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+The Project Gutenberg EBook of Histoire de la Revolution francaise, Tome 10
+by Adolphe Thiers
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
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+
+Title: Histoire de la Revolution francaise, Tome 10
+
+Author: Adolphe Thiers
+
+Release Date: October 5, 2004 [EBook #13607]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ASCII
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK HISTOIRE DE LA REVOLUTION ***
+
+
+
+
+Produced by Tonya Allen, Renald Levesque and the Online Distributed
+Proofreading Team. This file was produced from images generously
+made available by the Bibliotheque nationale de France (BnF/Gallica)
+at http://gallica.bnf.fr
+
+
+
+
+
+HISTOIRE DE LA REVOLUTION FRANCAISE
+
+_PAR M.A. THIERS_ DE L'ACADEMIE FRANCAISE
+
+NEUVIEME EDITION
+
+TOME DIXIEME
+
+
+
+M DCCC XXXIX
+
+
+
+
+DIRECTOIRE.
+
+
+
+CHAPITRE XIII.
+
+EXPEDITION D'EGYPTE. DEPART DE TOULON; ARRIVEE DEVANT MALTE; CONQUETE
+DE CETTE ILE. DEPART POUR L'EGYPTE; DEBARQUEMENT A ALEXANDRIE; PRISE
+DE CETTE PLACE. MARCHE SUR LE CAIRE; COMBAT DE CHEBREISS. BATAILLE DES
+PYRAMIDES; OCCUPATION DU CAIRE. TRAVAUX ADMINISTRATIFS DE BONAPARTE EN
+EGYPTE; ETABLISSEMENT DE LA NOUVELLE COLONIE. BATAILLE NAVALE D'ABOUKIR,
+DESTRUCTION DE LA FLOTTE FRANCAISE PAR LES ANGLAIS.
+
+
+Bonaparte arriva a Toulon le 20 floreal an VI (9 mai 1798). Sa presence
+rejouit l'armee, qui commencait a murmurer et a craindre qu'il ne fut
+pas a la tete de l'expedition. C'etait l'ancienne armee d'Italie. Elle
+etait riche, couverte de gloire, et on pouvait dire d'elle, que sa
+_fortune etait faite_. Aussi avait-elle beaucoup moins de zele a faire
+la guerre, et il fallait toute la passion que lui inspirait son general,
+pour la decider a s'embarquer et a courir vers une destination inconnue.
+Cependant elle fut saisie d'enthousiasme en le voyant a Toulon. Il y
+avait huit mois qu'elle ne l'avait vu. Sur-le-champ Bonaparte, sans lui
+expliquer sa destination, lui adressa la proclamation suivante:
+
+ "SOLDATS!
+
+ "Vous etes une des ailes de l'armee d'Angleterre. Vous avez fait la
+ guerre de montagnes, de plaines, de siege; il vous reste a faire la
+ guerre maritime.
+
+ "Les legions romaines, que vous avez quelquefois imitees, mais pas
+ encore egalees, combattaient Carthage tour a tour sur cette mer et
+ aux plaines de Zama. La victoire ne les abandonna jamais, parce que
+ constamment elles furent braves patientes a supporter la fatigue,
+ disciplinees et unies entre elles.
+
+ "Soldats, l'Europe a les yeux sur vous! vous avez de grandes
+ destinees a remplir, des batailles a livrer, des dangers, des
+ fatigues a vaincre; vous ferez plus que vous n'avez fait pour la
+ prosperite de la patrie, le bonheur des hommes, et votre propre
+ gloire.
+
+ "Soldats, matelots, fantassins, canonniers, cavaliers, soyez unis;
+ souvenez-vous que le jour d'une bataille vous avez besoin les uns
+ des autres.
+
+ "Soldats, matelots, vous avez ete jusqu'ici negliges; aujourd'hui la
+ plus grande sollicitude de la republique est pour vous: vous serez
+ dignes de l'armee dont vous faites partie.
+
+ "Le genie de la liberte qui a rendu, des sa naissance, la republique
+ l'arbitre de l'Europe, veut qu'elle le soit des mers et des nations
+ les plus lointaines."
+
+On ne pouvait pas annoncer plus dignement une grande entreprise, en la
+laissant toujours dans le mystere qui devait l'envelopper.
+
+L'escadre de l'amiral Brueys se composait de treize vaisseaux de ligne,
+dont un de 120 canons (c'etait _l'Orient_, que devaient monter l'amiral
+et le general en chef), deux de 80, et dix de 74. Il y avait de plus
+deux vaisseaux venitiens de 64 canons, six fregates venitiennes et
+huit francaises, soixante-douze corvettes, cutters, avisos, chaloupes
+canonnieres, petits navires de toute espece. Les transports reunis tant
+a Toulon qu'a Genes, Ajaccio, Civita-Vecchia, s'elevaient a quatre
+cents. C'etaient donc cinq cents voiles qui allaient flotter a la fois
+sur la Mediterranee. Jamais pareil armement n'avait couvert les mers.
+La flotte portait environ quarante mille hommes de toutes armes et dix
+mille marins. Elle avait de l'eau pour un mois, des vivres pour deux.
+
+On mit a la voile le 30 floreal (19 mai), au bruit du canon, aux
+acclamations de toute l'armee. Des vents violens causerent quelque
+dommage a une fregate a la sortie du port. Les memes vents avaient cause
+de telles avaries a Nelson, qui croisait avec trois vaisseaux, qu'il
+fut oblige d'aller au radoub dans les iles Saint-Pierre. Il fut ainsi
+eloigne de l'escadre francaise, et ne la vit pas sortir. La flotte vogua
+d'abord vers Genes, pour rallier le convoi reuni dans ce port, sous
+les ordres du general Baraguai-d'Hilliers. Elle cingla ensuite vers la
+Corse, rallia le convoi d'Ajaccio, qui etait sous les ordres de
+Vaubois, et s'avanca dans la mer de Sicile, pour se reunir au convoi
+de Civita-Vecchia, qui etait sous les ordres de Desaix. Le projet de
+Bonaparte etait de se diriger sur Malte, et d'y tenter en passant une
+entreprise audacieuse dont il avait de longue main prepare le succes par
+des trames secretes. Il voulait s'emparer de cette ile, qui, commandant
+la navigation de la Mediterranee, devenait importante pour l'Egypte,
+et qui ne pouvait manquer d'echoir bientot aux Anglais, si on ne les
+prevenait.
+
+L'ordre des chevaliers de Malte etait comme toutes les institutions du
+moyen-age: il avait perdu son objet, et des lors sa dignite et sa
+force. Il n'etait plus qu'un abus, profitable seulement a ceux qui
+l'exploitaient. Les chevaliers avaient en Espagne, en Portugal, en
+France, en Italie, en Allemagne, des biens considerables, qui leur
+avaient ete donnes par la piete des fideles pour proteger les chretiens
+allant visiter les saints lieux. Maintenant qu'il n'y avait plus de
+pelerinages de cette espece, le role et le devoir des chevaliers etaient
+de proteger les nations chretiennes contre les Barbaresques, et de
+detruire l'infame piraterie qui infeste la Mediterranee. Les biens de
+l'ordre suffisaient a l'entretien d'une marine considerable; mais les
+chevaliers ne s'occupaient aucunement a en former une: ils n'avaient que
+deux ou trois vieilles fregates, ne sortant jamais du port, et quelques
+galeres qui allaient donner et recevoir des fetes dans les ports
+d'Italie. Les baillifs, les commandeurs, places dans toute la
+chretiente, devoraient dans le luxe et l'oisivete les revenus de
+l'ordre. Il n'y avait pas un chevalier qui eut fait la guerre aux
+Barbaresques. L'ordre n'inspirait d'ailleurs plus aucun interet. En
+France on lui avait enleve ses biens, et Bonaparte les avait fait saisir
+en Italie, sans qu'il s'elevat aucune reclamation en sa faveur. On a vu
+que Bonaparte avait songe deja a pratiquer des intelligences dans Malte.
+Il avait gagne quelques chevaliers, et il se proposait de les intimider
+par un coup d'audace, et de les obliger a se rendre; car il n'avait ni
+le temps ni les moyens d'une attaque reguliere contre une place reputee
+imprenable. L'ordre, qui depuis quelque temps pressentait ses dangers en
+voyant les escadres francaises dominer dans la Mediterranee, s'etait mis
+sous la protection de Paul Ier.
+
+Bonaparte faisait de grands efforts pour rejoindre la division de
+Civita-Vecchia; il ne put la joindre qu'a Malte meme. Les cinq cents
+voiles francaises se deployerent a la vue de l'ile, le 21 prairial (9
+juin), vingt-deux jours apres la sortie de Toulon. Cette vue repandit
+le trouble dans la ville de Malte. Bonaparte, pour avoir un pretexte de
+s'arreter, et pour faire naitre un sujet de contestation, demanda au
+grand-maitre la faculte de faire de l'eau. Le grand-maitre, Ferdinand de
+Hompesch, fit repondre par un refus absolu, alleguant les reglemens,
+qui ne permettaient pas d'introduire a la fois plus de deux vaisseaux
+appartenant a des puissances belligerantes. On avait autrement accueilli
+les Anglais quand ils s'etaient presentes. Bonaparte dit que c'etait la
+une preuve de la plus insigne malveillance, et sur-le-champ fit ordonner
+un debarquement. Le lendemain, 22 prairial (10 juin), les troupes
+francaises debarquerent dans l'ile, et investirent completement
+Lavalette, qui compte trente mille ames a peu pres de population, et qui
+est l'une des plus fortes places de l'Europe. Bonaparte fit debarquer de
+l'artillerie pour canonner les forts. Les chevaliers repondirent a son
+feu, mais tres mal. Ils voulurent faire une sortie, et il y en eut un
+grand nombre de pris. Le desordre se mit alors a l'interieur. Quelques
+chevaliers de la langue francaise declarerent qu'ils ne pouvaient pas
+se battre contre leurs compatriotes. On en jeta quelques-uns dans les
+cachots. Le trouble etait dans les tetes; les habitans voulaient qu'on
+se rendit. Le grand-maitre, qui avait peu d'energie, et qui se souvenait
+de la generosite du vainqueur de Rivoli a Mantoue, songea a sauver ses
+interets du naufrage, fit sortir de prison l'un des chevaliers francais
+qu'il y avait jetes, et l'envoya a Bonaparte pour negocier. Le traite
+fut bientot arrete. Les chevaliers abandonnerent a la France la
+souverainete de Malte et des iles en dependant; en retour, la France
+promit son intervention au congres de Rastadt, pour faire obtenir au
+grand-maitre une principaute en Allemagne, et a defaut, elle lui assura
+une pension viagere de 300,000 francs et une indemnite de 600,000 francs
+comptant. Elle accorda a chaque chevalier de la langue francaise 700 fr.
+de pension, et 1,000 pour les sexagenaires; elle promit sa mediation
+pour que ceux des autres langues fussent mis en jouissance des biens de
+l'ordre, dans leurs pays respectifs. Telles furent les conditions au
+moyen desquelles la France entra en possession du premier port de la
+Mediterranee, et de l'un des plus forts du monde. Il fallait l'ascendant
+de Bonaparte pour l'obtenir sans combattre; il fallait son audace
+pour oser y perdre quelques jours, ayant les Anglais a sa poursuite.
+Caffarelli-Dufalga, aussi spirituel que brave, en parcourant la place
+dont il admirait les fortifications, dit ce mot: _Nous sommes bien
+heureux qu'il y ait eu quelqu'un dans la place pour nous en ouvrir les
+portes._
+
+Bonaparte laissa Vaubois a Malte, avec trois mille hommes de garnison;
+il y placa Regnault (de Saint-Jean-d'Angely), en qualite de commissaire
+civil. Il fit tous les reglemens administratifs qui etaient necessaires
+pour l'etablissement du regime municipal dans l'ile, et il mit
+sur-le-champ a la voile pour cingler vers la cote d'Egypte.
+
+Il leva l'ancre le 1er messidor (19 juin), apres une relache de dix
+jours. L'essentiel maintenant, etait de ne pas rencontrer les Anglais.
+Nelson, radoube aux iles Saint-Pierre, avait recu du lord Saint-Vincent
+un renfort de dix vaisseaux de ligne et de plusieurs fregates, ce qui
+lui formait une escadre de treize vaisseaux de haut bord, et de quelques
+vaisseaux de moindre importance. Il etait revenu le 13 prairial (1er
+juin) devant Toulon; mais l'escadre francaise en etait sortie depuis
+douze jours. Il avait couru de Toulon a la rade du Tagliamon, et de la
+rade du Tagliamon a Naples, ou il etait arrive le 2 messidor (20 juin),
+au moment meme ou Bonaparte quittait Malte. Apprenant que les Francais
+avaient paru vers Malte, il les suivait, dispose a les attaquer s'il
+parvenait a les joindre.
+
+Sur toute l'escadre francaise, on etait pret au combat. La possibilite
+de rencontrer les Anglais etait presente a tous les esprits et
+n'effrayait personne. Bonaparte avait reparti sur chaque vaisseau de
+ligne cinq cents hommes d'elite, qu'on habituait tous les jours a la
+manoeuvre du canon, et a la tete desquels se trouvait un de ces generaux
+si bien habitues au feu sous ses ordres. Il s'etait fait un principe sur
+la tactique maritime, c'est que chaque vaisseau ne devait avoir qu'un
+but, celui d'en joindre un autre, de le combattre et de l'aborder. Des
+ordres etaient donnes en consequence, et il comptait sur la bravoure des
+troupes d'elite placees a bord des vaisseaux. Ces precautions prises, il
+cinglait tranquillement vers l'Egypte. Cet homme qui, suivant
+d'absurdes detracteurs, craignait les hasards de la mer, s'abandonnait
+tranquillement a la fortune, au milieu des flottes anglaises, et avait
+eu l'audace de perdre quelques jours a Malte pour en faire la conquete.
+La gaiete regnait sur l'escadre; on ne savait pas exactement ou l'on
+allait, mais le secret commencait a se repandre, et on attendait avec
+impatience la vue des rivages qu'on allait conquerir. Le soir, les
+savans, les officiers-generaux qui etaient a bord de _l'Orient_, se
+reunissaient chez le general en chef, et la commencaient les ingenieuses
+et savantes discussions de l'Institut d'Egypte. Un instant, l'escadre
+anglaise ne fut qu'a quelques lieues de l'immense convoi francais, et
+de part et d'autre on l'ignora. Nelson commencant a supposer que les
+Francais s'etaient diriges sur l'Egypte, fit voile pour Alexandrie,
+et les y devanca; mais ne les ayant pas trouves, il vola vers les
+Dardanelles, pour tacher de les y rencontrer. Par un bonheur singulier,
+l'expedition francaise n'arriva en vue d'Alexandrie que le surlendemain,
+13 messidor (1er juillet). Il y avait un mois et demi a peu pres qu'elle
+etait sortie de Toulon.
+
+Bonaparte envoya chercher aussitot le consul francais. Il apprit que les
+Anglais avaient paru l'avant-veille, et les jugeant dans les parages
+voisins, il voulut tenter le debarquement a l'instant meme. On ne
+pouvait pas entrer dans le port d'Alexandrie, car la place paraissait
+disposee a se defendre; il fallait descendre a quelque distance, sur
+la plage voisine, a une anse dite du Marabout. Le vent soufflait
+violemment, et la mer se brisait avec furie sur les recifs de la cote.
+C'etait vers la fin du jour. Bonaparte donna le signal et voulut aborder
+sur-le-champ. Il descendit le premier dans une chaloupe; les soldats
+demandaient a grands cris a le suivre a la cote. On commenca a mettre
+les embarcations a la mer, mais l'agitation des flots les exposait a
+chaque instant a se briser les unes contre les autres. Enfin, apres
+de grands dangers, on toucha le rivage. A l'instant une voile parut a
+l'horizon; on crut que c'etait une voile anglaise: "_Fortune_, s'ecria
+Bonaparte, _tu m'abandonnes! quoi! pas seulement cinq jours!_" La
+fortune ne l'abandonnait pas, car c'etait une fregate francaise qui
+rejoignait. On eut beaucoup de peine a debarquer quatre ou cinq mille
+hommes, dans la soiree et dans la nuit. Bonaparte resolut de marcher
+sur-le-champ vers Alexandrie, afin de surprendre la place, et de ne pas
+donner aux Turcs le temps de faire des preparatifs de defense. On se
+mit tout de suite en marche. Il n'y avait pas un cheval de debarque;
+l'etat-major, Bonaparte et Caffarelli lui-meme, malgre sa jambe de bois,
+firent quatre a cinq lieues a pied dans les sables, et arriverent a la
+pointe du jour en vue d'Alexandrie.
+
+Cette antique cite, fille d'Alexandre, n'avait plus ses magnifiques
+edifices, ses innombrables demeures, sa grande population; elle etait
+ruinee aux trois quarts. Les Turcs, les Egyptiens opulens, les negocians
+europeens habitaient dans la ville moderne, qui etait la seule partie
+conservee. Quelques Arabes vivaient dans les decombres de la cite
+antique; une vieille muraille flanquee de quelques tours enfermait la
+nouvelle et l'ancienne ville, et tout autour regnaient les sables qui,
+en Egypte, s'avancent partout ou la civilisation recule.
+
+Les quatre mille Francais, conduits par Bonaparte, y arriverent a la
+pointe du jour: ils ne rencontrerent sur cette plage de sable qu'un
+petit nombre d'Arabes, qui, apres quelques coups de fusil, s'enfoncerent
+dans le desert. Bonaparte partagea ses soldats en trois colonnes: Bon,
+avec la premiere, marcha a droite, vers la porte de Rosette; Kleber,
+avec la seconde, marcha au centre vers la porte de la Colonne; Menou,
+avec la troisieme, s'avanca a gauche vers la porte des Catacombes. Les
+Arabes et les Turcs, excellens soldats derriere un mur, firent un
+feu bien nourri; mais les Francais monterent avec des echelles, et
+franchirent la vieille muraille. Kleber tomba le premier, frappe d'une
+balle au front. On chassa les Arabes de ruine en ruine, jusqu'a la
+ville nouvelle. Le combat allait se prolonger de rue en rue, et devenir
+meurtrier; mais un capitaine turc servit d'intermediaire pour negocier
+un accord. Bonaparte declara qu'il ne venait point pour ravager le pays,
+ni l'enlever au Grand-Seigneur, mais seulement pour le soustraire a la
+domination des Mameluks, et venger les outrages que ceux-ci avaient
+faits a la France. Il promit que les autorites du pays seraient
+maintenues, que les ceremonies du culte continueraient d'avoir lieu
+comme par le passe, que les proprietes seraient respectees, etc.....
+Moyennant ces conditions, la resistance cessa: les Francais furent
+maitres d'Alexandrie le jour meme. Pendant ce temps, l'armee avait
+acheve de debarquer. Il s'agissait maintenant de mettre l'escadre a
+l'abri, soit dans le port, soit dans l'une des rades voisines, de
+creer a Alexandrie une administration conforme aux moeurs du pays, et
+d'arreter un plan d'invasion pour s'emparer de l'Egypte. Pour le moment,
+les dangers de la mer et d'une rencontre avec les Anglais etaient
+passes; les plus grands obstacles etaient vaincus avec ce bonheur qui
+semble toujours accompagner la jeunesse d'un grand homme.
+
+L'Egypte, sur laquelle nous venions d'aborder, est le pays le plus
+singulier, le mieux situe, et l'un des plus fertiles de la terre. Sa
+position est connue. L'Afrique ne tient a l'Asie que par un isthme de
+quelques lieues, qu'on appelle l'isthme de Suez, et qui, s'il etait
+coupe, donnerait acces de la Mediterranee dans la mer de Indes,
+dispenserait les navigateurs d'aller a des distances immenses, et au
+milieu des tempetes, doubler le cap de Bonne-Esperance. L'Egypte est
+placee parallelement a la mer Rouge et a l'isthme de Suez. Elle est la
+maitresse de cet isthme. C'est cette contree qui, chez les anciens
+et dans le moyen-age, pendant la prosperite des Venitiens, etait
+l'intermediaire du commerce de l'Inde. Telle est sa position entre
+l'Occident et l'Orient. Sa constitution physique et sa forme ne sont pas
+moins extraordinaires. Le Nil, l'un des grands fleuves du monde, prend
+sa source dans les montagnes de l'Abyssinie, fait six cents lieues dans
+les deserts de l'Afrique, puis entre en Egypte, ou plutot y tombe, en
+se precipitant des cataractes de Syene, et parcourt encore deux cents
+lieues jusqu'a la mer. Ses bords constituent toute l'Egypte. C'est
+une vallee de deux cents lieues de longueur, sur cinq a six lieues de
+largeur. Des deux cotes elle est bordee par un ocean de sables. Quelques
+chaines de montagnes, basses, arides et dechirees, sillonnent tristement
+ces sables, et projettent a peine quelques ombres sur leur immensite.
+Les unes separent le Nil de la mer Rouge, les autres le separent du
+grand desert, dans lequel elles vont se perdre. Sur la rive gauche du
+Nil, a une certaine distance dans le desert, serpentent deux langues de
+terre cultivable, qui font exception aux sables, et se couvrent d'un peu
+de verdure. Ce sont les _oasis_, especes d'iles vegetales, au milieu de
+l'ocean des sables. Il y en a deux, la grande et la petite. Un effort
+des hommes, en y jetant une branche du Nil, en ferait de fertiles
+provinces. Cinquante lieues avant d'arriver a la mer, le Nil se partage
+en deux branches, qui vont tomber a soixante lieues l'une de l'autre,
+dans la Mediterranee, la premiere a Rosette, la seconde a Damiette. On
+connaissait autrefois sept bouches au Nil; on les apercoit encore, mais
+il n'y en a plus que deux de navigables. Le triangle forme par ces deux
+grandes branches et par la mer a soixante lieues a sa base et cinquante
+sur ses cotes; il s'appelle le Delta. C'est la partie la plus fertile de
+l'Egypte, parce que c'est la plus arrosee, la plus coupee de canaux. Le
+pays tout entier se divise en trois parties, le Delta ou Basse-Egypte,
+qu'on appelle Bahireh; la Moyenne-Egypte, qu'on appelle Ouestanieh; la
+Haute-Egypte, qu'on appelle le Said.
+
+Les vents etesiens soufflant d'une maniere constante du nord au sud,
+pendant les mois de mai, juin et juillet, entrainent tous les nuages
+formes a l'embouchure du Nil, n'en laissent pas sejourner un seul
+sur cette contree toujours sereine, et les portent vers les monts
+d'Abyssinie. La ces nuages s'agglomerent, se precipitent en pluie
+pendant les mois de juillet, aout et septembre, et produisent le
+phenomene celebre des inondations du Nil. Ainsi, cette terre recoit par
+les debordemens du fleuve, les eaux qu'elle ne recoit pas du ciel. Il
+n'y pleut jamais, et les marecages du Delta, qui seraient pestilentiels
+sous le ciel de l'Europe, ne produisent pas en Egypte une seule fievre.
+Le Nil, apres son inondation, laisse un limon fertile, qui est la seule
+terre cultivable sur ces bords, et qui produit ces abondantes moissons
+consacrees autrefois a nourrir Rome. Plus l'inondation s'est etendue,
+plus il y a de terre cultivable. Les proprietaires de cette terre,
+nivelee tous les ans par les eaux, se la partagent tous les ans par
+l'arpentage. Aussi l'arpentage est-il un grand art en Egypte. Des canaux
+pourraient etendre l'inondation, et auraient l'avantage de diminuer la
+rapidite des eaux, de les faire sejourner plus long-temps, et d'etendre
+la fertilite aux depens du desert. Nulle part le travail de l'homme ne
+pourrait avoir de plus salutaires effets; nulle part la civilisation ne
+serait plus souhaitable. Le Nil et le desert se disputent l'Egypte, et
+c'est la civilisation qui donnerait au Nil le moyen de vaincre le desert
+et de le faire reculer. On croit que l'Egypte nourrissait autrefois
+vingt millions d'habitans, sans compter les Romains. Elle etait a peine
+capable d'en nourrir trois millions quand les Francais y entrerent.
+
+L'inondation finit a peu pres en septembre. Alors commencent les travaux
+des champs. Pendant les mois d'octobre, novembre, decembre, janvier,
+fevrier, la campagne d'Egypte presente un aspect ravissant de fertilite
+et de fraicheur. Elle est couverte alors des plus riches moissons,
+emaillee de fleurs, traversee par d'immenses troupeaux. En mars les
+chaleurs commencent; la terre se gerce si profondement, qu'il est
+quelquefois dangereux de la traverser a cheval. Les travaux des champs
+sont alors finis. Les Egyptiens ont recueilli toutes les richesses de
+l'annee. Outre les bles, l'Egypte produit les meilleurs riz, les plus
+beaux legumes, le sucre, l'indigo, le sene, la casse, le natron, le lin,
+le chanvre, le coton, tout cela avec une merveilleuse abondance. Il lui
+manque des huiles; mais elle les trouve vis-a-vis, en Grece; il lui
+manque le tabac et le cafe, mais elle les trouve a ses cotes, dans
+la Syrie et l'Arabie. Elle est aussi privee de bois, car la grande
+vegetation ne peut pas pousser sur ce limon annuel que le Nil depose sur
+un fond de sable. Quelques sycomores et quelques palmiers sont les
+seuls arbres de l'Egypte. A defaut de bois on brule la bouse de vache.
+L'Egypte nourrit d'immenses troupeaux. Les volailles de toute espece y
+fourmillent. Elle a ces admirables chevaux, si celebres dans le monde
+par leur beaute, leur vivacite, leur familiarite avec leurs maitres, et
+cet utile chameau, qui peut manger et boire pour plusieurs jours, dont
+le pied enfonce sans fatigue dans les sables mouvans, et qui est comme
+un navire vivant pour traverser la mer des sables.
+
+Tous les ans arrivent au Caire d'innombrables caravanes, qui abordent
+comme des flottes des deux cotes du desert. Les unes viennent de la
+Syrie et de l'Arabie, les autres de l'Afrique et des cotes de Barbarie.
+Elles apportent tout ce qui est propre aux pays du soleil, l'or,
+l'ivoire, les plumes, les schalls inimitables, les parfums, les gommes,
+les aromates de toute espece, le cafe, le tabac, les bois et les
+esclaves. Le Caire devient un entrepot magnifique des plus belles
+productions du globe, de celles que le genie si puissant des occidentaux
+ne pourra jamais imiter, car c'est le soleil qui les donne, et dont leur
+gout delicat les rendra toujours avides. Aussi le commerce de l'Inde
+est-il le seul dont les progres des peuples n'ameneront jamais la
+fin. Il ne serait donc pas necessaire de faire de l'Egypte un poste
+militaire, pour aller detruire violemment le commerce des Anglais. Il
+suffirait d'y etablir un entrepot, avec la surete, les lois et les
+commodites europeennes, pour attirer les richesses du monde.
+
+La population qui occupe l'Egypte est, comme les ruines des cites qui la
+couvrent, un amas des debris de plusieurs peuples. Des Cophtes, anciens
+habitans de l'Egypte, des Arabes, conquerans de l'Egypte sur les
+Cophtes, des Turcs conquerans sur les Arabes, telles sont les races dont
+les debris pullulent miserablement sur une terre dont ils sont indignes.
+Les Cophtes, quand les Francais y entrerent, etaient deux cent mille au
+plus. Meprises, pauvres, abrutis, ils s'etaient voues, comme toutes les
+classes proscrites, aux plus ignobles metiers. Les Arabes formaient la
+masse presque entiere de la population; ils descendaient des compagnons
+de Mahomet. Leur condition etait infiniment variee; quelques-uns, de
+haute naissance, faisant remonter leur origine jusqu'a Mahomet lui-meme,
+grands proprietaires, ayant quelques traces du savoir arabe, reunissant
+a la noblesse les fonctions du culte et de la magistrature, etaient,
+sous le titre de scheiks, les veritables grands de l'Egypte. Dans
+les divans, ils representaient le pays, quand ses tyrans voulaient
+s'adresser a lui; dans les mosquees, ils composaient des especes
+d'universites, ou ils enseignaient la religion, la morale du Koran, un
+peu de philosophie et de jurisprudence. La grande mosquee de Jemil-Azar
+etait le premier corps savant et religieux de l'Orient. Apres ces
+grands, venaient les moindres proprietaires, composant la seconde et
+la plus nombreuse classe des Arabes; puis les proletaires, qui etaient
+tombes dans la situation de veritables ilotes. Ces derniers etaient des
+paysans a gages, cultivant la terre sous le nom de fellahs, et vivant
+dans la misere et l'abjection. Il y avait une quatrieme classe d'Arabes,
+c'etaient les Bedouins ou Arabes errans: ceux-la n'avaient pas voulu
+s'attacher a la terre; c'etaient les fils du desert. Montes sur des
+chevaux ou des chameaux, conduisant devant eux des troupeaux nombreux,
+ils erraient, cherchant des paturages dans quelques oasis, ou venant
+annuellement ensemencer les lisieres de terre cultivable, placees sur
+le bord de l'Egypte. Leur metier etait d'escorter les caravanes ou de
+preter leurs chameaux pour les transports. Mais, brigands sans foi,
+ils pillaient souvent les marchands qu'ils escortaient ou auxquels ils
+pretaient leurs chameaux. Quelquefois meme, violant l'hospitalite
+qu'on leur accordait sur la lisiere des terres cultivables, ils se
+precipitaient sur cette vallee du Nil, qui, large seulement de cinq
+lieues, est si facile a penetrer; ils pillaient les villages, et,
+remontant sur leurs chevaux, emportaient leur butin dans le fond du
+desert. La negligence turque laissait leurs ravages presque toujours
+impunis, et ne luttait pas mieux contre les brigands du desert qu'elle
+ne savait lutter contre ses sables. Ces Arabes errans, divises en tribus
+sur les deux cotes de la vallee, etaient au nombre de cent ou cent vingt
+mille, et fournissaient vingt ou vingt-cinq mille cavaliers, braves,
+mais bons pour harceler l'ennemi, jamais pour le combattre.
+
+La troisieme race enfin etait celle des Turcs; mais elle etait aussi peu
+nombreuse que les Cophtes, c'est-a-dire qu'elle s'elevait a deux cent
+mille individus au plus. Elle se partageait en Turcs et Mameluks. Les
+Turcs, venus depuis la derniere conquete des sultans de Constantinople,
+etaient presque tous inscrits sur la liste des janissaires; mais on sait
+qu'ils ne se font ordinairement inscrire sur ces listes que pour
+avoir les privileges des janissaires, et qu'un tres petit nombre sont
+reellement au service. Il n'y en avait que peu d'entre eux dans la
+milice du pacha. Ce pacha, envoye de Constantinople, representait le
+sultan en Egypte; mais a peine escorte de quelques janissaires, il avait
+vu s'evanouir son autorite par les precautions meme que le sultan Selim
+avait prises autrefois pour la conserver. Ce sultan, jugeant que par
+son eloignement l'Egypte pourrait echapper a la domination de
+Constantinople, qu'un pacha ambitieux et habile pourrait s'y creer un
+empire independant, avait imagine un contre-poids, en instituant la
+milice des Mameluks. Mais comme on ne peut pas vaincre les conditions
+physiques qui rendent un pays dependant ou independant d'un autre, au
+lieu du pacha, c'etaient les Mameluks qui s'etaient rendus independans
+de Constantinople et maitres de l'Egypte. Les Mameluks etaient des
+esclaves achetes en Circassie. Choisis parmi les plus beaux enfans du
+Caucase, transportes jeunes en Egypte, eleves dans l'ignorance de leur
+origine, dans le gout et la pratique des armes, ils devenaient les plus
+braves et les plus agiles cavaliers de la terre. Ils tenaient a honneur
+d'etre sans origine, d'avoir ete achetes cher, et d'etre beaux et
+vaillans. Ils avaient vingt-quatre beys, qui etaient leurs proprietaires
+et leurs chefs. Ces beys avaient chacun cinq ou six cents Mameluks.
+C'etait un troupeau qu'ils avaient soin d'alimenter, et qu'ils
+transmettaient quelquefois a leur fils, et plus souvent a leur Mameluk
+favori, qui devenait bey a son tour. Chaque Mameluk etait servi par deux
+fellahs. La milice entiere se composait de douze mille cavaliers a peu
+pres, servis par vingt-quatre mille ilotes. Ils etaient les veritables
+maitres et tyrans du pays. Ils vivaient ou du produit des terres
+appartenant aux beys, ou du revenu des impots etablis sous toutes les
+formes. Les Cophtes, que nous avons deja dits livres aux plus ignobles
+fonctions, etaient leurs percepteurs, leurs espions, leurs agens
+d'affaires; car les abrutis se mettent toujours au service du plus fort.
+Les vingt-quatre beys, egaux de droit, ne l'etaient pas de fait. Ils se
+faisaient la guerre, et le plus fort, soumettant les autres, avait
+une souverainete viagere. Il etait tout a fait independant du pacha
+representant le sultan de Constantinople, le souffrait tout au plus au
+Caire dans une sorte de nullite, et souvent lui refusait le _miri_,
+c'est-a-dire l'impot foncier, qui, representant le droit de la conquete,
+appartenait a la Porte.
+
+L'Egypte etait donc une veritable feodalite, comme celle de l'Europe
+dans le moyen age; elle presentait a la fois un peuple conquis, une
+milice conquerante, en revolte contre son souverain; enfin une ancienne
+classe abrutie, au service et aux gages du plus fort.
+
+Deux beys superieurs aux autres dominaient en ce moment l'Egypte. L'un,
+Ibrahim-Bey, riche, astucieux, puissant; l'autre, Mourad-Bey, intrepide,
+vaillant et plein d'ardeur. Ils etaient convenus d'une espece de partage
+d'autorite, par lequel Ibrahim-Bey avait les attributions civiles,
+et Mourad-Bey les attributions militaires. Celui-ci etait charge des
+combats; il y excellait, et il avait l'affection des Mameluks, tous
+devoues a sa personne.
+
+Bonaparte, qui au genie de capitaine savait unir le tact et l'adresse du
+fondateur, et qui avait d'ailleurs administre assez de pays conquis pour
+s'en etre fait un art particulier, jugea sur-le-champ la politique qu'il
+avait a suivre en Egypte. Il fallait d'abord arracher cette contree a
+ses veritables maitres, c'est-a-dire aux Mameluks. C'etait cette classe
+qu'il fallait combattre et detruire par les armes et la politique.
+D'ailleurs on avait des raisons a faire valoir contre eux, car ils
+n'avaient cesse de maltraiter les Francais. Quant a la Porte, il fallait
+paraitre ne pas attaquer sa souverainete, et affecter au contraire de
+la respecter. Telle qu'elle etait devenue, cette souverainete etait peu
+importante. On pouvait traiter avec la Porte, soit pour la cession de
+l'Egypte, en lui faisant certains avantages ailleurs, soit pour un
+partage d'autorite qui n'aurait rien de facheux; car en laissant le
+Pacha au Caire, comme il y avait ete jusqu'ici, et en heritant de la
+puissance des Mameluks, on n'avait pas grand'chose a regretter. Quant
+aux habitans, il fallait, pour se les attacher, gagner la veritable
+population, c'est-a-dire celle des Arabes. En respectant les scheiks, en
+caressant leur vieil orgueil, en augmentant leur pouvoir, en flattant un
+desir secret qu'on trouvait en eux, comme on l'avait trouve en Italie,
+comme on le trouve partout, celui du retablissement de l'antique
+patrie, de la patrie arabe, on etait assure de dominer le pays et de se
+l'attacher entierement. Bien plus, en menageant les proprietes et les
+personnes, chez un peuple qui etait habitue a regarder la conquete comme
+donnant droit de meurtre, de pillage et de devastation, on allait causer
+une surprise des plus avantageuses a l'armee francaise; et si, en outre,
+on respectait les femmes et le prophete, la conquete des coeurs etait
+aussi assuree que celle du sol.
+
+Bonaparte se conduisit d'apres ces erremens aussi justes que profonds.
+Doue d'une imagination tout orientale, il lui etait facile de prendre
+le style solennel et imposant qui convenait a la race arabe. Il fit des
+proclamations qui etaient traduites en arabe et repandues dans le pays.
+Il ecrivit au pacha: "La republique francaise s'est decidee a envoyer
+une puissante armee pour mettre fin aux brigandages des beys d'Egypte,
+ainsi qu'elle a ete obligee de le faire plusieurs fois dans ce siecle
+contre les beys de Tunis et d'Alger. Toi, qui devrais etre le maitre
+des beys, et que cependant ils tiennent au Caire sans autorite et sans
+pouvoir, tu dois voir mon arrivee avec plaisir. Tu es sans doute deja
+instruit que je ne viens point pour rien faire contre l'alcoran ni le
+sultan. Tu sais que la nation francaise est la seule et unique alliee
+que le sultan ait en Europe. Viens donc a ma rencontre, et maudis avec
+moi la race impie des beys." S'adressant aux Egyptiens, Bonaparte leur
+adressait ces paroles: "Peuples d'Egypte, on vous dira que je viens pour
+detruire votre religion. Ne le croyez pas; repondez que je viens vous
+restituer vos droits, punir les usurpateurs, et que je respecte plus que
+les Mameluks Dieu, son prophete et le Koran." Parlant de la tyrannie
+des Mameluks, il disait: "Y a-t-il une belle terre? elle appartient aux
+Mameluks. Y a-t-il une belle esclave, un beau cheval, une belle maison?
+cela appartient aux Mameluks. Si l'Egypte est leur ferme, qu'ils
+montrent le bail que Dieu leur en a fait. Mais Dieu est juste et
+misericordieux pour le peuple, et il a ordonne que l'empire des Mameluks
+finit." Parlant des sentimens des Francais, il ajoutait: "Nous aussi,
+nous sommes de vrais musulmans. N'est-ce pas nous qui avons detruit le
+pape, qui disait qu'il fallait faire la guerre aux musulmans? N'est-ce
+pas nous qui avons detruit les chevaliers de Malte, parce que ces
+insenses croyaient que Dieu voulait qu'ils fissent la guerre aux
+musulmans? Trois fois heureux ceux qui seront avec nous! Ils
+prospereront dans leur fortune et leur rang. Heureux ceux qui seront
+neutres! Ils auront le temps de nous connaitre, et ils se rangeront avec
+nous. Mais malheur, trois fois malheur a ceux qui s'armeront pour les
+Mameluks et combattront contre nous! Il n'y aura pas d'esperance pour
+eux; ils periront."
+
+Bonaparte dit a ses soldats: "Vous allez entreprendre une conquete
+dont les effets sur la civilisation et le commerce du monde sont
+incalculables. Vous porterez a l'Angleterre le coup le plus sur et le
+plus sensible, en attendant que vous puissiez lui donner le coup de
+mort.
+
+"Les peuples avec lesquels nous allons vivre sont mahometans; leur
+premier article de foi est celui-ci: _Il n'y a pas d'autre Dieu que
+Dieu, et Mahomet est son prophete_. Ne les contredisez pas; agissez avec
+eux comme nous avons agi avec les Juifs, avec les Italiens. Ayez des
+egards pour leurs muphtis et leurs imans, comme vous en avez eu pour les
+rabbins et pour les eveques. Ayez pour les ceremonies que prescrit le
+Koran, pour les mosquees, la meme tolerance que vous avez eue pour les
+couvens, pour les synagogues, pour la religion de Moise et celle de
+Jesus-Christ. Les legions romaines protegeaient toutes les religions.
+Vous trouverez ici des usages differens de ceux de l'Europe, il faut
+vous y accoutumer. Les peuples chez lesquels nous allons entrer traitent
+les femmes autrement que nous. Souvenez-vous que dans tous les pays,
+celui qui viole est un lache.
+
+"La premiere ville que nous rencontrerons a ete batie par Alexandre.
+Nous trouverons a chaque pas de grands souvenirs, dignes d'exciter
+l'emulation des Francais."
+
+Sur-le-champ Bonaparte fit ses dispositions pour etablir l'autorite
+francaise a Alexandrie, pour quitter ensuite le Delta et s'emparer du
+Caire, capitale de toute l'Egypte. On etait en juillet, le Nil allait
+inonder les campagnes. Il voulait arriver au Caire avant l'inondation,
+et employer le temps qu'elle durerait, a faire son etablissement. Il
+ordonna que tout demeurat dans le meme etat a Alexandrie, que les
+exercices religieux continuassent, que la justice fut rendue comme avant
+par les cadis. Il voulut succeder seulement aux droits des Mameluks,
+et etablir un commissaire pour percevoir les impots accoutumes. Il
+fit former un divan, ou conseil municipal, compose des scheiks et des
+notables d'Alexandrie, afin de les consulter sur toutes les mesures que
+l'autorite francaise aurait a prendre. Il laissa trois mille hommes en
+garnison a Alexandrie, et en donna le commandement a Kleber, que sa
+blessure devait, pour un mois ou deux, condamner a l'inaction. Il
+chargea un jeune officier du plus rare merite, et qui promettait un
+grand ingenieur a la France, de mettre Alexandrie en etat de defense et
+d'y faire pour cela les travaux necessaires. C'etait le colonel Cretin,
+qui, a peu de frais et en peu de temps, executa a Alexandrie des travaux
+superbes. Bonaparte donna ensuite des ordres pour mettre la flotte a
+l'abri. C'etait une question de savoir si les gros vaisseaux pourraient
+entrer dans le port d'Alexandrie. Une commission de marins fut chargee
+de sonder le port, et de faire un rapport. En attendant, la flotte fut
+mise a l'ancre dans la rade d'Aboukir. Bonaparte ordonna a Brueys de
+faire promptement decider la question, et de se rendre a Corfou, s'il
+etait reconnu que les vaisseaux ne pouvaient pas entrer dans Alexandrie.
+
+Apres avoir vaque a ces soins, il fit ses dispositions pour se mettre en
+marche. Une flottille considerable chargee de vivres, d'artillerie, de
+munitions et de bagages, dut longer la cote jusqu'a l'embouchure de
+Rosette, entrer dans le Nil, et le remonter en meme temps que l'armee
+francaise. Il se mit ensuite en marche avec le gros de l'armee, qui,
+privee des deux garnisons laissees a Malte et Alexandrie, etait forte de
+trente mille hommes a peu pres. Il avait ordonne a sa flottille de
+se rendre a la hauteur de Ramanieh, sur les bords du Nil. La il se
+proposait de la joindre et de remonter le Nil parallelement avec elle,
+afin de sortir du Delta et d'arriver dans la Moyenne-Egypte, ou Bahireh.
+Pour aller d'Alexandrie a _Ramanieh_, il y avait deux routes, l'une a
+travers les pays habites, le long de la mer et du Nil, l'autre plus
+courte et a vol d'oiseau, mais a travers le desert de _Damanhour_.
+Bonaparte n'hesita pas, et prit la plus courte. Il lui importait
+d'arriver promptement au Caire. Desaix marchait avec l'avant-garde; le
+corps de bataille suivait a quelques lieues de distance. On s'ebranla le
+18 messidor (6 juillet). Quand les soldats se virent engages dans cette
+plaine sans bornes, avec un sable mouvant sous les pieds, un ciel
+brulant sur la tete, point d'eau, point d'ombre, n'ayant pour reposer
+leurs yeux que de rares bouquets de palmiers, ne voyant d'etres vivans
+que de legeres troupes de cavaliers arabes, qui paraissaient et
+disparaissaient a l'horizon, et quelquefois se cachaient derriere
+des dunes de sable pour egorger les trainards, ils furent remplis de
+tristesse. Deja le gout du repos leur etait venu, apres les longues et
+opiniatres campagnes d'Italie. Ils avaient suivi leur general dans une
+contree lointaine, parce que leur foi en lui etait aveugle, parce qu'on
+leur avait annonce une terre promise, de laquelle ils reviendraient
+assez riches pour acheter chacun un champ de six arpens. Mais quand ils
+virent ce desert, le mecontentement s'en mela, et alla meme jusqu'au
+desespoir. Ils trouvaient tous les puits, qui de distance en distance
+jalonnent la route du desert, detruits par les Arabes. A peine y
+restait-il quelques gouttes d'une eau saumatre, et tres insuffisante
+pour etancher leur soif. On leur avait annonce qu'ils trouveraient a
+Damanhour des soulagemens; ils n'y rencontrerent que de miserables
+huttes, et ne purent s'y procurer ni pain ni vin, mais seulement
+des lentilles en assez grande abondance et un peu d'eau. Il fallut
+s'enfoncer de nouveau dans le desert. Bonaparte vit les braves Lannes
+et Murat eux-memes saisir leurs chapeaux, les jeter sur le sable, les
+fouler aux pieds. Cependant il imposait a tous: sa presence commandait
+le silence, et faisait quelquefois renaitre la gaiete. Les soldats ne
+voulaient pas lui imputer leurs maux; ils s'en prenaient a ceux qui
+trouvaient un grand plaisir a observer le pays. Voyant les savans
+s'arreter pour examiner les moindres ruines, ils disaient que c'etait
+pour eux qu'on etait venu, et s'en vengeaient par de bons mots a leur
+facon. Caffarelli surtout, brave comme un grenadier, curieux comme un
+erudit, passait a leurs yeux pour l'homme qui avait trompe le general,
+et qui l'avait entraine dans ce pays lointain. Comme il avait perdu une
+jambe sur le Rhin, ils disaient: _Il se moque de ca lui, il a un pied en
+France._ Cependant, apres de cruelles souffrances, supportees d'abord
+avec humeur, puis avec gaiete et courage, on arriva sur les bords du Nil
+le 22 messidor (10 juillet), apres une marche de quatre jours. A la vue
+du Nil et de cette eau si desiree, les soldats s'y precipiterent, et en
+se baignant dans ses flots oublierent toutes leurs fatigues. La division
+Desaix, qui de l'avant-garde etait passee a l'arriere-garde, vit galoper
+devant elle deux ou trois centaines de Mameluks, qu'elle dispersa avec
+quelques volees de mitraille. C'etaient les premiers qu'on eut vus.
+Ils annoncaient la prochaine rencontre de l'armee ennemie. Le brave
+Mourad-Bey, en effet, ayant ete averti, reunissait toutes ses forces
+autour du Caire. En attendant leur reunion, il voltigeait avec un
+millier de chevaux autour de notre armee, afin d'observer sa marche.
+
+L'armee attendit a Ramanieh l'arrivee de la flottille; elle se reposa
+jusqu'au 25 messidor (13 juillet), et en partit le meme jour pour
+Chebreiss. Mourad-Bey nous y attendait avec ses mameluks. La flottille,
+qui etait partie la premiere, et qui avait devance l'armee, se trouva
+engagee avant de pouvoir etre soutenue. Mourad-Bey en avait une aussi,
+et du rivage il joignait son feu a celui de ses _djermes_ (vaisseaux
+legers egyptiens). La flottille francaise eut a soutenir un combat des
+plus rudes. L'officier de marine Perree, qui la commandait, deploya
+un rare courage; il fut soutenu par les cavaliers qui etaient arrives
+demontes en Egypte, et qui, en attendant de s'equiper aux depens
+des Mameluks, etaient transportes par eau. On prit deux chaloupes
+canonnieres a l'ennemi, et on le repoussa. L'armee arriva dans cet
+instant; elle se composait de cinq divisions. Elle n'avait pas encore
+combattu contre ces singuliers ennemis. A la rapidite, au choc des
+chevaux, aux coups de sabre, il fallait opposer l'immobilite du
+fantassin, sa longue baionnette, et des masses faisant front de tous
+cotes. Bonaparte forma ses cinq divisions en cinq carres, au milieu
+desquels on placa les bagages et l'etat-major. L'artillerie etait
+aux angles. Les cinq divisions se flanquaient les unes les autres.
+Mourad-Bey lanca sur ces citadelles vivantes mille ou douze cents
+cavaliers intrepides, qui, se precipitant a grands cris et de tout le
+galop de leurs chevaux, dechargeant leurs pistolets, puis tirant leurs
+redoutables sabres, vinrent se jeter sur le front des carres. Trouvant
+partout une haie de baionnettes et un feu terrible, ils flottaient
+autour des rangs francais, tombaient devant eux, ou s'echappaient dans
+la plaine de toute la vitesse de leurs chevaux. Mourad, apres avoir
+perdu deux ou trois cents de ses plus braves cavaliers, se retira pour
+gagner le sommet du Delta, et aller nous attendre a la hauteur du Caire,
+a la tete de toutes ses forces.
+
+Ce combat suffit pour familiariser l'armee avec ce nouveau genre
+d'ennemis, et pour suggerer a Bonaparte la tactique qu'il fallait
+employer avec eux. On s'achemina sur le Caire. La flottille se tenait
+sur le Nil a la hauteur de l'armee. On marcha sans relache pendant les
+jours suivans. Les soldats eurent de nouvelles souffrances a essuyer,
+mais ils longeaient le Nil, et pouvaient s'y baigner tous les soirs. La
+vue de l'ennemi leur avait rendu leur ardeur. "Ces soldats, deja un peu
+degoutes des fatigues, comme il arrive toujours quand on a assez de
+gloire, je les trouvais, dit Bonaparte, toujours admirables au feu."
+Pendant les marches l'humeur revenait souvent, et apres l'humeur les
+plaisanteries. Les savans commencaient a inspirer beaucoup de respect
+par le courage qu'on leur voyait deployer: Monge et Bertholet, sur la
+flottille, avaient montre a Chebreiss un courage heroique. Les soldats,
+tout en faisant des plaisanteries, etaient pleins d'egards pour eux. Ne
+voyant pas paraitre cette capitale du Caire, si vantee comme une des
+merveilles de l'Orient, ils disaient qu'elle n'existait pas, ou bien que
+ce serait comme a Damanhour, une reunion de huttes. Ils disaient encore
+qu'on avait trompe ce pauvre general, qu'il s'etait laisse deporter
+comme _un bon enfant_, lui et ses compagnons de gloire. Le soir, quand
+on s'etait repose, les soldats qui avaient lu ou entendu debiter les
+contes des Mille et une Nuits, les repetaient a leurs camarades, et
+on se promettait des palais magnifiques et resplendissans d'or. En
+attendant, on etait toujours prive de pain, non que le ble manquat, on
+en trouvait partout au contraire; mais on n'avait ni moulin, ni four.
+On mangeait des lentilles, des pigeons, et un melon d'eau exquis,
+connu dans les pays meridionaux sous le nom de _pasteque_. Les soldats
+l'appelaient _sainte pasteque_.
+
+On approchait du Caire, et la devait se livrer la bataille decisive.
+Mourad-Bey y avait reuni la plus grande partie de ses Mameluks, dix
+mille a peu pres. Ils etaient suivis par un nombre double de fellahs,
+auxquels on donnait des armes, et qu'on obligeait de se battre derriere
+les retranchemens. Il avait rassemble aussi quelques mille janissaires,
+ou spahis, dependans du pacha, qui, malgre la lettre de Bonaparte,
+s'etait laisse entrainer dans le parti de ses oppresseurs. Mourad-Bey
+avait fait des preparatifs de defense sur les bords du Nil. La grande
+capitale du Caire se trouve sur la rive droite du fleuve. C'etait sur la
+rive opposee, c'est-a-dire sur la gauche, que Mourad-Bey avait place
+son camp, dans une longue plaine qui s'etendait entre le Nil et les
+pyramides de Giseh, les plus hautes de l'Egypte. Voici quelles etaient
+ses dispositions. Un gros village, appele Embaheh, etait adosse au
+fleuve. Mourad-Bey y avait ordonne quelques travaux, concus et executes
+avec l'ignorance turque. C'etait un simple boyau qui environnait
+l'enceinte du village, et des batteries immobiles, dont les pieces
+n'etant pas sur affut de campagne ne pouvaient etre deplacees. Tel etait
+le camp retranche de Mourad. Il y avait place ses vingt-quatre mille
+fellahs et janissaires, pour s'y battre avec l'opiniatrete accoutumee
+des Turcs derriere les murailles. Ce village, retranche et appuye
+au fleuve, formait sa droite. Ses Mameluks, au nombre de dix mille
+cavaliers, s'etendaient dans la plaine entre le fleuve et les pyramides.
+Quelques mille cavaliers arabes, qui n'etaient les auxiliaires des
+Mameluks que pour piller et massacrer dans le cas d'une victoire,
+remplissaient l'espace entre les pyramides et les Mameluks. Le collegue
+de Mourad-Bey, Ibrahim, moins belliqueux et moins brave que lui, se
+tenait de l'autre cote du Nil, avec un millier de Mameluks, avec ses
+femmes, ses esclaves et ses richesses, pret a sortir du Caire, et a
+se refugier en Syrie, si les Francais etaient victorieux. Un nombre
+considerable de djermes couvraient le Nil, et portaient toutes les
+richesses des Mameluks. Tel etait l'ordre dans lequel les deux beys
+attendaient Bonaparte.
+
+Le 3 thermidor (21 juillet), l'armee francaise se mit en marche avant
+le jour. Elle savait qu'elle allait apercevoir le Caire et rencontrer
+l'ennemi. A la pointe du jour, elle decouvrit enfin a sa gauche, au-dela
+du fleuve, les hauts minarets de cette grande capitale, et a sa droite,
+dans le desert, les gigantesques pyramides dorees par le soleil. A
+la vue de ces monumens, elle s'arreta comme saisie de curiosite et
+d'admiration. Le visage de Bonaparte etait rayonnant d'enthousiasme;
+il se mit a galoper devant les rangs des soldats, et leur montrant les
+pyramides: _Songez_, s'ecriait-il, _songez que du haut de ces pyramides
+quarante siecles vous contemplent_. On s'avanca d'un pas rapide. On
+voyait, en s'approchant, s'elever les minarets du Caire, on voyait
+grandir les pyramides, on voyait fourmiller la multitude qui gardait
+Embaheh, on voyait etinceler les armes de ces dix mille cavaliers,
+brillans d'or et d'acier, et formant une ligne immense. Bonaparte fit
+aussitot ses dispositions. L'armee, comme a Chebreiss, etait partagee
+en cinq divisions. Les divisions Desaix et Regnier formaient la droite,
+vers le desert; la division Dugua formait le centre, les divisions Menou
+et Bon formaient la gauche, le long du Nil. Bonaparte, qui, depuis
+le combat de Chebreiss, avait juge le terrain et l'ennemi, fit ses
+dispositions en consequence. Chaque division formait un carre; chaque
+carre etait sur six rangs. Derriere etaient les compagnies de grenadiers
+en pelotons, pretes a renforcer les points d'attaque. L'artillerie etait
+aux angles; les bagages et les generaux au centre. Ces carres etaient
+mouvans. Quand ils etaient en marche, deux cotes marchaient sur le
+flanc. Quand ils etaient charges, ils devaient s'arreter pour faire
+front sur toutes les faces. Puis quand ils voulaient enlever une
+position, les premiers rangs devaient se detacher, pour former des
+colonnes d'attaque, et les autres devaient rester en arriere, formant
+toujours le carre, mais sur trois hommes de profondeur seulement,
+et prets a recueillir les colonnes d'attaque. Telles etaient les
+dispositions ordonnees par Bonaparte. Il craignait que ses impetueux
+soldats d'Italie, habitues a marcher au pas de charge, eussent de
+la peine a se resigner a cette froide et impassible immobilite des
+murailles. Il avait eu soin de les y preparer. Ordre etait donne surtout
+de ne pas se hater de tirer, d'attendre froidement l'ennemi, et de ne
+faire feu qu'a bout pourtant.
+
+On s'avanca presque a la portee du canon. Bonaparte, qui etait dans
+le carre du centre, forme par la division Dugua, s'assura, avec une
+lunette, de l'etat du camp d'Embabeh. Il vit que l'artillerie du camp,
+n'etant pas sur affut de campagne, ne pourrait pas se porter dans la
+plaine, et que l'ennemi ne sortirait pas des retranchemens. C'est sur
+cette prevision qu'il basa ses mouvemens. Il resolut d'appuyer avec ses
+divisions sur la droite, c'est-a-dire sur le corps des Mameluks, en
+circulant hors de la portee du canon d'Embabeh. Son intention etait
+de separer les Mameluks du camp retranche, de les envelopper, de les
+pousser dans le Nil, et de n'attaquer Embabeh qu'apres s'etre defait
+d'eux. Il ne devait pas lui etre difficile de venir a bout de la
+multitude qui fourmillait dans ce camp apres avoir detruit les Mameluks.
+
+Sur-le-champ il donna le signal. Desaix, qui formait l'extreme droite,
+se mit le premier en marche. Apres lui venait le carre de Regnier, puis
+celui de Dugua, ou etait Bonaparte. Les deux autres circulaient autour
+d'Embabeh, hors de la portee du canon. Mourad-Bey qui, quoique sans
+instruction, etait doue d'un grand caractere et d'un coup d'oeil
+penetrant, devina sur-le-champ l'intention de son adversaire, et resolut
+de charger pendant ce mouvement decisif. Il laissa deux mille Mameluks
+pour appuyer Embabeh, puis se precipita avec le reste sur les deux
+carres de droite. Celui de Desaix, engage dans les palmiers, n'etait pas
+encore forme, lorsque les premiers cavaliers l'aborderent. Mais il se
+forma sur-le-champ, et fut pret a recevoir la charge. C'est une masse
+enorme que celle de huit mille cavaliers galopant a la fois dans une
+plaine. Ils se precipiterent avec une impetuosite extraordinaire sur la
+division Desaix. Nos braves soldats, devenus aussi froids qu'ils avaient
+ete fougueux jadis, les attendirent avec calme, et les recurent, a bout
+portant, avec un feu terrible de mousqueterie et de mitraille. Arretes
+par le feu, ces innombrables cavaliers flottaient le long des rangs,
+et galopaient autour de la citadelle enflammee. Quelques-uns des plus
+braves se precipiterent sur les baionnettes, puis, retournant leurs
+chevaux et les renversant sur nos fantassins, parvinrent a faire breche,
+et trente ou quarante vinrent expirer aux pieds de Desaix, au centre
+meme du carre. La masse, tournant bride, se rejeta du carre de Desaix
+sur celui de Regnier qui venait apres. Accueillie par le meme feu, elle
+revint vers le point d'ou elle etait partie; mais elle trouva sur ses
+derrieres la division Dugua que Bonaparte avait portee vers le Nil, et
+fut jetee dans une deroute complete. Alors la fuite se fit en desordre.
+Une partie des fuyards s'echappa vers notre droite, du cote des
+pyramides; une autre, passant sous le feu de Dugua, alla se jeter dans
+Embabeh, ou elle porta la confusion. Des cet instant le trouble commenca
+a se mettre dans le camp retranche. Bonaparte s'en apercevant, ordonna
+a ses deux divisions de gauche de s'approcher d'Embabeh, pour s'en
+emparer. Bon et Menou s'avancerent sur le feu des retranchemens,
+et arrives a une certaine distance, firent halte. Les carres se
+dedoublerent; les premiers rangs se formerent en colonnes d'attaque,
+tandis que les autres resterent en carre, figurant toujours de
+veritables citadelles. Mais au meme instant les Mameluks, tant ceux
+que Mourad avait laisses a Embabeh, que ceux qui s'y etaient refugies,
+voulurent nous prevenir. Ils fondirent sur nos colonnes d'attaque,
+tandis qu'elles etaient en marche. Mais celles-ci s'arretant
+sur-le-champ, et se formant en carre avec une merveilleuse rapidite,
+les recurent avec fermete, et en abattirent un grand nombre. Les uns
+se rejeterent dans Embabeh, ou le desordre devint extreme; les autres,
+fuyant dans la plaine, entre le Nil et notre droite, furent fusilles
+ou pousses dans le fleuve. Les colonnes d'attaque aborderent vivement
+Embabeh, s'en emparerent, et jeterent dans le Nil la multitude des
+fellahs et des janissaires. Beaucoup se noyerent; mais comme les
+Egyptiens sont excellens nageurs, le plus grand nombre d'entre eux
+parvint a se sauver. La journee etait finie. Les Arabes, qui etaient
+pres des pyramides et qui attendaient la victoire, s'enfoncerent dans
+le desert. Mourad, avec les debris de sa cavalerie, et le visage tout
+sanglant, se retira vers la Haute-Egypte. Ibrahim, qui de l'autre rive
+contemplait ce desastre, s'enfonca vers Belbeys, pour se retirer en
+Syrie. Les Mameluks mirent aussitot le feu aux djermes qui portaient
+leurs richesses. Cette proie nous echappa, et nos soldats virent pendant
+toute la nuit des flammes devorer un riche butin.
+
+Bonaparte placa son quartier-general a Giseh, sur les bords du Nil, ou
+Mourad-Bey avait une superbe habitation. On trouva, soit a Giseh, soit
+a Embabeh, des provisions considerables, et nos soldats purent se
+dedommager de leurs longues privations. Ils trouverent des vignes
+couvertes de magnifiques raisins dans les jardins de Giseh, et les
+eurent bientot vendangees. Mais ils firent sur le champ de bataille un
+butin d'une autre espece, c'etaient des schalls magnifiques, de belles
+armes, des chevaux, et des bourses qui renfermaient jusqu'a deux ou
+trois cents pieces d'or; car les Mameluks portaient toutes leurs
+richesses avec eux. Ils passerent la soiree, la nuit et le lendemain a
+recueillir des depouilles. Cinq a six cents Mameluks avaient ete tues.
+Plus de mille etaient noyes dans le Nil. Les soldats se mirent a les
+pecher pour les depouiller, et employerent plusieurs jours encore a ce
+genre de recherche.
+
+La bataille nous avait a peine coute une centaine de morts ou blesses;
+car si la defaite est terrible pour des carres enfonces, la perte est
+nulle pour des carres victorieux. Les Mameluks avaient perdu leurs
+meilleurs cavaliers par le feu ou par les flots. Leurs forces etaient
+dispersees, et la possession du Caire nous etait assuree. Cette capitale
+etait dans un desordre extraordinaire. Elle renferme plus de trois cent
+mille habitans, et elle est remplie d'une populace feroce et abrutie,
+qui se livrait a tous les exces, et voulait profiter du tumulte pour
+piller les riches palais des beys. Malheureusement la flottille
+francaise n'avait pas encore remonte le Nil, et nous n'avions pas le
+moyen de le traverser pour aller prendre possession du Caire. Quelques
+negocians francais, qui s'y trouvaient furent envoyes a Bonaparte par
+les scheiks, pour convenir de l'occupation de la ville. Il se
+procura quelques djermes pour envoyer un detachement qui retablit la
+tranquillite et mit les personnes et les proprietes a l'abri des fureurs
+de la populace. Il entra le surlendemain dans le Caire, et alla prendre
+possession du palais de Mourad-Bey.
+
+A peine fut-il etabli au Caire, qu'il se hata d'employer la politique
+qu'il avait deja suivie a Alexandrie, et qui devait lui attacher le
+pays. Il visita les principaux scheiks, les flatta, leur fit esperer le
+retablissement de la domination arabe, leur promit la conservation de
+leur culte et de leurs coutumes, et reussit completement a les gagner
+par un melange de caresses adroites et de paroles imposantes, empreintes
+d'une grandeur orientale. L'essentiel etait d'obtenir des scheiks de la
+mosquee de Jemil-Azar une declaration en faveur des Francais. C'etait
+comme un bref du pape chez les chretiens. Bonaparte y deploya tout ce
+qu'il avait d'adresse, et il y reussit completement. Les grands scheiks
+firent la declaration desiree, et engagerent les Egyptiens a se
+soumettre a l'envoye de Dieu, qui respectait le prophete, et qui venait
+venger ses enfans de la tyrannie des Mameluks. Bonaparte etablit au
+Caire un divan, comme il avait fait a Alexandrie, compose des principaux
+scheiks et des plus notables habitans. Ce divan ou conseil municipal
+devait lui servir a gagner l'esprit des Egyptiens, en les consultant,
+et a s'instruire par eux de tous les details de l'administration
+interieure. Il fut convenu que dans toutes les provinces il en serait
+etabli de pareils, et que ces divans particuliers enverraient des
+deputes au divan du Caire, qui serait ainsi le grand divan national.
+
+Bonaparte resolut de laisser exercer la justice par les cadis. Dans son
+projet de succeder aux droits des Mameluks, il saisit leurs proprietes,
+et fit continuer au profit de l'armee francaise la perception des droits
+precedemment etablis. Pour cela il fallait avoir les Cophtes a sa
+disposition. Il ne negligea rien pour se les attacher, en leur faisant
+esperer une amelioration dans leur sort. Il fit partir des generaux avec
+des detachemens, pour redescendre le Nil, et aller achever l'occupation
+du Delta, qu'on n'avait fait que traverser. Il en envoya vers le Nil
+superieur pour prendre possession de l'Egypte-Moyenne. Desaix fut place
+avec sa division a l'entree de la Haute-Egypte, dont il devait faire
+la conquete sur Mourad-Bey, des que les eaux du Nil baisseraient avec
+l'automne. Chacun des generaux, muni d'instructions detaillees, devait
+repeter dans tout le pays ce qui avait ete fait a Alexandrie et au
+Caire. Ils devaient s'entourer des scheiks, capter les Cophtes, et
+etablir la perception des impots pour fournir aux besoins de l'armee.
+
+Bonaparte s'occupa ensuite du bien-etre et de la sante des soldats.
+L'Egypte commencait a leur plaire: ils y trouvaient le repos,
+l'abondance, un climat sain et pur. Ils s'habituaient aux moeurs
+singulieres du pays, et en faisaient un sujet continuel de
+plaisanteries. Mais, devinant l'intention du general avec leur sagacite
+accoutumee, ils jouaient aussi le respect pour le prophete, et riaient
+avec lui du role que la politique les obligeait a jouer. Bonaparte fit
+construire des fours pour qu'ils eussent du pain. Il les logea dans les
+bonnes habitations des Mameluks, et leur recommanda surtout de respecter
+les femmes. Ils avaient trouve en Egypte des anes superbes et en grand
+nombre. C'etait un grand plaisir pour eux de se faire porter dans les
+environs et de galoper sur ces animaux a travers les campagnes. Leur
+vivacite causa quelques accidens aux graves habitans du Caire. Il fallut
+defendre de traverser les rues trop vite. La cavalerie etait montee sur
+les plus beaux chevaux du monde, c'est-a-dire sur les chevaux arabes
+enleves aux Mameluks.
+
+Bonaparte s'occupa aussi de maintenir les relations avec les contrees
+voisines, afin de conserver et de s'approprier le riche commerce de
+l'Egypte. Il nomma lui-meme l'emir-haggi. C'est un officier choisi
+annuellement au Caire, pour proteger la grande caravane de la Mecque.
+Il ecrivit a tous les consuls francais sur la cote de Barbarie, pour
+avertir les deys que l'emir-haggi etait nomme, et que les caravanes
+pouvaient partir. Il fit ecrire par les scheiks au sherif de la Mecque,
+que les pelerins seraient proteges, et que les caravanes trouveraient
+surete et protection. Le pacha du Caire avait suivi Ibrahim-Bey
+a Belbeys. Bonaparte lui ecrivit, ainsi qu'aux divers pachas de
+Saint-Jean-d'Acre et de Damas, pour les assurer des bonnes dispositions
+des Francais envers la Sublime-Porte. Ces dernieres precautions etaient
+malheureusement inutiles, et les officiers de la Porte se persuadaient
+difficilement que les Francais, qui venaient envahir une des plus riches
+provinces de leur souverain, fussent reellement ses amis.
+
+Les Arabes etaient frappes du caractere du jeune conquerant. Ils ne
+comprenaient pas qu'un mortel qui lancait la foudre fut aussi clement.
+Ils l'appelaient le digne enfant du prophete, le favori du grand
+_Allah_; ils avaient chante dans la grande mosquee la litanie suivante:
+
+"Le grand _Allah_ n'est plus irrite contre nous! Il a oublie nos fautes,
+assez punies par la longue oppression des Mameluks! Chantons les
+misericordes du grand _Allah_!
+
+"Quel est celui qui a sauve des dangers de la mer et de la fureur de ses
+ennemis _le Favori de la victoire_? Quel est celui qui a conduit sains
+et saufs sur les rives du Nil _les braves de l'Occident_?
+
+"C'est le grand _Allah_, le grand _Allah_, qui n'est plus irrite contre
+nous. Chantons les misericordes du grand _Allah_!
+
+"Les beys mameluks avaient mis leur confiance dans leurs chevaux; les
+beys mameluks avaient range leur infanterie en bataille.
+
+"Mais _le Favori de la victoire_, a la tete _des braves de l'Occident_,
+a detruit l'infanterie et les chevaux des Mameluks.
+
+"De meme que les vapeurs qui s'elevent le matin du Nil sont dissipees
+par les rayons du soleil, de meme l'armee des Mameluks a ete dissipee
+par _les braves de l'Occident_, parce que le grand _Allah_ est
+actuellement irrite contre les Mameluks, parce que _les braves de
+l'Occident_ sont la prunelle droite du grand _Allah_."
+
+Bonaparte voulut, pour entrer davantage dans les moeurs des Arabes,
+prendre part a leurs fetes. Il assista a celle du Nil qui est une des
+plus grandes d'Egypte. Ce fleuve est le bienfaiteur de la contree: aussi
+est-il en grande veneration chez les habitans, et il est l'objet d'une
+espece de culte. Pendant l'inondation, il s'introduit au Caire par un
+grand canal; une digue lui interdit l'entree de ce canal, jusqu'a ce
+qu'il soit parvenu a une certaine hauteur; alors on la coupe; et le jour
+destine a cette operation est un jour de rejouissance. On declare la
+hauteur a laquelle le fleuve est parvenu, et quand on espere une grande
+inondation, la joie est generale, car c'est un presage d'abondance.
+C'est le 18 aout (1er fructidor) que cette espece de fete se celebre.
+Bonaparte avait fait prendre les armes a toute l'armee, et l'avait
+rangee sur les bords du canal. Un peuple immense etait accouru,
+et voyait avec joie _les braves de l'Occident_ assister a ses
+rejouissances. Bonaparte, a la tete de son etat-major, accompagnait les
+principales autorites du pays. D'abord un scheik declara la hauteur a
+laquelle etait parvenu le Nil: elle etait de vingt-cinq pieds, ce qui
+causa une grande joie. On travailla ensuite a couper la digue. Toute
+l'artillerie francaise retentit a la fois au moment ou les eaux
+du fleuve se precipiterent. Suivant l'usage, une foule de barques
+s'elancerent dans le canal pour obtenir le prix destine a celle qui
+parviendrait a y entrer la premiere. Bonaparte donna le prix lui-meme.
+Une foule d'hommes et d'enfans se plongeaient dans les eaux du Nil,
+attachant a ce bain des proprietes bienfaisantes. Des femmes y jetaient
+des cheveux et des pieces d'etoffes. Bonaparte fit ensuite illuminer la
+ville, et la journee s'acheva dans les festins. La fete du prophete ne
+fut pas celebree avec moins de pompe; Bonaparte se rendit a la grande
+mosquee, s'assit sur des coussins, les jambes croisees comme les
+scheiks, dit avec eux les litanies du prophete, en balancant le haut de
+son corps et agitant sa tete. Il edifia tout le saint college par sa
+piete. Il assista ensuite au repas donne par le grand scheik, elu dans
+la journee.
+
+C'est par tous ces moyens que le jeune general, aussi profond politique
+que grand capitaine, parvenait a s'attacher l'esprit du pays. Tandis
+qu'il en flattait momentanement les prejuges, il travaillait a y
+repandre un jour la science, par la creation du celebre Institut
+d'Egypte. Il reunit les savans et les artistes qu'il avait amenes, et
+les associant a quelques-uns de ses officiers les plus instruits, il en
+composa cet Institut, auquel il consacra des revenus, et l'un des
+plus vastes palais du Caire. Les uns devaient s'occuper a faire une
+description exacte du pays, et en dresser la carte la plus detaillee;
+les autres devaient en etudier les ruines, et fournir de nouvelles
+lumieres a l'histoire; les autres devaient en etudier les productions,
+faire les observations utiles a la physique, a l'astronomie, a
+l'histoire naturelle; les autres enfin devaient s'occuper a rechercher
+les ameliorations qu'on pourrait apporter a l'existence des habitans par
+des machines, des canaux, des travaux sur le Nil, des procedes adaptes
+a ce sol si singulier et si different de l'Europe. Si la fortune devait
+nous enlever un jour cette belle contree, du moins elle ne pouvait nous
+enlever les conquetes que la science y allait faire; un monument se
+preparait qui devait honorer le genie et la constance de nos savans,
+autant que l'expedition honorait l'heroisme de nos soldats.
+
+Monge fut le premier qui obtint la presidence. Bonaparte ne fut que le
+second. Il proposa les questions suivantes: rechercher la meilleure
+construction des moulins a eau et a vent; remplacer le houblon qui
+manque en Egypte, dans la fabrication de la biere; determiner les lieux
+propres a la culture de la vigne; chercher le meilleur moyen pour
+procurer de l'eau a la citadelle du Caire; creuser des puits dans les
+differens endroits du desert; chercher le moyen de clarifier et de
+rafraichir l'eau du Nil; imaginer une maniere d'utiliser les decombres
+dont la ville du Caire etait embarrassee, ainsi que toutes les anciennes
+villes d'Egypte; chercher les matieres necessaires pour la fabrication
+de la poudre en Egypte. On peut juger par ces questions de la tournure
+d'esprit du general. Sur-le-champ les ingenieurs, les dessinateurs,
+les savans, se repandirent dans toutes les provinces pour commencer la
+description et la carte du pays. Tels etaient les soins de cette colonie
+naissante et la maniere dont le fondateur en dirigeait les travaux.
+
+La conquete des provinces de la Basse et Moyenne-Egypte s'etait faite
+sans peine, et n'avait coute que quelques escarmouches avec les Arabes.
+Il avait suffi d'une marche forcee sur Belbeys pour rejeter Ibrahim-Bey
+en Syrie. Desaix attendait l'automne pour enlever la Haute-Egypte a
+Mourad-Bey, qui s'y etait retire avec les debris de son armee.
+
+Mais, pendant ce temps, la fortune venait d'infliger a Bonaparte le
+plus redoutable de tous les revers. En quittant Alexandrie, il avait
+fortement recommande a l'amiral Brueys de mettre son escadre a l'abri
+des Anglais, soit en la faisant entrer dans Alexandrie, soit en la
+dirigeant sur Corfou; mais surtout de ne pas rester dans la rade
+d'Aboukir, car il valait mieux rencontrer l'ennemi a la voile, que de le
+recevoir a l'ancre. Une vive discussion s'etait elevee sur la question
+de savoir si on pouvait faire entrer dans le port d'Alexandrie les
+vaisseaux de 80 et de 120 canons. Il n'y avait pas de doute pour les
+autres; mais pour les deux de 80 et pour celui de 120, il fallait un
+allegement qui leur fit gagner trois pieds d'eau. Pour cela il etait
+necessaire de les desarmer ou de construire des demi-chameaux. L'amiral
+Brueys ne voulut pas faire entrer son escadre dans le port a cette
+condition. Il pensait qu'oblige a de pareilles precautions pour ses
+trois vaisseaux les plus forts, il ne pourrait jamais sortir du port
+en presence de l'ennemi, et qu'il pourrait ainsi etre bloque par une
+escadre tres-inferieure en force; il se decida a partir pour Corfou.
+Mais etant fort attache au general Bonaparte, il ne voulait pas mettre
+a la voile sans avoir des nouvelles de son entree au Caire et de son
+etablissement en Egypte. Le temps qu'il employa, soit a faire sonder les
+passes d'Alexandrie, soit a attendre des nouvelles du Caire, le perdit,
+et amena un des plus funestes evenemens de la revolution et l'un de ceux
+qui, a cette epoque, ont le plus influe sur les destinees du monde.
+
+L'amiral Brueys s'etait embosse dans la rade d'Aboukir. Cette rade est
+un demi-cercle tres-regulier. Nos treize vaisseaux formaient une ligne
+demi-circulaire parallele au rivage. L'amiral, pour assurer sa ligne
+d'embossage, l'avait appuyee d'un cote vers une petite ile, nommee
+l'ilot d'Aboukir. Il ne supposait pas qu'un vaisseau put passer entre
+cet ilot et sa ligne pour la prendre par derriere; et, dans cette
+croyance il s'etait contente d'y placer une batterie de douze,
+seulement pour empecher l'ennemi d'y debarquer. Il se croyait tellement
+inattaquable de ce cote, qu'il y avait place ses plus mauvais vaisseaux.
+Il craignait davantage pour l'autre extremite de son demi-cercle. De
+ce cote, il croyait possible que l'ennemi passat entre le rivage et sa
+ligne d'embossage; aussi y avait-il mis ses vaisseaux les plus forts
+et les mieux commandes. De plus, il etait rassure par une circonstance
+importante, c'est que cette ligne etant au midi, et le vent venant
+du nord, l'ennemi qui voudrait attaquer par ce cote aurait le vent
+contraire, et ne s'exposerait pas sans doute a combattre avec un pareil
+desavantage.
+
+Dans cette situation, protege de sa gauche par un ilot, qu'il croyait
+suffisant pour fermer la rade, et vers sa droite par ses meilleurs
+vaisseaux et par le vent, il attendit en securite les nouvelles qui
+devaient decider son depart.
+
+Nelson, apres avoir parcouru l'Archipel, apres etre retourne dans
+l'Adriatique, a Naples, en Sicile, avait obtenu enfin la certitude
+du debarquement des Francais a Alexandrie. Il prit aussitot cette
+direction, afin de joindre leur escadre et de la combattre. Il envoya
+une fregate pour la chercher et reconnaitre sa position. Cette fregate
+l'ayant trouvee dans la rade d'Aboukir, put observer tout a l'aise notre
+ligne d'embossage. Si l'amiral, qui avait dans le port d'Alexandrie une
+multitude de fregates et des vaisseaux legers, avait eu la precaution
+d'en garder quelques-uns a la voile, il aurait pu tenir les Anglais
+toujours eloignes, les empecher d'observer sa ligne, et etre averti de
+leur approche. Malheureusement il n'en fit rien. La fregate anglaise,
+apres avoir acheve sa reconnaissance, retourna vers Nelson, qui, etant
+informe de tous les details de notre position, manoeuvra aussitot vers
+Aboukir. Il y arriva le 14 thermidor (1er aout), vers les six heures du
+soir. L'amiral Brueys etait a diner; il fit aussitot donner le signal
+du combat. Mais on s'attendait si peu a recevoir l'ennemi, que le
+branle-bas n'etait fait sur aucun vaisseau, et qu'une partie des
+equipages etait a terre. L'amiral envoya des officiers pour faire
+rembarquer les matelots et pour reunir une partie de ceux qui etaient
+sur les convois. Il ne croyait pas que Nelson osat l'attaquer le soir
+meme, et il croyait avoir le temps de recevoir les renforts qu'il venait
+de demander.
+
+Nelson resolut d'attaquer sur-le-champ, et de tenter une manoeuvre
+audacieuse, de laquelle il esperait le succes de la bataille. Il voulait
+aborder notre ligne par la gauche, c'est-a-dire par l'ilot d'Aboukir,
+passer entre cet ilot et notre escadre, malgre les dangers des
+bas-fonds, et se placer ainsi entre le rivage et notre ligne
+d'embossage. Cette manoeuvre etait perilleuse, mais l'intrepide Anglais
+n'hesita pas. Le nombre des vaisseaux etait egal des deux cotes,
+c'est-a-dire de treize vaisseaux de haut-bord. Nelson attaqua vers huit
+heures du soir. Sa manoeuvre ne fut d'abord pas heureuse. _Le Culloden_,
+en voulant passer entre l'ilot d'Aboukir et notre ligne, echoua sur un
+bas-fonds. _Le Goliath_ qui le suivait, fut plus heureux, et passa;
+mais pousse par le vent, il depassa notre premier vaisseau, et ne put
+s'arreter qu'a la hauteur du troisieme. Les vaisseaux anglais _le Zele_,
+_l'Audacieux_, _le Thesee_, _l'Orion_, suivirent le mouvement, et
+reussirent a se placer entre notre ligne et le rivage. Ils s'avancerent
+jusqu'au _Tonnant_, qui etait le huitieme, et engagerent ainsi notre
+gauche et notre centre. Leurs autres vaisseaux s'avancerent par
+le dehors de la ligne, et la mirent entre deux feux. Comme on ne
+s'attendait pas dans l'escadre francaise a etre attaque dans ce sens,
+les batteries du cote du rivage n'etaient pas encore degagees, et nos
+deux premiers vaisseaux ne purent faire feu que d'un cote; aussi l'un
+fut-il desempare, et l'autre demate. Mais au centre ou etait _l'Orient_,
+vaisseau amiral, le feu fut terrible. _Le Bellerophon_, l'un des
+principaux vaisseaux de Nelson, fut degree, demate, et oblige d'amener.
+D'autres vaisseaux anglais, horriblement maltraites, furent obliges de
+s'eloigner du champ de bataille. L'amiral Brueys n'avait recu qu'une
+partie de ses matelots; cependant il se soutenait avec avantage; il
+esperait meme, malgre le succes de la manoeuvre de Nelson, remporter la
+victoire, si les ordres qu'il donnait en ce moment a sa droite etaient
+executes. Les Anglais n'avaient engage le combat qu'avec la gauche et le
+centre; notre droite, composee de nos cinq meilleurs vaisseaux, n'avait
+aucun ennemi devant elle. L'amiral Brueys lui faisait signal de mettre
+a la voile, et de se rabattre exterieurement sur la ligne de bataille;
+cette manoeuvre reussissant, les vaisseaux anglais qui nous attaquaient
+par le dehors, auraient ete pris entre deux feux; mais les signaux
+ne furent pas apercus. Dans un cas pareil, un lieutenant ne doit pas
+hesiter a courir au danger, et de voler au secours de son chef. Le
+contre-amiral Villeneuve, brave, mais irresolu, demeura immobile,
+attendant toujours des ordres. Notre gauche et notre centre resterent
+donc places entre deux feux. Cependant l'amiral et ses capitaines
+faisaient des prodiges de bravoure, et soutenaient glorieusement
+l'honneur du pavillon. Nous avions perdu deux vaisseaux, les Anglais
+aussi en avaient perdu deux, dont l'un etait echoue, et l'autre demate;
+notre feu etait superieur. L'infortune Brueys fut blesse, il ne voulut
+pas quitter le pont de son vaisseau: "Un amiral, dit-il, doit mourir en
+donnant des ordres." Un boulet le tua sur son banc de quart. Vers onze
+heures, le feu prit au magnifique vaisseau _l'Orient_. Il sauta en
+l'air. Cette epouvantable explosion suspendit pour quelque temps cette
+lutte acharnee. Sans se laisser abattre, nos cinq vaisseaux engages,
+_le Franklin_, _le Tonnant_, _le Peuple-Souverain_, _le Spartiate_,
+_l'Aquilon_, soutinrent le feu toute la nuit. Il etait temps encore
+pour notre droite de lever l'ancre, et de venir a leur secours. Nelson
+tremblait que cette manoeuvre ne fut executee; il etait si maltraite
+qu'il n'aurait pu soutenir l'attaque. Cependant Villeneuve mit enfin a
+la voile, mais pour se retirer, et pour sauver son aile qu'il ne croyait
+pas pouvoir exposer avec avantage contre Nelson. Trois de ses vaisseaux
+se jeterent a la cote; il se sauva avec les deux autres et deux
+fregates, et fit voile vers Malte. Le combat avait dure plus de quinze
+heures. Tous les equipages attaques avaient fait des prodiges de valeur.
+Le brave capitaine _Du Petit-Thouars_ avait deux membres emportes; il se
+fit apporter du tabac, resta sur son banc de quart, et, comme Brueys,
+attendit d'etre emporte par un boulet de canon. Toute notre escadre,
+excepte les vaisseaux et les deux fregates emmenes par Villeneuve, fut
+detruite. Nelson etait si maltraite qu'il ne put pas poursuivre les
+vaisseaux en fuite.
+
+Telle fut la celebre bataille navale d'Aboukir, la plus desastreuse que
+la marine francaise eut encore soutenue, et celle dont les consequences
+militaires devaient etre les plus funestes. La flotte qui avait porte
+les Francais en Egypte, qui pouvait les secourir ou les recruter, qui
+devait seconder leurs mouvemens sur les cotes de Syrie, s'ils en avaient
+a executer, qui devait imposer a la Porte, la forcer a se payer de
+mauvaises raisons, et l'obliger a souffrir l'invasion de l'Egypte, qui
+devait enfin, en cas de revers, ramener les Francais dans leur patrie,
+cette flotte etait detruite. Les vaisseaux des Francais etaient brules,
+mais ils ne les avaient pas brules eux-memes, ce qui etait bien
+different pour l'effet moral. La nouvelle de ce desastre circula
+rapidement en Egypte, et causa un instant de desespoir a l'armee.
+Bonaparte recut cette nouvelle avec un calme impassible. "Eh bien!
+dit-il, il faut mourir ici, ou en sortir grands comme les anciens." Il
+ecrivit a Kleber: "Ceci nous obligera a faire de plus grandes choses que
+nous n'en voulions faire. Il faut nous tenir prets." La grande ame de
+Kleber etait digne de ce langage: "Oui, repondit Kleber, il faut faire
+de grandes choses; _je_ prepare mes facultes_." Le courage de ces grands
+hommes soutint l'armee, et en retablit le moral. Bonaparte chercha a
+distraire ses soldats par differentes expeditions, et leur fit bientot
+oublier ce desastre. A la fete de la fondation de la republique,
+celebree le 1er vendemiaire, il voulut encore exalter leur imagination,
+et fit graver sur la colonne de Pompee le nom des quarante premiers
+soldats morts en Egypte. C'etaient les quarante qui avaient succombe en
+attaquant Alexandrie. Ces quarante noms, sortis des villages de France,
+etaient ainsi associes a l'immortalite de Pompee et d'Alexandre. Il
+adressa a son armee cette singuliere et grande allocution, ou etait
+retracee sa merveilleuse histoire:
+
+ SOLDATS!
+
+ "Nous celebrons le premier jour de l'an VII de la republique.
+
+ "Il y a cinq ans, l'independance du peuple francais etait menacee;
+ mais vous prites Toulon, ce fut le presage de la ruine de vos
+ ennemis.
+
+ "Un an apres, vous battiez les Autrichiens a Dego.
+
+ "L'annee suivante, vous etiez sur le sommet des Alpes.
+
+ "Vous luttiez contre Mantoue, il y a deux ans, et vous remportiez la
+ celebre victoire de Saint-Georges.
+
+ "L'an passe, vous etiez aux sources de la Drave et de l'Izonzo, de
+ retour de l'Allemagne.
+
+ "Qui eut dit alors que vous seriez aujourd'hui sur les bords du Nil,
+ au centre de l'ancien continent?
+
+ "Depuis l'Anglais, celebre dans les arts et le commerce, jusqu'au
+ hideux et feroce Bedouin, vous fixez les regards du monde.
+
+ "Soldats, votre destinee est belle, parce que vous etes dignes de ce
+ que vous avez fait, et de l'opinion qu'on a de vous. Vous mourrez
+ avec honneur comme les braves, dont les noms sont inscrits sur cette
+ pyramide, ou vous retournerez dans votre patrie couverts de lauriers
+ et de l'admiration de tous les peuples.
+
+ "Depuis cinq mois que nous sommes eloignes de l'Europe, nous avons
+ ete l'objet perpetuel des sollicitudes de nos compatriotes. Dans ce
+ jour, quarante millions de citoyens celebrent l'ere des gouvernemens
+ representatifs, quarante millions de citoyens pensent a vous; tous
+ disent: C'est a leurs travaux, a leur sang que nous devons la paix
+ generale, le repos, la prosperite du commerce et les bienfaits de la
+ liberte civile."
+
+
+
+CHAPITRE XIV.
+
+EFFET DE L'EXPEDITION D'EGYPTE EN EUROPE. CONSEQUENCES FUNESTES DE LA
+BATAILLE NAVALE D'ABOUKIR.--DECLARATION DE GUERRE DE LA PORTE.--EFFORTS
+DE L'ANGLETERRE POUR FORMER UNE NOUVELLE COALITION.--CONFERENCES AVEC
+L'AUTRICHE A SELZ. PROGRES DES NEGOCIATIONS DE RASTADT.--NOUVELLES
+COMMOTIONS EN HOLLANDE, EN SUISSE ET DANS LES REPUBLIQUES ITALIENNES.
+CHANGEMENT DE LA CONSTITUTION CISALPINE; GRANDS EMBARRAS DU DIRECTOIRE
+A CE SUJET.--SITUATION INTERIEURE. UNE NOUVELLE OPPOSITION SE PRONONCE
+DANS LES CONSEILS.--DISPOSITION GENERALE A LA GUERRE. LOI SUR LA
+CONSCRIPTION.--FINANCES DE L'AN VII.--REPRISE DES HOSTILITES. INVASION
+DES ETATS ROMAINS PAR L'ARMEE NAPOLITAINE.--CONQUETE DU ROYAUME DE
+NAPLES PAR LE GENERAL CHAMPIONNET.--ABDICATION DU ROI DE PIEMONT.
+
+
+L'expedition d'Egypte resta un mystere en Europe longtemps encore apres
+le depart de notre flotte. La prise de Malte commenca a fixer les
+conjectures. Cette place reputee imprenable et enlevee en passant, jeta
+sur les argonautes francais un eclat extraordinaire. Le debarquement en
+Egypte, l'occupation d'Alexandrie, la bataille des Pyramides, frapperent
+toutes les imaginations en France et en Europe. Le nom de Bonaparte, qui
+avait paru si grand quand il arrivait des Alpes, produisit un effet plus
+singulier et plus etonnant encore arrivant des contrees lointaines
+de l'Orient. Bonaparte et l'Egypte etaient le sujet de toutes les
+conversations. Ce n'etait rien que les projets executes; on en supposait
+de plus gigantesques encore. Bonaparte allait, disait-on, traverser la
+Syrie et l'Arabie, et se jeter sur Constantinople ou sur l'Inde.
+
+La malheureuse bataille d'Aboukir vint, non pas detruire le prestige de
+l'entreprise, mais reveiller toutes les esperances des ennemis de la
+France, et hater le succes de leurs trames. L'Angleterre, qui etait
+extremement alarmee pour sa puissance commerciale, et qui n'attendait
+que le moment favorable pour tourner contre nous de nouveaux ennemis,
+avait rempli Constantinople de ses intrigues. Le Grand-Seigneur n'etait
+pas fache de voir punir les Mameluks, mais il ne voulait pas perdre
+l'Egypte. M. de Talleyrand, qui avait du se rendre aupres du divan pour
+lui faire agreer des satisfactions, n'etait point parti. Les agens de
+l'Angleterre eurent le champ libre; ils persuaderent a la Porte que
+l'ambition de la France etait insatiable; qu'apres avoir trouble
+l'Europe, elle voulait bouleverser l'Orient, et qu'au mepris d'une
+antique alliance, elle venait envahir la plus riche province de l'empire
+turc. Ces suggestions et l'or repandu dans le divan n'auraient pas suffi
+pour le decider, si la belle flotte de Brueys avait pu venir canonner
+les Dardanelles; mais la bataille d'Aboukir priva les Francais de tout
+leur ascendant dans le Levant, et donna a l'Angleterre une preponderance
+decidee. La Porte declara solennellement la guerre a la France[1], et,
+pour une province perdue depuis long-temps, se brouilla avec son amie
+naturelle, et se lia avec ses ennemis les plus redoutables, la Russie
+et l'Angleterre. Le sultan ordonna la reunion d'une armee, pour aller
+reconquerir l'Egypte. Cette circonstance rendait singulierement
+difficile la position des Francais. Separes de la France, et prives
+de tout secours par les flottes victorieuses des Anglais, ils etaient
+exposes en outre a voir fondre sur eux toutes les bordes de l'Orient.
+Ils n'etaient que trente mille environ pour lutter contre tant de
+perils.
+
+[Note 1: 18 fructidor an VI (4 septembre).]
+
+Nelson victorieux vint a Naples radouber son escadre abimee, et recevoir
+les honneurs du triomphe. Malgre les traites qui liaient la cour de
+Naples a la France, et qui lui interdisaient de fournir aucun secours a
+nos ennemis, tous les ports et les chantiers de la Sicile furent ouverts
+a Nelson. Lui-meme fut accueilli avec des honneurs extraordinaires. Le
+roi et la reine vinrent le recevoir a l'entree du port, et l'appelerent
+le heros liberateur de la Mediterranee. On se mit a dire que le triomphe
+de Nelson devait etre le signal du reveil general, que les puissances
+devaient profiter du moment ou la plus redoutable armee de la France,
+et son plus grand capitaine, etaient enfermes en Egypte, pour marcher
+contre elle, et refouler dans son sein ses soldats et ses principes. Les
+suggestions furent extremement actives aupres de toutes les cours. On
+ecrivit en Toscane et en Piemont, pour reveiller leur haine jusqu'ici
+deguisee. C'etait le moment, disait-on, de seconder la cour de Naples,
+de se liguer contre l'ennemi commun, de se soulever tous a la fois sur
+les derrieres des Francais, et de les egorger d'un bout a l'autre de la
+Peninsule. On dit a l'Autriche qu'elle devait profiter du moment ou les
+puissances italiennes prendraient les Francais par derriere, pour les
+attaquer par devant, et leur enlever l'Italie. La chose devait etre
+facile, car Bonaparte et sa terrible armee n'etaient plus sur l'Adige.
+On s'adressa a l'Empire depouille d'une partie de ses etats, et reduit
+a ceder la rive gauche du Rhin; on chercha a tirer la Prusse de sa
+neutralite; enfin on employa aupres de Paul Ier les moyens qui pouvaient
+agir sur son esprit malade, et le decider a fournir les secours si
+long-temps et si vainement promis par Catherine.
+
+Ces suggestions ne pouvaient manquer d'etre bien accueillies aupres de
+toutes les cours; mais toutes n'etaient pas en mesure d'y ceder. Les
+plus voisines de la France etaient les plus irritees et les plus
+disposees a refouler la revolution; mais par cela seul qu'elles etaient
+plus rapprochees du colosse republicain, elles etaient condamnees aussi
+a plus de reserve et de prudence, avant d'entrer en lutte avec lui.
+La Russie, la plus eloignee de la France, la moins exposee a ses
+vengeances, soit par son eloignement, soit par l'etat moral de ses
+peuples, etait la plus facile a decider. Catherine, dont la politique
+habile avait tendu toujours a compliquer la situation de l'Occident,
+soit pour avoir le pretexte d'y intervenir, soit pour avoir le temps de
+faire en Pologne ce qu'elle voulait, Catherine n'avait pas emporte sa
+politique avec elle. Cette politique est innee dans le cabinet russe;
+elle vient de sa position meme: elle peut changer de procedes ou de
+moyens, suivant que le souverain est astucieux ou violent; mais elle
+tend toujours au meme but, par un penchant irresistible. L'habile
+Catherine s'etait contentee de donner des esperances et des secours
+aux emigres; elle avait preche la croisade sans envoyer un soldat. Son
+successeur allait suivre le meme but, mais avec son caractere. Ce prince
+violent et presque insense, mais du reste assez genereux, avait d'abord
+paru s'ecarter de la politique de Catherine, et refuse d'executer le
+traite d'alliance conclu avec l'Angleterre et l'Autriche; mais apres
+cette deviation d'un moment, il etait bientot revenu a la politique
+de son cabinet. On le vit donner asile au pretendant, et prendre les
+emigres a sa solde, apres le traite de Campo-Formio. On lui persuada
+qu'il devait se faire le chef de la noblesse europeenne menacee par
+les demagogues. La demarche de l'ordre de Malte, qui le prit pour son
+protecteur, contribua a exalter sa tete, et il embrassa l'idee qu'on lui
+proposait, avec la mobilite et l'ardeur des princes russes. Il offrit sa
+protection a l'Empire, et voulut se porter garant de son integrite. La
+prise de Malte le remplit de colere, et il offrit la cooperation de
+ses armees contre la France. L'Angleterre triomphait donc a
+Saint-Petersbourg comme a Constantinople, et elle allait faire marcher
+d'accord des ennemis jusque-la irreconciliables.
+
+Le meme zele ne regnait pas partout. La Prusse se trouvait trop bien de
+sa neutralite et de l'epuisement de l'Autriche pour vouloir intervenir
+dans la lutte des deux systemes. Elle veillait seulement a ses
+frontieres du cote de la Hollande et de la France, pour empecher la
+contagion revolutionnaire. Elle avait range ses armees de maniere a
+former une espece de cordon sanitaire. L'Empire, qui avait appris a ses
+depens a connaitre la puissance de la France, et qui etait expose a
+devenir toujours le theatre de la guerre, souhaitait la paix. Les
+princes depossedes eux-memes la souhaitaient aussi, parce qu'ils etaient
+assures de trouver des indemnites sur la rive droite; les princes
+ecclesiastiques seuls, menaces de la secularisation, desiraient la
+guerre. Les puissances italiennes du Piemont et de la Toscane ne
+demandaient pas mieux qu'une occasion, mais elles tremblaient sous la
+main de fer de la republique francaise. Elles attendaient que Naples ou
+l'Autriche leur donnat le signal. Quant a l'Autriche, quoiqu'elle fut la
+mieux disposee des cours formant la coalition monarchique, elle hesitait
+cependant avec sa lenteur ordinaire a prendre un parti, et surtout elle
+craignait pour ses peuples deja tres epuises par la guerre. La France
+lui avait oppose deux republiques nouvelles, la Suisse et Rome, l'une
+sur ses flancs, l'autre en Italie, ce qui l'irritait fort et la
+disposait tout a fait a rentrer en lutte; mais elle aurait passe
+par-dessus ces nouveaux envahissemens de la coalition republicaine, si
+on l'avait dedommagee par quelques conquetes. C'est pour ce but qu'elle
+avait propose des conferences a Selz. Ces conferences devaient
+avoir lieu dans l'ete de 1798, non loin du congres de Rastadt, et
+concurremment avec ce congres. De leur resultat dependaient la
+determination de l'Autriche et le succes des efforts tentes pour former
+une nouvelle coalition.
+
+Francois (de Neufchateau) etait l'envoye choisi par la France. C'est
+pour ce motif qu'on avait designe la petite ville de Selz, a cause de sa
+situation sur les bords du Rhin, non loin de Rastadt, mais sur la
+rive gauche. Cette derniere condition etait necessaire, parce que la
+constitution defendait au directeur sortant de s'eloigner de France
+avant un delai fixe. M. de Cobentzel avait ete envoye par l'Autriche.
+Des les premiers momens on put voir les dispositions de cette puissance.
+Elle voulait etre dedommagee, par des extensions de territoire, des
+conquetes que le systeme republicain avait faites en Suisse et en
+Italie. La France voulait avant tout qu'on s'entendit sur les evenemens
+de Vienne, et que des satisfactions fussent accordees pour l'insulte
+faite a Bernadotte. Mais l'Autriche evitait de s'expliquer sur ce point,
+et ajournait toujours cette partie de la negociation. Le negociateur
+francais y revenait sans cesse; du reste il avait l'ordre de se
+contenter de la moindre satisfaction. La France aurait voulu que le
+ministre Thugut, disgracie en apparence, le fut reellement, et qu'une
+simple demarche, la plus insignifiante du monde, fut faite aupres de
+Bernadotte, pour reparer l'outrage qu'il avait recu. M. de Cobentzel
+se contenta de dire que sa cour desapprouvait ce qui s'etait passe
+a Vienne, mais il ne convint d'aucune satisfaction, et il continua
+d'insister sur les extensions de territoire qu'il reclamait. Il etait
+clair que les satisfactions d'amour-propre ne seraient accordees
+qu'autant que celles d'ambition auraient ete obtenues. L'Autriche
+disait que l'institution des deux republiques romaine et helvetique, et
+l'influence evidente exercee sur les republiques cisalpine, ligurienne
+et batave, etaient des violations du traite de Campo-Formio, et une
+alteration dangereuse de l'etat de l'Europe; elle soutenait qu'il
+fallait que la France accordat des dedommagemens, si elle voulait qu'on
+lui pardonnat ses dernieres usurpations; et pour dedommagement, le
+negociateur autrichien demandait de nouvelles provinces en Italie.
+Il voulait que la ligne de l'Adige fut portee plus loin, et que les
+possessions autrichiennes s'etendissent jusqu'a l'Adda et au Po,
+c'est-a-dire que l'on donnat a l'empereur une grande moitie de la
+republique cisalpine. M. de Cobentzel proposait de dedommager la
+republique cisalpine avec une partie du Piemont; le surplus de ce
+royaume aurait ete donne a l'archiduc de Toscane; et le roi de Piemont
+aurait recu en dedommagement les etats de l'Eglise. Ainsi, au prix d'un
+agrandissement pour lui en Lombardie, et pour sa famille en Toscane,
+l'empereur aurait sanctionne l'institution de la republique helvetique,
+le renversement du pape et le demembrement de la monarchie du Piemont.
+La France ne pouvait consentir a ces propositions par une foule de
+raisons. D'abord elle ne pouvait demembrer la Cisalpine a peine formee,
+et replacer sous le joug autrichien des provinces qu'elle avait
+affranchies, et auxquelles elle avait promis et fait payer la liberte;
+enfin elle avait, l'annee precedente, conclu un traite avec le roi de
+Piemont, par lequel elle lui garantissait ses etats. Cette garantie
+etait surtout stipulee contre l'Autriche. La France ne pouvait donc pas
+sacrifier le Piemont. Aussi Francois (de Neufchateau) ne put-il adherer
+aux propositions de M. de Cobentzel. On se separa sans avoir rien
+conclu. Aucune satisfaction n'etait accordee pour l'evenement de Vienne.
+M. de Degelmann, qui devait etre envoye a Paris comme ambassadeur,
+n'y vint pas, et on declara que les deux cabinets continueraient de
+correspondre par leurs ministres au congres de Rastadt. Cette separation
+fut generalement prise pour une espece de rupture.
+
+Les resolutions de l'Autriche furent evidemment fixees des cet instant;
+mais avant de recommencer les hostilites avec la France, elle voulait
+s'assurer le concours des principales puissances de l'Europe. M.
+de Cobentzel partit pour Berlin, et dut se rendre de Berlin a
+Saint-Petersbourg. Le but de ces courses etait de contribuer avec
+l'Angleterre a former la nouvelle coalition. L'empereur de Russie avait
+envoye a Berlin l'un des plus importans personnages de son empire, le
+prince Repnin. M. de Cobentzel devait reunir ses efforts a ceux du
+prince Repnin et de la legation anglaise, pour entrainer le jeune roi.
+
+La France, de son cote, avait envoye l'un de ses plus illustres citoyens
+a Berlin; c'etait Sieyes. La reputation de Sieyes avait ete immense
+avant le regne de la convention. Elle s'etait evanouie sous le niveau
+du comite de salut public. On la vit renaitre tout a coup, lorsque les
+existences purent recommencer leurs progres naturels; et le nom de
+Sieyes etait redevenu le plus grand nom de France, apres celui de
+Bonaparte; car en France, une reputation de profondeur est ce qui
+produit le plus d'effet apres une grande reputation militaire. Sieyes
+etait donc l'un des deux grands personnages du temps. Toujours boudant
+et frondant le gouvernement, non pas comme Bonaparte, par ambition,
+mais par humeur contre une constitution qu'il n'avait pas faite, il
+ne laissait pas que d'etre importun. On eut l'idee de lui donner une
+ambassade. C'etait une occasion de l'eloigner, de l'utiliser, et surtout
+de lui fournir des moyens d'existence. La revolution les lui avait
+enleves tous, en abolissant les benefices ecclesiastiques. Une grande
+ambassade permettait de les lui rendre. La plus grande etait celle de
+Berlin, car on n'avait d'envoyes ni en Autriche, ni en Russie, ni en
+Angleterre. Berlin etait le theatre de toutes les intrigues, et Sieyes,
+quoique peu propre au maniement des affaires, etait cependant un
+observateur fin et sur. De plus, sa grande renommee le rendait
+particulierement propre a representer la France, surtout aupres de
+l'Allemagne, a laquelle il convenait plus qu'a tout autre pays.
+
+Le roi ne vit pas arriver avec plaisir dans ses etats un revolutionnaire
+si celebre; cependant il n'osa pas le refuser. Sieyes se comporta avec
+mesure et dignite; il fut recu de meme, mais laisse dans l'isolement.
+Comme tous nos envoyes a l'etranger, il etait observe avec soin, et pour
+ainsi dire sequestre. Les Allemands etaient fort curieux de le voir,
+mais ne l'osaient pas. Son influence sur la cour de Berlin etait nulle.
+C'etait le sentiment de ses interets qui seul inspirait le roi de Prusse
+contre les instances de l'Angleterre, de l'Autriche et de la Russie.
+
+Tandis qu'en Allemagne on travaillait a decider le roi de Prusse, la
+cour de Naples, pleine de joie et de temerite depuis la victoire de
+Nelson, faisait des preparatifs immenses de guerre, et redoublait ses
+sollicitations aupres de la Toscane et du Piemont. La France, par une
+espece de complaisance, lui avait laisse occuper le duche de Benevent.
+Mais cette concession ne l'avait point calmee. Elle se flattait de
+gagner a la prochaine guerre une moitie des etats du pape.
+
+Les negociations de Rastadt se poursuivaient avec succes pour la France.
+Treilhard, devenu directeur, et Bonaparte parti pour l'Egypte, avaient
+ete remplaces au congres par Jean Debry et Roberjot. Apres avoir
+obtenu la ligne du Rhin, il restait a resoudre une foule de questions
+militaires, politiques, commerciales. Notre deputation etait devenue
+extremement exigeante, et demandait beaucoup plus qu'elle n'avait droit
+d'obtenir. Elle voulait d'abord toutes les iles du Rhin, ce qui etait
+un article important, surtout sous le rapport militaire. Elle voulait
+ensuite garder Kehl et son territoire, vis-a-vis Strasbourg; Cassel et
+son territoire, vis-a-vis Mayence. Elle voulait que le pont commercial
+entre les deux Brisach fut retabli; que cinquante arpens de terrain
+nous fussent accordes en face de l'ancien pont de Huningue, et que
+l'importante forteresse d'Ehrenbreitstein fut demolie. Elle demandait
+ensuite que la navigation du Rhin, et de tous les fleuves d'Allemagne
+aboutissant au Rhin, fut libre, que tous les droits de peage fussent
+abolis; que les marchandises fussent, sur les deux rives, soumises a un
+meme droit de douane; que les chemins de halage fussent conserves,
+et entretenus par les riverains. Elle demandait enfin une derniere
+condition fort importante, c'est que les dettes des pays de la rive
+gauche cedes a la France fussent transportees sur les pays de la rive
+droite, destines a etre donnes en indemnite.
+
+La deputation de l'Empire repondit avec raison que la ligne du Rhin
+devait presenter une surete egale aux deux nations; que c'etait la
+raison d'une surete egale, qui avait ete surtout alleguee, pour faire
+accorder cette ligne a la France; mais que cette surete n'existerait
+plus pour l'Allemagne, si la France gardait tous les points offensifs,
+soit en se reservant les iles, soit en gardant Cassel et Kehl, et
+cinquante arpens vis-a-vis Huningue, etc. La deputation de l'Empire ne
+voulut donc pas admettre les demandes de la France, et proposa pour
+veritable ligne du partage, le _thalweg_, c'est-a-dire le milieu du
+principal bras navigable. Toutes les iles qui etaient a droite de cette
+ligne devaient appartenir a l'Allemagne, toutes celles qui etaient a
+gauche devaient appartenir a la France. De cette maniere, on placait
+entre les deux peuples le veritable obstacle qui fait d'un fleuve une
+ligne militaire, c'est-a-dire le principal bras navigable. Par suite de
+ce principe, la deputation demandait la demolition de Cassel et de Kehl,
+et refusait les cinquante arpens vis-a-vis Huningue. Elle ne voulait pas
+que la France conservat aucun point offensif, lorsque l'Allemagne
+les perdait tous. Elle refusait avec moins de raison la demolition
+d'Ehrenbreitstein, qui etait incompatible avec la surete de la ville
+de Coblentz. Elle accordait la libre navigation du Rhin, mais elle la
+demandait pour toute l'etendue de son cours, et voulait que la France
+obligeat la republique batave a reconnaitre cette liberte. Quant a la
+libre navigation des fleuves de l'interieur de l'Allemagne, cet article
+depassait, disait-elle, sa competence, et regardait chaque etat
+individuellement. Elle accordait le chemin de halage. Elle voulait que
+tout ce qui etait relatif aux peages et a leur abolition fut renvoye a
+un traite de commerce. Elle voulait enfin, relativement aux pays de
+la rive gauche cedes a la France, que leurs dettes restassent a leur
+charge, par le principe que la dette suit son gage, et que les biens de
+la noblesse immediate fussent consideres comme proprietes particulieres,
+et conserves a ce titre. La deputation demandait accessoirement que les
+troupes francaises evacuassent la rive droite et cessassent le blocus
+d'Ehrenbreitstein, parce qu'il reduisait les habitans a la famine.
+
+Ces pretentions contraires donnerent lieu a une suite de notes et de
+contre-notes, pendant tout l'ete. Enfin, vers le mois de vendemiaire an
+VI (aout et septembre 1798), le _thalweg_ fut admis par la deputation
+francaise. Le principal bras navigable fut pris pour limite entre la
+France et l'Allemagne, et les iles durent etre partagees consequemment a
+ce principe. La France consentit a la demolition de Cassel et de Kehl,
+mais elle exigea l'ile de Pettersau, qui est placee dans le Rhin a peu
+pres a la hauteur de Mayence, et qui est d'une grande importance pour
+cette place. L'Empire germanique consentit de son cote a la demolition
+d'Ehrenbreitstein. La libre navigation du Rhin et l'abolition des peages
+furent accordees. Il restait a s'entendre sur l'etablissement des ponts
+commerciaux, sur les biens de la noblesse immediate, sur l'application
+des lois de l'emigration dans les pays cedes, et sur les dettes de ces
+pays. Les princes seculiers avaient declare qu'il fallait faire toutes
+les concessions compatibles avec l'honneur et la surete de l'Empire,
+afin d'obtenir la paix, si necessaire a l'Allemagne. Il etait evident
+que la plupart de ces princes voulaient traiter; la Prusse les
+y engageait. Quant a l'Autriche, elle commencait a montrer des
+dispositions toutes contraires, et a exciter le ressentiment des princes
+ecclesiastiques contre la marche des negociations. Les deputes de
+l'Empire, tout en se prononcant pour la paix, gardaient cependant la
+plus grande mesure, par la crainte que leur causait l'Autriche, et
+louvoyaient entre celle-ci et la Prusse. Quant aux ministres francais,
+ils montraient une extreme raideur; ils vivaient a part, et dans une
+espece d'isolement, comme tous nos ministres en Europe. Telle etait la
+situation du congres a la fin de l'ete de l'an VI (1798).
+
+Pendant que ces evenemens se passaient en Orient et en Europe, la
+France, toujours chargee du soin de diriger les cinq republiques
+instituees autour d'elle, avait eu des soucis sans fin. C'etaient des
+difficultes continuelles pour y diriger l'esprit public, pour y faire
+vivre nos troupes, pour y mettre d'accord nos ambassadeurs avec nos
+generaux, pour y maintenir enfin la bonne harmonie avec les etats
+voisins.
+
+Presque partout il avait fallu faire comme en France, c'est-a-dire,
+apres avoir frappe sur un parti, frapper bientot sur l'autre. En
+Hollande on avait execute, le 3 pluviose (22 janvier), une espece de 18
+fructidor pour ecarter les federalistes, abolir les anciens reglemens,
+et donner au pays une constitution unitaire, a peu pres semblable a
+celle de la France. Mais cette revolution avait tourne beaucoup trop au
+profit des democrates. Ceux-ci s'etaient empares de tous les pouvoirs.
+Apres avoir exclu de l'assemblee nationale tous les deputes qui leur
+paraissaient suspects, ils s'etaient eux-memes constitues en directoire
+et en deux conseils, sans recourir a de nouvelles elections. Ils avaient
+voulu par la imiter la convention nationale de France, et ses fameux
+decrets des 15 et 18 fructidor. Ils s'etaient entierement empares
+depuis de la direction des affaires, et ils sortaient de la ligne ou le
+directoire francais voulait maintenir toutes les republiques confiees a
+ses soins. Le general Daendels, l'un des hommes les plus distingues du
+parti modere, vint a Paris, s'entendit avec nos directeurs, et repartit
+pour aller en Hollande porter aux democrates le coup qu'on leur avait
+recemment porte a Paris, en les excluant du corps legislatif par
+les scissions. Ainsi, tout ce qu'on faisait en France, il fallait
+immediatement apres le repeter dans les etats qui dependaient d'elle.
+Joubert eut ordre d'appuyer Daendels. Celui-ci se reunit aux ministres,
+et avec le secours des troupes bataves et francaises, dispersa le
+directoire et les conseils, forma un gouvernement provisoire, et fit
+ordonner de nouvelles elections. Le ministre de France, Delacroix, qui
+avait appuye les democrates, fut rappele. Ces scenes produisirent
+leur effet accoutume. On ne manqua pas de dire que les constitutions
+republicaines ne pouvaient marcher seules, qu'a chaque instant il
+fallait le levier des baionnettes, et que les nouveaux etats se
+trouvaient sous la dependance la plus complete de la France.
+
+En Suisse, l'etablissement de la republique _une et indivisible_ n'avait
+pas pu se faire sans combats. Les petits cantons de Schwitz, Zug,
+Glaris, excites par les pretres et les aristocrates suisses, avaient
+jure de s'opposer a l'adoption du regime nouveau. Le general
+Schauembourg, sans vouloir les reduire par la force, avait interdit
+toute communication des autres cantons avec ceux-ci. Les petits cantons
+refractaires coururent aussitot aux armes et envahirent Lucerne, ou ils
+pillerent et devasterent. Schauembourg marcha sur eux, et apres quelques
+combats opiniatres, les reduisit a demander la paix. Le gage de cette
+paix avait ete l'acceptation de la constitution nouvelle. Il fallut
+employer aussi le fer et meme le feu pour reprimer les paysans du
+Haut-Valais, qui avaient fait une descente dans le Bas-Valais, dans le
+but d'y retablir leur domination. Malgre ces obstacles, en prairial
+(mai 1798), la constitution etait partout en vigueur. Le gouvernement
+helvetique etait reuni a Arau. Compose d'un directoire et de deux
+conseils, il commencait a s'essayer dans l'administration du pays. Le
+nouveau commissaire francais etait Rapinat, beau-frere de Rewbell.
+Le gouvernement helvetique devait s'entendre avec Rapinat pour
+l'administration des affaires. Les circonstances rendaient cette
+administration difficile. Les pretres et les aristocrates, postes dans
+les montagnes, epiaient le moment favorable pour soulever de nouveau
+la population. Il fallait se tenir en garde contre eux, nourrir et
+satisfaire l'armee francaise qu'on avait a leur opposer, organiser
+l'administration, et se mettre en mesure d'exister bientot d'une
+maniere independante. Cette tache n'etait pas moins difficile pour le
+gouvernement helvetique que pour le commissaire francais place aupres de
+lui.
+
+Il etait naturel que la France s'emparat des caisses appartenant aux
+anciens cantons aristocratiques, pour payer les frais de la guerre.
+L'argent contenu dans les caisses, et les approvisionnemens renfermes
+dans les magasins formes par les ci-devant cantons, lui etaient
+indispensables pour faire vivre son armee. C'etait l'exercice le plus
+ordinaire du droit de conquete; elle aurait pu sans doute renoncer a ce
+droit, mais la necessite la forcait d'en user dans le moment. Rapinat
+eut donc ordre de mettre le scelle sur toutes les caisses. Beaucoup de
+Suisses, meme parmi ceux qui avaient souhaite la revolution, trouverent
+fort mauvais qu'on s'emparat du pecule et des magasins des anciens
+gouvernemens. Les Suisses sont, comme tous les montagnards, sages et
+braves, mais d'une extreme avarice. Ils voulaient bien qu'on leur
+apportat la liberte, qu'on les debarrassat de leurs oligarques, mais ils
+ne voulaient pas faire les frais de la guerre. Tandis que la Hollande et
+l'Italie avaient souffert, presque sans se plaindre, le fardeau enorme
+des campagnes les plus longues et les plus devastatrices, les patriotes
+suisses jeterent les hauts cris pour quelques millions dont on s'empara.
+Le directoire helvetique fit de son cote apposer de nouveaux scelles sur
+ceux qui venaient d'etre apposes par Rapinat, et protesta ainsi contre
+la mesure qui mettait les caisses a la disposition de la France. Rapinat
+fit sur-le-champ enlever les scelles du directoire helvetique, et
+declara a ce directoire qu'il etait borne aux fonctions administratives,
+qu'il ne pouvait rien contre l'autorite de la France, et qu'a l'avenir
+ses lois et ses decrets n'auraient de vigueur qu'autant qu'ils ne
+contiendraient rien de contraire aux arretes du commissaire et du
+general francais. Les ennemis de la revolution, et il s'en etait glisse
+plus d'un dans les conseils helvetiques, triompherent de cette lutte et
+crierent a la tyrannie. Ils dirent que leur independance etait violee,
+et que la republique francaise, qui avait pretendu leur apporter la
+liberte, ne leur apportait en realite que l'asservissement et la misere.
+L'opposition ne se manifestait pas seulement dans les conseils, elle
+etait aussi dans le directoire et dans les autorites locales. A Lucerne
+et a Berne, d'anciens aristocrates occupaient les administrations; ils
+apportaient des obstacles de toute espece a la levee de quinze millions
+frappes sur les anciennes familles nobles pour les besoins de l'armee.
+Rapinat prit sur lui de purger le gouvernement et les administrations
+helvetiques. Par une lettre du 28 prairial (16 juin), il demanda au
+gouvernement helvetique la demission de deux directeurs, les nommes
+Bay et Pfiffer, celle du ministre des affaires etrangeres, et le
+renouvellement des chambres administratives de Lucerne et de Berne.
+Cette demande, faite avec le ton d'un ordre, ne pouvait etre refusee.
+Les demissions furent donnees sur-le-champ; mais la rudesse avec
+laquelle se conduisit Rapinat fit elever de nouveaux cris, et mit tous
+les torts de son cote. Il compromettait en effet son gouvernement, en
+violant ouvertement les formes pour faire des changemens qu'il eut
+ete facile d'obtenir par d'autres moyens. Sur-le-champ, le directoire
+francais ecrivit au directoire helvetique pour desapprouver la conduite
+de Rapinat, et pour donner satisfaction de cette violation de toutes
+les formes. Rapinat fut rappele; neanmoins les membres demissionnaires
+demeurerent exclus. Les conseils helvetiques nommerent, pour remplacer
+les deux directeurs demissionnaires, Ochs, l'auteur de la constitution,
+et le colonel Laharpe, le frere du general mort en Italie, l'un des
+auteurs de la revolution du canton de Vaud, et l'un des citoyens les
+plus probes et les mieux intentionnes de son pays.
+
+Une alliance offensive et defensive fut conclue entre les republiques
+helvetique et francaise le 2 fructidor (19 aout). D'apres ce traite,
+celle des deux puissances qui etait en guerre avait droit de requerir
+l'intervention de l'autre et de lui demander un secours dont la
+force devait etre determinee suivant les circonstances. La puissance
+requerante devait payer les troupes fournies par l'autre; la libre
+navigation de tous les fleuves de la Suisse et de la France etait
+reciproquement stipulee. Deux routes devaient etre ouvertes, l'une de
+France a la Cisalpine, en traversant le Valais et le Simplon, l'autre de
+France en Souabe, en remontant le Rhin et en suivant la rive orientale
+du lac de Constance. Dans ce systeme des republiques unies, la France
+s'assurait deux grandes routes militaires pour se rendre dans les etats
+de ses allies, et etre en mesure de deboucher rapidement en Italie ou en
+Allemagne. On a dit que ces deux routes transportaient le theatre de
+la guerre dans les etats allies. Ce n'etaient pas les routes, mais
+l'alliance avec la France qui exposait ces etats a devenir le theatre de
+la guerre. Les routes n'etaient qu'un moyen d'accourir plus tot et de
+les proteger a temps, en prenant l'offensive en Allemagne ou en Italie.
+
+La ville de Geneve fut reunie a la France, ainsi que la ville de
+Mulhausen. Les bailliages italiens, qui avaient long-temps hesite entre
+la Cisalpine et la republique helvetique, se declarerent pour celle-ci,
+et voterent leur reunion. Les ligues grises, que le directoire aurait
+voulu reunir a la Suisse, etaient partagees en deux factions rivales,
+et balancaient entre la domination autrichienne et la domination
+helvetique. Nos troupes les observaient. Les moines et les agens
+etrangers amenerent un nouveau desastre dans l'Underwalden. Ils firent
+soulever les paysans de cette vallee contre les troupes francaises. Un
+combat des plus acharnes eut lieu a Stanz, et il fallut mettre le feu
+a ce malheureux bourg pour en chasser les fanatiques qui s'y etaient
+etablis.
+
+Les memes difficultes se presentaient de l'autre cote des Alpes. Une
+espece d'anarchie regnait entre les sujets des nouveaux etats et
+leurs gouvernemens, entre ces gouvernemens et nos armees, entre nos
+ambassadeurs et nos generaux. C'etait une epouvantable confusion. La
+petite republique ligurienne etait acharnee contre le Piemont, et
+voulait a tout prix y introduire la revolution. Grand nombre de
+democrates piemontais s'etaient refugies dans son sein, et en etaient
+sortis armes et organises, pour faire des incursions dans leur pays,
+et essayer d'y renverser le gouvernement royal. Une autre bande etait
+partie du cote de la Cisalpine, et s'etait avancee par Domo-d'Ossola.
+Mais ces tentatives furent repoussees et une foule de victimes
+inutilement sacrifiees. La republique ligurienne n'avait pas renonce
+pour cela a harceler le gouvernement de Piemont; elle recueillait et
+armait de nouveaux refugies, et voulait elle-meme faire la guerre. Notre
+ministre a Genes, Sotin, avait la plus grande peine a la contenir. De
+son cote, notre ministre a Turin, Ginguene, n'avait pas moins de peine a
+repondre aux plaintes continuelles du Piemont, et a le moderer dans ses
+projets de vengeance contre les patriotes.
+
+La Cisalpine etait dans un desordre effrayant. Bonaparte en la
+constituant n'avait pas eu le temps de calculer exactement les
+proportions qu'il aurait fallu observer dans les divisions du territoire
+et dans le nombre des fonctionnaires, ni d'organiser le regime municipal
+et le systeme financier. Ce petit etat avait a lui seul deux cent
+quarante representans. Les departemens etant trop nombreux, il etait
+devore par une multitude de fonctionnaires. Il n'avait aucun systeme
+regulier et uniforme d'impots. Avec une richesse considerable, il
+n'avait point de finances, et il pouvait a peine suffire a payer le
+subside convenu pour l'entretien de nos armees. Du reste, sous tous les
+rapports, la confusion etait au comble. Depuis l'exclusion de quelques
+membres du conseil, prononcee par Berthier, lorsqu'il avait voulu faire
+accepter le traite d'alliance avec la France, les revolutionnaires
+l'avaient emporte, et le langage des jacobins dominait dans les conseils
+et les clubs. Notre armee secondait ce mouvement et appuyait toutes les
+exagerations. Brune, apres avoir acheve la soumission de la Suisse,
+etait retourne en Italie, ou il avait recu le commandement general
+de toutes les troupes francaises, depuis le depart de Berthier pour
+l'Egypte. Il etait a la tete des patriotes les plus vehemens. Lahoz,
+le commandant des troupes lombardes, dont l'organisation avait ete
+commencee sous Bonaparte, abondait dans les memes idees et les memes
+sentimens. Il existait, en outre, d'autres causes de desordres dans
+l'inconduite de nos officiers. Ils se comportaient dans la Cisalpine
+comme en pays conquis. Ils maltraitaient les habitans, exigeaient des
+logemens qui, d'apres les traites, ne leur etaient pas dus, devastaient
+les lieux qu'ils habitaient, se permettaient souvent des requisitions
+comme en temps de guerre, extorquaient de l'argent des administrations
+locales, puisaient dans les caisses des villes sans alleguer aucune
+espece de pretexte que leur bon plaisir. Les commandans de place
+exercaient surtout des exactions intolerables. Le commandant de Mantoue
+s'etait permis, par exemple, d'affermer a son profit la peche du
+lac. Les generaux proportionnaient leur exigence a leur grade, et
+independamment de tout ce qu'ils extorquaient, ils faisaient avec
+les compagnies des profits scandaleux. Celle qui etait chargee
+d'approvisionner l'armee en Italie, abandonnait aux etats-majors
+quarante pour cent de benefice; et on peut juger par la de ce qu'elle
+devait gagner pour faire de pareils avantages a ses protecteurs. Par
+l'effet des desertions, il n'y avait pas dans les rangs la moitie des
+hommes portes sur les etats, de maniere que la republique payait le
+double de ce qu'elle aurait du. Malgre toutes ces malversations, les
+soldats etaient mal payes, et la solde du plus grand nombre etait
+arrieree de plusieurs mois. Ainsi, le pays que nous occupions etait
+horriblement foule, sans que nos soldats s'en trouvassent mieux. Les
+patriotes cisalpins toleraient tous ces desordres sans se plaindre,
+parce que l'etat-major leur pretait son appui.
+
+A Rome, les choses se passaient mieux. La, une commission, composee de
+Daunou, Florent et Faypoult, gouvernait avec sagesse et probite le pays
+affranchi. Ces trois hommes avaient compose une constitution qui
+avait ete adoptee, et qui, sauf quelques differences, et les noms qui
+n'etaient pas les memes, ressemblait exactement a la constitution
+francaise. Les directeurs s'appelaient des consuls, le conseil des
+anciens s'appelait le senat; le second conseil le tribunal. Mais ce
+n'etait pas tout que de donner une constitution, il fallait la mettre en
+vigueur. Ce n'etait pas, comme on aurait pu le croire, le fanatisme des
+Romains qui s'opposait a son etablissement, mais leur paresse. Il n'y
+avait guere d'opposans que dans quelques paysans de l'Apennin, pousses
+par les moines, et du reste faciles a soumettre. Mais il y avait dans
+les habitans de Rome, appeles a composer le consulat, le senat et le
+tribunal, une insouciance, une inaptitude extreme au travail. Il fallait
+de grands efforts pour les decider a sieger de deux jours l'un, et ils
+voulaient absolument des vacances pour l'ete. A cette paresse il
+faut joindre une inexperience et une incapacite absolues en fait
+d'administration. Il y avait plus de zele dans les Cisalpins, mais
+c'etait du zele sans lumiere et sans mesure, ce qui le rendait tout
+aussi funeste que l'insouciance. Il etait a craindre que, des le
+depart de la commission francaise, le gouvernement romain tombat en
+dissolution, par l'inaction ou la retraite de ses membres. Et cependant
+on aimait beaucoup les places a Rome, on les aimait comme on le fait
+dans tout etat sans industrie.
+
+La commission avait mis fin a toutes les malversations qui avaient ete
+commises au premier moment de notre entree a Rome. Elle s'etait emparee
+de la gestion des finances, et les dirigeait avec probite et habilete.
+Faypoult, qui etait un administrateur integre et capable, avait etabli
+pour tout l'etat romain un systeme d'impots fort bien entendu. Il etait
+parvenu ainsi a suffire aux besoins de notre armee; il avait paye tout
+l'arriere de solde non-seulement a l'armee de Rome, mais encore a
+la division embarquee a Civita-Vecchia. Si les finances eussent ete
+conduites de la meme maniere dans la Cisalpine, le pays n'eut pas ete
+foule, et nos soldats se fussent trouves dans l'abondance. L'autorite
+militaire etait a Rome entierement soumise a la commission. Le general
+Saint-Cyr, qui avait remplace Massena, se distinguait par une severe
+probite; mais, partageant le gout d'autorite qui devenait general
+chez tous ses camarades, il paraissait mecontent d'etre soumis a la
+commission. A Milan surtout, on etait fort peu satisfait de tout ce qui
+se faisait a Rome. Les democrates italiens etaient irrites de voir les
+democrates romains annules ou contenus par la commission. L'etat-major
+francais, duquel relevaient les divisions stationnees a Rome, voyait
+avec peine une riche partie des pays conquis lui echapper, et soupirait
+apres le moment ou la commission quitterait ses fonctions.
+
+C'est a tort qu'on ferait au directoire francais un reproche du desordre
+qui regnait dans les pays allies. Aucune volonte, si forte qu'elle fut,
+n'aurait pu empecher le debordement des passions qui les troublaient, et
+quant aux exactions, la volonte de Napoleon lui-meme n'a pas reussi a
+les empecher dans les provinces conquises. Ce qu'un seul individu, plein
+de genie et de vigueur, n'aurait pu executer, un gouvernement compose
+de cinq membres, et place a des distances immenses, le pouvait encore
+moins. Cependant il y avait dans la majorite de notre directoire le plus
+grand zele a assurer le bien-etre des nouvelles republiques, et la plus
+vive indignation contre l'insolence et les concussions des generaux,
+contre les vols manifestes des compagnies. Excepte Barras, qui etait de
+moitie dans tous les profits des compagnies, qui etait l'espoir de tous
+les brouillons de Milan, les quatre autres directeurs denoncaient
+avec la plus grande energie ce qui se faisait en Italie. Larevelliere
+surtout, dont la severe probite etait revoltee de tant de desordres,
+proposa au directoire un plan qui fut agree. Il voulait qu'une
+commission continuat a diriger le gouvernement romain, et a contenir
+l'autorite militaire; qu'un ambassadeur fut envoye a Milan, pour y
+representer le gouvernement francais, et y enlever toute influence a
+l'etat-major; que cet ambassadeur fut charge de faire a la constitution
+cisalpine les changemens qu'elle exigeait, comme de reduire le nombre
+des divisions locales, des fonctionnaires publics, et des membres des
+conseils; qu'enfin cet ambassadeur eut pour adjoint un administrateur
+capable de creer un systeme d'impot et de comptabilite. Ce plan fut
+adopte. Trouve, naguere ministre de France a Naples, et Faypoult, l'un
+des membres de la commission de Rome, furent envoyes a Milan pour
+executer les mesures proposees par Larevelliere.
+
+Trouve devait, aussitot qu'il serait arrive a Milan, s'entourer des
+hommes les plus eclaires de la Cisalpine, et convenir avec eux de tous
+les changemens qu'il etait necessaire de faire soit a la constitution,
+soit au personnel du gouvernement. Il devait ensuite, quand tous ces
+changemens seraient arretes, les faire proposer dans les conseils de la
+Cisalpine, par des deputes a sa devotion, et au besoin les appuyer de
+l'autorite de la France. Il devait cependant cacher sa main autant qu'il
+serait possible.
+
+Trouve, rendu de Naples a Milan, y fit ce qu'on lui avait ordonne. Mais
+le secret de sa mission etait difficile a garder. On sut bientot qu'il
+venait changer la constitution, et surtout reduire le nombre des places
+de toute espece. Les patriotes, qui sentaient bien, a la conduite de
+l'ambassadeur, que les reductions porteraient sur eux, etaient furieux.
+Ils s'appuyerent sur l'etat-major de l'armee, fort indispose lui-meme
+contre l'autorite nouvelle qu'il lui fallait subir, et on vit s'etablir
+une lutte scandaleuse entre la legation francaise et l'etat-major
+francais, entoure des patriotes italiens. Trouve et les hommes qui se
+rendaient chez lui, furent denonces, avec une extreme violence dans les
+conseils cisalpins. On pretendit que le ministre francais venait violer
+la constitution, et renouveler l'un de ces actes d'oppression que le
+directoire avait exerces sur toutes les republiques alliees. Trouve
+essuya des desagremens de toute espece, de la part des patriotes
+italiens et de nos officiers. Ceux-ci se conduisirent avec la derniere
+indecence, dans un bal qu'il donnait, et y causerent le plus grand
+scandale. Ces scenes etaient deplorables, surtout a cause de l'effet
+qu'elles produisaient sur les ministres etrangers. Non-seulement on leur
+donnait le spectacle des plus facheuses divisions, mais on les insultait
+dans les diners diplomatiques, en buvant, a leur face, a l'extermination
+de tous les rois. Le plus vehement jacobinisme regnait a Milan. Brune et
+Lahoz partirent pour Paris, afin d'aller se menager l'appui de Barras.
+Mais le directoire, averti d'avance, etait inebranlable dans ses
+resolutions. Lahoz eut l'ordre de repartir de Paris, a l'instant meme ou
+il arrivait. Quant a Brune, il lui fut prescrit de retourner a Milan, et
+d'y concourir aux changemens que Trouve allait faire executer.
+
+Apres avoir accompli les diverses modifications necessaires a la
+constitution, Trouve assembla chez lui les deputes les plus sages, et
+les leur soumit. Ils les approuverent; mais le dechainement etait si
+grand, qu'ils n'oserent pas se charger de les proposer eux-memes aux
+deux conseils. Trouve fut donc oblige de deployer l'autorite francaise,
+et d'exercer ostensiblement un pouvoir qu'il aurait voulu cacher. Du
+reste, peu importait, au fond, le mode employe. Il eut ete absurde a
+la France, qui avait cree ces republiques nouvelles et qui les faisait
+exister par son appui, de ne pas profiter de sa force pour y etablir
+l'ordre qu'elle croyait le meilleur. Le facheux etait qu'elle n'eut pas
+fait le mieux possible des le premier jour et en une seule fois, afin de
+ne plus etre obligee de renouveler ces actes de sa toute-puissance. Le
+30 aout (13 fructidor an VI), Trouve assembla le directoire et les deux
+conseils de la Cisalpine; il leur presenta la nouvelle constitution
+et toutes les lois administratives et financieres que Faypoult avait
+preparees. Les conseils etaient reduits de deux cent quarante a cent
+vingt membres. Les individus a conserver dans les conseils et le
+gouvernement etaient designes. Un systeme d'impot regulier etait etabli.
+Il y avait des impots personnels et indirects, systeme qu'on essayait
+d'etablir dans le moment en France, et qui deplaisait beaucoup aux
+patriotes. Tous ces changemens furent approuves et adoptes. Brune avait
+ete oblige de fournir l'appui des troupes francaises. Aussi la colere
+des patriotes cisalpins fut-elle vaine, et la revolution se fit sans
+obstacles. Il fut decide en outre qu'une prochaine convocation des
+assemblees primaires aurait lieu, pour approuver les changemens faits a
+la constitution.
+
+La tache de Trouve etait achevee; mais le gouvernement francais, voyant
+le soulevement que ce ministre avait excite, pensa qu'il n'etait pas
+possible de le laisser dans la Cisalpine, qu'il fallait lui donner une
+autre ambassade, et envoyer a Milan un homme etranger aux dernieres
+querelles. Malheureusement le directoire se laissa imposer un ci-devant
+membre des jacobins, qui etait devenu un souple et bas courtisan de
+Barras, qui avait ete associe par lui au trafic des compagnies, et
+place sur la voie des honneurs; c'etait Fouche, dont Barras surprit la
+nomination a ses collegues. Fouche partit pour remplacer Trouve, et
+celui-ci dut se rendre a Stuttgard. Mais Brune, profitant du depart
+de Trouve, se permit, avec une audace qui n'est explicable que par la
+licence militaire qui regnait alors, de faire a l'ouvrage du ministre de
+France les plus graves changemens. Il exigea la demission de trois des
+directeurs nommes par Trouve, il changea plusieurs ministres, et fit
+differentes alterations a la constitution. L'un des trois directeurs
+dont il avait demande la demission, Sopranzi, ayant courageusement
+refuse de la donner, il le fit saisir de force pas ses soldats, et
+arracher du palais du gouvernement. Il se hata ensuite de convoquer les
+assemblees primaires, pour leur faire approuver l'oeuvre de Trouve,
+modifiee comme elle venait de l'etre par lui. Fouche, qui arriva dans
+cet intervalle, aurait du s'opposer a cette convocation, et ne pas
+permettre qu'on fit sanctionner des changemens que le general n'avait
+pas eu mission de faire; mais il laissa Brune agir a son gre. Les
+modifications de Trouve, et les modifications plus recentes de Brune,
+furent approuvees par les assemblees primaires, soumises a la fois au
+pouvoir militaire et a la violence des patriotes.
+
+Quand le directoire francais apprit ces details, il ne faiblit point. Il
+cassa tout ce qu'avait fait Brune, il le destitua, et chargea Joubert
+d'aller retablir les choses dans l'etat ou les avait mises Trouve.
+Fouche fit des objections; il pretendit que la constitution nouvelle,
+etant approuvee avec les changemens que Brune y avait apportes, il
+serait d'un mauvais effet d'y revenir encore. Il avait raison, et il
+gagna meme Joubert a son avis. Mais le directoire ne devait pas souffrir
+de pareilles hardiesses de la part de ses generaux, et surtout il ne
+devait pas leur permettre d'exercer un pareil pouvoir dans les etats
+allies. Il rappela Fouche lui-meme, qui, de cette maniere, ne passa que
+peu de jours dans la Cisalpine, et il ordonna le retablissement integral
+de la constitution, telle que Trouve l'avait faite au nom de la France.
+Quant aux individus auxquels Brune avait arrache leur demission, on les
+engagea a la renouveler, pour eviter de nouveaux changemens.
+
+La Cisalpine resta donc constituee comme le directoire avait voulu
+qu'elle le fut, sauf la destitution de quelques individus changes par
+Brune. Mais ces changemens continuels, ces tiraillemens, ces luttes
+de nos agens civils et militaires, etaient du plus deplorable effet,
+decourageaient les nouveaux peuples affranchis, deconsideraient la
+republique-mere, et prouvaient la difficulte de maintenir tous ces corps
+dans leur orbite.
+
+Les evenemens de la Cisalpine furent gravement reproches au directoire,
+car il est d'usage de tout changer en griefs contre un gouvernement
+qu'on attaque, et de lui faire un crime des obstacles meme qu'il
+rencontre dans sa marche. La double opposition qui commencait a
+reparaitre dans les conseils attaqua diversement les operations
+executees en Italie. Le theme etait tout simple pour l'opposition
+patriote: on avait commis un attentat, disait-elle, contre
+l'independance d'une republique alliee; on avait meme commis une
+infraction aux lois francaise, car la constitution cisalpine qu'on
+venait d'alterer etait garantie par un traite d'alliance, et ce traite,
+approuve par les conseils, ne pouvait etre enfreint par le directoire.
+Quant a l'opposition constitutionnelle, ou moderee, il etait naturel de
+s'attendre a son approbation plutot qu'a ses reproches, parce que les
+changemens faits dans la Cisalpine etaient diriges contre les patriotes
+exclusifs. Mais dans cette partie de l'opposition se trouvait Lucien
+Bonaparte. Il cherchait des sujets de querelle au gouvernement, et il
+croyait d'ailleurs devoir defendre l'oeuvre de son frere, attaquee par
+le directoire. Il cria, comme les patriotes, que l'independance des
+allies etait attaquee, que les traites etaient violes, etc.
+
+Les deux oppositions se prononcaient plus ouvertement de jour en jour.
+Elles commencaient a contester au directoire certaines attributions
+dont il avait ete pourvu par la loi du 19 fructidor, et dont il avait
+quelquefois fait usage. Ainsi cette loi lui donnait le droit de fermer
+les clubs, ou de supprimer les journaux dont la direction lui paraitrait
+dangereuse. Le directoire avait ferme quelques clubs devenus trop
+violens, et supprime quelques journaux qui avaient donne des nouvelles
+fausses et imaginees evidemment dans une intention malveillante. Il y
+eut un journal, entre autres, qui pretendit que le directoire allait
+reunir a la France le pays de Vaud: le directoire le supprima. Les
+patriotes s'eleverent contre cette puissance arbitraire, et demanderent
+le rapport de plusieurs des articles de la loi du 19 fructidor. Les
+conseils deciderent que ces articles resteraient en vigueur jusqu'a
+l'etablissement d'une loi sur la presse; et un travail fut ordonne pour
+la preparation de cette loi.
+
+Le directoire essuya egalement de fortes contradictions en matiere de
+finances. Il s'agissait de clore le budget de l'an VI (1797-1798), et de
+proposer celui de l'an VII (1798-1799). Celui de l'an VI avait ete fixe
+a 616 millions; mais sur les 616 millions, il y avait eu un deficit de
+62 millions, et, outre ce deficit, un arriere considerable dans les
+rentrees. Les creanciers, malgre la solennelle promesse d'acquitter le
+tiers consolide, n'avaient pas ete payes integralement. On decida
+qu'ils recevraient, en paiement de l'arriere, des bons recevables en
+acquittement des impots. Il fallait fixer sur-le-champ le budget de l'an
+VII, dans lequel on allait entrer. Les depenses furent arretees a 600
+millions, sans la supposition d'une nouvelle guerre continentale. Il
+fallut reduire les contributions fonciere et personnelle, beaucoup
+trop fortes, et elever les impots du timbre, de l'enregistrement, des
+douanes, etc. On decreta des centimes additionnels pour les depenses
+locales, et des octrois aux portes des villes pour l'entretien des
+hopitaux et autres etablissemens. Malgre ces augmentations, le ministre
+Ramel soutint que les impots ne rentreraient tout au plus qu'aux trois
+quarts, a en juger par les annees precedentes, et que c'etait les
+exagerer beaucoup que de porter les rentrees effectives a 450 ou
+500 millions. Il demanda donc de nouvelles ressources, pour couvrir
+reellement la depense de 600 millions; il proposa un impot sur les
+portes et fenetres, et un impot sur le sel. Il s'eleva a ce sujet de
+violentes contestations. On decreta l'impot sur les portes et fenetres,
+et on prepara un rapport sur l'impot du sel.
+
+Ces contradictions n'avaient rien de facheux en elles-memes, mais elles
+etaient le symptome d'une haine sourde, a laquelle il ne fallait que des
+malheurs publics pour eclater. Le directoire, parfaitement instruit de
+l'etat de l'Europe, voyait bien que de nouveaux dangers se preparaient,
+et que la guerre allait se ranimer sur le continent. Il ne pouvait guere
+plus en douter au mouvement des differens cabinets. Cobentzel et Repnin
+n'avaient pu arracher la Prusse a sa neutralite, et l'avaient quittee
+avec un grand mecontentement. Mais Paul Ier, completement seduit, avait
+stipule un traite d'alliance avec l'Autriche, et on disait ses troupes
+en marche. L'Autriche armait avec activite; la cour de Naples ordonnait
+l'enrolement de toute sa population. Il eut ete de la plus grande
+imprudence de ne pas faire de preparatifs, en voyant un pareil
+mouvement, depuis les bords de la Vistule jusqu'a ceux du Volturne. Nos
+armees etant singulierement diminuees par la desertion, le directoire
+resolut de pourvoir a leur recrutement par une grande institution, qui
+restait encore a creer. La convention avait puise deux fois dans la
+population de la France, mais d'une maniere extraordinaire, sans laisser
+de loi permanente pour la levee annuelle des soldats. En mars 1793, elle
+avait ordonne une levee de trois cent mille hommes; en aout de la meme
+annee, elle avait pris la grande et belle resolution de la levee en
+masse, generation par generation. Depuis, la republique avait existe
+par cette mesure seule, en forcant a rester sous les drapeaux ceux qui
+avaient pris les armes a cette epoque. Mais le feu, les maladies en
+avaient detruit un grand nombre; la paix en avait ramene un grand nombre
+encore dans leurs foyers. On n'avait delivre que douze mille conges,
+mais il y avait eu dix fois plus de deserteurs; et il etait difficile
+d'etre severe envers des hommes qui avaient defendu pendant six annees
+leur patrie, et qui l'avaient fait triompher de l'Europe au prix de leur
+sang. Les cadres restaient, et ils etaient excellens. Il fallait
+les remplir par de nouvelles levees, et prendre, non pas une mesure
+extraordinaire et temporaire, mais une mesure generale et permanente;
+il fallait rendre une loi, enfin, qui devint, en quelque sorte, partie
+inherente de la constitution. On imagina la conscription.
+
+Le general Jourdan fut le rapporteur de cette loi grande et salutaire,
+dont on a abuse comme de toutes les choses de ce monde, mais qui n'en a
+pas moins sauve la France et porte sa gloire au comble. Par cette loi,
+chaque Francais fut declare soldat de droit, pendant une epoque de sa
+vie. Cette epoque etait de vingt a vingt-cinq ans. Les jeunes gens
+arrives a cet age etaient partages en cinq classes, annee par annee.
+Suivant la necessite, le gouvernement appelait des hommes en commencant
+par la premiere classe, celle de vingt ans, et par les plus jeunes de
+chaque classe. Il pouvait successivement appeler les cinq classes, au
+fur et a mesure des besoins. En temps de paix, les conscrits etaient
+obliges de servir jusqu'a vingt-cinq ans. Ainsi la duree du service des
+soldats variait d'une annee a cinq, suivant qu'ils avaient ete pris de
+vingt-cinq a vingt ans. En temps de guerre, cette duree etait illimitee;
+c'etait au gouvernement a delivrer des conges, quand il croyait le
+pouvoir sans inconvenient. Il n'y avait d'exemption d'aucune espece,
+excepte pour ceux qui s'etaient maries avant la loi, ou qui avaient deja
+paye leur dette dans les guerres precedentes. Cette loi pourvoyait ainsi
+aux cas ordinaires; mais dans les cas extraordinaires, lorsque la patrie
+etait declaree en danger, le gouvernement avait droit, comme en 93, sur
+la population entiere; et la levee en masse recommencait.
+
+Cette loi fut adoptee sans opposition, et consideree comme l'une
+des plus importantes creations de la revolution[2]. Sur-le-champ le
+directoire demanda a en faire usage, et reclama la levee de deux cent
+mille conscrits, pour completer les armees et les mettre sur un
+pied respectable. Cette demande fut accordee par acclamations le 2
+vendemiaire an VII (23 septembre 1798). Bien que les deux oppositions
+contrariassent souvent le directoire, par humeur ou jalousie, cependant
+elles voulaient que la republique conservat son ascendant en presence
+des puissances de l'Europe. Une levee d'hommes exige une levee d'argent.
+Le directoire demanda, en sus du budget, 125 millions dont 90 pour
+l'equipement de deux cent mille conscrits, et 35 pour reparer le dernier
+desastre de la marine. La question etait de savoir ou on les prendrait.
+Le ministre Ramel prouva que les bons pour le remboursement des deux
+tiers de la dette etaient rentres presque en totalite, qu'il restait 400
+millions en biens nationaux, lesquels etaient libres par consequent,
+et pouvaient etre consacres aux nouveaux besoins de la republique.
+On decreta en consequence la mise en vente de 125 millions de biens
+nationaux. Un douzieme devait etre paye comptant, le reste en
+obligations des acquereurs, negociables a volonte, et payables
+successivement dans un delai de dix-huit mois. Elles devaient porter
+interet a cinq pour cent. Ce papier pouvait equivaloir a un paiement
+au comptant, par la facilite de le donner aux compagnies. Les biens
+devaient etre vendus huit fois le revenu. Cette ressource ne fut
+pas plus contestee que la loi de recrutement, dont elle etait la
+consequence.
+
+[Note 2: Elle fut rendue le 19 fructidor an VI (5 septembre).]
+
+Le directoire se mit ainsi en mesure de repondre aux menaces de
+l'Europe, et de soutenir la dignite de la republique. Deux evenemens de
+mediocre importance venaient d'avoir lieu, l'un en Irlande, l'autre a
+Ostende. L'Irlande s'etait soulevee, et le directoire y avait envoye le
+general Humbert avec quinze cents hommes[3]. Malheureusement un envoi
+de fonds que devait faire la tresorerie ayant ete retarde, une seconde
+division de six mille hommes, commandee par le general Sarrazin, n'avait
+pu mettre a la voile, et Humbert etait reste sans appui. Il s'etait
+maintenu longtemps, et assez pour prouver que l'arrivee du renfort
+attendu aurait change entierement la face des choses. Mais, apres une
+suite de combats honorables, il venait d'etre oblige de mettre bas les
+armes avec tout son corps. Un echec de meme nature, essuye par les
+Anglais, venait de compenser cette perte. Les Anglais venaient par
+intervalles lancer quelques bombes sur nos ports de l'Ocean, ils
+voulurent faire un debarquement a Ostende, pour detruire les ecluses;
+mais, poursuivis a outrance, coupes de leurs vaisseaux, ils furent pris
+au nombre de deux mille hommes.
+
+[Note 3: Il debarqua le 5 fructidor (22 aout) et fut battu et fait
+prisonnier le 22 (8 septembre) par le general Cornwallis.]
+
+Bien que l'Autriche eut contracte une alliance avec la Russie et avec
+l'Angleterre, et qu'elle put compter sur une armee russe et sur un
+subside anglais, neanmoins elle hesitait encore a rentrer en lutte avec
+la republique francaise. L'Espagne qui voyait avec peine l'incendie
+rallume sur le continent, et qui craignait egalement les progres du
+systeme republicain et sa ruine, car dans un cas elle pouvait etre
+revolutionnee, et dans l'autre punie de son alliance avec la France,
+l'Espagne s'etait interposee de nouveau pour calmer des adversaires
+irrites. Sa mediation, en provoquant des discussions, en faisant naitre
+quelque possibilite d'arrangement, amenait de nouvelles hesitations a
+Vienne, ou du moins de nouvelles lenteurs. A Naples, ou le zele etait
+furibond, on etait indigne de tout delai, et on voulait trouver une
+maniere d'engager la lutte, pour forcer l'Autriche a tirer le fer. La
+folie de cette petite cour etait sans exemple. Le sort des Bourbons
+etait, a cette epoque, d'etre conduits par leurs femmes a toutes les
+fautes. On en avait vu trois a la fois dans le meme cas: Louis XVI,
+Charles IV et Ferdinand. Le sort de l'infortune Louis XVI est connu.
+Charles IV et Ferdinand, quoique par des voies differentes, etaient
+entraines, par la meme influence, a une ruine inevitable. On avait fait
+prendre au peuple de Naples la cocarde anglaise; Nelson etait traite
+comme un dieu tutelaire. On avait ordonne la levee du cinquieme de la
+population, espece d'extravagance, car il eut suffi d'en bien armer le
+cinquantieme, pour prendre rang parmi les puissances. Chaque couvent
+devait fournir un cavalier equipe; une partie des biens du clerge avait
+ete mise en vente; tous les impots avaient ete doubles; enfin ce faiseur
+de projets malheureux, dont tous les plans militaires avaient si mal
+reussi, et que la destinee reservait a des revers d'une si etrange
+espece, Mack avait ete demande a Naples pour etre mis a la tete de
+l'armee napolitaine. On lui decerna le triomphe avant la victoire, et
+on lui donna le titre de liberateur de l'Italie, le meme qu'avait porte
+Bonaparte. A ces grands moyens on ajoutait des neuvaines a tous les
+saints, des prieres a saint Janvier, et des supplices contre ceux qui
+etaient soupconnes de partager les opinions francaises.
+
+La petite cour de Naples continuait ses intrigues en Piemont et en
+Toscane. Elle voulait que les Piemontais s'insurgeassent sur les
+derrieres de l'armee qui gardait la Cisalpine, et les Toscans sur les
+derrieres de celle qui gardait Rome. Les Napolitains auraient profite de
+l'occasion pour attaquer de front l'armee de Rome; les Autrichiens en
+auraient profite aussi pour attaquer de front celle de la Cisalpine,
+et on augurait de toutes ces combinaisons, que pas un Francais ne se
+sauverait. Le roi de Piemont, prince religieux, avait quelques scrupules
+a cause du traite d'alliance qui le liait a la France; mais on lui
+disait que la foi promise a des oppresseurs n'engageait pas, et que les
+Piemontais avaient le droit d'assassiner jusqu'au dernier Francais. Du
+reste, les scrupules etaient moins ici le veritable obstacle que la
+surveillance rigoureuse du directoire. Quant a l'archiduc de Toscane, il
+manquait entierement de moyens. Naples, pour le decider, promettait de
+lui envoyer une armee par la flotte de Nelson.
+
+Le directoire, de son cote, etait sur ses gardes, et il prenait ses
+precautions. La republique ligurienne, toujours acharnee contre le roi
+de Piemont, avait enfin declare la guerre a ce prince. A une haine
+de principes se joignait une vieille haine de voisinage; et ces deux
+petites puissances en voulaient venir aux mains a tout prix. Le
+directoire intervint dans la querelle, signifia a la republique
+ligurienne qu'il fallait poser les armes, et declara au roi de Piemont
+qu'il se chargeait de maintenir la tranquillite dans ses etats, mais
+que, pour cela, il fallait qu'il y occupat un poste important. En
+consequence, il lui demanda de laisser occuper par les troupes
+francaises la citadelle de Turin. Une pareille pretention n'etait
+justifiable que par les craintes que la cour de Piemont inspirait. Il y
+avait incompatibilite entre les anciens et les nouveaux etats, et ils
+ne pouvaient pas se fier les uns aux autres. Le roi de Piemont fit
+de grandes remontrances; mais il n'y avait pas moyen de resister aux
+demandes du directoire. Les Francais occuperent la citadelle, et
+commencerent sur-le-champ a l'armer. Le directoire avait detache l'armee
+de Rome de celle de la Cisalpine, et lui avait donne, pour la commander,
+le general Championnet, qui s'etait distingue sur le Rhin. L'armee etait
+disseminee dans tout l'etat romain; il y avait dans la Marche d'Ancone
+quatre a cinq mille hommes commandes par le general Casa-Bianca; le
+general Lemoine etait avec deux ou trois mille hommes sur le penchant
+oppose de l'Apennin, vers Terni. Macdonald, avec la gauche, forte de
+cinq mille hommes a peu pres, etait repandu sur le Tibre. Il y avait a
+Rome une petite reserve. L'armee dite de Rome etait donc de quinze a
+seize mille hommes au plus. La necessite de surveiller le pays, et la
+difficulte d'y vivre, nous avaient obliges de disperser nos troupes; et
+si un ennemi actif et bien seconde avait su saisir l'occasion, il aurait
+pu faire repentir les Francais de leur isolement.
+
+On comptait beaucoup sur cette circonstance a Naples; on se flattait de
+surprendre les Francais et de les detruire en detail. Quelle gloire de
+prendre l'initiative, de remporter le premier succes, et de forcer enfin
+l'Autriche a entrer dans la carriere, apres la lui avoir ouverte!
+Ce furent la les raisons qui engagerent la cour de Naples a prendre
+l'initiative. Elle esperait que les Francais seraient facilement battus,
+et que l'Autriche ne pourrait plus hesiter, quand une fois le fer serait
+tire. M. de Gallo et le prince Belmonte-Pignatelli, qui connaissaient
+un peu mieux l'Europe et les affaires, s'opposaient a ce qu'on prit
+l'initiative; mais on refusa d'ecouter leurs sages conseils. Pour
+decider ce pauvre roi, et l'arracher a ses innocentes occupations, on
+supposa, dit-on, une fausse lettre de l'empereur, qui provoquait le
+commencement des hostilites. Des lors les ordres de marche furent
+donnes pour la fin de novembre. Toute l'armee napolitaine fut mise en
+mouvement. Le roi lui-meme partit avec un grand appareil, pour assister
+aux operations. Il n'y eut pas de declaration de guerre, mais une
+sommation aux Francais d'evacuer l'etat romain: ils repondirent a cette
+sommation en se preparant a combattre, malgre la disproportion du
+nombre.
+
+Dans la situation respective des deux armees, rien n'etait plus facile
+que d'accabler les Francais, disperses dans les provinces romaines, a
+droite et a gauche de l'Apennin. Il fallait marcher directement sur leur
+centre, et porter la masse des forces napolitaines entre Rome et Terni.
+La gauche des Francais, placee au-dela de l'Apennin pour garder les
+Marches, eut ete coupee de leur droite, placee en deca pour garder les
+rives du Tibre. On les eut ainsi empeches de se rallier, et on les
+aurait ramenes en desordre jusque dans la Haute-Italie. La Peninsule
+du moins eut ete delivree; et la Toscane, l'etat romain, les Marches,
+seraient entres sous la domination de Naples. Le nombre des troupes
+napolitaines rendait ce plan encore plus facile et plus sur; mais il
+etait impossible que Mack employat une manoeuvre aussi simple. Comme
+dans ses anciens plans, il voulut envelopper l'ennemi par une multitude
+de corps detaches. Il avait pres de soixante mille hommes, dont quarante
+mille formaient l'armee active, et vingt mille les garnisons. Au lieu
+de diriger cette masse de forces sur le point essentiel de Terni, il
+la divisa en six colonnes. La premiere, agissant sur les revers de
+l'Apennin, le long de l'Adriatique, dut se porter par la route d'Ascoli
+dans les Marches; la seconde et la troisieme, agissant sur l'autre cote
+des monts, et se liant a la precedente, durent marcher, l'une sur Terni,
+l'autre sur Magliano; la quatrieme et la principale, formant le corps de
+bataille, fut dirigee sur Frascati et sur Rome; une cinquieme, longeant
+la Mediterranee, eut la mission de parcourir les Marais Pontins, et de
+rejoindre le corps de bataille sur la voie Appienne; enfin la derniere,
+embarquee sur l'escadre de Nelson, fut dirigee sur Livourne, pour
+soulever la Toscane et fermer la retraite aux Francais. Ainsi tout etait
+prepare pour les envelopper et les perdre tous, mais rien ne l'etait
+pour les battre auparavant.
+
+C'est dans cet ordre que Mack se mit en marche avec ses quarante mille
+hommes. La quantite de ses bagages, l'indiscipline des troupes, le
+mauvais etat des chemins, rendaient ses mouvemens tres lents. L'armee
+napolitaine formait une longue queue, sans ordre et sans ensemble.
+Championnet, averti a temps du peril, detacha deux corps pour observer
+la marche de l'ennemi, et proteger les corps isoles qui se repliaient.
+Ne croyant pas pouvoir conserver Rome, il resolut de prendre une
+position en arriere, sur les bords du Tibre, entre Civita-Castellana
+et Civita-Ducale, et la de concentrer ses forces pour reprendre
+l'offensive.
+
+Tandis que Championnet se retirait sagement, et evacuait Rome, en
+laissant huit cents hommes dans le chateau Saint-Ange, Mack s'avancait
+fierement sur toutes les routes, et semblait ne pouvoir trouver de
+resistance. Il arriva aux portes de Rome le 9 frimaire an VII (29
+novembre 1798), et y entra sans obstacle. On avait prepare au roi une
+reception triomphale. Ce pauvre prince, traite en conquerant et en
+liberateur, fut enivre de l'espece de gloire militaire qu'on lui avait
+appretee. Du reste, on lui conseillait un noble usage de la victoire, et
+il invita le pape a venir reprendre possession de ses etats. Cependant
+son armee, moins genereuse que lui, commit d'horribles pillages. La
+populace romaine, avec sa mobilite accoutumee, se precipita sur les
+maisons de ceux qu'on accusait d'etre revolutionnaires, et les devasta.
+La depouille mortelle du malheureux Duphot fut exhumee et indignement
+outragee.
+
+Pendant que les Napolitains occupaient ainsi leur temps a Rome,
+Championnet executait avec une rare activite l'habile determination
+qu'il avait prise. Sentant que le point essentiel etait au centre sur
+le Haut-Tibre, il fit prendre a Macdonald une forte position a
+Civita-Castellana, et le renforca de toutes les troupes dont il put
+disposer. Il transporta une partie des forces qu'il avait dans les
+Marches, au-dela de l'Apennin, et ne laissa au general Casa-Bianca que
+ce qui lui etait strictement necessaire pour retarder de ce cote la
+marche de l'ennemi. Lui-meme courut a Ancone pour hater l'arrivee de ses
+parcs et des munitions. Ne s'effrayant pas plus qu'il ne fallait de ce
+qui se preparait sur ses derrieres en Toscane, il chargea un officier,
+avec un faible detachement, d'observer ce qui se passait de ce cote.
+
+Les Napolitains rencontrerent enfin les Francais sur les differentes
+routes qu'ils parcouraient. Ils etaient trois fois plus nombreux, mais
+ils avaient affaire aux fameuses bandes d'Italie, et ils trouverent que
+la tache etait rude. Dans les Marches, la colonne qui s'avancait par
+Ascoli fut repoussee au loin par Casa-Bianca. Sur la route de Terni,
+un colonel napolitain fut enleve avec tout son corps par le general
+Lemoine. Cette premiere experience de la guerre avec les Francais etait
+peu faite pour encourager les Napolitains. Cependant Mack fit ses
+dispositions pour enlever la position qu'il sentait la plus importante,
+celle de Civita-Castellana, ou Macdonald se trouvait avec le gros de nos
+troupes. Civita-Castellana est l'ancienne Veies. Elle est placee sur un
+ravin, dans une position tres forte. Les Francais tenaient plusieurs
+postes eloignes qui en couvraient les approches. Le 14 frimaire an VII
+(4 decembre), Mack fit attaquer Borghetto, Nepi, Rignano, par des forces
+considerables. Il dirigea par la rive opposee du Tibre une colonne
+accessoire, qui devait s'emparer de Rignano. Aucune de ces attaques ne
+reussit. L'une des colonnes, mise en fuite, perdit toute son artillerie.
+Une seconde, enveloppee, perdit trois mille prisonniers. Les autres,
+decouragees, se bornerent a de simples demonstrations. Nulle part
+enfin les troupes napolitaines ne purent soutenir le choc des troupes
+francaises. Mack, un peu deconcerte, renonca a enlever la position
+centrale de Civita-Castellana, et commenca a s'apercevoir que ce n'etait
+pas sur ce point qu'il aurait fallu essayer de forcer la ligne ennemie.
+C'est a Terni, point plus rapproche de l'Apennin, et moins defendu par
+les Francais, qu'il aurait du frapper le coup principal. Il songea des
+lors a derober ses troupes, et a les reporter de Civita-Castellana sur
+Terni. Mais pour cacher ce mouvement, il aurait fallu une rapidite
+d'execution impossible avec des troupes sans discipline. Il fallut
+plusieurs jours pour faire repasser le Tibre au gros de l'armee; et
+Mack ralentit encore par sa propre faute une operation deja trop
+lente. Macdonald, qu'il croyait retenir a Civita-Castellana par des
+demonstrations, s'etait deja transporte de Civita-Castellana au-dela
+du Tibre. Lemoine avait ete renforce a Terni. Ainsi, les Napolitains
+avaient ete prevenus sur tous les points qu'ils se proposaient de
+surprendre. Le premier mouvement du general Metsch, de Calvi sur
+Otricoli, n'amena qu'un desastre. Le 19 frimaire (9 decembre), ramene
+d'Otricoli sur Calvi, ce general fut entoure et oblige de mettre bas les
+armes, avec quatre mille hommes, devant un corps de trois mille cinq
+cents. Des cet instant, Mack ne songea plus qu'a rentrer dans Rome, et a
+se replier de Rome jusqu'au pied des montagnes de Frascati et d'Albano,
+pour y rallier son armee, et la renforcer de nouveaux bataillons.
+C'etait la une triste ressource, car ce n'etait pas la quantite des
+soldats qu'il fallait augmenter, c'etait leur qualite qu'il aurait fallu
+changer; et ce n'etait pas en se retirant a quelques lieues du champ de
+bataille qu'on pouvait trouver le temps de leur donner la discipline et
+la bravoure.
+
+Le roi de Naples, en apprenant ces tristes evenemens, sortit furtivement
+de Rome, ou il etait entre quelques jours auparavant en triomphe. Les
+Napolitains l'evacuerent en desordre, a la grande satisfaction des
+Romains, qui etaient deja beaucoup plus importunes de leur presence,
+qu'ils ne l'avaient ete de celle des Francais. Championnet rentra dans
+Rome dix-sept jours apres en etre sorti. Il avait merite veritablement
+les honneurs du triomphe. Se concentrant habilement avec quinze ou seize
+mille hommes, il avait su reprendre l'offensive contre quarante mille,
+et les avait pousses en desordre devant lui. Championnet ne voulut pas
+se borner a la simple defense des Etats romains, il concut le projet
+audacieux de conquerir le royaume de Naples avec sa faible armee.
+L'entreprise etait difficile, moins a cause de la force de l'armee
+napolitaine que de la disposition des habitans, qui pouvaient nous faire
+une guerre de partisans fort longue et fort dangereuse. Championnet
+n'en persista pas moins a s'avancer. Il partit de Rome pour suivre
+la retraite de Mack. Il lui fit sur la route une grande quantite de
+prisonniers, et mit dans une deroute complete la colonne qui avait ete
+debarquee en Toscane, et dont il ne s'echappa que trois mille hommes.
+
+Mack, entierement demoralise, se replia rapidement dans le royaume de
+Naples, et ne s'arreta que devant Capoue, sur la ligne du Volturne. Il
+fit choix de ses troupes les meilleures, les placa devant Capoue et
+sur toute la ligne du fleuve, qui est tres profond, et qui forme une
+barriere difficile a franchir. Pendant ce temps, le roi etait rentre
+a Naples, et son retour subit y avait jete la confusion. Le peuple,
+furieux des echecs essuyes par l'armee, criait a la trahison, demandait
+des armes, et menacait d'egorger les generaux, les ministres, tous ceux
+auxquels il attribuait les malheurs de la guerre. Il voulait egorger
+aussi tous ceux qu'on accusait de desirer les Francais et la revolution.
+Cette cour odieuse n'hesita pas a donner aux lazzaronis des armes dont
+il etait facile de prevoir l'usage. A peine ces especes de barbares
+eurent-ils recu les depouilles des arsenaux, qu'ils s'insurgerent et
+se rendirent maitres de Naples. Criant toujours a la trahison, ils
+s'emparerent d'un messager du roi, et l'assassinerent. Le favori Acton,
+auquel on commencait a attribuer les malheurs publics, la reine, le roi,
+toute la cour, etaient dans l'epouvante. Naples ne paraissait plus un
+sejour assez sur; l'idee de se refugier en Sicile fut aussitot concue
+et adoptee. Le 11 nivose (31 decembre), les meubles precieux de la
+couronne, tous les tresors des palais de Caserte et de Naples, et un
+tresor de vingt millions, furent embarques sur l'escadre de Nelson, et
+on fit voile pour la Sicile. Acton, l'auteur de toutes les calamites
+publiques, ne voulut pas braver les dangers du sejour de Naples, et
+s'embarqua avec la reine. Tout ce qu'on ne put pas emporter fut brule.
+Ce fut au milieu d'une tempete, et a la lueur des flammes des chantiers
+incendies, que cette cour lache et criminelle abandonna a ses dangers le
+royaume qu'elle avait compromis. Elle laissa, dit-on, l'ordre d'egorger
+la haute bourgeoisie, accusee d'esprit revolutionnaire. Tout devait etre
+immole, jusqu'au rang de notaire. Le prince Pignatelli resta a Naples,
+charge des pouvoirs du roi.
+
+Pendant ce temps, Championnet s'avancait vers Naples. Il avait commis
+a son tour la meme faute que Mack; il s'etait divise en plusieurs
+colonnes, qui devaient se joindre devant Capoue. Leur jonction a travers
+un pays difficile, au milieu d'un peuple fanatique et souleve de toutes
+parts contre les pretendus ennemis de Dieu et de saint Janvier, etait
+fort incertaine.
+
+Championnet, arrive avec son corps de bataille sur les bords du
+Volturne, voulut faire une tentative sur Capoue. Repousse par une
+nombreuse artillerie, il fut oblige de renoncer a un coup de main, et de
+replier ses troupes, en attendant l'arrivee des autres colonnes. Cette
+tentative eut lieu le 14 nivose an VII (3 janvier 1799). Les paysans
+napolitains, insurges de toutes parts, interceptaient nos courriers et
+nos convois. Championnet n'avait aucune nouvelle de ses autres colonnes,
+et sa position pouvait etre consideree comme tres critique. Mack profita
+de l'occasion pour lui faire des ouvertures amicales. Championnet,
+comptant sur la fortune des Francais, repoussa hardiment les
+propositions de Mack. Heureusement il fut rejoint par ses colonnes, et
+il convint alors d'un armistice, aux conditions suivantes: Mack devait
+abandonner la ligne du Volturne, ceder la ville de Capoue aux Francais,
+se retirer derriere la ligne des Regi-Lagni du cote de la Mediterranee,
+et de l'Ofanto, du cote de l'Adriatique, et ceder ainsi une grande
+partie du royaume de Naples. Outre ces concessions de territoire, on
+stipula une contribution de huit millions en argent. L'armistice fut
+signe le 22 nivose (11 janvier).
+
+Quand on apprit a Naples la nouvelle de l'armistice, le peuple se livra
+a la plus grande fureur, et cria plus vivement encore qu'il etait trahi
+par les officiers de la couronne. La vue du commissaire charge de
+recevoir la contribution de huit millions porta la multitude aux
+derniers exces; elle se revolta, et empecha l'execution de l'armistice.
+Le tumulte fut porte a un tel degre, que le prince Pignatelli,
+epouvante, abandonna Naples. Cette belle capitale resta livree aux
+lazzaronis. Il n'y avait plus aucune autorite reconnue, et on etait
+menace d'un horrible bouleversement. Enfin, apres trois jours de
+tumulte, on parvint a choisir un chef qui avait la confiance des
+lazzaronis, et qui avait quelques moyens de les contenir: c'etait le
+prince de Moliterne. Pendant ce temps, les memes fureurs eclataient dans
+l'armee de Mack. Ses soldats, loin de s'en prendre de leurs malheurs a
+leur lachete, s'en prirent a leur general, et voulurent le massacrer. Le
+pretendu liberateur de l'Italie, qui avait recu un mois auparavant les
+honneurs du triomphe, n'eut d'autre asile que le camp meme des Francais.
+Il demanda a Championnet la permission de se refugier aupres de lui. Le
+genereux republicain, oubliant le langage peu convenable de Mack dans
+sa correspondance, lui donna asile, le fit asseoir a sa table, et lui
+laissa son epee.
+
+Championnet, autorise par le refus fait a Naples d'executer les
+conditions de l'armistice, s'avanca sur cette capitale, dans le but de
+s'en emparer. La chose etait difficile, car un peuple immense, qui,
+en rase campagne, eut ete balaye par quelques escadrons de cavalerie,
+devenait tres redoutable derriere les murs d'une ville. On eut quelques
+combats a livrer pour approcher de la place, et les lazzaronis
+montrerent la plus de courage que l'armee napolitaine. L'imminence du
+danger avait redouble leur fureur. Le prince de Moliterne, qui voulait
+les moderer, avait cesse bientot de leur convenir, et ils avaient pris
+pour chefs deux d'entre eux, les nommes Paggio et Michel le fou. Ils se
+livrerent, des cet instant, aux plus grands exces, et commirent toute
+espece de violences contre les bourgeois et les nobles accuses de
+jacobinisme. Le desordre fut pousse a un tel point, que toutes les
+classes interessees a l'ordre souhaiterent l'entree des Francais. Les
+habitans firent prevenir Mack qu'ils se joindraient a lui pour livrer
+Naples. Le prince de Moliterne lui-meme promit de s'emparer du fort
+Saint-Elme, et de le livrer aux Francais. Le 4 pluviose (23
+janvier), Championnet donna l'assaut. Les lazzaronis se defendirent
+courageusement; mais les bourgeois s'etant empares du fort Saint-Elme
+et de differens postes de la ville, donnerent entree aux Francais. Les
+lazzaronis, retranches neanmoins dans les maisons, allaient se defendre
+de rues en rues, et incendier peut-etre la ville; mais on fit prisonnier
+un de leurs chefs, on le traita avec beaucoup d'egards, on lui promit
+de respecter saint Janvier, et on obtint enfin qu'il fit mettre bas les
+armes a tous les siens.
+
+Championnet, des cet instant, se trouva maitre de Naples et de tout le
+royaume: il se hata d'y retablir l'ordre et de desarmer les lazzaronis.
+D'apres les intentions du gouvernement francais, il proclama la
+nouvelle republique. Un nom antique lui fut donne, celui de republique
+parthenopeenne. Telle fut l'issue des folies et des mechancetes de la
+cour de Naples. Vingt mille Francais et deux mois suffirent pour dejouer
+ses vastes projets, changer ses etats en republique. Cette courte
+campagne de Championnet lui valut sur-le-champ une reputation brillante.
+L'armee de Rome prit des lors le titre d'armee de Naples, et fut
+detachee de l'armee d'Italie. Championnet devint independant de Joubert.
+
+Pendant que ces evenemens avaient lieu dans la Peninsule, la chute du
+royaume de Piemont etait enfin consommee. Deja, par une precaution que
+les circonstances legitimaient assez, Joubert s'etait empare de la
+citadelle de Turin, et l'avait armee avec l'artillerie prise dans les
+arsenaux piemontais. Mais cette precaution etait fort insuffisante dans
+l'etat present des choses. Le trouble regnait toujours dans le Piemont:
+les republicains faisaient sans cesse de nouvelles tentatives, et
+venaient meme de perdre six cents hommes, pour avoir essaye de
+surprendre Alexandrie. Une mascarade sortie de la citadelle de Turin,
+ou toute la cour etait representee, et qui etait a la fois l'oeuvre des
+Piemontais et des officiers francais que les generaux ne pouvaient pas
+toujours contenir, avait failli provoquer un combat sanglant dans
+Turin meme. La cour de Piemont ne pouvait pas etre notre amie, et la
+correspondance du ministre de Naples avec M. de Priocca, ministre
+dirigeant de Piemont, le prouvait assez. Dans des circonstances
+pareilles, la France, exposee a une nouvelle guerre, ne pouvait pas
+laisser, sur ses communications des Alpes, deux partis aux prises et un
+gouvernement ennemi. Elle avait, sur la cour de Piemont, le droit que
+les defenseurs d'une place ont sur tous les batimens qui en genent ou
+en compromettent la defense. Il fut decide qu'on forcerait le roi de
+Piemont a abdiquer. On soutint les republicains, et on les aida a
+s'emparer de Novarre, Alexandrie, Suze, Chivasso. On dit alors au roi
+qu'il ne pouvait plus vivre dans des etats qui se revoltaient, et qui
+allaient etre bientot le theatre de la guerre: on lui demanda son
+abdication, en lui laissant l'ile de Sardaigne. L'abdication fut signee
+le 19 frimaire (9 decembre 1798). Ainsi les deux princes les plus
+puissans de l'Italie, celui de Naples et de Piemont, n'avaient plus, de
+leurs etats, que deux iles. Dans les circonstances qui se preparaient,
+on ne voulut pas se donner l'embarras de creer une nouvelle republique,
+et en attendant le resultat de la guerre, il fut decide que le Piemont
+serait provisoirement administre par la France. Il ne restait plus a
+envahir en Italie que la Toscane. Une simple signification suffisait
+pour l'occuper; mais on differait cette signification, et on attendait,
+pour la faire, que l'Autriche se fut ouvertement declaree.
+
+
+
+CHAPITRE XV.
+
+ETAT DE L'ADMINISTRATION DE LA REPUBLIQUE ET DES ARMEES AU COMMENCEMENT
+DE 1799.--PREPARATIFS MILITAIRES.--LEVEE DE 200 MILLE
+CONSCRITS.--MOYENS ET PLANS DE GUERRE DU DIRECTOIRE ET DES PUISSANCES
+COALISEES.--DECLARATION DE GUERRE A L'AUTRICHE.--OUVERTURE DE
+LA CAMPAGNE DE 1799.--INVASION DES GRISONS.--COMBAT DE
+PFULLENDORF.--BATAILLE DE STOCKACH.--RETRAITE DE JOURDAN.--OPERATIONS
+MILITAIRES EN ITALIE.--BATAILLE DE MAGNANO; RETRAITE DE
+SCHERER.--ASSASSINAT DES PLENIPOTENTIAIRES FRANCAIS A RASTADT.--EFFETS
+DE NOS PREMIERS REVERS.--ACCUSATIONS MULTIPLIEES CONTRE LE
+DIRECTOIRE.--ELECTIONS DE L'AN VII.--SIEYES EST NOMME DIRECTEUR, EN
+REMPLACEMENT DE REWBELL.
+
+
+Tel etait l'etat des choses au commencement de l'annee 1799. La guerre,
+d'apres les evenemens que nous venons de rapporter, n'etait plus
+douteuse. D'ailleurs les correspondances interceptees, la levee de
+boucliers de la cour de Naples, qui n'aurait pas pris l'initiative sans
+la certitude d'une intervention puissante, les preparatifs immenses de
+l'Autriche, enfin l'arrivee d'un corps russe en Moravie, ne laissaient
+plus aucune incertitude. On etait en nivose (janvier 1799), et il etait
+evident que les hostilites seraient commencees avant deux mois. Ainsi
+l'incompatibilite des deux grands systemes que la revolution avait
+mis en presence etait prouvee par les faits. La France avait commence
+l'annee 1798 avec trois republiques a ses cotes, les republiques batave,
+cisalpine et ligurienne, et deja il en existait six a la fin de
+cette annee, par la creation des republiques helvetique, romaine et
+parthenopeenne. Cette extension avait ete moins le resultat de l'esprit
+de conquete, que de l'esprit de systeme. On avait ete oblige de secourir
+les Vaudois opprimes: on avait ete provoque a Rome a venger la mort du
+malheureux Duphot, immole en voulant separer les deux partis: a Naples
+on n'avait fait que repousser une agression. Ainsi on avait ete
+forcement conduit a rentrer en lutte, il est constant que le directoire,
+quoique ayant une immense confiance dans la puissance francaise,
+desirait cependant la paix, pour des raisons politiques et financieres;
+il est constant aussi que l'empereur, tout en desirant la guerre,
+voulait l'eloigner encore. Cependant tous s'etaient conduits comme
+s'ils avaient voulu rentrer immediatement en lutte, tant etait grande
+l'incompatibilite des deux systemes.
+
+La revolution avait donne au gouvernement francais une confiance et
+une audace extraordinaire. Le dernier evenement de Naples, quoique peu
+considerable en lui-meme, venait de lui persuader encore que tout devait
+fuir devant les baionnettes francaises. C'etait du reste l'opinion de
+l'Europe. Il ne fallait rien moins que l'immensite des moyens reunis
+contre la France, pour donner a ses ennemis le courage de se mesurer
+avec elle. Mais cette confiance du gouvernement francais dans ses
+forces etait exageree, et lui cachait une partie des difficultes de sa
+position. La suite a prouve que ses ressources etaient immenses, mais
+que dans le moment elles n'etaient pas encore assez assurees pour
+garantir la victoire. Le directoire, outre la France, avait a
+administrer la Hollande, la Suisse, toute l'Italie, partagees en
+autant de republiques. Les administrer par l'intermediaire de leur
+gouvernement, etait, comme on l'a vu, encore plus difficile que si on
+avait commande directement chez elles. On n'en pouvait presque
+tirer aucune ressource, ni en argent ni en hommes, par le defaut
+d'organisation. Il fallait cependant les defendre, et des lors combattre
+sur une ligne qui, depuis le Texel, s'etendait sans interruption jusqu'a
+l'Adriatique, ligne qui, attaquee de front par la Russie et l'Autriche,
+etait prise a revers par les flottes anglaises, soit en Hollande, soit a
+Naples. Les forces qu'une telle situation militaire exigeait, il fallait
+les tirer de France seulement. Or, les armees etaient singulierement
+affaiblies. Quarante mille soldats, les meilleurs, etaient en Egypte
+sous notre grand capitaine. Les armees restees en France etaient
+diminuees de moitie par l'effet des desertions que la paix amene
+toujours. Le gouvernement payait le meme nombre de soldats, mais il
+n'avait peut-etre pas cent cinquante mille hommes effectifs. Les
+administrations et les etats-majors faisaient le profit sur la solde,
+et c'etait une surcharge inutile pour les finances. Ces cent cinquante
+mille hommes effectifs formaient des cadres excellens, qu'on pouvait
+remplir avec la nouvelle levee des conscrits; mais il fallait du temps
+pour cela, et on n'en avait pas eu assez depuis retablissement de
+la conscription. Enfin, les finances etaient toujours dans le meme
+delabrement, par la mauvaise organisation de la perception. On avait
+vote un budget de 600 millions, et une ressource extraordinaire de 125
+millions, prise sur les 400 millions restans de biens nationaux; mais
+la lenteur des rentrees, et l'erreur dans l'evaluation de certains
+produits, laissaient un deficit considerable. Enfin la subordination, si
+necessaire dans une machine aussi vaste, commencait a disparaitre. Les
+militaires devenaient tres difficiles a contenir. Cet etat de guerre
+perpetuelle leur faisait sentir qu'ils etaient necessaires; ils en
+devenaient imperieux et exigeans. Places dans des pays riches, ils
+voulaient en profiter, et ils etaient les complices de toutes les
+spoliations. Ils voulaient aussi faire triompher leurs opinions la ou
+ils residaient, et n'obeissaient qu'avec peine a la direction des agens
+civils. On l'a vu dans la querelle de Brune avec Trouve. Enfin, dans
+l'interieur, l'opposition qu'on a vu renaitre depuis le 18 fructidor,
+et prendre deux caracteres, se prononcait davantage. Les patriotes,
+reprimes aux dernieres elections, se preparaient a triompher dans les
+nouvelles. Les moderes critiquaient froidement, mais amerement,
+toutes les mesures du gouvernement, et suivant l'usage de toutes les
+oppositions, lui reprochaient meme les difficultes qu'il avait a
+vaincre, et qui etaient le plus souvent insurmontables. Le gouvernement,
+c'est la force meme: il faut qu'il triomphe; tant pis pour lui s'il ne
+triomphe pas. On n'ecoute jamais ses excuses, quand il explique pourquoi
+il n'a pas reussi.
+
+Telle etait la situation du directoire a l'instant ou la guerre
+recommenca avec l'Europe. Il fit de grands efforts pour retablir l'ordre
+dans cette grande machine. La confusion regnait toujours en Italie. Les
+ressources de cette belle contree etaient gaspillees, et se perdaient
+inutilement pour l'armee; quelques pillards en profitaient seuls. La
+commission chargee d'instituer et d'administrer la republique romaine
+venait de terminer ses fonctions, et aussitot l'influence des
+etats-majors s'etait fait sentir. On avait change les consuls juges
+trop moderes. On avait rompu les marches avantageux pour l'entretien
+de l'armee. La commission, dans laquelle Faypoult avait la direction
+financiere, avait conclu un marche pour l'entretien et le paiement des
+troupes stationnees a Rome, et pour le transport de tous les objets
+d'art envoyes en France. Elle avait adjuge en paiement des biens
+nationaux pris sur le clerge. Le marche, outre qu'il etait modere sous
+le rapport du prix, avait l'avantage de fournir un emploi aux biens
+nationaux. Il fut casse, et donne ensuite a la compagnie Baudin,
+qui devorait l'Italie. Cette compagnie se faisait appuyer par les
+etats-majors, auxquels elle abandonnait un pour cent de profit. Le
+Piemont, qu'on venait d'occuper, offrait une nouvelle proie a devorer,
+et la probite de Joubert, general en chef de l'armee d'Italie, n'etait
+pas une garantie contre l'avidite de l'etat-major et des compagnies.
+Naples surtout allait etre mise au pillage. Il y avait dans le
+directoire quatre hommes integres, Rewbell, Larevelliere, Merlin et
+Treilhard, que tous les desordres revoltaient. Larevelliere surtout,
+le plus severe et le plus instruit des faits par ses relations
+particulieres avec l'ambassadeur Trouve et avec les membres de la
+commission de Rome, Larevelliere voulait qu'on deployat la plus grande
+energie. Il proposa et fit adopter un projet fort sage; c'etait
+d'instituer dans tous les pays dependans de la France, et ou residaient
+nos armees, des commissions chargees de la partie civile et financiere,
+et tout a fait independantes des etats-majors. A Milan, a Turin, a Rome,
+a Naples, des commissions civiles devaient recevoir les contributions
+stipulees avec les pays allies de la France, passer les marches, faire
+tous les arrangemens financiers, fournir en un mot aux besoins des
+armees, mais ne laisser aucun maniement de fonds aux chefs militaires.
+Les commissions avaient cependant l'ordre de compter aux generaux les
+fonds qu'ils demanderaient, sans qu'ils fussent obliges de justifier
+pourquoi; ils n'en devaient compte qu'au gouvernement. Ainsi l'autorite
+militaire etait encore bien menagee. Les quatre directeurs firent
+adopter la mesure, et on signifia a Scherer l'ordre de la faire executer
+sur-le-champ avec la derniere rigueur. Comme il montrait quelque
+indulgence pour ses camarades, on lui signifia qu'il repondrait de tous
+les desordres qui ne seraient pas reprimes.
+
+Cette mesure, quelque juste qu'elle fut, devait blesser beaucoup les
+etats-majors. En Italie surtout ils parurent se revolter; ils dirent
+qu'on deshonorait les militaires par les precautions qu'on prenait a
+leur egard, qu'on enchainait tout a fait les generaux, qu'on les
+privait de toute autorite. Championnet, a Naples, avait deja tranche du
+legislateur, et nomme des commissions chargees d'administrer le pays
+conquis. Faypoult etait envoye a Naples pour s'y charger de toute la
+partie financiere. Il prit les arretes necessaires pour faire rentrer
+l'administration dans ses mains, et revoqua certaines mesures fort mal
+entendues, prises par Championnet. Celui-ci, avec toute la morgue des
+gens de son etat, surtout quand ils sont victorieux, se regarda comme
+offense; il eut la hardiesse de prendre un arrete par lequel il
+enjoignait a Faypoult et aux autres commissaires de quitter Naples
+sous vingt-quatre heures. Une pareille conduite etait intolerable.
+Meconnaitre les ordres du directoire et chasser de Naples les envoyes
+revetus de ses pouvoirs, etait un acte qui meritait la plus severe
+repression, a moins qu'on ne voulut abdiquer l'autorite supreme et
+la remettre aux generaux. Le directoire ne faiblit pas, et grace a
+l'energie des membres integres qui voulaient mettre fin aux gaspillages,
+il deploya ici toute son autorite. Il destitua Championnet, malgre
+l'eclat de ses derniers succes, et le livra a une commission militaire.
+Malheureusement l'insubordination ne s'arreta pas la. Le brave Joubert
+se laissa persuader que l'honneur militaire etait blesse par les arretes
+du directoire; il ne voulut pas conserver le commandement aux conditions
+nouvelles prescrites aux generaux, et donna sa demission. Le directoire
+l'accepta. Bernadotte refusa de succeder a Joubert, par les memes
+motifs. Neanmoins le directoire ne ceda pas et persista dans ses
+arretes.
+
+Le directoire s'occupa ensuite de la levee des conscrits, qui
+s'executait lentement. Les deux premieres classes ne pouvant pas fournir
+les deux cent mille hommes, il se fit autoriser a les prendre dans
+toutes les classes, jusqu'a ce que le nombre requis fut complet. Pour
+gagner du temps, il fut decide que les communes seraient chargees
+elles-memes de l'equipement des nouvelles recrues, et que cette depense
+serait comptee en deduction de la contribution fonciere. Ces nouveaux
+conscrits, a peine equipes, devaient se rendre sur les frontieres, y
+etre formes en bataillons de garnison, remplacer les vieilles troupes
+dans les places et les camps de reserve, et des que leur instruction
+serait suffisante, aller rejoindre les armees actives.
+
+Le directoire s'occupait aussi du deficit. Le ministre Ramel, qui
+administrait toujours nos finances avec lumiere et probite, depuis
+l'etablissement du directoire, apres avoir verifie le produit des
+impots, assurait que le deficit serait de 65 millions, sans compter tout
+l'arriere provenant du retard dans les rentrees. Une violente dispute
+s'engagea sur la quotite du deficit. Les adversaires du directoire ne le
+portaient pas a plus de 15 millions. Ramel prouvait qu'il serait de 65
+au moins, et peut-etre meme de 75. On avait imagine l'impot des portes
+et fenetres, mais il ne suffisait pas. L'impot du sel fut mis en
+discussion. Alors de grands cris s'eleverent: on opprimait le peuple,
+disait-on, on faisait porter les charges publiques sur une seule classe,
+on renouvelait les gabelles, etc. Lucien Bonaparte etait celui des
+orateurs qui faisait valoir les objections avec le plus d'acharnement.
+Les partisans du gouvernement repondaient en alleguant la necessite.
+L'impot fut rejete par le conseil des anciens. Pour en remplacer le
+produit, on doubla l'impot des portes et fenetres; on decupla meme celui
+des portes cocheres. On mit en vente les biens du culte protestant, on
+decreta que le clerge protestant recevrait des salaires en dedommagement
+de ses biens. On mit a la disposition du gouvernement les sommes a
+recouvrer sur les proprietaires de biens restes indivis avec l'etat.
+
+Malheureusement toutes ces ressources n'etaient pas assez promptes.
+Outre la difficulte de porter le produit de l'impot au niveau de 600
+millions, il y avait un autre inconvenient dans la lenteur des rentrees.
+On etait encore reduit, cette annee comme dans les precedentes, a donner
+des delegations aux fournisseurs sur les produits non rentres. Les
+rentiers, auxquels on avait, depuis le remboursement des deux tiers,
+promis la plus grande exactitude, etaient payes eux-memes avec des bons
+recevables en acquittement des impots. Ainsi on se trouvait de nouveau
+reduit aux expediens.
+
+Ce n'etait pas tout que de reunir des soldats et des fonds pour les
+entretenir, il fallait les distribuer d'apres un plan convenable, et
+leur choisir des generaux. Il fallait, comme nous l'avons dit, garder la
+Hollande, la ligne du Rhin, la Suisse et toute l'Italie, c'est-a-dire
+operer depuis le golfe de Tarente jusqu'au Texel. La Hollande etait
+couverte d'un cote par la neutralite de la Prusse, qui paraissait
+certaine; mais une flotte anglo-russe devait y faire un debarquement, et
+il etait urgent de la proteger contre ce danger. La ligne du Rhin etait
+protegee par les deux places de Mayence et de Strasbourg; et quoiqu'il
+fut peu probable que l'Autriche vint essayer de la percer, il etait
+prudent de la couvrir par un corps d'observation. Soit qu'on prit
+l'offensive ou qu'on l'attendit, c'etait sur les bords du Haut-Danube,
+vers les environs du lac de Constance, ou en Suisse, qu'on devait
+rencontrer les armees autrichiennes. Il fallait une armee active qui,
+partie de l'Alsace ou de la Suisse, s'avancerait dans les plaines de
+la Baviere. Il fallait ensuite un corps d'observation pour couvrir la
+Suisse; il fallait enfin une grande armee pour couvrir la Haute-Italie
+contre les Autrichiens, et la Basse-Italie contre les Napolitains et les
+Anglais reunis.
+
+Ce champ de bataille etait immense, et il n'etait pas connu et juge
+comme il l'a ete depuis, a la suite de longues guerres et de campagnes
+immortelles. On pensait alors que la cle de la plaine etait dans les
+montagnes. La Suisse, placee au milieu de la ligne immense sur laquelle
+on allait combattre, paraissait la cle de tout le continent; et la
+France, qui occupait la Suisse, semblait avoir un avantage decisif. Il
+semblait qu'en ayant les sources du Rhin, du Danube, du Po, elle en
+commandat tout le cours. C'etait la une erreur. On concoit que deux
+armees qui appuient immediatement une aile a des montagnes, comme les
+Autrichiens et les Francais quand ils se battaient aux environs de
+Verone ou aux environs de Rastadt, tiennent a la possession de ces
+montagnes, parce que celle des deux qui en est maitresse peut deborder
+l'ennemi par les hauteurs. Mais quand on se bat a cinquante ou cent
+lieues des montagnes, elles cessent d'avoir la meme importance. Tandis
+qu'on s'epuiserait pour la possession du Saint-Gothard, des armees
+placees sur le Rhin ou sur le Bas-Po auraient le temps de decider du
+sort de l'Europe. Mais on concluait du petit au grand: de ce que les
+hauteurs sont importantes sur un champ de bataille de quelques lieues,
+on en concluait que la puissance maitresse des Alpes devait l'etre
+du continent. La Suisse n'a qu'un avantage reel, c'est d'ouvrir des
+debouches directs a la France sur l'Autriche, et a l'Autriche sur la
+France. On concoit des lors que, pour le repos des deux puissances et
+de l'Europe, la cloture de ces debouches soit un bienfait. Plus on peut
+empecher les points de contact et les moyens d'invasion, mieux on fait,
+surtout entre deux etats qui ne peuvent se heurter sans que le continent
+en soit ebranle. C'est en ce sens que la neutralite de la Suisse
+interesse toute l'Europe, et qu'on a toujours eu raison d'en faire un
+principe de surete generale.
+
+La France, en l'envahissant, s'etait donne l'avantage des debouches
+directs sur l'Autriche et l'Italie, et, en ce sens, on pouvait regarder
+la possession de la Suisse comme importante pour elle. Mais si la
+multiplicite des debouches est un avantage pour la puissance qui
+doit prendre l'offensive, et qui en a les moyens, elle devient un
+inconvenient pour la puissance qui est reduite a la defensive, par
+l'inferiorite de ses forces. Celle-ci doit souhaiter alors que le nombre
+des points d'attaque soit aussi reduit que possible, afin de pouvoir
+concentrer ses forces, avec avantage. S'il eut ete avantageux pour la
+France, suffisamment preparee a l'offensive, de pouvoir deboucher
+en Baviere par la Suisse, il etait facheux pour elle, reduite a la
+defensive, de ne pouvoir pas compter sur la neutralite suisse; il etait
+facheux pour elle d'avoir a garder tout l'espace compris de Mayence a
+Genes, au lieu de pouvoir, comme elle le fit en 1798, concentrer ses
+forces, entre Mayence et Strasbourg d'une part, et entre le Mont-Blanc
+et Genes de l'autre.
+
+Ainsi, l'occupation de la Suisse pouvait devenir dangereuse pour la
+France, dans le cas de la defensive. Mais elle etait fort loin de se
+croire dans un cas pareil. Le projet du gouvernement etait de prendre
+l'offensive partout et de proceder, comme naguere, par des coups
+foudroyans. Mais la distribution de ses forces fut des plus
+malheureuses. On placa une armee d'observation en Hollande, et une autre
+armee d'observation sur le Rhin. Une armee active devait partir de
+Strasbourg, traverser la foret Noire, et envahir la Baviere. Une
+seconde armee active devait combattre en Suisse pour la possession des
+montagnes, et appuyer ainsi d'un cote celle qui agirait sur le Danube,
+et de l'autre celle qui agirait en Italie. Une autre grande armee devait
+partir de l'Adige pour chasser tout a fait les Autrichiens jusqu'au-dela
+de l'Izonzo. Enfin, une derniere armee d'observation devait couvrir la
+Basse-Italie, et garder Naples. On voulait que l'armee de Hollande fut
+de vingt mille hommes, celle du Rhin de quarante, celle du Danube
+de quatre-vingt, celle de Suisse de quarante, celle d'Italie de
+quatre-vingt, celle de Naples de quarante, ce qui faisait en tout trois
+cent mille hommes independamment des garnisons. Avec de pareilles
+forces, cette distribution devenait moins defectueuse. Mais si, par la
+levee des conscrits, on pouvait, dans quelque temps, porter nos armees a
+ce nombre, on etait loin d'y etre arrive dans le moment. On ne pouvait
+guere laisser que dix mille hommes en Hollande. Sur le Rhin on pouvait
+a peine reunir quelques mille hommes. Les troupes destinees a composer
+cette armee d'observation etaient retenues dans l'interieur, soit pour
+surveiller la Vendee encore menacee, soit pour proteger la tranquillite
+publique pendant les elections qui se preparaient. L'armee destinee a
+agir sur le Danube etait au plus de quarante mille hommes, celle de
+Suisse de trente, celle d'Italie de cinquante, celle de Naples de
+trente. Ainsi, nous comptions a peine cent soixante ou cent soixante-dix
+mille hommes. Les eparpiller du Texel au golfe de Tarente, etait la
+chose du monde la plus imprudente.
+
+Puisque le directoire, emporte par l'audace revolutionnaire, voulait
+prendre l'offensive, il fallait alors, plus que jamais, choisir les
+points d'attaque, se reunir en masse suffisante sur ces points, et ne
+pas se disseminer, pour combattre sur tous a la fois. Ainsi, en Italie,
+au lieu de disperser ses forces depuis Verone jusqu'a Naples, il
+fallait, a l'exemple de Bonaparte, en reunir la plus grande partie sur
+l'Adige; et frapper la les grands coups. En battant les Autrichiens sur
+l'Adige, il etait assez prouve qu'on pouvait tenir en respect Rome,
+Florence et Naples. Du cote du Danube, au lieu de perdre inutilement des
+milliers de braves au pied du Saint-Gothard, il fallait diminuer l'armee
+de Suisse et du Rhin, grossir l'armee active du Danube, et livrer avec
+celle-ci une bataille decisive en Baviere. On pouvait meme reduire
+encore les points d'attaque, rester en observation sur l'Adige, n'agir
+offensivement que sur le Danube, et la, porter un coup plus fort et
+plus sur, en grossissant la masse qui devait le frapper. Napoleon et
+l'archiduc Charles ont prouve, le premier par de grands exemples, le
+second par des raisonnemens profonds, qu'entre l'Autriche et la France,
+la querelle doit se vider sur le Danube. C'est la qu'est le chemin le
+plus court pour arriver au but. Une armee francaise victorieuse en
+Baviere, rend nuls tous les succes d'une armee autrichienne victorieuse
+en Italie, parce qu'elle est beaucoup plus rapprochee de Vienne.
+
+Il faut dire, pour excuser les plans du directoire, qu'on n'avait point
+encore embrasse d'aussi vastes champs de bataille, et que le seul homme
+qui l'aurait pu alors etait en Egypte. On dissemina donc les cent
+soixante mille hommes, ou environ, actuellement disponibles, sur la
+ligne immense que nous avons decrite, et dans l'ordre que nous avons
+indique. Dix mille hommes devaient observer la Hollande, quelques mille
+le Rhin; quarante mille formaient l'armee du Danube, trente mille celle
+de Suisse, cinquante mille celle d'Italie, trente celle de Naples. Les
+conscrits devaient bientot renforcer ces masses, et les porter au nombre
+fixe par les plans du directoire.
+
+Le choix des generaux ne fut guere plus heureux que la conception
+des plans. Il est vrai que depuis la mort de Hoche, et le depart de
+Bonaparte, Desaix et Kleber pour l'Egypte, les choix etaient beaucoup
+plus limites. Il restait un general dont la reputation etait grande
+et meritee, c'etait Moreau. On pouvait etre plus audacieux, plus
+entreprenant, mais on n'etait ni plus ferme ni plus sur. Un etat defendu
+par un tel homme ne pouvait perir. Disgracie a cause de sa conduite
+dans l'affaire Pichegru, il avait modestement consenti a devenir simple
+inspecteur d'infanterie. On le proposa au directoire pour commander en
+Italie. Depuis que Bonaparte avait tant attire l'attention sur cette
+belle contree, depuis qu'elle etait comme la pomme de discorde entre
+l'Autriche et la France, ce commandement semblait le plus important.
+C'est pourquoi on songea a Moreau. Barras s'y opposa de toutes ses
+forces. Il donna des raisons de grand patriote, et presenta Moreau comme
+suspect, a cause de sa conduite au 18 fructidor. Ses collegues eurent
+la faiblesse de ceder. Moreau fut ecarte, et resta simple general de
+division dans l'armee qu'il aurait du commander en chef. Il accepta
+noblement ce rang subalterne et au-dessous de ses talens. Joubert et
+Bernadotte avaient refuse le commandement de l'armee d'Italie, on sait
+par quels motifs. On songea donc a Scherer, ministre de la guerre. Ce
+general, par son succes en Belgique et sa belle bataille de Loano,
+s'etait acquis beaucoup de reputation. Il avait de l'esprit, mais un
+corps use par l'age et les infirmites; il n'etait plus capable de
+commander a des jeunes gens pleins de force et d'audace. D'ailleurs il
+s'etait brouille avec la plupart de ses camarades, en voulant apporter
+quelque rigueur dans la repression de la licence militaire. Barras le
+proposa pour general de l'armee d'Italie. On dit que c'etait pour le
+faire sortir du ministere de la guerre, ou il commencait a devenir
+importun par sa severite. Cependant les militaires que l'on consulta,
+notamment Bernadotte et Joubert, ayant parle de sa capacite comme on en
+parlait alors dans l'armee, c'est-a-dire avec beaucoup d'estime, il fut
+nomme general en chef de l'armee d'Italie. Il s'en defendit beaucoup,
+alleguant son age, sa sante, et surtout son impopularite, due aux
+fonctions qu'il avait exercees; mais on insista et il fut oblige
+d'accepter.
+
+Championnet, traduit devant une commission, fut remplace dans le
+commandement de l'armee de Naples par Macdonald. Massena fut charge du
+commandement de l'armee d'Helvetie. Ces choix etaient excellens, et la
+republique ne pouvait que s'en applaudir. L'importante armee du Danube
+fut donnee au general Jourdan. Malgre ses malheurs dans la campagne de
+1798, on n'avait point oublie les services qu'il avait rendus en 1793
+et 1794, et on esperait qu'il ne serait pas au-dessous de ses premiers
+exploits. Puisqu'on ne la donnait pas a Moreau, l'annee du Danube
+ne pouvait etre en de meilleures mains. Malheureusement elle etait
+tellement inferieure en nombre, qu'il eut fallu, pour la commander avec
+confiance, l'audace du vainqueur d'Arcole et de Rivoli. Bernadotte eut
+l'armee du Rhin; Brune celle de Hollande.
+
+L'Autriche avait fait des preparatifs bien superieurs aux notres. Ne se
+confiant pas comme nous dans ses succes, elle avait employe les deux
+annees ecoulees depuis l'armistice de Leoben, a lever, a equiper et a
+instruire de nouvelles troupes. Elle les avait pourvues de tout ce qui
+etait necessaire, et s'etait etudie a choisir les meilleurs generaux.
+Elle pouvait porter actuellement en ligne deux cent vingt-cinq mille
+hommes effectifs, sans compter les recrues qui se preparaient encore. La
+Russie lui fournissait un contingent de soixante mille hommes, dont
+on vantait dans toute l'Europe la bravoure fanatique, et qui etaient
+commandes par le celebre Suwarow. Ainsi la nouvelle coalition allait
+operer sur le front de notre ligne avec environ trois cent mille hommes.
+On annoncait deux autres contingens russes, combines avec des troupes
+anglaises, et destines, l'un a la Hollande, l'autre a Naples.
+
+Le plan de campagne de la coalition n'etait pas mieux concu que le
+notre. C'etait une conception pedantesque du conseil aulique, fort
+desapprouvee par l'archiduc Charles, mais imposee a lui et a tous les
+generaux, sans qu'il leur fut permis de la modifier. Ce plan reposait,
+comme celui des Francais, sur le principe que les montagnes sont la cle
+de la plaine. Aussi des forces considerables etaient-elles amoncelees
+pour garder le Tyrol et les Grisons, et pour arracher, s'il etait
+possible, la grande chaine des Alpes aux Francais. Le second objet que
+le conseil aulique semblait le plus affectionner, c'etait l'Italie. Des
+forces considerables etaient placees derriere l'Adige. Le theatre de
+guerre le plus important, celui du Danube, ne paraissait pas etre celui
+dont on s'etait le plus occupe. Ce qu'on avait fait de plus heureux de
+ce cote, c'etait d'y placer l'archiduc Charles. Voici comment etaient
+distribuees les forces autrichiennes. L'archiduc Charles etait, avec
+cinquante-quatre mille fantassins et vingt-quatre mille chevaux, en
+Baviere. Dans le Voralberg, tout le long du Rhin, jusqu'a son embouchure
+dans le lac de Constance, le general Hotze commandait vingt-quatre mille
+fantassins et deux mille chevaux. Bellegarde etait dans le Tyrol avec
+quarante-six mille hommes, dont deux mille cavaliers. Kray avait sur
+l'Adige soixante-quatre mille fantassins et onze mille chevaux, ce qui
+faisait soixante-quinze mille hommes en tout. Le corps russe devait
+venir se joindre a Kray, pour agir en Italie.
+
+On voit que les vingt-six mille hommes de Hotze, et les quarante-six
+mille de Bellegarde, devaient agir dans les montagnes. Ils devaient
+gagner les sources des fleuves, tandis que les armees qui agissaient
+dans la plaine tacheraient d'en franchir le cours. Du cote des Francais,
+l'armee d'Helvetie etait chargee du meme soin. Ainsi, de part et
+d'autre, une foule de braves allaient s'entre-detruire inutilement sur
+des rochers inaccessibles, dont la possession ne pouvait guere influer
+sur le sort de la guerre[4].
+
+[Note 4: Toutes ces assertions sont motivees au long par l'archiduc
+Charles, le general Jomini et Napoleon.]
+
+Les generaux francais n'avaient pas manque d'informer le directoire de
+l'insuffisance de leurs moyens en tout genre. Jourdan, oblige d'envoyer
+plusieurs bataillons en Belgique, pour y reprimer quelques troubles,
+et une demi-brigade a l'armee d'Helvetie pour remplacer une autre
+demi-brigade envoyee en Italie, ne comptait plus que trente-huit mille
+hommes effectifs. De pareilles forces etaient trop disproportionnees
+avec celles de l'archiduc, pour qu'il put lutter avec avantage. Il
+demandait la prompte formation de l'armee de Bernadotte, qui ne comptait
+pas encore plus de cinq a six mille hommes, et surtout l'organisation
+des nouveaux bataillons de campagne. Il aurait voulu qu'on lui permit
+d'attirer a lui, ou l'armee du Rhin, ou l'armee d'Helvetie, en quoi
+il avait raison. Massena se plaignait, de son cote, de n'avoir ni les
+magasins, ni les moyens de transport indispensables pour faire vivre son
+armee dans des pays steriles et d'un acces extremement difficile.
+
+Le directoire repondait a ces observations que les conscrits allaient
+rejoindre et se former bientot en bataillons de campagne; que l'armee
+d'Helvetie serait incessamment portee a quarante mille hommes, celle
+du Danube a soixante; que des que les elections seraient achevees, les
+vieux bataillons, retenus dans l'interieur, iraient former le noyau de
+l'armee du Rhin. Bernadotte et Massena avaient ordre de concourir aux
+operations de Jourdan, et de se conformer a ses vues. Comptant toujours
+sur l'effet de l'offensive, et anime de la meme confiance dans ses
+soldats, il voulait que, malgre la disproportion du nombre, ses generaux
+se hatassent de brusquer l'attaque et de deconcerter les Autrichiens
+par une charge impetueuse. Aussi les ordres furent-ils donnes en
+consequence.
+
+Les Grisons, partages en deux factions, avaient hesite long-temps entre
+la domination autrichienne et la domination suisse. Enfin ils avaient
+appele les Autrichiens dans leurs vallees. Le directoire, les
+considerant comme sujets suisses, ordonna a Massena d'occuper leur
+territoire, en faisant aux Autrichiens une sommation prealable de
+l'evacuer En cas de refus, Massena devait attaquer sur-le-champ. En meme
+temps, comme les Russes s'avancaient toujours en Autriche, il adressa, a
+ce sujet, deux notes, l'une au congres de Rastadt, l'autre a l'empereur.
+Il declarait au corps germanique et a l'empereur, que, si dans l'espace
+de huit jours un contre-ordre n'etait pas donne a la marche des Russes,
+il regarderait la guerre comme declaree. Jourdan avait ordre de passer
+le Rhin aussitot ce delai expire.
+
+Le congres de Rastadt avait singulierement avance ses travaux. Les
+questions de la ligne du Rhin, du partage des iles, de la construction
+des ponts, etant terminees, on ne s'occupait plus que de la question
+des dettes. La plupart des princes germaniques, excepte les princes
+ecclesiastiques, ne demandaient pas mieux que de s'entendre, pour eviter
+la guerre; mais soumis la plupart a l'Autriche, ils n'osaient pas se
+prononcer. Les membres de la deputation quittaient successivement
+le congres, et bientot on allait se trouver dans l'impossibilite de
+deliberer. Le congres declara ne pas pouvoir repondre a la note du
+directoire, et en refera a la diete de Ratisbonne. La note destinee a
+l'empereur fut envoyee a Vienne meme et resta sans reponse. La guerre se
+trouvait donc declaree par le fait. Jourdan eut ordre de traverser le
+Rhin, et de s'avancer, par la foret Noire, jusqu'aux sources du Danube.
+Il franchit le Rhin le 11 ventose an VII (1er mars). L'archiduc Charles
+franchit le Lech le 13 ventose (3 mars). Ainsi les limites que les deux
+puissances s'etaient prescrites etaient franchies, et on allait de
+nouveau en venir aux mains. Cependant, tout en faisant une marche
+offensive, Jourdan avait ordre de laisser tirer les premiers coups
+de fusil a l'ennemi, en attendant que la declaration de guerre fut
+approuvee par le corps legislatif.
+
+Pendant ce temps Massena agit dans les Grisons. Il somma les Autrichiens
+de les evacuer le 16 ventose (6 mars). Les Grisons se composent de la
+haute vallee du Rhin et de la haute vallee de l'Inn, ou Engadin.
+Massena resolut de passer le Rhin pres de son embouchure dans le lac de
+Constance, et de s'emparer ainsi de tous les corps repandus dans les
+hautes vallees. Lecourbe, qui formait son aile droite, et qui, par
+son activite et son audace extraordinaires, etait le general le plus
+accompli pour la guerre des montagnes, devait partir des environs du
+Saint-Gothard, franchir le Rhin vers ses sources, se jeter dans la
+vallee de l'Inn. Le general Dessoles, avec une division de l'armee
+d'Italie, devait le seconder en se portant de la Valteline dans la
+vallee du Haut-Adige.
+
+Ces habiles dispositions furent executees avec une grande vigueur. Le 16
+ventose (6 mars) le Rhin fut franchi sur tous les points. Les soldats
+jeterent des charrettes dans le fleuve, et passerent dessus comme sur un
+pont. En deux jours, Massena fut maitre de tout le cours du Rhin, depuis
+ses sources jusqu'a son embouchure dans le lac de Constance, et prit
+quinze pieces de canon et cinq mille prisonniers. Lecourbe, de son cote,
+n'executait pas avec moins de bonheur les ordres de son general en chef.
+Il franchit le Rhin superieur, passa de Dissentis a Tusis dans la vallee
+de l'Albula, et, de cette vallee, se jeta hardiment dans celle de l'Inn,
+en traversant les plus hautes montagnes de l'Europe, couvertes encore
+des neiges de l'hiver. Un retard force ayant empeche Dessoles de se
+porter de la Valteline sur le Haut-Adige, Lecourbe se trouvait expose au
+debordement de toutes les forces autrichiennes cantonnees dans le Tyrol.
+En effet, tandis qu'il s'avancait hardiment dans la vallee de l'Inn
+et marchait sur Martinsbruck, Laudon se jeta avec un corps sur ses
+derrieres; mais l'intrepide Lecourbe, revenant sur ses pas, assaillit
+Laudon, l'accabla, lui fit beaucoup de prisonniers, et recommenca sa
+marche dans la vallee de l'Inn.
+
+Ces debuts brillans semblaient faire croire que dans les Alpes comme a
+Naples, les Francais pourraient braver partout un ennemi superieur
+en nombre. Ils confirmerent le directoire dans l'idee qu'il fallait
+persister dans l'offensive, et suppleer au nombre par la hardiesse.
+
+Le directoire envoya a Jourdan la declaration de guerre qu'il avait
+obtenue des conseils[5], avec l'ordre d'attaquer sur-le-champ. Jourdan
+avait debouche par les defiles de la foret Noire, dans le pays compris
+entre le Danube et le lac de Constance. L'angle forme par ce fleuve et
+ce lac va en s'ouvrant toujours davantage, a mesure qu'on avance en
+Allemagne. Jourdan, qui voulait appuyer sa gauche au Danube, et sa
+droite au lac de Constance, pour communiquer avec Massena, etait donc
+oblige, a mesure qu'il s'avancait, d'etendre toujours sa ligne, et de
+l'affaiblir par consequent d'une maniere dangereuse, surtout devant un
+ennemi tres superieur en nombre. Il s'etait d'abord porte jusqu'a Mengen
+d'un cote, et jusqu'a Marckdorf de l'autre. Mais apprenant que l'armee
+du Rhin ne serait pas organisee avant le 10 germinal (30 mars), et
+craignant d'etre tourne par la vallee du Necker, il crut devoir faire
+un mouvement retrograde. Les ordres de son gouvernement et le succes de
+Massena le deciderent a remarcher en avant. Il fit choix d'une bonne
+position entre le lac de Constance et le Danube. Deux torrens, l'Ostrach
+et l'Aach, partant a peu pres du meme point, et se jetant l'un dans le
+Danube, l'autre dans le lac de Constance, forment une meme ligne droite,
+derriere laquelle Jourdan s'etablit. Saint-Cyr, formant sa gauche, etait
+a Mengen; Souham, avec le centre, a Pfullendorf; Ferino, avec la droite,
+a Barendorf.
+
+[Note 5: Cette declaration de guerre fut faite le 22 ventose an VII
+(12 mars).]
+
+D'Haupoult etait place a la reserve. Lefebvre, avec la division
+d'avant-garde, etait a Ostrach. Ce point etait le plus accessible de la
+ligne: place a l'origine des deux torrens, il presentait des marecages
+qu'on pouvait traverser sur une longue chaussee. C'est sur ce point que
+l'archiduc Charles, qui ne voulait point se laisser prevenir, resolut de
+porter son principal effort. Il dirigea deux colonnes a la gauche et
+a la droite des Francais contre Saint-Cyr et Ferino. Mais sa masse
+principale, forte de pres de cinquante mille hommes, fut portee tout
+entiere sur le point d'Ostrach, ou se trouvaient neuf mille Francais au
+plus. Le combat commenca le 2 germinal (22 mars) au matin et fut des
+plus acharnes. Les Francais deployerent a cette premiere rencontre
+une bravoure et une opiniatrete qui exciterent l'admiration du prince
+Charles lui-meme. Jourdan accourut sur ce point; mais l'etendue de sa
+ligne et la nature du pays ne permettaient pas que, par un mouvement
+rapide, il transportat les forces de ses ailes a son centre. Le passage
+fut force, et, apres une resistance honorable, Jourdan se vit oblige de
+battre en retraite. Il se replia entre Singen et Tuttlingen.
+
+Un echec a l'ouverture de la campagne etait facheux; il detruisait ce
+prestige d'audace et d'invincibilite dont les Francais avaient besoin
+pour suppleer au nombre. Cependant l'inferiorite des forces avait rendu
+cet echec presque inevitable. Jourdan ne renonca pas pourtant a prendre
+l'offensive. Sachant que Massena s'avancait au-dela du Rhin, se fiant a
+la cooperation de l'armee du Danube, il se croyait oblige de tenter un
+dernier effort pour soutenir son collegue, et l'appuyer en se portant
+vers le lac de Constance. Il avait un autre motif de se reporter en
+avant: c'etait le desir d'occuper le point de Stokach, ou se croisent
+les routes de Suisse et de Souabe, point qu'il avait eu le tort
+d'abandonner en se retirant entre Singen et Tuttlingen. Il fixa son
+mouvement au 5 germinal (25 mars.)
+
+L'archiduc Charles n'etait pas encore assure de la direction qu'il
+devait donner a ses mouvemens. Il ne savait s'il devait diriger sa
+marche ou sur la Suisse, de maniere a separer Jourdan de Massena, ou
+vers les sources du Danube, de maniere a le separer de sa base du Rhin.
+La direction vers la Suisse lui semblait la plus avantageuse pour les
+deux armees, car les Francais avaient autant d'interet a se lier a
+l'armee d'Helvetie que les Autrichiens en avaient a les en separer. Mais
+il ignorait les projets de Jourdan, et voulait faire une reconnaissance
+pour s'en assurer. Il avait projete cette reconnaissance pour le
+5 germinal (25 mars), le jour meme ou Jourdan de son cote voulait
+l'attaquer.
+
+La nature des lieux rendait la position des deux armees extremement
+compliquee. Le point strategique etait Stokach, ou se croisent les
+routes de Souabe et de Suisse. C'etait la la position que Jourdan
+voulait reprendre, et que l'archiduc voulait garder. La Stokach, petite
+riviere, coule en faisant beaucoup de detours, devant la ville du meme
+nom, et va finir son cours sinueux dans le lac de Constance. C'etait sur
+cette riviere que l'archiduc avait pris position, Il avait sa gauche
+entre Nenzingen et Wahlwies, sur des hauteurs, et derriere l'un des
+circuits de la Stokach; son centre etait place sur un plateau eleve,
+nomme le Nellemberg, et en avant de la Stokach; et sa droite sur le
+prolongement de ce plateau, le long de la chaussee qui va de Stokach a
+Liptingen. Elle se trouvait, comme le centre, en avant de la Stokach.
+L'extremite de cette aile etait couverte par les bois epais qui
+s'etendent sur la route de Liptingen. Il y avait de grands defauts dans
+cette position. Si la gauche avait la Stokach devant elle, le centre et
+la droite l'avaient a dos, et pouvaient y etre precipites par un effort
+de l'ennemi. En outre, toutes les positions de l'armee n'avaient qu'une
+meme issue vers la ville de Stokach, et en cas d'une retraite forcee, la
+gauche, le centre, la droite, seraient venus s'entasser par une seule
+route, et auraient pu amener, en s'y rencontrant, une confusion
+desastreuse. Mais l'archiduc, en voulant couvrir Stokach, ne pouvait pas
+prendre d'autre position, et la necessite etait son excuse. Il n'avait
+a se reprocher que deux veritables fautes: l'une de n'avoir pas fait
+quelques travaux pour mieux garder son centre et sa droite, et l'autre
+d'avoir trop porte de troupes a sa gauche, qui etait suffisamment
+protegee par la riviere. C'est l'extreme desir de conserver le point
+important de Stokach, qui lui fit distribuer ainsi ses troupes. Il avait
+du reste l'avantage d'une immense superiorite numerique.
+
+Jourdan ignorait une partie des dispositions de l'archiduc, car rien
+n'est plus difficile que les reconnaissances, surtout dans un pays aussi
+accidente que celui ou agissaient les deux armees. Il occupait toujours
+l'ouverture de l'angle forme par le Danube et le lac de Constance, de
+Tuttlingen a Steusslingen. Cette ligne etait fort etendue, et la nature
+du pays, qui ne permettait guere une concentration rapide, rendait
+cet inconvenient encore plus grave. Il ordonna au general Ferino, qui
+commandait sa droite vers Steusslingen, de marcher sur Wahlwies, et a
+Souham, qui commandait le centre vers Eigeltingen, de se porter sur
+Nenzingen. Ces deux generaux devaient combiner leurs efforts pour
+emporter la gauche et le centre de l'archiduc, en passant la Stokach et
+en gravissant le Nellemberg. Jourdan se proposait ensuite de faire agir
+sa gauche, son avant-garde et sa reserve sur le point de Liptingen, afin
+de penetrer a travers les bois qui couvraient la droite de l'archiduc,
+et de parvenir a la forcer. Ces dispositions avaient l'avantage de
+diriger la plus grande masse des forces sur l'aile droite de l'archiduc,
+qui etait la plus compromise. Malheureusement toutes les colonnes de
+l'armee avaient des points de depart trop eloignes. Pour agir sur
+Liptingen, l'avant-garde et la reserve partaient d'Emingen-ob-Ek, et
+la gauche de Tuttlingen, a la distance d'une journee de marche. Cet
+isolement etait d'autant plus dangereux, que l'armee francaise, forte de
+trente-six mille hommes environ, etait inferieure d'un tiers au moins a
+l'armee autrichienne.
+
+Le 5 germinal (25 mars) au matin, les deux armees se rencontrerent.
+L'armee francaise marchait a une bataille, celle des Autrichiens a une
+reconnaissance. Les Autrichiens, qui s'etaient ebranles un peu avant
+nous, surprirent nos avant-gardes, mais furent bientot refoules sur tous
+les points par le gros de nos divisions. Ferino a la droite, Souham au
+centre, arriverent a Wahlwies, a Orsingen, a Nenzingen, au bord de la
+Stokach, au pied du Nellemberg, ramenerent les Autrichiens dans leur
+position du matin, et commencerent l'attaque serieuse de cette position.
+Ils avaient a franchir la Stokach et a forcer le Nellemberg. Une longue
+canonnade s'engagea sur toute la ligne.
+
+A notre gauche, le succes etait plus prompt et plus complet.
+L'avant-garde, actuellement commandee par le general Soult, depuis une
+blessure qu'avait recue Lefebvre, repoussa les Autrichiens qui s'etaient
+avances jusqu'a Emingen-ob-Ek, les chassa de Liptingen, les mit en
+deroute dans la plaine, les poursuivit avec une extreme ardeur, et
+parvint a leur enlever les bois. Ces bois etaient ceux memes qui
+couvraient la droite autrichienne; en poursuivant leur mouvement, les
+Francais pouvaient la jeter dans le ravin de la Stokach, et lui causer
+un desastre. Mais il etait clair que cette aile allait etre renforcee
+aux depens du centre et de la gauche, et qu'il fallait agir sur elle
+avec une grande masse de forces. Il fallait donc, comme dans le plan
+primitif, faire converger sur ce meme point l'avant-garde, la reserve
+et la gauche. Malheureusement le general Jourdan, se confiant dans le
+succes trop facile qu'il venait d'obtenir, voulut atteindre un objet
+trop etendu, et au lieu d'amener Saint-Cyr a lui, il prescrivit a ce
+general de faire un long circuit, pour envelopper les Autrichiens et
+leur couper la retraite. C'etait trop se hater de recueillir les fruits
+de la victoire, quand la victoire n'etait pas remportee. Le general
+Jourdan ne garda sur le point decisif que la division d'avant-garde et
+la reserve confiee a d'Haupoult.
+
+Pendant ce temps, la droite des Autrichiens, voyant les bois qui la
+couvraient forces par l'ennemi, fit volte-face, et disputa avec une
+extreme opiniatrete la chaussee de Liptingen a Stokach, qui traverse ces
+bois. On se battait avec acharnement, lorsque l'archiduc accourut en
+toute hate. Jugeant le danger avec un coup d'oeil sur, il retira les
+grenadiers et les cuirassiers du centre et de la gauche pour les
+transporter a sa droite. Ne s'effrayant pas du mouvement de Saint-Cyr
+sur ses derrieres, il sentit que Jourdan repousse, Saint-Cyr n'en serait
+que plus compromis, et il resolut de se borner a un effort decisif vers
+le point actuellement menace.
+
+On se disputait les bois avec un acharnement extraordinaire. Les
+Francais, tres inferieurs en nombre, resistaient avec un courage que
+l'archiduc appelle admirable; mais le prince chargea lui-meme avec
+quelques bataillons sur la chaussee de Liptingen, et fit lacher prise
+aux Francais. Ceux-ci perdirent les bois, et se trouverent enfin dans
+la plaine decouverte de Liptingen, d'ou ils etaient partis. Jourdan fit
+demander du secours a Saint-Cyr, mais il n'etait plus temps. Il lui
+restait sa reserve, et il resolut de faire executer une charge de
+cavalerie pour reprendre les avantages perdus. Il lanca quatre regimens
+de cavalerie a la fois. Cette charge, arretee par une autre charge que
+firent a propos les cuirassiers de l'archiduc, ne fut pas heureuse. Une
+confusion horrible se mit alors dans la plaine de Liptingen. Apres avoir
+fait des prodiges de bravoure, les Francais se debanderent. Le general
+Jourdan fit des efforts heroiques pour arreter les fuyards; il fut
+emporte lui-meme. Cependant les Autrichiens, epuises de ce long combat,
+n'oserent pas nous poursuivre.
+
+La journee fut des lors finie. Ferino et Souham s'etaient maintenus,
+mais n'avaient force ni le centre ni la gauche des Autrichiens.
+Saint-Cyr courait sur leurs derrieres. On ne pouvait pas dire que la
+bataille fut perdue: les Francais, inferieurs du tiers, avaient conserve
+partout le champ de bataille, et deploye une rare bravoure; mais avec
+leur inferiorite numerique, et l'isolement de leurs differens corps,
+n'avoir pas vaincu, c'etait etre battu. Il fallait sur-le-champ
+rappeler Saint-Cyr, tres compromis, rallier l'avant-garde et la reserve
+maltraitees, ramener le centre et la droite. Jourdan donna sur-le-champ
+des ordres en consequence, et prescrivit a Saint-Cyr de se replier le
+plus promptement possible. La position de ce dernier etait devenue tres
+perilleuse; mais il opera sa retraite avec l'aplomb qui l'a toujours
+signale, et il regagna le Danube sans accident. La perte avait ete a peu
+pres egale des deux cotes, en tues, blesses ou prisonniers. Elle etait
+de quatre a cinq mille hommes environ.
+
+Apres cette journee malheureuse, les Francais ne pouvaient plus tenir la
+campagne, et ils devaient chercher un abri derriere une ligne puissante.
+Devaient-ils se retirer en Suisse ou sur le Rhin? Il etait evident qu'en
+se retirant en Suisse, ils combinaient leurs efforts avec l'armee
+de Massena, et pouvaient par cette reunion reprendre une attitude
+imposante. Malheureusement le general Jourdan ne crut pas devoir en
+agir ainsi; il craignait pour la ligne du Rhin, sur laquelle Bernadotte
+n'avait reuni encore que sept a huit mille hommes, et il resolut de
+se replier a l'entree des defiles de la foret Noire. Il prit la une
+position qu'il croyait forte, et laissant le commandement a son chef
+d'etat-major Ernould, il partit pour Paris, afin d'aller se plaindre
+de l'etat d'inferiorite dans lequel on avait laisse son armee. Les
+resultats parlaient beaucoup plus haut que toutes les plaintes du monde,
+et il valait bien mieux qu'il restat a son armee que d'aller se plaindre
+a Paris.
+
+Tres heureusement le conseil aulique imposait a l'archiduc une faute
+grave, qui reparait en partie les notres. Si l'archiduc, poussant ses
+avantages, eut poursuivi sans relache notre armee vaincue, il aurait pu
+la mettre dans un desordre complet, et peut-etre meme la detruire. Il
+aurait ete temps alors de revenir vers la Suisse pour assaillir Massena,
+prive de tout secours, reduit a ses trente mille hommes, et engage dans
+les hautes vallees des Alpes. Il n'eut pas ete impossible de lui couper
+la route de France. Mais le conseil aulique defendit a l'archiduc
+de pousser vers le Rhin avant que la Suisse fut evacuee: c'etait la
+consequence du principe, que la cle du theatre de la guerre etait dans
+les montagnes.
+
+Pendant que ces evenemens se passaient en Souabe, la guerre se
+poursuivait dans les Hautes-Alpes. Massena agissant vers les sources du
+Rhin, Lecourbe vers celles de l'Inn, Dessoles vers celles de l'Adige,
+avaient eu des succes balances. Il y avait au-dela du Rhin, un peu
+au-dessus du point ou il se jette dans le lac de Constance, une position
+qu'il etait urgent d'emporter, c'etait celle de Feldkirch. Massena y
+avait mis toute son opiniatrete, mais il y avait perdu plus de deux
+mille hommes sans resultat. Lecourbe a Taufers, Dessoles a Nauders,
+avaient livre des combats brillans, qui leur avaient valu a chacun trois
+ou quatre mille prisonniers, et qui avaient amplement compense l'echec
+de Feldkirch. Ainsi les Francais, par leur vivacite et leur audace,
+conservaient la superiorite dans les Alpes.
+
+Les operations commencaient en Italie, le lendemain meme de la bataille
+de Stokach. Les Francais avaient recu environ trente mille conscrits, ce
+qui portait la masse de leurs forces en Italie a cent seize mille hommes
+a peu pres. Ils etaient distribues ainsi qu'il suit: trente mille hommes
+de vieilles troupes gardaient, sous Macdonald, Rome et Naples. Les
+trente mille jeunes soldats etaient dans les places. Il restait
+cinquante-six mille hommes sous Scherer. De ces cinquante-six mille
+hommes, il en avait ete detache cinq mille sous le general Gauthier pour
+occuper la Toscane, et cinq mille sous le general Dessoles pour agir
+dans la Valteline. C'etaient donc quarante-six mille hommes qui
+restaient a Scherer pour se battre sur l'Adige, point essentiel, ou il
+aurait fallu porter toute la masse de nos forces. Outre l'inconvenient
+du petit nombre d'hommes sur ce point decisif, il en etait un autre
+qui ne fut pas moins fatal aux Francais. Le general n'inspirait aucune
+confiance, il n'avait pas assez de jeunesse, comme nous l'avons dit; il
+s'etait d'ailleurs depopularise pendant son ministere. Il le sentait
+lui-meme, et il n'avait pris le commandement qu'a regret. Il allait
+pendant la nuit ecouter les propos des soldats sous leurs tentes, et
+recueillir de ses propres oreilles les preuves de son impopularite.
+C'etaient la des circonstances bien defavorables, au debut d'une
+campagne grande et difficile.
+
+Les Autrichiens devaient etre commandes par Melas et Suwarow. En
+attendant, ils obeissaient au baron de Kray, l'un des meilleurs
+generaux de l'empereur. Avant meme l'arrivee des Russes, ils comptaient
+quatre-vingt-cinq mille hommes dans la Haute-Italie. Soixante mille, a
+peu pres, etaient deja sur l'Adige. Dans les deux armees l'ordre avait
+ete donne de prendre l'offensive. Les Autrichiens devaient deboucher de
+Verone, longer le pied des montagnes, et s'avancer au-dela du fleuve, en
+masquant toutes les places. Ce mouvement avait pour but d'appuyer celui
+de l'armee du Tyrol dans les montagnes.
+
+Scherer n'avait recu d'autre injonction que de franchir l'Adige. La
+commission etait difficile, car les Autrichiens avaient tout l'avantage
+de cette ligne. Elle doit etre assez connue par la campagne de 1796.
+Verone et Legnago, qui la commandent, appartenaient aux Autrichiens.
+Jeter un pont sur quelque point que ce fut, etait tres dangereux, car
+les Autrichiens, ayant Verone et Legnago, pouvaient deboucher sur le
+flanc de l'armee, occupee a tenter un passage. Le plus sur, si on
+n'avait pas eu l'ordre de prendre l'offensive, eut ete de laisser
+deboucher l'ennemi au-dela de Verone, de l'attendre sur un terrain qu'on
+aurait eu le temps de choisir, de lui livrer bataille, et de profiter
+des resultats de la victoire pour passer l'Adige a sa suite.
+
+Scherer, oblige de prendre l'initiative, hesita sur le meilleur parti
+a adopter, et se decida enfin pour une attaque vers sa gauche. On se
+souvient sans doute de la position de Rivoli, dans les montagnes, a
+l'entree du Tyrol, et fort au-dessus de Verone. Les Autrichiens en
+avaient retranche toutes les approches, et forme un camp a Pastrengo.
+Scherer resolut de leur enlever d'abord ce camp, et de les rejeter de
+ce cote au-dela de l'Adige. Les trois divisions Serrurier, Delmas et
+Grenier, furent destinees a cet objet. Moreau, devenu simple general de
+division sous Scherer, devait, avec les deux divisions Hatry et Victor,
+inquieter Verone. Le general Montrichard, avec une division, devait
+faire une demonstration sur Legnago. Cette distribution de forces
+annoncait l'incertitude et les tatonnemens du general en chef.
+
+L'attaque eut lieu le 6 germinal (26 mars), lendemain de la bataille de
+Stokach. Les trois divisions chargees d'assaillir par plusieurs points
+le camp de Pastrengo, l'enleverent avec une valeur digne de l'ancienne
+armee d'Italie, et s'emparerent de Rivoli. Elles prirent quinze cents
+prisonniers aux Autrichiens et beaucoup de canons. Ceux-ci repasserent
+l'Adige a la hate sur un pont qu'ils avaient jete a Polo, et qu'ils
+eurent le temps de detruire. Au centre, sous Verone, on se battit pour
+les villages places en avant de la ville. Kaim mit a les defendre et a
+les reprendre une opiniatrete inutile. Celui de San-Massimo fut pris
+et repris jusqu'a sept fois. Moreau, non moins opiniatre que son
+adversaire, ne lui laissa prendre aucun avantage, et le resserra dans
+Verone. Montrichard en faisant une demonstration inutile sur Legnago,
+courut de veritables dangers. Kray, trompe par de faux renseignemens,
+s'etait imagine que les Francais allaient porter leur principal effort
+sur le Bas-Adige; il y avait dirige une grande partie de ses forces, et
+en debouchant de Legnago il mit Montrichard dans le plus grand peril.
+Heureusement celui-ci se couvrit des accidens du terrain, et se replia
+sagement sur Moreau.
+
+La journee avait ete sanglante, et tout a l'avantage des Francais, a la
+gauche et au centre. On pouvait evaluer la perte des Francais en tues,
+blesses et prisonniers, a quatre mille, et celle des Autrichiens a huit
+mille au moins. Cependant, malgre l'avantage que les Francais avaient
+eu, ils n'avaient obtenu que des resultats peu importans. A Verone, ils
+n'avaient fait que resserrer les Autrichiens; au-dessus de Verone, ils
+les avaient rejetes, il est vrai, au-dela de l'Adige, et avaient acquis
+le moyen de le passer a leur suite en retablissant le pont de Polo; mais
+malheureusement il etait peu important de franchir l'Adige sur ce point.
+On doit se souvenir que la route qui longe exterieurement ce fleuve
+vient traverser Verone, et qu'il n'y a pas d'autre issue pour deboucher
+dans la plaine. Ce n'etait donc pas tout que de franchir l'Adige a Polo;
+on se trouvait, apres l'avoir franchi, en face de Verone, dans la meme
+position que Moreau au centre, et il fallait enlever la place. Si, dans
+la journee meme, on eut profite du desordre dans lequel l'attaque du
+camp de Pastrengo avait jete les Autrichiens, et qu'on se fut hate de
+retablir le pont de Polo, peut-etre aurait-on pu entrer dans la place
+a la suite des fuyards, surtout a la faveur du combat opiniatre que
+Moreau, de l'autre cote de l'Adige, livrait au general Kaim.
+
+Malheureusement, rien de tout cela n'avait ete fait. Cependant on
+pouvait reparer cette faute en agissant vivement le lendemain, et en
+transportant la masse des forces devant Verone et au-dessus, vers le
+pont de Polo. Mais Scherer hesita trois jours de suite sur le parti
+qu'il avait a prendre. Il faisait chercher une route au-dela de l'Adige,
+qui permit d'eviter Verone. L'armee etait indignee de cette hesitation,
+et se plaignait hautement de ce qu'on ne profitait pas des avantages
+remportes dans la journee du 6 (26). Enfin le 9 germinal (29 mars), on
+tint un conseil de guerre, et Scherer se decida a agir. Il forma le
+projet singulier de jeter la division Serrurier au-dela de l'Adige par
+le pont de Polo, et de porter la masse de son armee entre Verone et
+Legnago, pour y tenter le passage du fleuve. Pour operer le transport de
+ses forces, il porta deux divisions de sa gauche a sa droite, les fit
+passer derriere son centre, et les exposa a des fatigues inutiles, par
+des chemins mauvais, entierement ruines par les pluies.
+
+Le 10 germinal (30 mars), le nouveau plan fut mis a execution.
+Serrurier, avec sa division forte de six mille hommes, franchit seul
+l'Adige a Polo, tandis que le gros de l'armee se transportait plus bas,
+entre Verone et Legnago. Le sort de la division Serrurier etait facile a
+prevoir. Engagee, apres avoir franchi l'Adige, sur une route qui etait
+fermee par Verone, et qui formait ainsi une espece de cul-de-sac, elle
+courait de grands hasards. Kray, jugeant tres bien sa situation, dirigea
+contre elle une masse de forces trois fois superieure, et la ramena
+vivement sur le pont de Polo. La confusion se mit dans ses rangs, le
+fleuve ne fut repasse qu'en desordre. Des detachemens furent obliges de
+se faire jour, et quinze cents hommes resterent prisonniers. Scherer,
+en apprenant cet echec, qui etait inevitable, se contenta de ramener la
+division battue, et de la rapprocher du Bas-Adige, ou il avait concentre
+maintenant la plus grande partie de ses forces.
+
+On passa plusieurs jours encore a tatonner de part et d'autre. Enfin
+Kray prit une determination, et resolut, tandis que Scherer se portait
+sur le Bas-Adige, de deboucher en masse de Verone, de se porter dans
+le flanc de Scherer, et de l'acculer entre le Bas-Adige et la mer. La
+direction etait bonne; mais heureusement un ordre intercepte instruisit
+Moreau du plan de Kray; il en informa sur-le-champ le general en chef,
+et le pressa de faire remonter ses divisions, pour faire front du cote
+de Verone, par ou l'ennemi allait deboucher.
+
+C'est en executant ce mouvement, que les deux armees se rencontrerent,
+le 16 germinal (5 avril), aux environs de Magnano. Les divisions Victor
+et Grenier, formant la droite vers l'Adige, remonterent le fleuve
+par San-Giovanni et Tomba, afin de se porter jusqu'a Verone. Elles
+accablerent la division Mercantin, qui leur etait opposee, et
+detruisirent en entier le regiment de Wartensleben: ces deux divisions
+arriverent ainsi presque a la hauteur de Verone, et furent en mesure de
+remplir leur objet, qui etait de couper de cette ville tout ce que Kray
+en aurait fait sortir. La division Delmas, qui devait se porter au
+centre, vers Butta-Preda et Magnano, se trouva en retard, et laissa a
+la division autrichienne de Kaim la faculte de s'avancer jusqu'a
+Butta-Preda, et de former ainsi un saillant vers le milieu de notre
+ligne. Mais Moreau a la gauche, avec les divisions Serrurier, Hatry et
+Montrichard, s'avancait victorieusement. Il avait ordonne a la division
+Montrichard de changer de front, pour faire face a Butta-Preda, vers le
+point ou l'ennemi avait fait une pointe, et il marchait avec ses deux
+autres divisions vers Dazano. Delmas, arrive enfin a Butta-Preda,
+couvrait notre centre, et dans ce moment la victoire semblait se
+declarer pour nous, car notre droite, completement victorieuse du cote
+de l'Adige, allait couper aux Autrichiens la retraite sur Verone.
+
+Mais Kray jugeant que le point essentiel etait a notre droite, et qu'il
+fallait renoncer au succes sur tous les autres points, pour l'emporter
+sur celui-la, y dirigea la plus grande masse de ses forces. Il avait un
+avantage sur Scherer, c'etait le rapprochement de ses divisions, qui lui
+permettait de les deplacer plus facilement. Les divisions francaises, au
+contraire, etaient fort eloignees les unes des autres, et combattaient
+sur un terrain coupe de nombreux enclos. Kray tomba a l'improviste avec
+toute sa reserve sur la division Grenier. Victor voulut venir au secours
+de celui-ci, mais il fut charge lui-meme par les regimens de Nadasty et
+de Reisky. Kray ne se contenta pas de ce premier avantage. Il avait fait
+rallier sur les derrieres la division Mercantin, battue le matin; il la
+lanca de nouveau sur les deux divisions Grenier et Victor, et decida
+ainsi leur defaite. Ces deux divisions, malgre une vive resistance,
+furent obligees d'abandonner le champ de bataille. La droite etant
+en deroute, notre centre se trouva menace. Kray ne manqua pas de s'y
+porter; mais Moreau s'y trouvait, et il empecha Kray de poursuivre son
+avantage.
+
+La bataille etait evidemment perdue, et il fallait songer a la retraite.
+La perte avait ete grande des deux cotes. Les Autrichiens avaient eu
+trois mille morts ou blesses, et deux mille prisonniers. Les francais
+avaient eu un nombre egal de morts et de blesses, mais ils avaient
+perdu quatre mille prisonniers. C'est la que fut blesse mortellement le
+general Pigeon, qui pendant la premiere campagne d'Italie avait deploye
+aux avant-gardes tant de talent et d'intrepidite.
+
+Moreau conseillait de coucher sur le champ de bataille, pour eviter le
+desordre d'une retraite de nuit, mais Scherer voulut se replier le
+soir meme. Le lendemain, il se retira derriere la Molinella, et le
+surlendemain, 18 germinal (7 avril), sur le Mincio. Appuye sur Peschiera
+d'un cote, sur Mantoue de l'autre, il pouvait opposer une resistance
+vigoureuse, rappeler Macdonald du fond de la Peninsule, et, par cette
+concentration de forces, regagner la superiorite perdue dans la journee
+de Magnano. Mais le malheureux Scherer avait entierement perdu la tete.
+Ses soldats etaient plus mal disposes que jamais. Maitres depuis trois
+ans de l'Italie, ils etaient indignes de se la voir arracher, et ils
+n'imputaient leurs revers qu'a l'imperitie de leur general. Il est
+certain que, pour eux, ils avaient fait leur devoir aussi bien que dans
+les plus beaux jours de leur gloire. Les reproches de son armee avaient
+ebranle Scherer autant que sa defaite. Ne croyant pas pouvoir tenir sur
+le Mincio, il se retira sur l'Oglio, puis sur l'Adda, ou il se porta le
+12 avril. On ne savait ou s'arreterait ce mouvement retrograde.
+
+La campagne etait a peine ouverte depuis un mois et demi, et deja nous
+etions en retraite sur tous les points. Le chef d'etat-major Ernould,
+que Jourdan avait laisse avec l'armee du Danube a l'entree des defiles
+de la foret Noire, avait pris peur en apprenant une incursion de
+quelques troupes legeres sur l'un de ses flancs, et s'etait retire en
+desordre sur le Rhin. Ainsi, en Allemagne comme en Italie, nos armees,
+aussi braves que jamais, perdaient cependant leurs conquetes, et
+rentraient battues sur la frontiere. Ce n'est qu'en Suisse que nous
+avions conserve l'avantage. La, Massena se maintenait avec toute la
+tenacite de son caractere; et, sauf la tentative infructueuse sur
+Feldkirch, il avait toujours ete vainqueur. Mais, etabli sur le saillant
+que forme la Suisse entre l'Allemagne et l'Italie, il etait place entre
+deux armees victorieuses, et il devenait indispensable qu'il se retirat.
+Il venait en effet d'en donner l'ordre a Lecourbe, et il se repliait
+dans l'interieur de la Suisse, mais avec ordre, et en gardant l'attitude
+la plus imposante.
+
+Nos armes etaient humiliees, et nos ministres allaient devenir a
+l'etranger les victimes du plus odieux et du plus atroce attentat. La
+guerre etant declaree a l'empereur, et non a l'empire germanique, le
+congres de Rastadt etait reste assemble. On etait pres de s'entendre sur
+la derniere difficulte, celle des dettes; mais les deux tiers des etats
+avaient deja rappele leurs deputes. C'etait un effet de l'influence de
+l'Autriche, qui ne voulait pas qu'on fit la paix. Il ne restait plus au
+congres que quelques deputes de l'Allemagne, et la retraite de l'armee
+du Danube ayant ouvert le pays, on deliberait au milieu des troupes
+autrichiennes. Le cabinet de Vienne concut alors un projet infame,
+et qui jeta un long deshonneur sur sa politique. Il avait fort a se
+plaindre de la fierte et de la vigueur que nos ministres avaient
+deployees a Rastadt. Il leur imputait une divulgation qui l'avait
+singulierement compromis aux yeux du corps germanique, c'etait celle des
+articles secrets convenus avec Bonaparte pour l'occupation de Mayence.
+Ces articles secrets prouvaient que, pour avoir Palma-Nova dans le
+Frioul, le cabinet autrichien avait livre Mayence, et trahi d'une
+maniere indigne les interets de l'Empire. Ce cabinet etait fort irrite,
+et voulait tirer vengeance de nos ministres. Il voulait de plus se
+saisir de leurs papiers, pour connaitre quels etaient ceux des princes
+germaniques qui, dans le moment, traitaient individuellement avec la
+republique francaise. Il concut donc la pensee de faire arreter nos
+ministres, a leur retour en France, pour les depouiller, les outrager,
+peut-etre meme les assassiner. On n'a jamais su cependant si l'ordre de
+les assassiner avait ete donne d'une maniere positive.
+
+Deja nos ministres avaient quelque defiance, et sans craindre un
+attentat sur leurs personnes, ils craignaient du moins pour leur
+correspondance. En effet, elle fut interrompue le 30 germinal, par
+l'enlevement des pontonniers qui servaient a la passer. Nos ministres
+reclamerent; la deputation de l'Empire reclama aussi, et demanda si le
+congres pouvait se croire en surete. L'officier autrichien auquel on
+s'adressa ne fit aucune reponse tranquillisante. Alors nos ministres
+declarerent qu'ils partiraient sous trois jours, c'est-a-dire le
+9 floreal (28 avril), pour Strasbourg, et ils ajouterent qu'ils
+demeureraient dans cette ville, prets a renouer les negociations des
+qu'on en temoignerait le desir. Le 7 floreal un courrier de la legation
+fut arrete. De nouvelles reclamations furent faites par tout le congres,
+et il fut demande expressement s'il y avait surete pour les ministres
+francais. Le colonel autrichien qui commandait les hussards de
+Szecklers, cantonnes pres de Rastadt, repondit que les ministres
+francais n'avaient qu'a partir sous vingt-quatre heures. On lui demanda
+une escorte pour eux, mais il la refusa, et assura que leurs personnes
+seraient respectees. Nos trois ministres, Jean Debry, Bonnier et
+Roberjeot, partirent le 9 floreal (28 avril), a neuf heures du soir. Ils
+occupaient trois voitures avec leurs familles. Apres eux venaient la
+legation ligurienne et les secretaires d'ambassade. D'abord on fit
+des difficultes de les laisser sortir de Rastadt; mais enfin tous les
+obstacles furent leves, et ils partirent. La nuit etait tres sombre. A
+peine etaient-ils a cinquante pas de Rastadt, qu'une troupe de hussards
+de Szecklers fondit sur eux le sabre a la main, et arreta les voitures.
+Celle de Jean Debry etait la premiere. Les hussards ouvrirent violemment
+la portiere, et lui demanderent, en un jargon a demi barbare, s'il etait
+Jean Debry. Sur sa reponse affirmative, ils le saisirent a la gorge,
+l'arracherent de sa voiture, et, aux yeux de sa femme et de ses enfans,
+le frapperent de coups de sabre. Le croyant mort, ils passerent aux
+autres voitures, et egorgerent Roberjeot et Bonnier dans les bras de
+leurs familles. Les membres de la legation ligurienne et les secretaires
+d'ambassade eurent le temps de se sauver. Les brigands charges de
+cette execution pillerent ensuite les voitures, et enleverent tous les
+papiers.
+
+Jean Debry n'avait pas recu de coup mortel. La fraicheur de la nuit lui
+rendit l'usage de ses sens, et il se traina tout sanglant a Rastadt.
+Quand cet attentat fut connu, il excita l'indignation des habitans
+et des membres du congres. La loyaute allemande fut revoltee d'une
+violation du droit des gens, inouie chez des nations civilisees, et qui
+n'etait concevable que d'un cabinet a demi barbare. Les membres de la
+deputation restes au congres prodiguerent a Jean Debry, et aux familles
+des ministres assassines, les soins les plus empresses. Ils se reunirent
+ensuite pour rediger une declaration, dans laquelle ils denoncaient au
+monde l'attentat qui venait d'etre commis, et repoussaient tout soupcon
+de complicite avec l'Autriche. Ce crime, connu sur-le-champ de toute
+l'Europe, excita une indignation universelle. L'archiduc Charles ecrivit
+a Massena une lettre pour annoncer qu'il allait faire poursuivre
+le colonel des hussards de Szecklers; mais cette lettre froide et
+contrainte, qui prouvait l'embarras du prince, n'etait pas digne de
+lui et de son caractere. L'Autriche ne repondit pas, et ne pouvait pas
+repondre, aux accusations dirigees contre elle.
+
+Ainsi, la guerre etait implacable entre les deux systemes qui
+partageaient le monde. Les ministres republicains, mal recus d'abord,
+puis outrages pendant une annee de paix, venaient enfin d'etre
+assassines indignement, et avec autant de ferocite qu'on aurait pu le
+faire entre nations barbares. Le droit des gens, observe entre les
+ennemis les plus acharnes, n'etait viole que pour eux.
+
+Les revers si peu attendus qui signalerent le debut de la campagne,
+l'attentat de Rastadt, produisirent l'impression la plus funeste au
+directoire. Des le moment meme de la declaration de guerre, les deux
+oppositions commencaient a perdre toute mesure: elles n'en garderent
+plus aucune quand elles virent nos armees battues et nos ministres
+assassines. Les patriotes, repousses par le systeme des scissions, les
+militaires, dont on avait voulu reprimer la licence, les royalistes, se
+cachant derriere ces mecontens de differente espece, tous s'armerent
+a la fois des derniers evenemens pour accuser le directoire. Ils lui
+adressaient les reproches les plus injustes et les plus multiplies. Les
+armees, disaient-ils, avaient ete entierement abandonnees. Le directoire
+avait laisse leurs rangs s'eclaircir par la desertion, et n'avait mis
+aucune activite a les remplir au moyen de la conscription nouvelle. Il
+avait retenu dans l'interieur un grand nombre de vieux bataillons, qui,
+au lieu d'etre envoyes sur la frontiere, etaient employes a gener la
+liberte des elections; et a ces armees ainsi reduites a un nombre si
+disproportionne avec celui des armees ennemies, le directoire n'avait
+fourni ni magasins, ni vivres, ni effets d'equipement, ni moyens de
+transport, ni chevaux de remonte. Il les avait livrees a la rapacite des
+administrations, qui avaient devore inutilement un revenu de six cents
+millions. Enfin il avait fait, pour les commander, les plus mauvais
+choix. Championnet, le vainqueur de Naples, etait dans les fers, pour
+avoir voulu reprimer la rapacite des agens du gouvernement. Moreau etait
+reduit au role de simple general de division. Joubert, le vainqueur du
+Tyrol, Augereau, l'un des heros d'Italie, etaient sans commandement.
+Scherer, au contraire, qui avait prepare toutes les defaites par son
+administration, Scherer avait le commandement de l'armee d'Italie, parce
+qu'il etait compatriote et ami de Rewbell. On ne s'en tenait pas la.
+Il y avait d'autres noms qu'on rappelait avec amertume. L'illustre
+Bonaparte, ses illustres lieutenans, Kleber, Desaix, leurs quarante
+mille compagnons d'armes, vainqueurs de l'Autriche, ou etaient-ils?...
+En Egypte, sur une terre lointaine, ou ils allaient perir par
+l'imprudence du gouvernement, ou peut-etre par sa mechancete. Cette
+entreprise, si admiree naguere, on commencait a dire maintenant que
+c'etait le directoire qui l'avait imaginee pour se defaire d'un guerrier
+celebre qui lui faisait ombrage.
+
+On remontait plus haut encore: on reprochait au gouvernement la guerre
+elle-meme; on lui imputait de l'avoir provoquee par ses imprudences a
+l'egard des puissances. Il avait envahi la Suisse, renverse le pape et
+la cour de Naples, pousse ainsi l'Autriche a bout, et tout cela sans
+etre prepare a entrer en lutte. En envahissant l'Egypte, il avait decide
+la Porte a une rupture. En decidant la Porte, il avait delivre la Russie
+de toute crainte pour ses derrieres, et lui avait permis d'envoyer
+soixante mille hommes en Allemagne. Enfin, la fureur etait si grande,
+qu'on allait jusqu'a dire que le directoire etait l'auteur secret de
+l'assassinat de Rastadt. C'etait, disait-on, un moyen imagine pour
+soulever l'opinion contre les ennemis, et demander de nouvelles
+ressources au corps legislatif.
+
+Ces reproches etaient repetes partout, a la tribune, dans les journaux,
+dans les lieux publics. Jourdan etait accouru a Paris pour se plaindre
+du gouvernement et pour lui imputer tous ses revers. Ceux des generaux
+qui n'etaient pas venus, avaient ecrit pour exposer leurs griefs.
+C'etait un dechainement universel, et qui serait incomprehensible si on
+ne connaissait les fureurs et surtout les contradictions des partis.
+
+Pour peu qu'on se souvienne des faits, on peut repondre a tous ces
+reproches. Le directoire n'avait pas laisse eclaircir les rangs des
+armees, car il n'avait donne que douze mille conges; mais il lui avait
+ete impossible d'empecher les desertions en temps de paix. Il n'y a pas
+de gouvernement au monde qui eut reussi a les empecher. Le directoire
+s'etait meme fait accuser de tyrannie en voulant obliger beaucoup de
+soldats a rejoindre. Il y avait, en effet, quelque durete a ramener sous
+les drapeaux des hommes qui avaient deja verse leur sang pendant six
+annees. La conscription n'etait decretee que depuis cinq mois, et il
+n'avait pas eu le moyen, en aussi peu de temps, d'organiser ce systeme
+de recrutement; et surtout d'equiper, d'instruire les conscrits, de les
+former en bataillons de campagne, et de les faire arriver en Hollande,
+en Allemagne, en Suisse, en Italie. Il avait retenu quelques vieux
+bataillons, parce qu'ils etaient indispensables pour maintenir le repos
+pendant les elections, et parce que l'on ne pouvait confier ce soin a de
+jeunes soldats, dont l'esprit n'etait pas forme, et l'attachement a
+la republique pas assez decide. Une raison importante avait de plus
+justifie cette precaution: c'etait la Vendee, travaillee encore par
+les emissaires de l'etranger, et la Hollande, menacee par les flottes
+anglo-russes.
+
+Quant au desordre de l'administration, les torts du directoire n'etaient
+pas plus reels. Il y avait eu des dilapidations sans doute, mais presque
+toutes au profit de ceux memes qui s'en plaignaient, et malgre les
+plus grands efforts du directoire. Il y avait eu dilapidation de trois
+manieres: en pillant les pays conquis; en comptant a l'etat la solde des
+militaires qui avaient deserte; enfin, en faisant avec les compagnies
+des marches desavantageux. Or, toutes ces dilapidations, c'etaient les
+generaux et les etats-majors qui les avaient commises et qui en avaient
+profite. Ils avaient pille les pays conquis, fait le profit sur la
+solde et partage les profits des compagnies. On a vu que celles-ci
+abandonnaient quelquefois jusqu'a quarante pour cent sur leurs
+benefices, afin d'obtenir la protection des etats-majors. Scherer, vers
+la fin de son ministere, s'etait brouille avec ses compagnons d'armes
+pour avoir essaye de reprimer tous ces desordre. Le directoire s'etait
+efforce, pour y mettre un terme, de nommer des commissions independantes
+des etats-majors, et on a vu comment Championnet les avait accueillies
+a Naples. Les marches desavantageux faits avec les compagnies, avaient
+encore une autre cause, la situation des finances. On ne donnait aux
+fournisseurs que des promesses, et alors ils se dedommageaient sur le
+prix, de l'incertitude du paiement. Les credits ouverts cette
+annee s'elevaient a 600 millions d'ordinaire, et a 125 millions
+d'extraordinaire. Sur cette somme, le ministre avait deja ordonnance 400
+millions pour depenses consommees. Il n'en etait pas rentre encore 210;
+on avait fourni les 190 de surplus en delegations.
+
+Il n'y avait donc rien d'imputable au directoire, quant aux
+dilapidations. Le choix des generaux, excepte pour un seul, ne devait
+pas lui etre reproche. Championnet, apres sa conduite a l'egard des
+commissaires envoyes a Naples, ne pouvait pas conserver le commandement.
+Macdonald le valait au moins, et etait connu par une probite severe.
+Joubert, Bernadotte, n'avaient pas voulu du commandement de l'armee
+d'Italie. Ils avaient designe eux-memes Scherer. C'est Barras qui avait
+repousse Moreau, c'est lui seul encore qui avait voulu la nomination de
+Scherer. Quant a Augereau, sa turbulence demagogique etait une raison
+fondee de lui refuser un commandement, et du reste, malgre ses qualites
+incontestables, il etait au-dessous du commandement en chef. Quant a
+l'expedition d'Egypte, on a vu si le directoire en etait coupable, et
+s'il est vrai qu'il eut voulu deporter Bonaparte, Kleber, Desaix et
+leurs quarante mille compagnons d'armes. Larevelliere-Lepaux
+s'etait brouille avec le heros d'Italie pour sa fermete a combattre
+l'expedition.
+
+La provocation a la guerre n'etait pas plus le fait du directoire
+que tous les autres malheurs. On a pu voir que l'incompatibilite des
+passions dechainees en Europe avait seule provoque la guerre. Il n'en
+fallait faire un reproche a personne; mais, dans tous les cas, ce
+n'etaient certainement pas les patriotes et les militaires qui avaient
+droit d'accuser le directoire. Qu'eussent dit les patriotes si on n'eut
+pas soutenu les Vaudois, puni le gouvernement papal, renverse le roi
+de Naples, force celui de Piemont a l'abdication? N'etaient-ce pas
+les militaires qui, a l'armee d'Italie, avaient toujours pousse a
+l'occupation de nouveaux pays? La nouvelle de la guerre les avait
+enchantes tous. N'etaient-ce pas d'ailleurs Bernadotte a Vienne, un
+frere de Bonaparte a Rome, qui avaient commis des imprudences, s'il y en
+avait eu de commises? Ce n'etait pas la determination de la Porte qui
+avait entraine celle de la Russie; mais la chose eut-elle ete vraie,
+c'etait l'auteur de l'expedition d'Egypte qui pouvait seul en meriter le
+reproche.
+
+Rien n'etait donc plus absurde que la masse des accusations accumulees
+contre le directoire. Il ne meritait qu'un reproche, c'etait d'avoir
+trop partage la confiance excessive que les patriotes et les militaires
+avaient dans la puissance de la republique. Il avait partage les
+passions revolutionnaires et s'etait livre a leur entrainement. Il avait
+cru qu'il suffisait, pour le debut de la guerre, de cent soixante-dix
+mille hommes; que l'offensive deciderait de tout, etc. Quant a ses
+plans, ils etaient mauvais, mais pas plus mauvais que ceux de Carnot
+en 1796, pas plus mauvais que ceux du conseil aulique, et calques
+d'ailleurs en partie sur un projet du general Jourdan. Un seul homme en
+pouvait faire de meilleurs, comme nous l'avons dit, et ce n'etait pas la
+faute du directoire si cet homme n'etait pas en Europe.
+
+Du reste, c'est dans un interet d'equite que l'histoire doit relever
+l'injustice de ces reproches; mais tant pis pour un gouvernement quand
+on lui impute tout a crime. L'une des qualites indispensables d'un
+gouvernement, c'est d'avoir cette bonne renommee qui repousse
+l'injustice. Quand il l'a perdue et qu'on lui impute les torts des
+autres, et ceux meme de la fortune, il n'a plus la faculte de gouverner,
+et cette impuissance doit le condamner a se retirer. Combien de
+gouvernemens ne s'etaient-ils pas uses depuis le commencement de la
+revolution! L'action de la France contre l'Europe etait si violente,
+qu'elle devait detruire rapidement tous ses ressorts. Le directoire
+etait use comme l'avait ete le comite de salut public, comme le fut
+depuis Napoleon lui-meme. Toutes les accusations dont le directoire
+etait l'objet, prouvaient, non pas ses torts, mais sa caducite.
+
+Du reste, il n'etait pas etonnant que cinq magistrats civils, elus au
+pouvoir, non a cause de leur grandeur hereditaire ou de leur gloire
+personnelle, mais pour avoir merite un peu plus d'estime que leurs
+concitoyens, que cinq magistrats, armes de la seule puissance des lois
+pour lutter avec les factions dechainees, pour soumettre a l'obeissance
+des armees nombreuses, des generaux couverts de gloire et pleins de
+pretentions, pour administrer enfin une moitie de l'Europe, parussent
+bientot insuffisans, au milieu de la lutte terrible qui venait de
+s'engager de nouveau. Il ne fallait qu'un revers pour faire eclater
+cette impuissance. Les factions alternativement battues, les militaires
+reprimes plusieurs fois, les appelaient avec mepris les _avocats_, et
+disaient que la France ne pouvait etre gouvernee par eux.
+
+Par une bizarrerie assez singuliere, mais qui se voit quelquefois dans
+le conflit des revolutions, l'opinion ne montrait quelque indulgence que
+pour celui des cinq directeurs qui en aurait merite le moins. Barras,
+sans contredit, meritait a lui seul tout ce qu'on disait du directoire.
+D'abord, il n'avait jamais travaille, et il avait laisse a ses collegues
+tout le fardeau des affaires. Sauf dans les momens decisifs, ou il
+faisait entendre sa voix plus forte que son courage, il ne s'occupait de
+rien. Il ne se melait que du personnel du gouvernement, ce qui convenait
+mieux a son genie intrigant. Il avait pris part a tous les profits des
+compagnies, et justifie seul le reproche de dilapidation. Il avait
+toujours ete le defenseur des brouillons et des fripons; c'etait lui qui
+avait appuye Brune et envoye Fouche en Italie. Il etait la cause des
+mauvais choix des generaux, car il s'etait oppose a la nomination de
+Moreau, et avait fortement demande celle de Scherer. Malgre tous ses
+torts si graves, lui seul etait mis a part. D'abord il ne passait pas,
+comme ses quatre collegues, pour un _avocat_, car sa paresse, ses
+habitudes debauchees, ses manieres soldatesques, ses liaisons avec
+les jacobins, le souvenir du 18 fructidor qu'on lui attribuait
+exclusivement, en faisaient en apparence un homme d'execution, plus
+capable de gouverner que ses collegues. Les patriotes lui trouvaient
+avec eux des cotes de ressemblance, et croyaient qu'il leur etait
+devoue. Les royalistes en recevaient des esperances secretes. Les
+etats-majors, qu'il flattait et qu'il protegeait contre la juste
+severite de ses collegues, l'avaient en assez grande faveur. Les
+fournisseurs le vantaient, et il se sauvait de cette maniere de la
+defaveur generale. Il etait meme perfide avec ses collegues, car tous
+les reproches qu'il meritait, il avait l'art de les rejeter sur eux
+seuls. Un pareil role ne peut pas etre long-temps heureux, mais il peut
+reussir un moment: il reussit dans cette occasion.
+
+On connait la haine de Barras contre Rewbell. Celui-ci, administrateur
+vraiment capable, avait choque, par son humeur et sa morgue, tous
+ceux qui traitaient avec lui. Il s'etait montre severe pour les gens
+d'affaires, pour tous les proteges de Barras, et notamment pour les
+militaires. Aussi etait-il devenu l'objet de la haine generale. Il etait
+probe, quoique un peu avare. Barras avait l'art, dans sa societe, qui
+etait nombreuse, de diriger contre lui les plus odieux soupcons. Une
+circonstance malheureuse contribuait a les autoriser. L'agent du
+directoire en Suisse, Rapinat, etait beau-frere de Rewbell. On avait
+exerce en Suisse les exactions qui se commettaient dans tous les pays
+conquis, beaucoup moins cependant que partout ailleurs. Mais les
+plaintes excessives de ce petit peuple avare avaient cause une rumeur
+extreme. Rapinat avait eu la commission malheureuse de mettre le scelle
+sur les caisses et sur le tresor de Berne; il avait traite avec hauteur
+le gouvernement helvetique; ces circonstances et son nom, qui etait
+malheureux, lui avaient valu de passer pour le Verres de la Suisse, pour
+l'auteur de dilapidations qui n'etaient pas son ouvrage; car il avait
+meme quitte la Suisse, avant l'epoque ou elle avait le plus souffert.
+Dans la Societe de Barras on faisait de malheureux calembours sur son
+nom, et tout retombait sur Rewbell, dont il etait le beau-frere. C'est
+ainsi que la probite de Rewbell s'etait trouvee exposee a toutes les
+calomnies.
+
+Larevelliere, par son inflexible severite, par son influence dans les
+affaires politiques d'Italie, n'etait pas devenu moins odieux que
+Rewbell. Cependant, sa vie etait si simple et si modeste, qu'accuser
+sa probite eut ete impossible. La societe de Barras lui donnait des
+ridicules. On se moquait de sa personne, et de ses pretentions a
+une papaute nouvelle. On disait qu'il voulait fonder le culte de la
+theophilanthropie, dont il n'etait cependant pas l'auteur. Merlin et
+Treilhard, quoique moins anciens au pouvoir, et moins en vue que Rewbell
+et Larevelliere, etaient cependant enveloppes dans la meme defaveur.
+
+C'est dans cette disposition d'esprit que se firent les elections de
+l'an VII, qui furent les dernieres. Les patriotes, furieux, ne voulaient
+pas etre exclus cette annee, comme la precedente, du corps legislatif.
+Ils s'etaient dechaines contre le systeme des scissions, et s'etaient
+efforces de le fletrir d'avance. Ils y avaient assez reussi, pour qu'en
+effet on n'osat plus l'employer. Dans cet etat d'agitation, ou l'on
+suppose a ses adversaires tous les projets qu'on en redoute, ils
+disaient que le directoire, usant, comme au 18 fructidor, des moyens
+extraordinaires, allait proroger pour cinq ans les pouvoirs des deputes
+actuels, et suspendre pendant tout ce temps l'exercice des droits
+electoraux. Ils disaient qu'on allait faire venir des Suisses a Paris,
+parce qu'on travaillait a organiser le contingent helvetique. Ils firent
+grand bruit d'une circulaire aux electeurs, repandue par le commissaire
+du gouvernement (prefet) aupres du departement de la Sarthe. Ce n'etait
+pas une circulaire, comme nous en avons vu depuis, mais une exhortation.
+On obligea le directoire a l'improuver par un message. Les elections,
+faites dans ces dispositions, amenerent au corps legislatif une quantite
+considerable de patriotes. On ne songea pas cette annee a les exclure du
+corps legislatif, et leur election fut confirmee. Le general Jourdan,
+qui avait raison d'imputer ses revers a l'inferiorite numerique de
+son armee, mais qui manquait a sa raison accoutumee en imputant au
+gouvernement le desir de le perdre, fut envoye de nouveau au corps
+legislatif, le coeur gros de ressentimens. Augereau y fut envoye aussi,
+avec un surcroit d'humeur et de turbulence.
+
+Il fallait choisir un nouveau directeur. Le hasard ne servit pas la
+republique, car, au lieu de Barras, ce fut Rewbell, le plus capable des
+cinq directeurs, qui fut designe pour membre sortant. Ce fut un grand
+sujet de satisfaction pour tous les ennemis de ce directeur, et une
+occasion nouvelle de le calomnier plus commodement. Cependant, comme il
+avait ete elu au conseil des anciens, il saisit une occasion de repondre
+a ses accusateurs, et le fit de la maniere la plus victorieuse.
+
+Il fut commis, a la sortie de Rewbell, la seule infraction aux lois
+rigoureuses de la probite, qu'on, put reprocher au directoire. Les cinq
+premiers directeurs, nommes a l'epoque de l'institution du directoire,
+avaient fait une convention entre eux, par laquelle ils devaient
+prelever sur leurs appointemens, chacun dix mille francs, afin de les
+donner au membre sortant. Le but de ce noble sacrifice etait de menager
+aux membres du directoire la transition du pouvoir supreme a la vie
+privee, surtout pour ceux qui etaient sans fortune. Il y avait meme
+une raison de dignite a en agir ainsi, car il etait dangereux pour la
+consideration du gouvernement, de rencontrer dans l'indigence l'homme
+qu'on avait vu la veille au pouvoir supreme. Cette raison meme decida
+les directeurs a pourvoir d'une maniere plus convenable au sort de
+leurs collegues. Leurs appointemens etaient deja si modiques, qu'un
+prelevement de dix mille francs parut deplace. Ils resolurent d'allouer
+une somme de cent mille francs a chaque directeur sortant. C'etait cent
+mille francs par an qu'il en devait couter a l'etat. On devait demander
+cette somme au ministre des finances, qui pouvait la prendre sur l'un
+des mille profits qu'il etait si facile de faire sur des budgets de
+six ou huit cents millions. On decida de plus que chaque directeur
+emporterait sa voiture et ses chevaux. Comme tous les ans le corps
+legislatif allouait des frais de mobilier, cette depense devait etre
+avouee, et des lors devenait legitime. Les directeurs deciderent de plus
+que les economies faites sur les frais de mobilier seraient partagees
+entre eux. Certes, c'etait la une bien legere atteinte a la fortune
+publique, si c'en etait une; et tandis que des generaux, des compagnies,
+faisaient des profits si enormes, cent mille francs par an, consacres
+a donner des alimens a l'homme qui venait d'etre chef du gouvernement,
+n'etaient pas un vol. Les raisons et la forme de la mesure l'excusaient
+en quelque sorte. Larevelliere, auquel on en fit part, ne voulut jamais
+y consentir. Il declara a ses collegues qu'il n'accepterait jamais sa
+part. Rewbell recut la sienne. Les cent mille francs qu'on lui donna
+furent pris sur les deux millions de depenses secretes, dont le
+directoire etait dispense de rendre compte. Telle est la seule faute
+qu'on puisse reprocher collectivement au directoire. Un seul de ses
+membres, sur les douze qui se succederent, fut accuse d'avoir fait des
+profits particuliers. Quel est le gouvernement au monde, duquel on
+puisse dire la meme chose?
+
+Il fallait un successeur a Rewbell. On souhaitait avoir une grande
+reputation, pour donner un peu de consideration au directoire, et on
+songea a Sieyes, dont le nom, apres celui de Bonaparte, etait le plus
+important de l'epoque. Son ambassade en Prusse avait encore ajoute a sa
+renommee. Deja on le considerait, et tres justement, comme un esprit
+profond; mais depuis qu'il etait alle a Berlin, on lui attribuait
+la conservation de la neutralite prussienne, qui du reste etait due
+beaucoup moins a son intervention qu'a la situation de cette puissance.
+Aussi le regardait-on comme aussi capable de diriger le gouvernement que
+de concevoir une constitution. Il fut elu directeur. Beaucoup de gens
+crurent voir dans ce choix la confirmation du bruit generalement repandu
+de modifications tres prochaines a la constitution. Ils disaient
+que Sieyes n'etait appele au directoire que pour contribuer a ces
+modifications. On croyait si peu que l'etat des choses actuel put se
+maintenir, qu'on voyait dans tous les faits des indices certains de
+changement.
+
+
+
+CHAPITRE XVI.
+
+CONTINUATION DE LA CAMPAGNE DE 1799; MASSENA REUNIT LE COMMANDEMENT
+DES ARMEES D'HELVETIE ET DU DANUBE, ET OCCUPE LA LIGNE DE LA
+LIMMAT.--ARRIVEE DE SUWAROW EN ITALIE. SCHERER TRANSMET LE COMMANDEMENT
+A MOREAU. BATAILLE DE CASSANO. RETRAITE DE MOREAU AU-DELA DU PO ET DE
+L'APENNIN.--ESSAI DE JONCTION AVEC L'ARMEE DE NAPLES; BATAILLE DE LA
+TREBBIA.--COALITION DE TOUS LES PARTIS CONTRE LE DIRECTOIRE.--REVOLUTION
+DU 30 PRAIRIAL.--LAREVELLIERE ET MERLIN SORTENT DU DIRECTOIRE.
+
+
+Dans l'intervalle qu'on mit a faire dans le gouvernement les
+modifications que nous venons de raconter, le directoire n'avait cesse
+de faire les plus grands efforts pour reparer les revers qui venaient de
+signaler l'ouverture de la campagne. Jourdan avait perdu le commandement
+de l'armee du Danube, et Massena avait recu le commandement en chef de
+toutes les troupes cantonnees depuis Dusseldorf jusqu'au Saint-Gothard.
+Ce choix heureux devait sauver la France. Scherer, impatient de quitter
+une armee dont il avait perdu la confiance, avait obtenu l'autorisation
+de transmettre le commandement a Moreau. Macdonald avait recu l'ordre
+pressant d'evacuer le royaume de Naples et les etats romains, et de
+venir faire sa jonction avec l'armee de la Haute-Italie. Tous les vieux
+bataillons retenus dans l'interieur etaient achemines sur la frontiere;
+l'equipement et l'organisation des conscrits s'acceleraient, et les
+renforts commencaient a arriver de toutes parts.
+
+Massena, a peine nomme commandant en chef des armees du Rhin et de
+Suisse, songea a disposer convenablement les forces qui lui etaient
+confiees. Il ne pouvait prendre le commandement dans une situation plus
+critique. Il avait au plus trente mille hommes, epars en Suisse depuis
+la vallee de l'Inn jusqu'a Bale; il avait en presence trente mille
+hommes sous Bellegarde dans le Tyrol, vingt-huit mille sous Hotze, dans
+le Voralberg, quarante mille sous l'archiduc, entre le lac de Constance
+et le Danube. Cette masse de pres de cent mille hommes pouvait
+l'envelopper et l'aneantir. Si l'archiduc n'avait pas ete contrarie par
+le conseil aulique et retenu par une maladie, et qu'il eut franchi le
+Rhin entre le lac de Constance et l'Aar, il aurait pu fermer a Massena
+la route de France, l'envelopper et le detruire. Heureusement il n'etait
+pas libre de ses mouvemens; heureusement encore on n'avait pas mis
+immediatement sous ses ordres Bellegarde et Hotze. Il y avait entre les
+trois generaux un tiraillement continuel, ce qui empechait qu'ils se
+concertassent pour une operation decisive.
+
+Ces circonstances favoriserent Massena, et lui permirent de prendre une
+position solide et de distribuer convenablement les troupes mises a sa
+disposition. Tout prouvait que l'archiduc ne voulait qu'observer la
+ligne du Rhin du cote de l'Alsace, et qu'il se proposait d'operer en
+Suisse, entre Schaffouse et l'Aar. En consequence, Massena fit refluer
+en Suisse la plus grande partie de l'armee du Danube, et lui assigna
+des positions qu'elle aurait du prendre des le debut, c'est-a-dire
+immediatement apres la bataille de Stokach. Il avait eu le tort de
+laisser Lecourbe engage trop long-temps dans l'Engadine. Celui-ci fut
+oblige de s'en retirer, apres avoir livre des combats brillans, ou il
+montra une intrepidite et une presence d'esprit admirables. Les Grisons
+furent evacues. Massena distribua alors son armee depuis la grande
+chaine des Alpes jusqu'au confluent de l'Aar dans le Rhin, en
+choisissant la ligne qui lui parut la meilleure.
+
+La Suisse, presente plusieurs lignes d'eau, qui, partant des grandes
+Alpes, la traversent tout entiere, pour aller se jeter dans le Rhin. La
+plus etendue et la plus vaste est celle du Rhin meme, qui, prenant sa
+source non loin du Saint-Gothard, coule d'abord au nord, puis s'etend
+en un vaste lac[6], dont il sort pres de Stein, et court a l'ouest vers
+Bale, ou il recommence a couler au nord pour former la frontiere de
+l'Alsace. Cette ligne est la plus vaste, et elle enferme toute la
+Suisse. Il y en a une seconde, celle de Zurich, inscrite dans la
+precedente: c'est celle de la Lint, qui, prenant sa source dans les
+petits cantons, s'arrete pour former le lac de Zurich, en sort sous le
+nom de Limmat, et va finir dans l'Aar, non loin de l'embouchure de cette
+derniere riviere dans le Rhin. Cette ligne, qui n'enveloppe qu'une
+partie de la Suisse, est beaucoup moins vaste que la premiere. Il y en
+a enfin une troisieme, celle de la Reuss, inscrite encore dans la
+precedente, qui du lit de la Reuss passe dans le lac de Lucerne, et
+de Lucerne va se rendre dans l'Aar, tout pres du point ou se jette la
+Limmat. Ces lignes commencant a droite contre des montagnes enormes,
+finissant a gauche dans de grands fleuves, consistant tantot en des
+rivieres, tantot en des lacs, presentent de nombreux avantages pour la
+defensive. Massena ne pouvait esperer de conserver la plus grande, celle
+du Rhin, et de s'etendre depuis le Saint-Gothard jusqu'a l'embouchure
+de l'Aar. Il fut oblige de se replier sur celle de la Limmat, ou il
+s'etablit de la maniere la plus solide. Il placa son aile droite, formee
+des trois divisions Lecourbe, Menard et Lorge, depuis les Alpes jusqu'au
+lac de Zurich, sous les ordres de Ferino. Il placa son centre sur la
+Limmat, et le composa des quatre divisions Oudinot, Vandamme, Thureau et
+Soult. Sa gauche gardait le Rhin, vers Bale et Strasbourg.
+
+[Note 6: Le lac de Constance.]
+
+Avant de se renfermer dans cette position, il essaya d'empecher par un
+combat la jonction de l'archiduc avec son lieutenant Hotze. Ces deux
+generaux places sur le Rhin, l'un avant l'entree du fleuve dans le
+lac de Constance, l'autre apres sa sortie, etaient separes par toute
+l'etendue du lac. En franchissant cette ligne, afin de s'etablir devant
+celle de Zurich et de la Limmat, ou s'etait place Massena, ils devaient
+partir des deux extremites du lac, pour venir faire leur jonction
+au-dela. Massena pouvait choisir le moment ou Hotze ne s'etait pas
+encore avance, se jeter sur l'archiduc, le repousser au-dela du Rhin,
+se rabattre ensuite sur Hotze, et le repousser a son tour. On a calcule
+qu'il aurait eu le temps d'executer cette double operation, et de battre
+isolement les deux generaux autrichiens. Malheureusement il ne songea a
+les attaquer qu'au moment ou ils etaient pres de se reunir, et ou ils
+etaient en mesure de se soutenir reciproquement. Il les combattit sur
+plusieurs points le 5 prairial (24 mai), a Aldenfingen, a Frauenfeld, et
+quoiqu'il eut partout l'avantage, grace a cette vigueur qu'il mettait
+toujours dans l'execution, neanmoins il ne put empecher la jonction, et
+il fut oblige de se replier sur la ligne de la Limmat et de Zurich,
+ou il se prepara a recevoir vigoureusement l'archiduc, si celui-ci se
+decidait a l'attaquer.
+
+Les evenemens etaient bien autrement malheureux en Italie. La, les
+desastres ne s'etaient point arretes.
+
+Suwarow avait rejoint l'armee autrichienne avec un corps de vingt-huit
+ou trente mille Russes. Melas avait pris le commandement de l'armee
+autrichienne. Suwarow commandait en chef les deux armees, s'elevant au
+moins a quatre-vingt-dix mille hommes. On l'appelait l'_invincible_. Il
+etait connu par ses campagnes contre les Turcs, et par ses cruautes
+en Pologne. Il avait une grande vigueur de caractere, une bizarrerie
+affectee et poussee jusqu'a la folie, mais aucun genie de combinaison.
+C'etait un vrai barbare, heureusement incapable de calculer l'emploi de
+ses forces, car autrement, la republique aurait peut-etre succombe.
+Son armee lui ressemblait. Elle avait une bravoure remarquable, et
+qui tenait du fanatisme, mais aucune instruction. L'artillerie, la
+cavalerie, le genie, y etaient reduits a une veritable nullite. Elle
+ne savait faire usage que de la baionnette, et s'en servait comme les
+Francais s'en etaient servis pendant la revolution. Suwarow, fort
+insolent pour ses allies, donna aux Autrichiens des officiers russes,
+pour leur apprendre le maniement de la baionnette. Il employa le langage
+le plus hautain, il dit que les _femmes_, _les petits-maitres_, _les
+paresseux_, devaient quitter l'armee; que les parleurs occupes a fronder
+le service souverain seraient traites comme des egoistes, et perdraient
+leurs grades, et que tout le monde devait se sacrifier pour delivrer
+l'Italie des Francais et des athees. Tel etait le style de ses
+allocutions. Heureusement, apres nous avoir cause bien du mal, cette
+energie brutale allait rencontrer l'energie savante et calculee, et se
+briser devant elle.
+
+Scherer ayant entierement perdu l'usage de ses esprits, s'etait
+promptement retire sur l'Adda, au milieu des cris d'indignation des
+soldats. De son armee de quarante-six mille hommes, il en avait perdu
+dix mille, ou morts ou prisonniers. Il fut oblige d'en laisser a
+Peschiera ou Mantoue encore huit mille, et il ne lui en resta ainsi que
+vingt-huit mille. Neanmoins si, avec cette poignee d'hommes, il avait su
+manoeuvrer habilement, il aurait pu donner le temps a Macdonald de le
+rejoindre, et eviter bien des desastres. Mais il se placa sur l'Adda
+de la maniere la plus malheureuse. Il partagea son armee en trois
+divisions. La division Serrurier etait a Lecco, a la sortie de l'Adda du
+lac de Lecco. La division Grenier etait a Cassano, la division Victor a
+Lodi. Il avait place Montrichard, avec quelques corps legers, vers le
+Modenois et les montagnes de Genes; pour maintenir les communications
+avec la Toscane, par ou Macdonald devait deboucher. Ses vingt-huit
+mille hommes, ainsi disperses sur une ligne de vingt-quatre lieues, ne
+pouvaient resister solidement nulle part, et devaient etre enfonces
+partout ou l'ennemi se presenterait en forces.
+
+Le 8 floreal (27 avril) au soir, au moment meme ou la ligne de l'Adda
+etait forcee, Scherer remit a Moreau la direction de l'armee. Ce brave
+general avait quelque droit de la refuser. On l'avait fait descendre
+au role de simple divisionnaire, et maintenant que la campagne etait
+perdue, qu'il n'y avait plus que des desastres a essuyer, on lui
+donnait le commandement. Cependant, avec un devouement patriotique
+que l'histoire ne saurait trop celebrer, il accepta une defaite, en
+acceptant le commandement le soir meme ou l'Adda etait force. C'est ici
+que commence la moins vantee et la plus belle partie de sa vie.
+
+Suwarow s'etait approche de l'Adda sur plusieurs points. Quand le
+premier regiment russe se montra a la vue du pont de Lecco, les
+carabiniers de la brave 18e legere sortirent des retranchemens, et
+coururent au-devant de ces soldats, qu'on peignait comme des colosses
+effrayans et invincibles. Ils fondirent sur eux la baionnette croisee,
+et en firent un grand carnage. Les Russes furent repousses. Il venait
+de s'allumer un admirable courage dans le coeur de nos braves; ils
+voulaient faire repentir de leur voyage les barbares insolens qui
+venaient se meler dans une querelle qui n'etait pas la leur. La
+nomination de Moreau enflammait toutes les ames, et remplit l'armee de
+confiance. Malheureusement la position n'etait plus tenable. Suwarow,
+repousse a Lecco, avait fait passer l'Adda sur deux points, a Brivio et
+a Trezzo, au-dessus et au-dessous de la division Serrurier, qui formait
+la gauche. Cette division se trouva ainsi coupee du reste de l'armee.
+Moreau, avec la division Grenier, livra a Trezzo un combat furieux, pour
+repousser l'ennemi au-dela de l'Adda, et se remettre en communication
+avec la division Serrurier. Il combattit avec huit ou neuf mille hommes
+un corps de plus de vingt mille. Ses soldats, animes par sa presence,
+firent des prodiges de bravoure, mais ne purent rejeter l'ennemi au-dela
+de l'Adda. Malheureusement Serrurier, auquel on ne pouvait plus faire
+parvenir d'ordre, n'eut pas l'idee de se reporter sur ce point meme
+de Trezzo, ou Moreau s'obstinait a combattre pour se remettre en
+communication avec lui. Il fallut ceder, et abandonner la division
+Serrurier a son sort. Elle fut entouree par toute l'armee ennemie, et se
+battit avec la derniere opiniatrete. Enveloppee enfin de toutes parts,
+elle fut obligee de mettre bas les armes. Une partie de cette division,
+grace a la hardiesse et a la presence d'esprit d'un officier, se sauva
+par les montagnes en Piemont. Pendant cette action terrible, Victor
+s'etait heureusement retire en arriere avec sa division intacte. Telle
+fut la fatale journee dite de Cassano, 9 floreal (28 avril), qui
+reduisit l'armee a environ vingt mille hommes.
+
+C'est avec cette poignee de braves que Moreau entreprit de se retirer.
+Cet homme rare ne perdit pas un instant ce calme d'esprit dont la nature
+l'avait doue. Reduit a vingt mille soldats, en presence d'une armee
+qu'on aurait pu porter a quatre-vingt-dix mille, si on avait su la faire
+marcher en masse, il ne s'ebranla pas un instant. Ce calme etait
+bien autrement meritoire que celui qu'il deploya lorsqu'il revint
+d'Allemagne, avec une armee de soixante mille hommes victorieux, et
+pourtant il a ete beaucoup moins celebre! tant les hasards des passions
+influent sur les jugemens contemporains!
+
+Il s'attacha d'abord a couvrir Milan, pour donner le moyen d'evacuer
+les parcs et les bagages, et pour laisser aux membres du gouvernement
+cisalpin, et a tous les Milanais compromis, le temps de se retirer sur
+les derrieres. Rien n'est plus dangereux pour une armee que ces familles
+de fugitifs, qu'elle est obligee de recevoir dans ses rangs. Elles
+embarrassent sa marche, ralentissent ses mouvemens, et peuvent
+quelquefois compromettre son salut. Moreau, apres avoir passe deux
+jours a Milan, se remit en marche pour repasser le Po. A la conduite
+de Suwarow, il put juger qu'il aurait le temps de prendre une position
+solide. Il avait deux objets a atteindre, c'etait de couvrir ses
+communications avec la France, et avec la Toscane, par ou s'avancait
+l'armee de Naples. Pour arriver a ce but important, il lui parut
+convenable d'occuper le penchant des montagnes de Genes; c'etait le
+point le plus favorable. Il marcha en deux colonnes: l'une, escortant
+les parcs, les bagages, tout l'attirail de l'armee, prit la grande route
+de Milan a Turin; l'autre s'achemina vers Alexandrie, pour occuper les
+routes de la riviere de Genes. Il executa cette marche sans etre
+trop presse par l'ennemi. Suwarow, au lieu de fondre avec ses masses
+victorieuses sur notre faible armee, et de la detruire completement, se
+faisait decerner a Milan les honneurs du triomphe par les pretres, les
+moines, les nobles, toutes les creatures de l'Autriche, rentrees en
+foule a la suite des armees coalisees.
+
+Moreau eut le temps d'arriver a Turin, et d'acheminer vers la France
+tout son attirail de guerre. Il arma la citadelle, tacha de reveiller
+le zele des partisans de la republique, et vint rejoindre ensuite la
+colonne qu'il avait dirigee vers Alexandrie. Il choisit la une position
+qui prouve toute la justesse de son coup d'oeil. Le Tanaro, en tombant
+de l'Apennin, va se jeter dans le Po au-dessous d'Alexandrie. Moreau se
+placa au confluent de ces deux fleuves. Couvert a la fois par l'un et
+par l'autre, il ne craignait pas une attaque de vive force; il gardait
+en meme temps toutes les routes de Genes, et pouvait attendre l'arrivee
+de Macdonald. Cette position ne pouvait etre plus heureuse. Il occupait
+Casale, Valence, Alexandrie; il avait une chaine de postes sur le Po
+et le Tanaro, et ses masses etaient disposees de maniere qu'il pouvait
+courir en quelques heures sur le premier point attaque. Il s'etablit la
+avec vingt mille hommes, et y attendit avec un imperturbable sang-froid
+les mouvemens de son formidable ennemi.
+
+Suwarow avait mis tres heureusement beaucoup de temps a s'avancer. Il
+avait demande au conseil aulique que le corps autrichien de Bellegarde,
+destine au Tyrol, fut mis a sa disposition. Ce corps venait de descendre
+en Italie, et portait l'armee combinee a beaucoup plus de cent mille
+hommes. Mais Suwarow, ayant ordre d'assieger a la fois Peschiera,
+Mantoue, Pizzighitone, voulant en meme temps se garder du cote de la
+Suisse, et ignorant d'ailleurs l'art de distribuer des masses, n'avait
+guere plus de quarante mille hommes sous sa main, force du reste tres
+suffisante pour accabler Moreau, s'il avait su la manier habilement.
+
+Il vint longer le Po et le Tanaro, et se placer en face de Moreau. Il
+s'etablit a Tortone, et y fixa son quartier-general. Apres quelques
+jours d'inaction, il resolut enfin de faire une tentative sur l'aile
+gauche de Moreau, c'est-a-dire du cote du Po. Un peu au-dessus du
+confluent du Po et du Tanaro, vis-a-vis Mugarone, se trouvent des iles
+boisees, a la faveur desquelles les Russes resolurent de tenter un
+passage. Dans la nuit du 22 au 23 floreal (du 11 au 12 mai), ils
+passerent au nombre a peu pres de deux mille, dans l'une de ces iles, et
+se trouverent ainsi au-dela du bras principal. Le bras qui leur restait
+a passer etait peu considerable, et pouvait meme etre franchi a la nage.
+Ils le traverserent hardiment, et se porterent sur la rive droite du Po.
+Les Francais, prevenus du danger, coururent sur le point menace. Moreau,
+qui etait averti d'autres demonstrations faites du cote du Tanaro,
+attendit que le veritable point du danger fut bien determine pour s'y
+porter en force: des qu'il en fut certain, il y marcha avec sa reserve,
+et culbuta dans le Po les Russes qui avaient eu la hardiesse de le
+franchir. Il y en eut deux mille cinq cents tues, noyes ou prisonniers.
+
+Ce coup de vigueur assurait tout a fait la position de Moreau dans le
+singulier triangle ou il s'etait place. Mais l'inaction de l'ennemi
+l'inquietait; il craignait que Suwarow n'eut laisse devant Alexandrie un
+simple detachement, et qu'avec la masse de ses forces il n'eut remonte
+le Po, pour se porter sur Turin et prendre la position des Francais
+par derriere, ou bien qu'il n'eut marche au-devant de Macdonald. Dans
+l'incertitude ou le laissait l'inaction de Suwarow, il resolut d'agir
+lui-meme, pour s'assurer du veritable etat des choses. Il imagina de
+deboucher au-dela d'Alexandrie, et de faire une forte reconnaissance.
+Si l'ennemi n'avait laisse devant lui qu'un corps detache, le projet
+de Moreau etait de changer cette reconnaissance en attaque serieuse,
+d'accabler ce corps detache, et puis de se retirer tranquillement par
+la grande route de la Bochetta, vers les montagnes de Genes, afin d'y
+attendre Macdonald. Si au contraire il trouvait la masse principale, son
+projet etait de se replier sur-le-champ, et de regagner en toute hate
+la riviere de Genes, par toutes les communications accessibles qui
+lui restaient. Une raison qui le decidait surtout a prendre ce parti
+decisif, c'etait l'insurrection du Piemont sur ses derrieres. Il fallait
+qu'il se rapprochat de sa base le plus tot possible.
+
+Tandis que Moreau formait ce projet fort sage, Suwarow en formait
+un autre qui etait depourvu de sens. Sa position a Tortone etait
+certainement la meilleure qu'il put prendre, puisqu'elle le placait
+entre les deux armees francaises, celle de la Cisalpine et celle de
+Naples. Il ne devait la quitter a aucun prix. Cependant il imagina
+d'emmener une partie de ses forces au-dela du Po, pour remonter le
+fleuve jusqu'a Turin, s'emparer de cette capitale, y organiser les
+royalistes piemontais, et faire tomber la position de Moreau. Rien
+n'etait plus mal calcule qu'une pareille manoeuvre; car, pour faire
+tomber la position de Moreau, il fallait essayer une attaque directe
+et vigoureuse, mais par-dessus tout ne pas quitter la position
+intermediaire entre les deux armees qui cherchaient a operer leur
+jonction.
+
+Tandis que Suwarow divisait ses forces, en laissant une partie aux
+environs de Tortone, le long du Tanaro, et portant l'autre au-dela du Po
+pour marcher sur Turin, Moreau executait la reconnaissance qu'il avait
+projetee. Il avait porte la division Victor en avant pour attaquer
+vigoureusement le corps russe qu'il avait devant lui. Il se tenait
+lui-meme avec toute sa reserve un peu en arriere, pret a changer cette
+reconnaissance en une attaque serieuse, s'il jugeait que le corps russe
+put etre accable. Apres un engagement tres-vif, ou les troupes de Victor
+deployerent une rare bravoure, Moreau crut que toute l'armee russe etait
+devant lui: il n'osa pas attaquer a fond, de peur d'avoir sur les bras
+un ennemi trop superieur. En consequence, entre les deux partis qu'il
+s'etait propose d'adopter, il prefera le second, comme le plus sur. Il
+resolut donc de se retirer vers les montagnes de Genes. Sa position
+etait des plus critiques. Tout le Piemont etait en revolte sur ses
+derrieres. Un corps d'insurges s'etait empare de Ceva, qui ferme la
+principale route, la seule accessible a l'artillerie. Le grand convoi
+des objets d'arts recueillis en Italie, courait risque d'etre enleve.
+Ces circonstances etaient des plus facheuses. En prenant les routes
+situees plus en arriere, et qui aboutissaient a la riviere du Ponent,
+Moreau craignait de trop s'eloigner des communications de la Toscane,
+et de les laisser en prise a l'ennemi, qu'il supposait reuni en masse
+autour de Tortone. Dans cette perplexite, il prit sur-le-champ son
+parti, et fit les dispositions suivantes. Il detacha la division Victor,
+sans artillerie ni bagages, et la jeta par des rentiers praticables a
+la seule infanterie, vers les montagnes de Genes. Elle devait se hater
+d'occuper tous les passages de l'Apennin pour se joindre a l'armee
+venant de Naples, et la renforcer, dans le cas ou elle serait attaquee
+par Suwarow. Moreau, ne gardant que huit mille hommes au plus, vint avec
+son artillerie, sa cavalerie, et tout ce qui pouvait suivre les sentiers
+des montagnes, gagner l'une des routes charretieres qui se trouvaient en
+arriere de Ceva, et aboutissaient dans la riviere du Ponent. Il faisait
+un autre calcul, en se decidant a cette retraite excentrique, c'est
+qu'il attirerait a lui l'armee ennemie, la detournerait de poursuivre
+Victor et de se jeter sur Macdonald.
+
+Victor se retira heureusement par Acqui, Spigno et Dego, et vint occuper
+les cretes de l'Apennin. Moreau, de son cote, se retira avec une
+celerite extraordinaire sur Asti. La prise de Ceva, qui fermait sa
+principale communication, le mettait dans un embarras extreme. Il
+achemina par le col de Fenestrelle la plus grande partie de ses parcs,
+ne garda que l'artillerie de campagne qui lui etait indispensable,
+et resolut de s'ouvrir une route a travers l'Apennin, en la faisant
+construire par ses propres soldats. Apres quatre jours d'efforts
+incroyables, la route fut rendue praticable a l'artillerie, et Moreau
+fut transporte dans la riviere de Genes sans avoir retrograde jusqu'au
+col de Tende, ce qui l'eut trop eloigne des troupes de Victor detachees
+vers Genes.
+
+Suwarow, en apprenant la retraite de Moreau, se hata de le faire
+poursuivre; mais il ne sut deviner ni prevenir ses savantes
+combinaisons. Ainsi, grace a son sang-froid et a son adresse, Moreau
+avait ramene ses vingt mille hommes sans les laisser entamer une seule
+fois, en contenant au contraire les Russes partout ou il les avait
+rencontres. Il avait laisse une garnison de trois mille hommes dans
+Alexandrie, et il etait avec dix-huit mille a peu pres dans les environs
+de Genes. Il etait place sur la crete de l'Apennin, attendant l'arrivee
+de Macdonald. Il avait porte la division Lapoype, le corps leger de
+Montrichard, et la division Victor, sur la Haute-Trebbia, pour les
+joindre a Macdonald. Lui se tenait aux environs de Novi, avec le reste
+de son corps d'armee. Son plan de jonction etait profondement medite.
+Il pouvait attirer l'armee de Naples a lui par les bords de la
+Mediterranee, la reunir a Genes, et deboucher avec elle de la Bochetta;
+ou bien la faire deboucher de la Toscane dans les plaines de Plaisance,
+et sur les bords du Po. Le premier parti assurait la jonction,
+puisqu'elle se faisait a l'abri de l'Apennin, mais il fallait de nouveau
+franchir l'Apennin, et donner de front sur l'ennemi, pour enlever la
+plaine. En debouchant au contraire en avant de Plaisance, on etait
+maitre de la plaine jusqu'au Po, on prenait son champ de bataille sur
+les bords meme du Po, et en cas de victoire on y jetait l'ennemi. Moreau
+voulait que Macdonald eut sa gauche toujours serree aux montagnes,
+pour se lier avec Victor qui etait a Bobbio. Quant a lui, il observait
+Suwarow, pret a se jeter dans ses flancs des qu'il voudrait marcher a
+la rencontre de Macdonald. Dans cette situation, la jonction paraissait
+aussi sure que derriere l'Apennin, et se faisait sur un terrain bien
+preferable.
+
+Dans ce moment, le directoire venait de reunir dans la Mediterranee des
+forces maritimes considerables. Bruix, le ministre de la marine, s'etait
+mis a la tete de la flotte de Brest, avait debloque la flotte espagnole,
+et croisait avec cinquante vaisseaux dans la Mediterranee, dans le but
+de la delivrer des Anglais, et d'y retablir les communications avec
+l'armee d'Egypte. Cette jonction tant desiree etait enfin operee, et
+elle pouvait nous redonner la preponderance dans les mers du
+Levant. Bruix dans ce moment etait devant Genes. Sa presence avait
+singulierement remonte le moral de l'armee. On disait qu'il apportait
+des vivres, des munitions et des renforts. Il n'en etait rien; mais
+Moreau profita de cette opinion, et fit effort pour l'accrediter. Il fit
+repandre le bruit que la flotte venait de debarquer vingt mille hommes,
+et des approvisionnemens considerables. Ce bruit encouragea l'armee, et
+diminua beaucoup la confiance de l'ennemi.
+
+On etait au milieu de prairial (premiers jours de juin). Un evenement
+nouveau venait d'avoir lieu en Suisse. On a vu que Massena avait occupe
+la ligne de la Limmat ou de Zurich, et que l'archiduc, debouchant en
+deux masses des deux extremites du lac de Constance, etait venu border
+cette ligne dans toute son etendue. Il resolut de l'attaquer entre
+Zurich et Bruk, c'est-a-dire entre le lac de Zurich, et l'Aar, tout le
+long de la Limmat. Massena avait pris position, non pas sur la Limmat
+elle-meme, mais sur une suite de hauteurs qui sont en avant de la
+Limmat, et qui couvrent a la fois la riviere et le lac. Il avait
+retranche ces hauteurs de la maniere la plus redoutable, et les avait
+rendues presque inaccessibles. Quoique cette partie de notre ligne,
+entre Zurich et l'Aar, fut la plus forte, l'archiduc avait resolu de
+l'attaquer, parce qu'il eut ete trop dangereux de faire un long detour
+pour venir tenter une attaque au-dessus du lac, le long de la Lint.
+Massena pouvait profiter de ce moment pour accabler les corps laisses
+devant lui, et se procurer ainsi un avantage decisif.
+
+L'attaque projetee s'executa le 4 juin (16 prairial). Elle eut lieu sur
+toute l'etendue de la Limmat, et fut repoussee partout victorieusement,
+malgre l'opiniatre perseverance des Autrichiens. Le lendemain
+l'archiduc, pensant que de pareilles tentatives doivent se poursuivre,
+afin qu'il n'y ait pas de pertes inutiles, recommenca l'attaque avec
+la meme opiniatrete. Massena, reflechissant qu'il pouvait etre force,
+qu'alors sa retraite deviendrait difficile, que la ligne qu'il
+abandonnait etait suivie immediatement d'une plus forte, la chaine de
+l'Albis, qui borde en arriere la Limmat et le lac de Zurich, resolut de
+se retirer volontairement. Il ne perdait a cette retraite que la ville
+de Zurich, qu'il regardait comme peu importante. La chaine des monts
+de l'Albis, longeant le lac de Zurich, et la Limmat jusqu'a l'Aar
+presentant de plus un escarpement continu, etait presque inattaquable.
+En l'occupant on ne faisait qu'une legere perte de terrain, car on ne
+reculait que de la largeur du lac et de la Limmat. En consequence, et
+s'y retira volontairement et sans perte, il s'y etablit d'une maniere
+qui ota a l'archiduc toute envie de l'attaquer.
+
+Notre position etait donc toujours a peu pres la meme en Suisse.
+L'Aar, la Limmat, le lac de Zurich, la Lint et la Reuss, jusqu'au
+Saint-Gothard, formaient notre ligne defensive contre les Autrichiens.
+
+Du cote de l'Italie, Macdonald s'avancait enfin vers la Toscane.
+Il avait laisse garnison au fort Saint-Elme, a Capoue et a Gaete,
+conformement a ses instructions. C'etait compromettre inutilement des
+troupes qui n'etaient pas capables de soutenir le parti republicain, et
+qui laissaient un vide dans l'armee active. L'armee francaise, en se
+retirant, avait laisse la ville de Naples en proie a une reaction
+royale, qui egalait les plus epouvantables scenes de notre revolution.
+Macdonald avait rallie a Rome quelques milliers d'hommes de la division
+Garnier; il avait recueilli en Toscane la division Gauthier, et dans le
+Modenois le corps leger de Montrichard. Il avait forme ainsi un corps de
+vingt-huit mille hommes. Il etait a Florence le 9 prairial (25 mai).
+Sa retraite s'etait operee avec beaucoup de rapidite, et un ordre
+remarquable. Il perdit malheureusement beaucoup de temps en Toscane, et
+ne deboucha au-dela de l'Apennin, dans les plaines de Plaisance, que
+vers la fin de prairial (milieu de juin).
+
+S'il eut debouche plus tot, il aurait surpris les coalises dans un tel
+etat de dispersion, qu'il aurait pu les accabler successivement, et
+les rejeter au-dela du Po. Suwarow etait a Turin, dont il venait de
+s'emparer, et ou il avait trouve des munitions immenses. Bellegarde
+observait les debouches de Genes; Kray assiegeait Mantoue, la citadelle
+de Milan et les places. Nulle part il n'y avait trente mille Autrichiens
+ou Russes reunis. Macdonald et Moreau, debouchant ensemble avec
+cinquante mille hommes auraient pu changer la destinee de la campagne.
+Mais Macdonald crut devoir employer quelques jours pour faire reposer
+son armee, et reorganiser les divisions qu'il avait successivement
+recueillies. Il perdit ainsi un temps precieux, et permit a Suwarow de
+reparer ses fautes. Le general russe, apprenant la marche de Macdonald,
+se hata de quitter Turin, et de marcher avec vingt mille hommes de
+renfort, pour se placer entre les deux generaux francais, et reprendre
+la position qu'il n'aurait jamais du abandonner. Il ordonna au general
+Ott, qui etait en observation sur la Trebbia, aux environs de Plaisance,
+de se retirer sur lui, s'il etait attaque; il prescrivit a Kray de lui
+faire passer de Mantoue toutes les troupes dont il pourrait disposer;
+il laissa a Bellegarde le soin d'observer Novi, d'ou Moreau devait
+deboucher, et il se disposa a marcher lui-meme dans les plaines de
+Plaisance, a la rencontre de Macdonald.
+
+Ces dispositions sont les seules qui, pendant la duree de cette
+campagne, aient merite a Suwarow l'approbation des militaires. Les deux
+generaux francais occupaient toujours les positions que nous avons
+indiquees. Places tous deux sur l'Apennin, ils devaient en descendre
+pour se reunir dans les plaines de Plaisance. Moreau devait deboucher de
+Novi, Macdonald de Pontremoli. Moreau avait fait passer a Macdonald la
+division Victor pour le renforcer. Il avait place a Bobbio, au penchant
+des montagnes, le general Lapoype avec quelques bataillons, pour
+favoriser la jonction, et son projet etait de saisir le moment ou
+Suwarow marcherait de front contre Macdonald, pour donner dans son
+flanc. Mais il fallait pour cela que Macdonald se tint toujours appuye
+aux montagnes, et n'acceptat pas la bataille trop loin dans la plaine.
+
+Macdonald s'ebranla vers la fin de prairial (milieu de juin). Le corps
+de Hohenzollern, place aux environs de Modene, gardait le Bas-Po. Il
+fut accable par des forces superieures, perdit quinze cents hommes, et
+faillit etre enleve tout entier. Ce premier succes encouragea Macdonald,
+et lui fit hater sa marche. La division Victor, qui venait de le
+joindre, et de porter son armee a trente-deux mille hommes a peu pres,
+forma son avant-garde. La division polonaise de Dombrowsky marchait a
+la gauche de la division Victor; la division Rusca les appuyait toutes
+deux. Quoique le gros de l'armee, forme par les divisions Montrichard,
+Olivier et Watrin, fut encore en arriere, Macdonald, alleche par le
+succes qu'il venait d'obtenir sur Hohenzollern, voulut accabler Ott, qui
+etait en observation sur le Tidone, et ordonna a Victor, Dombrowsky et
+Rusca, de marcher contre lui a l'instant meme.
+
+Trois torrens, coulant parallelement de l'Apennin dans le Po, formaient
+le champ de bataille: c'etaient la Nura, la Trebbia et le Tidone. Le
+gros de l'armee francaise etait encore sur la Nura; les divisions
+Victor, Dombrowsky et Rusca s'avancaient sur la Trebbia, et avaient
+l'ordre de la franchir pour se porter sur le Tidone, afin d'accabler
+Ott, que Macdonald croyait sans appui. Elles marcherent le 29 prairial
+(17 juin). Elles repousserent d'abord l'avant-garde du general Ott des
+bords du Tidone, et l'obligerent a prendre une position en arriere vers
+le village de Sermet. Ott allait etre accable, mais dans ce moment
+Suwarow arrivait a son secours, avec toutes ses forces. Il opposa le
+general Bagration a Victor qui marchait le long du Po; il reporta Ott au
+centre sur Dombrowsky, et dirigea Melas a droite sur la division Rusca.
+Bagration ne fut pas d'abord heureux contre Victor, et fut force de
+retrograder; mais au centre, Suwarow fit charger la division Dombrowsky
+par l'infanterie russe, jeta dans son flanc deux regimens de cavalerie,
+et la rompit. Des cet instant, Victor, qui s'etait avance sur le Po, se
+trouva deborde et compromis. Bagration, renforce par les grenadiers,
+reprit l'offensive. La cavalerie russe, qui avait rompu les Polonais
+au centre, et qui avait ainsi deborde Victor, le chargea en flanc, et
+l'obligea a se retirer. Rusca, a droite, fut alors oblige de ceder
+le terrain a Melas. Nos trois divisions repasserent le Tidone, et
+retrograderent sur la Trebbia.
+
+Cette premiere journee, ou un tiers de l'armee au plus s'etait trouve
+engage contre toute l'armee ennemie, n'avait pas ete heureuse.
+Macdonald, ignorant l'arrivee de Suwarow, s'etait trop hate. Il resolut
+de s'etablir derriere la Trebbia, d'y reunir toutes ses divisions, et de
+venger l'echec qu'il venait d'essuyer. Malheureusement, les divisions
+Olivier, Montrichard et Watrin etaient encore en arriere sur la Nura, et
+il resolut d'attendre le surlendemain, c'est-a-dire le 1er messidor (19
+juin), pour livrer bataille.
+
+Mais Suwarow ne lui laissa pas le temps de reunir ses forces, et il se
+disposa a attaquer des le lendemain meme, c'est-a-dire le 30 prairial
+(18 juin). Les deux armees allaient se joindre le long de la Trebbia,
+appuyant leurs ailes au Po et a l'Apennin. Suwarow, jugeant sagement
+que le point essentiel etait dans les montagnes, par ou les deux armees
+francaises pourraient communiquer, porta de ce cote sa meilleure
+infanterie et sa meilleure cavalerie. Il dirigea la division Bagration,
+qui d'abord etait a sa gauche le long du Po, vers sa droite contre les
+montagnes. Il les placa avec la division Schweikofsky sous les ordres
+de Rosemberg, et leur ordonna a toutes deux de passer la Trebbia vers
+Rivalta, dans la partie superieure de son cours, afin de detacher les
+Francais des montagnes. Les divisions Dombrowsky, Rusca et Victor,
+etaient placees vers ce point, a la gauche de la ligne des Francais. Les
+divisions Olivier et Montrichard devaient venir se placer au centre, le
+long de la Trebbia. La division Watrin devait venir occuper la droite,
+vers le Po et Plaisance.
+
+Des le matin du 29 prairial (17 juin), les avant-gardes russes
+attaquerent les avant-gardes francaises, qui etaient au-dela de la
+Trebbia, a Casaliggio et Grignano, et les repousserent; Macdonald, qui
+ne s'attendait pas a etre attaque, s'occupait a faire arriver en ligne
+ses divisions du centre. Victor, qui commandait a notre gauche, porta
+aussitot toute l'infanterie francaise au-dela de la Trebbia, et mit
+un moment Suwarow en peril. Mais Rosemberg, arrivant avec la division
+Schweikofsky, retablit l'avantage, et, apres un combat furieux, dans
+lequel les pertes furent enormes des deux parts, obligea les Francais a
+se retirer derriere la Trebbia. Pendant ce temps, les divisions Olivier,
+Montrichard, arrivaient au centre, la division Watrin a droite, et une
+canonnade s'etablissait sur toute la ligne. Apres avoir echange quelques
+boulets, on s'arreta de part et d'autre sur les bords de la Trebbia qui
+separa les deux armees.
+
+Telle fut la seconde journee. Elle avait consiste en un combat vers
+notre gauche, combat terrible, mais sans resultat. Macdonald, disposant
+desormais de tout son monde, voulait rendre decisive la troisieme
+journee. Son plan consistait a franchir la Trebbia sur tous les points,
+et a deborder les deux ailes de l'ennemi. Pour cela, la division
+Dombrowsky devait remonter la riviere jusqu'a Rivalta, et la passer
+au-dessus des Russes. La division Watrin devait la franchir presque a
+son embouchure dans le Po, et gagner l'extreme gauche de Suwarow. Il
+comptait en meme temps que Moreau, dont il attendait la cooperation
+depuis deux jours, entrerait en action ce jour-la au plus tard. Tel fut
+le plan pour la journee du 1er messidor (19 juin). Mais une horrible
+echauffouree eut lieu pendant la nuit. Un detachement francais ayant
+traverse le lit de la Trebbia pour prendre position, les Russes se
+crurent attaques et coururent aux armes. Les Francais y coururent de
+leur cote. Les deux armees se melerent et se livrerent un combat de
+nuit, ou des deux cotes on s'egorgeait, sans distinguer amis ni ennemis.
+Apres un carnage inutile, les generaux parvinrent enfin a ramener leurs
+soldats au bivouac. Le lendemain les deux armees etaient tellement
+fatiguees par trois jours de combats et par le desordre de la nuit,
+qu'elles n'entrerent en action que vers les dix heures du matin.
+
+La bataille commenca a notre gauche, sur la Haute Trebbia. Dombrowsky
+franchit la Trebbia a Rivalta, malgre les Russes. Suwarow y detacha
+le prince Bagration. Ce mouvement laissa a decouvert les flancs de
+Rosemberg. Sur-le-champ Victor et Rusca en profiterent pour se jeter sur
+lui en passant la Trebbia. Ils s'avancerent avec succes et envelopperent
+de toutes parts la division Schweikofsky, ou se trouvait Suwarow. Ils la
+mirent dans le plus grand danger; mais elle fit front de tous cotes et
+se defendit vaillamment. Bagration, apercevant le peril, se rabattit
+promptement sur le point menace, et obligea Victor et Rusca a lacher
+prise. Si Dombrowsky, saisissant le moment, se fut de son cote rabattu
+sur Bagration, l'avantage nous serait reste sur ce point, qui etait le
+plus important, puisqu'il touchait aux montagnes. Malheureusement il
+resta inactif, et Victor et Rusca furent obliges de se replier sur la
+Trebbia. Au centre, Montrichard avait passe la Trebbia vers Grignano;
+Olivier l'avait franchie vers San-Nicolo. Montrichard marchait sur le
+corps de Forster, lorsque les reserves autrichiennes, que Suwarow
+avait demandees a Melas, et qui defilaient sur le derriere du champ de
+bataille, donnerent inopinement dans les flancs de sa division. Elle
+fut surprise, et la 5e legere, qui avait fait des prodiges en cent
+batailles, s'enfuit en desordre. Montrichard se vit oblige de repasser
+la Trebbia. Olivier, qui s'etait avance avec succes vers San-Nicolo, et
+avait vigoureusement repousse Ott et Melas, se trouva decouvert par la
+retraite de Montrichard. Melas alors, donnant contre-ordre aux reserves
+autrichiennes, dont la presence avait jete le trouble dans la division
+Montrichard, les dirigea sur la division Olivier, qui fut forcee a son
+tour de repasser la Trebbia. Pendant ce temps la division Watrin, portee
+inutilement a l'extreme droite, ou elle n'avait rien a faire, s'avancait
+le long du Po, sans etre d'aucun secours a l'armee. Elle fut meme
+obligee de repasser la Trebbia, pour suivre le mouvement general de
+retraite. Suwarow, craignant toujours de voir Moreau deboucher sur ses
+derrieres, fit de grands efforts le reste de la journee pour passer la
+Trebbia, mais il ne put y reussir. Les Francais lui opposerent sur toute
+la ligne une fermete invincible, et ce torrent, temoin d'une lutte si
+acharnee, separa encore pour la troisieme fois les deux armees ennemies.
+
+Tel fut le troisieme acte de cette sanglante bataille. Les deux armees
+etaient desorganisees. Elles avaient perdu environ douze mille hommes
+chacune. La plupart des generaux etaient blesses. Des regimens entiers
+etaient detruits. Mais la situation etait bien differente. Suwarow
+recevait tous les jours des renforts, et n'avait qu'a gagner au
+prolongement de la lutte. Macdonald, au contraire, avait epuise toutes
+ses ressources, et pouvait, en s'obstinant a se battre, etre jete en
+desordre dans la Toscane. Il songea donc a se retirer sur la Nura,
+pour regagner Genes par derriere l'Apennin. Il quitta la Trebbia le 2
+messidor (20 juin) au matin. Une depeche, dans laquelle il peignit a
+Moreau sa situation desesperee, etant tombee dans les mains de Suwarow,
+celui-ci fut rempli de joie, et se hata de le poursuivre a outrance.
+Cependant la retraite se fit avec assez d'ordre sur les bords de la
+Nura. Malheureusement, la division Victor, qui soutenait depuis quatre
+jours des combats continuels, fut enfin rompue, et perdit beaucoup de
+prisonniers. Macdonald eut cependant le temps de recueillir son armee
+au-dela de l'Apennin, apres une perte de quatorze ou quinze mille
+hommes, en tues, blesses ou prisonniers.
+
+Tres heureusement, Suwarow, entendant le canon de Moreau sur ses
+derrieres, se laissa detourner de la poursuite de Macdonald. Moreau, que
+des obstacles insurmontables avaient empeche de se mettre en mouvement
+avant le 30 prairial (18 juin), venait enfin de deboucher de Novi, de se
+jeter sur Bellegarde, de le mettre en deroute, et de lui prendre pres
+de trois mille prisonniers. Mais cet avantage tardif etait inutile, et
+n'eut d'autre resultat que de rappeler Suwarow, et de l'empecher de
+s'acharner sur Macdonald.
+
+Cette jonction, de laquelle on attendait de si grands resultats, avait
+donc amene une sanglante defaite; elle fit naitre entre les deux
+generaux francais des contestations qui n'ont jamais ete bien
+eclaircies. Les militaires reprocherent a Macdonald d'avoir trop
+sejourne en Toscane, d'avoir fait marcher ses divisions trop loin
+les unes des autres, de maniere que les divisions Victor, Rusca et
+Dombrowsky furent battues deux jours de suite, avant que les divisions
+Montrichard, Olivier et Watrin fussent en ligne; d'avoir cherche, le
+jour de la bataille, a deborder les deux ailes de l'ennemi, au lieu
+de diriger son principal effort a sa gauche vers la Haute-Trebbia; de
+s'etre tenu trop eloigne des montagnes, de maniere a ne pas permettre a
+Lapoype, qui etait a Bobbio, de venir a son secours; enfin de s'etre,
+par-dessus tout, beaucoup trop hate de livrer bataille, comme s'il eut
+voulu avoir seul l'honneur de la victoire. Les militaires, en approuvant
+le plan savamment combine par Moreau, ne lui ont reproche qu'une
+chose, c'est de n'avoir pas mis de cote tout menagement pour un ancien
+camarade, de n'avoir pas pris le commandement direct des deux armees, et
+surtout de n'avoir pas commande en personne a la Trebbia. Quoi qu'il
+en soit de la justesse de ces reproches, il est certain que le plan de
+Moreau, execute comme il avait ete concu, aurait sauve l'Italie. Elle
+fut entierement perdue par la bataille de la Trebbia. Heureusement,
+Moreau etait encore la pour recueillir nos debris et empecher Suwarow
+de profiter de son immense superiorite. La campagne n'etait ouverte que
+depuis trois mois, et, excepte en Suisse, nous n'avions eu partout que
+des revers. La bataille de Stokach nous avait fait perdre l'Allemagne;
+les batailles de Magnano et de la Trebbia nous enlevaient l'Italie.
+Massena seul, ferme comme un roc, occupait encore la Suisse, le long de
+la chaine de l'Albis. Il ne faut pas oublier cependant, au milieu de ces
+cruels revers, que le courage de nos soldats avait ete inebranlable et
+aussi brillant qu'aux plus beaux jours de nos victoires; que Moreau
+avait ete a la fois grand citoyen et grand capitaine, et avait empeche
+que Suwarow ne detruisit d'un seul coup nos armees d'Italie.
+
+Ces derniers malheurs fournirent de nouvelles armes aux ennemis du
+directoire, et provoquerent contre lui un redoublement d'invectives.
+La crainte d'une invasion commencait a s'emparer des esprits. Les
+departemens du Midi et des Alpes, exposes les premiers au debordement
+des Austro-Russes, etaient dans une extreme fermentation. Les villes de
+Chambery, de Grenoble et d'Orange, envoyerent au corps legislatif des
+adresses qui firent la plus vive sensation. Ces adresses renfermaient
+les reproches injustes qui circulaient depuis deux mois dans toutes
+les bouches; elles revenaient sur le pillage des pays conquis, sur
+les dilapidations des compagnies, sur le denument des armees, sur le
+ministere de Scherer, sur son generalat, sur l'injustice faite a Moreau,
+sur l'arrestation de Championnet, etc. "Pourquoi, disaient-elles, les
+conscrits fideles se sont-ils vus forces de rentrer dans leurs foyers,
+par le denument ou on les laissait? Pourquoi toutes les dilapidations
+sont-elles restees impunies? Pourquoi l'inepte Scherer, signale comme un
+traitre par Hoche, est-il reste si longtemps au ministere de la guerre?
+Pourquoi a-t-il pu consommer, comme general, les maux qu'il avait
+prepares comme ministre? Pourquoi des noms chers a la victoire sont-ils
+remplaces par des noms inconnus? Pourquoi le vainqueur de Rome et de
+Naples est-il en accusation?......"
+
+On a deja pu apprecier la valeur de ces reproches. Les adresses qui les
+contenaient obtinrent l'honneur de l'impression, la mention honorable,
+et le renvoi au directoire. Cette maniere de les accueillir prouvait
+assez les dispositions des deux conseils. Elles ne pouvaient etre plus
+mauvaises. L'opposition constitutionnelle s'etait reunie a l'opposition
+patriote. L'une composee d'ambitieux qui voulaient un gouvernement
+nouveau, et d'importans qui se plaignaient que leurs avis et leurs
+recommandations n'eussent pas ete assez bien accueillis; l'autre formee
+de patriotes exclus par les scissions du corps legislatif, ou reduits au
+silence par la loi du 19 fructidor; elles voulaient egalement la ruine
+du gouvernement existant. Ils disaient que le directoire avait a la fois
+mal administre et mal defendu la France; qu'il avait viole la liberte
+des opinions, opprime la liberte de la presse et des societes
+populaires. Ils le declaraient a la fois faible et violent; ils allaient
+meme jusqu'a revenir sur le 18 fructidor, et a dire que, n'ayant pas
+respecte les lois dans cette journee, il ne pouvait plus les invoquer en
+sa faveur.
+
+La nomination de Sieyes au directoire avait ete l'un des premiers motifs
+de ces dispositions. Appeler au directoire un homme qui n'avait cesse
+de regarder comme mauvaise la constitution directoriale, qui deja, par
+cette raison, avait refuse d'etre directeur, c'etait annoncer en quelque
+sorte qu'on voulait une revolution. L'acceptation de Sieyes, dont on
+doutait a cause de ses refus anterieurs, ne fit que confirmer ces
+conjectures.
+
+Les mecontens de toute espece, qui voulaient un changement, se
+grouperent autour de Sieyes. Sieyes n'etait point un chef de parti
+habile; il n'en avait ni le caractere a la fois souple et audacieux, ni
+meme l'ambition; mais il ralliait beaucoup de monde par sa renommee.
+On savait qu'il trouvait tout mauvais dans la constitution et le
+gouvernement, et on se pressait autour de lui, comme pour l'inviter
+a tout changer. Barras, qui avait su se faire pardonner son ancienne
+presence au directoire par ses liaisons et ses intrigues avec tous les
+partis, s'etait rapproche de Sieyes, et etait parvenu a se rattacher
+a lui, en livrant lachement ses collegues. C'est autour de ces deux
+directeurs que se ralliaient tous les ennemis du directoire. Ce parti
+avait songe a se donner l'appui d'un jeune general qui eut de la
+reputation, et qui passat, comme beaucoup d'autres, pour une victime du
+gouvernement. La position de Joubert, sur lequel on fondait de grandes
+esperances, et qui etait sans emploi depuis sa demission, avait fixe le
+choix sur lui. Il allait s'allier a M. de Semonville, en epousant une
+demoiselle de Monthelon. On l'avait rapproche de Sieyes; on le fit
+nommer general de la 17e division militaire, celle de Paris, et on
+s'efforca d'en faire le chef de la nouvelle coalition.
+
+On ne songeait point encore a faire des changemens; on voulait d'abord
+s'emparer du gouvernement, sauver ensuite la France d'une invasion,
+et on ajournait les projets constitutionnels a une epoque ou tous les
+perils seraient passes. La premiere chose a obtenir etait l'eloignement
+des membres de l'ancien directoire. Sieyes n'y etait que depuis une
+quinzaine; il y etait entre le 1er prairial, en remplacement de Rewbell.
+Barras s'etait sauve de l'orage comme on a vu. Toute la haine se
+dechargeait contre Larevelliere, Merlin et Treilhard, tous trois fort
+innocens de ce qu'on reprochait au gouvernement.
+
+Ils avaient la majorite, puisqu'ils etaient trois, mais on voulait leur
+rendre impossible l'exercice de l'autorite. Ils avaient resolu d'avoir
+les plus grands egards pour Sieyes, de lui pardonner meme son humeur,
+afin de ne pas ajouter aux difficultes de la position, celles que des
+divisions personnelles pourraient encore faire naitre. Mais Sieyes etait
+intraitable; il trouvait tout mauvais, et il etait en cela de tres bonne
+foi; mais il s'exprimait de maniere a prouver qu'il ne voulait pas
+s'entendre avec ses collegues pour porter remede au mal. Un peu infatue
+de ce qu'il avait vu dans le pays d'ou il venait, il ne cessait de leur
+dire: "Ce n'est pas ainsi qu'on fait en Prusse.--Enseignez-nous donc,
+lui repondaient ses collegues, comment on fait en Prusse; eclairez-nous
+de vos avis, et aidez-nous a faire le bien.--Vous ne m'entendriez pas,
+repliquait Sieyes; il est inutile que je vous parle; faites comme vous
+avez coutume de faire."
+
+Tandis que, dans le sein du directoire, l'incompatibilite se declarait
+entre la minorite et la majorite, les attaques les plus vives se
+succedaient au dehors de la part des conseils. Il y avait deja querelle
+ouverte sur les finances. La detresse, comme on l'a dit, provenait de
+deux causes, la lenteur des rentrees et le deficit dans les produits
+supposes. Sur 400 millions deja ordonnances pour depenses consommees,
+210 millions etaient a peine rentres. Le deficit dans l'evaluation des
+produits s'elevait, suivant Ramel, a 67 et meme a 75 millions. Comme
+on lui contestait toujours la quotite du deficit, il donna un dementi
+formel au depute Genissieux dans _le Moniteur_, et prouva ce qu'il
+avancait. Mais que sert de prouver dans certains momens? On n'en accabla
+pas moins le ministre et le gouvernement d'invectives; on ne cessa
+pas de repeter qu'ils ruinaient l'etat, et demandaient sans cesse de
+nouveaux fonds pour fournir a de nouvelles dilapidations. Cependant,
+la force de l'evidence obligea a accorder un supplement de produits.
+L'impot sur le sel avait ete refuse; pour y suppleer, on ajouta un
+decime par franc sur toutes les contributions, et on doubla encore celle
+des portes et fenetres. Mais c'etait peu que de decreter des impots,
+il fallait assurer leur rentree par differentes lois, relatives a leur
+assiette et a leur perception. Ces lois n'etaient pas rendues. Le
+ministre pressait leur mise en discussion; on ajournait sans cesse, et
+on repondait a ses instances en criant a la trahison, au vol, etc.
+
+Outre la querelle sur les finances, on en avait ouvert une autre. Deja
+il s'etait eleve des reclamations sur certains articles de la loi du
+19 fructidor qui permettaient au directoire de fermer les clubs et de
+supprimer les journaux sur un simple arrete. Un projet de loi avait ete
+ordonne sur la presse et les societes populaires, afin de modifier la
+loi du 19 fructidor, et d'enlever au directoire le pouvoir arbitraire
+dont il etait revetu. On s'elevait beaucoup aussi contre la faculte que
+cette loi donnait au directoire de deporter a sa volonte les pretres
+suspects, et de rayer les emigres de la liste. Les patriotes, eux-memes
+semblaient vouloir lui enlever cette dictature, funeste seulement a
+leurs adversaires. On commenca par la discussion sur la presse et les
+societes populaires. Le projet mis en avant etait l'ouvrage de Berlier.
+La discussion s'ouvrit dans les derniers jours de prairial (au milieu
+de juin). Les partisans du directoire, parmi lesquels se distinguaient
+Chenier, Bailleul, Creuze-Latouche, Lecointe-Puyraveau, soutenaient que
+cette dictature accordee au directoire par la loi du 19 fructidor,
+bien que redoutable en temps ordinaire, etait de la plus indispensable
+necessite dans la circonstance actuelle. Ce n'etait pas, disaient-ils,
+dans un moment de peril extreme qu'il fallait diminuer les forces du
+gouvernement. La dictature qu'on lui avait donnee le lendemain du 18
+fructidor lui etait devenue necessaire, non plus contre la faction
+royaliste, mais contre la faction anarchique, non moins redoutable que
+la premiere, et secretement alliee avec elle. Les disciples de Baboeuf,
+ajoutaient-ils, reparaissaient de toutes, parts, et menacaient la
+republique d'un nouveau debordement.
+
+Les patriotes, qui fourmillaient dans les cinq-cents, repondaient avec
+leur vehemence accoutumee aux discours des partisans du directoire. Il
+fallait, disaient-ils, donner une commotion a la France, et lui rendre
+l'energie de 1793, que le directoire avait entierement etouffee en
+faisant peser sur elle un joug accablant. Tout patriotisme allait
+s'eteindre si on n'ouvrait pas les clubs, et si on ne rendait pas la
+parole aux feuilles patriotiques. "Vainement, ajoutaient-ils, on accuse
+les patriotes, vainement on feint de redouter un debordement de leur
+part. Qu'ont-ils fait ces patriotes tant accuses? Depuis trois ans ils
+sont egorges, proscrits, sans patrie, dans la republique qu'ils ont
+contribue puissamment a fonder et qu'ils ont defendue. Quels crimes
+avez-vous a leur reprocher? ont-ils reagi contre les reacteurs? Non. Ils
+sont exageres, turbulens; soit. Mais sont-ce la des crimes? Ils parlent,
+ils crient meme, si l'on veut; mais ils n'assassinent pas, et tous les
+jours ils sont assassines..." Tel etait le langage de Briot (du Doubs),
+du Corse Arena, et d'une foule d'autres.
+
+Les membres de l'opposition constitutionnelle s'exprimaient autrement.
+Ils etaient naturellement moderes. Ils avaient le ton mesure, mais amer
+et dogmatique. Il fallait, suivant eux, revenir aux principes trop
+meconnus, et rendre la liberte a la presse et aux societes populaires.
+Les dangers de fructidor avaient bien pu valoir une dictature momentanee
+au directoire, mais cette dictature donnee de confiance, comment en
+avait-il use? Il n'y avait qu'a interroger les partis, disait Boulay
+(de la Meurthe). Quoique ayant tous des vues differentes, royalistes,
+patriotes, constitutionnels, etaient d'accord pour declarer que le
+directoire avait mal use de sa toute-puissance. Un meme accord, chez des
+hommes si opposes de sentimens et de vues, ne pouvait pas laisser de
+doute, et le directoire etait condamne.
+
+Ainsi les patriotes irrites se plaignaient d'oppression; les
+constitutionnels, pleins de pretentions, se plaignaient du mal-gouverne.
+Tous se reunirent, et firent abroger les articles de la loi du 19
+fructidor relatifs aux journaux et aux societes populaires. C'etait la
+une victoire importante, qui allait amener un dechainement d'ecrits
+periodiques et le ralliement de tous les jacobins.
+
+L'agitation allait croissante vers les derniers jours de prairial.
+Les bruits les plus sinistres couraient de toutes parts. La nouvelle
+coalition resolut d'employer les tracasseries ordinaires que les
+oppositions emploient dans les gouvernemens representatifs pour obliger
+un ministere a se retirer. Questions embarrassantes et reiterees,
+menaces d'accusation, on mit tout en usage. Ces moyens sont si naturels,
+que, sans la pratique du gouvernement representatif, l'instinct seul des
+partis les decouvre sur-le-champ.
+
+Les commissions des depenses, des fonds et de la guerre, etablies dans
+les cinq-cents pour s'occuper de ces divers objets, se reunirent, et
+projeterent un message au directoire. Boulay (de la Meurthe) fut charge
+du rapport, et le presenta le 15 prairial. Sur sa proposition, le
+conseil des cinq-cents adressa au directoire un message par lequel
+il demandait a etre instruit des causes des dangers interieurs et
+exterieurs qui menacaient la republique, et des moyens qui existaient
+pour y pourvoir. Les demandes de cette nature n'ont guere d'autre effet
+que d'arracher des aveux de detresse, et de compromettre davantage le
+gouvernement auquel on les arrache. Un gouvernement, nous le repetons,
+doit reussir: l'obliger a convenir qu'il n'a pas reussi, c'est l'obliger
+au plus funeste de tous les aveux. A ce message furent jointes une foule
+de motions d'ordre, qui toutes avaient un objet analogue. Elles etaient
+relatives au droit de former des societes populaires, a la liberte
+individuelle, a la responsabilite des ministres, a la publicite des
+comptes, etc.
+
+Le directoire, en recevant le message en question, resolut d'y faire une
+reponse detaillee, dans laquelle il tracerait le tableau de tous les
+evenemens, et exposerait les moyens qu'il avait employes, et ceux qu'il
+se proposait d'employer encore, pour retirer la France de la crise ou
+elle se trouvait. Une reponse de cette nature exigeait le concours de
+tous les ministres, pour que chacun d'eux put fournir son rapport. Il
+fallait au moins plusieurs jours pour le rediger; mais ce n'est pas ce
+qui convenait aux meneurs des conseils. Ils ne voulaient pas un etat
+exact et fidele de la France, mais des aveux prompts et embarrasses.
+Aussi, apres avoir attendu quelques jours, les trois commissions qui
+avaient propose le message firent aux cinq-cents une proposition
+nouvelle, par l'organe du depute Poulain-Grand-Pre. C'etait le 28
+prairial (16 juin). Le rapporteur proposa aux cinq-cents de se declarer
+en permanence jusqu'a ce que le directoire eut repondu au message du 15.
+La proposition fut adoptee. C'etait jeter le cri d'alarme, et annoncer
+un prochain evenement. Les cinq-cents firent part aux anciens de leur
+determination, en les engageant a suivre leur exemple. L'exemple en
+effet fut imite, et les anciens siegerent aussi en permanence. Les
+trois commissions des depenses, des fonds, de la guerre, etant trop
+nombreuses, furent changees en une seule commission, composee de
+onze membres, et chargee de presenter les mesures exigees par les
+circonstances.
+
+Le directoire repondit, de son cote, qu'il allait se constituer en
+seance permanente, pour hater le rapport qu'on lui demandait. On concoit
+quelle agitation devait resulter d'une pareille determination. On
+faisait, comme d'usage, courir les bruits les plus sinistres: les
+adversaires du directoire disaient qu'il meditait un nouveau coup
+d'etat, et qu'il voulait dissoudre les conseils. Ses partisans
+repandaient au contraire qu'il y avait une coalition formee entre tous
+les partis pour renverser violemment la constitution. Rien de pareil
+n'etait medite de part ni d'autre. La coalition des deux oppositions
+voulait seulement la demission des trois anciens directeurs. On imagina
+un premier moyen pour l'amener. La constitution voulait que le directeur
+entrant en fonctions eut quitte la legislature depuis un an revolu. On
+s'apercut que Treilhard, qui depuis treize mois siegeait au directoire,
+etait sorti de la legislature le 30 floreal an V, et qu'il avait ete
+nomme au directoire, le 26 floreal an VI. Il manquait donc quatre jours
+au delai prescrit. Ce n'etait la qu'une chicane, car cette irregularite
+etait couverte par le silence garde pendant deux sessions, et d'ailleurs
+Sieyes lui-meme etait dans le meme cas. Sur-le-champ la commission des
+onze proposa d'annuler la nomination de Treilhard. Cette annulation eut
+lieu le jour meme du 28 et fut signifiee au directoire.
+
+Treilhard etait rude et brusque, mais n'avait pas une fermete egale a
+la durete de ses manieres. Il etait dispose a ceder. Larevelliere
+etait dans une tout autre disposition d'esprit. Cet homme honnete et
+desinteresse, auquel ses fonctions etaient a charge, qui ne les avait
+acceptees que par devoir, et qui faisait des voeux tous les ans pour
+que le sort le rendit a la retraite, ne voulait plus abandonner ses
+fonctions depuis que les factions coalisees paraissaient l'exiger. Il
+se figurait qu'on ne voulait expulser les anciens directeurs que pour
+abolir la constitution de l'an III; que Sieyes, Barras et la famille
+Bonaparte, concouraient au meme but dans des vues differentes, mais
+toutes egalement funestes a la republique. Dans cette persuasion, il ne
+voulait pas que les anciens directeurs abandonnassent leur poste. En
+consequence, il courut chez Treilhard, et l'engagea a resister. "Avec
+Merlin et moi, lui dit-il, vous formerez la majorite, et nous nous
+refuserons a l'execution de cette determination du corps legislatif,
+comme illegale, seditieuse, et arrachee par une faction." Treilhard
+n'osa pas suivre cet avis, et envoya sur-le-champ sa demission aux
+cinq-cents.
+
+Larevelliere, voyant la majorite perdue, n'en persista pas moins a
+refuser sa demission, si on la lui demandait. Les meneurs des cinq-cents
+resolurent de donner tout de suite un successeur a Treilhard. Sieyes
+aurait voulu faire nommer un homme a sa devotion; mais son influence
+fut nulle dans cette occasion. On nomma un ancien avocat de Rennes,
+president actuel du tribunal de cassation, et connu pour appartenir
+plutot a l'opposition patriote qu'a l'opposition constitutionnelle.
+C'etait Gohier, citoyen probe et devoue a la republique, mais peu
+capable, etranger a la connaissance des hommes et des affaires. Il fut
+nomme le 29 prairial, et dut etre installe le lendemain meme.
+
+Ce n'etait pas assez d'avoir exclu Treilhard, on voulait arracher du
+directoire Larevelliere et Merlin. Les patriotes surtout etaient furieux
+contre Larevelliere; ils se souvenaient que quoique regicide, il n'avait
+jamais ete montagnard, qu'il avait lutte souvent contre leur parti
+depuis le 9 thermidor, et que l'annee precedente il avait encourage le
+systeme des scissions. En consequence, ils menacerent de le mettre
+en accusation, lui et Merlin, s'ils ne donnaient pas tous deux leur
+demission. Sieyes fut charge de faire une premiere ouverture, pour les
+engager a ceder volontairement a l'orage.
+
+Le 29 au soir, jour de la sortie de Treilhard, Sieyes proposa une
+reunion particuliere des quatre directeurs chez Merlin. On s'y rendit.
+Barras, comme si on se fut trouve en danger, y vint avec le sabre au
+cote, et n'ouvrit point la bouche. Sieyes prit la parole avec embarras,
+fit une longue digression sur les fautes du gouvernement, et balbutia
+longtemps avant d'en venir au veritable objet de la reunion. Enfin
+Larevelliere le somma de s'expliquer clairement. "Vos amis, repondit
+Sieyes, et ceux de Merlin vous engagent tous deux a donner votre
+demission." Larevelliere demanda quels etaient ces amis. Sieyes n'en put
+nommer aucun qui meritat quelque confiance. Larevelliere lui parla alors
+avec le ton d'un homme indigne de voir le directoire trahi par ses
+membres, et livre par eux aux complots des factieux. Il prouva
+que jusqu'ici sa conduite et celle de ses collegues avaient ete
+irreprochables, que les torts qu'on leur imputait n'etaient qu'un
+tissu de calomnies, puis il attaqua directement Sieyes sur ses projets
+secrets, et le jeta dans le plus grand embarras par ses vehementes
+apostrophes. Barras, pendant tout ce temps, garda le plus morne silence.
+Sa position etait difficile, car seul il avait merite tous les reproches
+dont on accablait ses collegues. Leur demander leur demission pour des
+torts qu'ils n'avaient pas, et qui n'etaient qu'a lui seul, eut ete
+trop embarrassant. Il se tut donc. On se separa sans avoir rien obtenu.
+Merlin, qui n'osait pas prendre un parti, avait declare qu'il suivrait
+l'exemple de Larevelliere.
+
+Barras imagina d'employer un intermediaire pour obtenir la demission de
+ses deux collegues. Il se servit d'un ancien girondin, Bergoeng, que le
+gout des plaisirs avait attire dans sa societe. Il le chargea d'aller
+voir Larevelliere pour le decider a se demettre. Bergoeng vint dans la
+nuit du 20 au 30, invoqua aupres de Larevelliere l'ancienne amitie qui
+les liait, et employa tous les moyens pour l'ebranler. Il lui assura que
+Barras l'aimait, l'honorait, et regardait son eloignement comme injuste,
+mais qu'il le conjurait de ceder, pour n'etre pas expose a une tempete.
+Larevelliere demeura inebranlable. Il repondit que Barras etait dupe
+de Sieyes, Sieyes de Barras, et que tous deux seraient dupes par
+les Bonaparte; qu'on voulait la ruine de la republique, mais qu'il
+resisterait jusqu'a son dernier soupir.
+
+Le lendemain 30, Gohier devait etre installe. Les quatre directeurs
+etaient reunis; tous les ministres etaient presens. A peine
+l'installation fut-elle achevee, et les discours du president et du
+nouveau directeur prononces, qu'on revint a l'objet de la veille. Barras
+demanda a parler en particulier a Larevelliere; ils passerent tous deux
+dans une salle voisine. Barras renouvela aupres de son collegue les
+memes instances, les memes caresses, et le trouva aussi obstine. Il
+rentra, assez embarrasse de n'avoir rien obtenu, et craignant toujours
+la discussion des actes de l'ancien directoire, qui ne pouvait pas etre
+a son avantage. Alors il prit la parole avec violence, et n'osant pas
+attaquer Larevelliere, il se dechaina contre Merlin qu'il detestait, fit
+de lui la peinture la plus ridicule et la plus fausse, et le representa
+comme une espece de fier-a-bras, meditant, avec une reunion de
+coupe-jarrets, un coup d'etat contre ses collegues et les conseils.
+Larevelliere, venant au secours de Merlin, prit aussitot la parole,
+et demontra l'absurdite de pareilles imputations. Rien dans le
+jurisconsulte Merlin, en effet, ne ressemblait a ce portrait.
+Larevelliere retraca alors l'historique de toute l'administration du
+directoire, et le fit avec detail pour eclairer les ministres et le
+directeur entrant. Barras etait dans une perplexite cruelle; il se
+leva enfin, en disant: "Eh bien! c'en est fait, les sabres sont
+tires.--Miserable, lui repondit Larevelliere avec fermete, que parles-tu
+de sabres? Il n'y a ici que des couteaux, et ils sont diriges contre des
+hommes irreprochables, que vous voulez egorger, ne pouvant les entrainer
+a une faiblesse."
+
+Gohier voulut alors servir de conciliateur, mais ne put y reussir. Dans
+ce moment, plusieurs membres des cinq-cents et des anciens s'etant
+reunis, vinrent prier les deux directeurs de ceder, en promettant qu'il
+ne serait point dirige contre eux d'acte d'accusation. Larevelliere leur
+repondit avec fierte qu'il n'attendait point de grace, qu'on pouvait
+l'accuser, et qu'il repondrait. Les deputes qui s'etaient charges de
+cette mission retournerent aux deux conseils, et y causerent un nouveau
+soulevement en rapportant ce qui s'etait passe. Boulay (de la Meurthe)
+denonca Larevelliere, avoua sa probite, mais lui preta mal a propos des
+projets de religion nouvelle, et accusa beaucoup son entetement, qui
+allait, dit-il, perdre la republique. Les patriotes se dechainerent avec
+plus de violence que jamais, et dirent que puisqu'ils s'obstinaient, il
+ne fallait faire aucune grace aux directeurs.
+
+L'agitation etait au comble, et la lutte se trouvant engagee, on ne
+savait plus jusqu'ou elle pourrait etre poussee. Beaucoup d'hommes
+moderes des deux conseils se reunirent, et dirent que, pour eviter des
+malheurs, il fallait aller conjurer Larevelliere de ceder a l'orage. Ils
+se rendirent aupres de lui dans la nuit du 30, et le supplierent, au nom
+des dangers que courait la republique, de donner sa demission. Ils lui
+dirent qu'ils etaient exposes tous aux plus grands perils, et que s'il
+s'obstinait a resister, ils ne savaient pas jusqu'ou pourrait aller la
+fureur des partis. "Mais ne voyez-vous pas, leur repondit Larevelliere,
+les dangers plus grands que court la republique? Ne voyez-vous pas que
+ce n'est pas a nous qu'on en veut, mais a la constitution; qu'en cedant
+aujourd'hui, il faudra ceder demain, et toujours, et que la republique
+sera perdue par notre faiblesse? Mes fonctions, ajouta-t-il, me sont a
+charge; si je m'obstine a les garder aujourd'hui, c'est parce que
+je crois devoir opposer une barriere insurmontable aux complots des
+factions. Cependant, si vous croyez tous que ma resistance vous expose
+a des perils, je vais me rendre; mais je vous le declare, la republique
+est perdue. Un seul homme ne peut pas la sauver; je cede donc, puisque
+je reste seul, et je vous remets ma demission."
+
+Il la donna dans la nuit. Il ecrivit une lettre simple et digne pour
+exprimer ses motifs. Merlin lui demanda a la copier, et les deux
+demissions furent envoyees en meme temps. Ainsi fut dissous l'ancien
+directoire. Toutes les factions qu'il avait essaye de reduire s'etaient
+reunies pour l'abattre, et avaient mis leurs ressentimens en commun. Il
+n'etait coupable que d'un seul tort, celui d'etre plus faible qu'elles;
+tort immense, il est vrai, et qui justifie la chute d'un gouvernement.
+
+Malgre le dechainement general, Larevelliere emporta l'estime de tous
+les citoyens eclaires. Il ne voulut pas, en quittant le directoire,
+recevoir les cent mille francs que ses collegues etaient convenus de
+donner au membre sortant; il ne recut pas meme la part a laquelle il
+avait droit sur les retenues faites a leurs appointemens; il n'emporta
+pas la voiture qu'il etait d'usage de laisser au directeur sortant. Il
+se retira a Andilly, dans une petite maison qu'il possedait, et il y
+recut la visite de tous les hommes consideres que la fureur des partis
+n'intimidait pas. Le ministre Talleyrand fut du nombre de ceux qui
+allerent le visiter dans sa retraite.
+
+
+
+CHAPITRE XVII.
+
+FORMATION DU NOUVEAU DIRECTOIRE. MOULINS ET ROGER-DUCOS REMPLACENT
+LAREVELLIERE ET MERLIN.--CHANGEMENT DANS LE MINISTERE.--LEVEE DE TOUTES
+LES CLASSES DE CONSCRITS.--EMPRUNT FORCE DE CENT MILLIONS.--LOI DES
+OTAGES.--NOUVEAUX PLANS MILITAIRES.--REPRISE DES OPERATIONS EN
+ITALIE; JOUBERT GENERAL EN CHEF; BATAILLE DE NOVI, ET MORT DE
+JOUBERT.--DEBARQUEMENT DES ANGLO-RUSSES EN HOLLANDE.--NOUVEAUX TROUBLES
+A L'INTERIEUR; DECHAINEMENT DES PATRIOTES; ARRESTATION DE ONZE
+JOURNALISTES; RENVOI DE BERNADOTTE; PROPOSITION DE DECLARER LA PATRIE EN
+DANGER.
+
+
+Les annees usent les partis, mais il en faut beaucoup pour les epuiser.
+Les passions ne s'eteignent qu'avec les coeurs dans lesquels elles
+s'allumerent. Il faut que tout une generation disparaisse; alors il ne
+reste des pretentions des partis que les interets legitimes, et le
+temps peut operer entre ces interets une conciliation naturelle et
+raisonnable. Mais avant ce terme, les partis sont indomptables par la
+seule puissance de la raison. Le gouvernement qui veut leur parler le
+langage de la justice et des lois leur devient bientot insupportable, et
+plus il a ete modere, plus ils le meprisent comme faible et impuissant.
+Veut-il, quand il trouve des coeurs sourds a ses avis, employer la
+force, on le declare tyrannique, on dit qu'a la faiblesse il joint la
+mechancete. En attendant les effets du temps, il n'y a qu'un grand
+despotisme qui puisse dompter les partis irrites. Le directoire etait ce
+gouvernement legal et modere qui voulut faire subir le joug des lois aux
+partis que la revolution avait produits, et que cinq ans de lutte et de
+reaction n'avaient pas encore epuises. Ils se coaliserent tous, comme on
+vient de le voir, au 30 prairial, pour amener sa chute. L'ennemi commun
+renverse, ils se trouvaient en presence les uns des autres sans aucune
+main pour les contenir. On va voir comment ils se comporterent.
+
+La constitution, quoique n'etant plus qu'un fantome, n'etait pas abolie,
+et il fallait remplacer par une ombre le directoire deja renverse.
+Gohier avait remplace Treilhard; il fallait donner des successeurs a
+Larevelliere et a Merlin. On choisit Roger-Ducos et Moulins. Roger-Ducos
+etait un ancien girondin, homme honnete, peu capable et tout-a-fait
+devoue a Sieyes. Il avait ete nomme par l'influence de Sieyes sur les
+anciens. Moulins etait un general obscur, employe autrefois dans la
+Vendee, republicain chaud et integre, nomme comme Gohier par l'influence
+du parti patriote. On avait propose d'autres notabilites ou civiles
+ou militaires, pour composer le directoire; mais elles avaient ete
+rejetees. Il etait clair, d'apres de pareils choix, que les partis
+n'avaient pas voulu se donner des maitres. Ils n'avaient porte au
+directoire que ces mediocrites, chargees ordinairement de tous les
+_interim_.
+
+Le directoire actuel, compose, comme les conseils, de partis opposes,
+etait encore plus faible et moins homogene que le precedent. Sieyes, le
+seul homme superieur parmi les cinq directeurs, revait, comme on l'a vu,
+une nouvelle organisation politique. Il etait le chef du parti qui se
+qualifiait de modere ou de constitutionnel, et dont tous les membres
+cependant souhaitaient une constitution nouvelle. Il n'avait de collegue
+devoue que Roger-Ducos. Moulins et Gohier, tous deux chauds patriotes,
+incapables de concevoir autre chose que ce qui existait, voulaient la
+constitution actuelle, mais voulaient l'executer et l'interpreter dans
+le sens des patriotes. Quant a Barras, appele naturellement a les
+departager, qui pouvait compter sur lui? Ce chaos de vices, de passions,
+d'interets, d'idees contraires, que presentait la republique mourante,
+il en etait a lui seul l'embleme vivant. La majorite, dependant de sa
+voix, etait donc commise au hasard.
+
+Sieyes dit assez nettement a ses nouveaux collegues qu'ils prenaient la
+direction d'un gouvernement menace d'une chute prochaine, mais qu'il
+fallait sauver la republique si on ne pouvait sauver la constitution. Ce
+langage deplut fort a Gohier et a Moulins, et fut mal accueilli par eux.
+Aussi des le premier jour les sentimens parurent peu d'accord. Sieyes
+tint le meme langage a Joubert, le general qu'on voulait engager dans le
+parti reorganisateur. Mais Joubert, vieux soldat de l'armee d'Italie, en
+avait les sentimens; il etait chaud patriote, et les vues de Sieyes lui
+parurent suspectes. Il s'en ouvrit secretement a Gohier et a Moulins,
+et parut se rattacher entierement a eux. Du reste, c'etaient la des
+questions qui ne pouvaient arriver qu'ulterieurement en discussion. Le
+plus pressant etait d'administrer et de defendre la republique menacee.
+La nouvelle de la bataille de la Trebbia, repandue partout, jetait
+tous les esprits dans l'alarme. Il fallait de grandes mesures de salut
+public.
+
+Le premier soin d'un gouvernement est de faire tout le contraire de
+celui qui l'a precede, ne serait-ce que pour obeir aux passions qui
+l'ont fait triompher. Championnet, ce heros de Naples si vante, Joubert,
+Bernadotte, devaient sortir des fers ou de la disgrace, pour occuper les
+premiers emplois. Championnet fut mis sur-le-champ en liberte et nomme
+general d'une nouvelle armee qu'on se proposait de former le long des
+Grandes-Alpes. Bernadotte fut charge du ministere de la guerre. Joubert
+fut appele a commander l'armee d'Italie. Ses triomphes dans le Tyrol,
+sa jeunesse, son caractere heroique, inspiraient les plus grandes
+esperances. Les reorganisateurs lui souhaitaient assez de succes et de
+gloire pour qu'il put appuyer leurs projets. Le choix de Joubert etait
+fort bon sans doute, mais c'etait une nouvelle injustice pour Moreau,
+qui avait si genereusement accepte le commandement d'une armee battue,
+et qui l'avait sauvee avec tant d'habilete. Mais Moreau etait peu
+agreable aux chauds patriotes, qui triomphaient dans ce moment. On lui
+donna le commandement d'une pretendue armee du Rhin qui n'existait pas
+encore.
+
+Il y eut en outre divers changemens dans le ministere. Le ministre
+des finances, Ramel, qui avait rendu de si grands services depuis
+l'installation du directoire, et qui avait administre pendant cette
+transition si difficile du papier-monnaie au numeraire, Ramel avait
+partage l'odieux jete sur l'ancien directoire. Il fut si violemment
+attaque, que, malgre l'estime qu'ils avaient pour lui, les nouveaux
+directeurs furent obliges d'accepter sa demission. On lui donna pour
+successeur un homme qui etait cher aux patriotes, et respectable pour
+tous les partis: c'etait Robert Lindet, l'ancien membre du comite de
+salut public, si indecemment attaque pendant la reaction. Il se defendit
+long-temps contre la proposition d'un portefeuille: l'experience qu'il
+avait faite de l'injustice des partis, devait peu l'engager a rentrer
+dans les affaires. Cependant il y consentit par devouement a la
+republique.
+
+La diplomatie du directoire n'avait pas ete moins blamee que son
+administration financiere. On l'accusait d'avoir remis la republique en
+guerre avec toute l'Europe, et c'etait bien a tort, si l'on considere
+surtout quels etaient les accusateurs. Les accusateurs, en effet,
+etaient les patriotes eux-memes, dont les passions avaient engage de
+nouveau la guerre. On reprochait surtout au directoire l'expedition
+d'Egypte, naguere si vantee, et on pretendait que cette expedition avait
+amene la rupture avec la Porte et la Russie. Le ministre Talleyrand,
+deja peu agreable aux patriotes, comme ancien emigre, avait encouru
+toute la responsabilite de cette diplomatie, et il etait si vivement
+attaque qu'il fallut en agir avec lui comme avec Ramel, et accepter sa
+demission. On lui donna pour successeur un Wurtembergeois, qui, sous les
+apparences de la bonhomie allemande, cachait un esprit remarquable, et
+que M. de Talleyrand avait recommande comme l'homme le plus capable de
+lui succeder. C'etait M. Reinhard. On a dit que ce choix n'avait ete que
+provisoire, et que M. Reinhard n'etait la qu'en attendant le moment ou
+M. de Talleyrand pourrait etre rappele. Le ministere de la justice
+fut retire a Lambrechts, a cause de l'etat de sa sante, et donne a
+Cambaceres. On placa a la police Bourguignon, ancien magistrat, patriote
+sincere et honnete. Fouche, cet ex-jacobin, si souple, si insinuant, que
+Barras avait interesse dans le trafic des compagnies, et pourvu ensuite
+de l'ambassade a Milan, Fouche, destitue a cause de sa conduite en
+Italie, passait aussi pour une victime de l'ancien directoire. Il devait
+donc prendre part au triomphe decerne a toutes les victimes; il fut
+envoye a La Haye.
+
+Tels furent les principaux changemens apportes au personnel du
+gouvernement et des armees. Ce n'etait pas tout que de changer les
+hommes, il fallait leur fournir de nouveaux moyens de remplir la tache
+sous laquelle leurs predecesseurs avaient succombe. Les patriotes,
+revenant, suivant leur usage, aux moyens revolutionnaires, soutenaient
+qu'il fallait aux grands maux les grands remedes. Ils proposaient
+les mesures urgentes de 1793. Apres avoir tout refuse au precedent
+directoire, on voulait tout donner au nouveau; on voulait mettre dans
+ses mains des moyens extraordinaires, et l'obliger meme d'en user. La
+commission des onze, formee des trois commissions des depenses, des
+fonds et de la guerre, et chargee, pendant la crise de prairial,
+d'aviser aux moyens de sauver la republique, confera avec les membres du
+directoire, et arreta avec eux differentes mesures qui se ressentaient
+de la disposition du moment. Au lieu de deux cent mille hommes, a
+prendre sur les cinq classes de conscrits, le directoire put appeler
+toutes les classes. Au lieu des impots proposes par l'ancien directoire,
+et repousses avec tant d'acharnement par les deux oppositions, on
+imagina encore un emprunt force. Conformement au systeme des patriotes,
+il fut progressif, c'est-a-dire qu'au lieu de faire contribuer chacun
+suivant la valeur de ses impots directs, ce qui procurait tout de suite
+les roles de la contribution fonciere et personnelle pour base de
+repartition, on obligea chacun de contribuer suivant sa fortune. Alors
+il fallait recourir au jury taxateur, c'est-a-dire frapper les riches
+par le moyen d'une commission. Le parti moyen combattit ce projet et dit
+qu'il etait renouvele de la terreur, que la difficulte de la repartition
+rendait encore cette mesure inefficace et nulle, comme les anciens
+emprunts forces. Les patriotes repondirent qu'il fallait faire supporter
+les frais de la guerre, non pas a toutes les classes, mais aux riches
+seuls. Les memes passions employaient toujours, comme en le voit, les
+memes raisons. L'emprunt force et progressif fut decrete; il fut fixe a
+cent millions, et declare remboursable en biens nationaux.
+
+Outre ces mesures de recrutement et de finances, on dut en prendre une
+de police contre le renouvellement de la chouannerie, dans le midi et
+les departemens de l'ouest, theatres de l'ancienne guerre civile. Il se
+commettait la de nouveaux brigandages; on assassinait les acquereurs
+de biens nationaux, les hommes reputes patriotes, les fonctionnaires
+publics: on arretait surtout les diligences, et on les pillait. Il y
+avait parmi les auteurs de ces brigandages beaucoup d'anciens Vendeens
+et chouans, beaucoup de membres des fameuses compagnies du Soleil, et
+aussi beaucoup de conscrits refractaires. Quoique ces brigands, dont la
+presence annoncait une espece de dissolution sociale, eussent pour but
+reel le pillage, il etait evident, d'apres le choix de leurs victimes,
+qu'ils avaient une origine politique. Une commission fut nommee pour
+imaginer un systeme de repression. Elle proposa une loi, qui fut appelee
+loi des otages, et qui est demeuree celebre sous ce titre. Comme on
+attribuait aux parens des emigres ou ci-devant nobles, la plupart de ces
+brigandages, on voulut en consequence les obliger a donner des otages.
+Toutes les fois qu'une commune etait reconnue en etat notoire de
+desordre, les parens ou allies d'emigres, les ci-devant nobles, les
+ascendans des individus connus pour faire partie des rassemblemens,
+etaient consideres comme otages et comme civilement et personnellement
+responsables des brigandages commis. Les administrations centrales
+devaient designer les individus choisis pour otages, et les faire
+enfermer dans des maisons choisies pour cet objet. Ils devaient y vivre
+a leurs frais et a leur gre, et demeurer enfermes pendant toute la duree
+du desordre. Quand les desordres iraient jusqu'a l'assassinat, il devait
+y avoir quatre deportes pour un assassinat. On concoit tout ce qu'on
+pouvait dire pour ou contre cette loi. C'etait, disaient ses partisans,
+le seul moyen d'atteindre les auteurs, des desordres, et ce moyen etait
+doux et humain. C'etait, repondaient ses adversaires, une loi des
+suspects, une loi revolutionnaire, qui, dans l'impuissance d'atteindre
+les vrais coupables, frappait en masse, et commettait toutes les
+injustices ordinaires aux lois de cette nature. En un mot, on dit pour
+et contre tout ce qu'on a vu repete si souvent dans cette histoire sur
+les lois revolutionnaires. Mais il y avait une objection plus forte que
+toutes les autres a faire contre cette mesure. Ces brigands ne provenant
+que d'une veritable dissolution sociale, le seul remede etait dans une
+reorganisation vigoureuse de l'etat, et non dans des mesures tout-a-fait
+discreditees, et qui n'etaient capables de rendre aucune energie aux
+ressorts du gouvernement.
+
+La loi fut adoptee apres une discussion assez vive, ou les partis qui
+avaient ete un moment d'accord pour renverser l'ancien directoire se
+separerent avec eclat. A ces mesures importantes, qui avaient pour but
+d'armer le gouvernement de moyens revolutionnaires, on en ajouta qui,
+sous d'autres rapports, limitaient sa puissance. Ces mesures accessoires
+etaient la consequence des reproches faits a l'ancien directoire. Pour
+prevenir les scissions a l'avenir, on decida que le voeu de toute
+fraction electorale serait nul; que tout agent du gouvernement cherchant
+a influencer les elections serait puni pour attentat a la souverainete
+du peuple; que le directoire ne pourrait plus faire entrer des troupes
+dans le rayon constitutionnel sans une autorisation expresse; qu'aucun
+militaire ne pourrait etre prive de son grade sans une decision d'un
+conseil de guerre; que le droit accorde au directoire de lancer des
+mandats d'arret ne pourrait plus etre delegue a des agens; qu'aucun
+employe du gouvernement ou fonctionnaire quelconque ne pourrait etre ni
+fournisseur, ni meme interesse dans les marches de fournitures; qu'un
+club ne pourrait etre ferme sans une decision des administrations
+municipale et centrale. On ne put pas s'entendre sur une loi de la
+presse; mais l'article de la loi du 19 fructidor, qui donnait au
+directoire la faculte de suppression a l'egard des journaux, n'en
+demeura pas moins aboli; et en attendant un nouveau projet, la presse
+resta indefiniment libre.
+
+Telles furent les mesures prises a la suite du 30 prairial, soit pour
+reparer de pretendus abus, soit pour rendre au gouvernement l'energie
+dont il manquait. Ces mesures, qu'on prend dans les momens de crise, a
+la suite d'un changement de systeme, sont imaginees pour sauver un etat,
+et arrivent rarement a temps pour le sauver, car tout est souvent decide
+avant qu'elles puissent etre mises a execution. Elles fournissent tout
+au plus des ressources pour l'avenir. L'emprunt des cent millions, les
+nouvelles levees, ne pouvaient etre executes que dans quelques mois.
+Cependant l'effet d'une crise est de donner une secousse a tous les
+ressorts et de leur rendre une certaine energie. Bernadotte se hata
+d'ecrire des circulaires pressantes, et par vint de cette maniere a
+accelerer l'organisation deja commencee des bataillons de conscrits.
+Robert Lindet, auquel l'emprunt des cent millions n'ouvrait aucune
+ressource actuelle, assembla les principaux banquiers et commercans
+de la capitale, et les engagea a preter leur credit a l'etat. Ils y
+consentirent, et preterent leur signature au ministere des finances.
+Ils se formerent en syndicat, et en attendant la rentree des impots,
+signerent des billets dont ils devaient etre rembourses au fur et a
+mesure des recettes. C'etait une espece de banque temporaire etablie
+pour le besoin du moment.
+
+On voulait faire aussi de nouveaux plans de campagne; on demanda un
+projet a Bernadotte, qui se hata d'en presenter un fort singulier,
+mais qui heureusement ne fut pas mis a execution. Rien n'etait plus
+susceptible de combinaisons multipliees qu'un champ de bataille aussi
+vaste que celui sur lequel on operait. Chacun en y regardant devait
+avoir une idee differente; et si chacun pouvait la proposer et la faire
+adopter, il n'y avait pas de raison pour ne pas changer a chaque instant
+de projet. Si, dans la discussion, la diversite des avis est utile, elle
+est deplorable dans l'execution. Au debut, on avait pense qu'il fallait
+agir a la fois sur le Danube et en Suisse., Apres la bataille de
+Stokach, on ne voulut plus agir qu'en Suisse, et on supprima l'armee du
+Danube. En ce moment, Bernadotte pensa autrement; il pretendit, que la
+cause des succes des allies etait dans la facilite avec laquelle ils
+pouvaient communiquer, a travers les Alpes, d'Allemagne en Italie.
+Pour leur interdire ces moyens de communication, il voulait qu'on leur
+enlevat le Saint-Gothard et les Grisons a l'aile droite de l'armee de
+Suisse, et qu'on format une nouvelle armee du Danube, qui reportat la
+guerre en Allemagne. Pour former cette armee du Danube, il proposait
+d'organiser promptement l'armee du Rhin, et de la renforcer de vingt
+mille hommes enleves a Massena. C'etait compromettre celui-ci, qui avait
+devant lui toutes les forces de l'archiduc, et qui pouvait etre accable
+pendant ce revirement. Il est vrai qu'il eut ete bon de ramener la
+guerre sur le Danube, mais il suffisait de donner a Massena les moyens
+de prendre l'offensive, pour que son armee devint elle-meme cette
+armee du Danube. Alors il fallait tout reunir dans ses mains, loin de
+l'affaiblir. Dans le plan de Bernadotte, une armee devait etre
+formee sur les Grandes-Alpes, pour couvrir la frontiere contre les
+Austro-Russes du cote du Piemont. Joubert, reunissant les debris de
+toutes les armees d'Italie, et renforce des troupes disponibles a
+l'interieur, devait deboucher de l'Apennin, et attaquer Suwarow de vive
+force.
+
+Ce plan, fort approuve par Moulins, fut envoye aux generaux. Massena,
+fatigue de tous ces projets extravagans, offrit sa demission. On ne
+l'accepta pas, et le plan ne fut point mis a execution. Massena
+conserva le commandement de toutes les troupes, depuis Bale jusqu'au
+Saint-Gothard. On persista dans le projet de reunir une armee sur le
+Rhin pour couvrir cette ligne. On forma un noyau d'armee sur les Alpes,
+sous les ordres de Championnet. Ce noyau etait a peu pres de quinze
+mille hommes. On envoya tous les renforts disponibles a Joubert, qui
+devait deboucher de l'Apennin. On etait au milieu de la saison, en
+messidor (juillet); les renforts commencaient a arriver. Un certain
+nombre de vieux bataillons, retenus dans l'interieur, etaient rendus sur
+la frontiere. Les conscrits s'organisaient et allaient remplacer les
+vieilles troupes dans les garnisons. Enfin, comme les cadres manquaient
+pour la grande quantite de conscrits, on avait imagine d'augmenter
+le nombre des bataillons dans les demi-brigades ou regimens, ce qui
+permettait d'incorporer les nouvelles levees dans les anciens corps.
+
+On savait qu'un renfort de trente mille Russes arrivait en Allemagne,
+sous les ordres du general Korsakoff. On pressait Massena de sortir de
+ses positions et d'attaquer celles de l'archiduc, pour tacher de
+le battre avant sa jonction avec les Russes. Le gouvernement avait
+parfaitement raison sous ce rapport, car il etait urgent de faire une
+tentative avant la reunion d'une masse de forces aussi imposante.
+Cependant Massena refusait de prendre l'offensive, soit qu'il manquat
+ici de son audace accoutumee, soit qu'il attendit la reprise des
+operations offensives en Italie. Les militaires ont tous condamne son
+inaction, qui, du reste, devint bientot heureuse par les fautes de
+l'ennemi, et qui fut rachetee par d'immortels services. Pour obeir
+cependant aux instances du gouvernement, et executer une partie du
+plan de Bernadotte, qui consistait a empecher les Austro-Russes de
+communiquer d'Allemagne en Italie, Massena ordonna a Lecourbe de
+prolonger sa droite jusqu'au Saint-Gothard, de s'emparer de ce point
+important et de reprendre les Grisons. Par cette operation, les
+Grandes-Alpes rentraient sous la domination des Francais, et les armees
+ennemies qui operaient en Allemagne, se trouvaient sans communication
+avec celles qui operaient en Italie. Lecourbe executa cette entreprise
+avec l'intrepidite et la hardiesse qui le signalaient dans la guerre de
+montagnes, et redevint maitre du Saint-Gothard.
+
+Pendant ce temps, de nouveaux evenemens se preparaient en Italie.
+Suwarow, oblige par la cour de Vienne d'achever le siege de toutes les
+places, avant de pousser ses avantages, n'avait nullement profite de la
+victoire de la Trebbia. Il aurait meme pu, tout en se conformant a
+ses instructions, se reserver une masse suffisante pour disperser
+entierement nos debris; mais il n'avait pas assez le genie des
+combinaisons militaires pour agir de la sorte. Il consumait donc le
+temps a faire des sieges. Peschiera, Pizzighitone, la citadelle de
+Milan, etaient tombees. La citadelle de Turin avait eu le meme sort.
+Les deux places celebres de Mantoue et d'Alexandrie tenaient encore, et
+faisaient prevoir une longue resistance. Kray assiegeait Mantoue, et
+Bellegarde Alexandrie. Malheureusement toutes nos places avaient ete
+confiees a des commandans depourvus ou d'energie ou d'instruction.
+L'artillerie y etait mal servie, parce qu'on n'y avait jete que des
+corps delabres; l'eloignement de nos armees actives, repliees sur
+l'Apennin, desesperait singulierement les courages. Mantoue, la
+principale de ces places, ne meritait pas la reputation que les
+campagnes de Bonaparte lui avaient value. Ce n'etait pas sa force, mais
+la combinaison des evenemens, qui avait prolonge sa defense. Bonaparte,
+en effet, avec une dizaine de mille hommes, en avait reduit quatorze
+mille a y mourir des fievres et de la misere. Le general Latour-Foissac
+en etait le commandant actuel. C'etait un savant officier du genie; mais
+il n'avait pas l'energie necessaire pour ce genre de defense. Decourage
+par l'irregularite de la place et le mauvais etat des fortifications, il
+ne crut pas pouvoir suppleer aux murailles par de l'audace. D'ailleurs
+sa garnison etait insuffisante; et apres les premiers assauts, il parut
+dispose a se rendre. Le general Gardanne commandait a Alexandrie. Il
+etait resolu, mais point assez instruit. Il repoussa vigoureusement un
+premier assaut; mais il ne sut pas voir dans la place les ressources
+qu'elle presentait encore.
+
+On etait en thermidor (milieu de juillet); plus d'un mois s'etait ecoule
+depuis la resolution du 30 prairial et la nomination de Joubert. Moreau
+sentait l'importance de prendre l'offensive avant la chute des places,
+et de deboucher, avec l'armee reorganisee et renforcee, sur les
+Austro-Russes disperses. Malheureusement il etait enchaine par les
+ordres du gouvernement qui lui avait prescrit d'attendre Joubert. Ainsi,
+dans cette malheureuse campagne, ce fut une suite d'ordres intempestifs
+qui amena toujours nos revers. Le changement d'idees et de plans dans
+les choses d'execution, et surtout a la guerre, est toujours funeste.
+Si Moreau, auquel on aurait du donner le commandement des l'origine,
+l'avait eu du moins depuis la journee de Cassano, et l'avait eu sans
+partage, tout eut ete sauve; mais associe tantot a Macdonald, tantot a
+Joubert, on l'empecha pour la seconde et troisieme fois de reparer nos
+malheurs, et de relever l'honneur de nos armes.
+
+Joubert, qu'on avait voulu, par un mariage et des caresses, attacher au
+parti qui projetait une reorganisation, perdit un mois entier, celui de
+messidor (juin et juillet), a celebrer ses noces, et manqua ainsi une
+occasion decisive. On ne l'attacha pas reellement au parti dont on
+voulait le faire l'appui, car il resta devoue aux patriotes, et on lui
+fit perdre inutilement un temps precieux. Il partit en disant a sa jeune
+epouse: _Tu me reverras mort ou victorieux._ Il emporta, en effet, la
+resolution heroique de vaincre ou de mourir. Ce noble jeune homme, en
+arrivant a l'armee dans le milieu de thermidor (premiers jours d'aout),
+temoigna la plus grande deference au maitre consomme auquel on
+l'appelait a succeder. Il le pria de rester aupres de lui pour lui
+donner des conseils. Moreau, tout aussi genereux que le jeune general,
+voulut bien assister a sa premiere bataille, et l'aider de ses conseils:
+noble et touchante confraternite, qui honore les vertus de nos generaux
+republicains, et qui appartient a un temps ou le zele patriotique
+l'emportait encore sur l'ambition dans le coeur de nos guerriers!
+
+L'armee francaise, composee des debris des armees de la Haute-Italie et
+de Naples, des renforts arrives de l'interieur, s'elevait a quarante
+mille hommes, parfaitement reorganises, et brulant de se mesurer de
+nouveau avec l'ennemi. Rien n'egalait le patriotisme de ces soldats,
+qui, toujours battus, n'etaient jamais decourages, et demandaient
+toujours de retourner a l'ennemi. Aucune armee republicaine n'a mieux
+merite de la France, car aucune n'a mieux repondu au reproche injuste
+fait aux Francais, de ne pas savoir supporter les revers. Il est vrai
+qu'une partie de sa fermete etait due au brave et modeste general dans
+lequel elle avait mis toute sa confiance, et qu'on lui enlevait toujours
+au moment ou il allait la ramener a la victoire.
+
+Ces quarante mille hommes etaient independans de quinze mille qui
+devaient servir, sous Championnet, a former le noyau de l'armee des
+Grandes-Alpes. Ils avaient debouche par la Bormida sur Acqui, par la
+Bochetta sur Gavi, et ils etaient venus se ranger en avant de Novi. Ces
+quarante mille hommes, debouchant a temps, avant la reunion des corps
+occupes a faire des sieges, pouvaient remporter des avantages decisifs.
+Mais Alexandrie venait d'ouvrir ses portes, le 4 thermidor (22 juillet).
+Le bruit etait vaguement repandu que Mantoue venait aussi de les ouvrir.
+Cette triste nouvelle fut bientot confirmee, et on apprit que la
+capitulation avait ete signee le 12 thermidor (30 juillet). Kray venait
+de rejoindre Suwarow avec vingt mille hommes; la masse agissante des
+Austro-Russes se trouvait actuellement de soixante et quelques mille. Il
+n'etait donc plus possible a Joubert de lutter a chance egale contre un
+ennemi si superieur. Il assembla un conseil de guerre; l'avis general
+fut de rentrer dans l'Apennin, et de se borner a la defensive, en
+attendant de nouvelles forces.
+
+Joubert allait executer sa resolution, lorsqu'il fut prevenu par
+Suwarow, et oblige d'accepter la bataille. L'armee francaise etait
+formee en demi-cercle, sur les pentes du Monte-Rotondo, dominant toute
+la plaine de Novi. La gauche formee des divisions Grouchy et Lemoine,
+s'etendait circulairement en avant de Pasturana. Elle avait a dos le
+ravin du Riasco, ce qui rendait ses derrieres accessibles a l'ennemi qui
+oserait s'engager dans ce ravin. La reserve de cavalerie, commandee
+par Richepanse, etait en arriere de cette aile. Au centre, la division
+Laboissiere couvrait les hauteurs a droite et a gauche de la ville
+de Novi. La division Watrin, a l'aile droite, defendait les acces du
+Monte-Rotondo, du cote de la route de Tortone. Dombrowsky avec une
+division bloquait Seravalle. Le general Perignon commandait notre aile
+gauche, Saint-Cyr notre centre et notre droite. La position etait forte,
+bien occupee sur tous les points, et difficile a emporter. Cependant
+quarante mille hommes contre plus de soixante mille avaient un
+desavantage immense. Suwarow resolut d'attaquer la position avec sa
+violence accoutumee. Il porta Kray vers notre gauche avec les divisions
+Ott et Bellegarde. Le corps russe de Derfelden, ayant en tete
+l'avant-garde de Bagration, devait attaquer notre centre vers Novi.
+Melas, demeure un peu en arriere avec le reste de l'armee, devait
+assaillir notre droite. Par une combinaison singuliere, ou plutot par un
+defaut de combinaison, les attaques devaient etre successives, et non
+simultanees.
+
+Le 28 thermidor (15 aout 1799), Kray commenca l'attaque a cinq heures du
+matin. Bellegarde attaqua la division Grouchy a l'extreme gauche, et
+Ott la division Lemoine. Ces deux divisions n'etant pas encore formees,
+faillirent etre surprises et rompues. La resistance opiniatre de l'une
+des demi-brigades obligea Kray a se jeter sur la 20e legere, qu'il
+accabla en reunissant contre elle son principal effort. Deja ses troupes
+prenaient pied sur le plateau, lorsque Joubert accourut au galop sur le
+lieu du danger. Il n'etait plus temps de songer a la retraite, et il
+fallait tout oser pour rejeter l'ennemi au bas du plateau. S'avancant
+au milieu des tirailleurs pour les encourager, il recut une balle qui
+l'atteignit pres du coeur, et l'etendit par terre. Presque expirant, le
+jeune heros criait encore a ses soldats: _En avant, mes amis! en avant!_
+Cet evenement pouvait jeter le desordre dans l'armee; mais heureusement
+Moreau avait accompagne Joubert sur ce point. Il prit sur-le-champ le
+commandement qui lui etait defere par la confiance generale, rallia les
+soldats, bouillans de ressentiment, et les ramena sur les Autrichiens.
+Les grenadiers de la 34e les chasserent a la baionnette, et les
+precipiterent au bas de la colline. Malheureusement les Francais
+n'avaient pas encore leur artillerie en batterie, et les Autrichiens, au
+contraire, sillonnaient leurs rangs par une grele d'obus et de boulets.
+Pendant cette action, Bellegarde tachait de tourner l'extreme gauche par
+le ravin du Riasco, qui a deja ete designe comme donnant acces sur nos
+derrieres. Deja il s'etait introduit assez avant, lorsque Perignon,
+lui presentant a propos la reserve commandee par le general Clausel,
+l'arreta dans sa marche. Perignon acheva de le culbuter dans la plaine,
+en le faisant charger par les grenadiers de Partouneaux et par la
+cavalerie de Richepanse. Ce coup de vigueur debarrassa l'aile gauche.
+
+Grace a la singuliere combinaison de Suwarow, qui voulait rendre ses
+attaques successives, notre centre n'avait pas encore ete attaque.
+Saint-Cyr avait eu le temps de faire ses dispositions, et de rapprocher
+de Novi la division Watrin, formant son extreme droite. Sur les
+instances de Kray, qui demandait a etre appuye par une attaque vers
+le centre, Bagration s'etait enfin decide a l'assaillir avec son
+avant-garde. La division Laboissiere, qui etait a la gauche de Novi,
+laissant approcher les Russes de Bagration a demi-portee de fusil,
+les accabla tout a coup d'un feu epouvantable de mousqueterie et de
+mitraille, et couvrit la plaine de morts. Bagration, sans s'ebranler,
+dirigea alors quelques bataillons pour tourner Novi par notre droite;
+mais, rencontres par la division Watrin, qui se rapprochait de Novi, ils
+furent rejetes dans la plaine.
+
+On etait ainsi arrive a la moitie du jour sans que notre ligne fut
+entamee. Suwarow venait d'arriver avec le corps russe de Derfelden. Il
+ordonna une nouvelle attaque generale sur toute la ligne. Kray devait
+assaillir de nouveau la gauche, Derfelden et Bagration le centre. Melas
+etait averti de hater le pas, pour venir accabler notre droite. Tout
+etant dispose, l'ennemi s'ebranle sur toute la ligne. Kray, s'acharnant
+sur notre gauche, essaie encore de la faire assaillir de front par
+Ott; mais la reserve Clausel repousse les troupes de Bellegarde, et la
+division Lemoine culbute Ott sur les pentes des collines. Au centre,
+Suwarow fait livrer une attaque furieuse a droite et a gauche de Novi.
+Une nouvelle tentative de tourner la ville est dejouee, comme le matin,
+par la division Watrin. Malheureusement nos soldats, entraines par
+leur ardeur, s'abandonnent trop vivement a la poursuite de l'ennemi,
+s'aventurent dans la plaine, et sont ramenes dans leur position. A une
+heure le feu se ralentit de nouveau par l'effet de la fatigue generale;
+mais il recommence bientot avec violence, et pendant quatre heures les
+Francais, immobiles comme des murailles, resistent avec une admirable
+froideur a toute la furie des Russes. Ils n'avaient fait encore que des
+pertes peu considerables. Les Austro-Russes, au contraire, avaient ete
+horriblement traites. La plaine etait jonchee de leurs morts et de leurs
+blesses. Malheureusement le reste de l'armee austro-russe arrivait de
+Rivalta, sous les ordres de Melas. Cette nouvelle irruption allait se
+diriger sur notre droite. Saint-Cyr, s'en apercevant, ramene la division
+Watrin, qui s'etait trop engagee dans la plaine, et la dirige sur un
+plateau a droite de Novi. Mais tandis qu'elle opere ce mouvement, elle
+se voit deja enveloppee de tous cotes par le corps nombreux de Melas.
+Cette vue la saisit, elle se rompt, et gagne le plateau en desordre.
+On la rallie cependant un peu en arriere. Pendant ce temps, Suwarow,
+redoublant d'efforts au centre vers Novi, rejette enfin les Francais
+dans la ville, et s'empare des hauteurs qui la commandent a droite et
+a gauche. Des cet instant, Moreau, jugeant la retraite necessaire,
+l'ordonne avant que de nouveaux progres de l'ennemi interdisent les
+communications sur Gavi. A droite, la division Watrin est obligee de
+se faire jour pour regagner le chemin de Gavi deja ferme. La division
+Laboissiere se retire de Novi; les divisions Lemoine et Grouchy se
+replient sur Pasturana, en essuyant les charges furieuses de Kray.
+Malheureusement un bataillon s'introduit dans le ravin du Riasco, qui
+passe derriere Pasturana. Son feu jette le desordre dans nos colonnes;
+artillerie, cavalerie, tout se confond. La division Lemoine, pressee
+par l'ennemi, se debande et se jette dans le ravin. Nos soldats sont
+emportes comme la poussiere soulevee par le vent. Perignon et Grouchy
+rallient quelques braves, pour arreter l'ennemi et sauver l'artillerie;
+mais ils sont sabres, et restent prisonniers. Perignon avait recu sept
+coups de sabre, Grouchy six. Le brave Colli, ce general piemontais qui
+s'etait si distingue dans les premieres campagnes contre nous, et qui
+avait ensuite pris du service dans notre armee, se forme en carre avec
+quelques bataillons, resiste jusqu'a ce qu'il soit enfonce, et tombe
+tout mutile dans les mains des Russes.
+
+Apres ce premier moment de confusion, l'armee se rallia en avant de
+Gavi. Les Austro-Russes etaient trop fatigues pour la poursuivre. Elle
+put se remettre en marche sans etre inquietee. La perte des deux cotes
+etait egale; elle s'elevait a environ dix mille hommes pour chaque
+armee. Mais les blesses et les tues etaient beaucoup plus nombreux
+dans l'armee austro-russe. Les Francais avaient perdu beaucoup plus de
+prisonniers. Ils avaient perdu aussi le general en chef, quatre generaux
+de division, trente-sept bouches a feu et quatre drapeaux. Jamais ils
+n'avaient deploye un courage plus froid et plus opiniatre. Ils etaient
+inferieurs a l'ennemi du tiers au moins. Les Russes avaient montre leur
+bravoure fanatique, mais n'avaient du l'avantage qu'au nombre, et
+non aux combinaisons du general, qui avait montre ici la plus grande
+ignorance. Il avait, en effet, expose ses colonnes a etre mitraillees
+l'une apres l'autre, et n'avait pas assez appuye sur notre gauche, point
+qu'il fallait accabler. Cette deplorable bataille nous interdisait
+definitivement l'Italie, et ne nous permettait plus de tenir la
+campagne. Il fallait nous renfermer dans l'Apennin, heureux de pouvoir
+le conserver. La perte de la bataille ne pouvait etre imputee a Moreau,
+mais a la circonstance malheureuse de la reunion de Kray a Suwarow. Le
+retard de Joubert avait seul cause ce dernier desastre.
+
+Tous nos malheurs ne se bornaient pas a la bataille de Novi.
+L'expedition contre la Hollande, precedemment annoncee, s'executait
+enfin par le concours des Anglais et des Russes. Paul Ier avait stipule
+un traite avec Pitt, par lequel il devait fournir dix-sept mille Russes,
+qui seraient a la solde anglaise, et qui agiraient en Hollande. Apres
+beaucoup de difficultes vaincues, l'expedition avait ete preparee pour
+la fin d'aout (commencement de fructidor). Trente mille Anglais devaient
+se joindre aux dix-sept mille Russes, et si le debarquement s'effectuait
+sans obstacle, on avait l'esperance certaine d'arracher la Hollande
+aux Francais. C'etait pour l'Angleterre l'interet le plus cher; et
+n'eut-elle reussi qu'a detruire les flottes et les arsenaux de la
+Hollande, elle eut encore ete assez payee des frais de l'expedition. Une
+escadre considerable se dirigea vers la Baltique, pour aller chercher
+les Russes. Un premier detachement mit a la voile sous les ordres du
+general Abercrombie, pour tenter le debarquement. Toutes les troupes
+d'expedition une fois reunies devaient se trouver sous les ordres
+superieurs du duc d'York.
+
+Le point le plus avantageux pour aborder en Hollande etait l'embouchure
+de la Meuse. On menacait ainsi la ligne de retraite des Francais, et
+on abordait tres pres de La Haye, ou le stathouder avait le plus de
+partisans. La commodite des cotes fit preferer la Nord-Hollande.
+Abercrombie se dirigea vers le Helder, ou il arriva vers la fin d'aout.
+Apres bien des obstacles vaincus, il debarqua pres du Helder, aux
+environs de Groot-Keeten, le 10 fructidor (27 aout). Les preparatifs
+immenses qu'avait exiges l'expedition, et la presence de toutes les
+escadres anglaises sur les cotes, avaient assez, averti les Francais
+pour qu'ils fussent sur leurs gardes. Brune commandait a la fois les
+armees batave et francaise. Il n'avait guere sous la main que sept mille
+Francais et dix mille Hollandais, commandes par Daendels. Il avait
+dirige la division batave aux environs du Helder, et dispose aux
+environs de Harlem la division francaise. Abercrombie, en debarquant,
+rencontra les Hollandais a Groot-Keeten, les repoussa, et parvint ainsi
+a assurer le debarquement de ses troupes. Les Hollandais en cette
+occasion ne manquerent pas de bravoure, mais ne furent pas diriges
+avec assez d'habilete par le general Daendels, et furent obliges de se
+replier. Brune les recueillit, et fit ses dispositions pour attaquer
+promptement les troupes debarquees avant qu'elles fussent solidement
+etablies, et qu'elles eussent ete renforcees des divisions anglaises et
+russes qui devaient rejoindre.
+
+Les Hollandais montraient les meilleures dispositions. Les gardes
+nationales s'etaient offertes a garder les places, ce qui avait permis
+a Brune de mobiliser de nouvelles troupes. Il avait appele a lui la
+division Dumonceau, forte de six mille hommes, et il resolut d'attaquer
+des les premiers jours de septembre le camp ou venaient de s'etablir
+les Anglais. Ce camp etait redoutable; c'etait le Zip, ancien marais,
+desseche par l'industrie hollandaise, formant un vaste terrain coupe
+de canaux, herisse de digues, et couvert d'habitations. Dix-sept mille
+Anglais l'occupaient, et y avaient fait les meilleures dispositions
+defensives. Brune pouvait l'assaillir avec vingt mille hommes au plus,
+ce qui etait fort insuffisant a cause de la nature du terrain. Il aborda
+ce camp le 22 fructidor (8 septembre), et, apres un combat opiniatre,
+fut oblige de battre en retraite, et de se replier sur Amsterdam. Il ne
+pouvait plus des cet instant empecher la reunion de toutes les forces
+anglo-russes, et devait attendre la formation d'une armee francaise pour
+les combattre. Cet etablissement des Anglais dans la Nord-Hollande amena
+l'evenement qu'on devait redouter le plus, la defection de la grande
+flotte hollandaise. Le Texel n'avait pas ete ferme, et l'amiral anglais
+Mitchell put y penetrer avec toutes ses voiles. Depuis longtemps les
+matelots hollandais etaient travailles par des emissaires du
+prince d'Orange; a la premiere sommation de l'amiral Mitchell, ils
+s'insurgerent, et forcerent Story, leur amiral, a se rendre. Toute la
+marine hollandaise se trouva ainsi au pouvoir des Anglais, ce qui etait
+deja pour eux un avantage du plus grand prix.
+
+Ces nouvelles, arrivees coup sur coup a Paris, y produisirent l'effet
+qu'on devait naturellement en attendre. Elles augmenterent la
+fermentation des partis, et surtout le dechainement des patriotes, qui
+demanderent, avec plus de chaleur que jamais, l'emploi des grands moyens
+revolutionnaires. La liberte rendue aux journaux et aux clubs en avait
+fait renaitre un grand nombre. Les restes du parti jacobin s'etaient
+reunis dans l'ancienne salle du Manege, ou avaient siege nos premieres
+assemblees. Quoique la loi defendit aux societes populaires de prendre
+la forme d'assemblees deliberantes, la societe du Manege ne s'en
+etait pas moins donne, sous des titres differens, un president, des
+secretaires, etc. On y voyait figurer l'ex-ministre Bouchotte, Drouet,
+Felix Lepelletier, Arena, tous disciples ou complices de Baboeuf. On y
+invoquait les manes de Goujon, de Soubrany et des victimes de Grenelle.
+On y demandait, en style de 93, la punition de toutes les sangsues
+du peuple, le desarmement des royalistes, la levee en masse,
+l'etablissement des manufactures d'armes dans les places publiques, et
+la restitution des canons et des piques aux gardes nationales, etc. On y
+demandait surtout la mise en accusation des anciens directeurs, auxquels
+on attribuait les derniers desastres, comme etant les resultats de
+leur administration. Quand la nouvelle de la bataille de Novi et des
+evenemens de Hollande fut connue, la violence n'eut plus de bornes. Les
+injures furent prodiguees aux generaux. Moreau fut traite de tatonneur;
+Joubert lui-meme, malgre sa mort heroique, fut accuse d'avoir perdu
+l'armee par sa lenteur a la rejoindre. Sa jeune epouse, MM. de
+Semonville, Sainte-Foy, Talleyrand, auxquels on attribuait son mariage,
+furent accables d'outrages. Le gouvernement hollandais fut accuse de
+trahison; on dit qu'il etait compose d'aristocrates, de stathouderiens,
+ennemis de la France et de la liberte. Le _Journal des hommes libres_,
+organe du meme parti qui se reunissait a la salle du Manege, repetait
+toutes ces declamations, et ajoutait au scandale des paroles celui de
+l'impression.
+
+Ce dechainement causait a beaucoup de gens une espece de terreur.
+On craignait une nouvelle representation des scenes de 93. Ceux qui
+s'appelaient les _moderes_, les _politiques_, et qui, a la suite de
+Sieyes, avaient l'intention louable et la pretention hasardee de sauver
+la France des fureurs des partis en la constituant une seconde fois,
+s'indignaient du dechainement de ces nouveaux jacobins. Sieyes surtout
+avait une grande habitude de les craindre, et il se prononcait contre
+eux avec toute la vivacite de son humeur. Au reste, ils pouvaient
+paraitre redoutables, car, independamment des criards et des brouillons
+qui etalaient leur energie dans les clubs ou dans les journaux, ils
+comptaient des partisans plus braves, plus puissans, et par consequent
+dangereux, dans le gouvernement lui-meme. Il y avait dans les conseils
+tous les patriotes repousses une premiere fois par les scissions, et
+entres de force aux elections de cette annee, qui, en langage plus
+modere, repetaient a peu pres ce qui se disait dans la societe du
+Manege. C'etaient des hommes qui ne voulaient pas courir la chance d'une
+nouvelle constitution, qui se defiaient d'ailleurs de ceux qui voulaient
+la faire, et qui craignaient qu'on ne cherchat dans les generaux un
+appui redoutable. Ils voulaient de plus, pour tirer la France de ses
+perils, des mesures semblables a celles qu'avait employees le comite
+de salut public. Les anciens, plus mesures et plus sages, par leur
+position, partageaient peu cet avis, mais plus de deux cents membres le
+soutenaient chaudement dans les cinq-cents. Il n'y avait pas seulement
+dans le nombre des tetes chaudes comme Augereau, mais des hommes sages
+et eclaires comme Jourdan. Ces deux generaux donnaient au parti patriote
+un grand ascendant sur les cinq-cents. Au directoire, ce parti avait
+deux voix: Gohier et Moulins. Barras restait indecis; d'une part, il se
+defiait de Sieyes, qui lui temoignait peu d'estime et le regardait comme
+pourri; d'autre part, il craignait les patriotes et leurs extravagances.
+Il hesitait ainsi a se prononcer. Dans le ministere, les patriotes
+venaient de trouver un appui dans Bernadotte. Ce general etait beaucoup
+moins prononce que la plupart des generaux de l'armee d'Italie, et on
+doit se souvenir que sa division, en arrivant sur le Tagliamento, fut en
+querelle avec la division Augereau au sujet du mot _monsieur_, qu'elle
+substituait deja a celui de _citoyen_. Mais Bernadotte avait une
+ambition inquiete; il avait vu avec humeur la confiance accordee a
+Joubert par le parti reorganisateur; il croyait qu'on songeait a Moreau
+depuis la mort de Joubert, et cette circonstance l'indisposant contre
+les projets de reorganisation, le rattachait entierement aux patriotes.
+Le general Marbot, commandant de la place de Paris, republicain violent,
+etait dans le memes dispositions que Bernadotte.
+
+Ainsi, deux cents deputes prononces dans les cinq-cents, a la tete
+desquels se trouvaient deux generaux celebres, le ministre de la guerre,
+le commandant de la place de Paris, deux directeurs, quantite de
+journaux et de clubs, un reste considerable d'hommes compromis, et
+propres aux coups de main, pouvaient causer quelque effroi; et bien
+que le parti montagnard ne put renaitre, on concoit les craintes qu'il
+inspirait encore a des hommes tout pleins des souvenirs de 1793.
+
+On etait peu satisfait du magistrat Bourguignon pour l'exercice des
+fonctions de la police. C'etait un honnete citoyen, mais trop peu
+avise. Barras proposa a Sieyes sa creature, qu'il venait d'envoyer a
+l'ambassade de Hollande, le souple et astucieux Fouche. Ancien membre
+des jacobins, instruit parfaitement de leur esprit et de leurs secrets,
+nullement attache a leur cause, ne cherchant au milieu du naufrage
+des partis qu'a sauver sa fortune, Fouche etait eminemment propre
+a espionner ses anciens amis, et a garantir le directoire de leurs
+projets. Il fut accepte par Sieyes et Roger-Ducos, et obtint le
+ministere de la police. C'etait une precieuse acquisition dans les
+circonstances. Il confirma Barras dans l'idee de se rattacher plutot au
+parti reorganisateur qu'au parti patriote, parce que ce dernier n'avait
+point d'avenir, et pouvait d'ailleurs l'entrainer trop loin.
+
+Cette mesure prise, la guerre aux patriotes commenca. Sieyes, qui avait
+sur les anciens une grande influence, parce que ce conseil etait tout
+compose des _moderes_ et des _politiques_, usa de cette influence pour
+faire fermer la nouvelle societe des jacobins. La salle du Manege,
+attenant aux Tuileries, etait comprise dans l'enceinte du palais des
+anciens. Chaque conseil ayant la police de son enceinte, les anciens
+pouvaient fermer la salle du Manege. En effet, la commission des
+inspecteurs prit un arrete, et defendit toute reunion dans cette salle.
+Une simple sentinelle placee a la porte suffit pour empecher la reunion
+des nouveaux jacobins. C'etait la une preuve que, si les declamations
+etaient les memes, les forces ne l'etaient plus. Cet arrete fut motive
+aupres du conseil des anciens par un rapport du depute Cornet. Courtois,
+le meme qui avait fait le rapport sur le 9 thermidor, en profita pour
+faire une nouvelle denonciation contre les complots des jacobins. Sa
+denonciation fut suivie d'une deliberation tendant a ordonner un rapport
+sur ce sujet.
+
+Les patriotes, chasses de la salle du Manege, se retirerent dans un
+vaste local, rue du Bac, et recommencerent la leurs declamations
+habituelles. Leur organisation en assemblee deliberante demeurant la
+meme, la constitution donnait au pouvoir executif le droit de dissoudre
+leur societe. Sieyes, Roger-Ducos et Barras, a l'instigation de Fouche,
+se deciderent a la fermer. Gohier et Moulins n'etaient pas de cet avis,
+disant que, dans le danger present, il fallait raviver l'esprit public
+par des clubs; que la societe des nouveaux jacobins renfermait de
+mauvaises tetes, mais point de factieux redoutables, puisqu'ils avaient
+cede devant une simple sentinelle quand la salle du Manege avait
+ete fermee. Leur avis ne fut pas ecoute, et la decision fut prise.
+L'execution en fut renvoyee apres la celebration de l'anniversaire du 10
+aout, qui devait avoir lieu le 23 thermidor. Sieyes etait president du
+directoire; a ce titre, il devait parler dans cette solennite. Il fit un
+discours remarquable, dans lequel il s'attachait a signaler le danger
+que les nouveaux anarchistes faisaient courir a la republique, et
+les denoncait comme des conspirateurs dangereux, revant une nouvelle
+dictature revolutionnaire. Les patriotes presens a la ceremonie
+accueillirent mal ce discours, et pousserent quelques vociferations. Au
+milieu des salves d'artillerie, Sieyes et Barras crurent entendre des
+balles siffler a leurs oreilles. Ils rentrerent au directoire fort
+irrites. Se defiant des autorites de Paris, ils resolurent d'enlever le
+commandement de la place au general Marbot, qu'on accusait d'etre un
+chaud patriote et de participer aux pretendus complots des jacobins.
+Fouche proposa a sa place Lefebvre, brave general, ne connaissant que la
+consigne militaire, et tout a fait etranger aux intrigues des partis.
+Marbot fut donc destitue, et le surlendemain, l'arrete qui ordonnait la
+cloture de la societe de la rue du Bac fut signifie.
+
+Les patriotes n'opposerent pas plus de resistance a la rue du Bac que
+dans la salle du Manege. Ils se retirerent et demeurerent definitivement
+separes. Mais il leur restait les journaux, et ils en firent un
+redoutable usage. Celui qui se qualifiait _Journal des Hommes libres_
+declama avec une extreme violence contre tous les membres du directoire
+qui etaient connus pour avoir approuve la deliberation. Sieyes fut
+traite cruellement. Ce pretre perfide, disaient les journaux patriotes,
+a vendu l'a republique a la Prusse. Il est convenu avec cette puissance
+de retablir en France la monarchie, et de donner la couronne a
+Brunswick. Ces accusations n'avaient d'autre fondement que l'opinion
+bien connue de Sieyes sur la constitution, et son sejour en Prusse. Il
+repetait, en effet, tous les jours que les brouillons et les bavards
+rendaient tout gouvernement impossible; qu'il fallait concentrer
+l'autorite; que la liberte pouvait etre compatible meme avec la
+monarchie, temoin l'Angleterre; mais qu'elle etait incompatible avec
+cette domination successive de tous les partis. On lui pretait meme cet
+autre propos, _que le nord de l'Europe etait plein de princes sages et
+moderes, qui pourraient,_ _avec une forte constitution, faire le bonheur
+de la France_. Ces propos, vrais ou faux, suffisaient pour qu'on lui
+pretat des complots qui n'existaient que dans l'imagination de ses
+ennemis. Barras n'etait pas mieux traite que Sieyes. Les menagemens que
+les patriotes avaient eus long-temps pour lui, parce qu'il les avait
+toujours flattes de son appui, avaient cesse. Ils le declaraient
+maintenant un traitre, un homme pourri, qui n'etait plus bon a aucun
+parti. Fouche, son conseil, apostat comme lui, etait poursuivi des memes
+reproches. Roger-Ducos n'etait, suivant eux, qu'un imbecile, adoptant
+aveuglement l'avis de deux traitres.
+
+La liberte de la presse etait illimitee. La loi proposee par Berlier
+n'ayant pas ete accueillie, il n'existait qu'un moyen pour attaquer les
+ecrivains, c'etait de faire revivre une loi de la convention contre ceux
+qui, par des actions ou par des ecrits, tendraient au renversement de la
+republique. Il fallait que cette intention fut demontree pour que la loi
+devint applicable, et alors la loi portait peine de mort. Il etait donc
+impossible d'en faire usage. Une nouvelle loi avait ete demandee au
+corps legislatif, et on decida qu'on s'en occuperait sur-le-champ. Mais
+en attendant, le dechainement continuait avec la meme violence; et
+les trois directeurs composant la majorite declaraient qu'il etait
+impossible de gouverner. Ils imaginerent d'appliquer a ce cas l'article
+144 de la constitution, qui donnait au directoire le droit de lancer
+des mandats d'arret contre les auteurs ou complices des complots trames
+contre la republique. Il fallait singulierement torturer cet article
+pour l'appliquer aux journalistes. Cependant, comme c'etait un moyen
+d'arreter le debordement de leurs ecrits, en saisissant leurs presses
+et en les arretant eux-memes, la majorite directoriale, sur l'avis de
+Fouche, lanca des mandats d'arret contre les auteurs de onze journaux,
+et fit mettre le scelle sur leurs presses. L'arrete fut signifie le 17
+fructidor (3 septembre) au corps legislatif, et produisit un soulevement
+de la part des patriotes. On cria au coup d'etat, a la dictature, etc.
+
+Telle etait la situation des choses. Dans le directoire, dans les
+conseils, partout enfin, les _moderes_, les _politiques_ luttaient
+contre les patriotes. Les premiers avaient la majorite dans le
+directoire comme dans les conseils. Les patriotes etaient en minorite,
+mais ils etaient ardens, et faisaient assez de bruit pour epouvanter
+leurs adversaires. Heureusement les moyens etaient uses comme les
+partis, et de part et d'autre on pouvait se faire beaucoup plus de peur
+que de mal. Le directoire avait ferme deux fois la nouvelle societe des
+jacobins et supprime leurs journaux. Les patriotes criaient, menacaient,
+mais n'avaient plus assez d'audace ni de partisans pour attaquer le
+gouvernement. Dans cette situation, qui durait depuis le 30 prairial,
+c'est-a-dire depuis pres de trois mois, on eut l'idee, si ordinaire a la
+veille des evenemens decisifs, d'une reconciliation. Beaucoup de
+deputes de tous les cotes proposerent une entrevue avec les membres du
+directoire pour s'expliquer et s'entendre sur leurs griefs reciproques.
+"Nous aimons tous la liberte, disaient-ils, nous voulons tous la sauver
+des perils auxquels elle se trouve exposee par la defaite de nos armees;
+tachons donc de nous entendre sur le choix des moyens, puisque ce choix
+est notre seule cause de desunion." L'entrevue eut lieu chez Barras. Il
+n'y a pas et il ne peut pas y avoir de reconciliation entre les partis,
+car il faudrait qu'ils renoncassent a leur but, ce qu'on ne peut obtenir
+d'une conversation. Les deputes patriotes se plaignirent de ce qu'on
+parlait tous les jours de complots, de ce que le president du directoire
+avait lui-meme signale une classe d'hommes dangereux et qui meditaient
+la ruine de la republique. Ils demandaient qu'on designat quels etaient
+ces hommes, afin de ne pas les confondre avec les patriotes. Sieyes, a
+qui cette interpellation s'adressait, repondit en rappelant la conduite
+des societes populaires et des journaux, et en signalant les dangers
+d'une nouvelle anarchie. On lui demanda encore de designer les
+veritables anarchistes, pour se reunir contre eux et les combattre. "Et
+comment nous reunir contre eux, dit Sieyes, quand tous les jours
+des membres du corps legislatif montent a la tribune pour les
+appuyer?--C'est donc nous que vous attaquez? repartirent les deputes
+auxquels Sieyes venait de faire cette reponse. Quand nous voulons nous
+expliquer avec vous, vous nous injuriez et nous repoussez." L'humeur
+arrivant, sur-le-champ on se separa, en s'adressant des paroles plutot
+menacantes que conciliatrices.
+
+Immediatement apres cette entrevue, Jourdan forma le projet d'une
+proposition importante, celle de declarer la patrie en danger. Cette
+declaration entrainait la levee en masse et plusieurs grandes mesures
+revolutionnaires. Elle fut presentee aux cinq-cents le 27 fructidor (13
+septembre). Le parti modere la combattit vivement, en disant que cette
+mesure, loin d'ajouter a la force du gouvernement, ne ferait que
+la diminuer, en excitant des craintes exagerees et des agitations
+dangereuses. Les patriotes soutinrent qu'il fallait donner une grande
+commotion pour reveiller l'esprit public et sauver la revolution. Ce
+moyen, excellent en 1793, ne pouvait plus reussir aujourd'hui et n'etait
+qu'une application erronee du passe. Lucien Bonaparte, Boulay (de la
+Meurthe), Chenier, le combattirent vivement, et on obtint l'ajournement
+au lendemain. Les patriotes des clubs avaient entoure le palais des
+cinq-cents en tumulte, et ils insulterent plusieurs deputes. On
+repandait que Bernadotte, presse par eux, allait monter a cheval, se
+mettre a leur tete et faire une journee. Il est certain que plusieurs
+des brouillons du parti l'y avaient fortement engage. On pouvait
+craindre qu'il se laissat entrainer. Barras et Fouche le virent
+et chercherent a s'expliquer avec lui. Ils le trouverent plein de
+ressentiment contre les projets qu'il disait avoir ete formes avec
+Joubert. Barras et Fouche lui assurerent qu'il n'en etait rien, et
+l'engagerent a demeurer tranquille.
+
+Ils retournerent aupres de Sieyes, et convinrent d'arracher a Bernadotte
+sa demission, sans la lui donner. Sieyes, s'entretenant le jour meme
+avec Bernadotte, l'amena a dire qu'il desirait reprendre bientot un
+service actif, et qu'il regarderait le commandement d'une armee comme la
+plus douce recompense de son ministere. Sur-le-champ, interpretant cette
+reponse comme la demande de sa demission, Sieyes, Barras et Roger-Ducos
+resolurent d'ecrire a Bernadotte que sa demission etait acceptee. Ils
+avaient saisi le moment ou Gohier et Moulins etaient absens pour
+prendre cette determination. Le lendemain meme, la lettre fut ecrite
+a Bernadotte. Celui-ci fut tout etonne, et repondit au directoire une
+lettre tres-amere, dans laquelle il disait qu'on acceptait une demission
+qu'il n'avait pas donnee, et demandait son traitement de reforme. La
+nouvelle de cette destitution deguisee fut annoncee aux cinq-cents au
+moment ou l'on allait voter sur le danger de la patrie. Elle excita
+une grande rumeur. "On prepare des coups d'etat, s'ecrierent les
+patriotes.--Jurons, dit Jourdan, de mourir sur nos chaises curules!--Ma
+tete tombera, s'ecrie Augereau, avant qu'il soit porte atteinte a la
+representation nationale." Enfin, apres un grand tumulte, on alla
+aux voix. A une majorite de deux cent quarante-cinq contre cent
+soixante-onze voix, la proposition de Jourdan fut rejetee, et la patrie
+ne fut point declaree en danger.
+
+Quand les deux directeurs Gohier et Moulins apprirent le renvoi de
+Bernadotte, decide sans leur participation, ils se plaignirent a leurs
+collegues, en disant qu'une pareille mesure ne devait pas etre prise
+sans le concours des cinq directeurs. "Nous formions la majorite, reprit
+Sieyes, et nous avions le droit de faire ce que nous avons fait."
+Gohier et Moulins allerent sur-le-champ rendre une visite officielle a
+Bernadotte, et ils eurent soin de le faire avec le plus grand eclat.
+
+L'administration du departement de la Seine inspirait aussi quelque
+defiance a la majorite directoriale, elle fut changee. Dubois de Crance
+remplaca Bernadotte au ministere de la guerre.
+
+La desorganisation etait donc complete sous tous les rapports: battue au
+dehors par la coalition, presque bouleversee au dedans par les partis,
+la republique semblait menacee d'une chute prochaine. Il fallait qu'une
+force surgit quelque part, soit pour dompter les factions, soit pour
+resister aux etrangers. Cette force, on ne pouvait plus l'esperer d'un
+parti vainqueur, car ils etaient tous egalement uses et discredites;
+elle ne pouvait naitre que du sein des armees, ou reside la force, et la
+force silencieuse, reguliere, glorieuse comme elle convient a une nation
+fatiguee de l'agitation des disputes et de la confusion des volontes. Au
+milieu de cette grande dissolution, les regards erraient sur les hommes
+illustres pendant la revolution, et semblaient chercher un chef. _Il ne
+faut plus de bavards_, avait dit Sieyes, _il faut une tete et une epee_.
+La tete etait trouvee, car il etait au directoire. On cherchait une
+epee. Hoche etait mort; Joubert, que sa jeunesse, sa bonne volonte,
+son heroisme, recommandaient a tous les amis de la republique, venait
+d'expirer a Novi. Moreau, juge le plus grand homme de guerre parmi les
+generaux restes en Europe, avait laisse dans les esprits l'impression
+d'un caractere froid, indecis, peu entreprenant, et peu jaloux de se
+charger d'une grande responsabilite. Massena, l'un de nos plus grands
+generaux, n'avait pas encore acquis la gloire d'etre notre sauveur. On
+ne voyait d'ailleurs en lui qu'un soldat. Jourdan venait d'etre vaincu.
+Augereau etait un esprit turbulent, Bernadotte un esprit inquiet, et
+aucun des deux n'avait assez de renommee. Il y avait un personnage
+immense, qui reunissait toutes les gloires, qui a cent victoires avait
+joint une belle paix, qui avait porte la France au comble de la grandeur
+a Campo-Formio, et qui semblait en s'eloignant avoir emporte sa fortune,
+c'etait Bonaparte; mais il etait dans les contrees lointaines; il
+occupait de son nom les echos de l'Orient. Seul il etait reste
+victorieux, et faisait retentir aux bords du Nil et du Jourdain les
+foudres dont il avait naguere epouvante l'Europe sur l'Adige. Ce n'etait
+pas assez de le trouver glorieux, on le voulait interessant; on le
+disait exile par une autorite defiante et ombrageuse. Tandis qu'en
+aventurier il cherchait une carriere grande comme son imagination, on
+croyait que, citoyen soumis, il payait par des victoires l'exil qu'on
+lui avait impose. "Ou est Bonaparte? se disait-on. Sa vie deja epuisee
+se consume sous un ciel devorant. Ah! s'il etait parmi nous, la
+republique ne serait pas menacee d'une ruine prochaine. L'Europe et les
+factions la respecteraient egalement!" Des bruits confus circulaient sur
+son compte. On disait quelquefois que la victoire, infidele a tous les
+generaux francais, l'avait abandonne a son tour dans une expedition
+lointaine. Mais on repoussait de tels bruits; il est invincible,
+disait-on; loin d'avoir essuye des revers, il marche a la conquete de
+tout l'Orient. On lui pretait des projets gigantesques. Les uns allaient
+jusqu'a dire qu'il avait traverse la Syrie, franchi l'Euphrate et
+l'Indus; les autres qu'il avait marche sur Constantinople, et qu'apres
+avoir renverse l'empire ottoman, il allait prendre l'Europe a revers.
+Les journaux etaient pleins de ces conjectures, qui prouvent ce que les
+imaginations attendaient de ce jeune homme.
+
+Le directoire lui avait mande l'ordre de revenir, et avait reuni dans
+la Mediterranee une flotte immense, composee de marins francais et
+espagnols, pour ramener l'armee[7]. Les freres du general, restes a
+Paris, et charges de l'informer de l'etat des choses, lui avaient envoye
+depeches sur depeches, pour l'instruire de l'etat de confusion ou etait
+tombee la republique, et pour le presser de revenir. Mais ces avis
+avaient a traverser les mers et les escadres anglaises, et on ne savait
+si le heros serait averti et revenu avant la ruine de la Republique.
+
+[Note 7: Il faut dire que cet ordre est conteste. On connait un
+arrete du directoire, signe de Treilhard, Barras et Larevelliere, et
+date du 7 prairial, qui rappelle Bonaparte en Europe. Larevelliere, dans
+ses memoires, declare ne pas se souvenir d'avoir donne cette signature,
+et regarde l'arrete comme suppose. Cependant l'expedition maritime de
+Bruix resterait alors sans explication. Du reste, il est certain que le
+directoire, a cette epoque, souhaitait Bonaparte, et qu'il craignait son
+ambition beaucoup moins que la ferocite de Suwarow. Si l'ordre n'est
+pas authentique, il est vraisemblable, et d'ailleurs il est de peu
+d'importance, car Bonaparte etait autorise a revenir quand il le
+jugerait convenable.]
+
+
+
+CHAPITRE XVIII.
+
+SUITE DES OPERATIONS DE BONAPARTE EN EGYPTE. CONQUETE DE LA HAUTE-EGYPTE
+PAR DESAIX; BATAILLE DE SEDIMAN.--EXPEDITION DE SYRIE; PRISE DU
+FORT D'EL-ARISCH ET DE JAFFA; BATAILLE DU MONT-THABOR; SIEGE DE
+SAINT-JEAN-D'ACRE.--RETOUR EN EGYPTE; BATAILLE D'ABOUKIR.--DEPART DE
+BONAPARTE POUR LA FRANCE.--OPERATIONS EN EUROPE. MARCHE DE L'ARCHIDUC
+CHARLES SUR LE RHIN, ET DE SUWAROW EN SUISSE; MOUVEMENT DE MASSENA;
+MEMORABLE VICTOIRE DE ZURICH; SITUATION PERILLEUSE DE SUWAROW; SA
+RETRAITE DESASTREUSE; LA FRANCE SAUVEE.--EVENEMENS EN HOLLANDE; DEFAITE
+ET CAPITULATION DES ANGLO-RUSSES; EVACUATION DE LA HOLLANDE. FIN DE LA
+CAMPAGNE DE 1799.
+
+
+Bonaparte, apres la bataille des Pyramides, s'etait trouve maitre de
+l'Egypte. Il avait commence a s'y etablir, et avait distribue ses
+generaux dans les provinces, pour en faire la conquete. Desaix, place
+a l'entree de la Haute-Egypte avec une division de trois mille hommes
+environ, etait charge de conquerir cette province contre les restes
+de Mourad-Bey. C'est en vendemiaire et brumaire de l'annee precedente
+(octobre 1798), au moment ou l'inondation finissait, que Desaix avait
+commence son expedition. L'ennemi s'etait retire devant lui et ne
+l'avait attendu qu'a Sediman; la, Desaix avait livre, le 16 vendemiaire
+an VII (7 octobre 1798), une bataille acharnee contre les restes
+desesperes de Mourad-Bey. Aucun des combats des Francais en Egypte ne
+fut aussi sanglant. Deux mille Francais eurent a lutter contre quatre
+mille Mameluks et huit mille fellahs, retranches dans le village de
+Sediman. La bataille se passa comme celle des Pyramides, et comme toutes
+celles qui furent livrees en Egypte. Les fellahs etaient derriere les
+murs du village, et les cavaliers dans la plaine. Desaix s'etait forme
+en deux carres, et avait place sur ses ailes deux autres petits carres,
+pour amortir le choc de la cavalerie ennemie. Pour la premiere fois,
+notre infanterie fut rompue, et l'un des petits carres enfonce. Mais,
+par un instinct subit et admirable, nos braves soldats se coucherent
+aussitot par terre, afin que les grands carres pussent faire feu sans
+les atteindre. Les Mameluks, passant sur leurs corps, chargerent les
+grands carres avec furie pendant plusieurs heures de suite, et vinrent
+expirer en desesperes sur les baionnettes. Suivant l'usage, les
+carres s'ebranlerent ensuite, pour attaquer les retranchemens, et les
+emporterent. Pendant ce mouvement, les Mameluks, decrivant un arc de
+cercle, vinrent egorger les blesses sur les derrieres, mais on les
+chassa bientot de ce champ de carnage, et les soldats furieux en
+massacrerent un nombre considerable. Jamais plus de morts n'avaient
+jonche le champ de bataille. Les Francais avaient perdu trois cents
+hommes. Desaix continua sa marche pendant tout l'hiver, et apres une
+suite de combats, devenu maitre de la Haute-Egypte jusqu'aux cataractes,
+il fit autant redouter sa bravoure que cherir sa clemence. Au Caire,
+on avait appele Bonaparte le sultan Kebir, _sultan de feu_; dans la
+Haute-Egypte, Desaix fut nomme _sultan le juste_.
+
+Bonaparte, pendant ce temps, avait fait une marche jusqu'a Belbeys, pour
+rejeter Ibrahim-Bey en Syrie, et il avait recueilli en route les debris
+de la caravane de la Mecque, pillee par les Arabes. Revenu au Caire, il
+continua a y etablir une administration toute francaise. Une revolte,
+excitee au Caire par les agens secrets de Mourad-Bey, fut durement
+reprimee, et decouragea tout a fait les ennemis des Francais[8]. L'hiver
+de 1798 a 1799 s'ecoula ainsi dans l'attente des evenemens. Bonaparte
+apprit dans cet intervalle la declaration de guerre de la Porte, et les
+preparatifs qu'elle faisait contre lui, avec l'aide des Anglais. Elle
+formait deux armees, l'une a Rhodes, l'autre en Syrie. Ces deux armees
+devaient agir simultanement au printemps de 1799, l'une en venant
+debarquer a Aboukir, pres d'Alexandrie, l'autre en traversant le desert
+qui separe la Syrie de l'Egypte. Bonaparte sentit sur-le-champ sa
+position, et voulut, suivant son usage, deconcerter l'ennemi en le
+prevenant par une attaque soudaine. Il ne pouvait pas franchir le desert
+qui separe l'Egypte de la Syrie, dans la belle saison, et il resolut
+de profiter de l'hiver pour aller detruire les rassemblemens qui se
+formaient a Acre, a Damas, et dans les villes principales. Le celebre
+pacha d'Acre, Djezzar, etait nomme seraskier de l'armee reunie en Syrie.
+Abdallah, pacha de Damas, commandait son avant-garde, et s'etait avance
+jusqu'au fort d'El-Arisch, qui ouvre l'Egypte du cote de la Syrie.
+Bonaparte voulut agir sur-le-champ. Il avait des intelligences parmi
+les peuplades du Liban. Les Druses, tribus chretiennes, les Mutualis,
+mahometans schismatiques, lui offraient leur secours, et l'appelaient de
+tous leurs voeux. En brusquant l'assaut de Jaffa, d'Acre et de quelques
+places mal fortifiees, il pouvait s'emparer en peu de temps de la Syrie,
+ajouter cette belle conquete a celle de l'Egypte, devenir maitre
+de l'Euphrate comme il l'etait du Nil, et avoir alors toutes les
+communications avec l'Inde. Son ardente imagination allait plus loin
+encore, et formait quelques-uns des projets que ses admirateurs lui
+pretaient en Europe. Il n'etait pas impossible qu'en soulevant
+les peuplades du Liban, il reunit soixante ou quatre-vingt mille
+auxiliaires, et qu'avec ces auxiliaires, appuyes de vingt-cinq mille
+soldats, les plus braves de l'univers, il marchat sur Constantinople
+pour s'en emparer. Que ce projet gigantesque fut executable ou non, il
+est certain qu'il occupait son imagination; et quand on a vu ce qu'il
+a fait aide de la fortune, on n'ose plus declarer insense aucun de ses
+projets.
+
+[Note 8: Cet evenement eut lieu le 30 vendemiaire an VII (21 octob.
+1798).]
+
+Bonaparte se mit en marche en pluviose (premiers jours de fevrier), a
+la tete des divisions Kleber, Regnier, Lannes, Bon et Murat, fortes de
+treize mille hommes environ. La division de Murat etait composee de la
+cavalerie. Bonaparte avait cree un regiment d'une arme toute nouvelle:
+c'etait celui des dromadaires. Deux hommes, assis dos a dos, etaient
+portes sur un dromadaire, et pouvaient, grace a la force et a la
+celerite de ces animaux, faire vingt-cinq ou trente lieues sans
+s'arreter. Bonaparte avait forme ce regiment pour donner la chasse aux
+Arabes, qui infestaient les environs de l'Egypte. Ce regiment suivait
+l'armee d'expedition. Bonaparte ordonna en outre au contre-amiral Perree
+de sortir d'Alexandrie avec trois fregates, et de venir sur la cote de
+Syrie pour y transporter l'artillerie de siege et des munitions. Il
+arriva devant le fort d'El-Arisch le 29 pluviose (17 fevrier). Apres un
+peu de resistance, la garnison se rendit prisonniere au nombre de
+treize cents hommes. On trouva dans le fort des magasins considerables.
+Ibrahim-Bey ayant voulu le secourir, fut mis en fuite; son camp resta
+au pouvoir des Francais, et leur procura un butin immense. Les soldats
+eurent beaucoup a souffrir en traversant le desert, mais ils voyaient
+leur general marchant a leurs cotes, supportant, avec une sante debile,
+les memes privations, les memes fatigues, et ils n'osaient se
+plaindre. Bientot on arriva a Gasah; on prit cette place a la vue de
+Djezzar-Pacha, et on y trouva comme dans le fort d'El-Arisch, beaucoup
+de materiel et d'approvisionnemens. De Gasah l'armee se dirigea sur
+Jaffa, l'ancienne Joppe. Elle y arriva le 13 ventose (3 mars). Cette
+place etait entouree d'une grosse muraille flanquee de tours. Elle
+renfermait quatre mille hommes de garnison. Bonaparte la fit battre en
+breche, et puis somma le commandant, qui pour toute reponse coupa la
+tete au parlementaire. L'assaut fut donne, la place emportee avec une
+audace extraordinaire, et livree a trente heures de pillage et de
+massacres. On y trouva encore une quantite considerable d'artillerie et
+de vivres de toute espece. Il restait quelques mille prisonniers, qu'on
+ne pouvait pas envoyer en Egypte, parce qu'on n'avait pas les moyens
+ordinaires de les faire escorter, et qu'on ne voulait pas renvoyer a
+l'ennemi, dont ils auraient grossi les rangs. Bonaparte se decida a une
+mesure terrible, et qui est le seul acte cruel de sa vie. Transporte
+dans un pays barbare, il en avait involontairement adopte les moeurs: il
+fit passer au fil de l'epee les prisonniers qui lui restaient. L'armee
+consomma avec obeissance, mais avec une espece d'effroi, l'execution
+qui lui etait commandee. Nos soldats prirent en s'arretant a Jaffa les
+germes de la peste.
+
+Bonaparte s'avanca ensuite sur Saint-Jean-d'Acre, l'ancienne Ptolemais,
+situe au pied du mont Carmel. C'etait la seule place qui put encore
+l'arreter. La Syrie etait a lui s'il pouvait l'enlever. Mais Djezzar
+s'y etait enferme avec toutes ses richesses et une forte garnison. Il
+comptait sur l'appui de Sidney-Smith, qui croisait dans ces parages,
+et qui lui fournit des ingenieurs, des canonniers et des munitions. Il
+devait d'ailleurs etre bientot secouru par l'armee turque reunie en
+Syrie, qui s'avancait de Damas pour franchir le Jourdain. Bonaparte se
+hata d'attaquer la place pour l'enlever comme celle de Jaffa, avant
+qu'elle fut renforcee de nouvelles troupes, et que les Anglais eussent
+le temps d'en perfectionner la defense. On ouvrit aussitot la tranchee.
+Malheureusement l'artillerie de siege, qui devait venir par mer
+d'Alexandrie, avait ete enlevee par Sidney-Smith. On avait pour toute
+artillerie de siege et de campagne, une caronade de trente-deux, quatre
+pieces de douze, huit obusiers, et une trentaine de pieces de quatre.
+On manquait de boulets, mais on imagina un moyen de s'en procurer.
+On faisait paraitre sur la plage quelques cavaliers; a cette vue
+Sidney-Smith faisait un feu roulant de toutes ses batteries, et les
+soldats, auxquels on donnait cinq sous par boulet, allaient les ramasser
+au milieu de la canonnade et de rires universels.
+
+La tranchee avait ete ouverte le 30 ventose (20 mars). Le general du
+genie Sanson, croyant etre arrive dans une reconnaissance de nuit au
+pied du rempart, declara qu'il n'y avait ni contrescarpe ni fosse. On
+crut n'avoir a pratiquer qu'une simple breche et a monter ensuite a
+l'assaut. Le 5 germinal (25 mars), on fit breche, on se presenta a
+l'assaut, et on fut arrete par une contrescarpe et un fosse. Alors on se
+mit sur-le-champ a miner. L'operation se faisait sous le feu de tous les
+remparts et de la belle artillerie que Sidney-Smith nous avait enlevee.
+Il avait donne a Djezzar d'excellens pointeurs anglais, et un ancien
+emigre, Phelippeaux, officier du genie d'un grand merite. La mine sauta
+le 8 germinal (28 mars), et n'emporta qu'une partie de la contrescarpe.
+Vingt-cinq grenadiers, a la suite du jeune Mailly, monterent a l'assaut.
+En voyant ce brave officier poser une echelle, les Turcs furent
+epouvantes, mais Mailly tomba mort. Les grenadiers furent alors
+decourages, les Turcs revinrent, deux bataillons qui suivaient furent
+accueillis par une horrible fusillade; leur commandant Laugier fut tue,
+et l'assaut manqua encore.
+
+Malheureusement la place venait de recevoir plusieurs mille hommes de
+renfort, une grande quantite de canonniers exerces a l'europeenne, et
+des munitions immenses. C'etait un grand siege a executer avec treize
+mille hommes, et presque sans artillerie. Il fallait ouvrir un nouveau
+puits de mine pour faire sauter la contrescarpe entiere, et commencer un
+autre cheminement. On etait au 12 germinal (1er avril). Il y avait deja
+dix jours d'employes devant la place; on annoncait l'approche de la
+grande armee turque; il fallait poursuivre les travaux et couvrir le
+siege, et tout cela avec la seule armee d'expedition. Le general en chef
+ordonna qu'on travaillat sans relache a miner de nouveau, et detacha la
+division Kleber vers le Jourdain pour en disputer le passage a l'armee
+venant de Damas.
+
+Cette armee, reunie aux peuplades des montagnes de Naplouse, s'elevait
+a environ vingt-cinq mille hommes. Plus de douze mille cavaliers en
+faisaient la force. Elle trainait un bagage immense. Abdallah, pacha de
+Damas, en avait le commandement. Elle passa le Jourdan au pont d'Iacoub,
+le 15 germinal (4 avril). Junot, avec l'avant-garde de Kleber, forte de
+cinq cents hommes au plus, rencontra les avant-gardes turques sur la
+route de Nazareth le 19 (8 avril). Loin de reculer, il brava hardiment
+l'ennemi, et, forme en carre, couvrit le champ de bataille de morts, et
+prit cinq drapeaux. Mais oblige de ceder au nombre, il se replia sur la
+division Kleber. Celle-ci s'avancait, et hatait sa marche pour rejoindre
+Junot. Bonaparte, instruit de la force de l'ennemi, se detacha avec la
+division Bon, pour soutenir Kleber, et livrer une bataille decisive.
+Djezzar, qui se concertait avec l'armee qui venait le debloquer, voulut
+faire une sortie; mais, mitraille a outrance, il laissa nos ouvrages
+couverts de ses morts; Bonaparte se mit aussitot en marche.
+
+Kleber, avec sa division, avait debouche dans les plaines qui s'etendent
+au pied du mont Thabor, non loin du village de Fouli. Il avait eu l'idee
+de surprendre le camp turc pendant la nuit, mais il etait arrive trop
+tard pour y reussir. Le 21 germinal (16 avril) au matin, il trouva
+toute l'armee turque en bataille. Quinze mille fantassins occupaient le
+village de Fouli, plus de douze mille cavaliers se deployaient dans la
+plaine. Kleber avait a peine trois mille fantassins en carre. Toute
+cette cavalerie s'ebranla et fondit sur nos carres. Jamais les Francais
+n'avaient vu tant de cavaliers caracoler, charger, se mouvoir dans tous
+les sens. Ils conserverent leur sang-froid accoutume, et les recevant a
+bout portant par un feu terrible, ils en abattirent a chaque charge un
+nombre considerable. Bientot ils eurent forme autour d'eux un rempart
+d'hommes et de chevaux, et abrites par cet horrible abatis, ils purent
+resister six heures de suite a toute la furie de leurs adversaires. Dans
+le moment Bonaparte debouchait du mont Thabor avec la division Bon. Il
+vit la plaine couverte de feu et de fumee, et la brave division Kleber
+resistant, a l'abri d'une ligne de cadavres. Sur-le-champ, il partagea
+la division qu'il amenait en deux carres; ces deux carres s'avancerent
+de maniere a former un triangle equilateral avec la division Kleber, et
+mirent ainsi l'ennemi au milieu d'eux. Ils marcherent en silence, et
+sans donner aucun signe de leur approche, jusqu'a une certaine distance:
+puis tout a coup Bonaparte fit tirer un coup de canon, et se montra
+alors sur le champ de bataille. Un feu epouvantable partant aussitot des
+trois extremites de ce triangle, assaillit les Mameluks qui etaient au
+milieu, les fit tourbillonner sur eux-memes, et fuir en desordre dans
+toutes les directions. La division Kleber, redoublant d'ardeur a cette
+vue, s'elanca sur le village de Fouli, l'enleva a la baionnette, et
+fit un grand carnage de l'ennemi. En un instant toute cette multitude
+s'ecoula, et la plaine ne fut plus couverte que de morts. Le camp turc,
+les trois queues du pacha, quatre cents chameaux, un butin immense,
+devinrent la proie des Francais. Murat, place sur les bords du Jourdain,
+tua un grand nombre de fugitifs. Bonaparte fit bruler tous les villages
+des Naplousins. Six mille Francais avaient detruit cette armee, que les
+habitans disaient innombrable _comme les etoiles du ciel et les sables
+de la mer_.
+
+Pendant cet intervalle, on n'avait cesse de miner, de contre-miner
+autour des murs de Saint-Jean-d'Acre. On se disputait un terrain
+bouleverse par l'art des sieges. Il y avait un mois et demi qu'on etait
+devant la place, on avait tente beaucoup d'assauts, repousse beaucoup
+de sorties, tue beaucoup de monde a l'ennemi; mais malgre de continuels
+avantages, on faisait d'irreparables pertes de temps et d'hommes. Le 18
+floreal (7 mai), il arriva dans le port d'Acre un renfort de douze mille
+hommes. Bonaparte, calculant qu'ils ne pourraient pas etre debarques
+avant six heures, fait sur-le-champ jouer une piece de vingt-quatre sur
+un pan de mur; c'etait a la droite du point ou depuis quelque temps
+on deployait tant d'efforts. La nuit venue, on monte a la breche, on
+envahit les travaux de l'ennemi, on les comble, on encloue les pieces,
+on egorge tout, enfin on est maitre de la place, lorsque les troupes
+debarquees s'avancent en bataille, et presentent une masse effrayante.
+Rambaut, qui commandait les premiers grenadiers montes a l'assaut, est
+tue. Lannes est blesse. Dans le meme moment, l'ennemi fait une sortie,
+prend la breche a revers, et coupe la retraite aux braves qui avaient
+penetre dans la place. Les uns parviennent a ressortir; les autres,
+prenant un parti desespere, s'enfuient dans une mosquee, s'y
+retranchent, y epuisent leurs dernieres cartouches, et sont prets a
+vendre cherement leur vie, lorsque Sydney-Smith, touche de tant de
+bravoure, leur fait accorder une capitulation. Pendant ce temps, les
+troupes de siege, marchant sur l'ennemi, le ramenent dans la place,
+apres en avoir fait un carnage epouvantable, et lui avoir enleve huit
+cents prisonniers. Bonaparte, obstine jusqu'a la fureur, donne deux
+jours de repos a ses troupes, et le 21 (10 mai) ordonne un nouvel
+assaut. On y monte avec la meme bravoure, on escalade la breche; mais on
+ne peut pas la depasser. Il y avait toute une armee gardant la place et
+defendant toutes les rues. Il fallut y renoncer.
+
+Il y avait deux mois qu'on etait devant Acre, on avait fait des pertes
+irreparables, et il eut ete imprudent de s'exposer a en faire davantage.
+La peste etait dans cette ville, et l'armee en avait pris le germe a
+Jaffa. La saison des debarquemens approchait, et on annoncait l'arrivee
+d'une armee turque vers les bouches du Nil. En s'obstinant davantage,
+Bonaparte pouvait s'affaiblir, au point de ne pouvoir repousser de
+nouveaux ennemis. Le fond de ses projets etait realise, puisqu'il avait
+detruit les rassemblemens formes en Syrie, et que de ce cote il avait
+reduit l'ennemi a l'impuissance d'agir. Quant a la partie brillante de
+ces memes projets, quant a ces vagues et merveilleuses esperances de
+conquetes en Orient, il fallait y renoncer. Il se decida enfin a lever
+le siege. Mais son regret fut tel, que, malgre sa destinee inouie, on
+lui a entendu repeter souvent, en parlant de Sidney-Smith: _Cet homme
+m'a fait manquer ma fortune_. Les Druses, qui pendant le siege avaient
+nourri l'armee, toutes les peuplades ennemies de la Porte, apprirent sa
+retraite avec desespoir.
+
+Il avait commence le siege le 30 ventose (20 mars), il le leva le 1er
+prairial (20 mai): il y avait employe deux mois. Avant de quitter
+Saint-Jean-d'Acre, il voulait laisser une terrible trace de son passage:
+il accabla la ville de ses feux, et la laissa presque reduite en
+cendres. Il reprit la route du desert. Il avait perdu par le feu, les
+fatigues ou les maladies, pres du tiers de son armee d'expedition,
+c'est-a-dire environ quatre mille hommes. Il emmenait douze cents
+blesses. Il se mit en marche pour repasser le desert. Il ravagea sur sa
+route tout le pays, et y imprima une profonde terreur. Arrive a Jaffa,
+il en fit sauter les fortifications. Il y avait la une ambulance pour
+nos pestiferes. Les emporter etait impossible: en ne les emportant pas,
+on les laissait exposes a une mort inevitable, soit par la maladie, soit
+par la faim, soit par la cruaute de l'ennemi. Aussi Bonaparte dit-il
+au medecin Desgenettes, qu'il y aurait bien plus d'humanite a leur
+administrer de l'opium qu'a leur laisser la vie; a quoi ce medecin fit
+cette reponse, fort vantee: _Mon metier est de les guerir, et non de les
+tuer_. On ne leur administra point d'opium, et ce fait servit a propager
+une calomnie indigne, et aujourd'hui detruite.
+
+Bonaparte rentra enfin en Egypte apres une expedition de pres de trois
+mois. Il etait temps qu'il y arrivat. L'esprit d'insurrection s'etait
+repandu dans tout le Delta. Un imposteur, qui s'appelait l'ange
+El-Mohdhy, qui se disait invulnerable, et qui pretendait chasser les
+Francais en soulevant de la poussiere, avait reuni quelques mille
+insurges. Les agens des Mamelucks l'aidaient de leur concours; il
+s'etait empare de Damanhour, et en avait egorge la garnison. Bonaparte
+envoya un detachement, qui dispersa les insurges, et tua l'ange
+invulnerable. Le trouble s'etait communique aux differentes provinces du
+Delta; sa presence ramena partout la soumission et le calme. Il ordonna
+au Caire des fetes magnifiques, pour celebrer ses triomphes en Syrie.
+Il n'avouait pas la partie manquee de ses projets, mais il vantait avec
+raison les nombreux combats livres en Syrie, la belle bataille du mont
+Thabor, les vengeances terribles exercees contre Djezzar. Il repandit
+de nouvelles publications aux habitans, dans lesquelles ils leur disait
+qu'il etait dans le secret de leurs pensees, et devinait leurs projets
+a l'instant ou ils les formaient. Ils ajouterent foi a ces etranges
+paroles du sultan Kebir et le croyaient present a toutes leurs pensees.
+Bonaparte n'avait pas seulement a contenir les habitans, mais encore ses
+generaux et l'armee elle-meme. Un mecontentement sourd y regnait. Ce
+mecontentement ne provenait ni des fatigues, ni des dangers, ni surtout
+des privations, car l'armee ne manquait de rien, mais de l'amour du
+pays, qui poursuit le Francais en tous lieux. Il y avait un an entier
+qu'on etait en Egypte, et depuis pres de six mois on n'avait aucune
+nouvelle de France. Aucun navire n'avait pu passer: une sombre tristesse
+devorait tous les coeurs. Chaque jour les officiers et les generaux
+demandaient des conges pour repasser en Europe. Bonaparte en accordait
+peu, ou bien y ajoutait de ces paroles qu'on redoutait comme le
+deshonneur. Berthier lui-meme, son fidele Berthier, devore d'une vieille
+passion, demandait a revoir l'Italie. Il fut honteux pour la seconde
+fois de sa faiblesse, et renonca a partir. Un jour l'armee avait forme
+le projet d'enlever ses drapeaux du Caire, et de marcher sur Alexandrie
+pour s'y embarquer. Mais elle n'en eut que la pensee, et n'osa jamais
+braver son general. Les lieutenans de Bonaparte, qui donnaient tous
+l'exemple des murmures, se taisaient des qu'ils etaient devant lui, et
+pliaient sous son ascendant. Il avait eu plus d'un demele avec Kleber.
+L'humeur de celui-ci ne venait pas de decouragement, mais de son
+indocilite accoutumee. Il s'etaient toujours raccommodes, car Bonaparte
+aimait la grande ame de Kleber, et Kleber etait seduit par le genie de
+Bonaparte.
+
+On etait en prairial (juin). L'ignorance des evenemens de l'Europe et
+des desastres de la France etait toujours la meme. On savait seulement
+que le continent etait dans une veritable confusion et qu'une nouvelle
+guerre etait inevitable. Bonaparte attendait impatiemment de nouveaux
+details, pour prendre un parti et retourner, s'il le fallait, sur le
+premier theatre de ses exploits. Mais avant, il voulait detruire la
+seconde armee turque, reunie a Rhodes, dont on annoncait le debarquement
+tres prochain.
+
+Cette armee, montee sur de nombreux transports, et escortee par la
+division navale de Sydney-Smith, parut le 23 messidor (11 juillet) a
+la vue d'Alexandrie, et vint mouiller a Aboukir, la meme rade ou notre
+escadre avait ete detruite. Le point de debarquement choisi par les
+Anglais etait la presqu'ile qui ferme cette rade, et qui porte le meme
+nom. Cette presqu'ile etroite s'avance entre la mer et le lac Madieh, et
+vient se terminer par un fort. Bonaparte avait ordonne a Marmont, qui
+commandait a Alexandrie, de perfectionner la defense du fort, et de
+detruire le village d'Aboukir, place tout autour. Mais au lieu de
+detruire le village, on avait voulu le conserver pour y loger les
+soldats, et on l'avait simplement entoure d'une redoute pour le proteger
+du cote de la terre. Mais la redoute, ne joignant pas les deux bords de
+la mer, ne presentait pas un ouvrage ferme, et associait le sort du fort
+a celui d'un simple ouvrage de campagne. Les Turcs en effet debarquerent
+avec beaucoup de hardiesse, aborderent les retranchemens le sabre au
+poing, les enleverent, et s'emparerent du village d'Aboukir, dont ils
+egorgerent la garnison. Le village pris, le fort ne pouvait guere tenir,
+et fut oblige de se rendre. Marmont, commandant a Alexandrie, en etait
+sorti a la tete de douze cents hommes, pour courir au secours des
+troupes d'Aboukir. Mais, apprenant que les Turcs etaient debarques en
+nombre considerable, il n'osa pas tenter de les jeter a la mer par une
+attaque hardie. Il rentra dans Alexandrie, et les laissa s'etablir
+tranquillement dans la presqu'ile d'Aboukir.
+
+Les Turcs etaient a peu pres dix-huit mille hommes d'infanterie. Ce
+n'etaient pas de ces miserables fellahs qui composaient l'infanterie
+des Mamelucks; c'etaient de braves janissaires, portant un fusil sans
+baionnette, le rejetant en bandouliere sur le dos quand ils avaient fait
+feu, puis s'elancant sur l'ennemi le pistolet et le sabre a la main. Ils
+avaient une artillerie nombreuse et bien servie; et ils etaient diriges
+par des officiers anglais. Ils manquaient de cavalerie, car ils avaient
+a peine amene trois cents chevaux; mais ils attendaient l'arrivee de
+Mourad-Bey, qui devait quitter la Haute-Egypte, longer le desert,
+traverser les oasis, et venir se jeter a Aboukir avec deux a trois mille
+Mamelucks.
+
+Quand Bonaparte apprit les details du debarquement, il quitta le
+Caire sur-le-champ, et fit du Caire a Alexandrie une de ces marches
+extraordinaires dont il avait donne tant d'exemples en Italie. Il
+emmenait avec lui les divisions Lannes, Bon et Murat. Il avait ordonne a
+Desaix d'evacuer la Haute-Egypte, a Kleber et Regnier, qui etaient
+dans le Delta, de se rapprocher d'Aboukir. Il avait choisi le point de
+Birket, intermediaire entre Alexandrie et Aboukir, pour y concentrer ses
+forces, et manoeuvrer suivant les circonstances. Il craignait qu'une
+armee anglaise ne fut debarquee avec l'armee turque.
+
+Mourad-Bey, suivant le plan convenu avec Mustapha-Pacha, avait essaye
+de descendre dans la Basse-Egypte; mais rencontre, battu par Murat, il
+avait ete oblige de regagner le desert. Il ne restait a combattre
+que l'armee turque, privee de cavalerie, mais campee derriere des
+retranchemens, et disposee a y resister avec son opiniatrete accoutumee.
+Bonaparte, apres avoir jete un coup d'oeil sur Alexandrie, et sur les
+beaux travaux executes par le colonel Cretin, apres avoir reprimande son
+lieutenant Marmont, qui n'avait pas ose attaquer les Turcs au moment du
+debarquement, quitta Alexandrie le 6 thermidor (24 juillet). Il etait
+le lendemain 7 a l'entree de la presqu'ile. Son projet etait d'abord
+d'enfermer l'armee turque par des retranchemens, et d'attendre, pour
+attaquer, l'arrivee de toutes ses divisions; car il n'avait sous la main
+que les divisions Lannes, Bon, Murat, environ six mille hommes. Mais
+a la vue des dispositions faites par les Turcs, il changea d'avis, et
+resolut de les attaquer sur-le-champ, esperant les renfermer dans le
+village d'Aboukir, et les accabler d'obus et de bombes.
+
+Les Turcs occupaient le fond de la presqu'ile, qui est fort etroite. Ils
+etaient couverts par deux lignes de retranchemens. A une demi-lieue en
+avant du village d'Aboukir, ou etait leur camp, ils avaient occupe deux
+mamelons de sables, appuyant l'un a la mer, l'autre au lac de Madieh, et
+formant ainsi leur droite et leur gauche. Au centre de ces deux mamelons
+etait un village, qu'ils gardaient aussi. Ils avaient mille hommes au
+mamelon de droite, deux mille a celui de gauche, et trois a quatre mille
+hommes dans le village. Telle etait leur premiere ligne. La seconde
+etait au village meme d'Aboukir. Elle se composait de la redoute
+construite par les Francais, et se joignait a la mer par deux boyaux.
+Ils avaient place la leur camp principal et le gros de leurs forces.
+
+Bonaparte fit ses dispositions avec sa promptitude et sa precision
+accoutumees. Il ordonna au general Destaing de marcher avec quelques
+bataillons sur le mamelon de gauche, ou etaient les mille Turcs; a
+Lannes, de marcher sur le mamelon de droite, ou etaient les deux mille
+autres, et a Murat, qui etait au centre, de faire filer la cavalerie sur
+les derrieres des deux mamelons. Ces dispositions sont executees avec
+une grande precision: Destaing marche sur le mamelon de gauche, et le
+gravit hardiment; Murat le fait tourner par un escadron. Les Turcs, a
+cette vue, abandonnent leur poste, rencontrent la cavalerie qui les
+sabre et les pousse dans la mer, ou ils aiment mieux se jeter que de se
+rendre. Vers la droite, la meme operation s'execute. Lannes aborde les
+deux mille Mamelucks; Murat les tourne; ils sont egalement sabres et
+jetes dans la mer. Destaing et Lannes se portent ensuite vers le centre,
+forme par un village, et l'attaquent de front. Les Turcs s'y defendent
+bravement, comptant sur un secours de la seconde ligne. Une colonne, en
+effet, se detache du camp d'Aboukir; mais Murat, qui a deja file sur le
+derriere du village, sabre cette colonne, et la repousse dans Aboukir.
+L'infanterie de Destaing et celle de Lannes entrent au pas de charge
+dans le village, en chassent les Turcs, qu'on pousse dans toutes les
+directions, et qui, s'obstinant toujours a ne pas se rendre, n'ont pour
+retraite que la mer, ou ils se noient.
+
+Deja quatre a cinq mille avaient peri de cette maniere; la premiere
+ligne etait emportee; le but de Bonaparte etait rempli, et il pouvait,
+resserrant les Turcs dans Aboukir, les bombarder, en attendant l'arrivee
+de Kleber et de Regnier. Mais il veut profiter de son succes, et achever
+sa victoire a l'instant meme. Apres avoir laisse reprendre haleine a ses
+troupes, il marche sur la seconde ligne. La division Lanusse, restee
+en reserve, appuie Lannes et Destaing. La redoute qui couvrait Aboukir
+etait difficile a emporter; elle renfermait neuf a dix mille Turcs. Vers
+la droite, un boyau la joignait a la mer; vers la gauche, un autre boyau
+la prolongeait, mais sans joindre tout a fait le lac Madieh. L'espace
+ouvert etait occupe par l'ennemi, et balaye par de nombreuses
+canonnieres. Bonaparte, habitue a porter ses soldats sur les plus
+formidables obstacles, les dirige sur la position ennemie. Ses divisions
+d'infanterie marchent sur le front et la droite de la redoute. La
+cavalerie, cachee dans un bois de palmiers, doit l'attaquer par la
+gauche, et traverser, sous le feu des canonnieres, l'espace laisse
+ouvert entre la redoute et le lac Madieh. La charge s'execute; Lannes et
+Destaing poussent leur brave infanterie en avant; la 32e marche l'arme
+au bras sur les retranchemens, la 18e les tourne par l'extreme droite.
+L'ennemi, sans les attendre, s'avance a leur rencontre. On se joint
+corps a corps. Les soldats turcs, apres avoir tire leur coup de fusil
+et leurs deux coups de pistolet, font etinceler leur sabre. Ils veulent
+saisir les baionnettes avec leurs mains; mais ils les recoivent dans
+les flancs, avant d'avoir pu les saisir. On s'egorge ainsi sur les
+retranchemens. Deja la 18e est pres d'arriver dans la redoute; mais un
+feu terrible d'artillerie la repousse et la ramene au pied des ouvrages.
+Le brave Leturcq est tue glorieusement en voulant se retirer le dernier;
+Fugieres perd un bras. Murat, de son cote, s'etait avance avec sa
+cavalerie, pour franchir l'espace compris entre la redoute et le lac
+Madieh. Plusieurs fois il s'etait elance et avait refoule l'ennemi;
+mais, pris entre les feux de la redoute et des canonnieres, il avait
+ete oblige de se reployer en arriere. Quelques-uns de ses cavaliers
+s'etaient meme avances jusqu'aux fosses de la redoute; les efforts
+de tant de braves paraissaient devoir etre impuissans. Bonaparte
+contemplait ce carnage, attendant le moment favorable pour revenir a
+la charge. Heureusement les Turcs, suivant leur usage, sortent des
+retranchemens pour venir couper les tetes des morts. Bonaparte saisit
+cet instant, lance deux bataillons, l'un de la 22e, l'autre de la 69,
+qui marchent sur les retranchemens et s'en emparent. A la droite, la 18e
+profite aussi de l'occasion, et entre dans la redoute. Murat, de son
+cote, ordonne une nouvelle charge. L'un de ses escadrons traverse cet
+espace si redoutable qui regne entre les retranchemens et le lac, et
+penetre dans le village d'Aboukir. Alors les Turcs effrayes fuient de
+toutes parts; on en fait un carnage epouvantable. On les pousse la
+baionnette dans les reins, et on les precipite dans la mer. Murat, a la
+tete de ses cavaliers, penetre dans le camp de Mustapha-Pacha. Celui-ci,
+saisi de desespoir, prend un pistolet, et le tire sur Murat qu'il blesse
+legerement. Murat lui coupe deux doigts d'un coup de sabre, et l'envoie
+prisonnier a Bonaparte. Les Turcs qui ne sont ni tues ni noyes se
+retirent dans le fort d'Aboukir.
+
+Plus de douze mille cadavres flottaient sur cette mer d'Aboukir, qui
+naguere avait ete couverte des corps de nos marins: deux ou trois mille
+avaient peri par le feu ou le fer. Les autres, enfermes dans ce fort,
+n'avaient plus d'autre ressource que la clemence du vainqueur. Telle est
+cette extraordinaire bataille, ou, pour la premiere fois peut-etre, dans
+l'histoire de la guerre, l'armee ennemie fut detruite tout entiere.
+C'est dans cette occasion que Kleber, arrivant a la fin du jour, saisit
+Bonaparte au milieu du corps, et s'ecria: _General, vous etes grand
+comme le monde!_
+
+Ainsi, soit par l'expedition de Syrie, soit par la bataille d'Aboukir,
+l'Egypte etait delivree, du moins momentanement, des forces de la Porte.
+La situation de l'armee francaise pouvait etre regardee comme assez
+rassurante. Apres toutes les pertes qu'elle avait faites, elle comptait
+vingt-cinq mille hommes environ, mais les plus braves et les mieux
+commandes de l'univers. Chaque jour devait la faire mieux sympathiser
+avec les habitans, et consolider son etablissement. Bonaparte y etait
+depuis un an: arrive en ete avant l'inondation, il avait employe les
+premiers momens a s'emparer d'Alexandrie et de la capitale, ce qu'il
+avait obtenu par la bataille des Pyramides. Apres l'inondation, et en
+automne, il avait acheve la conquete du Delta, et confie a Desaix la
+conquete de la Haute-Egypte. En hiver, il avait tente l'expedition de
+Syrie, et detruit l'armee turque de Djezzar au mont Thabor. Il venait,
+en ete, de detruire la seconde armee de la Porte a Aboukir. Le temps
+avait donc ete aussi bien employe que possible; et tandis que la
+victoire abandonnait en Europe les drapeaux de la France, elle leur
+restait fidele en Afrique et en Asie. Les trois couleurs flottaient
+triomphantes sur le Nil et le Jourdain, sur les lieux memes d'ou est
+partie la religion du Christ.
+
+Bonaparte ignorait encore ce qui se passait en France, aucune des
+depeches du directoire ni de ses freres ne lui etant arrivee: il etait
+devore d'inquietude. Pour tacher d'obtenir quelques nouvelles, il
+faisait croiser des bricks avec ordre d'arreter les vaisseaux de
+commerce, et de s'instruire par eux des evenemens qui se passaient en
+Europe. Il envoya a la flotte turque un parlementaire qui, sous le
+pretexte de negocier un echange de prisonniers, devait tacher d'obtenir
+quelques nouvelles. Sidney-Smith arreta ce parlementaire, l'accueillit
+fort bien, et voyant que Bonaparte ignorait les desastres de la France,
+se fit un malin plaisir de lui donner un paquet de tous les journaux. Le
+parlementaire revint, et remit le paquet a Bonaparte. Celui-ci passa une
+nuit entiere a devorer ces feuilles, et a s'instruire de tout ce qui
+se passait dans sa patrie. Sur-le-champ sa determination fut prise:
+il resolut de s'embarquer secretement pour l'Europe, et d'essayer la
+traversee, au risque d'etre saisi en route par les flottes anglaises.
+Il demanda le contre-amiral Gantheaume, et lui enjoignit de mettre les
+fregates _le Muiron_ et _la Carrere_ en etat de faire voile. Il ne fit
+part de son projet a personne, courut au Caire pour faire toutes ses
+dispositions, redigea une longue instruction pour Kleber, auquel il
+voulait laisser le commandement de l'armee, et repartit aussitot apres
+pour Alexandrie.
+
+Le 5 fructidor (22 aout), emmenant avec lui Berthier, Lannes, Murat,
+Andreossy, Marmont, Bertholet et Monge, il se rendit, escorte de
+quelques-uns de ses guides, sur une plage ecartee. Quelques canots
+etaient prepares; ils s'embarquerent, et monterent sur les deux fregates
+_le Muiron_ et _la Carrere_. Elles etaient suivies des chebecks _la
+Revanche_ et _la Fortune_. A l'instant meme on mit a la voile, pour
+n'etre plus au jour en vue des croiseurs anglais. Malheureusement
+un calme survint; on trembla d'etre surpris, on voulait rentrer a
+Alexandrie; Bonaparte ne le voulut pas. "Soyez tranquilles, dit-il, nous
+passerons." Comme Cesar, il comptait sur la fortune.
+
+Ce n'etait pas, comme on l'a dit, une lache desertion; car il laissait
+une armee victorieuse, pour aller braver des dangers de tout genre,
+et, le plus horrible de tous, celui d'aller porter des fers a Londres.
+C'etait une de ces temerites par lesquelles les grands ambitieux tentent
+le ciel, et auxquelles ils doivent ensuite cette confiance immense qui
+tour a tour les eleve et les precipite.
+
+Tandis que cette grande destinee etait commise au hasard des vents ou
+d'une rencontre, la victoire revenait sous nos drapeaux en Europe, et
+la republique sortait, par un sublime effort, des perils auxquels nous
+venons de la voir exposee. Massena etait toujours sur la ligne de la
+Limmat, differant le moment de reprendre l'offensive. L'armee d'Italie,
+apres avoir perdu la bataille de Novi, s'etait dispersee dans l'Apennin.
+Heureusement Suwarow ne profitait pas mieux de la victoire de Novi que
+de celle de la Trebbia, et perdait dans le Piemont un temps que la
+France employait en preparatifs. Dans ce moment, le conseil aulique,
+aussi peu constant dans ses plans que l'avait ete le directoire, en
+imagina un qui ne pouvait manquer de changer la face des evenemens. Il
+etait jaloux de l'autorite que Suwarow avait voulu exercer en Italie, et
+avait vu avec peine que ce general eut ecrit au roi de Sardaigne pour
+le rappeler dans ses etats. Le conseil aulique avait des vues sur le
+Piemont, et tenait a en ecarter le vieux marechal. De plus, il regnait
+peu d'accord entre les Russes et les Autrichiens; et ces raisons reunies
+deciderent le conseil aulique a changer entierement la distribution
+des troupes sur la ligne d'operation. Les Russes etaient meles aux
+Autrichiens sur les deux theatres de la guerre. Korsakoff operait en
+Suisse avec l'archiduc Charles, et Suwarow avec Melas en Italie. Le
+conseil aulique imagina de transporter l'archiduc Charles sur le Rhin,
+et Suwarow en Suisse. De cette maniere les deux armees russes devaient
+agir toutes deux en Suisse. Les Autrichiens devaient agir seuls sur le
+Rhin; ils devaient aussi agir seuls en Italie, ou ils allaient etre
+bientot renforces par une nouvelle armee, destinee a remplir le
+vide laisse par Suwarow. Le conseil aulique donna pour raison de ce
+changement, qu'il fallait faire combattre ensemble les troupes de chaque
+nation; que les Russes trouveraient en Suisse une temperature plus
+analogue a leur climat, et que le mouvement de l'archiduc Charles sur
+le Rhin seconderait l'expedition de Hollande. L'Angleterre ne pouvait
+manquer d'approuver ce plan, car elle esperait beaucoup, pour
+l'expedition de Hollande, de la presence de l'archiduc Charles sur le
+Rhin, et elle n'etait pas fachee que les Russes, entres deja a Corfou,
+et ayant le projet de s'emparer de Malte, fussent ecartes de Genes.
+
+Ce revirement, execute en presence de Massena, etait excessivement
+dangereux, et d'ailleurs il transportait les Russes sur un theatre qui
+ne leur convenait pas du tout. Ces soldats, habitues a charger en plaine
+et a la baionnette, ne savaient pas tirer un coup de fusil; et ce qu'il
+faut par-dessus tout dans les montagnes, ce sont d'habiles tirailleurs.
+Le conseil aulique qui, suivant l'esprit des cabinets, faisait passer
+les raisons politiques avant les raisons militaires, defendit a ses
+generaux de faire une seule objection, et ordonna la rigoureuse
+execution de ce plan, pour les derniers jours d'aout (milieu de
+fructidor).
+
+On a deja decrit la configuration du theatre de la guerre et la
+distribution des armees sur ce theatre[9]. Les eaux partant des
+Grandes-Alpes, et tantot coulant en forme de fleuves, tantot sejournant
+en forme de lacs, presentaient differentes lignes inscrites les unes
+dans les autres, commencant a droite contre une grande chaine de
+montagnes, et allant finir, a gauche, dans le grand fleuve qui separe
+l'Allemagne de la France. Les deux principales etaient celles du Rhin et
+de la Limmat. Massena, oblige d'abandonner celle du Rhin, s'etait replie
+sur celle de la Limmat. Il avait meme ete oblige de se retirer un peu en
+arriere de celle-ci, et de s'appuyer sur l'Albis. La ligne de la Limmat
+n'en separait pas moins les deux armees. Cette ligne se composait de la
+Lint, qui nait contre les Grandes-Alpes, dans le canton de Glaris, et se
+jette ensuite dans le lac de Zurich; du lac de Zurich dans la Limmat,
+qui sort de ce lac a Zurich meme, et va se jeter enfin dans l'Aar pres
+de Bruck. L'archiduc Charles etait derriere la Limmat, de Bruck a
+Zurich. Korsakoff etait derriere le lac de Zurich, attendant qu'on lui
+assignat sa position. Hotze gardait la Lint.
+
+[Note 9: Quelque soin que je mette a me rendre clair, je n'espere
+pas faire comprendre les evenemens qui vont suivre, si le lecteur n'a
+pas sous les yeux une carte, quelque incomplete qu'elle soit. Cependant
+ces evenemens sont si extraordinaires, et ont decide d'une maniere si
+positive le salut de la France, que je les crois dignes d'etre compris,
+et que j'engage le lecteur a consulter une carte. La plus mauvaise carte
+de Suisse sera encore suffisante pour saisir l'ensemble des operations.]
+
+D'apres le plan convenu, l'archiduc, destine au Rhin, devait etre
+remplace derriere la Limmat par Korsakoff. Hotze devait rester sur la
+Lint avec le corps autrichien de Voralberg, afin de donner la main a
+Suwarow arrivant d'Italie. La question etait de savoir quelle route on
+ferait prendre a Suwarow. Il avait a franchir les monts, et pouvait
+suivre l'une ou l'autre des lignes qui coupent la Suisse. S'il preferait
+penetrer par la vallee du Rhin, il pouvait, en traversant le Splugen,
+se rendre par Coire sur le Rhin-Superieur, et faire la sa jonction avec
+Hotze. On avait calcule qu'il pourrait etre arrive vers le 25 septembre
+(3 vendemiaire an VIII). Ce mouvement avait l'avantage de s'operer loin
+des Francais, hors de leur portee, et de ne dependre ainsi d'aucun
+accident. Suwarow pouvait egalement prendre une autre route, et au lieu
+de suivre la ligne du Rhin, entrer par le Saint-Gothard dans la vallee
+de la Reuss, et deboucher par Schwitz derriere la ligne de la Lint,
+occupee par les Francais. Cette marche avait l'avantage de le porter
+sur le revers de la ligne ennemie; mais il fallait traverser le
+Saint-Gothard occupe par Lecourbe; il fallait preparer un mouvement
+de Hotze au-dela de la Lint, pour qu'il vint tendre la main a l'armee
+arrivant du Saint-Gothard; il fallait, pour seconder ce mouvement, une
+attaque sur la Limmat; il fallait en un mot une operation generale sur
+toute la ligne, et un a-propos, une precision difficiles a obtenir quand
+on agit a de si grandes distances et en detachemens aussi nombreux. Ce
+plan, que les Russes rejettent sur les Autrichiens, et les Autrichiens
+sur les Russes, fut neanmoins prefere. En consequence une attaque
+generale fut prescrite sur toute la ligne, pour les derniers jours de
+septembre. Au moment ou Suwarow debouchait du Saint-Gothard dans la
+vallee de la Reuss, Korsakoff devait attaquer au dessous du lac de
+Zurich, c'est-a-dire le long de la Limmat, et Hotze au-dessus du lac,
+le long de la Lint. Deux des lieutenans de Hotze, Linken et Jellachich,
+devaient penetrer dans le canton de Glaris, jusqu'a Schwitz, et donner
+la main a Suwarow. La jonction generale une fois operee, les troupes
+reunies en Suisse allaient s'elever a quatre-vingt mille hommes. Suwarow
+arrivait avec dix-huit mille; Hotze en avait vingt-cinq, Korsakoff
+trente. Ce dernier avait en reserve le corps de Conde et quelques mille
+Bavarois. Mais avant la jonction, trente mille sous Korsakoff, et
+vingt-cinq mille sous Hotze, c'est-a-dire cinquante-cinq mille se
+trouvaient exposes aux coups de toute l'armee de Massena.
+
+Le moment, en effet, ou l'archiduc Charles quittait la Limmat, et ou
+Suwarow n'avait pas encore passe les Alpes, etait trop favorable pour
+que Massena ne le saisit pas, et ne sortit point enfin de l'inaction
+qu'on lui avait tant reprochee. Son armee avait ete portee a
+soixante-quinze mille hommes environ, par les renforts qu'elle avait
+recus; mais elle devait s'etendre du Saint-Gothard a Bale, ligne immense
+a couvrir. Lecourbe, formant sa droite, et ayant Gudin et Molitor sous
+ses ordres, gardait le Saint-Gothard, la vallee de la Reuss et la
+Haute-Lint, avec douze ou treize mille hommes. Soult, avec dix mille,
+occupait la Lint jusqu'a son embouchure dans le lac de Zurich. Massena,
+avec les divisions Mortier, Klein, Lorge et Mesnard, formant un total de
+trente-sept mille hommes, etait devant la Limmat, de Zurich a Bruck. La
+division Thureau, forte de neuf mille hommes, et la division Chabran de
+huit, gardaient l'une le Valais, l'autre les environs de Bale.
+
+Massena, quoique inferieur en forces, avait l'avantage de pouvoir reunir
+sa masse principale sur le point essentiel. Ainsi il avait trente-sept
+mille hommes devant la Limmat, qu'il pouvait jeter sur Korsakoff.
+Celui-ci venait de s'affaiblir de quatre mille hommes, envoyes en
+renfort a Hotze, par derriere le lac de Zurich, ce qui le reduisait a
+vingt-six mille. Le corps de Conde et les Bavarois, qui devaient lui
+servir de reserve, etaient encore fort en arriere a Schaffouse. Massena
+pouvait donc lancer trente-sept mille hommes contre vingt-six mille.
+Korsakoff battu, il pouvait se rejeter sur Hotze, et apres les avoir
+tous deux mis en deroute, peut-etre detruits, accabler Suwarow, qui
+arrivait en Suisse avec l'espoir d'y trouver un ennemi vaincu, ou du
+moins contenu dans sa ligne.
+
+Massena, averti des projets des ennemis, devanca d'un jour son attaque
+generale, et la fixa pour le 3 vendemiaire (25 septembre 1799). Depuis
+qu'il etait retire sur l'Albis, a quelques pas en arriere de la Limmat,
+le cours de cette riviere appartenait a l'ennemi. Il fallait le lui
+enlever par un passage: c'est ce qu'il se proposa d'executer avec ses
+trente-sept mille hommes. Tandis qu'il allait operer au-dessous du lac
+de Zurich, il chargea Soult d'operer au-dessus, et de franchir la Lint
+le meme jour. Les militaires ont adresse un reproche a Massena: il
+fallait, disent-ils, plutot attirer Suwarow en Suisse que l'en
+eloigner: si donc, au lieu de laisser Lecourbe se battre inutilement au
+Saint-Gothard contre Suwarow, Massena l'eut reuni a Soult, il aurait ete
+plus assure d'accabler Hotze, et de franchir la Lint. Au reste, comme le
+resultat obtenu fut aussi grand qu'on pouvait le souhaiter, on n'a fait
+ce reproche a Massena que dans l'interet rigoureux des principes.
+
+La Limmat sort du lac de Zurich a Zurich meme, et coupe la ville en deux
+parties. Conformement au plan convenu avec Hotze et Suwarow, Korsakoff
+se disposait a attaquer Massena, et pour cela il avait porte la masse de
+ses forces dans la partie de Zurich qui est en avant de la Limmat. Il
+n'avait laisse que trois bataillons a Closter-Fahr, pour garder un point
+ou la Limmat est plus accessible: il avait dirige Durasof avec une
+division pres de l'embouchure de la Limmat dans l'Aar, pour veiller de
+ce cote; mais sa masse, forte de dix-huit mille hommes au moins, etait
+en avant de la riviere, en situation offensive.
+
+Massena basa son plan sur cet etat de choses. Il resolut de masquer
+plutot que d'attaquer le point de Zurich, ou Korsakoff avait amasse ses
+forces; puis, avec une portion considerable de ses troupes, de tenter
+le passage de la Limmat a Closter-Fahr, point faiblement defendu. Le
+passage opere, il voulait que cette division remontat la Limmat sur la
+rive opposee, et vint se placer sur les derrieres de Zurich. Alors il
+se proposait d'attaquer Korsakoff sur les deux rives, et de le tenir
+enferme dans Zurich meme. Des consequences immenses pouvaient resulter
+de cette disposition.
+
+Mortier avec sa division, qui etait forte de huit mille hommes, et
+occupait la droite de ce champ de bataille, fut dirige sur Zurich. Elle
+devait contenir d'abord, puis attaquer la masse russe. Klein avec sa
+division, qui etait forte de dix mille hommes, devait etre place a
+Altstetten, entre le point de Zurich et celui de Closter-Fahr, ou l'on
+allait tenter le passage. Elle pouvait ainsi ou se porter devant Zurich,
+et donner secours a Mortier contre la masse russe, ou courir au point du
+passage, s'il etait necessaire de le seconder. Cette division renfermait
+quatre mille grenadiers, et une reserve de superbe cavalerie. La
+division Lorge, avec une partie de la division Mesnard, devait executer
+le passage a Closter-Fahr. Quinze mille hommes a peu pres formaient
+cette masse. Le reste de la division Mesnard devait faire des
+demonstrations sur la Basse-Limmat, pour tromper et retenir Durasof.
+
+Ces dispositions, qui ont fait l'admiration de tous les critiques,
+furent mises a execution le 3 vendemiaire an VIII (25 septembre 1799), a
+cinq heures du matin. Les apprets du passage avaient ete faits pres du
+village de Dietikon, avec un soin et un secret extraordinaires. Des
+barques avaient ete trainees a bras, et cachees dans les bois. Des le
+matin, elles etaient a flot, et les troupes etaient rangees en silence
+sur la rive. Le general Foy, illustre depuis comme orateur, commandait
+l'artillerie a cette immortelle bataille; il disposa plusieurs batteries
+de maniere a proteger le passage. Six cents hommes s'embarquerent
+hardiment, et arriverent sur l'autre rive. Sur-le-champ ils fondirent
+sur les tirailleurs ennemis, et les disperserent. Korsakoff avait mis
+la, sur le plateau de Closter-Fahr, trois bataillons avec du canon.
+Notre artillerie, superieurement dirigee, eteignit bientot les feux
+de l'artillerie russe, et protegea le passage successif de notre
+avant-garde. Lorsque le general Gazan eut reuni aux six cents hommes qui
+avaient passe les premiers un renfort suffisant, il marcha sur les trois
+bataillons russes qui gardaient Closter-Fahr. Ceux-ci s'etaient loges
+dans un bois, et s'y defendirent bravement. Gazan les enveloppa, et fut
+oblige de tuer presque jusqu'au dernier homme pour les deloger. Ces
+trois bataillons detruits, le pont fut jete. Le reste de la division
+Lorge et partie de la division Mesnard passerent la Limmat: c'etaient
+quinze mille hommes portes au-dela de la riviere. La brigade Bontemps
+fut placee a Regensdorf, pour faire face a Durasof, s'il voulait
+remonter de la Basse-Limmat. Le gros des troupes, dirige par le chef
+d'etat-major Oudinot, remonta la Limmat, pour se porter sur les
+derrieres de Zurich.
+
+Cette partie de l'operation achevee, Massena se reporta de sa personne
+sur l'autre rive de la Limmat, pour veiller au mouvement de ses ailes.
+Vers la Basse-Limmat, Mesnard avait si bien trompe Durasof par ses
+demonstrations, que celui-ci s'etait porte sur la rive, ou il deployait
+tous ses feux. A sa droite, Mortier s'etait avance sur Zurich par
+Wollishofen, mais il y avait rencontre la masse de Korsakoff, poste,
+comme on l'a dit, en avant de la Limmat, et avait ete oblige de se
+replier. Massena arrivant dans cet instant ebranla la division Klein,
+qui etait a Altstetten. Humbert, a la tete de ses quatre mille
+grenadiers, marcha sur Zurich, et retablit le combat. Mortier renouvela
+ses attaques, et on parvint a renfermer ainsi les Russes dans Zurich.
+
+Pendant ce temps, Korsakoff, chagrine d'entendre du canon sur ses
+derrieres, avait reporte quelques bataillons au-dela de la Limmat; mais
+ces faibles secours avaient ete inutiles. Oudinot, avec ses quinze mille
+hommes, continuait a remonter la Limmat. Il avait enleve le petit camp
+place a Hong, ainsi que les hauteurs qui sont sur les derrieres de
+Zurich, et s'etait empare de la grande route de Vintherthur, qui donne
+issue en Allemagne, et la seule par laquelle les Russes pussent se
+retirer.
+
+La journee etait presque achevee, et d'immenses resultats etaient
+prepares pour le lendemain. Les Russes etaient enfermes dans Zurich;
+Massena avait porte par le passage a Closter-Fahr quinze mille hommes
+sur leurs derrieres, et place dix-huit mille hommes devant eux. Il etait
+difficile qu'il ne leur fit pas essuyer un desastre. On a pense qu'il
+aurait du, au lieu de laisser la division Klein devant Zurich, la porter
+par Closter-Fahr, derriere cette ville, de maniere a fermer tout a fait
+la route de Vintherthur. Mais il craignait que, Mortier restant avec
+huit mille hommes seulement, Korsakoff ne lui passat sur le corps et ne
+se jetat sur la Lint. Il est vrai que Korsakoff aurait rencontre
+Soult et Lecourbe; mais il aurait pu rencontrer aussi Suwarow, venant
+d'Italie, et on ne sait ce qui serait arrive de cette singuliere
+combinaison.
+
+Korsakoff s'etait enfin apercu de sa position, et avait porte ses
+troupes dans l'autre partie de Zurich, en arriere de la Limmat. Durasof,
+sur la Basse-Limmat, apprenant le passage, s'etait derobe; et evitant
+la brigade Bontemps, par un detour, etait venu regagner la route de
+Vintherthur. Le lendemain 4 vendemiaire (26 septembre), le combat devait
+etre acharne, car les Russes voulaient se faire jour, et les Francais
+voulaient recueillir d'immenses trophees. Le combat commenca de
+bonne heure. La malheureuse ville de Zurich, encombree d'artillerie,
+d'equipages, de blesses, attaquee de tous cotes, etait comme enveloppee
+de feux. De ce cote-ci de la Limmat, Mortier et Klein l'avaient abordee,
+et etaient pres d'y penetrer. Au-dela, Oudinot la serrait par derriere
+et voulait fermer la route a Korsakoff. Cette route de Vintherthur,
+theatre d'un combat sanglant, avait ete prise et reprise plusieurs fois.
+Korsakoff, songeant enfin a se retirer, avait mis son infanterie en
+tete, sa cavalerie au centre, son artillerie et ses equipages a la
+queue. Il s'avancait ainsi formant une longue colonne. Sa brave
+infanterie, chargeant avec furie, renverse tout devant elle, et s'ouvre
+un passage; mais quand elle a passe avec une partie de la cavalerie, les
+Francais reviennent a la charge, attaquent le reste de la cavalerie
+et les bagages, et les refoulent jusqu'aux portes de Zurich. Au meme
+instant, Klein, Mortier, y entrent de leur cote. On se bat dans les
+rues. L'illustre et malheureux Lavater est frappe sur la porte de sa
+maison, d'une balle par un soldat suisse ivre qui lui mit son fusil sur
+la poitrine pour avoir de l'argent; il tomba atteint d'une blessure
+grave a la cuisse dont il mourut quelques mois apres. Enfin, tout ce qui
+etait reste dans Zurich est oblige de mettre bas les armes. Cent pieces
+de canon, tous les bagages, les administrations, le tresor de l'armee
+et cinq mille prisonniers, deviennent la proie des Francais. Korsakoff
+avait eu en outre huit mille hommes hors de combat, dans cette
+lutte acharnee. Huit et cinq faisaient treize mille hommes perdus,
+c'est-a-dire la moitie de son armee. Les grandes batailles d'Italie
+n'avaient pas presente des resultats plus extraordinaires. Les
+consequences pour le reste de la campagne ne devaient pas etre moins
+grandes que les resultats materiels. Korsakoff, avec treize mille hommes
+au plus, se hata de regagner le Rhin.
+
+Pendant ce temps, Soult, charge de passer la Lint au-dessus du lac de
+Zurich, executait sa mission avec non moins de bonheur que le general
+en chef. Il avait execute le passage entre Bilten et Richenburg. Cent
+cinquante braves, portant leur fusil sur leur tete, avaient traverse la
+riviere a la nage, aborde sur l'autre rive, balaye les tirailleurs, et
+protege le debarquement de l'avant-garde. Hotze, accouru sur-le-champ au
+lieu du danger, etait tombe mort d'un coup de feu, ce qui avait mis le
+desordre dans les rangs autrichiens. Petrasch, succedant a Hotze, avait
+en vain essaye de rejeter dans la Lint les corps qui avaient passe; il
+avait ete oblige de se replier, et s'etait retire precipitamment sur
+Saint-Gall et le Rhin, en laissant trois mille prisonniers et du canon.
+De leur cote, les generaux Jellachich et Linken, charges de venir par la
+Haute-Lint, dans le canton de Glaris, recevoir Suwarow au debouche du
+Saint-Gothard, s'etaient retires en apprenant tous ces desastres. Ainsi
+pres de soixante mille hommes etaient repousses deja de la ligne de
+la Limmat, au-dela de celle du Rhin, et repousses apres des pertes
+immenses. Suwarow, qui croyait deboucher en Suisse dans le flanc d'un
+ennemi attaque de tous cotes, et qui croyait decider sa defaite en
+arrivant, allait trouver au contraire tous ses lieutenans disperses, et
+s'engager au milieu d'une armee victorieuse de toutes parts.
+
+Parti d'Italie avec dix-huit mille hommes, il etait arrive au pied
+du Saint-Gothard le cinquieme jour complementaire de l'an VII (21
+septembre). Il avait ete oblige de demonter ses Cosaques pour charger
+son artillerie sur le dos de leurs chevaux. Il envoya Rosemberg avec
+six mille hommes, pour tourner le Saint-Gothard par Disentits et le
+Crispalt. Arrive le 1er vendemiaire (23 septembre) a Airolo, a l'entree
+de la gorge du Saint-Gothard, il y trouva Gudin avec une des brigades de
+la division Lecourbe. Il se battit la avec la derniere opiniatrete; mais
+ses soldats, mauvais tireurs, ne sachant qu'avancer et se faire tuer,
+tombaient par pelotons sous les balles et les pierres. Il se decida
+enfin a inquieter Gudin sur ses flancs, et il l'obligea ainsi a ceder
+la gorge jusqu'a l'hopital. Gudin, par sa resistance, avait donne a
+Lecourbe le temps de recueillir ses troupes. Celui-ci, n'ayant guere
+sous sa main que six mille hommes, ne pouvait resister a Suwarow qui
+arrivait avec douze mille, et a Rosemberg qui, transporte deja a
+Urseren, en avait six mille sur ses derrieres. Il jeta son artillerie
+dans la Reuss, gagna ensuite la rive opposee en gravissant des rochers
+presque inaccessibles, et s'enfonca dans la vallee. Arrive au-dela
+d'Urseren, n'ayant plus Rosemberg sur ses derrieres, il rompit le pont
+du Diable, et tua une multitude de Russes, avant qu'ils eussent franchi
+le precipice en descendant dans le lit de la Reuss et en remontant
+la rive opposee. Lecourbe avait fait ainsi une retraite pied a pied,
+profitant de tous les obstacles pour fatiguer et tuer un a un les
+soldats de Suwarow.
+
+L'armee russe arriva ainsi a Altorf, au fond de la vallee de la Reuss,
+accablee de fatigues, manquant de vivres, et singulierement affaiblie
+par les pertes qu'elle avait faites. A Altorf, la Reuss tombe dans
+le lac de Lucerne. Si Hotze, suivant le plan convenu, avait pu faire
+arriver Jellachich et Linken au-dela de la Lint, jusqu'a Schwitz, il
+aurait envoye des bateaux pour recevoir Suwarow a l'embouchure de la
+Reuss. Mais apres les evenemens qui s'etaient passes, Suwarow ne trouva
+pas une embarcation, et se vit enferme dans une vallee epouvantable.
+C'etait le 4 vendemiaire (26 septembre), jour du desastre general sur
+toute la ligne. Il ne lui restait d'autre ressource que de se jeter dans
+le Schachental, et de passer a travers des montagnes horribles, ou
+il n'y avait aucune route tracee, pour penetrer dans la vallee de
+Muthenthal. Il se mit en route le lendemain. Il ne pouvait passer qu'un
+homme de front dans le sentier qu'on avait a suivre. L'armee mit deux
+jours a faire ce trajet de quelques lieues. Le premier homme etait
+deja a Mutten, que le dernier n'avait pas encore quitte Altorf. Les
+precipices etaient couverts d'equipages, de chevaux, de soldats mourant
+de faim ou de fatigue. Arrive dans la vallee de Muthenthal, Suwarow
+pouvait deboucher par Schwitz, non loin du lac de Zurich, ou bien
+remonter la vallee, et par le Bragel se jeter sur la Lint. Mais du cote
+de Schwitz, Massena arrivait avec la division Mortier, et de l'autre
+cote du Bragel etait Molitor, qui occupait le defile du Kloenthal,
+vers les bords de la Lint. Apres avoir donne deux jours de repos a ses
+troupes, Suwarow se decida a retrograder par le Bragel. Le 8 vendemiaire
+(30 septembre) il se mit en marche; Massena l'attaquait en queue, tandis
+que de l'autre cote du Bragel, Molitor lui tenait tete au defile du
+Kloenthal. Rosemberg resista bravement a toutes les attaques de Massena,
+mais Bagration fit de vains efforts pour percer Molitor. Il s'ouvrit la
+route de Glaris, mais ne put percer celle de Wesen. Suwarow, apres avoir
+livre des combats sanglans et meurtriers, coupe de toutes les routes,
+rejete sur Glaris, n'avait d'autre ressource que de remonter la vallee
+d'Engi, pour se jeter dans celle du Rhin. Mais cette route etait encore
+plus affreuse que celle qu'il avait parcourue. Il s'y decida cependant,
+et apres quatre jours d'efforts et de souffrances inouies, atteignit
+Coire et le Rhin. De ses dix-huit mille hommes, il en avait a peine
+sauve dix mille. Les cadavres de ses soldats remplissaient les Alpes. Ce
+barbare, pretendu invincible, se retirait couvert de confusion et plein
+de rage. En quinze jours, plus de vingt mille Russes et cinq a six mille
+Autrichiens avaient succombe. Les armees pretes a nous envahir etaient
+chassees de la Suisse et rejetees en Allemagne. La coalition etait
+dissoute, car Suwarow, irrite contre les Autrichiens, ne voulait plus
+servir avec eux. On peut dire que la France etait sauvee.
+
+Gloire eternelle a Massena, qui venait d'executer l'une des plus belles
+operations dont l'histoire de la guerre fasse mention, et qui nous avait
+sauves dans un moment plus perilleux que celui de Valmy et de Fleurus!
+Il faut admirer les batailles grandes par la conception ou le resultat
+politique; mais il faut celebrer surtout celles qui sauvent. On doit
+l'admiration aux unes et la reconnaissance aux autres. Zurich est le
+plus beau fleuron de Massena; et il n'en existe pas de plus beau dans
+aucune couronne militaire.
+
+Pendant que ces evenemens si heureux se passaient en Suisse, la victoire
+nous revenait en Hollande. Brune, faiblement presse par l'ennemi,
+avait eu le temps de concentrer ses forces, et apres avoir battu les
+Anglo-Russes a Kastrikum, les avait enfermes au Zip, et reduits a
+capituler. Les conditions etaient l'evacuation de la Hollande, la
+restitution de ce qui avait ete pris au Helder, et l'elargissement sans
+echange de huit mille prisonniers. On aurait souhaite la restitution de
+la flotte hollandaise; mais les Anglais s'y refusaient, et on craignait,
+en rejetant la capitulation, le mal qu'ils pouvaient faire au pays.
+
+Ainsi se termina cette memorable campagne de 1799. La republique, entree
+trop tot en action, et commettant la faute de prendre l'offensive, sans
+avoir auparavant concentre ses forces, avait ete battue a Stokach et
+Magnano, et avait perdu ainsi par ces deux defaites l'Allemagne et
+l'Italie. Massena reste seul en Suisse, formait un saillant dangereux
+entre deux masses victorieuses. Il s'etait replie sur le Rhin, puis
+sur la Limmat, et enfin sur l'Albis. La, il s'etait rendu inattaquable
+durant quatre mois. Pendant ce temps, l'armee de Naples, tachant de se
+reunir a l'armee de la Haute-Italie, avait ete battue a la Trebbia.
+Reunie plus tard a cette armee par derriere l'Apennin, ralliee et
+renforcee, elle avait perdu son general a Novi, avait ete battue de
+nouveau, et avait definitivement perdu l'Italie. L'Apennin etait meme
+envahi et le Var menace. Mais la avait ete le terme de nos malheurs. La
+coalition, revirant ses forces, avait porte l'archiduc Charles sur le
+Rhin, et Suwarow en Suisse. Massena, saisissant ce moment, avait
+detruit Korsakoff prive de l'archiduc, et mis en fuite Suwarow prive
+de Korsakoff. Il avait ainsi repare nos malheurs par une immortelle
+victoire. En Orient, de beaux triomphes avaient termine la campagne.
+Mais, il faut le dire, si ces grands exploits avaient soutenu la
+republique prete a succomber, s'ils lui avaient rendu quelque gloire,
+ils ne lui avaient rendu ni sa grandeur ni sa puissance. La France etait
+sauvee, mais elle n'etait que sauvee; elle n'avait point encore recouvre
+son rang, et elle courait meme des dangers sur le Var.
+
+
+
+CHAPITRE XIX.
+
+RETOUR DE BONAPARTE; SON DEBARQUEMENT A FREJUS; ENTHOUSIASME QU'IL
+INSPIRE.--AGITATION DE TOUS LES PARTIS A SON ARRIVEE.--IL SE COALISE
+AVEC SIEYES POUR RENVERSER LA CONSTITUTION DIRECTORIALE.--PREPARATIFS
+ET JOURNEE DU 18 BRUMAIRE.--RENVERSEMENT DE LA CONSTITUTION DE L'AN III;
+INSTITUTION DU CONSULAT PROVISOIRE.--FIN DE CETTE HISTOIRE.
+
+
+Les nouvelles de la bataille de Zurich et de la capitulation des
+Anglo-Russes se succederent presque immediatement, et rassurerent les
+imaginations epouvantees. C'etait la premiere fois que ces Russes
+si odieux etaient battus, et ils l'etaient si completement, que la
+satisfaction devait etre profonde. Mais l'Italie etait toujours perdue,
+le Var etait menace, la frontiere du Midi en peril. Les grandeurs de
+Campo-Formio ne nous etaient pas rendues. Du reste, les perils les
+plus grands n'etaient pas au dehors, mais au dedans. Un gouvernement
+desorganise, des partis ingouvernables, qui ne voulaient pas subir
+l'autorite et qui n'etaient cependant plus assez forts pour s'en
+emparer; partout une espece de dissolution sociale, et le brigandage,
+signe de cette dissolution, infestant les grandes routes, surtout dans
+les provinces dechirees autrefois par la guerre civile; telle etait la
+situation de la republique. Un repit de quelques mois etant assure par
+la victoire de Zurich, c'etait moins d'un defenseur qu'on manquait dans
+le moment, que d'un chef qui s'emparat des renes du gouvernement. La
+masse entiere de la population voulait a tout prix du repos, de l'ordre,
+la fin des disputes, l'unite des volontes. Elle avait peur des jacobins,
+des emigres, des chouans, de tous les partis. C'etait le moment d'une
+merveilleuse fortune pour celui qui calmerait toutes ces peurs.
+
+Les depeches contenant le recit de l'expedition de Syrie, des batailles
+du mont Thabor et d'Aboukir, produisirent un effet extraordinaire,
+et confirmerent cette idee que le heros de Castiglione et de Rivoli
+resterait vainqueur partout ou il se montrerait. Son nom se retrouva
+aussitot dans toutes les bouches, et la question _que fait-il_?
+_quand vient-il_? se renouvela de toutes parts. S'il allait revenir!
+disait-on... Par un instinct singulier, le bruit qu'il etait arrive
+courut deux ou trois fois. Ses freres lui avaient ecrit, sa femme aussi;
+mais on ignorait si ces depeches lui etaient parvenues. On a vu en effet
+qu'elles n'avaient pu traverser les croisieres anglaises.
+
+Pendant ce temps, cet homme, objet de voeux si singuliers, voguait
+tranquillement sur les mers, au milieu des flottes anglaises.
+La traversee n'etait pas heureuse, et les vents contraires la
+prolongeaient. Plusieurs fois on avait vu les Anglais, et on avait
+craint de devenir leur proie. Lui seul, se promenant sur le pont de
+son vaisseau avec un air calme et serein, se confiant a son etoile,
+apprenait a y croire et a ne pas s'agiter pour des perils inevitables.
+Il lisait la Bible et le Koran, oeuvres des peuples qu'il venait de
+quitter. Craignant, d'apres les derniers evenemens, que le midi de la
+France ne fut envahi, il avait fait gouverner, non vers les cotes
+de Provence, mais vers celles du Languedoc. Il voulait debarquer a
+Collioure ou a Port-Vendres. Un coup de vent l'avait ramene vers la
+Corse. L'ile entiere etait accourue au-devant du celebre compatriote. On
+avait ensuite fait voile vers Toulon. On allait arriver, lorsque tout
+a coup, au coucher du soleil, on vit sur le flanc gauche du vaisseau,
+trente voiles ennemies: on les voyait au milieu des rayons du soleil
+couchant. On proposait de mettre un canot a la mer pour aborder
+furtivement a terre. Se confiant toujours dans le destin, Bonaparte
+dit qu'il fallait attendre. L'ennemi, en effet, disparut, et le 17
+vendemiaire an VIII (octobre 1799), a la pointe du jour, les fregates
+_le Muiron_ et _la Carrere_, les chebecks _la_ _Revanche_ et _la
+Fortune_, vinrent mouiller dans le golfe de Frejus.
+
+Les habitans de la Provence avaient craint, pendant trois annees de
+suite, l'invasion de l'ennemi. Bonaparte les avait delivres de cette
+crainte en 1796; mais elle leur etait revenue plus grande que jamais
+depuis la bataille de Novi. En apprenant que Bonaparte etait mouille sur
+la cote, ils crurent leur sauveur arrive. Tous les habitans de Frejus
+accoururent, et en un instant la mer fut couverte d'embarcations. Une
+multitude, ivre d'enthousiasme et de curiosite, envahit les vaisseaux,
+et, violant toutes les lois sanitaires, communiqua avec les nouveaux
+arrives. Tous demandaient Bonaparte, tous voulaient le voir. Il n'etait
+plus temps de faire observer les lois sanitaires. L'administration de la
+sante dut dispenser le general de la quarantaine, car il aurait fallu
+condamner a la meme precaution toute la population, qui avait deja
+communique avec les equipages. Bonaparte descendit sur-le-champ a terre,
+et le jour meme voulut monter en voiture pour se rendre a Paris.
+
+Le telegraphe, aussi prompt que les vents, avait deja repandu sur
+la route de Frejus a Paris, la grande nouvelle du debarquement de
+Bonaparte. Sur-le-champ la joie la plus confuse avait eclate. La
+nouvelle, annoncee sur tous les theatres, y avait produit des elans
+extraordinaires. Les chants patriotiques avaient remplace partout les
+representations theatrales. Le depute Baudin (des Ardennes), l'un des
+auteurs de la constitution de l'an III, republicain sage et sincere,
+attache a la republique jusqu'a la passion, et la croyant perdue si un
+bras puissant ne venait la soutenir, Baudin (des Ardennes) expira de
+joie en apprenant cet evenement.
+
+Bonaparte etait parti le jour meme du 15 vendemiaire (9 octobre) pour
+Paris. Il avait passe par Aix, Avignon, Valence, Lyon. Dans toutes ces
+villes, l'enthousiasme fut immodere. Les cloches retentissaient dans les
+villages, et pendant la nuit des feux etaient allumes sur les routes. A
+Lyon surtout, les elans furent plus vifs encore que partout ailleurs.
+En partant de cette derniere ville, Bonaparte, qui voulait arriver
+incognito, prit une autre route que celle qu'il avait indiquee a ses
+courriers. Ses freres et sa femme, trompes sur sa direction, couraient
+a sa rencontre, tandis qu'il arrivait a Paris. Le 24 vendemiaire (16
+octobre), il etait deja dans sa maison de la rue Chantereine, sans que
+personne se doutat de son arrivee. Deux heures apres, il se rendit au
+directoire. La garde le reconnut, et poussa, en le voyant, le cri de
+_Vive Bonaparte!_ Il courut chez le president du directoire, c'etait
+Gohier. Il fut convenu qu'il serait presente le lendemain au directoire.
+Le lendemain 25, il se presenta en effet devant cette magistrature
+supreme. Il dit qu'apres avoir consolide l'etablissement de son armee
+en Egypte, par les victoires du mont Thabor et d'Aboukir, et confie son
+sort a un general capable d'en assurer la prosperite, il etait parti
+pour voler au secours de la republique, qu'il croyait perdue. Il la
+trouvait sauvee par les exploits de ses freres d'armes, et il s'en
+rejouissait. Jamais, ajoutait-il en mettant la main sur son epee, jamais
+il ne la tirerait que pour la defense de cette republique. Le president
+le complimenta sur ses triomphes et sur son retour, et lui donna
+l'accolade fraternelle. L'accueil fut en apparence tres flatteur, mais
+au fond les craintes etaient maintenant trop reelles et trop justifiees
+par la situation, pour que son retour fit plaisir aux cinq magistrats
+republicains.
+
+Lorsque apres une longue apathie, les hommes se reveillent et
+s'attachent a quelque chose, c'est avec passion. Dans ce neant ou
+etaient tombees les opinions, les partis et toutes les autorites, on
+etait demeure quelque temps sans s'attacher a rien. Le degout des
+hommes et des choses etait universel. Mais a l'apparition de l'individu
+extraordinaire que l'Orient venait de rendre a l'Europe d'une maniere si
+imprevue, tout degout, toute incertitude venaient de cesser. C'est
+sur lui que se fixerent sur-le-champ les regards, les voeux et les
+esperances. Tous les generaux, employes ou non employes, patriotes ou
+moderes, tous accoururent chez Bonaparte. C'etait naturel, puisqu'il
+etait le premier membre de cette classe si ambitieuse et si mecontente.
+En lui elle semblait avoir trouve un vengeur contre le gouvernement.
+Tous les ministres, tous les fonctionnaires successivement disgracies
+pendant les fluctuations du directoire, accoururent aussi aupres du
+nouvel arrive. Ils allaient en apparence visiter le guerrier illustre,
+et en realite observer et flatter l'homme puissant auquel l'avenir
+semblait appartenir.
+
+Bonaparte avait amene Lannes, Murat et Berthier, qui ne le quittaient
+pas. Bientot Jourdan, Augereau, Macdonald, Beurnonville, Leclerc,
+Lefebvre, Marbot, malgre des differences d'opinions, se montrerent
+aupres de lui. Moreau lui-meme fit bientot partie de ce cortege.
+Bonaparte l'avait rencontre, chez Gohier. Sentant que sa superiorite lui
+permettait de faire les premiers pas, il alla a Moreau, lui temoigna
+son impatience de le connaitre, et lui exprima une estime qui le toucha
+profondement. Il lui donna ensuite un damas enrichi de pierreries, et
+parvint a le gagner tout a fait. En quelques jours Moreau fut de sa
+cour. Il etait mecontent aussi, et il allait avec tous ses camarades
+chez le vengeur presume. A ces guerriers illustres se joignirent des
+hommes de toutes les carrieres: on y vit Bruix, l'ex-ministre de la
+marine, qui venait de parcourir la Mediterranee a la tete des flottes
+francaise et espagnole, homme d'un esprit fin et delie, aussi habile a
+conduire une negociation qu'a diriger une escadre. On y vit aussi M.
+de Talleyrand, qui avait des raisons de craindre le mecontentement de
+Bonaparte, pour n'etre point alle en Egypte. Mais M. de Talleyrand
+comptait sur son esprit, sur son nom, sur son importance, pour etre bien
+accueilli; il le fut bien. Ces deux hommes avaient trop de gout
+l'un pour l'autre, et trop besoin de se rapprocher, pour se bouder
+mutuellement. On voyait encore rue Chantereine Roederer, l'ancien
+procureur de la commune, homme plein de franchise et d'esprit; Regnault
+de Saint-Jean-d'Angely, ancien constituant auquel Bonaparte s'etait
+attache en Italie, et qu'il avait employe a Malte, orateur brillant et
+fecond.
+
+Mais ce n'etaient pas seulement les disgracies, les mecontens, qui
+se rendaient chez Bonaparte. Les chefs actuels du gouvernement s'y
+montrerent avec le meme empressement. Tous les directeurs et tous les
+ministres lui donnerent des fetes, comme au retour d'Italie. Une grande
+partie des deputes des deux conseils se firent presenter chez lui.
+Les ministres et les directeurs lui decernerent un hommage bien plus
+flatteur, ils vinrent le consulter a chaque instant sur ce qu'ils
+avaient a faire. Dubois-Crance, le ministre de la guerre, avait en
+quelque sorte transporte son portefeuille chez Bonaparte. Moulins, celui
+des directeurs qui s'occupait specialement de la guerre, passait une
+partie des matinees avec lui. Gohier, Roger-Ducos y allaient aussi.
+Cambaceres, ministre de la justice, jurisconsulte habile, qui avait
+pour Bonaparte le gout que les hommes faibles ont pour la force, et que
+Bonaparte affectait de caresser pour prouver qu'il savait apprecier le
+merite civil; Fouche, ministre de la police, qui voulait echanger son
+protecteur use, Barras, contre un protecteur neuf et puissant; Real,
+commissaire pres le departement de la Seine, ardent et genereux
+patriote, et l'un des hommes les plus spirituels du temps, etaient
+egalement assidus aupres de Bonaparte, et s'entretenaient avec lui des
+affaires de l'etat. Il y avait a peine huit jours que le general etait
+a Paris, et deja le gouvernement des affaires lui arrivait presque
+involontairement. A defaut de sa volonte, qui n'etait rien encore,
+on lui demandait son avis. Pour lui, avec sa reserve accoutumee, il
+affectait de se soustraire aux empressemens dont il etait l'objet. Il
+refusait beaucoup de monde, il se montrait peu, et ne sortait pour ainsi
+dire qu'a la derobee. Son visage etait devenu plus sec, son teint plus
+fonce. Il portait depuis son retour une petite redingote grise et un
+sabre turc attache a un cordon de soie. Pour ceux qui avaient eu la
+bonne fortune de le voir, c'etait un embleme qui rappelait l'Orient, les
+Pyramides, le mont Thabor, Aboukir. Les officiers de la garnison,
+les quatre adjudans de la garde nationale, l'etat-major de la place
+demandaient a lui etre presentes. Il differait de jour en jour, et
+semblait ne se preter qu'a regret a tous ces hommages. Il ecoutait, ne
+s'ouvrait encore a personne, et observait toutes choses. Cette politique
+etait profonde. Quand on est necessaire, il ne faut pas craindre
+d'attendre. On irrite l'impatience des hommes, ils accourent a vous, et
+vous n'avez plus qu'a choisir.
+
+Que va faire Bonaparte? etait la question que tout le monde s'adressait.
+Elle prouvait qu'il y avait quelque chose d'inevitable a faire. Deux
+partis principaux, et un troisieme, subdivision des deux autres,
+s'offraient a lui, et etaient disposes a le servir, s'il adoptait leurs
+vues: c'etaient les patriotes, les moderes ou politiques, enfin les
+_pourris_, comme on les appelait, corrompus de tous les temps et de
+toutes les factions.
+
+Les patriotes se defiaient bien de Bonaparte et de son ambition; mais
+avec leur gout de detruire, et leur imprevoyance du lendemain, ils
+se seraient servis de son bras pour tout renverser, sauf a s'occuper
+ensuite de l'avenir. Du reste, il n'y avait de cet avis que les
+forcenes, qui, toujours mecontens de ce qui existait, regardaient le
+soin de detruire comme le plus pressant de tous. Le reste des patriotes,
+ceux qu'on pouvait appeler les republicains, se defiaient de la renommee
+du general, voulaient tout au plus qu'on lui donnat place au directoire,
+voyaient meme avec peine qu'il fallut pour cela lui accorder une
+dispense d'age, et souhaitaient par-dessus tout qu'il allat aux
+frontieres, relever la gloire de nos armes, et rendre a la republique sa
+premiere splendeur.
+
+Les moderes ou politiques, gens craignant les fureurs des partis, et
+surtout celles des jacobins, n'esperant plus rien d'une constitution
+violee et usee, voulaient un changement, et souhaitaient qu'il se fit
+sous les auspices d'un homme puissant. "Prenez le pouvoir, faites-nous
+une constitution sage et moderee, et donnez-nous de la securite;"
+tel etait le langage interieur qu'ils adressaient a Bonaparte. Ils
+composaient le parti le plus nombreux en France. Il y entrait meme
+beaucoup de patriotes compromis, qui, ayant peur pour la revolution,
+voulaient en confier le salut a un homme puissant. Ils avaient la
+majorite dans les anciens, une minorite assez forte dans les cinq-cents.
+Ils avaient suivi jusqu'ici la plus grande renommee civile, celle de
+Sieyes, et s'y etaient d'autant plus attaches que Sieyes avait ete plus
+maltraite au Manege. Aujourd'hui ils devaient courir avec bien plus
+d'empressement au-devant de Bonaparte, car c'etait la force qu'ils
+cherchaient, et elle etait bien plus grande dans un general victorieux
+que dans un publiciste, quelque illustre qu'il fut.
+
+Les _pourris_ enfin etaient tous les fripons, tous les intrigans qui
+cherchaient a faire fortune, qui s'etaient deshonores en la faisant, et
+qui voulaient la faire encore au meme prix. Ils suivaient Barras et
+le ministre de la police Fouche. Il y avait de tout parmi eux, des
+jacobins, des moderes, des royalistes meme. Ce n'etait point un parti,
+mais une coterie nombreuse.
+
+Il ne faut pas, a la suite de cette enumeration, compter les partisans
+de la royaute. Ils etaient trop annules depuis le 18 fructidor, et
+d'ailleurs Bonaparte ne leur inspirait rien. Un tel homme ne pouvait
+songer qu'a lui, et ne pouvait prendre le pouvoir pour le remettre a
+d'autres. Ils se contentaient donc de faire nombre avec les ennemis du
+directoire, et de l'accuser dans la langue de tous les partis.
+
+Parmi ces differens partis, Bonaparte ne pouvait faire qu'un choix. Les
+patriotes ne lui convenaient pas du tout. Les uns, attaches a ce qui
+existait, se defiaient de son ambition; les autres voulaient un coup de
+main, puis rien que des agitations interminables, et on ne pouvait rien
+fonder avec eux. D'ailleurs ils etaient en sens contraire de la marche
+du temps, et ils exhalaient leurs dernieres ardeurs. Les _pourris_
+n'etaient rien, ils n'etaient quelque chose que dans le gouvernement,
+ou ils s'etaient naturellement introduits, car c'est la que tendent
+toujours leurs voeux. Au reste, il n'y avait qu'a ne pas s'en occuper;
+ils devaient venir a celui qui reunirait le plus de chances en sa
+faveur, parce qu'ils voulaient rester en possession des places et de
+l'argent. Le seul parti sur lequel Bonaparte put s'appuyer etait celui
+qui, partageant les besoins de toute la population, voulut mettre la
+republique a l'abri des factions, en la constituant d'une maniere
+solide. C'etait la qu'etait tout avenir, c'etait la qu'il devait se
+ranger.
+
+Son choix ne pouvait etre douteux: par instinct seul il etait fait
+d'avance. Bonaparte avait horreur des hommes turbulens, degout des
+hommes corrompus. Il ne pouvait aimer que ces hommes moderes qui
+voulaient qu'on gouvernat pour eux. C'etait d'ailleurs la nation meme.
+Mais il fallait attendre, se laisser prevenir par les offres des partis,
+et observer leurs chefs, pour voir avec lesquels d'entre eux on pourrait
+faire alliance.
+
+Les partis etaient tous representes au directoire. Les patriotes
+avaient, comme on l'a vu, Moulins et Gohier. Les pourris avaient Barras.
+Les politiques ou moderes avaient Sieyes et Roger-Ducos.
+
+Gohier et Moulins, patriotes sinceres et honnetes, plus moderes que leur
+parti, parce qu'ils etaient au pouvoir, admiraient Bonaparte; mais ne
+voulant se servir de son epee que pour la gloire de la constitution
+de l'an III, ils souhaitaient de l'envoyer aux armees. Bonaparte les
+traitait avec beaucoup d'egards; il estimait leur honnetete, car il l'a
+toujours aimee chez les hommes (c'est un gout naturel et interesse chez
+un homme ne pour gouverner). D'ailleurs, les egards qu'il avait pour eux
+etaient un moyen de prouver qu'il honorait les vrais republicains. Sa
+femme s'etait liee avec celle de Gohier. Elle calculait aussi, et elle
+avait dit a madame Gohier: "Mon intimite avec vous repondra a toutes les
+calomnies."
+
+Barras, qui sentait sa fin politique approcher, et qui voyait dans
+Bonaparte un successeur inevitable, le detestait profondement. Il aurait
+consenti a le flatter comme autrefois, mais il se sentait plus meprise
+que jamais par lui, et il en demeurait eloigne. Bonaparte avait pour cet
+epicurien ignorant, blase, corrompu, une aversion tous les jours plus
+insurmontable. Le nom de _pourris_ qu'il avait donne a lui et aux siens,
+prouvait assez son degout et son mepris. Il etait difficile qu'il
+consentit a s'allier a lui.
+
+Restait l'homme vraiment important, c'etait Sieyes, entrainant a sa
+suite Roger-Ducos. En appelant Sieyes au directoire au moment du
+30 prairial, il semblait qu'on eut songe a se jeter dans ses bras.
+Bonaparte lui en voulait presque d'avoir pris la premiere place en son
+absence; d'avoir fixe un moment les esprits, et d'avoir fait naitre des
+esperances. Il avait contre lui une humeur qu'il ne s'expliquait
+pas. Quoique fort opposes par le genie et les habitudes, ils avaient
+cependant assez de superiorite pour s'entendre et se pardonner leurs
+differences, mais trop d'orgueil pour se faire des concessions.
+Malheureusement ils ne s'etaient point encore adresse la parole, et deux
+grands esprits qui ne se sont pas encore flattes, sont naturellement
+ennemis. Ils s'observaient, et chacun des deux attendait que l'autre fit
+les premiers pas. Ils se rencontrerent a diner chez Gohier. Bonaparte
+s'etait senti assez au-dessus de Moreau pour faire les premiers pas; il
+ne crut pas pouvoir les faire envers Sieyes, et il ne lui parla pas.
+Celui-ci garda le meme silence. Ils se retirerent furieux. "Avez-vous
+vu ce petit insolent? dit Sieyes; il n'a pas meme salue le membre d'un
+gouvernement qui aurait du le faire fusiller.--Quelle idee a-t-on eue,
+dit Bonaparte, de mettre ce pretre au directoire? il est vendu a la
+Prusse, et, si on n'y prend garde, il vous livrera a elle." Ainsi, dans
+les hommes de la plus grande superiorite, l'orgueil l'emporte meme sur
+la politique. Si, du reste, il en etait autrement, ils n'auraient plus
+cette hauteur qui les rend propres a dominer les hommes.
+
+Ainsi, le personnage que Bonaparte avait le plus d'interet a gagner,
+etait celui pour lequel il avait le plus d'eloignement. Mais leurs
+interets etaient tellement identiques, qu'ils allaient etre, malgre
+eux-memes, pousses l'un vers l'autre par leurs propres partisans.
+
+Tandis qu'on s'observait, et que l'affluence chez Bonaparte allait
+toujours croissant, celui-ci, incertain encore du parti qu'il devait
+prendre, avait sonde Gohier et Ducos, pour savoir s'ils voudraient
+consentir a ce qu'il fut directeur, quoiqu'il n'eut pas l'age
+necessaire. C'etait a la place de Sieyes qu'il aurait voulu entrer au
+gouvernement. En excluant Sieyes, il devenait le maitre de ses autres
+collegues, et etait assure de gouverner sous leur nom. C'etait sans
+doute un succes bien incomplet; mais c'etait un moyen d'arriver au
+pouvoir, sans faire precisement une revolution; et une fois arrive, il
+avait le temps d'attendre. Soit qu'il fut sincere, soit qu'il voulut les
+tromper, ce qui est possible, et leur persuader qu'il ne portait pas son
+ambition au-dela d'une place au directoire, il les sonda et les trouva
+intraitables sous le rapport de l'age. Une dispense, quoique donnee
+par les conseils, leur paraissait une infraction a la constitution. Il
+fallut renoncer a cette idee.
+
+Les deux directeurs Gohier et Moulins, commencant a s'inquieter
+de l'ardeur que Bonaparte montrait pour les fonctions politiques,
+imaginerent de l'eloigner, en lui donnant le commandement d'une armee.
+Sieyes ne fut pas de cet avis, et dit avec humeur que, loin de lui
+fournir l'occasion d'une gloire nouvelle, il fallait, au contraire,
+l'oublier et le faire oublier. Comme on parlait de l'envoyer en Italie,
+Barras dit qu'il y avait assez bien fait ses affaires pour n'avoir
+pas envie d'y retourner. Enfin il fut decide qu'on l'appellerait pour
+l'inviter a prendre un commandement, en lui laissant le choix de l'armee
+a commander.
+
+Bonaparte, mande, se rendit au directoire. Il connaissait le propos de
+Barras. Avant qu'on lui eut notifie l'objet pour lequel on l'appelait,
+il prit la parole d'un ton haut et menacant, cita le propos dont il
+avait a se plaindre, et, regardant Barras, dit que s'il avait fait
+sa fortune en Italie, ce n'etait pas, du moins, aux depens de la
+republique. Barras se tut. Le president Gohier repondit a Bonaparte que
+le gouvernement etait persuade que ses lauriers etaient la seule fortune
+qu'il eut rapportee d'Italie. Il lui dit ensuite que le directoire
+l'invitait a prendre un commandement, et lui laissait d'ailleurs le
+choix de l'armee. Bonaparte repondit froidement qu'il n'etait pas encore
+assez repose de ses fatigues, que la transition d'un climat sec a un
+climat humide l'avait fortement eprouve, et qu'il lui fallait encore
+quelque temps pour se remettre. Il se retira sans plus d'explication.
+Un pareil fait devait avertir les directeurs de ses vues, et l'avertir
+lui-meme de leurs defiances.
+
+C'etait un motif de se hater: ses freres, ses conseillers habituels,
+Roederer, Real, Regnault de Saint-Jean-d'Angely, Bruix, Talleyrand, lui
+amenaient tous les jours des membres du parti modere et politique dans
+les conseils. C'etaient, dans les cinq-cents, Boulay (de la Meurthe),
+Gaudin, Chazal, Cabanis, Chenier; dans les anciens, Cornudet, Lemercier,
+Fargues, Daunou. Leur avis a tous etait qu'il fallait s'allier au
+vrai parti, au parti reformateur, et s'unir a Sieyes, qui avait une
+constitution toute faite, et la majorite dans le conseil des anciens.
+Bonaparte etait bien de leur avis, et sentait qu'il n'avait pas de choix
+a faire; mais il fallait qu'on le rapprochat de Sieyes, et c'etait
+difficile. Cependant les interets etaient si grands, et il y avait
+entre son orgueil et celui de Sieyes des entremetteurs si delicats,
+si adroits, que l'alliance ne pouvait pas tarder a se faire. M. de
+Talleyrand eut concilie des orgueils encore plus sauvages que celui de
+ces deux hommes. Bientot la negociation fut entamee et achevee. Il fut
+convenu qu'une constitution plus forte serait donnee a la France, sous
+les auspices de Sieyes et de Bonaparte. Sans qu'on se fut explique sur
+la forme et l'espece de cette constitution, il fut sous-entendu qu'elle
+serait republicaine, mais qu'elle delivrerait la France de ce que
+l'un et l'autre appelaient les bavards, et donnerait aux deux esprits
+puissans qui s'alliaient la plus grande part d'influence.
+
+Un systematique revant l'accomplissement trop differe de ses
+conceptions, un ambitieux voulant regir le monde, etaient, au milieu
+de ce neant de tous les systemes et de toutes les forces, eminemment
+propres a se coaliser. Peu importait l'incompatibilite de leur humeur.
+L'adresse des intermediaires et la gravite des interets suffisaient pour
+pallier cet inconvenient, du moins pour un moment: et c'etait assez d'un
+moment pour faire une revolution.
+
+Bonaparte etait donc decide a agir avec Sieyes et Roger-Ducos. Il
+montrait toujours le meme eloignement pour Barras, les memes egards pour
+Gohier et Moulins, et gardait une egale reserve avec les trois. Mais
+Fouche, habile a deviner la fortune naissante, voyait avec le plus grand
+regret l'eloignement de Bonaparte pour son patron Barras, et etait
+desole de voir que Barras ne fit rien pour vaincre cet eloignement. Il
+etait tout a fait decide a passer dans le camp du nouveau Cesar; mais
+hesitant, par un reste de pudeur, a abandonner son protecteur, il aurait
+voulu l'y entrainer a sa suite. Assidu aupres de Bonaparte, et assez
+bien accueilli, parce qu'il avait le portefeuille de la police, il
+tachait de vaincre sa repugnance pour Barras. Il etait seconde par Real,
+Bruix, et les autres conseillers du general. Croyant avoir reussi, il
+engagea Barras a inviter Bonaparte a diner. Barras l'invita pour le
+8 brumaire (30 octobre). Bonaparte s'y rendit. Apres le diner,
+ils commencerent a s'entretenir des affaires. Bonaparte et Barras
+s'attendaient. Barras entra le premier en matiere. Il debuta par des
+generalites sur sa situation personnelle. Esperant sans doute que
+Bonaparte affirmerait le contraire, il lui dit qu'il etait malade, use,
+et condamne a renoncer aux affaires. Bonaparte gardant toujours le
+silence, Barras ajouta que la republique etait desorganisee, qu'il
+fallait, pour la sauver, concentrer le pouvoir et nommer un president;
+et puis il nomma le general Hedouville, comme digne d'etre elu.
+Hedouville etait aussi inconnu que peu capable. Barras deguisait sa
+pensee, et designait Hedouville pour ne pas se nommer lui-meme. "Quant
+a vous, general, ajouta-t-il, votre intention est de vous rendre a
+l'armee; allez y acquerir une gloire nouvelle, et replacer la France a
+son veritable rang. Moi, je vais me rejeter dans la retraite dont j'ai
+besoin." Bonaparte jeta un regard fixe sur Barras, ne repondit rien, et
+laissa la l'entretien. Barras interdit n'ajouta plus une seule parole.
+Bonaparte se retira sur-le-champ, et, avant de quitter le Luxembourg,
+passa dans l'appartement de Sieyes. Il vint lui declarer d'une maniere
+expresse qu'il voulait marcher avec lui seul, et qu'ils n'avaient plus
+qu'a convenir des moyens d'execution. L'alliance fut scellee dans cette
+entrevue, et on convint de tout preparer pour le 18 ou le 20 brumaire.
+
+Bonaparte en rentrant chez lui y trouva Fouche, Real et les amis de
+Barras. "Eh bien, votre Barras, leur dit-il, savez-vous ce qu'il m'a
+propose? de faire un president qui serait Hedouville, c'est-a-dire lui,
+et de m'en aller, moi, a l'armee. Il n'y a rien a faire avec un pareil
+homme." Les amis de Barras voulurent reparer cette maladresse et
+chercherent a l'excuser. Mais Bonaparte insista peu, et changea
+d'entretien, car son parti etait pris. Fouche se rendit aussitot chez
+Barras, pour lui faire des reproches, et pour l'engager a aller corriger
+l'effet de ses gaucheries. Des le lendemain matin, Barras courut chez
+Bonaparte pour excuser ses paroles de la veille; il lui offrit son
+devouement et sa cooperation a tout ce qu'il voudrait tenter. Bonaparte
+l'ecouta peu, lui repondit par des generalites, et a son tour lui parla
+de ses fatigues, de sa sante delabree, et de son degout des hommes et
+des affaires.
+
+Barras se vit perdu et sentit son role acheve. Il etait temps qu'il
+recueillit le prix de ses doubles intrigues et de ses laches defections.
+Les patriotes ardens n'en voulaient plus depuis sa conduite envers la
+societe du Manege; les republicains, attaches a la constitution de
+l'an III, n'avaient que du mepris et de la defiance pour lui. Les
+reformateurs, les politiques, n'y voyaient qu'un homme deconsidere, et
+lui appliquaient le mot de _pourri_, imagine par Bonaparte. Il ne lui
+restait que quelques intrigues avec les royalistes, au moyen de certains
+emigres caches dans sa cour. Ces intrigues etaient fort anciennes:
+elles avaient commence des le 18 fructidor. Il en avait fait part au
+directoire, et s'etait fait autoriser a les poursuivre, pour avoir dans
+les mains les fils de la contre-revolution. Il s'etait ainsi menage
+le moyen de trahir a volonte la republique ou le pretendant. Il etait
+question dans ce moment, avec ce dernier, d'une somme de quelques
+millions, pour seconder son retour. Il est possible, du reste, que
+Barras ne fut pas sincere avec le pretendant, car tous ses gouts
+devaient etre pour la republique. Mais savoir au juste les preferences
+de ce vieux corrompu, serait difficile. Peut-etre les ignorait-il
+lui-meme. D'ailleurs, a ce point de corruption, un peu d'argent doit
+malheureusement prevaloir sur toutes les preferences de gout ou
+d'opinion.
+
+Fouche, desespere de voir son patron perdu, desespere surtout de se voir
+compromis dans sa disgrace, redoubla d'assiduites aupres de Bonaparte.
+Celui-ci, se defiant d'un pareil homme, lui cacha tous ses secrets; mais
+Fouche ne se rebutant pas, parce qu'il voyait la victoire de Bonaparte
+assuree, resolut de vaincre ses rigueurs a force de services. Il avait
+la police, il la faisait habilement, et il savait que l'on conspirait
+partout. Il se garda d'en avertir le directoire, dont la majorite,
+composee de Moulins, Gohier et Barras, aurait pu tirer de ses
+revelations un parti funeste aux conjures.
+
+Il y avait une quinzaine de jours que Bonaparte etait a Paris, et
+presque tout etait deja prepare. Berthier, Lannes, Murat, gagnaient
+chaque jour les officiers et les generaux. Parmi eux, Bernadotte
+par jalousie, Jourdan par attachement a la republique, Augereau par
+jacobinisme, s'etaient rejetes en arriere, et avaient communique
+leurs craintes a tous les patriotes des cinq-cents; mais la masse des
+militaires etait gagnee. Moreau, republicain sincere, mais suspect aux
+patriotes qui dominaient, mecontent du directoire qui avait si mal
+recompense ses talens, n'avait de recours qu'en Bonaparte. Caresse,
+gagne par lui, et supportant tres bien un superieur, il declara qu'il
+seconderait tous ses projets. Il ne voulait pas etre mis dans le secret,
+car il avait horreur des intrigues politiques, mais il demandait a etre
+appele au moment de l'execution. Il y avait a Paris les 8e et 9e de
+dragons, qui avaient servi autrefois sous Bonaparte en Italie, et qui
+lui etaient devoues. Le 21e de chasseurs, organise par lui quand il
+commandait l'armee de l'interieur, et qui avait compte autrefois Murat
+dans ses rangs, lui appartenait egalement. Ces regimens demandaient
+toujours a defiler devant lui. Les officiers de la garnison, les
+adjudans de la garde nationale, demandaient aussi a lui etre presentes,
+et ne l'avaient pas encore obtenu. Il differait, se reservant de faire
+concourir cette reception avec ses projets. Ses deux freres, Lucien et
+Joseph, et les deputes de son parti, faisaient chaque jour de nouvelles
+conquetes dans les conseils.
+
+Une entrevue fut fixee le 15 brumaire avec Sieyes, pour convenir du plan
+et des moyens d'execution. Ce meme jour, les conseils devaient donner un
+banquet au general Bonaparte, comme on avait fait au retour d'Italie. Ce
+n'etait point comme alors les conseils qui le donnaient officiellement.
+La chose avait ete proposee en comite secret; mais les cinq-cents, qui,
+dans le premier moment du debarquement, avaient nomme Lucien president,
+pour honorer le general dans la personne de son frere, etaient
+maintenant en defiance, et se refusaient a donner un banquet. Il fut
+decide alors qu'on le donnerait par souscription. Du reste, le nombre
+des souscripteurs fut de six a sept cents. Le repas eut lieu a l'eglise
+Saint-Sulpice; il fut froid et silencieux: tout le monde s'observait et
+gardait la plus grande reserve. Il etait visible qu'on s'attendait a un
+grand evenement, et qu'il etait l'ouvrage d'une partie des assistans.
+Bonaparte fut sombre et preoccupe. C'etait assez naturel, puisqu'au
+sortir de la il allait arreter le lieu et l'heure d'une conjuration. A
+peine le diner etait-il acheve, qu'il se leva, fit avec Berthier le tour
+des tables, adressa quelques paroles aux deputes, et se retira ensuite
+precipitamment.
+
+Il se rendit chez Sieyes pour faire avec lui ses derniers arrangemens.
+La, on convint d'abord du gouvernement qu'on substituerait a celui qui
+existait. Il fut arrete qu'on suspendrait les conseils pour trois mois,
+qu'on substituerait aux cinq directeurs trois consuls provisoires, qui,
+pendant ces trois mois, auraient une espece de dictature et seraient
+charges de faire une constitution. Bonaparte, Sieyes et Roger-Ducos,
+devaient etre les trois consuls. Il s'agissait ensuite de trouver les
+moyens d'execution. Sieyes avait la majorite assuree dans les anciens.
+Comme on parlait tous les jours de projets incendiaires, formes par
+les jacobins, on imagina de supposer de leur part un projet d'attentat
+contre la representation nationale. La commission des inspecteurs des
+anciens, toute a la disposition de Sieyes, devait proposer de transferer
+le corps legislatif a Saint-Cloud. La constitution donnait, en effet,
+ce droit au conseil des anciens. Ce conseil devait a cette mesure en
+ajouter une autre qui n'etait pas autorisee par la constitution, c'etait
+de confier le soin de proteger la translation a un general de son choix,
+c'est-a-dire a Bonaparte. Les anciens devaient lui deferer en meme temps
+le commandement de la 17e division militaire et de toutes les troupes
+cantonnees dans Paris. Bonaparte, avec ces forces, devait conduire le
+corps legislatif a Saint-Cloud. La, on esperait devenir maitre des
+cinq-cents, et leur arracher le decret d'un consulat provisoire.
+Sieyes et Roger-Ducos devaient donner ce jour meme leur demission de
+directeurs. On se proposait d'emporter celle de Barras, Gohier ou
+Moulins. Alors le directoire etait desorganise par la dissolution de
+la majorite; on allait dire aux cinq-cents qu'il n'y avait plus de
+gouvernement, et on les obligeait a nommer les trois consuls. Ce plan
+etait parfaitement concu, car il faut toujours, quand on veut faire
+une revolution, deguiser l'illegal autant qu'on le peut, se servir
+des termes d'une constitution pour la detruire, et des membres d'un
+gouvernement pour le renverser.
+
+On fixa le 18 brumaire pour provoquer le decret de translation, et le
+19 pour la seance decisive a Saint-Cloud. On se partagea la tache. Le
+decret de translation, le soin de l'obtenir, fut confie a Sieyes et a
+ses amis. Bonaparte se chargea d'avoir la force armee et de conduire les
+troupes aux Tuileries.
+
+Tout etant arrete, ils se separerent. Il n'etait bruit de toutes parts
+que d'un grand evenement pres d'eclater. C'est toujours ainsi que cela
+s'etait passe. Il n'y a de revolutions qui reussissent que celles qui
+peuvent etre connues d'avance. Fouche d'ailleurs se gardait d'avertir
+les trois directeurs restes en dehors de la conjuration. Dubois-Crance,
+malgre sa deference pour les lumieres de Bonaparte en matiere de guerre,
+etait chaud patriote; il eut avis du projet, courut le denoncer a Gohier
+et a Moulins, mais n'en fut pas cru. Ils croyaient bien a une grande
+ambition, mais non encore a une conjuration prete a eclater. Barras
+voyait bien un grand mouvement; mais il se sentait perdu de toute facon,
+et il se laissait lachement aller aux evenemens.
+
+La commission des anciens, que presidait le depute Cornet, eut la
+mission de tout preparer dans la nuit du 17 au 18, pour faire rendre le
+decret de translation. On ferma les volets et les rideaux des fenetres,
+pour que le public ne fut pas averti par les lumieres du travail de
+nuit qui se faisait dans les bureaux de la commission. On eut soin
+de convoquer le conseil des anciens pour sept heures, et celui des
+cinq-cents pour onze. De cette maniere, le decret de translation devait
+etre rendu avant que les cinq-cents fussent en seance; et, comme toute
+deliberation etait interdite par la constitution a l'instant ou le
+decret de translation etait promulgue, on fermait par cette promulgation
+la tribune des cinq-cents, et on s'epargnait toute discussion
+embarrassante. On eut un autre soin, ce fut de differer pour certains
+deputes l'envoi des lettres de convocation. On fut certain par la que
+ceux dont on se defiait n'arriveraient qu'apres la decision rendue.
+
+De son cote, Bonaparte avait pris toutes les precautions necessaires. Il
+avait mande le colonel Sebastiani, qui commandait le 9e de dragons, pour
+s'assurer des dispositions du regiment. Ce regiment se composait
+de quatre cents hommes a pied et de six cents hommes a cheval. Il
+renfermait beaucoup de jeunes soldats; mais les vieux soldats d'Arcole
+et de Rivoli y donnaient le ton. Le colonel repondit du regiment a
+Bonaparte. Il fut convenu que le colonel, sous pretexte de passer une
+revue, sortirait a cinq heures de ses casernes, distribuerait son
+monde, partie sur la place de la Revolution, partie dans le jardin des
+Tuileries, et qu'il viendrait lui-meme, avec deux cents hommes a cheval,
+occuper les rues du Mont-Blanc et Chantereine. Bonaparte fit ensuite
+dire aux colonels des autres regimens de cavalerie, qu'il les passerait
+en revue le 18. Il fit dire aussi a tous les officiers qui demandaient
+a lui etre presentes, qu'il les recevrait le matin du meme jour. Pour
+excuser le choix de l'heure, il pretexta un voyage. Il avertit Moreau et
+tous les generaux de vouloir bien se trouver rue Chantereine a la meme
+heure. A minuit, il envoya un aide-de-camp a Lefebvre pour l'engager a
+passer chez lui a six heures du matin. Lefebvre etait tout devoue au
+directoire; mais Bonaparte comptait bien qu'il ne resisterait pas a son
+ascendant. Il n'avait fait prevenir ni Bernadotte ni Augereau. Il avait
+eu soin, pour tromper Gohier, de s'inviter a diner chez lui le 18 meme,
+avec toute sa famille, et en meme temps, pour le decider a donner sa
+demission, il le fit prier par sa femme de venir le lendemain matin, a
+huit heures, dejeuner rue Chantereine.
+
+Le 18 au matin, un mouvement imprevu de ceux memes qui concouraient a
+le produire, se manifesta de toutes parts. Une nombreuse cavalerie
+parcourait les boulevards; tout ce qu'il y avait de generaux et
+d'officiers dans Paris se rendaient en grand uniforme rue Chantereine,
+sans se douter de l'affluence qu'ils allaient y trouver. Les deputes
+des anciens couraient a leur poste, etonnes de cette convocation
+si soudaine. Les cinq-cents ignoraient, pour la plupart, ce qui se
+preparait. Gohier, Moulins, Barras, etaient dans une complete ignorance.
+Mais Sieyes, qui depuis quelque temps prenait des lecons d'equitation,
+et Roger-Ducos, etaient deja a cheval, et se rendaient aux Tuileries.
+
+Des que les anciens se furent assembles, le president de la commission
+des inspecteurs prit la parole. La commission chargee de veiller a
+la surete du corps legislatif avait, dit-il, appris que des projets
+sinistres se tramaient, que des conspirateurs accouraient en foule a
+Paris, y tenaient des conciliabules, et y preparaient des attentats
+contre la liberte de la representation nationale. Le depute Cornet
+ajouta que le conseil des anciens avait dans les mains le moyen de
+sauver la republique, et qu'il devait en user. Ce moyen, c'etait de
+transferer le corps legislatif a Saint-Cloud pour le soustraire aux
+attentats des conspirateurs, de mettre pendant ce temps la tranquillite
+publique sous la garde d'un general capable de l'assurer, et de choisir
+Bonaparte pour ce general. A peine la lecture de cette proposition et du
+decret qui la contenait etait-elle achevee, qu'une certaine emotion
+se manifesta dans le conseil. Quelques membres voulurent s'y opposer;
+Cornudet, Lebrun, Fargues, Regnier, l'appuyerent. Le nom de Bonaparte,
+qu'on avait fait valoir, et de l'appui duquel on se savait assure,
+decida la majorite. A huit heures le decret etait rendu. Il transferait
+les conseils a Saint-Cloud, et les y convoquait pour le lendemain a
+midi. Bonaparte etait nomme general en chef de toutes les troupes
+contenues dans la 17e division militaire, de la garde du corps
+legislatif, de la garde du directoire, des gardes nationales de Paris et
+des environs. Lefebvre, le commandant actuel de la 17e division, etait
+mis sous ses ordres. Bonaparte avait ordre de venir a la barre recevoir
+le decret, et preter serment dans les mains du president. Un messager
+d'etat fut charge de porter sur-le-champ le decret au general.
+
+Le messager d'etat, qui etait le depute Cornet lui-meme, trouva les
+boulevards encombres d'une nombreuse cavalerie; la rue du Mont-Blanc, la
+rue Chantereine, remplies d'officiers et de generaux en grand uniforme.
+Tous accouraient se rendre a l'invitation du general Bonaparte. Les
+salons de celui-ci etant trop petits pour recevoir autant de monde,
+il fit ouvrir les portes, s'avanca sur le perron, et harangua les
+officiers. Il leur dit que la France etait en danger, et qu'il comptait
+sur eux pour l'aider a la sauver. Le depute Cornet lui presentant le
+decret, il s'en saisit, le leur lut, et leur demanda s'il pouvait
+compter sur leur appui. Tous repondirent, en mettant la main sur
+leurs epees, qu'ils etaient prets a le seconder. Il s'adressa aussi a
+Lefebvre. Celui-ci, voyant les troupes en mouvement sans son ordre,
+avait interroge le colonel Sebastiani, qui, sans lui repondre, lui avait
+enjoint d'entrer chez le general Bonaparte. Lefebvre etait entre avec
+humeur. "Eh bien! Lefebvre, lui dit Bonaparte, vous, l'un des soutiens
+de la republique, voulez-vous la laisser perir dans les mains de ces
+_avocats_? Unissez-vous a moi pour m'aider a la sauver. Tenez, ajouta
+Bonaparte en prenant un sabre, voila le sabre que je portais aux
+Pyramides; je vous le donne comme un gage de mon estime et de ma
+confiance.--Oui, reprit Lefebvre tout emu, jetons les _avocats_ a la
+riviere!" Joseph avait amene Bernadotte; mais celui-ci, voyant de quoi
+il s'agissait, se retira pour aller avertir les patriotes. Fouche
+n'etait point dans le secret; mais, averti de l'evenement, il avait
+ordonne la fermeture des barrieres, et suspendu le depart des courriers
+et des voitures publiques. Il vint en toute hate en avertir Bonaparte,
+et lui faire ses protestations de devouement. Bonaparte, qui l'avait
+laisse de cote jusqu'ici, ne le repoussa point, mais lui dit que ses
+precautions etaient inutiles, qu'il ne fallait ni fermer les barrieres,
+ni suspendre le cours ordinaire des choses, qu'il marchait avec la
+nation et comptait sur elle. Bonaparte apprit dans le moment que Gohier
+n'avait pas voulu se rendre a son invitation; il en temoigna quelque
+humeur, et lui fit dire par un intermediaire qu'il se perdrait
+inutilement en voulant resister. Il monta aussitot a cheval pour se
+rendre aux Tuileries, et preter serment devant le conseil des anciens.
+Presque tous les generaux de la republique etaient a cheval a ses cotes.
+Moreau, Macdonald, Berthier, Lannes, Murat, Leclerc, etaient derriere
+lui comme ses lieutenans. Il trouva aux Tuileries les detachemens du 9e,
+les harangua, et, apres les avoir enthousiasmes, entra dans le palais.
+
+Il se presenta devant les anciens, accompagne de ce magnifique
+etat-major. Sa presence causa une vive sensation, et prouva aux anciens
+qu'ils s'etaient associes a un homme puissant, et qui avait tous les
+moyens necessaires pour faire reussir un coup d'etat. Il se presenta a
+la barre: "Citoyens representans, dit-il, la republique allait perir,
+votre decret vient de la sauver! Malheur a ceux qui voudraient s'opposer
+a son execution; aide de tous mes compagnons d'armes rassembles ici
+autour de moi, je saurai prevenir leurs efforts. On cherche en vain des
+exemples dans le passe pour inquieter vos esprits; rien dans l'histoire
+ne ressemble au dix-huitieme siecle, et rien dans ce siecle ne ressemble
+a sa fin... Nous voulons la republique..... Nous la voulons fondee sur
+la vraie liberte, sur le regime representatif... Nous l'aurons, je le
+jure en mon nom, et au nom de mes compagnons d'armes....." Nous le
+jurons tous, repeterent les generaux et les officiers qui etaient a la
+barre. La maniere dont Bonaparte venait de preter son serment etait
+adroite, en ce qu'il avait evite de preter serment a la constitution. Un
+depute voulut prendre la parole pour en faire la remarque; le president
+la lui refusa, sur le motif que le decret de translation interdisait
+toute deliberation. On se separa sur-le-champ. Bonaparte se rendit alors
+dans le jardin, monta a cheval, accompagne de tous les generaux,
+et passa en revue les regimens de la garnison, qui arrivaient
+successivement. Il adressa une harangue courte et energique aux soldats,
+et leur dit qu'il allait faire une revolution qui leur rendrait
+l'abondance et la gloire. Des cris de _vive Bonaparte!_ retentissaient
+dans les rangs. Le temps etait superbe, l'affluence extraordinaire: tout
+semblait seconder l'inevitable attentat qui allait terminer la confusion
+par le pouvoir absolu.
+
+Dans ce moment, les cinq-cents, avertis de la revolution qui se
+preparait, s'etaient rendus en tumulte a la salle de leurs seances. A
+peine reunis, ils avaient recu un message des anciens, contenant le
+decret de translation. A cette lecture, une foule de voix avaient eclate
+a la fois; mais le president Lucien Bonaparte les avait reduites au
+silence, en vertu de la constitution qui ne leur permettait plus de
+deliberer. Les cinq-cents s'etaient separes aussitot; les plus ardens,
+courant les uns chez les autres, formaient des conciliabules, pour
+s'indigner en commun, et imaginer quelques moyens de resistance. Les
+patriotes des faubourgs etaient en grande agitation, et s'ameutaient
+autour de Santerre.
+
+Pendant ce temps, Bonaparte, ayant acheve la revue des troupes, etait
+rentre aux Tuileries, et s'etait rendu a la commission des inspecteurs
+des anciens. Celle des cinq-cents avait entierement adhere a la
+revolution nouvelle, et se pretait a tout ce qu'on preparait. C'etait la
+que tout devait se faire, sous le pretexte d'executer la translation.
+Bonaparte y siegea en permanence. Deja le ministre de la justice
+Cambaceres s'y etait rendu. Fouche y vint de son cote. Sieyes et
+Roger-Ducos venaient d'y donner leur demission. Il importait d'en avoir
+encore une troisieme au directoire, parce qu'alors la majorite etant
+dissoute, il n'y avait plus de pouvoir executif, et on n'avait plus a
+craindre un dernier acte d'energie de sa part. On n'esperait pas que
+Gohier ni Moulins la donnassent; on depecha M. de Talleyrand et l'amiral
+Bruix a Barras, pour lui arracher la sienne.
+
+Bonaparte distribua ensuite le commandement des troupes. Il chargea
+Murat, avec une nombreuse cavalerie et un corps de grenadiers, d'aller
+occuper Saint-Cloud. Serrurier fut mis au _Point-du-Jour_ avec une
+reserve. Lannes fut charge de commander les troupes qui gardaient les
+Tuileries. Bonaparte donna ensuite a Moreau une commission singuliere,
+et certainement la moins honorable de toutes, dans ce grand evenement:
+il le chargea d'aller, avec cinq cents hommes, garder le Luxembourg.
+Moreau avait pour instruction de bloquer les directeurs, sous pretexte
+de veiller a leur surete, et de leur interdire absolument toute
+communication au dehors. Bonaparte fit signifier en meme temps au
+commandant de la garde directoriale de lui obeir, de quitter avec sa
+troupe le Luxembourg, et de venir se rendre aupres de lui aux Tuileries.
+On prit enfin une derniere et importante precaution, avec le secours de
+Fouche. Le directoire avait la faculte de suspendre les municipalites;
+le ministre Fouche, agissant en sa qualite de ministre de la police,
+comme s'il etait autorise par le directoire, suspendit les douze
+municipalites de Paris, et leur enleva tout pouvoir. Il ne restait, par
+ce moyen, aux patriotes, aucun point de ralliement, ni au directoire,
+ni dans les douze communes qui avaient succede a la grande commune
+d'autrefois. Fouche fit ensuite afficher des placards, pour inviter les
+citoyens a l'ordre et au repos, et leur assurer qu'on travaillait dans
+ce moment a sauver la republique de ses perils.
+
+Ces mesures reussirent completement. L'autorite du general Bonaparte
+fut reconnue partout, bien que le conseil des anciens n'eut pas agi
+constitutionnellement en la lui conferant. Ce conseil, en effet, pouvait
+bien ordonner la translation, mais ne pouvait pas nommer un chef supreme
+de la force armee. Moreau se rendit au Luxembourg, et le bloqua avec
+cinq cents hommes. Le commandant de la garde directoriale, Jube,
+obeissant sur-le-champ aux ordres qu'il venait de recevoir, fit
+monter sa troupe a cheval, et quitta le Luxembourg pour se rendre aux
+Tuileries. Pendant ce temps, les trois directeurs, Moulins, Gohier
+et Barras, etaient dans une cruelle perplexite. Moulins et Gohier,
+s'apercevant enfin de la conjuration qui leur avait echappe, s'etaient
+rendus dans l'appartement de Barras pour lui demander s'il voulait tenir
+ferme avec eux, et former la majorite. Le voluptueux directeur etait
+dans le bain, et apprenait a peine ce que Bonaparte faisait dans Paris.
+"Cet homme, s'ecria-t-il avec une expression grossiere, nous a tous
+trompes." Il promit de s'unir a ses collegues, car il promettait
+toujours, et il envoya son secretaire Bottot aux Tuileries pour aller a
+la decouverte. Mais a peine Gohier et Moulins l'eurent-ils quitte, qu'il
+tomba dans les mains de Bruix et de M. de Talleyrand. Il n'etait pas
+difficile de lui faire sentir l'impuissance a laquelle il etait reduit,
+et on n'avait pas a craindre qu'il voulut succomber glorieusement en
+defendant la constitution directoriale. On lui promit repos et fortune,
+et il consentit a donner sa demission. On lui avait redige une lettre
+qu'il signa, et que MM. de Talleyrand et Bruix se haterent de porter
+a Bonaparte. Des cet instant, Gohier et Moulins firent pour parvenir
+aupres de lui des efforts inutiles, et apprirent qu'il venait de se
+demettre. Reduits a eux seuls, n'ayant plus le droit de deliberer, ils
+ne savaient quel parti prendre, et ils voulaient cependant remplir
+loyalement leurs devoirs envers la constitution de l'an III. Ils
+resolurent donc de se rendre a la commission des inspecteurs, pour
+demander a leurs deux collegues, Sieyes et Ducos, s'ils voulaient se
+reunir a eux pour reconstituer la majorite, et promulguer du moins le
+decret de translation. C'etait la une triste ressource. Il n'etait
+pas possible de reunir une force armee, et de venir lever un etendard
+contraire a celui de Bonaparte; des lors il etait inutile d'aller aux
+Tuileries, affronter Bonaparte au milieu de son camp et de toutes ses
+forces.
+
+Ils s'y rendirent cependant, et on les y laissa aller. Ils trouverent
+Bonaparte entoure de Sieyes, Ducos, d'une foule de deputes et d'un
+nombreux etat-major. Bottot, le secretaire de Barras, venait d'etre fort
+mal accueilli. Bonaparte, elevant la voix, lui avait dit: "Qu'a-t-on
+fait de cette France, que j'avais laissee si brillante? j'avais laisse
+la paix, j'ai retrouve la guerre; j'avais laisse des victoires, j'ai
+retrouve des revers; j'avais laisse les millions de l'Italie, et j'ai
+trouve des lois spoliatrices et la misere. Que sont devenus cent mille
+Francais que je connaissais, tous mes compagnons de gloire? ils sont
+morts!" L'envoye Bottot s'etait retire atterre; mais dans ce moment la
+demission de Barras etait arrivee et avait calme le general. Il dit a
+Gohier et Moulins qu'il etait satisfait de les voir; qu'il comptait
+sur leur demission, parce qu'il les croyait trop bons citoyens pour
+s'opposer a une revolution inevitable et salutaire. Gohier repondit avec
+force qu'il ne venait avec son collegue Moulins que pour travailler
+a sauver la republique. "Oui, repartit Bonaparte, la sauver, et avec
+quoi?... avec les moyens de la constitution, qui croule de toutes
+parts?--Qui vous a dit cela? repliqua Gohier. Des personnes qui n'ont ni
+le courage, ni la volonte de marcher avec elle." Une altercation assez
+vive s'engagea entre Gohier et Bonaparte. Dans ce moment, on apporta
+un billet au general. Il contenait l'avis d'une grande agitation au
+faubourg Saint-Antoine. "General Moulins, dit Bonaparte, vous etes
+parent de Santerre?--Non, repondit Moulins, je ne suis pas son parent,
+mais son ami.--J'apprends, ajouta Bonaparte, qu'il remue dans les
+faubourgs; dites-lui qu'au premier mouvement je le fais fusiller."
+Moulins repliqua avec force a Bonaparte, qui lui repeta qu'il ferait
+fusiller Santerre. L'altercation continua avec Gohier. Bonaparte lui dit
+en finissant: "La republique est en peril, il faut la sauver... _je le
+veux_. Sieyes et Ducos ont donne leur demission; Barras vient de donner
+la sienne. Vous etes deux, isoles, impuissans, vous ne pouvez rien; je
+vous engage a ne pas resister." Gohier et Moulins repondirent qu'ils ne
+deserteraient pas leur poste. Ils retournerent au Luxembourg, ou ils
+furent des ce moment consignes, separes l'un de l'autre, et prives de
+toute communication par les ordres de Bonaparte transmis a Moreau.
+Barras venait de partir pour sa terre de Gros-Bois, escorte par un
+detachement de dragons.
+
+Il n'y avait donc plus de pouvoir executif! Bonaparte avait seul la
+force dans les mains. Tous les ministres etaient reunis aupres de lui, a
+la commission des inspecteurs. Tous les ordres partaient de la, comme
+du seul point ou il existat une autorite organisee. La journee s'acheva
+avec assez de calme. Les patriotes formaient de nombreux conciliabules,
+proposaient des resolutions desesperees, mais sans croire a la
+possibilite de les executer, tant on redoutait l'ascendant de Bonaparte
+sur les troupes!
+
+Le soir on tint conseil a la commission des inspecteurs. L'objet de ce
+conseil etait de convenir, avec les principaux membres des anciens, de
+ce qu'on ferait le lendemain a Saint-Cloud. Le projet arrete avec
+Sieyes etait de proposer l'ajournement des conseils avec un consulat
+provisoire. Cette proposition presentait quelques difficultes. Beaucoup
+de membres des anciens, qui avaient contribue a rendre le decret
+de translation, s'effrayaient maintenant de la domination du parti
+militaire. Ils n'avaient pas cru que l'on songeat a creer une dictature
+au profit de Bonaparte et de ses deux associes; ils auraient voulu
+seulement que l'on composat autrement le directoire, et, malgre l'age de
+Bonaparte, ils auraient consenti a le nommer directeur. Ils en firent
+la proposition. Mais Bonaparte repondit, d'un ton decide, que la
+constitution ne pouvait plus marcher, qu'il fallait une autorite plus
+concentree, et surtout un ajournement de tous les debats politiques qui
+agitaient la republique. La nomination de trois consuls et la suspension
+des conseils jusqu'au 1er ventose furent donc proposees. Apres une
+discussion assez longue, ces mesures furent adoptees. On choisit
+Bonaparte, Sieyes et Ducos pour consuls. Le projet fut redige et dut
+etre propose le lendemain matin a Saint-Cloud. Sieyes, connaissant
+parfaitement les mouvemens revolutionnaires, voulait qu'on arretat dans
+la nuit quarante des meneurs des cinq-cents. Bonaparte ne le voulut pas,
+et eut a s'en repentir.
+
+La nuit fut assez tranquille. Le lendemain matin, 19 brumaire (10
+novembre), la route de Saint-Cloud etait couverte de troupes, de
+voitures et de curieux. Trois salles avaient ete preparees au chateau:
+l'une pour les anciens, l'autre pour les cinq-cents, la troisieme
+pour la commission des inspecteurs et pour Bonaparte. Les preparatifs
+devaient etre acheves a midi, mais ils ne purent l'etre avant deux
+heures. Ce retard manqua de devenir funeste aux auteurs de la revolution
+nouvelle. Les deputes des deux conseils se promenaient dans les jardins
+de Saint-Cloud, et s'entretenaient ensemble avec une extreme vivacite.
+Ceux des cinq-cents, irrites d'avoir ete deportes en quelque sorte par
+ceux des anciens, avant meme qu'ils pussent prendre la parole, leur
+demandaient naturellement ce qu'ils voulaient, ce qu'ils projetaient
+pour la journee. "Le gouvernement est decompose, leur disaient-ils;
+eh bien, soit; nous convenons qu'il faut le recomposer, et qu'il en a
+besoin. Voulez-vous, au lieu d'hommes ineptes et sans renommee, y porter
+des hommes imposans; voulez-vous y porter Bonaparte?..... quoiqu'il
+n'ait pas l'age requis, nous y consentons encore." Ces questions
+pressantes, embarrassaient les anciens. Il fallait convenir qu'on
+voulait autre chose, et qu'on avait le projet d'un renversement de
+constitution. Quelques-uns d'entre eux firent des insinuations a ce
+sujet; mais elles furent mal accueillies. Les anciens, deja effrayes la
+veille de ce qui s'etait passe a la commission des inspecteurs, furent
+ebranles tout a fait, en voyant la resistance qui se manifestait dans
+les cinq-cents. Des ce moment, les dispositions du corps legislatif
+parurent douteuses, et le projet de revolution fut tres compromis.
+Bonaparte etait a cheval a la tete de ses troupes; Sieyes et Ducos
+avaient une chaise de poste, attelee de six chevaux, qui les attendait
+a la grille de Saint-Cloud. Beaucoup d'autres personnages en avaient
+aussi, se disposant, en cas d'echec, a prendre la fuite. Sieyes, du
+reste, montra dans toute cette scene un rare sang-froid et une grande
+presence d'esprit. On craignait que Jourdan, Augereau et Bernadotte
+ne vinssent parler aux troupes. On donna l'ordre de sabrer le premier
+individu qui se presenterait pour les haranguer, representant ou
+general, n'importe.
+
+La seance des deux conseils s'ouvrit a deux heures. Dans les anciens,
+des reclamations s'eleverent de la part des membres qui n'avaient pas
+ete convoques la veille pour assister a la discussion sur le decret de
+translation. Ces reclamations furent ecartees, puis on s'occupa d'une
+notification aux cinq-cents, pour leur apprendre que le conseil etait en
+majorite, et pret a deliberer. Aux cinq-cents, la deliberation commenca
+autrement. Le depute Gaudin, qui avait mission de Sieyes et de Bonaparte
+d'ouvrir la discussion, parla d'abord des dangers que courait la
+republique, et proposa deux choses: premierement de remercier les
+anciens d'avoir transfere le corps legislatif a Saint-Cloud, et
+secondement de former une commission chargee de faire un rapport sur les
+dangers de la republique, et sur les moyens de pourvoir a ces dangers.
+Si cette proposition avait ete adoptee, on avait un rapport tout
+prepare, et on eut propose le consulat provisoire et l'ajournement.
+Mais a peine le depute Gaudin a-t-il acheve de parler, qu'un orage
+epouvantable eclate dans l'assemblee. Des cris violens retentissent; on
+entend de toutes parts: "A bas les dictateurs, point de dictature, vive
+la constitution!--La constitution ou la mort! s'ecrie Delbrel.... Les
+baionnettes ne nous effraient pas, nous sommes libres ici." Ces paroles
+sont suivies de nouveaux cris. Quelques deputes furieux repetent
+en regardant le president Lucien: "Point de dictature, a bas les
+dictateurs!" A ces cris insultans, Lucien prend la parole. "Je sens
+trop, dit-il, la dignite de president pour souffrir plus long-temps les
+menaces insolentes de certains orateurs; je les rappelle a l'ordre."
+Cette injonction ne les calme pas, et les rend plus furieux. Apres une
+longue agitation, le depute Grandmaison propose de preter serment a la
+constitution de l'an III. La proposition est aussitot accueillie. On
+demande de plus l'appel nominal. L'appel nominal est aussi adopte.
+Chaque depute vient a son tour preter serment a la tribune, aux cris et
+aux applaudissemens de tous les assistans. Lucien est oblige lui-meme de
+quitter le fauteuil, pour preter le serment qui ruine les projets de son
+frere.
+
+Les evenemens prenaient une tournure dangereuse. Au lieu de nommer une
+commission pour ecouter des projets de reforme, les cinq-cents pretaient
+un serment de maintenir ce qui existait, et les anciens ebranles etaient
+prets a reculer. C'etait une revolution manquee. Le danger etait
+imminent. Augereau, Jourdan, les patriotes influens, etaient a
+Saint-Cloud, attendant le moment favorable pour ramener les troupes de
+leur cote. Bonaparte et Sieyes arretent sur-le-champ qu'il faut agir, et
+ramener a soi la masse flottante. Bonaparte se decide a se presenter aux
+deux conseils a la tete de son etat-major. Il rencontre Augereau, qui
+d'un ton railleur lui dit: "Vous voila dans une jolie position!--Les
+affaires etaient en bien plus mauvais etat a Arcole," lui repond
+Bonaparte; et il se rend a la barre des anciens. Il n'avait point
+l'habitude des assemblees. Parler pour la premiere fois en public est
+embarrassant, effrayant meme pour les esprits les plus fermes, et dans
+les circonstances les plus ordinaires. Au milieu de pareils evenemens,
+et pour un homme qui n'avait jamais paru a une tribune, ce devait etre
+bien plus difficile encore. Bonaparte, fort emu, prend la parole,
+et d'une voix entrecoupee, mais forte, dit aux anciens: "Citoyens
+representans, vous n'etes point dans des circonstances ordinaires, mais
+sur un volcan. Permettez-moi quelques explications. Vous avez cru
+la republique en danger; vous avez transfere le corps legislatif a
+Saint-Cloud; vous m'avez appele pour assurer l'execution de vos decrets;
+je suis sorti de ma demeure pour vous obeir, et deja on nous abreuve
+de calomnies, moi et mes compagnons d'armes: on parle d'un nouveau
+Cromwell, d'un nouveau Cesar. Citoyens, si j'avais voulu d'un tel role,
+il m'eut ete facile de le prendre au retour d'Italie, au moment du plus
+beau triomphe, et lorsque l'armee et les partis m'invitaient a m'en
+emparer. Je ne l'ai pas voulu alors, je ne le veux pas aujourd'hui.
+Ce sont les dangers seuls de la patrie qui ont eveille mon zele et le
+votre." Bonaparte fait ensuite, toujours d'une voix emue, le tableau de
+la situation dangereuse de la republique, dechiree par tous les partis,
+menacee d'une nouvelle guerre civile dans l'Ouest, et d'une invasion
+vers le Midi. "Prevenons, ajoute-t-il, tant de maux; sauvons les deux
+choses pour lesquelles nous avons fait tant de sacrifices, la liberte et
+l'egalite...--Parlez donc aussi de la constitution!" s'ecrie le depute
+Linglet. Cette interruption deconcerte un instant le general; mais
+bientot il se remet; et d'une voix entrecoupee il repond: "De
+constitution! vous n'en avez plus. C'est vous qui l'avez detruite, en
+attentant, le 18 fructidor, a la representation nationale, en annulant,
+le 22 floreal, les elections populaires, et en attaquant, le 30
+prairial, l'independance du gouvernement. Cette constitution dont vous
+parlez, tous les partis veulent la detruire. Ils sont tous venus me
+faire confidence de leurs projets, et m'offrir de les seconder. Je
+ne l'ai pas voulu; mais, s'il le faut, je nommerai les partis et les
+hommes.--Nommez-les, s'ecrient alors les opposans, nommez-les, demandez
+un comite secret." Une longue agitation succede a cette interruption.
+Bonaparte reprend enfin la parole, et peignant de nouveau l'etat ou la
+France est placee, engage les anciens a prendre des mesures qui puissent
+la sauver. "Environne, dit-il, de mes freres d'armes, je saurai vous
+seconder. J'en atteste ces braves grenadiers, dont j'apercois les
+baionnettes, et que j'ai si souvent conduits a l'ennemi; j'en atteste
+leur courage, nous vous aiderons a sauver la patrie. Et si quelque
+orateur, ajoute Bonaparte d'une voix menacante, si quelque orateur, paye
+par l'etranger, parlait de me mettre hors la loi, alors j'en appellerais
+a mes compagnons d'armes. Songez que je marche accompagne du dieu de la
+fortune et du dieu de la guerre."
+
+Ces paroles audacieuses etaient un avis pour les cinq-cents. Les anciens
+les accueillirent tres bien, et parurent ramenes par la presence du
+general. Ils lui accorderent les honneurs de la seance.
+
+Bonaparte, apres avoir rechauffe les anciens, songe a se rendre aux
+cinq-cents, pour essayer de leur imposer. Ils s'avance suivi de quelques
+grenadiers; il entre, mais il les laisse derriere lui au bout de la
+salle. Il avait a parcourir la moitie de l'enceinte pour arriver a la
+barre. A peine est-il arrive au milieu, que des cris furieux partent de
+toutes parts. "Quoi, s'ecrient une foule de voix, des soldats ici! des
+armes! Que veut-on?... A bas le dictateur! a bas le tyran!" Un grand
+nombre de deputes s'elancent au milieu de la salle, entourent le
+general, lui adressent les interpellations les plus vives! "Quoi! lui
+dit-on, c'est pour cela que vous avez vaincu?... Tous vos lauriers sont
+fletris... Votre gloire s'est changee en infamie. Respectez le temple
+des lois. Sortez, sortez!" Bonaparte est confondu au milieu de la foule
+qui le presse. Les grenadiers qu'il avait laisses a la porte, accourent,
+repoussent les deputes, et le saisissent au milieu du corps. On dit que
+dans ce tumulte, des grenadiers recurent des coups de poignard qui lui
+etaient destines. Le grenadier Thome eut ses vetemens dechires. Il est
+tres possible que, dans le tumulte, ses vetemens aient ete dechires,
+sans qu'il y eut la des poignards. Il est possible aussi que des
+poignards fussent dans plus d'une main. Des republicains qui croyaient
+voir un nouveau Cesar, pouvaient s'armer du fer de Brutus, sans etre des
+assassins. Il y a une grande faiblesse a les en justifier. Quoi qu'il
+en soit, Bonaparte est emporte hors de la salle. On dit qu'il etait
+trouble, ce qui n'est pas plus etonnant que la supposition des
+poignards. Il monte a cheval, se rend aupres des troupes, leur dit qu'on
+a voulu l'assassiner, que ses jours ont ete en peril, et est accueilli
+partout par les cris de _vive Bonaparte!_
+
+Dans ce moment l'orage continue, plus violent que jamais, dans
+l'assemblee, et se dirige contre Lucien. Celui-ci deploie une fermete et
+un courage rares. "Votre frere est un tyran, lui dit-on; en un jour il
+a perdu toute sa gloire." Lucien cherche en vain a le justifier. "Vous
+n'avez pas voulu, dit-il, l'entendre. Il venait vous expliquer sa
+conduite, vous faire connaitre sa mission, repondre a toutes les
+questions que vous ne cessez d'adresser depuis que vous etes reunis.
+Ses services meritaient du moins qu'on lui donnat le temps de
+s'expliquer.--Non, non, a bas le tyran! s'ecrient les patriotes furieux.
+Hors la loi! ajoutent-ils, hors la loi!" Ce mot etait terrible, il avait
+perdu Robespierre. Prononce contre Bonaparte, il pouvait peut-etre faire
+hesiter les troupes, et les detacher de lui. Lucien, avec courage,
+resiste a la proposition de mise hors la loi, et demande auparavant
+qu'on ecoute son frere. Il lutte long-temps au milieu d'un tumulte
+epouvantable. Enfin, deposant sa toque et sa toge: "Miserables,
+s'ecrie-t-il, vous voulez que je mette hors la loi mon propre frere! Je
+renonce au fauteuil, et je vais me rendre a la barre pour defendre celui
+qu'on accuse."
+
+Dans ce moment, Bonaparte entendait du dehors la scene qui se passait
+dans l'assemblee. Il craignait pour son frere; il envoie dix grenadiers
+pour l'arracher de la salle. Les grenadiers entrent, trouvent Lucien au
+milieu d'un groupe, le saisissent par le bras en lui disant que c'est
+par ordre de son frere, et l'entrainent hors de l'enceinte. C'etait le
+moment de prendre un parti decisif. Tout etait perdu si on hesitait. Les
+moyens oratoires de ramener l'assemblee etant devenus impossibles, il
+ne restait que la force; il fallait hasarder un de ces actes audacieux,
+devant lesquels hesitent toujours les usurpateurs. Cesar hesita en
+passant le Rubicon, Cromwell en fermant le parlement. Bonaparte se
+decide a faire marcher les grenadiers sur l'assemblee. Il monte a cheval
+avec Lucien, et parcourt le front des troupes. Lucien les harangue. "Le
+conseil des cinq-cents est dissous, leur dit-il, c'est moi qui vous le
+declare. Des assassins ont envahi la salle des seances, et ont fait
+violence a la majorite; je vous somme de marcher pour la delivrer."
+Lucien jure ensuite que lui et son frere seront les defenseurs fideles
+de la liberte. Murat et Leclerc ebranlent alors un bataillon de
+grenadiers, et le conduisent a la porte des cinq-cents. Ils s'avancent
+jusqu'a l'entree de la salle. A la vue des baionnettes, les deputes
+poussent des cris affreux, comme ils avaient fait a la vue de Bonaparte.
+Mais un roulement de tambours couvre leurs cris. _Grenadiers, en avant!_
+s'ecrient les officiers. Les grenadiers entrent dans la salle, et
+dispersent les deputes qui s'enfuient les uns par les couloirs, les
+autres par les fenetres. En un instant la salle est evacuee, et
+Bonaparte reste maitre de ce deplorable champ de bataille.
+
+La nouvelle est portee aux anciens, qui en sont remplis d'inquietude et
+de regrets. Ils n'avaient pas souhaite un pareil attentat. Lucien se
+presente a leur barre, et vient justifier sa conduite a l'egard des
+cinq-cents. On se contente de ses raisons, car que faire dans une
+pareille situation?... Il fallait en finir, et remplir l'objet qu'on
+s'etait propose. Le conseil des anciens ne pouvait pas decreter a lui
+seul l'ajournement du corps legislatif et l'institution du consulat. Le
+conseil des cinq-cents etait dissous; mais il restait une cinquantaine
+de deputes, partisans du coup d'etat. On les reunit, et on leur fait
+rendre le decret, objet de la revolution qu'on venait de faire. Le
+decret est ensuite porte aux anciens, qui l'adoptent vers le milieu
+de la nuit. Bonaparte, Roger-Ducos, Sieyes, sont nommes consuls
+provisoires, et revetus de toute la puissance executive. Les conseils
+sont ajournes au 1er ventose prochain. Ils sont remplaces par deux
+commissions de vingt-cinq membres chacune, prises dans les conseils,
+et chargees d'approuver les mesures legislatives que les trois consuls
+auront besoin de prendre. Les consuls et les commissions sont charges de
+rediger une constitution nouvelle.
+
+Telle fut la revolution du 18 brumaire, jugee si diversement par les
+hommes, regardee par les uns comme l'attentat qui aneantit l'essai de
+notre liberte, par les autres comme un acte hardi, mais necessaire, qui
+termina l'anarchie. Ce qu'on en peut dire, c'est que la revolution,
+apres avoir pris tous les caracteres, monarchique, republicain,
+democratique, prenait enfin le caractere militaire, parce qu'au milieu
+de cette lutte perpetuelle avec l'Europe, il fallait qu'elle se
+constituat d'une maniere solide et forte. Les republicains gemissent
+de tant d'efforts infructueux, de tant de sang inutilement verse pour
+fonder la liberte en France, et ils deplorent de la voir immolee par
+l'un des heros qu'elle avait enfantes. En cela le plus noble sentiment
+les trompe. La revolution, qui devait nous donner la liberte, et qui a
+tout prepare pour que nous l'ayons un jour, n'etait pas, et ne devait
+pas etre elle-meme la liberte. Elle devait etre une grande lutte contre
+l'ancien ordre de choses. Apres l'avoir vaincu en France, il fallait
+qu'elle le vainquit en Europe. Mais une lutte si violente n'admettait
+pas les formes et l'esprit de la liberte. On eut un moment de liberte
+sous la constituante, et il fut court; mais quand le parti populaire
+devint menacant au point d'intimider tous les esprits; quand il envahit
+les Tuileries au 10 aout; quand au 2 septembre il immola tous ceux qui
+lui donnaient des defiances; quand au 21 janvier il obligea tout le
+monde a se compromettre avec lui en trempant les mains dans le sang
+royal; quand il obligea, en aout 93, tous les citoyens a courir aux
+frontieres, ou a livrer leur fortune; quand il abdiqua lui-meme sa
+puissance, et la remit a ce grand comite de salut public, compose de
+douze individus, y avait-il, pouvait-il y avoir liberte? Non; il y avait
+un violent effort de passions et d'heroisme; il y avait cette tension
+musculaire d'un athlete qui lutte contre un ennemi puissant. Apres ce
+moment de danger, apres nos victoires, il y eut un instant de relache.
+La fin de la convention et le directoire presenterent des momens de
+liberte. Mais la lutte avec l'Europe ne pouvait etre que passagerement
+suspendue. Elle recommenca bientot; et au premier revers les partis se
+souleverent tous contre un gouvernement trop modere, et invoquerent un
+bras puissant. Bonaparte, revenant d'Orient, fut salue comme souverain,
+et appele au pouvoir. On dira vainement que Zurich avait sauve la
+France. Zurich etait un accident, un repit; il fallait encore Marengo et
+Hohenlinden pour la sauver. Il fallait plus que des succes militaires,
+il fallait une reorganisation puissante a l'interieur de toutes les
+parties du gouvernement, et c'etait un chef politique plutot qu'un chef
+militaire dont la France avait besoin. Le 18 et le 19 brumaire etaient
+donc necessaires. On pourrait seulement dire que le 20 fut condamnable,
+et que le heros abusa du service qu'il venait de rendre. Mais on
+repondra qu'il venait achever une tache mysterieuse, qu'il tenait, sans
+s'en douter, de la destinee, et qu'il accomplissait sans le vouloir. Ce
+n'etait pas la liberte qu'il venait continuer, car elle ne pouvait pas
+exister encore; il venait, sous les formes monarchiques, continuer la
+revolution dans le monde; il venait la continuer en se placant, lui
+plebeien, sur un trone; en conduisant le pontife a Paris pour verser
+l'huile sacree sur un front plebeien; en creant une aristocratie avec
+des plebeiens, en obligeant les vieilles aristocraties a s'associer a
+son aristocratie plebeienne; en faisant des rois avec des plebeiens;
+enfin en recevant dans son lit la fille des Cesars, et en melant un sang
+plebeien a l'un des sangs les plus vieux de l'Europe; en melant enfin
+tous les peuples, en repandant les lois francaises en Allemagne, en
+Italie, en Espagne; en donnant des dementis a tant de prestiges, en
+ebranlant, en confondant tant de choses. Voila quelle tache profonde
+il allait remplir; et pendant ce temps la nouvelle societe allait se
+consolider a l'abri de son epee, et la liberte devait venir un jour.
+Elle n'est pas venue, elle viendra. J'ai decrit la premiere crise qui
+en a prepare les elemens en Europe; je l'ai fait sans haine, plaignant
+l'erreur, reverant la vertu, admirant la grandeur, tachant de saisir les
+profonds desseins de la Providence dans ces grands evenemens, et les
+respectant des que je croyais les avoir saisis.
+
+
+FIN DU DIXIEME ET DERNIER VOLUME.
+
+
+
+
+TABLE DES CHAPITRES CONTENUS DANS LE TOME DIXIEME.
+
+
+
+CHAPITRE XIII.
+
+Expedition d'Egypte. Depart de Toulon; arrivee devant Malte; conquete
+de cette ile. Depart pour l'Egypte; debarquement a Alexandrie; prise
+de cette place. Marche sur le Caire; combat de Chebreiss. Bataille des
+Pyramides; occupation du Caire. Travaux administratifs de Bonaparte en
+Egypte; etablissement de la nouvelle colonie. Bataille navale d'Aboukir,
+destruction de la flotte francaise par les Anglais.
+
+CHAPITRE XIV.
+
+Effet de l'expedition d'Egypte en Europe. Consequences funestes de la
+bataille navale d'Aboukir.--Declaration de guerre de la Porte.--Efforts
+de l'Angleterre pour former une nouvelle coalition.--Conferences avec
+l'Autriche a Selz. Progres des negociations de Rastadt.--Nouvelles
+commotions en Hollande, en Suisse et dans les republiques italiennes.
+Changement de la constitution cisalpine; grands embarras du directoire
+a ce sujet.--Situation interieure. Une nouvelle opposition se prononce
+dans les conseils.--Disposition generale a la guerre. Loi sur la
+conscription.--Finances de l'an VII.--Reprise des hostilites. Invasion
+des etats romains par l'armee napolitaine--Conquete du royaume de Naples
+par le general Championnet.--Abdication du roi de Piemont.
+
+CHAPITRE XV.
+
+Etat de l'administration de la Republique et des armees au commencement
+de 1799.--Preparatifs militaires.--Levee de 200 mille
+conscrits.--Moyens et plans de guerre du directoire et des puissances
+coalisees.--Declaration de guerre de l'Autriche.--Ouverture de
+la campagne de 1799.--Invasion des Grisons,--Combatte
+Pfullendorf.--Bataille de Stockach.--Retraite de Jourdan.--Operations
+militaires en Italie.--Bataille de Magnano; retraite de
+Scherer.--Assassinat des plenipotentiaires francais a Rastadt.--Effets
+de nos premiers revers.--Accusations multipliees contre le directoire.
+--Elections de l'an VII.--Sieyes est nomme directeur, en remplacement de
+Rewbell.
+
+CHAPITRE XVI.
+
+Continuation de la campagne de 1799; Massena reunit le commandement
+des armees d'Helvetie et du Danube, et occupe la ligne de la
+Limmat.--Arrivee de Suwarow en Italie. Scherer transmet le commandement
+a Moreau. Bataille de Cassano. Retraite de Moreau au-dela du Po et de
+l'Apennin.--Essai de jonction avec l'armee de Naples; bataille de la
+Trebbia.--Coalition de tous les partis contre le directoire.--Revolution
+du 30 prairial.--Larevelliere et Merlin sortent du directoire.
+
+CHAPITRE XVII.
+
+Formation du nouveau directoire.--Moulins et Roger-Ducos remplacent
+Larevelliere et Merlin.--Changement dans le ministere.--Levee de toutes
+les classes de conscrits.--Emprunt force de cent millions.--Loi des
+otages.--Nouveaux plans militaires.--Reprises des operations en
+Italie; Joubert general en chef; bataille de Novi, et mort de
+Joubert.--Debarquement des Anglo-Russes en Hollande.--Nouveaux troubles
+a l'interieur; dechainement des patriotes; arrestation de onze
+journalistes; renvoi de Bernadotte; proposition de declarer la patrie en
+danger.
+
+CHAPITRE XVIII.
+
+Suite des operations de Bonaparte en Egypte. Conquete de la Haute-Egypte
+par Desaix; bataille de Sediman.--Expedition de Syrie; prise du
+fort d'El-Arisch et de Jaffa; bataille du Mont-Thabor; siege de
+Saint-Jean-d'Acre.--Retour en Egypte; bataille d'Aboukir.--Depart de
+Bonaparte pour la France.--Operations en Europe. Marche de l'archiduc
+Charles sur le Rhin, et de Suwarow en Suisse: mouvement de Massena;
+memorable victoire de Zurich; situation perilleuse de Suwarow; sa
+retraite desastreuse; la France sauvee.--Evenemens en Hollande; defaite
+et capitulation des Anglo-Russes; evacuation de la Hollande. Fin de la
+campagne de 1799.
+
+CHAPITRE XIX.
+
+Retour de Bonaparte; son debarquement a Frejus; enthousiasme qu'il
+inspire.--Agitation de tous les partis a son arrivee.--Il se coalise
+avec Sieyes pour renverser la constitution directoriale.--Preparatifs et
+journee du 18 brumaire.--Renversement de la constitution de l'an III;
+institution du consulat provisoire.--Fin de cette histoire.
+
+
+FIN DE LA TABLE.
+
+
+
+
+
+
+
+TABLE ALPHABETIQUE DES MATIERES CONTENUES DANS CET OUVRAGE
+
+
+Les chiffres romains indiquent le tome, et les chiffres arabes la page.
+
+(Les numeros de pages referent a l'edition originale. Ils ont ete
+retenus ici, bien que la presente edition n'ait pas de pagination)
+
+ ABBAYE. Le peuple enfonce les portes de l'Abbaye pour delivrer
+ les soldats des gardes-francaises. I, 80.
+ Les Suisses faits prisonniers le 10 aout y sont transferes. II, 270.
+ Vingt-quatre pretres sont egorges dans la cour de l'Abbaye, 316-318.
+
+ ABOUKIR. Bataille navale de ce nom. X, 51-57.
+ Ses consequences funestes. 61 et suiv.
+ Autre bataille sanglante livree par Bonaparte dans ce village;
+ details militaires. 304-310.
+
+ ACRE (Saint-Jean d'). Siege de cette ville. (Voyez _Egypte_.)
+
+ ADIGE. Raisons qui determinent Bonaparte a placer ses lignes
+ sur ce fleuve. VIII, 206-207.
+ Description du cours de ce fleuve. 273 et suiv.
+ Arrivee de Wurmser sur ce fleuve. 276 et suiv.
+
+ ADMINISTRATION. Reorganisation nouvelle de l'administration
+ des vivres. III, 130 et suiv.
+
+ AGIOTAGE. Ce qui l'amene et sur quoi il s'exerce en 93. IV, 334
+ et suiv.
+ Quelques deputes s'y livrent ou sont accuses de s'y livrer. 340-341.
+ On les regarde comme agens de la faction etrangere. 341-342.
+ Il se ranime en mai et avril 95. Ses causes. VII, 191 et suiv.
+ Reunion des agioteurs au cafe de Chartres. Vaines precautions pour
+ parer aux inconveniens de ce trafic. 193.
+
+ AGRICULTURE. Reglemens du gouvernement revolutionnaire pour
+ l'amelioration de l'agriculture. VI, 87-88.
+
+ AMI DU PEUPLE (l'), journal redige par Marat, II. 84.
+
+ AMI DU ROI (l'). L'auteur de ce journal est mis en accusation. II, 84.
+
+ ANGLETERRE. Politique de l'Angleterre a l'egard de la France, a l'epoque
+ de la revolution. I, 216-217.
+ Sa guerre avec la France et sa preponderance en Europe. VI, 34-48.
+ Elle reste seule ennemie de la France apres la soumission de la Vendee.
+ Sa position politique. VII, 164 et suiv.
+ Alarmes et detresse de l'Angleterre apres nos victoires en Italie et
+ au nord, et l'alliance avec l'Espagne. VIII, 266 et suiv.
+ Situation embarrassante de l'Angleterre apres les preliminaires de
+ Leoben, Nouvelles negociations de paix. IX, 141-145.
+ Conferences de Lille. 235-245.
+ Projet de descente en Angleterre. 360 et suiv.
+ Ses efforts pour organiser une nouvelle coalition contre la France. X,
+ 61 et suiv.
+
+ AOUT (10). Details circonstancies de cette journee. II, 234-257, 258 et suiv.
+ Fete de l'anniversaire de cette journee. IV, 353-357.
+
+ APPEL AU PEUPLE. Il est propose et discute dans la convention lors du
+ proces du roi. III, 230 et suiv.
+
+ APPROVISIONNEMENT. Difficultes qui empechent l'approvisionnement de
+ Paris. I, 108-109.
+
+ ARCOLE. Details de cette bataille. VIII, 367-374.
+
+ ARGONNE. Divers combats sont livres dans cette foret. II, 352 et suiv.
+
+ ARISTOCRATIE. Sa politique apres le 14 juillet. I, 116-117.
+
+ ARMEE. Etat de l'armee et revoltes des troupes dans diverses provinces.
+ I, 245 et suiv.
+
+ ARMEE REVOLUTIONNAIRE (l') est organisee. V, 58-60.
+ Est licenciee. VI, 9.
+
+ ARMEES. Dispositions de nos armees pour s'opposer a l'invasion
+ etrangere. II, 294 et suiv.
+
+ ARMOIRE DE FER. III, 197-198.
+
+ ARTOIS (le comte d') accueilli par des murmures. I, 16. Quitte la
+ France. 105.
+
+ ASSEMBLEE CENTRALE de resistance a l'oppression, formee a Caen par des
+ deputes des departemens. IV, 206 et suiv.
+
+ ASSEMBLEE CONSTITUANTE. (Voy. _Assemblee nationale_.)
+
+ ASSEMBLEE LEGISLATIVE. Hommes qui la composent. II, 10 et suiv.
+ Elle abolit les titres de _sire_ et de _majeste_. 17.
+ Elle fait un decret contre les emigres. 23 et suiv.
+ Rend un decret contre les pretres qui ne pretaient pas le serment
+ civique. 27-28.
+ Suites de cette mesure. 28 et suiv.
+ Requiert les electeurs et princes de l'empire de desarmer les emigres.
+ 34-36.
+ Met en accusation Monsieur et plusieurs autres emigres. 58.
+ Fait un decret pour prevenir toute modification de la constitution. 51.
+ Decrete que la guerre est declaree. 52 et suiv.
+ Se declare en permanence. 88.
+ Decrete la deportation des pretres. 89.
+ Debats relatifs a une lettre ecrite par Lafayette. 111 et suiv.
+ Fait defiler devant elle les attroupemens armes du 20 juin. 131-132.
+ Debats relatifs a l'affaire du 20 juin. 142 et suiv.
+ Recoit diverses petitions relatives aux evenemens du 20 juin. 146 et
+ suiv.
+ Fait un decret relatif a la levee des departemens. 156.
+ Autre decret sur les gardes nationales. 157.
+ Seance ou elle delibere sur le projet de la commission des Douze, qui
+ est adopte. 159-172.
+ Seance du 7 juillet 1792. 173 et suiv.
+ Elle declare que _la patrie est en danger_. Suite de cette mesure.
+ 179 et suiv.
+ Elle rend le decret de la suspension provisoire du roi. 257.
+ Mesures qu'elle prend apres le 10 aout. 263 et suiv.
+ Decrete la formation d'un camp sous Paris. 265.
+ Organise la police, dite de _surete generale_. 276 et suiv.
+ Elle decrete la formation d'un tribunal extraordinaire pour juger les
+ crimes du 10 aout. 283.
+ Ordonne une levee de trente mille hommes. 304-305.
+ Est dissoute, III, 23.
+
+ ASSEMBLEE NATIONALE. L'assemblee des deputes du tiers-etat prend ce
+ titre, sur la proposition de Legrand. I, 56.
+ Les communes se constituent en assemblee nationale. 56-57.
+ Elle refuse de se separer, d'apres l'ordre du roi. 67.
+ Declare l'inviolabilite de ses membres. 68.
+ Delibere sur les mandats imperatifs. 73.
+ Nomme un comite des subsistances. 77.
+ Difficultes de sa position. 78.
+ Elle vote une adresse au roi pour le renvoi des troupes. 84-85.
+ Propose diverses mesures apres les evenemens des 12 et 13 juillet,
+ et demande au roi le renvoi des troupes. 92.
+ Continue le 14 juillet a s'occuper de la constitution,
+ et nomme un comite pour preparer les questions. 93.
+ Envoie, sur la proposition de Mirabeau, une deputation au roi,
+ Envoie une derniere deputation au roi. Discours de Mirabeau. 94-95-101.
+ Elle envoie a l'Hotel-de-Ville une deputation annoncant
+ la reunion du roi avec la nation. 103.
+ Fait une proclamation au peuple, sans resultat. 122.
+ Discute la declaration des droits de l'homme. 125.
+ Abolit les privileges feodaux et les privileges des villes, _ibid._
+ et suiv. Adopte l'emprunt de trente millions. 135.
+ Fait la declaration des droits de l'homme. 136 et suiv.
+ Vote l'unite et la permanence de l'assemblee. 146.
+ Vote le _veto_ suspensif. 147-148-149.
+ Vote l'heredite de la couronne et l'inviolabilite du roi. 150.
+ Adopte un plan de Necker sur un impot. 157.
+ Debats relatifs a un message du roi. 166-167.
+ Elle declare qu'elle est inseparable du roi et qu'elle sera transportee
+ a Paris. 177.
+ Decrete que les biens du clerge sont a la disposition de l'etat. 187 et
+ suiv.
+ Divise le royaume en departemens. 190.
+ Discussion importante pour determiner a qui appartient le droit de
+ faire la paix et la guerre. 221 et suiv.
+ Elle rend un decret relatif a ce droit. 225.
+ Decrete l'emission de 400 millions d'assignats. 230.
+ Abolit les titres feodaux. 236.
+ Prend des mesures pour empecher l'emigration. 265 et suiv.
+ Mesures qu'elle prend relativement a la fuite du roi. 283 et suiv.
+ Partis qui s'y forment et suite de ses travaux. Opposition qu'elle a a
+ vaincre. 298-299.
+ Elle rend un decret relatif a l'inviolabilite du roi. 301.
+ Decrete qu'aucun de ses membres ne sera reelu. 305.
+ Acheve le travail de la constitution. 306.
+ Declare, le 30 septembre 1791, que ses seances sont terminees. 308.
+ Reflexions sur ses travaux. Justification de ses actes.
+ Recapitulation des objections presentees contre la constituante, et
+ refutation. II, 1-10.
+
+ ASSIGNATS. Causes de leur creation. Reflexions sur la nature du
+ numeraire et du papier-monnaie. I, 226-227 et suiv.
+ 400 millions d'assignats forces sont decretes. 230.
+ Une nouvelle creation d'assignats est ordonnee. III, 27.
+ Leur depreciation en 93. IV, 327-329 et suiv.
+ Consequences de leur depreciation sur le commerce et causes de leur
+ avilissement. 329-330-332-333-334 et suiv.
+ Moyens qu'on prend pour en amener la diminution. 379-380 et suiv.
+ Nouvelle creation d'assignats en 1794. VI, 89 et suiv.
+ Leur depreciation augmente. Leur etat apres le 9 thermidor. 270 et
+ suiv.
+ Continuent a se deprecier en 1795. Divers moyens proposes pour les
+ retirer de la circulation. VII, 66-73.
+ Ils continuent a baisser. Leur etat en avril et en mai 1795. 191-193.
+ Divers projets sont proposes pour les retirer et les relever. 194 et
+ suiv.
+ Projet de Bourdon (de l'Oise). Il est adopte. 199-202.
+ Nouvelles mesures prises pour remedier a leur depreciation. 242-247.
+ Projet du directoire pour la rentree des assignats et pour subvenir
+ aux besoins du tresor public; ce projet est rejete. Details
+ financiers a ce sujet. VIII, 51 et suiv. 40-45.
+ Un projet d'emprunt force est adopte. 41 et suiv.
+ La valeur des assignats est presque nulle. 107 et suiv.
+ La planche en est brisee le 30 pluviose. 109.
+
+ AUGEREAU. Un des generaux de l'armee d'Italie. VIII, 143.
+ Est envoye a Paris par Bonaparte. Le directoire lui donne le
+ commandement de la division militaire de Paris. IX, 226-228.
+ Il s'empare des Tuileries le 18 fructidor. 275-278.
+ Est nomme commandant de l'armee dite d'_Allemagne_, apres la
+ mort de Hoche. 302.
+ Est depossede de son commandement de l'armee d'Allemagne. 370-371.
+
+ AUTRICHE. Causes qui empechent cette puissance de songer a la paix.
+ VII, 135-136.
+
+ BABOEUF. Fait un journal (_le Tribun du peuple_). Caractere et
+ projets de ce demagogue. VIII, 97-98.
+ Sa conspiration. Il est arrete. 115 et suiv.
+ Est condamne a mort et execute. IX, 33.
+
+ BAILLY. Il est nomme depute. I, 37.
+ Est charge par le tiers-etat de remettre une adresse au roi.
+ Son caractere. 51.
+ Il est arrete a la porte de la salle des communes par les
+ gardes-francaises. 61.
+ Prete le premier le serment du Jeu de Paume. 62-63.
+ Il se maintient a la presidence. 72.
+ Est nomme successeur de Flesselles, sous le titre de maire de Paris.
+ 103.
+ Difficultes qu'il eprouve pour l'approvisionnement de Paris. 108-109.
+ Il propose un projet pour vendre les biens du clerge a la fois
+ sans les discrediter. 226-227 et suiv.
+ Details de son proces et de son supplice. V, 170-171.
+
+ BAPTISTE RENARD, domestique de Dumouriez, presente a la convention. III,
+ 121.
+
+ BARBAROUX. Son portrait. Ses plans de republique dans le Midi. II, 120
+ et suiv.
+
+ BARBETS. Nom donne a des bandes de partisans piemontais. VIII, 210.
+
+ BARNAVE. Son esprit, son union avec les Lameth et Duport. I, 119.
+ Son discours sur le droit de faire la paix et la guerre. 222-223.
+ Accompagne la famille royale de Varennes a Paris. 289-290.
+ S'entend avec la cour. 293 et suiv.
+
+ BARRAS. Est nomme general de l'armee de l'interieur, le 12 vendemiaire.
+ VII, 359.
+ Son caractere. Sa conduite vis-a-vis des autres membres du directoire.
+ IX, 3-4.
+ Il nuisait a la consideration du gouvernement par son luxe et sa
+ prodigalite. 9 et suiv.
+ Est seul epargne dans les accusations dont le directoire etait l'objet.
+ Pourquoi. X, 180 et suiv.
+
+ BARRERE. Il est mis en etat d'accusation. VI, 394, Est decrete
+ d'arrestation. VII, 76.
+ Est condamne a la deportation. 116.
+ Est nomme depute en l'an V. IX, 148.
+ Sa nomination est abolie. 153.
+
+ BARTHELEMY. Il est nomme directeur a la place de Letourneur. IX, 155 et
+ suiv.
+ Est arrete le 18 fructidor et conduit au Temple. 278.
+ Est condamne a la deportation. 285.
+
+ BASSANO et SAINT-GEORGES. Batailles de ce nom. VIII, 309-312-315.
+
+ BASTILLE (La). Le peuple, seconde par les gardes-francaises, s'empare de
+ la Bastille. I, 95-98.
+
+ BELGIQUE. Divisee en plusieurs partis apres la bataille de Jemmapes.
+ III, 125 et suiv.
+ Des agens du pouvoir executif vont l'organiser revolutionnairement.
+ 294-295.
+ Les Belges murmurent et se revoltent contre l'administration francaise.
+ 327-328.
+
+ BERNADOTTE. Il est nomme general en chef de l'armee du Rhin. X, 140.
+ Donne un plan de campagne au directoire. Ses defauts. 251-252.
+ Il est renvoye du ministere de la guerre. 280-281.
+
+ BERTHIER. General a l'armee d'Italie. VIII, 143.
+
+ BEZENVAL. Son billet au commandant de la Bastille. I, 97.
+ Il est incarcere: on ordonne sa liberte, et presque aussitot sa
+ detention est maintenue. 116.
+
+ BICETRE. Les massacres. II, 336-337.
+
+ BIENS DU CLERGE. L'assemblee nationale decrete la vente de 400 millions
+ de biens du clerge. I, 206.
+
+ BIENS NATIONAUX, Projet de Bourdon (de l'Oise) pour faciliter leur vente.
+ Il est adopte. VII, 199-202.
+ On commence a le mettre a execution. Ses resultats. 242 et suiv.
+
+ BILLAUD-VARENNES. Un des executeurs du 2 septembre. II, 318-319, 328-329.
+ II donne sa demission de membre du comite de salut public. VI, 289.
+ Est mis en etat d'accusation. 394.
+ Fait aux Jacobins de violentes menaces contre les thermidoriens. 376-377.
+ Est decrete d'arrestation. VII, 76.
+ Est condamne a la deportation. 116.
+
+ BONAPARTE. Officier au siege de Toulon. Propose d'attaquer le fort
+ de l'Eguillette. V, 255 et suiv.
+ Nomme general de brigade. Plan qu'il donne et fait adopter. VI, 52 et
+ suiv.
+ Nomme commandant en second de l'armee de l'interieur, la nuit du 12
+ vendemiaire. VII, 360-361.
+ Ses operations militaires dans la journee du 13. 361-367 et suiv.
+ Charge du commandement de l'armee de l'interieur. VIII, 49.
+ Il est nomme commandant de l'armee d'Italie. 125-126.
+ Principales circonstances de la conquete du Piemont. 141-161.
+ Ses negociations avec la cour de Turin. Il accorde un armistice au
+ roi de Piemont. 155-157 et suiv.
+ Sa proclamation aux soldats apres les premieres victoires d'Italie. 159.
+ Conquete de la Lombardie. 173 et suiv.
+ Son entree a Milan. 181 et suiv.
+ Nouvelle proclamation aux soldats a Milan. 188-189.
+ Il reprend Pavie tombee au pouvoir de quelques bandes de paysans.
+ 191-193.
+ Entre dans le territoire venitien. 193 et suiv.
+ Son entrevue avec divers envoyes venitiens. 202 et suiv.
+ Il signe un armistice avec Naples. 212-213.
+ Penetre dans les Etats romains et en Toscane. 214 et suiv.
+ Perd la ligne de l'Adige. Ses combinaisons pour reparer cet echec.
+ 278 et suiv.
+ Sa victoire de Lonato. 283-286.
+ De Castiglione. 288 et suiv.
+ Suite de ses operations militaires et politiques en Italie. 293 et suiv.
+ Bataille de Roveredo. 307-308. Sa marche sur la Brenta.
+ Victoires de Bassano et de Saint-Georges. 308-312-315.
+ Il fait conclure la paix avec Naples et Genes. Ses negociations avec
+ le pape. 345-351.
+ Il organise la republique cispadane. 352 et suiv.
+ Sa position perilleuse a l'approche d'Alvinzy. Bataille d'Arcole.
+ Details militaires. 255-364-367-379.
+ Sa conduite a l'armee contre les fournisseurs. Sa politique a
+ l'egard des puissances italiennes. 407-408 et suiv.
+ Ses dispositions militaires a la bataille de Rivoli. 411-414-423.
+ Il prend Mantoue. 425 et suiv.
+ Reflexions sur sa campagne en Italie. 428 et suiv.
+ Sa conduite politique et militaire en Italie apres l'affaire de
+ Rivoli. Il marche contre les Etats romains et fait signer au pape
+ le traite de Tolentino, IX, 50-55.
+ Sa conduite envers les pretres francais retires en Italie. 55-56.
+ Il negocie inutilement avec Venise. 58-60.
+ Son plan de campagne contre l'Autriche. Il passe le Tagliamento.
+ 60-67.
+ Se rend maitre du sommet des Alpes. 68-71.
+ Son entrevue avec les envoyes venitiens. Il ecrit a leur gouvernement
+ une lettre menacante. 79-86.
+ Marche sur Vienne. Sa lettre a l'archiduc Charles. Son entree a
+ Leoben. 86-90.
+ Il signe les preliminaires de paix a Leoben. 91-102.
+ Retourne en Italie et detruit la republique de Venise. Details de sa
+ conduite politique et militaire. 116-131.
+ Il propose le secours de son armee au directoire menace. 193-194.
+ Donne, le 14 juillet 1797, une fete aux armees. Envoie au directoire
+ les adresses de toutes les divisions. 222-226 et suiv.
+ Ses negociations avec l'Autriche apres les preliminaires de Leoben.
+ 230-235.
+ Ses negociations a Udine sont entravees par le directoire. Son
+ mecontentement. 311 et suiv.
+ Ses travaux en Italie. Il fonde la republique cisalpine. 314-318.
+ Se rend l'arbitre des differends entre les pays de la Valteline et
+ les Grisons. 321-322.
+ Conseils qu'il donne aux Genois sur leur constitution. 322-323.
+ Il forme divers etablissemens dans la Mediterranee. 323-326.
+ Suite de ses negociations avec l'Autriche a Udine. Ses entrevues
+ avec M. de Cobentzel. Il signe le traite de Campo-Formio. 328-335.
+ Il est nomme general en chef de l'armee d'Angleterre. 338-339.
+ Se dispose a quitter l'Italie. Ses dernieres dispositions pour les
+ affaires de ce pays. 339 et suiv.
+ Il arrive a Paris. Reception qu'on lui fait. Ses paroles au directoire.
+ Fete. 343-350.
+ Suite de son sejour a Paris. Ses relations avec le directoire. 351-360.
+ Il est charge de la descente en Angleterre. Sa repugnance pour
+ cette expedition. 362 et suiv.
+ Il propose un projet d'expedition en Egypte. Le directoire l'agree.
+ Details sur les preparatifs. 408-419.
+ Il s'embarque a Toulon. Sa proclamation aux soldats. X, 1 et suiv.
+ Il s'empare de l'ile de Malte. 4-8.
+ Arrive a Alexandrie et s'en rend maitre. 11-13.
+ Ses plans pour effectuer la conquete. Sa lettre au pacha. Discours
+ a ses soldats. 23-27.
+ Ses premieres operations politiques et militaires. 27 et suiv.
+ Il s'etablit au Caire apres la bataille. Suite de ses operations
+ politiques et militaires. 42 et suiv.
+ Il fonde l'Institut d'Egypte. 48 et suiv.
+ Proclamation aux soldats, apres la defaite d'Aboukir. 58.
+ Il se met en marche pour la Syrie, prend Gaza et le fort d'El-Arisch,
+ et commence le siege de Saint-Jean-d'Acre. 286-290-292.
+ Remporte une grande victoire au mont Thabor. 295-297.
+ Revient en Egypte. Va de la a Aboukir, ou il remporte une sanglante
+ victoire sur les Turcs. 300-304-310.
+ Recoit des nouvelles d'Europe, et part secretement pour la France.
+ 311-312.
+ Son retour en France. Enthousiasme qu'il inspire. Agitation de tous
+ les partis a son arrivee a Paris. 336 et suiv.
+ Sa conduite politique a Paris. Il se coalise avec Sieyes pour
+ renverser la constitution directoriale. 345-350.
+ Son entrevue avec Sieyes pour convenir de l'execution de leur plan.
+ 353-356 et suiv.
+ Il fait le 18 brumaire. 358-359-373. (Voy. _Brumaire_. )
+ Est nomme consul provisoire. 383-384.
+
+ BONCHAMPS (De). Chef vendeen. IV, 90-91.
+ Il est blesse a mort. V, 121.
+ Fait delivrer les prisonniers. 122.
+
+ BORDEAUX. Les federalistes y sont soumis. V, 132-133.
+
+ BOUCHOTTE. Est nomme ministre de la guerre. IV, 44.
+
+ BOUILLE. Sa position au milieu des partis. Son caractere. I, 201-202.
+ Il soumet des regimens revoltes. Ses projets. 246-248.
+ Il arrive trop tard a Varennes pour sauver le roi. 288-289.
+ Il ecrit a l'assemblee, et prend sur lui-meme le projet de
+ Fuite du roi. 294-295.
+
+ BOZE. Peintre du roi. Suscite une lettre des girondins. II, 208.
+
+ BRETAGNE (La). Est contraire a la revolution. IV, 78-79.
+ Etat de ce pays en 1795. VII, 34 et suiv.
+ Plusieurs chefs signent leur soumission a la republique. 159-160
+ et suiv.
+ Etat de ce pays apres la premiere pacification. De nouveaux
+ Troubles s'y preparent. 263 et suiv.
+ Expedition de Quiberon. 269-275-318.
+
+ BREZE. (Le marquis de). Apporte les ordres du roi. I, 67.
+
+ BRIENNE (De). Il est nomme ministre. I, 12.
+ Mande le parlement a Versailles pour un lit de justice. 16.
+ Il negocie avec le parlement. 17.
+ Ses embarras. 19.
+ Se retire du ministere. 23.
+ On brule son effigie. 35.
+
+ BRIGANDS. Terreur mal fondee que leur nom repand dans toute
+ la France. I, 122-123.
+
+ BROGLIE (Le marechal de). Recoit le commandement des
+ troupes. I, 82.
+
+ BROTTIER. (Voy. _Royalistes_.)
+
+ BRUEYS. Amiral de l'escadre d'Egypte. X, 3.
+ Ses fautes et son courage a la bataille d'Aboukir. Il est tue. 51-57.
+
+ BRUMAIRE (18). Preparatifs et journee du 18 brumaire. X.
+ 353-356-359-373.
+
+ BRUNE. Nomme general en chef de l'armee de Hollande. X, 140.
+
+ BRUNSWICK (Le prince de). On repand un manifeste de ce
+ prince. II, 217.
+
+ CALENDRIER. Il est reforme. V, 188-190.
+
+ CALONNE (De). Arrive au ministere. I, 10.
+ Son caractere, la confiance aveugle qu'il inspire. Il reunit les
+ notables. 11.
+ Ecrit au roi pour justifier l'Angleterre accusee d'exciter des
+ troubles. 220.
+
+ CAMBON (de Montpellier), adversaire des fournisseurs. III, 131-132.
+ Il en fait decreter trois par l'assemblee. 136.
+
+ CAMP DE CESAR. Il est evacue par les Francais. IV, 352.
+
+ CAMPO-FORMIO. Traite de ce nom. Joie qu'il inspire en France.
+ IX, 334 et suiv.
+
+ CAMUS. Propose de reduire toutes les pensions du clerge a un
+ taux infiniment modique. I, 189.
+
+ CARNOT. Il est membre du comite de salut public. IV, 391.
+ Dirige toutes les operations militaires. V, 100 et suiv.
+ Justifie sa conduite comme membre de l'ancien comite de salut public.
+ VII, 99 et suiv.
+ On n'ose pas le decreter a cause de ses services. 234.
+ Est nomme directeur a la place de Sieyes, qui avait refuse.
+ VIII, 10 et suiv.
+ Vices de son plan d'operations militaires en Italie. 185 et suiv.
+ Son plan de campagne sur le Danube et sur le Rhin. 219 et suiv.
+ Caractere de ce directeur. IX, 2-3-12 et suiv.
+ Il se rend suspect a tous les partis et a ses collegues du
+ directoire. 259-261.
+ Prend la fuite le 18 fructidor. 278.
+ Est condamne a la deportation. 285.
+
+ CARRIER. Atroces executions qu'il fait faire a Nantes. VI, 144-148.
+ Il est mis en accusation et envoye au tribunal revolutionnaire. 373-374.
+ Est condamne a mort. 394-395.
+
+ CATHELINEAU. Coopere a la premiere insurrection vendeenne. IV, 84 et
+ suiv.
+ Il est nomme generalissime de l'armee vendeenne. 252.
+
+ CATHERINE THEOT. Cette femme fanatique institue une secte. VI, 109-111.
+ Elle est arretee ainsi que presque toute sa secte. 129 et suiv.
+
+ CAZALES. Defenseur eloquent de la noblesse. I, 117.
+
+ CERCLES CONSTITUTIONNELS formes par les patriotes en l'an V, pour
+ s'opposer a l'influence des Clichyens. IX, 189 et suiv.
+
+ CHALIER. Il se fait remarquer a la tete du club central, a Lyon. IV, 75.
+ Il demande un tribunal revolutionnaire pour Lyon. 76.
+
+ CHAMPIONNET. General a l'armee d'Italie. Ses operations militaires
+ dans les Etats-Romains contre l'armee de Naples. X, 106-113.
+ Il s'empare du royaume de Naples. 113-115-121.
+ Resiste aux ordres du directoire. Est destitue. 129.
+ Est nomme general d'une nouvelle armee des Alpes par le
+ Nouveau directoire. 242.
+
+ CHABOT. Accepte l'offre de Grangeneuve de s'immoler tous deux pour
+ enflammer les esprits contre la cour. Il ne se rend pas a l'endroit
+ convenu. II, 191-192.
+ Il demande que les Suisses soient conduits a l'Abbaye. 270.
+
+ CHARETTE, chef vendeen. Son caractere. Il hesite d'abord et se rend aux
+ instances des insurges. S'empare de l'ile de Noirmoutiers. IV,
+ 89-90.
+ Il est amene a negocier avec les republicains pour la paix.
+ VII, 139-142-145.
+ Sa reception triomphale a Nantes. 146.
+ Il continue a preparer la guerre, apres sa soumission. Ses relations
+ avec les princes et les emigres. 162-163.
+ Il se declare de nouveau en guerre. VIII, 26.
+ Fait d'inutiles efforts pour soutenir la guerre contre Hoche. 66 et
+ suiv.
+ Est poursuivi dans les bois et les montagnes. 130.
+ Est pris et fusille. 135-136.
+
+ CHARLES (L'archiduc). Il remplace Clerfayt dans le commandement de
+ l'armee du Bas-Rhin. VIII, 123.
+ Son plan de campagne apres sa retraite a Neresheim. 298 et suiv.
+ Sa marche contre Jourdan. 300.
+
+ CHATEAU. Le chateau des Tuileries est attaque par le peuple. II, 134 et
+ suiv.
+
+ CHAUMETTE. Procureur-general de la commune. Organise la legislature
+ municipale. IV, 279.
+ Il est arrete. V, 372 et suiv.
+ Sa condamnation et sa mort. 415.
+
+ CHEBREISS. (Combat de) en Egypte. X, 31-33.
+
+ CHENIER (Andre). Sa mort. VI, 200.
+
+ CHENIER (Marie-Joseph). Il fait un rapport sur les mesures les plus
+ capables de reprimer les royalistes, apres les evenemens du 9 thermidor.
+ VII, 185-188.
+
+ CHOLET. Bataille de ce nom en Vendee. V, 318-322.
+
+ CHOUANS. Leur situation en Bretagne, leur chef. VI, 322-324.
+
+ CISALPINE (Republique). Organisee par Bonaparte. IX, 314-318.
+ Situation de cette republique en l'an VI. 376 et suiv.
+ Triste etat de cette republique apres le depart de Bonaparte. X, 84-86.
+ Changemens faits a sa constitution. 89 et suiv.
+
+ CISPADANE (Republique). Sa fondation. VIII, 352 et suiv.
+
+ CLARKE. Mission de ce general a Vienne. VIII, 359.
+ Sa negociation, avec le cabinet autrichien. Le projet d'armistice
+ qu'il proposait est rejete. 380-382 et suiv.
+
+ CLERGE. Il s'oppose a la verification des pouvoirs des communes. I, 45.
+ (Voyez _Tiers-Etat_ et _Verification_.)
+ Vote sa reunion aux communes. 59.
+ La majorite du clerge se reunit aux communes. 65.
+ Il abdique ses privileges. 125.
+ Son role dans l'assemblee. 192.
+ Ses manoeuvres au commencement de 1790. 204 et suiv.
+ Il s'oppose par divers moyens a l'execution de la constitution civile.
+ 233 et suiv.
+ Une partie du clerge refuse de preter le serment civique. Suite de ce
+ refus. 257-238.
+
+ CLICHY. CLICHYENS. Club de ce nom, forme par les deputes de l'opposition
+ du corps legislatif. IX, 16-17.
+ Ses manoeuvres pour obtenir un nouveau directeur de son choix. Diverses
+ propositions faites au corps legislatif. 151 et suiv.
+ Plans de contre-revolution formes par les clichyens. 156 et suiv.
+ Leur lutte avec le directoire dans les conseils. 158 et suiv.
+ Leurs propositions financieres aux cinq-cents. 165 et suiv.
+ Motion d'ordre de l'un d'eux sur les evenemens de Venise. 176 et suiv.
+ (Voyez _Royalistes_.)
+ Ils tachent de s'opposer aux changemens dans le ministere projetes
+ par le directoire. 203 et suiv.
+ Leurs craintes apres la nomination des ministres et la marche de Hoche.
+ 213 et suiv.
+ Autres plans d'opposition. Leurs craintes sur les preparatifs du
+ directoire. 266 et suiv.
+ Resolutions desesperees qu'ils proposent. 271 et suiv.
+
+ CLOOTZ. (Anacharsis), Prussien de naissance, est admis par l'assemblee a
+ faire partie de la federation. I, 235.
+ Preche la republique universelle et le culte de la Raison. V, 195 et
+ suiv.
+ Il est exclu de la societe des jacobins. 228.
+ Est arrete. 372.
+ Son proces et son supplice. 374-379.
+
+ CLUBS. Diverses assemblees se forment sous ce nom. I, 33.
+ Club breton. 119.
+ Leur importance augmente. 213.
+ Ils deviennent dominateurs. II, 12.
+ Les cinq-cents decretent qu'aucune assemblee politique ne serait
+ permise. IX, 218-219.
+
+ CLUB ELECTORAL. Comment il se compose apres le 9 thermidor. VI, 264-265.
+ Il fait une adresse a la convention, pour demander la reconstitution
+ de la municipalite de Paris, etc. 343-345.
+
+ CLUB FRANCAIS. Ce que c'etait. II, 204.
+
+ COALITION. Elle commence a agir avec activite. II, 210 et suiv.
+ Envahit toutes nos frontieres, en 93. IV, 214 et suiv.
+ Le defaut d'union des coalises paralyse leurs forces. 238
+ Etat de la coalition au commencement de 1794. VI, 34-40-48.
+ Tiedeur des puissances coalisees pour les interets des princes
+ francais. 326 et suiv.
+ Plans de guerre de la nouvelle coalition, en 1799. Leurs defauts.
+ X, 141 et suiv.
+
+ COBENTZEL (M. de). Ce qu'il demande au nom de sa cour. II, 70.
+ Suite de cette communication. 71.
+
+ COBLENTZ. Les emigres se transportent de Turin en cette ville. I, 263.
+ Projets de la noblesse. 263-264 et suiv.
+
+ COBOURG (Le prince de) Commandant en chef des coalises dans le nord.
+ VI, 62.
+
+ COLLOT-D'HERBOIS. Il harangue Dumouriez aux Jacobins. III, 73-75.
+ Cherche a sauver les ultra-revolutionnaires arretes. V. 302 et suiv.
+ Fait avorter l'insurrection des ultra-revolutionnaires les 15
+ et 16 ventose. 362 et suiv. 370.
+ Tentative d'assassinat sur lui. Elle echoue. Ses consequences. VI, 96
+ et suiv.
+ Il donne sa demission de membre du comite de salut public, 289.
+ Est mis en etat d'accusation. 394.
+ Est decrete d'arrestation. VII, 76.
+ Est condamne a la deportation. 116.
+
+ COMITE CENTRAL REVOLUTIONNAIRE. L'assemblee de la mairie
+ prend ce nom. Elle s'occupe, dans plusieurs seances, des suspects
+ et de l'enlevement des deputes. IV, 116 et suiv.
+
+ COMITE DE DEFENSE GENERALE. Il se reunit pour deliberer sur les moyens
+ de salut public. II, 307-308.
+ Pourquoi il fut etabli. III, 296.
+
+ COMITE CENTRAL DE SALUT PUBLIC. Necessite de sa creation. Ce que
+ c'etait: l'etendue de ses attributions. IV, 46-48.
+ Il se reunit le 1er juin 1793. Divers avis y sont ouverts pour
+ remedier a l'insurrection. Proposition de Garat. 167-169.
+ Est charge, apres le 31 mai, de presenter un projet de constitution.
+ 194.
+ Propose des moyens pour arreter l'insurrection des departemens.
+ 202-203.
+ Ses attributions. 276-277.
+ Il perd sa popularite. 281-282.
+ On lui adjoint Saint-Just, Couthon et Jean-Bon-Saint-Andre. 282.
+ Est attaque par divers partis apres les echecs de nos armees. V, 51
+ et suiv.
+ La convention declare qu'il conserve sa confiance. 54-55.
+ Sa politique en decembre 93. 231 et suiv.
+ Il fait arreter des ultra-revolutionnaires et des agioteurs. 238 et
+ suiv.
+ Rend des decrets relatifs aux detenus. 359.
+ Sa politique au milieu des factions. 380 et suiv.
+ Projets des membres du comite contre Danton. 383 et suiv.
+ Sa politique apres la mort de Danton et des hebertistes. Il concentre
+ en ses mains tous les pouvoirs. VI, 2-5-9 et suiv.
+ Abolit l'armee revolutionnaire, les ministeres, les societes
+ sectionnaires, etc. 9 et suiv.
+ Sa dictature et sa position en 94. 104-107 et suiv.
+ Il se partage en plusieurs groupes. Sa rivalite avec le comite de
+ surete generale. 111 et suiv.
+ Les divisions continuent. 128-131 et suiv.
+ Les membres ennemis de Robespierre cherchent a s'emparer du pouvoir.
+ 157-159.
+ Feinte reconciliation des comites divises. 161-164.
+ Il est reorganise apres le 9 thermidor. 238-239.
+ Nouvelle epuration. 289-290.
+
+ COMITE INSURRECTIONNEL. II, 190.
+ En communication avec Petion. 191.
+
+ COMITE DE SURETE GENERALE. Il est recompose apres le 9 thermidor. VI,
+ 238.
+
+ COMITE DE SURVEILLANCE. Ce que c'etait. II, 275-276.
+ Il fait executer des arrestations. 306-307.
+ On y arrete le projet de massacrer les prisonniers. 310 et suiv.
+ Il envoie une circulaire aux departemens pour recommander le
+ meurtre des prisonniers. 337 et suiv.
+ Ordonne des arrestations. III, 4.
+
+ COMITES REVOLUTIONNAIRES. Leur nombre est reduit dans Paris et les
+ departemens. VI, 258.
+
+ COMITES. On decide qu'ils seront renouveles par quart tous les mois. VI,
+ 237-238.
+ Inconveniens de cette mesure. 256 et suiv.
+ Seize comites sont etablis apres le 9 thermidor. 257 et suiv.
+
+ COMMERCE. Etat facheux du commerce en 1794. VI, 271-273-279.
+
+ COMMISSAIRES. Les commissaires des assemblees primaires de toute la
+ France arrivent a Paris. Leur reception. IV, 343 et suiv.
+
+ COMMISSION DES DOUZE (La). Elle propose a l'assemblee un projet de salut
+ public. II, 159 et suiv.
+
+ COMMISSIONS. Douze commissions sont instituees par le comite de salut
+ public en remplacement des ministeres. VI, 10 et suiv.
+
+ COMMUNE. Son pouvoir apres le 10 aout. II, 274-275.
+ Elle est chargee de la garde de la famille royale. 278 et suiv.
+ Mesures qu'elle prend contre les suspects. 305-306 et suiv.
+ Sa puissance et ses exactions. III, 4 et suiv.
+ Son opposition avec la convention. Elle est reprimee. 48-49-50.
+ Ses membres sont renouveles. 82.
+ Elle s'oppose a une nouvelle insurrection. 344-345.
+ Demande a la convention, au nom de trente-cinq sections, l'expulsion
+ de vingt-deux de ses membres. IV, 61 et suiv.
+ Soumet ses registres a la convention. 64.
+ Ordonne une levee de douze mille hommes dans Paris et une taxe sur
+ les riches. Troubles a ce sujet. 95 et suiv.
+ Se plaint a la convention de l'arrestation d'Hebert et des calomnies
+ dont elle est l'objet. 126-127.
+ Hebert y est couronne. 138-139.
+ Elle est destituee par le comite central revolutionnaire, le 31 mai.
+ 147 et suiv.
+ Une deputation de la commune insurrectionnelle est introduite a la
+ convention. 156 et suiv.
+ Elle se trouve chargee, apres le 31 mai, de toute l'administration
+ interieure. 279.
+
+ CONDE. (Le prince de). Il se met a la tete de six mille emigres. II, 294.
+
+ CONSCRIPTION. Loi sur la conscription decretee en septembre 1798. X,
+ 98-101.
+
+ CONSCRITS. La levee de toutes les classes est ordonnee apres le 30
+ prairial an VII. X, 350.
+
+ CONSEIL EXECUTIF. Nom que prend le ministere apres le 10 aout. II, 263.
+ Il seconde les plans militaires de Dumouriez. 350.
+ Sa nouvelle organisation. III, 50-52.
+ Il est aboli. VI, 10.
+
+ CONSEIL DES ANCIENS. Nouveau pouvoir institue par la constitution de
+ l'an III. VII, 334-335.
+
+ CONSEIL DES CINQ-CENTS. Creation de cette assemblee par la constitution
+ de l'an III. VII, 334.
+ Discussion violente au sujet de la loi du 3 brumaire. VIII, 87 et
+ suiv.
+ Premieres operations legislatives en l'an V. Mesures adoptees
+ ou proposees sur les emigres, le culte et les finances, etc. IX,
+ 158-162 et suiv.
+ Il rejette la proposition de Jourdan de declarer la patrie en
+ danger. X, 279-281.
+
+ CONSEILS. Ils se plaignent au directoire de l'agglomeration des troupes
+ de Hoche pres de Paris. IX, 248 et suiv.
+ Les conseils sont disperses le 18 fructidor. On leur refuse l'entree
+ du lieu de leurs seances. 279-280.
+ Les deputes attaches au directoire se reunissent a l'Odeon et a
+ l'Ecole de Medecine. Le directoire leur fait part de la conspiration
+ royaliste. Les nouveaux conseils cassent plusieurs elections, et
+ condamnent a la deportation plusieurs deputes, deux directeurs, des
+ journalistes, etc. 280-281-284-285.
+ Les deux conseils sont dissous le 18 brumaire. (Voy. _Brumaire_.)
+
+ CONSPIRATEURS DU 10 AOUT. Ce qu'on entendait par la. II, 280.
+
+ CONSTANT (Benjamin). Il publie une brochure qui produit de la sensation.
+ VIII, 105-106.
+
+ CONSTITUTION. Necessite d'une constitution, exprimee par les cahiers;
+ obstacles a vaincre pour l'etablir. I, 74 et suiv.
+ Discussions relatives a l'etablissement de la constitution. 138 et suiv.
+
+ CONSTITUTION CIVILE DU CLERGE. Les principales dispositions de ce projet
+ sont adoptees. Reflexions. I, 232-233.
+
+ CONSTITUTION DE L'AN II. Ses principaux articles. IV, 241-243.
+ Une petition contre cette constitution est repoussee par la convention.
+ 243-244.
+
+ CONSTITUTION DIRECTORIALE OU DE L'AN III. Ses auteurs, ses principales
+ dispositions. VII, 332-337.
+ Elle est acceptee par les votes des sections de toute la France.
+ 346-347.
+ Etat des esprits a l'epoque de son etablissement. VIII, 2 et suiv.
+ Installation du nouveau gouvernement le 5 brumaire. 5 et suiv.
+ Elle est detruite le 18 brumaire. (Voy. _Brumaire_. )
+
+ CONTRE-REVOLUTIONNAIRES. Hardiesse de ce parti. Leurs tentatives dans le
+ midi de la France. VII, 178-182 et suiv.
+
+ CONVENTION. La convention nationale se constitue. III, 22 et suiv.
+ Elle declare la royaute abolie en France. 25.
+ Seance du 24 septembre 1792. 28 et suiv.
+ Elle se divise en cote droit et en cote gauche. 45-46.
+ Se partage en divers comites. 52-53.
+ Debats relatifs a l'accusation de Robespierre. 84 et suiv.
+ Elle ordonne au comite de legislation de donner son avis sur les
+ formes du jugement de Louis XVI. 107-108.
+ Longues discussions relatives a la mise en jugement de Louis XVI. 159
+ et suiv.
+ Elle declare que le roi sera juge par elle. 195.
+ Discussions sur les formes du proces. _Ibid._ et suiv.
+ Violens debats apres la defense du roi. 226 et suiv.
+ Seances du 14 au 17 janvier, ou fut decretee la mort du roi.
+ 247-248-256.
+ Elle decrete qu'il ne sera pas sursis a l'execution du roi. 258.
+ Declare la guerre a la Hollande et a l'Angleterre. 286.
+ Mesures qu'elle prend pour faire face aux besoins de la guerre. 298
+ et suiv.
+ Elle rend divers decrets. 333-334.
+ Debats relatifs a l'etablissement du tribunal extraordinaire. 336 et
+ suiv.
+ Terreur de ses membres, menaces d'une insurrection. 342-343.
+ Terribles mesures qu'elle prend pour la surete interieure et
+ exterieure. IV, 23 et suiv.
+ Elle rend divers decrets relatifs aux evenemens de la Belgique et a la
+ famille d'Orleans. 38-39.
+ Discussion au sujet des petitions des sections et des divers actes de
+ la commune. 61 et suiv.
+ Divers decrets relatifs a des petitions de Bordeaux, de Marseille et
+ de Lyon. 108-109.
+ Tumulte a l'occasion d'une femme des tribunes. 110 et suiv.
+ Elle nomme une commission de douze membres pour observer les actes de
+ la commune et proteger la representation nationale. 114.
+ Cette commission informe contre la commune et fait quelques
+ arrestations. 122-125.
+ Scenes violentes le 27 mai, a cause de l'attroupement et des petitions
+ des sections armees. 128 et suiv.
+ Elle casse sa commission des Douze et annule ses actes. 134.
+ Violente discussion a ce sujet le lendemain. 135 et suiv.
+ Elle rapporte son decret relatif aux Douze. 137.
+ Seance du 31 mai 1793. 147, 150 et suiv.
+ Elle supprime la commission des Douze et decrete plusieurs mesures le
+ 3l mai. 164.
+ Courte seance du 1er juin. 173.
+ Seance du dimanche 2 juin 1793. 175-183.
+ Elle vote l'ordre du jour sur les demandes des insurges. 177.
+ Plusieurs deputes sont maltraites. 180.
+ Elle est arretee par la force armee le 2 juin. 181-182.
+ Vote l'arrestation des deputes designes par la commune. 183.
+ Renouvelle tous les comites apres le 31 mai. 194.
+ Rend d'energiques decrets contre les departemens insurges. 204-205.
+ Moyens qu'elle emploie contre les ennemis du dehors et contre les
+ federalistes. 240-241.
+ Elle decrete la constitution de l'an II. 242-243.
+ Le 7 aout 93 la convention admet les commissaires des departemens et
+ les embrasse en signe de reconciliation. 246 et suiv.
+ Elle decrete la levee en masse. 261-262.
+ Decrets contre la Vendee, les suspects, les etrangers et contre les
+ Bourbons. 288-391-394-395.
+ Elle institue le gouvernement revolutionnaire. V, 56-57.
+ Mesures qu'elle prend pour la guerre de la Vendee. 66-68.
+ Debats relatifs a l'arrestation de Danton. 389 et suiv.
+ Elle decrete la mise en accusation de Desmoulins, Danton et autres.
+ 394.
+ Laisse tout faire aux comites. VI, 88-96.
+ Commencement d'opposition contre Robespierre et les chefs du comite de
+ salut public. 113-122 et suiv.
+ Plusieurs membres se liguent contre les triumvirs. Dangers qui les
+ menacent. 158-160.
+ Seance du 9 thermidor. 203-211.
+ Suite de la seance. 217 et suiv.
+ Rapport de la loi du 22 prairial. 240.
+ Debats relatifs a l'elargissement des suspects. 247 et suiv.
+ Discussions au sujet de l'accusation portee par Lecointre (de
+ Versailles). 281 et suiv.
+ Elle ordonne qu'il lui sera fait un rapport general sur l'etat de la
+ republique. 291-292.
+ Seance du 20 septembre 1794. Rapport de Robert Lindet. 293 et suiv.
+ Elle rend plusieurs decrets relatifs au commerce. 297 et suiv.
+ Debats relatifs aux societes populaires. 346 et suiv.
+ Vive discussion sur le meme sujet. Un decret est rendu. 351-357.
+ Querelles entre les thermidoriens et les membres de l'ancien
+ gouvernement. 360 et suiv.
+ Elle prend diverses mesures financieres et politiques pour remedier a
+ l'etat facheux des affaires apres la terreur. 364 et suiv.
+ Decret reglant les formalites a remplir pour accuser un membre de la
+ convention. 371-372.
+ Querelles suscitees par les menaces de Billaud-Varennes aux jacobins.
+ 376 et suiv.
+ Scenes violentes au sujet des evenemens du 19 brumaire 1794, 383-386 et
+ suiv.
+ Elle rappelle dans son sein plusieurs deputes proscrits. Scene violente
+ a ce sujet. VII, 77 et suiv.
+ Seances orageuses au sujet de la mise en accusation des anciens membres
+ du comite de salut public, Carnot, Collot-d'Herbois, etc. 96 et suiv.
+ Le 7 germinal, une troupe de femmes furieuses envahit la convention en
+ demandant du pain. 102 et suiv.
+ Journee du 12 germinal. Dangers de la Convention. Decret de deportation
+ contre Billaud-Varennes, Collot-d'Herbois, Barrere, etc. Desarmement
+ des patriotes. 108-116 et suiv.
+ Elle prend diverses mesures pour comprimer la reaction royaliste amenee
+ par le 9 thermidor. Questions financieres. 184-185 et suiv.
+ Le lieu de ses seances est envahi le 1er prairial an III. Scenes
+ diverses, etc. (Voy. _Prairial_.) Elle ordonne l'arrestation de
+ plusieurs deputes montagnards. 204-207-221 et suiv.
+ Scene funebre a l'occasion de la mort de Feraud. 256 et suiv.
+ Elle decrete la constitution de l'an III. 332-337.
+ Decrete que les deux tiers de ses membres feront partie du nouveau
+ corps legislatif, et que les assemblees electorales feraient le choix.
+ 338. (Voy. _Decrets_.)
+ Decret indiquant l'epoque des assemblees primaires et electorales pour
+ l'election des nouveaux representans. 347.
+ Elle se declare en permanence le 12 vendemiaire. Attaquee par les
+ sections le 13, elle sort victorieuse. 355-370.
+ Derniere lutte entre les partis de la convention apres le 13
+ vendemiaire. La convention declare que sa session est terminee.
+ 379-385.
+ Recapitulation des principaux actes de cette assemblee. Reflexions.
+ 385-388.
+
+ CORDAY (Charlotte). Son histoire. Ses opinions republicaines. Son
+ enthousiasme pour les girondins. Devouement. IV, 260-262.
+ Elle choisit Marat pour but de son devouement, comme chef des
+ anarchistes. 262.
+ Le 13 juillet, elle se presente chez lui, etc. Elle tue Marat. 264-266.
+ On repand que ce sont les girondins qui l'ont armee. 266.
+ Details de son proces. Son interrogatoire. Condamnation. Lettre a
+ Barbaroux. Son supplice. 269-272.
+
+ CORDELIERS. Le club de ce nom rivalise de violence avec celui des
+ jacobins. II, 14.
+ Ils projettent une insurrection contre la Convention. IV, 120.
+
+ CORMATIN (Desotteux, baron de). Aventurier laisse par Puysaye en
+ Bretagne, en qualite de major-general dans les provinces revoltees.
+ VII, 34-35.
+ Ses intrigues politiques. 225 et suiv.
+ Il travaille a la pacification generale. 140 et suiv.
+ Son role dans les negociations avec la Vendee. 144 et suiv.
+ Il engage les chefs chouans de la Bretagne a se soumettre, et signe la
+ paix. Son entree a Rennes. 159-161.
+ Suite de ses manoeuvres en Bretagne. 265 et suiv.
+ Il est arrete par ordre de Hoche et mis en prison. 268-269.
+ Est deporte. VIII, 51.
+
+ CORPS LEGISLATIF. Son organisation dans les deux conseils apres les
+ elections de l'an V. IX, 153 et suiv.
+
+ COTE DROIT. Ce que c'etait. Qui sont les hommes qui le composaient dans
+ l'assemblee legislative. II, 10-11.
+ Parti qui l'occupait dans la convention. III, 45.
+
+ COUR (La). Elle presse la convocation des etats-generaux, et fixe leur
+ ouverture au 1er mai 1789. I. 23.
+ Fait approcher des troupes de Paris. 82-83.
+ Projette de conduire le roi a Metz. 159.
+ Sa conduite inhabile et imprudente. 201 et suiv.
+ Ses plans de contre-revolution. 206-207.
+
+ COUTHON. Ses paroles a la tribune le 31 mai. IV, 182.
+ Est nomme membre du comite de salut public. 296.
+ Est envoye en Auvergne par la convention pour soulever les populations
+ contre Lyon. V, 85.
+ Sa conduite au siege de cette ville. 88 et suiv.
+ S'unit etroitement avec Robespierre et Saint-Just. VI, 111.
+ Defend a la tribune les actes du comite. 125.
+ Demande, de concert avec Robespierre, le sacrifice d'un grand nombre
+ de deputes. Dement a la tribune le projet qu'on leur suppose contre
+ soixante membres de la Convention. 133-134.
+ Ses paroles aux Jacobins. 185.
+ Reclame et obtient l'impression du discours prononce a la tribune par
+ Robespierre, le 8 thermidor. 194.
+ Sa proposition aux Jacobins. 198.
+ Est decrete d'arrestation le 9 thermidor. 210.
+ Est mis hors la loi avec ses complices. 219.
+ Son supplice. 227-228.
+
+ CULTE. L'ancien culte est aboli. Le culte de la _Raison_ est
+ institue. Details a ce sujet. V, 197-199-200-203 et suiv.
+ La commune modifie son arrete sur le culte. Le culte de la _Raison_
+ est aboli. 230.
+ Le comite de salut public songe a l'etablissement d'une religion.
+ Reflexions a ce sujet. VI, 17-21.
+ Reconnaissance de l'Etre-Supreme. 29 et suiv.
+ La restitution des eglises est accordee aux catholiques. VII, 249.
+
+ CUSTINES. Nomme general de l'armee du Nord. IV, 103.
+ Il est battu en mai 93. 220-221.
+ Details de son proces. Il est condamne a mort et execute. V,
+ 69-72-77-78.
+
+
+ DAMPIERRE. Est nomme commandant en chef de l'armee du Nord apres la
+ defection de Dumouriez. IV, 43-44.
+
+ DANTON. Principal orateur de la multitude. II, 202-203.
+ Son caractere et ses moyens d'influence sur la multitude. 204.
+ Le 10 aout, il excite le peuple a l'insurrection. 235.
+ Il est un des acteurs du 10 aout. 262.
+ Est nomme ministre de la justice. 264.
+ Exposition de ses plans apres le 10 aout. 273.
+ Sa preponderance dans le conseil executif et son influence a Paris.
+ 303 et suiv.
+ Resolu d'empecher toute translation au-dela de la Loire. 304.
+ Resolu de perir dans la capitale, mais en exterminant d'abord ses
+ ennemis. _Ibid._
+ Il veut faire peur aux royalistes. 309.
+ A la nouvelle de la prise de Verdun, il fait decreter que l'on
+ sonnera le tocsin. 312-313.
+ Il est nomme depute a la Convention. III, 9.
+ Fait diverses motions a la convention. 32-33.
+ Quitte le ministere sur la decision que les ministres ne seront plus
+ pris dans le sein de la convention. 50.
+ Propose et fait adopter une levee de 30,000 hommes a Paris. 330.
+ Excuse Dumouriez a la Convention. IV, 21-22.
+ Propose de former deux armees, de sans-culottes, l'une pour Paris,
+ l'autre pour la Vendee. 99.
+ On le croit l'auteur cache du mouvement contre les girondins.
+ Sa conversation avec Meilhan. Reflexions sur son caractere. 143 et
+ suiv.
+ Ses paroles a la convention le 31 mai. 153 et suiv.
+ Details sur son caractere politique. Il commence a perdre sa
+ popularite; il attire les defiances sur son caractere. 284 et suiv.
+ Refuse de faire partie du comite de salut public. V, 64-66.
+ Retourne a Paris; soupconne par les revolutionnaires ardens. 210-211.
+ Essaie de se justifier aux Jacobins. 222 et suiv.
+ Devient l'objet de la haine des membres du comite de salut public.
+ 383-386.
+ Il est arrete. Suites de son arrestation. 388-389.
+ Debats a la convention relatifs a son arrestation. 389 et suiv.
+ Decrete de mise en accusation. Scenes au Luxembourg avec ses amis
+ prisonniers. 394 et suiv.
+ Il est transfere a la Conciergerie avec ses amis. 395 et suiv.
+ Details de son proces et sa mort. 394-412.
+
+ DANTONISTES. Lutte des dantonistes et des hebertistes. V, 394-412.
+
+ DAVID. Ordonnateur de la fete anniversaire du 10 aout, IV, 353-354.
+ Il boira la cigue avec Robespierre. VI, 198.
+ Il est arrete. VII, 235.
+
+ DECRETS (des 5 et 13 fructidor an III) soulevent divers partis contre
+ la convention. Mouvement dans les sections. VII, 338-339.
+
+ DELESSART. Ce ministre est accuse par Brissot et Vergniaud. II, 55-S6.
+
+ D'ENTRAIGUES (Le comte). Il est arrete. Ses papiers et ses revelations a
+ Bonaparte devoilent les projets des royalistes. IX, 182-183.
+
+ DEPARTEMENS. Division de la France en departemens. I, 190.
+ Divers departemens levent des hommes pour l'execution du decret du
+ camp de 20,000 hommes. II, 156.
+ Opinion de divers departemens sur la marche du gouvernement et les
+ divisions de la convention. Ce qui s'y passa. IV, 72 et suiv.
+ Plusieurs departemens levent des hommes contre les Vendeens. 95.
+ Presque tous sont pres de prendre les armes contre la convention apres
+ le 31 mai. 196 et suiv.
+ Mesures qu'on y prend dans ce but. 197-199.
+ Suite du meme sujet. 206 et suiv.
+ Nouveaux details sur l'insurrection. 222-223.
+ Plusieurs departemens se desistent de l'insurrection. Echecs des
+ federalistes. 246-249.
+ Ils sont presque tous soumis. 259-260.
+
+ DEPUTATION. Liste des membres de la deputation de Paris a la convention.
+ III, 9-10.
+
+ DEPUTES. Les deputes decretes d'arrestation apres le 31 mai, se
+ repandent dans les departemens. IV, 198-199.
+
+ DESARMEMENT de tous les citoyens suspects. IV, 25.
+
+ DESERTION. Lois sur la desertion. VIII, 45-46.
+
+ DESEZE. Adjoint a la defense de Louis XVI. III, 219-220.
+ Sa plaidoirie pour Louis XVI. 220 et suiv.
+
+ DESMOULINS (Camille). Il ameute le peuple au Palais-Royal. I, 86-87.
+ Son influence au Palais-Royal. 144-145.
+ Il presente une petition tres hardie. II, 31.
+ Nomme depute a la convention par les electeurs de Paris. III, 9.
+ Passe pour un modere. IV, 286.
+ Censure le comite de salut public dans un pamphlet, et prend la
+ defense du general Dillon, en disant des verites a tout le monde.
+ 287-288.
+ Se justifie aux Jacobins et n'est pas exclu de la Societe. V, 228-229.
+ Il fait son journal, _le Vieux Cordelier_. 307-308.
+ Il presente sa defense dans ce journal. 321 et suiv.
+ Il est accuse aux jacobins. 333 et suiv.
+ Continue a attaquer ses adversaires dans son journal. 351-355 et suiv.
+ Il est arrete. 388-389.
+ Details de son proces. Sa condamnation et son supplice. 394-398-411.
+
+ D'ESPREMENIL. Son caractere. I, 15.
+ Il denonce au parlement un projet ministeriel qui tendait a
+ restreindre sa juridiction, 19-20.
+ Il est arrete en plein parlement. 22.
+ Il propose de faire decreter le tiers-etat. 70.
+ Hue et poursuivi sur la terrasse des Feuillans. II, 214-215.
+
+ D'ESTAING. Commandant de la garde nationale de Versailles. Son
+ caractere. Sa lettre a la reine. I, 160.
+
+ DETTE PUBLIQUE. Le remboursement des deux tiers de la dette est decrete
+ par les conseils, apres le 18 fructidor. IX, 504-509.
+
+ DILLON. Son projet de retraite. II, 341.
+
+ DIMES. Discussions relatives a l'abolition des dimes. I, 130 et suiv.
+ L'abolition est decretee. 132.
+
+ DIRECTOIRE. Pouvoir executif cree par la constitution de l'an III, VII,
+ 335.
+ Nomination des cinq directeurs. Details a ce sujet. VIII, 7-9-11.
+ Situation dangereuse du directoire au commencement de son
+ administration. 12 et suiv.
+ Prend diverses mesures pour remedier a la disette et aux malheurs
+ financiers. 13-15 et suiv.
+ Il est charge de la nomination aux fonctions publiques. 47-48.
+ Maniere dont il use de son pouvoir et dont les directeurs se le
+ partagent. 48 et suiv.
+ Continuation de ses travaux administratifs. VIII, 82 et suiv.
+ Ses plans militaires. 123 et suiv.
+ Il negocie avec l'Angleterre. 340 et suiv.
+ Suite. 356 et suiv.
+ Il envoie Clarke en mission a Vienne. 359.
+ Rompt les negociations commencees avec le cabinet anglais. 390.
+ Son message aux conseils le 25 frimaire. 398 et suiv.
+ Caractere des cinq directeurs; leurs divisions entre eux. IX, 2 et
+ suiv.
+ Situation du gouvernement dans l'hiver de l'an V. 1-17.
+ Discussions relatives au tirage au sort du nouveau directeur pour
+ l'an V. 150-151 et suiv.
+ Sa lutte avec les conseils apres les elections de l'an V, d'ou resulte
+ le coup d'etat du 18 fructidor. 158 et suiv.
+ Il commence a redouter un vaste complot d'apres l'arrestation du comte
+ d'Entraigues. 182-183 et suiv.
+ Division des cinq directeurs au moment de leur lutte avec les factieux
+ des conseils. 184 et suiv.
+ Trois membres, Larevelliere, Rewbell et Barras, prennent la resolution
+ de faire un coup d'etat. 185-188 et suiv.
+ Leurs moyens d'appui pour ce projet, dans les patriotes de Paris.
+ 188 et suiv.; dans les armees. 190.
+ Dispositions politiques de celle d'Italie. 191 et suiv.;
+ de celle du Rhin 194 et suiv.;
+ de celle de Sambre-et-Meuse. 195 et suiv.
+ Resistance des directeurs contre l'opposition des clichyens au sujet
+ de la reorganisation du ministere. 200 et suiv.
+ Son embarras sur la decision a prendre au sujet des negociations
+ commencees avec l'Angleterre et l'Autriche, 242 et suiv.
+ Ses perils augmentent par l'opposition des conseils. Il prend des
+ mesures pour reunir a Paris la force armee. 246 et suiv.
+ Repond d'une maniere energique aux reclamations des conseils au sujet
+ de la marche de Hoche. 250 et suiv.
+ Trois des directeurs font les preparatifs du coup d'etat du 18
+ fructidor. 270-272 et suiv.
+ Ils se reunissent chez Rewbell avec les ministres, en attendant le
+ resultat de la journee. Leur plan. 273-274 et suiv.
+ Execution de ce plan le 18 fructidor. 275 et suiv.
+ Il fait rendre aux conseils plusieurs lois qui lui restituent une
+ puissance revolutionnaire. Journee du 18 fructidor. 282-285 et suiv.
+ Reformes qu'il introduit dans l'administration. Deux nouveaux
+ directeurs sont nommes a la place des deportes. 294 et suiv.
+ Il destitue Moreau de son commandement. 296-297.
+ Projette une descente en Angleterre. 360 et suiv.
+ Declare prendre les Vaudois sous sa protection, et envoie une armee en
+ Suisse. 393 et suiv.
+ Ses dispositions pour remedier aux desordres des republiques
+ italiennes. X, 87-88 et suiv.
+ Il propose et fait decreter la loi sur la conscription. 98-101. (Voyez
+ _Conscription._)
+ Ses moyens et ses plans de guerre pour la campagne de 1793. 123 et
+ suiv.
+ Ses dispositions pour s'opposer a la spoliation des pays allies en
+ Italie. 126 et suiv.
+ Suite de ses plans pour la guerre. 132-134 et suiv.
+ Generaux qu'il nomme. 138 et suiv.
+ Accusations dont il est l'objet apres nos premiers revers en 1759.
+ Raisons qui le justifient. 172-175 et suiv.
+ Nomination de Sieyes a la place de Rewbell. 187.
+ Tous les partis se reunissent contre lui apres nos defaites en Italie.
+ (An VII.) 220 et suiv.
+ Division entre les directeurs. 223-224.
+ Revolution du 30 prairial. Destruction de l'ancien directoire.
+ Treilhard, Larevelliere et Merlin en sortent. 228-232-238.
+ Formation du nouveau directoire. 239 et suiv.
+ Ses premiers actes. 242 et suiv.
+ Mesures prises par les conseils pour lui donner une nouvelle force.
+ 245-250.
+ Ses plans de guerre. 251 et suiv.
+ Sa lutte avec les patriotes. (Voyez _Patriotes_.)
+
+ DISETTE. Desordre qu'elle amene le 4 octobre. I, 165-166.
+ Apres la seconde loi du _maximum_ la disette continue. Mesures
+ que prend la commune pour y pourvoir. Desordres. V, 344-348 et suiv.
+ Pendant l'affreux hiver de 1795 les grains et les bois de chauffage
+ manquent a Paris. VII, 51 et suiv.
+ Suite du meme sujet. 73 et suiv.
+ Les habitans de Paris sont mis a la ration. Violentes scenes et
+ soulevemens populaires. 79 et suiv.
+
+ DIX AOUT. II, 234 et suiv.
+
+ DROITS FEODAUX. Ils sont abolis. I, 125-126 et suiv.
+ Difficultes et discussion qu'entraine la proposition de leur
+ abolition. 128-129.
+
+ DROITS DE L'HOMME. Declaration des droits de l'homme, I, 136 et suiv.
+
+ DROUET. Reconnait le roi a Sainte-Menehould et le fait arreter a
+ Varennes. I. 285-286.
+
+ DUBOIS DE CRANCE. Il remplace Bernadotte au ministere de la guerre. X,
+ 281.
+
+ DUCHASTEL. Malade, vote dans le proces de Louis XVI, pour le
+ bannissement. III, 254.
+
+ DUCHENE (Le pere). Journal redige par Hebert. IV, 425.
+
+ DUMOURIEZ. Son caractere. Ses plans militaires. Il est nomme ministre.
+ II, 58 et suiv.
+ Il prend le bonnet rouge en arrivant au ministere. 60.
+ Son entrevue avec la reine. 65 et suiv.
+ Extrait de ses memoires, _Ibid._
+ Il devient suspect a la Gironde et est soupconne de dilapidations.
+ 82-85.
+ Conseille au roi de sanctionner deux decrets. 91.
+ Sa fermete dans l'assemblee nationale. 104-105.
+ Il donne sa demission. 105-106.
+ Est nomme general en chef des armees du Nord et du Centre. 291.
+ Cherche a s'opposer a l'invasion des Prussiens. 297.
+ Son plan de campagne contre les Prussiens. 341 et suiv.
+ Commencement d'execution de son plan. Les Thermopyles de la France.
+ 345 et suiv.
+ Nouvelles dispositions qu'il prend apres les affaires de l'Argonne.
+ 356 et suiv.
+ Il ecrit a l'assemblee nationale. 359.
+ Ses dispositions apres la retraite des Prussiens. 373 et suiv.
+ Conjectures sur sa mollesse apres avoir sauve le territoire. 375-376.
+ Il se rend a Paris, a la convention et aux Jacobins. III, 69-73-75.
+ Est fete par les artistes, et recoit la visite de Marat. 76-78-79.
+ Repart pour l'armee. 81.
+ Ses plans militaires. 109 et suiv.
+ Il gagne la bataille de Jemmapes. 116-120.
+ Ses projets politiques sur la Belgique. 123 et suiv.
+ Suite de ses actes militaires et administratifs. 125 et suiv. 129.
+ Il se plaint vivement du nouveau mode d'administration des vivres.
+ 134 et suiv.
+ Suite de sa campagne en Belgique; ses succes et ses fautes. 138 et suiv.
+ Son plan de campagne et commencement d'execution. 298 et suiv.
+ Il fait arreter des agens du pouvoir executif. Ses menaces contre le
+ gouvernement. 328-329.
+ Il ecrit une lettre audacieuse a la Convention. Suite de ses actes
+ militaires. IV, 2.
+ Il negocie avec l'ennemi. 13.
+ Ses projets politiques. 14-16.
+ Son traite avec l'ennemi. 18 et suiv.
+ Il devoile entierement ses projets politiques. 27 et suiv.
+ Est mande a la barre de la convention. 31.
+ Six volontaires font sur Dumouriez une tentative d'arrestation. 32-33.
+ Plusieurs de ses projets echouent. 33.
+ Il fait arreter quatre deputes de la Convention. 34-35.
+ Sa tete est mise a prix. Troubles a Paris. 36-37.
+ Il est abandonne par ses troupes, et se retire en Suisse. 39-42.
+ Considerations sur son caractere et son role politique. 42-43.
+
+ DUPORT. Son caractere. I, 15.
+
+ DUPORTAIL. Ministre de la guerre. Designe par Lafayette. I, 251.
+
+ DUVERNE DE PRESLE. (Voy. _Royalistes_.)
+
+
+ EDGEWORTH DE FIRMONT. Confesseur de Louis XVI. III, 263.
+ Ses paroles sur l'echafaud. 270.
+
+ EGYPTE. Projet d'une expedition en Egypte propose par Bonaparte au
+ directoire. Preparatifs secrets. IX, 408-414-419.
+ Etat de l'escadre destinee a porter les troupes. X, 1-3.
+ Route de Toulon a Alexandrie. Prise de Malte. 4-8.
+ Entree a Alexandrie. 12-13.
+ Description de l'Egypte. Sa geographie. Ses habitans. 13-22.
+ Route dans le desert d'Alexandrie au Caire. Mecontentement des soldats.
+ Combat sur le fleuve et sur terre contre Mourad-Bey. Dispositions de
+ l'ennemi pres du Caire. 28-31-36.
+ Bataille des Pyramides. 36-41.
+ Fondation de l'Institut d'Egypte. Ses travaux. 48-50.
+ Bataille navale d'Aboukir. Destruction de notre escadre. 51-57.
+ Conquete de la Haute-Egypte par Desaix. Bataille de Sediman. 286-288.
+ Expedition en Syrie par Bonaparte. Prise du fort d'El-Arisch et Gaza.
+ 290-291 et suiv.
+ Commencement du siege de Saint-Jean-d'Acre. Bataille du Mont-Thabor.
+ 292-297.
+ Retour de l'armee en Egypte. Bataille d'Aboukir. 300-306-310.
+
+ ELBEE (d'). Chef vendeen. IV, 90.
+ Il est tue a Cholet. V, 121-124.
+
+ ELECTEURS. Reunis a l'Hotel-de-Ville, ils livrent des armes au peuple.
+ I, 87.
+ Ordonnent la convocation des districts. 88.
+ Composent une municipalite. _Ibid._
+ Composent une milice bourgeoise de 48,000 hommes. 88-89.
+ Un electeur distribue au peuple des bateaux de poudre. 90.
+ Les electeurs se partagent en divers comites. I, 108.
+
+ ELECTIONS. Elles se font a Paris et dans les provinces. I, 37.
+ Travaux de l'assemblee nationale sur les elections. 191-192.
+ --Mouvemens a Paris et en France a l'epoque des elections de la
+ convention. III, 8 et suiv.
+ --Preparatifs des elections de l'an IV. Effervescence des partis. IX,
+ 33-36.
+ --De l'an V. 146 et suiv.
+ --De l'an VI. 404 et suiv.
+ --De l'an VII. X, 183.
+
+ EMIGRATION. Prend une attitude inquietante. I, 263-264.
+ Loi portee sur l'emigration. 268-269.
+
+ EMIGRES. Epoque ou l'emigration commence a devenir considerable. I, 178.
+ Ils levent des corps au nom du roi. 295.
+ Se preparent obstinement a la guerre a Coblentz. Leur connivence
+ avec la cour. II, 20-21 et suiv.
+ Leurs manoeuvres sont denoncees a l'assemblee legislative. 33 et suiv.
+ Debats dans les conseils sur la loi de la convention relative aux
+ biens des emigres. VIII, 89-90
+
+ EMPRUNT FORCE. Mesures avisees pour son recouvrement. IV, 377 et suiv.
+ Un nouvel emprunt force est propose par le directoire et decrete. Mode
+ de cet emprunt; ses effets. VIII, 41-42 et suiv.
+ Il est ferme, 401.
+ Un nouvel emprunt force est etabli apres la revolution de prairial. X,
+ 246.
+
+ EPAULETIERS (les). Ce que c'etait. V, 318.
+
+ ESPAGNE. La paix est signee avec cette puissance. VII, 318-319.
+ Traite d'alliance offensive et defensive avec la France. VIII, 263-264.
+
+ ETATS-GENERAUX. Provoques par un jeu de mots. I, 14.
+ Renvoyes a cinq ans. 17.
+ Convoques. 23.
+ Leur ouverture. 44.
+
+ ETRANGERS. Ils sont decretes d'arrestation. IV, 394.
+
+ ETRE-SUPREME. Fete a l'Etre-Supreme, le 8 juin 1794. Description et
+ details. VI, 115-118.
+
+ ETTLINGEN. (Voy. _Rastadt_.)
+
+ EUROPE. Situation politique de l'Europe et etat des puissances
+ etrangeres au commencement de 1790. I, 215, 216 et suiv.
+ Dispositions des souverains de l'Europe a l'egard de la France, apres
+ la fuite du roi a Varennes. 295-296.
+ --Dispositions des souverains etrangers a l'egard de la France. II,
+ 18-19.
+ --Projets des puissances etrangeres a l'egard de la France apres le 10
+ aout. II, 292 et suiv.
+ --Dispositions des puissances etrangeres apres le 21 janvier. III, 271
+ et suiv.
+ Reflexions sur la politique de l'Europe. 280 et suiv.
+ --Etat de l'Europe au commencement de 1794. VI, 34 et suiv.
+ --Situation des etats de l'Europe apres la campagne de 1795. VIII, 122
+ et suiv.
+ --Etat de l'Europe en 1795. IX, 36 et suiv.
+ --Mouvement dans les diverses cours, pour former une nouvelle coalition
+ contre la France. X, 62 et suiv.
+
+ EVECHE. Reunion de ce nom. Son but. IV, 47-48.
+ Il s'y tient une assemblee. 138.
+ On y nomme une commission de six membres charges de trouver des moyens
+ de salut public. 139.
+ On y delibere sur une insurrection. 141-142.
+ Les commissaires des sections s'y reunissent le 30 mai. 145.
+ Ce comite d'insurrection est denonce apres le 31 mai. 195.
+
+ EXECUTIONS. Grandes executions des detenus, en juin 1794. VI, 134-138 et
+ suiv.
+ Commandees a Nantes par Carrier. 144-148;
+ a Lyon, a Toulon, a Orange, a Bordeaux, a Marseille, par Freron, Barras
+ et Maignet. 148-149;
+ dans le Nord, par Lebon. 149 et suiv.
+ Ressentiment et indignation que la _terreur_ fait naitre. 153.
+
+ FAVORITE. Bataille de ce nom devant Mantoue. VIII, 424-425.
+
+ FAVRAS (le marquis de). Il est soupconne de comploter contre l'assemblee.
+ Il est regarde comme l'agent de Monsieur. Son proces. I, 195 et suiv.
+ Il est condamne a etre pendu. Sa mort, 203-204.
+
+ FEDERALISME. Origine de ce mot. III, 17-18.
+
+ FEDERATION. Une federation generale de la France est decidee a la
+ municipalite. I, 234.
+ La reunion generale des federes a lieu au Champ-de-Mars. 237 et suiv.
+ Description de la fete. _Ibid._
+ Seconde fete de la federation. II, 184 et suiv.
+
+ FERAUD. Ce depute est assassine au sein meme de la convention par les
+ revoltes du 1er prairial. VII, 209-211.
+ Son assassin est arrache au supplice par les patriotes. Suite de cet
+ evenement. 229 et suiv.
+ Honneurs que la convention rend a sa memoire. Seance funebre. Son eloge
+ est prononce par Louvet. 236 et suiv.
+
+ FEUILLANS. Origine du club de ce nom. I, 213.
+ Le club des feuillans oppose aux jacobins. II, 13-14.
+ Faiblesse de ce parti. 109 et suiv.
+
+ FEVRIER (25) 1793. On pille les boutiques de quelques epiciers. IV, 313
+ et suiv.
+
+ FINANCES. Etat malheureux des finances. I, 226 et suiv.
+ Etat des finances en 93. Mesures prises pour remedier a leur desordre.
+ IV, 369 et suiv. 383.
+ Etat des finances a la fin de 93. V, 180 et suiv.
+ Etat et organisation des finances au commencement de 1794. VI, 88-90 et
+ suiv.
+ Etat des finances apres le 9 thermidor. 270 et suiv.
+ Detresse financiere et commerciale en 1795. Diverses mesures prises par
+ la convention pour y remedier. VII, 59-66 et suiv.
+ Embarras des finances a l'avenement du directoire (1795). VII, 13 et
+ suiv.
+ Nouveaux details sur les assignats. Creation des mandats. Reflexions
+ sur diverses questions des finances. 106 et suiv.
+ Plan de finances pour l'an V. 400 et suiv.
+ Coup d'oeil sur les finances en l'an V. Projets de l'opposition pour
+ entraver le directoire dans ses moyens de pourvoir aux besoins du tresor
+ public. IX, 165 et suiv.
+ Le conseil des cinq-cents decrete diverses mesures favorable a ce
+ projet. Les anciens les rejettent. 172-173.
+ Mesures financieres provoquees par le directoire, apres le 18 fructidor.
+ Remboursement des deux tiers de la dette. 303-309.
+ Finances de l'an VII. X, 96 et suiv. 101-102.
+ Moyens employes pour fournir aux depenses, prochaines de la campagne de
+ 1799. 130-131.
+
+ FLESSELLES (Le prevot). Il promet au peuple 12,000 fusils. I, 89-90.
+ Est accuse de trahison, traine au Palais-Royal et tue d'un coup de
+ pistolet. 98-99.
+
+ FLEURUS. Victoire de ce nom. Evenemens militaires avant et apres la
+ bataille. VI, 169-175 et suiv.
+
+ FOUCHE. Envoye en l'an VI a Milan par le directoire. X, 92-93.
+ Nomme ministre de la police. 272.
+ Se tourne du cote de Bonaparte. 354-355.
+ Il tait la conjuration aux directeurs. 359.
+
+ FOULON et BERTHIER. Ils sont tues par le peuple malgre l'opposition de
+ Lafayette. I, 113-114.
+
+ FOUQUIER-TINVILLE. Idees sanguinaires de cet accusateur public. VI,
+ 137-138 et suiv.
+ Il est mis en accusation. 240.
+
+ FRANCE. Situation politique et morale de la France sous Louis XVI et a
+ l'epoque de la revolution. I, 3 et suiv., 33 et suiv.
+ Troubles et desordres en France apres le 14 juillet. 122-123.
+ Etat alarmant de la France en aout 1789. 133 et suiv.
+ Etat des esprits et situation politique au commencement de l'annee
+ 1790. 192 et suiv.
+ Troubles dans le Midi, en avril 1790. 212.
+ Situation interieure, les premiers mois de 1794. VI, 83 et suiv.
+ Etat interieur de la republique dans l'ete de 1796. VIII, 242 et suiv.
+ Situation interieure et rapports politiques avec l'Europe, apres la
+ retraite de nos armees d'Allemagne. 330 et suiv.
+ Rapports de la France avec le continent en l'an VI. IX, 371 et suiv.
+ Sa situation interieure dans l'hiver de l'an VI. 400 et suiv.
+
+ FREDERIC-GUILLAUME. Sa ligue anglo-prussienne. I, 216.
+
+ FRUCTIDOR (18). Journee de ce nom. Principaux details des evenemens. IX,
+ 270-287.
+ Augereau s'empare des Tuileries. 275-278.
+ Les conseils sont repousses du lieu de leurs seances. 280.
+ Les conseils se forment de nouveau, et rendent tous les decrets que
+ demande le directoire. Des deputes et deux directeurs sont condamnes a
+ la deportation. 280-288.
+ Necessite de ce coup d'etat. Ses consequences. 291 et suiv.
+
+ GARAT. Il cherche a rassurer la convention sur ses craintes. Son
+ discours IV, 130 et suiv.
+
+ GARDES-DU-CORPS. Ils donnent un repas aux officiers de la garnison a
+ Versailles. Suite de cette fete. I, 162 et suiv.
+
+ GARDE-MEUBLE. Il est vole. Bruits qui coururent sur ce vol et sa
+ destination. III, 6-7.
+
+ GARDE NATIONALE. La milice bourgeoise prend le nom de garde nationale,
+ et adopte la cocarde tricolore. I, 109-110.
+ Debats au conseil des cinq-cents sur une nouvelle organisation de la
+ garde nationale. IX, 276 et suiv.
+
+ GENES. Paix avec cette republique. VIII, 348.
+
+ GENSONNE. Son rapport a l'assemblee legislative sur les troubles de
+ l'Ouest. II, 26-27.
+
+ GEORGES (Saint-). Voy _Bassano_.
+
+ GERLE (dom.) Chartreux, propose de declarer la religion catholique la
+ seule religion de l'Etat. I, 208.
+ Il retire sa proposition. 209.
+
+ GERMINAL (journee du 12). Les patriotes envahissent la convention. Ils en
+ sont chasses, et ensuite desarmes en execution d'un decret. VII,
+ 106-124.
+
+ GIRONDINS. Origine de ce nom. Leur role dans l'assemblee legislative.
+ II, 11-13.
+ Ils dominent dans le ministere. 62-82.
+ Accusations dont ils sont l'objet, 302 et suiv.
+ Leur position a la convention. III, 19 et suiv.
+ Portraits de plusieurs d'entre eux. 12 et suiv.
+ Sont accuses de federalisme, et de vouloir sacrifier Paris. 17-19.
+ Essai de rapprochement et rupture. 21-22.
+ Embarras et facheuse position des girondins apres le 25 fevrier. 320 et
+ suiv.
+ Menaces le 31 mai, se rendent tous armes a la convention. IV, 147.
+ Se reunissent le 1er juin pour se concerter. 171-172.
+ Sont mis en etat d'arrestation. 189-190.
+ Plusieurs sont envoyes devant le tribunal revolutionnaire, et d'autres
+ sont mis en etat d'arrestation. V, 78-79.
+ Circonstances de leur proces. Un decret de circonstance leur ote la
+ parole. 152-163.
+ Ils sont condamnes et executes. 164-167.
+
+ GOHIER. Nomme directeur a la place de Treilhard. X, 232.
+ Representant des patriotes et president du directoire. 337-338.
+ Il complimente Bonaparte a son retour d'Egypte. 338.
+ Sa femme est liee avec Josephine Bonaparte. 346.
+ Il est sonde par Bonaparte, qui voudrait etre directeur, et qui n'a
+ pas l'age necessaire. 348.
+ Altercation avec Bonaparte. 371-372.
+
+ GORSAS. Son arrestation. III, 305.
+
+ GOUVERNEMENT REVOLUTIONNAIRE. Effets des lois revolutionnaires. V, 128
+ et suiv.
+
+ GRANGENEUVE. Sa proposition a Chabot. II, 191-192.
+
+ GRAND-LIVRE DE LA DETTE PUBLIQUE. Comment il fut institue en 93. Ses
+ avantages financiers. IV, 371 et suiv.
+
+ GREGOIRE (l'abbe). Se presente aux communes. I, 55.
+
+ GRENELLE. La poudriere de Grenelle prend feu. VI, 290.
+ Les patriotes attaquent le camp de Grenelle. VIII, 259 et suiv.
+
+ GUADET. Fait une application historique aux circonstances du moment. IV,
+ 109-110.
+ Propose la destitution des autorites de Paris, et le transfert de la
+ convention a Bourges. 112-113.
+ Son courage a la convention le 31 mai. 157-158.
+
+ GUERRE. Premieres dispositions des armees. II, 76-78.
+ Echec du general Rochambeau. 78 et suiv.
+ Etat des affaires militaires apres le 10 aout. 283 et suiv.
+ Situation militaire de la France en octobre 1792, III, 55 et suiv.
+ Affaires militaires en octobre et novembre 1792. 109 et suiv.
+ Situation de nos armees sur le Rhin et aux Alpes a la fin de 1792. 142
+ et suiv.
+ Evenemens militaires en Belgique. 289 et suiv.
+ Nos armees eprouvent plusieurs revers. 324 et suiv.
+ Dispositions de la convention pour trouver des hommes et de l'argent.
+ IV, 103 et suiv.
+ Situation militaire de la France en 93. 214 et suiv.
+ Etat de l'armee du Nord: _ibid._;
+ de l'armee de la Moselle: 218;
+ du Rhin: _ibid._;
+ d'Italie: 223-224;
+ des Pyrenees: 226 et suiv.;
+ de la Vendee. 229 et suiv.
+ Victoire en Espagne en juillet 93. 256-257.
+ Siege de Mayence. 309-320.
+ Siege de Valenciennes par les ennemis. 320-323.
+ Le camp de Cesar est evacue par les Francais. 351-352.
+ Mouvement des armees en aout 1793. V, 1 et suiv.
+ Etat de l'armee du Rhin. 3-6.
+ Commencement du siege de Lyon 6-10.
+ Marche des troupes ennemies en aout et septembre 1793. 21 et suiv.
+ Victoire de Hondschoote. 24-25.
+ Revers dans le Nord. 27-29.
+ Echec de l'armee des Pyrenees. 32 et suiv.
+ Organisation de l'armee de l'Ouest. 68.
+ L'armee des Alpes repousse les Sardes. 86-87.
+ Progres de l'art de la guerre. Reflexions a ce sujet. 97 et suiv.
+ Suite des operations militaires a a frontiere du Nord. 101-107.
+ Victoire de Wattignies. 108-109.
+ Les lignes de Wissembourg sont prises par l'ennemi. 124 et suiv.
+ Jonction des armees du Rhin et de la Moselle. Les Autrichiens sont
+ chasses des frontieres. 146-251.
+ Siege et prise de Toulon par les republicains. 252-261.
+ Reflexions sur cette campagne, et recapitulation des principaux faits.
+ 292 et suiv.
+ Preparatifs en France, de 1793 a 1794, pour la levee, l'equipement et
+ l'armement des armees de terre et de mer. VI, 48-49.
+ Premiers evenemens de la campagne de 1794 aux Pyrenees: 54-56:
+ aux Alpes et vers l'Italie: 56-60;
+ au Nord. 60-73.
+ Victoire de Turcoing. 71 et suiv.;
+ en Vendee: 74 et suiv.;
+ en Bretagne contre les chouans: 75-76;
+ aux colonies. Revoltes a Saint-Domingue. 76 et suiv.
+ Sur mer, combat du 13 prairial an II, destruction du vaisseau _le
+ Vengeur_. 78-82.
+ Reprise des operations militaires en aout 1794. 166 et suiv.
+ Victoire de Fleurus. Evenemens militaires avant et apres la bataille.
+ 169-175.
+ Reprise de Conde, Valenciennes, Landrecies et le Quesnoy. 301-304.
+ Mouvemens de l'armee du Nord.
+ Bataille de l'Ourthe. 306-308.
+ Bataille de la Roer. 309 et suiv.
+ Passage de la Meuse par Pichegru. 315 et suiv.
+ Mouvemens et succes des armees de la Moselle et du Haut-Rhin,
+ commandees par Michaud. 317-318.
+ Situation de l'armee des Alpes et des Pyrenees. 318-320.
+ Suite de la guerre de la Vendee. 320 et suiv.
+ Situation de l'armee en Belgique a la fin de 1794. Prise de Nimegue.
+ VII, 1-7.
+ Projets pour la conquete de la Hollande. 7 et suiv.
+ Notre armee se repand en Hollande par divers points, et occupe tout
+ le pays. 20 et suiv.
+ Suite des operations militaires en Espagne, en Catalogue et aux
+ Pyrenees. 27-29.
+ Etat des armees apres les evenemens de prairial an III. 253 et suiv.
+ Operations de Jourdan, de Moreau, de Pichegru et de Kleber dans le
+ Nord. 253-254.
+ Situation de l'armee des Alpes sous Kellermann. 255 et suiv.
+ Position militaire en Espagne. 257.
+ Expedition de Quiberon. (Voy. _Quiberon_). 269-311.
+ Passage du Rhin par Jourdan et Pichegru. 320 et suiv.
+ Marche retrograde de l'armee de Sambre-et-Meuse. 377-378.
+ Jourdan repasse le Rhin. VIII, 19.
+ Perte des lignes de Mayence. 20-22.
+ Situation des armees du Rhin, des Alpes et des Pyrenees vers la fin
+ de l'an IV. 55 et suiv.
+ Details de la bataille de Loano. 58-61.
+ Expedition de l'Ile-Dieu. 62 et suiv.
+ Reflexions sur la campagne de 1795. 76.
+ Campagne de 1796. 140-241-278-326.
+ Etat de l'armee d'Italie au commencement de la campagne de 1796. 141
+ et suiv.
+ Conquete du Piemont. 141-161.
+ Conquete de la Lombardie. 173 et suiv.
+ Bataille de Lodi. 178 et suiv.
+ Passage du Mincio. 198-200.
+ Entree des Francais dans les Etats-Romains et en Toscane. 214-217.
+ Suite de la guerre sur le Danube et sur le Rhin. 218-219 et suiv.
+ Passage du Rhin par Moreau, et suite des operations militaires. 226 et
+ suiv.
+ Batailles de Rastadt et d'Ettlingen. 230 et suiv.
+ Etat de nos armees en Allemagne et en Italie en aout 1796. 241.
+ Reprise des hostilites en Italie. Etat de notre armee. 272.
+ Notre ligne sur l'Adige est forcee. 278-279.
+ Bataille de Lonato. 283-286.
+ Bataille de Castiglione. 288 et suiv.
+ Operations sur le Danube. Bataille de Neresheim. 297-298.
+ L'armee de Sambre-de-Meuse est repoussee par l'archiduc. 300-301.
+ Suite de la guerre d'Italie. Bataille de Roveredo. 303-307.
+ Marche de Bonaparte sur la Brenta. Bataille de Bassano et de
+ Saint-Georges. 308-312-315.
+ Nouvel echec de l'armee de Sambre et Meuse a Wurtzbourg.
+ Retraite. 316-317 et suiv.
+ Retraite de Moreau. 321-326.
+ Extreme danger de l'armee d'Italie. Bataille d'Arcole.
+ 355-364-367-370-395.
+ Expedition d'Irlande. 379.
+ Reddition du fort de Kelb. 404.
+ Reprise des hostilites en Italie. 405 et suiv.
+ Description du champ de bataille de Rivoli. Bataille de Rivoli.
+ 411-414-423.
+ Bataille devant Mantoue ou de la _Favorite_. 424-425.
+ Prise de Mantoue. 425 et suiv.
+ Reflexions sur la campagne de 1796 en Italie. 428 et suiv.
+ Reprise de la campagne en l'an V. Etat de l'armee de Sambre-et-Meuse:
+ IX, 45 et suiv.; de l'armee du Haut-Rhin. 46-47.
+ L'armee d'Italie est renforcee. 47-48.
+ Nouvelle campagne contre l'Autriche. Passage du Tagliamento. 60-67.
+ Combat de Tarwis. 68-72.
+ Marche sur Vienne. 86 et suiv.
+ Passage du Rhin a Neuwied par Hoche, a Diersheim par Desaix. 103.
+ L'armee de Sambre-et-Meuse et celle du Rhin sont reunies en une seule,
+ et le commandement en est donne a Hoche. 298.
+ Expedition en Suisse, Brune s'empare de Berne. 395-398.
+ Expedition d'Egypte. (Voy. _Egypte_). Reprise des hostilites en
+ l'an VII. Une armee napolitaine envahit les Etats Romains. X, 109 et
+ suiv.
+ Manoeuvres de Championnet. _Ibid._ et suiv.
+ Les Napolitains sont battus. Championnet rentre dans Rome. 111-113.
+ Conquete du royaume de Naples. 113-119.
+ Campagne de 1799. Etat de nos forces militaires et plans de guerre.
+ 122 et suiv., 132 et suiv., 135-137.
+ Invasion des Grisons par Massena. 144-145.
+ Bataille de Stockach. Retraite de Jourdan. 149-153-157.
+ Distribution de nos armees en Italie. Forces ennemies. Premieres
+ operations de Scherer. Combats sanglans sous Verone. 157-166.
+ Bataille de Magnano. Retraite de Scherer. 164-167.
+ Massena reunit le commandement de l'armee du Danube et d'Helvetie, et
+ occupe la ligne de la Limmat. 189-192 et suiv.
+ Suite de la guerre en Italie. Arrivee de Suwarow. 193 et suiv.
+ Moreau remplace Scherer dans le commandement. Bataille de Cassano.
+ 195-197.
+ Retraite de Moreau au-dela du Po et de l'Apennin. Details de cette
+ belle operation. 197-204.
+ Combat sur la Limmat en Suisse (prairial an VII). 206 et suiv.
+ Essai de jonction entre l'armee de Naples et celle de Moreau. 210 et
+ suiv.
+ Bataille de la Trebbia. 213-215 et suiv.
+ Ses suites funestes. Retraite de Macdonald. 217-218.
+ Reprise de la campagne. Mouvemens de Massena vers les Grandes-Alpes
+ (juillet 1799). 253-254.
+ Suite des affaires en Italie. 254 et suiv.
+ Joubert arrive a l'armee d'Italie pour remplacer Moreau. Etat de ses
+ forces. Bataille de Novi. 256-265.
+ Debarquement des Anglo-Russes en Hollande. Echec de Brune. 266-268.
+ Nouveau plan du conseil aulique. Description du theatre de la guerre en
+ Suisse. Bataille de Zurich. 313 et suiv. 330.
+ Desastre et retraite de Suwarow en Suisse. 327-330.
+ Defaite des Anglo-Russes en Hollande par Brune. 330-331.
+ Fin de la campagne de 1799. Ses resultats heureux. 331-332.
+
+ HEBERT. Journaliste. Il est arrete. IV, 126.
+ Ses cruautes a l'egard des prisonniers du Temple. V, 144 et suiv.
+ Il est arrete avec Ronsin, Vincent et autres. 371.
+ Son proces et sa mort. 374-377-378-379.
+
+ HEBERTISTES. Lutte des hebertistes et des dantonistes. V.
+ 301-324-379-416.
+ Manoeuvres et caracteres de ce parti. 337-338 et suiv.
+ Plusieurs d'entre eux sont arretes. 371 et suiv.
+ Proces et supplice des principaux chefs. 374-379.
+
+ HELVETIQUE (Republique). (Voy. _Suisse_).
+
+ HENRIOT. Il est nomme commandant de la garde parisienne le 31 mai. IV,
+ 148.
+ Fait tirer le canon d'alarme. 150.
+ Barre le passage a la convention le 2 juin. 181-182.
+
+ HERAULT-SECHELLES. Il est decrete de mise en accusation. V, 394.
+ Son proces et sa mort. 398-412.
+
+ HEREDITE. L'heredite du trone est votee. I, 150.
+ Discussions relatives a l'heredite de la couronne. _Ibid._ et
+ suiv.
+
+ HOCHE. Est nomme general de l'armee de la Moselle. V, 97.
+ Sa manoeuvre dans les Vosges. 246-249.
+ Il est nomme commandant en chef des armees du Rhin et de la Moselle.
+ 249.
+ Est remplace dans son commandement par Pichegru, et jete en prison par
+ ordre de Saint-Just. VI, 60.
+ Est elargi. 243.
+ Ses operations militaires et politiques en Vendee (1795). VII, 37 et
+ suiv.
+ Suite de ses operations en Bretagne. 149 et suiv.
+ Il cherche a dejouer les projets des royalistes en Bretagne. 267 et
+ suiv.
+ Est nomme commandant de l'armee de l'Ouest. Ses dispositions pour
+ s'opposer a la nouvelle expedition anglaise. VIII, 25 et suiv.
+ Il cherche a amener la pacification definitive de la Vendee. Son plan.
+ 68-69 et suiv.
+ Execution de ses projets. 72 et suiv.
+ Il est nomme commandant de l'armee dite des cotes de l'Ocean. 126.
+ Le directoire approuve tous ses plans sur la Vendee, et il continue a
+ les executer. 126-127 et suiv.
+ Par ses soins la Vendee et la Bretagne sont entierement soumises.
+ 138-139.
+ Il publie une lettre pour dementir certains bruits qu'on repandait sur
+ lui et sur Bonaparte. 244-247.
+ Conseille une expedition en Irlande. 265.
+ Son expedition en Irlande. 390-395.
+ Est nomme general de l'armee de Sambre-et-Meuse apres la demission de
+ Jourdan. 404.
+ Il passe le Rhin a Neuwied. IX, 103.
+ Ses dispositions politiques favorables au directoire menace. Barras
+ s'adresse a lui pour obtenir des troupes en cas de besoin. Details de
+ ses relations avec le directoire et de ses preparatifs pour cet objet.
+ 196 et suiv.
+ Il est nomme ministre de la guerre en l'an V. 209.
+ Suite de ses preparatifs pour soutenir le directoire. 210 et suiv.
+ Suite de ses relations avec quelques membres du directoire pour le meme
+ objet. 219 et suiv.
+ Ses operations militaires dans l'affaire de Quiberon. (Voy. _Quiberon_).
+ Sa mort. Reflexions sur sa carriere politique et militaire. 298-302.
+
+ HOLLANDE. Conquete de ce pays. VII, 1-23.
+ Esprit public en Hollande a l'arrivee des Francais. 9-13 et suiv.
+ Mesures politiques prises par la convention pour le gouvernement de la
+ Hollande. 24 et suiv.
+ La paix est signee avec cette puissance. Principales conditions du
+ traite. 130-133.
+ Sa situation en 1797. IX, 37 et suiv.
+ Revolution dans ce royaume, qui se donne une constitution semblable a
+ la constitution francaise. 372-375.
+ Nouvelles commotions politiques dans l'hiver de l'an VI. X, 76.
+ Debarquement des Anglo-Russes. 266-267.
+ Les Anglo-Russes y sont defaits par Brune et evacuent le pays. 330-331.
+
+ HONDSCHOOTE. Recit de cette victoire, et operations militaires qui la
+ precederent. V. 24-26.
+
+ HOTEL-DE-VILLE. Les electeurs s'y reunissent. I, 78.
+ Confusion qui y regne dans les journees du 13 et du 14 juillet. 90.
+ Arrivee de ceux qui avaient pris la Bastille. 98.
+ Embarras de l'Hotel-de-Ville apres le 14 juillet. 108-109.
+ Il est force le 4 octobre par des femmes et des hommes armes de piques.
+ 165.
+
+ HOUCHARD. Envoye au tribunal revolutionnaire. V. 96.
+
+ ILE-DIEU. Expedition de ce nom. VIII, 62 et suiv.
+
+ INSTITUT d'Egypte. (Voy. _Egypte_).
+
+ INSTITUTIONS anglaises. Qui sont ceux qui les desiraient. I, 118 et suiv.
+
+ INSURRECTION. Projet d'insurrection dans les faubourgs. II, 203 et suiv.
+ Une grande insurrection est fixee pour le 10 aout. 231-232.
+ Celle du 31 mai est arretee. Par qui. IV, 145.
+ Principaux details sur cette insurrection. 146 et suiv., 158-159 et
+ suiv.
+ Evenemens des 1er et 2 juin. IV, 166-170-171-173 et suiv.,
+ 176-180-183-184.
+
+ IRLANDE. Expedition francaise dans ce pays. Elle echoue. VIII, 390-395.
+ Leger echec des Francais en Irlande. X, 102.
+
+ ISNARD. Son discours a l'occasion d'un projet de decret relatif aux
+ emigres. II, 34-36.
+ Sa reponse a la petition de la section de la Fraternite. IV, 127.
+
+ ITALIE. Tableau geographique et politique de cette contree, a l'epoque
+ de la conquete par les Francais. VIII, 161-169.
+ Coup d'oeil sur l'etat de l'opinion publique apres la conquete de la
+ Lombardie. 209 et suiv.
+ Negociations avec divers etats de ce pays. 268 et suiv.
+ Insurrections revolutionnaires dans plusieurs villes. Perfidie des
+ Venitiens apres le depart de Bonaparte. IX, 72 et suiv., 85.
+ La revolution se propage apres les preliminaires de Leoben. Soulevement
+ a Genes. 134 et suiv.
+ Fondation de la republique cisalpine. Affaires de la Valteline.
+ 314-318-321.
+ Evenemens militaires de la campagne de 1799. (Voy. _Guerre_.)
+ Fermentation des etats italiens en l'an VI. 380 et suiv.
+ Revolution a Rome, 381-388.
+ Conquete de Naples. (Voy. _Naples_.) Desordres des republiques
+ italiennes alliees. Changemens operes dans la constitution cisalpine. X,
+ 83-89-94.
+ Envahissement des Etats romains par les Napolitains. (Voy. _Guerre_.)
+ Revolution du Piemont. 119 et suiv.
+
+ JACOBINS. Club de ce nom. Son influence. I, 213.
+ Ils adressent a l'assemblee une petition demandant la decheance du roi.
+ 302.
+ Organisation du club de ce nom. II, 13.
+ Robespierre se retranche aux Jacobins. Ils se prononcent contre les
+ projets de guerre. 47-48.
+ Leur projet de deposer le roi de vive force. 190-191 et suiv.
+ Leur puissance apres le 10 aout. 272-274.
+ Grande puissance de leur club. Les riches equipages qui se pressent a
+ la porte. Affiliations nombreuses. Marat y parait encore etrange. III,
+ 70-73.
+ Agitation qui y regne apres l'accusation de Robespierre, par Louvet, a
+ la convention. 91 et suiv.
+ Font divers projets pour remedier a la disette. 310.
+ Vive discussion au sujet du pillage du 25 fevrier. 315-16.
+ Une populace armee se presente a ce club. 341-342.
+ Se prononcent contre les agitateurs. 348 et suiv.
+ Projets des jacobins a la suite de la chute des girondins. Mesures
+ qu'ils prennent pour profiter de la victoire du 31 mai. IV, 191.
+ Leur role apres le 31 mai. 279 280.
+ Discussion au sujet du renouvellement et de la prorogation du comite de
+ salut public. 293-296.
+ Seance du 7 aout 179, a laquelle assistent les commissaires des
+ departemens. Discours de Robespierre. 348-349.
+ Decident, sur la motion de Robespierre, que leur societe sera epuree.
+ V, 221-222.
+ Plusieurs membres sont exclus. 228-229.
+ Seance du 6 prairial an II, apres la tentative d'assassinat sur
+ Robespierre et Collot-d'Herbois. VI, 102-107.
+ Font une petition a la convention, dirigee indirectement contre les
+ comites. 185 et suiv.
+ Le club est ouvert de nouveau et epure apres le 9 thermidor. 363.
+ Sont reprimes dans les provinces. 334 et suiv.
+ Ceux de Paris tachent de se defendre apres la reaction du 9 thermidor.
+ 335 et suiv.
+ Rumeur au club de Paris, menace d'epuration par la convention. 348 et
+ suiv.
+ Mesures qu'ils prennent pour eluder le decret rendu contre les
+ societes populaires. 258-259.
+ Seances orageuses au club de Paris au sujet du proces de Carrier.
+ 374-375 et suiv.
+ Leur salle est investie par un attroupement. Tumulte et scenes
+ violentes dans Paris. 383 et suiv.
+ Leurs seances sont suspendues. Reflexions sur ce club. 388 et suiv.
+ Leur societe etant dissoute, ils se refugient au club electoral.
+ 390-391. (Voy. _Club electoral_.)
+
+ JANVIER (21). Une fete anniversaire de la mort de Louis XVI est
+ instituee par les conseils. La premiere se celebre le 1er pluviose an
+ IV. VIII, 92-93.
+
+ JEAN DE BRY. Propose de juger a la fois Marat et Robespierre. III, 107.
+
+ JEMMAPES. Bataille de ce nom. Evenemens militaires qui y ont rapport.
+ III, 114 et suiv.
+
+ JEU DE PAUME. La salle du Jeu de Paume devient le lieu des seances de
+ l'assemblee nationale. Les deputes assembles dans le Jeu de Paume
+ pretent le serment de ne pas se separer avant l'etablissement d'une
+ constitution. I, 62-63.
+ On fait louer la salle pour empecher une nouvelle seance. 64-65.
+
+ JEUNESSE DOREE. Parti auquel on donna ce nom. VI, 338.
+
+ JORDAN (Camille). Son rapport aux cinq-cents sur la liberte des cultes.
+ IX, 162 et suiv.
+
+ JOUBERT. Est nomme par le nouveau directoire commandant de l'armee
+ d'Italie, et remplace Moreau. X, 243.
+ Est tue a la bataille de Novi. 260.
+
+ JOUR DE L'AN. Ceremonial aboli par l'assemblee legislative a propos des
+ hommages rendus au roi dans ce jour. II, 44.
+
+ JOURDAN. Est nomme general en chef de l'armee du Nord. V, 97.
+ Gagne les batailles de l'Ourthe et de la Roer. VI, 309 et suiv.
+ Manoeuvres du general pour favoriser le passage du Rhin par Moreau.
+ VIII, 221 et suiv.
+ Passe le Rhin. 228-238 et suiv.
+ Est repousse sur le Mein par l'archiduc Charles. 300-301.
+ Est battu a Wurtzbourg, et bat en retraite. VIII, 318-319.
+ Nomme depute en l'an V. IX, 147-148.
+ Est appele au commandement de l'armee du Danube. X, 140.
+ Ses operations militaires dans la campagne de 1799. (Voy. _Guerre_.)
+ Propose aux cinq-cents de declarer la patrie en danger (17 fructidor
+ an VII). Sa proposition est rejetee. 279-281.
+
+ JOURNAUX. Divers journaux, representant les opinions des partis, sont
+ publies au commencement du directoire. VIII, 54.
+ Licence des journalistes., VIII, 396-397.
+
+ JUILLET (12, 13, 14). Le peuple parcourt les rues avec les bustes de
+ Necker et du duc d'Orleans. Le regiment de Royal-Allemand le disperse.
+ I, 87.
+ Les gardes-francaises font feu sur le Royal-Allemand. _Ibid_. Le
+ peuple force les barrieres, pille les greniers de Saint-Lazare, et
+ prend des armes au Garde-Meuble. 89.
+ Divers bruits se repandent sur les projets hostiles de la cour. 93-94.
+ Le peuple enleve les canons de l'Hotel des Invalides, et court a la
+ Bastille. 95-96.
+ Suites de ces journees. 98-99.
+
+ JUIN (20). Evenemens de cette journee. Ses causes. II, 124-140.
+ Suites de cette journee. 141 et suiv.
+
+ KAIRE (Le). (Voy. _Egypte_.)
+
+ KELH. Reddition de ce fort par Moreau. VIII, 404.
+
+ KERSAINT. Donne sa demission a la convention nationale, pour ne pas
+ s'asseoir avec des hommes de sang. III, 258-259.
+
+ KLEBER. Ses operations militaires en Bretagne. V, 265-268-271-280-282 et
+ suiv.
+ Bonaparte lui confie le commandement de l'armee d'Egypte. X. 312.
+
+ KLINGLIN. Correspondance de Pichegru avec les princes emigres, trouvee
+ dans un fourgon du general Klinglin. IX, 194-195.
+
+ LADMIRAL. Il tente d'assassiner Robespierre ou Collot-d'Herbois, et
+ echoue. VI, 96-98.
+
+ LAFAYETTE (Le marquis de). Vice-president de l'assemblee constituante. I,
+ 92.
+ Il est nomme commandant de la milice bourgeoise de Paris. 104.
+ Details sur sa vie et son caractere. I, 110 et suiv.
+ Il donne sa demission, et reprend aussitot le commandement. 114.
+ Declaration des droits. 136 et suiv.
+ Traite de Cromwell. 144.
+ Arrete le peuple sur la route de Versailles. 172.
+ Arrive a Versailles dans la nuit du 4 octobre. Ses efforts pour
+ contenir le peuple a Paris. Il tranquillise le roi, et prend diverses
+ mesures pour maintenir l'ordre. Fatigue de vingt-quatre heures et repos.
+ 172 et suiv.
+ Defend le chateau attaque par les brigands. Montre la reine au peuple.
+ 175 et suiv. (Voy. _Versailles_.)
+ Traite par Mirabeau de Cromwell-Grandisson. Engage le duc d'Orleans a
+ quitter Paris. 179-180.
+ Punit quelques soldats mutines pour une augmentation de paie. 194-195.
+ Conseille au roi de s'attacher demonstrativement et sincerement au
+ parti populaire. 199.
+ Denonce a la tribune l'influence secrete de l'Angleterre dans les
+ affaires de la revolution. 219-220.
+ Comprime diverses emeutes. 267-268.
+ Disperse les jacobins attroupes au Champ-de-Mars. 302 et suiv.
+ Envoye a l'armee du Rhin avec Luckner et Rochambeau. II, 40.
+ Prend le commandement de l'armee du Centre. 44.
+ Dumouriez s'oppose a ce qu'il ait le commandement general. 77.
+ Sa position au milieu des partis a la fin de 1792. 110 et suiv.
+ Il ecrit une lettre a l'assemblee. 112 et suiv.
+ Se rend a l'assemblee et y expose divers griefs. 146; et suiv.
+ S'assied au banc des petitionnaires. Ses projets en faveur du roi
+ echouent. Il repart pour l'armee. 149 et suiv.
+ Il propose au roi un projet de fuite. 206.
+ Est mis hors d'accusation par l'assemblee. 231.
+ Il fait arreter des commissaires envoyes par l'assemblee. On demande
+ son accusation. Ses projets. 286-287.
+ Il est declare traitre a la patrie et decrete d'accusation. 287.
+ Il est abandonne par Dumouriez. Se retire dans les Pays-Bas, et est
+ fait prisonnier par les Autrichiens, 289-291.
+ Son elargissement des prisons d'Olmutz, par suite du traite de
+ Campo-Formio. IX, 334.
+
+ LAMBALLE (La princesse de). Elle est massacree. II, 334-335.
+
+ LAMETH. Les deux freres Lameth se liguent avec Barnave et Duport. I, 117.
+ Ils s'entendent avec la cour. I. 293.
+
+ LAMOURETTE. Eveque constitutionnel de Lyon et depute a l'assemblee
+ legislative. Motion de ce depute. II, 173-174.
+ Effet produit par cette motion. 175.
+
+ LANJUINAIS. Il soutient que le decret qui casse la commission des douze
+ est nul. Tumulte et menaces a ce sujet. IV, 155 et suiv.
+ Son courage a la tribune le 2 juin. 178-179.
+
+ LAREVELLIERE-LEPAUX. Il sort du directoire dans la revolution de prairial
+ an VII. Sa conduite dans cette circonstance. X, 232-238.
+ (Voy. _Directoire_.)
+
+ LAROCHE-JAQUELIN. Chef Vendeen. IV, 90-91.
+
+ LAVILLE-HEURNOIS. (Voy. _Royalistes_.)
+
+ LECOINTRE (de Versailles). Il accuse a la convention les membres des
+ anciens comites. VI, 281 et suiv.
+ Son accusation est declaree fausse et calomnieuse. 288 et 289.
+
+ LEMAITRE. Chef des agens royalistes. Il est arrete apres le 13
+ vendemiaire. Sa correspondance. VII, 373 378.
+
+ LEOBEN. Preliminaires de paix avec l'Autriche, signes dans cette ville.
+ Principaux articles. IX, 91-95 et suiv.
+
+ LEOPOLD. Intentions de ce prince envers la France et Louis XVI. II, 40
+ et suiv.
+
+ LEPELLETIER-SAINT-FARGEAU. Il est tue par un garde-du-corps. III,
+ 265-266.
+
+ LESCURE (De). Chef vendeen. IV, 91.
+ --Il est tue dans un combat. V, 123.
+
+ LETOURNEUR. Son caractere et sa conduite au directoire. IX, 5-6.
+ Le tirage au sort le fait sortir du directoire. 154.
+
+ LEVEE EN MASSE. Elle est decretee. IV, 362.
+ Moyen qu'on emploie pour l'execution de cette mesure. 363 et suiv.
+
+ LIDO. Massacre des Francais dans le port de ce nom a Venise. IX, 114 et
+ suiv.
+
+ LIEUTAUD. Entretient une troupe pour parler en faveur du roi. II, 205.
+
+ LILLE. Bombardement de cette ville par le duc de Saxe-Teschen.
+ L'archiduchesse Christine y assiste. III, 56.
+ Negociations entamees en cette ville entre la France et l'Angleterre,
+ en messidor an V. IX, 235-243.
+ Rupture de cette conference par le directoire. 310-311 et suiv.
+
+ LINDET (Robert). Il fait a la convention un rapport sur l'etat de la
+ France (20 septembre 1794). VI, 293 et suiv.
+
+ LIVRE ROUGE. Louis XVI fait cacheter les feuillets ou sont marquees les
+ depenses de Louis XV. I, 230-231.
+
+ LOANO. Bataille de ce nom. VIII, 58-61.
+
+ LODI. Bataille et passage du pont de Lodi. VIII, 178 et suiv.
+
+ LOMBARDIE. Conquete de ce pays. VIII. 173 et suiv.
+
+ LONATO. Bataille de ce nom. VIII, 283-285.
+
+ LOUIS XVI. Il monte sur le trone. Sou caractere. Ascendant de la reine.
+ I, 6-7.
+ Sa position et ses incertitudes. L'initiative qu'il pouvait prendre.
+ 29 et suiv.
+ Il assiste a l'ouverture des etats-generaux et prononce un discours. 44.
+ Dans la seance du 23 juin, il prononce un discours qui irrite les
+ esprits. 65-66.
+ Ordonne a l'assemblee de se separer sur-le-champ. 66.
+ Repond froidement a l'assemblee nationale qui demandait le renvoi des
+ troupes. 92.
+ Declare a la deputation de l'assemblee qu'il a ordonne l'eloignement
+ des troupes. 95.
+ Ses inquietudes. Conversation avec le duc de Liancourt. 100.
+ Il se rend a l'assemblee nationale et y est recu avec enthousiasme. 102.
+ Se rend a Paris, escorte de deux cents deputes, et fait un discours a
+ l'Hotel-de-Ville. 105-106.
+ Est proclame restaurateur de la liberte francaise. 127.
+ Sa reponse a l'assemblee, qui lui demandait acceptation et promesse de
+ promulgation des articles constitutionnels et de la declaration des
+ droits. 167.
+ Il accepte purement et simplement les articles et la declaration des
+ droits. 171.
+ Revient a Paris. 177.
+ Se presente a l'assemblee le 4 fevrier 1790, et fait un discours. Est
+ reconduit aux Tuileries par le peuple. 196 et suiv.
+ Sa liste civile est fixee a 25 millions. 231.
+ Assiste a la fete de la federation avec la reine, et prete le serment de
+ maintenir la constitution. 240-241.
+ Frappe du sort de Charles Ier. 252.
+ Ses projets de fuite. 266.
+ Le peuple arrete sa voiture. 276-277.
+ Ses negociations avec des princes etrangers. Projet de fuite. 277 et
+ suiv.
+ Sa fuite avec la famille royale. 280 et suiv.
+ Circonstances de son arrestation a Varennes. 285 et suiv.
+ Circonstances de son retour a Paris. 289 et suiv.
+ Une sentinelle s'oppose a ses sorties. 293.
+ Il accepte la constitution. 307.
+ Se rend a l'assemblee legislative, et est blesse par le ceremonial.
+ II, 17.
+ Appose son _veto_ a un decret contre les emigres. 24.
+ Adresse une proclamation aux emigres. 25-26.
+ Rend compte a l'assemblee legislative de ses mesures contre
+ l'emigration. 37 et suiv.
+ Il songe a se lier avec la Gironde, republicaine par defiance du roi.
+ 57.
+ Fait a l'assemblee des propositions de guerre. 72 et suiv.
+ Ne veut sanctionner que le decret de vingt mille hommes et non celui
+ contre les pretres. 105.
+ Ses hesitations. Ses contradictions. Son abattement. 106.
+ Demande secretement le secours de l'etranger. 107 et suiv.
+ Attaque dans les Tuileries le 20 juin. Diverses reponses qu'il fait au
+ peuple. 135 et suiv.
+ Fait une proclamation au peuple apres le 20 juin. 144 et suiv.
+ Se rend a l'assemblee, qui le recoit avec enthousiasme. 175-176.
+ Consternation du roi et de la cour. 181 et suiv.
+ Il assiste a la deuxieme fete de la federation. 186-187.
+ Divers projets d'evasion lui sont proposes. 206 et suiv.
+ Il se prepare a fuir et y renonce ensuite. 229.-230.
+ Est jete avec sa famille dans la loge d'un journaliste dans l'assemblee.
+ 251.
+ Est suspendu de la royaute. 257.
+ Est garde prisonnier aux Feuillans. 268.
+ Est transporte au Temple avec la famille royale. 278.
+ On commence a agiter la question de son jugement. III, 105 et suiv.
+ Details sur sa captivite au Temple. 153 et suiv.
+ L'education de son fils. 154.
+ Precautions de la commune. 158-159.
+ Son proces et details qui y ont rapport. 159 et suiv.
+ Il est conduit a la barre de la convention pour etre juge. 202 et suiv.
+ Repond aux diverses questions qui lui sont faites. 204.
+ Se choisit des defenseurs. 205 et suiv.
+ Nouveaux details sur sa captivite pendant son proces. 219 et suiv.
+ Il est declare coupable de conspiration contre la liberte. 248.
+ Est condamne a mort. 256.
+ Circonstances et details de son execution. 262-265-266-270.
+
+ LOUVET. Redige _la Sentinelle_. II, 119.
+ Il denonce Robespierre a la convention. III, 84 et suiv.
+ Il court chez Petion donner l'alerte aux girondins. 342-343.
+
+ LOZERE. Trente mille revoltes sont soumis dans ce departement. IV,
+ 255-256.
+
+ LYON. Un club jacobin s'y etablit. Troubles politiques en 1793. IV,
+ 75-76.
+ Combat sanglant dans cette ville. 196-197.
+ Troubles en juillet 93. Riard et Chalier sont mis a mort. 323-324.
+ Il est mis en etat de siege par Dubois-Crance, conformement au decret
+ de la convention. V, 7 et suiv.
+ Le siege se poursuit. 32.
+ Principales operations militaires du siege. 81 et suiv.
+ Les promesses de l'emigration. 84.
+ Couthon propose de l'inonder avec des masses, et fait destituer
+ Dubois-Crance qui s'y refuse. 90-91.
+ Suite. Prise de la ville. 91-94.
+ Decret de la convention contre cette ville. 94-95.
+ Le terrible decret de la convention contre cette ville est mis a
+ execution. 131 et suiv.
+ Demolition des plus belles rues. La mine pour detruire les edifices, la
+ mitraille pour immoler les proscrits. 132.
+ Cette ville est declaree n'etre plus en etat de rebellion. VI, 368.
+ Les contre-revolutionnaires y egorgent soixante-dix prisonniers le 5
+ floreal an III. VII, 184.
+
+ MACDONALD. Il est nomme commandant de l'armee de Naples. X, 140.
+ Ses operations militaires dans la campagne de 1799. (Voy. _Guerre_.)
+
+ MAGNANO. Bataille de ce nom. X, 164 et suiv.
+
+ MAI (1793). Troubles dans Paris a l'occasion des nouvelles de
+ l'insurrection vendeenne les premiers jours du mois. Details sur les
+ craintes des partis a cette epoque. IV, 100 et suiv. 107.
+ 31 mai. Circonstances de cette journee, depuis le 30 mai jusqu'au 2
+ juin. 147 et suiv. 183-184. (Voy. _Insurrection_.)
+ Reflexions sur cette journee et ses consequences. 184 et suiv.
+ Comment on en parle aux Jacobins. 191-193.
+ Distribution des pouvoirs et des influences apres cette journee. 275-281.
+
+ MAILLARD. Un citoyen de ce nom conduit a Versailles une troupe de femmes
+ furieuses. I, 166.
+ Il se presente avec ces femmes devant l'assemblee, et expose le
+ desespoir du peuple a cause de la disette, 168-169.
+ Principal acteur dans les massacres du 2 septembre. (Voyez _Septembre_.)
+ Ses preparatifs, suivant une relation toute recente. II, 310-311.
+ Sa presence a l'Abbaye. 317.
+
+ MAISON MILITAIRE. Formation de la maison militaire du roi. II, 86 et
+ suiv.
+
+ MALESHERBES. Se devoue a la defense de Louis XVI. III, 206.
+
+ MALMESBURY (Lord), ambassadeur anglais envoye a Paris. Ses negociations
+ avec le directoire. VIII, 340-344.
+ Suite de ses negociations. 356 et suiv.
+ Suite de sa negociation avec le directoire. Elle est rompue. Il repart
+ pour l'Angleterre. 386-390.
+ Est de nouveau charge par l'Angleterre de negocier la paix. IX, 145.
+ Conferences de Lille. 235-245.
+
+ MALTE (Ile de). Prise de cette ile par les Francais. X, 6-8.
+
+ MANDAT. General en chef de la garde nationale au 10 aout. Ses
+ preparatifs. II, 239.
+ Il est somme de comparaitre a l'Hotel-de-Ville. 242.
+ Tue et jete a l'eau. 243.
+
+ MANDATS. Nouveau papier cree le 25 ventose an IV. VIII, 109-111.
+ Ce papier tombe. Causes de sa chute. 247 et suiv.
+
+ MANIFESTE DE BRUNSWICK. II, 217 et suiv.
+ Effet qu'il produit en France. 224 et suiv.
+
+ MANTOUE. Commencement du blocus de cette ville. VIII, 211.
+ Prise de cette ville par les Francais. 425 et suiv.
+
+ MANUEL. Procureur-syndic de la commune, propose de loger le president de
+ la convention aux Tuileries. III, 23.
+
+ MARAT. Son caractere, ses principes. II, 194-196.
+ Son entrevue avec Barbaroux. 196 et suiv.
+ Il est chef du comite de surveillance de Paris. 277.
+ Se fait rendre les presses enlevees par Lafayette. 278.
+ Est elu depute a la convention. III, 9.
+ Justifie sa conduite et ses ecrits dans la convention. 38 et suiv.
+ Rappelle ses ennemis a la pudeur, et montre le pistolet avec lequel il
+ se serait tue si on l'eut decrete d'accusation. 43-44.
+ Va trouver Dumouriez au milieu d'une fete. 78-79.
+ Dispute qui s'eleve aux Jacobins au sujet de Marat et de Robespierre.
+ 209 et suiv.
+ Les partisans de Marat. Sa justification par ses maximes. Il surfait au
+ peuple parce qu'on le marchande. 210-211.
+ Il est defere aux tribunaux comme un des auteurs du 25 fevrier. 317.
+ Se defend dans son journal. 318-320.
+ Il s'eleve contre une petition de la section Poissonniere et denonce
+ Fournier. 347.
+ Est mis en arrestation par la convention. IV, 60.
+ Est acquitte par le tribunal revolutionnaire. Honneurs qu'il recoit a
+ la convention et aux Jacobins. 66-68.
+ Somme de s'expliquer sur ses opinions sur la necessite d'une dictature.
+ 192.
+ Il est assassine dans son bain. 265.
+ Honneurs qu'il recoit apres sa mort. 267-269-272-273.
+ Le 21 septembre 1794, ses restes sont transportes au Pantheon a la
+ place de ceux de Mirabeau. VI, 299-300.
+ Ses bustes sont brises en 1795. VII, 56 et suiv.
+ Ils sont enleves de la convention. Scenes tumultueuses a ce sujet.
+ 59.
+
+ MARCEAU. Il est nomme general en chef en Vendee. V, 287.
+ Est tue sur le champ de bataille. VIII, 320.
+
+ MARIE-ANTOINETTE. Elle est transferee a la Conciergerie, pour etre jugee
+ par le tribunal revolutionnaire. IV, 395.
+ Un ami imprudent, et la correspondance dans un oeillet. V, 143.
+ Hebert et ses depositions revoltantes dans ce proces. 146-148-149.
+ Reponse admirable a ces accusations. 149.
+ Details de son proces. Elle est condamnee et mise a mort. 149-151.
+
+ MARSEILLE. Ville devouee a la Gironde. IV, 76-77.
+
+ MARTIN D'AUCH. S'oppose a la declaration du jeu de Paume. I, 63.
+
+ MASSENA. Un des generaux de l'armee d'Italie. VIII, 142-143.
+ Il s'empare du col de Tarwis. IX, 67-71.
+ Est nomme commandant de l'armee d'Helvetie. X, 140.
+ Remplace Jourdan dans le commandement de l'armee du Danube. Maniere
+ dont il dispose ses forces. 188-189 et suiv. (Voy. _Guerre_.)
+ Il remporte une grande victoire a Zurich. 318-321 et suiv.
+
+ MAURY. (L'abbe). Principal orateur du clerge. Caractere de son esprit.
+ I, 117.
+ Il tache de s'opposer a la saisie des biens du clerge. 188 et suiv.
+ Demande que l'assemblee se separe, et qu'on procede a de nouvelles
+ elections. 210-211.
+
+ MAXIMUM. Il est etabli sur tous les grains. IV, 330-331;
+ sur toutes les marchandises. 332-385.
+ Effets malheureux de cette mesure. V. 173 et suiv.
+ Effets desastreux du _maximum_.
+ Details economiques. VI, 270 et suiv.
+ Cette mesure subit une reforme. 364-365 et suiv.
+ Il est aboli. VII, 244-248.
+
+ MAYENCE. Description de cette place forte. IV, 309.
+ Details militaires du siege de cette ville. Disette effroyable.
+ Ignorance de la garnison sur les evenemens qui se passent en France,
+ et _faux Moniteurs_ que les Prussiens font imprimer. Les Francais
+ l'evacuent. 312-320.
+ Admiration des assiegeans pour la resistance des Francais. 320.
+
+ MENOU. General de l'armee de l'interieur. Son role dans la journee du 12
+ vendemiaire. VII, 355 et suiv.
+
+ MERLIN. Il est nomme ministre de la justice en l'an V. IX, 209.
+ Est nomme directeur. 294.
+ Sort du directoire par la revolution du 30 prairial an VII. X, 238.
+ (Voy. _Larevelliere_ et _Directoire_.)
+
+ MESNAI. Seigneur de Quincey; explosion dans son chateau qui cause une
+ effervescence universelle. I, 124.
+
+ MILAN. Prise de cette ville. VIII, 181-182.
+ Une revolte se manifeste apres le depart de Bonaparte. Elle est
+ etouffee. 189-191.
+
+ MILLESIMO. Bataille de ce nom. VIII, 144-150.
+
+ MINCIO. Passage de ce fleuve par Bonaparte. VIII, 198-200 et suiv.
+
+ MINISTERE. Etat du ministere apres la retraite de Necker. Les ministres
+ se retirent successivement. I, 250-251.
+ Nouvelle organisation du ministere. II, 32 et suiv.
+ Discussions parmi les membres du ministere. 53-55.
+ Renouvellement du ministere. 62-63.
+ La division s'y etablit. 80 et suiv.
+ Roland, Claviere et Servan sont renvoyes. 103.
+ Des ministres feuillans le composent. 106.
+ Sa reorganisation apres le 10 aout. 263-264.
+ Il est l'objet de beaucoup de plaintes apres le 31 mai. IV, 283-284.
+ Organisation du ministere par le directoire. Cinq ministres sont
+ nommes. VIII, 17.
+ Changemens projetes par le directoire. Les clichyens s'y opposent.
+ Details a ce sujet. Le directoire nomme les ministres designes par sa
+ majorite. IX, 200-211.
+ Changemens operes a la suite de la revolution de prairial an VII. X,
+ 347-348.
+
+ MIRABEAU. Est elu depute en Provence. I, 37-38.
+ Propose de sommer le clerge de se reunir aux communes. 49.
+ Il declare que l'assemblee nationale ne se separera que par la force.
+ 67.
+ Il propose de demander au roi le renvoi des troupes. 83-84.
+ Paroles memorables de Mirabeau a l'occasion d'une derniere deputation
+ envoyee au roi. 101.
+ Il reclame contre la mise en liberte de Besenval. 116.
+ Son caractere, son influence, idee de son genie. 119-120 et suiv.
+ Fait une proposition relative a l'heredite du trone. 150-151.
+ Appuie une proposition d'impot faite par Necker. Ses paroles sur la
+ banqueroute. 155-156;
+ Soupconne d'etre un des agens du duc d'Orleans. 179 et suiv.
+ Son entrevue avec Necker. 182.
+ Ses communications avec la cour. Reflexions a ce sujet. 200-201.
+ Paroles de Mirabeau a propos de la proposition relative a la religion
+ de l'etat. 209.
+ Il s'oppose a la reelection des representans. 211-212.
+ Reponse au discours de Barnave sur le droit de faire la paix et la
+ guerre. 223-224.
+ Se justifie de l'accusation portee contre lui d'etre un des auteurs des
+ 5 et 6 octobre. 244.
+ Traite avec la cour. Ses plans pour defendre la cause de la monarchie.
+ 253 et suiv.
+ Il combat un projet de loi contre l'emigration. 269 et suiv.
+ Sa mort. 272-275.
+ Reflexions sur son caractere et sa carriere politique. 275-276.
+
+ MIRABEAU (Le vicomte). Adversaire de son frere. I, 212,
+ A la tete de 600 hommes dans l'eveche de Strasbourg. II, 33.
+
+ MIROMENIL. Garde-des-sceaux, conspirait avec les parlemens. Il est
+ destitue. I, 12.
+
+ MONSIEUR (frere du roi). Sa popularite. I, 16.
+ Le bureau qu'il preside vote pour le doublement du tiers. 28.
+ Se rend a l'Hotel-de-Ville pour expliquer ses rapports avec Favras.
+ 195.
+ Fuite en Flandre. 281-282.
+ Decret qui lui enjoint de rentrer sous deux mois. II, 23.
+
+ MONTAGNARDS. Leur position et leurs incertitudes apres le 25 fevrier.
+ III, 322 et suiv.
+ Un grand nombre d'anciens membres du gouvernement revolutionnaire et de
+ montagnards sont decretes d'arrestation apres le 1er prairial. VII,
+ 228-233 et suiv.
+ Proces de plusieurs d'entre eux. Quelques-uns se tuent dans la prison.
+ Supplice des autres. 237 et suiv.
+
+ MONTAGNE (La). Nom donne a une portion de l'assemblee legislative. II,
+ 15-16.
+ Nom donne au cote gauche de la convention. III, 46-47.
+ Sa situation apres le 9 thermidor. VI, 245 et suiv.
+
+ MONTENOTTE. Bataille de ce nom. VIII, 146-148.
+
+ MONTESQUIOU. Sur le point d'etre destitue. Son entree en Savoie. On lui
+ continue le commandement des troupes. III, 62.
+ Il intimide Geneve. 66.
+ Il s'y refugie devant la menace d'un decret. 144-145.
+
+ MONT-THABOR. Bataille de ce nom. X, 295-297.
+
+ MOREAU. Il est nomme commandant de l'armee du Rhin a la place de
+ Pichegru. VIII, 125.
+ Passe le Rhin. 226 et suiv.
+ Suite de ses operations sur le Danube. Bataille de Neresheim. 297-298.
+ Il entre en Baviere. 302.
+ Sa belle retraite. 321-326.
+ Ses dispositions politiques avant le 18 fructidor. Preuves qu'il ne
+ trahissait point a cette epoque. IX, 194 et suiv.
+ Ses revelations tardives. Il perd son commandement. 296-297.
+ Prend le commandement de l'armee d'Italie, dont Scherer se demet. Ses
+ premieres operations. X, 195 et suiv. (Voy. _Guerre_.)
+ Sa retraite au-dela du Po et de l'Apennin. 197 et suiv. (Voyez
+ _Guerre_.)
+
+ MOREAU DE SAINT-MERY (electeur). Defend l'Hotel-de-Ville. I, 91.
+ Il se maintient a l'Hotel-de-Ville, et signe pres de. 3,000 ordres en
+ quelques heures. 99.
+ Il designe Lafayette pour etre commandant de la milice. 104.
+
+ MOULINS. Nomme directeur apres le 30 prairial. (Voy. _Roger-Ducos_.)
+
+ MOUNIER. Chef du parti de la constitution anglaise. I, 142.
+ Il se presente au roi accompagne de quelques-unes des femmes
+ entrainees a Versailles par Maillard. 169-170. (Voy. _Maillard_.)
+ Donne sa demission, perd sa popularite. 185.
+
+ MUNICIPALITE. Elle fait une proclamation au peuple apres le 20 juin.
+ II, 144.
+
+ MUSCADINS. Origine de ce nom. VI, 292-293.
+
+ NAPLES. Terreur de la cour a l'approche de Bonaparte. Un armistice est
+ conclu. VIII, 212-213.
+ La paix avec le royaume de Naples est signee. 347-348.
+ Projets insenses de la cour de Naples contre la France. X, 103 et
+ suiv. (Voy. _Guerre_.)
+ Conquete de ce royaume par les Francais. 113-119.
+
+ NARBONNE. Ce ministre propose divers plans de guerre. II, 38.
+ Organise trois armees sur la frontiere. 44 et suiv.
+
+ NECKER. Caractere et talens de ce ministre, I, 8.
+ Il est exile. 11.
+ Rentre au ministere. 25.
+ Propose, au nom du roi, un plan de conciliation aux commissaires de la
+ noblesse. 52-53.
+ Propose au roi des plans de reforme. 60.
+ Recoit un billet du roi qui le presse de partir. 86.
+ Part. _Ibid._ Son retour est ordonne par le roi. 106.
+ Il retourne en France, traine en triomphe, se rend a l'Hotel-de-Ville,
+ et est accueilli avec transport par la multitude; Demande aux electeurs
+ la liberte de Besenval, qu'ils accordent. 115-116.
+ Embarras financiers de ce ministre. 133 et suiv.
+ Il demande un emprunt de 30 millions. 135.
+ Sa plainte a l'assemblee. Il demande une contribution du quart du
+ revenu. 155.
+ S'abouche avec Mirabeau. 182.
+ Nouveaux details sur son caractere. Il donne sa demission. 249-250.
+
+ NELSON. Cet amiral anglais ne peut joindre le convoi francais d'Egypte.
+ X, 8-9.
+ Il bat l'escadre francaise a Aboukir. 52-57.
+
+ NERWINDE. Bataille de ce nom. Ses suites. IV, 4 et suiv.
+
+ NEUFCHATEAU (Francois de). Il est nomme directeur. IX, 294.
+
+ NOBLES. Les ex-nobles sont bannis par un decret de la convention. VI,
+ 8-9.
+ Une loi sur les ci-devant nobles est rendue apres le 18 fructidor. IX,
+ 309-310.
+
+ NOBLESSE. La noblesse se refuse a la verification des pouvoirs en
+ commun. (Voy. _Tiers-Etat_ et _Verification_.) Quarante-sept
+ de ses membres se reunissent a l'assemblee nationale. I, 70
+ La majorite se reunit le 27 juin. 71-72.
+ Elle continue a se reunir en ordre separe. 81-82.
+ Abdique ses privileges. 125-126.
+ Son role dans l'assemblee. 191-192.
+ Se divise dans ses plans en deux partis. 206.
+
+ NORMANDIE. Elle est contraire a la revolution, IV, 78.
+
+ NOTABLES (Assemblee des). Sa convocation. I, 11.
+ Elle est convoquee de nouveau. 27.
+
+ NOVI. Bataille de ce nom. Details militaires. X, 257-264.
+
+ ORANGE. On institue dans cette ville un tribunal revolutionnaire pour
+ tout le Midi. VI, 148-149.
+
+ ORLEANS (Le duc d'). Il est exile a Villers-Cotterets. I, 18.
+ Accuse de cabales. 38.
+ Son caractere. 39-40.
+ Il se mele aux deputes du tiers, 43.
+ Reunion au Palais-Royal des gens qu'on lui Suppose devoues. 79.
+ Il est accuse d'etre un des auteurs des 5 et 6 octobre, et mis hors
+ d'accusation. 243 et suiv.
+ Refuse la regence. 300 et suiv.
+ Est insulte au chateau. II, 49-50.
+ Est nomme depute a la convention. III, 9.
+ Sa position equivoque dans la convention. On delibere sur son
+ bannissement. 214 et suiv.
+ Il vote la mort de son parent. 253.
+ Il est decrete d'accusation avec sa famille. IV, 38-39.
+ Est condamne a mort et execute. V, 167-168.
+
+ ORDRES. Conduite des premiers ordres a la convocation des etats
+ generaux. I, 41-42.
+
+ OTAGES (Loi des). Rendue le 30 prairial an VII. Ses consequences. X, 247
+ et suiv.
+
+ PACHE. Il est nomme ministre de la guerre. Sa sobriete, sa moderation,
+ son activite. III, 111-112.
+ Son penchant pour les jacobins. 133.
+ Ses bureaux. 150.
+ Disgracie. 275.
+ Nomme maire de Paris. 305.
+ Il signe une petition pour exclure les girondins de l'assemblee. IV, 62.
+
+ PALAIS-ROYAL. Le jardin du Palais-Royal devient le centre des plus
+ grands rassemblemens populaires. I, 79.
+ Il continue a etre le centre de reunion des agitateurs. 143-144.
+ Fait une adresse a la commune. 145.
+
+ PAQUES VERONAISES. Nom donne au massacre des Francais a Verone le 15
+ avril 1797. Details de cet evenement. IX, 107-114.
+
+ PARLEMENT. Sa resistance a l'egale repartition des impots et a
+ l'abolition des restes de la barbarie feodale. I, 9.
+ Position du parlement apres l'assemblee des notables. 15.
+ Il est mande a Versailles. 16.
+ Exile a Troyes. _Ibid._ Rappele le 10 septembre. 17.
+ Enregistre l'edit portant la creation de l'emprunt successif, et la
+ convocation des etats-generaux dans cinq ans. 18.
+ Fait, le 5 mai 1788, une declaration de quelques-unes des lois
+ constitutives de l'etat. 20-21.
+
+ PARIS, garde-du-corps, venge Louis XVI sur un de ses juges. III,
+ 265-266.
+
+ PARTI POPULAIRE. Ses chefs et son influence vers la fin de 1792. II,
+ 117-118.
+
+ PARTIS. Etat des partis apres le 5 octobre. I, 178 et suiv.
+ Etat de dissidence des partis apres la seconde federation. II, 192 et
+ suiv.
+ Exigence des partis apres le 10 aout, 270-271.
+ Leur etat au moment du proces de Louis XVI. III, 148 et suiv.
+ Situation des partis apres la mort de Louis XVI. 271 et suiv.
+ Leurs differens moyens d'influence et d'action. IV, 70 et suiv.
+ Leur division en decembre 93. V, 241 et suiv.
+ Leur division et situation apres le 9 thermidor. VI, 268-267-280 et
+ suiv.
+ Lutte des deux partis qui se formerent apres la terreur. 332 et suiv.
+ 343 et suiv.
+ Grande agitation des partis revolutionnaire et modere apres la
+ reaction de thermidor. VII, 55 et suiv.
+ Lutte des patriotes et des revolutionnaires dans la reaction amenee par
+ le 9 thermidor. 178 et suiv.
+ Leurs plaintes contre le directoire. VIII, 95 et suiv.
+ Leur etat en messidor an V. IX, 253 et suiv. 265.
+ Ils se coalisent tous contre le directoire apres nos defaites en
+ Italie (an VII). X, 220 et suiv.
+ Leur agitation apres le retour de Bonaparte d'Egypte. Tous se
+ reunissent a lui par des motifs divers. 338-342 et suiv.
+
+ PATRIE EN DANGER. La patrie declaree en danger le 11 juillet 1792.
+ Consequence de cette declaration. II, 180.
+ Seances permanentes. Enrolemens volontaires. Les federes arrivent de
+ toutes parts. 188 et suiv.
+ On propose, le 27 fructidor an VII, de renouveler cette declaration.
+ X, 279 et suiv.
+
+ PATRIOTES. Etat de ce parti en germinal an III. VII, 84 et suiv.
+ Echecs qu'ils eprouvent dans les insurrections du 1er germinal. 86-96;
+ du 12 germinal. 107 et suiv.
+ Ils sont desarmes et renvoyes dans leurs communes. 122 et suiv.
+ Projets de revolte et d'insurrection en floreal (1795). Ils echouent.
+ 182 et suiv.
+ Envahissent la convention le 1er prairial an III. Suite de leur
+ insurrection les 2, 3 et 4 du meme mois. Ils sont soumis. 204 et suiv.
+ 231.
+ Leur revolte a Toulon, en floreal. 232-233.
+ Reflexions sur la ruine de ce parti par les evenemens de prairial.
+ 249 et suiv.
+ La convention, menacee en vendemiaire, leur donne des armes. 353.
+ Ils se reunissent au Pantheon et forment une espece de club (1795).
+ VIII, 52-53.
+ Leurs plaintes et recriminations contre le directoire. 71-95 et suiv.
+ Leur reunion au Pantheon devient un vrai club jacobin. 97-99.
+ Leur societe est dissoute. 99.
+ Ils se montrent mecontens du directoire. Attaquent le camp de Grenelle.
+ L'insurrection echoue. 257-261-262.
+ Ils forment l'opposition contre le directoire apres le 18 fructidor.
+ IX, 401 et suiv.
+ Leur dechainement apres le desastre de Novi et les evenemens de
+ Hollande. Mesures qu'ils conseillent. Leur force dans les conseils. V,
+ 268-269 et suiv.
+ Le directoire fait fermer plusieurs de leurs societes. 273-275.
+ Leurs plaintes et accusations contre le directoire dans leurs
+ journaux. Leurs presses sont saisies. 275 et suiv.
+ Les deputes patriotes et leurs adversaires se reunissent pour essayer,
+ d'une reconciliation. 277-279.
+
+ PAVIE. Des paysans revoltes s'emparent de cette ville. Bonaparte la
+ reprend. VIII, 190-192.
+
+ PETION. Nomme par l'assemblee l'un des trois commissaires
+ pour reconduire Louis XVI a Paris apres son arrestation a Varennes. I,
+ 289.
+ Il est nomme maire de Paris. Ses principes republicains et sa conduite.
+ II, 122 et suiv.
+ Sa conduite dans la journee du 20 juin. 124-127-139-140.
+ Sa conversation avec le roi. 143.
+ Il est suspendu de ses fonctions, 177.
+ Est reintegre par l'assemblee. 184.
+ La foule crie: _Vive Petion! Petion ou la mort!_ 186.
+ Demande la decheance du roi au nom des quarante-huit sections de Paris.
+ 226-227.
+ Tache de retarder l'insurrection du 10 aout. 223-234.
+ Place lui-meme des sentinelles a sa porte pour etre en etat
+ d'arrestation. 244.
+ Rend compte a l'assemblee de l'etat de Paris. 270.
+ Regarde par Danton comme un honnete homme inutile. 274.
+ Tache de s'opposer aux massacres du 2 septembre. 333-334.
+ Il est arrete. IV, 190.
+
+ PHILIPPEAUX. Son ecrit contre Ronsin et les ultra-revolutionnaires. V,
+ 306-307.
+ Il est accuse devant les jacobins. 314 et suiv.
+ Suite de son accusation 329 et suiv.
+ Il est arrete. 389.
+ Son proces et sa mort. 398-411.
+
+ PICHEGRU. Commandant en chef de l'armee du Nord. VI, 60.
+ Il passe la Meuse. 315.
+ Envahit la Hollande; prend l'ile de Bommel. VII, 11 et suiv.
+ Nomme general de la force armee a Paris. Apaise l'insurrection du 12
+ germinal. 117-119 et suiv.
+ Commandant de l'armee du Rhin. 253.
+ Sa trahison. Details de ses negociations avec le prince de Conde. 259
+ et suiv.
+ Perd son commandement. VIII, 125.
+ Ses relations avec les emigres. 23 et suiv.
+ Nomme depute en l'an V par le Jura. 147.
+ Continue ses projets de trahison. 156.
+ Son rapport aux cinq-cents sur l'organisation de la garde nationale.
+ 216 et suiv.
+ Est arrete le 18 fructidor et conduit au Temple. 276-278.
+ Il est condamne a la deportation. 285.
+
+ PIEMONT. Conquete du Piemont par Bonaparte. VIII, 141-161.
+ Traite de paix avec ce royaume. 268.
+ Abdication du roi. La France reprend en main le gouvernement. X, 120
+ et suiv.
+
+ PILNITZ. Declaration de Pilnitz. I, 296-297.
+
+ PITT. Sa politique a l'egard de la France. On l'accuse de payer des
+ troubles. Il excite l'Espagne contre la France. III, 277 et suiv.
+ Il a une entrevue avec Maret, envoye du gouvernement francais;
+ entrevue qui n'amene rien. 283 et suiv.
+ Est soupconne d'etre le moteur d'une conspiration etrangere, et est
+ declare l'ennemi du genre humain par la convention. IV, 393-394.
+ Sa politique au commencement de 1794. VI, 54-55 et suiv.
+ Politique de ce ministre. Il continue a soutenir la
+ guerre contre la France. Ses projets. VII, 164-167 et suiv.
+ S'attire la haine des Anglais apres la campagne de 1795.
+ Sa politique. VIII, 77-80 et suiv.
+ Ses negociations illusoires avec la France. 120-121.
+ Ses combinaisons. Ouverture d'une negociation avec le directoire. 336\
+ et suiv.
+
+ POIDS ET MESURES. Le systeme en est renouvele. V, 187-188.
+
+ POLICE. Elle est erigee en ministere special sur la proposition du
+ directoire. VIII, 101.
+
+ PORTE (La). Elle declare la guerre a la France. X, 61-62.
+
+ PRAIRIAL (1, 2, 3 et 4) an III. Insurrection des patriotes. Envahissement
+ de la convention. Combats. Meurtre d'un depute. Details de cette
+ journee. VII, 205-225.
+ Journee du lendemain, 2. Les patriotes echouent de nouveau. 224 et
+ suiv.
+ Le 4 prairial les revoltes se retranchent dans le faubourg
+ Saint-Antoine. Ils sont soumis. 229-231.
+ 30 prairial. Revolution dans le gouvernement directorial. Trois
+ directeurs sont changes. X, 228-232-238. (Voy. _Directoire_.)
+
+ PRESSE. La liberte de la presse est etablie apres le 9 thermidor. VI, 261
+ et suiv.
+ Discussion sur la liberte de la presse en prairial. (Voy. _Prairial_,
+ _Directoire_.)
+
+ PRINCES. Facheuse situation des princes francais emigres en 1794 VI, 326
+ et suiv.
+
+ PRISONNIERS. Cinquante-deux prisonniers sont egorges a Versailles. III,
+ 3 et suiv.
+
+ PRISONS. Elles deviennent insuffisantes lors de la loi des suspects.
+ Leur interieur a cette epoque. V, 136 et suiv.
+ Jeux, simulacres de tribunaux, bizarrerie francaise. 141-142.
+ Le regime des prisons devient plus rigoureux en 94. VI, 94.
+
+ PROCESSION. Le roi et les trois ordres se rendent en procession a
+ Notre-Dame. I, 43.
+
+ PRUSSE. Elle rompt la neutralite et marche contre la France. II, 154.
+ Negocie pour la paix. VII, 29-30.
+ La paix est signee avec cette puissance. Conditions du traite. 134-135.
+ Conserve sa neutralite malgre les efforts de Pitt. VIII, 122.
+
+ PRUSSIENS. Leurs premiers succes. II, 297.
+ Leur armee se retire. 372.
+ Faux bruits sur la vraie cause de leur retraite. 375-376.
+
+ PUYSAIE (De). Chef secret des chouans. VI, 324 et suiv.
+ Suite de ses menees politiques en Bretagne. VII, 153 et suiv.
+ Suite de l'expedition de Quiberon. Details de ses operations
+ militaires dans cette affaire. 269-275-276-312.
+ Il se prepare de nouveau a la guerre en Bretagne apres l'affaire de
+ Quiberon, VIII, 23 et suiv.
+
+ PYRAMIDES. Bataille de ce nom. X, 36 et suiv.
+
+ QUIBERON. Expedition de Quiberon. Details militaires. VII, 269 et suiv.
+ 311.
+ Cause de non-reussite des emigres. Consequences de l'affaire de
+ Quiberon. VII, 312 et suiv.
+
+ RADSTADT. Congres de ce nom. Details des negociations qui y eurent lieu
+ en pluviose an VI. X, 365 et suiv.
+ Progres des negociations dans l'ete de l'an VI. 71 et suiv.
+ Assassinat des plenipotentiaires francais. Motifs et details de cette
+ catastrophe. 169-172.
+
+ RADSTADT ET ETTLINGEN. Bataille de ce nom. VIII, 147 et suiv.
+
+ RAISON (Culte de la). Abolition de ce culte. V, 231.
+
+ REBECQUI. Il accuse Robespierre de tyrannie. III, 32 et suiv.
+
+ REFORMES. Changement dans les moeurs et reformes diverses en 1795. VII,
+ 46-51.
+
+ RELIGION CATHOLIQUE. Debats a l'assemblee sur la proposition de declarer
+ la religion catholique religion de l'etat. I, 208 et suiv.
+
+ REPUBLIQUE. On date de l'an 1er de la republique, le 22 novembre 1792.
+ III, 26.
+ Dangers de la republique en aout 1793. IV, 325 et suiv.
+
+ RESCRIPTIONS. Sorte de bons au porteur emis sous ce nom par le
+ directoire. VIII, 84.
+ Mauvais succes de ce papier. 106.
+
+ REVEIL DU PEUPLE. Air chante par la jeunesse doree (voy. ce mot). VI,
+ 383.
+
+ REVEILLON. La maison de ce fabricant de papiers est brulee. I, 38-39.
+
+ REVELLIERE-LEPADX (La). Son caractere. Sa conduite a l'egard de ses
+ collegues du directoire. IX, 6-7 et suiv.
+
+ REVOLTES. Des revoltes contre-revolutionnaires se declarent dans
+ plusieurs departemens. IV, 19.
+
+ REVOLUTION. Reflexions sur la marche des revolutions. II, 6-7.
+
+ REVOLUTION FRANCAISE. Causes qui la preparerent. I, 33-35 et suiv.
+ Elle commence a donner des inquietudes aux souverains etrangers. 215.
+ Differemment embrassee par Paris et les provinces. V, 359 et suiv.
+
+ REWBELL. Caractere de ce membre du directoire. Sa position vis-a-vis des
+ autres directeurs. IX, 4-5.
+ Calomnieuses accusations contre sa probite. X, 182-185.
+ Il est exclus du directoire par le sort. 185.
+
+ RHIN. Passage de ce fleuve par Moreau. VIII, 226 et suiv.;
+ par Jourdan. 238;
+ par Massena le 16 ventose an VII. X, 145-146.
+
+ RIVOLI. Bataille de ce nom. VIII, 411-423.
+
+ ROBESPIERRE. Il s'eleve contre la critique de la declaration des droits.
+ I, 167.
+ Combat la proposition de la loi martiale. 186.
+ Il se prononce contre le principe de l'inviolabilite du roi. 301.
+ Son influence au club des jacobins. II, 14 et suiv.
+ Se declare contre la guerre dans les seances aux jacobins. 48-49.
+ Buzot et Roland lui offrent un asile. 198.
+ Entrevue avec Barbaroux. 201-202.
+ Sa position apres le 10 aout. 273.
+ Il adresse a l'assemblee une petition au nom de la municipalite. 281
+ et suiv.
+ Il est nomme depute a la convention. III, 9.
+ Est accuse de tyrannie a la convention. Sa defense. Debats a ce sujet.
+ 31-32.
+ Il est accuse de nouveau par Louvet. 84 et suiv.
+ Se defend a la convention. 98 et suiv.
+ Veut que Louis XVI soit condamne sans proces. 192 et suiv.
+ Dispute qui s'engage aux Jacobins au sujet de Robespierre et de Marat.
+ 209 et suiv.
+ Combat l'appel au peuple et demande la condamnation du roi. 234 et suiv.
+ --Fait un long discours contre Dumouriez et les girondins. IV, 51 suiv.
+ --Sa popularite, ses projets, et details sur son caractere. 289 et suiv.
+ Parle aux Jacobins en faveur du comite de salut public. 291-294 et suiv.
+ Sa politique. 296-299.
+ Il devient membre du comite de salut public. 591.
+ --Improuve aux Jacobins la destruction du culte, et se prononce contre
+ les agitateurs. 218 et suiv.
+ Justifie Danton. 224 et suiv.
+ Son opinion sur la nature du gouvernement revolutionnaire. 352 et suiv.
+ Il parle contre Danton a la convention. 390 et suiv.
+ Fait decreter la reconnaissance de l'Etre-Supreme. Son discours. VI,
+ 22-29.
+ On tente de l'assassiner. 100-102.
+ Son discours aux Jacobins apres cette tentative d'assassinat. 105 et
+ suiv.
+ Son influence en 94. Sa politique. Details de son caractere. 107 et
+ suiv.
+ Propose et fait adopter une nouvelle organisation du tribunal
+ revolutionnaire. 119-123.
+ Commence a eprouver de la resistance dans les comites. 128-129 et
+ suiv.
+ Ses projets contre les comites et sa conduite politique a cette
+ epoque. 154-158.
+ Suite du meme sujet. 180 et suiv.
+ Prononce le 8 thermidor un discours a la convention. Il se justifie
+ de certaines accusations, et ensuite attaque ses adversaires des
+ comites. Il conclut a une epuration des comites de surete generale et
+ de salut public. 187-193.
+ Debats a ce sujet; il est a son tour vivement accuse. 193-197.
+ Va aux Jacobins, et fait decider une nouvelle insurrection contre la
+ convention. 197-198.
+ Est accuse violemment le 9 thermidor a la convention. Details de cette
+ scene. Il est decrete d'arrestation. 205-210.
+ Se tire un coup de pistolet. Son supplice. 225-228.
+
+ ROEDERER. Engage Louis XVI a se retirer dans le sein de l'assemblee
+ legislative. Discussion avec la reine. II, 249-250.
+ Il rend compte a l'assemblee des preliminaires de l'insurrection. 251.
+
+ ROGER-DUCOS et MOULINS. Ils succedent a Larevelliere et a Merlin au
+ directoire. X, 240 et suiv.
+
+ ROGER-DUCOS. Il est nomme consul provisoire, le 18 brumaire. X, 383-384.
+
+ ROLAND. Nomme ministre de l'interieur. II, 62.
+ Il lit au roi une lettre. 92 et suiv.
+ Communique a l'assemblee la lettre qu'il avait lue au roi. 103.
+ Attaque les auteurs du 2 septembre. 330-331.
+ Fait son rapport sur l'etat de Paris. III, 83.
+ Son inflexibilite vis-a-vis de la commune. 150-151.
+ Donne sa demission. 273.
+
+ ROLAND. (Mad.). Son influence sur les girondins. II, 63.
+ Haine des jacobins contre elle. III, 12-13.
+ Elle est arretee. IV, 190-191.
+ Est condamnee et executee. V. 168-469.
+
+ ROME. Agitation des democrates dans les Etats-Romains. La legation
+ francaise est insultee. IX, 381-383.
+ Berthier entre a Rome, en chasse le pape. 384-386.
+ Les Romains se constituent en republique, 385 et suiv.
+ Etat de son gouvernement apres sa revolution. X, 86 et suiv.
+ Entree des Napolitains dans les Etats-Romains. Ils sont repousses par
+ Championnet. 109-113.
+
+ ROMEUF. Aide-de-camp de Lafayette; il part sur les traces de Louis XVI.
+ I, 283.
+ Il arrive a Varennes. 288.
+
+ RONSIN. Il sort de prison. Son caractere. V, 338-339.
+ Il est de nouveau arrete. 370.
+ Son proces et sa mort. 374-379.
+
+ ROSSIGNOL. Il est nomme general de l'armee des cotes de La Rochelle.
+ IV. 389.
+
+ ROVEREDO. Bataille de ce nom. VIII, 303-307.
+
+ ROYALISTES. Situation du parti royaliste en 1794. VI, 326-327.
+ Intrigues diverses et projets des agens royalistes. VII, 153 et suiv.
+ Triomphe de ce parti apres les evenemens de prairial. 249 et suiv.
+ Menees de ce parti dans les sections apres les journees de prairial.
+ VII, 323 et suiv.
+ Leur desappointement apres le 13 vendemiaire. 373 et suiv.
+ Les agens de la royaute continuent leurs secretes menees. VIII, 114 et
+ suiv.
+ Etat de cette faction dans l'hiver de l'an V. Suite de ses intrigues
+ et de ses projets. IX, 18 et suiv.
+ Complot decouvert de Broitier, Laviller-Heurnois et Duverne de
+ Presle. 28 et suiv.
+ Leurs esperances apres les elections de l'an V. Leur joie a Paris, ou
+ se reunissent beaucoup d'emigres et de chouans. 179-181.
+ Leur terreur apres le 18 fructidor. 293 et suiv.
+
+ ROYOU. Redacteur de l'_Ami du Roi_, mis en accusation. II, 84.
+
+ SAINT-HURUGUES. Ancien marquis, detenu a la Bastille. I, 444.
+ Il se porte sur Versailles avec plusieurs exaltes. 144-145.
+
+ SAINT-JUST. Son opinion sur l'inviolabilite du roi et sur sa mise en
+ accusation. III, 172 et suiv.
+ Il provoque et fait decreter l'institution du gouvernement
+ revolutionnaire. V, 56 et suiv.
+ Est envoye par le comite de salut public a l'armee du Rhin. Ce qu'il y
+ fait. 245-246-249.
+ Il fait un rapport contre les hebertistes et les dantonistes. 369 et
+ suiv.
+ Accuse Danton a la convention. 393 et suiv.
+ Il est decrete d'arrestation par la convention, dans la seance du 9
+ thermidor. VI, 210.
+ Son supplice. 227-228.
+
+ SALLES. Propose et soutient le systeme de l'appel au peuple dans le
+ proces de Louis XVI. III, 230 et suiv.
+
+ SANTERRE. Son influence sur les faubourgs. II, 118.
+ Ses operations au 20 juin. 124-126-127-132-133.
+
+ SCHERER. Il est nomme general en chef de l'armee d'Italie. X, 139.
+ Il abandonne le commandement de l'armee d'Italie a Moreau. 195.
+
+ SECTIONS. Les sections de Paris chargent Petion de demander la decheance
+ de Louis XVI. II, 226.
+ Fanatisme des assemblees des sections. III, 308-310.
+ Mesures qu'elles demandent pour assurer le repos public. 331-333.
+ La section Poissonniere demande un acte d'accusation contre Dumouriez.
+ Scene a la convention a ce sujet. 346 et suiv.
+ La section de la Halle-au-Ble fait une petition contre plusieurs
+ membres de la convention. IV, 50.
+ Leur influence dans toute la France. 75 et suiv.
+ La section de la _Fraternite_ denonce les projets de l'assemblee
+ de la mairie. 121.
+ D'autres l'imitent. 123.
+ Tumulte vers la fin de mai au sujet de l'accusation d'Hebert. 128 et
+ suiv.
+ Les 48 sections se reunissent pour decider l'insurrection du 31 mai.
+ 146.
+ Les assemblees sectionnaires detruites par le comite de salut public.
+ VI. 12-15.
+ On decide qu'elles n'auront plus lieu qu'une fois par decade. 259.
+ Les sections de Montreuil et des Quinze-Vingts presentent une petition
+ a la convention le 1er germinal. Leurs attroupemens insurrectionnels.
+ VII, 86 et suiv.
+ Elles sont agitees par les menees du parti royaliste. 324 et suiv.
+ Elles se soulevent contre les decrets des 5 et 13 fructidor. Petitions.
+ Celles de Paris rejettent ces decrets. 339-544.
+ Celles du reste de la France les acceptent. 345 et suiv.
+ Elles font la journee du 15 vendemiaire (voy. _Vendemiaire_).
+ 348-369.
+ La section Lepelletier resiste aux troupes du general Menou le 12
+ vendemiaire. 354 et suiv.
+ Les sectionnaires forment diverses societes en 1795. VIII, 53.
+
+ SELZ. Lieu choisi pour les conferences entre l'Autriche et la France.
+ Negociations qui s'y font. X, 67 et suiv.
+
+ SEPTEMBRE (2, 3, 4 et 5). Details de ces journees. Massacre des
+ prisonniers. II, 312-340.
+
+ SEPTEUIL. Tresorier de la liste civile. Sommes trouvees chez lui. III, 4.
+ On les evalue a dix millions. 94.
+
+ SERMENT CIVIQUE. Origine de ce serment. I, 138.
+ Il est prete par l'assemblee nationale et par tous les corps
+ constitues de Paris et de la France. 198-199.
+ Il est prete par les federes au Champ-de-Mars. 240-241.
+ L'assemblee etend l'obligation de ce serment au clerge. 259-260. (Voy.
+ _Clerge_.)
+
+ SERRURIER. Un des generaux de l'armee d'Italie. VIII, 143.
+
+ SERVAN. Ce ministre propose la reunion d'un camp de vingt mille federes.
+ Debats a l'assemblee sur cette motion. II, 90 et suiv.
+
+ SIEYES (l'abbe) publie une brochure sur le _tiers-etat_. I, 26.
+ Propose aux communes de faire une nouvelle sommation aux deux autres
+ ordres relativement a la verification des pouvoirs. Il motive la
+ decision des communes qui se constituent assemblee nationale. 54 et
+ suiv.
+ Idees de Sieyes sur la constitution. 141.
+ Il propose l'aneantissement des demarcations provinciales. 190.
+ Il propose et fait adopter le projet d'un decret destine a proteger la
+ convention contre les insurrections. VII, 82 et suiv.
+ Son projet de loi est vote; 93-95.
+ Refuse d'etre directeur. VIII, 10.
+ Il est envoye par le directoire en ambassade a Berlin. X, 156 et suiv.
+ Il est elu directeur en remplacement de Rewbell. 187.
+ Sa cooperation au 18 brumaire. 351-353-356-359 et suiv.
+ Il est nomme consul provisoire le meme jour. 383-384.
+
+ SOCIETE. Peinture de la societe et des moeurs a la fin de l'an IV. VIII,
+ 103 et suiv.
+
+ SOCIETES PATRIOTIQUES. Nom que prennent les assemblees de sections. IV,
+ 139.
+
+ SOCIETES POPULAIRES. Decret rendu contre elles apres la terreur. VI,
+ 351-357.
+ Diverses reunions de la jeunesse doree et le club du Pantheon sont
+ fermes. VIII, 99.
+
+ SOIXANTE-TREIZE deputes prisonniers depuis le 31 mai sont reintegres
+ dans leurs fonctions. VI, 392.
+
+ SOMBREUIL. Le devouement de sa fille. II, 325.
+
+ STAEL (Mad. de). Son influence a Paris. VII, 329.
+ Elle essaie de rapprocher les constitutionnels et les clichyens. Son
+ influence dans la societe de Paris. IX, 254-257.
+
+ STOCKACH. Bataille de ce nom. Details militaires. X, 148-155.
+
+ STOFFLET. Un des premiers chefs de l'insurrection vendeenne. IV, 84-90.
+ Il continue la guerre apres la soumission de Charette. VII, 147 et
+ suiv.
+ Il signe la paix a Saint-Florent. 161.
+ Il est pris et fusille. VIII, 131-132.
+
+ SUBSISTANCES. Embarras a Paris pour les subsistances en 1792. III, 182
+ et suiv.
+ Les embarras augmentent. 307 et suiv.
+ Leur deplorable etat en 93. IV. 326 et suiv.
+ Decrets de la convention a ce sujet. Detresse des Parisiens. 331 et
+ suiv.
+ Mesures prises par la commune et par la convention pour se pourvoir en
+ octobre 93. V, 175-177-178 et suiv.
+ Lois et reglemens sur les subsistances dans les premiers mois de 1794.
+ VI, 84 et suiv.
+ Nouveaux decrets sur les subsistances apres le 1er prairial. VII,
+ 241-242.
+ Le directoire les rend au commerce libre. VIII, 85 et suiv.
+
+ SUISSE. Elle conserve sa neutralite au milieu de la guerre generale. Ses
+ dispositions a l'egard de la republique. VII, 137-138.
+ Revolution en Suisse. Ses causes. Insurrection du pays de Vaud.
+ Arrivee des Francais avec Brune. Ils s'emparent de Berne. La Suisse se
+ constitue en republique. IX, 389-399.
+ Nouveaux troubles politiques. Divisions entre les cantons.
+ Intervention de la France. Un traite d'alliance est conclu. X, 72-82.
+ Vraie importance de la Suisse dans une guerre sur le continent. 132 et
+ suiv.
+
+ SUISSES. Massacres au 10 aout. II, 253-254.
+
+ SUSPECTS. Quels ils etaient. IV, 25.
+ Leur arrestation est decretee. 359-360.
+ La loi des suspects est decretee. V, 60 et suiv.
+ Comment Chaumette les designe. 134 et suiv.
+ Details sur leur detention. 136 et suiv.--
+ Leur nombre augmente. On change l'administration interieure des
+ detenus. VI, 92 et suiv.
+ Ils sont conduits en foule a la mort en juin 1794. 136-143.
+ Ils sont elargis. 241 et suiv.
+
+ SUWAROW. Il arrive en Italie. Caractere de ce general. Sa capacite. X,
+ 193 et suiv.
+ Il empeche la jonction de l'armee de Naples a celle de Moreau. 209 et
+ suiv.
+ Est battu partout en Suisse et force a la retraite. 327 et suiv.
+
+ SYRIE. Expedition en Syrie. (Voy. _Egypte_ et _Bonaparte_.)
+
+ TAGLIAMENTO. Passage de ce fleuve et bataille de ce nom. IX, 60-67.
+
+ TALLEYRAND (M. de). Nomme ministre des affaires etrangeres en l'an V.
+ IX, 209.
+
+ TALLIEN. Son role dans la journee du 9 thermidor. (Voy. _Thermidor_.)
+ Est blesse par un assassin. VI, 290.
+
+ TALLIEN (Mad.). Son role dans la societe a Paris, apres la terreur. VI,
+ 340 et suiv.
+
+ TARGET. Refuse de servir de conseil a Louis XVI. III, 206.
+
+ TARWIS. Combats de ce nom. IX, 68-72.
+
+ THEOPHILANTHROPE. Societe de ce nom. IX, 8.
+
+ THERMIDOR (9). Evenemens de cette journee. VI, 203-228.
+ Consequences de ce jour. Reflexions sur la marche de la revolution
+ depuis le 14 juillet jusqu'au 9 thermidor. 228-232.
+ Consequences de cette journee. 233 et suiv.
+
+ THERMIDORIENS. Leur position et leurs projets. VI, 247-248.
+ Ils demeurent les maitres apres le 1er prairial. Consequences de cette
+ reaction. VII, 249-251.
+ Leurs craintes sur les progres de la reaction royaliste. Ils tachent
+ de s'y opposer par diverses mesures. 328 et suiv.
+
+ THOURET. Dernier president de la constituante. I, 308.
+
+ TIERS-ETAT. Arret du Conseil, du 27 decembre 1788, ordonnant le
+ doublement des deputes du tiers etat. I, 28 et suiv.
+ Le tiers-etat se couvre ainsi que les autres ordres malgre l'usage
+ etabli. 44.
+ Lutte du tiers-etat avec les deux autres ordres au sujet du mode de
+ leur reunion. 45 et suiv., 47 et suiv.
+ Rapidite de sa puissance. 50-51.
+
+ TOLENTINO. Traite de ce nom, signe par Bonaparte et le pape. Ses
+ conditions, ses avantages. IX, 50-55.
+
+ TOMBES ROYALES. Un decret ordonne de les detruire. IV, 393.
+
+ TOSCANE. Traite de paix avec ce pays. VII, 138-139.
+
+ TOULON. Les moderes l'emportent dans les sections. Se livre aux Anglais.
+ V, 10 et suiv.
+ Ils arment le petit Gibraltar. 253.
+ Premiers faits d'armes de Bonaparte. 255.
+ Evacuation des Anglais et incendie de l'arsenal. 259.
+ Les forcats eteignent l'incendie. 261.
+ Les patriotes se revoltent. VII, 232 et suiv.
+
+ TREBBIA. Bataille de ce nom. Principales circonstances. X, 213 et suiv.
+ Ses suites. 218 et suiv.
+
+ TREILHARD. Nomme directeur a la place de Francois de Neufchateau. IX,
+ 407.
+ Il sort du directoire en prairial an VII. 232.
+
+ TRIBUNAL CRIMINEL EXTRAORDINAIRE. Il est decrete par la convention.
+ III, 333 et suiv.
+ On en regle les formes. 338-339.
+
+ TRIBUNAL DU 17 AOUT. A quelle occasion il fut institue. II, 283.
+
+ TRIBUNAL REVOLUTIONNAIRE. Premier essai, a l'occasion du 10 aout. II,
+ 283.
+ Il est installe. IV, 25-26.
+ Le tribunal criminel extraordinaire prend ce nom. V, 163.
+ Proces des dantonistes, des quatres accuses de faux et autres.
+ 398-412.
+ Il continue a ordonner les executions. VI, 94 et suiv.
+ Est reorganise d'apres un projet de Robespierre. 119 et suiv.
+ Terribles executions en juin et en juillet 1794. Details sur les
+ procedures de ce temps. 136 et suiv.
+ Il est suspendu de ses fonctions. 235.
+ Est remis en activite. 260.
+ Est definitivement aboli. VII, 240.
+
+ TRONCHET. Accepte la defense de Louis XVI. III, 206.
+
+ TROUVE. (Voy. _Cisalpine_.)
+
+ TURGOT. Appele au ministere. Son caractere. I, 7.
+ Il echoue dans ses reformes. _Ibid._ et suiv.
+
+ ULTRA-REVOLUTIONNAIRES. Nom qu'on donna aux revolutionnaires exageres.
+ V, 236.
+ Plusieurs d'entre-eux sont arretes par decret de la convention. 238.
+ Ils preparent une insurrection contre la convention. Ils echouent.
+ 360-371.
+
+ VALENCIENNES. Cette ville est assiegee et prise par les ennemis. IV,
+ 320-323.
+
+ VALMI. Circonstances de l'affaire de ce nom. II, 363-367.
+
+ VARLET. Est declare suspect par Billaud-Varennes. III, 348.
+ La reunion Corrazza. 351.
+ Propose aux cordeliers un plan d'insurrection. IV, 120.
+ Il est arrete. 126.
+ Arrete dans le comite d'execution le plan definitif de la seconde
+ insurrection. 170.
+ Il redige une petition contre les accapareurs. 243-244.
+
+ VAUBLANC (de). Porte au roi le decret sur le desarmement des emigres.
+ II, 36.
+
+ VENDEE. Description de ce pays et des departemens voisins. Theatre de la
+ guerre civile et causes de sa haine contre la revolution. IV, 79 et
+ suiv.
+ Insurrection des paysans vendeens a cause de la levee des 300,000
+ hommes et pour ne pas quitter leurs foyers Cathelineau et Stofflet se
+ mettent a la tete des insurges. 83 et suiv., 86-88.
+ L'insurrection devient generale. 89 et suiv.
+ Un decret ordonne que la Vendee sera ravagee. IV, 387-388 et suiv.
+ Un decret d'amnistie est rendu en sa faveur. VII, 17-18.
+ Etat de ce pays apres la premiere pacification. 263-263.
+ Nouveaux preparatifs de guerre apres l'affaire de Quiberon. VIII, 23
+ et suiv.
+ La pacification du pays commence a se faire definitivement. 71-72 et
+ suiv.
+ Pacification definitive des pays connus sous ce nom, en germinal an
+ IV. 126-132-136.
+
+ VENDEENS. Pourquoi ce nom fut donne et conserve aux insurges francais.
+ IV, 88.
+ Ils s'emparent de Thouars et brulent l'arbre de la liberte. 92-93.
+ Suite de leurs succes. 229 et suiv.
+ Ils organisent leur insurrection. S'emparent de Doue et de Saumur.
+ 234-236.
+ Ils sont repousses a Nantes. 252-254.
+ Suite de leur guerre. 300 et suiv.
+ Ils sont defaits a Lucon. V, 14-15.
+ Divers plans sont proposes pour les reduire. 16-19.
+ Premieres operations de Canclaux contre eux, d'apres le plan du 2
+ septembre. 36 et suiv.
+ Divisions parmi les chefs. 39-40.
+ Suite de la guerre. 40 et suiv.
+ Canclaux se replie sur Nantes. Causes de ses echecs en Vendee. 46-47.
+ Continuation de la guerre. 66 et suiv.
+ Ils sont defaits a Cholet. 118-121.
+ Differens combats en octobre, novembre et decembre 93.
+ Leur grande armee est entierement detruite. 264-292.
+ Etat de leur armee apres leur defaite a Cholet. 273 et suiv.
+ Ils sont battus au Mans. Leur deroute complete. 287 et suiv.
+ Ils continuent a se defendre. Leurs chefs. VI, 320-322.
+ Leur peu de ressources en 1795. Division entre leurs chefs. VII,
+ 32-34.
+ Negociations diverses entre les chefs revoltes et les generaux de la
+ republique. 40-45.
+ Negociations avec leurs chefs pour la pacification du pays. 139-142
+ et suiv.
+ Quelques chefs signent la paix. 145-146.
+
+ VENDEMIAIRE (Journee du 13). Evenemens preparatoires du 11 et du 12.
+ Insurrection des sections, le 13. Combat dans les rues. Victoire de la
+ Convention. VII, 348-369.
+ Suites de cette journee. 370 et suiv.
+
+ VENISE. Inquietude du gouvernement venitien a l'approche de l'armee
+ francaise. VIII, 196 et suiv.
+ Invasion du territoire venitien par Bonaparte. 196 et suiv.
+ Perfidie du gouvernement venitien apres le depart de Bonaparte. IX,
+ 72-85.
+ Articles des preliminaires de paix de Leoben qui concernent les etats
+ venitiens. 94 et suiv.
+ Suite des manoeuvres perfides des Venitiens contre les Francais. 105
+ et suiv.
+ Chute de la republique de Venise. Details sur les evenemens qui
+ l'amenent. 116-131.
+
+ VENTRE. Denomination donnee a un certain parti de l'assemblee
+ legislative. II, 12.
+
+ VERGNIAUD. Principal orateur des girondins. II, 11.
+ Il accuse Delessart. Son discours. 55-56.
+ Fragmens de son discours a l'occasion du projet de la commission des
+ Douze. 164 et suiv.
+ Il propose un message au roi qui l'oblige a opter entre la France et
+ l'etranger. 470.
+ Il harangue le peuple le 2 septembre. 313 et suiv.
+ Son discours en faveur de Louis XVI. III, 236-246.
+ Il repond aux accusations de Robespierre contre les girondins. IV, 55
+ et suiv.
+ Il fait decreter, le 31 mai, que Paris a bien merite de la patrie.
+ 158-159.
+ Il est arrete. 190.
+ Son proces, sa mise a mort. V, 156-162-167.
+
+ VERIFICATION. Debats dans les etats-generaux relativement a la
+ verification des pouvoirs. I, 44 et suiv.
+
+ VERMONT (l'abbe de). Il propose et fait accepter a la reine M. de
+ Brienne pour ministre. I, 12.
+
+ VERONE. Massacre des Francais dans cette ville. Elle est prise par le
+ general Chabran. IX, 107-113.
+
+ VERSAILLES. De nouvelles troupes s'etablissent, a Versailles.
+ Consequences du sejour de la famille royale dans cette ville. I, 160 et
+ suiv.
+ Scenes qui s'y passent les 5 et 6 octobre. 168 et suiv.
+ Massacre de 52 prisonniers apres les journees de septembre. III, 5.
+
+ VETO. Discussions relatives au veto suspensif ou absolu. II,
+ 142-143-146 et suiv.
+ Le veto suspensif est declare. 148-149.
+ Le veto suspensif est etendu a deux legislatures. 153.
+
+ VIENNE. Scenes tumultueuses a Vienne entre la legation francaise et
+ l'empereur. X, 76-77 et suiv.
+
+ VIEUX CORDELIER (Le). Journal redige par Camille Desmoulins. Morceaux
+ cites. V, 307 et suiv.
+ Autres morceaux cites. 322 et suiv.
+ Autres passages, 355 et suiv.
+
+ VINCENNES. Le donjon est attaque par le peuple le 28 fevrier 1790. I,
+ 267.
+
+ VINCENT. Cet ultra-revolutionnaire sort de prison. Details sur son
+ caractere. V, 338-339.
+ Il est de nouveau arrete. 370 et suiv.
+ Son proces et son supplice. 374-379.
+
+ VURTZBOURG. Bataille de ce nom. VIII, 318-320.
+
+ WATIGNIES. Victoire de ce nom. V, 108-109.
+
+ WESTERMANN. A la tete d'une legion en Vendee. IV, 302-303.
+ Ses exploits et ses revers en Vendee. 303 et suiv.
+
+ ZURICH. Victoire de ce nom, remportee sur les Russes par Massena. Details
+ sur cette bataille memorable. X, 313 et suiv. 330.
+
+
+
+FIN DE LA TABLE DES MATIERES.
+
+
+[Illustration: CARTE DU THEATRE DE LA GUERRE ENTRE LE MINCIO ET L'ADIGE,
+pour servir a l'intelligence de la campagne de 1796.]
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of Histoire de la Revolution francaise,
+Tome 10, by Adolphe Thiers
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK HISTOIRE DE LA REVOLUTION ***
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+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
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+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
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+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
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+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
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+
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+works.
+
+Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
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+
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