée.</p> + +<p>Le duc de Raguse est arrivé à Laybach.</p> + +<p>Le général Macdonald est maître de Gratz; il cerne la citadelle +qui fait mine de résister.</p> + +<p>A la bataille d'Esling, le général de brigade Foulers, blessé +dans une charge, fut précipité de son cheval, et le général +de division Durosnel, aide-de-camp de l'empereur, portant +un ordre à la division de cuirassiers qui chargeait, avait aussi +été renversé. Nous avons eu la satisfaction d'apprendre que +ces deux généreux et cent cinquante soldats que nous croyions +avoir perdus, ne sont que blessés, et étaient restés dans les +blés, lorsque l'empereur ayant appris que les ponts du Danube +venaient de se rompre, ordonna de se concentrer entre +Esling et Gross-Aspern.</p> + +<p>Le Danube baisse; cependant la continuation des chaleurs +fait encore craindre une crue.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Vienne, 8 juin 1809.</p> + +<p class="milieu"><i>Dix-septième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Le colonel Gorgoli, aide-de-camp de l'empereur de Russie, +est arrivé au quartier-impérial avec une lettre de ce souverain +pour S. M. Il a annoncé que l'armée russe se dirigeant sur +Olmutz avait passé la frontière le 24 mai.</p> + +<p>L'empereur a passé avant-hier la revue de sa garde, infanterie, +cavalerie et artillerie. Les habitans de Vienne ont admiré +le nombre, la belle tenue et le bon état de ces troupes.</p> + +<p>Le vice-roi s'est porté avec l'armée d'Italie à Oedembourg, +en Hongrie. Il paraît que l'archiduc Jean cherche à rallier son +armée sur Raab.</p> + +<p>Le duc de Raguse est arrivé avec l'armée de Dalmatie, le +3 de ce mois, à Laybach.</p> + +<p>Les chaleurs sont très-fortes, et les gens-pratiques du Danube +annoncent qu'il y aura un débordement d'ici à peu de +jours. On profite de ce temps pour achever, indépendamment +des ponts de bateaux et de radeaux, de planter les pilotis.</p> + +<p>Tous les renseignemens que l'on reçoit du côté de l'ennemi +annoncent que les villes de Presbourg, Brunn et Znaïm sont +remplies de blessés. Les Autrichiens évaluent eux-mêmes leur +perte à dix-huit mille hommes.</p> + +<p>Le prince Poniatowski, avec l'armée du grand-duché de +Varsovie, poursuit ses succès. Après la prise de Sandomir, +il s'est emparé de la forteresse de Zamosc, où il a fait éprouver +à l'ennemi une perte de trois mille hommes et pris trente +pièces de canon. Tous les Polonais qui sont à l'armée autrichienne +désertent.</p> + +<p>L'ennemi, après avoir échoué devant Thorn, a été vivement +poursuivi par le général Dombrowski.</p> + +<p>L'archiduc Ferdinand ne retirera que de la honte de son +expédition. Il doit être arrivé dans la Silésie autrichienne, +réduit au tiers de ses forces.</p> + +<p>Le sénateur Wibiski s'est distingué par ses sentimens patriotiques +et son activité.</p> + +<p>M. le comte de Metternich «st arrivé à Vienne. Il va être +échangé aux avant-postes avec la légation française, à qui les +Autrichiens avaient, contre le droit des gens, refusé des passeports, +et qu'ils avaient emmenée à Pest.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Vienne, 13 juin 1809.</p> + +<p class="milieu"><i>Dix-huitième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>La division du général Chasteller, qui avait insurgé le +Tyrol, a passé le 4 de ce mois aux environs de Clagenfurth, +pour se jeter en Hongrie. Le général Rusca a marché à elle, +et il y a eu un engagement assez vif, où l'ennemi a été battu, +et où on lui a fait neuf cents prisonniers.</p> + +<p>Le prince Eugène, avec un gros corps, manoeuvre au milieu +de la Hongrie.</p> + +<p>Depuis quelques jours le Danube a augmenté d'un pied.</p> + +<p>Le général Gratien, avec une division hollandaise, ayant +marché sur Stralsund, où s'était retranché le nommé Schill, +a enlevé ses retranchemens d'assaut. Schill avait donné ordre +de brûler la ville pour assurer sa retraite, mais sa bande n'en +a pas eu le temps; elle a été en entier tuée ou prise; lui-même +a été tué sur la grande place près du corps-de-garde, dans +le moment où il se sauvait et cherchait à gagner le port pour +s'embarquer.</p> + +<p>L'archiduc Ferdinand a évacué précipitamment Varsovie +le 2 juin. Ainsi tout le grand-duché est abandonné par l'armée +ennemie, tandis que les troupes que commande le prince +Poniatowski occupent les trois quarts de la Galicie.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Vienne, 16 juin 1809.</p> + +<p class="milieu"><i>Dix-neuvième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>L'anniversaire de la bataille de Marengo a été célébré par +la victoire de Raab, que la droite de l'armée commandée par +le vice-roi, a remportée sur les corps réunis de l'archiduc +Jean et de l'archiduc Palatin.</p> + +<p>Depuis la bataille de la Piave, le vice-roi a poursuivi l'archiduc +Jean, l'épée dans les reins.</p> + +<p>L'armée autrichienne espérait se cantonner aux sources de +la Raab, entre Saint-Gothard et Comorn.</p> + +<p>Le 5 juin, le vice-roi partit de Neustadt et porta son quartier-général +à Oedembourg, en Hongrie.</p> + +<p>Le 7, il continua son mouvement, et arriva à Guns. Le +général Lauriston, avec son corps d'observation, le rejoignit +sur la gauche.</p> + +<p>Le 8, le général Montbrun, avec sa division de cavalerie +légère, força le passage de la Raabnilz, auprès de Sovenshaga, +culbuta trois cents cavaliers de l'insurrection hongroise, et les +rejeta sur Raab.</p> + +<p>Le 9, le vice-roi se porta sur Sarvar.</p> + +<p>La cavalerie du général Grouchy rencontra l'arrière-garde +ennemie à Vasvar, et fit quelques prisonniers.</p> + +<p>Le 10, le général Macdonald, venant de Gratz, arriva à +Comorn.</p> + +<p>Le 11, le général de division Grenier rencontra à Karako, +une colonne de flanqueurs ennemis qui défendait le pont, et +passa la rivière de vive force. Le général Debroc, avec le +neuvième de hussards, a fait une belle charge sur un bataillon +de quatre cents hommes, dont trois cents ont été faits +prisonniers.</p> + +<p>Le 12, l'armée déboucha par le pont de Merse sur Papa. +Le vice-roi aperçut d'une hauteur toute l'armée ennemie en +bataille. Le général de division Montbrun, général de cavalerie +et officier d'une grande espérance, déboucha dans la +plaine, attaqua et culbuta la cavalerie ennemie, après avoir +fait plusieurs manoeuvres précises et vigoureuses. L'ennemi +avait déjà commencé sa retraite. Le vice-roi passa la nuit à +Papa.</p> + +<p>Le 13, à cinq heures du matin, l'armée se mit en marche +pour se porter sur Raab. Notre cavalerie et la cavalerie autrichienne +se rencontrèrent un village de Szanak. L'ennemi fut +culbuté et on lui fit quatre cents prisonniers.</p> + +<p>L'archiduc Jean, ayant fait sa jonction avec l'archiduc Palatin, +près de Raab, prit position sur de belles hauteurs, la +droite appuyée à Raab, ville fortifiée, et la gauche couvrant +le chemin de Comorn, autre place forte de la Hongrie.</p> + +<p>Le 14 à onze heures du matin, le vice-roi range son armée +en bataille, et avec trente-cinq mille hommes, en attaque +cinquante mille. L'ardeur de nos troupes est encore augmentée +par le souvenir de la victoire mémorable qui a consacré +cette journée. Tous les soldats poussent des cris de joie à la vue +de l'armée ennemie, qui était sur trois lignes et composée de +vingt à vingt-cinq mille hommes, restes de cette superbe armée +d'Italie, qui naguère se croyait déjà maîtresse de toute l'Italie; +de dix mille hommes commandés par le général Haddick, +et formés des réserves des places fortes de Hongrie; de cinq +à six mille hommes composés des débris réunis du corps de +Jellachich, et des autres colonnes du Tyrol, échappés aux +mouvemens de l'armée, par les gorges de la Carinthie; enfin, +de douze a quinze mille hommes de l'insurrection hongroise, +cavalerie et infanterie.</p> + +<p>Le vice-roi plaça son armée, la cavalerie du général Montbrun, +la brigade du général Colbert et la cavalerie du général +Grouchy sur la droite; le corps du général Grenier, formant +deux échelons, dont la division du général Serras formait +l'échelon de droite, en avant; une division italienne +commandée par le général Baragucy-d'Hilliers, formant le second +échelon, et la division du général Puthod, en réserve. +Le général Lauriston, avec son corps d'observation, soutenu +par le général Sahuc, formait l'extrême gauche, et observait +la place de Raab.</p> + +<p>A deux heures après midi, la canonnade s'engagea. A trois +heures, le premier, le second et le troisième échelons, en +vinrent aux mains. La fusillade devint vive, la première ligne +de l'ennemi fut culbutée, mais la seconde ligne arrêta un instant +l'impétuosité de notre premier échelon qui fut aussitôt +renforcé et la culbuta. Alors la réserve de l'ennemi se présenta. +Le vice-roi qui suivait tous les mouvemens de l'ennemi, marcha, +de son côté, avec sa réserve: la belle position des Autrichiens +fut enlevée, et à quatre heures la victoire était +décidée.</p> + +<p>L'ennemi, en pleine déroute, se serait difficilement rallié +si un défilé ne s'était opposé aux mouvemens de notre cavalerie. +Trois mille hommes faits prisonniers, six pièces de +canon et quatre drapeaux, sont les trophées de cette journée. +L'ennemi a laissé sur le champ de bataille trois mille morts, +parmi lesquels on a trouvé un général major. Notre perte +s'est élevée à neuf cents hommes tués ou blessés. Au nombre +des premiers se trouve le colonel Thierry, du vingt-troisième +régiment d'infanterie légère, et parmi les derniers, le général +de brigade Valentin et le colonel Expert.</p> + +<p>Le vice-roi fait une mention particulière des généraux +Grenier, Montbrun, Serras et Danthouard. La division italienne +Severoli a montré beaucoup de précision et de sang-froid. +Plusieurs généraux ont eu leurs chevaux tués; quatre +aides-de-camp du vice-roi ont été légèrement atteints. Ce +prince a été constamment au milieu de la plus grande mêlée. +L'artillerie commandée par le général Sabatier, a soutenu sa +réputation.</p> + +<p>Le champ de bataille de Raab avait été dès long-temps reconnu +par l'ennemi, car il annonçait fort à l'avance qu'il +tiendrait dans cette belle position. Le 15, il a été vivement +poursuivi sur la route de Comorn et de Pest.</p> + +<p>Les habitans du pays sont tranquilles, et ne prennent aucune +part à la guerre. La proclamation de l'empereur a mis de +l'agitation dans les esprits. On sait que la nation hongroise a +toujours désiré son indépendance. La partie de l'insurrection +qui se trouve à l'armée avait déjà été levée par la dernière +diète; elle est sous les armes et elle obéît.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Vienne, 20 juin 1809.</p> + +<p class="milieu"><i>Vingtième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Lorsque la nouvelle de la victoire de Raab arriva à Bude, +l'impératrice en partit à l'heure même, ainsi que tout ce qui +tenait au gouvernement.</p> + +<p>L'armée ennemie a été poursuivie pendant les journées du +15 et du 16; elle a passé le Danube sur le pont de Comorn. +La ville de Raab a été investie. On espère être maître sous +peu de jours de cette place importante. On a trouvé dans les +faubourgs des magasins assez considérables.</p> + +<p>On a pris le superbe camp retranché de Raab, qui pouvait +contenir cent mille hommes. La colonne destinée à le défendre +n'a pu s'y introduire; elle a été coupée.</p> + +<p>Un courrier venant de Bude, a été intercepté. Les dépêches +écrites en latin, dont il était porteur, font connaître +l'effet qu'a produit la bataille de Raab.</p> + +<p>L'ennemi inonde le pays de faux bruits; cela tient au système +adopté pour remuer les dernières classes du peuple.</p> + +<p>M. de Metternich est parti le 18 de Vienne. Il sera échangé +entre Comorn et Bude, avec M. Dodun et les autres personnes +de la légation française.</p> + +<p>M. d'Epinay, officier d'ordonnance de S.M., est arrivé à +Pétersbourg. Il a passé au quartier-général de l'armée russe. +Le prince Serge-Galitzin est entré en Galicie le 3 de ce mois, +sur trois colonnes; savoir, celle du général Levis par Drohyezim; +celle du prince Gortszakoff par Therespold, et celle +du prince Suwarow par Wlodzimirz.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Vienne, 22 juin 1809.</p> + +<p class="milieu"><i>Vingt-unième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Un aide-de-camp du prince Joseph Poniatowski est arrivé +du quartier-général de l'armée du grand-duché. Le 10 de ce +mois le prince Serge Galitzin devait être à Lublin et son +avant-garde à Sandomir.</p> + +<p>L'ennemi se complaît à répandre des bulletins éphémères, +où il rapporte tous les jours une victoire: selon lui, il a pris +vingt mille fusils et deux mille cuirasses à la bataille d'Esling. +Il dit que le 21 et le 22 il était maître du champ de bataille. +Il a même fait imprimer et répandre une gravure de celle bataille, +où on le voit enjambant de l'une à l'autre rive, et ses +batteries traversant les îles et le champ de bataille dans tous +les sens. Il imagine aussi une bataille, qu'il appelle la bataille +de Kitsée, dans laquelle un nombre immense de Français auraient +été pris ou tués. Ces puérilités, colportées par de petites +colonnes de landwehrs comme celle de Schill, sont une +tactique employée pour inquiéter et soulever le pays.</p> + +<p>Le général Maziani qui a été fait prisonnier à la bataille +de Raab, est arrivé au quartier-général. Il dit que, depuis la +bataille de la Piave, l'archiduc Jean avait perdu les deux +tiers de son monde; qu'il a ensuite reçu des recrues qui ont +à peu près rempli les cadres, mais qui ne savent pas faire +usage de leurs fusils. Il porte à douze mille hommes la perte +de l'archiduc Jean et du Palatin à la bataille de Raab. Selon +le rapport des prisonniers hongrois, l'archiduc Palatin a été +le premier dans cette journée à prendre la fuite.</p> + +<p>Quelques personnes ont voulu mettre en opposition la +force de l'armée autrichienne à Esling, estimée à quatre-vingt-dix +mille hommes, avec les quatre-vingt mille hommes +qui ont été faits prisonniers depuis l'ouverture de la campagne; +elles ont montré peu de réflexion. L'armée autrichienne +est entrée en campagne avec neuf corps d'armée de +quarante mille hommes chacun, et il y avait dans l'intérieur +des corps de recrues et de landwehrs; de sorte que l'Autriche +avait réellement plus de quatre cent mille hommes sous +les armes. Depuis la bataille d'Ebensberg jusqu'à la prise de +Vienne, y compris l'Italie et la Pologne, on peut avoir fait +cent mille prisonniers à l'ennemi, et il a perdu cent mille +hommes tués, déserteurs ou égarés. Il devait donc lui rester +encore deux cent mille hommes distribués comme il suit: +l'archiduc Jean avait à la bataille de Raab cinquante mille +hommes, la principale armée autrichienne avait, avant la bataille +d'Esling quatre-vingt-dix mille hommes; il restait donc, +vingt-cinq mille hommes à l'archiduc Ferdinand à Varsovie, +et vingt-cinq mille hommes étaient disséminés dans le Tyrol, +dans la Croatie et répandus en partisans sur les confins de la +Bohème.</p> + +<p>L'armée autrichienne à Esling était composée du premier +corps commandé par le général Bellegarde, le seul qui n'eût pas +donné et qui fût encore entier, et des débris du deuxième, du +troisième, du quatrième, du cinquième et du sixième corps qui +avaient été écrasés dans les batailles précédentes. Si ces corps +n'avaient rien perdu et eussent été réunis tels qu'ils étaient +au commencement de la campagne, ils auraient formé deux +cent quarante mille hommes. L'ennemi n'avait pas plus de +quatre-vingt-dix mille hommes, ainsi l'on voit combien sont +énormes les pertes qu'il avait éprouvées.</p> + +<p>Lorsque l'archiduc Jean est entré en campagne, son armée +était composée des huitième et neuvième corps, formant quatre-vingt +mille hommes. A Raab elle se trouvait de cinquante +mille hommes. Sa perte aurait donc été de trente mille +hommes. Mais dans ces cinquante mille hommes étaient compris +quinze mille Hongrois de l'insurrection. Sa perte était +donc réellement de quarante-cinq mille hommes.</p> + +<p>L'archiduc Ferdinand était entré à Varsovie avec le septième +corps formant quarante mille hommes. Il est réduit à +vingt-cinq mille. Sa perte est donc de quinze mille hommes.</p> + +<p>On voit comment ces différens calculs se vérifient.</p> + +<p>Le vice-roi a battu à Raab cinquante mille hommes avec +trente mille Français.</p> + +<p>A Esling quatre-vingt-dix mille hommes ont été battus +et contenus par trente mille Français qui les auraient mis dans +une complète déroute et détruits, sans l'événement des ponts +qui a produit le défaut de munitions.</p> + +<p>Les grands efforts de l'Autriche ont été le résultat du papier-monnaie, +et de la résolution que le gouvernement autrichien +a prise de jouer le tout pour le tout. Dans le péril d'une +banqueroute qui aurait pu amener une révolution, il a préféré +ajouter cinq cents millions à la masse de son papier-monnaie, +et tenter un dernier effort pour le faire escompter par l'Allemagne, +l'Italie et la Pologne. Il est fort probable que cette +raison ait influé plus que toute autre, sur ses déterminations.</p> + +<p>Pas un seul régiment français n'a été tiré d'Espagne, si ce +n'est la garde impériale.</p> + +<p>Le général comte Lauriston continue le siège de Raab avec +la plus grande activité. La ville brûle déjà depuis vingt-quatre +heures, et cette armée qui a remporté à Esling une si +grande victoire, qu'elle s'est emparée de vingt mille fusils et +de deux mille cuirasses; cette armée qui, à la bataille de +Kitsée, a tué tant de monde et fait tant de prisonniers; cette +armée qui, selon ses bulletins apocryphes, a obtenu de si grands +avantages à la bataille de Raab, voit tranquillement assiéger +et brûler ses principales places et inonder la Hongrie de partis, +et fait sauver son impératrice, ses dicastères, tous les effets +précieux de son gouvernement, jusqu'aux frontières de la +Turquie et aux extrémités les plus reculées de l'Europe.</p> + +<p>Un major autrichien a eu la fantaisie de passer le Danube +sur deux bateaux à l'embouchure de la Marsch. Le général +Gilly-Vieux s'est porté à sa rencontre avec quelques compagnies, +l'a jeté dans l'eau et lui a fait quarante prisonniers.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Vienne, 24 juin 1809.</p> + +<p class="milieu"><i>Vingt-deuxième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>La place de Raab a capitulé. Cette ville est une excellente +position au centre de la Hongrie. Son enceinte est bastionnée, +ses fossés sont pleins d'eau, et une inondation en couvre une +hommes, la principale armée autrichienne avait, avant la bataille +d'Esling quatre-vingt-dix mille hommes; il restait donc, +vingt-cinq mille hommes à l'archiduc Ferdinand à Varsovie, +et vingt-cinq mille hommes étaient disséminés dans le Tyrol, +dans la Croatie et répandus en partisans sur les confins de la +Bohème.</p> + +<p>L'armée autrichienne à Esling était composée du premier +corps commandé par le général Bellegarde, le seul qui n'eût pas +donné et qui fût encore entier, et des débris du deuxième, du +troisième, du quatrième, du cinquième et du sixième corps qui +avaient été écrasés dans les batailles précédentes. Si ces corps +n'avaient rien perdu et eussent été réunis tels qu'ils étaient +au commencement de la campagne, ils auraient formé deux +cent quarante mille hommes. L'ennemi n'avait pas plus de +quatre-vingt-dix mille hommes, ainsi l'on voit combien sont +énormes les pertes qu'il avait éprouvées.</p> + +<p>Lorsque l'archiduc Jean est entré en campagne, son armée +était composée des huitième et neuvième corps, formant quatre-vingt +mille hommes. A Raab elle se trouvait de cinquante +mille hommes. Sa perte aurait donc été de trente mille +hommes. Mais dans ces cinquante mille hommes étaient compris +quinze mille Hongrois de l'insurrection. Sa perte était +donc réellement de quarante-cinq mille hommes.</p> + +<p>L'archiduc Ferdinand était entré à Varsovie avec le septième +corps formant quarante mille hommes. Il est réduit à +vingt-cinq mille. Sa perte est donc de quinze mille hommes.</p> + +<p>On voit comment ces différens calculs se vérifient.</p> + +<p>Le vice-roi a battu à Raab cinquante mille hommes avec +trente mille Français.</p> + +<p>A Esling quatre-vingt-dix mille hommes ont été battus +et contenus par trente mille Français qui les auraient mis dans +une complète déroute et détruits, sans l'événement des ponts +qui a produit le défaut de munitions.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Vienne, 28 juin 1809.</p> + +<p class="milieu"><i>Vingt-troisième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Le 25 de ce mois, S. M. a passé en revue un grand nombre +de troupes sur les hauteurs de Schoenbrunn. On a remarqué +une superbe ligne de huit mille hommes de cavalerie dont +la garde faisait partie, et où ne se trouvait pas un régiment de +cuirassiers. On a remarqué également une ligne de deux cents +pièces de canon. La tenue et l'air martial des troupes excitaient +l'admiration des spectateurs.</p> + +<p>Samedi 24, à quatre heures après-midi, nos troupes sont +entrées à Raab. Le 25, la garnison prisonnière de guerre est +partie. Décompte fait, elle s'est trouvée monter à deux mille +cinq cents hommes.</p> + +<p>S. M. a donné au général de division Narbonne le commandement +de cette place et de tous les comitats hongrois +soumis aux armes françaises.</p> + +<p>Le duc d'Auerstaedt est devant Presbourg. L'ennemi travaillait +à des fortifications. On lui a intimé de cesser ses travaux +s'il ne voulait pas attirer de grands malheurs sur les +paisibles habitans. Il n'en a tenu compte: quatre cents bombes +et obus l'ont forcé de renoncer à son projet, mais le feu +a pris dans cette malheureuse ville, et plusieurs quartiers ont +été brûlés.</p> + +<p>Le duc de Raguse avec l'armée de Dalmatie a passé la +Drave le 22, et marchait sur Dratz.</p> + +<p>Le 24, le général Vandamme a fait embarquer à Molck +trois cents Wurtembergeois commandés par le général Kechler, +pour les jeter sur l'autre rive, et avoir des nouvelles. Le +débarquement s'est fait. Ces troupes ont mis en déroute deux +compagnies ennemies, et ont pris deux officiers et quatre-vingts +hommes du régiment de Mitrowski.</p> + +<p>Le prince de Ponte-Corvo et l'armée saxonne sont à Saint-Polien.</p> + +<p>Le duc de Dantzick qui est à Lintz, a fait faire une reconnaissance +sur la rive gauche par le général de Wrede. Tous les +postes ennemis ont été repoussés. On a pris plusieurs officiers +et une vingtaine d'hommes. L'objet de cette reconnaissance +était aussi de se procurer des nouvelles.</p> + +<p>La ville de Vienne est abondamment approvisionnée de +viande; l'approvisionnement de pain est plus difficile à cause +des embarras qu'on éprouve pour la mouture. Quant aux subsistances +de l'armée, elles sont assurées pour six mois: elle a +des vivres, du vin et des légumes en abondance. Le vin des +caves des couvens a été mis en magasin pour fournir aux +distributions à faire à l'armée. On a réuni ainsi plusieurs millions +de bouteilles.</p> + +<p>Le 10 avril, au moment même où le général autrichien +prostituait son caractère et tendait un piège au roi de Bavière, +en écrivant la lettre qui a été insérée dans tous les papiers +publics, le général Chasteller insurgeait le Tyrol et surprenait +sept cents conscrits français qui allaient à Augsbourg où +étaient leurs régimens, et qui marchaient sur la foi de la paix. +Obligés de se rendre et faits prisonniers, ils furent massacrés. +Parmi eux se trouvaient quatre-vingt Belges nés dans la même +ville que Chasteller. Dix-huit cents Bavarois, faits prisonniers +à la même époque, furent aussi massacrés. Chasteller +qui commandait fut témoin de ces horreurs. Non-seulement +il ne s'y opposa point, mais on l'accusa d'avoir souri à ce +massacre, espérant que les Tyroliens, ayant à redouter la +vengeance d'un crime dont ils ne pouvaient espérer le pardon, +seraient ainsi plus fortement engagés dans leur rébellion.</p> + +<p>Lorsque S. M. eut connaissance de ces atrocités, elle se +trouva dans une position difficile: si elle voulait recourir aux +représailles, vingt généraux, mille officiers, quatre-vingt +mille hommes faits prisonniers pendant le mois d'avril pouvaient +satisfaire aux mânes des malheureux Français si lâchement +égorgés. Mais des prisonniers n'appartiennent pas à la +puissance pour laquelle ils ont combattu; ils sont tous la +sauve-garde de l'honneur et de la générosité de la nation qui +les a désarmés. S. M. considéra Chasteller comme étant sans +aveu; car, malgré les proclamations furibondes et les discours +violens des princes de la maison de Lorraine, il était impossible +de croire qu'ils approuvaient de pareils attentats. S. M. +fit en conséquence publier l'ordre du jour suivant:</p> +<br><br><br> +<p class="droite">Au quartier-général impérial à Ens, le 5 mai 1809.</p> + +<p class="milieu"><i>Ordre du jour.</i></p> + +<p>D'après les ordres de l'empereur, le nommé Chasteller, +soi-disant général au service d'Autriche, moteur de l'insurrection +du Tyrol, et prévenu d'être l'auteur des massacres +commis sur les prisonniers bavarois et français par les insurgés, +sera traduit à une commission militaire, aussitôt qu'il +sera fait prisonnier, et passé par les armes s'il y a lieu, dans +les vingt-quatre heures qui suivront la saisie.</p> + +<p class="droite">BERTHIER.</p> + +<br><br> +<p>A la bataille d'Esling, le général Durosnel, portant un +ordre à un escadron avancé, fut fait prisonnier par vingt-cinq +hulans. L'empereur d'Autriche, fier d'un triomphe si facile, +fit publier un ordre du jour conçu en ces termes:</p> + +<p class="milieu"><i>Copie d'une lettre de S. M. l'empereur d'Autriche au +prince Charles.</i></p> + +<p>Mon cher frère,</p> + +<p>J'ai appris que l'empereur Napoléon a déclaré le marquis +de Chasteller hors du droit des gens. Cette conduite injuste +et contraire aux usages des nations, et dont on n'a aucun +exemple dans les dernières époques de l'histoire, m'oblige +d'user de représailles: en conséquence, j'ordonne que les généraux +français Durosnel et Foulers soient gardés comme +otages, pour subir le même sort et les mêmes traitemens que +l'empereur Napoléon se permettrait de faire éprouver au général +Chasteller. Il en coûte à mon coeur de donner un pareil +ordre, mais je le dois à mes braves guerriers et à mes braves +peuples, qu'un pareil sort peut atteindre au milieu des devoirs +qu'ils remplissent avec tant de dévouement. Je vous +charge de faire connaître cette lettre à l'armée, et de l'envoyer, +par un parlementaire, au major-général de l'empereur +Napoléon.</p> + +<p class="droite"><i>Signé</i> FRANÇOIS.</p> +<br><br> + +<p>Aussitôt que cet ordre du jour parvint à la connaissance +de S. M., elle ordonna d'arrêter le prince de Colloredo, le +prince Metternich, le comte de Pergen et le comte de Harddeck, +et de les conduire en France, pour répondre des jours +des généraux Durosnel et Foulers. Le major-général écrivit +au chef d'état-major de l'armée autrichienne la lettre ci-jointe:</p> +<br><br> + +<p class="milieu"><i>A monsieur le major-général de l'armée autrichienne.</i></p> + +<p>Monsieur,</p> + +<p>S. M. l'empereur a eu connaissance d'un ordre donné par +l'empereur François, qui déclare que les généraux français +Durosnel et Foulers, que les circonstances de la guerre ont +mis en son pouvoir, doivent répondre de la peine que les lois +de la justice infligeraient à M. Chasteller, qui s'est mis à la +tête des insurgés du Tyrol, et a laissé égorger sept cents prisonniers +français et dix-huit à dix-neuf cents Bavarois; crime +inouï dans l'histoire des nations, qui eût pu exciter une terrible +représaille contre quarante feld-maréchaux-lieutenans, +trente-six généraux-majors, plus de soixante colonels ou majors, +douze cents officiers et quatre-vingt mille soldats, qui +sont nos prisonniers, si S. M. ne regardait les prisonniers +comme placés sous sa foi ou son honneur, et d'ailleurs +n'avait eu des preuves que les officiers autrichiens du Tyrol +en ont été aussi indignés que nous.</p> + +<p>Cependant, S. M. a ordonné que le prince de Colloredo, +le prince Metternich, le comte Frédéric de Harddeck et le +comte Pergen, seraient arrêtés et transférés en France, pour +répondre de la sûreté des généraux Durosnel et Foulers, menacés +par l'ordre du jour de votre souverain. Ces officiers pourront +mourir, monsieur, mais ils ne mourront pas sans vengeance: +cette vengeance ne tombera sur aucun prisonnier, +mais sur les parens de ceux qui ordonneraient leur mort.</p> + +<p>Quant à M. Chasteller, il n'est pas encore au pouvoir de l'armée; +mais s'il est arrêté, vous pouvez compter que son procès +sera instruit, et qu'il sera traduit à une commission militaire. +Je prie votre excellence de croire aux sentimens de ma +haute considération.</p> + +<p class="droite">Le major-général<br> <i>Signé</i> BERTHIER.</p> +<br><br> + +<p>La ville de Vienne et le corps des états de la Basse-Autriche +sollicitèrent la clémence de S. M., et demandèrent à +envoyer une députation à l'empereur François, pour faire +sentir la déraison du procédé dont on usait à l'égard des généraux +Durosnel et Foulers, pour représenter que Chasteller +n'était pas condamné, qu'il n'était point arrêté, qu'il était +seulement traduit devant les tribunaux; que les pères, +les femmes, les enfans, les propriétés des généraux autrichiens +étaient entre les mains des Français, et que l'armée +française était décidée, si l'on attentait à un seul prisonnier, +à faire un exemple dont la postérité conserverait long-temps +le souvenir.</p> + +<p>L'estime que S. M. accorde aux bons habitans de Vienne +et aux corps des états, la détermina à accéder à cette demande. +Elle autorisa MM. de Colloredo, de Metternich, de Pergen +et de Harddeck à rester à Vienne, et la députation à partir +pour le quartier-général de l'empereur d'Autriche.</p> + +<p>Cette députation est de retour. L'empereur François a répondu +à ses représentations qu'il ignorait le massacre des prisonniers +français en Tyrol; qu'il compatissait aux maux de +la capitale et des provinces; que ses ministres l'avaient trompé, +etc., etc., etc. Les députés firent observer que tous les hommes +sages voient avec peine l'existence de cette poignée de +brouillons qui, par les démarches qu'ils conseillent, par les +proclamations, les ordres du jour, etc., etc., etc., qu'ils font +adopter, ne cherchent qu'à fomenter les passions et les haines, +et à exaspérer un ennemi maître de la Croatie, de la +Carniole, de la Carinthie, de la Styrie, de la Haute et de la +Basse-Autriche, de la capitale de l'empire et d'une grande +partie de la Hongrie; que les sentimens de l'empereur pour +ses sujets devaient le porter à calmer le vainqueur, plutôt +qu'à l'irriter, et à donner à la guerre le caractère qui lui est +naturel chez les peuples civilisés, puisque ce vainqueur pouvait +en appesantir les maux sur la moitié de la monarchie.</p> + +<p>On dit que l'empereur d'Autriche a répondu que la plupart +des écrits dont les députés voulaient parler, étaient controuvés; +que ceux, dont on ne désavouait pas l'existence, étaient +plus modérés; que les rédacteurs dont on se servait, étaient +d'ailleurs des commis français, et que, lorsque ces écrits +contenaient des choses inconvenantes, on ne s'en apercevait +que quand le mal était fait. Si cette réponse qui court dans +le public, est vraie, nous n'avons aucune observation à faire. +On ne peut méconnaître l'influence de l'Angleterre; car ce +petit nombre d'hommes, traîtres à leur patrie, est certainement +à la solde de cette puissance.</p> + +<p>Lorsque les députés ont passé à Bude, ils ont vu l'impératrice; +c'était quelques jours avant qu'elle fût obligée de +quitter cette ville. Ils l'ont trouvée changée, abattue et consternée +des malheurs qui menaçaient sa maison. L'opinion de +la monarchie est extrêmement défavorable à la famille de +cette princesse. C'est cette famille qui a excité à la guerre. +Les archiducs Palatin et Régnier sont les seuls princes autrichiens +qui aient insisté pour le maintien de la paix. L'impératrice +était loin de prévoir les événemens qui se sont passés. +Elle a beaucoup pleuré; elle a montré un grand effroi +du nuage épais qui couvre l'avenir; elle parlait de paix; +elle demandait la paix; elle conjurait les députés de parler à +l'empereur François en faveur de la paix. Ils ont rapporté +que la conduite de l'archiduc Maximilien avait été désavouée, +et que l'empereur d'Autriche l'avait envoyé au fond de la +Hongrie.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Vienne, 3 juillet 1809.</p> + +<p class="milieu"><i>Vingt-quatrième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Le général Broussier avait laissé deux bataillons du quatre-vingt-quatrième +régiment de ligne dans la ville de Gratz, et +s'était porté sur Vilden, pour se joindre à l'armée de Dalmatie.</p> + +<p>Le 26 juin, le général Giulay se présenta devant Gratz, +avec dix mille hommes, composés, il est vrai, de Croates et +de régimens des frontières. Le quatre-vingt-quatrième se +cantonna dans un des faubourgs de la ville, repoussa les attaques +de l'ennemi, les culbuta partout, lui prit cinq cents +hommes, deux drapeaux, et se maintint dans sa position pendant +quatorze heures, donnant le temps au général Broussier +de le secourir. Ce combat d'un contre dix, a couvert de gloire +le quatre-vingt-quatrième et son colonel, Gambin. Les drapeaux +ont été présentés à S. M. à la parade. Nous avons à regretter +vingt tués et quatre-vingt-douze blessés de ces braves +gens.</p> + +<p>Le duc d'Auerstaedt a fait attaquer le 30, une des îles du +Danube, peu éloignée de la rive droite, vis-à-vis Presbourg, +où l'ennemi avait quelques troupes.</p> + +<p>Le général Gudin a dirigé cette opération avec habileté: +elle a été exécutée par le colonel Decouz et par le vingt-unième +régiment d'infanterie de ligne, que commande cet officier. A +deux heures du matin, ce régiment, partie à la nage, partie +dans des nacelles, a passé le très-petit bras du Danube, s'est +emparé de l'île, a culbuté les quinze cents hommes qui s'y +trouvaient, a fait deux cent cinquante prisonniers, parmi +lesquels le colonel du régiment de Saint-Julien et plusieurs +officiers, et a pris trois pièces de canon que l'ennemi avait +débarquées pour la défense de l'île.</p> + +<p>Enfin, il n'existe plus de Danube pour l'armée française: le +général comte Bertrand a fait exécuter des travaux qui excitent +l'étonnement et inspirent l'admiration.</p> + +<p>Sur une largeur de quatre cents toises, et sur un fleuve le +plus rapide du monde, il a, en quinze jours, construit un +pont formé de soixante arches, où trois voitures peuvent passer +de front; un second pont de pilotis a été construit, mais +pour l'infanterie seulement, et de la largeur de huit pieds. +Après ces deux ponts, vient un pont de bateaux. Nous pouvons +donc passer le Danube en trois colonnes. Ces trois ponts +sont assurés contre toute insulte, même contre l'effet des +brûlots et machines incendiaires, par des estacades sur pilotis, +construites entre les îles, dans différentes directions, et dont +les plus éloignées sont à deux cent cinquante toises des ponts. +Quand on voit ces immenses travaux, on croit qu'on a employé +plusieurs années à les exécuter; ils sont cependant l'ouvrage +de quinze à vingt jours: ces beaux travaux sont défendus +par des têtes de pont ayant chacune seize cents toises +de développement, formées de redoutes palissadées, fraisées +et entourées de fosses pleins d'eau. L'île de Lobau est une +place forte: il y a des manutentions de vivres, cent pièces de +gros calibre et vingt mortiers ou obusiers de siège en batterie. +Vis-à-vis Esling, sur le dernier bras du Danube, est un pont +que le duc de Rivoli a fait jeter hier. Il est couvert par une +tête de pont qui avait été construite lors du premier passage.</p> + +<p>Le général Legrand, avec sa division, occupe les bois en +avant de la tête du pont. L'armée ennemie est en bataille, +couverte par des redoutes, la gauche à Euzendorf, la droite +à Gros-Aspern: quelques légères fusillades d'avant-postes ont +eu lieu.</p> + +<p>A présent que le passage du Danube est assuré, que nos +ponts sont à l'abri de toute tentative, le sort de la monarchie +autrichienne sera décidé dans une seule affaire.</p> + +<p>Les eaux du Danube étaient le premier juillet de quatre +pieds au-dessous des plus basses et de-treize pieds au-dessous +des plus hautes.</p> + +<p>La rapidité de ce fleuve dans cette partie est, lors des grandes +eaux, de sept à douze pieds, et lors de la hauteur moyenne, +de quatre pieds six pouces par seconde, et plus forte que sur +aucun autre point. En Hongrie, elle diminue beaucoup, et +à l'endroit où Trajan fit jeter un pont, elle est presque insensible. +Le Danube est là d'une largeur de quatre cent cinquante +toises; ici il n'est que de quatre cents. Le pont de +Trajan était un pont de pierres fait en plusieurs années. Le +pont de César, sur le Rhin, fut jeté, il est vrai, en huit jours, +mais aucune voiture chargée n'y pouvait passer.</p> + +<p>Les ouvrages sur le Danube sont les plus beaux ouvrages +de campagne qui aient jamais été construits.</p> + +<p>Le prince Gagarin, aide-de-camp de l'empereur de Russie, +est arrivé avant-hier à quatre heures du matin à Schoenbrunn, +au moment où l'empereur montait à cheval. Il était parti de +Pétersbourg le 8 juin. Il a apporté des nouvelles de la marche +de l'armée russe en Gallicie.</p> + +<p>Sa Majesté a quitté Schoenbrunn. Elle campe depuis deux +jours. Ses tentes sont fort belles et faites à la manière des +tentes égyptiennes.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Wolfersdorf, 8 juillet 1809.</p> + +<p class="milieu"><i>Vingt-cinquième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Les travaux du général comte Bertrand et du corps qu'il +commande, avaient, dès les premiers jours du mois, dompté +entièrement le Danube. S. M. résolut, sur-le-champ, de réunir +son armée dans l'île de Lobau, de déboucher sur l'armée +autrichienne et de lui livrer une bataille générale. Ce n'était +pas que la position de l'armée française ne fût très-belle à +Vienne; maîtresse de toute la rive droite du Danube, ayant +en son pouvoir l'Autriche et une forte partie de la Hongrie, +elle se trouvait dans la plus grande abondance. Si l'on éprouvait +quelques difficultés pour l'approvisionnement de la population +de Vienne, cela tenait à la mauvaise organisation de +l'administration, à quelques embarras que chaque jour aurait +fait cesser, et aux difficultés qui naissent naturellement de +circonstances telles que celles où l'on se trouvait, et dans un +pays où le commerce des grains est un privilége exclusif du +gouvernement. Mais comment rester ainsi séparé de l'armée +ennemie par un canal de trois ou quatre cents toises, lorsque +les moyens de passage avaient été préparés et assurés? +C'eût été accréditer les impostures que l'ennemi a débitées et +répandues avec tant de profusion dans son pays et dans les +pays voisins. C'était laisser du doute sur les événemens d'Esling; +c'était enfin autoriser à supposer qu'il y avait une égalité +de consistance entre deux armées si différentes, dont +l'une était animée et en quelque sorte renforcée par des succès +et des victoires multipliées, et l'autre était découragée par +les revers les plus mémorables.</p> + +<p>Tous les renseignemens que l'on avait sur l'armée autrichienne +portaient qu'elle était considérable, qu'elle avait été +recrutée par de nombreuses réserves, par les levées de Moravie +et de Hongrie, par toutes les landwehrs des provinces; +qu'elle avait remonté sa cavalerie par des réquisitions dans tous +les cercles, et triplé ses attelages d'artillerie en faisant d'immenses +levées de charrettes et de chevaux en Moravie, en +Bohême et en Hongrie. Pour ajouter de nouvelles chances en +leur faveur, les généraux autrichiens avaient établi des ouvrages +de campagne dont la droite était appuyée à Gros-Aspern +et la gauche à Enzersdorf.</p> + +<p>Les villages d'Aspern, d'Esling et d'Enzersdorf, et les intervalles +qui les séparaient, étaient couverts de redoutes palissadées, +fraisées et armées de plus de cent cinquante pièces +de canon de position, tirées des places de la Bohême et de la +Moravie. On ne concevait pas comment il était possible qu'avec +son expérience de la guerre, l'empereur voulût attaquer des +ouvrages si puissamment défendus, soutenus par une armée +qu'on évaluait à deux cent mille hommes, tant de troupes +de ligne que des milices et de l'insurrection, et qui étaient +appuyés par une artillerie de huit ou neuf cents pièces de +campagne. Il paraissait plus simple de jeter de nouveaux +ponts sur le Danube, quelques lieues plus bas, et de rendre +ainsi inutile le champ de bataille préparé par l'ennemi. Mais +dans ce dernier cas, on ne voyait pas comment écarter les inconvéniens +qui avaient déjà failli être funestes à l'armée, et +parvenir en deux ou trois jours à mettre ces nouveaux ponts +à l'abri des machines de l'ennemi.</p> + +<p>D'un autre côté, l'empereur était tranquille. On voyait +élever ouvrages sur ouvrages dans l'île de Lobau, et établir +sur le même point, plusieurs ponts sur pilotis et plusieurs +rangs d'estacades.</p> + +<p>Cette situation de l'armée française, placée entre ces deux +grandes difficultés, n'avait pas échappé à l'ennemi. Il convenait +que son armée trop nombreuse et pas assez maniable, +s'exposerait à une perte certaine, si elle prenait l'offensive; +mais en même temps, il croyait qu'il était impossible de le +déposter de la position centrale où il couvrait la Bohême, la +Moravie et une partie de la Hongrie. Il est vrai que cette +position ne couvrait pas Vienne et que les Français étaient +en possession de cette capitale; mais cette position était, +jusqu'à un certain point, disputée, puisque les Autrichiens +se maintenaient maîtres du Danube, et empêchaient les arrivages +des choses les plus nécessaires à la subsistance d'une si +grande cité.</p> + +<p>Telles étaient les raisons d'espérance et de crainte, et +la matière des conversations des deux armées, lorsque le +premier juillet, à quatre heures du matin, l'empereur +porta son quartier-général à l'île Lobau, qui avait déjà +été nommée, par les ingénieurs, île Napoléon; une petite +île à laquelle on avait donné le nom du duc de Montebello +et qui battait Enzersdorf, avait été armée de dix mortiers et +de vingt pièces de dix-huit. Une autre île, nommée île Espagne, +avait été armée de six pièces de position de douze et de +quatre mortiers. Entre ces deux îles, on avait établi une batterie +égale en force à celle de l'île Montebello et battant également +Enzersdorf. Ces soixante-deux pièces de position avaient +le même but et devaient, en deux heures de temps, raser la +petite ville d'Enzersdorf, en chasser l'ennemi, et en détruire +les ouvrages. Sur la droite, l'île Alexandre, armée de quatre +mortiers, de dix pièces de douze et de douze pièces de six de +position, avaient pour but de battre la plaine et de protéger +le ploiement et le déploiement de nos ponts.</p> + +<p>Le 2, un aide-de-camp du duc de Rivoli passa avec +cinq cents voltigeurs, dans l'île du Moulin, et s'en empara. +On arma cette île; on la joignit au continent par un petit pont +qui allait à la rive gauche. En avant, on construisit une petite +flèche que l'on appela redoute Petit. Le soir, les redoutes +d'Esling, en parurent jalouses: ne doutant pas que ce ne fût +une première batterie que l'on voulait faire agir contre elles, +elles tirèrent avec la plus grande activité. C'était précisément +l'intention que l'on avait eue en s'emparant de cette île; on +voulait y attirer l'attention de l'ennemi pour la détourner du +véritable but de l'opération.</p> + +<p class="milieu"><i>Passage du bras du Danube à l'île Lobau.</i></p> + +<p>Le 4, à dix heures du soir, le général Oudinot fit embarquer, +sur le grand bras du Danube, quinze cents voltigeurs, +commandés par le général Conroux. Le colonel Baste, avec +dix chaloupes canonnières, les convoya et les débarqua au-delà +du petit bras de l'île Lobau dans le Danube. Les batteries de +l'ennemi furent bientôt écrasées, et il fut chassé des bois jusqu'au +village de Muhllenten.</p> + +<p>À onze heures du soir les batteries dirigées contre Enzersdorf +reçurent l'ordre de commencer leur feu. Les obus brûlèrent +cette infortunée petite ville, et en moins d'une demi-heure +les batteries ennemies furent éteintes.</p> + +<p>Le chef de bataillon Dessales, directeur des équipages des +ponts, et un ingénieur de marine avaient préparé, dans le +bras de l'île Alexandre, un pont de quatre-vingts toises d'une +seule pièce et cinq gros bacs.</p> + +<p>Le colonel Sainte-Croix, aide-de-camp du duc de Rivoli, +se jeta dans des barques avec deux mille cinq cents hommes +et débarqua sur la rive gauche.</p> + +<p>Le pont d'une seule pièce, le premier de cette espèce qui, +jusqu'à ce jour, ait été construit, fut placé en moins de cinq +minutes, et l'infanterie y passa au pas accéléré.</p> + +<p>Le capitaine Buzelle jeta un pont de bateaux en une heure +et demie.</p> + +<p>Le capitaine Payerimoffe jeta un pont de radeaux en deux +heures.</p> + +<p>Ainsi, à deux heures après minuit, l'armée avait quatre +ponts, et avait débouché, la gauche à quinze cents toises au-dessous +d'Enzersdorf, protégée par les batteries, et la droite +sur Vittau. Le corps du duc de Rivoli forma la gauche; celui +du comte Oudinot le centre, et celui du duc d'Auerstaedt la +droite. Les corps du prince de Ponte-Corvo, du vice-roi et du +duc de Raguse, la garde et les cuirassiers formaient la seconde +ligne et les réserves. Une profonde obscurité, un violent orage +et une pluie qui tombait par torrens, rendait cette nuit aussi +affreuse qu'elle était propice à l'armée française et qu'elle devait +lui être glorieuse.</p> + +<p>Le 5, aux premiers rayons du soleil, tout le monde reconnut +quel avait été le projet de l'empereur, qui se trouvait +alors avec son armée en bataille sur l'extrémité de la +gauche de l'ennemi, ayant tourné ses camps retranchés, +ayant rendu tous ses ouvrages inutiles, et obligeant ainsi les +Autrichiens à sortir de leurs positions et à venir lui livrer bataille, +dans le terrain qui lui convenait. Ce grand problème +était résolu, et sans passer le Danube ailleurs, sans recevoir +aucune protection des ouvrages qu'on avait construits, on forçait +l'ennemi à se battre à trois quarts de lieue de ses redoutes. +On présagea dès-lors les plus grands et les plus heureux +résultats.</p> + +<p>A huit heures du matin, les batteries qui tiraient sur Enzersdorf +avaient produit un tel effet que l'ennemi s'était +borné à laisser occuper cette ville par quatre bataillons. Le +duc de Rivoli fit marcher contre elle son premier aide-de-camp +Sainte-Croix, qui n'éprouva pas une grande résistance, +s'en empara et fit prisonnier tout ce qui s'y trouvait.</p> + +<p>Le comte Oudinot cerna le château de Sachsengand que +l'ennemi avait fortifié, fit capituler les neuf cents hommes +qui le défendaient, et prit douze pièces de canon. +L'empereur fit alors déployer toute l'armée dans l'immense +plaine d'Enzersdorf.</p> + +<p class="milieu"><i>Bataille d'Enzersdorf.</i></p> + +<p>Cependant, l'ennemi, confondu dans ses projets, revint +peu a peu de sa surprise, et tenta de ressaisir quelques avantages +dans ce nouveau champ de bataille. A cet effet, il détacha +plusieurs colonnes d'infanterie, un bon nombre de pièces +d'artillerie, et sa cavalerie tant de ligue qu'insurgée, pour +essayer de déborder la droite de l'armée française. En conséquence, +il vint occuper le village de Rutzendorf. L'empereur +ordonna au général Oudinot de faire enlever ce village, à la +droite duquel il fit passer le duc d'Auerstaedt, pour se diriger +sur le quartier-général du prince Charles, en marchant +toujours de la droite a la gauche.</p> + +<p>Depuis midi jusqu'à neuf heures du soir, on manoeuvra +dans cette immense plaine; on occupa tous les villages, et à +mesure qu'on arrivait à la hauteur des camps retranchés de +l'ennemi, ils tombaient d'eux-mêmes et comme par enchantement. +Le duc de Rivoli les faisait occuper sans résistance. +C'est ainsi que nous nous sommes emparés des ouvrages d'Esling +et de Gros-Aspern, et que le travail de quarante jours +n'a été d'aucune utilité à l'ennemi. Il fit quelque résistance au +village de Raschdorf, que le prince de Ponte-Corvo fit attaquer +et enlever par les Saxons. L'ennemi fut partout mené +battant et écrasé par la supériorité de notre feu. Cet immense +champ de bataille resta couvert de ses débris.</p> + +<p class="milieu"><i>Bataille de Wagram.</i></p> + +<p>Vivement effrayé des progrès de l'armée française et des +grands résultats qu'elle obtenait presque sans effort, l'ennemi +fit marcher presque toutes ses troupes, et à six heures du +soir, il occupa la position suivante: sa droite, de Stadelau à +Gerardorf; son centre, de Gerardorf à Wagram, et sa gauche, +de Wagram à Neusiedel. L'armée française avait sa +gauche à Gros-Aspern, son centre à Raschdorf, et sa droite +à Gluzendorf. Dans cette position, la journée paraissait presque +finie, et il fallait s'attendre à avoir le lendemain une +grande bataille; mais on l'évitait et on, coupait la position de +l'ennemi en l'empêchant de concevoir aucun système, si dans +la nuit on s'emparait du village de Wagram. Alors sa ligne, +déjà immense, prise à la hâte et par les chances du combat, +laissait errer les différens corps de l'armée sans ordre et sans +direction, et on en aurait eu bon marché sans engagement +sérieux. L'attaque de Wagram eut lieu, nos troupes emportèrent +ce village; mais une colonne de Saxons et une colonne +de Français se prirent dans l'obscurité pour des troupes ennemies, +et cette opération fut manquée.</p> + +<p>On se prépara alors à la bataille de Wagram. Il parait que +les dispositions du général français et du général autrichien +furent inverses. L'empereur passa toute la nuit à rassembler +ses forces sur son centre où il était de sa personne à une portée +de canon de Wagram. A cet effet, le duc de Rivoli se +porta sur la gauche d'Aderklau en laissant sur Aspern une +seule division qui eut ordre de se replier en cas d'événement +sur l'île de Lobau. Le duc d'Auerstaedt recevait l'ordre de +dépasser le village de Grosshoffen pour s'approcher du centre. +Le général autrichien, au contraire, affaiblissait son +centre pour garnir et augmenter ses extrémités auxquelles il +donnait une nouvelle étendue.</p> + +<p>Le 6, à la pointe du jour, le prince de Ponte-Corvo occupa +la gauche, ayant en seconde ligne le duc de Rivoli. Le +vice-roi le liait au centre, où le corps du comte Oudinot, celui +du duc de Raguse, ceux de la garde impériale, et les divisions +de cuirassiers formaient sept ou huit lignes.</p> + +<p>Le duc d'Auerstaedt marcha de la droite pour arriver au +centre. L'ennemi, au contraire, mettait le corps de Bellegarde +en marche sur Stadelau. Les corps de Kollowrath, de +Lichtenstein et de Hiller liaient cette droite à la position de +Wagram où était le prince de Hohenzollern, et à l'extrémité +de la gauche à Neusiedel, où débouchait le corps de Rosemberg +pour déborder également le duc d'Auerstaedt. Le corps +de Rosemberg et celui du duc d'Auerstaedt faisant un mouvement +inverse, se rencontrèrent aux premiers rayons du soleil, +et donnèrent le signal de la bataille. L'empereur se porta aussitôt +sur ce point, fit renforcer le duc d'Auerstaedt par la division +de cuirassiers du duc de Padoue, et fit prendre le +corps de Rosemberg en flanc par une batterie de douze pièces +de la division du général comte de Nansouty. En moins de +trois quarts d'heure le beau corps du duc d'Auerstaedt eut +fait raison du corps de Rosemberg, le culbuta et le rejeta au-delà +de Neusiedel après lui avoir fait beaucoup de mal.</p> + +<p>Pendant ce temps, la canonnade s'engageait sur toute la +ligne et la disposition de l'ennemi se développait de moment +en moment. Toute sa gauche se garnissait d'artillerie. On eût +dit que le général autrichien ne se battait pas pour la victoire, +mais qu'il n'avait en vue que le moyen d'en profiter. Cette +disposition de l'ennemi paraissait si insensée, que l'on craignait +quelque piège, et que l'empereur différa quelque temps +avant d'ordonner les faciles dispositions qu'il avait à faire +pour annuler celles de l'ennemi et les lui rendre funestes. Il +ordonna au duc de Rivoli de faire une attaque sur un village +qu'occupait l'ennemi, et qui pressait un peu l'extrémité du +centre de l'armée. Il ordonna au duc d'Auerstaedt de tourner +la position de Neusiedel et de pousser de là sur Wagram +au moment où déboucherait le duc de Rivoli.</p> + +<p>Sur ces entrefaites, on vint prévenir que l'ennemi attaquait +avec fureur le village qu'avait enlevé le duc de Rivoli, que +notre gauche était débordée de trois mille toises, qu'une vive +canonnade se faisait déjà entendre à Gros-Aspern, et que +l'intervalle de Gros-Aspern à Wagram paraissait couvert +d'une immense ligne d'artillerie. Il n'y eut plus à douter; +l'ennemi commettait une énorme faute; il ne s'agissait que +d'en profiter. L'empereur ordonna sur-le-champ au général +Macdonald de disposer les divisions Broussier et Lamarque +en colonnes d'attaque; il les fit soutenir par la division du général +Nansouty, par la garde à cheval, et par une batterie +de soixante pièces de la garde et de quarante pièces de différens +corps. Le général comte de Lauriston, à la tête de cette +batterie de cent pièces d'artillerie, marcha au trot à l'ennemi, +s'avança sans tirer jusqu'à demi-portée de canon, +et là commença un feu prodigieux qui éteignit celui de l'ennemi, +et porta la mort dans ses rangs. Le général Macdonald +marcha alors au pas de charge; le général de division +Reille, avec la brigade de fusiliers et de tirailleurs de la +garde, soutenait le général Macdonald. La garde avait fait +un changement de front pour rendre cette attaque infaillible. +Dans un clin d'oeil, le centre de l'ennemi perdit une lieue de +terrain; sa droite, épouvantée, sentit le danger de la position +où elle s'était placée, et rétrograda en grande hâte. Le duc +de Rivoli l'attaqua alors en tète. Pendant que la déroute du +centre portait la consternation et forçait les mouvemens de la +droite de l'ennemi, sa gauche était attaquée et débordée par +le duc d'Auerstaedt, qui avait enlevé Neusiedel, et qui, étant +monté sur le plateau, marchait sur Wagram. La division +Broussier et la division Gudin se sont couvertes de gloire.</p> + +<p>Il n'était alors que dix heures du matin, et les hommes les +moins clairvoyans voyaient que la journée était décidée et +que la victoire était à nous.</p> + +<p>A midi, le comte Oudinot marcha sur Wagram pour aider +à l'attaque du duc d'Auerstaedt. Il y réussit et enleva cette +importante position. Dès dix heures, l'ennemi ne se battait +plus que pour sa retraite; dès midi, elle était prononcée et se +faisait en désordre, et beaucoup avant la nuit, l'ennemi était +hors de vue. Notre gauche était placée à Jetessée et Ebersdorf, +notre centre sur Obersdorf, et la cavalerie de notre +droite avait des postes jusqu'à Shoukirchen.</p> + +<p>Le 7, à la pointe du jour, l'armée était en mouvement et +marchait sur Kornenbourg et Wolkersdorf, et avait des postes +sur Nicolsbourg. L'ennemi, coupé de la Hongrie et de la +Moravie, se trouvait acculé du côté de la Bohême.</p> + +<p>Tel est le récit de la bataille de Wagram, bataille décisive +et à jamais célèbre, où trois à quatre cent mille hommes, +douze à quinze cents pièces de canon se battaient pour +de grands intérêts, sur un champ de bataille étudié, médité, +fortifié par l'ennemi depuis plusieurs mois. Dix drapeaux, quarante +pièces de canon, vingt mille prisonniers, dont trois ou +quatre cents officiers et bon nombre de généraux, de colonels +et de majors, sont les trophées de cette victoire. Les champs +de bataille sont couverts de morts, parmi lesquels on trouve +les corps de plusieurs généraux, et entre autres d'un nommé +Normann, Français, traître à sa patrie, qui avait prostitué +ses talens contre elle.</p> + +<p>Tous les blessés de l'ennemi sont tombés en notre pouvoir. +Ceux qu'il avait évacués au commencement de l'action, ont +été trouvés dans les villages environnans. On peut calculer +que le résultat de cette bataille sera de réduire l'armée +autrichienne à moins de soixante mille hommes.</p> + +<p>Notre perte a été considérable: on l'évalue à quinze cents +hommes tués et à trois ou quatre mille blessés. +Le duc d'Istrie, au moment où il disposait l'attaque de la +cavalerie, a eu son cheval emporté d'un coup de canon; le +boulet est tombé sur sa selle, et lui a fait une légère contusion +à la cuisse.</p> + +<p>Le général de division Lasalle a été tué d'une balle. C'était +un officier du plus grand mérite et l'un de nos meilleurs +généraux de cavalerie légère.</p> + +<p>Le général bavarois de Wrede, et les généraux Seras, +Grenier, Vignolle, Sahuc, Frère et Defrance ont été blessés.</p> + +<p>Le colonel prince Aldobrandini a été frappé au bras par +une balle. Les majors de la garde Daumesnil et Corbineau et +le colonel Sainte-Croix, ont aussi été blessés. L'adjudant-commandant +Duprat a été tué. Le colonel du neuvième d'infanterie +de ligne est resté sur le champ de bataille. Ce régiment +s'est couvert de gloire.</p> + +<p>L'état-major fait dresser l'état de nos pertes.</p> + +<p>Une circonstance particulière de cette grande bataille, c'est +que les colonnes les plus rapprochées de Vienne n'en étaient +pas à douze cents toises. La nombreuse population de cette +capitale couvrait les tours, les clochers, les toits, les monticules +pour être témoin de ce grand spectacle.</p> + +<p>L'empereur d'Autriche avait quitté Wolkersdorf le 6, à +cinq heures du matin, et était monté sur un belvédère d'où +il voyait le champ de bataille, et où il est resté jusqu'à midi. +Il est alors parti en toute hâte.</p> + +<p>Le quartier-général français est arrivé à Wolkersdorf, dans +la matinée du 7.</p> +<br><br><br> + + + +<p class="droite">Wolkersdorf, 9 juillet 1809.</p> + +<p class="milieu"><i>Vingt-sixième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>La retraite de l'ennemi est une déroute. On a ramassé une +partie de ses équipages; ses blessés sont tombés en notre +pouvoir; on compte déjà au-delà de douze mille hommes; +tous les villages en sont remplis. Dans cinq de ses hôpitaux +seulement on en a trouvé plus de six mille.</p> + +<p>Le duc de Rivoli, poursuivant l'ennemi par Stokerau, est +déjà arrivé à Hollabrunn.</p> + +<p>Le duc de Raguse l'avait d'abord suivi sur la route de +Brunn, qu'il a quittée à Wolfersdorf pour prendre celle de +Znaïm. Aujourd'hui, à neuf heures du matin, il a rencontré +à Laa une arrière-garde qu'il a culbutée, et à laquelle il a +fait neuf cents prisonniers. Il sera demain à Znaïm.</p> + +<p>Le duc d'Auerstaedt est arrivé aujourd'hui à Nicolsbourg.</p> + +<p>L'empereur d'Autriche, le prince Antoine, une suite +d'environ deux cents calèches, carrosses et autres voitures, +ont couché, le 6, à Erensbrunn; le 7, à Hollabrunn, et +le 8 à Znaïm, d'où ils sont partis le 9 au matin: selon les rapports +des gens du pays qui les conduisaient, leur abattement +était extrême.</p> + +<p>L'un des princes de Rohan a été trouvé blessé sur le champ +de bataille. Le feld-maréchal lieutenant Wussakowicz est +parmi les prisonniers.</p> + +<p>L'artillerie de la garde s'est couverte de gloire; le major +d'Aboville qui la commandait, a été blessé. L'empereur l'a fait +général de brigade. Le chef d'escadron d'artillerie Grenier a +eu un bras emporté. Ces intrépides canonniers ont montré +toute la puissance de cette arme terrible.</p> + +<p>Les chasseurs à cheval de la garde ont chargé, le jour de là +bataille de Wagram, trois carrés d'infanterie qu'ils ont enfoncés; +ils ont pris quatre pièces de canon. Les chevau-légers +polonais de la garde ont chargé un régiment de lanciers. +Ils ont fait prisonnier le prince d'Awersperg et pris deux pièces +de canon.</p> + +<p>Les hussards saxons d'Albert ont chargé les cuirassiers +d'Albert, et leur ont pris un drapeau. C'était une chose fort +singulière de voir deux régimens appartenant au même colonel +combattre l'un contre l'autre.</p> + +<p>Il paraît que l'ennemi abandonne la Moravie et la Hongrie +et se retire en Bohême.</p> + +<p>Les routes sont couvertes de gens de la landwehr et de la +levée en masse, qui retournent chez eux.</p> + +<p>Les pertes que la désertion ajoute à celles que l'ennemi a +éprouvées, en tués, blessés et prisonniers, concourent a l'anéantissement +de cette armée.</p> + +<p>Les nombreuses lettres interceptées font un tableau frappant +du mécontentement de l'armée ennemie et du désordre +qui y règne.</p> + +<p>A présent que la monarchie autrichienne est sans espérance, +ce serait mal connaître le caractère de ceux qui l'ont +gouvernée, que de ne pas s'attendre qu'ils s'humilieront, +comme ils le firent après la bataille d'Austerlitz. A cette époque +ils étaient, comme aujourd'hui, sans espoir, et ils épuisèrent +les protestations et les sermens.</p> + +<p>Pendant la journée du 6, l'ennemi a jeté sur la rive droite +du Danube quelques centaines d'hommes des postes d'observation. +Ils se sont rembarques après avoir perdu quelques +hommes tués ou faits prisonniers.</p> + +<p>La chaleur a été excessive ces jours-ci; le thermomètre a +été presque constamment à vingt-six degrés.</p> + +<p>Le vin est en très-grande abondance. Il y a tel village où +on eu a trouvé jusqu'à trois millions de pintes. Il n'a heureusement +aucune qualité malfaisante.</p> + +<p>Vingt villages, les plus considérables de la belle plaine de +Vienne, et tels qu'on en voit aux environs d'une grande +capitale, ont été brûlés pendant la bataille. La juste haine de +la nation se prononce contre les hommes criminels qui ont attiré +tous ces malheurs sur elle.</p> + +<p>Le général de brigade Laroche est entré, le 28 juin, avec +un corps de cavalerie, à Nuremberg et s'est dirigé sur Bayreuth; +il a rencontré l'ennemi à Besentheim, l'a fait charger +par le premier régiment provisoire de dragons, a sabré tout +ce qui s'est trouvé devant lui, et a pris deux pièces de +canon.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Znaïm, 13 juillet 1809.</p> + +<p class="milieu"><i>Vingt-septième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Le 10, le duc de Rivoli a battu devant Hollabrunn l'arrière-garde +ennemie.</p> + +<p>Le même jour à midi, le duc de Raguse, arrivé sur les hauteurs +de Znaïm, vit les bagages et l'artillerie de l'ennemi qui +filaient sur la Bohême. Le général Bellegarde lui écrivit que +le prince Jean de Lichtenstein se rendait auprès de l'empereur +avec une mission de son maître, pour traiter de la paix, +et demanda en conséquence une suspension d'armes. Le duc +de Raguse répondit qu'il n'était pas en son pouvoir d'accéder à +cette demande, mais qu'il allait en rendre compte à l'empereur. +En attendant il attaqua l'ennemi, lui enleva une belle +position, lui fit des prisonniers et prit deux drapeaux.</p> + +<p>Le même jour au matin, le duc d'Auerstaedt avait passé +la Taya vis-à-vis Nicolsbourg, et le général Grouchy avait +battu l'arriére-garde du prince de Rosemberg et lui avait fait +quatre cent cinquante prisonniers du régiment du prince +Charles.</p> + +<p>Le 11 a midi, l'empereur arriva vis-à-vis Znaïm. Le combat +était engagé. Le duc de Raguse avait débordé la ville, et le duc +de Rivoli s'était emparé du pont et avait occupé la fabrique de +tabac. On avait pris à l'ennemi, dans les différens engagemens de +celle journée, trois mille hommes, deux drapeaux et trois pièces +de canon. Le général de brigade Bruyères, officier d'une grande +espérance, a été blessé. Le général de brigade Guiton a fait +une belle charge avec le dixième de cuirassiers. L'empereur +instruit que le prince Jean de Lichtenstein, envoyé auprès +de lui, était entré dans nos avant-postes, fît cesser le feu. Un +armistice fut signé à minuit chez le prince de Neufchâtel. Le +prince de Lichtenstein a été présenté à l'empereur dans sa +tente à deux heures du matin.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Znaïm, en Moravie, 13 juillet 1809.</p> + +<p class="milieu"><i>Circulaire aux évéques.</i></p> + +<p>M. l'évêque de......, les victoires d'Enzersdorf et de Wagram, +où le Dieu des armées a si visiblement protégé les armées +françaises, doivent exciter la plus vive reconnaissance +dans le coeur de nos peuples. Notre intention est donc qu'au +reçu de la présente vous vous concertiez avec qui de droit +pour réunir nos peuples dans les églises, et adresser au ciel +des actions de grâces et des prières conformes aus sentimens +qui nous animent.</p> + +<p>Notre Seigneur Jésus-Christ, quoique issu du sang de David, +ne voulut aucun règne temporel. Il voulut au contraire +qu'on obéît à César dans le règlement des affaires de la +terre; il ne fut animé que du grand objet de la rédemption, +et du salut des âmes. Héritier du pouvoir de César, nous +sommes résolus à maintenir l'indépendance de notre trône et +de nos droits. Nous persévérons dans le grand oeuvre du rétablissement +de la religion. Nous environnerons ses ministres +de la considération que nous seul pouvons leur donner. +Nous écouterons leur voix dans tout ce qui a rapport au spirituel +et au règlement des consciences.</p> + +<p>Au milieu des soins des camps, des alarmes et des sollicitudes +de la guerre, nous avons été bien aise de vous donner +connaissance de ces sentimens afin de faire tomber dans le mépris +ces oeuvres de l'ignorance et de la faiblesse, de la méchanceté +ou de la démence, par lesquelles on voudrait semer le +trouble et le désordre dans nos provinces. On ne nous détournera +pas du grand but vers lequel nous tendons, et que +nous avons déjà en partie heureusement atteint, le rétablissement +des autels de notre religion, en nous portant à croire +que ses principes sont incompatibles, comme l'ont prétendu +les Grecs, les Anglais, les protestans et les calvinistes, avec +l'indépendance des trônes et des nations. Dieu nous a assez +éclairé pour que nous soyons loin de partager de pareilles +erreurs: notre coeur et ceux de nos sujets n'éprouvent point +de semblables craintes. Nous savons que ceux qui voudraient +faire dépendre de l'intérêt d'un temporel périssable, l'intérêt +éternel des consciences et des affaires spirituelles, sont hors +de la charité, de l'esprit et de la religion de celui qui a dit: +Mon empire n'est pas dans ce monde. Cette lettre n'étant à +d'autres fins, je prie Dieu, monsieur l'évêque, qu'il vous +ait en sa sainte garde.</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Vienne, 14 juillet 1809.</p> + +<p class="milieu"><i>Vingt-huitième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Le Danube a crû de six pieds. Les ponts de bateaux qu'on +avait établis devant Vienne depuis la bataille de Wagram, ont +été rompus par les effets de la crue. Mais nos ponts d'Ebersdorf, +solides et permanens, n'en ont pas souffert. Ces ponts +et les ouvrages de l'île de Lobau sont le sujet de l'admiration +des militaires autrichiens. Ils avouent que de tels travaux à la +guerre sont sans exemple depuis les Romains.</p> + +<p>L'archiduc Charles ayant envoyé le général-major Weisseuvof +complimenter l'empereur, et depuis, le baron Wimpffen +et le prince Jean de Lichtenstein ayant fait la même politesse +en son nom, S. M., a jugé à propos de lui envoyer le duc +de Frioul, grand-maréchal du palais, qui l'a trouvée Budweis et +a passé une partie de la journée d'hier à son quartier-général.</p> + +<p>L'empereur est parti hier à neuf heures du matin de son +camp de Znaïm, et est arrivé au palais de Schoenbrunn à trois +heures après-midi. +S. M. a visité les environs du village de Spilz qui forme la +tête du pont de Vienne. Elle a ordonné au général comte Bertrand +différens ouvrages qui doivent avoir été tracés et commencés +aujourd'hui.</p> + +<p>Le pont sur pilotis de Vienne sera rétabli dans le plus court +délai.</p> + +<p>S. M. a nommé maréchaux de l'empire le général Oudinot, +le duc de Raguse et le général Macdonald; le nombre des maréchaux +était de onze. Cette nomination le porte à quatorze: +il reste encore deux places vacantes. Les places de colonel-général +des Suisses et de colonel-général des chasseurs sont +aussi vacantes.</p> + +<p>Le colonel-général des chasseurs est, d'après nos constitutions, +grand-officier de l'empire.</p> + +<p>S. M. a témoigné sa satisfaction de la manière dont la chirurgie +a servi, et particulièrement des services du chirurgien +en chef Heurteloup.</p> + +<p>Le 7, S. M. traversant le champ de bataille a fait enlever +un grand nombre de blessés et y a laissé le duc de Frioul, +grand-maréchal du palais, qui y a passé toute la journée.</p> + +<p>Le nombre des blessés autrichiens tombés en notre pouvoir +s'élève de douze à treize mille.</p> + +<p>Les Autrichiens ont eu dix-neuf généraux tués ou blessés. +On a remarqué comme un fait singulier que les officiers français, +soit de l'ancienne France, soit des nouvelles provinces, +qui se trouvaient au service d'Autriche, ont pour la plupart +péri.</p> + +<p>On a intercepté plusieurs courriers, et l'on a trouvé dans +les lettres dont ils étaient porteurs, une correspondance suivie +de Gentz avec le comte Stadion. L'influence de ce misérable +dans les grandes décisions du cabinet autrichien est ainsi matériellement +prouvée. Voilà les instrumens dont l'Angleterre +se servait comme d'une nouvelle boîte de Pandore pour souffler +les tempêtes et répandre les poisons sur le continent.</p> + +<p>Le corps du duc de Rivoli forme ses camps dans le cercle +de Znaïm. Celui du duc d'Auerstaedt dans le cercle de Brunn; +celui du maréchal duc de Raguse dans le cercle de Korn-Neubourg; +celui du maréchal Oudinot, en avant de Vienne à +Spitz; celui du vice-roi, sur Presbourg et Gratz. La garde +impériale rentre dans les environs de Schoenbrunn.</p> + +<p>La récolte est très-belle et partout d'une grande abondance. +L'armée est cantonnée dans de superbes pays, riches en denrées +de toutes espèces, et surtout en vins.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Vienne, 22 juillet 1809.</p> + +<p class="milieu"><i>Vingt-neuvième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Les généraux Durosnel et Foulers sont arrivés au quartier-général. +Les conjectures qu'on avait formées au sujet du général Durosnel +se sont toutes trouvées fausses. Il n'a pas été +blessé; il n'a pas eu de cheval tué sous lui; mais en revenant +de porter au duc de Montebello, dans la journée du 22 mai, +l'ordre de concentrer son mouvement à cause de la rupture +des ponts, il traversa un ravin où il trouva vingt-cinq hussards +qu'il croyait former un de nos postes. Il ne s'aperçut +qu'ils étaient ennemis qu'au moment où ils lui sautèrent au +collet. Comme on avait été long-temps sans avoir de ses nouvelles, +et d'après quelques autres indices, on l'avait cru mort.</p> + +<p>Le général de division Reynier a pris le commandement des +Saxons, et a occupé Presbourg.</p> + +<p>Le maréchal Macdonald s'est mis en marche pour aller +prendre possession de la citadelle de Gratz, où il doit être +entré aujourd'hui.</p> + +<p>Le maréchal duc de Raguse a campé ses troupes sur les +hauteurs de Krems.</p> + +<p>S. M. assiste tous les matins aux parades de la garde, qui +sont fort belles. Les vélites et les grenadiers à pied de la garde +italienne se font remarquer par une excellente tenue.</p> + +<p>Le prince Jean de Lichtenstein revenant de Bude, a été présenté +le 18 à S. M. Il apportait une lettre de l'empereur +d'Autriche.</p> + +<p>Le comte de Bubna, général-major aide-de-camp de l'empereur +d'Autriche, a dîné plusieurs fois chez M. le comte +Champagny.</p> + +<p>Sur les rives du Danube on a rassemblé et réparé les bateaux +du commerce qui avaient été dispersés par les événemens +de la guerre, et on les charge partout de bois, de légumes, +de blés et de farines. On en voit arriver chaque jour.</p> + +<p>Toute l'armée est campée.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Vienne, 30 juillet 1809.</p> + +<p class="milieu"><i>Trentième bulletin de la grande armée.</i></p> + +<p>Le neuvième corps, que commandait le prince de Ponte-Corvo, +a été dissous le 8. Les Saxons qui en faisaient partie +sont sous les ordres du général Reynier. Le prince de Ponte-Corvo +est allé prendre les eaux. Dans la bataille de Wagram, +le village de Wagram a été enlevé le 6, entre dix et onze +heures du matin, et la gloire en appartient tout entière au +maréchal Oudinot et à son corps.</p> + +<p>D'après tous les renseignemens qui ont été pris, la maison +d'Autriche se préparait à la guerre depuis près de quatre ans, +c'est'à-dire, depuis la guerre de Presbourg. Son état militaire +lui a coûté pendant trois années trois cents millions de +francs chaque année. Aussi son papier-monnaie, qui ne se +montait qu'à un milliard de francs, lors de la paix de Presbourg, +passe-il aujourd'hui deux milliards.</p> + +<p>La maison d'Autriche est entrée en campagne avec soixante-deux +régimens de ligne, dix-huit régimens de frontières, +quatre corps francs ou légions, ayant ensemble un présent sous +les armes de trois cent dix mille hommes; cent cinquante +bataillons de landwehr, commandés par d'anciens officiers et +exercés pendant dix mois, formant cent cinquante mille hommes; +quarante mille hommes de l'insurrection hongroise, et +soixante mille hommes de cavalerie, d'artillerie et de sapeurs; +ce qui a porté ses forces réelles de cinq à six cents mille hommes. +Aussi la maison d'Autriche se croyait-elle sûre de la victoire. +Elle espérait balancer les destins de la France, lors +même que toutes nos forces auraient été réunies, et elle ne +doutait pas qu'elle s'avançât sur le Rhin, sachant que la majeure +partie de nos troupes et nos plus beaux régimens étaient +en Espagne. Cependant ses armées sont aujourd'hui réduites +à moins du quart, tandis que l'armée française est doublée de +ce qu'elle était à Ratisbonne.</p> + +<p>Ces efforts, la maison d'Autriche n'a pu les faire qu'une +fois. C'est un miracle attaché au papier-monnaie. Le numéraire +est si rare, que l'on ne croit pas qu'il y ait dans les états +de cette monarchie, soixante millions de francs en espèces. +C'est ce qui soutient le papier-monnaie, puisque près de deux +milliards, qui, moyennant la réduction au tiers, ne valent +que six à sept cents millions, ne sont que le signe nécessaire +à la circulation.</p> + +<p>On a trouvé dans la citadelle de Gratz vingt-deux pièces +de canon.</p> + +<p>La forteresse de Sachsenbourg, située aux débouchés du +Tyrol, a été remise au-général Rusca.</p> + +<p>Le duc de Dantzick est entré en Tyrol avec vingt-cinq mille +hommes. Il a occupé le 28 Lovers, et il a partout désarmé +les habitans. Il doit en ce moment être à Inspruck.</p> + +<p>Le général Thielmann est entré à Dresde.</p> + +<p>Le duc d'Abrantès est à Bayreuth. Il a établi ses postes sur +les frontières de la Bohême.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Schoenbrunn, 7 septembre 1809.</p> + +<p class="milieu"><i>Lettre de S. M. l'empereur et roi au ministre de la +guerre.</i></p> + +<p>Monsieur le comte de Hunebourg, notre ministre de la +guerre, des rapports qui sont sous nos yeux, contiennent les +assertions suivantes: le gouverneur commandant la place de +Flessingue n'aurait pas exécuté l'ordre que nous lui avions +donné de couper les digues et d'inonder l'île de Walcheren, +aussitôt qu'une force supérieure ennemie y aurait débarqué; +il aurait rendu la place que nous lui avions confiée, l'ennemi +n'ayant pas exécuté le passage du fossé, le revêtement du +rempart étant sans brèche praticable et intact dès-lors, sans +avoir soutenu d'assaut, et même lorsque les tranchées des +ennemis n'étaient qu'à cent cinquante toises de la place, et +lorsqu'il avait encore quatre mille hommes sous les armes; +enfin, la place se serait rendue par l'effet d'un premier bombardement. +Si telle était la vérité, le gouverneur serait coupable, +et il resterait à savoir si c'est à la trahison ou à la lâcheté +que nous devrions attribuer sa conduite.</p> + +<p>Nous vous écrivons la présente lettre close, pour qu'aussitôt +après l'avoir reçue, vous ayez à réunir un conseil d'enquête, +qui sera composé du comte Aboville, sénateur; du comte +Rampon, sénateur; du vice-amiral Thévenard, et du comte +Sougis, premier inspecteur-général de l'artillerie. Toutes les +pièces qui se trouveront dans votre ministère, dans ceux de +la marine, de l'intérieur, de la police, ou de tout autre département, +sur la reddition de la place de Flessingue, tant +sous le rapport de la défense, que de tout autre objet qui +pourrait intéresser notre service, seront adressées au conseil, +pour nous être mises sous les yeux, avec le résultat de ladite +enquête.</p> + +<p>Cette lettre n'étant à autre fin, nous prions Dieu, monsieur +le comte de Hunebourg, qu'il'vous ait en sa sainte garde.</p> + +<p class="droite"><i>Signé</i> NAPOLÉON.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Paris, 3 décembre 1809.</p> + +<p class="milieu"><i>Discours de S. M. l'empereur, à l'ouverture du corps +législatif.</i></p> + +<p>Messieurs les députés des départemens au corps législatif, +depuis votre dernière session, j'ai soumis l'Aragon et la Castille, +et chassé de Madrid le gouvernement fallacieux formé +par l'Angleterre.</p> + +<p>Je marchais sur Cadix et Lisbonne, lorsque j'ai dû revenir +sur mes pas, et planter mes aigles sur les remparts de Vienne. +Trois mois ont vu naître et terminer cette quatrième guerre +punique. Accoutumé au dévouement et au courage de mes +armées, je ne puis cependant, dans cette circonstance, ne pas +reconnaître les preuves particulières d'amour que m'ont données +mes soldats d'Allemagne.</p> + +<p>Le génie de la France a conduit l'armée anglaise; elle a +terminé ses destins dans les marais pestilentiels de Walcheren. +Dans cette importante circonstance, je suis resté éloigné +de quatre cents lieues, certain de la nouvelle gloire qu'allaient +acquérir mes peuples et du grand caractère qu'ils allaient déployer. +Mes espérances n'ont pas été trompées. Je dois des +remercîmens en particulier, aux citoyens des départemens +du Pas-de-Calais et du Nord ... Français! tout ce qui voudra +s'opposer à vous, sera vaincu et soumis. Votre grandeur +s'accroîtra de toute la haine de vos ennemis. Vous avez devant +vous de longues années de gloire et de prospérité à +parcourir. Vous avez la force et l'énergie de l'Hercule des +anciens.</p> + +<p>J'ai réuni la Toscane à l'empire. Ces peuples en sont dignes +par la douceur de leur caractère, par l'attachement que nous +ont toujours montré leurs ancêtres, et par les services qu'ils +ont rendus à la civilisation européenne.</p> + +<p>L'histoire m'a indiqué la conduite que je devais tenir envers +Rome. Les papes, devenus souverains d'une partie de +l'Italie, se sont constamment montrés les ennemis de toute +puissance prépondérante dans la Péninsule. Ils ont employé +leur influence spirituelle pour lui nuire. Il m'a donc été démontré +que l'influence spirituelle exercée dans mes états par +un souverain étranger, était contraire à l'indépendance de la +France, à la dignité et à la sûreté de mon trône. Cependant, +comme je reconnais la nécessité de l'influence spirituelle des descendans +du premier des pasteurs, je n'ai pu concilier ces grands +intérêts qu'en annulant la donation des empereurs français, +mes prédécesseurs, et en réunissant les états romains à la +France.</p> + +<p>Par le traité de Vienne, tous les rois et souverains, mes +alliés, qui m'ont donné tant de témoignages de la constance +de leur amitié, ont acquis et acquerront un nouvel accroissement +de territoire.</p> + +<p>Les provinces Illyriennes portent sur la Save les frontières +de mon grand empire. Contigu avec l'empire de Constantinople, +je me trouverai en situation naturelle de surveiller les +premiers intérêts de mon commerce dans la Méditerranée, +l'Adriatique et le Levant. Je protégerai la Porte, si la Porte +s'arrache à la funeste influence de l'Angleterre: je saurai la +punir si elle se laisse dominer par des conseils astucieux et +perfides.</p> + +<p>J'ai voulu donner une nouvelle preuve de mon estime à la +nation suisse, en joignant à mes titres celui de son médiateur, +et mettre un terme à toutes les inquiétudes que l'on cherche +à répandre parmi cette brave nation.</p> + +<p>La Hollande, placée entre l'Angleterre et la France, en est +également froissée. Cependant, elle est le débouché des principales +artères de mon empire. Des changemens deviendront +nécessaires; là sûreté de mes frontiéres et l'intérêt bien entendu +des deux pays l'exigent impérieusement.</p> + +<p>La Suède a perdu, par son alliance avec l'Angleterre, après +une guerre désastreuse, la plus belle et la plus importante de +ses provinces. Heureuse cette nation, si le prince sage qui la +gouverne aujourd'hui eût pu monter sur le trône quelques +années plus tôt! Cet exemple prouve de nouveau aux rois que +l'alliance de l'Angleterre est le présage le plus certain de leur +ruine.</p> + +<p>Mon allié et ami, l'empereur de Russie, a réuni à son vaste +empire, la Finlande, la Moldavie, la Valachie, et un district +de la Gallicie. Je ne suis jaloux de rien de ce qui peut arriver +de bien à cet empire. Mes sentimens pour son illustre souverain +sont d'accord avec ma politique.</p> + +<p>Lorsque je me montrerai au-delà des Pyrénées, le léopard +épouvanté cherchera l'Océan, pour éviter la honte, la défaite +et la mort. Le triomphe de mes armes sera le triomphe du +génie du bien sur celui du mal, de la modération, de l'ordre, +de la morale, sur la guerre civile, l'anarchie et les passions +malfaisantes. Mon amitié et ma protection rendront, je l'espère, +la tranquillité et le bonheur aux peuples des Espagnes.</p> + +<p>Messieurs les députés des départemens au corps législatif, +j'ai chargé mon ministre de l'intérieur de vous faire connaître +l'historique de la législation, de l'administration et des +finances, dans l'année qui vient de s'écouler. Vous y verrez +que toutes les pensées que j'ai conçues pour l'amélioration de +mes peuples, se sont suivies avec la plus grande activité; que +dans Paris, comme dans les parties les plus éloignées de mon +empire, là guerre n'a apporté aucun retard dans les travaux. +Les membres de mon conseil d'état vous présenteront différens +projets de lois, spécialement la loi sur les finances; vous y +verrez leur état prospère. Je ne demande à mes peuples aucun +nouveau sacrifice, quoique les circonstances m'aient obligé à +doubler mon état militaire.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Paris, 2 janvier 1810.</p> + +<p class="milieu"><i>A M. le comte Dejean, ministre de l'administration de la +guerre.</i></p> + +<p>Monsieur le comte Dejean, j'accepte votre démission; je regrette +de ne plus vous compter parmi mes ministres. J'ai été satisfait +de vos services; mais cinquante années d'expérience vous +rendent nécessaire aux travaux que j'ai entrepris sur toutes +mes frontières et que je suis encore dans l'intention d'accroître. +Vous continuerez là à me donner des preuves de vos +talens et de votre attachement à ma personne. Comptez toujours +sur mon estime: cette lettre n'étant à autre fin, je prie +Dieu, monsieur le comte Dejean, qu'il vous ait en sa sainte +garde.</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Paris, 5 janvier 1810.</p> + +<p class="milieu"><i>Réponse de Sa Majesté à l'adresse du collège électoral du +département de la Drôme.</i></p> + +<p>Messieurs les députés du collège du département de la +Drôme, j'agrée les sentimens que vous m'exprimez au nom +de votre collège; je connais le bon esprit des citoyens de votre +département et leur attachement à ma personne.</p> + +<p class="milieu"><i>Réponse de Sa Majesté à l'adresse du collège électoral +du département du Rhône.</i></p> + +<p>Messieurs les députés du collège du département du +Rhône, j'aime à vous entendre; il me semble être dans ma +bonne ville de Lyon. Dans toutes les occasions, ses habitans +se sont distingués par leur attachement à ma personne. Ils +doivent compter constamment sur mon amour.</p> + +<p class="milieu"><i>Réponse de Sa Majesté à l'adresse du collège électoral +du département de Saône-et-Loire.</i></p> + +<p>Messieurs les députes du collège du département de Saône-et-Loire, +tout ce que le président de votre assemblée m'a +dit sur le bon esprit qui y a régné, m'a fait plaisir; soyez +unis entre vous et avec les villes voisines; il ne faut conserver +le souvenir du passé, que pour connaître la grandeur du +danger que la patrie a couru. La monarchie et le trône sont +aussi nécessaires à l'existence et au bonheur de la France, +que le soleil qui nous éclaire: sans eux tout est trouble, +anarchie et confusion.</p> + +<p class="milieu"><i>A celle de la Sarthe.</i></p> + +<p>Messieurs les députés du collège du département de la +Sarthe, je viendrai avec plaisir dans vos cités; je me félicite +des bons sentimens qui les animent. C'est aux collèges à donner +l'exemple de l'union. Tous les Français, de quelque +classes qu'ils aient été, quelque conduite qu'ils aient tenue +dans des temps de discorde et de guerre civile, sont également +mes enfans.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Paris, 5 février 1810.</p> + +<p class="milieu"><i>Réponse de Sa Majesté à l'adresse du collège électoral du +département de la Dordogne.</i></p> + +<p>Messieurs les députes du collège électoral du département +de la Dordogne, moi et mon allié l'empereur de Russie, nous +avons tout fait pour pacifier le monde, nous n'avons pu y +réussir. Le roi de l'Angleterre, vieilli dans sa haine contre +la France, veut la guerre... Son état l'empêche d'en sentir +les maux pour le monde et d'en calculer les résultats pour sa +famille. Toutefois la guerre doit avoir un terme, et alors +nous serons plus grands, plus puissans et plus forts que nous +n'avons jamais été. L'empire français a la vie de la jeunesse; +il ne peut que croître et se consolider; celui de mes ennemis +est à son arrière-raison; tout en présage la décroissance. Chaque +année dont ils retarderont la paix du monde, ne fera +qu'augmenter sa puissance.</p> + +<p class="milieu"><i>Réponse de Sa Majesté à l'adresse du collège électoral du +département du Doubs.</i></p> + +<p>Messieurs les députés du collège du département du +Doubs, j'ai eu souvent occasion de distinguer vos citoyens +sur le champ d'honneur. Ce sera avec plaisir que je verrai +vos campagnes; mais ma famille est devenue bien grande. +Cependant j'irai vous voir quand le canal qui doit joindre le +Rhin au Rhône passera par votre ville.</p> + +<p class="milieu"><i>Réponse de Sa Majesté à l'adresse du collège électoral +du département de l'Indre.</i></p> + +<p>Messieurs les députés du collège du département de l'Indre, +je vous remercie des sentimens que vous m'exprimez; je les +mérite de mes peuples par la sollicitude que je porte constamment +à tout ce qui les intéresse.</p> + +<p class="milieu"><i>Réponse de Sa Majesté à l'adresse du collège électoral du +département du Léman.</i></p> + +<p>J'agrée vos sentimens; moi et ceux de mes descendans qui +occuperont ce trône, nous protégerons toute religion fondée +sur l'évangile, puisque toutes en prêchent la morale et en +respirent la charité.</p> + +<p>Ce n'est pas que je ne déplore l'ignorance et l'ambition de +ceux qui, voulant, sous le masque de la religion, dominer +sur l'univers et y lever des tributs à leur profit, ont donné +un si précieux prétexte aux discordes qui ont divisé la famille +chrétienne.</p> + +<p>Ma doctrine comme mes principes sont invariables. Quelles +que puissent être les clameurs du fanatisme et de l'ignorance, +tolérance et protection pour toutes les religions chrétiennes, +garantie et indépendance pour ma religion et celle +de la majorité de mes peuples, contre les attentats des Grégoire, +des Jules, des Boniface. En rétablissant en France, +par un concordat, mes relations avec les papes, je n'ai entendu +le faire que sous l'égide des quatre propositions de +l'église gallicane, sans quoi j'aurais sacrifié l'honneur et l'indépendance +de l'empire aux plus absurdes prétentions.</p> + + +<p class="milieu"><i>Réponse de Sa Majesté à l'adresse du collège électoral du +département de la Loire-Inférieure.</i></p> + +<p>Messieurs les députés du collège du département de la +Loire-Inférieure, c'est en entrant dans vos murs que je reçus +l'avis que des Français avaient rendu mes aigles sans combattre, +et avaient préféré la vie et le déshonneur aux dangers +et à la gloire. Il n'a fallu rien moins que l'expression des sentimens +des citoyens de ma bonne ville de Nantes pour me +rendre des momens de joie et de plaisir. J'ai éprouvé au milieu +de vous ce qu'on éprouve au milieu de ses vrais amis: +c'est vous dire combien ces sentimens sont profondément +gravés dans mon coeur.</p> + +<p class="milieu"><i>Réponse de Sa Majesté à l'adresse du collège électoral du +département du Lot.</i></p> + +<p>Messieurs les députés du collège du département du Lot, +j'ai pensé à ce que vous me demandez; le Lot sera rendu navigable +aussitôt que les canaux de l'Escaut au Rhin, du +Rhin au Rhône, du Rhône à la Seine, et de la Rance à la +Vilaine, seront terminés. Ce sera dans six ans. Je connais l'attachement +de votre département a ma personne.</p> + +<p class="milieu"><i>Réponse de Sa Majesté à l'adresse du collège électoral du +département de la Roër.</i></p> + +<p>Messieurs les députés du collège du département de la +Roër, j'agrée vos sentimens. Votre pays est celui de Charlemagne; +vous faites aujourd'hui, comme alors, partie du grand +empire. J'apprends avec plaisir le bon esprit qui anime vos +habitans. Je désire que ceux de vos concitoyens qui ont leurs +enfans au service étranger, les rappellent en France. Un +Français ne doit verser son sang que pour son prince et pour +sa patrie.</p> + +<p class="milieu"><i>Réponse de fa Majesté à la députation de la ville de Lyon, +qui sollicitait la permission d'élever dans ses murs une +statue à Napoléon.</i></p> + +<p>J'approuve la délibération du conseil municipal. Je verrai +avec plaisir une statue au milieu de ma bonne ville de Lyon; +mais je désire qu'avant de travailler à ce monument, vous +ayez fait disparaître toutes ces ruines, restes de nos malheureuses +guerres civiles. J'apprends que déjà la place de Bellecour +est rétablie. Ne commencez le piédestal que lorsque tout +sera entièrement achevé.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Au palais des Tuileries, le 27 février 1810.</p> + +<p class="milieu"><i>Message au sénat.</i></p> + +<p>Sénateurs,</p> + +<p>Nous avons fait partir pour Vienne, comme notre ambassadeur +extraordinaire, notre cousin le prince de Neufchâtel, +pour faire la demande de la main de l'archiduchesse Marie-Louise, +fille de l'empereur d'Autriche.</p> + +<p>Nous ordonnons à notre ministre des relations extérieures +de vous communiquer les articles de la convention de mariage +entre nous et l'archiduchesse Marie-Louise, laquelle a été +conclue, signée et ratifiée.</p> + +<p>Nous avons voulu contribuer éminemment au bonheur de +la présente génération. Les ennemis du continent ont fondé +leur prospérité sur ses dissensions et son déchirement. Ils ne +pourront plus alimenter la guerre en nous supposant des +projets incompatibles avec les liens et les devoirs de parenté +que nous venons de contracter avec la maison impériale régnante +en Autriche.</p> + +<p>Les brillantes qualités qui distinguent l'archiduchesse +Marie-Louise lui ont acquis l'amour des peuples de l'Autriche. +Elles ont fixé nos regards. Nos peuples aimeront cette +princesse pour l'amour de nous, jusqu'à ce que, témoins de +toutes les vertus qui l'ont placée si haut dans notre pensée, +ils l'aiment pour elle-même.</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Au palais des Tuileries, 1er mars 1810.</p> + +<p class="milieu"><i>Message de S. M. l'empereur et roi au sénat.</i></p> + +<p>Sénateurs,</p> + +<p>Les principes de l'empire s'opposant à ce que le sacerdoce +soit réuni à aucune souveraineté temporelle, nous avons +dû regarder comme non avenue la nomination que le Prince-Primat +avait faite du cardinal Fesch pour son successeur. Ce +prélat, si distingué par sa piété et par les vertus de son état, +nous avait d'ailleurs fait connaître la répugnance qu'il avait +à être distrait des soins et de l'administration de ses diocèses.</p> + +<p>Nous avons voulu aussi reconnaître les grands services +que le Prince-Primat nous a rendus, et les preuves multipliées +que nous avons reçues de son amitié. Nous avons +ajouté à l'étendue de ses états et nous les avons constitués +sous le titre de grand duché de Francfort. Il en jouira jusqu'au +moment marqué pour le terme d'une vie consacrée à +faire le bien.</p> + +<p>Nous avons en même temps voulu ne laisser aucune incertitude +sur le sort de ses peuples, et nous avons en conséquence +cédé à notre cher fils le prince Eugène-Napoléon, +tous nos droits sur le grand-duché de Francfort. Nous l'avons +appelé à posséder héréditairement cet état après le décès +du Prince-Primat, et conformément à ce qui est établi +dans les lettres d'investiture dont nous chargeons notre cousin +le prince archichancelier de vous donner connaissance.</p> + +<p>Il a été doux pour notre coeur de saisir cette occasion de +donner un nouveau témoignage de notre estime et de notre +tendre amitié à un jeune prince dont nous avons dirigé les +premiers pas dans la carrière du gouvernement et des armes, +qui, au milieu de tant de circonstances, ne nous a jamais +donné aucun motif du moindre mécontentement. Il nous a, +au contraire, secondé avec une prudence au-dessus de ce +qu'on pouvait attendre de son âge, et dans ces derniers +temps, il a montré, à la tête de nos armées, autant de bravoure +que de connaissance de l'art de la guerre. Il convenait +de le fixer d'une manière stable dans le haut rang où nous +l'avons placé.</p> + +<p>Élevé au grand duché de Francfort, nos peuples d'Italie +ne seront pas pour cela privés de ses soins et de son administration; +notre confiance en lui sera constante, comme les +sentimens qu'il nous porte.</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Paris, 4 mars 1810.</p> + +<p class="milieu"><i>Réponse de Sa Majesté à une adresse du sénat.</i></p> + +<p>Sénateurs,</p> + +<p>Je suis touché des sentimens que vous m'exprimez. L'impératrice +Marie-Louise sera pour les Français une tendre +mère; elle fera ainsi mon bonheur. Je suis heureux d'avoir +été appelé par la Providence à régner sur ce peuple affectueux +et sensible, que j'ai trouvé dans toutes les circonstances +de ma vie, si fidèle et si bon pour moi.</p> + +<p class="milieu"><i>Réponse de Sa Majesté à l'adresse du collège électoral du +département de l'Herault.</i></p> + +<p>Ce que vous me dites au nom de votre département me +fait plaisir. J'ai besoin de connaître le bien que mes sujets +éprouvent; je ressens vivement leurs moindres maux, car ma +véritable gloire, je l'ai placée dans le bonheur de la France.</p> + + +<p class="milieu"><i>Réponse de Sa Majesté à l'adresse du collège électoral +du département de la Haute-Loire.</i></p> + +<p>Messieurs les députés du collège du département de la +Haute-Loire,</p> + +<p>Je vous remercie des sentimens que vous m'exprimez. Si +j'ai confiance dans ma force, c'est que j'en ai dans l'amour +de mes peuples.</p> + +<p class="milieu"><i>Réponse de Sa Majesté à l'adresse du collège électoral du +département des Basses-Pyrénées.</i></p> + +<p>J'agrée vos sentimens; j'ai parcouru l'année passée votre +département avec intérêt.......... Si j'ai porté tant d'intérêt +à fixer les destinées des Espagnes et à les lier, d'une manière +immuable à l'empire, c'est surtout pour assurer la tranquillité +de vos enfans.</p> + +<p class="milieu"><i>Réponse de Sa Majesté à l'adresse du collège de +Montenotte.</i></p> + +<p>Messieurs les députés du collège du département de Montenotte,</p> + +<p>Le nom que porte votre département réveille dans mon +coeur bien des sentimens. Il me fait souvenir de tout ce que +je dois de reconnaissance aux vieilles bandes de ma première +armée d'Italie. Un bon nombre de ces intrépides soldats sont +morts aux champs d'Egypte et d'Allemagne; un plus grand +nombre, ou soutiennent encore l'honneur de mes aigles, ou +vivent couverts de glorieuses cicatrices dans leurs foyers. +Qu'ils soient l'objet de la considération et des soins de leurs +concitoyens; c'est le meilleur moyen que mes peuples puissent +choisir pour m'être agréable.</p> + +<p>Je prends un intérêt spécial à votre pays; j'ai vu avec +plaisir que les travaux que j'ai ordonnés pour l'amélioration +de votre port, et pour ouvrir des communications avec le +Piémont et la Provence, s'achèvent.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Paris, 4 avril 1810.</p> + +<p class="milieu"><i>Réponse de Sa Majesté au discours du président du sénat, +après le mariage de Napoléon.</i></p> + +<p>Sénateurs,</p> + +<p>Moi et l'impératrice, nous méritons les sentimens que vous +nous exprimez, par l'amour que nous portons à nos peuples. +Le bien de la France est notre premier besoin.</p> + +<p class="milieu"><i>Réponse de Sa Majesté à l'adresse du sénat d'Italie.</i></p> + +<p>Messieurs les députés du sénat de notre royaume d'Italie, +Nos peuples d'Italie savent combien nous les aimons. Aussitôt +que cela sera possible, moi et l'impératrice, nous voulons +aller dans nos bonnes villes de Milan, de Venise et de Bologne, +donner de nouveaux gages de notre amour à nos peuples +d'Italie.</p> + +<p class="milieu"><i>Réponse de Sa Majesté au discours du président du corps +législatif.</i></p> + +<p>Messieurs les députés des départemens au corps législatif, +Les voeux que vous faites pour nous nous sont fort agréables. +Vous allez bientôt retourner dans vos départemens; +dites-leur que l'impératrice, bonne mère de ce grand peuple, +partage tous nos sentimens pour lui. Nous et elle ne pouvons +goûter de félicité qu'autant que nous sommes assurés de l'amour +de la France.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Saint-Cloud, 3 juin 1810.</p> + +<p class="milieu"><i>Lettre de l'empereur au ministre de la police générale.</i></p> + +<p>Monsieur le duc d'Otrante, les services que vous nous +avez rendus dans les différentes circonstances qui se sont +présentées, nous portent à vous confier le gouvernement de +Rome jusqu'à ce que nous ayons pourvu à l'exécution de +l'article 8 de l'acte des constitutions du 17 février dernier. +Nous avons déterminé par un décret spécial les pouvoirs extraordinaires +dont les circonstances particulières où se trouvent +ces départemens, exigent que vous soyez investi. Nous +attendons que vous continuerez, dans ce nouveau poste, à +nous donner des preuves de votre zèle pour notre service et +de votre attachement à notre personne.</p> + +<p>Cette lettre n'étant à d'autre fin, nous prions Dieu, mon +duc d'Otrante, qu'il vous ait en sa sainte garde.</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Paris, 3l juillet 1810.</p> + +<p class="milieu"><i>Paroles de Napoléon au jeune duc de Berg, fils de Louis +Bonaparte, après l'abdication faite par celui-ci de la +couronne de Hollande.</i></p> + +<p>Lorsque Napoléon eut reçu l'abdication de Louis, il fit +venir le jeune prince son neveu, le tint long-temps embrassé +et lui parla en ces termes:</p> + +<p>«Venez, mon fils, lui a-t-il dit, je serai votre père, vous +n'y perdrez rien.</p> + +<p>La conduite de votre père afflige mon coeur; sa maladie +seule peut l'expliquer. Quand vous serez grand, vous paierez +sa dette et la vôtre. N'oubliez jamais, dans quelque position +que vous placent ma politique et l'intérêt de mon empire, que +vos premiers devoirs, même ceux envers les peuples que je +pourrais vous confier, ne viennent qu'après.»</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Paris, 15 août 1810.</p> + +<p class="milieu"><i>Réponse de Napoléon à une députation du corps législatif +batave, après l'abdication du roi Louis.</i></p> + +<p>Messieurs les députés du corps législatif, des armées de +terre et de mer de la Hollande, et Messieurs les députés de +ma bonne ville d'Amsterdam, vous avez été depuis trente +ans le jouet de bien des vicissitudes. Vous perdîtes votre liberté +lorsqu'un des grands officiers de votre république, favorisé +par l'Angleterre, fit intervenir les baïonnettes prussiennes +aux délibérations de vos conseils: les constitutions +politiques que vous teniez de vos pères furent déchirées et le +furent pour toujours.</p> + +<p>Lors de la première coalition, vous en fîtes partie. Par +suite, les armées françaises conquirent votre pays, fatalité +attachée à l'alliance de l'Angleterre.</p> + +<p>Depuis la conquête, vous fûtes gouvernés par une administration +particulière; mais votre république fit partie de +l'empire. Vos places fortes et les principales positions de votre +pays restèrent occupées par mes troupes. Votre administration +changea au gré des opinions qui se succédèrent en +France.</p> + +<p>Lorsque la providence me fit monter sur le premier trône +du monde, je dus, en fixant à jamais les destinées de la +France, régler le sort de tous les peuples qui faisaient partie +de l'empire, faire éprouver à tous les bienfaits de la stabilité +et de l'ordre, et faire disparaître chez tous les maux de l'anarchie. +Je terminai les incertitudes de l'Italie en plaçant +sur ma tête la couronne de fer; je supprimai le gouvernement +qui régissait le Piémont. Je traçai dans mon acte de médiation +les constitutions de la Suisse, et conciliai les circonstances +locales de ce pays, les souvenirs de son histoire, avec +la sûreté et les droits de la couronne impériale.</p> + +<p>Je vous donnai un prince de mon sang pour vous gouverner: +c'était un lien naturel qui devait concilier les intérêts de +votre administration et les droits de l'empire. Mes espérances +ont été trompées. J'ai, dans cette circonstance, usé de plus +de longanimité que ne comportaient mon caractère et mes +droits. Enfin, je viens de mettre un terme à la douloureuse +incertitude où vous vous trouviez, et de faire cesser une agonie +qui achevait d'anéantir vos forces et vos ressources. Je +viens d'ouvrir à votre industrie le continent. Le jour viendra +où vous porterez mes aigles sur les mers qui ont illustré vos +ancêtres. Vous vous y montrerez alors dignes d'eux et de moi. +D'ici là, tous les changemens qui surviendront sur la face de +l'Europe auront pour cause première le système tyrannique, +aveugle et destructif de sa prospérité, qui a porté le gouvernement +anglais à mettre le commerce hors de la loi commune, +en le plaçant sous le régime arbitraire des licences.</p> + +<p>Messieurs les députés du corps législatif, des armées de +terre et de mer de la Hollande, et messieurs les députés de +ma bonne ville d'Amsterdam, dites à mes sujets de Hollande +que je suis satisfait des sentimens qu'ils me montrent, que je +ne doute pas de leur fidélité; que je compte que leurs efforts +se réuniront aux efforts de tous mes autres sujets, pour reconquérir +les droits maritimes que cinq coalitions successives +fomentées par l'Angleterre, ont fait perdre au continent. +Dites-leur qu'ils peuvent compter, dans toutes les circonstances, +sur ma spéciale protection.</p> + +<p class="milieu"><i>Réponse de Napoléon à une députation des provinces +Illyriennes.</i></p> + +<p>Messieurs les députés de mes provinces Illyriennes, j'agrée +vos sentimens. Je désire connaître les besoins de vos +compatriotes et assurer leur bien-être.</p> + +<p>Je mets du prix à vous savoir contens, et je serai heureux +d'apprendre que les plaies de tant de guerres sont cicatrisées, +et toutes vos pertes réparées.</p> + +<p>Assurez mes sujets de l'Illyrie de ma protection impériale.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Fontainebleau, 13 novembre 1810.</p> + +<p class="milieu"><i>Lettre de Sa majesté impériale et royale au président +du sénat.</i></p> + +<p>Monsieur le comte Garnier, président du sénat, la satisfaction +que nous fait éprouver l'heureuse grossesse de l'impératrice, +notre très-chère et bien aimée épouse, nous porte à vous +écrire cette lettre pour que vous fassiez part, en notre nom, +au sénat de cet événement aussi essentiel à notre bonheur, +qu'à l'intérêt et à la politique de notre empire. La présente +n'étant à autre fin, nous prions Dieu qu'il vous ait, monsieur +le comte Garnier, président du sénat, en sa sainte et digne +garde.</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Paris, l0 décembre 1810.</p> + +<p class="milieu"><i>Message de Sa Majesté impériale et royale au sénat.</i></p> + +<p>Sénateurs,</p> + +<p>J'ordonne à mon ministre des relations extérieures de vous +faire connaître les différentes circonstances qui nécessitent la +réunion de la Hollande à l'empire.</p> + +<p>Les arrêts publiés par le consul britannique en 1806 et +1807, ont déchiré le droit public de l'Europe. Un nouvel +ordre de choses régit l'univers; de nouvelles garanties m'étant +devenues nécessaires, la réunion des embouchures de l'Escaut, +de la Meuse, du Rhin, de l'Ems, du Wéser et de +l'Elbe à l'empire, l'établissement d'une navigation intérieure +avec la Baltique, m'ont paru être les premières et les plus +importantes.</p> + +<p>J'ai fait dresser le plan d'un canal qui sera exécuté avant +cinq ans, et qui joindra la Baltique à la Seine.</p> + +<p>Des indemnités seront données aux princes qui pourront +se trouver froissés par cette grande mesure, que commande la +nécessité, et qui appuie sur la Baltique la droite des frontières +de mon empire.</p> + +<p>Avant de prendre ces déterminations, j'ai fait pressentir +l'Angleterre; elle a su que le seul moyen de maintenir l'indépendance +de la Hollande était de rapporter ses arrêts du +conseil de 1806 et 1807, ou de revenir enfin à des sentimens +pacifiques; mais cette puissance a été sourde à la voix de +de ses intérêts comme au cri de l'Europe.</p> + +<p>J'espérais pouvoir établir un cartel d'échange des prisonniers +entre la France et l'Angleterre, et par suite profiter du +séjour des deux commissaires, à Paris et à Londres, pour +arriver à un rapprochement entre les deux nations. Mes espérances +ont été déçues. Je n'ai reconnu dans la manière de négocier +du gouvernement anglais qu'astuce et que mauvaise +foi.</p> + +<p>La réunion du Valais est une conséquence prévue des immenses +travaux que je fais faire depuis dix ans dans cette +partie. Lors de mon acte de médiation, je séparai le Valais +de la confédération helvétique, prévoyant dès-lors une mesure +si utile à la France et à l'Italie.</p> + +<p>Tant que la guerre durera avec l'Angleterre, le peuple +français ne doit pas poser les armes.</p> + +<p>Mes finances sont dans l'état le plus prospère. Je puis +fournir à toutes les dépenses que nécessite cet immense empire, +sans demander à mes peuples de nouveaux sacrifices.</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Paris, 11 mars 1811.</p> + +<p class="milieu"><i>Réponse de S. M. à différentes députations.</i></p> + +<p class="milieu"><i>A la députation du département de Gènes.</i></p> + +<p>«Mes peuples de Gènes connaissent la prédilection que +j'ai eue pour eux dès le premier moment où j'ai paru à la tête +de mes armées en Italie. Ils peuvent aussi se vanter avec raison +de m'avoir été constamment fidèles, et leur attachement +n'a fait qu'acquérir une nouvelle chaleur toutes les fois que +la fortune de mes armes a été incertaine. Ils fournissent aujourd'hui +un grand nombre de matelots à mes escadres, et +lorsque mes amiraux m'ont rendu compte du zèle et du +bon esprit qui les animaient, mon coeur en a été vivement +ému.</p> + +<p>Les momens ne sont pas éloignés où je vous mettrai à +même de surpasser la gloire qu'ont acquise vos pères sur toutes +les côtes de la Méditerranée.»</p> + +<p class="milieu"><i>A la députation de Marengo.</i></p> + +<p>«Je vous remercie de ce que vous me dites. Les grands +travaux que, depuis dix-huit ans, je fais faire à Alexandrie, +rendent cette ville l'une des plus fortes de l'Europe: +je compte sur la fidélité et la bravoure de mes peuples de +Marengo.»</p> + +<p class="milieu"><i>A la députation de Tarn-et-Garonne.</i></p> + +<p>«J'agrée vos-sentimens; j'en connais la sincérité. Lors de +mon dernier voyage, j'ai été satisfait de tout ce que j'ai vu +dans vos belles contrées, et spécialement dans ma bonne +ville de Montauban. Comptez toujours sur mon affection.»</p> + +<p class="milieu"><i>A la députation de la Vendée.</i></p> + +<p>«Tout ce que vous me dites dans votre adresse, je l'ai +éprouvé lors de mon dernier voyage dans votre pays. Le +spectacle que m'ont offert vos villages, dix ans après la guerre, +m'a paru horrible. J'ai fait la guerre dans les trois parties du, +monde, Je crois avoir des droits à la reconnaissance des peuples +que j'ai vaincus; car, six mois après la guerre terminée, +il n'en restait plus de traces sur leur territoire. J'ai été touché +des sentimens que mes peuples de la Vendée m'ont témoignés. +Ils ont raison de compter sur l'amour que je leur porte. Faites +disparaître promptement ces traces de nos malheurs domestiques. +J'ai mis, cette année, à la disposition de mon ministre +de l'intérieur de nouveaux moyens pour vous y aider. Lorsque +vous relevez une ruine, que vous rebâtissez une de vos +maisons, songez que vous faites la chose qui m'est le plus +agréable; c'est une manière sûre de me plaire. La première fois +que vous reviendrez ici, dites-moi que toutes vos villes et villages +sont entièrement rebâtis, et que mes peuples de la Vendée +sont logés comme le comporte la fertilité de leur sol.»</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Paris, 17 mars 1811.</p> + +<p class="milieu"><i>Réponse de l'empereur à une députation des villes de Hambourg, +Lubeck et Brême.</i></p> + +<p>«Messieurs les députés des villes anséatiques de Hambourg, +Brême et Lubeck, vous faisiez partie de l'empire germanique: +votre constitution a fini avec lui. Depuis ce temps votre situation +était incertaine. Je voulais reconstituer vos villes sous +une administration indépendante, lorsque les changemens +qu'ont produits dans le monde les nouvelles lois du conseil +britannique, ont rendu ce projet impraticable il m'a été impossible +de vous donner une administration indépendante, +puisque vous ne pouviez plus avoir un pavillon indépendant.</p> + +<p>Les décrets de Berlin et de Milan sont la loi fondamentale +de mon empire. Ils ne cessent d'avoir leur effet que pour +les nations qui défendent leur souveraineté et maintiennent +la religion de leur pavillon. L'Angleterre est en état de blocus +pour les nations qui se soumettent aux arrêts de 1806, +parce que les pavillons qui se sont ainsi soumis aux lois anglaises, +sont dénationalisés; ils sont Anglais. Les nations, +au contraire, qui ont le sentiment de leur dignité, et qui trouvent, +dans leur courage et dans leurs forces, assez de ressources +pour méconnaître le blocus par notification, vulgairement +appelé <i>blocus sur le papier</i>, et aborder dans les ports +de mon empire, autres que ceux réellement bloqués, en suivant +l'usage reconnu et les stipulations du traité d'Utrecht, peuvent +communiquer avec l'Angleterre, L'Angleterre n'est pas +bloquée pour elles. Les décrets de Berlin et de Milan, dérivant +de la nature des choses, formeront constamment le droit +public de mon empire pendant tout le temps que l'Angleterre +maintiendra ses arrêts de 1806 et 1807, et violera les stipulations +du traité d'Utrecht sur cette matière. +«L'Angleterre a pour principe de saisir les marchandises +appartenant à son ennemi sous quelque pavillon qu'elles soient. +L'empire a dû admettre le principe de saisir les marchandises +anglaises ou provenant du commerce de l'Angleterre, sur +quelque territoire que ce soit. L'Angleterre saisit les marchands, +les voyageurs, les charretiers de la nation avec laquelle +elle est en guerre sur toutes les mers. La France a dû +saisir les voyageurs, les marchands, les charretiers anglais +sur quelque point du continent qu'ils se trouvent et où elle +peut les atteindre; et si dans ce système il y a quelque chose +de peu conforme à l'esprit du siècle, c'est l'injustice des nouvelles +lois anglaises qu'il faut en accuser.</p> + +<p>Je me suis plu à entrer dans ces développemens avec +vous, pour vous faire voir que votre réunion à l'empire est +une suite nécessaire des lois britanniques de 1806 et 1807, et +non l'effet d'aucun calcul ambitieux. Vous trouverez dans +mes lois civiles une protection que, dans votre position maritime, +vous ne sauriez plus trouver dans les lois politiques. +Le commerce maritime, qui a fait votre prospérité, ne peut +renaître désormais qu'avec ma puissance maritime. Il faut reconquérir +à la fois les droits des nations, la liberté des mers +et la paix générale. Quand j'aurai plus de cent vaisseaux +de haut-bord, je soumettrai dans peu de campagnes l'Angleterre. +Les matelots de vos côtes et les matériaux qui +arrivent aux débouchés de vos rivières me sont nécessaires. +La France, dans ses anciennes limites, ne pouvait construire +une marine en temps de guerre: lorsque ses côtes étaient +bloquées, elle était réduite à recevoir la loi. Aujourd'hui, par +l'accroissement qu'a reçu mon empire depuis six ans, je puis +construire, équiper et armer vingt-cinq vaisseaux de haut-bord +par an, sans que l'état de guerre maritime puisse l'empêcher +ou me retarder en rien.</p> + +<p>Les comptes qui m'ont été rendus du bon esprit qui +anime vos concitoyens, m'ont fait plaisir; et j'espère, avant +peu, avoir à me louer du zèle et de la bravoure de vos matelots.»</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Paris, 22 mars 1811.</p> + +<p class="milieu"><i>Réponse de l'empereur à une députation du sénat et du +conseil d'état, envoyée pour le féliciter sur la naissance +de son fils le roi de Rome.</i></p> + +<p class="milieu"><i>Au Sénat.</i></p> + +<p>Sénateurs,</p> + +<p>«Tout ce que la France me témoigne dans cette circonstance +va droit à mon coeur. Les grandes destinées de mon +fils s'accompliront. Avec l'amour des Français, tout lui deviendra +facile.</p> + +<p>J'agrée les sentimens que vous m'exprimez.»</p> + +<p class="milieu"><i>Au conseil d'état.</i></p> + +<p>Messieurs les conseillers d'état,</p> + +<p>«J'ai ardemment désiré ce que la providence vient de +m'accorder. Mon fils vivra pour le bonheur et la gloire de la +France. Nos enfans se dévoueront pour son bonheur et sa +gloire.</p> + +<p>Je vous remercie des sentimens que vous m'exprimez.»</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Saint-Cloud, 25 avril 1811.</p> + +<p class="milieu"><i>Lettre de l'empereur aux évêques de France, pour les inviter +à se rassembler en concile.</i></p> + +<p>«Monsieur l'évêque de.....les églises les plus illustres et les +plus populeuses de l'empire sont vacantes; une des parties +contractantes du concordat l'a méconnu. La conduite que l'on +a tenue en Allemagne depuis dix ans a presque détruit l'épiscopat +dans cette partie de la chrétienté: il n'y a aujourd'hui +que huit évêques; grand nombre de diocèses sont gouvernés +par des vicaires apostoliques; on a troublé les chapitres +dans le droit qu'ils ont de pourvoir, pendant la vacance +du siège, à l'administration du diocèse, et l'on a ourdi +des manoeuvres ténébreuses tendantes à exciter la discorde +et la sédition parmi nos sujets. Les chapitres ont rejeté des +brefs contraires à leurs droits et aux saints canons.</p> + +<p>Cependant les années s'écoulent, de nouveaux évêchés +viennent à vaquer tous les jours: s'il n'y était pourvu promptement, +l'épiscopat s'éteindrait en France et en Italie comme +en Allemagne. Voulant prévenir un état de choses si contraire +au bien de notre religion, aux principes de l'église gallicane, +et aux intérêts de l'état, nous avons résolu de réunir, au 9 +juin prochain, dans l'église de Notre-Dame de Paris, tous +les évêques de France et d'Italie en concile national.</p> + +<p>Nous désirons donc qu'aussitôt que vous aurez reçu la +présente, vous ayez à vous mettre en route, afin d'être arrivé +dans notre bonne ville de Paris dans la première semaine +du mois de juin.</p> + +<p>Cette lettre n'étant à autre fin, nous prions Dieu qu'il +vous ait en sa sainte garde.»</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Rambouillet, 18 août 1811.</p> + +<p class="milieu"><i>Lettre de l'empereur aux evêques.</i></p> + +<p>«Monsieur l'évêque de........, la naissance du roi de Rome +est une occasion solennelle de prières et de remercîmens envers +l'auteur de tous biens. Le 9 juin, jour de la Trinité, +nous irons nous-même le présenter au baptême dans l'église +de Notre-Dame de Paris. Notre intention est que le même +jour nos peuples se réunissent dans leurs églises pour assister +au <i>Te Deum</i>, et joindre leurs prières et leurs voeux aux +nôtres.</p> + +<p>Concertez-vous à cet effet avec qui de droit, et remplissez +nos intentions avec le zèle dont vous avez donné des +preuves réitérées. Cette lettre n'étant à autre fin, nous prions +Dieu, etc.»</p> + +<p class="droite">NAPOLÉON.</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Paris, 17 juin 1811.</p> + +<p class="milieu"><i>Discours de l'empereur à l'ouverture du corps-législatif.</i></p> + +<p>«Messieurs les députés des départemens au corps-législatif,</p> + +<p>La paix conclue avec l'empire d'Autriche a été depuis +cimentée par l'heureuse alliance que j'ai contractée: la naissance +du roi de Rome a rempli mes voeux et satisfait à l'avenir +de mes peuples.</p> + +<p>Les affaires de la religion ont été trop souvent mêlées et +sacrifiées aux intérêts d'un état du troisième ordre. Si la moitié +de l'Europe s'est séparée de l'église de Rome, on peut l'attribuer +spécialement à la contradiction qui n'a cessé d'exister +entre les vérités et les principes de la religion, qui sont pour +tout l'univers, et des prétentions et des intérêts qui ne regardaient +qu'un très-petit coin de l'Italie. J'ai mis fin à ce scandale +pour toujours. J'ai réuni Rome à l'empire. J'ai accordé; +des palais aux papes, à Rome et à Paris: s'ils ont à coeur les +intérêts de la religion, ils voudront séjourner souvent au centre +des affaires de la chrétienté; c'est ainsi que Saint Pierre +préféra Rome au séjour même de la Terre-Sainte.</p> + +<p>La Hollande a été réunie à l'empire; elle n'en est qu'une +émanation. Sans elle, l'empire ne serait pas complet.</p> + +<p>Les principes adoptés par le gouvernement anglais, de +ne reconnaître la neutralité d'aucun pavillon, m'ont obligé +de m'assurer des débouchés de l'Ems, du Weser et de l'Elbe, +et m'ont rendu indispensable une communication intérieure +avec la Baltique. Ce n'est pas mon territoire que j'ai voulu +accroître, mais bien mes moyens maritimes.</p> + +<p>L'Amérique a fait des efforts pour faire reconnaître la +liberté de son pavillon. Je la seconderai.</p> + +<p>Je n'ai qu'à me louer des souverains de la confédération +du Rhin.</p> + +<p>La réunion du Valais avait été prévue dès l'acte de médiation, +et considérée comme nécessaire pour concilier les intérêts +de la Suisse avec les intérêts de la France et de l'Italie.</p> + +<p>Les Anglais mettent en jeu toutes les passions. Tantôt +ils supposent à la France tous les projets qui peuvent alarmer +les autres puissances; projets qu'elle aurait pu mettre à +exécution s'ils étaient entrés dans sa politique: tantôt ils +font un appel à l'amour propre des nations pour exciter leur +jalousie; ils saisissent toutes les circonstances que font naître +les événemens inattendus des temps où nous nous trouvons: +c'est la guerre dans toutes les parties du continent qui peut +seule assurer leur prospérité. Je ne veux rien qui ne soit dans +les traités que j'ai conclus. Je ne sacrifierai jamais le sang +de mes peuples pour des intérêts qui ne sont pas immédiatement +ceux de mon empire. Je me flatte que la paix du continent +ne sera pas troublée.</p> + +<p>Le roi d'Espagne est venu assister à cette dernière solennité. +Je lui ai accordé tout ce qui était nécessaire et propre à +réunir les intérêts et l'esprit des différens peuples de ses provinces. +Depuis 1809, la plupart des places fortes d'Espagne +ont été prises après des sièges mémorables. Les insurgés ont +été battus dans un grand nombre de batailles rangées. L'Angleterre +a compris que cette guerre tournait à sa fin, et que +les intrigues et l'or n'étaient plus suffisans désormais pour la +nourrir. Elle s'est trouvée contrainte à en changer la nature; +et d'auxiliaire, elle est devenue partie principale. Tout ce +qu'elle a de troupes de ligue a été envoyé dans la péninsule: +l'Angleterre, l'Écosse, l'Irlande sont dégarnies. Le sang anglais +a enfin coulé à grands flots dans plusieurs actions glorieuses +pour les armes françaises.........Cette lutte contre Carthage, +qui paraissait devoir se décider sur les champs de bataille +de l'Océan ou au-delà des mers, le sera donc désormais +dans les plaines des Espagnes! Lorsque l'Angleterre sera épuisée, +qu'elle aura enfin ressenti les maux qu'avec tant de cruauté +elle verse depuis vingt ans sur le continent, que la moitié de +ses familles sera couverte du voile funèbre, un coup de tonnerre +mettra un aux affaires de la péninsule, aux destins de +ses armées, et vengera l'Europe et l'Asie en terminant cette +seconde guerre punique.</p> + +<p>Messieurs les députés des départemens au corps-législatif,</p> + +<p>J'ordonne à mon ministre de mettre sous vos yeux les +comptes de 1809 et 1810. C'est l'objet pour lequel je vous ai +réunis. Vous y verrez la situation prospère de mes finances. +Quoique j'aie mis, il y a trois mois, cent millions d'extraordinaire +à la disposition de mes ministres de la guerre, pour +subvenir aux dépenses des nouveaux armemens qui alors paraissaient +nécessaires, je me trouve dans l'heureuse situation +de n'avoir à imposer aucune nouvelle surcharge à mes peuples. +Je ne hausserai aucun tarif; je n'ai besoin d'aucun accroissement +dans les impositions.»</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Paris, 30 juin 1811.</p> + +<p class="milieu"><i>Réponse de l'empereur à une députation du corps-législatif +envoyée après le baptême du roi de Rome.</i></p> + +<p>«Monsieur le président et messieurs les députés du +corps-législatif,</p> + +<p>J'ai été bien aise de vous voir auprès de moi dans cette +circonstance si chère à mon coeur.</p> + +<p>Tous les voeux que vous formez pour l'avenir me sont +très-agréables. Mon fils répondra à l'attente de la France; il +aura pour vos enfans les sentimens que je vous porte. Les +Français n'oublieront jamais que leur bonheur et leur gloire +sont attachés à la prospérité de ce trône que j'ai élevé, consolidé +et agrandi avec eux et pour eux: je désire que ceci soit +entendu de tous les Français. Dans quelque position que la +Providence et ma volonté les aient placés, le bien, l'amour +de la France est leur premier devoir.</p> + +<p>J'agrée vos sentimens.»</p> +<br><br><br> + + +<p class="droite">Paris, 18 août 1811.</p> + +<p class="milieu"><i>Réponse de l'empereur à deux députations, l'une du département +de la Lippe et l'autre des Iles Ioniennes.</i></p> + +<p><i>A celle de la Lippe.</i></p> + +<p>«Messieurs les députés du département de la Lippe, la +ville de Munster appartenait à un souverain ecclésiastique, +déplorable effet de l'ignorance et de la superstition. Vous +étiez sans patrie. La Providence, qui a voulu que je rétablisse +le trône de Charlemagne, vous a fait naturellement rentrer, +avec la Hollande et les villes anséatiques, dans le sein de l'empire. +Du moment où vous êtes devenus Français, mon coeur +ne fait pas de différence entre vous et les autres parties de +mes états. Aussitôt que les circonstances me le permettront, +j'éprouverai une vive satisfaction de me trouver au milieu +de vous.»</p> + +<p class="milieu"><i>A celle des Iles Ioniennes.</i></p> + +<p>«Messieurs les députés des Iles Ioniennes, j'ai fait faire +dans votre pays de grands travaux. J'y ai réuni un grand +nombre de troupes et de munitions de toute espèce. Je ne regrette +pas les dépenses que Corfou coûte à mon trésor; elle +est la clé de l'Adriatique.</p> + +<p>Je n'abandonnerai jamais des îles que la supériorité de +l'ennemi sur mer a fait tomber en son pouvoir. Dans l'Inde, +comme dans l'Amérique, comme dans la Méditerranée, +tout ce qui est et a été Français, le sera constamment. Conquis +par l'ennemi, par les vicissitudes de la guerre, ou par les +stipulations de la paix, je regarderais comme une tache ineffaçable +à la gloire de mon règne, de sanctionner jamais l'abandon +d'un seul Français.</p> + +<p>J'agrée les sentimens que vous m'exprimez.»</p> + +<br><br><br> + + +<p>FIN DU CINQUIÈME VOLUME.</p> +<br><br><br> + +<div>*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 13192 ***</div> +</body> +</html> |
