summaryrefslogtreecommitdiff
path: root/13284-h
diff options
context:
space:
mode:
authorRoger Frank <rfrank@pglaf.org>2025-10-15 04:41:47 -0700
committerRoger Frank <rfrank@pglaf.org>2025-10-15 04:41:47 -0700
commit0aa84e498cbc11f4bc100268dbb7b0c8fecaa6f2 (patch)
treebdbeed02f0a43a143f3da18af054f85985b9fdf4 /13284-h
initial commit of ebook 13284HEADmain
Diffstat (limited to '13284-h')
-rw-r--r--13284-h/13284-h.htm648
-rw-r--r--13284-h/images/Image1.pngbin0 -> 21654 bytes
2 files changed, 648 insertions, 0 deletions
diff --git a/13284-h/13284-h.htm b/13284-h/13284-h.htm
new file mode 100644
index 0000000..17fb1fe
--- /dev/null
+++ b/13284-h/13284-h.htm
@@ -0,0 +1,648 @@
+<!DOCTYPE html PUBLIC "-//W3C//DTD HTML 4.01 Transitional//EN">
+<html>
+<head>
+ <meta http-equiv="content-type" content="text/html; charset=UTF-8">
+ <title>The book</title>
+ <meta name="author" content=" ">
+
+<style type=text/css>
+
+body {margin-left: 10%; margin-right: 10%}
+
+h1,h2,h3,h4,h5,h6 {text-align: center;}
+p {text-align: justify}
+
+
+.poem {margin-bottom: 1em; margin-left: 10%; margin-right: 10%;
+ text-align: left}
+.poem .stanza {margin: 1em 0em}
+.poem .stanza.i {margin: 1em 0em; font-style: italic;}
+.poem p {padding-left: 3em; margin: 0px; text-indent: -3em}
+.poem p.i2 {margin-left: 1em}
+.poem p.i4 {margin-left: 2em}
+.poem p.i6 {margin-left: 3em}
+.poem p.i8 {margin-left: 4em}
+.poem p.i10 {margin-left: 5em}
+
+
+
+</style>
+
+</head>
+<body>
+<div>*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 13284 ***</div>
+
+<h3>LE P. DIDON</h3>
+
+
+<h1>Influence morale<br>
+des<br>
+Sports athlétiques.</h1>
+
+
+<h2>DISCOURS PRONONCÉ<br>
+<i>AU CONGRÈS OLYMPIQUE DU HAVRE</i><br>
+LE 29 JUILLET 1897.</h2>
+
+<br><br>
+
+<p style="text-align: center"><img src="images/Image1.png" alt=""></p>
+<br><br><br>
+
+<p>Ce discours, recueilli par la sténographie, a été prononcé
+dans la réunion plénière du Congrès olympique international,
+dans l'hôtel de ville du Havre.</p>
+
+<p>Siègent au bureau, à côté de M. de Coubertin, président,
+M. le docteur Tissié, représentant M. le Ministre de l'Instruction
+publique, et M. Cathala, sous-préfet du Havre, etc., etc.</p>
+
+
+<p><i>M. le Président</i>.&mdash;Mesdames, Messieurs, le sujet
+qui doit être traité dans cette séance est celui-ci:</p>
+
+<p>De l'action morale des exercices physiques sur l'enfant,
+sur l'adolescent et de l'influence de l'effort sur la formation
+du caractère et le développement de la personnalité.</p>
+
+<p>C'est le R.P. Didon qui veut bien traiter ce sujet.
+Je lui donne la parole. (<i>Vifs applaudissements.&mdash;Mouvement
+d'attention.</i>)</p>
+
+<br><br><br>
+
+<div class="poem"> <div class="stanza">
+<p>MESDAMES,</p>
+<p>MESSIEURS,</p>
+ </div> </div>
+
+<p>C'est un grand honneur pour moi d'avoir été convié
+à ce Congrès olympique international et de prendre la
+parole dans une assemblée aussi distinguée, en présence
+des autorités de ce pays, du représentant officiel de
+M. le Ministre de l'Instruction publique, des hommes
+éminents qui s'occupent de l'éducation physique de la
+jeunesse, et des savants étrangers venus de divers pays,
+je puis dire de tous les pays, pour apporter à la cause des
+sports athlétiques le témoignage de leur expérience, de
+leur science parfaite et la consécration de leur autorité.</p>
+
+<p>Il ne m'appartient pas de vous remercier, Messieurs,
+c'est là oeuvre présidentielle,&mdash;et je ne suis ici qu'un
+humble membre de cette réunion. Mais il m'appartient
+de me réjouir de me trouver pour la première fois, je le
+crois, à côté de l'autorité officielle du pays et à côté des
+représentants français et étrangers de la science de l'éducation
+physique dont les progrès sont inhérents à la
+civilisation même; car la plus haute tâche de la civilisation
+ne consiste-t-elle pas à former l'homme tout entier, intellectuel
+et physique et moral? (<i>Applaudissements.</i>)</p>
+
+<p>Je dois dire que c'est l'amitié de M. de Coubertin
+qui est l'explication de ma présence ici. Il a pensé qu'ayant
+été, depuis plusieurs années, administrateur délégué de
+la Société anonyme Albert-le-Grand et, en cette qualité,
+appelé à gouverner plusieurs écoles, à leur inspirer le
+mouvement, je pourrais donner, moi aussi, par mon témoignage,
+un concours utile à l'oeuvre à laquelle il s'est
+appliqué si vaillamment, si intelligemment, et avec une
+persévérance digne de tout éloge. Et vous ne me démentirez
+pas, Mesdames et Messieurs, quand je dirai qu'il
+faut reconnaître en M. de Coubertin le rénovateur, le promoteur
+vigoureux, infatigable, des exercices de plein air
+et des sports athlétiques, en France. (<i>Vifs applaudissements</i>.)</p>
+
+<p>En répondant à votre appel, mon cher Président et
+ami, j'ai cru accomplir un devoir de haute reconnaissance.
+N'est-ce pas vous qui, il y a sept ans, êtes venu me trouver
+dans mon petit cabinet de l'École Lacordaire, et qui m'avez
+glissé, par votre parole insinuante et persuasive, la pensée
+d'introduire dans mes écoles des exercices de sport?</p>
+
+<p>C'est ce que j'ai fait, et j'ai obtenu des succès qui
+ne rivalisent certainement pas avec les merveilles de la
+Ligue de Bordeaux dont nous entretenait hier M. le docteur
+Tissié, mais qui attestent du moins l'excellence de
+l'oeuvre des sports athlétiques, chère à M. de Coubertin.</p>
+
+<p>J'acquitte donc ma dette de reconnaissance, en rendant
+témoignage à cette oeuvre et venant parler ici de la puissance
+éducatrice et de l'action morale des exercices physiques
+de plein air sur la jeunesse, sur la formation du
+caractère et le développement de la personnalité.</p>
+
+<p>Ce sujet intéresse tout le monde; il intéresse les
+mères, il intéresse les pères, il intéresse les fils, il intéresse
+les pouvoirs publics, il intéresse le Ministre de l'Instruction
+publique dont nous avons ici l'honorable représentant, il
+intéresse enfin tous ceux qui ont souci de l'avenir de ce
+pays, et j'estime, Mesdames et Messieurs, que j'aurais
+rendu quelque service, s'il m'était donné de prouver avec
+une évidence irrésistible pour les plus réfractaires, que
+cette puissance éducatrice, que cette force morale contenue
+dans les exercices physiques de plein air est une puissance
+certaine et douée d'une pénétrante action sur la jeunesse.
+J'espère y arriver, car je vois que vous êtes très ouverts
+à la vérité, et par conséquent très disposés à m'aider dans
+cette démonstration qui est tout à fait digne de l'attention
+la plus sérieuse. (<i>Applaudissements</i>.)</p>
+
+
+<p>Les résultats obtenus par la pratique constante et
+habituelle des exercices de plein air et des sports athlétiques
+sont nombreux: je vous signalerai les principaux.</p>
+
+<p>Le premier, c'est le développement, la multiplication
+de l'activité physique. Mais, direz-vous, ce n'est pas là une
+vertu morale! Comment, Messieurs, l'activité physique
+n'est pas une vertu morale? Convenez du moins qu'elle
+est la condition de grandes vertus morales? N'a-t-on pas
+dit spirituellement et en toute vérité que la propreté et
+l'hygiène étaient des vertus? Pourquoi, alors, n'en pourrait-on
+pas dire autant de l'activité physique? Quand vous
+verrez des enfants inertes, paresseux physiquement, soyez
+certains qu'ils le sont moralement, et quand vous voyez
+des enfants actifs jusqu'à la turbulence, soyez sûrs qu'il
+y a en eux des vertus en germe. Eh bien! cette mise en
+activité des vertus physiques par les exercices de plein
+air, voilà le premier résultat obtenu par les sports athlétiques.</p>
+
+<p>Le second, c'est l'esprit de combativité et de lutte.</p>
+
+<p>De même que dans la plupart des enfants, Mesdames,
+vous observez une paresse native qu'il faut vaincre à tout
+prix, parce que cette paresse native se répand dans toutes
+les facultés et les endort, de même vous surprenez en eux
+une lâcheté originelle. L'enfant commence par avoir peur:
+l'humanité est d'abord craintive et timide. Il faut qu'elle
+fasse preuve de vaillance, et pour cela il est nécessaire de
+développer l'esprit de combativité. (<i>Vifs applaudissements</i>.)</p>
+
+<p>Ne vous effrayez pas de cet esprit. Peut-être, direz-vous,
+nous ne pourrons plus tenir nos enfants, ils seront
+toujours ivres de luttes, toujours rêvant plaies et bosses.
+N'oubliez donc jamais que les combatifs sont les forts, que
+les forts sont les bons, mais que les paresseux sont les
+rusés et les faibles, et que les faibles sont dangereux,
+parce qu'ils sont traîtres. (<i>Applaudissements.</i>)</p>
+
+
+<p>Développons donc l'esprit de combativité, c'est-à-dire
+l'amour de la lutte: tel est le but. Il y a un obstacle, renversons-le!
+Mais si nous le tournions, ne pouvant le
+renverser? Soit! Mais si, en le tournant, nous sommes
+poursuivis, ne craignons pas d'attaquer. Voilà l'esprit
+combatif, voilà une des plus belles vertus physico-morales
+de l'homme, car si l'homme contient en germe une lâcheté
+native, il possède également en germe une bravoure
+native. Et il s'agit de savoir qui l'emportera, de la lâcheté
+ou de la bravoure. Les sports font prédominer l'esprit de
+combativité, c'est-à-dire l'esprit de vaillance et de bravoure
+originelles qui dorment chez l'enfant. Les sports font de
+l'enfant un adolescent vaillant, qui ne sait pas se détourner
+devant l'obstacle et qui n'a de tranquillité qu'après l'avoir
+brisé, dompté, vaincu.</p>
+
+<p>Le troisième résultat consiste à donner la force ou
+l'endurance.</p>
+
+<p>L'être fort, c'est celui qui sait endurer, ce n'est pas
+toujours celui qui attaque,&mdash;l'être fort se révèle bien plus
+par l'endurance et la patience,&mdash;c'est celui qui ne recule
+jamais. Voilà l'adolescent qu'il faut fabriquer, et, certes, il
+n'est pas difficile d'en fabriquer de semblables dans le pays
+des Gaulois. Ce ne sont pas les Gaulois qui sont des paresseux,
+ils sont trop gais, trop expansifs. Ce sont toujours
+ceux qui ne craignaient rien qu'une chose: «que le ciel ne
+tombât sur leurs têtes.» Ils poussaient la force jusqu'à la
+présomption. Eh bien, je le déclare hautement, je préfère
+les présomptueux aux timides. (<i>Applaudissements.</i>)</p>
+
+<p>Je vais dire quelque chose qui va plaire aux mères françaises,
+que je crois bien connaître. Elles ont toujours peur,
+les mères françaises, elles ont le génie de la préservation.
+Permettez-moi donc de vous donner, Mesdames, un moyen
+de préserver vos fils, c'est-à-dire d'en faire des tempérants
+qui n'aiment ni le vin ni l'alcool, qui ne commencent pas à
+fumer à douze ans, qui savent mettre le plaisir à sa place.</p>
+
+<p>J'ai observé et j'observe tous les jours que, dans le milieu
+où il nous a été donné à M. de Coubertin et moi d'organiser
+ces associations athlétiques, ces jeunes gens ne
+fument presque pas, ne vont pas sur les champs de courses
+pour parier; qu'ils sont très modérés et qu'en fait de plaisirs,
+ils pourraient arriver à donner des leçons, non seulement
+à Épicure qui était un raffiné de modération, mais à
+l'autre, le chef des stoïques, qui était un austère, et j'ai
+observé aussi qu'ils savaient se priver, se condamner même
+à une dure hygiène dans un but supérieur.</p>
+
+<p>Pour compléter ces résultats d'ordre moral et psychique,
+je vous en signalerai un autre d'ordre civique.</p>
+
+<p>Les sports, en groupant la jeunesse pour un but qui
+répond à sa nature, à son besoin de mouvement, font les
+natures unies et préparent le bon groupement de l'école.
+S'il m'est permis de parler de l'École Albert-le-Grand,
+j'avais remarqué qu'il s'y formait des petites coteries provoquées
+par des sympathies naturelles, par des rapports de
+famille, par diverses convenances qu'il est difficile d'analyser,
+et je voyais les élèves se grouper six par six, quatre
+par quatre, deux par deux. Oh! je n'aime pas cela, parce
+que l'esprit de coterie est une cause de division et de faiblesse,
+et comme je n'ai pas l'habitude de couper le mal
+autrement que dans la racine j'ai laissé les choses aller,
+mais je me suis dit: Voici une plaie que j'extirperai; or,
+Messieurs, je l'ai extirpée sans rien dire, en organisant les
+sports, en mêlant tous les groupes.</p>
+
+<p>J'ai vu que cette grande jeunesse est arrivée à faire de
+la fraternité. Elle s'est rapprochée dans la lutte autour du
+drapeau blanc et noir, celui d'Albert-le-Grand, le nôtre,
+avec ses quatre lettres A-A-A-G, de sorte que tous ces
+combattants ne connaissaient plus que le capitaine qui
+tenait le drapeau, les officiers qui le secondaient et les
+braves soldats qui enfonçaient l'ennemi. (<i>Applaudissements.</i>)</p>
+
+<p>Si j'osais, je pourrais m'adresser à M. le sous-préfet et
+lui dire: Vous qui menez des hommes, qui avez à les
+gouverner, vous savez quelle puissance on a quand on peut
+faire l'unité dans un milieu, quand on peut couper les
+sectes et ramasser les combattants autour d'une idée forte.
+Là est le génie politique et, tandis que le génie de l'impolitique&mdash;passez-moi
+le mot barbare&mdash;est de diviser, celui
+de la politique est de réunir. (<i>Applaudissements prolongés</i>.)</p>
+
+
+<p>J'ai énuméré quelques-uns des résultats obtenus expérimentalement
+par les associations sportives et athlétiques,
+par les exercices en plein air. En présence de ces résultats
+physiques, psychiques, moraux et civiques, les pères et
+les mères, les éducateurs comprennent-ils maintenant qu'ils
+ont le devoir de pousser leurs fils et leurs disciples dans
+cette voie?</p>
+
+<p>Mais ici, une question pratique se pose d'elle-même:
+comment ces associations sportives doivent-elles être organisées
+pour donner tous leurs fruits?</p>
+
+<p>Je vais y répondre.</p>
+
+
+<p>J'ai eu l'honneur hier de prendre part à la discussion
+intime de la Commission pédagogique relative à cette
+question. J'avoue que j'y ai appris beaucoup de choses des
+professeurs de gymnastique scientifique, de M. le docteur
+Tissié surtout, qui est un maître, non seulement dans la
+science médicale, mais dans la science pédagogique, et qui
+à sa science spéculative ajoute une expérience consommée.</p>
+
+<p>Pour mon compte&mdash;et j'ai été très heureux de rencontrer
+la collaboration de M. le sous-préfet du Havre,
+M. Cathala&mdash;j'ai exprimé mes idées libérales relatives à
+l'organisation des sports dans les lycées, collèges et établissements
+libres. Quelles sont ces idées? Je vous en dois
+l'exposé public et très détaillé.</p>
+
+<p>Je réponds que le caractère de l'organisation de ces
+associations (je mets de côté les leçons de gymnase qui
+font partie du programme de l'enseignement classique)
+dans toutes les maisons où l'on élève la jeunesse française
+doit être la liberté: liberté dans la fondation même des
+associations, parce qu'il faut que les jeunes gens organisent
+leurs petites sociétés eux-mêmes. Ils doivent nommer leurs
+présidents, leurs secrétaires, leurs trésoriers, constituer
+leurs bureaux. Étant ainsi constitués par eux, ils les acceptent
+comme une autorité librement reconnue.</p>
+
+<p>Et vous apercevez tout de suite que cette liberté dans
+l'organisation des sociétés présente un phénomène très nouveau
+dans nos établissements scolaires français. J'ai été frappé
+de ce fait que partout il y avait une centralisation absolue
+dans les lycées, dans les collèges, dans les écoles libres,
+congréganistes, j'ai observé ce fait particulier que les
+élèves étaient toujours groupés au gré de l'autorité qui les
+domine. La centralisation est partout et c'est ce que je ne
+puis accepter. Aussi me suis-je promis que, quand j'aurais
+un ensemble à manier, je ferais un trou, par lequel je ferais
+entrer la liberté dans les associations et dans les établissements
+d'éducation. Or, Messieurs, la liberté, intronisée là
+et pratiquée là, finira, soyez-en sûrs, par s'établir dans le
+pays en maîtresse souveraine.</p>
+
+<p>Ce que je m'étais promis de faire je l'ai fait. Et les
+associations se sont constituées, et j'admirais l'importance
+que se donnaient ces présidents, ces secrétaires, tous ces
+membres du bureau, à cause de la dignité dont ils se voyaient
+tout d'un coup revêtus. J'ai même remarqué que les dignitaires
+scolaires, institués par l'autorité, avaient moins d'influence
+que ceux choisis par les camarades. Pourquoi?
+Parce que ces derniers sont revêtus seuls de l'autorité que
+l'opinion peut donner, car, dans les écoles comme dans le
+pays, dans la nation comme dans les petits groupes, il y a
+une autorité souveraine,&mdash;l'opinion. Le chef qui ne la
+représente pas ne peut rien, celui qui la représente peut
+tout, surtout quand il poursuit un but élevé. (<i>Applaudissements
+prolongés.</i>)</p>
+
+<p>De même que ces associations scolaires naissent librement,
+de même elles doivent s'administrer librement, même
+en ce qui regarde leur budget, et c'est là où je différerai
+peut-être d'avis avec M. le docteur Tissié. Elles doivent
+apprendre à se gouverner pour connaître la responsabilité,
+et je laisserai au besoin la faute s'accomplir parce qu'elle
+permet de donner une leçon. Je n'aime pas les élèves impeccables,
+je préfère ceux qu'on peut corriger et instruire
+à l'occasion d'une faute, de même qu'on corrige le bon
+cheval à l'occasion d'un faux pas.</p>
+
+<p>Il faut donc laisser à ces associations le soin de leur
+bourse pour leur apprendre à s'en servir, à bien choisir
+quand elles achètent, et à payer le moins cher possible les
+objets dont elles ont besoin. Elles doivent s'administrer
+librement, sans entrave de la part de l'autorité.</p>
+
+<p>Il y a toujours, dans les établissements d'enseignement,
+des censeurs austères, sévères, qui rappellent que telle
+chose ne doit être faite qu'à 2 heures et demie.&mdash;Mais la
+bataille est à 2 heures!&mdash;La bataille, je ne connais pas
+cela. Je ne connais que l'heure fixée: 2 heures et demie.
+<i>(Rires.)</i></p>
+
+<p>Il faut faire disparaître ces entraves et dire aux jeunes
+gens: Allez au combat, battez bien l'adversaire et, quand
+vous reviendrez, ayant remporté la victoire, avec un
+rayon de gloire sur le front, vous travaillerez mieux. <i>(Applaudissements.)</i></p>
+
+<p>Voici donc comment je comprends le rôle, l'attitude des
+directeurs d'établissements vis-à-vis de ces associations
+sportives et athlétiques d'après la réserve que j'ai faite
+hier. Ce rôle se résume en un patronage bienveillant,
+encourageant, fortifiant, prévoyant. C'est tout ce qu'on
+peut se permettre vis-à-vis d'êtres libres. L'être libre, à
+moins d'un ordre qui lui est donné, est un être affranchi, à
+qui l'on doit laisser la liberté. On ne doit lui parler que
+comme à un être souverain, voilà la formule. <i>(Nouveaux
+applaudissements.)</i></p>
+
+<p>Je vais encore faire une réserve; il faut que ces associations
+soient absolument respectueuses des heures d'études.</p>
+
+<p>Il est évident que, si une association athlétique passe
+toute la journée à faire des sports, le latin, le grec, l'histoire,
+les mathématiques ne tomberont pas par une infusion
+supérieure dans ces jeunes têtes. Il faut donc faire une part
+équitable du travail et des jeux, et je serais bien de l'avis
+de M. Godart, dont l'expression nette et sage a été si bien
+résumée dans le <i>Vélo</i> par son envoyé spécial, M. Frantz
+Reichel, ici présent. C'est-à-dire je voudrais voir donner le
+temps qui lui est dû à l'activité physique et même l'augmenter,
+mais je n'irais pas jusqu'à la superstition des trois-huit.
+<i>(On rit.)</i> Il est certain que huit heures d'études intensives
+donneraient un meilleur résultat qu'un plus grand nombre
+d'heures d'étude consacrées à un travail relâché. Il est bien
+sûr, toutefois, qu'en développant les muscles, en les faisant
+solides, on obtiendrait une circulation cérébrale plus active.
+On arriverait, comme l'a si bien démontré M. Tissié,
+à des produits littéraires et scientifiques supérieurs. Et
+j'estime que les vainqueurs du football ont bien des chances
+d'être les lauréats de demain dans les concours intellectuels.</p>
+
+<p>Et pour que les associations sportives produisent tous
+leurs effets, je voudrais qu'elles fussent absolument intransigeantes
+sur le point d'honneur et sur la dignité de
+l'athlète. Pas de compromis.&mdash;Monsieur, vous avez violé
+la loi, vous êtes disqualifié.&mdash;Monsieur, vous avez menti,
+vous êtes disqualifié.&mdash;Monsieur, vous avez maltraité
+votre adversaire, vous êtes disqualifié. Un point, c'est tout.
+Avec des moeurs pareilles, nous irons peut-être avec succès
+à l'encontre de ces consciences de caoutchouc que la politique
+a malheureusement tendu à développer, parce que
+la politique étant faite d'intérêts pousse au compromis, et
+que le compromis est toujours une entorse faite à la conscience.
+<i>(Vive approbation.)</i> Que les associations sportives
+arborent donc le drapeau de l'intransigeance sur les questions
+d'honneur et lorsqu'elles entreront sur un terrain où
+les compromis sont pratiqués, qu'on les voie gagner la
+bataille avec une conscience irréductible contre les consciences
+souples, car les premières gagnent aussi les batailles
+politiques beaucoup mieux que les consciences habiles.
+<i>(Vifs applaudissements.)</i></p>
+
+
+<p>Il est un point d'ordre civique sur lequel je dois m'expliquer.
+Quel que soit l'habit que je porte, l'habit n'est rien,
+et si l'habit ne fait pas le moine, il n'empêche pas de faire
+L'homme. <i>(Nouveaux applaudissements.)</i> Nous ne pouvons
+pas oublier que nous vivons dans une vaste démocratie,
+non pas seulement française, mais universelle. Qu'on vive
+sous un monarque ou un président de République, on n'en
+est pas moins un citoyen libre. Mais l'avantage d'une démocratie
+comme la nôtre, c'est que l'individu participe à
+la direction générale. Il faut donc, dans une démocratie,
+former des hommes éclairés et capables d'initiative. Si
+vous formez des êtres passifs, n'agissant que par la seule
+impulsion du pouvoir, comment constituerez-vous une démocratie
+sérieuse? Vous n'aurez que des gens en tutelle,
+qui seront battus à tous les coups, comme sera battu par
+l'athlète celui qui n'aura reçu aucune éducation athlétique.
+Dans une démocratie, les citoyens devraient donner à tous
+l'exemple du respect de l'autorité de celui qu'ils ont élu, de
+celui qu'ils ont consacré par leur vote.</p>
+
+<p>Je n'ai jamais vu des sportifs battre en brèche l'autorité
+du président librement choisi par eux. Au contraire, ils
+font prévaloir cette autorité et ils savent la défendre quand
+on l'attaque. Ces moeurs, transportées dans une démocratie,
+en assureront la fortune et la prospérité. <i>(Vifs applaudissements.)</i></p>
+
+<p>Je le dis très haut, voilà les élèves que j'essaie de former.
+Monsieur le représentant du Ministre de l'Instruction
+publique, voulez-vous me permettre de dire que je ne comprends
+pas que, lorsque vous voyez un établissement qui
+travaille dans cet ordre d'idées, il ne soit pas considéré
+comme un établissement luttant pour le bien de la France
+et l'avenir de la démocratie. Nous pouvons être des concurrents,
+nous devons être des concurrents, parce qu'il est
+excellent que, dans un pays de liberté, la centralisation soit
+entamée par des hommes libres et chevaleresques. Mais
+c'est tout.</p>
+
+<p>Nous livrons le combat comme nous croyons devoir le
+livrer, mais nous luttons pour la même cause. Nous présentons
+notre épée en signe d'amitié, comme le fait un chevalier.
+Jamais il ne faut attaquer un chevalier, un ami du
+droit et de l'indépendance: on entre en pourparlers avec
+lui, mais on ne s'expose pas à lui faire la guerre, car l'attaquer,
+c'est entrer en lutte contre la justice et la liberté.
+<i>(Très bien! très bien!)</i></p>
+
+
+<p>Je ne puis pas, Mesdames et Messieurs, méconnaître
+que l'oeuvre des sports a des adversaires. M. de Coubertin
+traiterait cette question beaucoup mieux que moi, parce
+qu'il a été de toutes les batailles que les associations sportives
+ont soutenues, et il le ferait avec d'autant plus d'éloquence
+qu'ayant été de toutes les batailles, il les a toutes
+gagnées.</p>
+
+<p>En ce qui me concerne, j'aime beaucoup la bataille,
+surtout si je la gagne. <i>(Rires et applaudissements.)</i> Mais je
+ne livre le combat que quand je crois être sûr du succès,
+sinon j'attends&mdash;mais je n'attends jamais longtemps. <i>(On
+rit.)</i> Dès que mes troupes sont bien prêtes, que les armes
+sont au complet, alors je donne le signal du combat. Je
+puis être battu, mais j'ai toujours assuré ma ligne de retraite.</p>
+
+<p>Quels sont donc, Messieurs, les adversaires des sports?
+Je les classe en trois catégories: les passifs, les affectifs et
+les intellectuels. J'emprunte ces termes au docteur Tissié
+et je suis heureux de me servir de cette jolie étiquette.
+Mais je les définirai autrement: les affectifs, c'est vous,
+Mesdames. Le plus grand ennemi des sports, c'est la mère.
+Combien ai-je entendu de mères me dire: «Et surtout
+que mon fils ne joue pas au football!</p>
+
+<p>&mdash;Madame, votre fils vous appartient et il n'y jouera
+pas, si vous le défendez. Mais pourquoi le défendez-vous?
+Vous êtes calme en ce moment, causons.&mdash;Vous voulez
+donc que mon fils se casse une jambe, un bras, qu'il meure?&mdash;Non,
+Madame, je veux qu'il vive; et si on lui casse une
+jambe, nous la lui raccommoderons. <i>(On rit.)</i>&mdash;Ah! vous
+voilà bien!&mdash;Ne savez-vous pas qu'une jambe raccommodée
+est beaucoup plus solide qu'une neuve?» <i>(Hilarité.
+Vifs applaudissements.)</i></p>
+
+<p>Vous voyez quelle est la résistance du sentiment. Et, à
+ce propos, je me rappelle un mot de Claude Bernard, dont
+j'ai suivi les cours autrefois. Il s'agissait alors de la vivisection
+et les affectifs étaient en mouvement. Toujours les
+sentimentaux!</p>
+
+<p>Les Anglaises avaient fondé une Ligue contre la vivisection,
+et Claude Bernard faisait remarquer qu'on ne
+pouvait pas discuter avec les sentimentaux, parce qu'une
+raison, même la meilleure, ne peut pas mordre sur un sentimental.
+Le sentiment ne se laisse jamais persuader.
+«Comment! vous allez disséquer vivants mon chat, mon
+chien, mon petit lapin», disaient les membres de la Ligue
+contre la vivisection!</p>
+
+<p>Et Claude-Bernard faisait cette réflexion dans sa raison
+supérieure: J'admire comment ces êtres de sentiment, si
+pleins de compassion pour les bêtes, en ont si peu pour la
+pauvre humanité! «Comment apprendre à la guérir, si ce
+n'est en taillant les bêtes, en les examinant à l'intérieur
+pour y chercher l'énigme de la maladie et surprendre le
+secret de la guérison.» <i>(Applaudissements répétés.)</i></p>
+
+<p>Malgré l'opposition tenace des sentimentaux, la vivisection
+a continué à être pratiquée et vous savez de quelles
+heureuses découvertes elle a été le point de départ.</p>
+
+<p>Avec toute votre sentimentalité, Mères, vous n'empêcherez
+pas votre enfant de jouer. C'est l'enfant lui-même
+qui vous persuadera. Quand il voudra se donner du mouvement,
+l'attacherez-vous, le ligoterez-vous pour qu'il
+n'exerce pas sa force avec ses camarades? Il veut être plus
+fort qu'eux et vous ne l'en défendrez pas; si bien que,
+malgré l'objection des affectifs, les associations sportives
+continueront à se développer.</p>
+
+<p>Une autre objection est celle des éternels réactionnaires:
+les passifs, les partisans de ce qui fut; les ennemis
+nés et acharnés de ce qui doit être. Une nouveauté!
+Pourquoi faire? Cela n'existait pas autrefois. Vous connaissez
+le thème. Le mouvement nouveau les effraye et,
+malgré tous nos efforts, vous voyez encore dans les établissements
+d'instruction s'entasser élèves sur élèves. Vous
+voyez des centaines d'enfants dans des dortoirs, dans des
+cours, où ils ne respirent pas, où ils peuvent à peine courir,
+à peine marcher. Et c'est cela qu'ils appellent, les passifs,
+conserver les belles et bonnes traditions. Non, non et non!
+Pour gagner des victoires dans la vie, il faut des forces
+vraies, des forces pratiques, et on ne les acquiert que par
+les exercices de plein air, les sports athlétiques qui trempent
+le corps, qui trempent l'âme. Nous voulons des hommes
+d'action; les associations sportives nous aideront à les
+créer parce qu'elles développent les qualités pratiques sans
+lesquelles on ne peut rien faire d'utile en ce monde.</p>
+
+<p>Mais, mon fils ira au concours général, dit une mère. Il
+sera officier, il aura un plumet.&mdash;Est-ce le plumet qui
+fait gagner les batailles? Il est souvent gênant. Les hommes
+qui veulent remporter des victoires ont besoin de
+forces pratiques.</p>
+
+<p>Ce que je préfère, c'est le jeune homme capable de conduire
+une de ces grandes affaires commerciales comme il y
+en a dans cette puissante ville du Havre. Je le préfère celui-là
+au Monsieur qui fera de la littérature, qui publiera des
+articles à 300, 400 ou 500 francs dans un journal en vogue,
+et qui, ayant le gousset bien garni, pourra mener une vie
+luxueuse.</p>
+
+<p>Celui qui conduira une usine de 1.000 ouvriers gagnera
+des batailles, les batailles de l'industrie et du commerce, il
+fera vivre des familles et il enrichira son pays, la France.
+<i>(Nombreux applaudissements.)</i></p>
+
+<p>Il y a une troisième objection: celle des intellectuels.
+J'appelle intellectuel le Monsieur qui croit n'avoir plus
+d'estomac, qui ne peut pas souffrir un courant d'air. Il y a
+un courant d'air ici, fermez les fenêtres. <i>(On rit.)</i> Il est
+tellement affiné, qu'il n'appartient plus à la race humaine.
+Nous sommes profondément méprisés par lui, parce qu'il a
+fait des livres délicats, quintessenciés, ayant la dernière
+forme et dans lesquels on trouve des choses qu'on n'a vues
+nulle part. Eh bien! que m'apprenez-vous, vous, les intellectuels?
+Je le déclare, je suis peut-être un barbare, mais tous
+ces romans je ne les lis pas. Je me suis toujours demandé
+comment les femmes intelligentes pouvaient se nourrir ou
+plutôt s'intoxiquer de ces livres, car il faut bien le reconnaître,
+quand ils tirent à 100.000, il y en a 60.000 qui sont
+achetés par les femmes. <i>(Applaudissements répétés.)</i></p>
+
+<p>Que les intellectuels me pardonnent: au fond je suis
+un brave homme! <i>(Nouveaux applaudissements et rires.)</i></p>
+
+<p>En parlant comme je le fais, j'exprime des idées qui me
+sont chères, en bon chevalier, mais je puis faire bon ménage
+avec un intellectuel et passer de bonnes heures avec
+lui; je ne sais pas si elles sont, pour lui, aussi agréables!</p>
+
+<p>L'intellectuel dit: Développez donc les cerveaux et non
+les muscles. Et moi je dis&mdash;et M. le docteur Tissié m'approuvera,
+je crois&mdash;: Pour développer le cerveau, il faut
+fortifier le muscle. Quand nous aurons battu les intellectuels&mdash;l'heure
+approche, car le muscle triomphe&mdash;nous
+verrons disparaître des boulevards ces romans dont on
+s'empoisonne. Quelle belle victoire! <i>(Assentiment général.)</i></p>
+
+<p>Oui, ne serait-ce pas une grande victoire que de pouvoir
+réduire ainsi les intellectuels qui croient tenir le sommet de
+la pyramide humaine! Nous y arriverons, je l'espère bien.</p>
+
+<p>Je fais des voeux pour que ces idées pénètrent et soient
+appliquées dans les lycées, collèges, dans les établissements
+libres, dans les maisons de congréganistes, comme
+les appellent volontiers nos adversaires. Congréganistes,
+je n'aime pas ce mot-là, je préfère le mot libre. Je suis ce
+que je suis: j'ai mes idées, j'ai le courage de les dire et je
+cherche à les faire triompher. <i>(Vifs applaudissements.)</i></p>
+
+<p>Et pour terminer par un mot de concorde, je voudrais,
+Monsieur le Sous-Préfet,&mdash;et, pour ma part, mes efforts
+sont tournés vers ce but,&mdash;que les sports fussent un terrain
+où toute la jeunesse française pût se réunir, qu'on y
+travaillât à ruiner dans ce pays l'esprit qui nous divise,
+pour former une France comme nous la rêvons tous, nous
+les libéraux, non pas une France dans laquelle nous penserons
+tous de la même manière, c'est impossible, mais une
+France où tous nous aurons la pratique austère, loyale et
+chevaleresque du respect des autres et de la tolérance.
+<i>(Applaudissements frénétiques et prolongés.)</i></p>
+
+<div>*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 13284 ***</div>
+</body>
+</html>
diff --git a/13284-h/images/Image1.png b/13284-h/images/Image1.png
new file mode 100644
index 0000000..ebd7845
--- /dev/null
+++ b/13284-h/images/Image1.png
Binary files differ