summaryrefslogtreecommitdiff
path: root/13607-0.txt
diff options
context:
space:
mode:
Diffstat (limited to '13607-0.txt')
-rw-r--r--13607-0.txt11660
1 files changed, 11660 insertions, 0 deletions
diff --git a/13607-0.txt b/13607-0.txt
new file mode 100644
index 0000000..1f79be2
--- /dev/null
+++ b/13607-0.txt
@@ -0,0 +1,11660 @@
+*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 13607 ***
+
+HISTOIRE DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE
+
+_PAR M.A. THIERS_ DE L'ACADÉMIE FRANÇAISE
+
+NEUVIÈME ÉDITION
+
+TOME DIXIÈME
+
+
+
+M DCCC XXXIX
+
+
+
+
+DIRECTOIRE.
+
+
+
+CHAPITRE XIII.
+
+EXPÉDITION D'ÉGYPTE. DÉPART DE TOULON; ARRIVÉE DEVANT MALTE; CONQUÊTE
+DE CETTE ILE. DÉPART POUR L'ÉGYPTE; DÉBARQUEMENT A ALEXANDRIE; PRISE
+DE CETTE PLACE. MARCHE SUR LE CAIRE; COMBAT DE CHÉBREÏSS. BATAILLE DES
+PYRAMIDES; OCCUPATION DU CAIRE. TRAVAUX ADMINISTRATIFS DE BONAPARTE EN
+ÉGYPTE; ÉTABLISSEMENT DE LA NOUVELLE COLONIE. BATAILLE NAVALE D'ABOUKIR,
+DESTRUCTION DE LA FLOTTE FRANÇAISE PAR LES ANGLAIS.
+
+
+Bonaparte arriva à Toulon le 20 floréal an VI (9 mai 1798). Sa présence
+réjouit l'armée, qui commençait à murmurer et à craindre qu'il ne fût
+pas à la tête de l'expédition. C'était l'ancienne armée d'Italie. Elle
+était riche, couverte de gloire, et on pouvait dire d'elle, que sa
+_fortune était faite_. Aussi avait-elle beaucoup moins de zèle à faire
+la guerre, et il fallait toute la passion que lui inspirait son général,
+pour la décider à s'embarquer et à courir vers une destination inconnue.
+Cependant elle fut saisie d'enthousiasme en le voyant à Toulon. Il y
+avait huit mois qu'elle ne l'avait vu. Sur-le-champ Bonaparte, sans lui
+expliquer sa destination, lui adressa la proclamation suivante:
+
+ «SOLDATS!
+
+ «Vous êtes une des ailes de l'armée d'Angleterre. Vous avez fait la
+ guerre de montagnes, de plaines, de siége; il vous reste à faire la
+ guerre maritime.
+
+ «Les légions romaines, que vous avez quelquefois imitées, mais pas
+ encore égalées, combattaient Carthage tour à tour sur cette mer et
+ aux plaines de Zama. La victoire ne les abandonna jamais, parce que
+ constamment elles furent braves patientes à supporter la fatigue,
+ disciplinées et unies entre elles.
+
+ «Soldats, l'Europe a les yeux sur vous! vous avez de grandes
+ destinées à remplir, des batailles à livrer, des dangers, des
+ fatigues à vaincre; vous ferez plus que vous n'avez fait pour la
+ prospérité de la patrie, le bonheur des hommes, et votre propre
+ gloire.
+
+ «Soldats, matelots, fantassins, canonniers, cavaliers, soyez unis;
+ souvenez-vous que le jour d'une bataille vous avez besoin les uns
+ des autres.
+
+ «Soldats, matelots, vous avez été jusqu'ici négligés; aujourd'hui la
+ plus grande sollicitude de la république est pour vous: vous serez
+ dignes de l'armée dont vous faites partie.
+
+ «Le génie de la liberté qui a rendu, dès sa naissance, la république
+ l'arbitre de l'Europe, veut qu'elle le soit des mers et des nations
+ les plus lointaines.»
+
+On ne pouvait pas annoncer plus dignement une grande entreprise, en la
+laissant toujours dans le mystère qui devait l'envelopper.
+
+L'escadre de l'amiral Brueys se composait de treize vaisseaux de ligne,
+dont un de 120 canons (c'était _l'Orient_, que devaient monter l'amiral
+et le général en chef), deux de 80, et dix de 74. Il y avait de plus
+deux vaisseaux vénitiens de 64 canons, six frégates vénitiennes et
+huit françaises, soixante-douze corvettes, cutters, avisos, chaloupes
+canonnières, petits navires de toute espèce. Les transports réunis tant
+à Toulon qu'à Gênes, Ajaccio, Civita-Vecchia, s'élevaient à quatre
+cents. C'étaient donc cinq cents voiles qui allaient flotter à la fois
+sur la Méditerranée. Jamais pareil armement n'avait couvert les mers.
+La flotte portait environ quarante mille hommes de toutes armes et dix
+mille marins. Elle avait de l'eau pour un mois, des vivres pour deux.
+
+On mit à la voile le 30 floréal (19 mai), au bruit du canon, aux
+acclamations de toute l'armée. Des vents violens causèrent quelque
+dommage à une frégate à la sortie du port. Les mêmes vents avaient causé
+de telles avaries à Nelson, qui croisait avec trois vaisseaux, qu'il
+fut obligé d'aller au radoub dans les îles Saint-Pierre. Il fut ainsi
+éloigné de l'escadre française, et ne la vit pas sortir. La flotte vogua
+d'abord vers Gênes, pour rallier le convoi réuni dans ce port, sous
+les ordres du général Baraguai-d'Hilliers. Elle cingla ensuite vers la
+Corse, rallia le convoi d'Ajaccio, qui était sous les ordres de
+Vaubois, et s'avança dans la mer de Sicile, pour se réunir au convoi
+de Civita-Vecchia, qui était sous les ordres de Desaix. Le projet de
+Bonaparte était de se diriger sur Malte, et d'y tenter en passant une
+entreprise audacieuse dont il avait de longue main préparé le succès par
+des trames secrètes. Il voulait s'emparer de cette île, qui, commandant
+la navigation de la Méditerranée, devenait importante pour l'Égypte,
+et qui ne pouvait manquer d'échoir bientôt aux Anglais, si on ne les
+prévenait.
+
+L'ordre des chevaliers de Malte était comme toutes les institutions du
+moyen-âge: il avait perdu son objet, et dès lors sa dignité et sa
+force. Il n'était plus qu'un abus, profitable seulement à ceux qui
+l'exploitaient. Les chevaliers avaient en Espagne, en Portugal, en
+France, en Italie, en Allemagne, des biens considérables, qui leur
+avaient été donnés par la piété des fidèles pour protéger les chrétiens
+allant visiter les saints lieux. Maintenant qu'il n'y avait plus de
+pèlerinages de cette espèce, le rôle et le devoir des chevaliers étaient
+de protéger les nations chrétiennes contre les Barbaresques, et de
+détruire l'infame piraterie qui infeste la Méditerranée. Les biens de
+l'ordre suffisaient à l'entretien d'une marine considérable; mais les
+chevaliers ne s'occupaient aucunement à en former une: ils n'avaient que
+deux ou trois vieilles frégates, ne sortant jamais du port, et quelques
+galères qui allaient donner et recevoir des fêtes dans les ports
+d'Italie. Les baillifs, les commandeurs, placés dans toute la
+chrétienté, dévoraient dans le luxe et l'oisiveté les revenus de
+l'ordre. Il n'y avait pas un chevalier qui eût fait la guerre aux
+Barbaresques. L'ordre n'inspirait d'ailleurs plus aucun intérêt. En
+France on lui avait enlevé ses biens, et Bonaparte les avait fait saisir
+en Italie, sans qu'il s'élevât aucune réclamation en sa faveur. On a vu
+que Bonaparte avait songé déjà à pratiquer des intelligences dans Malte.
+Il avait gagné quelques chevaliers, et il se proposait de les intimider
+par un coup d'audace, et de les obliger à se rendre; car il n'avait ni
+le temps ni les moyens d'une attaque régulière contre une place réputée
+imprenable. L'ordre, qui depuis quelque temps pressentait ses dangers en
+voyant les escadres françaises dominer dans la Méditerranée, s'était mis
+sous la protection de Paul Ier.
+
+Bonaparte faisait de grands efforts pour rejoindre la division de
+Civita-Vecchia; il ne put la joindre qu'à Malte même. Les cinq cents
+voiles françaises se déployèrent à la vue de l'île, le 21 prairial (9
+juin), vingt-deux jours après la sortie de Toulon. Cette vue répandit
+le trouble dans la ville de Malte. Bonaparte, pour avoir un prétexte de
+s'arrêter, et pour faire naître un sujet de contestation, demanda au
+grand-maître la faculté de faire de l'eau. Le grand-maître, Ferdinand de
+Hompesch, fit répondre par un refus absolu, alléguant les réglemens,
+qui ne permettaient pas d'introduire à la fois plus de deux vaisseaux
+appartenant à des puissances belligérantes. On avait autrement accueilli
+les Anglais quand ils s'étaient présentés. Bonaparte dit que c'était là
+une preuve de la plus insigne malveillance, et sur-le-champ fit ordonner
+un débarquement. Le lendemain, 22 prairial (10 juin), les troupes
+françaises débarquèrent dans l'île, et investirent complètement
+Lavalette, qui compte trente mille âmes à peu près de population, et qui
+est l'une des plus fortes places de l'Europe. Bonaparte fit débarquer de
+l'artillerie pour canonner les forts. Les chevaliers répondirent à son
+feu, mais très mal. Ils voulurent faire une sortie, et il y en eut un
+grand nombre de pris. Le désordre se mit alors à l'intérieur. Quelques
+chevaliers de la langue française déclarèrent qu'ils ne pouvaient pas
+se battre contre leurs compatriotes. On en jeta quelques-uns dans les
+cachots. Le trouble était dans les têtes; les habitans voulaient qu'on
+se rendît. Le grand-maître, qui avait peu d'énergie, et qui se souvenait
+de la générosité du vainqueur de Rivoli à Mantoue, songea à sauver ses
+intérêts du naufrage, fit sortir de prison l'un des chevaliers français
+qu'il y avait jetés, et l'envoya à Bonaparte pour négocier. Le traité
+fut bientôt arrêté. Les chevaliers abandonnèrent à la France la
+souveraineté de Malte et des îles en dépendant; en retour, la France
+promit son intervention au congrès de Rastadt, pour faire obtenir au
+grand-maître une principauté en Allemagne, et à défaut, elle lui assura
+une pension viagère de 300,000 francs et une indemnité de 600,000 francs
+comptant. Elle accorda à chaque chevalier de la langue française 700 fr.
+de pension, et 1,000 pour les sexagénaires; elle promit sa médiation
+pour que ceux des autres langues fussent mis en jouissance des biens de
+l'ordre, dans leurs pays respectifs. Telles furent les conditions au
+moyen desquelles la France entra en possession du premier port de la
+Méditerranée, et de l'un des plus forts du monde. Il fallait l'ascendant
+de Bonaparte pour l'obtenir sans combattre; il fallait son audace
+pour oser y perdre quelques jours, ayant les Anglais à sa poursuite.
+Caffarelli-Dufalga, aussi spirituel que brave, en parcourant la place
+dont il admirait les fortifications, dit ce mot: _Nous sommes bien
+heureux qu'il y ait eu quelqu'un dans la place pour nous en ouvrir les
+portes._
+
+Bonaparte laissa Vaubois à Malte, avec trois mille hommes de garnison;
+il y plaça Régnault (de Saint-Jean-d'Angely), en qualité de commissaire
+civil. Il fit tous les règlemens administratifs qui étaient nécessaires
+pour l'établissement du régime municipal dans l'île, et il mit
+sur-le-champ à la voile pour cingler vers la côte d'Égypte.
+
+Il leva l'ancre le 1er messidor (19 juin), après une relâche de dix
+jours. L'essentiel maintenant, était de ne pas rencontrer les Anglais.
+Nelson, radoubé aux îles Saint-Pierre, avait reçu du lord Saint-Vincent
+un renfort de dix vaisseaux de ligne et de plusieurs frégates, ce qui
+lui formait une escadre de treize vaisseaux de haut bord, et de quelques
+vaisseaux de moindre importance. Il était revenu le 13 prairial (1er
+juin) devant Toulon; mais l'escadre française en était sortie depuis
+douze jours. Il avait couru de Toulon à la rade du Tagliamon, et de la
+rade du Tagliamon à Naples, où il était arrivé le 2 messidor (20 juin),
+au moment même où Bonaparte quittait Malte. Apprenant que les Français
+avaient paru vers Malte, il les suivait, disposé à les attaquer s'il
+parvenait à les joindre.
+
+Sur toute l'escadre française, on était prêt au combat. La possibilité
+de rencontrer les Anglais était présente à tous les esprits et
+n'effrayait personne. Bonaparte avait réparti sur chaque vaisseau de
+ligne cinq cents hommes d'élite, qu'on habituait tous les jours à la
+manoeuvre du canon, et à la tête desquels se trouvait un de ces généraux
+si bien habitués au feu sous ses ordres. Il s'était fait un principe sur
+la tactique maritime, c'est que chaque vaisseau ne devait avoir qu'un
+but, celui d'en joindre un autre, de le combattre et de l'aborder. Des
+ordres étaient donnés en conséquence, et il comptait sur la bravoure des
+troupes d'élite placées à bord des vaisseaux. Ces précautions prises, il
+cinglait tranquillement vers l'Égypte. Cet homme qui, suivant
+d'absurdes détracteurs, craignait les hasards de la mer, s'abandonnait
+tranquillement à la fortune, au milieu des flottes anglaises, et avait
+eu l'audace de perdre quelques jours à Malte pour en faire la conquête.
+La gaieté régnait sur l'escadre; on ne savait pas exactement où l'on
+allait, mais le secret commençait à se répandre, et on attendait avec
+impatience la vue des rivages qu'on allait conquérir. Le soir, les
+savans, les officiers-généraux qui étaient à bord de _l'Orient_, se
+réunissaient chez le général en chef, et là commençaient les ingénieuses
+et savantes discussions de l'Institut d'Égypte. Un instant, l'escadre
+anglaise ne fut qu'à quelques lieues de l'immense convoi français, et
+de part et d'autre on l'ignora. Nelson commençant à supposer que les
+Français s'étaient dirigés sur l'Égypte, fit voile pour Alexandrie,
+et les y devança; mais ne les ayant pas trouvés, il vola vers les
+Dardanelles, pour tâcher de les y rencontrer. Par un bonheur singulier,
+l'expédition française n'arriva en vue d'Alexandrie que le surlendemain,
+13 messidor (1er juillet). Il y avait un mois et demi à peu près qu'elle
+était sortie de Toulon.
+
+Bonaparte envoya chercher aussitôt le consul français. Il apprit que les
+Anglais avaient paru l'avant-veille, et les jugeant dans les parages
+voisins, il voulut tenter le débarquement à l'instant même. On ne
+pouvait pas entrer dans le port d'Alexandrie, car la place paraissait
+disposée à se défendre; il fallait descendre à quelque distance, sur
+la plage voisine, à une anse dite du Marabout. Le vent soufflait
+violemment, et la mer se brisait avec furie sur les récifs de la côte.
+C'était vers la fin du jour. Bonaparte donna le signal et voulut aborder
+sur-le-champ. Il descendit le premier dans une chaloupe; les soldats
+demandaient à grands cris à le suivre à la côte. On commença à mettre
+les embarcations à la mer, mais l'agitation des flots les exposait à
+chaque instant à se briser les unes contre les autres. Enfin, après
+de grands dangers, on toucha le rivage. A l'instant une voile parut à
+l'horizon; on crut que c'était une voile anglaise: «_Fortune_, s'écria
+Bonaparte, _tu m'abandonnes! quoi! pas seulement cinq jours!_» La
+fortune ne l'abandonnait pas, car c'était une frégate française qui
+rejoignait. On eut beaucoup de peine à débarquer quatre ou cinq mille
+hommes, dans la soirée et dans la nuit. Bonaparte résolut de marcher
+sur-le-champ vers Alexandrie, afin de surprendre la place, et de ne pas
+donner aux Turcs le temps de faire des préparatifs de défense. On se
+mit tout de suite en marche. Il n'y avait pas un cheval de débarqué;
+l'état-major, Bonaparte et Caffarelli lui-même, malgré sa jambe de bois,
+firent quatre à cinq lieues à pied dans les sables, et arrivèrent à la
+pointe du jour en vue d'Alexandrie.
+
+Cette antique cité, fille d'Alexandre, n'avait plus ses magnifiques
+édifices, ses innombrables demeures, sa grande population; elle était
+ruinée aux trois quarts. Les Turcs, les Égyptiens opulens, les négocians
+européens habitaient dans la ville moderne, qui était la seule partie
+conservée. Quelques Arabes vivaient dans les décombres de la cité
+antique; une vieille muraille flanquée de quelques tours enfermait la
+nouvelle et l'ancienne ville, et tout autour régnaient les sables qui,
+en Égypte, s'avancent partout où la civilisation recule.
+
+Les quatre mille Français, conduits par Bonaparte, y arrivèrent à la
+pointe du jour: ils ne rencontrèrent sur cette plage de sable qu'un
+petit nombre d'Arabes, qui, après quelques coups de fusil, s'enfoncèrent
+dans le désert. Bonaparte partagea ses soldats en trois colonnes: Bon,
+avec la première, marcha à droite, vers la porte de Rosette; Kléber,
+avec la seconde, marcha au centre vers la porte de la Colonne; Menou,
+avec la troisième, s'avança à gauche vers la porte des Catacombes. Les
+Arabes et les Turcs, excellens soldats derrière un mur, firent un
+feu bien nourri; mais les Français montèrent avec des échelles, et
+franchirent la vieille muraille. Kléber tomba le premier, frappé d'une
+balle au front. On chassa les Arabes de ruine en ruine, jusqu'à la
+ville nouvelle. Le combat allait se prolonger de rue en rue, et devenir
+meurtrier; mais un capitaine turc servit d'intermédiaire pour négocier
+un accord. Bonaparte déclara qu'il ne venait point pour ravager le pays,
+ni l'enlever au Grand-Seigneur, mais seulement pour le soustraire à la
+domination des Mameluks, et venger les outrages que ceux-ci avaient
+faits à la France. Il promit que les autorités du pays seraient
+maintenues, que les cérémonies du culte continueraient d'avoir lieu
+comme par le passé, que les propriétés seraient respectées, etc.....
+Moyennant ces conditions, la résistance cessa: les Français furent
+maîtres d'Alexandrie le jour même. Pendant ce temps, l'armée avait
+achevé de débarquer. Il s'agissait maintenant de mettre l'escadre à
+l'abri, soit dans le port, soit dans l'une des rades voisines, de
+créer à Alexandrie une administration conforme aux moeurs du pays, et
+d'arrêter un plan d'invasion pour s'emparer de l'Égypte. Pour le moment,
+les dangers de la mer et d'une rencontre avec les Anglais étaient
+passés; les plus grands obstacles étaient vaincus avec ce bonheur qui
+semble toujours accompagner la jeunesse d'un grand homme.
+
+L'Égypte, sur laquelle nous venions d'aborder, est le pays le plus
+singulier, le mieux situé, et l'un des plus fertiles de la terre. Sa
+position est connue. L'Afrique ne tient à l'Asie que par un isthme de
+quelques lieues, qu'on appelle l'isthme de Suez, et qui, s'il était
+coupé, donnerait accès de la Méditerranée dans la mer de Indes,
+dispenserait les navigateurs d'aller à des distances immenses, et au
+milieu des tempêtes, doubler le cap de Bonne-Espérance. L'Égypte est
+placée parallèlement à la mer Rouge et à l'isthme de Suez. Elle est la
+maîtresse de cet isthme. C'est cette contrée qui, chez les anciens
+et dans le moyen-âge, pendant la prospérité des Vénitiens, était
+l'intermédiaire du commerce de l'Inde. Telle est sa position entre
+l'Occident et l'Orient. Sa constitution physique et sa forme ne sont pas
+moins extraordinaires. Le Nil, l'un des grands fleuves du monde, prend
+sa source dans les montagnes de l'Abyssinie, fait six cents lieues dans
+les déserts de l'Afrique, puis entre en Égypte, ou plutôt y tombe, en
+se précipitant des cataractes de Syène, et parcourt encore deux cents
+lieues jusqu'à la mer. Ses bords constituent toute l'Égypte. C'est
+une vallée de deux cents lieues de longueur, sur cinq à six lieues de
+largeur. Des deux côtés elle est bordée par un océan de sables. Quelques
+chaînes de montagnes, basses, arides et déchirées, sillonnent tristement
+ces sables, et projettent à peine quelques ombres sur leur immensité.
+Les unes séparent le Nil de la mer Rouge, les autres le séparent du
+grand désert, dans lequel elles vont se perdre. Sur la rive gauche du
+Nil, à une certaine distance dans le désert, serpentent deux langues de
+terre cultivable, qui font exception aux sables, et se couvrent d'un peu
+de verdure. Ce sont les _oasis_, espèces d'îles végétales, au milieu de
+l'océan des sables. Il y en a deux, la grande et la petite. Un effort
+des hommes, en y jetant une branche du Nil, en ferait de fertiles
+provinces. Cinquante lieues avant d'arriver à la mer, le Nil se partage
+en deux branches, qui vont tomber à soixante lieues l'une de l'autre,
+dans la Méditerranée, la première à Rosette, la seconde à Damiette. On
+connaissait autrefois sept bouches au Nil; on les aperçoit encore, mais
+il n'y en a plus que deux de navigables. Le triangle formé par ces deux
+grandes branches et par la mer a soixante lieues à sa base et cinquante
+sur ses côtés; il s'appelle le Delta. C'est la partie la plus fertile de
+l'Égypte, parce que c'est la plus arrosée, la plus coupée de canaux. Le
+pays tout entier se divise en trois parties, le Delta ou Basse-Égypte,
+qu'on appelle Bahireh; la Moyenne-Égypte, qu'on appelle Ouestanieh; la
+Haute-Égypte, qu'on appelle le Saïd.
+
+Les vents étésiens soufflant d'une manière constante du nord au sud,
+pendant les mois de mai, juin et juillet, entraînent tous les nuages
+formés à l'embouchure du Nil, n'en laissent pas séjourner un seul
+sur cette contrée toujours sereine, et les portent vers les monts
+d'Abyssinie. Là ces nuages s'agglomèrent, se précipitent en pluie
+pendant les mois de juillet, août et septembre, et produisent le
+phénomène célèbre des inondations du Nil. Ainsi, cette terre reçoit par
+les débordemens du fleuve, les eaux qu'elle ne reçoit pas du ciel. Il
+n'y pleut jamais, et les marécages du Delta, qui seraient pestilentiels
+sous le ciel de l'Europe, ne produisent pas en Égypte une seule fièvre.
+Le Nil, après son inondation, laisse un limon fertile, qui est la seule
+terre cultivable sur ces bords, et qui produit ces abondantes moissons
+consacrées autrefois à nourrir Rome. Plus l'inondation s'est étendue,
+plus il y a de terre cultivable. Les propriétaires de cette terre,
+nivelée tous les ans par les eaux, se la partagent tous les ans par
+l'arpentage. Aussi l'arpentage est-il un grand art en Égypte. Des canaux
+pourraient étendre l'inondation, et auraient l'avantage de diminuer la
+rapidité des eaux, de les faire séjourner plus long-temps, et d'étendre
+la fertilité aux dépens du désert. Nulle part le travail de l'homme ne
+pourrait avoir de plus salutaires effets; nulle part la civilisation ne
+serait plus souhaitable. Le Nil et le désert se disputent l'Égypte, et
+c'est la civilisation qui donnerait au Nil le moyen de vaincre le désert
+et de le faire reculer. On croit que l'Égypte nourrissait autrefois
+vingt millions d'habitans, sans compter les Romains. Elle était à peine
+capable d'en nourrir trois millions quand les Français y entrèrent.
+
+L'inondation finit à peu près en septembre. Alors commencent les travaux
+des champs. Pendant les mois d'octobre, novembre, décembre, janvier,
+février, la campagne d'Égypte présenté un aspect ravissant de fertilité
+et de fraîcheur. Elle est couverte alors des plus riches moissons,
+émaillée de fleurs, traversée par d'immenses troupeaux. En mars les
+chaleurs commencent; la terre se gerce si profondément, qu'il est
+quelquefois dangereux de la traverser à cheval. Les travaux des champs
+sont alors finis. Les Égyptiens ont recueilli toutes les richesses de
+l'année. Outre les blés, l'Égypte produit les meilleurs riz, les plus
+beaux légumes, le sucre, l'indigo, le séné, la casse, le natron, le lin,
+le chanvre, le coton, tout cela avec une merveilleuse abondance. Il lui
+manque des huiles; mais elle les trouve vis-à-vis, en Grèce; il lui
+manque le tabac et le café, mais elle les trouve à ses côtés, dans
+la Syrie et l'Arabie. Elle est aussi privée de bois, car la grande
+végétation ne peut pas pousser sur ce limon annuel que le Nil dépose sur
+un fond de sable. Quelques sycomores et quelques palmiers sont les
+seuls arbres de l'Égypte. A défaut de bois on brûle la bouse de vache.
+L'Égypte nourrit d'immenses troupeaux. Les volailles de toute espèce y
+fourmillent. Elle a ces admirables chevaux, si célèbres dans le monde
+par leur beauté, leur vivacité, leur familiarité avec leurs maîtres, et
+cet utile chameau, qui peut manger et boire pour plusieurs jours, dont
+le pied enfonce sans fatigue dans les sables mouvans, et qui est comme
+un navire vivant pour traverser la mer des sables.
+
+Tous les ans arrivent au Caire d'innombrables caravanes, qui abordent
+comme des flottes des deux côtés du désert. Les unes viennent de la
+Syrie et de l'Arabie, les autres de l'Afrique et des côtes de Barbarie.
+Elles apportent tout ce qui est propre aux pays du soleil, l'or,
+l'ivoire, les plumes, les schalls inimitables, les parfums, les gommes,
+les aromates de toute espèce, le café, le tabac, les bois et les
+esclaves. Le Caire devient un entrepôt magnifique des plus belles
+productions du globe, de celles que le génie si puissant des occidentaux
+ne pourra jamais imiter, car c'est le soleil qui les donne, et dont leur
+goût délicat les rendra toujours avides. Aussi le commerce de l'Inde
+est-il le seul dont les progrès des peuples n'amèneront jamais la
+fin. Il ne serait donc pas nécessaire de faire de l'Égypte un poste
+militaire, pour aller détruire violemment le commerce des Anglais. Il
+suffirait d'y établir un entrepôt, avec la sûreté, les lois et les
+commodités européennes, pour attirer les richesses du monde.
+
+La population qui occupe l'Égypte est, comme les ruines des cités qui la
+couvrent, un amas des débris de plusieurs peuples. Des Cophtes, anciens
+habitans de l'Égypte, des Arabes, conquérans de l'Égypte sur les
+Cophtes, des Turcs conquérans sur les Arabes, telles sont les races dont
+les débris pullulent misérablement sur une terre dont ils sont indignes.
+Les Cophtes, quand les Français y entrèrent, étaient deux cent mille au
+plus. Méprisés, pauvres, abrutis, ils s'étaient voués, comme toutes les
+classes proscrites, aux plus ignobles métiers. Les Arabes formaient la
+masse presque entière de la population; ils descendaient des compagnons
+de Mahomet. Leur condition était infiniment variée; quelques-uns, de
+haute naissance, faisant remonter leur origine jusqu'à Mahomet lui-même,
+grands propriétaires, ayant quelques traces du savoir arabe, réunissant
+à la noblesse les fonctions du culte et de la magistrature, étaient,
+sous le titre de scheiks, les véritables grands de l'Égypte. Dans
+les divans, ils représentaient le pays, quand ses tyrans voulaient
+s'adresser à lui; dans les mosquées, ils composaient des espèces
+d'universités, où ils enseignaient la religion, la morale du Koran, un
+peu de philosophie et de jurisprudence. La grande mosquée de Jemil-Azar
+était le premier corps savant et religieux de l'Orient. Après ces
+grands, venaient les moindres propriétaires, composant la seconde et
+la plus nombreuse classe des Arabes; puis les prolétaires, qui étaient
+tombés dans la situation de véritables ilotes. Ces derniers étaient des
+paysans à gages, cultivant la terre sous le nom de fellahs, et vivant
+dans la misère et l'abjection. Il y avait une quatrième classe d'Arabes,
+c'étaient les Bédouins ou Arabes errans: ceux-là n'avaient pas voulu
+s'attacher à la terre; c'étaient les fils du désert. Montés sur des
+chevaux ou des chameaux, conduisant devant eux des troupeaux nombreux,
+ils erraient, cherchant des pâturages dans quelques oasis, ou venant
+annuellement ensemencer les lisières de terre cultivable, placées sur
+le bord de l'Égypte. Leur métier était d'escorter les caravanes ou de
+prêter leurs chameaux pour les transports. Mais, brigands sans foi,
+ils pillaient souvent les marchands qu'ils escortaient ou auxquels ils
+prêtaient leurs chameaux. Quelquefois même, violant l'hospitalité
+qu'on leur accordait sur la lisière des terres cultivables, ils se
+précipitaient sur cette vallée du Nil, qui, large seulement de cinq
+lieues, est si facile à pénétrer; ils pillaient les villages, et,
+remontant sur leurs chevaux, emportaient leur butin dans le fond du
+désert. La négligence turque laissait leurs ravages presque toujours
+impunis, et ne luttait pas mieux contre les brigands du désert qu'elle
+ne savait lutter contre ses sables. Ces Arabes errans, divisés en tribus
+sur les deux côtés de la vallée, étaient au nombre de cent ou cent vingt
+mille, et fournissaient vingt ou vingt-cinq mille cavaliers, braves,
+mais bons pour harceler l'ennemi, jamais pour le combattre.
+
+La troisième race enfin était celle des Turcs; mais elle était aussi peu
+nombreuse que les Cophtes, c'est-à-dire qu'elle s'élevait à deux cent
+mille individus au plus. Elle se partageait en Turcs et Mameluks. Les
+Turcs, venus depuis la dernière conquête des sultans de Constantinople,
+étaient presque tous inscrits sur la liste des janissaires; mais on sait
+qu'ils ne se font ordinairement inscrire sur ces listes que pour
+avoir les privilèges des janissaires, et qu'un très petit nombre sont
+réellement au service. Il n'y en avait que peu d'entre eux dans la
+milice du pacha. Ce pacha, envoyé de Constantinople, représentait le
+sultan en Égypte; mais à peine escorté de quelques janissaires, il avait
+vu s'évanouir son autorité par les précautions même que le sultan Sélim
+avait prises autrefois pour la conserver. Ce sultan, jugeant que par
+son éloignement l'Égypte pourrait échapper à la domination de
+Constantinople, qu'un pacha ambitieux et habile pourrait s'y créer un
+empire indépendant, avait imaginé un contre-poids, en instituant la
+milice des Mameluks. Mais comme on ne peut pas vaincre les conditions
+physiques qui rendent un pays dépendant ou indépendant d'un autre, au
+lieu du pacha, c'étaient les Mameluks qui s'étaient rendus indépendans
+de Constantinople et maîtres de l'Égypte. Les Mameluks étaient des
+esclaves achetés en Circassie. Choisis parmi les plus beaux enfans du
+Caucase, transportés jeunes en Égypte, élevés dans l'ignorance de leur
+origine, dans le goût et la pratique des armes, ils devenaient les plus
+braves et les plus agiles cavaliers de la terre. Ils tenaient à honneur
+d'être sans origine, d'avoir été achetés cher, et d'être beaux et
+vaillans. Ils avaient vingt-quatre beys, qui étaient leurs propriétaires
+et leurs chefs. Ces beys avaient chacun cinq ou six cents Mameluks.
+C'était un troupeau qu'ils avaient soin d'alimenter, et qu'ils
+transmettaient quelquefois à leur fils, et plus souvent à leur Mameluk
+favori, qui devenait bey à son tour. Chaque Mameluk était servi par deux
+fellahs. La milice entière se composait de douze mille cavaliers à peu
+près, servis par vingt-quatre mille ilotes. Ils étaient les véritables
+maîtres et tyrans du pays. Ils vivaient ou du produit des terres
+appartenant aux beys, ou du revenu des impôts établis sous toutes les
+formes. Les Cophtes, que nous avons déjà dits livrés aux plus ignobles
+fonctions, étaient leurs percepteurs, leurs espions, leurs agens
+d'affaires; car les abrutis se mettent toujours au service du plus fort.
+Les vingt-quatre beys, égaux de droit, ne l'étaient pas de fait. Ils se
+faisaient la guerre, et le plus fort, soumettant les autres, avait
+une souveraineté viagère. Il était tout à fait indépendant du pacha
+représentant le sultan de Constantinople, le souffrait tout au plus au
+Caire dans une sorte de nullité, et souvent lui refusait le _miri_,
+c'est-à-dire l'impôt foncier, qui, représentant le droit de la conquête,
+appartenait à la Porte.
+
+L'Égypte était donc une véritable féodalité, comme celle de l'Europe
+dans le moyen âge; elle présentait à la fois un peuple conquis, une
+milice conquérante, en révolte contre son souverain; enfin une ancienne
+classe abrutie, au service et aux gages du plus fort.
+
+Deux beys supérieurs aux autres dominaient en ce moment l'Égypte. L'un,
+Ibrahim-Bey, riche, astucieux, puissant; l'autre, Mourad-Bey, intrépide,
+vaillant et plein d'ardeur. Ils étaient convenus d'une espèce de partage
+d'autorité, par lequel Ibrahim-Bey avait les attributions civiles,
+et Mourad-Bey les attributions militaires. Celui-ci était chargé des
+combats; il y excellait, et il avait l'affection des Mameluks, tous
+dévoués à sa personne.
+
+Bonaparte, qui au génie de capitaine savait unir le tact et l'adresse du
+fondateur, et qui avait d'ailleurs administré assez de pays conquis pour
+s'en être fait un art particulier, jugea sur-le-champ la politique qu'il
+avait à suivre en Égypte. Il fallait d'abord arracher cette contrée à
+ses véritables maîtres, c'est-à-dire aux Mameluks. C'était cette classe
+qu'il fallait combattre et détruire par les armes et la politique.
+D'ailleurs on avait des raisons à faire valoir contre eux, car ils
+n'avaient cessé de maltraiter les Français. Quant à la Porte, il fallait
+paraître ne pas attaquer sa souveraineté, et affecter au contraire de
+la respecter. Telle qu'elle était devenue, cette souveraineté était peu
+importante. On pouvait traiter avec la Porte, soit pour la cession de
+l'Égypte, en lui faisant certains avantages ailleurs, soit pour un
+partage d'autorité qui n'aurait rien de fâcheux; car en laissant le
+Pacha au Caire, comme il y avait été jusqu'ici, et en héritant de la
+puissance des Mameluks, on n'avait pas grand'chose à regretter. Quant
+aux habitans, il fallait, pour se les attacher, gagner la véritable
+population, c'est-à-dire celle des Arabes. En respectant les scheiks, en
+caressant leur vieil orgueil, en augmentant leur pouvoir, en flattant un
+désir secret qu'on trouvait en eux, comme on l'avait trouvé en Italie,
+comme on le trouve partout, celui du rétablissement de l'antique
+patrie, de la patrie arabe, on était assuré de dominer le pays et de se
+l'attacher entièrement. Bien plus, en ménageant les propriétés et les
+personnes, chez un peuple qui était habitué à regarder la conquête comme
+donnant droit de meurtre, de pillage et de dévastation, on allait causer
+une surprise des plus avantageuses à l'armée française; et si, en outre,
+on respectait les femmes et le prophète, la conquête des coeurs était
+aussi assurée que celle du sol.
+
+Bonaparte se conduisit d'après ces erremens aussi justes que profonds.
+Doué d'une imagination tout orientale, il lui était facile de prendre
+le style solennel et imposant qui convenait à la race arabe. Il fit des
+proclamations qui étaient traduites en arabe et répandues dans le pays.
+Il écrivit au pacha: «La république française s'est décidée à envoyer
+une puissante armée pour mettre fin aux brigandages des beys d'Égypte,
+ainsi qu'elle a été obligée de le faire plusieurs fois dans ce siècle
+contre les beys de Tunis et d'Alger. Toi, qui devrais être le maître
+des beys, et que cependant ils tiennent au Caire sans autorité et sans
+pouvoir, tu dois voir mon arrivée avec plaisir. Tu es sans doute déjà
+instruit que je ne viens point pour rien faire contre l'alcoran ni le
+sultan. Tu sais que la nation française est la seule et unique alliée
+que le sultan ait en Europe. Viens donc à ma rencontre, et maudis avec
+moi la race impie des beys.» S'adressant aux Égyptiens, Bonaparte leur
+adressait ces paroles: «Peuples d'Égypte, on vous dira que je viens pour
+détruire votre religion. Ne le croyez pas; répondez que je viens vous
+restituer vos droits, punir les usurpateurs, et que je respecte plus que
+les Mameluks Dieu, son prophète et le Koran.» Parlant de la tyrannie
+des Mameluks, il disait: «Y a-t-il une belle terre? elle appartient aux
+Mameluks. Y a-t-il une belle esclave, un beau cheval, une belle maison?
+cela appartient aux Mameluks. Si l'Égypte est leur ferme, qu'ils
+montrent le bail que Dieu leur en a fait. Mais Dieu est juste et
+miséricordieux pour le peuple, et il a ordonné que l'empire des Mameluks
+finît.» Parlant des sentimens des Français, il ajoutait: «Nous aussi,
+nous sommes de vrais musulmans. N'est-ce pas nous qui avons détruit le
+pape, qui disait qu'il fallait faire la guerre aux musulmans? N'est-ce
+pas nous qui avons détruit les chevaliers de Malte, parce que ces
+insensés croyaient que Dieu voulait qu'ils fissent la guerre aux
+musulmans? Trois fois heureux ceux qui seront avec nous! Ils
+prospéreront dans leur fortune et leur rang. Heureux ceux qui seront
+neutres! Ils auront le temps de nous connaître, et ils se rangeront avec
+nous. Mais malheur, trois fois malheur à ceux qui s'armeront pour les
+Mameluks et combattront contre nous! Il n'y aura pas d'espérance pour
+eux; ils périront.»
+
+Bonaparte dit à ses soldats: «Vous allez entreprendre une conquête
+dont les effets sur la civilisation et le commerce du monde sont
+incalculables. Vous porterez à l'Angleterre le coup le plus sûr et le
+plus sensible, en attendant que vous puissiez lui donner le coup de
+mort.
+
+«Les peuples avec lesquels nous allons vivre sont mahométans; leur
+premier article de foi est celui-ci: _Il n'y a pas d'autre Dieu que
+Dieu, et Mahomet est son prophète_. Ne les contredisez pas; agissez avec
+eux comme nous avons agi avec les Juifs, avec les Italiens. Ayez des
+égards pour leurs muphtis et leurs imans, comme vous en avez eu pour les
+rabbins et pour les évêques. Ayez pour les cérémonies que prescrit le
+Koran, pour les mosquées, la même tolérance que vous avez eue pour les
+couvens, pour les synagogues, pour la religion de Moïse et celle de
+Jésus-Christ. Les légions romaines protégeaient toutes les religions.
+Vous trouverez ici des usages différens de ceux de l'Europe, il faut
+vous y accoutumer. Les peuples chez lesquels nous allons entrer traitent
+les femmes autrement que nous. Souvenez-vous que dans tous les pays,
+celui qui viole est un lâche.
+
+«La première ville que nous rencontrerons a été bâtie par Alexandre.
+Nous trouverons à chaque pas de grands souvenirs, dignes d'exciter
+l'émulation des Français.»
+
+Sur-le-champ Bonaparte fit ses dispositions pour établir l'autorité
+française à Alexandrie, pour quitter ensuite le Delta et s'emparer du
+Caire, capitale de toute l'Égypte. On était en juillet, le Nil allait
+inonder les campagnes. Il voulait arriver au Caire avant l'inondation,
+et employer le temps qu'elle durerait, à faire son établissement. Il
+ordonna que tout demeurât dans le même état à Alexandrie, que les
+exercices religieux continuassent, que la justice fût rendue comme avant
+par les cadis. Il voulut succéder seulement aux droits des Mameluks,
+et établir un commissaire pour percevoir les impôts accoutumés. Il
+fit former un divan, ou conseil municipal, composé des scheiks et des
+notables d'Alexandrie, afin de les consulter sur toutes les mesures que
+l'autorité française aurait à prendre. Il laissa trois mille hommes en
+garnison à Alexandrie, et en donna le commandement à Kléber, que sa
+blessure devait, pour un mois ou deux, condamner à l'inaction. Il
+chargea un jeune officier du plus rare mérite, et qui promettait un
+grand ingénieur à la France, de mettre Alexandrie en état de défense et
+d'y faire pour cela les travaux nécessaires. C'était le colonel Crétin,
+qui, à peu de frais et en peu de temps, exécuta à Alexandrie des travaux
+superbes. Bonaparte donna ensuite des ordres pour mettre la flotte à
+l'abri. C'était une question de savoir si les gros vaisseaux pourraient
+entrer dans le port d'Alexandrie. Une commission de marins fut chargée
+de sonder le port, et de faire un rapport. En attendant, la flotte fut
+mise à l'ancre dans la rade d'Aboukir. Bonaparte ordonna à Brueys de
+faire promptement décider la question, et de se rendre à Corfou, s'il
+était reconnu que les vaisseaux ne pouvaient pas entrer dans Alexandrie.
+
+Après avoir vaqué à ces soins, il fit ses dispositions pour se mettre en
+marche. Une flottille considérable chargée de vivres, d'artillerie, de
+munitions et de bagages, dut longer la côte jusqu'à l'embouchure de
+Rosette, entrer dans le Nil, et le remonter en même temps que l'armée
+française. Il se mit ensuite en marche avec le gros de l'armée, qui,
+privée des deux garnisons laissées à Malte et Alexandrie, était forte de
+trente mille hommes à peu près. Il avait ordonné à sa flottille de
+se rendre à la hauteur de Ramanieh, sur les bords du Nil. Là il se
+proposait de la joindre et de remonter le Nil parallèlement avec elle,
+afin de sortir du Delta et d'arriver dans la Moyenne-Égypte, ou Bahireh.
+Pour aller d'Alexandrie à _Ramanieh_, il y avait deux routes, l'une à
+travers les pays habités, le long de la mer et du Nil, l'autre plus
+courte et à vol d'oiseau, mais à travers le désert de _Damanhour_.
+Bonaparte n'hésita pas, et prit la plus courte. Il lui importait
+d'arriver promptement au Caire. Desaix marchait avec l'avant-garde; le
+corps de bataille suivait à quelques lieues de distance. On s'ébranla le
+18 messidor (6 juillet). Quand les soldats se virent engagés dans cette
+plaine sans bornes, avec un sable mouvant sous les pieds, un ciel
+brûlant sur la tête, point d'eau, point d'ombre, n'ayant pour reposer
+leurs yeux que de rares bouquets de palmiers, ne voyant d'êtres vivans
+que de légères troupes de cavaliers arabes, qui paraissaient et
+disparaissaient à l'horizon, et quelquefois se cachaient derrière
+des dunes de sable pour égorger les traînards, ils furent remplis de
+tristesse. Déjà le goût du repos leur était venu, après les longues et
+opiniâtres campagnes d'Italie. Ils avaient suivi leur général dans une
+contrée lointaine, parce que leur foi en lui était aveugle, parce qu'on
+leur avait annoncé une terre promise, de laquelle ils reviendraient
+assez riches pour acheter chacun un champ de six arpens. Mais quand ils
+virent ce désert, le mécontentement s'en mêla, et alla même jusqu'au
+désespoir. Ils trouvaient tous les puits, qui de distance en distance
+jalonnent la route du désert, détruits par les Arabes. A peine y
+restait-il quelques gouttes d'une eau saumâtre, et très insuffisante
+pour étancher leur soif. On leur avait annoncé qu'ils trouveraient à
+Damanhour des soulagemens; ils n'y rencontrèrent que de misérables
+huttes, et ne purent s'y procurer ni pain ni vin, mais seulement
+des lentilles en assez grande abondance et un peu d'eau. Il fallut
+s'enfoncer de nouveau dans le désert. Bonaparte vit les braves Lannes
+et Murat eux-mêmes saisir leurs chapeaux, les jeter sur le sable, les
+fouler aux pieds. Cependant il imposait à tous: sa présence commandait
+le silence, et faisait quelquefois renaître la gaieté. Les soldats ne
+voulaient pas lui imputer leurs maux; ils s'en prenaient à ceux qui
+trouvaient un grand plaisir à observer le pays. Voyant les savans
+s'arrêter pour examiner les moindres ruines, ils disaient que c'était
+pour eux qu'on était venu, et s'en vengeaient par de bons mots à leur
+façon. Caffarelli surtout, brave comme un grenadier, curieux comme un
+érudit, passait à leurs yeux pour l'homme qui avait trompé le général,
+et qui l'avait entraîné dans ce pays lointain. Comme il avait perdu une
+jambe sur le Rhin, ils disaient: _Il se moque de ça lui, il a un pied en
+France._ Cependant, après de cruelles souffrances, supportées d'abord
+avec humeur, puis avec gaieté et courage, on arriva sur les bords du Nil
+le 22 messidor (10 juillet), après une marche de quatre jours. A la vue
+du Nil et de cette eau si désirée, les soldats s'y précipitèrent, et en
+se baignant dans ses flots oublièrent toutes leurs fatigues. La division
+Desaix, qui de l'avant-garde était passée à l'arrière-garde, vit galoper
+devant elle deux ou trois centaines de Mameluks, qu'elle dispersa avec
+quelques volées de mitraille. C'étaient les premiers qu'on eût vus.
+Ils annonçaient la prochaine rencontre de l'armée ennemie. Le brave
+Mourad-Bey, en effet, ayant été averti, réunissait toutes ses forces
+autour du Caire. En attendant leur réunion, il voltigeait avec un
+millier de chevaux autour de notre armée, afin d'observer sa marche.
+
+L'armée attendit à Ramanieh l'arrivée de la flottille; elle se reposa
+jusqu'au 25 messidor (13 juillet), et en partit le même jour pour
+Chébreïss. Mourad-Bey nous y attendait avec ses mameluks. La flottille,
+qui était partie la première, et qui avait devancé l'armée, se trouva
+engagée avant de pouvoir être soutenue. Mourad-Bey en avait une aussi,
+et du rivage il joignait son feu à celui de ses _djermes_ (vaisseaux
+légers égyptiens). La flottille française eut à soutenir un combat des
+plus rudes. L'officier de marine Perrée, qui la commandait, déploya
+un rare courage; il fut soutenu par les cavaliers qui étaient arrivés
+démontés en Égypte, et qui, en attendant de s'équiper aux dépens
+des Mameluks, étaient transportés par eau. On prit deux chaloupes
+canonnières à l'ennemi, et on le repoussa. L'armée arriva dans cet
+instant; elle se composait de cinq divisions. Elle n'avait pas encore
+combattu contre ces singuliers ennemis. A la rapidité, au choc des
+chevaux, aux coups de sabre, il fallait opposer l'immobilité du
+fantassin, sa longue baïonnette, et des masses faisant front de tous
+côtés. Bonaparte forma ses cinq divisions en cinq carrés, au milieu
+desquels on plaça les bagages et l'état-major. L'artillerie était
+aux angles. Les cinq divisions se flanquaient les unes les autres.
+Mourad-Bey lança sur ces citadelles vivantes mille ou douze cents
+cavaliers intrépides, qui, se précipitant à grands cris et de tout le
+galop de leurs chevaux, déchargeant leurs pistolets, puis tirant leurs
+redoutables sabres, vinrent se jeter sur le front des carrés. Trouvant
+partout une haie de baïonnettes et un feu terrible, ils flottaient
+autour des rangs français, tombaient devant eux, ou s'échappaient dans
+la plaine de toute la vitesse de leurs chevaux. Mourad, après avoir
+perdu deux ou trois cents de ses plus braves cavaliers, se retira pour
+gagner le sommet du Delta, et aller nous attendre à la hauteur du Caire,
+à la tête de toutes ses forces.
+
+Ce combat suffit pour familiariser l'armée avec ce nouveau genre
+d'ennemis, et pour suggérer à Bonaparte la tactique qu'il fallait
+employer avec eux. On s'achemina sur le Caire. La flottille se tenait
+sur le Nil à la hauteur de l'armée. On marcha sans relâche pendant les
+jours suivans. Les soldats eurent de nouvelles souffrances à essuyer,
+mais ils longeaient le Nil, et pouvaient s'y baigner tous les soirs. La
+vue de l'ennemi leur avait rendu leur ardeur. «Ces soldats, déjà un peu
+dégoûtés des fatigues, comme il arrive toujours quand on a assez de
+gloire, je les trouvais, dit Bonaparte, toujours admirables au feu.»
+Pendant les marches l'humeur revenait souvent, et après l'humeur les
+plaisanteries. Les savans commençaient à inspirer beaucoup de respect
+par le courage qu'on leur voyait déployer: Monge et Bertholet, sur la
+flottille, avaient montré à Chébreïss un courage héroïque. Les soldats,
+tout en faisant des plaisanteries, étaient pleins d'égards pour eux. Ne
+voyant pas paraître cette capitale du Caire, si vantée comme une des
+merveilles de l'Orient, ils disaient qu'elle n'existait pas, ou bien que
+ce serait comme à Damanhour, une réunion de huttes. Ils disaient encore
+qu'on avait trompé ce pauvre général, qu'il s'était laissé déporter
+comme _un bon enfant_, lui et ses compagnons de gloire. Le soir, quand
+on s'était reposé, les soldats qui avaient lu ou entendu débiter les
+contes des Mille et une Nuits, les répétaient à leurs camarades, et
+on se promettait des palais magnifiques et resplendissans d'or. En
+attendant, on était toujours privé de pain, non que le blé manquât, on
+en trouvait partout au contraire; mais on n'avait ni moulin, ni four.
+On mangeait des lentilles, des pigeons, et un melon d'eau exquis,
+connu dans les pays méridionaux sous le nom de _pastèque_. Les soldats
+l'appelaient _sainte pastèque_.
+
+On approchait du Caire, et là devait se livrer la bataille décisive.
+Mourad-Bey y avait réuni la plus grande partie de ses Mameluks, dix
+mille à peu près. Ils étaient suivis par un nombre double de fellahs,
+auxquels on donnait des armes, et qu'on obligeait de se battre derrière
+les retranchemens. Il avait rassemblé aussi quelques mille janissaires,
+ou spahis, dépendans du pacha, qui, malgré la lettre de Bonaparte,
+s'était laissé entraîner dans le parti de ses oppresseurs. Mourad-Bey
+avait fait des préparatifs de défense sur les bords du Nil. La grande
+capitale du Caire se trouve sur la rive droite du fleuve. C'était sur la
+rive opposée, c'est-à-dire sur la gauche, que Mourad-Bey avait placé
+son camp, dans une longue plaine qui s'étendait entre le Nil et les
+pyramides de Giseh, les plus hautes de l'Égypte. Voici quelles étaient
+ses dispositions. Un gros village, appelé Embaheh, était adossé au
+fleuve. Mourad-Bey y avait ordonné quelques travaux, conçus et exécutés
+avec l'ignorance turque. C'était un simple boyau qui environnait
+l'enceinte du village, et des batteries immobiles, dont les pièces
+n'étant pas sur affût de campagne ne pouvaient être déplacées. Tel était
+le camp retranché de Mourad. Il y avait placé ses vingt-quatre mille
+fellahs et janissaires, pour s'y battre avec l'opiniâtreté accoutumée
+des Turcs derrière les murailles. Ce village, retranché et appuyé
+au fleuve, formait sa droite. Ses Mameluks, au nombre de dix mille
+cavaliers, s'étendaient dans la plaine entre le fleuve et les pyramides.
+Quelques mille cavaliers arabes, qui n'étaient les auxiliaires des
+Mameluks que pour piller et massacrer dans le cas d'une victoire,
+remplissaient l'espace entre les pyramides et les Mameluks. Le collègue
+de Mourad-Bey, Ibrahim, moins belliqueux et moins brave que lui, se
+tenait de l'autre côté du Nil, avec un millier de Mameluks, avec ses
+femmes, ses esclaves et ses richesses, prêt à sortir du Caire, et à
+se réfugier en Syrie, si les Français étaient victorieux. Un nombre
+considérable de djermes couvraient le Nil, et portaient toutes les
+richesses des Mameluks. Tel était l'ordre dans lequel les deux beys
+attendaient Bonaparte.
+
+Le 3 thermidor (21 juillet), l'armée française se mit en marche avant
+le jour. Elle savait qu'elle allait apercevoir le Caire et rencontrer
+l'ennemi. A la pointe du jour, elle découvrit enfin à sa gauche, au-delà
+du fleuve, les hauts minarets de cette grande capitale, et à sa droite,
+dans le désert, les gigantesques pyramides dorées par le soleil. A
+la vue de ces monumens, elle s'arrêta comme saisie de curiosité et
+d'admiration. Le visage de Bonaparte était rayonnant d'enthousiasme;
+il se mit à galoper devant les rangs des soldats, et leur montrant les
+pyramides: _Songez_, s'écriait-il, _songez que du haut de ces pyramides
+quarante siècles vous contemplent_. On s'avança d'un pas rapide. On
+voyait, en s'approchant, s'élever les minarets du Caire, on voyait
+grandir les pyramides, on voyait fourmiller la multitude qui gardait
+Embaheh, on voyait étinceler les armes de ces dix mille cavaliers,
+brillans d'or et d'acier, et formant une ligne immense. Bonaparte fit
+aussitôt ses dispositions. L'armée, comme à Chébreïss, était partagée
+en cinq divisions. Les divisions Desaix et Régnier formaient la droite,
+vers le désert; la division Dugua formait le centre, les divisions Menou
+et Bon formaient la gauche, le long du Nil. Bonaparte, qui, depuis
+le combat de Chébreïss, avait jugé le terrain et l'ennemi, fit ses
+dispositions en conséquence. Chaque division formait un carré; chaque
+carré était sur six rangs. Derrière étaient les compagnies de grenadiers
+en pelotons, prêtes à renforcer les points d'attaque. L'artillerie était
+aux angles; les bagages et les généraux au centre. Ces carrés étaient
+mouvans. Quand ils étaient en marche, deux côtés marchaient sur le
+flanc. Quand ils étaient chargés, ils devaient s'arrêter pour faire
+front sur toutes les faces. Puis quand ils voulaient enlever une
+position, les premiers rangs devaient se détacher, pour former des
+colonnes d'attaque, et les autres devaient rester en arrière, formant
+toujours le carré, mais sur trois hommes de profondeur seulement,
+et prêts à recueillir les colonnes d'attaque. Telles étaient les
+dispositions ordonnées par Bonaparte. Il craignait que ses impétueux
+soldats d'Italie, habitués à marcher au pas de charge, eussent de
+la peine à se résigner à cette froide et impassible immobilité des
+murailles. Il avait eu soin de les y préparer. Ordre était donné surtout
+de ne pas se hâter de tirer, d'attendre froidement l'ennemi, et de ne
+faire feu qu'à bout pourtant.
+
+On s'avança presque à la portée du canon. Bonaparte, qui était dans
+le carré du centre, formé par la division Dugua, s'assura, avec une
+lunette, de l'état du camp d'Embabeh. Il vit que l'artillerie du camp,
+n'étant pas sur affût de campagne, ne pourrait pas se porter dans la
+plaine, et que l'ennemi ne sortirait pas des retranchemens. C'est sur
+cette prévision qu'il basa ses mouvemens. Il résolut d'appuyer avec ses
+divisions sur la droite, c'est-à-dire sur le corps des Mameluks, en
+circulant hors de la portée du canon d'Embabeh. Son intention était
+de séparer les Mameluks du camp retranché, de les envelopper, de les
+pousser dans le Nil, et de n'attaquer Embabeh qu'après s'être défait
+d'eux. Il ne devait pas lui être difficile de venir à bout de la
+multitude qui fourmillait dans ce camp après avoir détruit les Mameluks.
+
+Sur-le-champ il donna le signal. Desaix, qui formait l'extrême droite,
+se mit le premier en marche. Après lui venait le carré de Régnier, puis
+celui de Dugua, où était Bonaparte. Les deux autres circulaient autour
+d'Embabeh, hors de la portée du canon. Mourad-Bey qui, quoique sans
+instruction, était doué d'un grand caractère et d'un coup d'oeil
+pénétrant, devina sur-le-champ l'intention de son adversaire, et résolut
+de charger pendant ce mouvement décisif. Il laissa deux mille Mameluks
+pour appuyer Embabeh, puis se précipita avec le reste sur les deux
+carrés de droite. Celui de Desaix, engagé dans les palmiers, n'était pas
+encore formé, lorsque les premiers cavaliers l'abordèrent. Mais il se
+forma sur-le-champ, et fut prêt à recevoir la charge. C'est une masse
+énorme que celle de huit mille cavaliers galopant à la fois dans une
+plaine. Ils se précipitèrent avec une impétuosité extraordinaire sur la
+division Desaix. Nos braves soldats, devenus aussi froids qu'ils avaient
+été fougueux jadis, les attendirent avec calme, et les reçurent, à bout
+portant, avec un feu terrible de mousqueterie et de mitraille. Arrêtés
+par le feu, ces innombrables cavaliers flottaient le long des rangs,
+et galopaient autour de la citadelle enflammée. Quelques-uns des plus
+braves se précipitèrent sur les baïonnettes, puis, retournant leurs
+chevaux et les renversant sur nos fantassins, parvinrent à faire brèche,
+et trente ou quarante vinrent expirer aux pieds de Desaix, au centre
+même du carré. La masse, tournant bride, se rejeta du carré de Desaix
+sur celui de Régnier qui venait après. Accueillie par le même feu, elle
+revint vers le point d'où elle était partie; mais elle trouva sur ses
+derrières la division Dugua que Bonaparte avait portée vers le Nil, et
+fut jetée dans une déroute complète. Alors la fuite se fit en désordre.
+Une partie des fuyards s'échappa vers notre droite, du côté des
+pyramides; une autre, passant sous le feu de Dugua, alla se jeter dans
+Embabeh, où elle porta la confusion. Dès cet instant le trouble commença
+à se mettre dans le camp retranché. Bonaparte s'en apercevant, ordonna
+à ses deux divisions de gauche de s'approcher d'Embabeh, pour s'en
+emparer. Bon et Menou s'avancèrent sur le feu des retranchemens,
+et arrivés à une certaine distance, firent halte. Les carrés se
+dédoublèrent; les premiers rangs se formèrent en colonnes d'attaque,
+tandis que les autres restèrent en carré, figurant toujours de
+véritables citadelles. Mais au même instant les Mameluks, tant ceux
+que Mourad avait laissés à Embabeh, que ceux qui s'y étaient réfugiés,
+voulurent nous prévenir. Ils fondirent sur nos colonnes d'attaque,
+tandis qu'elles étaient en marche. Mais celles-ci s'arrêtant
+sur-le-champ, et se formant en carré avec une merveilleuse rapidité,
+les reçurent avec fermeté, et en abattirent un grand nombre. Les uns
+se rejetèrent dans Embabeh, où le désordre devint extrême; les autres,
+fuyant dans la plaine, entre le Nil et notre droite, furent fusillés
+ou poussés dans le fleuve. Les colonnes d'attaque abordèrent vivement
+Embabeh, s'en emparèrent, et jetèrent dans le Nil la multitude des
+fellahs et des janissaires. Beaucoup se noyèrent; mais comme les
+Égyptiens sont excellens nageurs, le plus grand nombre d'entre eux
+parvint à se sauver. La journée était finie. Les Arabes, qui étaient
+près des pyramides et qui attendaient la victoire, s'enfoncèrent dans
+le désert. Mourad, avec les débris de sa cavalerie, et le visage tout
+sanglant, se retira vers la Haute-Égypte. Ibrahim, qui de l'autre rive
+contemplait ce désastre, s'enfonça vers Belbeys, pour se retirer en
+Syrie. Les Mameluks mirent aussitôt le feu aux djermes qui portaient
+leurs richesses. Cette proie nous échappa, et nos soldats virent pendant
+toute la nuit des flammes dévorer un riche butin.
+
+Bonaparte plaça son quartier-général à Giseh, sur les bords du Nil, où
+Mourad-Bey avait une superbe habitation. On trouva, soit à Giseh, soit
+à Embabeh, des provisions considérables, et nos soldats purent se
+dédommager de leurs longues privations. Ils trouvèrent des vignes
+couvertes de magnifiques raisins dans les jardins de Giseh, et les
+eurent bientôt vendangées. Mais ils firent sur le champ de bataille un
+butin d'une autre espèce, c'étaient des schalls magnifiques, de belles
+armes, des chevaux, et des bourses qui renfermaient jusqu'à deux ou
+trois cents pièces d'or; car les Mameluks portaient toutes leurs
+richesses avec eux. Ils passèrent la soirée, la nuit et le lendemain à
+recueillir des dépouilles. Cinq à six cents Mameluks avaient été tués.
+Plus de mille étaient noyés dans le Nil. Les soldats se mirent à les
+pêcher pour les dépouiller, et employèrent plusieurs jours encore à ce
+genre de recherche.
+
+La bataille nous avait à peine coûté une centaine de morts ou blessés;
+car si la défaite est terrible pour des carrés enfoncés, la perte est
+nulle pour des carrés victorieux. Les Mameluks avaient perdu leurs
+meilleurs cavaliers par le feu ou par les flots. Leurs forces étaient
+dispersées, et la possession du Caire nous était assurée. Cette capitale
+était dans un désordre extraordinaire. Elle renferme plus de trois cent
+mille habitans, et elle est remplie d'une populace féroce et abrutie,
+qui se livrait à tous les excès, et voulait profiter du tumulte pour
+piller les riches palais des beys. Malheureusement la flottille
+française n'avait pas encore remonté le Nil, et nous n'avions pas le
+moyen de le traverser pour aller prendre possession du Caire. Quelques
+négocians français, qui s'y trouvaient furent envoyés à Bonaparte par
+les scheiks, pour convenir de l'occupation de la ville. Il se
+procura quelques djermes pour envoyer un détachement qui rétablît la
+tranquillité et mît les personnes et les propriétés à l'abri des fureurs
+de la populace. Il entra le surlendemain dans le Caire, et alla prendre
+possession du palais de Mourad-Bey.
+
+A peine fut-il établi au Caire, qu'il se hâta d'employer la politique
+qu'il avait déjà suivie à Alexandrie, et qui devait lui attacher le
+pays. Il visita les principaux scheiks, les flatta, leur fit espérer le
+rétablissement de la domination arabe, leur promit la conservation de
+leur culte et de leurs coutumes, et réussit complètement à les gagner
+par un mélange de caresses adroites et de paroles imposantes, empreintes
+d'une grandeur orientale. L'essentiel était d'obtenir des scheiks de la
+mosquée de Jemil-Azar une déclaration en faveur des Français. C'était
+comme un bref du pape chez les chrétiens. Bonaparte y déploya tout ce
+qu'il avait d'adresse, et il y réussit complètement. Les grands scheiks
+firent la déclaration désirée, et engagèrent les Égyptiens à se
+soumettre à l'envoyé de Dieu, qui respectait le prophète, et qui venait
+venger ses enfans de la tyrannie des Mameluks. Bonaparte établit au
+Caire un divan, comme il avait fait à Alexandrie, composé des principaux
+scheiks et des plus notables habitans. Ce divan ou conseil municipal
+devait lui servir à gagner l'esprit des Égyptiens, en les consultant,
+et à s'instruire par eux de tous les détails de l'administration
+intérieure. Il fut convenu que dans toutes les provinces il en serait
+établi de pareils, et que ces divans particuliers enverraient des
+députés au divan du Caire, qui serait ainsi le grand divan national.
+
+Bonaparte résolut de laisser exercer la justice par les cadis. Dans son
+projet de succéder aux droits des Mameluks, il saisit leurs propriétés,
+et fit continuer au profit de l'armée française la perception des droits
+précédemment établis. Pour cela il fallait avoir les Cophtes à sa
+disposition. Il ne négligea rien pour se les attacher, en leur faisant
+espérer une amélioration dans leur sort. Il fit partir des généraux avec
+des détachemens, pour redescendre le Nil, et aller achever l'occupation
+du Delta, qu'on n'avait fait que traverser. Il en envoya vers le Nil
+supérieur pour prendre possession de l'Égypte-Moyenne. Desaix fut placé
+avec sa division à l'entrée de la Haute-Égypte, dont il devait faire
+la conquête sur Mourad-Bey, dès que les eaux du Nil baisseraient avec
+l'automne. Chacun des généraux, muni d'instructions détaillées, devait
+répéter dans tout le pays ce qui avait été fait à Alexandrie et au
+Caire. Ils devaient s'entourer des scheiks, capter les Cophtes, et
+établir la perception des impôts pour fournir aux besoins de l'armée.
+
+Bonaparte s'occupa ensuite du bien-être et de la santé des soldats.
+L'Égypte commençait à leur plaire: ils y trouvaient le repos,
+l'abondance, un climat sain et pur. Ils s'habituaient aux moeurs
+singulières du pays, et en faisaient un sujet continuel de
+plaisanteries. Mais, devinant l'intention du général avec leur sagacité
+accoutumée, ils jouaient aussi le respect pour le prophète, et riaient
+avec lui du rôle que la politique les obligeait à jouer. Bonaparte fit
+construire des fours pour qu'ils eussent du pain. Il les logea dans les
+bonnes habitations des Mameluks, et leur recommanda surtout de respecter
+les femmes. Ils avaient trouvé en Égypte des ânes superbes et en grand
+nombre. C'était un grand plaisir pour eux de se faire porter dans les
+environs et de galoper sur ces animaux à travers les campagnes. Leur
+vivacité causa quelques accidens aux graves habitans du Caire. Il fallut
+défendre de traverser les rues trop vite. La cavalerie était montée sur
+les plus beaux chevaux du monde, c'est-à-dire sur les chevaux arabes
+enlevés aux Mameluks.
+
+Bonaparte s'occupa aussi de maintenir les relations avec les contrées
+voisines, afin de conserver et de s'approprier le riche commerce de
+l'Égypte. Il nomma lui-même l'émir-haggi. C'est un officier choisi
+annuellement au Caire, pour protéger la grande caravane de la Mecque.
+Il écrivit à tous les consuls français sur la côte de Barbarie, pour
+avertir les deys que l'émir-haggi était nommé, et que les caravanes
+pouvaient partir. Il fît écrire par les scheiks au shérif de la Mecque,
+que les pèlerins seraient protégés, et que les caravanes trouveraient
+sûreté et protection. Le pacha du Caire avait suivi Ibrahim-Bey
+à Belbeys. Bonaparte lui écrivit, ainsi qu'aux divers pachas de
+Saint-Jean-d'Acre et de Damas, pour les assurer des bonnes dispositions
+des Français envers la Sublime-Porte. Ces dernières précautions étaient
+malheureusement inutiles, et les officiers de la Porte se persuadaient
+difficilement que les Français, qui venaient envahir une des plus riches
+provinces de leur souverain, fussent réellement ses amis.
+
+Les Arabes étaient frappés du caractère du jeune conquérant. Ils ne
+comprenaient pas qu'un mortel qui lançait la foudre fût aussi clément.
+Ils l'appelaient le digne enfant du prophète, le favori du grand
+_Allah_; ils avaient chanté dans la grande mosquée la litanie suivante:
+
+«Le grand _Allah_ n'est plus irrité contre nous! Il a oublié nos fautes,
+assez punies par la longue oppression des Mameluks! Chantons les
+miséricordes du grand _Allah_!
+
+«Quel est celui qui a sauvé des dangers de la mer et de la fureur de ses
+ennemis _le Favori de la victoire_? Quel est celui qui a conduit sains
+et saufs sur les rives du Nil _les braves de l'Occident_?
+
+«C'est le grand _Allah_, le grand _Allah_, qui n'est plus irrité contre
+nous. Chantons les miséricordes du grand _Allah_!
+
+«Les beys mameluks avaient mis leur confiance dans leurs chevaux; les
+beys mameluks avaient rangé leur infanterie en bataille.
+
+«Mais _le Favori de la victoire_, à la tête _des braves de l'Occident_,
+a détruit l'infanterie et les chevaux des Mameluks.
+
+«De même que les vapeurs qui s'élèvent le matin du Nil sont dissipées
+par les rayons du soleil, de même l'armée des Mameluks a été dissipée
+par _les braves de l'Occident_, parce que le grand _Allah_ est
+actuellement irrité contre les Mameluks, parce que _les braves de
+l'Occident_ sont la prunelle droite du grand _Allah_.»
+
+Bonaparte voulut, pour entrer davantage dans les moeurs des Arabes,
+prendre part à leurs fêtes. Il assista à celle du Nil qui est une des
+plus grandes d'Égypte. Ce fleuve est le bienfaiteur de la contrée: aussi
+est-il en grande vénération chez les habitans, et il est l'objet d'une
+espèce de culte. Pendant l'inondation, il s'introduit au Caire par un
+grand canal; une digue lui interdit l'entrée de ce canal, jusqu'à ce
+qu'il soit parvenu à une certaine hauteur; alors on la coupe; et le jour
+destiné à cette opération est un jour de réjouissance. On déclare la
+hauteur à laquelle le fleuve est parvenu, et quand on espère une grande
+inondation, la joie est générale, car c'est un présage d'abondance.
+C'est le 18 août (1er fructidor) que cette espèce de fête se célèbre.
+Bonaparte avait fait prendre les armes à toute l'armée, et l'avait
+rangée sur les bords du canal. Un peuple immense était accouru,
+et voyait avec joie _les braves de l'Occident_ assister à ses
+réjouissances. Bonaparte, à la tête de son état-major, accompagnait les
+principales autorités du pays. D'abord un scheik déclara la hauteur à
+laquelle était parvenu le Nil: elle était de vingt-cinq pieds, ce qui
+causa une grande joie. On travailla ensuite à couper la digue. Toute
+l'artillerie française retentit à la fois au moment où les eaux
+du fleuve se précipitèrent. Suivant l'usage, une foule de barques
+s'élancèrent dans le canal pour obtenir le prix destiné à celle qui
+parviendrait à y entrer la première. Bonaparte donna le prix lui-même.
+Une foule d'hommes et d'enfans se plongeaient dans les eaux du Nil,
+attachant à ce bain des propriétés bienfaisantes. Des femmes y jetaient
+des cheveux et des pièces d'étoffes. Bonaparte fit ensuite illuminer la
+ville, et la journée s'acheva dans les festins. La fête du prophète ne
+fut pas célébrée avec moins de pompe; Bonaparte se rendit à la grande
+mosquée, s'assit sur des coussins, les jambes croisées comme les
+scheiks, dit avec eux les litanies du prophète, en balançant le haut de
+son corps et agitant sa tête. Il édifia tout le saint collège par sa
+piété. Il assista ensuite au repas donné par le grand scheik, élu dans
+la journée.
+
+C'est par tous ces moyens que le jeune général, aussi profond politique
+que grand capitaine, parvenait à s'attacher l'esprit du pays. Tandis
+qu'il en flattait momentanément les préjugés, il travaillait à y
+répandre un jour la science, par la création du célèbre Institut
+d'Égypte. Il réunit les savans et les artistes qu'il avait amenés, et
+les associant à quelques-uns de ses officiers les plus instruits, il en
+composa cet Institut, auquel il consacra des revenus, et l'un des
+plus vastes palais du Caire. Les uns devaient s'occuper à faire une
+description exacte du pays, et en dresser la carte la plus détaillée;
+les autres devaient en étudier les ruines, et fournir de nouvelles
+lumières à l'histoire; les autres devaient en étudier les productions,
+faire les observations utiles à la physique, à l'astronomie, à
+l'histoire naturelle; les autres enfin devaient s'occuper à rechercher
+les améliorations qu'on pourrait apporter à l'existence des habitans par
+des machines, des canaux, des travaux sur le Nil, des procédés adaptés
+à ce sol si singulier et si différent de l'Europe. Si la fortune devait
+nous enlever un jour cette belle contrée, du moins elle ne pouvait nous
+enlever les conquêtes que la science y allait faire; un monument se
+préparait qui devait honorer le génie et la constance de nos savans,
+autant que l'expédition honorait l'héroïsme de nos soldats.
+
+Monge fut le premier qui obtint la présidence. Bonaparte ne fut que le
+second. Il proposa les questions suivantes: rechercher la meilleure
+construction des moulins à eau et à vent; remplacer le houblon qui
+manque en Égypte, dans la fabrication de la bière; déterminer les lieux
+propres à la culture de la vigne; chercher le meilleur moyen pour
+procurer de l'eau à la citadelle du Caire; creuser des puits dans les
+différens endroits du désert; chercher le moyen de clarifier et de
+rafraîchir l'eau du Nil; imaginer une manière d'utiliser les décombres
+dont la ville du Caire était embarrassée, ainsi que toutes les anciennes
+villes d'Égypte; chercher les matières nécessaires pour la fabrication
+de la poudre en Égypte. On peut juger par ces questions de la tournure
+d'esprit du général. Sur-le-champ les ingénieurs, les dessinateurs,
+les savans, se répandirent dans toutes les provinces pour commencer la
+description et la carte du pays. Tels étaient les soins de cette colonie
+naissante et la manière dont le fondateur en dirigeait les travaux.
+
+La conquête des provinces de la Basse et Moyenne-Égypte s'était faite
+sans peine, et n'avait coûté que quelques escarmouches avec les Arabes.
+Il avait suffi d'une marche forcée sur Belbeys pour rejeter Ibrahim-Bey
+en Syrie. Desaix attendait l'automne pour enlever la Haute-Égypte à
+Mourad-Bey, qui s'y était retiré avec les débris de son armée.
+
+Mais, pendant ce temps, la fortune venait d'infliger à Bonaparte le
+plus redoutable de tous les revers. En quittant Alexandrie, il avait
+fortement recommandé à l'amiral Brueys de mettre son escadre à l'abri
+des Anglais, soit en la faisant entrer dans Alexandrie, soit en la
+dirigeant sur Corfou; mais surtout de ne pas rester dans la rade
+d'Aboukir, car il valait mieux rencontrer l'ennemi à la voile, que de le
+recevoir à l'ancre. Une vive discussion s'était élevée sur la question
+de savoir si on pouvait faire entrer dans le port d'Alexandrie les
+vaisseaux de 80 et de 120 canons. Il n'y avait pas de doute pour les
+autres; mais pour les deux de 80 et pour celui de 120, il fallait un
+allégement qui leur fît gagner trois pieds d'eau. Pour cela il était
+nécessaire de les désarmer ou de construire des demi-chameaux. L'amiral
+Brueys ne voulut pas faire entrer son escadre dans le port à cette
+condition. Il pensait qu'obligé à de pareilles précautions pour ses
+trois vaisseaux les plus forts, il ne pourrait jamais sortir du port
+en présence de l'ennemi, et qu'il pourrait ainsi être bloqué par une
+escadre très-inférieure en force; il se décida à partir pour Corfou.
+Mais étant fort attaché au général Bonaparte, il ne voulait pas mettre
+à la voile sans avoir des nouvelles de son entrée au Caire et de son
+établissement en Égypte. Le temps qu'il employa, soit à faire sonder les
+passes d'Alexandrie, soit à attendre des nouvelles du Caire, le perdit,
+et amena un des plus funestes événemens de la révolution et l'un de ceux
+qui, à cette époque, ont le plus influé sur les destinées du monde.
+
+L'amiral Brueys s'était embossé dans la rade d'Aboukir. Cette rade est
+un demi-cercle très-régulier. Nos treize vaisseaux formaient une ligne
+demi-circulaire parallèle au rivage. L'amiral, pour assurer sa ligne
+d'embossage, l'avait appuyée d'un côté vers une petite île, nommée
+l'îlot d'Aboukir. Il ne supposait pas qu'un vaisseau pût passer entre
+cet îlot et sa ligne pour la prendre par derrière; et, dans cette
+croyance il s'était contenté d'y placer une batterie de douze,
+seulement pour empêcher l'ennemi d'y débarquer. Il se croyait tellement
+inattaquable de ce côté, qu'il y avait placé ses plus mauvais vaisseaux.
+Il craignait davantage pour l'autre extrémité de son demi-cercle. De
+ce côté, il croyait possible que l'ennemi passât entre le rivage et sa
+ligne d'embossage; aussi y avait-il mis ses vaisseaux les plus forts
+et les mieux commandés. De plus, il était rassuré par une circonstance
+importante, c'est que cette ligne étant au midi, et le vent venant
+du nord, l'ennemi qui voudrait attaquer par ce côté aurait le vent
+contraire, et ne s'exposerait pas sans doute à combattre avec un pareil
+désavantage.
+
+Dans cette situation, protégé de sa gauche par un îlot, qu'il croyait
+suffisant pour fermer la rade, et vers sa droite par ses meilleurs
+vaisseaux et par le vent, il attendit en sécurité les nouvelles qui
+devaient décider son départ.
+
+Nelson, après avoir parcouru l'Archipel, après être retourné dans
+l'Adriatique, à Naples, en Sicile, avait obtenu enfin la certitude
+du débarquement des Français à Alexandrie. Il prit aussitôt cette
+direction, afin de joindre leur escadre et de la combattre. Il envoya
+une frégate pour la chercher et reconnaître sa position. Cette frégate
+l'ayant trouvée dans la rade d'Aboukir, put observer tout à l'aise notre
+ligne d'embossage. Si l'amiral, qui avait dans le port d'Alexandrie une
+multitude de frégates et des vaisseaux légers, avait eu la précaution
+d'en garder quelques-uns à la voile, il aurait pu tenir les Anglais
+toujours éloignés, les empêcher d'observer sa ligne, et être averti de
+leur approche. Malheureusement il n'en fit rien. La frégate anglaise,
+après avoir achevé sa reconnaissance, retourna vers Nelson, qui, étant
+informé de tous les détails de notre position, manoeuvra aussitôt vers
+Aboukir. Il y arriva le 14 thermidor (1er août), vers les six heures du
+soir. L'amiral Brueys était à dîner; il fit aussitôt donner le signal
+du combat. Mais on s'attendait si peu à recevoir l'ennemi, que le
+branle-bas n'était fait sur aucun vaisseau, et qu'une partie des
+équipages était à terre. L'amiral envoya des officiers pour faire
+rembarquer les matelots et pour réunir une partie de ceux qui étaient
+sur les convois. Il ne croyait pas que Nelson osât l'attaquer le soir
+même, et il croyait avoir le temps de recevoir les renforts qu'il venait
+de demander.
+
+Nelson résolut d'attaquer sur-le-champ, et de tenter une manoeuvre
+audacieuse, de laquelle il espérait le succès de la bataille. Il voulait
+aborder notre ligne par la gauche, c'est-à-dire par l'îlot d'Aboukir,
+passer entre cet îlot et notre escadre, malgré les dangers des
+bas-fonds, et se placer ainsi entre le rivage et notre ligne
+d'embossage. Cette manoeuvre était périlleuse, mais l'intrépide Anglais
+n'hésita pas. Le nombre des vaisseaux était égal des deux côtés,
+c'est-à-dire de treize vaisseaux de haut-bord. Nelson attaqua vers huit
+heures du soir. Sa manoeuvre ne fut d'abord pas heureuse. _Le Culloden_,
+en voulant passer entre l'îlot d'Aboukir et notre ligne, échoua sur un
+bas-fonds. _Le Goliath_ qui le suivait, fut plus heureux, et passa;
+mais poussé par le vent, il dépassa notre premier vaisseau, et ne put
+s'arrêter qu'à la hauteur du troisième. Les vaisseaux anglais _le Zélé_,
+_l'Audacieux_, _le Thésée_, _l'Orion_, suivirent le mouvement, et
+réussirent à se placer entre notre ligne et le rivage. Ils s'avancèrent
+jusqu'au _Tonnant_, qui était le huitième, et engagèrent ainsi notre
+gauche et notre centre. Leurs autres vaisseaux s'avancèrent par
+le dehors de la ligne, et la mirent entre deux feux. Comme on ne
+s'attendait pas dans l'escadre française à être attaqué dans ce sens,
+les batteries du côté du rivage n'étaient pas encore dégagées, et nos
+deux premiers vaisseaux ne purent faire feu que d'un côté; aussi l'un
+fut-il désemparé, et l'autre démâté. Mais au centre où était _l'Orient_,
+vaisseau amiral, le feu fut terrible. _Le Bellérophon_, l'un des
+principaux vaisseaux de Nelson, fut dégréé, démâté, et obligé d'amener.
+D'autres vaisseaux anglais, horriblement maltraités, furent obligés de
+s'éloigner du champ de bataille. L'amiral Brueys n'avait reçu qu'une
+partie de ses matelots; cependant il se soutenait avec avantage; il
+espérait même, malgré le succès de la manoeuvre de Nelson, remporter la
+victoire, si les ordres qu'il donnait en ce moment à sa droite étaient
+exécutés. Les Anglais n'avaient engagé le combat qu'avec la gauche et le
+centre; notre droite, composée de nos cinq meilleurs vaisseaux, n'avait
+aucun ennemi devant elle. L'amiral Brueys lui faisait signal de mettre
+à la voile, et de se rabattre extérieurement sur la ligne de bataille;
+cette manoeuvre réussissant, les vaisseaux anglais qui nous attaquaient
+par le dehors, auraient été pris entre deux feux; mais les signaux
+ne furent pas aperçus. Dans un cas pareil, un lieutenant ne doit pas
+hésiter à courir au danger, et de voler au secours de son chef. Le
+contre-amiral Villeneuve, brave, mais irrésolu, demeura immobile,
+attendant toujours des ordres. Notre gauche et notre centre restèrent
+donc placés entre deux feux. Cependant l'amiral et ses capitaines
+faisaient des prodiges de bravoure, et soutenaient glorieusement
+l'honneur du pavillon. Nous avions perdu deux vaisseaux, les Anglais
+aussi en avaient perdu deux, dont l'un était échoué, et l'autre démâté;
+notre feu était supérieur. L'infortuné Brueys fut blessé, il ne voulut
+pas quitter le pont de son vaisseau: «Un amiral, dit-il, doit mourir en
+donnant des ordres.» Un boulet le tua sur son banc de quart. Vers onze
+heures, le feu prit au magnifique vaisseau _l'Orient_. Il sauta en
+l'air. Cette épouvantable explosion suspendit pour quelque temps cette
+lutte acharnée. Sans se laisser abattre, nos cinq vaisseaux engagés,
+_le Franklin_, _le Tonnant_, _le Peuple-Souverain_, _le Spartiate_,
+_l'Aquilon_, soutinrent le feu toute la nuit. Il était temps encore
+pour notre droite de lever l'ancre, et de venir à leur secours. Nelson
+tremblait que cette manoeuvre ne fût exécutée; il était si maltraité
+qu'il n'aurait pu soutenir l'attaque. Cependant Villeneuve mit enfin à
+la voile, mais pour se retirer, et pour sauver son aile qu'il ne croyait
+pas pouvoir exposer avec avantage contre Nelson. Trois de ses vaisseaux
+se jetèrent à la côte; il se sauva avec les deux autres et deux
+frégates, et fit voile vers Malte. Le combat avait duré plus de quinze
+heures. Tous les équipages attaqués avaient fait des prodiges de valeur.
+Le brave capitaine _Du Petit-Thouars_ avait deux membres emportés; il se
+fit apporter du tabac, resta sur son banc de quart, et, comme Brueys,
+attendit d'être emporté par un boulet de canon. Toute notre escadre,
+excepté les vaisseaux et les deux frégates emmenés par Villeneuve, fut
+détruite. Nelson était si maltraité qu'il ne put pas poursuivre les
+vaisseaux en fuite.
+
+Telle fut la célèbre bataille navale d'Aboukir, la plus désastreuse que
+la marine française eût encore soutenue, et celle dont les conséquences
+militaires devaient être les plus funestes. La flotte qui avait porté
+les Français en Égypte, qui pouvait les secourir ou les recruter, qui
+devait seconder leurs mouvemens sur les côtes de Syrie, s'ils en avaient
+à exécuter, qui devait imposer à la Porte, la forcer à se payer de
+mauvaises raisons, et l'obliger à souffrir l'invasion de l'Égypte, qui
+devait enfin, en cas de revers, ramener les Français dans leur patrie,
+cette flotte était détruite. Les vaisseaux des Français étaient brûlés,
+mais ils ne les avaient pas brûlés eux-mêmes, ce qui était bien
+différent pour l'effet moral. La nouvelle de ce désastre circula
+rapidement en Égypte, et causa un instant de désespoir à l'armée.
+Bonaparte reçut cette nouvelle avec un calme impassible. «Eh bien!
+dit-il, il faut mourir ici, ou en sortir grands comme les anciens.» Il
+écrivit à Kléber: «Ceci nous obligera à faire de plus grandes choses que
+nous n'en voulions faire. Il faut nous tenir prêts.» La grande âme de
+Kléber était digne de ce langage: «Oui, répondit Kléber, il faut faire
+de grandes choses; _je_ prépare mes facultés_.» Le courage de ces grands
+hommes soutint l'armée, et en rétablit le moral. Bonaparte chercha à
+distraire ses soldats par différentes expéditions, et leur fit bientôt
+oublier ce désastre. A la fête de la fondation de la république,
+célébrée le 1er vendémiaire, il voulut encore exalter leur imagination,
+et fit graver sur la colonne de Pompée le nom des quarante premiers
+soldats morts en Égypte. C'étaient les quarante qui avaient succombé en
+attaquant Alexandrie. Ces quarante noms, sortis des villages de France,
+étaient ainsi associés à l'immortalité de Pompée et d'Alexandre. Il
+adressa à son armée cette singulière et grande allocution, où était
+retracée sa merveilleuse histoire:
+
+ SOLDATS!
+
+ «Nous célébrons le premier jour de l'an VII de la république.
+
+ «Il y a cinq ans, l'indépendance du peuple français était menacée;
+ mais vous prîtes Toulon, ce fut le présage de la ruine de vos
+ ennemis.
+
+ «Un an après, vous battiez les Autrichiens à Dego.
+
+ «L'année suivante, vous étiez sur le sommet des Alpes.
+
+ «Vous luttiez contre Mantoue, il y a deux ans, et vous remportiez la
+ célèbre victoire de Saint-Georges.
+
+ «L'an passé, vous étiez aux sources de la Drave et de l'Izonzo, de
+ retour de l'Allemagne.
+
+ «Qui eût dit alors que vous seriez aujourd'hui sur les bords du Nil,
+ au centre de l'ancien continent?
+
+ «Depuis l'Anglais, célèbre dans les arts et le commerce, jusqu'au
+ hideux et féroce Bédouin, vous fixez les regards du monde.
+
+ «Soldats, votre destinée est belle, parce que vous êtes dignes de ce
+ que vous avez fait, et de l'opinion qu'on a de vous. Vous mourrez
+ avec honneur comme les braves, dont les noms sont inscrits sur cette
+ pyramide, ou vous retournerez dans votre patrie couverts de lauriers
+ et de l'admiration de tous les peuples.
+
+ «Depuis cinq mois que nous sommes éloignés de l'Europe, nous avons
+ été l'objet perpétuel des sollicitudes de nos compatriotes. Dans ce
+ jour, quarante millions de citoyens célèbrent l'ère des gouvernemens
+ représentatifs, quarante millions de citoyens pensent à vous; tous
+ disent: C'est à leurs travaux, à leur sang que nous devons la paix
+ générale, le repos, la prospérité du commerce et les bienfaits de la
+ liberté civile.»
+
+
+
+CHAPITRE XIV.
+
+EFFET DE L'EXPÉDITION D'ÉGYPTE EN EUROPE. CONSÉQUENCES FUNESTES DE LA
+BATAILLE NAVALE D'ABOUKIR.--DÉCLARATION DE GUERRE DE LA PORTE.--EFFORTS
+DE L'ANGLETERRE POUR FORMER UNE NOUVELLE COALITION.--CONFÉRENCES AVEC
+L'AUTRICHE A SELZ. PROGRÈS DES NÉGOCIATIONS DE RASTADT.--NOUVELLES
+COMMOTIONS EN HOLLANDE, EN SUISSE ET DANS LES RÉPUBLIQUES ITALIENNES.
+CHANGEMENT DE LA CONSTITUTION CISALPINE; GRANDS EMBARRAS DU DIRECTOIRE
+A CE SUJET.--SITUATION INTÉRIEURE. UNE NOUVELLE OPPOSITION SE PRONONCE
+DANS LES CONSEILS.--DISPOSITION GÉNÉRALE A LA GUERRE. LOI SUR LA
+CONSCRIPTION.--FINANCES DE L'AN VII.--REPRISE DES HOSTILITÉS. INVASION
+DES ÉTATS ROMAINS PAR L'ARMÉE NAPOLITAINE.--CONQUÊTE DU ROYAUME DE
+NAPLES PAR LE GÉNÉRAL CHAMPIONNET.--ABDICATION DU ROI DE PIÉMONT.
+
+
+L'expédition d'Égypte resta un mystère en Europe longtemps encore après
+le départ de notre flotte. La prise de Malte commença à fixer les
+conjectures. Cette place réputée imprenable et enlevée en passant, jeta
+sur les argonautes français un éclat extraordinaire. Le débarquement en
+Égypte, l'occupation d'Alexandrie, la bataille des Pyramides, frappèrent
+toutes les imaginations en France et en Europe. Le nom de Bonaparte, qui
+avait paru si grand quand il arrivait des Alpes, produisit un effet plus
+singulier et plus étonnant encore arrivant des contrées lointaines
+de l'Orient. Bonaparte et l'Égypte étaient le sujet de toutes les
+conversations. Ce n'était rien que les projets exécutés; on en supposait
+de plus gigantesques encore. Bonaparte allait, disait-on, traverser la
+Syrie et l'Arabie, et se jeter sur Constantinople ou sur l'Inde.
+
+La malheureuse bataille d'Aboukir vint, non pas détruire le prestige de
+l'entreprise, mais réveiller toutes les espérances des ennemis de la
+France, et hâter le succès de leurs trames. L'Angleterre, qui était
+extrêmement alarmée pour sa puissance commerciale, et qui n'attendait
+que le moment favorable pour tourner contre nous de nouveaux ennemis,
+avait rempli Constantinople de ses intrigues. Le Grand-Seigneur n'était
+pas fâché de voir punir les Mameluks, mais il ne voulait pas perdre
+l'Égypte. M. de Talleyrand, qui avait dû se rendre auprès du divan pour
+lui faire agréer des satisfactions, n'était point parti. Les agens de
+l'Angleterre eurent le champ libre; ils persuadèrent à la Porte que
+l'ambition de la France était insatiable; qu'après avoir troublé
+l'Europe, elle voulait bouleverser l'Orient, et qu'au mépris d'une
+antique alliance, elle venait envahir la plus riche province de l'empire
+turc. Ces suggestions et l'or répandu dans le divan n'auraient pas suffi
+pour le décider, si la belle flotte de Brueys avait pu venir canonner
+les Dardanelles; mais la bataille d'Aboukir priva les Français de tout
+leur ascendant dans le Levant, et donna à l'Angleterre une prépondérance
+décidée. La Porte déclara solennellement la guerre à la France[1], et,
+pour une province perdue depuis long-temps, se brouilla avec son amie
+naturelle, et se lia avec ses ennemis les plus redoutables, la Russie
+et l'Angleterre. Le sultan ordonna la réunion d'une armée, pour aller
+reconquérir l'Égypte. Cette circonstance rendait singulièrement
+difficile la position des Français. Séparés de la France, et privés
+de tout secours par les flottes victorieuses des Anglais, ils étaient
+exposés en outre à voir fondre sur eux toutes les bordes de l'Orient.
+Ils n'étaient que trente mille environ pour lutter contre tant de
+périls.
+
+[Note 1: 18 fructidor an VI (4 septembre).]
+
+Nelson victorieux vint à Naples radouber son escadre abîmée, et recevoir
+les honneurs du triomphe. Malgré les traités qui liaient la cour de
+Naples à la France, et qui lui interdisaient de fournir aucun secours à
+nos ennemis, tous les ports et les chantiers de la Sicile furent ouverts
+à Nelson. Lui-même fut accueilli avec des honneurs extraordinaires. Le
+roi et la reine vinrent le recevoir à l'entrée du port, et l'appelèrent
+le héros libérateur de la Méditerranée. On se mit à dire que le triomphe
+de Nelson devait être le signal du réveil général, que les puissances
+devaient profiter du moment où la plus redoutable armée de la France,
+et son plus grand capitaine, étaient enfermés en Égypte, pour marcher
+contre elle, et refouler dans son sein ses soldats et ses principes. Les
+suggestions furent extrêmement actives auprès de toutes les cours. On
+écrivit en Toscane et en Piémont, pour réveiller leur haine jusqu'ici
+déguisée. C'était le moment, disait-on, de seconder la cour de Naples,
+de se liguer contre l'ennemi commun, de se soulever tous à la fois sur
+les derrières des Français, et de les égorger d'un bout à l'autre de la
+Péninsule. On dit à l'Autriche qu'elle devait profiter du moment où les
+puissances italiennes prendraient les Français par derrière, pour les
+attaquer par devant, et leur enlever l'Italie. La chose devait être
+facile, car Bonaparte et sa terrible armée n'étaient plus sur l'Adige.
+On s'adressa à l'Empire dépouillé d'une partie de ses états, et réduit
+à céder la rive gauche du Rhin; on chercha à tirer la Prusse de sa
+neutralité; enfin on employa auprès de Paul Ier les moyens qui pouvaient
+agir sur son esprit malade, et le décider à fournir les secours si
+long-temps et si vainement promis par Catherine.
+
+Ces suggestions ne pouvaient manquer d'être bien accueillies auprès de
+toutes les cours; mais toutes n'étaient pas en mesure d'y céder. Les
+plus voisines de la France étaient les plus irritées et les plus
+disposées à refouler la révolution; mais par cela seul qu'elles étaient
+plus rapprochées du colosse républicain, elles étaient condamnées aussi
+à plus de réserve et de prudence, avant d'entrer en lutte avec lui.
+La Russie, la plus éloignée de la France, la moins exposée à ses
+vengeances, soit par son éloignement, soit par l'état moral de ses
+peuples, était la plus facile à décider. Catherine, dont la politique
+habile avait tendu toujours à compliquer la situation de l'Occident,
+soit pour avoir le prétexte d'y intervenir, soit pour avoir le temps de
+faire en Pologne ce qu'elle voulait, Catherine n'avait pas emporté sa
+politique avec elle. Cette politique est innée dans le cabinet russe;
+elle vient de sa position même: elle peut changer de procédés ou de
+moyens, suivant que le souverain est astucieux ou violent; mais elle
+tend toujours au même but, par un penchant irrésistible. L'habile
+Catherine s'était contentée de donner des espérances et des secours
+aux émigrés; elle avait prêché la croisade sans envoyer un soldat. Son
+successeur allait suivre le même but, mais avec son caractère. Ce prince
+violent et presque insensé, mais du reste assez généreux, avait d'abord
+paru s'écarter de la politique de Catherine, et refusé d'exécuter le
+traité d'alliance conclu avec l'Angleterre et l'Autriche; mais après
+cette déviation d'un moment, il était bientôt revenu à la politique
+de son cabinet. On le vit donner asile au prétendant, et prendre les
+émigrés à sa solde, après le traité de Campo-Formio. On lui persuada
+qu'il devait se faire le chef de la noblesse européenne menacée par
+les démagogues. La démarche de l'ordre de Malte, qui le prit pour son
+protecteur, contribua à exalter sa tête, et il embrassa l'idée qu'on lui
+proposait, avec la mobilité et l'ardeur des princes russes. Il offrit sa
+protection à l'Empire, et voulut se porter garant de son intégrité. La
+prise de Malte le remplit de colère, et il offrit la coopération de
+ses armées contre la France. L'Angleterre triomphait donc à
+Saint-Pétersbourg comme à Constantinople, et elle allait faire marcher
+d'accord des ennemis jusque-là irréconciliables.
+
+Le même zèle ne régnait pas partout. La Prusse se trouvait trop bien de
+sa neutralité et de l'épuisement de l'Autriche pour vouloir intervenir
+dans la lutte des deux systèmes. Elle veillait seulement à ses
+frontières du côté de la Hollande et de la France, pour empêcher la
+contagion révolutionnaire. Elle avait rangé ses armées de manière à
+former une espèce de cordon sanitaire. L'Empire, qui avait appris à ses
+dépens à connaître la puissance de la France, et qui était exposé à
+devenir toujours le théâtre de la guerre, souhaitait la paix. Les
+princes dépossédés eux-mêmes la souhaitaient aussi, parce qu'ils étaient
+assurés de trouver des indemnités sur la rive droite; les princes
+ecclésiastiques seuls, menacés de la sécularisation, désiraient la
+guerre. Les puissances italiennes du Piémont et de la Toscane ne
+demandaient pas mieux qu'une occasion, mais elles tremblaient sous la
+main de fer de la république française. Elles attendaient que Naples ou
+l'Autriche leur donnât le signal. Quant à l'Autriche, quoiqu'elle fût la
+mieux disposée des cours formant la coalition monarchique, elle hésitait
+cependant avec sa lenteur ordinaire à prendre un parti, et surtout elle
+craignait pour ses peuples déjà très épuisés par la guerre. La France
+lui avait opposé deux républiques nouvelles, la Suisse et Rome, l'une
+sur ses flancs, l'autre en Italie, ce qui l'irritait fort et la
+disposait tout à fait à rentrer en lutte; mais elle aurait passé
+par-dessus ces nouveaux envahissemens de la coalition républicaine, si
+on l'avait dédommagée par quelques conquêtes. C'est pour ce but qu'elle
+avait proposé des conférences à Selz. Ces conférences devaient
+avoir lieu dans l'été de 1798, non loin du congrès de Rastadt, et
+concurremment avec ce congrès. De leur résultat dépendaient la
+détermination de l'Autriche et le succès des efforts tentés pour former
+une nouvelle coalition.
+
+François (de Neufchâteau) était l'envoyé choisi par la France. C'est
+pour ce motif qu'on avait désigné la petite ville de Selz, à cause de sa
+situation sur les bords du Rhin, non loin de Rastadt, mais sur la
+rive gauche. Cette dernière condition était nécessaire, parce que la
+constitution défendait au directeur sortant de s'éloigner de France
+avant un délai fixé. M. de Cobentzel avait été envoyé par l'Autriche.
+Dès les premiers momens on put voir les dispositions de cette puissance.
+Elle voulait être dédommagée, par des extensions de territoire, des
+conquêtes que le système républicain avait faites en Suisse et en
+Italie. La France voulait avant tout qu'on s'entendît sur les événemens
+de Vienne, et que des satisfactions fussent accordées pour l'insulte
+faite à Bernadotte. Mais l'Autriche évitait de s'expliquer sur ce point,
+et ajournait toujours cette partie de la négociation. Le négociateur
+français y revenait sans cesse; du reste il avait l'ordre de se
+contenter de la moindre satisfaction. La France aurait voulu que le
+ministre Thugut, disgracié en apparence, le fût réellement, et qu'une
+simple démarche, la plus insignifiante du monde, fût faite auprès de
+Bernadotte, pour réparer l'outrage qu'il avait reçu. M. de Cobentzel
+se contenta de dire que sa cour désapprouvait ce qui s'était passé
+à Vienne, mais il ne convint d'aucune satisfaction, et il continua
+d'insister sur les extensions de territoire qu'il réclamait. Il était
+clair que les satisfactions d'amour-propre ne seraient accordées
+qu'autant que celles d'ambition auraient été obtenues. L'Autriche
+disait que l'institution des deux républiques romaine et helvétique, et
+l'influence évidente exercée sur les républiques cisalpine, ligurienne
+et batave, étaient des violations du traité de Campo-Formio, et une
+altération dangereuse de l'état de l'Europe; elle soutenait qu'il
+fallait que la France accordât des dédommagemens, si elle voulait qu'on
+lui pardonnât ses dernières usurpations; et pour dédommagement, le
+négociateur autrichien demandait de nouvelles provinces en Italie.
+Il voulait que la ligne de l'Adige fût portée plus loin, et que les
+possessions autrichiennes s'étendissent jusqu'à l'Adda et au Pô,
+c'est-à-dire que l'on donnât à l'empereur une grande moitié de la
+république cisalpine. M. de Cobentzel proposait de dédommager la
+république cisalpine avec une partie du Piémont; le surplus de ce
+royaume aurait été donné à l'archiduc de Toscane; et le roi de Piémont
+aurait reçu en dédommagement les états de l'Église. Ainsi, au prix d'un
+agrandissement pour lui en Lombardie, et pour sa famille en Toscane,
+l'empereur aurait sanctionné l'institution de la république helvétique,
+le renversement du pape et le démembrement de la monarchie du Piémont.
+La France ne pouvait consentir à ces propositions par une foule de
+raisons. D'abord elle ne pouvait démembrer la Cisalpine à peine formée,
+et replacer sous le joug autrichien des provinces qu'elle avait
+affranchies, et auxquelles elle avait promis et fait payer la liberté;
+enfin elle avait, l'année précédente, conclu un traité avec le roi de
+Piémont, par lequel elle lui garantissait ses états. Cette garantie
+était surtout stipulée contre l'Autriche. La France ne pouvait donc pas
+sacrifier le Piémont. Aussi François (de Neufchâteau) ne put-il adhérer
+aux propositions de M. de Cobentzel. On se sépara sans avoir rien
+conclu. Aucune satisfaction n'était accordée pour l'événement de Vienne.
+M. de Degelmann, qui devait être envoyé à Paris comme ambassadeur,
+n'y vint pas, et on déclara que les deux cabinets continueraient de
+correspondre par leurs ministres au congrès de Rastadt. Cette séparation
+fut généralement prise pour une espèce de rupture.
+
+Les résolutions de l'Autriche furent évidemment fixées dès cet instant;
+mais avant de recommencer les hostilités avec la France, elle voulait
+s'assurer le concours des principales puissances de l'Europe. M.
+de Cobentzel partit pour Berlin, et dut se rendre de Berlin à
+Saint-Pétersbourg. Le but de ces courses était de contribuer avec
+l'Angleterre à former la nouvelle coalition. L'empereur de Russie avait
+envoyé à Berlin l'un des plus importans personnages de son empire, le
+prince Repnin. M. de Cobentzel devait réunir ses efforts à ceux du
+prince Repnin et de la légation anglaise, pour entraîner le jeune roi.
+
+La France, de son côté, avait envoyé l'un de ses plus illustres citoyens
+à Berlin; c'était Sièyes. La réputation de Sièyes avait été immense
+avant le règne de la convention. Elle s'était évanouie sous le niveau
+du comité de salut public. On la vit renaître tout à coup, lorsque les
+existences purent recommencer leurs progrès naturels; et le nom de
+Sièyes était redevenu le plus grand nom de France, après celui de
+Bonaparte; car en France, une réputation de profondeur est ce qui
+produit le plus d'effet après une grande réputation militaire. Sièyes
+était donc l'un des deux grands personnages du temps. Toujours boudant
+et frondant le gouvernement, non pas comme Bonaparte, par ambition,
+mais par humeur contre une constitution qu'il n'avait pas faite, il
+ne laissait pas que d'être importun. On eut l'idée de lui donner une
+ambassade. C'était une occasion de l'éloigner, de l'utiliser, et surtout
+de lui fournir des moyens d'existence. La révolution les lui avait
+enlevés tous, en abolissant les bénéfices ecclésiastiques. Une grande
+ambassade permettait de les lui rendre. La plus grande était celle de
+Berlin, car on n'avait d'envoyés ni en Autriche, ni en Russie, ni en
+Angleterre. Berlin était le théâtre de toutes les intrigues, et Sièyes,
+quoique peu propre au maniement des affaires, était cependant un
+observateur fin et sûr. De plus, sa grande renommée le rendait
+particulièrement propre à représenter la France, surtout auprès de
+l'Allemagne, à laquelle il convenait plus qu'à tout autre pays.
+
+Le roi ne vit pas arriver avec plaisir dans ses états un révolutionnaire
+si célèbre; cependant il n'osa pas le refuser. Sièyes se comporta avec
+mesure et dignité; il fut reçu de même, mais laissé dans l'isolement.
+Comme tous nos envoyés à l'étranger, il était observé avec soin, et pour
+ainsi dire séquestré. Les Allemands étaient fort curieux de le voir,
+mais ne l'osaient pas. Son influence sur la cour de Berlin était nulle.
+C'était le sentiment de ses intérêts qui seul inspirait le roi de Prusse
+contre les instances de l'Angleterre, de l'Autriche et de la Russie.
+
+Tandis qu'en Allemagne on travaillait à décider le roi de Prusse, la
+cour de Naples, pleine de joie et de témérité depuis la victoire de
+Nelson, faisait des préparatifs immenses de guerre, et redoublait ses
+sollicitations auprès de la Toscane et du Piémont. La France, par une
+espèce de complaisance, lui avait laissé occuper le duché de Bénévent.
+Mais cette concession ne l'avait point calmée. Elle se flattait de
+gagner à la prochaine guerre une moitié des états du pape.
+
+Les négociations de Rastadt se poursuivaient avec succès pour la France.
+Treilhard, devenu directeur, et Bonaparte parti pour l'Égypte, avaient
+été remplacés au congrès par Jean Debry et Roberjot. Après avoir
+obtenu la ligne du Rhin, il restait à résoudre une foule de questions
+militaires, politiques, commerciales. Notre députation était devenue
+extrêmement exigeante, et demandait beaucoup plus qu'elle n'avait droit
+d'obtenir. Elle voulait d'abord toutes les îles du Rhin, ce qui était
+un article important, surtout sous le rapport militaire. Elle voulait
+ensuite garder Kehl et son territoire, vis-à-vis Strasbourg; Cassel et
+son territoire, vis-à-vis Mayence. Elle voulait que le pont commercial
+entre les deux Brisach fût rétabli; que cinquante arpens de terrain
+nous fussent accordés en face de l'ancien pont de Huningue, et que
+l'importante forteresse d'Ehrenbreitstein fût démolie. Elle demandait
+ensuite que la navigation du Rhin, et de tous les fleuves d'Allemagne
+aboutissant au Rhin, fût libre, que tous les droits de péage fussent
+abolis; que les marchandises fussent, sur les deux rives, soumises à un
+même droit de douane; que les chemins de halage fussent conservés,
+et entretenus par les riverains. Elle demandait enfin une dernière
+condition fort importante, c'est que les dettes des pays de la rive
+gauche cédés à la France fussent transportées sur les pays de la rive
+droite, destinés à être donnés en indemnité.
+
+La députation de l'Empire répondit avec raison que la ligne du Rhin
+devait présenter une sûreté égale aux deux nations; que c'était la
+raison d'une sûreté égale, qui avait été surtout alléguée, pour faire
+accorder cette ligne à la France; mais que cette sûreté n'existerait
+plus pour l'Allemagne, si la France gardait tous les points offensifs,
+soit en se réservant les îles, soit en gardant Cassel et Kehl, et
+cinquante arpens vis-à-vis Huningue, etc. La députation de l'Empire ne
+voulut donc pas admettre les demandes de la France, et proposa pour
+véritable ligne du partage, le _thalweg_, c'est-à-dire le milieu du
+principal bras navigable. Toutes les îles qui étaient à droite de cette
+ligne devaient appartenir à l'Allemagne, toutes celles qui étaient à
+gauche devaient appartenir à la France. De cette manière, on plaçait
+entre les deux peuples le véritable obstacle qui fait d'un fleuve une
+ligne militaire, c'est-à-dire le principal bras navigable. Par suite de
+ce principe, la députation demandait la démolition de Cassel et de Kehl,
+et refusait les cinquante arpens vis-à-vis Huningue. Elle ne voulait pas
+que la France conservât aucun point offensif, lorsque l'Allemagne
+les perdait tous. Elle refusait avec moins de raison la démolition
+d'Ehrenbreitstein, qui était incompatible avec la sûreté de la ville
+de Coblentz. Elle accordait la libre navigation du Rhin, mais elle la
+demandait pour toute l'étendue de son cours, et voulait que la France
+obligeât la république batave à reconnaître cette liberté. Quant à la
+libre navigation des fleuves de l'intérieur de l'Allemagne, cet article
+dépassait, disait-elle, sa compétence, et regardait chaque état
+individuellement. Elle accordait le chemin de halage. Elle voulait que
+tout ce qui était relatif aux péages et à leur abolition fût renvoyé à
+un traité de commerce. Elle voulait enfin, relativement aux pays de
+la rive gauche cédés à la France, que leurs dettes restassent à leur
+charge, par le principe que la dette suit son gage, et que les biens de
+la noblesse immédiate fussent considérés comme propriétés particulières,
+et conservés à ce titre. La députation demandait accessoirement que les
+troupes françaises évacuassent la rive droite et cessassent le blocus
+d'Ehrenbreitstein, parce qu'il réduisait les habitans à la famine.
+
+Ces prétentions contraires donnèrent lieu à une suite de notes et de
+contre-notes, pendant tout l'été. Enfin, vers le mois de vendémiaire an
+VI (août et septembre 1798), le _thalweg_ fut admis par la députation
+française. Le principal bras navigable fut pris pour limite entre la
+France et l'Allemagne, et les îles durent être partagées conséquemment à
+ce principe. La France consentit à la démolition de Cassel et de Kehl,
+mais elle exigea l'île de Pettersau, qui est placée dans le Rhin à peu
+près à la hauteur de Mayence, et qui est d'une grande importance pour
+cette place. L'Empire germanique consentit de son côté à la démolition
+d'Ehrenbreitstein. La libre navigation du Rhin et l'abolition des péages
+furent accordées. Il restait à s'entendre sur l'établissement des ponts
+commerciaux, sur les biens de la noblesse immédiate, sur l'application
+des lois de l'émigration dans les pays cédés, et sur les dettes de ces
+pays. Les princes séculiers avaient déclaré qu'il fallait faire toutes
+les concessions compatibles avec l'honneur et la sûreté de l'Empire,
+afin d'obtenir la paix, si nécessaire à l'Allemagne. Il était évident
+que la plupart de ces princes voulaient traiter; la Prusse les
+y engageait. Quant à l'Autriche, elle commençait à montrer des
+dispositions toutes contraires, et à exciter le ressentiment des princes
+ecclésiastiques contre la marche des négociations. Les députés de
+l'Empire, tout en se prononçant pour la paix, gardaient cependant la
+plus grande mesure, par la crainte que leur causait l'Autriche, et
+louvoyaient entre celle-ci et la Prusse. Quant aux ministres français,
+ils montraient une extrême raideur; ils vivaient à part, et dans une
+espèce d'isolement, comme tous nos ministres en Europe. Telle était la
+situation du congrès à la fin de l'été de l'an VI (1798).
+
+Pendant que ces événemens se passaient en Orient et en Europe, la
+France, toujours chargée du soin de diriger les cinq républiques
+instituées autour d'elle, avait eu des soucis sans fin. C'étaient des
+difficultés continuelles pour y diriger l'esprit public, pour y faire
+vivre nos troupes, pour y mettre d'accord nos ambassadeurs avec nos
+généraux, pour y maintenir enfin la bonne harmonie avec les états
+voisins.
+
+Presque partout il avait fallu faire comme en France, c'est-à-dire,
+après avoir frappé sur un parti, frapper bientôt sur l'autre. En
+Hollande on avait exécuté, le 3 pluviôse (22 janvier), une espèce de 18
+fructidor pour écarter les fédéralistes, abolir les anciens règlemens,
+et donner au pays une constitution unitaire, à peu près semblable à
+celle de la France. Mais cette révolution avait tourné beaucoup trop au
+profit des démocrates. Ceux-ci s'étaient emparés de tous les pouvoirs.
+Après avoir exclu de l'assemblée nationale tous les députés qui leur
+paraissaient suspects, ils s'étaient eux-mêmes constitués en directoire
+et en deux conseils, sans recourir à de nouvelles élections. Ils avaient
+voulu par là imiter la convention nationale de France, et ses fameux
+décrets des 15 et 18 fructidor. Ils s'étaient entièrement emparés
+depuis de la direction des affaires, et ils sortaient de la ligne où le
+directoire français voulait maintenir toutes les républiques confiées à
+ses soins. Le général Daendels, l'un des hommes les plus distingués du
+parti modéré, vint à Paris, s'entendit avec nos directeurs, et repartit
+pour aller en Hollande porter aux démocrates le coup qu'on leur avait
+récemment porté à Paris, en les excluant du corps législatif par
+les scissions. Ainsi, tout ce qu'on faisait en France, il fallait
+immédiatement après le répéter dans les états qui dépendaient d'elle.
+Joubert eut ordre d'appuyer Daendels. Celui-ci se réunit aux ministres,
+et avec le secours des troupes bataves et françaises, dispersa le
+directoire et les conseils, forma un gouvernement provisoire, et fit
+ordonner de nouvelles élections. Le ministre de France, Delacroix, qui
+avait appuyé les démocrates, fut rappelé. Ces scènes produisirent
+leur effet accoutumé. On ne manqua pas de dire que les constitutions
+républicaines ne pouvaient marcher seules, qu'à chaque instant il
+fallait le levier des baïonnettes, et que les nouveaux états se
+trouvaient sous la dépendance la plus complète de la France.
+
+En Suisse, l'établissement de la république _une et indivisible_ n'avait
+pas pu se faire sans combats. Les petits cantons de Schwitz, Zug,
+Glaris, excités par les prêtres et les aristocrates suisses, avaient
+juré de s'opposer à l'adoption du régime nouveau. Le général
+Schauembourg, sans vouloir les réduire par la force, avait interdit
+toute communication des autres cantons avec ceux-ci. Les petits cantons
+réfractaires coururent aussitôt aux armes et envahirent Lucerne, où ils
+pillèrent et dévastèrent. Schauembourg marcha sur eux, et après quelques
+combats opiniâtres, les réduisit à demander la paix. Le gage de cette
+paix avait été l'acceptation de la constitution nouvelle. Il fallut
+employer aussi le fer et même le feu pour réprimer les paysans du
+Haut-Valais, qui avaient fait une descente dans le Bas-Valais, dans le
+but d'y rétablir leur domination. Malgré ces obstacles, en prairial
+(mai 1798), la constitution était partout en vigueur. Le gouvernement
+helvétique était réuni à Arau. Composé d'un directoire et de deux
+conseils, il commençait à s'essayer dans l'administration du pays. Le
+nouveau commissaire français était Rapinat, beau-frère de Rewbell.
+Le gouvernement helvétique devait s'entendre avec Rapinat pour
+l'administration des affaires. Les circonstances rendaient cette
+administration difficile. Les prêtres et les aristocrates, postés dans
+les montagnes, épiaient le moment favorable pour soulever de nouveau
+la population. Il fallait se tenir en garde contre eux, nourrir et
+satisfaire l'armée française qu'on avait à leur opposer, organiser
+l'administration, et se mettre en mesure d'exister bientôt d'une
+manière indépendante. Cette tâche n'était pas moins difficile pour le
+gouvernement helvétique que pour le commissaire français placé auprès de
+lui.
+
+Il était naturel que la France s'emparât des caisses appartenant aux
+anciens cantons aristocratiques, pour payer les frais de la guerre.
+L'argent contenu dans les caisses, et les approvisionnemens renfermés
+dans les magasins formés par les ci-devant cantons, lui étaient
+indispensables pour faire vivre son armée. C'était l'exercice le plus
+ordinaire du droit de conquête; elle aurait pu sans doute renoncer à ce
+droit, mais la nécessité la forçait d'en user dans le moment. Rapinat
+eut donc ordre de mettre le scellé sur toutes les caisses. Beaucoup de
+Suisses, même parmi ceux qui avaient souhaité la révolution, trouvèrent
+fort mauvais qu'on s'emparât du pécule et des magasins des anciens
+gouvernemens. Les Suisses sont, comme tous les montagnards, sages et
+braves, mais d'une extrême avarice. Ils voulaient bien qu'on leur
+apportât la liberté, qu'on les débarrassât de leurs oligarques, mais ils
+ne voulaient pas faire les frais de la guerre. Tandis que la Hollande et
+l'Italie avaient souffert, presque sans se plaindre, le fardeau énorme
+des campagnes les plus longues et les plus dévastatrices, les patriotes
+suisses jetèrent les hauts cris pour quelques millions dont on s'empara.
+Le directoire helvétique fit de son côté apposer de nouveaux scellés sur
+ceux qui venaient d'être apposés par Rapinat, et protesta ainsi contre
+la mesure qui mettait les caisses à la disposition de la France. Rapinat
+fit sur-le-champ enlever les scellés du directoire helvétique, et
+déclara à ce directoire qu'il était borné aux fonctions administratives,
+qu'il ne pouvait rien contre l'autorité de la France, et qu'à l'avenir
+ses lois et ses décrets n'auraient de vigueur qu'autant qu'ils ne
+contiendraient rien de contraire aux arrêtés du commissaire et du
+général français. Les ennemis de la révolution, et il s'en était glissé
+plus d'un dans les conseils helvétiques, triomphèrent de cette lutte et
+crièrent à la tyrannie. Ils dirent que leur indépendance était violée,
+et que la république française, qui avait prétendu leur apporter la
+liberté, ne leur apportait en réalité que l'asservissement et la misère.
+L'opposition ne se manifestait pas seulement dans les conseils, elle
+était aussi dans le directoire et dans les autorités locales. A Lucerne
+et à Berne, d'anciens aristocrates occupaient les administrations; ils
+apportaient des obstacles de toute espèce à la levée de quinze millions
+frappés sur les anciennes familles nobles pour les besoins de l'armée.
+Rapinat prit sur lui de purger le gouvernement et les administrations
+helvétiques. Par une lettre du 28 prairial (16 juin), il demanda au
+gouvernement helvétique la démission de deux directeurs, les nommés
+Bay et Pfiffer, celle du ministre des affaires étrangères, et le
+renouvellement des chambres administratives de Lucerne et de Berne.
+Cette demande, faite avec le ton d'un ordre, ne pouvait être refusée.
+Les démissions furent données sur-le-champ; mais la rudesse avec
+laquelle se conduisit Rapinat fit élever de nouveaux cris, et mit tous
+les torts de son côté. Il compromettait en effet son gouvernement, en
+violant ouvertement les formes pour faire des changemens qu'il eût
+été facile d'obtenir par d'autres moyens. Sur-le-champ, le directoire
+français écrivit au directoire helvétique pour désapprouver la conduite
+de Rapinat, et pour donner satisfaction de cette violation de toutes
+les formes. Rapinat fut rappelé; néanmoins les membres démissionnaires
+demeurèrent exclus. Les conseils helvétiques nommèrent, pour remplacer
+les deux directeurs démissionnaires, Ochs, l'auteur de la constitution,
+et le colonel Laharpe, le frère du général mort en Italie, l'un des
+auteurs de la révolution du canton de Vaud, et l'un des citoyens les
+plus probes et les mieux intentionnés de son pays.
+
+Une alliance offensive et défensive fut conclue entre les républiques
+helvétique et française le 2 fructidor (19 août). D'après ce traité,
+celle des deux puissances qui était en guerre avait droit de requérir
+l'intervention de l'autre et de lui demander un secours dont la
+force devait être déterminée suivant les circonstances. La puissance
+requérante devait payer les troupes fournies par l'autre; la libre
+navigation de tous les fleuves de la Suisse et de la France était
+réciproquement stipulée. Deux routes devaient être ouvertes, l'une de
+France à la Cisalpine, en traversant le Valais et le Simplon, l'autre de
+France en Souabe, en remontant le Rhin et en suivant la rive orientale
+du lac de Constance. Dans ce système des républiques unies, la France
+s'assurait deux grandes routes militaires pour se rendre dans les états
+de ses alliés, et être en mesure de déboucher rapidement en Italie ou en
+Allemagne. On a dit que ces deux routes transportaient le théâtre de
+la guerre dans les états alliés. Ce n'étaient pas les routes, mais
+l'alliance avec la France qui exposait ces états à devenir le théâtre de
+la guerre. Les routes n'étaient qu'un moyen d'accourir plus tôt et de
+les protéger à temps, en prenant l'offensive en Allemagne ou en Italie.
+
+La ville de Genève fut réunie à la France, ainsi que la ville de
+Mulhausen. Les bailliages italiens, qui avaient long-temps hésité entre
+la Cisalpine et la république helvétique, se déclarèrent pour celle-ci,
+et votèrent leur réunion. Les ligues grises, que le directoire aurait
+voulu réunir à la Suisse, étaient partagées en deux factions rivales,
+et balançaient entre la domination autrichienne et la domination
+helvétique. Nos troupes les observaient. Les moines et les agens
+étrangers amenèrent un nouveau désastre dans l'Underwalden. Ils firent
+soulever les paysans de cette vallée contre les troupes françaises. Un
+combat des plus acharnés eut lieu à Stanz, et il fallut mettre le feu
+à ce malheureux bourg pour en chasser les fanatiques qui s'y étaient
+établis.
+
+Les mêmes difficultés se présentaient de l'autre côté des Alpes. Une
+espèce d'anarchie régnait entre les sujets des nouveaux états et
+leurs gouvernemens, entre ces gouvernemens et nos armées, entre nos
+ambassadeurs et nos généraux. C'était une épouvantable confusion. La
+petite république ligurienne était acharnée contre le Piémont, et
+voulait à tout prix y introduire la révolution. Grand nombre de
+démocrates piémontais s'étaient réfugiés dans son sein, et en étaient
+sortis armés et organisés, pour faire des incursions dans leur pays,
+et essayer d'y renverser le gouvernement royal. Une autre bande était
+partie du côté de la Cisalpine, et s'était avancée par Domo-d'Ossola.
+Mais ces tentatives furent repoussées et une foule de victimes
+inutilement sacrifiées. La république ligurienne n'avait pas renoncé
+pour cela à harceler le gouvernement de Piémont; elle recueillait et
+armait de nouveaux réfugiés, et voulait elle-même faire la guerre. Notre
+ministre à Gênes, Sotin, avait la plus grande peine à la contenir. De
+son côté, notre ministre à Turin, Ginguené, n'avait pas moins de peine à
+répondre aux plaintes continuelles du Piémont, et à le modérer dans ses
+projets de vengeance contre les patriotes.
+
+La Cisalpine était dans un désordre effrayant. Bonaparte en la
+constituant n'avait pas eu le temps de calculer exactement les
+proportions qu'il aurait fallu observer dans les divisions du territoire
+et dans le nombre des fonctionnaires, ni d'organiser le régime municipal
+et le système financier. Ce petit état avait à lui seul deux cent
+quarante représentans. Les départemens étant trop nombreux, il était
+dévoré par une multitude de fonctionnaires. Il n'avait aucun système
+régulier et uniforme d'impôts. Avec une richesse considérable, il
+n'avait point de finances, et il pouvait à peine suffire à payer le
+subside convenu pour l'entretien de nos armées. Du reste, sous tous les
+rapports, la confusion était au comble. Depuis l'exclusion de quelques
+membres du conseil, prononcée par Berthier, lorsqu'il avait voulu faire
+accepter le traité d'alliance avec la France, les révolutionnaires
+l'avaient emporté, et le langage des jacobins dominait dans les conseils
+et les clubs. Notre armée secondait ce mouvement et appuyait toutes les
+exagérations. Brune, après avoir achevé la soumission de la Suisse,
+était retourné en Italie, où il avait reçu le commandement général
+de toutes les troupes françaises, depuis le départ de Berthier pour
+l'Égypte. Il était à la tête des patriotes les plus véhémens. Lahoz,
+le commandant des troupes lombardes, dont l'organisation avait été
+commencée sous Bonaparte, abondait dans les mêmes idées et les mêmes
+sentimens. Il existait, en outre, d'autres causes de désordres dans
+l'inconduite de nos officiers. Ils se comportaient dans la Cisalpine
+comme en pays conquis. Ils maltraitaient les habitans, exigeaient des
+logemens qui, d'après les traités, ne leur étaient pas dus, dévastaient
+les lieux qu'ils habitaient, se permettaient souvent des réquisitions
+comme en temps de guerre, extorquaient de l'argent des administrations
+locales, puisaient dans les caisses des villes sans alléguer aucune
+espèce de prétexte que leur bon plaisir. Les commandans de place
+exerçaient surtout des exactions intolérables. Le commandant de Mantoue
+s'était permis, par exemple, d'affermer à son profit la pêche du
+lac. Les généraux proportionnaient leur exigence à leur grade, et
+indépendamment de tout ce qu'ils extorquaient, ils faisaient avec
+les compagnies des profits scandaleux. Celle qui était chargée
+d'approvisionner l'armée en Italie, abandonnait aux états-majors
+quarante pour cent de bénéfice; et on peut juger par là de ce qu'elle
+devait gagner pour faire de pareils avantages à ses protecteurs. Par
+l'effet des désertions, il n'y avait pas dans les rangs la moitié des
+hommes portés sur les états, de manière que la république payait le
+double de ce qu'elle aurait dû. Malgré toutes ces malversations, les
+soldats étaient mal payés, et la solde du plus grand nombre était
+arriérée de plusieurs mois. Ainsi, le pays que nous occupions était
+horriblement foulé, sans que nos soldats s'en trouvassent mieux. Les
+patriotes cisalpins toléraient tous ces désordres sans se plaindre,
+parce que l'état-major leur prêtait son appui.
+
+A Rome, les choses se passaient mieux. Là, une commission, composée de
+Daunou, Florent et Faypoult, gouvernait avec sagesse et probité le pays
+affranchi. Ces trois hommes avaient composé une constitution qui
+avait été adoptée, et qui, sauf quelques différences, et les noms qui
+n'étaient pas les mêmes, ressemblait exactement à la constitution
+française. Les directeurs s'appelaient des consuls, le conseil des
+anciens s'appelait le sénat; le second conseil le tribunal. Mais ce
+n'était pas tout que de donner une constitution, il fallait la mettre en
+vigueur. Ce n'était pas, comme on aurait pu le croire, le fanatisme des
+Romains qui s'opposait à son établissement, mais leur paresse. Il n'y
+avait guère d'opposans que dans quelques paysans de l'Apennin, poussés
+par les moines, et du reste faciles à soumettre. Mais il y avait dans
+les habitans de Rome, appelés à composer le consulat, le sénat et le
+tribunal, une insouciance, une inaptitude extrême au travail. Il fallait
+de grands efforts pour les décider à siéger de deux jours l'un, et ils
+voulaient absolument des vacances pour l'été. A cette paresse il
+faut joindre une inexpérience et une incapacité absolues en fait
+d'administration. Il y avait plus de zèle dans les Cisalpins, mais
+c'était du zèle sans lumière et sans mesure, ce qui le rendait tout
+aussi funeste que l'insouciance. Il était à craindre que, dès le
+départ de la commission française, le gouvernement romain tombât en
+dissolution, par l'inaction ou la retraite de ses membres. Et cependant
+on aimait beaucoup les places à Rome, on les aimait comme on le fait
+dans tout état sans industrie.
+
+La commission avait mis fin à toutes les malversations qui avaient été
+commises au premier moment de notre entrée à Rome. Elle s'était emparée
+de la gestion des finances, et les dirigeait avec probité et habileté.
+Faypoult, qui était un administrateur intègre et capable, avait établi
+pour tout l'état romain un système d'impôts fort bien entendu. Il était
+parvenu ainsi à suffire aux besoins de notre armée; il avait payé tout
+l'arriéré de solde non-seulement à l'armée de Rome, mais encore à
+la division embarquée à Civita-Vecchia. Si les finances eussent été
+conduites de la même manière dans la Cisalpine, le pays n'eût pas été
+foulé, et nos soldats se fussent trouvés dans l'abondance. L'autorité
+militaire était à Rome entièrement soumise à la commission. Le général
+Saint-Cyr, qui avait remplacé Masséna, se distinguait par une sévère
+probité; mais, partageant le goût d'autorité qui devenait général
+chez tous ses camarades, il paraissait mécontent d'être soumis à la
+commission. A Milan surtout, on était fort peu satisfait de tout ce qui
+se faisait à Rome. Les démocrates italiens étaient irrités de voir les
+démocrates romains annulés ou contenus par la commission. L'état-major
+français, duquel relevaient les divisions stationnées à Rome, voyait
+avec peine une riche partie des pays conquis lui échapper, et soupirait
+après le moment où la commission quitterait ses fonctions.
+
+C'est à tort qu'on ferait au directoire français un reproche du désordre
+qui régnait dans les pays alliés. Aucune volonté, si forte qu'elle fût,
+n'aurait pu empêcher le débordement des passions qui les troublaient, et
+quant aux exactions, la volonté de Napoléon lui-même n'a pas réussi à
+les empêcher dans les provinces conquises. Ce qu'un seul individu, plein
+de génie et de vigueur, n'aurait pu exécuter, un gouvernement composé
+de cinq membres, et placé à des distances immenses, le pouvait encore
+moins. Cependant il y avait dans la majorité de notre directoire le plus
+grand zèle à assurer le bien-être des nouvelles républiques, et la plus
+vive indignation contre l'insolence et les concussions des généraux,
+contre les vols manifestes des compagnies. Excepté Barras, qui était de
+moitié dans tous les profits des compagnies, qui était l'espoir de tous
+les brouillons de Milan, les quatre autres directeurs dénonçaient
+avec la plus grande énergie ce qui se faisait en Italie. Larévellière
+surtout, dont la sévère probité était révoltée de tant de désordres,
+proposa au directoire un plan qui fut agréé. Il voulait qu'une
+commission continuât à diriger le gouvernement romain, et à contenir
+l'autorité militaire; qu'un ambassadeur fût envoyé à Milan, pour y
+représenter le gouvernement français, et y enlever toute influence à
+l'état-major; que cet ambassadeur fût chargé de faire à la constitution
+cisalpine les changemens qu'elle exigeait, comme de réduire le nombre
+des divisions locales, des fonctionnaires publics, et des membres des
+conseils; qu'enfin cet ambassadeur eût pour adjoint un administrateur
+capable de créer un système d'impôt et de comptabilité. Ce plan fut
+adopté. Trouvé, naguère ministre de France à Naples, et Faypoult, l'un
+des membres de là commission de Rome, furent envoyés à Milan pour
+exécuter les mesures proposées par Larévellière.
+
+Trouvé devait, aussitôt qu'il serait arrivé à Milan, s'entourer des
+hommes les plus éclairés de la Cisalpine, et convenir avec eux de tous
+les changemens qu'il était nécessaire de faire soit à la constitution,
+soit au personnel du gouvernement. Il devait ensuite, quand tous ces
+changemens seraient arrêtés, les faire proposer dans les conseils de la
+Cisalpine, par des députés à sa dévotion, et au besoin les appuyer de
+l'autorité de la France. Il devait cependant cacher sa main autant qu'il
+serait possible.
+
+Trouvé, rendu de Naples à Milan, y fit ce qu'on lui avait ordonné. Mais
+le secret de sa mission était difficile à garder. On sut bientôt qu'il
+venait changer la constitution, et surtout réduire le nombre des places
+de toute espèce. Les patriotes, qui sentaient bien, à la conduite de
+l'ambassadeur, que les réductions porteraient sur eux, étaient furieux.
+Ils s'appuyèrent sur l'état-major de l'armée, fort indisposé lui-même
+contre l'autorité nouvelle qu'il lui fallait subir, et on vit s'établir
+une lutte scandaleuse entre la légation française et l'état-major
+français, entouré des patriotes italiens. Trouvé et les hommes qui se
+rendaient chez lui, furent dénonces, avec une extrême violence dans les
+conseils cisalpins. On prétendit que le ministre français venait violer
+la constitution, et renouveler l'un de ces actes d'oppression que le
+directoire avait exercés sur toutes les républiques alliées. Trouvé
+essuya des désagrémens de toute espèce, de la part des patriotes
+italiens et de nos officiers. Ceux-ci se conduisirent avec la dernière
+indécence, dans un bal qu'il donnait, et y causèrent le plus grand
+scandale. Ces scènes étaient déplorables, surtout à cause de l'effet
+qu'elles produisaient sur les ministres étrangers. Non-seulement on leur
+donnait le spectacle des plus fâcheuses divisions, mais on les insultait
+dans les dîners diplomatiques, en buvant, à leur face, à l'extermination
+de tous les rois. Le plus véhément jacobinisme régnait à Milan. Brune et
+Lahoz partirent pour Paris, afin d'aller se ménager l'appui de Barras.
+Mais le directoire, averti d'avance, était inébranlable dans ses
+résolutions. Lahoz eut l'ordre de repartir de Paris, à l'instant même où
+il arrivait. Quant à Brune, il lui fut prescrit de retourner à Milan, et
+d'y concourir aux changemens que Trouvé allait faire exécuter.
+
+Après avoir accompli les diverses modifications nécessaires à la
+constitution, Trouvé assembla chez lui les députés les plus sages, et
+les leur soumit. Ils les approuvèrent; mais le déchaînement était si
+grand, qu'ils n'osèrent pas se charger de les proposer eux-mêmes aux
+deux conseils. Trouvé fut donc obligé de déployer l'autorité française,
+et d'exercer ostensiblement un pouvoir qu'il aurait voulu cacher. Du
+reste, peu importait, au fond, le mode employé. Il eût été absurde à
+la France, qui avait créé ces républiques nouvelles et qui les faisait
+exister par son appui, de ne pas profiter de sa force pour y établir
+l'ordre qu'elle croyait le meilleur. Le fâcheux était qu'elle n'eût pas
+fait le mieux possible dès le premier jour et en une seule fois, afin de
+ne plus être obligée de renouveler ces actes de sa toute-puissance. Le
+30 août (13 fructidor an VI), Trouvé assembla le directoire et les deux
+conseils de la Cisalpine; il leur présenta la nouvelle constitution
+et toutes les lois administratives et financières que Faypoult avait
+préparées. Les conseils étaient réduits de deux cent quarante à cent
+vingt membres. Les individus à conserver dans les conseils et le
+gouvernement étaient désignés. Un système d'impôt régulier était établi.
+Il y avait des impôts personnels et indirects, système qu'on essayait
+d'établir dans le moment en France, et qui déplaisait beaucoup aux
+patriotes. Tous ces changemens furent approuvés et adoptés. Brune avait
+été obligé de fournir l'appui des troupes françaises. Aussi la colère
+des patriotes cisalpins fut-elle vaine, et la révolution se fit sans
+obstacles. Il fut décidé en outre qu'une prochaine convocation des
+assemblées primaires aurait lieu, pour approuver les changemens faits à
+la constitution.
+
+La tâche de Trouvé était achevée; mais le gouvernement français, voyant
+le soulèvement que ce ministre avait excité, pensa qu'il n'était pas
+possible de le laisser dans la Cisalpine, qu'il fallait lui donner une
+autre ambassade, et envoyer à Milan un homme étranger aux dernières
+querelles. Malheureusement le directoire se laissa imposer un ci-devant
+membre des jacobins, qui était devenu un souple et bas courtisan de
+Barras, qui avait été associé par lui au trafic des compagnies, et
+placé sur la voie des honneurs; c'était Fouché, dont Barras surprit la
+nomination à ses collègues. Fouché partit pour remplacer Trouvé, et
+celui-ci dut se rendre à Stuttgard. Mais Brune, profitant du départ
+de Trouvé, se permit, avec une audace qui n'est explicable que par la
+licence militaire qui régnait alors, de faire à l'ouvrage du ministre de
+France les plus graves changemens. Il exigea la démission de trois des
+directeurs nommés par Trouvé, il changea plusieurs ministres, et fit
+différentes altérations à la constitution. L'un des trois directeurs
+dont il avait demandé la démission, Sopranzi, ayant courageusement
+refusé de la donner, il le fit saisir de force pas ses soldats, et
+arracher du palais du gouvernement. Il se hâta ensuite de convoquer les
+assemblées primaires, pour leur faire approuver l'oeuvre de Trouvé,
+modifiée comme elle venait de l'être par lui. Fouché, qui arriva dans
+cet intervalle, aurait dû s'opposer à cette convocation, et ne pas
+permettre qu'on fît sanctionner des changemens que le général n'avait
+pas eu mission de faire; mais il laissa Brune agir à son gré. Les
+modifications de Trouvé, et les modifications plus récentes de Brune,
+furent approuvées par les assemblées primaires, soumises à la fois au
+pouvoir militaire et à la violence des patriotes.
+
+Quand le directoire français apprit ces détails, il ne faiblit point. Il
+cassa tout ce qu'avait fait Brune, il le destitua, et chargea Joubert
+d'aller rétablir les choses dans l'état où les avait mises Trouvé.
+Fouché fit des objections; il prétendit que la constitution nouvelle,
+étant approuvée avec les changemens que Brune y avait apportés, il
+serait d'un mauvais effet d'y revenir encore. Il avait raison, et il
+gagna même Joubert à son avis. Mais le directoire ne devait pas souffrir
+de pareilles hardiesses de la part de ses généraux, et surtout il ne
+devait pas leur permettre d'exercer un pareil pouvoir dans les états
+alliés. Il rappela Fouché lui-même, qui, de cette manière, ne passa que
+peu de jours dans la Cisalpine, et il ordonna le rétablissement intégral
+de la constitution, telle que Trouvé l'avait faite au nom de la France.
+Quant aux individus auxquels Brune avait arraché leur démission, on les
+engagea à la renouveler, pour éviter de nouveaux changemens.
+
+La Cisalpine resta donc constituée comme le directoire avait voulu
+qu'elle le fût, sauf la destitution de quelques individus changés par
+Brune. Mais ces changemens continuels, ces tiraillemens, ces luttes
+de nos agens civils et militaires, étaient du plus déplorable effet,
+décourageaient les nouveaux peuples affranchis, déconsidéraient la
+république-mère, et prouvaient la difficulté de maintenir tous ces corps
+dans leur orbite.
+
+Les événemens de la Cisalpine furent gravement reprochés au directoire,
+car il est d'usage de tout changer en griefs contre un gouvernement
+qu'on attaque, et de lui faire un crime des obstacles même qu'il
+rencontre dans sa marche. La double opposition qui commençait à
+reparaître dans les conseils attaqua diversement les opérations
+exécutées en Italie. Le thème était tout simple pour l'opposition
+patriote: on avait commis un attentat, disait-elle, contre
+l'indépendance d'une république alliée; on avait même commis une
+infraction aux lois française, car la constitution cisalpine qu'on
+venait d'altérer était garantie par un traité d'alliance, et ce traité,
+approuvé par les conseils, ne pouvait être enfreint par le directoire.
+Quant à l'opposition constitutionnelle, ou modérée, il était naturel de
+s'attendre à son approbation plutôt qu'à ses reproches, parce que les
+changemens faits dans la Cisalpine étaient dirigés contre les patriotes
+exclusifs. Mais dans cette partie de l'opposition se trouvait Lucien
+Bonaparte. Il cherchait des sujets de querelle au gouvernement, et il
+croyait d'ailleurs devoir défendre l'oeuvre de son frère, attaquée par
+le directoire. Il cria, comme les patriotes, que l'indépendance des
+alliés était attaquée, que les traités étaient violés, etc.
+
+Les deux oppositions se prononçaient plus ouvertement de jour en jour.
+Elles commençaient à contester au directoire certaines attributions
+dont il avait été pourvu par la loi du 19 fructidor, et dont il avait
+quelquefois fait usage. Ainsi cette loi lui donnait le droit de fermer
+les clubs, ou de supprimer les journaux dont la direction lui paraîtrait
+dangereuse. Le directoire avait fermé quelques clubs devenus trop
+violens, et supprimé quelques journaux qui avaient donné des nouvelles
+fausses et imaginées évidemment dans une intention malveillante. Il y
+eut un journal, entre autres, qui prétendit que le directoire allait
+réunir à la France le pays de Vaud: le directoire le supprima. Les
+patriotes s'élevèrent contre cette puissance arbitraire, et demandèrent
+le rapport de plusieurs des articles de la loi du 19 fructidor. Les
+conseils décidèrent que ces articles resteraient en vigueur jusqu'à
+l'établissement d'une loi sur la presse; et un travail fut ordonné pour
+la préparation de cette loi.
+
+Le directoire essuya également de fortes contradictions en matière de
+finances. Il s'agissait de clore le budget de l'an VI (1797-1798), et de
+proposer celui de l'an VII (1798-1799). Celui de l'an VI avait été fixé
+à 616 millions; mais sur les 616 millions, il y avait eu un déficit de
+62 millions, et, outre ce déficit, un arriéré considérable dans les
+rentrées. Les créanciers, malgré la solennelle promesse d'acquitter le
+tiers consolidé, n'avaient pas été payés intégralement. On décida
+qu'ils recevraient, en paiement de l'arriéré, des bons recevables en
+acquittement des impôts. Il fallait fixer sur-le-champ le budget de l'an
+VII, dans lequel on allait entrer. Les dépenses furent arrêtées à 600
+millions, sans la supposition d'une nouvelle guerre continentale. Il
+fallut réduire les contributions foncière et personnelle, beaucoup
+trop fortes, et élever les impôts du timbre, de l'enregistrement, des
+douanes, etc. On décréta des centimes additionnels pour les dépenses
+locales, et des octrois aux portes des villes pour l'entretien des
+hôpitaux et autres établissemens. Malgré ces augmentations, le ministre
+Ramel soutint que les impôts ne rentreraient tout au plus qu'aux trois
+quarts, à en juger par les années précédentes, et que c'était les
+exagérer beaucoup que de porter les rentrées effectives à 450 ou
+500 millions. Il demanda donc de nouvelles ressources, pour couvrir
+réellement la dépense de 600 millions; il proposa un impôt sur les
+portes et fenêtres, et un impôt sur le sel. Il s'éleva à ce sujet de
+violentes contestations. On décréta l'impôt sur les portes et fenêtres,
+et on prépara un rapport sur l'impôt du sel.
+
+Ces contradictions n'avaient rien de fâcheux en elles-mêmes, mais elles
+étaient le symptôme d'une haine sourde, à laquelle il ne fallait que des
+malheurs publics pour éclater. Le directoire, parfaitement instruit de
+l'état de l'Europe, voyait bien que de nouveaux dangers se préparaient,
+et que la guerre allait se ranimer sur le continent. Il ne pouvait guère
+plus en douter au mouvement des différens cabinets. Cobentzel et Repnin
+n'avaient pu arracher la Prusse à sa neutralité, et l'avaient quittée
+avec un grand mécontentement. Mais Paul Ier, complètement séduit, avait
+stipulé un traité d'alliance avec l'Autriche, et on disait ses troupes
+en marche. L'Autriche armait avec activité; la cour de Naples ordonnait
+l'enrôlement de toute sa population. Il eût été de la plus grande
+imprudence de ne pas faire de préparatifs, en voyant un pareil
+mouvement, depuis les bords de la Vistule jusqu'à ceux du Volturne. Nos
+armées étant singulièrement diminuées par la désertion, le directoire
+résolut de pourvoir à leur recrutement par une grande institution, qui
+restait encore à créer. La convention avait puisé deux fois dans la
+population de la France, mais d'une manière extraordinaire, sans laisser
+de loi permanente pour la levée annuelle des soldats. En mars 1793, elle
+avait ordonné une levée de trois cent mille hommes; en août de la même
+année, elle avait pris la grande et belle résolution de la levée en
+masse, génération par génération. Depuis, la république avait existé
+par cette mesure seule, en forçant à rester sous les drapeaux ceux qui
+avaient pris les armes à cette époque. Mais le feu, les maladies en
+avaient détruit un grand nombre; la paix en avait ramené un grand nombre
+encore dans leurs foyers. On n'avait délivré que douze mille congés,
+mais il y avait eu dix fois plus de déserteurs; et il était difficile
+d'être sévère envers des hommes qui avaient défendu pendant six années
+leur patrie, et qui l'avaient fait triompher de l'Europe au prix de leur
+sang. Les cadres restaient, et ils étaient excellens. Il fallait
+les remplir par de nouvelles levées, et prendre, non pas une mesure
+extraordinaire et temporaire, mais une mesure générale et permanente;
+il fallait rendre une loi, enfin, qui devînt, en quelque sorte, partie
+inhérente de la constitution. On imagina la conscription.
+
+Le général Jourdan fut le rapporteur de cette loi grande et salutaire,
+dont on a abusé comme de toutes les choses de ce monde, mais qui n'en a
+pas moins sauvé la France et porté sa gloire au comble. Par cette loi,
+chaque Français fut déclaré soldat de droit, pendant une époque de sa
+vie. Cette époque était de vingt à vingt-cinq ans. Les jeunes gens
+arrivés à cet âge étaient partagés en cinq classes, année par année.
+Suivant la nécessité, le gouvernement appelait des hommes en commençant
+par la première classe, celle de vingt ans, et par les plus jeunes de
+chaque classe. Il pouvait successivement appeler les cinq classes, au
+fur et à mesure des besoins. En temps de paix, les conscrits étaient
+obligés de servir jusqu'à vingt-cinq ans. Ainsi la durée du service des
+soldats variait d'une année à cinq, suivant qu'ils avaient été pris de
+vingt-cinq à vingt ans. En temps de guerre, cette durée était illimitée;
+c'était au gouvernement à délivrer des congés, quand il croyait le
+pouvoir sans inconvénient. Il n'y avait d'exemption d'aucune espèce,
+excepté pour ceux qui s'étaient mariés avant la loi, ou qui avaient déjà
+payé leur dette dans les guerres précédentes. Cette loi pourvoyait ainsi
+aux cas ordinaires; mais dans les cas extraordinaires, lorsque la patrie
+était déclarée en danger, le gouvernement avait droit, comme en 93, sur
+la population entière; et la levée en masse recommençait.
+
+Cette loi fut adoptée sans opposition, et considérée comme l'une
+des plus importantes créations de la révolution[2]. Sur-le-champ le
+directoire demanda à en faire usage, et réclama la levée de deux cent
+mille conscrits, pour compléter les armées et les mettre sur un
+pied respectable. Cette demande fut accordée par acclamations le 2
+vendémiaire an VII (23 septembre 1798). Bien que les deux oppositions
+contrariassent souvent le directoire, par humeur ou jalousie, cependant
+elles voulaient que la république conservât son ascendant en présence
+des puissances de l'Europe. Une levée d'hommes exige une levée d'argent.
+Le directoire demanda, en sus du budget, 125 millions dont 90 pour
+l'équipement de deux cent mille conscrits, et 35 pour réparer le dernier
+désastre de la marine. La question était de savoir où on les prendrait.
+Le ministre Ramel prouva que les bons pour le remboursement des deux
+tiers de la dette étaient rentrés presque en totalité, qu'il restait 400
+millions en biens nationaux, lesquels étaient libres par conséquent,
+et pouvaient être consacrés aux nouveaux besoins de la république.
+On décréta en conséquence la mise en vente de 125 millions de biens
+nationaux. Un douzième devait être payé comptant, le reste en
+obligations des acquéreurs, négociables à volonté, et payables
+successivement dans un délai de dix-huit mois. Elles devaient porter
+intérêt à cinq pour cent. Ce papier pouvait équivaloir à un paiement
+au comptant, par la facilité de le donner aux compagnies. Les biens
+devaient être vendus huit fois le revenu. Cette ressource ne fut
+pas plus contestée que la loi de recrutement, dont elle était la
+conséquence.
+
+[Note 2: Elle fut rendue le 19 fructidor an VI (5 septembre).]
+
+Le directoire se mit ainsi en mesure de répondre aux menaces de
+l'Europe, et de soutenir la dignité de la république. Deux événemens de
+médiocre importance venaient d'avoir lieu, l'un en Irlande, l'autre à
+Ostende. L'Irlande s'était soulevée, et le directoire y avait envoyé le
+général Humbert avec quinze cents hommes[3]. Malheureusement un envoi
+de fonds que devait faire la trésorerie ayant été retardé, une seconde
+division de six mille hommes, commandée par le général Sarrazin, n'avait
+pu mettre à la voile, et Humbert était resté sans appui. Il s'était
+maintenu longtemps, et assez pour prouver que l'arrivée du renfort
+attendu aurait changé entièrement la face des choses. Mais, après une
+suite de combats honorables, il venait d'être obligé de mettre bas les
+armes avec tout son corps. Un échec de même nature, essuyé par les
+Anglais, venait de compenser cette perte. Les Anglais venaient par
+intervalles lancer quelques bombes sur nos ports de l'Océan, ils
+voulurent faire un débarquement à Ostende, pour détruire les écluses;
+mais, poursuivis à outrance, coupés de leurs vaisseaux, ils furent pris
+au nombre de deux mille hommes.
+
+[Note 3: Il débarqua le 5 fructidor (22 août) et fut battu et fait
+prisonnier le 22 (8 septembre) par le général Cornwallis.]
+
+Bien que l'Autriche eût contracté une alliance avec la Russie et avec
+l'Angleterre, et qu'elle pût compter sur une armée russe et sur un
+subside anglais, néanmoins elle hésitait encore à rentrer en lutte avec
+la république française. L'Espagne qui voyait avec peine l'incendie
+rallumé sur le continent, et qui craignait également les progrès du
+système républicain et sa ruine, car dans un cas elle pouvait être
+révolutionnée, et dans l'autre punie de son alliance avec la France,
+l'Espagne s'était interposée de nouveau pour calmer des adversaires
+irrités. Sa médiation, en provoquant des discussions, en faisant naître
+quelque possibilité d'arrangement, amenait de nouvelles hésitations à
+Vienne, ou du moins de nouvelles lenteurs. A Naples, où le zèle était
+furibond, on était indigné de tout délai, et on voulait trouver une
+manière d'engager la lutte, pour forcer l'Autriche à tirer le fer. La
+folie de cette petite cour était sans exemple. Le sort des Bourbons
+était, à cette époque, d'être conduits par leurs femmes à toutes les
+fautes. On en avait vu trois à la fois dans le même cas: Louis XVI,
+Charles IV et Ferdinand. Le sort de l'infortuné Louis XVI est connu.
+Charles IV et Ferdinand, quoique par des voies différentes, étaient
+entraînés, par la même influence, à une ruine inévitable. On avait fait
+prendre au peuple de Naples la cocarde anglaise; Nelson était traité
+comme un dieu tutélaire. On avait ordonné la levée du cinquième de la
+population, espèce d'extravagance, car il eût suffi d'en bien armer le
+cinquantième, pour prendre rang parmi les puissances. Chaque couvent
+devait fournir un cavalier équipé; une partie des biens du clergé avait
+été mise en vente; tous les impôts avaient été doublés; enfin ce faiseur
+de projets malheureux, dont tous les plans militaires avaient si mal
+réussi, et que la destinée réservait à des revers d'une si étrange
+espèce, Mack avait été demandé à Naples pour être mis à la tête de
+l'armée napolitaine. On lui décerna le triomphe avant la victoire, et
+on lui donna le titre de libérateur de l'Italie, le même qu'avait porté
+Bonaparte. A ces grands moyens on ajoutait des neuvaines à tous les
+saints, des prières à saint Janvier, et des supplices contre ceux qui
+étaient soupçonnés de partager les opinions françaises.
+
+La petite cour de Naples continuait ses intrigues en Piémont et en
+Toscane. Elle voulait que les Piémontais s'insurgeassent sur les
+derrières de l'armée qui gardait la Cisalpine, et les Toscans sur les
+derrières de celle qui gardait Rome. Les Napolitains auraient profité de
+l'occasion pour attaquer de front l'armée de Rome; les Autrichiens en
+auraient profité aussi pour attaquer de front celle de la Cisalpine,
+et on augurait de toutes ces combinaisons, que pas un Français ne se
+sauverait. Le roi de Piémont, prince religieux, avait quelques scrupules
+à cause du traité d'alliance qui le liait à la France; mais on lui
+disait que la foi promise à des oppresseurs n'engageait pas, et que les
+Piémontais avaient le droit d'assassiner jusqu'au dernier Français. Du
+reste, les scrupules étaient moins ici le véritable obstacle que la
+surveillance rigoureuse du directoire. Quant à l'archiduc de Toscane, il
+manquait entièrement de moyens. Naples, pour le décider, promettait de
+lui envoyer une armée par la flotte de Nelson.
+
+Le directoire, de son côté, était sur ses gardes, et il prenait ses
+précautions. La république ligurienne, toujours acharnée contre le roi
+de Piémont, avait enfin déclaré la guerre à ce prince. A une haine
+de principes se joignait une vieille haine de voisinage; et ces deux
+petites puissances en voulaient venir aux mains à tout prix. Le
+directoire intervint dans la querelle, signifia à la république
+ligurienne qu'il fallait poser les armes, et déclara au roi de Piémont
+qu'il se chargeait de maintenir la tranquillité dans ses états, mais
+que, pour cela, il fallait qu'il y occupât un poste important. En
+conséquence, il lui demanda de laisser occuper par les troupes
+françaises la citadelle de Turin. Une pareille prétention n'était
+justifiable que par les craintes que la cour de Piémont inspirait. Il y
+avait incompatibilité entre les anciens et les nouveaux états, et ils
+ne pouvaient pas se fier les uns aux autres. Le roi de Piémont fit
+de grandes remontrances; mais il n'y avait pas moyen de résister aux
+demandes du directoire. Les Français occupèrent la citadelle, et
+commencèrent sur-le-champ à l'armer. Le directoire avait détaché l'armée
+de Rome de celle de la Cisalpine, et lui avait donné, pour la commander,
+le général Championnet, qui s'était distingué sur le Rhin. L'armée était
+disséminée dans tout l'état romain; il y avait dans la Marche d'Ancône
+quatre à cinq mille hommes commandés par le général Casa-Bianca; le
+général Lemoine était avec deux ou trois mille hommes sur le penchant
+opposé de l'Apennin, vers Terni. Macdonald, avec la gauche, forte de
+cinq mille hommes à peu près, était répandu sur le Tibre. Il y avait à
+Rome une petite réserve. L'armée dite de Rome était donc de quinze à
+seize mille hommes au plus. La nécessité de surveiller le pays, et la
+difficulté d'y vivre, nous avaient obligés de disperser nos troupes; et
+si un ennemi actif et bien secondé avait su saisir l'occasion, il aurait
+pu faire repentir les Français de leur isolement.
+
+On comptait beaucoup sur cette circonstance à Naples; on se flattait de
+surprendre les Français et de les détruire en détail. Quelle gloire de
+prendre l'initiative, de remporter le premier succès, et de forcer enfin
+l'Autriche à entrer dans la carrière, après la lui avoir ouverte!
+Ce furent là les raisons qui engagèrent la cour de Naples à prendre
+l'initiative. Elle espérait que les Français seraient facilement battus,
+et que l'Autriche ne pourrait plus hésiter, quand une fois le fer serait
+tiré. M. de Gallo et le prince Belmonte-Pignatelli, qui connaissaient
+un peu mieux l'Europe et les affaires, s'opposaient à ce qu'on prît
+l'initiative; mais on refusa d'écouter leurs sages conseils. Pour
+décider ce pauvre roi, et l'arracher à ses innocentes occupations, on
+supposa, dit-on, une fausse lettre de l'empereur, qui provoquait le
+commencement des hostilités. Dès lors les ordres de marche furent
+donnés pour la fin de novembre. Toute l'armée napolitaine fut mise en
+mouvement. Le roi lui-même partit avec un grand appareil, pour assister
+aux opérations. Il n'y eut pas de déclaration de guerre, mais une
+sommation aux Français d'évacuer l'état romain: ils répondirent à cette
+sommation en se préparant à combattre, malgré la disproportion du
+nombre.
+
+Dans la situation respective des deux armées, rien n'était plus facile
+que d'accabler les Français, dispersés dans les provinces romaines, à
+droite et à gauche de l'Apennin. Il fallait marcher directement sur leur
+centre, et porter la masse des forces napolitaines entre Rome et Terni.
+La gauche des Français, placée au-delà de l'Apennin pour garder les
+Marches, eût été coupée de leur droite, placée en deçà pour garder les
+rives du Tibre. On les eût ainsi empêchés de se rallier, et on les
+aurait ramenés en désordre jusque dans la Haute-Italie. La Péninsule
+du moins eût été délivrée; et la Toscane, l'état romain, les Marches,
+seraient entrés sous la domination de Naples. Le nombre des troupes
+napolitaines rendait ce plan encore plus facile et plus sûr; mais il
+était impossible que Mack employât une manoeuvre aussi simple. Comme
+dans ses anciens plans, il voulut envelopper l'ennemi par une multitude
+de corps détachés. Il avait près de soixante mille hommes, dont quarante
+mille formaient l'armée active, et vingt mille les garnisons. Au lieu
+de diriger cette masse de forces sur le point essentiel de Terni, il
+la divisa en six colonnes. La première, agissant sur les revers de
+l'Apennin, le long de l'Adriatique, dut se porter par la route d'Ascoli
+dans les Marches; la seconde et la troisième, agissant sur l'autre côté
+des monts, et se liant à la précédente, durent marcher, l'une sur Terni,
+l'autre sur Magliano; la quatrième et la principale, formant le corps de
+bataille, fut dirigée sur Frascati et sur Rome; une cinquième, longeant
+la Méditerranée, eut la mission de parcourir les Marais Pontins, et de
+rejoindre le corps de bataille sur la voie Appienne; enfin la dernière,
+embarquée sur l'escadre de Nelson, fut dirigée sur Livourne, pour
+soulever la Toscane et fermer la retraite aux Français. Ainsi tout était
+préparé pour les envelopper et les perdre tous, mais rien ne l'était
+pour les battre auparavant.
+
+C'est dans cet ordre que Mack se mit en marche avec ses quarante mille
+hommes. La quantité de ses bagages, l'indiscipline des troupes, le
+mauvais état des chemins, rendaient ses mouvemens très lents. L'armée
+napolitaine formait une longue queue, sans ordre et sans ensemble.
+Championnet, averti à temps du péril, détacha deux corps pour observer
+la marche de l'ennemi, et protéger les corps isolés qui se repliaient.
+Ne croyant pas pouvoir conserver Rome, il résolut de prendre une
+position en arrière, sur les bords du Tibre, entre Civita-Castellana
+et Civita-Ducale, et là de concentrer ses forces pour reprendre
+l'offensive.
+
+Tandis que Championnet se retirait sagement, et évacuait Rome, en
+laissant huit cents hommes dans le château Saint-Ange, Mack s'avançait
+fièrement sur toutes les routes, et semblait ne pouvoir trouver de
+résistance. Il arriva aux portes de Rome le 9 frimaire an VII (29
+novembre 1798), et y entra sans obstacle. On avait préparé au roi une
+réception triomphale. Ce pauvre prince, traité en conquérant et en
+libérateur, fut enivré de l'espèce de gloire militaire qu'on lui avait
+apprêtée. Du reste, on lui conseillait un noble usage de la victoire, et
+il invita le pape à venir reprendre possession de ses états. Cependant
+son armée, moins généreuse que lui, commit d'horribles pillages. La
+populace romaine, avec sa mobilité accoutumée, se précipita sur les
+maisons de ceux qu'on accusait d'être révolutionnaires, et les dévasta.
+La dépouille mortelle du malheureux Duphot fut exhumée et indignement
+outragée.
+
+Pendant que les Napolitains occupaient ainsi leur temps à Rome,
+Championnet exécutait avec une rare activité l'habile détermination
+qu'il avait prise. Sentant que le point essentiel était au centre sur
+le Haut-Tibre, il fit prendre à Macdonald une forte position à
+Civita-Castellana, et le renforça de toutes les troupes dont il put
+disposer. Il transporta une partie des forces qu'il avait dans les
+Marches, au-delà de l'Apennin, et ne laissa au général Casa-Bianca que
+ce qui lui était strictement nécessaire pour retarder de ce côté la
+marche de l'ennemi. Lui-même courut à Ancône pour hâter l'arrivée de ses
+parcs et des munitions. Ne s'effrayant pas plus qu'il ne fallait de ce
+qui se préparait sur ses derrières en Toscane, il chargea un officier,
+avec un faible détachement, d'observer ce qui se passait de ce côté.
+
+Les Napolitains rencontrèrent enfin les Français sur les différentes
+routes qu'ils parcouraient. Ils étaient trois fois plus nombreux, mais
+ils avaient affaire aux fameuses bandes d'Italie, et ils trouvèrent que
+la tâche était rude. Dans les Marches, la colonne qui s'avançait par
+Ascoli fut repoussée au loin par Casa-Bianca. Sur la route de Terni,
+un colonel napolitain fut enlevé avec tout son corps par le général
+Lemoine. Cette première expérience de la guerre avec les Français était
+peu faite pour encourager les Napolitains. Cependant Mack fit ses
+dispositions pour enlever la position qu'il sentait la plus importante,
+celle de Civita-Castellana, où Macdonald se trouvait avec le gros de nos
+troupes. Civita-Castellana est l'ancienne Veïes. Elle est placée sur un
+ravin, dans une position très forte. Les Français tenaient plusieurs
+postes éloignés qui en couvraient les approches. Le 14 frimaire an VII
+(4 décembre), Mack fit attaquer Borghetto, Nepi, Rignano, par des forces
+considérables. Il dirigea par la rive opposée du Tibre une colonne
+accessoire, qui devait s'emparer de Rignano. Aucune de ces attaques ne
+réussit. L'une des colonnes, mise en fuite, perdit toute son artillerie.
+Une seconde, enveloppée, perdit trois mille prisonniers. Les autres,
+découragées, se bornèrent à de simples démonstrations. Nulle part
+enfin les troupes napolitaines ne purent soutenir le choc des troupes
+françaises. Mack, un peu déconcerté, renonça à enlever la position
+centrale de Civita-Castellana, et commença à s'apercevoir que ce n'était
+pas sur ce point qu'il aurait fallu essayer de forcer la ligne ennemie.
+C'est à Terni, point plus rapproché de l'Apennin, et moins défendu par
+les Français, qu'il aurait dû frapper le coup principal. Il songea dès
+lors à dérober ses troupes, et à les reporter de Civita-Castellana sur
+Terni. Mais pour cacher ce mouvement, il aurait fallu une rapidité
+d'exécution impossible avec des troupes sans discipline. Il fallut
+plusieurs jours pour faire repasser le Tibre au gros de l'armée; et
+Mack ralentit encore par sa propre faute une opération déjà trop
+lente. Macdonald, qu'il croyait retenir à Civita-Castellana par des
+démonstrations, s'était déjà transporté de Civita-Castellana au-delà
+du Tibre. Lemoine avait été renforcé à Terni. Ainsi, les Napolitains
+avaient été prévenus sur tous les points qu'ils se proposaient de
+surprendre. Le premier mouvement du général Metsch, de Calvi sur
+Otricoli, n'amena qu'un désastre. Le 19 frimaire (9 décembre), ramené
+d'Otricoli sur Calvi, ce général fut entouré et obligé de mettre bas les
+armes, avec quatre mille hommes, devant un corps de trois mille cinq
+cents. Dès cet instant, Mack ne songea plus qu'à rentrer dans Rome, et à
+se replier de Rome jusqu'au pied des montagnes de Frascati et d'Albano,
+pour y rallier son armée, et la renforcer de nouveaux bataillons.
+C'était là une triste ressource, car ce n'était pas la quantité des
+soldats qu'il fallait augmenter, c'était leur qualité qu'il aurait fallu
+changer; et ce n'était pas en se retirant à quelques lieues du champ de
+bataille qu'on pouvait trouver le temps de leur donner la discipline et
+la bravoure.
+
+Le roi de Naples, en apprenant ces tristes événemens, sortit furtivement
+de Rome, où il était entré quelques jours auparavant en triomphe. Les
+Napolitains l'évacuèrent en désordre, à la grande satisfaction des
+Romains, qui étaient déjà beaucoup plus importunés de leur présence,
+qu'ils ne l'avaient été de celle des Français. Championnet rentra dans
+Rome dix-sept jours après en être sorti. Il avait mérité véritablement
+les honneurs du triomphe. Se concentrant habilement avec quinze ou seize
+mille hommes, il avait su reprendre l'offensive contre quarante mille,
+et les avait poussés en désordre devant lui. Championnet ne voulut pas
+se borner à la simple défense des États romains, il conçut le projet
+audacieux de conquérir le royaume de Naples avec sa faible armée.
+L'entreprise était difficile, moins à cause de la force de l'armée
+napolitaine que de la disposition des habitans, qui pouvaient nous faire
+une guerre de partisans fort longue et fort dangereuse. Championnet
+n'en persista pas moins à s'avancer. Il partit de Rome pour suivre
+la retraite de Mack. Il lui fit sur la route une grande quantité de
+prisonniers, et mit dans une déroute complète la colonne qui avait été
+débarquée en Toscane, et dont il ne s'échappa que trois mille hommes.
+
+Mack, entièrement démoralisé, se replia rapidement dans le royaume de
+Naples, et ne s'arrêta que devant Capoue, sur la ligne du Volturne. Il
+fit choix de ses troupes les meilleures, les plaça devant Capoue et
+sur toute la ligne du fleuve, qui est très profond, et qui forme une
+barrière difficile à franchir. Pendant ce temps, le roi était rentré
+à Naples, et son retour subit y avait jeté la confusion. Le peuple,
+furieux des échecs essuyés par l'armée, criait à la trahison, demandait
+des armes, et menaçait d'égorger les généraux, les ministres, tous ceux
+auxquels il attribuait les malheurs de la guerre. Il voulait égorger
+aussi tous ceux qu'on accusait de désirer les Français et la révolution.
+Cette cour odieuse n'hésita pas à donner aux lazzaronis des armes dont
+il était facile de prévoir l'usage. A peine ces espèces de barbares
+eurent-ils reçu les dépouilles des arsenaux, qu'ils s'insurgèrent et
+se rendirent maîtres de Naples. Criant toujours à la trahison, ils
+s'emparèrent d'un messager du roi, et l'assassinèrent. Le favori Acton,
+auquel on commençait à attribuer les malheurs publics, la reine, le roi,
+toute la cour, étaient dans l'épouvante. Naples ne paraissait plus un
+séjour assez sûr; l'idée de se réfugier en Sicile fut aussitôt conçue
+et adoptée. Le 11 nivôse (31 décembre), les meubles précieux de la
+couronne, tous les trésors des palais de Caserte et de Naples, et un
+trésor de vingt millions, furent embarqués sur l'escadre de Nelson, et
+on fit voile pour la Sicile. Acton, l'auteur de toutes les calamités
+publiques, ne voulut pas braver les dangers du séjour de Naples, et
+s'embarqua avec la reine. Tout ce qu'on ne put pas emporter fut brûlé.
+Ce fut au milieu d'une tempête, et à la lueur des flammes des chantiers
+incendiés, que cette cour lâche et criminelle abandonna à ses dangers le
+royaume qu'elle avait compromis. Elle laissa, dit-on, l'ordre d'égorger
+la haute bourgeoisie, accusée d'esprit révolutionnaire. Tout devait être
+immolé, jusqu'au rang de notaire. Le prince Pignatelli resta à Naples,
+chargé des pouvoirs du roi.
+
+Pendant ce temps, Championnet s'avançait vers Naples. Il avait commis
+à son tour la même faute que Mack; il s'était divisé en plusieurs
+colonnes, qui devaient se joindre devant Capoue. Leur jonction à travers
+un pays difficile, au milieu d'un peuple fanatique et soulevé de toutes
+parts contre les prétendus ennemis de Dieu et de saint Janvier, était
+fort incertaine.
+
+Championnet, arrivé avec son corps de bataille sur les bords du
+Volturne, voulut faire une tentative sur Capoue. Repoussé par une
+nombreuse artillerie, il fut obligé de renoncer à un coup de main, et de
+replier ses troupes, en attendant l'arrivée des autres colonnes. Cette
+tentative eut lieu le 14 nivôse an VII (3 janvier 1799). Les paysans
+napolitains, insurgés de toutes parts, interceptaient nos courriers et
+nos convois. Championnet n'avait aucune nouvelle de ses autres colonnes,
+et sa position pouvait être considérée comme très critique. Mack profita
+de l'occasion pour lui faire des ouvertures amicales. Championnet,
+comptant sur la fortune des Français, repoussa hardiment les
+propositions de Mack. Heureusement il fut rejoint par ses colonnes, et
+il convint alors d'un armistice, aux conditions suivantes: Mack devait
+abandonner la ligne du Volturne, céder la ville de Capoue aux Français,
+se retirer derrière la ligne des Regi-Lagni du côté de la Méditerranée,
+et de l'Ofanto, du côté de l'Adriatique, et céder ainsi une grande
+partie du royaume de Naples. Outre ces concessions de territoire, on
+stipula une contribution de huit millions en argent. L'armistice fut
+signé le 22 nivôse (11 janvier).
+
+Quand on apprit à Naples la nouvelle de l'armistice, le peuple se livra
+à la plus grande fureur, et cria plus vivement encore qu'il était trahi
+par les officiers de la couronne. La vue du commissaire chargé de
+recevoir la contribution de huit millions porta la multitude aux
+derniers excès; elle se révolta, et empêcha l'exécution de l'armistice.
+Le tumulte fut porté à un tel degré, que le prince Pignatelli,
+épouvanté, abandonna Naples. Cette belle capitale resta livrée aux
+lazzaronis. Il n'y avait plus aucune autorité reconnue, et on était
+menacé d'un horrible bouleversement. Enfin, après trois jours de
+tumulte, on parvint à choisir un chef qui avait la confiance des
+lazzaronis, et qui avait quelques moyens de les contenir: c'était le
+prince de Moliterne. Pendant ce temps, les mêmes fureurs éclataient dans
+l'armée de Mack. Ses soldats, loin de s'en prendre de leurs malheurs à
+leur lâcheté, s'en prirent à leur général, et voulurent le massacrer. Le
+prétendu libérateur de l'Italie, qui avait reçu un mois auparavant les
+honneurs du triomphe, n'eut d'autre asile que le camp même des Français.
+Il demanda à Championnet la permission de se réfugier auprès de lui. Le
+généreux républicain, oubliant le langage peu convenable de Mack dans
+sa correspondance, lui donna asile, le fit asseoir à sa table, et lui
+laissa son épée.
+
+Championnet, autorisé par le refus fait à Naples d'exécuter les
+conditions de l'armistice, s'avança sur cette capitale, dans le but de
+s'en emparer. La chose était difficile, car un peuple immense, qui,
+en rase campagne, eût été balayé par quelques escadrons de cavalerie,
+devenait très redoutable derrière les murs d'une ville. On eut quelques
+combats à livrer pour approcher de la place, et les lazzaronis
+montrèrent là plus de courage que l'armée napolitaine. L'imminence du
+danger avait redoublé leur fureur. Le prince de Moliterne, qui voulait
+les modérer, avait cessé bientôt de leur convenir, et ils avaient pris
+pour chefs deux d'entre eux, les nommés Paggio et Michel le fou. Ils se
+livrèrent, dès cet instant, aux plus grands excès, et commirent toute
+espèce de violences contre les bourgeois et les nobles accusés de
+jacobinisme. Le désordre fut poussé à un tel point, que toutes les
+classes intéressées à l'ordre souhaitèrent l'entrée des Français. Les
+habitans firent prévenir Mack qu'ils se joindraient à lui pour livrer
+Naples. Le prince de Moliterne lui-même promit de s'emparer du fort
+Saint-Elme, et de le livrer aux Français. Le 4 pluviôse (23
+janvier), Championnet donna l'assaut. Les lazzaronis se défendirent
+courageusement; mais les bourgeois s'étant emparés du fort Saint-Elme
+et de différens postes de la ville, donnèrent entrée aux Français. Les
+lazzaronis, retranchés néanmoins dans les maisons, allaient se défendre
+de rues en rues, et incendier peut-être la ville; mais on fit prisonnier
+un de leurs chefs, on le traita avec beaucoup d'égards, on lui promit
+de respecter saint Janvier, et on obtint enfin qu'il fît mettre bas les
+armes à tous les siens.
+
+Championnet, dès cet instant, se trouva maître de Naples et de tout le
+royaume: il se hâta d'y rétablir l'ordre et de désarmer les lazzaronis.
+D'après les intentions du gouvernement français, il proclama la
+nouvelle république. Un nom antique lui fut donné, celui de république
+parthénopéenne. Telle fut l'issue des folies et des méchancetés de la
+cour de Naples. Vingt mille Français et deux mois suffirent pour déjouer
+ses vastes projets, changer ses états en république. Cette courte
+campagne de Championnet lui valut sur-le-champ une réputation brillante.
+L'armée de Rome prit dès lors le titre d'armée de Naples, et fut
+détachée de l'armée d'Italie. Championnet devint indépendant de Joubert.
+
+Pendant que ces événemens avaient lieu dans la Péninsule, la chute du
+royaume de Piémont était enfin consommée. Déjà, par une précaution que
+les circonstances légitimaient assez, Joubert s'était emparé de la
+citadelle de Turin, et l'avait armée avec l'artillerie prise dans les
+arsenaux piémontais. Mais cette précaution était fort insuffisante dans
+l'état présent des choses. Le trouble régnait toujours dans le Piémont:
+les républicains faisaient sans cesse de nouvelles tentatives, et
+venaient même de perdre six cents hommes, pour avoir essayé de
+surprendre Alexandrie. Une mascarade sortie de la citadelle de Turin,
+où toute la cour était représentée, et qui était à la fois l'oeuvre des
+Piémontais et des officiers français que les généraux ne pouvaient pas
+toujours contenir, avait failli provoquer un combat sanglant dans
+Turin même. La cour de Piémont ne pouvait pas être notre amie, et la
+correspondance du ministre de Naples avec M. de Priocca, ministre
+dirigeant de Piémont, le prouvait assez. Dans des circonstances
+pareilles, la France, exposée à une nouvelle guerre, ne pouvait pas
+laisser, sur ses communications des Alpes, deux partis aux prises et un
+gouvernement ennemi. Elle avait, sur la cour de Piémont, le droit que
+les défenseurs d'une place ont sur tous les bâtimens qui en gênent ou
+en compromettent la défense. Il fut décidé qu'on forcerait le roi de
+Piémont à abdiquer. On soutint les républicains, et on les aida à
+s'emparer de Novarre, Alexandrie, Suze, Chivasso. On dit alors au roi
+qu'il ne pouvait plus vivre dans des états qui se révoltaient, et qui
+allaient être bientôt le théâtre de la guerre: on lui demanda son
+abdication, en lui laissant l'île de Sardaigne. L'abdication fut signée
+le 19 frimaire (9 décembre 1798). Ainsi les deux princes les plus
+puissans de l'Italie, celui de Naples et de Piémont, n'avaient plus, de
+leurs états, que deux îles. Dans les circonstances qui se préparaient,
+on ne voulut pas se donner l'embarras de créer une nouvelle république,
+et en attendant le résultat de la guerre, il fut décidé que le Piémont
+serait provisoirement administré par la France. Il ne restait plus à
+envahir en Italie que la Toscane. Une simple signification suffisait
+pour l'occuper; mais on différait cette signification, et on attendait,
+pour la faire, que l'Autriche se fût ouvertement déclarée.
+
+
+
+CHAPITRE XV.
+
+ÉTAT DE L'ADMINISTRATION DE LA RÉPUBLIQUE ET DES ARMÉES AU COMMENCEMENT
+DE 1799.--PRÉPARATIFS MILITAIRES.--LEVÉE DE 200 MILLE
+CONSCRITS.--MOYENS ET PLANS DE GUERRE DU DIRECTOIRE ET DES PUISSANCES
+COALISÉES.--DÉCLARATION DE GUERRE A L'AUTRICHE.--OUVERTURE DE
+LA CAMPAGNE DE 1799.--INVASION DES GRISONS.--COMBAT DE
+PFULLENDORF.--BATAILLE DE STOCKACH.--RETRAITE DE JOURDAN.--OPÉRATIONS
+MILITAIRES EN ITALIE.--BATAILLE DE MAGNANO; RETRAITE DE
+SCHÉRER.--ASSASSINAT DES PLÉNIPOTENTIAIRES FRANÇAIS A RASTADT.--EFFETS
+DE NOS PREMIERS REVERS.--ACCUSATIONS MULTIPLIÉES CONTRE LE
+DIRECTOIRE.--ÉLECTIONS DE L'AN VII.--SIÈYES EST NOMMÉ DIRECTEUR, EN
+REMPLACEMENT DE REWBELL.
+
+
+Tel était l'état des choses au commencement de l'année 1799. La guerre,
+d'après les événemens que nous venons de rapporter, n'était plus
+douteuse. D'ailleurs les correspondances interceptées, la levée de
+boucliers de la cour de Naples, qui n'aurait pas pris l'initiative sans
+la certitude d'une intervention puissante, les préparatifs immenses de
+l'Autriche, enfin l'arrivée d'un corps russe en Moravie, ne laissaient
+plus aucune incertitude. On était en nivôse (janvier 1799), et il était
+évident que les hostilités seraient commencées avant deux mois. Ainsi
+l'incompatibilité des deux grands systèmes que la révolution avait
+mis en présence était prouvée par les faits. La France avait commencé
+l'année 1798 avec trois républiques à ses côtés, les républiques batave,
+cisalpine et ligurienne, et déjà il en existait six à la fin de
+cette année, par la création des républiques helvétique, romaine et
+parthénopéenne. Cette extension avait été moins le résultat de l'esprit
+de conquête, que de l'esprit de système. On avait été obligé de secourir
+les Vaudois opprimés: on avait été provoqué à Rome à venger la mort du
+malheureux Duphot, immolé en voulant séparer les deux partis: à Naples
+on n'avait fait que repousser une agression. Ainsi on avait été
+forcément conduit à rentrer en lutte, il est constant que le directoire,
+quoique ayant une immense confiance dans la puissance française,
+désirait cependant la paix, pour des raisons politiques et financières;
+il est constant aussi que l'empereur, tout en désirant la guerre,
+voulait l'éloigner encore. Cependant tous s'étaient conduits comme
+s'ils avaient voulu rentrer immédiatement en lutte, tant était grande
+l'incompatibilité des deux systèmes.
+
+La révolution avait donné au gouvernement français une confiance et
+une audace extraordinaire. Le dernier événement de Naples, quoique peu
+considérable en lui-même, venait de lui persuader encore que tout devait
+fuir devant les baïonnettes françaises. C'était du reste l'opinion de
+l'Europe. Il ne fallait rien moins que l'immensité des moyens réunis
+contre la France, pour donner à ses ennemis le courage de se mesurer
+avec elle. Mais cette confiance du gouvernement français dans ses
+forces était exagérée, et lui cachait une partie des difficultés de sa
+position. La suite a prouvé que ses ressources étaient immenses, mais
+que dans le moment elles n'étaient pas encore assez assurées pour
+garantir la victoire. Le directoire, outre la France, avait à
+administrer la Hollande, la Suisse, toute l'Italie, partagées en
+autant de républiques. Les administrer par l'intermédiaire de leur
+gouvernement, était, comme on l'a vu, encore plus difficile que si on
+avait commandé directement chez elles. On n'en pouvait presque
+tirer aucune ressource, ni en argent ni en hommes, par le défaut
+d'organisation. Il fallait cependant les défendre, et dès lors combattre
+sur une ligne qui, depuis le Texel, s'étendait sans interruption jusqu'à
+l'Adriatique, ligne qui, attaquée de front par la Russie et l'Autriche,
+était prise à revers par les flottes anglaises, soit en Hollande, soit à
+Naples. Les forces qu'une telle situation militaire exigeait, il fallait
+les tirer de France seulement. Or, les armées étaient singulièrement
+affaiblies. Quarante mille soldats, les meilleurs, étaient en Égypte
+sous notre grand capitaine. Les armées restées en France étaient
+diminuées de moitié par l'effet des désertions que la paix amène
+toujours. Le gouvernement payait le même nombre de soldats, mais il
+n'avait peut-être pas cent cinquante mille hommes effectifs. Les
+administrations et les états-majors faisaient le profit sur la solde,
+et c'était une surcharge inutile pour les finances. Ces cent cinquante
+mille hommes effectifs formaient des cadres excellens, qu'on pouvait
+remplir avec la nouvelle levée des conscrits; mais il fallait du temps
+pour cela, et on n'en avait pas eu assez depuis rétablissement de
+la conscription. Enfin, les finances étaient toujours dans le même
+délabrement, par la mauvaise organisation de la perception. On avait
+voté un budget de 600 millions, et une ressource extraordinaire de 125
+millions, prise sur les 400 millions restans de biens nationaux; mais
+la lenteur des rentrées, et l'erreur dans l'évaluation de certains
+produits, laissaient un déficit considérable. Enfin la subordination, si
+nécessaire dans une machine aussi vaste, commençait à disparaître. Les
+militaires devenaient très difficiles à contenir. Cet état de guerre
+perpétuelle leur faisait sentir qu'ils étaient nécessaires; ils en
+devenaient impérieux et exigeans. Placés dans des pays riches, ils
+voulaient en profiter, et ils étaient les complices de toutes les
+spoliations. Ils voulaient aussi faire triompher leurs opinions là où
+ils résidaient, et n'obéissaient qu'avec peine à la direction des agens
+civils. On l'a vu dans la querelle de Brune avec Trouvé. Enfin, dans
+l'intérieur, l'opposition qu'on a vu renaître depuis le 18 fructidor,
+et prendre deux caractères, se prononçait davantage. Les patriotes,
+réprimés aux dernières élections, se préparaient à triompher dans les
+nouvelles. Les modérés critiquaient froidement, mais amèrement,
+toutes les mesures du gouvernement, et suivant l'usage de toutes les
+oppositions, lui reprochaient même les difficultés qu'il avait à
+vaincre, et qui étaient le plus souvent insurmontables. Le gouvernement,
+c'est la force même: il faut qu'il triomphe; tant pis pour lui s'il ne
+triomphe pas. On n'écoute jamais ses excuses, quand il explique pourquoi
+il n'a pas réussi.
+
+Telle était la situation du directoire à l'instant où la guerre
+recommença avec l'Europe. Il fit de grands efforts pour rétablir l'ordre
+dans cette grande machine. La confusion régnait toujours en Italie. Les
+ressources de cette belle contrée étaient gaspillées, et se perdaient
+inutilement pour l'armée; quelques pillards en profitaient seuls. La
+commission chargée d'instituer et d'administrer la république romaine
+venait de terminer ses fonctions, et aussitôt l'influence des
+états-majors s'était fait sentir. On avait changé les consuls jugés
+trop modérés. On avait rompu les marchés avantageux pour l'entretien
+de l'armée. La commission, dans laquelle Faypoult avait la direction
+financière, avait conclu un marché pour l'entretien et le paiement des
+troupes stationnées à Rome, et pour le transport de tous les objets
+d'art envoyés en France. Elle avait adjugé en paiement des biens
+nationaux pris sur le clergé. Le marché, outre qu'il était modéré sous
+le rapport du prix, avait l'avantage de fournir un emploi aux biens
+nationaux. Il fut cassé, et donné ensuite à la compagnie Baudin,
+qui dévorait l'Italie. Cette compagnie se faisait appuyer par les
+états-majors, auxquels elle abandonnait un pour cent de profit. Le
+Piémont, qu'on venait d'occuper, offrait une nouvelle proie à dévorer,
+et la probité de Joubert, général en chef de l'armée d'Italie, n'était
+pas une garantie contre l'avidité de l'état-major et des compagnies.
+Naples surtout allait être mise au pillage. Il y avait dans le
+directoire quatre hommes intègres, Rewbell, Larévellière, Merlin et
+Treilhard, que tous les désordres révoltaient. Larévellière surtout,
+le plus sévère et le plus instruit des faits par ses relations
+particulières avec l'ambassadeur Trouvé et avec les membres de la
+commission de Rome, Larévellière voulait qu'on déployât la plus grande
+énergie. Il proposa et fit adopter un projet fort sage; c'était
+d'instituer dans tous les pays dépendans de la France, et où résidaient
+nos armées, des commissions chargées de la partie civile et financière,
+et tout à fait indépendantes des états-majors. A Milan, à Turin, à Rome,
+à Naples, des commissions civiles devaient recevoir les contributions
+stipulées avec les pays alliés de la France, passer les marchés, faire
+tous les arrangemens financiers, fournir en un mot aux besoins des
+armées, mais ne laisser aucun maniement de fonds aux chefs militaires.
+Les commissions avaient cependant l'ordre de compter aux généraux les
+fonds qu'ils demanderaient, sans qu'ils fussent obligés de justifier
+pourquoi; ils n'en devaient compte qu'au gouvernement. Ainsi l'autorité
+militaire était encore bien ménagée. Les quatre directeurs firent
+adopter la mesure, et on signifia à Schérer l'ordre de la faire exécuter
+sur-le-champ avec la dernière rigueur. Comme il montrait quelque
+indulgence pour ses camarades, on lui signifia qu'il répondrait de tous
+les désordres qui ne seraient pas réprimés.
+
+Cette mesure, quelque juste qu'elle fût, devait blesser beaucoup les
+états-majors. En Italie surtout ils parurent se révolter; ils dirent
+qu'on déshonorait les militaires par les précautions qu'on prenait à
+leur égard, qu'on enchaînait tout à fait les généraux, qu'on les
+privait de toute autorité. Championnet, à Naples, avait déjà tranche du
+législateur, et nommé des commissions chargées d'administrer le pays
+conquis. Faypoult était envoyé à Naples pour s'y charger de toute la
+partie financière. Il prit les arrêtés nécessaires pour faire rentrer
+l'administration dans ses mains, et révoqua certaines mesures fort mal
+entendues, prises par Championnet. Celui-ci, avec toute la morgue des
+gens de son état, surtout quand ils sont victorieux, se regarda comme
+offensé; il eut la hardiesse de prendre un arrêté par lequel il
+enjoignait à Faypoult et aux autres commissaires de quitter Naples
+sous vingt-quatre heures. Une pareille conduite était intolérable.
+Méconnaître les ordres du directoire et chasser de Naples les envoyés
+revêtus de ses pouvoirs, était un acte qui méritait la plus sévère
+répression, à moins qu'on ne voulût abdiquer l'autorité suprême et
+la remettre aux généraux. Le directoire ne faiblit pas, et grâce à
+l'énergie des membres intègres qui voulaient mettre fin aux gaspillages,
+il déploya ici toute son autorité. Il destitua Championnet, malgré
+l'éclat de ses derniers succès, et le livra à une commission militaire.
+Malheureusement l'insubordination ne s'arrêta pas là. Le brave Joubert
+se laissa persuader que l'honneur militaire était blessé par les arrêtés
+du directoire; il ne voulut pas conserver le commandement aux conditions
+nouvelles prescrites aux généraux, et donna sa démission. Le directoire
+l'accepta. Bernadotte refusa de succéder à Joubert, par les mêmes
+motifs. Néanmoins le directoire ne céda pas et persista dans ses
+arrêtés.
+
+Le directoire s'occupa ensuite de la levée des conscrits, qui
+s'exécutait lentement. Les deux premières classes ne pouvant pas fournir
+les deux cent mille hommes, il se fit autoriser à les prendre dans
+toutes les classes, jusqu'à ce que le nombre requis fût complet. Pour
+gagner du temps, il fut décidé que les communes seraient chargées
+elles-mêmes de l'équipement des nouvelles recrues, et que cette dépense
+serait comptée en déduction de la contribution foncière. Ces nouveaux
+conscrits, à peine équipés, devaient se rendre sur les frontières, y
+être formés en bataillons de garnison, remplacer les vieilles troupes
+dans les places et les camps de réserve, et dès que leur instruction
+serait suffisante, aller rejoindre les armées actives.
+
+Le directoire s'occupait aussi du déficit. Le ministre Ramel, qui
+administrait toujours nos finances avec lumière et probité, depuis
+l'établissement du directoire, après avoir vérifié le produit des
+impôts, assurait que le déficit serait de 65 millions, sans compter tout
+l'arriéré provenant du retard dans les rentrées. Une violente dispute
+s'engagea sur la quotité du déficit. Les adversaires du directoire ne le
+portaient pas à plus de 15 millions. Ramel prouvait qu'il serait de 65
+au moins, et peut-être même de 75. On avait imaginé l'impôt des portes
+et fenêtres, mais il ne suffisait pas. L'impôt du sel fut mis en
+discussion. Alors de grands cris s'élevèrent: on opprimait le peuple,
+disait-on, on faisait porter les charges publiques sur une seule classe,
+on renouvelait les gabelles, etc. Lucien Bonaparte était celui des
+orateurs qui faisait valoir les objections avec le plus d'acharnement.
+Les partisans du gouvernement répondaient en alléguant la nécessité.
+L'impôt fut rejeté par le conseil des anciens. Pour en remplacer le
+produit, on doubla l'impôt des portes et fenêtres; on décupla même celui
+des portes cochères. On mit en vente les biens du culte protestant, on
+décréta que le clergé protestant recevrait des salaires en dédommagement
+de ses biens. On mit à la disposition du gouvernement les sommes à
+recouvrer sur les propriétaires de biens restés indivis avec l'état.
+
+Malheureusement toutes ces ressources n'étaient pas assez promptes.
+Outre la difficulté de porter le produit de l'impôt au niveau de 600
+millions, il y avait un autre inconvénient dans la lenteur des rentrées.
+On était encore réduit, cette année comme dans les précédentes, à donner
+des délégations aux fournisseurs sur les produits non rentrés. Les
+rentiers, auxquels on avait, depuis le remboursement des deux tiers,
+promis la plus grande exactitude, étaient payés eux-mêmes avec des bons
+recevables en acquittement des impôts. Ainsi on se trouvait de nouveau
+réduit aux expédiens.
+
+Ce n'était pas tout que de réunir des soldats et des fonds pour les
+entretenir, il fallait les distribuer d'après un plan convenable, et
+leur choisir des généraux. Il fallait, comme nous l'avons dit, garder la
+Hollande, la ligne du Rhin, la Suisse et toute l'Italie, c'est-à-dire
+opérer depuis le golfe de Tarente jusqu'au Texel. La Hollande était
+couverte d'un côté par la neutralité de la Prusse, qui paraissait
+certaine; mais une flotte anglo-russe devait y faire un débarquement, et
+il était urgent de la protéger contre ce danger. La ligne du Rhin était
+protégée par les deux places de Mayence et de Strasbourg; et quoiqu'il
+fût peu probable que l'Autriche vînt essayer de la percer, il était
+prudent de la couvrir par un corps d'observation. Soit qu'on prît
+l'offensive ou qu'on l'attendît, c'était sur les bords du Haut-Danube,
+vers les environs du lac de Constance, ou en Suisse, qu'on devait
+rencontrer les armées autrichiennes. Il fallait une armée active qui,
+partie de l'Alsace ou de la Suisse, s'avancerait dans les plaines de
+la Bavière. Il fallait ensuite un corps d'observation pour couvrir la
+Suisse; il fallait enfin une grande armée pour couvrir la Haute-Italie
+contre les Autrichiens, et la Basse-Italie contre les Napolitains et les
+Anglais réunis.
+
+Ce champ de bataille était immense, et il n'était pas connu et jugé
+comme il l'a été depuis, à la suite de longues guerres et de campagnes
+immortelles. On pensait alors que la clé de la plaine était dans les
+montagnes. La Suisse, placée au milieu de la ligne immense sur laquelle
+on allait combattre, paraissait la clé de tout le continent; et la
+France, qui occupait la Suisse, semblait avoir un avantage décisif. Il
+semblait qu'en ayant les sources du Rhin, du Danube, du Pô, elle en
+commandât tout le cours. C'était là une erreur. On conçoit que deux
+armées qui appuient immédiatement une aile à des montagnes, comme les
+Autrichiens et les Français quand ils se battaient aux environs de
+Vérone ou aux environs de Rastadt, tiennent à la possession de ces
+montagnes, parce que celle des deux qui en est maîtresse peut déborder
+l'ennemi par les hauteurs. Mais quand on se bat à cinquante ou cent
+lieues des montagnes, elles cessent d'avoir la même importance. Tandis
+qu'on s'épuiserait pour la possession du Saint-Gothard, des armées
+placées sur le Rhin ou sur le Bas-Pô auraient le temps de décider du
+sort de l'Europe. Mais on concluait du petit au grand: de ce que les
+hauteurs sont importantes sur un champ de bataille de quelques lieues,
+on en concluait que la puissance maîtresse des Alpes devait l'être
+du continent. La Suisse n'a qu'un avantage réel, c'est d'ouvrir des
+débouchés directs à la France sur l'Autriche, et à l'Autriche sur la
+France. On conçoit dès lors que, pour le repos des deux puissances et
+de l'Europe, la clôture de ces débouchés soit un bienfait. Plus on peut
+empêcher les points de contact et les moyens d'invasion, mieux on fait,
+surtout entre deux états qui ne peuvent se heurter sans que le continent
+en soit ébranlé. C'est en ce sens que la neutralité de la Suisse
+intéresse toute l'Europe, et qu'on a toujours eu raison d'en faire un
+principe de sûreté générale.
+
+La France, en l'envahissant, s'était donné l'avantage des débouchés
+directs sur l'Autriche et l'Italie, et, en ce sens, on pouvait regarder
+la possession de la Suisse comme importante pour elle. Mais si la
+multiplicité des débouchés est un avantage pour la puissance qui
+doit prendre l'offensive, et qui en a les moyens, elle devient un
+inconvénient pour la puissance qui est réduite à la défensive, par
+l'infériorité de ses forces. Celle-ci doit souhaiter alors que le nombre
+des points d'attaque soit aussi réduit que possible, afin de pouvoir
+concentrer ses forces, avec avantage. S'il eût été avantageux pour la
+France, suffisamment préparée à l'offensive, de pouvoir déboucher
+en Bavière par la Suisse, il était fâcheux pour elle, réduite à la
+défensive, de ne pouvoir pas compter sur la neutralité suisse; il était
+fâcheux pour elle d'avoir à garder tout l'espace compris de Mayence à
+Gênes, au lieu de pouvoir, comme elle le fit en 1798, concentrer ses
+forces, entre Mayence et Strasbourg d'une part, et entre le Mont-Blanc
+et Gênes de l'autre.
+
+Ainsi, l'occupation de la Suisse pouvait devenir dangereuse pour la
+France, dans le cas de la défensive. Mais elle était fort loin de se
+croire dans un cas pareil. Le projet du gouvernement était de prendre
+l'offensive partout et de procéder, comme naguère, par des coups
+foudroyans. Mais la distribution de ses forces fut des plus
+malheureuses. On plaça une armée d'observation en Hollande, et une autre
+armée d'observation sur le Rhin. Une armée active devait partir de
+Strasbourg, traverser la forêt Noire, et envahir la Bavière. Une
+seconde armée active devait combattre en Suisse pour la possession des
+montagnes, et appuyer ainsi d'un côté celle qui agirait sur le Danube,
+et de l'autre celle qui agirait en Italie. Une autre grande armée devait
+partir de l'Adige pour chasser tout à fait les Autrichiens jusqu'au-delà
+de l'Izonzo. Enfin, une dernière armée d'observation devait couvrir la
+Basse-Italie, et garder Naples. On voulait que l'armée de Hollande fût
+de vingt mille hommes, celle du Rhin de quarante, celle du Danube
+de quatre-vingt, celle de Suisse de quarante, celle d'Italie de
+quatre-vingt, celle de Naples de quarante, ce qui faisait en tout trois
+cent mille hommes indépendamment des garnisons. Avec de pareilles
+forces, cette distribution devenait moins défectueuse. Mais si, par la
+levée des conscrits, on pouvait, dans quelque temps, porter nos armées à
+ce nombre, on était loin d'y être arrivé dans le moment. On ne pouvait
+guère laisser que dix mille hommes en Hollande. Sur le Rhin on pouvait
+à peine réunir quelques mille hommes. Les troupes destinées à composer
+cette armée d'observation étaient retenues dans l'intérieur, soit pour
+surveiller la Vendée encore menacée, soit pour protéger la tranquillité
+publique pendant les élections qui se préparaient. L'armée destinée à
+agir sur le Danube était au plus de quarante mille hommes, celle de
+Suisse de trente, celle d'Italie de cinquante, celle de Naples de
+trente. Ainsi, nous comptions à peine cent soixante ou cent soixante-dix
+mille hommes. Les éparpiller du Texel au golfe de Tarente, était la
+chose du monde la plus imprudente.
+
+Puisque le directoire, emporté par l'audace révolutionnaire, voulait
+prendre l'offensive, il fallait alors, plus que jamais, choisir les
+points d'attaque, se réunir en masse suffisante sur ces points, et ne
+pas se disséminer, pour combattre sur tous à la fois. Ainsi, en Italie,
+au lieu de disperser ses forces depuis Vérone jusqu'à Naples, il
+fallait, à l'exemple de Bonaparte, en réunir la plus grande partie sur
+l'Adige; et frapper là les grands coups. En battant les Autrichiens sur
+l'Adige, il était assez prouvé qu'on pouvait tenir en respect Rome,
+Florence et Naples. Du côté du Danube, au lieu de perdre inutilement des
+milliers de braves au pied du Saint-Gothard, il fallait diminuer l'armée
+de Suisse et du Rhin, grossir l'armée active du Danube, et livrer avec
+celle-ci une bataille décisive en Bavière. On pouvait même réduire
+encore les points d'attaque, rester en observation sur l'Adige, n'agir
+offensivement que sur le Danube, et là, porter un coup plus fort et
+plus sûr, en grossissant la masse qui devait le frapper. Napoléon et
+l'archiduc Charles ont prouvé, le premier par de grands exemples, le
+second par des raisonnemens profonds, qu'entre l'Autriche et la France,
+la querelle doit se vider sur le Danube. C'est là qu'est le chemin le
+plus court pour arriver au but. Une armée française victorieuse en
+Bavière, rend nuls tous les succès d'une armée autrichienne victorieuse
+en Italie, parce qu'elle est beaucoup plus rapprochée de Vienne.
+
+Il faut dire, pour excuser les plans du directoire, qu'on n'avait point
+encore embrassé d'aussi vastes champs de bataille, et que le seul homme
+qui l'aurait pu alors était en Égypte. On dissémina donc les cent
+soixante mille hommes, ou environ, actuellement disponibles, sur la
+ligne immense que nous avons décrite, et dans l'ordre que nous avons
+indiqué. Dix mille hommes devaient observer la Hollande, quelques mille
+le Rhin; quarante mille formaient l'armée du Danube, trente mille celle
+de Suisse, cinquante mille celle d'Italie, trente celle de Naples. Les
+conscrits devaient bientôt renforcer ces masses, et les porter au nombre
+fixé par les plans du directoire.
+
+Le choix des généraux ne fut guère plus heureux que la conception
+des plans. Il est vrai que depuis la mort de Hoche, et le départ de
+Bonaparte, Desaix et Kléber pour l'Égypte, les choix étaient beaucoup
+plus limités. Il restait un général dont la réputation était grande
+et méritée, c'était Moreau. On pouvait être plus audacieux, plus
+entreprenant, mais on n'était ni plus ferme ni plus sûr. Un état défendu
+par un tel homme ne pouvait périr. Disgracié à cause de sa conduite
+dans l'affaire Pichegru, il avait modestement consenti à devenir simple
+inspecteur d'infanterie. On le proposa au directoire pour commander en
+Italie. Depuis que Bonaparte avait tant attiré l'attention sur cette
+belle contrée, depuis qu'elle était comme la pomme de discorde entre
+l'Autriche et la France, ce commandement semblait le plus important.
+C'est pourquoi on songea à Moreau. Barras s'y opposa de toutes ses
+forces. Il donna des raisons de grand patriote, et présenta Moreau comme
+suspect, à cause de sa conduite au 18 fructidor. Ses collègues eurent
+la faiblesse de céder. Moreau fut écarté, et resta simple général de
+division dans l'armée qu'il aurait dû commander en chef. Il accepta
+noblement ce rang subalterne et au-dessous de ses talens. Joubert et
+Bernadotte avaient refusé le commandement de l'armée d'Italie, on sait
+par quels motifs. On songea donc à Schérer, ministre de la guerre. Ce
+général, par son succès en Belgique et sa belle bataille de Loano,
+s'était acquis beaucoup de réputation. Il avait de l'esprit, mais un
+corps usé par l'âge et les infirmités; il n'était plus capable de
+commander à des jeunes gens pleins de force et d'audace. D'ailleurs il
+s'était brouillé avec la plupart de ses camarades, en voulant apporter
+quelque rigueur dans la répression de la licence militaire. Barras le
+proposa pour général de l'armée d'Italie. On dit que c'était pour le
+faire sortir du ministère de la guerre, où il commençait à devenir
+importun par sa sévérité. Cependant les militaires que l'on consulta,
+notamment Bernadotte et Joubert, ayant parlé de sa capacité comme on en
+parlait alors dans l'armée, c'est-à-dire avec beaucoup d'estime, il fut
+nommé général en chef de l'armée d'Italie. Il s'en défendit beaucoup,
+alléguant son âge, sa santé, et surtout son impopularité, due aux
+fonctions qu'il avait exercées; mais on insista et il fut obligé
+d'accepter.
+
+Championnet, traduit devant une commission, fut remplacé dans le
+commandement de l'armée de Naples par Macdonald. Masséna fut chargé du
+commandement de l'armée d'Helvétie. Ces choix étaient excellens, et la
+république ne pouvait que s'en applaudir. L'importante armée du Danube
+fut donnée au général Jourdan. Malgré ses malheurs dans la campagne de
+1798, on n'avait point oublié les services qu'il avait rendus en 1793
+et 1794, et on espérait qu'il ne serait pas au-dessous de ses premiers
+exploits. Puisqu'on ne la donnait pas à Moreau, l'année du Danube
+ne pouvait être en de meilleures mains. Malheureusement elle était
+tellement inférieure en nombre, qu'il eût fallu, pour la commander avec
+confiance, l'audace du vainqueur d'Arcole et de Rivoli. Bernadotte eut
+l'armée du Rhin; Brune celle de Hollande.
+
+L'Autriche avait fait des préparatifs bien supérieurs aux nôtres. Ne se
+confiant pas comme nous dans ses succès, elle avait employé les deux
+années écoulées depuis l'armistice de Léoben, à lever, à équiper et à
+instruire de nouvelles troupes. Elle les avait pourvues de tout ce qui
+était nécessaire, et s'était étudié à choisir les meilleurs généraux.
+Elle pouvait porter actuellement en ligne deux cent vingt-cinq mille
+hommes effectifs, sans compter les recrues qui se préparaient encore. La
+Russie lui fournissait un contingent de soixante mille hommes, dont
+on vantait dans toute l'Europe la bravoure fanatique, et qui étaient
+commandés par le célèbre Suwarow. Ainsi la nouvelle coalition allait
+opérer sur le front de notre ligne avec environ trois cent mille hommes.
+On annonçait deux autres contingens russes, combinés avec des troupes
+anglaises, et destinés, l'un à la Hollande, l'autre à Naples.
+
+Le plan de campagne de la coalition n'était pas mieux conçu que le
+nôtre. C'était une conception pédantesque du conseil aulique, fort
+désapprouvée par l'archiduc Charles, mais imposée à lui et à tous les
+généraux, sans qu'il leur fût permis de la modifier. Ce plan reposait,
+comme celui des Français, sur le principe que les montagnes sont la clé
+de la plaine. Aussi des forces considérables étaient-elles amoncelées
+pour garder le Tyrol et les Grisons, et pour arracher, s'il était
+possible, la grande chaîne des Alpes aux Français. Le second objet que
+le conseil aulique semblait le plus affectionner, c'était l'Italie. Des
+forces considérables étaient placées derrière l'Adige. Le théâtre de
+guerre le plus important, celui du Danube, ne paraissait pas être celui
+dont on s'était le plus occupé. Ce qu'on avait fait de plus heureux de
+ce côté, c'était d'y placer l'archiduc Charles. Voici comment étaient
+distribuées les forces autrichiennes. L'archiduc Charles était, avec
+cinquante-quatre mille fantassins et vingt-quatre mille chevaux, en
+Bavière. Dans le Voralberg, tout le long du Rhin, jusqu'à son embouchure
+dans le lac de Constance, le général Hotze commandait vingt-quatre mille
+fantassins et deux mille chevaux. Bellegarde était dans le Tyrol avec
+quarante-six mille hommes, dont deux mille cavaliers. Kray avait sur
+l'Adige soixante-quatre mille fantassins et onze mille chevaux, ce qui
+faisait soixante-quinze mille hommes en tout. Le corps russe devait
+venir se joindre à Kray, pour agir en Italie.
+
+On voit que les vingt-six mille hommes de Hotze, et les quarante-six
+mille de Bellegarde, devaient agir dans les montagnes. Ils devaient
+gagner les sources des fleuves, tandis que les armées qui agissaient
+dans la plaine tâcheraient d'en franchir le cours. Du côté des Français,
+l'armée d'Helvétie était chargée du même soin. Ainsi, de part et
+d'autre, une foule de braves allaient s'entre-détruire inutilement sur
+des rochers inaccessibles, dont la possession ne pouvait guère influer
+sur le sort de la guerre[4].
+
+[Note 4: Toutes ces assertions sont motivées au long par l'archiduc
+Charles, le général Jomini et Napoléon.]
+
+Les généraux français n'avaient pas manqué d'informer le directoire de
+l'insuffisance de leurs moyens en tout genre. Jourdan, obligé d'envoyer
+plusieurs bataillons en Belgique, pour y réprimer quelques troubles,
+et une demi-brigade à l'armée d'Helvétie pour remplacer une autre
+demi-brigade envoyée en Italie, ne comptait plus que trente-huit mille
+hommes effectifs. De pareilles forces étaient trop disproportionnées
+avec celles de l'archiduc, pour qu'il pût lutter avec avantage. Il
+demandait la prompte formation de l'armée de Bernadotte, qui ne comptait
+pas encore plus de cinq à six mille hommes, et surtout l'organisation
+des nouveaux bataillons de campagne. Il aurait voulu qu'on lui permît
+d'attirer à lui, ou l'armée du Rhin, ou l'armée d'Helvétie, en quoi
+il avait raison. Masséna se plaignait, de son côté, de n'avoir ni les
+magasins, ni les moyens de transport indispensables pour faire vivre son
+armée dans des pays stériles et d'un accès extrêmement difficile.
+
+Le directoire répondait à ces observations que les conscrits allaient
+rejoindre et se former bientôt en bataillons de campagne; que l'armée
+d'Helvétie serait incessamment portée à quarante mille hommes, celle
+du Danube à soixante; que dès que les élections seraient achevées, les
+vieux bataillons, retenus dans l'intérieur, iraient former le noyau de
+l'armée du Rhin. Bernadotte et Masséna avaient ordre de concourir aux
+opérations de Jourdan, et de se conformer à ses vues. Comptant toujours
+sur l'effet de l'offensive, et animé de la même confiance dans ses
+soldats, il voulait que, malgré la disproportion du nombre, ses généraux
+se hâtassent de brusquer l'attaque et de déconcerter les Autrichiens
+par une charge impétueuse. Aussi les ordres furent-ils donnés en
+conséquence.
+
+Les Grisons, partagés en deux factions, avaient hésité long-temps entre
+la domination autrichienne et la domination suisse. Enfin ils avaient
+appelé les Autrichiens dans leurs vallées. Le directoire, les
+considérant comme sujets suisses, ordonna à Masséna d'occuper leur
+territoire, en faisant aux Autrichiens une sommation préalable de
+l'évacuer En cas de refus, Masséna devait attaquer sur-le-champ. En même
+temps, comme les Russes s'avançaient toujours en Autriche, il adressa, à
+ce sujet, deux notes, l'une au congrès de Rastadt, l'autre à l'empereur.
+Il déclarait au corps germanique et à l'empereur, que, si dans l'espace
+de huit jours un contre-ordre n'était pas donné à la marche des Russes,
+il regarderait la guerre comme déclarée. Jourdan avait ordre de passer
+le Rhin aussitôt ce délai expiré.
+
+Le congrès de Rastadt avait singulièrement avancé ses travaux. Les
+questions de la ligne du Rhin, du partage des îles, de la construction
+des ponts, étant terminées, on ne s'occupait plus que de la question
+des dettes. La plupart des princes germaniques, excepté les princes
+ecclésiastiques, ne demandaient pas mieux que de s'entendre, pour éviter
+la guerre; mais soumis la plupart à l'Autriche, ils n'osaient pas se
+prononcer. Les membres de la députation quittaient successivement
+le congrès, et bientôt on allait se trouver dans l'impossibilité de
+délibérer. Le congrès déclara ne pas pouvoir répondre à la note du
+directoire, et en référa à la diète de Ratisbonne. La note destinée à
+l'empereur fut envoyée à Vienne même et resta sans réponse. La guerre se
+trouvait donc déclarée par le fait. Jourdan eut ordre de traverser le
+Rhin, et de s'avancer, par la forêt Noire, jusqu'aux sources du Danube.
+Il franchit le Rhin le 11 ventôse an VII (1er mars). L'archiduc Charles
+franchit le Lech le 13 ventôse (3 mars). Ainsi les limites que les deux
+puissances s'étaient prescrites étaient franchies, et on allait de
+nouveau en venir aux mains. Cependant, tout en faisant une marche
+offensive, Jourdan avait ordre de laisser tirer les premiers coups
+de fusil à l'ennemi, en attendant que la déclaration de guerre fût
+approuvée par le corps législatif.
+
+Pendant ce temps Masséna agit dans les Grisons. Il somma les Autrichiens
+de les évacuer le 16 ventôse (6 mars). Les Grisons se composent de la
+haute vallée du Rhin et de la haute vallée de l'Inn, ou Engadin.
+Masséna résolut de passer le Rhin près de son embouchure dans le lac de
+Constance, et de s'emparer ainsi de tous les corps répandus dans les
+hautes vallées. Lecourbe, qui formait son aile droite, et qui, par
+son activité et son audace extraordinaires, était le général le plus
+accompli pour la guerre des montagnes, devait partir des environs du
+Saint-Gothard, franchir le Rhin vers ses sources, se jeter dans la
+vallée de l'Inn. Le général Dessoles, avec une division de l'armée
+d'Italie, devait le seconder en se portant de la Valteline dans la
+vallée du Haut-Adige.
+
+Ces habiles dispositions furent exécutées avec une grande vigueur. Le 16
+ventôse (6 mars) le Rhin fut franchi sur tous les points. Les soldats
+jetèrent des charrettes dans le fleuve, et passèrent dessus comme sur un
+pont. En deux jours, Masséna fut maître de tout le cours du Rhin, depuis
+ses sources jusqu'à son embouchure dans le lac de Constance, et prit
+quinze pièces de canon et cinq mille prisonniers. Lecourbe, de son côté,
+n'exécutait pas avec moins de bonheur les ordres de son général en chef.
+Il franchit le Rhin supérieur, passa de Dissentis à Tusis dans la vallée
+de l'Albula, et, de cette vallée, se jeta hardiment dans celle de l'Inn,
+en traversant les plus hautes montagnes de l'Europe, couvertes encore
+des neiges de l'hiver. Un retard forcé ayant empêché Dessoles de se
+porter de la Valteline sur le Haut-Adige, Lecourbe se trouvait exposé au
+débordement de toutes les forces autrichiennes cantonnées dans le Tyrol.
+En effet, tandis qu'il s'avançait hardiment dans la vallée de l'Inn
+et marchait sur Martinsbruck, Laudon se jeta avec un corps sur ses
+derrières; mais l'intrépide Lecourbe, revenant sur ses pas, assaillit
+Laudon, l'accabla, lui fit beaucoup de prisonniers, et recommença sa
+marche dans la vallée de l'Inn.
+
+Ces débuts brillans semblaient faire croire que dans les Alpes comme à
+Naples, les Français pourraient braver partout un ennemi supérieur
+en nombre. Ils confirmèrent le directoire dans l'idée qu'il fallait
+persister dans l'offensive, et suppléer au nombre par la hardiesse.
+
+Le directoire envoya à Jourdan la déclaration de guerre qu'il avait
+obtenue des conseils[5], avec l'ordre d'attaquer sur-le-champ. Jourdan
+avait débouché par les défilés de la forêt Noire, dans le pays compris
+entre le Danube et le lac de Constance. L'angle formé par ce fleuve et
+ce lac va en s'ouvrant toujours davantage, à mesure qu'on avance en
+Allemagne. Jourdan, qui voulait appuyer sa gauche au Danube, et sa
+droite au lac de Constance, pour communiquer avec Masséna, était donc
+obligé, à mesure qu'il s'avançait, d'étendre toujours sa ligne, et de
+l'affaiblir par conséquent d'une manière dangereuse, surtout devant un
+ennemi très supérieur en nombre. Il s'était d'abord porté jusqu'à Mengen
+d'un côté, et jusqu'à Marckdorf de l'autre. Mais apprenant que l'armée
+du Rhin ne serait pas organisée avant le 10 germinal (30 mars), et
+craignant d'être tourné par la vallée du Necker, il crut devoir faire
+un mouvement rétrograde. Les ordres de son gouvernement et le succès de
+Masséna le décidèrent à remarcher en avant. Il fit choix d'une bonne
+position entre le lac de Constance et le Danube. Deux torrens, l'Ostrach
+et l'Aach, partant à peu près du même point, et se jetant l'un dans le
+Danube, l'autre dans le lac de Constance, forment une même ligne droite,
+derrière laquelle Jourdan s'établit. Saint-Cyr, formant sa gauche, était
+à Mengen; Souham, avec le centre, à Pfullendorf; Férino, avec la droite,
+à Barendorf.
+
+[Note 5: Cette déclaration de guerre fut faite le 22 ventôse an VII
+(12 mars).]
+
+D'Haupoult était placé à la réserve. Lefebvre, avec la division
+d'avant-garde, était à Ostrach. Ce point était le plus accessible de la
+ligne: placé à l'origine des deux torrens, il présentait des marécages
+qu'on pouvait traverser sur une longue chaussée. C'est sur ce point que
+l'archiduc Charles, qui ne voulait point se laisser prévenir, résolut de
+porter son principal effort. Il dirigea deux colonnes à la gauche et
+à la droite des Français contre Saint-Cyr et Férino. Mais sa masse
+principale, forte de près de cinquante mille hommes, fut portée tout
+entière sur le point d'Ostrach, où se trouvaient neuf mille Français au
+plus. Le combat commença le 2 germinal (22 mars) au matin et fut des
+plus acharnés. Les Français déployèrent à cette première rencontre
+une bravoure et une opiniâtreté qui excitèrent l'admiration du prince
+Charles lui-même. Jourdan accourut sur ce point; mais l'étendue de sa
+ligne et la nature du pays ne permettaient pas que, par un mouvement
+rapide, il transportât les forces de ses ailes à son centre. Le passage
+fut forcé, et, après une résistance honorable, Jourdan se vit obligé de
+battre en retraite. Il se replia entre Singen et Tuttlingen.
+
+Un échec à l'ouverture de la campagne était fâcheux; il détruisait ce
+prestige d'audace et d'invincibilité dont les Français avaient besoin
+pour suppléer au nombre. Cependant l'infériorité des forces avait rendu
+cet échec presque inévitable. Jourdan ne renonça pas pourtant à prendre
+l'offensive. Sachant que Masséna s'avançait au-delà du Rhin, se fiant à
+la coopération de l'armée du Danube, il se croyait obligé de tenter un
+dernier effort pour soutenir son collègue, et l'appuyer en se portant
+vers le lac de Constance. Il avait un autre motif de se reporter en
+avant: c'était le désir d'occuper le point de Stokach, où se croisent
+les routes de Suisse et de Souabe, point qu'il avait eu le tort
+d'abandonner en se retirant entre Singen et Tuttlingen. Il fixa son
+mouvement au 5 germinal (25 mars.)
+
+L'archiduc Charles n'était pas encore assuré de la direction qu'il
+devait donner à ses mouvemens. Il ne savait s'il devait diriger sa
+marche ou sur la Suisse, de manière à séparer Jourdan de Masséna, ou
+vers les sources du Danube, de manière à le séparer de sa base du Rhin.
+La direction vers la Suisse lui semblait la plus avantageuse pour les
+deux armées, car les Français avaient autant d'intérêt à se lier à
+l'armée d'Helvétie que les Autrichiens en avaient à les en séparer. Mais
+il ignorait les projets de Jourdan, et voulait faire une reconnaissance
+pour s'en assurer. Il avait projeté cette reconnaissance pour le
+5 germinal (25 mars), le jour même où Jourdan de son côté voulait
+l'attaquer.
+
+La nature des lieux rendait la position des deux armées extrêmement
+compliquée. Le point stratégique était Stokach, où se croisent les
+routes de Souabe et de Suisse. C'était là la position que Jourdan
+voulait reprendre, et que l'archiduc voulait garder. La Stokach, petite
+rivière, coule en faisant beaucoup de détours, devant la ville du même
+nom, et va finir son cours sinueux dans le lac de Constance. C'était sur
+cette rivière que l'archiduc avait pris position, Il avait sa gauche
+entre Nenzingen et Wahlwies, sur des hauteurs, et derrière l'un des
+circuits de la Stokach; son centre était placé sur un plateau élevé,
+nommé le Nellemberg, et en avant de la Stokach; et sa droite sur le
+prolongement de ce plateau, le long de la chaussée qui va de Stokach à
+Liptingen. Elle se trouvait, comme le centre, en avant de la Stokach.
+L'extrémité de cette aile était couverte par les bois épais qui
+s'étendent sur la route de Liptingen. Il y avait de grands défauts dans
+cette position. Si la gauche avait la Stokach devant elle, le centre et
+la droite l'avaient à dos, et pouvaient y être précipités par un effort
+de l'ennemi. En outre, toutes les positions de l'armée n'avaient qu'une
+même issue vers la ville de Stokach, et en cas d'une retraite forcée, la
+gauche, le centre, la droite, seraient venus s'entasser par une seule
+route, et auraient pu amener, en s'y rencontrant, une confusion
+désastreuse. Mais l'archiduc, en voulant couvrir Stokach, ne pouvait pas
+prendre d'autre position, et la nécessité était son excuse. Il n'avait
+à se reprocher que deux véritables fautes: l'une de n'avoir pas fait
+quelques travaux pour mieux garder son centre et sa droite, et l'autre
+d'avoir trop porté de troupes à sa gauche, qui était suffisamment
+protégée par la rivière. C'est l'extrême désir de conserver le point
+important de Stokach, qui lui fit distribuer ainsi ses troupes. Il avait
+du reste l'avantage d'une immense supériorité numérique.
+
+Jourdan ignorait une partie des dispositions de l'archiduc, car rien
+n'est plus difficile que les reconnaissances, surtout dans un pays aussi
+accidenté que celui où agissaient les deux armées. Il occupait toujours
+l'ouverture de l'angle formé par le Danube et le lac de Constance, de
+Tuttlingen à Steusslingen. Cette ligne était fort étendue, et la nature
+du pays, qui ne permettait guère une concentration rapide, rendait
+cet inconvénient encore plus grave. Il ordonna au général Férino, qui
+commandait sa droite vers Steusslingen, de marcher sur Wahlwies, et à
+Souham, qui commandait le centre vers Eigeltingen, de se porter sur
+Nenzingen. Ces deux généraux devaient combiner leurs efforts pour
+emporter la gauche et le centre de l'archiduc, en passant la Stokach et
+en gravissant le Nellemberg. Jourdan se proposait ensuite de faire agir
+sa gauche, son avant-garde et sa réserve sur le point de Liptingen, afin
+de pénétrer à travers les bois qui couvraient la droite de l'archiduc,
+et de parvenir à la forcer. Ces dispositions avaient l'avantage de
+diriger la plus grande masse des forces sur l'aile droite de l'archiduc,
+qui était la plus compromise. Malheureusement toutes les colonnes de
+l'armée avaient des points de départ trop éloignés. Pour agir sur
+Liptingen, l'avant-garde et la réserve partaient d'Emingen-ob-Ek, et
+la gauche de Tuttlingen, à la distance d'une journée de marche. Cet
+isolement était d'autant plus dangereux, que l'armée française, forte de
+trente-six mille hommes environ, était inférieure d'un tiers au moins à
+l'armée autrichienne.
+
+Le 5 germinal (25 mars) au matin, les deux armées se rencontrèrent.
+L'armée française marchait à une bataille, celle des Autrichiens à une
+reconnaissance. Les Autrichiens, qui s'étaient ébranlés un peu avant
+nous, surprirent nos avant-gardes, mais furent bientôt refoulés sur tous
+les points par le gros de nos divisions. Férino à la droite, Souham au
+centre, arrivèrent à Wahlwies, à Orsingen, à Nenzingen, au bord de la
+Stokach, au pied du Nellemberg, ramenèrent les Autrichiens dans leur
+position du matin, et commencèrent l'attaque sérieuse de cette position.
+Ils avaient à franchir la Stokach et à forcer le Nellemberg. Une longue
+canonnade s'engagea sur toute la ligne.
+
+A notre gauche, le succès était plus prompt et plus complet.
+L'avant-garde, actuellement commandée par le général Soult, depuis une
+blessure qu'avait reçue Lefebvre, repoussa les Autrichiens qui s'étaient
+avancés jusqu'à Emingen-ob-Ek, les chassa de Liptingen, les mit en
+déroute dans la plaine, les poursuivit avec une extrême ardeur, et
+parvint à leur enlever les bois. Ces bois étaient ceux mêmes qui
+couvraient la droite autrichienne; en poursuivant leur mouvement, les
+Français pouvaient la jeter dans le ravin de la Stokach, et lui causer
+un désastre. Mais il était clair que cette aile allait être renforcée
+aux dépens du centre et de la gauche, et qu'il fallait agir sur elle
+avec une grande masse de forces. Il fallait donc, comme dans le plan
+primitif, faire converger sur ce même point l'avant-garde, la réserve
+et la gauche. Malheureusement le général Jourdan, se confiant dans le
+succès trop facile qu'il venait d'obtenir, voulut atteindre un objet
+trop étendu, et au lieu d'amener Saint-Cyr à lui, il prescrivit à ce
+général de faire un long circuit, pour envelopper les Autrichiens et
+leur couper la retraite. C'était trop se hâter de recueillir les fruits
+de la victoire, quand la victoire n'était pas remportée. Le général
+Jourdan ne garda sur le point décisif que la division d'avant-garde et
+la réserve confiée à d'Haupoult.
+
+Pendant ce temps, la droite des Autrichiens, voyant les bois qui la
+couvraient forcés par l'ennemi, fit volte-face, et disputa avec une
+extrême opiniâtreté la chaussée de Liptingen à Stokach, qui traverse ces
+bois. On se battait avec acharnement, lorsque l'archiduc accourut en
+toute hâte. Jugeant le danger avec un coup d'oeil sûr, il retira les
+grenadiers et les cuirassiers du centre et de la gauche pour les
+transporter à sa droite. Ne s'effrayant pas du mouvement de Saint-Cyr
+sur ses derrières, il sentit que Jourdan repoussé, Saint-Cyr n'en serait
+que plus compromis, et il résolut de se borner à un effort décisif vers
+le point actuellement menacé.
+
+On se disputait les bois avec un acharnement extraordinaire. Les
+Français, très inférieurs en nombre, résistaient avec un courage que
+l'archiduc appelle admirable; mais le prince chargea lui-même avec
+quelques bataillons sur la chaussée de Liptingen, et fit lâcher prise
+aux Français. Ceux-ci perdirent les bois, et se trouvèrent enfin dans
+la plaine découverte de Liptingen, d'où ils étaient partis. Jourdan fit
+demander du secours à Saint-Cyr, mais il n'était plus temps. Il lui
+restait sa réserve, et il résolut de faire exécuter une charge de
+cavalerie pour reprendre les avantages perdus. Il lança quatre régimens
+de cavalerie à la fois. Cette charge, arrêtée par une autre charge que
+firent à propos les cuirassiers de l'archiduc, ne fut pas heureuse. Une
+confusion horrible se mit alors dans la plaine de Liptingen. Après avoir
+fait des prodiges de bravoure, les Français se débandèrent. Le général
+Jourdan fit des efforts héroïques pour arrêter les fuyards; il fut
+emporté lui-même. Cependant les Autrichiens, épuisés de ce long combat,
+n'osèrent pas nous poursuivre.
+
+La journée fut dès lors finie. Férino et Souham s'étaient maintenus,
+mais n'avaient forcé ni le centre ni la gauche des Autrichiens.
+Saint-Cyr courait sur leurs derrières. On ne pouvait pas dire que la
+bataille fût perdue: les Français, inférieurs du tiers, avaient conservé
+partout le champ de bataille, et déployé une rare bravoure; mais avec
+leur infériorité numérique, et l'isolement de leurs différens corps,
+n'avoir pas vaincu, c'était être battu. Il fallait sur-le-champ
+rappeler Saint-Cyr, très compromis, rallier l'avant-garde et la réserve
+maltraitées, ramener le centre et la droite. Jourdan donna sur-le-champ
+des ordres en conséquence, et prescrivit à Saint-Cyr de se replier le
+plus promptement possible. La position de ce dernier était devenue très
+périlleuse; mais il opéra sa retraite avec l'aplomb qui l'a toujours
+signalé, et il regagna le Danube sans accident. La perte avait été à peu
+près égale des deux côtés, en tués, blessés ou prisonniers. Elle était
+de quatre à cinq mille hommes environ.
+
+Après cette journée malheureuse, les Français ne pouvaient plus tenir la
+campagne, et ils devaient chercher un abri derrière une ligne puissante.
+Devaient-ils se retirer en Suisse ou sur le Rhin? Il était évident qu'en
+se retirant en Suisse, ils combinaient leurs efforts avec l'armée
+de Masséna, et pouvaient par cette réunion reprendre une attitude
+imposante. Malheureusement le général Jourdan ne crut pas devoir en
+agir ainsi; il craignait pour la ligne du Rhin, sur laquelle Bernadotte
+n'avait réuni encore que sept à huit mille hommes, et il résolut de
+se replier à l'entrée des défilés de la forêt Noire. Il prit là une
+position qu'il croyait forte, et laissant le commandement à son chef
+d'état-major Ernould, il partit pour Paris, afin d'aller se plaindre
+de l'état d'infériorité dans lequel on avait laissé son armée. Les
+résultats parlaient beaucoup plus haut que toutes les plaintes du monde,
+et il valait bien mieux qu'il restât à son armée que d'aller se plaindre
+à Paris.
+
+Très heureusement le conseil aulique imposait à l'archiduc une faute
+grave, qui réparait en partie les nôtres. Si l'archiduc, poussant ses
+avantages, eût poursuivi sans relâche notre armée vaincue, il aurait pu
+la mettre dans un désordre complet, et peut-être même la détruire. Il
+aurait été temps alors de revenir vers la Suisse pour assaillir Masséna,
+privé de tout secours, réduit à ses trente mille hommes, et engagé dans
+les hautes vallées des Alpes. Il n'eût pas été impossible de lui couper
+la route de France. Mais le conseil aulique défendit à l'archiduc
+de pousser vers le Rhin avant que la Suisse fût évacuée: c'était la
+conséquence du principe, que la clé du théâtre de la guerre était dans
+les montagnes.
+
+Pendant que ces événemens se passaient en Souabe, la guerre se
+poursuivait dans les Hautes-Alpes. Masséna agissant vers les sources du
+Rhin, Lecourbe vers celles de l'Inn, Dessoles vers celles de l'Adige,
+avaient eu des succès balancés. Il y avait au-delà du Rhin, un peu
+au-dessus du point où il se jette dans le lac de Constance, une position
+qu'il était urgent d'emporter, c'était celle de Feldkirch. Masséna y
+avait mis toute son opiniâtreté, mais il y avait perdu plus de deux
+mille hommes sans résultat. Lecourbe à Taufers, Dessoles à Nauders,
+avaient livré des combats brillans, qui leur avaient valu à chacun trois
+ou quatre mille prisonniers, et qui avaient amplement compensé l'échec
+de Feldkirch. Ainsi les Français, par leur vivacité et leur audace,
+conservaient la supériorité dans les Alpes.
+
+Les opérations commençaient en Italie, le lendemain même de la bataille
+de Stokach. Les Français avaient reçu environ trente mille conscrits, ce
+qui portait la masse de leurs forces en Italie à cent seize mille hommes
+à peu près. Ils étaient distribués ainsi qu'il suit: trente mille hommes
+de vieilles troupes gardaient, sous Macdonald, Rome et Naples. Les
+trente mille jeunes soldats étaient dans les places. Il restait
+cinquante-six mille hommes sous Schérer. De ces cinquante-six mille
+hommes, il en avait été détaché cinq mille sous le général Gauthier pour
+occuper la Toscane, et cinq mille sous le général Dessoles pour agir
+dans la Valteline. C'étaient donc quarante-six mille hommes qui
+restaient à Schérer pour se battre sur l'Adige, point essentiel, où il
+aurait fallu porter toute la masse de nos forces. Outre l'inconvénient
+du petit nombre d'hommes sur ce point décisif, il en était un autre
+qui ne fut pas moins fatal aux Français. Le général n'inspirait aucune
+confiance, il n'avait pas assez de jeunesse, comme nous l'avons dit; il
+s'était d'ailleurs dépopularisé pendant son ministère. Il le sentait
+lui-même, et il n'avait pris le commandement qu'à regret. Il allait
+pendant la nuit écouter les propos des soldats sous leurs tentes, et
+recueillir de ses propres oreilles les preuves de son impopularité.
+C'étaient là des circonstances bien défavorables, au début d'une
+campagne grande et difficile.
+
+Les Autrichiens devaient être commandés par Mélas et Suwarow. En
+attendant, ils obéissaient au baron de Kray, l'un des meilleurs
+généraux de l'empereur. Avant même l'arrivée des Russes, ils comptaient
+quatre-vingt-cinq mille hommes dans la Haute-Italie. Soixante mille, à
+peu près, étaient déjà sur l'Adige. Dans les deux armées l'ordre avait
+été donné de prendre l'offensive. Les Autrichiens devaient déboucher de
+Vérone, longer le pied des montagnes, et s'avancer au-delà du fleuve, en
+masquant toutes les places. Ce mouvement avait pour but d'appuyer celui
+de l'armée du Tyrol dans les montagnes.
+
+Schérer n'avait reçu d'autre injonction que de franchir l'Adige. La
+commission était difficile, car les Autrichiens avaient tout l'avantage
+de cette ligne. Elle doit être assez connue par la campagne de 1796.
+Vérone et Legnago, qui la commandent, appartenaient aux Autrichiens.
+Jeter un pont sur quelque point que ce fût, était très dangereux, car
+les Autrichiens, ayant Vérone et Legnago, pouvaient déboucher sur le
+flanc de l'armée, occupée à tenter un passage. Le plus sûr, si on
+n'avait pas eu l'ordre de prendre l'offensive, eût été de laisser
+déboucher l'ennemi au-delà de Vérone, de l'attendre sur un terrain qu'on
+aurait eu le temps de choisir, de lui livrer bataille, et de profiter
+des résultats de la victoire pour passer l'Adige à sa suite.
+
+Schérer, obligé de prendre l'initiative, hésita sur le meilleur parti
+à adopter, et se décida enfin pour une attaque vers sa gauche. On se
+souvient sans doute de la position de Rivoli, dans les montagnes, à
+l'entrée du Tyrol, et fort au-dessus de Vérone. Les Autrichiens en
+avaient retranché toutes les approches, et formé un camp à Pastrengo.
+Schérer résolut de leur enlever d'abord ce camp, et de les rejeter de
+ce côté au-delà de l'Adige. Les trois divisions Serrurier, Delmas et
+Grenier, furent destinées à cet objet. Moreau, devenu simple général de
+division sous Schérer, devait, avec les deux divisions Hatry et Victor,
+inquiéter Vérone. Le général Montrichard, avec une division, devait
+faire une démonstration sur Legnago. Cette distribution de forces
+annonçait l'incertitude et les tâtonnemens du général en chef.
+
+L'attaque eut lieu le 6 germinal (26 mars), lendemain de la bataille de
+Stokach. Les trois divisions chargées d'assaillir par plusieurs points
+le camp de Pastrengo, l'enlevèrent avec une valeur digne de l'ancienne
+armée d'Italie, et s'emparèrent de Rivoli. Elles prirent quinze cents
+prisonniers aux Autrichiens et beaucoup de canons. Ceux-ci repassèrent
+l'Adige à la hâte sur un pont qu'ils avaient jeté à Polo, et qu'ils
+eurent le temps de détruire. Au centre, sous Vérone, on se battit pour
+les villages placés en avant de la ville. Kaim mit à les défendre et à
+les reprendre une opiniâtreté inutile. Celui de San-Massimo fut pris
+et repris jusqu'à sept fois. Moreau, non moins opiniâtre que son
+adversaire, ne lui laissa prendre aucun avantage, et le resserra dans
+Vérone. Montrichard en faisant une démonstration inutile sur Legnago,
+courut de véritables dangers. Kray, trompé par de faux renseignemens,
+s'était imaginé que les Français allaient porter leur principal effort
+sur le Bas-Adige; il y avait dirigé une grande partie de ses forces, et
+en débouchant de Legnago il mit Montrichard dans le plus grand péril.
+Heureusement celui-ci se couvrit des accidens du terrain, et se replia
+sagement sur Moreau.
+
+La journée avait été sanglante, et tout à l'avantage des Français, à la
+gauche et au centre. On pouvait évaluer la perte des Français en tués,
+blessés et prisonniers, à quatre mille, et celle des Autrichiens à huit
+mille au moins. Cependant, malgré l'avantage que les Français avaient
+eu, ils n'avaient obtenu que des résultats peu importans. A Vérone, ils
+n'avaient fait que resserrer les Autrichiens; au-dessus de Vérone, ils
+les avaient rejetés, il est vrai, au-delà de l'Adige, et avaient acquis
+le moyen de le passer à leur suite en rétablissant le pont de Polo; mais
+malheureusement il était peu important de franchir l'Adige sur ce point.
+On doit se souvenir que la route qui longe extérieurement ce fleuve
+vient traverser Vérone, et qu'il n'y a pas d'autre issue pour déboucher
+dans la plaine. Ce n'était donc pas tout que de franchir l'Adige à Polo;
+on se trouvait, après l'avoir franchi, en face de Vérone, dans la même
+position que Moreau au centre, et il fallait enlever la place. Si, dans
+la journée même, on eût profité du désordre dans lequel l'attaque du
+camp de Pastrengo avait jeté les Autrichiens, et qu'on se fût hâté de
+rétablir le pont de Polo, peut-être aurait-on pu entrer dans la place
+à la suite des fuyards, surtout à la faveur du combat opiniâtre que
+Moreau, de l'autre côté de l'Adige, livrait au général Kaim.
+
+Malheureusement, rien de tout cela n'avait été fait. Cependant on
+pouvait réparer cette faute en agissant vivement le lendemain, et en
+transportant la masse des forces devant Vérone et au-dessus, vers le
+pont de Polo. Mais Schérer hésita trois jours de suite sur le parti
+qu'il avait à prendre. Il faisait chercher une route au-delà de l'Adige,
+qui permît d'éviter Vérone. L'armée était indignée de cette hésitation,
+et se plaignait hautement de ce qu'on ne profitait pas des avantages
+remportés dans la journée du 6 (26). Enfin le 9 germinal (29 mars), on
+tint un conseil de guerre, et Schérer se décida à agir. Il forma le
+projet singulier de jeter la division Serrurier au-delà de l'Adige par
+le pont de Polo, et de porter la masse de son armée entre Vérone et
+Legnago, pour y tenter le passage du fleuve. Pour opérer le transport de
+ses forces, il porta deux divisions de sa gauche à sa droite, les fit
+passer derrière son centre, et les exposa à des fatigues inutiles, par
+des chemins mauvais, entièrement ruinés par les pluies.
+
+Le 10 germinal (30 mars), le nouveau plan fut mis à exécution.
+Serrurier, avec sa division forte de six mille hommes, franchit seul
+l'Adige à Polo, tandis que le gros de l'armée se transportait plus bas,
+entre Vérone et Legnago. Le sort de la division Serrurier était facile à
+prévoir. Engagée, après avoir franchi l'Adige, sur une route qui était
+fermée par Vérone, et qui formait ainsi une espèce de cul-de-sac, elle
+courait de grands hasards. Kray, jugeant très bien sa situation, dirigea
+contre elle une masse de forces trois fois supérieure, et la ramena
+vivement sur le pont de Polo. La confusion se mit dans ses rangs, le
+fleuve ne fut repassé qu'en désordre. Des détachemens furent obligés de
+se faire jour, et quinze cents hommes restèrent prisonniers. Schérer,
+en apprenant cet échec, qui était inévitable, se contenta de ramener la
+division battue, et de la rapprocher du Bas-Adige, où il avait concentré
+maintenant la plus grande partie de ses forces.
+
+On passa plusieurs jours encore à tâtonner de part et d'autre. Enfin
+Kray prit une détermination, et résolut, tandis que Schérer se portait
+sur le Bas-Adige, de déboucher en masse de Vérone, de se porter dans
+le flanc de Schérer, et de l'acculer entre le Bas-Adige et la mer. La
+direction était bonne; mais heureusement un ordre intercepté instruisit
+Moreau du plan de Kray; il en informa sur-le-champ le général en chef,
+et le pressa de faire remonter ses divisions, pour faire front du côté
+de Vérone, par où l'ennemi allait déboucher.
+
+C'est en exécutant ce mouvement, que les deux armées se rencontrèrent,
+le 16 germinal (5 avril), aux environs de Magnano. Les divisions Victor
+et Grenier, formant la droite vers l'Adige, remontèrent le fleuve
+par San-Giovanni et Tomba, afin de se porter jusqu'à Vérone. Elles
+accablèrent la division Mercantin, qui leur était opposée, et
+détruisirent en entier le régiment de Wartensleben: ces deux divisions
+arrivèrent ainsi presque à la hauteur de Vérone, et furent en mesure de
+remplir leur objet, qui était de couper de cette ville tout ce que Kray
+en aurait fait sortir. La division Delmas, qui devait se porter au
+centre, vers Butta-Preda et Magnano, se trouva en retard, et laissa à
+la division autrichienne de Kaim la faculté de s'avancer jusqu'à
+Butta-Preda, et de former ainsi un saillant vers le milieu de notre
+ligne. Mais Moreau à la gauche, avec les divisions Serrurier, Hatry et
+Montrichard, s'avançait victorieusement. Il avait ordonné à la division
+Montrichard de changer de front, pour faire face à Butta-Preda, vers le
+point où l'ennemi avait fait une pointe, et il marchait avec ses deux
+autres divisions vers Dazano. Delmas, arrivé enfin à Butta-Preda,
+couvrait notre centre, et dans ce moment la victoire semblait se
+déclarer pour nous, car notre droite, complètement victorieuse du côté
+de l'Adige, allait couper aux Autrichiens la retraite sur Vérone.
+
+Mais Kray jugeant que le point essentiel était à notre droite, et qu'il
+fallait renoncer au succès sur tous les autres points, pour l'emporter
+sur celui-là, y dirigea la plus grande masse de ses forces. Il avait un
+avantage sur Schérer, c'était le rapprochement de ses divisions, qui lui
+permettait de les déplacer plus facilement. Les divisions françaises, au
+contraire, étaient fort éloignées les unes des autres, et combattaient
+sur un terrain coupé de nombreux enclos. Kray tomba à l'improviste avec
+toute sa réserve sur la division Grenier. Victor voulut venir au secours
+de celui-ci, mais il fut chargé lui-même par les régimens de Nadasty et
+de Reisky. Kray ne se contenta pas de ce premier avantage. Il avait fait
+rallier sur les derrières la division Mercantin, battue le matin; il la
+lança de nouveau sur les deux divisions Grenier et Victor, et décida
+ainsi leur défaite. Ces deux divisions, malgré une vive résistance,
+furent obligées d'abandonner le champ de bataille. La droite étant
+en déroute, notre centre se trouva menacé. Kray ne manqua pas de s'y
+porter; mais Moreau s'y trouvait, et il empêcha Kray de poursuivre son
+avantage.
+
+La bataille était évidemment perdue, et il fallait songer à la retraite.
+La perte avait été grande des deux côtés. Les Autrichiens avaient eu
+trois mille morts ou blessés, et deux mille prisonniers. Les français
+avaient eu un nombre égal de morts et de blessés, mais ils avaient
+perdu quatre mille prisonniers. C'est là que fut blessé mortellement le
+général Pigeon, qui pendant la première campagne d'Italie avait déployé
+aux avant-gardes tant de talent et d'intrépidité.
+
+Moreau conseillait de coucher sur le champ de bataille, pour éviter le
+désordre d'une retraite de nuit, mais Schérer voulut se replier le
+soir même. Le lendemain, il se retira derrière la Molinella, et le
+surlendemain, 18 germinal (7 avril), sur le Mincio. Appuyé sur Peschiera
+d'un côté, sur Mantoue de l'autre, il pouvait opposer une résistance
+vigoureuse, rappeler Macdonald du fond de la Péninsule, et, par cette
+concentration de forces, regagner la supériorité perdue dans la journée
+de Magnano. Mais le malheureux Schérer avait entièrement perdu la tête.
+Ses soldats étaient plus mal disposés que jamais. Maîtres depuis trois
+ans de l'Italie, ils étaient indignés de se la voir arracher, et ils
+n'imputaient leurs revers qu'à l'impéritie de leur général. Il est
+certain que, pour eux, ils avaient fait leur devoir aussi bien que dans
+les plus beaux jours de leur gloire. Les reproches de son armée avaient
+ébranlé Schérer autant que sa défaite. Ne croyant pas pouvoir tenir sur
+le Mincio, il se retira sur l'Oglio, puis sur l'Adda, où il se porta le
+12 avril. On ne savait où s'arrêterait ce mouvement rétrograde.
+
+La campagne était à peine ouverte depuis un mois et demi, et déjà nous
+étions en retraite sur tous les points. Le chef d'état-major Ernould,
+que Jourdan avait laissé avec l'armée du Danube à l'entrée des défilés
+de la forêt Noire, avait pris peur en apprenant une incursion de
+quelques troupes légères sur l'un de ses flancs, et s'était retiré en
+désordre sur le Rhin. Ainsi, en Allemagne comme en Italie, nos armées,
+aussi braves que jamais, perdaient cependant leurs conquêtes, et
+rentraient battues sur la frontière. Ce n'est qu'en Suisse que nous
+avions conservé l'avantage. Là, Masséna se maintenait avec toute la
+ténacité de son caractère; et, sauf la tentative infructueuse sur
+Feldkirch, il avait toujours été vainqueur. Mais, établi sur le saillant
+que forme la Suisse entre l'Allemagne et l'Italie, il était placé entre
+deux armées victorieuses, et il devenait indispensable qu'il se retirât.
+Il venait en effet d'en donner l'ordre à Lecourbe, et il se repliait
+dans l'intérieur de la Suisse, mais avec ordre, et en gardant l'attitude
+la plus imposante.
+
+Nos armes étaient humiliées, et nos ministres allaient devenir à
+l'étranger les victimes du plus odieux et du plus atroce attentat. La
+guerre étant déclarée à l'empereur, et non à l'empire germanique, le
+congrès de Rastadt était resté assemblé. On était près de s'entendre sur
+la dernière difficulté, celle des dettes; mais les deux tiers des états
+avaient déjà rappelé leurs députés. C'était un effet de l'influence de
+l'Autriche, qui ne voulait pas qu'on fît la paix. Il ne restait plus au
+congrès que quelques députés de l'Allemagne, et la retraite de l'armée
+du Danube ayant ouvert le pays, on délibérait au milieu des troupes
+autrichiennes. Le cabinet de Vienne conçut alors un projet infâme,
+et qui jeta un long déshonneur sur sa politique. Il avait fort à se
+plaindre de la fierté et de la vigueur que nos ministres avaient
+déployées à Rastadt. Il leur imputait une divulgation qui l'avait
+singulièrement compromis aux yeux du corps germanique, c'était celle des
+articles secrets convenus avec Bonaparte pour l'occupation de Mayence.
+Ces articles secrets prouvaient que, pour avoir Palma-Nova dans le
+Frioul, le cabinet autrichien avait livré Mayence, et trahi d'une
+manière indigne les intérêts de l'Empire. Ce cabinet était fort irrité,
+et voulait tirer vengeance de nos ministres. Il voulait de plus se
+saisir de leurs papiers, pour connaître quels étaient ceux des princes
+germaniques qui, dans le moment, traitaient individuellement avec la
+république française. Il conçut donc la pensée de faire arrêter nos
+ministres, à leur retour en France, pour les dépouiller, les outrager,
+peut-être même les assassiner. On n'a jamais su cependant si l'ordre de
+les assassiner avait été donné d'une manière positive.
+
+Déjà nos ministres avaient quelque défiance, et sans craindre un
+attentat sur leurs personnes, ils craignaient du moins pour leur
+correspondance. En effet, elle fut interrompue le 30 germinal, par
+l'enlèvement des pontonniers qui servaient à la passer. Nos ministres
+réclamèrent; la députation de l'Empire réclama aussi, et demanda si le
+congrès pouvait se croire en sûreté. L'officier autrichien auquel on
+s'adressa ne fit aucune réponse tranquillisante. Alors nos ministres
+déclarèrent qu'ils partiraient sous trois jours, c'est-à-dire le
+9 floréal (28 avril), pour Strasbourg, et ils ajoutèrent qu'ils
+demeureraient dans cette ville, prêts à renouer les négociations dès
+qu'on en témoignerait le désir. Le 7 floréal un courrier de la légation
+fut arrêté. De nouvelles réclamations furent faites par tout le congrès,
+et il fut demandé expressément s'il y avait sûreté pour les ministres
+français. Le colonel autrichien qui commandait les hussards de
+Szecklers, cantonnés près de Rastadt, répondit que les ministres
+français n'avaient qu'à partir sous vingt-quatre heures. On lui demanda
+une escorte pour eux, mais il la refusa, et assura que leurs personnes
+seraient respectées. Nos trois ministres, Jean Debry, Bonnier et
+Roberjeot, partirent le 9 floréal (28 avril), à neuf heures du soir. Ils
+occupaient trois voitures avec leurs familles. Après eux venaient la
+légation ligurienne et les secrétaires d'ambassade. D'abord on fit
+des difficultés de les laisser sortir de Rastadt; mais enfin tous les
+obstacles furent levés, et ils partirent. La nuit était très sombre. A
+peine étaient-ils à cinquante pas de Rastadt, qu'une troupe de hussards
+de Szecklers fondit sur eux le sabre à la main, et arrêta les voitures.
+Celle de Jean Debry était la première. Les hussards ouvrirent violemment
+la portière, et lui demandèrent, en un jargon à demi barbare, s'il était
+Jean Debry. Sur sa réponse affirmative, ils le saisirent à la gorge,
+l'arrachèrent de sa voiture, et, aux yeux de sa femme et de ses enfans,
+le frappèrent de coups de sabre. Le croyant mort, ils passèrent aux
+autres voitures, et égorgèrent Roberjeot et Bonnier dans les bras de
+leurs familles. Les membres de la légation ligurienne et les secrétaires
+d'ambassade eurent le temps de se sauver. Les brigands chargés de
+cette exécution pillèrent ensuite les voitures, et enlevèrent tous les
+papiers.
+
+Jean Debry n'avait pas reçu de coup mortel. La fraîcheur de la nuit lui
+rendit l'usage de ses sens, et il se traîna tout sanglant à Rastadt.
+Quand cet attentat fut connu, il excita l'indignation des habitans
+et des membres du congrès. La loyauté allemande fut révoltée d'une
+violation du droit des gens, inouïe chez des nations civilisées, et qui
+n'était concevable que d'un cabinet à demi barbare. Les membres de la
+députation restés au congrès prodiguèrent à Jean Debry, et aux familles
+des ministres assassinés, les soins les plus empressés. Ils se réunirent
+ensuite pour rédiger une déclaration, dans laquelle ils dénonçaient au
+monde l'attentat qui venait d'être commis, et repoussaient tout soupçon
+de complicité avec l'Autriche. Ce crime, connu sur-le-champ de toute
+l'Europe, excita une indignation universelle. L'archiduc Charles écrivit
+à Masséna une lettre pour annoncer qu'il allait faire poursuivre
+le colonel des hussards de Szecklers; mais cette lettre froide et
+contrainte, qui prouvait l'embarras du prince, n'était pas digne de
+lui et de son caractère. L'Autriche ne répondit pas, et ne pouvait pas
+répondre, aux accusations dirigées contre elle.
+
+Ainsi, la guerre était implacable entre les deux systèmes qui
+partageaient le monde. Les ministres républicains, mal reçus d'abord,
+puis outragés pendant une année de paix, venaient enfin d'être
+assassinés indignement, et avec autant de férocité qu'on aurait pu le
+faire entre nations barbares. Le droit des gens, observé entre les
+ennemis les plus acharnés, n'était violé que pour eux.
+
+Les revers si peu attendus qui signalèrent le début de la campagne,
+l'attentat de Rastadt, produisirent l'impression la plus funeste au
+directoire. Dès le moment même de la déclaration de guerre, les deux
+oppositions commençaient à perdre toute mesure: elles n'en gardèrent
+plus aucune quand elles virent nos armées battues et nos ministres
+assassinés. Les patriotes, repoussés par le système des scissions, les
+militaires, dont on avait voulu réprimer la licence, les royalistes, se
+cachant derrière ces mécontens de différente espèce, tous s'armèrent
+à la fois des derniers événemens pour accuser le directoire. Ils lui
+adressaient les reproches les plus injustes et les plus multipliés. Les
+armées, disaient-ils, avaient été entièrement abandonnées. Le directoire
+avait laissé leurs rangs s'éclaircir par la désertion, et n'avait mis
+aucune activité à les remplir au moyen de la conscription nouvelle. Il
+avait retenu dans l'intérieur un grand nombre de vieux bataillons, qui,
+au lieu d'être envoyés sur la frontière, étaient employés à gêner la
+liberté des élections; et à ces armées ainsi réduites à un nombre si
+disproportionné avec celui des armées ennemies, le directoire n'avait
+fourni ni magasins, ni vivres, ni effets d'équipement, ni moyens de
+transport, ni chevaux de remonte. Il les avait livrées à la rapacité des
+administrations, qui avaient dévoré inutilement un revenu de six cents
+millions. Enfin il avait fait, pour les commander, les plus mauvais
+choix. Championnet, le vainqueur de Naples, était dans les fers, pour
+avoir voulu réprimer la rapacité des agens du gouvernement. Moreau était
+réduit au rôle de simple général de division. Joubert, le vainqueur du
+Tyrol, Augereau, l'un des héros d'Italie, étaient sans commandement.
+Schérer, au contraire, qui avait préparé toutes les défaites par son
+administration, Schérer avait le commandement de l'armée d'Italie, parce
+qu'il était compatriote et ami de Rewbell. On ne s'en tenait pas là.
+Il y avait d'autres noms qu'on rappelait avec amertume. L'illustre
+Bonaparte, ses illustres lieutenans, Kléber, Desaix, leurs quarante
+mille compagnons d'armes, vainqueurs de l'Autriche, où étaient-ils?...
+En Égypte, sur une terre lointaine, où ils allaient périr par
+l'imprudence du gouvernement, ou peut-être par sa méchanceté. Cette
+entreprise, si admirée naguère, on commençait à dire maintenant que
+c'était le directoire qui l'avait imaginée pour se défaire d'un guerrier
+célèbre qui lui faisait ombrage.
+
+On remontait plus haut encore: on reprochait au gouvernement la guerre
+elle-même; on lui imputait de l'avoir provoquée par ses imprudences à
+l'égard des puissances. Il avait envahi la Suisse, renversé le pape et
+la cour de Naples, poussé ainsi l'Autriche à bout, et tout cela sans
+être préparé à entrer en lutte. En envahissant l'Égypte, il avait décidé
+la Porte à une rupture. En décidant la Porte, il avait délivré la Russie
+de toute crainte pour ses derrières, et lui avait permis d'envoyer
+soixante mille hommes en Allemagne. Enfin, la fureur était si grande,
+qu'on allait jusqu'à dire que le directoire était l'auteur secret de
+l'assassinat de Rastadt. C'était, disait-on, un moyen imaginé pour
+soulever l'opinion contre les ennemis, et demander de nouvelles
+ressources au corps législatif.
+
+Ces reproches étaient répétés partout, à la tribune, dans les journaux,
+dans les lieux publics. Jourdan était accouru à Paris pour se plaindre
+du gouvernement et pour lui imputer tous ses revers. Ceux des généraux
+qui n'étaient pas venus, avaient écrit pour exposer leurs griefs.
+C'était un déchaînement universel, et qui serait incompréhensible si on
+ne connaissait les fureurs et surtout les contradictions des partis.
+
+Pour peu qu'on se souvienne des faits, on peut répondre à tous ces
+reproches. Le directoire n'avait pas laissé éclaircir les rangs des
+armées, car il n'avait donné que douze mille congés; mais il lui avait
+été impossible d'empêcher les désertions en temps de paix. Il n'y a pas
+de gouvernement au monde qui eût réussi à les empêcher. Le directoire
+s'était même fait accuser de tyrannie en voulant obliger beaucoup de
+soldats à rejoindre. Il y avait, en effet, quelque dureté à ramener sous
+les drapeaux des hommes qui avaient déjà versé leur sang pendant six
+années. La conscription n'était décrétée que depuis cinq mois, et il
+n'avait pas eu le moyen, en aussi peu de temps, d'organiser ce système
+de recrutement; et surtout d'équiper, d'instruire les conscrits, de les
+former en bataillons de campagne, et de les faire arriver en Hollande,
+en Allemagne, en Suisse, en Italie. Il avait retenu quelques vieux
+bataillons, parce qu'ils étaient indispensables pour maintenir le repos
+pendant les élections, et parce que l'on ne pouvait confier ce soin à de
+jeunes soldats, dont l'esprit n'était pas formé, et l'attachement à
+la république pas assez décidé. Une raison importante avait de plus
+justifié cette précaution: c'était la Vendée, travaillée encore par
+les émissaires de l'étranger, et la Hollande, menacée par les flottes
+anglo-russes.
+
+Quant au désordre de l'administration, les torts du directoire n'étaient
+pas plus réels. Il y avait eu des dilapidations sans doute, mais presque
+toutes au profit de ceux mêmes qui s'en plaignaient, et malgré les
+plus grands efforts du directoire. Il y avait eu dilapidation de trois
+manières: en pillant les pays conquis; en comptant à l'état la solde des
+militaires qui avaient déserté; enfin, en faisant avec les compagnies
+des marchés désavantageux. Or, toutes ces dilapidations, c'étaient les
+généraux et les états-majors qui les avaient commises et qui en avaient
+profité. Ils avaient pillé les pays conquis, fait le profit sur la
+solde et partagé les profits des compagnies. On a vu que celles-ci
+abandonnaient quelquefois jusqu'à quarante pour cent sur leurs
+bénéfices, afin d'obtenir la protection des états-majors. Schérer, vers
+la fin de son ministère, s'était brouillé avec ses compagnons d'armes
+pour avoir essayé de réprimer tous ces désordre. Le directoire s'était
+efforcé, pour y mettre un terme, de nommer des commissions indépendantes
+des états-majors, et on a vu comment Championnet les avait accueillies
+à Naples. Les marchés désavantageux faits avec les compagnies, avaient
+encore une autre cause, la situation des finances. On ne donnait aux
+fournisseurs que des promesses, et alors ils se dédommageaient sur le
+prix, de l'incertitude du paiement. Les crédits ouverts cette
+année s'élevaient à 600 millions d'ordinaire, et à 125 millions
+d'extraordinaire. Sur cette somme, le ministre avait déjà ordonnancé 400
+millions pour dépenses consommées. Il n'en était pas rentré encore 210;
+on avait fourni les 190 de surplus en délégations.
+
+Il n'y avait donc rien d'imputable au directoire, quant aux
+dilapidations. Le choix des généraux, excepté pour un seul, ne devait
+pas lui être reproché. Championnet, après sa conduite à l'égard des
+commissaires envoyés à Naples, ne pouvait pas conserver le commandement.
+Macdonald le valait au moins, et était connu par une probité sévère.
+Joubert, Bernadotte, n'avaient pas voulu du commandement de l'armée
+d'Italie. Ils avaient désigné eux-mêmes Schérer. C'est Barras qui avait
+repoussé Moreau, c'est lui seul encore qui avait voulu la nomination de
+Schérer. Quant à Augereau, sa turbulence démagogique était une raison
+fondée de lui refuser un commandement, et du reste, malgré ses qualités
+incontestables, il était au-dessous du commandement en chef. Quant à
+l'expédition d'Égypte, on a vu si le directoire en était coupable, et
+s'il est vrai qu'il eût voulu déporter Bonaparte, Kléber, Desaix et
+leurs quarante mille compagnons d'armes. Larévellière-Lépaux
+s'était brouillé avec le héros d'Italie pour sa fermeté à combattre
+l'expédition.
+
+La provocation à la guerre n'était pas plus le fait du directoire
+que tous les autres malheurs. On a pu voir que l'incompatibilité des
+passions déchaînées en Europe avait seule provoqué la guerre. Il n'en
+fallait faire un reproche à personne; mais, dans tous les cas, ce
+n'étaient certainement pas les patriotes et les militaires qui avaient
+droit d'accuser le directoire. Qu'eussent dit les patriotes si on n'eût
+pas soutenu les Vaudois, puni le gouvernement papal, renversé le roi
+de Naples, forcé celui de Piémont à l'abdication? N'étaient-ce pas
+les militaires qui, à l'armée d'Italie, avaient toujours poussé à
+l'occupation de nouveaux pays? La nouvelle de la guerre les avait
+enchantés tous. N'étaient-ce pas d'ailleurs Bernadotte à Vienne, un
+frère de Bonaparte à Rome, qui avaient commis des imprudences, s'il y en
+avait eu de commises? Ce n'était pas la détermination de la Porte qui
+avait entraîné celle de la Russie; mais la chose eût-elle été vraie,
+c'était l'auteur de l'expédition d'Égypte qui pouvait seul en mériter le
+reproche.
+
+Rien n'était donc plus absurde que la masse des accusations accumulées
+contre le directoire. Il ne méritait qu'un reproche, c'était d'avoir
+trop partagé la confiance excessive que les patriotes et les militaires
+avaient dans la puissance de la république. Il avait partagé les
+passions révolutionnaires et s'était livré à leur entraînement. Il avait
+cru qu'il suffisait, pour le début de la guerre, de cent soixante-dix
+mille hommes; que l'offensive déciderait de tout, etc. Quant à ses
+plans, ils étaient mauvais, mais pas plus mauvais que ceux de Carnot
+en 1796, pas plus mauvais que ceux du conseil aulique, et calqués
+d'ailleurs en partie sur un projet du général Jourdan. Un seul homme en
+pouvait faire de meilleurs, comme nous l'avons dit, et ce n'était pas la
+faute du directoire si cet homme n'était pas en Europe.
+
+Du reste, c'est dans un intérêt d'équité que l'histoire doit relever
+l'injustice de ces reproches; mais tant pis pour un gouvernement quand
+on lui impute tout à crime. L'une des qualités indispensables d'un
+gouvernement, c'est d'avoir cette bonne renommée qui repousse
+l'injustice. Quand il l'a perdue et qu'on lui impute les torts des
+autres, et ceux même de la fortune, il n'a plus la faculté de gouverner,
+et cette impuissance doit le condamner à se retirer. Combien de
+gouvernemens ne s'étaient-ils pas usés depuis le commencement de la
+révolution! L'action de la France contre l'Europe était si violente,
+qu'elle devait détruire rapidement tous ses ressorts. Le directoire
+était usé comme l'avait été le comité de salut public, comme le fut
+depuis Napoléon lui-même. Toutes les accusations dont le directoire
+était l'objet, prouvaient, non pas ses torts, mais sa caducité.
+
+Du reste, il n'était pas étonnant que cinq magistrats civils, élus au
+pouvoir, non à cause de leur grandeur héréditaire ou de leur gloire
+personnelle, mais pour avoir mérité un peu plus d'estime que leurs
+concitoyens, que cinq magistrats, armés de la seule puissance des lois
+pour lutter avec les factions déchaînées, pour soumettre à l'obéissance
+des armées nombreuses, des généraux couverts de gloire et pleins de
+prétentions, pour administrer enfin une moitié de l'Europe, parussent
+bientôt insuffisans, au milieu de la lutte terrible qui venait de
+s'engager de nouveau. Il ne fallait qu'un revers pour faire éclater
+cette impuissance. Les factions alternativement battues, les militaires
+réprimés plusieurs fois, les appelaient avec mépris les _avocats_, et
+disaient que la France ne pouvait être gouvernée par eux.
+
+Par une bizarrerie assez singulière, mais qui se voit quelquefois dans
+le conflit des révolutions, l'opinion ne montrait quelque indulgence que
+pour celui des cinq directeurs qui en aurait mérité le moins. Barras,
+sans contredit, méritait à lui seul tout ce qu'on disait du directoire.
+D'abord, il n'avait jamais travaillé, et il avait laissé à ses collègues
+tout le fardeau des affaires. Sauf dans les momens décisifs, où il
+faisait entendre sa voix plus forte que son courage, il ne s'occupait de
+rien. Il ne se mêlait que du personnel du gouvernement, ce qui convenait
+mieux à son génie intrigant. Il avait pris part à tous les profits des
+compagnies, et justifié seul le reproche de dilapidation. Il avait
+toujours été le défenseur des brouillons et des fripons; c'était lui qui
+avait appuyé Brune et envoyé Fouché en Italie. Il était la cause des
+mauvais choix des généraux, car il s'était opposé à la nomination de
+Moreau, et avait fortement demandé celle de Schérer. Malgré tous ses
+torts si graves, lui seul était mis à part. D'abord il ne passait pas,
+comme ses quatre collègues, pour un _avocat_, car sa paresse, ses
+habitudes débauchées, ses manières soldatesques, ses liaisons avec
+les jacobins, le souvenir du 18 fructidor qu'on lui attribuait
+exclusivement, en faisaient en apparence un homme d'exécution, plus
+capable de gouverner que ses collègues. Les patriotes lui trouvaient
+avec eux des côtés de ressemblance, et croyaient qu'il leur était
+dévoué. Les royalistes en recevaient des espérances secrètes. Les
+états-majors, qu'il flattait et qu'il protégeait contre la juste
+sévérité de ses collègues, l'avaient en assez grande faveur. Les
+fournisseurs le vantaient, et il se sauvait de cette manière de la
+défaveur générale. Il était même perfide avec ses collègues, car tous
+les reproches qu'il méritait, il avait l'art de les rejeter sur eux
+seuls. Un pareil rôle ne peut pas être long-temps heureux, mais il peut
+réussir un moment: il réussit dans cette occasion.
+
+On connaît la haine de Barras contre Rewbell. Celui-ci, administrateur
+vraiment capable, avait choqué, par son humeur et sa morgue, tous
+ceux qui traitaient avec lui. Il s'était montré sévère pour les gens
+d'affaires, pour tous les protégés de Barras, et notamment pour les
+militaires. Aussi était-il devenu l'objet de la haine générale. Il était
+probe, quoique un peu avare. Barras avait l'art, dans sa société, qui
+était nombreuse, de diriger contre lui les plus odieux soupçons. Une
+circonstance malheureuse contribuait à les autoriser. L'agent du
+directoire en Suisse, Rapinat, était beau-frère de Rewbell. On avait
+exercé en Suisse les exactions qui se commettaient dans tous les pays
+conquis, beaucoup moins cependant que partout ailleurs. Mais les
+plaintes excessives de ce petit peuple avare avaient causé une rumeur
+extrême. Rapinat avait eu la commission malheureuse de mettre le scellé
+sur les caisses et sur le trésor de Berne; il avait traité avec hauteur
+le gouvernement helvétique; ces circonstances et son nom, qui était
+malheureux, lui avaient valu de passer pour le Verrès de la Suisse, pour
+l'auteur de dilapidations qui n'étaient pas son ouvrage; car il avait
+même quitté la Suisse, avant l'époque où elle avait le plus souffert.
+Dans la Société de Barras on faisait de malheureux calembours sur son
+nom, et tout retombait sur Rewbell, dont il était le beau-frère. C'est
+ainsi que la probité de Rewbell s'était trouvée exposée à toutes les
+calomnies.
+
+Larévellière, par son inflexible sévérité, par son influence dans les
+affaires politiques d'Italie, n'était pas devenu moins odieux que
+Rewbell. Cependant, sa vie était si simple et si modeste, qu'accuser
+sa probité eût été impossible. La société de Barras lui donnait des
+ridicules. On se moquait de sa personne, et de ses prétentions à
+une papauté nouvelle. On disait qu'il voulait fonder le culte de la
+théophilanthropie, dont il n'était cependant pas l'auteur. Merlin et
+Treilhard, quoique moins anciens au pouvoir, et moins en vue que Rewbell
+et Larévellière, étaient cependant enveloppés dans la même défaveur.
+
+C'est dans cette disposition d'esprit que se firent les élections de
+l'an VII, qui furent les dernières. Les patriotes, furieux, ne voulaient
+pas être exclus cette année, comme la précédente, du corps législatif.
+Ils s'étaient déchaînés contre le système des scissions, et s'étaient
+efforcés de le flétrir d'avance. Ils y avaient assez réussi, pour qu'en
+effet on n'osât plus l'employer. Dans cet état d'agitation, où l'on
+suppose à ses adversaires tous les projets qu'on en redoute, ils
+disaient que le directoire, usant, comme au 18 fructidor, des moyens
+extraordinaires, allait proroger pour cinq ans les pouvoirs des députés
+actuels, et suspendre pendant tout ce temps l'exercice des droits
+électoraux. Ils disaient qu'on allait faire venir des Suisses à Paris,
+parce qu'on travaillait à organiser le contingent helvétique. Ils firent
+grand bruit d'une circulaire aux électeurs, répandue par le commissaire
+du gouvernement (préfet) auprès du département de la Sarthe. Ce n'était
+pas une circulaire, comme nous en avons vu depuis, mais une exhortation.
+On obligea le directoire à l'improuver par un message. Les élections,
+faites dans ces dispositions, amenèrent au corps législatif une quantité
+considérable de patriotes. On ne songea pas cette année à les exclure du
+corps législatif, et leur élection fut confirmée. Le général Jourdan,
+qui avait raison d'imputer ses revers à l'infériorité numérique de
+son armée, mais qui manquait à sa raison accoutumée en imputant au
+gouvernement le désir de le perdre, fut envoyé de nouveau au corps
+législatif, le coeur gros de ressentimens. Augereau y fut envoyé aussi,
+avec un surcroît d'humeur et de turbulence.
+
+Il fallait choisir un nouveau directeur. Le hasard ne servit pas la
+république, car, au lieu de Barras, ce fut Rewbell, le plus capable des
+cinq directeurs, qui fut désigné pour membre sortant. Ce fut un grand
+sujet de satisfaction pour tous les ennemis de ce directeur, et une
+occasion nouvelle de le calomnier plus commodément. Cependant, comme il
+avait été élu au conseil des anciens, il saisit une occasion de répondre
+à ses accusateurs, et le fit de la manière la plus victorieuse.
+
+Il fut commis, à la sortie de Rewbell, la seule infraction aux lois
+rigoureuses de la probité, qu'on, pût reprocher au directoire. Les cinq
+premiers directeurs, nommés à l'époque de l'institution du directoire,
+avaient fait une convention entre eux, par laquelle ils devaient
+prélever sur leurs appointemens, chacun dix mille francs, afin de les
+donner au membre sortant. Le but de ce noble sacrifice était de ménager
+aux membres du directoire la transition du pouvoir suprême à la vie
+privée, surtout pour ceux qui étaient sans fortune. Il y avait même
+une raison de dignité à en agir ainsi, car il était dangereux pour la
+considération du gouvernement, de rencontrer dans l'indigence l'homme
+qu'on avait vu la veille au pouvoir suprême. Cette raison même décida
+les directeurs à pourvoir d'une manière plus convenable au sort de
+leurs collègues. Leurs appointemens étaient déjà si modiques, qu'un
+prélèvement de dix mille francs parut déplacé. Ils résolurent d'allouer
+une somme de cent mille francs à chaque directeur sortant. C'était cent
+mille francs par an qu'il en devait coûter à l'état. On devait demander
+cette somme au ministre des finances, qui pouvait la prendre sur l'un
+des mille profits qu'il était si facile de faire sur des budgets de
+six ou huit cents millions. On décida de plus que chaque directeur
+emporterait sa voiture et ses chevaux. Comme tous les ans le corps
+législatif allouait des frais de mobilier, cette dépense devait être
+avouée, et dès lors devenait légitime. Les directeurs décidèrent de plus
+que les économies faites sur les frais de mobilier seraient partagées
+entre eux. Certes, c'était là une bien légère atteinte à la fortune
+publique, si c'en était une; et tandis que des généraux, des compagnies,
+faisaient des profits si énormes, cent mille francs par an, consacrés
+à donner des alimens à l'homme qui venait d'être chef du gouvernement,
+n'étaient pas un vol. Les raisons et la forme de la mesure l'excusaient
+en quelque sorte. Larévellière, auquel on en fit part, ne voulut jamais
+y consentir. Il déclara à ses collègues qu'il n'accepterait jamais sa
+part. Rewbell reçut la sienne. Les cent mille francs qu'on lui donna
+furent pris sur les deux millions de dépenses secrètes, dont le
+directoire était dispensé de rendre compte. Telle est la seule faute
+qu'on puisse reprocher collectivement au directoire. Un seul de ses
+membres, sur les douze qui se succédèrent, fut accusé d'avoir fait des
+profits particuliers. Quel est le gouvernement au monde, duquel on
+puisse dire la même chose?
+
+Il fallait un successeur à Rewbell. On souhaitait avoir une grande
+réputation, pour donner un peu de considération au directoire, et on
+songea à Sièyes, dont le nom, après celui de Bonaparte, était le plus
+important de l'époque. Son ambassade en Prusse avait encore ajouté à sa
+renommée. Déjà on le considérait, et très justement, comme un esprit
+profond; mais depuis qu'il était allé à Berlin, on lui attribuait
+la conservation de la neutralité prussienne, qui du reste était due
+beaucoup moins à son intervention qu'à la situation de cette puissance.
+Aussi le regardait-on comme aussi capable de diriger le gouvernement que
+de concevoir une constitution. Il fut élu directeur. Beaucoup de gens
+crurent voir dans ce choix la confirmation du bruit généralement répandu
+de modifications très prochaines à la constitution. Ils disaient
+que Sièyes n'était appelé au directoire que pour contribuer à ces
+modifications. On croyait si peu que l'état des choses actuel pût se
+maintenir, qu'on voyait dans tous les faits des indices certains de
+changement.
+
+
+
+CHAPITRE XVI.
+
+CONTINUATION DE LA CAMPAGNE DE 1799; MASSÉNA RÉUNIT LE COMMANDEMENT
+DES ARMÉES D'HELVÉTIE ET DU DANUBE, ET OCCUPE LA LIGNE DE LA
+LIMMAT.--ARRIVÉE DE SUWAROW EN ITALIE. SCHÉRER TRANSMET LE COMMANDEMENT
+A MOREAU. BATAILLE DE CASSANO. RETRAITE DE MOREAU AU-DELA DU PÔ ET DE
+L'APENNIN.--ESSAI DE JONCTION AVEC L'ARMÉE DE NAPLES; BATAILLE DE LA
+TREBBIA.--COALITION DE TOUS LES PARTIS CONTRE LE DIRECTOIRE.--RÉVOLUTION
+DU 30 PRAIRIAL.--LARÉVELLIÈRE ET MERLIN SORTENT DU DIRECTOIRE.
+
+
+Dans l'intervalle qu'on mit à faire dans le gouvernement les
+modifications que nous venons de raconter, le directoire n'avait cessé
+de faire les plus grands efforts pour réparer les revers qui venaient de
+signaler l'ouverture de la campagne. Jourdan avait perdu le commandement
+de l'armée du Danube, et Masséna avait reçu le commandement en chef de
+toutes les troupes cantonnées depuis Dusseldorf jusqu'au Saint-Gothard.
+Ce choix heureux devait sauver la France. Schérer, impatient de quitter
+une armée dont il avait perdu la confiance, avait obtenu l'autorisation
+de transmettre le commandement à Moreau. Macdonald avait reçu l'ordre
+pressant d'évacuer le royaume de Naples et les états romains, et de
+venir faire sa jonction avec l'armée de la Haute-Italie. Tous les vieux
+bataillons retenus dans l'intérieur étaient acheminés sur la frontière;
+l'équipement et l'organisation des conscrits s'accéléraient, et les
+renforts commençaient à arriver de toutes parts.
+
+Masséna, à peine nommé commandant en chef des armées du Rhin et de
+Suisse, songea à disposer convenablement les forces qui lui étaient
+confiées. Il ne pouvait prendre le commandement dans une situation plus
+critique. Il avait au plus trente mille hommes, épars en Suisse depuis
+la vallée de l'Inn jusqu'à Bâle; il avait en présence trente mille
+hommes sous Bellegarde dans le Tyrol, vingt-huit mille sous Hotze, dans
+le Voralberg, quarante mille sous l'archiduc, entre le lac de Constance
+et le Danube. Cette masse de près de cent mille hommes pouvait
+l'envelopper et l'anéantir. Si l'archiduc n'avait pas été contrarié par
+le conseil aulique et retenu par une maladie, et qu'il eût franchi le
+Rhin entre le lac de Constance et l'Aar, il aurait pu fermer à Masséna
+la route de France, l'envelopper et le détruire. Heureusement il n'était
+pas libre de ses mouvemens; heureusement encore on n'avait pas mis
+immédiatement sous ses ordres Bellegarde et Hotze. Il y avait entre les
+trois généraux un tiraillement continuel, ce qui empêchait qu'ils se
+concertassent pour une opération décisive.
+
+Ces circonstances favorisèrent Masséna, et lui permirent de prendre une
+position solide et de distribuer convenablement les troupes mises à sa
+disposition. Tout prouvait que l'archiduc ne voulait qu'observer la
+ligne du Rhin du côté de l'Alsace, et qu'il se proposait d'opérer en
+Suisse, entre Schaffouse et l'Aar. En conséquence, Masséna fit refluer
+en Suisse la plus grande partie de l'armée du Danube, et lui assigna
+des positions qu'elle aurait dû prendre dès le début, c'est-à-dire
+immédiatement après la bataille de Stokach. Il avait eu le tort de
+laisser Lecourbe engagé trop long-temps dans l'Engadine. Celui-ci fut
+obligé de s'en retirer, après avoir livré des combats brillans, où il
+montra une intrépidité et une présence d'esprit admirables. Les Grisons
+furent évacués. Masséna distribua alors son armée depuis la grande
+chaîne des Alpes jusqu'au confluent de l'Aar dans le Rhin, en
+choisissant la ligne qui lui parut la meilleure.
+
+La Suisse, présente plusieurs lignes d'eau, qui, partant des grandes
+Alpes, la traversent tout entière, pour aller se jeter dans le Rhin. La
+plus étendue et la plus vaste est celle du Rhin même, qui, prenant sa
+source non loin du Saint-Gothard, coule d'abord au nord, puis s'étend
+en un vaste lac[6], dont il sort près de Stein, et court à l'ouest vers
+Bâle, où il recommence à couler au nord pour former la frontière de
+l'Alsace. Cette ligne est la plus vaste, et elle enferme toute la
+Suisse. Il y en a une seconde, celle de Zurich, inscrite dans la
+précédente: c'est celle de la Lint, qui, prenant sa source dans les
+petits cantons, s'arrête pour former le lac de Zurich, en sort sous le
+nom de Limmat, et va finir dans l'Aar, non loin de l'embouchure de cette
+dernière rivière dans le Rhin. Cette ligne, qui n'enveloppe qu'une
+partie de la Suisse, est beaucoup moins vaste que la première. Il y en
+a enfin une troisième, celle de la Reuss, inscrite encore dans la
+précédente, qui du lit de la Reuss passe dans le lac de Lucerne, et
+de Lucerne va se rendre dans l'Aar, tout près du point où se jette la
+Limmat. Ces lignes commençant à droite contre des montagnes énormes,
+finissant à gauche dans de grands fleuves, consistant tantôt en des
+rivières, tantôt en des lacs, présentent de nombreux avantages pour la
+défensive. Masséna ne pouvait espérer de conserver la plus grande, celle
+du Rhin, et de s'étendre depuis le Saint-Gothard jusqu'à l'embouchure
+de l'Aar. Il fut obligé de se replier sur celle de la Limmat, où il
+s'établit de la manière la plus solide. Il plaça son aile droite, formée
+des trois divisions Lecourbe, Ménard et Lorge, depuis les Alpes jusqu'au
+lac de Zurich, sous les ordres de Férino. Il plaça son centre sur la
+Limmat, et le composa des quatre divisions Oudinot, Vandamme, Thureau et
+Soult. Sa gauche gardait le Rhin, vers Bâle et Strasbourg.
+
+[Note 6: Le lac de Constance.]
+
+Avant de se renfermer dans cette position, il essaya d'empêcher par un
+combat la jonction de l'archiduc avec son lieutenant Hotze. Ces deux
+généraux placés sur le Rhin, l'un avant l'entrée du fleuve dans le
+lac de Constance, l'autre après sa sortie, étaient séparés par toute
+l'étendue du lac. En franchissant cette ligne, afin de s'établir devant
+celle de Zurich et de la Limmat, où s'était placé Masséna, ils devaient
+partir des deux extrémités du lac, pour venir faire leur jonction
+au-delà. Masséna pouvait choisir le moment où Hotze ne s'était pas
+encore avancé, se jeter sur l'archiduc, le repousser au-delà du Rhin,
+se rabattre ensuite sur Hotze, et le repousser à son tour. On a calculé
+qu'il aurait eu le temps d'exécuter cette double opération, et de battre
+isolément les deux généraux autrichiens. Malheureusement il ne songea à
+les attaquer qu'au moment où ils étaient près de se réunir, et où ils
+étaient en mesure de se soutenir réciproquement. Il les combattit sur
+plusieurs points le 5 prairial (24 mai), à Aldenfingen, à Frauenfeld, et
+quoiqu'il eût partout l'avantage, grace à cette vigueur qu'il mettait
+toujours dans l'exécution, néanmoins il ne put empêcher la jonction, et
+il fut obligé de se replier sur la ligne de la Limmat et de Zurich,
+où il se prépara à recevoir vigoureusement l'archiduc, si celui-ci se
+décidait à l'attaquer.
+
+Les événemens étaient bien autrement malheureux en Italie. Là, les
+désastres ne s'étaient point arrêtés.
+
+Suwarow avait rejoint l'armée autrichienne avec un corps de vingt-huit
+ou trente mille Russes. Mélas avait pris le commandement de l'armée
+autrichienne. Suwarow commandait en chef les deux armées, s'élevant au
+moins à quatre-vingt-dix mille hommes. On l'appelait l'_invincible_. Il
+était connu par ses campagnes contre les Turcs, et par ses cruautés
+en Pologne. Il avait une grande vigueur de caractère, une bizarrerie
+affectée et poussée jusqu'à la folie, mais aucun génie de combinaison.
+C'était un vrai barbare, heureusement incapable de calculer l'emploi de
+ses forces, car autrement, la république aurait peut-être succombé.
+Son armée lui ressemblait. Elle avait une bravoure remarquable, et
+qui tenait du fanatisme, mais aucune instruction. L'artillerie, la
+cavalerie, le génie, y étaient réduits à une véritable nullité. Elle
+ne savait faire usage que de la baïonnette, et s'en servait comme les
+Français s'en étaient servis pendant la révolution. Suwarow, fort
+insolent pour ses alliés, donna aux Autrichiens des officiers russes,
+pour leur apprendre le maniement de la baïonnette. Il employa le langage
+le plus hautain, il dit que les _femmes_, _les petits-maîtres_, _les
+paresseux_, devaient quitter l'armée; que les parleurs occupés à fronder
+le service souverain seraient traités comme des égoïstes, et perdraient
+leurs grades, et que tout le monde devait se sacrifier pour délivrer
+l'Italie des Français et des athées. Tel était le style de ses
+allocutions. Heureusement, après nous avoir causé bien du mal, cette
+énergie brutale allait rencontrer l'énergie savante et calculée, et se
+briser devant elle.
+
+Schérer ayant entièrement perdu l'usage de ses esprits, s'était
+promptement retiré sur l'Adda, au milieu des cris d'indignation des
+soldats. De son armée de quarante-six mille hommes, il en avait perdu
+dix mille, ou morts ou prisonniers. Il fut obligé d'en laisser à
+Peschiera ou Mantoue encore huit mille, et il ne lui en resta ainsi que
+vingt-huit mille. Néanmoins si, avec cette poignée d'hommes, il avait su
+manoeuvrer habilement, il aurait pu donner le temps à Macdonald de le
+rejoindre, et éviter bien des désastres. Mais il se plaça sur l'Adda
+de la manière la plus malheureuse. Il partagea son armée en trois
+divisions. La division Serrurier était à Lecco, à la sortie de l'Adda du
+lac de Lecco. La division Grenier était à Cassano, la division Victor à
+Lodi. Il avait placé Montrichard, avec quelques corps légers, vers le
+Modénois et les montagnes de Gênes; pour maintenir les communications
+avec la Toscane, par où Macdonald devait déboucher. Ses vingt-huit
+mille hommes, ainsi dispersés sur une ligne de vingt-quatre lieues, ne
+pouvaient résister solidement nulle part, et devaient être enfoncés
+partout où l'ennemi se présenterait en forces.
+
+Le 8 floréal (27 avril) au soir, au moment même où la ligne de l'Adda
+était forcée, Schérer remit à Moreau la direction de l'armée. Ce brave
+général avait quelque droit de la refuser. On l'avait fait descendre
+au rôle de simple divisionnaire, et maintenant que la campagne était
+perdue, qu'il n'y avait plus que des désastres à essuyer, on lui
+donnait le commandement. Cependant, avec un dévouement patriotique
+que l'histoire ne saurait trop célébrer, il accepta une défaite, en
+acceptant le commandement le soir même où l'Adda était forcé. C'est ici
+que commence la moins vantée et la plus belle partie de sa vie.
+
+Suwarow s'était approché de l'Adda sur plusieurs points. Quand le
+premier régiment russe se montra à la vue du pont de Lecco, les
+carabiniers de la brave 18e légère sortirent des retranchemens, et
+coururent au-devant de ces soldats, qu'on peignait comme des colosses
+effrayans et invincibles. Ils fondirent sur eux la baïonnette croisée,
+et en firent un grand carnage. Les Russes furent repoussés. Il venait
+de s'allumer un admirable courage dans le coeur de nos braves; ils
+voulaient faire repentir de leur voyage les barbares insolens qui
+venaient se mêler dans une querelle qui n'était pas la leur. La
+nomination de Moreau enflammait toutes les âmes, et remplit l'armée de
+confiance. Malheureusement la position n'était plus tenable. Suwarow,
+repoussé à Lecco, avait fait passer l'Adda sur deux points, à Brivio et
+à Trezzo, au-dessus et au-dessous de la division Serrurier, qui formait
+la gauche. Cette division se trouva ainsi coupée du reste de l'armée.
+Moreau, avec la division Grenier, livra à Trezzo un combat furieux, pour
+repousser l'ennemi au-delà de l'Adda, et se remettre en communication
+avec la division Serrurier. Il combattit avec huit ou neuf mille hommes
+un corps de plus de vingt mille. Ses soldats, animés par sa présence,
+firent des prodiges de bravoure, mais ne purent rejeter l'ennemi au-delà
+de l'Adda. Malheureusement Serrurier, auquel on ne pouvait plus faire
+parvenir d'ordre, n'eut pas l'idée de se reporter sur ce point même
+de Trezzo, où Moreau s'obstinait à combattre pour se remettre en
+communication avec lui. Il fallut céder, et abandonner la division
+Serrurier à son sort. Elle fut entourée par toute l'armée ennemie, et se
+battit avec la dernière opiniâtreté. Enveloppée enfin de toutes parts,
+elle fut obligée de mettre bas les armes. Une partie de cette division,
+grâce à la hardiesse et à la présence d'esprit d'un officier, se sauva
+par les montagnes en Piémont. Pendant cette action terrible, Victor
+s'était heureusement retiré en arrière avec sa division intacte. Telle
+fut la fatale journée dite de Cassano, 9 floréal (28 avril), qui
+réduisit l'armée à environ vingt mille hommes.
+
+C'est avec cette poignée de braves que Moreau entreprit de se retirer.
+Cet homme rare ne perdit pas un instant ce calme d'esprit dont la nature
+l'avait doué. Réduit à vingt mille soldats, en présence d'une armée
+qu'on aurait pu porter à quatre-vingt-dix mille, si on avait su la faire
+marcher en masse, il ne s'ébranla pas un instant. Ce calme était
+bien autrement méritoire que celui qu'il déploya lorsqu'il revint
+d'Allemagne, avec une armée de soixante mille hommes victorieux, et
+pourtant il a été beaucoup moins célébré! tant les hasards des passions
+influent sur les jugemens contemporains!
+
+Il s'attacha d'abord à couvrir Milan, pour donner le moyen d'évacuer
+les parcs et les bagages, et pour laisser aux membres du gouvernement
+cisalpin, et à tous les Milanais compromis, le temps de se retirer sur
+les derrières. Rien n'est plus dangereux pour une armée que ces familles
+de fugitifs, qu'elle est obligée de recevoir dans ses rangs. Elles
+embarrassent sa marche, ralentissent ses mouvemens, et peuvent
+quelquefois compromettre son salut. Moreau, après avoir passé deux
+jours à Milan, se remit en marche pour repasser le Pô. A la conduite
+de Suwarow, il put juger qu'il aurait le temps de prendre une position
+solide. Il avait deux objets à atteindre, c'était de couvrir ses
+communications avec la France, et avec la Toscane, par où s'avançait
+l'armée de Naples. Pour arriver à ce but important, il lui parut
+convenable d'occuper le penchant des montagnes de Gênes; c'était le
+point le plus favorable. Il marcha en deux colonnes: l'une, escortant
+les parcs, les bagages, tout l'attirail de l'armée, prit la grande route
+de Milan à Turin; l'autre s'achemina vers Alexandrie, pour occuper les
+routes de la rivière de Gênes. Il exécuta cette marche sans être
+trop pressé par l'ennemi. Suwarow, au lieu de fondre avec ses masses
+victorieuses sur notre faible armée, et de la détruire complètement, se
+faisait décerner à Milan les honneurs du triomphe par les prêtres, les
+moines, les nobles, toutes les créatures de l'Autriche, rentrées en
+foule à la suite des armées coalisées.
+
+Moreau eut le temps d'arriver à Turin, et d'acheminer vers la France
+tout son attirail de guerre. Il arma la citadelle, tâcha de réveiller
+le zèle des partisans de la république, et vint rejoindre ensuite la
+colonne qu'il avait dirigée vers Alexandrie. Il choisit là une position
+qui prouve toute la justesse de son coup d'oeil. Le Tanaro, en tombant
+de l'Apennin, va se jeter dans le Pô au-dessous d'Alexandrie. Moreau se
+plaça au confluent de ces deux fleuves. Couvert à la fois par l'un et
+par l'autre, il ne craignait pas une attaque de vive force; il gardait
+en même temps toutes les routes de Gênes, et pouvait attendre l'arrivée
+de Macdonald. Cette position ne pouvait être plus heureuse. Il occupait
+Casale, Valence, Alexandrie; il avait une chaîne de postes sur le Pô
+et le Tanaro, et ses masses étaient disposées de manière qu'il pouvait
+courir en quelques heures sur le premier point attaqué. Il s'établit là
+avec vingt mille hommes, et y attendit avec un imperturbable sang-froid
+les mouvemens de son formidable ennemi.
+
+Suwarow avait mis très heureusement beaucoup de temps à s'avancer. Il
+avait demandé au conseil aulique que le corps autrichien de Bellegarde,
+destiné au Tyrol, fût mis à sa disposition. Ce corps venait de descendre
+en Italie, et portait l'armée combinée à beaucoup plus de cent mille
+hommes. Mais Suwarow, ayant ordre d'assiéger à la fois Peschiera,
+Mantoue, Pizzighitone, voulant en même temps se garder du côté de la
+Suisse, et ignorant d'ailleurs l'art de distribuer des masses, n'avait
+guère plus de quarante mille hommes sous sa main, force du reste très
+suffisante pour accabler Moreau, s'il avait su la manier habilement.
+
+Il vint longer le Pô et le Tanaro, et se placer en face de Moreau. Il
+s'établit à Tortone, et y fixa son quartier-général. Après quelques
+jours d'inaction, il résolut enfin de faire une tentative sur l'aile
+gauche de Moreau, c'est-à-dire du côté du Pô. Un peu au-dessus du
+confluent du Pô et du Tanaro, vis-à-vis Mugarone, se trouvent des îles
+boisées, à la faveur desquelles les Russes résolurent de tenter un
+passage. Dans la nuit du 22 au 23 floréal (du 11 au 12 mai), ils
+passèrent au nombre à peu près de deux mille, dans l'une de ces îles, et
+se trouvèrent ainsi au-delà du bras principal. Le bras qui leur restait
+à passer était peu considérable, et pouvait même être franchi à la nage.
+Ils le traversèrent hardiment, et se portèrent sur la rive droite du Pô.
+Les Français, prévenus du danger, coururent sur le point menacé. Moreau,
+qui était averti d'autres démonstrations faites du côté du Tanaro,
+attendit que le véritable point du danger fût bien déterminé pour s'y
+porter en force: dès qu'il en fut certain, il y marcha avec sa réserve,
+et culbuta dans le Pô les Russes qui avaient eu la hardiesse de le
+franchir. Il y en eut deux mille cinq cents tués, noyés ou prisonniers.
+
+Ce coup de vigueur assurait tout à fait la position de Moreau dans le
+singulier triangle où il s'était placé. Mais l'inaction de l'ennemi
+l'inquiétait; il craignait que Suwarow n'eût laissé devant Alexandrie un
+simple détachement, et qu'avec la masse de ses forces il n'eût remonté
+le Pô, pour se porter sur Turin et prendre la position des Français
+par derrière, ou bien qu'il n'eût marché au-devant de Macdonald. Dans
+l'incertitude où le laissait l'inaction de Suwarow, il résolut d'agir
+lui-même, pour s'assurer du véritable état des choses. Il imagina de
+déboucher au-delà d'Alexandrie, et de faire une forte reconnaissance.
+Si l'ennemi n'avait laissé devant lui qu'un corps détaché, le projet
+de Moreau était de changer cette reconnaissance en attaque sérieuse,
+d'accabler ce corps détaché, et puis de se retirer tranquillement par
+la grande route de la Bochetta, vers les montagnes de Gênes, afin d'y
+attendre Macdonald. Si au contraire il trouvait la masse principale, son
+projet était de se replier sur-le-champ, et de regagner en toute hâte
+la rivière de Gênes, par toutes les communications accessibles qui
+lui restaient. Une raison qui le décidait surtout à prendre ce parti
+décisif, c'était l'insurrection du Piémont sur ses derrières. Il fallait
+qu'il se rapprochât de sa base le plus tôt possible.
+
+Tandis que Moreau formait ce projet fort sage, Suwarow en formait
+un autre qui était dépourvu de sens. Sa position à Tortone était
+certainement la meilleure qu'il pût prendre, puisqu'elle le plaçait
+entre les deux armées françaises, celle de la Cisalpine et celle de
+Naples. Il ne devait la quitter à aucun prix. Cependant il imagina
+d'emmener une partie de ses forces au-delà du Pô, pour remonter le
+fleuve jusqu'à Turin, s'emparer de cette capitale, y organiser les
+royalistes piémontais, et faire tomber la position de Moreau. Rien
+n'était plus mal calculé qu'une pareille manoeuvre; car, pour faire
+tomber la position de Moreau, il fallait essayer une attaque directe
+et vigoureuse, mais par-dessus tout ne pas quitter la position
+intermédiaire entre les deux armées qui cherchaient à opérer leur
+jonction.
+
+Tandis que Suwarow divisait ses forces, en laissant une partie aux
+environs de Tortone, le long du Tanaro, et portant l'autre au-delà du Pô
+pour marcher sur Turin, Moreau exécutait la reconnaissance qu'il avait
+projetée. Il avait porté la division Victor en avant pour attaquer
+vigoureusement le corps russe qu'il avait devant lui. Il se tenait
+lui-même avec toute sa réserve un peu en arrière, prêt à changer cette
+reconnaissance en une attaque sérieuse, s'il jugeait que le corps russe
+pût être accablé. Après un engagement très-vif, où les troupes de Victor
+déployèrent une rare bravoure, Moreau crut que toute l'armée russe était
+devant lui: il n'osa pas attaquer à fond, de peur d'avoir sur les bras
+un ennemi trop supérieur. En conséquence, entre les deux partis qu'il
+s'était proposé d'adopter, il préféra le second, comme le plus sûr. Il
+résolut donc de se retirer vers les montagnes de Gênes. Sa position
+était des plus critiques. Tout le Piémont était en révolte sur ses
+derrières. Un corps d'insurgés s'était emparé de Céva, qui ferme la
+principale route, la seule accessible à l'artillerie. Le grand convoi
+des objets d'arts recueillis en Italie, courait risque d'être enlevé.
+Ces circonstances étaient des plus fâcheuses. En prenant les routes
+situées plus en arrière, et qui aboutissaient à la rivière du Ponent,
+Moreau craignait de trop s'éloigner des communications de la Toscane,
+et de les laisser en prise à l'ennemi, qu'il supposait réuni en masse
+autour de Tortone. Dans cette perplexité, il prit sur-le-champ son
+parti, et fit les dispositions suivantes. Il détacha la division Victor,
+sans artillerie ni bagages, et la jeta par des rentiers praticables à
+la seule infanterie, vers les montagnes de Gênes. Elle devait se hâter
+d'occuper tous les passages de l'Apennin pour se joindre à l'armée
+venant de Naples, et la renforcer, dans le cas où elle serait attaquée
+par Suwarow. Moreau, ne gardant que huit mille hommes au plus, vint avec
+son artillerie, sa cavalerie, et tout ce qui pouvait suivre les sentiers
+des montagnes, gagner l'une des routes charretières qui se trouvaient en
+arrière de Céva, et aboutissaient dans la rivière du Ponent. Il faisait
+un autre calcul, en se décidant à cette retraite excentrique, c'est
+qu'il attirerait à lui l'armée ennemie, la détournerait de poursuivre
+Victor et de se jeter sur Macdonald.
+
+Victor se retira heureusement par Acqui, Spigno et Dego, et vint occuper
+les crêtes de l'Apennin. Moreau, de son côté, se retira avec une
+célérité extraordinaire sur Asti. La prise de Céva, qui fermait sa
+principale communication, le mettait dans un embarras extrême. Il
+achemina par le col de Fenestrelle la plus grande partie de ses parcs,
+ne garda que l'artillerie de campagne qui lui était indispensable,
+et résolut de s'ouvrir une route à travers l'Apennin, en la faisant
+construire par ses propres soldats. Après quatre jours d'efforts
+incroyables, la route fut rendue praticable à l'artillerie, et Moreau
+fut transporté dans la rivière de Gênes sans avoir rétrogradé jusqu'au
+col de Tende, ce qui l'eût trop éloigné des troupes de Victor détachées
+vers Gênes.
+
+Suwarow, en apprenant la retraite de Moreau, se hâta de le faire
+poursuivre; mais il ne sut deviner ni prévenir ses savantes
+combinaisons. Ainsi, grâce à son sang-froid et à son adresse, Moreau
+avait ramené ses vingt mille hommes sans les laisser entamer une seule
+fois, en contenant au contraire les Russes partout où il les avait
+rencontrés. Il avait laissé une garnison de trois mille hommes dans
+Alexandrie, et il était avec dix-huit mille à peu près dans les environs
+de Gênes. Il était placé sur la crête de l'Apennin, attendant l'arrivée
+de Macdonald. Il avait porté la division Lapoype, le corps léger de
+Montrichard, et la division Victor, sur la Haute-Trebbia, pour les
+joindre à Macdonald. Lui se tenait aux environs de Novi, avec le reste
+de son corps d'armée. Son plan de jonction était profondément médité.
+Il pouvait attirer l'armée de Naples à lui par les bords de la
+Méditerranée, la réunir à Gênes, et déboucher avec elle de la Bochetta;
+ou bien la faire déboucher de la Toscane dans les plaines de Plaisance,
+et sur les bords du Pô. Le premier parti assurait la jonction,
+puisqu'elle se faisait à l'abri de l'Apennin, mais il fallait de nouveau
+franchir l'Apennin, et donner de front sur l'ennemi, pour enlever la
+plaine. En débouchant au contraire en avant de Plaisance, on était
+maître de la plaine jusqu'au Pô, on prenait son champ de bataille sur
+les bords même du Pô, et en cas de victoire on y jetait l'ennemi. Moreau
+voulait que Macdonald eût sa gauche toujours serrée aux montagnes,
+pour se lier avec Victor qui était à Bobbio. Quant à lui, il observait
+Suwarow, prêt à se jeter dans ses flancs dès qu'il voudrait marcher à
+la rencontre de Macdonald. Dans cette situation, la jonction paraissait
+aussi sûre que derrière l'Apennin, et se faisait sur un terrain bien
+préférable.
+
+Dans ce moment, le directoire venait de réunir dans la Méditerranée des
+forces maritimes considérables. Bruix, le ministre de la marine, s'était
+mis à la tête de la flotte de Brest, avait débloqué la flotte espagnole,
+et croisait avec cinquante vaisseaux dans la Méditerranée, dans le but
+de la délivrer des Anglais, et d'y rétablir les communications avec
+l'armée d'Égypte. Cette jonction tant désirée était enfin opérée, et
+elle pouvait nous redonner la prépondérance dans les mers du
+Levant. Bruix dans ce moment était devant Gênes. Sa présence avait
+singulièrement remonté le moral de l'armée. On disait qu'il apportait
+des vivres, des munitions et des renforts. Il n'en était rien; mais
+Moreau profita de cette opinion, et fit effort pour l'accréditer. Il fit
+répandre le bruit que la flotte venait de débarquer vingt mille hommes,
+et des approvisionnemens considérables. Ce bruit encouragea l'armée, et
+diminua beaucoup la confiance de l'ennemi.
+
+On était au milieu de prairial (premiers jours de juin). Un événement
+nouveau venait d'avoir lieu en Suisse. On a vu que Masséna avait occupé
+la ligne de la Limmat ou de Zurich, et que l'archiduc, débouchant en
+deux masses des deux extrémités du lac de Constance, était venu border
+cette ligne dans toute son étendue. Il résolut de l'attaquer entre
+Zurich et Bruk, c'est-à-dire entre le lac de Zurich, et l'Aar, tout le
+long de la Limmat. Masséna avait pris position, non pas sur la Limmat
+elle-même, mais sur une suite de hauteurs qui sont en avant de la
+Limmat, et qui couvrent à la fois la rivière et le lac. Il avait
+retranché ces hauteurs de la manière la plus redoutable, et les avait
+rendues presque inaccessibles. Quoique cette partie de notre ligne,
+entre Zurich et l'Aar, fût la plus forte, l'archiduc avait résolu de
+l'attaquer, parce qu'il eût été trop dangereux de faire un long détour
+pour venir tenter une attaque au-dessus du lac, le long de la Lint.
+Masséna pouvait profiter de ce moment pour accabler les corps laissés
+devant lui, et se procurer ainsi un avantage décisif.
+
+L'attaque projetée s'exécuta le 4 juin (16 prairial). Elle eut lieu sur
+toute l'étendue de la Limmat, et fut repoussée partout victorieusement,
+malgré l'opiniâtre persévérance des Autrichiens. Le lendemain
+l'archiduc, pensant que de pareilles tentatives doivent se poursuivre,
+afin qu'il n'y ait pas de pertes inutiles, recommença l'attaque avec
+la même opiniâtreté. Masséna, réfléchissant qu'il pouvait être forcé,
+qu'alors sa retraite deviendrait difficile, que la ligne qu'il
+abandonnait était suivie immédiatement d'une plus forte, la chaîne de
+l'Albis, qui borde en arrière la Limmat et le lac de Zurich, résolut de
+se retirer volontairement. Il ne perdait à cette retraite que la ville
+de Zurich, qu'il regardait comme peu importante. La chaîne des monts
+de l'Albis, longeant le lac de Zurich, et la Limmat jusqu'à l'Aar
+présentant de plus un escarpement continu, était presque inattaquable.
+En l'occupant on ne faisait qu'une légère perte de terrain, car on ne
+reculait que de la largeur du lac et de la Limmat. En conséquence, et
+s'y retira volontairement et sans perte, il s'y établit d'une manière
+qui ôta à l'archiduc toute envie de l'attaquer.
+
+Notre position était donc toujours à peu près la même en Suisse.
+L'Aar, la Limmat, le lac de Zurich, la Lint et la Reuss, jusqu'au
+Saint-Gothard, formaient notre ligne défensive contre les Autrichiens.
+
+Du côté de l'Italie, Macdonald s'avançait enfin vers la Toscane.
+Il avait laissé garnison au fort Saint-Elme, à Capoue et à Gaëte,
+conformément à ses instructions. C'était compromettre inutilement des
+troupes qui n'étaient pas capables de soutenir le parti républicain, et
+qui laissaient un vide dans l'armée active. L'armée française, en se
+retirant, avait laissé la ville de Naples en proie à une réaction
+royale, qui égalait les plus épouvantables scènes de notre révolution.
+Macdonald avait rallié à Rome quelques milliers d'hommes de la division
+Garnier; il avait recueilli en Toscane la division Gauthier, et dans le
+Modénois le corps léger de Montrichard. Il avait formé ainsi un corps de
+vingt-huit mille hommes. Il était à Florence le 9 prairial (25 mai).
+Sa retraite s'était opérée avec beaucoup de rapidité, et un ordre
+remarquable. Il perdit malheureusement beaucoup de temps en Toscane, et
+ne déboucha au-delà de l'Apennin, dans les plaines de Plaisance, que
+vers la fin de prairial (milieu de juin).
+
+S'il eût débouché plus tôt, il aurait surpris les coalisés dans un tel
+état de dispersion, qu'il aurait pu les accabler successivement, et
+les rejeter au-delà du Pô. Suwarow était à Turin, dont il venait de
+s'emparer, et où il avait trouvé des munitions immenses. Bellegarde
+observait les débouchés de Gênes; Kray assiégeait Mantoue, la citadelle
+de Milan et les places. Nulle part il n'y avait trente mille Autrichiens
+ou Russes réunis. Macdonald et Moreau, débouchant ensemble avec
+cinquante mille hommes auraient pu changer la destinée de la campagne.
+Mais Macdonald crut devoir employer quelques jours pour faire reposer
+son armée, et réorganiser les divisions qu'il avait successivement
+recueillies. Il perdit ainsi un temps précieux, et permit à Suwarow de
+réparer ses fautes. Le général russe, apprenant la marche de Macdonald,
+se hâta de quitter Turin, et de marcher avec vingt mille hommes de
+renfort, pour se placer entre les deux généraux français, et reprendre
+la position qu'il n'aurait jamais dû abandonner. Il ordonna au général
+Ott, qui était en observation sur la Trebbia, aux environs de Plaisance,
+de se retirer sur lui, s'il était attaqué; il prescrivit à Kray de lui
+faire passer de Mantoue toutes les troupes dont il pourrait disposer;
+il laissa à Bellegarde le soin d'observer Novi, d'où Moreau devait
+déboucher, et il se disposa à marcher lui-même dans les plaines de
+Plaisance, à la rencontre de Macdonald.
+
+Ces dispositions sont les seules qui, pendant la durée de cette
+campagne, aient mérité à Suwarow l'approbation des militaires. Les deux
+généraux français occupaient toujours les positions que nous avons
+indiquées. Placés tous deux sur l'Apennin, ils devaient en descendre
+pour se réunir dans les plaines de Plaisance. Moreau devait déboucher de
+Novi, Macdonald de Pontremoli. Moreau avait fait passer à Macdonald la
+division Victor pour le renforcer. Il avait placé à Bobbio, au penchant
+des montagnes, le général Lapoype avec quelques bataillons, pour
+favoriser la jonction, et son projet était de saisir le moment où
+Suwarow marcherait de front contre Macdonald, pour donner dans son
+flanc. Mais il fallait pour cela que Macdonald se tînt toujours appuyé
+aux montagnes, et n'acceptât pas la bataille trop loin dans la plaine.
+
+Macdonald s'ébranla vers la fin de prairial (milieu de juin). Le corps
+de Hohenzollern, placé aux environs de Modène, gardait le Bas-Pô. Il
+fut accablé par des forces supérieures, perdit quinze cents hommes, et
+faillit être enlevé tout entier. Ce premier succès encouragea Macdonald,
+et lui fit hâter sa marche. La division Victor, qui venait de le
+joindre, et de porter son armée à trente-deux mille hommes à peu près,
+forma son avant-garde. La division polonaise de Dombrowsky marchait à
+la gauche de la division Victor; la division Rusca les appuyait toutes
+deux. Quoique le gros de l'armée, formé par les divisions Montrichard,
+Olivier et Watrin, fût encore en arrière, Macdonald, alléché par le
+succès qu'il venait d'obtenir sur Hohenzollern, voulut accabler Ott, qui
+était en observation sur le Tidone, et ordonna à Victor, Dombrowsky et
+Rusca, de marcher contre lui à l'instant même.
+
+Trois torrens, coulant parallèlement de l'Apennin dans le Pô, formaient
+le champ de bataille: c'étaient la Nura, la Trebbia et le Tidone. Le
+gros de l'armée française était encore sur la Nura; les divisions
+Victor, Dombrowsky et Rusca s'avançaient sur la Trebbia, et avaient
+l'ordre de la franchir pour se porter sur le Tidone, afin d'accabler
+Ott, que Macdonald croyait sans appui. Elles marchèrent le 29 prairial
+(17 juin). Elles repoussèrent d'abord l'avant-garde du général Ott des
+bords du Tidone, et l'obligèrent à prendre une position en arrière vers
+le village de Sermet. Ott allait être accablé, mais dans ce moment
+Suwarow arrivait à son secours, avec toutes ses forces. Il opposa le
+général Bagration à Victor qui marchait le long du Pô; il reporta Ott au
+centre sur Dombrowsky, et dirigea Mélas à droite sur la division Rusca.
+Bagration ne fut pas d'abord heureux contre Victor, et fut forcé de
+rétrograder; mais au centre, Suwarow fit charger la division Dombrowsky
+par l'infanterie russe, jeta dans son flanc deux régimens de cavalerie,
+et la rompit. Dès cet instant, Victor, qui s'était avancé sur le Pô, se
+trouva débordé et compromis. Bagration, renforcé par les grenadiers,
+reprit l'offensive. La cavalerie russe, qui avait rompu les Polonais
+au centre, et qui avait ainsi débordé Victor, le chargea en flanc, et
+l'obligea à se retirer. Rusca, à droite, fut alors obligé de céder
+le terrain à Mélas. Nos trois divisions repassèrent le Tidone, et
+rétrogradèrent sur la Trebbia.
+
+Cette première journée, où un tiers de l'armée au plus s'était trouvé
+engagé contre toute l'armée ennemie, n'avait pas été heureuse.
+Macdonald, ignorant l'arrivée de Suwarow, s'était trop hâté. Il résolut
+de s'établir derrière la Trebbia, d'y réunir toutes ses divisions, et de
+venger l'échec qu'il venait d'essuyer. Malheureusement, les divisions
+Olivier, Montrichard et Watrin étaient encore en arrière sur la Nura, et
+il résolut d'attendre le surlendemain, c'est-à-dire le 1er messidor (19
+juin), pour livrer bataille.
+
+Mais Suwarow ne lui laissa pas le temps de réunir ses forces, et il se
+disposa à attaquer dès le lendemain même, c'est-à-dire le 30 prairial
+(18 juin). Les deux armées allaient se joindre le long de la Trebbia,
+appuyant leurs ailes au Pô et à l'Apennin. Suwarow, jugeant sagement
+que le point essentiel était dans les montagnes, par où les deux armées
+françaises pourraient communiquer, porta de ce côté sa meilleure
+infanterie et sa meilleure cavalerie. Il dirigea la division Bagration,
+qui d'abord était à sa gauche le long du Pô, vers sa droite contre les
+montagnes. Il les plaça avec la division Schweikofsky sous les ordres
+de Rosemberg, et leur ordonna à toutes deux de passer la Trebbia vers
+Rivalta, dans la partie supérieure de son cours, afin de détacher les
+Français des montagnes. Les divisions Dombrowsky, Rusca et Victor,
+étaient placées vers ce point, à la gauche de la ligne des Français. Les
+divisions Olivier et Montrichard devaient venir se placer au centre, le
+long de la Trebbia. La division Watrin devait venir occuper la droite,
+vers le Pô et Plaisance.
+
+Dès le matin du 29 prairial (17 juin), les avant-gardes russes
+attaquèrent les avant-gardes françaises, qui étaient au-delà de la
+Trebbia, à Casaliggio et Grignano, et les repoussèrent; Macdonald, qui
+ne s'attendait pas à être attaqué, s'occupait à faire arriver en ligne
+ses divisions du centre. Victor, qui commandait à notre gauche, porta
+aussitôt toute l'infanterie française au-delà de la Trebbia, et mit
+un moment Suwarow en péril. Mais Rosemberg, arrivant avec la division
+Schweikofsky, rétablit l'avantage, et, après un combat furieux, dans
+lequel les pertes furent énormes des deux parts, obligea les Français à
+se retirer derrière la Trebbia. Pendant ce temps, les divisions Olivier,
+Montrichard, arrivaient au centre, la division Watrin à droite, et une
+canonnade s'établissait sur toute la ligne. Après avoir échangé quelques
+boulets, on s'arrêta de part et d'autre sur les bords de la Trebbia qui
+sépara les deux armées.
+
+Telle fut la seconde journée. Elle avait consisté en un combat vers
+notre gauche, combat terrible, mais sans résultat. Macdonald, disposant
+désormais de tout son monde, voulait rendre décisive la troisième
+journée. Son plan consistait à franchir la Trebbia sur tous les points,
+et à déborder les deux ailes de l'ennemi. Pour cela, la division
+Dombrowsky devait remonter la rivière jusqu'à Rivalta, et la passer
+au-dessus des Russes. La division Watrin devait la franchir presque à
+son embouchure dans le Pô, et gagner l'extrême gauche de Suwarow. Il
+comptait en même temps que Moreau, dont il attendait la coopération
+depuis deux jours, entrerait en action ce jour-là au plus tard. Tel fut
+le plan pour la journée du 1er messidor (19 juin). Mais une horrible
+échauffourée eut lieu pendant la nuit. Un détachement français ayant
+traversé le lit de la Trebbia pour prendre position, les Russes se
+crurent attaqués et coururent aux armes. Les Français y coururent de
+leur côté. Les deux armées se mêlèrent et se livrèrent un combat de
+nuit, où des deux côtés on s'égorgeait, sans distinguer amis ni ennemis.
+Après un carnage inutile, les généraux parvinrent enfin à ramener leurs
+soldats au bivouac. Le lendemain les deux armées étaient tellement
+fatiguées par trois jours de combats et par le désordre de la nuit,
+qu'elles n'entrèrent en action que vers les dix heures du matin.
+
+La bataille commença à notre gauche, sur la Haute Trebbia. Dombrowsky
+franchit la Trebbia à Rivalta, malgré les Russes. Suwarow y détacha
+le prince Bagration. Ce mouvement laissa à découvert les flancs de
+Rosemberg. Sur-le-champ Victor et Rusca en profitèrent pour se jeter sur
+lui en passant la Trebbia. Ils s'avancèrent avec succès et enveloppèrent
+de toutes parts la division Schweikofsky, où se trouvait Suwarow. Ils la
+mirent dans le plus grand danger; mais elle fit front de tous côtés et
+se défendit vaillamment. Bagration, apercevant le péril, se rabattit
+promptement sur le point menacé, et obligea Victor et Rusca à lâcher
+prise. Si Dombrowsky, saisissant le moment, se fût de son côté rabattu
+sur Bagration, l'avantage nous serait resté sur ce point, qui était le
+plus important, puisqu'il touchait aux montagnes. Malheureusement il
+resta inactif, et Victor et Rusca furent obligés de se replier sur la
+Trebbia. Au centre, Montrichard avait passé la Trebbia vers Grignano;
+Olivier l'avait franchie vers San-Nicolo. Montrichard marchait sur le
+corps de Forster, lorsque les réserves autrichiennes, que Suwarow
+avait demandées à Mélas, et qui défilaient sur le derrière du champ de
+bataille, donnèrent inopinément dans les flancs de sa division. Elle
+fut surprise, et la 5e légère, qui avait fait des prodiges en cent
+batailles, s'enfuit en désordre. Montrichard se vit obligé de repasser
+la Trebbia. Olivier, qui s'était avancé avec succès vers San-Nicolo, et
+avait vigoureusement repoussé Ott et Mélas, se trouva découvert par la
+retraite de Montrichard. Mélas alors, donnant contre-ordre aux réserves
+autrichiennes, dont la présence avait jeté le trouble dans la division
+Montrichard, les dirigea sur la division Olivier, qui fut forcée à son
+tour de repasser la Trebbia. Pendant ce temps la division Watrin, portée
+inutilement à l'extrême droite, où elle n'avait rien à faire, s'avançait
+le long du Pô, sans être d'aucun secours à l'armée. Elle fut même
+obligée de repasser la Trebbia, pour suivre le mouvement général de
+retraite. Suwarow, craignant toujours de voir Moreau déboucher sur ses
+derrières, fit de grands efforts le reste de la journée pour passer la
+Trebbia, mais il ne put y réussir. Les Français lui opposèrent sur toute
+la ligne une fermeté invincible, et ce torrent, témoin d'une lutte si
+acharnée, sépara encore pour la troisième fois les deux armées ennemies.
+
+Tel fut le troisième acte de cette sanglante bataille. Les deux armées
+étaient désorganisées. Elles avaient perdu environ douze mille hommes
+chacune. La plupart des généraux étaient blessés. Des régimens entiers
+étaient détruits. Mais la situation était bien différente. Suwarow
+recevait tous les jours des renforts, et n'avait qu'à gagner au
+prolongement de la lutte. Macdonald, au contraire, avait épuisé toutes
+ses ressources, et pouvait, en s'obstinant à se battre, être jeté en
+désordre dans la Toscane. Il songea donc à se retirer sur la Nura,
+pour regagner Gênes par derrière l'Apennin. Il quitta la Trebbia le 2
+messidor (20 juin) au matin. Une dépêche, dans laquelle il peignit à
+Moreau sa situation désespérée, étant tombée dans les mains de Suwarow,
+celui-ci fut rempli de joie, et se hâta de le poursuivre à outrance.
+Cependant la retraite se fit avec assez d'ordre sur les bords de la
+Nura. Malheureusement, la division Victor, qui soutenait depuis quatre
+jours des combats continuels, fut enfin rompue, et perdit beaucoup de
+prisonniers. Macdonald eut cependant le temps de recueillir son armée
+au-delà de l'Apennin, après une perte de quatorze ou quinze mille
+hommes, en tués, blessés ou prisonniers.
+
+Très heureusement, Suwarow, entendant le canon de Moreau sur ses
+derrières, se laissa détourner de la poursuite de Macdonald. Moreau, que
+des obstacles insurmontables avaient empêché de se mettre en mouvement
+avant le 30 prairial (18 juin), venait enfin de déboucher de Novi, de se
+jeter sur Bellegarde, de le mettre en déroute, et de lui prendre près
+de trois mille prisonniers. Mais cet avantage tardif était inutile, et
+n'eut d'autre résultat que de rappeler Suwarow, et de l'empêcher de
+s'acharner sur Macdonald.
+
+Cette jonction, de laquelle on attendait de si grands résultats, avait
+donc amené une sanglante défaite; elle fit naître entre les deux
+généraux français des contestations qui n'ont jamais été bien
+éclaircies. Les militaires reprochèrent à Macdonald d'avoir trop
+séjourné en Toscane, d'avoir fait marcher ses divisions trop loin
+les unes des autres, de manière que les divisions Victor, Rusca et
+Dombrowsky furent battues deux jours de suite, avant que les divisions
+Montrichard, Olivier et Watrin fussent en ligne; d'avoir cherché, le
+jour de la bataille, à déborder les deux ailes de l'ennemi, au lieu
+de diriger son principal effort à sa gauche vers la Haute-Trebbia; de
+s'être tenu trop éloigné des montagnes, de manière à ne pas permettre à
+Lapoype, qui était à Bobbio, de venir à son secours; enfin de s'être,
+par-dessus tout, beaucoup trop hâté de livrer bataille, comme s'il eût
+voulu avoir seul l'honneur de la victoire. Les militaires, en approuvant
+le plan savamment combiné par Moreau, ne lui ont reproché qu'une
+chose, c'est de n'avoir pas mis de côté tout ménagement pour un ancien
+camarade, de n'avoir pas pris le commandement direct des deux armées, et
+surtout de n'avoir pas commandé en personne à la Trebbia. Quoi qu'il
+en soit de la justesse de ces reproches, il est certain que le plan de
+Moreau, exécuté comme il avait été conçu, aurait sauvé l'Italie. Elle
+fut entièrement perdue par la bataille de la Trebbia. Heureusement,
+Moreau était encore là pour recueillir nos débris et empêcher Suwarow
+de profiter de son immense supériorité. La campagne n'était ouverte que
+depuis trois mois, et, excepté en Suisse, nous n'avions eu partout que
+des revers. La bataille de Stokach nous avait fait perdre l'Allemagne;
+les batailles de Magnano et de la Trebbia nous enlevaient l'Italie.
+Masséna seul, ferme comme un roc, occupait encore la Suisse, le long de
+la chaîne de l'Albis. Il ne faut pas oublier cependant, au milieu de ces
+cruels revers, que le courage de nos soldats avait été inébranlable et
+aussi brillant qu'aux plus beaux jours de nos victoires; que Moreau
+avait été à la fois grand citoyen et grand capitaine, et avait empêché
+que Suwarow ne détruisît d'un seul coup nos armées d'Italie.
+
+Ces derniers malheurs fournirent de nouvelles armes aux ennemis du
+directoire, et provoquèrent contre lui un redoublement d'invectives.
+La crainte d'une invasion commençait à s'emparer des esprits. Les
+départemens du Midi et des Alpes, exposés les premiers au débordement
+des Austro-Russes, étaient dans une extrême fermentation. Les villes de
+Chambéry, de Grenoble et d'Orange, envoyèrent au corps législatif des
+adresses qui firent la plus vive sensation. Ces adresses renfermaient
+les reproches injustes qui circulaient depuis deux mois dans toutes
+les bouches; elles revenaient sur le pillage des pays conquis, sur
+les dilapidations des compagnies, sur le dénûment des armées, sur le
+ministère de Schérer, sur son généralat, sur l'injustice faite à Moreau,
+sur l'arrestation de Championnet, etc. «Pourquoi, disaient-elles, les
+conscrits fidèles se sont-ils vus forcés de rentrer dans leurs foyers,
+par le dénûment où on les laissait? Pourquoi toutes les dilapidations
+sont-elles restées impunies? Pourquoi l'inepte Schérer, signalé comme un
+traître par Hoche, est-il resté si longtemps au ministère de la guerre?
+Pourquoi a-t-il pu consommer, comme général, les maux qu'il avait
+préparés comme ministre? Pourquoi des noms chers à la victoire sont-ils
+remplacés par des noms inconnus? Pourquoi le vainqueur de Rome et de
+Naples est-il en accusation?......»
+
+On a déjà pu apprécier la valeur de ces reproches. Les adresses qui les
+contenaient obtinrent l'honneur de l'impression, la mention honorable,
+et le renvoi au directoire. Cette manière de les accueillir prouvait
+assez les dispositions des deux conseils. Elles ne pouvaient être plus
+mauvaises. L'opposition constitutionnelle s'était réunie à l'opposition
+patriote. L'une composée d'ambitieux qui voulaient un gouvernement
+nouveau, et d'importans qui se plaignaient que leurs avis et leurs
+recommandations n'eussent pas été assez bien accueillis; l'autre formée
+de patriotes exclus par les scissions du corps législatif, ou réduits au
+silence par la loi du 19 fructidor; elles voulaient également la ruine
+du gouvernement existant. Ils disaient que le directoire avait à la fois
+mal administré et mal défendu la France; qu'il avait violé la liberté
+des opinions, opprimé la liberté de la presse et des sociétés
+populaires. Ils le déclaraient à la fois faible et violent; ils allaient
+même jusqu'à revenir sur le 18 fructidor, et à dire que, n'ayant pas
+respecté les lois dans cette journée, il ne pouvait plus les invoquer en
+sa faveur.
+
+La nomination de Sièyes au directoire avait été l'un des premiers motifs
+de ces dispositions. Appeler au directoire un homme qui n'avait cessé
+de regarder comme mauvaise la constitution directoriale, qui déjà, par
+cette raison, avait refusé d'être directeur, c'était annoncer en quelque
+sorte qu'on voulait une révolution. L'acceptation de Sièyes, dont on
+doutait à cause de ses refus antérieurs, ne fit que confirmer ces
+conjectures.
+
+Les mécontens de toute espèce, qui voulaient un changement, se
+groupèrent autour de Sièyes. Sièyes n'était point un chef de parti
+habile; il n'en avait ni le caractère à la fois souple et audacieux, ni
+même l'ambition; mais il ralliait beaucoup de monde par sa renommée.
+On savait qu'il trouvait tout mauvais dans la constitution et le
+gouvernement, et on se pressait autour de lui, comme pour l'inviter
+à tout changer. Barras, qui avait su se faire pardonner son ancienne
+présence au directoire par ses liaisons et ses intrigues avec tous les
+partis, s'était rapproché de Sièyes, et était parvenu à se rattacher
+à lui, en livrant lâchement ses collègues. C'est autour de ces deux
+directeurs que se ralliaient tous les ennemis du directoire. Ce parti
+avait songé à se donner l'appui d'un jeune général qui eût de la
+réputation, et qui passât, comme beaucoup d'autres, pour une victime du
+gouvernement. La position de Joubert, sur lequel on fondait de grandes
+espérances, et qui était sans emploi depuis sa démission, avait fixé le
+choix sur lui. Il allait s'allier à M. de Sémonville, en épousant une
+demoiselle de Monthelon. On l'avait rapproché de Sièyes; on le fit
+nommer général de la 17e division militaire, celle de Paris, et on
+s'efforça d'en faire le chef de la nouvelle coalition.
+
+On ne songeait point encore à faire des changemens; on voulait d'abord
+s'emparer du gouvernement, sauver ensuite la France d'une invasion,
+et on ajournait les projets constitutionnels à une époque où tous les
+périls seraient passés. La première chose à obtenir était l'éloignement
+des membres de l'ancien directoire. Sièyes n'y était que depuis une
+quinzaine; il y était entré le 1er prairial, en remplacement de Rewbell.
+Barras s'était sauvé de l'orage comme on a vu. Toute la haine se
+déchargeait contre Larévellière, Merlin et Treilhard, tous trois fort
+innocens de ce qu'on reprochait au gouvernement.
+
+Ils avaient la majorité, puisqu'ils étaient trois, mais on voulait leur
+rendre impossible l'exercice de l'autorité. Ils avaient résolu d'avoir
+les plus grands égards pour Sièyes, de lui pardonner même son humeur,
+afin de ne pas ajouter aux difficultés de la position, celles que des
+divisions personnelles pourraient encore faire naître. Mais Sièyes était
+intraitable; il trouvait tout mauvais, et il était en cela de très bonne
+foi; mais il s'exprimait de manière à prouver qu'il ne voulait pas
+s'entendre avec ses collègues pour porter remède au mal. Un peu infatué
+de ce qu'il avait vu dans le pays d'où il venait, il ne cessait de leur
+dire: «Ce n'est pas ainsi qu'on fait en Prusse.--Enseignez-nous donc,
+lui répondaient ses collègues, comment on fait en Prusse; éclairez-nous
+de vos avis, et aidez-nous à faire le bien.--Vous ne m'entendriez pas,
+répliquait Sièyes; il est inutile que je vous parle; faites comme vous
+avez coutume de faire.»
+
+Tandis que, dans le sein du directoire, l'incompatibilité se déclarait
+entre la minorité et la majorité, les attaques les plus vives se
+succédaient au dehors de la part des conseils. Il y avait déjà querelle
+ouverte sur les finances. La détresse, comme on l'a dit, provenait de
+deux causes, la lenteur des rentrées et le déficit dans les produits
+supposés. Sur 400 millions déjà ordonnancés pour dépenses consommées,
+210 millions étaient à peine rentrés. Le déficit dans l'évaluation des
+produits s'élevait, suivant Ramel, à 67 et même à 75 millions. Comme
+on lui contestait toujours la quotité du déficit, il donna un démenti
+formel au député Génissieux dans _le Moniteur_, et prouva ce qu'il
+avançait. Mais que sert de prouver dans certains momens? On n'en accabla
+pas moins le ministre et le gouvernement d'invectives; on ne cessa
+pas de répéter qu'ils ruinaient l'état, et demandaient sans cesse de
+nouveaux fonds pour fournir à de nouvelles dilapidations. Cependant,
+la force de l'évidence obligea à accorder un supplément de produits.
+L'impôt sur le sel avait été refusé; pour y suppléer, on ajouta un
+décime par franc sur toutes les contributions, et on doubla encore celle
+des portes et fenêtres. Mais c'était peu que de décréter des impôts,
+il fallait assurer leur rentrée par différentes lois, relatives à leur
+assiette et à leur perception. Ces lois n'étaient pas rendues. Le
+ministre pressait leur mise en discussion; on ajournait sans cesse, et
+on répondait à ses instances en criant à la trahison, au vol, etc.
+
+Outre la querelle sur les finances, on en avait ouvert une autre. Déjà
+il s'était élevé des réclamations sur certains articles de la loi du
+19 fructidor qui permettaient au directoire de fermer les clubs et de
+supprimer les journaux sur un simple arrêté. Un projet de loi avait été
+ordonné sur la presse et les sociétés populaires, afin de modifier la
+loi du 19 fructidor, et d'enlever au directoire le pouvoir arbitraire
+dont il était revêtu. On s'élevait beaucoup aussi contre la faculté que
+cette loi donnait au directoire de déporter à sa volonté les prêtres
+suspects, et de rayer les émigrés de la liste. Les patriotes, eux-mêmes
+semblaient vouloir lui enlever cette dictature, funeste seulement à
+leurs adversaires. On commença par la discussion sur la presse et les
+sociétés populaires. Le projet mis en avant était l'ouvrage de Berlier.
+La discussion s'ouvrit dans les derniers jours de prairial (au milieu
+de juin). Les partisans du directoire, parmi lesquels se distinguaient
+Chénier, Bailleul, Creuzé-Latouche, Lecointe-Puyraveau, soutenaient que
+cette dictature accordée au directoire par la loi du 19 fructidor,
+bien que redoutable en temps ordinaire, était de la plus indispensable
+nécessité dans la circonstance actuelle. Ce n'était pas, disaient-ils,
+dans un moment de péril extrême qu'il fallait diminuer les forces du
+gouvernement. La dictature qu'on lui avait donnée le lendemain du 18
+fructidor lui était devenue nécessaire, non plus contre la faction
+royaliste, mais contre la faction anarchique, non moins redoutable que
+la première, et secrètement alliée avec elle. Les disciples de Baboeuf,
+ajoutaient-ils, reparaissaient de toutes, parts, et menaçaient la
+république d'un nouveau débordement.
+
+Les patriotes, qui fourmillaient dans les cinq-cents, répondaient avec
+leur véhémence accoutumée aux discours des partisans du directoire. Il
+fallait, disaient-ils, donner une commotion à la France, et lui rendre
+l'énergie de 1793, que le directoire avait entièrement étouffée en
+faisant peser sur elle un joug accablant. Tout patriotisme allait
+s'éteindre si on n'ouvrait pas les clubs, et si on ne rendait pas la
+parole aux feuilles patriotiques. «Vainement, ajoutaient-ils, on accuse
+les patriotes, vainement on feint de redouter un débordement de leur
+part. Qu'ont-ils fait ces patriotes tant accusés? Depuis trois ans ils
+sont égorgés, proscrits, sans patrie, dans la république qu'ils ont
+contribué puissamment à fonder et qu'ils ont défendue. Quels crimes
+avez-vous à leur reprocher? ont-ils réagi contre les réacteurs? Non. Ils
+sont exagérés, turbulens; soit. Mais sont-ce là des crimes? Ils parlent,
+ils crient même, si l'on veut; mais ils n'assassinent pas, et tous les
+jours ils sont assassinés...» Tel était le langage de Briot (du Doubs),
+du Corse Aréna, et d'une foule d'autres.
+
+Les membres de l'opposition constitutionnelle s'exprimaient autrement.
+Ils étaient naturellement modérés. Ils avaient le ton mesuré, mais amer
+et dogmatique. Il fallait, suivant eux, revenir aux principes trop
+méconnus, et rendre la liberté à la presse et aux sociétés populaires.
+Les dangers de fructidor avaient bien pu valoir une dictature momentanée
+au directoire, mais cette dictature donnée de confiance, comment en
+avait-il usé? Il n'y avait qu'à interroger les partis, disait Boulay
+(de la Meurthe). Quoique ayant tous des vues différentes, royalistes,
+patriotes, constitutionnels, étaient d'accord pour déclarer que le
+directoire avait mal usé de sa toute-puissance. Un même accord, chez des
+hommes si opposés de sentimens et de vues, ne pouvait pas laisser de
+doute, et le directoire était condamné.
+
+Ainsi les patriotes irrités se plaignaient d'oppression; les
+constitutionnels, pleins de prétentions, se plaignaient du mal-gouverné.
+Tous se réunirent, et firent abroger les articles de la loi du 19
+fructidor relatifs aux journaux et aux sociétés populaires. C'était là
+une victoire importante, qui allait amener un déchaînement d'écrits
+périodiques et le ralliement de tous les jacobins.
+
+L'agitation allait croissante vers les derniers jours de prairial.
+Les bruits les plus sinistres couraient de toutes parts. La nouvelle
+coalition résolut d'employer les tracasseries ordinaires que les
+oppositions emploient dans les gouvernemens représentatifs pour obliger
+un ministère à se retirer. Questions embarrassantes et réitérées,
+menaces d'accusation, on mit tout en usage. Ces moyens sont si naturels,
+que, sans la pratique du gouvernement représentatif, l'instinct seul des
+partis les découvre sur-le-champ.
+
+Les commissions des dépenses, des fonds et de la guerre, établies dans
+les cinq-cents pour s'occuper de ces divers objets, se réunirent, et
+projetèrent un message au directoire. Boulay (de la Meurthe) fut chargé
+du rapport, et le présenta le 15 prairial. Sur sa proposition, le
+conseil des cinq-cents adressa au directoire un message par lequel
+il demandait à être instruit des causes des dangers intérieurs et
+extérieurs qui menaçaient la république, et des moyens qui existaient
+pour y pourvoir. Les demandes de cette nature n'ont guère d'autre effet
+que d'arracher des aveux de détresse, et de compromettre davantage le
+gouvernement auquel on les arrache. Un gouvernement, nous le répétons,
+doit réussir: l'obliger à convenir qu'il n'a pas réussi, c'est l'obliger
+au plus funeste de tous les aveux. A ce message furent jointes une foule
+de motions d'ordre, qui toutes avaient un objet analogue. Elles étaient
+relatives au droit de former des sociétés populaires, à la liberté
+individuelle, à la responsabilité des ministres, à la publicité des
+comptes, etc.
+
+Le directoire, en recevant le message en question, résolut d'y faire une
+réponse détaillée, dans laquelle il tracerait le tableau de tous les
+événemens, et exposerait les moyens qu'il avait employés, et ceux qu'il
+se proposait d'employer encore, pour retirer la France de la crise où
+elle se trouvait. Une réponse de cette nature exigeait le concours de
+tous les ministres, pour que chacun d'eux pût fournir son rapport. Il
+fallait au moins plusieurs jours pour le rédiger; mais ce n'est pas ce
+qui convenait aux meneurs des conseils. Ils ne voulaient pas un état
+exact et fidèle de la France, mais des aveux prompts et embarrassés.
+Aussi, après avoir attendu quelques jours, les trois commissions qui
+avaient proposé le message firent aux cinq-cents une proposition
+nouvelle, par l'organe du député Poulain-Grand-Pré. C'était le 28
+prairial (16 juin). Le rapporteur proposa aux cinq-cents de se déclarer
+en permanence jusqu'à ce que le directoire eût répondu au message du 15.
+La proposition fut adoptée. C'était jeter le cri d'alarme, et annoncer
+un prochain événement. Les cinq-cents firent part aux anciens de leur
+détermination, en les engageant à suivre leur exemple. L'exemple en
+effet fut imité, et les anciens siégèrent aussi en permanence. Les
+trois commissions des dépenses, des fonds, de la guerre, étant trop
+nombreuses, furent changées en une seule commission, composée de
+onze membres, et chargée de présenter les mesures exigées par les
+circonstances.
+
+Le directoire répondit, de son côté, qu'il allait se constituer en
+séance permanente, pour hâter le rapport qu'on lui demandait. On conçoit
+quelle agitation devait résulter d'une pareille détermination. On
+faisait, comme d'usage, courir les bruits les plus sinistres: les
+adversaires du directoire disaient qu'il méditait un nouveau coup
+d'état, et qu'il voulait dissoudre les conseils. Ses partisans
+répandaient au contraire qu'il y avait une coalition formée entre tous
+les partis pour renverser violemment la constitution. Rien de pareil
+n'était médité de part ni d'autre. La coalition des deux oppositions
+voulait seulement la démission des trois anciens directeurs. On imagina
+un premier moyen pour l'amener. La constitution voulait que le directeur
+entrant en fonctions eût quitté la législature depuis un an révolu. On
+s'aperçut que Treilhard, qui depuis treize mois siégeait au directoire,
+était sorti de la législature le 30 floréal an V, et qu'il avait été
+nommé au directoire, le 26 floréal an VI. Il manquait donc quatre jours
+au délai prescrit. Ce n'était là qu'une chicane, car cette irrégularité
+était couverte par le silence gardé pendant deux sessions, et d'ailleurs
+Sièyes lui-même était dans le même cas. Sur-le-champ la commission des
+onze proposa d'annuler la nomination de Treilhard. Cette annulation eut
+lieu le jour même du 28 et fut signifiée au directoire.
+
+Treilhard était rude et brusque, mais n'avait pas une fermeté égale à
+la dureté de ses manières. Il était disposé à céder. Larévellière
+était dans une tout autre disposition d'esprit. Cet homme honnête et
+désintéressé, auquel ses fonctions étaient à charge, qui ne les avait
+acceptées que par devoir, et qui faisait des voeux tous les ans pour
+que le sort le rendît à la retraite, ne voulait plus abandonner ses
+fonctions depuis que les factions coalisées paraissaient l'exiger. Il
+se figurait qu'on ne voulait expulser les anciens directeurs que pour
+abolir la constitution de l'an III; que Sièyes, Barras et la famille
+Bonaparte, concouraient au même but dans des vues différentes, mais
+toutes également funestes à la république. Dans cette persuasion, il ne
+voulait pas que les anciens directeurs abandonnassent leur poste. En
+conséquence, il courut chez Treilhard, et l'engagea à résister. «Avec
+Merlin et moi, lui dit-il, vous formerez la majorité, et nous nous
+refuserons à l'exécution de cette détermination du corps législatif,
+comme illégale, séditieuse, et arrachée par une faction.» Treilhard
+n'osa pas suivre cet avis, et envoya sur-le-champ sa démission aux
+cinq-cents.
+
+Larévellière, voyant la majorité perdue, n'en persista pas moins à
+refuser sa démission, si on la lui demandait. Les meneurs des cinq-cents
+résolurent de donner tout de suite un successeur à Treilhard. Sièyes
+aurait voulu faire nommer un homme à sa dévotion; mais son influence
+fut nulle dans cette occasion. On nomma un ancien avocat de Rennes,
+président actuel du tribunal de cassation, et connu pour appartenir
+plutôt à l'opposition patriote qu'à l'opposition constitutionnelle.
+C'était Gohier, citoyen probe et dévoué à la république, mais peu
+capable, étranger à la connaissance des hommes et des affaires. Il fut
+nommé le 29 prairial, et dut être installé le lendemain même.
+
+Ce n'était pas assez d'avoir exclu Treilhard, on voulait arracher du
+directoire Larévellière et Merlin. Les patriotes surtout étaient furieux
+contre Larévellière; ils se souvenaient que quoique régicide, il n'avait
+jamais été montagnard, qu'il avait lutté souvent contre leur parti
+depuis le 9 thermidor, et que l'année précédente il avait encouragé le
+système des scissions. En conséquence, ils menacèrent de le mettre
+en accusation, lui et Merlin, s'ils ne donnaient pas tous deux leur
+démission. Sièyes fut chargé de faire une première ouverture, pour les
+engager à céder volontairement à l'orage.
+
+Le 29 au soir, jour de la sortie de Treilhard, Sièyes proposa une
+réunion particulière des quatre directeurs chez Merlin. On s'y rendit.
+Barras, comme si on se fût trouvé en danger, y vint avec le sabre au
+côté, et n'ouvrit point la bouche. Sièyes prit la parole avec embarras,
+fit une longue digression sur les fautes du gouvernement, et balbutia
+longtemps avant d'en venir au véritable objet de la réunion. Enfin
+Larévellière le somma de s'expliquer clairement. «Vos amis, répondit
+Sièyes, et ceux de Merlin vous engagent tous deux à donner votre
+démission.» Larévellière demanda quels étaient ces amis. Sièyes n'en put
+nommer aucun qui méritât quelque confiance. Larévellière lui parla alors
+avec le ton d'un homme indigné de voir le directoire trahi par ses
+membres, et livré par eux aux complots des factieux. Il prouva
+que jusqu'ici sa conduite et celle de ses collègues avaient été
+irréprochables, que les torts qu'on leur imputait n'étaient qu'un
+tissu de calomnies, puis il attaqua directement Sièyes sur ses projets
+secrets, et le jeta dans le plus grand embarras par ses véhémentes
+apostrophes. Barras, pendant tout ce temps, garda le plus morne silence.
+Sa position était difficile, car seul il avait mérité tous les reproches
+dont on accablait ses collègues. Leur demander leur démission pour des
+torts qu'ils n'avaient pas, et qui n'étaient qu'à lui seul, eût été
+trop embarrassant. Il se tut donc. On se sépara sans avoir rien obtenu.
+Merlin, qui n'osait pas prendre un parti, avait déclaré qu'il suivrait
+l'exemple de Larévellière.
+
+Barras imagina d'employer un intermédiaire pour obtenir la démission de
+ses deux collègues. Il se servit d'un ancien girondin, Bergoeng, que le
+goût des plaisirs avait attiré dans sa société. Il le chargea d'aller
+voir Larévellière pour le décider à se démettre. Bergoeng vint dans la
+nuit du 20 au 30, invoqua auprès de Larévellière l'ancienne amitié qui
+les liait, et employa tous les moyens pour l'ébranler. Il lui assura que
+Barras l'aimait, l'honorait, et regardait son éloignement comme injuste,
+mais qu'il le conjurait de céder, pour n'être pas exposé à une tempête.
+Larévellière demeura inébranlable. Il répondit que Barras était dupe
+de Sièyes, Sièyes de Barras, et que tous deux seraient dupés par
+les Bonaparte; qu'on voulait la ruine de la république, mais qu'il
+résisterait jusqu'à son dernier soupir.
+
+Le lendemain 30, Gohier devait être installé. Les quatre directeurs
+étaient réunis; tous les ministres étaient présens. A peine
+l'installation fut-elle achevée, et les discours du président et du
+nouveau directeur prononcés, qu'on revint à l'objet de la veille. Barras
+demanda à parler en particulier à Larévellière; ils passèrent tous deux
+dans une salle voisine. Barras renouvela auprès de son collègue les
+mêmes instances, les mêmes caresses, et le trouva aussi obstiné. Il
+rentra, assez embarrassé de n'avoir rien obtenu, et craignant toujours
+la discussion des actes de l'ancien directoire, qui ne pouvait pas être
+à son avantage. Alors il prit la parole avec violence, et n'osant pas
+attaquer Larévellière, il se déchaîna contre Merlin qu'il détestait, fit
+de lui la peinture la plus ridicule et la plus fausse, et le représenta
+comme une espèce de fier-à-bras, méditant, avec une réunion de
+coupe-jarrets, un coup d'état contre ses collègues et les conseils.
+Larévellière, venant au secours de Merlin, prit aussitôt la parole,
+et démontra l'absurdité de pareilles imputations. Rien dans le
+jurisconsulte Merlin, en effet, ne ressemblait à ce portrait.
+Larévellière retraça alors l'historique de toute l'administration du
+directoire, et le fit avec détail pour éclairer les ministres et le
+directeur entrant. Barras était dans une perplexité cruelle; il se
+leva enfin, en disant: «Eh bien! c'en est fait, les sabres sont
+tirés.--Misérable, lui répondit Larévellière avec fermeté, que parles-tu
+de sabres? Il n'y a ici que des couteaux, et ils sont dirigés contre des
+hommes irréprochables, que vous voulez égorger, ne pouvant les entraîner
+à une faiblesse.»
+
+Gohier voulut alors servir de conciliateur, mais ne put y réussir. Dans
+ce moment, plusieurs membres des cinq-cents et des anciens s'étant
+réunis, vinrent prier les deux directeurs de céder, en promettant qu'il
+ne serait point dirigé contre eux d'acte d'accusation. Larévellière leur
+répondit avec fierté qu'il n'attendait point de grâce, qu'on pouvait
+l'accuser, et qu'il répondrait. Les députés qui s'étaient chargés de
+cette mission retournèrent aux deux conseils, et y causèrent un nouveau
+soulèvement en rapportant ce qui s'était passé. Boulay (de la Meurthe)
+dénonça Larévellière, avoua sa probité, mais lui prêta mal à propos des
+projets de religion nouvelle, et accusa beaucoup son entêtement, qui
+allait, dit-il, perdre la république. Les patriotes se déchaînèrent avec
+plus de violence que jamais, et dirent que puisqu'ils s'obstinaient, il
+ne fallait faire aucune grâce aux directeurs.
+
+L'agitation était au comble, et la lutte se trouvant engagée, on ne
+savait plus jusqu'où elle pourrait être poussée. Beaucoup d'hommes
+modérés des deux conseils se réunirent, et dirent que, pour éviter des
+malheurs, il fallait aller conjurer Larévellière de céder à l'orage. Ils
+se rendirent auprès de lui dans la nuit du 30, et le supplièrent, au nom
+des dangers que courait la république, de donner sa démission. Ils lui
+dirent qu'ils étaient exposés tous aux plus grands périls, et que s'il
+s'obstinait à résister, ils ne savaient pas jusqu'où pourrait aller la
+fureur des partis. «Mais ne voyez-vous pas, leur répondit Larévellière,
+les dangers plus grands que court la république? Ne voyez-vous pas que
+ce n'est pas à nous qu'on en veut, mais à la constitution; qu'en cédant
+aujourd'hui, il faudra céder demain, et toujours, et que la république
+sera perdue par notre faiblesse? Mes fonctions, ajouta-t-il, me sont à
+charge; si je m'obstine à les garder aujourd'hui, c'est parce que
+je crois devoir opposer une barrière insurmontable aux complots des
+factions. Cependant, si vous croyez tous que ma résistance vous expose
+à des périls, je vais me rendre; mais je vous le déclare, la république
+est perdue. Un seul homme ne peut pas la sauver; je cède donc, puisque
+je reste seul, et je vous remets ma démission.»
+
+Il la donna dans la nuit. Il écrivit une lettre simple et digne pour
+exprimer ses motifs. Merlin lui demanda à la copier, et les deux
+démissions furent envoyées en même temps. Ainsi fut dissous l'ancien
+directoire. Toutes les factions qu'il avait essayé de réduire s'étaient
+réunies pour l'abattre, et avaient mis leurs ressentimens en commun. Il
+n'était coupable que d'un seul tort, celui d'être plus faible qu'elles;
+tort immense, il est vrai, et qui justifie la chute d'un gouvernement.
+
+Malgré le déchaînement général, Larévellière emporta l'estime de tous
+les citoyens éclairés. Il ne voulut pas, en quittant le directoire,
+recevoir les cent mille francs que ses collègues étaient convenus de
+donner au membre sortant; il ne reçut pas même la part à laquelle il
+avait droit sur les retenues faites à leurs appointemens; il n'emporta
+pas la voiture qu'il était d'usage de laisser au directeur sortant. Il
+se retira à Andilly, dans une petite maison qu'il possédait, et il y
+reçut la visite de tous les hommes considérés que la fureur des partis
+n'intimidait pas. Le ministre Talleyrand fut du nombre de ceux qui
+allèrent le visiter dans sa retraite.
+
+
+
+CHAPITRE XVII.
+
+FORMATION DU NOUVEAU DIRECTOIRE. MOULINS ET ROGER-DUCOS REMPLACENT
+LARÉVELLIÈRE ET MERLIN.--CHANGEMENT DANS LE MINISTÈRE.--LEVÉE DE TOUTES
+LES CLASSES DE CONSCRITS.--EMPRUNT FORCÉ DE CENT MILLIONS.--LOI DES
+OTAGES.--NOUVEAUX PLANS MILITAIRES.--REPRISE DES OPÉRATIONS EN
+ITALIE; JOUBERT GÉNÉRAL EN CHEF; BATAILLE DE NOVI, ET MORT DE
+JOUBERT.--DÉBARQUEMENT DES ANGLO-RUSSES EN HOLLANDE.--NOUVEAUX TROUBLES
+A L'INTÉRIEUR; DÉCHAÎNEMENT DES PATRIOTES; ARRESTATION DE ONZE
+JOURNALISTES; RENVOI DE BERNADOTTE; PROPOSITION DE DÉCLARER LA PATRIE EN
+DANGER.
+
+
+Les années usent les partis, mais il en faut beaucoup pour les épuiser.
+Les passions ne s'éteignent qu'avec les coeurs dans lesquels elles
+s'allumèrent. Il faut que tout une génération disparaisse; alors il ne
+reste des prétentions des partis que les intérêts légitimes, et le
+temps peut opérer entre ces intérêts une conciliation naturelle et
+raisonnable. Mais avant ce terme, les partis sont indomptables par la
+seule puissance de la raison. Le gouvernement qui veut leur parler le
+langage de la justice et des lois leur devient bientôt insupportable, et
+plus il a été modéré, plus ils le méprisent comme faible et impuissant.
+Veut-il, quand il trouve des coeurs sourds à ses avis, employer la
+force, on le déclare tyrannique, on dit qu'à la faiblesse il joint la
+méchanceté. En attendant les effets du temps, il n'y a qu'un grand
+despotisme qui puisse dompter les partis irrités. Le directoire était ce
+gouvernement légal et modéré qui voulut faire subir le joug des lois aux
+partis que la révolution avait produits, et que cinq ans de lutte et de
+réaction n'avaient pas encore épuisés. Ils se coalisèrent tous, comme on
+vient de le voir, au 30 prairial, pour amener sa chute. L'ennemi commun
+renversé, ils se trouvaient en présence les uns des autres sans aucune
+main pour les contenir. On va voir comment ils se comportèrent.
+
+La constitution, quoique n'étant plus qu'un fantôme, n'était pas abolie,
+et il fallait remplacer par une ombre le directoire déjà renversé.
+Gohier avait remplacé Treilhard; il fallait donner des successeurs à
+Larévellière et à Merlin. On choisit Roger-Ducos et Moulins. Roger-Ducos
+était un ancien girondin, homme honnête, peu capable et tout-à-fait
+dévoué à Sièyes. Il avait été nommé par l'influence de Sièyes sur les
+anciens. Moulins était un général obscur, employé autrefois dans la
+Vendée, républicain chaud et intègre, nommé comme Gohier par l'influence
+du parti patriote. On avait proposé d'autres notabilités ou civiles
+ou militaires, pour composer le directoire; mais elles avaient été
+rejetées. Il était clair, d'après de pareils choix, que les partis
+n'avaient pas voulu se donner des maîtres. Ils n'avaient porté au
+directoire que ces médiocrités, chargées ordinairement de tous les
+_interim_.
+
+Le directoire actuel, composé, comme les conseils, de partis opposés,
+était encore plus faible et moins homogène que le précédent. Sièyes, le
+seul homme supérieur parmi les cinq directeurs, rêvait, comme on l'a vu,
+une nouvelle organisation politique. Il était le chef du parti qui se
+qualifiait de modéré ou de constitutionnel, et dont tous les membres
+cependant souhaitaient une constitution nouvelle. Il n'avait de collègue
+dévoué que Roger-Ducos. Moulins et Gohier, tous deux chauds patriotes,
+incapables de concevoir autre chose que ce qui existait, voulaient la
+constitution actuelle, mais voulaient l'exécuter et l'interpréter dans
+le sens des patriotes. Quant à Barras, appelé naturellement a les
+départager, qui pouvait compter sur lui? Ce chaos de vices, de passions,
+d'intérêts, d'idées contraires, que présentait la république mourante,
+il en était à lui seul l'emblème vivant. La majorité, dépendant de sa
+voix, était donc commise au hasard.
+
+Sièyes dit assez nettement à ses nouveaux collègues qu'ils prenaient la
+direction d'un gouvernement menacé d'une chute prochaine, mais qu'il
+fallait sauver la république si on ne pouvait sauver la constitution. Ce
+langage déplut fort à Gohier et à Moulins, et fut mal accueilli par eux.
+Aussi dès le premier jour les sentimens parurent peu d'accord. Sièyes
+tint le même langage à Joubert, le général qu'on voulait engager dans le
+parti réorganisateur. Mais Joubert, vieux soldat de l'armée d'Italie, en
+avait les sentimens; il était chaud patriote, et les vues de Sièyes lui
+parurent suspectes. Il s'en ouvrit secrètement à Gohier et à Moulins,
+et parut se rattacher entièrement à eux. Du reste, c'étaient là des
+questions qui ne pouvaient arriver qu'ultérieurement en discussion. Le
+plus pressant était d'administrer et de défendre la république menacée.
+La nouvelle de la bataille de la Trebbia, répandue partout, jetait
+tous les esprits dans l'alarme. Il fallait de grandes mesures de salut
+public.
+
+Le premier soin d'un gouvernement est de faire tout le contraire de
+celui qui l'a précédé, ne serait-ce que pour obéir aux passions qui
+l'ont fait triompher. Championnet, ce héros de Naples si vanté, Joubert,
+Bernadotte, devaient sortir des fers ou de la disgrâce, pour occuper les
+premiers emplois. Championnet fut mis sur-le-champ en liberté et nommé
+général d'une nouvelle armée qu'on se proposait de former le long des
+Grandes-Alpes. Bernadotte fut chargé du ministère de la guerre. Joubert
+fut appelé à commander l'armée d'Italie. Ses triomphes dans le Tyrol,
+sa jeunesse, son caractère héroïque, inspiraient les plus grandes
+espérances. Les réorganisateurs lui souhaitaient assez de succès et de
+gloire pour qu'il pût appuyer leurs projets. Le choix de Joubert était
+fort bon sans doute, mais c'était une nouvelle injustice pour Moreau,
+qui avait si généreusement accepté le commandement d'une armée battue,
+et qui l'avait sauvée avec tant d'habileté. Mais Moreau était peu
+agréable aux chauds patriotes, qui triomphaient dans ce moment. On lui
+donna le commandement d'une prétendue armée du Rhin qui n'existait pas
+encore.
+
+Il y eut en outre divers changemens dans le ministère. Le ministre
+des finances, Ramel, qui avait rendu de si grands services depuis
+l'installation du directoire, et qui avait administré pendant cette
+transition si difficile du papier-monnaie au numéraire, Ramel avait
+partagé l'odieux jeté sur l'ancien directoire. Il fut si violemment
+attaqué, que, malgré l'estime qu'ils avaient pour lui, les nouveaux
+directeurs furent obligés d'accepter sa démission. On lui donna pour
+successeur un homme qui était cher aux patriotes, et respectable pour
+tous les partis: c'était Robert Lindet, l'ancien membre du comité de
+salut public, si indécemment attaqué pendant la réaction. Il se défendit
+long-temps contre la proposition d'un portefeuille: l'expérience qu'il
+avait faite de l'injustice des partis, devait peu l'engager à rentrer
+dans les affaires. Cependant il y consentit par dévouement à la
+république.
+
+La diplomatie du directoire n'avait pas été moins blâmée que son
+administration financière. On l'accusait d'avoir remis la république en
+guerre avec toute l'Europe, et c'était bien à tort, si l'on considère
+surtout quels étaient les accusateurs. Les accusateurs, en effet,
+étaient les patriotes eux-mêmes, dont les passions avaient engagé de
+nouveau la guerre. On reprochait surtout au directoire l'expédition
+d'Égypte, naguère si vantée, et on prétendait que cette expédition avait
+amené la rupture avec la Porte et la Russie. Le ministre Talleyrand,
+déjà peu agréable aux patriotes, comme ancien émigré, avait encouru
+toute la responsabilité de cette diplomatie, et il était si vivement
+attaqué qu'il fallut en agir avec lui comme avec Ramel, et accepter sa
+démission. On lui donna pour successeur un Wurtembergeois, qui, sous les
+apparences de la bonhomie allemande, cachait un esprit remarquable, et
+que M. de Talleyrand avait recommandé comme l'homme le plus capable de
+lui succéder. C'était M. Reinhard. On a dit que ce choix n'avait été que
+provisoire, et que M. Reinhard n'était là qu'en attendant le moment où
+M. de Talleyrand pourrait être rappelé. Le ministère de la justice
+fut retiré à Lambrechts, à cause de l'état de sa santé, et donné à
+Cambacérès. On plaça à la police Bourguignon, ancien magistrat, patriote
+sincère et honnête. Fouché, cet ex-jacobin, si souple, si insinuant, que
+Barras avait intéressé dans le trafic des compagnies, et pourvu ensuite
+de l'ambassade à Milan, Fouché, destitué à cause de sa conduite en
+Italie, passait aussi pour une victime de l'ancien directoire. Il devait
+donc prendre part au triomphe décerné à toutes les victimes; il fut
+envoyé à La Haye.
+
+Tels furent les principaux changemens apportés au personnel du
+gouvernement et des armées. Ce n'était pas tout que de changer les
+hommes, il fallait leur fournir de nouveaux moyens de remplir la tâche
+sous laquelle leurs prédécesseurs avaient succombé. Les patriotes,
+revenant, suivant leur usage, aux moyens révolutionnaires, soutenaient
+qu'il fallait aux grands maux les grands remèdes. Ils proposaient
+les mesures urgentes de 1793. Après avoir tout refusé au précédent
+directoire, on voulait tout donner au nouveau; on voulait mettre dans
+ses mains des moyens extraordinaires, et l'obliger même d'en user. La
+commission des onze, formée des trois commissions des dépenses, des
+fonds et de la guerre, et chargée, pendant la crise de prairial,
+d'aviser aux moyens de sauver la république, conféra avec les membres du
+directoire, et arrêta avec eux différentes mesures qui se ressentaient
+de la disposition du moment. Au lieu de deux cent mille hommes, à
+prendre sur les cinq classes de conscrits, le directoire put appeler
+toutes les classes. Au lieu des impôts proposés par l'ancien directoire,
+et repoussés avec tant d'acharnement par les deux oppositions, on
+imagina encore un emprunt forcé. Conformément au système des patriotes,
+il fut progressif, c'est-à-dire qu'au lieu de faire contribuer chacun
+suivant la valeur de ses impôts directs, ce qui procurait tout de suite
+les rôles de la contribution foncière et personnelle pour base de
+répartition, on obligea chacun de contribuer suivant sa fortune. Alors
+il fallait recourir au jury taxateur, c'est-à-dire frapper les riches
+par le moyen d'une commission. Le parti moyen combattit ce projet et dit
+qu'il était renouvelé de la terreur, que la difficulté de la répartition
+rendait encore cette mesure inefficace et nulle, comme les anciens
+emprunts forcés. Les patriotes répondirent qu'il fallait faire supporter
+les frais de la guerre, non pas à toutes les classes, mais aux riches
+seuls. Les mêmes passions employaient toujours, comme en le voit, les
+mêmes raisons. L'emprunt forcé et progressif fut décrété; il fut fixé à
+cent millions, et déclaré remboursable en biens nationaux.
+
+Outre ces mesures de recrutement et de finances, on dut en prendre une
+de police contre le renouvellement de la chouannerie, dans le midi et
+les départemens de l'ouest, théâtres de l'ancienne guerre civile. Il se
+commettait là de nouveaux brigandages; on assassinait les acquéreurs
+de biens nationaux, les hommes réputés patriotes, les fonctionnaires
+publics: on arrêtait surtout les diligences, et on les pillait. Il y
+avait parmi les auteurs de ces brigandages beaucoup d'anciens Vendéens
+et chouans, beaucoup de membres des fameuses compagnies du Soleil, et
+aussi beaucoup de conscrits réfractaires. Quoique ces brigands, dont la
+présence annonçait une espèce de dissolution sociale, eussent pour but
+réel le pillage, il était évident, d'après le choix de leurs victimes,
+qu'ils avaient une origine politique. Une commission fut nommée pour
+imaginer un système de répression. Elle proposa une loi, qui fut appelée
+loi des otages, et qui est demeurée célèbre sous ce titre. Comme on
+attribuait aux parens des émigrés ou ci-devant nobles, la plupart de ces
+brigandages, on voulut en conséquence les obliger à donner des otages.
+Toutes les fois qu'une commune était reconnue en état notoire de
+désordre, les parens ou alliés d'émigrés, les ci-devant nobles, les
+ascendans des individus connus pour faire partie des rassemblemens,
+étaient considérés comme otages et comme civilement et personnellement
+responsables des brigandages commis. Les administrations centrales
+devaient désigner les individus choisis pour otages, et les faire
+enfermer dans des maisons choisies pour cet objet. Ils devaient y vivre
+à leurs frais et à leur gré, et demeurer enfermés pendant toute la durée
+du désordre. Quand les désordres iraient jusqu'à l'assassinat, il devait
+y avoir quatre déportés pour un assassinat. On conçoit tout ce qu'on
+pouvait dire pour ou contre cette loi. C'était, disaient ses partisans,
+le seul moyen d'atteindre les auteurs, des désordres, et ce moyen était
+doux et humain. C'était, répondaient ses adversaires, une loi des
+suspects, une loi révolutionnaire, qui, dans l'impuissance d'atteindre
+les vrais coupables, frappait en masse, et commettait toutes les
+injustices ordinaires aux lois de cette nature. En un mot, on dit pour
+et contre tout ce qu'on a vu répété si souvent dans cette histoire sur
+les lois révolutionnaires. Mais il y avait une objection plus forte que
+toutes les autres à faire contre cette mesure. Ces brigands ne provenant
+que d'une véritable dissolution sociale, le seul remède était dans une
+réorganisation vigoureuse de l'état, et non dans des mesures tout-à-fait
+discréditées, et qui n'étaient capables de rendre aucune énergie aux
+ressorts du gouvernement.
+
+La loi fut adoptée après une discussion assez vive, où les partis qui
+avaient été un moment d'accord pour renverser l'ancien directoire se
+séparèrent avec éclat. A ces mesures importantes, qui avaient pour but
+d'armer le gouvernement de moyens révolutionnaires, on en ajouta qui,
+sous d'autres rapports, limitaient sa puissance. Ces mesures accessoires
+étaient la conséquence des reproches faits à l'ancien directoire. Pour
+prévenir les scissions à l'avenir, on décida que le voeu de toute
+fraction électorale serait nul; que tout agent du gouvernement cherchant
+à influencer les élections serait puni pour attentat à la souveraineté
+du peuple; que le directoire ne pourrait plus faire entrer des troupes
+dans le rayon constitutionnel sans une autorisation expresse; qu'aucun
+militaire ne pourrait être privé de son grade sans une décision d'un
+conseil de guerre; que le droit accordé au directoire de lancer des
+mandats d'arrêt ne pourrait plus être délégué à des agens; qu'aucun
+employé du gouvernement ou fonctionnaire quelconque ne pourrait être ni
+fournisseur, ni même intéressé dans les marchés de fournitures; qu'un
+club ne pourrait être fermé sans une décision des administrations
+municipale et centrale. On ne put pas s'entendre sur une loi de la
+presse; mais l'article de la loi du 19 fructidor, qui donnait au
+directoire la faculté de suppression à l'égard des journaux, n'en
+demeura pas moins aboli; et en attendant un nouveau projet, la presse
+resta indéfiniment libre.
+
+Telles furent les mesures prises à la suite du 30 prairial, soit pour
+réparer de prétendus abus, soit pour rendre au gouvernement l'énergie
+dont il manquait. Ces mesures, qu'on prend dans les momens de crise, à
+la suite d'un changement de système, sont imaginées pour sauver un état,
+et arrivent rarement à temps pour le sauver, car tout est souvent décidé
+avant qu'elles puissent être mises à exécution. Elles fournissent tout
+au plus des ressources pour l'avenir. L'emprunt des cent millions, les
+nouvelles levées, ne pouvaient être exécutés que dans quelques mois.
+Cependant l'effet d'une crise est de donner une secousse à tous les
+ressorts et de leur rendre une certaine énergie. Bernadotte se hâta
+d'écrire des circulaires pressantes, et par vint de cette manière à
+accélérer l'organisation déjà commencée des bataillons de conscrits.
+Robert Lindet, auquel l'emprunt des cent millions n'ouvrait aucune
+ressource actuelle, assembla les principaux banquiers et commerçans
+de la capitale, et les engagea à prêter leur crédit à l'état. Ils y
+consentirent, et prêtèrent leur signature au ministère des finances.
+Ils se formèrent en syndicat, et en attendant la rentrée des impôts,
+signèrent dès billets dont ils devaient être remboursés au fur et à
+mesure dès recettes. C'était une espèce de banque temporaire établie
+pour le besoin du moment.
+
+On voulait faire aussi de nouveaux plans de campagne; on demanda un
+projet à Bernadotte, qui se hâta d'en présenter un fort singulier,
+mais qui heureusement ne fut pas mis à exécution. Rien n'était plus
+susceptible de combinaisons multipliées qu'un champ de bataille aussi
+vaste que celui sur lequel on opérait. Chacun en y regardant devait
+avoir une idée différente; et si chacun pouvait la proposer et la faire
+adopter, il n'y avait pas de raison pour ne pas changer à chaque instant
+de projet. Si, dans la discussion, la diversité des avis est utile, elle
+est déplorable dans l'exécution. Au début, on avait pensé qu'il fallait
+agir à la fois sur le Danube et en Suisse., Après la bataille de
+Stokach, on ne voulut plus agir qu'en Suisse, et on supprima l'armée du
+Danube. En ce moment, Bernadotte pensa autrement; il prétendit, que la
+cause des succès des alliés était dans la facilité avec laquelle ils
+pouvaient communiquer, à travers les Alpes, d'Allemagne en Italie.
+Pour leur interdire ces moyens de communication, il voulait qu'on leur
+enlevât le Saint-Gothard et les Grisons à l'aile droite de l'armée de
+Suisse, et qu'on formât une nouvelle armée du Danube, qui reportât la
+guerre en Allemagne. Pour former cette armée du Danube, il proposait
+d'organiser promptement l'armée du Rhin, et de la renforcer de vingt
+mille hommes enlevés à Masséna. C'était compromettre celui-ci, qui avait
+devant lui toutes les forces de l'archiduc, et qui pouvait être accablé
+pendant ce revirement. Il est vrai qu'il eût été bon de ramener la
+guerre sur le Danube, mais il suffisait de donner à Masséna les moyens
+de prendre l'offensive, pour que son armée devînt elle-même cette
+armée du Danube. Alors il fallait tout réunir dans ses mains, loin de
+l'affaiblir. Dans le plan de Bernadotte, une armée devait être
+formée sur les Grandes-Alpes, pour couvrir la frontière contre les
+Austro-Russes du côté du Piémont. Joubert, réunissant les débris de
+toutes les armées d'Italie, et renforcé des troupes disponibles à
+l'intérieur, devait déboucher de l'Apennin, et attaquer Suwarow de vive
+force.
+
+Ce plan, fort approuvé par Moulins, fut envoyé aux généraux. Masséna,
+fatigué de tous ces projets extravagans, offrit sa démission. On ne
+l'accepta pas, et le plan ne fut point mis à exécution. Masséna
+conserva le commandement de toutes les troupes, depuis Bâle jusqu'au
+Saint-Gothard. On persista dans le projet de réunir une armée sur le
+Rhin pour couvrir cette ligne. On forma un noyau d'armée sur les Alpes,
+sous les ordres de Championnet. Ce noyau était à peu près de quinze
+mille hommes. On envoya tous les renforts disponibles à Joubert, qui
+devait déboucher de l'Apennin. On était au milieu de la saison, en
+messidor (juillet); les renforts commençaient à arriver. Un certain
+nombre de vieux bataillons, retenus dans l'intérieur, étaient rendus sur
+la frontière. Les conscrits s'organisaient et allaient remplacer les
+vieilles troupes dans les garnisons. Enfin, comme les cadres manquaient
+pour la grande quantité de conscrits, on avait imaginé d'augmenter
+le nombre des bataillons dans les demi-brigades ou régimens, ce qui
+permettait d'incorporer les nouvelles levées dans les anciens corps.
+
+On savait qu'un renfort de trente mille Russes arrivait en Allemagne,
+sous les ordres du général Korsakoff. On pressait Masséna de sortir de
+ses positions et d'attaquer celles de l'archiduc, pour tâcher de
+le battre avant sa jonction avec les Russes. Le gouvernement avait
+parfaitement raison sous ce rapport, car il était urgent de faire une
+tentative avant la réunion d'une masse de forces aussi imposante.
+Cependant Masséna refusait de prendre l'offensive, soit qu'il manquât
+ici de son audace accoutumée, soit qu'il attendît la reprise des
+opérations offensives en Italie. Les militaires ont tous condamné son
+inaction, qui, du reste, devint bientôt heureuse par les fautes de
+l'ennemi, et qui fut rachetée par d'immortels services. Pour obéir
+cependant aux instances du gouvernement, et exécuter une partie du
+plan de Bernadotte, qui consistait à empêcher les Austro-Russes de
+communiquer d'Allemagne en Italie, Masséna ordonna à Lecourbe de
+prolonger sa droite jusqu'au Saint-Gothard, de s'emparer de ce point
+important et de reprendre les Grisons. Par cette opération, les
+Grandes-Alpes rentraient sous la domination des Français, et les armées
+ennemies qui opéraient en Allemagne, se trouvaient sans communication
+avec celles qui opéraient en Italie. Lecourbe exécuta cette entreprise
+avec l'intrépidité et la hardiesse qui le signalaient dans la guerre de
+montagnes, et redevint maître du Saint-Gothard.
+
+Pendant ce temps, de nouveaux événemens se préparaient en Italie.
+Suwarow, obligé par la cour de Vienne d'achever le siège de toutes les
+places, avant de pousser ses avantages, n'avait nullement profité de la
+victoire de la Trebbia. Il aurait même pu, tout en se conformant à
+ses instructions, se réserver une masse suffisante pour disperser
+entièrement nos débris; mais il n'avait pas assez le génie des
+combinaisons militaires pour agir de la sorte. Il consumait donc le
+temps à faire des sièges. Peschiera, Pizzighitone, la citadelle de
+Milan, étaient tombées. La citadelle de Turin avait eu le même sort.
+Les deux places célèbres de Mantoue et d'Alexandrie tenaient encore, et
+faisaient prévoir une longue résistance. Kray assiégeait Mantoue, et
+Bellegarde Alexandrie. Malheureusement toutes nos places avaient été
+confiées à des commandans dépourvus ou d'énergie ou d'instruction.
+L'artillerie y était mal servie, parce qu'on n'y avait jeté que des
+corps délabrés; l'éloignement de nos armées actives, repliées sur
+l'Apennin, désespérait singulièrement les courages. Mantoue, la
+principale de ces places, ne méritait pas la réputation que les
+campagnes de Bonaparte lui avaient value. Ce n'était pas sa force, mais
+la combinaison des événemens, qui avait prolongé sa défense. Bonaparte,
+en effet, avec une dizaine de mille hommes, en avait réduit quatorze
+mille à y mourir des fièvres et de la misère. Le général Latour-Foissac
+en était le commandant actuel. C'était un savant officier du génie; mais
+il n'avait pas l'énergie nécessaire pour ce genre de défense. Découragé
+par l'irrégularité de la place et le mauvais état des fortifications, il
+ne crut pas pouvoir suppléer aux murailles par de l'audace. D'ailleurs
+sa garnison était insuffisante; et après les premiers assauts, il parut
+disposé à se rendre. Le général Gardanne commandait à Alexandrie. Il
+était résolu, mais point assez instruit. Il repoussa vigoureusement un
+premier assaut; mais il ne sut pas voir dans la place les ressources
+qu'elle présentait encore.
+
+On était en thermidor (milieu de juillet); plus d'un mois s'était écoulé
+depuis la résolution du 30 prairial et la nomination de Joubert. Moreau
+sentait l'importance de prendre l'offensive avant la chute des places,
+et de déboucher, avec l'armée réorganisée et renforcée, sur les
+Austro-Russes dispersés. Malheureusement il était enchaîné par les
+ordres du gouvernement qui lui avait prescrit d'attendre Joubert. Ainsi,
+dans cette malheureuse campagne, ce fut une suite d'ordres intempestifs
+qui amena toujours nos revers. Le changement d'idées et de plans dans
+les choses d'exécution, et surtout à la guerre, est toujours funeste.
+Si Moreau, auquel on aurait dû donner le commandement dès l'origine,
+l'avait eu du moins depuis la journée de Cassano, et l'avait eu sans
+partage, tout eût été sauvé; mais associé tantôt à Macdonald, tantôt à
+Joubert, on l'empêcha pour la seconde et troisième fois de réparer nos
+malheurs, et de relever l'honneur de nos armes.
+
+Joubert, qu'on avait voulu, par un mariage et des caresses, attacher au
+parti qui projetait une réorganisation, perdit un mois entier, celui de
+messidor (juin et juillet), à célébrer ses noces, et manqua ainsi une
+occasion décisive. On ne l'attacha pas réellement au parti dont on
+voulait le faire l'appui, car il resta dévoué aux patriotes, et on lui
+fit perdre inutilement un temps précieux. Il partit en disant à sa jeune
+épouse: _Tu me reverras mort ou victorieux._ Il emporta, en effet, la
+résolution héroïque de vaincre ou de mourir. Ce noble jeune homme, en
+arrivant à l'armée dans le milieu de thermidor (premiers jours d'août),
+témoigna la plus grande déférence au maître consommé auquel on
+l'appelait à succéder. Il le pria de rester auprès de lui pour lui
+donner des conseils. Moreau, tout aussi généreux que le jeune général,
+voulut bien assister à sa première bataille, et l'aider de ses conseils:
+noble et touchante confraternité, qui honore les vertus de nos généraux
+républicains, et qui appartient à un temps où le zèle patriotique
+l'emportait encore sur l'ambition dans le coeur de nos guerriers!
+
+L'armée française, composée des débris des armées de la Haute-Italie et
+de Naples, des renforts arrivés de l'intérieur, s'élevait à quarante
+mille hommes, parfaitement réorganisés, et brûlant de se mesurer de
+nouveau avec l'ennemi. Rien n'égalait le patriotisme de ces soldats,
+qui, toujours battus, n'étaient jamais découragés, et demandaient
+toujours de retourner à l'ennemi. Aucune armée républicaine n'a mieux
+mérité de la France, car aucune n'a mieux répondu au reproche injuste
+fait aux Français, de ne pas savoir supporter les revers. Il est vrai
+qu'une partie de sa fermeté était due au brave et modeste général dans
+lequel elle avait mis toute sa confiance, et qu'on lui enlevait toujours
+au moment où il allait la ramener à la victoire.
+
+Ces quarante mille hommes étaient indépendans de quinze mille qui
+devaient servir, sous Championnet, à former le noyau de l'armée des
+Grandes-Alpes. Ils avaient débouché par la Bormida sur Acqui, par la
+Bochetta sur Gavi, et ils étaient venus se ranger en avant de Novi. Ces
+quarante mille hommes, débouchant à temps, avant la réunion des corps
+occupés à faire des siéges, pouvaient remporter des avantages décisifs.
+Mais Alexandrie venait d'ouvrir ses portes, le 4 thermidor (22 juillet).
+Le bruit était vaguement répandu que Mantoue venait aussi de les ouvrir.
+Cette triste nouvelle fut bientôt confirmée, et on apprit que la
+capitulation avait été signée le 12 thermidor (30 juillet). Kray venait
+de rejoindre Suwarow avec vingt mille hommes; la masse agissante des
+Austro-Russes se trouvait actuellement de soixante et quelques mille. Il
+n'était donc plus possible à Joubert de lutter à chance égale contre un
+ennemi si supérieur. Il assembla un conseil de guerre; l'avis général
+fut de rentrer dans l'Apennin, et de se borner à la défensive, en
+attendant de nouvelles forces.
+
+Joubert allait exécuter sa résolution, lorsqu'il fut prévenu par
+Suwarow, et obligé d'accepter la bataille. L'armée française était
+formée en demi-cercle, sur les pentes du Monte-Rotondo, dominant toute
+la plaine de Novi. La gauche formée des divisions Grouchy et Lemoine,
+s'étendait circulairement en avant de Pasturana. Elle avait à dos le
+ravin du Riasco, ce qui rendait ses derrières accessibles à l'ennemi qui
+oserait s'engager dans ce ravin. La réserve de cavalerie, commandée
+par Richepanse, était en arrière de cette aile. Au centre, la division
+Laboissière couvrait les hauteurs à droite et à gauche de la ville
+de Novi. La division Watrin, à l'aile droite, défendait les accès du
+Monte-Rotondo, du côté de la route de Tortone. Dombrowsky avec une
+division bloquait Seravalle. Le général Pérignon commandait notre aile
+gauche, Saint-Cyr notre centre et notre droite. La position était forte,
+bien occupée sur tous les points, et difficile à emporter. Cependant
+quarante mille hommes contre plus de soixante mille avaient un
+désavantage immense. Suwarow résolut d'attaquer la position avec sa
+violence accoutumée. Il porta Kray vers notre gauche avec les divisions
+Ott et Bellegarde. Le corps russe de Derfelden, ayant en tête
+l'avant-garde de Bagration, devait attaquer notre centre vers Novi.
+Mélas, demeuré un peu en arrière avec le reste de l'armée, devait
+assaillir notre droite. Par une combinaison singulière, ou plutôt par un
+défaut de combinaison, les attaques devaient être successives, et non
+simultanées.
+
+Le 28 thermidor (15 août 1799), Kray commença l'attaque à cinq heures du
+matin. Bellegarde attaqua la division Grouchy à l'extrême gauche, et
+Ott la division Lemoine. Ces deux divisions n'étant pas encore formées,
+faillirent être surprises et rompues. La résistance opiniâtre de l'une
+des demi-brigades obligea Kray à se jeter sur la 20e légère, qu'il
+accabla en réunissant contre elle son principal effort. Déjà ses troupes
+prenaient pied sur le plateau, lorsque Joubert accourut au galop sur le
+lieu du danger. Il n'était plus temps de songer à la retraite, et il
+fallait tout oser pour rejeter l'ennemi au bas du plateau. S'avançant
+au milieu des tirailleurs pour les encourager, il reçut une balle qui
+l'atteignit près du coeur, et l'étendit par terre. Presque expirant, le
+jeune héros criait encore à ses soldats: _En avant, mes amis! en avant!_
+Cet événement pouvait jeter le désordre dans l'armée; mais heureusement
+Moreau avait accompagné Joubert sur ce point. Il prit sur-le-champ le
+commandement qui lui était déféré par la confiance générale, rallia les
+soldats, bouillans de ressentiment, et les ramena sur les Autrichiens.
+Les grenadiers de la 34e les chassèrent à la baïonnette, et les
+précipitèrent au bas de la colline. Malheureusement les Français
+n'avaient pas encore leur artillerie en batterie, et les Autrichiens, au
+contraire, sillonnaient leurs rangs par une grêle d'obus et de boulets.
+Pendant cette action, Bellegarde tâchait de tourner l'extrême gauche par
+le ravin du Riasco, qui a déjà été désigné comme donnant accès sur nos
+derrières. Déjà il s'était introduit assez avant, lorsque Pérignon,
+lui présentant à propos la réserve commandée par le général Clausel,
+l'arrêta dans sa marche. Pérignon acheva de le culbuter dans la plaine,
+en le faisant charger par les grenadiers de Partouneaux et par la
+cavalerie de Richepanse. Ce coup de vigueur débarrassa l'aile gauche.
+
+Grâce à la singulière combinaison de Suwarow, qui voulait rendre ses
+attaques successives, notre centre n'avait pas encore été attaqué.
+Saint-Cyr avait eu le temps de faire ses dispositions, et de rapprocher
+de Novi la division Watrin, formant son extrême droite. Sur les
+instances de Kray, qui demandait à être appuyé par une attaque vers
+le centre, Bagration s'était enfin décidé à l'assaillir avec son
+avant-garde. La division Laboissière, qui était à la gauche de Novi,
+laissant approcher les Russes de Bagration à demi-portée de fusil,
+les accabla tout à coup d'un feu épouvantable de mousqueterie et de
+mitraille, et couvrit la plaine de morts. Bagration, sans s'ébranler,
+dirigea alors quelques bataillons pour tourner Novi par notre droite;
+mais, rencontrés par la division Watrin, qui se rapprochait de Novi, ils
+furent rejetés dans la plaine.
+
+On était ainsi arrivé à la moitié du jour sans que notre ligne fût
+entamée. Suwarow venait d'arriver avec le corps russe de Derfelden. Il
+ordonna une nouvelle attaque générale sur toute la ligne. Kray devait
+assaillir de nouveau la gauche, Derfelden et Bagration le centre. Mélas
+était averti de hâter le pas, pour venir accabler notre droite. Tout
+étant disposé, l'ennemi s'ébranle sur toute la ligne. Kray, s'acharnant
+sur notre gauche, essaie encore de la faire assaillir de front par
+Ott; mais la réserve Clausel repousse les troupes de Bellegarde, et la
+division Lemoine culbute Ott sur les pentes des collines. Au centre,
+Suwarow fait livrer une attaque furieuse à droite et à gauche de Novi.
+Une nouvelle tentative de tourner la ville est déjouée, comme le matin,
+par la division Watrin. Malheureusement nos soldats, entraînés par
+leur ardeur, s'abandonnent trop vivement à la poursuite de l'ennemi,
+s'aventurent dans la plaine, et sont ramenés dans leur position. A une
+heure le feu se ralentit de nouveau par l'effet de la fatigue générale;
+mais il recommence bientôt avec violence, et pendant quatre heures les
+Français, immobiles comme des murailles, résistent avec une admirable
+froideur à toute la furie des Russes. Ils n'avaient fait encore que des
+pertes peu considérables. Les Austro-Russes, au contraire, avaient été
+horriblement traités. La plaine était jonchée de leurs morts et de leurs
+blessés. Malheureusement le reste de l'armée austro-russe arrivait de
+Rivalta, sous les ordres de Mélas. Cette nouvelle irruption allait se
+diriger sur notre droite. Saint-Cyr, s'en apercevant, ramène la division
+Watrin, qui s'était trop engagée dans la plaine, et la dirige sur un
+plateau à droite de Novi. Mais tandis qu'elle opère ce mouvement, elle
+se voit déjà enveloppée de tous côtés par le corps nombreux de Mélas.
+Cette vue la saisit, elle se rompt, et gagne le plateau en désordre.
+On la rallie cependant un peu en arrière. Pendant ce temps, Suwarow,
+redoublant d'efforts au centre vers Novi, rejette enfin les Français
+dans la ville, et s'empare des hauteurs qui la commandent à droite et
+à gauche. Dès cet instant, Moreau, jugeant la retraite nécessaire,
+l'ordonne avant que de nouveaux progrès de l'ennemi interdisent les
+communications sur Gavi. A droite, la division Watrin est obligée de
+se faire jour pour regagner le chemin de Gavi déjà fermé. La division
+Laboissière se retire de Novi; les divisions Lemoine et Grouchy se
+replient sur Pasturana, en essuyant les charges furieuses de Kray.
+Malheureusement un bataillon s'introduit dans le ravin du Riasco, qui
+passe derrière Pasturana. Son feu jette le désordre dans nos colonnes;
+artillerie, cavalerie, tout se confond. La division Lemoine, pressée
+par l'ennemi, se débande et se jette dans le ravin. Nos soldats sont
+emportés comme la poussière soulevée par le vent. Pérignon et Grouchy
+rallient quelques braves, pour arrêter l'ennemi et sauver l'artillerie;
+mais ils sont sabrés, et restent prisonniers. Pérignon avait reçu sept
+coups de sabre, Grouchy six. Le brave Colli, ce général piémontais qui
+s'était si distingué dans les premières campagnes contre nous, et qui
+avait ensuite pris du service dans notre armée, se forme en carré avec
+quelques bataillons, résiste jusqu'à ce qu'il soit enfoncé, et tombe
+tout mutilé dans les mains des Russes.
+
+Après ce premier moment de confusion, l'armée se rallia en avant de
+Gavi. Les Austro-Russes étaient trop fatigués pour la poursuivre. Elle
+put se remettre en marche sans être inquiétée. La perte des deux côtés
+était égale; elle s'élevait à environ dix mille hommes pour chaque
+armée. Mais les blessés et les tués étaient beaucoup plus nombreux
+dans l'armée austro-russe. Les Français avaient perdu beaucoup plus de
+prisonniers. Ils avaient perdu aussi le général en chef, quatre généraux
+de division, trente-sept bouches à feu et quatre drapeaux. Jamais ils
+n'avaient déployé un courage plus froid et plus opiniâtre. Ils étaient
+inférieurs à l'ennemi du tiers au moins. Les Russes avaient montré leur
+bravoure fanatique, mais n'avaient dû l'avantage qu'au nombre, et
+non aux combinaisons du général, qui avait montré ici la plus grande
+ignorance. Il avait, en effet, exposé ses colonnes à être mitraillées
+l'une après l'autre, et n'avait pas assez appuyé sur notre gauche, point
+qu'il fallait accabler. Cette déplorable bataille nous interdisait
+définitivement l'Italie, et ne nous permettait plus de tenir la
+campagne. Il fallait nous renfermer dans l'Apennin, heureux de pouvoir
+le conserver. La perte de la bataille ne pouvait être imputée à Moreau,
+mais à la circonstance malheureuse de la réunion de Kray à Suwarow. Le
+retard de Joubert avait seul causé ce dernier désastre.
+
+Tous nos malheurs ne se bornaient pas à la bataille de Novi.
+L'expédition contre la Hollande, précédemment annoncée, s'exécutait
+enfin par le concours des Anglais et des Russes. Paul Ier avait stipulé
+un traité avec Pitt, par lequel il devait fournir dix-sept mille Russes,
+qui seraient à la solde anglaise, et qui agiraient en Hollande. Après
+beaucoup de difficultés vaincues, l'expédition avait été préparée pour
+la fin d'août (commencement de fructidor). Trente mille Anglais devaient
+se joindre aux dix-sept mille Russes, et si le débarquement s'effectuait
+sans obstacle, on avait l'espérance certaine d'arracher la Hollande
+aux Français. C'était pour l'Angleterre l'intérêt le plus cher; et
+n'eût-elle réussi qu'à détruire les flottes et les arsenaux de la
+Hollande, elle eût encore été assez payée des frais de l'expédition. Une
+escadre considérable se dirigea vers la Baltique, pour aller chercher
+les Russes. Un premier détachement mit à la voile sous les ordres du
+général Abercrombie, pour tenter le débarquement. Toutes les troupes
+d'expédition une fois réunies devaient se trouver sous les ordres
+supérieurs du duc d'York.
+
+Le point le plus avantageux pour aborder en Hollande était l'embouchure
+de la Meuse. On menaçait ainsi la ligne de retraite des Français, et
+on abordait très près de La Haye, où le stathouder avait le plus de
+partisans. La commodité des côtes fit préférer la Nord-Hollande.
+Abercrombie se dirigea vers le Helder, où il arriva vers la fin d'août.
+Après bien des obstacles vaincus, il débarqua près du Helder, aux
+environs de Groot-Keeten, le 10 fructidor (27 août). Les préparatifs
+immenses qu'avait exigés l'expédition, et la présence de toutes les
+escadres anglaises sur les côtes, avaient assez, averti les Français
+pour qu'ils fussent sur leurs gardes. Brune commandait à la fois les
+armées batave et française. Il n'avait guère sous la main que sept mille
+Français et dix mille Hollandais, commandés par Daendels. Il avait
+dirigé la division batave aux environs du Helder, et disposé aux
+environs de Harlem la division française. Abercrombie, en débarquant,
+rencontra les Hollandais à Groot-Keeten, les repoussa, et parvint ainsi
+à assurer le débarquement de ses troupes. Les Hollandais en cette
+occasion ne manquèrent pas de bravoure, mais ne furent pas dirigés
+avec assez d'habileté par le général Daendels, et furent obligés de se
+replier. Brune les recueillit, et fit ses dispositions pour attaquer
+promptement les troupes débarquées avant qu'elles fussent solidement
+établies, et qu'elles eussent été renforcées des divisions anglaises et
+russes qui devaient rejoindre.
+
+Les Hollandais montraient les meilleures dispositions. Les gardes
+nationales s'étaient offertes à garder les places, ce qui avait permis
+à Brune de mobiliser de nouvelles troupes. Il avait appelé à lui la
+division Dumonceau, forte de six mille hommes, et il résolut d'attaquer
+dès les premiers jours de septembre le camp où venaient de s'établir
+les Anglais. Ce camp était redoutable; c'était le Zip, ancien marais,
+desséché par l'industrie hollandaise, formant un vaste terrain coupé
+de canaux, hérissé de digues, et couvert d'habitations. Dix-sept mille
+Anglais l'occupaient, et y avaient fait les meilleures dispositions
+défensives. Brune pouvait l'assaillir avec vingt mille hommes au plus,
+ce qui était fort insuffisant à cause de la nature du terrain. Il aborda
+ce camp le 22 fructidor (8 septembre), et, après un combat opiniâtre,
+fut obligé de battre en retraite, et de se replier sur Amsterdam. Il ne
+pouvait plus dès cet instant empêcher la réunion de toutes les forces
+anglo-russes, et devait attendre la formation d'une armée française pour
+les combattre. Cet établissement des Anglais dans la Nord-Hollande amena
+l'événement qu'on devait redouter le plus, la défection de la grande
+flotte hollandaise. Le Texel n'avait pas été fermé, et l'amiral anglais
+Mitchell put y pénétrer avec toutes ses voiles. Depuis longtemps les
+matelots hollandais étaient travaillés par des émissaires du
+prince d'Orange; à la première sommation de l'amiral Mitchell, ils
+s'insurgèrent, et forcèrent Story, leur amiral, à se rendre. Toute la
+marine hollandaise se trouva ainsi au pouvoir des Anglais, ce qui était
+déjà pour eux un avantage du plus grand prix.
+
+Ces nouvelles, arrivées coup sur coup à Paris, y produisirent l'effet
+qu'on devait naturellement en attendre. Elles augmentèrent la
+fermentation des partis, et surtout le déchaînement des patriotes, qui
+demandèrent, avec plus de chaleur que jamais, l'emploi des grands moyens
+révolutionnaires. La liberté rendue aux journaux et aux clubs en avait
+fait renaître un grand nombre. Les restes du parti jacobin s'étaient
+réunis dans l'ancienne salle du Manége, où avaient siégé nos premières
+assemblées. Quoique la loi défendît aux sociétés populaires de prendre
+la forme d'assemblées délibérantes, la société du Manége ne s'en
+était pas moins donné, sous des titres différens, un président, des
+secrétaires, etc. On y voyait figurer l'ex-ministre Bouchotte, Drouet,
+Félix Lepelletier, Arena, tous disciples ou complices de Baboeuf. On y
+invoquait les mânes de Goujon, de Soubrany et des victimes de Grenelle.
+On y demandait, en style de 93, la punition de toutes les sangsues
+du peuple, le désarmement des royalistes, la levée en masse,
+l'établissement des manufactures d'armes dans les places publiques, et
+la restitution des canons et des piques aux gardes nationales, etc. On y
+demandait surtout la mise en accusation des anciens directeurs, auxquels
+on attribuait les derniers désastres, comme étant les résultats de
+leur administration. Quand la nouvelle de la bataille de Novi et des
+événemens de Hollande fut connue, la violence n'eut plus de bornes. Les
+injures furent prodiguées aux généraux. Moreau fut traité de tâtonneur;
+Joubert lui-même, malgré sa mort héroïque, fut accusé d'avoir perdu
+l'armée par sa lenteur à la rejoindre. Sa jeune épouse, MM. de
+Sémonville, Sainte-Foy, Talleyrand, auxquels on attribuait son mariage,
+furent accablés d'outrages. Le gouvernement hollandais fut accusé de
+trahison; on dit qu'il était composé d'aristocrates, de stathoudériens,
+ennemis de la France et de la liberté. Le _Journal des hommes libres_,
+organe du même parti qui se réunissait à la salle du Manége, répétait
+toutes ces déclamations, et ajoutait au scandale des paroles celui de
+l'impression.
+
+Ce déchaînement causait à beaucoup de gens une espèce de terreur.
+On craignait une nouvelle représentation des scènes de 93. Ceux qui
+s'appelaient les _modérés_, les _politiques_, et qui, à la suite de
+Sièyes, avaient l'intention louable et la prétention hasardée de sauver
+la France des fureurs des partis en la constituant une seconde fois,
+s'indignaient du déchaînement de ces nouveaux jacobins. Sièyes surtout
+avait une grande habitude de les craindre, et il se prononçait contre
+eux avec toute la vivacité de son humeur. Au reste, ils pouvaient
+paraître redoutables, car, indépendamment des criards et des brouillons
+qui étalaient leur énergie dans les clubs ou dans les journaux, ils
+comptaient des partisans plus braves, plus puissans, et par conséquent
+dangereux, dans le gouvernement lui-même. Il y avait dans les conseils
+tous les patriotes repoussés une première fois par les scissions, et
+entrés de force aux élections de cette année, qui, en langage plus
+modéré, répétaient à peu près ce qui se disait dans la société du
+Manége. C'étaient des hommes qui ne voulaient pas courir la chance d'une
+nouvelle constitution, qui se défiaient d'ailleurs de ceux qui voulaient
+la faire, et qui craignaient qu'on ne cherchât dans les généraux un
+appui redoutable. Ils voulaient de plus, pour tirer la France de ses
+périls, des mesures semblables à celles qu'avait employées le comité
+de salut public. Les anciens, plus mesurés et plus sages, par leur
+position, partageaient peu cet avis, mais plus de deux cents membres le
+soutenaient chaudement dans les cinq-cents. Il n'y avait pas seulement
+dans le nombre des têtes chaudes comme Augereau, mais des hommes sages
+et éclairés comme Jourdan. Ces deux généraux donnaient au parti patriote
+un grand ascendant sur les cinq-cents. Au directoire, ce parti avait
+deux voix: Gohier et Moulins. Barras restait indécis; d'une part, il se
+défiait de Sièyes, qui lui témoignait peu d'estime et le regardait comme
+pourri; d'autre part, il craignait les patriotes et leurs extravagances.
+Il hésitait ainsi à se prononcer. Dans le ministère, les patriotes
+venaient de trouver un appui dans Bernadotte. Ce général était beaucoup
+moins prononcé que la plupart des généraux de l'armée d'Italie, et on
+doit se souvenir que sa division, en arrivant sur le Tagliamento, fut en
+querelle avec la division Augereau au sujet du mot _monsieur_, qu'elle
+substituait déjà à celui de _citoyen_. Mais Bernadotte avait une
+ambition inquiète; il avait vu avec humeur la confiance accordée à
+Joubert par le parti réorganisateur; il croyait qu'on songeait à Moreau
+depuis la mort de Joubert, et cette circonstance l'indisposant contre
+les projets de réorganisation, le rattachait entièrement aux patriotes.
+Le général Marbot, commandant de la place de Paris, républicain violent,
+était dans le mêmes dispositions que Bernadotte.
+
+Ainsi, deux cents députés prononcés dans les cinq-cents, à la tête
+desquels se trouvaient deux généraux célèbres, le ministre de la guerre,
+le commandant de la place de Paris, deux directeurs, quantité de
+journaux et de clubs, un reste considérable d'hommes compromis, et
+propres aux coups de main, pouvaient causer quelque effroi; et bien
+que le parti montagnard ne pût renaître, on conçoit les craintes qu'il
+inspirait encore à des hommes tout pleins des souvenirs de 1793.
+
+On était peu satisfait du magistrat Bourguignon pour l'exercice des
+fonctions de la police. C'était un honnête citoyen, mais trop peu
+avisé. Barras proposa à Sièyes sa créature, qu'il venait d'envoyer à
+l'ambassade de Hollande, le souple et astucieux Fouché. Ancien membre
+des jacobins, instruit parfaitement de leur esprit et de leurs secrets,
+nullement attaché à leur cause, ne cherchant au milieu du naufrage
+des partis qu'à sauver sa fortune, Fouché était éminemment propre
+à espionner ses anciens amis, et à garantir le directoire de leurs
+projets. Il fut accepté par Sièyes et Roger-Ducos, et obtint le
+ministère de la police. C'était une précieuse acquisition dans les
+circonstances. Il confirma Barras dans l'idée de se rattacher plutôt au
+parti réorganisateur qu'au parti patriote, parce que ce dernier n'avait
+point d'avenir, et pouvait d'ailleurs l'entraîner trop loin.
+
+Cette mesure prise, la guerre aux patriotes commença. Sièyes, qui avait
+sur les anciens une grande influence, parce que ce conseil était tout
+composé des _modérés_ et des _politiques_, usa de cette influence pour
+faire fermer la nouvelle société des jacobins. La salle du Manége,
+attenant aux Tuileries, était comprise dans l'enceinte du palais des
+anciens. Chaque conseil ayant la police de son enceinte, les anciens
+pouvaient fermer la salle du Manége. En effet, la commission des
+inspecteurs prit un arrêté, et défendit toute réunion dans cette salle.
+Une simple sentinelle placée à la porte suffit pour empêcher la réunion
+des nouveaux jacobins. C'était là une preuve que, si les déclamations
+étaient les mêmes, les forces ne l'étaient plus. Cet arrêté fut motivé
+auprès du conseil des anciens par un rapport du député Cornet. Courtois,
+le même qui avait fait le rapport sur le 9 thermidor, en profita pour
+faire une nouvelle dénonciation contre les complots des jacobins. Sa
+dénonciation fut suivie d'une délibération tendant à ordonner un rapport
+sur ce sujet.
+
+Les patriotes, chassés de la salle du Manége, se retirèrent dans un
+vaste local, rue du Bac, et recommencèrent là leurs déclamations
+habituelles. Leur organisation en assemblée délibérante demeurant la
+même, la constitution donnait au pouvoir exécutif le droit de dissoudre
+leur société. Sièyes, Roger-Ducos et Barras, à l'instigation de Fouché,
+se décidèrent à la fermer. Gohier et Moulins n'étaient pas de cet avis,
+disant que, dans le danger présent, il fallait raviver l'esprit public
+par des clubs; que la société des nouveaux jacobins renfermait de
+mauvaises têtes, mais point de factieux redoutables, puisqu'ils avaient
+cédé devant une simple sentinelle quand la salle du Manége avait
+été fermée. Leur avis ne fut pas écouté, et la décision fut prise.
+L'exécution en fut renvoyée après la célébration de l'anniversaire du 10
+août, qui devait avoir lieu le 23 thermidor. Sièyes était président du
+directoire; à ce titre, il devait parler dans cette solennité. Il fit un
+discours remarquable, dans lequel il s'attachait à signaler le danger
+que les nouveaux anarchistes faisaient courir à la république, et
+les dénonçait comme des conspirateurs dangereux, rêvant une nouvelle
+dictature révolutionnaire. Les patriotes présens à la cérémonie
+accueillirent mal ce discours, et poussèrent quelques vociférations. Au
+milieu des salves d'artillerie, Sièyes et Barras crurent entendre des
+balles siffler à leurs oreilles. Ils rentrèrent au directoire fort
+irrités. Se défiant des autorités de Paris, ils résolurent d'enlever le
+commandement de la place au général Marbot, qu'on accusait d'être un
+chaud patriote et de participer aux prétendus complots des jacobins.
+Fouché proposa à sa place Lefebvre, brave général, ne connaissant que la
+consigne militaire, et tout à fait étranger aux intrigues des partis.
+Marbot fut donc destitué, et le surlendemain, l'arrêté qui ordonnait la
+clôture de la société de la rue du Bac fut signifié.
+
+Les patriotes n'opposèrent pas plus de résistance à la rue du Bac que
+dans la salle du Manége. Ils se retirèrent et demeurèrent définitivement
+séparés. Mais il leur restait les journaux, et ils en firent un
+redoutable usage. Celui qui se qualifiait _Journal des Hommes libres_
+déclama avec une extrême violence contre tous les membres du directoire
+qui étaient connus pour avoir approuvé la délibération. Sièyes fut
+traité cruellement. Ce prêtre perfide, disaient les journaux patriotes,
+a vendu l'a république à la Prusse. Il est convenu avec cette puissance
+de rétablir en France la monarchie, et de donner la couronne à
+Brunswick. Ces accusations n'avaient d'autre fondement que l'opinion
+bien connue de Sièyes sur la constitution, et son séjour en Prusse. Il
+répétait, en effet, tous les jours que les brouillons et les bavards
+rendaient tout gouvernement impossible; qu'il fallait concentrer
+l'autorité; que la liberté pouvait être compatible même avec la
+monarchie, témoin l'Angleterre; mais qu'elle était incompatible avec
+cette domination successive de tous les partis. On lui prêtait même cet
+autre propos, _que le nord de l'Europe était plein de princes sages et
+modérés, qui pourraient,_ _avec une forte constitution, faire le bonheur
+de la France_. Ces propos, vrais ou faux, suffisaient pour qu'on lui
+prêtât des complots qui n'existaient que dans l'imagination de ses
+ennemis. Barras n'était pas mieux traité que Sièyes. Les ménagemens que
+les patriotes avaient eus long-temps pour lui, parce qu'il les avait
+toujours flattés de son appui, avaient cessé. Ils le déclaraient
+maintenant un traître, un homme pourri, qui n'était plus bon à aucun
+parti. Fouché, son conseil, apostat comme lui, était poursuivi des mêmes
+reproches. Roger-Ducos n'était, suivant eux, qu'un imbécile, adoptant
+aveuglément l'avis de deux traîtres.
+
+La liberté de la presse était illimitée. La loi proposée par Berlier
+n'ayant pas été accueillie, il n'existait qu'un moyen pour attaquer les
+écrivains, c'était de faire revivre une loi de la convention contre ceux
+qui, par des actions ou par des écrits, tendraient au renversement de la
+république. Il fallait que cette intention fût démontrée pour que la loi
+devînt applicable, et alors la loi portait peine de mort. Il était donc
+impossible d'en faire usage. Une nouvelle loi avait été demandée au
+corps législatif, et on décida qu'on s'en occuperait sur-le-champ. Mais
+en attendant, le déchaînement continuait avec la même violence; et
+les trois directeurs composant la majorité déclaraient qu'il était
+impossible de gouverner. Ils imaginèrent d'appliquer à ce cas l'article
+144 de la constitution, qui donnait au directoire le droit de lancer
+des mandats d'arrêt contre les auteurs ou complices des complots tramés
+contre la république. Il fallait singulièrement torturer cet article
+pour l'appliquer aux journalistes. Cependant, comme c'était un moyen
+d'arrêter le débordement de leurs écrits, en saisissant leurs presses
+et en les arrêtant eux-mêmes, la majorité directoriale, sur l'avis de
+Fouché, lança des mandats d'arrêt contre les auteurs de onze journaux,
+et fit mettre le scellé sur leurs presses. L'arrêté fut signifié le 17
+fructidor (3 septembre) au corps législatif, et produisit un soulèvement
+de la part des patriotes. On cria au coup d'état, à la dictature, etc.
+
+Telle était la situation des choses. Dans le directoire, dans les
+conseils, partout enfin, les _modérés_, les _politiques_ luttaient
+contre les patriotes. Les premiers avaient la majorité dans le
+directoire comme dans les conseils. Les patriotes étaient en minorité,
+mais ils étaient ardens, et faisaient assez de bruit pour épouvanter
+leurs adversaires. Heureusement les moyens étaient usés comme les
+partis, et de part et d'autre on pouvait se faire beaucoup plus de peur
+que de mal. Le directoire avait fermé deux fois la nouvelle société des
+jacobins et supprimé leurs journaux. Les patriotes criaient, menaçaient,
+mais n'avaient plus assez d'audace ni de partisans pour attaquer le
+gouvernement. Dans cette situation, qui durait depuis le 30 prairial,
+c'est-à-dire depuis près de trois mois, on eut l'idée, si ordinaire à la
+veille des événemens décisifs, d'une réconciliation. Beaucoup de
+députés de tous les côtés proposèrent une entrevue avec les membres du
+directoire pour s'expliquer et s'entendre sur leurs griefs réciproques.
+«Nous aimons tous la liberté, disaient-ils, nous voulons tous la sauver
+des périls auxquels elle se trouve exposée par la défaite de nos armées;
+tâchons donc de nous entendre sur le choix des moyens, puisque ce choix
+est notre seule cause de désunion.» L'entrevue eut lieu chez Barras. Il
+n'y a pas et il ne peut pas y avoir de réconciliation entre les partis,
+car il faudrait qu'ils renonçassent à leur but, ce qu'on ne peut obtenir
+d'une conversation. Les députés patriotes se plaignirent de ce qu'on
+parlait tous les jours de complots, de ce que le président du directoire
+avait lui-même signalé une classe d'hommes dangereux et qui méditaient
+la ruine de la république. Ils demandaient qu'on désignât quels étaient
+ces hommes, afin de ne pas les confondre avec les patriotes. Sièyes, à
+qui cette interpellation s'adressait, répondit en rappelant la conduite
+des sociétés populaires et des journaux, et en signalant les dangers
+d'une nouvelle anarchie. On lui demanda encore de désigner les
+véritables anarchistes, pour se réunir contre eux et les combattre. «Et
+comment nous réunir contre eux, dit Sièyes, quand tous les jours
+des membres du corps législatif montent à la tribune pour les
+appuyer?--C'est donc nous que vous attaquez? repartirent les députés
+auxquels Sièyes venait de faire cette réponse. Quand nous voulons nous
+expliquer avec vous, vous nous injuriez et nous repoussez.» L'humeur
+arrivant, sur-le-champ on se sépara, en s'adressant des paroles plutôt
+menaçantes que conciliatrices.
+
+Immédiatement après cette entrevue, Jourdan forma le projet d'une
+proposition importante, celle de déclarer la patrie en danger. Cette
+déclaration entraînait la levée en masse et plusieurs grandes mesures
+révolutionnaires. Elle fut présentée aux cinq-cents le 27 fructidor (13
+septembre). Le parti modéré la combattit vivement, en disant que cette
+mesure, loin d'ajouter à la force du gouvernement, ne ferait que
+la diminuer, en excitant des craintes exagérées et des agitations
+dangereuses. Les patriotes soutinrent qu'il fallait donner une grande
+commotion pour réveiller l'esprit public et sauver la révolution. Ce
+moyen, excellent en 1793, ne pouvait plus réussir aujourd'hui et n'était
+qu'une application erronée du passé. Lucien Bonaparte, Boulay (de la
+Meurthe), Chénier, le combattirent vivement, et on obtint l'ajournement
+au lendemain. Les patriotes des clubs avaient entouré le palais des
+cinq-cents en tumulte, et ils insultèrent plusieurs députés. On
+répandait que Bernadotte, pressé par eux, allait monter à cheval, se
+mettre à leur tête et faire une journée. Il est certain que plusieurs
+des brouillons du parti l'y avaient fortement engagé. On pouvait
+craindre qu'il se laissât entraîner. Barras et Fouché le virent
+et cherchèrent à s'expliquer avec lui. Ils le trouvèrent plein de
+ressentiment contre les projets qu'il disait avoir été formés avec
+Joubert. Barras et Fouché lui assurèrent qu'il n'en était rien, et
+l'engagèrent à demeurer tranquille.
+
+Ils retournèrent auprès de Sièyes, et convinrent d'arracher à Bernadotte
+sa démission, sans la lui donner. Sièyes, s'entretenant le jour même
+avec Bernadotte, l'amena à dire qu'il désirait reprendre bientôt un
+service actif, et qu'il regarderait le commandement d'une armée comme la
+plus douce récompense de son ministère. Sur-le-champ, interprétant cette
+réponse comme la demande de sa démission, Sièyes, Barras et Roger-Ducos
+résolurent d'écrire à Bernadotte que sa démission était acceptée. Ils
+avaient saisi le moment où Gohier et Moulins étaient absens pour
+prendre cette détermination. Le lendemain même, la lettre fut écrite
+à Bernadotte. Celui-ci fut tout étonné, et répondit au directoire une
+lettre très-amère, dans laquelle il disait qu'on acceptait une démission
+qu'il n'avait pas donnée, et demandait son traitement de réforme. La
+nouvelle de cette destitution déguisée fut annoncée aux cinq-cents au
+moment où l'on allait voter sur le danger de la patrie. Elle excita
+une grande rumeur. «On prépare des coups d'état, s'écrièrent les
+patriotes.--Jurons, dit Jourdan, de mourir sur nos chaises curules!--Ma
+tête tombera, s'écrie Augereau, avant qu'il soit porté atteinte à la
+représentation nationale.» Enfin, après un grand tumulte, on alla
+aux voix. A une majorité de deux cent quarante-cinq contre cent
+soixante-onze voix, la proposition de Jourdan fut rejetée, et la patrie
+ne fut point déclarée en danger.
+
+Quand les deux directeurs Gohier et Moulins apprirent le renvoi de
+Bernadotte, décidé sans leur participation, ils se plaignirent à leurs
+collègues, en disant qu'une pareille mesure ne devait pas être prise
+sans le concours des cinq directeurs. «Nous formions la majorité, reprit
+Sièyes, et nous avions le droit de faire ce que nous avons fait.»
+Gohier et Moulins allèrent sur-le-champ rendre une visite officielle à
+Bernadotte, et ils eurent soin de le faire avec le plus grand éclat.
+
+L'administration du département de la Seine inspirait aussi quelque
+défiance à la majorité directoriale, elle fut changée. Dubois de Crancé
+remplaça Bernadotte au ministère de la guerre.
+
+La désorganisation était donc complète sous tous les rapports: battue au
+dehors par la coalition, presque bouleversée au dedans par les partis,
+la république semblait menacée d'une chute prochaine. Il fallait qu'une
+force surgît quelque part, soit pour dompter les factions, soit pour
+résister aux étrangers. Cette force, on ne pouvait plus l'espérer d'un
+parti vainqueur, car ils étaient tous également usés et discrédités;
+elle ne pouvait naître que du sein des armées, où réside la force, et la
+force silencieuse, régulière, glorieuse comme elle convient à une nation
+fatiguée de l'agitation des disputes et de la confusion des volontés. Au
+milieu de cette grande dissolution, les regards erraient sur les hommes
+illustrés pendant la révolution, et semblaient chercher un chef. _Il ne
+faut plus de bavards_, avait dit Sièyes, _il faut une tête et une épée_.
+La tête était trouvée, car il était au directoire. On cherchait une
+épée. Hoche était mort; Joubert, que sa jeunesse, sa bonne volonté,
+son héroïsme, recommandaient à tous les amis de la république, venait
+d'expirer à Novi. Moreau, jugé le plus grand homme de guerre parmi les
+généraux restés en Europe, avait laissé dans les esprits l'impression
+d'un caractère froid, indécis, peu entreprenant, et peu jaloux de se
+charger d'une grande responsabilité. Masséna, l'un de nos plus grands
+généraux, n'avait pas encore acquis la gloire d'être notre sauveur. On
+ne voyait d'ailleurs en lui qu'un soldat. Jourdan venait d'être vaincu.
+Augereau était un esprit turbulent, Bernadotte un esprit inquiet, et
+aucun des deux n'avait assez de renommée. Il y avait un personnage
+immense, qui réunissait toutes les gloires, qui à cent victoires avait
+joint une belle paix, qui avait porté la France au comble de la grandeur
+à Campo-Formio, et qui semblait en s'éloignant avoir emporté sa fortune,
+c'était Bonaparte; mais il était dans les contrées lointaines; il
+occupait de son nom les échos de l'Orient. Seul il était resté
+victorieux, et faisait retentir aux bords du Nil et du Jourdain les
+foudres dont il avait naguère épouvanté l'Europe sur l'Adige. Ce n'était
+pas assez de le trouver glorieux, on le voulait intéressant; on le
+disait exile par une autorité défiante et ombrageuse. Tandis qu'en
+aventurier il cherchait une carrière grande comme son imagination, on
+croyait que, citoyen soumis, il payait par des victoires l'exil qu'on
+lui avait imposé. «Où est Bonaparte? se disait-on. Sa vie déjà épuisée
+se consume sous un ciel dévorant. Ah! s'il était parmi nous, la
+république ne serait pas menacée d'une ruine prochaine. L'Europe et les
+factions la respecteraient également!» Des bruits confus circulaient sur
+son compte. On disait quelquefois que la victoire, infidèle à tous les
+généraux français, l'avait abandonné à son tour dans une expédition
+lointaine. Mais on repoussait de tels bruits; il est invincible,
+disait-on; loin d'avoir essuyé des revers, il marche à la conquête de
+tout l'Orient. On lui prêtait des projets gigantesques. Les uns allaient
+jusqu'à dire qu'il avait traversé la Syrie, franchi l'Euphrate et
+l'Indus; les autres qu'il avait marché sur Constantinople, et qu'après
+avoir renversé l'empire ottoman, il allait prendre l'Europe à revers.
+Les journaux étaient pleins de ces conjectures, qui prouvent ce que les
+imaginations attendaient de ce jeune homme.
+
+Le directoire lui avait mandé l'ordre de revenir, et avait réuni dans
+la Méditerranée une flotte immense, composée de marins français et
+espagnols, pour ramener l'armée[7]. Les frères du général, restés à
+Paris, et chargés de l'informer de l'état des choses, lui avaient envoyé
+dépêches sur dépêches, pour l'instruire de l'état de confusion où était
+tombée la république, et pour le presser de revenir. Mais ces avis
+avaient à traverser les mers et les escadres anglaises, et on ne savait
+si le héros serait averti et revenu avant la ruine de la République.
+
+[Note 7: Il faut dire que cet ordre est contesté. On connaît un
+arrêté du directoire, signé de Treilhard, Barras et Larévellière, et
+daté du 7 prairial, qui rappelle Bonaparte en Europe. Larévellière, dans
+ses mémoires, déclare ne pas se souvenir d'avoir donné cette signature,
+et regarde l'arrêté comme supposé. Cependant l'expédition maritime de
+Bruix resterait alors sans explication. Du reste, il est certain que le
+directoire, à cette époque, souhaitait Bonaparte, et qu'il craignait son
+ambition beaucoup moins que la férocité de Suwarow. Si l'ordre n'est
+pas authentique, il est vraisemblable, et d'ailleurs il est de peu
+d'importance, car Bonaparte était autorisé à revenir quand il le
+jugerait convenable.]
+
+
+
+CHAPITRE XVIII.
+
+SUITE DES OPÉRATIONS DE BONAPARTE EN ÉGYPTE. CONQUÊTE DE LA HAUTE-ÉGYPTE
+PAR DESAIX; BATAILLE DE SÉDIMAN.--EXPÉDITION DE SYRIE; PRISE DU
+FORT D'EL-ARISCH ET DE JAFFA; BATAILLE DU MONT-THABOR; SIÉGE DE
+SAINT-JEAN-D'ACRE.--RETOUR EN ÉGYPTE; BATAILLE D'ABOUKIR.--DÉPART DE
+BONAPARTE POUR LA FRANCE.--OPÉRATIONS EN EUROPE. MARCHE DE L'ARCHIDUC
+CHARLES SUR LE RHIN, ET DE SUWAROW EN SUISSE; MOUVEMENT DE MASSÉNA;
+MÉMORABLE VICTOIRE DE ZURICH; SITUATION PÉRILLEUSE DE SUWAROW; SA
+RETRAITE DÉSASTREUSE; LA FRANCE SAUVÉE.--ÉVÉNEMENS EN HOLLANDE; DÉFAITE
+ET CAPITULATION DES ANGLO-RUSSES; ÉVACUATION DE LA HOLLANDE. FIN DE LA
+CAMPAGNE DE 1799.
+
+
+Bonaparte, après la bataille des Pyramides, s'était trouvé maître de
+l'Égypte. Il avait commencé à s'y établir, et avait distribué ses
+généraux dans les provinces, pour en faire la conquête. Desaix, placé
+à l'entrée de la Haute-Égypte avec une division de trois mille hommes
+environ, était chargé de conquérir cette province contre les restes
+de Mourad-Bey. C'est en vendémiaire et brumaire de l'année précédente
+(octobre 1798), au moment où l'inondation finissait, que Desaix avait
+commencé son expédition. L'ennemi s'était retiré devant lui et ne
+l'avait attendu qu'à Sédiman; là, Desaix avait livré, le 16 vendémiaire
+an VII (7 octobre 1798), une bataille acharnée contre les restes
+désespérés de Mourad-Bey. Aucun des combats des Français en Égypte ne
+fut aussi sanglant. Deux mille Français eurent à lutter contre quatre
+mille Mameluks et huit mille fellahs, retranchés dans le village de
+Sédiman. La bataille se passa comme celle des Pyramides, et comme toutes
+celles qui furent livrées en Égypte. Les fellahs étaient derrière les
+murs du village, et les cavaliers dans la plaine. Desaix s'était formé
+en deux carrés, et avait placé sur ses ailes deux autres petits carrés,
+pour amortir le choc de la cavalerie ennemie. Pour la première fois,
+notre infanterie fut rompue, et l'un des petits carrés enfoncé. Mais,
+par un instinct subit et admirable, nos braves soldats se couchèrent
+aussitôt par terre, afin que les grands carrés pussent faire feu sans
+les atteindre. Les Mameluks, passant sur leurs corps, chargèrent les
+grands carrés avec furie pendant plusieurs heures de suite, et vinrent
+expirer en désespérés sur les baïonnettes. Suivant l'usage, les
+carrés s'ébranlèrent ensuite, pour attaquer les retranchemens, et les
+emportèrent. Pendant ce mouvement, les Mameluks, décrivant un arc de
+cercle, vinrent égorger les blessés sur les derrières, mais on les
+chassa bientôt de ce champ de carnage, et les soldats furieux en
+massacrèrent un nombre considérable. Jamais plus de morts n'avaient
+jonché le champ de bataille. Les Français avaient perdu trois cents
+hommes. Desaix continua sa marche pendant tout l'hiver, et après une
+suite de combats, devenu maître de la Haute-Égypte jusqu'aux cataractes,
+il fit autant redouter sa bravoure que chérir sa clémence. Au Caire,
+on avait appelé Bonaparte le sultan Kebir, _sultan de feu_; dans la
+Haute-Égypte, Desaix fut nommé _sultan le juste_.
+
+Bonaparte, pendant ce temps, avait fait une marche jusqu'à Belbeys, pour
+rejeter Ibrahim-Bey en Syrie, et il avait recueilli en route les débris
+de la caravane de la Mecque, pillée par les Arabes. Revenu au Caire, il
+continua à y établir une administration toute française. Une révolte,
+excitée au Caire par les agens secrets de Mourad-Bey, fut durement
+réprimée, et découragea tout à fait les ennemis des Français[8]. L'hiver
+de 1798 à 1799 s'écoula ainsi dans l'attente des événemens. Bonaparte
+apprit dans cet intervalle la déclaration de guerre de la Porte, et les
+préparatifs qu'elle faisait contre lui, avec l'aide des Anglais. Elle
+formait deux armées, l'une à Rhodes, l'autre en Syrie. Ces deux armées
+devaient agir simultanément au printemps de 1799, l'une en venant
+débarquer à Aboukir, près d'Alexandrie, l'autre en traversant le désert
+qui sépare la Syrie de l'Égypte. Bonaparte sentit sur-le-champ sa
+position, et voulut, suivant son usage, déconcerter l'ennemi en le
+prévenant par une attaque soudaine. Il ne pouvait pas franchir le désert
+qui sépare l'Égypte de la Syrie, dans la belle saison, et il résolut
+de profiter de l'hiver pour aller détruire les rassemblemens qui se
+formaient à Acre, à Damas, et dans les villes principales. Le célèbre
+pacha d'Acre, Djezzar, était nommé séraskier de l'armée réunie en Syrie.
+Abdallah, pacha de Damas, commandait son avant-garde, et s'était avancé
+jusqu'au fort d'El-Arisch, qui ouvre l'Égypte du côté de la Syrie.
+Bonaparte voulut agir sur-le-champ. Il avait des intelligences parmi
+les peuplades du Liban. Les Druses, tribus chrétiennes, les Mutualis,
+mahométans schismatiques, lui offraient leur secours, et l'appelaient de
+tous leurs voeux. En brusquant l'assaut de Jaffa, d'Acre et de quelques
+places mal fortifiées, il pouvait s'emparer en peu de temps de la Syrie,
+ajouter cette belle conquête à celle de l'Égypte, devenir maître
+de l'Euphrate comme il l'était du Nil, et avoir alors toutes les
+communications avec l'Inde. Son ardente imagination allait plus loin
+encore, et formait quelques-uns des projets que ses admirateurs lui
+prêtaient en Europe. Il n'était pas impossible qu'en soulevant
+les peuplades du Liban, il réunît soixante ou quatre-vingt mille
+auxiliaires, et qu'avec ces auxiliaires, appuyés de vingt-cinq mille
+soldats, les plus braves de l'univers, il marchât sur Constantinople
+pour s'en emparer. Que ce projet gigantesque fût exécutable ou non, il
+est certain qu'il occupait son imagination; et quand on a vu ce qu'il
+a fait aidé de la fortune, on n'ose plus déclarer insensé aucun de ses
+projets.
+
+[Note 8: Cet événement eut lieu le 30 vendémiaire an VII (21 octob.
+1798).]
+
+Bonaparte se mit en marche en pluviôse (premiers jours de février), à
+la tête des divisions Kléber, Régnier, Lannes, Bon et Murat, fortes de
+treize mille hommes environ. La division de Murat était composée de la
+cavalerie. Bonaparte avait créé un régiment d'une arme toute nouvelle:
+c'était celui des dromadaires. Deux hommes, assis dos à dos, étaient
+portés sur un dromadaire, et pouvaient, grâce à la force et à la
+célérité de ces animaux, faire vingt-cinq ou trente lieues sans
+s'arrêter. Bonaparte avait formé ce régiment pour donner la chasse aux
+Arabes, qui infestaient les environs de l'Égypte. Ce régiment suivait
+l'armée d'expédition. Bonaparte ordonna en outre au contre-amiral Perrée
+de sortir d'Alexandrie avec trois frégates, et de venir sur la côte de
+Syrie pour y transporter l'artillerie de siége et des munitions. Il
+arriva devant le fort d'El-Arisch le 29 pluviôse (17 février). Après un
+peu de résistance, la garnison se rendit prisonnière au nombre de
+treize cents hommes. On trouva dans le fort des magasins considérables.
+Ibrahim-Bey ayant voulu le secourir, fut mis en fuite; son camp resta
+au pouvoir des Français, et leur procura un butin immense. Les soldats
+eurent beaucoup à souffrir en traversant le désert, mais ils voyaient
+leur général marchant à leurs côtés, supportant, avec une santé débile,
+les mêmes privations, les mêmes fatigues, et ils n'osaient se
+plaindre. Bientôt on arriva à Gasah; on prit cette place à la vue de
+Djezzar-Pacha, et on y trouva comme dans le fort d'El-Arisch, beaucoup
+de matériel et d'approvisionnemens. De Gasah l'armée se dirigea sur
+Jaffa, l'ancienne Joppé. Elle y arriva le 13 ventôse (3 mars). Cette
+place était entourée d'une grosse muraille flanquée de tours. Elle
+renfermait quatre mille hommes de garnison. Bonaparte la fit battre en
+brèche, et puis somma le commandant, qui pour toute réponse coupa la
+tête au parlementaire. L'assaut fut donné, la place emportée avec une
+audace extraordinaire, et livrée à trente heures de pillage et de
+massacres. On y trouva encore une quantité considérable d'artillerie et
+de vivres de toute espèce. Il restait quelques mille prisonniers, qu'on
+ne pouvait pas envoyer en Égypte, parce qu'on n'avait pas les moyens
+ordinaires de les faire escorter, et qu'on ne voulait pas renvoyer à
+l'ennemi, dont ils auraient grossi les rangs. Bonaparte se décida à une
+mesure terrible, et qui est le seul acte cruel de sa vie. Transporté
+dans un pays barbare, il en avait involontairement adopté les moeurs: il
+fit passer au fil de l'épée les prisonniers qui lui restaient. L'armée
+consomma avec obéissance, mais avec une espèce d'effroi, l'exécution
+qui lui était commandée. Nos soldats prirent en s'arrêtant à Jaffa les
+germes de la peste.
+
+Bonaparte s'avança ensuite sur Saint-Jean-d'Acre, l'ancienne Ptolémaïs,
+situé au pied du mont Carmel. C'était la seule place qui pût encore
+l'arrêter. La Syrie était à lui s'il pouvait l'enlever. Mais Djezzar
+s'y était enfermé avec toutes ses richesses et une forte garnison. Il
+comptait sur l'appui de Sidney-Smith, qui croisait dans ces parages,
+et qui lui fournit des ingénieurs, des canonniers et des munitions. Il
+devait d'ailleurs être bientôt secouru par l'armée turque réunie en
+Syrie, qui s'avançait de Damas pour franchir le Jourdain. Bonaparte se
+hâta d'attaquer la place pour l'enlever comme celle de Jaffa, avant
+qu'elle fût renforcée de nouvelles troupes, et que les Anglais eussent
+le temps d'en perfectionner la défense. On ouvrit aussitôt la tranchée.
+Malheureusement l'artillerie de siége, qui devait venir par mer
+d'Alexandrie, avait été enlevée par Sidney-Smith. On avait pour toute
+artillerie de siége et de campagne, une caronade de trente-deux, quatre
+pièces de douze, huit obusiers, et une trentaine de pièces de quatre.
+On manquait de boulets, mais on imagina un moyen de s'en procurer.
+On faisait paraître sur la plage quelques cavaliers; à cette vue
+Sidney-Smith faisait un feu roulant de toutes ses batteries, et les
+soldats, auxquels on donnait cinq sous par boulet, allaient les ramasser
+au milieu de la canonnade et de rires universels.
+
+La tranchée avait été ouverte le 30 ventôse (20 mars). Le général du
+génie Sanson, croyant être arrivé dans une reconnaissance de nuit au
+pied du rempart, déclara qu'il n'y avait ni contrescarpe ni fossé. On
+crut n'avoir à pratiquer qu'une simple brèche et à monter ensuite à
+l'assaut. Le 5 germinal (25 mars), on fit brèche, on se présenta à
+l'assaut, et on fut arrêté par une contrescarpe et un fossé. Alors on se
+mit sur-le-champ à miner. L'opération se faisait sous le feu de tous les
+remparts et de la belle artillerie que Sidney-Smith nous avait enlevée.
+Il avait donné à Djezzar d'excellens pointeurs anglais, et un ancien
+émigré, Phélippeaux, officier du génie d'un grand mérite. La mine sauta
+le 8 germinal (28 mars), et n'emporta qu'une partie de la contrescarpe.
+Vingt-cinq grenadiers, à la suite du jeune Mailly, montèrent à l'assaut.
+En voyant ce brave officier poser une échelle, les Turcs furent
+épouvantés, mais Mailly tomba mort. Les grenadiers furent alors
+découragés, les Turcs revinrent, deux bataillons qui suivaient furent
+accueillis par une horrible fusillade; leur commandant Laugier fut tué,
+et l'assaut manqua encore.
+
+Malheureusement la place venait de recevoir plusieurs mille hommes de
+renfort, une grande quantité de canonniers exercés à l'européenne, et
+des munitions immenses. C'était un grand siége à exécuter avec treize
+mille hommes, et presque sans artillerie. Il fallait ouvrir un nouveau
+puits de mine pour faire sauter la contrescarpe entière, et commencer un
+autre cheminement. On était au 12 germinal (1er avril). Il y avait déjà
+dix jours d'employés devant la place; on annonçait l'approche de la
+grande armée turque; il fallait poursuivre les travaux et couvrir le
+siége, et tout cela avec la seule armée d'expédition. Le général en chef
+ordonna qu'on travaillât sans relâche à miner de nouveau, et détacha la
+division Kléber vers le Jourdain pour en disputer le passage à l'armée
+venant de Damas.
+
+Cette armée, réunie aux peuplades des montagnes de Naplouse, s'élevait
+à environ vingt-cinq mille hommes. Plus de douze mille cavaliers en
+faisaient la force. Elle traînait un bagage immense. Abdallah, pacha de
+Damas, en avait le commandement. Elle passa le Jourdan au pont d'Iacoub,
+le 15 germinal (4 avril). Junot, avec l'avant-garde de Kléber, forte de
+cinq cents hommes au plus, rencontra les avant-gardes turques sur la
+route de Nazareth le 19 (8 avril). Loin de reculer, il brava hardiment
+l'ennemi, et, formé en carré, couvrit le champ de bataille de morts, et
+prit cinq drapeaux. Mais obligé de céder au nombre, il se replia sur la
+division Kléber. Celle-ci s'avançait, et hâtait sa marche pour rejoindre
+Junot. Bonaparte, instruit de la force de l'ennemi, se détacha avec la
+division Bon, pour soutenir Kléber, et livrer une bataille décisive.
+Djezzar, qui se concertait avec l'armée qui venait le débloquer, voulut
+faire une sortie; mais, mitraillé à outrance, il laissa nos ouvrages
+couverts de ses morts; Bonaparte se mit aussitôt en marche.
+
+Kléber, avec sa division, avait débouché dans les plaines qui s'étendent
+au pied du mont Thabor, non loin du village de Fouli. Il avait eu l'idée
+de surprendre le camp turc pendant la nuit, mais il était arrivé trop
+tard pour y réussir. Le 21 germinal (16 avril) au matin, il trouva
+toute l'armée turque en bataille. Quinze mille fantassins occupaient le
+village de Fouli, plus de douze mille cavaliers se déployaient dans la
+plaine. Kléber avait à peine trois mille fantassins en carré. Toute
+cette cavalerie s'ébranla et fondit sur nos carrés. Jamais les Français
+n'avaient vu tant de cavaliers caracoler, charger, se mouvoir dans tous
+les sens. Ils conservèrent leur sang-froid accoutumé, et les recevant à
+bout portant par un feu terrible, ils en abattirent à chaque charge un
+nombre considérable. Bientôt ils eurent formé autour d'eux un rempart
+d'hommes et de chevaux, et abrités par cet horrible abatis, ils purent
+résister six heures de suite à toute la furie de leurs adversaires. Dans
+le moment Bonaparte débouchait du mont Thabor avec la division Bon. Il
+vit la plaine couverte de feu et de fumée, et la brave division Kléber
+résistant, à l'abri d'une ligne de cadavres. Sur-le-champ, il partagea
+la division qu'il amenait en deux carrés; ces deux carrés s'avancèrent
+de manière à former un triangle équilatéral avec la division Kléber, et
+mirent ainsi l'ennemi au milieu d'eux. Ils marchèrent en silence, et
+sans donner aucun signe de leur approche, jusqu'à une certaine distance:
+puis tout à coup Bonaparte fit tirer un coup de canon, et se montra
+alors sur le champ de bataille. Un feu épouvantable partant aussitôt des
+trois extrémités de ce triangle, assaillit les Mameluks qui étaient au
+milieu, les fit tourbillonner sur eux-mêmes, et fuir en désordre dans
+toutes les directions. La division Kléber, redoublant d'ardeur à cette
+vue, s'élança sur le village de Fouli, l'enleva à la baïonnette, et
+fit un grand carnage de l'ennemi. En un instant toute cette multitude
+s'écoula, et la plaine ne fut plus couverte que de morts. Le camp turc,
+les trois queues du pacha, quatre cents chameaux, un butin immense,
+devinrent la proie des Français. Murat, placé sur les bords du Jourdain,
+tua un grand nombre de fugitifs. Bonaparte fit brûler tous les villages
+des Naplousins. Six mille Français avaient détruit cette armée, que les
+habitans disaient innombrable _comme les étoiles du ciel et les sables
+de la mer_.
+
+Pendant cet intervalle, on n'avait cessé de miner, de contre-miner
+autour des murs de Saint-Jean-d'Acre. On se disputait un terrain
+bouleversé par l'art des siéges. Il y avait un mois et demi qu'on était
+devant la place, on avait tenté beaucoup d'assauts, repoussé beaucoup
+de sorties, tué beaucoup de monde à l'ennemi; mais malgré de continuels
+avantages, on faisait d'irréparables pertes de temps et d'hommes. Le 18
+floréal (7 mai), il arriva dans le port d'Acre un renfort de douze mille
+hommes. Bonaparte, calculant qu'ils ne pourraient pas être débarqués
+avant six heures, fait sur-le-champ jouer une pièce de vingt-quatre sur
+un pan de mur; c'était à la droite du point où depuis quelque temps
+on déployait tant d'efforts. La nuit venue, on monte à la brèche, on
+envahit les travaux de l'ennemi, on les comble, on encloue les pièces,
+on égorge tout, enfin on est maître de la place, lorsque les troupes
+débarquées s'avancent en bataille, et présentent une masse effrayante.
+Rambaut, qui commandait les premiers grenadiers montés à l'assaut, est
+tué. Lannes est blessé. Dans le même moment, l'ennemi fait une sortie,
+prend la brèche à revers, et coupe la retraite aux braves qui avaient
+pénétré dans la place. Les uns parviennent à ressortir; les autres,
+prenant un parti désespéré, s'enfuient dans une mosquée, s'y
+retranchent, y épuisent leurs dernières cartouches, et sont prêts à
+vendre chèrement leur vie, lorsque Sydney-Smith, touché de tant de
+bravoure, leur fait accorder une capitulation. Pendant ce temps, les
+troupes de siége, marchant sur l'ennemi, le ramènent dans la place,
+après en avoir fait un carnage épouvantable, et lui avoir enlevé huit
+cents prisonniers. Bonaparte, obstiné jusqu'à la fureur, donne deux
+jours de repos à ses troupes, et le 21 (10 mai) ordonne un nouvel
+assaut. On y monte avec la même bravoure, on escalade la brèche; mais on
+ne peut pas la dépasser. Il y avait toute une armée gardant la place et
+défendant toutes les rues. Il fallut y renoncer.
+
+Il y avait deux mois qu'on était devant Acre, on avait fait des pertes
+irréparables, et il eût été imprudent de s'exposer à en faire davantage.
+La peste était dans cette ville, et l'armée en avait pris le germe à
+Jaffa. La saison des débarquemens approchait, et on annonçait l'arrivée
+d'une armée turque vers les bouches du Nil. En s'obstinant davantage,
+Bonaparte pouvait s'affaiblir, au point de ne pouvoir repousser de
+nouveaux ennemis. Le fond de ses projets était réalisé, puisqu'il avait
+détruit les rassemblemens formés en Syrie, et que de ce côté il avait
+réduit l'ennemi à l'impuissance d'agir. Quant à la partie brillante de
+ces mêmes projets, quant à ces vagues et merveilleuses espérances de
+conquêtes en Orient, il fallait y renoncer. Il se décida enfin à lever
+le siége. Mais son regret fut tel, que, malgré sa destinée inouïe, on
+lui a entendu répéter souvent, en parlant de Sidney-Smith: _Cet homme
+m'a fait manquer ma fortune_. Les Druses, qui pendant le siége avaient
+nourri l'armée, toutes les peuplades ennemies de la Porte, apprirent sa
+retraite avec désespoir.
+
+Il avait commencé le siége le 30 ventôse (20 mars), il le leva le 1er
+prairial (20 mai): il y avait employé deux mois. Avant de quitter
+Saint-Jean-d'Acre, il voulait laisser une terrible trace de son passage:
+il accabla la ville de ses feux, et la laissa presque réduite en
+cendres. Il reprit la route du désert. Il avait perdu par le feu, les
+fatigues ou les maladies, près du tiers de son armée d'expédition,
+c'est-à-dire environ quatre mille hommes. Il emmenait douze cents
+blessés. Il se mit en marche pour repasser le désert. Il ravagea sur sa
+route tout le pays, et y imprima une profonde terreur. Arrivé à Jaffa,
+il en fit sauter les fortifications. Il y avait là une ambulance pour
+nos pestiférés. Les emporter était impossible: en ne les emportant pas,
+on les laissait exposés à une mort inévitable, soit par la maladie, soit
+par la faim, soit par la cruauté de l'ennemi. Aussi Bonaparte dit-il
+au médecin Desgenettes, qu'il y aurait bien plus d'humanité à leur
+administrer de l'opium qu'à leur laisser la vie; à quoi ce médecin fit
+cette réponse, fort vantée: _Mon métier est de les guérir, et non de les
+tuer_. On ne leur administra point d'opium, et ce fait servit à propager
+une calomnie indigne, et aujourd'hui détruite.
+
+Bonaparte rentra enfin en Égypte après une expédition de près de trois
+mois. Il était temps qu'il y arrivât. L'esprit d'insurrection s'était
+répandu dans tout le Delta. Un imposteur, qui s'appelait l'ange
+El-Mohdhy, qui se disait invulnérable, et qui prétendait chasser les
+Français en soulevant de la poussière, avait réuni quelques mille
+insurgés. Les agens des Mamelucks l'aidaient de leur concours; il
+s'était emparé de Damanhour, et en avait égorgé la garnison. Bonaparte
+envoya un détachement, qui dispersa les insurgés, et tua l'ange
+invulnérable. Le trouble s'était communiqué aux différentes provinces du
+Delta; sa présence ramena partout la soumission et le calme. Il ordonna
+au Caire des fêtes magnifiques, pour célébrer ses triomphes en Syrie.
+Il n'avouait pas la partie manquée de ses projets, mais il vantait avec
+raison les nombreux combats livrés en Syrie, la belle bataille du mont
+Thabor, les vengeances terribles exercées contre Djezzar. Il répandit
+de nouvelles publications aux habitans, dans lesquelles ils leur disait
+qu'il était dans le secret de leurs pensées, et devinait leurs projets
+à l'instant où ils les formaient. Ils ajoutèrent foi à ces étranges
+paroles du sultan Kebir et le croyaient présent à toutes leurs pensées.
+Bonaparte n'avait pas seulement à contenir les habitans, mais encore ses
+généraux et l'armée elle-même. Un mécontentement sourd y régnait. Ce
+mécontentement ne provenait ni des fatigues, ni des dangers, ni surtout
+des privations, car l'armée ne manquait de rien, mais de l'amour du
+pays, qui poursuit le Français en tous lieux. Il y avait un an entier
+qu'on était en Égypte, et depuis près de six mois on n'avait aucune
+nouvelle de France. Aucun navire n'avait pu passer: une sombre tristesse
+dévorait tous les coeurs. Chaque jour les officiers et les généraux
+demandaient des congés pour repasser en Europe. Bonaparte en accordait
+peu, ou bien y ajoutait de ces paroles qu'on redoutait comme le
+déshonneur. Berthier lui-même, son fidèle Berthier, dévoré d'une vieille
+passion, demandait à revoir l'Italie. Il fut honteux pour la seconde
+fois de sa faiblesse, et renonça à partir. Un jour l'armée avait formé
+le projet d'enlever ses drapeaux du Caire, et de marcher sur Alexandrie
+pour s'y embarquer. Mais elle n'en eut que la pensée, et n'osa jamais
+braver son général. Les lieutenans de Bonaparte, qui donnaient tous
+l'exemple des murmures, se taisaient dès qu'ils étaient devant lui, et
+pliaient sous son ascendant. Il avait eu plus d'un démêlé avec Kléber.
+L'humeur de celui-ci ne venait pas de découragement, mais de son
+indocilité accoutumée. Il s'étaient toujours raccommodés, car Bonaparte
+aimait la grande âme de Kléber, et Kléber était séduit par le génie de
+Bonaparte.
+
+On était en prairial (juin). L'ignorance des événemens de l'Europe et
+des désastres de la France était toujours la même. On savait seulement
+que le continent était dans une véritable confusion et qu'une nouvelle
+guerre était inévitable. Bonaparte attendait impatiemment de nouveaux
+détails, pour prendre un parti et retourner, s'il le fallait, sur le
+premier théâtre de ses exploits. Mais avant, il voulait détruire la
+seconde armée turque, réunie à Rhodes, dont on annonçait le débarquement
+très prochain.
+
+Cette armée, montée sur de nombreux transports, et escortée par la
+division navale de Sydney-Smith, parut le 23 messidor (11 juillet) à
+la vue d'Alexandrie, et vint mouiller à Aboukir, la même rade où notre
+escadre avait été détruite. Le point de débarquement choisi par les
+Anglais était la presqu'île qui ferme cette rade, et qui porte le même
+nom. Cette presqu'île étroite s'avance entre la mer et le lac Madieh, et
+vient se terminer par un fort. Bonaparte avait ordonné à Marmont, qui
+commandait à Alexandrie, de perfectionner la défense du fort, et de
+détruire le village d'Aboukir, placé tout autour. Mais au lieu de
+détruire le village, on avait voulu le conserver pour y loger les
+soldats, et on l'avait simplement entouré d'une redoute pour le protéger
+du côté de la terre. Mais la redoute, ne joignant pas les deux bords de
+la mer, ne présentait pas un ouvrage fermé, et associait le sort du fort
+à celui d'un simple ouvrage de campagne. Les Turcs en effet débarquèrent
+avec beaucoup de hardiesse, abordèrent les retranchemens le sabre au
+poing, les enlevèrent, et s'emparèrent du village d'Aboukir, dont ils
+égorgèrent la garnison. Le village pris, le fort ne pouvait guère tenir,
+et fut obligé de se rendre. Marmont, commandant à Alexandrie, en était
+sorti à la tête de douze cents hommes, pour courir au secours des
+troupes d'Aboukir. Mais, apprenant que les Turcs étaient débarqués en
+nombre considérable, il n'osa pas tenter de les jeter à la mer par une
+attaque hardie. Il rentra dans Alexandrie, et les laissa s'établir
+tranquillement dans la presqu'île d'Aboukir.
+
+Les Turcs étaient à peu près dix-huit mille hommes d'infanterie. Ce
+n'étaient pas de ces misérables fellahs qui composaient l'infanterie
+des Mamelucks; c'étaient de braves janissaires, portant un fusil sans
+baïonnette, le rejetant en bandoulière sur le dos quand ils avaient fait
+feu, puis s'élançant sur l'ennemi le pistolet et le sabre à la main. Ils
+avaient une artillerie nombreuse et bien servie; et ils étaient dirigés
+par des officiers anglais. Ils manquaient de cavalerie, car ils avaient
+à peine amené trois cents chevaux; mais ils attendaient l'arrivée de
+Mourad-Bey, qui devait quitter la Haute-Égypte, longer le désert,
+traverser les oasis, et venir se jeter à Aboukir avec deux à trois mille
+Mamelucks.
+
+Quand Bonaparte apprit les détails du débarquement, il quitta le
+Caire sur-le-champ, et fit du Caire à Alexandrie une de ces marches
+extraordinaires dont il avait donné tant d'exemples en Italie. Il
+emmenait avec lui les divisions Lannes, Bon et Murat. Il avait ordonné à
+Desaix d'évacuer la Haute-Égypte, à Kléber et Régnier, qui étaient
+dans le Delta, de se rapprocher d'Aboukir. Il avait choisi le point de
+Birket, intermédiaire entre Alexandrie et Aboukir, pour y concentrer ses
+forces, et manoeuvrer suivant les circonstances. Il craignait qu'une
+armée anglaise ne fût débarquée avec l'armée turque.
+
+Mourad-Bey, suivant le plan convenu avec Mustapha-Pacha, avait essayé
+de descendre dans la Basse-Égypte; mais rencontré, battu par Murat, il
+avait été obligé de regagner le désert. Il ne restait à combattre
+que l'armée turque, privée de cavalerie, mais campée derrière des
+retranchemens, et disposée à y résister avec son opiniâtreté accoutumée.
+Bonaparte, après avoir jeté un coup d'oeil sur Alexandrie, et sur les
+beaux travaux exécutés par le colonel Crétin, après avoir réprimandé son
+lieutenant Marmont, qui n'avait pas osé attaquer les Turcs au moment du
+débarquement, quitta Alexandrie le 6 thermidor (24 juillet). Il était
+le lendemain 7 à l'entrée de la presqu'île. Son projet était d'abord
+d'enfermer l'armée turque par des retranchemens, et d'attendre, pour
+attaquer, l'arrivée de toutes ses divisions; car il n'avait sous la main
+que les divisions Lannes, Bon, Murat, environ six mille hommes. Mais
+à la vue des dispositions faites par les Turcs, il changea d'avis, et
+résolut de les attaquer sur-le-champ, espérant les renfermer dans le
+village d'Aboukir, et les accabler d'obus et de bombes.
+
+Les Turcs occupaient le fond de la presqu'île, qui est fort étroite. Ils
+étaient couverts par deux lignes de retranchemens. A une demi-lieue en
+avant du village d'Aboukir, où était leur camp, ils avaient occupé deux
+mamelons de sables, appuyant l'un à la mer, l'autre au lac de Madieh, et
+formant ainsi leur droite et leur gauche. Au centre de ces deux mamelons
+était un village, qu'ils gardaient aussi. Ils avaient mille hommes au
+mamelon de droite, deux mille à celui de gauche, et trois à quatre mille
+hommes dans le village. Telle était leur première ligne. La seconde
+était au village même d'Aboukir. Elle se composait de la redoute
+construite par les Français, et se joignait à la mer par deux boyaux.
+Ils avaient placé là leur camp principal et le gros de leurs forces.
+
+Bonaparte fit ses dispositions avec sa promptitude et sa précision
+accoutumées. Il ordonna au général Destaing de marcher avec quelques
+bataillons sur le mamelon de gauche, où étaient les mille Turcs; à
+Lannes, de marcher sur le mamelon de droite, où étaient les deux mille
+autres, et à Murat, qui était au centre, de faire filer la cavalerie sur
+les derrières des deux mamelons. Ces dispositions sont exécutées avec
+une grande précision: Destaing marche sur le mamelon de gauche, et le
+gravit hardiment; Murat le fait tourner par un escadron. Les Turcs, à
+cette vue, abandonnent leur poste, rencontrent la cavalerie qui les
+sabre et les pousse dans la mer, où ils aiment mieux se jeter que de se
+rendre. Vers la droite, la même opération s'exécute. Lannes aborde les
+deux mille Mamelucks; Murat les tourne; ils sont également sabrés et
+jetés dans la mer. Destaing et Lannes se portent ensuite vers le centre,
+formé par un village, et l'attaquent de front. Les Turcs s'y défendent
+bravement, comptant sur un secours de la seconde ligne. Une colonne, en
+effet, se détache du camp d'Aboukir; mais Murat, qui a déjà filé sur le
+derrière du village, sabre cette colonne, et la repousse dans Aboukir.
+L'infanterie de Destaing et celle de Lannes entrent au pas de charge
+dans le village, en chassent les Turcs, qu'on pousse dans toutes les
+directions, et qui, s'obstinant toujours à ne pas se rendre, n'ont pour
+retraite que la mer, où ils se noient.
+
+Déjà quatre à cinq mille avaient péri de cette manière; la première
+ligne était emportée; le but de Bonaparte était rempli, et il pouvait,
+resserrant les Turcs dans Aboukir, les bombarder, en attendant l'arrivée
+de Kléber et de Régnier. Mais il veut profiter de son succès, et achever
+sa victoire à l'instant même. Après avoir laissé reprendre haleine à ses
+troupes, il marche sur la seconde ligne. La division Lanusse, restée
+en réserve, appuie Lannes et Destaing. La redoute qui couvrait Aboukir
+était difficile à emporter; elle renfermait neuf à dix mille Turcs. Vers
+la droite, un boyau la joignait à la mer; vers la gauche, un autre boyau
+la prolongeait, mais sans joindre tout à fait le lac Madieh. L'espace
+ouvert était occupé par l'ennemi, et balayé par de nombreuses
+canonnières. Bonaparte, habitué à porter ses soldats sur les plus
+formidables obstacles, les dirige sur la position ennemie. Ses divisions
+d'infanterie marchent sur le front et la droite de la redoute. La
+cavalerie, cachée dans un bois de palmiers, doit l'attaquer par la
+gauche, et traverser, sous le feu des canonnières, l'espace laissé
+ouvert entre la redoute et le lac Madieh. La charge s'exécute; Lannes et
+Destaing poussent leur brave infanterie en avant; la 32e marche l'arme
+au bras sur les retranchemens, la 18e les tourne par l'extrême droite.
+L'ennemi, sans les attendre, s'avance à leur rencontre. On se joint
+corps à corps. Les soldats turcs, après avoir tiré leur coup de fusil
+et leurs deux coups de pistolet, font étinceler leur sabre. Ils veulent
+saisir les baïonnettes avec leurs mains; mais ils les reçoivent dans
+les flancs, avant d'avoir pu les saisir. On s'égorge ainsi sur les
+retranchemens. Déjà la 18e est près d'arriver dans la redoute; mais un
+feu terrible d'artillerie la repousse et la ramène au pied des ouvrages.
+Le brave Leturcq est tué glorieusement en voulant se retirer le dernier;
+Fugières perd un bras. Murat, de son côté, s'était avancé avec sa
+cavalerie, pour franchir l'espace compris entre la redoute et le lac
+Madieh. Plusieurs fois il s'était élancé et avait refoulé l'ennemi;
+mais, pris entre les feux de la redoute et des canonnières, il avait
+été obligé de se reployer en arrière. Quelques-uns de ses cavaliers
+s'étaient même avancés jusqu'aux fossés de la redoute; les efforts
+de tant de braves paraissaient devoir être impuissans. Bonaparte
+contemplait ce carnage, attendant le moment favorable pour revenir à
+la charge. Heureusement les Turcs, suivant leur usage, sortent des
+retranchemens pour venir couper les têtes des morts. Bonaparte saisit
+cet instant, lance deux bataillons, l'un de la 22e, l'autre de la 69,
+qui marchent sur les retranchemens et s'en emparent. A la droite, la 18e
+profite aussi de l'occasion, et entre dans la redoute. Murat, de son
+côté, ordonne une nouvelle charge. L'un de ses escadrons traverse cet
+espace si redoutable qui règne entre les retranchemens et le lac, et
+pénètre dans le village d'Aboukir. Alors les Turcs effrayés fuient de
+toutes parts; on en fait un carnage épouvantable. On les pousse la
+baïonnette dans les reins, et on les précipite dans la mer. Murat, à la
+tête de ses cavaliers, pénètre dans le camp de Mustapha-Pacha. Celui-ci,
+saisi de désespoir, prend un pistolet, et le tire sur Murat qu'il blesse
+légèrement. Murat lui coupe deux doigts d'un coup de sabre, et l'envoie
+prisonnier à Bonaparte. Les Turcs qui ne sont ni tués ni noyés se
+retirent dans le fort d'Aboukir.
+
+Plus de douze mille cadavres flottaient sur cette mer d'Aboukir, qui
+naguère avait été couverte des corps de nos marins: deux ou trois mille
+avaient péri par le feu ou le fer. Les autres, enfermés dans ce fort,
+n'avaient plus d'autre ressource que la clémence du vainqueur. Telle est
+cette extraordinaire bataille, où, pour la première fois peut-être, dans
+l'histoire de la guerre, l'armée ennemie fut détruite tout entière.
+C'est dans cette occasion que Kléber, arrivant à la fin du jour, saisit
+Bonaparte au milieu du corps, et s'écria: _Général, vous êtes grand
+comme le monde!_
+
+Ainsi, soit par l'expédition de Syrie, soit par la bataille d'Aboukir,
+l'Égypte était délivrée, du moins momentanément, des forces de la Porte.
+La situation de l'armée française pouvait être regardée comme assez
+rassurante. Après toutes les pertes qu'elle avait faites, elle comptait
+vingt-cinq mille hommes environ, mais les plus braves et les mieux
+commandés de l'univers. Chaque jour devait la faire mieux sympathiser
+avec les habitans, et consolider son établissement. Bonaparte y était
+depuis un an: arrivé en été avant l'inondation, il avait employé les
+premiers momens à s'emparer d'Alexandrie et de la capitale, ce qu'il
+avait obtenu par la bataille des Pyramides. Après l'inondation, et en
+automne, il avait achevé la conquête du Delta, et confié à Desaix la
+conquête de la Haute-Égypte. En hiver, il avait tenté l'expédition de
+Syrie, et détruit l'armée turque de Djezzar au mont Thabor. Il venait,
+en été, de détruire la seconde armée de la Porte à Aboukir. Le temps
+avait donc été aussi bien employé que possible; et tandis que la
+victoire abandonnait en Europe les drapeaux de la France, elle leur
+restait fidèle en Afrique et en Asie. Les trois couleurs flottaient
+triomphantes sur le Nil et le Jourdain, sur les lieux mêmes d'où est
+partie la religion du Christ.
+
+Bonaparte ignorait encore ce qui se passait en France, aucune des
+dépêches du directoire ni de ses frères ne lui étant arrivée: il était
+dévoré d'inquiétude. Pour tâcher d'obtenir quelques nouvelles, il
+faisait croiser des bricks avec ordre d'arrêter les vaisseaux de
+commerce, et de s'instruire par eux des événemens qui se passaient en
+Europe. Il envoya à la flotte turque un parlementaire qui, sous le
+prétexte de négocier un échange de prisonniers, devait tâcher d'obtenir
+quelques nouvelles. Sidney-Smith arrêta ce parlementaire, l'accueillit
+fort bien, et voyant que Bonaparte ignorait les désastres de la France,
+se fit un malin plaisir de lui donner un paquet de tous les journaux. Le
+parlementaire revint, et remit le paquet à Bonaparte. Celui-ci passa une
+nuit entière à dévorer ces feuilles, et à s'instruire de tout ce qui
+se passait dans sa patrie. Sur-le-champ sa détermination fut prise:
+il résolut de s'embarquer secrètement pour l'Europe, et d'essayer la
+traversée, au risque d'être saisi en route par les flottes anglaises.
+Il demanda le contre-amiral Gantheaume, et lui enjoignit de mettre les
+frégates _le Muiron_ et _la Carrère_ en état de faire voile. Il ne fit
+part de son projet à personne, courut au Caire pour faire toutes ses
+dispositions, rédigea une longue instruction pour Kléber, auquel il
+voulait laisser le commandement de l'armée, et repartit aussitôt après
+pour Alexandrie.
+
+Le 5 fructidor (22 août), emmenant avec lui Berthier, Lannes, Murat,
+Andréossy, Marmont, Bertholet et Monge, il se rendit, escorté de
+quelques-uns de ses guides, sur une plage écartée. Quelques canots
+étaient préparés; ils s'embarquèrent, et montèrent sur les deux frégates
+_le Muiron_ et _la Carrère_. Elles étaient suivies des chebecks _la
+Revanche_ et _la Fortune_. A l'instant même on mit à la voile, pour
+n'être plus au jour en vue des croiseurs anglais. Malheureusement
+un calme survint; on trembla d'être surpris, on voulait rentrer à
+Alexandrie; Bonaparte ne le voulut pas. «Soyez tranquilles, dit-il, nous
+passerons.» Comme César, il comptait sur la fortune.
+
+Ce n'était pas, comme on l'a dit, une lâche désertion; car il laissait
+une armée victorieuse, pour aller braver des dangers de tout genre,
+et, le plus horrible de tous, celui d'aller porter des fers à Londres.
+C'était une de ces témérités par lesquelles les grands ambitieux tentent
+le ciel, et auxquelles ils doivent ensuite cette confiance immense qui
+tour à tour les élève et les précipite.
+
+Tandis que cette grande destinée était commise au hasard des vents ou
+d'une rencontre, la victoire revenait sous nos drapeaux en Europe, et
+la république sortait, par un sublime effort, des périls auxquels nous
+venons de la voir exposée. Masséna était toujours sur la ligne de la
+Limmat, différant le moment de reprendre l'offensive. L'armée d'Italie,
+après avoir perdu la bataille de Novi, s'était dispersée dans l'Apennin.
+Heureusement Suwarow ne profitait pas mieux de la victoire de Novi que
+de celle de la Trebbia, et perdait dans le Piémont un temps que la
+France employait en préparatifs. Dans ce moment, le conseil aulique,
+aussi peu constant dans ses plans que l'avait été le directoire, en
+imagina un qui ne pouvait manquer de changer la face des événemens. Il
+était jaloux de l'autorité que Suwarow avait voulu exercer en Italie, et
+avait vu avec peine que ce général eût écrit au roi de Sardaigne pour
+le rappeler dans ses états. Le conseil aulique avait des vues sur le
+Piémont, et tenait à en écarter le vieux maréchal. De plus, il régnait
+peu d'accord entre les Russes et les Autrichiens; et ces raisons réunies
+décidèrent le conseil aulique à changer entièrement la distribution
+des troupes sur la ligne d'opération. Les Russes étaient mêlés aux
+Autrichiens sur les deux théâtres de la guerre. Korsakoff opérait en
+Suisse avec l'archiduc Charles, et Suwarow avec Mélas en Italie. Le
+conseil aulique imagina de transporter l'archiduc Charles sur le Rhin,
+et Suwarow en Suisse. De cette manière les deux armées russes devaient
+agir toutes deux en Suisse. Les Autrichiens devaient agir seuls sur le
+Rhin; ils devaient aussi agir seuls en Italie, où ils allaient être
+bientôt renforcés par une nouvelle armée, destinée à remplir le
+vide laissé par Suwarow. Le conseil aulique donna pour raison de ce
+changement, qu'il fallait faire combattre ensemble les troupes de chaque
+nation; que les Russes trouveraient en Suisse une température plus
+analogue à leur climat, et que le mouvement de l'archiduc Charles sur
+le Rhin seconderait l'expédition de Hollande. L'Angleterre ne pouvait
+manquer d'approuver ce plan, car elle espérait beaucoup, pour
+l'expédition de Hollande, de la présence de l'archiduc Charles sur le
+Rhin, et elle n'était pas fâchée que les Russes, entrés déjà à Corfou,
+et ayant le projet de s'emparer de Malte, fussent écartés de Gênes.
+
+Ce revirement, exécuté en présence de Masséna, était excessivement
+dangereux, et d'ailleurs il transportait les Russes sur un théâtre qui
+ne leur convenait pas du tout. Ces soldats, habitués à charger en plaine
+et à la baïonnette, ne savaient pas tirer un coup de fusil; et ce qu'il
+faut par-dessus tout dans les montagnes, ce sont d'habiles tirailleurs.
+Le conseil aulique qui, suivant l'esprit des cabinets, faisait passer
+les raisons politiques avant les raisons militaires, défendit à ses
+généraux de faire une seule objection, et ordonna la rigoureuse
+exécution de ce plan, pour les derniers jours d'août (milieu de
+fructidor).
+
+On a déjà décrit la configuration du théâtre de la guerre et la
+distribution des armées sur ce théâtre[9]. Les eaux partant des
+Grandes-Alpes, et tantôt coulant en forme de fleuves, tantôt séjournant
+en forme de lacs, présentaient différentes lignes inscrites les unes
+dans les autres, commençant à droite contre une grande chaîne de
+montagnes, et allant finir, à gauche, dans le grand fleuve qui sépare
+l'Allemagne de la France. Les deux principales étaient celles du Rhin et
+de la Limmat. Masséna, obligé d'abandonner celle du Rhin, s'était replié
+sur celle de la Limmat. Il avait même été obligé de se retirer un peu en
+arrière de celle-ci, et de s'appuyer sur l'Albis. La ligne de la Limmat
+n'en séparait pas moins les deux armées. Cette ligne se composait de la
+Lint, qui naît contre les Grandes-Alpes, dans le canton de Glaris, et se
+jette ensuite dans le lac de Zurich; du lac de Zurich dans la Limmat,
+qui sort de ce lac à Zurich même, et va se jeter enfin dans l'Aar près
+de Bruck. L'archiduc Charles était derrière la Limmat, de Bruck à
+Zurich. Korsakoff était derrière le lac de Zurich, attendant qu'on lui
+assignât sa position. Hotze gardait la Lint.
+
+[Note 9: Quelque soin que je mette à me rendre clair, je n'espère
+pas faire comprendre les événemens qui vont suivre, si le lecteur n'a
+pas sous les yeux une carte, quelque incomplète qu'elle soit. Cependant
+ces événemens sont si extraordinaires, et ont décidé d'une manière si
+positive le salut de la France, que je les crois dignes d'être compris,
+et que j'engage le lecteur à consulter une carte. La plus mauvaise carte
+de Suisse sera encore suffisante pour saisir l'ensemble des opérations.]
+
+D'après le plan convenu, l'archiduc, destiné au Rhin, devait être
+remplacé derrière la Limmat par Korsakoff. Hotze devait rester sur la
+Lint avec le corps autrichien de Voralberg, afin de donner la main à
+Suwarow arrivant d'Italie. La question était de savoir quelle route on
+ferait prendre à Suwarow. Il avait à franchir les monts, et pouvait
+suivre l'une ou l'autre des lignes qui coupent la Suisse. S'il préférait
+pénétrer par la vallée du Rhin, il pouvait, en traversant le Splugen,
+se rendre par Coire sur le Rhin-Supérieur, et faire là sa jonction avec
+Hotze. On avait calculé qu'il pourrait être arrivé vers le 25 septembre
+(3 vendémiaire an VIII). Ce mouvement avait l'avantage de s'opérer loin
+des Français, hors de leur portée, et de ne dépendre ainsi d'aucun
+accident. Suwarow pouvait également prendre une autre route, et au lieu
+de suivre la ligne du Rhin, entrer par le Saint-Gothard dans la vallée
+de la Reuss, et déboucher par Schwitz derrière la ligne de la Lint,
+occupée par les Français. Cette marche avait l'avantage de le porter
+sur le revers de la ligne ennemie; mais il fallait traverser le
+Saint-Gothard occupé par Lecourbe; il fallait préparer un mouvement
+de Hotze au-delà de la Lint, pour qu'il vînt tendre la main à l'armée
+arrivant du Saint-Gothard; il fallait, pour seconder ce mouvement, une
+attaque sur la Limmat; il fallait en un mot une opération générale sur
+toute la ligne, et un à-propos, une précision difficiles à obtenir quand
+on agit à de si grandes distances et en détachemens aussi nombreux. Ce
+plan, que les Russes rejettent sur les Autrichiens, et les Autrichiens
+sur les Russes, fut néanmoins préféré. En conséquence une attaque
+générale fut prescrite sur toute la ligne, pour les derniers jours de
+septembre. Au moment où Suwarow débouchait du Saint-Gothard dans la
+vallée de la Reuss, Korsakoff devait attaquer au dessous du lac de
+Zurich, c'est-à-dire le long de la Limmat, et Hotze au-dessus du lac,
+le long de la Lint. Deux des lieutenans de Hotze, Linken et Jellachich,
+devaient pénétrer dans le canton de Glaris, jusqu'à Schwitz, et donner
+la main à Suwarow. La jonction générale une fois opérée, les troupes
+réunies en Suisse allaient s'élever à quatre-vingt mille hommes. Suwarow
+arrivait avec dix-huit mille; Hotze en avait vingt-cinq, Korsakoff
+trente. Ce dernier avait en réserve le corps de Condé et quelques mille
+Bavarois. Mais avant la jonction, trente mille sous Korsakoff, et
+vingt-cinq mille sous Hotze, c'est-à-dire cinquante-cinq mille se
+trouvaient exposés aux coups de toute l'armée de Masséna.
+
+Le moment, en effet, où l'archiduc Charles quittait la Limmat, et où
+Suwarow n'avait pas encore passé les Alpes, était trop favorable pour
+que Masséna ne le saisît pas, et ne sortît point enfin de l'inaction
+qu'on lui avait tant reprochée. Son armée avait été portée à
+soixante-quinze mille hommes environ, par les renforts qu'elle avait
+reçus; mais elle devait s'étendre du Saint-Gothard à Bâle, ligne immense
+à couvrir. Lecourbe, formant sa droite, et ayant Gudin et Molitor sous
+ses ordres, gardait le Saint-Gothard, la vallée de la Reuss et la
+Haute-Lint, avec douze ou treize mille hommes. Soult, avec dix mille,
+occupait la Lint jusqu'à son embouchure dans le lac de Zurich. Masséna,
+avec les divisions Mortier, Klein, Lorge et Mesnard, formant un total de
+trente-sept mille hommes, était devant la Limmat, de Zurich à Bruck. La
+division Thureau, forte de neuf mille hommes, et la division Chabran de
+huit, gardaient l'une le Valais, l'autre les environs de Bâle.
+
+Masséna, quoique inférieur en forces, avait l'avantage de pouvoir réunir
+sa masse principale sur le point essentiel. Ainsi il avait trente-sept
+mille hommes devant la Limmat, qu'il pouvait jeter sur Korsakoff.
+Celui-ci venait de s'affaiblir de quatre mille hommes, envoyés en
+renfort à Hotze, par derrière le lac de Zurich, ce qui le réduisait à
+vingt-six mille. Le corps de Condé et les Bavarois, qui devaient lui
+servir de réserve, étaient encore fort en arrière à Schaffouse. Masséna
+pouvait donc lancer trente-sept mille hommes contre vingt-six mille.
+Korsakoff battu, il pouvait se rejeter sur Hotze, et après les avoir
+tous deux mis en déroute, peut-être détruits, accabler Suwarow, qui
+arrivait en Suisse avec l'espoir d'y trouver un ennemi vaincu, ou du
+moins contenu dans sa ligne.
+
+Masséna, averti des projets des ennemis, devança d'un jour son attaque
+générale, et la fixa pour le 3 vendémiaire (25 septembre 1799). Depuis
+qu'il était retiré sur l'Albis, à quelques pas en arrière de la Limmat,
+le cours de cette rivière appartenait à l'ennemi. Il fallait le lui
+enlever par un passage: c'est ce qu'il se proposa d'exécuter avec ses
+trente-sept mille hommes. Tandis qu'il allait opérer au-dessous du lac
+de Zurich, il chargea Soult d'opérer au-dessus, et de franchir la Lint
+le même jour. Les militaires ont adressé un reproche à Masséna: il
+fallait, disent-ils, plutôt attirer Suwarow en Suisse que l'en
+éloigner: si donc, au lieu de laisser Lecourbe se battre inutilement au
+Saint-Gothard contre Suwarow, Masséna l'eût réuni à Soult, il aurait été
+plus assuré d'accabler Hotze, et de franchir la Lint. Au reste, comme le
+résultat obtenu fut aussi grand qu'on pouvait le souhaiter, on n'a fait
+ce reproche à Masséna que dans l'intérêt rigoureux des principes.
+
+La Limmat sort du lac de Zurich à Zurich même, et coupe la ville en deux
+parties. Conformément au plan convenu avec Hotze et Suwarow, Korsakoff
+se disposait à attaquer Masséna, et pour cela il avait porté la masse de
+ses forces dans la partie de Zurich qui est en avant de la Limmat. Il
+n'avait laissé que trois bataillons à Closter-Fahr, pour garder un point
+où la Limmat est plus accessible: il avait dirigé Durasof avec une
+division près de l'embouchure de la Limmat dans l'Aar, pour veiller de
+ce côté; mais sa masse, forte de dix-huit mille hommes au moins, était
+en avant de la rivière, en situation offensive.
+
+Masséna basa son plan sur cet état de choses. Il résolut de masquer
+plutôt que d'attaquer le point de Zurich, où Korsakoff avait amassé ses
+forces; puis, avec une portion considérable de ses troupes, de tenter
+le passage de la Limmat à Closter-Fahr, point faiblement défendu. Le
+passage opéré, il voulait que cette division remontât la Limmat sur la
+rive opposée, et vînt se placer sur les derrières de Zurich. Alors il
+se proposait d'attaquer Korsakoff sur les deux rives, et de le tenir
+enfermé dans Zurich même. Des conséquences immenses pouvaient résulter
+de cette disposition.
+
+Mortier avec sa division, qui était forte de huit mille hommes, et
+occupait la droite de ce champ de bataille, fut dirigé sur Zurich. Elle
+devait contenir d'abord, puis attaquer la masse russe. Klein avec sa
+division, qui était forte de dix mille hommes, devait être placé à
+Altstetten, entre le point de Zurich et celui de Closter-Fahr, où l'on
+allait tenter le passage. Elle pouvait ainsi ou se porter devant Zurich,
+et donner secours à Mortier contre la masse russe, ou courir au point du
+passage, s'il était nécessaire de le seconder. Cette division renfermait
+quatre mille grenadiers, et une réserve de superbe cavalerie. La
+division Lorge, avec une partie de la division Mesnard, devait exécuter
+le passage à Closter-Fahr. Quinze mille hommes à peu près formaient
+cette masse. Le reste de la division Mesnard devait faire des
+démonstrations sur la Basse-Limmat, pour tromper et retenir Durasof.
+
+Ces dispositions, qui ont fait l'admiration de tous les critiques,
+furent mises à exécution le 3 vendémiaire an VIII (25 septembre 1799), à
+cinq heures du matin. Les apprêts du passage avaient été faits près du
+village de Dietikon, avec un soin et un secret extraordinaires. Des
+barques avaient été traînées à bras, et cachées dans les bois. Dès le
+matin, elles étaient à flot, et les troupes étaient rangées en silence
+sur la rive. Le général Foy, illustré depuis comme orateur, commandait
+l'artillerie à cette immortelle bataille; il disposa plusieurs batteries
+de manière à protéger le passage. Six cents hommes s'embarquèrent
+hardiment, et arrivèrent sur l'autre rive. Sur-le-champ ils fondirent
+sur les tirailleurs ennemis, et les dispersèrent. Korsakoff avait mis
+là, sur le plateau de Closter-Fahr, trois bataillons avec du canon.
+Notre artillerie, supérieurement dirigée, éteignit bientôt les feux
+de l'artillerie russe, et protégea le passage successif de notre
+avant-garde. Lorsque le général Gazan eut réuni aux six cents hommes qui
+avaient passé les premiers un renfort suffisant, il marcha sur les trois
+bataillons russes qui gardaient Closter-Fahr. Ceux-ci s'étaient logés
+dans un bois, et s'y défendirent bravement. Gazan les enveloppa, et fut
+obligé de tuer presque jusqu'au dernier homme pour les déloger. Ces
+trois bataillons détruits, le pont fut jeté. Le reste de la division
+Lorge et partie de la division Mesnard passèrent la Limmat: c'étaient
+quinze mille hommes portés au-delà de la rivière. La brigade Bontemps
+fut placée à Regensdorf, pour faire face à Durasof, s'il voulait
+remonter de la Basse-Limmat. Le gros des troupes, dirigé par le chef
+d'état-major Oudinot, remonta la Limmat, pour se porter sur les
+derrières de Zurich.
+
+Cette partie de l'opération achevée, Masséna se reporta de sa personne
+sur l'autre rive de la Limmat, pour veiller au mouvement de ses ailes.
+Vers la Basse-Limmat, Mesnard avait si bien trompé Durasof par ses
+démonstrations, que celui-ci s'était porté sur la rive, où il déployait
+tous ses feux. A sa droite, Mortier s'était avancé sur Zurich par
+Wollishofen, mais il y avait rencontré la masse de Korsakoff, posté,
+comme on l'a dit, en avant de la Limmat, et avait été obligé de se
+replier. Masséna arrivant dans cet instant ébranla la division Klein,
+qui était à Altstetten. Humbert, à la tête de ses quatre mille
+grenadiers, marcha sur Zurich, et rétablit le combat. Mortier renouvela
+ses attaques, et on parvint à renfermer ainsi les Russes dans Zurich.
+
+Pendant ce temps, Korsakoff, chagriné d'entendre du canon sur ses
+derrières, avait reporté quelques bataillons au-delà de la Limmat; mais
+ces faibles secours avaient été inutiles. Oudinot, avec ses quinze mille
+hommes, continuait à remonter la Limmat. Il avait enlevé le petit camp
+placé à Hong, ainsi que les hauteurs qui sont sur les derrières de
+Zurich, et s'était emparé de la grande route de Vintherthur, qui donne
+issue en Allemagne, et la seule par laquelle les Russes pussent se
+retirer.
+
+La journée était presque achevée, et d'immenses résultats étaient
+préparés pour le lendemain. Les Russes étaient enfermés dans Zurich;
+Masséna avait porté par le passage à Closter-Fahr quinze mille hommes
+sur leurs derrières, et placé dix-huit mille hommes devant eux. Il était
+difficile qu'il ne leur fît pas essuyer un désastre. On a pensé qu'il
+aurait dû, au lieu de laisser la division Klein devant Zurich, la porter
+par Closter-Fahr, derrière cette ville, de manière à fermer tout à fait
+la route de Vintherthur. Mais il craignait que, Mortier restant avec
+huit mille hommes seulement, Korsakoff ne lui passât sur le corps et ne
+se jetât sur la Lint. Il est vrai que Korsakoff aurait rencontré
+Soult et Lecourbe; mais il aurait pu rencontrer aussi Suwarow, venant
+d'Italie, et on ne sait ce qui serait arrivé de cette singulière
+combinaison.
+
+Korsakoff s'était enfin aperçu de sa position, et avait porté ses
+troupes dans l'autre partie de Zurich, en arrière de la Limmat. Durasof,
+sur la Basse-Limmat, apprenant le passage, s'était dérobé; et évitant
+la brigade Bontemps, par un détour, était venu regagner la route de
+Vintherthur. Le lendemain 4 vendémiaire (26 septembre), le combat devait
+être acharné, car les Russes voulaient se faire jour, et les Français
+voulaient recueillir d'immenses trophées. Le combat commença de
+bonne heure. La malheureuse ville de Zurich, encombrée d'artillerie,
+d'équipages, de blessés, attaquée de tous côtés, était comme enveloppée
+de feux. De ce côté-ci de la Limmat, Mortier et Klein l'avaient abordée,
+et étaient près d'y pénétrer. Au-delà, Oudinot la serrait par derrière
+et voulait fermer la route à Korsakoff. Cette route de Vintherthur,
+théâtre d'un combat sanglant, avait été prise et reprise plusieurs fois.
+Korsakoff, songeant enfin à se retirer, avait mis son infanterie en
+tête, sa cavalerie au centre, son artillerie et ses équipages à la
+queue. Il s'avançait ainsi formant une longue colonne. Sa brave
+infanterie, chargeant avec furie, renverse tout devant elle, et s'ouvre
+un passage; mais quand elle a passé avec une partie de la cavalerie, les
+Français reviennent à la charge, attaquent le reste de la cavalerie
+et les bagages, et les refoulent jusqu'aux portes de Zurich. Au même
+instant, Klein, Mortier, y entrent de leur côté. On se bat dans les
+rues. L'illustre et malheureux Lavater est frappé sur la porte de sa
+maison, d'une balle par un soldat suisse ivre qui lui mit son fusil sur
+la poitrine pour avoir de l'argent; il tomba atteint d'une blessure
+grave à la cuisse dont il mourut quelques mois après. Enfin, tout ce qui
+était resté dans Zurich est obligé de mettre bas les armes. Cent pièces
+de canon, tous les bagages, les administrations, le trésor de l'armée
+et cinq mille prisonniers, deviennent la proie des Français. Korsakoff
+avait eu en outre huit mille hommes hors de combat, dans cette
+lutte acharnée. Huit et cinq faisaient treize mille hommes perdus,
+c'est-à-dire la moitié de son armée. Les grandes batailles d'Italie
+n'avaient pas présenté des résultats plus extraordinaires. Les
+conséquences pour le reste de la campagne ne devaient pas être moins
+grandes que les résultats matériels. Korsakoff, avec treize mille hommes
+au plus, se hâta de regagner le Rhin.
+
+Pendant ce temps, Soult, chargé de passer la Lint au-dessus du lac de
+Zurich, exécutait sa mission avec non moins de bonheur que le général
+en chef. Il avait exécuté le passage entre Bilten et Richenburg. Cent
+cinquante braves, portant leur fusil sur leur tête, avaient traversé la
+rivière à la nage, abordé sur l'autre rive, balayé les tirailleurs, et
+protégé le débarquement de l'avant-garde. Hotze, accouru sur-le-champ au
+lieu du danger, était tombé mort d'un coup de feu, ce qui avait mis le
+désordre dans les rangs autrichiens. Petrasch, succédant à Hotze, avait
+en vain essayé de rejeter dans la Lint les corps qui avaient passé; il
+avait été obligé de se replier, et s'était retiré précipitamment sur
+Saint-Gall et le Rhin, en laissant trois mille prisonniers et du canon.
+De leur côté, les généraux Jellachich et Linken, chargés de venir par la
+Haute-Lint, dans le canton de Glaris, recevoir Suwarow au débouché du
+Saint-Gothard, s'étaient retirés en apprenant tous ces désastres. Ainsi
+près de soixante mille hommes étaient repoussés déjà de la ligne de
+la Limmat, au-delà de celle du Rhin, et repoussés après des pertes
+immenses. Suwarow, qui croyait déboucher en Suisse dans le flanc d'un
+ennemi attaqué de tous côtés, et qui croyait décider sa défaite en
+arrivant, allait trouver au contraire tous ses lieutenans dispersés, et
+s'engager au milieu d'une armée victorieuse de toutes parts.
+
+Parti d'Italie avec dix-huit mille hommes, il était arrivé au pied
+du Saint-Gothard le cinquième jour complémentaire de l'an VII (21
+septembre). Il avait été obligé de démonter ses Cosaques pour charger
+son artillerie sur le dos de leurs chevaux. Il envoya Rosemberg avec
+six mille hommes, pour tourner le Saint-Gothard par Disentits et le
+Crispalt. Arrivé le 1er vendémiaire (23 septembre) à Airolo, à l'entrée
+de la gorge du Saint-Gothard, il y trouva Gudin avec une des brigades de
+la division Lecourbe. Il se battit là avec la dernière opiniâtreté; mais
+ses soldats, mauvais tireurs, ne sachant qu'avancer et se faire tuer,
+tombaient par pelotons sous les balles et les pierres. Il se décida
+enfin à inquiéter Gudin sur ses flancs, et il l'obligea ainsi à céder
+la gorge jusqu'à l'hôpital. Gudin, par sa résistance, avait donné à
+Lecourbe le temps de recueillir ses troupes. Celui-ci, n'ayant guère
+sous sa main que six mille hommes, ne pouvait résister à Suwarow qui
+arrivait avec douze mille, et à Rosemberg qui, transporté déjà à
+Urseren, en avait six mille sur ses derrières. Il jeta son artillerie
+dans la Reuss, gagna ensuite la rive opposée en gravissant des rochers
+presque inaccessibles, et s'enfonça dans la vallée. Arrivé au-delà
+d'Urseren, n'ayant plus Rosemberg sur ses derrières, il rompit le pont
+du Diable, et tua une multitude de Russes, avant qu'ils eussent franchi
+le précipice en descendant dans le lit de la Reuss et en remontant
+la rive opposée. Lecourbe avait fait ainsi une retraite pied à pied,
+profitant de tous les obstacles pour fatiguer et tuer un à un les
+soldats de Suwarow.
+
+L'armée russe arriva ainsi à Altorf, au fond de la vallée de la Reuss,
+accablée de fatigues, manquant de vivres, et singulièrement affaiblie
+par les pertes qu'elle avait faites. A Altorf, la Reuss tombe dans
+le lac de Lucerne. Si Hotze, suivant le plan convenu, avait pu faire
+arriver Jellachich et Linken au-delà de la Lint, jusqu'à Schwitz, il
+aurait envoyé des bateaux pour recevoir Suwarow à l'embouchure de la
+Reuss. Mais après les événemens qui s'étaient passés, Suwarow ne trouva
+pas une embarcation, et se vit enfermé dans une vallée épouvantable.
+C'était le 4 vendémiaire (26 septembre), jour du désastre général sur
+toute la ligne. Il ne lui restait d'autre ressource que de se jeter dans
+le Schachental, et de passer à travers des montagnes horribles, où
+il n'y avait aucune route tracée, pour pénétrer dans la vallée de
+Muthenthal. Il se mit en route le lendemain. Il ne pouvait passer qu'un
+homme de front dans le sentier qu'on avait à suivre. L'armée mit deux
+jours à faire ce trajet de quelques lieues. Le premier homme était
+déjà à Mutten, que le dernier n'avait pas encore quitté Altorf. Les
+précipices étaient couverts d'équipages, de chevaux, de soldats mourant
+de faim ou de fatigue. Arrivé dans la vallée de Muthenthal, Suwarow
+pouvait déboucher par Schwitz, non loin du lac de Zurich, ou bien
+remonter la vallée, et par le Bragel se jeter sur la Lint. Mais du côté
+de Schwitz, Masséna arrivait avec la division Mortier, et de l'autre
+côté du Bragel était Molitor, qui occupait le défilé du Kloenthal,
+vers les bords de la Lint. Après avoir donné deux jours de repos à ses
+troupes, Suwarow se décida à rétrograder par le Bragel. Le 8 vendémiaire
+(30 septembre) il se mit en marche; Masséna l'attaquait en queue, tandis
+que de l'autre côté du Bragel, Molitor lui tenait tête au défilé du
+Kloenthal. Rosemberg résista bravement à toutes les attaques de Masséna,
+mais Bagration fit de vains efforts pour percer Molitor. Il s'ouvrit la
+route de Glaris, mais ne put percer celle de Wesen. Suwarow, après avoir
+livré des combats sanglans et meurtriers, coupé de toutes les routes,
+rejeté sur Glaris, n'avait d'autre ressource que de remonter la vallée
+d'Engi, pour se jeter dans celle du Rhin. Mais cette route était encore
+plus affreuse que celle qu'il avait parcourue. Il s'y décida cependant,
+et après quatre jours d'efforts et de souffrances inouïes, atteignit
+Coire et le Rhin. De ses dix-huit mille hommes, il en avait à peine
+sauvé dix mille. Les cadavres de ses soldats remplissaient les Alpes. Ce
+barbare, prétendu invincible, se retirait couvert de confusion et plein
+de rage. En quinze jours, plus de vingt mille Russes et cinq à six mille
+Autrichiens avaient succombé. Les armées prêtes à nous envahir étaient
+chassées de la Suisse et rejetées en Allemagne. La coalition était
+dissoute, car Suwarow, irrité contre les Autrichiens, ne voulait plus
+servir avec eux. On peut dire que la France était sauvée.
+
+Gloire éternelle à Masséna, qui venait d'exécuter l'une des plus belles
+opérations dont l'histoire de la guerre fasse mention, et qui nous avait
+sauvés dans un moment plus périlleux que celui de Valmy et de Fleurus!
+Il faut admirer les batailles grandes par la conception ou le résultat
+politique; mais il faut célébrer surtout celles qui sauvent. On doit
+l'admiration aux unes et la reconnaissance aux autres. Zurich est le
+plus beau fleuron de Masséna; et il n'en existe pas de plus beau dans
+aucune couronne militaire.
+
+Pendant que ces événemens si heureux se passaient en Suisse, la victoire
+nous revenait en Hollande. Brune, faiblement pressé par l'ennemi,
+avait eu le temps de concentrer ses forces, et après avoir battu les
+Anglo-Russes à Kastrikum, les avait enfermés au Zip, et réduits à
+capituler. Les conditions étaient l'évacuation de la Hollande, la
+restitution de ce qui avait été pris au Helder, et l'élargissement sans
+échange de huit mille prisonniers. On aurait souhaité la restitution de
+la flotte hollandaise; mais les Anglais s'y refusaient, et on craignait,
+en rejetant la capitulation, le mal qu'ils pouvaient faire au pays.
+
+Ainsi se termina cette mémorable campagne de 1799. La république, entrée
+trop tôt en action, et commettant la faute de prendre l'offensive, sans
+avoir auparavant concentré ses forces, avait été battue à Stokach et
+Magnano, et avait perdu ainsi par ces deux défaites l'Allemagne et
+l'Italie. Masséna resté seul en Suisse, formait un saillant dangereux
+entre deux masses victorieuses. Il s'était replié sur le Rhin, puis
+sur la Limmat, et enfin sur l'Albis. Là, il s'était rendu inattaquable
+durant quatre mois. Pendant ce temps, l'armée de Naples, tâchant de se
+réunir à l'armée de la Haute-Italie, avait été battue à la Trebbia.
+Réunie plus tard à cette armée par derrière l'Apennin, ralliée et
+renforcée, elle avait perdu son général à Novi, avait été battue de
+nouveau, et avait définitivement perdu l'Italie. L'Apennin était même
+envahi et le Var menacé. Mais là avait été le terme de nos malheurs. La
+coalition, revirant ses forces, avait porté l'archiduc Charles sur le
+Rhin, et Suwarow en Suisse. Masséna, saisissant ce moment, avait
+détruit Korsakoff privé de l'archiduc, et mis en fuite Suwarow privé
+de Korsakoff. Il avait ainsi réparé nos malheurs par une immortelle
+victoire. En Orient, de beaux triomphes avaient terminé la campagne.
+Mais, il faut le dire, si ces grands exploits avaient soutenu la
+république prête à succomber, s'ils lui avaient rendu quelque gloire,
+ils ne lui avaient rendu ni sa grandeur ni sa puissance. La France était
+sauvée, mais elle n'était que sauvée; elle n'avait point encore recouvré
+son rang, et elle courait même des dangers sur le Var.
+
+
+
+CHAPITRE XIX.
+
+RETOUR DE BONAPARTE; SON DÉBARQUEMENT A FRÉJUS; ENTHOUSIASME QU'IL
+INSPIRE.--AGITATION DE TOUS LES PARTIS A SON ARRIVÉE.--IL SE COALISE
+AVEC SIÈYES POUR RENVERSER LA CONSTITUTION DIRECTORIALE.--PRÉPARATIFS
+ET JOURNÉE DU 18 BRUMAIRE.--RENVERSEMENT DE LA CONSTITUTION DE L'AN III;
+INSTITUTION DU CONSULAT PROVISOIRE.--FIN DE CETTE HISTOIRE.
+
+
+Les nouvelles de la bataille de Zurich et de la capitulation des
+Anglo-Russes se succédèrent presque immédiatement, et rassurèrent les
+imaginations épouvantées. C'était la première fois que ces Russes
+si odieux étaient battus, et ils l'étaient si complètement, que la
+satisfaction devait être profonde. Mais l'Italie était toujours perdue,
+le Var était menacé, la frontière du Midi en péril. Les grandeurs de
+Campo-Formio ne nous étaient pas rendues. Du reste, les périls les
+plus grands n'étaient pas au dehors, mais au dedans. Un gouvernement
+désorganisé, des partis ingouvernables, qui ne voulaient pas subir
+l'autorité et qui n'étaient cependant plus assez forts pour s'en
+emparer; partout une espèce de dissolution sociale, et le brigandage,
+signe de cette dissolution, infestant les grandes routes, surtout dans
+les provinces déchirées autrefois par la guerre civile; telle était la
+situation de la république. Un répit de quelques mois étant assuré par
+la victoire de Zurich, c'était moins d'un défenseur qu'on manquait dans
+le moment, que d'un chef qui s'emparât des rênes du gouvernement. La
+masse entière de la population voulait à tout prix du repos, de l'ordre,
+la fin des disputes, l'unité des volontés. Elle avait peur des jacobins,
+des émigrés, des chouans, de tous les partis. C'était le moment d'une
+merveilleuse fortune pour celui qui calmerait toutes ces peurs.
+
+Les dépêches contenant le récit de l'expédition de Syrie, des batailles
+du mont Thabor et d'Aboukir, produisirent un effet extraordinaire,
+et confirmèrent cette idée que le héros de Castiglione et de Rivoli
+resterait vainqueur partout où il se montrerait. Son nom se retrouva
+aussitôt dans toutes les bouches, et la question _que fait-il_?
+_quand vient-il_? se renouvela de toutes parts. S'il allait revenir!
+disait-on... Par un instinct singulier, le bruit qu'il était arrivé
+courut deux ou trois fois. Ses frères lui avaient écrit, sa femme aussi;
+mais on ignorait si ces dépêches lui étaient parvenues. On a vu en effet
+qu'elles n'avaient pu traverser les croisières anglaises.
+
+Pendant ce temps, cet homme, objet de voeux si singuliers, voguait
+tranquillement sur les mers, au milieu des flottes anglaises.
+La traversée n'était pas heureuse, et les vents contraires la
+prolongeaient. Plusieurs fois on avait vu les Anglais, et on avait
+craint de devenir leur proie. Lui seul, se promenant sur le pont de
+son vaisseau avec un air calme et serein, se confiant à son étoile,
+apprenait à y croire et à ne pas s'agiter pour des périls inévitables.
+Il lisait la Bible et le Koran, oeuvres des peuples qu'il venait de
+quitter. Craignant, d'après les derniers événemens, que le midi de la
+France ne fût envahi, il avait fait gouverner, non vers les côtes
+de Provence, mais vers celles du Languedoc. Il voulait débarquer à
+Collioure ou à Port-Vendres. Un coup de vent l'avait ramené vers la
+Corse. L'île entière était accourue au-devant du célèbre compatriote. On
+avait ensuite fait voile vers Toulon. On allait arriver, lorsque tout
+à coup, au coucher du soleil, on vit sur le flanc gauche du vaisseau,
+trente voiles ennemies: on les voyait au milieu des rayons du soleil
+couchant. On proposait de mettre un canot à la mer pour aborder
+furtivement à terre. Se confiant toujours dans le destin, Bonaparte
+dit qu'il fallait attendre. L'ennemi, en effet, disparut, et le 17
+vendémiaire an VIII (octobre 1799), à la pointe du jour, les frégates
+_le Muiron_ et _la Carrère_, les chebecks _la_ _Revanche_ et _la
+Fortune_, vinrent mouiller dans le golfe de Fréjus.
+
+Les habitans de la Provence avaient craint, pendant trois années de
+suite, l'invasion de l'ennemi. Bonaparte les avait délivrés de cette
+crainte en 1796; mais elle leur était revenue plus grande que jamais
+depuis la bataille de Novi. En apprenant que Bonaparte était mouillé sur
+la côte, ils crurent leur sauveur arrivé. Tous les habitans de Fréjus
+accoururent, et en un instant la mer fut couverte d'embarcations. Une
+multitude, ivre d'enthousiasme et de curiosité, envahit les vaisseaux,
+et, violant toutes les lois sanitaires, communiqua avec les nouveaux
+arrivés. Tous demandaient Bonaparte, tous voulaient le voir. Il n'était
+plus temps de faire observer les lois sanitaires. L'administration de la
+santé dut dispenser le général de la quarantaine, car il aurait fallu
+condamner à la même précaution toute la population, qui avait déjà
+communiqué avec les équipages. Bonaparte descendit sur-le-champ à terre,
+et le jour même voulut monter en voiture pour se rendre à Paris.
+
+Le télégraphe, aussi prompt que les vents, avait déjà répandu sur
+la route de Fréjus à Paris, la grande nouvelle du débarquement de
+Bonaparte. Sur-le-champ la joie la plus confuse avait éclaté. La
+nouvelle, annoncée sur tous les théâtres, y avait produit des élans
+extraordinaires. Les chants patriotiques avaient remplacé partout les
+représentations théâtrales. Le député Baudin (des Ardennes), l'un des
+auteurs de la constitution de l'an III, républicain sage et sincère,
+attaché à la république jusqu'à la passion, et la croyant perdue si un
+bras puissant ne venait la soutenir, Baudin (des Ardennes) expira de
+joie en apprenant cet événement.
+
+Bonaparte était parti le jour même du 15 vendémiaire (9 octobre) pour
+Paris. Il avait passé par Aix, Avignon, Valence, Lyon. Dans toutes ces
+villes, l'enthousiasme fut immodéré. Les cloches retentissaient dans les
+villages, et pendant la nuit des feux étaient allumés sur les routes. A
+Lyon surtout, les élans furent plus vifs encore que partout ailleurs.
+En partant de cette dernière ville, Bonaparte, qui voulait arriver
+incognito, prit une autre route que celle qu'il avait indiquée à ses
+courriers. Ses frères et sa femme, trompés sur sa direction, couraient
+à sa rencontre, tandis qu'il arrivait à Paris. Le 24 vendémiaire (16
+octobre), il était déjà dans sa maison de la rue Chantereine, sans que
+personne se doutât de son arrivée. Deux heures après, il se rendit au
+directoire. La garde le reconnut, et poussa, en le voyant, le cri de
+_Vive Bonaparte!_ Il courut chez le président du directoire, c'était
+Gohier. Il fut convenu qu'il serait présenté le lendemain au directoire.
+Le lendemain 25, il se présenta en effet devant cette magistrature
+suprême. Il dit qu'après avoir consolidé l'établissement de son armée
+en Égypte, par les victoires du mont Thabor et d'Aboukir, et confié son
+sort à un général capable d'en assurer la prospérité, il était parti
+pour voler au secours de la république, qu'il croyait perdue. Il la
+trouvait sauvée par les exploits de ses frères d'armes, et il s'en
+réjouissait. Jamais, ajoutait-il en mettant la main sur son épée, jamais
+il ne la tirerait que pour la défense de cette république. Le président
+le complimenta sur ses triomphes et sur son retour, et lui donna
+l'accolade fraternelle. L'accueil fut en apparence très flatteur, mais
+au fond les craintes étaient maintenant trop réelles et trop justifiées
+par la situation, pour que son retour fît plaisir aux cinq magistrats
+républicains.
+
+Lorsque après une longue apathie, les hommes se réveillent et
+s'attachent à quelque chose, c'est avec passion. Dans ce néant où
+étaient tombées les opinions, les partis et toutes les autorités, on
+était demeuré quelque temps sans s'attacher à rien. Le dégoût des
+hommes et des choses était universel. Mais à l'apparition de l'individu
+extraordinaire que l'Orient venait de rendre à l'Europe d'une manière si
+imprévue, tout dégoût, toute incertitude venaient de cesser. C'est
+sur lui que se fixèrent sur-le-champ les regards, les voeux et les
+espérances. Tous les généraux, employés ou non employés, patriotes ou
+modérés, tous accoururent chez Bonaparte. C'était naturel, puisqu'il
+était le premier membre de cette classe si ambitieuse et si mécontente.
+En lui elle semblait avoir trouvé un vengeur contre le gouvernement.
+Tous les ministres, tous les fonctionnaires successivement disgraciés
+pendant les fluctuations du directoire, accoururent aussi auprès du
+nouvel arrivé. Ils allaient en apparence visiter le guerrier illustre,
+et en réalité observer et flatter l'homme puissant auquel l'avenir
+semblait appartenir.
+
+Bonaparte avait amené Lannes, Murat et Berthier, qui ne le quittaient
+pas. Bientôt Jourdan, Augereau, Macdonald, Beurnonville, Leclerc,
+Lefebvre, Marbot, malgré des différences d'opinions, se montrèrent
+auprès de lui. Moreau lui-même fit bientôt partie de ce cortége.
+Bonaparte l'avait rencontré, chez Gohier. Sentant que sa supériorité lui
+permettait de faire les premiers pas, il alla à Moreau, lui témoigna
+son impatience de le connaître, et lui exprima une estime qui le toucha
+profondément. Il lui donna ensuite un damas enrichi de pierreries, et
+parvint à le gagner tout à fait. En quelques jours Moreau fut de sa
+cour. Il était mécontent aussi, et il allait avec tous ses camarades
+chez le vengeur présumé. A ces guerriers illustres se joignirent des
+hommes de toutes les carrières: on y vit Bruix, l'ex-ministre de la
+marine, qui venait de parcourir la Méditerranée à la tête des flottes
+française et espagnole, homme d'un esprit fin et délié, aussi habile à
+conduire une négociation qu'à diriger une escadre. On y vit aussi M.
+de Talleyrand, qui avait des raisons de craindre le mécontentement de
+Bonaparte, pour n'être point allé en Égypte. Mais M. de Talleyrand
+comptait sur son esprit, sur son nom, sur son importance, pour être bien
+accueilli; il le fut bien. Ces deux hommes avaient trop de goût
+l'un pour l'autre, et trop besoin de se rapprocher, pour se bouder
+mutuellement. On voyait encore rue Chantereine Roederer, l'ancien
+procureur de la commune, homme plein de franchise et d'esprit; Régnault
+de Saint-Jean-d'Angély, ancien constituant auquel Bonaparte s'était
+attaché en Italie, et qu'il avait employé à Malte, orateur brillant et
+fécond.
+
+Mais ce n'étaient pas seulement les disgraciés, les mécontens, qui
+se rendaient chez Bonaparte. Les chefs actuels du gouvernement s'y
+montrèrent avec le même empressement. Tous les directeurs et tous les
+ministres lui donnèrent des fêtes, comme au retour d'Italie. Une grande
+partie des députés des deux conseils se firent présenter chez lui.
+Les ministres et les directeurs lui décernèrent un hommage bien plus
+flatteur, ils vinrent le consulter à chaque instant sur ce qu'ils
+avaient à faire. Dubois-Crancé, le ministre de la guerre, avait en
+quelque sorte transporté son portefeuille chez Bonaparte. Moulins, celui
+des directeurs qui s'occupait spécialement de la guerre, passait une
+partie des matinées avec lui. Gohier, Roger-Ducos y allaient aussi.
+Cambacérès, ministre de la justice, jurisconsulte habile, qui avait
+pour Bonaparte le goût que les hommes faibles ont pour la force, et que
+Bonaparte affectait de caresser pour prouver qu'il savait apprécier le
+mérite civil; Fouché, ministre de la police, qui voulait échanger son
+protecteur usé, Barras, contre un protecteur neuf et puissant; Réal,
+commissaire près le département de la Seine, ardent et généreux
+patriote, et l'un des hommes les plus spirituels du temps, étaient
+également assidus auprès de Bonaparte, et s'entretenaient avec lui des
+affaires de l'état. Il y avait à peine huit jours que le général était
+à Paris, et déjà le gouvernement des affaires lui arrivait presque
+involontairement. A défaut de sa volonté, qui n'était rien encore,
+on lui demandait son avis. Pour lui, avec sa réserve accoutumée, il
+affectait de se soustraire aux empressemens dont il était l'objet. Il
+refusait beaucoup de monde, il se montrait peu, et ne sortait pour ainsi
+dire qu'à la dérobée. Son visage était devenu plus sec, son teint plus
+foncé. Il portait depuis son retour une petite redingote grise et un
+sabre turc attaché à un cordon de soie. Pour ceux qui avaient eu la
+bonne fortune de le voir, c'était un emblème qui rappelait l'Orient, les
+Pyramides, le mont Thabor, Aboukir. Les officiers de la garnison,
+les quatre adjudans de la garde nationale, l'état-major de la place
+demandaient à lui être présentés. Il différait de jour en jour, et
+semblait ne se prêter qu'à regret à tous ces hommages. Il écoutait, ne
+s'ouvrait encore à personne, et observait toutes choses. Cette politique
+était profonde. Quand on est nécessaire, il ne faut pas craindre
+d'attendre. On irrite l'impatience des hommes, ils accourent à vous, et
+vous n'avez plus qu'à choisir.
+
+Que va faire Bonaparte? était la question que tout le monde s'adressait.
+Elle prouvait qu'il y avait quelque chose d'inévitable à faire. Deux
+partis principaux, et un troisième, subdivision des deux autres,
+s'offraient à lui, et étaient disposés à le servir, s'il adoptait leurs
+vues: c'étaient les patriotes, les modérés ou politiques, enfin les
+_pourris_, comme on les appelait, corrompus de tous les temps et de
+toutes les factions.
+
+Les patriotes se défiaient bien de Bonaparte et de son ambition; mais
+avec leur goût de détruire, et leur imprévoyance du lendemain, ils
+se seraient servis de son bras pour tout renverser, sauf à s'occuper
+ensuite de l'avenir. Du reste, il n'y avait de cet avis que les
+forcenés, qui, toujours mécontens de ce qui existait, regardaient le
+soin de détruire comme le plus pressant de tous. Le reste des patriotes,
+ceux qu'on pouvait appeler les républicains, se défiaient de la renommée
+du général, voulaient tout au plus qu'on lui donnât place au directoire,
+voyaient même avec peine qu'il fallût pour cela lui accorder une
+dispense d'âge, et souhaitaient par-dessus tout qu'il allât aux
+frontières, relever la gloire de nos armes, et rendre à la république sa
+première splendeur.
+
+Les modérés ou politiques, gens craignant les fureurs des partis, et
+surtout celles des jacobins, n'espérant plus rien d'une constitution
+violée et usée, voulaient un changement, et souhaitaient qu'il se fît
+sous les auspices d'un homme puissant. «Prenez le pouvoir, faites-nous
+une constitution sage et modérée, et donnez-nous de la sécurité;»
+tel était le langage intérieur qu'ils adressaient à Bonaparte. Ils
+composaient le parti le plus nombreux en France. Il y entrait même
+beaucoup de patriotes compromis, qui, ayant peur pour la révolution,
+voulaient en confier le salut à un homme puissant. Ils avaient la
+majorité dans les anciens, une minorité assez forte dans les cinq-cents.
+Ils avaient suivi jusqu'ici la plus grande renommée civile, celle de
+Sièyes, et s'y étaient d'autant plus attachés que Sièyes avait été plus
+maltraité au Manége. Aujourd'hui ils devaient courir avec bien plus
+d'empressement au-devant de Bonaparte, car c'était la force qu'ils
+cherchaient, et elle était bien plus grande dans un général victorieux
+que dans un publiciste, quelque illustre qu'il fût.
+
+Les _pourris_ enfin étaient tous les fripons, tous les intrigans qui
+cherchaient à faire fortune, qui s'étaient déshonorés en la faisant, et
+qui voulaient la faire encore au même prix. Ils suivaient Barras et
+le ministre de la police Fouché. Il y avait de tout parmi eux, des
+jacobins, des modérés, des royalistes même. Ce n'était point un parti,
+mais une coterie nombreuse.
+
+Il ne faut pas, à la suite de cette énumération, compter les partisans
+de la royauté. Ils étaient trop annulés depuis le 18 fructidor, et
+d'ailleurs Bonaparte ne leur inspirait rien. Un tel homme ne pouvait
+songer qu'à lui, et ne pouvait prendre le pouvoir pour le remettre à
+d'autres. Ils se contentaient donc de faire nombre avec les ennemis du
+directoire, et de l'accuser dans la langue de tous les partis.
+
+Parmi ces différens partis, Bonaparte ne pouvait faire qu'un choix. Les
+patriotes ne lui convenaient pas du tout. Les uns, attachés à ce qui
+existait, se défiaient de son ambition; les autres voulaient un coup de
+main, puis rien que des agitations interminables, et on ne pouvait rien
+fonder avec eux. D'ailleurs ils étaient en sens contraire de la marche
+du temps, et ils exhalaient leurs dernières ardeurs. Les _pourris_
+n'étaient rien, ils n'étaient quelque chose que dans le gouvernement,
+où ils s'étaient naturellement introduits, car c'est là que tendent
+toujours leurs voeux. Au reste, il n'y avait qu'à ne pas s'en occuper;
+ils devaient venir à celui qui réunirait le plus de chances en sa
+faveur, parce qu'ils voulaient rester en possession des places et de
+l'argent. Le seul parti sur lequel Bonaparte pût s'appuyer était celui
+qui, partageant les besoins de toute la population, voulût mettre la
+république à l'abri des factions, en la constituant d'une manière
+solide. C'était là qu'était tout avenir, c'était là qu'il devait se
+ranger.
+
+Son choix ne pouvait être douteux: par instinct seul il était fait
+d'avance. Bonaparte avait horreur des hommes turbulens, dégoût des
+hommes corrompus. Il ne pouvait aimer que ces hommes modérés qui
+voulaient qu'on gouvernât pour eux. C'était d'ailleurs la nation même.
+Mais il fallait attendre, se laisser prévenir par les offres des partis,
+et observer leurs chefs, pour voir avec lesquels d'entre eux on pourrait
+faire alliance.
+
+Les partis étaient tous représentés au directoire. Les patriotes
+avaient, comme on l'a vu, Moulins et Gohier. Les pourris avaient Barras.
+Les politiques ou modérés avaient Sièyes et Roger-Ducos.
+
+Gohier et Moulins, patriotes sincères et honnêtes, plus modérés que leur
+parti, parce qu'ils étaient au pouvoir, admiraient Bonaparte; mais ne
+voulant se servir de son épée que pour la gloire de la constitution
+de l'an III, ils souhaitaient de l'envoyer aux armées. Bonaparte les
+traitait avec beaucoup d'égards; il estimait leur honnêteté, car il l'a
+toujours aimée chez les hommes (c'est un goût naturel et intéressé chez
+un homme né pour gouverner). D'ailleurs, les égards qu'il avait pour eux
+étaient un moyen de prouver qu'il honorait les vrais républicains. Sa
+femme s'était liée avec celle de Gohier. Elle calculait aussi, et elle
+avait dit à madame Gohier: «Mon intimité avec vous répondra à toutes les
+calomnies.»
+
+Barras, qui sentait sa fin politique approcher, et qui voyait dans
+Bonaparte un successeur inévitable, le détestait profondément. Il aurait
+consenti à le flatter comme autrefois, mais il se sentait plus méprisé
+que jamais par lui, et il en demeurait éloigné. Bonaparte avait pour cet
+épicurien ignorant, blasé, corrompu, une aversion tous les jours plus
+insurmontable. Le nom de _pourris_ qu'il avait donné à lui et aux siens,
+prouvait assez son dégoût et son mépris. Il était difficile qu'il
+consentît à s'allier à lui.
+
+Restait l'homme vraiment important, c'était Sièyes, entraînant à sa
+suite Roger-Ducos. En appelant Sièyes au directoire au moment du
+30 prairial, il semblait qu'on eût songé à se jeter dans ses bras.
+Bonaparte lui en voulait presque d'avoir pris la première place en son
+absence; d'avoir fixé un moment les esprits, et d'avoir fait naître des
+espérances. Il avait contre lui une humeur qu'il ne s'expliquait
+pas. Quoique fort opposés par le génie et les habitudes, ils avaient
+cependant assez de supériorité pour s'entendre et se pardonner leurs
+différences, mais trop d'orgueil pour se faire des concessions.
+Malheureusement ils ne s'étaient point encore adressé la parole, et deux
+grands esprits qui ne se sont pas encore flattés, sont naturellement
+ennemis. Ils s'observaient, et chacun des deux attendait que l'autre fît
+les premiers pas. Ils se rencontrèrent à dîner chez Gohier. Bonaparte
+s'était senti assez au-dessus de Moreau pour faire les premiers pas; il
+ne crut pas pouvoir les faire envers Sièyes, et il ne lui parla pas.
+Celui-ci garda le même silence. Ils se retirèrent furieux. «Avez-vous
+vu ce petit insolent? dit Sièyes; il n'a pas même salué le membre d'un
+gouvernement qui aurait dû le faire fusiller.--Quelle idée a-t-on eue,
+dit Bonaparte, de mettre ce prêtre au directoire? il est vendu à la
+Prusse, et, si on n'y prend garde, il vous livrera à elle.» Ainsi, dans
+les hommes de la plus grande supériorité, l'orgueil l'emporte même sur
+la politique. Si, du reste, il en était autrement, ils n'auraient plus
+cette hauteur qui les rend propres à dominer les hommes.
+
+Ainsi, le personnage que Bonaparte avait le plus d'intérêt à gagner,
+était celui pour lequel il avait le plus d'éloignement. Mais leurs
+intérêts étaient tellement identiques, qu'ils allaient être, malgré
+eux-mêmes, poussés l'un vers l'autre par leurs propres partisans.
+
+Tandis qu'on s'observait, et que l'affluence chez Bonaparte allait
+toujours croissant, celui-ci, incertain encore du parti qu'il devait
+prendre, avait sondé Gohier et Ducos, pour savoir s'ils voudraient
+consentir à ce qu'il fût directeur, quoiqu'il n'eût pas l'âge
+nécessaire. C'était à la place de Sièyes qu'il aurait voulu entrer au
+gouvernement. En excluant Sièyes, il devenait le maître de ses autres
+collègues, et était assuré de gouverner sous leur nom. C'était sans
+doute un succès bien incomplet; mais c'était un moyen d'arriver au
+pouvoir, sans faire précisément une révolution; et une fois arrivé, il
+avait le temps d'attendre. Soit qu'il fût sincère, soit qu'il voulût les
+tromper, ce qui est possible, et leur persuader qu'il ne portait pas son
+ambition au-delà d'une place au directoire, il les sonda et les trouva
+intraitables sous le rapport de l'âge. Une dispense, quoique donnée
+par les conseils, leur paraissait une infraction à la constitution. Il
+fallut renoncer à cette idée.
+
+Les deux directeurs Gohier et Moulins, commençant à s'inquiéter
+de l'ardeur que Bonaparte montrait pour les fonctions politiques,
+imaginèrent de l'éloigner, en lui donnant le commandement d'une armée.
+Sièyes ne fut pas de cet avis, et dit avec humeur que, loin de lui
+fournir l'occasion d'une gloire nouvelle, il fallait, au contraire,
+l'oublier et le faire oublier. Comme on parlait de l'envoyer en Italie,
+Barras dit qu'il y avait assez bien fait ses affaires pour n'avoir
+pas envie d'y retourner. Enfin il fut décidé qu'on l'appellerait pour
+l'inviter à prendre un commandement, en lui laissant le choix de l'armée
+à commander.
+
+Bonaparte, mandé, se rendit au directoire. Il connaissait le propos de
+Barras. Avant qu'on lui eût notifié l'objet pour lequel on l'appelait,
+il prit la parole d'un ton haut et menaçant, cita le propos dont il
+avait à se plaindre, et, regardant Barras, dit que s'il avait fait
+sa fortune en Italie, ce n'était pas, du moins, aux dépens de la
+république. Barras se tut. Le président Gohier répondit à Bonaparte que
+le gouvernement était persuadé que ses lauriers étaient la seule fortune
+qu'il eût rapportée d'Italie. Il lui dit ensuite que le directoire
+l'invitait à prendre un commandement, et lui laissait d'ailleurs le
+choix de l'armée. Bonaparte répondit froidement qu'il n'était pas encore
+assez reposé de ses fatigues, que la transition d'un climat sec à un
+climat humide l'avait fortement éprouvé, et qu'il lui fallait encore
+quelque temps pour se remettre. Il se retira sans plus d'explication.
+Un pareil fait devait avertir les directeurs de ses vues, et l'avertir
+lui-même de leurs défiances.
+
+C'était un motif de se hâter: ses frères, ses conseillers habituels,
+Roederer, Réal, Régnault de Saint-Jean-d'Angély, Bruix, Talleyrand, lui
+amenaient tous les jours des membres du parti modéré et politique dans
+les conseils. C'étaient, dans les cinq-cents, Boulay (de la Meurthe),
+Gaudin, Chazal, Cabanis, Chénier; dans les anciens, Cornudet, Lemercier,
+Fargues, Daunou. Leur avis à tous était qu'il fallait s'allier au
+vrai parti, au parti réformateur, et s'unir à Sièyes, qui avait une
+constitution toute faite, et la majorité dans le conseil des anciens.
+Bonaparte était bien de leur avis, et sentait qu'il n'avait pas de choix
+à faire; mais il fallait qu'on le rapprochât de Sièyes, et c'était
+difficile. Cependant les intérêts étaient si grands, et il y avait
+entre son orgueil et celui de Sièyes des entremetteurs si délicats,
+si adroits, que l'alliance ne pouvait pas tarder à se faire. M. de
+Talleyrand eût concilié des orgueils encore plus sauvages que celui de
+ces deux hommes. Bientôt la négociation fut entamée et achevée. Il fut
+convenu qu'une constitution plus forte serait donnée à la France, sous
+les auspices de Sièyes et de Bonaparte. Sans qu'on se fût expliqué sur
+la forme et l'espèce de cette constitution, il fut sous-entendu qu'elle
+serait républicaine, mais qu'elle délivrerait la France de ce que
+l'un et l'autre appelaient les bavards, et donnerait aux deux esprits
+puissans qui s'alliaient la plus grande part d'influence.
+
+Un systématique rêvant l'accomplissement trop différé de ses
+conceptions, un ambitieux voulant régir le monde, étaient, au milieu
+de ce néant de tous les systèmes et de toutes les forces, éminemment
+propres à se coaliser. Peu importait l'incompatibilité de leur humeur.
+L'adresse des intermédiaires et la gravité des intérêts suffisaient pour
+pallier cet inconvénient, du moins pour un moment: et c'était assez d'un
+moment pour faire une révolution.
+
+Bonaparte était donc décidé à agir avec Sièyes et Roger-Ducos. Il
+montrait toujours le même éloignement pour Barras, les mêmes égards pour
+Gohier et Moulins, et gardait une égale réserve avec les trois. Mais
+Fouché, habile à deviner la fortune naissante, voyait avec le plus grand
+regret l'éloignement de Bonaparte pour son patron Barras, et était
+désolé de voir que Barras ne fît rien pour vaincre cet éloignement. Il
+était tout à fait décidé à passer dans le camp du nouveau César; mais
+hésitant, par un reste de pudeur, à abandonner son protecteur, il aurait
+voulu l'y entraîner à sa suite. Assidu auprès de Bonaparte, et assez
+bien accueilli, parce qu'il avait le portefeuille de la police, il
+tâchait de vaincre sa répugnance pour Barras. Il était secondé par Réal,
+Bruix, et les autres conseillers du général. Croyant avoir réussi, il
+engagea Barras à inviter Bonaparte à dîner. Barras l'invita pour le
+8 brumaire (30 octobre). Bonaparte s'y rendit. Après le dîner,
+ils commencèrent à s'entretenir des affaires. Bonaparte et Barras
+s'attendaient. Barras entra le premier en matière. Il débuta par des
+généralités sur sa situation personnelle. Espérant sans doute que
+Bonaparte affirmerait le contraire, il lui dit qu'il était malade, usé,
+et condamné à renoncer aux affaires. Bonaparte gardant toujours le
+silence, Barras ajouta que la république était désorganisée, qu'il
+fallait, pour la sauver, concentrer le pouvoir et nommer un président;
+et puis il nomma le général Hédouville, comme digne d'être élu.
+Hédouville était aussi inconnu que peu capable. Barras déguisait sa
+pensée, et désignait Hédouville pour ne pas se nommer lui-même. «Quant
+à vous, général, ajouta-t-il, votre intention est de vous rendre à
+l'armée; allez y acquérir une gloire nouvelle, et replacer la France à
+son véritable rang. Moi, je vais me rejeter dans la retraite dont j'ai
+besoin.» Bonaparte jeta un regard fixe sur Barras, ne répondit rien, et
+laissa là l'entretien. Barras interdit n'ajouta plus une seule parole.
+Bonaparte se retira sur-le-champ, et, avant de quitter le Luxembourg,
+passa dans l'appartement de Sièyes. Il vint lui déclarer d'une manière
+expresse qu'il voulait marcher avec lui seul, et qu'ils n'avaient plus
+qu'à convenir des moyens d'exécution. L'alliance fut scellée dans cette
+entrevue, et on convint de tout préparer pour le 18 ou le 20 brumaire.
+
+Bonaparte en rentrant chez lui y trouva Fouché, Réal et les amis de
+Barras. «Eh bien, votre Barras, leur dit-il, savez-vous ce qu'il m'a
+proposé? de faire un président qui serait Hédouville, c'est-à-dire lui,
+et de m'en aller, moi, à l'armée. Il n'y a rien à faire avec un pareil
+homme.» Les amis de Barras voulurent réparer cette maladresse et
+cherchèrent à l'excuser. Mais Bonaparte insista peu, et changea
+d'entretien, car son parti était pris. Fouché se rendit aussitôt chez
+Barras, pour lui faire des reproches, et pour l'engager à aller corriger
+l'effet de ses gaucheries. Dès le lendemain matin, Barras courut chez
+Bonaparte pour excuser ses paroles de la veille; il lui offrit son
+dévouement et sa coopération à tout ce qu'il voudrait tenter. Bonaparte
+l'écouta peu, lui répondit par des généralités, et à son tour lui parla
+de ses fatigues, de sa santé délabrée, et de son dégoût des hommes et
+des affaires.
+
+Barras se vit perdu et sentit son rôle achevé. Il était temps qu'il
+recueillît le prix de ses doubles intrigues et de ses lâches défections.
+Les patriotes ardens n'en voulaient plus depuis sa conduite envers la
+société du Manége; les républicains, attachés à la constitution de
+l'an III, n'avaient que du mépris et de la défiance pour lui. Les
+réformateurs, les politiques, n'y voyaient qu'un homme déconsidéré, et
+lui appliquaient le mot de _pourri_, imaginé par Bonaparte. Il ne lui
+restait que quelques intrigues avec les royalistes, au moyen de certains
+émigrés cachés dans sa cour. Ces intrigues étaient fort anciennes:
+elles avaient commencé dès le 18 fructidor. Il en avait fait part au
+directoire, et s'était fait autoriser à les poursuivre, pour avoir dans
+les mains les fils de la contre-révolution. Il s'était ainsi ménagé
+le moyen de trahir à volonté la république ou le prétendant. Il était
+question dans ce moment, avec ce dernier, d'une somme de quelques
+millions, pour seconder son retour. Il est possible, du reste, que
+Barras ne fût pas sincère avec le prétendant, car tous ses goûts
+devaient être pour la république. Mais savoir au juste les préférences
+de ce vieux corrompu, serait difficile. Peut-être les ignorait-il
+lui-même. D'ailleurs, à ce point de corruption, un peu d'argent doit
+malheureusement prévaloir sur toutes les préférences de goût ou
+d'opinion.
+
+Fouché, désespéré de voir son patron perdu, désespéré surtout de se voir
+compromis dans sa disgrâce, redoubla d'assiduités auprès de Bonaparte.
+Celui-ci, se défiant d'un pareil homme, lui cacha tous ses secrets; mais
+Fouché ne se rebutant pas, parce qu'il voyait la victoire de Bonaparte
+assurée, résolut de vaincre ses rigueurs à force de services. Il avait
+la police, il la faisait habilement, et il savait que l'on conspirait
+partout. Il se garda d'en avertir le directoire, dont la majorité,
+composée de Moulins, Gohier et Barras, aurait pu tirer de ses
+révélations un parti funeste aux conjurés.
+
+Il y avait une quinzaine de jours que Bonaparte était à Paris, et
+presque tout était déjà préparé. Berthier, Lannes, Murat, gagnaient
+chaque jour les officiers et les généraux. Parmi eux, Bernadotte
+par jalousie, Jourdan par attachement à la république, Augereau par
+jacobinisme, s'étaient rejetés en arrière, et avaient communiqué
+leurs craintes à tous les patriotes des cinq-cents; mais la masse des
+militaires était gagnée. Moreau, républicain sincère, mais suspect aux
+patriotes qui dominaient, mécontent du directoire qui avait si mal
+récompensé ses talens, n'avait de recours qu'en Bonaparte. Caressé,
+gagné par lui, et supportant très bien un supérieur, il déclara qu'il
+seconderait tous ses projets. Il ne voulait pas être mis dans le secret,
+car il avait horreur des intrigues politiques, mais il demandait à être
+appelé au moment de l'exécution. Il y avait à Paris les 8e et 9e de
+dragons, qui avaient servi autrefois sous Bonaparte en Italie, et qui
+lui étaient dévoués. Le 21e de chasseurs, organisé par lui quand il
+commandait l'armée de l'intérieur, et qui avait compté autrefois Murat
+dans ses rangs, lui appartenait également. Ces régimens demandaient
+toujours à défiler devant lui. Les officiers de la garnison, les
+adjudans de la garde nationale, demandaient aussi à lui être présentés,
+et ne l'avaient pas encore obtenu. Il différait, se réservant de faire
+concourir cette réception avec ses projets. Ses deux frères, Lucien et
+Joseph, et les députés de son parti, faisaient chaque jour de nouvelles
+conquêtes dans les conseils.
+
+Une entrevue fut fixée le 15 brumaire avec Sièyes, pour convenir du plan
+et des moyens d'exécution. Ce même jour, les conseils devaient donner un
+banquet au général Bonaparte, comme on avait fait au retour d'Italie. Ce
+n'était point comme alors les conseils qui le donnaient officiellement.
+La chose avait été proposée en comité secret; mais les cinq-cents, qui,
+dans le premier moment du débarquement, avaient nommé Lucien président,
+pour honorer le général dans la personne de son frère, étaient
+maintenant en défiance, et se refusaient à donner un banquet. Il fut
+décidé alors qu'on le donnerait par souscription. Du reste, le nombre
+des souscripteurs fut de six à sept cents. Le repas eut lieu à l'église
+Saint-Sulpice; il fut froid et silencieux: tout le monde s'observait et
+gardait la plus grande réserve. Il était visible qu'on s'attendait à un
+grand événement, et qu'il était l'ouvrage d'une partie des assistans.
+Bonaparte fut sombre et préoccupé. C'était assez naturel, puisqu'au
+sortir de là il allait arrêter le lieu et l'heure d'une conjuration. A
+peine le dîner était-il achevé, qu'il se leva, fit avec Berthier le tour
+des tables, adressa quelques paroles aux députés, et se retira ensuite
+précipitamment.
+
+Il se rendit chez Sièyes pour faire avec lui ses derniers arrangemens.
+Là, on convint d'abord du gouvernement qu'on substituerait à celui qui
+existait. Il fut arrêté qu'on suspendrait les conseils pour trois mois,
+qu'on substituerait aux cinq directeurs trois consuls provisoires, qui,
+pendant ces trois mois, auraient une espèce de dictature et seraient
+chargés de faire une constitution. Bonaparte, Sièyes et Roger-Ducos,
+devaient être les trois consuls. Il s'agissait ensuite de trouver les
+moyens d'exécution. Sièyes avait la majorité assurée dans les anciens.
+Comme on parlait tous les jours de projets incendiaires, formés par
+les jacobins, on imagina de supposer de leur part un projet d'attentat
+contre la représentation nationale. La commission des inspecteurs des
+anciens, toute à la disposition de Sièyes, devait proposer de transférer
+le corps législatif à Saint-Cloud. La constitution donnait, en effet,
+ce droit au conseil des anciens. Ce conseil devait à cette mesure en
+ajouter une autre qui n'était pas autorisée par la constitution, c'était
+de confier le soin de protéger la translation à un général de son choix,
+c'est-à-dire à Bonaparte. Les anciens devaient lui déférer en même temps
+le commandement de la 17e division militaire et de toutes les troupes
+cantonnées dans Paris. Bonaparte, avec ces forces, devait conduire le
+corps législatif à Saint-Cloud. Là, on espérait devenir maître des
+cinq-cents, et leur arracher le décret d'un consulat provisoire.
+Sièyes et Roger-Ducos devaient donner ce jour même leur démission de
+directeurs. On se proposait d'emporter celle de Barras, Gohier ou
+Moulins. Alors le directoire était désorganisé par la dissolution de
+la majorité; on allait dire aux cinq-cents qu'il n'y avait plus de
+gouvernement, et on les obligeait à nommer les trois consuls. Ce plan
+était parfaitement conçu, car il faut toujours, quand on veut faire
+une révolution, déguiser l'illégal autant qu'on le peut, se servir
+des termes d'une constitution pour la détruire, et des membres d'un
+gouvernement pour le renverser.
+
+On fixa le 18 brumaire pour provoquer le décret de translation, et le
+19 pour la séance décisive à Saint-Cloud. On se partagea la tâche. Le
+décret de translation, le soin de l'obtenir, fut confié à Sièyes et à
+ses amis. Bonaparte se chargea d'avoir la force armée et de conduire les
+troupes aux Tuileries.
+
+Tout étant arrêté, ils se séparèrent. Il n'était bruit de toutes parts
+que d'un grand événement près d'éclater. C'est toujours ainsi que cela
+s'était passé. Il n'y a de révolutions qui réussissent que celles qui
+peuvent être connues d'avance. Fouché d'ailleurs se gardait d'avertir
+les trois directeurs restés en dehors de la conjuration. Dubois-Crancé,
+malgré sa déférence pour les lumières de Bonaparte en matière de guerre,
+était chaud patriote; il eut avis du projet, courut le dénoncer à Gohier
+et à Moulins, mais n'en fut pas cru. Ils croyaient bien à une grande
+ambition, mais non encore à une conjuration prête à éclater. Barras
+voyait bien un grand mouvement; mais il se sentait perdu de toute façon,
+et il se laissait lâchement aller aux événemens.
+
+La commission des anciens, que présidait le député Cornet, eut la
+mission de tout préparer dans la nuit du 17 au 18, pour faire rendre le
+décret de translation. On ferma les volets et les rideaux des fenêtres,
+pour que le public ne fût pas averti par les lumières du travail de
+nuit qui se faisait dans les bureaux de la commission. On eut soin
+de convoquer le conseil des anciens pour sept heures, et celui des
+cinq-cents pour onze. De cette manière, le décret de translation devait
+être rendu avant que les cinq-cents fussent en séance; et, comme toute
+délibération était interdite par la constitution à l'instant où le
+décret de translation était promulgué, on fermait par cette promulgation
+la tribune des cinq-cents, et on s'épargnait toute discussion
+embarrassante. On eut un autre soin, ce fut de différer pour certains
+députés l'envoi des lettres de convocation. On fut certain par là que
+ceux dont on se défiait n'arriveraient qu'après la décision rendue.
+
+De son côté, Bonaparte avait pris toutes les précautions nécessaires. Il
+avait mandé le colonel Sébastiani, qui commandait le 9e de dragons, pour
+s'assurer des dispositions du régiment. Ce régiment se composait
+de quatre cents hommes à pied et de six cents hommes à cheval. Il
+renfermait beaucoup de jeunes soldats; mais les vieux soldats d'Arcole
+et de Rivoli y donnaient le ton. Le colonel répondit du régiment à
+Bonaparte. Il fut convenu que le colonel, sous prétexte de passer une
+revue, sortirait à cinq heures de ses casernes, distribuerait son
+monde, partie sur la place de la Révolution, partie dans le jardin des
+Tuileries, et qu'il viendrait lui-même, avec deux cents hommes à cheval,
+occuper les rues du Mont-Blanc et Chantereine. Bonaparte fit ensuite
+dire aux colonels des autres régimens de cavalerie, qu'il les passerait
+en revue le 18. Il fit dire aussi à tous les officiers qui demandaient
+à lui être présentés, qu'il les recevrait le matin du même jour. Pour
+excuser le choix de l'heure, il prétexta un voyage. Il avertit Moreau et
+tous les généraux de vouloir bien se trouver rue Chantereine à la même
+heure. A minuit, il envoya un aide-de-camp à Lefebvre pour l'engager à
+passer chez lui à six heures du matin. Lefebvre était tout dévoué au
+directoire; mais Bonaparte comptait bien qu'il ne résisterait pas à son
+ascendant. Il n'avait fait prévenir ni Bernadotte ni Augereau. Il avait
+eu soin, pour tromper Gohier, de s'inviter à dîner chez lui le 18 même,
+avec toute sa famille, et en même temps, pour le décider à donner sa
+démission, il le fit prier par sa femme de venir le lendemain matin, à
+huit heures, déjeuner rue Chantereine.
+
+Le 18 au matin, un mouvement imprévu de ceux mêmes qui concouraient à
+le produire, se manifesta de toutes parts. Une nombreuse cavalerie
+parcourait les boulevards; tout ce qu'il y avait de généraux et
+d'officiers dans Paris se rendaient en grand uniforme rue Chantereine,
+sans se douter de l'affluence qu'ils allaient y trouver. Les députés
+des anciens couraient à leur poste, étonnés de cette convocation
+si soudaine. Les cinq-cents ignoraient, pour la plupart, ce qui se
+préparait. Gohier, Moulins, Barras, étaient dans une complète ignorance.
+Mais Sièyes, qui depuis quelque temps prenait des leçons d'équitation,
+et Roger-Ducos, étaient déjà à cheval, et se rendaient aux Tuileries.
+
+Dès que les anciens se furent assemblés, le président de la commission
+des inspecteurs prit la parole. La commission chargée de veiller à
+la sûreté du corps législatif avait, dit-il, appris que des projets
+sinistres se tramaient, que des conspirateurs accouraient en foule à
+Paris, y tenaient des conciliabules, et y préparaient des attentats
+contre la liberté de la représentation nationale. Le député Cornet
+ajouta que le conseil des anciens avait dans les mains le moyen de
+sauver la république, et qu'il devait en user. Ce moyen, c'était de
+transférer le corps législatif à Saint-Cloud pour le soustraire aux
+attentats des conspirateurs, de mettre pendant ce temps la tranquillité
+publique sous la garde d'un général capable de l'assurer, et de choisir
+Bonaparte pour ce général. A peine la lecture de cette proposition et du
+décret qui la contenait était-elle achevée, qu'une certaine émotion
+se manifesta dans le conseil. Quelques membres voulurent s'y opposer;
+Cornudet, Lebrun, Fargues, Régnier, l'appuyèrent. Le nom de Bonaparte,
+qu'on avait fait valoir, et de l'appui duquel on se savait assuré,
+décida la majorité. A huit heures le décret était rendu. Il transférait
+les conseils à Saint-Cloud, et les y convoquait pour le lendemain à
+midi. Bonaparte était nommé général en chef de toutes les troupes
+contenues dans la 17e division militaire, de la garde du corps
+législatif, de la garde du directoire, des gardes nationales de Paris et
+des environs. Lefebvre, le commandant actuel de la 17e division, était
+mis sous ses ordres. Bonaparte avait ordre de venir à la barre recevoir
+le décret, et prêter serment dans les mains du président. Un messager
+d'état fut chargé de porter sur-le-champ le décret au général.
+
+Le messager d'état, qui était le député Cornet lui-même, trouva les
+boulevards encombrés d'une nombreuse cavalerie; la rue du Mont-Blanc, la
+rue Chantereine, remplies d'officiers et de généraux en grand uniforme.
+Tous accouraient se rendre à l'invitation du général Bonaparte. Les
+salons de celui-ci étant trop petits pour recevoir autant de monde,
+il fit ouvrir les portes, s'avança sur le perron, et harangua les
+officiers. Il leur dit que la France était en danger, et qu'il comptait
+sur eux pour l'aider à la sauver. Le député Cornet lui présentant le
+décret, il s'en saisit, le leur lut, et leur demanda s'il pouvait
+compter sur leur appui. Tous répondirent, en mettant la main sur
+leurs épées, qu'ils étaient prêts à le seconder. Il s'adressa aussi à
+Lefebvre. Celui-ci, voyant les troupes en mouvement sans son ordre,
+avait interrogé le colonel Sébastiani, qui, sans lui répondre, lui avait
+enjoint d'entrer chez le général Bonaparte. Lefebvre était entré avec
+humeur. «Eh bien! Lefebvre, lui dit Bonaparte, vous, l'un des soutiens
+de la république, voulez-vous la laisser périr dans les mains de ces
+_avocats_? Unissez-vous à moi pour m'aider à la sauver. Tenez, ajouta
+Bonaparte en prenant un sabre, voilà le sabre que je portais aux
+Pyramides; je vous le donne comme un gage de mon estime et de ma
+confiance.--Oui, reprit Lefebvre tout ému, jetons les _avocats_ à la
+rivière!» Joseph avait amené Bernadotte; mais celui-ci, voyant de quoi
+il s'agissait, se retira pour aller avertir les patriotes. Fouché
+n'était point dans le secret; mais, averti de l'événement, il avait
+ordonné la fermeture des barrières, et suspendu le départ des courriers
+et des voitures publiques. Il vint en toute hâte en avertir Bonaparte,
+et lui faire ses protestations de dévouement. Bonaparte, qui l'avait
+laissé de côté jusqu'ici, ne le repoussa point, mais lui dit que ses
+précautions étaient inutiles, qu'il ne fallait ni fermer les barrières,
+ni suspendre le cours ordinaire des choses, qu'il marchait avec la
+nation et comptait sur elle. Bonaparte apprit dans le moment que Gohier
+n'avait pas voulu se rendre à son invitation; il en témoigna quelque
+humeur, et lui fit dire par un intermédiaire qu'il se perdrait
+inutilement en voulant résister. Il monta aussitôt à cheval pour se
+rendre aux Tuileries, et prêter serment devant le conseil des anciens.
+Presque tous les généraux de la république étaient à cheval à ses côtés.
+Moreau, Macdonald, Berthier, Lannes, Murat, Leclerc, étaient derrière
+lui comme ses lieutenans. Il trouva aux Tuileries les détachemens du 9e,
+les harangua, et, après les avoir enthousiasmés, entra dans le palais.
+
+Il se présenta devant les anciens, accompagné de ce magnifique
+état-major. Sa présence causa une vive sensation, et prouva aux anciens
+qu'ils s'étaient associés à un homme puissant, et qui avait tous les
+moyens nécessaires pour faire réussir un coup d'état. Il se présenta à
+la barre: «Citoyens représentans, dit-il, la république allait périr,
+votre décret vient de la sauver! Malheur à ceux qui voudraient s'opposer
+à son exécution; aidé de tous mes compagnons d'armes rassemblés ici
+autour de moi, je saurai prévenir leurs efforts. On cherche en vain des
+exemples dans le passé pour inquiéter vos esprits; rien dans l'histoire
+ne ressemble au dix-huitième siècle, et rien dans ce siècle ne ressemble
+à sa fin... Nous voulons la république..... Nous la voulons fondée sur
+la vraie liberté, sur le régime représentatif... Nous l'aurons, je le
+jure en mon nom, et au nom de mes compagnons d'armes.....» Nous le
+jurons tous, répétèrent les généraux et les officiers qui étaient à la
+barre. La manière dont Bonaparte venait de prêter son serment était
+adroite, en ce qu'il avait évité de prêter serment à la constitution. Un
+député voulut prendre la parole pour en faire la remarque; le président
+la lui refusa, sur le motif que le décret de translation interdisait
+toute délibération. On se sépara sur-le-champ. Bonaparte se rendit alors
+dans le jardin, monta à cheval, accompagné de tous les généraux,
+et passa en revue les régimens de la garnison, qui arrivaient
+successivement. Il adressa une harangue courte et énergique aux soldats,
+et leur dit qu'il allait faire une révolution qui leur rendrait
+l'abondance et la gloire. Des cris de _vive Bonaparte!_ retentissaient
+dans les rangs. Le temps était superbe, l'affluence extraordinaire: tout
+semblait seconder l'inévitable attentat qui allait terminer la confusion
+par le pouvoir absolu.
+
+Dans ce moment, les cinq-cents, avertis de la révolution qui se
+préparait, s'étaient rendus en tumulte à la salle de leurs séances. A
+peine réunis, ils avaient reçu un message des anciens, contenant le
+décret de translation. A cette lecture, une foule de voix avaient éclaté
+à la fois; mais le président Lucien Bonaparte les avait réduites au
+silence, en vertu de la constitution qui ne leur permettait plus de
+délibérer. Les cinq-cents s'étaient séparés aussitôt; les plus ardens,
+courant les uns chez les autres, formaient des conciliabules, pour
+s'indigner en commun, et imaginer quelques moyens de résistance. Les
+patriotes des faubourgs étaient en grande agitation, et s'ameutaient
+autour de Santerre.
+
+Pendant ce temps, Bonaparte, ayant achevé la revue des troupes, était
+rentré aux Tuileries, et s'était rendu à la commission des inspecteurs
+des anciens. Celle des cinq-cents avait entièrement adhéré à la
+révolution nouvelle, et se prêtait à tout ce qu'on préparait. C'était là
+que tout devait se faire, sous le prétexte d'exécuter la translation.
+Bonaparte y siégea en permanence. Déjà le ministre de la justice
+Cambacérès s'y était rendu. Fouché y vint de son côté. Sièyes et
+Roger-Ducos venaient d'y donner leur démission. Il importait d'en avoir
+encore une troisième au directoire, parce qu'alors la majorité étant
+dissoute, il n'y avait plus de pouvoir exécutif, et on n'avait plus à
+craindre un dernier acte d'énergie de sa part. On n'espérait pas que
+Gohier ni Moulins la donnassent; on dépêcha M. de Talleyrand et l'amiral
+Bruix à Barras, pour lui arracher la sienne.
+
+Bonaparte distribua ensuite le commandement des troupes. Il chargea
+Murat, avec une nombreuse cavalerie et un corps de grenadiers, d'aller
+occuper Saint-Cloud. Serrurier fut mis au _Point-du-Jour_ avec une
+réserve. Lannes fut chargé de commander les troupes qui gardaient les
+Tuileries. Bonaparte donna ensuite à Moreau une commission singulière,
+et certainement la moins honorable de toutes, dans ce grand événement:
+il le chargea d'aller, avec cinq cents hommes, garder le Luxembourg.
+Moreau avait pour instruction de bloquer les directeurs, sous prétexte
+de veiller à leur sûreté, et de leur interdire absolument toute
+communication au dehors. Bonaparte fit signifier en même temps au
+commandant de la garde directoriale de lui obéir, de quitter avec sa
+troupe le Luxembourg, et de venir se rendre auprès de lui aux Tuileries.
+On prit enfin une dernière et importante précaution, avec le secours de
+Fouché. Le directoire avait la faculté de suspendre les municipalités;
+le ministre Fouché, agissant en sa qualité de ministre de la police,
+comme s'il était autorisé par le directoire, suspendit les douze
+municipalités de Paris, et leur enleva tout pouvoir. Il ne restait, par
+ce moyen, aux patriotes, aucun point de ralliement, ni au directoire,
+ni dans les douze communes qui avaient succédé à la grande commune
+d'autrefois. Fouché fit ensuite afficher des placards, pour inviter les
+citoyens à l'ordre et au repos, et leur assurer qu'on travaillait dans
+ce moment à sauver la république de ses périls.
+
+Ces mesures réussirent complètement. L'autorité du général Bonaparte
+fut reconnue partout, bien que le conseil des anciens n'eût pas agi
+constitutionnellement en la lui conférant. Ce conseil, en effet, pouvait
+bien ordonner la translation, mais ne pouvait pas nommer un chef suprême
+de la force armée. Moreau se rendit au Luxembourg, et le bloqua avec
+cinq cents hommes. Le commandant de la garde directoriale, Jubé,
+obéissant sur-le-champ aux ordres qu'il venait de recevoir, fit
+monter sa troupe à cheval, et quitta le Luxembourg pour se rendre aux
+Tuileries. Pendant ce temps, les trois directeurs, Moulins, Gohier
+et Barras, étaient dans une cruelle perplexité. Moulins et Gohier,
+s'apercevant enfin de la conjuration qui leur avait échappé, s'étaient
+rendus dans l'appartement de Barras pour lui demander s'il voulait tenir
+ferme avec eux, et former la majorité. Le voluptueux directeur était
+dans le bain, et apprenait à peine ce que Bonaparte faisait dans Paris.
+«Cet homme, s'écria-t-il avec une expression grossière, nous a tous
+trompés.» Il promit de s'unir à ses collègues, car il promettait
+toujours, et il envoya son secrétaire Bottot aux Tuileries pour aller à
+la découverte. Mais à peine Gohier et Moulins l'eurent-ils quitté, qu'il
+tomba dans les mains de Bruix et de M. de Talleyrand. Il n'était pas
+difficile de lui faire sentir l'impuissance à laquelle il était réduit,
+et on n'avait pas à craindre qu'il voulût succomber glorieusement en
+défendant la constitution directoriale. On lui promit repos et fortune,
+et il consentit à donner sa démission. On lui avait rédigé une lettre
+qu'il signa, et que MM. de Talleyrand et Bruix se hâtèrent de porter
+à Bonaparte. Dès cet instant, Gohier et Moulins firent pour parvenir
+auprès de lui des efforts inutiles, et apprirent qu'il venait de se
+démettre. Réduits à eux seuls, n'ayant plus le droit de délibérer, ils
+ne savaient quel parti prendre, et ils voulaient cependant remplir
+loyalement leurs devoirs envers la constitution de l'an III. Ils
+résolurent donc de se rendre à la commission des inspecteurs, pour
+demander à leurs deux collègues, Sièyes et Ducos, s'ils voulaient se
+réunir à eux pour reconstituer la majorité, et promulguer du moins le
+décret de translation. C'était là une triste ressource. Il n'était
+pas possible de réunir une force armée, et de venir lever un étendard
+contraire à celui de Bonaparte; dès lors il était inutile d'aller aux
+Tuileries, affronter Bonaparte au milieu de son camp et de toutes ses
+forces.
+
+Ils s'y rendirent cependant, et on les y laissa aller. Ils trouvèrent
+Bonaparte entouré de Sièyes, Ducos, d'une foule de députés et d'un
+nombreux état-major. Bottot, le secrétaire de Barras, venait d'être fort
+mal accueilli. Bonaparte, élevant la voix, lui avait dit: «Qu'a-t-on
+fait de cette France, que j'avais laissée si brillante? j'avais laissé
+la paix, j'ai retrouvé la guerre; j'avais laissé des victoires, j'ai
+retrouvé des revers; j'avais laissé les millions de l'Italie, et j'ai
+trouvé des lois spoliatrices et la misère. Que sont devenus cent mille
+Français que je connaissais, tous mes compagnons de gloire? ils sont
+morts!» L'envoyé Bottot s'était retiré atterré; mais dans ce moment la
+démission de Barras était arrivée et avait calmé le général. Il dit à
+Gohier et Moulins qu'il était satisfait de les voir; qu'il comptait
+sur leur démission, parce qu'il les croyait trop bons citoyens pour
+s'opposer à une révolution inévitable et salutaire. Gohier répondit avec
+force qu'il ne venait avec son collègue Moulins que pour travailler
+à sauver la république. «Oui, repartit Bonaparte, la sauver, et avec
+quoi?... avec les moyens de la constitution, qui croule de toutes
+parts?--Qui vous a dit cela? répliqua Gohier. Des personnes qui n'ont ni
+le courage, ni la volonté de marcher avec elle.» Une altercation assez
+vive s'engagea entre Gohier et Bonaparte. Dans ce moment, on apporta
+un billet au général. Il contenait l'avis d'une grande agitation au
+faubourg Saint-Antoine. «Général Moulins, dit Bonaparte, vous êtes
+parent de Santerre?--Non, répondit Moulins, je ne suis pas son parent,
+mais son ami.--J'apprends, ajouta Bonaparte, qu'il remue dans les
+faubourgs; dites-lui qu'au premier mouvement je le fais fusiller.»
+Moulins répliqua avec force à Bonaparte, qui lui répéta qu'il ferait
+fusiller Santerre. L'altercation continua avec Gohier. Bonaparte lui dit
+en finissant: «La république est en péril, il faut la sauver... _je le
+veux_. Sièyes et Ducos ont donné leur démission; Barras vient de donner
+la sienne. Vous êtes deux, isolés, impuissans, vous ne pouvez rien; je
+vous engage à ne pas résister.» Gohier et Moulins répondirent qu'ils ne
+déserteraient pas leur poste. Ils retournèrent au Luxembourg, où ils
+furent dès ce moment consignés, séparés l'un de l'autre, et privés de
+toute communication par les ordres de Bonaparte transmis à Moreau.
+Barras venait de partir pour sa terre de Gros-Bois, escorté par un
+détachement de dragons.
+
+Il n'y avait donc plus de pouvoir exécutif! Bonaparte avait seul la
+force dans les mains. Tous les ministres étaient réunis auprès de lui, à
+la commission des inspecteurs. Tous les ordres partaient de là, comme
+du seul point où il existât une autorité organisée. La journée s'acheva
+avec assez de calme. Les patriotes formaient de nombreux conciliabules,
+proposaient des résolutions désespérées, mais sans croire à la
+possibilité de les exécuter, tant on redoutait l'ascendant de Bonaparte
+sur les troupes!
+
+Le soir on tint conseil à la commission des inspecteurs. L'objet de ce
+conseil était de convenir, avec les principaux membres des anciens, de
+ce qu'on ferait le lendemain à Saint-Cloud. Le projet arrêté avec
+Sièyes était de proposer l'ajournement des conseils avec un consulat
+provisoire. Cette proposition présentait quelques difficultés. Beaucoup
+de membres des anciens, qui avaient contribué à rendre le décret
+de translation, s'effrayaient maintenant de la domination du parti
+militaire. Ils n'avaient pas cru que l'on songeât à créer une dictature
+au profit de Bonaparte et de ses deux associés; ils auraient voulu
+seulement que l'on composât autrement le directoire, et, malgré l'âge de
+Bonaparte, ils auraient consenti à le nommer directeur. Ils en firent
+la proposition. Mais Bonaparte répondit, d'un ton décidé, que la
+constitution ne pouvait plus marcher, qu'il fallait une autorité plus
+concentrée, et surtout un ajournement de tous les débats politiques qui
+agitaient la république. La nomination de trois consuls et la suspension
+des conseils jusqu'au 1er ventôse furent donc proposées. Après une
+discussion assez longue, ces mesures furent adoptées. On choisit
+Bonaparte, Sièyes et Ducos pour consuls. Le projet fut rédigé et dut
+être proposé le lendemain matin à Saint-Cloud. Sièyes, connaissant
+parfaitement les mouvemens révolutionnaires, voulait qu'on arrêtât dans
+la nuit quarante des meneurs des cinq-cents. Bonaparte ne le voulut pas,
+et eut à s'en repentir.
+
+La nuit fut assez tranquille. Le lendemain matin, 19 brumaire (10
+novembre), la route de Saint-Cloud était couverte de troupes, de
+voitures et de curieux. Trois salles avaient été préparées au château:
+l'une pour les anciens, l'autre pour les cinq-cents, la troisième
+pour la commission des inspecteurs et pour Bonaparte. Les préparatifs
+devaient être achevés à midi, mais ils ne purent l'être avant deux
+heures. Ce retard manqua de devenir funeste aux auteurs de la révolution
+nouvelle. Les députés des deux conseils se promenaient dans les jardins
+de Saint-Cloud, et s'entretenaient ensemble avec une extrême vivacité.
+Ceux des cinq-cents, irrités d'avoir été déportés en quelque sorte par
+ceux des anciens, avant même qu'ils pussent prendre la parole, leur
+demandaient naturellement ce qu'ils voulaient, ce qu'ils projetaient
+pour la journée. «Le gouvernement est décomposé, leur disaient-ils;
+eh bien, soit; nous convenons qu'il faut le recomposer, et qu'il en a
+besoin. Voulez-vous, au lieu d'hommes ineptes et sans renommée, y porter
+des hommes imposans; voulez-vous y porter Bonaparte?..... quoiqu'il
+n'ait pas l'âge requis, nous y consentons encore.» Ces questions
+pressantes, embarrassaient les anciens. Il fallait convenir qu'on
+voulait autre chose, et qu'on avait le projet d'un renversement de
+constitution. Quelques-uns d'entre eux firent des insinuations à ce
+sujet; mais elles furent mal accueillies. Les anciens, déjà effrayés la
+veille de ce qui s'était passé à la commission des inspecteurs, furent
+ébranlés tout à fait, en voyant la résistance qui se manifestait dans
+les cinq-cents. Dès ce moment, les dispositions du corps législatif
+parurent douteuses, et le projet de révolution fut très compromis.
+Bonaparte était à cheval à la tête de ses troupes; Sièyes et Ducos
+avaient une chaise de poste, attelée de six chevaux, qui les attendait
+à la grille de Saint-Cloud. Beaucoup d'autres personnages en avaient
+aussi, se disposant, en cas d'échec, à prendre la fuite. Sièyes, du
+reste, montra dans toute cette scène un rare sang-froid et une grande
+présence d'esprit. On craignait que Jourdan, Augereau et Bernadotte
+ne vinssent parler aux troupes. On donna l'ordre de sabrer le premier
+individu qui se présenterait pour les haranguer, représentant ou
+général, n'importe.
+
+La séance des deux conseils s'ouvrit à deux heures. Dans les anciens,
+des réclamations s'élevèrent de la part des membres qui n'avaient pas
+été convoqués la veille pour assister à la discussion sur le décret de
+translation. Ces réclamations furent écartées, puis on s'occupa d'une
+notification aux cinq-cents, pour leur apprendre que le conseil était en
+majorité, et prêt à délibérer. Aux cinq-cents, la délibération commença
+autrement. Le député Gaudin, qui avait mission de Sièyes et de Bonaparte
+d'ouvrir la discussion, parla d'abord des dangers que courait la
+république, et proposa deux choses: premièrement de remercier les
+anciens d'avoir transféré le corps législatif à Saint-Cloud, et
+secondement de former une commission chargée de faire un rapport sur les
+dangers de la république, et sur les moyens de pourvoir à ces dangers.
+Si cette proposition avait été adoptée, on avait un rapport tout
+préparé, et on eût proposé le consulat provisoire et l'ajournement.
+Mais à peine le député Gaudin a-t-il achevé de parler, qu'un orage
+épouvantable éclate dans l'assemblée. Des cris violens retentissent; on
+entend de toutes parts: «A bas les dictateurs, point de dictature, vive
+la constitution!--La constitution ou la mort! s'écrie Delbrel.... Les
+baïonnettes ne nous effraient pas, nous sommes libres ici.» Ces paroles
+sont suivies de nouveaux cris. Quelques députés furieux répètent
+en regardant le président Lucien: «Point de dictature, à bas les
+dictateurs!» A ces cris insultans, Lucien prend la parole. «Je sens
+trop, dit-il, la dignité de président pour souffrir plus long-temps les
+menaces insolentes de certains orateurs; je les rappelle à l'ordre.»
+Cette injonction ne les calme pas, et les rend plus furieux. Après une
+longue agitation, le député Grandmaison propose de prêter serment à la
+constitution de l'an III. La proposition est aussitôt accueillie. On
+demande de plus l'appel nominal. L'appel nominal est aussi adopté.
+Chaque député vient à son tour prêter serment à la tribune, aux cris et
+aux applaudissemens de tous les assistans. Lucien est obligé lui-même de
+quitter le fauteuil, pour prêter le serment qui ruine les projets de son
+frère.
+
+Les événemens prenaient une tournure dangereuse. Au lieu de nommer une
+commission pour écouter des projets de réforme, les cinq-cents prêtaient
+un serment de maintenir ce qui existait, et les anciens ébranlés étaient
+prêts à reculer. C'était une révolution manquée. Le danger était
+imminent. Augereau, Jourdan, les patriotes influens, étaient à
+Saint-Cloud, attendant le moment favorable pour ramener les troupes de
+leur côté. Bonaparte et Sièyes arrêtent sur-le-champ qu'il faut agir, et
+ramener à soi la masse flottante. Bonaparte se décide à se présenter aux
+deux conseils à la tête de son état-major. Il rencontre Augereau, qui
+d'un ton railleur lui dit: «Vous voilà dans une jolie position!--Les
+affaires étaient en bien plus mauvais état à Arcole,» lui répond
+Bonaparte; et il se rend à la barre des anciens. Il n'avait point
+l'habitude des assemblées. Parler pour la première fois en public est
+embarrassant, effrayant même pour les esprits les plus fermes, et dans
+les circonstances les plus ordinaires. Au milieu de pareils événemens,
+et pour un homme qui n'avait jamais paru à une tribune, ce devait être
+bien plus difficile encore. Bonaparte, fort ému, prend la parole,
+et d'une voix entrecoupée, mais forte, dit aux anciens: «Citoyens
+représentans, vous n'êtes point dans des circonstances ordinaires, mais
+sur un volcan. Permettez-moi quelques explications. Vous avez cru
+la république en danger; vous avez transféré le corps législatif à
+Saint-Cloud; vous m'avez appelé pour assurer l'exécution de vos décrets;
+je suis sorti de ma demeure pour vous obéir, et déjà on nous abreuve
+de calomnies, moi et mes compagnons d'armes: on parle d'un nouveau
+Cromwell, d'un nouveau César. Citoyens, si j'avais voulu d'un tel rôle,
+il m'eût été facile de le prendre au retour d'Italie, au moment du plus
+beau triomphe, et lorsque l'armée et les partis m'invitaient à m'en
+emparer. Je ne l'ai pas voulu alors, je ne le veux pas aujourd'hui.
+Ce sont les dangers seuls de la patrie qui ont éveillé mon zèle et le
+vôtre.» Bonaparte fait ensuite, toujours d'une voix émue, le tableau de
+la situation dangereuse de la république, déchirée par tous les partis,
+menacée d'une nouvelle guerre civile dans l'Ouest, et d'une invasion
+vers le Midi. «Prévenons, ajoute-t-il, tant de maux; sauvons les deux
+choses pour lesquelles nous avons fait tant de sacrifices, la liberté et
+l'égalité...--Parlez donc aussi de la constitution!» s'écrie le député
+Linglet. Cette interruption déconcerte un instant le général; mais
+bientôt il se remet; et d'une voix entrecoupée il répond: «De
+constitution! vous n'en avez plus. C'est vous qui l'avez détruite, en
+attentant, le 18 fructidor, à la représentation nationale, en annulant,
+le 22 floréal, les élections populaires, et en attaquant, le 30
+prairial, l'indépendance du gouvernement. Cette constitution dont vous
+parlez, tous les partis veulent la détruire. Ils sont tous venus me
+faire confidence de leurs projets, et m'offrir de les seconder. Je
+ne l'ai pas voulu; mais, s'il le faut, je nommerai les partis et les
+hommes.--Nommez-les, s'écrient alors les opposans, nommez-les, demandez
+un comité secret.» Une longue agitation succède à cette interruption.
+Bonaparte reprend enfin la parole, et peignant de nouveau l'état où la
+France est placée, engage les anciens à prendre des mesures qui puissent
+la sauver. «Environné, dit-il, de mes frères d'armes, je saurai vous
+seconder. J'en atteste ces braves grenadiers, dont j'aperçois les
+baïonnettes, et que j'ai si souvent conduits à l'ennemi; j'en atteste
+leur courage, nous vous aiderons à sauver la patrie. Et si quelque
+orateur, ajoute Bonaparte d'une voix menaçante, si quelque orateur, payé
+par l'étranger, parlait de me mettre hors la loi, alors j'en appellerais
+à mes compagnons d'armes. Songez que je marche accompagné du dieu de la
+fortune et du dieu de la guerre.»
+
+Ces paroles audacieuses étaient un avis pour les cinq-cents. Les anciens
+les accueillirent très bien, et parurent ramenés par la présence du
+général. Ils lui accordèrent les honneurs de la séance.
+
+Bonaparte, après avoir réchauffé les anciens, songe à se rendre aux
+cinq-cents, pour essayer de leur imposer. Ils s'avance suivi de quelques
+grenadiers; il entre, mais il les laisse derrière lui au bout de la
+salle. Il avait à parcourir la moitié de l'enceinte pour arriver à la
+barre. A peine est-il arrivé au milieu, que des cris furieux partent de
+toutes parts. «Quoi, s'écrient une foule de voix, des soldats ici! des
+armes! Que veut-on?... A bas le dictateur! à bas le tyran!» Un grand
+nombre de députés s'élancent au milieu de la salle, entourent le
+général, lui adressent les interpellations les plus vives! «Quoi! lui
+dit-on, c'est pour cela que vous avez vaincu?... Tous vos lauriers sont
+flétris... Votre gloire s'est changée en infamie. Respectez le temple
+des lois. Sortez, sortez!» Bonaparte est confondu au milieu de la foule
+qui le presse. Les grenadiers qu'il avait laissés à la porte, accourent,
+repoussent les députés, et le saisissent au milieu du corps. On dit que
+dans ce tumulte, des grenadiers reçurent des coups de poignard qui lui
+étaient destinés. Le grenadier Thomé eut ses vêtemens déchirés. Il est
+très possible que, dans le tumulte, ses vêtemens aient été déchirés,
+sans qu'il y eût là des poignards. Il est possible aussi que des
+poignards fussent dans plus d'une main. Des républicains qui croyaient
+voir un nouveau César, pouvaient s'armer du fer de Brutus, sans être des
+assassins. Il y a une grande faiblesse à les en justifier. Quoi qu'il
+en soit, Bonaparte est emporté hors de la salle. On dit qu'il était
+troublé, ce qui n'est pas plus étonnant que la supposition des
+poignards. Il monte à cheval, se rend auprès des troupes, leur dit qu'on
+a voulu l'assassiner, que ses jours ont été en péril, et est accueilli
+partout par les cris de _vive Bonaparte!_
+
+Dans ce moment l'orage continue, plus violent que jamais, dans
+l'assemblée, et se dirige contre Lucien. Celui-ci déploie une fermeté et
+un courage rares. «Votre frère est un tyran, lui dit-on; en un jour il
+a perdu toute sa gloire.» Lucien cherche en vain à le justifier. «Vous
+n'avez pas voulu, dit-il, l'entendre. Il venait vous expliquer sa
+conduite, vous faire connaître sa mission, répondre à toutes les
+questions que vous ne cessez d'adresser depuis que vous êtes réunis.
+Ses services méritaient du moins qu'on lui donnât le temps de
+s'expliquer.--Non, non, à bas le tyran! s'écrient les patriotes furieux.
+Hors la loi! ajoutent-ils, hors la loi!» Ce mot était terrible, il avait
+perdu Robespierre. Prononcé contre Bonaparte, il pouvait peut-être faire
+hésiter les troupes, et les détacher de lui. Lucien, avec courage,
+résiste à la proposition de mise hors la loi, et demande auparavant
+qu'on écoute son frère. Il lutte long-temps au milieu d'un tumulte
+épouvantable. Enfin, déposant sa toque et sa toge: «Misérables,
+s'écrie-t-il, vous voulez que je mette hors la loi mon propre frère! Je
+renonce au fauteuil, et je vais me rendre à la barre pour défendre celui
+qu'on accuse.»
+
+Dans ce moment, Bonaparte entendait du dehors la scène qui se passait
+dans l'assemblée. Il craignait pour son frère; il envoie dix grenadiers
+pour l'arracher de la salle. Les grenadiers entrent, trouvent Lucien au
+milieu d'un groupe, le saisissent par le bras en lui disant que c'est
+par ordre de son frère, et l'entraînent hors de l'enceinte. C'était le
+moment de prendre un parti décisif. Tout était perdu si on hésitait. Les
+moyens oratoires de ramener l'assemblée étant devenus impossibles, il
+ne restait que la force; il fallait hasarder un de ces actes audacieux,
+devant lesquels hésitent toujours les usurpateurs. César hésita en
+passant le Rubicon, Cromwell en fermant le parlement. Bonaparte se
+décide à faire marcher les grenadiers sur l'assemblée. Il monte à cheval
+avec Lucien, et parcourt le front des troupes. Lucien les harangue. «Le
+conseil des cinq-cents est dissous, leur dit-il, c'est moi qui vous le
+déclare. Des assassins ont envahi la salle des séances, et ont fait
+violence à la majorité; je vous somme de marcher pour la délivrer.»
+Lucien jure ensuite que lui et son frère seront les défenseurs fidèles
+de la liberté. Murat et Leclerc ébranlent alors un bataillon de
+grenadiers, et le conduisent à la porte des cinq-cents. Ils s'avancent
+jusqu'à l'entrée de la salle. A la vue des baïonnettes, les députés
+poussent des cris affreux, comme ils avaient fait à la vue de Bonaparte.
+Mais un roulement de tambours couvre leurs cris. _Grenadiers, en avant!_
+s'écrient les officiers. Les grenadiers entrent dans la salle, et
+dispersent les députés qui s'enfuient les uns par les couloirs, les
+autres par les fenêtres. En un instant la salle est évacuée, et
+Bonaparte reste maître de ce déplorable champ de bataille.
+
+La nouvelle est portée aux anciens, qui en sont remplis d'inquiétude et
+de regrets. Ils n'avaient pas souhaité un pareil attentat. Lucien se
+présente à leur barre, et vient justifier sa conduite à l'égard des
+cinq-cents. On se contente de ses raisons, car que faire dans une
+pareille situation?... Il fallait en finir, et remplir l'objet qu'on
+s'était proposé. Le conseil des anciens ne pouvait pas décréter à lui
+seul l'ajournement du corps législatif et l'institution du consulat. Le
+conseil des cinq-cents était dissous; mais il restait une cinquantaine
+de députés, partisans du coup d'état. On les réunit, et on leur fait
+rendre le décret, objet de la révolution qu'on venait de faire. Le
+décret est ensuite porté aux anciens, qui l'adoptent vers le milieu
+de la nuit. Bonaparte, Roger-Ducos, Sièyes, sont nommés consuls
+provisoires, et revêtus de toute la puissance exécutive. Les conseils
+sont ajournés au 1er ventôse prochain. Ils sont remplacés par deux
+commissions de vingt-cinq membres chacune, prises dans les conseils,
+et chargées d'approuver les mesures législatives que les trois consuls
+auront besoin de prendre. Les consuls et les commissions sont chargés de
+rédiger une constitution nouvelle.
+
+Telle fut la révolution du 18 brumaire, jugée si diversement par les
+hommes, regardée par les uns comme l'attentat qui anéantit l'essai de
+notre liberté, par les autres comme un acte hardi, mais nécessaire, qui
+termina l'anarchie. Ce qu'on en peut dire, c'est que la révolution,
+après avoir pris tous les caractères, monarchique, républicain,
+démocratique, prenait enfin le caractère militaire, parce qu'au milieu
+de cette lutte perpétuelle avec l'Europe, il fallait qu'elle se
+constituât d'une manière solide et forte. Les républicains gémissent
+de tant d'efforts infructueux, de tant de sang inutilement versé pour
+fonder la liberté en France, et ils déplorent de la voir immolée par
+l'un des héros qu'elle avait enfantés. En cela le plus noble sentiment
+les trompe. La révolution, qui devait nous donner la liberté, et qui a
+tout préparé pour que nous l'ayons un jour, n'était pas, et ne devait
+pas être elle-même la liberté. Elle devait être une grande lutte contre
+l'ancien ordre de choses. Après l'avoir vaincu en France, il fallait
+qu'elle le vainquît en Europe. Mais une lutte si violente n'admettait
+pas les formes et l'esprit de la liberté. On eut un moment de liberté
+sous la constituante, et il fut court; mais quand le parti populaire
+devint menaçant au point d'intimider tous les esprits; quand il envahit
+les Tuileries au 10 août; quand au 2 septembre il immola tous ceux qui
+lui donnaient des défiances; quand au 21 janvier il obligea tout le
+monde à se compromettre avec lui en trempant les mains dans le sang
+royal; quand il obligea, en août 93, tous les citoyens à courir aux
+frontières, ou à livrer leur fortune; quand il abdiqua lui-même sa
+puissance, et la remit à ce grand comité de salut public, composé de
+douze individus, y avait-il, pouvait-il y avoir liberté? Non; il y avait
+un violent effort de passions et d'héroïsme; il y avait cette tension
+musculaire d'un athlète qui lutte contre un ennemi puissant. Après ce
+moment de danger, après nos victoires, il y eut un instant de relâche.
+La fin de la convention et le directoire présentèrent des momens de
+liberté. Mais la lutte avec l'Europe ne pouvait être que passagèrement
+suspendue. Elle recommença bientôt; et au premier revers les partis se
+soulevèrent tous contre un gouvernement trop modéré, et invoquèrent un
+bras puissant. Bonaparte, revenant d'Orient, fut salué comme souverain,
+et appelé au pouvoir. On dira vainement que Zurich avait sauvé la
+France. Zurich était un accident, un répit; il fallait encore Marengo et
+Hohenlinden pour la sauver. Il fallait plus que des succès militaires,
+il fallait une réorganisation puissante à l'intérieur de toutes les
+parties du gouvernement, et c'était un chef politique plutôt qu'un chef
+militaire dont la France avait besoin. Le 18 et le 19 brumaire étaient
+donc nécessaires. On pourrait seulement dire que le 20 fut condamnable,
+et que le héros abusa du service qu'il venait de rendre. Mais on
+répondra qu'il venait achever une tâche mystérieuse, qu'il tenait, sans
+s'en douter, de la destinée, et qu'il accomplissait sans le vouloir. Ce
+n'était pas la liberté qu'il venait continuer, car elle ne pouvait pas
+exister encore; il venait, sous les formes monarchiques, continuer la
+révolution dans le monde; il venait la continuer en se plaçant, lui
+plébéien, sur un trône; en conduisant le pontife à Paris pour verser
+l'huile sacrée sur un front plébéien; en créant une aristocratie avec
+des plébéiens, en obligeant les vieilles aristocraties à s'associer à
+son aristocratie plébéienne; en faisant des rois avec des plébéiens;
+enfin en recevant dans son lit la fille des Césars, et en mêlant un sang
+plébéien à l'un des sangs les plus vieux de l'Europe; en mêlant enfin
+tous les peuples, en répandant les lois françaises en Allemagne, en
+Italie, en Espagne; en donnant des démentis à tant de prestiges, en
+ébranlant, en confondant tant de choses. Voilà quelle tâche profonde
+il allait remplir; et pendant ce temps la nouvelle société allait se
+consolider à l'abri de son épée, et la liberté devait venir un jour.
+Elle n'est pas venue, elle viendra. J'ai décrit la première crise qui
+en a préparé les élémens en Europe; je l'ai fait sans haine, plaignant
+l'erreur, révérant la vertu, admirant la grandeur, tâchant de saisir les
+profonds desseins de la Providence dans ces grands événemens, et les
+respectant dès que je croyais les avoir saisis.
+
+
+FIN DU DIXIÈME ET DERNIER VOLUME.
+
+
+
+
+TABLE DES CHAPITRES CONTENUS DANS LE TOME DIXIÈME.
+
+
+
+CHAPITRE XIII.
+
+Expédition d'Égypte. Départ de Toulon; arrivée devant Malte; conquête
+de cette île. Départ pour l'Égypte; débarquement à Alexandrie; prise
+de cette place. Marche sur le Caire; combat de Chébreïss. Bataille des
+Pyramides; occupation du Caire. Travaux administratifs de Bonaparte en
+Égypte; établissement de la nouvelle colonie. Bataille navale d'Aboukir,
+destruction de la flotte française par les Anglais.
+
+CHAPITRE XIV.
+
+Effet de l'expédition d'Égypte en Europe. Conséquences funestes de la
+bataille navale d'Aboukir.--Déclaration de guerre de la Porte.--Efforts
+de l'Angleterre pour former une nouvelle coalition.--Conférences avec
+l'Autriche à Selz. Progrès des négociations de Rastadt.--Nouvelles
+commotions en Hollande, en Suisse et dans les républiques italiennes.
+Changement de la constitution cisalpine; grands embarras du directoire
+à ce sujet.--Situation intérieure. Une nouvelle opposition se prononce
+dans les conseils.--Disposition générale à la guerre. Loi sur la
+conscription.--Finances de l'an VII.--Reprise des hostilités. Invasion
+des états romains par l'armée napolitaine--Conquête du royaume de Naples
+par le général Championnet.--Abdication du roi de Piémont.
+
+CHAPITRE XV.
+
+État de l'administration de la République et des armées au commencement
+de 1799.--Préparatifs militaires.--Levée de 200 mille
+conscrits.--Moyens et plans de guerre du directoire et des puissances
+coalisées.--Déclaration de guerre de l'Autriche.--Ouverture de
+la campagne de 1799.--Invasion des Grisons,--Combatte
+Pfullendorf.--Bataille de Stockach.--Retraite de Jourdan.--Opérations
+militaires en Italie.--Bataille de Magnano; retraite de
+Schérer.--Assassinat des plénipotentiaires français à Rastadt.--Effets
+de nos premiers revers.--Accusations multipliées contre le directoire.
+--Élections de l'an VII.--Sièyes est nommé directeur, en remplacement de
+Rewbell.
+
+CHAPITRE XVI.
+
+Continuation de la campagne de 1799; Masséna réunit le commandement
+des armées d'Helvétie et du Danube, et occupe la ligne de la
+Limmat.--Arrivée de Suwarow en Italie. Schérer transmet le commandement
+à Moreau. Bataille de Cassano. Retraite de Moreau au-delà du Pô et de
+l'Apennin.--Essai de jonction avec l'armée de Naples; bataille de la
+Trebbia.--Coalition de tous les partis contre le directoire.--Révolution
+du 30 prairial.--Larévellière et Merlin sortent du directoire.
+
+CHAPITRE XVII.
+
+Formation du nouveau directoire.--Moulins et Roger-Ducos remplacent
+Larévellière et Merlin.--Changement dans le ministère.--Levée de toutes
+les classes de conscrits.--Emprunt forcé de cent millions.--Loi des
+otages.--Nouveaux plans militaires.--Reprises des opérations en
+Italie; Joubert général en chef; bataille de Novi, et mort de
+Joubert.--Débarquement des Anglo-Russes en Hollande.--Nouveaux troubles
+à l'intérieur; déchaînement des patriotes; arrestation de onze
+journalistes; renvoi de Bernadotte; proposition de déclarer la patrie en
+danger.
+
+CHAPITRE XVIII.
+
+Suite des opérations de Bonaparte en Égypte. Conquête de la Haute-Égypte
+par Desaix; bataille de Sédiman.--Expédition de Syrie; prise du
+fort d'El-Arisch et de Jaffa; bataille du Mont-Thabor; siége de
+Saint-Jean-d'Acre.--Retour en Égypte; bataille d'Aboukir.--Départ de
+Bonaparte pour la France.--Opérations en Europe. Marche de l'archiduc
+Charles sur le Rhin, et de Suwarow en Suisse: mouvement de Masséna;
+mémorable victoire de Zurich; situation périlleuse de Suwarow; sa
+retraite désastreuse; la France sauvée.--Événemens en Hollande; défaite
+et capitulation des Anglo-Russes; évacuation de la Hollande. Fin de la
+campagne de 1799.
+
+CHAPITRE XIX.
+
+Retour de Bonaparte; son débarquement à Fréjus; enthousiasme qu'il
+inspire.--Agitation de tous les partis à son arrivée.--Il se coalise
+avec Sièyes pour renverser la constitution directoriale.--Préparatifs et
+journée du 18 brumaire.--Renversement de la constitution de l'an III;
+institution du consulat provisoire.--Fin de cette histoire.
+
+
+FIN DE LA TABLE.
+
+
+
+
+
+
+
+TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES CONTENUES DANS CET OUVRAGE
+
+
+Les chiffres romains indiquent le tome, et les chiffres arabes la page.
+
+(Les numéros de pages réfèrent à l'édition originale. Ils ont été
+retenus ici, bien que la présente édition n'ait pas de pagination)
+
+ ABBAYE. Le peuple enfonce les portes de l'Abbaye pour délivrer
+ les soldats des gardes-françaises. I, 80.
+ Les Suisses faits prisonniers le 10 août y sont transférés. II, 270.
+ Vingt-quatre prêtres sont égorgés dans la cour de l'Abbaye, 316-318.
+
+ ABOUKIR. Bataille navale de ce nom. X, 51-57.
+ Ses conséquences funestes. 61 et suiv.
+ Autre bataille sanglante livrée par Bonaparte dans ce village;
+ détails militaires. 304-310.
+
+ ACRE (Saint-Jean d'). Siège de cette ville. (Voyez _Égypte_.)
+
+ ADIGE. Raisons qui déterminent Bonaparte à placer ses lignes
+ sur ce fleuve. VIII, 206-207.
+ Description du cours de ce fleuve. 273 et suiv.
+ Arrivée de Wurmser sur ce fleuve. 276 et suiv.
+
+ ADMINISTRATION. Réorganisation nouvelle de l'administration
+ des vivres. III, 130 et suiv.
+
+ AGIOTAGE. Ce qui l'amène et sur quoi il s'exerce en 93. IV, 334
+ et suiv.
+ Quelques députés s'y livrent ou sont accusés de s'y livrer. 340-341.
+ On les regarde comme agens de la faction étrangère. 341-342.
+ Il se ranime en mai et avril 95. Ses causes. VII, 191 et suiv.
+ Réunion des agioteurs au café de Chartres. Vaines précautions pour
+ parer aux inconvéniens de ce trafic. 193.
+
+ AGRICULTURE. Réglemens du gouvernement révolutionnaire pour
+ l'amélioration de l'agriculture. VI, 87-88.
+
+ AMI DU PEUPLE (l'), journal rédigé par Marat, II. 84.
+
+ AMI DU ROI (l'). L'auteur de ce journal est mis en accusation. II, 84.
+
+ ANGLETERRE. Politique de l'Angleterre à l'égard de la France, à l'époque
+ de la révolution. I, 216-217.
+ Sa guerre avec la France et sa prépondérance en Europe. VI, 34-48.
+ Elle reste seule ennemie de la France après la soumission de la Vendée.
+ Sa position politique. VII, 164 et suiv.
+ Alarmes et détresse de l'Angleterre après nos victoires en Italie et
+ au nord, et l'alliance avec l'Espagne. VIII, 266 et suiv.
+ Situation embarrassante de l'Angleterre après les préliminaires de
+ Léoben, Nouvelles négociations de paix. IX, 141-145.
+ Conférences de Lille. 235-245.
+ Projet de descente en Angleterre. 360 et suiv.
+ Ses efforts pour organiser une nouvelle coalition contre la France. X,
+ 61 et suiv.
+
+ AOÛT (10). Détails circonstanciés de cette journée. II, 234-257, 258 et suiv.
+ Fête de l'anniversaire de cette journée. IV, 353-357.
+
+ APPEL AU PEUPLE. Il est proposé et discuté dans la convention lors du
+ procès du roi. III, 230 et suiv.
+
+ APPROVISIONNEMENT. Difficultés qui empêchent l'approvisionnement de
+ Paris. I, 108-109.
+
+ ARCOLE. Détails de cette bataille. VIII, 367-374.
+
+ ARGONNE. Divers combats sont livrés dans cette forêt. II, 352 et suiv.
+
+ ARISTOCRATIE. Sa politique après le 14 juillet. I, 116-117.
+
+ ARMÉE. État de l'armée et révoltes des troupes dans diverses provinces.
+ I, 245 et suiv.
+
+ ARMÉE RÉVOLUTIONNAIRE (l') est organisée. V, 58-60.
+ Est licenciée. VI, 9.
+
+ ARMÉES. Dispositions de nos armées pour s'opposer à l'invasion
+ étrangère. II, 294 et suiv.
+
+ ARMOIRE DE FER. III, 197-198.
+
+ ARTOIS (le comte d') accueilli par des murmures. I, 16. Quitte la
+ France. 105.
+
+ ASSEMBLÉE CENTRALE de résistance à l'oppression, formée à Caen par des
+ députés des départemens. IV, 206 et suiv.
+
+ ASSEMBLÉE CONSTITUANTE. (Voy. _Assemblée nationale_.)
+
+ ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE. Hommes qui la composent. II, 10 et suiv.
+ Elle abolit les titres de _sire_ et de _majesté_. 17.
+ Elle fait un décret contre les émigrés. 23 et suiv.
+ Rend un décret contre les prêtres qui ne prêtaient pas le serment
+ civique. 27-28.
+ Suites de cette mesure. 28 et suiv.
+ Requiert les électeurs et princes de l'empire de désarmer les émigrés.
+ 34-36.
+ Met en accusation Monsieur et plusieurs autres émigrés. 58.
+ Fait un décret pour prévenir toute modification de la constitution. 51.
+ Décrète que la guerre est déclarée. 52 et suiv.
+ Se déclare en permanence. 88.
+ Décrète la déportation des prêtres. 89.
+ Débats relatifs à une lettre écrite par Lafayette. 111 et suiv.
+ Fait défiler devant elle les attroupemens armés du 20 juin. 131-132.
+ Débats relatifs à l'affaire du 20 juin. 142 et suiv.
+ Reçoit diverses pétitions relatives aux événemens du 20 juin. 146 et
+ suiv.
+ Fait un décret relatif à la levée des départemens. 156.
+ Autre décret sur les gardes nationales. 157.
+ Séance où elle délibère sur le projet de la commission des Douze, qui
+ est adopté. 159-172.
+ Séance du 7 juillet 1792. 173 et suiv.
+ Elle déclare que _la patrie est en danger_. Suite de cette mesure.
+ 179 et suiv.
+ Elle rend le décret de la suspension provisoire du roi. 257.
+ Mesures qu'elle prend après le 10 août. 263 et suiv.
+ Décrète la formation d'un camp sous Paris. 265.
+ Organise la police, dite de _sûreté générale_. 276 et suiv.
+ Elle décrète la formation d'un tribunal extraordinaire pour juger les
+ crimes du 10 août. 283.
+ Ordonne une levée de trente mille hommes. 304-305.
+ Est dissoute, III, 23.
+
+ ASSEMBLÉE NATIONALE. L'assemblée des députés du tiers-état prend ce
+ titre, sur la proposition de Legrand. I, 56.
+ Les communes se constituent en assemblée nationale. 56-57.
+ Elle refuse de se séparer, d'après l'ordre du roi. 67.
+ Déclare l'inviolabilité de ses membres. 68.
+ Délibère sur les mandats impératifs. 73.
+ Nomme un comité des subsistances. 77.
+ Difficultés de sa position. 78.
+ Elle vote une adresse au roi pour le renvoi des troupes. 84-85.
+ Propose diverses mesures après les événemens des 12 et 13 juillet,
+ et demande au roi le renvoi des troupes. 92.
+ Continue le 14 juillet à s'occuper de la constitution,
+ et nomme un comité pour préparer les questions. 93.
+ Envoie, sur la proposition de Mirabeau, une députation au roi,
+ Envoie une dernière députation au roi. Discours de Mirabeau. 94-95-101.
+ Elle envoie à l'Hôtel-de-Ville une députation annonçant
+ la réunion du roi avec la nation. 103.
+ Fait une proclamation au peuple, sans résultat. 122.
+ Discute la déclaration des droits de l'homme. 125.
+ Abolit les privilèges féodaux et les privilèges des villes, _ibid._
+ et suiv. Adopte l'emprunt de trente millions. 135.
+ Fait la déclaration des droits de l'homme. 136 et suiv.
+ Vote l'unité et la permanence de l'assemblée. 146.
+ Vote le _veto_ suspensif. 147-148-149.
+ Vote l'hérédité de la couronne et l'inviolabilité du roi. 150.
+ Adopte un plan de Necker sur un impôt. 157.
+ Débats relatifs à un message du roi. 166-167.
+ Elle déclare qu'elle est inséparable du roi et qu'elle sera transportée
+ à Paris. 177.
+ Décrète que les biens du clergé sont à la disposition de l'état. 187 et
+ suiv.
+ Divise le royaume en départemens. 190.
+ Discussion importante pour déterminer à qui appartient le droit de
+ faire la paix et la guerre. 221 et suiv.
+ Elle rend un décret relatif à ce droit. 225.
+ Décrète l'émission de 400 millions d'assignats. 230.
+ Abolit les titres féodaux. 236.
+ Prend des mesures pour empêcher l'émigration. 265 et suiv.
+ Mesures qu'elle prend relativement à la fuite du roi. 283 et suiv.
+ Partis qui s'y forment et suite de ses travaux. Opposition qu'elle a à
+ vaincre. 298-299.
+ Elle rend un décret relatif à l'inviolabilité du roi. 301.
+ Décrète qu'aucun de ses membres ne sera réélu. 305.
+ Achève le travail de la constitution. 306.
+ Déclare, le 30 septembre 1791, que ses séances sont terminées. 308.
+ Réflexions sur ses travaux. Justification de ses actes.
+ Récapitulation des objections présentées contre la constituante, et
+ réfutation. II, 1-10.
+
+ ASSIGNATS. Causes de leur création. Réflexions sur la nature du
+ numéraire et du papier-monnaie. I, 226-227 et suiv.
+ 400 millions d'assignats forcés sont décrétés. 230.
+ Une nouvelle création d'assignats est ordonnée. III, 27.
+ Leur dépréciation en 93. IV, 327-329 et suiv.
+ Conséquences de leur dépréciation sur le commerce et causes de leur
+ avilissement. 329-330-332-333-334 et suiv.
+ Moyens qu'on prend pour en amener la diminution. 379-380 et suiv.
+ Nouvelle création d'assignats en 1794. VI, 89 et suiv.
+ Leur dépréciation augmente. Leur état après le 9 thermidor. 270 et
+ suiv.
+ Continuent à se déprécier en 1795. Divers moyens proposés pour les
+ retirer de la circulation. VII, 66-73.
+ Ils continuent à baisser. Leur état en avril et en mai 1795. 191-193.
+ Divers projets sont proposés pour les retirer et les relever. 194 et
+ suiv.
+ Projet de Bourdon (de l'Oise). Il est adopté. 199-202.
+ Nouvelles mesures prises pour remédier à leur dépréciation. 242-247.
+ Projet du directoire pour la rentrée des assignats et pour subvenir
+ aux besoins du trésor public; ce projet est rejeté. Détails
+ financiers à ce sujet. VIII, 51 et suiv. 40-45.
+ Un projet d'emprunt forcé est adopté. 41 et suiv.
+ La valeur des assignats est presque nulle. 107 et suiv.
+ La planche en est brisée le 30 pluviôse. 109.
+
+ AUGEREAU. Un des généraux de l'armée d'Italie. VIII, 143.
+ Est envoyé à Paris par Bonaparte. Le directoire lui donne le
+ commandement de la division militaire de Paris. IX, 226-228.
+ Il s'empare des Tuileries le 18 fructidor. 275-278.
+ Est nommé commandant de l'armée dite d'_Allemagne_, après la
+ mort de Hoche. 302.
+ Est dépossédé de son commandement de l'armée d'Allemagne. 370-371.
+
+ AUTRICHE. Causes qui empêchent cette puissance de songer à la paix.
+ VII, 135-136.
+
+ BABOEUF. Fait un journal (_le Tribun du peuple_). Caractère et
+ projets de ce démagogue. VIII, 97-98.
+ Sa conspiration. Il est arrête. 115 et suiv.
+ Est condamné à mort et exécuté. IX, 33.
+
+ BAILLY. Il est nommé député. I, 37.
+ Est chargé par le tiers-état de remettre une adresse au roi.
+ Son caractère. 51.
+ Il est arrêté à la porte de la salle des communes par les
+ gardes-françaises. 61.
+ Prête le premier le serment du Jeu de Paume. 62-63.
+ Il se maintient à la présidence. 72.
+ Est nommé successeur de Flesselles, sous le titre de maire de Paris.
+ 103.
+ Difficultés qu'il éprouve pour l'approvisionnement de Paris. 108-109.
+ Il propose un projet pour vendre les biens du clergé à la fois
+ sans les discréditer. 226-227 et suiv.
+ Détails de son procès et de son supplice. V, 170-171.
+
+ BAPTISTE RENARD, domestique de Dumouriez, présenté à la convention. III,
+ 121.
+
+ BARBAROUX. Son portrait. Ses plans de république dans le Midi. II, 120
+ et suiv.
+
+ BARBETS. Nom donné à des bandes de partisans piémontais. VIII, 210.
+
+ BARNAVE. Son esprit, son union avec les Lameth et Duport. I, 119.
+ Son discours sur le droit de faire la paix et la guerre. 222-223.
+ Accompagne la famille royale de Varennes à Paris. 289-290.
+ S'entend avec la cour. 293 et suiv.
+
+ BARRAS. Est nommé général de l'armée de l'intérieur, le 12 vendémiaire.
+ VII, 359.
+ Son caractère. Sa conduite vis-à-vis des autres membres du directoire.
+ IX, 3-4.
+ Il nuisait à la considération du gouvernement par son luxe et sa
+ prodigalité. 9 et suiv.
+ Est seul épargné dans les accusations dont le directoire était l'objet.
+ Pourquoi. X, 180 et suiv.
+
+ BARRÈRE. Il est mis en état d'accusation. VI, 394, Est décrété
+ d'arrestation. VII, 76.
+ Est condamné à la déportation. 116.
+ Est nommé député en l'an V. IX, 148.
+ Sa nomination est abolie. 153.
+
+ BARTHÉLEMY. Il est nommé directeur à la place de Letourneur. IX, 155 et
+ suiv.
+ Est arrêté le 18 fructidor et conduit au Temple. 278.
+ Est condamné à la déportation. 285.
+
+ BASSANO et SAINT-GEORGES. Batailles de ce nom. VIII, 309-312-315.
+
+ BASTILLE (La). Le peuple, secondé par les gardes-françaises, s'empare de
+ la Bastille. I, 95-98.
+
+ BELGIQUE. Divisée en plusieurs partis après la bataille de Jemmapes.
+ III, 125 et suiv.
+ Des agens du pouvoir exécutif vont l'organiser révolutionnairement.
+ 294-295.
+ Les Belges murmurent et se révoltent contre l'administration française.
+ 327-328.
+
+ BERNADOTTE. Il est nommé général en chef de l'armée du Rhin. X, 140.
+ Donne un plan de campagne au directoire. Ses défauts. 251-252.
+ Il est renvoyé du ministère de la guerre. 280-281.
+
+ BERTHIER. Général à l'armée d'Italie. VIII, 143.
+
+ BEZENVAL. Son billet au commandant de la Bastille. I, 97.
+ Il est incarcéré: on ordonne sa liberté, et presque aussitôt sa
+ détention est maintenue. 116.
+
+ BICÊTRE. Les massacres. II, 336-337.
+
+ BIENS DU CLERGÉ. L'assemblée nationale décrète la vente de 400 millions
+ de biens du clergé. I, 206.
+
+ BIENS NATIONAUX, Projet de Bourdon (de l'Oise) pour faciliter leur vente.
+ Il est adopté. VII, 199-202.
+ On commence à le mettre à exécution. Ses résultats. 242 et suiv.
+
+ BILLAUD-VARENNES. Un des exécuteurs du 2 septembre. II, 318-319, 328-329.
+ II donne sa démission de membre du comité de salut public. VI, 289.
+ Est mis en état d'accusation. 394.
+ Fait aux Jacobins de violentes menaces contre les thermidoriens. 376-377.
+ Est décrété d'arrestation. VII, 76.
+ Est condamné à la déportation. 116.
+
+ BONAPARTE. Officier au siège de Toulon. Propose d'attaquer le fort
+ de l'Éguillette. V, 255 et suiv.
+ Nommé général de brigade. Plan qu'il donne et fait adopter. VI, 52 et
+ suiv.
+ Nommé commandant en second de l'armée de l'intérieur, la nuit du 12
+ vendémiaire. VII, 360-361.
+ Ses opérations militaires dans la journée du 13. 361-367 et suiv.
+ Chargé du commandement de l'armée de l'intérieur. VIII, 49.
+ Il est nommé commandant de l'armée d'Italie. 125-126.
+ Principales circonstances de la conquête du Piémont. 141-161.
+ Ses négociations avec la cour de Turin. Il accorde un armistice au
+ roi de Piémont. 155-157 et suiv.
+ Sa proclamation aux soldats après les premières victoires d'Italie. 159.
+ Conquête de la Lombardie. 173 et suiv.
+ Son entrée à Milan. 181 et suiv.
+ Nouvelle proclamation aux soldats à Milan. 188-189.
+ Il reprend Pavie tombée au pouvoir de quelques bandes de paysans.
+ 191-193.
+ Entre dans le territoire vénitien. 193 et suiv.
+ Son entrevue avec divers envoyés vénitiens. 202 et suiv.
+ Il signe un armistice avec Naples. 212-213.
+ Pénètre dans les États romains et en Toscane. 214 et suiv.
+ Perd la ligne de l'Adige. Ses combinaisons pour réparer cet échec.
+ 278 et suiv.
+ Sa victoire de Lonato. 283-286.
+ De Castiglione. 288 et suiv.
+ Suite de ses opérations militaires et politiques en Italie. 293 et suiv.
+ Bataille de Roveredo. 307-308. Sa marche sur la Brenta.
+ Victoires de Bassano et de Saint-Georges. 308-312-315.
+ Il fait conclure la paix avec Naples et Gènes. Ses négociations avec
+ le pape. 345-351.
+ Il organise la république cispadane. 352 et suiv.
+ Sa position périlleuse à l'approche d'Alvinzy. Bataille d'Arcole.
+ Détails militaires. 255-364-367-379.
+ Sa conduite à l'armée contre les fournisseurs. Sa politique à
+ l'égard des puissances italiennes. 407-408 et suiv.
+ Ses dispositions militaires à la bataille de Rivoli. 411-414-423.
+ Il prend Mantoue. 425 et suiv.
+ Réflexions sur sa campagne en Italie. 428 et suiv.
+ Sa conduite politique et militaire en Italie après l'affaire de
+ Rivoli. Il marche contre les États romains et fait signer au pape
+ le traité de Tolentino, IX, 50-55.
+ Sa conduite envers les prêtres français retirés en Italie. 55-56.
+ Il négocie inutilement avec Venise. 58-60.
+ Son plan de campagne contre l'Autriche. Il passe le Tagliamento.
+ 60-67.
+ Se rend maître du sommet des Alpes. 68-71.
+ Son entrevue avec les envoyés vénitiens. Il écrit à leur gouvernement
+ une lettre menaçante. 79-86.
+ Marche sur Vienne. Sa lettre à l'archiduc Charles. Son entrée à
+ Léoben. 86-90.
+ Il signe les préliminaires de paix à Léoben. 91-102.
+ Retourne en Italie et détruit la république de Venise. Détails de sa
+ conduite politique et militaire. 116-131.
+ Il propose le secours de son armée au directoire menacé. 193-194.
+ Donne, le 14 juillet 1797, une fête aux armées. Envoie au directoire
+ les adresses de toutes les divisions. 222-226 et suiv.
+ Ses négociations avec l'Autriche après les préliminaires de Léoben.
+ 230-235.
+ Ses négociations à Udine sont entravées par le directoire. Son
+ mécontentement. 311 et suiv.
+ Ses travaux en Italie. Il fonde la république cisalpine. 314-318.
+ Se rend l'arbitre des différends entre les pays de la Valteline et
+ les Grisons. 321-322.
+ Conseils qu'il donne aux Génois sur leur constitution. 322-323.
+ Il forme divers établissemens dans la Méditerranée. 323-326.
+ Suite de ses négociations avec l'Autriche à Udine. Ses entrevues
+ avec M. de Cobentzel. Il signe le traité de Campo-Formio. 328-335.
+ Il est nommé général en chef de l'armée d'Angleterre. 338-339.
+ Se dispose à quitter l'Italie. Ses dernières dispositions pour les
+ affaires de ce pays. 339 et suiv.
+ Il arrive à Paris. Réception qu'on lui fait. Ses paroles au directoire.
+ Fête. 343-350.
+ Suite de son séjour à Paris. Ses relations avec le directoire. 351-360.
+ Il est chargé de la descente en Angleterre. Sa répugnance pour
+ cette expédition. 362 et suiv.
+ Il propose un projet d'expédition en Égypte. Le directoire l'agrée.
+ Détails sur les préparatifs. 408-419.
+ Il s'embarque à Toulon. Sa proclamation aux soldats. X, 1 et suiv.
+ Il s'empare de l'île de Malte. 4-8.
+ Arrive à Alexandrie et s'en rend maître. 11-13.
+ Ses plans pour effectuer la conquête. Sa lettre au pacha. Discours
+ à ses soldats. 23-27.
+ Ses premières opérations politiques et militaires. 27 et suiv.
+ Il s'établit au Caire après la bataille. Suite de ses opérations
+ politiques et militaires. 42 et suiv.
+ Il fonde l'Institut d'Égypte. 48 et suiv.
+ Proclamation aux soldats, après la défaite d'Aboukir. 58.
+ Il se met en marche pour la Syrie, prend Gaza et le fort d'El-Arisch,
+ et commence le siége de Saint-Jean-d'Acre. 286-290-292.
+ Remporte une grande victoire au mont Thabor. 295-297.
+ Revient en Égypte. Va de là à Aboukir, où il remporte une sanglante
+ victoire sur les Turcs. 300-304-310.
+ Reçoit des nouvelles d'Europe, et part secrètement pour la France.
+ 311-312.
+ Son retour en France. Enthousiasme qu'il inspire. Agitation de tous
+ les partis à son arrivée à Paris. 336 et suiv.
+ Sa conduite politique à Paris. Il se coalise avec Sièyes pour
+ renverser la constitution directoriale. 345-350.
+ Son entrevue avec Sièyes pour convenir de l'exécution de leur plan.
+ 353-356 et suiv.
+ Il fait le 18 brumaire. 358-359-373. (Voy. _Brumaire_. )
+ Est nommé consul provisoire. 383-384.
+
+ BONCHAMPS (De). Chef vendéen. IV, 90-91.
+ Il est blessé à mort. V, 121.
+ Fait délivrer les prisonniers. 122.
+
+ BORDEAUX. Les fédéralistes y sont soumis. V, 132-133.
+
+ BOUCHOTTE. Est nommé ministre de la guerre. IV, 44.
+
+ BOUILLÉ. Sa position au milieu des partis. Son caractère. I, 201-202.
+ Il soumet des régimens révoltés. Ses projets. 246-248.
+ Il arrive trop tard à Varennes pour sauver le roi. 288-289.
+ Il écrit à l'assemblée, et prend sur lui-même le projet de
+ Fuite du roi. 294-295.
+
+ BOZE. Peintre du roi. Suscite une lettre des girondins. II, 208.
+
+ BRETAGNE (La). Est contraire à la révolution. IV, 78-79.
+ État de ce pays en 1795. VII, 34 et suiv.
+ Plusieurs chefs signent leur soumission à la république. 159-160
+ et suiv.
+ État de ce pays après la première pacification. De nouveaux
+ Troubles s'y préparent. 263 et suiv.
+ Expédition de Quiberon. 269-275-318.
+
+ BRÉZÉ. (Le marquis de). Apporte les ordres du roi. I, 67.
+
+ BRIENNE (De). Il est nommé ministre. I, 12.
+ Mande le parlement à Versailles pour un lit de justice. 16.
+ Il négocie avec le parlement. 17.
+ Ses embarras. 19.
+ Se retire du ministère. 23.
+ On brûle son effigie. 35.
+
+ BRIGANDS. Terreur mal fondée que leur nom répand dans toute
+ la France. I, 122-123.
+
+ BROGLIE (Le maréchal de). Reçoit le commandement des
+ troupes. I, 82.
+
+ BROTTIER. (Voy. _Royalistes_.)
+
+ BRUEYS. Amiral de l'escadre d'Égypte. X, 3.
+ Ses fautes et son courage à la bataille d'Aboukir. Il est tué. 51-57.
+
+ BRUMAIRE (18). Préparatifs et journée du 18 brumaire. X.
+ 353-356-359-373.
+
+ BRUNE. Nommé général en chef de l'armée de Hollande. X, 140.
+
+ BRUNSWICK (Le prince de). On répand un manifeste de ce
+ prince. II, 217.
+
+ CALENDRIER. Il est réformé. V, 188-190.
+
+ CALONNE (De). Arrive au ministère. I, 10.
+ Son caractère, la confiance aveugle qu'il inspire. Il réunit les
+ notables. 11.
+ Écrit au roi pour justifier l'Angleterre accusée d'exciter des
+ troubles. 220.
+
+ CAMBON (de Montpellier), adversaire des fournisseurs. III, 131-132.
+ Il en fait décréter trois par l'assemblée. 136.
+
+ CAMP DE CÉSAR. Il est évacué par les Français. IV, 352.
+
+ CAMPO-FORMIO. Traité de ce nom. Joie qu'il inspire en France.
+ IX, 334 et suiv.
+
+ CAMUS. Propose de réduire toutes les pensions du clergé à un
+ taux infiniment modique. I, 189.
+
+ CARNOT. Il est membre du comité de salut public. IV, 391.
+ Dirige toutes les opérations militaires. V, 100 et suiv.
+ Justifie sa conduite comme membre de l'ancien comité de salut public.
+ VII, 99 et suiv.
+ On n'ose pas le décréter à cause de ses services. 234.
+ Est nommé directeur à la place de Sièyes, qui avait refusé.
+ VIII, 10 et suiv.
+ Vices de son plan d'opérations militaires en Italie. 185 et suiv.
+ Son plan de campagne sur le Danube et sur le Rhin. 219 et suiv.
+ Caractère de ce directeur. IX, 2-3-12 et suiv.
+ Il se rend suspect à tous les partis et à ses collègues du
+ directoire. 259-261.
+ Prend la fuite le 18 fructidor. 278.
+ Est condamné à la déportation. 285.
+
+ CARRIER. Atroces exécutions qu'il fait faire à Nantes. VI, 144-148.
+ Il est mis en accusation et envoyé au tribunal révolutionnaire. 373-374.
+ Est condamné à mort. 394-395.
+
+ CATHELINEAU. Coopère à la première insurrection vendéenne. IV, 84 et
+ suiv.
+ Il est nommé généralissime de l'armée vendéenne. 252.
+
+ CATHERINE THÉOT. Cette femme fanatique institue une secte. VI, 109-111.
+ Elle est arrêtée ainsi que presque toute sa secte. 129 et suiv.
+
+ CAZALÈS. Défenseur éloquent de la noblesse. I, 117.
+
+ CERCLES CONSTITUTIONNELS formés par les patriotes en l'an V, pour
+ s'opposer à l'influence des Clichyens. IX, 189 et suiv.
+
+ CHALIER. Il se fait remarquer à la tête du club central, à Lyon. IV, 75.
+ Il demande un tribunal révolutionnaire pour Lyon. 76.
+
+ CHAMPIONNET. Général à l'armée d'Italie. Ses opérations militaires
+ dans les États-Romains contre l'armée de Naples. X, 106-113.
+ Il s'empare du royaume de Naples. 113-115-121.
+ Résiste aux ordres du directoire. Est destitué. 129.
+ Est nommé général d'une nouvelle armée des Alpes par le
+ Nouveau directoire. 242.
+
+ CHABOT. Accepte l'offre de Grangeneuve de s'immoler tous deux pour
+ enflammer les esprits contre la cour. Il ne se rend pas à l'endroit
+ convenu. II, 191-192.
+ Il demande que les Suisses soient conduits à l'Abbaye. 270.
+
+ CHARETTE, chef vendéen. Son caractère. Il hésite d'abord et se rend aux
+ instances des insurgés. S'empare de l'île de Noirmoutiers. IV,
+ 89-90.
+ Il est amené à négocier avec les républicains pour la paix.
+ VII, 139-142-145.
+ Sa réception triomphale à Nantes. 146.
+ Il continue à préparer la guerre, après sa soumission. Ses relations
+ avec les princes et les émigrés. 162-163.
+ Il se déclare de nouveau en guerre. VIII, 26.
+ Fait d'inutiles efforts pour soutenir la guerre contre Hoche. 66 et
+ suiv.
+ Est poursuivi dans les bois et les montagnes. 130.
+ Est pris et fusillé. 135-136.
+
+ CHARLES (L'archiduc). Il remplace Clerfayt dans le commandement de
+ l'armée du Bas-Rhin. VIII, 123.
+ Son plan de campagne après sa retraite à Neresheim. 298 et suiv.
+ Sa marche contre Jourdan. 300.
+
+ CHÂTEAU. Le château des Tuileries est attaqué par le peuple. II, 134 et
+ suiv.
+
+ CHAUMETTE. Procureur-général de la commune. Organise la législature
+ municipale. IV, 279.
+ Il est arrêté. V, 372 et suiv.
+ Sa condamnation et sa mort. 415.
+
+ CHÉBREÏSS. (Combat de) en Égypte. X, 31-33.
+
+ CHÉNIER (André). Sa mort. VI, 200.
+
+ CHÉNIER (Marie-Joseph). Il fait un rapport sur les mesures les plus
+ capables de réprimer les royalistes, après les événemens du 9 thermidor.
+ VII, 185-188.
+
+ CHOLET. Bataille de ce nom en Vendée. V, 318-322.
+
+ CHOUANS. Leur situation en Bretagne, leur chef. VI, 322-324.
+
+ CISALPINE (République). Organisée par Bonaparte. IX, 314-318.
+ Situation de cette république en l'an VI. 376 et suiv.
+ Triste état de cette république après le départ de Bonaparte. X, 84-86.
+ Changemens faits à sa constitution. 89 et suiv.
+
+ CISPADANE (République). Sa fondation. VIII, 352 et suiv.
+
+ CLARKE. Mission de ce général à Vienne. VIII, 359.
+ Sa négociation, avec le cabinet autrichien. Le projet d'armistice
+ qu'il proposait est rejeté. 380-382 et suiv.
+
+ CLERGÉ. Il s'oppose à la vérification des pouvoirs des communes. I, 45.
+ (Voyez _Tiers-État_ et _Vérification_.)
+ Vote sa réunion aux communes. 59.
+ La majorité du clergé se réunit aux communes. 65.
+ Il abdique ses priviléges. 125.
+ Son rôle dans l'assemblée. 192.
+ Ses manoeuvres au commencement de 1790. 204 et suiv.
+ Il s'oppose par divers moyens à l'exécution de la constitution civile.
+ 233 et suiv.
+ Une partie du clergé refuse de prêter le serment civique. Suite de ce
+ refus. 257-238.
+
+ CLICHY. CLICHYENS. Club de ce nom, formé par les députés de l'opposition
+ du corps législatif. IX, 16-17.
+ Ses manoeuvres pour obtenir un nouveau directeur de son choix. Diverses
+ propositions faites au corps législatif. 151 et suiv.
+ Plans de contre-révolution formés par les clichyens. 156 et suiv.
+ Leur lutte avec le directoire dans les conseils. 158 et suiv.
+ Leurs propositions financières aux cinq-cents. 165 et suiv.
+ Motion d'ordre de l'un d'eux sur les événemens de Venise. 176 et suiv.
+ (Voyez _Royalistes_.)
+ Ils tâchent de s'opposer aux changemens dans le ministère projetés
+ par le directoire. 203 et suiv.
+ Leurs craintes après la nomination des ministres et la marche de Hoche.
+ 213 et suiv.
+ Autres plans d'opposition. Leurs craintes sur les préparatifs du
+ directoire. 266 et suiv.
+ Résolutions désespérées qu'ils proposent. 271 et suiv.
+
+ CLOOTZ. (Anacharsis), Prussien de naissance, est admis par l'assemblée à
+ faire partie de la fédération. I, 235.
+ Prêche la république universelle et le culte de la Raison. V, 195 et
+ suiv.
+ Il est exclu de la société des jacobins. 228.
+ Est arrêté. 372.
+ Son procès et son supplice. 374-379.
+
+ CLUBS. Diverses assemblées se forment sous ce nom. I, 33.
+ Club breton. 119.
+ Leur importance augmente. 213.
+ Ils deviennent dominateurs. II, 12.
+ Les cinq-cents décrètent qu'aucune assemblée politique ne serait
+ permise. IX, 218-219.
+
+ CLUB ÉLECTORAL. Comment il se compose après le 9 thermidor. VI, 264-265.
+ Il fait une adresse à la convention, pour demander la reconstitution
+ de la municipalité de Paris, etc. 343-345.
+
+ CLUB FRANÇAIS. Ce que c'était. II, 204.
+
+ COALITION. Elle commence à agir avec activité. II, 210 et suiv.
+ Envahit toutes nos frontières, en 93. IV, 214 et suiv.
+ Le défaut d'union des coalisés paralyse leurs forces. 238
+ État de la coalition au commencement de 1794. VI, 34-40-48.
+ Tiédeur des puissances coalisées pour les intérêts des princes
+ français. 326 et suiv.
+ Plans de guerre de la nouvelle coalition, en 1799. Leurs défauts.
+ X, 141 et suiv.
+
+ COBENTZEL (M. de). Ce qu'il demande au nom de sa cour. II, 70.
+ Suite de cette communication. 71.
+
+ COBLENTZ. Les émigrés se transportent de Turin en cette ville. I, 263.
+ Projets de la noblesse. 263-264 et suiv.
+
+ COBOURG (Le prince de) Commandant en chef des coalisés dans le nord.
+ VI, 62.
+
+ COLLOT-D'HERBOIS. Il harangue Dumouriez aux Jacobins. III, 73-75.
+ Cherche à sauver les ultra-révolutionnaires arrêtés. V. 302 et suiv.
+ Fait avorter l'insurrection des ultra-révolutionnaires les 15
+ et 16 ventôse. 362 et suiv. 370.
+ Tentative d'assassinat sur lui. Elle échoue. Ses conséquences. VI, 96
+ et suiv.
+ Il donne sa démission de membre du comité de salut public, 289.
+ Est mis en état d'accusation. 394.
+ Est décrété d'arrestation. VII, 76.
+ Est condamné à la déportation. 116.
+
+ COMITÉ CENTRAL RÉVOLUTIONNAIRE. L'assemblée de la mairie
+ prend ce nom. Elle s'occupe, dans plusieurs séances, des suspects
+ et de l'enlèvement des députés. IV, 116 et suiv.
+
+ COMITÉ DE DÉFENSE GÉNÉRALE. Il se réunit pour délibérer sur les moyens
+ de salut public. II, 307-308.
+ Pourquoi il fut établi. III, 296.
+
+ COMITÉ CENTRAL DE SALUT PUBLIC. Nécessité de sa création. Ce que
+ c'était: l'étendue de ses attributions. IV, 46-48.
+ Il se réunit le 1er juin 1793. Divers avis y sont ouverts pour
+ remédier à l'insurrection. Proposition de Garat. 167-169.
+ Est chargé, après le 31 mai, de présenter un projet de constitution.
+ 194.
+ Propose des moyens pour arrêter l'insurrection des départemens.
+ 202-203.
+ Ses attributions. 276-277.
+ Il perd sa popularité. 281-282.
+ On lui adjoint Saint-Just, Couthon et Jean-Bon-Saint-André. 282.
+ Est attaqué par divers partis après les échecs de nos armées. V, 51
+ et suiv.
+ La convention déclare qu'il conserve sa confiance. 54-55.
+ Sa politique en décembre 93. 231 et suiv.
+ Il fait arrêter des ultrà-révolutionnaires et des agioteurs. 238 et
+ suiv.
+ Rend des décrets relatifs aux détenus. 359.
+ Sa politique au milieu des factions. 380 et suiv.
+ Projets des membres du comité contre Danton. 383 et suiv.
+ Sa politique après la mort de Danton et des hébertistes. Il concentre
+ en ses mains tous les pouvoirs. VI, 2-5-9 et suiv.
+ Abolit l'armée révolutionnaire, les ministères, les sociétés
+ sectionnaires, etc. 9 et suiv.
+ Sa dictature et sa position en 94. 104-107 et suiv.
+ Il se partage en plusieurs groupes. Sa rivalité avec le comité de
+ sûreté générale. 111 et suiv.
+ Les divisions continuent. 128-131 et suiv.
+ Les membres ennemis de Robespierre cherchent à s'emparer du pouvoir.
+ 157-159.
+ Feinte réconciliation des comités divisés. 161-164.
+ Il est réorganisé après le 9 thermidor. 238-239.
+ Nouvelle épuration. 289-290.
+
+ COMITÉ INSURRECTIONNEL. II, 190.
+ En communication avec Pétion. 191.
+
+ COMITÉ DE SÛRETÉ GÉNÉRALE. Il est recomposé après le 9 thermidor. VI,
+ 238.
+
+ COMITÉ DE SURVEILLANCE. Ce que c'était. II, 275-276.
+ Il fait exécuter des arrestations. 306-307.
+ On y arrête le projet de massacrer les prisonniers. 310 et suiv.
+ Il envoie une circulaire aux départemens pour recommander le
+ meurtre des prisonniers. 337 et suiv.
+ Ordonne des arrestations. III, 4.
+
+ COMITÉS RÉVOLUTIONNAIRES. Leur nombre est réduit dans Paris et les
+ départemens. VI, 258.
+
+ COMITÉS. On décide qu'ils seront renouvelés par quart tous les mois. VI,
+ 237-238.
+ Inconvéniens de cette mesure. 256 et suiv.
+ Seize comités sont établis après le 9 thermidor. 257 et suiv.
+
+ COMMERCE. État fâcheux du commerce en 1794. VI, 271-273-279.
+
+ COMMISSAIRES. Les commissaires des assemblées primaires de toute la
+ France arrivent à Paris. Leur réception. IV, 343 et suiv.
+
+ COMMISSION DES DOUZE (La). Elle propose à l'assemblée un projet de salut
+ public. II, 159 et suiv.
+
+ COMMISSIONS. Douze commissions sont instituées par le comité de salut
+ public en remplacement des ministères. VI, 10 et suiv.
+
+ COMMUNE. Son pouvoir après le 10 août. II, 274-275.
+ Elle est chargée de la garde de la famille royale. 278 et suiv.
+ Mesures qu'elle prend contre les suspects. 305-306 et suiv.
+ Sa puissance et ses exactions. III, 4 et suiv.
+ Son opposition avec la convention. Elle est réprimée. 48-49-50.
+ Ses membres sont renouvelés. 82.
+ Elle s'oppose à une nouvelle insurrection. 344-345.
+ Demande à la convention, au nom de trente-cinq sections, l'expulsion
+ de vingt-deux de ses membres. IV, 61 et suiv.
+ Soumet ses registres à la convention. 64.
+ Ordonne une levée de douze mille hommes dans Paris et une taxe sur
+ les riches. Troubles à ce sujet. 95 et suiv.
+ Se plaint à la convention de l'arrestation d'Hébert et des calomnies
+ dont elle est l'objet. 126-127.
+ Hébert y est couronné. 138-139.
+ Elle est destituée par le comité central révolutionnaire, le 31 mai.
+ 147 et suiv.
+ Une députation de la commune insurrectionnelle est introduite à la
+ convention. 156 et suiv.
+ Elle se trouve chargée, après le 31 mai, de toute l'administration
+ intérieure. 279.
+
+ CONDÉ. (Le prince de). Il se met à la tête de six mille émigrés. II, 294.
+
+ CONSCRIPTION. Loi sur la conscription décrétée en septembre 1798. X,
+ 98-101.
+
+ CONSCRITS. La levée de toutes les classes est ordonnée après le 30
+ prairial an VII. X, 350.
+
+ CONSEIL EXÉCUTIF. Nom que prend le ministère après le 10 août. II, 263.
+ Il seconde les plans militaires de Dumouriez. 350.
+ Sa nouvelle organisation. III, 50-52.
+ Il est aboli. VI, 10.
+
+ CONSEIL DES ANCIENS. Nouveau pouvoir institué par la constitution de
+ l'an III. VII, 334-335.
+
+ CONSEIL DES CINQ-CENTS. Création de cette assemblée par la constitution
+ de l'an III. VII, 334.
+ Discussion violente au sujet de la loi du 3 brumaire. VIII, 87 et
+ suiv.
+ Premières opérations législatives en l'an V. Mesures adoptées
+ ou proposées sur les émigrés, le culte et les finances, etc. IX,
+ 158-162 et suiv.
+ Il rejette la proposition de Jourdan de déclarer la patrie en
+ danger. X, 279-281.
+
+ CONSEILS. Ils se plaignent au directoire de l'agglomération des troupes
+ de Hoche près de Paris. IX, 248 et suiv.
+ Les conseils sont dispersés le 18 fructidor. On leur refuse l'entrée
+ du lieu de leurs séances. 279-280.
+ Les députés attachés au directoire se réunissent à l'Odéon et à
+ l'École de Médecine. Le directoire leur fait part de la conspiration
+ royaliste. Les nouveaux conseils cassent plusieurs élections, et
+ condamnent à la déportation plusieurs députés, deux directeurs, des
+ journalistes, etc. 280-281-284-285.
+ Les deux conseils sont dissous le 18 brumaire. (Voy. _Brumaire_.)
+
+ CONSPIRATEURS DU 10 AOÛT. Ce qu'on entendait par là. II, 280.
+
+ CONSTANT (Benjamin). Il publie une brochure qui produit de la sensation.
+ VIII, 105-106.
+
+ CONSTITUTION. Nécessité d'une constitution, exprimée par les cahiers;
+ obstacles à vaincre pour l'établir. I, 74 et suiv.
+ Discussions relatives à l'établissement de la constitution. 138 et suiv.
+
+ CONSTITUTION CIVILE DU CLERGÉ. Les principales dispositions de ce projet
+ sont adoptées. Réflexions. I, 232-233.
+
+ CONSTITUTION DE L'AN II. Ses principaux articles. IV, 241-243.
+ Une pétition contre cette constitution est repoussée par la convention.
+ 243-244.
+
+ CONSTITUTION DIRECTORIALE OU DE L'AN III. Ses auteurs, ses principales
+ dispositions. VII, 332-337.
+ Elle est acceptée par les votes des sections de toute la France.
+ 346-347.
+ État des esprits à l'époque de son établissement. VIII, 2 et suiv.
+ Installation du nouveau gouvernement le 5 brumaire. 5 et suiv.
+ Elle est détruite le 18 brumaire. (Voy. _Brumaire_. )
+
+ CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES. Hardiesse de ce parti. Leurs tentatives dans le
+ midi de la France. VII, 178-182 et suiv.
+
+ CONVENTION. La convention nationale se constitue. III, 22 et suiv.
+ Elle déclare la royauté abolie en France. 25.
+ Séance du 24 septembre 1792. 28 et suiv.
+ Elle se divise en côté droit et en côté gauche. 45-46.
+ Se partage en divers comités. 52-53.
+ Débats relatifs à l'accusation de Robespierre. 84 et suiv.
+ Elle ordonne au comité de législation de donner son avis sur les
+ formes du jugement de Louis XVI. 107-108.
+ Longues discussions relatives à la mise en jugement de Louis XVI. 159
+ et suiv.
+ Elle déclare que le roi sera jugé par elle. 195.
+ Discussions sur les formes du procès. _Ibid._ et suiv.
+ Violens débats après la défense du roi. 226 et suiv.
+ Séances du 14 au 17 janvier, où fut décrétée la mort du roi.
+ 247-248-256.
+ Elle décrète qu'il ne sera pas sursis à l'exécution du roi. 258.
+ Déclare la guerre à la Hollande et à l'Angleterre. 286.
+ Mesures qu'elle prend pour faire face aux besoins de la guerre. 298
+ et suiv.
+ Elle rend divers décrets. 333-334.
+ Débats relatifs à l'établissement du tribunal extraordinaire. 336 et
+ suiv.
+ Terreur de ses membres, menacés d'une insurrection. 342-343.
+ Terribles mesures qu'elle prend pour la sûreté intérieure et
+ extérieure. IV, 23 et suiv.
+ Elle rend divers décrets relatifs aux événemens de la Belgique et à la
+ famille d'Orléans. 38-39.
+ Discussion au sujet des pétitions des sections et des divers actes de
+ la commune. 61 et suiv.
+ Divers décrets relatifs à des pétitions de Bordeaux, de Marseille et
+ de Lyon. 108-109.
+ Tumulte à l'occasion d'une femme des tribunes. 110 et suiv.
+ Elle nomme une commission de douze membres pour observer les actes de
+ la commune et protéger la représentation nationale. 114.
+ Cette commission informe contre la commune et fait quelques
+ arrestations. 122-125.
+ Scènes violentes le 27 mai, à cause de l'attroupement et des pétitions
+ des sections armées. 128 et suiv.
+ Elle casse sa commission des Douze et annule ses actes. 134.
+ Violente discussion à ce sujet le lendemain. 135 et suiv.
+ Elle rapporte son décret relatif aux Douze. 137.
+ Séance du 31 mai 1793. 147, 150 et suiv.
+ Elle supprime la commission des Douze et décrète plusieurs mesures le
+ 3l mai. 164.
+ Courte séance du 1er juin. 173.
+ Séance du dimanche 2 juin 1793. 175-183.
+ Elle vote l'ordre du jour sur les demandes des insurgés. 177.
+ Plusieurs députés sont maltraités. 180.
+ Elle est arrêtée par la force armée le 2 juin. 181-182.
+ Vote l'arrestation des députés désignés par la commune. 183.
+ Renouvelle tous les comités après le 31 mai. 194.
+ Rend d'énergiques décrets contre les départemens insurgés. 204-205.
+ Moyens qu'elle emploie contre les ennemis du dehors et contre les
+ fédéralistes. 240-241.
+ Elle décrète la constitution de l'an II. 242-243.
+ Le 7 août 93 la convention admet les commissaires des départemens et
+ les embrasse en signe de réconciliation. 246 et suiv.
+ Elle décrète la levée en masse. 261-262.
+ Décrets contre la Vendée, les suspects, les étrangers et contre les
+ Bourbons. 288-391-394-395.
+ Elle institue le gouvernement révolutionnaire. V, 56-57.
+ Mesures qu'elle prend pour la guerre de la Vendée. 66-68.
+ Débats relatifs à l'arrestation de Danton. 389 et suiv.
+ Elle décrète la mise en accusation de Desmoulins, Danton et autres.
+ 394.
+ Laisse tout faire aux comités. VI, 88-96.
+ Commencement d'opposition contre Robespierre et les chefs du comité de
+ salut public. 113-122 et suiv.
+ Plusieurs membres se liguent contre les triumvirs. Dangers qui les
+ menacent. 158-160.
+ Séance du 9 thermidor. 203-211.
+ Suite de la séance. 217 et suiv.
+ Rapport de la loi du 22 prairial. 240.
+ Débats relatifs à l'élargissement des suspects. 247 et suiv.
+ Discussions au sujet de l'accusation portée par Lecointre (de
+ Versailles). 281 et suiv.
+ Elle ordonne qu'il lui sera fait un rapport général sur l'état de la
+ république. 291-292.
+ Séance du 20 septembre 1794. Rapport de Robert Lindet. 293 et suiv.
+ Elle rend plusieurs décrets relatifs au commerce. 297 et suiv.
+ Débats relatifs aux sociétés populaires. 346 et suiv.
+ Vive discussion sur le même sujet. Un décret est rendu. 351-357.
+ Querelles entre les thermidoriens et les membres de l'ancien
+ gouvernement. 360 et suiv.
+ Elle prend diverses mesures financières et politiques pour remédier à
+ l'état fâcheux des affaires après la terreur. 364 et suiv.
+ Décret réglant les formalités à remplir pour accuser un membre de la
+ convention. 371-372.
+ Querelles suscitées par les menaces de Billaud-Varennes aux jacobins.
+ 376 et suiv.
+ Scènes violentes au sujet des événemens du 19 brumaire 1794, 383-386 et
+ suiv.
+ Elle rappelle dans son sein plusieurs députés proscrits. Scène violente
+ à ce sujet. VII, 77 et suiv.
+ Séances orageuses au sujet de la mise en accusation des anciens membres
+ du comité de salut public, Carnot, Collot-d'Herbois, etc. 96 et suiv.
+ Le 7 germinal, une troupe de femmes furieuses envahit la convention en
+ demandant du pain. 102 et suiv.
+ Journée du 12 germinal. Dangers de la Convention. Décret de déportation
+ contre Billaud-Varennes, Collot-d'Herbois, Barrère, etc. Désarmement
+ des patriotes. 108-116 et suiv.
+ Elle prend diverses mesures pour comprimer la réaction royaliste amenée
+ par le 9 thermidor. Questions financières. 184-185 et suiv.
+ Le lieu de ses séances est envahi le 1er prairial an III. Scènes
+ diverses, etc. (Voy. _Prairial_.) Elle ordonne l'arrestation de
+ plusieurs députés montagnards. 204-207-221 et suiv.
+ Scène funèbre à l'occasion de la mort de Féraud. 256 et suiv.
+ Elle décrète la constitution de l'an III. 332-337.
+ Décrète que les deux tiers de ses membres feront partie du nouveau
+ corps législatif, et que les assemblées électorales feraient le choix.
+ 338. (Voy. _Décrets_.)
+ Décret indiquant l'époque des assemblées primaires et électorales pour
+ l'élection des nouveaux représentans. 347.
+ Elle se déclare en permanence le 12 vendémiaire. Attaquée par les
+ sections le 13, elle sort victorieuse. 355-370.
+ Dernière lutte entre les partis de la convention après le 13
+ vendémiaire. La convention déclare que sa session est terminée.
+ 379-385.
+ Récapitulation des principaux actes de cette assemblée. Réflexions.
+ 385-388.
+
+ CORDAY (Charlotte). Son histoire. Ses opinions républicaines. Son
+ enthousiasme pour les girondins. Dévouement. IV, 260-262.
+ Elle choisit Marat pour but de son dévouement, comme chef des
+ anarchistes. 262.
+ Le 13 juillet, elle se présente chez lui, etc. Elle tue Marat. 264-266.
+ On répand que ce sont les girondins qui l'ont armée. 266.
+ Détails de son procès. Son interrogatoire. Condamnation. Lettre à
+ Barbaroux. Son supplice. 269-272.
+
+ CORDELIERS. Le club de ce nom rivalise de violence avec celui des
+ jacobins. II, 14.
+ Ils projettent une insurrection contre la Convention. IV, 120.
+
+ CORMATIN (Desotteux, baron de). Aventurier laissé par Puysaye en
+ Bretagne, en qualité de major-général dans les provinces révoltées.
+ VII, 34-35.
+ Ses intrigues politiques. 225 et suiv.
+ Il travaille à la pacification générale. 140 et suiv.
+ Son rôle dans les négociations avec la Vendée. 144 et suiv.
+ Il engage les chefs chouans de la Bretagne à se soumettre, et signe la
+ paix. Son entrée à Rennes. 159-161.
+ Suite de ses manoeuvres en Bretagne. 265 et suiv.
+ Il est arrêté par ordre de Hoche et mis en prison. 268-269.
+ Est déporté. VIII, 51.
+
+ CORPS LÉGISLATIF. Son organisation dans les deux conseils après les
+ élections de l'an V. IX, 153 et suiv.
+
+ CÔTÉ DROIT. Ce que c'était. Qui sont les hommes qui le composaient dans
+ l'assemblée législative. II, 10-11.
+ Parti qui l'occupait dans la convention. III, 45.
+
+ COUR (La). Elle presse la convocation des états-généraux, et fixe leur
+ ouverture au 1er mai 1789. I. 23.
+ Fait approcher des troupes de Paris. 82-83.
+ Projette de conduire le roi à Metz. 159.
+ Sa conduite inhabile et imprudente. 201 et suiv.
+ Ses plans de contre-révolution. 206-207.
+
+ COUTHON. Ses paroles à la tribune le 31 mai. IV, 182.
+ Est nommé membre du comité de salut public. 296.
+ Est envoyé en Auvergne par la convention pour soulever les populations
+ contre Lyon. V, 85.
+ Sa conduite au siége de cette ville. 88 et suiv.
+ S'unit étroitement avec Robespierre et Saint-Just. VI, 111.
+ Défend à la tribune les actes du comité. 125.
+ Demande, de concert avec Robespierre, le sacrifice d'un grand nombre
+ de députés. Dément à la tribune le projet qu'on leur suppose contre
+ soixante membres de la Convention. 133-134.
+ Ses paroles aux Jacobins. 185.
+ Réclame et obtient l'impression du discours prononcé à la tribune par
+ Robespierre, le 8 thermidor. 194.
+ Sa proposition aux Jacobins. 198.
+ Est décrété d'arrestation le 9 thermidor. 210.
+ Est mis hors la loi avec ses complices. 219.
+ Son supplice. 227-228.
+
+ CULTE. L'ancien culte est aboli. Le culte de la _Raison_ est
+ institué. Détails à ce sujet. V, 197-199-200-203 et suiv.
+ La commune modifie son arrêté sur le culte. Le culte de la _Raison_
+ est aboli. 230.
+ Le comité de salut public songe à l'établissement d'une religion.
+ Réflexions à ce sujet. VI, 17-21.
+ Reconnaissance de l'Être-Suprême. 29 et suiv.
+ La restitution des églises est accordée aux catholiques. VII, 249.
+
+ CUSTINES. Nommé général de l'armée du Nord. IV, 103.
+ Il est battu en mai 93. 220-221.
+ Détails de son procès. Il est condamné à mort et exécuté. V,
+ 69-72-77-78.
+
+
+ DAMPIERRE. Est nommé commandant en chef de l'armée du Nord après la
+ défection de Dumouriez. IV, 43-44.
+
+ DANTON. Principal orateur de la multitude. II, 202-203.
+ Son caractère et ses moyens d'influence sur la multitude. 204.
+ Le 10 août, il excite le peuple à l'insurrection. 235.
+ Il est un des acteurs du 10 août. 262.
+ Est nommé ministre de la justice. 264.
+ Exposition de ses plans après le 10 août. 273.
+ Sa prépondérance dans le conseil exécutif et son influence à Paris.
+ 303 et suiv.
+ Résolu d'empêcher toute translation au-delà de la Loire. 304.
+ Résolu de périr dans la capitale, mais en exterminant d'abord ses
+ ennemis. _Ibid._
+ Il veut faire peur aux royalistes. 309.
+ A la nouvelle de la prise de Verdun, il fait décréter que l'on
+ sonnera le tocsin. 312-313.
+ Il est nommé député à la Convention. III, 9.
+ Fait diverses motions à la convention. 32-33.
+ Quitte le ministère sur la décision que les ministres ne seront plus
+ pris dans le sein de la convention. 50.
+ Propose et fait adopter une levée de 30,000 hommes à Paris. 330.
+ Excuse Dumouriez à la Convention. IV, 21-22.
+ Propose de former deux armées, de sans-culottes, l'une pour Paris,
+ l'autre pour la Vendée. 99.
+ On le croit l'auteur caché du mouvement contre les girondins.
+ Sa conversation avec Meilhan. Réflexions sur son caractère. 143 et
+ suiv.
+ Ses paroles à la convention le 31 mai. 153 et suiv.
+ Détails sur son caractère politique. Il commence à perdre sa
+ popularité; il attire les défiances sur son caractère. 284 et suiv.
+ Refuse de faire partie du comité de salut public. V, 64-66.
+ Retourne à Paris; soupçonné par les révolutionnaires ardens. 210-211.
+ Essaie de se justifier aux Jacobins. 222 et suiv.
+ Devient l'objet de la haine des membres du comité de salut public.
+ 383-386.
+ Il est arrêté. Suites de son arrestation. 388-389.
+ Débats à la convention relatifs à son arrestation. 389 et suiv.
+ Décrété de mise en accusation. Scènes au Luxembourg avec ses amis
+ prisonniers. 394 et suiv.
+ Il est transféré à la Conciergerie avec ses amis. 395 et suiv.
+ Détails de son procès et sa mort. 394-412.
+
+ DANTONISTES. Lutte des dantonistes et des hébertistes. V, 394-412.
+
+ DAVID. Ordonnateur de la fête anniversaire du 10 août, IV, 353-354.
+ Il boira la ciguë avec Robespierre. VI, 198.
+ Il est arrêté. VII, 235.
+
+ DÉCRETS (des 5 et 13 fructidor an III) soulèvent divers partis contre
+ la convention. Mouvement dans les sections. VII, 338-339.
+
+ DELESSART. Ce ministre est accusé par Brissot et Vergniaud. II, 55-S6.
+
+ D'ENTRAIGUES (Le comte). Il est arrêté. Ses papiers et ses révélations à
+ Bonaparte dévoilent les projets des royalistes. IX, 182-183.
+
+ DÉPARTEMENS. Division de la France en départemens. I, 190.
+ Divers départemens lèvent des hommes pour l'exécution du décret du
+ camp de 20,000 hommes. II, 156.
+ Opinion de divers départemens sur la marche du gouvernement et les
+ divisions de la convention. Ce qui s'y passa. IV, 72 et suiv.
+ Plusieurs départemens lèvent des hommes contre les Vendéens. 95.
+ Presque tous sont près de prendre les armes contre la convention après
+ le 31 mai. 196 et suiv.
+ Mesures qu'on y prend dans ce but. 197-199.
+ Suite du même sujet. 206 et suiv.
+ Nouveaux détails sur l'insurrection. 222-223.
+ Plusieurs départemens se désistent de l'insurrection. Échecs des
+ fédéralistes. 246-249.
+ Ils sont presque tous soumis. 259-260.
+
+ DÉPUTATION. Liste des membres de la députation de Paris à la convention.
+ III, 9-10.
+
+ DÉPUTÉS. Les députés décrétés d'arrestation après le 31 mai, se
+ répandent dans les départemens. IV, 198-199.
+
+ DÉSARMEMENT de tous les citoyens suspects. IV, 25.
+
+ DÉSERTION. Lois sur la désertion. VIII, 45-46.
+
+ DESÈZE. Adjoint à la défense de Louis XVI. III, 219-220.
+ Sa plaidoirie pour Louis XVI. 220 et suiv.
+
+ DESMOULINS (Camille). Il ameute le peuple au Palais-Royal. I, 86-87.
+ Son influence au Palais-Royal. 144-145.
+ Il présente une pétition très hardie. II, 31.
+ Nommé député à la convention par les électeurs de Paris. III, 9.
+ Passe pour un modéré. IV, 286.
+ Censure le comité de salut public dans un pamphlet, et prend la
+ défense du général Dillon, en disant des vérités à tout le monde.
+ 287-288.
+ Se justifie aux Jacobins et n'est pas exclu de la Société. V, 228-229.
+ Il fait son journal, _le Vieux Cordelier_. 307-308.
+ Il présente sa défense dans ce journal. 321 et suiv.
+ Il est accusé aux jacobins. 333 et suiv.
+ Continue à attaquer ses adversaires dans son journal. 351-355 et suiv.
+ Il est arrêté. 388-389.
+ Détails de son procès. Sa condamnation et son supplice. 394-398-411.
+
+ D'ESPRÉMÉNIL. Son caractère. I, 15.
+ Il dénonce au parlement un projet ministériel qui tendait à
+ restreindre sa juridiction, 19-20.
+ Il est arrêté en plein parlement. 22.
+ Il propose de faire décréter le tiers-état. 70.
+ Hué et poursuivi sur la terrasse des Feuillans. II, 214-215.
+
+ D'ESTAING. Commandant de la garde nationale de Versailles. Son
+ caractère. Sa lettre à la reine. I, 160.
+
+ DETTE PUBLIQUE. Le remboursement des deux tiers de la dette est décrété
+ par les conseils, après le 18 fructidor. IX, 504-509.
+
+ DILLON. Son projet de retraite. II, 341.
+
+ DÎMES. Discussions relatives à l'abolition des dîmes. I, 130 et suiv.
+ L'abolition est décrétée. 132.
+
+ DIRECTOIRE. Pouvoir exécutif créé par la constitution de l'an III, VII,
+ 335.
+ Nomination des cinq directeurs. Détails à ce sujet. VIII, 7-9-11.
+ Situation dangereuse du directoire au commencement de son
+ administration. 12 et suiv.
+ Prend diverses mesures pour remédier à la disette et aux malheurs
+ financiers. 13-15 et suiv.
+ Il est chargé de la nomination aux fonctions publiques. 47-48.
+ Manière dont il use de son pouvoir et dont les directeurs se le
+ partagent. 48 et suiv.
+ Continuation de ses travaux administratifs. VIII, 82 et suiv.
+ Ses plans militaires. 123 et suiv.
+ Il négocie avec l'Angleterre. 340 et suiv.
+ Suite. 356 et suiv.
+ Il envoie Clarke en mission à Vienne. 359.
+ Rompt les négociations commencées avec le cabinet anglais. 390.
+ Son message aux conseils le 25 frimaire. 398 et suiv.
+ Caractère des cinq directeurs; leurs divisions entre eux. IX, 2 et
+ suiv.
+ Situation du gouvernement dans l'hiver de l'an V. 1-17.
+ Discussions relatives au tirage au sort du nouveau directeur pour
+ l'an V. 150-151 et suiv.
+ Sa lutte avec les conseils après les élections de l'an V, d'où résulte
+ le coup d'état du 18 fructidor. 158 et suiv.
+ Il commence à redouter un vaste complot d'après l'arrestation du comte
+ d'Entraigues. 182-183 et suiv.
+ Division des cinq directeurs au moment de leur lutte avec les factieux
+ des conseils. 184 et suiv.
+ Trois membres, Larévellière, Rewbell et Barras, prennent la résolution
+ de faire un coup d'état. 185-188 et suiv.
+ Leurs moyens d'appui pour ce projet, dans les patriotes de Paris.
+ 188 et suiv.; dans les armées. 190.
+ Dispositions politiques de celle d'Italie. 191 et suiv.;
+ de celle du Rhin 194 et suiv.;
+ de celle de Sambre-et-Meuse. 195 et suiv.
+ Résistance des directeurs contre l'opposition des clichyens au sujet
+ de la réorganisation du ministère. 200 et suiv.
+ Son embarras sur la décision à prendre au sujet des négociations
+ commencées avec l'Angleterre et l'Autriche, 242 et suiv.
+ Ses périls augmentent par l'opposition des conseils. Il prend des
+ mesures pour réunir à Paris la force armée. 246 et suiv.
+ Répond d'une manière énergique aux réclamations des conseils au sujet
+ de la marche de Hoche. 250 et suiv.
+ Trois des directeurs font les préparatifs du coup d'état du 18
+ fructidor. 270-272 et suiv.
+ Ils se réunissent chez Rewbell avec les ministres, en attendant le
+ résultat de la journée. Leur plan. 273-274 et suiv.
+ Exécution de ce plan le 18 fructidor. 275 et suiv.
+ Il fait rendre aux conseils plusieurs lois qui lui restituent une
+ puissance révolutionnaire. Journée du 18 fructidor. 282-285 et suiv.
+ Réformes qu'il introduit dans l'administration. Deux nouveaux
+ directeurs sont nommés à la place des déportés. 294 et suiv.
+ Il destitue Moreau de son commandement. 296-297.
+ Projette une descente en Angleterre. 360 et suiv.
+ Déclare prendre les Vaudois sous sa protection, et envoie une armée en
+ Suisse. 393 et suiv.
+ Ses dispositions pour remédier aux désordres des républiques
+ italiennes. X, 87-88 et suiv.
+ Il propose et fait décréter la loi sur la conscription. 98-101. (Voyez
+ _Conscription._)
+ Ses moyens et ses plans de guerre pour la campagne de 1793. 123 et
+ suiv.
+ Ses dispositions pour s'opposer à la spoliation des pays alliés en
+ Italie. 126 et suiv.
+ Suite de ses plans pour la guerre. 132-134 et suiv.
+ Généraux qu'il nomme. 138 et suiv.
+ Accusations dont il est l'objet après nos premiers revers en 1759.
+ Raisons qui le justifient. 172-175 et suiv.
+ Nomination de Sièyes à la place de Rewbell. 187.
+ Tous les partis se réunissent contre lui après nos défaites en Italie.
+ (An VII.) 220 et suiv.
+ Division entre les directeurs. 223-224.
+ Révolution du 30 prairial. Destruction de l'ancien directoire.
+ Treilhard, Larévellière et Merlin en sortent. 228-232-238.
+ Formation du nouveau directoire. 239 et suiv.
+ Ses premiers actes. 242 et suiv.
+ Mesures prises par les conseils pour lui donner une nouvelle force.
+ 245-250.
+ Ses plans de guerre. 251 et suiv.
+ Sa lutte avec les patriotes. (Voyez _Patriotes_.)
+
+ DISETTE. Désordre qu'elle amène le 4 octobre. I, 165-166.
+ Après la seconde loi du _maximum_ la disette continue. Mesures
+ que prend la commune pour y pourvoir. Désordres. V, 344-348 et suiv.
+ Pendant l'affreux hiver de 1795 les grains et les bois de chauffage
+ manquent à Paris. VII, 51 et suiv.
+ Suite du même sujet. 73 et suiv.
+ Les habitans de Paris sont mis à la ration. Violentes scènes et
+ soulèvemens populaires. 79 et suiv.
+
+ DIX AOÛT. II, 234 et suiv.
+
+ DROITS FÉODAUX. Ils sont abolis. I, 125-126 et suiv.
+ Difficultés et discussion qu'entraîné la proposition de leur
+ abolition. 128-129.
+
+ DROITS DE L'HOMME. Déclaration des droits de l'homme, I, 136 et suiv.
+
+ DROUET. Reconnaît le roi à Sainte-Menehould et le fait arrêter à
+ Varennes. I. 285-286.
+
+ DUBOIS DE CRANCÉ. Il remplace Bernadotte au ministère de la guerre. X,
+ 281.
+
+ DUCHASTEL. Malade, vote dans le procès de Louis XVI, pour le
+ bannissement. III, 254.
+
+ DUCHÊNE (Le père). Journal rédigé par Hébert. IV, 425.
+
+ DUMOURIEZ. Son caractère. Ses plans militaires. Il est nommé ministre.
+ II, 58 et suiv.
+ Il prend le bonnet rouge en arrivant au ministère. 60.
+ Son entrevue avec la reine. 65 et suiv.
+ Extrait de ses mémoires, _Ibid._
+ Il devient suspect à la Gironde et est soupçonné de dilapidations.
+ 82-85.
+ Conseille au roi de sanctionner deux décrets. 91.
+ Sa fermeté dans l'assemblée nationale. 104-105.
+ Il donne sa démission. 105-106.
+ Est nommé général en chef des armées du Nord et du Centre. 291.
+ Cherche à s'opposer à l'invasion des Prussiens. 297.
+ Son plan de campagne contre les Prussiens. 341 et suiv.
+ Commencement d'exécution de son plan. Les Thermopyles de la France.
+ 345 et suiv.
+ Nouvelles dispositions qu'il prend après les affaires de l'Argonne.
+ 356 et suiv.
+ Il écrit à l'assemblée nationale. 359.
+ Ses dispositions après la retraite des Prussiens. 373 et suiv.
+ Conjectures sur sa mollesse après avoir sauvé le territoire. 375-376.
+ Il se rend à Paris, à la convention et aux Jacobins. III, 69-73-75.
+ Est fêté par les artistes, et reçoit la visite de Marat. 76-78-79.
+ Repart pour l'armée. 81.
+ Ses plans militaires. 109 et suiv.
+ Il gagne la bataille de Jemmapes. 116-120.
+ Ses projets politiques sur la Belgique. 123 et suiv.
+ Suite de ses actes militaires et administratifs. 125 et suiv. 129.
+ Il se plaint vivement du nouveau mode d'administration des vivres.
+ 134 et suiv.
+ Suite de sa campagne en Belgique; ses succès et ses fautes. 138 et suiv.
+ Son plan de campagne et commencement d'exécution. 298 et suiv.
+ Il fait arrêter des agens du pouvoir exécutif. Ses menaces contre le
+ gouvernement. 328-329.
+ Il écrit une lettre audacieuse à la Convention. Suite de ses actes
+ militaires. IV, 2.
+ Il négocie avec l'ennemi. 13.
+ Ses projets politiques. 14-16.
+ Son traité avec l'ennemi. 18 et suiv.
+ Il dévoile entièrement ses projets politiques. 27 et suiv.
+ Est mandé à la barre de la convention. 31.
+ Six volontaires font sur Dumouriez une tentative d'arrestation. 32-33.
+ Plusieurs de ses projets échouent. 33.
+ Il fait arrêter quatre députés de la Convention. 34-35.
+ Sa tête est mise à prix. Troubles à Paris. 36-37.
+ Il est abandonné par ses troupes, et se retire en Suisse. 39-42.
+ Considérations sur son caractère et son rôle politique. 42-43.
+
+ DUPORT. Son caractère. I, 15.
+
+ DUPORTAIL. Ministre de la guerre. Désigné par Lafayette. I, 251.
+
+ DUVERNE DE PRESLE. (Voy. _Royalistes_.)
+
+
+ EDGEWORTH DE FIRMONT. Confesseur de Louis XVI. III, 263.
+ Ses paroles sur l'échafaud. 270.
+
+ ÉGYPTE. Projet d'une expédition en Égypte proposé par Bonaparte au
+ directoire. Préparatifs secrets. IX, 408-414-419.
+ État de l'escadre destinée à porter les troupes. X, 1-3.
+ Route de Toulon à Alexandrie. Prise de Malte. 4-8.
+ Entrée à Alexandrie. 12-13.
+ Description de l'Égypte. Sa géographie. Ses habitans. 13-22.
+ Route dans le désert d'Alexandrie au Caire. Mécontentement des soldats.
+ Combat sur le fleuve et sur terre contre Mourad-Bey. Dispositions de
+ l'ennemi près du Caire. 28-31-36.
+ Bataille des Pyramides. 36-41.
+ Fondation de l'Institut d'Égypte. Ses travaux. 48-50.
+ Bataille navale d'Aboukir. Destruction de notre escadre. 51-57.
+ Conquête de la Haute-Égypte par Desaix. Bataille de Sédiman. 286-288.
+ Expédition en Syrie par Bonaparte. Prise du fort d'El-Arisch et Gaza.
+ 290-291 et suiv.
+ Commencement du siége de Saint-Jean-d'Acre. Bataille du Mont-Thabor.
+ 292-297.
+ Retour de l'armée en Égypte. Bataille d'Aboukir. 300-306-310.
+
+ ELBÉE (d'). Chef vendéen. IV, 90.
+ Il est tué à Cholet. V, 121-124.
+
+ ÉLECTEURS. Réunis à l'Hôtel-de-Ville, ils livrent des armes au peuple.
+ I, 87.
+ Ordonnent la convocation des districts. 88.
+ Composent une municipalité. _Ibid._
+ Composent une milice bourgeoise de 48,000 hommes. 88-89.
+ Un électeur distribue au peuple des bateaux de poudre. 90.
+ Les électeurs se partagent en divers comités. I, 108.
+
+ ÉLECTIONS. Elles se font à Paris et dans les provinces. I, 37.
+ Travaux de l'assemblée nationale sur les élections. 191-192.
+ --Mouvemens à Paris et en France à l'époque des élections de la
+ convention. III, 8 et suiv.
+ --Préparatifs des élections de l'an IV. Effervescence des partis. IX,
+ 33-36.
+ --De l'an V. 146 et suiv.
+ --De l'an VI. 404 et suiv.
+ --De l'an VII. X, 183.
+
+ ÉMIGRATION. Prend une attitude inquiétante. I, 263-264.
+ Loi portée sur l'émigration. 268-269.
+
+ ÉMIGRÉS. Époque où l'émigration commence à devenir considérable. I, 178.
+ Ils lèvent des corps au nom du roi. 295.
+ Se préparent obstinément à la guerre à Coblentz. Leur connivence
+ avec la cour. II, 20-21 et suiv.
+ Leurs manoeuvres sont dénoncées à l'assemblée législative. 33 et suiv.
+ Débats dans les conseils sur la loi de la convention relative aux
+ biens des émigrés. VIII, 89-90
+
+ EMPRUNT FORCÉ. Mesures avisées pour son recouvrement. IV, 377 et suiv.
+ Un nouvel emprunt forcé est proposé par le directoire et décrété. Mode
+ de cet emprunt; ses effets. VIII, 41-42 et suiv.
+ Il est fermé, 401.
+ Un nouvel emprunt forcé est établi après la révolution de prairial. X,
+ 246.
+
+ ÉPAULETIERS (les). Ce que c'était. V, 318.
+
+ ESPAGNE. La paix est signée avec cette puissance. VII, 318-319.
+ Traité d'alliance offensive et défensive avec la France. VIII, 263-264.
+
+ ÉTATS-GÉNÉRAUX. Provoqués par un jeu de mots. I, 14.
+ Renvoyés à cinq ans. 17.
+ Convoqués. 23.
+ Leur ouverture. 44.
+
+ ÉTRANGERS. Ils sont décrétés d'arrestation. IV, 394.
+
+ ÊTRE-SUPRÊME. Fête à l'Être-Suprême, le 8 juin 1794. Description et
+ détails. VI, 115-118.
+
+ ETTLINGEN. (Voy. _Rastadt_.)
+
+ EUROPE. Situation politique de l'Europe et état des puissances
+ étrangères au commencement de 1790. I, 215, 216 et suiv.
+ Dispositions des souverains de l'Europe à l'égard de la France, après
+ la fuite du roi à Varennes. 295-296.
+ --Dispositions des souverains étrangers à l'égard de la France. II,
+ 18-19.
+ --Projets des puissances étrangères à l'égard de la France après le 10
+ août. II, 292 et suiv.
+ --Dispositions des puissances étrangères après le 21 janvier. III, 271
+ et suiv.
+ Réflexions sur la politique de l'Europe. 280 et suiv.
+ --État de l'Europe au commencement de 1794. VI, 34 et suiv.
+ --Situation des états de l'Europe après la campagne de 1795. VIII, 122
+ et suiv.
+ --État de l'Europe en 1795. IX, 36 et suiv.
+ --Mouvement dans les diverses cours, pour former une nouvelle coalition
+ contre la France. X, 62 et suiv.
+
+ ÉVÊCHÉ. Réunion de ce nom. Son but. IV, 47-48.
+ Il s'y tient une assemblée. 138.
+ On y nomme une commission de six membres chargés de trouver des moyens
+ de salut public. 139.
+ On y délibère sur une insurrection. 141-142.
+ Les commissaires des sections s'y réunissent le 30 mai. 145.
+ Ce comité d'insurrection est dénoncé après le 31 mai. 195.
+
+ EXÉCUTIONS. Grandes exécutions des détenus, en juin 1794. VI, 134-138 et
+ suiv.
+ Commandées à Nantes par Carrier. 144-148;
+ à Lyon, à Toulon, à Orange, à Bordeaux, à Marseille, par Fréron, Barras
+ et Maignet. 148-149;
+ dans le Nord, par Lebon. 149 et suiv.
+ Ressentiment et indignation que la _terreur_ fait naître. 153.
+
+ FAVORITE. Bataille de ce nom devant Mantoue. VIII, 424-425.
+
+ FAVRAS (le marquis de). Il est soupçonné de comploter contre l'assemblée.
+ Il est regardé comme l'agent de Monsieur. Son procès. I, 195 et suiv.
+ Il est condamné à être pendu. Sa mort, 203-204.
+
+ FÉDÉRALISME. Origine de ce mot. III, 17-18.
+
+ FÉDÉRATION. Une fédération générale de la France est décidée à la
+ municipalité. I, 234.
+ La réunion générale des fédérés a lieu au Champ-de-Mars. 237 et suiv.
+ Description de la fête. _Ibid._
+ Seconde fête de la fédération. II, 184 et suiv.
+
+ FÉRAUD. Ce député est assassiné au sein même de la convention par les
+ révoltés du 1er prairial. VII, 209-211.
+ Son assassin est arraché au supplice par les patriotes. Suite de cet
+ événement. 229 et suiv.
+ Honneurs que la convention rend à sa mémoire. Séance funèbre. Son éloge
+ est prononcé par Louvet. 236 et suiv.
+
+ FEUILLANS. Origine du club de ce nom. I, 213.
+ Le club des feuillans opposé aux jacobins. II, 13-14.
+ Faiblesse de ce parti. 109 et suiv.
+
+ FÉVRIER (25) 1793. On pille les boutiques de quelques épiciers. IV, 313
+ et suiv.
+
+ FINANCES. État malheureux des finances. I, 226 et suiv.
+ État des finances en 93. Mesures prises pour remédier à leur désordre.
+ IV, 369 et suiv. 383.
+ État des finances à la fin de 93. V, 180 et suiv.
+ État et organisation des finances au commencement de 1794. VI, 88-90 et
+ suiv.
+ État des finances après le 9 thermidor. 270 et suiv.
+ Détresse financière et commerciale en 1795. Diverses mesures prises par
+ la convention pour y remédier. VII, 59-66 et suiv.
+ Embarras des finances à l'avènement du directoire (1795). VII, 13 et
+ suiv.
+ Nouveaux détails sur les assignats. Création des mandats. Réflexions
+ sur diverses questions des finances. 106 et suiv.
+ Plan de finances pour l'an V. 400 et suiv.
+ Coup d'oeil sur les finances en l'an V. Projets de l'opposition pour
+ entraver le directoire dans ses moyens de pourvoir aux besoins du trésor
+ public. IX, 165 et suiv.
+ Le conseil des cinq-cents décrète diverses mesures favorable à ce
+ projet. Les anciens les rejettent. 172-173.
+ Mesures financières provoquées par le directoire, après le 18 fructidor.
+ Remboursement des deux tiers de la dette. 303-309.
+ Finances de l'an VII. X, 96 et suiv. 101-102.
+ Moyens employés pour fournir aux dépenses, prochaines de la campagne de
+ 1799. 130-131.
+
+ FLESSELLES (Le prévôt). Il promet au peuple 12,000 fusils. I, 89-90.
+ Est accusé de trahison, traîné au Palais-Royal et tué d'un coup de
+ pistolet. 98-99.
+
+ FLEURUS. Victoire de ce nom. Événemens militaires avant et après la
+ bataille. VI, 169-175 et suiv.
+
+ FOUCHÉ. Envoyé en l'an VI à Milan par le directoire. X, 92-93.
+ Nommé ministre de la police. 272.
+ Se tourne du côté de Bonaparte. 354-355.
+ Il tait la conjuration aux directeurs. 359.
+
+ FOULON et BERTHIER. Ils sont tués par le peuple malgré l'opposition de
+ Lafayette. I, 113-114.
+
+ FOUQUIER-TINVILLE. Idées sanguinaires de cet accusateur public. VI,
+ 137-138 et suiv.
+ Il est mis en accusation. 240.
+
+ FRANCE. Situation politique et morale de la France sous Louis XVI et à
+ l'époque de la révolution. I, 3 et suiv., 33 et suiv.
+ Troubles et désordres en France après le 14 juillet. 122-123.
+ État alarmant de la France en août 1789. 133 et suiv.
+ État des esprits et situation politique au commencement de l'année
+ 1790. 192 et suiv.
+ Troubles dans le Midi, en avril 1790. 212.
+ Situation intérieure, les premiers mois de 1794. VI, 83 et suiv.
+ État intérieur de la république dans l'été de 1796. VIII, 242 et suiv.
+ Situation intérieure et rapports politiques avec l'Europe, après la
+ retraite de nos armées d'Allemagne. 330 et suiv.
+ Rapports de la France avec le continent en l'an VI. IX, 371 et suiv.
+ Sa situation intérieure dans l'hiver de l'an VI. 400 et suiv.
+
+ FRÉDÉRIC-GUILLAUME. Sa ligue anglo-prussienne. I, 216.
+
+ FRUCTIDOR (18). Journée de ce nom. Principaux détails des événemens. IX,
+ 270-287.
+ Augereau s'empare des Tuileries. 275-278.
+ Les conseils sont repoussés du lieu de leurs séances. 280.
+ Les conseils se forment de nouveau, et rendent tous les décrets que
+ demande le directoire. Des députés et deux directeurs sont condamnés à
+ la déportation. 280-288.
+ Nécessité de ce coup d'état. Ses conséquences. 291 et suiv.
+
+ GARAT. Il cherche à rassurer la convention sur ses craintes. Son
+ discours IV, 130 et suiv.
+
+ GARDES-DU-CORPS. Ils donnent un repas aux officiers de la garnison à
+ Versailles. Suite de cette fête. I, 162 et suiv.
+
+ GARDE-MEUBLE. Il est volé. Bruits qui coururent sur ce vol et sa
+ destination. III, 6-7.
+
+ GARDE NATIONALE. La milice bourgeoise prend le nom de garde nationale,
+ et adopte la cocarde tricolore. I, 109-110.
+ Débats au conseil des cinq-cents sur une nouvelle organisation de la
+ garde nationale. IX, 276 et suiv.
+
+ GÊNES. Paix avec cette république. VIII, 348.
+
+ GENSONNÉ. Son rapport à l'assemblée législative sur les troubles de
+ l'Ouest. II, 26-27.
+
+ GEORGES (Saint-). Voy _Bassano_.
+
+ GERLE (dom.) Chartreux, propose de déclarer la religion catholique la
+ seule religion de l'État. I, 208.
+ Il retire sa proposition. 209.
+
+ GERMINAL (journée du 12). Les patriotes envahissent la convention. Ils en
+ sont chassés, et ensuite désarmés en exécution d'un décret. VII,
+ 106-124.
+
+ GIRONDINS. Origine de ce nom. Leur rôle dans l'assemblée législative.
+ II, 11-13.
+ Ils dominent dans le ministère. 62-82.
+ Accusations dont ils sont l'objet, 302 et suiv.
+ Leur position à la convention. III, 19 et suiv.
+ Portraits de plusieurs d'entre eux. 12 et suiv.
+ Sont accusés de fédéralisme, et de vouloir sacrifier Paris. 17-19.
+ Essai de rapprochement et rupture. 21-22.
+ Embarras et fâcheuse position des girondins après le 25 février. 320 et
+ suiv.
+ Menacés le 31 mai, se rendent tous armés à la convention. IV, 147.
+ Se réunissent le 1er juin pour se concerter. 171-172.
+ Sont mis en état d'arrestation. 189-190.
+ Plusieurs sont envoyés devant le tribunal révolutionnaire, et d'autres
+ sont mis en état d'arrestation. V, 78-79.
+ Circonstances de leur procès. Un décret de circonstance leur ôte la
+ parole. 152-163.
+ Ils sont condamnés et exécutés. 164-167.
+
+ GOHIER. Nommé directeur à la place de Treilhard. X, 232.
+ Représentant des patriotes et président du directoire. 337-338.
+ Il complimente Bonaparte à son retour d'Égypte. 338.
+ Sa femme est liée avec Joséphine Bonaparte. 346.
+ Il est sondé par Bonaparte, qui voudrait être directeur, et qui n'a
+ pas l'âge nécessaire. 348.
+ Altercation avec Bonaparte. 371-372.
+
+ GORSAS. Son arrestation. III, 305.
+
+ GOUVERNEMENT RÉVOLUTIONNAIRE. Effets des lois révolutionnaires. V, 128
+ et suiv.
+
+ GRANGENEUVE. Sa proposition à Chabot. II, 191-192.
+
+ GRAND-LIVRE DE LA DETTE PUBLIQUE. Comment il fut institué en 93. Ses
+ avantages financiers. IV, 371 et suiv.
+
+ GRÉGOIRE (l'abbé). Se présente aux communes. I, 55.
+
+ GRENELLE. La poudrière de Grenelle prend feu. VI, 290.
+ Les patriotes attaquent le camp de Grenelle. VIII, 259 et suiv.
+
+ GUADET. Fait une application historique aux circonstances du moment. IV,
+ 109-110.
+ Propose la destitution des autorités de Paris, et le transfert de la
+ convention à Bourges. 112-113.
+ Son courage à la convention le 31 mai. 157-158.
+
+ GUERRE. Premières dispositions des armées. II, 76-78.
+ Échec du général Rochambeau. 78 et suiv.
+ État des affaires militaires âpres le 10 août. 283 et suiv.
+ Situation militaire de la France en octobre 1792, III, 55 et suiv.
+ Affaires militaires en octobre et novembre 1792. 109 et suiv.
+ Situation de nos armées sur le Rhin et aux Alpes à la fin de 1792. 142
+ et suiv.
+ Événemens militaires en Belgique. 289 et suiv.
+ Nos armées éprouvent plusieurs revers. 324 et suiv.
+ Dispositions de la convention pour trouver des hommes et de l'argent.
+ IV, 103 et suiv.
+ Situation militaire de la France en 93. 214 et suiv.
+ État de l'armée du Nord: _ibid._;
+ de l'armée de la Moselle: 218;
+ du Rhin: _ibid._;
+ d'Italie: 223-224;
+ des Pyrénées: 226 et suiv.;
+ de la Vendée. 229 et suiv.
+ Victoire en Espagne en juillet 93. 256-257.
+ Siége de Mayence. 309-320.
+ Siége de Valenciennes par les ennemis. 320-323.
+ Le camp de César est évacué par les Français. 351-352.
+ Mouvement des armées en août 1793. V, 1 et suiv.
+ État de l'armée du Rhin. 3-6.
+ Commencement du siége de Lyon 6-10.
+ Marche des troupes ennemies en août et septembre 1793. 21 et suiv.
+ Victoire de Hondschoote. 24-25.
+ Revers dans le Nord. 27-29.
+ Échec de l'armée des Pyrénées. 32 et suiv.
+ Organisation de l'armée de l'Ouest. 68.
+ L'armée des Alpes repousse les Sardes. 86-87.
+ Progrès de l'art de la guerre. Réflexions à ce sujet. 97 et suiv.
+ Suite des opérations militaires à a frontière du Nord. 101-107.
+ Victoire de Wattignies. 108-109.
+ Les lignes de Wissembourg sont prises par l'ennemi. 124 et suiv.
+ Jonction des armées du Rhin et de la Moselle. Les Autrichiens sont
+ chassés des frontières. 146-251.
+ Siége et prise de Toulon par les républicains. 252-261.
+ Réflexions sur cette campagne, et récapitulation des principaux faits.
+ 292 et suiv.
+ Préparatifs en France, de 1793 à 1794, pour la levée, l'équipement et
+ l'armement des armées de terre et de mer. VI, 48-49.
+ Premiers événemens de la campagne de 1794 aux Pyrénées: 54-56:
+ aux Alpes et vers l'Italie: 56-60;
+ au Nord. 60-73.
+ Victoire de Turcoing. 71 et suiv.;
+ en Vendée: 74 et suiv.;
+ en Bretagne contre les chouans: 75-76;
+ aux colonies. Révoltes à Saint-Domingue. 76 et suiv.
+ Sur mer, combat du 13 prairial an II, destruction du vaisseau _le
+ Vengeur_. 78-82.
+ Reprise des opérations militaires en août 1794. 166 et suiv.
+ Victoire de Fleurus. Événemens militaires avant et après la bataille.
+ 169-175.
+ Reprise de Condé, Valenciennes, Landrecies et le Quesnoy. 301-304.
+ Mouvemens de l'armée du Nord.
+ Bataille de l'Ourthe. 306-308.
+ Bataille de la Roër. 309 et suiv.
+ Passage de la Meuse par Pichegru. 315 et suiv.
+ Mouvemens et succès des armées de la Moselle et du Haut-Rhin,
+ commandées par Michaud. 317-318.
+ Situation de l'armée des Alpes et des Pyrénées. 318-320.
+ Suite de la guerre de la Vendée. 320 et suiv.
+ Situation de l'armée en Belgique à la fin de 1794. Prise de Nimègue.
+ VII, 1-7.
+ Projets pour la conquête de la Hollande. 7 et suiv.
+ Notre armée se répand en Hollande par divers points, et occupe tout
+ le pays. 20 et suiv.
+ Suite des opérations militaires en Espagne, en Catalogue et aux
+ Pyrénées. 27-29.
+ État des armées après les événemens de prairial an III. 253 et suiv.
+ Opérations de Jourdan, de Moreau, de Pichegru et de Kléber dans le
+ Nord. 253-254.
+ Situation de l'armée des Alpes sous Kellermann. 255 et suiv.
+ Position militaire en Espagne. 257.
+ Expédition de Quiberon. (Voy. _Quiberon_). 269-311.
+ Passage du Rhin par Jourdan et Pichegru. 320 et suiv.
+ Marche rétrograde de l'armée de Sambre-et-Meuse. 377-378.
+ Jourdan repasse le Rhin. VIII, 19.
+ Perte des lignes de Mayence. 20-22.
+ Situation des armées du Rhin, des Alpes et des Pyrénées vers la fin
+ de l'an IV. 55 et suiv.
+ Détails de la bataille de Loano. 58-61.
+ Expédition de l'Ile-Dieu. 62 et suiv.
+ Réflexions sur la campagne de 1795. 76.
+ Campagne de 1796. 140-241-278-326.
+ État de l'armée d'Italie au commencement de la campagne de 1796. 141
+ et suiv.
+ Conquête du Piémont. 141-161.
+ Conquête de la Lombardie. 173 et suiv.
+ Bataille de Lodi. 178 et suiv.
+ Passage du Mincio. 198-200.
+ Entrée des Français dans les États-Romains et en Toscane. 214-217.
+ Suite de la guerre sur le Danube et sur le Rhin. 218-219 et suiv.
+ Passage du Rhin par Moreau, et suite des opérations militaires. 226 et
+ suiv.
+ Batailles de Rastadt et d'Ettlingen. 230 et suiv.
+ État de nos armées en Allemagne et en Italie en août 1796. 241.
+ Reprise des hostilités en Italie. État de notre armée. 272.
+ Notre ligne sur l'Adige est forcée. 278-279.
+ Bataille de Lonato. 283-286.
+ Bataille de Castiglione. 288 et suiv.
+ Opérations sur le Danube. Bataille de Neresheim. 297-298.
+ L'armée de Sambre-de-Meuse est repoussée par l'archiduc. 300-301.
+ Suite de la guerre d'Italie. Bataille de Roveredo. 303-307.
+ Marche de Bonaparte sur la Brenta. Bataille de Bassano et de
+ Saint-Georges. 308-312-315.
+ Nouvel échec de l'armée de Sambre et Meuse a Wurtzbourg.
+ Retraite. 316-317 et suiv.
+ Retraite de Moreau. 321-326.
+ Extrême danger de l'armée d'Italie. Bataille d'Arcole.
+ 355-364-367-370-395.
+ Expédition d'Irlande. 379.
+ Reddition du fort de Kelb. 404.
+ Reprise des hostilités en Italie. 405 et suiv.
+ Description du champ de bataille de Rivoli. Bataille de Rivoli.
+ 411-414-423.
+ Bataille devant Mantoue ou de la _Favorite_. 424-425.
+ Prise de Mantoue. 425 et suiv.
+ Réflexions sur la campagne de 1796 en Italie. 428 et suiv.
+ Reprise de la campagne en l'an V. État de l'armée de Sambre-et-Meuse:
+ IX, 45 et suiv.; de l'armée du Haut-Rhin. 46-47.
+ L'armée d'Italie est renforcée. 47-48.
+ Nouvelle campagne contre l'Autriche. Passage du Tagliamento. 60-67.
+ Combat de Tarwis. 68-72.
+ Marche sur Vienne. 86 et suiv.
+ Passage du Rhin à Neuwied par Hoche, à Diersheim par Desaix. 103.
+ L'armée de Sambre-et-Meuse et celle du Rhin sont réunies en une seule,
+ et le commandement en est donné à Hoche. 298.
+ Expédition en Suisse, Brune s'empare de Berne. 395-398.
+ Expédition d'Égypte. (Voy. _Égypte_). Reprise des hostilités en
+ l'an VII. Une armée napolitaine envahit les États Romains. X, 109 et
+ suiv.
+ Manoeuvres de Championnet. _Ibid._ et suiv.
+ Les Napolitains sont battus. Championnet rentre dans Rome. 111-113.
+ Conquête du royaume de Naples. 113-119.
+ Campagne de 1799. État de nos forces militaires et plans de guerre.
+ 122 et suiv., 132 et suiv., 135-137.
+ Invasion des Grisons par Masséna. 144-145.
+ Bataille de Stockach. Retraite de Jourdan. 149-153-157.
+ Distribution de nos armées en Italie. Forces ennemies. Premières
+ opérations de Schérer. Combats sanglans sous Vérone. 157-166.
+ Bataille de Magnano. Retraite de Schérer. 164-167.
+ Masséna réunit le commandement de l'armée du Danube et d'Helvétie, et
+ occupe la ligne de la Limmat. 189-192 et suiv.
+ Suite de la guerre en Italie. Arrivée de Suwarow. 193 et suiv.
+ Moreau remplace Schérer dans le commandement. Bataille de Cassano.
+ 195-197.
+ Retraite de Moreau au-delà du Pô et de l'Apennin. Détails de cette
+ belle opération. 197-204.
+ Combat sur la Limmat en Suisse (prairial an VII). 206 et suiv.
+ Essai de jonction entre l'armée de Naples et celle de Moreau. 210 et
+ suiv.
+ Bataille de la Trebbia. 213-215 et suiv.
+ Ses suites funestes. Retraite de Macdonald. 217-218.
+ Reprise de la campagne. Mouvemens de Masséna vers les Grandes-Alpes
+ (juillet 1799). 253-254.
+ Suite des affaires en Italie. 254 et suiv.
+ Joubert arrive à l'armée d'Italie pour remplacer Moreau. État de ses
+ forces. Bataille de Novi. 256-265.
+ Débarquement des Anglo-Russes en Hollande. Échec de Brune. 266-268.
+ Nouveau plan du conseil aulique. Description du théâtre de la guerre en
+ Suisse. Bataille de Zurich. 313 et suiv. 330.
+ Désastre et retraite de Suwarow en Suisse. 327-330.
+ Défaite des Anglo-Russes en Hollande par Brune. 330-331.
+ Fin de la campagne de 1799. Ses résultats heureux. 331-332.
+
+ HÉBERT. Journaliste. Il est arrêté. IV, 126.
+ Ses cruautés à l'égard des prisonniers du Temple. V, 144 et suiv.
+ Il est arrêté avec Ronsin, Vincent et autres. 371.
+ Son procès et sa mort. 374-377-378-379.
+
+ HÉBERTISTES. Lutte des hébertistes et des dantonistes. V.
+ 301-324-379-416.
+ Manoeuvres et caractères de ce parti. 337-338 et suiv.
+ Plusieurs d'entre eux sont arrêtés. 371 et suiv.
+ Procès et supplice des principaux chefs. 374-379.
+
+ HELVÉTIQUE (République). (Voy. _Suisse_).
+
+ HENRIOT. Il est nommé commandant de la garde parisienne le 31 mai. IV,
+ 148.
+ Fait tirer le canon d'alarme. 150.
+ Barre le passage à la convention le 2 juin. 181-182.
+
+ HÉRAULT-SÉCHELLES. Il est décrété de mise en accusation. V, 394.
+ Son procès et sa mort. 398-412.
+
+ HÉRÉDITÉ. L'hérédité du trône est votée. I, 150.
+ Discussions relatives à l'hérédité de la couronne. _Ibid._ et
+ suiv.
+
+ HOCHE. Est nommé général de l'armée de la Moselle. V, 97.
+ Sa manoeuvre dans les Vosges. 246-249.
+ Il est nommé commandant en chef des armées du Rhin et de la Moselle.
+ 249.
+ Est remplacé dans son commandement par Pichegru, et jeté en prison par
+ ordre de Saint-Just. VI, 60.
+ Est élargi. 243.
+ Ses opérations militaires et politiques en Vendée (1795). VII, 37 et
+ suiv.
+ Suite de ses opérations en Bretagne. 149 et suiv.
+ Il cherche à déjouer les projets des royalistes en Bretagne. 267 et
+ suiv.
+ Est nommé commandant de l'armée de l'Ouest. Ses dispositions pour
+ s'opposer à la nouvelle expédition anglaise. VIII, 25 et suiv.
+ Il cherche à amener la pacification définitive de la Vendée. Son plan.
+ 68-69 et suiv.
+ Exécution de ses projets. 72 et suiv.
+ Il est nommé commandant de l'armée dite des côtes de l'Océan. 126.
+ Le directoire approuve tous ses plans sur la Vendée, et il continue à
+ les exécuter. 126-127 et suiv.
+ Par ses soins la Vendée et la Bretagne sont entièrement soumises.
+ 138-139.
+ Il publie une lettre pour démentir certains bruits qu'on répandait sur
+ lui et sur Bonaparte. 244-247.
+ Conseille une expédition en Irlande. 265.
+ Son expédition en Irlande. 390-395.
+ Est nommé général de l'armée de Sambre-et-Meuse après la démission de
+ Jourdan. 404.
+ Il passe le Rhin à Neuwied. IX, 103.
+ Ses dispositions politiques favorables au directoire menacé. Barras
+ s'adresse à lui pour obtenir des troupes en cas de besoin. Détails de
+ ses relations avec le directoire et de ses préparatifs pour cet objet.
+ 196 et suiv.
+ Il est nommé ministre de la guerre en l'an V. 209.
+ Suite de ses préparatifs pour soutenir le directoire. 210 et suiv.
+ Suite de ses relations avec quelques membres du directoire pour le même
+ objet. 219 et suiv.
+ Ses opérations militaires dans l'affaire de Quiberon. (Voy. _Quiberon_).
+ Sa mort. Réflexions sur sa carrière politique et militaire. 298-302.
+
+ HOLLANDE. Conquête de ce pays. VII, 1-23.
+ Esprit public en Hollande à l'arrivée des Français. 9-13 et suiv.
+ Mesures politiques prises par la convention pour le gouvernement de la
+ Hollande. 24 et suiv.
+ La paix est signée avec cette puissance. Principales conditions du
+ traité. 130-133.
+ Sa situation en 1797. IX, 37 et suiv.
+ Révolution dans ce royaume, qui se donne une constitution semblable à
+ la constitution française. 372-375.
+ Nouvelles commotions politiques dans l'hiver de l'an VI. X, 76.
+ Débarquement des Anglo-Russes. 266-267.
+ Les Anglo-Russes y sont défaits par Brune et évacuent le pays. 330-331.
+
+ HONDSCHOOTE. Récit de cette victoire, et opérations militaires qui la
+ précédèrent. V. 24-26.
+
+ HÔTEL-DE-VILLE. Les électeurs s'y réunissent. I, 78.
+ Confusion qui y règne dans les journées du 13 et du 14 juillet. 90.
+ Arrivée de ceux qui avaient pris la Bastille. 98.
+ Embarras de l'Hôtel-de-Ville après le 14 juillet. 108-109.
+ Il est forcé le 4 octobre par des femmes et des hommes armés de piques.
+ 165.
+
+ HOUCHARD. Envoyé au tribunal révolutionnaire. V. 96.
+
+ ILE-DIEU. Expédition de ce nom. VIII, 62 et suiv.
+
+ INSTITUT d'Égypte. (Voy. _Égypte_).
+
+ INSTITUTIONS anglaises. Qui sont ceux qui les désiraient. I, 118 et suiv.
+
+ INSURRECTION. Projet d'insurrection dans les faubourgs. II, 203 et suiv.
+ Une grande insurrection est fixée pour le 10 août. 231-232.
+ Celle du 31 mai est arrêtée. Par qui. IV, 145.
+ Principaux détails sur cette insurrection. 146 et suiv., 158-159 et
+ suiv.
+ Événemens des 1er et 2 juin. IV, 166-170-171-173 et suiv.,
+ 176-180-183-184.
+
+ IRLANDE. Expédition française dans ce pays. Elle échoue. VIII, 390-395.
+ Léger échec des Français en Irlande. X, 102.
+
+ ISNARD. Son discours à l'occasion d'un projet de décret relatif aux
+ émigrés. II, 34-36.
+ Sa réponse à la pétition de la section de la Fraternité. IV, 127.
+
+ ITALIE. Tableau géographique et politique de cette contrée, à l'époque
+ de la conquête par les Français. VIII, 161-169.
+ Coup d'oeil sur l'état de l'opinion publique après la conquête de la
+ Lombardie. 209 et suiv.
+ Négociations avec divers états de ce pays. 268 et suiv.
+ Insurrections révolutionnaires dans plusieurs villes. Perfidie des
+ Vénitiens après le départ de Bonaparte. IX, 72 et suiv., 85.
+ La révolution se propage après les préliminaires de Léoben. Soulèvement
+ à Gènes. 134 et suiv.
+ Fondation de la république cisalpine. Affaires de la Valteline.
+ 314-318-321.
+ Événemens militaires de la campagne de 1799. (Voy. _Guerre_.)
+ Fermentation des états italiens en l'an VI. 380 et suiv.
+ Révolution à Rome, 381-388.
+ Conquête de Naples. (Voy. _Naples_.) Désordres des républiques
+ italiennes alliées. Changemens opérés dans la constitution cisalpine. X,
+ 83-89-94.
+ Envahissement des États romains par les Napolitains. (Voy. _Guerre_.)
+ Révolution du Piémont. 119 et suiv.
+
+ JACOBINS. Club de ce nom. Son influence. I, 213.
+ Ils adressent à l'assemblée une pétition demandant la déchéance du roi.
+ 302.
+ Organisation du club de ce nom. II, 13.
+ Robespierre se retranche aux Jacobins. Ils se prononcent contre les
+ projets de guerre. 47-48.
+ Leur projet de déposer le roi de vive force. 190-191 et suiv.
+ Leur puissance après le 10 août. 272-274.
+ Grande puissance de leur club. Les riches équipages qui se pressent à
+ la porte. Affiliations nombreuses. Marat y paraît encore étrange. III,
+ 70-73.
+ Agitation qui y règne après l'accusation de Robespierre, par Louvet, à
+ la convention. 91 et suiv.
+ Font divers projets pour remédier à la disette. 310.
+ Vive discussion au sujet du pillage du 25 février. 315-16.
+ Une populace armée se présente à ce club. 341-342.
+ Se prononcent contre les agitateurs. 348 et suiv.
+ Projets des jacobins à la suite de la chute des girondins. Mesures
+ qu'ils prennent pour profiter de la victoire du 31 mai. IV, 191.
+ Leur rôle après le 31 mai. 279 280.
+ Discussion au sujet du renouvellement et de la prorogation du comité de
+ salut public. 293-296.
+ Séance du 7 août 179, à laquelle assistent les commissaires des
+ départemens. Discours de Robespierre. 348-349.
+ Décident, sur la motion de Robespierre, que leur société sera épurée.
+ V, 221-222.
+ Plusieurs membres sont exclus. 228-229.
+ Séance du 6 prairial an II, après la tentative d'assassinat sur
+ Robespierre et Collot-d'Herbois. VI, 102-107.
+ Font une pétition à la convention, dirigée indirectement contre les
+ comités. 185 et suiv.
+ Le club est ouvert de nouveau et épuré après le 9 thermidor. 363.
+ Sont réprimés dans les provinces. 334 et suiv.
+ Ceux de Paris tâchent de se défendre après la réaction du 9 thermidor.
+ 335 et suiv.
+ Rumeur au club de Paris, menacé d'épuration par la convention. 348 et
+ suiv.
+ Mesures qu'ils prennent pour éluder le décret rendu contre les
+ sociétés populaires. 258-259.
+ Séances orageuses au club de Paris au sujet du procès de Carrier.
+ 374-375 et suiv.
+ Leur salle est investie par un attroupement. Tumulte et scènes
+ violentes dans Paris. 383 et suiv.
+ Leurs séances sont suspendues. Réflexions sur ce club. 388 et suiv.
+ Leur société étant dissoute, ils se réfugient au club électoral.
+ 390-391. (Voy. _Club électoral_.)
+
+ JANVIER (21). Une fête anniversaire de la mort de Louis XVI est
+ instituée par les conseils. La première se célèbre le 1er pluviôse an
+ IV. VIII, 92-93.
+
+ JEAN DE BRY. Propose de juger à la fois Marat et Robespierre. III, 107.
+
+ JEMMAPES. Bataille de ce nom. Événemens militaires qui y ont rapport.
+ III, 114 et suiv.
+
+ JEU DE PAUME. La salle du Jeu de Paume devient le lieu des séances de
+ l'assemblée nationale. Les députés assemblés dans le Jeu de Paume
+ prêtent le serment de ne pas se séparer avant l'établissement d'une
+ constitution. I, 62-63.
+ On fait louer la salle pour empêcher une nouvelle séance. 64-65.
+
+ JEUNESSE DORÉE. Parti auquel on donna ce nom. VI, 338.
+
+ JORDAN (Camille). Son rapport aux cinq-cents sur la liberté des cultes.
+ IX, 162 et suiv.
+
+ JOUBERT. Est nommé par le nouveau directoire commandant de l'armée
+ d'Italie, et remplace Moreau. X, 243.
+ Est tué à la bataille de Novi. 260.
+
+ JOUR DE L'AN. Cérémonial aboli par l'assemblée législative à propos des
+ hommages rendus au roi dans ce jour. II, 44.
+
+ JOURDAN. Est nommé général en chef de l'armée du Nord. V, 97.
+ Gagne les batailles de l'Ourthe et de la Roër. VI, 309 et suiv.
+ Manoeuvres du général pour favoriser le passage du Rhin par Moreau.
+ VIII, 221 et suiv.
+ Passe le Rhin. 228-238 et suiv.
+ Est repoussé sur le Mein par l'archiduc Charles. 300-301.
+ Est battu à Wurtzbourg, et bat en retraite. VIII, 318-319.
+ Nommé député en l'an V. IX, 147-148.
+ Est appelé au commandement de l'armée du Danube. X, 140.
+ Ses opérations militaires dans la campagne de 1799. (Voy. _Guerre_.)
+ Propose aux cinq-cents de déclarer la patrie en danger (17 fructidor
+ an VII). Sa proposition est rejetée. 279-281.
+
+ JOURNAUX. Divers journaux, représentant les opinions des partis, sont
+ publiés au commencement du directoire. VIII, 54.
+ Licence des journalistes., VIII, 396-397.
+
+ JUILLET (12, 13, 14). Le peuple parcourt les rues avec les bustes de
+ Necker et du duc d'Orléans. Le régiment de Royal-Allemand le disperse.
+ I, 87.
+ Les gardes-françaises font feu sur le Royal-Allemand. _Ibid_. Le
+ peuple force les barrières, pille les greniers de Saint-Lazare, et
+ prend des armes au Garde-Meuble. 89.
+ Divers bruits se répandent sur les projets hostiles de la cour. 93-94.
+ Le peuple enlève les canons de l'Hôtel des Invalides, et court à la
+ Bastille. 95-96.
+ Suites de ces journées. 98-99.
+
+ JUIN (20). Événemens de cette journée. Ses causes. II, 124-140.
+ Suites de cette journée. 141 et suiv.
+
+ KAIRE (Le). (Voy. _Égypte_.)
+
+ KELH. Reddition de ce fort par Moreau. VIII, 404.
+
+ KERSAINT. Donne sa démission à la convention nationale, pour ne pas
+ s'asseoir avec des hommes de sang. III, 258-259.
+
+ KLÉBER. Ses opérations militaires en Bretagne. V, 265-268-271-280-282 et
+ suiv.
+ Bonaparte lui confie le commandement de l'armée d'Égypte. X. 312.
+
+ KLINGLIN. Correspondance de Pichegru avec les princes émigrés, trouvée
+ dans un fourgon du général Klinglin. IX, 194-195.
+
+ LADMIRAL. Il tente d'assassiner Robespierre ou Collot-d'Herbois, et
+ échoue. VI, 96-98.
+
+ LAFAYETTE (Le marquis de). Vice-président de l'assemblée constituante. I,
+ 92.
+ Il est nommé commandant de la milice bourgeoise de Paris. 104.
+ Détails sur sa vie et son caractère. I, 110 et suiv.
+ Il donne sa démission, et reprend aussitôt le commandement. 114.
+ Déclaration des droits. 136 et suiv.
+ Traité de Cromwell. 144.
+ Arrête le peuple sur la route de Versailles. 172.
+ Arrive à Versailles dans la nuit du 4 octobre. Ses efforts pour
+ contenir le peuple à Paris. Il tranquillise le roi, et prend diverses
+ mesures pour maintenir l'ordre. Fatigue de vingt-quatre heures et repos.
+ 172 et suiv.
+ Défend le château attaqué par les brigands. Montre la reine au peuple.
+ 175 et suiv. (Voy. _Versailles_.)
+ Traité par Mirabeau de Cromwell-Grandisson. Engage le duc d'Orléans à
+ quitter Paris. 179-180.
+ Punit quelques soldats mutinés pour une augmentation de paie. 194-195.
+ Conseille au roi de s'attacher démonstrativement et sincèrement au
+ parti populaire. 199.
+ Dénonce à la tribune l'influence secrète de l'Angleterre dans les
+ affaires de la révolution. 219-220.
+ Comprime diverses émeutes. 267-268.
+ Disperse les jacobins attroupés au Champ-de-Mars. 302 et suiv.
+ Envoyé à l'armée du Rhin avec Luckner et Rochambeau. II, 40.
+ Prend le commandement de l'armée du Centre. 44.
+ Dumouriez s'oppose à ce qu'il ait le commandement général. 77.
+ Sa position au milieu des partis à la fin de 1792. 110 et suiv.
+ Il écrit une lettre à l'assemblée. 112 et suiv.
+ Se rend à l'assemblée et y expose divers griefs. 146; et suiv.
+ S'assied au banc des pétitionnaires. Ses projets en faveur du roi
+ échouent. Il repart pour l'armée. 149 et suiv.
+ Il propose au roi un projet de fuite. 206.
+ Est mis hors d'accusation par l'assemblée. 231.
+ Il fait arrêter des commissaires envoyés par l'assemblée. On demande
+ son accusation. Ses projets. 286-287.
+ Il est déclaré traître à la patrie et décrété d'accusation. 287.
+ Il est abandonné par Dumouriez. Se retire dans les Pays-Bas, et est
+ fait prisonnier par les Autrichiens, 289-291.
+ Son élargissement des prisons d'Olmutz, par suite du traité de
+ Campo-Formio. IX, 334.
+
+ LAMBALLE (La princesse de). Elle est massacrée. II, 334-335.
+
+ LAMETH. Les deux frères Lameth se liguent avec Barnave et Duport. I, 117.
+ Ils s'entendent avec la cour. I. 293.
+
+ LAMOURETTE. Évêque constitutionnel de Lyon et député à l'assemblée
+ législative. Motion de ce député. II, 173-174.
+ Effet produit par cette motion. 175.
+
+ LANJUINAIS. Il soutient que le décret qui casse la commission des douze
+ est nul. Tumulte et menaces à ce sujet. IV, 155 et suiv.
+ Son courage à la tribune le 2 juin. 178-179.
+
+ LARÉVELLIÈRE-LÉPAUX. Il sort du directoire dans la révolution de prairial
+ an VII. Sa conduite dans cette circonstance. X, 232-238.
+ (Voy. _Directoire_.)
+
+ LAROCHE-JAQUELIN. Chef Vendéen. IV, 90-91.
+
+ LAVILLE-HEURNOIS. (Voy. _Royalistes_.)
+
+ LECOINTRE (de Versailles). Il accuse à la convention les membres des
+ anciens comités. VI, 281 et suiv.
+ Son accusation est déclarée fausse et calomnieuse. 288 et 289.
+
+ LEMAITRE. Chef des agens royalistes. Il est arrêté après le 13
+ vendémiaire. Sa correspondance. VII, 373 378.
+
+ LÉOBEN. Préliminaires de paix avec l'Autriche, signés dans cette ville.
+ Principaux articles. IX, 91-95 et suiv.
+
+ LÉOPOLD. Intentions de ce prince envers la France et Louis XVI. II, 40
+ et suiv.
+
+ LEPELLETIER-SAINT-FARGEAU. Il est tué par un garde-du-corps. III,
+ 265-266.
+
+ LESCURE (De). Chef vendéen. IV, 91.
+ --Il est tué dans un combat. V, 123.
+
+ LETOURNEUR. Son caractère et sa conduite au directoire. IX, 5-6.
+ Le tirage au sort le fait sortir du directoire. 154.
+
+ LEVÉE EN MASSE. Elle est décrétée. IV, 362.
+ Moyen qu'on emploie pour l'exécution de cette mesure. 363 et suiv.
+
+ LIDO. Massacre des Français dans le port de ce nom à Venise. IX, 114 et
+ suiv.
+
+ LIEUTAUD. Entretient une troupe pour parler en faveur du roi. II, 205.
+
+ LILLE. Bombardement de cette ville par le duc de Saxe-Teschen.
+ L'archiduchesse Christine y assiste. III, 56.
+ Négociations entamées en cette ville entre la France et l'Angleterre,
+ en messidor an V. IX, 235-243.
+ Rupture de cette conférence par le directoire. 310-311 et suiv.
+
+ LINDET (Robert). Il fait à la convention un rapport sur l'état de la
+ France (20 septembre 1794). VI, 293 et suiv.
+
+ LIVRE ROUGE. Louis XVI fait cacheter les feuillets où sont marquées les
+ dépenses de Louis XV. I, 230-231.
+
+ LOANO. Bataille de ce nom. VIII, 58-61.
+
+ LODI. Bataille et passage du pont de Lodi. VIII, 178 et suiv.
+
+ LOMBARDIE. Conquête de ce pays. VIII. 173 et suiv.
+
+ LONATO. Bataille de ce nom. VIII, 283-285.
+
+ LOUIS XVI. Il monte sur le trône. Sou caractère. Ascendant de la reine.
+ I, 6-7.
+ Sa position et ses incertitudes. L'initiative qu'il pouvait prendre.
+ 29 et suiv.
+ Il assiste à l'ouverture des états-généraux et prononce un discours. 44.
+ Dans la séance du 23 juin, il prononce un discours qui irrite les
+ esprits. 65-66.
+ Ordonne à l'assemblée de se séparer sur-le-champ. 66.
+ Répond froidement à l'assemblée nationale qui demandait le renvoi des
+ troupes. 92.
+ Déclare à la députation de l'assemblée qu'il a ordonné l'éloignement
+ des troupes. 95.
+ Ses inquiétudes. Conversation avec le duc de Liancourt. 100.
+ Il se rend à l'assemblée nationale et y est reçu avec enthousiasme. 102.
+ Se rend à Paris, escorté de deux cents députés, et fait un discours à
+ l'Hôtel-de-Ville. 105-106.
+ Est proclamé restaurateur de la liberté française. 127.
+ Sa réponse à l'assemblée, qui lui demandait acceptation et promesse de
+ promulgation des articles constitutionnels et de la déclaration des
+ droits. 167.
+ Il accepte purement et simplement les articles et la déclaration des
+ droits. 171.
+ Revient à Paris. 177.
+ Se présente à l'assemblée le 4 février 1790, et fait un discours. Est
+ reconduit aux Tuileries par le peuple. 196 et suiv.
+ Sa liste civile est fixée à 25 millions. 231.
+ Assiste à la fête de la fédération avec la reine, et prête le serment de
+ maintenir la constitution. 240-241.
+ Frappé du sort de Charles Ier. 252.
+ Ses projets de fuite. 266.
+ Le peuple arrête sa voiture. 276-277.
+ Ses négociations avec des princes étrangers. Projet de fuite. 277 et
+ suiv.
+ Sa fuite avec la famille royale. 280 et suiv.
+ Circonstances de son arrestation à Varennes. 285 et suiv.
+ Circonstances de son retour à Paris. 289 et suiv.
+ Une sentinelle s'oppose à ses sorties. 293.
+ Il accepte la constitution. 307.
+ Se rend à l'assemblée législative, et est blessé par le cérémonial.
+ II, 17.
+ Appose son _veto_ à un décret contre les émigrés. 24.
+ Adresse une proclamation aux émigrés. 25-26.
+ Rend compte à l'assemblée législative de ses mesures contre
+ l'émigration. 37 et suiv.
+ Il songe à se lier avec la Gironde, républicaine par défiance du roi.
+ 57.
+ Fait à l'assemblée des propositions de guerre. 72 et suiv.
+ Ne veut sanctionner que le décret de vingt mille hommes et non celui
+ contre les prêtres. 105.
+ Ses hésitations. Ses contradictions. Son abattement. 106.
+ Demande secrètement le secours de l'étranger. 107 et suiv.
+ Attaqué dans les Tuileries le 20 juin. Diverses réponses qu'il fait au
+ peuple. 135 et suiv.
+ Fait une proclamation au peuple après le 20 juin. 144 et suiv.
+ Se rend à l'assemblée, qui le reçoit avec enthousiasme. 175-176.
+ Consternation du roi et de la cour. 181 et suiv.
+ Il assiste à la deuxième fête de la fédération. 186-187.
+ Divers projets d'évasion lui sont proposés. 206 et suiv.
+ Il se prépare à fuir et y renonce ensuite. 229.-230.
+ Est jeté avec sa famille dans la loge d'un journaliste dans l'assemblée.
+ 251.
+ Est suspendu de la royauté. 257.
+ Est gardé prisonnier aux Feuillans. 268.
+ Est transporté au Temple avec la famille royale. 278.
+ On commence à agiter la question de son jugement. III, 105 et suiv.
+ Détails sur sa captivité au Temple. 153 et suiv.
+ L'éducation de son fils. 154.
+ Précautions de la commune. 158-159.
+ Son procès et détails qui y ont rapport. 159 et suiv.
+ Il est conduit à la barre de la convention pour être jugé. 202 et suiv.
+ Répond aux diverses questions qui lui sont faites. 204.
+ Se choisit des défenseurs. 205 et suiv.
+ Nouveaux détails sur sa captivité pendant son procès. 219 et suiv.
+ Il est déclaré coupable de conspiration contre la liberté. 248.
+ Est condamné à mort. 256.
+ Circonstances et détails de son exécution. 262-265-266-270.
+
+ LOUVET. Rédige _la Sentinelle_. II, 119.
+ Il dénonce Robespierre à la convention. III, 84 et suiv.
+ Il court chez Pétion donner l'alerte aux girondins. 342-343.
+
+ LOZÈRE. Trente mille révoltés sont soumis dans ce département. IV,
+ 255-256.
+
+ LYON. Un club jacobin s'y établit. Troubles politiques en 1793. IV,
+ 75-76.
+ Combat sanglant dans cette ville. 196-197.
+ Troubles en juillet 93. Riard et Châlier sont mis à mort. 323-324.
+ Il est mis en état de siége par Dubois-Crancé, conformément au décret
+ de la convention. V, 7 et suiv.
+ Le siége se poursuit. 32.
+ Principales opérations militaires du siége. 81 et suiv.
+ Les promesses de l'émigration. 84.
+ Couthon propose de l'inonder avec des masses, et fait destituer
+ Dubois-Crancé qui s'y refuse. 90-91.
+ Suite. Prise de la ville. 91-94.
+ Décret de la convention contre cette ville. 94-95.
+ Le terrible décret de la convention contre cette ville est mis à
+ exécution. 131 et suiv.
+ Démolition des plus belles rues. La mine pour détruire les édifices, la
+ mitraille pour immoler les proscrits. 132.
+ Cette ville est déclarée n'être plus en état de rébellion. VI, 368.
+ Les contre-révolutionnaires y égorgent soixante-dix prisonniers le 5
+ floréal an III. VII, 184.
+
+ MACDONALD. Il est nommé commandant de l'armée de Naples. X, 140.
+ Ses opérations militaires dans la campagne de 1799. (Voy. _Guerre_.)
+
+ MAGNANO. Bataille de ce nom. X, 164 et suiv.
+
+ MAI (1793). Troubles dans Paris à l'occasion des nouvelles de
+ l'insurrection vendéenne les premiers jours du mois. Détails sur les
+ craintes des partis à cette époque. IV, 100 et suiv. 107.
+ 31 mai. Circonstances de cette journée, depuis le 30 mai jusqu'au 2
+ juin. 147 et suiv. 183-184. (Voy. _Insurrection_.)
+ Réflexions sur cette journée et ses conséquences. 184 et suiv.
+ Comment on en parle aux Jacobins. 191-193.
+ Distribution des pouvoirs et des influences après cette journée. 275-281.
+
+ MAILLARD. Un citoyen de ce nom conduit à Versailles une troupe de femmes
+ furieuses. I, 166.
+ Il se présente avec ces femmes devant l'assemblée, et expose le
+ désespoir du peuple à cause de la disette, 168-169.
+ Principal acteur dans les massacres du 2 septembre. (Voyez _Septembre_.)
+ Ses préparatifs, suivant une relation toute récente. II, 310-311.
+ Sa présence à l'Abbaye. 317.
+
+ MAISON MILITAIRE. Formation de la maison militaire du roi. II, 86 et
+ suiv.
+
+ MALESHERBES. Se dévoue à la défense de Louis XVI. III, 206.
+
+ MALMESBURY (Lord), ambassadeur anglais envoyé à Paris. Ses négociations
+ avec le directoire. VIII, 340-344.
+ Suite de ses négociations. 356 et suiv.
+ Suite de sa négociation avec le directoire. Elle est rompue. Il repart
+ pour l'Angleterre. 386-390.
+ Est de nouveau chargé par l'Angleterre de négocier la paix. IX, 145.
+ Conférences de Lille. 235-245.
+
+ MALTE (Ile de). Prise de cette île par les Français. X, 6-8.
+
+ MANDAT. Général en chef de la garde nationale au 10 août. Ses
+ préparatifs. II, 239.
+ Il est sommé de comparaître à l'Hôtel-de-Ville. 242.
+ Tué et jeté à l'eau. 243.
+
+ MANDATS. Nouveau papier créé le 25 ventôse an IV. VIII, 109-111.
+ Ce papier tombe. Causes de sa chute. 247 et suiv.
+
+ MANIFESTE DE BRUNSWICK. II, 217 et suiv.
+ Effet qu'il produit en France. 224 et suiv.
+
+ MANTOUE. Commencement du blocus de cette ville. VIII, 211.
+ Prise de cette ville par les Français. 425 et suiv.
+
+ MANUEL. Procureur-syndic de la commune, propose de loger le président de
+ la convention aux Tuileries. III, 23.
+
+ MARAT. Son caractère, ses principes. II, 194-196.
+ Son entrevue avec Barbaroux. 196 et suiv.
+ Il est chef du comité de surveillance de Paris. 277.
+ Se fait rendre les presses enlevées par Lafayette. 278.
+ Est élu député à la convention. III, 9.
+ Justifie sa conduite et ses écrits dans la convention. 38 et suiv.
+ Rappelle ses ennemis à la pudeur, et montre le pistolet avec lequel il
+ se serait tué si on l'eût décrété d'accusation. 43-44.
+ Va trouver Dumouriez au milieu d'une fête. 78-79.
+ Dispute qui s'élève aux Jacobins au sujet de Marat et de Robespierre.
+ 209 et suiv.
+ Les partisans de Marat. Sa justification par ses maximes. Il surfait au
+ peuple parce qu'on le marchande. 210-211.
+ Il est déféré aux tribunaux comme un des auteurs du 25 février. 317.
+ Se défend dans son journal. 318-320.
+ Il s'élève contre une pétition de la section Poissonnière et dénonce
+ Fournier. 347.
+ Est mis en arrestation par la convention. IV, 60.
+ Est acquitté par le tribunal révolutionnaire. Honneurs qu'il reçoit à
+ la convention et aux Jacobins. 66-68.
+ Sommé de s'expliquer sur ses opinions sur la nécessité d'une dictature.
+ 192.
+ Il est assassiné dans son bain. 265.
+ Honneurs qu'il reçoit après sa mort. 267-269-272-273.
+ Le 21 septembre 1794, ses restes sont transportés au Panthéon à la
+ place de ceux de Mirabeau. VI, 299-300.
+ Ses bustes sont brisés en 1795. VII, 56 et suiv.
+ Ils sont enlevés de la convention. Scènes tumultueuses à ce sujet.
+ 59.
+
+ MARCEAU. Il est nommé général en chef en Vendée. V, 287.
+ Est tué sur le champ de bataille. VIII, 320.
+
+ MARIE-ANTOINETTE. Elle est transférée à la Conciergerie, pour être jugée
+ par le tribunal révolutionnaire. IV, 395.
+ Un ami imprudent, et la correspondance dans un oeillet. V, 143.
+ Hébert et ses dépositions révoltantes dans ce procès. 146-148-149.
+ Réponse admirable à ces accusations. 149.
+ Détails de son procès. Elle est condamnée et mise à mort. 149-151.
+
+ MARSEILLE. Ville dévouée à la Gironde. IV, 76-77.
+
+ MARTIN D'AUCH. S'oppose à la déclaration du jeu de Paume. I, 63.
+
+ MASSÉNA. Un des généraux de l'armée d'Italie. VIII, 142-143.
+ Il s'empare du col de Tarwis. IX, 67-71.
+ Est nommé commandant de l'armée d'Helvétie. X, 140.
+ Remplace Jourdan dans le commandement de l'armée du Danube. Manière
+ dont il dispose ses forces. 188-189 et suiv. (Voy. _Guerre_.)
+ Il remporte une grande victoire à Zurich. 318-321 et suiv.
+
+ MAURY. (L'abbé). Principal orateur du clergé. Caractère de son esprit.
+ I, 117.
+ Il tâche de s'opposer à la saisie des biens du clergé. 188 et suiv.
+ Demande que l'assemblée se sépare, et qu'on procède à de nouvelles
+ élections. 210-211.
+
+ MAXIMUM. Il est établi sur tous les grains. IV, 330-331;
+ sur toutes les marchandises. 332-385.
+ Effets malheureux de cette mesure. V. 173 et suiv.
+ Effets désastreux du _maximum_.
+ Détails économiques. VI, 270 et suiv.
+ Cette mesure subit une réforme. 364-365 et suiv.
+ Il est aboli. VII, 244-248.
+
+ MAYENCE. Description de cette place forte. IV, 309.
+ Détails militaires du siége de cette ville. Disette effroyable.
+ Ignorance de la garnison sur les événemens qui se passent en France,
+ et _faux Moniteurs_ que les Prussiens font imprimer. Les Français
+ l'évacuent. 312-320.
+ Admiration des assiégeans pour la résistance des Français. 320.
+
+ MENOU. Général de l'armée de l'intérieur. Son rôle dans la journée du 12
+ vendémiaire. VII, 355 et suiv.
+
+ MERLIN. Il est nommé ministre de la justice en l'an V. IX, 209.
+ Est nommé directeur. 294.
+ Sort du directoire par la révolution du 30 prairial an VII. X, 238.
+ (Voy. _Larévellière_ et _Directoire_.)
+
+ MESNAI. Seigneur de Quincey; explosion dans son château qui cause une
+ effervescence universelle. I, 124.
+
+ MILAN. Prise de cette ville. VIII, 181-182.
+ Une révolte se manifeste après le départ de Bonaparte. Elle est
+ étouffée. 189-191.
+
+ MILLESIMO. Bataille de ce nom. VIII, 144-150.
+
+ MINCIO. Passage de ce fleuve par Bonaparte. VIII, 198-200 et suiv.
+
+ MINISTÈRE. État du ministère après la retraite de Necker. Les ministres
+ se retirent successivement. I, 250-251.
+ Nouvelle organisation du ministère. II, 32 et suiv.
+ Discussions parmi les membres du ministère. 53-55.
+ Renouvellement du ministère. 62-63.
+ La division s'y établit. 80 et suiv.
+ Roland, Clavière et Servan sont renvoyés. 103.
+ Des ministres feuillans le composent. 106.
+ Sa réorganisation après le 10 août. 263-264.
+ Il est l'objet de beaucoup de plaintes après le 31 mai. IV, 283-284.
+ Organisation du ministère par le directoire. Cinq ministres sont
+ nommés. VIII, 17.
+ Changemens projetés par le directoire. Les clichyens s'y opposent.
+ Détails à ce sujet. Le directoire nomme les ministres désignés par sa
+ majorité. IX, 200-211.
+ Changemens opérés à la suite de la révolution de prairial an VII. X,
+ 347-348.
+
+ MIRABEAU. Est élu député en Provence. I, 37-38.
+ Propose de sommer le clergé de se réunir aux communes. 49.
+ Il déclare que l'assemblée nationale ne se séparera que par la force.
+ 67.
+ Il propose de demander au roi le renvoi des troupes. 83-84.
+ Paroles mémorables de Mirabeau à l'occasion d'une dernière députation
+ envoyée au roi. 101.
+ Il réclame contre la mise en liberté de Besenval. 116.
+ Son caractère, son influence, idée de son génie. 119-120 et suiv.
+ Fait une proposition relative à l'hérédité du trône. 150-151.
+ Appuie une proposition d'impôt faite par Necker. Ses paroles sur la
+ banqueroute. 155-156;
+ Soupçonné d'être un des agens du duc d'Orléans. 179 et suiv.
+ Son entrevue avec Necker. 182.
+ Ses communications avec la cour. Réflexions à ce sujet. 200-201.
+ Paroles de Mirabeau à propos de la proposition relative à la religion
+ de l'état. 209.
+ Il s'oppose à la réélection des représentans. 211-212.
+ Réponse au discours de Barnave sur le droit de faire la paix et la
+ guerre. 223-224.
+ Se justifie de l'accusation portée contre lui d'être un des auteurs des
+ 5 et 6 octobre. 244.
+ Traite avec la cour. Ses plans pour défendre la cause de la monarchie.
+ 253 et suiv.
+ Il combat un projet de loi contre l'émigration. 269 et suiv.
+ Sa mort. 272-275.
+ Réflexions sur son caractère et sa carrière politique. 275-276.
+
+ MIRABEAU (Le vicomte). Adversaire de son frère. I, 212,
+ A la tête de 600 hommes dans l'évêché de Strasbourg. II, 33.
+
+ MIROMÉNIL. Garde-des-sceaux, conspirait avec les parlemens. Il est
+ destitué. I, 12.
+
+ MONSIEUR (frère du roi). Sa popularité. I, 16.
+ Le bureau qu'il préside vote pour le doublement du tiers. 28.
+ Se rend à l'Hôtel-de-Ville pour expliquer ses rapports avec Favras.
+ 195.
+ Fuite en Flandre. 281-282.
+ Décret qui lui enjoint de rentrer sous deux mois. II, 23.
+
+ MONTAGNARDS. Leur position et leurs incertitudes après le 25 février.
+ III, 322 et suiv.
+ Un grand nombre d'anciens membres du gouvernement révolutionnaire et de
+ montagnards sont décrétés d'arrestation après le 1er prairial. VII,
+ 228-233 et suiv.
+ Procès de plusieurs d'entre eux. Quelques-uns se tuent dans la prison.
+ Supplice des autres. 237 et suiv.
+
+ MONTAGNE (La). Nom donné à une portion de l'assemblée législative. II,
+ 15-16.
+ Nom donné au côté gauche de la convention. III, 46-47.
+ Sa situation après le 9 thermidor. VI, 245 et suiv.
+
+ MONTENOTTE. Bataille de ce nom. VIII, 146-148.
+
+ MONTESQUIOU. Sur le point d'être destitué. Son entrée en Savoie. On lui
+ continue le commandement des troupes. III, 62.
+ Il intimide Genève. 66.
+ Il s'y réfugie devant la menace d'un décret. 144-145.
+
+ MONT-THABOR. Bataille de ce nom. X, 295-297.
+
+ MOREAU. Il est nommé commandant de l'armée du Rhin à la place de
+ Pichegru. VIII, 125.
+ Passe le Rhin. 226 et suiv.
+ Suite de ses opérations sur le Danube. Bataille de Neresheim. 297-298.
+ Il entre en Bavière. 302.
+ Sa belle retraite. 321-326.
+ Ses dispositions politiques avant le 18 fructidor. Preuves qu'il ne
+ trahissait point à cette époque. IX, 194 et suiv.
+ Ses révélations tardives. Il perd son commandement. 296-297.
+ Prend le commandement de l'armée d'Italie, dont Schérer se démet. Ses
+ premières opérations. X, 195 et suiv. (Voy. _Guerre_.)
+ Sa retraite au-delà du Pô et de l'Apennin. 197 et suiv. (Voyez
+ _Guerre_.)
+
+ MOREAU DE SAINT-MÉRY (électeur). Défend l'Hôtel-de-Ville. I, 91.
+ Il se maintient à l'Hôtel-de-Ville, et signe près de. 3,000 ordres en
+ quelques heures. 99.
+ Il désigne Lafayette pour être commandant de la milice. 104.
+
+ MOULINS. Nommé directeur après le 30 prairial. (Voy. _Roger-Ducos_.)
+
+ MOUNIER. Chef du parti de la constitution anglaise. I, 142.
+ Il se présente au roi accompagné de quelques-unes des femmes
+ entraînées à Versailles par Maillard. 169-170. (Voy. _Maillard_.)
+ Donne sa démission, perd sa popularité. 185.
+
+ MUNICIPALITÉ. Elle fait une proclamation au peuple après le 20 juin.
+ II, 144.
+
+ MUSCADINS. Origine de ce nom. VI, 292-293.
+
+ NAPLES. Terreur de la cour à l'approche de Bonaparte. Un armistice est
+ conclu. VIII, 212-213.
+ La paix avec le royaume de Naples est signée. 347-348.
+ Projets insensés de la cour de Naples contre la France. X, 103 et
+ suiv. (Voy. _Guerre_.)
+ Conquête de ce royaume par les Français. 113-119.
+
+ NARBONNE. Ce ministre propose divers plans de guerre. II, 38.
+ Organise trois armées sur la frontière. 44 et suiv.
+
+ NECKER. Caractère et talens de ce ministre, I, 8.
+ Il est exilé. 11.
+ Rentre au ministère. 25.
+ Propose, au nom du roi, un plan de conciliation aux commissaires de la
+ noblesse. 52-53.
+ Propose au roi des plans de réforme. 60.
+ Reçoit un billet du roi qui le presse de partir. 86.
+ Part. _Ibid._ Son retour est ordonné par le roi. 106.
+ Il retourne en France, traîné en triomphe, se rend à l'Hôtel-de-Ville,
+ et est accueilli avec transport par la multitude; Demande aux électeurs
+ la liberté de Besenval, qu'ils accordent. 115-116.
+ Embarras financiers de ce ministre. 133 et suiv.
+ Il demande un emprunt de 30 millions. 135.
+ Sa plainte à l'assemblée. Il demande une contribution du quart du
+ revenu. 155.
+ S'abouche avec Mirabeau. 182.
+ Nouveaux détails sur son caractère. Il donne sa démission. 249-250.
+
+ NELSON. Cet amiral anglais ne peut joindre le convoi français d'Égypte.
+ X, 8-9.
+ Il bat l'escadre française à Aboukir. 52-57.
+
+ NERWINDE. Bataille de ce nom. Ses suites. IV, 4 et suiv.
+
+ NEUFCHÂTEAU (François de). Il est nommé directeur. IX, 294.
+
+ NOBLES. Les ex-nobles sont bannis par un décret de la convention. VI,
+ 8-9.
+ Une loi sur les ci-devant nobles est rendue après le 18 fructidor. IX,
+ 309-310.
+
+ NOBLESSE. La noblesse se refuse à la vérification des pouvoirs en
+ commun. (Voy. _Tiers-État_ et _Vérification_.) Quarante-sept
+ de ses membres se réunissent à l'assemblée nationale. I, 70
+ La majorité se réunit le 27 juin. 71-72.
+ Elle continue à se réunir en ordre séparé. 81-82.
+ Abdique ses priviléges. 125-126.
+ Son rôle dans l'assemblée. 191-192.
+ Se divise dans ses plans en deux partis. 206.
+
+ NORMANDIE. Elle est contraire à la révolution, IV, 78.
+
+ NOTABLES (Assemblée des). Sa convocation. I, 11.
+ Elle est convoquée de nouveau. 27.
+
+ NOVI. Bataille de ce nom. Détails militaires. X, 257-264.
+
+ ORANGE. On institue dans cette ville un tribunal révolutionnaire pour
+ tout le Midi. VI, 148-149.
+
+ ORLÉANS (Le duc d'). Il est exilé à Villers-Cotterets. I, 18.
+ Accusé de cabales. 38.
+ Son caractère. 39-40.
+ Il se mêle aux députés du tiers, 43.
+ Réunion au Palais-Royal des gens qu'on lui Suppose dévoués. 79.
+ Il est accusé d'être un des auteurs des 5 et 6 octobre, et mis hors
+ d'accusation. 243 et suiv.
+ Refuse la régence. 300 et suiv.
+ Est insulté au château. II, 49-50.
+ Est nommé député à la convention. III, 9.
+ Sa position équivoque dans la convention. On délibère sur son
+ bannissement. 214 et suiv.
+ Il vote la mort de son parent. 253.
+ Il est décrété d'accusation avec sa famille. IV, 38-39.
+ Est condamné à mort et exécuté. V, 167-168.
+
+ ORDRES. Conduite des premiers ordres à la convocation des états
+ généraux. I, 41-42.
+
+ OTAGES (Loi des). Rendue le 30 prairial an VII. Ses conséquences. X, 247
+ et suiv.
+
+ PACHE. Il est nommé ministre de la guerre. Sa sobriété, sa modération,
+ son activité. III, 111-112.
+ Son penchant pour les jacobins. 133.
+ Ses bureaux. 150.
+ Disgracié. 275.
+ Nommé maire de Paris. 305.
+ Il signe une pétition pour exclure les girondins de l'assemblée. IV, 62.
+
+ PALAIS-ROYAL. Le jardin du Palais-Royal devient le centre des plus
+ grands rassemblemens populaires. I, 79.
+ Il continue à être le centre de réunion des agitateurs. 143-144.
+ Fait une adresse à la commune. 145.
+
+ PÂQUES VÉRONAISES. Nom donné au massacre des Français à Vérone le 15
+ avril 1797. Détails de cet événement. IX, 107-114.
+
+ PARLEMENT. Sa résistance à l'égale répartition des impôts et à
+ l'abolition des restes de la barbarie féodale. I, 9.
+ Position du parlement après l'assemblée des notables. 15.
+ Il est mandé à Versailles. 16.
+ Exilé à Troyes. _Ibid._ Rappelé le 10 septembre. 17.
+ Enregistre l'édit portant la création de l'emprunt successif, et la
+ convocation des états-généraux dans cinq ans. 18.
+ Fait, le 5 mai 1788, une déclaration de quelques-unes des lois
+ constitutives de l'état. 20-21.
+
+ PARIS, garde-du-corps, venge Louis XVI sur un de ses juges. III,
+ 265-266.
+
+ PARTI POPULAIRE. Ses chefs et son influence vers la fin de 1792. II,
+ 117-118.
+
+ PARTIS. État des partis après le 5 octobre. I, 178 et suiv.
+ État de dissidence des partis après la seconde fédération. II, 192 et
+ suiv.
+ Exigence des partis après le 10 août, 270-271.
+ Leur état au moment du procès de Louis XVI. III, 148 et suiv.
+ Situation des partis après la mort de Louis XVI. 271 et suiv.
+ Leurs différens moyens d'influence et d'action. IV, 70 et suiv.
+ Leur division en décembre 93. V, 241 et suiv.
+ Leur division et situation après le 9 thermidor. VI, 268-267-280 et
+ suiv.
+ Lutte des deux partis qui se formèrent après la terreur. 332 et suiv.
+ 343 et suiv.
+ Grande agitation des partis révolutionnaire et modéré après la
+ réaction de thermidor. VII, 55 et suiv.
+ Lutte des patriotes et des révolutionnaires dans la réaction amenée par
+ le 9 thermidor. 178 et suiv.
+ Leurs plaintes contre le directoire. VIII, 95 et suiv.
+ Leur état en messidor an V. IX, 253 et suiv. 265.
+ Ils se coalisent tous contre le directoire après nos défaites en
+ Italie (an VII). X, 220 et suiv.
+ Leur agitation après le retour de Bonaparte d'Égypte. Tous se
+ réunissent à lui par des motifs divers. 338-342 et suiv.
+
+ PATRIE EN DANGER. La patrie déclarée en danger le 11 juillet 1792.
+ Conséquence de cette déclaration. II, 180.
+ Séances permanentes. Enrôlemens volontaires. Les fédérés arrivent de
+ toutes parts. 188 et suiv.
+ On propose, le 27 fructidor an VII, de renouveler cette déclaration.
+ X, 279 et suiv.
+
+ PATRIOTES. État de ce parti en germinal an III. VII, 84 et suiv.
+ Échecs qu'ils éprouvent dans les insurrections du 1er germinal. 86-96;
+ du 12 germinal. 107 et suiv.
+ Ils sont désarmés et renvoyés dans leurs communes. 122 et suiv.
+ Projets de révolte et d'insurrection en floréal (1795). Ils échouent.
+ 182 et suiv.
+ Envahissent la convention le 1er prairial an III. Suite de leur
+ insurrection les 2, 3 et 4 du même mois. Ils sont soumis. 204 et suiv.
+ 231.
+ Leur révolte à Toulon, en floréal. 232-233.
+ Réflexions sur la ruine de ce parti par les événemens de prairial.
+ 249 et suiv.
+ La convention, menacée en vendémiaire, leur donne des armes. 353.
+ Ils se réunissent au Panthéon et forment une espèce de club (1795).
+ VIII, 52-53.
+ Leurs plaintes et récriminations contre le directoire. 71-95 et suiv.
+ Leur réunion au Panthéon devient un vrai club jacobin. 97-99.
+ Leur société est dissoute. 99.
+ Ils se montrent mécontens du directoire. Attaquent le camp de Grenelle.
+ L'insurrection échoue. 257-261-262.
+ Ils forment l'opposition contre le directoire après le 18 fructidor.
+ IX, 401 et suiv.
+ Leur déchaînement après le désastre de Novi et les événemens de
+ Hollande. Mesures qu'ils conseillent. Leur force dans les conseils. V,
+ 268-269 et suiv.
+ Le directoire fait fermer plusieurs de leurs sociétés. 273-275.
+ Leurs plaintes et accusations contre le directoire dans leurs
+ journaux. Leurs presses sont saisies. 275 et suiv.
+ Les députés patriotes et leurs adversaires se réunissent pour essayer,
+ d'une réconciliation. 277-279.
+
+ PAVIE. Des paysans révoltés s'emparent de cette ville. Bonaparte la
+ reprend. VIII, 190-192.
+
+ PÉTION. Nommé par l'assemblée l'un des trois commissaires
+ pour reconduire Louis XVI à Paris après son arrestation à Varennes. I,
+ 289.
+ Il est nommé maire de Paris. Ses principes républicains et sa conduite.
+ II, 122 et suiv.
+ Sa conduite dans la journée du 20 juin. 124-127-139-140.
+ Sa conversation avec le roi. 143.
+ Il est suspendu de ses fonctions, 177.
+ Est réintégré par l'assemblée. 184.
+ La foule crie: _Vive Pétion! Pétion ou la mort!_ 186.
+ Demande la déchéance du roi au nom des quarante-huit sections de Paris.
+ 226-227.
+ Tâche de retarder l'insurrection du 10 août. 223-234.
+ Place lui-même des sentinelles à sa porte pour être en état
+ d'arrestation. 244.
+ Rend compte à l'assemblée de l'état de Paris. 270.
+ Regardé par Danton comme un honnête homme inutile. 274.
+ Tâche de s'opposer aux massacres du 2 septembre. 333-334.
+ Il est arrêté. IV, 190.
+
+ PHILIPPEAUX. Son écrit contre Ronsin et les ultra-révolutionnaires. V,
+ 306-307.
+ Il est accusé devant les jacobins. 314 et suiv.
+ Suite de son accusation 329 et suiv.
+ Il est arrêté. 389.
+ Son procès et sa mort. 398-411.
+
+ PICHEGRU. Commandant en chef de l'armée du Nord. VI, 60.
+ Il passe la Meuse. 315.
+ Envahit la Hollande; prend l'île de Bommel. VII, 11 et suiv.
+ Nommé général de la force armée à Paris. Apaise l'insurrection du 12
+ germinal. 117-119 et suiv.
+ Commandant de l'armée du Rhin. 253.
+ Sa trahison. Détails de ses négociations avec le prince de Condé. 259
+ et suiv.
+ Perd son commandement. VIII, 125.
+ Ses relations avec les émigrés. 23 et suiv.
+ Nommé député en l'an V par le Jura. 147.
+ Continue ses projets de trahison. 156.
+ Son rapport aux cinq-cents sur l'organisation de la garde nationale.
+ 216 et suiv.
+ Est arrêté le 18 fructidor et conduit au Temple. 276-278.
+ Il est condamné à la déportation. 285.
+
+ PIÉMONT. Conquête du Piémont par Bonaparte. VIII, 141-161.
+ Traité de paix avec ce royaume. 268.
+ Abdication du roi. La France reprend en main le gouvernement. X, 120
+ et suiv.
+
+ PILNITZ. Déclaration de Pilnitz. I, 296-297.
+
+ PITT. Sa politique à l'égard de la France. On l'accuse de payer des
+ troubles. Il excite l'Espagne contre la France. III, 277 et suiv.
+ Il a une entrevue avec Maret, envoyé du gouvernement français;
+ entrevue qui n'amène rien. 283 et suiv.
+ Est soupçonné d'être le moteur d'une conspiration étrangère, et est
+ déclaré l'ennemi du genre humain par la convention. IV, 393-394.
+ Sa politique au commencement de 1794. VI, 54-55 et suiv.
+ Politique de ce ministre. Il continue à soutenir la
+ guerre contre la France. Ses projets. VII, 164-167 et suiv.
+ S'attire la haine des Anglais après la campagne de 1795.
+ Sa politique. VIII, 77-80 et suiv.
+ Ses négociations illusoires avec la France. 120-121.
+ Ses combinaisons. Ouverture d'une négociation avec le directoire. 336\
+ et suiv.
+
+ POIDS ET MESURES. Le système en est renouvelé. V, 187-188.
+
+ POLICE. Elle est érigée en ministère spécial sur la proposition du
+ directoire. VIII, 101.
+
+ PORTE (La). Elle déclare la guerre à la France. X, 61-62.
+
+ PRAIRIAL (1, 2, 3 et 4) an III. Insurrection des patriotes. Envahissement
+ de la convention. Combats. Meurtre d'un député. Détails de cette
+ journée. VII, 205-225.
+ Journée du lendemain, 2. Les patriotes échouent de nouveau. 224 et
+ suiv.
+ Le 4 prairial les révoltés se retranchent dans le faubourg
+ Saint-Antoine. Ils sont soumis. 229-231.
+ 30 prairial. Révolution dans le gouvernement directorial. Trois
+ directeurs sont changés. X, 228-232-238. (Voy. _Directoire_.)
+
+ PRESSE. La liberté de la presse est établie après le 9 thermidor. VI, 261
+ et suiv.
+ Discussion sur la liberté de la presse en prairial. (Voy. _Prairial_,
+ _Directoire_.)
+
+ PRINCES. Fâcheuse situation des princes français émigrés en 1794 VI, 326
+ et suiv.
+
+ PRISONNIERS. Cinquante-deux prisonniers sont égorgés à Versailles. III,
+ 3 et suiv.
+
+ PRISONS. Elles deviennent insuffisantes lors de la loi des suspects.
+ Leur intérieur à cette époque. V, 136 et suiv.
+ Jeux, simulacres de tribunaux, bizarrerie française. 141-142.
+ Le régime des prisons devient plus rigoureux en 94. VI, 94.
+
+ PROCESSION. Le roi et les trois ordres se rendent en procession à
+ Notre-Dame. I, 43.
+
+ PRUSSE. Elle rompt la neutralité et marche contre la France. II, 154.
+ Négocie pour la paix. VII, 29-30.
+ La paix est signée avec cette puissance. Conditions du traité. 134-135.
+ Conserve sa neutralité malgré les efforts de Pitt. VIII, 122.
+
+ PRUSSIENS. Leurs premiers succès. II, 297.
+ Leur armée se retire. 372.
+ Faux bruits sur la vraie cause de leur retraite. 375-376.
+
+ PUYSAIE (De). Chef secret des chouans. VI, 324 et suiv.
+ Suite de ses menées politiques en Bretagne. VII, 153 et suiv.
+ Suite de l'expédition de Quiberon. Détails de ses opérations
+ militaires dans cette affaire. 269-275-276-312.
+ Il se prépare de nouveau à la guerre en Bretagne après l'affaire de
+ Quiberon, VIII, 23 et suiv.
+
+ PYRAMIDES. Bataille de ce nom. X, 36 et suiv.
+
+ QUIBERON. Expédition de Quiberon. Détails militaires. VII, 269 et suiv.
+ 311.
+ Cause de non-réussite des émigrés. Conséquences de l'affaire de
+ Quiberon. VII, 312 et suiv.
+
+ RADSTADT. Congrès de ce nom. Détails des négociations qui y eurent lieu
+ en pluviôse an VI. X, 365 et suiv.
+ Progrès des négociations dans l'été de l'an VI. 71 et suiv.
+ Assassinat des plénipotentiaires français. Motifs et détails de cette
+ catastrophe. 169-172.
+
+ RADSTADT ET ETTLINGEN. Bataille de ce nom. VIII, 147 et suiv.
+
+ RAISON (Culte de la). Abolition de ce culte. V, 231.
+
+ REBECQUI. Il accuse Robespierre de tyrannie. III, 32 et suiv.
+
+ RÉFORMES. Changement dans les moeurs et réformes diverses en 1795. VII,
+ 46-51.
+
+ RELIGION CATHOLIQUE. Débats à l'assemblée sur la proposition de déclarer
+ la religion catholique religion de l'état. I, 208 et suiv.
+
+ RÉPUBLIQUE. On date de l'an 1er de la république, le 22 novembre 1792.
+ III, 26.
+ Dangers de la république en août 1793. IV, 325 et suiv.
+
+ RESCRIPTIONS. Sorte de bons au porteur émis sous ce nom par le
+ directoire. VIII, 84.
+ Mauvais succès de ce papier. 106.
+
+ RÉVEIL DU PEUPLE. Air chanté par la jeunesse dorée (voy. ce mot). VI,
+ 383.
+
+ RÉVEILLON. La maison de ce fabricant de papiers est brûlée. I, 38-39.
+
+ RÉVELLIÈRE-LÉPADX (La). Son caractère. Sa conduite à l'égard de ses
+ collègues du directoire. IX, 6-7 et suiv.
+
+ RÉVOLTES. Des révoltes contre-révolutionnaires se déclarent dans
+ plusieurs départemens. IV, 19.
+
+ RÉVOLUTION. Réflexions sur la marche des révolutions. II, 6-7.
+
+ RÉVOLUTION FRANÇAISE. Causes qui la préparèrent. I, 33-35 et suiv.
+ Elle commence à donner des inquiétudes aux souverains étrangers. 215.
+ Différemment embrassée par Paris et les provinces. V, 359 et suiv.
+
+ REWBELL. Caractère de ce membre du directoire. Sa position vis-à-vis des
+ autres directeurs. IX, 4-5.
+ Calomnieuses accusations contre sa probité. X, 182-185.
+ Il est exclus du directoire par le sort. 185.
+
+ RHIN. Passage de ce fleuve par Moreau. VIII, 226 et suiv.;
+ par Jourdan. 238;
+ par Masséna le 16 ventôse an VII. X, 145-146.
+
+ RIVOLI. Bataille de ce nom. VIII, 411-423.
+
+ ROBESPIERRE. Il s'élève contre la critique de la déclaration des droits.
+ I, 167.
+ Combat la proposition de la loi martiale. 186.
+ Il se prononce contre le principe de l'inviolabilité du roi. 301.
+ Son influence au club des jacobins. II, 14 et suiv.
+ Se déclare contre la guerre dans les séances aux jacobins. 48-49.
+ Buzot et Roland lui offrent un asile. 198.
+ Entrevue avec Barbaroux. 201-202.
+ Sa position après le 10 août. 273.
+ Il adresse à l'assemblée une pétition au nom de la municipalité. 281
+ et suiv.
+ Il est nommé député à la convention. III, 9.
+ Est accusé de tyrannie à la convention. Sa défense. Débats à ce sujet.
+ 31-32.
+ Il est accusé de nouveau par Louvet. 84 et suiv.
+ Se défend à la convention. 98 et suiv.
+ Veut que Louis XVI soit condamné sans procès. 192 et suiv.
+ Dispute qui s'engage aux Jacobins au sujet de Robespierre et de Marat.
+ 209 et suiv.
+ Combat l'appel au peuple et demande la condamnation du roi. 234 et suiv.
+ --Fait un long discours contre Dumouriez et les girondins. IV, 51 suiv.
+ --Sa popularité, ses projets, et détails sur son caractère. 289 et suiv.
+ Parle aux Jacobins en faveur du comité de salut public. 291-294 et suiv.
+ Sa politique. 296-299.
+ Il devient membre du comité de salut public. 591.
+ --Improuve aux Jacobins la destruction du culte, et se prononce contre
+ les agitateurs. 218 et suiv.
+ Justifie Danton. 224 et suiv.
+ Son opinion sur la nature du gouvernement révolutionnaire. 352 et suiv.
+ Il parle contre Danton à la convention. 390 et suiv.
+ Fait décréter la reconnaissance de l'Être-Suprême. Son discours. VI,
+ 22-29.
+ On tente de l'assassiner. 100-102.
+ Son discours aux Jacobins après cette tentative d'assassinat. 105 et
+ suiv.
+ Son influence en 94. Sa politique. Détails de son caractère. 107 et
+ suiv.
+ Propose et fait adopter une nouvelle organisation du tribunal
+ révolutionnaire. 119-123.
+ Commence à éprouver de la résistance dans les comités. 128-129 et
+ suiv.
+ Ses projets contre les comités et sa conduite politique à cette
+ époque. 154-158.
+ Suite du même sujet. 180 et suiv.
+ Prononce le 8 thermidor un discours à la convention. Il se justifie
+ de certaines accusations, et ensuite attaque ses adversaires des
+ comités. Il conclut à une épuration des comités de sûreté générale et
+ de salut public. 187-193.
+ Débats à ce sujet; il est à son tour vivement accusé. 193-197.
+ Va aux Jacobins, et fait décider une nouvelle insurrection contre la
+ convention. 197-198.
+ Est accusé violemment le 9 thermidor à la convention. Détails de cette
+ scène. Il est décrété d'arrestation. 205-210.
+ Se tire un coup de pistolet. Son supplice. 225-228.
+
+ ROEDERER. Engage Louis XVI à se retirer dans le sein de l'assemblée
+ législative. Discussion avec la reine. II, 249-250.
+ Il rend compte à l'assemblée dès préliminaires de l'insurrection. 251.
+
+ ROGER-DUCOS et MOULINS. Ils succèdent à Larévellière et à Merlin au
+ directoire. X, 240 et suiv.
+
+ ROGER-DUCOS. Il est nommé consul provisoire, le 18 brumaire. X, 383-384.
+
+ ROLAND. Nommé ministre de l'intérieur. II, 62.
+ Il lit au roi une lettre. 92 et suiv.
+ Communique à l'assemblée la lettre qu'il avait lue au roi. 103.
+ Attaque les auteurs du 2 septembre. 330-331.
+ Fait son rapport sur l'état de Paris. III, 83.
+ Son inflexibilité vis-à-vis de la commune. 150-151.
+ Donne sa démission. 273.
+
+ ROLAND. (Mad.). Son influence sur les girondins. II, 63.
+ Haine des jacobins contre elle. III, 12-13.
+ Elle est arrêtée. IV, 190-191.
+ Est condamnée et exécutée. V. 168-469.
+
+ ROME. Agitation des démocrates dans les États-Romains. La légation
+ française est insultée. IX, 381-383.
+ Berthier entre à Rome, en chasse le pape. 384-386.
+ Les Romains se constituent en république, 385 et suiv.
+ État de son gouvernement après sa révolution. X, 86 et suiv.
+ Entrée des Napolitains dans les États-Romains. Ils sont repoussés par
+ Championnet. 109-113.
+
+ ROMEUF. Aide-de-camp de Lafayette; il part sur les traces de Louis XVI.
+ I, 283.
+ Il arrive à Varennes. 288.
+
+ RONSIN. Il sort de prison. Son caractère. V, 338-339.
+ Il est de nouveau arrêté. 370.
+ Son procès et sa mort. 374-379.
+
+ ROSSIGNOL. Il est nommé général de l'armée des côtes de La Rochelle.
+ IV. 389.
+
+ ROVEREDO. Bataille de ce nom. VIII, 303-307.
+
+ ROYALISTES. Situation du parti royaliste en 1794. VI, 326-327.
+ Intrigues diverses et projets des agens royalistes. VII, 153 et suiv.
+ Triomphe de ce parti après les événemens de prairial. 249 et suiv.
+ Menées de ce parti dans les sections après les journées de prairial.
+ VII, 323 et suiv.
+ Leur désappointement après le 13 vendémiaire. 373 et suiv.
+ Les agens de la royauté continuent leurs secrètes menées. VIII, 114 et
+ suiv.
+ État de cette faction dans l'hiver de l'an V. Suite de ses intrigues
+ et de ses projets. IX, 18 et suiv.
+ Complot découvert de Broitier, Laviller-Heurnois et Duverne de
+ Presle. 28 et suiv.
+ Leurs espérances après les élections de l'an V. Leur joie à Paris, où
+ se réunissent beaucoup d'émigrés et de chouans. 179-181.
+ Leur terreur après le 18 fructidor. 293 et suiv.
+
+ ROYOU. Rédacteur de l'_Ami du Roi_, mis en accusation. II, 84.
+
+ SAINT-HURUGUES. Ancien marquis, détenu à la Bastille. I, 444.
+ Il se porte sur Versailles avec plusieurs exaltés. 144-145.
+
+ SAINT-JUST. Son opinion sur l'inviolabilité du roi et sur sa mise en
+ accusation. III, 172 et suiv.
+ Il provoque et fait décréter l'institution du gouvernement
+ révolutionnaire. V, 56 et suiv.
+ Est envoyé par le comité de salut public à l'armée du Rhin. Ce qu'il y
+ fait. 245-246-249.
+ Il fait un rapport contre les hébertistes et les dantonistes. 369 et
+ suiv.
+ Accuse Danton à la convention. 393 et suiv.
+ Il est décrété d'arrestation par la convention, dans la séance du 9
+ thermidor. VI, 210.
+ Son supplice. 227-228.
+
+ SALLES. Propose et soutient le système de l'appel au peuple dans le
+ procès de Louis XVI. III, 230 et suiv.
+
+ SANTERRE. Son influence sur les faubourgs. II, 118.
+ Ses opérations au 20 juin. 124-126-127-132-133.
+
+ SCHÉRER. Il est nommé général en chef de l'armée d'Italie. X, 139.
+ Il abandonne le commandement de l'armée d'Italie à Moreau. 195.
+
+ SECTIONS. Les sections de Paris chargent Pétion de demander la déchéance
+ de Louis XVI. II, 226.
+ Fanatisme des assemblées des sections. III, 308-310.
+ Mesures qu'elles demandent pour assurer le repos public. 331-333.
+ La section Poissonnière demande un acte d'accusation contre Dumouriez.
+ Scène à la convention à ce sujet. 346 et suiv.
+ La section de la Halle-au-Blé fait une pétition contre plusieurs
+ membres de la convention. IV, 50.
+ Leur influence dans toute la France. 75 et suiv.
+ La section de la _Fraternité_ dénonce les projets de l'assemblée
+ de la mairie. 121.
+ D'autres l'imitent. 123.
+ Tumulte vers la fin de mai au sujet de l'accusation d'Hébert. 128 et
+ suiv.
+ Les 48 sections se réunissent pour décider l'insurrection du 31 mai.
+ 146.
+ Les assemblées sectionnaires détruites par le comité de salut public.
+ VI. 12-15.
+ On décide qu'elles n'auront plus lieu qu'une fois par décade. 259.
+ Les sections de Montreuil et des Quinze-Vingts présentent une pétition
+ à la convention le 1er germinal. Leurs attroupemens insurrectionnels.
+ VII, 86 et suiv.
+ Elles sont agitées par les menées du parti royaliste. 324 et suiv.
+ Elles se soulèvent contre les décrets des 5 et 13 fructidor. Pétitions.
+ Celles de Paris rejettent ces décrets. 339-544.
+ Celles du reste de la France les acceptent. 345 et suiv.
+ Elles font la journée du 15 vendémiaire (voy. _Vendémiaire_).
+ 348-369.
+ La section Lepelletier résiste aux troupes du général Menou le 12
+ vendémiaire. 354 et suiv.
+ Les sectionnaires forment diverses sociétés en 1795. VIII, 53.
+
+ SELZ. Lieu choisi pour les conférences entre l'Autriche et la France.
+ Négociations qui s'y font. X, 67 et suiv.
+
+ SEPTEMBRE (2, 3, 4 et 5). Détails de ces journées. Massacre des
+ prisonniers. II, 312-340.
+
+ SEPTEUIL. Trésorier de la liste civile. Sommes trouvées chez lui. III, 4.
+ On les évalue à dix millions. 94.
+
+ SERMENT CIVIQUE. Origine de ce serment. I, 138.
+ Il est prêté par l'assemblée nationale et par tous les corps
+ constitués de Paris et de la France. 198-199.
+ Il est prêté par les fédérés au Champ-de-Mars. 240-241.
+ L'assemblée étend l'obligation de ce serment au clergé. 259-260. (Voy.
+ _Clergé_.)
+
+ SERRURIER. Un des généraux de l'armée d'Italie. VIII, 143.
+
+ SERVAN. Ce ministre propose la réunion d'un camp de vingt mille fédérés.
+ Débats à l'assemblée sur cette motion. II, 90 et suiv.
+
+ SIÈYES (l'abbé) publie une brochure sur le _tiers-état_. I, 26.
+ Propose aux communes de faire une nouvelle sommation aux deux autres
+ ordres relativement à la vérification des pouvoirs. Il motive la
+ décision des communes qui se constituent assemblée nationale. 54 et
+ suiv.
+ Idées de Sièyes sur la constitution. 141.
+ Il propose l'anéantissement des démarcations provinciales. 190.
+ Il propose et fait adopter le projet d'un décret destiné à protéger la
+ convention contre les insurrections. VII, 82 et suiv.
+ Son projet de loi est voté; 93-95.
+ Refuse d'être directeur. VIII, 10.
+ Il est envoyé par le directoire en ambassade à Berlin. X, 156 et suiv.
+ Il est élu directeur en remplacement de Rewbell. 187.
+ Sa coopération au 18 brumaire. 351-353-356-359 et suiv.
+ Il est nommé consul provisoire le même jour. 383-384.
+
+ SOCIÉTÉ. Peinture de la société et des moeurs à la fin de l'an IV. VIII,
+ 103 et suiv.
+
+ SOCIÉTÉS PATRIOTIQUES. Nom que prennent les assemblées de sections. IV,
+ 139.
+
+ SOCIÉTÉS POPULAIRES. Décret rendu contre elles après la terreur. VI,
+ 351-357.
+ Diverses réunions de la jeunesse dorée et le club du Panthéon sont
+ fermés. VIII, 99.
+
+ SOIXANTE-TREIZE députés prisonniers depuis le 31 mai sont réintégrés
+ dans leurs fonctions. VI, 392.
+
+ SOMBREUIL. Le dévouement de sa fille. II, 325.
+
+ STAEL (Mad. de). Son influence à Paris. VII, 329.
+ Elle essaie de rapprocher les constitutionnels et les clichyens. Son
+ influence dans la société de Paris. IX, 254-257.
+
+ STOCKACH. Bataille de ce nom. Détails militaires. X, 148-155.
+
+ STOFFLET. Un des premiers chefs de l'insurrection vendéenne. IV, 84-90.
+ Il continue la guerre après la soumission de Charette. VII, 147 et
+ suiv.
+ Il signe la paix à Saint-Florent. 161.
+ Il est pris et fusillé. VIII, 131-132.
+
+ SUBSISTANCES. Embarras à Paris pour les subsistances en 1792. III, 182
+ et suiv.
+ Les embarras augmentent. 307 et suiv.
+ Leur déplorable état en 93. IV. 326 et suiv.
+ Décrets de la convention à ce sujet. Détresse des Parisiens. 331 et
+ suiv.
+ Mesures prises par la commune et par la convention pour se pourvoir en
+ octobre 93. V, 175-177-178 et suiv.
+ Lois et règlemens sur les subsistances dans les premiers mois de 1794.
+ VI, 84 et suiv.
+ Nouveaux décrets sur les subsistances après le 1er prairial. VII,
+ 241-242.
+ Le directoire les rend au commerce libre. VIII, 85 et suiv.
+
+ SUISSE. Elle conserve sa neutralité au milieu de la guerre générale. Ses
+ dispositions à l'égard de la république. VII, 137-138.
+ Révolution en Suisse. Ses causes. Insurrection du pays de Vaud.
+ Arrivée des Français avec Brune. Ils s'emparent de Berne. La Suisse se
+ constitue en république. IX, 389-399.
+ Nouveaux troubles politiques. Divisions entre les cantons.
+ Intervention de la France. Un traité d'alliance est conclu. X, 72-82.
+ Vraie importance de la Suisse dans une guerre sur le continent. 132 et
+ suiv.
+
+ SUISSES. Massacrés au 10 août. II, 253-254.
+
+ SUSPECTS. Quels ils étaient. IV, 25.
+ Leur arrestation est décrétée. 359-360.
+ La loi des suspects est décrétée. V, 60 et suiv.
+ Comment Chaumette les désigne. 134 et suiv.
+ Détails sur leur détention. 136 et suiv.--
+ Leur nombre augmente. On change l'administration intérieure des
+ détenus. VI, 92 et suiv.
+ Ils sont conduits en foule à la mort en juin 1794. 136-143.
+ Ils sont élargis. 241 et suiv.
+
+ SUWAROW. Il arrive en Italie. Caractère de ce général. Sa capacité. X,
+ 193 et suiv.
+ Il empêche la jonction de l'armée de Naples à celle de Moreau. 209 et
+ suiv.
+ Est battu partout en Suisse et forcé à la retraite. 327 et suiv.
+
+ SYRIE. Expédition en Syrie. (Voy. _Égypte_ et _Bonaparte_.)
+
+ TAGLIAMENTO. Passage de ce fleuve et bataille de ce nom. IX, 60-67.
+
+ TALLEYRAND (M. de). Nommé ministre des affaires étrangères en l'an V.
+ IX, 209.
+
+ TALLIEN. Son rôle dans la journée du 9 thermidor. (Voy. _Thermidor_.)
+ Est blessé par un assassin. VI, 290.
+
+ TALLIEN (Mad.). Son rôle dans la société à Paris, après la terreur. VI,
+ 340 et suiv.
+
+ TARGET. Refuse de servir de conseil à Louis XVI. III, 206.
+
+ TARWIS. Combats de ce nom. IX, 68-72.
+
+ THÉOPHILANTHROPE. Société de ce nom. IX, 8.
+
+ THERMIDOR (9). Événemens de cette journée. VI, 203-228.
+ Conséquences de ce jour. Réflexions sur la marche de la révolution
+ depuis le 14 juillet jusqu'au 9 thermidor. 228-232.
+ Conséquences de cette journée. 233 et suiv.
+
+ THERMIDORIENS. Leur position et leurs projets. VI, 247-248.
+ Ils demeurent les maîtres après le 1er prairial. Conséquences de cette
+ réaction. VII, 249-251.
+ Leurs craintes sur les progrès de la réaction royaliste. Ils tâchent
+ de s'y opposer par diverses mesures. 328 et suiv.
+
+ THOURET. Dernier président de la constituante. I, 308.
+
+ TIERS-ÉTAT. Arrêt du Conseil, du 27 décembre 1788, ordonnant le
+ doublement des députés du tiers état. I, 28 et suiv.
+ Le tiers-état se couvre ainsi que les autres ordres malgré l'usage
+ établi. 44.
+ Lutte du tiers-état avec les deux autres ordres au sujet du mode de
+ leur réunion. 45 et suiv., 47 et suiv.
+ Rapidité de sa puissance. 50-51.
+
+ TOLENTINO. Traité de ce nom, signé par Bonaparte et le pape. Ses
+ conditions, ses avantages. IX, 50-55.
+
+ TOMBES ROYALES. Un décret ordonne de les détruire. IV, 393.
+
+ TOSCANE. Traité de paix avec ce pays. VII, 138-139.
+
+ TOULON. Les modérés l'emportent dans les sections. Se livre aux Anglais.
+ V, 10 et suiv.
+ Ils arment le petit Gibraltar. 253.
+ Premiers faits d'armes de Bonaparte. 255.
+ Évacuation des Anglais et incendie de l'arsenal. 259.
+ Les forçats éteignent l'incendie. 261.
+ Les patriotes se révoltent. VII, 232 et suiv.
+
+ TREBBIA. Bataille de ce nom. Principales circonstances. X, 213 et suiv.
+ Ses suites. 218 et suiv.
+
+ TREILHARD. Nommé directeur à la place de François de Neufchâteau. IX,
+ 407.
+ Il sort du directoire en prairial an VII. 232.
+
+ TRIBUNAL CRIMINEL EXTRAORDINAIRE. Il est décrété par la convention.
+ III, 333 et suiv.
+ On en règle les formes. 338-339.
+
+ TRIBUNAL DU 17 AOÛT. A quelle occasion il fut institué. II, 283.
+
+ TRIBUNAL RÉVOLUTIONNAIRE. Premier essai, à l'occasion du 10 août. II,
+ 283.
+ Il est installé. IV, 25-26.
+ Le tribunal criminel extraordinaire prend ce nom. V, 163.
+ Procès des dantonistes, des quatres accusés de faux et autres.
+ 398-412.
+ Il continue à ordonner les exécutions. VI, 94 et suiv.
+ Est réorganisé d'après un projet de Robespierre. 119 et suiv.
+ Terribles exécutions en juin et en juillet 1794. Détails sur les
+ procédures de ce temps. 136 et suiv.
+ Il est suspendu de ses fonctions. 235.
+ Est remis en activité. 260.
+ Est définitivement aboli. VII, 240.
+
+ TRONCHET. Accepte la défense de Louis XVI. III, 206.
+
+ TROUVÉ. (Voy. _Cisalpine_.)
+
+ TURGOT. Appelé au ministère. Son caractère. I, 7.
+ Il échoue dans ses réformes. _Ibid._ et suiv.
+
+ ULTRA-RÉVOLUTIONNAIRES. Nom qu'on donna aux révolutionnaires exagérés.
+ V, 236.
+ Plusieurs d'entre-eux sont arrêtés par décret de la convention. 238.
+ Ils préparent une insurrection contre la convention. Ils échouent.
+ 360-371.
+
+ VALENCIENNES. Cette ville est assiégée et prise par les ennemis. IV,
+ 320-323.
+
+ VALMI. Circonstances de l'affaire de ce nom. II, 363-367.
+
+ VARLET. Est déclaré suspect par Billaud-Varennes. III, 348.
+ La réunion Corrazza. 351.
+ Propose aux cordeliers un plan d'insurrection. IV, 120.
+ Il est arrêté. 126.
+ Arrête dans le comité d'exécution le plan définitif de la seconde
+ insurrection. 170.
+ Il rédige une pétition contre les accapareurs. 243-244.
+
+ VAUBLANC (de). Porte au roi le décret sur le désarmement des émigrés.
+ II, 36.
+
+ VENDÉE. Description de ce pays et des départemens voisins. Théâtre de la
+ guerre civile et causes de sa haine contre la révolution. IV, 79 et
+ suiv.
+ Insurrection des paysans vendéens à cause de la levée des 300,000
+ hommes et pour ne pas quitter leurs foyers Cathelineau et Stofflet se
+ mettent à la tête des insurgés. 83 et suiv., 86-88.
+ L'insurrection devient générale. 89 et suiv.
+ Un décret ordonne que la Vendée sera ravagée. IV, 387-388 et suiv.
+ Un décret d'amnistie est rendu en sa faveur. VII, 17-18.
+ État de ce pays après la première pacification. 263-263.
+ Nouveaux préparatifs de guerre après l'affaire de Quiberon. VIII, 23
+ et suiv.
+ La pacification du pays commence à se faire définitivement. 71-72 et
+ suiv.
+ Pacification définitive des pays connus sous ce nom, en germinal an
+ IV. 126-132-136.
+
+ VENDÉENS. Pourquoi ce nom fut donné et conservé aux insurgés français.
+ IV, 88.
+ Ils s'emparent de Thouars et brûlent l'arbre de la liberté. 92-93.
+ Suite de leurs succès. 229 et suiv.
+ Ils organisent leur insurrection. S'emparent de Doué et de Saumur.
+ 234-236.
+ Ils sont repoussés à Nantes. 252-254.
+ Suite de leur guerre. 300 et suiv.
+ Ils sont défaits à Luçon. V, 14-15.
+ Divers plans sont proposés pour les réduire. 16-19.
+ Premières opérations de Canclaux contre eux, d'après le plan du 2
+ septembre. 36 et suiv.
+ Divisions parmi les chefs. 39-40.
+ Suite de la guerre. 40 et suiv.
+ Canclaux se replie sur Nantes. Causes de ses échecs en Vendée. 46-47.
+ Continuation de la guerre. 66 et suiv.
+ Ils sont défaits à Cholet. 118-121.
+ Différens combats en octobre, novembre et décembre 93.
+ Leur grande armée est entièrement détruite. 264-292.
+ État de leur armée après leur défaite à Cholet. 273 et suiv.
+ Ils sont battus au Mans. Leur déroute complète. 287 et suiv.
+ Ils continuent à se défendre. Leurs chefs. VI, 320-322.
+ Leur peu de ressources en 1795. Division entre leurs chefs. VII,
+ 32-34.
+ Négociations diverses entre les chefs révoltés et les généraux de la
+ république. 40-45.
+ Négociations avec leurs chefs pour la pacification du pays. 139-142
+ et suiv.
+ Quelques chefs signent la paix. 145-146.
+
+ VENDÉMIAIRE (Journée du 13). Événemens préparatoires du 11 et du 12.
+ Insurrection des sections, le 13. Combat dans les rues. Victoire de la
+ Convention. VII, 348-369.
+ Suites de cette journée. 370 et suiv.
+
+ VENISE. Inquiétude du gouvernement vénitien à l'approche de l'armée
+ française. VIII, 196 et suiv.
+ Invasion du territoire vénitien par Bonaparte. 196 et suiv.
+ Perfidie du gouvernement vénitien après le départ de Bonaparte. IX,
+ 72-85.
+ Articles des préliminaires de paix de Léoben qui concernent les états
+ vénitiens. 94 et suiv.
+ Suite des manoeuvres perfides des Vénitiens contre les Français. 105
+ et suiv.
+ Chute de la république de Venise. Détails sur les événemens qui
+ l'amènent. 116-131.
+
+ VENTRE. Dénomination donnée à un certain parti de l'assemblée
+ législative. II, 12.
+
+ VERGNIAUD. Principal orateur des girondins. II, 11.
+ Il accuse Delessart. Son discours. 55-56.
+ Fragmens de son discours à l'occasion du projet de la commission des
+ Douze. 164 et suiv.
+ Il propose un message au roi qui l'oblige à opter entre la France et
+ l'étranger. 470.
+ Il harangue le peuple le 2 septembre. 313 et suiv.
+ Son discours en faveur de Louis XVI. III, 236-246.
+ Il répond aux accusations de Robespierre contre les girondins. IV, 55
+ et suiv.
+ Il fait décréter, le 31 mai, que Paris a bien mérité de la patrie.
+ 158-159.
+ Il est arrêté. 190.
+ Son procès, sa mise à mort. V, 156-162-167.
+
+ VÉRIFICATION. Débats dans les états-généraux relativement à la
+ vérification des pouvoirs. I, 44 et suiv.
+
+ VERMONT (l'abbé de). Il propose et fait accepter à la reine M. de
+ Brienne pour ministre. I, 12.
+
+ VÉRONE. Massacre des Français dans cette ville. Elle est prise par le
+ général Chabran. IX, 107-113.
+
+ VERSAILLES. De nouvelles troupes s'établissent, à Versailles.
+ Conséquences du séjour de la famille royale dans cette ville. I, 160 et
+ suiv.
+ Scènes qui s'y passent les 5 et 6 octobre. 168 et suiv.
+ Massacre de 52 prisonniers après les journées de septembre. III, 5.
+
+ VETO. Discussions relatives au veto suspensif ou absolu. II,
+ 142-143-146 et suiv.
+ Le veto suspensif est déclaré. 148-149.
+ Le veto suspensif est étendu à deux législatures. 153.
+
+ VIENNE. Scènes tumultueuses à Vienne entre la légation française et
+ l'empereur. X, 76-77 et suiv.
+
+ VIEUX CORDELIER (Le). Journal rédigé par Camille Desmoulins. Morceaux
+ cités. V, 307 et suiv.
+ Autres morceaux cités. 322 et suiv.
+ Autres passages, 355 et suiv.
+
+ VINCENNES. Le donjon est attaqué par le peuple le 28 février 1790. I,
+ 267.
+
+ VINCENT. Cet ultra-révolutionnaire sort de prison. Détails sur son
+ caractère. V, 338-339.
+ Il est de nouveau arrêté. 370 et suiv.
+ Son procès et son supplice. 374-379.
+
+ VURTZBOURG. Bataille de ce nom. VIII, 318-320.
+
+ WATIGNIES. Victoire de ce nom. V, 108-109.
+
+ WESTERMANN. A la tête d'une légion en Vendée. IV, 302-303.
+ Ses exploits et ses revers en Vendée. 303 et suiv.
+
+ ZURICH. Victoire de ce nom, remportée sur les Russes par Masséna. Détails
+ sur cette bataille mémorable. X, 313 et suiv. 330.
+
+
+
+FIN DE LA TABLE DES MATIÈRES.
+
+
+[Illustration: CARTE DU THÉÂTRE DE LA GUERRE ENTRE LE MINCIO ET L'ADIGE,
+pour servir à l'intelligence de la campagne de 1796.]
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of Histoire de la Révolution française,
+Tome 10, by Adolphe Thiers
+
+*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 13607 ***