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diff --git a/13607-0.txt b/13607-0.txt new file mode 100644 index 0000000..1f79be2 --- /dev/null +++ b/13607-0.txt @@ -0,0 +1,11660 @@ +*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 13607 *** + +HISTOIRE DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE + +_PAR M.A. THIERS_ DE L'ACADÉMIE FRANÇAISE + +NEUVIÈME ÉDITION + +TOME DIXIÈME + + + +M DCCC XXXIX + + + + +DIRECTOIRE. + + + +CHAPITRE XIII. + +EXPÉDITION D'ÉGYPTE. DÉPART DE TOULON; ARRIVÉE DEVANT MALTE; CONQUÊTE +DE CETTE ILE. DÉPART POUR L'ÉGYPTE; DÉBARQUEMENT A ALEXANDRIE; PRISE +DE CETTE PLACE. MARCHE SUR LE CAIRE; COMBAT DE CHÉBREÏSS. BATAILLE DES +PYRAMIDES; OCCUPATION DU CAIRE. TRAVAUX ADMINISTRATIFS DE BONAPARTE EN +ÉGYPTE; ÉTABLISSEMENT DE LA NOUVELLE COLONIE. BATAILLE NAVALE D'ABOUKIR, +DESTRUCTION DE LA FLOTTE FRANÇAISE PAR LES ANGLAIS. + + +Bonaparte arriva à Toulon le 20 floréal an VI (9 mai 1798). Sa présence +réjouit l'armée, qui commençait à murmurer et à craindre qu'il ne fût +pas à la tête de l'expédition. C'était l'ancienne armée d'Italie. Elle +était riche, couverte de gloire, et on pouvait dire d'elle, que sa +_fortune était faite_. Aussi avait-elle beaucoup moins de zèle à faire +la guerre, et il fallait toute la passion que lui inspirait son général, +pour la décider à s'embarquer et à courir vers une destination inconnue. +Cependant elle fut saisie d'enthousiasme en le voyant à Toulon. Il y +avait huit mois qu'elle ne l'avait vu. Sur-le-champ Bonaparte, sans lui +expliquer sa destination, lui adressa la proclamation suivante: + + «SOLDATS! + + «Vous êtes une des ailes de l'armée d'Angleterre. Vous avez fait la + guerre de montagnes, de plaines, de siége; il vous reste à faire la + guerre maritime. + + «Les légions romaines, que vous avez quelquefois imitées, mais pas + encore égalées, combattaient Carthage tour à tour sur cette mer et + aux plaines de Zama. La victoire ne les abandonna jamais, parce que + constamment elles furent braves patientes à supporter la fatigue, + disciplinées et unies entre elles. + + «Soldats, l'Europe a les yeux sur vous! vous avez de grandes + destinées à remplir, des batailles à livrer, des dangers, des + fatigues à vaincre; vous ferez plus que vous n'avez fait pour la + prospérité de la patrie, le bonheur des hommes, et votre propre + gloire. + + «Soldats, matelots, fantassins, canonniers, cavaliers, soyez unis; + souvenez-vous que le jour d'une bataille vous avez besoin les uns + des autres. + + «Soldats, matelots, vous avez été jusqu'ici négligés; aujourd'hui la + plus grande sollicitude de la république est pour vous: vous serez + dignes de l'armée dont vous faites partie. + + «Le génie de la liberté qui a rendu, dès sa naissance, la république + l'arbitre de l'Europe, veut qu'elle le soit des mers et des nations + les plus lointaines.» + +On ne pouvait pas annoncer plus dignement une grande entreprise, en la +laissant toujours dans le mystère qui devait l'envelopper. + +L'escadre de l'amiral Brueys se composait de treize vaisseaux de ligne, +dont un de 120 canons (c'était _l'Orient_, que devaient monter l'amiral +et le général en chef), deux de 80, et dix de 74. Il y avait de plus +deux vaisseaux vénitiens de 64 canons, six frégates vénitiennes et +huit françaises, soixante-douze corvettes, cutters, avisos, chaloupes +canonnières, petits navires de toute espèce. Les transports réunis tant +à Toulon qu'à Gênes, Ajaccio, Civita-Vecchia, s'élevaient à quatre +cents. C'étaient donc cinq cents voiles qui allaient flotter à la fois +sur la Méditerranée. Jamais pareil armement n'avait couvert les mers. +La flotte portait environ quarante mille hommes de toutes armes et dix +mille marins. Elle avait de l'eau pour un mois, des vivres pour deux. + +On mit à la voile le 30 floréal (19 mai), au bruit du canon, aux +acclamations de toute l'armée. Des vents violens causèrent quelque +dommage à une frégate à la sortie du port. Les mêmes vents avaient causé +de telles avaries à Nelson, qui croisait avec trois vaisseaux, qu'il +fut obligé d'aller au radoub dans les îles Saint-Pierre. Il fut ainsi +éloigné de l'escadre française, et ne la vit pas sortir. La flotte vogua +d'abord vers Gênes, pour rallier le convoi réuni dans ce port, sous +les ordres du général Baraguai-d'Hilliers. Elle cingla ensuite vers la +Corse, rallia le convoi d'Ajaccio, qui était sous les ordres de +Vaubois, et s'avança dans la mer de Sicile, pour se réunir au convoi +de Civita-Vecchia, qui était sous les ordres de Desaix. Le projet de +Bonaparte était de se diriger sur Malte, et d'y tenter en passant une +entreprise audacieuse dont il avait de longue main préparé le succès par +des trames secrètes. Il voulait s'emparer de cette île, qui, commandant +la navigation de la Méditerranée, devenait importante pour l'Égypte, +et qui ne pouvait manquer d'échoir bientôt aux Anglais, si on ne les +prévenait. + +L'ordre des chevaliers de Malte était comme toutes les institutions du +moyen-âge: il avait perdu son objet, et dès lors sa dignité et sa +force. Il n'était plus qu'un abus, profitable seulement à ceux qui +l'exploitaient. Les chevaliers avaient en Espagne, en Portugal, en +France, en Italie, en Allemagne, des biens considérables, qui leur +avaient été donnés par la piété des fidèles pour protéger les chrétiens +allant visiter les saints lieux. Maintenant qu'il n'y avait plus de +pèlerinages de cette espèce, le rôle et le devoir des chevaliers étaient +de protéger les nations chrétiennes contre les Barbaresques, et de +détruire l'infame piraterie qui infeste la Méditerranée. Les biens de +l'ordre suffisaient à l'entretien d'une marine considérable; mais les +chevaliers ne s'occupaient aucunement à en former une: ils n'avaient que +deux ou trois vieilles frégates, ne sortant jamais du port, et quelques +galères qui allaient donner et recevoir des fêtes dans les ports +d'Italie. Les baillifs, les commandeurs, placés dans toute la +chrétienté, dévoraient dans le luxe et l'oisiveté les revenus de +l'ordre. Il n'y avait pas un chevalier qui eût fait la guerre aux +Barbaresques. L'ordre n'inspirait d'ailleurs plus aucun intérêt. En +France on lui avait enlevé ses biens, et Bonaparte les avait fait saisir +en Italie, sans qu'il s'élevât aucune réclamation en sa faveur. On a vu +que Bonaparte avait songé déjà à pratiquer des intelligences dans Malte. +Il avait gagné quelques chevaliers, et il se proposait de les intimider +par un coup d'audace, et de les obliger à se rendre; car il n'avait ni +le temps ni les moyens d'une attaque régulière contre une place réputée +imprenable. L'ordre, qui depuis quelque temps pressentait ses dangers en +voyant les escadres françaises dominer dans la Méditerranée, s'était mis +sous la protection de Paul Ier. + +Bonaparte faisait de grands efforts pour rejoindre la division de +Civita-Vecchia; il ne put la joindre qu'à Malte même. Les cinq cents +voiles françaises se déployèrent à la vue de l'île, le 21 prairial (9 +juin), vingt-deux jours après la sortie de Toulon. Cette vue répandit +le trouble dans la ville de Malte. Bonaparte, pour avoir un prétexte de +s'arrêter, et pour faire naître un sujet de contestation, demanda au +grand-maître la faculté de faire de l'eau. Le grand-maître, Ferdinand de +Hompesch, fit répondre par un refus absolu, alléguant les réglemens, +qui ne permettaient pas d'introduire à la fois plus de deux vaisseaux +appartenant à des puissances belligérantes. On avait autrement accueilli +les Anglais quand ils s'étaient présentés. Bonaparte dit que c'était là +une preuve de la plus insigne malveillance, et sur-le-champ fit ordonner +un débarquement. Le lendemain, 22 prairial (10 juin), les troupes +françaises débarquèrent dans l'île, et investirent complètement +Lavalette, qui compte trente mille âmes à peu près de population, et qui +est l'une des plus fortes places de l'Europe. Bonaparte fit débarquer de +l'artillerie pour canonner les forts. Les chevaliers répondirent à son +feu, mais très mal. Ils voulurent faire une sortie, et il y en eut un +grand nombre de pris. Le désordre se mit alors à l'intérieur. Quelques +chevaliers de la langue française déclarèrent qu'ils ne pouvaient pas +se battre contre leurs compatriotes. On en jeta quelques-uns dans les +cachots. Le trouble était dans les têtes; les habitans voulaient qu'on +se rendît. Le grand-maître, qui avait peu d'énergie, et qui se souvenait +de la générosité du vainqueur de Rivoli à Mantoue, songea à sauver ses +intérêts du naufrage, fit sortir de prison l'un des chevaliers français +qu'il y avait jetés, et l'envoya à Bonaparte pour négocier. Le traité +fut bientôt arrêté. Les chevaliers abandonnèrent à la France la +souveraineté de Malte et des îles en dépendant; en retour, la France +promit son intervention au congrès de Rastadt, pour faire obtenir au +grand-maître une principauté en Allemagne, et à défaut, elle lui assura +une pension viagère de 300,000 francs et une indemnité de 600,000 francs +comptant. Elle accorda à chaque chevalier de la langue française 700 fr. +de pension, et 1,000 pour les sexagénaires; elle promit sa médiation +pour que ceux des autres langues fussent mis en jouissance des biens de +l'ordre, dans leurs pays respectifs. Telles furent les conditions au +moyen desquelles la France entra en possession du premier port de la +Méditerranée, et de l'un des plus forts du monde. Il fallait l'ascendant +de Bonaparte pour l'obtenir sans combattre; il fallait son audace +pour oser y perdre quelques jours, ayant les Anglais à sa poursuite. +Caffarelli-Dufalga, aussi spirituel que brave, en parcourant la place +dont il admirait les fortifications, dit ce mot: _Nous sommes bien +heureux qu'il y ait eu quelqu'un dans la place pour nous en ouvrir les +portes._ + +Bonaparte laissa Vaubois à Malte, avec trois mille hommes de garnison; +il y plaça Régnault (de Saint-Jean-d'Angely), en qualité de commissaire +civil. Il fit tous les règlemens administratifs qui étaient nécessaires +pour l'établissement du régime municipal dans l'île, et il mit +sur-le-champ à la voile pour cingler vers la côte d'Égypte. + +Il leva l'ancre le 1er messidor (19 juin), après une relâche de dix +jours. L'essentiel maintenant, était de ne pas rencontrer les Anglais. +Nelson, radoubé aux îles Saint-Pierre, avait reçu du lord Saint-Vincent +un renfort de dix vaisseaux de ligne et de plusieurs frégates, ce qui +lui formait une escadre de treize vaisseaux de haut bord, et de quelques +vaisseaux de moindre importance. Il était revenu le 13 prairial (1er +juin) devant Toulon; mais l'escadre française en était sortie depuis +douze jours. Il avait couru de Toulon à la rade du Tagliamon, et de la +rade du Tagliamon à Naples, où il était arrivé le 2 messidor (20 juin), +au moment même où Bonaparte quittait Malte. Apprenant que les Français +avaient paru vers Malte, il les suivait, disposé à les attaquer s'il +parvenait à les joindre. + +Sur toute l'escadre française, on était prêt au combat. La possibilité +de rencontrer les Anglais était présente à tous les esprits et +n'effrayait personne. Bonaparte avait réparti sur chaque vaisseau de +ligne cinq cents hommes d'élite, qu'on habituait tous les jours à la +manoeuvre du canon, et à la tête desquels se trouvait un de ces généraux +si bien habitués au feu sous ses ordres. Il s'était fait un principe sur +la tactique maritime, c'est que chaque vaisseau ne devait avoir qu'un +but, celui d'en joindre un autre, de le combattre et de l'aborder. Des +ordres étaient donnés en conséquence, et il comptait sur la bravoure des +troupes d'élite placées à bord des vaisseaux. Ces précautions prises, il +cinglait tranquillement vers l'Égypte. Cet homme qui, suivant +d'absurdes détracteurs, craignait les hasards de la mer, s'abandonnait +tranquillement à la fortune, au milieu des flottes anglaises, et avait +eu l'audace de perdre quelques jours à Malte pour en faire la conquête. +La gaieté régnait sur l'escadre; on ne savait pas exactement où l'on +allait, mais le secret commençait à se répandre, et on attendait avec +impatience la vue des rivages qu'on allait conquérir. Le soir, les +savans, les officiers-généraux qui étaient à bord de _l'Orient_, se +réunissaient chez le général en chef, et là commençaient les ingénieuses +et savantes discussions de l'Institut d'Égypte. Un instant, l'escadre +anglaise ne fut qu'à quelques lieues de l'immense convoi français, et +de part et d'autre on l'ignora. Nelson commençant à supposer que les +Français s'étaient dirigés sur l'Égypte, fit voile pour Alexandrie, +et les y devança; mais ne les ayant pas trouvés, il vola vers les +Dardanelles, pour tâcher de les y rencontrer. Par un bonheur singulier, +l'expédition française n'arriva en vue d'Alexandrie que le surlendemain, +13 messidor (1er juillet). Il y avait un mois et demi à peu près qu'elle +était sortie de Toulon. + +Bonaparte envoya chercher aussitôt le consul français. Il apprit que les +Anglais avaient paru l'avant-veille, et les jugeant dans les parages +voisins, il voulut tenter le débarquement à l'instant même. On ne +pouvait pas entrer dans le port d'Alexandrie, car la place paraissait +disposée à se défendre; il fallait descendre à quelque distance, sur +la plage voisine, à une anse dite du Marabout. Le vent soufflait +violemment, et la mer se brisait avec furie sur les récifs de la côte. +C'était vers la fin du jour. Bonaparte donna le signal et voulut aborder +sur-le-champ. Il descendit le premier dans une chaloupe; les soldats +demandaient à grands cris à le suivre à la côte. On commença à mettre +les embarcations à la mer, mais l'agitation des flots les exposait à +chaque instant à se briser les unes contre les autres. Enfin, après +de grands dangers, on toucha le rivage. A l'instant une voile parut à +l'horizon; on crut que c'était une voile anglaise: «_Fortune_, s'écria +Bonaparte, _tu m'abandonnes! quoi! pas seulement cinq jours!_» La +fortune ne l'abandonnait pas, car c'était une frégate française qui +rejoignait. On eut beaucoup de peine à débarquer quatre ou cinq mille +hommes, dans la soirée et dans la nuit. Bonaparte résolut de marcher +sur-le-champ vers Alexandrie, afin de surprendre la place, et de ne pas +donner aux Turcs le temps de faire des préparatifs de défense. On se +mit tout de suite en marche. Il n'y avait pas un cheval de débarqué; +l'état-major, Bonaparte et Caffarelli lui-même, malgré sa jambe de bois, +firent quatre à cinq lieues à pied dans les sables, et arrivèrent à la +pointe du jour en vue d'Alexandrie. + +Cette antique cité, fille d'Alexandre, n'avait plus ses magnifiques +édifices, ses innombrables demeures, sa grande population; elle était +ruinée aux trois quarts. Les Turcs, les Égyptiens opulens, les négocians +européens habitaient dans la ville moderne, qui était la seule partie +conservée. Quelques Arabes vivaient dans les décombres de la cité +antique; une vieille muraille flanquée de quelques tours enfermait la +nouvelle et l'ancienne ville, et tout autour régnaient les sables qui, +en Égypte, s'avancent partout où la civilisation recule. + +Les quatre mille Français, conduits par Bonaparte, y arrivèrent à la +pointe du jour: ils ne rencontrèrent sur cette plage de sable qu'un +petit nombre d'Arabes, qui, après quelques coups de fusil, s'enfoncèrent +dans le désert. Bonaparte partagea ses soldats en trois colonnes: Bon, +avec la première, marcha à droite, vers la porte de Rosette; Kléber, +avec la seconde, marcha au centre vers la porte de la Colonne; Menou, +avec la troisième, s'avança à gauche vers la porte des Catacombes. Les +Arabes et les Turcs, excellens soldats derrière un mur, firent un +feu bien nourri; mais les Français montèrent avec des échelles, et +franchirent la vieille muraille. Kléber tomba le premier, frappé d'une +balle au front. On chassa les Arabes de ruine en ruine, jusqu'à la +ville nouvelle. Le combat allait se prolonger de rue en rue, et devenir +meurtrier; mais un capitaine turc servit d'intermédiaire pour négocier +un accord. Bonaparte déclara qu'il ne venait point pour ravager le pays, +ni l'enlever au Grand-Seigneur, mais seulement pour le soustraire à la +domination des Mameluks, et venger les outrages que ceux-ci avaient +faits à la France. Il promit que les autorités du pays seraient +maintenues, que les cérémonies du culte continueraient d'avoir lieu +comme par le passé, que les propriétés seraient respectées, etc..... +Moyennant ces conditions, la résistance cessa: les Français furent +maîtres d'Alexandrie le jour même. Pendant ce temps, l'armée avait +achevé de débarquer. Il s'agissait maintenant de mettre l'escadre à +l'abri, soit dans le port, soit dans l'une des rades voisines, de +créer à Alexandrie une administration conforme aux moeurs du pays, et +d'arrêter un plan d'invasion pour s'emparer de l'Égypte. Pour le moment, +les dangers de la mer et d'une rencontre avec les Anglais étaient +passés; les plus grands obstacles étaient vaincus avec ce bonheur qui +semble toujours accompagner la jeunesse d'un grand homme. + +L'Égypte, sur laquelle nous venions d'aborder, est le pays le plus +singulier, le mieux situé, et l'un des plus fertiles de la terre. Sa +position est connue. L'Afrique ne tient à l'Asie que par un isthme de +quelques lieues, qu'on appelle l'isthme de Suez, et qui, s'il était +coupé, donnerait accès de la Méditerranée dans la mer de Indes, +dispenserait les navigateurs d'aller à des distances immenses, et au +milieu des tempêtes, doubler le cap de Bonne-Espérance. L'Égypte est +placée parallèlement à la mer Rouge et à l'isthme de Suez. Elle est la +maîtresse de cet isthme. C'est cette contrée qui, chez les anciens +et dans le moyen-âge, pendant la prospérité des Vénitiens, était +l'intermédiaire du commerce de l'Inde. Telle est sa position entre +l'Occident et l'Orient. Sa constitution physique et sa forme ne sont pas +moins extraordinaires. Le Nil, l'un des grands fleuves du monde, prend +sa source dans les montagnes de l'Abyssinie, fait six cents lieues dans +les déserts de l'Afrique, puis entre en Égypte, ou plutôt y tombe, en +se précipitant des cataractes de Syène, et parcourt encore deux cents +lieues jusqu'à la mer. Ses bords constituent toute l'Égypte. C'est +une vallée de deux cents lieues de longueur, sur cinq à six lieues de +largeur. Des deux côtés elle est bordée par un océan de sables. Quelques +chaînes de montagnes, basses, arides et déchirées, sillonnent tristement +ces sables, et projettent à peine quelques ombres sur leur immensité. +Les unes séparent le Nil de la mer Rouge, les autres le séparent du +grand désert, dans lequel elles vont se perdre. Sur la rive gauche du +Nil, à une certaine distance dans le désert, serpentent deux langues de +terre cultivable, qui font exception aux sables, et se couvrent d'un peu +de verdure. Ce sont les _oasis_, espèces d'îles végétales, au milieu de +l'océan des sables. Il y en a deux, la grande et la petite. Un effort +des hommes, en y jetant une branche du Nil, en ferait de fertiles +provinces. Cinquante lieues avant d'arriver à la mer, le Nil se partage +en deux branches, qui vont tomber à soixante lieues l'une de l'autre, +dans la Méditerranée, la première à Rosette, la seconde à Damiette. On +connaissait autrefois sept bouches au Nil; on les aperçoit encore, mais +il n'y en a plus que deux de navigables. Le triangle formé par ces deux +grandes branches et par la mer a soixante lieues à sa base et cinquante +sur ses côtés; il s'appelle le Delta. C'est la partie la plus fertile de +l'Égypte, parce que c'est la plus arrosée, la plus coupée de canaux. Le +pays tout entier se divise en trois parties, le Delta ou Basse-Égypte, +qu'on appelle Bahireh; la Moyenne-Égypte, qu'on appelle Ouestanieh; la +Haute-Égypte, qu'on appelle le Saïd. + +Les vents étésiens soufflant d'une manière constante du nord au sud, +pendant les mois de mai, juin et juillet, entraînent tous les nuages +formés à l'embouchure du Nil, n'en laissent pas séjourner un seul +sur cette contrée toujours sereine, et les portent vers les monts +d'Abyssinie. Là ces nuages s'agglomèrent, se précipitent en pluie +pendant les mois de juillet, août et septembre, et produisent le +phénomène célèbre des inondations du Nil. Ainsi, cette terre reçoit par +les débordemens du fleuve, les eaux qu'elle ne reçoit pas du ciel. Il +n'y pleut jamais, et les marécages du Delta, qui seraient pestilentiels +sous le ciel de l'Europe, ne produisent pas en Égypte une seule fièvre. +Le Nil, après son inondation, laisse un limon fertile, qui est la seule +terre cultivable sur ces bords, et qui produit ces abondantes moissons +consacrées autrefois à nourrir Rome. Plus l'inondation s'est étendue, +plus il y a de terre cultivable. Les propriétaires de cette terre, +nivelée tous les ans par les eaux, se la partagent tous les ans par +l'arpentage. Aussi l'arpentage est-il un grand art en Égypte. Des canaux +pourraient étendre l'inondation, et auraient l'avantage de diminuer la +rapidité des eaux, de les faire séjourner plus long-temps, et d'étendre +la fertilité aux dépens du désert. Nulle part le travail de l'homme ne +pourrait avoir de plus salutaires effets; nulle part la civilisation ne +serait plus souhaitable. Le Nil et le désert se disputent l'Égypte, et +c'est la civilisation qui donnerait au Nil le moyen de vaincre le désert +et de le faire reculer. On croit que l'Égypte nourrissait autrefois +vingt millions d'habitans, sans compter les Romains. Elle était à peine +capable d'en nourrir trois millions quand les Français y entrèrent. + +L'inondation finit à peu près en septembre. Alors commencent les travaux +des champs. Pendant les mois d'octobre, novembre, décembre, janvier, +février, la campagne d'Égypte présenté un aspect ravissant de fertilité +et de fraîcheur. Elle est couverte alors des plus riches moissons, +émaillée de fleurs, traversée par d'immenses troupeaux. En mars les +chaleurs commencent; la terre se gerce si profondément, qu'il est +quelquefois dangereux de la traverser à cheval. Les travaux des champs +sont alors finis. Les Égyptiens ont recueilli toutes les richesses de +l'année. Outre les blés, l'Égypte produit les meilleurs riz, les plus +beaux légumes, le sucre, l'indigo, le séné, la casse, le natron, le lin, +le chanvre, le coton, tout cela avec une merveilleuse abondance. Il lui +manque des huiles; mais elle les trouve vis-à-vis, en Grèce; il lui +manque le tabac et le café, mais elle les trouve à ses côtés, dans +la Syrie et l'Arabie. Elle est aussi privée de bois, car la grande +végétation ne peut pas pousser sur ce limon annuel que le Nil dépose sur +un fond de sable. Quelques sycomores et quelques palmiers sont les +seuls arbres de l'Égypte. A défaut de bois on brûle la bouse de vache. +L'Égypte nourrit d'immenses troupeaux. Les volailles de toute espèce y +fourmillent. Elle a ces admirables chevaux, si célèbres dans le monde +par leur beauté, leur vivacité, leur familiarité avec leurs maîtres, et +cet utile chameau, qui peut manger et boire pour plusieurs jours, dont +le pied enfonce sans fatigue dans les sables mouvans, et qui est comme +un navire vivant pour traverser la mer des sables. + +Tous les ans arrivent au Caire d'innombrables caravanes, qui abordent +comme des flottes des deux côtés du désert. Les unes viennent de la +Syrie et de l'Arabie, les autres de l'Afrique et des côtes de Barbarie. +Elles apportent tout ce qui est propre aux pays du soleil, l'or, +l'ivoire, les plumes, les schalls inimitables, les parfums, les gommes, +les aromates de toute espèce, le café, le tabac, les bois et les +esclaves. Le Caire devient un entrepôt magnifique des plus belles +productions du globe, de celles que le génie si puissant des occidentaux +ne pourra jamais imiter, car c'est le soleil qui les donne, et dont leur +goût délicat les rendra toujours avides. Aussi le commerce de l'Inde +est-il le seul dont les progrès des peuples n'amèneront jamais la +fin. Il ne serait donc pas nécessaire de faire de l'Égypte un poste +militaire, pour aller détruire violemment le commerce des Anglais. Il +suffirait d'y établir un entrepôt, avec la sûreté, les lois et les +commodités européennes, pour attirer les richesses du monde. + +La population qui occupe l'Égypte est, comme les ruines des cités qui la +couvrent, un amas des débris de plusieurs peuples. Des Cophtes, anciens +habitans de l'Égypte, des Arabes, conquérans de l'Égypte sur les +Cophtes, des Turcs conquérans sur les Arabes, telles sont les races dont +les débris pullulent misérablement sur une terre dont ils sont indignes. +Les Cophtes, quand les Français y entrèrent, étaient deux cent mille au +plus. Méprisés, pauvres, abrutis, ils s'étaient voués, comme toutes les +classes proscrites, aux plus ignobles métiers. Les Arabes formaient la +masse presque entière de la population; ils descendaient des compagnons +de Mahomet. Leur condition était infiniment variée; quelques-uns, de +haute naissance, faisant remonter leur origine jusqu'à Mahomet lui-même, +grands propriétaires, ayant quelques traces du savoir arabe, réunissant +à la noblesse les fonctions du culte et de la magistrature, étaient, +sous le titre de scheiks, les véritables grands de l'Égypte. Dans +les divans, ils représentaient le pays, quand ses tyrans voulaient +s'adresser à lui; dans les mosquées, ils composaient des espèces +d'universités, où ils enseignaient la religion, la morale du Koran, un +peu de philosophie et de jurisprudence. La grande mosquée de Jemil-Azar +était le premier corps savant et religieux de l'Orient. Après ces +grands, venaient les moindres propriétaires, composant la seconde et +la plus nombreuse classe des Arabes; puis les prolétaires, qui étaient +tombés dans la situation de véritables ilotes. Ces derniers étaient des +paysans à gages, cultivant la terre sous le nom de fellahs, et vivant +dans la misère et l'abjection. Il y avait une quatrième classe d'Arabes, +c'étaient les Bédouins ou Arabes errans: ceux-là n'avaient pas voulu +s'attacher à la terre; c'étaient les fils du désert. Montés sur des +chevaux ou des chameaux, conduisant devant eux des troupeaux nombreux, +ils erraient, cherchant des pâturages dans quelques oasis, ou venant +annuellement ensemencer les lisières de terre cultivable, placées sur +le bord de l'Égypte. Leur métier était d'escorter les caravanes ou de +prêter leurs chameaux pour les transports. Mais, brigands sans foi, +ils pillaient souvent les marchands qu'ils escortaient ou auxquels ils +prêtaient leurs chameaux. Quelquefois même, violant l'hospitalité +qu'on leur accordait sur la lisière des terres cultivables, ils se +précipitaient sur cette vallée du Nil, qui, large seulement de cinq +lieues, est si facile à pénétrer; ils pillaient les villages, et, +remontant sur leurs chevaux, emportaient leur butin dans le fond du +désert. La négligence turque laissait leurs ravages presque toujours +impunis, et ne luttait pas mieux contre les brigands du désert qu'elle +ne savait lutter contre ses sables. Ces Arabes errans, divisés en tribus +sur les deux côtés de la vallée, étaient au nombre de cent ou cent vingt +mille, et fournissaient vingt ou vingt-cinq mille cavaliers, braves, +mais bons pour harceler l'ennemi, jamais pour le combattre. + +La troisième race enfin était celle des Turcs; mais elle était aussi peu +nombreuse que les Cophtes, c'est-à-dire qu'elle s'élevait à deux cent +mille individus au plus. Elle se partageait en Turcs et Mameluks. Les +Turcs, venus depuis la dernière conquête des sultans de Constantinople, +étaient presque tous inscrits sur la liste des janissaires; mais on sait +qu'ils ne se font ordinairement inscrire sur ces listes que pour +avoir les privilèges des janissaires, et qu'un très petit nombre sont +réellement au service. Il n'y en avait que peu d'entre eux dans la +milice du pacha. Ce pacha, envoyé de Constantinople, représentait le +sultan en Égypte; mais à peine escorté de quelques janissaires, il avait +vu s'évanouir son autorité par les précautions même que le sultan Sélim +avait prises autrefois pour la conserver. Ce sultan, jugeant que par +son éloignement l'Égypte pourrait échapper à la domination de +Constantinople, qu'un pacha ambitieux et habile pourrait s'y créer un +empire indépendant, avait imaginé un contre-poids, en instituant la +milice des Mameluks. Mais comme on ne peut pas vaincre les conditions +physiques qui rendent un pays dépendant ou indépendant d'un autre, au +lieu du pacha, c'étaient les Mameluks qui s'étaient rendus indépendans +de Constantinople et maîtres de l'Égypte. Les Mameluks étaient des +esclaves achetés en Circassie. Choisis parmi les plus beaux enfans du +Caucase, transportés jeunes en Égypte, élevés dans l'ignorance de leur +origine, dans le goût et la pratique des armes, ils devenaient les plus +braves et les plus agiles cavaliers de la terre. Ils tenaient à honneur +d'être sans origine, d'avoir été achetés cher, et d'être beaux et +vaillans. Ils avaient vingt-quatre beys, qui étaient leurs propriétaires +et leurs chefs. Ces beys avaient chacun cinq ou six cents Mameluks. +C'était un troupeau qu'ils avaient soin d'alimenter, et qu'ils +transmettaient quelquefois à leur fils, et plus souvent à leur Mameluk +favori, qui devenait bey à son tour. Chaque Mameluk était servi par deux +fellahs. La milice entière se composait de douze mille cavaliers à peu +près, servis par vingt-quatre mille ilotes. Ils étaient les véritables +maîtres et tyrans du pays. Ils vivaient ou du produit des terres +appartenant aux beys, ou du revenu des impôts établis sous toutes les +formes. Les Cophtes, que nous avons déjà dits livrés aux plus ignobles +fonctions, étaient leurs percepteurs, leurs espions, leurs agens +d'affaires; car les abrutis se mettent toujours au service du plus fort. +Les vingt-quatre beys, égaux de droit, ne l'étaient pas de fait. Ils se +faisaient la guerre, et le plus fort, soumettant les autres, avait +une souveraineté viagère. Il était tout à fait indépendant du pacha +représentant le sultan de Constantinople, le souffrait tout au plus au +Caire dans une sorte de nullité, et souvent lui refusait le _miri_, +c'est-à-dire l'impôt foncier, qui, représentant le droit de la conquête, +appartenait à la Porte. + +L'Égypte était donc une véritable féodalité, comme celle de l'Europe +dans le moyen âge; elle présentait à la fois un peuple conquis, une +milice conquérante, en révolte contre son souverain; enfin une ancienne +classe abrutie, au service et aux gages du plus fort. + +Deux beys supérieurs aux autres dominaient en ce moment l'Égypte. L'un, +Ibrahim-Bey, riche, astucieux, puissant; l'autre, Mourad-Bey, intrépide, +vaillant et plein d'ardeur. Ils étaient convenus d'une espèce de partage +d'autorité, par lequel Ibrahim-Bey avait les attributions civiles, +et Mourad-Bey les attributions militaires. Celui-ci était chargé des +combats; il y excellait, et il avait l'affection des Mameluks, tous +dévoués à sa personne. + +Bonaparte, qui au génie de capitaine savait unir le tact et l'adresse du +fondateur, et qui avait d'ailleurs administré assez de pays conquis pour +s'en être fait un art particulier, jugea sur-le-champ la politique qu'il +avait à suivre en Égypte. Il fallait d'abord arracher cette contrée à +ses véritables maîtres, c'est-à-dire aux Mameluks. C'était cette classe +qu'il fallait combattre et détruire par les armes et la politique. +D'ailleurs on avait des raisons à faire valoir contre eux, car ils +n'avaient cessé de maltraiter les Français. Quant à la Porte, il fallait +paraître ne pas attaquer sa souveraineté, et affecter au contraire de +la respecter. Telle qu'elle était devenue, cette souveraineté était peu +importante. On pouvait traiter avec la Porte, soit pour la cession de +l'Égypte, en lui faisant certains avantages ailleurs, soit pour un +partage d'autorité qui n'aurait rien de fâcheux; car en laissant le +Pacha au Caire, comme il y avait été jusqu'ici, et en héritant de la +puissance des Mameluks, on n'avait pas grand'chose à regretter. Quant +aux habitans, il fallait, pour se les attacher, gagner la véritable +population, c'est-à-dire celle des Arabes. En respectant les scheiks, en +caressant leur vieil orgueil, en augmentant leur pouvoir, en flattant un +désir secret qu'on trouvait en eux, comme on l'avait trouvé en Italie, +comme on le trouve partout, celui du rétablissement de l'antique +patrie, de la patrie arabe, on était assuré de dominer le pays et de se +l'attacher entièrement. Bien plus, en ménageant les propriétés et les +personnes, chez un peuple qui était habitué à regarder la conquête comme +donnant droit de meurtre, de pillage et de dévastation, on allait causer +une surprise des plus avantageuses à l'armée française; et si, en outre, +on respectait les femmes et le prophète, la conquête des coeurs était +aussi assurée que celle du sol. + +Bonaparte se conduisit d'après ces erremens aussi justes que profonds. +Doué d'une imagination tout orientale, il lui était facile de prendre +le style solennel et imposant qui convenait à la race arabe. Il fit des +proclamations qui étaient traduites en arabe et répandues dans le pays. +Il écrivit au pacha: «La république française s'est décidée à envoyer +une puissante armée pour mettre fin aux brigandages des beys d'Égypte, +ainsi qu'elle a été obligée de le faire plusieurs fois dans ce siècle +contre les beys de Tunis et d'Alger. Toi, qui devrais être le maître +des beys, et que cependant ils tiennent au Caire sans autorité et sans +pouvoir, tu dois voir mon arrivée avec plaisir. Tu es sans doute déjà +instruit que je ne viens point pour rien faire contre l'alcoran ni le +sultan. Tu sais que la nation française est la seule et unique alliée +que le sultan ait en Europe. Viens donc à ma rencontre, et maudis avec +moi la race impie des beys.» S'adressant aux Égyptiens, Bonaparte leur +adressait ces paroles: «Peuples d'Égypte, on vous dira que je viens pour +détruire votre religion. Ne le croyez pas; répondez que je viens vous +restituer vos droits, punir les usurpateurs, et que je respecte plus que +les Mameluks Dieu, son prophète et le Koran.» Parlant de la tyrannie +des Mameluks, il disait: «Y a-t-il une belle terre? elle appartient aux +Mameluks. Y a-t-il une belle esclave, un beau cheval, une belle maison? +cela appartient aux Mameluks. Si l'Égypte est leur ferme, qu'ils +montrent le bail que Dieu leur en a fait. Mais Dieu est juste et +miséricordieux pour le peuple, et il a ordonné que l'empire des Mameluks +finît.» Parlant des sentimens des Français, il ajoutait: «Nous aussi, +nous sommes de vrais musulmans. N'est-ce pas nous qui avons détruit le +pape, qui disait qu'il fallait faire la guerre aux musulmans? N'est-ce +pas nous qui avons détruit les chevaliers de Malte, parce que ces +insensés croyaient que Dieu voulait qu'ils fissent la guerre aux +musulmans? Trois fois heureux ceux qui seront avec nous! Ils +prospéreront dans leur fortune et leur rang. Heureux ceux qui seront +neutres! Ils auront le temps de nous connaître, et ils se rangeront avec +nous. Mais malheur, trois fois malheur à ceux qui s'armeront pour les +Mameluks et combattront contre nous! Il n'y aura pas d'espérance pour +eux; ils périront.» + +Bonaparte dit à ses soldats: «Vous allez entreprendre une conquête +dont les effets sur la civilisation et le commerce du monde sont +incalculables. Vous porterez à l'Angleterre le coup le plus sûr et le +plus sensible, en attendant que vous puissiez lui donner le coup de +mort. + +«Les peuples avec lesquels nous allons vivre sont mahométans; leur +premier article de foi est celui-ci: _Il n'y a pas d'autre Dieu que +Dieu, et Mahomet est son prophète_. Ne les contredisez pas; agissez avec +eux comme nous avons agi avec les Juifs, avec les Italiens. Ayez des +égards pour leurs muphtis et leurs imans, comme vous en avez eu pour les +rabbins et pour les évêques. Ayez pour les cérémonies que prescrit le +Koran, pour les mosquées, la même tolérance que vous avez eue pour les +couvens, pour les synagogues, pour la religion de Moïse et celle de +Jésus-Christ. Les légions romaines protégeaient toutes les religions. +Vous trouverez ici des usages différens de ceux de l'Europe, il faut +vous y accoutumer. Les peuples chez lesquels nous allons entrer traitent +les femmes autrement que nous. Souvenez-vous que dans tous les pays, +celui qui viole est un lâche. + +«La première ville que nous rencontrerons a été bâtie par Alexandre. +Nous trouverons à chaque pas de grands souvenirs, dignes d'exciter +l'émulation des Français.» + +Sur-le-champ Bonaparte fit ses dispositions pour établir l'autorité +française à Alexandrie, pour quitter ensuite le Delta et s'emparer du +Caire, capitale de toute l'Égypte. On était en juillet, le Nil allait +inonder les campagnes. Il voulait arriver au Caire avant l'inondation, +et employer le temps qu'elle durerait, à faire son établissement. Il +ordonna que tout demeurât dans le même état à Alexandrie, que les +exercices religieux continuassent, que la justice fût rendue comme avant +par les cadis. Il voulut succéder seulement aux droits des Mameluks, +et établir un commissaire pour percevoir les impôts accoutumés. Il +fit former un divan, ou conseil municipal, composé des scheiks et des +notables d'Alexandrie, afin de les consulter sur toutes les mesures que +l'autorité française aurait à prendre. Il laissa trois mille hommes en +garnison à Alexandrie, et en donna le commandement à Kléber, que sa +blessure devait, pour un mois ou deux, condamner à l'inaction. Il +chargea un jeune officier du plus rare mérite, et qui promettait un +grand ingénieur à la France, de mettre Alexandrie en état de défense et +d'y faire pour cela les travaux nécessaires. C'était le colonel Crétin, +qui, à peu de frais et en peu de temps, exécuta à Alexandrie des travaux +superbes. Bonaparte donna ensuite des ordres pour mettre la flotte à +l'abri. C'était une question de savoir si les gros vaisseaux pourraient +entrer dans le port d'Alexandrie. Une commission de marins fut chargée +de sonder le port, et de faire un rapport. En attendant, la flotte fut +mise à l'ancre dans la rade d'Aboukir. Bonaparte ordonna à Brueys de +faire promptement décider la question, et de se rendre à Corfou, s'il +était reconnu que les vaisseaux ne pouvaient pas entrer dans Alexandrie. + +Après avoir vaqué à ces soins, il fit ses dispositions pour se mettre en +marche. Une flottille considérable chargée de vivres, d'artillerie, de +munitions et de bagages, dut longer la côte jusqu'à l'embouchure de +Rosette, entrer dans le Nil, et le remonter en même temps que l'armée +française. Il se mit ensuite en marche avec le gros de l'armée, qui, +privée des deux garnisons laissées à Malte et Alexandrie, était forte de +trente mille hommes à peu près. Il avait ordonné à sa flottille de +se rendre à la hauteur de Ramanieh, sur les bords du Nil. Là il se +proposait de la joindre et de remonter le Nil parallèlement avec elle, +afin de sortir du Delta et d'arriver dans la Moyenne-Égypte, ou Bahireh. +Pour aller d'Alexandrie à _Ramanieh_, il y avait deux routes, l'une à +travers les pays habités, le long de la mer et du Nil, l'autre plus +courte et à vol d'oiseau, mais à travers le désert de _Damanhour_. +Bonaparte n'hésita pas, et prit la plus courte. Il lui importait +d'arriver promptement au Caire. Desaix marchait avec l'avant-garde; le +corps de bataille suivait à quelques lieues de distance. On s'ébranla le +18 messidor (6 juillet). Quand les soldats se virent engagés dans cette +plaine sans bornes, avec un sable mouvant sous les pieds, un ciel +brûlant sur la tête, point d'eau, point d'ombre, n'ayant pour reposer +leurs yeux que de rares bouquets de palmiers, ne voyant d'êtres vivans +que de légères troupes de cavaliers arabes, qui paraissaient et +disparaissaient à l'horizon, et quelquefois se cachaient derrière +des dunes de sable pour égorger les traînards, ils furent remplis de +tristesse. Déjà le goût du repos leur était venu, après les longues et +opiniâtres campagnes d'Italie. Ils avaient suivi leur général dans une +contrée lointaine, parce que leur foi en lui était aveugle, parce qu'on +leur avait annoncé une terre promise, de laquelle ils reviendraient +assez riches pour acheter chacun un champ de six arpens. Mais quand ils +virent ce désert, le mécontentement s'en mêla, et alla même jusqu'au +désespoir. Ils trouvaient tous les puits, qui de distance en distance +jalonnent la route du désert, détruits par les Arabes. A peine y +restait-il quelques gouttes d'une eau saumâtre, et très insuffisante +pour étancher leur soif. On leur avait annoncé qu'ils trouveraient à +Damanhour des soulagemens; ils n'y rencontrèrent que de misérables +huttes, et ne purent s'y procurer ni pain ni vin, mais seulement +des lentilles en assez grande abondance et un peu d'eau. Il fallut +s'enfoncer de nouveau dans le désert. Bonaparte vit les braves Lannes +et Murat eux-mêmes saisir leurs chapeaux, les jeter sur le sable, les +fouler aux pieds. Cependant il imposait à tous: sa présence commandait +le silence, et faisait quelquefois renaître la gaieté. Les soldats ne +voulaient pas lui imputer leurs maux; ils s'en prenaient à ceux qui +trouvaient un grand plaisir à observer le pays. Voyant les savans +s'arrêter pour examiner les moindres ruines, ils disaient que c'était +pour eux qu'on était venu, et s'en vengeaient par de bons mots à leur +façon. Caffarelli surtout, brave comme un grenadier, curieux comme un +érudit, passait à leurs yeux pour l'homme qui avait trompé le général, +et qui l'avait entraîné dans ce pays lointain. Comme il avait perdu une +jambe sur le Rhin, ils disaient: _Il se moque de ça lui, il a un pied en +France._ Cependant, après de cruelles souffrances, supportées d'abord +avec humeur, puis avec gaieté et courage, on arriva sur les bords du Nil +le 22 messidor (10 juillet), après une marche de quatre jours. A la vue +du Nil et de cette eau si désirée, les soldats s'y précipitèrent, et en +se baignant dans ses flots oublièrent toutes leurs fatigues. La division +Desaix, qui de l'avant-garde était passée à l'arrière-garde, vit galoper +devant elle deux ou trois centaines de Mameluks, qu'elle dispersa avec +quelques volées de mitraille. C'étaient les premiers qu'on eût vus. +Ils annonçaient la prochaine rencontre de l'armée ennemie. Le brave +Mourad-Bey, en effet, ayant été averti, réunissait toutes ses forces +autour du Caire. En attendant leur réunion, il voltigeait avec un +millier de chevaux autour de notre armée, afin d'observer sa marche. + +L'armée attendit à Ramanieh l'arrivée de la flottille; elle se reposa +jusqu'au 25 messidor (13 juillet), et en partit le même jour pour +Chébreïss. Mourad-Bey nous y attendait avec ses mameluks. La flottille, +qui était partie la première, et qui avait devancé l'armée, se trouva +engagée avant de pouvoir être soutenue. Mourad-Bey en avait une aussi, +et du rivage il joignait son feu à celui de ses _djermes_ (vaisseaux +légers égyptiens). La flottille française eut à soutenir un combat des +plus rudes. L'officier de marine Perrée, qui la commandait, déploya +un rare courage; il fut soutenu par les cavaliers qui étaient arrivés +démontés en Égypte, et qui, en attendant de s'équiper aux dépens +des Mameluks, étaient transportés par eau. On prit deux chaloupes +canonnières à l'ennemi, et on le repoussa. L'armée arriva dans cet +instant; elle se composait de cinq divisions. Elle n'avait pas encore +combattu contre ces singuliers ennemis. A la rapidité, au choc des +chevaux, aux coups de sabre, il fallait opposer l'immobilité du +fantassin, sa longue baïonnette, et des masses faisant front de tous +côtés. Bonaparte forma ses cinq divisions en cinq carrés, au milieu +desquels on plaça les bagages et l'état-major. L'artillerie était +aux angles. Les cinq divisions se flanquaient les unes les autres. +Mourad-Bey lança sur ces citadelles vivantes mille ou douze cents +cavaliers intrépides, qui, se précipitant à grands cris et de tout le +galop de leurs chevaux, déchargeant leurs pistolets, puis tirant leurs +redoutables sabres, vinrent se jeter sur le front des carrés. Trouvant +partout une haie de baïonnettes et un feu terrible, ils flottaient +autour des rangs français, tombaient devant eux, ou s'échappaient dans +la plaine de toute la vitesse de leurs chevaux. Mourad, après avoir +perdu deux ou trois cents de ses plus braves cavaliers, se retira pour +gagner le sommet du Delta, et aller nous attendre à la hauteur du Caire, +à la tête de toutes ses forces. + +Ce combat suffit pour familiariser l'armée avec ce nouveau genre +d'ennemis, et pour suggérer à Bonaparte la tactique qu'il fallait +employer avec eux. On s'achemina sur le Caire. La flottille se tenait +sur le Nil à la hauteur de l'armée. On marcha sans relâche pendant les +jours suivans. Les soldats eurent de nouvelles souffrances à essuyer, +mais ils longeaient le Nil, et pouvaient s'y baigner tous les soirs. La +vue de l'ennemi leur avait rendu leur ardeur. «Ces soldats, déjà un peu +dégoûtés des fatigues, comme il arrive toujours quand on a assez de +gloire, je les trouvais, dit Bonaparte, toujours admirables au feu.» +Pendant les marches l'humeur revenait souvent, et après l'humeur les +plaisanteries. Les savans commençaient à inspirer beaucoup de respect +par le courage qu'on leur voyait déployer: Monge et Bertholet, sur la +flottille, avaient montré à Chébreïss un courage héroïque. Les soldats, +tout en faisant des plaisanteries, étaient pleins d'égards pour eux. Ne +voyant pas paraître cette capitale du Caire, si vantée comme une des +merveilles de l'Orient, ils disaient qu'elle n'existait pas, ou bien que +ce serait comme à Damanhour, une réunion de huttes. Ils disaient encore +qu'on avait trompé ce pauvre général, qu'il s'était laissé déporter +comme _un bon enfant_, lui et ses compagnons de gloire. Le soir, quand +on s'était reposé, les soldats qui avaient lu ou entendu débiter les +contes des Mille et une Nuits, les répétaient à leurs camarades, et +on se promettait des palais magnifiques et resplendissans d'or. En +attendant, on était toujours privé de pain, non que le blé manquât, on +en trouvait partout au contraire; mais on n'avait ni moulin, ni four. +On mangeait des lentilles, des pigeons, et un melon d'eau exquis, +connu dans les pays méridionaux sous le nom de _pastèque_. Les soldats +l'appelaient _sainte pastèque_. + +On approchait du Caire, et là devait se livrer la bataille décisive. +Mourad-Bey y avait réuni la plus grande partie de ses Mameluks, dix +mille à peu près. Ils étaient suivis par un nombre double de fellahs, +auxquels on donnait des armes, et qu'on obligeait de se battre derrière +les retranchemens. Il avait rassemblé aussi quelques mille janissaires, +ou spahis, dépendans du pacha, qui, malgré la lettre de Bonaparte, +s'était laissé entraîner dans le parti de ses oppresseurs. Mourad-Bey +avait fait des préparatifs de défense sur les bords du Nil. La grande +capitale du Caire se trouve sur la rive droite du fleuve. C'était sur la +rive opposée, c'est-à-dire sur la gauche, que Mourad-Bey avait placé +son camp, dans une longue plaine qui s'étendait entre le Nil et les +pyramides de Giseh, les plus hautes de l'Égypte. Voici quelles étaient +ses dispositions. Un gros village, appelé Embaheh, était adossé au +fleuve. Mourad-Bey y avait ordonné quelques travaux, conçus et exécutés +avec l'ignorance turque. C'était un simple boyau qui environnait +l'enceinte du village, et des batteries immobiles, dont les pièces +n'étant pas sur affût de campagne ne pouvaient être déplacées. Tel était +le camp retranché de Mourad. Il y avait placé ses vingt-quatre mille +fellahs et janissaires, pour s'y battre avec l'opiniâtreté accoutumée +des Turcs derrière les murailles. Ce village, retranché et appuyé +au fleuve, formait sa droite. Ses Mameluks, au nombre de dix mille +cavaliers, s'étendaient dans la plaine entre le fleuve et les pyramides. +Quelques mille cavaliers arabes, qui n'étaient les auxiliaires des +Mameluks que pour piller et massacrer dans le cas d'une victoire, +remplissaient l'espace entre les pyramides et les Mameluks. Le collègue +de Mourad-Bey, Ibrahim, moins belliqueux et moins brave que lui, se +tenait de l'autre côté du Nil, avec un millier de Mameluks, avec ses +femmes, ses esclaves et ses richesses, prêt à sortir du Caire, et à +se réfugier en Syrie, si les Français étaient victorieux. Un nombre +considérable de djermes couvraient le Nil, et portaient toutes les +richesses des Mameluks. Tel était l'ordre dans lequel les deux beys +attendaient Bonaparte. + +Le 3 thermidor (21 juillet), l'armée française se mit en marche avant +le jour. Elle savait qu'elle allait apercevoir le Caire et rencontrer +l'ennemi. A la pointe du jour, elle découvrit enfin à sa gauche, au-delà +du fleuve, les hauts minarets de cette grande capitale, et à sa droite, +dans le désert, les gigantesques pyramides dorées par le soleil. A +la vue de ces monumens, elle s'arrêta comme saisie de curiosité et +d'admiration. Le visage de Bonaparte était rayonnant d'enthousiasme; +il se mit à galoper devant les rangs des soldats, et leur montrant les +pyramides: _Songez_, s'écriait-il, _songez que du haut de ces pyramides +quarante siècles vous contemplent_. On s'avança d'un pas rapide. On +voyait, en s'approchant, s'élever les minarets du Caire, on voyait +grandir les pyramides, on voyait fourmiller la multitude qui gardait +Embaheh, on voyait étinceler les armes de ces dix mille cavaliers, +brillans d'or et d'acier, et formant une ligne immense. Bonaparte fit +aussitôt ses dispositions. L'armée, comme à Chébreïss, était partagée +en cinq divisions. Les divisions Desaix et Régnier formaient la droite, +vers le désert; la division Dugua formait le centre, les divisions Menou +et Bon formaient la gauche, le long du Nil. Bonaparte, qui, depuis +le combat de Chébreïss, avait jugé le terrain et l'ennemi, fit ses +dispositions en conséquence. Chaque division formait un carré; chaque +carré était sur six rangs. Derrière étaient les compagnies de grenadiers +en pelotons, prêtes à renforcer les points d'attaque. L'artillerie était +aux angles; les bagages et les généraux au centre. Ces carrés étaient +mouvans. Quand ils étaient en marche, deux côtés marchaient sur le +flanc. Quand ils étaient chargés, ils devaient s'arrêter pour faire +front sur toutes les faces. Puis quand ils voulaient enlever une +position, les premiers rangs devaient se détacher, pour former des +colonnes d'attaque, et les autres devaient rester en arrière, formant +toujours le carré, mais sur trois hommes de profondeur seulement, +et prêts à recueillir les colonnes d'attaque. Telles étaient les +dispositions ordonnées par Bonaparte. Il craignait que ses impétueux +soldats d'Italie, habitués à marcher au pas de charge, eussent de +la peine à se résigner à cette froide et impassible immobilité des +murailles. Il avait eu soin de les y préparer. Ordre était donné surtout +de ne pas se hâter de tirer, d'attendre froidement l'ennemi, et de ne +faire feu qu'à bout pourtant. + +On s'avança presque à la portée du canon. Bonaparte, qui était dans +le carré du centre, formé par la division Dugua, s'assura, avec une +lunette, de l'état du camp d'Embabeh. Il vit que l'artillerie du camp, +n'étant pas sur affût de campagne, ne pourrait pas se porter dans la +plaine, et que l'ennemi ne sortirait pas des retranchemens. C'est sur +cette prévision qu'il basa ses mouvemens. Il résolut d'appuyer avec ses +divisions sur la droite, c'est-à-dire sur le corps des Mameluks, en +circulant hors de la portée du canon d'Embabeh. Son intention était +de séparer les Mameluks du camp retranché, de les envelopper, de les +pousser dans le Nil, et de n'attaquer Embabeh qu'après s'être défait +d'eux. Il ne devait pas lui être difficile de venir à bout de la +multitude qui fourmillait dans ce camp après avoir détruit les Mameluks. + +Sur-le-champ il donna le signal. Desaix, qui formait l'extrême droite, +se mit le premier en marche. Après lui venait le carré de Régnier, puis +celui de Dugua, où était Bonaparte. Les deux autres circulaient autour +d'Embabeh, hors de la portée du canon. Mourad-Bey qui, quoique sans +instruction, était doué d'un grand caractère et d'un coup d'oeil +pénétrant, devina sur-le-champ l'intention de son adversaire, et résolut +de charger pendant ce mouvement décisif. Il laissa deux mille Mameluks +pour appuyer Embabeh, puis se précipita avec le reste sur les deux +carrés de droite. Celui de Desaix, engagé dans les palmiers, n'était pas +encore formé, lorsque les premiers cavaliers l'abordèrent. Mais il se +forma sur-le-champ, et fut prêt à recevoir la charge. C'est une masse +énorme que celle de huit mille cavaliers galopant à la fois dans une +plaine. Ils se précipitèrent avec une impétuosité extraordinaire sur la +division Desaix. Nos braves soldats, devenus aussi froids qu'ils avaient +été fougueux jadis, les attendirent avec calme, et les reçurent, à bout +portant, avec un feu terrible de mousqueterie et de mitraille. Arrêtés +par le feu, ces innombrables cavaliers flottaient le long des rangs, +et galopaient autour de la citadelle enflammée. Quelques-uns des plus +braves se précipitèrent sur les baïonnettes, puis, retournant leurs +chevaux et les renversant sur nos fantassins, parvinrent à faire brèche, +et trente ou quarante vinrent expirer aux pieds de Desaix, au centre +même du carré. La masse, tournant bride, se rejeta du carré de Desaix +sur celui de Régnier qui venait après. Accueillie par le même feu, elle +revint vers le point d'où elle était partie; mais elle trouva sur ses +derrières la division Dugua que Bonaparte avait portée vers le Nil, et +fut jetée dans une déroute complète. Alors la fuite se fit en désordre. +Une partie des fuyards s'échappa vers notre droite, du côté des +pyramides; une autre, passant sous le feu de Dugua, alla se jeter dans +Embabeh, où elle porta la confusion. Dès cet instant le trouble commença +à se mettre dans le camp retranché. Bonaparte s'en apercevant, ordonna +à ses deux divisions de gauche de s'approcher d'Embabeh, pour s'en +emparer. Bon et Menou s'avancèrent sur le feu des retranchemens, +et arrivés à une certaine distance, firent halte. Les carrés se +dédoublèrent; les premiers rangs se formèrent en colonnes d'attaque, +tandis que les autres restèrent en carré, figurant toujours de +véritables citadelles. Mais au même instant les Mameluks, tant ceux +que Mourad avait laissés à Embabeh, que ceux qui s'y étaient réfugiés, +voulurent nous prévenir. Ils fondirent sur nos colonnes d'attaque, +tandis qu'elles étaient en marche. Mais celles-ci s'arrêtant +sur-le-champ, et se formant en carré avec une merveilleuse rapidité, +les reçurent avec fermeté, et en abattirent un grand nombre. Les uns +se rejetèrent dans Embabeh, où le désordre devint extrême; les autres, +fuyant dans la plaine, entre le Nil et notre droite, furent fusillés +ou poussés dans le fleuve. Les colonnes d'attaque abordèrent vivement +Embabeh, s'en emparèrent, et jetèrent dans le Nil la multitude des +fellahs et des janissaires. Beaucoup se noyèrent; mais comme les +Égyptiens sont excellens nageurs, le plus grand nombre d'entre eux +parvint à se sauver. La journée était finie. Les Arabes, qui étaient +près des pyramides et qui attendaient la victoire, s'enfoncèrent dans +le désert. Mourad, avec les débris de sa cavalerie, et le visage tout +sanglant, se retira vers la Haute-Égypte. Ibrahim, qui de l'autre rive +contemplait ce désastre, s'enfonça vers Belbeys, pour se retirer en +Syrie. Les Mameluks mirent aussitôt le feu aux djermes qui portaient +leurs richesses. Cette proie nous échappa, et nos soldats virent pendant +toute la nuit des flammes dévorer un riche butin. + +Bonaparte plaça son quartier-général à Giseh, sur les bords du Nil, où +Mourad-Bey avait une superbe habitation. On trouva, soit à Giseh, soit +à Embabeh, des provisions considérables, et nos soldats purent se +dédommager de leurs longues privations. Ils trouvèrent des vignes +couvertes de magnifiques raisins dans les jardins de Giseh, et les +eurent bientôt vendangées. Mais ils firent sur le champ de bataille un +butin d'une autre espèce, c'étaient des schalls magnifiques, de belles +armes, des chevaux, et des bourses qui renfermaient jusqu'à deux ou +trois cents pièces d'or; car les Mameluks portaient toutes leurs +richesses avec eux. Ils passèrent la soirée, la nuit et le lendemain à +recueillir des dépouilles. Cinq à six cents Mameluks avaient été tués. +Plus de mille étaient noyés dans le Nil. Les soldats se mirent à les +pêcher pour les dépouiller, et employèrent plusieurs jours encore à ce +genre de recherche. + +La bataille nous avait à peine coûté une centaine de morts ou blessés; +car si la défaite est terrible pour des carrés enfoncés, la perte est +nulle pour des carrés victorieux. Les Mameluks avaient perdu leurs +meilleurs cavaliers par le feu ou par les flots. Leurs forces étaient +dispersées, et la possession du Caire nous était assurée. Cette capitale +était dans un désordre extraordinaire. Elle renferme plus de trois cent +mille habitans, et elle est remplie d'une populace féroce et abrutie, +qui se livrait à tous les excès, et voulait profiter du tumulte pour +piller les riches palais des beys. Malheureusement la flottille +française n'avait pas encore remonté le Nil, et nous n'avions pas le +moyen de le traverser pour aller prendre possession du Caire. Quelques +négocians français, qui s'y trouvaient furent envoyés à Bonaparte par +les scheiks, pour convenir de l'occupation de la ville. Il se +procura quelques djermes pour envoyer un détachement qui rétablît la +tranquillité et mît les personnes et les propriétés à l'abri des fureurs +de la populace. Il entra le surlendemain dans le Caire, et alla prendre +possession du palais de Mourad-Bey. + +A peine fut-il établi au Caire, qu'il se hâta d'employer la politique +qu'il avait déjà suivie à Alexandrie, et qui devait lui attacher le +pays. Il visita les principaux scheiks, les flatta, leur fit espérer le +rétablissement de la domination arabe, leur promit la conservation de +leur culte et de leurs coutumes, et réussit complètement à les gagner +par un mélange de caresses adroites et de paroles imposantes, empreintes +d'une grandeur orientale. L'essentiel était d'obtenir des scheiks de la +mosquée de Jemil-Azar une déclaration en faveur des Français. C'était +comme un bref du pape chez les chrétiens. Bonaparte y déploya tout ce +qu'il avait d'adresse, et il y réussit complètement. Les grands scheiks +firent la déclaration désirée, et engagèrent les Égyptiens à se +soumettre à l'envoyé de Dieu, qui respectait le prophète, et qui venait +venger ses enfans de la tyrannie des Mameluks. Bonaparte établit au +Caire un divan, comme il avait fait à Alexandrie, composé des principaux +scheiks et des plus notables habitans. Ce divan ou conseil municipal +devait lui servir à gagner l'esprit des Égyptiens, en les consultant, +et à s'instruire par eux de tous les détails de l'administration +intérieure. Il fut convenu que dans toutes les provinces il en serait +établi de pareils, et que ces divans particuliers enverraient des +députés au divan du Caire, qui serait ainsi le grand divan national. + +Bonaparte résolut de laisser exercer la justice par les cadis. Dans son +projet de succéder aux droits des Mameluks, il saisit leurs propriétés, +et fit continuer au profit de l'armée française la perception des droits +précédemment établis. Pour cela il fallait avoir les Cophtes à sa +disposition. Il ne négligea rien pour se les attacher, en leur faisant +espérer une amélioration dans leur sort. Il fit partir des généraux avec +des détachemens, pour redescendre le Nil, et aller achever l'occupation +du Delta, qu'on n'avait fait que traverser. Il en envoya vers le Nil +supérieur pour prendre possession de l'Égypte-Moyenne. Desaix fut placé +avec sa division à l'entrée de la Haute-Égypte, dont il devait faire +la conquête sur Mourad-Bey, dès que les eaux du Nil baisseraient avec +l'automne. Chacun des généraux, muni d'instructions détaillées, devait +répéter dans tout le pays ce qui avait été fait à Alexandrie et au +Caire. Ils devaient s'entourer des scheiks, capter les Cophtes, et +établir la perception des impôts pour fournir aux besoins de l'armée. + +Bonaparte s'occupa ensuite du bien-être et de la santé des soldats. +L'Égypte commençait à leur plaire: ils y trouvaient le repos, +l'abondance, un climat sain et pur. Ils s'habituaient aux moeurs +singulières du pays, et en faisaient un sujet continuel de +plaisanteries. Mais, devinant l'intention du général avec leur sagacité +accoutumée, ils jouaient aussi le respect pour le prophète, et riaient +avec lui du rôle que la politique les obligeait à jouer. Bonaparte fit +construire des fours pour qu'ils eussent du pain. Il les logea dans les +bonnes habitations des Mameluks, et leur recommanda surtout de respecter +les femmes. Ils avaient trouvé en Égypte des ânes superbes et en grand +nombre. C'était un grand plaisir pour eux de se faire porter dans les +environs et de galoper sur ces animaux à travers les campagnes. Leur +vivacité causa quelques accidens aux graves habitans du Caire. Il fallut +défendre de traverser les rues trop vite. La cavalerie était montée sur +les plus beaux chevaux du monde, c'est-à-dire sur les chevaux arabes +enlevés aux Mameluks. + +Bonaparte s'occupa aussi de maintenir les relations avec les contrées +voisines, afin de conserver et de s'approprier le riche commerce de +l'Égypte. Il nomma lui-même l'émir-haggi. C'est un officier choisi +annuellement au Caire, pour protéger la grande caravane de la Mecque. +Il écrivit à tous les consuls français sur la côte de Barbarie, pour +avertir les deys que l'émir-haggi était nommé, et que les caravanes +pouvaient partir. Il fît écrire par les scheiks au shérif de la Mecque, +que les pèlerins seraient protégés, et que les caravanes trouveraient +sûreté et protection. Le pacha du Caire avait suivi Ibrahim-Bey +à Belbeys. Bonaparte lui écrivit, ainsi qu'aux divers pachas de +Saint-Jean-d'Acre et de Damas, pour les assurer des bonnes dispositions +des Français envers la Sublime-Porte. Ces dernières précautions étaient +malheureusement inutiles, et les officiers de la Porte se persuadaient +difficilement que les Français, qui venaient envahir une des plus riches +provinces de leur souverain, fussent réellement ses amis. + +Les Arabes étaient frappés du caractère du jeune conquérant. Ils ne +comprenaient pas qu'un mortel qui lançait la foudre fût aussi clément. +Ils l'appelaient le digne enfant du prophète, le favori du grand +_Allah_; ils avaient chanté dans la grande mosquée la litanie suivante: + +«Le grand _Allah_ n'est plus irrité contre nous! Il a oublié nos fautes, +assez punies par la longue oppression des Mameluks! Chantons les +miséricordes du grand _Allah_! + +«Quel est celui qui a sauvé des dangers de la mer et de la fureur de ses +ennemis _le Favori de la victoire_? Quel est celui qui a conduit sains +et saufs sur les rives du Nil _les braves de l'Occident_? + +«C'est le grand _Allah_, le grand _Allah_, qui n'est plus irrité contre +nous. Chantons les miséricordes du grand _Allah_! + +«Les beys mameluks avaient mis leur confiance dans leurs chevaux; les +beys mameluks avaient rangé leur infanterie en bataille. + +«Mais _le Favori de la victoire_, à la tête _des braves de l'Occident_, +a détruit l'infanterie et les chevaux des Mameluks. + +«De même que les vapeurs qui s'élèvent le matin du Nil sont dissipées +par les rayons du soleil, de même l'armée des Mameluks a été dissipée +par _les braves de l'Occident_, parce que le grand _Allah_ est +actuellement irrité contre les Mameluks, parce que _les braves de +l'Occident_ sont la prunelle droite du grand _Allah_.» + +Bonaparte voulut, pour entrer davantage dans les moeurs des Arabes, +prendre part à leurs fêtes. Il assista à celle du Nil qui est une des +plus grandes d'Égypte. Ce fleuve est le bienfaiteur de la contrée: aussi +est-il en grande vénération chez les habitans, et il est l'objet d'une +espèce de culte. Pendant l'inondation, il s'introduit au Caire par un +grand canal; une digue lui interdit l'entrée de ce canal, jusqu'à ce +qu'il soit parvenu à une certaine hauteur; alors on la coupe; et le jour +destiné à cette opération est un jour de réjouissance. On déclare la +hauteur à laquelle le fleuve est parvenu, et quand on espère une grande +inondation, la joie est générale, car c'est un présage d'abondance. +C'est le 18 août (1er fructidor) que cette espèce de fête se célèbre. +Bonaparte avait fait prendre les armes à toute l'armée, et l'avait +rangée sur les bords du canal. Un peuple immense était accouru, +et voyait avec joie _les braves de l'Occident_ assister à ses +réjouissances. Bonaparte, à la tête de son état-major, accompagnait les +principales autorités du pays. D'abord un scheik déclara la hauteur à +laquelle était parvenu le Nil: elle était de vingt-cinq pieds, ce qui +causa une grande joie. On travailla ensuite à couper la digue. Toute +l'artillerie française retentit à la fois au moment où les eaux +du fleuve se précipitèrent. Suivant l'usage, une foule de barques +s'élancèrent dans le canal pour obtenir le prix destiné à celle qui +parviendrait à y entrer la première. Bonaparte donna le prix lui-même. +Une foule d'hommes et d'enfans se plongeaient dans les eaux du Nil, +attachant à ce bain des propriétés bienfaisantes. Des femmes y jetaient +des cheveux et des pièces d'étoffes. Bonaparte fit ensuite illuminer la +ville, et la journée s'acheva dans les festins. La fête du prophète ne +fut pas célébrée avec moins de pompe; Bonaparte se rendit à la grande +mosquée, s'assit sur des coussins, les jambes croisées comme les +scheiks, dit avec eux les litanies du prophète, en balançant le haut de +son corps et agitant sa tête. Il édifia tout le saint collège par sa +piété. Il assista ensuite au repas donné par le grand scheik, élu dans +la journée. + +C'est par tous ces moyens que le jeune général, aussi profond politique +que grand capitaine, parvenait à s'attacher l'esprit du pays. Tandis +qu'il en flattait momentanément les préjugés, il travaillait à y +répandre un jour la science, par la création du célèbre Institut +d'Égypte. Il réunit les savans et les artistes qu'il avait amenés, et +les associant à quelques-uns de ses officiers les plus instruits, il en +composa cet Institut, auquel il consacra des revenus, et l'un des +plus vastes palais du Caire. Les uns devaient s'occuper à faire une +description exacte du pays, et en dresser la carte la plus détaillée; +les autres devaient en étudier les ruines, et fournir de nouvelles +lumières à l'histoire; les autres devaient en étudier les productions, +faire les observations utiles à la physique, à l'astronomie, à +l'histoire naturelle; les autres enfin devaient s'occuper à rechercher +les améliorations qu'on pourrait apporter à l'existence des habitans par +des machines, des canaux, des travaux sur le Nil, des procédés adaptés +à ce sol si singulier et si différent de l'Europe. Si la fortune devait +nous enlever un jour cette belle contrée, du moins elle ne pouvait nous +enlever les conquêtes que la science y allait faire; un monument se +préparait qui devait honorer le génie et la constance de nos savans, +autant que l'expédition honorait l'héroïsme de nos soldats. + +Monge fut le premier qui obtint la présidence. Bonaparte ne fut que le +second. Il proposa les questions suivantes: rechercher la meilleure +construction des moulins à eau et à vent; remplacer le houblon qui +manque en Égypte, dans la fabrication de la bière; déterminer les lieux +propres à la culture de la vigne; chercher le meilleur moyen pour +procurer de l'eau à la citadelle du Caire; creuser des puits dans les +différens endroits du désert; chercher le moyen de clarifier et de +rafraîchir l'eau du Nil; imaginer une manière d'utiliser les décombres +dont la ville du Caire était embarrassée, ainsi que toutes les anciennes +villes d'Égypte; chercher les matières nécessaires pour la fabrication +de la poudre en Égypte. On peut juger par ces questions de la tournure +d'esprit du général. Sur-le-champ les ingénieurs, les dessinateurs, +les savans, se répandirent dans toutes les provinces pour commencer la +description et la carte du pays. Tels étaient les soins de cette colonie +naissante et la manière dont le fondateur en dirigeait les travaux. + +La conquête des provinces de la Basse et Moyenne-Égypte s'était faite +sans peine, et n'avait coûté que quelques escarmouches avec les Arabes. +Il avait suffi d'une marche forcée sur Belbeys pour rejeter Ibrahim-Bey +en Syrie. Desaix attendait l'automne pour enlever la Haute-Égypte à +Mourad-Bey, qui s'y était retiré avec les débris de son armée. + +Mais, pendant ce temps, la fortune venait d'infliger à Bonaparte le +plus redoutable de tous les revers. En quittant Alexandrie, il avait +fortement recommandé à l'amiral Brueys de mettre son escadre à l'abri +des Anglais, soit en la faisant entrer dans Alexandrie, soit en la +dirigeant sur Corfou; mais surtout de ne pas rester dans la rade +d'Aboukir, car il valait mieux rencontrer l'ennemi à la voile, que de le +recevoir à l'ancre. Une vive discussion s'était élevée sur la question +de savoir si on pouvait faire entrer dans le port d'Alexandrie les +vaisseaux de 80 et de 120 canons. Il n'y avait pas de doute pour les +autres; mais pour les deux de 80 et pour celui de 120, il fallait un +allégement qui leur fît gagner trois pieds d'eau. Pour cela il était +nécessaire de les désarmer ou de construire des demi-chameaux. L'amiral +Brueys ne voulut pas faire entrer son escadre dans le port à cette +condition. Il pensait qu'obligé à de pareilles précautions pour ses +trois vaisseaux les plus forts, il ne pourrait jamais sortir du port +en présence de l'ennemi, et qu'il pourrait ainsi être bloqué par une +escadre très-inférieure en force; il se décida à partir pour Corfou. +Mais étant fort attaché au général Bonaparte, il ne voulait pas mettre +à la voile sans avoir des nouvelles de son entrée au Caire et de son +établissement en Égypte. Le temps qu'il employa, soit à faire sonder les +passes d'Alexandrie, soit à attendre des nouvelles du Caire, le perdit, +et amena un des plus funestes événemens de la révolution et l'un de ceux +qui, à cette époque, ont le plus influé sur les destinées du monde. + +L'amiral Brueys s'était embossé dans la rade d'Aboukir. Cette rade est +un demi-cercle très-régulier. Nos treize vaisseaux formaient une ligne +demi-circulaire parallèle au rivage. L'amiral, pour assurer sa ligne +d'embossage, l'avait appuyée d'un côté vers une petite île, nommée +l'îlot d'Aboukir. Il ne supposait pas qu'un vaisseau pût passer entre +cet îlot et sa ligne pour la prendre par derrière; et, dans cette +croyance il s'était contenté d'y placer une batterie de douze, +seulement pour empêcher l'ennemi d'y débarquer. Il se croyait tellement +inattaquable de ce côté, qu'il y avait placé ses plus mauvais vaisseaux. +Il craignait davantage pour l'autre extrémité de son demi-cercle. De +ce côté, il croyait possible que l'ennemi passât entre le rivage et sa +ligne d'embossage; aussi y avait-il mis ses vaisseaux les plus forts +et les mieux commandés. De plus, il était rassuré par une circonstance +importante, c'est que cette ligne étant au midi, et le vent venant +du nord, l'ennemi qui voudrait attaquer par ce côté aurait le vent +contraire, et ne s'exposerait pas sans doute à combattre avec un pareil +désavantage. + +Dans cette situation, protégé de sa gauche par un îlot, qu'il croyait +suffisant pour fermer la rade, et vers sa droite par ses meilleurs +vaisseaux et par le vent, il attendit en sécurité les nouvelles qui +devaient décider son départ. + +Nelson, après avoir parcouru l'Archipel, après être retourné dans +l'Adriatique, à Naples, en Sicile, avait obtenu enfin la certitude +du débarquement des Français à Alexandrie. Il prit aussitôt cette +direction, afin de joindre leur escadre et de la combattre. Il envoya +une frégate pour la chercher et reconnaître sa position. Cette frégate +l'ayant trouvée dans la rade d'Aboukir, put observer tout à l'aise notre +ligne d'embossage. Si l'amiral, qui avait dans le port d'Alexandrie une +multitude de frégates et des vaisseaux légers, avait eu la précaution +d'en garder quelques-uns à la voile, il aurait pu tenir les Anglais +toujours éloignés, les empêcher d'observer sa ligne, et être averti de +leur approche. Malheureusement il n'en fit rien. La frégate anglaise, +après avoir achevé sa reconnaissance, retourna vers Nelson, qui, étant +informé de tous les détails de notre position, manoeuvra aussitôt vers +Aboukir. Il y arriva le 14 thermidor (1er août), vers les six heures du +soir. L'amiral Brueys était à dîner; il fit aussitôt donner le signal +du combat. Mais on s'attendait si peu à recevoir l'ennemi, que le +branle-bas n'était fait sur aucun vaisseau, et qu'une partie des +équipages était à terre. L'amiral envoya des officiers pour faire +rembarquer les matelots et pour réunir une partie de ceux qui étaient +sur les convois. Il ne croyait pas que Nelson osât l'attaquer le soir +même, et il croyait avoir le temps de recevoir les renforts qu'il venait +de demander. + +Nelson résolut d'attaquer sur-le-champ, et de tenter une manoeuvre +audacieuse, de laquelle il espérait le succès de la bataille. Il voulait +aborder notre ligne par la gauche, c'est-à-dire par l'îlot d'Aboukir, +passer entre cet îlot et notre escadre, malgré les dangers des +bas-fonds, et se placer ainsi entre le rivage et notre ligne +d'embossage. Cette manoeuvre était périlleuse, mais l'intrépide Anglais +n'hésita pas. Le nombre des vaisseaux était égal des deux côtés, +c'est-à-dire de treize vaisseaux de haut-bord. Nelson attaqua vers huit +heures du soir. Sa manoeuvre ne fut d'abord pas heureuse. _Le Culloden_, +en voulant passer entre l'îlot d'Aboukir et notre ligne, échoua sur un +bas-fonds. _Le Goliath_ qui le suivait, fut plus heureux, et passa; +mais poussé par le vent, il dépassa notre premier vaisseau, et ne put +s'arrêter qu'à la hauteur du troisième. Les vaisseaux anglais _le Zélé_, +_l'Audacieux_, _le Thésée_, _l'Orion_, suivirent le mouvement, et +réussirent à se placer entre notre ligne et le rivage. Ils s'avancèrent +jusqu'au _Tonnant_, qui était le huitième, et engagèrent ainsi notre +gauche et notre centre. Leurs autres vaisseaux s'avancèrent par +le dehors de la ligne, et la mirent entre deux feux. Comme on ne +s'attendait pas dans l'escadre française à être attaqué dans ce sens, +les batteries du côté du rivage n'étaient pas encore dégagées, et nos +deux premiers vaisseaux ne purent faire feu que d'un côté; aussi l'un +fut-il désemparé, et l'autre démâté. Mais au centre où était _l'Orient_, +vaisseau amiral, le feu fut terrible. _Le Bellérophon_, l'un des +principaux vaisseaux de Nelson, fut dégréé, démâté, et obligé d'amener. +D'autres vaisseaux anglais, horriblement maltraités, furent obligés de +s'éloigner du champ de bataille. L'amiral Brueys n'avait reçu qu'une +partie de ses matelots; cependant il se soutenait avec avantage; il +espérait même, malgré le succès de la manoeuvre de Nelson, remporter la +victoire, si les ordres qu'il donnait en ce moment à sa droite étaient +exécutés. Les Anglais n'avaient engagé le combat qu'avec la gauche et le +centre; notre droite, composée de nos cinq meilleurs vaisseaux, n'avait +aucun ennemi devant elle. L'amiral Brueys lui faisait signal de mettre +à la voile, et de se rabattre extérieurement sur la ligne de bataille; +cette manoeuvre réussissant, les vaisseaux anglais qui nous attaquaient +par le dehors, auraient été pris entre deux feux; mais les signaux +ne furent pas aperçus. Dans un cas pareil, un lieutenant ne doit pas +hésiter à courir au danger, et de voler au secours de son chef. Le +contre-amiral Villeneuve, brave, mais irrésolu, demeura immobile, +attendant toujours des ordres. Notre gauche et notre centre restèrent +donc placés entre deux feux. Cependant l'amiral et ses capitaines +faisaient des prodiges de bravoure, et soutenaient glorieusement +l'honneur du pavillon. Nous avions perdu deux vaisseaux, les Anglais +aussi en avaient perdu deux, dont l'un était échoué, et l'autre démâté; +notre feu était supérieur. L'infortuné Brueys fut blessé, il ne voulut +pas quitter le pont de son vaisseau: «Un amiral, dit-il, doit mourir en +donnant des ordres.» Un boulet le tua sur son banc de quart. Vers onze +heures, le feu prit au magnifique vaisseau _l'Orient_. Il sauta en +l'air. Cette épouvantable explosion suspendit pour quelque temps cette +lutte acharnée. Sans se laisser abattre, nos cinq vaisseaux engagés, +_le Franklin_, _le Tonnant_, _le Peuple-Souverain_, _le Spartiate_, +_l'Aquilon_, soutinrent le feu toute la nuit. Il était temps encore +pour notre droite de lever l'ancre, et de venir à leur secours. Nelson +tremblait que cette manoeuvre ne fût exécutée; il était si maltraité +qu'il n'aurait pu soutenir l'attaque. Cependant Villeneuve mit enfin à +la voile, mais pour se retirer, et pour sauver son aile qu'il ne croyait +pas pouvoir exposer avec avantage contre Nelson. Trois de ses vaisseaux +se jetèrent à la côte; il se sauva avec les deux autres et deux +frégates, et fit voile vers Malte. Le combat avait duré plus de quinze +heures. Tous les équipages attaqués avaient fait des prodiges de valeur. +Le brave capitaine _Du Petit-Thouars_ avait deux membres emportés; il se +fit apporter du tabac, resta sur son banc de quart, et, comme Brueys, +attendit d'être emporté par un boulet de canon. Toute notre escadre, +excepté les vaisseaux et les deux frégates emmenés par Villeneuve, fut +détruite. Nelson était si maltraité qu'il ne put pas poursuivre les +vaisseaux en fuite. + +Telle fut la célèbre bataille navale d'Aboukir, la plus désastreuse que +la marine française eût encore soutenue, et celle dont les conséquences +militaires devaient être les plus funestes. La flotte qui avait porté +les Français en Égypte, qui pouvait les secourir ou les recruter, qui +devait seconder leurs mouvemens sur les côtes de Syrie, s'ils en avaient +à exécuter, qui devait imposer à la Porte, la forcer à se payer de +mauvaises raisons, et l'obliger à souffrir l'invasion de l'Égypte, qui +devait enfin, en cas de revers, ramener les Français dans leur patrie, +cette flotte était détruite. Les vaisseaux des Français étaient brûlés, +mais ils ne les avaient pas brûlés eux-mêmes, ce qui était bien +différent pour l'effet moral. La nouvelle de ce désastre circula +rapidement en Égypte, et causa un instant de désespoir à l'armée. +Bonaparte reçut cette nouvelle avec un calme impassible. «Eh bien! +dit-il, il faut mourir ici, ou en sortir grands comme les anciens.» Il +écrivit à Kléber: «Ceci nous obligera à faire de plus grandes choses que +nous n'en voulions faire. Il faut nous tenir prêts.» La grande âme de +Kléber était digne de ce langage: «Oui, répondit Kléber, il faut faire +de grandes choses; _je_ prépare mes facultés_.» Le courage de ces grands +hommes soutint l'armée, et en rétablit le moral. Bonaparte chercha à +distraire ses soldats par différentes expéditions, et leur fit bientôt +oublier ce désastre. A la fête de la fondation de la république, +célébrée le 1er vendémiaire, il voulut encore exalter leur imagination, +et fit graver sur la colonne de Pompée le nom des quarante premiers +soldats morts en Égypte. C'étaient les quarante qui avaient succombé en +attaquant Alexandrie. Ces quarante noms, sortis des villages de France, +étaient ainsi associés à l'immortalité de Pompée et d'Alexandre. Il +adressa à son armée cette singulière et grande allocution, où était +retracée sa merveilleuse histoire: + + SOLDATS! + + «Nous célébrons le premier jour de l'an VII de la république. + + «Il y a cinq ans, l'indépendance du peuple français était menacée; + mais vous prîtes Toulon, ce fut le présage de la ruine de vos + ennemis. + + «Un an après, vous battiez les Autrichiens à Dego. + + «L'année suivante, vous étiez sur le sommet des Alpes. + + «Vous luttiez contre Mantoue, il y a deux ans, et vous remportiez la + célèbre victoire de Saint-Georges. + + «L'an passé, vous étiez aux sources de la Drave et de l'Izonzo, de + retour de l'Allemagne. + + «Qui eût dit alors que vous seriez aujourd'hui sur les bords du Nil, + au centre de l'ancien continent? + + «Depuis l'Anglais, célèbre dans les arts et le commerce, jusqu'au + hideux et féroce Bédouin, vous fixez les regards du monde. + + «Soldats, votre destinée est belle, parce que vous êtes dignes de ce + que vous avez fait, et de l'opinion qu'on a de vous. Vous mourrez + avec honneur comme les braves, dont les noms sont inscrits sur cette + pyramide, ou vous retournerez dans votre patrie couverts de lauriers + et de l'admiration de tous les peuples. + + «Depuis cinq mois que nous sommes éloignés de l'Europe, nous avons + été l'objet perpétuel des sollicitudes de nos compatriotes. Dans ce + jour, quarante millions de citoyens célèbrent l'ère des gouvernemens + représentatifs, quarante millions de citoyens pensent à vous; tous + disent: C'est à leurs travaux, à leur sang que nous devons la paix + générale, le repos, la prospérité du commerce et les bienfaits de la + liberté civile.» + + + +CHAPITRE XIV. + +EFFET DE L'EXPÉDITION D'ÉGYPTE EN EUROPE. CONSÉQUENCES FUNESTES DE LA +BATAILLE NAVALE D'ABOUKIR.--DÉCLARATION DE GUERRE DE LA PORTE.--EFFORTS +DE L'ANGLETERRE POUR FORMER UNE NOUVELLE COALITION.--CONFÉRENCES AVEC +L'AUTRICHE A SELZ. PROGRÈS DES NÉGOCIATIONS DE RASTADT.--NOUVELLES +COMMOTIONS EN HOLLANDE, EN SUISSE ET DANS LES RÉPUBLIQUES ITALIENNES. +CHANGEMENT DE LA CONSTITUTION CISALPINE; GRANDS EMBARRAS DU DIRECTOIRE +A CE SUJET.--SITUATION INTÉRIEURE. UNE NOUVELLE OPPOSITION SE PRONONCE +DANS LES CONSEILS.--DISPOSITION GÉNÉRALE A LA GUERRE. LOI SUR LA +CONSCRIPTION.--FINANCES DE L'AN VII.--REPRISE DES HOSTILITÉS. INVASION +DES ÉTATS ROMAINS PAR L'ARMÉE NAPOLITAINE.--CONQUÊTE DU ROYAUME DE +NAPLES PAR LE GÉNÉRAL CHAMPIONNET.--ABDICATION DU ROI DE PIÉMONT. + + +L'expédition d'Égypte resta un mystère en Europe longtemps encore après +le départ de notre flotte. La prise de Malte commença à fixer les +conjectures. Cette place réputée imprenable et enlevée en passant, jeta +sur les argonautes français un éclat extraordinaire. Le débarquement en +Égypte, l'occupation d'Alexandrie, la bataille des Pyramides, frappèrent +toutes les imaginations en France et en Europe. Le nom de Bonaparte, qui +avait paru si grand quand il arrivait des Alpes, produisit un effet plus +singulier et plus étonnant encore arrivant des contrées lointaines +de l'Orient. Bonaparte et l'Égypte étaient le sujet de toutes les +conversations. Ce n'était rien que les projets exécutés; on en supposait +de plus gigantesques encore. Bonaparte allait, disait-on, traverser la +Syrie et l'Arabie, et se jeter sur Constantinople ou sur l'Inde. + +La malheureuse bataille d'Aboukir vint, non pas détruire le prestige de +l'entreprise, mais réveiller toutes les espérances des ennemis de la +France, et hâter le succès de leurs trames. L'Angleterre, qui était +extrêmement alarmée pour sa puissance commerciale, et qui n'attendait +que le moment favorable pour tourner contre nous de nouveaux ennemis, +avait rempli Constantinople de ses intrigues. Le Grand-Seigneur n'était +pas fâché de voir punir les Mameluks, mais il ne voulait pas perdre +l'Égypte. M. de Talleyrand, qui avait dû se rendre auprès du divan pour +lui faire agréer des satisfactions, n'était point parti. Les agens de +l'Angleterre eurent le champ libre; ils persuadèrent à la Porte que +l'ambition de la France était insatiable; qu'après avoir troublé +l'Europe, elle voulait bouleverser l'Orient, et qu'au mépris d'une +antique alliance, elle venait envahir la plus riche province de l'empire +turc. Ces suggestions et l'or répandu dans le divan n'auraient pas suffi +pour le décider, si la belle flotte de Brueys avait pu venir canonner +les Dardanelles; mais la bataille d'Aboukir priva les Français de tout +leur ascendant dans le Levant, et donna à l'Angleterre une prépondérance +décidée. La Porte déclara solennellement la guerre à la France[1], et, +pour une province perdue depuis long-temps, se brouilla avec son amie +naturelle, et se lia avec ses ennemis les plus redoutables, la Russie +et l'Angleterre. Le sultan ordonna la réunion d'une armée, pour aller +reconquérir l'Égypte. Cette circonstance rendait singulièrement +difficile la position des Français. Séparés de la France, et privés +de tout secours par les flottes victorieuses des Anglais, ils étaient +exposés en outre à voir fondre sur eux toutes les bordes de l'Orient. +Ils n'étaient que trente mille environ pour lutter contre tant de +périls. + +[Note 1: 18 fructidor an VI (4 septembre).] + +Nelson victorieux vint à Naples radouber son escadre abîmée, et recevoir +les honneurs du triomphe. Malgré les traités qui liaient la cour de +Naples à la France, et qui lui interdisaient de fournir aucun secours à +nos ennemis, tous les ports et les chantiers de la Sicile furent ouverts +à Nelson. Lui-même fut accueilli avec des honneurs extraordinaires. Le +roi et la reine vinrent le recevoir à l'entrée du port, et l'appelèrent +le héros libérateur de la Méditerranée. On se mit à dire que le triomphe +de Nelson devait être le signal du réveil général, que les puissances +devaient profiter du moment où la plus redoutable armée de la France, +et son plus grand capitaine, étaient enfermés en Égypte, pour marcher +contre elle, et refouler dans son sein ses soldats et ses principes. Les +suggestions furent extrêmement actives auprès de toutes les cours. On +écrivit en Toscane et en Piémont, pour réveiller leur haine jusqu'ici +déguisée. C'était le moment, disait-on, de seconder la cour de Naples, +de se liguer contre l'ennemi commun, de se soulever tous à la fois sur +les derrières des Français, et de les égorger d'un bout à l'autre de la +Péninsule. On dit à l'Autriche qu'elle devait profiter du moment où les +puissances italiennes prendraient les Français par derrière, pour les +attaquer par devant, et leur enlever l'Italie. La chose devait être +facile, car Bonaparte et sa terrible armée n'étaient plus sur l'Adige. +On s'adressa à l'Empire dépouillé d'une partie de ses états, et réduit +à céder la rive gauche du Rhin; on chercha à tirer la Prusse de sa +neutralité; enfin on employa auprès de Paul Ier les moyens qui pouvaient +agir sur son esprit malade, et le décider à fournir les secours si +long-temps et si vainement promis par Catherine. + +Ces suggestions ne pouvaient manquer d'être bien accueillies auprès de +toutes les cours; mais toutes n'étaient pas en mesure d'y céder. Les +plus voisines de la France étaient les plus irritées et les plus +disposées à refouler la révolution; mais par cela seul qu'elles étaient +plus rapprochées du colosse républicain, elles étaient condamnées aussi +à plus de réserve et de prudence, avant d'entrer en lutte avec lui. +La Russie, la plus éloignée de la France, la moins exposée à ses +vengeances, soit par son éloignement, soit par l'état moral de ses +peuples, était la plus facile à décider. Catherine, dont la politique +habile avait tendu toujours à compliquer la situation de l'Occident, +soit pour avoir le prétexte d'y intervenir, soit pour avoir le temps de +faire en Pologne ce qu'elle voulait, Catherine n'avait pas emporté sa +politique avec elle. Cette politique est innée dans le cabinet russe; +elle vient de sa position même: elle peut changer de procédés ou de +moyens, suivant que le souverain est astucieux ou violent; mais elle +tend toujours au même but, par un penchant irrésistible. L'habile +Catherine s'était contentée de donner des espérances et des secours +aux émigrés; elle avait prêché la croisade sans envoyer un soldat. Son +successeur allait suivre le même but, mais avec son caractère. Ce prince +violent et presque insensé, mais du reste assez généreux, avait d'abord +paru s'écarter de la politique de Catherine, et refusé d'exécuter le +traité d'alliance conclu avec l'Angleterre et l'Autriche; mais après +cette déviation d'un moment, il était bientôt revenu à la politique +de son cabinet. On le vit donner asile au prétendant, et prendre les +émigrés à sa solde, après le traité de Campo-Formio. On lui persuada +qu'il devait se faire le chef de la noblesse européenne menacée par +les démagogues. La démarche de l'ordre de Malte, qui le prit pour son +protecteur, contribua à exalter sa tête, et il embrassa l'idée qu'on lui +proposait, avec la mobilité et l'ardeur des princes russes. Il offrit sa +protection à l'Empire, et voulut se porter garant de son intégrité. La +prise de Malte le remplit de colère, et il offrit la coopération de +ses armées contre la France. L'Angleterre triomphait donc à +Saint-Pétersbourg comme à Constantinople, et elle allait faire marcher +d'accord des ennemis jusque-là irréconciliables. + +Le même zèle ne régnait pas partout. La Prusse se trouvait trop bien de +sa neutralité et de l'épuisement de l'Autriche pour vouloir intervenir +dans la lutte des deux systèmes. Elle veillait seulement à ses +frontières du côté de la Hollande et de la France, pour empêcher la +contagion révolutionnaire. Elle avait rangé ses armées de manière à +former une espèce de cordon sanitaire. L'Empire, qui avait appris à ses +dépens à connaître la puissance de la France, et qui était exposé à +devenir toujours le théâtre de la guerre, souhaitait la paix. Les +princes dépossédés eux-mêmes la souhaitaient aussi, parce qu'ils étaient +assurés de trouver des indemnités sur la rive droite; les princes +ecclésiastiques seuls, menacés de la sécularisation, désiraient la +guerre. Les puissances italiennes du Piémont et de la Toscane ne +demandaient pas mieux qu'une occasion, mais elles tremblaient sous la +main de fer de la république française. Elles attendaient que Naples ou +l'Autriche leur donnât le signal. Quant à l'Autriche, quoiqu'elle fût la +mieux disposée des cours formant la coalition monarchique, elle hésitait +cependant avec sa lenteur ordinaire à prendre un parti, et surtout elle +craignait pour ses peuples déjà très épuisés par la guerre. La France +lui avait opposé deux républiques nouvelles, la Suisse et Rome, l'une +sur ses flancs, l'autre en Italie, ce qui l'irritait fort et la +disposait tout à fait à rentrer en lutte; mais elle aurait passé +par-dessus ces nouveaux envahissemens de la coalition républicaine, si +on l'avait dédommagée par quelques conquêtes. C'est pour ce but qu'elle +avait proposé des conférences à Selz. Ces conférences devaient +avoir lieu dans l'été de 1798, non loin du congrès de Rastadt, et +concurremment avec ce congrès. De leur résultat dépendaient la +détermination de l'Autriche et le succès des efforts tentés pour former +une nouvelle coalition. + +François (de Neufchâteau) était l'envoyé choisi par la France. C'est +pour ce motif qu'on avait désigné la petite ville de Selz, à cause de sa +situation sur les bords du Rhin, non loin de Rastadt, mais sur la +rive gauche. Cette dernière condition était nécessaire, parce que la +constitution défendait au directeur sortant de s'éloigner de France +avant un délai fixé. M. de Cobentzel avait été envoyé par l'Autriche. +Dès les premiers momens on put voir les dispositions de cette puissance. +Elle voulait être dédommagée, par des extensions de territoire, des +conquêtes que le système républicain avait faites en Suisse et en +Italie. La France voulait avant tout qu'on s'entendît sur les événemens +de Vienne, et que des satisfactions fussent accordées pour l'insulte +faite à Bernadotte. Mais l'Autriche évitait de s'expliquer sur ce point, +et ajournait toujours cette partie de la négociation. Le négociateur +français y revenait sans cesse; du reste il avait l'ordre de se +contenter de la moindre satisfaction. La France aurait voulu que le +ministre Thugut, disgracié en apparence, le fût réellement, et qu'une +simple démarche, la plus insignifiante du monde, fût faite auprès de +Bernadotte, pour réparer l'outrage qu'il avait reçu. M. de Cobentzel +se contenta de dire que sa cour désapprouvait ce qui s'était passé +à Vienne, mais il ne convint d'aucune satisfaction, et il continua +d'insister sur les extensions de territoire qu'il réclamait. Il était +clair que les satisfactions d'amour-propre ne seraient accordées +qu'autant que celles d'ambition auraient été obtenues. L'Autriche +disait que l'institution des deux républiques romaine et helvétique, et +l'influence évidente exercée sur les républiques cisalpine, ligurienne +et batave, étaient des violations du traité de Campo-Formio, et une +altération dangereuse de l'état de l'Europe; elle soutenait qu'il +fallait que la France accordât des dédommagemens, si elle voulait qu'on +lui pardonnât ses dernières usurpations; et pour dédommagement, le +négociateur autrichien demandait de nouvelles provinces en Italie. +Il voulait que la ligne de l'Adige fût portée plus loin, et que les +possessions autrichiennes s'étendissent jusqu'à l'Adda et au Pô, +c'est-à-dire que l'on donnât à l'empereur une grande moitié de la +république cisalpine. M. de Cobentzel proposait de dédommager la +république cisalpine avec une partie du Piémont; le surplus de ce +royaume aurait été donné à l'archiduc de Toscane; et le roi de Piémont +aurait reçu en dédommagement les états de l'Église. Ainsi, au prix d'un +agrandissement pour lui en Lombardie, et pour sa famille en Toscane, +l'empereur aurait sanctionné l'institution de la république helvétique, +le renversement du pape et le démembrement de la monarchie du Piémont. +La France ne pouvait consentir à ces propositions par une foule de +raisons. D'abord elle ne pouvait démembrer la Cisalpine à peine formée, +et replacer sous le joug autrichien des provinces qu'elle avait +affranchies, et auxquelles elle avait promis et fait payer la liberté; +enfin elle avait, l'année précédente, conclu un traité avec le roi de +Piémont, par lequel elle lui garantissait ses états. Cette garantie +était surtout stipulée contre l'Autriche. La France ne pouvait donc pas +sacrifier le Piémont. Aussi François (de Neufchâteau) ne put-il adhérer +aux propositions de M. de Cobentzel. On se sépara sans avoir rien +conclu. Aucune satisfaction n'était accordée pour l'événement de Vienne. +M. de Degelmann, qui devait être envoyé à Paris comme ambassadeur, +n'y vint pas, et on déclara que les deux cabinets continueraient de +correspondre par leurs ministres au congrès de Rastadt. Cette séparation +fut généralement prise pour une espèce de rupture. + +Les résolutions de l'Autriche furent évidemment fixées dès cet instant; +mais avant de recommencer les hostilités avec la France, elle voulait +s'assurer le concours des principales puissances de l'Europe. M. +de Cobentzel partit pour Berlin, et dut se rendre de Berlin à +Saint-Pétersbourg. Le but de ces courses était de contribuer avec +l'Angleterre à former la nouvelle coalition. L'empereur de Russie avait +envoyé à Berlin l'un des plus importans personnages de son empire, le +prince Repnin. M. de Cobentzel devait réunir ses efforts à ceux du +prince Repnin et de la légation anglaise, pour entraîner le jeune roi. + +La France, de son côté, avait envoyé l'un de ses plus illustres citoyens +à Berlin; c'était Sièyes. La réputation de Sièyes avait été immense +avant le règne de la convention. Elle s'était évanouie sous le niveau +du comité de salut public. On la vit renaître tout à coup, lorsque les +existences purent recommencer leurs progrès naturels; et le nom de +Sièyes était redevenu le plus grand nom de France, après celui de +Bonaparte; car en France, une réputation de profondeur est ce qui +produit le plus d'effet après une grande réputation militaire. Sièyes +était donc l'un des deux grands personnages du temps. Toujours boudant +et frondant le gouvernement, non pas comme Bonaparte, par ambition, +mais par humeur contre une constitution qu'il n'avait pas faite, il +ne laissait pas que d'être importun. On eut l'idée de lui donner une +ambassade. C'était une occasion de l'éloigner, de l'utiliser, et surtout +de lui fournir des moyens d'existence. La révolution les lui avait +enlevés tous, en abolissant les bénéfices ecclésiastiques. Une grande +ambassade permettait de les lui rendre. La plus grande était celle de +Berlin, car on n'avait d'envoyés ni en Autriche, ni en Russie, ni en +Angleterre. Berlin était le théâtre de toutes les intrigues, et Sièyes, +quoique peu propre au maniement des affaires, était cependant un +observateur fin et sûr. De plus, sa grande renommée le rendait +particulièrement propre à représenter la France, surtout auprès de +l'Allemagne, à laquelle il convenait plus qu'à tout autre pays. + +Le roi ne vit pas arriver avec plaisir dans ses états un révolutionnaire +si célèbre; cependant il n'osa pas le refuser. Sièyes se comporta avec +mesure et dignité; il fut reçu de même, mais laissé dans l'isolement. +Comme tous nos envoyés à l'étranger, il était observé avec soin, et pour +ainsi dire séquestré. Les Allemands étaient fort curieux de le voir, +mais ne l'osaient pas. Son influence sur la cour de Berlin était nulle. +C'était le sentiment de ses intérêts qui seul inspirait le roi de Prusse +contre les instances de l'Angleterre, de l'Autriche et de la Russie. + +Tandis qu'en Allemagne on travaillait à décider le roi de Prusse, la +cour de Naples, pleine de joie et de témérité depuis la victoire de +Nelson, faisait des préparatifs immenses de guerre, et redoublait ses +sollicitations auprès de la Toscane et du Piémont. La France, par une +espèce de complaisance, lui avait laissé occuper le duché de Bénévent. +Mais cette concession ne l'avait point calmée. Elle se flattait de +gagner à la prochaine guerre une moitié des états du pape. + +Les négociations de Rastadt se poursuivaient avec succès pour la France. +Treilhard, devenu directeur, et Bonaparte parti pour l'Égypte, avaient +été remplacés au congrès par Jean Debry et Roberjot. Après avoir +obtenu la ligne du Rhin, il restait à résoudre une foule de questions +militaires, politiques, commerciales. Notre députation était devenue +extrêmement exigeante, et demandait beaucoup plus qu'elle n'avait droit +d'obtenir. Elle voulait d'abord toutes les îles du Rhin, ce qui était +un article important, surtout sous le rapport militaire. Elle voulait +ensuite garder Kehl et son territoire, vis-à-vis Strasbourg; Cassel et +son territoire, vis-à-vis Mayence. Elle voulait que le pont commercial +entre les deux Brisach fût rétabli; que cinquante arpens de terrain +nous fussent accordés en face de l'ancien pont de Huningue, et que +l'importante forteresse d'Ehrenbreitstein fût démolie. Elle demandait +ensuite que la navigation du Rhin, et de tous les fleuves d'Allemagne +aboutissant au Rhin, fût libre, que tous les droits de péage fussent +abolis; que les marchandises fussent, sur les deux rives, soumises à un +même droit de douane; que les chemins de halage fussent conservés, +et entretenus par les riverains. Elle demandait enfin une dernière +condition fort importante, c'est que les dettes des pays de la rive +gauche cédés à la France fussent transportées sur les pays de la rive +droite, destinés à être donnés en indemnité. + +La députation de l'Empire répondit avec raison que la ligne du Rhin +devait présenter une sûreté égale aux deux nations; que c'était la +raison d'une sûreté égale, qui avait été surtout alléguée, pour faire +accorder cette ligne à la France; mais que cette sûreté n'existerait +plus pour l'Allemagne, si la France gardait tous les points offensifs, +soit en se réservant les îles, soit en gardant Cassel et Kehl, et +cinquante arpens vis-à-vis Huningue, etc. La députation de l'Empire ne +voulut donc pas admettre les demandes de la France, et proposa pour +véritable ligne du partage, le _thalweg_, c'est-à-dire le milieu du +principal bras navigable. Toutes les îles qui étaient à droite de cette +ligne devaient appartenir à l'Allemagne, toutes celles qui étaient à +gauche devaient appartenir à la France. De cette manière, on plaçait +entre les deux peuples le véritable obstacle qui fait d'un fleuve une +ligne militaire, c'est-à-dire le principal bras navigable. Par suite de +ce principe, la députation demandait la démolition de Cassel et de Kehl, +et refusait les cinquante arpens vis-à-vis Huningue. Elle ne voulait pas +que la France conservât aucun point offensif, lorsque l'Allemagne +les perdait tous. Elle refusait avec moins de raison la démolition +d'Ehrenbreitstein, qui était incompatible avec la sûreté de la ville +de Coblentz. Elle accordait la libre navigation du Rhin, mais elle la +demandait pour toute l'étendue de son cours, et voulait que la France +obligeât la république batave à reconnaître cette liberté. Quant à la +libre navigation des fleuves de l'intérieur de l'Allemagne, cet article +dépassait, disait-elle, sa compétence, et regardait chaque état +individuellement. Elle accordait le chemin de halage. Elle voulait que +tout ce qui était relatif aux péages et à leur abolition fût renvoyé à +un traité de commerce. Elle voulait enfin, relativement aux pays de +la rive gauche cédés à la France, que leurs dettes restassent à leur +charge, par le principe que la dette suit son gage, et que les biens de +la noblesse immédiate fussent considérés comme propriétés particulières, +et conservés à ce titre. La députation demandait accessoirement que les +troupes françaises évacuassent la rive droite et cessassent le blocus +d'Ehrenbreitstein, parce qu'il réduisait les habitans à la famine. + +Ces prétentions contraires donnèrent lieu à une suite de notes et de +contre-notes, pendant tout l'été. Enfin, vers le mois de vendémiaire an +VI (août et septembre 1798), le _thalweg_ fut admis par la députation +française. Le principal bras navigable fut pris pour limite entre la +France et l'Allemagne, et les îles durent être partagées conséquemment à +ce principe. La France consentit à la démolition de Cassel et de Kehl, +mais elle exigea l'île de Pettersau, qui est placée dans le Rhin à peu +près à la hauteur de Mayence, et qui est d'une grande importance pour +cette place. L'Empire germanique consentit de son côté à la démolition +d'Ehrenbreitstein. La libre navigation du Rhin et l'abolition des péages +furent accordées. Il restait à s'entendre sur l'établissement des ponts +commerciaux, sur les biens de la noblesse immédiate, sur l'application +des lois de l'émigration dans les pays cédés, et sur les dettes de ces +pays. Les princes séculiers avaient déclaré qu'il fallait faire toutes +les concessions compatibles avec l'honneur et la sûreté de l'Empire, +afin d'obtenir la paix, si nécessaire à l'Allemagne. Il était évident +que la plupart de ces princes voulaient traiter; la Prusse les +y engageait. Quant à l'Autriche, elle commençait à montrer des +dispositions toutes contraires, et à exciter le ressentiment des princes +ecclésiastiques contre la marche des négociations. Les députés de +l'Empire, tout en se prononçant pour la paix, gardaient cependant la +plus grande mesure, par la crainte que leur causait l'Autriche, et +louvoyaient entre celle-ci et la Prusse. Quant aux ministres français, +ils montraient une extrême raideur; ils vivaient à part, et dans une +espèce d'isolement, comme tous nos ministres en Europe. Telle était la +situation du congrès à la fin de l'été de l'an VI (1798). + +Pendant que ces événemens se passaient en Orient et en Europe, la +France, toujours chargée du soin de diriger les cinq républiques +instituées autour d'elle, avait eu des soucis sans fin. C'étaient des +difficultés continuelles pour y diriger l'esprit public, pour y faire +vivre nos troupes, pour y mettre d'accord nos ambassadeurs avec nos +généraux, pour y maintenir enfin la bonne harmonie avec les états +voisins. + +Presque partout il avait fallu faire comme en France, c'est-à-dire, +après avoir frappé sur un parti, frapper bientôt sur l'autre. En +Hollande on avait exécuté, le 3 pluviôse (22 janvier), une espèce de 18 +fructidor pour écarter les fédéralistes, abolir les anciens règlemens, +et donner au pays une constitution unitaire, à peu près semblable à +celle de la France. Mais cette révolution avait tourné beaucoup trop au +profit des démocrates. Ceux-ci s'étaient emparés de tous les pouvoirs. +Après avoir exclu de l'assemblée nationale tous les députés qui leur +paraissaient suspects, ils s'étaient eux-mêmes constitués en directoire +et en deux conseils, sans recourir à de nouvelles élections. Ils avaient +voulu par là imiter la convention nationale de France, et ses fameux +décrets des 15 et 18 fructidor. Ils s'étaient entièrement emparés +depuis de la direction des affaires, et ils sortaient de la ligne où le +directoire français voulait maintenir toutes les républiques confiées à +ses soins. Le général Daendels, l'un des hommes les plus distingués du +parti modéré, vint à Paris, s'entendit avec nos directeurs, et repartit +pour aller en Hollande porter aux démocrates le coup qu'on leur avait +récemment porté à Paris, en les excluant du corps législatif par +les scissions. Ainsi, tout ce qu'on faisait en France, il fallait +immédiatement après le répéter dans les états qui dépendaient d'elle. +Joubert eut ordre d'appuyer Daendels. Celui-ci se réunit aux ministres, +et avec le secours des troupes bataves et françaises, dispersa le +directoire et les conseils, forma un gouvernement provisoire, et fit +ordonner de nouvelles élections. Le ministre de France, Delacroix, qui +avait appuyé les démocrates, fut rappelé. Ces scènes produisirent +leur effet accoutumé. On ne manqua pas de dire que les constitutions +républicaines ne pouvaient marcher seules, qu'à chaque instant il +fallait le levier des baïonnettes, et que les nouveaux états se +trouvaient sous la dépendance la plus complète de la France. + +En Suisse, l'établissement de la république _une et indivisible_ n'avait +pas pu se faire sans combats. Les petits cantons de Schwitz, Zug, +Glaris, excités par les prêtres et les aristocrates suisses, avaient +juré de s'opposer à l'adoption du régime nouveau. Le général +Schauembourg, sans vouloir les réduire par la force, avait interdit +toute communication des autres cantons avec ceux-ci. Les petits cantons +réfractaires coururent aussitôt aux armes et envahirent Lucerne, où ils +pillèrent et dévastèrent. Schauembourg marcha sur eux, et après quelques +combats opiniâtres, les réduisit à demander la paix. Le gage de cette +paix avait été l'acceptation de la constitution nouvelle. Il fallut +employer aussi le fer et même le feu pour réprimer les paysans du +Haut-Valais, qui avaient fait une descente dans le Bas-Valais, dans le +but d'y rétablir leur domination. Malgré ces obstacles, en prairial +(mai 1798), la constitution était partout en vigueur. Le gouvernement +helvétique était réuni à Arau. Composé d'un directoire et de deux +conseils, il commençait à s'essayer dans l'administration du pays. Le +nouveau commissaire français était Rapinat, beau-frère de Rewbell. +Le gouvernement helvétique devait s'entendre avec Rapinat pour +l'administration des affaires. Les circonstances rendaient cette +administration difficile. Les prêtres et les aristocrates, postés dans +les montagnes, épiaient le moment favorable pour soulever de nouveau +la population. Il fallait se tenir en garde contre eux, nourrir et +satisfaire l'armée française qu'on avait à leur opposer, organiser +l'administration, et se mettre en mesure d'exister bientôt d'une +manière indépendante. Cette tâche n'était pas moins difficile pour le +gouvernement helvétique que pour le commissaire français placé auprès de +lui. + +Il était naturel que la France s'emparât des caisses appartenant aux +anciens cantons aristocratiques, pour payer les frais de la guerre. +L'argent contenu dans les caisses, et les approvisionnemens renfermés +dans les magasins formés par les ci-devant cantons, lui étaient +indispensables pour faire vivre son armée. C'était l'exercice le plus +ordinaire du droit de conquête; elle aurait pu sans doute renoncer à ce +droit, mais la nécessité la forçait d'en user dans le moment. Rapinat +eut donc ordre de mettre le scellé sur toutes les caisses. Beaucoup de +Suisses, même parmi ceux qui avaient souhaité la révolution, trouvèrent +fort mauvais qu'on s'emparât du pécule et des magasins des anciens +gouvernemens. Les Suisses sont, comme tous les montagnards, sages et +braves, mais d'une extrême avarice. Ils voulaient bien qu'on leur +apportât la liberté, qu'on les débarrassât de leurs oligarques, mais ils +ne voulaient pas faire les frais de la guerre. Tandis que la Hollande et +l'Italie avaient souffert, presque sans se plaindre, le fardeau énorme +des campagnes les plus longues et les plus dévastatrices, les patriotes +suisses jetèrent les hauts cris pour quelques millions dont on s'empara. +Le directoire helvétique fit de son côté apposer de nouveaux scellés sur +ceux qui venaient d'être apposés par Rapinat, et protesta ainsi contre +la mesure qui mettait les caisses à la disposition de la France. Rapinat +fit sur-le-champ enlever les scellés du directoire helvétique, et +déclara à ce directoire qu'il était borné aux fonctions administratives, +qu'il ne pouvait rien contre l'autorité de la France, et qu'à l'avenir +ses lois et ses décrets n'auraient de vigueur qu'autant qu'ils ne +contiendraient rien de contraire aux arrêtés du commissaire et du +général français. Les ennemis de la révolution, et il s'en était glissé +plus d'un dans les conseils helvétiques, triomphèrent de cette lutte et +crièrent à la tyrannie. Ils dirent que leur indépendance était violée, +et que la république française, qui avait prétendu leur apporter la +liberté, ne leur apportait en réalité que l'asservissement et la misère. +L'opposition ne se manifestait pas seulement dans les conseils, elle +était aussi dans le directoire et dans les autorités locales. A Lucerne +et à Berne, d'anciens aristocrates occupaient les administrations; ils +apportaient des obstacles de toute espèce à la levée de quinze millions +frappés sur les anciennes familles nobles pour les besoins de l'armée. +Rapinat prit sur lui de purger le gouvernement et les administrations +helvétiques. Par une lettre du 28 prairial (16 juin), il demanda au +gouvernement helvétique la démission de deux directeurs, les nommés +Bay et Pfiffer, celle du ministre des affaires étrangères, et le +renouvellement des chambres administratives de Lucerne et de Berne. +Cette demande, faite avec le ton d'un ordre, ne pouvait être refusée. +Les démissions furent données sur-le-champ; mais la rudesse avec +laquelle se conduisit Rapinat fit élever de nouveaux cris, et mit tous +les torts de son côté. Il compromettait en effet son gouvernement, en +violant ouvertement les formes pour faire des changemens qu'il eût +été facile d'obtenir par d'autres moyens. Sur-le-champ, le directoire +français écrivit au directoire helvétique pour désapprouver la conduite +de Rapinat, et pour donner satisfaction de cette violation de toutes +les formes. Rapinat fut rappelé; néanmoins les membres démissionnaires +demeurèrent exclus. Les conseils helvétiques nommèrent, pour remplacer +les deux directeurs démissionnaires, Ochs, l'auteur de la constitution, +et le colonel Laharpe, le frère du général mort en Italie, l'un des +auteurs de la révolution du canton de Vaud, et l'un des citoyens les +plus probes et les mieux intentionnés de son pays. + +Une alliance offensive et défensive fut conclue entre les républiques +helvétique et française le 2 fructidor (19 août). D'après ce traité, +celle des deux puissances qui était en guerre avait droit de requérir +l'intervention de l'autre et de lui demander un secours dont la +force devait être déterminée suivant les circonstances. La puissance +requérante devait payer les troupes fournies par l'autre; la libre +navigation de tous les fleuves de la Suisse et de la France était +réciproquement stipulée. Deux routes devaient être ouvertes, l'une de +France à la Cisalpine, en traversant le Valais et le Simplon, l'autre de +France en Souabe, en remontant le Rhin et en suivant la rive orientale +du lac de Constance. Dans ce système des républiques unies, la France +s'assurait deux grandes routes militaires pour se rendre dans les états +de ses alliés, et être en mesure de déboucher rapidement en Italie ou en +Allemagne. On a dit que ces deux routes transportaient le théâtre de +la guerre dans les états alliés. Ce n'étaient pas les routes, mais +l'alliance avec la France qui exposait ces états à devenir le théâtre de +la guerre. Les routes n'étaient qu'un moyen d'accourir plus tôt et de +les protéger à temps, en prenant l'offensive en Allemagne ou en Italie. + +La ville de Genève fut réunie à la France, ainsi que la ville de +Mulhausen. Les bailliages italiens, qui avaient long-temps hésité entre +la Cisalpine et la république helvétique, se déclarèrent pour celle-ci, +et votèrent leur réunion. Les ligues grises, que le directoire aurait +voulu réunir à la Suisse, étaient partagées en deux factions rivales, +et balançaient entre la domination autrichienne et la domination +helvétique. Nos troupes les observaient. Les moines et les agens +étrangers amenèrent un nouveau désastre dans l'Underwalden. Ils firent +soulever les paysans de cette vallée contre les troupes françaises. Un +combat des plus acharnés eut lieu à Stanz, et il fallut mettre le feu +à ce malheureux bourg pour en chasser les fanatiques qui s'y étaient +établis. + +Les mêmes difficultés se présentaient de l'autre côté des Alpes. Une +espèce d'anarchie régnait entre les sujets des nouveaux états et +leurs gouvernemens, entre ces gouvernemens et nos armées, entre nos +ambassadeurs et nos généraux. C'était une épouvantable confusion. La +petite république ligurienne était acharnée contre le Piémont, et +voulait à tout prix y introduire la révolution. Grand nombre de +démocrates piémontais s'étaient réfugiés dans son sein, et en étaient +sortis armés et organisés, pour faire des incursions dans leur pays, +et essayer d'y renverser le gouvernement royal. Une autre bande était +partie du côté de la Cisalpine, et s'était avancée par Domo-d'Ossola. +Mais ces tentatives furent repoussées et une foule de victimes +inutilement sacrifiées. La république ligurienne n'avait pas renoncé +pour cela à harceler le gouvernement de Piémont; elle recueillait et +armait de nouveaux réfugiés, et voulait elle-même faire la guerre. Notre +ministre à Gênes, Sotin, avait la plus grande peine à la contenir. De +son côté, notre ministre à Turin, Ginguené, n'avait pas moins de peine à +répondre aux plaintes continuelles du Piémont, et à le modérer dans ses +projets de vengeance contre les patriotes. + +La Cisalpine était dans un désordre effrayant. Bonaparte en la +constituant n'avait pas eu le temps de calculer exactement les +proportions qu'il aurait fallu observer dans les divisions du territoire +et dans le nombre des fonctionnaires, ni d'organiser le régime municipal +et le système financier. Ce petit état avait à lui seul deux cent +quarante représentans. Les départemens étant trop nombreux, il était +dévoré par une multitude de fonctionnaires. Il n'avait aucun système +régulier et uniforme d'impôts. Avec une richesse considérable, il +n'avait point de finances, et il pouvait à peine suffire à payer le +subside convenu pour l'entretien de nos armées. Du reste, sous tous les +rapports, la confusion était au comble. Depuis l'exclusion de quelques +membres du conseil, prononcée par Berthier, lorsqu'il avait voulu faire +accepter le traité d'alliance avec la France, les révolutionnaires +l'avaient emporté, et le langage des jacobins dominait dans les conseils +et les clubs. Notre armée secondait ce mouvement et appuyait toutes les +exagérations. Brune, après avoir achevé la soumission de la Suisse, +était retourné en Italie, où il avait reçu le commandement général +de toutes les troupes françaises, depuis le départ de Berthier pour +l'Égypte. Il était à la tête des patriotes les plus véhémens. Lahoz, +le commandant des troupes lombardes, dont l'organisation avait été +commencée sous Bonaparte, abondait dans les mêmes idées et les mêmes +sentimens. Il existait, en outre, d'autres causes de désordres dans +l'inconduite de nos officiers. Ils se comportaient dans la Cisalpine +comme en pays conquis. Ils maltraitaient les habitans, exigeaient des +logemens qui, d'après les traités, ne leur étaient pas dus, dévastaient +les lieux qu'ils habitaient, se permettaient souvent des réquisitions +comme en temps de guerre, extorquaient de l'argent des administrations +locales, puisaient dans les caisses des villes sans alléguer aucune +espèce de prétexte que leur bon plaisir. Les commandans de place +exerçaient surtout des exactions intolérables. Le commandant de Mantoue +s'était permis, par exemple, d'affermer à son profit la pêche du +lac. Les généraux proportionnaient leur exigence à leur grade, et +indépendamment de tout ce qu'ils extorquaient, ils faisaient avec +les compagnies des profits scandaleux. Celle qui était chargée +d'approvisionner l'armée en Italie, abandonnait aux états-majors +quarante pour cent de bénéfice; et on peut juger par là de ce qu'elle +devait gagner pour faire de pareils avantages à ses protecteurs. Par +l'effet des désertions, il n'y avait pas dans les rangs la moitié des +hommes portés sur les états, de manière que la république payait le +double de ce qu'elle aurait dû. Malgré toutes ces malversations, les +soldats étaient mal payés, et la solde du plus grand nombre était +arriérée de plusieurs mois. Ainsi, le pays que nous occupions était +horriblement foulé, sans que nos soldats s'en trouvassent mieux. Les +patriotes cisalpins toléraient tous ces désordres sans se plaindre, +parce que l'état-major leur prêtait son appui. + +A Rome, les choses se passaient mieux. Là, une commission, composée de +Daunou, Florent et Faypoult, gouvernait avec sagesse et probité le pays +affranchi. Ces trois hommes avaient composé une constitution qui +avait été adoptée, et qui, sauf quelques différences, et les noms qui +n'étaient pas les mêmes, ressemblait exactement à la constitution +française. Les directeurs s'appelaient des consuls, le conseil des +anciens s'appelait le sénat; le second conseil le tribunal. Mais ce +n'était pas tout que de donner une constitution, il fallait la mettre en +vigueur. Ce n'était pas, comme on aurait pu le croire, le fanatisme des +Romains qui s'opposait à son établissement, mais leur paresse. Il n'y +avait guère d'opposans que dans quelques paysans de l'Apennin, poussés +par les moines, et du reste faciles à soumettre. Mais il y avait dans +les habitans de Rome, appelés à composer le consulat, le sénat et le +tribunal, une insouciance, une inaptitude extrême au travail. Il fallait +de grands efforts pour les décider à siéger de deux jours l'un, et ils +voulaient absolument des vacances pour l'été. A cette paresse il +faut joindre une inexpérience et une incapacité absolues en fait +d'administration. Il y avait plus de zèle dans les Cisalpins, mais +c'était du zèle sans lumière et sans mesure, ce qui le rendait tout +aussi funeste que l'insouciance. Il était à craindre que, dès le +départ de la commission française, le gouvernement romain tombât en +dissolution, par l'inaction ou la retraite de ses membres. Et cependant +on aimait beaucoup les places à Rome, on les aimait comme on le fait +dans tout état sans industrie. + +La commission avait mis fin à toutes les malversations qui avaient été +commises au premier moment de notre entrée à Rome. Elle s'était emparée +de la gestion des finances, et les dirigeait avec probité et habileté. +Faypoult, qui était un administrateur intègre et capable, avait établi +pour tout l'état romain un système d'impôts fort bien entendu. Il était +parvenu ainsi à suffire aux besoins de notre armée; il avait payé tout +l'arriéré de solde non-seulement à l'armée de Rome, mais encore à +la division embarquée à Civita-Vecchia. Si les finances eussent été +conduites de la même manière dans la Cisalpine, le pays n'eût pas été +foulé, et nos soldats se fussent trouvés dans l'abondance. L'autorité +militaire était à Rome entièrement soumise à la commission. Le général +Saint-Cyr, qui avait remplacé Masséna, se distinguait par une sévère +probité; mais, partageant le goût d'autorité qui devenait général +chez tous ses camarades, il paraissait mécontent d'être soumis à la +commission. A Milan surtout, on était fort peu satisfait de tout ce qui +se faisait à Rome. Les démocrates italiens étaient irrités de voir les +démocrates romains annulés ou contenus par la commission. L'état-major +français, duquel relevaient les divisions stationnées à Rome, voyait +avec peine une riche partie des pays conquis lui échapper, et soupirait +après le moment où la commission quitterait ses fonctions. + +C'est à tort qu'on ferait au directoire français un reproche du désordre +qui régnait dans les pays alliés. Aucune volonté, si forte qu'elle fût, +n'aurait pu empêcher le débordement des passions qui les troublaient, et +quant aux exactions, la volonté de Napoléon lui-même n'a pas réussi à +les empêcher dans les provinces conquises. Ce qu'un seul individu, plein +de génie et de vigueur, n'aurait pu exécuter, un gouvernement composé +de cinq membres, et placé à des distances immenses, le pouvait encore +moins. Cependant il y avait dans la majorité de notre directoire le plus +grand zèle à assurer le bien-être des nouvelles républiques, et la plus +vive indignation contre l'insolence et les concussions des généraux, +contre les vols manifestes des compagnies. Excepté Barras, qui était de +moitié dans tous les profits des compagnies, qui était l'espoir de tous +les brouillons de Milan, les quatre autres directeurs dénonçaient +avec la plus grande énergie ce qui se faisait en Italie. Larévellière +surtout, dont la sévère probité était révoltée de tant de désordres, +proposa au directoire un plan qui fut agréé. Il voulait qu'une +commission continuât à diriger le gouvernement romain, et à contenir +l'autorité militaire; qu'un ambassadeur fût envoyé à Milan, pour y +représenter le gouvernement français, et y enlever toute influence à +l'état-major; que cet ambassadeur fût chargé de faire à la constitution +cisalpine les changemens qu'elle exigeait, comme de réduire le nombre +des divisions locales, des fonctionnaires publics, et des membres des +conseils; qu'enfin cet ambassadeur eût pour adjoint un administrateur +capable de créer un système d'impôt et de comptabilité. Ce plan fut +adopté. Trouvé, naguère ministre de France à Naples, et Faypoult, l'un +des membres de là commission de Rome, furent envoyés à Milan pour +exécuter les mesures proposées par Larévellière. + +Trouvé devait, aussitôt qu'il serait arrivé à Milan, s'entourer des +hommes les plus éclairés de la Cisalpine, et convenir avec eux de tous +les changemens qu'il était nécessaire de faire soit à la constitution, +soit au personnel du gouvernement. Il devait ensuite, quand tous ces +changemens seraient arrêtés, les faire proposer dans les conseils de la +Cisalpine, par des députés à sa dévotion, et au besoin les appuyer de +l'autorité de la France. Il devait cependant cacher sa main autant qu'il +serait possible. + +Trouvé, rendu de Naples à Milan, y fit ce qu'on lui avait ordonné. Mais +le secret de sa mission était difficile à garder. On sut bientôt qu'il +venait changer la constitution, et surtout réduire le nombre des places +de toute espèce. Les patriotes, qui sentaient bien, à la conduite de +l'ambassadeur, que les réductions porteraient sur eux, étaient furieux. +Ils s'appuyèrent sur l'état-major de l'armée, fort indisposé lui-même +contre l'autorité nouvelle qu'il lui fallait subir, et on vit s'établir +une lutte scandaleuse entre la légation française et l'état-major +français, entouré des patriotes italiens. Trouvé et les hommes qui se +rendaient chez lui, furent dénonces, avec une extrême violence dans les +conseils cisalpins. On prétendit que le ministre français venait violer +la constitution, et renouveler l'un de ces actes d'oppression que le +directoire avait exercés sur toutes les républiques alliées. Trouvé +essuya des désagrémens de toute espèce, de la part des patriotes +italiens et de nos officiers. Ceux-ci se conduisirent avec la dernière +indécence, dans un bal qu'il donnait, et y causèrent le plus grand +scandale. Ces scènes étaient déplorables, surtout à cause de l'effet +qu'elles produisaient sur les ministres étrangers. Non-seulement on leur +donnait le spectacle des plus fâcheuses divisions, mais on les insultait +dans les dîners diplomatiques, en buvant, à leur face, à l'extermination +de tous les rois. Le plus véhément jacobinisme régnait à Milan. Brune et +Lahoz partirent pour Paris, afin d'aller se ménager l'appui de Barras. +Mais le directoire, averti d'avance, était inébranlable dans ses +résolutions. Lahoz eut l'ordre de repartir de Paris, à l'instant même où +il arrivait. Quant à Brune, il lui fut prescrit de retourner à Milan, et +d'y concourir aux changemens que Trouvé allait faire exécuter. + +Après avoir accompli les diverses modifications nécessaires à la +constitution, Trouvé assembla chez lui les députés les plus sages, et +les leur soumit. Ils les approuvèrent; mais le déchaînement était si +grand, qu'ils n'osèrent pas se charger de les proposer eux-mêmes aux +deux conseils. Trouvé fut donc obligé de déployer l'autorité française, +et d'exercer ostensiblement un pouvoir qu'il aurait voulu cacher. Du +reste, peu importait, au fond, le mode employé. Il eût été absurde à +la France, qui avait créé ces républiques nouvelles et qui les faisait +exister par son appui, de ne pas profiter de sa force pour y établir +l'ordre qu'elle croyait le meilleur. Le fâcheux était qu'elle n'eût pas +fait le mieux possible dès le premier jour et en une seule fois, afin de +ne plus être obligée de renouveler ces actes de sa toute-puissance. Le +30 août (13 fructidor an VI), Trouvé assembla le directoire et les deux +conseils de la Cisalpine; il leur présenta la nouvelle constitution +et toutes les lois administratives et financières que Faypoult avait +préparées. Les conseils étaient réduits de deux cent quarante à cent +vingt membres. Les individus à conserver dans les conseils et le +gouvernement étaient désignés. Un système d'impôt régulier était établi. +Il y avait des impôts personnels et indirects, système qu'on essayait +d'établir dans le moment en France, et qui déplaisait beaucoup aux +patriotes. Tous ces changemens furent approuvés et adoptés. Brune avait +été obligé de fournir l'appui des troupes françaises. Aussi la colère +des patriotes cisalpins fut-elle vaine, et la révolution se fit sans +obstacles. Il fut décidé en outre qu'une prochaine convocation des +assemblées primaires aurait lieu, pour approuver les changemens faits à +la constitution. + +La tâche de Trouvé était achevée; mais le gouvernement français, voyant +le soulèvement que ce ministre avait excité, pensa qu'il n'était pas +possible de le laisser dans la Cisalpine, qu'il fallait lui donner une +autre ambassade, et envoyer à Milan un homme étranger aux dernières +querelles. Malheureusement le directoire se laissa imposer un ci-devant +membre des jacobins, qui était devenu un souple et bas courtisan de +Barras, qui avait été associé par lui au trafic des compagnies, et +placé sur la voie des honneurs; c'était Fouché, dont Barras surprit la +nomination à ses collègues. Fouché partit pour remplacer Trouvé, et +celui-ci dut se rendre à Stuttgard. Mais Brune, profitant du départ +de Trouvé, se permit, avec une audace qui n'est explicable que par la +licence militaire qui régnait alors, de faire à l'ouvrage du ministre de +France les plus graves changemens. Il exigea la démission de trois des +directeurs nommés par Trouvé, il changea plusieurs ministres, et fit +différentes altérations à la constitution. L'un des trois directeurs +dont il avait demandé la démission, Sopranzi, ayant courageusement +refusé de la donner, il le fit saisir de force pas ses soldats, et +arracher du palais du gouvernement. Il se hâta ensuite de convoquer les +assemblées primaires, pour leur faire approuver l'oeuvre de Trouvé, +modifiée comme elle venait de l'être par lui. Fouché, qui arriva dans +cet intervalle, aurait dû s'opposer à cette convocation, et ne pas +permettre qu'on fît sanctionner des changemens que le général n'avait +pas eu mission de faire; mais il laissa Brune agir à son gré. Les +modifications de Trouvé, et les modifications plus récentes de Brune, +furent approuvées par les assemblées primaires, soumises à la fois au +pouvoir militaire et à la violence des patriotes. + +Quand le directoire français apprit ces détails, il ne faiblit point. Il +cassa tout ce qu'avait fait Brune, il le destitua, et chargea Joubert +d'aller rétablir les choses dans l'état où les avait mises Trouvé. +Fouché fit des objections; il prétendit que la constitution nouvelle, +étant approuvée avec les changemens que Brune y avait apportés, il +serait d'un mauvais effet d'y revenir encore. Il avait raison, et il +gagna même Joubert à son avis. Mais le directoire ne devait pas souffrir +de pareilles hardiesses de la part de ses généraux, et surtout il ne +devait pas leur permettre d'exercer un pareil pouvoir dans les états +alliés. Il rappela Fouché lui-même, qui, de cette manière, ne passa que +peu de jours dans la Cisalpine, et il ordonna le rétablissement intégral +de la constitution, telle que Trouvé l'avait faite au nom de la France. +Quant aux individus auxquels Brune avait arraché leur démission, on les +engagea à la renouveler, pour éviter de nouveaux changemens. + +La Cisalpine resta donc constituée comme le directoire avait voulu +qu'elle le fût, sauf la destitution de quelques individus changés par +Brune. Mais ces changemens continuels, ces tiraillemens, ces luttes +de nos agens civils et militaires, étaient du plus déplorable effet, +décourageaient les nouveaux peuples affranchis, déconsidéraient la +république-mère, et prouvaient la difficulté de maintenir tous ces corps +dans leur orbite. + +Les événemens de la Cisalpine furent gravement reprochés au directoire, +car il est d'usage de tout changer en griefs contre un gouvernement +qu'on attaque, et de lui faire un crime des obstacles même qu'il +rencontre dans sa marche. La double opposition qui commençait à +reparaître dans les conseils attaqua diversement les opérations +exécutées en Italie. Le thème était tout simple pour l'opposition +patriote: on avait commis un attentat, disait-elle, contre +l'indépendance d'une république alliée; on avait même commis une +infraction aux lois française, car la constitution cisalpine qu'on +venait d'altérer était garantie par un traité d'alliance, et ce traité, +approuvé par les conseils, ne pouvait être enfreint par le directoire. +Quant à l'opposition constitutionnelle, ou modérée, il était naturel de +s'attendre à son approbation plutôt qu'à ses reproches, parce que les +changemens faits dans la Cisalpine étaient dirigés contre les patriotes +exclusifs. Mais dans cette partie de l'opposition se trouvait Lucien +Bonaparte. Il cherchait des sujets de querelle au gouvernement, et il +croyait d'ailleurs devoir défendre l'oeuvre de son frère, attaquée par +le directoire. Il cria, comme les patriotes, que l'indépendance des +alliés était attaquée, que les traités étaient violés, etc. + +Les deux oppositions se prononçaient plus ouvertement de jour en jour. +Elles commençaient à contester au directoire certaines attributions +dont il avait été pourvu par la loi du 19 fructidor, et dont il avait +quelquefois fait usage. Ainsi cette loi lui donnait le droit de fermer +les clubs, ou de supprimer les journaux dont la direction lui paraîtrait +dangereuse. Le directoire avait fermé quelques clubs devenus trop +violens, et supprimé quelques journaux qui avaient donné des nouvelles +fausses et imaginées évidemment dans une intention malveillante. Il y +eut un journal, entre autres, qui prétendit que le directoire allait +réunir à la France le pays de Vaud: le directoire le supprima. Les +patriotes s'élevèrent contre cette puissance arbitraire, et demandèrent +le rapport de plusieurs des articles de la loi du 19 fructidor. Les +conseils décidèrent que ces articles resteraient en vigueur jusqu'à +l'établissement d'une loi sur la presse; et un travail fut ordonné pour +la préparation de cette loi. + +Le directoire essuya également de fortes contradictions en matière de +finances. Il s'agissait de clore le budget de l'an VI (1797-1798), et de +proposer celui de l'an VII (1798-1799). Celui de l'an VI avait été fixé +à 616 millions; mais sur les 616 millions, il y avait eu un déficit de +62 millions, et, outre ce déficit, un arriéré considérable dans les +rentrées. Les créanciers, malgré la solennelle promesse d'acquitter le +tiers consolidé, n'avaient pas été payés intégralement. On décida +qu'ils recevraient, en paiement de l'arriéré, des bons recevables en +acquittement des impôts. Il fallait fixer sur-le-champ le budget de l'an +VII, dans lequel on allait entrer. Les dépenses furent arrêtées à 600 +millions, sans la supposition d'une nouvelle guerre continentale. Il +fallut réduire les contributions foncière et personnelle, beaucoup +trop fortes, et élever les impôts du timbre, de l'enregistrement, des +douanes, etc. On décréta des centimes additionnels pour les dépenses +locales, et des octrois aux portes des villes pour l'entretien des +hôpitaux et autres établissemens. Malgré ces augmentations, le ministre +Ramel soutint que les impôts ne rentreraient tout au plus qu'aux trois +quarts, à en juger par les années précédentes, et que c'était les +exagérer beaucoup que de porter les rentrées effectives à 450 ou +500 millions. Il demanda donc de nouvelles ressources, pour couvrir +réellement la dépense de 600 millions; il proposa un impôt sur les +portes et fenêtres, et un impôt sur le sel. Il s'éleva à ce sujet de +violentes contestations. On décréta l'impôt sur les portes et fenêtres, +et on prépara un rapport sur l'impôt du sel. + +Ces contradictions n'avaient rien de fâcheux en elles-mêmes, mais elles +étaient le symptôme d'une haine sourde, à laquelle il ne fallait que des +malheurs publics pour éclater. Le directoire, parfaitement instruit de +l'état de l'Europe, voyait bien que de nouveaux dangers se préparaient, +et que la guerre allait se ranimer sur le continent. Il ne pouvait guère +plus en douter au mouvement des différens cabinets. Cobentzel et Repnin +n'avaient pu arracher la Prusse à sa neutralité, et l'avaient quittée +avec un grand mécontentement. Mais Paul Ier, complètement séduit, avait +stipulé un traité d'alliance avec l'Autriche, et on disait ses troupes +en marche. L'Autriche armait avec activité; la cour de Naples ordonnait +l'enrôlement de toute sa population. Il eût été de la plus grande +imprudence de ne pas faire de préparatifs, en voyant un pareil +mouvement, depuis les bords de la Vistule jusqu'à ceux du Volturne. Nos +armées étant singulièrement diminuées par la désertion, le directoire +résolut de pourvoir à leur recrutement par une grande institution, qui +restait encore à créer. La convention avait puisé deux fois dans la +population de la France, mais d'une manière extraordinaire, sans laisser +de loi permanente pour la levée annuelle des soldats. En mars 1793, elle +avait ordonné une levée de trois cent mille hommes; en août de la même +année, elle avait pris la grande et belle résolution de la levée en +masse, génération par génération. Depuis, la république avait existé +par cette mesure seule, en forçant à rester sous les drapeaux ceux qui +avaient pris les armes à cette époque. Mais le feu, les maladies en +avaient détruit un grand nombre; la paix en avait ramené un grand nombre +encore dans leurs foyers. On n'avait délivré que douze mille congés, +mais il y avait eu dix fois plus de déserteurs; et il était difficile +d'être sévère envers des hommes qui avaient défendu pendant six années +leur patrie, et qui l'avaient fait triompher de l'Europe au prix de leur +sang. Les cadres restaient, et ils étaient excellens. Il fallait +les remplir par de nouvelles levées, et prendre, non pas une mesure +extraordinaire et temporaire, mais une mesure générale et permanente; +il fallait rendre une loi, enfin, qui devînt, en quelque sorte, partie +inhérente de la constitution. On imagina la conscription. + +Le général Jourdan fut le rapporteur de cette loi grande et salutaire, +dont on a abusé comme de toutes les choses de ce monde, mais qui n'en a +pas moins sauvé la France et porté sa gloire au comble. Par cette loi, +chaque Français fut déclaré soldat de droit, pendant une époque de sa +vie. Cette époque était de vingt à vingt-cinq ans. Les jeunes gens +arrivés à cet âge étaient partagés en cinq classes, année par année. +Suivant la nécessité, le gouvernement appelait des hommes en commençant +par la première classe, celle de vingt ans, et par les plus jeunes de +chaque classe. Il pouvait successivement appeler les cinq classes, au +fur et à mesure des besoins. En temps de paix, les conscrits étaient +obligés de servir jusqu'à vingt-cinq ans. Ainsi la durée du service des +soldats variait d'une année à cinq, suivant qu'ils avaient été pris de +vingt-cinq à vingt ans. En temps de guerre, cette durée était illimitée; +c'était au gouvernement à délivrer des congés, quand il croyait le +pouvoir sans inconvénient. Il n'y avait d'exemption d'aucune espèce, +excepté pour ceux qui s'étaient mariés avant la loi, ou qui avaient déjà +payé leur dette dans les guerres précédentes. Cette loi pourvoyait ainsi +aux cas ordinaires; mais dans les cas extraordinaires, lorsque la patrie +était déclarée en danger, le gouvernement avait droit, comme en 93, sur +la population entière; et la levée en masse recommençait. + +Cette loi fut adoptée sans opposition, et considérée comme l'une +des plus importantes créations de la révolution[2]. Sur-le-champ le +directoire demanda à en faire usage, et réclama la levée de deux cent +mille conscrits, pour compléter les armées et les mettre sur un +pied respectable. Cette demande fut accordée par acclamations le 2 +vendémiaire an VII (23 septembre 1798). Bien que les deux oppositions +contrariassent souvent le directoire, par humeur ou jalousie, cependant +elles voulaient que la république conservât son ascendant en présence +des puissances de l'Europe. Une levée d'hommes exige une levée d'argent. +Le directoire demanda, en sus du budget, 125 millions dont 90 pour +l'équipement de deux cent mille conscrits, et 35 pour réparer le dernier +désastre de la marine. La question était de savoir où on les prendrait. +Le ministre Ramel prouva que les bons pour le remboursement des deux +tiers de la dette étaient rentrés presque en totalité, qu'il restait 400 +millions en biens nationaux, lesquels étaient libres par conséquent, +et pouvaient être consacrés aux nouveaux besoins de la république. +On décréta en conséquence la mise en vente de 125 millions de biens +nationaux. Un douzième devait être payé comptant, le reste en +obligations des acquéreurs, négociables à volonté, et payables +successivement dans un délai de dix-huit mois. Elles devaient porter +intérêt à cinq pour cent. Ce papier pouvait équivaloir à un paiement +au comptant, par la facilité de le donner aux compagnies. Les biens +devaient être vendus huit fois le revenu. Cette ressource ne fut +pas plus contestée que la loi de recrutement, dont elle était la +conséquence. + +[Note 2: Elle fut rendue le 19 fructidor an VI (5 septembre).] + +Le directoire se mit ainsi en mesure de répondre aux menaces de +l'Europe, et de soutenir la dignité de la république. Deux événemens de +médiocre importance venaient d'avoir lieu, l'un en Irlande, l'autre à +Ostende. L'Irlande s'était soulevée, et le directoire y avait envoyé le +général Humbert avec quinze cents hommes[3]. Malheureusement un envoi +de fonds que devait faire la trésorerie ayant été retardé, une seconde +division de six mille hommes, commandée par le général Sarrazin, n'avait +pu mettre à la voile, et Humbert était resté sans appui. Il s'était +maintenu longtemps, et assez pour prouver que l'arrivée du renfort +attendu aurait changé entièrement la face des choses. Mais, après une +suite de combats honorables, il venait d'être obligé de mettre bas les +armes avec tout son corps. Un échec de même nature, essuyé par les +Anglais, venait de compenser cette perte. Les Anglais venaient par +intervalles lancer quelques bombes sur nos ports de l'Océan, ils +voulurent faire un débarquement à Ostende, pour détruire les écluses; +mais, poursuivis à outrance, coupés de leurs vaisseaux, ils furent pris +au nombre de deux mille hommes. + +[Note 3: Il débarqua le 5 fructidor (22 août) et fut battu et fait +prisonnier le 22 (8 septembre) par le général Cornwallis.] + +Bien que l'Autriche eût contracté une alliance avec la Russie et avec +l'Angleterre, et qu'elle pût compter sur une armée russe et sur un +subside anglais, néanmoins elle hésitait encore à rentrer en lutte avec +la république française. L'Espagne qui voyait avec peine l'incendie +rallumé sur le continent, et qui craignait également les progrès du +système républicain et sa ruine, car dans un cas elle pouvait être +révolutionnée, et dans l'autre punie de son alliance avec la France, +l'Espagne s'était interposée de nouveau pour calmer des adversaires +irrités. Sa médiation, en provoquant des discussions, en faisant naître +quelque possibilité d'arrangement, amenait de nouvelles hésitations à +Vienne, ou du moins de nouvelles lenteurs. A Naples, où le zèle était +furibond, on était indigné de tout délai, et on voulait trouver une +manière d'engager la lutte, pour forcer l'Autriche à tirer le fer. La +folie de cette petite cour était sans exemple. Le sort des Bourbons +était, à cette époque, d'être conduits par leurs femmes à toutes les +fautes. On en avait vu trois à la fois dans le même cas: Louis XVI, +Charles IV et Ferdinand. Le sort de l'infortuné Louis XVI est connu. +Charles IV et Ferdinand, quoique par des voies différentes, étaient +entraînés, par la même influence, à une ruine inévitable. On avait fait +prendre au peuple de Naples la cocarde anglaise; Nelson était traité +comme un dieu tutélaire. On avait ordonné la levée du cinquième de la +population, espèce d'extravagance, car il eût suffi d'en bien armer le +cinquantième, pour prendre rang parmi les puissances. Chaque couvent +devait fournir un cavalier équipé; une partie des biens du clergé avait +été mise en vente; tous les impôts avaient été doublés; enfin ce faiseur +de projets malheureux, dont tous les plans militaires avaient si mal +réussi, et que la destinée réservait à des revers d'une si étrange +espèce, Mack avait été demandé à Naples pour être mis à la tête de +l'armée napolitaine. On lui décerna le triomphe avant la victoire, et +on lui donna le titre de libérateur de l'Italie, le même qu'avait porté +Bonaparte. A ces grands moyens on ajoutait des neuvaines à tous les +saints, des prières à saint Janvier, et des supplices contre ceux qui +étaient soupçonnés de partager les opinions françaises. + +La petite cour de Naples continuait ses intrigues en Piémont et en +Toscane. Elle voulait que les Piémontais s'insurgeassent sur les +derrières de l'armée qui gardait la Cisalpine, et les Toscans sur les +derrières de celle qui gardait Rome. Les Napolitains auraient profité de +l'occasion pour attaquer de front l'armée de Rome; les Autrichiens en +auraient profité aussi pour attaquer de front celle de la Cisalpine, +et on augurait de toutes ces combinaisons, que pas un Français ne se +sauverait. Le roi de Piémont, prince religieux, avait quelques scrupules +à cause du traité d'alliance qui le liait à la France; mais on lui +disait que la foi promise à des oppresseurs n'engageait pas, et que les +Piémontais avaient le droit d'assassiner jusqu'au dernier Français. Du +reste, les scrupules étaient moins ici le véritable obstacle que la +surveillance rigoureuse du directoire. Quant à l'archiduc de Toscane, il +manquait entièrement de moyens. Naples, pour le décider, promettait de +lui envoyer une armée par la flotte de Nelson. + +Le directoire, de son côté, était sur ses gardes, et il prenait ses +précautions. La république ligurienne, toujours acharnée contre le roi +de Piémont, avait enfin déclaré la guerre à ce prince. A une haine +de principes se joignait une vieille haine de voisinage; et ces deux +petites puissances en voulaient venir aux mains à tout prix. Le +directoire intervint dans la querelle, signifia à la république +ligurienne qu'il fallait poser les armes, et déclara au roi de Piémont +qu'il se chargeait de maintenir la tranquillité dans ses états, mais +que, pour cela, il fallait qu'il y occupât un poste important. En +conséquence, il lui demanda de laisser occuper par les troupes +françaises la citadelle de Turin. Une pareille prétention n'était +justifiable que par les craintes que la cour de Piémont inspirait. Il y +avait incompatibilité entre les anciens et les nouveaux états, et ils +ne pouvaient pas se fier les uns aux autres. Le roi de Piémont fit +de grandes remontrances; mais il n'y avait pas moyen de résister aux +demandes du directoire. Les Français occupèrent la citadelle, et +commencèrent sur-le-champ à l'armer. Le directoire avait détaché l'armée +de Rome de celle de la Cisalpine, et lui avait donné, pour la commander, +le général Championnet, qui s'était distingué sur le Rhin. L'armée était +disséminée dans tout l'état romain; il y avait dans la Marche d'Ancône +quatre à cinq mille hommes commandés par le général Casa-Bianca; le +général Lemoine était avec deux ou trois mille hommes sur le penchant +opposé de l'Apennin, vers Terni. Macdonald, avec la gauche, forte de +cinq mille hommes à peu près, était répandu sur le Tibre. Il y avait à +Rome une petite réserve. L'armée dite de Rome était donc de quinze à +seize mille hommes au plus. La nécessité de surveiller le pays, et la +difficulté d'y vivre, nous avaient obligés de disperser nos troupes; et +si un ennemi actif et bien secondé avait su saisir l'occasion, il aurait +pu faire repentir les Français de leur isolement. + +On comptait beaucoup sur cette circonstance à Naples; on se flattait de +surprendre les Français et de les détruire en détail. Quelle gloire de +prendre l'initiative, de remporter le premier succès, et de forcer enfin +l'Autriche à entrer dans la carrière, après la lui avoir ouverte! +Ce furent là les raisons qui engagèrent la cour de Naples à prendre +l'initiative. Elle espérait que les Français seraient facilement battus, +et que l'Autriche ne pourrait plus hésiter, quand une fois le fer serait +tiré. M. de Gallo et le prince Belmonte-Pignatelli, qui connaissaient +un peu mieux l'Europe et les affaires, s'opposaient à ce qu'on prît +l'initiative; mais on refusa d'écouter leurs sages conseils. Pour +décider ce pauvre roi, et l'arracher à ses innocentes occupations, on +supposa, dit-on, une fausse lettre de l'empereur, qui provoquait le +commencement des hostilités. Dès lors les ordres de marche furent +donnés pour la fin de novembre. Toute l'armée napolitaine fut mise en +mouvement. Le roi lui-même partit avec un grand appareil, pour assister +aux opérations. Il n'y eut pas de déclaration de guerre, mais une +sommation aux Français d'évacuer l'état romain: ils répondirent à cette +sommation en se préparant à combattre, malgré la disproportion du +nombre. + +Dans la situation respective des deux armées, rien n'était plus facile +que d'accabler les Français, dispersés dans les provinces romaines, à +droite et à gauche de l'Apennin. Il fallait marcher directement sur leur +centre, et porter la masse des forces napolitaines entre Rome et Terni. +La gauche des Français, placée au-delà de l'Apennin pour garder les +Marches, eût été coupée de leur droite, placée en deçà pour garder les +rives du Tibre. On les eût ainsi empêchés de se rallier, et on les +aurait ramenés en désordre jusque dans la Haute-Italie. La Péninsule +du moins eût été délivrée; et la Toscane, l'état romain, les Marches, +seraient entrés sous la domination de Naples. Le nombre des troupes +napolitaines rendait ce plan encore plus facile et plus sûr; mais il +était impossible que Mack employât une manoeuvre aussi simple. Comme +dans ses anciens plans, il voulut envelopper l'ennemi par une multitude +de corps détachés. Il avait près de soixante mille hommes, dont quarante +mille formaient l'armée active, et vingt mille les garnisons. Au lieu +de diriger cette masse de forces sur le point essentiel de Terni, il +la divisa en six colonnes. La première, agissant sur les revers de +l'Apennin, le long de l'Adriatique, dut se porter par la route d'Ascoli +dans les Marches; la seconde et la troisième, agissant sur l'autre côté +des monts, et se liant à la précédente, durent marcher, l'une sur Terni, +l'autre sur Magliano; la quatrième et la principale, formant le corps de +bataille, fut dirigée sur Frascati et sur Rome; une cinquième, longeant +la Méditerranée, eut la mission de parcourir les Marais Pontins, et de +rejoindre le corps de bataille sur la voie Appienne; enfin la dernière, +embarquée sur l'escadre de Nelson, fut dirigée sur Livourne, pour +soulever la Toscane et fermer la retraite aux Français. Ainsi tout était +préparé pour les envelopper et les perdre tous, mais rien ne l'était +pour les battre auparavant. + +C'est dans cet ordre que Mack se mit en marche avec ses quarante mille +hommes. La quantité de ses bagages, l'indiscipline des troupes, le +mauvais état des chemins, rendaient ses mouvemens très lents. L'armée +napolitaine formait une longue queue, sans ordre et sans ensemble. +Championnet, averti à temps du péril, détacha deux corps pour observer +la marche de l'ennemi, et protéger les corps isolés qui se repliaient. +Ne croyant pas pouvoir conserver Rome, il résolut de prendre une +position en arrière, sur les bords du Tibre, entre Civita-Castellana +et Civita-Ducale, et là de concentrer ses forces pour reprendre +l'offensive. + +Tandis que Championnet se retirait sagement, et évacuait Rome, en +laissant huit cents hommes dans le château Saint-Ange, Mack s'avançait +fièrement sur toutes les routes, et semblait ne pouvoir trouver de +résistance. Il arriva aux portes de Rome le 9 frimaire an VII (29 +novembre 1798), et y entra sans obstacle. On avait préparé au roi une +réception triomphale. Ce pauvre prince, traité en conquérant et en +libérateur, fut enivré de l'espèce de gloire militaire qu'on lui avait +apprêtée. Du reste, on lui conseillait un noble usage de la victoire, et +il invita le pape à venir reprendre possession de ses états. Cependant +son armée, moins généreuse que lui, commit d'horribles pillages. La +populace romaine, avec sa mobilité accoutumée, se précipita sur les +maisons de ceux qu'on accusait d'être révolutionnaires, et les dévasta. +La dépouille mortelle du malheureux Duphot fut exhumée et indignement +outragée. + +Pendant que les Napolitains occupaient ainsi leur temps à Rome, +Championnet exécutait avec une rare activité l'habile détermination +qu'il avait prise. Sentant que le point essentiel était au centre sur +le Haut-Tibre, il fit prendre à Macdonald une forte position à +Civita-Castellana, et le renforça de toutes les troupes dont il put +disposer. Il transporta une partie des forces qu'il avait dans les +Marches, au-delà de l'Apennin, et ne laissa au général Casa-Bianca que +ce qui lui était strictement nécessaire pour retarder de ce côté la +marche de l'ennemi. Lui-même courut à Ancône pour hâter l'arrivée de ses +parcs et des munitions. Ne s'effrayant pas plus qu'il ne fallait de ce +qui se préparait sur ses derrières en Toscane, il chargea un officier, +avec un faible détachement, d'observer ce qui se passait de ce côté. + +Les Napolitains rencontrèrent enfin les Français sur les différentes +routes qu'ils parcouraient. Ils étaient trois fois plus nombreux, mais +ils avaient affaire aux fameuses bandes d'Italie, et ils trouvèrent que +la tâche était rude. Dans les Marches, la colonne qui s'avançait par +Ascoli fut repoussée au loin par Casa-Bianca. Sur la route de Terni, +un colonel napolitain fut enlevé avec tout son corps par le général +Lemoine. Cette première expérience de la guerre avec les Français était +peu faite pour encourager les Napolitains. Cependant Mack fit ses +dispositions pour enlever la position qu'il sentait la plus importante, +celle de Civita-Castellana, où Macdonald se trouvait avec le gros de nos +troupes. Civita-Castellana est l'ancienne Veïes. Elle est placée sur un +ravin, dans une position très forte. Les Français tenaient plusieurs +postes éloignés qui en couvraient les approches. Le 14 frimaire an VII +(4 décembre), Mack fit attaquer Borghetto, Nepi, Rignano, par des forces +considérables. Il dirigea par la rive opposée du Tibre une colonne +accessoire, qui devait s'emparer de Rignano. Aucune de ces attaques ne +réussit. L'une des colonnes, mise en fuite, perdit toute son artillerie. +Une seconde, enveloppée, perdit trois mille prisonniers. Les autres, +découragées, se bornèrent à de simples démonstrations. Nulle part +enfin les troupes napolitaines ne purent soutenir le choc des troupes +françaises. Mack, un peu déconcerté, renonça à enlever la position +centrale de Civita-Castellana, et commença à s'apercevoir que ce n'était +pas sur ce point qu'il aurait fallu essayer de forcer la ligne ennemie. +C'est à Terni, point plus rapproché de l'Apennin, et moins défendu par +les Français, qu'il aurait dû frapper le coup principal. Il songea dès +lors à dérober ses troupes, et à les reporter de Civita-Castellana sur +Terni. Mais pour cacher ce mouvement, il aurait fallu une rapidité +d'exécution impossible avec des troupes sans discipline. Il fallut +plusieurs jours pour faire repasser le Tibre au gros de l'armée; et +Mack ralentit encore par sa propre faute une opération déjà trop +lente. Macdonald, qu'il croyait retenir à Civita-Castellana par des +démonstrations, s'était déjà transporté de Civita-Castellana au-delà +du Tibre. Lemoine avait été renforcé à Terni. Ainsi, les Napolitains +avaient été prévenus sur tous les points qu'ils se proposaient de +surprendre. Le premier mouvement du général Metsch, de Calvi sur +Otricoli, n'amena qu'un désastre. Le 19 frimaire (9 décembre), ramené +d'Otricoli sur Calvi, ce général fut entouré et obligé de mettre bas les +armes, avec quatre mille hommes, devant un corps de trois mille cinq +cents. Dès cet instant, Mack ne songea plus qu'à rentrer dans Rome, et à +se replier de Rome jusqu'au pied des montagnes de Frascati et d'Albano, +pour y rallier son armée, et la renforcer de nouveaux bataillons. +C'était là une triste ressource, car ce n'était pas la quantité des +soldats qu'il fallait augmenter, c'était leur qualité qu'il aurait fallu +changer; et ce n'était pas en se retirant à quelques lieues du champ de +bataille qu'on pouvait trouver le temps de leur donner la discipline et +la bravoure. + +Le roi de Naples, en apprenant ces tristes événemens, sortit furtivement +de Rome, où il était entré quelques jours auparavant en triomphe. Les +Napolitains l'évacuèrent en désordre, à la grande satisfaction des +Romains, qui étaient déjà beaucoup plus importunés de leur présence, +qu'ils ne l'avaient été de celle des Français. Championnet rentra dans +Rome dix-sept jours après en être sorti. Il avait mérité véritablement +les honneurs du triomphe. Se concentrant habilement avec quinze ou seize +mille hommes, il avait su reprendre l'offensive contre quarante mille, +et les avait poussés en désordre devant lui. Championnet ne voulut pas +se borner à la simple défense des États romains, il conçut le projet +audacieux de conquérir le royaume de Naples avec sa faible armée. +L'entreprise était difficile, moins à cause de la force de l'armée +napolitaine que de la disposition des habitans, qui pouvaient nous faire +une guerre de partisans fort longue et fort dangereuse. Championnet +n'en persista pas moins à s'avancer. Il partit de Rome pour suivre +la retraite de Mack. Il lui fit sur la route une grande quantité de +prisonniers, et mit dans une déroute complète la colonne qui avait été +débarquée en Toscane, et dont il ne s'échappa que trois mille hommes. + +Mack, entièrement démoralisé, se replia rapidement dans le royaume de +Naples, et ne s'arrêta que devant Capoue, sur la ligne du Volturne. Il +fit choix de ses troupes les meilleures, les plaça devant Capoue et +sur toute la ligne du fleuve, qui est très profond, et qui forme une +barrière difficile à franchir. Pendant ce temps, le roi était rentré +à Naples, et son retour subit y avait jeté la confusion. Le peuple, +furieux des échecs essuyés par l'armée, criait à la trahison, demandait +des armes, et menaçait d'égorger les généraux, les ministres, tous ceux +auxquels il attribuait les malheurs de la guerre. Il voulait égorger +aussi tous ceux qu'on accusait de désirer les Français et la révolution. +Cette cour odieuse n'hésita pas à donner aux lazzaronis des armes dont +il était facile de prévoir l'usage. A peine ces espèces de barbares +eurent-ils reçu les dépouilles des arsenaux, qu'ils s'insurgèrent et +se rendirent maîtres de Naples. Criant toujours à la trahison, ils +s'emparèrent d'un messager du roi, et l'assassinèrent. Le favori Acton, +auquel on commençait à attribuer les malheurs publics, la reine, le roi, +toute la cour, étaient dans l'épouvante. Naples ne paraissait plus un +séjour assez sûr; l'idée de se réfugier en Sicile fut aussitôt conçue +et adoptée. Le 11 nivôse (31 décembre), les meubles précieux de la +couronne, tous les trésors des palais de Caserte et de Naples, et un +trésor de vingt millions, furent embarqués sur l'escadre de Nelson, et +on fit voile pour la Sicile. Acton, l'auteur de toutes les calamités +publiques, ne voulut pas braver les dangers du séjour de Naples, et +s'embarqua avec la reine. Tout ce qu'on ne put pas emporter fut brûlé. +Ce fut au milieu d'une tempête, et à la lueur des flammes des chantiers +incendiés, que cette cour lâche et criminelle abandonna à ses dangers le +royaume qu'elle avait compromis. Elle laissa, dit-on, l'ordre d'égorger +la haute bourgeoisie, accusée d'esprit révolutionnaire. Tout devait être +immolé, jusqu'au rang de notaire. Le prince Pignatelli resta à Naples, +chargé des pouvoirs du roi. + +Pendant ce temps, Championnet s'avançait vers Naples. Il avait commis +à son tour la même faute que Mack; il s'était divisé en plusieurs +colonnes, qui devaient se joindre devant Capoue. Leur jonction à travers +un pays difficile, au milieu d'un peuple fanatique et soulevé de toutes +parts contre les prétendus ennemis de Dieu et de saint Janvier, était +fort incertaine. + +Championnet, arrivé avec son corps de bataille sur les bords du +Volturne, voulut faire une tentative sur Capoue. Repoussé par une +nombreuse artillerie, il fut obligé de renoncer à un coup de main, et de +replier ses troupes, en attendant l'arrivée des autres colonnes. Cette +tentative eut lieu le 14 nivôse an VII (3 janvier 1799). Les paysans +napolitains, insurgés de toutes parts, interceptaient nos courriers et +nos convois. Championnet n'avait aucune nouvelle de ses autres colonnes, +et sa position pouvait être considérée comme très critique. Mack profita +de l'occasion pour lui faire des ouvertures amicales. Championnet, +comptant sur la fortune des Français, repoussa hardiment les +propositions de Mack. Heureusement il fut rejoint par ses colonnes, et +il convint alors d'un armistice, aux conditions suivantes: Mack devait +abandonner la ligne du Volturne, céder la ville de Capoue aux Français, +se retirer derrière la ligne des Regi-Lagni du côté de la Méditerranée, +et de l'Ofanto, du côté de l'Adriatique, et céder ainsi une grande +partie du royaume de Naples. Outre ces concessions de territoire, on +stipula une contribution de huit millions en argent. L'armistice fut +signé le 22 nivôse (11 janvier). + +Quand on apprit à Naples la nouvelle de l'armistice, le peuple se livra +à la plus grande fureur, et cria plus vivement encore qu'il était trahi +par les officiers de la couronne. La vue du commissaire chargé de +recevoir la contribution de huit millions porta la multitude aux +derniers excès; elle se révolta, et empêcha l'exécution de l'armistice. +Le tumulte fut porté à un tel degré, que le prince Pignatelli, +épouvanté, abandonna Naples. Cette belle capitale resta livrée aux +lazzaronis. Il n'y avait plus aucune autorité reconnue, et on était +menacé d'un horrible bouleversement. Enfin, après trois jours de +tumulte, on parvint à choisir un chef qui avait la confiance des +lazzaronis, et qui avait quelques moyens de les contenir: c'était le +prince de Moliterne. Pendant ce temps, les mêmes fureurs éclataient dans +l'armée de Mack. Ses soldats, loin de s'en prendre de leurs malheurs à +leur lâcheté, s'en prirent à leur général, et voulurent le massacrer. Le +prétendu libérateur de l'Italie, qui avait reçu un mois auparavant les +honneurs du triomphe, n'eut d'autre asile que le camp même des Français. +Il demanda à Championnet la permission de se réfugier auprès de lui. Le +généreux républicain, oubliant le langage peu convenable de Mack dans +sa correspondance, lui donna asile, le fit asseoir à sa table, et lui +laissa son épée. + +Championnet, autorisé par le refus fait à Naples d'exécuter les +conditions de l'armistice, s'avança sur cette capitale, dans le but de +s'en emparer. La chose était difficile, car un peuple immense, qui, +en rase campagne, eût été balayé par quelques escadrons de cavalerie, +devenait très redoutable derrière les murs d'une ville. On eut quelques +combats à livrer pour approcher de la place, et les lazzaronis +montrèrent là plus de courage que l'armée napolitaine. L'imminence du +danger avait redoublé leur fureur. Le prince de Moliterne, qui voulait +les modérer, avait cessé bientôt de leur convenir, et ils avaient pris +pour chefs deux d'entre eux, les nommés Paggio et Michel le fou. Ils se +livrèrent, dès cet instant, aux plus grands excès, et commirent toute +espèce de violences contre les bourgeois et les nobles accusés de +jacobinisme. Le désordre fut poussé à un tel point, que toutes les +classes intéressées à l'ordre souhaitèrent l'entrée des Français. Les +habitans firent prévenir Mack qu'ils se joindraient à lui pour livrer +Naples. Le prince de Moliterne lui-même promit de s'emparer du fort +Saint-Elme, et de le livrer aux Français. Le 4 pluviôse (23 +janvier), Championnet donna l'assaut. Les lazzaronis se défendirent +courageusement; mais les bourgeois s'étant emparés du fort Saint-Elme +et de différens postes de la ville, donnèrent entrée aux Français. Les +lazzaronis, retranchés néanmoins dans les maisons, allaient se défendre +de rues en rues, et incendier peut-être la ville; mais on fit prisonnier +un de leurs chefs, on le traita avec beaucoup d'égards, on lui promit +de respecter saint Janvier, et on obtint enfin qu'il fît mettre bas les +armes à tous les siens. + +Championnet, dès cet instant, se trouva maître de Naples et de tout le +royaume: il se hâta d'y rétablir l'ordre et de désarmer les lazzaronis. +D'après les intentions du gouvernement français, il proclama la +nouvelle république. Un nom antique lui fut donné, celui de république +parthénopéenne. Telle fut l'issue des folies et des méchancetés de la +cour de Naples. Vingt mille Français et deux mois suffirent pour déjouer +ses vastes projets, changer ses états en république. Cette courte +campagne de Championnet lui valut sur-le-champ une réputation brillante. +L'armée de Rome prit dès lors le titre d'armée de Naples, et fut +détachée de l'armée d'Italie. Championnet devint indépendant de Joubert. + +Pendant que ces événemens avaient lieu dans la Péninsule, la chute du +royaume de Piémont était enfin consommée. Déjà, par une précaution que +les circonstances légitimaient assez, Joubert s'était emparé de la +citadelle de Turin, et l'avait armée avec l'artillerie prise dans les +arsenaux piémontais. Mais cette précaution était fort insuffisante dans +l'état présent des choses. Le trouble régnait toujours dans le Piémont: +les républicains faisaient sans cesse de nouvelles tentatives, et +venaient même de perdre six cents hommes, pour avoir essayé de +surprendre Alexandrie. Une mascarade sortie de la citadelle de Turin, +où toute la cour était représentée, et qui était à la fois l'oeuvre des +Piémontais et des officiers français que les généraux ne pouvaient pas +toujours contenir, avait failli provoquer un combat sanglant dans +Turin même. La cour de Piémont ne pouvait pas être notre amie, et la +correspondance du ministre de Naples avec M. de Priocca, ministre +dirigeant de Piémont, le prouvait assez. Dans des circonstances +pareilles, la France, exposée à une nouvelle guerre, ne pouvait pas +laisser, sur ses communications des Alpes, deux partis aux prises et un +gouvernement ennemi. Elle avait, sur la cour de Piémont, le droit que +les défenseurs d'une place ont sur tous les bâtimens qui en gênent ou +en compromettent la défense. Il fut décidé qu'on forcerait le roi de +Piémont à abdiquer. On soutint les républicains, et on les aida à +s'emparer de Novarre, Alexandrie, Suze, Chivasso. On dit alors au roi +qu'il ne pouvait plus vivre dans des états qui se révoltaient, et qui +allaient être bientôt le théâtre de la guerre: on lui demanda son +abdication, en lui laissant l'île de Sardaigne. L'abdication fut signée +le 19 frimaire (9 décembre 1798). Ainsi les deux princes les plus +puissans de l'Italie, celui de Naples et de Piémont, n'avaient plus, de +leurs états, que deux îles. Dans les circonstances qui se préparaient, +on ne voulut pas se donner l'embarras de créer une nouvelle république, +et en attendant le résultat de la guerre, il fut décidé que le Piémont +serait provisoirement administré par la France. Il ne restait plus à +envahir en Italie que la Toscane. Une simple signification suffisait +pour l'occuper; mais on différait cette signification, et on attendait, +pour la faire, que l'Autriche se fût ouvertement déclarée. + + + +CHAPITRE XV. + +ÉTAT DE L'ADMINISTRATION DE LA RÉPUBLIQUE ET DES ARMÉES AU COMMENCEMENT +DE 1799.--PRÉPARATIFS MILITAIRES.--LEVÉE DE 200 MILLE +CONSCRITS.--MOYENS ET PLANS DE GUERRE DU DIRECTOIRE ET DES PUISSANCES +COALISÉES.--DÉCLARATION DE GUERRE A L'AUTRICHE.--OUVERTURE DE +LA CAMPAGNE DE 1799.--INVASION DES GRISONS.--COMBAT DE +PFULLENDORF.--BATAILLE DE STOCKACH.--RETRAITE DE JOURDAN.--OPÉRATIONS +MILITAIRES EN ITALIE.--BATAILLE DE MAGNANO; RETRAITE DE +SCHÉRER.--ASSASSINAT DES PLÉNIPOTENTIAIRES FRANÇAIS A RASTADT.--EFFETS +DE NOS PREMIERS REVERS.--ACCUSATIONS MULTIPLIÉES CONTRE LE +DIRECTOIRE.--ÉLECTIONS DE L'AN VII.--SIÈYES EST NOMMÉ DIRECTEUR, EN +REMPLACEMENT DE REWBELL. + + +Tel était l'état des choses au commencement de l'année 1799. La guerre, +d'après les événemens que nous venons de rapporter, n'était plus +douteuse. D'ailleurs les correspondances interceptées, la levée de +boucliers de la cour de Naples, qui n'aurait pas pris l'initiative sans +la certitude d'une intervention puissante, les préparatifs immenses de +l'Autriche, enfin l'arrivée d'un corps russe en Moravie, ne laissaient +plus aucune incertitude. On était en nivôse (janvier 1799), et il était +évident que les hostilités seraient commencées avant deux mois. Ainsi +l'incompatibilité des deux grands systèmes que la révolution avait +mis en présence était prouvée par les faits. La France avait commencé +l'année 1798 avec trois républiques à ses côtés, les républiques batave, +cisalpine et ligurienne, et déjà il en existait six à la fin de +cette année, par la création des républiques helvétique, romaine et +parthénopéenne. Cette extension avait été moins le résultat de l'esprit +de conquête, que de l'esprit de système. On avait été obligé de secourir +les Vaudois opprimés: on avait été provoqué à Rome à venger la mort du +malheureux Duphot, immolé en voulant séparer les deux partis: à Naples +on n'avait fait que repousser une agression. Ainsi on avait été +forcément conduit à rentrer en lutte, il est constant que le directoire, +quoique ayant une immense confiance dans la puissance française, +désirait cependant la paix, pour des raisons politiques et financières; +il est constant aussi que l'empereur, tout en désirant la guerre, +voulait l'éloigner encore. Cependant tous s'étaient conduits comme +s'ils avaient voulu rentrer immédiatement en lutte, tant était grande +l'incompatibilité des deux systèmes. + +La révolution avait donné au gouvernement français une confiance et +une audace extraordinaire. Le dernier événement de Naples, quoique peu +considérable en lui-même, venait de lui persuader encore que tout devait +fuir devant les baïonnettes françaises. C'était du reste l'opinion de +l'Europe. Il ne fallait rien moins que l'immensité des moyens réunis +contre la France, pour donner à ses ennemis le courage de se mesurer +avec elle. Mais cette confiance du gouvernement français dans ses +forces était exagérée, et lui cachait une partie des difficultés de sa +position. La suite a prouvé que ses ressources étaient immenses, mais +que dans le moment elles n'étaient pas encore assez assurées pour +garantir la victoire. Le directoire, outre la France, avait à +administrer la Hollande, la Suisse, toute l'Italie, partagées en +autant de républiques. Les administrer par l'intermédiaire de leur +gouvernement, était, comme on l'a vu, encore plus difficile que si on +avait commandé directement chez elles. On n'en pouvait presque +tirer aucune ressource, ni en argent ni en hommes, par le défaut +d'organisation. Il fallait cependant les défendre, et dès lors combattre +sur une ligne qui, depuis le Texel, s'étendait sans interruption jusqu'à +l'Adriatique, ligne qui, attaquée de front par la Russie et l'Autriche, +était prise à revers par les flottes anglaises, soit en Hollande, soit à +Naples. Les forces qu'une telle situation militaire exigeait, il fallait +les tirer de France seulement. Or, les armées étaient singulièrement +affaiblies. Quarante mille soldats, les meilleurs, étaient en Égypte +sous notre grand capitaine. Les armées restées en France étaient +diminuées de moitié par l'effet des désertions que la paix amène +toujours. Le gouvernement payait le même nombre de soldats, mais il +n'avait peut-être pas cent cinquante mille hommes effectifs. Les +administrations et les états-majors faisaient le profit sur la solde, +et c'était une surcharge inutile pour les finances. Ces cent cinquante +mille hommes effectifs formaient des cadres excellens, qu'on pouvait +remplir avec la nouvelle levée des conscrits; mais il fallait du temps +pour cela, et on n'en avait pas eu assez depuis rétablissement de +la conscription. Enfin, les finances étaient toujours dans le même +délabrement, par la mauvaise organisation de la perception. On avait +voté un budget de 600 millions, et une ressource extraordinaire de 125 +millions, prise sur les 400 millions restans de biens nationaux; mais +la lenteur des rentrées, et l'erreur dans l'évaluation de certains +produits, laissaient un déficit considérable. Enfin la subordination, si +nécessaire dans une machine aussi vaste, commençait à disparaître. Les +militaires devenaient très difficiles à contenir. Cet état de guerre +perpétuelle leur faisait sentir qu'ils étaient nécessaires; ils en +devenaient impérieux et exigeans. Placés dans des pays riches, ils +voulaient en profiter, et ils étaient les complices de toutes les +spoliations. Ils voulaient aussi faire triompher leurs opinions là où +ils résidaient, et n'obéissaient qu'avec peine à la direction des agens +civils. On l'a vu dans la querelle de Brune avec Trouvé. Enfin, dans +l'intérieur, l'opposition qu'on a vu renaître depuis le 18 fructidor, +et prendre deux caractères, se prononçait davantage. Les patriotes, +réprimés aux dernières élections, se préparaient à triompher dans les +nouvelles. Les modérés critiquaient froidement, mais amèrement, +toutes les mesures du gouvernement, et suivant l'usage de toutes les +oppositions, lui reprochaient même les difficultés qu'il avait à +vaincre, et qui étaient le plus souvent insurmontables. Le gouvernement, +c'est la force même: il faut qu'il triomphe; tant pis pour lui s'il ne +triomphe pas. On n'écoute jamais ses excuses, quand il explique pourquoi +il n'a pas réussi. + +Telle était la situation du directoire à l'instant où la guerre +recommença avec l'Europe. Il fit de grands efforts pour rétablir l'ordre +dans cette grande machine. La confusion régnait toujours en Italie. Les +ressources de cette belle contrée étaient gaspillées, et se perdaient +inutilement pour l'armée; quelques pillards en profitaient seuls. La +commission chargée d'instituer et d'administrer la république romaine +venait de terminer ses fonctions, et aussitôt l'influence des +états-majors s'était fait sentir. On avait changé les consuls jugés +trop modérés. On avait rompu les marchés avantageux pour l'entretien +de l'armée. La commission, dans laquelle Faypoult avait la direction +financière, avait conclu un marché pour l'entretien et le paiement des +troupes stationnées à Rome, et pour le transport de tous les objets +d'art envoyés en France. Elle avait adjugé en paiement des biens +nationaux pris sur le clergé. Le marché, outre qu'il était modéré sous +le rapport du prix, avait l'avantage de fournir un emploi aux biens +nationaux. Il fut cassé, et donné ensuite à la compagnie Baudin, +qui dévorait l'Italie. Cette compagnie se faisait appuyer par les +états-majors, auxquels elle abandonnait un pour cent de profit. Le +Piémont, qu'on venait d'occuper, offrait une nouvelle proie à dévorer, +et la probité de Joubert, général en chef de l'armée d'Italie, n'était +pas une garantie contre l'avidité de l'état-major et des compagnies. +Naples surtout allait être mise au pillage. Il y avait dans le +directoire quatre hommes intègres, Rewbell, Larévellière, Merlin et +Treilhard, que tous les désordres révoltaient. Larévellière surtout, +le plus sévère et le plus instruit des faits par ses relations +particulières avec l'ambassadeur Trouvé et avec les membres de la +commission de Rome, Larévellière voulait qu'on déployât la plus grande +énergie. Il proposa et fit adopter un projet fort sage; c'était +d'instituer dans tous les pays dépendans de la France, et où résidaient +nos armées, des commissions chargées de la partie civile et financière, +et tout à fait indépendantes des états-majors. A Milan, à Turin, à Rome, +à Naples, des commissions civiles devaient recevoir les contributions +stipulées avec les pays alliés de la France, passer les marchés, faire +tous les arrangemens financiers, fournir en un mot aux besoins des +armées, mais ne laisser aucun maniement de fonds aux chefs militaires. +Les commissions avaient cependant l'ordre de compter aux généraux les +fonds qu'ils demanderaient, sans qu'ils fussent obligés de justifier +pourquoi; ils n'en devaient compte qu'au gouvernement. Ainsi l'autorité +militaire était encore bien ménagée. Les quatre directeurs firent +adopter la mesure, et on signifia à Schérer l'ordre de la faire exécuter +sur-le-champ avec la dernière rigueur. Comme il montrait quelque +indulgence pour ses camarades, on lui signifia qu'il répondrait de tous +les désordres qui ne seraient pas réprimés. + +Cette mesure, quelque juste qu'elle fût, devait blesser beaucoup les +états-majors. En Italie surtout ils parurent se révolter; ils dirent +qu'on déshonorait les militaires par les précautions qu'on prenait à +leur égard, qu'on enchaînait tout à fait les généraux, qu'on les +privait de toute autorité. Championnet, à Naples, avait déjà tranche du +législateur, et nommé des commissions chargées d'administrer le pays +conquis. Faypoult était envoyé à Naples pour s'y charger de toute la +partie financière. Il prit les arrêtés nécessaires pour faire rentrer +l'administration dans ses mains, et révoqua certaines mesures fort mal +entendues, prises par Championnet. Celui-ci, avec toute la morgue des +gens de son état, surtout quand ils sont victorieux, se regarda comme +offensé; il eut la hardiesse de prendre un arrêté par lequel il +enjoignait à Faypoult et aux autres commissaires de quitter Naples +sous vingt-quatre heures. Une pareille conduite était intolérable. +Méconnaître les ordres du directoire et chasser de Naples les envoyés +revêtus de ses pouvoirs, était un acte qui méritait la plus sévère +répression, à moins qu'on ne voulût abdiquer l'autorité suprême et +la remettre aux généraux. Le directoire ne faiblit pas, et grâce à +l'énergie des membres intègres qui voulaient mettre fin aux gaspillages, +il déploya ici toute son autorité. Il destitua Championnet, malgré +l'éclat de ses derniers succès, et le livra à une commission militaire. +Malheureusement l'insubordination ne s'arrêta pas là. Le brave Joubert +se laissa persuader que l'honneur militaire était blessé par les arrêtés +du directoire; il ne voulut pas conserver le commandement aux conditions +nouvelles prescrites aux généraux, et donna sa démission. Le directoire +l'accepta. Bernadotte refusa de succéder à Joubert, par les mêmes +motifs. Néanmoins le directoire ne céda pas et persista dans ses +arrêtés. + +Le directoire s'occupa ensuite de la levée des conscrits, qui +s'exécutait lentement. Les deux premières classes ne pouvant pas fournir +les deux cent mille hommes, il se fit autoriser à les prendre dans +toutes les classes, jusqu'à ce que le nombre requis fût complet. Pour +gagner du temps, il fut décidé que les communes seraient chargées +elles-mêmes de l'équipement des nouvelles recrues, et que cette dépense +serait comptée en déduction de la contribution foncière. Ces nouveaux +conscrits, à peine équipés, devaient se rendre sur les frontières, y +être formés en bataillons de garnison, remplacer les vieilles troupes +dans les places et les camps de réserve, et dès que leur instruction +serait suffisante, aller rejoindre les armées actives. + +Le directoire s'occupait aussi du déficit. Le ministre Ramel, qui +administrait toujours nos finances avec lumière et probité, depuis +l'établissement du directoire, après avoir vérifié le produit des +impôts, assurait que le déficit serait de 65 millions, sans compter tout +l'arriéré provenant du retard dans les rentrées. Une violente dispute +s'engagea sur la quotité du déficit. Les adversaires du directoire ne le +portaient pas à plus de 15 millions. Ramel prouvait qu'il serait de 65 +au moins, et peut-être même de 75. On avait imaginé l'impôt des portes +et fenêtres, mais il ne suffisait pas. L'impôt du sel fut mis en +discussion. Alors de grands cris s'élevèrent: on opprimait le peuple, +disait-on, on faisait porter les charges publiques sur une seule classe, +on renouvelait les gabelles, etc. Lucien Bonaparte était celui des +orateurs qui faisait valoir les objections avec le plus d'acharnement. +Les partisans du gouvernement répondaient en alléguant la nécessité. +L'impôt fut rejeté par le conseil des anciens. Pour en remplacer le +produit, on doubla l'impôt des portes et fenêtres; on décupla même celui +des portes cochères. On mit en vente les biens du culte protestant, on +décréta que le clergé protestant recevrait des salaires en dédommagement +de ses biens. On mit à la disposition du gouvernement les sommes à +recouvrer sur les propriétaires de biens restés indivis avec l'état. + +Malheureusement toutes ces ressources n'étaient pas assez promptes. +Outre la difficulté de porter le produit de l'impôt au niveau de 600 +millions, il y avait un autre inconvénient dans la lenteur des rentrées. +On était encore réduit, cette année comme dans les précédentes, à donner +des délégations aux fournisseurs sur les produits non rentrés. Les +rentiers, auxquels on avait, depuis le remboursement des deux tiers, +promis la plus grande exactitude, étaient payés eux-mêmes avec des bons +recevables en acquittement des impôts. Ainsi on se trouvait de nouveau +réduit aux expédiens. + +Ce n'était pas tout que de réunir des soldats et des fonds pour les +entretenir, il fallait les distribuer d'après un plan convenable, et +leur choisir des généraux. Il fallait, comme nous l'avons dit, garder la +Hollande, la ligne du Rhin, la Suisse et toute l'Italie, c'est-à-dire +opérer depuis le golfe de Tarente jusqu'au Texel. La Hollande était +couverte d'un côté par la neutralité de la Prusse, qui paraissait +certaine; mais une flotte anglo-russe devait y faire un débarquement, et +il était urgent de la protéger contre ce danger. La ligne du Rhin était +protégée par les deux places de Mayence et de Strasbourg; et quoiqu'il +fût peu probable que l'Autriche vînt essayer de la percer, il était +prudent de la couvrir par un corps d'observation. Soit qu'on prît +l'offensive ou qu'on l'attendît, c'était sur les bords du Haut-Danube, +vers les environs du lac de Constance, ou en Suisse, qu'on devait +rencontrer les armées autrichiennes. Il fallait une armée active qui, +partie de l'Alsace ou de la Suisse, s'avancerait dans les plaines de +la Bavière. Il fallait ensuite un corps d'observation pour couvrir la +Suisse; il fallait enfin une grande armée pour couvrir la Haute-Italie +contre les Autrichiens, et la Basse-Italie contre les Napolitains et les +Anglais réunis. + +Ce champ de bataille était immense, et il n'était pas connu et jugé +comme il l'a été depuis, à la suite de longues guerres et de campagnes +immortelles. On pensait alors que la clé de la plaine était dans les +montagnes. La Suisse, placée au milieu de la ligne immense sur laquelle +on allait combattre, paraissait la clé de tout le continent; et la +France, qui occupait la Suisse, semblait avoir un avantage décisif. Il +semblait qu'en ayant les sources du Rhin, du Danube, du Pô, elle en +commandât tout le cours. C'était là une erreur. On conçoit que deux +armées qui appuient immédiatement une aile à des montagnes, comme les +Autrichiens et les Français quand ils se battaient aux environs de +Vérone ou aux environs de Rastadt, tiennent à la possession de ces +montagnes, parce que celle des deux qui en est maîtresse peut déborder +l'ennemi par les hauteurs. Mais quand on se bat à cinquante ou cent +lieues des montagnes, elles cessent d'avoir la même importance. Tandis +qu'on s'épuiserait pour la possession du Saint-Gothard, des armées +placées sur le Rhin ou sur le Bas-Pô auraient le temps de décider du +sort de l'Europe. Mais on concluait du petit au grand: de ce que les +hauteurs sont importantes sur un champ de bataille de quelques lieues, +on en concluait que la puissance maîtresse des Alpes devait l'être +du continent. La Suisse n'a qu'un avantage réel, c'est d'ouvrir des +débouchés directs à la France sur l'Autriche, et à l'Autriche sur la +France. On conçoit dès lors que, pour le repos des deux puissances et +de l'Europe, la clôture de ces débouchés soit un bienfait. Plus on peut +empêcher les points de contact et les moyens d'invasion, mieux on fait, +surtout entre deux états qui ne peuvent se heurter sans que le continent +en soit ébranlé. C'est en ce sens que la neutralité de la Suisse +intéresse toute l'Europe, et qu'on a toujours eu raison d'en faire un +principe de sûreté générale. + +La France, en l'envahissant, s'était donné l'avantage des débouchés +directs sur l'Autriche et l'Italie, et, en ce sens, on pouvait regarder +la possession de la Suisse comme importante pour elle. Mais si la +multiplicité des débouchés est un avantage pour la puissance qui +doit prendre l'offensive, et qui en a les moyens, elle devient un +inconvénient pour la puissance qui est réduite à la défensive, par +l'infériorité de ses forces. Celle-ci doit souhaiter alors que le nombre +des points d'attaque soit aussi réduit que possible, afin de pouvoir +concentrer ses forces, avec avantage. S'il eût été avantageux pour la +France, suffisamment préparée à l'offensive, de pouvoir déboucher +en Bavière par la Suisse, il était fâcheux pour elle, réduite à la +défensive, de ne pouvoir pas compter sur la neutralité suisse; il était +fâcheux pour elle d'avoir à garder tout l'espace compris de Mayence à +Gênes, au lieu de pouvoir, comme elle le fit en 1798, concentrer ses +forces, entre Mayence et Strasbourg d'une part, et entre le Mont-Blanc +et Gênes de l'autre. + +Ainsi, l'occupation de la Suisse pouvait devenir dangereuse pour la +France, dans le cas de la défensive. Mais elle était fort loin de se +croire dans un cas pareil. Le projet du gouvernement était de prendre +l'offensive partout et de procéder, comme naguère, par des coups +foudroyans. Mais la distribution de ses forces fut des plus +malheureuses. On plaça une armée d'observation en Hollande, et une autre +armée d'observation sur le Rhin. Une armée active devait partir de +Strasbourg, traverser la forêt Noire, et envahir la Bavière. Une +seconde armée active devait combattre en Suisse pour la possession des +montagnes, et appuyer ainsi d'un côté celle qui agirait sur le Danube, +et de l'autre celle qui agirait en Italie. Une autre grande armée devait +partir de l'Adige pour chasser tout à fait les Autrichiens jusqu'au-delà +de l'Izonzo. Enfin, une dernière armée d'observation devait couvrir la +Basse-Italie, et garder Naples. On voulait que l'armée de Hollande fût +de vingt mille hommes, celle du Rhin de quarante, celle du Danube +de quatre-vingt, celle de Suisse de quarante, celle d'Italie de +quatre-vingt, celle de Naples de quarante, ce qui faisait en tout trois +cent mille hommes indépendamment des garnisons. Avec de pareilles +forces, cette distribution devenait moins défectueuse. Mais si, par la +levée des conscrits, on pouvait, dans quelque temps, porter nos armées à +ce nombre, on était loin d'y être arrivé dans le moment. On ne pouvait +guère laisser que dix mille hommes en Hollande. Sur le Rhin on pouvait +à peine réunir quelques mille hommes. Les troupes destinées à composer +cette armée d'observation étaient retenues dans l'intérieur, soit pour +surveiller la Vendée encore menacée, soit pour protéger la tranquillité +publique pendant les élections qui se préparaient. L'armée destinée à +agir sur le Danube était au plus de quarante mille hommes, celle de +Suisse de trente, celle d'Italie de cinquante, celle de Naples de +trente. Ainsi, nous comptions à peine cent soixante ou cent soixante-dix +mille hommes. Les éparpiller du Texel au golfe de Tarente, était la +chose du monde la plus imprudente. + +Puisque le directoire, emporté par l'audace révolutionnaire, voulait +prendre l'offensive, il fallait alors, plus que jamais, choisir les +points d'attaque, se réunir en masse suffisante sur ces points, et ne +pas se disséminer, pour combattre sur tous à la fois. Ainsi, en Italie, +au lieu de disperser ses forces depuis Vérone jusqu'à Naples, il +fallait, à l'exemple de Bonaparte, en réunir la plus grande partie sur +l'Adige; et frapper là les grands coups. En battant les Autrichiens sur +l'Adige, il était assez prouvé qu'on pouvait tenir en respect Rome, +Florence et Naples. Du côté du Danube, au lieu de perdre inutilement des +milliers de braves au pied du Saint-Gothard, il fallait diminuer l'armée +de Suisse et du Rhin, grossir l'armée active du Danube, et livrer avec +celle-ci une bataille décisive en Bavière. On pouvait même réduire +encore les points d'attaque, rester en observation sur l'Adige, n'agir +offensivement que sur le Danube, et là, porter un coup plus fort et +plus sûr, en grossissant la masse qui devait le frapper. Napoléon et +l'archiduc Charles ont prouvé, le premier par de grands exemples, le +second par des raisonnemens profonds, qu'entre l'Autriche et la France, +la querelle doit se vider sur le Danube. C'est là qu'est le chemin le +plus court pour arriver au but. Une armée française victorieuse en +Bavière, rend nuls tous les succès d'une armée autrichienne victorieuse +en Italie, parce qu'elle est beaucoup plus rapprochée de Vienne. + +Il faut dire, pour excuser les plans du directoire, qu'on n'avait point +encore embrassé d'aussi vastes champs de bataille, et que le seul homme +qui l'aurait pu alors était en Égypte. On dissémina donc les cent +soixante mille hommes, ou environ, actuellement disponibles, sur la +ligne immense que nous avons décrite, et dans l'ordre que nous avons +indiqué. Dix mille hommes devaient observer la Hollande, quelques mille +le Rhin; quarante mille formaient l'armée du Danube, trente mille celle +de Suisse, cinquante mille celle d'Italie, trente celle de Naples. Les +conscrits devaient bientôt renforcer ces masses, et les porter au nombre +fixé par les plans du directoire. + +Le choix des généraux ne fut guère plus heureux que la conception +des plans. Il est vrai que depuis la mort de Hoche, et le départ de +Bonaparte, Desaix et Kléber pour l'Égypte, les choix étaient beaucoup +plus limités. Il restait un général dont la réputation était grande +et méritée, c'était Moreau. On pouvait être plus audacieux, plus +entreprenant, mais on n'était ni plus ferme ni plus sûr. Un état défendu +par un tel homme ne pouvait périr. Disgracié à cause de sa conduite +dans l'affaire Pichegru, il avait modestement consenti à devenir simple +inspecteur d'infanterie. On le proposa au directoire pour commander en +Italie. Depuis que Bonaparte avait tant attiré l'attention sur cette +belle contrée, depuis qu'elle était comme la pomme de discorde entre +l'Autriche et la France, ce commandement semblait le plus important. +C'est pourquoi on songea à Moreau. Barras s'y opposa de toutes ses +forces. Il donna des raisons de grand patriote, et présenta Moreau comme +suspect, à cause de sa conduite au 18 fructidor. Ses collègues eurent +la faiblesse de céder. Moreau fut écarté, et resta simple général de +division dans l'armée qu'il aurait dû commander en chef. Il accepta +noblement ce rang subalterne et au-dessous de ses talens. Joubert et +Bernadotte avaient refusé le commandement de l'armée d'Italie, on sait +par quels motifs. On songea donc à Schérer, ministre de la guerre. Ce +général, par son succès en Belgique et sa belle bataille de Loano, +s'était acquis beaucoup de réputation. Il avait de l'esprit, mais un +corps usé par l'âge et les infirmités; il n'était plus capable de +commander à des jeunes gens pleins de force et d'audace. D'ailleurs il +s'était brouillé avec la plupart de ses camarades, en voulant apporter +quelque rigueur dans la répression de la licence militaire. Barras le +proposa pour général de l'armée d'Italie. On dit que c'était pour le +faire sortir du ministère de la guerre, où il commençait à devenir +importun par sa sévérité. Cependant les militaires que l'on consulta, +notamment Bernadotte et Joubert, ayant parlé de sa capacité comme on en +parlait alors dans l'armée, c'est-à-dire avec beaucoup d'estime, il fut +nommé général en chef de l'armée d'Italie. Il s'en défendit beaucoup, +alléguant son âge, sa santé, et surtout son impopularité, due aux +fonctions qu'il avait exercées; mais on insista et il fut obligé +d'accepter. + +Championnet, traduit devant une commission, fut remplacé dans le +commandement de l'armée de Naples par Macdonald. Masséna fut chargé du +commandement de l'armée d'Helvétie. Ces choix étaient excellens, et la +république ne pouvait que s'en applaudir. L'importante armée du Danube +fut donnée au général Jourdan. Malgré ses malheurs dans la campagne de +1798, on n'avait point oublié les services qu'il avait rendus en 1793 +et 1794, et on espérait qu'il ne serait pas au-dessous de ses premiers +exploits. Puisqu'on ne la donnait pas à Moreau, l'année du Danube +ne pouvait être en de meilleures mains. Malheureusement elle était +tellement inférieure en nombre, qu'il eût fallu, pour la commander avec +confiance, l'audace du vainqueur d'Arcole et de Rivoli. Bernadotte eut +l'armée du Rhin; Brune celle de Hollande. + +L'Autriche avait fait des préparatifs bien supérieurs aux nôtres. Ne se +confiant pas comme nous dans ses succès, elle avait employé les deux +années écoulées depuis l'armistice de Léoben, à lever, à équiper et à +instruire de nouvelles troupes. Elle les avait pourvues de tout ce qui +était nécessaire, et s'était étudié à choisir les meilleurs généraux. +Elle pouvait porter actuellement en ligne deux cent vingt-cinq mille +hommes effectifs, sans compter les recrues qui se préparaient encore. La +Russie lui fournissait un contingent de soixante mille hommes, dont +on vantait dans toute l'Europe la bravoure fanatique, et qui étaient +commandés par le célèbre Suwarow. Ainsi la nouvelle coalition allait +opérer sur le front de notre ligne avec environ trois cent mille hommes. +On annonçait deux autres contingens russes, combinés avec des troupes +anglaises, et destinés, l'un à la Hollande, l'autre à Naples. + +Le plan de campagne de la coalition n'était pas mieux conçu que le +nôtre. C'était une conception pédantesque du conseil aulique, fort +désapprouvée par l'archiduc Charles, mais imposée à lui et à tous les +généraux, sans qu'il leur fût permis de la modifier. Ce plan reposait, +comme celui des Français, sur le principe que les montagnes sont la clé +de la plaine. Aussi des forces considérables étaient-elles amoncelées +pour garder le Tyrol et les Grisons, et pour arracher, s'il était +possible, la grande chaîne des Alpes aux Français. Le second objet que +le conseil aulique semblait le plus affectionner, c'était l'Italie. Des +forces considérables étaient placées derrière l'Adige. Le théâtre de +guerre le plus important, celui du Danube, ne paraissait pas être celui +dont on s'était le plus occupé. Ce qu'on avait fait de plus heureux de +ce côté, c'était d'y placer l'archiduc Charles. Voici comment étaient +distribuées les forces autrichiennes. L'archiduc Charles était, avec +cinquante-quatre mille fantassins et vingt-quatre mille chevaux, en +Bavière. Dans le Voralberg, tout le long du Rhin, jusqu'à son embouchure +dans le lac de Constance, le général Hotze commandait vingt-quatre mille +fantassins et deux mille chevaux. Bellegarde était dans le Tyrol avec +quarante-six mille hommes, dont deux mille cavaliers. Kray avait sur +l'Adige soixante-quatre mille fantassins et onze mille chevaux, ce qui +faisait soixante-quinze mille hommes en tout. Le corps russe devait +venir se joindre à Kray, pour agir en Italie. + +On voit que les vingt-six mille hommes de Hotze, et les quarante-six +mille de Bellegarde, devaient agir dans les montagnes. Ils devaient +gagner les sources des fleuves, tandis que les armées qui agissaient +dans la plaine tâcheraient d'en franchir le cours. Du côté des Français, +l'armée d'Helvétie était chargée du même soin. Ainsi, de part et +d'autre, une foule de braves allaient s'entre-détruire inutilement sur +des rochers inaccessibles, dont la possession ne pouvait guère influer +sur le sort de la guerre[4]. + +[Note 4: Toutes ces assertions sont motivées au long par l'archiduc +Charles, le général Jomini et Napoléon.] + +Les généraux français n'avaient pas manqué d'informer le directoire de +l'insuffisance de leurs moyens en tout genre. Jourdan, obligé d'envoyer +plusieurs bataillons en Belgique, pour y réprimer quelques troubles, +et une demi-brigade à l'armée d'Helvétie pour remplacer une autre +demi-brigade envoyée en Italie, ne comptait plus que trente-huit mille +hommes effectifs. De pareilles forces étaient trop disproportionnées +avec celles de l'archiduc, pour qu'il pût lutter avec avantage. Il +demandait la prompte formation de l'armée de Bernadotte, qui ne comptait +pas encore plus de cinq à six mille hommes, et surtout l'organisation +des nouveaux bataillons de campagne. Il aurait voulu qu'on lui permît +d'attirer à lui, ou l'armée du Rhin, ou l'armée d'Helvétie, en quoi +il avait raison. Masséna se plaignait, de son côté, de n'avoir ni les +magasins, ni les moyens de transport indispensables pour faire vivre son +armée dans des pays stériles et d'un accès extrêmement difficile. + +Le directoire répondait à ces observations que les conscrits allaient +rejoindre et se former bientôt en bataillons de campagne; que l'armée +d'Helvétie serait incessamment portée à quarante mille hommes, celle +du Danube à soixante; que dès que les élections seraient achevées, les +vieux bataillons, retenus dans l'intérieur, iraient former le noyau de +l'armée du Rhin. Bernadotte et Masséna avaient ordre de concourir aux +opérations de Jourdan, et de se conformer à ses vues. Comptant toujours +sur l'effet de l'offensive, et animé de la même confiance dans ses +soldats, il voulait que, malgré la disproportion du nombre, ses généraux +se hâtassent de brusquer l'attaque et de déconcerter les Autrichiens +par une charge impétueuse. Aussi les ordres furent-ils donnés en +conséquence. + +Les Grisons, partagés en deux factions, avaient hésité long-temps entre +la domination autrichienne et la domination suisse. Enfin ils avaient +appelé les Autrichiens dans leurs vallées. Le directoire, les +considérant comme sujets suisses, ordonna à Masséna d'occuper leur +territoire, en faisant aux Autrichiens une sommation préalable de +l'évacuer En cas de refus, Masséna devait attaquer sur-le-champ. En même +temps, comme les Russes s'avançaient toujours en Autriche, il adressa, à +ce sujet, deux notes, l'une au congrès de Rastadt, l'autre à l'empereur. +Il déclarait au corps germanique et à l'empereur, que, si dans l'espace +de huit jours un contre-ordre n'était pas donné à la marche des Russes, +il regarderait la guerre comme déclarée. Jourdan avait ordre de passer +le Rhin aussitôt ce délai expiré. + +Le congrès de Rastadt avait singulièrement avancé ses travaux. Les +questions de la ligne du Rhin, du partage des îles, de la construction +des ponts, étant terminées, on ne s'occupait plus que de la question +des dettes. La plupart des princes germaniques, excepté les princes +ecclésiastiques, ne demandaient pas mieux que de s'entendre, pour éviter +la guerre; mais soumis la plupart à l'Autriche, ils n'osaient pas se +prononcer. Les membres de la députation quittaient successivement +le congrès, et bientôt on allait se trouver dans l'impossibilité de +délibérer. Le congrès déclara ne pas pouvoir répondre à la note du +directoire, et en référa à la diète de Ratisbonne. La note destinée à +l'empereur fut envoyée à Vienne même et resta sans réponse. La guerre se +trouvait donc déclarée par le fait. Jourdan eut ordre de traverser le +Rhin, et de s'avancer, par la forêt Noire, jusqu'aux sources du Danube. +Il franchit le Rhin le 11 ventôse an VII (1er mars). L'archiduc Charles +franchit le Lech le 13 ventôse (3 mars). Ainsi les limites que les deux +puissances s'étaient prescrites étaient franchies, et on allait de +nouveau en venir aux mains. Cependant, tout en faisant une marche +offensive, Jourdan avait ordre de laisser tirer les premiers coups +de fusil à l'ennemi, en attendant que la déclaration de guerre fût +approuvée par le corps législatif. + +Pendant ce temps Masséna agit dans les Grisons. Il somma les Autrichiens +de les évacuer le 16 ventôse (6 mars). Les Grisons se composent de la +haute vallée du Rhin et de la haute vallée de l'Inn, ou Engadin. +Masséna résolut de passer le Rhin près de son embouchure dans le lac de +Constance, et de s'emparer ainsi de tous les corps répandus dans les +hautes vallées. Lecourbe, qui formait son aile droite, et qui, par +son activité et son audace extraordinaires, était le général le plus +accompli pour la guerre des montagnes, devait partir des environs du +Saint-Gothard, franchir le Rhin vers ses sources, se jeter dans la +vallée de l'Inn. Le général Dessoles, avec une division de l'armée +d'Italie, devait le seconder en se portant de la Valteline dans la +vallée du Haut-Adige. + +Ces habiles dispositions furent exécutées avec une grande vigueur. Le 16 +ventôse (6 mars) le Rhin fut franchi sur tous les points. Les soldats +jetèrent des charrettes dans le fleuve, et passèrent dessus comme sur un +pont. En deux jours, Masséna fut maître de tout le cours du Rhin, depuis +ses sources jusqu'à son embouchure dans le lac de Constance, et prit +quinze pièces de canon et cinq mille prisonniers. Lecourbe, de son côté, +n'exécutait pas avec moins de bonheur les ordres de son général en chef. +Il franchit le Rhin supérieur, passa de Dissentis à Tusis dans la vallée +de l'Albula, et, de cette vallée, se jeta hardiment dans celle de l'Inn, +en traversant les plus hautes montagnes de l'Europe, couvertes encore +des neiges de l'hiver. Un retard forcé ayant empêché Dessoles de se +porter de la Valteline sur le Haut-Adige, Lecourbe se trouvait exposé au +débordement de toutes les forces autrichiennes cantonnées dans le Tyrol. +En effet, tandis qu'il s'avançait hardiment dans la vallée de l'Inn +et marchait sur Martinsbruck, Laudon se jeta avec un corps sur ses +derrières; mais l'intrépide Lecourbe, revenant sur ses pas, assaillit +Laudon, l'accabla, lui fit beaucoup de prisonniers, et recommença sa +marche dans la vallée de l'Inn. + +Ces débuts brillans semblaient faire croire que dans les Alpes comme à +Naples, les Français pourraient braver partout un ennemi supérieur +en nombre. Ils confirmèrent le directoire dans l'idée qu'il fallait +persister dans l'offensive, et suppléer au nombre par la hardiesse. + +Le directoire envoya à Jourdan la déclaration de guerre qu'il avait +obtenue des conseils[5], avec l'ordre d'attaquer sur-le-champ. Jourdan +avait débouché par les défilés de la forêt Noire, dans le pays compris +entre le Danube et le lac de Constance. L'angle formé par ce fleuve et +ce lac va en s'ouvrant toujours davantage, à mesure qu'on avance en +Allemagne. Jourdan, qui voulait appuyer sa gauche au Danube, et sa +droite au lac de Constance, pour communiquer avec Masséna, était donc +obligé, à mesure qu'il s'avançait, d'étendre toujours sa ligne, et de +l'affaiblir par conséquent d'une manière dangereuse, surtout devant un +ennemi très supérieur en nombre. Il s'était d'abord porté jusqu'à Mengen +d'un côté, et jusqu'à Marckdorf de l'autre. Mais apprenant que l'armée +du Rhin ne serait pas organisée avant le 10 germinal (30 mars), et +craignant d'être tourné par la vallée du Necker, il crut devoir faire +un mouvement rétrograde. Les ordres de son gouvernement et le succès de +Masséna le décidèrent à remarcher en avant. Il fit choix d'une bonne +position entre le lac de Constance et le Danube. Deux torrens, l'Ostrach +et l'Aach, partant à peu près du même point, et se jetant l'un dans le +Danube, l'autre dans le lac de Constance, forment une même ligne droite, +derrière laquelle Jourdan s'établit. Saint-Cyr, formant sa gauche, était +à Mengen; Souham, avec le centre, à Pfullendorf; Férino, avec la droite, +à Barendorf. + +[Note 5: Cette déclaration de guerre fut faite le 22 ventôse an VII +(12 mars).] + +D'Haupoult était placé à la réserve. Lefebvre, avec la division +d'avant-garde, était à Ostrach. Ce point était le plus accessible de la +ligne: placé à l'origine des deux torrens, il présentait des marécages +qu'on pouvait traverser sur une longue chaussée. C'est sur ce point que +l'archiduc Charles, qui ne voulait point se laisser prévenir, résolut de +porter son principal effort. Il dirigea deux colonnes à la gauche et +à la droite des Français contre Saint-Cyr et Férino. Mais sa masse +principale, forte de près de cinquante mille hommes, fut portée tout +entière sur le point d'Ostrach, où se trouvaient neuf mille Français au +plus. Le combat commença le 2 germinal (22 mars) au matin et fut des +plus acharnés. Les Français déployèrent à cette première rencontre +une bravoure et une opiniâtreté qui excitèrent l'admiration du prince +Charles lui-même. Jourdan accourut sur ce point; mais l'étendue de sa +ligne et la nature du pays ne permettaient pas que, par un mouvement +rapide, il transportât les forces de ses ailes à son centre. Le passage +fut forcé, et, après une résistance honorable, Jourdan se vit obligé de +battre en retraite. Il se replia entre Singen et Tuttlingen. + +Un échec à l'ouverture de la campagne était fâcheux; il détruisait ce +prestige d'audace et d'invincibilité dont les Français avaient besoin +pour suppléer au nombre. Cependant l'infériorité des forces avait rendu +cet échec presque inévitable. Jourdan ne renonça pas pourtant à prendre +l'offensive. Sachant que Masséna s'avançait au-delà du Rhin, se fiant à +la coopération de l'armée du Danube, il se croyait obligé de tenter un +dernier effort pour soutenir son collègue, et l'appuyer en se portant +vers le lac de Constance. Il avait un autre motif de se reporter en +avant: c'était le désir d'occuper le point de Stokach, où se croisent +les routes de Suisse et de Souabe, point qu'il avait eu le tort +d'abandonner en se retirant entre Singen et Tuttlingen. Il fixa son +mouvement au 5 germinal (25 mars.) + +L'archiduc Charles n'était pas encore assuré de la direction qu'il +devait donner à ses mouvemens. Il ne savait s'il devait diriger sa +marche ou sur la Suisse, de manière à séparer Jourdan de Masséna, ou +vers les sources du Danube, de manière à le séparer de sa base du Rhin. +La direction vers la Suisse lui semblait la plus avantageuse pour les +deux armées, car les Français avaient autant d'intérêt à se lier à +l'armée d'Helvétie que les Autrichiens en avaient à les en séparer. Mais +il ignorait les projets de Jourdan, et voulait faire une reconnaissance +pour s'en assurer. Il avait projeté cette reconnaissance pour le +5 germinal (25 mars), le jour même où Jourdan de son côté voulait +l'attaquer. + +La nature des lieux rendait la position des deux armées extrêmement +compliquée. Le point stratégique était Stokach, où se croisent les +routes de Souabe et de Suisse. C'était là la position que Jourdan +voulait reprendre, et que l'archiduc voulait garder. La Stokach, petite +rivière, coule en faisant beaucoup de détours, devant la ville du même +nom, et va finir son cours sinueux dans le lac de Constance. C'était sur +cette rivière que l'archiduc avait pris position, Il avait sa gauche +entre Nenzingen et Wahlwies, sur des hauteurs, et derrière l'un des +circuits de la Stokach; son centre était placé sur un plateau élevé, +nommé le Nellemberg, et en avant de la Stokach; et sa droite sur le +prolongement de ce plateau, le long de la chaussée qui va de Stokach à +Liptingen. Elle se trouvait, comme le centre, en avant de la Stokach. +L'extrémité de cette aile était couverte par les bois épais qui +s'étendent sur la route de Liptingen. Il y avait de grands défauts dans +cette position. Si la gauche avait la Stokach devant elle, le centre et +la droite l'avaient à dos, et pouvaient y être précipités par un effort +de l'ennemi. En outre, toutes les positions de l'armée n'avaient qu'une +même issue vers la ville de Stokach, et en cas d'une retraite forcée, la +gauche, le centre, la droite, seraient venus s'entasser par une seule +route, et auraient pu amener, en s'y rencontrant, une confusion +désastreuse. Mais l'archiduc, en voulant couvrir Stokach, ne pouvait pas +prendre d'autre position, et la nécessité était son excuse. Il n'avait +à se reprocher que deux véritables fautes: l'une de n'avoir pas fait +quelques travaux pour mieux garder son centre et sa droite, et l'autre +d'avoir trop porté de troupes à sa gauche, qui était suffisamment +protégée par la rivière. C'est l'extrême désir de conserver le point +important de Stokach, qui lui fit distribuer ainsi ses troupes. Il avait +du reste l'avantage d'une immense supériorité numérique. + +Jourdan ignorait une partie des dispositions de l'archiduc, car rien +n'est plus difficile que les reconnaissances, surtout dans un pays aussi +accidenté que celui où agissaient les deux armées. Il occupait toujours +l'ouverture de l'angle formé par le Danube et le lac de Constance, de +Tuttlingen à Steusslingen. Cette ligne était fort étendue, et la nature +du pays, qui ne permettait guère une concentration rapide, rendait +cet inconvénient encore plus grave. Il ordonna au général Férino, qui +commandait sa droite vers Steusslingen, de marcher sur Wahlwies, et à +Souham, qui commandait le centre vers Eigeltingen, de se porter sur +Nenzingen. Ces deux généraux devaient combiner leurs efforts pour +emporter la gauche et le centre de l'archiduc, en passant la Stokach et +en gravissant le Nellemberg. Jourdan se proposait ensuite de faire agir +sa gauche, son avant-garde et sa réserve sur le point de Liptingen, afin +de pénétrer à travers les bois qui couvraient la droite de l'archiduc, +et de parvenir à la forcer. Ces dispositions avaient l'avantage de +diriger la plus grande masse des forces sur l'aile droite de l'archiduc, +qui était la plus compromise. Malheureusement toutes les colonnes de +l'armée avaient des points de départ trop éloignés. Pour agir sur +Liptingen, l'avant-garde et la réserve partaient d'Emingen-ob-Ek, et +la gauche de Tuttlingen, à la distance d'une journée de marche. Cet +isolement était d'autant plus dangereux, que l'armée française, forte de +trente-six mille hommes environ, était inférieure d'un tiers au moins à +l'armée autrichienne. + +Le 5 germinal (25 mars) au matin, les deux armées se rencontrèrent. +L'armée française marchait à une bataille, celle des Autrichiens à une +reconnaissance. Les Autrichiens, qui s'étaient ébranlés un peu avant +nous, surprirent nos avant-gardes, mais furent bientôt refoulés sur tous +les points par le gros de nos divisions. Férino à la droite, Souham au +centre, arrivèrent à Wahlwies, à Orsingen, à Nenzingen, au bord de la +Stokach, au pied du Nellemberg, ramenèrent les Autrichiens dans leur +position du matin, et commencèrent l'attaque sérieuse de cette position. +Ils avaient à franchir la Stokach et à forcer le Nellemberg. Une longue +canonnade s'engagea sur toute la ligne. + +A notre gauche, le succès était plus prompt et plus complet. +L'avant-garde, actuellement commandée par le général Soult, depuis une +blessure qu'avait reçue Lefebvre, repoussa les Autrichiens qui s'étaient +avancés jusqu'à Emingen-ob-Ek, les chassa de Liptingen, les mit en +déroute dans la plaine, les poursuivit avec une extrême ardeur, et +parvint à leur enlever les bois. Ces bois étaient ceux mêmes qui +couvraient la droite autrichienne; en poursuivant leur mouvement, les +Français pouvaient la jeter dans le ravin de la Stokach, et lui causer +un désastre. Mais il était clair que cette aile allait être renforcée +aux dépens du centre et de la gauche, et qu'il fallait agir sur elle +avec une grande masse de forces. Il fallait donc, comme dans le plan +primitif, faire converger sur ce même point l'avant-garde, la réserve +et la gauche. Malheureusement le général Jourdan, se confiant dans le +succès trop facile qu'il venait d'obtenir, voulut atteindre un objet +trop étendu, et au lieu d'amener Saint-Cyr à lui, il prescrivit à ce +général de faire un long circuit, pour envelopper les Autrichiens et +leur couper la retraite. C'était trop se hâter de recueillir les fruits +de la victoire, quand la victoire n'était pas remportée. Le général +Jourdan ne garda sur le point décisif que la division d'avant-garde et +la réserve confiée à d'Haupoult. + +Pendant ce temps, la droite des Autrichiens, voyant les bois qui la +couvraient forcés par l'ennemi, fit volte-face, et disputa avec une +extrême opiniâtreté la chaussée de Liptingen à Stokach, qui traverse ces +bois. On se battait avec acharnement, lorsque l'archiduc accourut en +toute hâte. Jugeant le danger avec un coup d'oeil sûr, il retira les +grenadiers et les cuirassiers du centre et de la gauche pour les +transporter à sa droite. Ne s'effrayant pas du mouvement de Saint-Cyr +sur ses derrières, il sentit que Jourdan repoussé, Saint-Cyr n'en serait +que plus compromis, et il résolut de se borner à un effort décisif vers +le point actuellement menacé. + +On se disputait les bois avec un acharnement extraordinaire. Les +Français, très inférieurs en nombre, résistaient avec un courage que +l'archiduc appelle admirable; mais le prince chargea lui-même avec +quelques bataillons sur la chaussée de Liptingen, et fit lâcher prise +aux Français. Ceux-ci perdirent les bois, et se trouvèrent enfin dans +la plaine découverte de Liptingen, d'où ils étaient partis. Jourdan fit +demander du secours à Saint-Cyr, mais il n'était plus temps. Il lui +restait sa réserve, et il résolut de faire exécuter une charge de +cavalerie pour reprendre les avantages perdus. Il lança quatre régimens +de cavalerie à la fois. Cette charge, arrêtée par une autre charge que +firent à propos les cuirassiers de l'archiduc, ne fut pas heureuse. Une +confusion horrible se mit alors dans la plaine de Liptingen. Après avoir +fait des prodiges de bravoure, les Français se débandèrent. Le général +Jourdan fit des efforts héroïques pour arrêter les fuyards; il fut +emporté lui-même. Cependant les Autrichiens, épuisés de ce long combat, +n'osèrent pas nous poursuivre. + +La journée fut dès lors finie. Férino et Souham s'étaient maintenus, +mais n'avaient forcé ni le centre ni la gauche des Autrichiens. +Saint-Cyr courait sur leurs derrières. On ne pouvait pas dire que la +bataille fût perdue: les Français, inférieurs du tiers, avaient conservé +partout le champ de bataille, et déployé une rare bravoure; mais avec +leur infériorité numérique, et l'isolement de leurs différens corps, +n'avoir pas vaincu, c'était être battu. Il fallait sur-le-champ +rappeler Saint-Cyr, très compromis, rallier l'avant-garde et la réserve +maltraitées, ramener le centre et la droite. Jourdan donna sur-le-champ +des ordres en conséquence, et prescrivit à Saint-Cyr de se replier le +plus promptement possible. La position de ce dernier était devenue très +périlleuse; mais il opéra sa retraite avec l'aplomb qui l'a toujours +signalé, et il regagna le Danube sans accident. La perte avait été à peu +près égale des deux côtés, en tués, blessés ou prisonniers. Elle était +de quatre à cinq mille hommes environ. + +Après cette journée malheureuse, les Français ne pouvaient plus tenir la +campagne, et ils devaient chercher un abri derrière une ligne puissante. +Devaient-ils se retirer en Suisse ou sur le Rhin? Il était évident qu'en +se retirant en Suisse, ils combinaient leurs efforts avec l'armée +de Masséna, et pouvaient par cette réunion reprendre une attitude +imposante. Malheureusement le général Jourdan ne crut pas devoir en +agir ainsi; il craignait pour la ligne du Rhin, sur laquelle Bernadotte +n'avait réuni encore que sept à huit mille hommes, et il résolut de +se replier à l'entrée des défilés de la forêt Noire. Il prit là une +position qu'il croyait forte, et laissant le commandement à son chef +d'état-major Ernould, il partit pour Paris, afin d'aller se plaindre +de l'état d'infériorité dans lequel on avait laissé son armée. Les +résultats parlaient beaucoup plus haut que toutes les plaintes du monde, +et il valait bien mieux qu'il restât à son armée que d'aller se plaindre +à Paris. + +Très heureusement le conseil aulique imposait à l'archiduc une faute +grave, qui réparait en partie les nôtres. Si l'archiduc, poussant ses +avantages, eût poursuivi sans relâche notre armée vaincue, il aurait pu +la mettre dans un désordre complet, et peut-être même la détruire. Il +aurait été temps alors de revenir vers la Suisse pour assaillir Masséna, +privé de tout secours, réduit à ses trente mille hommes, et engagé dans +les hautes vallées des Alpes. Il n'eût pas été impossible de lui couper +la route de France. Mais le conseil aulique défendit à l'archiduc +de pousser vers le Rhin avant que la Suisse fût évacuée: c'était la +conséquence du principe, que la clé du théâtre de la guerre était dans +les montagnes. + +Pendant que ces événemens se passaient en Souabe, la guerre se +poursuivait dans les Hautes-Alpes. Masséna agissant vers les sources du +Rhin, Lecourbe vers celles de l'Inn, Dessoles vers celles de l'Adige, +avaient eu des succès balancés. Il y avait au-delà du Rhin, un peu +au-dessus du point où il se jette dans le lac de Constance, une position +qu'il était urgent d'emporter, c'était celle de Feldkirch. Masséna y +avait mis toute son opiniâtreté, mais il y avait perdu plus de deux +mille hommes sans résultat. Lecourbe à Taufers, Dessoles à Nauders, +avaient livré des combats brillans, qui leur avaient valu à chacun trois +ou quatre mille prisonniers, et qui avaient amplement compensé l'échec +de Feldkirch. Ainsi les Français, par leur vivacité et leur audace, +conservaient la supériorité dans les Alpes. + +Les opérations commençaient en Italie, le lendemain même de la bataille +de Stokach. Les Français avaient reçu environ trente mille conscrits, ce +qui portait la masse de leurs forces en Italie à cent seize mille hommes +à peu près. Ils étaient distribués ainsi qu'il suit: trente mille hommes +de vieilles troupes gardaient, sous Macdonald, Rome et Naples. Les +trente mille jeunes soldats étaient dans les places. Il restait +cinquante-six mille hommes sous Schérer. De ces cinquante-six mille +hommes, il en avait été détaché cinq mille sous le général Gauthier pour +occuper la Toscane, et cinq mille sous le général Dessoles pour agir +dans la Valteline. C'étaient donc quarante-six mille hommes qui +restaient à Schérer pour se battre sur l'Adige, point essentiel, où il +aurait fallu porter toute la masse de nos forces. Outre l'inconvénient +du petit nombre d'hommes sur ce point décisif, il en était un autre +qui ne fut pas moins fatal aux Français. Le général n'inspirait aucune +confiance, il n'avait pas assez de jeunesse, comme nous l'avons dit; il +s'était d'ailleurs dépopularisé pendant son ministère. Il le sentait +lui-même, et il n'avait pris le commandement qu'à regret. Il allait +pendant la nuit écouter les propos des soldats sous leurs tentes, et +recueillir de ses propres oreilles les preuves de son impopularité. +C'étaient là des circonstances bien défavorables, au début d'une +campagne grande et difficile. + +Les Autrichiens devaient être commandés par Mélas et Suwarow. En +attendant, ils obéissaient au baron de Kray, l'un des meilleurs +généraux de l'empereur. Avant même l'arrivée des Russes, ils comptaient +quatre-vingt-cinq mille hommes dans la Haute-Italie. Soixante mille, à +peu près, étaient déjà sur l'Adige. Dans les deux armées l'ordre avait +été donné de prendre l'offensive. Les Autrichiens devaient déboucher de +Vérone, longer le pied des montagnes, et s'avancer au-delà du fleuve, en +masquant toutes les places. Ce mouvement avait pour but d'appuyer celui +de l'armée du Tyrol dans les montagnes. + +Schérer n'avait reçu d'autre injonction que de franchir l'Adige. La +commission était difficile, car les Autrichiens avaient tout l'avantage +de cette ligne. Elle doit être assez connue par la campagne de 1796. +Vérone et Legnago, qui la commandent, appartenaient aux Autrichiens. +Jeter un pont sur quelque point que ce fût, était très dangereux, car +les Autrichiens, ayant Vérone et Legnago, pouvaient déboucher sur le +flanc de l'armée, occupée à tenter un passage. Le plus sûr, si on +n'avait pas eu l'ordre de prendre l'offensive, eût été de laisser +déboucher l'ennemi au-delà de Vérone, de l'attendre sur un terrain qu'on +aurait eu le temps de choisir, de lui livrer bataille, et de profiter +des résultats de la victoire pour passer l'Adige à sa suite. + +Schérer, obligé de prendre l'initiative, hésita sur le meilleur parti +à adopter, et se décida enfin pour une attaque vers sa gauche. On se +souvient sans doute de la position de Rivoli, dans les montagnes, à +l'entrée du Tyrol, et fort au-dessus de Vérone. Les Autrichiens en +avaient retranché toutes les approches, et formé un camp à Pastrengo. +Schérer résolut de leur enlever d'abord ce camp, et de les rejeter de +ce côté au-delà de l'Adige. Les trois divisions Serrurier, Delmas et +Grenier, furent destinées à cet objet. Moreau, devenu simple général de +division sous Schérer, devait, avec les deux divisions Hatry et Victor, +inquiéter Vérone. Le général Montrichard, avec une division, devait +faire une démonstration sur Legnago. Cette distribution de forces +annonçait l'incertitude et les tâtonnemens du général en chef. + +L'attaque eut lieu le 6 germinal (26 mars), lendemain de la bataille de +Stokach. Les trois divisions chargées d'assaillir par plusieurs points +le camp de Pastrengo, l'enlevèrent avec une valeur digne de l'ancienne +armée d'Italie, et s'emparèrent de Rivoli. Elles prirent quinze cents +prisonniers aux Autrichiens et beaucoup de canons. Ceux-ci repassèrent +l'Adige à la hâte sur un pont qu'ils avaient jeté à Polo, et qu'ils +eurent le temps de détruire. Au centre, sous Vérone, on se battit pour +les villages placés en avant de la ville. Kaim mit à les défendre et à +les reprendre une opiniâtreté inutile. Celui de San-Massimo fut pris +et repris jusqu'à sept fois. Moreau, non moins opiniâtre que son +adversaire, ne lui laissa prendre aucun avantage, et le resserra dans +Vérone. Montrichard en faisant une démonstration inutile sur Legnago, +courut de véritables dangers. Kray, trompé par de faux renseignemens, +s'était imaginé que les Français allaient porter leur principal effort +sur le Bas-Adige; il y avait dirigé une grande partie de ses forces, et +en débouchant de Legnago il mit Montrichard dans le plus grand péril. +Heureusement celui-ci se couvrit des accidens du terrain, et se replia +sagement sur Moreau. + +La journée avait été sanglante, et tout à l'avantage des Français, à la +gauche et au centre. On pouvait évaluer la perte des Français en tués, +blessés et prisonniers, à quatre mille, et celle des Autrichiens à huit +mille au moins. Cependant, malgré l'avantage que les Français avaient +eu, ils n'avaient obtenu que des résultats peu importans. A Vérone, ils +n'avaient fait que resserrer les Autrichiens; au-dessus de Vérone, ils +les avaient rejetés, il est vrai, au-delà de l'Adige, et avaient acquis +le moyen de le passer à leur suite en rétablissant le pont de Polo; mais +malheureusement il était peu important de franchir l'Adige sur ce point. +On doit se souvenir que la route qui longe extérieurement ce fleuve +vient traverser Vérone, et qu'il n'y a pas d'autre issue pour déboucher +dans la plaine. Ce n'était donc pas tout que de franchir l'Adige à Polo; +on se trouvait, après l'avoir franchi, en face de Vérone, dans la même +position que Moreau au centre, et il fallait enlever la place. Si, dans +la journée même, on eût profité du désordre dans lequel l'attaque du +camp de Pastrengo avait jeté les Autrichiens, et qu'on se fût hâté de +rétablir le pont de Polo, peut-être aurait-on pu entrer dans la place +à la suite des fuyards, surtout à la faveur du combat opiniâtre que +Moreau, de l'autre côté de l'Adige, livrait au général Kaim. + +Malheureusement, rien de tout cela n'avait été fait. Cependant on +pouvait réparer cette faute en agissant vivement le lendemain, et en +transportant la masse des forces devant Vérone et au-dessus, vers le +pont de Polo. Mais Schérer hésita trois jours de suite sur le parti +qu'il avait à prendre. Il faisait chercher une route au-delà de l'Adige, +qui permît d'éviter Vérone. L'armée était indignée de cette hésitation, +et se plaignait hautement de ce qu'on ne profitait pas des avantages +remportés dans la journée du 6 (26). Enfin le 9 germinal (29 mars), on +tint un conseil de guerre, et Schérer se décida à agir. Il forma le +projet singulier de jeter la division Serrurier au-delà de l'Adige par +le pont de Polo, et de porter la masse de son armée entre Vérone et +Legnago, pour y tenter le passage du fleuve. Pour opérer le transport de +ses forces, il porta deux divisions de sa gauche à sa droite, les fit +passer derrière son centre, et les exposa à des fatigues inutiles, par +des chemins mauvais, entièrement ruinés par les pluies. + +Le 10 germinal (30 mars), le nouveau plan fut mis à exécution. +Serrurier, avec sa division forte de six mille hommes, franchit seul +l'Adige à Polo, tandis que le gros de l'armée se transportait plus bas, +entre Vérone et Legnago. Le sort de la division Serrurier était facile à +prévoir. Engagée, après avoir franchi l'Adige, sur une route qui était +fermée par Vérone, et qui formait ainsi une espèce de cul-de-sac, elle +courait de grands hasards. Kray, jugeant très bien sa situation, dirigea +contre elle une masse de forces trois fois supérieure, et la ramena +vivement sur le pont de Polo. La confusion se mit dans ses rangs, le +fleuve ne fut repassé qu'en désordre. Des détachemens furent obligés de +se faire jour, et quinze cents hommes restèrent prisonniers. Schérer, +en apprenant cet échec, qui était inévitable, se contenta de ramener la +division battue, et de la rapprocher du Bas-Adige, où il avait concentré +maintenant la plus grande partie de ses forces. + +On passa plusieurs jours encore à tâtonner de part et d'autre. Enfin +Kray prit une détermination, et résolut, tandis que Schérer se portait +sur le Bas-Adige, de déboucher en masse de Vérone, de se porter dans +le flanc de Schérer, et de l'acculer entre le Bas-Adige et la mer. La +direction était bonne; mais heureusement un ordre intercepté instruisit +Moreau du plan de Kray; il en informa sur-le-champ le général en chef, +et le pressa de faire remonter ses divisions, pour faire front du côté +de Vérone, par où l'ennemi allait déboucher. + +C'est en exécutant ce mouvement, que les deux armées se rencontrèrent, +le 16 germinal (5 avril), aux environs de Magnano. Les divisions Victor +et Grenier, formant la droite vers l'Adige, remontèrent le fleuve +par San-Giovanni et Tomba, afin de se porter jusqu'à Vérone. Elles +accablèrent la division Mercantin, qui leur était opposée, et +détruisirent en entier le régiment de Wartensleben: ces deux divisions +arrivèrent ainsi presque à la hauteur de Vérone, et furent en mesure de +remplir leur objet, qui était de couper de cette ville tout ce que Kray +en aurait fait sortir. La division Delmas, qui devait se porter au +centre, vers Butta-Preda et Magnano, se trouva en retard, et laissa à +la division autrichienne de Kaim la faculté de s'avancer jusqu'à +Butta-Preda, et de former ainsi un saillant vers le milieu de notre +ligne. Mais Moreau à la gauche, avec les divisions Serrurier, Hatry et +Montrichard, s'avançait victorieusement. Il avait ordonné à la division +Montrichard de changer de front, pour faire face à Butta-Preda, vers le +point où l'ennemi avait fait une pointe, et il marchait avec ses deux +autres divisions vers Dazano. Delmas, arrivé enfin à Butta-Preda, +couvrait notre centre, et dans ce moment la victoire semblait se +déclarer pour nous, car notre droite, complètement victorieuse du côté +de l'Adige, allait couper aux Autrichiens la retraite sur Vérone. + +Mais Kray jugeant que le point essentiel était à notre droite, et qu'il +fallait renoncer au succès sur tous les autres points, pour l'emporter +sur celui-là, y dirigea la plus grande masse de ses forces. Il avait un +avantage sur Schérer, c'était le rapprochement de ses divisions, qui lui +permettait de les déplacer plus facilement. Les divisions françaises, au +contraire, étaient fort éloignées les unes des autres, et combattaient +sur un terrain coupé de nombreux enclos. Kray tomba à l'improviste avec +toute sa réserve sur la division Grenier. Victor voulut venir au secours +de celui-ci, mais il fut chargé lui-même par les régimens de Nadasty et +de Reisky. Kray ne se contenta pas de ce premier avantage. Il avait fait +rallier sur les derrières la division Mercantin, battue le matin; il la +lança de nouveau sur les deux divisions Grenier et Victor, et décida +ainsi leur défaite. Ces deux divisions, malgré une vive résistance, +furent obligées d'abandonner le champ de bataille. La droite étant +en déroute, notre centre se trouva menacé. Kray ne manqua pas de s'y +porter; mais Moreau s'y trouvait, et il empêcha Kray de poursuivre son +avantage. + +La bataille était évidemment perdue, et il fallait songer à la retraite. +La perte avait été grande des deux côtés. Les Autrichiens avaient eu +trois mille morts ou blessés, et deux mille prisonniers. Les français +avaient eu un nombre égal de morts et de blessés, mais ils avaient +perdu quatre mille prisonniers. C'est là que fut blessé mortellement le +général Pigeon, qui pendant la première campagne d'Italie avait déployé +aux avant-gardes tant de talent et d'intrépidité. + +Moreau conseillait de coucher sur le champ de bataille, pour éviter le +désordre d'une retraite de nuit, mais Schérer voulut se replier le +soir même. Le lendemain, il se retira derrière la Molinella, et le +surlendemain, 18 germinal (7 avril), sur le Mincio. Appuyé sur Peschiera +d'un côté, sur Mantoue de l'autre, il pouvait opposer une résistance +vigoureuse, rappeler Macdonald du fond de la Péninsule, et, par cette +concentration de forces, regagner la supériorité perdue dans la journée +de Magnano. Mais le malheureux Schérer avait entièrement perdu la tête. +Ses soldats étaient plus mal disposés que jamais. Maîtres depuis trois +ans de l'Italie, ils étaient indignés de se la voir arracher, et ils +n'imputaient leurs revers qu'à l'impéritie de leur général. Il est +certain que, pour eux, ils avaient fait leur devoir aussi bien que dans +les plus beaux jours de leur gloire. Les reproches de son armée avaient +ébranlé Schérer autant que sa défaite. Ne croyant pas pouvoir tenir sur +le Mincio, il se retira sur l'Oglio, puis sur l'Adda, où il se porta le +12 avril. On ne savait où s'arrêterait ce mouvement rétrograde. + +La campagne était à peine ouverte depuis un mois et demi, et déjà nous +étions en retraite sur tous les points. Le chef d'état-major Ernould, +que Jourdan avait laissé avec l'armée du Danube à l'entrée des défilés +de la forêt Noire, avait pris peur en apprenant une incursion de +quelques troupes légères sur l'un de ses flancs, et s'était retiré en +désordre sur le Rhin. Ainsi, en Allemagne comme en Italie, nos armées, +aussi braves que jamais, perdaient cependant leurs conquêtes, et +rentraient battues sur la frontière. Ce n'est qu'en Suisse que nous +avions conservé l'avantage. Là, Masséna se maintenait avec toute la +ténacité de son caractère; et, sauf la tentative infructueuse sur +Feldkirch, il avait toujours été vainqueur. Mais, établi sur le saillant +que forme la Suisse entre l'Allemagne et l'Italie, il était placé entre +deux armées victorieuses, et il devenait indispensable qu'il se retirât. +Il venait en effet d'en donner l'ordre à Lecourbe, et il se repliait +dans l'intérieur de la Suisse, mais avec ordre, et en gardant l'attitude +la plus imposante. + +Nos armes étaient humiliées, et nos ministres allaient devenir à +l'étranger les victimes du plus odieux et du plus atroce attentat. La +guerre étant déclarée à l'empereur, et non à l'empire germanique, le +congrès de Rastadt était resté assemblé. On était près de s'entendre sur +la dernière difficulté, celle des dettes; mais les deux tiers des états +avaient déjà rappelé leurs députés. C'était un effet de l'influence de +l'Autriche, qui ne voulait pas qu'on fît la paix. Il ne restait plus au +congrès que quelques députés de l'Allemagne, et la retraite de l'armée +du Danube ayant ouvert le pays, on délibérait au milieu des troupes +autrichiennes. Le cabinet de Vienne conçut alors un projet infâme, +et qui jeta un long déshonneur sur sa politique. Il avait fort à se +plaindre de la fierté et de la vigueur que nos ministres avaient +déployées à Rastadt. Il leur imputait une divulgation qui l'avait +singulièrement compromis aux yeux du corps germanique, c'était celle des +articles secrets convenus avec Bonaparte pour l'occupation de Mayence. +Ces articles secrets prouvaient que, pour avoir Palma-Nova dans le +Frioul, le cabinet autrichien avait livré Mayence, et trahi d'une +manière indigne les intérêts de l'Empire. Ce cabinet était fort irrité, +et voulait tirer vengeance de nos ministres. Il voulait de plus se +saisir de leurs papiers, pour connaître quels étaient ceux des princes +germaniques qui, dans le moment, traitaient individuellement avec la +république française. Il conçut donc la pensée de faire arrêter nos +ministres, à leur retour en France, pour les dépouiller, les outrager, +peut-être même les assassiner. On n'a jamais su cependant si l'ordre de +les assassiner avait été donné d'une manière positive. + +Déjà nos ministres avaient quelque défiance, et sans craindre un +attentat sur leurs personnes, ils craignaient du moins pour leur +correspondance. En effet, elle fut interrompue le 30 germinal, par +l'enlèvement des pontonniers qui servaient à la passer. Nos ministres +réclamèrent; la députation de l'Empire réclama aussi, et demanda si le +congrès pouvait se croire en sûreté. L'officier autrichien auquel on +s'adressa ne fit aucune réponse tranquillisante. Alors nos ministres +déclarèrent qu'ils partiraient sous trois jours, c'est-à-dire le +9 floréal (28 avril), pour Strasbourg, et ils ajoutèrent qu'ils +demeureraient dans cette ville, prêts à renouer les négociations dès +qu'on en témoignerait le désir. Le 7 floréal un courrier de la légation +fut arrêté. De nouvelles réclamations furent faites par tout le congrès, +et il fut demandé expressément s'il y avait sûreté pour les ministres +français. Le colonel autrichien qui commandait les hussards de +Szecklers, cantonnés près de Rastadt, répondit que les ministres +français n'avaient qu'à partir sous vingt-quatre heures. On lui demanda +une escorte pour eux, mais il la refusa, et assura que leurs personnes +seraient respectées. Nos trois ministres, Jean Debry, Bonnier et +Roberjeot, partirent le 9 floréal (28 avril), à neuf heures du soir. Ils +occupaient trois voitures avec leurs familles. Après eux venaient la +légation ligurienne et les secrétaires d'ambassade. D'abord on fit +des difficultés de les laisser sortir de Rastadt; mais enfin tous les +obstacles furent levés, et ils partirent. La nuit était très sombre. A +peine étaient-ils à cinquante pas de Rastadt, qu'une troupe de hussards +de Szecklers fondit sur eux le sabre à la main, et arrêta les voitures. +Celle de Jean Debry était la première. Les hussards ouvrirent violemment +la portière, et lui demandèrent, en un jargon à demi barbare, s'il était +Jean Debry. Sur sa réponse affirmative, ils le saisirent à la gorge, +l'arrachèrent de sa voiture, et, aux yeux de sa femme et de ses enfans, +le frappèrent de coups de sabre. Le croyant mort, ils passèrent aux +autres voitures, et égorgèrent Roberjeot et Bonnier dans les bras de +leurs familles. Les membres de la légation ligurienne et les secrétaires +d'ambassade eurent le temps de se sauver. Les brigands chargés de +cette exécution pillèrent ensuite les voitures, et enlevèrent tous les +papiers. + +Jean Debry n'avait pas reçu de coup mortel. La fraîcheur de la nuit lui +rendit l'usage de ses sens, et il se traîna tout sanglant à Rastadt. +Quand cet attentat fut connu, il excita l'indignation des habitans +et des membres du congrès. La loyauté allemande fut révoltée d'une +violation du droit des gens, inouïe chez des nations civilisées, et qui +n'était concevable que d'un cabinet à demi barbare. Les membres de la +députation restés au congrès prodiguèrent à Jean Debry, et aux familles +des ministres assassinés, les soins les plus empressés. Ils se réunirent +ensuite pour rédiger une déclaration, dans laquelle ils dénonçaient au +monde l'attentat qui venait d'être commis, et repoussaient tout soupçon +de complicité avec l'Autriche. Ce crime, connu sur-le-champ de toute +l'Europe, excita une indignation universelle. L'archiduc Charles écrivit +à Masséna une lettre pour annoncer qu'il allait faire poursuivre +le colonel des hussards de Szecklers; mais cette lettre froide et +contrainte, qui prouvait l'embarras du prince, n'était pas digne de +lui et de son caractère. L'Autriche ne répondit pas, et ne pouvait pas +répondre, aux accusations dirigées contre elle. + +Ainsi, la guerre était implacable entre les deux systèmes qui +partageaient le monde. Les ministres républicains, mal reçus d'abord, +puis outragés pendant une année de paix, venaient enfin d'être +assassinés indignement, et avec autant de férocité qu'on aurait pu le +faire entre nations barbares. Le droit des gens, observé entre les +ennemis les plus acharnés, n'était violé que pour eux. + +Les revers si peu attendus qui signalèrent le début de la campagne, +l'attentat de Rastadt, produisirent l'impression la plus funeste au +directoire. Dès le moment même de la déclaration de guerre, les deux +oppositions commençaient à perdre toute mesure: elles n'en gardèrent +plus aucune quand elles virent nos armées battues et nos ministres +assassinés. Les patriotes, repoussés par le système des scissions, les +militaires, dont on avait voulu réprimer la licence, les royalistes, se +cachant derrière ces mécontens de différente espèce, tous s'armèrent +à la fois des derniers événemens pour accuser le directoire. Ils lui +adressaient les reproches les plus injustes et les plus multipliés. Les +armées, disaient-ils, avaient été entièrement abandonnées. Le directoire +avait laissé leurs rangs s'éclaircir par la désertion, et n'avait mis +aucune activité à les remplir au moyen de la conscription nouvelle. Il +avait retenu dans l'intérieur un grand nombre de vieux bataillons, qui, +au lieu d'être envoyés sur la frontière, étaient employés à gêner la +liberté des élections; et à ces armées ainsi réduites à un nombre si +disproportionné avec celui des armées ennemies, le directoire n'avait +fourni ni magasins, ni vivres, ni effets d'équipement, ni moyens de +transport, ni chevaux de remonte. Il les avait livrées à la rapacité des +administrations, qui avaient dévoré inutilement un revenu de six cents +millions. Enfin il avait fait, pour les commander, les plus mauvais +choix. Championnet, le vainqueur de Naples, était dans les fers, pour +avoir voulu réprimer la rapacité des agens du gouvernement. Moreau était +réduit au rôle de simple général de division. Joubert, le vainqueur du +Tyrol, Augereau, l'un des héros d'Italie, étaient sans commandement. +Schérer, au contraire, qui avait préparé toutes les défaites par son +administration, Schérer avait le commandement de l'armée d'Italie, parce +qu'il était compatriote et ami de Rewbell. On ne s'en tenait pas là. +Il y avait d'autres noms qu'on rappelait avec amertume. L'illustre +Bonaparte, ses illustres lieutenans, Kléber, Desaix, leurs quarante +mille compagnons d'armes, vainqueurs de l'Autriche, où étaient-ils?... +En Égypte, sur une terre lointaine, où ils allaient périr par +l'imprudence du gouvernement, ou peut-être par sa méchanceté. Cette +entreprise, si admirée naguère, on commençait à dire maintenant que +c'était le directoire qui l'avait imaginée pour se défaire d'un guerrier +célèbre qui lui faisait ombrage. + +On remontait plus haut encore: on reprochait au gouvernement la guerre +elle-même; on lui imputait de l'avoir provoquée par ses imprudences à +l'égard des puissances. Il avait envahi la Suisse, renversé le pape et +la cour de Naples, poussé ainsi l'Autriche à bout, et tout cela sans +être préparé à entrer en lutte. En envahissant l'Égypte, il avait décidé +la Porte à une rupture. En décidant la Porte, il avait délivré la Russie +de toute crainte pour ses derrières, et lui avait permis d'envoyer +soixante mille hommes en Allemagne. Enfin, la fureur était si grande, +qu'on allait jusqu'à dire que le directoire était l'auteur secret de +l'assassinat de Rastadt. C'était, disait-on, un moyen imaginé pour +soulever l'opinion contre les ennemis, et demander de nouvelles +ressources au corps législatif. + +Ces reproches étaient répétés partout, à la tribune, dans les journaux, +dans les lieux publics. Jourdan était accouru à Paris pour se plaindre +du gouvernement et pour lui imputer tous ses revers. Ceux des généraux +qui n'étaient pas venus, avaient écrit pour exposer leurs griefs. +C'était un déchaînement universel, et qui serait incompréhensible si on +ne connaissait les fureurs et surtout les contradictions des partis. + +Pour peu qu'on se souvienne des faits, on peut répondre à tous ces +reproches. Le directoire n'avait pas laissé éclaircir les rangs des +armées, car il n'avait donné que douze mille congés; mais il lui avait +été impossible d'empêcher les désertions en temps de paix. Il n'y a pas +de gouvernement au monde qui eût réussi à les empêcher. Le directoire +s'était même fait accuser de tyrannie en voulant obliger beaucoup de +soldats à rejoindre. Il y avait, en effet, quelque dureté à ramener sous +les drapeaux des hommes qui avaient déjà versé leur sang pendant six +années. La conscription n'était décrétée que depuis cinq mois, et il +n'avait pas eu le moyen, en aussi peu de temps, d'organiser ce système +de recrutement; et surtout d'équiper, d'instruire les conscrits, de les +former en bataillons de campagne, et de les faire arriver en Hollande, +en Allemagne, en Suisse, en Italie. Il avait retenu quelques vieux +bataillons, parce qu'ils étaient indispensables pour maintenir le repos +pendant les élections, et parce que l'on ne pouvait confier ce soin à de +jeunes soldats, dont l'esprit n'était pas formé, et l'attachement à +la république pas assez décidé. Une raison importante avait de plus +justifié cette précaution: c'était la Vendée, travaillée encore par +les émissaires de l'étranger, et la Hollande, menacée par les flottes +anglo-russes. + +Quant au désordre de l'administration, les torts du directoire n'étaient +pas plus réels. Il y avait eu des dilapidations sans doute, mais presque +toutes au profit de ceux mêmes qui s'en plaignaient, et malgré les +plus grands efforts du directoire. Il y avait eu dilapidation de trois +manières: en pillant les pays conquis; en comptant à l'état la solde des +militaires qui avaient déserté; enfin, en faisant avec les compagnies +des marchés désavantageux. Or, toutes ces dilapidations, c'étaient les +généraux et les états-majors qui les avaient commises et qui en avaient +profité. Ils avaient pillé les pays conquis, fait le profit sur la +solde et partagé les profits des compagnies. On a vu que celles-ci +abandonnaient quelquefois jusqu'à quarante pour cent sur leurs +bénéfices, afin d'obtenir la protection des états-majors. Schérer, vers +la fin de son ministère, s'était brouillé avec ses compagnons d'armes +pour avoir essayé de réprimer tous ces désordre. Le directoire s'était +efforcé, pour y mettre un terme, de nommer des commissions indépendantes +des états-majors, et on a vu comment Championnet les avait accueillies +à Naples. Les marchés désavantageux faits avec les compagnies, avaient +encore une autre cause, la situation des finances. On ne donnait aux +fournisseurs que des promesses, et alors ils se dédommageaient sur le +prix, de l'incertitude du paiement. Les crédits ouverts cette +année s'élevaient à 600 millions d'ordinaire, et à 125 millions +d'extraordinaire. Sur cette somme, le ministre avait déjà ordonnancé 400 +millions pour dépenses consommées. Il n'en était pas rentré encore 210; +on avait fourni les 190 de surplus en délégations. + +Il n'y avait donc rien d'imputable au directoire, quant aux +dilapidations. Le choix des généraux, excepté pour un seul, ne devait +pas lui être reproché. Championnet, après sa conduite à l'égard des +commissaires envoyés à Naples, ne pouvait pas conserver le commandement. +Macdonald le valait au moins, et était connu par une probité sévère. +Joubert, Bernadotte, n'avaient pas voulu du commandement de l'armée +d'Italie. Ils avaient désigné eux-mêmes Schérer. C'est Barras qui avait +repoussé Moreau, c'est lui seul encore qui avait voulu la nomination de +Schérer. Quant à Augereau, sa turbulence démagogique était une raison +fondée de lui refuser un commandement, et du reste, malgré ses qualités +incontestables, il était au-dessous du commandement en chef. Quant à +l'expédition d'Égypte, on a vu si le directoire en était coupable, et +s'il est vrai qu'il eût voulu déporter Bonaparte, Kléber, Desaix et +leurs quarante mille compagnons d'armes. Larévellière-Lépaux +s'était brouillé avec le héros d'Italie pour sa fermeté à combattre +l'expédition. + +La provocation à la guerre n'était pas plus le fait du directoire +que tous les autres malheurs. On a pu voir que l'incompatibilité des +passions déchaînées en Europe avait seule provoqué la guerre. Il n'en +fallait faire un reproche à personne; mais, dans tous les cas, ce +n'étaient certainement pas les patriotes et les militaires qui avaient +droit d'accuser le directoire. Qu'eussent dit les patriotes si on n'eût +pas soutenu les Vaudois, puni le gouvernement papal, renversé le roi +de Naples, forcé celui de Piémont à l'abdication? N'étaient-ce pas +les militaires qui, à l'armée d'Italie, avaient toujours poussé à +l'occupation de nouveaux pays? La nouvelle de la guerre les avait +enchantés tous. N'étaient-ce pas d'ailleurs Bernadotte à Vienne, un +frère de Bonaparte à Rome, qui avaient commis des imprudences, s'il y en +avait eu de commises? Ce n'était pas la détermination de la Porte qui +avait entraîné celle de la Russie; mais la chose eût-elle été vraie, +c'était l'auteur de l'expédition d'Égypte qui pouvait seul en mériter le +reproche. + +Rien n'était donc plus absurde que la masse des accusations accumulées +contre le directoire. Il ne méritait qu'un reproche, c'était d'avoir +trop partagé la confiance excessive que les patriotes et les militaires +avaient dans la puissance de la république. Il avait partagé les +passions révolutionnaires et s'était livré à leur entraînement. Il avait +cru qu'il suffisait, pour le début de la guerre, de cent soixante-dix +mille hommes; que l'offensive déciderait de tout, etc. Quant à ses +plans, ils étaient mauvais, mais pas plus mauvais que ceux de Carnot +en 1796, pas plus mauvais que ceux du conseil aulique, et calqués +d'ailleurs en partie sur un projet du général Jourdan. Un seul homme en +pouvait faire de meilleurs, comme nous l'avons dit, et ce n'était pas la +faute du directoire si cet homme n'était pas en Europe. + +Du reste, c'est dans un intérêt d'équité que l'histoire doit relever +l'injustice de ces reproches; mais tant pis pour un gouvernement quand +on lui impute tout à crime. L'une des qualités indispensables d'un +gouvernement, c'est d'avoir cette bonne renommée qui repousse +l'injustice. Quand il l'a perdue et qu'on lui impute les torts des +autres, et ceux même de la fortune, il n'a plus la faculté de gouverner, +et cette impuissance doit le condamner à se retirer. Combien de +gouvernemens ne s'étaient-ils pas usés depuis le commencement de la +révolution! L'action de la France contre l'Europe était si violente, +qu'elle devait détruire rapidement tous ses ressorts. Le directoire +était usé comme l'avait été le comité de salut public, comme le fut +depuis Napoléon lui-même. Toutes les accusations dont le directoire +était l'objet, prouvaient, non pas ses torts, mais sa caducité. + +Du reste, il n'était pas étonnant que cinq magistrats civils, élus au +pouvoir, non à cause de leur grandeur héréditaire ou de leur gloire +personnelle, mais pour avoir mérité un peu plus d'estime que leurs +concitoyens, que cinq magistrats, armés de la seule puissance des lois +pour lutter avec les factions déchaînées, pour soumettre à l'obéissance +des armées nombreuses, des généraux couverts de gloire et pleins de +prétentions, pour administrer enfin une moitié de l'Europe, parussent +bientôt insuffisans, au milieu de la lutte terrible qui venait de +s'engager de nouveau. Il ne fallait qu'un revers pour faire éclater +cette impuissance. Les factions alternativement battues, les militaires +réprimés plusieurs fois, les appelaient avec mépris les _avocats_, et +disaient que la France ne pouvait être gouvernée par eux. + +Par une bizarrerie assez singulière, mais qui se voit quelquefois dans +le conflit des révolutions, l'opinion ne montrait quelque indulgence que +pour celui des cinq directeurs qui en aurait mérité le moins. Barras, +sans contredit, méritait à lui seul tout ce qu'on disait du directoire. +D'abord, il n'avait jamais travaillé, et il avait laissé à ses collègues +tout le fardeau des affaires. Sauf dans les momens décisifs, où il +faisait entendre sa voix plus forte que son courage, il ne s'occupait de +rien. Il ne se mêlait que du personnel du gouvernement, ce qui convenait +mieux à son génie intrigant. Il avait pris part à tous les profits des +compagnies, et justifié seul le reproche de dilapidation. Il avait +toujours été le défenseur des brouillons et des fripons; c'était lui qui +avait appuyé Brune et envoyé Fouché en Italie. Il était la cause des +mauvais choix des généraux, car il s'était opposé à la nomination de +Moreau, et avait fortement demandé celle de Schérer. Malgré tous ses +torts si graves, lui seul était mis à part. D'abord il ne passait pas, +comme ses quatre collègues, pour un _avocat_, car sa paresse, ses +habitudes débauchées, ses manières soldatesques, ses liaisons avec +les jacobins, le souvenir du 18 fructidor qu'on lui attribuait +exclusivement, en faisaient en apparence un homme d'exécution, plus +capable de gouverner que ses collègues. Les patriotes lui trouvaient +avec eux des côtés de ressemblance, et croyaient qu'il leur était +dévoué. Les royalistes en recevaient des espérances secrètes. Les +états-majors, qu'il flattait et qu'il protégeait contre la juste +sévérité de ses collègues, l'avaient en assez grande faveur. Les +fournisseurs le vantaient, et il se sauvait de cette manière de la +défaveur générale. Il était même perfide avec ses collègues, car tous +les reproches qu'il méritait, il avait l'art de les rejeter sur eux +seuls. Un pareil rôle ne peut pas être long-temps heureux, mais il peut +réussir un moment: il réussit dans cette occasion. + +On connaît la haine de Barras contre Rewbell. Celui-ci, administrateur +vraiment capable, avait choqué, par son humeur et sa morgue, tous +ceux qui traitaient avec lui. Il s'était montré sévère pour les gens +d'affaires, pour tous les protégés de Barras, et notamment pour les +militaires. Aussi était-il devenu l'objet de la haine générale. Il était +probe, quoique un peu avare. Barras avait l'art, dans sa société, qui +était nombreuse, de diriger contre lui les plus odieux soupçons. Une +circonstance malheureuse contribuait à les autoriser. L'agent du +directoire en Suisse, Rapinat, était beau-frère de Rewbell. On avait +exercé en Suisse les exactions qui se commettaient dans tous les pays +conquis, beaucoup moins cependant que partout ailleurs. Mais les +plaintes excessives de ce petit peuple avare avaient causé une rumeur +extrême. Rapinat avait eu la commission malheureuse de mettre le scellé +sur les caisses et sur le trésor de Berne; il avait traité avec hauteur +le gouvernement helvétique; ces circonstances et son nom, qui était +malheureux, lui avaient valu de passer pour le Verrès de la Suisse, pour +l'auteur de dilapidations qui n'étaient pas son ouvrage; car il avait +même quitté la Suisse, avant l'époque où elle avait le plus souffert. +Dans la Société de Barras on faisait de malheureux calembours sur son +nom, et tout retombait sur Rewbell, dont il était le beau-frère. C'est +ainsi que la probité de Rewbell s'était trouvée exposée à toutes les +calomnies. + +Larévellière, par son inflexible sévérité, par son influence dans les +affaires politiques d'Italie, n'était pas devenu moins odieux que +Rewbell. Cependant, sa vie était si simple et si modeste, qu'accuser +sa probité eût été impossible. La société de Barras lui donnait des +ridicules. On se moquait de sa personne, et de ses prétentions à +une papauté nouvelle. On disait qu'il voulait fonder le culte de la +théophilanthropie, dont il n'était cependant pas l'auteur. Merlin et +Treilhard, quoique moins anciens au pouvoir, et moins en vue que Rewbell +et Larévellière, étaient cependant enveloppés dans la même défaveur. + +C'est dans cette disposition d'esprit que se firent les élections de +l'an VII, qui furent les dernières. Les patriotes, furieux, ne voulaient +pas être exclus cette année, comme la précédente, du corps législatif. +Ils s'étaient déchaînés contre le système des scissions, et s'étaient +efforcés de le flétrir d'avance. Ils y avaient assez réussi, pour qu'en +effet on n'osât plus l'employer. Dans cet état d'agitation, où l'on +suppose à ses adversaires tous les projets qu'on en redoute, ils +disaient que le directoire, usant, comme au 18 fructidor, des moyens +extraordinaires, allait proroger pour cinq ans les pouvoirs des députés +actuels, et suspendre pendant tout ce temps l'exercice des droits +électoraux. Ils disaient qu'on allait faire venir des Suisses à Paris, +parce qu'on travaillait à organiser le contingent helvétique. Ils firent +grand bruit d'une circulaire aux électeurs, répandue par le commissaire +du gouvernement (préfet) auprès du département de la Sarthe. Ce n'était +pas une circulaire, comme nous en avons vu depuis, mais une exhortation. +On obligea le directoire à l'improuver par un message. Les élections, +faites dans ces dispositions, amenèrent au corps législatif une quantité +considérable de patriotes. On ne songea pas cette année à les exclure du +corps législatif, et leur élection fut confirmée. Le général Jourdan, +qui avait raison d'imputer ses revers à l'infériorité numérique de +son armée, mais qui manquait à sa raison accoutumée en imputant au +gouvernement le désir de le perdre, fut envoyé de nouveau au corps +législatif, le coeur gros de ressentimens. Augereau y fut envoyé aussi, +avec un surcroît d'humeur et de turbulence. + +Il fallait choisir un nouveau directeur. Le hasard ne servit pas la +république, car, au lieu de Barras, ce fut Rewbell, le plus capable des +cinq directeurs, qui fut désigné pour membre sortant. Ce fut un grand +sujet de satisfaction pour tous les ennemis de ce directeur, et une +occasion nouvelle de le calomnier plus commodément. Cependant, comme il +avait été élu au conseil des anciens, il saisit une occasion de répondre +à ses accusateurs, et le fit de la manière la plus victorieuse. + +Il fut commis, à la sortie de Rewbell, la seule infraction aux lois +rigoureuses de la probité, qu'on, pût reprocher au directoire. Les cinq +premiers directeurs, nommés à l'époque de l'institution du directoire, +avaient fait une convention entre eux, par laquelle ils devaient +prélever sur leurs appointemens, chacun dix mille francs, afin de les +donner au membre sortant. Le but de ce noble sacrifice était de ménager +aux membres du directoire la transition du pouvoir suprême à la vie +privée, surtout pour ceux qui étaient sans fortune. Il y avait même +une raison de dignité à en agir ainsi, car il était dangereux pour la +considération du gouvernement, de rencontrer dans l'indigence l'homme +qu'on avait vu la veille au pouvoir suprême. Cette raison même décida +les directeurs à pourvoir d'une manière plus convenable au sort de +leurs collègues. Leurs appointemens étaient déjà si modiques, qu'un +prélèvement de dix mille francs parut déplacé. Ils résolurent d'allouer +une somme de cent mille francs à chaque directeur sortant. C'était cent +mille francs par an qu'il en devait coûter à l'état. On devait demander +cette somme au ministre des finances, qui pouvait la prendre sur l'un +des mille profits qu'il était si facile de faire sur des budgets de +six ou huit cents millions. On décida de plus que chaque directeur +emporterait sa voiture et ses chevaux. Comme tous les ans le corps +législatif allouait des frais de mobilier, cette dépense devait être +avouée, et dès lors devenait légitime. Les directeurs décidèrent de plus +que les économies faites sur les frais de mobilier seraient partagées +entre eux. Certes, c'était là une bien légère atteinte à la fortune +publique, si c'en était une; et tandis que des généraux, des compagnies, +faisaient des profits si énormes, cent mille francs par an, consacrés +à donner des alimens à l'homme qui venait d'être chef du gouvernement, +n'étaient pas un vol. Les raisons et la forme de la mesure l'excusaient +en quelque sorte. Larévellière, auquel on en fit part, ne voulut jamais +y consentir. Il déclara à ses collègues qu'il n'accepterait jamais sa +part. Rewbell reçut la sienne. Les cent mille francs qu'on lui donna +furent pris sur les deux millions de dépenses secrètes, dont le +directoire était dispensé de rendre compte. Telle est la seule faute +qu'on puisse reprocher collectivement au directoire. Un seul de ses +membres, sur les douze qui se succédèrent, fut accusé d'avoir fait des +profits particuliers. Quel est le gouvernement au monde, duquel on +puisse dire la même chose? + +Il fallait un successeur à Rewbell. On souhaitait avoir une grande +réputation, pour donner un peu de considération au directoire, et on +songea à Sièyes, dont le nom, après celui de Bonaparte, était le plus +important de l'époque. Son ambassade en Prusse avait encore ajouté à sa +renommée. Déjà on le considérait, et très justement, comme un esprit +profond; mais depuis qu'il était allé à Berlin, on lui attribuait +la conservation de la neutralité prussienne, qui du reste était due +beaucoup moins à son intervention qu'à la situation de cette puissance. +Aussi le regardait-on comme aussi capable de diriger le gouvernement que +de concevoir une constitution. Il fut élu directeur. Beaucoup de gens +crurent voir dans ce choix la confirmation du bruit généralement répandu +de modifications très prochaines à la constitution. Ils disaient +que Sièyes n'était appelé au directoire que pour contribuer à ces +modifications. On croyait si peu que l'état des choses actuel pût se +maintenir, qu'on voyait dans tous les faits des indices certains de +changement. + + + +CHAPITRE XVI. + +CONTINUATION DE LA CAMPAGNE DE 1799; MASSÉNA RÉUNIT LE COMMANDEMENT +DES ARMÉES D'HELVÉTIE ET DU DANUBE, ET OCCUPE LA LIGNE DE LA +LIMMAT.--ARRIVÉE DE SUWAROW EN ITALIE. SCHÉRER TRANSMET LE COMMANDEMENT +A MOREAU. BATAILLE DE CASSANO. RETRAITE DE MOREAU AU-DELA DU PÔ ET DE +L'APENNIN.--ESSAI DE JONCTION AVEC L'ARMÉE DE NAPLES; BATAILLE DE LA +TREBBIA.--COALITION DE TOUS LES PARTIS CONTRE LE DIRECTOIRE.--RÉVOLUTION +DU 30 PRAIRIAL.--LARÉVELLIÈRE ET MERLIN SORTENT DU DIRECTOIRE. + + +Dans l'intervalle qu'on mit à faire dans le gouvernement les +modifications que nous venons de raconter, le directoire n'avait cessé +de faire les plus grands efforts pour réparer les revers qui venaient de +signaler l'ouverture de la campagne. Jourdan avait perdu le commandement +de l'armée du Danube, et Masséna avait reçu le commandement en chef de +toutes les troupes cantonnées depuis Dusseldorf jusqu'au Saint-Gothard. +Ce choix heureux devait sauver la France. Schérer, impatient de quitter +une armée dont il avait perdu la confiance, avait obtenu l'autorisation +de transmettre le commandement à Moreau. Macdonald avait reçu l'ordre +pressant d'évacuer le royaume de Naples et les états romains, et de +venir faire sa jonction avec l'armée de la Haute-Italie. Tous les vieux +bataillons retenus dans l'intérieur étaient acheminés sur la frontière; +l'équipement et l'organisation des conscrits s'accéléraient, et les +renforts commençaient à arriver de toutes parts. + +Masséna, à peine nommé commandant en chef des armées du Rhin et de +Suisse, songea à disposer convenablement les forces qui lui étaient +confiées. Il ne pouvait prendre le commandement dans une situation plus +critique. Il avait au plus trente mille hommes, épars en Suisse depuis +la vallée de l'Inn jusqu'à Bâle; il avait en présence trente mille +hommes sous Bellegarde dans le Tyrol, vingt-huit mille sous Hotze, dans +le Voralberg, quarante mille sous l'archiduc, entre le lac de Constance +et le Danube. Cette masse de près de cent mille hommes pouvait +l'envelopper et l'anéantir. Si l'archiduc n'avait pas été contrarié par +le conseil aulique et retenu par une maladie, et qu'il eût franchi le +Rhin entre le lac de Constance et l'Aar, il aurait pu fermer à Masséna +la route de France, l'envelopper et le détruire. Heureusement il n'était +pas libre de ses mouvemens; heureusement encore on n'avait pas mis +immédiatement sous ses ordres Bellegarde et Hotze. Il y avait entre les +trois généraux un tiraillement continuel, ce qui empêchait qu'ils se +concertassent pour une opération décisive. + +Ces circonstances favorisèrent Masséna, et lui permirent de prendre une +position solide et de distribuer convenablement les troupes mises à sa +disposition. Tout prouvait que l'archiduc ne voulait qu'observer la +ligne du Rhin du côté de l'Alsace, et qu'il se proposait d'opérer en +Suisse, entre Schaffouse et l'Aar. En conséquence, Masséna fit refluer +en Suisse la plus grande partie de l'armée du Danube, et lui assigna +des positions qu'elle aurait dû prendre dès le début, c'est-à-dire +immédiatement après la bataille de Stokach. Il avait eu le tort de +laisser Lecourbe engagé trop long-temps dans l'Engadine. Celui-ci fut +obligé de s'en retirer, après avoir livré des combats brillans, où il +montra une intrépidité et une présence d'esprit admirables. Les Grisons +furent évacués. Masséna distribua alors son armée depuis la grande +chaîne des Alpes jusqu'au confluent de l'Aar dans le Rhin, en +choisissant la ligne qui lui parut la meilleure. + +La Suisse, présente plusieurs lignes d'eau, qui, partant des grandes +Alpes, la traversent tout entière, pour aller se jeter dans le Rhin. La +plus étendue et la plus vaste est celle du Rhin même, qui, prenant sa +source non loin du Saint-Gothard, coule d'abord au nord, puis s'étend +en un vaste lac[6], dont il sort près de Stein, et court à l'ouest vers +Bâle, où il recommence à couler au nord pour former la frontière de +l'Alsace. Cette ligne est la plus vaste, et elle enferme toute la +Suisse. Il y en a une seconde, celle de Zurich, inscrite dans la +précédente: c'est celle de la Lint, qui, prenant sa source dans les +petits cantons, s'arrête pour former le lac de Zurich, en sort sous le +nom de Limmat, et va finir dans l'Aar, non loin de l'embouchure de cette +dernière rivière dans le Rhin. Cette ligne, qui n'enveloppe qu'une +partie de la Suisse, est beaucoup moins vaste que la première. Il y en +a enfin une troisième, celle de la Reuss, inscrite encore dans la +précédente, qui du lit de la Reuss passe dans le lac de Lucerne, et +de Lucerne va se rendre dans l'Aar, tout près du point où se jette la +Limmat. Ces lignes commençant à droite contre des montagnes énormes, +finissant à gauche dans de grands fleuves, consistant tantôt en des +rivières, tantôt en des lacs, présentent de nombreux avantages pour la +défensive. Masséna ne pouvait espérer de conserver la plus grande, celle +du Rhin, et de s'étendre depuis le Saint-Gothard jusqu'à l'embouchure +de l'Aar. Il fut obligé de se replier sur celle de la Limmat, où il +s'établit de la manière la plus solide. Il plaça son aile droite, formée +des trois divisions Lecourbe, Ménard et Lorge, depuis les Alpes jusqu'au +lac de Zurich, sous les ordres de Férino. Il plaça son centre sur la +Limmat, et le composa des quatre divisions Oudinot, Vandamme, Thureau et +Soult. Sa gauche gardait le Rhin, vers Bâle et Strasbourg. + +[Note 6: Le lac de Constance.] + +Avant de se renfermer dans cette position, il essaya d'empêcher par un +combat la jonction de l'archiduc avec son lieutenant Hotze. Ces deux +généraux placés sur le Rhin, l'un avant l'entrée du fleuve dans le +lac de Constance, l'autre après sa sortie, étaient séparés par toute +l'étendue du lac. En franchissant cette ligne, afin de s'établir devant +celle de Zurich et de la Limmat, où s'était placé Masséna, ils devaient +partir des deux extrémités du lac, pour venir faire leur jonction +au-delà. Masséna pouvait choisir le moment où Hotze ne s'était pas +encore avancé, se jeter sur l'archiduc, le repousser au-delà du Rhin, +se rabattre ensuite sur Hotze, et le repousser à son tour. On a calculé +qu'il aurait eu le temps d'exécuter cette double opération, et de battre +isolément les deux généraux autrichiens. Malheureusement il ne songea à +les attaquer qu'au moment où ils étaient près de se réunir, et où ils +étaient en mesure de se soutenir réciproquement. Il les combattit sur +plusieurs points le 5 prairial (24 mai), à Aldenfingen, à Frauenfeld, et +quoiqu'il eût partout l'avantage, grace à cette vigueur qu'il mettait +toujours dans l'exécution, néanmoins il ne put empêcher la jonction, et +il fut obligé de se replier sur la ligne de la Limmat et de Zurich, +où il se prépara à recevoir vigoureusement l'archiduc, si celui-ci se +décidait à l'attaquer. + +Les événemens étaient bien autrement malheureux en Italie. Là, les +désastres ne s'étaient point arrêtés. + +Suwarow avait rejoint l'armée autrichienne avec un corps de vingt-huit +ou trente mille Russes. Mélas avait pris le commandement de l'armée +autrichienne. Suwarow commandait en chef les deux armées, s'élevant au +moins à quatre-vingt-dix mille hommes. On l'appelait l'_invincible_. Il +était connu par ses campagnes contre les Turcs, et par ses cruautés +en Pologne. Il avait une grande vigueur de caractère, une bizarrerie +affectée et poussée jusqu'à la folie, mais aucun génie de combinaison. +C'était un vrai barbare, heureusement incapable de calculer l'emploi de +ses forces, car autrement, la république aurait peut-être succombé. +Son armée lui ressemblait. Elle avait une bravoure remarquable, et +qui tenait du fanatisme, mais aucune instruction. L'artillerie, la +cavalerie, le génie, y étaient réduits à une véritable nullité. Elle +ne savait faire usage que de la baïonnette, et s'en servait comme les +Français s'en étaient servis pendant la révolution. Suwarow, fort +insolent pour ses alliés, donna aux Autrichiens des officiers russes, +pour leur apprendre le maniement de la baïonnette. Il employa le langage +le plus hautain, il dit que les _femmes_, _les petits-maîtres_, _les +paresseux_, devaient quitter l'armée; que les parleurs occupés à fronder +le service souverain seraient traités comme des égoïstes, et perdraient +leurs grades, et que tout le monde devait se sacrifier pour délivrer +l'Italie des Français et des athées. Tel était le style de ses +allocutions. Heureusement, après nous avoir causé bien du mal, cette +énergie brutale allait rencontrer l'énergie savante et calculée, et se +briser devant elle. + +Schérer ayant entièrement perdu l'usage de ses esprits, s'était +promptement retiré sur l'Adda, au milieu des cris d'indignation des +soldats. De son armée de quarante-six mille hommes, il en avait perdu +dix mille, ou morts ou prisonniers. Il fut obligé d'en laisser à +Peschiera ou Mantoue encore huit mille, et il ne lui en resta ainsi que +vingt-huit mille. Néanmoins si, avec cette poignée d'hommes, il avait su +manoeuvrer habilement, il aurait pu donner le temps à Macdonald de le +rejoindre, et éviter bien des désastres. Mais il se plaça sur l'Adda +de la manière la plus malheureuse. Il partagea son armée en trois +divisions. La division Serrurier était à Lecco, à la sortie de l'Adda du +lac de Lecco. La division Grenier était à Cassano, la division Victor à +Lodi. Il avait placé Montrichard, avec quelques corps légers, vers le +Modénois et les montagnes de Gênes; pour maintenir les communications +avec la Toscane, par où Macdonald devait déboucher. Ses vingt-huit +mille hommes, ainsi dispersés sur une ligne de vingt-quatre lieues, ne +pouvaient résister solidement nulle part, et devaient être enfoncés +partout où l'ennemi se présenterait en forces. + +Le 8 floréal (27 avril) au soir, au moment même où la ligne de l'Adda +était forcée, Schérer remit à Moreau la direction de l'armée. Ce brave +général avait quelque droit de la refuser. On l'avait fait descendre +au rôle de simple divisionnaire, et maintenant que la campagne était +perdue, qu'il n'y avait plus que des désastres à essuyer, on lui +donnait le commandement. Cependant, avec un dévouement patriotique +que l'histoire ne saurait trop célébrer, il accepta une défaite, en +acceptant le commandement le soir même où l'Adda était forcé. C'est ici +que commence la moins vantée et la plus belle partie de sa vie. + +Suwarow s'était approché de l'Adda sur plusieurs points. Quand le +premier régiment russe se montra à la vue du pont de Lecco, les +carabiniers de la brave 18e légère sortirent des retranchemens, et +coururent au-devant de ces soldats, qu'on peignait comme des colosses +effrayans et invincibles. Ils fondirent sur eux la baïonnette croisée, +et en firent un grand carnage. Les Russes furent repoussés. Il venait +de s'allumer un admirable courage dans le coeur de nos braves; ils +voulaient faire repentir de leur voyage les barbares insolens qui +venaient se mêler dans une querelle qui n'était pas la leur. La +nomination de Moreau enflammait toutes les âmes, et remplit l'armée de +confiance. Malheureusement la position n'était plus tenable. Suwarow, +repoussé à Lecco, avait fait passer l'Adda sur deux points, à Brivio et +à Trezzo, au-dessus et au-dessous de la division Serrurier, qui formait +la gauche. Cette division se trouva ainsi coupée du reste de l'armée. +Moreau, avec la division Grenier, livra à Trezzo un combat furieux, pour +repousser l'ennemi au-delà de l'Adda, et se remettre en communication +avec la division Serrurier. Il combattit avec huit ou neuf mille hommes +un corps de plus de vingt mille. Ses soldats, animés par sa présence, +firent des prodiges de bravoure, mais ne purent rejeter l'ennemi au-delà +de l'Adda. Malheureusement Serrurier, auquel on ne pouvait plus faire +parvenir d'ordre, n'eut pas l'idée de se reporter sur ce point même +de Trezzo, où Moreau s'obstinait à combattre pour se remettre en +communication avec lui. Il fallut céder, et abandonner la division +Serrurier à son sort. Elle fut entourée par toute l'armée ennemie, et se +battit avec la dernière opiniâtreté. Enveloppée enfin de toutes parts, +elle fut obligée de mettre bas les armes. Une partie de cette division, +grâce à la hardiesse et à la présence d'esprit d'un officier, se sauva +par les montagnes en Piémont. Pendant cette action terrible, Victor +s'était heureusement retiré en arrière avec sa division intacte. Telle +fut la fatale journée dite de Cassano, 9 floréal (28 avril), qui +réduisit l'armée à environ vingt mille hommes. + +C'est avec cette poignée de braves que Moreau entreprit de se retirer. +Cet homme rare ne perdit pas un instant ce calme d'esprit dont la nature +l'avait doué. Réduit à vingt mille soldats, en présence d'une armée +qu'on aurait pu porter à quatre-vingt-dix mille, si on avait su la faire +marcher en masse, il ne s'ébranla pas un instant. Ce calme était +bien autrement méritoire que celui qu'il déploya lorsqu'il revint +d'Allemagne, avec une armée de soixante mille hommes victorieux, et +pourtant il a été beaucoup moins célébré! tant les hasards des passions +influent sur les jugemens contemporains! + +Il s'attacha d'abord à couvrir Milan, pour donner le moyen d'évacuer +les parcs et les bagages, et pour laisser aux membres du gouvernement +cisalpin, et à tous les Milanais compromis, le temps de se retirer sur +les derrières. Rien n'est plus dangereux pour une armée que ces familles +de fugitifs, qu'elle est obligée de recevoir dans ses rangs. Elles +embarrassent sa marche, ralentissent ses mouvemens, et peuvent +quelquefois compromettre son salut. Moreau, après avoir passé deux +jours à Milan, se remit en marche pour repasser le Pô. A la conduite +de Suwarow, il put juger qu'il aurait le temps de prendre une position +solide. Il avait deux objets à atteindre, c'était de couvrir ses +communications avec la France, et avec la Toscane, par où s'avançait +l'armée de Naples. Pour arriver à ce but important, il lui parut +convenable d'occuper le penchant des montagnes de Gênes; c'était le +point le plus favorable. Il marcha en deux colonnes: l'une, escortant +les parcs, les bagages, tout l'attirail de l'armée, prit la grande route +de Milan à Turin; l'autre s'achemina vers Alexandrie, pour occuper les +routes de la rivière de Gênes. Il exécuta cette marche sans être +trop pressé par l'ennemi. Suwarow, au lieu de fondre avec ses masses +victorieuses sur notre faible armée, et de la détruire complètement, se +faisait décerner à Milan les honneurs du triomphe par les prêtres, les +moines, les nobles, toutes les créatures de l'Autriche, rentrées en +foule à la suite des armées coalisées. + +Moreau eut le temps d'arriver à Turin, et d'acheminer vers la France +tout son attirail de guerre. Il arma la citadelle, tâcha de réveiller +le zèle des partisans de la république, et vint rejoindre ensuite la +colonne qu'il avait dirigée vers Alexandrie. Il choisit là une position +qui prouve toute la justesse de son coup d'oeil. Le Tanaro, en tombant +de l'Apennin, va se jeter dans le Pô au-dessous d'Alexandrie. Moreau se +plaça au confluent de ces deux fleuves. Couvert à la fois par l'un et +par l'autre, il ne craignait pas une attaque de vive force; il gardait +en même temps toutes les routes de Gênes, et pouvait attendre l'arrivée +de Macdonald. Cette position ne pouvait être plus heureuse. Il occupait +Casale, Valence, Alexandrie; il avait une chaîne de postes sur le Pô +et le Tanaro, et ses masses étaient disposées de manière qu'il pouvait +courir en quelques heures sur le premier point attaqué. Il s'établit là +avec vingt mille hommes, et y attendit avec un imperturbable sang-froid +les mouvemens de son formidable ennemi. + +Suwarow avait mis très heureusement beaucoup de temps à s'avancer. Il +avait demandé au conseil aulique que le corps autrichien de Bellegarde, +destiné au Tyrol, fût mis à sa disposition. Ce corps venait de descendre +en Italie, et portait l'armée combinée à beaucoup plus de cent mille +hommes. Mais Suwarow, ayant ordre d'assiéger à la fois Peschiera, +Mantoue, Pizzighitone, voulant en même temps se garder du côté de la +Suisse, et ignorant d'ailleurs l'art de distribuer des masses, n'avait +guère plus de quarante mille hommes sous sa main, force du reste très +suffisante pour accabler Moreau, s'il avait su la manier habilement. + +Il vint longer le Pô et le Tanaro, et se placer en face de Moreau. Il +s'établit à Tortone, et y fixa son quartier-général. Après quelques +jours d'inaction, il résolut enfin de faire une tentative sur l'aile +gauche de Moreau, c'est-à-dire du côté du Pô. Un peu au-dessus du +confluent du Pô et du Tanaro, vis-à-vis Mugarone, se trouvent des îles +boisées, à la faveur desquelles les Russes résolurent de tenter un +passage. Dans la nuit du 22 au 23 floréal (du 11 au 12 mai), ils +passèrent au nombre à peu près de deux mille, dans l'une de ces îles, et +se trouvèrent ainsi au-delà du bras principal. Le bras qui leur restait +à passer était peu considérable, et pouvait même être franchi à la nage. +Ils le traversèrent hardiment, et se portèrent sur la rive droite du Pô. +Les Français, prévenus du danger, coururent sur le point menacé. Moreau, +qui était averti d'autres démonstrations faites du côté du Tanaro, +attendit que le véritable point du danger fût bien déterminé pour s'y +porter en force: dès qu'il en fut certain, il y marcha avec sa réserve, +et culbuta dans le Pô les Russes qui avaient eu la hardiesse de le +franchir. Il y en eut deux mille cinq cents tués, noyés ou prisonniers. + +Ce coup de vigueur assurait tout à fait la position de Moreau dans le +singulier triangle où il s'était placé. Mais l'inaction de l'ennemi +l'inquiétait; il craignait que Suwarow n'eût laissé devant Alexandrie un +simple détachement, et qu'avec la masse de ses forces il n'eût remonté +le Pô, pour se porter sur Turin et prendre la position des Français +par derrière, ou bien qu'il n'eût marché au-devant de Macdonald. Dans +l'incertitude où le laissait l'inaction de Suwarow, il résolut d'agir +lui-même, pour s'assurer du véritable état des choses. Il imagina de +déboucher au-delà d'Alexandrie, et de faire une forte reconnaissance. +Si l'ennemi n'avait laissé devant lui qu'un corps détaché, le projet +de Moreau était de changer cette reconnaissance en attaque sérieuse, +d'accabler ce corps détaché, et puis de se retirer tranquillement par +la grande route de la Bochetta, vers les montagnes de Gênes, afin d'y +attendre Macdonald. Si au contraire il trouvait la masse principale, son +projet était de se replier sur-le-champ, et de regagner en toute hâte +la rivière de Gênes, par toutes les communications accessibles qui +lui restaient. Une raison qui le décidait surtout à prendre ce parti +décisif, c'était l'insurrection du Piémont sur ses derrières. Il fallait +qu'il se rapprochât de sa base le plus tôt possible. + +Tandis que Moreau formait ce projet fort sage, Suwarow en formait +un autre qui était dépourvu de sens. Sa position à Tortone était +certainement la meilleure qu'il pût prendre, puisqu'elle le plaçait +entre les deux armées françaises, celle de la Cisalpine et celle de +Naples. Il ne devait la quitter à aucun prix. Cependant il imagina +d'emmener une partie de ses forces au-delà du Pô, pour remonter le +fleuve jusqu'à Turin, s'emparer de cette capitale, y organiser les +royalistes piémontais, et faire tomber la position de Moreau. Rien +n'était plus mal calculé qu'une pareille manoeuvre; car, pour faire +tomber la position de Moreau, il fallait essayer une attaque directe +et vigoureuse, mais par-dessus tout ne pas quitter la position +intermédiaire entre les deux armées qui cherchaient à opérer leur +jonction. + +Tandis que Suwarow divisait ses forces, en laissant une partie aux +environs de Tortone, le long du Tanaro, et portant l'autre au-delà du Pô +pour marcher sur Turin, Moreau exécutait la reconnaissance qu'il avait +projetée. Il avait porté la division Victor en avant pour attaquer +vigoureusement le corps russe qu'il avait devant lui. Il se tenait +lui-même avec toute sa réserve un peu en arrière, prêt à changer cette +reconnaissance en une attaque sérieuse, s'il jugeait que le corps russe +pût être accablé. Après un engagement très-vif, où les troupes de Victor +déployèrent une rare bravoure, Moreau crut que toute l'armée russe était +devant lui: il n'osa pas attaquer à fond, de peur d'avoir sur les bras +un ennemi trop supérieur. En conséquence, entre les deux partis qu'il +s'était proposé d'adopter, il préféra le second, comme le plus sûr. Il +résolut donc de se retirer vers les montagnes de Gênes. Sa position +était des plus critiques. Tout le Piémont était en révolte sur ses +derrières. Un corps d'insurgés s'était emparé de Céva, qui ferme la +principale route, la seule accessible à l'artillerie. Le grand convoi +des objets d'arts recueillis en Italie, courait risque d'être enlevé. +Ces circonstances étaient des plus fâcheuses. En prenant les routes +situées plus en arrière, et qui aboutissaient à la rivière du Ponent, +Moreau craignait de trop s'éloigner des communications de la Toscane, +et de les laisser en prise à l'ennemi, qu'il supposait réuni en masse +autour de Tortone. Dans cette perplexité, il prit sur-le-champ son +parti, et fit les dispositions suivantes. Il détacha la division Victor, +sans artillerie ni bagages, et la jeta par des rentiers praticables à +la seule infanterie, vers les montagnes de Gênes. Elle devait se hâter +d'occuper tous les passages de l'Apennin pour se joindre à l'armée +venant de Naples, et la renforcer, dans le cas où elle serait attaquée +par Suwarow. Moreau, ne gardant que huit mille hommes au plus, vint avec +son artillerie, sa cavalerie, et tout ce qui pouvait suivre les sentiers +des montagnes, gagner l'une des routes charretières qui se trouvaient en +arrière de Céva, et aboutissaient dans la rivière du Ponent. Il faisait +un autre calcul, en se décidant à cette retraite excentrique, c'est +qu'il attirerait à lui l'armée ennemie, la détournerait de poursuivre +Victor et de se jeter sur Macdonald. + +Victor se retira heureusement par Acqui, Spigno et Dego, et vint occuper +les crêtes de l'Apennin. Moreau, de son côté, se retira avec une +célérité extraordinaire sur Asti. La prise de Céva, qui fermait sa +principale communication, le mettait dans un embarras extrême. Il +achemina par le col de Fenestrelle la plus grande partie de ses parcs, +ne garda que l'artillerie de campagne qui lui était indispensable, +et résolut de s'ouvrir une route à travers l'Apennin, en la faisant +construire par ses propres soldats. Après quatre jours d'efforts +incroyables, la route fut rendue praticable à l'artillerie, et Moreau +fut transporté dans la rivière de Gênes sans avoir rétrogradé jusqu'au +col de Tende, ce qui l'eût trop éloigné des troupes de Victor détachées +vers Gênes. + +Suwarow, en apprenant la retraite de Moreau, se hâta de le faire +poursuivre; mais il ne sut deviner ni prévenir ses savantes +combinaisons. Ainsi, grâce à son sang-froid et à son adresse, Moreau +avait ramené ses vingt mille hommes sans les laisser entamer une seule +fois, en contenant au contraire les Russes partout où il les avait +rencontrés. Il avait laissé une garnison de trois mille hommes dans +Alexandrie, et il était avec dix-huit mille à peu près dans les environs +de Gênes. Il était placé sur la crête de l'Apennin, attendant l'arrivée +de Macdonald. Il avait porté la division Lapoype, le corps léger de +Montrichard, et la division Victor, sur la Haute-Trebbia, pour les +joindre à Macdonald. Lui se tenait aux environs de Novi, avec le reste +de son corps d'armée. Son plan de jonction était profondément médité. +Il pouvait attirer l'armée de Naples à lui par les bords de la +Méditerranée, la réunir à Gênes, et déboucher avec elle de la Bochetta; +ou bien la faire déboucher de la Toscane dans les plaines de Plaisance, +et sur les bords du Pô. Le premier parti assurait la jonction, +puisqu'elle se faisait à l'abri de l'Apennin, mais il fallait de nouveau +franchir l'Apennin, et donner de front sur l'ennemi, pour enlever la +plaine. En débouchant au contraire en avant de Plaisance, on était +maître de la plaine jusqu'au Pô, on prenait son champ de bataille sur +les bords même du Pô, et en cas de victoire on y jetait l'ennemi. Moreau +voulait que Macdonald eût sa gauche toujours serrée aux montagnes, +pour se lier avec Victor qui était à Bobbio. Quant à lui, il observait +Suwarow, prêt à se jeter dans ses flancs dès qu'il voudrait marcher à +la rencontre de Macdonald. Dans cette situation, la jonction paraissait +aussi sûre que derrière l'Apennin, et se faisait sur un terrain bien +préférable. + +Dans ce moment, le directoire venait de réunir dans la Méditerranée des +forces maritimes considérables. Bruix, le ministre de la marine, s'était +mis à la tête de la flotte de Brest, avait débloqué la flotte espagnole, +et croisait avec cinquante vaisseaux dans la Méditerranée, dans le but +de la délivrer des Anglais, et d'y rétablir les communications avec +l'armée d'Égypte. Cette jonction tant désirée était enfin opérée, et +elle pouvait nous redonner la prépondérance dans les mers du +Levant. Bruix dans ce moment était devant Gênes. Sa présence avait +singulièrement remonté le moral de l'armée. On disait qu'il apportait +des vivres, des munitions et des renforts. Il n'en était rien; mais +Moreau profita de cette opinion, et fit effort pour l'accréditer. Il fit +répandre le bruit que la flotte venait de débarquer vingt mille hommes, +et des approvisionnemens considérables. Ce bruit encouragea l'armée, et +diminua beaucoup la confiance de l'ennemi. + +On était au milieu de prairial (premiers jours de juin). Un événement +nouveau venait d'avoir lieu en Suisse. On a vu que Masséna avait occupé +la ligne de la Limmat ou de Zurich, et que l'archiduc, débouchant en +deux masses des deux extrémités du lac de Constance, était venu border +cette ligne dans toute son étendue. Il résolut de l'attaquer entre +Zurich et Bruk, c'est-à-dire entre le lac de Zurich, et l'Aar, tout le +long de la Limmat. Masséna avait pris position, non pas sur la Limmat +elle-même, mais sur une suite de hauteurs qui sont en avant de la +Limmat, et qui couvrent à la fois la rivière et le lac. Il avait +retranché ces hauteurs de la manière la plus redoutable, et les avait +rendues presque inaccessibles. Quoique cette partie de notre ligne, +entre Zurich et l'Aar, fût la plus forte, l'archiduc avait résolu de +l'attaquer, parce qu'il eût été trop dangereux de faire un long détour +pour venir tenter une attaque au-dessus du lac, le long de la Lint. +Masséna pouvait profiter de ce moment pour accabler les corps laissés +devant lui, et se procurer ainsi un avantage décisif. + +L'attaque projetée s'exécuta le 4 juin (16 prairial). Elle eut lieu sur +toute l'étendue de la Limmat, et fut repoussée partout victorieusement, +malgré l'opiniâtre persévérance des Autrichiens. Le lendemain +l'archiduc, pensant que de pareilles tentatives doivent se poursuivre, +afin qu'il n'y ait pas de pertes inutiles, recommença l'attaque avec +la même opiniâtreté. Masséna, réfléchissant qu'il pouvait être forcé, +qu'alors sa retraite deviendrait difficile, que la ligne qu'il +abandonnait était suivie immédiatement d'une plus forte, la chaîne de +l'Albis, qui borde en arrière la Limmat et le lac de Zurich, résolut de +se retirer volontairement. Il ne perdait à cette retraite que la ville +de Zurich, qu'il regardait comme peu importante. La chaîne des monts +de l'Albis, longeant le lac de Zurich, et la Limmat jusqu'à l'Aar +présentant de plus un escarpement continu, était presque inattaquable. +En l'occupant on ne faisait qu'une légère perte de terrain, car on ne +reculait que de la largeur du lac et de la Limmat. En conséquence, et +s'y retira volontairement et sans perte, il s'y établit d'une manière +qui ôta à l'archiduc toute envie de l'attaquer. + +Notre position était donc toujours à peu près la même en Suisse. +L'Aar, la Limmat, le lac de Zurich, la Lint et la Reuss, jusqu'au +Saint-Gothard, formaient notre ligne défensive contre les Autrichiens. + +Du côté de l'Italie, Macdonald s'avançait enfin vers la Toscane. +Il avait laissé garnison au fort Saint-Elme, à Capoue et à Gaëte, +conformément à ses instructions. C'était compromettre inutilement des +troupes qui n'étaient pas capables de soutenir le parti républicain, et +qui laissaient un vide dans l'armée active. L'armée française, en se +retirant, avait laissé la ville de Naples en proie à une réaction +royale, qui égalait les plus épouvantables scènes de notre révolution. +Macdonald avait rallié à Rome quelques milliers d'hommes de la division +Garnier; il avait recueilli en Toscane la division Gauthier, et dans le +Modénois le corps léger de Montrichard. Il avait formé ainsi un corps de +vingt-huit mille hommes. Il était à Florence le 9 prairial (25 mai). +Sa retraite s'était opérée avec beaucoup de rapidité, et un ordre +remarquable. Il perdit malheureusement beaucoup de temps en Toscane, et +ne déboucha au-delà de l'Apennin, dans les plaines de Plaisance, que +vers la fin de prairial (milieu de juin). + +S'il eût débouché plus tôt, il aurait surpris les coalisés dans un tel +état de dispersion, qu'il aurait pu les accabler successivement, et +les rejeter au-delà du Pô. Suwarow était à Turin, dont il venait de +s'emparer, et où il avait trouvé des munitions immenses. Bellegarde +observait les débouchés de Gênes; Kray assiégeait Mantoue, la citadelle +de Milan et les places. Nulle part il n'y avait trente mille Autrichiens +ou Russes réunis. Macdonald et Moreau, débouchant ensemble avec +cinquante mille hommes auraient pu changer la destinée de la campagne. +Mais Macdonald crut devoir employer quelques jours pour faire reposer +son armée, et réorganiser les divisions qu'il avait successivement +recueillies. Il perdit ainsi un temps précieux, et permit à Suwarow de +réparer ses fautes. Le général russe, apprenant la marche de Macdonald, +se hâta de quitter Turin, et de marcher avec vingt mille hommes de +renfort, pour se placer entre les deux généraux français, et reprendre +la position qu'il n'aurait jamais dû abandonner. Il ordonna au général +Ott, qui était en observation sur la Trebbia, aux environs de Plaisance, +de se retirer sur lui, s'il était attaqué; il prescrivit à Kray de lui +faire passer de Mantoue toutes les troupes dont il pourrait disposer; +il laissa à Bellegarde le soin d'observer Novi, d'où Moreau devait +déboucher, et il se disposa à marcher lui-même dans les plaines de +Plaisance, à la rencontre de Macdonald. + +Ces dispositions sont les seules qui, pendant la durée de cette +campagne, aient mérité à Suwarow l'approbation des militaires. Les deux +généraux français occupaient toujours les positions que nous avons +indiquées. Placés tous deux sur l'Apennin, ils devaient en descendre +pour se réunir dans les plaines de Plaisance. Moreau devait déboucher de +Novi, Macdonald de Pontremoli. Moreau avait fait passer à Macdonald la +division Victor pour le renforcer. Il avait placé à Bobbio, au penchant +des montagnes, le général Lapoype avec quelques bataillons, pour +favoriser la jonction, et son projet était de saisir le moment où +Suwarow marcherait de front contre Macdonald, pour donner dans son +flanc. Mais il fallait pour cela que Macdonald se tînt toujours appuyé +aux montagnes, et n'acceptât pas la bataille trop loin dans la plaine. + +Macdonald s'ébranla vers la fin de prairial (milieu de juin). Le corps +de Hohenzollern, placé aux environs de Modène, gardait le Bas-Pô. Il +fut accablé par des forces supérieures, perdit quinze cents hommes, et +faillit être enlevé tout entier. Ce premier succès encouragea Macdonald, +et lui fit hâter sa marche. La division Victor, qui venait de le +joindre, et de porter son armée à trente-deux mille hommes à peu près, +forma son avant-garde. La division polonaise de Dombrowsky marchait à +la gauche de la division Victor; la division Rusca les appuyait toutes +deux. Quoique le gros de l'armée, formé par les divisions Montrichard, +Olivier et Watrin, fût encore en arrière, Macdonald, alléché par le +succès qu'il venait d'obtenir sur Hohenzollern, voulut accabler Ott, qui +était en observation sur le Tidone, et ordonna à Victor, Dombrowsky et +Rusca, de marcher contre lui à l'instant même. + +Trois torrens, coulant parallèlement de l'Apennin dans le Pô, formaient +le champ de bataille: c'étaient la Nura, la Trebbia et le Tidone. Le +gros de l'armée française était encore sur la Nura; les divisions +Victor, Dombrowsky et Rusca s'avançaient sur la Trebbia, et avaient +l'ordre de la franchir pour se porter sur le Tidone, afin d'accabler +Ott, que Macdonald croyait sans appui. Elles marchèrent le 29 prairial +(17 juin). Elles repoussèrent d'abord l'avant-garde du général Ott des +bords du Tidone, et l'obligèrent à prendre une position en arrière vers +le village de Sermet. Ott allait être accablé, mais dans ce moment +Suwarow arrivait à son secours, avec toutes ses forces. Il opposa le +général Bagration à Victor qui marchait le long du Pô; il reporta Ott au +centre sur Dombrowsky, et dirigea Mélas à droite sur la division Rusca. +Bagration ne fut pas d'abord heureux contre Victor, et fut forcé de +rétrograder; mais au centre, Suwarow fit charger la division Dombrowsky +par l'infanterie russe, jeta dans son flanc deux régimens de cavalerie, +et la rompit. Dès cet instant, Victor, qui s'était avancé sur le Pô, se +trouva débordé et compromis. Bagration, renforcé par les grenadiers, +reprit l'offensive. La cavalerie russe, qui avait rompu les Polonais +au centre, et qui avait ainsi débordé Victor, le chargea en flanc, et +l'obligea à se retirer. Rusca, à droite, fut alors obligé de céder +le terrain à Mélas. Nos trois divisions repassèrent le Tidone, et +rétrogradèrent sur la Trebbia. + +Cette première journée, où un tiers de l'armée au plus s'était trouvé +engagé contre toute l'armée ennemie, n'avait pas été heureuse. +Macdonald, ignorant l'arrivée de Suwarow, s'était trop hâté. Il résolut +de s'établir derrière la Trebbia, d'y réunir toutes ses divisions, et de +venger l'échec qu'il venait d'essuyer. Malheureusement, les divisions +Olivier, Montrichard et Watrin étaient encore en arrière sur la Nura, et +il résolut d'attendre le surlendemain, c'est-à-dire le 1er messidor (19 +juin), pour livrer bataille. + +Mais Suwarow ne lui laissa pas le temps de réunir ses forces, et il se +disposa à attaquer dès le lendemain même, c'est-à-dire le 30 prairial +(18 juin). Les deux armées allaient se joindre le long de la Trebbia, +appuyant leurs ailes au Pô et à l'Apennin. Suwarow, jugeant sagement +que le point essentiel était dans les montagnes, par où les deux armées +françaises pourraient communiquer, porta de ce côté sa meilleure +infanterie et sa meilleure cavalerie. Il dirigea la division Bagration, +qui d'abord était à sa gauche le long du Pô, vers sa droite contre les +montagnes. Il les plaça avec la division Schweikofsky sous les ordres +de Rosemberg, et leur ordonna à toutes deux de passer la Trebbia vers +Rivalta, dans la partie supérieure de son cours, afin de détacher les +Français des montagnes. Les divisions Dombrowsky, Rusca et Victor, +étaient placées vers ce point, à la gauche de la ligne des Français. Les +divisions Olivier et Montrichard devaient venir se placer au centre, le +long de la Trebbia. La division Watrin devait venir occuper la droite, +vers le Pô et Plaisance. + +Dès le matin du 29 prairial (17 juin), les avant-gardes russes +attaquèrent les avant-gardes françaises, qui étaient au-delà de la +Trebbia, à Casaliggio et Grignano, et les repoussèrent; Macdonald, qui +ne s'attendait pas à être attaqué, s'occupait à faire arriver en ligne +ses divisions du centre. Victor, qui commandait à notre gauche, porta +aussitôt toute l'infanterie française au-delà de la Trebbia, et mit +un moment Suwarow en péril. Mais Rosemberg, arrivant avec la division +Schweikofsky, rétablit l'avantage, et, après un combat furieux, dans +lequel les pertes furent énormes des deux parts, obligea les Français à +se retirer derrière la Trebbia. Pendant ce temps, les divisions Olivier, +Montrichard, arrivaient au centre, la division Watrin à droite, et une +canonnade s'établissait sur toute la ligne. Après avoir échangé quelques +boulets, on s'arrêta de part et d'autre sur les bords de la Trebbia qui +sépara les deux armées. + +Telle fut la seconde journée. Elle avait consisté en un combat vers +notre gauche, combat terrible, mais sans résultat. Macdonald, disposant +désormais de tout son monde, voulait rendre décisive la troisième +journée. Son plan consistait à franchir la Trebbia sur tous les points, +et à déborder les deux ailes de l'ennemi. Pour cela, la division +Dombrowsky devait remonter la rivière jusqu'à Rivalta, et la passer +au-dessus des Russes. La division Watrin devait la franchir presque à +son embouchure dans le Pô, et gagner l'extrême gauche de Suwarow. Il +comptait en même temps que Moreau, dont il attendait la coopération +depuis deux jours, entrerait en action ce jour-là au plus tard. Tel fut +le plan pour la journée du 1er messidor (19 juin). Mais une horrible +échauffourée eut lieu pendant la nuit. Un détachement français ayant +traversé le lit de la Trebbia pour prendre position, les Russes se +crurent attaqués et coururent aux armes. Les Français y coururent de +leur côté. Les deux armées se mêlèrent et se livrèrent un combat de +nuit, où des deux côtés on s'égorgeait, sans distinguer amis ni ennemis. +Après un carnage inutile, les généraux parvinrent enfin à ramener leurs +soldats au bivouac. Le lendemain les deux armées étaient tellement +fatiguées par trois jours de combats et par le désordre de la nuit, +qu'elles n'entrèrent en action que vers les dix heures du matin. + +La bataille commença à notre gauche, sur la Haute Trebbia. Dombrowsky +franchit la Trebbia à Rivalta, malgré les Russes. Suwarow y détacha +le prince Bagration. Ce mouvement laissa à découvert les flancs de +Rosemberg. Sur-le-champ Victor et Rusca en profitèrent pour se jeter sur +lui en passant la Trebbia. Ils s'avancèrent avec succès et enveloppèrent +de toutes parts la division Schweikofsky, où se trouvait Suwarow. Ils la +mirent dans le plus grand danger; mais elle fit front de tous côtés et +se défendit vaillamment. Bagration, apercevant le péril, se rabattit +promptement sur le point menacé, et obligea Victor et Rusca à lâcher +prise. Si Dombrowsky, saisissant le moment, se fût de son côté rabattu +sur Bagration, l'avantage nous serait resté sur ce point, qui était le +plus important, puisqu'il touchait aux montagnes. Malheureusement il +resta inactif, et Victor et Rusca furent obligés de se replier sur la +Trebbia. Au centre, Montrichard avait passé la Trebbia vers Grignano; +Olivier l'avait franchie vers San-Nicolo. Montrichard marchait sur le +corps de Forster, lorsque les réserves autrichiennes, que Suwarow +avait demandées à Mélas, et qui défilaient sur le derrière du champ de +bataille, donnèrent inopinément dans les flancs de sa division. Elle +fut surprise, et la 5e légère, qui avait fait des prodiges en cent +batailles, s'enfuit en désordre. Montrichard se vit obligé de repasser +la Trebbia. Olivier, qui s'était avancé avec succès vers San-Nicolo, et +avait vigoureusement repoussé Ott et Mélas, se trouva découvert par la +retraite de Montrichard. Mélas alors, donnant contre-ordre aux réserves +autrichiennes, dont la présence avait jeté le trouble dans la division +Montrichard, les dirigea sur la division Olivier, qui fut forcée à son +tour de repasser la Trebbia. Pendant ce temps la division Watrin, portée +inutilement à l'extrême droite, où elle n'avait rien à faire, s'avançait +le long du Pô, sans être d'aucun secours à l'armée. Elle fut même +obligée de repasser la Trebbia, pour suivre le mouvement général de +retraite. Suwarow, craignant toujours de voir Moreau déboucher sur ses +derrières, fit de grands efforts le reste de la journée pour passer la +Trebbia, mais il ne put y réussir. Les Français lui opposèrent sur toute +la ligne une fermeté invincible, et ce torrent, témoin d'une lutte si +acharnée, sépara encore pour la troisième fois les deux armées ennemies. + +Tel fut le troisième acte de cette sanglante bataille. Les deux armées +étaient désorganisées. Elles avaient perdu environ douze mille hommes +chacune. La plupart des généraux étaient blessés. Des régimens entiers +étaient détruits. Mais la situation était bien différente. Suwarow +recevait tous les jours des renforts, et n'avait qu'à gagner au +prolongement de la lutte. Macdonald, au contraire, avait épuisé toutes +ses ressources, et pouvait, en s'obstinant à se battre, être jeté en +désordre dans la Toscane. Il songea donc à se retirer sur la Nura, +pour regagner Gênes par derrière l'Apennin. Il quitta la Trebbia le 2 +messidor (20 juin) au matin. Une dépêche, dans laquelle il peignit à +Moreau sa situation désespérée, étant tombée dans les mains de Suwarow, +celui-ci fut rempli de joie, et se hâta de le poursuivre à outrance. +Cependant la retraite se fit avec assez d'ordre sur les bords de la +Nura. Malheureusement, la division Victor, qui soutenait depuis quatre +jours des combats continuels, fut enfin rompue, et perdit beaucoup de +prisonniers. Macdonald eut cependant le temps de recueillir son armée +au-delà de l'Apennin, après une perte de quatorze ou quinze mille +hommes, en tués, blessés ou prisonniers. + +Très heureusement, Suwarow, entendant le canon de Moreau sur ses +derrières, se laissa détourner de la poursuite de Macdonald. Moreau, que +des obstacles insurmontables avaient empêché de se mettre en mouvement +avant le 30 prairial (18 juin), venait enfin de déboucher de Novi, de se +jeter sur Bellegarde, de le mettre en déroute, et de lui prendre près +de trois mille prisonniers. Mais cet avantage tardif était inutile, et +n'eut d'autre résultat que de rappeler Suwarow, et de l'empêcher de +s'acharner sur Macdonald. + +Cette jonction, de laquelle on attendait de si grands résultats, avait +donc amené une sanglante défaite; elle fit naître entre les deux +généraux français des contestations qui n'ont jamais été bien +éclaircies. Les militaires reprochèrent à Macdonald d'avoir trop +séjourné en Toscane, d'avoir fait marcher ses divisions trop loin +les unes des autres, de manière que les divisions Victor, Rusca et +Dombrowsky furent battues deux jours de suite, avant que les divisions +Montrichard, Olivier et Watrin fussent en ligne; d'avoir cherché, le +jour de la bataille, à déborder les deux ailes de l'ennemi, au lieu +de diriger son principal effort à sa gauche vers la Haute-Trebbia; de +s'être tenu trop éloigné des montagnes, de manière à ne pas permettre à +Lapoype, qui était à Bobbio, de venir à son secours; enfin de s'être, +par-dessus tout, beaucoup trop hâté de livrer bataille, comme s'il eût +voulu avoir seul l'honneur de la victoire. Les militaires, en approuvant +le plan savamment combiné par Moreau, ne lui ont reproché qu'une +chose, c'est de n'avoir pas mis de côté tout ménagement pour un ancien +camarade, de n'avoir pas pris le commandement direct des deux armées, et +surtout de n'avoir pas commandé en personne à la Trebbia. Quoi qu'il +en soit de la justesse de ces reproches, il est certain que le plan de +Moreau, exécuté comme il avait été conçu, aurait sauvé l'Italie. Elle +fut entièrement perdue par la bataille de la Trebbia. Heureusement, +Moreau était encore là pour recueillir nos débris et empêcher Suwarow +de profiter de son immense supériorité. La campagne n'était ouverte que +depuis trois mois, et, excepté en Suisse, nous n'avions eu partout que +des revers. La bataille de Stokach nous avait fait perdre l'Allemagne; +les batailles de Magnano et de la Trebbia nous enlevaient l'Italie. +Masséna seul, ferme comme un roc, occupait encore la Suisse, le long de +la chaîne de l'Albis. Il ne faut pas oublier cependant, au milieu de ces +cruels revers, que le courage de nos soldats avait été inébranlable et +aussi brillant qu'aux plus beaux jours de nos victoires; que Moreau +avait été à la fois grand citoyen et grand capitaine, et avait empêché +que Suwarow ne détruisît d'un seul coup nos armées d'Italie. + +Ces derniers malheurs fournirent de nouvelles armes aux ennemis du +directoire, et provoquèrent contre lui un redoublement d'invectives. +La crainte d'une invasion commençait à s'emparer des esprits. Les +départemens du Midi et des Alpes, exposés les premiers au débordement +des Austro-Russes, étaient dans une extrême fermentation. Les villes de +Chambéry, de Grenoble et d'Orange, envoyèrent au corps législatif des +adresses qui firent la plus vive sensation. Ces adresses renfermaient +les reproches injustes qui circulaient depuis deux mois dans toutes +les bouches; elles revenaient sur le pillage des pays conquis, sur +les dilapidations des compagnies, sur le dénûment des armées, sur le +ministère de Schérer, sur son généralat, sur l'injustice faite à Moreau, +sur l'arrestation de Championnet, etc. «Pourquoi, disaient-elles, les +conscrits fidèles se sont-ils vus forcés de rentrer dans leurs foyers, +par le dénûment où on les laissait? Pourquoi toutes les dilapidations +sont-elles restées impunies? Pourquoi l'inepte Schérer, signalé comme un +traître par Hoche, est-il resté si longtemps au ministère de la guerre? +Pourquoi a-t-il pu consommer, comme général, les maux qu'il avait +préparés comme ministre? Pourquoi des noms chers à la victoire sont-ils +remplacés par des noms inconnus? Pourquoi le vainqueur de Rome et de +Naples est-il en accusation?......» + +On a déjà pu apprécier la valeur de ces reproches. Les adresses qui les +contenaient obtinrent l'honneur de l'impression, la mention honorable, +et le renvoi au directoire. Cette manière de les accueillir prouvait +assez les dispositions des deux conseils. Elles ne pouvaient être plus +mauvaises. L'opposition constitutionnelle s'était réunie à l'opposition +patriote. L'une composée d'ambitieux qui voulaient un gouvernement +nouveau, et d'importans qui se plaignaient que leurs avis et leurs +recommandations n'eussent pas été assez bien accueillis; l'autre formée +de patriotes exclus par les scissions du corps législatif, ou réduits au +silence par la loi du 19 fructidor; elles voulaient également la ruine +du gouvernement existant. Ils disaient que le directoire avait à la fois +mal administré et mal défendu la France; qu'il avait violé la liberté +des opinions, opprimé la liberté de la presse et des sociétés +populaires. Ils le déclaraient à la fois faible et violent; ils allaient +même jusqu'à revenir sur le 18 fructidor, et à dire que, n'ayant pas +respecté les lois dans cette journée, il ne pouvait plus les invoquer en +sa faveur. + +La nomination de Sièyes au directoire avait été l'un des premiers motifs +de ces dispositions. Appeler au directoire un homme qui n'avait cessé +de regarder comme mauvaise la constitution directoriale, qui déjà, par +cette raison, avait refusé d'être directeur, c'était annoncer en quelque +sorte qu'on voulait une révolution. L'acceptation de Sièyes, dont on +doutait à cause de ses refus antérieurs, ne fit que confirmer ces +conjectures. + +Les mécontens de toute espèce, qui voulaient un changement, se +groupèrent autour de Sièyes. Sièyes n'était point un chef de parti +habile; il n'en avait ni le caractère à la fois souple et audacieux, ni +même l'ambition; mais il ralliait beaucoup de monde par sa renommée. +On savait qu'il trouvait tout mauvais dans la constitution et le +gouvernement, et on se pressait autour de lui, comme pour l'inviter +à tout changer. Barras, qui avait su se faire pardonner son ancienne +présence au directoire par ses liaisons et ses intrigues avec tous les +partis, s'était rapproché de Sièyes, et était parvenu à se rattacher +à lui, en livrant lâchement ses collègues. C'est autour de ces deux +directeurs que se ralliaient tous les ennemis du directoire. Ce parti +avait songé à se donner l'appui d'un jeune général qui eût de la +réputation, et qui passât, comme beaucoup d'autres, pour une victime du +gouvernement. La position de Joubert, sur lequel on fondait de grandes +espérances, et qui était sans emploi depuis sa démission, avait fixé le +choix sur lui. Il allait s'allier à M. de Sémonville, en épousant une +demoiselle de Monthelon. On l'avait rapproché de Sièyes; on le fit +nommer général de la 17e division militaire, celle de Paris, et on +s'efforça d'en faire le chef de la nouvelle coalition. + +On ne songeait point encore à faire des changemens; on voulait d'abord +s'emparer du gouvernement, sauver ensuite la France d'une invasion, +et on ajournait les projets constitutionnels à une époque où tous les +périls seraient passés. La première chose à obtenir était l'éloignement +des membres de l'ancien directoire. Sièyes n'y était que depuis une +quinzaine; il y était entré le 1er prairial, en remplacement de Rewbell. +Barras s'était sauvé de l'orage comme on a vu. Toute la haine se +déchargeait contre Larévellière, Merlin et Treilhard, tous trois fort +innocens de ce qu'on reprochait au gouvernement. + +Ils avaient la majorité, puisqu'ils étaient trois, mais on voulait leur +rendre impossible l'exercice de l'autorité. Ils avaient résolu d'avoir +les plus grands égards pour Sièyes, de lui pardonner même son humeur, +afin de ne pas ajouter aux difficultés de la position, celles que des +divisions personnelles pourraient encore faire naître. Mais Sièyes était +intraitable; il trouvait tout mauvais, et il était en cela de très bonne +foi; mais il s'exprimait de manière à prouver qu'il ne voulait pas +s'entendre avec ses collègues pour porter remède au mal. Un peu infatué +de ce qu'il avait vu dans le pays d'où il venait, il ne cessait de leur +dire: «Ce n'est pas ainsi qu'on fait en Prusse.--Enseignez-nous donc, +lui répondaient ses collègues, comment on fait en Prusse; éclairez-nous +de vos avis, et aidez-nous à faire le bien.--Vous ne m'entendriez pas, +répliquait Sièyes; il est inutile que je vous parle; faites comme vous +avez coutume de faire.» + +Tandis que, dans le sein du directoire, l'incompatibilité se déclarait +entre la minorité et la majorité, les attaques les plus vives se +succédaient au dehors de la part des conseils. Il y avait déjà querelle +ouverte sur les finances. La détresse, comme on l'a dit, provenait de +deux causes, la lenteur des rentrées et le déficit dans les produits +supposés. Sur 400 millions déjà ordonnancés pour dépenses consommées, +210 millions étaient à peine rentrés. Le déficit dans l'évaluation des +produits s'élevait, suivant Ramel, à 67 et même à 75 millions. Comme +on lui contestait toujours la quotité du déficit, il donna un démenti +formel au député Génissieux dans _le Moniteur_, et prouva ce qu'il +avançait. Mais que sert de prouver dans certains momens? On n'en accabla +pas moins le ministre et le gouvernement d'invectives; on ne cessa +pas de répéter qu'ils ruinaient l'état, et demandaient sans cesse de +nouveaux fonds pour fournir à de nouvelles dilapidations. Cependant, +la force de l'évidence obligea à accorder un supplément de produits. +L'impôt sur le sel avait été refusé; pour y suppléer, on ajouta un +décime par franc sur toutes les contributions, et on doubla encore celle +des portes et fenêtres. Mais c'était peu que de décréter des impôts, +il fallait assurer leur rentrée par différentes lois, relatives à leur +assiette et à leur perception. Ces lois n'étaient pas rendues. Le +ministre pressait leur mise en discussion; on ajournait sans cesse, et +on répondait à ses instances en criant à la trahison, au vol, etc. + +Outre la querelle sur les finances, on en avait ouvert une autre. Déjà +il s'était élevé des réclamations sur certains articles de la loi du +19 fructidor qui permettaient au directoire de fermer les clubs et de +supprimer les journaux sur un simple arrêté. Un projet de loi avait été +ordonné sur la presse et les sociétés populaires, afin de modifier la +loi du 19 fructidor, et d'enlever au directoire le pouvoir arbitraire +dont il était revêtu. On s'élevait beaucoup aussi contre la faculté que +cette loi donnait au directoire de déporter à sa volonté les prêtres +suspects, et de rayer les émigrés de la liste. Les patriotes, eux-mêmes +semblaient vouloir lui enlever cette dictature, funeste seulement à +leurs adversaires. On commença par la discussion sur la presse et les +sociétés populaires. Le projet mis en avant était l'ouvrage de Berlier. +La discussion s'ouvrit dans les derniers jours de prairial (au milieu +de juin). Les partisans du directoire, parmi lesquels se distinguaient +Chénier, Bailleul, Creuzé-Latouche, Lecointe-Puyraveau, soutenaient que +cette dictature accordée au directoire par la loi du 19 fructidor, +bien que redoutable en temps ordinaire, était de la plus indispensable +nécessité dans la circonstance actuelle. Ce n'était pas, disaient-ils, +dans un moment de péril extrême qu'il fallait diminuer les forces du +gouvernement. La dictature qu'on lui avait donnée le lendemain du 18 +fructidor lui était devenue nécessaire, non plus contre la faction +royaliste, mais contre la faction anarchique, non moins redoutable que +la première, et secrètement alliée avec elle. Les disciples de Baboeuf, +ajoutaient-ils, reparaissaient de toutes, parts, et menaçaient la +république d'un nouveau débordement. + +Les patriotes, qui fourmillaient dans les cinq-cents, répondaient avec +leur véhémence accoutumée aux discours des partisans du directoire. Il +fallait, disaient-ils, donner une commotion à la France, et lui rendre +l'énergie de 1793, que le directoire avait entièrement étouffée en +faisant peser sur elle un joug accablant. Tout patriotisme allait +s'éteindre si on n'ouvrait pas les clubs, et si on ne rendait pas la +parole aux feuilles patriotiques. «Vainement, ajoutaient-ils, on accuse +les patriotes, vainement on feint de redouter un débordement de leur +part. Qu'ont-ils fait ces patriotes tant accusés? Depuis trois ans ils +sont égorgés, proscrits, sans patrie, dans la république qu'ils ont +contribué puissamment à fonder et qu'ils ont défendue. Quels crimes +avez-vous à leur reprocher? ont-ils réagi contre les réacteurs? Non. Ils +sont exagérés, turbulens; soit. Mais sont-ce là des crimes? Ils parlent, +ils crient même, si l'on veut; mais ils n'assassinent pas, et tous les +jours ils sont assassinés...» Tel était le langage de Briot (du Doubs), +du Corse Aréna, et d'une foule d'autres. + +Les membres de l'opposition constitutionnelle s'exprimaient autrement. +Ils étaient naturellement modérés. Ils avaient le ton mesuré, mais amer +et dogmatique. Il fallait, suivant eux, revenir aux principes trop +méconnus, et rendre la liberté à la presse et aux sociétés populaires. +Les dangers de fructidor avaient bien pu valoir une dictature momentanée +au directoire, mais cette dictature donnée de confiance, comment en +avait-il usé? Il n'y avait qu'à interroger les partis, disait Boulay +(de la Meurthe). Quoique ayant tous des vues différentes, royalistes, +patriotes, constitutionnels, étaient d'accord pour déclarer que le +directoire avait mal usé de sa toute-puissance. Un même accord, chez des +hommes si opposés de sentimens et de vues, ne pouvait pas laisser de +doute, et le directoire était condamné. + +Ainsi les patriotes irrités se plaignaient d'oppression; les +constitutionnels, pleins de prétentions, se plaignaient du mal-gouverné. +Tous se réunirent, et firent abroger les articles de la loi du 19 +fructidor relatifs aux journaux et aux sociétés populaires. C'était là +une victoire importante, qui allait amener un déchaînement d'écrits +périodiques et le ralliement de tous les jacobins. + +L'agitation allait croissante vers les derniers jours de prairial. +Les bruits les plus sinistres couraient de toutes parts. La nouvelle +coalition résolut d'employer les tracasseries ordinaires que les +oppositions emploient dans les gouvernemens représentatifs pour obliger +un ministère à se retirer. Questions embarrassantes et réitérées, +menaces d'accusation, on mit tout en usage. Ces moyens sont si naturels, +que, sans la pratique du gouvernement représentatif, l'instinct seul des +partis les découvre sur-le-champ. + +Les commissions des dépenses, des fonds et de la guerre, établies dans +les cinq-cents pour s'occuper de ces divers objets, se réunirent, et +projetèrent un message au directoire. Boulay (de la Meurthe) fut chargé +du rapport, et le présenta le 15 prairial. Sur sa proposition, le +conseil des cinq-cents adressa au directoire un message par lequel +il demandait à être instruit des causes des dangers intérieurs et +extérieurs qui menaçaient la république, et des moyens qui existaient +pour y pourvoir. Les demandes de cette nature n'ont guère d'autre effet +que d'arracher des aveux de détresse, et de compromettre davantage le +gouvernement auquel on les arrache. Un gouvernement, nous le répétons, +doit réussir: l'obliger à convenir qu'il n'a pas réussi, c'est l'obliger +au plus funeste de tous les aveux. A ce message furent jointes une foule +de motions d'ordre, qui toutes avaient un objet analogue. Elles étaient +relatives au droit de former des sociétés populaires, à la liberté +individuelle, à la responsabilité des ministres, à la publicité des +comptes, etc. + +Le directoire, en recevant le message en question, résolut d'y faire une +réponse détaillée, dans laquelle il tracerait le tableau de tous les +événemens, et exposerait les moyens qu'il avait employés, et ceux qu'il +se proposait d'employer encore, pour retirer la France de la crise où +elle se trouvait. Une réponse de cette nature exigeait le concours de +tous les ministres, pour que chacun d'eux pût fournir son rapport. Il +fallait au moins plusieurs jours pour le rédiger; mais ce n'est pas ce +qui convenait aux meneurs des conseils. Ils ne voulaient pas un état +exact et fidèle de la France, mais des aveux prompts et embarrassés. +Aussi, après avoir attendu quelques jours, les trois commissions qui +avaient proposé le message firent aux cinq-cents une proposition +nouvelle, par l'organe du député Poulain-Grand-Pré. C'était le 28 +prairial (16 juin). Le rapporteur proposa aux cinq-cents de se déclarer +en permanence jusqu'à ce que le directoire eût répondu au message du 15. +La proposition fut adoptée. C'était jeter le cri d'alarme, et annoncer +un prochain événement. Les cinq-cents firent part aux anciens de leur +détermination, en les engageant à suivre leur exemple. L'exemple en +effet fut imité, et les anciens siégèrent aussi en permanence. Les +trois commissions des dépenses, des fonds, de la guerre, étant trop +nombreuses, furent changées en une seule commission, composée de +onze membres, et chargée de présenter les mesures exigées par les +circonstances. + +Le directoire répondit, de son côté, qu'il allait se constituer en +séance permanente, pour hâter le rapport qu'on lui demandait. On conçoit +quelle agitation devait résulter d'une pareille détermination. On +faisait, comme d'usage, courir les bruits les plus sinistres: les +adversaires du directoire disaient qu'il méditait un nouveau coup +d'état, et qu'il voulait dissoudre les conseils. Ses partisans +répandaient au contraire qu'il y avait une coalition formée entre tous +les partis pour renverser violemment la constitution. Rien de pareil +n'était médité de part ni d'autre. La coalition des deux oppositions +voulait seulement la démission des trois anciens directeurs. On imagina +un premier moyen pour l'amener. La constitution voulait que le directeur +entrant en fonctions eût quitté la législature depuis un an révolu. On +s'aperçut que Treilhard, qui depuis treize mois siégeait au directoire, +était sorti de la législature le 30 floréal an V, et qu'il avait été +nommé au directoire, le 26 floréal an VI. Il manquait donc quatre jours +au délai prescrit. Ce n'était là qu'une chicane, car cette irrégularité +était couverte par le silence gardé pendant deux sessions, et d'ailleurs +Sièyes lui-même était dans le même cas. Sur-le-champ la commission des +onze proposa d'annuler la nomination de Treilhard. Cette annulation eut +lieu le jour même du 28 et fut signifiée au directoire. + +Treilhard était rude et brusque, mais n'avait pas une fermeté égale à +la dureté de ses manières. Il était disposé à céder. Larévellière +était dans une tout autre disposition d'esprit. Cet homme honnête et +désintéressé, auquel ses fonctions étaient à charge, qui ne les avait +acceptées que par devoir, et qui faisait des voeux tous les ans pour +que le sort le rendît à la retraite, ne voulait plus abandonner ses +fonctions depuis que les factions coalisées paraissaient l'exiger. Il +se figurait qu'on ne voulait expulser les anciens directeurs que pour +abolir la constitution de l'an III; que Sièyes, Barras et la famille +Bonaparte, concouraient au même but dans des vues différentes, mais +toutes également funestes à la république. Dans cette persuasion, il ne +voulait pas que les anciens directeurs abandonnassent leur poste. En +conséquence, il courut chez Treilhard, et l'engagea à résister. «Avec +Merlin et moi, lui dit-il, vous formerez la majorité, et nous nous +refuserons à l'exécution de cette détermination du corps législatif, +comme illégale, séditieuse, et arrachée par une faction.» Treilhard +n'osa pas suivre cet avis, et envoya sur-le-champ sa démission aux +cinq-cents. + +Larévellière, voyant la majorité perdue, n'en persista pas moins à +refuser sa démission, si on la lui demandait. Les meneurs des cinq-cents +résolurent de donner tout de suite un successeur à Treilhard. Sièyes +aurait voulu faire nommer un homme à sa dévotion; mais son influence +fut nulle dans cette occasion. On nomma un ancien avocat de Rennes, +président actuel du tribunal de cassation, et connu pour appartenir +plutôt à l'opposition patriote qu'à l'opposition constitutionnelle. +C'était Gohier, citoyen probe et dévoué à la république, mais peu +capable, étranger à la connaissance des hommes et des affaires. Il fut +nommé le 29 prairial, et dut être installé le lendemain même. + +Ce n'était pas assez d'avoir exclu Treilhard, on voulait arracher du +directoire Larévellière et Merlin. Les patriotes surtout étaient furieux +contre Larévellière; ils se souvenaient que quoique régicide, il n'avait +jamais été montagnard, qu'il avait lutté souvent contre leur parti +depuis le 9 thermidor, et que l'année précédente il avait encouragé le +système des scissions. En conséquence, ils menacèrent de le mettre +en accusation, lui et Merlin, s'ils ne donnaient pas tous deux leur +démission. Sièyes fut chargé de faire une première ouverture, pour les +engager à céder volontairement à l'orage. + +Le 29 au soir, jour de la sortie de Treilhard, Sièyes proposa une +réunion particulière des quatre directeurs chez Merlin. On s'y rendit. +Barras, comme si on se fût trouvé en danger, y vint avec le sabre au +côté, et n'ouvrit point la bouche. Sièyes prit la parole avec embarras, +fit une longue digression sur les fautes du gouvernement, et balbutia +longtemps avant d'en venir au véritable objet de la réunion. Enfin +Larévellière le somma de s'expliquer clairement. «Vos amis, répondit +Sièyes, et ceux de Merlin vous engagent tous deux à donner votre +démission.» Larévellière demanda quels étaient ces amis. Sièyes n'en put +nommer aucun qui méritât quelque confiance. Larévellière lui parla alors +avec le ton d'un homme indigné de voir le directoire trahi par ses +membres, et livré par eux aux complots des factieux. Il prouva +que jusqu'ici sa conduite et celle de ses collègues avaient été +irréprochables, que les torts qu'on leur imputait n'étaient qu'un +tissu de calomnies, puis il attaqua directement Sièyes sur ses projets +secrets, et le jeta dans le plus grand embarras par ses véhémentes +apostrophes. Barras, pendant tout ce temps, garda le plus morne silence. +Sa position était difficile, car seul il avait mérité tous les reproches +dont on accablait ses collègues. Leur demander leur démission pour des +torts qu'ils n'avaient pas, et qui n'étaient qu'à lui seul, eût été +trop embarrassant. Il se tut donc. On se sépara sans avoir rien obtenu. +Merlin, qui n'osait pas prendre un parti, avait déclaré qu'il suivrait +l'exemple de Larévellière. + +Barras imagina d'employer un intermédiaire pour obtenir la démission de +ses deux collègues. Il se servit d'un ancien girondin, Bergoeng, que le +goût des plaisirs avait attiré dans sa société. Il le chargea d'aller +voir Larévellière pour le décider à se démettre. Bergoeng vint dans la +nuit du 20 au 30, invoqua auprès de Larévellière l'ancienne amitié qui +les liait, et employa tous les moyens pour l'ébranler. Il lui assura que +Barras l'aimait, l'honorait, et regardait son éloignement comme injuste, +mais qu'il le conjurait de céder, pour n'être pas exposé à une tempête. +Larévellière demeura inébranlable. Il répondit que Barras était dupe +de Sièyes, Sièyes de Barras, et que tous deux seraient dupés par +les Bonaparte; qu'on voulait la ruine de la république, mais qu'il +résisterait jusqu'à son dernier soupir. + +Le lendemain 30, Gohier devait être installé. Les quatre directeurs +étaient réunis; tous les ministres étaient présens. A peine +l'installation fut-elle achevée, et les discours du président et du +nouveau directeur prononcés, qu'on revint à l'objet de la veille. Barras +demanda à parler en particulier à Larévellière; ils passèrent tous deux +dans une salle voisine. Barras renouvela auprès de son collègue les +mêmes instances, les mêmes caresses, et le trouva aussi obstiné. Il +rentra, assez embarrassé de n'avoir rien obtenu, et craignant toujours +la discussion des actes de l'ancien directoire, qui ne pouvait pas être +à son avantage. Alors il prit la parole avec violence, et n'osant pas +attaquer Larévellière, il se déchaîna contre Merlin qu'il détestait, fit +de lui la peinture la plus ridicule et la plus fausse, et le représenta +comme une espèce de fier-à-bras, méditant, avec une réunion de +coupe-jarrets, un coup d'état contre ses collègues et les conseils. +Larévellière, venant au secours de Merlin, prit aussitôt la parole, +et démontra l'absurdité de pareilles imputations. Rien dans le +jurisconsulte Merlin, en effet, ne ressemblait à ce portrait. +Larévellière retraça alors l'historique de toute l'administration du +directoire, et le fit avec détail pour éclairer les ministres et le +directeur entrant. Barras était dans une perplexité cruelle; il se +leva enfin, en disant: «Eh bien! c'en est fait, les sabres sont +tirés.--Misérable, lui répondit Larévellière avec fermeté, que parles-tu +de sabres? Il n'y a ici que des couteaux, et ils sont dirigés contre des +hommes irréprochables, que vous voulez égorger, ne pouvant les entraîner +à une faiblesse.» + +Gohier voulut alors servir de conciliateur, mais ne put y réussir. Dans +ce moment, plusieurs membres des cinq-cents et des anciens s'étant +réunis, vinrent prier les deux directeurs de céder, en promettant qu'il +ne serait point dirigé contre eux d'acte d'accusation. Larévellière leur +répondit avec fierté qu'il n'attendait point de grâce, qu'on pouvait +l'accuser, et qu'il répondrait. Les députés qui s'étaient chargés de +cette mission retournèrent aux deux conseils, et y causèrent un nouveau +soulèvement en rapportant ce qui s'était passé. Boulay (de la Meurthe) +dénonça Larévellière, avoua sa probité, mais lui prêta mal à propos des +projets de religion nouvelle, et accusa beaucoup son entêtement, qui +allait, dit-il, perdre la république. Les patriotes se déchaînèrent avec +plus de violence que jamais, et dirent que puisqu'ils s'obstinaient, il +ne fallait faire aucune grâce aux directeurs. + +L'agitation était au comble, et la lutte se trouvant engagée, on ne +savait plus jusqu'où elle pourrait être poussée. Beaucoup d'hommes +modérés des deux conseils se réunirent, et dirent que, pour éviter des +malheurs, il fallait aller conjurer Larévellière de céder à l'orage. Ils +se rendirent auprès de lui dans la nuit du 30, et le supplièrent, au nom +des dangers que courait la république, de donner sa démission. Ils lui +dirent qu'ils étaient exposés tous aux plus grands périls, et que s'il +s'obstinait à résister, ils ne savaient pas jusqu'où pourrait aller la +fureur des partis. «Mais ne voyez-vous pas, leur répondit Larévellière, +les dangers plus grands que court la république? Ne voyez-vous pas que +ce n'est pas à nous qu'on en veut, mais à la constitution; qu'en cédant +aujourd'hui, il faudra céder demain, et toujours, et que la république +sera perdue par notre faiblesse? Mes fonctions, ajouta-t-il, me sont à +charge; si je m'obstine à les garder aujourd'hui, c'est parce que +je crois devoir opposer une barrière insurmontable aux complots des +factions. Cependant, si vous croyez tous que ma résistance vous expose +à des périls, je vais me rendre; mais je vous le déclare, la république +est perdue. Un seul homme ne peut pas la sauver; je cède donc, puisque +je reste seul, et je vous remets ma démission.» + +Il la donna dans la nuit. Il écrivit une lettre simple et digne pour +exprimer ses motifs. Merlin lui demanda à la copier, et les deux +démissions furent envoyées en même temps. Ainsi fut dissous l'ancien +directoire. Toutes les factions qu'il avait essayé de réduire s'étaient +réunies pour l'abattre, et avaient mis leurs ressentimens en commun. Il +n'était coupable que d'un seul tort, celui d'être plus faible qu'elles; +tort immense, il est vrai, et qui justifie la chute d'un gouvernement. + +Malgré le déchaînement général, Larévellière emporta l'estime de tous +les citoyens éclairés. Il ne voulut pas, en quittant le directoire, +recevoir les cent mille francs que ses collègues étaient convenus de +donner au membre sortant; il ne reçut pas même la part à laquelle il +avait droit sur les retenues faites à leurs appointemens; il n'emporta +pas la voiture qu'il était d'usage de laisser au directeur sortant. Il +se retira à Andilly, dans une petite maison qu'il possédait, et il y +reçut la visite de tous les hommes considérés que la fureur des partis +n'intimidait pas. Le ministre Talleyrand fut du nombre de ceux qui +allèrent le visiter dans sa retraite. + + + +CHAPITRE XVII. + +FORMATION DU NOUVEAU DIRECTOIRE. MOULINS ET ROGER-DUCOS REMPLACENT +LARÉVELLIÈRE ET MERLIN.--CHANGEMENT DANS LE MINISTÈRE.--LEVÉE DE TOUTES +LES CLASSES DE CONSCRITS.--EMPRUNT FORCÉ DE CENT MILLIONS.--LOI DES +OTAGES.--NOUVEAUX PLANS MILITAIRES.--REPRISE DES OPÉRATIONS EN +ITALIE; JOUBERT GÉNÉRAL EN CHEF; BATAILLE DE NOVI, ET MORT DE +JOUBERT.--DÉBARQUEMENT DES ANGLO-RUSSES EN HOLLANDE.--NOUVEAUX TROUBLES +A L'INTÉRIEUR; DÉCHAÎNEMENT DES PATRIOTES; ARRESTATION DE ONZE +JOURNALISTES; RENVOI DE BERNADOTTE; PROPOSITION DE DÉCLARER LA PATRIE EN +DANGER. + + +Les années usent les partis, mais il en faut beaucoup pour les épuiser. +Les passions ne s'éteignent qu'avec les coeurs dans lesquels elles +s'allumèrent. Il faut que tout une génération disparaisse; alors il ne +reste des prétentions des partis que les intérêts légitimes, et le +temps peut opérer entre ces intérêts une conciliation naturelle et +raisonnable. Mais avant ce terme, les partis sont indomptables par la +seule puissance de la raison. Le gouvernement qui veut leur parler le +langage de la justice et des lois leur devient bientôt insupportable, et +plus il a été modéré, plus ils le méprisent comme faible et impuissant. +Veut-il, quand il trouve des coeurs sourds à ses avis, employer la +force, on le déclare tyrannique, on dit qu'à la faiblesse il joint la +méchanceté. En attendant les effets du temps, il n'y a qu'un grand +despotisme qui puisse dompter les partis irrités. Le directoire était ce +gouvernement légal et modéré qui voulut faire subir le joug des lois aux +partis que la révolution avait produits, et que cinq ans de lutte et de +réaction n'avaient pas encore épuisés. Ils se coalisèrent tous, comme on +vient de le voir, au 30 prairial, pour amener sa chute. L'ennemi commun +renversé, ils se trouvaient en présence les uns des autres sans aucune +main pour les contenir. On va voir comment ils se comportèrent. + +La constitution, quoique n'étant plus qu'un fantôme, n'était pas abolie, +et il fallait remplacer par une ombre le directoire déjà renversé. +Gohier avait remplacé Treilhard; il fallait donner des successeurs à +Larévellière et à Merlin. On choisit Roger-Ducos et Moulins. Roger-Ducos +était un ancien girondin, homme honnête, peu capable et tout-à-fait +dévoué à Sièyes. Il avait été nommé par l'influence de Sièyes sur les +anciens. Moulins était un général obscur, employé autrefois dans la +Vendée, républicain chaud et intègre, nommé comme Gohier par l'influence +du parti patriote. On avait proposé d'autres notabilités ou civiles +ou militaires, pour composer le directoire; mais elles avaient été +rejetées. Il était clair, d'après de pareils choix, que les partis +n'avaient pas voulu se donner des maîtres. Ils n'avaient porté au +directoire que ces médiocrités, chargées ordinairement de tous les +_interim_. + +Le directoire actuel, composé, comme les conseils, de partis opposés, +était encore plus faible et moins homogène que le précédent. Sièyes, le +seul homme supérieur parmi les cinq directeurs, rêvait, comme on l'a vu, +une nouvelle organisation politique. Il était le chef du parti qui se +qualifiait de modéré ou de constitutionnel, et dont tous les membres +cependant souhaitaient une constitution nouvelle. Il n'avait de collègue +dévoué que Roger-Ducos. Moulins et Gohier, tous deux chauds patriotes, +incapables de concevoir autre chose que ce qui existait, voulaient la +constitution actuelle, mais voulaient l'exécuter et l'interpréter dans +le sens des patriotes. Quant à Barras, appelé naturellement a les +départager, qui pouvait compter sur lui? Ce chaos de vices, de passions, +d'intérêts, d'idées contraires, que présentait la république mourante, +il en était à lui seul l'emblème vivant. La majorité, dépendant de sa +voix, était donc commise au hasard. + +Sièyes dit assez nettement à ses nouveaux collègues qu'ils prenaient la +direction d'un gouvernement menacé d'une chute prochaine, mais qu'il +fallait sauver la république si on ne pouvait sauver la constitution. Ce +langage déplut fort à Gohier et à Moulins, et fut mal accueilli par eux. +Aussi dès le premier jour les sentimens parurent peu d'accord. Sièyes +tint le même langage à Joubert, le général qu'on voulait engager dans le +parti réorganisateur. Mais Joubert, vieux soldat de l'armée d'Italie, en +avait les sentimens; il était chaud patriote, et les vues de Sièyes lui +parurent suspectes. Il s'en ouvrit secrètement à Gohier et à Moulins, +et parut se rattacher entièrement à eux. Du reste, c'étaient là des +questions qui ne pouvaient arriver qu'ultérieurement en discussion. Le +plus pressant était d'administrer et de défendre la république menacée. +La nouvelle de la bataille de la Trebbia, répandue partout, jetait +tous les esprits dans l'alarme. Il fallait de grandes mesures de salut +public. + +Le premier soin d'un gouvernement est de faire tout le contraire de +celui qui l'a précédé, ne serait-ce que pour obéir aux passions qui +l'ont fait triompher. Championnet, ce héros de Naples si vanté, Joubert, +Bernadotte, devaient sortir des fers ou de la disgrâce, pour occuper les +premiers emplois. Championnet fut mis sur-le-champ en liberté et nommé +général d'une nouvelle armée qu'on se proposait de former le long des +Grandes-Alpes. Bernadotte fut chargé du ministère de la guerre. Joubert +fut appelé à commander l'armée d'Italie. Ses triomphes dans le Tyrol, +sa jeunesse, son caractère héroïque, inspiraient les plus grandes +espérances. Les réorganisateurs lui souhaitaient assez de succès et de +gloire pour qu'il pût appuyer leurs projets. Le choix de Joubert était +fort bon sans doute, mais c'était une nouvelle injustice pour Moreau, +qui avait si généreusement accepté le commandement d'une armée battue, +et qui l'avait sauvée avec tant d'habileté. Mais Moreau était peu +agréable aux chauds patriotes, qui triomphaient dans ce moment. On lui +donna le commandement d'une prétendue armée du Rhin qui n'existait pas +encore. + +Il y eut en outre divers changemens dans le ministère. Le ministre +des finances, Ramel, qui avait rendu de si grands services depuis +l'installation du directoire, et qui avait administré pendant cette +transition si difficile du papier-monnaie au numéraire, Ramel avait +partagé l'odieux jeté sur l'ancien directoire. Il fut si violemment +attaqué, que, malgré l'estime qu'ils avaient pour lui, les nouveaux +directeurs furent obligés d'accepter sa démission. On lui donna pour +successeur un homme qui était cher aux patriotes, et respectable pour +tous les partis: c'était Robert Lindet, l'ancien membre du comité de +salut public, si indécemment attaqué pendant la réaction. Il se défendit +long-temps contre la proposition d'un portefeuille: l'expérience qu'il +avait faite de l'injustice des partis, devait peu l'engager à rentrer +dans les affaires. Cependant il y consentit par dévouement à la +république. + +La diplomatie du directoire n'avait pas été moins blâmée que son +administration financière. On l'accusait d'avoir remis la république en +guerre avec toute l'Europe, et c'était bien à tort, si l'on considère +surtout quels étaient les accusateurs. Les accusateurs, en effet, +étaient les patriotes eux-mêmes, dont les passions avaient engagé de +nouveau la guerre. On reprochait surtout au directoire l'expédition +d'Égypte, naguère si vantée, et on prétendait que cette expédition avait +amené la rupture avec la Porte et la Russie. Le ministre Talleyrand, +déjà peu agréable aux patriotes, comme ancien émigré, avait encouru +toute la responsabilité de cette diplomatie, et il était si vivement +attaqué qu'il fallut en agir avec lui comme avec Ramel, et accepter sa +démission. On lui donna pour successeur un Wurtembergeois, qui, sous les +apparences de la bonhomie allemande, cachait un esprit remarquable, et +que M. de Talleyrand avait recommandé comme l'homme le plus capable de +lui succéder. C'était M. Reinhard. On a dit que ce choix n'avait été que +provisoire, et que M. Reinhard n'était là qu'en attendant le moment où +M. de Talleyrand pourrait être rappelé. Le ministère de la justice +fut retiré à Lambrechts, à cause de l'état de sa santé, et donné à +Cambacérès. On plaça à la police Bourguignon, ancien magistrat, patriote +sincère et honnête. Fouché, cet ex-jacobin, si souple, si insinuant, que +Barras avait intéressé dans le trafic des compagnies, et pourvu ensuite +de l'ambassade à Milan, Fouché, destitué à cause de sa conduite en +Italie, passait aussi pour une victime de l'ancien directoire. Il devait +donc prendre part au triomphe décerné à toutes les victimes; il fut +envoyé à La Haye. + +Tels furent les principaux changemens apportés au personnel du +gouvernement et des armées. Ce n'était pas tout que de changer les +hommes, il fallait leur fournir de nouveaux moyens de remplir la tâche +sous laquelle leurs prédécesseurs avaient succombé. Les patriotes, +revenant, suivant leur usage, aux moyens révolutionnaires, soutenaient +qu'il fallait aux grands maux les grands remèdes. Ils proposaient +les mesures urgentes de 1793. Après avoir tout refusé au précédent +directoire, on voulait tout donner au nouveau; on voulait mettre dans +ses mains des moyens extraordinaires, et l'obliger même d'en user. La +commission des onze, formée des trois commissions des dépenses, des +fonds et de la guerre, et chargée, pendant la crise de prairial, +d'aviser aux moyens de sauver la république, conféra avec les membres du +directoire, et arrêta avec eux différentes mesures qui se ressentaient +de la disposition du moment. Au lieu de deux cent mille hommes, à +prendre sur les cinq classes de conscrits, le directoire put appeler +toutes les classes. Au lieu des impôts proposés par l'ancien directoire, +et repoussés avec tant d'acharnement par les deux oppositions, on +imagina encore un emprunt forcé. Conformément au système des patriotes, +il fut progressif, c'est-à-dire qu'au lieu de faire contribuer chacun +suivant la valeur de ses impôts directs, ce qui procurait tout de suite +les rôles de la contribution foncière et personnelle pour base de +répartition, on obligea chacun de contribuer suivant sa fortune. Alors +il fallait recourir au jury taxateur, c'est-à-dire frapper les riches +par le moyen d'une commission. Le parti moyen combattit ce projet et dit +qu'il était renouvelé de la terreur, que la difficulté de la répartition +rendait encore cette mesure inefficace et nulle, comme les anciens +emprunts forcés. Les patriotes répondirent qu'il fallait faire supporter +les frais de la guerre, non pas à toutes les classes, mais aux riches +seuls. Les mêmes passions employaient toujours, comme en le voit, les +mêmes raisons. L'emprunt forcé et progressif fut décrété; il fut fixé à +cent millions, et déclaré remboursable en biens nationaux. + +Outre ces mesures de recrutement et de finances, on dut en prendre une +de police contre le renouvellement de la chouannerie, dans le midi et +les départemens de l'ouest, théâtres de l'ancienne guerre civile. Il se +commettait là de nouveaux brigandages; on assassinait les acquéreurs +de biens nationaux, les hommes réputés patriotes, les fonctionnaires +publics: on arrêtait surtout les diligences, et on les pillait. Il y +avait parmi les auteurs de ces brigandages beaucoup d'anciens Vendéens +et chouans, beaucoup de membres des fameuses compagnies du Soleil, et +aussi beaucoup de conscrits réfractaires. Quoique ces brigands, dont la +présence annonçait une espèce de dissolution sociale, eussent pour but +réel le pillage, il était évident, d'après le choix de leurs victimes, +qu'ils avaient une origine politique. Une commission fut nommée pour +imaginer un système de répression. Elle proposa une loi, qui fut appelée +loi des otages, et qui est demeurée célèbre sous ce titre. Comme on +attribuait aux parens des émigrés ou ci-devant nobles, la plupart de ces +brigandages, on voulut en conséquence les obliger à donner des otages. +Toutes les fois qu'une commune était reconnue en état notoire de +désordre, les parens ou alliés d'émigrés, les ci-devant nobles, les +ascendans des individus connus pour faire partie des rassemblemens, +étaient considérés comme otages et comme civilement et personnellement +responsables des brigandages commis. Les administrations centrales +devaient désigner les individus choisis pour otages, et les faire +enfermer dans des maisons choisies pour cet objet. Ils devaient y vivre +à leurs frais et à leur gré, et demeurer enfermés pendant toute la durée +du désordre. Quand les désordres iraient jusqu'à l'assassinat, il devait +y avoir quatre déportés pour un assassinat. On conçoit tout ce qu'on +pouvait dire pour ou contre cette loi. C'était, disaient ses partisans, +le seul moyen d'atteindre les auteurs, des désordres, et ce moyen était +doux et humain. C'était, répondaient ses adversaires, une loi des +suspects, une loi révolutionnaire, qui, dans l'impuissance d'atteindre +les vrais coupables, frappait en masse, et commettait toutes les +injustices ordinaires aux lois de cette nature. En un mot, on dit pour +et contre tout ce qu'on a vu répété si souvent dans cette histoire sur +les lois révolutionnaires. Mais il y avait une objection plus forte que +toutes les autres à faire contre cette mesure. Ces brigands ne provenant +que d'une véritable dissolution sociale, le seul remède était dans une +réorganisation vigoureuse de l'état, et non dans des mesures tout-à-fait +discréditées, et qui n'étaient capables de rendre aucune énergie aux +ressorts du gouvernement. + +La loi fut adoptée après une discussion assez vive, où les partis qui +avaient été un moment d'accord pour renverser l'ancien directoire se +séparèrent avec éclat. A ces mesures importantes, qui avaient pour but +d'armer le gouvernement de moyens révolutionnaires, on en ajouta qui, +sous d'autres rapports, limitaient sa puissance. Ces mesures accessoires +étaient la conséquence des reproches faits à l'ancien directoire. Pour +prévenir les scissions à l'avenir, on décida que le voeu de toute +fraction électorale serait nul; que tout agent du gouvernement cherchant +à influencer les élections serait puni pour attentat à la souveraineté +du peuple; que le directoire ne pourrait plus faire entrer des troupes +dans le rayon constitutionnel sans une autorisation expresse; qu'aucun +militaire ne pourrait être privé de son grade sans une décision d'un +conseil de guerre; que le droit accordé au directoire de lancer des +mandats d'arrêt ne pourrait plus être délégué à des agens; qu'aucun +employé du gouvernement ou fonctionnaire quelconque ne pourrait être ni +fournisseur, ni même intéressé dans les marchés de fournitures; qu'un +club ne pourrait être fermé sans une décision des administrations +municipale et centrale. On ne put pas s'entendre sur une loi de la +presse; mais l'article de la loi du 19 fructidor, qui donnait au +directoire la faculté de suppression à l'égard des journaux, n'en +demeura pas moins aboli; et en attendant un nouveau projet, la presse +resta indéfiniment libre. + +Telles furent les mesures prises à la suite du 30 prairial, soit pour +réparer de prétendus abus, soit pour rendre au gouvernement l'énergie +dont il manquait. Ces mesures, qu'on prend dans les momens de crise, à +la suite d'un changement de système, sont imaginées pour sauver un état, +et arrivent rarement à temps pour le sauver, car tout est souvent décidé +avant qu'elles puissent être mises à exécution. Elles fournissent tout +au plus des ressources pour l'avenir. L'emprunt des cent millions, les +nouvelles levées, ne pouvaient être exécutés que dans quelques mois. +Cependant l'effet d'une crise est de donner une secousse à tous les +ressorts et de leur rendre une certaine énergie. Bernadotte se hâta +d'écrire des circulaires pressantes, et par vint de cette manière à +accélérer l'organisation déjà commencée des bataillons de conscrits. +Robert Lindet, auquel l'emprunt des cent millions n'ouvrait aucune +ressource actuelle, assembla les principaux banquiers et commerçans +de la capitale, et les engagea à prêter leur crédit à l'état. Ils y +consentirent, et prêtèrent leur signature au ministère des finances. +Ils se formèrent en syndicat, et en attendant la rentrée des impôts, +signèrent dès billets dont ils devaient être remboursés au fur et à +mesure dès recettes. C'était une espèce de banque temporaire établie +pour le besoin du moment. + +On voulait faire aussi de nouveaux plans de campagne; on demanda un +projet à Bernadotte, qui se hâta d'en présenter un fort singulier, +mais qui heureusement ne fut pas mis à exécution. Rien n'était plus +susceptible de combinaisons multipliées qu'un champ de bataille aussi +vaste que celui sur lequel on opérait. Chacun en y regardant devait +avoir une idée différente; et si chacun pouvait la proposer et la faire +adopter, il n'y avait pas de raison pour ne pas changer à chaque instant +de projet. Si, dans la discussion, la diversité des avis est utile, elle +est déplorable dans l'exécution. Au début, on avait pensé qu'il fallait +agir à la fois sur le Danube et en Suisse., Après la bataille de +Stokach, on ne voulut plus agir qu'en Suisse, et on supprima l'armée du +Danube. En ce moment, Bernadotte pensa autrement; il prétendit, que la +cause des succès des alliés était dans la facilité avec laquelle ils +pouvaient communiquer, à travers les Alpes, d'Allemagne en Italie. +Pour leur interdire ces moyens de communication, il voulait qu'on leur +enlevât le Saint-Gothard et les Grisons à l'aile droite de l'armée de +Suisse, et qu'on formât une nouvelle armée du Danube, qui reportât la +guerre en Allemagne. Pour former cette armée du Danube, il proposait +d'organiser promptement l'armée du Rhin, et de la renforcer de vingt +mille hommes enlevés à Masséna. C'était compromettre celui-ci, qui avait +devant lui toutes les forces de l'archiduc, et qui pouvait être accablé +pendant ce revirement. Il est vrai qu'il eût été bon de ramener la +guerre sur le Danube, mais il suffisait de donner à Masséna les moyens +de prendre l'offensive, pour que son armée devînt elle-même cette +armée du Danube. Alors il fallait tout réunir dans ses mains, loin de +l'affaiblir. Dans le plan de Bernadotte, une armée devait être +formée sur les Grandes-Alpes, pour couvrir la frontière contre les +Austro-Russes du côté du Piémont. Joubert, réunissant les débris de +toutes les armées d'Italie, et renforcé des troupes disponibles à +l'intérieur, devait déboucher de l'Apennin, et attaquer Suwarow de vive +force. + +Ce plan, fort approuvé par Moulins, fut envoyé aux généraux. Masséna, +fatigué de tous ces projets extravagans, offrit sa démission. On ne +l'accepta pas, et le plan ne fut point mis à exécution. Masséna +conserva le commandement de toutes les troupes, depuis Bâle jusqu'au +Saint-Gothard. On persista dans le projet de réunir une armée sur le +Rhin pour couvrir cette ligne. On forma un noyau d'armée sur les Alpes, +sous les ordres de Championnet. Ce noyau était à peu près de quinze +mille hommes. On envoya tous les renforts disponibles à Joubert, qui +devait déboucher de l'Apennin. On était au milieu de la saison, en +messidor (juillet); les renforts commençaient à arriver. Un certain +nombre de vieux bataillons, retenus dans l'intérieur, étaient rendus sur +la frontière. Les conscrits s'organisaient et allaient remplacer les +vieilles troupes dans les garnisons. Enfin, comme les cadres manquaient +pour la grande quantité de conscrits, on avait imaginé d'augmenter +le nombre des bataillons dans les demi-brigades ou régimens, ce qui +permettait d'incorporer les nouvelles levées dans les anciens corps. + +On savait qu'un renfort de trente mille Russes arrivait en Allemagne, +sous les ordres du général Korsakoff. On pressait Masséna de sortir de +ses positions et d'attaquer celles de l'archiduc, pour tâcher de +le battre avant sa jonction avec les Russes. Le gouvernement avait +parfaitement raison sous ce rapport, car il était urgent de faire une +tentative avant la réunion d'une masse de forces aussi imposante. +Cependant Masséna refusait de prendre l'offensive, soit qu'il manquât +ici de son audace accoutumée, soit qu'il attendît la reprise des +opérations offensives en Italie. Les militaires ont tous condamné son +inaction, qui, du reste, devint bientôt heureuse par les fautes de +l'ennemi, et qui fut rachetée par d'immortels services. Pour obéir +cependant aux instances du gouvernement, et exécuter une partie du +plan de Bernadotte, qui consistait à empêcher les Austro-Russes de +communiquer d'Allemagne en Italie, Masséna ordonna à Lecourbe de +prolonger sa droite jusqu'au Saint-Gothard, de s'emparer de ce point +important et de reprendre les Grisons. Par cette opération, les +Grandes-Alpes rentraient sous la domination des Français, et les armées +ennemies qui opéraient en Allemagne, se trouvaient sans communication +avec celles qui opéraient en Italie. Lecourbe exécuta cette entreprise +avec l'intrépidité et la hardiesse qui le signalaient dans la guerre de +montagnes, et redevint maître du Saint-Gothard. + +Pendant ce temps, de nouveaux événemens se préparaient en Italie. +Suwarow, obligé par la cour de Vienne d'achever le siège de toutes les +places, avant de pousser ses avantages, n'avait nullement profité de la +victoire de la Trebbia. Il aurait même pu, tout en se conformant à +ses instructions, se réserver une masse suffisante pour disperser +entièrement nos débris; mais il n'avait pas assez le génie des +combinaisons militaires pour agir de la sorte. Il consumait donc le +temps à faire des sièges. Peschiera, Pizzighitone, la citadelle de +Milan, étaient tombées. La citadelle de Turin avait eu le même sort. +Les deux places célèbres de Mantoue et d'Alexandrie tenaient encore, et +faisaient prévoir une longue résistance. Kray assiégeait Mantoue, et +Bellegarde Alexandrie. Malheureusement toutes nos places avaient été +confiées à des commandans dépourvus ou d'énergie ou d'instruction. +L'artillerie y était mal servie, parce qu'on n'y avait jeté que des +corps délabrés; l'éloignement de nos armées actives, repliées sur +l'Apennin, désespérait singulièrement les courages. Mantoue, la +principale de ces places, ne méritait pas la réputation que les +campagnes de Bonaparte lui avaient value. Ce n'était pas sa force, mais +la combinaison des événemens, qui avait prolongé sa défense. Bonaparte, +en effet, avec une dizaine de mille hommes, en avait réduit quatorze +mille à y mourir des fièvres et de la misère. Le général Latour-Foissac +en était le commandant actuel. C'était un savant officier du génie; mais +il n'avait pas l'énergie nécessaire pour ce genre de défense. Découragé +par l'irrégularité de la place et le mauvais état des fortifications, il +ne crut pas pouvoir suppléer aux murailles par de l'audace. D'ailleurs +sa garnison était insuffisante; et après les premiers assauts, il parut +disposé à se rendre. Le général Gardanne commandait à Alexandrie. Il +était résolu, mais point assez instruit. Il repoussa vigoureusement un +premier assaut; mais il ne sut pas voir dans la place les ressources +qu'elle présentait encore. + +On était en thermidor (milieu de juillet); plus d'un mois s'était écoulé +depuis la résolution du 30 prairial et la nomination de Joubert. Moreau +sentait l'importance de prendre l'offensive avant la chute des places, +et de déboucher, avec l'armée réorganisée et renforcée, sur les +Austro-Russes dispersés. Malheureusement il était enchaîné par les +ordres du gouvernement qui lui avait prescrit d'attendre Joubert. Ainsi, +dans cette malheureuse campagne, ce fut une suite d'ordres intempestifs +qui amena toujours nos revers. Le changement d'idées et de plans dans +les choses d'exécution, et surtout à la guerre, est toujours funeste. +Si Moreau, auquel on aurait dû donner le commandement dès l'origine, +l'avait eu du moins depuis la journée de Cassano, et l'avait eu sans +partage, tout eût été sauvé; mais associé tantôt à Macdonald, tantôt à +Joubert, on l'empêcha pour la seconde et troisième fois de réparer nos +malheurs, et de relever l'honneur de nos armes. + +Joubert, qu'on avait voulu, par un mariage et des caresses, attacher au +parti qui projetait une réorganisation, perdit un mois entier, celui de +messidor (juin et juillet), à célébrer ses noces, et manqua ainsi une +occasion décisive. On ne l'attacha pas réellement au parti dont on +voulait le faire l'appui, car il resta dévoué aux patriotes, et on lui +fit perdre inutilement un temps précieux. Il partit en disant à sa jeune +épouse: _Tu me reverras mort ou victorieux._ Il emporta, en effet, la +résolution héroïque de vaincre ou de mourir. Ce noble jeune homme, en +arrivant à l'armée dans le milieu de thermidor (premiers jours d'août), +témoigna la plus grande déférence au maître consommé auquel on +l'appelait à succéder. Il le pria de rester auprès de lui pour lui +donner des conseils. Moreau, tout aussi généreux que le jeune général, +voulut bien assister à sa première bataille, et l'aider de ses conseils: +noble et touchante confraternité, qui honore les vertus de nos généraux +républicains, et qui appartient à un temps où le zèle patriotique +l'emportait encore sur l'ambition dans le coeur de nos guerriers! + +L'armée française, composée des débris des armées de la Haute-Italie et +de Naples, des renforts arrivés de l'intérieur, s'élevait à quarante +mille hommes, parfaitement réorganisés, et brûlant de se mesurer de +nouveau avec l'ennemi. Rien n'égalait le patriotisme de ces soldats, +qui, toujours battus, n'étaient jamais découragés, et demandaient +toujours de retourner à l'ennemi. Aucune armée républicaine n'a mieux +mérité de la France, car aucune n'a mieux répondu au reproche injuste +fait aux Français, de ne pas savoir supporter les revers. Il est vrai +qu'une partie de sa fermeté était due au brave et modeste général dans +lequel elle avait mis toute sa confiance, et qu'on lui enlevait toujours +au moment où il allait la ramener à la victoire. + +Ces quarante mille hommes étaient indépendans de quinze mille qui +devaient servir, sous Championnet, à former le noyau de l'armée des +Grandes-Alpes. Ils avaient débouché par la Bormida sur Acqui, par la +Bochetta sur Gavi, et ils étaient venus se ranger en avant de Novi. Ces +quarante mille hommes, débouchant à temps, avant la réunion des corps +occupés à faire des siéges, pouvaient remporter des avantages décisifs. +Mais Alexandrie venait d'ouvrir ses portes, le 4 thermidor (22 juillet). +Le bruit était vaguement répandu que Mantoue venait aussi de les ouvrir. +Cette triste nouvelle fut bientôt confirmée, et on apprit que la +capitulation avait été signée le 12 thermidor (30 juillet). Kray venait +de rejoindre Suwarow avec vingt mille hommes; la masse agissante des +Austro-Russes se trouvait actuellement de soixante et quelques mille. Il +n'était donc plus possible à Joubert de lutter à chance égale contre un +ennemi si supérieur. Il assembla un conseil de guerre; l'avis général +fut de rentrer dans l'Apennin, et de se borner à la défensive, en +attendant de nouvelles forces. + +Joubert allait exécuter sa résolution, lorsqu'il fut prévenu par +Suwarow, et obligé d'accepter la bataille. L'armée française était +formée en demi-cercle, sur les pentes du Monte-Rotondo, dominant toute +la plaine de Novi. La gauche formée des divisions Grouchy et Lemoine, +s'étendait circulairement en avant de Pasturana. Elle avait à dos le +ravin du Riasco, ce qui rendait ses derrières accessibles à l'ennemi qui +oserait s'engager dans ce ravin. La réserve de cavalerie, commandée +par Richepanse, était en arrière de cette aile. Au centre, la division +Laboissière couvrait les hauteurs à droite et à gauche de la ville +de Novi. La division Watrin, à l'aile droite, défendait les accès du +Monte-Rotondo, du côté de la route de Tortone. Dombrowsky avec une +division bloquait Seravalle. Le général Pérignon commandait notre aile +gauche, Saint-Cyr notre centre et notre droite. La position était forte, +bien occupée sur tous les points, et difficile à emporter. Cependant +quarante mille hommes contre plus de soixante mille avaient un +désavantage immense. Suwarow résolut d'attaquer la position avec sa +violence accoutumée. Il porta Kray vers notre gauche avec les divisions +Ott et Bellegarde. Le corps russe de Derfelden, ayant en tête +l'avant-garde de Bagration, devait attaquer notre centre vers Novi. +Mélas, demeuré un peu en arrière avec le reste de l'armée, devait +assaillir notre droite. Par une combinaison singulière, ou plutôt par un +défaut de combinaison, les attaques devaient être successives, et non +simultanées. + +Le 28 thermidor (15 août 1799), Kray commença l'attaque à cinq heures du +matin. Bellegarde attaqua la division Grouchy à l'extrême gauche, et +Ott la division Lemoine. Ces deux divisions n'étant pas encore formées, +faillirent être surprises et rompues. La résistance opiniâtre de l'une +des demi-brigades obligea Kray à se jeter sur la 20e légère, qu'il +accabla en réunissant contre elle son principal effort. Déjà ses troupes +prenaient pied sur le plateau, lorsque Joubert accourut au galop sur le +lieu du danger. Il n'était plus temps de songer à la retraite, et il +fallait tout oser pour rejeter l'ennemi au bas du plateau. S'avançant +au milieu des tirailleurs pour les encourager, il reçut une balle qui +l'atteignit près du coeur, et l'étendit par terre. Presque expirant, le +jeune héros criait encore à ses soldats: _En avant, mes amis! en avant!_ +Cet événement pouvait jeter le désordre dans l'armée; mais heureusement +Moreau avait accompagné Joubert sur ce point. Il prit sur-le-champ le +commandement qui lui était déféré par la confiance générale, rallia les +soldats, bouillans de ressentiment, et les ramena sur les Autrichiens. +Les grenadiers de la 34e les chassèrent à la baïonnette, et les +précipitèrent au bas de la colline. Malheureusement les Français +n'avaient pas encore leur artillerie en batterie, et les Autrichiens, au +contraire, sillonnaient leurs rangs par une grêle d'obus et de boulets. +Pendant cette action, Bellegarde tâchait de tourner l'extrême gauche par +le ravin du Riasco, qui a déjà été désigné comme donnant accès sur nos +derrières. Déjà il s'était introduit assez avant, lorsque Pérignon, +lui présentant à propos la réserve commandée par le général Clausel, +l'arrêta dans sa marche. Pérignon acheva de le culbuter dans la plaine, +en le faisant charger par les grenadiers de Partouneaux et par la +cavalerie de Richepanse. Ce coup de vigueur débarrassa l'aile gauche. + +Grâce à la singulière combinaison de Suwarow, qui voulait rendre ses +attaques successives, notre centre n'avait pas encore été attaqué. +Saint-Cyr avait eu le temps de faire ses dispositions, et de rapprocher +de Novi la division Watrin, formant son extrême droite. Sur les +instances de Kray, qui demandait à être appuyé par une attaque vers +le centre, Bagration s'était enfin décidé à l'assaillir avec son +avant-garde. La division Laboissière, qui était à la gauche de Novi, +laissant approcher les Russes de Bagration à demi-portée de fusil, +les accabla tout à coup d'un feu épouvantable de mousqueterie et de +mitraille, et couvrit la plaine de morts. Bagration, sans s'ébranler, +dirigea alors quelques bataillons pour tourner Novi par notre droite; +mais, rencontrés par la division Watrin, qui se rapprochait de Novi, ils +furent rejetés dans la plaine. + +On était ainsi arrivé à la moitié du jour sans que notre ligne fût +entamée. Suwarow venait d'arriver avec le corps russe de Derfelden. Il +ordonna une nouvelle attaque générale sur toute la ligne. Kray devait +assaillir de nouveau la gauche, Derfelden et Bagration le centre. Mélas +était averti de hâter le pas, pour venir accabler notre droite. Tout +étant disposé, l'ennemi s'ébranle sur toute la ligne. Kray, s'acharnant +sur notre gauche, essaie encore de la faire assaillir de front par +Ott; mais la réserve Clausel repousse les troupes de Bellegarde, et la +division Lemoine culbute Ott sur les pentes des collines. Au centre, +Suwarow fait livrer une attaque furieuse à droite et à gauche de Novi. +Une nouvelle tentative de tourner la ville est déjouée, comme le matin, +par la division Watrin. Malheureusement nos soldats, entraînés par +leur ardeur, s'abandonnent trop vivement à la poursuite de l'ennemi, +s'aventurent dans la plaine, et sont ramenés dans leur position. A une +heure le feu se ralentit de nouveau par l'effet de la fatigue générale; +mais il recommence bientôt avec violence, et pendant quatre heures les +Français, immobiles comme des murailles, résistent avec une admirable +froideur à toute la furie des Russes. Ils n'avaient fait encore que des +pertes peu considérables. Les Austro-Russes, au contraire, avaient été +horriblement traités. La plaine était jonchée de leurs morts et de leurs +blessés. Malheureusement le reste de l'armée austro-russe arrivait de +Rivalta, sous les ordres de Mélas. Cette nouvelle irruption allait se +diriger sur notre droite. Saint-Cyr, s'en apercevant, ramène la division +Watrin, qui s'était trop engagée dans la plaine, et la dirige sur un +plateau à droite de Novi. Mais tandis qu'elle opère ce mouvement, elle +se voit déjà enveloppée de tous côtés par le corps nombreux de Mélas. +Cette vue la saisit, elle se rompt, et gagne le plateau en désordre. +On la rallie cependant un peu en arrière. Pendant ce temps, Suwarow, +redoublant d'efforts au centre vers Novi, rejette enfin les Français +dans la ville, et s'empare des hauteurs qui la commandent à droite et +à gauche. Dès cet instant, Moreau, jugeant la retraite nécessaire, +l'ordonne avant que de nouveaux progrès de l'ennemi interdisent les +communications sur Gavi. A droite, la division Watrin est obligée de +se faire jour pour regagner le chemin de Gavi déjà fermé. La division +Laboissière se retire de Novi; les divisions Lemoine et Grouchy se +replient sur Pasturana, en essuyant les charges furieuses de Kray. +Malheureusement un bataillon s'introduit dans le ravin du Riasco, qui +passe derrière Pasturana. Son feu jette le désordre dans nos colonnes; +artillerie, cavalerie, tout se confond. La division Lemoine, pressée +par l'ennemi, se débande et se jette dans le ravin. Nos soldats sont +emportés comme la poussière soulevée par le vent. Pérignon et Grouchy +rallient quelques braves, pour arrêter l'ennemi et sauver l'artillerie; +mais ils sont sabrés, et restent prisonniers. Pérignon avait reçu sept +coups de sabre, Grouchy six. Le brave Colli, ce général piémontais qui +s'était si distingué dans les premières campagnes contre nous, et qui +avait ensuite pris du service dans notre armée, se forme en carré avec +quelques bataillons, résiste jusqu'à ce qu'il soit enfoncé, et tombe +tout mutilé dans les mains des Russes. + +Après ce premier moment de confusion, l'armée se rallia en avant de +Gavi. Les Austro-Russes étaient trop fatigués pour la poursuivre. Elle +put se remettre en marche sans être inquiétée. La perte des deux côtés +était égale; elle s'élevait à environ dix mille hommes pour chaque +armée. Mais les blessés et les tués étaient beaucoup plus nombreux +dans l'armée austro-russe. Les Français avaient perdu beaucoup plus de +prisonniers. Ils avaient perdu aussi le général en chef, quatre généraux +de division, trente-sept bouches à feu et quatre drapeaux. Jamais ils +n'avaient déployé un courage plus froid et plus opiniâtre. Ils étaient +inférieurs à l'ennemi du tiers au moins. Les Russes avaient montré leur +bravoure fanatique, mais n'avaient dû l'avantage qu'au nombre, et +non aux combinaisons du général, qui avait montré ici la plus grande +ignorance. Il avait, en effet, exposé ses colonnes à être mitraillées +l'une après l'autre, et n'avait pas assez appuyé sur notre gauche, point +qu'il fallait accabler. Cette déplorable bataille nous interdisait +définitivement l'Italie, et ne nous permettait plus de tenir la +campagne. Il fallait nous renfermer dans l'Apennin, heureux de pouvoir +le conserver. La perte de la bataille ne pouvait être imputée à Moreau, +mais à la circonstance malheureuse de la réunion de Kray à Suwarow. Le +retard de Joubert avait seul causé ce dernier désastre. + +Tous nos malheurs ne se bornaient pas à la bataille de Novi. +L'expédition contre la Hollande, précédemment annoncée, s'exécutait +enfin par le concours des Anglais et des Russes. Paul Ier avait stipulé +un traité avec Pitt, par lequel il devait fournir dix-sept mille Russes, +qui seraient à la solde anglaise, et qui agiraient en Hollande. Après +beaucoup de difficultés vaincues, l'expédition avait été préparée pour +la fin d'août (commencement de fructidor). Trente mille Anglais devaient +se joindre aux dix-sept mille Russes, et si le débarquement s'effectuait +sans obstacle, on avait l'espérance certaine d'arracher la Hollande +aux Français. C'était pour l'Angleterre l'intérêt le plus cher; et +n'eût-elle réussi qu'à détruire les flottes et les arsenaux de la +Hollande, elle eût encore été assez payée des frais de l'expédition. Une +escadre considérable se dirigea vers la Baltique, pour aller chercher +les Russes. Un premier détachement mit à la voile sous les ordres du +général Abercrombie, pour tenter le débarquement. Toutes les troupes +d'expédition une fois réunies devaient se trouver sous les ordres +supérieurs du duc d'York. + +Le point le plus avantageux pour aborder en Hollande était l'embouchure +de la Meuse. On menaçait ainsi la ligne de retraite des Français, et +on abordait très près de La Haye, où le stathouder avait le plus de +partisans. La commodité des côtes fit préférer la Nord-Hollande. +Abercrombie se dirigea vers le Helder, où il arriva vers la fin d'août. +Après bien des obstacles vaincus, il débarqua près du Helder, aux +environs de Groot-Keeten, le 10 fructidor (27 août). Les préparatifs +immenses qu'avait exigés l'expédition, et la présence de toutes les +escadres anglaises sur les côtes, avaient assez, averti les Français +pour qu'ils fussent sur leurs gardes. Brune commandait à la fois les +armées batave et française. Il n'avait guère sous la main que sept mille +Français et dix mille Hollandais, commandés par Daendels. Il avait +dirigé la division batave aux environs du Helder, et disposé aux +environs de Harlem la division française. Abercrombie, en débarquant, +rencontra les Hollandais à Groot-Keeten, les repoussa, et parvint ainsi +à assurer le débarquement de ses troupes. Les Hollandais en cette +occasion ne manquèrent pas de bravoure, mais ne furent pas dirigés +avec assez d'habileté par le général Daendels, et furent obligés de se +replier. Brune les recueillit, et fit ses dispositions pour attaquer +promptement les troupes débarquées avant qu'elles fussent solidement +établies, et qu'elles eussent été renforcées des divisions anglaises et +russes qui devaient rejoindre. + +Les Hollandais montraient les meilleures dispositions. Les gardes +nationales s'étaient offertes à garder les places, ce qui avait permis +à Brune de mobiliser de nouvelles troupes. Il avait appelé à lui la +division Dumonceau, forte de six mille hommes, et il résolut d'attaquer +dès les premiers jours de septembre le camp où venaient de s'établir +les Anglais. Ce camp était redoutable; c'était le Zip, ancien marais, +desséché par l'industrie hollandaise, formant un vaste terrain coupé +de canaux, hérissé de digues, et couvert d'habitations. Dix-sept mille +Anglais l'occupaient, et y avaient fait les meilleures dispositions +défensives. Brune pouvait l'assaillir avec vingt mille hommes au plus, +ce qui était fort insuffisant à cause de la nature du terrain. Il aborda +ce camp le 22 fructidor (8 septembre), et, après un combat opiniâtre, +fut obligé de battre en retraite, et de se replier sur Amsterdam. Il ne +pouvait plus dès cet instant empêcher la réunion de toutes les forces +anglo-russes, et devait attendre la formation d'une armée française pour +les combattre. Cet établissement des Anglais dans la Nord-Hollande amena +l'événement qu'on devait redouter le plus, la défection de la grande +flotte hollandaise. Le Texel n'avait pas été fermé, et l'amiral anglais +Mitchell put y pénétrer avec toutes ses voiles. Depuis longtemps les +matelots hollandais étaient travaillés par des émissaires du +prince d'Orange; à la première sommation de l'amiral Mitchell, ils +s'insurgèrent, et forcèrent Story, leur amiral, à se rendre. Toute la +marine hollandaise se trouva ainsi au pouvoir des Anglais, ce qui était +déjà pour eux un avantage du plus grand prix. + +Ces nouvelles, arrivées coup sur coup à Paris, y produisirent l'effet +qu'on devait naturellement en attendre. Elles augmentèrent la +fermentation des partis, et surtout le déchaînement des patriotes, qui +demandèrent, avec plus de chaleur que jamais, l'emploi des grands moyens +révolutionnaires. La liberté rendue aux journaux et aux clubs en avait +fait renaître un grand nombre. Les restes du parti jacobin s'étaient +réunis dans l'ancienne salle du Manége, où avaient siégé nos premières +assemblées. Quoique la loi défendît aux sociétés populaires de prendre +la forme d'assemblées délibérantes, la société du Manége ne s'en +était pas moins donné, sous des titres différens, un président, des +secrétaires, etc. On y voyait figurer l'ex-ministre Bouchotte, Drouet, +Félix Lepelletier, Arena, tous disciples ou complices de Baboeuf. On y +invoquait les mânes de Goujon, de Soubrany et des victimes de Grenelle. +On y demandait, en style de 93, la punition de toutes les sangsues +du peuple, le désarmement des royalistes, la levée en masse, +l'établissement des manufactures d'armes dans les places publiques, et +la restitution des canons et des piques aux gardes nationales, etc. On y +demandait surtout la mise en accusation des anciens directeurs, auxquels +on attribuait les derniers désastres, comme étant les résultats de +leur administration. Quand la nouvelle de la bataille de Novi et des +événemens de Hollande fut connue, la violence n'eut plus de bornes. Les +injures furent prodiguées aux généraux. Moreau fut traité de tâtonneur; +Joubert lui-même, malgré sa mort héroïque, fut accusé d'avoir perdu +l'armée par sa lenteur à la rejoindre. Sa jeune épouse, MM. de +Sémonville, Sainte-Foy, Talleyrand, auxquels on attribuait son mariage, +furent accablés d'outrages. Le gouvernement hollandais fut accusé de +trahison; on dit qu'il était composé d'aristocrates, de stathoudériens, +ennemis de la France et de la liberté. Le _Journal des hommes libres_, +organe du même parti qui se réunissait à la salle du Manége, répétait +toutes ces déclamations, et ajoutait au scandale des paroles celui de +l'impression. + +Ce déchaînement causait à beaucoup de gens une espèce de terreur. +On craignait une nouvelle représentation des scènes de 93. Ceux qui +s'appelaient les _modérés_, les _politiques_, et qui, à la suite de +Sièyes, avaient l'intention louable et la prétention hasardée de sauver +la France des fureurs des partis en la constituant une seconde fois, +s'indignaient du déchaînement de ces nouveaux jacobins. Sièyes surtout +avait une grande habitude de les craindre, et il se prononçait contre +eux avec toute la vivacité de son humeur. Au reste, ils pouvaient +paraître redoutables, car, indépendamment des criards et des brouillons +qui étalaient leur énergie dans les clubs ou dans les journaux, ils +comptaient des partisans plus braves, plus puissans, et par conséquent +dangereux, dans le gouvernement lui-même. Il y avait dans les conseils +tous les patriotes repoussés une première fois par les scissions, et +entrés de force aux élections de cette année, qui, en langage plus +modéré, répétaient à peu près ce qui se disait dans la société du +Manége. C'étaient des hommes qui ne voulaient pas courir la chance d'une +nouvelle constitution, qui se défiaient d'ailleurs de ceux qui voulaient +la faire, et qui craignaient qu'on ne cherchât dans les généraux un +appui redoutable. Ils voulaient de plus, pour tirer la France de ses +périls, des mesures semblables à celles qu'avait employées le comité +de salut public. Les anciens, plus mesurés et plus sages, par leur +position, partageaient peu cet avis, mais plus de deux cents membres le +soutenaient chaudement dans les cinq-cents. Il n'y avait pas seulement +dans le nombre des têtes chaudes comme Augereau, mais des hommes sages +et éclairés comme Jourdan. Ces deux généraux donnaient au parti patriote +un grand ascendant sur les cinq-cents. Au directoire, ce parti avait +deux voix: Gohier et Moulins. Barras restait indécis; d'une part, il se +défiait de Sièyes, qui lui témoignait peu d'estime et le regardait comme +pourri; d'autre part, il craignait les patriotes et leurs extravagances. +Il hésitait ainsi à se prononcer. Dans le ministère, les patriotes +venaient de trouver un appui dans Bernadotte. Ce général était beaucoup +moins prononcé que la plupart des généraux de l'armée d'Italie, et on +doit se souvenir que sa division, en arrivant sur le Tagliamento, fut en +querelle avec la division Augereau au sujet du mot _monsieur_, qu'elle +substituait déjà à celui de _citoyen_. Mais Bernadotte avait une +ambition inquiète; il avait vu avec humeur la confiance accordée à +Joubert par le parti réorganisateur; il croyait qu'on songeait à Moreau +depuis la mort de Joubert, et cette circonstance l'indisposant contre +les projets de réorganisation, le rattachait entièrement aux patriotes. +Le général Marbot, commandant de la place de Paris, républicain violent, +était dans le mêmes dispositions que Bernadotte. + +Ainsi, deux cents députés prononcés dans les cinq-cents, à la tête +desquels se trouvaient deux généraux célèbres, le ministre de la guerre, +le commandant de la place de Paris, deux directeurs, quantité de +journaux et de clubs, un reste considérable d'hommes compromis, et +propres aux coups de main, pouvaient causer quelque effroi; et bien +que le parti montagnard ne pût renaître, on conçoit les craintes qu'il +inspirait encore à des hommes tout pleins des souvenirs de 1793. + +On était peu satisfait du magistrat Bourguignon pour l'exercice des +fonctions de la police. C'était un honnête citoyen, mais trop peu +avisé. Barras proposa à Sièyes sa créature, qu'il venait d'envoyer à +l'ambassade de Hollande, le souple et astucieux Fouché. Ancien membre +des jacobins, instruit parfaitement de leur esprit et de leurs secrets, +nullement attaché à leur cause, ne cherchant au milieu du naufrage +des partis qu'à sauver sa fortune, Fouché était éminemment propre +à espionner ses anciens amis, et à garantir le directoire de leurs +projets. Il fut accepté par Sièyes et Roger-Ducos, et obtint le +ministère de la police. C'était une précieuse acquisition dans les +circonstances. Il confirma Barras dans l'idée de se rattacher plutôt au +parti réorganisateur qu'au parti patriote, parce que ce dernier n'avait +point d'avenir, et pouvait d'ailleurs l'entraîner trop loin. + +Cette mesure prise, la guerre aux patriotes commença. Sièyes, qui avait +sur les anciens une grande influence, parce que ce conseil était tout +composé des _modérés_ et des _politiques_, usa de cette influence pour +faire fermer la nouvelle société des jacobins. La salle du Manége, +attenant aux Tuileries, était comprise dans l'enceinte du palais des +anciens. Chaque conseil ayant la police de son enceinte, les anciens +pouvaient fermer la salle du Manége. En effet, la commission des +inspecteurs prit un arrêté, et défendit toute réunion dans cette salle. +Une simple sentinelle placée à la porte suffit pour empêcher la réunion +des nouveaux jacobins. C'était là une preuve que, si les déclamations +étaient les mêmes, les forces ne l'étaient plus. Cet arrêté fut motivé +auprès du conseil des anciens par un rapport du député Cornet. Courtois, +le même qui avait fait le rapport sur le 9 thermidor, en profita pour +faire une nouvelle dénonciation contre les complots des jacobins. Sa +dénonciation fut suivie d'une délibération tendant à ordonner un rapport +sur ce sujet. + +Les patriotes, chassés de la salle du Manége, se retirèrent dans un +vaste local, rue du Bac, et recommencèrent là leurs déclamations +habituelles. Leur organisation en assemblée délibérante demeurant la +même, la constitution donnait au pouvoir exécutif le droit de dissoudre +leur société. Sièyes, Roger-Ducos et Barras, à l'instigation de Fouché, +se décidèrent à la fermer. Gohier et Moulins n'étaient pas de cet avis, +disant que, dans le danger présent, il fallait raviver l'esprit public +par des clubs; que la société des nouveaux jacobins renfermait de +mauvaises têtes, mais point de factieux redoutables, puisqu'ils avaient +cédé devant une simple sentinelle quand la salle du Manége avait +été fermée. Leur avis ne fut pas écouté, et la décision fut prise. +L'exécution en fut renvoyée après la célébration de l'anniversaire du 10 +août, qui devait avoir lieu le 23 thermidor. Sièyes était président du +directoire; à ce titre, il devait parler dans cette solennité. Il fit un +discours remarquable, dans lequel il s'attachait à signaler le danger +que les nouveaux anarchistes faisaient courir à la république, et +les dénonçait comme des conspirateurs dangereux, rêvant une nouvelle +dictature révolutionnaire. Les patriotes présens à la cérémonie +accueillirent mal ce discours, et poussèrent quelques vociférations. Au +milieu des salves d'artillerie, Sièyes et Barras crurent entendre des +balles siffler à leurs oreilles. Ils rentrèrent au directoire fort +irrités. Se défiant des autorités de Paris, ils résolurent d'enlever le +commandement de la place au général Marbot, qu'on accusait d'être un +chaud patriote et de participer aux prétendus complots des jacobins. +Fouché proposa à sa place Lefebvre, brave général, ne connaissant que la +consigne militaire, et tout à fait étranger aux intrigues des partis. +Marbot fut donc destitué, et le surlendemain, l'arrêté qui ordonnait la +clôture de la société de la rue du Bac fut signifié. + +Les patriotes n'opposèrent pas plus de résistance à la rue du Bac que +dans la salle du Manége. Ils se retirèrent et demeurèrent définitivement +séparés. Mais il leur restait les journaux, et ils en firent un +redoutable usage. Celui qui se qualifiait _Journal des Hommes libres_ +déclama avec une extrême violence contre tous les membres du directoire +qui étaient connus pour avoir approuvé la délibération. Sièyes fut +traité cruellement. Ce prêtre perfide, disaient les journaux patriotes, +a vendu l'a république à la Prusse. Il est convenu avec cette puissance +de rétablir en France la monarchie, et de donner la couronne à +Brunswick. Ces accusations n'avaient d'autre fondement que l'opinion +bien connue de Sièyes sur la constitution, et son séjour en Prusse. Il +répétait, en effet, tous les jours que les brouillons et les bavards +rendaient tout gouvernement impossible; qu'il fallait concentrer +l'autorité; que la liberté pouvait être compatible même avec la +monarchie, témoin l'Angleterre; mais qu'elle était incompatible avec +cette domination successive de tous les partis. On lui prêtait même cet +autre propos, _que le nord de l'Europe était plein de princes sages et +modérés, qui pourraient,_ _avec une forte constitution, faire le bonheur +de la France_. Ces propos, vrais ou faux, suffisaient pour qu'on lui +prêtât des complots qui n'existaient que dans l'imagination de ses +ennemis. Barras n'était pas mieux traité que Sièyes. Les ménagemens que +les patriotes avaient eus long-temps pour lui, parce qu'il les avait +toujours flattés de son appui, avaient cessé. Ils le déclaraient +maintenant un traître, un homme pourri, qui n'était plus bon à aucun +parti. Fouché, son conseil, apostat comme lui, était poursuivi des mêmes +reproches. Roger-Ducos n'était, suivant eux, qu'un imbécile, adoptant +aveuglément l'avis de deux traîtres. + +La liberté de la presse était illimitée. La loi proposée par Berlier +n'ayant pas été accueillie, il n'existait qu'un moyen pour attaquer les +écrivains, c'était de faire revivre une loi de la convention contre ceux +qui, par des actions ou par des écrits, tendraient au renversement de la +république. Il fallait que cette intention fût démontrée pour que la loi +devînt applicable, et alors la loi portait peine de mort. Il était donc +impossible d'en faire usage. Une nouvelle loi avait été demandée au +corps législatif, et on décida qu'on s'en occuperait sur-le-champ. Mais +en attendant, le déchaînement continuait avec la même violence; et +les trois directeurs composant la majorité déclaraient qu'il était +impossible de gouverner. Ils imaginèrent d'appliquer à ce cas l'article +144 de la constitution, qui donnait au directoire le droit de lancer +des mandats d'arrêt contre les auteurs ou complices des complots tramés +contre la république. Il fallait singulièrement torturer cet article +pour l'appliquer aux journalistes. Cependant, comme c'était un moyen +d'arrêter le débordement de leurs écrits, en saisissant leurs presses +et en les arrêtant eux-mêmes, la majorité directoriale, sur l'avis de +Fouché, lança des mandats d'arrêt contre les auteurs de onze journaux, +et fit mettre le scellé sur leurs presses. L'arrêté fut signifié le 17 +fructidor (3 septembre) au corps législatif, et produisit un soulèvement +de la part des patriotes. On cria au coup d'état, à la dictature, etc. + +Telle était la situation des choses. Dans le directoire, dans les +conseils, partout enfin, les _modérés_, les _politiques_ luttaient +contre les patriotes. Les premiers avaient la majorité dans le +directoire comme dans les conseils. Les patriotes étaient en minorité, +mais ils étaient ardens, et faisaient assez de bruit pour épouvanter +leurs adversaires. Heureusement les moyens étaient usés comme les +partis, et de part et d'autre on pouvait se faire beaucoup plus de peur +que de mal. Le directoire avait fermé deux fois la nouvelle société des +jacobins et supprimé leurs journaux. Les patriotes criaient, menaçaient, +mais n'avaient plus assez d'audace ni de partisans pour attaquer le +gouvernement. Dans cette situation, qui durait depuis le 30 prairial, +c'est-à-dire depuis près de trois mois, on eut l'idée, si ordinaire à la +veille des événemens décisifs, d'une réconciliation. Beaucoup de +députés de tous les côtés proposèrent une entrevue avec les membres du +directoire pour s'expliquer et s'entendre sur leurs griefs réciproques. +«Nous aimons tous la liberté, disaient-ils, nous voulons tous la sauver +des périls auxquels elle se trouve exposée par la défaite de nos armées; +tâchons donc de nous entendre sur le choix des moyens, puisque ce choix +est notre seule cause de désunion.» L'entrevue eut lieu chez Barras. Il +n'y a pas et il ne peut pas y avoir de réconciliation entre les partis, +car il faudrait qu'ils renonçassent à leur but, ce qu'on ne peut obtenir +d'une conversation. Les députés patriotes se plaignirent de ce qu'on +parlait tous les jours de complots, de ce que le président du directoire +avait lui-même signalé une classe d'hommes dangereux et qui méditaient +la ruine de la république. Ils demandaient qu'on désignât quels étaient +ces hommes, afin de ne pas les confondre avec les patriotes. Sièyes, à +qui cette interpellation s'adressait, répondit en rappelant la conduite +des sociétés populaires et des journaux, et en signalant les dangers +d'une nouvelle anarchie. On lui demanda encore de désigner les +véritables anarchistes, pour se réunir contre eux et les combattre. «Et +comment nous réunir contre eux, dit Sièyes, quand tous les jours +des membres du corps législatif montent à la tribune pour les +appuyer?--C'est donc nous que vous attaquez? repartirent les députés +auxquels Sièyes venait de faire cette réponse. Quand nous voulons nous +expliquer avec vous, vous nous injuriez et nous repoussez.» L'humeur +arrivant, sur-le-champ on se sépara, en s'adressant des paroles plutôt +menaçantes que conciliatrices. + +Immédiatement après cette entrevue, Jourdan forma le projet d'une +proposition importante, celle de déclarer la patrie en danger. Cette +déclaration entraînait la levée en masse et plusieurs grandes mesures +révolutionnaires. Elle fut présentée aux cinq-cents le 27 fructidor (13 +septembre). Le parti modéré la combattit vivement, en disant que cette +mesure, loin d'ajouter à la force du gouvernement, ne ferait que +la diminuer, en excitant des craintes exagérées et des agitations +dangereuses. Les patriotes soutinrent qu'il fallait donner une grande +commotion pour réveiller l'esprit public et sauver la révolution. Ce +moyen, excellent en 1793, ne pouvait plus réussir aujourd'hui et n'était +qu'une application erronée du passé. Lucien Bonaparte, Boulay (de la +Meurthe), Chénier, le combattirent vivement, et on obtint l'ajournement +au lendemain. Les patriotes des clubs avaient entouré le palais des +cinq-cents en tumulte, et ils insultèrent plusieurs députés. On +répandait que Bernadotte, pressé par eux, allait monter à cheval, se +mettre à leur tête et faire une journée. Il est certain que plusieurs +des brouillons du parti l'y avaient fortement engagé. On pouvait +craindre qu'il se laissât entraîner. Barras et Fouché le virent +et cherchèrent à s'expliquer avec lui. Ils le trouvèrent plein de +ressentiment contre les projets qu'il disait avoir été formés avec +Joubert. Barras et Fouché lui assurèrent qu'il n'en était rien, et +l'engagèrent à demeurer tranquille. + +Ils retournèrent auprès de Sièyes, et convinrent d'arracher à Bernadotte +sa démission, sans la lui donner. Sièyes, s'entretenant le jour même +avec Bernadotte, l'amena à dire qu'il désirait reprendre bientôt un +service actif, et qu'il regarderait le commandement d'une armée comme la +plus douce récompense de son ministère. Sur-le-champ, interprétant cette +réponse comme la demande de sa démission, Sièyes, Barras et Roger-Ducos +résolurent d'écrire à Bernadotte que sa démission était acceptée. Ils +avaient saisi le moment où Gohier et Moulins étaient absens pour +prendre cette détermination. Le lendemain même, la lettre fut écrite +à Bernadotte. Celui-ci fut tout étonné, et répondit au directoire une +lettre très-amère, dans laquelle il disait qu'on acceptait une démission +qu'il n'avait pas donnée, et demandait son traitement de réforme. La +nouvelle de cette destitution déguisée fut annoncée aux cinq-cents au +moment où l'on allait voter sur le danger de la patrie. Elle excita +une grande rumeur. «On prépare des coups d'état, s'écrièrent les +patriotes.--Jurons, dit Jourdan, de mourir sur nos chaises curules!--Ma +tête tombera, s'écrie Augereau, avant qu'il soit porté atteinte à la +représentation nationale.» Enfin, après un grand tumulte, on alla +aux voix. A une majorité de deux cent quarante-cinq contre cent +soixante-onze voix, la proposition de Jourdan fut rejetée, et la patrie +ne fut point déclarée en danger. + +Quand les deux directeurs Gohier et Moulins apprirent le renvoi de +Bernadotte, décidé sans leur participation, ils se plaignirent à leurs +collègues, en disant qu'une pareille mesure ne devait pas être prise +sans le concours des cinq directeurs. «Nous formions la majorité, reprit +Sièyes, et nous avions le droit de faire ce que nous avons fait.» +Gohier et Moulins allèrent sur-le-champ rendre une visite officielle à +Bernadotte, et ils eurent soin de le faire avec le plus grand éclat. + +L'administration du département de la Seine inspirait aussi quelque +défiance à la majorité directoriale, elle fut changée. Dubois de Crancé +remplaça Bernadotte au ministère de la guerre. + +La désorganisation était donc complète sous tous les rapports: battue au +dehors par la coalition, presque bouleversée au dedans par les partis, +la république semblait menacée d'une chute prochaine. Il fallait qu'une +force surgît quelque part, soit pour dompter les factions, soit pour +résister aux étrangers. Cette force, on ne pouvait plus l'espérer d'un +parti vainqueur, car ils étaient tous également usés et discrédités; +elle ne pouvait naître que du sein des armées, où réside la force, et la +force silencieuse, régulière, glorieuse comme elle convient à une nation +fatiguée de l'agitation des disputes et de la confusion des volontés. Au +milieu de cette grande dissolution, les regards erraient sur les hommes +illustrés pendant la révolution, et semblaient chercher un chef. _Il ne +faut plus de bavards_, avait dit Sièyes, _il faut une tête et une épée_. +La tête était trouvée, car il était au directoire. On cherchait une +épée. Hoche était mort; Joubert, que sa jeunesse, sa bonne volonté, +son héroïsme, recommandaient à tous les amis de la république, venait +d'expirer à Novi. Moreau, jugé le plus grand homme de guerre parmi les +généraux restés en Europe, avait laissé dans les esprits l'impression +d'un caractère froid, indécis, peu entreprenant, et peu jaloux de se +charger d'une grande responsabilité. Masséna, l'un de nos plus grands +généraux, n'avait pas encore acquis la gloire d'être notre sauveur. On +ne voyait d'ailleurs en lui qu'un soldat. Jourdan venait d'être vaincu. +Augereau était un esprit turbulent, Bernadotte un esprit inquiet, et +aucun des deux n'avait assez de renommée. Il y avait un personnage +immense, qui réunissait toutes les gloires, qui à cent victoires avait +joint une belle paix, qui avait porté la France au comble de la grandeur +à Campo-Formio, et qui semblait en s'éloignant avoir emporté sa fortune, +c'était Bonaparte; mais il était dans les contrées lointaines; il +occupait de son nom les échos de l'Orient. Seul il était resté +victorieux, et faisait retentir aux bords du Nil et du Jourdain les +foudres dont il avait naguère épouvanté l'Europe sur l'Adige. Ce n'était +pas assez de le trouver glorieux, on le voulait intéressant; on le +disait exile par une autorité défiante et ombrageuse. Tandis qu'en +aventurier il cherchait une carrière grande comme son imagination, on +croyait que, citoyen soumis, il payait par des victoires l'exil qu'on +lui avait imposé. «Où est Bonaparte? se disait-on. Sa vie déjà épuisée +se consume sous un ciel dévorant. Ah! s'il était parmi nous, la +république ne serait pas menacée d'une ruine prochaine. L'Europe et les +factions la respecteraient également!» Des bruits confus circulaient sur +son compte. On disait quelquefois que la victoire, infidèle à tous les +généraux français, l'avait abandonné à son tour dans une expédition +lointaine. Mais on repoussait de tels bruits; il est invincible, +disait-on; loin d'avoir essuyé des revers, il marche à la conquête de +tout l'Orient. On lui prêtait des projets gigantesques. Les uns allaient +jusqu'à dire qu'il avait traversé la Syrie, franchi l'Euphrate et +l'Indus; les autres qu'il avait marché sur Constantinople, et qu'après +avoir renversé l'empire ottoman, il allait prendre l'Europe à revers. +Les journaux étaient pleins de ces conjectures, qui prouvent ce que les +imaginations attendaient de ce jeune homme. + +Le directoire lui avait mandé l'ordre de revenir, et avait réuni dans +la Méditerranée une flotte immense, composée de marins français et +espagnols, pour ramener l'armée[7]. Les frères du général, restés à +Paris, et chargés de l'informer de l'état des choses, lui avaient envoyé +dépêches sur dépêches, pour l'instruire de l'état de confusion où était +tombée la république, et pour le presser de revenir. Mais ces avis +avaient à traverser les mers et les escadres anglaises, et on ne savait +si le héros serait averti et revenu avant la ruine de la République. + +[Note 7: Il faut dire que cet ordre est contesté. On connaît un +arrêté du directoire, signé de Treilhard, Barras et Larévellière, et +daté du 7 prairial, qui rappelle Bonaparte en Europe. Larévellière, dans +ses mémoires, déclare ne pas se souvenir d'avoir donné cette signature, +et regarde l'arrêté comme supposé. Cependant l'expédition maritime de +Bruix resterait alors sans explication. Du reste, il est certain que le +directoire, à cette époque, souhaitait Bonaparte, et qu'il craignait son +ambition beaucoup moins que la férocité de Suwarow. Si l'ordre n'est +pas authentique, il est vraisemblable, et d'ailleurs il est de peu +d'importance, car Bonaparte était autorisé à revenir quand il le +jugerait convenable.] + + + +CHAPITRE XVIII. + +SUITE DES OPÉRATIONS DE BONAPARTE EN ÉGYPTE. CONQUÊTE DE LA HAUTE-ÉGYPTE +PAR DESAIX; BATAILLE DE SÉDIMAN.--EXPÉDITION DE SYRIE; PRISE DU +FORT D'EL-ARISCH ET DE JAFFA; BATAILLE DU MONT-THABOR; SIÉGE DE +SAINT-JEAN-D'ACRE.--RETOUR EN ÉGYPTE; BATAILLE D'ABOUKIR.--DÉPART DE +BONAPARTE POUR LA FRANCE.--OPÉRATIONS EN EUROPE. MARCHE DE L'ARCHIDUC +CHARLES SUR LE RHIN, ET DE SUWAROW EN SUISSE; MOUVEMENT DE MASSÉNA; +MÉMORABLE VICTOIRE DE ZURICH; SITUATION PÉRILLEUSE DE SUWAROW; SA +RETRAITE DÉSASTREUSE; LA FRANCE SAUVÉE.--ÉVÉNEMENS EN HOLLANDE; DÉFAITE +ET CAPITULATION DES ANGLO-RUSSES; ÉVACUATION DE LA HOLLANDE. FIN DE LA +CAMPAGNE DE 1799. + + +Bonaparte, après la bataille des Pyramides, s'était trouvé maître de +l'Égypte. Il avait commencé à s'y établir, et avait distribué ses +généraux dans les provinces, pour en faire la conquête. Desaix, placé +à l'entrée de la Haute-Égypte avec une division de trois mille hommes +environ, était chargé de conquérir cette province contre les restes +de Mourad-Bey. C'est en vendémiaire et brumaire de l'année précédente +(octobre 1798), au moment où l'inondation finissait, que Desaix avait +commencé son expédition. L'ennemi s'était retiré devant lui et ne +l'avait attendu qu'à Sédiman; là, Desaix avait livré, le 16 vendémiaire +an VII (7 octobre 1798), une bataille acharnée contre les restes +désespérés de Mourad-Bey. Aucun des combats des Français en Égypte ne +fut aussi sanglant. Deux mille Français eurent à lutter contre quatre +mille Mameluks et huit mille fellahs, retranchés dans le village de +Sédiman. La bataille se passa comme celle des Pyramides, et comme toutes +celles qui furent livrées en Égypte. Les fellahs étaient derrière les +murs du village, et les cavaliers dans la plaine. Desaix s'était formé +en deux carrés, et avait placé sur ses ailes deux autres petits carrés, +pour amortir le choc de la cavalerie ennemie. Pour la première fois, +notre infanterie fut rompue, et l'un des petits carrés enfoncé. Mais, +par un instinct subit et admirable, nos braves soldats se couchèrent +aussitôt par terre, afin que les grands carrés pussent faire feu sans +les atteindre. Les Mameluks, passant sur leurs corps, chargèrent les +grands carrés avec furie pendant plusieurs heures de suite, et vinrent +expirer en désespérés sur les baïonnettes. Suivant l'usage, les +carrés s'ébranlèrent ensuite, pour attaquer les retranchemens, et les +emportèrent. Pendant ce mouvement, les Mameluks, décrivant un arc de +cercle, vinrent égorger les blessés sur les derrières, mais on les +chassa bientôt de ce champ de carnage, et les soldats furieux en +massacrèrent un nombre considérable. Jamais plus de morts n'avaient +jonché le champ de bataille. Les Français avaient perdu trois cents +hommes. Desaix continua sa marche pendant tout l'hiver, et après une +suite de combats, devenu maître de la Haute-Égypte jusqu'aux cataractes, +il fit autant redouter sa bravoure que chérir sa clémence. Au Caire, +on avait appelé Bonaparte le sultan Kebir, _sultan de feu_; dans la +Haute-Égypte, Desaix fut nommé _sultan le juste_. + +Bonaparte, pendant ce temps, avait fait une marche jusqu'à Belbeys, pour +rejeter Ibrahim-Bey en Syrie, et il avait recueilli en route les débris +de la caravane de la Mecque, pillée par les Arabes. Revenu au Caire, il +continua à y établir une administration toute française. Une révolte, +excitée au Caire par les agens secrets de Mourad-Bey, fut durement +réprimée, et découragea tout à fait les ennemis des Français[8]. L'hiver +de 1798 à 1799 s'écoula ainsi dans l'attente des événemens. Bonaparte +apprit dans cet intervalle la déclaration de guerre de la Porte, et les +préparatifs qu'elle faisait contre lui, avec l'aide des Anglais. Elle +formait deux armées, l'une à Rhodes, l'autre en Syrie. Ces deux armées +devaient agir simultanément au printemps de 1799, l'une en venant +débarquer à Aboukir, près d'Alexandrie, l'autre en traversant le désert +qui sépare la Syrie de l'Égypte. Bonaparte sentit sur-le-champ sa +position, et voulut, suivant son usage, déconcerter l'ennemi en le +prévenant par une attaque soudaine. Il ne pouvait pas franchir le désert +qui sépare l'Égypte de la Syrie, dans la belle saison, et il résolut +de profiter de l'hiver pour aller détruire les rassemblemens qui se +formaient à Acre, à Damas, et dans les villes principales. Le célèbre +pacha d'Acre, Djezzar, était nommé séraskier de l'armée réunie en Syrie. +Abdallah, pacha de Damas, commandait son avant-garde, et s'était avancé +jusqu'au fort d'El-Arisch, qui ouvre l'Égypte du côté de la Syrie. +Bonaparte voulut agir sur-le-champ. Il avait des intelligences parmi +les peuplades du Liban. Les Druses, tribus chrétiennes, les Mutualis, +mahométans schismatiques, lui offraient leur secours, et l'appelaient de +tous leurs voeux. En brusquant l'assaut de Jaffa, d'Acre et de quelques +places mal fortifiées, il pouvait s'emparer en peu de temps de la Syrie, +ajouter cette belle conquête à celle de l'Égypte, devenir maître +de l'Euphrate comme il l'était du Nil, et avoir alors toutes les +communications avec l'Inde. Son ardente imagination allait plus loin +encore, et formait quelques-uns des projets que ses admirateurs lui +prêtaient en Europe. Il n'était pas impossible qu'en soulevant +les peuplades du Liban, il réunît soixante ou quatre-vingt mille +auxiliaires, et qu'avec ces auxiliaires, appuyés de vingt-cinq mille +soldats, les plus braves de l'univers, il marchât sur Constantinople +pour s'en emparer. Que ce projet gigantesque fût exécutable ou non, il +est certain qu'il occupait son imagination; et quand on a vu ce qu'il +a fait aidé de la fortune, on n'ose plus déclarer insensé aucun de ses +projets. + +[Note 8: Cet événement eut lieu le 30 vendémiaire an VII (21 octob. +1798).] + +Bonaparte se mit en marche en pluviôse (premiers jours de février), à +la tête des divisions Kléber, Régnier, Lannes, Bon et Murat, fortes de +treize mille hommes environ. La division de Murat était composée de la +cavalerie. Bonaparte avait créé un régiment d'une arme toute nouvelle: +c'était celui des dromadaires. Deux hommes, assis dos à dos, étaient +portés sur un dromadaire, et pouvaient, grâce à la force et à la +célérité de ces animaux, faire vingt-cinq ou trente lieues sans +s'arrêter. Bonaparte avait formé ce régiment pour donner la chasse aux +Arabes, qui infestaient les environs de l'Égypte. Ce régiment suivait +l'armée d'expédition. Bonaparte ordonna en outre au contre-amiral Perrée +de sortir d'Alexandrie avec trois frégates, et de venir sur la côte de +Syrie pour y transporter l'artillerie de siége et des munitions. Il +arriva devant le fort d'El-Arisch le 29 pluviôse (17 février). Après un +peu de résistance, la garnison se rendit prisonnière au nombre de +treize cents hommes. On trouva dans le fort des magasins considérables. +Ibrahim-Bey ayant voulu le secourir, fut mis en fuite; son camp resta +au pouvoir des Français, et leur procura un butin immense. Les soldats +eurent beaucoup à souffrir en traversant le désert, mais ils voyaient +leur général marchant à leurs côtés, supportant, avec une santé débile, +les mêmes privations, les mêmes fatigues, et ils n'osaient se +plaindre. Bientôt on arriva à Gasah; on prit cette place à la vue de +Djezzar-Pacha, et on y trouva comme dans le fort d'El-Arisch, beaucoup +de matériel et d'approvisionnemens. De Gasah l'armée se dirigea sur +Jaffa, l'ancienne Joppé. Elle y arriva le 13 ventôse (3 mars). Cette +place était entourée d'une grosse muraille flanquée de tours. Elle +renfermait quatre mille hommes de garnison. Bonaparte la fit battre en +brèche, et puis somma le commandant, qui pour toute réponse coupa la +tête au parlementaire. L'assaut fut donné, la place emportée avec une +audace extraordinaire, et livrée à trente heures de pillage et de +massacres. On y trouva encore une quantité considérable d'artillerie et +de vivres de toute espèce. Il restait quelques mille prisonniers, qu'on +ne pouvait pas envoyer en Égypte, parce qu'on n'avait pas les moyens +ordinaires de les faire escorter, et qu'on ne voulait pas renvoyer à +l'ennemi, dont ils auraient grossi les rangs. Bonaparte se décida à une +mesure terrible, et qui est le seul acte cruel de sa vie. Transporté +dans un pays barbare, il en avait involontairement adopté les moeurs: il +fit passer au fil de l'épée les prisonniers qui lui restaient. L'armée +consomma avec obéissance, mais avec une espèce d'effroi, l'exécution +qui lui était commandée. Nos soldats prirent en s'arrêtant à Jaffa les +germes de la peste. + +Bonaparte s'avança ensuite sur Saint-Jean-d'Acre, l'ancienne Ptolémaïs, +situé au pied du mont Carmel. C'était la seule place qui pût encore +l'arrêter. La Syrie était à lui s'il pouvait l'enlever. Mais Djezzar +s'y était enfermé avec toutes ses richesses et une forte garnison. Il +comptait sur l'appui de Sidney-Smith, qui croisait dans ces parages, +et qui lui fournit des ingénieurs, des canonniers et des munitions. Il +devait d'ailleurs être bientôt secouru par l'armée turque réunie en +Syrie, qui s'avançait de Damas pour franchir le Jourdain. Bonaparte se +hâta d'attaquer la place pour l'enlever comme celle de Jaffa, avant +qu'elle fût renforcée de nouvelles troupes, et que les Anglais eussent +le temps d'en perfectionner la défense. On ouvrit aussitôt la tranchée. +Malheureusement l'artillerie de siége, qui devait venir par mer +d'Alexandrie, avait été enlevée par Sidney-Smith. On avait pour toute +artillerie de siége et de campagne, une caronade de trente-deux, quatre +pièces de douze, huit obusiers, et une trentaine de pièces de quatre. +On manquait de boulets, mais on imagina un moyen de s'en procurer. +On faisait paraître sur la plage quelques cavaliers; à cette vue +Sidney-Smith faisait un feu roulant de toutes ses batteries, et les +soldats, auxquels on donnait cinq sous par boulet, allaient les ramasser +au milieu de la canonnade et de rires universels. + +La tranchée avait été ouverte le 30 ventôse (20 mars). Le général du +génie Sanson, croyant être arrivé dans une reconnaissance de nuit au +pied du rempart, déclara qu'il n'y avait ni contrescarpe ni fossé. On +crut n'avoir à pratiquer qu'une simple brèche et à monter ensuite à +l'assaut. Le 5 germinal (25 mars), on fit brèche, on se présenta à +l'assaut, et on fut arrêté par une contrescarpe et un fossé. Alors on se +mit sur-le-champ à miner. L'opération se faisait sous le feu de tous les +remparts et de la belle artillerie que Sidney-Smith nous avait enlevée. +Il avait donné à Djezzar d'excellens pointeurs anglais, et un ancien +émigré, Phélippeaux, officier du génie d'un grand mérite. La mine sauta +le 8 germinal (28 mars), et n'emporta qu'une partie de la contrescarpe. +Vingt-cinq grenadiers, à la suite du jeune Mailly, montèrent à l'assaut. +En voyant ce brave officier poser une échelle, les Turcs furent +épouvantés, mais Mailly tomba mort. Les grenadiers furent alors +découragés, les Turcs revinrent, deux bataillons qui suivaient furent +accueillis par une horrible fusillade; leur commandant Laugier fut tué, +et l'assaut manqua encore. + +Malheureusement la place venait de recevoir plusieurs mille hommes de +renfort, une grande quantité de canonniers exercés à l'européenne, et +des munitions immenses. C'était un grand siége à exécuter avec treize +mille hommes, et presque sans artillerie. Il fallait ouvrir un nouveau +puits de mine pour faire sauter la contrescarpe entière, et commencer un +autre cheminement. On était au 12 germinal (1er avril). Il y avait déjà +dix jours d'employés devant la place; on annonçait l'approche de la +grande armée turque; il fallait poursuivre les travaux et couvrir le +siége, et tout cela avec la seule armée d'expédition. Le général en chef +ordonna qu'on travaillât sans relâche à miner de nouveau, et détacha la +division Kléber vers le Jourdain pour en disputer le passage à l'armée +venant de Damas. + +Cette armée, réunie aux peuplades des montagnes de Naplouse, s'élevait +à environ vingt-cinq mille hommes. Plus de douze mille cavaliers en +faisaient la force. Elle traînait un bagage immense. Abdallah, pacha de +Damas, en avait le commandement. Elle passa le Jourdan au pont d'Iacoub, +le 15 germinal (4 avril). Junot, avec l'avant-garde de Kléber, forte de +cinq cents hommes au plus, rencontra les avant-gardes turques sur la +route de Nazareth le 19 (8 avril). Loin de reculer, il brava hardiment +l'ennemi, et, formé en carré, couvrit le champ de bataille de morts, et +prit cinq drapeaux. Mais obligé de céder au nombre, il se replia sur la +division Kléber. Celle-ci s'avançait, et hâtait sa marche pour rejoindre +Junot. Bonaparte, instruit de la force de l'ennemi, se détacha avec la +division Bon, pour soutenir Kléber, et livrer une bataille décisive. +Djezzar, qui se concertait avec l'armée qui venait le débloquer, voulut +faire une sortie; mais, mitraillé à outrance, il laissa nos ouvrages +couverts de ses morts; Bonaparte se mit aussitôt en marche. + +Kléber, avec sa division, avait débouché dans les plaines qui s'étendent +au pied du mont Thabor, non loin du village de Fouli. Il avait eu l'idée +de surprendre le camp turc pendant la nuit, mais il était arrivé trop +tard pour y réussir. Le 21 germinal (16 avril) au matin, il trouva +toute l'armée turque en bataille. Quinze mille fantassins occupaient le +village de Fouli, plus de douze mille cavaliers se déployaient dans la +plaine. Kléber avait à peine trois mille fantassins en carré. Toute +cette cavalerie s'ébranla et fondit sur nos carrés. Jamais les Français +n'avaient vu tant de cavaliers caracoler, charger, se mouvoir dans tous +les sens. Ils conservèrent leur sang-froid accoutumé, et les recevant à +bout portant par un feu terrible, ils en abattirent à chaque charge un +nombre considérable. Bientôt ils eurent formé autour d'eux un rempart +d'hommes et de chevaux, et abrités par cet horrible abatis, ils purent +résister six heures de suite à toute la furie de leurs adversaires. Dans +le moment Bonaparte débouchait du mont Thabor avec la division Bon. Il +vit la plaine couverte de feu et de fumée, et la brave division Kléber +résistant, à l'abri d'une ligne de cadavres. Sur-le-champ, il partagea +la division qu'il amenait en deux carrés; ces deux carrés s'avancèrent +de manière à former un triangle équilatéral avec la division Kléber, et +mirent ainsi l'ennemi au milieu d'eux. Ils marchèrent en silence, et +sans donner aucun signe de leur approche, jusqu'à une certaine distance: +puis tout à coup Bonaparte fit tirer un coup de canon, et se montra +alors sur le champ de bataille. Un feu épouvantable partant aussitôt des +trois extrémités de ce triangle, assaillit les Mameluks qui étaient au +milieu, les fit tourbillonner sur eux-mêmes, et fuir en désordre dans +toutes les directions. La division Kléber, redoublant d'ardeur à cette +vue, s'élança sur le village de Fouli, l'enleva à la baïonnette, et +fit un grand carnage de l'ennemi. En un instant toute cette multitude +s'écoula, et la plaine ne fut plus couverte que de morts. Le camp turc, +les trois queues du pacha, quatre cents chameaux, un butin immense, +devinrent la proie des Français. Murat, placé sur les bords du Jourdain, +tua un grand nombre de fugitifs. Bonaparte fit brûler tous les villages +des Naplousins. Six mille Français avaient détruit cette armée, que les +habitans disaient innombrable _comme les étoiles du ciel et les sables +de la mer_. + +Pendant cet intervalle, on n'avait cessé de miner, de contre-miner +autour des murs de Saint-Jean-d'Acre. On se disputait un terrain +bouleversé par l'art des siéges. Il y avait un mois et demi qu'on était +devant la place, on avait tenté beaucoup d'assauts, repoussé beaucoup +de sorties, tué beaucoup de monde à l'ennemi; mais malgré de continuels +avantages, on faisait d'irréparables pertes de temps et d'hommes. Le 18 +floréal (7 mai), il arriva dans le port d'Acre un renfort de douze mille +hommes. Bonaparte, calculant qu'ils ne pourraient pas être débarqués +avant six heures, fait sur-le-champ jouer une pièce de vingt-quatre sur +un pan de mur; c'était à la droite du point où depuis quelque temps +on déployait tant d'efforts. La nuit venue, on monte à la brèche, on +envahit les travaux de l'ennemi, on les comble, on encloue les pièces, +on égorge tout, enfin on est maître de la place, lorsque les troupes +débarquées s'avancent en bataille, et présentent une masse effrayante. +Rambaut, qui commandait les premiers grenadiers montés à l'assaut, est +tué. Lannes est blessé. Dans le même moment, l'ennemi fait une sortie, +prend la brèche à revers, et coupe la retraite aux braves qui avaient +pénétré dans la place. Les uns parviennent à ressortir; les autres, +prenant un parti désespéré, s'enfuient dans une mosquée, s'y +retranchent, y épuisent leurs dernières cartouches, et sont prêts à +vendre chèrement leur vie, lorsque Sydney-Smith, touché de tant de +bravoure, leur fait accorder une capitulation. Pendant ce temps, les +troupes de siége, marchant sur l'ennemi, le ramènent dans la place, +après en avoir fait un carnage épouvantable, et lui avoir enlevé huit +cents prisonniers. Bonaparte, obstiné jusqu'à la fureur, donne deux +jours de repos à ses troupes, et le 21 (10 mai) ordonne un nouvel +assaut. On y monte avec la même bravoure, on escalade la brèche; mais on +ne peut pas la dépasser. Il y avait toute une armée gardant la place et +défendant toutes les rues. Il fallut y renoncer. + +Il y avait deux mois qu'on était devant Acre, on avait fait des pertes +irréparables, et il eût été imprudent de s'exposer à en faire davantage. +La peste était dans cette ville, et l'armée en avait pris le germe à +Jaffa. La saison des débarquemens approchait, et on annonçait l'arrivée +d'une armée turque vers les bouches du Nil. En s'obstinant davantage, +Bonaparte pouvait s'affaiblir, au point de ne pouvoir repousser de +nouveaux ennemis. Le fond de ses projets était réalisé, puisqu'il avait +détruit les rassemblemens formés en Syrie, et que de ce côté il avait +réduit l'ennemi à l'impuissance d'agir. Quant à la partie brillante de +ces mêmes projets, quant à ces vagues et merveilleuses espérances de +conquêtes en Orient, il fallait y renoncer. Il se décida enfin à lever +le siége. Mais son regret fut tel, que, malgré sa destinée inouïe, on +lui a entendu répéter souvent, en parlant de Sidney-Smith: _Cet homme +m'a fait manquer ma fortune_. Les Druses, qui pendant le siége avaient +nourri l'armée, toutes les peuplades ennemies de la Porte, apprirent sa +retraite avec désespoir. + +Il avait commencé le siége le 30 ventôse (20 mars), il le leva le 1er +prairial (20 mai): il y avait employé deux mois. Avant de quitter +Saint-Jean-d'Acre, il voulait laisser une terrible trace de son passage: +il accabla la ville de ses feux, et la laissa presque réduite en +cendres. Il reprit la route du désert. Il avait perdu par le feu, les +fatigues ou les maladies, près du tiers de son armée d'expédition, +c'est-à-dire environ quatre mille hommes. Il emmenait douze cents +blessés. Il se mit en marche pour repasser le désert. Il ravagea sur sa +route tout le pays, et y imprima une profonde terreur. Arrivé à Jaffa, +il en fit sauter les fortifications. Il y avait là une ambulance pour +nos pestiférés. Les emporter était impossible: en ne les emportant pas, +on les laissait exposés à une mort inévitable, soit par la maladie, soit +par la faim, soit par la cruauté de l'ennemi. Aussi Bonaparte dit-il +au médecin Desgenettes, qu'il y aurait bien plus d'humanité à leur +administrer de l'opium qu'à leur laisser la vie; à quoi ce médecin fit +cette réponse, fort vantée: _Mon métier est de les guérir, et non de les +tuer_. On ne leur administra point d'opium, et ce fait servit à propager +une calomnie indigne, et aujourd'hui détruite. + +Bonaparte rentra enfin en Égypte après une expédition de près de trois +mois. Il était temps qu'il y arrivât. L'esprit d'insurrection s'était +répandu dans tout le Delta. Un imposteur, qui s'appelait l'ange +El-Mohdhy, qui se disait invulnérable, et qui prétendait chasser les +Français en soulevant de la poussière, avait réuni quelques mille +insurgés. Les agens des Mamelucks l'aidaient de leur concours; il +s'était emparé de Damanhour, et en avait égorgé la garnison. Bonaparte +envoya un détachement, qui dispersa les insurgés, et tua l'ange +invulnérable. Le trouble s'était communiqué aux différentes provinces du +Delta; sa présence ramena partout la soumission et le calme. Il ordonna +au Caire des fêtes magnifiques, pour célébrer ses triomphes en Syrie. +Il n'avouait pas la partie manquée de ses projets, mais il vantait avec +raison les nombreux combats livrés en Syrie, la belle bataille du mont +Thabor, les vengeances terribles exercées contre Djezzar. Il répandit +de nouvelles publications aux habitans, dans lesquelles ils leur disait +qu'il était dans le secret de leurs pensées, et devinait leurs projets +à l'instant où ils les formaient. Ils ajoutèrent foi à ces étranges +paroles du sultan Kebir et le croyaient présent à toutes leurs pensées. +Bonaparte n'avait pas seulement à contenir les habitans, mais encore ses +généraux et l'armée elle-même. Un mécontentement sourd y régnait. Ce +mécontentement ne provenait ni des fatigues, ni des dangers, ni surtout +des privations, car l'armée ne manquait de rien, mais de l'amour du +pays, qui poursuit le Français en tous lieux. Il y avait un an entier +qu'on était en Égypte, et depuis près de six mois on n'avait aucune +nouvelle de France. Aucun navire n'avait pu passer: une sombre tristesse +dévorait tous les coeurs. Chaque jour les officiers et les généraux +demandaient des congés pour repasser en Europe. Bonaparte en accordait +peu, ou bien y ajoutait de ces paroles qu'on redoutait comme le +déshonneur. Berthier lui-même, son fidèle Berthier, dévoré d'une vieille +passion, demandait à revoir l'Italie. Il fut honteux pour la seconde +fois de sa faiblesse, et renonça à partir. Un jour l'armée avait formé +le projet d'enlever ses drapeaux du Caire, et de marcher sur Alexandrie +pour s'y embarquer. Mais elle n'en eut que la pensée, et n'osa jamais +braver son général. Les lieutenans de Bonaparte, qui donnaient tous +l'exemple des murmures, se taisaient dès qu'ils étaient devant lui, et +pliaient sous son ascendant. Il avait eu plus d'un démêlé avec Kléber. +L'humeur de celui-ci ne venait pas de découragement, mais de son +indocilité accoutumée. Il s'étaient toujours raccommodés, car Bonaparte +aimait la grande âme de Kléber, et Kléber était séduit par le génie de +Bonaparte. + +On était en prairial (juin). L'ignorance des événemens de l'Europe et +des désastres de la France était toujours la même. On savait seulement +que le continent était dans une véritable confusion et qu'une nouvelle +guerre était inévitable. Bonaparte attendait impatiemment de nouveaux +détails, pour prendre un parti et retourner, s'il le fallait, sur le +premier théâtre de ses exploits. Mais avant, il voulait détruire la +seconde armée turque, réunie à Rhodes, dont on annonçait le débarquement +très prochain. + +Cette armée, montée sur de nombreux transports, et escortée par la +division navale de Sydney-Smith, parut le 23 messidor (11 juillet) à +la vue d'Alexandrie, et vint mouiller à Aboukir, la même rade où notre +escadre avait été détruite. Le point de débarquement choisi par les +Anglais était la presqu'île qui ferme cette rade, et qui porte le même +nom. Cette presqu'île étroite s'avance entre la mer et le lac Madieh, et +vient se terminer par un fort. Bonaparte avait ordonné à Marmont, qui +commandait à Alexandrie, de perfectionner la défense du fort, et de +détruire le village d'Aboukir, placé tout autour. Mais au lieu de +détruire le village, on avait voulu le conserver pour y loger les +soldats, et on l'avait simplement entouré d'une redoute pour le protéger +du côté de la terre. Mais la redoute, ne joignant pas les deux bords de +la mer, ne présentait pas un ouvrage fermé, et associait le sort du fort +à celui d'un simple ouvrage de campagne. Les Turcs en effet débarquèrent +avec beaucoup de hardiesse, abordèrent les retranchemens le sabre au +poing, les enlevèrent, et s'emparèrent du village d'Aboukir, dont ils +égorgèrent la garnison. Le village pris, le fort ne pouvait guère tenir, +et fut obligé de se rendre. Marmont, commandant à Alexandrie, en était +sorti à la tête de douze cents hommes, pour courir au secours des +troupes d'Aboukir. Mais, apprenant que les Turcs étaient débarqués en +nombre considérable, il n'osa pas tenter de les jeter à la mer par une +attaque hardie. Il rentra dans Alexandrie, et les laissa s'établir +tranquillement dans la presqu'île d'Aboukir. + +Les Turcs étaient à peu près dix-huit mille hommes d'infanterie. Ce +n'étaient pas de ces misérables fellahs qui composaient l'infanterie +des Mamelucks; c'étaient de braves janissaires, portant un fusil sans +baïonnette, le rejetant en bandoulière sur le dos quand ils avaient fait +feu, puis s'élançant sur l'ennemi le pistolet et le sabre à la main. Ils +avaient une artillerie nombreuse et bien servie; et ils étaient dirigés +par des officiers anglais. Ils manquaient de cavalerie, car ils avaient +à peine amené trois cents chevaux; mais ils attendaient l'arrivée de +Mourad-Bey, qui devait quitter la Haute-Égypte, longer le désert, +traverser les oasis, et venir se jeter à Aboukir avec deux à trois mille +Mamelucks. + +Quand Bonaparte apprit les détails du débarquement, il quitta le +Caire sur-le-champ, et fit du Caire à Alexandrie une de ces marches +extraordinaires dont il avait donné tant d'exemples en Italie. Il +emmenait avec lui les divisions Lannes, Bon et Murat. Il avait ordonné à +Desaix d'évacuer la Haute-Égypte, à Kléber et Régnier, qui étaient +dans le Delta, de se rapprocher d'Aboukir. Il avait choisi le point de +Birket, intermédiaire entre Alexandrie et Aboukir, pour y concentrer ses +forces, et manoeuvrer suivant les circonstances. Il craignait qu'une +armée anglaise ne fût débarquée avec l'armée turque. + +Mourad-Bey, suivant le plan convenu avec Mustapha-Pacha, avait essayé +de descendre dans la Basse-Égypte; mais rencontré, battu par Murat, il +avait été obligé de regagner le désert. Il ne restait à combattre +que l'armée turque, privée de cavalerie, mais campée derrière des +retranchemens, et disposée à y résister avec son opiniâtreté accoutumée. +Bonaparte, après avoir jeté un coup d'oeil sur Alexandrie, et sur les +beaux travaux exécutés par le colonel Crétin, après avoir réprimandé son +lieutenant Marmont, qui n'avait pas osé attaquer les Turcs au moment du +débarquement, quitta Alexandrie le 6 thermidor (24 juillet). Il était +le lendemain 7 à l'entrée de la presqu'île. Son projet était d'abord +d'enfermer l'armée turque par des retranchemens, et d'attendre, pour +attaquer, l'arrivée de toutes ses divisions; car il n'avait sous la main +que les divisions Lannes, Bon, Murat, environ six mille hommes. Mais +à la vue des dispositions faites par les Turcs, il changea d'avis, et +résolut de les attaquer sur-le-champ, espérant les renfermer dans le +village d'Aboukir, et les accabler d'obus et de bombes. + +Les Turcs occupaient le fond de la presqu'île, qui est fort étroite. Ils +étaient couverts par deux lignes de retranchemens. A une demi-lieue en +avant du village d'Aboukir, où était leur camp, ils avaient occupé deux +mamelons de sables, appuyant l'un à la mer, l'autre au lac de Madieh, et +formant ainsi leur droite et leur gauche. Au centre de ces deux mamelons +était un village, qu'ils gardaient aussi. Ils avaient mille hommes au +mamelon de droite, deux mille à celui de gauche, et trois à quatre mille +hommes dans le village. Telle était leur première ligne. La seconde +était au village même d'Aboukir. Elle se composait de la redoute +construite par les Français, et se joignait à la mer par deux boyaux. +Ils avaient placé là leur camp principal et le gros de leurs forces. + +Bonaparte fit ses dispositions avec sa promptitude et sa précision +accoutumées. Il ordonna au général Destaing de marcher avec quelques +bataillons sur le mamelon de gauche, où étaient les mille Turcs; à +Lannes, de marcher sur le mamelon de droite, où étaient les deux mille +autres, et à Murat, qui était au centre, de faire filer la cavalerie sur +les derrières des deux mamelons. Ces dispositions sont exécutées avec +une grande précision: Destaing marche sur le mamelon de gauche, et le +gravit hardiment; Murat le fait tourner par un escadron. Les Turcs, à +cette vue, abandonnent leur poste, rencontrent la cavalerie qui les +sabre et les pousse dans la mer, où ils aiment mieux se jeter que de se +rendre. Vers la droite, la même opération s'exécute. Lannes aborde les +deux mille Mamelucks; Murat les tourne; ils sont également sabrés et +jetés dans la mer. Destaing et Lannes se portent ensuite vers le centre, +formé par un village, et l'attaquent de front. Les Turcs s'y défendent +bravement, comptant sur un secours de la seconde ligne. Une colonne, en +effet, se détache du camp d'Aboukir; mais Murat, qui a déjà filé sur le +derrière du village, sabre cette colonne, et la repousse dans Aboukir. +L'infanterie de Destaing et celle de Lannes entrent au pas de charge +dans le village, en chassent les Turcs, qu'on pousse dans toutes les +directions, et qui, s'obstinant toujours à ne pas se rendre, n'ont pour +retraite que la mer, où ils se noient. + +Déjà quatre à cinq mille avaient péri de cette manière; la première +ligne était emportée; le but de Bonaparte était rempli, et il pouvait, +resserrant les Turcs dans Aboukir, les bombarder, en attendant l'arrivée +de Kléber et de Régnier. Mais il veut profiter de son succès, et achever +sa victoire à l'instant même. Après avoir laissé reprendre haleine à ses +troupes, il marche sur la seconde ligne. La division Lanusse, restée +en réserve, appuie Lannes et Destaing. La redoute qui couvrait Aboukir +était difficile à emporter; elle renfermait neuf à dix mille Turcs. Vers +la droite, un boyau la joignait à la mer; vers la gauche, un autre boyau +la prolongeait, mais sans joindre tout à fait le lac Madieh. L'espace +ouvert était occupé par l'ennemi, et balayé par de nombreuses +canonnières. Bonaparte, habitué à porter ses soldats sur les plus +formidables obstacles, les dirige sur la position ennemie. Ses divisions +d'infanterie marchent sur le front et la droite de la redoute. La +cavalerie, cachée dans un bois de palmiers, doit l'attaquer par la +gauche, et traverser, sous le feu des canonnières, l'espace laissé +ouvert entre la redoute et le lac Madieh. La charge s'exécute; Lannes et +Destaing poussent leur brave infanterie en avant; la 32e marche l'arme +au bras sur les retranchemens, la 18e les tourne par l'extrême droite. +L'ennemi, sans les attendre, s'avance à leur rencontre. On se joint +corps à corps. Les soldats turcs, après avoir tiré leur coup de fusil +et leurs deux coups de pistolet, font étinceler leur sabre. Ils veulent +saisir les baïonnettes avec leurs mains; mais ils les reçoivent dans +les flancs, avant d'avoir pu les saisir. On s'égorge ainsi sur les +retranchemens. Déjà la 18e est près d'arriver dans la redoute; mais un +feu terrible d'artillerie la repousse et la ramène au pied des ouvrages. +Le brave Leturcq est tué glorieusement en voulant se retirer le dernier; +Fugières perd un bras. Murat, de son côté, s'était avancé avec sa +cavalerie, pour franchir l'espace compris entre la redoute et le lac +Madieh. Plusieurs fois il s'était élancé et avait refoulé l'ennemi; +mais, pris entre les feux de la redoute et des canonnières, il avait +été obligé de se reployer en arrière. Quelques-uns de ses cavaliers +s'étaient même avancés jusqu'aux fossés de la redoute; les efforts +de tant de braves paraissaient devoir être impuissans. Bonaparte +contemplait ce carnage, attendant le moment favorable pour revenir à +la charge. Heureusement les Turcs, suivant leur usage, sortent des +retranchemens pour venir couper les têtes des morts. Bonaparte saisit +cet instant, lance deux bataillons, l'un de la 22e, l'autre de la 69, +qui marchent sur les retranchemens et s'en emparent. A la droite, la 18e +profite aussi de l'occasion, et entre dans la redoute. Murat, de son +côté, ordonne une nouvelle charge. L'un de ses escadrons traverse cet +espace si redoutable qui règne entre les retranchemens et le lac, et +pénètre dans le village d'Aboukir. Alors les Turcs effrayés fuient de +toutes parts; on en fait un carnage épouvantable. On les pousse la +baïonnette dans les reins, et on les précipite dans la mer. Murat, à la +tête de ses cavaliers, pénètre dans le camp de Mustapha-Pacha. Celui-ci, +saisi de désespoir, prend un pistolet, et le tire sur Murat qu'il blesse +légèrement. Murat lui coupe deux doigts d'un coup de sabre, et l'envoie +prisonnier à Bonaparte. Les Turcs qui ne sont ni tués ni noyés se +retirent dans le fort d'Aboukir. + +Plus de douze mille cadavres flottaient sur cette mer d'Aboukir, qui +naguère avait été couverte des corps de nos marins: deux ou trois mille +avaient péri par le feu ou le fer. Les autres, enfermés dans ce fort, +n'avaient plus d'autre ressource que la clémence du vainqueur. Telle est +cette extraordinaire bataille, où, pour la première fois peut-être, dans +l'histoire de la guerre, l'armée ennemie fut détruite tout entière. +C'est dans cette occasion que Kléber, arrivant à la fin du jour, saisit +Bonaparte au milieu du corps, et s'écria: _Général, vous êtes grand +comme le monde!_ + +Ainsi, soit par l'expédition de Syrie, soit par la bataille d'Aboukir, +l'Égypte était délivrée, du moins momentanément, des forces de la Porte. +La situation de l'armée française pouvait être regardée comme assez +rassurante. Après toutes les pertes qu'elle avait faites, elle comptait +vingt-cinq mille hommes environ, mais les plus braves et les mieux +commandés de l'univers. Chaque jour devait la faire mieux sympathiser +avec les habitans, et consolider son établissement. Bonaparte y était +depuis un an: arrivé en été avant l'inondation, il avait employé les +premiers momens à s'emparer d'Alexandrie et de la capitale, ce qu'il +avait obtenu par la bataille des Pyramides. Après l'inondation, et en +automne, il avait achevé la conquête du Delta, et confié à Desaix la +conquête de la Haute-Égypte. En hiver, il avait tenté l'expédition de +Syrie, et détruit l'armée turque de Djezzar au mont Thabor. Il venait, +en été, de détruire la seconde armée de la Porte à Aboukir. Le temps +avait donc été aussi bien employé que possible; et tandis que la +victoire abandonnait en Europe les drapeaux de la France, elle leur +restait fidèle en Afrique et en Asie. Les trois couleurs flottaient +triomphantes sur le Nil et le Jourdain, sur les lieux mêmes d'où est +partie la religion du Christ. + +Bonaparte ignorait encore ce qui se passait en France, aucune des +dépêches du directoire ni de ses frères ne lui étant arrivée: il était +dévoré d'inquiétude. Pour tâcher d'obtenir quelques nouvelles, il +faisait croiser des bricks avec ordre d'arrêter les vaisseaux de +commerce, et de s'instruire par eux des événemens qui se passaient en +Europe. Il envoya à la flotte turque un parlementaire qui, sous le +prétexte de négocier un échange de prisonniers, devait tâcher d'obtenir +quelques nouvelles. Sidney-Smith arrêta ce parlementaire, l'accueillit +fort bien, et voyant que Bonaparte ignorait les désastres de la France, +se fit un malin plaisir de lui donner un paquet de tous les journaux. Le +parlementaire revint, et remit le paquet à Bonaparte. Celui-ci passa une +nuit entière à dévorer ces feuilles, et à s'instruire de tout ce qui +se passait dans sa patrie. Sur-le-champ sa détermination fut prise: +il résolut de s'embarquer secrètement pour l'Europe, et d'essayer la +traversée, au risque d'être saisi en route par les flottes anglaises. +Il demanda le contre-amiral Gantheaume, et lui enjoignit de mettre les +frégates _le Muiron_ et _la Carrère_ en état de faire voile. Il ne fit +part de son projet à personne, courut au Caire pour faire toutes ses +dispositions, rédigea une longue instruction pour Kléber, auquel il +voulait laisser le commandement de l'armée, et repartit aussitôt après +pour Alexandrie. + +Le 5 fructidor (22 août), emmenant avec lui Berthier, Lannes, Murat, +Andréossy, Marmont, Bertholet et Monge, il se rendit, escorté de +quelques-uns de ses guides, sur une plage écartée. Quelques canots +étaient préparés; ils s'embarquèrent, et montèrent sur les deux frégates +_le Muiron_ et _la Carrère_. Elles étaient suivies des chebecks _la +Revanche_ et _la Fortune_. A l'instant même on mit à la voile, pour +n'être plus au jour en vue des croiseurs anglais. Malheureusement +un calme survint; on trembla d'être surpris, on voulait rentrer à +Alexandrie; Bonaparte ne le voulut pas. «Soyez tranquilles, dit-il, nous +passerons.» Comme César, il comptait sur la fortune. + +Ce n'était pas, comme on l'a dit, une lâche désertion; car il laissait +une armée victorieuse, pour aller braver des dangers de tout genre, +et, le plus horrible de tous, celui d'aller porter des fers à Londres. +C'était une de ces témérités par lesquelles les grands ambitieux tentent +le ciel, et auxquelles ils doivent ensuite cette confiance immense qui +tour à tour les élève et les précipite. + +Tandis que cette grande destinée était commise au hasard des vents ou +d'une rencontre, la victoire revenait sous nos drapeaux en Europe, et +la république sortait, par un sublime effort, des périls auxquels nous +venons de la voir exposée. Masséna était toujours sur la ligne de la +Limmat, différant le moment de reprendre l'offensive. L'armée d'Italie, +après avoir perdu la bataille de Novi, s'était dispersée dans l'Apennin. +Heureusement Suwarow ne profitait pas mieux de la victoire de Novi que +de celle de la Trebbia, et perdait dans le Piémont un temps que la +France employait en préparatifs. Dans ce moment, le conseil aulique, +aussi peu constant dans ses plans que l'avait été le directoire, en +imagina un qui ne pouvait manquer de changer la face des événemens. Il +était jaloux de l'autorité que Suwarow avait voulu exercer en Italie, et +avait vu avec peine que ce général eût écrit au roi de Sardaigne pour +le rappeler dans ses états. Le conseil aulique avait des vues sur le +Piémont, et tenait à en écarter le vieux maréchal. De plus, il régnait +peu d'accord entre les Russes et les Autrichiens; et ces raisons réunies +décidèrent le conseil aulique à changer entièrement la distribution +des troupes sur la ligne d'opération. Les Russes étaient mêlés aux +Autrichiens sur les deux théâtres de la guerre. Korsakoff opérait en +Suisse avec l'archiduc Charles, et Suwarow avec Mélas en Italie. Le +conseil aulique imagina de transporter l'archiduc Charles sur le Rhin, +et Suwarow en Suisse. De cette manière les deux armées russes devaient +agir toutes deux en Suisse. Les Autrichiens devaient agir seuls sur le +Rhin; ils devaient aussi agir seuls en Italie, où ils allaient être +bientôt renforcés par une nouvelle armée, destinée à remplir le +vide laissé par Suwarow. Le conseil aulique donna pour raison de ce +changement, qu'il fallait faire combattre ensemble les troupes de chaque +nation; que les Russes trouveraient en Suisse une température plus +analogue à leur climat, et que le mouvement de l'archiduc Charles sur +le Rhin seconderait l'expédition de Hollande. L'Angleterre ne pouvait +manquer d'approuver ce plan, car elle espérait beaucoup, pour +l'expédition de Hollande, de la présence de l'archiduc Charles sur le +Rhin, et elle n'était pas fâchée que les Russes, entrés déjà à Corfou, +et ayant le projet de s'emparer de Malte, fussent écartés de Gênes. + +Ce revirement, exécuté en présence de Masséna, était excessivement +dangereux, et d'ailleurs il transportait les Russes sur un théâtre qui +ne leur convenait pas du tout. Ces soldats, habitués à charger en plaine +et à la baïonnette, ne savaient pas tirer un coup de fusil; et ce qu'il +faut par-dessus tout dans les montagnes, ce sont d'habiles tirailleurs. +Le conseil aulique qui, suivant l'esprit des cabinets, faisait passer +les raisons politiques avant les raisons militaires, défendit à ses +généraux de faire une seule objection, et ordonna la rigoureuse +exécution de ce plan, pour les derniers jours d'août (milieu de +fructidor). + +On a déjà décrit la configuration du théâtre de la guerre et la +distribution des armées sur ce théâtre[9]. Les eaux partant des +Grandes-Alpes, et tantôt coulant en forme de fleuves, tantôt séjournant +en forme de lacs, présentaient différentes lignes inscrites les unes +dans les autres, commençant à droite contre une grande chaîne de +montagnes, et allant finir, à gauche, dans le grand fleuve qui sépare +l'Allemagne de la France. Les deux principales étaient celles du Rhin et +de la Limmat. Masséna, obligé d'abandonner celle du Rhin, s'était replié +sur celle de la Limmat. Il avait même été obligé de se retirer un peu en +arrière de celle-ci, et de s'appuyer sur l'Albis. La ligne de la Limmat +n'en séparait pas moins les deux armées. Cette ligne se composait de la +Lint, qui naît contre les Grandes-Alpes, dans le canton de Glaris, et se +jette ensuite dans le lac de Zurich; du lac de Zurich dans la Limmat, +qui sort de ce lac à Zurich même, et va se jeter enfin dans l'Aar près +de Bruck. L'archiduc Charles était derrière la Limmat, de Bruck à +Zurich. Korsakoff était derrière le lac de Zurich, attendant qu'on lui +assignât sa position. Hotze gardait la Lint. + +[Note 9: Quelque soin que je mette à me rendre clair, je n'espère +pas faire comprendre les événemens qui vont suivre, si le lecteur n'a +pas sous les yeux une carte, quelque incomplète qu'elle soit. Cependant +ces événemens sont si extraordinaires, et ont décidé d'une manière si +positive le salut de la France, que je les crois dignes d'être compris, +et que j'engage le lecteur à consulter une carte. La plus mauvaise carte +de Suisse sera encore suffisante pour saisir l'ensemble des opérations.] + +D'après le plan convenu, l'archiduc, destiné au Rhin, devait être +remplacé derrière la Limmat par Korsakoff. Hotze devait rester sur la +Lint avec le corps autrichien de Voralberg, afin de donner la main à +Suwarow arrivant d'Italie. La question était de savoir quelle route on +ferait prendre à Suwarow. Il avait à franchir les monts, et pouvait +suivre l'une ou l'autre des lignes qui coupent la Suisse. S'il préférait +pénétrer par la vallée du Rhin, il pouvait, en traversant le Splugen, +se rendre par Coire sur le Rhin-Supérieur, et faire là sa jonction avec +Hotze. On avait calculé qu'il pourrait être arrivé vers le 25 septembre +(3 vendémiaire an VIII). Ce mouvement avait l'avantage de s'opérer loin +des Français, hors de leur portée, et de ne dépendre ainsi d'aucun +accident. Suwarow pouvait également prendre une autre route, et au lieu +de suivre la ligne du Rhin, entrer par le Saint-Gothard dans la vallée +de la Reuss, et déboucher par Schwitz derrière la ligne de la Lint, +occupée par les Français. Cette marche avait l'avantage de le porter +sur le revers de la ligne ennemie; mais il fallait traverser le +Saint-Gothard occupé par Lecourbe; il fallait préparer un mouvement +de Hotze au-delà de la Lint, pour qu'il vînt tendre la main à l'armée +arrivant du Saint-Gothard; il fallait, pour seconder ce mouvement, une +attaque sur la Limmat; il fallait en un mot une opération générale sur +toute la ligne, et un à-propos, une précision difficiles à obtenir quand +on agit à de si grandes distances et en détachemens aussi nombreux. Ce +plan, que les Russes rejettent sur les Autrichiens, et les Autrichiens +sur les Russes, fut néanmoins préféré. En conséquence une attaque +générale fut prescrite sur toute la ligne, pour les derniers jours de +septembre. Au moment où Suwarow débouchait du Saint-Gothard dans la +vallée de la Reuss, Korsakoff devait attaquer au dessous du lac de +Zurich, c'est-à-dire le long de la Limmat, et Hotze au-dessus du lac, +le long de la Lint. Deux des lieutenans de Hotze, Linken et Jellachich, +devaient pénétrer dans le canton de Glaris, jusqu'à Schwitz, et donner +la main à Suwarow. La jonction générale une fois opérée, les troupes +réunies en Suisse allaient s'élever à quatre-vingt mille hommes. Suwarow +arrivait avec dix-huit mille; Hotze en avait vingt-cinq, Korsakoff +trente. Ce dernier avait en réserve le corps de Condé et quelques mille +Bavarois. Mais avant la jonction, trente mille sous Korsakoff, et +vingt-cinq mille sous Hotze, c'est-à-dire cinquante-cinq mille se +trouvaient exposés aux coups de toute l'armée de Masséna. + +Le moment, en effet, où l'archiduc Charles quittait la Limmat, et où +Suwarow n'avait pas encore passé les Alpes, était trop favorable pour +que Masséna ne le saisît pas, et ne sortît point enfin de l'inaction +qu'on lui avait tant reprochée. Son armée avait été portée à +soixante-quinze mille hommes environ, par les renforts qu'elle avait +reçus; mais elle devait s'étendre du Saint-Gothard à Bâle, ligne immense +à couvrir. Lecourbe, formant sa droite, et ayant Gudin et Molitor sous +ses ordres, gardait le Saint-Gothard, la vallée de la Reuss et la +Haute-Lint, avec douze ou treize mille hommes. Soult, avec dix mille, +occupait la Lint jusqu'à son embouchure dans le lac de Zurich. Masséna, +avec les divisions Mortier, Klein, Lorge et Mesnard, formant un total de +trente-sept mille hommes, était devant la Limmat, de Zurich à Bruck. La +division Thureau, forte de neuf mille hommes, et la division Chabran de +huit, gardaient l'une le Valais, l'autre les environs de Bâle. + +Masséna, quoique inférieur en forces, avait l'avantage de pouvoir réunir +sa masse principale sur le point essentiel. Ainsi il avait trente-sept +mille hommes devant la Limmat, qu'il pouvait jeter sur Korsakoff. +Celui-ci venait de s'affaiblir de quatre mille hommes, envoyés en +renfort à Hotze, par derrière le lac de Zurich, ce qui le réduisait à +vingt-six mille. Le corps de Condé et les Bavarois, qui devaient lui +servir de réserve, étaient encore fort en arrière à Schaffouse. Masséna +pouvait donc lancer trente-sept mille hommes contre vingt-six mille. +Korsakoff battu, il pouvait se rejeter sur Hotze, et après les avoir +tous deux mis en déroute, peut-être détruits, accabler Suwarow, qui +arrivait en Suisse avec l'espoir d'y trouver un ennemi vaincu, ou du +moins contenu dans sa ligne. + +Masséna, averti des projets des ennemis, devança d'un jour son attaque +générale, et la fixa pour le 3 vendémiaire (25 septembre 1799). Depuis +qu'il était retiré sur l'Albis, à quelques pas en arrière de la Limmat, +le cours de cette rivière appartenait à l'ennemi. Il fallait le lui +enlever par un passage: c'est ce qu'il se proposa d'exécuter avec ses +trente-sept mille hommes. Tandis qu'il allait opérer au-dessous du lac +de Zurich, il chargea Soult d'opérer au-dessus, et de franchir la Lint +le même jour. Les militaires ont adressé un reproche à Masséna: il +fallait, disent-ils, plutôt attirer Suwarow en Suisse que l'en +éloigner: si donc, au lieu de laisser Lecourbe se battre inutilement au +Saint-Gothard contre Suwarow, Masséna l'eût réuni à Soult, il aurait été +plus assuré d'accabler Hotze, et de franchir la Lint. Au reste, comme le +résultat obtenu fut aussi grand qu'on pouvait le souhaiter, on n'a fait +ce reproche à Masséna que dans l'intérêt rigoureux des principes. + +La Limmat sort du lac de Zurich à Zurich même, et coupe la ville en deux +parties. Conformément au plan convenu avec Hotze et Suwarow, Korsakoff +se disposait à attaquer Masséna, et pour cela il avait porté la masse de +ses forces dans la partie de Zurich qui est en avant de la Limmat. Il +n'avait laissé que trois bataillons à Closter-Fahr, pour garder un point +où la Limmat est plus accessible: il avait dirigé Durasof avec une +division près de l'embouchure de la Limmat dans l'Aar, pour veiller de +ce côté; mais sa masse, forte de dix-huit mille hommes au moins, était +en avant de la rivière, en situation offensive. + +Masséna basa son plan sur cet état de choses. Il résolut de masquer +plutôt que d'attaquer le point de Zurich, où Korsakoff avait amassé ses +forces; puis, avec une portion considérable de ses troupes, de tenter +le passage de la Limmat à Closter-Fahr, point faiblement défendu. Le +passage opéré, il voulait que cette division remontât la Limmat sur la +rive opposée, et vînt se placer sur les derrières de Zurich. Alors il +se proposait d'attaquer Korsakoff sur les deux rives, et de le tenir +enfermé dans Zurich même. Des conséquences immenses pouvaient résulter +de cette disposition. + +Mortier avec sa division, qui était forte de huit mille hommes, et +occupait la droite de ce champ de bataille, fut dirigé sur Zurich. Elle +devait contenir d'abord, puis attaquer la masse russe. Klein avec sa +division, qui était forte de dix mille hommes, devait être placé à +Altstetten, entre le point de Zurich et celui de Closter-Fahr, où l'on +allait tenter le passage. Elle pouvait ainsi ou se porter devant Zurich, +et donner secours à Mortier contre la masse russe, ou courir au point du +passage, s'il était nécessaire de le seconder. Cette division renfermait +quatre mille grenadiers, et une réserve de superbe cavalerie. La +division Lorge, avec une partie de la division Mesnard, devait exécuter +le passage à Closter-Fahr. Quinze mille hommes à peu près formaient +cette masse. Le reste de la division Mesnard devait faire des +démonstrations sur la Basse-Limmat, pour tromper et retenir Durasof. + +Ces dispositions, qui ont fait l'admiration de tous les critiques, +furent mises à exécution le 3 vendémiaire an VIII (25 septembre 1799), à +cinq heures du matin. Les apprêts du passage avaient été faits près du +village de Dietikon, avec un soin et un secret extraordinaires. Des +barques avaient été traînées à bras, et cachées dans les bois. Dès le +matin, elles étaient à flot, et les troupes étaient rangées en silence +sur la rive. Le général Foy, illustré depuis comme orateur, commandait +l'artillerie à cette immortelle bataille; il disposa plusieurs batteries +de manière à protéger le passage. Six cents hommes s'embarquèrent +hardiment, et arrivèrent sur l'autre rive. Sur-le-champ ils fondirent +sur les tirailleurs ennemis, et les dispersèrent. Korsakoff avait mis +là, sur le plateau de Closter-Fahr, trois bataillons avec du canon. +Notre artillerie, supérieurement dirigée, éteignit bientôt les feux +de l'artillerie russe, et protégea le passage successif de notre +avant-garde. Lorsque le général Gazan eut réuni aux six cents hommes qui +avaient passé les premiers un renfort suffisant, il marcha sur les trois +bataillons russes qui gardaient Closter-Fahr. Ceux-ci s'étaient logés +dans un bois, et s'y défendirent bravement. Gazan les enveloppa, et fut +obligé de tuer presque jusqu'au dernier homme pour les déloger. Ces +trois bataillons détruits, le pont fut jeté. Le reste de la division +Lorge et partie de la division Mesnard passèrent la Limmat: c'étaient +quinze mille hommes portés au-delà de la rivière. La brigade Bontemps +fut placée à Regensdorf, pour faire face à Durasof, s'il voulait +remonter de la Basse-Limmat. Le gros des troupes, dirigé par le chef +d'état-major Oudinot, remonta la Limmat, pour se porter sur les +derrières de Zurich. + +Cette partie de l'opération achevée, Masséna se reporta de sa personne +sur l'autre rive de la Limmat, pour veiller au mouvement de ses ailes. +Vers la Basse-Limmat, Mesnard avait si bien trompé Durasof par ses +démonstrations, que celui-ci s'était porté sur la rive, où il déployait +tous ses feux. A sa droite, Mortier s'était avancé sur Zurich par +Wollishofen, mais il y avait rencontré la masse de Korsakoff, posté, +comme on l'a dit, en avant de la Limmat, et avait été obligé de se +replier. Masséna arrivant dans cet instant ébranla la division Klein, +qui était à Altstetten. Humbert, à la tête de ses quatre mille +grenadiers, marcha sur Zurich, et rétablit le combat. Mortier renouvela +ses attaques, et on parvint à renfermer ainsi les Russes dans Zurich. + +Pendant ce temps, Korsakoff, chagriné d'entendre du canon sur ses +derrières, avait reporté quelques bataillons au-delà de la Limmat; mais +ces faibles secours avaient été inutiles. Oudinot, avec ses quinze mille +hommes, continuait à remonter la Limmat. Il avait enlevé le petit camp +placé à Hong, ainsi que les hauteurs qui sont sur les derrières de +Zurich, et s'était emparé de la grande route de Vintherthur, qui donne +issue en Allemagne, et la seule par laquelle les Russes pussent se +retirer. + +La journée était presque achevée, et d'immenses résultats étaient +préparés pour le lendemain. Les Russes étaient enfermés dans Zurich; +Masséna avait porté par le passage à Closter-Fahr quinze mille hommes +sur leurs derrières, et placé dix-huit mille hommes devant eux. Il était +difficile qu'il ne leur fît pas essuyer un désastre. On a pensé qu'il +aurait dû, au lieu de laisser la division Klein devant Zurich, la porter +par Closter-Fahr, derrière cette ville, de manière à fermer tout à fait +la route de Vintherthur. Mais il craignait que, Mortier restant avec +huit mille hommes seulement, Korsakoff ne lui passât sur le corps et ne +se jetât sur la Lint. Il est vrai que Korsakoff aurait rencontré +Soult et Lecourbe; mais il aurait pu rencontrer aussi Suwarow, venant +d'Italie, et on ne sait ce qui serait arrivé de cette singulière +combinaison. + +Korsakoff s'était enfin aperçu de sa position, et avait porté ses +troupes dans l'autre partie de Zurich, en arrière de la Limmat. Durasof, +sur la Basse-Limmat, apprenant le passage, s'était dérobé; et évitant +la brigade Bontemps, par un détour, était venu regagner la route de +Vintherthur. Le lendemain 4 vendémiaire (26 septembre), le combat devait +être acharné, car les Russes voulaient se faire jour, et les Français +voulaient recueillir d'immenses trophées. Le combat commença de +bonne heure. La malheureuse ville de Zurich, encombrée d'artillerie, +d'équipages, de blessés, attaquée de tous côtés, était comme enveloppée +de feux. De ce côté-ci de la Limmat, Mortier et Klein l'avaient abordée, +et étaient près d'y pénétrer. Au-delà, Oudinot la serrait par derrière +et voulait fermer la route à Korsakoff. Cette route de Vintherthur, +théâtre d'un combat sanglant, avait été prise et reprise plusieurs fois. +Korsakoff, songeant enfin à se retirer, avait mis son infanterie en +tête, sa cavalerie au centre, son artillerie et ses équipages à la +queue. Il s'avançait ainsi formant une longue colonne. Sa brave +infanterie, chargeant avec furie, renverse tout devant elle, et s'ouvre +un passage; mais quand elle a passé avec une partie de la cavalerie, les +Français reviennent à la charge, attaquent le reste de la cavalerie +et les bagages, et les refoulent jusqu'aux portes de Zurich. Au même +instant, Klein, Mortier, y entrent de leur côté. On se bat dans les +rues. L'illustre et malheureux Lavater est frappé sur la porte de sa +maison, d'une balle par un soldat suisse ivre qui lui mit son fusil sur +la poitrine pour avoir de l'argent; il tomba atteint d'une blessure +grave à la cuisse dont il mourut quelques mois après. Enfin, tout ce qui +était resté dans Zurich est obligé de mettre bas les armes. Cent pièces +de canon, tous les bagages, les administrations, le trésor de l'armée +et cinq mille prisonniers, deviennent la proie des Français. Korsakoff +avait eu en outre huit mille hommes hors de combat, dans cette +lutte acharnée. Huit et cinq faisaient treize mille hommes perdus, +c'est-à-dire la moitié de son armée. Les grandes batailles d'Italie +n'avaient pas présenté des résultats plus extraordinaires. Les +conséquences pour le reste de la campagne ne devaient pas être moins +grandes que les résultats matériels. Korsakoff, avec treize mille hommes +au plus, se hâta de regagner le Rhin. + +Pendant ce temps, Soult, chargé de passer la Lint au-dessus du lac de +Zurich, exécutait sa mission avec non moins de bonheur que le général +en chef. Il avait exécuté le passage entre Bilten et Richenburg. Cent +cinquante braves, portant leur fusil sur leur tête, avaient traversé la +rivière à la nage, abordé sur l'autre rive, balayé les tirailleurs, et +protégé le débarquement de l'avant-garde. Hotze, accouru sur-le-champ au +lieu du danger, était tombé mort d'un coup de feu, ce qui avait mis le +désordre dans les rangs autrichiens. Petrasch, succédant à Hotze, avait +en vain essayé de rejeter dans la Lint les corps qui avaient passé; il +avait été obligé de se replier, et s'était retiré précipitamment sur +Saint-Gall et le Rhin, en laissant trois mille prisonniers et du canon. +De leur côté, les généraux Jellachich et Linken, chargés de venir par la +Haute-Lint, dans le canton de Glaris, recevoir Suwarow au débouché du +Saint-Gothard, s'étaient retirés en apprenant tous ces désastres. Ainsi +près de soixante mille hommes étaient repoussés déjà de la ligne de +la Limmat, au-delà de celle du Rhin, et repoussés après des pertes +immenses. Suwarow, qui croyait déboucher en Suisse dans le flanc d'un +ennemi attaqué de tous côtés, et qui croyait décider sa défaite en +arrivant, allait trouver au contraire tous ses lieutenans dispersés, et +s'engager au milieu d'une armée victorieuse de toutes parts. + +Parti d'Italie avec dix-huit mille hommes, il était arrivé au pied +du Saint-Gothard le cinquième jour complémentaire de l'an VII (21 +septembre). Il avait été obligé de démonter ses Cosaques pour charger +son artillerie sur le dos de leurs chevaux. Il envoya Rosemberg avec +six mille hommes, pour tourner le Saint-Gothard par Disentits et le +Crispalt. Arrivé le 1er vendémiaire (23 septembre) à Airolo, à l'entrée +de la gorge du Saint-Gothard, il y trouva Gudin avec une des brigades de +la division Lecourbe. Il se battit là avec la dernière opiniâtreté; mais +ses soldats, mauvais tireurs, ne sachant qu'avancer et se faire tuer, +tombaient par pelotons sous les balles et les pierres. Il se décida +enfin à inquiéter Gudin sur ses flancs, et il l'obligea ainsi à céder +la gorge jusqu'à l'hôpital. Gudin, par sa résistance, avait donné à +Lecourbe le temps de recueillir ses troupes. Celui-ci, n'ayant guère +sous sa main que six mille hommes, ne pouvait résister à Suwarow qui +arrivait avec douze mille, et à Rosemberg qui, transporté déjà à +Urseren, en avait six mille sur ses derrières. Il jeta son artillerie +dans la Reuss, gagna ensuite la rive opposée en gravissant des rochers +presque inaccessibles, et s'enfonça dans la vallée. Arrivé au-delà +d'Urseren, n'ayant plus Rosemberg sur ses derrières, il rompit le pont +du Diable, et tua une multitude de Russes, avant qu'ils eussent franchi +le précipice en descendant dans le lit de la Reuss et en remontant +la rive opposée. Lecourbe avait fait ainsi une retraite pied à pied, +profitant de tous les obstacles pour fatiguer et tuer un à un les +soldats de Suwarow. + +L'armée russe arriva ainsi à Altorf, au fond de la vallée de la Reuss, +accablée de fatigues, manquant de vivres, et singulièrement affaiblie +par les pertes qu'elle avait faites. A Altorf, la Reuss tombe dans +le lac de Lucerne. Si Hotze, suivant le plan convenu, avait pu faire +arriver Jellachich et Linken au-delà de la Lint, jusqu'à Schwitz, il +aurait envoyé des bateaux pour recevoir Suwarow à l'embouchure de la +Reuss. Mais après les événemens qui s'étaient passés, Suwarow ne trouva +pas une embarcation, et se vit enfermé dans une vallée épouvantable. +C'était le 4 vendémiaire (26 septembre), jour du désastre général sur +toute la ligne. Il ne lui restait d'autre ressource que de se jeter dans +le Schachental, et de passer à travers des montagnes horribles, où +il n'y avait aucune route tracée, pour pénétrer dans la vallée de +Muthenthal. Il se mit en route le lendemain. Il ne pouvait passer qu'un +homme de front dans le sentier qu'on avait à suivre. L'armée mit deux +jours à faire ce trajet de quelques lieues. Le premier homme était +déjà à Mutten, que le dernier n'avait pas encore quitté Altorf. Les +précipices étaient couverts d'équipages, de chevaux, de soldats mourant +de faim ou de fatigue. Arrivé dans la vallée de Muthenthal, Suwarow +pouvait déboucher par Schwitz, non loin du lac de Zurich, ou bien +remonter la vallée, et par le Bragel se jeter sur la Lint. Mais du côté +de Schwitz, Masséna arrivait avec la division Mortier, et de l'autre +côté du Bragel était Molitor, qui occupait le défilé du Kloenthal, +vers les bords de la Lint. Après avoir donné deux jours de repos à ses +troupes, Suwarow se décida à rétrograder par le Bragel. Le 8 vendémiaire +(30 septembre) il se mit en marche; Masséna l'attaquait en queue, tandis +que de l'autre côté du Bragel, Molitor lui tenait tête au défilé du +Kloenthal. Rosemberg résista bravement à toutes les attaques de Masséna, +mais Bagration fit de vains efforts pour percer Molitor. Il s'ouvrit la +route de Glaris, mais ne put percer celle de Wesen. Suwarow, après avoir +livré des combats sanglans et meurtriers, coupé de toutes les routes, +rejeté sur Glaris, n'avait d'autre ressource que de remonter la vallée +d'Engi, pour se jeter dans celle du Rhin. Mais cette route était encore +plus affreuse que celle qu'il avait parcourue. Il s'y décida cependant, +et après quatre jours d'efforts et de souffrances inouïes, atteignit +Coire et le Rhin. De ses dix-huit mille hommes, il en avait à peine +sauvé dix mille. Les cadavres de ses soldats remplissaient les Alpes. Ce +barbare, prétendu invincible, se retirait couvert de confusion et plein +de rage. En quinze jours, plus de vingt mille Russes et cinq à six mille +Autrichiens avaient succombé. Les armées prêtes à nous envahir étaient +chassées de la Suisse et rejetées en Allemagne. La coalition était +dissoute, car Suwarow, irrité contre les Autrichiens, ne voulait plus +servir avec eux. On peut dire que la France était sauvée. + +Gloire éternelle à Masséna, qui venait d'exécuter l'une des plus belles +opérations dont l'histoire de la guerre fasse mention, et qui nous avait +sauvés dans un moment plus périlleux que celui de Valmy et de Fleurus! +Il faut admirer les batailles grandes par la conception ou le résultat +politique; mais il faut célébrer surtout celles qui sauvent. On doit +l'admiration aux unes et la reconnaissance aux autres. Zurich est le +plus beau fleuron de Masséna; et il n'en existe pas de plus beau dans +aucune couronne militaire. + +Pendant que ces événemens si heureux se passaient en Suisse, la victoire +nous revenait en Hollande. Brune, faiblement pressé par l'ennemi, +avait eu le temps de concentrer ses forces, et après avoir battu les +Anglo-Russes à Kastrikum, les avait enfermés au Zip, et réduits à +capituler. Les conditions étaient l'évacuation de la Hollande, la +restitution de ce qui avait été pris au Helder, et l'élargissement sans +échange de huit mille prisonniers. On aurait souhaité la restitution de +la flotte hollandaise; mais les Anglais s'y refusaient, et on craignait, +en rejetant la capitulation, le mal qu'ils pouvaient faire au pays. + +Ainsi se termina cette mémorable campagne de 1799. La république, entrée +trop tôt en action, et commettant la faute de prendre l'offensive, sans +avoir auparavant concentré ses forces, avait été battue à Stokach et +Magnano, et avait perdu ainsi par ces deux défaites l'Allemagne et +l'Italie. Masséna resté seul en Suisse, formait un saillant dangereux +entre deux masses victorieuses. Il s'était replié sur le Rhin, puis +sur la Limmat, et enfin sur l'Albis. Là, il s'était rendu inattaquable +durant quatre mois. Pendant ce temps, l'armée de Naples, tâchant de se +réunir à l'armée de la Haute-Italie, avait été battue à la Trebbia. +Réunie plus tard à cette armée par derrière l'Apennin, ralliée et +renforcée, elle avait perdu son général à Novi, avait été battue de +nouveau, et avait définitivement perdu l'Italie. L'Apennin était même +envahi et le Var menacé. Mais là avait été le terme de nos malheurs. La +coalition, revirant ses forces, avait porté l'archiduc Charles sur le +Rhin, et Suwarow en Suisse. Masséna, saisissant ce moment, avait +détruit Korsakoff privé de l'archiduc, et mis en fuite Suwarow privé +de Korsakoff. Il avait ainsi réparé nos malheurs par une immortelle +victoire. En Orient, de beaux triomphes avaient terminé la campagne. +Mais, il faut le dire, si ces grands exploits avaient soutenu la +république prête à succomber, s'ils lui avaient rendu quelque gloire, +ils ne lui avaient rendu ni sa grandeur ni sa puissance. La France était +sauvée, mais elle n'était que sauvée; elle n'avait point encore recouvré +son rang, et elle courait même des dangers sur le Var. + + + +CHAPITRE XIX. + +RETOUR DE BONAPARTE; SON DÉBARQUEMENT A FRÉJUS; ENTHOUSIASME QU'IL +INSPIRE.--AGITATION DE TOUS LES PARTIS A SON ARRIVÉE.--IL SE COALISE +AVEC SIÈYES POUR RENVERSER LA CONSTITUTION DIRECTORIALE.--PRÉPARATIFS +ET JOURNÉE DU 18 BRUMAIRE.--RENVERSEMENT DE LA CONSTITUTION DE L'AN III; +INSTITUTION DU CONSULAT PROVISOIRE.--FIN DE CETTE HISTOIRE. + + +Les nouvelles de la bataille de Zurich et de la capitulation des +Anglo-Russes se succédèrent presque immédiatement, et rassurèrent les +imaginations épouvantées. C'était la première fois que ces Russes +si odieux étaient battus, et ils l'étaient si complètement, que la +satisfaction devait être profonde. Mais l'Italie était toujours perdue, +le Var était menacé, la frontière du Midi en péril. Les grandeurs de +Campo-Formio ne nous étaient pas rendues. Du reste, les périls les +plus grands n'étaient pas au dehors, mais au dedans. Un gouvernement +désorganisé, des partis ingouvernables, qui ne voulaient pas subir +l'autorité et qui n'étaient cependant plus assez forts pour s'en +emparer; partout une espèce de dissolution sociale, et le brigandage, +signe de cette dissolution, infestant les grandes routes, surtout dans +les provinces déchirées autrefois par la guerre civile; telle était la +situation de la république. Un répit de quelques mois étant assuré par +la victoire de Zurich, c'était moins d'un défenseur qu'on manquait dans +le moment, que d'un chef qui s'emparât des rênes du gouvernement. La +masse entière de la population voulait à tout prix du repos, de l'ordre, +la fin des disputes, l'unité des volontés. Elle avait peur des jacobins, +des émigrés, des chouans, de tous les partis. C'était le moment d'une +merveilleuse fortune pour celui qui calmerait toutes ces peurs. + +Les dépêches contenant le récit de l'expédition de Syrie, des batailles +du mont Thabor et d'Aboukir, produisirent un effet extraordinaire, +et confirmèrent cette idée que le héros de Castiglione et de Rivoli +resterait vainqueur partout où il se montrerait. Son nom se retrouva +aussitôt dans toutes les bouches, et la question _que fait-il_? +_quand vient-il_? se renouvela de toutes parts. S'il allait revenir! +disait-on... Par un instinct singulier, le bruit qu'il était arrivé +courut deux ou trois fois. Ses frères lui avaient écrit, sa femme aussi; +mais on ignorait si ces dépêches lui étaient parvenues. On a vu en effet +qu'elles n'avaient pu traverser les croisières anglaises. + +Pendant ce temps, cet homme, objet de voeux si singuliers, voguait +tranquillement sur les mers, au milieu des flottes anglaises. +La traversée n'était pas heureuse, et les vents contraires la +prolongeaient. Plusieurs fois on avait vu les Anglais, et on avait +craint de devenir leur proie. Lui seul, se promenant sur le pont de +son vaisseau avec un air calme et serein, se confiant à son étoile, +apprenait à y croire et à ne pas s'agiter pour des périls inévitables. +Il lisait la Bible et le Koran, oeuvres des peuples qu'il venait de +quitter. Craignant, d'après les derniers événemens, que le midi de la +France ne fût envahi, il avait fait gouverner, non vers les côtes +de Provence, mais vers celles du Languedoc. Il voulait débarquer à +Collioure ou à Port-Vendres. Un coup de vent l'avait ramené vers la +Corse. L'île entière était accourue au-devant du célèbre compatriote. On +avait ensuite fait voile vers Toulon. On allait arriver, lorsque tout +à coup, au coucher du soleil, on vit sur le flanc gauche du vaisseau, +trente voiles ennemies: on les voyait au milieu des rayons du soleil +couchant. On proposait de mettre un canot à la mer pour aborder +furtivement à terre. Se confiant toujours dans le destin, Bonaparte +dit qu'il fallait attendre. L'ennemi, en effet, disparut, et le 17 +vendémiaire an VIII (octobre 1799), à la pointe du jour, les frégates +_le Muiron_ et _la Carrère_, les chebecks _la_ _Revanche_ et _la +Fortune_, vinrent mouiller dans le golfe de Fréjus. + +Les habitans de la Provence avaient craint, pendant trois années de +suite, l'invasion de l'ennemi. Bonaparte les avait délivrés de cette +crainte en 1796; mais elle leur était revenue plus grande que jamais +depuis la bataille de Novi. En apprenant que Bonaparte était mouillé sur +la côte, ils crurent leur sauveur arrivé. Tous les habitans de Fréjus +accoururent, et en un instant la mer fut couverte d'embarcations. Une +multitude, ivre d'enthousiasme et de curiosité, envahit les vaisseaux, +et, violant toutes les lois sanitaires, communiqua avec les nouveaux +arrivés. Tous demandaient Bonaparte, tous voulaient le voir. Il n'était +plus temps de faire observer les lois sanitaires. L'administration de la +santé dut dispenser le général de la quarantaine, car il aurait fallu +condamner à la même précaution toute la population, qui avait déjà +communiqué avec les équipages. Bonaparte descendit sur-le-champ à terre, +et le jour même voulut monter en voiture pour se rendre à Paris. + +Le télégraphe, aussi prompt que les vents, avait déjà répandu sur +la route de Fréjus à Paris, la grande nouvelle du débarquement de +Bonaparte. Sur-le-champ la joie la plus confuse avait éclaté. La +nouvelle, annoncée sur tous les théâtres, y avait produit des élans +extraordinaires. Les chants patriotiques avaient remplacé partout les +représentations théâtrales. Le député Baudin (des Ardennes), l'un des +auteurs de la constitution de l'an III, républicain sage et sincère, +attaché à la république jusqu'à la passion, et la croyant perdue si un +bras puissant ne venait la soutenir, Baudin (des Ardennes) expira de +joie en apprenant cet événement. + +Bonaparte était parti le jour même du 15 vendémiaire (9 octobre) pour +Paris. Il avait passé par Aix, Avignon, Valence, Lyon. Dans toutes ces +villes, l'enthousiasme fut immodéré. Les cloches retentissaient dans les +villages, et pendant la nuit des feux étaient allumés sur les routes. A +Lyon surtout, les élans furent plus vifs encore que partout ailleurs. +En partant de cette dernière ville, Bonaparte, qui voulait arriver +incognito, prit une autre route que celle qu'il avait indiquée à ses +courriers. Ses frères et sa femme, trompés sur sa direction, couraient +à sa rencontre, tandis qu'il arrivait à Paris. Le 24 vendémiaire (16 +octobre), il était déjà dans sa maison de la rue Chantereine, sans que +personne se doutât de son arrivée. Deux heures après, il se rendit au +directoire. La garde le reconnut, et poussa, en le voyant, le cri de +_Vive Bonaparte!_ Il courut chez le président du directoire, c'était +Gohier. Il fut convenu qu'il serait présenté le lendemain au directoire. +Le lendemain 25, il se présenta en effet devant cette magistrature +suprême. Il dit qu'après avoir consolidé l'établissement de son armée +en Égypte, par les victoires du mont Thabor et d'Aboukir, et confié son +sort à un général capable d'en assurer la prospérité, il était parti +pour voler au secours de la république, qu'il croyait perdue. Il la +trouvait sauvée par les exploits de ses frères d'armes, et il s'en +réjouissait. Jamais, ajoutait-il en mettant la main sur son épée, jamais +il ne la tirerait que pour la défense de cette république. Le président +le complimenta sur ses triomphes et sur son retour, et lui donna +l'accolade fraternelle. L'accueil fut en apparence très flatteur, mais +au fond les craintes étaient maintenant trop réelles et trop justifiées +par la situation, pour que son retour fît plaisir aux cinq magistrats +républicains. + +Lorsque après une longue apathie, les hommes se réveillent et +s'attachent à quelque chose, c'est avec passion. Dans ce néant où +étaient tombées les opinions, les partis et toutes les autorités, on +était demeuré quelque temps sans s'attacher à rien. Le dégoût des +hommes et des choses était universel. Mais à l'apparition de l'individu +extraordinaire que l'Orient venait de rendre à l'Europe d'une manière si +imprévue, tout dégoût, toute incertitude venaient de cesser. C'est +sur lui que se fixèrent sur-le-champ les regards, les voeux et les +espérances. Tous les généraux, employés ou non employés, patriotes ou +modérés, tous accoururent chez Bonaparte. C'était naturel, puisqu'il +était le premier membre de cette classe si ambitieuse et si mécontente. +En lui elle semblait avoir trouvé un vengeur contre le gouvernement. +Tous les ministres, tous les fonctionnaires successivement disgraciés +pendant les fluctuations du directoire, accoururent aussi auprès du +nouvel arrivé. Ils allaient en apparence visiter le guerrier illustre, +et en réalité observer et flatter l'homme puissant auquel l'avenir +semblait appartenir. + +Bonaparte avait amené Lannes, Murat et Berthier, qui ne le quittaient +pas. Bientôt Jourdan, Augereau, Macdonald, Beurnonville, Leclerc, +Lefebvre, Marbot, malgré des différences d'opinions, se montrèrent +auprès de lui. Moreau lui-même fit bientôt partie de ce cortége. +Bonaparte l'avait rencontré, chez Gohier. Sentant que sa supériorité lui +permettait de faire les premiers pas, il alla à Moreau, lui témoigna +son impatience de le connaître, et lui exprima une estime qui le toucha +profondément. Il lui donna ensuite un damas enrichi de pierreries, et +parvint à le gagner tout à fait. En quelques jours Moreau fut de sa +cour. Il était mécontent aussi, et il allait avec tous ses camarades +chez le vengeur présumé. A ces guerriers illustres se joignirent des +hommes de toutes les carrières: on y vit Bruix, l'ex-ministre de la +marine, qui venait de parcourir la Méditerranée à la tête des flottes +française et espagnole, homme d'un esprit fin et délié, aussi habile à +conduire une négociation qu'à diriger une escadre. On y vit aussi M. +de Talleyrand, qui avait des raisons de craindre le mécontentement de +Bonaparte, pour n'être point allé en Égypte. Mais M. de Talleyrand +comptait sur son esprit, sur son nom, sur son importance, pour être bien +accueilli; il le fut bien. Ces deux hommes avaient trop de goût +l'un pour l'autre, et trop besoin de se rapprocher, pour se bouder +mutuellement. On voyait encore rue Chantereine Roederer, l'ancien +procureur de la commune, homme plein de franchise et d'esprit; Régnault +de Saint-Jean-d'Angély, ancien constituant auquel Bonaparte s'était +attaché en Italie, et qu'il avait employé à Malte, orateur brillant et +fécond. + +Mais ce n'étaient pas seulement les disgraciés, les mécontens, qui +se rendaient chez Bonaparte. Les chefs actuels du gouvernement s'y +montrèrent avec le même empressement. Tous les directeurs et tous les +ministres lui donnèrent des fêtes, comme au retour d'Italie. Une grande +partie des députés des deux conseils se firent présenter chez lui. +Les ministres et les directeurs lui décernèrent un hommage bien plus +flatteur, ils vinrent le consulter à chaque instant sur ce qu'ils +avaient à faire. Dubois-Crancé, le ministre de la guerre, avait en +quelque sorte transporté son portefeuille chez Bonaparte. Moulins, celui +des directeurs qui s'occupait spécialement de la guerre, passait une +partie des matinées avec lui. Gohier, Roger-Ducos y allaient aussi. +Cambacérès, ministre de la justice, jurisconsulte habile, qui avait +pour Bonaparte le goût que les hommes faibles ont pour la force, et que +Bonaparte affectait de caresser pour prouver qu'il savait apprécier le +mérite civil; Fouché, ministre de la police, qui voulait échanger son +protecteur usé, Barras, contre un protecteur neuf et puissant; Réal, +commissaire près le département de la Seine, ardent et généreux +patriote, et l'un des hommes les plus spirituels du temps, étaient +également assidus auprès de Bonaparte, et s'entretenaient avec lui des +affaires de l'état. Il y avait à peine huit jours que le général était +à Paris, et déjà le gouvernement des affaires lui arrivait presque +involontairement. A défaut de sa volonté, qui n'était rien encore, +on lui demandait son avis. Pour lui, avec sa réserve accoutumée, il +affectait de se soustraire aux empressemens dont il était l'objet. Il +refusait beaucoup de monde, il se montrait peu, et ne sortait pour ainsi +dire qu'à la dérobée. Son visage était devenu plus sec, son teint plus +foncé. Il portait depuis son retour une petite redingote grise et un +sabre turc attaché à un cordon de soie. Pour ceux qui avaient eu la +bonne fortune de le voir, c'était un emblème qui rappelait l'Orient, les +Pyramides, le mont Thabor, Aboukir. Les officiers de la garnison, +les quatre adjudans de la garde nationale, l'état-major de la place +demandaient à lui être présentés. Il différait de jour en jour, et +semblait ne se prêter qu'à regret à tous ces hommages. Il écoutait, ne +s'ouvrait encore à personne, et observait toutes choses. Cette politique +était profonde. Quand on est nécessaire, il ne faut pas craindre +d'attendre. On irrite l'impatience des hommes, ils accourent à vous, et +vous n'avez plus qu'à choisir. + +Que va faire Bonaparte? était la question que tout le monde s'adressait. +Elle prouvait qu'il y avait quelque chose d'inévitable à faire. Deux +partis principaux, et un troisième, subdivision des deux autres, +s'offraient à lui, et étaient disposés à le servir, s'il adoptait leurs +vues: c'étaient les patriotes, les modérés ou politiques, enfin les +_pourris_, comme on les appelait, corrompus de tous les temps et de +toutes les factions. + +Les patriotes se défiaient bien de Bonaparte et de son ambition; mais +avec leur goût de détruire, et leur imprévoyance du lendemain, ils +se seraient servis de son bras pour tout renverser, sauf à s'occuper +ensuite de l'avenir. Du reste, il n'y avait de cet avis que les +forcenés, qui, toujours mécontens de ce qui existait, regardaient le +soin de détruire comme le plus pressant de tous. Le reste des patriotes, +ceux qu'on pouvait appeler les républicains, se défiaient de la renommée +du général, voulaient tout au plus qu'on lui donnât place au directoire, +voyaient même avec peine qu'il fallût pour cela lui accorder une +dispense d'âge, et souhaitaient par-dessus tout qu'il allât aux +frontières, relever la gloire de nos armes, et rendre à la république sa +première splendeur. + +Les modérés ou politiques, gens craignant les fureurs des partis, et +surtout celles des jacobins, n'espérant plus rien d'une constitution +violée et usée, voulaient un changement, et souhaitaient qu'il se fît +sous les auspices d'un homme puissant. «Prenez le pouvoir, faites-nous +une constitution sage et modérée, et donnez-nous de la sécurité;» +tel était le langage intérieur qu'ils adressaient à Bonaparte. Ils +composaient le parti le plus nombreux en France. Il y entrait même +beaucoup de patriotes compromis, qui, ayant peur pour la révolution, +voulaient en confier le salut à un homme puissant. Ils avaient la +majorité dans les anciens, une minorité assez forte dans les cinq-cents. +Ils avaient suivi jusqu'ici la plus grande renommée civile, celle de +Sièyes, et s'y étaient d'autant plus attachés que Sièyes avait été plus +maltraité au Manége. Aujourd'hui ils devaient courir avec bien plus +d'empressement au-devant de Bonaparte, car c'était la force qu'ils +cherchaient, et elle était bien plus grande dans un général victorieux +que dans un publiciste, quelque illustre qu'il fût. + +Les _pourris_ enfin étaient tous les fripons, tous les intrigans qui +cherchaient à faire fortune, qui s'étaient déshonorés en la faisant, et +qui voulaient la faire encore au même prix. Ils suivaient Barras et +le ministre de la police Fouché. Il y avait de tout parmi eux, des +jacobins, des modérés, des royalistes même. Ce n'était point un parti, +mais une coterie nombreuse. + +Il ne faut pas, à la suite de cette énumération, compter les partisans +de la royauté. Ils étaient trop annulés depuis le 18 fructidor, et +d'ailleurs Bonaparte ne leur inspirait rien. Un tel homme ne pouvait +songer qu'à lui, et ne pouvait prendre le pouvoir pour le remettre à +d'autres. Ils se contentaient donc de faire nombre avec les ennemis du +directoire, et de l'accuser dans la langue de tous les partis. + +Parmi ces différens partis, Bonaparte ne pouvait faire qu'un choix. Les +patriotes ne lui convenaient pas du tout. Les uns, attachés à ce qui +existait, se défiaient de son ambition; les autres voulaient un coup de +main, puis rien que des agitations interminables, et on ne pouvait rien +fonder avec eux. D'ailleurs ils étaient en sens contraire de la marche +du temps, et ils exhalaient leurs dernières ardeurs. Les _pourris_ +n'étaient rien, ils n'étaient quelque chose que dans le gouvernement, +où ils s'étaient naturellement introduits, car c'est là que tendent +toujours leurs voeux. Au reste, il n'y avait qu'à ne pas s'en occuper; +ils devaient venir à celui qui réunirait le plus de chances en sa +faveur, parce qu'ils voulaient rester en possession des places et de +l'argent. Le seul parti sur lequel Bonaparte pût s'appuyer était celui +qui, partageant les besoins de toute la population, voulût mettre la +république à l'abri des factions, en la constituant d'une manière +solide. C'était là qu'était tout avenir, c'était là qu'il devait se +ranger. + +Son choix ne pouvait être douteux: par instinct seul il était fait +d'avance. Bonaparte avait horreur des hommes turbulens, dégoût des +hommes corrompus. Il ne pouvait aimer que ces hommes modérés qui +voulaient qu'on gouvernât pour eux. C'était d'ailleurs la nation même. +Mais il fallait attendre, se laisser prévenir par les offres des partis, +et observer leurs chefs, pour voir avec lesquels d'entre eux on pourrait +faire alliance. + +Les partis étaient tous représentés au directoire. Les patriotes +avaient, comme on l'a vu, Moulins et Gohier. Les pourris avaient Barras. +Les politiques ou modérés avaient Sièyes et Roger-Ducos. + +Gohier et Moulins, patriotes sincères et honnêtes, plus modérés que leur +parti, parce qu'ils étaient au pouvoir, admiraient Bonaparte; mais ne +voulant se servir de son épée que pour la gloire de la constitution +de l'an III, ils souhaitaient de l'envoyer aux armées. Bonaparte les +traitait avec beaucoup d'égards; il estimait leur honnêteté, car il l'a +toujours aimée chez les hommes (c'est un goût naturel et intéressé chez +un homme né pour gouverner). D'ailleurs, les égards qu'il avait pour eux +étaient un moyen de prouver qu'il honorait les vrais républicains. Sa +femme s'était liée avec celle de Gohier. Elle calculait aussi, et elle +avait dit à madame Gohier: «Mon intimité avec vous répondra à toutes les +calomnies.» + +Barras, qui sentait sa fin politique approcher, et qui voyait dans +Bonaparte un successeur inévitable, le détestait profondément. Il aurait +consenti à le flatter comme autrefois, mais il se sentait plus méprisé +que jamais par lui, et il en demeurait éloigné. Bonaparte avait pour cet +épicurien ignorant, blasé, corrompu, une aversion tous les jours plus +insurmontable. Le nom de _pourris_ qu'il avait donné à lui et aux siens, +prouvait assez son dégoût et son mépris. Il était difficile qu'il +consentît à s'allier à lui. + +Restait l'homme vraiment important, c'était Sièyes, entraînant à sa +suite Roger-Ducos. En appelant Sièyes au directoire au moment du +30 prairial, il semblait qu'on eût songé à se jeter dans ses bras. +Bonaparte lui en voulait presque d'avoir pris la première place en son +absence; d'avoir fixé un moment les esprits, et d'avoir fait naître des +espérances. Il avait contre lui une humeur qu'il ne s'expliquait +pas. Quoique fort opposés par le génie et les habitudes, ils avaient +cependant assez de supériorité pour s'entendre et se pardonner leurs +différences, mais trop d'orgueil pour se faire des concessions. +Malheureusement ils ne s'étaient point encore adressé la parole, et deux +grands esprits qui ne se sont pas encore flattés, sont naturellement +ennemis. Ils s'observaient, et chacun des deux attendait que l'autre fît +les premiers pas. Ils se rencontrèrent à dîner chez Gohier. Bonaparte +s'était senti assez au-dessus de Moreau pour faire les premiers pas; il +ne crut pas pouvoir les faire envers Sièyes, et il ne lui parla pas. +Celui-ci garda le même silence. Ils se retirèrent furieux. «Avez-vous +vu ce petit insolent? dit Sièyes; il n'a pas même salué le membre d'un +gouvernement qui aurait dû le faire fusiller.--Quelle idée a-t-on eue, +dit Bonaparte, de mettre ce prêtre au directoire? il est vendu à la +Prusse, et, si on n'y prend garde, il vous livrera à elle.» Ainsi, dans +les hommes de la plus grande supériorité, l'orgueil l'emporte même sur +la politique. Si, du reste, il en était autrement, ils n'auraient plus +cette hauteur qui les rend propres à dominer les hommes. + +Ainsi, le personnage que Bonaparte avait le plus d'intérêt à gagner, +était celui pour lequel il avait le plus d'éloignement. Mais leurs +intérêts étaient tellement identiques, qu'ils allaient être, malgré +eux-mêmes, poussés l'un vers l'autre par leurs propres partisans. + +Tandis qu'on s'observait, et que l'affluence chez Bonaparte allait +toujours croissant, celui-ci, incertain encore du parti qu'il devait +prendre, avait sondé Gohier et Ducos, pour savoir s'ils voudraient +consentir à ce qu'il fût directeur, quoiqu'il n'eût pas l'âge +nécessaire. C'était à la place de Sièyes qu'il aurait voulu entrer au +gouvernement. En excluant Sièyes, il devenait le maître de ses autres +collègues, et était assuré de gouverner sous leur nom. C'était sans +doute un succès bien incomplet; mais c'était un moyen d'arriver au +pouvoir, sans faire précisément une révolution; et une fois arrivé, il +avait le temps d'attendre. Soit qu'il fût sincère, soit qu'il voulût les +tromper, ce qui est possible, et leur persuader qu'il ne portait pas son +ambition au-delà d'une place au directoire, il les sonda et les trouva +intraitables sous le rapport de l'âge. Une dispense, quoique donnée +par les conseils, leur paraissait une infraction à la constitution. Il +fallut renoncer à cette idée. + +Les deux directeurs Gohier et Moulins, commençant à s'inquiéter +de l'ardeur que Bonaparte montrait pour les fonctions politiques, +imaginèrent de l'éloigner, en lui donnant le commandement d'une armée. +Sièyes ne fut pas de cet avis, et dit avec humeur que, loin de lui +fournir l'occasion d'une gloire nouvelle, il fallait, au contraire, +l'oublier et le faire oublier. Comme on parlait de l'envoyer en Italie, +Barras dit qu'il y avait assez bien fait ses affaires pour n'avoir +pas envie d'y retourner. Enfin il fut décidé qu'on l'appellerait pour +l'inviter à prendre un commandement, en lui laissant le choix de l'armée +à commander. + +Bonaparte, mandé, se rendit au directoire. Il connaissait le propos de +Barras. Avant qu'on lui eût notifié l'objet pour lequel on l'appelait, +il prit la parole d'un ton haut et menaçant, cita le propos dont il +avait à se plaindre, et, regardant Barras, dit que s'il avait fait +sa fortune en Italie, ce n'était pas, du moins, aux dépens de la +république. Barras se tut. Le président Gohier répondit à Bonaparte que +le gouvernement était persuadé que ses lauriers étaient la seule fortune +qu'il eût rapportée d'Italie. Il lui dit ensuite que le directoire +l'invitait à prendre un commandement, et lui laissait d'ailleurs le +choix de l'armée. Bonaparte répondit froidement qu'il n'était pas encore +assez reposé de ses fatigues, que la transition d'un climat sec à un +climat humide l'avait fortement éprouvé, et qu'il lui fallait encore +quelque temps pour se remettre. Il se retira sans plus d'explication. +Un pareil fait devait avertir les directeurs de ses vues, et l'avertir +lui-même de leurs défiances. + +C'était un motif de se hâter: ses frères, ses conseillers habituels, +Roederer, Réal, Régnault de Saint-Jean-d'Angély, Bruix, Talleyrand, lui +amenaient tous les jours des membres du parti modéré et politique dans +les conseils. C'étaient, dans les cinq-cents, Boulay (de la Meurthe), +Gaudin, Chazal, Cabanis, Chénier; dans les anciens, Cornudet, Lemercier, +Fargues, Daunou. Leur avis à tous était qu'il fallait s'allier au +vrai parti, au parti réformateur, et s'unir à Sièyes, qui avait une +constitution toute faite, et la majorité dans le conseil des anciens. +Bonaparte était bien de leur avis, et sentait qu'il n'avait pas de choix +à faire; mais il fallait qu'on le rapprochât de Sièyes, et c'était +difficile. Cependant les intérêts étaient si grands, et il y avait +entre son orgueil et celui de Sièyes des entremetteurs si délicats, +si adroits, que l'alliance ne pouvait pas tarder à se faire. M. de +Talleyrand eût concilié des orgueils encore plus sauvages que celui de +ces deux hommes. Bientôt la négociation fut entamée et achevée. Il fut +convenu qu'une constitution plus forte serait donnée à la France, sous +les auspices de Sièyes et de Bonaparte. Sans qu'on se fût expliqué sur +la forme et l'espèce de cette constitution, il fut sous-entendu qu'elle +serait républicaine, mais qu'elle délivrerait la France de ce que +l'un et l'autre appelaient les bavards, et donnerait aux deux esprits +puissans qui s'alliaient la plus grande part d'influence. + +Un systématique rêvant l'accomplissement trop différé de ses +conceptions, un ambitieux voulant régir le monde, étaient, au milieu +de ce néant de tous les systèmes et de toutes les forces, éminemment +propres à se coaliser. Peu importait l'incompatibilité de leur humeur. +L'adresse des intermédiaires et la gravité des intérêts suffisaient pour +pallier cet inconvénient, du moins pour un moment: et c'était assez d'un +moment pour faire une révolution. + +Bonaparte était donc décidé à agir avec Sièyes et Roger-Ducos. Il +montrait toujours le même éloignement pour Barras, les mêmes égards pour +Gohier et Moulins, et gardait une égale réserve avec les trois. Mais +Fouché, habile à deviner la fortune naissante, voyait avec le plus grand +regret l'éloignement de Bonaparte pour son patron Barras, et était +désolé de voir que Barras ne fît rien pour vaincre cet éloignement. Il +était tout à fait décidé à passer dans le camp du nouveau César; mais +hésitant, par un reste de pudeur, à abandonner son protecteur, il aurait +voulu l'y entraîner à sa suite. Assidu auprès de Bonaparte, et assez +bien accueilli, parce qu'il avait le portefeuille de la police, il +tâchait de vaincre sa répugnance pour Barras. Il était secondé par Réal, +Bruix, et les autres conseillers du général. Croyant avoir réussi, il +engagea Barras à inviter Bonaparte à dîner. Barras l'invita pour le +8 brumaire (30 octobre). Bonaparte s'y rendit. Après le dîner, +ils commencèrent à s'entretenir des affaires. Bonaparte et Barras +s'attendaient. Barras entra le premier en matière. Il débuta par des +généralités sur sa situation personnelle. Espérant sans doute que +Bonaparte affirmerait le contraire, il lui dit qu'il était malade, usé, +et condamné à renoncer aux affaires. Bonaparte gardant toujours le +silence, Barras ajouta que la république était désorganisée, qu'il +fallait, pour la sauver, concentrer le pouvoir et nommer un président; +et puis il nomma le général Hédouville, comme digne d'être élu. +Hédouville était aussi inconnu que peu capable. Barras déguisait sa +pensée, et désignait Hédouville pour ne pas se nommer lui-même. «Quant +à vous, général, ajouta-t-il, votre intention est de vous rendre à +l'armée; allez y acquérir une gloire nouvelle, et replacer la France à +son véritable rang. Moi, je vais me rejeter dans la retraite dont j'ai +besoin.» Bonaparte jeta un regard fixe sur Barras, ne répondit rien, et +laissa là l'entretien. Barras interdit n'ajouta plus une seule parole. +Bonaparte se retira sur-le-champ, et, avant de quitter le Luxembourg, +passa dans l'appartement de Sièyes. Il vint lui déclarer d'une manière +expresse qu'il voulait marcher avec lui seul, et qu'ils n'avaient plus +qu'à convenir des moyens d'exécution. L'alliance fut scellée dans cette +entrevue, et on convint de tout préparer pour le 18 ou le 20 brumaire. + +Bonaparte en rentrant chez lui y trouva Fouché, Réal et les amis de +Barras. «Eh bien, votre Barras, leur dit-il, savez-vous ce qu'il m'a +proposé? de faire un président qui serait Hédouville, c'est-à-dire lui, +et de m'en aller, moi, à l'armée. Il n'y a rien à faire avec un pareil +homme.» Les amis de Barras voulurent réparer cette maladresse et +cherchèrent à l'excuser. Mais Bonaparte insista peu, et changea +d'entretien, car son parti était pris. Fouché se rendit aussitôt chez +Barras, pour lui faire des reproches, et pour l'engager à aller corriger +l'effet de ses gaucheries. Dès le lendemain matin, Barras courut chez +Bonaparte pour excuser ses paroles de la veille; il lui offrit son +dévouement et sa coopération à tout ce qu'il voudrait tenter. Bonaparte +l'écouta peu, lui répondit par des généralités, et à son tour lui parla +de ses fatigues, de sa santé délabrée, et de son dégoût des hommes et +des affaires. + +Barras se vit perdu et sentit son rôle achevé. Il était temps qu'il +recueillît le prix de ses doubles intrigues et de ses lâches défections. +Les patriotes ardens n'en voulaient plus depuis sa conduite envers la +société du Manége; les républicains, attachés à la constitution de +l'an III, n'avaient que du mépris et de la défiance pour lui. Les +réformateurs, les politiques, n'y voyaient qu'un homme déconsidéré, et +lui appliquaient le mot de _pourri_, imaginé par Bonaparte. Il ne lui +restait que quelques intrigues avec les royalistes, au moyen de certains +émigrés cachés dans sa cour. Ces intrigues étaient fort anciennes: +elles avaient commencé dès le 18 fructidor. Il en avait fait part au +directoire, et s'était fait autoriser à les poursuivre, pour avoir dans +les mains les fils de la contre-révolution. Il s'était ainsi ménagé +le moyen de trahir à volonté la république ou le prétendant. Il était +question dans ce moment, avec ce dernier, d'une somme de quelques +millions, pour seconder son retour. Il est possible, du reste, que +Barras ne fût pas sincère avec le prétendant, car tous ses goûts +devaient être pour la république. Mais savoir au juste les préférences +de ce vieux corrompu, serait difficile. Peut-être les ignorait-il +lui-même. D'ailleurs, à ce point de corruption, un peu d'argent doit +malheureusement prévaloir sur toutes les préférences de goût ou +d'opinion. + +Fouché, désespéré de voir son patron perdu, désespéré surtout de se voir +compromis dans sa disgrâce, redoubla d'assiduités auprès de Bonaparte. +Celui-ci, se défiant d'un pareil homme, lui cacha tous ses secrets; mais +Fouché ne se rebutant pas, parce qu'il voyait la victoire de Bonaparte +assurée, résolut de vaincre ses rigueurs à force de services. Il avait +la police, il la faisait habilement, et il savait que l'on conspirait +partout. Il se garda d'en avertir le directoire, dont la majorité, +composée de Moulins, Gohier et Barras, aurait pu tirer de ses +révélations un parti funeste aux conjurés. + +Il y avait une quinzaine de jours que Bonaparte était à Paris, et +presque tout était déjà préparé. Berthier, Lannes, Murat, gagnaient +chaque jour les officiers et les généraux. Parmi eux, Bernadotte +par jalousie, Jourdan par attachement à la république, Augereau par +jacobinisme, s'étaient rejetés en arrière, et avaient communiqué +leurs craintes à tous les patriotes des cinq-cents; mais la masse des +militaires était gagnée. Moreau, républicain sincère, mais suspect aux +patriotes qui dominaient, mécontent du directoire qui avait si mal +récompensé ses talens, n'avait de recours qu'en Bonaparte. Caressé, +gagné par lui, et supportant très bien un supérieur, il déclara qu'il +seconderait tous ses projets. Il ne voulait pas être mis dans le secret, +car il avait horreur des intrigues politiques, mais il demandait à être +appelé au moment de l'exécution. Il y avait à Paris les 8e et 9e de +dragons, qui avaient servi autrefois sous Bonaparte en Italie, et qui +lui étaient dévoués. Le 21e de chasseurs, organisé par lui quand il +commandait l'armée de l'intérieur, et qui avait compté autrefois Murat +dans ses rangs, lui appartenait également. Ces régimens demandaient +toujours à défiler devant lui. Les officiers de la garnison, les +adjudans de la garde nationale, demandaient aussi à lui être présentés, +et ne l'avaient pas encore obtenu. Il différait, se réservant de faire +concourir cette réception avec ses projets. Ses deux frères, Lucien et +Joseph, et les députés de son parti, faisaient chaque jour de nouvelles +conquêtes dans les conseils. + +Une entrevue fut fixée le 15 brumaire avec Sièyes, pour convenir du plan +et des moyens d'exécution. Ce même jour, les conseils devaient donner un +banquet au général Bonaparte, comme on avait fait au retour d'Italie. Ce +n'était point comme alors les conseils qui le donnaient officiellement. +La chose avait été proposée en comité secret; mais les cinq-cents, qui, +dans le premier moment du débarquement, avaient nommé Lucien président, +pour honorer le général dans la personne de son frère, étaient +maintenant en défiance, et se refusaient à donner un banquet. Il fut +décidé alors qu'on le donnerait par souscription. Du reste, le nombre +des souscripteurs fut de six à sept cents. Le repas eut lieu à l'église +Saint-Sulpice; il fut froid et silencieux: tout le monde s'observait et +gardait la plus grande réserve. Il était visible qu'on s'attendait à un +grand événement, et qu'il était l'ouvrage d'une partie des assistans. +Bonaparte fut sombre et préoccupé. C'était assez naturel, puisqu'au +sortir de là il allait arrêter le lieu et l'heure d'une conjuration. A +peine le dîner était-il achevé, qu'il se leva, fit avec Berthier le tour +des tables, adressa quelques paroles aux députés, et se retira ensuite +précipitamment. + +Il se rendit chez Sièyes pour faire avec lui ses derniers arrangemens. +Là, on convint d'abord du gouvernement qu'on substituerait à celui qui +existait. Il fut arrêté qu'on suspendrait les conseils pour trois mois, +qu'on substituerait aux cinq directeurs trois consuls provisoires, qui, +pendant ces trois mois, auraient une espèce de dictature et seraient +chargés de faire une constitution. Bonaparte, Sièyes et Roger-Ducos, +devaient être les trois consuls. Il s'agissait ensuite de trouver les +moyens d'exécution. Sièyes avait la majorité assurée dans les anciens. +Comme on parlait tous les jours de projets incendiaires, formés par +les jacobins, on imagina de supposer de leur part un projet d'attentat +contre la représentation nationale. La commission des inspecteurs des +anciens, toute à la disposition de Sièyes, devait proposer de transférer +le corps législatif à Saint-Cloud. La constitution donnait, en effet, +ce droit au conseil des anciens. Ce conseil devait à cette mesure en +ajouter une autre qui n'était pas autorisée par la constitution, c'était +de confier le soin de protéger la translation à un général de son choix, +c'est-à-dire à Bonaparte. Les anciens devaient lui déférer en même temps +le commandement de la 17e division militaire et de toutes les troupes +cantonnées dans Paris. Bonaparte, avec ces forces, devait conduire le +corps législatif à Saint-Cloud. Là, on espérait devenir maître des +cinq-cents, et leur arracher le décret d'un consulat provisoire. +Sièyes et Roger-Ducos devaient donner ce jour même leur démission de +directeurs. On se proposait d'emporter celle de Barras, Gohier ou +Moulins. Alors le directoire était désorganisé par la dissolution de +la majorité; on allait dire aux cinq-cents qu'il n'y avait plus de +gouvernement, et on les obligeait à nommer les trois consuls. Ce plan +était parfaitement conçu, car il faut toujours, quand on veut faire +une révolution, déguiser l'illégal autant qu'on le peut, se servir +des termes d'une constitution pour la détruire, et des membres d'un +gouvernement pour le renverser. + +On fixa le 18 brumaire pour provoquer le décret de translation, et le +19 pour la séance décisive à Saint-Cloud. On se partagea la tâche. Le +décret de translation, le soin de l'obtenir, fut confié à Sièyes et à +ses amis. Bonaparte se chargea d'avoir la force armée et de conduire les +troupes aux Tuileries. + +Tout étant arrêté, ils se séparèrent. Il n'était bruit de toutes parts +que d'un grand événement près d'éclater. C'est toujours ainsi que cela +s'était passé. Il n'y a de révolutions qui réussissent que celles qui +peuvent être connues d'avance. Fouché d'ailleurs se gardait d'avertir +les trois directeurs restés en dehors de la conjuration. Dubois-Crancé, +malgré sa déférence pour les lumières de Bonaparte en matière de guerre, +était chaud patriote; il eut avis du projet, courut le dénoncer à Gohier +et à Moulins, mais n'en fut pas cru. Ils croyaient bien à une grande +ambition, mais non encore à une conjuration prête à éclater. Barras +voyait bien un grand mouvement; mais il se sentait perdu de toute façon, +et il se laissait lâchement aller aux événemens. + +La commission des anciens, que présidait le député Cornet, eut la +mission de tout préparer dans la nuit du 17 au 18, pour faire rendre le +décret de translation. On ferma les volets et les rideaux des fenêtres, +pour que le public ne fût pas averti par les lumières du travail de +nuit qui se faisait dans les bureaux de la commission. On eut soin +de convoquer le conseil des anciens pour sept heures, et celui des +cinq-cents pour onze. De cette manière, le décret de translation devait +être rendu avant que les cinq-cents fussent en séance; et, comme toute +délibération était interdite par la constitution à l'instant où le +décret de translation était promulgué, on fermait par cette promulgation +la tribune des cinq-cents, et on s'épargnait toute discussion +embarrassante. On eut un autre soin, ce fut de différer pour certains +députés l'envoi des lettres de convocation. On fut certain par là que +ceux dont on se défiait n'arriveraient qu'après la décision rendue. + +De son côté, Bonaparte avait pris toutes les précautions nécessaires. Il +avait mandé le colonel Sébastiani, qui commandait le 9e de dragons, pour +s'assurer des dispositions du régiment. Ce régiment se composait +de quatre cents hommes à pied et de six cents hommes à cheval. Il +renfermait beaucoup de jeunes soldats; mais les vieux soldats d'Arcole +et de Rivoli y donnaient le ton. Le colonel répondit du régiment à +Bonaparte. Il fut convenu que le colonel, sous prétexte de passer une +revue, sortirait à cinq heures de ses casernes, distribuerait son +monde, partie sur la place de la Révolution, partie dans le jardin des +Tuileries, et qu'il viendrait lui-même, avec deux cents hommes à cheval, +occuper les rues du Mont-Blanc et Chantereine. Bonaparte fit ensuite +dire aux colonels des autres régimens de cavalerie, qu'il les passerait +en revue le 18. Il fit dire aussi à tous les officiers qui demandaient +à lui être présentés, qu'il les recevrait le matin du même jour. Pour +excuser le choix de l'heure, il prétexta un voyage. Il avertit Moreau et +tous les généraux de vouloir bien se trouver rue Chantereine à la même +heure. A minuit, il envoya un aide-de-camp à Lefebvre pour l'engager à +passer chez lui à six heures du matin. Lefebvre était tout dévoué au +directoire; mais Bonaparte comptait bien qu'il ne résisterait pas à son +ascendant. Il n'avait fait prévenir ni Bernadotte ni Augereau. Il avait +eu soin, pour tromper Gohier, de s'inviter à dîner chez lui le 18 même, +avec toute sa famille, et en même temps, pour le décider à donner sa +démission, il le fit prier par sa femme de venir le lendemain matin, à +huit heures, déjeuner rue Chantereine. + +Le 18 au matin, un mouvement imprévu de ceux mêmes qui concouraient à +le produire, se manifesta de toutes parts. Une nombreuse cavalerie +parcourait les boulevards; tout ce qu'il y avait de généraux et +d'officiers dans Paris se rendaient en grand uniforme rue Chantereine, +sans se douter de l'affluence qu'ils allaient y trouver. Les députés +des anciens couraient à leur poste, étonnés de cette convocation +si soudaine. Les cinq-cents ignoraient, pour la plupart, ce qui se +préparait. Gohier, Moulins, Barras, étaient dans une complète ignorance. +Mais Sièyes, qui depuis quelque temps prenait des leçons d'équitation, +et Roger-Ducos, étaient déjà à cheval, et se rendaient aux Tuileries. + +Dès que les anciens se furent assemblés, le président de la commission +des inspecteurs prit la parole. La commission chargée de veiller à +la sûreté du corps législatif avait, dit-il, appris que des projets +sinistres se tramaient, que des conspirateurs accouraient en foule à +Paris, y tenaient des conciliabules, et y préparaient des attentats +contre la liberté de la représentation nationale. Le député Cornet +ajouta que le conseil des anciens avait dans les mains le moyen de +sauver la république, et qu'il devait en user. Ce moyen, c'était de +transférer le corps législatif à Saint-Cloud pour le soustraire aux +attentats des conspirateurs, de mettre pendant ce temps la tranquillité +publique sous la garde d'un général capable de l'assurer, et de choisir +Bonaparte pour ce général. A peine la lecture de cette proposition et du +décret qui la contenait était-elle achevée, qu'une certaine émotion +se manifesta dans le conseil. Quelques membres voulurent s'y opposer; +Cornudet, Lebrun, Fargues, Régnier, l'appuyèrent. Le nom de Bonaparte, +qu'on avait fait valoir, et de l'appui duquel on se savait assuré, +décida la majorité. A huit heures le décret était rendu. Il transférait +les conseils à Saint-Cloud, et les y convoquait pour le lendemain à +midi. Bonaparte était nommé général en chef de toutes les troupes +contenues dans la 17e division militaire, de la garde du corps +législatif, de la garde du directoire, des gardes nationales de Paris et +des environs. Lefebvre, le commandant actuel de la 17e division, était +mis sous ses ordres. Bonaparte avait ordre de venir à la barre recevoir +le décret, et prêter serment dans les mains du président. Un messager +d'état fut chargé de porter sur-le-champ le décret au général. + +Le messager d'état, qui était le député Cornet lui-même, trouva les +boulevards encombrés d'une nombreuse cavalerie; la rue du Mont-Blanc, la +rue Chantereine, remplies d'officiers et de généraux en grand uniforme. +Tous accouraient se rendre à l'invitation du général Bonaparte. Les +salons de celui-ci étant trop petits pour recevoir autant de monde, +il fit ouvrir les portes, s'avança sur le perron, et harangua les +officiers. Il leur dit que la France était en danger, et qu'il comptait +sur eux pour l'aider à la sauver. Le député Cornet lui présentant le +décret, il s'en saisit, le leur lut, et leur demanda s'il pouvait +compter sur leur appui. Tous répondirent, en mettant la main sur +leurs épées, qu'ils étaient prêts à le seconder. Il s'adressa aussi à +Lefebvre. Celui-ci, voyant les troupes en mouvement sans son ordre, +avait interrogé le colonel Sébastiani, qui, sans lui répondre, lui avait +enjoint d'entrer chez le général Bonaparte. Lefebvre était entré avec +humeur. «Eh bien! Lefebvre, lui dit Bonaparte, vous, l'un des soutiens +de la république, voulez-vous la laisser périr dans les mains de ces +_avocats_? Unissez-vous à moi pour m'aider à la sauver. Tenez, ajouta +Bonaparte en prenant un sabre, voilà le sabre que je portais aux +Pyramides; je vous le donne comme un gage de mon estime et de ma +confiance.--Oui, reprit Lefebvre tout ému, jetons les _avocats_ à la +rivière!» Joseph avait amené Bernadotte; mais celui-ci, voyant de quoi +il s'agissait, se retira pour aller avertir les patriotes. Fouché +n'était point dans le secret; mais, averti de l'événement, il avait +ordonné la fermeture des barrières, et suspendu le départ des courriers +et des voitures publiques. Il vint en toute hâte en avertir Bonaparte, +et lui faire ses protestations de dévouement. Bonaparte, qui l'avait +laissé de côté jusqu'ici, ne le repoussa point, mais lui dit que ses +précautions étaient inutiles, qu'il ne fallait ni fermer les barrières, +ni suspendre le cours ordinaire des choses, qu'il marchait avec la +nation et comptait sur elle. Bonaparte apprit dans le moment que Gohier +n'avait pas voulu se rendre à son invitation; il en témoigna quelque +humeur, et lui fit dire par un intermédiaire qu'il se perdrait +inutilement en voulant résister. Il monta aussitôt à cheval pour se +rendre aux Tuileries, et prêter serment devant le conseil des anciens. +Presque tous les généraux de la république étaient à cheval à ses côtés. +Moreau, Macdonald, Berthier, Lannes, Murat, Leclerc, étaient derrière +lui comme ses lieutenans. Il trouva aux Tuileries les détachemens du 9e, +les harangua, et, après les avoir enthousiasmés, entra dans le palais. + +Il se présenta devant les anciens, accompagné de ce magnifique +état-major. Sa présence causa une vive sensation, et prouva aux anciens +qu'ils s'étaient associés à un homme puissant, et qui avait tous les +moyens nécessaires pour faire réussir un coup d'état. Il se présenta à +la barre: «Citoyens représentans, dit-il, la république allait périr, +votre décret vient de la sauver! Malheur à ceux qui voudraient s'opposer +à son exécution; aidé de tous mes compagnons d'armes rassemblés ici +autour de moi, je saurai prévenir leurs efforts. On cherche en vain des +exemples dans le passé pour inquiéter vos esprits; rien dans l'histoire +ne ressemble au dix-huitième siècle, et rien dans ce siècle ne ressemble +à sa fin... Nous voulons la république..... Nous la voulons fondée sur +la vraie liberté, sur le régime représentatif... Nous l'aurons, je le +jure en mon nom, et au nom de mes compagnons d'armes.....» Nous le +jurons tous, répétèrent les généraux et les officiers qui étaient à la +barre. La manière dont Bonaparte venait de prêter son serment était +adroite, en ce qu'il avait évité de prêter serment à la constitution. Un +député voulut prendre la parole pour en faire la remarque; le président +la lui refusa, sur le motif que le décret de translation interdisait +toute délibération. On se sépara sur-le-champ. Bonaparte se rendit alors +dans le jardin, monta à cheval, accompagné de tous les généraux, +et passa en revue les régimens de la garnison, qui arrivaient +successivement. Il adressa une harangue courte et énergique aux soldats, +et leur dit qu'il allait faire une révolution qui leur rendrait +l'abondance et la gloire. Des cris de _vive Bonaparte!_ retentissaient +dans les rangs. Le temps était superbe, l'affluence extraordinaire: tout +semblait seconder l'inévitable attentat qui allait terminer la confusion +par le pouvoir absolu. + +Dans ce moment, les cinq-cents, avertis de la révolution qui se +préparait, s'étaient rendus en tumulte à la salle de leurs séances. A +peine réunis, ils avaient reçu un message des anciens, contenant le +décret de translation. A cette lecture, une foule de voix avaient éclaté +à la fois; mais le président Lucien Bonaparte les avait réduites au +silence, en vertu de la constitution qui ne leur permettait plus de +délibérer. Les cinq-cents s'étaient séparés aussitôt; les plus ardens, +courant les uns chez les autres, formaient des conciliabules, pour +s'indigner en commun, et imaginer quelques moyens de résistance. Les +patriotes des faubourgs étaient en grande agitation, et s'ameutaient +autour de Santerre. + +Pendant ce temps, Bonaparte, ayant achevé la revue des troupes, était +rentré aux Tuileries, et s'était rendu à la commission des inspecteurs +des anciens. Celle des cinq-cents avait entièrement adhéré à la +révolution nouvelle, et se prêtait à tout ce qu'on préparait. C'était là +que tout devait se faire, sous le prétexte d'exécuter la translation. +Bonaparte y siégea en permanence. Déjà le ministre de la justice +Cambacérès s'y était rendu. Fouché y vint de son côté. Sièyes et +Roger-Ducos venaient d'y donner leur démission. Il importait d'en avoir +encore une troisième au directoire, parce qu'alors la majorité étant +dissoute, il n'y avait plus de pouvoir exécutif, et on n'avait plus à +craindre un dernier acte d'énergie de sa part. On n'espérait pas que +Gohier ni Moulins la donnassent; on dépêcha M. de Talleyrand et l'amiral +Bruix à Barras, pour lui arracher la sienne. + +Bonaparte distribua ensuite le commandement des troupes. Il chargea +Murat, avec une nombreuse cavalerie et un corps de grenadiers, d'aller +occuper Saint-Cloud. Serrurier fut mis au _Point-du-Jour_ avec une +réserve. Lannes fut chargé de commander les troupes qui gardaient les +Tuileries. Bonaparte donna ensuite à Moreau une commission singulière, +et certainement la moins honorable de toutes, dans ce grand événement: +il le chargea d'aller, avec cinq cents hommes, garder le Luxembourg. +Moreau avait pour instruction de bloquer les directeurs, sous prétexte +de veiller à leur sûreté, et de leur interdire absolument toute +communication au dehors. Bonaparte fit signifier en même temps au +commandant de la garde directoriale de lui obéir, de quitter avec sa +troupe le Luxembourg, et de venir se rendre auprès de lui aux Tuileries. +On prit enfin une dernière et importante précaution, avec le secours de +Fouché. Le directoire avait la faculté de suspendre les municipalités; +le ministre Fouché, agissant en sa qualité de ministre de la police, +comme s'il était autorisé par le directoire, suspendit les douze +municipalités de Paris, et leur enleva tout pouvoir. Il ne restait, par +ce moyen, aux patriotes, aucun point de ralliement, ni au directoire, +ni dans les douze communes qui avaient succédé à la grande commune +d'autrefois. Fouché fit ensuite afficher des placards, pour inviter les +citoyens à l'ordre et au repos, et leur assurer qu'on travaillait dans +ce moment à sauver la république de ses périls. + +Ces mesures réussirent complètement. L'autorité du général Bonaparte +fut reconnue partout, bien que le conseil des anciens n'eût pas agi +constitutionnellement en la lui conférant. Ce conseil, en effet, pouvait +bien ordonner la translation, mais ne pouvait pas nommer un chef suprême +de la force armée. Moreau se rendit au Luxembourg, et le bloqua avec +cinq cents hommes. Le commandant de la garde directoriale, Jubé, +obéissant sur-le-champ aux ordres qu'il venait de recevoir, fit +monter sa troupe à cheval, et quitta le Luxembourg pour se rendre aux +Tuileries. Pendant ce temps, les trois directeurs, Moulins, Gohier +et Barras, étaient dans une cruelle perplexité. Moulins et Gohier, +s'apercevant enfin de la conjuration qui leur avait échappé, s'étaient +rendus dans l'appartement de Barras pour lui demander s'il voulait tenir +ferme avec eux, et former la majorité. Le voluptueux directeur était +dans le bain, et apprenait à peine ce que Bonaparte faisait dans Paris. +«Cet homme, s'écria-t-il avec une expression grossière, nous a tous +trompés.» Il promit de s'unir à ses collègues, car il promettait +toujours, et il envoya son secrétaire Bottot aux Tuileries pour aller à +la découverte. Mais à peine Gohier et Moulins l'eurent-ils quitté, qu'il +tomba dans les mains de Bruix et de M. de Talleyrand. Il n'était pas +difficile de lui faire sentir l'impuissance à laquelle il était réduit, +et on n'avait pas à craindre qu'il voulût succomber glorieusement en +défendant la constitution directoriale. On lui promit repos et fortune, +et il consentit à donner sa démission. On lui avait rédigé une lettre +qu'il signa, et que MM. de Talleyrand et Bruix se hâtèrent de porter +à Bonaparte. Dès cet instant, Gohier et Moulins firent pour parvenir +auprès de lui des efforts inutiles, et apprirent qu'il venait de se +démettre. Réduits à eux seuls, n'ayant plus le droit de délibérer, ils +ne savaient quel parti prendre, et ils voulaient cependant remplir +loyalement leurs devoirs envers la constitution de l'an III. Ils +résolurent donc de se rendre à la commission des inspecteurs, pour +demander à leurs deux collègues, Sièyes et Ducos, s'ils voulaient se +réunir à eux pour reconstituer la majorité, et promulguer du moins le +décret de translation. C'était là une triste ressource. Il n'était +pas possible de réunir une force armée, et de venir lever un étendard +contraire à celui de Bonaparte; dès lors il était inutile d'aller aux +Tuileries, affronter Bonaparte au milieu de son camp et de toutes ses +forces. + +Ils s'y rendirent cependant, et on les y laissa aller. Ils trouvèrent +Bonaparte entouré de Sièyes, Ducos, d'une foule de députés et d'un +nombreux état-major. Bottot, le secrétaire de Barras, venait d'être fort +mal accueilli. Bonaparte, élevant la voix, lui avait dit: «Qu'a-t-on +fait de cette France, que j'avais laissée si brillante? j'avais laissé +la paix, j'ai retrouvé la guerre; j'avais laissé des victoires, j'ai +retrouvé des revers; j'avais laissé les millions de l'Italie, et j'ai +trouvé des lois spoliatrices et la misère. Que sont devenus cent mille +Français que je connaissais, tous mes compagnons de gloire? ils sont +morts!» L'envoyé Bottot s'était retiré atterré; mais dans ce moment la +démission de Barras était arrivée et avait calmé le général. Il dit à +Gohier et Moulins qu'il était satisfait de les voir; qu'il comptait +sur leur démission, parce qu'il les croyait trop bons citoyens pour +s'opposer à une révolution inévitable et salutaire. Gohier répondit avec +force qu'il ne venait avec son collègue Moulins que pour travailler +à sauver la république. «Oui, repartit Bonaparte, la sauver, et avec +quoi?... avec les moyens de la constitution, qui croule de toutes +parts?--Qui vous a dit cela? répliqua Gohier. Des personnes qui n'ont ni +le courage, ni la volonté de marcher avec elle.» Une altercation assez +vive s'engagea entre Gohier et Bonaparte. Dans ce moment, on apporta +un billet au général. Il contenait l'avis d'une grande agitation au +faubourg Saint-Antoine. «Général Moulins, dit Bonaparte, vous êtes +parent de Santerre?--Non, répondit Moulins, je ne suis pas son parent, +mais son ami.--J'apprends, ajouta Bonaparte, qu'il remue dans les +faubourgs; dites-lui qu'au premier mouvement je le fais fusiller.» +Moulins répliqua avec force à Bonaparte, qui lui répéta qu'il ferait +fusiller Santerre. L'altercation continua avec Gohier. Bonaparte lui dit +en finissant: «La république est en péril, il faut la sauver... _je le +veux_. Sièyes et Ducos ont donné leur démission; Barras vient de donner +la sienne. Vous êtes deux, isolés, impuissans, vous ne pouvez rien; je +vous engage à ne pas résister.» Gohier et Moulins répondirent qu'ils ne +déserteraient pas leur poste. Ils retournèrent au Luxembourg, où ils +furent dès ce moment consignés, séparés l'un de l'autre, et privés de +toute communication par les ordres de Bonaparte transmis à Moreau. +Barras venait de partir pour sa terre de Gros-Bois, escorté par un +détachement de dragons. + +Il n'y avait donc plus de pouvoir exécutif! Bonaparte avait seul la +force dans les mains. Tous les ministres étaient réunis auprès de lui, à +la commission des inspecteurs. Tous les ordres partaient de là, comme +du seul point où il existât une autorité organisée. La journée s'acheva +avec assez de calme. Les patriotes formaient de nombreux conciliabules, +proposaient des résolutions désespérées, mais sans croire à la +possibilité de les exécuter, tant on redoutait l'ascendant de Bonaparte +sur les troupes! + +Le soir on tint conseil à la commission des inspecteurs. L'objet de ce +conseil était de convenir, avec les principaux membres des anciens, de +ce qu'on ferait le lendemain à Saint-Cloud. Le projet arrêté avec +Sièyes était de proposer l'ajournement des conseils avec un consulat +provisoire. Cette proposition présentait quelques difficultés. Beaucoup +de membres des anciens, qui avaient contribué à rendre le décret +de translation, s'effrayaient maintenant de la domination du parti +militaire. Ils n'avaient pas cru que l'on songeât à créer une dictature +au profit de Bonaparte et de ses deux associés; ils auraient voulu +seulement que l'on composât autrement le directoire, et, malgré l'âge de +Bonaparte, ils auraient consenti à le nommer directeur. Ils en firent +la proposition. Mais Bonaparte répondit, d'un ton décidé, que la +constitution ne pouvait plus marcher, qu'il fallait une autorité plus +concentrée, et surtout un ajournement de tous les débats politiques qui +agitaient la république. La nomination de trois consuls et la suspension +des conseils jusqu'au 1er ventôse furent donc proposées. Après une +discussion assez longue, ces mesures furent adoptées. On choisit +Bonaparte, Sièyes et Ducos pour consuls. Le projet fut rédigé et dut +être proposé le lendemain matin à Saint-Cloud. Sièyes, connaissant +parfaitement les mouvemens révolutionnaires, voulait qu'on arrêtât dans +la nuit quarante des meneurs des cinq-cents. Bonaparte ne le voulut pas, +et eut à s'en repentir. + +La nuit fut assez tranquille. Le lendemain matin, 19 brumaire (10 +novembre), la route de Saint-Cloud était couverte de troupes, de +voitures et de curieux. Trois salles avaient été préparées au château: +l'une pour les anciens, l'autre pour les cinq-cents, la troisième +pour la commission des inspecteurs et pour Bonaparte. Les préparatifs +devaient être achevés à midi, mais ils ne purent l'être avant deux +heures. Ce retard manqua de devenir funeste aux auteurs de la révolution +nouvelle. Les députés des deux conseils se promenaient dans les jardins +de Saint-Cloud, et s'entretenaient ensemble avec une extrême vivacité. +Ceux des cinq-cents, irrités d'avoir été déportés en quelque sorte par +ceux des anciens, avant même qu'ils pussent prendre la parole, leur +demandaient naturellement ce qu'ils voulaient, ce qu'ils projetaient +pour la journée. «Le gouvernement est décomposé, leur disaient-ils; +eh bien, soit; nous convenons qu'il faut le recomposer, et qu'il en a +besoin. Voulez-vous, au lieu d'hommes ineptes et sans renommée, y porter +des hommes imposans; voulez-vous y porter Bonaparte?..... quoiqu'il +n'ait pas l'âge requis, nous y consentons encore.» Ces questions +pressantes, embarrassaient les anciens. Il fallait convenir qu'on +voulait autre chose, et qu'on avait le projet d'un renversement de +constitution. Quelques-uns d'entre eux firent des insinuations à ce +sujet; mais elles furent mal accueillies. Les anciens, déjà effrayés la +veille de ce qui s'était passé à la commission des inspecteurs, furent +ébranlés tout à fait, en voyant la résistance qui se manifestait dans +les cinq-cents. Dès ce moment, les dispositions du corps législatif +parurent douteuses, et le projet de révolution fut très compromis. +Bonaparte était à cheval à la tête de ses troupes; Sièyes et Ducos +avaient une chaise de poste, attelée de six chevaux, qui les attendait +à la grille de Saint-Cloud. Beaucoup d'autres personnages en avaient +aussi, se disposant, en cas d'échec, à prendre la fuite. Sièyes, du +reste, montra dans toute cette scène un rare sang-froid et une grande +présence d'esprit. On craignait que Jourdan, Augereau et Bernadotte +ne vinssent parler aux troupes. On donna l'ordre de sabrer le premier +individu qui se présenterait pour les haranguer, représentant ou +général, n'importe. + +La séance des deux conseils s'ouvrit à deux heures. Dans les anciens, +des réclamations s'élevèrent de la part des membres qui n'avaient pas +été convoqués la veille pour assister à la discussion sur le décret de +translation. Ces réclamations furent écartées, puis on s'occupa d'une +notification aux cinq-cents, pour leur apprendre que le conseil était en +majorité, et prêt à délibérer. Aux cinq-cents, la délibération commença +autrement. Le député Gaudin, qui avait mission de Sièyes et de Bonaparte +d'ouvrir la discussion, parla d'abord des dangers que courait la +république, et proposa deux choses: premièrement de remercier les +anciens d'avoir transféré le corps législatif à Saint-Cloud, et +secondement de former une commission chargée de faire un rapport sur les +dangers de la république, et sur les moyens de pourvoir à ces dangers. +Si cette proposition avait été adoptée, on avait un rapport tout +préparé, et on eût proposé le consulat provisoire et l'ajournement. +Mais à peine le député Gaudin a-t-il achevé de parler, qu'un orage +épouvantable éclate dans l'assemblée. Des cris violens retentissent; on +entend de toutes parts: «A bas les dictateurs, point de dictature, vive +la constitution!--La constitution ou la mort! s'écrie Delbrel.... Les +baïonnettes ne nous effraient pas, nous sommes libres ici.» Ces paroles +sont suivies de nouveaux cris. Quelques députés furieux répètent +en regardant le président Lucien: «Point de dictature, à bas les +dictateurs!» A ces cris insultans, Lucien prend la parole. «Je sens +trop, dit-il, la dignité de président pour souffrir plus long-temps les +menaces insolentes de certains orateurs; je les rappelle à l'ordre.» +Cette injonction ne les calme pas, et les rend plus furieux. Après une +longue agitation, le député Grandmaison propose de prêter serment à la +constitution de l'an III. La proposition est aussitôt accueillie. On +demande de plus l'appel nominal. L'appel nominal est aussi adopté. +Chaque député vient à son tour prêter serment à la tribune, aux cris et +aux applaudissemens de tous les assistans. Lucien est obligé lui-même de +quitter le fauteuil, pour prêter le serment qui ruine les projets de son +frère. + +Les événemens prenaient une tournure dangereuse. Au lieu de nommer une +commission pour écouter des projets de réforme, les cinq-cents prêtaient +un serment de maintenir ce qui existait, et les anciens ébranlés étaient +prêts à reculer. C'était une révolution manquée. Le danger était +imminent. Augereau, Jourdan, les patriotes influens, étaient à +Saint-Cloud, attendant le moment favorable pour ramener les troupes de +leur côté. Bonaparte et Sièyes arrêtent sur-le-champ qu'il faut agir, et +ramener à soi la masse flottante. Bonaparte se décide à se présenter aux +deux conseils à la tête de son état-major. Il rencontre Augereau, qui +d'un ton railleur lui dit: «Vous voilà dans une jolie position!--Les +affaires étaient en bien plus mauvais état à Arcole,» lui répond +Bonaparte; et il se rend à la barre des anciens. Il n'avait point +l'habitude des assemblées. Parler pour la première fois en public est +embarrassant, effrayant même pour les esprits les plus fermes, et dans +les circonstances les plus ordinaires. Au milieu de pareils événemens, +et pour un homme qui n'avait jamais paru à une tribune, ce devait être +bien plus difficile encore. Bonaparte, fort ému, prend la parole, +et d'une voix entrecoupée, mais forte, dit aux anciens: «Citoyens +représentans, vous n'êtes point dans des circonstances ordinaires, mais +sur un volcan. Permettez-moi quelques explications. Vous avez cru +la république en danger; vous avez transféré le corps législatif à +Saint-Cloud; vous m'avez appelé pour assurer l'exécution de vos décrets; +je suis sorti de ma demeure pour vous obéir, et déjà on nous abreuve +de calomnies, moi et mes compagnons d'armes: on parle d'un nouveau +Cromwell, d'un nouveau César. Citoyens, si j'avais voulu d'un tel rôle, +il m'eût été facile de le prendre au retour d'Italie, au moment du plus +beau triomphe, et lorsque l'armée et les partis m'invitaient à m'en +emparer. Je ne l'ai pas voulu alors, je ne le veux pas aujourd'hui. +Ce sont les dangers seuls de la patrie qui ont éveillé mon zèle et le +vôtre.» Bonaparte fait ensuite, toujours d'une voix émue, le tableau de +la situation dangereuse de la république, déchirée par tous les partis, +menacée d'une nouvelle guerre civile dans l'Ouest, et d'une invasion +vers le Midi. «Prévenons, ajoute-t-il, tant de maux; sauvons les deux +choses pour lesquelles nous avons fait tant de sacrifices, la liberté et +l'égalité...--Parlez donc aussi de la constitution!» s'écrie le député +Linglet. Cette interruption déconcerte un instant le général; mais +bientôt il se remet; et d'une voix entrecoupée il répond: «De +constitution! vous n'en avez plus. C'est vous qui l'avez détruite, en +attentant, le 18 fructidor, à la représentation nationale, en annulant, +le 22 floréal, les élections populaires, et en attaquant, le 30 +prairial, l'indépendance du gouvernement. Cette constitution dont vous +parlez, tous les partis veulent la détruire. Ils sont tous venus me +faire confidence de leurs projets, et m'offrir de les seconder. Je +ne l'ai pas voulu; mais, s'il le faut, je nommerai les partis et les +hommes.--Nommez-les, s'écrient alors les opposans, nommez-les, demandez +un comité secret.» Une longue agitation succède à cette interruption. +Bonaparte reprend enfin la parole, et peignant de nouveau l'état où la +France est placée, engage les anciens à prendre des mesures qui puissent +la sauver. «Environné, dit-il, de mes frères d'armes, je saurai vous +seconder. J'en atteste ces braves grenadiers, dont j'aperçois les +baïonnettes, et que j'ai si souvent conduits à l'ennemi; j'en atteste +leur courage, nous vous aiderons à sauver la patrie. Et si quelque +orateur, ajoute Bonaparte d'une voix menaçante, si quelque orateur, payé +par l'étranger, parlait de me mettre hors la loi, alors j'en appellerais +à mes compagnons d'armes. Songez que je marche accompagné du dieu de la +fortune et du dieu de la guerre.» + +Ces paroles audacieuses étaient un avis pour les cinq-cents. Les anciens +les accueillirent très bien, et parurent ramenés par la présence du +général. Ils lui accordèrent les honneurs de la séance. + +Bonaparte, après avoir réchauffé les anciens, songe à se rendre aux +cinq-cents, pour essayer de leur imposer. Ils s'avance suivi de quelques +grenadiers; il entre, mais il les laisse derrière lui au bout de la +salle. Il avait à parcourir la moitié de l'enceinte pour arriver à la +barre. A peine est-il arrivé au milieu, que des cris furieux partent de +toutes parts. «Quoi, s'écrient une foule de voix, des soldats ici! des +armes! Que veut-on?... A bas le dictateur! à bas le tyran!» Un grand +nombre de députés s'élancent au milieu de la salle, entourent le +général, lui adressent les interpellations les plus vives! «Quoi! lui +dit-on, c'est pour cela que vous avez vaincu?... Tous vos lauriers sont +flétris... Votre gloire s'est changée en infamie. Respectez le temple +des lois. Sortez, sortez!» Bonaparte est confondu au milieu de la foule +qui le presse. Les grenadiers qu'il avait laissés à la porte, accourent, +repoussent les députés, et le saisissent au milieu du corps. On dit que +dans ce tumulte, des grenadiers reçurent des coups de poignard qui lui +étaient destinés. Le grenadier Thomé eut ses vêtemens déchirés. Il est +très possible que, dans le tumulte, ses vêtemens aient été déchirés, +sans qu'il y eût là des poignards. Il est possible aussi que des +poignards fussent dans plus d'une main. Des républicains qui croyaient +voir un nouveau César, pouvaient s'armer du fer de Brutus, sans être des +assassins. Il y a une grande faiblesse à les en justifier. Quoi qu'il +en soit, Bonaparte est emporté hors de la salle. On dit qu'il était +troublé, ce qui n'est pas plus étonnant que la supposition des +poignards. Il monte à cheval, se rend auprès des troupes, leur dit qu'on +a voulu l'assassiner, que ses jours ont été en péril, et est accueilli +partout par les cris de _vive Bonaparte!_ + +Dans ce moment l'orage continue, plus violent que jamais, dans +l'assemblée, et se dirige contre Lucien. Celui-ci déploie une fermeté et +un courage rares. «Votre frère est un tyran, lui dit-on; en un jour il +a perdu toute sa gloire.» Lucien cherche en vain à le justifier. «Vous +n'avez pas voulu, dit-il, l'entendre. Il venait vous expliquer sa +conduite, vous faire connaître sa mission, répondre à toutes les +questions que vous ne cessez d'adresser depuis que vous êtes réunis. +Ses services méritaient du moins qu'on lui donnât le temps de +s'expliquer.--Non, non, à bas le tyran! s'écrient les patriotes furieux. +Hors la loi! ajoutent-ils, hors la loi!» Ce mot était terrible, il avait +perdu Robespierre. Prononcé contre Bonaparte, il pouvait peut-être faire +hésiter les troupes, et les détacher de lui. Lucien, avec courage, +résiste à la proposition de mise hors la loi, et demande auparavant +qu'on écoute son frère. Il lutte long-temps au milieu d'un tumulte +épouvantable. Enfin, déposant sa toque et sa toge: «Misérables, +s'écrie-t-il, vous voulez que je mette hors la loi mon propre frère! Je +renonce au fauteuil, et je vais me rendre à la barre pour défendre celui +qu'on accuse.» + +Dans ce moment, Bonaparte entendait du dehors la scène qui se passait +dans l'assemblée. Il craignait pour son frère; il envoie dix grenadiers +pour l'arracher de la salle. Les grenadiers entrent, trouvent Lucien au +milieu d'un groupe, le saisissent par le bras en lui disant que c'est +par ordre de son frère, et l'entraînent hors de l'enceinte. C'était le +moment de prendre un parti décisif. Tout était perdu si on hésitait. Les +moyens oratoires de ramener l'assemblée étant devenus impossibles, il +ne restait que la force; il fallait hasarder un de ces actes audacieux, +devant lesquels hésitent toujours les usurpateurs. César hésita en +passant le Rubicon, Cromwell en fermant le parlement. Bonaparte se +décide à faire marcher les grenadiers sur l'assemblée. Il monte à cheval +avec Lucien, et parcourt le front des troupes. Lucien les harangue. «Le +conseil des cinq-cents est dissous, leur dit-il, c'est moi qui vous le +déclare. Des assassins ont envahi la salle des séances, et ont fait +violence à la majorité; je vous somme de marcher pour la délivrer.» +Lucien jure ensuite que lui et son frère seront les défenseurs fidèles +de la liberté. Murat et Leclerc ébranlent alors un bataillon de +grenadiers, et le conduisent à la porte des cinq-cents. Ils s'avancent +jusqu'à l'entrée de la salle. A la vue des baïonnettes, les députés +poussent des cris affreux, comme ils avaient fait à la vue de Bonaparte. +Mais un roulement de tambours couvre leurs cris. _Grenadiers, en avant!_ +s'écrient les officiers. Les grenadiers entrent dans la salle, et +dispersent les députés qui s'enfuient les uns par les couloirs, les +autres par les fenêtres. En un instant la salle est évacuée, et +Bonaparte reste maître de ce déplorable champ de bataille. + +La nouvelle est portée aux anciens, qui en sont remplis d'inquiétude et +de regrets. Ils n'avaient pas souhaité un pareil attentat. Lucien se +présente à leur barre, et vient justifier sa conduite à l'égard des +cinq-cents. On se contente de ses raisons, car que faire dans une +pareille situation?... Il fallait en finir, et remplir l'objet qu'on +s'était proposé. Le conseil des anciens ne pouvait pas décréter à lui +seul l'ajournement du corps législatif et l'institution du consulat. Le +conseil des cinq-cents était dissous; mais il restait une cinquantaine +de députés, partisans du coup d'état. On les réunit, et on leur fait +rendre le décret, objet de la révolution qu'on venait de faire. Le +décret est ensuite porté aux anciens, qui l'adoptent vers le milieu +de la nuit. Bonaparte, Roger-Ducos, Sièyes, sont nommés consuls +provisoires, et revêtus de toute la puissance exécutive. Les conseils +sont ajournés au 1er ventôse prochain. Ils sont remplacés par deux +commissions de vingt-cinq membres chacune, prises dans les conseils, +et chargées d'approuver les mesures législatives que les trois consuls +auront besoin de prendre. Les consuls et les commissions sont chargés de +rédiger une constitution nouvelle. + +Telle fut la révolution du 18 brumaire, jugée si diversement par les +hommes, regardée par les uns comme l'attentat qui anéantit l'essai de +notre liberté, par les autres comme un acte hardi, mais nécessaire, qui +termina l'anarchie. Ce qu'on en peut dire, c'est que la révolution, +après avoir pris tous les caractères, monarchique, républicain, +démocratique, prenait enfin le caractère militaire, parce qu'au milieu +de cette lutte perpétuelle avec l'Europe, il fallait qu'elle se +constituât d'une manière solide et forte. Les républicains gémissent +de tant d'efforts infructueux, de tant de sang inutilement versé pour +fonder la liberté en France, et ils déplorent de la voir immolée par +l'un des héros qu'elle avait enfantés. En cela le plus noble sentiment +les trompe. La révolution, qui devait nous donner la liberté, et qui a +tout préparé pour que nous l'ayons un jour, n'était pas, et ne devait +pas être elle-même la liberté. Elle devait être une grande lutte contre +l'ancien ordre de choses. Après l'avoir vaincu en France, il fallait +qu'elle le vainquît en Europe. Mais une lutte si violente n'admettait +pas les formes et l'esprit de la liberté. On eut un moment de liberté +sous la constituante, et il fut court; mais quand le parti populaire +devint menaçant au point d'intimider tous les esprits; quand il envahit +les Tuileries au 10 août; quand au 2 septembre il immola tous ceux qui +lui donnaient des défiances; quand au 21 janvier il obligea tout le +monde à se compromettre avec lui en trempant les mains dans le sang +royal; quand il obligea, en août 93, tous les citoyens à courir aux +frontières, ou à livrer leur fortune; quand il abdiqua lui-même sa +puissance, et la remit à ce grand comité de salut public, composé de +douze individus, y avait-il, pouvait-il y avoir liberté? Non; il y avait +un violent effort de passions et d'héroïsme; il y avait cette tension +musculaire d'un athlète qui lutte contre un ennemi puissant. Après ce +moment de danger, après nos victoires, il y eut un instant de relâche. +La fin de la convention et le directoire présentèrent des momens de +liberté. Mais la lutte avec l'Europe ne pouvait être que passagèrement +suspendue. Elle recommença bientôt; et au premier revers les partis se +soulevèrent tous contre un gouvernement trop modéré, et invoquèrent un +bras puissant. Bonaparte, revenant d'Orient, fut salué comme souverain, +et appelé au pouvoir. On dira vainement que Zurich avait sauvé la +France. Zurich était un accident, un répit; il fallait encore Marengo et +Hohenlinden pour la sauver. Il fallait plus que des succès militaires, +il fallait une réorganisation puissante à l'intérieur de toutes les +parties du gouvernement, et c'était un chef politique plutôt qu'un chef +militaire dont la France avait besoin. Le 18 et le 19 brumaire étaient +donc nécessaires. On pourrait seulement dire que le 20 fut condamnable, +et que le héros abusa du service qu'il venait de rendre. Mais on +répondra qu'il venait achever une tâche mystérieuse, qu'il tenait, sans +s'en douter, de la destinée, et qu'il accomplissait sans le vouloir. Ce +n'était pas la liberté qu'il venait continuer, car elle ne pouvait pas +exister encore; il venait, sous les formes monarchiques, continuer la +révolution dans le monde; il venait la continuer en se plaçant, lui +plébéien, sur un trône; en conduisant le pontife à Paris pour verser +l'huile sacrée sur un front plébéien; en créant une aristocratie avec +des plébéiens, en obligeant les vieilles aristocraties à s'associer à +son aristocratie plébéienne; en faisant des rois avec des plébéiens; +enfin en recevant dans son lit la fille des Césars, et en mêlant un sang +plébéien à l'un des sangs les plus vieux de l'Europe; en mêlant enfin +tous les peuples, en répandant les lois françaises en Allemagne, en +Italie, en Espagne; en donnant des démentis à tant de prestiges, en +ébranlant, en confondant tant de choses. Voilà quelle tâche profonde +il allait remplir; et pendant ce temps la nouvelle société allait se +consolider à l'abri de son épée, et la liberté devait venir un jour. +Elle n'est pas venue, elle viendra. J'ai décrit la première crise qui +en a préparé les élémens en Europe; je l'ai fait sans haine, plaignant +l'erreur, révérant la vertu, admirant la grandeur, tâchant de saisir les +profonds desseins de la Providence dans ces grands événemens, et les +respectant dès que je croyais les avoir saisis. + + +FIN DU DIXIÈME ET DERNIER VOLUME. + + + + +TABLE DES CHAPITRES CONTENUS DANS LE TOME DIXIÈME. + + + +CHAPITRE XIII. + +Expédition d'Égypte. Départ de Toulon; arrivée devant Malte; conquête +de cette île. Départ pour l'Égypte; débarquement à Alexandrie; prise +de cette place. Marche sur le Caire; combat de Chébreïss. Bataille des +Pyramides; occupation du Caire. Travaux administratifs de Bonaparte en +Égypte; établissement de la nouvelle colonie. Bataille navale d'Aboukir, +destruction de la flotte française par les Anglais. + +CHAPITRE XIV. + +Effet de l'expédition d'Égypte en Europe. Conséquences funestes de la +bataille navale d'Aboukir.--Déclaration de guerre de la Porte.--Efforts +de l'Angleterre pour former une nouvelle coalition.--Conférences avec +l'Autriche à Selz. Progrès des négociations de Rastadt.--Nouvelles +commotions en Hollande, en Suisse et dans les républiques italiennes. +Changement de la constitution cisalpine; grands embarras du directoire +à ce sujet.--Situation intérieure. Une nouvelle opposition se prononce +dans les conseils.--Disposition générale à la guerre. Loi sur la +conscription.--Finances de l'an VII.--Reprise des hostilités. Invasion +des états romains par l'armée napolitaine--Conquête du royaume de Naples +par le général Championnet.--Abdication du roi de Piémont. + +CHAPITRE XV. + +État de l'administration de la République et des armées au commencement +de 1799.--Préparatifs militaires.--Levée de 200 mille +conscrits.--Moyens et plans de guerre du directoire et des puissances +coalisées.--Déclaration de guerre de l'Autriche.--Ouverture de +la campagne de 1799.--Invasion des Grisons,--Combatte +Pfullendorf.--Bataille de Stockach.--Retraite de Jourdan.--Opérations +militaires en Italie.--Bataille de Magnano; retraite de +Schérer.--Assassinat des plénipotentiaires français à Rastadt.--Effets +de nos premiers revers.--Accusations multipliées contre le directoire. +--Élections de l'an VII.--Sièyes est nommé directeur, en remplacement de +Rewbell. + +CHAPITRE XVI. + +Continuation de la campagne de 1799; Masséna réunit le commandement +des armées d'Helvétie et du Danube, et occupe la ligne de la +Limmat.--Arrivée de Suwarow en Italie. Schérer transmet le commandement +à Moreau. Bataille de Cassano. Retraite de Moreau au-delà du Pô et de +l'Apennin.--Essai de jonction avec l'armée de Naples; bataille de la +Trebbia.--Coalition de tous les partis contre le directoire.--Révolution +du 30 prairial.--Larévellière et Merlin sortent du directoire. + +CHAPITRE XVII. + +Formation du nouveau directoire.--Moulins et Roger-Ducos remplacent +Larévellière et Merlin.--Changement dans le ministère.--Levée de toutes +les classes de conscrits.--Emprunt forcé de cent millions.--Loi des +otages.--Nouveaux plans militaires.--Reprises des opérations en +Italie; Joubert général en chef; bataille de Novi, et mort de +Joubert.--Débarquement des Anglo-Russes en Hollande.--Nouveaux troubles +à l'intérieur; déchaînement des patriotes; arrestation de onze +journalistes; renvoi de Bernadotte; proposition de déclarer la patrie en +danger. + +CHAPITRE XVIII. + +Suite des opérations de Bonaparte en Égypte. Conquête de la Haute-Égypte +par Desaix; bataille de Sédiman.--Expédition de Syrie; prise du +fort d'El-Arisch et de Jaffa; bataille du Mont-Thabor; siége de +Saint-Jean-d'Acre.--Retour en Égypte; bataille d'Aboukir.--Départ de +Bonaparte pour la France.--Opérations en Europe. Marche de l'archiduc +Charles sur le Rhin, et de Suwarow en Suisse: mouvement de Masséna; +mémorable victoire de Zurich; situation périlleuse de Suwarow; sa +retraite désastreuse; la France sauvée.--Événemens en Hollande; défaite +et capitulation des Anglo-Russes; évacuation de la Hollande. Fin de la +campagne de 1799. + +CHAPITRE XIX. + +Retour de Bonaparte; son débarquement à Fréjus; enthousiasme qu'il +inspire.--Agitation de tous les partis à son arrivée.--Il se coalise +avec Sièyes pour renverser la constitution directoriale.--Préparatifs et +journée du 18 brumaire.--Renversement de la constitution de l'an III; +institution du consulat provisoire.--Fin de cette histoire. + + +FIN DE LA TABLE. + + + + + + + +TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES CONTENUES DANS CET OUVRAGE + + +Les chiffres romains indiquent le tome, et les chiffres arabes la page. + +(Les numéros de pages réfèrent à l'édition originale. Ils ont été +retenus ici, bien que la présente édition n'ait pas de pagination) + + ABBAYE. Le peuple enfonce les portes de l'Abbaye pour délivrer + les soldats des gardes-françaises. I, 80. + Les Suisses faits prisonniers le 10 août y sont transférés. II, 270. + Vingt-quatre prêtres sont égorgés dans la cour de l'Abbaye, 316-318. + + ABOUKIR. Bataille navale de ce nom. X, 51-57. + Ses conséquences funestes. 61 et suiv. + Autre bataille sanglante livrée par Bonaparte dans ce village; + détails militaires. 304-310. + + ACRE (Saint-Jean d'). Siège de cette ville. (Voyez _Égypte_.) + + ADIGE. Raisons qui déterminent Bonaparte à placer ses lignes + sur ce fleuve. VIII, 206-207. + Description du cours de ce fleuve. 273 et suiv. + Arrivée de Wurmser sur ce fleuve. 276 et suiv. + + ADMINISTRATION. Réorganisation nouvelle de l'administration + des vivres. III, 130 et suiv. + + AGIOTAGE. Ce qui l'amène et sur quoi il s'exerce en 93. IV, 334 + et suiv. + Quelques députés s'y livrent ou sont accusés de s'y livrer. 340-341. + On les regarde comme agens de la faction étrangère. 341-342. + Il se ranime en mai et avril 95. Ses causes. VII, 191 et suiv. + Réunion des agioteurs au café de Chartres. Vaines précautions pour + parer aux inconvéniens de ce trafic. 193. + + AGRICULTURE. Réglemens du gouvernement révolutionnaire pour + l'amélioration de l'agriculture. VI, 87-88. + + AMI DU PEUPLE (l'), journal rédigé par Marat, II. 84. + + AMI DU ROI (l'). L'auteur de ce journal est mis en accusation. II, 84. + + ANGLETERRE. Politique de l'Angleterre à l'égard de la France, à l'époque + de la révolution. I, 216-217. + Sa guerre avec la France et sa prépondérance en Europe. VI, 34-48. + Elle reste seule ennemie de la France après la soumission de la Vendée. + Sa position politique. VII, 164 et suiv. + Alarmes et détresse de l'Angleterre après nos victoires en Italie et + au nord, et l'alliance avec l'Espagne. VIII, 266 et suiv. + Situation embarrassante de l'Angleterre après les préliminaires de + Léoben, Nouvelles négociations de paix. IX, 141-145. + Conférences de Lille. 235-245. + Projet de descente en Angleterre. 360 et suiv. + Ses efforts pour organiser une nouvelle coalition contre la France. X, + 61 et suiv. + + AOÛT (10). Détails circonstanciés de cette journée. II, 234-257, 258 et suiv. + Fête de l'anniversaire de cette journée. IV, 353-357. + + APPEL AU PEUPLE. Il est proposé et discuté dans la convention lors du + procès du roi. III, 230 et suiv. + + APPROVISIONNEMENT. Difficultés qui empêchent l'approvisionnement de + Paris. I, 108-109. + + ARCOLE. Détails de cette bataille. VIII, 367-374. + + ARGONNE. Divers combats sont livrés dans cette forêt. II, 352 et suiv. + + ARISTOCRATIE. Sa politique après le 14 juillet. I, 116-117. + + ARMÉE. État de l'armée et révoltes des troupes dans diverses provinces. + I, 245 et suiv. + + ARMÉE RÉVOLUTIONNAIRE (l') est organisée. V, 58-60. + Est licenciée. VI, 9. + + ARMÉES. Dispositions de nos armées pour s'opposer à l'invasion + étrangère. II, 294 et suiv. + + ARMOIRE DE FER. III, 197-198. + + ARTOIS (le comte d') accueilli par des murmures. I, 16. Quitte la + France. 105. + + ASSEMBLÉE CENTRALE de résistance à l'oppression, formée à Caen par des + députés des départemens. IV, 206 et suiv. + + ASSEMBLÉE CONSTITUANTE. (Voy. _Assemblée nationale_.) + + ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE. Hommes qui la composent. II, 10 et suiv. + Elle abolit les titres de _sire_ et de _majesté_. 17. + Elle fait un décret contre les émigrés. 23 et suiv. + Rend un décret contre les prêtres qui ne prêtaient pas le serment + civique. 27-28. + Suites de cette mesure. 28 et suiv. + Requiert les électeurs et princes de l'empire de désarmer les émigrés. + 34-36. + Met en accusation Monsieur et plusieurs autres émigrés. 58. + Fait un décret pour prévenir toute modification de la constitution. 51. + Décrète que la guerre est déclarée. 52 et suiv. + Se déclare en permanence. 88. + Décrète la déportation des prêtres. 89. + Débats relatifs à une lettre écrite par Lafayette. 111 et suiv. + Fait défiler devant elle les attroupemens armés du 20 juin. 131-132. + Débats relatifs à l'affaire du 20 juin. 142 et suiv. + Reçoit diverses pétitions relatives aux événemens du 20 juin. 146 et + suiv. + Fait un décret relatif à la levée des départemens. 156. + Autre décret sur les gardes nationales. 157. + Séance où elle délibère sur le projet de la commission des Douze, qui + est adopté. 159-172. + Séance du 7 juillet 1792. 173 et suiv. + Elle déclare que _la patrie est en danger_. Suite de cette mesure. + 179 et suiv. + Elle rend le décret de la suspension provisoire du roi. 257. + Mesures qu'elle prend après le 10 août. 263 et suiv. + Décrète la formation d'un camp sous Paris. 265. + Organise la police, dite de _sûreté générale_. 276 et suiv. + Elle décrète la formation d'un tribunal extraordinaire pour juger les + crimes du 10 août. 283. + Ordonne une levée de trente mille hommes. 304-305. + Est dissoute, III, 23. + + ASSEMBLÉE NATIONALE. L'assemblée des députés du tiers-état prend ce + titre, sur la proposition de Legrand. I, 56. + Les communes se constituent en assemblée nationale. 56-57. + Elle refuse de se séparer, d'après l'ordre du roi. 67. + Déclare l'inviolabilité de ses membres. 68. + Délibère sur les mandats impératifs. 73. + Nomme un comité des subsistances. 77. + Difficultés de sa position. 78. + Elle vote une adresse au roi pour le renvoi des troupes. 84-85. + Propose diverses mesures après les événemens des 12 et 13 juillet, + et demande au roi le renvoi des troupes. 92. + Continue le 14 juillet à s'occuper de la constitution, + et nomme un comité pour préparer les questions. 93. + Envoie, sur la proposition de Mirabeau, une députation au roi, + Envoie une dernière députation au roi. Discours de Mirabeau. 94-95-101. + Elle envoie à l'Hôtel-de-Ville une députation annonçant + la réunion du roi avec la nation. 103. + Fait une proclamation au peuple, sans résultat. 122. + Discute la déclaration des droits de l'homme. 125. + Abolit les privilèges féodaux et les privilèges des villes, _ibid._ + et suiv. Adopte l'emprunt de trente millions. 135. + Fait la déclaration des droits de l'homme. 136 et suiv. + Vote l'unité et la permanence de l'assemblée. 146. + Vote le _veto_ suspensif. 147-148-149. + Vote l'hérédité de la couronne et l'inviolabilité du roi. 150. + Adopte un plan de Necker sur un impôt. 157. + Débats relatifs à un message du roi. 166-167. + Elle déclare qu'elle est inséparable du roi et qu'elle sera transportée + à Paris. 177. + Décrète que les biens du clergé sont à la disposition de l'état. 187 et + suiv. + Divise le royaume en départemens. 190. + Discussion importante pour déterminer à qui appartient le droit de + faire la paix et la guerre. 221 et suiv. + Elle rend un décret relatif à ce droit. 225. + Décrète l'émission de 400 millions d'assignats. 230. + Abolit les titres féodaux. 236. + Prend des mesures pour empêcher l'émigration. 265 et suiv. + Mesures qu'elle prend relativement à la fuite du roi. 283 et suiv. + Partis qui s'y forment et suite de ses travaux. Opposition qu'elle a à + vaincre. 298-299. + Elle rend un décret relatif à l'inviolabilité du roi. 301. + Décrète qu'aucun de ses membres ne sera réélu. 305. + Achève le travail de la constitution. 306. + Déclare, le 30 septembre 1791, que ses séances sont terminées. 308. + Réflexions sur ses travaux. Justification de ses actes. + Récapitulation des objections présentées contre la constituante, et + réfutation. II, 1-10. + + ASSIGNATS. Causes de leur création. Réflexions sur la nature du + numéraire et du papier-monnaie. I, 226-227 et suiv. + 400 millions d'assignats forcés sont décrétés. 230. + Une nouvelle création d'assignats est ordonnée. III, 27. + Leur dépréciation en 93. IV, 327-329 et suiv. + Conséquences de leur dépréciation sur le commerce et causes de leur + avilissement. 329-330-332-333-334 et suiv. + Moyens qu'on prend pour en amener la diminution. 379-380 et suiv. + Nouvelle création d'assignats en 1794. VI, 89 et suiv. + Leur dépréciation augmente. Leur état après le 9 thermidor. 270 et + suiv. + Continuent à se déprécier en 1795. Divers moyens proposés pour les + retirer de la circulation. VII, 66-73. + Ils continuent à baisser. Leur état en avril et en mai 1795. 191-193. + Divers projets sont proposés pour les retirer et les relever. 194 et + suiv. + Projet de Bourdon (de l'Oise). Il est adopté. 199-202. + Nouvelles mesures prises pour remédier à leur dépréciation. 242-247. + Projet du directoire pour la rentrée des assignats et pour subvenir + aux besoins du trésor public; ce projet est rejeté. Détails + financiers à ce sujet. VIII, 51 et suiv. 40-45. + Un projet d'emprunt forcé est adopté. 41 et suiv. + La valeur des assignats est presque nulle. 107 et suiv. + La planche en est brisée le 30 pluviôse. 109. + + AUGEREAU. Un des généraux de l'armée d'Italie. VIII, 143. + Est envoyé à Paris par Bonaparte. Le directoire lui donne le + commandement de la division militaire de Paris. IX, 226-228. + Il s'empare des Tuileries le 18 fructidor. 275-278. + Est nommé commandant de l'armée dite d'_Allemagne_, après la + mort de Hoche. 302. + Est dépossédé de son commandement de l'armée d'Allemagne. 370-371. + + AUTRICHE. Causes qui empêchent cette puissance de songer à la paix. + VII, 135-136. + + BABOEUF. Fait un journal (_le Tribun du peuple_). Caractère et + projets de ce démagogue. VIII, 97-98. + Sa conspiration. Il est arrête. 115 et suiv. + Est condamné à mort et exécuté. IX, 33. + + BAILLY. Il est nommé député. I, 37. + Est chargé par le tiers-état de remettre une adresse au roi. + Son caractère. 51. + Il est arrêté à la porte de la salle des communes par les + gardes-françaises. 61. + Prête le premier le serment du Jeu de Paume. 62-63. + Il se maintient à la présidence. 72. + Est nommé successeur de Flesselles, sous le titre de maire de Paris. + 103. + Difficultés qu'il éprouve pour l'approvisionnement de Paris. 108-109. + Il propose un projet pour vendre les biens du clergé à la fois + sans les discréditer. 226-227 et suiv. + Détails de son procès et de son supplice. V, 170-171. + + BAPTISTE RENARD, domestique de Dumouriez, présenté à la convention. III, + 121. + + BARBAROUX. Son portrait. Ses plans de république dans le Midi. II, 120 + et suiv. + + BARBETS. Nom donné à des bandes de partisans piémontais. VIII, 210. + + BARNAVE. Son esprit, son union avec les Lameth et Duport. I, 119. + Son discours sur le droit de faire la paix et la guerre. 222-223. + Accompagne la famille royale de Varennes à Paris. 289-290. + S'entend avec la cour. 293 et suiv. + + BARRAS. Est nommé général de l'armée de l'intérieur, le 12 vendémiaire. + VII, 359. + Son caractère. Sa conduite vis-à-vis des autres membres du directoire. + IX, 3-4. + Il nuisait à la considération du gouvernement par son luxe et sa + prodigalité. 9 et suiv. + Est seul épargné dans les accusations dont le directoire était l'objet. + Pourquoi. X, 180 et suiv. + + BARRÈRE. Il est mis en état d'accusation. VI, 394, Est décrété + d'arrestation. VII, 76. + Est condamné à la déportation. 116. + Est nommé député en l'an V. IX, 148. + Sa nomination est abolie. 153. + + BARTHÉLEMY. Il est nommé directeur à la place de Letourneur. IX, 155 et + suiv. + Est arrêté le 18 fructidor et conduit au Temple. 278. + Est condamné à la déportation. 285. + + BASSANO et SAINT-GEORGES. Batailles de ce nom. VIII, 309-312-315. + + BASTILLE (La). Le peuple, secondé par les gardes-françaises, s'empare de + la Bastille. I, 95-98. + + BELGIQUE. Divisée en plusieurs partis après la bataille de Jemmapes. + III, 125 et suiv. + Des agens du pouvoir exécutif vont l'organiser révolutionnairement. + 294-295. + Les Belges murmurent et se révoltent contre l'administration française. + 327-328. + + BERNADOTTE. Il est nommé général en chef de l'armée du Rhin. X, 140. + Donne un plan de campagne au directoire. Ses défauts. 251-252. + Il est renvoyé du ministère de la guerre. 280-281. + + BERTHIER. Général à l'armée d'Italie. VIII, 143. + + BEZENVAL. Son billet au commandant de la Bastille. I, 97. + Il est incarcéré: on ordonne sa liberté, et presque aussitôt sa + détention est maintenue. 116. + + BICÊTRE. Les massacres. II, 336-337. + + BIENS DU CLERGÉ. L'assemblée nationale décrète la vente de 400 millions + de biens du clergé. I, 206. + + BIENS NATIONAUX, Projet de Bourdon (de l'Oise) pour faciliter leur vente. + Il est adopté. VII, 199-202. + On commence à le mettre à exécution. Ses résultats. 242 et suiv. + + BILLAUD-VARENNES. Un des exécuteurs du 2 septembre. II, 318-319, 328-329. + II donne sa démission de membre du comité de salut public. VI, 289. + Est mis en état d'accusation. 394. + Fait aux Jacobins de violentes menaces contre les thermidoriens. 376-377. + Est décrété d'arrestation. VII, 76. + Est condamné à la déportation. 116. + + BONAPARTE. Officier au siège de Toulon. Propose d'attaquer le fort + de l'Éguillette. V, 255 et suiv. + Nommé général de brigade. Plan qu'il donne et fait adopter. VI, 52 et + suiv. + Nommé commandant en second de l'armée de l'intérieur, la nuit du 12 + vendémiaire. VII, 360-361. + Ses opérations militaires dans la journée du 13. 361-367 et suiv. + Chargé du commandement de l'armée de l'intérieur. VIII, 49. + Il est nommé commandant de l'armée d'Italie. 125-126. + Principales circonstances de la conquête du Piémont. 141-161. + Ses négociations avec la cour de Turin. Il accorde un armistice au + roi de Piémont. 155-157 et suiv. + Sa proclamation aux soldats après les premières victoires d'Italie. 159. + Conquête de la Lombardie. 173 et suiv. + Son entrée à Milan. 181 et suiv. + Nouvelle proclamation aux soldats à Milan. 188-189. + Il reprend Pavie tombée au pouvoir de quelques bandes de paysans. + 191-193. + Entre dans le territoire vénitien. 193 et suiv. + Son entrevue avec divers envoyés vénitiens. 202 et suiv. + Il signe un armistice avec Naples. 212-213. + Pénètre dans les États romains et en Toscane. 214 et suiv. + Perd la ligne de l'Adige. Ses combinaisons pour réparer cet échec. + 278 et suiv. + Sa victoire de Lonato. 283-286. + De Castiglione. 288 et suiv. + Suite de ses opérations militaires et politiques en Italie. 293 et suiv. + Bataille de Roveredo. 307-308. Sa marche sur la Brenta. + Victoires de Bassano et de Saint-Georges. 308-312-315. + Il fait conclure la paix avec Naples et Gènes. Ses négociations avec + le pape. 345-351. + Il organise la république cispadane. 352 et suiv. + Sa position périlleuse à l'approche d'Alvinzy. Bataille d'Arcole. + Détails militaires. 255-364-367-379. + Sa conduite à l'armée contre les fournisseurs. Sa politique à + l'égard des puissances italiennes. 407-408 et suiv. + Ses dispositions militaires à la bataille de Rivoli. 411-414-423. + Il prend Mantoue. 425 et suiv. + Réflexions sur sa campagne en Italie. 428 et suiv. + Sa conduite politique et militaire en Italie après l'affaire de + Rivoli. Il marche contre les États romains et fait signer au pape + le traité de Tolentino, IX, 50-55. + Sa conduite envers les prêtres français retirés en Italie. 55-56. + Il négocie inutilement avec Venise. 58-60. + Son plan de campagne contre l'Autriche. Il passe le Tagliamento. + 60-67. + Se rend maître du sommet des Alpes. 68-71. + Son entrevue avec les envoyés vénitiens. Il écrit à leur gouvernement + une lettre menaçante. 79-86. + Marche sur Vienne. Sa lettre à l'archiduc Charles. Son entrée à + Léoben. 86-90. + Il signe les préliminaires de paix à Léoben. 91-102. + Retourne en Italie et détruit la république de Venise. Détails de sa + conduite politique et militaire. 116-131. + Il propose le secours de son armée au directoire menacé. 193-194. + Donne, le 14 juillet 1797, une fête aux armées. Envoie au directoire + les adresses de toutes les divisions. 222-226 et suiv. + Ses négociations avec l'Autriche après les préliminaires de Léoben. + 230-235. + Ses négociations à Udine sont entravées par le directoire. Son + mécontentement. 311 et suiv. + Ses travaux en Italie. Il fonde la république cisalpine. 314-318. + Se rend l'arbitre des différends entre les pays de la Valteline et + les Grisons. 321-322. + Conseils qu'il donne aux Génois sur leur constitution. 322-323. + Il forme divers établissemens dans la Méditerranée. 323-326. + Suite de ses négociations avec l'Autriche à Udine. Ses entrevues + avec M. de Cobentzel. Il signe le traité de Campo-Formio. 328-335. + Il est nommé général en chef de l'armée d'Angleterre. 338-339. + Se dispose à quitter l'Italie. Ses dernières dispositions pour les + affaires de ce pays. 339 et suiv. + Il arrive à Paris. Réception qu'on lui fait. Ses paroles au directoire. + Fête. 343-350. + Suite de son séjour à Paris. Ses relations avec le directoire. 351-360. + Il est chargé de la descente en Angleterre. Sa répugnance pour + cette expédition. 362 et suiv. + Il propose un projet d'expédition en Égypte. Le directoire l'agrée. + Détails sur les préparatifs. 408-419. + Il s'embarque à Toulon. Sa proclamation aux soldats. X, 1 et suiv. + Il s'empare de l'île de Malte. 4-8. + Arrive à Alexandrie et s'en rend maître. 11-13. + Ses plans pour effectuer la conquête. Sa lettre au pacha. Discours + à ses soldats. 23-27. + Ses premières opérations politiques et militaires. 27 et suiv. + Il s'établit au Caire après la bataille. Suite de ses opérations + politiques et militaires. 42 et suiv. + Il fonde l'Institut d'Égypte. 48 et suiv. + Proclamation aux soldats, après la défaite d'Aboukir. 58. + Il se met en marche pour la Syrie, prend Gaza et le fort d'El-Arisch, + et commence le siége de Saint-Jean-d'Acre. 286-290-292. + Remporte une grande victoire au mont Thabor. 295-297. + Revient en Égypte. Va de là à Aboukir, où il remporte une sanglante + victoire sur les Turcs. 300-304-310. + Reçoit des nouvelles d'Europe, et part secrètement pour la France. + 311-312. + Son retour en France. Enthousiasme qu'il inspire. Agitation de tous + les partis à son arrivée à Paris. 336 et suiv. + Sa conduite politique à Paris. Il se coalise avec Sièyes pour + renverser la constitution directoriale. 345-350. + Son entrevue avec Sièyes pour convenir de l'exécution de leur plan. + 353-356 et suiv. + Il fait le 18 brumaire. 358-359-373. (Voy. _Brumaire_. ) + Est nommé consul provisoire. 383-384. + + BONCHAMPS (De). Chef vendéen. IV, 90-91. + Il est blessé à mort. V, 121. + Fait délivrer les prisonniers. 122. + + BORDEAUX. Les fédéralistes y sont soumis. V, 132-133. + + BOUCHOTTE. Est nommé ministre de la guerre. IV, 44. + + BOUILLÉ. Sa position au milieu des partis. Son caractère. I, 201-202. + Il soumet des régimens révoltés. Ses projets. 246-248. + Il arrive trop tard à Varennes pour sauver le roi. 288-289. + Il écrit à l'assemblée, et prend sur lui-même le projet de + Fuite du roi. 294-295. + + BOZE. Peintre du roi. Suscite une lettre des girondins. II, 208. + + BRETAGNE (La). Est contraire à la révolution. IV, 78-79. + État de ce pays en 1795. VII, 34 et suiv. + Plusieurs chefs signent leur soumission à la république. 159-160 + et suiv. + État de ce pays après la première pacification. De nouveaux + Troubles s'y préparent. 263 et suiv. + Expédition de Quiberon. 269-275-318. + + BRÉZÉ. (Le marquis de). Apporte les ordres du roi. I, 67. + + BRIENNE (De). Il est nommé ministre. I, 12. + Mande le parlement à Versailles pour un lit de justice. 16. + Il négocie avec le parlement. 17. + Ses embarras. 19. + Se retire du ministère. 23. + On brûle son effigie. 35. + + BRIGANDS. Terreur mal fondée que leur nom répand dans toute + la France. I, 122-123. + + BROGLIE (Le maréchal de). Reçoit le commandement des + troupes. I, 82. + + BROTTIER. (Voy. _Royalistes_.) + + BRUEYS. Amiral de l'escadre d'Égypte. X, 3. + Ses fautes et son courage à la bataille d'Aboukir. Il est tué. 51-57. + + BRUMAIRE (18). Préparatifs et journée du 18 brumaire. X. + 353-356-359-373. + + BRUNE. Nommé général en chef de l'armée de Hollande. X, 140. + + BRUNSWICK (Le prince de). On répand un manifeste de ce + prince. II, 217. + + CALENDRIER. Il est réformé. V, 188-190. + + CALONNE (De). Arrive au ministère. I, 10. + Son caractère, la confiance aveugle qu'il inspire. Il réunit les + notables. 11. + Écrit au roi pour justifier l'Angleterre accusée d'exciter des + troubles. 220. + + CAMBON (de Montpellier), adversaire des fournisseurs. III, 131-132. + Il en fait décréter trois par l'assemblée. 136. + + CAMP DE CÉSAR. Il est évacué par les Français. IV, 352. + + CAMPO-FORMIO. Traité de ce nom. Joie qu'il inspire en France. + IX, 334 et suiv. + + CAMUS. Propose de réduire toutes les pensions du clergé à un + taux infiniment modique. I, 189. + + CARNOT. Il est membre du comité de salut public. IV, 391. + Dirige toutes les opérations militaires. V, 100 et suiv. + Justifie sa conduite comme membre de l'ancien comité de salut public. + VII, 99 et suiv. + On n'ose pas le décréter à cause de ses services. 234. + Est nommé directeur à la place de Sièyes, qui avait refusé. + VIII, 10 et suiv. + Vices de son plan d'opérations militaires en Italie. 185 et suiv. + Son plan de campagne sur le Danube et sur le Rhin. 219 et suiv. + Caractère de ce directeur. IX, 2-3-12 et suiv. + Il se rend suspect à tous les partis et à ses collègues du + directoire. 259-261. + Prend la fuite le 18 fructidor. 278. + Est condamné à la déportation. 285. + + CARRIER. Atroces exécutions qu'il fait faire à Nantes. VI, 144-148. + Il est mis en accusation et envoyé au tribunal révolutionnaire. 373-374. + Est condamné à mort. 394-395. + + CATHELINEAU. Coopère à la première insurrection vendéenne. IV, 84 et + suiv. + Il est nommé généralissime de l'armée vendéenne. 252. + + CATHERINE THÉOT. Cette femme fanatique institue une secte. VI, 109-111. + Elle est arrêtée ainsi que presque toute sa secte. 129 et suiv. + + CAZALÈS. Défenseur éloquent de la noblesse. I, 117. + + CERCLES CONSTITUTIONNELS formés par les patriotes en l'an V, pour + s'opposer à l'influence des Clichyens. IX, 189 et suiv. + + CHALIER. Il se fait remarquer à la tête du club central, à Lyon. IV, 75. + Il demande un tribunal révolutionnaire pour Lyon. 76. + + CHAMPIONNET. Général à l'armée d'Italie. Ses opérations militaires + dans les États-Romains contre l'armée de Naples. X, 106-113. + Il s'empare du royaume de Naples. 113-115-121. + Résiste aux ordres du directoire. Est destitué. 129. + Est nommé général d'une nouvelle armée des Alpes par le + Nouveau directoire. 242. + + CHABOT. Accepte l'offre de Grangeneuve de s'immoler tous deux pour + enflammer les esprits contre la cour. Il ne se rend pas à l'endroit + convenu. II, 191-192. + Il demande que les Suisses soient conduits à l'Abbaye. 270. + + CHARETTE, chef vendéen. Son caractère. Il hésite d'abord et se rend aux + instances des insurgés. S'empare de l'île de Noirmoutiers. IV, + 89-90. + Il est amené à négocier avec les républicains pour la paix. + VII, 139-142-145. + Sa réception triomphale à Nantes. 146. + Il continue à préparer la guerre, après sa soumission. Ses relations + avec les princes et les émigrés. 162-163. + Il se déclare de nouveau en guerre. VIII, 26. + Fait d'inutiles efforts pour soutenir la guerre contre Hoche. 66 et + suiv. + Est poursuivi dans les bois et les montagnes. 130. + Est pris et fusillé. 135-136. + + CHARLES (L'archiduc). Il remplace Clerfayt dans le commandement de + l'armée du Bas-Rhin. VIII, 123. + Son plan de campagne après sa retraite à Neresheim. 298 et suiv. + Sa marche contre Jourdan. 300. + + CHÂTEAU. Le château des Tuileries est attaqué par le peuple. II, 134 et + suiv. + + CHAUMETTE. Procureur-général de la commune. Organise la législature + municipale. IV, 279. + Il est arrêté. V, 372 et suiv. + Sa condamnation et sa mort. 415. + + CHÉBREÏSS. (Combat de) en Égypte. X, 31-33. + + CHÉNIER (André). Sa mort. VI, 200. + + CHÉNIER (Marie-Joseph). Il fait un rapport sur les mesures les plus + capables de réprimer les royalistes, après les événemens du 9 thermidor. + VII, 185-188. + + CHOLET. Bataille de ce nom en Vendée. V, 318-322. + + CHOUANS. Leur situation en Bretagne, leur chef. VI, 322-324. + + CISALPINE (République). Organisée par Bonaparte. IX, 314-318. + Situation de cette république en l'an VI. 376 et suiv. + Triste état de cette république après le départ de Bonaparte. X, 84-86. + Changemens faits à sa constitution. 89 et suiv. + + CISPADANE (République). Sa fondation. VIII, 352 et suiv. + + CLARKE. Mission de ce général à Vienne. VIII, 359. + Sa négociation, avec le cabinet autrichien. Le projet d'armistice + qu'il proposait est rejeté. 380-382 et suiv. + + CLERGÉ. Il s'oppose à la vérification des pouvoirs des communes. I, 45. + (Voyez _Tiers-État_ et _Vérification_.) + Vote sa réunion aux communes. 59. + La majorité du clergé se réunit aux communes. 65. + Il abdique ses priviléges. 125. + Son rôle dans l'assemblée. 192. + Ses manoeuvres au commencement de 1790. 204 et suiv. + Il s'oppose par divers moyens à l'exécution de la constitution civile. + 233 et suiv. + Une partie du clergé refuse de prêter le serment civique. Suite de ce + refus. 257-238. + + CLICHY. CLICHYENS. Club de ce nom, formé par les députés de l'opposition + du corps législatif. IX, 16-17. + Ses manoeuvres pour obtenir un nouveau directeur de son choix. Diverses + propositions faites au corps législatif. 151 et suiv. + Plans de contre-révolution formés par les clichyens. 156 et suiv. + Leur lutte avec le directoire dans les conseils. 158 et suiv. + Leurs propositions financières aux cinq-cents. 165 et suiv. + Motion d'ordre de l'un d'eux sur les événemens de Venise. 176 et suiv. + (Voyez _Royalistes_.) + Ils tâchent de s'opposer aux changemens dans le ministère projetés + par le directoire. 203 et suiv. + Leurs craintes après la nomination des ministres et la marche de Hoche. + 213 et suiv. + Autres plans d'opposition. Leurs craintes sur les préparatifs du + directoire. 266 et suiv. + Résolutions désespérées qu'ils proposent. 271 et suiv. + + CLOOTZ. (Anacharsis), Prussien de naissance, est admis par l'assemblée à + faire partie de la fédération. I, 235. + Prêche la république universelle et le culte de la Raison. V, 195 et + suiv. + Il est exclu de la société des jacobins. 228. + Est arrêté. 372. + Son procès et son supplice. 374-379. + + CLUBS. Diverses assemblées se forment sous ce nom. I, 33. + Club breton. 119. + Leur importance augmente. 213. + Ils deviennent dominateurs. II, 12. + Les cinq-cents décrètent qu'aucune assemblée politique ne serait + permise. IX, 218-219. + + CLUB ÉLECTORAL. Comment il se compose après le 9 thermidor. VI, 264-265. + Il fait une adresse à la convention, pour demander la reconstitution + de la municipalité de Paris, etc. 343-345. + + CLUB FRANÇAIS. Ce que c'était. II, 204. + + COALITION. Elle commence à agir avec activité. II, 210 et suiv. + Envahit toutes nos frontières, en 93. IV, 214 et suiv. + Le défaut d'union des coalisés paralyse leurs forces. 238 + État de la coalition au commencement de 1794. VI, 34-40-48. + Tiédeur des puissances coalisées pour les intérêts des princes + français. 326 et suiv. + Plans de guerre de la nouvelle coalition, en 1799. Leurs défauts. + X, 141 et suiv. + + COBENTZEL (M. de). Ce qu'il demande au nom de sa cour. II, 70. + Suite de cette communication. 71. + + COBLENTZ. Les émigrés se transportent de Turin en cette ville. I, 263. + Projets de la noblesse. 263-264 et suiv. + + COBOURG (Le prince de) Commandant en chef des coalisés dans le nord. + VI, 62. + + COLLOT-D'HERBOIS. Il harangue Dumouriez aux Jacobins. III, 73-75. + Cherche à sauver les ultra-révolutionnaires arrêtés. V. 302 et suiv. + Fait avorter l'insurrection des ultra-révolutionnaires les 15 + et 16 ventôse. 362 et suiv. 370. + Tentative d'assassinat sur lui. Elle échoue. Ses conséquences. VI, 96 + et suiv. + Il donne sa démission de membre du comité de salut public, 289. + Est mis en état d'accusation. 394. + Est décrété d'arrestation. VII, 76. + Est condamné à la déportation. 116. + + COMITÉ CENTRAL RÉVOLUTIONNAIRE. L'assemblée de la mairie + prend ce nom. Elle s'occupe, dans plusieurs séances, des suspects + et de l'enlèvement des députés. IV, 116 et suiv. + + COMITÉ DE DÉFENSE GÉNÉRALE. Il se réunit pour délibérer sur les moyens + de salut public. II, 307-308. + Pourquoi il fut établi. III, 296. + + COMITÉ CENTRAL DE SALUT PUBLIC. Nécessité de sa création. Ce que + c'était: l'étendue de ses attributions. IV, 46-48. + Il se réunit le 1er juin 1793. Divers avis y sont ouverts pour + remédier à l'insurrection. Proposition de Garat. 167-169. + Est chargé, après le 31 mai, de présenter un projet de constitution. + 194. + Propose des moyens pour arrêter l'insurrection des départemens. + 202-203. + Ses attributions. 276-277. + Il perd sa popularité. 281-282. + On lui adjoint Saint-Just, Couthon et Jean-Bon-Saint-André. 282. + Est attaqué par divers partis après les échecs de nos armées. V, 51 + et suiv. + La convention déclare qu'il conserve sa confiance. 54-55. + Sa politique en décembre 93. 231 et suiv. + Il fait arrêter des ultrà-révolutionnaires et des agioteurs. 238 et + suiv. + Rend des décrets relatifs aux détenus. 359. + Sa politique au milieu des factions. 380 et suiv. + Projets des membres du comité contre Danton. 383 et suiv. + Sa politique après la mort de Danton et des hébertistes. Il concentre + en ses mains tous les pouvoirs. VI, 2-5-9 et suiv. + Abolit l'armée révolutionnaire, les ministères, les sociétés + sectionnaires, etc. 9 et suiv. + Sa dictature et sa position en 94. 104-107 et suiv. + Il se partage en plusieurs groupes. Sa rivalité avec le comité de + sûreté générale. 111 et suiv. + Les divisions continuent. 128-131 et suiv. + Les membres ennemis de Robespierre cherchent à s'emparer du pouvoir. + 157-159. + Feinte réconciliation des comités divisés. 161-164. + Il est réorganisé après le 9 thermidor. 238-239. + Nouvelle épuration. 289-290. + + COMITÉ INSURRECTIONNEL. II, 190. + En communication avec Pétion. 191. + + COMITÉ DE SÛRETÉ GÉNÉRALE. Il est recomposé après le 9 thermidor. VI, + 238. + + COMITÉ DE SURVEILLANCE. Ce que c'était. II, 275-276. + Il fait exécuter des arrestations. 306-307. + On y arrête le projet de massacrer les prisonniers. 310 et suiv. + Il envoie une circulaire aux départemens pour recommander le + meurtre des prisonniers. 337 et suiv. + Ordonne des arrestations. III, 4. + + COMITÉS RÉVOLUTIONNAIRES. Leur nombre est réduit dans Paris et les + départemens. VI, 258. + + COMITÉS. On décide qu'ils seront renouvelés par quart tous les mois. VI, + 237-238. + Inconvéniens de cette mesure. 256 et suiv. + Seize comités sont établis après le 9 thermidor. 257 et suiv. + + COMMERCE. État fâcheux du commerce en 1794. VI, 271-273-279. + + COMMISSAIRES. Les commissaires des assemblées primaires de toute la + France arrivent à Paris. Leur réception. IV, 343 et suiv. + + COMMISSION DES DOUZE (La). Elle propose à l'assemblée un projet de salut + public. II, 159 et suiv. + + COMMISSIONS. Douze commissions sont instituées par le comité de salut + public en remplacement des ministères. VI, 10 et suiv. + + COMMUNE. Son pouvoir après le 10 août. II, 274-275. + Elle est chargée de la garde de la famille royale. 278 et suiv. + Mesures qu'elle prend contre les suspects. 305-306 et suiv. + Sa puissance et ses exactions. III, 4 et suiv. + Son opposition avec la convention. Elle est réprimée. 48-49-50. + Ses membres sont renouvelés. 82. + Elle s'oppose à une nouvelle insurrection. 344-345. + Demande à la convention, au nom de trente-cinq sections, l'expulsion + de vingt-deux de ses membres. IV, 61 et suiv. + Soumet ses registres à la convention. 64. + Ordonne une levée de douze mille hommes dans Paris et une taxe sur + les riches. Troubles à ce sujet. 95 et suiv. + Se plaint à la convention de l'arrestation d'Hébert et des calomnies + dont elle est l'objet. 126-127. + Hébert y est couronné. 138-139. + Elle est destituée par le comité central révolutionnaire, le 31 mai. + 147 et suiv. + Une députation de la commune insurrectionnelle est introduite à la + convention. 156 et suiv. + Elle se trouve chargée, après le 31 mai, de toute l'administration + intérieure. 279. + + CONDÉ. (Le prince de). Il se met à la tête de six mille émigrés. II, 294. + + CONSCRIPTION. Loi sur la conscription décrétée en septembre 1798. X, + 98-101. + + CONSCRITS. La levée de toutes les classes est ordonnée après le 30 + prairial an VII. X, 350. + + CONSEIL EXÉCUTIF. Nom que prend le ministère après le 10 août. II, 263. + Il seconde les plans militaires de Dumouriez. 350. + Sa nouvelle organisation. III, 50-52. + Il est aboli. VI, 10. + + CONSEIL DES ANCIENS. Nouveau pouvoir institué par la constitution de + l'an III. VII, 334-335. + + CONSEIL DES CINQ-CENTS. Création de cette assemblée par la constitution + de l'an III. VII, 334. + Discussion violente au sujet de la loi du 3 brumaire. VIII, 87 et + suiv. + Premières opérations législatives en l'an V. Mesures adoptées + ou proposées sur les émigrés, le culte et les finances, etc. IX, + 158-162 et suiv. + Il rejette la proposition de Jourdan de déclarer la patrie en + danger. X, 279-281. + + CONSEILS. Ils se plaignent au directoire de l'agglomération des troupes + de Hoche près de Paris. IX, 248 et suiv. + Les conseils sont dispersés le 18 fructidor. On leur refuse l'entrée + du lieu de leurs séances. 279-280. + Les députés attachés au directoire se réunissent à l'Odéon et à + l'École de Médecine. Le directoire leur fait part de la conspiration + royaliste. Les nouveaux conseils cassent plusieurs élections, et + condamnent à la déportation plusieurs députés, deux directeurs, des + journalistes, etc. 280-281-284-285. + Les deux conseils sont dissous le 18 brumaire. (Voy. _Brumaire_.) + + CONSPIRATEURS DU 10 AOÛT. Ce qu'on entendait par là. II, 280. + + CONSTANT (Benjamin). Il publie une brochure qui produit de la sensation. + VIII, 105-106. + + CONSTITUTION. Nécessité d'une constitution, exprimée par les cahiers; + obstacles à vaincre pour l'établir. I, 74 et suiv. + Discussions relatives à l'établissement de la constitution. 138 et suiv. + + CONSTITUTION CIVILE DU CLERGÉ. Les principales dispositions de ce projet + sont adoptées. Réflexions. I, 232-233. + + CONSTITUTION DE L'AN II. Ses principaux articles. IV, 241-243. + Une pétition contre cette constitution est repoussée par la convention. + 243-244. + + CONSTITUTION DIRECTORIALE OU DE L'AN III. Ses auteurs, ses principales + dispositions. VII, 332-337. + Elle est acceptée par les votes des sections de toute la France. + 346-347. + État des esprits à l'époque de son établissement. VIII, 2 et suiv. + Installation du nouveau gouvernement le 5 brumaire. 5 et suiv. + Elle est détruite le 18 brumaire. (Voy. _Brumaire_. ) + + CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRES. Hardiesse de ce parti. Leurs tentatives dans le + midi de la France. VII, 178-182 et suiv. + + CONVENTION. La convention nationale se constitue. III, 22 et suiv. + Elle déclare la royauté abolie en France. 25. + Séance du 24 septembre 1792. 28 et suiv. + Elle se divise en côté droit et en côté gauche. 45-46. + Se partage en divers comités. 52-53. + Débats relatifs à l'accusation de Robespierre. 84 et suiv. + Elle ordonne au comité de législation de donner son avis sur les + formes du jugement de Louis XVI. 107-108. + Longues discussions relatives à la mise en jugement de Louis XVI. 159 + et suiv. + Elle déclare que le roi sera jugé par elle. 195. + Discussions sur les formes du procès. _Ibid._ et suiv. + Violens débats après la défense du roi. 226 et suiv. + Séances du 14 au 17 janvier, où fut décrétée la mort du roi. + 247-248-256. + Elle décrète qu'il ne sera pas sursis à l'exécution du roi. 258. + Déclare la guerre à la Hollande et à l'Angleterre. 286. + Mesures qu'elle prend pour faire face aux besoins de la guerre. 298 + et suiv. + Elle rend divers décrets. 333-334. + Débats relatifs à l'établissement du tribunal extraordinaire. 336 et + suiv. + Terreur de ses membres, menacés d'une insurrection. 342-343. + Terribles mesures qu'elle prend pour la sûreté intérieure et + extérieure. IV, 23 et suiv. + Elle rend divers décrets relatifs aux événemens de la Belgique et à la + famille d'Orléans. 38-39. + Discussion au sujet des pétitions des sections et des divers actes de + la commune. 61 et suiv. + Divers décrets relatifs à des pétitions de Bordeaux, de Marseille et + de Lyon. 108-109. + Tumulte à l'occasion d'une femme des tribunes. 110 et suiv. + Elle nomme une commission de douze membres pour observer les actes de + la commune et protéger la représentation nationale. 114. + Cette commission informe contre la commune et fait quelques + arrestations. 122-125. + Scènes violentes le 27 mai, à cause de l'attroupement et des pétitions + des sections armées. 128 et suiv. + Elle casse sa commission des Douze et annule ses actes. 134. + Violente discussion à ce sujet le lendemain. 135 et suiv. + Elle rapporte son décret relatif aux Douze. 137. + Séance du 31 mai 1793. 147, 150 et suiv. + Elle supprime la commission des Douze et décrète plusieurs mesures le + 3l mai. 164. + Courte séance du 1er juin. 173. + Séance du dimanche 2 juin 1793. 175-183. + Elle vote l'ordre du jour sur les demandes des insurgés. 177. + Plusieurs députés sont maltraités. 180. + Elle est arrêtée par la force armée le 2 juin. 181-182. + Vote l'arrestation des députés désignés par la commune. 183. + Renouvelle tous les comités après le 31 mai. 194. + Rend d'énergiques décrets contre les départemens insurgés. 204-205. + Moyens qu'elle emploie contre les ennemis du dehors et contre les + fédéralistes. 240-241. + Elle décrète la constitution de l'an II. 242-243. + Le 7 août 93 la convention admet les commissaires des départemens et + les embrasse en signe de réconciliation. 246 et suiv. + Elle décrète la levée en masse. 261-262. + Décrets contre la Vendée, les suspects, les étrangers et contre les + Bourbons. 288-391-394-395. + Elle institue le gouvernement révolutionnaire. V, 56-57. + Mesures qu'elle prend pour la guerre de la Vendée. 66-68. + Débats relatifs à l'arrestation de Danton. 389 et suiv. + Elle décrète la mise en accusation de Desmoulins, Danton et autres. + 394. + Laisse tout faire aux comités. VI, 88-96. + Commencement d'opposition contre Robespierre et les chefs du comité de + salut public. 113-122 et suiv. + Plusieurs membres se liguent contre les triumvirs. Dangers qui les + menacent. 158-160. + Séance du 9 thermidor. 203-211. + Suite de la séance. 217 et suiv. + Rapport de la loi du 22 prairial. 240. + Débats relatifs à l'élargissement des suspects. 247 et suiv. + Discussions au sujet de l'accusation portée par Lecointre (de + Versailles). 281 et suiv. + Elle ordonne qu'il lui sera fait un rapport général sur l'état de la + république. 291-292. + Séance du 20 septembre 1794. Rapport de Robert Lindet. 293 et suiv. + Elle rend plusieurs décrets relatifs au commerce. 297 et suiv. + Débats relatifs aux sociétés populaires. 346 et suiv. + Vive discussion sur le même sujet. Un décret est rendu. 351-357. + Querelles entre les thermidoriens et les membres de l'ancien + gouvernement. 360 et suiv. + Elle prend diverses mesures financières et politiques pour remédier à + l'état fâcheux des affaires après la terreur. 364 et suiv. + Décret réglant les formalités à remplir pour accuser un membre de la + convention. 371-372. + Querelles suscitées par les menaces de Billaud-Varennes aux jacobins. + 376 et suiv. + Scènes violentes au sujet des événemens du 19 brumaire 1794, 383-386 et + suiv. + Elle rappelle dans son sein plusieurs députés proscrits. Scène violente + à ce sujet. VII, 77 et suiv. + Séances orageuses au sujet de la mise en accusation des anciens membres + du comité de salut public, Carnot, Collot-d'Herbois, etc. 96 et suiv. + Le 7 germinal, une troupe de femmes furieuses envahit la convention en + demandant du pain. 102 et suiv. + Journée du 12 germinal. Dangers de la Convention. Décret de déportation + contre Billaud-Varennes, Collot-d'Herbois, Barrère, etc. Désarmement + des patriotes. 108-116 et suiv. + Elle prend diverses mesures pour comprimer la réaction royaliste amenée + par le 9 thermidor. Questions financières. 184-185 et suiv. + Le lieu de ses séances est envahi le 1er prairial an III. Scènes + diverses, etc. (Voy. _Prairial_.) Elle ordonne l'arrestation de + plusieurs députés montagnards. 204-207-221 et suiv. + Scène funèbre à l'occasion de la mort de Féraud. 256 et suiv. + Elle décrète la constitution de l'an III. 332-337. + Décrète que les deux tiers de ses membres feront partie du nouveau + corps législatif, et que les assemblées électorales feraient le choix. + 338. (Voy. _Décrets_.) + Décret indiquant l'époque des assemblées primaires et électorales pour + l'élection des nouveaux représentans. 347. + Elle se déclare en permanence le 12 vendémiaire. Attaquée par les + sections le 13, elle sort victorieuse. 355-370. + Dernière lutte entre les partis de la convention après le 13 + vendémiaire. La convention déclare que sa session est terminée. + 379-385. + Récapitulation des principaux actes de cette assemblée. Réflexions. + 385-388. + + CORDAY (Charlotte). Son histoire. Ses opinions républicaines. Son + enthousiasme pour les girondins. Dévouement. IV, 260-262. + Elle choisit Marat pour but de son dévouement, comme chef des + anarchistes. 262. + Le 13 juillet, elle se présente chez lui, etc. Elle tue Marat. 264-266. + On répand que ce sont les girondins qui l'ont armée. 266. + Détails de son procès. Son interrogatoire. Condamnation. Lettre à + Barbaroux. Son supplice. 269-272. + + CORDELIERS. Le club de ce nom rivalise de violence avec celui des + jacobins. II, 14. + Ils projettent une insurrection contre la Convention. IV, 120. + + CORMATIN (Desotteux, baron de). Aventurier laissé par Puysaye en + Bretagne, en qualité de major-général dans les provinces révoltées. + VII, 34-35. + Ses intrigues politiques. 225 et suiv. + Il travaille à la pacification générale. 140 et suiv. + Son rôle dans les négociations avec la Vendée. 144 et suiv. + Il engage les chefs chouans de la Bretagne à se soumettre, et signe la + paix. Son entrée à Rennes. 159-161. + Suite de ses manoeuvres en Bretagne. 265 et suiv. + Il est arrêté par ordre de Hoche et mis en prison. 268-269. + Est déporté. VIII, 51. + + CORPS LÉGISLATIF. Son organisation dans les deux conseils après les + élections de l'an V. IX, 153 et suiv. + + CÔTÉ DROIT. Ce que c'était. Qui sont les hommes qui le composaient dans + l'assemblée législative. II, 10-11. + Parti qui l'occupait dans la convention. III, 45. + + COUR (La). Elle presse la convocation des états-généraux, et fixe leur + ouverture au 1er mai 1789. I. 23. + Fait approcher des troupes de Paris. 82-83. + Projette de conduire le roi à Metz. 159. + Sa conduite inhabile et imprudente. 201 et suiv. + Ses plans de contre-révolution. 206-207. + + COUTHON. Ses paroles à la tribune le 31 mai. IV, 182. + Est nommé membre du comité de salut public. 296. + Est envoyé en Auvergne par la convention pour soulever les populations + contre Lyon. V, 85. + Sa conduite au siége de cette ville. 88 et suiv. + S'unit étroitement avec Robespierre et Saint-Just. VI, 111. + Défend à la tribune les actes du comité. 125. + Demande, de concert avec Robespierre, le sacrifice d'un grand nombre + de députés. Dément à la tribune le projet qu'on leur suppose contre + soixante membres de la Convention. 133-134. + Ses paroles aux Jacobins. 185. + Réclame et obtient l'impression du discours prononcé à la tribune par + Robespierre, le 8 thermidor. 194. + Sa proposition aux Jacobins. 198. + Est décrété d'arrestation le 9 thermidor. 210. + Est mis hors la loi avec ses complices. 219. + Son supplice. 227-228. + + CULTE. L'ancien culte est aboli. Le culte de la _Raison_ est + institué. Détails à ce sujet. V, 197-199-200-203 et suiv. + La commune modifie son arrêté sur le culte. Le culte de la _Raison_ + est aboli. 230. + Le comité de salut public songe à l'établissement d'une religion. + Réflexions à ce sujet. VI, 17-21. + Reconnaissance de l'Être-Suprême. 29 et suiv. + La restitution des églises est accordée aux catholiques. VII, 249. + + CUSTINES. Nommé général de l'armée du Nord. IV, 103. + Il est battu en mai 93. 220-221. + Détails de son procès. Il est condamné à mort et exécuté. V, + 69-72-77-78. + + + DAMPIERRE. Est nommé commandant en chef de l'armée du Nord après la + défection de Dumouriez. IV, 43-44. + + DANTON. Principal orateur de la multitude. II, 202-203. + Son caractère et ses moyens d'influence sur la multitude. 204. + Le 10 août, il excite le peuple à l'insurrection. 235. + Il est un des acteurs du 10 août. 262. + Est nommé ministre de la justice. 264. + Exposition de ses plans après le 10 août. 273. + Sa prépondérance dans le conseil exécutif et son influence à Paris. + 303 et suiv. + Résolu d'empêcher toute translation au-delà de la Loire. 304. + Résolu de périr dans la capitale, mais en exterminant d'abord ses + ennemis. _Ibid._ + Il veut faire peur aux royalistes. 309. + A la nouvelle de la prise de Verdun, il fait décréter que l'on + sonnera le tocsin. 312-313. + Il est nommé député à la Convention. III, 9. + Fait diverses motions à la convention. 32-33. + Quitte le ministère sur la décision que les ministres ne seront plus + pris dans le sein de la convention. 50. + Propose et fait adopter une levée de 30,000 hommes à Paris. 330. + Excuse Dumouriez à la Convention. IV, 21-22. + Propose de former deux armées, de sans-culottes, l'une pour Paris, + l'autre pour la Vendée. 99. + On le croit l'auteur caché du mouvement contre les girondins. + Sa conversation avec Meilhan. Réflexions sur son caractère. 143 et + suiv. + Ses paroles à la convention le 31 mai. 153 et suiv. + Détails sur son caractère politique. Il commence à perdre sa + popularité; il attire les défiances sur son caractère. 284 et suiv. + Refuse de faire partie du comité de salut public. V, 64-66. + Retourne à Paris; soupçonné par les révolutionnaires ardens. 210-211. + Essaie de se justifier aux Jacobins. 222 et suiv. + Devient l'objet de la haine des membres du comité de salut public. + 383-386. + Il est arrêté. Suites de son arrestation. 388-389. + Débats à la convention relatifs à son arrestation. 389 et suiv. + Décrété de mise en accusation. Scènes au Luxembourg avec ses amis + prisonniers. 394 et suiv. + Il est transféré à la Conciergerie avec ses amis. 395 et suiv. + Détails de son procès et sa mort. 394-412. + + DANTONISTES. Lutte des dantonistes et des hébertistes. V, 394-412. + + DAVID. Ordonnateur de la fête anniversaire du 10 août, IV, 353-354. + Il boira la ciguë avec Robespierre. VI, 198. + Il est arrêté. VII, 235. + + DÉCRETS (des 5 et 13 fructidor an III) soulèvent divers partis contre + la convention. Mouvement dans les sections. VII, 338-339. + + DELESSART. Ce ministre est accusé par Brissot et Vergniaud. II, 55-S6. + + D'ENTRAIGUES (Le comte). Il est arrêté. Ses papiers et ses révélations à + Bonaparte dévoilent les projets des royalistes. IX, 182-183. + + DÉPARTEMENS. Division de la France en départemens. I, 190. + Divers départemens lèvent des hommes pour l'exécution du décret du + camp de 20,000 hommes. II, 156. + Opinion de divers départemens sur la marche du gouvernement et les + divisions de la convention. Ce qui s'y passa. IV, 72 et suiv. + Plusieurs départemens lèvent des hommes contre les Vendéens. 95. + Presque tous sont près de prendre les armes contre la convention après + le 31 mai. 196 et suiv. + Mesures qu'on y prend dans ce but. 197-199. + Suite du même sujet. 206 et suiv. + Nouveaux détails sur l'insurrection. 222-223. + Plusieurs départemens se désistent de l'insurrection. Échecs des + fédéralistes. 246-249. + Ils sont presque tous soumis. 259-260. + + DÉPUTATION. Liste des membres de la députation de Paris à la convention. + III, 9-10. + + DÉPUTÉS. Les députés décrétés d'arrestation après le 31 mai, se + répandent dans les départemens. IV, 198-199. + + DÉSARMEMENT de tous les citoyens suspects. IV, 25. + + DÉSERTION. Lois sur la désertion. VIII, 45-46. + + DESÈZE. Adjoint à la défense de Louis XVI. III, 219-220. + Sa plaidoirie pour Louis XVI. 220 et suiv. + + DESMOULINS (Camille). Il ameute le peuple au Palais-Royal. I, 86-87. + Son influence au Palais-Royal. 144-145. + Il présente une pétition très hardie. II, 31. + Nommé député à la convention par les électeurs de Paris. III, 9. + Passe pour un modéré. IV, 286. + Censure le comité de salut public dans un pamphlet, et prend la + défense du général Dillon, en disant des vérités à tout le monde. + 287-288. + Se justifie aux Jacobins et n'est pas exclu de la Société. V, 228-229. + Il fait son journal, _le Vieux Cordelier_. 307-308. + Il présente sa défense dans ce journal. 321 et suiv. + Il est accusé aux jacobins. 333 et suiv. + Continue à attaquer ses adversaires dans son journal. 351-355 et suiv. + Il est arrêté. 388-389. + Détails de son procès. Sa condamnation et son supplice. 394-398-411. + + D'ESPRÉMÉNIL. Son caractère. I, 15. + Il dénonce au parlement un projet ministériel qui tendait à + restreindre sa juridiction, 19-20. + Il est arrêté en plein parlement. 22. + Il propose de faire décréter le tiers-état. 70. + Hué et poursuivi sur la terrasse des Feuillans. II, 214-215. + + D'ESTAING. Commandant de la garde nationale de Versailles. Son + caractère. Sa lettre à la reine. I, 160. + + DETTE PUBLIQUE. Le remboursement des deux tiers de la dette est décrété + par les conseils, après le 18 fructidor. IX, 504-509. + + DILLON. Son projet de retraite. II, 341. + + DÎMES. Discussions relatives à l'abolition des dîmes. I, 130 et suiv. + L'abolition est décrétée. 132. + + DIRECTOIRE. Pouvoir exécutif créé par la constitution de l'an III, VII, + 335. + Nomination des cinq directeurs. Détails à ce sujet. VIII, 7-9-11. + Situation dangereuse du directoire au commencement de son + administration. 12 et suiv. + Prend diverses mesures pour remédier à la disette et aux malheurs + financiers. 13-15 et suiv. + Il est chargé de la nomination aux fonctions publiques. 47-48. + Manière dont il use de son pouvoir et dont les directeurs se le + partagent. 48 et suiv. + Continuation de ses travaux administratifs. VIII, 82 et suiv. + Ses plans militaires. 123 et suiv. + Il négocie avec l'Angleterre. 340 et suiv. + Suite. 356 et suiv. + Il envoie Clarke en mission à Vienne. 359. + Rompt les négociations commencées avec le cabinet anglais. 390. + Son message aux conseils le 25 frimaire. 398 et suiv. + Caractère des cinq directeurs; leurs divisions entre eux. IX, 2 et + suiv. + Situation du gouvernement dans l'hiver de l'an V. 1-17. + Discussions relatives au tirage au sort du nouveau directeur pour + l'an V. 150-151 et suiv. + Sa lutte avec les conseils après les élections de l'an V, d'où résulte + le coup d'état du 18 fructidor. 158 et suiv. + Il commence à redouter un vaste complot d'après l'arrestation du comte + d'Entraigues. 182-183 et suiv. + Division des cinq directeurs au moment de leur lutte avec les factieux + des conseils. 184 et suiv. + Trois membres, Larévellière, Rewbell et Barras, prennent la résolution + de faire un coup d'état. 185-188 et suiv. + Leurs moyens d'appui pour ce projet, dans les patriotes de Paris. + 188 et suiv.; dans les armées. 190. + Dispositions politiques de celle d'Italie. 191 et suiv.; + de celle du Rhin 194 et suiv.; + de celle de Sambre-et-Meuse. 195 et suiv. + Résistance des directeurs contre l'opposition des clichyens au sujet + de la réorganisation du ministère. 200 et suiv. + Son embarras sur la décision à prendre au sujet des négociations + commencées avec l'Angleterre et l'Autriche, 242 et suiv. + Ses périls augmentent par l'opposition des conseils. Il prend des + mesures pour réunir à Paris la force armée. 246 et suiv. + Répond d'une manière énergique aux réclamations des conseils au sujet + de la marche de Hoche. 250 et suiv. + Trois des directeurs font les préparatifs du coup d'état du 18 + fructidor. 270-272 et suiv. + Ils se réunissent chez Rewbell avec les ministres, en attendant le + résultat de la journée. Leur plan. 273-274 et suiv. + Exécution de ce plan le 18 fructidor. 275 et suiv. + Il fait rendre aux conseils plusieurs lois qui lui restituent une + puissance révolutionnaire. Journée du 18 fructidor. 282-285 et suiv. + Réformes qu'il introduit dans l'administration. Deux nouveaux + directeurs sont nommés à la place des déportés. 294 et suiv. + Il destitue Moreau de son commandement. 296-297. + Projette une descente en Angleterre. 360 et suiv. + Déclare prendre les Vaudois sous sa protection, et envoie une armée en + Suisse. 393 et suiv. + Ses dispositions pour remédier aux désordres des républiques + italiennes. X, 87-88 et suiv. + Il propose et fait décréter la loi sur la conscription. 98-101. (Voyez + _Conscription._) + Ses moyens et ses plans de guerre pour la campagne de 1793. 123 et + suiv. + Ses dispositions pour s'opposer à la spoliation des pays alliés en + Italie. 126 et suiv. + Suite de ses plans pour la guerre. 132-134 et suiv. + Généraux qu'il nomme. 138 et suiv. + Accusations dont il est l'objet après nos premiers revers en 1759. + Raisons qui le justifient. 172-175 et suiv. + Nomination de Sièyes à la place de Rewbell. 187. + Tous les partis se réunissent contre lui après nos défaites en Italie. + (An VII.) 220 et suiv. + Division entre les directeurs. 223-224. + Révolution du 30 prairial. Destruction de l'ancien directoire. + Treilhard, Larévellière et Merlin en sortent. 228-232-238. + Formation du nouveau directoire. 239 et suiv. + Ses premiers actes. 242 et suiv. + Mesures prises par les conseils pour lui donner une nouvelle force. + 245-250. + Ses plans de guerre. 251 et suiv. + Sa lutte avec les patriotes. (Voyez _Patriotes_.) + + DISETTE. Désordre qu'elle amène le 4 octobre. I, 165-166. + Après la seconde loi du _maximum_ la disette continue. Mesures + que prend la commune pour y pourvoir. Désordres. V, 344-348 et suiv. + Pendant l'affreux hiver de 1795 les grains et les bois de chauffage + manquent à Paris. VII, 51 et suiv. + Suite du même sujet. 73 et suiv. + Les habitans de Paris sont mis à la ration. Violentes scènes et + soulèvemens populaires. 79 et suiv. + + DIX AOÛT. II, 234 et suiv. + + DROITS FÉODAUX. Ils sont abolis. I, 125-126 et suiv. + Difficultés et discussion qu'entraîné la proposition de leur + abolition. 128-129. + + DROITS DE L'HOMME. Déclaration des droits de l'homme, I, 136 et suiv. + + DROUET. Reconnaît le roi à Sainte-Menehould et le fait arrêter à + Varennes. I. 285-286. + + DUBOIS DE CRANCÉ. Il remplace Bernadotte au ministère de la guerre. X, + 281. + + DUCHASTEL. Malade, vote dans le procès de Louis XVI, pour le + bannissement. III, 254. + + DUCHÊNE (Le père). Journal rédigé par Hébert. IV, 425. + + DUMOURIEZ. Son caractère. Ses plans militaires. Il est nommé ministre. + II, 58 et suiv. + Il prend le bonnet rouge en arrivant au ministère. 60. + Son entrevue avec la reine. 65 et suiv. + Extrait de ses mémoires, _Ibid._ + Il devient suspect à la Gironde et est soupçonné de dilapidations. + 82-85. + Conseille au roi de sanctionner deux décrets. 91. + Sa fermeté dans l'assemblée nationale. 104-105. + Il donne sa démission. 105-106. + Est nommé général en chef des armées du Nord et du Centre. 291. + Cherche à s'opposer à l'invasion des Prussiens. 297. + Son plan de campagne contre les Prussiens. 341 et suiv. + Commencement d'exécution de son plan. Les Thermopyles de la France. + 345 et suiv. + Nouvelles dispositions qu'il prend après les affaires de l'Argonne. + 356 et suiv. + Il écrit à l'assemblée nationale. 359. + Ses dispositions après la retraite des Prussiens. 373 et suiv. + Conjectures sur sa mollesse après avoir sauvé le territoire. 375-376. + Il se rend à Paris, à la convention et aux Jacobins. III, 69-73-75. + Est fêté par les artistes, et reçoit la visite de Marat. 76-78-79. + Repart pour l'armée. 81. + Ses plans militaires. 109 et suiv. + Il gagne la bataille de Jemmapes. 116-120. + Ses projets politiques sur la Belgique. 123 et suiv. + Suite de ses actes militaires et administratifs. 125 et suiv. 129. + Il se plaint vivement du nouveau mode d'administration des vivres. + 134 et suiv. + Suite de sa campagne en Belgique; ses succès et ses fautes. 138 et suiv. + Son plan de campagne et commencement d'exécution. 298 et suiv. + Il fait arrêter des agens du pouvoir exécutif. Ses menaces contre le + gouvernement. 328-329. + Il écrit une lettre audacieuse à la Convention. Suite de ses actes + militaires. IV, 2. + Il négocie avec l'ennemi. 13. + Ses projets politiques. 14-16. + Son traité avec l'ennemi. 18 et suiv. + Il dévoile entièrement ses projets politiques. 27 et suiv. + Est mandé à la barre de la convention. 31. + Six volontaires font sur Dumouriez une tentative d'arrestation. 32-33. + Plusieurs de ses projets échouent. 33. + Il fait arrêter quatre députés de la Convention. 34-35. + Sa tête est mise à prix. Troubles à Paris. 36-37. + Il est abandonné par ses troupes, et se retire en Suisse. 39-42. + Considérations sur son caractère et son rôle politique. 42-43. + + DUPORT. Son caractère. I, 15. + + DUPORTAIL. Ministre de la guerre. Désigné par Lafayette. I, 251. + + DUVERNE DE PRESLE. (Voy. _Royalistes_.) + + + EDGEWORTH DE FIRMONT. Confesseur de Louis XVI. III, 263. + Ses paroles sur l'échafaud. 270. + + ÉGYPTE. Projet d'une expédition en Égypte proposé par Bonaparte au + directoire. Préparatifs secrets. IX, 408-414-419. + État de l'escadre destinée à porter les troupes. X, 1-3. + Route de Toulon à Alexandrie. Prise de Malte. 4-8. + Entrée à Alexandrie. 12-13. + Description de l'Égypte. Sa géographie. Ses habitans. 13-22. + Route dans le désert d'Alexandrie au Caire. Mécontentement des soldats. + Combat sur le fleuve et sur terre contre Mourad-Bey. Dispositions de + l'ennemi près du Caire. 28-31-36. + Bataille des Pyramides. 36-41. + Fondation de l'Institut d'Égypte. Ses travaux. 48-50. + Bataille navale d'Aboukir. Destruction de notre escadre. 51-57. + Conquête de la Haute-Égypte par Desaix. Bataille de Sédiman. 286-288. + Expédition en Syrie par Bonaparte. Prise du fort d'El-Arisch et Gaza. + 290-291 et suiv. + Commencement du siége de Saint-Jean-d'Acre. Bataille du Mont-Thabor. + 292-297. + Retour de l'armée en Égypte. Bataille d'Aboukir. 300-306-310. + + ELBÉE (d'). Chef vendéen. IV, 90. + Il est tué à Cholet. V, 121-124. + + ÉLECTEURS. Réunis à l'Hôtel-de-Ville, ils livrent des armes au peuple. + I, 87. + Ordonnent la convocation des districts. 88. + Composent une municipalité. _Ibid._ + Composent une milice bourgeoise de 48,000 hommes. 88-89. + Un électeur distribue au peuple des bateaux de poudre. 90. + Les électeurs se partagent en divers comités. I, 108. + + ÉLECTIONS. Elles se font à Paris et dans les provinces. I, 37. + Travaux de l'assemblée nationale sur les élections. 191-192. + --Mouvemens à Paris et en France à l'époque des élections de la + convention. III, 8 et suiv. + --Préparatifs des élections de l'an IV. Effervescence des partis. IX, + 33-36. + --De l'an V. 146 et suiv. + --De l'an VI. 404 et suiv. + --De l'an VII. X, 183. + + ÉMIGRATION. Prend une attitude inquiétante. I, 263-264. + Loi portée sur l'émigration. 268-269. + + ÉMIGRÉS. Époque où l'émigration commence à devenir considérable. I, 178. + Ils lèvent des corps au nom du roi. 295. + Se préparent obstinément à la guerre à Coblentz. Leur connivence + avec la cour. II, 20-21 et suiv. + Leurs manoeuvres sont dénoncées à l'assemblée législative. 33 et suiv. + Débats dans les conseils sur la loi de la convention relative aux + biens des émigrés. VIII, 89-90 + + EMPRUNT FORCÉ. Mesures avisées pour son recouvrement. IV, 377 et suiv. + Un nouvel emprunt forcé est proposé par le directoire et décrété. Mode + de cet emprunt; ses effets. VIII, 41-42 et suiv. + Il est fermé, 401. + Un nouvel emprunt forcé est établi après la révolution de prairial. X, + 246. + + ÉPAULETIERS (les). Ce que c'était. V, 318. + + ESPAGNE. La paix est signée avec cette puissance. VII, 318-319. + Traité d'alliance offensive et défensive avec la France. VIII, 263-264. + + ÉTATS-GÉNÉRAUX. Provoqués par un jeu de mots. I, 14. + Renvoyés à cinq ans. 17. + Convoqués. 23. + Leur ouverture. 44. + + ÉTRANGERS. Ils sont décrétés d'arrestation. IV, 394. + + ÊTRE-SUPRÊME. Fête à l'Être-Suprême, le 8 juin 1794. Description et + détails. VI, 115-118. + + ETTLINGEN. (Voy. _Rastadt_.) + + EUROPE. Situation politique de l'Europe et état des puissances + étrangères au commencement de 1790. I, 215, 216 et suiv. + Dispositions des souverains de l'Europe à l'égard de la France, après + la fuite du roi à Varennes. 295-296. + --Dispositions des souverains étrangers à l'égard de la France. II, + 18-19. + --Projets des puissances étrangères à l'égard de la France après le 10 + août. II, 292 et suiv. + --Dispositions des puissances étrangères après le 21 janvier. III, 271 + et suiv. + Réflexions sur la politique de l'Europe. 280 et suiv. + --État de l'Europe au commencement de 1794. VI, 34 et suiv. + --Situation des états de l'Europe après la campagne de 1795. VIII, 122 + et suiv. + --État de l'Europe en 1795. IX, 36 et suiv. + --Mouvement dans les diverses cours, pour former une nouvelle coalition + contre la France. X, 62 et suiv. + + ÉVÊCHÉ. Réunion de ce nom. Son but. IV, 47-48. + Il s'y tient une assemblée. 138. + On y nomme une commission de six membres chargés de trouver des moyens + de salut public. 139. + On y délibère sur une insurrection. 141-142. + Les commissaires des sections s'y réunissent le 30 mai. 145. + Ce comité d'insurrection est dénoncé après le 31 mai. 195. + + EXÉCUTIONS. Grandes exécutions des détenus, en juin 1794. VI, 134-138 et + suiv. + Commandées à Nantes par Carrier. 144-148; + à Lyon, à Toulon, à Orange, à Bordeaux, à Marseille, par Fréron, Barras + et Maignet. 148-149; + dans le Nord, par Lebon. 149 et suiv. + Ressentiment et indignation que la _terreur_ fait naître. 153. + + FAVORITE. Bataille de ce nom devant Mantoue. VIII, 424-425. + + FAVRAS (le marquis de). Il est soupçonné de comploter contre l'assemblée. + Il est regardé comme l'agent de Monsieur. Son procès. I, 195 et suiv. + Il est condamné à être pendu. Sa mort, 203-204. + + FÉDÉRALISME. Origine de ce mot. III, 17-18. + + FÉDÉRATION. Une fédération générale de la France est décidée à la + municipalité. I, 234. + La réunion générale des fédérés a lieu au Champ-de-Mars. 237 et suiv. + Description de la fête. _Ibid._ + Seconde fête de la fédération. II, 184 et suiv. + + FÉRAUD. Ce député est assassiné au sein même de la convention par les + révoltés du 1er prairial. VII, 209-211. + Son assassin est arraché au supplice par les patriotes. Suite de cet + événement. 229 et suiv. + Honneurs que la convention rend à sa mémoire. Séance funèbre. Son éloge + est prononcé par Louvet. 236 et suiv. + + FEUILLANS. Origine du club de ce nom. I, 213. + Le club des feuillans opposé aux jacobins. II, 13-14. + Faiblesse de ce parti. 109 et suiv. + + FÉVRIER (25) 1793. On pille les boutiques de quelques épiciers. IV, 313 + et suiv. + + FINANCES. État malheureux des finances. I, 226 et suiv. + État des finances en 93. Mesures prises pour remédier à leur désordre. + IV, 369 et suiv. 383. + État des finances à la fin de 93. V, 180 et suiv. + État et organisation des finances au commencement de 1794. VI, 88-90 et + suiv. + État des finances après le 9 thermidor. 270 et suiv. + Détresse financière et commerciale en 1795. Diverses mesures prises par + la convention pour y remédier. VII, 59-66 et suiv. + Embarras des finances à l'avènement du directoire (1795). VII, 13 et + suiv. + Nouveaux détails sur les assignats. Création des mandats. Réflexions + sur diverses questions des finances. 106 et suiv. + Plan de finances pour l'an V. 400 et suiv. + Coup d'oeil sur les finances en l'an V. Projets de l'opposition pour + entraver le directoire dans ses moyens de pourvoir aux besoins du trésor + public. IX, 165 et suiv. + Le conseil des cinq-cents décrète diverses mesures favorable à ce + projet. Les anciens les rejettent. 172-173. + Mesures financières provoquées par le directoire, après le 18 fructidor. + Remboursement des deux tiers de la dette. 303-309. + Finances de l'an VII. X, 96 et suiv. 101-102. + Moyens employés pour fournir aux dépenses, prochaines de la campagne de + 1799. 130-131. + + FLESSELLES (Le prévôt). Il promet au peuple 12,000 fusils. I, 89-90. + Est accusé de trahison, traîné au Palais-Royal et tué d'un coup de + pistolet. 98-99. + + FLEURUS. Victoire de ce nom. Événemens militaires avant et après la + bataille. VI, 169-175 et suiv. + + FOUCHÉ. Envoyé en l'an VI à Milan par le directoire. X, 92-93. + Nommé ministre de la police. 272. + Se tourne du côté de Bonaparte. 354-355. + Il tait la conjuration aux directeurs. 359. + + FOULON et BERTHIER. Ils sont tués par le peuple malgré l'opposition de + Lafayette. I, 113-114. + + FOUQUIER-TINVILLE. Idées sanguinaires de cet accusateur public. VI, + 137-138 et suiv. + Il est mis en accusation. 240. + + FRANCE. Situation politique et morale de la France sous Louis XVI et à + l'époque de la révolution. I, 3 et suiv., 33 et suiv. + Troubles et désordres en France après le 14 juillet. 122-123. + État alarmant de la France en août 1789. 133 et suiv. + État des esprits et situation politique au commencement de l'année + 1790. 192 et suiv. + Troubles dans le Midi, en avril 1790. 212. + Situation intérieure, les premiers mois de 1794. VI, 83 et suiv. + État intérieur de la république dans l'été de 1796. VIII, 242 et suiv. + Situation intérieure et rapports politiques avec l'Europe, après la + retraite de nos armées d'Allemagne. 330 et suiv. + Rapports de la France avec le continent en l'an VI. IX, 371 et suiv. + Sa situation intérieure dans l'hiver de l'an VI. 400 et suiv. + + FRÉDÉRIC-GUILLAUME. Sa ligue anglo-prussienne. I, 216. + + FRUCTIDOR (18). Journée de ce nom. Principaux détails des événemens. IX, + 270-287. + Augereau s'empare des Tuileries. 275-278. + Les conseils sont repoussés du lieu de leurs séances. 280. + Les conseils se forment de nouveau, et rendent tous les décrets que + demande le directoire. Des députés et deux directeurs sont condamnés à + la déportation. 280-288. + Nécessité de ce coup d'état. Ses conséquences. 291 et suiv. + + GARAT. Il cherche à rassurer la convention sur ses craintes. Son + discours IV, 130 et suiv. + + GARDES-DU-CORPS. Ils donnent un repas aux officiers de la garnison à + Versailles. Suite de cette fête. I, 162 et suiv. + + GARDE-MEUBLE. Il est volé. Bruits qui coururent sur ce vol et sa + destination. III, 6-7. + + GARDE NATIONALE. La milice bourgeoise prend le nom de garde nationale, + et adopte la cocarde tricolore. I, 109-110. + Débats au conseil des cinq-cents sur une nouvelle organisation de la + garde nationale. IX, 276 et suiv. + + GÊNES. Paix avec cette république. VIII, 348. + + GENSONNÉ. Son rapport à l'assemblée législative sur les troubles de + l'Ouest. II, 26-27. + + GEORGES (Saint-). Voy _Bassano_. + + GERLE (dom.) Chartreux, propose de déclarer la religion catholique la + seule religion de l'État. I, 208. + Il retire sa proposition. 209. + + GERMINAL (journée du 12). Les patriotes envahissent la convention. Ils en + sont chassés, et ensuite désarmés en exécution d'un décret. VII, + 106-124. + + GIRONDINS. Origine de ce nom. Leur rôle dans l'assemblée législative. + II, 11-13. + Ils dominent dans le ministère. 62-82. + Accusations dont ils sont l'objet, 302 et suiv. + Leur position à la convention. III, 19 et suiv. + Portraits de plusieurs d'entre eux. 12 et suiv. + Sont accusés de fédéralisme, et de vouloir sacrifier Paris. 17-19. + Essai de rapprochement et rupture. 21-22. + Embarras et fâcheuse position des girondins après le 25 février. 320 et + suiv. + Menacés le 31 mai, se rendent tous armés à la convention. IV, 147. + Se réunissent le 1er juin pour se concerter. 171-172. + Sont mis en état d'arrestation. 189-190. + Plusieurs sont envoyés devant le tribunal révolutionnaire, et d'autres + sont mis en état d'arrestation. V, 78-79. + Circonstances de leur procès. Un décret de circonstance leur ôte la + parole. 152-163. + Ils sont condamnés et exécutés. 164-167. + + GOHIER. Nommé directeur à la place de Treilhard. X, 232. + Représentant des patriotes et président du directoire. 337-338. + Il complimente Bonaparte à son retour d'Égypte. 338. + Sa femme est liée avec Joséphine Bonaparte. 346. + Il est sondé par Bonaparte, qui voudrait être directeur, et qui n'a + pas l'âge nécessaire. 348. + Altercation avec Bonaparte. 371-372. + + GORSAS. Son arrestation. III, 305. + + GOUVERNEMENT RÉVOLUTIONNAIRE. Effets des lois révolutionnaires. V, 128 + et suiv. + + GRANGENEUVE. Sa proposition à Chabot. II, 191-192. + + GRAND-LIVRE DE LA DETTE PUBLIQUE. Comment il fut institué en 93. Ses + avantages financiers. IV, 371 et suiv. + + GRÉGOIRE (l'abbé). Se présente aux communes. I, 55. + + GRENELLE. La poudrière de Grenelle prend feu. VI, 290. + Les patriotes attaquent le camp de Grenelle. VIII, 259 et suiv. + + GUADET. Fait une application historique aux circonstances du moment. IV, + 109-110. + Propose la destitution des autorités de Paris, et le transfert de la + convention à Bourges. 112-113. + Son courage à la convention le 31 mai. 157-158. + + GUERRE. Premières dispositions des armées. II, 76-78. + Échec du général Rochambeau. 78 et suiv. + État des affaires militaires âpres le 10 août. 283 et suiv. + Situation militaire de la France en octobre 1792, III, 55 et suiv. + Affaires militaires en octobre et novembre 1792. 109 et suiv. + Situation de nos armées sur le Rhin et aux Alpes à la fin de 1792. 142 + et suiv. + Événemens militaires en Belgique. 289 et suiv. + Nos armées éprouvent plusieurs revers. 324 et suiv. + Dispositions de la convention pour trouver des hommes et de l'argent. + IV, 103 et suiv. + Situation militaire de la France en 93. 214 et suiv. + État de l'armée du Nord: _ibid._; + de l'armée de la Moselle: 218; + du Rhin: _ibid._; + d'Italie: 223-224; + des Pyrénées: 226 et suiv.; + de la Vendée. 229 et suiv. + Victoire en Espagne en juillet 93. 256-257. + Siége de Mayence. 309-320. + Siége de Valenciennes par les ennemis. 320-323. + Le camp de César est évacué par les Français. 351-352. + Mouvement des armées en août 1793. V, 1 et suiv. + État de l'armée du Rhin. 3-6. + Commencement du siége de Lyon 6-10. + Marche des troupes ennemies en août et septembre 1793. 21 et suiv. + Victoire de Hondschoote. 24-25. + Revers dans le Nord. 27-29. + Échec de l'armée des Pyrénées. 32 et suiv. + Organisation de l'armée de l'Ouest. 68. + L'armée des Alpes repousse les Sardes. 86-87. + Progrès de l'art de la guerre. Réflexions à ce sujet. 97 et suiv. + Suite des opérations militaires à a frontière du Nord. 101-107. + Victoire de Wattignies. 108-109. + Les lignes de Wissembourg sont prises par l'ennemi. 124 et suiv. + Jonction des armées du Rhin et de la Moselle. Les Autrichiens sont + chassés des frontières. 146-251. + Siége et prise de Toulon par les républicains. 252-261. + Réflexions sur cette campagne, et récapitulation des principaux faits. + 292 et suiv. + Préparatifs en France, de 1793 à 1794, pour la levée, l'équipement et + l'armement des armées de terre et de mer. VI, 48-49. + Premiers événemens de la campagne de 1794 aux Pyrénées: 54-56: + aux Alpes et vers l'Italie: 56-60; + au Nord. 60-73. + Victoire de Turcoing. 71 et suiv.; + en Vendée: 74 et suiv.; + en Bretagne contre les chouans: 75-76; + aux colonies. Révoltes à Saint-Domingue. 76 et suiv. + Sur mer, combat du 13 prairial an II, destruction du vaisseau _le + Vengeur_. 78-82. + Reprise des opérations militaires en août 1794. 166 et suiv. + Victoire de Fleurus. Événemens militaires avant et après la bataille. + 169-175. + Reprise de Condé, Valenciennes, Landrecies et le Quesnoy. 301-304. + Mouvemens de l'armée du Nord. + Bataille de l'Ourthe. 306-308. + Bataille de la Roër. 309 et suiv. + Passage de la Meuse par Pichegru. 315 et suiv. + Mouvemens et succès des armées de la Moselle et du Haut-Rhin, + commandées par Michaud. 317-318. + Situation de l'armée des Alpes et des Pyrénées. 318-320. + Suite de la guerre de la Vendée. 320 et suiv. + Situation de l'armée en Belgique à la fin de 1794. Prise de Nimègue. + VII, 1-7. + Projets pour la conquête de la Hollande. 7 et suiv. + Notre armée se répand en Hollande par divers points, et occupe tout + le pays. 20 et suiv. + Suite des opérations militaires en Espagne, en Catalogue et aux + Pyrénées. 27-29. + État des armées après les événemens de prairial an III. 253 et suiv. + Opérations de Jourdan, de Moreau, de Pichegru et de Kléber dans le + Nord. 253-254. + Situation de l'armée des Alpes sous Kellermann. 255 et suiv. + Position militaire en Espagne. 257. + Expédition de Quiberon. (Voy. _Quiberon_). 269-311. + Passage du Rhin par Jourdan et Pichegru. 320 et suiv. + Marche rétrograde de l'armée de Sambre-et-Meuse. 377-378. + Jourdan repasse le Rhin. VIII, 19. + Perte des lignes de Mayence. 20-22. + Situation des armées du Rhin, des Alpes et des Pyrénées vers la fin + de l'an IV. 55 et suiv. + Détails de la bataille de Loano. 58-61. + Expédition de l'Ile-Dieu. 62 et suiv. + Réflexions sur la campagne de 1795. 76. + Campagne de 1796. 140-241-278-326. + État de l'armée d'Italie au commencement de la campagne de 1796. 141 + et suiv. + Conquête du Piémont. 141-161. + Conquête de la Lombardie. 173 et suiv. + Bataille de Lodi. 178 et suiv. + Passage du Mincio. 198-200. + Entrée des Français dans les États-Romains et en Toscane. 214-217. + Suite de la guerre sur le Danube et sur le Rhin. 218-219 et suiv. + Passage du Rhin par Moreau, et suite des opérations militaires. 226 et + suiv. + Batailles de Rastadt et d'Ettlingen. 230 et suiv. + État de nos armées en Allemagne et en Italie en août 1796. 241. + Reprise des hostilités en Italie. État de notre armée. 272. + Notre ligne sur l'Adige est forcée. 278-279. + Bataille de Lonato. 283-286. + Bataille de Castiglione. 288 et suiv. + Opérations sur le Danube. Bataille de Neresheim. 297-298. + L'armée de Sambre-de-Meuse est repoussée par l'archiduc. 300-301. + Suite de la guerre d'Italie. Bataille de Roveredo. 303-307. + Marche de Bonaparte sur la Brenta. Bataille de Bassano et de + Saint-Georges. 308-312-315. + Nouvel échec de l'armée de Sambre et Meuse a Wurtzbourg. + Retraite. 316-317 et suiv. + Retraite de Moreau. 321-326. + Extrême danger de l'armée d'Italie. Bataille d'Arcole. + 355-364-367-370-395. + Expédition d'Irlande. 379. + Reddition du fort de Kelb. 404. + Reprise des hostilités en Italie. 405 et suiv. + Description du champ de bataille de Rivoli. Bataille de Rivoli. + 411-414-423. + Bataille devant Mantoue ou de la _Favorite_. 424-425. + Prise de Mantoue. 425 et suiv. + Réflexions sur la campagne de 1796 en Italie. 428 et suiv. + Reprise de la campagne en l'an V. État de l'armée de Sambre-et-Meuse: + IX, 45 et suiv.; de l'armée du Haut-Rhin. 46-47. + L'armée d'Italie est renforcée. 47-48. + Nouvelle campagne contre l'Autriche. Passage du Tagliamento. 60-67. + Combat de Tarwis. 68-72. + Marche sur Vienne. 86 et suiv. + Passage du Rhin à Neuwied par Hoche, à Diersheim par Desaix. 103. + L'armée de Sambre-et-Meuse et celle du Rhin sont réunies en une seule, + et le commandement en est donné à Hoche. 298. + Expédition en Suisse, Brune s'empare de Berne. 395-398. + Expédition d'Égypte. (Voy. _Égypte_). Reprise des hostilités en + l'an VII. Une armée napolitaine envahit les États Romains. X, 109 et + suiv. + Manoeuvres de Championnet. _Ibid._ et suiv. + Les Napolitains sont battus. Championnet rentre dans Rome. 111-113. + Conquête du royaume de Naples. 113-119. + Campagne de 1799. État de nos forces militaires et plans de guerre. + 122 et suiv., 132 et suiv., 135-137. + Invasion des Grisons par Masséna. 144-145. + Bataille de Stockach. Retraite de Jourdan. 149-153-157. + Distribution de nos armées en Italie. Forces ennemies. Premières + opérations de Schérer. Combats sanglans sous Vérone. 157-166. + Bataille de Magnano. Retraite de Schérer. 164-167. + Masséna réunit le commandement de l'armée du Danube et d'Helvétie, et + occupe la ligne de la Limmat. 189-192 et suiv. + Suite de la guerre en Italie. Arrivée de Suwarow. 193 et suiv. + Moreau remplace Schérer dans le commandement. Bataille de Cassano. + 195-197. + Retraite de Moreau au-delà du Pô et de l'Apennin. Détails de cette + belle opération. 197-204. + Combat sur la Limmat en Suisse (prairial an VII). 206 et suiv. + Essai de jonction entre l'armée de Naples et celle de Moreau. 210 et + suiv. + Bataille de la Trebbia. 213-215 et suiv. + Ses suites funestes. Retraite de Macdonald. 217-218. + Reprise de la campagne. Mouvemens de Masséna vers les Grandes-Alpes + (juillet 1799). 253-254. + Suite des affaires en Italie. 254 et suiv. + Joubert arrive à l'armée d'Italie pour remplacer Moreau. État de ses + forces. Bataille de Novi. 256-265. + Débarquement des Anglo-Russes en Hollande. Échec de Brune. 266-268. + Nouveau plan du conseil aulique. Description du théâtre de la guerre en + Suisse. Bataille de Zurich. 313 et suiv. 330. + Désastre et retraite de Suwarow en Suisse. 327-330. + Défaite des Anglo-Russes en Hollande par Brune. 330-331. + Fin de la campagne de 1799. Ses résultats heureux. 331-332. + + HÉBERT. Journaliste. Il est arrêté. IV, 126. + Ses cruautés à l'égard des prisonniers du Temple. V, 144 et suiv. + Il est arrêté avec Ronsin, Vincent et autres. 371. + Son procès et sa mort. 374-377-378-379. + + HÉBERTISTES. Lutte des hébertistes et des dantonistes. V. + 301-324-379-416. + Manoeuvres et caractères de ce parti. 337-338 et suiv. + Plusieurs d'entre eux sont arrêtés. 371 et suiv. + Procès et supplice des principaux chefs. 374-379. + + HELVÉTIQUE (République). (Voy. _Suisse_). + + HENRIOT. Il est nommé commandant de la garde parisienne le 31 mai. IV, + 148. + Fait tirer le canon d'alarme. 150. + Barre le passage à la convention le 2 juin. 181-182. + + HÉRAULT-SÉCHELLES. Il est décrété de mise en accusation. V, 394. + Son procès et sa mort. 398-412. + + HÉRÉDITÉ. L'hérédité du trône est votée. I, 150. + Discussions relatives à l'hérédité de la couronne. _Ibid._ et + suiv. + + HOCHE. Est nommé général de l'armée de la Moselle. V, 97. + Sa manoeuvre dans les Vosges. 246-249. + Il est nommé commandant en chef des armées du Rhin et de la Moselle. + 249. + Est remplacé dans son commandement par Pichegru, et jeté en prison par + ordre de Saint-Just. VI, 60. + Est élargi. 243. + Ses opérations militaires et politiques en Vendée (1795). VII, 37 et + suiv. + Suite de ses opérations en Bretagne. 149 et suiv. + Il cherche à déjouer les projets des royalistes en Bretagne. 267 et + suiv. + Est nommé commandant de l'armée de l'Ouest. Ses dispositions pour + s'opposer à la nouvelle expédition anglaise. VIII, 25 et suiv. + Il cherche à amener la pacification définitive de la Vendée. Son plan. + 68-69 et suiv. + Exécution de ses projets. 72 et suiv. + Il est nommé commandant de l'armée dite des côtes de l'Océan. 126. + Le directoire approuve tous ses plans sur la Vendée, et il continue à + les exécuter. 126-127 et suiv. + Par ses soins la Vendée et la Bretagne sont entièrement soumises. + 138-139. + Il publie une lettre pour démentir certains bruits qu'on répandait sur + lui et sur Bonaparte. 244-247. + Conseille une expédition en Irlande. 265. + Son expédition en Irlande. 390-395. + Est nommé général de l'armée de Sambre-et-Meuse après la démission de + Jourdan. 404. + Il passe le Rhin à Neuwied. IX, 103. + Ses dispositions politiques favorables au directoire menacé. Barras + s'adresse à lui pour obtenir des troupes en cas de besoin. Détails de + ses relations avec le directoire et de ses préparatifs pour cet objet. + 196 et suiv. + Il est nommé ministre de la guerre en l'an V. 209. + Suite de ses préparatifs pour soutenir le directoire. 210 et suiv. + Suite de ses relations avec quelques membres du directoire pour le même + objet. 219 et suiv. + Ses opérations militaires dans l'affaire de Quiberon. (Voy. _Quiberon_). + Sa mort. Réflexions sur sa carrière politique et militaire. 298-302. + + HOLLANDE. Conquête de ce pays. VII, 1-23. + Esprit public en Hollande à l'arrivée des Français. 9-13 et suiv. + Mesures politiques prises par la convention pour le gouvernement de la + Hollande. 24 et suiv. + La paix est signée avec cette puissance. Principales conditions du + traité. 130-133. + Sa situation en 1797. IX, 37 et suiv. + Révolution dans ce royaume, qui se donne une constitution semblable à + la constitution française. 372-375. + Nouvelles commotions politiques dans l'hiver de l'an VI. X, 76. + Débarquement des Anglo-Russes. 266-267. + Les Anglo-Russes y sont défaits par Brune et évacuent le pays. 330-331. + + HONDSCHOOTE. Récit de cette victoire, et opérations militaires qui la + précédèrent. V. 24-26. + + HÔTEL-DE-VILLE. Les électeurs s'y réunissent. I, 78. + Confusion qui y règne dans les journées du 13 et du 14 juillet. 90. + Arrivée de ceux qui avaient pris la Bastille. 98. + Embarras de l'Hôtel-de-Ville après le 14 juillet. 108-109. + Il est forcé le 4 octobre par des femmes et des hommes armés de piques. + 165. + + HOUCHARD. Envoyé au tribunal révolutionnaire. V. 96. + + ILE-DIEU. Expédition de ce nom. VIII, 62 et suiv. + + INSTITUT d'Égypte. (Voy. _Égypte_). + + INSTITUTIONS anglaises. Qui sont ceux qui les désiraient. I, 118 et suiv. + + INSURRECTION. Projet d'insurrection dans les faubourgs. II, 203 et suiv. + Une grande insurrection est fixée pour le 10 août. 231-232. + Celle du 31 mai est arrêtée. Par qui. IV, 145. + Principaux détails sur cette insurrection. 146 et suiv., 158-159 et + suiv. + Événemens des 1er et 2 juin. IV, 166-170-171-173 et suiv., + 176-180-183-184. + + IRLANDE. Expédition française dans ce pays. Elle échoue. VIII, 390-395. + Léger échec des Français en Irlande. X, 102. + + ISNARD. Son discours à l'occasion d'un projet de décret relatif aux + émigrés. II, 34-36. + Sa réponse à la pétition de la section de la Fraternité. IV, 127. + + ITALIE. Tableau géographique et politique de cette contrée, à l'époque + de la conquête par les Français. VIII, 161-169. + Coup d'oeil sur l'état de l'opinion publique après la conquête de la + Lombardie. 209 et suiv. + Négociations avec divers états de ce pays. 268 et suiv. + Insurrections révolutionnaires dans plusieurs villes. Perfidie des + Vénitiens après le départ de Bonaparte. IX, 72 et suiv., 85. + La révolution se propage après les préliminaires de Léoben. Soulèvement + à Gènes. 134 et suiv. + Fondation de la république cisalpine. Affaires de la Valteline. + 314-318-321. + Événemens militaires de la campagne de 1799. (Voy. _Guerre_.) + Fermentation des états italiens en l'an VI. 380 et suiv. + Révolution à Rome, 381-388. + Conquête de Naples. (Voy. _Naples_.) Désordres des républiques + italiennes alliées. Changemens opérés dans la constitution cisalpine. X, + 83-89-94. + Envahissement des États romains par les Napolitains. (Voy. _Guerre_.) + Révolution du Piémont. 119 et suiv. + + JACOBINS. Club de ce nom. Son influence. I, 213. + Ils adressent à l'assemblée une pétition demandant la déchéance du roi. + 302. + Organisation du club de ce nom. II, 13. + Robespierre se retranche aux Jacobins. Ils se prononcent contre les + projets de guerre. 47-48. + Leur projet de déposer le roi de vive force. 190-191 et suiv. + Leur puissance après le 10 août. 272-274. + Grande puissance de leur club. Les riches équipages qui se pressent à + la porte. Affiliations nombreuses. Marat y paraît encore étrange. III, + 70-73. + Agitation qui y règne après l'accusation de Robespierre, par Louvet, à + la convention. 91 et suiv. + Font divers projets pour remédier à la disette. 310. + Vive discussion au sujet du pillage du 25 février. 315-16. + Une populace armée se présente à ce club. 341-342. + Se prononcent contre les agitateurs. 348 et suiv. + Projets des jacobins à la suite de la chute des girondins. Mesures + qu'ils prennent pour profiter de la victoire du 31 mai. IV, 191. + Leur rôle après le 31 mai. 279 280. + Discussion au sujet du renouvellement et de la prorogation du comité de + salut public. 293-296. + Séance du 7 août 179, à laquelle assistent les commissaires des + départemens. Discours de Robespierre. 348-349. + Décident, sur la motion de Robespierre, que leur société sera épurée. + V, 221-222. + Plusieurs membres sont exclus. 228-229. + Séance du 6 prairial an II, après la tentative d'assassinat sur + Robespierre et Collot-d'Herbois. VI, 102-107. + Font une pétition à la convention, dirigée indirectement contre les + comités. 185 et suiv. + Le club est ouvert de nouveau et épuré après le 9 thermidor. 363. + Sont réprimés dans les provinces. 334 et suiv. + Ceux de Paris tâchent de se défendre après la réaction du 9 thermidor. + 335 et suiv. + Rumeur au club de Paris, menacé d'épuration par la convention. 348 et + suiv. + Mesures qu'ils prennent pour éluder le décret rendu contre les + sociétés populaires. 258-259. + Séances orageuses au club de Paris au sujet du procès de Carrier. + 374-375 et suiv. + Leur salle est investie par un attroupement. Tumulte et scènes + violentes dans Paris. 383 et suiv. + Leurs séances sont suspendues. Réflexions sur ce club. 388 et suiv. + Leur société étant dissoute, ils se réfugient au club électoral. + 390-391. (Voy. _Club électoral_.) + + JANVIER (21). Une fête anniversaire de la mort de Louis XVI est + instituée par les conseils. La première se célèbre le 1er pluviôse an + IV. VIII, 92-93. + + JEAN DE BRY. Propose de juger à la fois Marat et Robespierre. III, 107. + + JEMMAPES. Bataille de ce nom. Événemens militaires qui y ont rapport. + III, 114 et suiv. + + JEU DE PAUME. La salle du Jeu de Paume devient le lieu des séances de + l'assemblée nationale. Les députés assemblés dans le Jeu de Paume + prêtent le serment de ne pas se séparer avant l'établissement d'une + constitution. I, 62-63. + On fait louer la salle pour empêcher une nouvelle séance. 64-65. + + JEUNESSE DORÉE. Parti auquel on donna ce nom. VI, 338. + + JORDAN (Camille). Son rapport aux cinq-cents sur la liberté des cultes. + IX, 162 et suiv. + + JOUBERT. Est nommé par le nouveau directoire commandant de l'armée + d'Italie, et remplace Moreau. X, 243. + Est tué à la bataille de Novi. 260. + + JOUR DE L'AN. Cérémonial aboli par l'assemblée législative à propos des + hommages rendus au roi dans ce jour. II, 44. + + JOURDAN. Est nommé général en chef de l'armée du Nord. V, 97. + Gagne les batailles de l'Ourthe et de la Roër. VI, 309 et suiv. + Manoeuvres du général pour favoriser le passage du Rhin par Moreau. + VIII, 221 et suiv. + Passe le Rhin. 228-238 et suiv. + Est repoussé sur le Mein par l'archiduc Charles. 300-301. + Est battu à Wurtzbourg, et bat en retraite. VIII, 318-319. + Nommé député en l'an V. IX, 147-148. + Est appelé au commandement de l'armée du Danube. X, 140. + Ses opérations militaires dans la campagne de 1799. (Voy. _Guerre_.) + Propose aux cinq-cents de déclarer la patrie en danger (17 fructidor + an VII). Sa proposition est rejetée. 279-281. + + JOURNAUX. Divers journaux, représentant les opinions des partis, sont + publiés au commencement du directoire. VIII, 54. + Licence des journalistes., VIII, 396-397. + + JUILLET (12, 13, 14). Le peuple parcourt les rues avec les bustes de + Necker et du duc d'Orléans. Le régiment de Royal-Allemand le disperse. + I, 87. + Les gardes-françaises font feu sur le Royal-Allemand. _Ibid_. Le + peuple force les barrières, pille les greniers de Saint-Lazare, et + prend des armes au Garde-Meuble. 89. + Divers bruits se répandent sur les projets hostiles de la cour. 93-94. + Le peuple enlève les canons de l'Hôtel des Invalides, et court à la + Bastille. 95-96. + Suites de ces journées. 98-99. + + JUIN (20). Événemens de cette journée. Ses causes. II, 124-140. + Suites de cette journée. 141 et suiv. + + KAIRE (Le). (Voy. _Égypte_.) + + KELH. Reddition de ce fort par Moreau. VIII, 404. + + KERSAINT. Donne sa démission à la convention nationale, pour ne pas + s'asseoir avec des hommes de sang. III, 258-259. + + KLÉBER. Ses opérations militaires en Bretagne. V, 265-268-271-280-282 et + suiv. + Bonaparte lui confie le commandement de l'armée d'Égypte. X. 312. + + KLINGLIN. Correspondance de Pichegru avec les princes émigrés, trouvée + dans un fourgon du général Klinglin. IX, 194-195. + + LADMIRAL. Il tente d'assassiner Robespierre ou Collot-d'Herbois, et + échoue. VI, 96-98. + + LAFAYETTE (Le marquis de). Vice-président de l'assemblée constituante. I, + 92. + Il est nommé commandant de la milice bourgeoise de Paris. 104. + Détails sur sa vie et son caractère. I, 110 et suiv. + Il donne sa démission, et reprend aussitôt le commandement. 114. + Déclaration des droits. 136 et suiv. + Traité de Cromwell. 144. + Arrête le peuple sur la route de Versailles. 172. + Arrive à Versailles dans la nuit du 4 octobre. Ses efforts pour + contenir le peuple à Paris. Il tranquillise le roi, et prend diverses + mesures pour maintenir l'ordre. Fatigue de vingt-quatre heures et repos. + 172 et suiv. + Défend le château attaqué par les brigands. Montre la reine au peuple. + 175 et suiv. (Voy. _Versailles_.) + Traité par Mirabeau de Cromwell-Grandisson. Engage le duc d'Orléans à + quitter Paris. 179-180. + Punit quelques soldats mutinés pour une augmentation de paie. 194-195. + Conseille au roi de s'attacher démonstrativement et sincèrement au + parti populaire. 199. + Dénonce à la tribune l'influence secrète de l'Angleterre dans les + affaires de la révolution. 219-220. + Comprime diverses émeutes. 267-268. + Disperse les jacobins attroupés au Champ-de-Mars. 302 et suiv. + Envoyé à l'armée du Rhin avec Luckner et Rochambeau. II, 40. + Prend le commandement de l'armée du Centre. 44. + Dumouriez s'oppose à ce qu'il ait le commandement général. 77. + Sa position au milieu des partis à la fin de 1792. 110 et suiv. + Il écrit une lettre à l'assemblée. 112 et suiv. + Se rend à l'assemblée et y expose divers griefs. 146; et suiv. + S'assied au banc des pétitionnaires. Ses projets en faveur du roi + échouent. Il repart pour l'armée. 149 et suiv. + Il propose au roi un projet de fuite. 206. + Est mis hors d'accusation par l'assemblée. 231. + Il fait arrêter des commissaires envoyés par l'assemblée. On demande + son accusation. Ses projets. 286-287. + Il est déclaré traître à la patrie et décrété d'accusation. 287. + Il est abandonné par Dumouriez. Se retire dans les Pays-Bas, et est + fait prisonnier par les Autrichiens, 289-291. + Son élargissement des prisons d'Olmutz, par suite du traité de + Campo-Formio. IX, 334. + + LAMBALLE (La princesse de). Elle est massacrée. II, 334-335. + + LAMETH. Les deux frères Lameth se liguent avec Barnave et Duport. I, 117. + Ils s'entendent avec la cour. I. 293. + + LAMOURETTE. Évêque constitutionnel de Lyon et député à l'assemblée + législative. Motion de ce député. II, 173-174. + Effet produit par cette motion. 175. + + LANJUINAIS. Il soutient que le décret qui casse la commission des douze + est nul. Tumulte et menaces à ce sujet. IV, 155 et suiv. + Son courage à la tribune le 2 juin. 178-179. + + LARÉVELLIÈRE-LÉPAUX. Il sort du directoire dans la révolution de prairial + an VII. Sa conduite dans cette circonstance. X, 232-238. + (Voy. _Directoire_.) + + LAROCHE-JAQUELIN. Chef Vendéen. IV, 90-91. + + LAVILLE-HEURNOIS. (Voy. _Royalistes_.) + + LECOINTRE (de Versailles). Il accuse à la convention les membres des + anciens comités. VI, 281 et suiv. + Son accusation est déclarée fausse et calomnieuse. 288 et 289. + + LEMAITRE. Chef des agens royalistes. Il est arrêté après le 13 + vendémiaire. Sa correspondance. VII, 373 378. + + LÉOBEN. Préliminaires de paix avec l'Autriche, signés dans cette ville. + Principaux articles. IX, 91-95 et suiv. + + LÉOPOLD. Intentions de ce prince envers la France et Louis XVI. II, 40 + et suiv. + + LEPELLETIER-SAINT-FARGEAU. Il est tué par un garde-du-corps. III, + 265-266. + + LESCURE (De). Chef vendéen. IV, 91. + --Il est tué dans un combat. V, 123. + + LETOURNEUR. Son caractère et sa conduite au directoire. IX, 5-6. + Le tirage au sort le fait sortir du directoire. 154. + + LEVÉE EN MASSE. Elle est décrétée. IV, 362. + Moyen qu'on emploie pour l'exécution de cette mesure. 363 et suiv. + + LIDO. Massacre des Français dans le port de ce nom à Venise. IX, 114 et + suiv. + + LIEUTAUD. Entretient une troupe pour parler en faveur du roi. II, 205. + + LILLE. Bombardement de cette ville par le duc de Saxe-Teschen. + L'archiduchesse Christine y assiste. III, 56. + Négociations entamées en cette ville entre la France et l'Angleterre, + en messidor an V. IX, 235-243. + Rupture de cette conférence par le directoire. 310-311 et suiv. + + LINDET (Robert). Il fait à la convention un rapport sur l'état de la + France (20 septembre 1794). VI, 293 et suiv. + + LIVRE ROUGE. Louis XVI fait cacheter les feuillets où sont marquées les + dépenses de Louis XV. I, 230-231. + + LOANO. Bataille de ce nom. VIII, 58-61. + + LODI. Bataille et passage du pont de Lodi. VIII, 178 et suiv. + + LOMBARDIE. Conquête de ce pays. VIII. 173 et suiv. + + LONATO. Bataille de ce nom. VIII, 283-285. + + LOUIS XVI. Il monte sur le trône. Sou caractère. Ascendant de la reine. + I, 6-7. + Sa position et ses incertitudes. L'initiative qu'il pouvait prendre. + 29 et suiv. + Il assiste à l'ouverture des états-généraux et prononce un discours. 44. + Dans la séance du 23 juin, il prononce un discours qui irrite les + esprits. 65-66. + Ordonne à l'assemblée de se séparer sur-le-champ. 66. + Répond froidement à l'assemblée nationale qui demandait le renvoi des + troupes. 92. + Déclare à la députation de l'assemblée qu'il a ordonné l'éloignement + des troupes. 95. + Ses inquiétudes. Conversation avec le duc de Liancourt. 100. + Il se rend à l'assemblée nationale et y est reçu avec enthousiasme. 102. + Se rend à Paris, escorté de deux cents députés, et fait un discours à + l'Hôtel-de-Ville. 105-106. + Est proclamé restaurateur de la liberté française. 127. + Sa réponse à l'assemblée, qui lui demandait acceptation et promesse de + promulgation des articles constitutionnels et de la déclaration des + droits. 167. + Il accepte purement et simplement les articles et la déclaration des + droits. 171. + Revient à Paris. 177. + Se présente à l'assemblée le 4 février 1790, et fait un discours. Est + reconduit aux Tuileries par le peuple. 196 et suiv. + Sa liste civile est fixée à 25 millions. 231. + Assiste à la fête de la fédération avec la reine, et prête le serment de + maintenir la constitution. 240-241. + Frappé du sort de Charles Ier. 252. + Ses projets de fuite. 266. + Le peuple arrête sa voiture. 276-277. + Ses négociations avec des princes étrangers. Projet de fuite. 277 et + suiv. + Sa fuite avec la famille royale. 280 et suiv. + Circonstances de son arrestation à Varennes. 285 et suiv. + Circonstances de son retour à Paris. 289 et suiv. + Une sentinelle s'oppose à ses sorties. 293. + Il accepte la constitution. 307. + Se rend à l'assemblée législative, et est blessé par le cérémonial. + II, 17. + Appose son _veto_ à un décret contre les émigrés. 24. + Adresse une proclamation aux émigrés. 25-26. + Rend compte à l'assemblée législative de ses mesures contre + l'émigration. 37 et suiv. + Il songe à se lier avec la Gironde, républicaine par défiance du roi. + 57. + Fait à l'assemblée des propositions de guerre. 72 et suiv. + Ne veut sanctionner que le décret de vingt mille hommes et non celui + contre les prêtres. 105. + Ses hésitations. Ses contradictions. Son abattement. 106. + Demande secrètement le secours de l'étranger. 107 et suiv. + Attaqué dans les Tuileries le 20 juin. Diverses réponses qu'il fait au + peuple. 135 et suiv. + Fait une proclamation au peuple après le 20 juin. 144 et suiv. + Se rend à l'assemblée, qui le reçoit avec enthousiasme. 175-176. + Consternation du roi et de la cour. 181 et suiv. + Il assiste à la deuxième fête de la fédération. 186-187. + Divers projets d'évasion lui sont proposés. 206 et suiv. + Il se prépare à fuir et y renonce ensuite. 229.-230. + Est jeté avec sa famille dans la loge d'un journaliste dans l'assemblée. + 251. + Est suspendu de la royauté. 257. + Est gardé prisonnier aux Feuillans. 268. + Est transporté au Temple avec la famille royale. 278. + On commence à agiter la question de son jugement. III, 105 et suiv. + Détails sur sa captivité au Temple. 153 et suiv. + L'éducation de son fils. 154. + Précautions de la commune. 158-159. + Son procès et détails qui y ont rapport. 159 et suiv. + Il est conduit à la barre de la convention pour être jugé. 202 et suiv. + Répond aux diverses questions qui lui sont faites. 204. + Se choisit des défenseurs. 205 et suiv. + Nouveaux détails sur sa captivité pendant son procès. 219 et suiv. + Il est déclaré coupable de conspiration contre la liberté. 248. + Est condamné à mort. 256. + Circonstances et détails de son exécution. 262-265-266-270. + + LOUVET. Rédige _la Sentinelle_. II, 119. + Il dénonce Robespierre à la convention. III, 84 et suiv. + Il court chez Pétion donner l'alerte aux girondins. 342-343. + + LOZÈRE. Trente mille révoltés sont soumis dans ce département. IV, + 255-256. + + LYON. Un club jacobin s'y établit. Troubles politiques en 1793. IV, + 75-76. + Combat sanglant dans cette ville. 196-197. + Troubles en juillet 93. Riard et Châlier sont mis à mort. 323-324. + Il est mis en état de siége par Dubois-Crancé, conformément au décret + de la convention. V, 7 et suiv. + Le siége se poursuit. 32. + Principales opérations militaires du siége. 81 et suiv. + Les promesses de l'émigration. 84. + Couthon propose de l'inonder avec des masses, et fait destituer + Dubois-Crancé qui s'y refuse. 90-91. + Suite. Prise de la ville. 91-94. + Décret de la convention contre cette ville. 94-95. + Le terrible décret de la convention contre cette ville est mis à + exécution. 131 et suiv. + Démolition des plus belles rues. La mine pour détruire les édifices, la + mitraille pour immoler les proscrits. 132. + Cette ville est déclarée n'être plus en état de rébellion. VI, 368. + Les contre-révolutionnaires y égorgent soixante-dix prisonniers le 5 + floréal an III. VII, 184. + + MACDONALD. Il est nommé commandant de l'armée de Naples. X, 140. + Ses opérations militaires dans la campagne de 1799. (Voy. _Guerre_.) + + MAGNANO. Bataille de ce nom. X, 164 et suiv. + + MAI (1793). Troubles dans Paris à l'occasion des nouvelles de + l'insurrection vendéenne les premiers jours du mois. Détails sur les + craintes des partis à cette époque. IV, 100 et suiv. 107. + 31 mai. Circonstances de cette journée, depuis le 30 mai jusqu'au 2 + juin. 147 et suiv. 183-184. (Voy. _Insurrection_.) + Réflexions sur cette journée et ses conséquences. 184 et suiv. + Comment on en parle aux Jacobins. 191-193. + Distribution des pouvoirs et des influences après cette journée. 275-281. + + MAILLARD. Un citoyen de ce nom conduit à Versailles une troupe de femmes + furieuses. I, 166. + Il se présente avec ces femmes devant l'assemblée, et expose le + désespoir du peuple à cause de la disette, 168-169. + Principal acteur dans les massacres du 2 septembre. (Voyez _Septembre_.) + Ses préparatifs, suivant une relation toute récente. II, 310-311. + Sa présence à l'Abbaye. 317. + + MAISON MILITAIRE. Formation de la maison militaire du roi. II, 86 et + suiv. + + MALESHERBES. Se dévoue à la défense de Louis XVI. III, 206. + + MALMESBURY (Lord), ambassadeur anglais envoyé à Paris. Ses négociations + avec le directoire. VIII, 340-344. + Suite de ses négociations. 356 et suiv. + Suite de sa négociation avec le directoire. Elle est rompue. Il repart + pour l'Angleterre. 386-390. + Est de nouveau chargé par l'Angleterre de négocier la paix. IX, 145. + Conférences de Lille. 235-245. + + MALTE (Ile de). Prise de cette île par les Français. X, 6-8. + + MANDAT. Général en chef de la garde nationale au 10 août. Ses + préparatifs. II, 239. + Il est sommé de comparaître à l'Hôtel-de-Ville. 242. + Tué et jeté à l'eau. 243. + + MANDATS. Nouveau papier créé le 25 ventôse an IV. VIII, 109-111. + Ce papier tombe. Causes de sa chute. 247 et suiv. + + MANIFESTE DE BRUNSWICK. II, 217 et suiv. + Effet qu'il produit en France. 224 et suiv. + + MANTOUE. Commencement du blocus de cette ville. VIII, 211. + Prise de cette ville par les Français. 425 et suiv. + + MANUEL. Procureur-syndic de la commune, propose de loger le président de + la convention aux Tuileries. III, 23. + + MARAT. Son caractère, ses principes. II, 194-196. + Son entrevue avec Barbaroux. 196 et suiv. + Il est chef du comité de surveillance de Paris. 277. + Se fait rendre les presses enlevées par Lafayette. 278. + Est élu député à la convention. III, 9. + Justifie sa conduite et ses écrits dans la convention. 38 et suiv. + Rappelle ses ennemis à la pudeur, et montre le pistolet avec lequel il + se serait tué si on l'eût décrété d'accusation. 43-44. + Va trouver Dumouriez au milieu d'une fête. 78-79. + Dispute qui s'élève aux Jacobins au sujet de Marat et de Robespierre. + 209 et suiv. + Les partisans de Marat. Sa justification par ses maximes. Il surfait au + peuple parce qu'on le marchande. 210-211. + Il est déféré aux tribunaux comme un des auteurs du 25 février. 317. + Se défend dans son journal. 318-320. + Il s'élève contre une pétition de la section Poissonnière et dénonce + Fournier. 347. + Est mis en arrestation par la convention. IV, 60. + Est acquitté par le tribunal révolutionnaire. Honneurs qu'il reçoit à + la convention et aux Jacobins. 66-68. + Sommé de s'expliquer sur ses opinions sur la nécessité d'une dictature. + 192. + Il est assassiné dans son bain. 265. + Honneurs qu'il reçoit après sa mort. 267-269-272-273. + Le 21 septembre 1794, ses restes sont transportés au Panthéon à la + place de ceux de Mirabeau. VI, 299-300. + Ses bustes sont brisés en 1795. VII, 56 et suiv. + Ils sont enlevés de la convention. Scènes tumultueuses à ce sujet. + 59. + + MARCEAU. Il est nommé général en chef en Vendée. V, 287. + Est tué sur le champ de bataille. VIII, 320. + + MARIE-ANTOINETTE. Elle est transférée à la Conciergerie, pour être jugée + par le tribunal révolutionnaire. IV, 395. + Un ami imprudent, et la correspondance dans un oeillet. V, 143. + Hébert et ses dépositions révoltantes dans ce procès. 146-148-149. + Réponse admirable à ces accusations. 149. + Détails de son procès. Elle est condamnée et mise à mort. 149-151. + + MARSEILLE. Ville dévouée à la Gironde. IV, 76-77. + + MARTIN D'AUCH. S'oppose à la déclaration du jeu de Paume. I, 63. + + MASSÉNA. Un des généraux de l'armée d'Italie. VIII, 142-143. + Il s'empare du col de Tarwis. IX, 67-71. + Est nommé commandant de l'armée d'Helvétie. X, 140. + Remplace Jourdan dans le commandement de l'armée du Danube. Manière + dont il dispose ses forces. 188-189 et suiv. (Voy. _Guerre_.) + Il remporte une grande victoire à Zurich. 318-321 et suiv. + + MAURY. (L'abbé). Principal orateur du clergé. Caractère de son esprit. + I, 117. + Il tâche de s'opposer à la saisie des biens du clergé. 188 et suiv. + Demande que l'assemblée se sépare, et qu'on procède à de nouvelles + élections. 210-211. + + MAXIMUM. Il est établi sur tous les grains. IV, 330-331; + sur toutes les marchandises. 332-385. + Effets malheureux de cette mesure. V. 173 et suiv. + Effets désastreux du _maximum_. + Détails économiques. VI, 270 et suiv. + Cette mesure subit une réforme. 364-365 et suiv. + Il est aboli. VII, 244-248. + + MAYENCE. Description de cette place forte. IV, 309. + Détails militaires du siége de cette ville. Disette effroyable. + Ignorance de la garnison sur les événemens qui se passent en France, + et _faux Moniteurs_ que les Prussiens font imprimer. Les Français + l'évacuent. 312-320. + Admiration des assiégeans pour la résistance des Français. 320. + + MENOU. Général de l'armée de l'intérieur. Son rôle dans la journée du 12 + vendémiaire. VII, 355 et suiv. + + MERLIN. Il est nommé ministre de la justice en l'an V. IX, 209. + Est nommé directeur. 294. + Sort du directoire par la révolution du 30 prairial an VII. X, 238. + (Voy. _Larévellière_ et _Directoire_.) + + MESNAI. Seigneur de Quincey; explosion dans son château qui cause une + effervescence universelle. I, 124. + + MILAN. Prise de cette ville. VIII, 181-182. + Une révolte se manifeste après le départ de Bonaparte. Elle est + étouffée. 189-191. + + MILLESIMO. Bataille de ce nom. VIII, 144-150. + + MINCIO. Passage de ce fleuve par Bonaparte. VIII, 198-200 et suiv. + + MINISTÈRE. État du ministère après la retraite de Necker. Les ministres + se retirent successivement. I, 250-251. + Nouvelle organisation du ministère. II, 32 et suiv. + Discussions parmi les membres du ministère. 53-55. + Renouvellement du ministère. 62-63. + La division s'y établit. 80 et suiv. + Roland, Clavière et Servan sont renvoyés. 103. + Des ministres feuillans le composent. 106. + Sa réorganisation après le 10 août. 263-264. + Il est l'objet de beaucoup de plaintes après le 31 mai. IV, 283-284. + Organisation du ministère par le directoire. Cinq ministres sont + nommés. VIII, 17. + Changemens projetés par le directoire. Les clichyens s'y opposent. + Détails à ce sujet. Le directoire nomme les ministres désignés par sa + majorité. IX, 200-211. + Changemens opérés à la suite de la révolution de prairial an VII. X, + 347-348. + + MIRABEAU. Est élu député en Provence. I, 37-38. + Propose de sommer le clergé de se réunir aux communes. 49. + Il déclare que l'assemblée nationale ne se séparera que par la force. + 67. + Il propose de demander au roi le renvoi des troupes. 83-84. + Paroles mémorables de Mirabeau à l'occasion d'une dernière députation + envoyée au roi. 101. + Il réclame contre la mise en liberté de Besenval. 116. + Son caractère, son influence, idée de son génie. 119-120 et suiv. + Fait une proposition relative à l'hérédité du trône. 150-151. + Appuie une proposition d'impôt faite par Necker. Ses paroles sur la + banqueroute. 155-156; + Soupçonné d'être un des agens du duc d'Orléans. 179 et suiv. + Son entrevue avec Necker. 182. + Ses communications avec la cour. Réflexions à ce sujet. 200-201. + Paroles de Mirabeau à propos de la proposition relative à la religion + de l'état. 209. + Il s'oppose à la réélection des représentans. 211-212. + Réponse au discours de Barnave sur le droit de faire la paix et la + guerre. 223-224. + Se justifie de l'accusation portée contre lui d'être un des auteurs des + 5 et 6 octobre. 244. + Traite avec la cour. Ses plans pour défendre la cause de la monarchie. + 253 et suiv. + Il combat un projet de loi contre l'émigration. 269 et suiv. + Sa mort. 272-275. + Réflexions sur son caractère et sa carrière politique. 275-276. + + MIRABEAU (Le vicomte). Adversaire de son frère. I, 212, + A la tête de 600 hommes dans l'évêché de Strasbourg. II, 33. + + MIROMÉNIL. Garde-des-sceaux, conspirait avec les parlemens. Il est + destitué. I, 12. + + MONSIEUR (frère du roi). Sa popularité. I, 16. + Le bureau qu'il préside vote pour le doublement du tiers. 28. + Se rend à l'Hôtel-de-Ville pour expliquer ses rapports avec Favras. + 195. + Fuite en Flandre. 281-282. + Décret qui lui enjoint de rentrer sous deux mois. II, 23. + + MONTAGNARDS. Leur position et leurs incertitudes après le 25 février. + III, 322 et suiv. + Un grand nombre d'anciens membres du gouvernement révolutionnaire et de + montagnards sont décrétés d'arrestation après le 1er prairial. VII, + 228-233 et suiv. + Procès de plusieurs d'entre eux. Quelques-uns se tuent dans la prison. + Supplice des autres. 237 et suiv. + + MONTAGNE (La). Nom donné à une portion de l'assemblée législative. II, + 15-16. + Nom donné au côté gauche de la convention. III, 46-47. + Sa situation après le 9 thermidor. VI, 245 et suiv. + + MONTENOTTE. Bataille de ce nom. VIII, 146-148. + + MONTESQUIOU. Sur le point d'être destitué. Son entrée en Savoie. On lui + continue le commandement des troupes. III, 62. + Il intimide Genève. 66. + Il s'y réfugie devant la menace d'un décret. 144-145. + + MONT-THABOR. Bataille de ce nom. X, 295-297. + + MOREAU. Il est nommé commandant de l'armée du Rhin à la place de + Pichegru. VIII, 125. + Passe le Rhin. 226 et suiv. + Suite de ses opérations sur le Danube. Bataille de Neresheim. 297-298. + Il entre en Bavière. 302. + Sa belle retraite. 321-326. + Ses dispositions politiques avant le 18 fructidor. Preuves qu'il ne + trahissait point à cette époque. IX, 194 et suiv. + Ses révélations tardives. Il perd son commandement. 296-297. + Prend le commandement de l'armée d'Italie, dont Schérer se démet. Ses + premières opérations. X, 195 et suiv. (Voy. _Guerre_.) + Sa retraite au-delà du Pô et de l'Apennin. 197 et suiv. (Voyez + _Guerre_.) + + MOREAU DE SAINT-MÉRY (électeur). Défend l'Hôtel-de-Ville. I, 91. + Il se maintient à l'Hôtel-de-Ville, et signe près de. 3,000 ordres en + quelques heures. 99. + Il désigne Lafayette pour être commandant de la milice. 104. + + MOULINS. Nommé directeur après le 30 prairial. (Voy. _Roger-Ducos_.) + + MOUNIER. Chef du parti de la constitution anglaise. I, 142. + Il se présente au roi accompagné de quelques-unes des femmes + entraînées à Versailles par Maillard. 169-170. (Voy. _Maillard_.) + Donne sa démission, perd sa popularité. 185. + + MUNICIPALITÉ. Elle fait une proclamation au peuple après le 20 juin. + II, 144. + + MUSCADINS. Origine de ce nom. VI, 292-293. + + NAPLES. Terreur de la cour à l'approche de Bonaparte. Un armistice est + conclu. VIII, 212-213. + La paix avec le royaume de Naples est signée. 347-348. + Projets insensés de la cour de Naples contre la France. X, 103 et + suiv. (Voy. _Guerre_.) + Conquête de ce royaume par les Français. 113-119. + + NARBONNE. Ce ministre propose divers plans de guerre. II, 38. + Organise trois armées sur la frontière. 44 et suiv. + + NECKER. Caractère et talens de ce ministre, I, 8. + Il est exilé. 11. + Rentre au ministère. 25. + Propose, au nom du roi, un plan de conciliation aux commissaires de la + noblesse. 52-53. + Propose au roi des plans de réforme. 60. + Reçoit un billet du roi qui le presse de partir. 86. + Part. _Ibid._ Son retour est ordonné par le roi. 106. + Il retourne en France, traîné en triomphe, se rend à l'Hôtel-de-Ville, + et est accueilli avec transport par la multitude; Demande aux électeurs + la liberté de Besenval, qu'ils accordent. 115-116. + Embarras financiers de ce ministre. 133 et suiv. + Il demande un emprunt de 30 millions. 135. + Sa plainte à l'assemblée. Il demande une contribution du quart du + revenu. 155. + S'abouche avec Mirabeau. 182. + Nouveaux détails sur son caractère. Il donne sa démission. 249-250. + + NELSON. Cet amiral anglais ne peut joindre le convoi français d'Égypte. + X, 8-9. + Il bat l'escadre française à Aboukir. 52-57. + + NERWINDE. Bataille de ce nom. Ses suites. IV, 4 et suiv. + + NEUFCHÂTEAU (François de). Il est nommé directeur. IX, 294. + + NOBLES. Les ex-nobles sont bannis par un décret de la convention. VI, + 8-9. + Une loi sur les ci-devant nobles est rendue après le 18 fructidor. IX, + 309-310. + + NOBLESSE. La noblesse se refuse à la vérification des pouvoirs en + commun. (Voy. _Tiers-État_ et _Vérification_.) Quarante-sept + de ses membres se réunissent à l'assemblée nationale. I, 70 + La majorité se réunit le 27 juin. 71-72. + Elle continue à se réunir en ordre séparé. 81-82. + Abdique ses priviléges. 125-126. + Son rôle dans l'assemblée. 191-192. + Se divise dans ses plans en deux partis. 206. + + NORMANDIE. Elle est contraire à la révolution, IV, 78. + + NOTABLES (Assemblée des). Sa convocation. I, 11. + Elle est convoquée de nouveau. 27. + + NOVI. Bataille de ce nom. Détails militaires. X, 257-264. + + ORANGE. On institue dans cette ville un tribunal révolutionnaire pour + tout le Midi. VI, 148-149. + + ORLÉANS (Le duc d'). Il est exilé à Villers-Cotterets. I, 18. + Accusé de cabales. 38. + Son caractère. 39-40. + Il se mêle aux députés du tiers, 43. + Réunion au Palais-Royal des gens qu'on lui Suppose dévoués. 79. + Il est accusé d'être un des auteurs des 5 et 6 octobre, et mis hors + d'accusation. 243 et suiv. + Refuse la régence. 300 et suiv. + Est insulté au château. II, 49-50. + Est nommé député à la convention. III, 9. + Sa position équivoque dans la convention. On délibère sur son + bannissement. 214 et suiv. + Il vote la mort de son parent. 253. + Il est décrété d'accusation avec sa famille. IV, 38-39. + Est condamné à mort et exécuté. V, 167-168. + + ORDRES. Conduite des premiers ordres à la convocation des états + généraux. I, 41-42. + + OTAGES (Loi des). Rendue le 30 prairial an VII. Ses conséquences. X, 247 + et suiv. + + PACHE. Il est nommé ministre de la guerre. Sa sobriété, sa modération, + son activité. III, 111-112. + Son penchant pour les jacobins. 133. + Ses bureaux. 150. + Disgracié. 275. + Nommé maire de Paris. 305. + Il signe une pétition pour exclure les girondins de l'assemblée. IV, 62. + + PALAIS-ROYAL. Le jardin du Palais-Royal devient le centre des plus + grands rassemblemens populaires. I, 79. + Il continue à être le centre de réunion des agitateurs. 143-144. + Fait une adresse à la commune. 145. + + PÂQUES VÉRONAISES. Nom donné au massacre des Français à Vérone le 15 + avril 1797. Détails de cet événement. IX, 107-114. + + PARLEMENT. Sa résistance à l'égale répartition des impôts et à + l'abolition des restes de la barbarie féodale. I, 9. + Position du parlement après l'assemblée des notables. 15. + Il est mandé à Versailles. 16. + Exilé à Troyes. _Ibid._ Rappelé le 10 septembre. 17. + Enregistre l'édit portant la création de l'emprunt successif, et la + convocation des états-généraux dans cinq ans. 18. + Fait, le 5 mai 1788, une déclaration de quelques-unes des lois + constitutives de l'état. 20-21. + + PARIS, garde-du-corps, venge Louis XVI sur un de ses juges. III, + 265-266. + + PARTI POPULAIRE. Ses chefs et son influence vers la fin de 1792. II, + 117-118. + + PARTIS. État des partis après le 5 octobre. I, 178 et suiv. + État de dissidence des partis après la seconde fédération. II, 192 et + suiv. + Exigence des partis après le 10 août, 270-271. + Leur état au moment du procès de Louis XVI. III, 148 et suiv. + Situation des partis après la mort de Louis XVI. 271 et suiv. + Leurs différens moyens d'influence et d'action. IV, 70 et suiv. + Leur division en décembre 93. V, 241 et suiv. + Leur division et situation après le 9 thermidor. VI, 268-267-280 et + suiv. + Lutte des deux partis qui se formèrent après la terreur. 332 et suiv. + 343 et suiv. + Grande agitation des partis révolutionnaire et modéré après la + réaction de thermidor. VII, 55 et suiv. + Lutte des patriotes et des révolutionnaires dans la réaction amenée par + le 9 thermidor. 178 et suiv. + Leurs plaintes contre le directoire. VIII, 95 et suiv. + Leur état en messidor an V. IX, 253 et suiv. 265. + Ils se coalisent tous contre le directoire après nos défaites en + Italie (an VII). X, 220 et suiv. + Leur agitation après le retour de Bonaparte d'Égypte. Tous se + réunissent à lui par des motifs divers. 338-342 et suiv. + + PATRIE EN DANGER. La patrie déclarée en danger le 11 juillet 1792. + Conséquence de cette déclaration. II, 180. + Séances permanentes. Enrôlemens volontaires. Les fédérés arrivent de + toutes parts. 188 et suiv. + On propose, le 27 fructidor an VII, de renouveler cette déclaration. + X, 279 et suiv. + + PATRIOTES. État de ce parti en germinal an III. VII, 84 et suiv. + Échecs qu'ils éprouvent dans les insurrections du 1er germinal. 86-96; + du 12 germinal. 107 et suiv. + Ils sont désarmés et renvoyés dans leurs communes. 122 et suiv. + Projets de révolte et d'insurrection en floréal (1795). Ils échouent. + 182 et suiv. + Envahissent la convention le 1er prairial an III. Suite de leur + insurrection les 2, 3 et 4 du même mois. Ils sont soumis. 204 et suiv. + 231. + Leur révolte à Toulon, en floréal. 232-233. + Réflexions sur la ruine de ce parti par les événemens de prairial. + 249 et suiv. + La convention, menacée en vendémiaire, leur donne des armes. 353. + Ils se réunissent au Panthéon et forment une espèce de club (1795). + VIII, 52-53. + Leurs plaintes et récriminations contre le directoire. 71-95 et suiv. + Leur réunion au Panthéon devient un vrai club jacobin. 97-99. + Leur société est dissoute. 99. + Ils se montrent mécontens du directoire. Attaquent le camp de Grenelle. + L'insurrection échoue. 257-261-262. + Ils forment l'opposition contre le directoire après le 18 fructidor. + IX, 401 et suiv. + Leur déchaînement après le désastre de Novi et les événemens de + Hollande. Mesures qu'ils conseillent. Leur force dans les conseils. V, + 268-269 et suiv. + Le directoire fait fermer plusieurs de leurs sociétés. 273-275. + Leurs plaintes et accusations contre le directoire dans leurs + journaux. Leurs presses sont saisies. 275 et suiv. + Les députés patriotes et leurs adversaires se réunissent pour essayer, + d'une réconciliation. 277-279. + + PAVIE. Des paysans révoltés s'emparent de cette ville. Bonaparte la + reprend. VIII, 190-192. + + PÉTION. Nommé par l'assemblée l'un des trois commissaires + pour reconduire Louis XVI à Paris après son arrestation à Varennes. I, + 289. + Il est nommé maire de Paris. Ses principes républicains et sa conduite. + II, 122 et suiv. + Sa conduite dans la journée du 20 juin. 124-127-139-140. + Sa conversation avec le roi. 143. + Il est suspendu de ses fonctions, 177. + Est réintégré par l'assemblée. 184. + La foule crie: _Vive Pétion! Pétion ou la mort!_ 186. + Demande la déchéance du roi au nom des quarante-huit sections de Paris. + 226-227. + Tâche de retarder l'insurrection du 10 août. 223-234. + Place lui-même des sentinelles à sa porte pour être en état + d'arrestation. 244. + Rend compte à l'assemblée de l'état de Paris. 270. + Regardé par Danton comme un honnête homme inutile. 274. + Tâche de s'opposer aux massacres du 2 septembre. 333-334. + Il est arrêté. IV, 190. + + PHILIPPEAUX. Son écrit contre Ronsin et les ultra-révolutionnaires. V, + 306-307. + Il est accusé devant les jacobins. 314 et suiv. + Suite de son accusation 329 et suiv. + Il est arrêté. 389. + Son procès et sa mort. 398-411. + + PICHEGRU. Commandant en chef de l'armée du Nord. VI, 60. + Il passe la Meuse. 315. + Envahit la Hollande; prend l'île de Bommel. VII, 11 et suiv. + Nommé général de la force armée à Paris. Apaise l'insurrection du 12 + germinal. 117-119 et suiv. + Commandant de l'armée du Rhin. 253. + Sa trahison. Détails de ses négociations avec le prince de Condé. 259 + et suiv. + Perd son commandement. VIII, 125. + Ses relations avec les émigrés. 23 et suiv. + Nommé député en l'an V par le Jura. 147. + Continue ses projets de trahison. 156. + Son rapport aux cinq-cents sur l'organisation de la garde nationale. + 216 et suiv. + Est arrêté le 18 fructidor et conduit au Temple. 276-278. + Il est condamné à la déportation. 285. + + PIÉMONT. Conquête du Piémont par Bonaparte. VIII, 141-161. + Traité de paix avec ce royaume. 268. + Abdication du roi. La France reprend en main le gouvernement. X, 120 + et suiv. + + PILNITZ. Déclaration de Pilnitz. I, 296-297. + + PITT. Sa politique à l'égard de la France. On l'accuse de payer des + troubles. Il excite l'Espagne contre la France. III, 277 et suiv. + Il a une entrevue avec Maret, envoyé du gouvernement français; + entrevue qui n'amène rien. 283 et suiv. + Est soupçonné d'être le moteur d'une conspiration étrangère, et est + déclaré l'ennemi du genre humain par la convention. IV, 393-394. + Sa politique au commencement de 1794. VI, 54-55 et suiv. + Politique de ce ministre. Il continue à soutenir la + guerre contre la France. Ses projets. VII, 164-167 et suiv. + S'attire la haine des Anglais après la campagne de 1795. + Sa politique. VIII, 77-80 et suiv. + Ses négociations illusoires avec la France. 120-121. + Ses combinaisons. Ouverture d'une négociation avec le directoire. 336\ + et suiv. + + POIDS ET MESURES. Le système en est renouvelé. V, 187-188. + + POLICE. Elle est érigée en ministère spécial sur la proposition du + directoire. VIII, 101. + + PORTE (La). Elle déclare la guerre à la France. X, 61-62. + + PRAIRIAL (1, 2, 3 et 4) an III. Insurrection des patriotes. Envahissement + de la convention. Combats. Meurtre d'un député. Détails de cette + journée. VII, 205-225. + Journée du lendemain, 2. Les patriotes échouent de nouveau. 224 et + suiv. + Le 4 prairial les révoltés se retranchent dans le faubourg + Saint-Antoine. Ils sont soumis. 229-231. + 30 prairial. Révolution dans le gouvernement directorial. Trois + directeurs sont changés. X, 228-232-238. (Voy. _Directoire_.) + + PRESSE. La liberté de la presse est établie après le 9 thermidor. VI, 261 + et suiv. + Discussion sur la liberté de la presse en prairial. (Voy. _Prairial_, + _Directoire_.) + + PRINCES. Fâcheuse situation des princes français émigrés en 1794 VI, 326 + et suiv. + + PRISONNIERS. Cinquante-deux prisonniers sont égorgés à Versailles. III, + 3 et suiv. + + PRISONS. Elles deviennent insuffisantes lors de la loi des suspects. + Leur intérieur à cette époque. V, 136 et suiv. + Jeux, simulacres de tribunaux, bizarrerie française. 141-142. + Le régime des prisons devient plus rigoureux en 94. VI, 94. + + PROCESSION. Le roi et les trois ordres se rendent en procession à + Notre-Dame. I, 43. + + PRUSSE. Elle rompt la neutralité et marche contre la France. II, 154. + Négocie pour la paix. VII, 29-30. + La paix est signée avec cette puissance. Conditions du traité. 134-135. + Conserve sa neutralité malgré les efforts de Pitt. VIII, 122. + + PRUSSIENS. Leurs premiers succès. II, 297. + Leur armée se retire. 372. + Faux bruits sur la vraie cause de leur retraite. 375-376. + + PUYSAIE (De). Chef secret des chouans. VI, 324 et suiv. + Suite de ses menées politiques en Bretagne. VII, 153 et suiv. + Suite de l'expédition de Quiberon. Détails de ses opérations + militaires dans cette affaire. 269-275-276-312. + Il se prépare de nouveau à la guerre en Bretagne après l'affaire de + Quiberon, VIII, 23 et suiv. + + PYRAMIDES. Bataille de ce nom. X, 36 et suiv. + + QUIBERON. Expédition de Quiberon. Détails militaires. VII, 269 et suiv. + 311. + Cause de non-réussite des émigrés. Conséquences de l'affaire de + Quiberon. VII, 312 et suiv. + + RADSTADT. Congrès de ce nom. Détails des négociations qui y eurent lieu + en pluviôse an VI. X, 365 et suiv. + Progrès des négociations dans l'été de l'an VI. 71 et suiv. + Assassinat des plénipotentiaires français. Motifs et détails de cette + catastrophe. 169-172. + + RADSTADT ET ETTLINGEN. Bataille de ce nom. VIII, 147 et suiv. + + RAISON (Culte de la). Abolition de ce culte. V, 231. + + REBECQUI. Il accuse Robespierre de tyrannie. III, 32 et suiv. + + RÉFORMES. Changement dans les moeurs et réformes diverses en 1795. VII, + 46-51. + + RELIGION CATHOLIQUE. Débats à l'assemblée sur la proposition de déclarer + la religion catholique religion de l'état. I, 208 et suiv. + + RÉPUBLIQUE. On date de l'an 1er de la république, le 22 novembre 1792. + III, 26. + Dangers de la république en août 1793. IV, 325 et suiv. + + RESCRIPTIONS. Sorte de bons au porteur émis sous ce nom par le + directoire. VIII, 84. + Mauvais succès de ce papier. 106. + + RÉVEIL DU PEUPLE. Air chanté par la jeunesse dorée (voy. ce mot). VI, + 383. + + RÉVEILLON. La maison de ce fabricant de papiers est brûlée. I, 38-39. + + RÉVELLIÈRE-LÉPADX (La). Son caractère. Sa conduite à l'égard de ses + collègues du directoire. IX, 6-7 et suiv. + + RÉVOLTES. Des révoltes contre-révolutionnaires se déclarent dans + plusieurs départemens. IV, 19. + + RÉVOLUTION. Réflexions sur la marche des révolutions. II, 6-7. + + RÉVOLUTION FRANÇAISE. Causes qui la préparèrent. I, 33-35 et suiv. + Elle commence à donner des inquiétudes aux souverains étrangers. 215. + Différemment embrassée par Paris et les provinces. V, 359 et suiv. + + REWBELL. Caractère de ce membre du directoire. Sa position vis-à-vis des + autres directeurs. IX, 4-5. + Calomnieuses accusations contre sa probité. X, 182-185. + Il est exclus du directoire par le sort. 185. + + RHIN. Passage de ce fleuve par Moreau. VIII, 226 et suiv.; + par Jourdan. 238; + par Masséna le 16 ventôse an VII. X, 145-146. + + RIVOLI. Bataille de ce nom. VIII, 411-423. + + ROBESPIERRE. Il s'élève contre la critique de la déclaration des droits. + I, 167. + Combat la proposition de la loi martiale. 186. + Il se prononce contre le principe de l'inviolabilité du roi. 301. + Son influence au club des jacobins. II, 14 et suiv. + Se déclare contre la guerre dans les séances aux jacobins. 48-49. + Buzot et Roland lui offrent un asile. 198. + Entrevue avec Barbaroux. 201-202. + Sa position après le 10 août. 273. + Il adresse à l'assemblée une pétition au nom de la municipalité. 281 + et suiv. + Il est nommé député à la convention. III, 9. + Est accusé de tyrannie à la convention. Sa défense. Débats à ce sujet. + 31-32. + Il est accusé de nouveau par Louvet. 84 et suiv. + Se défend à la convention. 98 et suiv. + Veut que Louis XVI soit condamné sans procès. 192 et suiv. + Dispute qui s'engage aux Jacobins au sujet de Robespierre et de Marat. + 209 et suiv. + Combat l'appel au peuple et demande la condamnation du roi. 234 et suiv. + --Fait un long discours contre Dumouriez et les girondins. IV, 51 suiv. + --Sa popularité, ses projets, et détails sur son caractère. 289 et suiv. + Parle aux Jacobins en faveur du comité de salut public. 291-294 et suiv. + Sa politique. 296-299. + Il devient membre du comité de salut public. 591. + --Improuve aux Jacobins la destruction du culte, et se prononce contre + les agitateurs. 218 et suiv. + Justifie Danton. 224 et suiv. + Son opinion sur la nature du gouvernement révolutionnaire. 352 et suiv. + Il parle contre Danton à la convention. 390 et suiv. + Fait décréter la reconnaissance de l'Être-Suprême. Son discours. VI, + 22-29. + On tente de l'assassiner. 100-102. + Son discours aux Jacobins après cette tentative d'assassinat. 105 et + suiv. + Son influence en 94. Sa politique. Détails de son caractère. 107 et + suiv. + Propose et fait adopter une nouvelle organisation du tribunal + révolutionnaire. 119-123. + Commence à éprouver de la résistance dans les comités. 128-129 et + suiv. + Ses projets contre les comités et sa conduite politique à cette + époque. 154-158. + Suite du même sujet. 180 et suiv. + Prononce le 8 thermidor un discours à la convention. Il se justifie + de certaines accusations, et ensuite attaque ses adversaires des + comités. Il conclut à une épuration des comités de sûreté générale et + de salut public. 187-193. + Débats à ce sujet; il est à son tour vivement accusé. 193-197. + Va aux Jacobins, et fait décider une nouvelle insurrection contre la + convention. 197-198. + Est accusé violemment le 9 thermidor à la convention. Détails de cette + scène. Il est décrété d'arrestation. 205-210. + Se tire un coup de pistolet. Son supplice. 225-228. + + ROEDERER. Engage Louis XVI à se retirer dans le sein de l'assemblée + législative. Discussion avec la reine. II, 249-250. + Il rend compte à l'assemblée dès préliminaires de l'insurrection. 251. + + ROGER-DUCOS et MOULINS. Ils succèdent à Larévellière et à Merlin au + directoire. X, 240 et suiv. + + ROGER-DUCOS. Il est nommé consul provisoire, le 18 brumaire. X, 383-384. + + ROLAND. Nommé ministre de l'intérieur. II, 62. + Il lit au roi une lettre. 92 et suiv. + Communique à l'assemblée la lettre qu'il avait lue au roi. 103. + Attaque les auteurs du 2 septembre. 330-331. + Fait son rapport sur l'état de Paris. III, 83. + Son inflexibilité vis-à-vis de la commune. 150-151. + Donne sa démission. 273. + + ROLAND. (Mad.). Son influence sur les girondins. II, 63. + Haine des jacobins contre elle. III, 12-13. + Elle est arrêtée. IV, 190-191. + Est condamnée et exécutée. V. 168-469. + + ROME. Agitation des démocrates dans les États-Romains. La légation + française est insultée. IX, 381-383. + Berthier entre à Rome, en chasse le pape. 384-386. + Les Romains se constituent en république, 385 et suiv. + État de son gouvernement après sa révolution. X, 86 et suiv. + Entrée des Napolitains dans les États-Romains. Ils sont repoussés par + Championnet. 109-113. + + ROMEUF. Aide-de-camp de Lafayette; il part sur les traces de Louis XVI. + I, 283. + Il arrive à Varennes. 288. + + RONSIN. Il sort de prison. Son caractère. V, 338-339. + Il est de nouveau arrêté. 370. + Son procès et sa mort. 374-379. + + ROSSIGNOL. Il est nommé général de l'armée des côtes de La Rochelle. + IV. 389. + + ROVEREDO. Bataille de ce nom. VIII, 303-307. + + ROYALISTES. Situation du parti royaliste en 1794. VI, 326-327. + Intrigues diverses et projets des agens royalistes. VII, 153 et suiv. + Triomphe de ce parti après les événemens de prairial. 249 et suiv. + Menées de ce parti dans les sections après les journées de prairial. + VII, 323 et suiv. + Leur désappointement après le 13 vendémiaire. 373 et suiv. + Les agens de la royauté continuent leurs secrètes menées. VIII, 114 et + suiv. + État de cette faction dans l'hiver de l'an V. Suite de ses intrigues + et de ses projets. IX, 18 et suiv. + Complot découvert de Broitier, Laviller-Heurnois et Duverne de + Presle. 28 et suiv. + Leurs espérances après les élections de l'an V. Leur joie à Paris, où + se réunissent beaucoup d'émigrés et de chouans. 179-181. + Leur terreur après le 18 fructidor. 293 et suiv. + + ROYOU. Rédacteur de l'_Ami du Roi_, mis en accusation. II, 84. + + SAINT-HURUGUES. Ancien marquis, détenu à la Bastille. I, 444. + Il se porte sur Versailles avec plusieurs exaltés. 144-145. + + SAINT-JUST. Son opinion sur l'inviolabilité du roi et sur sa mise en + accusation. III, 172 et suiv. + Il provoque et fait décréter l'institution du gouvernement + révolutionnaire. V, 56 et suiv. + Est envoyé par le comité de salut public à l'armée du Rhin. Ce qu'il y + fait. 245-246-249. + Il fait un rapport contre les hébertistes et les dantonistes. 369 et + suiv. + Accuse Danton à la convention. 393 et suiv. + Il est décrété d'arrestation par la convention, dans la séance du 9 + thermidor. VI, 210. + Son supplice. 227-228. + + SALLES. Propose et soutient le système de l'appel au peuple dans le + procès de Louis XVI. III, 230 et suiv. + + SANTERRE. Son influence sur les faubourgs. II, 118. + Ses opérations au 20 juin. 124-126-127-132-133. + + SCHÉRER. Il est nommé général en chef de l'armée d'Italie. X, 139. + Il abandonne le commandement de l'armée d'Italie à Moreau. 195. + + SECTIONS. Les sections de Paris chargent Pétion de demander la déchéance + de Louis XVI. II, 226. + Fanatisme des assemblées des sections. III, 308-310. + Mesures qu'elles demandent pour assurer le repos public. 331-333. + La section Poissonnière demande un acte d'accusation contre Dumouriez. + Scène à la convention à ce sujet. 346 et suiv. + La section de la Halle-au-Blé fait une pétition contre plusieurs + membres de la convention. IV, 50. + Leur influence dans toute la France. 75 et suiv. + La section de la _Fraternité_ dénonce les projets de l'assemblée + de la mairie. 121. + D'autres l'imitent. 123. + Tumulte vers la fin de mai au sujet de l'accusation d'Hébert. 128 et + suiv. + Les 48 sections se réunissent pour décider l'insurrection du 31 mai. + 146. + Les assemblées sectionnaires détruites par le comité de salut public. + VI. 12-15. + On décide qu'elles n'auront plus lieu qu'une fois par décade. 259. + Les sections de Montreuil et des Quinze-Vingts présentent une pétition + à la convention le 1er germinal. Leurs attroupemens insurrectionnels. + VII, 86 et suiv. + Elles sont agitées par les menées du parti royaliste. 324 et suiv. + Elles se soulèvent contre les décrets des 5 et 13 fructidor. Pétitions. + Celles de Paris rejettent ces décrets. 339-544. + Celles du reste de la France les acceptent. 345 et suiv. + Elles font la journée du 15 vendémiaire (voy. _Vendémiaire_). + 348-369. + La section Lepelletier résiste aux troupes du général Menou le 12 + vendémiaire. 354 et suiv. + Les sectionnaires forment diverses sociétés en 1795. VIII, 53. + + SELZ. Lieu choisi pour les conférences entre l'Autriche et la France. + Négociations qui s'y font. X, 67 et suiv. + + SEPTEMBRE (2, 3, 4 et 5). Détails de ces journées. Massacre des + prisonniers. II, 312-340. + + SEPTEUIL. Trésorier de la liste civile. Sommes trouvées chez lui. III, 4. + On les évalue à dix millions. 94. + + SERMENT CIVIQUE. Origine de ce serment. I, 138. + Il est prêté par l'assemblée nationale et par tous les corps + constitués de Paris et de la France. 198-199. + Il est prêté par les fédérés au Champ-de-Mars. 240-241. + L'assemblée étend l'obligation de ce serment au clergé. 259-260. (Voy. + _Clergé_.) + + SERRURIER. Un des généraux de l'armée d'Italie. VIII, 143. + + SERVAN. Ce ministre propose la réunion d'un camp de vingt mille fédérés. + Débats à l'assemblée sur cette motion. II, 90 et suiv. + + SIÈYES (l'abbé) publie une brochure sur le _tiers-état_. I, 26. + Propose aux communes de faire une nouvelle sommation aux deux autres + ordres relativement à la vérification des pouvoirs. Il motive la + décision des communes qui se constituent assemblée nationale. 54 et + suiv. + Idées de Sièyes sur la constitution. 141. + Il propose l'anéantissement des démarcations provinciales. 190. + Il propose et fait adopter le projet d'un décret destiné à protéger la + convention contre les insurrections. VII, 82 et suiv. + Son projet de loi est voté; 93-95. + Refuse d'être directeur. VIII, 10. + Il est envoyé par le directoire en ambassade à Berlin. X, 156 et suiv. + Il est élu directeur en remplacement de Rewbell. 187. + Sa coopération au 18 brumaire. 351-353-356-359 et suiv. + Il est nommé consul provisoire le même jour. 383-384. + + SOCIÉTÉ. Peinture de la société et des moeurs à la fin de l'an IV. VIII, + 103 et suiv. + + SOCIÉTÉS PATRIOTIQUES. Nom que prennent les assemblées de sections. IV, + 139. + + SOCIÉTÉS POPULAIRES. Décret rendu contre elles après la terreur. VI, + 351-357. + Diverses réunions de la jeunesse dorée et le club du Panthéon sont + fermés. VIII, 99. + + SOIXANTE-TREIZE députés prisonniers depuis le 31 mai sont réintégrés + dans leurs fonctions. VI, 392. + + SOMBREUIL. Le dévouement de sa fille. II, 325. + + STAEL (Mad. de). Son influence à Paris. VII, 329. + Elle essaie de rapprocher les constitutionnels et les clichyens. Son + influence dans la société de Paris. IX, 254-257. + + STOCKACH. Bataille de ce nom. Détails militaires. X, 148-155. + + STOFFLET. Un des premiers chefs de l'insurrection vendéenne. IV, 84-90. + Il continue la guerre après la soumission de Charette. VII, 147 et + suiv. + Il signe la paix à Saint-Florent. 161. + Il est pris et fusillé. VIII, 131-132. + + SUBSISTANCES. Embarras à Paris pour les subsistances en 1792. III, 182 + et suiv. + Les embarras augmentent. 307 et suiv. + Leur déplorable état en 93. IV. 326 et suiv. + Décrets de la convention à ce sujet. Détresse des Parisiens. 331 et + suiv. + Mesures prises par la commune et par la convention pour se pourvoir en + octobre 93. V, 175-177-178 et suiv. + Lois et règlemens sur les subsistances dans les premiers mois de 1794. + VI, 84 et suiv. + Nouveaux décrets sur les subsistances après le 1er prairial. VII, + 241-242. + Le directoire les rend au commerce libre. VIII, 85 et suiv. + + SUISSE. Elle conserve sa neutralité au milieu de la guerre générale. Ses + dispositions à l'égard de la république. VII, 137-138. + Révolution en Suisse. Ses causes. Insurrection du pays de Vaud. + Arrivée des Français avec Brune. Ils s'emparent de Berne. La Suisse se + constitue en république. IX, 389-399. + Nouveaux troubles politiques. Divisions entre les cantons. + Intervention de la France. Un traité d'alliance est conclu. X, 72-82. + Vraie importance de la Suisse dans une guerre sur le continent. 132 et + suiv. + + SUISSES. Massacrés au 10 août. II, 253-254. + + SUSPECTS. Quels ils étaient. IV, 25. + Leur arrestation est décrétée. 359-360. + La loi des suspects est décrétée. V, 60 et suiv. + Comment Chaumette les désigne. 134 et suiv. + Détails sur leur détention. 136 et suiv.-- + Leur nombre augmente. On change l'administration intérieure des + détenus. VI, 92 et suiv. + Ils sont conduits en foule à la mort en juin 1794. 136-143. + Ils sont élargis. 241 et suiv. + + SUWAROW. Il arrive en Italie. Caractère de ce général. Sa capacité. X, + 193 et suiv. + Il empêche la jonction de l'armée de Naples à celle de Moreau. 209 et + suiv. + Est battu partout en Suisse et forcé à la retraite. 327 et suiv. + + SYRIE. Expédition en Syrie. (Voy. _Égypte_ et _Bonaparte_.) + + TAGLIAMENTO. Passage de ce fleuve et bataille de ce nom. IX, 60-67. + + TALLEYRAND (M. de). Nommé ministre des affaires étrangères en l'an V. + IX, 209. + + TALLIEN. Son rôle dans la journée du 9 thermidor. (Voy. _Thermidor_.) + Est blessé par un assassin. VI, 290. + + TALLIEN (Mad.). Son rôle dans la société à Paris, après la terreur. VI, + 340 et suiv. + + TARGET. Refuse de servir de conseil à Louis XVI. III, 206. + + TARWIS. Combats de ce nom. IX, 68-72. + + THÉOPHILANTHROPE. Société de ce nom. IX, 8. + + THERMIDOR (9). Événemens de cette journée. VI, 203-228. + Conséquences de ce jour. Réflexions sur la marche de la révolution + depuis le 14 juillet jusqu'au 9 thermidor. 228-232. + Conséquences de cette journée. 233 et suiv. + + THERMIDORIENS. Leur position et leurs projets. VI, 247-248. + Ils demeurent les maîtres après le 1er prairial. Conséquences de cette + réaction. VII, 249-251. + Leurs craintes sur les progrès de la réaction royaliste. Ils tâchent + de s'y opposer par diverses mesures. 328 et suiv. + + THOURET. Dernier président de la constituante. I, 308. + + TIERS-ÉTAT. Arrêt du Conseil, du 27 décembre 1788, ordonnant le + doublement des députés du tiers état. I, 28 et suiv. + Le tiers-état se couvre ainsi que les autres ordres malgré l'usage + établi. 44. + Lutte du tiers-état avec les deux autres ordres au sujet du mode de + leur réunion. 45 et suiv., 47 et suiv. + Rapidité de sa puissance. 50-51. + + TOLENTINO. Traité de ce nom, signé par Bonaparte et le pape. Ses + conditions, ses avantages. IX, 50-55. + + TOMBES ROYALES. Un décret ordonne de les détruire. IV, 393. + + TOSCANE. Traité de paix avec ce pays. VII, 138-139. + + TOULON. Les modérés l'emportent dans les sections. Se livre aux Anglais. + V, 10 et suiv. + Ils arment le petit Gibraltar. 253. + Premiers faits d'armes de Bonaparte. 255. + Évacuation des Anglais et incendie de l'arsenal. 259. + Les forçats éteignent l'incendie. 261. + Les patriotes se révoltent. VII, 232 et suiv. + + TREBBIA. Bataille de ce nom. Principales circonstances. X, 213 et suiv. + Ses suites. 218 et suiv. + + TREILHARD. Nommé directeur à la place de François de Neufchâteau. IX, + 407. + Il sort du directoire en prairial an VII. 232. + + TRIBUNAL CRIMINEL EXTRAORDINAIRE. Il est décrété par la convention. + III, 333 et suiv. + On en règle les formes. 338-339. + + TRIBUNAL DU 17 AOÛT. A quelle occasion il fut institué. II, 283. + + TRIBUNAL RÉVOLUTIONNAIRE. Premier essai, à l'occasion du 10 août. II, + 283. + Il est installé. IV, 25-26. + Le tribunal criminel extraordinaire prend ce nom. V, 163. + Procès des dantonistes, des quatres accusés de faux et autres. + 398-412. + Il continue à ordonner les exécutions. VI, 94 et suiv. + Est réorganisé d'après un projet de Robespierre. 119 et suiv. + Terribles exécutions en juin et en juillet 1794. Détails sur les + procédures de ce temps. 136 et suiv. + Il est suspendu de ses fonctions. 235. + Est remis en activité. 260. + Est définitivement aboli. VII, 240. + + TRONCHET. Accepte la défense de Louis XVI. III, 206. + + TROUVÉ. (Voy. _Cisalpine_.) + + TURGOT. Appelé au ministère. Son caractère. I, 7. + Il échoue dans ses réformes. _Ibid._ et suiv. + + ULTRA-RÉVOLUTIONNAIRES. Nom qu'on donna aux révolutionnaires exagérés. + V, 236. + Plusieurs d'entre-eux sont arrêtés par décret de la convention. 238. + Ils préparent une insurrection contre la convention. Ils échouent. + 360-371. + + VALENCIENNES. Cette ville est assiégée et prise par les ennemis. IV, + 320-323. + + VALMI. Circonstances de l'affaire de ce nom. II, 363-367. + + VARLET. Est déclaré suspect par Billaud-Varennes. III, 348. + La réunion Corrazza. 351. + Propose aux cordeliers un plan d'insurrection. IV, 120. + Il est arrêté. 126. + Arrête dans le comité d'exécution le plan définitif de la seconde + insurrection. 170. + Il rédige une pétition contre les accapareurs. 243-244. + + VAUBLANC (de). Porte au roi le décret sur le désarmement des émigrés. + II, 36. + + VENDÉE. Description de ce pays et des départemens voisins. Théâtre de la + guerre civile et causes de sa haine contre la révolution. IV, 79 et + suiv. + Insurrection des paysans vendéens à cause de la levée des 300,000 + hommes et pour ne pas quitter leurs foyers Cathelineau et Stofflet se + mettent à la tête des insurgés. 83 et suiv., 86-88. + L'insurrection devient générale. 89 et suiv. + Un décret ordonne que la Vendée sera ravagée. IV, 387-388 et suiv. + Un décret d'amnistie est rendu en sa faveur. VII, 17-18. + État de ce pays après la première pacification. 263-263. + Nouveaux préparatifs de guerre après l'affaire de Quiberon. VIII, 23 + et suiv. + La pacification du pays commence à se faire définitivement. 71-72 et + suiv. + Pacification définitive des pays connus sous ce nom, en germinal an + IV. 126-132-136. + + VENDÉENS. Pourquoi ce nom fut donné et conservé aux insurgés français. + IV, 88. + Ils s'emparent de Thouars et brûlent l'arbre de la liberté. 92-93. + Suite de leurs succès. 229 et suiv. + Ils organisent leur insurrection. S'emparent de Doué et de Saumur. + 234-236. + Ils sont repoussés à Nantes. 252-254. + Suite de leur guerre. 300 et suiv. + Ils sont défaits à Luçon. V, 14-15. + Divers plans sont proposés pour les réduire. 16-19. + Premières opérations de Canclaux contre eux, d'après le plan du 2 + septembre. 36 et suiv. + Divisions parmi les chefs. 39-40. + Suite de la guerre. 40 et suiv. + Canclaux se replie sur Nantes. Causes de ses échecs en Vendée. 46-47. + Continuation de la guerre. 66 et suiv. + Ils sont défaits à Cholet. 118-121. + Différens combats en octobre, novembre et décembre 93. + Leur grande armée est entièrement détruite. 264-292. + État de leur armée après leur défaite à Cholet. 273 et suiv. + Ils sont battus au Mans. Leur déroute complète. 287 et suiv. + Ils continuent à se défendre. Leurs chefs. VI, 320-322. + Leur peu de ressources en 1795. Division entre leurs chefs. VII, + 32-34. + Négociations diverses entre les chefs révoltés et les généraux de la + république. 40-45. + Négociations avec leurs chefs pour la pacification du pays. 139-142 + et suiv. + Quelques chefs signent la paix. 145-146. + + VENDÉMIAIRE (Journée du 13). Événemens préparatoires du 11 et du 12. + Insurrection des sections, le 13. Combat dans les rues. Victoire de la + Convention. VII, 348-369. + Suites de cette journée. 370 et suiv. + + VENISE. Inquiétude du gouvernement vénitien à l'approche de l'armée + française. VIII, 196 et suiv. + Invasion du territoire vénitien par Bonaparte. 196 et suiv. + Perfidie du gouvernement vénitien après le départ de Bonaparte. IX, + 72-85. + Articles des préliminaires de paix de Léoben qui concernent les états + vénitiens. 94 et suiv. + Suite des manoeuvres perfides des Vénitiens contre les Français. 105 + et suiv. + Chute de la république de Venise. Détails sur les événemens qui + l'amènent. 116-131. + + VENTRE. Dénomination donnée à un certain parti de l'assemblée + législative. II, 12. + + VERGNIAUD. Principal orateur des girondins. II, 11. + Il accuse Delessart. Son discours. 55-56. + Fragmens de son discours à l'occasion du projet de la commission des + Douze. 164 et suiv. + Il propose un message au roi qui l'oblige à opter entre la France et + l'étranger. 470. + Il harangue le peuple le 2 septembre. 313 et suiv. + Son discours en faveur de Louis XVI. III, 236-246. + Il répond aux accusations de Robespierre contre les girondins. IV, 55 + et suiv. + Il fait décréter, le 31 mai, que Paris a bien mérité de la patrie. + 158-159. + Il est arrêté. 190. + Son procès, sa mise à mort. V, 156-162-167. + + VÉRIFICATION. Débats dans les états-généraux relativement à la + vérification des pouvoirs. I, 44 et suiv. + + VERMONT (l'abbé de). Il propose et fait accepter à la reine M. de + Brienne pour ministre. I, 12. + + VÉRONE. Massacre des Français dans cette ville. Elle est prise par le + général Chabran. IX, 107-113. + + VERSAILLES. De nouvelles troupes s'établissent, à Versailles. + Conséquences du séjour de la famille royale dans cette ville. I, 160 et + suiv. + Scènes qui s'y passent les 5 et 6 octobre. 168 et suiv. + Massacre de 52 prisonniers après les journées de septembre. III, 5. + + VETO. Discussions relatives au veto suspensif ou absolu. II, + 142-143-146 et suiv. + Le veto suspensif est déclaré. 148-149. + Le veto suspensif est étendu à deux législatures. 153. + + VIENNE. Scènes tumultueuses à Vienne entre la légation française et + l'empereur. X, 76-77 et suiv. + + VIEUX CORDELIER (Le). Journal rédigé par Camille Desmoulins. Morceaux + cités. V, 307 et suiv. + Autres morceaux cités. 322 et suiv. + Autres passages, 355 et suiv. + + VINCENNES. Le donjon est attaqué par le peuple le 28 février 1790. I, + 267. + + VINCENT. Cet ultra-révolutionnaire sort de prison. Détails sur son + caractère. V, 338-339. + Il est de nouveau arrêté. 370 et suiv. + Son procès et son supplice. 374-379. + + VURTZBOURG. Bataille de ce nom. VIII, 318-320. + + WATIGNIES. Victoire de ce nom. V, 108-109. + + WESTERMANN. A la tête d'une légion en Vendée. IV, 302-303. + Ses exploits et ses revers en Vendée. 303 et suiv. + + ZURICH. Victoire de ce nom, remportée sur les Russes par Masséna. Détails + sur cette bataille mémorable. X, 313 et suiv. 330. + + + +FIN DE LA TABLE DES MATIÈRES. + + +[Illustration: CARTE DU THÉÂTRE DE LA GUERRE ENTRE LE MINCIO ET L'ADIGE, +pour servir à l'intelligence de la campagne de 1796.] + + + + + +End of the Project Gutenberg EBook of Histoire de la Révolution française, +Tome 10, by Adolphe Thiers + +*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 13607 *** |
