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This file was produced from images generously +made available by the Bibliotheque nationale de France (BnF/Gallica) +at http://gallica.bnf.fr + + + + + +HISTOIRE DE LA REVOLUTION FRANCAISE + +_PAR M.A. THIERS_ DE L'ACADEMIE FRANCAISE + +NEUVIEME EDITION + +TOME DIXIEME + + + +M DCCC XXXIX + + + + +DIRECTOIRE. + + + +CHAPITRE XIII. + +EXPEDITION D'EGYPTE. DEPART DE TOULON; ARRIVEE DEVANT MALTE; CONQUETE +DE CETTE ILE. DEPART POUR L'EGYPTE; DEBARQUEMENT A ALEXANDRIE; PRISE +DE CETTE PLACE. MARCHE SUR LE CAIRE; COMBAT DE CHEBREISS. BATAILLE DES +PYRAMIDES; OCCUPATION DU CAIRE. TRAVAUX ADMINISTRATIFS DE BONAPARTE EN +EGYPTE; ETABLISSEMENT DE LA NOUVELLE COLONIE. BATAILLE NAVALE D'ABOUKIR, +DESTRUCTION DE LA FLOTTE FRANCAISE PAR LES ANGLAIS. + + +Bonaparte arriva a Toulon le 20 floreal an VI (9 mai 1798). Sa presence +rejouit l'armee, qui commencait a murmurer et a craindre qu'il ne fut +pas a la tete de l'expedition. C'etait l'ancienne armee d'Italie. Elle +etait riche, couverte de gloire, et on pouvait dire d'elle, que sa +_fortune etait faite_. Aussi avait-elle beaucoup moins de zele a faire +la guerre, et il fallait toute la passion que lui inspirait son general, +pour la decider a s'embarquer et a courir vers une destination inconnue. +Cependant elle fut saisie d'enthousiasme en le voyant a Toulon. Il y +avait huit mois qu'elle ne l'avait vu. Sur-le-champ Bonaparte, sans lui +expliquer sa destination, lui adressa la proclamation suivante: + + "SOLDATS! + + "Vous etes une des ailes de l'armee d'Angleterre. Vous avez fait la + guerre de montagnes, de plaines, de siege; il vous reste a faire la + guerre maritime. + + "Les legions romaines, que vous avez quelquefois imitees, mais pas + encore egalees, combattaient Carthage tour a tour sur cette mer et + aux plaines de Zama. La victoire ne les abandonna jamais, parce que + constamment elles furent braves patientes a supporter la fatigue, + disciplinees et unies entre elles. + + "Soldats, l'Europe a les yeux sur vous! vous avez de grandes + destinees a remplir, des batailles a livrer, des dangers, des + fatigues a vaincre; vous ferez plus que vous n'avez fait pour la + prosperite de la patrie, le bonheur des hommes, et votre propre + gloire. + + "Soldats, matelots, fantassins, canonniers, cavaliers, soyez unis; + souvenez-vous que le jour d'une bataille vous avez besoin les uns + des autres. + + "Soldats, matelots, vous avez ete jusqu'ici negliges; aujourd'hui la + plus grande sollicitude de la republique est pour vous: vous serez + dignes de l'armee dont vous faites partie. + + "Le genie de la liberte qui a rendu, des sa naissance, la republique + l'arbitre de l'Europe, veut qu'elle le soit des mers et des nations + les plus lointaines." + +On ne pouvait pas annoncer plus dignement une grande entreprise, en la +laissant toujours dans le mystere qui devait l'envelopper. + +L'escadre de l'amiral Brueys se composait de treize vaisseaux de ligne, +dont un de 120 canons (c'etait _l'Orient_, que devaient monter l'amiral +et le general en chef), deux de 80, et dix de 74. Il y avait de plus +deux vaisseaux venitiens de 64 canons, six fregates venitiennes et +huit francaises, soixante-douze corvettes, cutters, avisos, chaloupes +canonnieres, petits navires de toute espece. Les transports reunis tant +a Toulon qu'a Genes, Ajaccio, Civita-Vecchia, s'elevaient a quatre +cents. C'etaient donc cinq cents voiles qui allaient flotter a la fois +sur la Mediterranee. Jamais pareil armement n'avait couvert les mers. +La flotte portait environ quarante mille hommes de toutes armes et dix +mille marins. Elle avait de l'eau pour un mois, des vivres pour deux. + +On mit a la voile le 30 floreal (19 mai), au bruit du canon, aux +acclamations de toute l'armee. Des vents violens causerent quelque +dommage a une fregate a la sortie du port. Les memes vents avaient cause +de telles avaries a Nelson, qui croisait avec trois vaisseaux, qu'il +fut oblige d'aller au radoub dans les iles Saint-Pierre. Il fut ainsi +eloigne de l'escadre francaise, et ne la vit pas sortir. La flotte vogua +d'abord vers Genes, pour rallier le convoi reuni dans ce port, sous +les ordres du general Baraguai-d'Hilliers. Elle cingla ensuite vers la +Corse, rallia le convoi d'Ajaccio, qui etait sous les ordres de +Vaubois, et s'avanca dans la mer de Sicile, pour se reunir au convoi +de Civita-Vecchia, qui etait sous les ordres de Desaix. Le projet de +Bonaparte etait de se diriger sur Malte, et d'y tenter en passant une +entreprise audacieuse dont il avait de longue main prepare le succes par +des trames secretes. Il voulait s'emparer de cette ile, qui, commandant +la navigation de la Mediterranee, devenait importante pour l'Egypte, +et qui ne pouvait manquer d'echoir bientot aux Anglais, si on ne les +prevenait. + +L'ordre des chevaliers de Malte etait comme toutes les institutions du +moyen-age: il avait perdu son objet, et des lors sa dignite et sa +force. Il n'etait plus qu'un abus, profitable seulement a ceux qui +l'exploitaient. Les chevaliers avaient en Espagne, en Portugal, en +France, en Italie, en Allemagne, des biens considerables, qui leur +avaient ete donnes par la piete des fideles pour proteger les chretiens +allant visiter les saints lieux. Maintenant qu'il n'y avait plus de +pelerinages de cette espece, le role et le devoir des chevaliers etaient +de proteger les nations chretiennes contre les Barbaresques, et de +detruire l'infame piraterie qui infeste la Mediterranee. Les biens de +l'ordre suffisaient a l'entretien d'une marine considerable; mais les +chevaliers ne s'occupaient aucunement a en former une: ils n'avaient que +deux ou trois vieilles fregates, ne sortant jamais du port, et quelques +galeres qui allaient donner et recevoir des fetes dans les ports +d'Italie. Les baillifs, les commandeurs, places dans toute la +chretiente, devoraient dans le luxe et l'oisivete les revenus de +l'ordre. Il n'y avait pas un chevalier qui eut fait la guerre aux +Barbaresques. L'ordre n'inspirait d'ailleurs plus aucun interet. En +France on lui avait enleve ses biens, et Bonaparte les avait fait saisir +en Italie, sans qu'il s'elevat aucune reclamation en sa faveur. On a vu +que Bonaparte avait songe deja a pratiquer des intelligences dans Malte. +Il avait gagne quelques chevaliers, et il se proposait de les intimider +par un coup d'audace, et de les obliger a se rendre; car il n'avait ni +le temps ni les moyens d'une attaque reguliere contre une place reputee +imprenable. L'ordre, qui depuis quelque temps pressentait ses dangers en +voyant les escadres francaises dominer dans la Mediterranee, s'etait mis +sous la protection de Paul Ier. + +Bonaparte faisait de grands efforts pour rejoindre la division de +Civita-Vecchia; il ne put la joindre qu'a Malte meme. Les cinq cents +voiles francaises se deployerent a la vue de l'ile, le 21 prairial (9 +juin), vingt-deux jours apres la sortie de Toulon. Cette vue repandit +le trouble dans la ville de Malte. Bonaparte, pour avoir un pretexte de +s'arreter, et pour faire naitre un sujet de contestation, demanda au +grand-maitre la faculte de faire de l'eau. Le grand-maitre, Ferdinand de +Hompesch, fit repondre par un refus absolu, alleguant les reglemens, +qui ne permettaient pas d'introduire a la fois plus de deux vaisseaux +appartenant a des puissances belligerantes. On avait autrement accueilli +les Anglais quand ils s'etaient presentes. Bonaparte dit que c'etait la +une preuve de la plus insigne malveillance, et sur-le-champ fit ordonner +un debarquement. Le lendemain, 22 prairial (10 juin), les troupes +francaises debarquerent dans l'ile, et investirent completement +Lavalette, qui compte trente mille ames a peu pres de population, et qui +est l'une des plus fortes places de l'Europe. Bonaparte fit debarquer de +l'artillerie pour canonner les forts. Les chevaliers repondirent a son +feu, mais tres mal. Ils voulurent faire une sortie, et il y en eut un +grand nombre de pris. Le desordre se mit alors a l'interieur. Quelques +chevaliers de la langue francaise declarerent qu'ils ne pouvaient pas +se battre contre leurs compatriotes. On en jeta quelques-uns dans les +cachots. Le trouble etait dans les tetes; les habitans voulaient qu'on +se rendit. Le grand-maitre, qui avait peu d'energie, et qui se souvenait +de la generosite du vainqueur de Rivoli a Mantoue, songea a sauver ses +interets du naufrage, fit sortir de prison l'un des chevaliers francais +qu'il y avait jetes, et l'envoya a Bonaparte pour negocier. Le traite +fut bientot arrete. Les chevaliers abandonnerent a la France la +souverainete de Malte et des iles en dependant; en retour, la France +promit son intervention au congres de Rastadt, pour faire obtenir au +grand-maitre une principaute en Allemagne, et a defaut, elle lui assura +une pension viagere de 300,000 francs et une indemnite de 600,000 francs +comptant. Elle accorda a chaque chevalier de la langue francaise 700 fr. +de pension, et 1,000 pour les sexagenaires; elle promit sa mediation +pour que ceux des autres langues fussent mis en jouissance des biens de +l'ordre, dans leurs pays respectifs. Telles furent les conditions au +moyen desquelles la France entra en possession du premier port de la +Mediterranee, et de l'un des plus forts du monde. Il fallait l'ascendant +de Bonaparte pour l'obtenir sans combattre; il fallait son audace +pour oser y perdre quelques jours, ayant les Anglais a sa poursuite. +Caffarelli-Dufalga, aussi spirituel que brave, en parcourant la place +dont il admirait les fortifications, dit ce mot: _Nous sommes bien +heureux qu'il y ait eu quelqu'un dans la place pour nous en ouvrir les +portes._ + +Bonaparte laissa Vaubois a Malte, avec trois mille hommes de garnison; +il y placa Regnault (de Saint-Jean-d'Angely), en qualite de commissaire +civil. Il fit tous les reglemens administratifs qui etaient necessaires +pour l'etablissement du regime municipal dans l'ile, et il mit +sur-le-champ a la voile pour cingler vers la cote d'Egypte. + +Il leva l'ancre le 1er messidor (19 juin), apres une relache de dix +jours. L'essentiel maintenant, etait de ne pas rencontrer les Anglais. +Nelson, radoube aux iles Saint-Pierre, avait recu du lord Saint-Vincent +un renfort de dix vaisseaux de ligne et de plusieurs fregates, ce qui +lui formait une escadre de treize vaisseaux de haut bord, et de quelques +vaisseaux de moindre importance. Il etait revenu le 13 prairial (1er +juin) devant Toulon; mais l'escadre francaise en etait sortie depuis +douze jours. Il avait couru de Toulon a la rade du Tagliamon, et de la +rade du Tagliamon a Naples, ou il etait arrive le 2 messidor (20 juin), +au moment meme ou Bonaparte quittait Malte. Apprenant que les Francais +avaient paru vers Malte, il les suivait, dispose a les attaquer s'il +parvenait a les joindre. + +Sur toute l'escadre francaise, on etait pret au combat. La possibilite +de rencontrer les Anglais etait presente a tous les esprits et +n'effrayait personne. Bonaparte avait reparti sur chaque vaisseau de +ligne cinq cents hommes d'elite, qu'on habituait tous les jours a la +manoeuvre du canon, et a la tete desquels se trouvait un de ces generaux +si bien habitues au feu sous ses ordres. Il s'etait fait un principe sur +la tactique maritime, c'est que chaque vaisseau ne devait avoir qu'un +but, celui d'en joindre un autre, de le combattre et de l'aborder. Des +ordres etaient donnes en consequence, et il comptait sur la bravoure des +troupes d'elite placees a bord des vaisseaux. Ces precautions prises, il +cinglait tranquillement vers l'Egypte. Cet homme qui, suivant +d'absurdes detracteurs, craignait les hasards de la mer, s'abandonnait +tranquillement a la fortune, au milieu des flottes anglaises, et avait +eu l'audace de perdre quelques jours a Malte pour en faire la conquete. +La gaiete regnait sur l'escadre; on ne savait pas exactement ou l'on +allait, mais le secret commencait a se repandre, et on attendait avec +impatience la vue des rivages qu'on allait conquerir. Le soir, les +savans, les officiers-generaux qui etaient a bord de _l'Orient_, se +reunissaient chez le general en chef, et la commencaient les ingenieuses +et savantes discussions de l'Institut d'Egypte. Un instant, l'escadre +anglaise ne fut qu'a quelques lieues de l'immense convoi francais, et +de part et d'autre on l'ignora. Nelson commencant a supposer que les +Francais s'etaient diriges sur l'Egypte, fit voile pour Alexandrie, +et les y devanca; mais ne les ayant pas trouves, il vola vers les +Dardanelles, pour tacher de les y rencontrer. Par un bonheur singulier, +l'expedition francaise n'arriva en vue d'Alexandrie que le surlendemain, +13 messidor (1er juillet). Il y avait un mois et demi a peu pres qu'elle +etait sortie de Toulon. + +Bonaparte envoya chercher aussitot le consul francais. Il apprit que les +Anglais avaient paru l'avant-veille, et les jugeant dans les parages +voisins, il voulut tenter le debarquement a l'instant meme. On ne +pouvait pas entrer dans le port d'Alexandrie, car la place paraissait +disposee a se defendre; il fallait descendre a quelque distance, sur +la plage voisine, a une anse dite du Marabout. Le vent soufflait +violemment, et la mer se brisait avec furie sur les recifs de la cote. +C'etait vers la fin du jour. Bonaparte donna le signal et voulut aborder +sur-le-champ. Il descendit le premier dans une chaloupe; les soldats +demandaient a grands cris a le suivre a la cote. On commenca a mettre +les embarcations a la mer, mais l'agitation des flots les exposait a +chaque instant a se briser les unes contre les autres. Enfin, apres +de grands dangers, on toucha le rivage. A l'instant une voile parut a +l'horizon; on crut que c'etait une voile anglaise: "_Fortune_, s'ecria +Bonaparte, _tu m'abandonnes! quoi! pas seulement cinq jours!_" La +fortune ne l'abandonnait pas, car c'etait une fregate francaise qui +rejoignait. On eut beaucoup de peine a debarquer quatre ou cinq mille +hommes, dans la soiree et dans la nuit. Bonaparte resolut de marcher +sur-le-champ vers Alexandrie, afin de surprendre la place, et de ne pas +donner aux Turcs le temps de faire des preparatifs de defense. On se +mit tout de suite en marche. Il n'y avait pas un cheval de debarque; +l'etat-major, Bonaparte et Caffarelli lui-meme, malgre sa jambe de bois, +firent quatre a cinq lieues a pied dans les sables, et arriverent a la +pointe du jour en vue d'Alexandrie. + +Cette antique cite, fille d'Alexandre, n'avait plus ses magnifiques +edifices, ses innombrables demeures, sa grande population; elle etait +ruinee aux trois quarts. Les Turcs, les Egyptiens opulens, les negocians +europeens habitaient dans la ville moderne, qui etait la seule partie +conservee. Quelques Arabes vivaient dans les decombres de la cite +antique; une vieille muraille flanquee de quelques tours enfermait la +nouvelle et l'ancienne ville, et tout autour regnaient les sables qui, +en Egypte, s'avancent partout ou la civilisation recule. + +Les quatre mille Francais, conduits par Bonaparte, y arriverent a la +pointe du jour: ils ne rencontrerent sur cette plage de sable qu'un +petit nombre d'Arabes, qui, apres quelques coups de fusil, s'enfoncerent +dans le desert. Bonaparte partagea ses soldats en trois colonnes: Bon, +avec la premiere, marcha a droite, vers la porte de Rosette; Kleber, +avec la seconde, marcha au centre vers la porte de la Colonne; Menou, +avec la troisieme, s'avanca a gauche vers la porte des Catacombes. Les +Arabes et les Turcs, excellens soldats derriere un mur, firent un +feu bien nourri; mais les Francais monterent avec des echelles, et +franchirent la vieille muraille. Kleber tomba le premier, frappe d'une +balle au front. On chassa les Arabes de ruine en ruine, jusqu'a la +ville nouvelle. Le combat allait se prolonger de rue en rue, et devenir +meurtrier; mais un capitaine turc servit d'intermediaire pour negocier +un accord. Bonaparte declara qu'il ne venait point pour ravager le pays, +ni l'enlever au Grand-Seigneur, mais seulement pour le soustraire a la +domination des Mameluks, et venger les outrages que ceux-ci avaient +faits a la France. Il promit que les autorites du pays seraient +maintenues, que les ceremonies du culte continueraient d'avoir lieu +comme par le passe, que les proprietes seraient respectees, etc..... +Moyennant ces conditions, la resistance cessa: les Francais furent +maitres d'Alexandrie le jour meme. Pendant ce temps, l'armee avait +acheve de debarquer. Il s'agissait maintenant de mettre l'escadre a +l'abri, soit dans le port, soit dans l'une des rades voisines, de +creer a Alexandrie une administration conforme aux moeurs du pays, et +d'arreter un plan d'invasion pour s'emparer de l'Egypte. Pour le moment, +les dangers de la mer et d'une rencontre avec les Anglais etaient +passes; les plus grands obstacles etaient vaincus avec ce bonheur qui +semble toujours accompagner la jeunesse d'un grand homme. + +L'Egypte, sur laquelle nous venions d'aborder, est le pays le plus +singulier, le mieux situe, et l'un des plus fertiles de la terre. Sa +position est connue. L'Afrique ne tient a l'Asie que par un isthme de +quelques lieues, qu'on appelle l'isthme de Suez, et qui, s'il etait +coupe, donnerait acces de la Mediterranee dans la mer de Indes, +dispenserait les navigateurs d'aller a des distances immenses, et au +milieu des tempetes, doubler le cap de Bonne-Esperance. L'Egypte est +placee parallelement a la mer Rouge et a l'isthme de Suez. Elle est la +maitresse de cet isthme. C'est cette contree qui, chez les anciens +et dans le moyen-age, pendant la prosperite des Venitiens, etait +l'intermediaire du commerce de l'Inde. Telle est sa position entre +l'Occident et l'Orient. Sa constitution physique et sa forme ne sont pas +moins extraordinaires. Le Nil, l'un des grands fleuves du monde, prend +sa source dans les montagnes de l'Abyssinie, fait six cents lieues dans +les deserts de l'Afrique, puis entre en Egypte, ou plutot y tombe, en +se precipitant des cataractes de Syene, et parcourt encore deux cents +lieues jusqu'a la mer. Ses bords constituent toute l'Egypte. C'est +une vallee de deux cents lieues de longueur, sur cinq a six lieues de +largeur. Des deux cotes elle est bordee par un ocean de sables. Quelques +chaines de montagnes, basses, arides et dechirees, sillonnent tristement +ces sables, et projettent a peine quelques ombres sur leur immensite. +Les unes separent le Nil de la mer Rouge, les autres le separent du +grand desert, dans lequel elles vont se perdre. Sur la rive gauche du +Nil, a une certaine distance dans le desert, serpentent deux langues de +terre cultivable, qui font exception aux sables, et se couvrent d'un peu +de verdure. Ce sont les _oasis_, especes d'iles vegetales, au milieu de +l'ocean des sables. Il y en a deux, la grande et la petite. Un effort +des hommes, en y jetant une branche du Nil, en ferait de fertiles +provinces. Cinquante lieues avant d'arriver a la mer, le Nil se partage +en deux branches, qui vont tomber a soixante lieues l'une de l'autre, +dans la Mediterranee, la premiere a Rosette, la seconde a Damiette. On +connaissait autrefois sept bouches au Nil; on les apercoit encore, mais +il n'y en a plus que deux de navigables. Le triangle forme par ces deux +grandes branches et par la mer a soixante lieues a sa base et cinquante +sur ses cotes; il s'appelle le Delta. C'est la partie la plus fertile de +l'Egypte, parce que c'est la plus arrosee, la plus coupee de canaux. Le +pays tout entier se divise en trois parties, le Delta ou Basse-Egypte, +qu'on appelle Bahireh; la Moyenne-Egypte, qu'on appelle Ouestanieh; la +Haute-Egypte, qu'on appelle le Said. + +Les vents etesiens soufflant d'une maniere constante du nord au sud, +pendant les mois de mai, juin et juillet, entrainent tous les nuages +formes a l'embouchure du Nil, n'en laissent pas sejourner un seul +sur cette contree toujours sereine, et les portent vers les monts +d'Abyssinie. La ces nuages s'agglomerent, se precipitent en pluie +pendant les mois de juillet, aout et septembre, et produisent le +phenomene celebre des inondations du Nil. Ainsi, cette terre recoit par +les debordemens du fleuve, les eaux qu'elle ne recoit pas du ciel. Il +n'y pleut jamais, et les marecages du Delta, qui seraient pestilentiels +sous le ciel de l'Europe, ne produisent pas en Egypte une seule fievre. +Le Nil, apres son inondation, laisse un limon fertile, qui est la seule +terre cultivable sur ces bords, et qui produit ces abondantes moissons +consacrees autrefois a nourrir Rome. Plus l'inondation s'est etendue, +plus il y a de terre cultivable. Les proprietaires de cette terre, +nivelee tous les ans par les eaux, se la partagent tous les ans par +l'arpentage. Aussi l'arpentage est-il un grand art en Egypte. Des canaux +pourraient etendre l'inondation, et auraient l'avantage de diminuer la +rapidite des eaux, de les faire sejourner plus long-temps, et d'etendre +la fertilite aux depens du desert. Nulle part le travail de l'homme ne +pourrait avoir de plus salutaires effets; nulle part la civilisation ne +serait plus souhaitable. Le Nil et le desert se disputent l'Egypte, et +c'est la civilisation qui donnerait au Nil le moyen de vaincre le desert +et de le faire reculer. On croit que l'Egypte nourrissait autrefois +vingt millions d'habitans, sans compter les Romains. Elle etait a peine +capable d'en nourrir trois millions quand les Francais y entrerent. + +L'inondation finit a peu pres en septembre. Alors commencent les travaux +des champs. Pendant les mois d'octobre, novembre, decembre, janvier, +fevrier, la campagne d'Egypte presente un aspect ravissant de fertilite +et de fraicheur. Elle est couverte alors des plus riches moissons, +emaillee de fleurs, traversee par d'immenses troupeaux. En mars les +chaleurs commencent; la terre se gerce si profondement, qu'il est +quelquefois dangereux de la traverser a cheval. Les travaux des champs +sont alors finis. Les Egyptiens ont recueilli toutes les richesses de +l'annee. Outre les bles, l'Egypte produit les meilleurs riz, les plus +beaux legumes, le sucre, l'indigo, le sene, la casse, le natron, le lin, +le chanvre, le coton, tout cela avec une merveilleuse abondance. Il lui +manque des huiles; mais elle les trouve vis-a-vis, en Grece; il lui +manque le tabac et le cafe, mais elle les trouve a ses cotes, dans +la Syrie et l'Arabie. Elle est aussi privee de bois, car la grande +vegetation ne peut pas pousser sur ce limon annuel que le Nil depose sur +un fond de sable. Quelques sycomores et quelques palmiers sont les +seuls arbres de l'Egypte. A defaut de bois on brule la bouse de vache. +L'Egypte nourrit d'immenses troupeaux. Les volailles de toute espece y +fourmillent. Elle a ces admirables chevaux, si celebres dans le monde +par leur beaute, leur vivacite, leur familiarite avec leurs maitres, et +cet utile chameau, qui peut manger et boire pour plusieurs jours, dont +le pied enfonce sans fatigue dans les sables mouvans, et qui est comme +un navire vivant pour traverser la mer des sables. + +Tous les ans arrivent au Caire d'innombrables caravanes, qui abordent +comme des flottes des deux cotes du desert. Les unes viennent de la +Syrie et de l'Arabie, les autres de l'Afrique et des cotes de Barbarie. +Elles apportent tout ce qui est propre aux pays du soleil, l'or, +l'ivoire, les plumes, les schalls inimitables, les parfums, les gommes, +les aromates de toute espece, le cafe, le tabac, les bois et les +esclaves. Le Caire devient un entrepot magnifique des plus belles +productions du globe, de celles que le genie si puissant des occidentaux +ne pourra jamais imiter, car c'est le soleil qui les donne, et dont leur +gout delicat les rendra toujours avides. Aussi le commerce de l'Inde +est-il le seul dont les progres des peuples n'ameneront jamais la +fin. Il ne serait donc pas necessaire de faire de l'Egypte un poste +militaire, pour aller detruire violemment le commerce des Anglais. Il +suffirait d'y etablir un entrepot, avec la surete, les lois et les +commodites europeennes, pour attirer les richesses du monde. + +La population qui occupe l'Egypte est, comme les ruines des cites qui la +couvrent, un amas des debris de plusieurs peuples. Des Cophtes, anciens +habitans de l'Egypte, des Arabes, conquerans de l'Egypte sur les +Cophtes, des Turcs conquerans sur les Arabes, telles sont les races dont +les debris pullulent miserablement sur une terre dont ils sont indignes. +Les Cophtes, quand les Francais y entrerent, etaient deux cent mille au +plus. Meprises, pauvres, abrutis, ils s'etaient voues, comme toutes les +classes proscrites, aux plus ignobles metiers. Les Arabes formaient la +masse presque entiere de la population; ils descendaient des compagnons +de Mahomet. Leur condition etait infiniment variee; quelques-uns, de +haute naissance, faisant remonter leur origine jusqu'a Mahomet lui-meme, +grands proprietaires, ayant quelques traces du savoir arabe, reunissant +a la noblesse les fonctions du culte et de la magistrature, etaient, +sous le titre de scheiks, les veritables grands de l'Egypte. Dans +les divans, ils representaient le pays, quand ses tyrans voulaient +s'adresser a lui; dans les mosquees, ils composaient des especes +d'universites, ou ils enseignaient la religion, la morale du Koran, un +peu de philosophie et de jurisprudence. La grande mosquee de Jemil-Azar +etait le premier corps savant et religieux de l'Orient. Apres ces +grands, venaient les moindres proprietaires, composant la seconde et +la plus nombreuse classe des Arabes; puis les proletaires, qui etaient +tombes dans la situation de veritables ilotes. Ces derniers etaient des +paysans a gages, cultivant la terre sous le nom de fellahs, et vivant +dans la misere et l'abjection. Il y avait une quatrieme classe d'Arabes, +c'etaient les Bedouins ou Arabes errans: ceux-la n'avaient pas voulu +s'attacher a la terre; c'etaient les fils du desert. Montes sur des +chevaux ou des chameaux, conduisant devant eux des troupeaux nombreux, +ils erraient, cherchant des paturages dans quelques oasis, ou venant +annuellement ensemencer les lisieres de terre cultivable, placees sur +le bord de l'Egypte. Leur metier etait d'escorter les caravanes ou de +preter leurs chameaux pour les transports. Mais, brigands sans foi, +ils pillaient souvent les marchands qu'ils escortaient ou auxquels ils +pretaient leurs chameaux. Quelquefois meme, violant l'hospitalite +qu'on leur accordait sur la lisiere des terres cultivables, ils se +precipitaient sur cette vallee du Nil, qui, large seulement de cinq +lieues, est si facile a penetrer; ils pillaient les villages, et, +remontant sur leurs chevaux, emportaient leur butin dans le fond du +desert. La negligence turque laissait leurs ravages presque toujours +impunis, et ne luttait pas mieux contre les brigands du desert qu'elle +ne savait lutter contre ses sables. Ces Arabes errans, divises en tribus +sur les deux cotes de la vallee, etaient au nombre de cent ou cent vingt +mille, et fournissaient vingt ou vingt-cinq mille cavaliers, braves, +mais bons pour harceler l'ennemi, jamais pour le combattre. + +La troisieme race enfin etait celle des Turcs; mais elle etait aussi peu +nombreuse que les Cophtes, c'est-a-dire qu'elle s'elevait a deux cent +mille individus au plus. Elle se partageait en Turcs et Mameluks. Les +Turcs, venus depuis la derniere conquete des sultans de Constantinople, +etaient presque tous inscrits sur la liste des janissaires; mais on sait +qu'ils ne se font ordinairement inscrire sur ces listes que pour +avoir les privileges des janissaires, et qu'un tres petit nombre sont +reellement au service. Il n'y en avait que peu d'entre eux dans la +milice du pacha. Ce pacha, envoye de Constantinople, representait le +sultan en Egypte; mais a peine escorte de quelques janissaires, il avait +vu s'evanouir son autorite par les precautions meme que le sultan Selim +avait prises autrefois pour la conserver. Ce sultan, jugeant que par +son eloignement l'Egypte pourrait echapper a la domination de +Constantinople, qu'un pacha ambitieux et habile pourrait s'y creer un +empire independant, avait imagine un contre-poids, en instituant la +milice des Mameluks. Mais comme on ne peut pas vaincre les conditions +physiques qui rendent un pays dependant ou independant d'un autre, au +lieu du pacha, c'etaient les Mameluks qui s'etaient rendus independans +de Constantinople et maitres de l'Egypte. Les Mameluks etaient des +esclaves achetes en Circassie. Choisis parmi les plus beaux enfans du +Caucase, transportes jeunes en Egypte, eleves dans l'ignorance de leur +origine, dans le gout et la pratique des armes, ils devenaient les plus +braves et les plus agiles cavaliers de la terre. Ils tenaient a honneur +d'etre sans origine, d'avoir ete achetes cher, et d'etre beaux et +vaillans. Ils avaient vingt-quatre beys, qui etaient leurs proprietaires +et leurs chefs. Ces beys avaient chacun cinq ou six cents Mameluks. +C'etait un troupeau qu'ils avaient soin d'alimenter, et qu'ils +transmettaient quelquefois a leur fils, et plus souvent a leur Mameluk +favori, qui devenait bey a son tour. Chaque Mameluk etait servi par deux +fellahs. La milice entiere se composait de douze mille cavaliers a peu +pres, servis par vingt-quatre mille ilotes. Ils etaient les veritables +maitres et tyrans du pays. Ils vivaient ou du produit des terres +appartenant aux beys, ou du revenu des impots etablis sous toutes les +formes. Les Cophtes, que nous avons deja dits livres aux plus ignobles +fonctions, etaient leurs percepteurs, leurs espions, leurs agens +d'affaires; car les abrutis se mettent toujours au service du plus fort. +Les vingt-quatre beys, egaux de droit, ne l'etaient pas de fait. Ils se +faisaient la guerre, et le plus fort, soumettant les autres, avait +une souverainete viagere. Il etait tout a fait independant du pacha +representant le sultan de Constantinople, le souffrait tout au plus au +Caire dans une sorte de nullite, et souvent lui refusait le _miri_, +c'est-a-dire l'impot foncier, qui, representant le droit de la conquete, +appartenait a la Porte. + +L'Egypte etait donc une veritable feodalite, comme celle de l'Europe +dans le moyen age; elle presentait a la fois un peuple conquis, une +milice conquerante, en revolte contre son souverain; enfin une ancienne +classe abrutie, au service et aux gages du plus fort. + +Deux beys superieurs aux autres dominaient en ce moment l'Egypte. L'un, +Ibrahim-Bey, riche, astucieux, puissant; l'autre, Mourad-Bey, intrepide, +vaillant et plein d'ardeur. Ils etaient convenus d'une espece de partage +d'autorite, par lequel Ibrahim-Bey avait les attributions civiles, +et Mourad-Bey les attributions militaires. Celui-ci etait charge des +combats; il y excellait, et il avait l'affection des Mameluks, tous +devoues a sa personne. + +Bonaparte, qui au genie de capitaine savait unir le tact et l'adresse du +fondateur, et qui avait d'ailleurs administre assez de pays conquis pour +s'en etre fait un art particulier, jugea sur-le-champ la politique qu'il +avait a suivre en Egypte. Il fallait d'abord arracher cette contree a +ses veritables maitres, c'est-a-dire aux Mameluks. C'etait cette classe +qu'il fallait combattre et detruire par les armes et la politique. +D'ailleurs on avait des raisons a faire valoir contre eux, car ils +n'avaient cesse de maltraiter les Francais. Quant a la Porte, il fallait +paraitre ne pas attaquer sa souverainete, et affecter au contraire de +la respecter. Telle qu'elle etait devenue, cette souverainete etait peu +importante. On pouvait traiter avec la Porte, soit pour la cession de +l'Egypte, en lui faisant certains avantages ailleurs, soit pour un +partage d'autorite qui n'aurait rien de facheux; car en laissant le +Pacha au Caire, comme il y avait ete jusqu'ici, et en heritant de la +puissance des Mameluks, on n'avait pas grand'chose a regretter. Quant +aux habitans, il fallait, pour se les attacher, gagner la veritable +population, c'est-a-dire celle des Arabes. En respectant les scheiks, en +caressant leur vieil orgueil, en augmentant leur pouvoir, en flattant un +desir secret qu'on trouvait en eux, comme on l'avait trouve en Italie, +comme on le trouve partout, celui du retablissement de l'antique +patrie, de la patrie arabe, on etait assure de dominer le pays et de se +l'attacher entierement. Bien plus, en menageant les proprietes et les +personnes, chez un peuple qui etait habitue a regarder la conquete comme +donnant droit de meurtre, de pillage et de devastation, on allait causer +une surprise des plus avantageuses a l'armee francaise; et si, en outre, +on respectait les femmes et le prophete, la conquete des coeurs etait +aussi assuree que celle du sol. + +Bonaparte se conduisit d'apres ces erremens aussi justes que profonds. +Doue d'une imagination tout orientale, il lui etait facile de prendre +le style solennel et imposant qui convenait a la race arabe. Il fit des +proclamations qui etaient traduites en arabe et repandues dans le pays. +Il ecrivit au pacha: "La republique francaise s'est decidee a envoyer +une puissante armee pour mettre fin aux brigandages des beys d'Egypte, +ainsi qu'elle a ete obligee de le faire plusieurs fois dans ce siecle +contre les beys de Tunis et d'Alger. Toi, qui devrais etre le maitre +des beys, et que cependant ils tiennent au Caire sans autorite et sans +pouvoir, tu dois voir mon arrivee avec plaisir. Tu es sans doute deja +instruit que je ne viens point pour rien faire contre l'alcoran ni le +sultan. Tu sais que la nation francaise est la seule et unique alliee +que le sultan ait en Europe. Viens donc a ma rencontre, et maudis avec +moi la race impie des beys." S'adressant aux Egyptiens, Bonaparte leur +adressait ces paroles: "Peuples d'Egypte, on vous dira que je viens pour +detruire votre religion. Ne le croyez pas; repondez que je viens vous +restituer vos droits, punir les usurpateurs, et que je respecte plus que +les Mameluks Dieu, son prophete et le Koran." Parlant de la tyrannie +des Mameluks, il disait: "Y a-t-il une belle terre? elle appartient aux +Mameluks. Y a-t-il une belle esclave, un beau cheval, une belle maison? +cela appartient aux Mameluks. Si l'Egypte est leur ferme, qu'ils +montrent le bail que Dieu leur en a fait. Mais Dieu est juste et +misericordieux pour le peuple, et il a ordonne que l'empire des Mameluks +finit." Parlant des sentimens des Francais, il ajoutait: "Nous aussi, +nous sommes de vrais musulmans. N'est-ce pas nous qui avons detruit le +pape, qui disait qu'il fallait faire la guerre aux musulmans? N'est-ce +pas nous qui avons detruit les chevaliers de Malte, parce que ces +insenses croyaient que Dieu voulait qu'ils fissent la guerre aux +musulmans? Trois fois heureux ceux qui seront avec nous! Ils +prospereront dans leur fortune et leur rang. Heureux ceux qui seront +neutres! Ils auront le temps de nous connaitre, et ils se rangeront avec +nous. Mais malheur, trois fois malheur a ceux qui s'armeront pour les +Mameluks et combattront contre nous! Il n'y aura pas d'esperance pour +eux; ils periront." + +Bonaparte dit a ses soldats: "Vous allez entreprendre une conquete +dont les effets sur la civilisation et le commerce du monde sont +incalculables. Vous porterez a l'Angleterre le coup le plus sur et le +plus sensible, en attendant que vous puissiez lui donner le coup de +mort. + +"Les peuples avec lesquels nous allons vivre sont mahometans; leur +premier article de foi est celui-ci: _Il n'y a pas d'autre Dieu que +Dieu, et Mahomet est son prophete_. Ne les contredisez pas; agissez avec +eux comme nous avons agi avec les Juifs, avec les Italiens. Ayez des +egards pour leurs muphtis et leurs imans, comme vous en avez eu pour les +rabbins et pour les eveques. Ayez pour les ceremonies que prescrit le +Koran, pour les mosquees, la meme tolerance que vous avez eue pour les +couvens, pour les synagogues, pour la religion de Moise et celle de +Jesus-Christ. Les legions romaines protegeaient toutes les religions. +Vous trouverez ici des usages differens de ceux de l'Europe, il faut +vous y accoutumer. Les peuples chez lesquels nous allons entrer traitent +les femmes autrement que nous. Souvenez-vous que dans tous les pays, +celui qui viole est un lache. + +"La premiere ville que nous rencontrerons a ete batie par Alexandre. +Nous trouverons a chaque pas de grands souvenirs, dignes d'exciter +l'emulation des Francais." + +Sur-le-champ Bonaparte fit ses dispositions pour etablir l'autorite +francaise a Alexandrie, pour quitter ensuite le Delta et s'emparer du +Caire, capitale de toute l'Egypte. On etait en juillet, le Nil allait +inonder les campagnes. Il voulait arriver au Caire avant l'inondation, +et employer le temps qu'elle durerait, a faire son etablissement. Il +ordonna que tout demeurat dans le meme etat a Alexandrie, que les +exercices religieux continuassent, que la justice fut rendue comme avant +par les cadis. Il voulut succeder seulement aux droits des Mameluks, +et etablir un commissaire pour percevoir les impots accoutumes. Il +fit former un divan, ou conseil municipal, compose des scheiks et des +notables d'Alexandrie, afin de les consulter sur toutes les mesures que +l'autorite francaise aurait a prendre. Il laissa trois mille hommes en +garnison a Alexandrie, et en donna le commandement a Kleber, que sa +blessure devait, pour un mois ou deux, condamner a l'inaction. Il +chargea un jeune officier du plus rare merite, et qui promettait un +grand ingenieur a la France, de mettre Alexandrie en etat de defense et +d'y faire pour cela les travaux necessaires. C'etait le colonel Cretin, +qui, a peu de frais et en peu de temps, executa a Alexandrie des travaux +superbes. Bonaparte donna ensuite des ordres pour mettre la flotte a +l'abri. C'etait une question de savoir si les gros vaisseaux pourraient +entrer dans le port d'Alexandrie. Une commission de marins fut chargee +de sonder le port, et de faire un rapport. En attendant, la flotte fut +mise a l'ancre dans la rade d'Aboukir. Bonaparte ordonna a Brueys de +faire promptement decider la question, et de se rendre a Corfou, s'il +etait reconnu que les vaisseaux ne pouvaient pas entrer dans Alexandrie. + +Apres avoir vaque a ces soins, il fit ses dispositions pour se mettre en +marche. Une flottille considerable chargee de vivres, d'artillerie, de +munitions et de bagages, dut longer la cote jusqu'a l'embouchure de +Rosette, entrer dans le Nil, et le remonter en meme temps que l'armee +francaise. Il se mit ensuite en marche avec le gros de l'armee, qui, +privee des deux garnisons laissees a Malte et Alexandrie, etait forte de +trente mille hommes a peu pres. Il avait ordonne a sa flottille de +se rendre a la hauteur de Ramanieh, sur les bords du Nil. La il se +proposait de la joindre et de remonter le Nil parallelement avec elle, +afin de sortir du Delta et d'arriver dans la Moyenne-Egypte, ou Bahireh. +Pour aller d'Alexandrie a _Ramanieh_, il y avait deux routes, l'une a +travers les pays habites, le long de la mer et du Nil, l'autre plus +courte et a vol d'oiseau, mais a travers le desert de _Damanhour_. +Bonaparte n'hesita pas, et prit la plus courte. Il lui importait +d'arriver promptement au Caire. Desaix marchait avec l'avant-garde; le +corps de bataille suivait a quelques lieues de distance. On s'ebranla le +18 messidor (6 juillet). Quand les soldats se virent engages dans cette +plaine sans bornes, avec un sable mouvant sous les pieds, un ciel +brulant sur la tete, point d'eau, point d'ombre, n'ayant pour reposer +leurs yeux que de rares bouquets de palmiers, ne voyant d'etres vivans +que de legeres troupes de cavaliers arabes, qui paraissaient et +disparaissaient a l'horizon, et quelquefois se cachaient derriere +des dunes de sable pour egorger les trainards, ils furent remplis de +tristesse. Deja le gout du repos leur etait venu, apres les longues et +opiniatres campagnes d'Italie. Ils avaient suivi leur general dans une +contree lointaine, parce que leur foi en lui etait aveugle, parce qu'on +leur avait annonce une terre promise, de laquelle ils reviendraient +assez riches pour acheter chacun un champ de six arpens. Mais quand ils +virent ce desert, le mecontentement s'en mela, et alla meme jusqu'au +desespoir. Ils trouvaient tous les puits, qui de distance en distance +jalonnent la route du desert, detruits par les Arabes. A peine y +restait-il quelques gouttes d'une eau saumatre, et tres insuffisante +pour etancher leur soif. On leur avait annonce qu'ils trouveraient a +Damanhour des soulagemens; ils n'y rencontrerent que de miserables +huttes, et ne purent s'y procurer ni pain ni vin, mais seulement +des lentilles en assez grande abondance et un peu d'eau. Il fallut +s'enfoncer de nouveau dans le desert. Bonaparte vit les braves Lannes +et Murat eux-memes saisir leurs chapeaux, les jeter sur le sable, les +fouler aux pieds. Cependant il imposait a tous: sa presence commandait +le silence, et faisait quelquefois renaitre la gaiete. Les soldats ne +voulaient pas lui imputer leurs maux; ils s'en prenaient a ceux qui +trouvaient un grand plaisir a observer le pays. Voyant les savans +s'arreter pour examiner les moindres ruines, ils disaient que c'etait +pour eux qu'on etait venu, et s'en vengeaient par de bons mots a leur +facon. Caffarelli surtout, brave comme un grenadier, curieux comme un +erudit, passait a leurs yeux pour l'homme qui avait trompe le general, +et qui l'avait entraine dans ce pays lointain. Comme il avait perdu une +jambe sur le Rhin, ils disaient: _Il se moque de ca lui, il a un pied en +France._ Cependant, apres de cruelles souffrances, supportees d'abord +avec humeur, puis avec gaiete et courage, on arriva sur les bords du Nil +le 22 messidor (10 juillet), apres une marche de quatre jours. A la vue +du Nil et de cette eau si desiree, les soldats s'y precipiterent, et en +se baignant dans ses flots oublierent toutes leurs fatigues. La division +Desaix, qui de l'avant-garde etait passee a l'arriere-garde, vit galoper +devant elle deux ou trois centaines de Mameluks, qu'elle dispersa avec +quelques volees de mitraille. C'etaient les premiers qu'on eut vus. +Ils annoncaient la prochaine rencontre de l'armee ennemie. Le brave +Mourad-Bey, en effet, ayant ete averti, reunissait toutes ses forces +autour du Caire. En attendant leur reunion, il voltigeait avec un +millier de chevaux autour de notre armee, afin d'observer sa marche. + +L'armee attendit a Ramanieh l'arrivee de la flottille; elle se reposa +jusqu'au 25 messidor (13 juillet), et en partit le meme jour pour +Chebreiss. Mourad-Bey nous y attendait avec ses mameluks. La flottille, +qui etait partie la premiere, et qui avait devance l'armee, se trouva +engagee avant de pouvoir etre soutenue. Mourad-Bey en avait une aussi, +et du rivage il joignait son feu a celui de ses _djermes_ (vaisseaux +legers egyptiens). La flottille francaise eut a soutenir un combat des +plus rudes. L'officier de marine Perree, qui la commandait, deploya +un rare courage; il fut soutenu par les cavaliers qui etaient arrives +demontes en Egypte, et qui, en attendant de s'equiper aux depens +des Mameluks, etaient transportes par eau. On prit deux chaloupes +canonnieres a l'ennemi, et on le repoussa. L'armee arriva dans cet +instant; elle se composait de cinq divisions. Elle n'avait pas encore +combattu contre ces singuliers ennemis. A la rapidite, au choc des +chevaux, aux coups de sabre, il fallait opposer l'immobilite du +fantassin, sa longue baionnette, et des masses faisant front de tous +cotes. Bonaparte forma ses cinq divisions en cinq carres, au milieu +desquels on placa les bagages et l'etat-major. L'artillerie etait +aux angles. Les cinq divisions se flanquaient les unes les autres. +Mourad-Bey lanca sur ces citadelles vivantes mille ou douze cents +cavaliers intrepides, qui, se precipitant a grands cris et de tout le +galop de leurs chevaux, dechargeant leurs pistolets, puis tirant leurs +redoutables sabres, vinrent se jeter sur le front des carres. Trouvant +partout une haie de baionnettes et un feu terrible, ils flottaient +autour des rangs francais, tombaient devant eux, ou s'echappaient dans +la plaine de toute la vitesse de leurs chevaux. Mourad, apres avoir +perdu deux ou trois cents de ses plus braves cavaliers, se retira pour +gagner le sommet du Delta, et aller nous attendre a la hauteur du Caire, +a la tete de toutes ses forces. + +Ce combat suffit pour familiariser l'armee avec ce nouveau genre +d'ennemis, et pour suggerer a Bonaparte la tactique qu'il fallait +employer avec eux. On s'achemina sur le Caire. La flottille se tenait +sur le Nil a la hauteur de l'armee. On marcha sans relache pendant les +jours suivans. Les soldats eurent de nouvelles souffrances a essuyer, +mais ils longeaient le Nil, et pouvaient s'y baigner tous les soirs. La +vue de l'ennemi leur avait rendu leur ardeur. "Ces soldats, deja un peu +degoutes des fatigues, comme il arrive toujours quand on a assez de +gloire, je les trouvais, dit Bonaparte, toujours admirables au feu." +Pendant les marches l'humeur revenait souvent, et apres l'humeur les +plaisanteries. Les savans commencaient a inspirer beaucoup de respect +par le courage qu'on leur voyait deployer: Monge et Bertholet, sur la +flottille, avaient montre a Chebreiss un courage heroique. Les soldats, +tout en faisant des plaisanteries, etaient pleins d'egards pour eux. Ne +voyant pas paraitre cette capitale du Caire, si vantee comme une des +merveilles de l'Orient, ils disaient qu'elle n'existait pas, ou bien que +ce serait comme a Damanhour, une reunion de huttes. Ils disaient encore +qu'on avait trompe ce pauvre general, qu'il s'etait laisse deporter +comme _un bon enfant_, lui et ses compagnons de gloire. Le soir, quand +on s'etait repose, les soldats qui avaient lu ou entendu debiter les +contes des Mille et une Nuits, les repetaient a leurs camarades, et +on se promettait des palais magnifiques et resplendissans d'or. En +attendant, on etait toujours prive de pain, non que le ble manquat, on +en trouvait partout au contraire; mais on n'avait ni moulin, ni four. +On mangeait des lentilles, des pigeons, et un melon d'eau exquis, +connu dans les pays meridionaux sous le nom de _pasteque_. Les soldats +l'appelaient _sainte pasteque_. + +On approchait du Caire, et la devait se livrer la bataille decisive. +Mourad-Bey y avait reuni la plus grande partie de ses Mameluks, dix +mille a peu pres. Ils etaient suivis par un nombre double de fellahs, +auxquels on donnait des armes, et qu'on obligeait de se battre derriere +les retranchemens. Il avait rassemble aussi quelques mille janissaires, +ou spahis, dependans du pacha, qui, malgre la lettre de Bonaparte, +s'etait laisse entrainer dans le parti de ses oppresseurs. Mourad-Bey +avait fait des preparatifs de defense sur les bords du Nil. La grande +capitale du Caire se trouve sur la rive droite du fleuve. C'etait sur la +rive opposee, c'est-a-dire sur la gauche, que Mourad-Bey avait place +son camp, dans une longue plaine qui s'etendait entre le Nil et les +pyramides de Giseh, les plus hautes de l'Egypte. Voici quelles etaient +ses dispositions. Un gros village, appele Embaheh, etait adosse au +fleuve. Mourad-Bey y avait ordonne quelques travaux, concus et executes +avec l'ignorance turque. C'etait un simple boyau qui environnait +l'enceinte du village, et des batteries immobiles, dont les pieces +n'etant pas sur affut de campagne ne pouvaient etre deplacees. Tel etait +le camp retranche de Mourad. Il y avait place ses vingt-quatre mille +fellahs et janissaires, pour s'y battre avec l'opiniatrete accoutumee +des Turcs derriere les murailles. Ce village, retranche et appuye +au fleuve, formait sa droite. Ses Mameluks, au nombre de dix mille +cavaliers, s'etendaient dans la plaine entre le fleuve et les pyramides. +Quelques mille cavaliers arabes, qui n'etaient les auxiliaires des +Mameluks que pour piller et massacrer dans le cas d'une victoire, +remplissaient l'espace entre les pyramides et les Mameluks. Le collegue +de Mourad-Bey, Ibrahim, moins belliqueux et moins brave que lui, se +tenait de l'autre cote du Nil, avec un millier de Mameluks, avec ses +femmes, ses esclaves et ses richesses, pret a sortir du Caire, et a +se refugier en Syrie, si les Francais etaient victorieux. Un nombre +considerable de djermes couvraient le Nil, et portaient toutes les +richesses des Mameluks. Tel etait l'ordre dans lequel les deux beys +attendaient Bonaparte. + +Le 3 thermidor (21 juillet), l'armee francaise se mit en marche avant +le jour. Elle savait qu'elle allait apercevoir le Caire et rencontrer +l'ennemi. A la pointe du jour, elle decouvrit enfin a sa gauche, au-dela +du fleuve, les hauts minarets de cette grande capitale, et a sa droite, +dans le desert, les gigantesques pyramides dorees par le soleil. A +la vue de ces monumens, elle s'arreta comme saisie de curiosite et +d'admiration. Le visage de Bonaparte etait rayonnant d'enthousiasme; +il se mit a galoper devant les rangs des soldats, et leur montrant les +pyramides: _Songez_, s'ecriait-il, _songez que du haut de ces pyramides +quarante siecles vous contemplent_. On s'avanca d'un pas rapide. On +voyait, en s'approchant, s'elever les minarets du Caire, on voyait +grandir les pyramides, on voyait fourmiller la multitude qui gardait +Embaheh, on voyait etinceler les armes de ces dix mille cavaliers, +brillans d'or et d'acier, et formant une ligne immense. Bonaparte fit +aussitot ses dispositions. L'armee, comme a Chebreiss, etait partagee +en cinq divisions. Les divisions Desaix et Regnier formaient la droite, +vers le desert; la division Dugua formait le centre, les divisions Menou +et Bon formaient la gauche, le long du Nil. Bonaparte, qui, depuis +le combat de Chebreiss, avait juge le terrain et l'ennemi, fit ses +dispositions en consequence. Chaque division formait un carre; chaque +carre etait sur six rangs. Derriere etaient les compagnies de grenadiers +en pelotons, pretes a renforcer les points d'attaque. L'artillerie etait +aux angles; les bagages et les generaux au centre. Ces carres etaient +mouvans. Quand ils etaient en marche, deux cotes marchaient sur le +flanc. Quand ils etaient charges, ils devaient s'arreter pour faire +front sur toutes les faces. Puis quand ils voulaient enlever une +position, les premiers rangs devaient se detacher, pour former des +colonnes d'attaque, et les autres devaient rester en arriere, formant +toujours le carre, mais sur trois hommes de profondeur seulement, +et prets a recueillir les colonnes d'attaque. Telles etaient les +dispositions ordonnees par Bonaparte. Il craignait que ses impetueux +soldats d'Italie, habitues a marcher au pas de charge, eussent de +la peine a se resigner a cette froide et impassible immobilite des +murailles. Il avait eu soin de les y preparer. Ordre etait donne surtout +de ne pas se hater de tirer, d'attendre froidement l'ennemi, et de ne +faire feu qu'a bout pourtant. + +On s'avanca presque a la portee du canon. Bonaparte, qui etait dans +le carre du centre, forme par la division Dugua, s'assura, avec une +lunette, de l'etat du camp d'Embabeh. Il vit que l'artillerie du camp, +n'etant pas sur affut de campagne, ne pourrait pas se porter dans la +plaine, et que l'ennemi ne sortirait pas des retranchemens. C'est sur +cette prevision qu'il basa ses mouvemens. Il resolut d'appuyer avec ses +divisions sur la droite, c'est-a-dire sur le corps des Mameluks, en +circulant hors de la portee du canon d'Embabeh. Son intention etait +de separer les Mameluks du camp retranche, de les envelopper, de les +pousser dans le Nil, et de n'attaquer Embabeh qu'apres s'etre defait +d'eux. Il ne devait pas lui etre difficile de venir a bout de la +multitude qui fourmillait dans ce camp apres avoir detruit les Mameluks. + +Sur-le-champ il donna le signal. Desaix, qui formait l'extreme droite, +se mit le premier en marche. Apres lui venait le carre de Regnier, puis +celui de Dugua, ou etait Bonaparte. Les deux autres circulaient autour +d'Embabeh, hors de la portee du canon. Mourad-Bey qui, quoique sans +instruction, etait doue d'un grand caractere et d'un coup d'oeil +penetrant, devina sur-le-champ l'intention de son adversaire, et resolut +de charger pendant ce mouvement decisif. Il laissa deux mille Mameluks +pour appuyer Embabeh, puis se precipita avec le reste sur les deux +carres de droite. Celui de Desaix, engage dans les palmiers, n'etait pas +encore forme, lorsque les premiers cavaliers l'aborderent. Mais il se +forma sur-le-champ, et fut pret a recevoir la charge. C'est une masse +enorme que celle de huit mille cavaliers galopant a la fois dans une +plaine. Ils se precipiterent avec une impetuosite extraordinaire sur la +division Desaix. Nos braves soldats, devenus aussi froids qu'ils avaient +ete fougueux jadis, les attendirent avec calme, et les recurent, a bout +portant, avec un feu terrible de mousqueterie et de mitraille. Arretes +par le feu, ces innombrables cavaliers flottaient le long des rangs, +et galopaient autour de la citadelle enflammee. Quelques-uns des plus +braves se precipiterent sur les baionnettes, puis, retournant leurs +chevaux et les renversant sur nos fantassins, parvinrent a faire breche, +et trente ou quarante vinrent expirer aux pieds de Desaix, au centre +meme du carre. La masse, tournant bride, se rejeta du carre de Desaix +sur celui de Regnier qui venait apres. Accueillie par le meme feu, elle +revint vers le point d'ou elle etait partie; mais elle trouva sur ses +derrieres la division Dugua que Bonaparte avait portee vers le Nil, et +fut jetee dans une deroute complete. Alors la fuite se fit en desordre. +Une partie des fuyards s'echappa vers notre droite, du cote des +pyramides; une autre, passant sous le feu de Dugua, alla se jeter dans +Embabeh, ou elle porta la confusion. Des cet instant le trouble commenca +a se mettre dans le camp retranche. Bonaparte s'en apercevant, ordonna +a ses deux divisions de gauche de s'approcher d'Embabeh, pour s'en +emparer. Bon et Menou s'avancerent sur le feu des retranchemens, +et arrives a une certaine distance, firent halte. Les carres se +dedoublerent; les premiers rangs se formerent en colonnes d'attaque, +tandis que les autres resterent en carre, figurant toujours de +veritables citadelles. Mais au meme instant les Mameluks, tant ceux +que Mourad avait laisses a Embabeh, que ceux qui s'y etaient refugies, +voulurent nous prevenir. Ils fondirent sur nos colonnes d'attaque, +tandis qu'elles etaient en marche. Mais celles-ci s'arretant +sur-le-champ, et se formant en carre avec une merveilleuse rapidite, +les recurent avec fermete, et en abattirent un grand nombre. Les uns +se rejeterent dans Embabeh, ou le desordre devint extreme; les autres, +fuyant dans la plaine, entre le Nil et notre droite, furent fusilles +ou pousses dans le fleuve. Les colonnes d'attaque aborderent vivement +Embabeh, s'en emparerent, et jeterent dans le Nil la multitude des +fellahs et des janissaires. Beaucoup se noyerent; mais comme les +Egyptiens sont excellens nageurs, le plus grand nombre d'entre eux +parvint a se sauver. La journee etait finie. Les Arabes, qui etaient +pres des pyramides et qui attendaient la victoire, s'enfoncerent dans +le desert. Mourad, avec les debris de sa cavalerie, et le visage tout +sanglant, se retira vers la Haute-Egypte. Ibrahim, qui de l'autre rive +contemplait ce desastre, s'enfonca vers Belbeys, pour se retirer en +Syrie. Les Mameluks mirent aussitot le feu aux djermes qui portaient +leurs richesses. Cette proie nous echappa, et nos soldats virent pendant +toute la nuit des flammes devorer un riche butin. + +Bonaparte placa son quartier-general a Giseh, sur les bords du Nil, ou +Mourad-Bey avait une superbe habitation. On trouva, soit a Giseh, soit +a Embabeh, des provisions considerables, et nos soldats purent se +dedommager de leurs longues privations. Ils trouverent des vignes +couvertes de magnifiques raisins dans les jardins de Giseh, et les +eurent bientot vendangees. Mais ils firent sur le champ de bataille un +butin d'une autre espece, c'etaient des schalls magnifiques, de belles +armes, des chevaux, et des bourses qui renfermaient jusqu'a deux ou +trois cents pieces d'or; car les Mameluks portaient toutes leurs +richesses avec eux. Ils passerent la soiree, la nuit et le lendemain a +recueillir des depouilles. Cinq a six cents Mameluks avaient ete tues. +Plus de mille etaient noyes dans le Nil. Les soldats se mirent a les +pecher pour les depouiller, et employerent plusieurs jours encore a ce +genre de recherche. + +La bataille nous avait a peine coute une centaine de morts ou blesses; +car si la defaite est terrible pour des carres enfonces, la perte est +nulle pour des carres victorieux. Les Mameluks avaient perdu leurs +meilleurs cavaliers par le feu ou par les flots. Leurs forces etaient +dispersees, et la possession du Caire nous etait assuree. Cette capitale +etait dans un desordre extraordinaire. Elle renferme plus de trois cent +mille habitans, et elle est remplie d'une populace feroce et abrutie, +qui se livrait a tous les exces, et voulait profiter du tumulte pour +piller les riches palais des beys. Malheureusement la flottille +francaise n'avait pas encore remonte le Nil, et nous n'avions pas le +moyen de le traverser pour aller prendre possession du Caire. Quelques +negocians francais, qui s'y trouvaient furent envoyes a Bonaparte par +les scheiks, pour convenir de l'occupation de la ville. Il se +procura quelques djermes pour envoyer un detachement qui retablit la +tranquillite et mit les personnes et les proprietes a l'abri des fureurs +de la populace. Il entra le surlendemain dans le Caire, et alla prendre +possession du palais de Mourad-Bey. + +A peine fut-il etabli au Caire, qu'il se hata d'employer la politique +qu'il avait deja suivie a Alexandrie, et qui devait lui attacher le +pays. Il visita les principaux scheiks, les flatta, leur fit esperer le +retablissement de la domination arabe, leur promit la conservation de +leur culte et de leurs coutumes, et reussit completement a les gagner +par un melange de caresses adroites et de paroles imposantes, empreintes +d'une grandeur orientale. L'essentiel etait d'obtenir des scheiks de la +mosquee de Jemil-Azar une declaration en faveur des Francais. C'etait +comme un bref du pape chez les chretiens. Bonaparte y deploya tout ce +qu'il avait d'adresse, et il y reussit completement. Les grands scheiks +firent la declaration desiree, et engagerent les Egyptiens a se +soumettre a l'envoye de Dieu, qui respectait le prophete, et qui venait +venger ses enfans de la tyrannie des Mameluks. Bonaparte etablit au +Caire un divan, comme il avait fait a Alexandrie, compose des principaux +scheiks et des plus notables habitans. Ce divan ou conseil municipal +devait lui servir a gagner l'esprit des Egyptiens, en les consultant, +et a s'instruire par eux de tous les details de l'administration +interieure. Il fut convenu que dans toutes les provinces il en serait +etabli de pareils, et que ces divans particuliers enverraient des +deputes au divan du Caire, qui serait ainsi le grand divan national. + +Bonaparte resolut de laisser exercer la justice par les cadis. Dans son +projet de succeder aux droits des Mameluks, il saisit leurs proprietes, +et fit continuer au profit de l'armee francaise la perception des droits +precedemment etablis. Pour cela il fallait avoir les Cophtes a sa +disposition. Il ne negligea rien pour se les attacher, en leur faisant +esperer une amelioration dans leur sort. Il fit partir des generaux avec +des detachemens, pour redescendre le Nil, et aller achever l'occupation +du Delta, qu'on n'avait fait que traverser. Il en envoya vers le Nil +superieur pour prendre possession de l'Egypte-Moyenne. Desaix fut place +avec sa division a l'entree de la Haute-Egypte, dont il devait faire +la conquete sur Mourad-Bey, des que les eaux du Nil baisseraient avec +l'automne. Chacun des generaux, muni d'instructions detaillees, devait +repeter dans tout le pays ce qui avait ete fait a Alexandrie et au +Caire. Ils devaient s'entourer des scheiks, capter les Cophtes, et +etablir la perception des impots pour fournir aux besoins de l'armee. + +Bonaparte s'occupa ensuite du bien-etre et de la sante des soldats. +L'Egypte commencait a leur plaire: ils y trouvaient le repos, +l'abondance, un climat sain et pur. Ils s'habituaient aux moeurs +singulieres du pays, et en faisaient un sujet continuel de +plaisanteries. Mais, devinant l'intention du general avec leur sagacite +accoutumee, ils jouaient aussi le respect pour le prophete, et riaient +avec lui du role que la politique les obligeait a jouer. Bonaparte fit +construire des fours pour qu'ils eussent du pain. Il les logea dans les +bonnes habitations des Mameluks, et leur recommanda surtout de respecter +les femmes. Ils avaient trouve en Egypte des anes superbes et en grand +nombre. C'etait un grand plaisir pour eux de se faire porter dans les +environs et de galoper sur ces animaux a travers les campagnes. Leur +vivacite causa quelques accidens aux graves habitans du Caire. Il fallut +defendre de traverser les rues trop vite. La cavalerie etait montee sur +les plus beaux chevaux du monde, c'est-a-dire sur les chevaux arabes +enleves aux Mameluks. + +Bonaparte s'occupa aussi de maintenir les relations avec les contrees +voisines, afin de conserver et de s'approprier le riche commerce de +l'Egypte. Il nomma lui-meme l'emir-haggi. C'est un officier choisi +annuellement au Caire, pour proteger la grande caravane de la Mecque. +Il ecrivit a tous les consuls francais sur la cote de Barbarie, pour +avertir les deys que l'emir-haggi etait nomme, et que les caravanes +pouvaient partir. Il fit ecrire par les scheiks au sherif de la Mecque, +que les pelerins seraient proteges, et que les caravanes trouveraient +surete et protection. Le pacha du Caire avait suivi Ibrahim-Bey +a Belbeys. Bonaparte lui ecrivit, ainsi qu'aux divers pachas de +Saint-Jean-d'Acre et de Damas, pour les assurer des bonnes dispositions +des Francais envers la Sublime-Porte. Ces dernieres precautions etaient +malheureusement inutiles, et les officiers de la Porte se persuadaient +difficilement que les Francais, qui venaient envahir une des plus riches +provinces de leur souverain, fussent reellement ses amis. + +Les Arabes etaient frappes du caractere du jeune conquerant. Ils ne +comprenaient pas qu'un mortel qui lancait la foudre fut aussi clement. +Ils l'appelaient le digne enfant du prophete, le favori du grand +_Allah_; ils avaient chante dans la grande mosquee la litanie suivante: + +"Le grand _Allah_ n'est plus irrite contre nous! Il a oublie nos fautes, +assez punies par la longue oppression des Mameluks! Chantons les +misericordes du grand _Allah_! + +"Quel est celui qui a sauve des dangers de la mer et de la fureur de ses +ennemis _le Favori de la victoire_? Quel est celui qui a conduit sains +et saufs sur les rives du Nil _les braves de l'Occident_? + +"C'est le grand _Allah_, le grand _Allah_, qui n'est plus irrite contre +nous. Chantons les misericordes du grand _Allah_! + +"Les beys mameluks avaient mis leur confiance dans leurs chevaux; les +beys mameluks avaient range leur infanterie en bataille. + +"Mais _le Favori de la victoire_, a la tete _des braves de l'Occident_, +a detruit l'infanterie et les chevaux des Mameluks. + +"De meme que les vapeurs qui s'elevent le matin du Nil sont dissipees +par les rayons du soleil, de meme l'armee des Mameluks a ete dissipee +par _les braves de l'Occident_, parce que le grand _Allah_ est +actuellement irrite contre les Mameluks, parce que _les braves de +l'Occident_ sont la prunelle droite du grand _Allah_." + +Bonaparte voulut, pour entrer davantage dans les moeurs des Arabes, +prendre part a leurs fetes. Il assista a celle du Nil qui est une des +plus grandes d'Egypte. Ce fleuve est le bienfaiteur de la contree: aussi +est-il en grande veneration chez les habitans, et il est l'objet d'une +espece de culte. Pendant l'inondation, il s'introduit au Caire par un +grand canal; une digue lui interdit l'entree de ce canal, jusqu'a ce +qu'il soit parvenu a une certaine hauteur; alors on la coupe; et le jour +destine a cette operation est un jour de rejouissance. On declare la +hauteur a laquelle le fleuve est parvenu, et quand on espere une grande +inondation, la joie est generale, car c'est un presage d'abondance. +C'est le 18 aout (1er fructidor) que cette espece de fete se celebre. +Bonaparte avait fait prendre les armes a toute l'armee, et l'avait +rangee sur les bords du canal. Un peuple immense etait accouru, +et voyait avec joie _les braves de l'Occident_ assister a ses +rejouissances. Bonaparte, a la tete de son etat-major, accompagnait les +principales autorites du pays. D'abord un scheik declara la hauteur a +laquelle etait parvenu le Nil: elle etait de vingt-cinq pieds, ce qui +causa une grande joie. On travailla ensuite a couper la digue. Toute +l'artillerie francaise retentit a la fois au moment ou les eaux +du fleuve se precipiterent. Suivant l'usage, une foule de barques +s'elancerent dans le canal pour obtenir le prix destine a celle qui +parviendrait a y entrer la premiere. Bonaparte donna le prix lui-meme. +Une foule d'hommes et d'enfans se plongeaient dans les eaux du Nil, +attachant a ce bain des proprietes bienfaisantes. Des femmes y jetaient +des cheveux et des pieces d'etoffes. Bonaparte fit ensuite illuminer la +ville, et la journee s'acheva dans les festins. La fete du prophete ne +fut pas celebree avec moins de pompe; Bonaparte se rendit a la grande +mosquee, s'assit sur des coussins, les jambes croisees comme les +scheiks, dit avec eux les litanies du prophete, en balancant le haut de +son corps et agitant sa tete. Il edifia tout le saint college par sa +piete. Il assista ensuite au repas donne par le grand scheik, elu dans +la journee. + +C'est par tous ces moyens que le jeune general, aussi profond politique +que grand capitaine, parvenait a s'attacher l'esprit du pays. Tandis +qu'il en flattait momentanement les prejuges, il travaillait a y +repandre un jour la science, par la creation du celebre Institut +d'Egypte. Il reunit les savans et les artistes qu'il avait amenes, et +les associant a quelques-uns de ses officiers les plus instruits, il en +composa cet Institut, auquel il consacra des revenus, et l'un des +plus vastes palais du Caire. Les uns devaient s'occuper a faire une +description exacte du pays, et en dresser la carte la plus detaillee; +les autres devaient en etudier les ruines, et fournir de nouvelles +lumieres a l'histoire; les autres devaient en etudier les productions, +faire les observations utiles a la physique, a l'astronomie, a +l'histoire naturelle; les autres enfin devaient s'occuper a rechercher +les ameliorations qu'on pourrait apporter a l'existence des habitans par +des machines, des canaux, des travaux sur le Nil, des procedes adaptes +a ce sol si singulier et si different de l'Europe. Si la fortune devait +nous enlever un jour cette belle contree, du moins elle ne pouvait nous +enlever les conquetes que la science y allait faire; un monument se +preparait qui devait honorer le genie et la constance de nos savans, +autant que l'expedition honorait l'heroisme de nos soldats. + +Monge fut le premier qui obtint la presidence. Bonaparte ne fut que le +second. Il proposa les questions suivantes: rechercher la meilleure +construction des moulins a eau et a vent; remplacer le houblon qui +manque en Egypte, dans la fabrication de la biere; determiner les lieux +propres a la culture de la vigne; chercher le meilleur moyen pour +procurer de l'eau a la citadelle du Caire; creuser des puits dans les +differens endroits du desert; chercher le moyen de clarifier et de +rafraichir l'eau du Nil; imaginer une maniere d'utiliser les decombres +dont la ville du Caire etait embarrassee, ainsi que toutes les anciennes +villes d'Egypte; chercher les matieres necessaires pour la fabrication +de la poudre en Egypte. On peut juger par ces questions de la tournure +d'esprit du general. Sur-le-champ les ingenieurs, les dessinateurs, +les savans, se repandirent dans toutes les provinces pour commencer la +description et la carte du pays. Tels etaient les soins de cette colonie +naissante et la maniere dont le fondateur en dirigeait les travaux. + +La conquete des provinces de la Basse et Moyenne-Egypte s'etait faite +sans peine, et n'avait coute que quelques escarmouches avec les Arabes. +Il avait suffi d'une marche forcee sur Belbeys pour rejeter Ibrahim-Bey +en Syrie. Desaix attendait l'automne pour enlever la Haute-Egypte a +Mourad-Bey, qui s'y etait retire avec les debris de son armee. + +Mais, pendant ce temps, la fortune venait d'infliger a Bonaparte le +plus redoutable de tous les revers. En quittant Alexandrie, il avait +fortement recommande a l'amiral Brueys de mettre son escadre a l'abri +des Anglais, soit en la faisant entrer dans Alexandrie, soit en la +dirigeant sur Corfou; mais surtout de ne pas rester dans la rade +d'Aboukir, car il valait mieux rencontrer l'ennemi a la voile, que de le +recevoir a l'ancre. Une vive discussion s'etait elevee sur la question +de savoir si on pouvait faire entrer dans le port d'Alexandrie les +vaisseaux de 80 et de 120 canons. Il n'y avait pas de doute pour les +autres; mais pour les deux de 80 et pour celui de 120, il fallait un +allegement qui leur fit gagner trois pieds d'eau. Pour cela il etait +necessaire de les desarmer ou de construire des demi-chameaux. L'amiral +Brueys ne voulut pas faire entrer son escadre dans le port a cette +condition. Il pensait qu'oblige a de pareilles precautions pour ses +trois vaisseaux les plus forts, il ne pourrait jamais sortir du port +en presence de l'ennemi, et qu'il pourrait ainsi etre bloque par une +escadre tres-inferieure en force; il se decida a partir pour Corfou. +Mais etant fort attache au general Bonaparte, il ne voulait pas mettre +a la voile sans avoir des nouvelles de son entree au Caire et de son +etablissement en Egypte. Le temps qu'il employa, soit a faire sonder les +passes d'Alexandrie, soit a attendre des nouvelles du Caire, le perdit, +et amena un des plus funestes evenemens de la revolution et l'un de ceux +qui, a cette epoque, ont le plus influe sur les destinees du monde. + +L'amiral Brueys s'etait embosse dans la rade d'Aboukir. Cette rade est +un demi-cercle tres-regulier. Nos treize vaisseaux formaient une ligne +demi-circulaire parallele au rivage. L'amiral, pour assurer sa ligne +d'embossage, l'avait appuyee d'un cote vers une petite ile, nommee +l'ilot d'Aboukir. Il ne supposait pas qu'un vaisseau put passer entre +cet ilot et sa ligne pour la prendre par derriere; et, dans cette +croyance il s'etait contente d'y placer une batterie de douze, +seulement pour empecher l'ennemi d'y debarquer. Il se croyait tellement +inattaquable de ce cote, qu'il y avait place ses plus mauvais vaisseaux. +Il craignait davantage pour l'autre extremite de son demi-cercle. De +ce cote, il croyait possible que l'ennemi passat entre le rivage et sa +ligne d'embossage; aussi y avait-il mis ses vaisseaux les plus forts +et les mieux commandes. De plus, il etait rassure par une circonstance +importante, c'est que cette ligne etant au midi, et le vent venant +du nord, l'ennemi qui voudrait attaquer par ce cote aurait le vent +contraire, et ne s'exposerait pas sans doute a combattre avec un pareil +desavantage. + +Dans cette situation, protege de sa gauche par un ilot, qu'il croyait +suffisant pour fermer la rade, et vers sa droite par ses meilleurs +vaisseaux et par le vent, il attendit en securite les nouvelles qui +devaient decider son depart. + +Nelson, apres avoir parcouru l'Archipel, apres etre retourne dans +l'Adriatique, a Naples, en Sicile, avait obtenu enfin la certitude +du debarquement des Francais a Alexandrie. Il prit aussitot cette +direction, afin de joindre leur escadre et de la combattre. Il envoya +une fregate pour la chercher et reconnaitre sa position. Cette fregate +l'ayant trouvee dans la rade d'Aboukir, put observer tout a l'aise notre +ligne d'embossage. Si l'amiral, qui avait dans le port d'Alexandrie une +multitude de fregates et des vaisseaux legers, avait eu la precaution +d'en garder quelques-uns a la voile, il aurait pu tenir les Anglais +toujours eloignes, les empecher d'observer sa ligne, et etre averti de +leur approche. Malheureusement il n'en fit rien. La fregate anglaise, +apres avoir acheve sa reconnaissance, retourna vers Nelson, qui, etant +informe de tous les details de notre position, manoeuvra aussitot vers +Aboukir. Il y arriva le 14 thermidor (1er aout), vers les six heures du +soir. L'amiral Brueys etait a diner; il fit aussitot donner le signal +du combat. Mais on s'attendait si peu a recevoir l'ennemi, que le +branle-bas n'etait fait sur aucun vaisseau, et qu'une partie des +equipages etait a terre. L'amiral envoya des officiers pour faire +rembarquer les matelots et pour reunir une partie de ceux qui etaient +sur les convois. Il ne croyait pas que Nelson osat l'attaquer le soir +meme, et il croyait avoir le temps de recevoir les renforts qu'il venait +de demander. + +Nelson resolut d'attaquer sur-le-champ, et de tenter une manoeuvre +audacieuse, de laquelle il esperait le succes de la bataille. Il voulait +aborder notre ligne par la gauche, c'est-a-dire par l'ilot d'Aboukir, +passer entre cet ilot et notre escadre, malgre les dangers des +bas-fonds, et se placer ainsi entre le rivage et notre ligne +d'embossage. Cette manoeuvre etait perilleuse, mais l'intrepide Anglais +n'hesita pas. Le nombre des vaisseaux etait egal des deux cotes, +c'est-a-dire de treize vaisseaux de haut-bord. Nelson attaqua vers huit +heures du soir. Sa manoeuvre ne fut d'abord pas heureuse. _Le Culloden_, +en voulant passer entre l'ilot d'Aboukir et notre ligne, echoua sur un +bas-fonds. _Le Goliath_ qui le suivait, fut plus heureux, et passa; +mais pousse par le vent, il depassa notre premier vaisseau, et ne put +s'arreter qu'a la hauteur du troisieme. Les vaisseaux anglais _le Zele_, +_l'Audacieux_, _le Thesee_, _l'Orion_, suivirent le mouvement, et +reussirent a se placer entre notre ligne et le rivage. Ils s'avancerent +jusqu'au _Tonnant_, qui etait le huitieme, et engagerent ainsi notre +gauche et notre centre. Leurs autres vaisseaux s'avancerent par +le dehors de la ligne, et la mirent entre deux feux. Comme on ne +s'attendait pas dans l'escadre francaise a etre attaque dans ce sens, +les batteries du cote du rivage n'etaient pas encore degagees, et nos +deux premiers vaisseaux ne purent faire feu que d'un cote; aussi l'un +fut-il desempare, et l'autre demate. Mais au centre ou etait _l'Orient_, +vaisseau amiral, le feu fut terrible. _Le Bellerophon_, l'un des +principaux vaisseaux de Nelson, fut degree, demate, et oblige d'amener. +D'autres vaisseaux anglais, horriblement maltraites, furent obliges de +s'eloigner du champ de bataille. L'amiral Brueys n'avait recu qu'une +partie de ses matelots; cependant il se soutenait avec avantage; il +esperait meme, malgre le succes de la manoeuvre de Nelson, remporter la +victoire, si les ordres qu'il donnait en ce moment a sa droite etaient +executes. Les Anglais n'avaient engage le combat qu'avec la gauche et le +centre; notre droite, composee de nos cinq meilleurs vaisseaux, n'avait +aucun ennemi devant elle. L'amiral Brueys lui faisait signal de mettre +a la voile, et de se rabattre exterieurement sur la ligne de bataille; +cette manoeuvre reussissant, les vaisseaux anglais qui nous attaquaient +par le dehors, auraient ete pris entre deux feux; mais les signaux +ne furent pas apercus. Dans un cas pareil, un lieutenant ne doit pas +hesiter a courir au danger, et de voler au secours de son chef. Le +contre-amiral Villeneuve, brave, mais irresolu, demeura immobile, +attendant toujours des ordres. Notre gauche et notre centre resterent +donc places entre deux feux. Cependant l'amiral et ses capitaines +faisaient des prodiges de bravoure, et soutenaient glorieusement +l'honneur du pavillon. Nous avions perdu deux vaisseaux, les Anglais +aussi en avaient perdu deux, dont l'un etait echoue, et l'autre demate; +notre feu etait superieur. L'infortune Brueys fut blesse, il ne voulut +pas quitter le pont de son vaisseau: "Un amiral, dit-il, doit mourir en +donnant des ordres." Un boulet le tua sur son banc de quart. Vers onze +heures, le feu prit au magnifique vaisseau _l'Orient_. Il sauta en +l'air. Cette epouvantable explosion suspendit pour quelque temps cette +lutte acharnee. Sans se laisser abattre, nos cinq vaisseaux engages, +_le Franklin_, _le Tonnant_, _le Peuple-Souverain_, _le Spartiate_, +_l'Aquilon_, soutinrent le feu toute la nuit. Il etait temps encore +pour notre droite de lever l'ancre, et de venir a leur secours. Nelson +tremblait que cette manoeuvre ne fut executee; il etait si maltraite +qu'il n'aurait pu soutenir l'attaque. Cependant Villeneuve mit enfin a +la voile, mais pour se retirer, et pour sauver son aile qu'il ne croyait +pas pouvoir exposer avec avantage contre Nelson. Trois de ses vaisseaux +se jeterent a la cote; il se sauva avec les deux autres et deux +fregates, et fit voile vers Malte. Le combat avait dure plus de quinze +heures. Tous les equipages attaques avaient fait des prodiges de valeur. +Le brave capitaine _Du Petit-Thouars_ avait deux membres emportes; il se +fit apporter du tabac, resta sur son banc de quart, et, comme Brueys, +attendit d'etre emporte par un boulet de canon. Toute notre escadre, +excepte les vaisseaux et les deux fregates emmenes par Villeneuve, fut +detruite. Nelson etait si maltraite qu'il ne put pas poursuivre les +vaisseaux en fuite. + +Telle fut la celebre bataille navale d'Aboukir, la plus desastreuse que +la marine francaise eut encore soutenue, et celle dont les consequences +militaires devaient etre les plus funestes. La flotte qui avait porte +les Francais en Egypte, qui pouvait les secourir ou les recruter, qui +devait seconder leurs mouvemens sur les cotes de Syrie, s'ils en avaient +a executer, qui devait imposer a la Porte, la forcer a se payer de +mauvaises raisons, et l'obliger a souffrir l'invasion de l'Egypte, qui +devait enfin, en cas de revers, ramener les Francais dans leur patrie, +cette flotte etait detruite. Les vaisseaux des Francais etaient brules, +mais ils ne les avaient pas brules eux-memes, ce qui etait bien +different pour l'effet moral. La nouvelle de ce desastre circula +rapidement en Egypte, et causa un instant de desespoir a l'armee. +Bonaparte recut cette nouvelle avec un calme impassible. "Eh bien! +dit-il, il faut mourir ici, ou en sortir grands comme les anciens." Il +ecrivit a Kleber: "Ceci nous obligera a faire de plus grandes choses que +nous n'en voulions faire. Il faut nous tenir prets." La grande ame de +Kleber etait digne de ce langage: "Oui, repondit Kleber, il faut faire +de grandes choses; _je_ prepare mes facultes_." Le courage de ces grands +hommes soutint l'armee, et en retablit le moral. Bonaparte chercha a +distraire ses soldats par differentes expeditions, et leur fit bientot +oublier ce desastre. A la fete de la fondation de la republique, +celebree le 1er vendemiaire, il voulut encore exalter leur imagination, +et fit graver sur la colonne de Pompee le nom des quarante premiers +soldats morts en Egypte. C'etaient les quarante qui avaient succombe en +attaquant Alexandrie. Ces quarante noms, sortis des villages de France, +etaient ainsi associes a l'immortalite de Pompee et d'Alexandre. Il +adressa a son armee cette singuliere et grande allocution, ou etait +retracee sa merveilleuse histoire: + + SOLDATS! + + "Nous celebrons le premier jour de l'an VII de la republique. + + "Il y a cinq ans, l'independance du peuple francais etait menacee; + mais vous prites Toulon, ce fut le presage de la ruine de vos + ennemis. + + "Un an apres, vous battiez les Autrichiens a Dego. + + "L'annee suivante, vous etiez sur le sommet des Alpes. + + "Vous luttiez contre Mantoue, il y a deux ans, et vous remportiez la + celebre victoire de Saint-Georges. + + "L'an passe, vous etiez aux sources de la Drave et de l'Izonzo, de + retour de l'Allemagne. + + "Qui eut dit alors que vous seriez aujourd'hui sur les bords du Nil, + au centre de l'ancien continent? + + "Depuis l'Anglais, celebre dans les arts et le commerce, jusqu'au + hideux et feroce Bedouin, vous fixez les regards du monde. + + "Soldats, votre destinee est belle, parce que vous etes dignes de ce + que vous avez fait, et de l'opinion qu'on a de vous. Vous mourrez + avec honneur comme les braves, dont les noms sont inscrits sur cette + pyramide, ou vous retournerez dans votre patrie couverts de lauriers + et de l'admiration de tous les peuples. + + "Depuis cinq mois que nous sommes eloignes de l'Europe, nous avons + ete l'objet perpetuel des sollicitudes de nos compatriotes. Dans ce + jour, quarante millions de citoyens celebrent l'ere des gouvernemens + representatifs, quarante millions de citoyens pensent a vous; tous + disent: C'est a leurs travaux, a leur sang que nous devons la paix + generale, le repos, la prosperite du commerce et les bienfaits de la + liberte civile." + + + +CHAPITRE XIV. + +EFFET DE L'EXPEDITION D'EGYPTE EN EUROPE. CONSEQUENCES FUNESTES DE LA +BATAILLE NAVALE D'ABOUKIR.--DECLARATION DE GUERRE DE LA PORTE.--EFFORTS +DE L'ANGLETERRE POUR FORMER UNE NOUVELLE COALITION.--CONFERENCES AVEC +L'AUTRICHE A SELZ. PROGRES DES NEGOCIATIONS DE RASTADT.--NOUVELLES +COMMOTIONS EN HOLLANDE, EN SUISSE ET DANS LES REPUBLIQUES ITALIENNES. +CHANGEMENT DE LA CONSTITUTION CISALPINE; GRANDS EMBARRAS DU DIRECTOIRE +A CE SUJET.--SITUATION INTERIEURE. UNE NOUVELLE OPPOSITION SE PRONONCE +DANS LES CONSEILS.--DISPOSITION GENERALE A LA GUERRE. LOI SUR LA +CONSCRIPTION.--FINANCES DE L'AN VII.--REPRISE DES HOSTILITES. INVASION +DES ETATS ROMAINS PAR L'ARMEE NAPOLITAINE.--CONQUETE DU ROYAUME DE +NAPLES PAR LE GENERAL CHAMPIONNET.--ABDICATION DU ROI DE PIEMONT. + + +L'expedition d'Egypte resta un mystere en Europe longtemps encore apres +le depart de notre flotte. La prise de Malte commenca a fixer les +conjectures. Cette place reputee imprenable et enlevee en passant, jeta +sur les argonautes francais un eclat extraordinaire. Le debarquement en +Egypte, l'occupation d'Alexandrie, la bataille des Pyramides, frapperent +toutes les imaginations en France et en Europe. Le nom de Bonaparte, qui +avait paru si grand quand il arrivait des Alpes, produisit un effet plus +singulier et plus etonnant encore arrivant des contrees lointaines +de l'Orient. Bonaparte et l'Egypte etaient le sujet de toutes les +conversations. Ce n'etait rien que les projets executes; on en supposait +de plus gigantesques encore. Bonaparte allait, disait-on, traverser la +Syrie et l'Arabie, et se jeter sur Constantinople ou sur l'Inde. + +La malheureuse bataille d'Aboukir vint, non pas detruire le prestige de +l'entreprise, mais reveiller toutes les esperances des ennemis de la +France, et hater le succes de leurs trames. L'Angleterre, qui etait +extremement alarmee pour sa puissance commerciale, et qui n'attendait +que le moment favorable pour tourner contre nous de nouveaux ennemis, +avait rempli Constantinople de ses intrigues. Le Grand-Seigneur n'etait +pas fache de voir punir les Mameluks, mais il ne voulait pas perdre +l'Egypte. M. de Talleyrand, qui avait du se rendre aupres du divan pour +lui faire agreer des satisfactions, n'etait point parti. Les agens de +l'Angleterre eurent le champ libre; ils persuaderent a la Porte que +l'ambition de la France etait insatiable; qu'apres avoir trouble +l'Europe, elle voulait bouleverser l'Orient, et qu'au mepris d'une +antique alliance, elle venait envahir la plus riche province de l'empire +turc. Ces suggestions et l'or repandu dans le divan n'auraient pas suffi +pour le decider, si la belle flotte de Brueys avait pu venir canonner +les Dardanelles; mais la bataille d'Aboukir priva les Francais de tout +leur ascendant dans le Levant, et donna a l'Angleterre une preponderance +decidee. La Porte declara solennellement la guerre a la France[1], et, +pour une province perdue depuis long-temps, se brouilla avec son amie +naturelle, et se lia avec ses ennemis les plus redoutables, la Russie +et l'Angleterre. Le sultan ordonna la reunion d'une armee, pour aller +reconquerir l'Egypte. Cette circonstance rendait singulierement +difficile la position des Francais. Separes de la France, et prives +de tout secours par les flottes victorieuses des Anglais, ils etaient +exposes en outre a voir fondre sur eux toutes les bordes de l'Orient. +Ils n'etaient que trente mille environ pour lutter contre tant de +perils. + +[Note 1: 18 fructidor an VI (4 septembre).] + +Nelson victorieux vint a Naples radouber son escadre abimee, et recevoir +les honneurs du triomphe. Malgre les traites qui liaient la cour de +Naples a la France, et qui lui interdisaient de fournir aucun secours a +nos ennemis, tous les ports et les chantiers de la Sicile furent ouverts +a Nelson. Lui-meme fut accueilli avec des honneurs extraordinaires. Le +roi et la reine vinrent le recevoir a l'entree du port, et l'appelerent +le heros liberateur de la Mediterranee. On se mit a dire que le triomphe +de Nelson devait etre le signal du reveil general, que les puissances +devaient profiter du moment ou la plus redoutable armee de la France, +et son plus grand capitaine, etaient enfermes en Egypte, pour marcher +contre elle, et refouler dans son sein ses soldats et ses principes. Les +suggestions furent extremement actives aupres de toutes les cours. On +ecrivit en Toscane et en Piemont, pour reveiller leur haine jusqu'ici +deguisee. C'etait le moment, disait-on, de seconder la cour de Naples, +de se liguer contre l'ennemi commun, de se soulever tous a la fois sur +les derrieres des Francais, et de les egorger d'un bout a l'autre de la +Peninsule. On dit a l'Autriche qu'elle devait profiter du moment ou les +puissances italiennes prendraient les Francais par derriere, pour les +attaquer par devant, et leur enlever l'Italie. La chose devait etre +facile, car Bonaparte et sa terrible armee n'etaient plus sur l'Adige. +On s'adressa a l'Empire depouille d'une partie de ses etats, et reduit +a ceder la rive gauche du Rhin; on chercha a tirer la Prusse de sa +neutralite; enfin on employa aupres de Paul Ier les moyens qui pouvaient +agir sur son esprit malade, et le decider a fournir les secours si +long-temps et si vainement promis par Catherine. + +Ces suggestions ne pouvaient manquer d'etre bien accueillies aupres de +toutes les cours; mais toutes n'etaient pas en mesure d'y ceder. Les +plus voisines de la France etaient les plus irritees et les plus +disposees a refouler la revolution; mais par cela seul qu'elles etaient +plus rapprochees du colosse republicain, elles etaient condamnees aussi +a plus de reserve et de prudence, avant d'entrer en lutte avec lui. +La Russie, la plus eloignee de la France, la moins exposee a ses +vengeances, soit par son eloignement, soit par l'etat moral de ses +peuples, etait la plus facile a decider. Catherine, dont la politique +habile avait tendu toujours a compliquer la situation de l'Occident, +soit pour avoir le pretexte d'y intervenir, soit pour avoir le temps de +faire en Pologne ce qu'elle voulait, Catherine n'avait pas emporte sa +politique avec elle. Cette politique est innee dans le cabinet russe; +elle vient de sa position meme: elle peut changer de procedes ou de +moyens, suivant que le souverain est astucieux ou violent; mais elle +tend toujours au meme but, par un penchant irresistible. L'habile +Catherine s'etait contentee de donner des esperances et des secours +aux emigres; elle avait preche la croisade sans envoyer un soldat. Son +successeur allait suivre le meme but, mais avec son caractere. Ce prince +violent et presque insense, mais du reste assez genereux, avait d'abord +paru s'ecarter de la politique de Catherine, et refuse d'executer le +traite d'alliance conclu avec l'Angleterre et l'Autriche; mais apres +cette deviation d'un moment, il etait bientot revenu a la politique +de son cabinet. On le vit donner asile au pretendant, et prendre les +emigres a sa solde, apres le traite de Campo-Formio. On lui persuada +qu'il devait se faire le chef de la noblesse europeenne menacee par +les demagogues. La demarche de l'ordre de Malte, qui le prit pour son +protecteur, contribua a exalter sa tete, et il embrassa l'idee qu'on lui +proposait, avec la mobilite et l'ardeur des princes russes. Il offrit sa +protection a l'Empire, et voulut se porter garant de son integrite. La +prise de Malte le remplit de colere, et il offrit la cooperation de +ses armees contre la France. L'Angleterre triomphait donc a +Saint-Petersbourg comme a Constantinople, et elle allait faire marcher +d'accord des ennemis jusque-la irreconciliables. + +Le meme zele ne regnait pas partout. La Prusse se trouvait trop bien de +sa neutralite et de l'epuisement de l'Autriche pour vouloir intervenir +dans la lutte des deux systemes. Elle veillait seulement a ses +frontieres du cote de la Hollande et de la France, pour empecher la +contagion revolutionnaire. Elle avait range ses armees de maniere a +former une espece de cordon sanitaire. L'Empire, qui avait appris a ses +depens a connaitre la puissance de la France, et qui etait expose a +devenir toujours le theatre de la guerre, souhaitait la paix. Les +princes depossedes eux-memes la souhaitaient aussi, parce qu'ils etaient +assures de trouver des indemnites sur la rive droite; les princes +ecclesiastiques seuls, menaces de la secularisation, desiraient la +guerre. Les puissances italiennes du Piemont et de la Toscane ne +demandaient pas mieux qu'une occasion, mais elles tremblaient sous la +main de fer de la republique francaise. Elles attendaient que Naples ou +l'Autriche leur donnat le signal. Quant a l'Autriche, quoiqu'elle fut la +mieux disposee des cours formant la coalition monarchique, elle hesitait +cependant avec sa lenteur ordinaire a prendre un parti, et surtout elle +craignait pour ses peuples deja tres epuises par la guerre. La France +lui avait oppose deux republiques nouvelles, la Suisse et Rome, l'une +sur ses flancs, l'autre en Italie, ce qui l'irritait fort et la +disposait tout a fait a rentrer en lutte; mais elle aurait passe +par-dessus ces nouveaux envahissemens de la coalition republicaine, si +on l'avait dedommagee par quelques conquetes. C'est pour ce but qu'elle +avait propose des conferences a Selz. Ces conferences devaient +avoir lieu dans l'ete de 1798, non loin du congres de Rastadt, et +concurremment avec ce congres. De leur resultat dependaient la +determination de l'Autriche et le succes des efforts tentes pour former +une nouvelle coalition. + +Francois (de Neufchateau) etait l'envoye choisi par la France. C'est +pour ce motif qu'on avait designe la petite ville de Selz, a cause de sa +situation sur les bords du Rhin, non loin de Rastadt, mais sur la +rive gauche. Cette derniere condition etait necessaire, parce que la +constitution defendait au directeur sortant de s'eloigner de France +avant un delai fixe. M. de Cobentzel avait ete envoye par l'Autriche. +Des les premiers momens on put voir les dispositions de cette puissance. +Elle voulait etre dedommagee, par des extensions de territoire, des +conquetes que le systeme republicain avait faites en Suisse et en +Italie. La France voulait avant tout qu'on s'entendit sur les evenemens +de Vienne, et que des satisfactions fussent accordees pour l'insulte +faite a Bernadotte. Mais l'Autriche evitait de s'expliquer sur ce point, +et ajournait toujours cette partie de la negociation. Le negociateur +francais y revenait sans cesse; du reste il avait l'ordre de se +contenter de la moindre satisfaction. La France aurait voulu que le +ministre Thugut, disgracie en apparence, le fut reellement, et qu'une +simple demarche, la plus insignifiante du monde, fut faite aupres de +Bernadotte, pour reparer l'outrage qu'il avait recu. M. de Cobentzel +se contenta de dire que sa cour desapprouvait ce qui s'etait passe +a Vienne, mais il ne convint d'aucune satisfaction, et il continua +d'insister sur les extensions de territoire qu'il reclamait. Il etait +clair que les satisfactions d'amour-propre ne seraient accordees +qu'autant que celles d'ambition auraient ete obtenues. L'Autriche +disait que l'institution des deux republiques romaine et helvetique, et +l'influence evidente exercee sur les republiques cisalpine, ligurienne +et batave, etaient des violations du traite de Campo-Formio, et une +alteration dangereuse de l'etat de l'Europe; elle soutenait qu'il +fallait que la France accordat des dedommagemens, si elle voulait qu'on +lui pardonnat ses dernieres usurpations; et pour dedommagement, le +negociateur autrichien demandait de nouvelles provinces en Italie. +Il voulait que la ligne de l'Adige fut portee plus loin, et que les +possessions autrichiennes s'etendissent jusqu'a l'Adda et au Po, +c'est-a-dire que l'on donnat a l'empereur une grande moitie de la +republique cisalpine. M. de Cobentzel proposait de dedommager la +republique cisalpine avec une partie du Piemont; le surplus de ce +royaume aurait ete donne a l'archiduc de Toscane; et le roi de Piemont +aurait recu en dedommagement les etats de l'Eglise. Ainsi, au prix d'un +agrandissement pour lui en Lombardie, et pour sa famille en Toscane, +l'empereur aurait sanctionne l'institution de la republique helvetique, +le renversement du pape et le demembrement de la monarchie du Piemont. +La France ne pouvait consentir a ces propositions par une foule de +raisons. D'abord elle ne pouvait demembrer la Cisalpine a peine formee, +et replacer sous le joug autrichien des provinces qu'elle avait +affranchies, et auxquelles elle avait promis et fait payer la liberte; +enfin elle avait, l'annee precedente, conclu un traite avec le roi de +Piemont, par lequel elle lui garantissait ses etats. Cette garantie +etait surtout stipulee contre l'Autriche. La France ne pouvait donc pas +sacrifier le Piemont. Aussi Francois (de Neufchateau) ne put-il adherer +aux propositions de M. de Cobentzel. On se separa sans avoir rien +conclu. Aucune satisfaction n'etait accordee pour l'evenement de Vienne. +M. de Degelmann, qui devait etre envoye a Paris comme ambassadeur, +n'y vint pas, et on declara que les deux cabinets continueraient de +correspondre par leurs ministres au congres de Rastadt. Cette separation +fut generalement prise pour une espece de rupture. + +Les resolutions de l'Autriche furent evidemment fixees des cet instant; +mais avant de recommencer les hostilites avec la France, elle voulait +s'assurer le concours des principales puissances de l'Europe. M. +de Cobentzel partit pour Berlin, et dut se rendre de Berlin a +Saint-Petersbourg. Le but de ces courses etait de contribuer avec +l'Angleterre a former la nouvelle coalition. L'empereur de Russie avait +envoye a Berlin l'un des plus importans personnages de son empire, le +prince Repnin. M. de Cobentzel devait reunir ses efforts a ceux du +prince Repnin et de la legation anglaise, pour entrainer le jeune roi. + +La France, de son cote, avait envoye l'un de ses plus illustres citoyens +a Berlin; c'etait Sieyes. La reputation de Sieyes avait ete immense +avant le regne de la convention. Elle s'etait evanouie sous le niveau +du comite de salut public. On la vit renaitre tout a coup, lorsque les +existences purent recommencer leurs progres naturels; et le nom de +Sieyes etait redevenu le plus grand nom de France, apres celui de +Bonaparte; car en France, une reputation de profondeur est ce qui +produit le plus d'effet apres une grande reputation militaire. Sieyes +etait donc l'un des deux grands personnages du temps. Toujours boudant +et frondant le gouvernement, non pas comme Bonaparte, par ambition, +mais par humeur contre une constitution qu'il n'avait pas faite, il +ne laissait pas que d'etre importun. On eut l'idee de lui donner une +ambassade. C'etait une occasion de l'eloigner, de l'utiliser, et surtout +de lui fournir des moyens d'existence. La revolution les lui avait +enleves tous, en abolissant les benefices ecclesiastiques. Une grande +ambassade permettait de les lui rendre. La plus grande etait celle de +Berlin, car on n'avait d'envoyes ni en Autriche, ni en Russie, ni en +Angleterre. Berlin etait le theatre de toutes les intrigues, et Sieyes, +quoique peu propre au maniement des affaires, etait cependant un +observateur fin et sur. De plus, sa grande renommee le rendait +particulierement propre a representer la France, surtout aupres de +l'Allemagne, a laquelle il convenait plus qu'a tout autre pays. + +Le roi ne vit pas arriver avec plaisir dans ses etats un revolutionnaire +si celebre; cependant il n'osa pas le refuser. Sieyes se comporta avec +mesure et dignite; il fut recu de meme, mais laisse dans l'isolement. +Comme tous nos envoyes a l'etranger, il etait observe avec soin, et pour +ainsi dire sequestre. Les Allemands etaient fort curieux de le voir, +mais ne l'osaient pas. Son influence sur la cour de Berlin etait nulle. +C'etait le sentiment de ses interets qui seul inspirait le roi de Prusse +contre les instances de l'Angleterre, de l'Autriche et de la Russie. + +Tandis qu'en Allemagne on travaillait a decider le roi de Prusse, la +cour de Naples, pleine de joie et de temerite depuis la victoire de +Nelson, faisait des preparatifs immenses de guerre, et redoublait ses +sollicitations aupres de la Toscane et du Piemont. La France, par une +espece de complaisance, lui avait laisse occuper le duche de Benevent. +Mais cette concession ne l'avait point calmee. Elle se flattait de +gagner a la prochaine guerre une moitie des etats du pape. + +Les negociations de Rastadt se poursuivaient avec succes pour la France. +Treilhard, devenu directeur, et Bonaparte parti pour l'Egypte, avaient +ete remplaces au congres par Jean Debry et Roberjot. Apres avoir +obtenu la ligne du Rhin, il restait a resoudre une foule de questions +militaires, politiques, commerciales. Notre deputation etait devenue +extremement exigeante, et demandait beaucoup plus qu'elle n'avait droit +d'obtenir. Elle voulait d'abord toutes les iles du Rhin, ce qui etait +un article important, surtout sous le rapport militaire. Elle voulait +ensuite garder Kehl et son territoire, vis-a-vis Strasbourg; Cassel et +son territoire, vis-a-vis Mayence. Elle voulait que le pont commercial +entre les deux Brisach fut retabli; que cinquante arpens de terrain +nous fussent accordes en face de l'ancien pont de Huningue, et que +l'importante forteresse d'Ehrenbreitstein fut demolie. Elle demandait +ensuite que la navigation du Rhin, et de tous les fleuves d'Allemagne +aboutissant au Rhin, fut libre, que tous les droits de peage fussent +abolis; que les marchandises fussent, sur les deux rives, soumises a un +meme droit de douane; que les chemins de halage fussent conserves, +et entretenus par les riverains. Elle demandait enfin une derniere +condition fort importante, c'est que les dettes des pays de la rive +gauche cedes a la France fussent transportees sur les pays de la rive +droite, destines a etre donnes en indemnite. + +La deputation de l'Empire repondit avec raison que la ligne du Rhin +devait presenter une surete egale aux deux nations; que c'etait la +raison d'une surete egale, qui avait ete surtout alleguee, pour faire +accorder cette ligne a la France; mais que cette surete n'existerait +plus pour l'Allemagne, si la France gardait tous les points offensifs, +soit en se reservant les iles, soit en gardant Cassel et Kehl, et +cinquante arpens vis-a-vis Huningue, etc. La deputation de l'Empire ne +voulut donc pas admettre les demandes de la France, et proposa pour +veritable ligne du partage, le _thalweg_, c'est-a-dire le milieu du +principal bras navigable. Toutes les iles qui etaient a droite de cette +ligne devaient appartenir a l'Allemagne, toutes celles qui etaient a +gauche devaient appartenir a la France. De cette maniere, on placait +entre les deux peuples le veritable obstacle qui fait d'un fleuve une +ligne militaire, c'est-a-dire le principal bras navigable. Par suite de +ce principe, la deputation demandait la demolition de Cassel et de Kehl, +et refusait les cinquante arpens vis-a-vis Huningue. Elle ne voulait pas +que la France conservat aucun point offensif, lorsque l'Allemagne +les perdait tous. Elle refusait avec moins de raison la demolition +d'Ehrenbreitstein, qui etait incompatible avec la surete de la ville +de Coblentz. Elle accordait la libre navigation du Rhin, mais elle la +demandait pour toute l'etendue de son cours, et voulait que la France +obligeat la republique batave a reconnaitre cette liberte. Quant a la +libre navigation des fleuves de l'interieur de l'Allemagne, cet article +depassait, disait-elle, sa competence, et regardait chaque etat +individuellement. Elle accordait le chemin de halage. Elle voulait que +tout ce qui etait relatif aux peages et a leur abolition fut renvoye a +un traite de commerce. Elle voulait enfin, relativement aux pays de +la rive gauche cedes a la France, que leurs dettes restassent a leur +charge, par le principe que la dette suit son gage, et que les biens de +la noblesse immediate fussent consideres comme proprietes particulieres, +et conserves a ce titre. La deputation demandait accessoirement que les +troupes francaises evacuassent la rive droite et cessassent le blocus +d'Ehrenbreitstein, parce qu'il reduisait les habitans a la famine. + +Ces pretentions contraires donnerent lieu a une suite de notes et de +contre-notes, pendant tout l'ete. Enfin, vers le mois de vendemiaire an +VI (aout et septembre 1798), le _thalweg_ fut admis par la deputation +francaise. Le principal bras navigable fut pris pour limite entre la +France et l'Allemagne, et les iles durent etre partagees consequemment a +ce principe. La France consentit a la demolition de Cassel et de Kehl, +mais elle exigea l'ile de Pettersau, qui est placee dans le Rhin a peu +pres a la hauteur de Mayence, et qui est d'une grande importance pour +cette place. L'Empire germanique consentit de son cote a la demolition +d'Ehrenbreitstein. La libre navigation du Rhin et l'abolition des peages +furent accordees. Il restait a s'entendre sur l'etablissement des ponts +commerciaux, sur les biens de la noblesse immediate, sur l'application +des lois de l'emigration dans les pays cedes, et sur les dettes de ces +pays. Les princes seculiers avaient declare qu'il fallait faire toutes +les concessions compatibles avec l'honneur et la surete de l'Empire, +afin d'obtenir la paix, si necessaire a l'Allemagne. Il etait evident +que la plupart de ces princes voulaient traiter; la Prusse les +y engageait. Quant a l'Autriche, elle commencait a montrer des +dispositions toutes contraires, et a exciter le ressentiment des princes +ecclesiastiques contre la marche des negociations. Les deputes de +l'Empire, tout en se prononcant pour la paix, gardaient cependant la +plus grande mesure, par la crainte que leur causait l'Autriche, et +louvoyaient entre celle-ci et la Prusse. Quant aux ministres francais, +ils montraient une extreme raideur; ils vivaient a part, et dans une +espece d'isolement, comme tous nos ministres en Europe. Telle etait la +situation du congres a la fin de l'ete de l'an VI (1798). + +Pendant que ces evenemens se passaient en Orient et en Europe, la +France, toujours chargee du soin de diriger les cinq republiques +instituees autour d'elle, avait eu des soucis sans fin. C'etaient des +difficultes continuelles pour y diriger l'esprit public, pour y faire +vivre nos troupes, pour y mettre d'accord nos ambassadeurs avec nos +generaux, pour y maintenir enfin la bonne harmonie avec les etats +voisins. + +Presque partout il avait fallu faire comme en France, c'est-a-dire, +apres avoir frappe sur un parti, frapper bientot sur l'autre. En +Hollande on avait execute, le 3 pluviose (22 janvier), une espece de 18 +fructidor pour ecarter les federalistes, abolir les anciens reglemens, +et donner au pays une constitution unitaire, a peu pres semblable a +celle de la France. Mais cette revolution avait tourne beaucoup trop au +profit des democrates. Ceux-ci s'etaient empares de tous les pouvoirs. +Apres avoir exclu de l'assemblee nationale tous les deputes qui leur +paraissaient suspects, ils s'etaient eux-memes constitues en directoire +et en deux conseils, sans recourir a de nouvelles elections. Ils avaient +voulu par la imiter la convention nationale de France, et ses fameux +decrets des 15 et 18 fructidor. Ils s'etaient entierement empares +depuis de la direction des affaires, et ils sortaient de la ligne ou le +directoire francais voulait maintenir toutes les republiques confiees a +ses soins. Le general Daendels, l'un des hommes les plus distingues du +parti modere, vint a Paris, s'entendit avec nos directeurs, et repartit +pour aller en Hollande porter aux democrates le coup qu'on leur avait +recemment porte a Paris, en les excluant du corps legislatif par +les scissions. Ainsi, tout ce qu'on faisait en France, il fallait +immediatement apres le repeter dans les etats qui dependaient d'elle. +Joubert eut ordre d'appuyer Daendels. Celui-ci se reunit aux ministres, +et avec le secours des troupes bataves et francaises, dispersa le +directoire et les conseils, forma un gouvernement provisoire, et fit +ordonner de nouvelles elections. Le ministre de France, Delacroix, qui +avait appuye les democrates, fut rappele. Ces scenes produisirent +leur effet accoutume. On ne manqua pas de dire que les constitutions +republicaines ne pouvaient marcher seules, qu'a chaque instant il +fallait le levier des baionnettes, et que les nouveaux etats se +trouvaient sous la dependance la plus complete de la France. + +En Suisse, l'etablissement de la republique _une et indivisible_ n'avait +pas pu se faire sans combats. Les petits cantons de Schwitz, Zug, +Glaris, excites par les pretres et les aristocrates suisses, avaient +jure de s'opposer a l'adoption du regime nouveau. Le general +Schauembourg, sans vouloir les reduire par la force, avait interdit +toute communication des autres cantons avec ceux-ci. Les petits cantons +refractaires coururent aussitot aux armes et envahirent Lucerne, ou ils +pillerent et devasterent. Schauembourg marcha sur eux, et apres quelques +combats opiniatres, les reduisit a demander la paix. Le gage de cette +paix avait ete l'acceptation de la constitution nouvelle. Il fallut +employer aussi le fer et meme le feu pour reprimer les paysans du +Haut-Valais, qui avaient fait une descente dans le Bas-Valais, dans le +but d'y retablir leur domination. Malgre ces obstacles, en prairial +(mai 1798), la constitution etait partout en vigueur. Le gouvernement +helvetique etait reuni a Arau. Compose d'un directoire et de deux +conseils, il commencait a s'essayer dans l'administration du pays. Le +nouveau commissaire francais etait Rapinat, beau-frere de Rewbell. +Le gouvernement helvetique devait s'entendre avec Rapinat pour +l'administration des affaires. Les circonstances rendaient cette +administration difficile. Les pretres et les aristocrates, postes dans +les montagnes, epiaient le moment favorable pour soulever de nouveau +la population. Il fallait se tenir en garde contre eux, nourrir et +satisfaire l'armee francaise qu'on avait a leur opposer, organiser +l'administration, et se mettre en mesure d'exister bientot d'une +maniere independante. Cette tache n'etait pas moins difficile pour le +gouvernement helvetique que pour le commissaire francais place aupres de +lui. + +Il etait naturel que la France s'emparat des caisses appartenant aux +anciens cantons aristocratiques, pour payer les frais de la guerre. +L'argent contenu dans les caisses, et les approvisionnemens renfermes +dans les magasins formes par les ci-devant cantons, lui etaient +indispensables pour faire vivre son armee. C'etait l'exercice le plus +ordinaire du droit de conquete; elle aurait pu sans doute renoncer a ce +droit, mais la necessite la forcait d'en user dans le moment. Rapinat +eut donc ordre de mettre le scelle sur toutes les caisses. Beaucoup de +Suisses, meme parmi ceux qui avaient souhaite la revolution, trouverent +fort mauvais qu'on s'emparat du pecule et des magasins des anciens +gouvernemens. Les Suisses sont, comme tous les montagnards, sages et +braves, mais d'une extreme avarice. Ils voulaient bien qu'on leur +apportat la liberte, qu'on les debarrassat de leurs oligarques, mais ils +ne voulaient pas faire les frais de la guerre. Tandis que la Hollande et +l'Italie avaient souffert, presque sans se plaindre, le fardeau enorme +des campagnes les plus longues et les plus devastatrices, les patriotes +suisses jeterent les hauts cris pour quelques millions dont on s'empara. +Le directoire helvetique fit de son cote apposer de nouveaux scelles sur +ceux qui venaient d'etre apposes par Rapinat, et protesta ainsi contre +la mesure qui mettait les caisses a la disposition de la France. Rapinat +fit sur-le-champ enlever les scelles du directoire helvetique, et +declara a ce directoire qu'il etait borne aux fonctions administratives, +qu'il ne pouvait rien contre l'autorite de la France, et qu'a l'avenir +ses lois et ses decrets n'auraient de vigueur qu'autant qu'ils ne +contiendraient rien de contraire aux arretes du commissaire et du +general francais. Les ennemis de la revolution, et il s'en etait glisse +plus d'un dans les conseils helvetiques, triompherent de cette lutte et +crierent a la tyrannie. Ils dirent que leur independance etait violee, +et que la republique francaise, qui avait pretendu leur apporter la +liberte, ne leur apportait en realite que l'asservissement et la misere. +L'opposition ne se manifestait pas seulement dans les conseils, elle +etait aussi dans le directoire et dans les autorites locales. A Lucerne +et a Berne, d'anciens aristocrates occupaient les administrations; ils +apportaient des obstacles de toute espece a la levee de quinze millions +frappes sur les anciennes familles nobles pour les besoins de l'armee. +Rapinat prit sur lui de purger le gouvernement et les administrations +helvetiques. Par une lettre du 28 prairial (16 juin), il demanda au +gouvernement helvetique la demission de deux directeurs, les nommes +Bay et Pfiffer, celle du ministre des affaires etrangeres, et le +renouvellement des chambres administratives de Lucerne et de Berne. +Cette demande, faite avec le ton d'un ordre, ne pouvait etre refusee. +Les demissions furent donnees sur-le-champ; mais la rudesse avec +laquelle se conduisit Rapinat fit elever de nouveaux cris, et mit tous +les torts de son cote. Il compromettait en effet son gouvernement, en +violant ouvertement les formes pour faire des changemens qu'il eut +ete facile d'obtenir par d'autres moyens. Sur-le-champ, le directoire +francais ecrivit au directoire helvetique pour desapprouver la conduite +de Rapinat, et pour donner satisfaction de cette violation de toutes +les formes. Rapinat fut rappele; neanmoins les membres demissionnaires +demeurerent exclus. Les conseils helvetiques nommerent, pour remplacer +les deux directeurs demissionnaires, Ochs, l'auteur de la constitution, +et le colonel Laharpe, le frere du general mort en Italie, l'un des +auteurs de la revolution du canton de Vaud, et l'un des citoyens les +plus probes et les mieux intentionnes de son pays. + +Une alliance offensive et defensive fut conclue entre les republiques +helvetique et francaise le 2 fructidor (19 aout). D'apres ce traite, +celle des deux puissances qui etait en guerre avait droit de requerir +l'intervention de l'autre et de lui demander un secours dont la +force devait etre determinee suivant les circonstances. La puissance +requerante devait payer les troupes fournies par l'autre; la libre +navigation de tous les fleuves de la Suisse et de la France etait +reciproquement stipulee. Deux routes devaient etre ouvertes, l'une de +France a la Cisalpine, en traversant le Valais et le Simplon, l'autre de +France en Souabe, en remontant le Rhin et en suivant la rive orientale +du lac de Constance. Dans ce systeme des republiques unies, la France +s'assurait deux grandes routes militaires pour se rendre dans les etats +de ses allies, et etre en mesure de deboucher rapidement en Italie ou en +Allemagne. On a dit que ces deux routes transportaient le theatre de +la guerre dans les etats allies. Ce n'etaient pas les routes, mais +l'alliance avec la France qui exposait ces etats a devenir le theatre de +la guerre. Les routes n'etaient qu'un moyen d'accourir plus tot et de +les proteger a temps, en prenant l'offensive en Allemagne ou en Italie. + +La ville de Geneve fut reunie a la France, ainsi que la ville de +Mulhausen. Les bailliages italiens, qui avaient long-temps hesite entre +la Cisalpine et la republique helvetique, se declarerent pour celle-ci, +et voterent leur reunion. Les ligues grises, que le directoire aurait +voulu reunir a la Suisse, etaient partagees en deux factions rivales, +et balancaient entre la domination autrichienne et la domination +helvetique. Nos troupes les observaient. Les moines et les agens +etrangers amenerent un nouveau desastre dans l'Underwalden. Ils firent +soulever les paysans de cette vallee contre les troupes francaises. Un +combat des plus acharnes eut lieu a Stanz, et il fallut mettre le feu +a ce malheureux bourg pour en chasser les fanatiques qui s'y etaient +etablis. + +Les memes difficultes se presentaient de l'autre cote des Alpes. Une +espece d'anarchie regnait entre les sujets des nouveaux etats et +leurs gouvernemens, entre ces gouvernemens et nos armees, entre nos +ambassadeurs et nos generaux. C'etait une epouvantable confusion. La +petite republique ligurienne etait acharnee contre le Piemont, et +voulait a tout prix y introduire la revolution. Grand nombre de +democrates piemontais s'etaient refugies dans son sein, et en etaient +sortis armes et organises, pour faire des incursions dans leur pays, +et essayer d'y renverser le gouvernement royal. Une autre bande etait +partie du cote de la Cisalpine, et s'etait avancee par Domo-d'Ossola. +Mais ces tentatives furent repoussees et une foule de victimes +inutilement sacrifiees. La republique ligurienne n'avait pas renonce +pour cela a harceler le gouvernement de Piemont; elle recueillait et +armait de nouveaux refugies, et voulait elle-meme faire la guerre. Notre +ministre a Genes, Sotin, avait la plus grande peine a la contenir. De +son cote, notre ministre a Turin, Ginguene, n'avait pas moins de peine a +repondre aux plaintes continuelles du Piemont, et a le moderer dans ses +projets de vengeance contre les patriotes. + +La Cisalpine etait dans un desordre effrayant. Bonaparte en la +constituant n'avait pas eu le temps de calculer exactement les +proportions qu'il aurait fallu observer dans les divisions du territoire +et dans le nombre des fonctionnaires, ni d'organiser le regime municipal +et le systeme financier. Ce petit etat avait a lui seul deux cent +quarante representans. Les departemens etant trop nombreux, il etait +devore par une multitude de fonctionnaires. Il n'avait aucun systeme +regulier et uniforme d'impots. Avec une richesse considerable, il +n'avait point de finances, et il pouvait a peine suffire a payer le +subside convenu pour l'entretien de nos armees. Du reste, sous tous les +rapports, la confusion etait au comble. Depuis l'exclusion de quelques +membres du conseil, prononcee par Berthier, lorsqu'il avait voulu faire +accepter le traite d'alliance avec la France, les revolutionnaires +l'avaient emporte, et le langage des jacobins dominait dans les conseils +et les clubs. Notre armee secondait ce mouvement et appuyait toutes les +exagerations. Brune, apres avoir acheve la soumission de la Suisse, +etait retourne en Italie, ou il avait recu le commandement general +de toutes les troupes francaises, depuis le depart de Berthier pour +l'Egypte. Il etait a la tete des patriotes les plus vehemens. Lahoz, +le commandant des troupes lombardes, dont l'organisation avait ete +commencee sous Bonaparte, abondait dans les memes idees et les memes +sentimens. Il existait, en outre, d'autres causes de desordres dans +l'inconduite de nos officiers. Ils se comportaient dans la Cisalpine +comme en pays conquis. Ils maltraitaient les habitans, exigeaient des +logemens qui, d'apres les traites, ne leur etaient pas dus, devastaient +les lieux qu'ils habitaient, se permettaient souvent des requisitions +comme en temps de guerre, extorquaient de l'argent des administrations +locales, puisaient dans les caisses des villes sans alleguer aucune +espece de pretexte que leur bon plaisir. Les commandans de place +exercaient surtout des exactions intolerables. Le commandant de Mantoue +s'etait permis, par exemple, d'affermer a son profit la peche du +lac. Les generaux proportionnaient leur exigence a leur grade, et +independamment de tout ce qu'ils extorquaient, ils faisaient avec +les compagnies des profits scandaleux. Celle qui etait chargee +d'approvisionner l'armee en Italie, abandonnait aux etats-majors +quarante pour cent de benefice; et on peut juger par la de ce qu'elle +devait gagner pour faire de pareils avantages a ses protecteurs. Par +l'effet des desertions, il n'y avait pas dans les rangs la moitie des +hommes portes sur les etats, de maniere que la republique payait le +double de ce qu'elle aurait du. Malgre toutes ces malversations, les +soldats etaient mal payes, et la solde du plus grand nombre etait +arrieree de plusieurs mois. Ainsi, le pays que nous occupions etait +horriblement foule, sans que nos soldats s'en trouvassent mieux. Les +patriotes cisalpins toleraient tous ces desordres sans se plaindre, +parce que l'etat-major leur pretait son appui. + +A Rome, les choses se passaient mieux. La, une commission, composee de +Daunou, Florent et Faypoult, gouvernait avec sagesse et probite le pays +affranchi. Ces trois hommes avaient compose une constitution qui +avait ete adoptee, et qui, sauf quelques differences, et les noms qui +n'etaient pas les memes, ressemblait exactement a la constitution +francaise. Les directeurs s'appelaient des consuls, le conseil des +anciens s'appelait le senat; le second conseil le tribunal. Mais ce +n'etait pas tout que de donner une constitution, il fallait la mettre en +vigueur. Ce n'etait pas, comme on aurait pu le croire, le fanatisme des +Romains qui s'opposait a son etablissement, mais leur paresse. Il n'y +avait guere d'opposans que dans quelques paysans de l'Apennin, pousses +par les moines, et du reste faciles a soumettre. Mais il y avait dans +les habitans de Rome, appeles a composer le consulat, le senat et le +tribunal, une insouciance, une inaptitude extreme au travail. Il fallait +de grands efforts pour les decider a sieger de deux jours l'un, et ils +voulaient absolument des vacances pour l'ete. A cette paresse il +faut joindre une inexperience et une incapacite absolues en fait +d'administration. Il y avait plus de zele dans les Cisalpins, mais +c'etait du zele sans lumiere et sans mesure, ce qui le rendait tout +aussi funeste que l'insouciance. Il etait a craindre que, des le +depart de la commission francaise, le gouvernement romain tombat en +dissolution, par l'inaction ou la retraite de ses membres. Et cependant +on aimait beaucoup les places a Rome, on les aimait comme on le fait +dans tout etat sans industrie. + +La commission avait mis fin a toutes les malversations qui avaient ete +commises au premier moment de notre entree a Rome. Elle s'etait emparee +de la gestion des finances, et les dirigeait avec probite et habilete. +Faypoult, qui etait un administrateur integre et capable, avait etabli +pour tout l'etat romain un systeme d'impots fort bien entendu. Il etait +parvenu ainsi a suffire aux besoins de notre armee; il avait paye tout +l'arriere de solde non-seulement a l'armee de Rome, mais encore a +la division embarquee a Civita-Vecchia. Si les finances eussent ete +conduites de la meme maniere dans la Cisalpine, le pays n'eut pas ete +foule, et nos soldats se fussent trouves dans l'abondance. L'autorite +militaire etait a Rome entierement soumise a la commission. Le general +Saint-Cyr, qui avait remplace Massena, se distinguait par une severe +probite; mais, partageant le gout d'autorite qui devenait general +chez tous ses camarades, il paraissait mecontent d'etre soumis a la +commission. A Milan surtout, on etait fort peu satisfait de tout ce qui +se faisait a Rome. Les democrates italiens etaient irrites de voir les +democrates romains annules ou contenus par la commission. L'etat-major +francais, duquel relevaient les divisions stationnees a Rome, voyait +avec peine une riche partie des pays conquis lui echapper, et soupirait +apres le moment ou la commission quitterait ses fonctions. + +C'est a tort qu'on ferait au directoire francais un reproche du desordre +qui regnait dans les pays allies. Aucune volonte, si forte qu'elle fut, +n'aurait pu empecher le debordement des passions qui les troublaient, et +quant aux exactions, la volonte de Napoleon lui-meme n'a pas reussi a +les empecher dans les provinces conquises. Ce qu'un seul individu, plein +de genie et de vigueur, n'aurait pu executer, un gouvernement compose +de cinq membres, et place a des distances immenses, le pouvait encore +moins. Cependant il y avait dans la majorite de notre directoire le plus +grand zele a assurer le bien-etre des nouvelles republiques, et la plus +vive indignation contre l'insolence et les concussions des generaux, +contre les vols manifestes des compagnies. Excepte Barras, qui etait de +moitie dans tous les profits des compagnies, qui etait l'espoir de tous +les brouillons de Milan, les quatre autres directeurs denoncaient +avec la plus grande energie ce qui se faisait en Italie. Larevelliere +surtout, dont la severe probite etait revoltee de tant de desordres, +proposa au directoire un plan qui fut agree. Il voulait qu'une +commission continuat a diriger le gouvernement romain, et a contenir +l'autorite militaire; qu'un ambassadeur fut envoye a Milan, pour y +representer le gouvernement francais, et y enlever toute influence a +l'etat-major; que cet ambassadeur fut charge de faire a la constitution +cisalpine les changemens qu'elle exigeait, comme de reduire le nombre +des divisions locales, des fonctionnaires publics, et des membres des +conseils; qu'enfin cet ambassadeur eut pour adjoint un administrateur +capable de creer un systeme d'impot et de comptabilite. Ce plan fut +adopte. Trouve, naguere ministre de France a Naples, et Faypoult, l'un +des membres de la commission de Rome, furent envoyes a Milan pour +executer les mesures proposees par Larevelliere. + +Trouve devait, aussitot qu'il serait arrive a Milan, s'entourer des +hommes les plus eclaires de la Cisalpine, et convenir avec eux de tous +les changemens qu'il etait necessaire de faire soit a la constitution, +soit au personnel du gouvernement. Il devait ensuite, quand tous ces +changemens seraient arretes, les faire proposer dans les conseils de la +Cisalpine, par des deputes a sa devotion, et au besoin les appuyer de +l'autorite de la France. Il devait cependant cacher sa main autant qu'il +serait possible. + +Trouve, rendu de Naples a Milan, y fit ce qu'on lui avait ordonne. Mais +le secret de sa mission etait difficile a garder. On sut bientot qu'il +venait changer la constitution, et surtout reduire le nombre des places +de toute espece. Les patriotes, qui sentaient bien, a la conduite de +l'ambassadeur, que les reductions porteraient sur eux, etaient furieux. +Ils s'appuyerent sur l'etat-major de l'armee, fort indispose lui-meme +contre l'autorite nouvelle qu'il lui fallait subir, et on vit s'etablir +une lutte scandaleuse entre la legation francaise et l'etat-major +francais, entoure des patriotes italiens. Trouve et les hommes qui se +rendaient chez lui, furent denonces, avec une extreme violence dans les +conseils cisalpins. On pretendit que le ministre francais venait violer +la constitution, et renouveler l'un de ces actes d'oppression que le +directoire avait exerces sur toutes les republiques alliees. Trouve +essuya des desagremens de toute espece, de la part des patriotes +italiens et de nos officiers. Ceux-ci se conduisirent avec la derniere +indecence, dans un bal qu'il donnait, et y causerent le plus grand +scandale. Ces scenes etaient deplorables, surtout a cause de l'effet +qu'elles produisaient sur les ministres etrangers. Non-seulement on leur +donnait le spectacle des plus facheuses divisions, mais on les insultait +dans les diners diplomatiques, en buvant, a leur face, a l'extermination +de tous les rois. Le plus vehement jacobinisme regnait a Milan. Brune et +Lahoz partirent pour Paris, afin d'aller se menager l'appui de Barras. +Mais le directoire, averti d'avance, etait inebranlable dans ses +resolutions. Lahoz eut l'ordre de repartir de Paris, a l'instant meme ou +il arrivait. Quant a Brune, il lui fut prescrit de retourner a Milan, et +d'y concourir aux changemens que Trouve allait faire executer. + +Apres avoir accompli les diverses modifications necessaires a la +constitution, Trouve assembla chez lui les deputes les plus sages, et +les leur soumit. Ils les approuverent; mais le dechainement etait si +grand, qu'ils n'oserent pas se charger de les proposer eux-memes aux +deux conseils. Trouve fut donc oblige de deployer l'autorite francaise, +et d'exercer ostensiblement un pouvoir qu'il aurait voulu cacher. Du +reste, peu importait, au fond, le mode employe. Il eut ete absurde a +la France, qui avait cree ces republiques nouvelles et qui les faisait +exister par son appui, de ne pas profiter de sa force pour y etablir +l'ordre qu'elle croyait le meilleur. Le facheux etait qu'elle n'eut pas +fait le mieux possible des le premier jour et en une seule fois, afin de +ne plus etre obligee de renouveler ces actes de sa toute-puissance. Le +30 aout (13 fructidor an VI), Trouve assembla le directoire et les deux +conseils de la Cisalpine; il leur presenta la nouvelle constitution +et toutes les lois administratives et financieres que Faypoult avait +preparees. Les conseils etaient reduits de deux cent quarante a cent +vingt membres. Les individus a conserver dans les conseils et le +gouvernement etaient designes. Un systeme d'impot regulier etait etabli. +Il y avait des impots personnels et indirects, systeme qu'on essayait +d'etablir dans le moment en France, et qui deplaisait beaucoup aux +patriotes. Tous ces changemens furent approuves et adoptes. Brune avait +ete oblige de fournir l'appui des troupes francaises. Aussi la colere +des patriotes cisalpins fut-elle vaine, et la revolution se fit sans +obstacles. Il fut decide en outre qu'une prochaine convocation des +assemblees primaires aurait lieu, pour approuver les changemens faits a +la constitution. + +La tache de Trouve etait achevee; mais le gouvernement francais, voyant +le soulevement que ce ministre avait excite, pensa qu'il n'etait pas +possible de le laisser dans la Cisalpine, qu'il fallait lui donner une +autre ambassade, et envoyer a Milan un homme etranger aux dernieres +querelles. Malheureusement le directoire se laissa imposer un ci-devant +membre des jacobins, qui etait devenu un souple et bas courtisan de +Barras, qui avait ete associe par lui au trafic des compagnies, et +place sur la voie des honneurs; c'etait Fouche, dont Barras surprit la +nomination a ses collegues. Fouche partit pour remplacer Trouve, et +celui-ci dut se rendre a Stuttgard. Mais Brune, profitant du depart +de Trouve, se permit, avec une audace qui n'est explicable que par la +licence militaire qui regnait alors, de faire a l'ouvrage du ministre de +France les plus graves changemens. Il exigea la demission de trois des +directeurs nommes par Trouve, il changea plusieurs ministres, et fit +differentes alterations a la constitution. L'un des trois directeurs +dont il avait demande la demission, Sopranzi, ayant courageusement +refuse de la donner, il le fit saisir de force pas ses soldats, et +arracher du palais du gouvernement. Il se hata ensuite de convoquer les +assemblees primaires, pour leur faire approuver l'oeuvre de Trouve, +modifiee comme elle venait de l'etre par lui. Fouche, qui arriva dans +cet intervalle, aurait du s'opposer a cette convocation, et ne pas +permettre qu'on fit sanctionner des changemens que le general n'avait +pas eu mission de faire; mais il laissa Brune agir a son gre. Les +modifications de Trouve, et les modifications plus recentes de Brune, +furent approuvees par les assemblees primaires, soumises a la fois au +pouvoir militaire et a la violence des patriotes. + +Quand le directoire francais apprit ces details, il ne faiblit point. Il +cassa tout ce qu'avait fait Brune, il le destitua, et chargea Joubert +d'aller retablir les choses dans l'etat ou les avait mises Trouve. +Fouche fit des objections; il pretendit que la constitution nouvelle, +etant approuvee avec les changemens que Brune y avait apportes, il +serait d'un mauvais effet d'y revenir encore. Il avait raison, et il +gagna meme Joubert a son avis. Mais le directoire ne devait pas souffrir +de pareilles hardiesses de la part de ses generaux, et surtout il ne +devait pas leur permettre d'exercer un pareil pouvoir dans les etats +allies. Il rappela Fouche lui-meme, qui, de cette maniere, ne passa que +peu de jours dans la Cisalpine, et il ordonna le retablissement integral +de la constitution, telle que Trouve l'avait faite au nom de la France. +Quant aux individus auxquels Brune avait arrache leur demission, on les +engagea a la renouveler, pour eviter de nouveaux changemens. + +La Cisalpine resta donc constituee comme le directoire avait voulu +qu'elle le fut, sauf la destitution de quelques individus changes par +Brune. Mais ces changemens continuels, ces tiraillemens, ces luttes +de nos agens civils et militaires, etaient du plus deplorable effet, +decourageaient les nouveaux peuples affranchis, deconsideraient la +republique-mere, et prouvaient la difficulte de maintenir tous ces corps +dans leur orbite. + +Les evenemens de la Cisalpine furent gravement reproches au directoire, +car il est d'usage de tout changer en griefs contre un gouvernement +qu'on attaque, et de lui faire un crime des obstacles meme qu'il +rencontre dans sa marche. La double opposition qui commencait a +reparaitre dans les conseils attaqua diversement les operations +executees en Italie. Le theme etait tout simple pour l'opposition +patriote: on avait commis un attentat, disait-elle, contre +l'independance d'une republique alliee; on avait meme commis une +infraction aux lois francaise, car la constitution cisalpine qu'on +venait d'alterer etait garantie par un traite d'alliance, et ce traite, +approuve par les conseils, ne pouvait etre enfreint par le directoire. +Quant a l'opposition constitutionnelle, ou moderee, il etait naturel de +s'attendre a son approbation plutot qu'a ses reproches, parce que les +changemens faits dans la Cisalpine etaient diriges contre les patriotes +exclusifs. Mais dans cette partie de l'opposition se trouvait Lucien +Bonaparte. Il cherchait des sujets de querelle au gouvernement, et il +croyait d'ailleurs devoir defendre l'oeuvre de son frere, attaquee par +le directoire. Il cria, comme les patriotes, que l'independance des +allies etait attaquee, que les traites etaient violes, etc. + +Les deux oppositions se prononcaient plus ouvertement de jour en jour. +Elles commencaient a contester au directoire certaines attributions +dont il avait ete pourvu par la loi du 19 fructidor, et dont il avait +quelquefois fait usage. Ainsi cette loi lui donnait le droit de fermer +les clubs, ou de supprimer les journaux dont la direction lui paraitrait +dangereuse. Le directoire avait ferme quelques clubs devenus trop +violens, et supprime quelques journaux qui avaient donne des nouvelles +fausses et imaginees evidemment dans une intention malveillante. Il y +eut un journal, entre autres, qui pretendit que le directoire allait +reunir a la France le pays de Vaud: le directoire le supprima. Les +patriotes s'eleverent contre cette puissance arbitraire, et demanderent +le rapport de plusieurs des articles de la loi du 19 fructidor. Les +conseils deciderent que ces articles resteraient en vigueur jusqu'a +l'etablissement d'une loi sur la presse; et un travail fut ordonne pour +la preparation de cette loi. + +Le directoire essuya egalement de fortes contradictions en matiere de +finances. Il s'agissait de clore le budget de l'an VI (1797-1798), et de +proposer celui de l'an VII (1798-1799). Celui de l'an VI avait ete fixe +a 616 millions; mais sur les 616 millions, il y avait eu un deficit de +62 millions, et, outre ce deficit, un arriere considerable dans les +rentrees. Les creanciers, malgre la solennelle promesse d'acquitter le +tiers consolide, n'avaient pas ete payes integralement. On decida +qu'ils recevraient, en paiement de l'arriere, des bons recevables en +acquittement des impots. Il fallait fixer sur-le-champ le budget de l'an +VII, dans lequel on allait entrer. Les depenses furent arretees a 600 +millions, sans la supposition d'une nouvelle guerre continentale. Il +fallut reduire les contributions fonciere et personnelle, beaucoup +trop fortes, et elever les impots du timbre, de l'enregistrement, des +douanes, etc. On decreta des centimes additionnels pour les depenses +locales, et des octrois aux portes des villes pour l'entretien des +hopitaux et autres etablissemens. Malgre ces augmentations, le ministre +Ramel soutint que les impots ne rentreraient tout au plus qu'aux trois +quarts, a en juger par les annees precedentes, et que c'etait les +exagerer beaucoup que de porter les rentrees effectives a 450 ou +500 millions. Il demanda donc de nouvelles ressources, pour couvrir +reellement la depense de 600 millions; il proposa un impot sur les +portes et fenetres, et un impot sur le sel. Il s'eleva a ce sujet de +violentes contestations. On decreta l'impot sur les portes et fenetres, +et on prepara un rapport sur l'impot du sel. + +Ces contradictions n'avaient rien de facheux en elles-memes, mais elles +etaient le symptome d'une haine sourde, a laquelle il ne fallait que des +malheurs publics pour eclater. Le directoire, parfaitement instruit de +l'etat de l'Europe, voyait bien que de nouveaux dangers se preparaient, +et que la guerre allait se ranimer sur le continent. Il ne pouvait guere +plus en douter au mouvement des differens cabinets. Cobentzel et Repnin +n'avaient pu arracher la Prusse a sa neutralite, et l'avaient quittee +avec un grand mecontentement. Mais Paul Ier, completement seduit, avait +stipule un traite d'alliance avec l'Autriche, et on disait ses troupes +en marche. L'Autriche armait avec activite; la cour de Naples ordonnait +l'enrolement de toute sa population. Il eut ete de la plus grande +imprudence de ne pas faire de preparatifs, en voyant un pareil +mouvement, depuis les bords de la Vistule jusqu'a ceux du Volturne. Nos +armees etant singulierement diminuees par la desertion, le directoire +resolut de pourvoir a leur recrutement par une grande institution, qui +restait encore a creer. La convention avait puise deux fois dans la +population de la France, mais d'une maniere extraordinaire, sans laisser +de loi permanente pour la levee annuelle des soldats. En mars 1793, elle +avait ordonne une levee de trois cent mille hommes; en aout de la meme +annee, elle avait pris la grande et belle resolution de la levee en +masse, generation par generation. Depuis, la republique avait existe +par cette mesure seule, en forcant a rester sous les drapeaux ceux qui +avaient pris les armes a cette epoque. Mais le feu, les maladies en +avaient detruit un grand nombre; la paix en avait ramene un grand nombre +encore dans leurs foyers. On n'avait delivre que douze mille conges, +mais il y avait eu dix fois plus de deserteurs; et il etait difficile +d'etre severe envers des hommes qui avaient defendu pendant six annees +leur patrie, et qui l'avaient fait triompher de l'Europe au prix de leur +sang. Les cadres restaient, et ils etaient excellens. Il fallait +les remplir par de nouvelles levees, et prendre, non pas une mesure +extraordinaire et temporaire, mais une mesure generale et permanente; +il fallait rendre une loi, enfin, qui devint, en quelque sorte, partie +inherente de la constitution. On imagina la conscription. + +Le general Jourdan fut le rapporteur de cette loi grande et salutaire, +dont on a abuse comme de toutes les choses de ce monde, mais qui n'en a +pas moins sauve la France et porte sa gloire au comble. Par cette loi, +chaque Francais fut declare soldat de droit, pendant une epoque de sa +vie. Cette epoque etait de vingt a vingt-cinq ans. Les jeunes gens +arrives a cet age etaient partages en cinq classes, annee par annee. +Suivant la necessite, le gouvernement appelait des hommes en commencant +par la premiere classe, celle de vingt ans, et par les plus jeunes de +chaque classe. Il pouvait successivement appeler les cinq classes, au +fur et a mesure des besoins. En temps de paix, les conscrits etaient +obliges de servir jusqu'a vingt-cinq ans. Ainsi la duree du service des +soldats variait d'une annee a cinq, suivant qu'ils avaient ete pris de +vingt-cinq a vingt ans. En temps de guerre, cette duree etait illimitee; +c'etait au gouvernement a delivrer des conges, quand il croyait le +pouvoir sans inconvenient. Il n'y avait d'exemption d'aucune espece, +excepte pour ceux qui s'etaient maries avant la loi, ou qui avaient deja +paye leur dette dans les guerres precedentes. Cette loi pourvoyait ainsi +aux cas ordinaires; mais dans les cas extraordinaires, lorsque la patrie +etait declaree en danger, le gouvernement avait droit, comme en 93, sur +la population entiere; et la levee en masse recommencait. + +Cette loi fut adoptee sans opposition, et consideree comme l'une +des plus importantes creations de la revolution[2]. Sur-le-champ le +directoire demanda a en faire usage, et reclama la levee de deux cent +mille conscrits, pour completer les armees et les mettre sur un +pied respectable. Cette demande fut accordee par acclamations le 2 +vendemiaire an VII (23 septembre 1798). Bien que les deux oppositions +contrariassent souvent le directoire, par humeur ou jalousie, cependant +elles voulaient que la republique conservat son ascendant en presence +des puissances de l'Europe. Une levee d'hommes exige une levee d'argent. +Le directoire demanda, en sus du budget, 125 millions dont 90 pour +l'equipement de deux cent mille conscrits, et 35 pour reparer le dernier +desastre de la marine. La question etait de savoir ou on les prendrait. +Le ministre Ramel prouva que les bons pour le remboursement des deux +tiers de la dette etaient rentres presque en totalite, qu'il restait 400 +millions en biens nationaux, lesquels etaient libres par consequent, +et pouvaient etre consacres aux nouveaux besoins de la republique. +On decreta en consequence la mise en vente de 125 millions de biens +nationaux. Un douzieme devait etre paye comptant, le reste en +obligations des acquereurs, negociables a volonte, et payables +successivement dans un delai de dix-huit mois. Elles devaient porter +interet a cinq pour cent. Ce papier pouvait equivaloir a un paiement +au comptant, par la facilite de le donner aux compagnies. Les biens +devaient etre vendus huit fois le revenu. Cette ressource ne fut +pas plus contestee que la loi de recrutement, dont elle etait la +consequence. + +[Note 2: Elle fut rendue le 19 fructidor an VI (5 septembre).] + +Le directoire se mit ainsi en mesure de repondre aux menaces de +l'Europe, et de soutenir la dignite de la republique. Deux evenemens de +mediocre importance venaient d'avoir lieu, l'un en Irlande, l'autre a +Ostende. L'Irlande s'etait soulevee, et le directoire y avait envoye le +general Humbert avec quinze cents hommes[3]. Malheureusement un envoi +de fonds que devait faire la tresorerie ayant ete retarde, une seconde +division de six mille hommes, commandee par le general Sarrazin, n'avait +pu mettre a la voile, et Humbert etait reste sans appui. Il s'etait +maintenu longtemps, et assez pour prouver que l'arrivee du renfort +attendu aurait change entierement la face des choses. Mais, apres une +suite de combats honorables, il venait d'etre oblige de mettre bas les +armes avec tout son corps. Un echec de meme nature, essuye par les +Anglais, venait de compenser cette perte. Les Anglais venaient par +intervalles lancer quelques bombes sur nos ports de l'Ocean, ils +voulurent faire un debarquement a Ostende, pour detruire les ecluses; +mais, poursuivis a outrance, coupes de leurs vaisseaux, ils furent pris +au nombre de deux mille hommes. + +[Note 3: Il debarqua le 5 fructidor (22 aout) et fut battu et fait +prisonnier le 22 (8 septembre) par le general Cornwallis.] + +Bien que l'Autriche eut contracte une alliance avec la Russie et avec +l'Angleterre, et qu'elle put compter sur une armee russe et sur un +subside anglais, neanmoins elle hesitait encore a rentrer en lutte avec +la republique francaise. L'Espagne qui voyait avec peine l'incendie +rallume sur le continent, et qui craignait egalement les progres du +systeme republicain et sa ruine, car dans un cas elle pouvait etre +revolutionnee, et dans l'autre punie de son alliance avec la France, +l'Espagne s'etait interposee de nouveau pour calmer des adversaires +irrites. Sa mediation, en provoquant des discussions, en faisant naitre +quelque possibilite d'arrangement, amenait de nouvelles hesitations a +Vienne, ou du moins de nouvelles lenteurs. A Naples, ou le zele etait +furibond, on etait indigne de tout delai, et on voulait trouver une +maniere d'engager la lutte, pour forcer l'Autriche a tirer le fer. La +folie de cette petite cour etait sans exemple. Le sort des Bourbons +etait, a cette epoque, d'etre conduits par leurs femmes a toutes les +fautes. On en avait vu trois a la fois dans le meme cas: Louis XVI, +Charles IV et Ferdinand. Le sort de l'infortune Louis XVI est connu. +Charles IV et Ferdinand, quoique par des voies differentes, etaient +entraines, par la meme influence, a une ruine inevitable. On avait fait +prendre au peuple de Naples la cocarde anglaise; Nelson etait traite +comme un dieu tutelaire. On avait ordonne la levee du cinquieme de la +population, espece d'extravagance, car il eut suffi d'en bien armer le +cinquantieme, pour prendre rang parmi les puissances. Chaque couvent +devait fournir un cavalier equipe; une partie des biens du clerge avait +ete mise en vente; tous les impots avaient ete doubles; enfin ce faiseur +de projets malheureux, dont tous les plans militaires avaient si mal +reussi, et que la destinee reservait a des revers d'une si etrange +espece, Mack avait ete demande a Naples pour etre mis a la tete de +l'armee napolitaine. On lui decerna le triomphe avant la victoire, et +on lui donna le titre de liberateur de l'Italie, le meme qu'avait porte +Bonaparte. A ces grands moyens on ajoutait des neuvaines a tous les +saints, des prieres a saint Janvier, et des supplices contre ceux qui +etaient soupconnes de partager les opinions francaises. + +La petite cour de Naples continuait ses intrigues en Piemont et en +Toscane. Elle voulait que les Piemontais s'insurgeassent sur les +derrieres de l'armee qui gardait la Cisalpine, et les Toscans sur les +derrieres de celle qui gardait Rome. Les Napolitains auraient profite de +l'occasion pour attaquer de front l'armee de Rome; les Autrichiens en +auraient profite aussi pour attaquer de front celle de la Cisalpine, +et on augurait de toutes ces combinaisons, que pas un Francais ne se +sauverait. Le roi de Piemont, prince religieux, avait quelques scrupules +a cause du traite d'alliance qui le liait a la France; mais on lui +disait que la foi promise a des oppresseurs n'engageait pas, et que les +Piemontais avaient le droit d'assassiner jusqu'au dernier Francais. Du +reste, les scrupules etaient moins ici le veritable obstacle que la +surveillance rigoureuse du directoire. Quant a l'archiduc de Toscane, il +manquait entierement de moyens. Naples, pour le decider, promettait de +lui envoyer une armee par la flotte de Nelson. + +Le directoire, de son cote, etait sur ses gardes, et il prenait ses +precautions. La republique ligurienne, toujours acharnee contre le roi +de Piemont, avait enfin declare la guerre a ce prince. A une haine +de principes se joignait une vieille haine de voisinage; et ces deux +petites puissances en voulaient venir aux mains a tout prix. Le +directoire intervint dans la querelle, signifia a la republique +ligurienne qu'il fallait poser les armes, et declara au roi de Piemont +qu'il se chargeait de maintenir la tranquillite dans ses etats, mais +que, pour cela, il fallait qu'il y occupat un poste important. En +consequence, il lui demanda de laisser occuper par les troupes +francaises la citadelle de Turin. Une pareille pretention n'etait +justifiable que par les craintes que la cour de Piemont inspirait. Il y +avait incompatibilite entre les anciens et les nouveaux etats, et ils +ne pouvaient pas se fier les uns aux autres. Le roi de Piemont fit +de grandes remontrances; mais il n'y avait pas moyen de resister aux +demandes du directoire. Les Francais occuperent la citadelle, et +commencerent sur-le-champ a l'armer. Le directoire avait detache l'armee +de Rome de celle de la Cisalpine, et lui avait donne, pour la commander, +le general Championnet, qui s'etait distingue sur le Rhin. L'armee etait +disseminee dans tout l'etat romain; il y avait dans la Marche d'Ancone +quatre a cinq mille hommes commandes par le general Casa-Bianca; le +general Lemoine etait avec deux ou trois mille hommes sur le penchant +oppose de l'Apennin, vers Terni. Macdonald, avec la gauche, forte de +cinq mille hommes a peu pres, etait repandu sur le Tibre. Il y avait a +Rome une petite reserve. L'armee dite de Rome etait donc de quinze a +seize mille hommes au plus. La necessite de surveiller le pays, et la +difficulte d'y vivre, nous avaient obliges de disperser nos troupes; et +si un ennemi actif et bien seconde avait su saisir l'occasion, il aurait +pu faire repentir les Francais de leur isolement. + +On comptait beaucoup sur cette circonstance a Naples; on se flattait de +surprendre les Francais et de les detruire en detail. Quelle gloire de +prendre l'initiative, de remporter le premier succes, et de forcer enfin +l'Autriche a entrer dans la carriere, apres la lui avoir ouverte! +Ce furent la les raisons qui engagerent la cour de Naples a prendre +l'initiative. Elle esperait que les Francais seraient facilement battus, +et que l'Autriche ne pourrait plus hesiter, quand une fois le fer serait +tire. M. de Gallo et le prince Belmonte-Pignatelli, qui connaissaient +un peu mieux l'Europe et les affaires, s'opposaient a ce qu'on prit +l'initiative; mais on refusa d'ecouter leurs sages conseils. Pour +decider ce pauvre roi, et l'arracher a ses innocentes occupations, on +supposa, dit-on, une fausse lettre de l'empereur, qui provoquait le +commencement des hostilites. Des lors les ordres de marche furent +donnes pour la fin de novembre. Toute l'armee napolitaine fut mise en +mouvement. Le roi lui-meme partit avec un grand appareil, pour assister +aux operations. Il n'y eut pas de declaration de guerre, mais une +sommation aux Francais d'evacuer l'etat romain: ils repondirent a cette +sommation en se preparant a combattre, malgre la disproportion du +nombre. + +Dans la situation respective des deux armees, rien n'etait plus facile +que d'accabler les Francais, disperses dans les provinces romaines, a +droite et a gauche de l'Apennin. Il fallait marcher directement sur leur +centre, et porter la masse des forces napolitaines entre Rome et Terni. +La gauche des Francais, placee au-dela de l'Apennin pour garder les +Marches, eut ete coupee de leur droite, placee en deca pour garder les +rives du Tibre. On les eut ainsi empeches de se rallier, et on les +aurait ramenes en desordre jusque dans la Haute-Italie. La Peninsule +du moins eut ete delivree; et la Toscane, l'etat romain, les Marches, +seraient entres sous la domination de Naples. Le nombre des troupes +napolitaines rendait ce plan encore plus facile et plus sur; mais il +etait impossible que Mack employat une manoeuvre aussi simple. Comme +dans ses anciens plans, il voulut envelopper l'ennemi par une multitude +de corps detaches. Il avait pres de soixante mille hommes, dont quarante +mille formaient l'armee active, et vingt mille les garnisons. Au lieu +de diriger cette masse de forces sur le point essentiel de Terni, il +la divisa en six colonnes. La premiere, agissant sur les revers de +l'Apennin, le long de l'Adriatique, dut se porter par la route d'Ascoli +dans les Marches; la seconde et la troisieme, agissant sur l'autre cote +des monts, et se liant a la precedente, durent marcher, l'une sur Terni, +l'autre sur Magliano; la quatrieme et la principale, formant le corps de +bataille, fut dirigee sur Frascati et sur Rome; une cinquieme, longeant +la Mediterranee, eut la mission de parcourir les Marais Pontins, et de +rejoindre le corps de bataille sur la voie Appienne; enfin la derniere, +embarquee sur l'escadre de Nelson, fut dirigee sur Livourne, pour +soulever la Toscane et fermer la retraite aux Francais. Ainsi tout etait +prepare pour les envelopper et les perdre tous, mais rien ne l'etait +pour les battre auparavant. + +C'est dans cet ordre que Mack se mit en marche avec ses quarante mille +hommes. La quantite de ses bagages, l'indiscipline des troupes, le +mauvais etat des chemins, rendaient ses mouvemens tres lents. L'armee +napolitaine formait une longue queue, sans ordre et sans ensemble. +Championnet, averti a temps du peril, detacha deux corps pour observer +la marche de l'ennemi, et proteger les corps isoles qui se repliaient. +Ne croyant pas pouvoir conserver Rome, il resolut de prendre une +position en arriere, sur les bords du Tibre, entre Civita-Castellana +et Civita-Ducale, et la de concentrer ses forces pour reprendre +l'offensive. + +Tandis que Championnet se retirait sagement, et evacuait Rome, en +laissant huit cents hommes dans le chateau Saint-Ange, Mack s'avancait +fierement sur toutes les routes, et semblait ne pouvoir trouver de +resistance. Il arriva aux portes de Rome le 9 frimaire an VII (29 +novembre 1798), et y entra sans obstacle. On avait prepare au roi une +reception triomphale. Ce pauvre prince, traite en conquerant et en +liberateur, fut enivre de l'espece de gloire militaire qu'on lui avait +appretee. Du reste, on lui conseillait un noble usage de la victoire, et +il invita le pape a venir reprendre possession de ses etats. Cependant +son armee, moins genereuse que lui, commit d'horribles pillages. La +populace romaine, avec sa mobilite accoutumee, se precipita sur les +maisons de ceux qu'on accusait d'etre revolutionnaires, et les devasta. +La depouille mortelle du malheureux Duphot fut exhumee et indignement +outragee. + +Pendant que les Napolitains occupaient ainsi leur temps a Rome, +Championnet executait avec une rare activite l'habile determination +qu'il avait prise. Sentant que le point essentiel etait au centre sur +le Haut-Tibre, il fit prendre a Macdonald une forte position a +Civita-Castellana, et le renforca de toutes les troupes dont il put +disposer. Il transporta une partie des forces qu'il avait dans les +Marches, au-dela de l'Apennin, et ne laissa au general Casa-Bianca que +ce qui lui etait strictement necessaire pour retarder de ce cote la +marche de l'ennemi. Lui-meme courut a Ancone pour hater l'arrivee de ses +parcs et des munitions. Ne s'effrayant pas plus qu'il ne fallait de ce +qui se preparait sur ses derrieres en Toscane, il chargea un officier, +avec un faible detachement, d'observer ce qui se passait de ce cote. + +Les Napolitains rencontrerent enfin les Francais sur les differentes +routes qu'ils parcouraient. Ils etaient trois fois plus nombreux, mais +ils avaient affaire aux fameuses bandes d'Italie, et ils trouverent que +la tache etait rude. Dans les Marches, la colonne qui s'avancait par +Ascoli fut repoussee au loin par Casa-Bianca. Sur la route de Terni, +un colonel napolitain fut enleve avec tout son corps par le general +Lemoine. Cette premiere experience de la guerre avec les Francais etait +peu faite pour encourager les Napolitains. Cependant Mack fit ses +dispositions pour enlever la position qu'il sentait la plus importante, +celle de Civita-Castellana, ou Macdonald se trouvait avec le gros de nos +troupes. Civita-Castellana est l'ancienne Veies. Elle est placee sur un +ravin, dans une position tres forte. Les Francais tenaient plusieurs +postes eloignes qui en couvraient les approches. Le 14 frimaire an VII +(4 decembre), Mack fit attaquer Borghetto, Nepi, Rignano, par des forces +considerables. Il dirigea par la rive opposee du Tibre une colonne +accessoire, qui devait s'emparer de Rignano. Aucune de ces attaques ne +reussit. L'une des colonnes, mise en fuite, perdit toute son artillerie. +Une seconde, enveloppee, perdit trois mille prisonniers. Les autres, +decouragees, se bornerent a de simples demonstrations. Nulle part +enfin les troupes napolitaines ne purent soutenir le choc des troupes +francaises. Mack, un peu deconcerte, renonca a enlever la position +centrale de Civita-Castellana, et commenca a s'apercevoir que ce n'etait +pas sur ce point qu'il aurait fallu essayer de forcer la ligne ennemie. +C'est a Terni, point plus rapproche de l'Apennin, et moins defendu par +les Francais, qu'il aurait du frapper le coup principal. Il songea des +lors a derober ses troupes, et a les reporter de Civita-Castellana sur +Terni. Mais pour cacher ce mouvement, il aurait fallu une rapidite +d'execution impossible avec des troupes sans discipline. Il fallut +plusieurs jours pour faire repasser le Tibre au gros de l'armee; et +Mack ralentit encore par sa propre faute une operation deja trop +lente. Macdonald, qu'il croyait retenir a Civita-Castellana par des +demonstrations, s'etait deja transporte de Civita-Castellana au-dela +du Tibre. Lemoine avait ete renforce a Terni. Ainsi, les Napolitains +avaient ete prevenus sur tous les points qu'ils se proposaient de +surprendre. Le premier mouvement du general Metsch, de Calvi sur +Otricoli, n'amena qu'un desastre. Le 19 frimaire (9 decembre), ramene +d'Otricoli sur Calvi, ce general fut entoure et oblige de mettre bas les +armes, avec quatre mille hommes, devant un corps de trois mille cinq +cents. Des cet instant, Mack ne songea plus qu'a rentrer dans Rome, et a +se replier de Rome jusqu'au pied des montagnes de Frascati et d'Albano, +pour y rallier son armee, et la renforcer de nouveaux bataillons. +C'etait la une triste ressource, car ce n'etait pas la quantite des +soldats qu'il fallait augmenter, c'etait leur qualite qu'il aurait fallu +changer; et ce n'etait pas en se retirant a quelques lieues du champ de +bataille qu'on pouvait trouver le temps de leur donner la discipline et +la bravoure. + +Le roi de Naples, en apprenant ces tristes evenemens, sortit furtivement +de Rome, ou il etait entre quelques jours auparavant en triomphe. Les +Napolitains l'evacuerent en desordre, a la grande satisfaction des +Romains, qui etaient deja beaucoup plus importunes de leur presence, +qu'ils ne l'avaient ete de celle des Francais. Championnet rentra dans +Rome dix-sept jours apres en etre sorti. Il avait merite veritablement +les honneurs du triomphe. Se concentrant habilement avec quinze ou seize +mille hommes, il avait su reprendre l'offensive contre quarante mille, +et les avait pousses en desordre devant lui. Championnet ne voulut pas +se borner a la simple defense des Etats romains, il concut le projet +audacieux de conquerir le royaume de Naples avec sa faible armee. +L'entreprise etait difficile, moins a cause de la force de l'armee +napolitaine que de la disposition des habitans, qui pouvaient nous faire +une guerre de partisans fort longue et fort dangereuse. Championnet +n'en persista pas moins a s'avancer. Il partit de Rome pour suivre +la retraite de Mack. Il lui fit sur la route une grande quantite de +prisonniers, et mit dans une deroute complete la colonne qui avait ete +debarquee en Toscane, et dont il ne s'echappa que trois mille hommes. + +Mack, entierement demoralise, se replia rapidement dans le royaume de +Naples, et ne s'arreta que devant Capoue, sur la ligne du Volturne. Il +fit choix de ses troupes les meilleures, les placa devant Capoue et +sur toute la ligne du fleuve, qui est tres profond, et qui forme une +barriere difficile a franchir. Pendant ce temps, le roi etait rentre +a Naples, et son retour subit y avait jete la confusion. Le peuple, +furieux des echecs essuyes par l'armee, criait a la trahison, demandait +des armes, et menacait d'egorger les generaux, les ministres, tous ceux +auxquels il attribuait les malheurs de la guerre. Il voulait egorger +aussi tous ceux qu'on accusait de desirer les Francais et la revolution. +Cette cour odieuse n'hesita pas a donner aux lazzaronis des armes dont +il etait facile de prevoir l'usage. A peine ces especes de barbares +eurent-ils recu les depouilles des arsenaux, qu'ils s'insurgerent et +se rendirent maitres de Naples. Criant toujours a la trahison, ils +s'emparerent d'un messager du roi, et l'assassinerent. Le favori Acton, +auquel on commencait a attribuer les malheurs publics, la reine, le roi, +toute la cour, etaient dans l'epouvante. Naples ne paraissait plus un +sejour assez sur; l'idee de se refugier en Sicile fut aussitot concue +et adoptee. Le 11 nivose (31 decembre), les meubles precieux de la +couronne, tous les tresors des palais de Caserte et de Naples, et un +tresor de vingt millions, furent embarques sur l'escadre de Nelson, et +on fit voile pour la Sicile. Acton, l'auteur de toutes les calamites +publiques, ne voulut pas braver les dangers du sejour de Naples, et +s'embarqua avec la reine. Tout ce qu'on ne put pas emporter fut brule. +Ce fut au milieu d'une tempete, et a la lueur des flammes des chantiers +incendies, que cette cour lache et criminelle abandonna a ses dangers le +royaume qu'elle avait compromis. Elle laissa, dit-on, l'ordre d'egorger +la haute bourgeoisie, accusee d'esprit revolutionnaire. Tout devait etre +immole, jusqu'au rang de notaire. Le prince Pignatelli resta a Naples, +charge des pouvoirs du roi. + +Pendant ce temps, Championnet s'avancait vers Naples. Il avait commis +a son tour la meme faute que Mack; il s'etait divise en plusieurs +colonnes, qui devaient se joindre devant Capoue. Leur jonction a travers +un pays difficile, au milieu d'un peuple fanatique et souleve de toutes +parts contre les pretendus ennemis de Dieu et de saint Janvier, etait +fort incertaine. + +Championnet, arrive avec son corps de bataille sur les bords du +Volturne, voulut faire une tentative sur Capoue. Repousse par une +nombreuse artillerie, il fut oblige de renoncer a un coup de main, et de +replier ses troupes, en attendant l'arrivee des autres colonnes. Cette +tentative eut lieu le 14 nivose an VII (3 janvier 1799). Les paysans +napolitains, insurges de toutes parts, interceptaient nos courriers et +nos convois. Championnet n'avait aucune nouvelle de ses autres colonnes, +et sa position pouvait etre consideree comme tres critique. Mack profita +de l'occasion pour lui faire des ouvertures amicales. Championnet, +comptant sur la fortune des Francais, repoussa hardiment les +propositions de Mack. Heureusement il fut rejoint par ses colonnes, et +il convint alors d'un armistice, aux conditions suivantes: Mack devait +abandonner la ligne du Volturne, ceder la ville de Capoue aux Francais, +se retirer derriere la ligne des Regi-Lagni du cote de la Mediterranee, +et de l'Ofanto, du cote de l'Adriatique, et ceder ainsi une grande +partie du royaume de Naples. Outre ces concessions de territoire, on +stipula une contribution de huit millions en argent. L'armistice fut +signe le 22 nivose (11 janvier). + +Quand on apprit a Naples la nouvelle de l'armistice, le peuple se livra +a la plus grande fureur, et cria plus vivement encore qu'il etait trahi +par les officiers de la couronne. La vue du commissaire charge de +recevoir la contribution de huit millions porta la multitude aux +derniers exces; elle se revolta, et empecha l'execution de l'armistice. +Le tumulte fut porte a un tel degre, que le prince Pignatelli, +epouvante, abandonna Naples. Cette belle capitale resta livree aux +lazzaronis. Il n'y avait plus aucune autorite reconnue, et on etait +menace d'un horrible bouleversement. Enfin, apres trois jours de +tumulte, on parvint a choisir un chef qui avait la confiance des +lazzaronis, et qui avait quelques moyens de les contenir: c'etait le +prince de Moliterne. Pendant ce temps, les memes fureurs eclataient dans +l'armee de Mack. Ses soldats, loin de s'en prendre de leurs malheurs a +leur lachete, s'en prirent a leur general, et voulurent le massacrer. Le +pretendu liberateur de l'Italie, qui avait recu un mois auparavant les +honneurs du triomphe, n'eut d'autre asile que le camp meme des Francais. +Il demanda a Championnet la permission de se refugier aupres de lui. Le +genereux republicain, oubliant le langage peu convenable de Mack dans +sa correspondance, lui donna asile, le fit asseoir a sa table, et lui +laissa son epee. + +Championnet, autorise par le refus fait a Naples d'executer les +conditions de l'armistice, s'avanca sur cette capitale, dans le but de +s'en emparer. La chose etait difficile, car un peuple immense, qui, +en rase campagne, eut ete balaye par quelques escadrons de cavalerie, +devenait tres redoutable derriere les murs d'une ville. On eut quelques +combats a livrer pour approcher de la place, et les lazzaronis +montrerent la plus de courage que l'armee napolitaine. L'imminence du +danger avait redouble leur fureur. Le prince de Moliterne, qui voulait +les moderer, avait cesse bientot de leur convenir, et ils avaient pris +pour chefs deux d'entre eux, les nommes Paggio et Michel le fou. Ils se +livrerent, des cet instant, aux plus grands exces, et commirent toute +espece de violences contre les bourgeois et les nobles accuses de +jacobinisme. Le desordre fut pousse a un tel point, que toutes les +classes interessees a l'ordre souhaiterent l'entree des Francais. Les +habitans firent prevenir Mack qu'ils se joindraient a lui pour livrer +Naples. Le prince de Moliterne lui-meme promit de s'emparer du fort +Saint-Elme, et de le livrer aux Francais. Le 4 pluviose (23 +janvier), Championnet donna l'assaut. Les lazzaronis se defendirent +courageusement; mais les bourgeois s'etant empares du fort Saint-Elme +et de differens postes de la ville, donnerent entree aux Francais. Les +lazzaronis, retranches neanmoins dans les maisons, allaient se defendre +de rues en rues, et incendier peut-etre la ville; mais on fit prisonnier +un de leurs chefs, on le traita avec beaucoup d'egards, on lui promit +de respecter saint Janvier, et on obtint enfin qu'il fit mettre bas les +armes a tous les siens. + +Championnet, des cet instant, se trouva maitre de Naples et de tout le +royaume: il se hata d'y retablir l'ordre et de desarmer les lazzaronis. +D'apres les intentions du gouvernement francais, il proclama la +nouvelle republique. Un nom antique lui fut donne, celui de republique +parthenopeenne. Telle fut l'issue des folies et des mechancetes de la +cour de Naples. Vingt mille Francais et deux mois suffirent pour dejouer +ses vastes projets, changer ses etats en republique. Cette courte +campagne de Championnet lui valut sur-le-champ une reputation brillante. +L'armee de Rome prit des lors le titre d'armee de Naples, et fut +detachee de l'armee d'Italie. Championnet devint independant de Joubert. + +Pendant que ces evenemens avaient lieu dans la Peninsule, la chute du +royaume de Piemont etait enfin consommee. Deja, par une precaution que +les circonstances legitimaient assez, Joubert s'etait empare de la +citadelle de Turin, et l'avait armee avec l'artillerie prise dans les +arsenaux piemontais. Mais cette precaution etait fort insuffisante dans +l'etat present des choses. Le trouble regnait toujours dans le Piemont: +les republicains faisaient sans cesse de nouvelles tentatives, et +venaient meme de perdre six cents hommes, pour avoir essaye de +surprendre Alexandrie. Une mascarade sortie de la citadelle de Turin, +ou toute la cour etait representee, et qui etait a la fois l'oeuvre des +Piemontais et des officiers francais que les generaux ne pouvaient pas +toujours contenir, avait failli provoquer un combat sanglant dans +Turin meme. La cour de Piemont ne pouvait pas etre notre amie, et la +correspondance du ministre de Naples avec M. de Priocca, ministre +dirigeant de Piemont, le prouvait assez. Dans des circonstances +pareilles, la France, exposee a une nouvelle guerre, ne pouvait pas +laisser, sur ses communications des Alpes, deux partis aux prises et un +gouvernement ennemi. Elle avait, sur la cour de Piemont, le droit que +les defenseurs d'une place ont sur tous les batimens qui en genent ou +en compromettent la defense. Il fut decide qu'on forcerait le roi de +Piemont a abdiquer. On soutint les republicains, et on les aida a +s'emparer de Novarre, Alexandrie, Suze, Chivasso. On dit alors au roi +qu'il ne pouvait plus vivre dans des etats qui se revoltaient, et qui +allaient etre bientot le theatre de la guerre: on lui demanda son +abdication, en lui laissant l'ile de Sardaigne. L'abdication fut signee +le 19 frimaire (9 decembre 1798). Ainsi les deux princes les plus +puissans de l'Italie, celui de Naples et de Piemont, n'avaient plus, de +leurs etats, que deux iles. Dans les circonstances qui se preparaient, +on ne voulut pas se donner l'embarras de creer une nouvelle republique, +et en attendant le resultat de la guerre, il fut decide que le Piemont +serait provisoirement administre par la France. Il ne restait plus a +envahir en Italie que la Toscane. Une simple signification suffisait +pour l'occuper; mais on differait cette signification, et on attendait, +pour la faire, que l'Autriche se fut ouvertement declaree. + + + +CHAPITRE XV. + +ETAT DE L'ADMINISTRATION DE LA REPUBLIQUE ET DES ARMEES AU COMMENCEMENT +DE 1799.--PREPARATIFS MILITAIRES.--LEVEE DE 200 MILLE +CONSCRITS.--MOYENS ET PLANS DE GUERRE DU DIRECTOIRE ET DES PUISSANCES +COALISEES.--DECLARATION DE GUERRE A L'AUTRICHE.--OUVERTURE DE +LA CAMPAGNE DE 1799.--INVASION DES GRISONS.--COMBAT DE +PFULLENDORF.--BATAILLE DE STOCKACH.--RETRAITE DE JOURDAN.--OPERATIONS +MILITAIRES EN ITALIE.--BATAILLE DE MAGNANO; RETRAITE DE +SCHERER.--ASSASSINAT DES PLENIPOTENTIAIRES FRANCAIS A RASTADT.--EFFETS +DE NOS PREMIERS REVERS.--ACCUSATIONS MULTIPLIEES CONTRE LE +DIRECTOIRE.--ELECTIONS DE L'AN VII.--SIEYES EST NOMME DIRECTEUR, EN +REMPLACEMENT DE REWBELL. + + +Tel etait l'etat des choses au commencement de l'annee 1799. La guerre, +d'apres les evenemens que nous venons de rapporter, n'etait plus +douteuse. D'ailleurs les correspondances interceptees, la levee de +boucliers de la cour de Naples, qui n'aurait pas pris l'initiative sans +la certitude d'une intervention puissante, les preparatifs immenses de +l'Autriche, enfin l'arrivee d'un corps russe en Moravie, ne laissaient +plus aucune incertitude. On etait en nivose (janvier 1799), et il etait +evident que les hostilites seraient commencees avant deux mois. Ainsi +l'incompatibilite des deux grands systemes que la revolution avait +mis en presence etait prouvee par les faits. La France avait commence +l'annee 1798 avec trois republiques a ses cotes, les republiques batave, +cisalpine et ligurienne, et deja il en existait six a la fin de +cette annee, par la creation des republiques helvetique, romaine et +parthenopeenne. Cette extension avait ete moins le resultat de l'esprit +de conquete, que de l'esprit de systeme. On avait ete oblige de secourir +les Vaudois opprimes: on avait ete provoque a Rome a venger la mort du +malheureux Duphot, immole en voulant separer les deux partis: a Naples +on n'avait fait que repousser une agression. Ainsi on avait ete +forcement conduit a rentrer en lutte, il est constant que le directoire, +quoique ayant une immense confiance dans la puissance francaise, +desirait cependant la paix, pour des raisons politiques et financieres; +il est constant aussi que l'empereur, tout en desirant la guerre, +voulait l'eloigner encore. Cependant tous s'etaient conduits comme +s'ils avaient voulu rentrer immediatement en lutte, tant etait grande +l'incompatibilite des deux systemes. + +La revolution avait donne au gouvernement francais une confiance et +une audace extraordinaire. Le dernier evenement de Naples, quoique peu +considerable en lui-meme, venait de lui persuader encore que tout devait +fuir devant les baionnettes francaises. C'etait du reste l'opinion de +l'Europe. Il ne fallait rien moins que l'immensite des moyens reunis +contre la France, pour donner a ses ennemis le courage de se mesurer +avec elle. Mais cette confiance du gouvernement francais dans ses +forces etait exageree, et lui cachait une partie des difficultes de sa +position. La suite a prouve que ses ressources etaient immenses, mais +que dans le moment elles n'etaient pas encore assez assurees pour +garantir la victoire. Le directoire, outre la France, avait a +administrer la Hollande, la Suisse, toute l'Italie, partagees en +autant de republiques. Les administrer par l'intermediaire de leur +gouvernement, etait, comme on l'a vu, encore plus difficile que si on +avait commande directement chez elles. On n'en pouvait presque +tirer aucune ressource, ni en argent ni en hommes, par le defaut +d'organisation. Il fallait cependant les defendre, et des lors combattre +sur une ligne qui, depuis le Texel, s'etendait sans interruption jusqu'a +l'Adriatique, ligne qui, attaquee de front par la Russie et l'Autriche, +etait prise a revers par les flottes anglaises, soit en Hollande, soit a +Naples. Les forces qu'une telle situation militaire exigeait, il fallait +les tirer de France seulement. Or, les armees etaient singulierement +affaiblies. Quarante mille soldats, les meilleurs, etaient en Egypte +sous notre grand capitaine. Les armees restees en France etaient +diminuees de moitie par l'effet des desertions que la paix amene +toujours. Le gouvernement payait le meme nombre de soldats, mais il +n'avait peut-etre pas cent cinquante mille hommes effectifs. Les +administrations et les etats-majors faisaient le profit sur la solde, +et c'etait une surcharge inutile pour les finances. Ces cent cinquante +mille hommes effectifs formaient des cadres excellens, qu'on pouvait +remplir avec la nouvelle levee des conscrits; mais il fallait du temps +pour cela, et on n'en avait pas eu assez depuis retablissement de +la conscription. Enfin, les finances etaient toujours dans le meme +delabrement, par la mauvaise organisation de la perception. On avait +vote un budget de 600 millions, et une ressource extraordinaire de 125 +millions, prise sur les 400 millions restans de biens nationaux; mais +la lenteur des rentrees, et l'erreur dans l'evaluation de certains +produits, laissaient un deficit considerable. Enfin la subordination, si +necessaire dans une machine aussi vaste, commencait a disparaitre. Les +militaires devenaient tres difficiles a contenir. Cet etat de guerre +perpetuelle leur faisait sentir qu'ils etaient necessaires; ils en +devenaient imperieux et exigeans. Places dans des pays riches, ils +voulaient en profiter, et ils etaient les complices de toutes les +spoliations. Ils voulaient aussi faire triompher leurs opinions la ou +ils residaient, et n'obeissaient qu'avec peine a la direction des agens +civils. On l'a vu dans la querelle de Brune avec Trouve. Enfin, dans +l'interieur, l'opposition qu'on a vu renaitre depuis le 18 fructidor, +et prendre deux caracteres, se prononcait davantage. Les patriotes, +reprimes aux dernieres elections, se preparaient a triompher dans les +nouvelles. Les moderes critiquaient froidement, mais amerement, +toutes les mesures du gouvernement, et suivant l'usage de toutes les +oppositions, lui reprochaient meme les difficultes qu'il avait a +vaincre, et qui etaient le plus souvent insurmontables. Le gouvernement, +c'est la force meme: il faut qu'il triomphe; tant pis pour lui s'il ne +triomphe pas. On n'ecoute jamais ses excuses, quand il explique pourquoi +il n'a pas reussi. + +Telle etait la situation du directoire a l'instant ou la guerre +recommenca avec l'Europe. Il fit de grands efforts pour retablir l'ordre +dans cette grande machine. La confusion regnait toujours en Italie. Les +ressources de cette belle contree etaient gaspillees, et se perdaient +inutilement pour l'armee; quelques pillards en profitaient seuls. La +commission chargee d'instituer et d'administrer la republique romaine +venait de terminer ses fonctions, et aussitot l'influence des +etats-majors s'etait fait sentir. On avait change les consuls juges +trop moderes. On avait rompu les marches avantageux pour l'entretien +de l'armee. La commission, dans laquelle Faypoult avait la direction +financiere, avait conclu un marche pour l'entretien et le paiement des +troupes stationnees a Rome, et pour le transport de tous les objets +d'art envoyes en France. Elle avait adjuge en paiement des biens +nationaux pris sur le clerge. Le marche, outre qu'il etait modere sous +le rapport du prix, avait l'avantage de fournir un emploi aux biens +nationaux. Il fut casse, et donne ensuite a la compagnie Baudin, +qui devorait l'Italie. Cette compagnie se faisait appuyer par les +etats-majors, auxquels elle abandonnait un pour cent de profit. Le +Piemont, qu'on venait d'occuper, offrait une nouvelle proie a devorer, +et la probite de Joubert, general en chef de l'armee d'Italie, n'etait +pas une garantie contre l'avidite de l'etat-major et des compagnies. +Naples surtout allait etre mise au pillage. Il y avait dans le +directoire quatre hommes integres, Rewbell, Larevelliere, Merlin et +Treilhard, que tous les desordres revoltaient. Larevelliere surtout, +le plus severe et le plus instruit des faits par ses relations +particulieres avec l'ambassadeur Trouve et avec les membres de la +commission de Rome, Larevelliere voulait qu'on deployat la plus grande +energie. Il proposa et fit adopter un projet fort sage; c'etait +d'instituer dans tous les pays dependans de la France, et ou residaient +nos armees, des commissions chargees de la partie civile et financiere, +et tout a fait independantes des etats-majors. A Milan, a Turin, a Rome, +a Naples, des commissions civiles devaient recevoir les contributions +stipulees avec les pays allies de la France, passer les marches, faire +tous les arrangemens financiers, fournir en un mot aux besoins des +armees, mais ne laisser aucun maniement de fonds aux chefs militaires. +Les commissions avaient cependant l'ordre de compter aux generaux les +fonds qu'ils demanderaient, sans qu'ils fussent obliges de justifier +pourquoi; ils n'en devaient compte qu'au gouvernement. Ainsi l'autorite +militaire etait encore bien menagee. Les quatre directeurs firent +adopter la mesure, et on signifia a Scherer l'ordre de la faire executer +sur-le-champ avec la derniere rigueur. Comme il montrait quelque +indulgence pour ses camarades, on lui signifia qu'il repondrait de tous +les desordres qui ne seraient pas reprimes. + +Cette mesure, quelque juste qu'elle fut, devait blesser beaucoup les +etats-majors. En Italie surtout ils parurent se revolter; ils dirent +qu'on deshonorait les militaires par les precautions qu'on prenait a +leur egard, qu'on enchainait tout a fait les generaux, qu'on les +privait de toute autorite. Championnet, a Naples, avait deja tranche du +legislateur, et nomme des commissions chargees d'administrer le pays +conquis. Faypoult etait envoye a Naples pour s'y charger de toute la +partie financiere. Il prit les arretes necessaires pour faire rentrer +l'administration dans ses mains, et revoqua certaines mesures fort mal +entendues, prises par Championnet. Celui-ci, avec toute la morgue des +gens de son etat, surtout quand ils sont victorieux, se regarda comme +offense; il eut la hardiesse de prendre un arrete par lequel il +enjoignait a Faypoult et aux autres commissaires de quitter Naples +sous vingt-quatre heures. Une pareille conduite etait intolerable. +Meconnaitre les ordres du directoire et chasser de Naples les envoyes +revetus de ses pouvoirs, etait un acte qui meritait la plus severe +repression, a moins qu'on ne voulut abdiquer l'autorite supreme et +la remettre aux generaux. Le directoire ne faiblit pas, et grace a +l'energie des membres integres qui voulaient mettre fin aux gaspillages, +il deploya ici toute son autorite. Il destitua Championnet, malgre +l'eclat de ses derniers succes, et le livra a une commission militaire. +Malheureusement l'insubordination ne s'arreta pas la. Le brave Joubert +se laissa persuader que l'honneur militaire etait blesse par les arretes +du directoire; il ne voulut pas conserver le commandement aux conditions +nouvelles prescrites aux generaux, et donna sa demission. Le directoire +l'accepta. Bernadotte refusa de succeder a Joubert, par les memes +motifs. Neanmoins le directoire ne ceda pas et persista dans ses +arretes. + +Le directoire s'occupa ensuite de la levee des conscrits, qui +s'executait lentement. Les deux premieres classes ne pouvant pas fournir +les deux cent mille hommes, il se fit autoriser a les prendre dans +toutes les classes, jusqu'a ce que le nombre requis fut complet. Pour +gagner du temps, il fut decide que les communes seraient chargees +elles-memes de l'equipement des nouvelles recrues, et que cette depense +serait comptee en deduction de la contribution fonciere. Ces nouveaux +conscrits, a peine equipes, devaient se rendre sur les frontieres, y +etre formes en bataillons de garnison, remplacer les vieilles troupes +dans les places et les camps de reserve, et des que leur instruction +serait suffisante, aller rejoindre les armees actives. + +Le directoire s'occupait aussi du deficit. Le ministre Ramel, qui +administrait toujours nos finances avec lumiere et probite, depuis +l'etablissement du directoire, apres avoir verifie le produit des +impots, assurait que le deficit serait de 65 millions, sans compter tout +l'arriere provenant du retard dans les rentrees. Une violente dispute +s'engagea sur la quotite du deficit. Les adversaires du directoire ne le +portaient pas a plus de 15 millions. Ramel prouvait qu'il serait de 65 +au moins, et peut-etre meme de 75. On avait imagine l'impot des portes +et fenetres, mais il ne suffisait pas. L'impot du sel fut mis en +discussion. Alors de grands cris s'eleverent: on opprimait le peuple, +disait-on, on faisait porter les charges publiques sur une seule classe, +on renouvelait les gabelles, etc. Lucien Bonaparte etait celui des +orateurs qui faisait valoir les objections avec le plus d'acharnement. +Les partisans du gouvernement repondaient en alleguant la necessite. +L'impot fut rejete par le conseil des anciens. Pour en remplacer le +produit, on doubla l'impot des portes et fenetres; on decupla meme celui +des portes cocheres. On mit en vente les biens du culte protestant, on +decreta que le clerge protestant recevrait des salaires en dedommagement +de ses biens. On mit a la disposition du gouvernement les sommes a +recouvrer sur les proprietaires de biens restes indivis avec l'etat. + +Malheureusement toutes ces ressources n'etaient pas assez promptes. +Outre la difficulte de porter le produit de l'impot au niveau de 600 +millions, il y avait un autre inconvenient dans la lenteur des rentrees. +On etait encore reduit, cette annee comme dans les precedentes, a donner +des delegations aux fournisseurs sur les produits non rentres. Les +rentiers, auxquels on avait, depuis le remboursement des deux tiers, +promis la plus grande exactitude, etaient payes eux-memes avec des bons +recevables en acquittement des impots. Ainsi on se trouvait de nouveau +reduit aux expediens. + +Ce n'etait pas tout que de reunir des soldats et des fonds pour les +entretenir, il fallait les distribuer d'apres un plan convenable, et +leur choisir des generaux. Il fallait, comme nous l'avons dit, garder la +Hollande, la ligne du Rhin, la Suisse et toute l'Italie, c'est-a-dire +operer depuis le golfe de Tarente jusqu'au Texel. La Hollande etait +couverte d'un cote par la neutralite de la Prusse, qui paraissait +certaine; mais une flotte anglo-russe devait y faire un debarquement, et +il etait urgent de la proteger contre ce danger. La ligne du Rhin etait +protegee par les deux places de Mayence et de Strasbourg; et quoiqu'il +fut peu probable que l'Autriche vint essayer de la percer, il etait +prudent de la couvrir par un corps d'observation. Soit qu'on prit +l'offensive ou qu'on l'attendit, c'etait sur les bords du Haut-Danube, +vers les environs du lac de Constance, ou en Suisse, qu'on devait +rencontrer les armees autrichiennes. Il fallait une armee active qui, +partie de l'Alsace ou de la Suisse, s'avancerait dans les plaines de +la Baviere. Il fallait ensuite un corps d'observation pour couvrir la +Suisse; il fallait enfin une grande armee pour couvrir la Haute-Italie +contre les Autrichiens, et la Basse-Italie contre les Napolitains et les +Anglais reunis. + +Ce champ de bataille etait immense, et il n'etait pas connu et juge +comme il l'a ete depuis, a la suite de longues guerres et de campagnes +immortelles. On pensait alors que la cle de la plaine etait dans les +montagnes. La Suisse, placee au milieu de la ligne immense sur laquelle +on allait combattre, paraissait la cle de tout le continent; et la +France, qui occupait la Suisse, semblait avoir un avantage decisif. Il +semblait qu'en ayant les sources du Rhin, du Danube, du Po, elle en +commandat tout le cours. C'etait la une erreur. On concoit que deux +armees qui appuient immediatement une aile a des montagnes, comme les +Autrichiens et les Francais quand ils se battaient aux environs de +Verone ou aux environs de Rastadt, tiennent a la possession de ces +montagnes, parce que celle des deux qui en est maitresse peut deborder +l'ennemi par les hauteurs. Mais quand on se bat a cinquante ou cent +lieues des montagnes, elles cessent d'avoir la meme importance. Tandis +qu'on s'epuiserait pour la possession du Saint-Gothard, des armees +placees sur le Rhin ou sur le Bas-Po auraient le temps de decider du +sort de l'Europe. Mais on concluait du petit au grand: de ce que les +hauteurs sont importantes sur un champ de bataille de quelques lieues, +on en concluait que la puissance maitresse des Alpes devait l'etre +du continent. La Suisse n'a qu'un avantage reel, c'est d'ouvrir des +debouches directs a la France sur l'Autriche, et a l'Autriche sur la +France. On concoit des lors que, pour le repos des deux puissances et +de l'Europe, la cloture de ces debouches soit un bienfait. Plus on peut +empecher les points de contact et les moyens d'invasion, mieux on fait, +surtout entre deux etats qui ne peuvent se heurter sans que le continent +en soit ebranle. C'est en ce sens que la neutralite de la Suisse +interesse toute l'Europe, et qu'on a toujours eu raison d'en faire un +principe de surete generale. + +La France, en l'envahissant, s'etait donne l'avantage des debouches +directs sur l'Autriche et l'Italie, et, en ce sens, on pouvait regarder +la possession de la Suisse comme importante pour elle. Mais si la +multiplicite des debouches est un avantage pour la puissance qui +doit prendre l'offensive, et qui en a les moyens, elle devient un +inconvenient pour la puissance qui est reduite a la defensive, par +l'inferiorite de ses forces. Celle-ci doit souhaiter alors que le nombre +des points d'attaque soit aussi reduit que possible, afin de pouvoir +concentrer ses forces, avec avantage. S'il eut ete avantageux pour la +France, suffisamment preparee a l'offensive, de pouvoir deboucher +en Baviere par la Suisse, il etait facheux pour elle, reduite a la +defensive, de ne pouvoir pas compter sur la neutralite suisse; il etait +facheux pour elle d'avoir a garder tout l'espace compris de Mayence a +Genes, au lieu de pouvoir, comme elle le fit en 1798, concentrer ses +forces, entre Mayence et Strasbourg d'une part, et entre le Mont-Blanc +et Genes de l'autre. + +Ainsi, l'occupation de la Suisse pouvait devenir dangereuse pour la +France, dans le cas de la defensive. Mais elle etait fort loin de se +croire dans un cas pareil. Le projet du gouvernement etait de prendre +l'offensive partout et de proceder, comme naguere, par des coups +foudroyans. Mais la distribution de ses forces fut des plus +malheureuses. On placa une armee d'observation en Hollande, et une autre +armee d'observation sur le Rhin. Une armee active devait partir de +Strasbourg, traverser la foret Noire, et envahir la Baviere. Une +seconde armee active devait combattre en Suisse pour la possession des +montagnes, et appuyer ainsi d'un cote celle qui agirait sur le Danube, +et de l'autre celle qui agirait en Italie. Une autre grande armee devait +partir de l'Adige pour chasser tout a fait les Autrichiens jusqu'au-dela +de l'Izonzo. Enfin, une derniere armee d'observation devait couvrir la +Basse-Italie, et garder Naples. On voulait que l'armee de Hollande fut +de vingt mille hommes, celle du Rhin de quarante, celle du Danube +de quatre-vingt, celle de Suisse de quarante, celle d'Italie de +quatre-vingt, celle de Naples de quarante, ce qui faisait en tout trois +cent mille hommes independamment des garnisons. Avec de pareilles +forces, cette distribution devenait moins defectueuse. Mais si, par la +levee des conscrits, on pouvait, dans quelque temps, porter nos armees a +ce nombre, on etait loin d'y etre arrive dans le moment. On ne pouvait +guere laisser que dix mille hommes en Hollande. Sur le Rhin on pouvait +a peine reunir quelques mille hommes. Les troupes destinees a composer +cette armee d'observation etaient retenues dans l'interieur, soit pour +surveiller la Vendee encore menacee, soit pour proteger la tranquillite +publique pendant les elections qui se preparaient. L'armee destinee a +agir sur le Danube etait au plus de quarante mille hommes, celle de +Suisse de trente, celle d'Italie de cinquante, celle de Naples de +trente. Ainsi, nous comptions a peine cent soixante ou cent soixante-dix +mille hommes. Les eparpiller du Texel au golfe de Tarente, etait la +chose du monde la plus imprudente. + +Puisque le directoire, emporte par l'audace revolutionnaire, voulait +prendre l'offensive, il fallait alors, plus que jamais, choisir les +points d'attaque, se reunir en masse suffisante sur ces points, et ne +pas se disseminer, pour combattre sur tous a la fois. Ainsi, en Italie, +au lieu de disperser ses forces depuis Verone jusqu'a Naples, il +fallait, a l'exemple de Bonaparte, en reunir la plus grande partie sur +l'Adige; et frapper la les grands coups. En battant les Autrichiens sur +l'Adige, il etait assez prouve qu'on pouvait tenir en respect Rome, +Florence et Naples. Du cote du Danube, au lieu de perdre inutilement des +milliers de braves au pied du Saint-Gothard, il fallait diminuer l'armee +de Suisse et du Rhin, grossir l'armee active du Danube, et livrer avec +celle-ci une bataille decisive en Baviere. On pouvait meme reduire +encore les points d'attaque, rester en observation sur l'Adige, n'agir +offensivement que sur le Danube, et la, porter un coup plus fort et +plus sur, en grossissant la masse qui devait le frapper. Napoleon et +l'archiduc Charles ont prouve, le premier par de grands exemples, le +second par des raisonnemens profonds, qu'entre l'Autriche et la France, +la querelle doit se vider sur le Danube. C'est la qu'est le chemin le +plus court pour arriver au but. Une armee francaise victorieuse en +Baviere, rend nuls tous les succes d'une armee autrichienne victorieuse +en Italie, parce qu'elle est beaucoup plus rapprochee de Vienne. + +Il faut dire, pour excuser les plans du directoire, qu'on n'avait point +encore embrasse d'aussi vastes champs de bataille, et que le seul homme +qui l'aurait pu alors etait en Egypte. On dissemina donc les cent +soixante mille hommes, ou environ, actuellement disponibles, sur la +ligne immense que nous avons decrite, et dans l'ordre que nous avons +indique. Dix mille hommes devaient observer la Hollande, quelques mille +le Rhin; quarante mille formaient l'armee du Danube, trente mille celle +de Suisse, cinquante mille celle d'Italie, trente celle de Naples. Les +conscrits devaient bientot renforcer ces masses, et les porter au nombre +fixe par les plans du directoire. + +Le choix des generaux ne fut guere plus heureux que la conception +des plans. Il est vrai que depuis la mort de Hoche, et le depart de +Bonaparte, Desaix et Kleber pour l'Egypte, les choix etaient beaucoup +plus limites. Il restait un general dont la reputation etait grande +et meritee, c'etait Moreau. On pouvait etre plus audacieux, plus +entreprenant, mais on n'etait ni plus ferme ni plus sur. Un etat defendu +par un tel homme ne pouvait perir. Disgracie a cause de sa conduite +dans l'affaire Pichegru, il avait modestement consenti a devenir simple +inspecteur d'infanterie. On le proposa au directoire pour commander en +Italie. Depuis que Bonaparte avait tant attire l'attention sur cette +belle contree, depuis qu'elle etait comme la pomme de discorde entre +l'Autriche et la France, ce commandement semblait le plus important. +C'est pourquoi on songea a Moreau. Barras s'y opposa de toutes ses +forces. Il donna des raisons de grand patriote, et presenta Moreau comme +suspect, a cause de sa conduite au 18 fructidor. Ses collegues eurent +la faiblesse de ceder. Moreau fut ecarte, et resta simple general de +division dans l'armee qu'il aurait du commander en chef. Il accepta +noblement ce rang subalterne et au-dessous de ses talens. Joubert et +Bernadotte avaient refuse le commandement de l'armee d'Italie, on sait +par quels motifs. On songea donc a Scherer, ministre de la guerre. Ce +general, par son succes en Belgique et sa belle bataille de Loano, +s'etait acquis beaucoup de reputation. Il avait de l'esprit, mais un +corps use par l'age et les infirmites; il n'etait plus capable de +commander a des jeunes gens pleins de force et d'audace. D'ailleurs il +s'etait brouille avec la plupart de ses camarades, en voulant apporter +quelque rigueur dans la repression de la licence militaire. Barras le +proposa pour general de l'armee d'Italie. On dit que c'etait pour le +faire sortir du ministere de la guerre, ou il commencait a devenir +importun par sa severite. Cependant les militaires que l'on consulta, +notamment Bernadotte et Joubert, ayant parle de sa capacite comme on en +parlait alors dans l'armee, c'est-a-dire avec beaucoup d'estime, il fut +nomme general en chef de l'armee d'Italie. Il s'en defendit beaucoup, +alleguant son age, sa sante, et surtout son impopularite, due aux +fonctions qu'il avait exercees; mais on insista et il fut oblige +d'accepter. + +Championnet, traduit devant une commission, fut remplace dans le +commandement de l'armee de Naples par Macdonald. Massena fut charge du +commandement de l'armee d'Helvetie. Ces choix etaient excellens, et la +republique ne pouvait que s'en applaudir. L'importante armee du Danube +fut donnee au general Jourdan. Malgre ses malheurs dans la campagne de +1798, on n'avait point oublie les services qu'il avait rendus en 1793 +et 1794, et on esperait qu'il ne serait pas au-dessous de ses premiers +exploits. Puisqu'on ne la donnait pas a Moreau, l'annee du Danube +ne pouvait etre en de meilleures mains. Malheureusement elle etait +tellement inferieure en nombre, qu'il eut fallu, pour la commander avec +confiance, l'audace du vainqueur d'Arcole et de Rivoli. Bernadotte eut +l'armee du Rhin; Brune celle de Hollande. + +L'Autriche avait fait des preparatifs bien superieurs aux notres. Ne se +confiant pas comme nous dans ses succes, elle avait employe les deux +annees ecoulees depuis l'armistice de Leoben, a lever, a equiper et a +instruire de nouvelles troupes. Elle les avait pourvues de tout ce qui +etait necessaire, et s'etait etudie a choisir les meilleurs generaux. +Elle pouvait porter actuellement en ligne deux cent vingt-cinq mille +hommes effectifs, sans compter les recrues qui se preparaient encore. La +Russie lui fournissait un contingent de soixante mille hommes, dont +on vantait dans toute l'Europe la bravoure fanatique, et qui etaient +commandes par le celebre Suwarow. Ainsi la nouvelle coalition allait +operer sur le front de notre ligne avec environ trois cent mille hommes. +On annoncait deux autres contingens russes, combines avec des troupes +anglaises, et destines, l'un a la Hollande, l'autre a Naples. + +Le plan de campagne de la coalition n'etait pas mieux concu que le +notre. C'etait une conception pedantesque du conseil aulique, fort +desapprouvee par l'archiduc Charles, mais imposee a lui et a tous les +generaux, sans qu'il leur fut permis de la modifier. Ce plan reposait, +comme celui des Francais, sur le principe que les montagnes sont la cle +de la plaine. Aussi des forces considerables etaient-elles amoncelees +pour garder le Tyrol et les Grisons, et pour arracher, s'il etait +possible, la grande chaine des Alpes aux Francais. Le second objet que +le conseil aulique semblait le plus affectionner, c'etait l'Italie. Des +forces considerables etaient placees derriere l'Adige. Le theatre de +guerre le plus important, celui du Danube, ne paraissait pas etre celui +dont on s'etait le plus occupe. Ce qu'on avait fait de plus heureux de +ce cote, c'etait d'y placer l'archiduc Charles. Voici comment etaient +distribuees les forces autrichiennes. L'archiduc Charles etait, avec +cinquante-quatre mille fantassins et vingt-quatre mille chevaux, en +Baviere. Dans le Voralberg, tout le long du Rhin, jusqu'a son embouchure +dans le lac de Constance, le general Hotze commandait vingt-quatre mille +fantassins et deux mille chevaux. Bellegarde etait dans le Tyrol avec +quarante-six mille hommes, dont deux mille cavaliers. Kray avait sur +l'Adige soixante-quatre mille fantassins et onze mille chevaux, ce qui +faisait soixante-quinze mille hommes en tout. Le corps russe devait +venir se joindre a Kray, pour agir en Italie. + +On voit que les vingt-six mille hommes de Hotze, et les quarante-six +mille de Bellegarde, devaient agir dans les montagnes. Ils devaient +gagner les sources des fleuves, tandis que les armees qui agissaient +dans la plaine tacheraient d'en franchir le cours. Du cote des Francais, +l'armee d'Helvetie etait chargee du meme soin. Ainsi, de part et +d'autre, une foule de braves allaient s'entre-detruire inutilement sur +des rochers inaccessibles, dont la possession ne pouvait guere influer +sur le sort de la guerre[4]. + +[Note 4: Toutes ces assertions sont motivees au long par l'archiduc +Charles, le general Jomini et Napoleon.] + +Les generaux francais n'avaient pas manque d'informer le directoire de +l'insuffisance de leurs moyens en tout genre. Jourdan, oblige d'envoyer +plusieurs bataillons en Belgique, pour y reprimer quelques troubles, +et une demi-brigade a l'armee d'Helvetie pour remplacer une autre +demi-brigade envoyee en Italie, ne comptait plus que trente-huit mille +hommes effectifs. De pareilles forces etaient trop disproportionnees +avec celles de l'archiduc, pour qu'il put lutter avec avantage. Il +demandait la prompte formation de l'armee de Bernadotte, qui ne comptait +pas encore plus de cinq a six mille hommes, et surtout l'organisation +des nouveaux bataillons de campagne. Il aurait voulu qu'on lui permit +d'attirer a lui, ou l'armee du Rhin, ou l'armee d'Helvetie, en quoi +il avait raison. Massena se plaignait, de son cote, de n'avoir ni les +magasins, ni les moyens de transport indispensables pour faire vivre son +armee dans des pays steriles et d'un acces extremement difficile. + +Le directoire repondait a ces observations que les conscrits allaient +rejoindre et se former bientot en bataillons de campagne; que l'armee +d'Helvetie serait incessamment portee a quarante mille hommes, celle +du Danube a soixante; que des que les elections seraient achevees, les +vieux bataillons, retenus dans l'interieur, iraient former le noyau de +l'armee du Rhin. Bernadotte et Massena avaient ordre de concourir aux +operations de Jourdan, et de se conformer a ses vues. Comptant toujours +sur l'effet de l'offensive, et anime de la meme confiance dans ses +soldats, il voulait que, malgre la disproportion du nombre, ses generaux +se hatassent de brusquer l'attaque et de deconcerter les Autrichiens +par une charge impetueuse. Aussi les ordres furent-ils donnes en +consequence. + +Les Grisons, partages en deux factions, avaient hesite long-temps entre +la domination autrichienne et la domination suisse. Enfin ils avaient +appele les Autrichiens dans leurs vallees. Le directoire, les +considerant comme sujets suisses, ordonna a Massena d'occuper leur +territoire, en faisant aux Autrichiens une sommation prealable de +l'evacuer En cas de refus, Massena devait attaquer sur-le-champ. En meme +temps, comme les Russes s'avancaient toujours en Autriche, il adressa, a +ce sujet, deux notes, l'une au congres de Rastadt, l'autre a l'empereur. +Il declarait au corps germanique et a l'empereur, que, si dans l'espace +de huit jours un contre-ordre n'etait pas donne a la marche des Russes, +il regarderait la guerre comme declaree. Jourdan avait ordre de passer +le Rhin aussitot ce delai expire. + +Le congres de Rastadt avait singulierement avance ses travaux. Les +questions de la ligne du Rhin, du partage des iles, de la construction +des ponts, etant terminees, on ne s'occupait plus que de la question +des dettes. La plupart des princes germaniques, excepte les princes +ecclesiastiques, ne demandaient pas mieux que de s'entendre, pour eviter +la guerre; mais soumis la plupart a l'Autriche, ils n'osaient pas se +prononcer. Les membres de la deputation quittaient successivement +le congres, et bientot on allait se trouver dans l'impossibilite de +deliberer. Le congres declara ne pas pouvoir repondre a la note du +directoire, et en refera a la diete de Ratisbonne. La note destinee a +l'empereur fut envoyee a Vienne meme et resta sans reponse. La guerre se +trouvait donc declaree par le fait. Jourdan eut ordre de traverser le +Rhin, et de s'avancer, par la foret Noire, jusqu'aux sources du Danube. +Il franchit le Rhin le 11 ventose an VII (1er mars). L'archiduc Charles +franchit le Lech le 13 ventose (3 mars). Ainsi les limites que les deux +puissances s'etaient prescrites etaient franchies, et on allait de +nouveau en venir aux mains. Cependant, tout en faisant une marche +offensive, Jourdan avait ordre de laisser tirer les premiers coups +de fusil a l'ennemi, en attendant que la declaration de guerre fut +approuvee par le corps legislatif. + +Pendant ce temps Massena agit dans les Grisons. Il somma les Autrichiens +de les evacuer le 16 ventose (6 mars). Les Grisons se composent de la +haute vallee du Rhin et de la haute vallee de l'Inn, ou Engadin. +Massena resolut de passer le Rhin pres de son embouchure dans le lac de +Constance, et de s'emparer ainsi de tous les corps repandus dans les +hautes vallees. Lecourbe, qui formait son aile droite, et qui, par +son activite et son audace extraordinaires, etait le general le plus +accompli pour la guerre des montagnes, devait partir des environs du +Saint-Gothard, franchir le Rhin vers ses sources, se jeter dans la +vallee de l'Inn. Le general Dessoles, avec une division de l'armee +d'Italie, devait le seconder en se portant de la Valteline dans la +vallee du Haut-Adige. + +Ces habiles dispositions furent executees avec une grande vigueur. Le 16 +ventose (6 mars) le Rhin fut franchi sur tous les points. Les soldats +jeterent des charrettes dans le fleuve, et passerent dessus comme sur un +pont. En deux jours, Massena fut maitre de tout le cours du Rhin, depuis +ses sources jusqu'a son embouchure dans le lac de Constance, et prit +quinze pieces de canon et cinq mille prisonniers. Lecourbe, de son cote, +n'executait pas avec moins de bonheur les ordres de son general en chef. +Il franchit le Rhin superieur, passa de Dissentis a Tusis dans la vallee +de l'Albula, et, de cette vallee, se jeta hardiment dans celle de l'Inn, +en traversant les plus hautes montagnes de l'Europe, couvertes encore +des neiges de l'hiver. Un retard force ayant empeche Dessoles de se +porter de la Valteline sur le Haut-Adige, Lecourbe se trouvait expose au +debordement de toutes les forces autrichiennes cantonnees dans le Tyrol. +En effet, tandis qu'il s'avancait hardiment dans la vallee de l'Inn +et marchait sur Martinsbruck, Laudon se jeta avec un corps sur ses +derrieres; mais l'intrepide Lecourbe, revenant sur ses pas, assaillit +Laudon, l'accabla, lui fit beaucoup de prisonniers, et recommenca sa +marche dans la vallee de l'Inn. + +Ces debuts brillans semblaient faire croire que dans les Alpes comme a +Naples, les Francais pourraient braver partout un ennemi superieur +en nombre. Ils confirmerent le directoire dans l'idee qu'il fallait +persister dans l'offensive, et suppleer au nombre par la hardiesse. + +Le directoire envoya a Jourdan la declaration de guerre qu'il avait +obtenue des conseils[5], avec l'ordre d'attaquer sur-le-champ. Jourdan +avait debouche par les defiles de la foret Noire, dans le pays compris +entre le Danube et le lac de Constance. L'angle forme par ce fleuve et +ce lac va en s'ouvrant toujours davantage, a mesure qu'on avance en +Allemagne. Jourdan, qui voulait appuyer sa gauche au Danube, et sa +droite au lac de Constance, pour communiquer avec Massena, etait donc +oblige, a mesure qu'il s'avancait, d'etendre toujours sa ligne, et de +l'affaiblir par consequent d'une maniere dangereuse, surtout devant un +ennemi tres superieur en nombre. Il s'etait d'abord porte jusqu'a Mengen +d'un cote, et jusqu'a Marckdorf de l'autre. Mais apprenant que l'armee +du Rhin ne serait pas organisee avant le 10 germinal (30 mars), et +craignant d'etre tourne par la vallee du Necker, il crut devoir faire +un mouvement retrograde. Les ordres de son gouvernement et le succes de +Massena le deciderent a remarcher en avant. Il fit choix d'une bonne +position entre le lac de Constance et le Danube. Deux torrens, l'Ostrach +et l'Aach, partant a peu pres du meme point, et se jetant l'un dans le +Danube, l'autre dans le lac de Constance, forment une meme ligne droite, +derriere laquelle Jourdan s'etablit. Saint-Cyr, formant sa gauche, etait +a Mengen; Souham, avec le centre, a Pfullendorf; Ferino, avec la droite, +a Barendorf. + +[Note 5: Cette declaration de guerre fut faite le 22 ventose an VII +(12 mars).] + +D'Haupoult etait place a la reserve. Lefebvre, avec la division +d'avant-garde, etait a Ostrach. Ce point etait le plus accessible de la +ligne: place a l'origine des deux torrens, il presentait des marecages +qu'on pouvait traverser sur une longue chaussee. C'est sur ce point que +l'archiduc Charles, qui ne voulait point se laisser prevenir, resolut de +porter son principal effort. Il dirigea deux colonnes a la gauche et +a la droite des Francais contre Saint-Cyr et Ferino. Mais sa masse +principale, forte de pres de cinquante mille hommes, fut portee tout +entiere sur le point d'Ostrach, ou se trouvaient neuf mille Francais au +plus. Le combat commenca le 2 germinal (22 mars) au matin et fut des +plus acharnes. Les Francais deployerent a cette premiere rencontre +une bravoure et une opiniatrete qui exciterent l'admiration du prince +Charles lui-meme. Jourdan accourut sur ce point; mais l'etendue de sa +ligne et la nature du pays ne permettaient pas que, par un mouvement +rapide, il transportat les forces de ses ailes a son centre. Le passage +fut force, et, apres une resistance honorable, Jourdan se vit oblige de +battre en retraite. Il se replia entre Singen et Tuttlingen. + +Un echec a l'ouverture de la campagne etait facheux; il detruisait ce +prestige d'audace et d'invincibilite dont les Francais avaient besoin +pour suppleer au nombre. Cependant l'inferiorite des forces avait rendu +cet echec presque inevitable. Jourdan ne renonca pas pourtant a prendre +l'offensive. Sachant que Massena s'avancait au-dela du Rhin, se fiant a +la cooperation de l'armee du Danube, il se croyait oblige de tenter un +dernier effort pour soutenir son collegue, et l'appuyer en se portant +vers le lac de Constance. Il avait un autre motif de se reporter en +avant: c'etait le desir d'occuper le point de Stokach, ou se croisent +les routes de Suisse et de Souabe, point qu'il avait eu le tort +d'abandonner en se retirant entre Singen et Tuttlingen. Il fixa son +mouvement au 5 germinal (25 mars.) + +L'archiduc Charles n'etait pas encore assure de la direction qu'il +devait donner a ses mouvemens. Il ne savait s'il devait diriger sa +marche ou sur la Suisse, de maniere a separer Jourdan de Massena, ou +vers les sources du Danube, de maniere a le separer de sa base du Rhin. +La direction vers la Suisse lui semblait la plus avantageuse pour les +deux armees, car les Francais avaient autant d'interet a se lier a +l'armee d'Helvetie que les Autrichiens en avaient a les en separer. Mais +il ignorait les projets de Jourdan, et voulait faire une reconnaissance +pour s'en assurer. Il avait projete cette reconnaissance pour le +5 germinal (25 mars), le jour meme ou Jourdan de son cote voulait +l'attaquer. + +La nature des lieux rendait la position des deux armees extremement +compliquee. Le point strategique etait Stokach, ou se croisent les +routes de Souabe et de Suisse. C'etait la la position que Jourdan +voulait reprendre, et que l'archiduc voulait garder. La Stokach, petite +riviere, coule en faisant beaucoup de detours, devant la ville du meme +nom, et va finir son cours sinueux dans le lac de Constance. C'etait sur +cette riviere que l'archiduc avait pris position, Il avait sa gauche +entre Nenzingen et Wahlwies, sur des hauteurs, et derriere l'un des +circuits de la Stokach; son centre etait place sur un plateau eleve, +nomme le Nellemberg, et en avant de la Stokach; et sa droite sur le +prolongement de ce plateau, le long de la chaussee qui va de Stokach a +Liptingen. Elle se trouvait, comme le centre, en avant de la Stokach. +L'extremite de cette aile etait couverte par les bois epais qui +s'etendent sur la route de Liptingen. Il y avait de grands defauts dans +cette position. Si la gauche avait la Stokach devant elle, le centre et +la droite l'avaient a dos, et pouvaient y etre precipites par un effort +de l'ennemi. En outre, toutes les positions de l'armee n'avaient qu'une +meme issue vers la ville de Stokach, et en cas d'une retraite forcee, la +gauche, le centre, la droite, seraient venus s'entasser par une seule +route, et auraient pu amener, en s'y rencontrant, une confusion +desastreuse. Mais l'archiduc, en voulant couvrir Stokach, ne pouvait pas +prendre d'autre position, et la necessite etait son excuse. Il n'avait +a se reprocher que deux veritables fautes: l'une de n'avoir pas fait +quelques travaux pour mieux garder son centre et sa droite, et l'autre +d'avoir trop porte de troupes a sa gauche, qui etait suffisamment +protegee par la riviere. C'est l'extreme desir de conserver le point +important de Stokach, qui lui fit distribuer ainsi ses troupes. Il avait +du reste l'avantage d'une immense superiorite numerique. + +Jourdan ignorait une partie des dispositions de l'archiduc, car rien +n'est plus difficile que les reconnaissances, surtout dans un pays aussi +accidente que celui ou agissaient les deux armees. Il occupait toujours +l'ouverture de l'angle forme par le Danube et le lac de Constance, de +Tuttlingen a Steusslingen. Cette ligne etait fort etendue, et la nature +du pays, qui ne permettait guere une concentration rapide, rendait +cet inconvenient encore plus grave. Il ordonna au general Ferino, qui +commandait sa droite vers Steusslingen, de marcher sur Wahlwies, et a +Souham, qui commandait le centre vers Eigeltingen, de se porter sur +Nenzingen. Ces deux generaux devaient combiner leurs efforts pour +emporter la gauche et le centre de l'archiduc, en passant la Stokach et +en gravissant le Nellemberg. Jourdan se proposait ensuite de faire agir +sa gauche, son avant-garde et sa reserve sur le point de Liptingen, afin +de penetrer a travers les bois qui couvraient la droite de l'archiduc, +et de parvenir a la forcer. Ces dispositions avaient l'avantage de +diriger la plus grande masse des forces sur l'aile droite de l'archiduc, +qui etait la plus compromise. Malheureusement toutes les colonnes de +l'armee avaient des points de depart trop eloignes. Pour agir sur +Liptingen, l'avant-garde et la reserve partaient d'Emingen-ob-Ek, et +la gauche de Tuttlingen, a la distance d'une journee de marche. Cet +isolement etait d'autant plus dangereux, que l'armee francaise, forte de +trente-six mille hommes environ, etait inferieure d'un tiers au moins a +l'armee autrichienne. + +Le 5 germinal (25 mars) au matin, les deux armees se rencontrerent. +L'armee francaise marchait a une bataille, celle des Autrichiens a une +reconnaissance. Les Autrichiens, qui s'etaient ebranles un peu avant +nous, surprirent nos avant-gardes, mais furent bientot refoules sur tous +les points par le gros de nos divisions. Ferino a la droite, Souham au +centre, arriverent a Wahlwies, a Orsingen, a Nenzingen, au bord de la +Stokach, au pied du Nellemberg, ramenerent les Autrichiens dans leur +position du matin, et commencerent l'attaque serieuse de cette position. +Ils avaient a franchir la Stokach et a forcer le Nellemberg. Une longue +canonnade s'engagea sur toute la ligne. + +A notre gauche, le succes etait plus prompt et plus complet. +L'avant-garde, actuellement commandee par le general Soult, depuis une +blessure qu'avait recue Lefebvre, repoussa les Autrichiens qui s'etaient +avances jusqu'a Emingen-ob-Ek, les chassa de Liptingen, les mit en +deroute dans la plaine, les poursuivit avec une extreme ardeur, et +parvint a leur enlever les bois. Ces bois etaient ceux memes qui +couvraient la droite autrichienne; en poursuivant leur mouvement, les +Francais pouvaient la jeter dans le ravin de la Stokach, et lui causer +un desastre. Mais il etait clair que cette aile allait etre renforcee +aux depens du centre et de la gauche, et qu'il fallait agir sur elle +avec une grande masse de forces. Il fallait donc, comme dans le plan +primitif, faire converger sur ce meme point l'avant-garde, la reserve +et la gauche. Malheureusement le general Jourdan, se confiant dans le +succes trop facile qu'il venait d'obtenir, voulut atteindre un objet +trop etendu, et au lieu d'amener Saint-Cyr a lui, il prescrivit a ce +general de faire un long circuit, pour envelopper les Autrichiens et +leur couper la retraite. C'etait trop se hater de recueillir les fruits +de la victoire, quand la victoire n'etait pas remportee. Le general +Jourdan ne garda sur le point decisif que la division d'avant-garde et +la reserve confiee a d'Haupoult. + +Pendant ce temps, la droite des Autrichiens, voyant les bois qui la +couvraient forces par l'ennemi, fit volte-face, et disputa avec une +extreme opiniatrete la chaussee de Liptingen a Stokach, qui traverse ces +bois. On se battait avec acharnement, lorsque l'archiduc accourut en +toute hate. Jugeant le danger avec un coup d'oeil sur, il retira les +grenadiers et les cuirassiers du centre et de la gauche pour les +transporter a sa droite. Ne s'effrayant pas du mouvement de Saint-Cyr +sur ses derrieres, il sentit que Jourdan repousse, Saint-Cyr n'en serait +que plus compromis, et il resolut de se borner a un effort decisif vers +le point actuellement menace. + +On se disputait les bois avec un acharnement extraordinaire. Les +Francais, tres inferieurs en nombre, resistaient avec un courage que +l'archiduc appelle admirable; mais le prince chargea lui-meme avec +quelques bataillons sur la chaussee de Liptingen, et fit lacher prise +aux Francais. Ceux-ci perdirent les bois, et se trouverent enfin dans +la plaine decouverte de Liptingen, d'ou ils etaient partis. Jourdan fit +demander du secours a Saint-Cyr, mais il n'etait plus temps. Il lui +restait sa reserve, et il resolut de faire executer une charge de +cavalerie pour reprendre les avantages perdus. Il lanca quatre regimens +de cavalerie a la fois. Cette charge, arretee par une autre charge que +firent a propos les cuirassiers de l'archiduc, ne fut pas heureuse. Une +confusion horrible se mit alors dans la plaine de Liptingen. Apres avoir +fait des prodiges de bravoure, les Francais se debanderent. Le general +Jourdan fit des efforts heroiques pour arreter les fuyards; il fut +emporte lui-meme. Cependant les Autrichiens, epuises de ce long combat, +n'oserent pas nous poursuivre. + +La journee fut des lors finie. Ferino et Souham s'etaient maintenus, +mais n'avaient force ni le centre ni la gauche des Autrichiens. +Saint-Cyr courait sur leurs derrieres. On ne pouvait pas dire que la +bataille fut perdue: les Francais, inferieurs du tiers, avaient conserve +partout le champ de bataille, et deploye une rare bravoure; mais avec +leur inferiorite numerique, et l'isolement de leurs differens corps, +n'avoir pas vaincu, c'etait etre battu. Il fallait sur-le-champ +rappeler Saint-Cyr, tres compromis, rallier l'avant-garde et la reserve +maltraitees, ramener le centre et la droite. Jourdan donna sur-le-champ +des ordres en consequence, et prescrivit a Saint-Cyr de se replier le +plus promptement possible. La position de ce dernier etait devenue tres +perilleuse; mais il opera sa retraite avec l'aplomb qui l'a toujours +signale, et il regagna le Danube sans accident. La perte avait ete a peu +pres egale des deux cotes, en tues, blesses ou prisonniers. Elle etait +de quatre a cinq mille hommes environ. + +Apres cette journee malheureuse, les Francais ne pouvaient plus tenir la +campagne, et ils devaient chercher un abri derriere une ligne puissante. +Devaient-ils se retirer en Suisse ou sur le Rhin? Il etait evident qu'en +se retirant en Suisse, ils combinaient leurs efforts avec l'armee +de Massena, et pouvaient par cette reunion reprendre une attitude +imposante. Malheureusement le general Jourdan ne crut pas devoir en +agir ainsi; il craignait pour la ligne du Rhin, sur laquelle Bernadotte +n'avait reuni encore que sept a huit mille hommes, et il resolut de +se replier a l'entree des defiles de la foret Noire. Il prit la une +position qu'il croyait forte, et laissant le commandement a son chef +d'etat-major Ernould, il partit pour Paris, afin d'aller se plaindre +de l'etat d'inferiorite dans lequel on avait laisse son armee. Les +resultats parlaient beaucoup plus haut que toutes les plaintes du monde, +et il valait bien mieux qu'il restat a son armee que d'aller se plaindre +a Paris. + +Tres heureusement le conseil aulique imposait a l'archiduc une faute +grave, qui reparait en partie les notres. Si l'archiduc, poussant ses +avantages, eut poursuivi sans relache notre armee vaincue, il aurait pu +la mettre dans un desordre complet, et peut-etre meme la detruire. Il +aurait ete temps alors de revenir vers la Suisse pour assaillir Massena, +prive de tout secours, reduit a ses trente mille hommes, et engage dans +les hautes vallees des Alpes. Il n'eut pas ete impossible de lui couper +la route de France. Mais le conseil aulique defendit a l'archiduc +de pousser vers le Rhin avant que la Suisse fut evacuee: c'etait la +consequence du principe, que la cle du theatre de la guerre etait dans +les montagnes. + +Pendant que ces evenemens se passaient en Souabe, la guerre se +poursuivait dans les Hautes-Alpes. Massena agissant vers les sources du +Rhin, Lecourbe vers celles de l'Inn, Dessoles vers celles de l'Adige, +avaient eu des succes balances. Il y avait au-dela du Rhin, un peu +au-dessus du point ou il se jette dans le lac de Constance, une position +qu'il etait urgent d'emporter, c'etait celle de Feldkirch. Massena y +avait mis toute son opiniatrete, mais il y avait perdu plus de deux +mille hommes sans resultat. Lecourbe a Taufers, Dessoles a Nauders, +avaient livre des combats brillans, qui leur avaient valu a chacun trois +ou quatre mille prisonniers, et qui avaient amplement compense l'echec +de Feldkirch. Ainsi les Francais, par leur vivacite et leur audace, +conservaient la superiorite dans les Alpes. + +Les operations commencaient en Italie, le lendemain meme de la bataille +de Stokach. Les Francais avaient recu environ trente mille conscrits, ce +qui portait la masse de leurs forces en Italie a cent seize mille hommes +a peu pres. Ils etaient distribues ainsi qu'il suit: trente mille hommes +de vieilles troupes gardaient, sous Macdonald, Rome et Naples. Les +trente mille jeunes soldats etaient dans les places. Il restait +cinquante-six mille hommes sous Scherer. De ces cinquante-six mille +hommes, il en avait ete detache cinq mille sous le general Gauthier pour +occuper la Toscane, et cinq mille sous le general Dessoles pour agir +dans la Valteline. C'etaient donc quarante-six mille hommes qui +restaient a Scherer pour se battre sur l'Adige, point essentiel, ou il +aurait fallu porter toute la masse de nos forces. Outre l'inconvenient +du petit nombre d'hommes sur ce point decisif, il en etait un autre +qui ne fut pas moins fatal aux Francais. Le general n'inspirait aucune +confiance, il n'avait pas assez de jeunesse, comme nous l'avons dit; il +s'etait d'ailleurs depopularise pendant son ministere. Il le sentait +lui-meme, et il n'avait pris le commandement qu'a regret. Il allait +pendant la nuit ecouter les propos des soldats sous leurs tentes, et +recueillir de ses propres oreilles les preuves de son impopularite. +C'etaient la des circonstances bien defavorables, au debut d'une +campagne grande et difficile. + +Les Autrichiens devaient etre commandes par Melas et Suwarow. En +attendant, ils obeissaient au baron de Kray, l'un des meilleurs +generaux de l'empereur. Avant meme l'arrivee des Russes, ils comptaient +quatre-vingt-cinq mille hommes dans la Haute-Italie. Soixante mille, a +peu pres, etaient deja sur l'Adige. Dans les deux armees l'ordre avait +ete donne de prendre l'offensive. Les Autrichiens devaient deboucher de +Verone, longer le pied des montagnes, et s'avancer au-dela du fleuve, en +masquant toutes les places. Ce mouvement avait pour but d'appuyer celui +de l'armee du Tyrol dans les montagnes. + +Scherer n'avait recu d'autre injonction que de franchir l'Adige. La +commission etait difficile, car les Autrichiens avaient tout l'avantage +de cette ligne. Elle doit etre assez connue par la campagne de 1796. +Verone et Legnago, qui la commandent, appartenaient aux Autrichiens. +Jeter un pont sur quelque point que ce fut, etait tres dangereux, car +les Autrichiens, ayant Verone et Legnago, pouvaient deboucher sur le +flanc de l'armee, occupee a tenter un passage. Le plus sur, si on +n'avait pas eu l'ordre de prendre l'offensive, eut ete de laisser +deboucher l'ennemi au-dela de Verone, de l'attendre sur un terrain qu'on +aurait eu le temps de choisir, de lui livrer bataille, et de profiter +des resultats de la victoire pour passer l'Adige a sa suite. + +Scherer, oblige de prendre l'initiative, hesita sur le meilleur parti +a adopter, et se decida enfin pour une attaque vers sa gauche. On se +souvient sans doute de la position de Rivoli, dans les montagnes, a +l'entree du Tyrol, et fort au-dessus de Verone. Les Autrichiens en +avaient retranche toutes les approches, et forme un camp a Pastrengo. +Scherer resolut de leur enlever d'abord ce camp, et de les rejeter de +ce cote au-dela de l'Adige. Les trois divisions Serrurier, Delmas et +Grenier, furent destinees a cet objet. Moreau, devenu simple general de +division sous Scherer, devait, avec les deux divisions Hatry et Victor, +inquieter Verone. Le general Montrichard, avec une division, devait +faire une demonstration sur Legnago. Cette distribution de forces +annoncait l'incertitude et les tatonnemens du general en chef. + +L'attaque eut lieu le 6 germinal (26 mars), lendemain de la bataille de +Stokach. Les trois divisions chargees d'assaillir par plusieurs points +le camp de Pastrengo, l'enleverent avec une valeur digne de l'ancienne +armee d'Italie, et s'emparerent de Rivoli. Elles prirent quinze cents +prisonniers aux Autrichiens et beaucoup de canons. Ceux-ci repasserent +l'Adige a la hate sur un pont qu'ils avaient jete a Polo, et qu'ils +eurent le temps de detruire. Au centre, sous Verone, on se battit pour +les villages places en avant de la ville. Kaim mit a les defendre et a +les reprendre une opiniatrete inutile. Celui de San-Massimo fut pris +et repris jusqu'a sept fois. Moreau, non moins opiniatre que son +adversaire, ne lui laissa prendre aucun avantage, et le resserra dans +Verone. Montrichard en faisant une demonstration inutile sur Legnago, +courut de veritables dangers. Kray, trompe par de faux renseignemens, +s'etait imagine que les Francais allaient porter leur principal effort +sur le Bas-Adige; il y avait dirige une grande partie de ses forces, et +en debouchant de Legnago il mit Montrichard dans le plus grand peril. +Heureusement celui-ci se couvrit des accidens du terrain, et se replia +sagement sur Moreau. + +La journee avait ete sanglante, et tout a l'avantage des Francais, a la +gauche et au centre. On pouvait evaluer la perte des Francais en tues, +blesses et prisonniers, a quatre mille, et celle des Autrichiens a huit +mille au moins. Cependant, malgre l'avantage que les Francais avaient +eu, ils n'avaient obtenu que des resultats peu importans. A Verone, ils +n'avaient fait que resserrer les Autrichiens; au-dessus de Verone, ils +les avaient rejetes, il est vrai, au-dela de l'Adige, et avaient acquis +le moyen de le passer a leur suite en retablissant le pont de Polo; mais +malheureusement il etait peu important de franchir l'Adige sur ce point. +On doit se souvenir que la route qui longe exterieurement ce fleuve +vient traverser Verone, et qu'il n'y a pas d'autre issue pour deboucher +dans la plaine. Ce n'etait donc pas tout que de franchir l'Adige a Polo; +on se trouvait, apres l'avoir franchi, en face de Verone, dans la meme +position que Moreau au centre, et il fallait enlever la place. Si, dans +la journee meme, on eut profite du desordre dans lequel l'attaque du +camp de Pastrengo avait jete les Autrichiens, et qu'on se fut hate de +retablir le pont de Polo, peut-etre aurait-on pu entrer dans la place +a la suite des fuyards, surtout a la faveur du combat opiniatre que +Moreau, de l'autre cote de l'Adige, livrait au general Kaim. + +Malheureusement, rien de tout cela n'avait ete fait. Cependant on +pouvait reparer cette faute en agissant vivement le lendemain, et en +transportant la masse des forces devant Verone et au-dessus, vers le +pont de Polo. Mais Scherer hesita trois jours de suite sur le parti +qu'il avait a prendre. Il faisait chercher une route au-dela de l'Adige, +qui permit d'eviter Verone. L'armee etait indignee de cette hesitation, +et se plaignait hautement de ce qu'on ne profitait pas des avantages +remportes dans la journee du 6 (26). Enfin le 9 germinal (29 mars), on +tint un conseil de guerre, et Scherer se decida a agir. Il forma le +projet singulier de jeter la division Serrurier au-dela de l'Adige par +le pont de Polo, et de porter la masse de son armee entre Verone et +Legnago, pour y tenter le passage du fleuve. Pour operer le transport de +ses forces, il porta deux divisions de sa gauche a sa droite, les fit +passer derriere son centre, et les exposa a des fatigues inutiles, par +des chemins mauvais, entierement ruines par les pluies. + +Le 10 germinal (30 mars), le nouveau plan fut mis a execution. +Serrurier, avec sa division forte de six mille hommes, franchit seul +l'Adige a Polo, tandis que le gros de l'armee se transportait plus bas, +entre Verone et Legnago. Le sort de la division Serrurier etait facile a +prevoir. Engagee, apres avoir franchi l'Adige, sur une route qui etait +fermee par Verone, et qui formait ainsi une espece de cul-de-sac, elle +courait de grands hasards. Kray, jugeant tres bien sa situation, dirigea +contre elle une masse de forces trois fois superieure, et la ramena +vivement sur le pont de Polo. La confusion se mit dans ses rangs, le +fleuve ne fut repasse qu'en desordre. Des detachemens furent obliges de +se faire jour, et quinze cents hommes resterent prisonniers. Scherer, +en apprenant cet echec, qui etait inevitable, se contenta de ramener la +division battue, et de la rapprocher du Bas-Adige, ou il avait concentre +maintenant la plus grande partie de ses forces. + +On passa plusieurs jours encore a tatonner de part et d'autre. Enfin +Kray prit une determination, et resolut, tandis que Scherer se portait +sur le Bas-Adige, de deboucher en masse de Verone, de se porter dans +le flanc de Scherer, et de l'acculer entre le Bas-Adige et la mer. La +direction etait bonne; mais heureusement un ordre intercepte instruisit +Moreau du plan de Kray; il en informa sur-le-champ le general en chef, +et le pressa de faire remonter ses divisions, pour faire front du cote +de Verone, par ou l'ennemi allait deboucher. + +C'est en executant ce mouvement, que les deux armees se rencontrerent, +le 16 germinal (5 avril), aux environs de Magnano. Les divisions Victor +et Grenier, formant la droite vers l'Adige, remonterent le fleuve +par San-Giovanni et Tomba, afin de se porter jusqu'a Verone. Elles +accablerent la division Mercantin, qui leur etait opposee, et +detruisirent en entier le regiment de Wartensleben: ces deux divisions +arriverent ainsi presque a la hauteur de Verone, et furent en mesure de +remplir leur objet, qui etait de couper de cette ville tout ce que Kray +en aurait fait sortir. La division Delmas, qui devait se porter au +centre, vers Butta-Preda et Magnano, se trouva en retard, et laissa a +la division autrichienne de Kaim la faculte de s'avancer jusqu'a +Butta-Preda, et de former ainsi un saillant vers le milieu de notre +ligne. Mais Moreau a la gauche, avec les divisions Serrurier, Hatry et +Montrichard, s'avancait victorieusement. Il avait ordonne a la division +Montrichard de changer de front, pour faire face a Butta-Preda, vers le +point ou l'ennemi avait fait une pointe, et il marchait avec ses deux +autres divisions vers Dazano. Delmas, arrive enfin a Butta-Preda, +couvrait notre centre, et dans ce moment la victoire semblait se +declarer pour nous, car notre droite, completement victorieuse du cote +de l'Adige, allait couper aux Autrichiens la retraite sur Verone. + +Mais Kray jugeant que le point essentiel etait a notre droite, et qu'il +fallait renoncer au succes sur tous les autres points, pour l'emporter +sur celui-la, y dirigea la plus grande masse de ses forces. Il avait un +avantage sur Scherer, c'etait le rapprochement de ses divisions, qui lui +permettait de les deplacer plus facilement. Les divisions francaises, au +contraire, etaient fort eloignees les unes des autres, et combattaient +sur un terrain coupe de nombreux enclos. Kray tomba a l'improviste avec +toute sa reserve sur la division Grenier. Victor voulut venir au secours +de celui-ci, mais il fut charge lui-meme par les regimens de Nadasty et +de Reisky. Kray ne se contenta pas de ce premier avantage. Il avait fait +rallier sur les derrieres la division Mercantin, battue le matin; il la +lanca de nouveau sur les deux divisions Grenier et Victor, et decida +ainsi leur defaite. Ces deux divisions, malgre une vive resistance, +furent obligees d'abandonner le champ de bataille. La droite etant +en deroute, notre centre se trouva menace. Kray ne manqua pas de s'y +porter; mais Moreau s'y trouvait, et il empecha Kray de poursuivre son +avantage. + +La bataille etait evidemment perdue, et il fallait songer a la retraite. +La perte avait ete grande des deux cotes. Les Autrichiens avaient eu +trois mille morts ou blesses, et deux mille prisonniers. Les francais +avaient eu un nombre egal de morts et de blesses, mais ils avaient +perdu quatre mille prisonniers. C'est la que fut blesse mortellement le +general Pigeon, qui pendant la premiere campagne d'Italie avait deploye +aux avant-gardes tant de talent et d'intrepidite. + +Moreau conseillait de coucher sur le champ de bataille, pour eviter le +desordre d'une retraite de nuit, mais Scherer voulut se replier le +soir meme. Le lendemain, il se retira derriere la Molinella, et le +surlendemain, 18 germinal (7 avril), sur le Mincio. Appuye sur Peschiera +d'un cote, sur Mantoue de l'autre, il pouvait opposer une resistance +vigoureuse, rappeler Macdonald du fond de la Peninsule, et, par cette +concentration de forces, regagner la superiorite perdue dans la journee +de Magnano. Mais le malheureux Scherer avait entierement perdu la tete. +Ses soldats etaient plus mal disposes que jamais. Maitres depuis trois +ans de l'Italie, ils etaient indignes de se la voir arracher, et ils +n'imputaient leurs revers qu'a l'imperitie de leur general. Il est +certain que, pour eux, ils avaient fait leur devoir aussi bien que dans +les plus beaux jours de leur gloire. Les reproches de son armee avaient +ebranle Scherer autant que sa defaite. Ne croyant pas pouvoir tenir sur +le Mincio, il se retira sur l'Oglio, puis sur l'Adda, ou il se porta le +12 avril. On ne savait ou s'arreterait ce mouvement retrograde. + +La campagne etait a peine ouverte depuis un mois et demi, et deja nous +etions en retraite sur tous les points. Le chef d'etat-major Ernould, +que Jourdan avait laisse avec l'armee du Danube a l'entree des defiles +de la foret Noire, avait pris peur en apprenant une incursion de +quelques troupes legeres sur l'un de ses flancs, et s'etait retire en +desordre sur le Rhin. Ainsi, en Allemagne comme en Italie, nos armees, +aussi braves que jamais, perdaient cependant leurs conquetes, et +rentraient battues sur la frontiere. Ce n'est qu'en Suisse que nous +avions conserve l'avantage. La, Massena se maintenait avec toute la +tenacite de son caractere; et, sauf la tentative infructueuse sur +Feldkirch, il avait toujours ete vainqueur. Mais, etabli sur le saillant +que forme la Suisse entre l'Allemagne et l'Italie, il etait place entre +deux armees victorieuses, et il devenait indispensable qu'il se retirat. +Il venait en effet d'en donner l'ordre a Lecourbe, et il se repliait +dans l'interieur de la Suisse, mais avec ordre, et en gardant l'attitude +la plus imposante. + +Nos armes etaient humiliees, et nos ministres allaient devenir a +l'etranger les victimes du plus odieux et du plus atroce attentat. La +guerre etant declaree a l'empereur, et non a l'empire germanique, le +congres de Rastadt etait reste assemble. On etait pres de s'entendre sur +la derniere difficulte, celle des dettes; mais les deux tiers des etats +avaient deja rappele leurs deputes. C'etait un effet de l'influence de +l'Autriche, qui ne voulait pas qu'on fit la paix. Il ne restait plus au +congres que quelques deputes de l'Allemagne, et la retraite de l'armee +du Danube ayant ouvert le pays, on deliberait au milieu des troupes +autrichiennes. Le cabinet de Vienne concut alors un projet infame, +et qui jeta un long deshonneur sur sa politique. Il avait fort a se +plaindre de la fierte et de la vigueur que nos ministres avaient +deployees a Rastadt. Il leur imputait une divulgation qui l'avait +singulierement compromis aux yeux du corps germanique, c'etait celle des +articles secrets convenus avec Bonaparte pour l'occupation de Mayence. +Ces articles secrets prouvaient que, pour avoir Palma-Nova dans le +Frioul, le cabinet autrichien avait livre Mayence, et trahi d'une +maniere indigne les interets de l'Empire. Ce cabinet etait fort irrite, +et voulait tirer vengeance de nos ministres. Il voulait de plus se +saisir de leurs papiers, pour connaitre quels etaient ceux des princes +germaniques qui, dans le moment, traitaient individuellement avec la +republique francaise. Il concut donc la pensee de faire arreter nos +ministres, a leur retour en France, pour les depouiller, les outrager, +peut-etre meme les assassiner. On n'a jamais su cependant si l'ordre de +les assassiner avait ete donne d'une maniere positive. + +Deja nos ministres avaient quelque defiance, et sans craindre un +attentat sur leurs personnes, ils craignaient du moins pour leur +correspondance. En effet, elle fut interrompue le 30 germinal, par +l'enlevement des pontonniers qui servaient a la passer. Nos ministres +reclamerent; la deputation de l'Empire reclama aussi, et demanda si le +congres pouvait se croire en surete. L'officier autrichien auquel on +s'adressa ne fit aucune reponse tranquillisante. Alors nos ministres +declarerent qu'ils partiraient sous trois jours, c'est-a-dire le +9 floreal (28 avril), pour Strasbourg, et ils ajouterent qu'ils +demeureraient dans cette ville, prets a renouer les negociations des +qu'on en temoignerait le desir. Le 7 floreal un courrier de la legation +fut arrete. De nouvelles reclamations furent faites par tout le congres, +et il fut demande expressement s'il y avait surete pour les ministres +francais. Le colonel autrichien qui commandait les hussards de +Szecklers, cantonnes pres de Rastadt, repondit que les ministres +francais n'avaient qu'a partir sous vingt-quatre heures. On lui demanda +une escorte pour eux, mais il la refusa, et assura que leurs personnes +seraient respectees. Nos trois ministres, Jean Debry, Bonnier et +Roberjeot, partirent le 9 floreal (28 avril), a neuf heures du soir. Ils +occupaient trois voitures avec leurs familles. Apres eux venaient la +legation ligurienne et les secretaires d'ambassade. D'abord on fit +des difficultes de les laisser sortir de Rastadt; mais enfin tous les +obstacles furent leves, et ils partirent. La nuit etait tres sombre. A +peine etaient-ils a cinquante pas de Rastadt, qu'une troupe de hussards +de Szecklers fondit sur eux le sabre a la main, et arreta les voitures. +Celle de Jean Debry etait la premiere. Les hussards ouvrirent violemment +la portiere, et lui demanderent, en un jargon a demi barbare, s'il etait +Jean Debry. Sur sa reponse affirmative, ils le saisirent a la gorge, +l'arracherent de sa voiture, et, aux yeux de sa femme et de ses enfans, +le frapperent de coups de sabre. Le croyant mort, ils passerent aux +autres voitures, et egorgerent Roberjeot et Bonnier dans les bras de +leurs familles. Les membres de la legation ligurienne et les secretaires +d'ambassade eurent le temps de se sauver. Les brigands charges de +cette execution pillerent ensuite les voitures, et enleverent tous les +papiers. + +Jean Debry n'avait pas recu de coup mortel. La fraicheur de la nuit lui +rendit l'usage de ses sens, et il se traina tout sanglant a Rastadt. +Quand cet attentat fut connu, il excita l'indignation des habitans +et des membres du congres. La loyaute allemande fut revoltee d'une +violation du droit des gens, inouie chez des nations civilisees, et qui +n'etait concevable que d'un cabinet a demi barbare. Les membres de la +deputation restes au congres prodiguerent a Jean Debry, et aux familles +des ministres assassines, les soins les plus empresses. Ils se reunirent +ensuite pour rediger une declaration, dans laquelle ils denoncaient au +monde l'attentat qui venait d'etre commis, et repoussaient tout soupcon +de complicite avec l'Autriche. Ce crime, connu sur-le-champ de toute +l'Europe, excita une indignation universelle. L'archiduc Charles ecrivit +a Massena une lettre pour annoncer qu'il allait faire poursuivre +le colonel des hussards de Szecklers; mais cette lettre froide et +contrainte, qui prouvait l'embarras du prince, n'etait pas digne de +lui et de son caractere. L'Autriche ne repondit pas, et ne pouvait pas +repondre, aux accusations dirigees contre elle. + +Ainsi, la guerre etait implacable entre les deux systemes qui +partageaient le monde. Les ministres republicains, mal recus d'abord, +puis outrages pendant une annee de paix, venaient enfin d'etre +assassines indignement, et avec autant de ferocite qu'on aurait pu le +faire entre nations barbares. Le droit des gens, observe entre les +ennemis les plus acharnes, n'etait viole que pour eux. + +Les revers si peu attendus qui signalerent le debut de la campagne, +l'attentat de Rastadt, produisirent l'impression la plus funeste au +directoire. Des le moment meme de la declaration de guerre, les deux +oppositions commencaient a perdre toute mesure: elles n'en garderent +plus aucune quand elles virent nos armees battues et nos ministres +assassines. Les patriotes, repousses par le systeme des scissions, les +militaires, dont on avait voulu reprimer la licence, les royalistes, se +cachant derriere ces mecontens de differente espece, tous s'armerent +a la fois des derniers evenemens pour accuser le directoire. Ils lui +adressaient les reproches les plus injustes et les plus multiplies. Les +armees, disaient-ils, avaient ete entierement abandonnees. Le directoire +avait laisse leurs rangs s'eclaircir par la desertion, et n'avait mis +aucune activite a les remplir au moyen de la conscription nouvelle. Il +avait retenu dans l'interieur un grand nombre de vieux bataillons, qui, +au lieu d'etre envoyes sur la frontiere, etaient employes a gener la +liberte des elections; et a ces armees ainsi reduites a un nombre si +disproportionne avec celui des armees ennemies, le directoire n'avait +fourni ni magasins, ni vivres, ni effets d'equipement, ni moyens de +transport, ni chevaux de remonte. Il les avait livrees a la rapacite des +administrations, qui avaient devore inutilement un revenu de six cents +millions. Enfin il avait fait, pour les commander, les plus mauvais +choix. Championnet, le vainqueur de Naples, etait dans les fers, pour +avoir voulu reprimer la rapacite des agens du gouvernement. Moreau etait +reduit au role de simple general de division. Joubert, le vainqueur du +Tyrol, Augereau, l'un des heros d'Italie, etaient sans commandement. +Scherer, au contraire, qui avait prepare toutes les defaites par son +administration, Scherer avait le commandement de l'armee d'Italie, parce +qu'il etait compatriote et ami de Rewbell. On ne s'en tenait pas la. +Il y avait d'autres noms qu'on rappelait avec amertume. L'illustre +Bonaparte, ses illustres lieutenans, Kleber, Desaix, leurs quarante +mille compagnons d'armes, vainqueurs de l'Autriche, ou etaient-ils?... +En Egypte, sur une terre lointaine, ou ils allaient perir par +l'imprudence du gouvernement, ou peut-etre par sa mechancete. Cette +entreprise, si admiree naguere, on commencait a dire maintenant que +c'etait le directoire qui l'avait imaginee pour se defaire d'un guerrier +celebre qui lui faisait ombrage. + +On remontait plus haut encore: on reprochait au gouvernement la guerre +elle-meme; on lui imputait de l'avoir provoquee par ses imprudences a +l'egard des puissances. Il avait envahi la Suisse, renverse le pape et +la cour de Naples, pousse ainsi l'Autriche a bout, et tout cela sans +etre prepare a entrer en lutte. En envahissant l'Egypte, il avait decide +la Porte a une rupture. En decidant la Porte, il avait delivre la Russie +de toute crainte pour ses derrieres, et lui avait permis d'envoyer +soixante mille hommes en Allemagne. Enfin, la fureur etait si grande, +qu'on allait jusqu'a dire que le directoire etait l'auteur secret de +l'assassinat de Rastadt. C'etait, disait-on, un moyen imagine pour +soulever l'opinion contre les ennemis, et demander de nouvelles +ressources au corps legislatif. + +Ces reproches etaient repetes partout, a la tribune, dans les journaux, +dans les lieux publics. Jourdan etait accouru a Paris pour se plaindre +du gouvernement et pour lui imputer tous ses revers. Ceux des generaux +qui n'etaient pas venus, avaient ecrit pour exposer leurs griefs. +C'etait un dechainement universel, et qui serait incomprehensible si on +ne connaissait les fureurs et surtout les contradictions des partis. + +Pour peu qu'on se souvienne des faits, on peut repondre a tous ces +reproches. Le directoire n'avait pas laisse eclaircir les rangs des +armees, car il n'avait donne que douze mille conges; mais il lui avait +ete impossible d'empecher les desertions en temps de paix. Il n'y a pas +de gouvernement au monde qui eut reussi a les empecher. Le directoire +s'etait meme fait accuser de tyrannie en voulant obliger beaucoup de +soldats a rejoindre. Il y avait, en effet, quelque durete a ramener sous +les drapeaux des hommes qui avaient deja verse leur sang pendant six +annees. La conscription n'etait decretee que depuis cinq mois, et il +n'avait pas eu le moyen, en aussi peu de temps, d'organiser ce systeme +de recrutement; et surtout d'equiper, d'instruire les conscrits, de les +former en bataillons de campagne, et de les faire arriver en Hollande, +en Allemagne, en Suisse, en Italie. Il avait retenu quelques vieux +bataillons, parce qu'ils etaient indispensables pour maintenir le repos +pendant les elections, et parce que l'on ne pouvait confier ce soin a de +jeunes soldats, dont l'esprit n'etait pas forme, et l'attachement a +la republique pas assez decide. Une raison importante avait de plus +justifie cette precaution: c'etait la Vendee, travaillee encore par +les emissaires de l'etranger, et la Hollande, menacee par les flottes +anglo-russes. + +Quant au desordre de l'administration, les torts du directoire n'etaient +pas plus reels. Il y avait eu des dilapidations sans doute, mais presque +toutes au profit de ceux memes qui s'en plaignaient, et malgre les +plus grands efforts du directoire. Il y avait eu dilapidation de trois +manieres: en pillant les pays conquis; en comptant a l'etat la solde des +militaires qui avaient deserte; enfin, en faisant avec les compagnies +des marches desavantageux. Or, toutes ces dilapidations, c'etaient les +generaux et les etats-majors qui les avaient commises et qui en avaient +profite. Ils avaient pille les pays conquis, fait le profit sur la +solde et partage les profits des compagnies. On a vu que celles-ci +abandonnaient quelquefois jusqu'a quarante pour cent sur leurs +benefices, afin d'obtenir la protection des etats-majors. Scherer, vers +la fin de son ministere, s'etait brouille avec ses compagnons d'armes +pour avoir essaye de reprimer tous ces desordre. Le directoire s'etait +efforce, pour y mettre un terme, de nommer des commissions independantes +des etats-majors, et on a vu comment Championnet les avait accueillies +a Naples. Les marches desavantageux faits avec les compagnies, avaient +encore une autre cause, la situation des finances. On ne donnait aux +fournisseurs que des promesses, et alors ils se dedommageaient sur le +prix, de l'incertitude du paiement. Les credits ouverts cette +annee s'elevaient a 600 millions d'ordinaire, et a 125 millions +d'extraordinaire. Sur cette somme, le ministre avait deja ordonnance 400 +millions pour depenses consommees. Il n'en etait pas rentre encore 210; +on avait fourni les 190 de surplus en delegations. + +Il n'y avait donc rien d'imputable au directoire, quant aux +dilapidations. Le choix des generaux, excepte pour un seul, ne devait +pas lui etre reproche. Championnet, apres sa conduite a l'egard des +commissaires envoyes a Naples, ne pouvait pas conserver le commandement. +Macdonald le valait au moins, et etait connu par une probite severe. +Joubert, Bernadotte, n'avaient pas voulu du commandement de l'armee +d'Italie. Ils avaient designe eux-memes Scherer. C'est Barras qui avait +repousse Moreau, c'est lui seul encore qui avait voulu la nomination de +Scherer. Quant a Augereau, sa turbulence demagogique etait une raison +fondee de lui refuser un commandement, et du reste, malgre ses qualites +incontestables, il etait au-dessous du commandement en chef. Quant a +l'expedition d'Egypte, on a vu si le directoire en etait coupable, et +s'il est vrai qu'il eut voulu deporter Bonaparte, Kleber, Desaix et +leurs quarante mille compagnons d'armes. Larevelliere-Lepaux +s'etait brouille avec le heros d'Italie pour sa fermete a combattre +l'expedition. + +La provocation a la guerre n'etait pas plus le fait du directoire +que tous les autres malheurs. On a pu voir que l'incompatibilite des +passions dechainees en Europe avait seule provoque la guerre. Il n'en +fallait faire un reproche a personne; mais, dans tous les cas, ce +n'etaient certainement pas les patriotes et les militaires qui avaient +droit d'accuser le directoire. Qu'eussent dit les patriotes si on n'eut +pas soutenu les Vaudois, puni le gouvernement papal, renverse le roi +de Naples, force celui de Piemont a l'abdication? N'etaient-ce pas +les militaires qui, a l'armee d'Italie, avaient toujours pousse a +l'occupation de nouveaux pays? La nouvelle de la guerre les avait +enchantes tous. N'etaient-ce pas d'ailleurs Bernadotte a Vienne, un +frere de Bonaparte a Rome, qui avaient commis des imprudences, s'il y en +avait eu de commises? Ce n'etait pas la determination de la Porte qui +avait entraine celle de la Russie; mais la chose eut-elle ete vraie, +c'etait l'auteur de l'expedition d'Egypte qui pouvait seul en meriter le +reproche. + +Rien n'etait donc plus absurde que la masse des accusations accumulees +contre le directoire. Il ne meritait qu'un reproche, c'etait d'avoir +trop partage la confiance excessive que les patriotes et les militaires +avaient dans la puissance de la republique. Il avait partage les +passions revolutionnaires et s'etait livre a leur entrainement. Il avait +cru qu'il suffisait, pour le debut de la guerre, de cent soixante-dix +mille hommes; que l'offensive deciderait de tout, etc. Quant a ses +plans, ils etaient mauvais, mais pas plus mauvais que ceux de Carnot +en 1796, pas plus mauvais que ceux du conseil aulique, et calques +d'ailleurs en partie sur un projet du general Jourdan. Un seul homme en +pouvait faire de meilleurs, comme nous l'avons dit, et ce n'etait pas la +faute du directoire si cet homme n'etait pas en Europe. + +Du reste, c'est dans un interet d'equite que l'histoire doit relever +l'injustice de ces reproches; mais tant pis pour un gouvernement quand +on lui impute tout a crime. L'une des qualites indispensables d'un +gouvernement, c'est d'avoir cette bonne renommee qui repousse +l'injustice. Quand il l'a perdue et qu'on lui impute les torts des +autres, et ceux meme de la fortune, il n'a plus la faculte de gouverner, +et cette impuissance doit le condamner a se retirer. Combien de +gouvernemens ne s'etaient-ils pas uses depuis le commencement de la +revolution! L'action de la France contre l'Europe etait si violente, +qu'elle devait detruire rapidement tous ses ressorts. Le directoire +etait use comme l'avait ete le comite de salut public, comme le fut +depuis Napoleon lui-meme. Toutes les accusations dont le directoire +etait l'objet, prouvaient, non pas ses torts, mais sa caducite. + +Du reste, il n'etait pas etonnant que cinq magistrats civils, elus au +pouvoir, non a cause de leur grandeur hereditaire ou de leur gloire +personnelle, mais pour avoir merite un peu plus d'estime que leurs +concitoyens, que cinq magistrats, armes de la seule puissance des lois +pour lutter avec les factions dechainees, pour soumettre a l'obeissance +des armees nombreuses, des generaux couverts de gloire et pleins de +pretentions, pour administrer enfin une moitie de l'Europe, parussent +bientot insuffisans, au milieu de la lutte terrible qui venait de +s'engager de nouveau. Il ne fallait qu'un revers pour faire eclater +cette impuissance. Les factions alternativement battues, les militaires +reprimes plusieurs fois, les appelaient avec mepris les _avocats_, et +disaient que la France ne pouvait etre gouvernee par eux. + +Par une bizarrerie assez singuliere, mais qui se voit quelquefois dans +le conflit des revolutions, l'opinion ne montrait quelque indulgence que +pour celui des cinq directeurs qui en aurait merite le moins. Barras, +sans contredit, meritait a lui seul tout ce qu'on disait du directoire. +D'abord, il n'avait jamais travaille, et il avait laisse a ses collegues +tout le fardeau des affaires. Sauf dans les momens decisifs, ou il +faisait entendre sa voix plus forte que son courage, il ne s'occupait de +rien. Il ne se melait que du personnel du gouvernement, ce qui convenait +mieux a son genie intrigant. Il avait pris part a tous les profits des +compagnies, et justifie seul le reproche de dilapidation. Il avait +toujours ete le defenseur des brouillons et des fripons; c'etait lui qui +avait appuye Brune et envoye Fouche en Italie. Il etait la cause des +mauvais choix des generaux, car il s'etait oppose a la nomination de +Moreau, et avait fortement demande celle de Scherer. Malgre tous ses +torts si graves, lui seul etait mis a part. D'abord il ne passait pas, +comme ses quatre collegues, pour un _avocat_, car sa paresse, ses +habitudes debauchees, ses manieres soldatesques, ses liaisons avec +les jacobins, le souvenir du 18 fructidor qu'on lui attribuait +exclusivement, en faisaient en apparence un homme d'execution, plus +capable de gouverner que ses collegues. Les patriotes lui trouvaient +avec eux des cotes de ressemblance, et croyaient qu'il leur etait +devoue. Les royalistes en recevaient des esperances secretes. Les +etats-majors, qu'il flattait et qu'il protegeait contre la juste +severite de ses collegues, l'avaient en assez grande faveur. Les +fournisseurs le vantaient, et il se sauvait de cette maniere de la +defaveur generale. Il etait meme perfide avec ses collegues, car tous +les reproches qu'il meritait, il avait l'art de les rejeter sur eux +seuls. Un pareil role ne peut pas etre long-temps heureux, mais il peut +reussir un moment: il reussit dans cette occasion. + +On connait la haine de Barras contre Rewbell. Celui-ci, administrateur +vraiment capable, avait choque, par son humeur et sa morgue, tous +ceux qui traitaient avec lui. Il s'etait montre severe pour les gens +d'affaires, pour tous les proteges de Barras, et notamment pour les +militaires. Aussi etait-il devenu l'objet de la haine generale. Il etait +probe, quoique un peu avare. Barras avait l'art, dans sa societe, qui +etait nombreuse, de diriger contre lui les plus odieux soupcons. Une +circonstance malheureuse contribuait a les autoriser. L'agent du +directoire en Suisse, Rapinat, etait beau-frere de Rewbell. On avait +exerce en Suisse les exactions qui se commettaient dans tous les pays +conquis, beaucoup moins cependant que partout ailleurs. Mais les +plaintes excessives de ce petit peuple avare avaient cause une rumeur +extreme. Rapinat avait eu la commission malheureuse de mettre le scelle +sur les caisses et sur le tresor de Berne; il avait traite avec hauteur +le gouvernement helvetique; ces circonstances et son nom, qui etait +malheureux, lui avaient valu de passer pour le Verres de la Suisse, pour +l'auteur de dilapidations qui n'etaient pas son ouvrage; car il avait +meme quitte la Suisse, avant l'epoque ou elle avait le plus souffert. +Dans la Societe de Barras on faisait de malheureux calembours sur son +nom, et tout retombait sur Rewbell, dont il etait le beau-frere. C'est +ainsi que la probite de Rewbell s'etait trouvee exposee a toutes les +calomnies. + +Larevelliere, par son inflexible severite, par son influence dans les +affaires politiques d'Italie, n'etait pas devenu moins odieux que +Rewbell. Cependant, sa vie etait si simple et si modeste, qu'accuser +sa probite eut ete impossible. La societe de Barras lui donnait des +ridicules. On se moquait de sa personne, et de ses pretentions a +une papaute nouvelle. On disait qu'il voulait fonder le culte de la +theophilanthropie, dont il n'etait cependant pas l'auteur. Merlin et +Treilhard, quoique moins anciens au pouvoir, et moins en vue que Rewbell +et Larevelliere, etaient cependant enveloppes dans la meme defaveur. + +C'est dans cette disposition d'esprit que se firent les elections de +l'an VII, qui furent les dernieres. Les patriotes, furieux, ne voulaient +pas etre exclus cette annee, comme la precedente, du corps legislatif. +Ils s'etaient dechaines contre le systeme des scissions, et s'etaient +efforces de le fletrir d'avance. Ils y avaient assez reussi, pour qu'en +effet on n'osat plus l'employer. Dans cet etat d'agitation, ou l'on +suppose a ses adversaires tous les projets qu'on en redoute, ils +disaient que le directoire, usant, comme au 18 fructidor, des moyens +extraordinaires, allait proroger pour cinq ans les pouvoirs des deputes +actuels, et suspendre pendant tout ce temps l'exercice des droits +electoraux. Ils disaient qu'on allait faire venir des Suisses a Paris, +parce qu'on travaillait a organiser le contingent helvetique. Ils firent +grand bruit d'une circulaire aux electeurs, repandue par le commissaire +du gouvernement (prefet) aupres du departement de la Sarthe. Ce n'etait +pas une circulaire, comme nous en avons vu depuis, mais une exhortation. +On obligea le directoire a l'improuver par un message. Les elections, +faites dans ces dispositions, amenerent au corps legislatif une quantite +considerable de patriotes. On ne songea pas cette annee a les exclure du +corps legislatif, et leur election fut confirmee. Le general Jourdan, +qui avait raison d'imputer ses revers a l'inferiorite numerique de +son armee, mais qui manquait a sa raison accoutumee en imputant au +gouvernement le desir de le perdre, fut envoye de nouveau au corps +legislatif, le coeur gros de ressentimens. Augereau y fut envoye aussi, +avec un surcroit d'humeur et de turbulence. + +Il fallait choisir un nouveau directeur. Le hasard ne servit pas la +republique, car, au lieu de Barras, ce fut Rewbell, le plus capable des +cinq directeurs, qui fut designe pour membre sortant. Ce fut un grand +sujet de satisfaction pour tous les ennemis de ce directeur, et une +occasion nouvelle de le calomnier plus commodement. Cependant, comme il +avait ete elu au conseil des anciens, il saisit une occasion de repondre +a ses accusateurs, et le fit de la maniere la plus victorieuse. + +Il fut commis, a la sortie de Rewbell, la seule infraction aux lois +rigoureuses de la probite, qu'on, put reprocher au directoire. Les cinq +premiers directeurs, nommes a l'epoque de l'institution du directoire, +avaient fait une convention entre eux, par laquelle ils devaient +prelever sur leurs appointemens, chacun dix mille francs, afin de les +donner au membre sortant. Le but de ce noble sacrifice etait de menager +aux membres du directoire la transition du pouvoir supreme a la vie +privee, surtout pour ceux qui etaient sans fortune. Il y avait meme +une raison de dignite a en agir ainsi, car il etait dangereux pour la +consideration du gouvernement, de rencontrer dans l'indigence l'homme +qu'on avait vu la veille au pouvoir supreme. Cette raison meme decida +les directeurs a pourvoir d'une maniere plus convenable au sort de +leurs collegues. Leurs appointemens etaient deja si modiques, qu'un +prelevement de dix mille francs parut deplace. Ils resolurent d'allouer +une somme de cent mille francs a chaque directeur sortant. C'etait cent +mille francs par an qu'il en devait couter a l'etat. On devait demander +cette somme au ministre des finances, qui pouvait la prendre sur l'un +des mille profits qu'il etait si facile de faire sur des budgets de +six ou huit cents millions. On decida de plus que chaque directeur +emporterait sa voiture et ses chevaux. Comme tous les ans le corps +legislatif allouait des frais de mobilier, cette depense devait etre +avouee, et des lors devenait legitime. Les directeurs deciderent de plus +que les economies faites sur les frais de mobilier seraient partagees +entre eux. Certes, c'etait la une bien legere atteinte a la fortune +publique, si c'en etait une; et tandis que des generaux, des compagnies, +faisaient des profits si enormes, cent mille francs par an, consacres +a donner des alimens a l'homme qui venait d'etre chef du gouvernement, +n'etaient pas un vol. Les raisons et la forme de la mesure l'excusaient +en quelque sorte. Larevelliere, auquel on en fit part, ne voulut jamais +y consentir. Il declara a ses collegues qu'il n'accepterait jamais sa +part. Rewbell recut la sienne. Les cent mille francs qu'on lui donna +furent pris sur les deux millions de depenses secretes, dont le +directoire etait dispense de rendre compte. Telle est la seule faute +qu'on puisse reprocher collectivement au directoire. Un seul de ses +membres, sur les douze qui se succederent, fut accuse d'avoir fait des +profits particuliers. Quel est le gouvernement au monde, duquel on +puisse dire la meme chose? + +Il fallait un successeur a Rewbell. On souhaitait avoir une grande +reputation, pour donner un peu de consideration au directoire, et on +songea a Sieyes, dont le nom, apres celui de Bonaparte, etait le plus +important de l'epoque. Son ambassade en Prusse avait encore ajoute a sa +renommee. Deja on le considerait, et tres justement, comme un esprit +profond; mais depuis qu'il etait alle a Berlin, on lui attribuait +la conservation de la neutralite prussienne, qui du reste etait due +beaucoup moins a son intervention qu'a la situation de cette puissance. +Aussi le regardait-on comme aussi capable de diriger le gouvernement que +de concevoir une constitution. Il fut elu directeur. Beaucoup de gens +crurent voir dans ce choix la confirmation du bruit generalement repandu +de modifications tres prochaines a la constitution. Ils disaient +que Sieyes n'etait appele au directoire que pour contribuer a ces +modifications. On croyait si peu que l'etat des choses actuel put se +maintenir, qu'on voyait dans tous les faits des indices certains de +changement. + + + +CHAPITRE XVI. + +CONTINUATION DE LA CAMPAGNE DE 1799; MASSENA REUNIT LE COMMANDEMENT +DES ARMEES D'HELVETIE ET DU DANUBE, ET OCCUPE LA LIGNE DE LA +LIMMAT.--ARRIVEE DE SUWAROW EN ITALIE. SCHERER TRANSMET LE COMMANDEMENT +A MOREAU. BATAILLE DE CASSANO. RETRAITE DE MOREAU AU-DELA DU PO ET DE +L'APENNIN.--ESSAI DE JONCTION AVEC L'ARMEE DE NAPLES; BATAILLE DE LA +TREBBIA.--COALITION DE TOUS LES PARTIS CONTRE LE DIRECTOIRE.--REVOLUTION +DU 30 PRAIRIAL.--LAREVELLIERE ET MERLIN SORTENT DU DIRECTOIRE. + + +Dans l'intervalle qu'on mit a faire dans le gouvernement les +modifications que nous venons de raconter, le directoire n'avait cesse +de faire les plus grands efforts pour reparer les revers qui venaient de +signaler l'ouverture de la campagne. Jourdan avait perdu le commandement +de l'armee du Danube, et Massena avait recu le commandement en chef de +toutes les troupes cantonnees depuis Dusseldorf jusqu'au Saint-Gothard. +Ce choix heureux devait sauver la France. Scherer, impatient de quitter +une armee dont il avait perdu la confiance, avait obtenu l'autorisation +de transmettre le commandement a Moreau. Macdonald avait recu l'ordre +pressant d'evacuer le royaume de Naples et les etats romains, et de +venir faire sa jonction avec l'armee de la Haute-Italie. Tous les vieux +bataillons retenus dans l'interieur etaient achemines sur la frontiere; +l'equipement et l'organisation des conscrits s'acceleraient, et les +renforts commencaient a arriver de toutes parts. + +Massena, a peine nomme commandant en chef des armees du Rhin et de +Suisse, songea a disposer convenablement les forces qui lui etaient +confiees. Il ne pouvait prendre le commandement dans une situation plus +critique. Il avait au plus trente mille hommes, epars en Suisse depuis +la vallee de l'Inn jusqu'a Bale; il avait en presence trente mille +hommes sous Bellegarde dans le Tyrol, vingt-huit mille sous Hotze, dans +le Voralberg, quarante mille sous l'archiduc, entre le lac de Constance +et le Danube. Cette masse de pres de cent mille hommes pouvait +l'envelopper et l'aneantir. Si l'archiduc n'avait pas ete contrarie par +le conseil aulique et retenu par une maladie, et qu'il eut franchi le +Rhin entre le lac de Constance et l'Aar, il aurait pu fermer a Massena +la route de France, l'envelopper et le detruire. Heureusement il n'etait +pas libre de ses mouvemens; heureusement encore on n'avait pas mis +immediatement sous ses ordres Bellegarde et Hotze. Il y avait entre les +trois generaux un tiraillement continuel, ce qui empechait qu'ils se +concertassent pour une operation decisive. + +Ces circonstances favoriserent Massena, et lui permirent de prendre une +position solide et de distribuer convenablement les troupes mises a sa +disposition. Tout prouvait que l'archiduc ne voulait qu'observer la +ligne du Rhin du cote de l'Alsace, et qu'il se proposait d'operer en +Suisse, entre Schaffouse et l'Aar. En consequence, Massena fit refluer +en Suisse la plus grande partie de l'armee du Danube, et lui assigna +des positions qu'elle aurait du prendre des le debut, c'est-a-dire +immediatement apres la bataille de Stokach. Il avait eu le tort de +laisser Lecourbe engage trop long-temps dans l'Engadine. Celui-ci fut +oblige de s'en retirer, apres avoir livre des combats brillans, ou il +montra une intrepidite et une presence d'esprit admirables. Les Grisons +furent evacues. Massena distribua alors son armee depuis la grande +chaine des Alpes jusqu'au confluent de l'Aar dans le Rhin, en +choisissant la ligne qui lui parut la meilleure. + +La Suisse, presente plusieurs lignes d'eau, qui, partant des grandes +Alpes, la traversent tout entiere, pour aller se jeter dans le Rhin. La +plus etendue et la plus vaste est celle du Rhin meme, qui, prenant sa +source non loin du Saint-Gothard, coule d'abord au nord, puis s'etend +en un vaste lac[6], dont il sort pres de Stein, et court a l'ouest vers +Bale, ou il recommence a couler au nord pour former la frontiere de +l'Alsace. Cette ligne est la plus vaste, et elle enferme toute la +Suisse. Il y en a une seconde, celle de Zurich, inscrite dans la +precedente: c'est celle de la Lint, qui, prenant sa source dans les +petits cantons, s'arrete pour former le lac de Zurich, en sort sous le +nom de Limmat, et va finir dans l'Aar, non loin de l'embouchure de cette +derniere riviere dans le Rhin. Cette ligne, qui n'enveloppe qu'une +partie de la Suisse, est beaucoup moins vaste que la premiere. Il y en +a enfin une troisieme, celle de la Reuss, inscrite encore dans la +precedente, qui du lit de la Reuss passe dans le lac de Lucerne, et +de Lucerne va se rendre dans l'Aar, tout pres du point ou se jette la +Limmat. Ces lignes commencant a droite contre des montagnes enormes, +finissant a gauche dans de grands fleuves, consistant tantot en des +rivieres, tantot en des lacs, presentent de nombreux avantages pour la +defensive. Massena ne pouvait esperer de conserver la plus grande, celle +du Rhin, et de s'etendre depuis le Saint-Gothard jusqu'a l'embouchure +de l'Aar. Il fut oblige de se replier sur celle de la Limmat, ou il +s'etablit de la maniere la plus solide. Il placa son aile droite, formee +des trois divisions Lecourbe, Menard et Lorge, depuis les Alpes jusqu'au +lac de Zurich, sous les ordres de Ferino. Il placa son centre sur la +Limmat, et le composa des quatre divisions Oudinot, Vandamme, Thureau et +Soult. Sa gauche gardait le Rhin, vers Bale et Strasbourg. + +[Note 6: Le lac de Constance.] + +Avant de se renfermer dans cette position, il essaya d'empecher par un +combat la jonction de l'archiduc avec son lieutenant Hotze. Ces deux +generaux places sur le Rhin, l'un avant l'entree du fleuve dans le +lac de Constance, l'autre apres sa sortie, etaient separes par toute +l'etendue du lac. En franchissant cette ligne, afin de s'etablir devant +celle de Zurich et de la Limmat, ou s'etait place Massena, ils devaient +partir des deux extremites du lac, pour venir faire leur jonction +au-dela. Massena pouvait choisir le moment ou Hotze ne s'etait pas +encore avance, se jeter sur l'archiduc, le repousser au-dela du Rhin, +se rabattre ensuite sur Hotze, et le repousser a son tour. On a calcule +qu'il aurait eu le temps d'executer cette double operation, et de battre +isolement les deux generaux autrichiens. Malheureusement il ne songea a +les attaquer qu'au moment ou ils etaient pres de se reunir, et ou ils +etaient en mesure de se soutenir reciproquement. Il les combattit sur +plusieurs points le 5 prairial (24 mai), a Aldenfingen, a Frauenfeld, et +quoiqu'il eut partout l'avantage, grace a cette vigueur qu'il mettait +toujours dans l'execution, neanmoins il ne put empecher la jonction, et +il fut oblige de se replier sur la ligne de la Limmat et de Zurich, +ou il se prepara a recevoir vigoureusement l'archiduc, si celui-ci se +decidait a l'attaquer. + +Les evenemens etaient bien autrement malheureux en Italie. La, les +desastres ne s'etaient point arretes. + +Suwarow avait rejoint l'armee autrichienne avec un corps de vingt-huit +ou trente mille Russes. Melas avait pris le commandement de l'armee +autrichienne. Suwarow commandait en chef les deux armees, s'elevant au +moins a quatre-vingt-dix mille hommes. On l'appelait l'_invincible_. Il +etait connu par ses campagnes contre les Turcs, et par ses cruautes +en Pologne. Il avait une grande vigueur de caractere, une bizarrerie +affectee et poussee jusqu'a la folie, mais aucun genie de combinaison. +C'etait un vrai barbare, heureusement incapable de calculer l'emploi de +ses forces, car autrement, la republique aurait peut-etre succombe. +Son armee lui ressemblait. Elle avait une bravoure remarquable, et +qui tenait du fanatisme, mais aucune instruction. L'artillerie, la +cavalerie, le genie, y etaient reduits a une veritable nullite. Elle +ne savait faire usage que de la baionnette, et s'en servait comme les +Francais s'en etaient servis pendant la revolution. Suwarow, fort +insolent pour ses allies, donna aux Autrichiens des officiers russes, +pour leur apprendre le maniement de la baionnette. Il employa le langage +le plus hautain, il dit que les _femmes_, _les petits-maitres_, _les +paresseux_, devaient quitter l'armee; que les parleurs occupes a fronder +le service souverain seraient traites comme des egoistes, et perdraient +leurs grades, et que tout le monde devait se sacrifier pour delivrer +l'Italie des Francais et des athees. Tel etait le style de ses +allocutions. Heureusement, apres nous avoir cause bien du mal, cette +energie brutale allait rencontrer l'energie savante et calculee, et se +briser devant elle. + +Scherer ayant entierement perdu l'usage de ses esprits, s'etait +promptement retire sur l'Adda, au milieu des cris d'indignation des +soldats. De son armee de quarante-six mille hommes, il en avait perdu +dix mille, ou morts ou prisonniers. Il fut oblige d'en laisser a +Peschiera ou Mantoue encore huit mille, et il ne lui en resta ainsi que +vingt-huit mille. Neanmoins si, avec cette poignee d'hommes, il avait su +manoeuvrer habilement, il aurait pu donner le temps a Macdonald de le +rejoindre, et eviter bien des desastres. Mais il se placa sur l'Adda +de la maniere la plus malheureuse. Il partagea son armee en trois +divisions. La division Serrurier etait a Lecco, a la sortie de l'Adda du +lac de Lecco. La division Grenier etait a Cassano, la division Victor a +Lodi. Il avait place Montrichard, avec quelques corps legers, vers le +Modenois et les montagnes de Genes; pour maintenir les communications +avec la Toscane, par ou Macdonald devait deboucher. Ses vingt-huit +mille hommes, ainsi disperses sur une ligne de vingt-quatre lieues, ne +pouvaient resister solidement nulle part, et devaient etre enfonces +partout ou l'ennemi se presenterait en forces. + +Le 8 floreal (27 avril) au soir, au moment meme ou la ligne de l'Adda +etait forcee, Scherer remit a Moreau la direction de l'armee. Ce brave +general avait quelque droit de la refuser. On l'avait fait descendre +au role de simple divisionnaire, et maintenant que la campagne etait +perdue, qu'il n'y avait plus que des desastres a essuyer, on lui +donnait le commandement. Cependant, avec un devouement patriotique +que l'histoire ne saurait trop celebrer, il accepta une defaite, en +acceptant le commandement le soir meme ou l'Adda etait force. C'est ici +que commence la moins vantee et la plus belle partie de sa vie. + +Suwarow s'etait approche de l'Adda sur plusieurs points. Quand le +premier regiment russe se montra a la vue du pont de Lecco, les +carabiniers de la brave 18e legere sortirent des retranchemens, et +coururent au-devant de ces soldats, qu'on peignait comme des colosses +effrayans et invincibles. Ils fondirent sur eux la baionnette croisee, +et en firent un grand carnage. Les Russes furent repousses. Il venait +de s'allumer un admirable courage dans le coeur de nos braves; ils +voulaient faire repentir de leur voyage les barbares insolens qui +venaient se meler dans une querelle qui n'etait pas la leur. La +nomination de Moreau enflammait toutes les ames, et remplit l'armee de +confiance. Malheureusement la position n'etait plus tenable. Suwarow, +repousse a Lecco, avait fait passer l'Adda sur deux points, a Brivio et +a Trezzo, au-dessus et au-dessous de la division Serrurier, qui formait +la gauche. Cette division se trouva ainsi coupee du reste de l'armee. +Moreau, avec la division Grenier, livra a Trezzo un combat furieux, pour +repousser l'ennemi au-dela de l'Adda, et se remettre en communication +avec la division Serrurier. Il combattit avec huit ou neuf mille hommes +un corps de plus de vingt mille. Ses soldats, animes par sa presence, +firent des prodiges de bravoure, mais ne purent rejeter l'ennemi au-dela +de l'Adda. Malheureusement Serrurier, auquel on ne pouvait plus faire +parvenir d'ordre, n'eut pas l'idee de se reporter sur ce point meme +de Trezzo, ou Moreau s'obstinait a combattre pour se remettre en +communication avec lui. Il fallut ceder, et abandonner la division +Serrurier a son sort. Elle fut entouree par toute l'armee ennemie, et se +battit avec la derniere opiniatrete. Enveloppee enfin de toutes parts, +elle fut obligee de mettre bas les armes. Une partie de cette division, +grace a la hardiesse et a la presence d'esprit d'un officier, se sauva +par les montagnes en Piemont. Pendant cette action terrible, Victor +s'etait heureusement retire en arriere avec sa division intacte. Telle +fut la fatale journee dite de Cassano, 9 floreal (28 avril), qui +reduisit l'armee a environ vingt mille hommes. + +C'est avec cette poignee de braves que Moreau entreprit de se retirer. +Cet homme rare ne perdit pas un instant ce calme d'esprit dont la nature +l'avait doue. Reduit a vingt mille soldats, en presence d'une armee +qu'on aurait pu porter a quatre-vingt-dix mille, si on avait su la faire +marcher en masse, il ne s'ebranla pas un instant. Ce calme etait +bien autrement meritoire que celui qu'il deploya lorsqu'il revint +d'Allemagne, avec une armee de soixante mille hommes victorieux, et +pourtant il a ete beaucoup moins celebre! tant les hasards des passions +influent sur les jugemens contemporains! + +Il s'attacha d'abord a couvrir Milan, pour donner le moyen d'evacuer +les parcs et les bagages, et pour laisser aux membres du gouvernement +cisalpin, et a tous les Milanais compromis, le temps de se retirer sur +les derrieres. Rien n'est plus dangereux pour une armee que ces familles +de fugitifs, qu'elle est obligee de recevoir dans ses rangs. Elles +embarrassent sa marche, ralentissent ses mouvemens, et peuvent +quelquefois compromettre son salut. Moreau, apres avoir passe deux +jours a Milan, se remit en marche pour repasser le Po. A la conduite +de Suwarow, il put juger qu'il aurait le temps de prendre une position +solide. Il avait deux objets a atteindre, c'etait de couvrir ses +communications avec la France, et avec la Toscane, par ou s'avancait +l'armee de Naples. Pour arriver a ce but important, il lui parut +convenable d'occuper le penchant des montagnes de Genes; c'etait le +point le plus favorable. Il marcha en deux colonnes: l'une, escortant +les parcs, les bagages, tout l'attirail de l'armee, prit la grande route +de Milan a Turin; l'autre s'achemina vers Alexandrie, pour occuper les +routes de la riviere de Genes. Il executa cette marche sans etre +trop presse par l'ennemi. Suwarow, au lieu de fondre avec ses masses +victorieuses sur notre faible armee, et de la detruire completement, se +faisait decerner a Milan les honneurs du triomphe par les pretres, les +moines, les nobles, toutes les creatures de l'Autriche, rentrees en +foule a la suite des armees coalisees. + +Moreau eut le temps d'arriver a Turin, et d'acheminer vers la France +tout son attirail de guerre. Il arma la citadelle, tacha de reveiller +le zele des partisans de la republique, et vint rejoindre ensuite la +colonne qu'il avait dirigee vers Alexandrie. Il choisit la une position +qui prouve toute la justesse de son coup d'oeil. Le Tanaro, en tombant +de l'Apennin, va se jeter dans le Po au-dessous d'Alexandrie. Moreau se +placa au confluent de ces deux fleuves. Couvert a la fois par l'un et +par l'autre, il ne craignait pas une attaque de vive force; il gardait +en meme temps toutes les routes de Genes, et pouvait attendre l'arrivee +de Macdonald. Cette position ne pouvait etre plus heureuse. Il occupait +Casale, Valence, Alexandrie; il avait une chaine de postes sur le Po +et le Tanaro, et ses masses etaient disposees de maniere qu'il pouvait +courir en quelques heures sur le premier point attaque. Il s'etablit la +avec vingt mille hommes, et y attendit avec un imperturbable sang-froid +les mouvemens de son formidable ennemi. + +Suwarow avait mis tres heureusement beaucoup de temps a s'avancer. Il +avait demande au conseil aulique que le corps autrichien de Bellegarde, +destine au Tyrol, fut mis a sa disposition. Ce corps venait de descendre +en Italie, et portait l'armee combinee a beaucoup plus de cent mille +hommes. Mais Suwarow, ayant ordre d'assieger a la fois Peschiera, +Mantoue, Pizzighitone, voulant en meme temps se garder du cote de la +Suisse, et ignorant d'ailleurs l'art de distribuer des masses, n'avait +guere plus de quarante mille hommes sous sa main, force du reste tres +suffisante pour accabler Moreau, s'il avait su la manier habilement. + +Il vint longer le Po et le Tanaro, et se placer en face de Moreau. Il +s'etablit a Tortone, et y fixa son quartier-general. Apres quelques +jours d'inaction, il resolut enfin de faire une tentative sur l'aile +gauche de Moreau, c'est-a-dire du cote du Po. Un peu au-dessus du +confluent du Po et du Tanaro, vis-a-vis Mugarone, se trouvent des iles +boisees, a la faveur desquelles les Russes resolurent de tenter un +passage. Dans la nuit du 22 au 23 floreal (du 11 au 12 mai), ils +passerent au nombre a peu pres de deux mille, dans l'une de ces iles, et +se trouverent ainsi au-dela du bras principal. Le bras qui leur restait +a passer etait peu considerable, et pouvait meme etre franchi a la nage. +Ils le traverserent hardiment, et se porterent sur la rive droite du Po. +Les Francais, prevenus du danger, coururent sur le point menace. Moreau, +qui etait averti d'autres demonstrations faites du cote du Tanaro, +attendit que le veritable point du danger fut bien determine pour s'y +porter en force: des qu'il en fut certain, il y marcha avec sa reserve, +et culbuta dans le Po les Russes qui avaient eu la hardiesse de le +franchir. Il y en eut deux mille cinq cents tues, noyes ou prisonniers. + +Ce coup de vigueur assurait tout a fait la position de Moreau dans le +singulier triangle ou il s'etait place. Mais l'inaction de l'ennemi +l'inquietait; il craignait que Suwarow n'eut laisse devant Alexandrie un +simple detachement, et qu'avec la masse de ses forces il n'eut remonte +le Po, pour se porter sur Turin et prendre la position des Francais +par derriere, ou bien qu'il n'eut marche au-devant de Macdonald. Dans +l'incertitude ou le laissait l'inaction de Suwarow, il resolut d'agir +lui-meme, pour s'assurer du veritable etat des choses. Il imagina de +deboucher au-dela d'Alexandrie, et de faire une forte reconnaissance. +Si l'ennemi n'avait laisse devant lui qu'un corps detache, le projet +de Moreau etait de changer cette reconnaissance en attaque serieuse, +d'accabler ce corps detache, et puis de se retirer tranquillement par +la grande route de la Bochetta, vers les montagnes de Genes, afin d'y +attendre Macdonald. Si au contraire il trouvait la masse principale, son +projet etait de se replier sur-le-champ, et de regagner en toute hate +la riviere de Genes, par toutes les communications accessibles qui +lui restaient. Une raison qui le decidait surtout a prendre ce parti +decisif, c'etait l'insurrection du Piemont sur ses derrieres. Il fallait +qu'il se rapprochat de sa base le plus tot possible. + +Tandis que Moreau formait ce projet fort sage, Suwarow en formait +un autre qui etait depourvu de sens. Sa position a Tortone etait +certainement la meilleure qu'il put prendre, puisqu'elle le placait +entre les deux armees francaises, celle de la Cisalpine et celle de +Naples. Il ne devait la quitter a aucun prix. Cependant il imagina +d'emmener une partie de ses forces au-dela du Po, pour remonter le +fleuve jusqu'a Turin, s'emparer de cette capitale, y organiser les +royalistes piemontais, et faire tomber la position de Moreau. Rien +n'etait plus mal calcule qu'une pareille manoeuvre; car, pour faire +tomber la position de Moreau, il fallait essayer une attaque directe +et vigoureuse, mais par-dessus tout ne pas quitter la position +intermediaire entre les deux armees qui cherchaient a operer leur +jonction. + +Tandis que Suwarow divisait ses forces, en laissant une partie aux +environs de Tortone, le long du Tanaro, et portant l'autre au-dela du Po +pour marcher sur Turin, Moreau executait la reconnaissance qu'il avait +projetee. Il avait porte la division Victor en avant pour attaquer +vigoureusement le corps russe qu'il avait devant lui. Il se tenait +lui-meme avec toute sa reserve un peu en arriere, pret a changer cette +reconnaissance en une attaque serieuse, s'il jugeait que le corps russe +put etre accable. Apres un engagement tres-vif, ou les troupes de Victor +deployerent une rare bravoure, Moreau crut que toute l'armee russe etait +devant lui: il n'osa pas attaquer a fond, de peur d'avoir sur les bras +un ennemi trop superieur. En consequence, entre les deux partis qu'il +s'etait propose d'adopter, il prefera le second, comme le plus sur. Il +resolut donc de se retirer vers les montagnes de Genes. Sa position +etait des plus critiques. Tout le Piemont etait en revolte sur ses +derrieres. Un corps d'insurges s'etait empare de Ceva, qui ferme la +principale route, la seule accessible a l'artillerie. Le grand convoi +des objets d'arts recueillis en Italie, courait risque d'etre enleve. +Ces circonstances etaient des plus facheuses. En prenant les routes +situees plus en arriere, et qui aboutissaient a la riviere du Ponent, +Moreau craignait de trop s'eloigner des communications de la Toscane, +et de les laisser en prise a l'ennemi, qu'il supposait reuni en masse +autour de Tortone. Dans cette perplexite, il prit sur-le-champ son +parti, et fit les dispositions suivantes. Il detacha la division Victor, +sans artillerie ni bagages, et la jeta par des rentiers praticables a +la seule infanterie, vers les montagnes de Genes. Elle devait se hater +d'occuper tous les passages de l'Apennin pour se joindre a l'armee +venant de Naples, et la renforcer, dans le cas ou elle serait attaquee +par Suwarow. Moreau, ne gardant que huit mille hommes au plus, vint avec +son artillerie, sa cavalerie, et tout ce qui pouvait suivre les sentiers +des montagnes, gagner l'une des routes charretieres qui se trouvaient en +arriere de Ceva, et aboutissaient dans la riviere du Ponent. Il faisait +un autre calcul, en se decidant a cette retraite excentrique, c'est +qu'il attirerait a lui l'armee ennemie, la detournerait de poursuivre +Victor et de se jeter sur Macdonald. + +Victor se retira heureusement par Acqui, Spigno et Dego, et vint occuper +les cretes de l'Apennin. Moreau, de son cote, se retira avec une +celerite extraordinaire sur Asti. La prise de Ceva, qui fermait sa +principale communication, le mettait dans un embarras extreme. Il +achemina par le col de Fenestrelle la plus grande partie de ses parcs, +ne garda que l'artillerie de campagne qui lui etait indispensable, +et resolut de s'ouvrir une route a travers l'Apennin, en la faisant +construire par ses propres soldats. Apres quatre jours d'efforts +incroyables, la route fut rendue praticable a l'artillerie, et Moreau +fut transporte dans la riviere de Genes sans avoir retrograde jusqu'au +col de Tende, ce qui l'eut trop eloigne des troupes de Victor detachees +vers Genes. + +Suwarow, en apprenant la retraite de Moreau, se hata de le faire +poursuivre; mais il ne sut deviner ni prevenir ses savantes +combinaisons. Ainsi, grace a son sang-froid et a son adresse, Moreau +avait ramene ses vingt mille hommes sans les laisser entamer une seule +fois, en contenant au contraire les Russes partout ou il les avait +rencontres. Il avait laisse une garnison de trois mille hommes dans +Alexandrie, et il etait avec dix-huit mille a peu pres dans les environs +de Genes. Il etait place sur la crete de l'Apennin, attendant l'arrivee +de Macdonald. Il avait porte la division Lapoype, le corps leger de +Montrichard, et la division Victor, sur la Haute-Trebbia, pour les +joindre a Macdonald. Lui se tenait aux environs de Novi, avec le reste +de son corps d'armee. Son plan de jonction etait profondement medite. +Il pouvait attirer l'armee de Naples a lui par les bords de la +Mediterranee, la reunir a Genes, et deboucher avec elle de la Bochetta; +ou bien la faire deboucher de la Toscane dans les plaines de Plaisance, +et sur les bords du Po. Le premier parti assurait la jonction, +puisqu'elle se faisait a l'abri de l'Apennin, mais il fallait de nouveau +franchir l'Apennin, et donner de front sur l'ennemi, pour enlever la +plaine. En debouchant au contraire en avant de Plaisance, on etait +maitre de la plaine jusqu'au Po, on prenait son champ de bataille sur +les bords meme du Po, et en cas de victoire on y jetait l'ennemi. Moreau +voulait que Macdonald eut sa gauche toujours serree aux montagnes, +pour se lier avec Victor qui etait a Bobbio. Quant a lui, il observait +Suwarow, pret a se jeter dans ses flancs des qu'il voudrait marcher a +la rencontre de Macdonald. Dans cette situation, la jonction paraissait +aussi sure que derriere l'Apennin, et se faisait sur un terrain bien +preferable. + +Dans ce moment, le directoire venait de reunir dans la Mediterranee des +forces maritimes considerables. Bruix, le ministre de la marine, s'etait +mis a la tete de la flotte de Brest, avait debloque la flotte espagnole, +et croisait avec cinquante vaisseaux dans la Mediterranee, dans le but +de la delivrer des Anglais, et d'y retablir les communications avec +l'armee d'Egypte. Cette jonction tant desiree etait enfin operee, et +elle pouvait nous redonner la preponderance dans les mers du +Levant. Bruix dans ce moment etait devant Genes. Sa presence avait +singulierement remonte le moral de l'armee. On disait qu'il apportait +des vivres, des munitions et des renforts. Il n'en etait rien; mais +Moreau profita de cette opinion, et fit effort pour l'accrediter. Il fit +repandre le bruit que la flotte venait de debarquer vingt mille hommes, +et des approvisionnemens considerables. Ce bruit encouragea l'armee, et +diminua beaucoup la confiance de l'ennemi. + +On etait au milieu de prairial (premiers jours de juin). Un evenement +nouveau venait d'avoir lieu en Suisse. On a vu que Massena avait occupe +la ligne de la Limmat ou de Zurich, et que l'archiduc, debouchant en +deux masses des deux extremites du lac de Constance, etait venu border +cette ligne dans toute son etendue. Il resolut de l'attaquer entre +Zurich et Bruk, c'est-a-dire entre le lac de Zurich, et l'Aar, tout le +long de la Limmat. Massena avait pris position, non pas sur la Limmat +elle-meme, mais sur une suite de hauteurs qui sont en avant de la +Limmat, et qui couvrent a la fois la riviere et le lac. Il avait +retranche ces hauteurs de la maniere la plus redoutable, et les avait +rendues presque inaccessibles. Quoique cette partie de notre ligne, +entre Zurich et l'Aar, fut la plus forte, l'archiduc avait resolu de +l'attaquer, parce qu'il eut ete trop dangereux de faire un long detour +pour venir tenter une attaque au-dessus du lac, le long de la Lint. +Massena pouvait profiter de ce moment pour accabler les corps laisses +devant lui, et se procurer ainsi un avantage decisif. + +L'attaque projetee s'executa le 4 juin (16 prairial). Elle eut lieu sur +toute l'etendue de la Limmat, et fut repoussee partout victorieusement, +malgre l'opiniatre perseverance des Autrichiens. Le lendemain +l'archiduc, pensant que de pareilles tentatives doivent se poursuivre, +afin qu'il n'y ait pas de pertes inutiles, recommenca l'attaque avec +la meme opiniatrete. Massena, reflechissant qu'il pouvait etre force, +qu'alors sa retraite deviendrait difficile, que la ligne qu'il +abandonnait etait suivie immediatement d'une plus forte, la chaine de +l'Albis, qui borde en arriere la Limmat et le lac de Zurich, resolut de +se retirer volontairement. Il ne perdait a cette retraite que la ville +de Zurich, qu'il regardait comme peu importante. La chaine des monts +de l'Albis, longeant le lac de Zurich, et la Limmat jusqu'a l'Aar +presentant de plus un escarpement continu, etait presque inattaquable. +En l'occupant on ne faisait qu'une legere perte de terrain, car on ne +reculait que de la largeur du lac et de la Limmat. En consequence, et +s'y retira volontairement et sans perte, il s'y etablit d'une maniere +qui ota a l'archiduc toute envie de l'attaquer. + +Notre position etait donc toujours a peu pres la meme en Suisse. +L'Aar, la Limmat, le lac de Zurich, la Lint et la Reuss, jusqu'au +Saint-Gothard, formaient notre ligne defensive contre les Autrichiens. + +Du cote de l'Italie, Macdonald s'avancait enfin vers la Toscane. +Il avait laisse garnison au fort Saint-Elme, a Capoue et a Gaete, +conformement a ses instructions. C'etait compromettre inutilement des +troupes qui n'etaient pas capables de soutenir le parti republicain, et +qui laissaient un vide dans l'armee active. L'armee francaise, en se +retirant, avait laisse la ville de Naples en proie a une reaction +royale, qui egalait les plus epouvantables scenes de notre revolution. +Macdonald avait rallie a Rome quelques milliers d'hommes de la division +Garnier; il avait recueilli en Toscane la division Gauthier, et dans le +Modenois le corps leger de Montrichard. Il avait forme ainsi un corps de +vingt-huit mille hommes. Il etait a Florence le 9 prairial (25 mai). +Sa retraite s'etait operee avec beaucoup de rapidite, et un ordre +remarquable. Il perdit malheureusement beaucoup de temps en Toscane, et +ne deboucha au-dela de l'Apennin, dans les plaines de Plaisance, que +vers la fin de prairial (milieu de juin). + +S'il eut debouche plus tot, il aurait surpris les coalises dans un tel +etat de dispersion, qu'il aurait pu les accabler successivement, et +les rejeter au-dela du Po. Suwarow etait a Turin, dont il venait de +s'emparer, et ou il avait trouve des munitions immenses. Bellegarde +observait les debouches de Genes; Kray assiegeait Mantoue, la citadelle +de Milan et les places. Nulle part il n'y avait trente mille Autrichiens +ou Russes reunis. Macdonald et Moreau, debouchant ensemble avec +cinquante mille hommes auraient pu changer la destinee de la campagne. +Mais Macdonald crut devoir employer quelques jours pour faire reposer +son armee, et reorganiser les divisions qu'il avait successivement +recueillies. Il perdit ainsi un temps precieux, et permit a Suwarow de +reparer ses fautes. Le general russe, apprenant la marche de Macdonald, +se hata de quitter Turin, et de marcher avec vingt mille hommes de +renfort, pour se placer entre les deux generaux francais, et reprendre +la position qu'il n'aurait jamais du abandonner. Il ordonna au general +Ott, qui etait en observation sur la Trebbia, aux environs de Plaisance, +de se retirer sur lui, s'il etait attaque; il prescrivit a Kray de lui +faire passer de Mantoue toutes les troupes dont il pourrait disposer; +il laissa a Bellegarde le soin d'observer Novi, d'ou Moreau devait +deboucher, et il se disposa a marcher lui-meme dans les plaines de +Plaisance, a la rencontre de Macdonald. + +Ces dispositions sont les seules qui, pendant la duree de cette +campagne, aient merite a Suwarow l'approbation des militaires. Les deux +generaux francais occupaient toujours les positions que nous avons +indiquees. Places tous deux sur l'Apennin, ils devaient en descendre +pour se reunir dans les plaines de Plaisance. Moreau devait deboucher de +Novi, Macdonald de Pontremoli. Moreau avait fait passer a Macdonald la +division Victor pour le renforcer. Il avait place a Bobbio, au penchant +des montagnes, le general Lapoype avec quelques bataillons, pour +favoriser la jonction, et son projet etait de saisir le moment ou +Suwarow marcherait de front contre Macdonald, pour donner dans son +flanc. Mais il fallait pour cela que Macdonald se tint toujours appuye +aux montagnes, et n'acceptat pas la bataille trop loin dans la plaine. + +Macdonald s'ebranla vers la fin de prairial (milieu de juin). Le corps +de Hohenzollern, place aux environs de Modene, gardait le Bas-Po. Il +fut accable par des forces superieures, perdit quinze cents hommes, et +faillit etre enleve tout entier. Ce premier succes encouragea Macdonald, +et lui fit hater sa marche. La division Victor, qui venait de le +joindre, et de porter son armee a trente-deux mille hommes a peu pres, +forma son avant-garde. La division polonaise de Dombrowsky marchait a +la gauche de la division Victor; la division Rusca les appuyait toutes +deux. Quoique le gros de l'armee, forme par les divisions Montrichard, +Olivier et Watrin, fut encore en arriere, Macdonald, alleche par le +succes qu'il venait d'obtenir sur Hohenzollern, voulut accabler Ott, qui +etait en observation sur le Tidone, et ordonna a Victor, Dombrowsky et +Rusca, de marcher contre lui a l'instant meme. + +Trois torrens, coulant parallelement de l'Apennin dans le Po, formaient +le champ de bataille: c'etaient la Nura, la Trebbia et le Tidone. Le +gros de l'armee francaise etait encore sur la Nura; les divisions +Victor, Dombrowsky et Rusca s'avancaient sur la Trebbia, et avaient +l'ordre de la franchir pour se porter sur le Tidone, afin d'accabler +Ott, que Macdonald croyait sans appui. Elles marcherent le 29 prairial +(17 juin). Elles repousserent d'abord l'avant-garde du general Ott des +bords du Tidone, et l'obligerent a prendre une position en arriere vers +le village de Sermet. Ott allait etre accable, mais dans ce moment +Suwarow arrivait a son secours, avec toutes ses forces. Il opposa le +general Bagration a Victor qui marchait le long du Po; il reporta Ott au +centre sur Dombrowsky, et dirigea Melas a droite sur la division Rusca. +Bagration ne fut pas d'abord heureux contre Victor, et fut force de +retrograder; mais au centre, Suwarow fit charger la division Dombrowsky +par l'infanterie russe, jeta dans son flanc deux regimens de cavalerie, +et la rompit. Des cet instant, Victor, qui s'etait avance sur le Po, se +trouva deborde et compromis. Bagration, renforce par les grenadiers, +reprit l'offensive. La cavalerie russe, qui avait rompu les Polonais +au centre, et qui avait ainsi deborde Victor, le chargea en flanc, et +l'obligea a se retirer. Rusca, a droite, fut alors oblige de ceder +le terrain a Melas. Nos trois divisions repasserent le Tidone, et +retrograderent sur la Trebbia. + +Cette premiere journee, ou un tiers de l'armee au plus s'etait trouve +engage contre toute l'armee ennemie, n'avait pas ete heureuse. +Macdonald, ignorant l'arrivee de Suwarow, s'etait trop hate. Il resolut +de s'etablir derriere la Trebbia, d'y reunir toutes ses divisions, et de +venger l'echec qu'il venait d'essuyer. Malheureusement, les divisions +Olivier, Montrichard et Watrin etaient encore en arriere sur la Nura, et +il resolut d'attendre le surlendemain, c'est-a-dire le 1er messidor (19 +juin), pour livrer bataille. + +Mais Suwarow ne lui laissa pas le temps de reunir ses forces, et il se +disposa a attaquer des le lendemain meme, c'est-a-dire le 30 prairial +(18 juin). Les deux armees allaient se joindre le long de la Trebbia, +appuyant leurs ailes au Po et a l'Apennin. Suwarow, jugeant sagement +que le point essentiel etait dans les montagnes, par ou les deux armees +francaises pourraient communiquer, porta de ce cote sa meilleure +infanterie et sa meilleure cavalerie. Il dirigea la division Bagration, +qui d'abord etait a sa gauche le long du Po, vers sa droite contre les +montagnes. Il les placa avec la division Schweikofsky sous les ordres +de Rosemberg, et leur ordonna a toutes deux de passer la Trebbia vers +Rivalta, dans la partie superieure de son cours, afin de detacher les +Francais des montagnes. Les divisions Dombrowsky, Rusca et Victor, +etaient placees vers ce point, a la gauche de la ligne des Francais. Les +divisions Olivier et Montrichard devaient venir se placer au centre, le +long de la Trebbia. La division Watrin devait venir occuper la droite, +vers le Po et Plaisance. + +Des le matin du 29 prairial (17 juin), les avant-gardes russes +attaquerent les avant-gardes francaises, qui etaient au-dela de la +Trebbia, a Casaliggio et Grignano, et les repousserent; Macdonald, qui +ne s'attendait pas a etre attaque, s'occupait a faire arriver en ligne +ses divisions du centre. Victor, qui commandait a notre gauche, porta +aussitot toute l'infanterie francaise au-dela de la Trebbia, et mit +un moment Suwarow en peril. Mais Rosemberg, arrivant avec la division +Schweikofsky, retablit l'avantage, et, apres un combat furieux, dans +lequel les pertes furent enormes des deux parts, obligea les Francais a +se retirer derriere la Trebbia. Pendant ce temps, les divisions Olivier, +Montrichard, arrivaient au centre, la division Watrin a droite, et une +canonnade s'etablissait sur toute la ligne. Apres avoir echange quelques +boulets, on s'arreta de part et d'autre sur les bords de la Trebbia qui +separa les deux armees. + +Telle fut la seconde journee. Elle avait consiste en un combat vers +notre gauche, combat terrible, mais sans resultat. Macdonald, disposant +desormais de tout son monde, voulait rendre decisive la troisieme +journee. Son plan consistait a franchir la Trebbia sur tous les points, +et a deborder les deux ailes de l'ennemi. Pour cela, la division +Dombrowsky devait remonter la riviere jusqu'a Rivalta, et la passer +au-dessus des Russes. La division Watrin devait la franchir presque a +son embouchure dans le Po, et gagner l'extreme gauche de Suwarow. Il +comptait en meme temps que Moreau, dont il attendait la cooperation +depuis deux jours, entrerait en action ce jour-la au plus tard. Tel fut +le plan pour la journee du 1er messidor (19 juin). Mais une horrible +echauffouree eut lieu pendant la nuit. Un detachement francais ayant +traverse le lit de la Trebbia pour prendre position, les Russes se +crurent attaques et coururent aux armes. Les Francais y coururent de +leur cote. Les deux armees se melerent et se livrerent un combat de +nuit, ou des deux cotes on s'egorgeait, sans distinguer amis ni ennemis. +Apres un carnage inutile, les generaux parvinrent enfin a ramener leurs +soldats au bivouac. Le lendemain les deux armees etaient tellement +fatiguees par trois jours de combats et par le desordre de la nuit, +qu'elles n'entrerent en action que vers les dix heures du matin. + +La bataille commenca a notre gauche, sur la Haute Trebbia. Dombrowsky +franchit la Trebbia a Rivalta, malgre les Russes. Suwarow y detacha +le prince Bagration. Ce mouvement laissa a decouvert les flancs de +Rosemberg. Sur-le-champ Victor et Rusca en profiterent pour se jeter sur +lui en passant la Trebbia. Ils s'avancerent avec succes et envelopperent +de toutes parts la division Schweikofsky, ou se trouvait Suwarow. Ils la +mirent dans le plus grand danger; mais elle fit front de tous cotes et +se defendit vaillamment. Bagration, apercevant le peril, se rabattit +promptement sur le point menace, et obligea Victor et Rusca a lacher +prise. Si Dombrowsky, saisissant le moment, se fut de son cote rabattu +sur Bagration, l'avantage nous serait reste sur ce point, qui etait le +plus important, puisqu'il touchait aux montagnes. Malheureusement il +resta inactif, et Victor et Rusca furent obliges de se replier sur la +Trebbia. Au centre, Montrichard avait passe la Trebbia vers Grignano; +Olivier l'avait franchie vers San-Nicolo. Montrichard marchait sur le +corps de Forster, lorsque les reserves autrichiennes, que Suwarow +avait demandees a Melas, et qui defilaient sur le derriere du champ de +bataille, donnerent inopinement dans les flancs de sa division. Elle +fut surprise, et la 5e legere, qui avait fait des prodiges en cent +batailles, s'enfuit en desordre. Montrichard se vit oblige de repasser +la Trebbia. Olivier, qui s'etait avance avec succes vers San-Nicolo, et +avait vigoureusement repousse Ott et Melas, se trouva decouvert par la +retraite de Montrichard. Melas alors, donnant contre-ordre aux reserves +autrichiennes, dont la presence avait jete le trouble dans la division +Montrichard, les dirigea sur la division Olivier, qui fut forcee a son +tour de repasser la Trebbia. Pendant ce temps la division Watrin, portee +inutilement a l'extreme droite, ou elle n'avait rien a faire, s'avancait +le long du Po, sans etre d'aucun secours a l'armee. Elle fut meme +obligee de repasser la Trebbia, pour suivre le mouvement general de +retraite. Suwarow, craignant toujours de voir Moreau deboucher sur ses +derrieres, fit de grands efforts le reste de la journee pour passer la +Trebbia, mais il ne put y reussir. Les Francais lui opposerent sur toute +la ligne une fermete invincible, et ce torrent, temoin d'une lutte si +acharnee, separa encore pour la troisieme fois les deux armees ennemies. + +Tel fut le troisieme acte de cette sanglante bataille. Les deux armees +etaient desorganisees. Elles avaient perdu environ douze mille hommes +chacune. La plupart des generaux etaient blesses. Des regimens entiers +etaient detruits. Mais la situation etait bien differente. Suwarow +recevait tous les jours des renforts, et n'avait qu'a gagner au +prolongement de la lutte. Macdonald, au contraire, avait epuise toutes +ses ressources, et pouvait, en s'obstinant a se battre, etre jete en +desordre dans la Toscane. Il songea donc a se retirer sur la Nura, +pour regagner Genes par derriere l'Apennin. Il quitta la Trebbia le 2 +messidor (20 juin) au matin. Une depeche, dans laquelle il peignit a +Moreau sa situation desesperee, etant tombee dans les mains de Suwarow, +celui-ci fut rempli de joie, et se hata de le poursuivre a outrance. +Cependant la retraite se fit avec assez d'ordre sur les bords de la +Nura. Malheureusement, la division Victor, qui soutenait depuis quatre +jours des combats continuels, fut enfin rompue, et perdit beaucoup de +prisonniers. Macdonald eut cependant le temps de recueillir son armee +au-dela de l'Apennin, apres une perte de quatorze ou quinze mille +hommes, en tues, blesses ou prisonniers. + +Tres heureusement, Suwarow, entendant le canon de Moreau sur ses +derrieres, se laissa detourner de la poursuite de Macdonald. Moreau, que +des obstacles insurmontables avaient empeche de se mettre en mouvement +avant le 30 prairial (18 juin), venait enfin de deboucher de Novi, de se +jeter sur Bellegarde, de le mettre en deroute, et de lui prendre pres +de trois mille prisonniers. Mais cet avantage tardif etait inutile, et +n'eut d'autre resultat que de rappeler Suwarow, et de l'empecher de +s'acharner sur Macdonald. + +Cette jonction, de laquelle on attendait de si grands resultats, avait +donc amene une sanglante defaite; elle fit naitre entre les deux +generaux francais des contestations qui n'ont jamais ete bien +eclaircies. Les militaires reprocherent a Macdonald d'avoir trop +sejourne en Toscane, d'avoir fait marcher ses divisions trop loin +les unes des autres, de maniere que les divisions Victor, Rusca et +Dombrowsky furent battues deux jours de suite, avant que les divisions +Montrichard, Olivier et Watrin fussent en ligne; d'avoir cherche, le +jour de la bataille, a deborder les deux ailes de l'ennemi, au lieu +de diriger son principal effort a sa gauche vers la Haute-Trebbia; de +s'etre tenu trop eloigne des montagnes, de maniere a ne pas permettre a +Lapoype, qui etait a Bobbio, de venir a son secours; enfin de s'etre, +par-dessus tout, beaucoup trop hate de livrer bataille, comme s'il eut +voulu avoir seul l'honneur de la victoire. Les militaires, en approuvant +le plan savamment combine par Moreau, ne lui ont reproche qu'une +chose, c'est de n'avoir pas mis de cote tout menagement pour un ancien +camarade, de n'avoir pas pris le commandement direct des deux armees, et +surtout de n'avoir pas commande en personne a la Trebbia. Quoi qu'il +en soit de la justesse de ces reproches, il est certain que le plan de +Moreau, execute comme il avait ete concu, aurait sauve l'Italie. Elle +fut entierement perdue par la bataille de la Trebbia. Heureusement, +Moreau etait encore la pour recueillir nos debris et empecher Suwarow +de profiter de son immense superiorite. La campagne n'etait ouverte que +depuis trois mois, et, excepte en Suisse, nous n'avions eu partout que +des revers. La bataille de Stokach nous avait fait perdre l'Allemagne; +les batailles de Magnano et de la Trebbia nous enlevaient l'Italie. +Massena seul, ferme comme un roc, occupait encore la Suisse, le long de +la chaine de l'Albis. Il ne faut pas oublier cependant, au milieu de ces +cruels revers, que le courage de nos soldats avait ete inebranlable et +aussi brillant qu'aux plus beaux jours de nos victoires; que Moreau +avait ete a la fois grand citoyen et grand capitaine, et avait empeche +que Suwarow ne detruisit d'un seul coup nos armees d'Italie. + +Ces derniers malheurs fournirent de nouvelles armes aux ennemis du +directoire, et provoquerent contre lui un redoublement d'invectives. +La crainte d'une invasion commencait a s'emparer des esprits. Les +departemens du Midi et des Alpes, exposes les premiers au debordement +des Austro-Russes, etaient dans une extreme fermentation. Les villes de +Chambery, de Grenoble et d'Orange, envoyerent au corps legislatif des +adresses qui firent la plus vive sensation. Ces adresses renfermaient +les reproches injustes qui circulaient depuis deux mois dans toutes +les bouches; elles revenaient sur le pillage des pays conquis, sur +les dilapidations des compagnies, sur le denument des armees, sur le +ministere de Scherer, sur son generalat, sur l'injustice faite a Moreau, +sur l'arrestation de Championnet, etc. "Pourquoi, disaient-elles, les +conscrits fideles se sont-ils vus forces de rentrer dans leurs foyers, +par le denument ou on les laissait? Pourquoi toutes les dilapidations +sont-elles restees impunies? Pourquoi l'inepte Scherer, signale comme un +traitre par Hoche, est-il reste si longtemps au ministere de la guerre? +Pourquoi a-t-il pu consommer, comme general, les maux qu'il avait +prepares comme ministre? Pourquoi des noms chers a la victoire sont-ils +remplaces par des noms inconnus? Pourquoi le vainqueur de Rome et de +Naples est-il en accusation?......" + +On a deja pu apprecier la valeur de ces reproches. Les adresses qui les +contenaient obtinrent l'honneur de l'impression, la mention honorable, +et le renvoi au directoire. Cette maniere de les accueillir prouvait +assez les dispositions des deux conseils. Elles ne pouvaient etre plus +mauvaises. L'opposition constitutionnelle s'etait reunie a l'opposition +patriote. L'une composee d'ambitieux qui voulaient un gouvernement +nouveau, et d'importans qui se plaignaient que leurs avis et leurs +recommandations n'eussent pas ete assez bien accueillis; l'autre formee +de patriotes exclus par les scissions du corps legislatif, ou reduits au +silence par la loi du 19 fructidor; elles voulaient egalement la ruine +du gouvernement existant. Ils disaient que le directoire avait a la fois +mal administre et mal defendu la France; qu'il avait viole la liberte +des opinions, opprime la liberte de la presse et des societes +populaires. Ils le declaraient a la fois faible et violent; ils allaient +meme jusqu'a revenir sur le 18 fructidor, et a dire que, n'ayant pas +respecte les lois dans cette journee, il ne pouvait plus les invoquer en +sa faveur. + +La nomination de Sieyes au directoire avait ete l'un des premiers motifs +de ces dispositions. Appeler au directoire un homme qui n'avait cesse +de regarder comme mauvaise la constitution directoriale, qui deja, par +cette raison, avait refuse d'etre directeur, c'etait annoncer en quelque +sorte qu'on voulait une revolution. L'acceptation de Sieyes, dont on +doutait a cause de ses refus anterieurs, ne fit que confirmer ces +conjectures. + +Les mecontens de toute espece, qui voulaient un changement, se +grouperent autour de Sieyes. Sieyes n'etait point un chef de parti +habile; il n'en avait ni le caractere a la fois souple et audacieux, ni +meme l'ambition; mais il ralliait beaucoup de monde par sa renommee. +On savait qu'il trouvait tout mauvais dans la constitution et le +gouvernement, et on se pressait autour de lui, comme pour l'inviter +a tout changer. Barras, qui avait su se faire pardonner son ancienne +presence au directoire par ses liaisons et ses intrigues avec tous les +partis, s'etait rapproche de Sieyes, et etait parvenu a se rattacher +a lui, en livrant lachement ses collegues. C'est autour de ces deux +directeurs que se ralliaient tous les ennemis du directoire. Ce parti +avait songe a se donner l'appui d'un jeune general qui eut de la +reputation, et qui passat, comme beaucoup d'autres, pour une victime du +gouvernement. La position de Joubert, sur lequel on fondait de grandes +esperances, et qui etait sans emploi depuis sa demission, avait fixe le +choix sur lui. Il allait s'allier a M. de Semonville, en epousant une +demoiselle de Monthelon. On l'avait rapproche de Sieyes; on le fit +nommer general de la 17e division militaire, celle de Paris, et on +s'efforca d'en faire le chef de la nouvelle coalition. + +On ne songeait point encore a faire des changemens; on voulait d'abord +s'emparer du gouvernement, sauver ensuite la France d'une invasion, +et on ajournait les projets constitutionnels a une epoque ou tous les +perils seraient passes. La premiere chose a obtenir etait l'eloignement +des membres de l'ancien directoire. Sieyes n'y etait que depuis une +quinzaine; il y etait entre le 1er prairial, en remplacement de Rewbell. +Barras s'etait sauve de l'orage comme on a vu. Toute la haine se +dechargeait contre Larevelliere, Merlin et Treilhard, tous trois fort +innocens de ce qu'on reprochait au gouvernement. + +Ils avaient la majorite, puisqu'ils etaient trois, mais on voulait leur +rendre impossible l'exercice de l'autorite. Ils avaient resolu d'avoir +les plus grands egards pour Sieyes, de lui pardonner meme son humeur, +afin de ne pas ajouter aux difficultes de la position, celles que des +divisions personnelles pourraient encore faire naitre. Mais Sieyes etait +intraitable; il trouvait tout mauvais, et il etait en cela de tres bonne +foi; mais il s'exprimait de maniere a prouver qu'il ne voulait pas +s'entendre avec ses collegues pour porter remede au mal. Un peu infatue +de ce qu'il avait vu dans le pays d'ou il venait, il ne cessait de leur +dire: "Ce n'est pas ainsi qu'on fait en Prusse.--Enseignez-nous donc, +lui repondaient ses collegues, comment on fait en Prusse; eclairez-nous +de vos avis, et aidez-nous a faire le bien.--Vous ne m'entendriez pas, +repliquait Sieyes; il est inutile que je vous parle; faites comme vous +avez coutume de faire." + +Tandis que, dans le sein du directoire, l'incompatibilite se declarait +entre la minorite et la majorite, les attaques les plus vives se +succedaient au dehors de la part des conseils. Il y avait deja querelle +ouverte sur les finances. La detresse, comme on l'a dit, provenait de +deux causes, la lenteur des rentrees et le deficit dans les produits +supposes. Sur 400 millions deja ordonnances pour depenses consommees, +210 millions etaient a peine rentres. Le deficit dans l'evaluation des +produits s'elevait, suivant Ramel, a 67 et meme a 75 millions. Comme +on lui contestait toujours la quotite du deficit, il donna un dementi +formel au depute Genissieux dans _le Moniteur_, et prouva ce qu'il +avancait. Mais que sert de prouver dans certains momens? On n'en accabla +pas moins le ministre et le gouvernement d'invectives; on ne cessa +pas de repeter qu'ils ruinaient l'etat, et demandaient sans cesse de +nouveaux fonds pour fournir a de nouvelles dilapidations. Cependant, +la force de l'evidence obligea a accorder un supplement de produits. +L'impot sur le sel avait ete refuse; pour y suppleer, on ajouta un +decime par franc sur toutes les contributions, et on doubla encore celle +des portes et fenetres. Mais c'etait peu que de decreter des impots, +il fallait assurer leur rentree par differentes lois, relatives a leur +assiette et a leur perception. Ces lois n'etaient pas rendues. Le +ministre pressait leur mise en discussion; on ajournait sans cesse, et +on repondait a ses instances en criant a la trahison, au vol, etc. + +Outre la querelle sur les finances, on en avait ouvert une autre. Deja +il s'etait eleve des reclamations sur certains articles de la loi du +19 fructidor qui permettaient au directoire de fermer les clubs et de +supprimer les journaux sur un simple arrete. Un projet de loi avait ete +ordonne sur la presse et les societes populaires, afin de modifier la +loi du 19 fructidor, et d'enlever au directoire le pouvoir arbitraire +dont il etait revetu. On s'elevait beaucoup aussi contre la faculte que +cette loi donnait au directoire de deporter a sa volonte les pretres +suspects, et de rayer les emigres de la liste. Les patriotes, eux-memes +semblaient vouloir lui enlever cette dictature, funeste seulement a +leurs adversaires. On commenca par la discussion sur la presse et les +societes populaires. Le projet mis en avant etait l'ouvrage de Berlier. +La discussion s'ouvrit dans les derniers jours de prairial (au milieu +de juin). Les partisans du directoire, parmi lesquels se distinguaient +Chenier, Bailleul, Creuze-Latouche, Lecointe-Puyraveau, soutenaient que +cette dictature accordee au directoire par la loi du 19 fructidor, +bien que redoutable en temps ordinaire, etait de la plus indispensable +necessite dans la circonstance actuelle. Ce n'etait pas, disaient-ils, +dans un moment de peril extreme qu'il fallait diminuer les forces du +gouvernement. La dictature qu'on lui avait donnee le lendemain du 18 +fructidor lui etait devenue necessaire, non plus contre la faction +royaliste, mais contre la faction anarchique, non moins redoutable que +la premiere, et secretement alliee avec elle. Les disciples de Baboeuf, +ajoutaient-ils, reparaissaient de toutes, parts, et menacaient la +republique d'un nouveau debordement. + +Les patriotes, qui fourmillaient dans les cinq-cents, repondaient avec +leur vehemence accoutumee aux discours des partisans du directoire. Il +fallait, disaient-ils, donner une commotion a la France, et lui rendre +l'energie de 1793, que le directoire avait entierement etouffee en +faisant peser sur elle un joug accablant. Tout patriotisme allait +s'eteindre si on n'ouvrait pas les clubs, et si on ne rendait pas la +parole aux feuilles patriotiques. "Vainement, ajoutaient-ils, on accuse +les patriotes, vainement on feint de redouter un debordement de leur +part. Qu'ont-ils fait ces patriotes tant accuses? Depuis trois ans ils +sont egorges, proscrits, sans patrie, dans la republique qu'ils ont +contribue puissamment a fonder et qu'ils ont defendue. Quels crimes +avez-vous a leur reprocher? ont-ils reagi contre les reacteurs? Non. Ils +sont exageres, turbulens; soit. Mais sont-ce la des crimes? Ils parlent, +ils crient meme, si l'on veut; mais ils n'assassinent pas, et tous les +jours ils sont assassines..." Tel etait le langage de Briot (du Doubs), +du Corse Arena, et d'une foule d'autres. + +Les membres de l'opposition constitutionnelle s'exprimaient autrement. +Ils etaient naturellement moderes. Ils avaient le ton mesure, mais amer +et dogmatique. Il fallait, suivant eux, revenir aux principes trop +meconnus, et rendre la liberte a la presse et aux societes populaires. +Les dangers de fructidor avaient bien pu valoir une dictature momentanee +au directoire, mais cette dictature donnee de confiance, comment en +avait-il use? Il n'y avait qu'a interroger les partis, disait Boulay +(de la Meurthe). Quoique ayant tous des vues differentes, royalistes, +patriotes, constitutionnels, etaient d'accord pour declarer que le +directoire avait mal use de sa toute-puissance. Un meme accord, chez des +hommes si opposes de sentimens et de vues, ne pouvait pas laisser de +doute, et le directoire etait condamne. + +Ainsi les patriotes irrites se plaignaient d'oppression; les +constitutionnels, pleins de pretentions, se plaignaient du mal-gouverne. +Tous se reunirent, et firent abroger les articles de la loi du 19 +fructidor relatifs aux journaux et aux societes populaires. C'etait la +une victoire importante, qui allait amener un dechainement d'ecrits +periodiques et le ralliement de tous les jacobins. + +L'agitation allait croissante vers les derniers jours de prairial. +Les bruits les plus sinistres couraient de toutes parts. La nouvelle +coalition resolut d'employer les tracasseries ordinaires que les +oppositions emploient dans les gouvernemens representatifs pour obliger +un ministere a se retirer. Questions embarrassantes et reiterees, +menaces d'accusation, on mit tout en usage. Ces moyens sont si naturels, +que, sans la pratique du gouvernement representatif, l'instinct seul des +partis les decouvre sur-le-champ. + +Les commissions des depenses, des fonds et de la guerre, etablies dans +les cinq-cents pour s'occuper de ces divers objets, se reunirent, et +projeterent un message au directoire. Boulay (de la Meurthe) fut charge +du rapport, et le presenta le 15 prairial. Sur sa proposition, le +conseil des cinq-cents adressa au directoire un message par lequel +il demandait a etre instruit des causes des dangers interieurs et +exterieurs qui menacaient la republique, et des moyens qui existaient +pour y pourvoir. Les demandes de cette nature n'ont guere d'autre effet +que d'arracher des aveux de detresse, et de compromettre davantage le +gouvernement auquel on les arrache. Un gouvernement, nous le repetons, +doit reussir: l'obliger a convenir qu'il n'a pas reussi, c'est l'obliger +au plus funeste de tous les aveux. A ce message furent jointes une foule +de motions d'ordre, qui toutes avaient un objet analogue. Elles etaient +relatives au droit de former des societes populaires, a la liberte +individuelle, a la responsabilite des ministres, a la publicite des +comptes, etc. + +Le directoire, en recevant le message en question, resolut d'y faire une +reponse detaillee, dans laquelle il tracerait le tableau de tous les +evenemens, et exposerait les moyens qu'il avait employes, et ceux qu'il +se proposait d'employer encore, pour retirer la France de la crise ou +elle se trouvait. Une reponse de cette nature exigeait le concours de +tous les ministres, pour que chacun d'eux put fournir son rapport. Il +fallait au moins plusieurs jours pour le rediger; mais ce n'est pas ce +qui convenait aux meneurs des conseils. Ils ne voulaient pas un etat +exact et fidele de la France, mais des aveux prompts et embarrasses. +Aussi, apres avoir attendu quelques jours, les trois commissions qui +avaient propose le message firent aux cinq-cents une proposition +nouvelle, par l'organe du depute Poulain-Grand-Pre. C'etait le 28 +prairial (16 juin). Le rapporteur proposa aux cinq-cents de se declarer +en permanence jusqu'a ce que le directoire eut repondu au message du 15. +La proposition fut adoptee. C'etait jeter le cri d'alarme, et annoncer +un prochain evenement. Les cinq-cents firent part aux anciens de leur +determination, en les engageant a suivre leur exemple. L'exemple en +effet fut imite, et les anciens siegerent aussi en permanence. Les +trois commissions des depenses, des fonds, de la guerre, etant trop +nombreuses, furent changees en une seule commission, composee de +onze membres, et chargee de presenter les mesures exigees par les +circonstances. + +Le directoire repondit, de son cote, qu'il allait se constituer en +seance permanente, pour hater le rapport qu'on lui demandait. On concoit +quelle agitation devait resulter d'une pareille determination. On +faisait, comme d'usage, courir les bruits les plus sinistres: les +adversaires du directoire disaient qu'il meditait un nouveau coup +d'etat, et qu'il voulait dissoudre les conseils. Ses partisans +repandaient au contraire qu'il y avait une coalition formee entre tous +les partis pour renverser violemment la constitution. Rien de pareil +n'etait medite de part ni d'autre. La coalition des deux oppositions +voulait seulement la demission des trois anciens directeurs. On imagina +un premier moyen pour l'amener. La constitution voulait que le directeur +entrant en fonctions eut quitte la legislature depuis un an revolu. On +s'apercut que Treilhard, qui depuis treize mois siegeait au directoire, +etait sorti de la legislature le 30 floreal an V, et qu'il avait ete +nomme au directoire, le 26 floreal an VI. Il manquait donc quatre jours +au delai prescrit. Ce n'etait la qu'une chicane, car cette irregularite +etait couverte par le silence garde pendant deux sessions, et d'ailleurs +Sieyes lui-meme etait dans le meme cas. Sur-le-champ la commission des +onze proposa d'annuler la nomination de Treilhard. Cette annulation eut +lieu le jour meme du 28 et fut signifiee au directoire. + +Treilhard etait rude et brusque, mais n'avait pas une fermete egale a +la durete de ses manieres. Il etait dispose a ceder. Larevelliere +etait dans une tout autre disposition d'esprit. Cet homme honnete et +desinteresse, auquel ses fonctions etaient a charge, qui ne les avait +acceptees que par devoir, et qui faisait des voeux tous les ans pour +que le sort le rendit a la retraite, ne voulait plus abandonner ses +fonctions depuis que les factions coalisees paraissaient l'exiger. Il +se figurait qu'on ne voulait expulser les anciens directeurs que pour +abolir la constitution de l'an III; que Sieyes, Barras et la famille +Bonaparte, concouraient au meme but dans des vues differentes, mais +toutes egalement funestes a la republique. Dans cette persuasion, il ne +voulait pas que les anciens directeurs abandonnassent leur poste. En +consequence, il courut chez Treilhard, et l'engagea a resister. "Avec +Merlin et moi, lui dit-il, vous formerez la majorite, et nous nous +refuserons a l'execution de cette determination du corps legislatif, +comme illegale, seditieuse, et arrachee par une faction." Treilhard +n'osa pas suivre cet avis, et envoya sur-le-champ sa demission aux +cinq-cents. + +Larevelliere, voyant la majorite perdue, n'en persista pas moins a +refuser sa demission, si on la lui demandait. Les meneurs des cinq-cents +resolurent de donner tout de suite un successeur a Treilhard. Sieyes +aurait voulu faire nommer un homme a sa devotion; mais son influence +fut nulle dans cette occasion. On nomma un ancien avocat de Rennes, +president actuel du tribunal de cassation, et connu pour appartenir +plutot a l'opposition patriote qu'a l'opposition constitutionnelle. +C'etait Gohier, citoyen probe et devoue a la republique, mais peu +capable, etranger a la connaissance des hommes et des affaires. Il fut +nomme le 29 prairial, et dut etre installe le lendemain meme. + +Ce n'etait pas assez d'avoir exclu Treilhard, on voulait arracher du +directoire Larevelliere et Merlin. Les patriotes surtout etaient furieux +contre Larevelliere; ils se souvenaient que quoique regicide, il n'avait +jamais ete montagnard, qu'il avait lutte souvent contre leur parti +depuis le 9 thermidor, et que l'annee precedente il avait encourage le +systeme des scissions. En consequence, ils menacerent de le mettre +en accusation, lui et Merlin, s'ils ne donnaient pas tous deux leur +demission. Sieyes fut charge de faire une premiere ouverture, pour les +engager a ceder volontairement a l'orage. + +Le 29 au soir, jour de la sortie de Treilhard, Sieyes proposa une +reunion particuliere des quatre directeurs chez Merlin. On s'y rendit. +Barras, comme si on se fut trouve en danger, y vint avec le sabre au +cote, et n'ouvrit point la bouche. Sieyes prit la parole avec embarras, +fit une longue digression sur les fautes du gouvernement, et balbutia +longtemps avant d'en venir au veritable objet de la reunion. Enfin +Larevelliere le somma de s'expliquer clairement. "Vos amis, repondit +Sieyes, et ceux de Merlin vous engagent tous deux a donner votre +demission." Larevelliere demanda quels etaient ces amis. Sieyes n'en put +nommer aucun qui meritat quelque confiance. Larevelliere lui parla alors +avec le ton d'un homme indigne de voir le directoire trahi par ses +membres, et livre par eux aux complots des factieux. Il prouva +que jusqu'ici sa conduite et celle de ses collegues avaient ete +irreprochables, que les torts qu'on leur imputait n'etaient qu'un +tissu de calomnies, puis il attaqua directement Sieyes sur ses projets +secrets, et le jeta dans le plus grand embarras par ses vehementes +apostrophes. Barras, pendant tout ce temps, garda le plus morne silence. +Sa position etait difficile, car seul il avait merite tous les reproches +dont on accablait ses collegues. Leur demander leur demission pour des +torts qu'ils n'avaient pas, et qui n'etaient qu'a lui seul, eut ete +trop embarrassant. Il se tut donc. On se separa sans avoir rien obtenu. +Merlin, qui n'osait pas prendre un parti, avait declare qu'il suivrait +l'exemple de Larevelliere. + +Barras imagina d'employer un intermediaire pour obtenir la demission de +ses deux collegues. Il se servit d'un ancien girondin, Bergoeng, que le +gout des plaisirs avait attire dans sa societe. Il le chargea d'aller +voir Larevelliere pour le decider a se demettre. Bergoeng vint dans la +nuit du 20 au 30, invoqua aupres de Larevelliere l'ancienne amitie qui +les liait, et employa tous les moyens pour l'ebranler. Il lui assura que +Barras l'aimait, l'honorait, et regardait son eloignement comme injuste, +mais qu'il le conjurait de ceder, pour n'etre pas expose a une tempete. +Larevelliere demeura inebranlable. Il repondit que Barras etait dupe +de Sieyes, Sieyes de Barras, et que tous deux seraient dupes par +les Bonaparte; qu'on voulait la ruine de la republique, mais qu'il +resisterait jusqu'a son dernier soupir. + +Le lendemain 30, Gohier devait etre installe. Les quatre directeurs +etaient reunis; tous les ministres etaient presens. A peine +l'installation fut-elle achevee, et les discours du president et du +nouveau directeur prononces, qu'on revint a l'objet de la veille. Barras +demanda a parler en particulier a Larevelliere; ils passerent tous deux +dans une salle voisine. Barras renouvela aupres de son collegue les +memes instances, les memes caresses, et le trouva aussi obstine. Il +rentra, assez embarrasse de n'avoir rien obtenu, et craignant toujours +la discussion des actes de l'ancien directoire, qui ne pouvait pas etre +a son avantage. Alors il prit la parole avec violence, et n'osant pas +attaquer Larevelliere, il se dechaina contre Merlin qu'il detestait, fit +de lui la peinture la plus ridicule et la plus fausse, et le representa +comme une espece de fier-a-bras, meditant, avec une reunion de +coupe-jarrets, un coup d'etat contre ses collegues et les conseils. +Larevelliere, venant au secours de Merlin, prit aussitot la parole, +et demontra l'absurdite de pareilles imputations. Rien dans le +jurisconsulte Merlin, en effet, ne ressemblait a ce portrait. +Larevelliere retraca alors l'historique de toute l'administration du +directoire, et le fit avec detail pour eclairer les ministres et le +directeur entrant. Barras etait dans une perplexite cruelle; il se +leva enfin, en disant: "Eh bien! c'en est fait, les sabres sont +tires.--Miserable, lui repondit Larevelliere avec fermete, que parles-tu +de sabres? Il n'y a ici que des couteaux, et ils sont diriges contre des +hommes irreprochables, que vous voulez egorger, ne pouvant les entrainer +a une faiblesse." + +Gohier voulut alors servir de conciliateur, mais ne put y reussir. Dans +ce moment, plusieurs membres des cinq-cents et des anciens s'etant +reunis, vinrent prier les deux directeurs de ceder, en promettant qu'il +ne serait point dirige contre eux d'acte d'accusation. Larevelliere leur +repondit avec fierte qu'il n'attendait point de grace, qu'on pouvait +l'accuser, et qu'il repondrait. Les deputes qui s'etaient charges de +cette mission retournerent aux deux conseils, et y causerent un nouveau +soulevement en rapportant ce qui s'etait passe. Boulay (de la Meurthe) +denonca Larevelliere, avoua sa probite, mais lui preta mal a propos des +projets de religion nouvelle, et accusa beaucoup son entetement, qui +allait, dit-il, perdre la republique. Les patriotes se dechainerent avec +plus de violence que jamais, et dirent que puisqu'ils s'obstinaient, il +ne fallait faire aucune grace aux directeurs. + +L'agitation etait au comble, et la lutte se trouvant engagee, on ne +savait plus jusqu'ou elle pourrait etre poussee. Beaucoup d'hommes +moderes des deux conseils se reunirent, et dirent que, pour eviter des +malheurs, il fallait aller conjurer Larevelliere de ceder a l'orage. Ils +se rendirent aupres de lui dans la nuit du 30, et le supplierent, au nom +des dangers que courait la republique, de donner sa demission. Ils lui +dirent qu'ils etaient exposes tous aux plus grands perils, et que s'il +s'obstinait a resister, ils ne savaient pas jusqu'ou pourrait aller la +fureur des partis. "Mais ne voyez-vous pas, leur repondit Larevelliere, +les dangers plus grands que court la republique? Ne voyez-vous pas que +ce n'est pas a nous qu'on en veut, mais a la constitution; qu'en cedant +aujourd'hui, il faudra ceder demain, et toujours, et que la republique +sera perdue par notre faiblesse? Mes fonctions, ajouta-t-il, me sont a +charge; si je m'obstine a les garder aujourd'hui, c'est parce que +je crois devoir opposer une barriere insurmontable aux complots des +factions. Cependant, si vous croyez tous que ma resistance vous expose +a des perils, je vais me rendre; mais je vous le declare, la republique +est perdue. Un seul homme ne peut pas la sauver; je cede donc, puisque +je reste seul, et je vous remets ma demission." + +Il la donna dans la nuit. Il ecrivit une lettre simple et digne pour +exprimer ses motifs. Merlin lui demanda a la copier, et les deux +demissions furent envoyees en meme temps. Ainsi fut dissous l'ancien +directoire. Toutes les factions qu'il avait essaye de reduire s'etaient +reunies pour l'abattre, et avaient mis leurs ressentimens en commun. Il +n'etait coupable que d'un seul tort, celui d'etre plus faible qu'elles; +tort immense, il est vrai, et qui justifie la chute d'un gouvernement. + +Malgre le dechainement general, Larevelliere emporta l'estime de tous +les citoyens eclaires. Il ne voulut pas, en quittant le directoire, +recevoir les cent mille francs que ses collegues etaient convenus de +donner au membre sortant; il ne recut pas meme la part a laquelle il +avait droit sur les retenues faites a leurs appointemens; il n'emporta +pas la voiture qu'il etait d'usage de laisser au directeur sortant. Il +se retira a Andilly, dans une petite maison qu'il possedait, et il y +recut la visite de tous les hommes consideres que la fureur des partis +n'intimidait pas. Le ministre Talleyrand fut du nombre de ceux qui +allerent le visiter dans sa retraite. + + + +CHAPITRE XVII. + +FORMATION DU NOUVEAU DIRECTOIRE. MOULINS ET ROGER-DUCOS REMPLACENT +LAREVELLIERE ET MERLIN.--CHANGEMENT DANS LE MINISTERE.--LEVEE DE TOUTES +LES CLASSES DE CONSCRITS.--EMPRUNT FORCE DE CENT MILLIONS.--LOI DES +OTAGES.--NOUVEAUX PLANS MILITAIRES.--REPRISE DES OPERATIONS EN +ITALIE; JOUBERT GENERAL EN CHEF; BATAILLE DE NOVI, ET MORT DE +JOUBERT.--DEBARQUEMENT DES ANGLO-RUSSES EN HOLLANDE.--NOUVEAUX TROUBLES +A L'INTERIEUR; DECHAINEMENT DES PATRIOTES; ARRESTATION DE ONZE +JOURNALISTES; RENVOI DE BERNADOTTE; PROPOSITION DE DECLARER LA PATRIE EN +DANGER. + + +Les annees usent les partis, mais il en faut beaucoup pour les epuiser. +Les passions ne s'eteignent qu'avec les coeurs dans lesquels elles +s'allumerent. Il faut que tout une generation disparaisse; alors il ne +reste des pretentions des partis que les interets legitimes, et le +temps peut operer entre ces interets une conciliation naturelle et +raisonnable. Mais avant ce terme, les partis sont indomptables par la +seule puissance de la raison. Le gouvernement qui veut leur parler le +langage de la justice et des lois leur devient bientot insupportable, et +plus il a ete modere, plus ils le meprisent comme faible et impuissant. +Veut-il, quand il trouve des coeurs sourds a ses avis, employer la +force, on le declare tyrannique, on dit qu'a la faiblesse il joint la +mechancete. En attendant les effets du temps, il n'y a qu'un grand +despotisme qui puisse dompter les partis irrites. Le directoire etait ce +gouvernement legal et modere qui voulut faire subir le joug des lois aux +partis que la revolution avait produits, et que cinq ans de lutte et de +reaction n'avaient pas encore epuises. Ils se coaliserent tous, comme on +vient de le voir, au 30 prairial, pour amener sa chute. L'ennemi commun +renverse, ils se trouvaient en presence les uns des autres sans aucune +main pour les contenir. On va voir comment ils se comporterent. + +La constitution, quoique n'etant plus qu'un fantome, n'etait pas abolie, +et il fallait remplacer par une ombre le directoire deja renverse. +Gohier avait remplace Treilhard; il fallait donner des successeurs a +Larevelliere et a Merlin. On choisit Roger-Ducos et Moulins. Roger-Ducos +etait un ancien girondin, homme honnete, peu capable et tout-a-fait +devoue a Sieyes. Il avait ete nomme par l'influence de Sieyes sur les +anciens. Moulins etait un general obscur, employe autrefois dans la +Vendee, republicain chaud et integre, nomme comme Gohier par l'influence +du parti patriote. On avait propose d'autres notabilites ou civiles +ou militaires, pour composer le directoire; mais elles avaient ete +rejetees. Il etait clair, d'apres de pareils choix, que les partis +n'avaient pas voulu se donner des maitres. Ils n'avaient porte au +directoire que ces mediocrites, chargees ordinairement de tous les +_interim_. + +Le directoire actuel, compose, comme les conseils, de partis opposes, +etait encore plus faible et moins homogene que le precedent. Sieyes, le +seul homme superieur parmi les cinq directeurs, revait, comme on l'a vu, +une nouvelle organisation politique. Il etait le chef du parti qui se +qualifiait de modere ou de constitutionnel, et dont tous les membres +cependant souhaitaient une constitution nouvelle. Il n'avait de collegue +devoue que Roger-Ducos. Moulins et Gohier, tous deux chauds patriotes, +incapables de concevoir autre chose que ce qui existait, voulaient la +constitution actuelle, mais voulaient l'executer et l'interpreter dans +le sens des patriotes. Quant a Barras, appele naturellement a les +departager, qui pouvait compter sur lui? Ce chaos de vices, de passions, +d'interets, d'idees contraires, que presentait la republique mourante, +il en etait a lui seul l'embleme vivant. La majorite, dependant de sa +voix, etait donc commise au hasard. + +Sieyes dit assez nettement a ses nouveaux collegues qu'ils prenaient la +direction d'un gouvernement menace d'une chute prochaine, mais qu'il +fallait sauver la republique si on ne pouvait sauver la constitution. Ce +langage deplut fort a Gohier et a Moulins, et fut mal accueilli par eux. +Aussi des le premier jour les sentimens parurent peu d'accord. Sieyes +tint le meme langage a Joubert, le general qu'on voulait engager dans le +parti reorganisateur. Mais Joubert, vieux soldat de l'armee d'Italie, en +avait les sentimens; il etait chaud patriote, et les vues de Sieyes lui +parurent suspectes. Il s'en ouvrit secretement a Gohier et a Moulins, +et parut se rattacher entierement a eux. Du reste, c'etaient la des +questions qui ne pouvaient arriver qu'ulterieurement en discussion. Le +plus pressant etait d'administrer et de defendre la republique menacee. +La nouvelle de la bataille de la Trebbia, repandue partout, jetait +tous les esprits dans l'alarme. Il fallait de grandes mesures de salut +public. + +Le premier soin d'un gouvernement est de faire tout le contraire de +celui qui l'a precede, ne serait-ce que pour obeir aux passions qui +l'ont fait triompher. Championnet, ce heros de Naples si vante, Joubert, +Bernadotte, devaient sortir des fers ou de la disgrace, pour occuper les +premiers emplois. Championnet fut mis sur-le-champ en liberte et nomme +general d'une nouvelle armee qu'on se proposait de former le long des +Grandes-Alpes. Bernadotte fut charge du ministere de la guerre. Joubert +fut appele a commander l'armee d'Italie. Ses triomphes dans le Tyrol, +sa jeunesse, son caractere heroique, inspiraient les plus grandes +esperances. Les reorganisateurs lui souhaitaient assez de succes et de +gloire pour qu'il put appuyer leurs projets. Le choix de Joubert etait +fort bon sans doute, mais c'etait une nouvelle injustice pour Moreau, +qui avait si genereusement accepte le commandement d'une armee battue, +et qui l'avait sauvee avec tant d'habilete. Mais Moreau etait peu +agreable aux chauds patriotes, qui triomphaient dans ce moment. On lui +donna le commandement d'une pretendue armee du Rhin qui n'existait pas +encore. + +Il y eut en outre divers changemens dans le ministere. Le ministre +des finances, Ramel, qui avait rendu de si grands services depuis +l'installation du directoire, et qui avait administre pendant cette +transition si difficile du papier-monnaie au numeraire, Ramel avait +partage l'odieux jete sur l'ancien directoire. Il fut si violemment +attaque, que, malgre l'estime qu'ils avaient pour lui, les nouveaux +directeurs furent obliges d'accepter sa demission. On lui donna pour +successeur un homme qui etait cher aux patriotes, et respectable pour +tous les partis: c'etait Robert Lindet, l'ancien membre du comite de +salut public, si indecemment attaque pendant la reaction. Il se defendit +long-temps contre la proposition d'un portefeuille: l'experience qu'il +avait faite de l'injustice des partis, devait peu l'engager a rentrer +dans les affaires. Cependant il y consentit par devouement a la +republique. + +La diplomatie du directoire n'avait pas ete moins blamee que son +administration financiere. On l'accusait d'avoir remis la republique en +guerre avec toute l'Europe, et c'etait bien a tort, si l'on considere +surtout quels etaient les accusateurs. Les accusateurs, en effet, +etaient les patriotes eux-memes, dont les passions avaient engage de +nouveau la guerre. On reprochait surtout au directoire l'expedition +d'Egypte, naguere si vantee, et on pretendait que cette expedition avait +amene la rupture avec la Porte et la Russie. Le ministre Talleyrand, +deja peu agreable aux patriotes, comme ancien emigre, avait encouru +toute la responsabilite de cette diplomatie, et il etait si vivement +attaque qu'il fallut en agir avec lui comme avec Ramel, et accepter sa +demission. On lui donna pour successeur un Wurtembergeois, qui, sous les +apparences de la bonhomie allemande, cachait un esprit remarquable, et +que M. de Talleyrand avait recommande comme l'homme le plus capable de +lui succeder. C'etait M. Reinhard. On a dit que ce choix n'avait ete que +provisoire, et que M. Reinhard n'etait la qu'en attendant le moment ou +M. de Talleyrand pourrait etre rappele. Le ministere de la justice +fut retire a Lambrechts, a cause de l'etat de sa sante, et donne a +Cambaceres. On placa a la police Bourguignon, ancien magistrat, patriote +sincere et honnete. Fouche, cet ex-jacobin, si souple, si insinuant, que +Barras avait interesse dans le trafic des compagnies, et pourvu ensuite +de l'ambassade a Milan, Fouche, destitue a cause de sa conduite en +Italie, passait aussi pour une victime de l'ancien directoire. Il devait +donc prendre part au triomphe decerne a toutes les victimes; il fut +envoye a La Haye. + +Tels furent les principaux changemens apportes au personnel du +gouvernement et des armees. Ce n'etait pas tout que de changer les +hommes, il fallait leur fournir de nouveaux moyens de remplir la tache +sous laquelle leurs predecesseurs avaient succombe. Les patriotes, +revenant, suivant leur usage, aux moyens revolutionnaires, soutenaient +qu'il fallait aux grands maux les grands remedes. Ils proposaient +les mesures urgentes de 1793. Apres avoir tout refuse au precedent +directoire, on voulait tout donner au nouveau; on voulait mettre dans +ses mains des moyens extraordinaires, et l'obliger meme d'en user. La +commission des onze, formee des trois commissions des depenses, des +fonds et de la guerre, et chargee, pendant la crise de prairial, +d'aviser aux moyens de sauver la republique, confera avec les membres du +directoire, et arreta avec eux differentes mesures qui se ressentaient +de la disposition du moment. Au lieu de deux cent mille hommes, a +prendre sur les cinq classes de conscrits, le directoire put appeler +toutes les classes. Au lieu des impots proposes par l'ancien directoire, +et repousses avec tant d'acharnement par les deux oppositions, on +imagina encore un emprunt force. Conformement au systeme des patriotes, +il fut progressif, c'est-a-dire qu'au lieu de faire contribuer chacun +suivant la valeur de ses impots directs, ce qui procurait tout de suite +les roles de la contribution fonciere et personnelle pour base de +repartition, on obligea chacun de contribuer suivant sa fortune. Alors +il fallait recourir au jury taxateur, c'est-a-dire frapper les riches +par le moyen d'une commission. Le parti moyen combattit ce projet et dit +qu'il etait renouvele de la terreur, que la difficulte de la repartition +rendait encore cette mesure inefficace et nulle, comme les anciens +emprunts forces. Les patriotes repondirent qu'il fallait faire supporter +les frais de la guerre, non pas a toutes les classes, mais aux riches +seuls. Les memes passions employaient toujours, comme en le voit, les +memes raisons. L'emprunt force et progressif fut decrete; il fut fixe a +cent millions, et declare remboursable en biens nationaux. + +Outre ces mesures de recrutement et de finances, on dut en prendre une +de police contre le renouvellement de la chouannerie, dans le midi et +les departemens de l'ouest, theatres de l'ancienne guerre civile. Il se +commettait la de nouveaux brigandages; on assassinait les acquereurs +de biens nationaux, les hommes reputes patriotes, les fonctionnaires +publics: on arretait surtout les diligences, et on les pillait. Il y +avait parmi les auteurs de ces brigandages beaucoup d'anciens Vendeens +et chouans, beaucoup de membres des fameuses compagnies du Soleil, et +aussi beaucoup de conscrits refractaires. Quoique ces brigands, dont la +presence annoncait une espece de dissolution sociale, eussent pour but +reel le pillage, il etait evident, d'apres le choix de leurs victimes, +qu'ils avaient une origine politique. Une commission fut nommee pour +imaginer un systeme de repression. Elle proposa une loi, qui fut appelee +loi des otages, et qui est demeuree celebre sous ce titre. Comme on +attribuait aux parens des emigres ou ci-devant nobles, la plupart de ces +brigandages, on voulut en consequence les obliger a donner des otages. +Toutes les fois qu'une commune etait reconnue en etat notoire de +desordre, les parens ou allies d'emigres, les ci-devant nobles, les +ascendans des individus connus pour faire partie des rassemblemens, +etaient consideres comme otages et comme civilement et personnellement +responsables des brigandages commis. Les administrations centrales +devaient designer les individus choisis pour otages, et les faire +enfermer dans des maisons choisies pour cet objet. Ils devaient y vivre +a leurs frais et a leur gre, et demeurer enfermes pendant toute la duree +du desordre. Quand les desordres iraient jusqu'a l'assassinat, il devait +y avoir quatre deportes pour un assassinat. On concoit tout ce qu'on +pouvait dire pour ou contre cette loi. C'etait, disaient ses partisans, +le seul moyen d'atteindre les auteurs, des desordres, et ce moyen etait +doux et humain. C'etait, repondaient ses adversaires, une loi des +suspects, une loi revolutionnaire, qui, dans l'impuissance d'atteindre +les vrais coupables, frappait en masse, et commettait toutes les +injustices ordinaires aux lois de cette nature. En un mot, on dit pour +et contre tout ce qu'on a vu repete si souvent dans cette histoire sur +les lois revolutionnaires. Mais il y avait une objection plus forte que +toutes les autres a faire contre cette mesure. Ces brigands ne provenant +que d'une veritable dissolution sociale, le seul remede etait dans une +reorganisation vigoureuse de l'etat, et non dans des mesures tout-a-fait +discreditees, et qui n'etaient capables de rendre aucune energie aux +ressorts du gouvernement. + +La loi fut adoptee apres une discussion assez vive, ou les partis qui +avaient ete un moment d'accord pour renverser l'ancien directoire se +separerent avec eclat. A ces mesures importantes, qui avaient pour but +d'armer le gouvernement de moyens revolutionnaires, on en ajouta qui, +sous d'autres rapports, limitaient sa puissance. Ces mesures accessoires +etaient la consequence des reproches faits a l'ancien directoire. Pour +prevenir les scissions a l'avenir, on decida que le voeu de toute +fraction electorale serait nul; que tout agent du gouvernement cherchant +a influencer les elections serait puni pour attentat a la souverainete +du peuple; que le directoire ne pourrait plus faire entrer des troupes +dans le rayon constitutionnel sans une autorisation expresse; qu'aucun +militaire ne pourrait etre prive de son grade sans une decision d'un +conseil de guerre; que le droit accorde au directoire de lancer des +mandats d'arret ne pourrait plus etre delegue a des agens; qu'aucun +employe du gouvernement ou fonctionnaire quelconque ne pourrait etre ni +fournisseur, ni meme interesse dans les marches de fournitures; qu'un +club ne pourrait etre ferme sans une decision des administrations +municipale et centrale. On ne put pas s'entendre sur une loi de la +presse; mais l'article de la loi du 19 fructidor, qui donnait au +directoire la faculte de suppression a l'egard des journaux, n'en +demeura pas moins aboli; et en attendant un nouveau projet, la presse +resta indefiniment libre. + +Telles furent les mesures prises a la suite du 30 prairial, soit pour +reparer de pretendus abus, soit pour rendre au gouvernement l'energie +dont il manquait. Ces mesures, qu'on prend dans les momens de crise, a +la suite d'un changement de systeme, sont imaginees pour sauver un etat, +et arrivent rarement a temps pour le sauver, car tout est souvent decide +avant qu'elles puissent etre mises a execution. Elles fournissent tout +au plus des ressources pour l'avenir. L'emprunt des cent millions, les +nouvelles levees, ne pouvaient etre executes que dans quelques mois. +Cependant l'effet d'une crise est de donner une secousse a tous les +ressorts et de leur rendre une certaine energie. Bernadotte se hata +d'ecrire des circulaires pressantes, et par vint de cette maniere a +accelerer l'organisation deja commencee des bataillons de conscrits. +Robert Lindet, auquel l'emprunt des cent millions n'ouvrait aucune +ressource actuelle, assembla les principaux banquiers et commercans +de la capitale, et les engagea a preter leur credit a l'etat. Ils y +consentirent, et preterent leur signature au ministere des finances. +Ils se formerent en syndicat, et en attendant la rentree des impots, +signerent des billets dont ils devaient etre rembourses au fur et a +mesure des recettes. C'etait une espece de banque temporaire etablie +pour le besoin du moment. + +On voulait faire aussi de nouveaux plans de campagne; on demanda un +projet a Bernadotte, qui se hata d'en presenter un fort singulier, +mais qui heureusement ne fut pas mis a execution. Rien n'etait plus +susceptible de combinaisons multipliees qu'un champ de bataille aussi +vaste que celui sur lequel on operait. Chacun en y regardant devait +avoir une idee differente; et si chacun pouvait la proposer et la faire +adopter, il n'y avait pas de raison pour ne pas changer a chaque instant +de projet. Si, dans la discussion, la diversite des avis est utile, elle +est deplorable dans l'execution. Au debut, on avait pense qu'il fallait +agir a la fois sur le Danube et en Suisse., Apres la bataille de +Stokach, on ne voulut plus agir qu'en Suisse, et on supprima l'armee du +Danube. En ce moment, Bernadotte pensa autrement; il pretendit, que la +cause des succes des allies etait dans la facilite avec laquelle ils +pouvaient communiquer, a travers les Alpes, d'Allemagne en Italie. +Pour leur interdire ces moyens de communication, il voulait qu'on leur +enlevat le Saint-Gothard et les Grisons a l'aile droite de l'armee de +Suisse, et qu'on format une nouvelle armee du Danube, qui reportat la +guerre en Allemagne. Pour former cette armee du Danube, il proposait +d'organiser promptement l'armee du Rhin, et de la renforcer de vingt +mille hommes enleves a Massena. C'etait compromettre celui-ci, qui avait +devant lui toutes les forces de l'archiduc, et qui pouvait etre accable +pendant ce revirement. Il est vrai qu'il eut ete bon de ramener la +guerre sur le Danube, mais il suffisait de donner a Massena les moyens +de prendre l'offensive, pour que son armee devint elle-meme cette +armee du Danube. Alors il fallait tout reunir dans ses mains, loin de +l'affaiblir. Dans le plan de Bernadotte, une armee devait etre +formee sur les Grandes-Alpes, pour couvrir la frontiere contre les +Austro-Russes du cote du Piemont. Joubert, reunissant les debris de +toutes les armees d'Italie, et renforce des troupes disponibles a +l'interieur, devait deboucher de l'Apennin, et attaquer Suwarow de vive +force. + +Ce plan, fort approuve par Moulins, fut envoye aux generaux. Massena, +fatigue de tous ces projets extravagans, offrit sa demission. On ne +l'accepta pas, et le plan ne fut point mis a execution. Massena +conserva le commandement de toutes les troupes, depuis Bale jusqu'au +Saint-Gothard. On persista dans le projet de reunir une armee sur le +Rhin pour couvrir cette ligne. On forma un noyau d'armee sur les Alpes, +sous les ordres de Championnet. Ce noyau etait a peu pres de quinze +mille hommes. On envoya tous les renforts disponibles a Joubert, qui +devait deboucher de l'Apennin. On etait au milieu de la saison, en +messidor (juillet); les renforts commencaient a arriver. Un certain +nombre de vieux bataillons, retenus dans l'interieur, etaient rendus sur +la frontiere. Les conscrits s'organisaient et allaient remplacer les +vieilles troupes dans les garnisons. Enfin, comme les cadres manquaient +pour la grande quantite de conscrits, on avait imagine d'augmenter +le nombre des bataillons dans les demi-brigades ou regimens, ce qui +permettait d'incorporer les nouvelles levees dans les anciens corps. + +On savait qu'un renfort de trente mille Russes arrivait en Allemagne, +sous les ordres du general Korsakoff. On pressait Massena de sortir de +ses positions et d'attaquer celles de l'archiduc, pour tacher de +le battre avant sa jonction avec les Russes. Le gouvernement avait +parfaitement raison sous ce rapport, car il etait urgent de faire une +tentative avant la reunion d'une masse de forces aussi imposante. +Cependant Massena refusait de prendre l'offensive, soit qu'il manquat +ici de son audace accoutumee, soit qu'il attendit la reprise des +operations offensives en Italie. Les militaires ont tous condamne son +inaction, qui, du reste, devint bientot heureuse par les fautes de +l'ennemi, et qui fut rachetee par d'immortels services. Pour obeir +cependant aux instances du gouvernement, et executer une partie du +plan de Bernadotte, qui consistait a empecher les Austro-Russes de +communiquer d'Allemagne en Italie, Massena ordonna a Lecourbe de +prolonger sa droite jusqu'au Saint-Gothard, de s'emparer de ce point +important et de reprendre les Grisons. Par cette operation, les +Grandes-Alpes rentraient sous la domination des Francais, et les armees +ennemies qui operaient en Allemagne, se trouvaient sans communication +avec celles qui operaient en Italie. Lecourbe executa cette entreprise +avec l'intrepidite et la hardiesse qui le signalaient dans la guerre de +montagnes, et redevint maitre du Saint-Gothard. + +Pendant ce temps, de nouveaux evenemens se preparaient en Italie. +Suwarow, oblige par la cour de Vienne d'achever le siege de toutes les +places, avant de pousser ses avantages, n'avait nullement profite de la +victoire de la Trebbia. Il aurait meme pu, tout en se conformant a +ses instructions, se reserver une masse suffisante pour disperser +entierement nos debris; mais il n'avait pas assez le genie des +combinaisons militaires pour agir de la sorte. Il consumait donc le +temps a faire des sieges. Peschiera, Pizzighitone, la citadelle de +Milan, etaient tombees. La citadelle de Turin avait eu le meme sort. +Les deux places celebres de Mantoue et d'Alexandrie tenaient encore, et +faisaient prevoir une longue resistance. Kray assiegeait Mantoue, et +Bellegarde Alexandrie. Malheureusement toutes nos places avaient ete +confiees a des commandans depourvus ou d'energie ou d'instruction. +L'artillerie y etait mal servie, parce qu'on n'y avait jete que des +corps delabres; l'eloignement de nos armees actives, repliees sur +l'Apennin, desesperait singulierement les courages. Mantoue, la +principale de ces places, ne meritait pas la reputation que les +campagnes de Bonaparte lui avaient value. Ce n'etait pas sa force, mais +la combinaison des evenemens, qui avait prolonge sa defense. Bonaparte, +en effet, avec une dizaine de mille hommes, en avait reduit quatorze +mille a y mourir des fievres et de la misere. Le general Latour-Foissac +en etait le commandant actuel. C'etait un savant officier du genie; mais +il n'avait pas l'energie necessaire pour ce genre de defense. Decourage +par l'irregularite de la place et le mauvais etat des fortifications, il +ne crut pas pouvoir suppleer aux murailles par de l'audace. D'ailleurs +sa garnison etait insuffisante; et apres les premiers assauts, il parut +dispose a se rendre. Le general Gardanne commandait a Alexandrie. Il +etait resolu, mais point assez instruit. Il repoussa vigoureusement un +premier assaut; mais il ne sut pas voir dans la place les ressources +qu'elle presentait encore. + +On etait en thermidor (milieu de juillet); plus d'un mois s'etait ecoule +depuis la resolution du 30 prairial et la nomination de Joubert. Moreau +sentait l'importance de prendre l'offensive avant la chute des places, +et de deboucher, avec l'armee reorganisee et renforcee, sur les +Austro-Russes disperses. Malheureusement il etait enchaine par les +ordres du gouvernement qui lui avait prescrit d'attendre Joubert. Ainsi, +dans cette malheureuse campagne, ce fut une suite d'ordres intempestifs +qui amena toujours nos revers. Le changement d'idees et de plans dans +les choses d'execution, et surtout a la guerre, est toujours funeste. +Si Moreau, auquel on aurait du donner le commandement des l'origine, +l'avait eu du moins depuis la journee de Cassano, et l'avait eu sans +partage, tout eut ete sauve; mais associe tantot a Macdonald, tantot a +Joubert, on l'empecha pour la seconde et troisieme fois de reparer nos +malheurs, et de relever l'honneur de nos armes. + +Joubert, qu'on avait voulu, par un mariage et des caresses, attacher au +parti qui projetait une reorganisation, perdit un mois entier, celui de +messidor (juin et juillet), a celebrer ses noces, et manqua ainsi une +occasion decisive. On ne l'attacha pas reellement au parti dont on +voulait le faire l'appui, car il resta devoue aux patriotes, et on lui +fit perdre inutilement un temps precieux. Il partit en disant a sa jeune +epouse: _Tu me reverras mort ou victorieux._ Il emporta, en effet, la +resolution heroique de vaincre ou de mourir. Ce noble jeune homme, en +arrivant a l'armee dans le milieu de thermidor (premiers jours d'aout), +temoigna la plus grande deference au maitre consomme auquel on +l'appelait a succeder. Il le pria de rester aupres de lui pour lui +donner des conseils. Moreau, tout aussi genereux que le jeune general, +voulut bien assister a sa premiere bataille, et l'aider de ses conseils: +noble et touchante confraternite, qui honore les vertus de nos generaux +republicains, et qui appartient a un temps ou le zele patriotique +l'emportait encore sur l'ambition dans le coeur de nos guerriers! + +L'armee francaise, composee des debris des armees de la Haute-Italie et +de Naples, des renforts arrives de l'interieur, s'elevait a quarante +mille hommes, parfaitement reorganises, et brulant de se mesurer de +nouveau avec l'ennemi. Rien n'egalait le patriotisme de ces soldats, +qui, toujours battus, n'etaient jamais decourages, et demandaient +toujours de retourner a l'ennemi. Aucune armee republicaine n'a mieux +merite de la France, car aucune n'a mieux repondu au reproche injuste +fait aux Francais, de ne pas savoir supporter les revers. Il est vrai +qu'une partie de sa fermete etait due au brave et modeste general dans +lequel elle avait mis toute sa confiance, et qu'on lui enlevait toujours +au moment ou il allait la ramener a la victoire. + +Ces quarante mille hommes etaient independans de quinze mille qui +devaient servir, sous Championnet, a former le noyau de l'armee des +Grandes-Alpes. Ils avaient debouche par la Bormida sur Acqui, par la +Bochetta sur Gavi, et ils etaient venus se ranger en avant de Novi. Ces +quarante mille hommes, debouchant a temps, avant la reunion des corps +occupes a faire des sieges, pouvaient remporter des avantages decisifs. +Mais Alexandrie venait d'ouvrir ses portes, le 4 thermidor (22 juillet). +Le bruit etait vaguement repandu que Mantoue venait aussi de les ouvrir. +Cette triste nouvelle fut bientot confirmee, et on apprit que la +capitulation avait ete signee le 12 thermidor (30 juillet). Kray venait +de rejoindre Suwarow avec vingt mille hommes; la masse agissante des +Austro-Russes se trouvait actuellement de soixante et quelques mille. Il +n'etait donc plus possible a Joubert de lutter a chance egale contre un +ennemi si superieur. Il assembla un conseil de guerre; l'avis general +fut de rentrer dans l'Apennin, et de se borner a la defensive, en +attendant de nouvelles forces. + +Joubert allait executer sa resolution, lorsqu'il fut prevenu par +Suwarow, et oblige d'accepter la bataille. L'armee francaise etait +formee en demi-cercle, sur les pentes du Monte-Rotondo, dominant toute +la plaine de Novi. La gauche formee des divisions Grouchy et Lemoine, +s'etendait circulairement en avant de Pasturana. Elle avait a dos le +ravin du Riasco, ce qui rendait ses derrieres accessibles a l'ennemi qui +oserait s'engager dans ce ravin. La reserve de cavalerie, commandee +par Richepanse, etait en arriere de cette aile. Au centre, la division +Laboissiere couvrait les hauteurs a droite et a gauche de la ville +de Novi. La division Watrin, a l'aile droite, defendait les acces du +Monte-Rotondo, du cote de la route de Tortone. Dombrowsky avec une +division bloquait Seravalle. Le general Perignon commandait notre aile +gauche, Saint-Cyr notre centre et notre droite. La position etait forte, +bien occupee sur tous les points, et difficile a emporter. Cependant +quarante mille hommes contre plus de soixante mille avaient un +desavantage immense. Suwarow resolut d'attaquer la position avec sa +violence accoutumee. Il porta Kray vers notre gauche avec les divisions +Ott et Bellegarde. Le corps russe de Derfelden, ayant en tete +l'avant-garde de Bagration, devait attaquer notre centre vers Novi. +Melas, demeure un peu en arriere avec le reste de l'armee, devait +assaillir notre droite. Par une combinaison singuliere, ou plutot par un +defaut de combinaison, les attaques devaient etre successives, et non +simultanees. + +Le 28 thermidor (15 aout 1799), Kray commenca l'attaque a cinq heures du +matin. Bellegarde attaqua la division Grouchy a l'extreme gauche, et +Ott la division Lemoine. Ces deux divisions n'etant pas encore formees, +faillirent etre surprises et rompues. La resistance opiniatre de l'une +des demi-brigades obligea Kray a se jeter sur la 20e legere, qu'il +accabla en reunissant contre elle son principal effort. Deja ses troupes +prenaient pied sur le plateau, lorsque Joubert accourut au galop sur le +lieu du danger. Il n'etait plus temps de songer a la retraite, et il +fallait tout oser pour rejeter l'ennemi au bas du plateau. S'avancant +au milieu des tirailleurs pour les encourager, il recut une balle qui +l'atteignit pres du coeur, et l'etendit par terre. Presque expirant, le +jeune heros criait encore a ses soldats: _En avant, mes amis! en avant!_ +Cet evenement pouvait jeter le desordre dans l'armee; mais heureusement +Moreau avait accompagne Joubert sur ce point. Il prit sur-le-champ le +commandement qui lui etait defere par la confiance generale, rallia les +soldats, bouillans de ressentiment, et les ramena sur les Autrichiens. +Les grenadiers de la 34e les chasserent a la baionnette, et les +precipiterent au bas de la colline. Malheureusement les Francais +n'avaient pas encore leur artillerie en batterie, et les Autrichiens, au +contraire, sillonnaient leurs rangs par une grele d'obus et de boulets. +Pendant cette action, Bellegarde tachait de tourner l'extreme gauche par +le ravin du Riasco, qui a deja ete designe comme donnant acces sur nos +derrieres. Deja il s'etait introduit assez avant, lorsque Perignon, +lui presentant a propos la reserve commandee par le general Clausel, +l'arreta dans sa marche. Perignon acheva de le culbuter dans la plaine, +en le faisant charger par les grenadiers de Partouneaux et par la +cavalerie de Richepanse. Ce coup de vigueur debarrassa l'aile gauche. + +Grace a la singuliere combinaison de Suwarow, qui voulait rendre ses +attaques successives, notre centre n'avait pas encore ete attaque. +Saint-Cyr avait eu le temps de faire ses dispositions, et de rapprocher +de Novi la division Watrin, formant son extreme droite. Sur les +instances de Kray, qui demandait a etre appuye par une attaque vers +le centre, Bagration s'etait enfin decide a l'assaillir avec son +avant-garde. La division Laboissiere, qui etait a la gauche de Novi, +laissant approcher les Russes de Bagration a demi-portee de fusil, +les accabla tout a coup d'un feu epouvantable de mousqueterie et de +mitraille, et couvrit la plaine de morts. Bagration, sans s'ebranler, +dirigea alors quelques bataillons pour tourner Novi par notre droite; +mais, rencontres par la division Watrin, qui se rapprochait de Novi, ils +furent rejetes dans la plaine. + +On etait ainsi arrive a la moitie du jour sans que notre ligne fut +entamee. Suwarow venait d'arriver avec le corps russe de Derfelden. Il +ordonna une nouvelle attaque generale sur toute la ligne. Kray devait +assaillir de nouveau la gauche, Derfelden et Bagration le centre. Melas +etait averti de hater le pas, pour venir accabler notre droite. Tout +etant dispose, l'ennemi s'ebranle sur toute la ligne. Kray, s'acharnant +sur notre gauche, essaie encore de la faire assaillir de front par +Ott; mais la reserve Clausel repousse les troupes de Bellegarde, et la +division Lemoine culbute Ott sur les pentes des collines. Au centre, +Suwarow fait livrer une attaque furieuse a droite et a gauche de Novi. +Une nouvelle tentative de tourner la ville est dejouee, comme le matin, +par la division Watrin. Malheureusement nos soldats, entraines par +leur ardeur, s'abandonnent trop vivement a la poursuite de l'ennemi, +s'aventurent dans la plaine, et sont ramenes dans leur position. A une +heure le feu se ralentit de nouveau par l'effet de la fatigue generale; +mais il recommence bientot avec violence, et pendant quatre heures les +Francais, immobiles comme des murailles, resistent avec une admirable +froideur a toute la furie des Russes. Ils n'avaient fait encore que des +pertes peu considerables. Les Austro-Russes, au contraire, avaient ete +horriblement traites. La plaine etait jonchee de leurs morts et de leurs +blesses. Malheureusement le reste de l'armee austro-russe arrivait de +Rivalta, sous les ordres de Melas. Cette nouvelle irruption allait se +diriger sur notre droite. Saint-Cyr, s'en apercevant, ramene la division +Watrin, qui s'etait trop engagee dans la plaine, et la dirige sur un +plateau a droite de Novi. Mais tandis qu'elle opere ce mouvement, elle +se voit deja enveloppee de tous cotes par le corps nombreux de Melas. +Cette vue la saisit, elle se rompt, et gagne le plateau en desordre. +On la rallie cependant un peu en arriere. Pendant ce temps, Suwarow, +redoublant d'efforts au centre vers Novi, rejette enfin les Francais +dans la ville, et s'empare des hauteurs qui la commandent a droite et +a gauche. Des cet instant, Moreau, jugeant la retraite necessaire, +l'ordonne avant que de nouveaux progres de l'ennemi interdisent les +communications sur Gavi. A droite, la division Watrin est obligee de +se faire jour pour regagner le chemin de Gavi deja ferme. La division +Laboissiere se retire de Novi; les divisions Lemoine et Grouchy se +replient sur Pasturana, en essuyant les charges furieuses de Kray. +Malheureusement un bataillon s'introduit dans le ravin du Riasco, qui +passe derriere Pasturana. Son feu jette le desordre dans nos colonnes; +artillerie, cavalerie, tout se confond. La division Lemoine, pressee +par l'ennemi, se debande et se jette dans le ravin. Nos soldats sont +emportes comme la poussiere soulevee par le vent. Perignon et Grouchy +rallient quelques braves, pour arreter l'ennemi et sauver l'artillerie; +mais ils sont sabres, et restent prisonniers. Perignon avait recu sept +coups de sabre, Grouchy six. Le brave Colli, ce general piemontais qui +s'etait si distingue dans les premieres campagnes contre nous, et qui +avait ensuite pris du service dans notre armee, se forme en carre avec +quelques bataillons, resiste jusqu'a ce qu'il soit enfonce, et tombe +tout mutile dans les mains des Russes. + +Apres ce premier moment de confusion, l'armee se rallia en avant de +Gavi. Les Austro-Russes etaient trop fatigues pour la poursuivre. Elle +put se remettre en marche sans etre inquietee. La perte des deux cotes +etait egale; elle s'elevait a environ dix mille hommes pour chaque +armee. Mais les blesses et les tues etaient beaucoup plus nombreux +dans l'armee austro-russe. Les Francais avaient perdu beaucoup plus de +prisonniers. Ils avaient perdu aussi le general en chef, quatre generaux +de division, trente-sept bouches a feu et quatre drapeaux. Jamais ils +n'avaient deploye un courage plus froid et plus opiniatre. Ils etaient +inferieurs a l'ennemi du tiers au moins. Les Russes avaient montre leur +bravoure fanatique, mais n'avaient du l'avantage qu'au nombre, et +non aux combinaisons du general, qui avait montre ici la plus grande +ignorance. Il avait, en effet, expose ses colonnes a etre mitraillees +l'une apres l'autre, et n'avait pas assez appuye sur notre gauche, point +qu'il fallait accabler. Cette deplorable bataille nous interdisait +definitivement l'Italie, et ne nous permettait plus de tenir la +campagne. Il fallait nous renfermer dans l'Apennin, heureux de pouvoir +le conserver. La perte de la bataille ne pouvait etre imputee a Moreau, +mais a la circonstance malheureuse de la reunion de Kray a Suwarow. Le +retard de Joubert avait seul cause ce dernier desastre. + +Tous nos malheurs ne se bornaient pas a la bataille de Novi. +L'expedition contre la Hollande, precedemment annoncee, s'executait +enfin par le concours des Anglais et des Russes. Paul Ier avait stipule +un traite avec Pitt, par lequel il devait fournir dix-sept mille Russes, +qui seraient a la solde anglaise, et qui agiraient en Hollande. Apres +beaucoup de difficultes vaincues, l'expedition avait ete preparee pour +la fin d'aout (commencement de fructidor). Trente mille Anglais devaient +se joindre aux dix-sept mille Russes, et si le debarquement s'effectuait +sans obstacle, on avait l'esperance certaine d'arracher la Hollande +aux Francais. C'etait pour l'Angleterre l'interet le plus cher; et +n'eut-elle reussi qu'a detruire les flottes et les arsenaux de la +Hollande, elle eut encore ete assez payee des frais de l'expedition. Une +escadre considerable se dirigea vers la Baltique, pour aller chercher +les Russes. Un premier detachement mit a la voile sous les ordres du +general Abercrombie, pour tenter le debarquement. Toutes les troupes +d'expedition une fois reunies devaient se trouver sous les ordres +superieurs du duc d'York. + +Le point le plus avantageux pour aborder en Hollande etait l'embouchure +de la Meuse. On menacait ainsi la ligne de retraite des Francais, et +on abordait tres pres de La Haye, ou le stathouder avait le plus de +partisans. La commodite des cotes fit preferer la Nord-Hollande. +Abercrombie se dirigea vers le Helder, ou il arriva vers la fin d'aout. +Apres bien des obstacles vaincus, il debarqua pres du Helder, aux +environs de Groot-Keeten, le 10 fructidor (27 aout). Les preparatifs +immenses qu'avait exiges l'expedition, et la presence de toutes les +escadres anglaises sur les cotes, avaient assez, averti les Francais +pour qu'ils fussent sur leurs gardes. Brune commandait a la fois les +armees batave et francaise. Il n'avait guere sous la main que sept mille +Francais et dix mille Hollandais, commandes par Daendels. Il avait +dirige la division batave aux environs du Helder, et dispose aux +environs de Harlem la division francaise. Abercrombie, en debarquant, +rencontra les Hollandais a Groot-Keeten, les repoussa, et parvint ainsi +a assurer le debarquement de ses troupes. Les Hollandais en cette +occasion ne manquerent pas de bravoure, mais ne furent pas diriges +avec assez d'habilete par le general Daendels, et furent obliges de se +replier. Brune les recueillit, et fit ses dispositions pour attaquer +promptement les troupes debarquees avant qu'elles fussent solidement +etablies, et qu'elles eussent ete renforcees des divisions anglaises et +russes qui devaient rejoindre. + +Les Hollandais montraient les meilleures dispositions. Les gardes +nationales s'etaient offertes a garder les places, ce qui avait permis +a Brune de mobiliser de nouvelles troupes. Il avait appele a lui la +division Dumonceau, forte de six mille hommes, et il resolut d'attaquer +des les premiers jours de septembre le camp ou venaient de s'etablir +les Anglais. Ce camp etait redoutable; c'etait le Zip, ancien marais, +desseche par l'industrie hollandaise, formant un vaste terrain coupe +de canaux, herisse de digues, et couvert d'habitations. Dix-sept mille +Anglais l'occupaient, et y avaient fait les meilleures dispositions +defensives. Brune pouvait l'assaillir avec vingt mille hommes au plus, +ce qui etait fort insuffisant a cause de la nature du terrain. Il aborda +ce camp le 22 fructidor (8 septembre), et, apres un combat opiniatre, +fut oblige de battre en retraite, et de se replier sur Amsterdam. Il ne +pouvait plus des cet instant empecher la reunion de toutes les forces +anglo-russes, et devait attendre la formation d'une armee francaise pour +les combattre. Cet etablissement des Anglais dans la Nord-Hollande amena +l'evenement qu'on devait redouter le plus, la defection de la grande +flotte hollandaise. Le Texel n'avait pas ete ferme, et l'amiral anglais +Mitchell put y penetrer avec toutes ses voiles. Depuis longtemps les +matelots hollandais etaient travailles par des emissaires du +prince d'Orange; a la premiere sommation de l'amiral Mitchell, ils +s'insurgerent, et forcerent Story, leur amiral, a se rendre. Toute la +marine hollandaise se trouva ainsi au pouvoir des Anglais, ce qui etait +deja pour eux un avantage du plus grand prix. + +Ces nouvelles, arrivees coup sur coup a Paris, y produisirent l'effet +qu'on devait naturellement en attendre. Elles augmenterent la +fermentation des partis, et surtout le dechainement des patriotes, qui +demanderent, avec plus de chaleur que jamais, l'emploi des grands moyens +revolutionnaires. La liberte rendue aux journaux et aux clubs en avait +fait renaitre un grand nombre. Les restes du parti jacobin s'etaient +reunis dans l'ancienne salle du Manege, ou avaient siege nos premieres +assemblees. Quoique la loi defendit aux societes populaires de prendre +la forme d'assemblees deliberantes, la societe du Manege ne s'en +etait pas moins donne, sous des titres differens, un president, des +secretaires, etc. On y voyait figurer l'ex-ministre Bouchotte, Drouet, +Felix Lepelletier, Arena, tous disciples ou complices de Baboeuf. On y +invoquait les manes de Goujon, de Soubrany et des victimes de Grenelle. +On y demandait, en style de 93, la punition de toutes les sangsues +du peuple, le desarmement des royalistes, la levee en masse, +l'etablissement des manufactures d'armes dans les places publiques, et +la restitution des canons et des piques aux gardes nationales, etc. On y +demandait surtout la mise en accusation des anciens directeurs, auxquels +on attribuait les derniers desastres, comme etant les resultats de +leur administration. Quand la nouvelle de la bataille de Novi et des +evenemens de Hollande fut connue, la violence n'eut plus de bornes. Les +injures furent prodiguees aux generaux. Moreau fut traite de tatonneur; +Joubert lui-meme, malgre sa mort heroique, fut accuse d'avoir perdu +l'armee par sa lenteur a la rejoindre. Sa jeune epouse, MM. de +Semonville, Sainte-Foy, Talleyrand, auxquels on attribuait son mariage, +furent accables d'outrages. Le gouvernement hollandais fut accuse de +trahison; on dit qu'il etait compose d'aristocrates, de stathouderiens, +ennemis de la France et de la liberte. Le _Journal des hommes libres_, +organe du meme parti qui se reunissait a la salle du Manege, repetait +toutes ces declamations, et ajoutait au scandale des paroles celui de +l'impression. + +Ce dechainement causait a beaucoup de gens une espece de terreur. +On craignait une nouvelle representation des scenes de 93. Ceux qui +s'appelaient les _moderes_, les _politiques_, et qui, a la suite de +Sieyes, avaient l'intention louable et la pretention hasardee de sauver +la France des fureurs des partis en la constituant une seconde fois, +s'indignaient du dechainement de ces nouveaux jacobins. Sieyes surtout +avait une grande habitude de les craindre, et il se prononcait contre +eux avec toute la vivacite de son humeur. Au reste, ils pouvaient +paraitre redoutables, car, independamment des criards et des brouillons +qui etalaient leur energie dans les clubs ou dans les journaux, ils +comptaient des partisans plus braves, plus puissans, et par consequent +dangereux, dans le gouvernement lui-meme. Il y avait dans les conseils +tous les patriotes repousses une premiere fois par les scissions, et +entres de force aux elections de cette annee, qui, en langage plus +modere, repetaient a peu pres ce qui se disait dans la societe du +Manege. C'etaient des hommes qui ne voulaient pas courir la chance d'une +nouvelle constitution, qui se defiaient d'ailleurs de ceux qui voulaient +la faire, et qui craignaient qu'on ne cherchat dans les generaux un +appui redoutable. Ils voulaient de plus, pour tirer la France de ses +perils, des mesures semblables a celles qu'avait employees le comite +de salut public. Les anciens, plus mesures et plus sages, par leur +position, partageaient peu cet avis, mais plus de deux cents membres le +soutenaient chaudement dans les cinq-cents. Il n'y avait pas seulement +dans le nombre des tetes chaudes comme Augereau, mais des hommes sages +et eclaires comme Jourdan. Ces deux generaux donnaient au parti patriote +un grand ascendant sur les cinq-cents. Au directoire, ce parti avait +deux voix: Gohier et Moulins. Barras restait indecis; d'une part, il se +defiait de Sieyes, qui lui temoignait peu d'estime et le regardait comme +pourri; d'autre part, il craignait les patriotes et leurs extravagances. +Il hesitait ainsi a se prononcer. Dans le ministere, les patriotes +venaient de trouver un appui dans Bernadotte. Ce general etait beaucoup +moins prononce que la plupart des generaux de l'armee d'Italie, et on +doit se souvenir que sa division, en arrivant sur le Tagliamento, fut en +querelle avec la division Augereau au sujet du mot _monsieur_, qu'elle +substituait deja a celui de _citoyen_. Mais Bernadotte avait une +ambition inquiete; il avait vu avec humeur la confiance accordee a +Joubert par le parti reorganisateur; il croyait qu'on songeait a Moreau +depuis la mort de Joubert, et cette circonstance l'indisposant contre +les projets de reorganisation, le rattachait entierement aux patriotes. +Le general Marbot, commandant de la place de Paris, republicain violent, +etait dans le memes dispositions que Bernadotte. + +Ainsi, deux cents deputes prononces dans les cinq-cents, a la tete +desquels se trouvaient deux generaux celebres, le ministre de la guerre, +le commandant de la place de Paris, deux directeurs, quantite de +journaux et de clubs, un reste considerable d'hommes compromis, et +propres aux coups de main, pouvaient causer quelque effroi; et bien +que le parti montagnard ne put renaitre, on concoit les craintes qu'il +inspirait encore a des hommes tout pleins des souvenirs de 1793. + +On etait peu satisfait du magistrat Bourguignon pour l'exercice des +fonctions de la police. C'etait un honnete citoyen, mais trop peu +avise. Barras proposa a Sieyes sa creature, qu'il venait d'envoyer a +l'ambassade de Hollande, le souple et astucieux Fouche. Ancien membre +des jacobins, instruit parfaitement de leur esprit et de leurs secrets, +nullement attache a leur cause, ne cherchant au milieu du naufrage +des partis qu'a sauver sa fortune, Fouche etait eminemment propre +a espionner ses anciens amis, et a garantir le directoire de leurs +projets. Il fut accepte par Sieyes et Roger-Ducos, et obtint le +ministere de la police. C'etait une precieuse acquisition dans les +circonstances. Il confirma Barras dans l'idee de se rattacher plutot au +parti reorganisateur qu'au parti patriote, parce que ce dernier n'avait +point d'avenir, et pouvait d'ailleurs l'entrainer trop loin. + +Cette mesure prise, la guerre aux patriotes commenca. Sieyes, qui avait +sur les anciens une grande influence, parce que ce conseil etait tout +compose des _moderes_ et des _politiques_, usa de cette influence pour +faire fermer la nouvelle societe des jacobins. La salle du Manege, +attenant aux Tuileries, etait comprise dans l'enceinte du palais des +anciens. Chaque conseil ayant la police de son enceinte, les anciens +pouvaient fermer la salle du Manege. En effet, la commission des +inspecteurs prit un arrete, et defendit toute reunion dans cette salle. +Une simple sentinelle placee a la porte suffit pour empecher la reunion +des nouveaux jacobins. C'etait la une preuve que, si les declamations +etaient les memes, les forces ne l'etaient plus. Cet arrete fut motive +aupres du conseil des anciens par un rapport du depute Cornet. Courtois, +le meme qui avait fait le rapport sur le 9 thermidor, en profita pour +faire une nouvelle denonciation contre les complots des jacobins. Sa +denonciation fut suivie d'une deliberation tendant a ordonner un rapport +sur ce sujet. + +Les patriotes, chasses de la salle du Manege, se retirerent dans un +vaste local, rue du Bac, et recommencerent la leurs declamations +habituelles. Leur organisation en assemblee deliberante demeurant la +meme, la constitution donnait au pouvoir executif le droit de dissoudre +leur societe. Sieyes, Roger-Ducos et Barras, a l'instigation de Fouche, +se deciderent a la fermer. Gohier et Moulins n'etaient pas de cet avis, +disant que, dans le danger present, il fallait raviver l'esprit public +par des clubs; que la societe des nouveaux jacobins renfermait de +mauvaises tetes, mais point de factieux redoutables, puisqu'ils avaient +cede devant une simple sentinelle quand la salle du Manege avait +ete fermee. Leur avis ne fut pas ecoute, et la decision fut prise. +L'execution en fut renvoyee apres la celebration de l'anniversaire du 10 +aout, qui devait avoir lieu le 23 thermidor. Sieyes etait president du +directoire; a ce titre, il devait parler dans cette solennite. Il fit un +discours remarquable, dans lequel il s'attachait a signaler le danger +que les nouveaux anarchistes faisaient courir a la republique, et +les denoncait comme des conspirateurs dangereux, revant une nouvelle +dictature revolutionnaire. Les patriotes presens a la ceremonie +accueillirent mal ce discours, et pousserent quelques vociferations. Au +milieu des salves d'artillerie, Sieyes et Barras crurent entendre des +balles siffler a leurs oreilles. Ils rentrerent au directoire fort +irrites. Se defiant des autorites de Paris, ils resolurent d'enlever le +commandement de la place au general Marbot, qu'on accusait d'etre un +chaud patriote et de participer aux pretendus complots des jacobins. +Fouche proposa a sa place Lefebvre, brave general, ne connaissant que la +consigne militaire, et tout a fait etranger aux intrigues des partis. +Marbot fut donc destitue, et le surlendemain, l'arrete qui ordonnait la +cloture de la societe de la rue du Bac fut signifie. + +Les patriotes n'opposerent pas plus de resistance a la rue du Bac que +dans la salle du Manege. Ils se retirerent et demeurerent definitivement +separes. Mais il leur restait les journaux, et ils en firent un +redoutable usage. Celui qui se qualifiait _Journal des Hommes libres_ +declama avec une extreme violence contre tous les membres du directoire +qui etaient connus pour avoir approuve la deliberation. Sieyes fut +traite cruellement. Ce pretre perfide, disaient les journaux patriotes, +a vendu l'a republique a la Prusse. Il est convenu avec cette puissance +de retablir en France la monarchie, et de donner la couronne a +Brunswick. Ces accusations n'avaient d'autre fondement que l'opinion +bien connue de Sieyes sur la constitution, et son sejour en Prusse. Il +repetait, en effet, tous les jours que les brouillons et les bavards +rendaient tout gouvernement impossible; qu'il fallait concentrer +l'autorite; que la liberte pouvait etre compatible meme avec la +monarchie, temoin l'Angleterre; mais qu'elle etait incompatible avec +cette domination successive de tous les partis. On lui pretait meme cet +autre propos, _que le nord de l'Europe etait plein de princes sages et +moderes, qui pourraient,_ _avec une forte constitution, faire le bonheur +de la France_. Ces propos, vrais ou faux, suffisaient pour qu'on lui +pretat des complots qui n'existaient que dans l'imagination de ses +ennemis. Barras n'etait pas mieux traite que Sieyes. Les menagemens que +les patriotes avaient eus long-temps pour lui, parce qu'il les avait +toujours flattes de son appui, avaient cesse. Ils le declaraient +maintenant un traitre, un homme pourri, qui n'etait plus bon a aucun +parti. Fouche, son conseil, apostat comme lui, etait poursuivi des memes +reproches. Roger-Ducos n'etait, suivant eux, qu'un imbecile, adoptant +aveuglement l'avis de deux traitres. + +La liberte de la presse etait illimitee. La loi proposee par Berlier +n'ayant pas ete accueillie, il n'existait qu'un moyen pour attaquer les +ecrivains, c'etait de faire revivre une loi de la convention contre ceux +qui, par des actions ou par des ecrits, tendraient au renversement de la +republique. Il fallait que cette intention fut demontree pour que la loi +devint applicable, et alors la loi portait peine de mort. Il etait donc +impossible d'en faire usage. Une nouvelle loi avait ete demandee au +corps legislatif, et on decida qu'on s'en occuperait sur-le-champ. Mais +en attendant, le dechainement continuait avec la meme violence; et +les trois directeurs composant la majorite declaraient qu'il etait +impossible de gouverner. Ils imaginerent d'appliquer a ce cas l'article +144 de la constitution, qui donnait au directoire le droit de lancer +des mandats d'arret contre les auteurs ou complices des complots trames +contre la republique. Il fallait singulierement torturer cet article +pour l'appliquer aux journalistes. Cependant, comme c'etait un moyen +d'arreter le debordement de leurs ecrits, en saisissant leurs presses +et en les arretant eux-memes, la majorite directoriale, sur l'avis de +Fouche, lanca des mandats d'arret contre les auteurs de onze journaux, +et fit mettre le scelle sur leurs presses. L'arrete fut signifie le 17 +fructidor (3 septembre) au corps legislatif, et produisit un soulevement +de la part des patriotes. On cria au coup d'etat, a la dictature, etc. + +Telle etait la situation des choses. Dans le directoire, dans les +conseils, partout enfin, les _moderes_, les _politiques_ luttaient +contre les patriotes. Les premiers avaient la majorite dans le +directoire comme dans les conseils. Les patriotes etaient en minorite, +mais ils etaient ardens, et faisaient assez de bruit pour epouvanter +leurs adversaires. Heureusement les moyens etaient uses comme les +partis, et de part et d'autre on pouvait se faire beaucoup plus de peur +que de mal. Le directoire avait ferme deux fois la nouvelle societe des +jacobins et supprime leurs journaux. Les patriotes criaient, menacaient, +mais n'avaient plus assez d'audace ni de partisans pour attaquer le +gouvernement. Dans cette situation, qui durait depuis le 30 prairial, +c'est-a-dire depuis pres de trois mois, on eut l'idee, si ordinaire a la +veille des evenemens decisifs, d'une reconciliation. Beaucoup de +deputes de tous les cotes proposerent une entrevue avec les membres du +directoire pour s'expliquer et s'entendre sur leurs griefs reciproques. +"Nous aimons tous la liberte, disaient-ils, nous voulons tous la sauver +des perils auxquels elle se trouve exposee par la defaite de nos armees; +tachons donc de nous entendre sur le choix des moyens, puisque ce choix +est notre seule cause de desunion." L'entrevue eut lieu chez Barras. Il +n'y a pas et il ne peut pas y avoir de reconciliation entre les partis, +car il faudrait qu'ils renoncassent a leur but, ce qu'on ne peut obtenir +d'une conversation. Les deputes patriotes se plaignirent de ce qu'on +parlait tous les jours de complots, de ce que le president du directoire +avait lui-meme signale une classe d'hommes dangereux et qui meditaient +la ruine de la republique. Ils demandaient qu'on designat quels etaient +ces hommes, afin de ne pas les confondre avec les patriotes. Sieyes, a +qui cette interpellation s'adressait, repondit en rappelant la conduite +des societes populaires et des journaux, et en signalant les dangers +d'une nouvelle anarchie. On lui demanda encore de designer les +veritables anarchistes, pour se reunir contre eux et les combattre. "Et +comment nous reunir contre eux, dit Sieyes, quand tous les jours +des membres du corps legislatif montent a la tribune pour les +appuyer?--C'est donc nous que vous attaquez? repartirent les deputes +auxquels Sieyes venait de faire cette reponse. Quand nous voulons nous +expliquer avec vous, vous nous injuriez et nous repoussez." L'humeur +arrivant, sur-le-champ on se separa, en s'adressant des paroles plutot +menacantes que conciliatrices. + +Immediatement apres cette entrevue, Jourdan forma le projet d'une +proposition importante, celle de declarer la patrie en danger. Cette +declaration entrainait la levee en masse et plusieurs grandes mesures +revolutionnaires. Elle fut presentee aux cinq-cents le 27 fructidor (13 +septembre). Le parti modere la combattit vivement, en disant que cette +mesure, loin d'ajouter a la force du gouvernement, ne ferait que +la diminuer, en excitant des craintes exagerees et des agitations +dangereuses. Les patriotes soutinrent qu'il fallait donner une grande +commotion pour reveiller l'esprit public et sauver la revolution. Ce +moyen, excellent en 1793, ne pouvait plus reussir aujourd'hui et n'etait +qu'une application erronee du passe. Lucien Bonaparte, Boulay (de la +Meurthe), Chenier, le combattirent vivement, et on obtint l'ajournement +au lendemain. Les patriotes des clubs avaient entoure le palais des +cinq-cents en tumulte, et ils insulterent plusieurs deputes. On +repandait que Bernadotte, presse par eux, allait monter a cheval, se +mettre a leur tete et faire une journee. Il est certain que plusieurs +des brouillons du parti l'y avaient fortement engage. On pouvait +craindre qu'il se laissat entrainer. Barras et Fouche le virent +et chercherent a s'expliquer avec lui. Ils le trouverent plein de +ressentiment contre les projets qu'il disait avoir ete formes avec +Joubert. Barras et Fouche lui assurerent qu'il n'en etait rien, et +l'engagerent a demeurer tranquille. + +Ils retournerent aupres de Sieyes, et convinrent d'arracher a Bernadotte +sa demission, sans la lui donner. Sieyes, s'entretenant le jour meme +avec Bernadotte, l'amena a dire qu'il desirait reprendre bientot un +service actif, et qu'il regarderait le commandement d'une armee comme la +plus douce recompense de son ministere. Sur-le-champ, interpretant cette +reponse comme la demande de sa demission, Sieyes, Barras et Roger-Ducos +resolurent d'ecrire a Bernadotte que sa demission etait acceptee. Ils +avaient saisi le moment ou Gohier et Moulins etaient absens pour +prendre cette determination. Le lendemain meme, la lettre fut ecrite +a Bernadotte. Celui-ci fut tout etonne, et repondit au directoire une +lettre tres-amere, dans laquelle il disait qu'on acceptait une demission +qu'il n'avait pas donnee, et demandait son traitement de reforme. La +nouvelle de cette destitution deguisee fut annoncee aux cinq-cents au +moment ou l'on allait voter sur le danger de la patrie. Elle excita +une grande rumeur. "On prepare des coups d'etat, s'ecrierent les +patriotes.--Jurons, dit Jourdan, de mourir sur nos chaises curules!--Ma +tete tombera, s'ecrie Augereau, avant qu'il soit porte atteinte a la +representation nationale." Enfin, apres un grand tumulte, on alla +aux voix. A une majorite de deux cent quarante-cinq contre cent +soixante-onze voix, la proposition de Jourdan fut rejetee, et la patrie +ne fut point declaree en danger. + +Quand les deux directeurs Gohier et Moulins apprirent le renvoi de +Bernadotte, decide sans leur participation, ils se plaignirent a leurs +collegues, en disant qu'une pareille mesure ne devait pas etre prise +sans le concours des cinq directeurs. "Nous formions la majorite, reprit +Sieyes, et nous avions le droit de faire ce que nous avons fait." +Gohier et Moulins allerent sur-le-champ rendre une visite officielle a +Bernadotte, et ils eurent soin de le faire avec le plus grand eclat. + +L'administration du departement de la Seine inspirait aussi quelque +defiance a la majorite directoriale, elle fut changee. Dubois de Crance +remplaca Bernadotte au ministere de la guerre. + +La desorganisation etait donc complete sous tous les rapports: battue au +dehors par la coalition, presque bouleversee au dedans par les partis, +la republique semblait menacee d'une chute prochaine. Il fallait qu'une +force surgit quelque part, soit pour dompter les factions, soit pour +resister aux etrangers. Cette force, on ne pouvait plus l'esperer d'un +parti vainqueur, car ils etaient tous egalement uses et discredites; +elle ne pouvait naitre que du sein des armees, ou reside la force, et la +force silencieuse, reguliere, glorieuse comme elle convient a une nation +fatiguee de l'agitation des disputes et de la confusion des volontes. Au +milieu de cette grande dissolution, les regards erraient sur les hommes +illustres pendant la revolution, et semblaient chercher un chef. _Il ne +faut plus de bavards_, avait dit Sieyes, _il faut une tete et une epee_. +La tete etait trouvee, car il etait au directoire. On cherchait une +epee. Hoche etait mort; Joubert, que sa jeunesse, sa bonne volonte, +son heroisme, recommandaient a tous les amis de la republique, venait +d'expirer a Novi. Moreau, juge le plus grand homme de guerre parmi les +generaux restes en Europe, avait laisse dans les esprits l'impression +d'un caractere froid, indecis, peu entreprenant, et peu jaloux de se +charger d'une grande responsabilite. Massena, l'un de nos plus grands +generaux, n'avait pas encore acquis la gloire d'etre notre sauveur. On +ne voyait d'ailleurs en lui qu'un soldat. Jourdan venait d'etre vaincu. +Augereau etait un esprit turbulent, Bernadotte un esprit inquiet, et +aucun des deux n'avait assez de renommee. Il y avait un personnage +immense, qui reunissait toutes les gloires, qui a cent victoires avait +joint une belle paix, qui avait porte la France au comble de la grandeur +a Campo-Formio, et qui semblait en s'eloignant avoir emporte sa fortune, +c'etait Bonaparte; mais il etait dans les contrees lointaines; il +occupait de son nom les echos de l'Orient. Seul il etait reste +victorieux, et faisait retentir aux bords du Nil et du Jourdain les +foudres dont il avait naguere epouvante l'Europe sur l'Adige. Ce n'etait +pas assez de le trouver glorieux, on le voulait interessant; on le +disait exile par une autorite defiante et ombrageuse. Tandis qu'en +aventurier il cherchait une carriere grande comme son imagination, on +croyait que, citoyen soumis, il payait par des victoires l'exil qu'on +lui avait impose. "Ou est Bonaparte? se disait-on. Sa vie deja epuisee +se consume sous un ciel devorant. Ah! s'il etait parmi nous, la +republique ne serait pas menacee d'une ruine prochaine. L'Europe et les +factions la respecteraient egalement!" Des bruits confus circulaient sur +son compte. On disait quelquefois que la victoire, infidele a tous les +generaux francais, l'avait abandonne a son tour dans une expedition +lointaine. Mais on repoussait de tels bruits; il est invincible, +disait-on; loin d'avoir essuye des revers, il marche a la conquete de +tout l'Orient. On lui pretait des projets gigantesques. Les uns allaient +jusqu'a dire qu'il avait traverse la Syrie, franchi l'Euphrate et +l'Indus; les autres qu'il avait marche sur Constantinople, et qu'apres +avoir renverse l'empire ottoman, il allait prendre l'Europe a revers. +Les journaux etaient pleins de ces conjectures, qui prouvent ce que les +imaginations attendaient de ce jeune homme. + +Le directoire lui avait mande l'ordre de revenir, et avait reuni dans +la Mediterranee une flotte immense, composee de marins francais et +espagnols, pour ramener l'armee[7]. Les freres du general, restes a +Paris, et charges de l'informer de l'etat des choses, lui avaient envoye +depeches sur depeches, pour l'instruire de l'etat de confusion ou etait +tombee la republique, et pour le presser de revenir. Mais ces avis +avaient a traverser les mers et les escadres anglaises, et on ne savait +si le heros serait averti et revenu avant la ruine de la Republique. + +[Note 7: Il faut dire que cet ordre est conteste. On connait un +arrete du directoire, signe de Treilhard, Barras et Larevelliere, et +date du 7 prairial, qui rappelle Bonaparte en Europe. Larevelliere, dans +ses memoires, declare ne pas se souvenir d'avoir donne cette signature, +et regarde l'arrete comme suppose. Cependant l'expedition maritime de +Bruix resterait alors sans explication. Du reste, il est certain que le +directoire, a cette epoque, souhaitait Bonaparte, et qu'il craignait son +ambition beaucoup moins que la ferocite de Suwarow. Si l'ordre n'est +pas authentique, il est vraisemblable, et d'ailleurs il est de peu +d'importance, car Bonaparte etait autorise a revenir quand il le +jugerait convenable.] + + + +CHAPITRE XVIII. + +SUITE DES OPERATIONS DE BONAPARTE EN EGYPTE. CONQUETE DE LA HAUTE-EGYPTE +PAR DESAIX; BATAILLE DE SEDIMAN.--EXPEDITION DE SYRIE; PRISE DU +FORT D'EL-ARISCH ET DE JAFFA; BATAILLE DU MONT-THABOR; SIEGE DE +SAINT-JEAN-D'ACRE.--RETOUR EN EGYPTE; BATAILLE D'ABOUKIR.--DEPART DE +BONAPARTE POUR LA FRANCE.--OPERATIONS EN EUROPE. MARCHE DE L'ARCHIDUC +CHARLES SUR LE RHIN, ET DE SUWAROW EN SUISSE; MOUVEMENT DE MASSENA; +MEMORABLE VICTOIRE DE ZURICH; SITUATION PERILLEUSE DE SUWAROW; SA +RETRAITE DESASTREUSE; LA FRANCE SAUVEE.--EVENEMENS EN HOLLANDE; DEFAITE +ET CAPITULATION DES ANGLO-RUSSES; EVACUATION DE LA HOLLANDE. FIN DE LA +CAMPAGNE DE 1799. + + +Bonaparte, apres la bataille des Pyramides, s'etait trouve maitre de +l'Egypte. Il avait commence a s'y etablir, et avait distribue ses +generaux dans les provinces, pour en faire la conquete. Desaix, place +a l'entree de la Haute-Egypte avec une division de trois mille hommes +environ, etait charge de conquerir cette province contre les restes +de Mourad-Bey. C'est en vendemiaire et brumaire de l'annee precedente +(octobre 1798), au moment ou l'inondation finissait, que Desaix avait +commence son expedition. L'ennemi s'etait retire devant lui et ne +l'avait attendu qu'a Sediman; la, Desaix avait livre, le 16 vendemiaire +an VII (7 octobre 1798), une bataille acharnee contre les restes +desesperes de Mourad-Bey. Aucun des combats des Francais en Egypte ne +fut aussi sanglant. Deux mille Francais eurent a lutter contre quatre +mille Mameluks et huit mille fellahs, retranches dans le village de +Sediman. La bataille se passa comme celle des Pyramides, et comme toutes +celles qui furent livrees en Egypte. Les fellahs etaient derriere les +murs du village, et les cavaliers dans la plaine. Desaix s'etait forme +en deux carres, et avait place sur ses ailes deux autres petits carres, +pour amortir le choc de la cavalerie ennemie. Pour la premiere fois, +notre infanterie fut rompue, et l'un des petits carres enfonce. Mais, +par un instinct subit et admirable, nos braves soldats se coucherent +aussitot par terre, afin que les grands carres pussent faire feu sans +les atteindre. Les Mameluks, passant sur leurs corps, chargerent les +grands carres avec furie pendant plusieurs heures de suite, et vinrent +expirer en desesperes sur les baionnettes. Suivant l'usage, les +carres s'ebranlerent ensuite, pour attaquer les retranchemens, et les +emporterent. Pendant ce mouvement, les Mameluks, decrivant un arc de +cercle, vinrent egorger les blesses sur les derrieres, mais on les +chassa bientot de ce champ de carnage, et les soldats furieux en +massacrerent un nombre considerable. Jamais plus de morts n'avaient +jonche le champ de bataille. Les Francais avaient perdu trois cents +hommes. Desaix continua sa marche pendant tout l'hiver, et apres une +suite de combats, devenu maitre de la Haute-Egypte jusqu'aux cataractes, +il fit autant redouter sa bravoure que cherir sa clemence. Au Caire, +on avait appele Bonaparte le sultan Kebir, _sultan de feu_; dans la +Haute-Egypte, Desaix fut nomme _sultan le juste_. + +Bonaparte, pendant ce temps, avait fait une marche jusqu'a Belbeys, pour +rejeter Ibrahim-Bey en Syrie, et il avait recueilli en route les debris +de la caravane de la Mecque, pillee par les Arabes. Revenu au Caire, il +continua a y etablir une administration toute francaise. Une revolte, +excitee au Caire par les agens secrets de Mourad-Bey, fut durement +reprimee, et decouragea tout a fait les ennemis des Francais[8]. L'hiver +de 1798 a 1799 s'ecoula ainsi dans l'attente des evenemens. Bonaparte +apprit dans cet intervalle la declaration de guerre de la Porte, et les +preparatifs qu'elle faisait contre lui, avec l'aide des Anglais. Elle +formait deux armees, l'une a Rhodes, l'autre en Syrie. Ces deux armees +devaient agir simultanement au printemps de 1799, l'une en venant +debarquer a Aboukir, pres d'Alexandrie, l'autre en traversant le desert +qui separe la Syrie de l'Egypte. Bonaparte sentit sur-le-champ sa +position, et voulut, suivant son usage, deconcerter l'ennemi en le +prevenant par une attaque soudaine. Il ne pouvait pas franchir le desert +qui separe l'Egypte de la Syrie, dans la belle saison, et il resolut +de profiter de l'hiver pour aller detruire les rassemblemens qui se +formaient a Acre, a Damas, et dans les villes principales. Le celebre +pacha d'Acre, Djezzar, etait nomme seraskier de l'armee reunie en Syrie. +Abdallah, pacha de Damas, commandait son avant-garde, et s'etait avance +jusqu'au fort d'El-Arisch, qui ouvre l'Egypte du cote de la Syrie. +Bonaparte voulut agir sur-le-champ. Il avait des intelligences parmi +les peuplades du Liban. Les Druses, tribus chretiennes, les Mutualis, +mahometans schismatiques, lui offraient leur secours, et l'appelaient de +tous leurs voeux. En brusquant l'assaut de Jaffa, d'Acre et de quelques +places mal fortifiees, il pouvait s'emparer en peu de temps de la Syrie, +ajouter cette belle conquete a celle de l'Egypte, devenir maitre +de l'Euphrate comme il l'etait du Nil, et avoir alors toutes les +communications avec l'Inde. Son ardente imagination allait plus loin +encore, et formait quelques-uns des projets que ses admirateurs lui +pretaient en Europe. Il n'etait pas impossible qu'en soulevant +les peuplades du Liban, il reunit soixante ou quatre-vingt mille +auxiliaires, et qu'avec ces auxiliaires, appuyes de vingt-cinq mille +soldats, les plus braves de l'univers, il marchat sur Constantinople +pour s'en emparer. Que ce projet gigantesque fut executable ou non, il +est certain qu'il occupait son imagination; et quand on a vu ce qu'il +a fait aide de la fortune, on n'ose plus declarer insense aucun de ses +projets. + +[Note 8: Cet evenement eut lieu le 30 vendemiaire an VII (21 octob. +1798).] + +Bonaparte se mit en marche en pluviose (premiers jours de fevrier), a +la tete des divisions Kleber, Regnier, Lannes, Bon et Murat, fortes de +treize mille hommes environ. La division de Murat etait composee de la +cavalerie. Bonaparte avait cree un regiment d'une arme toute nouvelle: +c'etait celui des dromadaires. Deux hommes, assis dos a dos, etaient +portes sur un dromadaire, et pouvaient, grace a la force et a la +celerite de ces animaux, faire vingt-cinq ou trente lieues sans +s'arreter. Bonaparte avait forme ce regiment pour donner la chasse aux +Arabes, qui infestaient les environs de l'Egypte. Ce regiment suivait +l'armee d'expedition. Bonaparte ordonna en outre au contre-amiral Perree +de sortir d'Alexandrie avec trois fregates, et de venir sur la cote de +Syrie pour y transporter l'artillerie de siege et des munitions. Il +arriva devant le fort d'El-Arisch le 29 pluviose (17 fevrier). Apres un +peu de resistance, la garnison se rendit prisonniere au nombre de +treize cents hommes. On trouva dans le fort des magasins considerables. +Ibrahim-Bey ayant voulu le secourir, fut mis en fuite; son camp resta +au pouvoir des Francais, et leur procura un butin immense. Les soldats +eurent beaucoup a souffrir en traversant le desert, mais ils voyaient +leur general marchant a leurs cotes, supportant, avec une sante debile, +les memes privations, les memes fatigues, et ils n'osaient se +plaindre. Bientot on arriva a Gasah; on prit cette place a la vue de +Djezzar-Pacha, et on y trouva comme dans le fort d'El-Arisch, beaucoup +de materiel et d'approvisionnemens. De Gasah l'armee se dirigea sur +Jaffa, l'ancienne Joppe. Elle y arriva le 13 ventose (3 mars). Cette +place etait entouree d'une grosse muraille flanquee de tours. Elle +renfermait quatre mille hommes de garnison. Bonaparte la fit battre en +breche, et puis somma le commandant, qui pour toute reponse coupa la +tete au parlementaire. L'assaut fut donne, la place emportee avec une +audace extraordinaire, et livree a trente heures de pillage et de +massacres. On y trouva encore une quantite considerable d'artillerie et +de vivres de toute espece. Il restait quelques mille prisonniers, qu'on +ne pouvait pas envoyer en Egypte, parce qu'on n'avait pas les moyens +ordinaires de les faire escorter, et qu'on ne voulait pas renvoyer a +l'ennemi, dont ils auraient grossi les rangs. Bonaparte se decida a une +mesure terrible, et qui est le seul acte cruel de sa vie. Transporte +dans un pays barbare, il en avait involontairement adopte les moeurs: il +fit passer au fil de l'epee les prisonniers qui lui restaient. L'armee +consomma avec obeissance, mais avec une espece d'effroi, l'execution +qui lui etait commandee. Nos soldats prirent en s'arretant a Jaffa les +germes de la peste. + +Bonaparte s'avanca ensuite sur Saint-Jean-d'Acre, l'ancienne Ptolemais, +situe au pied du mont Carmel. C'etait la seule place qui put encore +l'arreter. La Syrie etait a lui s'il pouvait l'enlever. Mais Djezzar +s'y etait enferme avec toutes ses richesses et une forte garnison. Il +comptait sur l'appui de Sidney-Smith, qui croisait dans ces parages, +et qui lui fournit des ingenieurs, des canonniers et des munitions. Il +devait d'ailleurs etre bientot secouru par l'armee turque reunie en +Syrie, qui s'avancait de Damas pour franchir le Jourdain. Bonaparte se +hata d'attaquer la place pour l'enlever comme celle de Jaffa, avant +qu'elle fut renforcee de nouvelles troupes, et que les Anglais eussent +le temps d'en perfectionner la defense. On ouvrit aussitot la tranchee. +Malheureusement l'artillerie de siege, qui devait venir par mer +d'Alexandrie, avait ete enlevee par Sidney-Smith. On avait pour toute +artillerie de siege et de campagne, une caronade de trente-deux, quatre +pieces de douze, huit obusiers, et une trentaine de pieces de quatre. +On manquait de boulets, mais on imagina un moyen de s'en procurer. +On faisait paraitre sur la plage quelques cavaliers; a cette vue +Sidney-Smith faisait un feu roulant de toutes ses batteries, et les +soldats, auxquels on donnait cinq sous par boulet, allaient les ramasser +au milieu de la canonnade et de rires universels. + +La tranchee avait ete ouverte le 30 ventose (20 mars). Le general du +genie Sanson, croyant etre arrive dans une reconnaissance de nuit au +pied du rempart, declara qu'il n'y avait ni contrescarpe ni fosse. On +crut n'avoir a pratiquer qu'une simple breche et a monter ensuite a +l'assaut. Le 5 germinal (25 mars), on fit breche, on se presenta a +l'assaut, et on fut arrete par une contrescarpe et un fosse. Alors on se +mit sur-le-champ a miner. L'operation se faisait sous le feu de tous les +remparts et de la belle artillerie que Sidney-Smith nous avait enlevee. +Il avait donne a Djezzar d'excellens pointeurs anglais, et un ancien +emigre, Phelippeaux, officier du genie d'un grand merite. La mine sauta +le 8 germinal (28 mars), et n'emporta qu'une partie de la contrescarpe. +Vingt-cinq grenadiers, a la suite du jeune Mailly, monterent a l'assaut. +En voyant ce brave officier poser une echelle, les Turcs furent +epouvantes, mais Mailly tomba mort. Les grenadiers furent alors +decourages, les Turcs revinrent, deux bataillons qui suivaient furent +accueillis par une horrible fusillade; leur commandant Laugier fut tue, +et l'assaut manqua encore. + +Malheureusement la place venait de recevoir plusieurs mille hommes de +renfort, une grande quantite de canonniers exerces a l'europeenne, et +des munitions immenses. C'etait un grand siege a executer avec treize +mille hommes, et presque sans artillerie. Il fallait ouvrir un nouveau +puits de mine pour faire sauter la contrescarpe entiere, et commencer un +autre cheminement. On etait au 12 germinal (1er avril). Il y avait deja +dix jours d'employes devant la place; on annoncait l'approche de la +grande armee turque; il fallait poursuivre les travaux et couvrir le +siege, et tout cela avec la seule armee d'expedition. Le general en chef +ordonna qu'on travaillat sans relache a miner de nouveau, et detacha la +division Kleber vers le Jourdain pour en disputer le passage a l'armee +venant de Damas. + +Cette armee, reunie aux peuplades des montagnes de Naplouse, s'elevait +a environ vingt-cinq mille hommes. Plus de douze mille cavaliers en +faisaient la force. Elle trainait un bagage immense. Abdallah, pacha de +Damas, en avait le commandement. Elle passa le Jourdan au pont d'Iacoub, +le 15 germinal (4 avril). Junot, avec l'avant-garde de Kleber, forte de +cinq cents hommes au plus, rencontra les avant-gardes turques sur la +route de Nazareth le 19 (8 avril). Loin de reculer, il brava hardiment +l'ennemi, et, forme en carre, couvrit le champ de bataille de morts, et +prit cinq drapeaux. Mais oblige de ceder au nombre, il se replia sur la +division Kleber. Celle-ci s'avancait, et hatait sa marche pour rejoindre +Junot. Bonaparte, instruit de la force de l'ennemi, se detacha avec la +division Bon, pour soutenir Kleber, et livrer une bataille decisive. +Djezzar, qui se concertait avec l'armee qui venait le debloquer, voulut +faire une sortie; mais, mitraille a outrance, il laissa nos ouvrages +couverts de ses morts; Bonaparte se mit aussitot en marche. + +Kleber, avec sa division, avait debouche dans les plaines qui s'etendent +au pied du mont Thabor, non loin du village de Fouli. Il avait eu l'idee +de surprendre le camp turc pendant la nuit, mais il etait arrive trop +tard pour y reussir. Le 21 germinal (16 avril) au matin, il trouva +toute l'armee turque en bataille. Quinze mille fantassins occupaient le +village de Fouli, plus de douze mille cavaliers se deployaient dans la +plaine. Kleber avait a peine trois mille fantassins en carre. Toute +cette cavalerie s'ebranla et fondit sur nos carres. Jamais les Francais +n'avaient vu tant de cavaliers caracoler, charger, se mouvoir dans tous +les sens. Ils conserverent leur sang-froid accoutume, et les recevant a +bout portant par un feu terrible, ils en abattirent a chaque charge un +nombre considerable. Bientot ils eurent forme autour d'eux un rempart +d'hommes et de chevaux, et abrites par cet horrible abatis, ils purent +resister six heures de suite a toute la furie de leurs adversaires. Dans +le moment Bonaparte debouchait du mont Thabor avec la division Bon. Il +vit la plaine couverte de feu et de fumee, et la brave division Kleber +resistant, a l'abri d'une ligne de cadavres. Sur-le-champ, il partagea +la division qu'il amenait en deux carres; ces deux carres s'avancerent +de maniere a former un triangle equilateral avec la division Kleber, et +mirent ainsi l'ennemi au milieu d'eux. Ils marcherent en silence, et +sans donner aucun signe de leur approche, jusqu'a une certaine distance: +puis tout a coup Bonaparte fit tirer un coup de canon, et se montra +alors sur le champ de bataille. Un feu epouvantable partant aussitot des +trois extremites de ce triangle, assaillit les Mameluks qui etaient au +milieu, les fit tourbillonner sur eux-memes, et fuir en desordre dans +toutes les directions. La division Kleber, redoublant d'ardeur a cette +vue, s'elanca sur le village de Fouli, l'enleva a la baionnette, et +fit un grand carnage de l'ennemi. En un instant toute cette multitude +s'ecoula, et la plaine ne fut plus couverte que de morts. Le camp turc, +les trois queues du pacha, quatre cents chameaux, un butin immense, +devinrent la proie des Francais. Murat, place sur les bords du Jourdain, +tua un grand nombre de fugitifs. Bonaparte fit bruler tous les villages +des Naplousins. Six mille Francais avaient detruit cette armee, que les +habitans disaient innombrable _comme les etoiles du ciel et les sables +de la mer_. + +Pendant cet intervalle, on n'avait cesse de miner, de contre-miner +autour des murs de Saint-Jean-d'Acre. On se disputait un terrain +bouleverse par l'art des sieges. Il y avait un mois et demi qu'on etait +devant la place, on avait tente beaucoup d'assauts, repousse beaucoup +de sorties, tue beaucoup de monde a l'ennemi; mais malgre de continuels +avantages, on faisait d'irreparables pertes de temps et d'hommes. Le 18 +floreal (7 mai), il arriva dans le port d'Acre un renfort de douze mille +hommes. Bonaparte, calculant qu'ils ne pourraient pas etre debarques +avant six heures, fait sur-le-champ jouer une piece de vingt-quatre sur +un pan de mur; c'etait a la droite du point ou depuis quelque temps +on deployait tant d'efforts. La nuit venue, on monte a la breche, on +envahit les travaux de l'ennemi, on les comble, on encloue les pieces, +on egorge tout, enfin on est maitre de la place, lorsque les troupes +debarquees s'avancent en bataille, et presentent une masse effrayante. +Rambaut, qui commandait les premiers grenadiers montes a l'assaut, est +tue. Lannes est blesse. Dans le meme moment, l'ennemi fait une sortie, +prend la breche a revers, et coupe la retraite aux braves qui avaient +penetre dans la place. Les uns parviennent a ressortir; les autres, +prenant un parti desespere, s'enfuient dans une mosquee, s'y +retranchent, y epuisent leurs dernieres cartouches, et sont prets a +vendre cherement leur vie, lorsque Sydney-Smith, touche de tant de +bravoure, leur fait accorder une capitulation. Pendant ce temps, les +troupes de siege, marchant sur l'ennemi, le ramenent dans la place, +apres en avoir fait un carnage epouvantable, et lui avoir enleve huit +cents prisonniers. Bonaparte, obstine jusqu'a la fureur, donne deux +jours de repos a ses troupes, et le 21 (10 mai) ordonne un nouvel +assaut. On y monte avec la meme bravoure, on escalade la breche; mais on +ne peut pas la depasser. Il y avait toute une armee gardant la place et +defendant toutes les rues. Il fallut y renoncer. + +Il y avait deux mois qu'on etait devant Acre, on avait fait des pertes +irreparables, et il eut ete imprudent de s'exposer a en faire davantage. +La peste etait dans cette ville, et l'armee en avait pris le germe a +Jaffa. La saison des debarquemens approchait, et on annoncait l'arrivee +d'une armee turque vers les bouches du Nil. En s'obstinant davantage, +Bonaparte pouvait s'affaiblir, au point de ne pouvoir repousser de +nouveaux ennemis. Le fond de ses projets etait realise, puisqu'il avait +detruit les rassemblemens formes en Syrie, et que de ce cote il avait +reduit l'ennemi a l'impuissance d'agir. Quant a la partie brillante de +ces memes projets, quant a ces vagues et merveilleuses esperances de +conquetes en Orient, il fallait y renoncer. Il se decida enfin a lever +le siege. Mais son regret fut tel, que, malgre sa destinee inouie, on +lui a entendu repeter souvent, en parlant de Sidney-Smith: _Cet homme +m'a fait manquer ma fortune_. Les Druses, qui pendant le siege avaient +nourri l'armee, toutes les peuplades ennemies de la Porte, apprirent sa +retraite avec desespoir. + +Il avait commence le siege le 30 ventose (20 mars), il le leva le 1er +prairial (20 mai): il y avait employe deux mois. Avant de quitter +Saint-Jean-d'Acre, il voulait laisser une terrible trace de son passage: +il accabla la ville de ses feux, et la laissa presque reduite en +cendres. Il reprit la route du desert. Il avait perdu par le feu, les +fatigues ou les maladies, pres du tiers de son armee d'expedition, +c'est-a-dire environ quatre mille hommes. Il emmenait douze cents +blesses. Il se mit en marche pour repasser le desert. Il ravagea sur sa +route tout le pays, et y imprima une profonde terreur. Arrive a Jaffa, +il en fit sauter les fortifications. Il y avait la une ambulance pour +nos pestiferes. Les emporter etait impossible: en ne les emportant pas, +on les laissait exposes a une mort inevitable, soit par la maladie, soit +par la faim, soit par la cruaute de l'ennemi. Aussi Bonaparte dit-il +au medecin Desgenettes, qu'il y aurait bien plus d'humanite a leur +administrer de l'opium qu'a leur laisser la vie; a quoi ce medecin fit +cette reponse, fort vantee: _Mon metier est de les guerir, et non de les +tuer_. On ne leur administra point d'opium, et ce fait servit a propager +une calomnie indigne, et aujourd'hui detruite. + +Bonaparte rentra enfin en Egypte apres une expedition de pres de trois +mois. Il etait temps qu'il y arrivat. L'esprit d'insurrection s'etait +repandu dans tout le Delta. Un imposteur, qui s'appelait l'ange +El-Mohdhy, qui se disait invulnerable, et qui pretendait chasser les +Francais en soulevant de la poussiere, avait reuni quelques mille +insurges. Les agens des Mamelucks l'aidaient de leur concours; il +s'etait empare de Damanhour, et en avait egorge la garnison. Bonaparte +envoya un detachement, qui dispersa les insurges, et tua l'ange +invulnerable. Le trouble s'etait communique aux differentes provinces du +Delta; sa presence ramena partout la soumission et le calme. Il ordonna +au Caire des fetes magnifiques, pour celebrer ses triomphes en Syrie. +Il n'avouait pas la partie manquee de ses projets, mais il vantait avec +raison les nombreux combats livres en Syrie, la belle bataille du mont +Thabor, les vengeances terribles exercees contre Djezzar. Il repandit +de nouvelles publications aux habitans, dans lesquelles ils leur disait +qu'il etait dans le secret de leurs pensees, et devinait leurs projets +a l'instant ou ils les formaient. Ils ajouterent foi a ces etranges +paroles du sultan Kebir et le croyaient present a toutes leurs pensees. +Bonaparte n'avait pas seulement a contenir les habitans, mais encore ses +generaux et l'armee elle-meme. Un mecontentement sourd y regnait. Ce +mecontentement ne provenait ni des fatigues, ni des dangers, ni surtout +des privations, car l'armee ne manquait de rien, mais de l'amour du +pays, qui poursuit le Francais en tous lieux. Il y avait un an entier +qu'on etait en Egypte, et depuis pres de six mois on n'avait aucune +nouvelle de France. Aucun navire n'avait pu passer: une sombre tristesse +devorait tous les coeurs. Chaque jour les officiers et les generaux +demandaient des conges pour repasser en Europe. Bonaparte en accordait +peu, ou bien y ajoutait de ces paroles qu'on redoutait comme le +deshonneur. Berthier lui-meme, son fidele Berthier, devore d'une vieille +passion, demandait a revoir l'Italie. Il fut honteux pour la seconde +fois de sa faiblesse, et renonca a partir. Un jour l'armee avait forme +le projet d'enlever ses drapeaux du Caire, et de marcher sur Alexandrie +pour s'y embarquer. Mais elle n'en eut que la pensee, et n'osa jamais +braver son general. Les lieutenans de Bonaparte, qui donnaient tous +l'exemple des murmures, se taisaient des qu'ils etaient devant lui, et +pliaient sous son ascendant. Il avait eu plus d'un demele avec Kleber. +L'humeur de celui-ci ne venait pas de decouragement, mais de son +indocilite accoutumee. Il s'etaient toujours raccommodes, car Bonaparte +aimait la grande ame de Kleber, et Kleber etait seduit par le genie de +Bonaparte. + +On etait en prairial (juin). L'ignorance des evenemens de l'Europe et +des desastres de la France etait toujours la meme. On savait seulement +que le continent etait dans une veritable confusion et qu'une nouvelle +guerre etait inevitable. Bonaparte attendait impatiemment de nouveaux +details, pour prendre un parti et retourner, s'il le fallait, sur le +premier theatre de ses exploits. Mais avant, il voulait detruire la +seconde armee turque, reunie a Rhodes, dont on annoncait le debarquement +tres prochain. + +Cette armee, montee sur de nombreux transports, et escortee par la +division navale de Sydney-Smith, parut le 23 messidor (11 juillet) a +la vue d'Alexandrie, et vint mouiller a Aboukir, la meme rade ou notre +escadre avait ete detruite. Le point de debarquement choisi par les +Anglais etait la presqu'ile qui ferme cette rade, et qui porte le meme +nom. Cette presqu'ile etroite s'avance entre la mer et le lac Madieh, et +vient se terminer par un fort. Bonaparte avait ordonne a Marmont, qui +commandait a Alexandrie, de perfectionner la defense du fort, et de +detruire le village d'Aboukir, place tout autour. Mais au lieu de +detruire le village, on avait voulu le conserver pour y loger les +soldats, et on l'avait simplement entoure d'une redoute pour le proteger +du cote de la terre. Mais la redoute, ne joignant pas les deux bords de +la mer, ne presentait pas un ouvrage ferme, et associait le sort du fort +a celui d'un simple ouvrage de campagne. Les Turcs en effet debarquerent +avec beaucoup de hardiesse, aborderent les retranchemens le sabre au +poing, les enleverent, et s'emparerent du village d'Aboukir, dont ils +egorgerent la garnison. Le village pris, le fort ne pouvait guere tenir, +et fut oblige de se rendre. Marmont, commandant a Alexandrie, en etait +sorti a la tete de douze cents hommes, pour courir au secours des +troupes d'Aboukir. Mais, apprenant que les Turcs etaient debarques en +nombre considerable, il n'osa pas tenter de les jeter a la mer par une +attaque hardie. Il rentra dans Alexandrie, et les laissa s'etablir +tranquillement dans la presqu'ile d'Aboukir. + +Les Turcs etaient a peu pres dix-huit mille hommes d'infanterie. Ce +n'etaient pas de ces miserables fellahs qui composaient l'infanterie +des Mamelucks; c'etaient de braves janissaires, portant un fusil sans +baionnette, le rejetant en bandouliere sur le dos quand ils avaient fait +feu, puis s'elancant sur l'ennemi le pistolet et le sabre a la main. Ils +avaient une artillerie nombreuse et bien servie; et ils etaient diriges +par des officiers anglais. Ils manquaient de cavalerie, car ils avaient +a peine amene trois cents chevaux; mais ils attendaient l'arrivee de +Mourad-Bey, qui devait quitter la Haute-Egypte, longer le desert, +traverser les oasis, et venir se jeter a Aboukir avec deux a trois mille +Mamelucks. + +Quand Bonaparte apprit les details du debarquement, il quitta le +Caire sur-le-champ, et fit du Caire a Alexandrie une de ces marches +extraordinaires dont il avait donne tant d'exemples en Italie. Il +emmenait avec lui les divisions Lannes, Bon et Murat. Il avait ordonne a +Desaix d'evacuer la Haute-Egypte, a Kleber et Regnier, qui etaient +dans le Delta, de se rapprocher d'Aboukir. Il avait choisi le point de +Birket, intermediaire entre Alexandrie et Aboukir, pour y concentrer ses +forces, et manoeuvrer suivant les circonstances. Il craignait qu'une +armee anglaise ne fut debarquee avec l'armee turque. + +Mourad-Bey, suivant le plan convenu avec Mustapha-Pacha, avait essaye +de descendre dans la Basse-Egypte; mais rencontre, battu par Murat, il +avait ete oblige de regagner le desert. Il ne restait a combattre +que l'armee turque, privee de cavalerie, mais campee derriere des +retranchemens, et disposee a y resister avec son opiniatrete accoutumee. +Bonaparte, apres avoir jete un coup d'oeil sur Alexandrie, et sur les +beaux travaux executes par le colonel Cretin, apres avoir reprimande son +lieutenant Marmont, qui n'avait pas ose attaquer les Turcs au moment du +debarquement, quitta Alexandrie le 6 thermidor (24 juillet). Il etait +le lendemain 7 a l'entree de la presqu'ile. Son projet etait d'abord +d'enfermer l'armee turque par des retranchemens, et d'attendre, pour +attaquer, l'arrivee de toutes ses divisions; car il n'avait sous la main +que les divisions Lannes, Bon, Murat, environ six mille hommes. Mais +a la vue des dispositions faites par les Turcs, il changea d'avis, et +resolut de les attaquer sur-le-champ, esperant les renfermer dans le +village d'Aboukir, et les accabler d'obus et de bombes. + +Les Turcs occupaient le fond de la presqu'ile, qui est fort etroite. Ils +etaient couverts par deux lignes de retranchemens. A une demi-lieue en +avant du village d'Aboukir, ou etait leur camp, ils avaient occupe deux +mamelons de sables, appuyant l'un a la mer, l'autre au lac de Madieh, et +formant ainsi leur droite et leur gauche. Au centre de ces deux mamelons +etait un village, qu'ils gardaient aussi. Ils avaient mille hommes au +mamelon de droite, deux mille a celui de gauche, et trois a quatre mille +hommes dans le village. Telle etait leur premiere ligne. La seconde +etait au village meme d'Aboukir. Elle se composait de la redoute +construite par les Francais, et se joignait a la mer par deux boyaux. +Ils avaient place la leur camp principal et le gros de leurs forces. + +Bonaparte fit ses dispositions avec sa promptitude et sa precision +accoutumees. Il ordonna au general Destaing de marcher avec quelques +bataillons sur le mamelon de gauche, ou etaient les mille Turcs; a +Lannes, de marcher sur le mamelon de droite, ou etaient les deux mille +autres, et a Murat, qui etait au centre, de faire filer la cavalerie sur +les derrieres des deux mamelons. Ces dispositions sont executees avec +une grande precision: Destaing marche sur le mamelon de gauche, et le +gravit hardiment; Murat le fait tourner par un escadron. Les Turcs, a +cette vue, abandonnent leur poste, rencontrent la cavalerie qui les +sabre et les pousse dans la mer, ou ils aiment mieux se jeter que de se +rendre. Vers la droite, la meme operation s'execute. Lannes aborde les +deux mille Mamelucks; Murat les tourne; ils sont egalement sabres et +jetes dans la mer. Destaing et Lannes se portent ensuite vers le centre, +forme par un village, et l'attaquent de front. Les Turcs s'y defendent +bravement, comptant sur un secours de la seconde ligne. Une colonne, en +effet, se detache du camp d'Aboukir; mais Murat, qui a deja file sur le +derriere du village, sabre cette colonne, et la repousse dans Aboukir. +L'infanterie de Destaing et celle de Lannes entrent au pas de charge +dans le village, en chassent les Turcs, qu'on pousse dans toutes les +directions, et qui, s'obstinant toujours a ne pas se rendre, n'ont pour +retraite que la mer, ou ils se noient. + +Deja quatre a cinq mille avaient peri de cette maniere; la premiere +ligne etait emportee; le but de Bonaparte etait rempli, et il pouvait, +resserrant les Turcs dans Aboukir, les bombarder, en attendant l'arrivee +de Kleber et de Regnier. Mais il veut profiter de son succes, et achever +sa victoire a l'instant meme. Apres avoir laisse reprendre haleine a ses +troupes, il marche sur la seconde ligne. La division Lanusse, restee +en reserve, appuie Lannes et Destaing. La redoute qui couvrait Aboukir +etait difficile a emporter; elle renfermait neuf a dix mille Turcs. Vers +la droite, un boyau la joignait a la mer; vers la gauche, un autre boyau +la prolongeait, mais sans joindre tout a fait le lac Madieh. L'espace +ouvert etait occupe par l'ennemi, et balaye par de nombreuses +canonnieres. Bonaparte, habitue a porter ses soldats sur les plus +formidables obstacles, les dirige sur la position ennemie. Ses divisions +d'infanterie marchent sur le front et la droite de la redoute. La +cavalerie, cachee dans un bois de palmiers, doit l'attaquer par la +gauche, et traverser, sous le feu des canonnieres, l'espace laisse +ouvert entre la redoute et le lac Madieh. La charge s'execute; Lannes et +Destaing poussent leur brave infanterie en avant; la 32e marche l'arme +au bras sur les retranchemens, la 18e les tourne par l'extreme droite. +L'ennemi, sans les attendre, s'avance a leur rencontre. On se joint +corps a corps. Les soldats turcs, apres avoir tire leur coup de fusil +et leurs deux coups de pistolet, font etinceler leur sabre. Ils veulent +saisir les baionnettes avec leurs mains; mais ils les recoivent dans +les flancs, avant d'avoir pu les saisir. On s'egorge ainsi sur les +retranchemens. Deja la 18e est pres d'arriver dans la redoute; mais un +feu terrible d'artillerie la repousse et la ramene au pied des ouvrages. +Le brave Leturcq est tue glorieusement en voulant se retirer le dernier; +Fugieres perd un bras. Murat, de son cote, s'etait avance avec sa +cavalerie, pour franchir l'espace compris entre la redoute et le lac +Madieh. Plusieurs fois il s'etait elance et avait refoule l'ennemi; +mais, pris entre les feux de la redoute et des canonnieres, il avait +ete oblige de se reployer en arriere. Quelques-uns de ses cavaliers +s'etaient meme avances jusqu'aux fosses de la redoute; les efforts +de tant de braves paraissaient devoir etre impuissans. Bonaparte +contemplait ce carnage, attendant le moment favorable pour revenir a +la charge. Heureusement les Turcs, suivant leur usage, sortent des +retranchemens pour venir couper les tetes des morts. Bonaparte saisit +cet instant, lance deux bataillons, l'un de la 22e, l'autre de la 69, +qui marchent sur les retranchemens et s'en emparent. A la droite, la 18e +profite aussi de l'occasion, et entre dans la redoute. Murat, de son +cote, ordonne une nouvelle charge. L'un de ses escadrons traverse cet +espace si redoutable qui regne entre les retranchemens et le lac, et +penetre dans le village d'Aboukir. Alors les Turcs effrayes fuient de +toutes parts; on en fait un carnage epouvantable. On les pousse la +baionnette dans les reins, et on les precipite dans la mer. Murat, a la +tete de ses cavaliers, penetre dans le camp de Mustapha-Pacha. Celui-ci, +saisi de desespoir, prend un pistolet, et le tire sur Murat qu'il blesse +legerement. Murat lui coupe deux doigts d'un coup de sabre, et l'envoie +prisonnier a Bonaparte. Les Turcs qui ne sont ni tues ni noyes se +retirent dans le fort d'Aboukir. + +Plus de douze mille cadavres flottaient sur cette mer d'Aboukir, qui +naguere avait ete couverte des corps de nos marins: deux ou trois mille +avaient peri par le feu ou le fer. Les autres, enfermes dans ce fort, +n'avaient plus d'autre ressource que la clemence du vainqueur. Telle est +cette extraordinaire bataille, ou, pour la premiere fois peut-etre, dans +l'histoire de la guerre, l'armee ennemie fut detruite tout entiere. +C'est dans cette occasion que Kleber, arrivant a la fin du jour, saisit +Bonaparte au milieu du corps, et s'ecria: _General, vous etes grand +comme le monde!_ + +Ainsi, soit par l'expedition de Syrie, soit par la bataille d'Aboukir, +l'Egypte etait delivree, du moins momentanement, des forces de la Porte. +La situation de l'armee francaise pouvait etre regardee comme assez +rassurante. Apres toutes les pertes qu'elle avait faites, elle comptait +vingt-cinq mille hommes environ, mais les plus braves et les mieux +commandes de l'univers. Chaque jour devait la faire mieux sympathiser +avec les habitans, et consolider son etablissement. Bonaparte y etait +depuis un an: arrive en ete avant l'inondation, il avait employe les +premiers momens a s'emparer d'Alexandrie et de la capitale, ce qu'il +avait obtenu par la bataille des Pyramides. Apres l'inondation, et en +automne, il avait acheve la conquete du Delta, et confie a Desaix la +conquete de la Haute-Egypte. En hiver, il avait tente l'expedition de +Syrie, et detruit l'armee turque de Djezzar au mont Thabor. Il venait, +en ete, de detruire la seconde armee de la Porte a Aboukir. Le temps +avait donc ete aussi bien employe que possible; et tandis que la +victoire abandonnait en Europe les drapeaux de la France, elle leur +restait fidele en Afrique et en Asie. Les trois couleurs flottaient +triomphantes sur le Nil et le Jourdain, sur les lieux memes d'ou est +partie la religion du Christ. + +Bonaparte ignorait encore ce qui se passait en France, aucune des +depeches du directoire ni de ses freres ne lui etant arrivee: il etait +devore d'inquietude. Pour tacher d'obtenir quelques nouvelles, il +faisait croiser des bricks avec ordre d'arreter les vaisseaux de +commerce, et de s'instruire par eux des evenemens qui se passaient en +Europe. Il envoya a la flotte turque un parlementaire qui, sous le +pretexte de negocier un echange de prisonniers, devait tacher d'obtenir +quelques nouvelles. Sidney-Smith arreta ce parlementaire, l'accueillit +fort bien, et voyant que Bonaparte ignorait les desastres de la France, +se fit un malin plaisir de lui donner un paquet de tous les journaux. Le +parlementaire revint, et remit le paquet a Bonaparte. Celui-ci passa une +nuit entiere a devorer ces feuilles, et a s'instruire de tout ce qui +se passait dans sa patrie. Sur-le-champ sa determination fut prise: +il resolut de s'embarquer secretement pour l'Europe, et d'essayer la +traversee, au risque d'etre saisi en route par les flottes anglaises. +Il demanda le contre-amiral Gantheaume, et lui enjoignit de mettre les +fregates _le Muiron_ et _la Carrere_ en etat de faire voile. Il ne fit +part de son projet a personne, courut au Caire pour faire toutes ses +dispositions, redigea une longue instruction pour Kleber, auquel il +voulait laisser le commandement de l'armee, et repartit aussitot apres +pour Alexandrie. + +Le 5 fructidor (22 aout), emmenant avec lui Berthier, Lannes, Murat, +Andreossy, Marmont, Bertholet et Monge, il se rendit, escorte de +quelques-uns de ses guides, sur une plage ecartee. Quelques canots +etaient prepares; ils s'embarquerent, et monterent sur les deux fregates +_le Muiron_ et _la Carrere_. Elles etaient suivies des chebecks _la +Revanche_ et _la Fortune_. A l'instant meme on mit a la voile, pour +n'etre plus au jour en vue des croiseurs anglais. Malheureusement +un calme survint; on trembla d'etre surpris, on voulait rentrer a +Alexandrie; Bonaparte ne le voulut pas. "Soyez tranquilles, dit-il, nous +passerons." Comme Cesar, il comptait sur la fortune. + +Ce n'etait pas, comme on l'a dit, une lache desertion; car il laissait +une armee victorieuse, pour aller braver des dangers de tout genre, +et, le plus horrible de tous, celui d'aller porter des fers a Londres. +C'etait une de ces temerites par lesquelles les grands ambitieux tentent +le ciel, et auxquelles ils doivent ensuite cette confiance immense qui +tour a tour les eleve et les precipite. + +Tandis que cette grande destinee etait commise au hasard des vents ou +d'une rencontre, la victoire revenait sous nos drapeaux en Europe, et +la republique sortait, par un sublime effort, des perils auxquels nous +venons de la voir exposee. Massena etait toujours sur la ligne de la +Limmat, differant le moment de reprendre l'offensive. L'armee d'Italie, +apres avoir perdu la bataille de Novi, s'etait dispersee dans l'Apennin. +Heureusement Suwarow ne profitait pas mieux de la victoire de Novi que +de celle de la Trebbia, et perdait dans le Piemont un temps que la +France employait en preparatifs. Dans ce moment, le conseil aulique, +aussi peu constant dans ses plans que l'avait ete le directoire, en +imagina un qui ne pouvait manquer de changer la face des evenemens. Il +etait jaloux de l'autorite que Suwarow avait voulu exercer en Italie, et +avait vu avec peine que ce general eut ecrit au roi de Sardaigne pour +le rappeler dans ses etats. Le conseil aulique avait des vues sur le +Piemont, et tenait a en ecarter le vieux marechal. De plus, il regnait +peu d'accord entre les Russes et les Autrichiens; et ces raisons reunies +deciderent le conseil aulique a changer entierement la distribution +des troupes sur la ligne d'operation. Les Russes etaient meles aux +Autrichiens sur les deux theatres de la guerre. Korsakoff operait en +Suisse avec l'archiduc Charles, et Suwarow avec Melas en Italie. Le +conseil aulique imagina de transporter l'archiduc Charles sur le Rhin, +et Suwarow en Suisse. De cette maniere les deux armees russes devaient +agir toutes deux en Suisse. Les Autrichiens devaient agir seuls sur le +Rhin; ils devaient aussi agir seuls en Italie, ou ils allaient etre +bientot renforces par une nouvelle armee, destinee a remplir le +vide laisse par Suwarow. Le conseil aulique donna pour raison de ce +changement, qu'il fallait faire combattre ensemble les troupes de chaque +nation; que les Russes trouveraient en Suisse une temperature plus +analogue a leur climat, et que le mouvement de l'archiduc Charles sur +le Rhin seconderait l'expedition de Hollande. L'Angleterre ne pouvait +manquer d'approuver ce plan, car elle esperait beaucoup, pour +l'expedition de Hollande, de la presence de l'archiduc Charles sur le +Rhin, et elle n'etait pas fachee que les Russes, entres deja a Corfou, +et ayant le projet de s'emparer de Malte, fussent ecartes de Genes. + +Ce revirement, execute en presence de Massena, etait excessivement +dangereux, et d'ailleurs il transportait les Russes sur un theatre qui +ne leur convenait pas du tout. Ces soldats, habitues a charger en plaine +et a la baionnette, ne savaient pas tirer un coup de fusil; et ce qu'il +faut par-dessus tout dans les montagnes, ce sont d'habiles tirailleurs. +Le conseil aulique qui, suivant l'esprit des cabinets, faisait passer +les raisons politiques avant les raisons militaires, defendit a ses +generaux de faire une seule objection, et ordonna la rigoureuse +execution de ce plan, pour les derniers jours d'aout (milieu de +fructidor). + +On a deja decrit la configuration du theatre de la guerre et la +distribution des armees sur ce theatre[9]. Les eaux partant des +Grandes-Alpes, et tantot coulant en forme de fleuves, tantot sejournant +en forme de lacs, presentaient differentes lignes inscrites les unes +dans les autres, commencant a droite contre une grande chaine de +montagnes, et allant finir, a gauche, dans le grand fleuve qui separe +l'Allemagne de la France. Les deux principales etaient celles du Rhin et +de la Limmat. Massena, oblige d'abandonner celle du Rhin, s'etait replie +sur celle de la Limmat. Il avait meme ete oblige de se retirer un peu en +arriere de celle-ci, et de s'appuyer sur l'Albis. La ligne de la Limmat +n'en separait pas moins les deux armees. Cette ligne se composait de la +Lint, qui nait contre les Grandes-Alpes, dans le canton de Glaris, et se +jette ensuite dans le lac de Zurich; du lac de Zurich dans la Limmat, +qui sort de ce lac a Zurich meme, et va se jeter enfin dans l'Aar pres +de Bruck. L'archiduc Charles etait derriere la Limmat, de Bruck a +Zurich. Korsakoff etait derriere le lac de Zurich, attendant qu'on lui +assignat sa position. Hotze gardait la Lint. + +[Note 9: Quelque soin que je mette a me rendre clair, je n'espere +pas faire comprendre les evenemens qui vont suivre, si le lecteur n'a +pas sous les yeux une carte, quelque incomplete qu'elle soit. Cependant +ces evenemens sont si extraordinaires, et ont decide d'une maniere si +positive le salut de la France, que je les crois dignes d'etre compris, +et que j'engage le lecteur a consulter une carte. La plus mauvaise carte +de Suisse sera encore suffisante pour saisir l'ensemble des operations.] + +D'apres le plan convenu, l'archiduc, destine au Rhin, devait etre +remplace derriere la Limmat par Korsakoff. Hotze devait rester sur la +Lint avec le corps autrichien de Voralberg, afin de donner la main a +Suwarow arrivant d'Italie. La question etait de savoir quelle route on +ferait prendre a Suwarow. Il avait a franchir les monts, et pouvait +suivre l'une ou l'autre des lignes qui coupent la Suisse. S'il preferait +penetrer par la vallee du Rhin, il pouvait, en traversant le Splugen, +se rendre par Coire sur le Rhin-Superieur, et faire la sa jonction avec +Hotze. On avait calcule qu'il pourrait etre arrive vers le 25 septembre +(3 vendemiaire an VIII). Ce mouvement avait l'avantage de s'operer loin +des Francais, hors de leur portee, et de ne dependre ainsi d'aucun +accident. Suwarow pouvait egalement prendre une autre route, et au lieu +de suivre la ligne du Rhin, entrer par le Saint-Gothard dans la vallee +de la Reuss, et deboucher par Schwitz derriere la ligne de la Lint, +occupee par les Francais. Cette marche avait l'avantage de le porter +sur le revers de la ligne ennemie; mais il fallait traverser le +Saint-Gothard occupe par Lecourbe; il fallait preparer un mouvement +de Hotze au-dela de la Lint, pour qu'il vint tendre la main a l'armee +arrivant du Saint-Gothard; il fallait, pour seconder ce mouvement, une +attaque sur la Limmat; il fallait en un mot une operation generale sur +toute la ligne, et un a-propos, une precision difficiles a obtenir quand +on agit a de si grandes distances et en detachemens aussi nombreux. Ce +plan, que les Russes rejettent sur les Autrichiens, et les Autrichiens +sur les Russes, fut neanmoins prefere. En consequence une attaque +generale fut prescrite sur toute la ligne, pour les derniers jours de +septembre. Au moment ou Suwarow debouchait du Saint-Gothard dans la +vallee de la Reuss, Korsakoff devait attaquer au dessous du lac de +Zurich, c'est-a-dire le long de la Limmat, et Hotze au-dessus du lac, +le long de la Lint. Deux des lieutenans de Hotze, Linken et Jellachich, +devaient penetrer dans le canton de Glaris, jusqu'a Schwitz, et donner +la main a Suwarow. La jonction generale une fois operee, les troupes +reunies en Suisse allaient s'elever a quatre-vingt mille hommes. Suwarow +arrivait avec dix-huit mille; Hotze en avait vingt-cinq, Korsakoff +trente. Ce dernier avait en reserve le corps de Conde et quelques mille +Bavarois. Mais avant la jonction, trente mille sous Korsakoff, et +vingt-cinq mille sous Hotze, c'est-a-dire cinquante-cinq mille se +trouvaient exposes aux coups de toute l'armee de Massena. + +Le moment, en effet, ou l'archiduc Charles quittait la Limmat, et ou +Suwarow n'avait pas encore passe les Alpes, etait trop favorable pour +que Massena ne le saisit pas, et ne sortit point enfin de l'inaction +qu'on lui avait tant reprochee. Son armee avait ete portee a +soixante-quinze mille hommes environ, par les renforts qu'elle avait +recus; mais elle devait s'etendre du Saint-Gothard a Bale, ligne immense +a couvrir. Lecourbe, formant sa droite, et ayant Gudin et Molitor sous +ses ordres, gardait le Saint-Gothard, la vallee de la Reuss et la +Haute-Lint, avec douze ou treize mille hommes. Soult, avec dix mille, +occupait la Lint jusqu'a son embouchure dans le lac de Zurich. Massena, +avec les divisions Mortier, Klein, Lorge et Mesnard, formant un total de +trente-sept mille hommes, etait devant la Limmat, de Zurich a Bruck. La +division Thureau, forte de neuf mille hommes, et la division Chabran de +huit, gardaient l'une le Valais, l'autre les environs de Bale. + +Massena, quoique inferieur en forces, avait l'avantage de pouvoir reunir +sa masse principale sur le point essentiel. Ainsi il avait trente-sept +mille hommes devant la Limmat, qu'il pouvait jeter sur Korsakoff. +Celui-ci venait de s'affaiblir de quatre mille hommes, envoyes en +renfort a Hotze, par derriere le lac de Zurich, ce qui le reduisait a +vingt-six mille. Le corps de Conde et les Bavarois, qui devaient lui +servir de reserve, etaient encore fort en arriere a Schaffouse. Massena +pouvait donc lancer trente-sept mille hommes contre vingt-six mille. +Korsakoff battu, il pouvait se rejeter sur Hotze, et apres les avoir +tous deux mis en deroute, peut-etre detruits, accabler Suwarow, qui +arrivait en Suisse avec l'espoir d'y trouver un ennemi vaincu, ou du +moins contenu dans sa ligne. + +Massena, averti des projets des ennemis, devanca d'un jour son attaque +generale, et la fixa pour le 3 vendemiaire (25 septembre 1799). Depuis +qu'il etait retire sur l'Albis, a quelques pas en arriere de la Limmat, +le cours de cette riviere appartenait a l'ennemi. Il fallait le lui +enlever par un passage: c'est ce qu'il se proposa d'executer avec ses +trente-sept mille hommes. Tandis qu'il allait operer au-dessous du lac +de Zurich, il chargea Soult d'operer au-dessus, et de franchir la Lint +le meme jour. Les militaires ont adresse un reproche a Massena: il +fallait, disent-ils, plutot attirer Suwarow en Suisse que l'en +eloigner: si donc, au lieu de laisser Lecourbe se battre inutilement au +Saint-Gothard contre Suwarow, Massena l'eut reuni a Soult, il aurait ete +plus assure d'accabler Hotze, et de franchir la Lint. Au reste, comme le +resultat obtenu fut aussi grand qu'on pouvait le souhaiter, on n'a fait +ce reproche a Massena que dans l'interet rigoureux des principes. + +La Limmat sort du lac de Zurich a Zurich meme, et coupe la ville en deux +parties. Conformement au plan convenu avec Hotze et Suwarow, Korsakoff +se disposait a attaquer Massena, et pour cela il avait porte la masse de +ses forces dans la partie de Zurich qui est en avant de la Limmat. Il +n'avait laisse que trois bataillons a Closter-Fahr, pour garder un point +ou la Limmat est plus accessible: il avait dirige Durasof avec une +division pres de l'embouchure de la Limmat dans l'Aar, pour veiller de +ce cote; mais sa masse, forte de dix-huit mille hommes au moins, etait +en avant de la riviere, en situation offensive. + +Massena basa son plan sur cet etat de choses. Il resolut de masquer +plutot que d'attaquer le point de Zurich, ou Korsakoff avait amasse ses +forces; puis, avec une portion considerable de ses troupes, de tenter +le passage de la Limmat a Closter-Fahr, point faiblement defendu. Le +passage opere, il voulait que cette division remontat la Limmat sur la +rive opposee, et vint se placer sur les derrieres de Zurich. Alors il +se proposait d'attaquer Korsakoff sur les deux rives, et de le tenir +enferme dans Zurich meme. Des consequences immenses pouvaient resulter +de cette disposition. + +Mortier avec sa division, qui etait forte de huit mille hommes, et +occupait la droite de ce champ de bataille, fut dirige sur Zurich. Elle +devait contenir d'abord, puis attaquer la masse russe. Klein avec sa +division, qui etait forte de dix mille hommes, devait etre place a +Altstetten, entre le point de Zurich et celui de Closter-Fahr, ou l'on +allait tenter le passage. Elle pouvait ainsi ou se porter devant Zurich, +et donner secours a Mortier contre la masse russe, ou courir au point du +passage, s'il etait necessaire de le seconder. Cette division renfermait +quatre mille grenadiers, et une reserve de superbe cavalerie. La +division Lorge, avec une partie de la division Mesnard, devait executer +le passage a Closter-Fahr. Quinze mille hommes a peu pres formaient +cette masse. Le reste de la division Mesnard devait faire des +demonstrations sur la Basse-Limmat, pour tromper et retenir Durasof. + +Ces dispositions, qui ont fait l'admiration de tous les critiques, +furent mises a execution le 3 vendemiaire an VIII (25 septembre 1799), a +cinq heures du matin. Les apprets du passage avaient ete faits pres du +village de Dietikon, avec un soin et un secret extraordinaires. Des +barques avaient ete trainees a bras, et cachees dans les bois. Des le +matin, elles etaient a flot, et les troupes etaient rangees en silence +sur la rive. Le general Foy, illustre depuis comme orateur, commandait +l'artillerie a cette immortelle bataille; il disposa plusieurs batteries +de maniere a proteger le passage. Six cents hommes s'embarquerent +hardiment, et arriverent sur l'autre rive. Sur-le-champ ils fondirent +sur les tirailleurs ennemis, et les disperserent. Korsakoff avait mis +la, sur le plateau de Closter-Fahr, trois bataillons avec du canon. +Notre artillerie, superieurement dirigee, eteignit bientot les feux +de l'artillerie russe, et protegea le passage successif de notre +avant-garde. Lorsque le general Gazan eut reuni aux six cents hommes qui +avaient passe les premiers un renfort suffisant, il marcha sur les trois +bataillons russes qui gardaient Closter-Fahr. Ceux-ci s'etaient loges +dans un bois, et s'y defendirent bravement. Gazan les enveloppa, et fut +oblige de tuer presque jusqu'au dernier homme pour les deloger. Ces +trois bataillons detruits, le pont fut jete. Le reste de la division +Lorge et partie de la division Mesnard passerent la Limmat: c'etaient +quinze mille hommes portes au-dela de la riviere. La brigade Bontemps +fut placee a Regensdorf, pour faire face a Durasof, s'il voulait +remonter de la Basse-Limmat. Le gros des troupes, dirige par le chef +d'etat-major Oudinot, remonta la Limmat, pour se porter sur les +derrieres de Zurich. + +Cette partie de l'operation achevee, Massena se reporta de sa personne +sur l'autre rive de la Limmat, pour veiller au mouvement de ses ailes. +Vers la Basse-Limmat, Mesnard avait si bien trompe Durasof par ses +demonstrations, que celui-ci s'etait porte sur la rive, ou il deployait +tous ses feux. A sa droite, Mortier s'etait avance sur Zurich par +Wollishofen, mais il y avait rencontre la masse de Korsakoff, poste, +comme on l'a dit, en avant de la Limmat, et avait ete oblige de se +replier. Massena arrivant dans cet instant ebranla la division Klein, +qui etait a Altstetten. Humbert, a la tete de ses quatre mille +grenadiers, marcha sur Zurich, et retablit le combat. Mortier renouvela +ses attaques, et on parvint a renfermer ainsi les Russes dans Zurich. + +Pendant ce temps, Korsakoff, chagrine d'entendre du canon sur ses +derrieres, avait reporte quelques bataillons au-dela de la Limmat; mais +ces faibles secours avaient ete inutiles. Oudinot, avec ses quinze mille +hommes, continuait a remonter la Limmat. Il avait enleve le petit camp +place a Hong, ainsi que les hauteurs qui sont sur les derrieres de +Zurich, et s'etait empare de la grande route de Vintherthur, qui donne +issue en Allemagne, et la seule par laquelle les Russes pussent se +retirer. + +La journee etait presque achevee, et d'immenses resultats etaient +prepares pour le lendemain. Les Russes etaient enfermes dans Zurich; +Massena avait porte par le passage a Closter-Fahr quinze mille hommes +sur leurs derrieres, et place dix-huit mille hommes devant eux. Il etait +difficile qu'il ne leur fit pas essuyer un desastre. On a pense qu'il +aurait du, au lieu de laisser la division Klein devant Zurich, la porter +par Closter-Fahr, derriere cette ville, de maniere a fermer tout a fait +la route de Vintherthur. Mais il craignait que, Mortier restant avec +huit mille hommes seulement, Korsakoff ne lui passat sur le corps et ne +se jetat sur la Lint. Il est vrai que Korsakoff aurait rencontre +Soult et Lecourbe; mais il aurait pu rencontrer aussi Suwarow, venant +d'Italie, et on ne sait ce qui serait arrive de cette singuliere +combinaison. + +Korsakoff s'etait enfin apercu de sa position, et avait porte ses +troupes dans l'autre partie de Zurich, en arriere de la Limmat. Durasof, +sur la Basse-Limmat, apprenant le passage, s'etait derobe; et evitant +la brigade Bontemps, par un detour, etait venu regagner la route de +Vintherthur. Le lendemain 4 vendemiaire (26 septembre), le combat devait +etre acharne, car les Russes voulaient se faire jour, et les Francais +voulaient recueillir d'immenses trophees. Le combat commenca de +bonne heure. La malheureuse ville de Zurich, encombree d'artillerie, +d'equipages, de blesses, attaquee de tous cotes, etait comme enveloppee +de feux. De ce cote-ci de la Limmat, Mortier et Klein l'avaient abordee, +et etaient pres d'y penetrer. Au-dela, Oudinot la serrait par derriere +et voulait fermer la route a Korsakoff. Cette route de Vintherthur, +theatre d'un combat sanglant, avait ete prise et reprise plusieurs fois. +Korsakoff, songeant enfin a se retirer, avait mis son infanterie en +tete, sa cavalerie au centre, son artillerie et ses equipages a la +queue. Il s'avancait ainsi formant une longue colonne. Sa brave +infanterie, chargeant avec furie, renverse tout devant elle, et s'ouvre +un passage; mais quand elle a passe avec une partie de la cavalerie, les +Francais reviennent a la charge, attaquent le reste de la cavalerie +et les bagages, et les refoulent jusqu'aux portes de Zurich. Au meme +instant, Klein, Mortier, y entrent de leur cote. On se bat dans les +rues. L'illustre et malheureux Lavater est frappe sur la porte de sa +maison, d'une balle par un soldat suisse ivre qui lui mit son fusil sur +la poitrine pour avoir de l'argent; il tomba atteint d'une blessure +grave a la cuisse dont il mourut quelques mois apres. Enfin, tout ce qui +etait reste dans Zurich est oblige de mettre bas les armes. Cent pieces +de canon, tous les bagages, les administrations, le tresor de l'armee +et cinq mille prisonniers, deviennent la proie des Francais. Korsakoff +avait eu en outre huit mille hommes hors de combat, dans cette +lutte acharnee. Huit et cinq faisaient treize mille hommes perdus, +c'est-a-dire la moitie de son armee. Les grandes batailles d'Italie +n'avaient pas presente des resultats plus extraordinaires. Les +consequences pour le reste de la campagne ne devaient pas etre moins +grandes que les resultats materiels. Korsakoff, avec treize mille hommes +au plus, se hata de regagner le Rhin. + +Pendant ce temps, Soult, charge de passer la Lint au-dessus du lac de +Zurich, executait sa mission avec non moins de bonheur que le general +en chef. Il avait execute le passage entre Bilten et Richenburg. Cent +cinquante braves, portant leur fusil sur leur tete, avaient traverse la +riviere a la nage, aborde sur l'autre rive, balaye les tirailleurs, et +protege le debarquement de l'avant-garde. Hotze, accouru sur-le-champ au +lieu du danger, etait tombe mort d'un coup de feu, ce qui avait mis le +desordre dans les rangs autrichiens. Petrasch, succedant a Hotze, avait +en vain essaye de rejeter dans la Lint les corps qui avaient passe; il +avait ete oblige de se replier, et s'etait retire precipitamment sur +Saint-Gall et le Rhin, en laissant trois mille prisonniers et du canon. +De leur cote, les generaux Jellachich et Linken, charges de venir par la +Haute-Lint, dans le canton de Glaris, recevoir Suwarow au debouche du +Saint-Gothard, s'etaient retires en apprenant tous ces desastres. Ainsi +pres de soixante mille hommes etaient repousses deja de la ligne de +la Limmat, au-dela de celle du Rhin, et repousses apres des pertes +immenses. Suwarow, qui croyait deboucher en Suisse dans le flanc d'un +ennemi attaque de tous cotes, et qui croyait decider sa defaite en +arrivant, allait trouver au contraire tous ses lieutenans disperses, et +s'engager au milieu d'une armee victorieuse de toutes parts. + +Parti d'Italie avec dix-huit mille hommes, il etait arrive au pied +du Saint-Gothard le cinquieme jour complementaire de l'an VII (21 +septembre). Il avait ete oblige de demonter ses Cosaques pour charger +son artillerie sur le dos de leurs chevaux. Il envoya Rosemberg avec +six mille hommes, pour tourner le Saint-Gothard par Disentits et le +Crispalt. Arrive le 1er vendemiaire (23 septembre) a Airolo, a l'entree +de la gorge du Saint-Gothard, il y trouva Gudin avec une des brigades de +la division Lecourbe. Il se battit la avec la derniere opiniatrete; mais +ses soldats, mauvais tireurs, ne sachant qu'avancer et se faire tuer, +tombaient par pelotons sous les balles et les pierres. Il se decida +enfin a inquieter Gudin sur ses flancs, et il l'obligea ainsi a ceder +la gorge jusqu'a l'hopital. Gudin, par sa resistance, avait donne a +Lecourbe le temps de recueillir ses troupes. Celui-ci, n'ayant guere +sous sa main que six mille hommes, ne pouvait resister a Suwarow qui +arrivait avec douze mille, et a Rosemberg qui, transporte deja a +Urseren, en avait six mille sur ses derrieres. Il jeta son artillerie +dans la Reuss, gagna ensuite la rive opposee en gravissant des rochers +presque inaccessibles, et s'enfonca dans la vallee. Arrive au-dela +d'Urseren, n'ayant plus Rosemberg sur ses derrieres, il rompit le pont +du Diable, et tua une multitude de Russes, avant qu'ils eussent franchi +le precipice en descendant dans le lit de la Reuss et en remontant +la rive opposee. Lecourbe avait fait ainsi une retraite pied a pied, +profitant de tous les obstacles pour fatiguer et tuer un a un les +soldats de Suwarow. + +L'armee russe arriva ainsi a Altorf, au fond de la vallee de la Reuss, +accablee de fatigues, manquant de vivres, et singulierement affaiblie +par les pertes qu'elle avait faites. A Altorf, la Reuss tombe dans +le lac de Lucerne. Si Hotze, suivant le plan convenu, avait pu faire +arriver Jellachich et Linken au-dela de la Lint, jusqu'a Schwitz, il +aurait envoye des bateaux pour recevoir Suwarow a l'embouchure de la +Reuss. Mais apres les evenemens qui s'etaient passes, Suwarow ne trouva +pas une embarcation, et se vit enferme dans une vallee epouvantable. +C'etait le 4 vendemiaire (26 septembre), jour du desastre general sur +toute la ligne. Il ne lui restait d'autre ressource que de se jeter dans +le Schachental, et de passer a travers des montagnes horribles, ou +il n'y avait aucune route tracee, pour penetrer dans la vallee de +Muthenthal. Il se mit en route le lendemain. Il ne pouvait passer qu'un +homme de front dans le sentier qu'on avait a suivre. L'armee mit deux +jours a faire ce trajet de quelques lieues. Le premier homme etait +deja a Mutten, que le dernier n'avait pas encore quitte Altorf. Les +precipices etaient couverts d'equipages, de chevaux, de soldats mourant +de faim ou de fatigue. Arrive dans la vallee de Muthenthal, Suwarow +pouvait deboucher par Schwitz, non loin du lac de Zurich, ou bien +remonter la vallee, et par le Bragel se jeter sur la Lint. Mais du cote +de Schwitz, Massena arrivait avec la division Mortier, et de l'autre +cote du Bragel etait Molitor, qui occupait le defile du Kloenthal, +vers les bords de la Lint. Apres avoir donne deux jours de repos a ses +troupes, Suwarow se decida a retrograder par le Bragel. Le 8 vendemiaire +(30 septembre) il se mit en marche; Massena l'attaquait en queue, tandis +que de l'autre cote du Bragel, Molitor lui tenait tete au defile du +Kloenthal. Rosemberg resista bravement a toutes les attaques de Massena, +mais Bagration fit de vains efforts pour percer Molitor. Il s'ouvrit la +route de Glaris, mais ne put percer celle de Wesen. Suwarow, apres avoir +livre des combats sanglans et meurtriers, coupe de toutes les routes, +rejete sur Glaris, n'avait d'autre ressource que de remonter la vallee +d'Engi, pour se jeter dans celle du Rhin. Mais cette route etait encore +plus affreuse que celle qu'il avait parcourue. Il s'y decida cependant, +et apres quatre jours d'efforts et de souffrances inouies, atteignit +Coire et le Rhin. De ses dix-huit mille hommes, il en avait a peine +sauve dix mille. Les cadavres de ses soldats remplissaient les Alpes. Ce +barbare, pretendu invincible, se retirait couvert de confusion et plein +de rage. En quinze jours, plus de vingt mille Russes et cinq a six mille +Autrichiens avaient succombe. Les armees pretes a nous envahir etaient +chassees de la Suisse et rejetees en Allemagne. La coalition etait +dissoute, car Suwarow, irrite contre les Autrichiens, ne voulait plus +servir avec eux. On peut dire que la France etait sauvee. + +Gloire eternelle a Massena, qui venait d'executer l'une des plus belles +operations dont l'histoire de la guerre fasse mention, et qui nous avait +sauves dans un moment plus perilleux que celui de Valmy et de Fleurus! +Il faut admirer les batailles grandes par la conception ou le resultat +politique; mais il faut celebrer surtout celles qui sauvent. On doit +l'admiration aux unes et la reconnaissance aux autres. Zurich est le +plus beau fleuron de Massena; et il n'en existe pas de plus beau dans +aucune couronne militaire. + +Pendant que ces evenemens si heureux se passaient en Suisse, la victoire +nous revenait en Hollande. Brune, faiblement presse par l'ennemi, +avait eu le temps de concentrer ses forces, et apres avoir battu les +Anglo-Russes a Kastrikum, les avait enfermes au Zip, et reduits a +capituler. Les conditions etaient l'evacuation de la Hollande, la +restitution de ce qui avait ete pris au Helder, et l'elargissement sans +echange de huit mille prisonniers. On aurait souhaite la restitution de +la flotte hollandaise; mais les Anglais s'y refusaient, et on craignait, +en rejetant la capitulation, le mal qu'ils pouvaient faire au pays. + +Ainsi se termina cette memorable campagne de 1799. La republique, entree +trop tot en action, et commettant la faute de prendre l'offensive, sans +avoir auparavant concentre ses forces, avait ete battue a Stokach et +Magnano, et avait perdu ainsi par ces deux defaites l'Allemagne et +l'Italie. Massena reste seul en Suisse, formait un saillant dangereux +entre deux masses victorieuses. Il s'etait replie sur le Rhin, puis +sur la Limmat, et enfin sur l'Albis. La, il s'etait rendu inattaquable +durant quatre mois. Pendant ce temps, l'armee de Naples, tachant de se +reunir a l'armee de la Haute-Italie, avait ete battue a la Trebbia. +Reunie plus tard a cette armee par derriere l'Apennin, ralliee et +renforcee, elle avait perdu son general a Novi, avait ete battue de +nouveau, et avait definitivement perdu l'Italie. L'Apennin etait meme +envahi et le Var menace. Mais la avait ete le terme de nos malheurs. La +coalition, revirant ses forces, avait porte l'archiduc Charles sur le +Rhin, et Suwarow en Suisse. Massena, saisissant ce moment, avait +detruit Korsakoff prive de l'archiduc, et mis en fuite Suwarow prive +de Korsakoff. Il avait ainsi repare nos malheurs par une immortelle +victoire. En Orient, de beaux triomphes avaient termine la campagne. +Mais, il faut le dire, si ces grands exploits avaient soutenu la +republique prete a succomber, s'ils lui avaient rendu quelque gloire, +ils ne lui avaient rendu ni sa grandeur ni sa puissance. La France etait +sauvee, mais elle n'etait que sauvee; elle n'avait point encore recouvre +son rang, et elle courait meme des dangers sur le Var. + + + +CHAPITRE XIX. + +RETOUR DE BONAPARTE; SON DEBARQUEMENT A FREJUS; ENTHOUSIASME QU'IL +INSPIRE.--AGITATION DE TOUS LES PARTIS A SON ARRIVEE.--IL SE COALISE +AVEC SIEYES POUR RENVERSER LA CONSTITUTION DIRECTORIALE.--PREPARATIFS +ET JOURNEE DU 18 BRUMAIRE.--RENVERSEMENT DE LA CONSTITUTION DE L'AN III; +INSTITUTION DU CONSULAT PROVISOIRE.--FIN DE CETTE HISTOIRE. + + +Les nouvelles de la bataille de Zurich et de la capitulation des +Anglo-Russes se succederent presque immediatement, et rassurerent les +imaginations epouvantees. C'etait la premiere fois que ces Russes +si odieux etaient battus, et ils l'etaient si completement, que la +satisfaction devait etre profonde. Mais l'Italie etait toujours perdue, +le Var etait menace, la frontiere du Midi en peril. Les grandeurs de +Campo-Formio ne nous etaient pas rendues. Du reste, les perils les +plus grands n'etaient pas au dehors, mais au dedans. Un gouvernement +desorganise, des partis ingouvernables, qui ne voulaient pas subir +l'autorite et qui n'etaient cependant plus assez forts pour s'en +emparer; partout une espece de dissolution sociale, et le brigandage, +signe de cette dissolution, infestant les grandes routes, surtout dans +les provinces dechirees autrefois par la guerre civile; telle etait la +situation de la republique. Un repit de quelques mois etant assure par +la victoire de Zurich, c'etait moins d'un defenseur qu'on manquait dans +le moment, que d'un chef qui s'emparat des renes du gouvernement. La +masse entiere de la population voulait a tout prix du repos, de l'ordre, +la fin des disputes, l'unite des volontes. Elle avait peur des jacobins, +des emigres, des chouans, de tous les partis. C'etait le moment d'une +merveilleuse fortune pour celui qui calmerait toutes ces peurs. + +Les depeches contenant le recit de l'expedition de Syrie, des batailles +du mont Thabor et d'Aboukir, produisirent un effet extraordinaire, +et confirmerent cette idee que le heros de Castiglione et de Rivoli +resterait vainqueur partout ou il se montrerait. Son nom se retrouva +aussitot dans toutes les bouches, et la question _que fait-il_? +_quand vient-il_? se renouvela de toutes parts. S'il allait revenir! +disait-on... Par un instinct singulier, le bruit qu'il etait arrive +courut deux ou trois fois. Ses freres lui avaient ecrit, sa femme aussi; +mais on ignorait si ces depeches lui etaient parvenues. On a vu en effet +qu'elles n'avaient pu traverser les croisieres anglaises. + +Pendant ce temps, cet homme, objet de voeux si singuliers, voguait +tranquillement sur les mers, au milieu des flottes anglaises. +La traversee n'etait pas heureuse, et les vents contraires la +prolongeaient. Plusieurs fois on avait vu les Anglais, et on avait +craint de devenir leur proie. Lui seul, se promenant sur le pont de +son vaisseau avec un air calme et serein, se confiant a son etoile, +apprenait a y croire et a ne pas s'agiter pour des perils inevitables. +Il lisait la Bible et le Koran, oeuvres des peuples qu'il venait de +quitter. Craignant, d'apres les derniers evenemens, que le midi de la +France ne fut envahi, il avait fait gouverner, non vers les cotes +de Provence, mais vers celles du Languedoc. Il voulait debarquer a +Collioure ou a Port-Vendres. Un coup de vent l'avait ramene vers la +Corse. L'ile entiere etait accourue au-devant du celebre compatriote. On +avait ensuite fait voile vers Toulon. On allait arriver, lorsque tout +a coup, au coucher du soleil, on vit sur le flanc gauche du vaisseau, +trente voiles ennemies: on les voyait au milieu des rayons du soleil +couchant. On proposait de mettre un canot a la mer pour aborder +furtivement a terre. Se confiant toujours dans le destin, Bonaparte +dit qu'il fallait attendre. L'ennemi, en effet, disparut, et le 17 +vendemiaire an VIII (octobre 1799), a la pointe du jour, les fregates +_le Muiron_ et _la Carrere_, les chebecks _la_ _Revanche_ et _la +Fortune_, vinrent mouiller dans le golfe de Frejus. + +Les habitans de la Provence avaient craint, pendant trois annees de +suite, l'invasion de l'ennemi. Bonaparte les avait delivres de cette +crainte en 1796; mais elle leur etait revenue plus grande que jamais +depuis la bataille de Novi. En apprenant que Bonaparte etait mouille sur +la cote, ils crurent leur sauveur arrive. Tous les habitans de Frejus +accoururent, et en un instant la mer fut couverte d'embarcations. Une +multitude, ivre d'enthousiasme et de curiosite, envahit les vaisseaux, +et, violant toutes les lois sanitaires, communiqua avec les nouveaux +arrives. Tous demandaient Bonaparte, tous voulaient le voir. Il n'etait +plus temps de faire observer les lois sanitaires. L'administration de la +sante dut dispenser le general de la quarantaine, car il aurait fallu +condamner a la meme precaution toute la population, qui avait deja +communique avec les equipages. Bonaparte descendit sur-le-champ a terre, +et le jour meme voulut monter en voiture pour se rendre a Paris. + +Le telegraphe, aussi prompt que les vents, avait deja repandu sur +la route de Frejus a Paris, la grande nouvelle du debarquement de +Bonaparte. Sur-le-champ la joie la plus confuse avait eclate. La +nouvelle, annoncee sur tous les theatres, y avait produit des elans +extraordinaires. Les chants patriotiques avaient remplace partout les +representations theatrales. Le depute Baudin (des Ardennes), l'un des +auteurs de la constitution de l'an III, republicain sage et sincere, +attache a la republique jusqu'a la passion, et la croyant perdue si un +bras puissant ne venait la soutenir, Baudin (des Ardennes) expira de +joie en apprenant cet evenement. + +Bonaparte etait parti le jour meme du 15 vendemiaire (9 octobre) pour +Paris. Il avait passe par Aix, Avignon, Valence, Lyon. Dans toutes ces +villes, l'enthousiasme fut immodere. Les cloches retentissaient dans les +villages, et pendant la nuit des feux etaient allumes sur les routes. A +Lyon surtout, les elans furent plus vifs encore que partout ailleurs. +En partant de cette derniere ville, Bonaparte, qui voulait arriver +incognito, prit une autre route que celle qu'il avait indiquee a ses +courriers. Ses freres et sa femme, trompes sur sa direction, couraient +a sa rencontre, tandis qu'il arrivait a Paris. Le 24 vendemiaire (16 +octobre), il etait deja dans sa maison de la rue Chantereine, sans que +personne se doutat de son arrivee. Deux heures apres, il se rendit au +directoire. La garde le reconnut, et poussa, en le voyant, le cri de +_Vive Bonaparte!_ Il courut chez le president du directoire, c'etait +Gohier. Il fut convenu qu'il serait presente le lendemain au directoire. +Le lendemain 25, il se presenta en effet devant cette magistrature +supreme. Il dit qu'apres avoir consolide l'etablissement de son armee +en Egypte, par les victoires du mont Thabor et d'Aboukir, et confie son +sort a un general capable d'en assurer la prosperite, il etait parti +pour voler au secours de la republique, qu'il croyait perdue. Il la +trouvait sauvee par les exploits de ses freres d'armes, et il s'en +rejouissait. Jamais, ajoutait-il en mettant la main sur son epee, jamais +il ne la tirerait que pour la defense de cette republique. Le president +le complimenta sur ses triomphes et sur son retour, et lui donna +l'accolade fraternelle. L'accueil fut en apparence tres flatteur, mais +au fond les craintes etaient maintenant trop reelles et trop justifiees +par la situation, pour que son retour fit plaisir aux cinq magistrats +republicains. + +Lorsque apres une longue apathie, les hommes se reveillent et +s'attachent a quelque chose, c'est avec passion. Dans ce neant ou +etaient tombees les opinions, les partis et toutes les autorites, on +etait demeure quelque temps sans s'attacher a rien. Le degout des +hommes et des choses etait universel. Mais a l'apparition de l'individu +extraordinaire que l'Orient venait de rendre a l'Europe d'une maniere si +imprevue, tout degout, toute incertitude venaient de cesser. C'est +sur lui que se fixerent sur-le-champ les regards, les voeux et les +esperances. Tous les generaux, employes ou non employes, patriotes ou +moderes, tous accoururent chez Bonaparte. C'etait naturel, puisqu'il +etait le premier membre de cette classe si ambitieuse et si mecontente. +En lui elle semblait avoir trouve un vengeur contre le gouvernement. +Tous les ministres, tous les fonctionnaires successivement disgracies +pendant les fluctuations du directoire, accoururent aussi aupres du +nouvel arrive. Ils allaient en apparence visiter le guerrier illustre, +et en realite observer et flatter l'homme puissant auquel l'avenir +semblait appartenir. + +Bonaparte avait amene Lannes, Murat et Berthier, qui ne le quittaient +pas. Bientot Jourdan, Augereau, Macdonald, Beurnonville, Leclerc, +Lefebvre, Marbot, malgre des differences d'opinions, se montrerent +aupres de lui. Moreau lui-meme fit bientot partie de ce cortege. +Bonaparte l'avait rencontre, chez Gohier. Sentant que sa superiorite lui +permettait de faire les premiers pas, il alla a Moreau, lui temoigna +son impatience de le connaitre, et lui exprima une estime qui le toucha +profondement. Il lui donna ensuite un damas enrichi de pierreries, et +parvint a le gagner tout a fait. En quelques jours Moreau fut de sa +cour. Il etait mecontent aussi, et il allait avec tous ses camarades +chez le vengeur presume. A ces guerriers illustres se joignirent des +hommes de toutes les carrieres: on y vit Bruix, l'ex-ministre de la +marine, qui venait de parcourir la Mediterranee a la tete des flottes +francaise et espagnole, homme d'un esprit fin et delie, aussi habile a +conduire une negociation qu'a diriger une escadre. On y vit aussi M. +de Talleyrand, qui avait des raisons de craindre le mecontentement de +Bonaparte, pour n'etre point alle en Egypte. Mais M. de Talleyrand +comptait sur son esprit, sur son nom, sur son importance, pour etre bien +accueilli; il le fut bien. Ces deux hommes avaient trop de gout +l'un pour l'autre, et trop besoin de se rapprocher, pour se bouder +mutuellement. On voyait encore rue Chantereine Roederer, l'ancien +procureur de la commune, homme plein de franchise et d'esprit; Regnault +de Saint-Jean-d'Angely, ancien constituant auquel Bonaparte s'etait +attache en Italie, et qu'il avait employe a Malte, orateur brillant et +fecond. + +Mais ce n'etaient pas seulement les disgracies, les mecontens, qui +se rendaient chez Bonaparte. Les chefs actuels du gouvernement s'y +montrerent avec le meme empressement. Tous les directeurs et tous les +ministres lui donnerent des fetes, comme au retour d'Italie. Une grande +partie des deputes des deux conseils se firent presenter chez lui. +Les ministres et les directeurs lui decernerent un hommage bien plus +flatteur, ils vinrent le consulter a chaque instant sur ce qu'ils +avaient a faire. Dubois-Crance, le ministre de la guerre, avait en +quelque sorte transporte son portefeuille chez Bonaparte. Moulins, celui +des directeurs qui s'occupait specialement de la guerre, passait une +partie des matinees avec lui. Gohier, Roger-Ducos y allaient aussi. +Cambaceres, ministre de la justice, jurisconsulte habile, qui avait +pour Bonaparte le gout que les hommes faibles ont pour la force, et que +Bonaparte affectait de caresser pour prouver qu'il savait apprecier le +merite civil; Fouche, ministre de la police, qui voulait echanger son +protecteur use, Barras, contre un protecteur neuf et puissant; Real, +commissaire pres le departement de la Seine, ardent et genereux +patriote, et l'un des hommes les plus spirituels du temps, etaient +egalement assidus aupres de Bonaparte, et s'entretenaient avec lui des +affaires de l'etat. Il y avait a peine huit jours que le general etait +a Paris, et deja le gouvernement des affaires lui arrivait presque +involontairement. A defaut de sa volonte, qui n'etait rien encore, +on lui demandait son avis. Pour lui, avec sa reserve accoutumee, il +affectait de se soustraire aux empressemens dont il etait l'objet. Il +refusait beaucoup de monde, il se montrait peu, et ne sortait pour ainsi +dire qu'a la derobee. Son visage etait devenu plus sec, son teint plus +fonce. Il portait depuis son retour une petite redingote grise et un +sabre turc attache a un cordon de soie. Pour ceux qui avaient eu la +bonne fortune de le voir, c'etait un embleme qui rappelait l'Orient, les +Pyramides, le mont Thabor, Aboukir. Les officiers de la garnison, +les quatre adjudans de la garde nationale, l'etat-major de la place +demandaient a lui etre presentes. Il differait de jour en jour, et +semblait ne se preter qu'a regret a tous ces hommages. Il ecoutait, ne +s'ouvrait encore a personne, et observait toutes choses. Cette politique +etait profonde. Quand on est necessaire, il ne faut pas craindre +d'attendre. On irrite l'impatience des hommes, ils accourent a vous, et +vous n'avez plus qu'a choisir. + +Que va faire Bonaparte? etait la question que tout le monde s'adressait. +Elle prouvait qu'il y avait quelque chose d'inevitable a faire. Deux +partis principaux, et un troisieme, subdivision des deux autres, +s'offraient a lui, et etaient disposes a le servir, s'il adoptait leurs +vues: c'etaient les patriotes, les moderes ou politiques, enfin les +_pourris_, comme on les appelait, corrompus de tous les temps et de +toutes les factions. + +Les patriotes se defiaient bien de Bonaparte et de son ambition; mais +avec leur gout de detruire, et leur imprevoyance du lendemain, ils +se seraient servis de son bras pour tout renverser, sauf a s'occuper +ensuite de l'avenir. Du reste, il n'y avait de cet avis que les +forcenes, qui, toujours mecontens de ce qui existait, regardaient le +soin de detruire comme le plus pressant de tous. Le reste des patriotes, +ceux qu'on pouvait appeler les republicains, se defiaient de la renommee +du general, voulaient tout au plus qu'on lui donnat place au directoire, +voyaient meme avec peine qu'il fallut pour cela lui accorder une +dispense d'age, et souhaitaient par-dessus tout qu'il allat aux +frontieres, relever la gloire de nos armes, et rendre a la republique sa +premiere splendeur. + +Les moderes ou politiques, gens craignant les fureurs des partis, et +surtout celles des jacobins, n'esperant plus rien d'une constitution +violee et usee, voulaient un changement, et souhaitaient qu'il se fit +sous les auspices d'un homme puissant. "Prenez le pouvoir, faites-nous +une constitution sage et moderee, et donnez-nous de la securite;" +tel etait le langage interieur qu'ils adressaient a Bonaparte. Ils +composaient le parti le plus nombreux en France. Il y entrait meme +beaucoup de patriotes compromis, qui, ayant peur pour la revolution, +voulaient en confier le salut a un homme puissant. Ils avaient la +majorite dans les anciens, une minorite assez forte dans les cinq-cents. +Ils avaient suivi jusqu'ici la plus grande renommee civile, celle de +Sieyes, et s'y etaient d'autant plus attaches que Sieyes avait ete plus +maltraite au Manege. Aujourd'hui ils devaient courir avec bien plus +d'empressement au-devant de Bonaparte, car c'etait la force qu'ils +cherchaient, et elle etait bien plus grande dans un general victorieux +que dans un publiciste, quelque illustre qu'il fut. + +Les _pourris_ enfin etaient tous les fripons, tous les intrigans qui +cherchaient a faire fortune, qui s'etaient deshonores en la faisant, et +qui voulaient la faire encore au meme prix. Ils suivaient Barras et +le ministre de la police Fouche. Il y avait de tout parmi eux, des +jacobins, des moderes, des royalistes meme. Ce n'etait point un parti, +mais une coterie nombreuse. + +Il ne faut pas, a la suite de cette enumeration, compter les partisans +de la royaute. Ils etaient trop annules depuis le 18 fructidor, et +d'ailleurs Bonaparte ne leur inspirait rien. Un tel homme ne pouvait +songer qu'a lui, et ne pouvait prendre le pouvoir pour le remettre a +d'autres. Ils se contentaient donc de faire nombre avec les ennemis du +directoire, et de l'accuser dans la langue de tous les partis. + +Parmi ces differens partis, Bonaparte ne pouvait faire qu'un choix. Les +patriotes ne lui convenaient pas du tout. Les uns, attaches a ce qui +existait, se defiaient de son ambition; les autres voulaient un coup de +main, puis rien que des agitations interminables, et on ne pouvait rien +fonder avec eux. D'ailleurs ils etaient en sens contraire de la marche +du temps, et ils exhalaient leurs dernieres ardeurs. Les _pourris_ +n'etaient rien, ils n'etaient quelque chose que dans le gouvernement, +ou ils s'etaient naturellement introduits, car c'est la que tendent +toujours leurs voeux. Au reste, il n'y avait qu'a ne pas s'en occuper; +ils devaient venir a celui qui reunirait le plus de chances en sa +faveur, parce qu'ils voulaient rester en possession des places et de +l'argent. Le seul parti sur lequel Bonaparte put s'appuyer etait celui +qui, partageant les besoins de toute la population, voulut mettre la +republique a l'abri des factions, en la constituant d'une maniere +solide. C'etait la qu'etait tout avenir, c'etait la qu'il devait se +ranger. + +Son choix ne pouvait etre douteux: par instinct seul il etait fait +d'avance. Bonaparte avait horreur des hommes turbulens, degout des +hommes corrompus. Il ne pouvait aimer que ces hommes moderes qui +voulaient qu'on gouvernat pour eux. C'etait d'ailleurs la nation meme. +Mais il fallait attendre, se laisser prevenir par les offres des partis, +et observer leurs chefs, pour voir avec lesquels d'entre eux on pourrait +faire alliance. + +Les partis etaient tous representes au directoire. Les patriotes +avaient, comme on l'a vu, Moulins et Gohier. Les pourris avaient Barras. +Les politiques ou moderes avaient Sieyes et Roger-Ducos. + +Gohier et Moulins, patriotes sinceres et honnetes, plus moderes que leur +parti, parce qu'ils etaient au pouvoir, admiraient Bonaparte; mais ne +voulant se servir de son epee que pour la gloire de la constitution +de l'an III, ils souhaitaient de l'envoyer aux armees. Bonaparte les +traitait avec beaucoup d'egards; il estimait leur honnetete, car il l'a +toujours aimee chez les hommes (c'est un gout naturel et interesse chez +un homme ne pour gouverner). D'ailleurs, les egards qu'il avait pour eux +etaient un moyen de prouver qu'il honorait les vrais republicains. Sa +femme s'etait liee avec celle de Gohier. Elle calculait aussi, et elle +avait dit a madame Gohier: "Mon intimite avec vous repondra a toutes les +calomnies." + +Barras, qui sentait sa fin politique approcher, et qui voyait dans +Bonaparte un successeur inevitable, le detestait profondement. Il aurait +consenti a le flatter comme autrefois, mais il se sentait plus meprise +que jamais par lui, et il en demeurait eloigne. Bonaparte avait pour cet +epicurien ignorant, blase, corrompu, une aversion tous les jours plus +insurmontable. Le nom de _pourris_ qu'il avait donne a lui et aux siens, +prouvait assez son degout et son mepris. Il etait difficile qu'il +consentit a s'allier a lui. + +Restait l'homme vraiment important, c'etait Sieyes, entrainant a sa +suite Roger-Ducos. En appelant Sieyes au directoire au moment du +30 prairial, il semblait qu'on eut songe a se jeter dans ses bras. +Bonaparte lui en voulait presque d'avoir pris la premiere place en son +absence; d'avoir fixe un moment les esprits, et d'avoir fait naitre des +esperances. Il avait contre lui une humeur qu'il ne s'expliquait +pas. Quoique fort opposes par le genie et les habitudes, ils avaient +cependant assez de superiorite pour s'entendre et se pardonner leurs +differences, mais trop d'orgueil pour se faire des concessions. +Malheureusement ils ne s'etaient point encore adresse la parole, et deux +grands esprits qui ne se sont pas encore flattes, sont naturellement +ennemis. Ils s'observaient, et chacun des deux attendait que l'autre fit +les premiers pas. Ils se rencontrerent a diner chez Gohier. Bonaparte +s'etait senti assez au-dessus de Moreau pour faire les premiers pas; il +ne crut pas pouvoir les faire envers Sieyes, et il ne lui parla pas. +Celui-ci garda le meme silence. Ils se retirerent furieux. "Avez-vous +vu ce petit insolent? dit Sieyes; il n'a pas meme salue le membre d'un +gouvernement qui aurait du le faire fusiller.--Quelle idee a-t-on eue, +dit Bonaparte, de mettre ce pretre au directoire? il est vendu a la +Prusse, et, si on n'y prend garde, il vous livrera a elle." Ainsi, dans +les hommes de la plus grande superiorite, l'orgueil l'emporte meme sur +la politique. Si, du reste, il en etait autrement, ils n'auraient plus +cette hauteur qui les rend propres a dominer les hommes. + +Ainsi, le personnage que Bonaparte avait le plus d'interet a gagner, +etait celui pour lequel il avait le plus d'eloignement. Mais leurs +interets etaient tellement identiques, qu'ils allaient etre, malgre +eux-memes, pousses l'un vers l'autre par leurs propres partisans. + +Tandis qu'on s'observait, et que l'affluence chez Bonaparte allait +toujours croissant, celui-ci, incertain encore du parti qu'il devait +prendre, avait sonde Gohier et Ducos, pour savoir s'ils voudraient +consentir a ce qu'il fut directeur, quoiqu'il n'eut pas l'age +necessaire. C'etait a la place de Sieyes qu'il aurait voulu entrer au +gouvernement. En excluant Sieyes, il devenait le maitre de ses autres +collegues, et etait assure de gouverner sous leur nom. C'etait sans +doute un succes bien incomplet; mais c'etait un moyen d'arriver au +pouvoir, sans faire precisement une revolution; et une fois arrive, il +avait le temps d'attendre. Soit qu'il fut sincere, soit qu'il voulut les +tromper, ce qui est possible, et leur persuader qu'il ne portait pas son +ambition au-dela d'une place au directoire, il les sonda et les trouva +intraitables sous le rapport de l'age. Une dispense, quoique donnee +par les conseils, leur paraissait une infraction a la constitution. Il +fallut renoncer a cette idee. + +Les deux directeurs Gohier et Moulins, commencant a s'inquieter +de l'ardeur que Bonaparte montrait pour les fonctions politiques, +imaginerent de l'eloigner, en lui donnant le commandement d'une armee. +Sieyes ne fut pas de cet avis, et dit avec humeur que, loin de lui +fournir l'occasion d'une gloire nouvelle, il fallait, au contraire, +l'oublier et le faire oublier. Comme on parlait de l'envoyer en Italie, +Barras dit qu'il y avait assez bien fait ses affaires pour n'avoir +pas envie d'y retourner. Enfin il fut decide qu'on l'appellerait pour +l'inviter a prendre un commandement, en lui laissant le choix de l'armee +a commander. + +Bonaparte, mande, se rendit au directoire. Il connaissait le propos de +Barras. Avant qu'on lui eut notifie l'objet pour lequel on l'appelait, +il prit la parole d'un ton haut et menacant, cita le propos dont il +avait a se plaindre, et, regardant Barras, dit que s'il avait fait +sa fortune en Italie, ce n'etait pas, du moins, aux depens de la +republique. Barras se tut. Le president Gohier repondit a Bonaparte que +le gouvernement etait persuade que ses lauriers etaient la seule fortune +qu'il eut rapportee d'Italie. Il lui dit ensuite que le directoire +l'invitait a prendre un commandement, et lui laissait d'ailleurs le +choix de l'armee. Bonaparte repondit froidement qu'il n'etait pas encore +assez repose de ses fatigues, que la transition d'un climat sec a un +climat humide l'avait fortement eprouve, et qu'il lui fallait encore +quelque temps pour se remettre. Il se retira sans plus d'explication. +Un pareil fait devait avertir les directeurs de ses vues, et l'avertir +lui-meme de leurs defiances. + +C'etait un motif de se hater: ses freres, ses conseillers habituels, +Roederer, Real, Regnault de Saint-Jean-d'Angely, Bruix, Talleyrand, lui +amenaient tous les jours des membres du parti modere et politique dans +les conseils. C'etaient, dans les cinq-cents, Boulay (de la Meurthe), +Gaudin, Chazal, Cabanis, Chenier; dans les anciens, Cornudet, Lemercier, +Fargues, Daunou. Leur avis a tous etait qu'il fallait s'allier au +vrai parti, au parti reformateur, et s'unir a Sieyes, qui avait une +constitution toute faite, et la majorite dans le conseil des anciens. +Bonaparte etait bien de leur avis, et sentait qu'il n'avait pas de choix +a faire; mais il fallait qu'on le rapprochat de Sieyes, et c'etait +difficile. Cependant les interets etaient si grands, et il y avait +entre son orgueil et celui de Sieyes des entremetteurs si delicats, +si adroits, que l'alliance ne pouvait pas tarder a se faire. M. de +Talleyrand eut concilie des orgueils encore plus sauvages que celui de +ces deux hommes. Bientot la negociation fut entamee et achevee. Il fut +convenu qu'une constitution plus forte serait donnee a la France, sous +les auspices de Sieyes et de Bonaparte. Sans qu'on se fut explique sur +la forme et l'espece de cette constitution, il fut sous-entendu qu'elle +serait republicaine, mais qu'elle delivrerait la France de ce que +l'un et l'autre appelaient les bavards, et donnerait aux deux esprits +puissans qui s'alliaient la plus grande part d'influence. + +Un systematique revant l'accomplissement trop differe de ses +conceptions, un ambitieux voulant regir le monde, etaient, au milieu +de ce neant de tous les systemes et de toutes les forces, eminemment +propres a se coaliser. Peu importait l'incompatibilite de leur humeur. +L'adresse des intermediaires et la gravite des interets suffisaient pour +pallier cet inconvenient, du moins pour un moment: et c'etait assez d'un +moment pour faire une revolution. + +Bonaparte etait donc decide a agir avec Sieyes et Roger-Ducos. Il +montrait toujours le meme eloignement pour Barras, les memes egards pour +Gohier et Moulins, et gardait une egale reserve avec les trois. Mais +Fouche, habile a deviner la fortune naissante, voyait avec le plus grand +regret l'eloignement de Bonaparte pour son patron Barras, et etait +desole de voir que Barras ne fit rien pour vaincre cet eloignement. Il +etait tout a fait decide a passer dans le camp du nouveau Cesar; mais +hesitant, par un reste de pudeur, a abandonner son protecteur, il aurait +voulu l'y entrainer a sa suite. Assidu aupres de Bonaparte, et assez +bien accueilli, parce qu'il avait le portefeuille de la police, il +tachait de vaincre sa repugnance pour Barras. Il etait seconde par Real, +Bruix, et les autres conseillers du general. Croyant avoir reussi, il +engagea Barras a inviter Bonaparte a diner. Barras l'invita pour le +8 brumaire (30 octobre). Bonaparte s'y rendit. Apres le diner, +ils commencerent a s'entretenir des affaires. Bonaparte et Barras +s'attendaient. Barras entra le premier en matiere. Il debuta par des +generalites sur sa situation personnelle. Esperant sans doute que +Bonaparte affirmerait le contraire, il lui dit qu'il etait malade, use, +et condamne a renoncer aux affaires. Bonaparte gardant toujours le +silence, Barras ajouta que la republique etait desorganisee, qu'il +fallait, pour la sauver, concentrer le pouvoir et nommer un president; +et puis il nomma le general Hedouville, comme digne d'etre elu. +Hedouville etait aussi inconnu que peu capable. Barras deguisait sa +pensee, et designait Hedouville pour ne pas se nommer lui-meme. "Quant +a vous, general, ajouta-t-il, votre intention est de vous rendre a +l'armee; allez y acquerir une gloire nouvelle, et replacer la France a +son veritable rang. Moi, je vais me rejeter dans la retraite dont j'ai +besoin." Bonaparte jeta un regard fixe sur Barras, ne repondit rien, et +laissa la l'entretien. Barras interdit n'ajouta plus une seule parole. +Bonaparte se retira sur-le-champ, et, avant de quitter le Luxembourg, +passa dans l'appartement de Sieyes. Il vint lui declarer d'une maniere +expresse qu'il voulait marcher avec lui seul, et qu'ils n'avaient plus +qu'a convenir des moyens d'execution. L'alliance fut scellee dans cette +entrevue, et on convint de tout preparer pour le 18 ou le 20 brumaire. + +Bonaparte en rentrant chez lui y trouva Fouche, Real et les amis de +Barras. "Eh bien, votre Barras, leur dit-il, savez-vous ce qu'il m'a +propose? de faire un president qui serait Hedouville, c'est-a-dire lui, +et de m'en aller, moi, a l'armee. Il n'y a rien a faire avec un pareil +homme." Les amis de Barras voulurent reparer cette maladresse et +chercherent a l'excuser. Mais Bonaparte insista peu, et changea +d'entretien, car son parti etait pris. Fouche se rendit aussitot chez +Barras, pour lui faire des reproches, et pour l'engager a aller corriger +l'effet de ses gaucheries. Des le lendemain matin, Barras courut chez +Bonaparte pour excuser ses paroles de la veille; il lui offrit son +devouement et sa cooperation a tout ce qu'il voudrait tenter. Bonaparte +l'ecouta peu, lui repondit par des generalites, et a son tour lui parla +de ses fatigues, de sa sante delabree, et de son degout des hommes et +des affaires. + +Barras se vit perdu et sentit son role acheve. Il etait temps qu'il +recueillit le prix de ses doubles intrigues et de ses laches defections. +Les patriotes ardens n'en voulaient plus depuis sa conduite envers la +societe du Manege; les republicains, attaches a la constitution de +l'an III, n'avaient que du mepris et de la defiance pour lui. Les +reformateurs, les politiques, n'y voyaient qu'un homme deconsidere, et +lui appliquaient le mot de _pourri_, imagine par Bonaparte. Il ne lui +restait que quelques intrigues avec les royalistes, au moyen de certains +emigres caches dans sa cour. Ces intrigues etaient fort anciennes: +elles avaient commence des le 18 fructidor. Il en avait fait part au +directoire, et s'etait fait autoriser a les poursuivre, pour avoir dans +les mains les fils de la contre-revolution. Il s'etait ainsi menage +le moyen de trahir a volonte la republique ou le pretendant. Il etait +question dans ce moment, avec ce dernier, d'une somme de quelques +millions, pour seconder son retour. Il est possible, du reste, que +Barras ne fut pas sincere avec le pretendant, car tous ses gouts +devaient etre pour la republique. Mais savoir au juste les preferences +de ce vieux corrompu, serait difficile. Peut-etre les ignorait-il +lui-meme. D'ailleurs, a ce point de corruption, un peu d'argent doit +malheureusement prevaloir sur toutes les preferences de gout ou +d'opinion. + +Fouche, desespere de voir son patron perdu, desespere surtout de se voir +compromis dans sa disgrace, redoubla d'assiduites aupres de Bonaparte. +Celui-ci, se defiant d'un pareil homme, lui cacha tous ses secrets; mais +Fouche ne se rebutant pas, parce qu'il voyait la victoire de Bonaparte +assuree, resolut de vaincre ses rigueurs a force de services. Il avait +la police, il la faisait habilement, et il savait que l'on conspirait +partout. Il se garda d'en avertir le directoire, dont la majorite, +composee de Moulins, Gohier et Barras, aurait pu tirer de ses +revelations un parti funeste aux conjures. + +Il y avait une quinzaine de jours que Bonaparte etait a Paris, et +presque tout etait deja prepare. Berthier, Lannes, Murat, gagnaient +chaque jour les officiers et les generaux. Parmi eux, Bernadotte +par jalousie, Jourdan par attachement a la republique, Augereau par +jacobinisme, s'etaient rejetes en arriere, et avaient communique +leurs craintes a tous les patriotes des cinq-cents; mais la masse des +militaires etait gagnee. Moreau, republicain sincere, mais suspect aux +patriotes qui dominaient, mecontent du directoire qui avait si mal +recompense ses talens, n'avait de recours qu'en Bonaparte. Caresse, +gagne par lui, et supportant tres bien un superieur, il declara qu'il +seconderait tous ses projets. Il ne voulait pas etre mis dans le secret, +car il avait horreur des intrigues politiques, mais il demandait a etre +appele au moment de l'execution. Il y avait a Paris les 8e et 9e de +dragons, qui avaient servi autrefois sous Bonaparte en Italie, et qui +lui etaient devoues. Le 21e de chasseurs, organise par lui quand il +commandait l'armee de l'interieur, et qui avait compte autrefois Murat +dans ses rangs, lui appartenait egalement. Ces regimens demandaient +toujours a defiler devant lui. Les officiers de la garnison, les +adjudans de la garde nationale, demandaient aussi a lui etre presentes, +et ne l'avaient pas encore obtenu. Il differait, se reservant de faire +concourir cette reception avec ses projets. Ses deux freres, Lucien et +Joseph, et les deputes de son parti, faisaient chaque jour de nouvelles +conquetes dans les conseils. + +Une entrevue fut fixee le 15 brumaire avec Sieyes, pour convenir du plan +et des moyens d'execution. Ce meme jour, les conseils devaient donner un +banquet au general Bonaparte, comme on avait fait au retour d'Italie. Ce +n'etait point comme alors les conseils qui le donnaient officiellement. +La chose avait ete proposee en comite secret; mais les cinq-cents, qui, +dans le premier moment du debarquement, avaient nomme Lucien president, +pour honorer le general dans la personne de son frere, etaient +maintenant en defiance, et se refusaient a donner un banquet. Il fut +decide alors qu'on le donnerait par souscription. Du reste, le nombre +des souscripteurs fut de six a sept cents. Le repas eut lieu a l'eglise +Saint-Sulpice; il fut froid et silencieux: tout le monde s'observait et +gardait la plus grande reserve. Il etait visible qu'on s'attendait a un +grand evenement, et qu'il etait l'ouvrage d'une partie des assistans. +Bonaparte fut sombre et preoccupe. C'etait assez naturel, puisqu'au +sortir de la il allait arreter le lieu et l'heure d'une conjuration. A +peine le diner etait-il acheve, qu'il se leva, fit avec Berthier le tour +des tables, adressa quelques paroles aux deputes, et se retira ensuite +precipitamment. + +Il se rendit chez Sieyes pour faire avec lui ses derniers arrangemens. +La, on convint d'abord du gouvernement qu'on substituerait a celui qui +existait. Il fut arrete qu'on suspendrait les conseils pour trois mois, +qu'on substituerait aux cinq directeurs trois consuls provisoires, qui, +pendant ces trois mois, auraient une espece de dictature et seraient +charges de faire une constitution. Bonaparte, Sieyes et Roger-Ducos, +devaient etre les trois consuls. Il s'agissait ensuite de trouver les +moyens d'execution. Sieyes avait la majorite assuree dans les anciens. +Comme on parlait tous les jours de projets incendiaires, formes par +les jacobins, on imagina de supposer de leur part un projet d'attentat +contre la representation nationale. La commission des inspecteurs des +anciens, toute a la disposition de Sieyes, devait proposer de transferer +le corps legislatif a Saint-Cloud. La constitution donnait, en effet, +ce droit au conseil des anciens. Ce conseil devait a cette mesure en +ajouter une autre qui n'etait pas autorisee par la constitution, c'etait +de confier le soin de proteger la translation a un general de son choix, +c'est-a-dire a Bonaparte. Les anciens devaient lui deferer en meme temps +le commandement de la 17e division militaire et de toutes les troupes +cantonnees dans Paris. Bonaparte, avec ces forces, devait conduire le +corps legislatif a Saint-Cloud. La, on esperait devenir maitre des +cinq-cents, et leur arracher le decret d'un consulat provisoire. +Sieyes et Roger-Ducos devaient donner ce jour meme leur demission de +directeurs. On se proposait d'emporter celle de Barras, Gohier ou +Moulins. Alors le directoire etait desorganise par la dissolution de +la majorite; on allait dire aux cinq-cents qu'il n'y avait plus de +gouvernement, et on les obligeait a nommer les trois consuls. Ce plan +etait parfaitement concu, car il faut toujours, quand on veut faire +une revolution, deguiser l'illegal autant qu'on le peut, se servir +des termes d'une constitution pour la detruire, et des membres d'un +gouvernement pour le renverser. + +On fixa le 18 brumaire pour provoquer le decret de translation, et le +19 pour la seance decisive a Saint-Cloud. On se partagea la tache. Le +decret de translation, le soin de l'obtenir, fut confie a Sieyes et a +ses amis. Bonaparte se chargea d'avoir la force armee et de conduire les +troupes aux Tuileries. + +Tout etant arrete, ils se separerent. Il n'etait bruit de toutes parts +que d'un grand evenement pres d'eclater. C'est toujours ainsi que cela +s'etait passe. Il n'y a de revolutions qui reussissent que celles qui +peuvent etre connues d'avance. Fouche d'ailleurs se gardait d'avertir +les trois directeurs restes en dehors de la conjuration. Dubois-Crance, +malgre sa deference pour les lumieres de Bonaparte en matiere de guerre, +etait chaud patriote; il eut avis du projet, courut le denoncer a Gohier +et a Moulins, mais n'en fut pas cru. Ils croyaient bien a une grande +ambition, mais non encore a une conjuration prete a eclater. Barras +voyait bien un grand mouvement; mais il se sentait perdu de toute facon, +et il se laissait lachement aller aux evenemens. + +La commission des anciens, que presidait le depute Cornet, eut la +mission de tout preparer dans la nuit du 17 au 18, pour faire rendre le +decret de translation. On ferma les volets et les rideaux des fenetres, +pour que le public ne fut pas averti par les lumieres du travail de +nuit qui se faisait dans les bureaux de la commission. On eut soin +de convoquer le conseil des anciens pour sept heures, et celui des +cinq-cents pour onze. De cette maniere, le decret de translation devait +etre rendu avant que les cinq-cents fussent en seance; et, comme toute +deliberation etait interdite par la constitution a l'instant ou le +decret de translation etait promulgue, on fermait par cette promulgation +la tribune des cinq-cents, et on s'epargnait toute discussion +embarrassante. On eut un autre soin, ce fut de differer pour certains +deputes l'envoi des lettres de convocation. On fut certain par la que +ceux dont on se defiait n'arriveraient qu'apres la decision rendue. + +De son cote, Bonaparte avait pris toutes les precautions necessaires. Il +avait mande le colonel Sebastiani, qui commandait le 9e de dragons, pour +s'assurer des dispositions du regiment. Ce regiment se composait +de quatre cents hommes a pied et de six cents hommes a cheval. Il +renfermait beaucoup de jeunes soldats; mais les vieux soldats d'Arcole +et de Rivoli y donnaient le ton. Le colonel repondit du regiment a +Bonaparte. Il fut convenu que le colonel, sous pretexte de passer une +revue, sortirait a cinq heures de ses casernes, distribuerait son +monde, partie sur la place de la Revolution, partie dans le jardin des +Tuileries, et qu'il viendrait lui-meme, avec deux cents hommes a cheval, +occuper les rues du Mont-Blanc et Chantereine. Bonaparte fit ensuite +dire aux colonels des autres regimens de cavalerie, qu'il les passerait +en revue le 18. Il fit dire aussi a tous les officiers qui demandaient +a lui etre presentes, qu'il les recevrait le matin du meme jour. Pour +excuser le choix de l'heure, il pretexta un voyage. Il avertit Moreau et +tous les generaux de vouloir bien se trouver rue Chantereine a la meme +heure. A minuit, il envoya un aide-de-camp a Lefebvre pour l'engager a +passer chez lui a six heures du matin. Lefebvre etait tout devoue au +directoire; mais Bonaparte comptait bien qu'il ne resisterait pas a son +ascendant. Il n'avait fait prevenir ni Bernadotte ni Augereau. Il avait +eu soin, pour tromper Gohier, de s'inviter a diner chez lui le 18 meme, +avec toute sa famille, et en meme temps, pour le decider a donner sa +demission, il le fit prier par sa femme de venir le lendemain matin, a +huit heures, dejeuner rue Chantereine. + +Le 18 au matin, un mouvement imprevu de ceux memes qui concouraient a +le produire, se manifesta de toutes parts. Une nombreuse cavalerie +parcourait les boulevards; tout ce qu'il y avait de generaux et +d'officiers dans Paris se rendaient en grand uniforme rue Chantereine, +sans se douter de l'affluence qu'ils allaient y trouver. Les deputes +des anciens couraient a leur poste, etonnes de cette convocation +si soudaine. Les cinq-cents ignoraient, pour la plupart, ce qui se +preparait. Gohier, Moulins, Barras, etaient dans une complete ignorance. +Mais Sieyes, qui depuis quelque temps prenait des lecons d'equitation, +et Roger-Ducos, etaient deja a cheval, et se rendaient aux Tuileries. + +Des que les anciens se furent assembles, le president de la commission +des inspecteurs prit la parole. La commission chargee de veiller a +la surete du corps legislatif avait, dit-il, appris que des projets +sinistres se tramaient, que des conspirateurs accouraient en foule a +Paris, y tenaient des conciliabules, et y preparaient des attentats +contre la liberte de la representation nationale. Le depute Cornet +ajouta que le conseil des anciens avait dans les mains le moyen de +sauver la republique, et qu'il devait en user. Ce moyen, c'etait de +transferer le corps legislatif a Saint-Cloud pour le soustraire aux +attentats des conspirateurs, de mettre pendant ce temps la tranquillite +publique sous la garde d'un general capable de l'assurer, et de choisir +Bonaparte pour ce general. A peine la lecture de cette proposition et du +decret qui la contenait etait-elle achevee, qu'une certaine emotion +se manifesta dans le conseil. Quelques membres voulurent s'y opposer; +Cornudet, Lebrun, Fargues, Regnier, l'appuyerent. Le nom de Bonaparte, +qu'on avait fait valoir, et de l'appui duquel on se savait assure, +decida la majorite. A huit heures le decret etait rendu. Il transferait +les conseils a Saint-Cloud, et les y convoquait pour le lendemain a +midi. Bonaparte etait nomme general en chef de toutes les troupes +contenues dans la 17e division militaire, de la garde du corps +legislatif, de la garde du directoire, des gardes nationales de Paris et +des environs. Lefebvre, le commandant actuel de la 17e division, etait +mis sous ses ordres. Bonaparte avait ordre de venir a la barre recevoir +le decret, et preter serment dans les mains du president. Un messager +d'etat fut charge de porter sur-le-champ le decret au general. + +Le messager d'etat, qui etait le depute Cornet lui-meme, trouva les +boulevards encombres d'une nombreuse cavalerie; la rue du Mont-Blanc, la +rue Chantereine, remplies d'officiers et de generaux en grand uniforme. +Tous accouraient se rendre a l'invitation du general Bonaparte. Les +salons de celui-ci etant trop petits pour recevoir autant de monde, +il fit ouvrir les portes, s'avanca sur le perron, et harangua les +officiers. Il leur dit que la France etait en danger, et qu'il comptait +sur eux pour l'aider a la sauver. Le depute Cornet lui presentant le +decret, il s'en saisit, le leur lut, et leur demanda s'il pouvait +compter sur leur appui. Tous repondirent, en mettant la main sur +leurs epees, qu'ils etaient prets a le seconder. Il s'adressa aussi a +Lefebvre. Celui-ci, voyant les troupes en mouvement sans son ordre, +avait interroge le colonel Sebastiani, qui, sans lui repondre, lui avait +enjoint d'entrer chez le general Bonaparte. Lefebvre etait entre avec +humeur. "Eh bien! Lefebvre, lui dit Bonaparte, vous, l'un des soutiens +de la republique, voulez-vous la laisser perir dans les mains de ces +_avocats_? Unissez-vous a moi pour m'aider a la sauver. Tenez, ajouta +Bonaparte en prenant un sabre, voila le sabre que je portais aux +Pyramides; je vous le donne comme un gage de mon estime et de ma +confiance.--Oui, reprit Lefebvre tout emu, jetons les _avocats_ a la +riviere!" Joseph avait amene Bernadotte; mais celui-ci, voyant de quoi +il s'agissait, se retira pour aller avertir les patriotes. Fouche +n'etait point dans le secret; mais, averti de l'evenement, il avait +ordonne la fermeture des barrieres, et suspendu le depart des courriers +et des voitures publiques. Il vint en toute hate en avertir Bonaparte, +et lui faire ses protestations de devouement. Bonaparte, qui l'avait +laisse de cote jusqu'ici, ne le repoussa point, mais lui dit que ses +precautions etaient inutiles, qu'il ne fallait ni fermer les barrieres, +ni suspendre le cours ordinaire des choses, qu'il marchait avec la +nation et comptait sur elle. Bonaparte apprit dans le moment que Gohier +n'avait pas voulu se rendre a son invitation; il en temoigna quelque +humeur, et lui fit dire par un intermediaire qu'il se perdrait +inutilement en voulant resister. Il monta aussitot a cheval pour se +rendre aux Tuileries, et preter serment devant le conseil des anciens. +Presque tous les generaux de la republique etaient a cheval a ses cotes. +Moreau, Macdonald, Berthier, Lannes, Murat, Leclerc, etaient derriere +lui comme ses lieutenans. Il trouva aux Tuileries les detachemens du 9e, +les harangua, et, apres les avoir enthousiasmes, entra dans le palais. + +Il se presenta devant les anciens, accompagne de ce magnifique +etat-major. Sa presence causa une vive sensation, et prouva aux anciens +qu'ils s'etaient associes a un homme puissant, et qui avait tous les +moyens necessaires pour faire reussir un coup d'etat. Il se presenta a +la barre: "Citoyens representans, dit-il, la republique allait perir, +votre decret vient de la sauver! Malheur a ceux qui voudraient s'opposer +a son execution; aide de tous mes compagnons d'armes rassembles ici +autour de moi, je saurai prevenir leurs efforts. On cherche en vain des +exemples dans le passe pour inquieter vos esprits; rien dans l'histoire +ne ressemble au dix-huitieme siecle, et rien dans ce siecle ne ressemble +a sa fin... Nous voulons la republique..... Nous la voulons fondee sur +la vraie liberte, sur le regime representatif... Nous l'aurons, je le +jure en mon nom, et au nom de mes compagnons d'armes....." Nous le +jurons tous, repeterent les generaux et les officiers qui etaient a la +barre. La maniere dont Bonaparte venait de preter son serment etait +adroite, en ce qu'il avait evite de preter serment a la constitution. Un +depute voulut prendre la parole pour en faire la remarque; le president +la lui refusa, sur le motif que le decret de translation interdisait +toute deliberation. On se separa sur-le-champ. Bonaparte se rendit alors +dans le jardin, monta a cheval, accompagne de tous les generaux, +et passa en revue les regimens de la garnison, qui arrivaient +successivement. Il adressa une harangue courte et energique aux soldats, +et leur dit qu'il allait faire une revolution qui leur rendrait +l'abondance et la gloire. Des cris de _vive Bonaparte!_ retentissaient +dans les rangs. Le temps etait superbe, l'affluence extraordinaire: tout +semblait seconder l'inevitable attentat qui allait terminer la confusion +par le pouvoir absolu. + +Dans ce moment, les cinq-cents, avertis de la revolution qui se +preparait, s'etaient rendus en tumulte a la salle de leurs seances. A +peine reunis, ils avaient recu un message des anciens, contenant le +decret de translation. A cette lecture, une foule de voix avaient eclate +a la fois; mais le president Lucien Bonaparte les avait reduites au +silence, en vertu de la constitution qui ne leur permettait plus de +deliberer. Les cinq-cents s'etaient separes aussitot; les plus ardens, +courant les uns chez les autres, formaient des conciliabules, pour +s'indigner en commun, et imaginer quelques moyens de resistance. Les +patriotes des faubourgs etaient en grande agitation, et s'ameutaient +autour de Santerre. + +Pendant ce temps, Bonaparte, ayant acheve la revue des troupes, etait +rentre aux Tuileries, et s'etait rendu a la commission des inspecteurs +des anciens. Celle des cinq-cents avait entierement adhere a la +revolution nouvelle, et se pretait a tout ce qu'on preparait. C'etait la +que tout devait se faire, sous le pretexte d'executer la translation. +Bonaparte y siegea en permanence. Deja le ministre de la justice +Cambaceres s'y etait rendu. Fouche y vint de son cote. Sieyes et +Roger-Ducos venaient d'y donner leur demission. Il importait d'en avoir +encore une troisieme au directoire, parce qu'alors la majorite etant +dissoute, il n'y avait plus de pouvoir executif, et on n'avait plus a +craindre un dernier acte d'energie de sa part. On n'esperait pas que +Gohier ni Moulins la donnassent; on depecha M. de Talleyrand et l'amiral +Bruix a Barras, pour lui arracher la sienne. + +Bonaparte distribua ensuite le commandement des troupes. Il chargea +Murat, avec une nombreuse cavalerie et un corps de grenadiers, d'aller +occuper Saint-Cloud. Serrurier fut mis au _Point-du-Jour_ avec une +reserve. Lannes fut charge de commander les troupes qui gardaient les +Tuileries. Bonaparte donna ensuite a Moreau une commission singuliere, +et certainement la moins honorable de toutes, dans ce grand evenement: +il le chargea d'aller, avec cinq cents hommes, garder le Luxembourg. +Moreau avait pour instruction de bloquer les directeurs, sous pretexte +de veiller a leur surete, et de leur interdire absolument toute +communication au dehors. Bonaparte fit signifier en meme temps au +commandant de la garde directoriale de lui obeir, de quitter avec sa +troupe le Luxembourg, et de venir se rendre aupres de lui aux Tuileries. +On prit enfin une derniere et importante precaution, avec le secours de +Fouche. Le directoire avait la faculte de suspendre les municipalites; +le ministre Fouche, agissant en sa qualite de ministre de la police, +comme s'il etait autorise par le directoire, suspendit les douze +municipalites de Paris, et leur enleva tout pouvoir. Il ne restait, par +ce moyen, aux patriotes, aucun point de ralliement, ni au directoire, +ni dans les douze communes qui avaient succede a la grande commune +d'autrefois. Fouche fit ensuite afficher des placards, pour inviter les +citoyens a l'ordre et au repos, et leur assurer qu'on travaillait dans +ce moment a sauver la republique de ses perils. + +Ces mesures reussirent completement. L'autorite du general Bonaparte +fut reconnue partout, bien que le conseil des anciens n'eut pas agi +constitutionnellement en la lui conferant. Ce conseil, en effet, pouvait +bien ordonner la translation, mais ne pouvait pas nommer un chef supreme +de la force armee. Moreau se rendit au Luxembourg, et le bloqua avec +cinq cents hommes. Le commandant de la garde directoriale, Jube, +obeissant sur-le-champ aux ordres qu'il venait de recevoir, fit +monter sa troupe a cheval, et quitta le Luxembourg pour se rendre aux +Tuileries. Pendant ce temps, les trois directeurs, Moulins, Gohier +et Barras, etaient dans une cruelle perplexite. Moulins et Gohier, +s'apercevant enfin de la conjuration qui leur avait echappe, s'etaient +rendus dans l'appartement de Barras pour lui demander s'il voulait tenir +ferme avec eux, et former la majorite. Le voluptueux directeur etait +dans le bain, et apprenait a peine ce que Bonaparte faisait dans Paris. +"Cet homme, s'ecria-t-il avec une expression grossiere, nous a tous +trompes." Il promit de s'unir a ses collegues, car il promettait +toujours, et il envoya son secretaire Bottot aux Tuileries pour aller a +la decouverte. Mais a peine Gohier et Moulins l'eurent-ils quitte, qu'il +tomba dans les mains de Bruix et de M. de Talleyrand. Il n'etait pas +difficile de lui faire sentir l'impuissance a laquelle il etait reduit, +et on n'avait pas a craindre qu'il voulut succomber glorieusement en +defendant la constitution directoriale. On lui promit repos et fortune, +et il consentit a donner sa demission. On lui avait redige une lettre +qu'il signa, et que MM. de Talleyrand et Bruix se haterent de porter +a Bonaparte. Des cet instant, Gohier et Moulins firent pour parvenir +aupres de lui des efforts inutiles, et apprirent qu'il venait de se +demettre. Reduits a eux seuls, n'ayant plus le droit de deliberer, ils +ne savaient quel parti prendre, et ils voulaient cependant remplir +loyalement leurs devoirs envers la constitution de l'an III. Ils +resolurent donc de se rendre a la commission des inspecteurs, pour +demander a leurs deux collegues, Sieyes et Ducos, s'ils voulaient se +reunir a eux pour reconstituer la majorite, et promulguer du moins le +decret de translation. C'etait la une triste ressource. Il n'etait +pas possible de reunir une force armee, et de venir lever un etendard +contraire a celui de Bonaparte; des lors il etait inutile d'aller aux +Tuileries, affronter Bonaparte au milieu de son camp et de toutes ses +forces. + +Ils s'y rendirent cependant, et on les y laissa aller. Ils trouverent +Bonaparte entoure de Sieyes, Ducos, d'une foule de deputes et d'un +nombreux etat-major. Bottot, le secretaire de Barras, venait d'etre fort +mal accueilli. Bonaparte, elevant la voix, lui avait dit: "Qu'a-t-on +fait de cette France, que j'avais laissee si brillante? j'avais laisse +la paix, j'ai retrouve la guerre; j'avais laisse des victoires, j'ai +retrouve des revers; j'avais laisse les millions de l'Italie, et j'ai +trouve des lois spoliatrices et la misere. Que sont devenus cent mille +Francais que je connaissais, tous mes compagnons de gloire? ils sont +morts!" L'envoye Bottot s'etait retire atterre; mais dans ce moment la +demission de Barras etait arrivee et avait calme le general. Il dit a +Gohier et Moulins qu'il etait satisfait de les voir; qu'il comptait +sur leur demission, parce qu'il les croyait trop bons citoyens pour +s'opposer a une revolution inevitable et salutaire. Gohier repondit avec +force qu'il ne venait avec son collegue Moulins que pour travailler +a sauver la republique. "Oui, repartit Bonaparte, la sauver, et avec +quoi?... avec les moyens de la constitution, qui croule de toutes +parts?--Qui vous a dit cela? repliqua Gohier. Des personnes qui n'ont ni +le courage, ni la volonte de marcher avec elle." Une altercation assez +vive s'engagea entre Gohier et Bonaparte. Dans ce moment, on apporta +un billet au general. Il contenait l'avis d'une grande agitation au +faubourg Saint-Antoine. "General Moulins, dit Bonaparte, vous etes +parent de Santerre?--Non, repondit Moulins, je ne suis pas son parent, +mais son ami.--J'apprends, ajouta Bonaparte, qu'il remue dans les +faubourgs; dites-lui qu'au premier mouvement je le fais fusiller." +Moulins repliqua avec force a Bonaparte, qui lui repeta qu'il ferait +fusiller Santerre. L'altercation continua avec Gohier. Bonaparte lui dit +en finissant: "La republique est en peril, il faut la sauver... _je le +veux_. Sieyes et Ducos ont donne leur demission; Barras vient de donner +la sienne. Vous etes deux, isoles, impuissans, vous ne pouvez rien; je +vous engage a ne pas resister." Gohier et Moulins repondirent qu'ils ne +deserteraient pas leur poste. Ils retournerent au Luxembourg, ou ils +furent des ce moment consignes, separes l'un de l'autre, et prives de +toute communication par les ordres de Bonaparte transmis a Moreau. +Barras venait de partir pour sa terre de Gros-Bois, escorte par un +detachement de dragons. + +Il n'y avait donc plus de pouvoir executif! Bonaparte avait seul la +force dans les mains. Tous les ministres etaient reunis aupres de lui, a +la commission des inspecteurs. Tous les ordres partaient de la, comme +du seul point ou il existat une autorite organisee. La journee s'acheva +avec assez de calme. Les patriotes formaient de nombreux conciliabules, +proposaient des resolutions desesperees, mais sans croire a la +possibilite de les executer, tant on redoutait l'ascendant de Bonaparte +sur les troupes! + +Le soir on tint conseil a la commission des inspecteurs. L'objet de ce +conseil etait de convenir, avec les principaux membres des anciens, de +ce qu'on ferait le lendemain a Saint-Cloud. Le projet arrete avec +Sieyes etait de proposer l'ajournement des conseils avec un consulat +provisoire. Cette proposition presentait quelques difficultes. Beaucoup +de membres des anciens, qui avaient contribue a rendre le decret +de translation, s'effrayaient maintenant de la domination du parti +militaire. Ils n'avaient pas cru que l'on songeat a creer une dictature +au profit de Bonaparte et de ses deux associes; ils auraient voulu +seulement que l'on composat autrement le directoire, et, malgre l'age de +Bonaparte, ils auraient consenti a le nommer directeur. Ils en firent +la proposition. Mais Bonaparte repondit, d'un ton decide, que la +constitution ne pouvait plus marcher, qu'il fallait une autorite plus +concentree, et surtout un ajournement de tous les debats politiques qui +agitaient la republique. La nomination de trois consuls et la suspension +des conseils jusqu'au 1er ventose furent donc proposees. Apres une +discussion assez longue, ces mesures furent adoptees. On choisit +Bonaparte, Sieyes et Ducos pour consuls. Le projet fut redige et dut +etre propose le lendemain matin a Saint-Cloud. Sieyes, connaissant +parfaitement les mouvemens revolutionnaires, voulait qu'on arretat dans +la nuit quarante des meneurs des cinq-cents. Bonaparte ne le voulut pas, +et eut a s'en repentir. + +La nuit fut assez tranquille. Le lendemain matin, 19 brumaire (10 +novembre), la route de Saint-Cloud etait couverte de troupes, de +voitures et de curieux. Trois salles avaient ete preparees au chateau: +l'une pour les anciens, l'autre pour les cinq-cents, la troisieme +pour la commission des inspecteurs et pour Bonaparte. Les preparatifs +devaient etre acheves a midi, mais ils ne purent l'etre avant deux +heures. Ce retard manqua de devenir funeste aux auteurs de la revolution +nouvelle. Les deputes des deux conseils se promenaient dans les jardins +de Saint-Cloud, et s'entretenaient ensemble avec une extreme vivacite. +Ceux des cinq-cents, irrites d'avoir ete deportes en quelque sorte par +ceux des anciens, avant meme qu'ils pussent prendre la parole, leur +demandaient naturellement ce qu'ils voulaient, ce qu'ils projetaient +pour la journee. "Le gouvernement est decompose, leur disaient-ils; +eh bien, soit; nous convenons qu'il faut le recomposer, et qu'il en a +besoin. Voulez-vous, au lieu d'hommes ineptes et sans renommee, y porter +des hommes imposans; voulez-vous y porter Bonaparte?..... quoiqu'il +n'ait pas l'age requis, nous y consentons encore." Ces questions +pressantes, embarrassaient les anciens. Il fallait convenir qu'on +voulait autre chose, et qu'on avait le projet d'un renversement de +constitution. Quelques-uns d'entre eux firent des insinuations a ce +sujet; mais elles furent mal accueillies. Les anciens, deja effrayes la +veille de ce qui s'etait passe a la commission des inspecteurs, furent +ebranles tout a fait, en voyant la resistance qui se manifestait dans +les cinq-cents. Des ce moment, les dispositions du corps legislatif +parurent douteuses, et le projet de revolution fut tres compromis. +Bonaparte etait a cheval a la tete de ses troupes; Sieyes et Ducos +avaient une chaise de poste, attelee de six chevaux, qui les attendait +a la grille de Saint-Cloud. Beaucoup d'autres personnages en avaient +aussi, se disposant, en cas d'echec, a prendre la fuite. Sieyes, du +reste, montra dans toute cette scene un rare sang-froid et une grande +presence d'esprit. On craignait que Jourdan, Augereau et Bernadotte +ne vinssent parler aux troupes. On donna l'ordre de sabrer le premier +individu qui se presenterait pour les haranguer, representant ou +general, n'importe. + +La seance des deux conseils s'ouvrit a deux heures. Dans les anciens, +des reclamations s'eleverent de la part des membres qui n'avaient pas +ete convoques la veille pour assister a la discussion sur le decret de +translation. Ces reclamations furent ecartees, puis on s'occupa d'une +notification aux cinq-cents, pour leur apprendre que le conseil etait en +majorite, et pret a deliberer. Aux cinq-cents, la deliberation commenca +autrement. Le depute Gaudin, qui avait mission de Sieyes et de Bonaparte +d'ouvrir la discussion, parla d'abord des dangers que courait la +republique, et proposa deux choses: premierement de remercier les +anciens d'avoir transfere le corps legislatif a Saint-Cloud, et +secondement de former une commission chargee de faire un rapport sur les +dangers de la republique, et sur les moyens de pourvoir a ces dangers. +Si cette proposition avait ete adoptee, on avait un rapport tout +prepare, et on eut propose le consulat provisoire et l'ajournement. +Mais a peine le depute Gaudin a-t-il acheve de parler, qu'un orage +epouvantable eclate dans l'assemblee. Des cris violens retentissent; on +entend de toutes parts: "A bas les dictateurs, point de dictature, vive +la constitution!--La constitution ou la mort! s'ecrie Delbrel.... Les +baionnettes ne nous effraient pas, nous sommes libres ici." Ces paroles +sont suivies de nouveaux cris. Quelques deputes furieux repetent +en regardant le president Lucien: "Point de dictature, a bas les +dictateurs!" A ces cris insultans, Lucien prend la parole. "Je sens +trop, dit-il, la dignite de president pour souffrir plus long-temps les +menaces insolentes de certains orateurs; je les rappelle a l'ordre." +Cette injonction ne les calme pas, et les rend plus furieux. Apres une +longue agitation, le depute Grandmaison propose de preter serment a la +constitution de l'an III. La proposition est aussitot accueillie. On +demande de plus l'appel nominal. L'appel nominal est aussi adopte. +Chaque depute vient a son tour preter serment a la tribune, aux cris et +aux applaudissemens de tous les assistans. Lucien est oblige lui-meme de +quitter le fauteuil, pour preter le serment qui ruine les projets de son +frere. + +Les evenemens prenaient une tournure dangereuse. Au lieu de nommer une +commission pour ecouter des projets de reforme, les cinq-cents pretaient +un serment de maintenir ce qui existait, et les anciens ebranles etaient +prets a reculer. C'etait une revolution manquee. Le danger etait +imminent. Augereau, Jourdan, les patriotes influens, etaient a +Saint-Cloud, attendant le moment favorable pour ramener les troupes de +leur cote. Bonaparte et Sieyes arretent sur-le-champ qu'il faut agir, et +ramener a soi la masse flottante. Bonaparte se decide a se presenter aux +deux conseils a la tete de son etat-major. Il rencontre Augereau, qui +d'un ton railleur lui dit: "Vous voila dans une jolie position!--Les +affaires etaient en bien plus mauvais etat a Arcole," lui repond +Bonaparte; et il se rend a la barre des anciens. Il n'avait point +l'habitude des assemblees. Parler pour la premiere fois en public est +embarrassant, effrayant meme pour les esprits les plus fermes, et dans +les circonstances les plus ordinaires. Au milieu de pareils evenemens, +et pour un homme qui n'avait jamais paru a une tribune, ce devait etre +bien plus difficile encore. Bonaparte, fort emu, prend la parole, +et d'une voix entrecoupee, mais forte, dit aux anciens: "Citoyens +representans, vous n'etes point dans des circonstances ordinaires, mais +sur un volcan. Permettez-moi quelques explications. Vous avez cru +la republique en danger; vous avez transfere le corps legislatif a +Saint-Cloud; vous m'avez appele pour assurer l'execution de vos decrets; +je suis sorti de ma demeure pour vous obeir, et deja on nous abreuve +de calomnies, moi et mes compagnons d'armes: on parle d'un nouveau +Cromwell, d'un nouveau Cesar. Citoyens, si j'avais voulu d'un tel role, +il m'eut ete facile de le prendre au retour d'Italie, au moment du plus +beau triomphe, et lorsque l'armee et les partis m'invitaient a m'en +emparer. Je ne l'ai pas voulu alors, je ne le veux pas aujourd'hui. +Ce sont les dangers seuls de la patrie qui ont eveille mon zele et le +votre." Bonaparte fait ensuite, toujours d'une voix emue, le tableau de +la situation dangereuse de la republique, dechiree par tous les partis, +menacee d'une nouvelle guerre civile dans l'Ouest, et d'une invasion +vers le Midi. "Prevenons, ajoute-t-il, tant de maux; sauvons les deux +choses pour lesquelles nous avons fait tant de sacrifices, la liberte et +l'egalite...--Parlez donc aussi de la constitution!" s'ecrie le depute +Linglet. Cette interruption deconcerte un instant le general; mais +bientot il se remet; et d'une voix entrecoupee il repond: "De +constitution! vous n'en avez plus. C'est vous qui l'avez detruite, en +attentant, le 18 fructidor, a la representation nationale, en annulant, +le 22 floreal, les elections populaires, et en attaquant, le 30 +prairial, l'independance du gouvernement. Cette constitution dont vous +parlez, tous les partis veulent la detruire. Ils sont tous venus me +faire confidence de leurs projets, et m'offrir de les seconder. Je +ne l'ai pas voulu; mais, s'il le faut, je nommerai les partis et les +hommes.--Nommez-les, s'ecrient alors les opposans, nommez-les, demandez +un comite secret." Une longue agitation succede a cette interruption. +Bonaparte reprend enfin la parole, et peignant de nouveau l'etat ou la +France est placee, engage les anciens a prendre des mesures qui puissent +la sauver. "Environne, dit-il, de mes freres d'armes, je saurai vous +seconder. J'en atteste ces braves grenadiers, dont j'apercois les +baionnettes, et que j'ai si souvent conduits a l'ennemi; j'en atteste +leur courage, nous vous aiderons a sauver la patrie. Et si quelque +orateur, ajoute Bonaparte d'une voix menacante, si quelque orateur, paye +par l'etranger, parlait de me mettre hors la loi, alors j'en appellerais +a mes compagnons d'armes. Songez que je marche accompagne du dieu de la +fortune et du dieu de la guerre." + +Ces paroles audacieuses etaient un avis pour les cinq-cents. Les anciens +les accueillirent tres bien, et parurent ramenes par la presence du +general. Ils lui accorderent les honneurs de la seance. + +Bonaparte, apres avoir rechauffe les anciens, songe a se rendre aux +cinq-cents, pour essayer de leur imposer. Ils s'avance suivi de quelques +grenadiers; il entre, mais il les laisse derriere lui au bout de la +salle. Il avait a parcourir la moitie de l'enceinte pour arriver a la +barre. A peine est-il arrive au milieu, que des cris furieux partent de +toutes parts. "Quoi, s'ecrient une foule de voix, des soldats ici! des +armes! Que veut-on?... A bas le dictateur! a bas le tyran!" Un grand +nombre de deputes s'elancent au milieu de la salle, entourent le +general, lui adressent les interpellations les plus vives! "Quoi! lui +dit-on, c'est pour cela que vous avez vaincu?... Tous vos lauriers sont +fletris... Votre gloire s'est changee en infamie. Respectez le temple +des lois. Sortez, sortez!" Bonaparte est confondu au milieu de la foule +qui le presse. Les grenadiers qu'il avait laisses a la porte, accourent, +repoussent les deputes, et le saisissent au milieu du corps. On dit que +dans ce tumulte, des grenadiers recurent des coups de poignard qui lui +etaient destines. Le grenadier Thome eut ses vetemens dechires. Il est +tres possible que, dans le tumulte, ses vetemens aient ete dechires, +sans qu'il y eut la des poignards. Il est possible aussi que des +poignards fussent dans plus d'une main. Des republicains qui croyaient +voir un nouveau Cesar, pouvaient s'armer du fer de Brutus, sans etre des +assassins. Il y a une grande faiblesse a les en justifier. Quoi qu'il +en soit, Bonaparte est emporte hors de la salle. On dit qu'il etait +trouble, ce qui n'est pas plus etonnant que la supposition des +poignards. Il monte a cheval, se rend aupres des troupes, leur dit qu'on +a voulu l'assassiner, que ses jours ont ete en peril, et est accueilli +partout par les cris de _vive Bonaparte!_ + +Dans ce moment l'orage continue, plus violent que jamais, dans +l'assemblee, et se dirige contre Lucien. Celui-ci deploie une fermete et +un courage rares. "Votre frere est un tyran, lui dit-on; en un jour il +a perdu toute sa gloire." Lucien cherche en vain a le justifier. "Vous +n'avez pas voulu, dit-il, l'entendre. Il venait vous expliquer sa +conduite, vous faire connaitre sa mission, repondre a toutes les +questions que vous ne cessez d'adresser depuis que vous etes reunis. +Ses services meritaient du moins qu'on lui donnat le temps de +s'expliquer.--Non, non, a bas le tyran! s'ecrient les patriotes furieux. +Hors la loi! ajoutent-ils, hors la loi!" Ce mot etait terrible, il avait +perdu Robespierre. Prononce contre Bonaparte, il pouvait peut-etre faire +hesiter les troupes, et les detacher de lui. Lucien, avec courage, +resiste a la proposition de mise hors la loi, et demande auparavant +qu'on ecoute son frere. Il lutte long-temps au milieu d'un tumulte +epouvantable. Enfin, deposant sa toque et sa toge: "Miserables, +s'ecrie-t-il, vous voulez que je mette hors la loi mon propre frere! Je +renonce au fauteuil, et je vais me rendre a la barre pour defendre celui +qu'on accuse." + +Dans ce moment, Bonaparte entendait du dehors la scene qui se passait +dans l'assemblee. Il craignait pour son frere; il envoie dix grenadiers +pour l'arracher de la salle. Les grenadiers entrent, trouvent Lucien au +milieu d'un groupe, le saisissent par le bras en lui disant que c'est +par ordre de son frere, et l'entrainent hors de l'enceinte. C'etait le +moment de prendre un parti decisif. Tout etait perdu si on hesitait. Les +moyens oratoires de ramener l'assemblee etant devenus impossibles, il +ne restait que la force; il fallait hasarder un de ces actes audacieux, +devant lesquels hesitent toujours les usurpateurs. Cesar hesita en +passant le Rubicon, Cromwell en fermant le parlement. Bonaparte se +decide a faire marcher les grenadiers sur l'assemblee. Il monte a cheval +avec Lucien, et parcourt le front des troupes. Lucien les harangue. "Le +conseil des cinq-cents est dissous, leur dit-il, c'est moi qui vous le +declare. Des assassins ont envahi la salle des seances, et ont fait +violence a la majorite; je vous somme de marcher pour la delivrer." +Lucien jure ensuite que lui et son frere seront les defenseurs fideles +de la liberte. Murat et Leclerc ebranlent alors un bataillon de +grenadiers, et le conduisent a la porte des cinq-cents. Ils s'avancent +jusqu'a l'entree de la salle. A la vue des baionnettes, les deputes +poussent des cris affreux, comme ils avaient fait a la vue de Bonaparte. +Mais un roulement de tambours couvre leurs cris. _Grenadiers, en avant!_ +s'ecrient les officiers. Les grenadiers entrent dans la salle, et +dispersent les deputes qui s'enfuient les uns par les couloirs, les +autres par les fenetres. En un instant la salle est evacuee, et +Bonaparte reste maitre de ce deplorable champ de bataille. + +La nouvelle est portee aux anciens, qui en sont remplis d'inquietude et +de regrets. Ils n'avaient pas souhaite un pareil attentat. Lucien se +presente a leur barre, et vient justifier sa conduite a l'egard des +cinq-cents. On se contente de ses raisons, car que faire dans une +pareille situation?... Il fallait en finir, et remplir l'objet qu'on +s'etait propose. Le conseil des anciens ne pouvait pas decreter a lui +seul l'ajournement du corps legislatif et l'institution du consulat. Le +conseil des cinq-cents etait dissous; mais il restait une cinquantaine +de deputes, partisans du coup d'etat. On les reunit, et on leur fait +rendre le decret, objet de la revolution qu'on venait de faire. Le +decret est ensuite porte aux anciens, qui l'adoptent vers le milieu +de la nuit. Bonaparte, Roger-Ducos, Sieyes, sont nommes consuls +provisoires, et revetus de toute la puissance executive. Les conseils +sont ajournes au 1er ventose prochain. Ils sont remplaces par deux +commissions de vingt-cinq membres chacune, prises dans les conseils, +et chargees d'approuver les mesures legislatives que les trois consuls +auront besoin de prendre. Les consuls et les commissions sont charges de +rediger une constitution nouvelle. + +Telle fut la revolution du 18 brumaire, jugee si diversement par les +hommes, regardee par les uns comme l'attentat qui aneantit l'essai de +notre liberte, par les autres comme un acte hardi, mais necessaire, qui +termina l'anarchie. Ce qu'on en peut dire, c'est que la revolution, +apres avoir pris tous les caracteres, monarchique, republicain, +democratique, prenait enfin le caractere militaire, parce qu'au milieu +de cette lutte perpetuelle avec l'Europe, il fallait qu'elle se +constituat d'une maniere solide et forte. Les republicains gemissent +de tant d'efforts infructueux, de tant de sang inutilement verse pour +fonder la liberte en France, et ils deplorent de la voir immolee par +l'un des heros qu'elle avait enfantes. En cela le plus noble sentiment +les trompe. La revolution, qui devait nous donner la liberte, et qui a +tout prepare pour que nous l'ayons un jour, n'etait pas, et ne devait +pas etre elle-meme la liberte. Elle devait etre une grande lutte contre +l'ancien ordre de choses. Apres l'avoir vaincu en France, il fallait +qu'elle le vainquit en Europe. Mais une lutte si violente n'admettait +pas les formes et l'esprit de la liberte. On eut un moment de liberte +sous la constituante, et il fut court; mais quand le parti populaire +devint menacant au point d'intimider tous les esprits; quand il envahit +les Tuileries au 10 aout; quand au 2 septembre il immola tous ceux qui +lui donnaient des defiances; quand au 21 janvier il obligea tout le +monde a se compromettre avec lui en trempant les mains dans le sang +royal; quand il obligea, en aout 93, tous les citoyens a courir aux +frontieres, ou a livrer leur fortune; quand il abdiqua lui-meme sa +puissance, et la remit a ce grand comite de salut public, compose de +douze individus, y avait-il, pouvait-il y avoir liberte? Non; il y avait +un violent effort de passions et d'heroisme; il y avait cette tension +musculaire d'un athlete qui lutte contre un ennemi puissant. Apres ce +moment de danger, apres nos victoires, il y eut un instant de relache. +La fin de la convention et le directoire presenterent des momens de +liberte. Mais la lutte avec l'Europe ne pouvait etre que passagerement +suspendue. Elle recommenca bientot; et au premier revers les partis se +souleverent tous contre un gouvernement trop modere, et invoquerent un +bras puissant. Bonaparte, revenant d'Orient, fut salue comme souverain, +et appele au pouvoir. On dira vainement que Zurich avait sauve la +France. Zurich etait un accident, un repit; il fallait encore Marengo et +Hohenlinden pour la sauver. Il fallait plus que des succes militaires, +il fallait une reorganisation puissante a l'interieur de toutes les +parties du gouvernement, et c'etait un chef politique plutot qu'un chef +militaire dont la France avait besoin. Le 18 et le 19 brumaire etaient +donc necessaires. On pourrait seulement dire que le 20 fut condamnable, +et que le heros abusa du service qu'il venait de rendre. Mais on +repondra qu'il venait achever une tache mysterieuse, qu'il tenait, sans +s'en douter, de la destinee, et qu'il accomplissait sans le vouloir. Ce +n'etait pas la liberte qu'il venait continuer, car elle ne pouvait pas +exister encore; il venait, sous les formes monarchiques, continuer la +revolution dans le monde; il venait la continuer en se placant, lui +plebeien, sur un trone; en conduisant le pontife a Paris pour verser +l'huile sacree sur un front plebeien; en creant une aristocratie avec +des plebeiens, en obligeant les vieilles aristocraties a s'associer a +son aristocratie plebeienne; en faisant des rois avec des plebeiens; +enfin en recevant dans son lit la fille des Cesars, et en melant un sang +plebeien a l'un des sangs les plus vieux de l'Europe; en melant enfin +tous les peuples, en repandant les lois francaises en Allemagne, en +Italie, en Espagne; en donnant des dementis a tant de prestiges, en +ebranlant, en confondant tant de choses. Voila quelle tache profonde +il allait remplir; et pendant ce temps la nouvelle societe allait se +consolider a l'abri de son epee, et la liberte devait venir un jour. +Elle n'est pas venue, elle viendra. J'ai decrit la premiere crise qui +en a prepare les elemens en Europe; je l'ai fait sans haine, plaignant +l'erreur, reverant la vertu, admirant la grandeur, tachant de saisir les +profonds desseins de la Providence dans ces grands evenemens, et les +respectant des que je croyais les avoir saisis. + + +FIN DU DIXIEME ET DERNIER VOLUME. + + + + +TABLE DES CHAPITRES CONTENUS DANS LE TOME DIXIEME. + + + +CHAPITRE XIII. + +Expedition d'Egypte. Depart de Toulon; arrivee devant Malte; conquete +de cette ile. Depart pour l'Egypte; debarquement a Alexandrie; prise +de cette place. Marche sur le Caire; combat de Chebreiss. Bataille des +Pyramides; occupation du Caire. Travaux administratifs de Bonaparte en +Egypte; etablissement de la nouvelle colonie. Bataille navale d'Aboukir, +destruction de la flotte francaise par les Anglais. + +CHAPITRE XIV. + +Effet de l'expedition d'Egypte en Europe. Consequences funestes de la +bataille navale d'Aboukir.--Declaration de guerre de la Porte.--Efforts +de l'Angleterre pour former une nouvelle coalition.--Conferences avec +l'Autriche a Selz. Progres des negociations de Rastadt.--Nouvelles +commotions en Hollande, en Suisse et dans les republiques italiennes. +Changement de la constitution cisalpine; grands embarras du directoire +a ce sujet.--Situation interieure. Une nouvelle opposition se prononce +dans les conseils.--Disposition generale a la guerre. Loi sur la +conscription.--Finances de l'an VII.--Reprise des hostilites. Invasion +des etats romains par l'armee napolitaine--Conquete du royaume de Naples +par le general Championnet.--Abdication du roi de Piemont. + +CHAPITRE XV. + +Etat de l'administration de la Republique et des armees au commencement +de 1799.--Preparatifs militaires.--Levee de 200 mille +conscrits.--Moyens et plans de guerre du directoire et des puissances +coalisees.--Declaration de guerre de l'Autriche.--Ouverture de +la campagne de 1799.--Invasion des Grisons,--Combatte +Pfullendorf.--Bataille de Stockach.--Retraite de Jourdan.--Operations +militaires en Italie.--Bataille de Magnano; retraite de +Scherer.--Assassinat des plenipotentiaires francais a Rastadt.--Effets +de nos premiers revers.--Accusations multipliees contre le directoire. +--Elections de l'an VII.--Sieyes est nomme directeur, en remplacement de +Rewbell. + +CHAPITRE XVI. + +Continuation de la campagne de 1799; Massena reunit le commandement +des armees d'Helvetie et du Danube, et occupe la ligne de la +Limmat.--Arrivee de Suwarow en Italie. Scherer transmet le commandement +a Moreau. Bataille de Cassano. Retraite de Moreau au-dela du Po et de +l'Apennin.--Essai de jonction avec l'armee de Naples; bataille de la +Trebbia.--Coalition de tous les partis contre le directoire.--Revolution +du 30 prairial.--Larevelliere et Merlin sortent du directoire. + +CHAPITRE XVII. + +Formation du nouveau directoire.--Moulins et Roger-Ducos remplacent +Larevelliere et Merlin.--Changement dans le ministere.--Levee de toutes +les classes de conscrits.--Emprunt force de cent millions.--Loi des +otages.--Nouveaux plans militaires.--Reprises des operations en +Italie; Joubert general en chef; bataille de Novi, et mort de +Joubert.--Debarquement des Anglo-Russes en Hollande.--Nouveaux troubles +a l'interieur; dechainement des patriotes; arrestation de onze +journalistes; renvoi de Bernadotte; proposition de declarer la patrie en +danger. + +CHAPITRE XVIII. + +Suite des operations de Bonaparte en Egypte. Conquete de la Haute-Egypte +par Desaix; bataille de Sediman.--Expedition de Syrie; prise du +fort d'El-Arisch et de Jaffa; bataille du Mont-Thabor; siege de +Saint-Jean-d'Acre.--Retour en Egypte; bataille d'Aboukir.--Depart de +Bonaparte pour la France.--Operations en Europe. Marche de l'archiduc +Charles sur le Rhin, et de Suwarow en Suisse: mouvement de Massena; +memorable victoire de Zurich; situation perilleuse de Suwarow; sa +retraite desastreuse; la France sauvee.--Evenemens en Hollande; defaite +et capitulation des Anglo-Russes; evacuation de la Hollande. Fin de la +campagne de 1799. + +CHAPITRE XIX. + +Retour de Bonaparte; son debarquement a Frejus; enthousiasme qu'il +inspire.--Agitation de tous les partis a son arrivee.--Il se coalise +avec Sieyes pour renverser la constitution directoriale.--Preparatifs et +journee du 18 brumaire.--Renversement de la constitution de l'an III; +institution du consulat provisoire.--Fin de cette histoire. + + +FIN DE LA TABLE. + + + + + + + +TABLE ALPHABETIQUE DES MATIERES CONTENUES DANS CET OUVRAGE + + +Les chiffres romains indiquent le tome, et les chiffres arabes la page. + +(Les numeros de pages referent a l'edition originale. Ils ont ete +retenus ici, bien que la presente edition n'ait pas de pagination) + + ABBAYE. Le peuple enfonce les portes de l'Abbaye pour delivrer + les soldats des gardes-francaises. I, 80. + Les Suisses faits prisonniers le 10 aout y sont transferes. II, 270. + Vingt-quatre pretres sont egorges dans la cour de l'Abbaye, 316-318. + + ABOUKIR. Bataille navale de ce nom. X, 51-57. + Ses consequences funestes. 61 et suiv. + Autre bataille sanglante livree par Bonaparte dans ce village; + details militaires. 304-310. + + ACRE (Saint-Jean d'). Siege de cette ville. (Voyez _Egypte_.) + + ADIGE. Raisons qui determinent Bonaparte a placer ses lignes + sur ce fleuve. VIII, 206-207. + Description du cours de ce fleuve. 273 et suiv. + Arrivee de Wurmser sur ce fleuve. 276 et suiv. + + ADMINISTRATION. Reorganisation nouvelle de l'administration + des vivres. III, 130 et suiv. + + AGIOTAGE. Ce qui l'amene et sur quoi il s'exerce en 93. IV, 334 + et suiv. + Quelques deputes s'y livrent ou sont accuses de s'y livrer. 340-341. + On les regarde comme agens de la faction etrangere. 341-342. + Il se ranime en mai et avril 95. Ses causes. VII, 191 et suiv. + Reunion des agioteurs au cafe de Chartres. Vaines precautions pour + parer aux inconveniens de ce trafic. 193. + + AGRICULTURE. Reglemens du gouvernement revolutionnaire pour + l'amelioration de l'agriculture. VI, 87-88. + + AMI DU PEUPLE (l'), journal redige par Marat, II. 84. + + AMI DU ROI (l'). L'auteur de ce journal est mis en accusation. II, 84. + + ANGLETERRE. Politique de l'Angleterre a l'egard de la France, a l'epoque + de la revolution. I, 216-217. + Sa guerre avec la France et sa preponderance en Europe. VI, 34-48. + Elle reste seule ennemie de la France apres la soumission de la Vendee. + Sa position politique. VII, 164 et suiv. + Alarmes et detresse de l'Angleterre apres nos victoires en Italie et + au nord, et l'alliance avec l'Espagne. VIII, 266 et suiv. + Situation embarrassante de l'Angleterre apres les preliminaires de + Leoben, Nouvelles negociations de paix. IX, 141-145. + Conferences de Lille. 235-245. + Projet de descente en Angleterre. 360 et suiv. + Ses efforts pour organiser une nouvelle coalition contre la France. X, + 61 et suiv. + + AOUT (10). Details circonstancies de cette journee. II, 234-257, 258 et suiv. + Fete de l'anniversaire de cette journee. IV, 353-357. + + APPEL AU PEUPLE. Il est propose et discute dans la convention lors du + proces du roi. III, 230 et suiv. + + APPROVISIONNEMENT. Difficultes qui empechent l'approvisionnement de + Paris. I, 108-109. + + ARCOLE. Details de cette bataille. VIII, 367-374. + + ARGONNE. Divers combats sont livres dans cette foret. II, 352 et suiv. + + ARISTOCRATIE. Sa politique apres le 14 juillet. I, 116-117. + + ARMEE. Etat de l'armee et revoltes des troupes dans diverses provinces. + I, 245 et suiv. + + ARMEE REVOLUTIONNAIRE (l') est organisee. V, 58-60. + Est licenciee. VI, 9. + + ARMEES. Dispositions de nos armees pour s'opposer a l'invasion + etrangere. II, 294 et suiv. + + ARMOIRE DE FER. III, 197-198. + + ARTOIS (le comte d') accueilli par des murmures. I, 16. Quitte la + France. 105. + + ASSEMBLEE CENTRALE de resistance a l'oppression, formee a Caen par des + deputes des departemens. IV, 206 et suiv. + + ASSEMBLEE CONSTITUANTE. (Voy. _Assemblee nationale_.) + + ASSEMBLEE LEGISLATIVE. Hommes qui la composent. II, 10 et suiv. + Elle abolit les titres de _sire_ et de _majeste_. 17. + Elle fait un decret contre les emigres. 23 et suiv. + Rend un decret contre les pretres qui ne pretaient pas le serment + civique. 27-28. + Suites de cette mesure. 28 et suiv. + Requiert les electeurs et princes de l'empire de desarmer les emigres. + 34-36. + Met en accusation Monsieur et plusieurs autres emigres. 58. + Fait un decret pour prevenir toute modification de la constitution. 51. + Decrete que la guerre est declaree. 52 et suiv. + Se declare en permanence. 88. + Decrete la deportation des pretres. 89. + Debats relatifs a une lettre ecrite par Lafayette. 111 et suiv. + Fait defiler devant elle les attroupemens armes du 20 juin. 131-132. + Debats relatifs a l'affaire du 20 juin. 142 et suiv. + Recoit diverses petitions relatives aux evenemens du 20 juin. 146 et + suiv. + Fait un decret relatif a la levee des departemens. 156. + Autre decret sur les gardes nationales. 157. + Seance ou elle delibere sur le projet de la commission des Douze, qui + est adopte. 159-172. + Seance du 7 juillet 1792. 173 et suiv. + Elle declare que _la patrie est en danger_. Suite de cette mesure. + 179 et suiv. + Elle rend le decret de la suspension provisoire du roi. 257. + Mesures qu'elle prend apres le 10 aout. 263 et suiv. + Decrete la formation d'un camp sous Paris. 265. + Organise la police, dite de _surete generale_. 276 et suiv. + Elle decrete la formation d'un tribunal extraordinaire pour juger les + crimes du 10 aout. 283. + Ordonne une levee de trente mille hommes. 304-305. + Est dissoute, III, 23. + + ASSEMBLEE NATIONALE. L'assemblee des deputes du tiers-etat prend ce + titre, sur la proposition de Legrand. I, 56. + Les communes se constituent en assemblee nationale. 56-57. + Elle refuse de se separer, d'apres l'ordre du roi. 67. + Declare l'inviolabilite de ses membres. 68. + Delibere sur les mandats imperatifs. 73. + Nomme un comite des subsistances. 77. + Difficultes de sa position. 78. + Elle vote une adresse au roi pour le renvoi des troupes. 84-85. + Propose diverses mesures apres les evenemens des 12 et 13 juillet, + et demande au roi le renvoi des troupes. 92. + Continue le 14 juillet a s'occuper de la constitution, + et nomme un comite pour preparer les questions. 93. + Envoie, sur la proposition de Mirabeau, une deputation au roi, + Envoie une derniere deputation au roi. Discours de Mirabeau. 94-95-101. + Elle envoie a l'Hotel-de-Ville une deputation annoncant + la reunion du roi avec la nation. 103. + Fait une proclamation au peuple, sans resultat. 122. + Discute la declaration des droits de l'homme. 125. + Abolit les privileges feodaux et les privileges des villes, _ibid._ + et suiv. Adopte l'emprunt de trente millions. 135. + Fait la declaration des droits de l'homme. 136 et suiv. + Vote l'unite et la permanence de l'assemblee. 146. + Vote le _veto_ suspensif. 147-148-149. + Vote l'heredite de la couronne et l'inviolabilite du roi. 150. + Adopte un plan de Necker sur un impot. 157. + Debats relatifs a un message du roi. 166-167. + Elle declare qu'elle est inseparable du roi et qu'elle sera transportee + a Paris. 177. + Decrete que les biens du clerge sont a la disposition de l'etat. 187 et + suiv. + Divise le royaume en departemens. 190. + Discussion importante pour determiner a qui appartient le droit de + faire la paix et la guerre. 221 et suiv. + Elle rend un decret relatif a ce droit. 225. + Decrete l'emission de 400 millions d'assignats. 230. + Abolit les titres feodaux. 236. + Prend des mesures pour empecher l'emigration. 265 et suiv. + Mesures qu'elle prend relativement a la fuite du roi. 283 et suiv. + Partis qui s'y forment et suite de ses travaux. Opposition qu'elle a a + vaincre. 298-299. + Elle rend un decret relatif a l'inviolabilite du roi. 301. + Decrete qu'aucun de ses membres ne sera reelu. 305. + Acheve le travail de la constitution. 306. + Declare, le 30 septembre 1791, que ses seances sont terminees. 308. + Reflexions sur ses travaux. Justification de ses actes. + Recapitulation des objections presentees contre la constituante, et + refutation. II, 1-10. + + ASSIGNATS. Causes de leur creation. Reflexions sur la nature du + numeraire et du papier-monnaie. I, 226-227 et suiv. + 400 millions d'assignats forces sont decretes. 230. + Une nouvelle creation d'assignats est ordonnee. III, 27. + Leur depreciation en 93. IV, 327-329 et suiv. + Consequences de leur depreciation sur le commerce et causes de leur + avilissement. 329-330-332-333-334 et suiv. + Moyens qu'on prend pour en amener la diminution. 379-380 et suiv. + Nouvelle creation d'assignats en 1794. VI, 89 et suiv. + Leur depreciation augmente. Leur etat apres le 9 thermidor. 270 et + suiv. + Continuent a se deprecier en 1795. Divers moyens proposes pour les + retirer de la circulation. VII, 66-73. + Ils continuent a baisser. Leur etat en avril et en mai 1795. 191-193. + Divers projets sont proposes pour les retirer et les relever. 194 et + suiv. + Projet de Bourdon (de l'Oise). Il est adopte. 199-202. + Nouvelles mesures prises pour remedier a leur depreciation. 242-247. + Projet du directoire pour la rentree des assignats et pour subvenir + aux besoins du tresor public; ce projet est rejete. Details + financiers a ce sujet. VIII, 51 et suiv. 40-45. + Un projet d'emprunt force est adopte. 41 et suiv. + La valeur des assignats est presque nulle. 107 et suiv. + La planche en est brisee le 30 pluviose. 109. + + AUGEREAU. Un des generaux de l'armee d'Italie. VIII, 143. + Est envoye a Paris par Bonaparte. Le directoire lui donne le + commandement de la division militaire de Paris. IX, 226-228. + Il s'empare des Tuileries le 18 fructidor. 275-278. + Est nomme commandant de l'armee dite d'_Allemagne_, apres la + mort de Hoche. 302. + Est depossede de son commandement de l'armee d'Allemagne. 370-371. + + AUTRICHE. Causes qui empechent cette puissance de songer a la paix. + VII, 135-136. + + BABOEUF. Fait un journal (_le Tribun du peuple_). Caractere et + projets de ce demagogue. VIII, 97-98. + Sa conspiration. Il est arrete. 115 et suiv. + Est condamne a mort et execute. IX, 33. + + BAILLY. Il est nomme depute. I, 37. + Est charge par le tiers-etat de remettre une adresse au roi. + Son caractere. 51. + Il est arrete a la porte de la salle des communes par les + gardes-francaises. 61. + Prete le premier le serment du Jeu de Paume. 62-63. + Il se maintient a la presidence. 72. + Est nomme successeur de Flesselles, sous le titre de maire de Paris. + 103. + Difficultes qu'il eprouve pour l'approvisionnement de Paris. 108-109. + Il propose un projet pour vendre les biens du clerge a la fois + sans les discrediter. 226-227 et suiv. + Details de son proces et de son supplice. V, 170-171. + + BAPTISTE RENARD, domestique de Dumouriez, presente a la convention. III, + 121. + + BARBAROUX. Son portrait. Ses plans de republique dans le Midi. II, 120 + et suiv. + + BARBETS. Nom donne a des bandes de partisans piemontais. VIII, 210. + + BARNAVE. Son esprit, son union avec les Lameth et Duport. I, 119. + Son discours sur le droit de faire la paix et la guerre. 222-223. + Accompagne la famille royale de Varennes a Paris. 289-290. + S'entend avec la cour. 293 et suiv. + + BARRAS. Est nomme general de l'armee de l'interieur, le 12 vendemiaire. + VII, 359. + Son caractere. Sa conduite vis-a-vis des autres membres du directoire. + IX, 3-4. + Il nuisait a la consideration du gouvernement par son luxe et sa + prodigalite. 9 et suiv. + Est seul epargne dans les accusations dont le directoire etait l'objet. + Pourquoi. X, 180 et suiv. + + BARRERE. Il est mis en etat d'accusation. VI, 394, Est decrete + d'arrestation. VII, 76. + Est condamne a la deportation. 116. + Est nomme depute en l'an V. IX, 148. + Sa nomination est abolie. 153. + + BARTHELEMY. Il est nomme directeur a la place de Letourneur. IX, 155 et + suiv. + Est arrete le 18 fructidor et conduit au Temple. 278. + Est condamne a la deportation. 285. + + BASSANO et SAINT-GEORGES. Batailles de ce nom. VIII, 309-312-315. + + BASTILLE (La). Le peuple, seconde par les gardes-francaises, s'empare de + la Bastille. I, 95-98. + + BELGIQUE. Divisee en plusieurs partis apres la bataille de Jemmapes. + III, 125 et suiv. + Des agens du pouvoir executif vont l'organiser revolutionnairement. + 294-295. + Les Belges murmurent et se revoltent contre l'administration francaise. + 327-328. + + BERNADOTTE. Il est nomme general en chef de l'armee du Rhin. X, 140. + Donne un plan de campagne au directoire. Ses defauts. 251-252. + Il est renvoye du ministere de la guerre. 280-281. + + BERTHIER. General a l'armee d'Italie. VIII, 143. + + BEZENVAL. Son billet au commandant de la Bastille. I, 97. + Il est incarcere: on ordonne sa liberte, et presque aussitot sa + detention est maintenue. 116. + + BICETRE. Les massacres. II, 336-337. + + BIENS DU CLERGE. L'assemblee nationale decrete la vente de 400 millions + de biens du clerge. I, 206. + + BIENS NATIONAUX, Projet de Bourdon (de l'Oise) pour faciliter leur vente. + Il est adopte. VII, 199-202. + On commence a le mettre a execution. Ses resultats. 242 et suiv. + + BILLAUD-VARENNES. Un des executeurs du 2 septembre. II, 318-319, 328-329. + II donne sa demission de membre du comite de salut public. VI, 289. + Est mis en etat d'accusation. 394. + Fait aux Jacobins de violentes menaces contre les thermidoriens. 376-377. + Est decrete d'arrestation. VII, 76. + Est condamne a la deportation. 116. + + BONAPARTE. Officier au siege de Toulon. Propose d'attaquer le fort + de l'Eguillette. V, 255 et suiv. + Nomme general de brigade. Plan qu'il donne et fait adopter. VI, 52 et + suiv. + Nomme commandant en second de l'armee de l'interieur, la nuit du 12 + vendemiaire. VII, 360-361. + Ses operations militaires dans la journee du 13. 361-367 et suiv. + Charge du commandement de l'armee de l'interieur. VIII, 49. + Il est nomme commandant de l'armee d'Italie. 125-126. + Principales circonstances de la conquete du Piemont. 141-161. + Ses negociations avec la cour de Turin. Il accorde un armistice au + roi de Piemont. 155-157 et suiv. + Sa proclamation aux soldats apres les premieres victoires d'Italie. 159. + Conquete de la Lombardie. 173 et suiv. + Son entree a Milan. 181 et suiv. + Nouvelle proclamation aux soldats a Milan. 188-189. + Il reprend Pavie tombee au pouvoir de quelques bandes de paysans. + 191-193. + Entre dans le territoire venitien. 193 et suiv. + Son entrevue avec divers envoyes venitiens. 202 et suiv. + Il signe un armistice avec Naples. 212-213. + Penetre dans les Etats romains et en Toscane. 214 et suiv. + Perd la ligne de l'Adige. Ses combinaisons pour reparer cet echec. + 278 et suiv. + Sa victoire de Lonato. 283-286. + De Castiglione. 288 et suiv. + Suite de ses operations militaires et politiques en Italie. 293 et suiv. + Bataille de Roveredo. 307-308. Sa marche sur la Brenta. + Victoires de Bassano et de Saint-Georges. 308-312-315. + Il fait conclure la paix avec Naples et Genes. Ses negociations avec + le pape. 345-351. + Il organise la republique cispadane. 352 et suiv. + Sa position perilleuse a l'approche d'Alvinzy. Bataille d'Arcole. + Details militaires. 255-364-367-379. + Sa conduite a l'armee contre les fournisseurs. Sa politique a + l'egard des puissances italiennes. 407-408 et suiv. + Ses dispositions militaires a la bataille de Rivoli. 411-414-423. + Il prend Mantoue. 425 et suiv. + Reflexions sur sa campagne en Italie. 428 et suiv. + Sa conduite politique et militaire en Italie apres l'affaire de + Rivoli. Il marche contre les Etats romains et fait signer au pape + le traite de Tolentino, IX, 50-55. + Sa conduite envers les pretres francais retires en Italie. 55-56. + Il negocie inutilement avec Venise. 58-60. + Son plan de campagne contre l'Autriche. Il passe le Tagliamento. + 60-67. + Se rend maitre du sommet des Alpes. 68-71. + Son entrevue avec les envoyes venitiens. Il ecrit a leur gouvernement + une lettre menacante. 79-86. + Marche sur Vienne. Sa lettre a l'archiduc Charles. Son entree a + Leoben. 86-90. + Il signe les preliminaires de paix a Leoben. 91-102. + Retourne en Italie et detruit la republique de Venise. Details de sa + conduite politique et militaire. 116-131. + Il propose le secours de son armee au directoire menace. 193-194. + Donne, le 14 juillet 1797, une fete aux armees. Envoie au directoire + les adresses de toutes les divisions. 222-226 et suiv. + Ses negociations avec l'Autriche apres les preliminaires de Leoben. + 230-235. + Ses negociations a Udine sont entravees par le directoire. Son + mecontentement. 311 et suiv. + Ses travaux en Italie. Il fonde la republique cisalpine. 314-318. + Se rend l'arbitre des differends entre les pays de la Valteline et + les Grisons. 321-322. + Conseils qu'il donne aux Genois sur leur constitution. 322-323. + Il forme divers etablissemens dans la Mediterranee. 323-326. + Suite de ses negociations avec l'Autriche a Udine. Ses entrevues + avec M. de Cobentzel. Il signe le traite de Campo-Formio. 328-335. + Il est nomme general en chef de l'armee d'Angleterre. 338-339. + Se dispose a quitter l'Italie. Ses dernieres dispositions pour les + affaires de ce pays. 339 et suiv. + Il arrive a Paris. Reception qu'on lui fait. Ses paroles au directoire. + Fete. 343-350. + Suite de son sejour a Paris. Ses relations avec le directoire. 351-360. + Il est charge de la descente en Angleterre. Sa repugnance pour + cette expedition. 362 et suiv. + Il propose un projet d'expedition en Egypte. Le directoire l'agree. + Details sur les preparatifs. 408-419. + Il s'embarque a Toulon. Sa proclamation aux soldats. X, 1 et suiv. + Il s'empare de l'ile de Malte. 4-8. + Arrive a Alexandrie et s'en rend maitre. 11-13. + Ses plans pour effectuer la conquete. Sa lettre au pacha. Discours + a ses soldats. 23-27. + Ses premieres operations politiques et militaires. 27 et suiv. + Il s'etablit au Caire apres la bataille. Suite de ses operations + politiques et militaires. 42 et suiv. + Il fonde l'Institut d'Egypte. 48 et suiv. + Proclamation aux soldats, apres la defaite d'Aboukir. 58. + Il se met en marche pour la Syrie, prend Gaza et le fort d'El-Arisch, + et commence le siege de Saint-Jean-d'Acre. 286-290-292. + Remporte une grande victoire au mont Thabor. 295-297. + Revient en Egypte. Va de la a Aboukir, ou il remporte une sanglante + victoire sur les Turcs. 300-304-310. + Recoit des nouvelles d'Europe, et part secretement pour la France. + 311-312. + Son retour en France. Enthousiasme qu'il inspire. Agitation de tous + les partis a son arrivee a Paris. 336 et suiv. + Sa conduite politique a Paris. Il se coalise avec Sieyes pour + renverser la constitution directoriale. 345-350. + Son entrevue avec Sieyes pour convenir de l'execution de leur plan. + 353-356 et suiv. + Il fait le 18 brumaire. 358-359-373. (Voy. _Brumaire_. ) + Est nomme consul provisoire. 383-384. + + BONCHAMPS (De). Chef vendeen. IV, 90-91. + Il est blesse a mort. V, 121. + Fait delivrer les prisonniers. 122. + + BORDEAUX. Les federalistes y sont soumis. V, 132-133. + + BOUCHOTTE. Est nomme ministre de la guerre. IV, 44. + + BOUILLE. Sa position au milieu des partis. Son caractere. I, 201-202. + Il soumet des regimens revoltes. Ses projets. 246-248. + Il arrive trop tard a Varennes pour sauver le roi. 288-289. + Il ecrit a l'assemblee, et prend sur lui-meme le projet de + Fuite du roi. 294-295. + + BOZE. Peintre du roi. Suscite une lettre des girondins. II, 208. + + BRETAGNE (La). Est contraire a la revolution. IV, 78-79. + Etat de ce pays en 1795. VII, 34 et suiv. + Plusieurs chefs signent leur soumission a la republique. 159-160 + et suiv. + Etat de ce pays apres la premiere pacification. De nouveaux + Troubles s'y preparent. 263 et suiv. + Expedition de Quiberon. 269-275-318. + + BREZE. (Le marquis de). Apporte les ordres du roi. I, 67. + + BRIENNE (De). Il est nomme ministre. I, 12. + Mande le parlement a Versailles pour un lit de justice. 16. + Il negocie avec le parlement. 17. + Ses embarras. 19. + Se retire du ministere. 23. + On brule son effigie. 35. + + BRIGANDS. Terreur mal fondee que leur nom repand dans toute + la France. I, 122-123. + + BROGLIE (Le marechal de). Recoit le commandement des + troupes. I, 82. + + BROTTIER. (Voy. _Royalistes_.) + + BRUEYS. Amiral de l'escadre d'Egypte. X, 3. + Ses fautes et son courage a la bataille d'Aboukir. Il est tue. 51-57. + + BRUMAIRE (18). Preparatifs et journee du 18 brumaire. X. + 353-356-359-373. + + BRUNE. Nomme general en chef de l'armee de Hollande. X, 140. + + BRUNSWICK (Le prince de). On repand un manifeste de ce + prince. II, 217. + + CALENDRIER. Il est reforme. V, 188-190. + + CALONNE (De). Arrive au ministere. I, 10. + Son caractere, la confiance aveugle qu'il inspire. Il reunit les + notables. 11. + Ecrit au roi pour justifier l'Angleterre accusee d'exciter des + troubles. 220. + + CAMBON (de Montpellier), adversaire des fournisseurs. III, 131-132. + Il en fait decreter trois par l'assemblee. 136. + + CAMP DE CESAR. Il est evacue par les Francais. IV, 352. + + CAMPO-FORMIO. Traite de ce nom. Joie qu'il inspire en France. + IX, 334 et suiv. + + CAMUS. Propose de reduire toutes les pensions du clerge a un + taux infiniment modique. I, 189. + + CARNOT. Il est membre du comite de salut public. IV, 391. + Dirige toutes les operations militaires. V, 100 et suiv. + Justifie sa conduite comme membre de l'ancien comite de salut public. + VII, 99 et suiv. + On n'ose pas le decreter a cause de ses services. 234. + Est nomme directeur a la place de Sieyes, qui avait refuse. + VIII, 10 et suiv. + Vices de son plan d'operations militaires en Italie. 185 et suiv. + Son plan de campagne sur le Danube et sur le Rhin. 219 et suiv. + Caractere de ce directeur. IX, 2-3-12 et suiv. + Il se rend suspect a tous les partis et a ses collegues du + directoire. 259-261. + Prend la fuite le 18 fructidor. 278. + Est condamne a la deportation. 285. + + CARRIER. Atroces executions qu'il fait faire a Nantes. VI, 144-148. + Il est mis en accusation et envoye au tribunal revolutionnaire. 373-374. + Est condamne a mort. 394-395. + + CATHELINEAU. Coopere a la premiere insurrection vendeenne. IV, 84 et + suiv. + Il est nomme generalissime de l'armee vendeenne. 252. + + CATHERINE THEOT. Cette femme fanatique institue une secte. VI, 109-111. + Elle est arretee ainsi que presque toute sa secte. 129 et suiv. + + CAZALES. Defenseur eloquent de la noblesse. I, 117. + + CERCLES CONSTITUTIONNELS formes par les patriotes en l'an V, pour + s'opposer a l'influence des Clichyens. IX, 189 et suiv. + + CHALIER. Il se fait remarquer a la tete du club central, a Lyon. IV, 75. + Il demande un tribunal revolutionnaire pour Lyon. 76. + + CHAMPIONNET. General a l'armee d'Italie. Ses operations militaires + dans les Etats-Romains contre l'armee de Naples. X, 106-113. + Il s'empare du royaume de Naples. 113-115-121. + Resiste aux ordres du directoire. Est destitue. 129. + Est nomme general d'une nouvelle armee des Alpes par le + Nouveau directoire. 242. + + CHABOT. Accepte l'offre de Grangeneuve de s'immoler tous deux pour + enflammer les esprits contre la cour. Il ne se rend pas a l'endroit + convenu. II, 191-192. + Il demande que les Suisses soient conduits a l'Abbaye. 270. + + CHARETTE, chef vendeen. Son caractere. Il hesite d'abord et se rend aux + instances des insurges. S'empare de l'ile de Noirmoutiers. IV, + 89-90. + Il est amene a negocier avec les republicains pour la paix. + VII, 139-142-145. + Sa reception triomphale a Nantes. 146. + Il continue a preparer la guerre, apres sa soumission. Ses relations + avec les princes et les emigres. 162-163. + Il se declare de nouveau en guerre. VIII, 26. + Fait d'inutiles efforts pour soutenir la guerre contre Hoche. 66 et + suiv. + Est poursuivi dans les bois et les montagnes. 130. + Est pris et fusille. 135-136. + + CHARLES (L'archiduc). Il remplace Clerfayt dans le commandement de + l'armee du Bas-Rhin. VIII, 123. + Son plan de campagne apres sa retraite a Neresheim. 298 et suiv. + Sa marche contre Jourdan. 300. + + CHATEAU. Le chateau des Tuileries est attaque par le peuple. II, 134 et + suiv. + + CHAUMETTE. Procureur-general de la commune. Organise la legislature + municipale. IV, 279. + Il est arrete. V, 372 et suiv. + Sa condamnation et sa mort. 415. + + CHEBREISS. (Combat de) en Egypte. X, 31-33. + + CHENIER (Andre). Sa mort. VI, 200. + + CHENIER (Marie-Joseph). Il fait un rapport sur les mesures les plus + capables de reprimer les royalistes, apres les evenemens du 9 thermidor. + VII, 185-188. + + CHOLET. Bataille de ce nom en Vendee. V, 318-322. + + CHOUANS. Leur situation en Bretagne, leur chef. VI, 322-324. + + CISALPINE (Republique). Organisee par Bonaparte. IX, 314-318. + Situation de cette republique en l'an VI. 376 et suiv. + Triste etat de cette republique apres le depart de Bonaparte. X, 84-86. + Changemens faits a sa constitution. 89 et suiv. + + CISPADANE (Republique). Sa fondation. VIII, 352 et suiv. + + CLARKE. Mission de ce general a Vienne. VIII, 359. + Sa negociation, avec le cabinet autrichien. Le projet d'armistice + qu'il proposait est rejete. 380-382 et suiv. + + CLERGE. Il s'oppose a la verification des pouvoirs des communes. I, 45. + (Voyez _Tiers-Etat_ et _Verification_.) + Vote sa reunion aux communes. 59. + La majorite du clerge se reunit aux communes. 65. + Il abdique ses privileges. 125. + Son role dans l'assemblee. 192. + Ses manoeuvres au commencement de 1790. 204 et suiv. + Il s'oppose par divers moyens a l'execution de la constitution civile. + 233 et suiv. + Une partie du clerge refuse de preter le serment civique. Suite de ce + refus. 257-238. + + CLICHY. CLICHYENS. Club de ce nom, forme par les deputes de l'opposition + du corps legislatif. IX, 16-17. + Ses manoeuvres pour obtenir un nouveau directeur de son choix. Diverses + propositions faites au corps legislatif. 151 et suiv. + Plans de contre-revolution formes par les clichyens. 156 et suiv. + Leur lutte avec le directoire dans les conseils. 158 et suiv. + Leurs propositions financieres aux cinq-cents. 165 et suiv. + Motion d'ordre de l'un d'eux sur les evenemens de Venise. 176 et suiv. + (Voyez _Royalistes_.) + Ils tachent de s'opposer aux changemens dans le ministere projetes + par le directoire. 203 et suiv. + Leurs craintes apres la nomination des ministres et la marche de Hoche. + 213 et suiv. + Autres plans d'opposition. Leurs craintes sur les preparatifs du + directoire. 266 et suiv. + Resolutions desesperees qu'ils proposent. 271 et suiv. + + CLOOTZ. (Anacharsis), Prussien de naissance, est admis par l'assemblee a + faire partie de la federation. I, 235. + Preche la republique universelle et le culte de la Raison. V, 195 et + suiv. + Il est exclu de la societe des jacobins. 228. + Est arrete. 372. + Son proces et son supplice. 374-379. + + CLUBS. Diverses assemblees se forment sous ce nom. I, 33. + Club breton. 119. + Leur importance augmente. 213. + Ils deviennent dominateurs. II, 12. + Les cinq-cents decretent qu'aucune assemblee politique ne serait + permise. IX, 218-219. + + CLUB ELECTORAL. Comment il se compose apres le 9 thermidor. VI, 264-265. + Il fait une adresse a la convention, pour demander la reconstitution + de la municipalite de Paris, etc. 343-345. + + CLUB FRANCAIS. Ce que c'etait. II, 204. + + COALITION. Elle commence a agir avec activite. II, 210 et suiv. + Envahit toutes nos frontieres, en 93. IV, 214 et suiv. + Le defaut d'union des coalises paralyse leurs forces. 238 + Etat de la coalition au commencement de 1794. VI, 34-40-48. + Tiedeur des puissances coalisees pour les interets des princes + francais. 326 et suiv. + Plans de guerre de la nouvelle coalition, en 1799. Leurs defauts. + X, 141 et suiv. + + COBENTZEL (M. de). Ce qu'il demande au nom de sa cour. II, 70. + Suite de cette communication. 71. + + COBLENTZ. Les emigres se transportent de Turin en cette ville. I, 263. + Projets de la noblesse. 263-264 et suiv. + + COBOURG (Le prince de) Commandant en chef des coalises dans le nord. + VI, 62. + + COLLOT-D'HERBOIS. Il harangue Dumouriez aux Jacobins. III, 73-75. + Cherche a sauver les ultra-revolutionnaires arretes. V. 302 et suiv. + Fait avorter l'insurrection des ultra-revolutionnaires les 15 + et 16 ventose. 362 et suiv. 370. + Tentative d'assassinat sur lui. Elle echoue. Ses consequences. VI, 96 + et suiv. + Il donne sa demission de membre du comite de salut public, 289. + Est mis en etat d'accusation. 394. + Est decrete d'arrestation. VII, 76. + Est condamne a la deportation. 116. + + COMITE CENTRAL REVOLUTIONNAIRE. L'assemblee de la mairie + prend ce nom. Elle s'occupe, dans plusieurs seances, des suspects + et de l'enlevement des deputes. IV, 116 et suiv. + + COMITE DE DEFENSE GENERALE. Il se reunit pour deliberer sur les moyens + de salut public. II, 307-308. + Pourquoi il fut etabli. III, 296. + + COMITE CENTRAL DE SALUT PUBLIC. Necessite de sa creation. Ce que + c'etait: l'etendue de ses attributions. IV, 46-48. + Il se reunit le 1er juin 1793. Divers avis y sont ouverts pour + remedier a l'insurrection. Proposition de Garat. 167-169. + Est charge, apres le 31 mai, de presenter un projet de constitution. + 194. + Propose des moyens pour arreter l'insurrection des departemens. + 202-203. + Ses attributions. 276-277. + Il perd sa popularite. 281-282. + On lui adjoint Saint-Just, Couthon et Jean-Bon-Saint-Andre. 282. + Est attaque par divers partis apres les echecs de nos armees. V, 51 + et suiv. + La convention declare qu'il conserve sa confiance. 54-55. + Sa politique en decembre 93. 231 et suiv. + Il fait arreter des ultra-revolutionnaires et des agioteurs. 238 et + suiv. + Rend des decrets relatifs aux detenus. 359. + Sa politique au milieu des factions. 380 et suiv. + Projets des membres du comite contre Danton. 383 et suiv. + Sa politique apres la mort de Danton et des hebertistes. Il concentre + en ses mains tous les pouvoirs. VI, 2-5-9 et suiv. + Abolit l'armee revolutionnaire, les ministeres, les societes + sectionnaires, etc. 9 et suiv. + Sa dictature et sa position en 94. 104-107 et suiv. + Il se partage en plusieurs groupes. Sa rivalite avec le comite de + surete generale. 111 et suiv. + Les divisions continuent. 128-131 et suiv. + Les membres ennemis de Robespierre cherchent a s'emparer du pouvoir. + 157-159. + Feinte reconciliation des comites divises. 161-164. + Il est reorganise apres le 9 thermidor. 238-239. + Nouvelle epuration. 289-290. + + COMITE INSURRECTIONNEL. II, 190. + En communication avec Petion. 191. + + COMITE DE SURETE GENERALE. Il est recompose apres le 9 thermidor. VI, + 238. + + COMITE DE SURVEILLANCE. Ce que c'etait. II, 275-276. + Il fait executer des arrestations. 306-307. + On y arrete le projet de massacrer les prisonniers. 310 et suiv. + Il envoie une circulaire aux departemens pour recommander le + meurtre des prisonniers. 337 et suiv. + Ordonne des arrestations. III, 4. + + COMITES REVOLUTIONNAIRES. Leur nombre est reduit dans Paris et les + departemens. VI, 258. + + COMITES. On decide qu'ils seront renouveles par quart tous les mois. VI, + 237-238. + Inconveniens de cette mesure. 256 et suiv. + Seize comites sont etablis apres le 9 thermidor. 257 et suiv. + + COMMERCE. Etat facheux du commerce en 1794. VI, 271-273-279. + + COMMISSAIRES. Les commissaires des assemblees primaires de toute la + France arrivent a Paris. Leur reception. IV, 343 et suiv. + + COMMISSION DES DOUZE (La). Elle propose a l'assemblee un projet de salut + public. II, 159 et suiv. + + COMMISSIONS. Douze commissions sont instituees par le comite de salut + public en remplacement des ministeres. VI, 10 et suiv. + + COMMUNE. Son pouvoir apres le 10 aout. II, 274-275. + Elle est chargee de la garde de la famille royale. 278 et suiv. + Mesures qu'elle prend contre les suspects. 305-306 et suiv. + Sa puissance et ses exactions. III, 4 et suiv. + Son opposition avec la convention. Elle est reprimee. 48-49-50. + Ses membres sont renouveles. 82. + Elle s'oppose a une nouvelle insurrection. 344-345. + Demande a la convention, au nom de trente-cinq sections, l'expulsion + de vingt-deux de ses membres. IV, 61 et suiv. + Soumet ses registres a la convention. 64. + Ordonne une levee de douze mille hommes dans Paris et une taxe sur + les riches. Troubles a ce sujet. 95 et suiv. + Se plaint a la convention de l'arrestation d'Hebert et des calomnies + dont elle est l'objet. 126-127. + Hebert y est couronne. 138-139. + Elle est destituee par le comite central revolutionnaire, le 31 mai. + 147 et suiv. + Une deputation de la commune insurrectionnelle est introduite a la + convention. 156 et suiv. + Elle se trouve chargee, apres le 31 mai, de toute l'administration + interieure. 279. + + CONDE. (Le prince de). Il se met a la tete de six mille emigres. II, 294. + + CONSCRIPTION. Loi sur la conscription decretee en septembre 1798. X, + 98-101. + + CONSCRITS. La levee de toutes les classes est ordonnee apres le 30 + prairial an VII. X, 350. + + CONSEIL EXECUTIF. Nom que prend le ministere apres le 10 aout. II, 263. + Il seconde les plans militaires de Dumouriez. 350. + Sa nouvelle organisation. III, 50-52. + Il est aboli. VI, 10. + + CONSEIL DES ANCIENS. Nouveau pouvoir institue par la constitution de + l'an III. VII, 334-335. + + CONSEIL DES CINQ-CENTS. Creation de cette assemblee par la constitution + de l'an III. VII, 334. + Discussion violente au sujet de la loi du 3 brumaire. VIII, 87 et + suiv. + Premieres operations legislatives en l'an V. Mesures adoptees + ou proposees sur les emigres, le culte et les finances, etc. IX, + 158-162 et suiv. + Il rejette la proposition de Jourdan de declarer la patrie en + danger. X, 279-281. + + CONSEILS. Ils se plaignent au directoire de l'agglomeration des troupes + de Hoche pres de Paris. IX, 248 et suiv. + Les conseils sont disperses le 18 fructidor. On leur refuse l'entree + du lieu de leurs seances. 279-280. + Les deputes attaches au directoire se reunissent a l'Odeon et a + l'Ecole de Medecine. Le directoire leur fait part de la conspiration + royaliste. Les nouveaux conseils cassent plusieurs elections, et + condamnent a la deportation plusieurs deputes, deux directeurs, des + journalistes, etc. 280-281-284-285. + Les deux conseils sont dissous le 18 brumaire. (Voy. _Brumaire_.) + + CONSPIRATEURS DU 10 AOUT. Ce qu'on entendait par la. II, 280. + + CONSTANT (Benjamin). Il publie une brochure qui produit de la sensation. + VIII, 105-106. + + CONSTITUTION. Necessite d'une constitution, exprimee par les cahiers; + obstacles a vaincre pour l'etablir. I, 74 et suiv. + Discussions relatives a l'etablissement de la constitution. 138 et suiv. + + CONSTITUTION CIVILE DU CLERGE. Les principales dispositions de ce projet + sont adoptees. Reflexions. I, 232-233. + + CONSTITUTION DE L'AN II. Ses principaux articles. IV, 241-243. + Une petition contre cette constitution est repoussee par la convention. + 243-244. + + CONSTITUTION DIRECTORIALE OU DE L'AN III. Ses auteurs, ses principales + dispositions. VII, 332-337. + Elle est acceptee par les votes des sections de toute la France. + 346-347. + Etat des esprits a l'epoque de son etablissement. VIII, 2 et suiv. + Installation du nouveau gouvernement le 5 brumaire. 5 et suiv. + Elle est detruite le 18 brumaire. (Voy. _Brumaire_. ) + + CONTRE-REVOLUTIONNAIRES. Hardiesse de ce parti. Leurs tentatives dans le + midi de la France. VII, 178-182 et suiv. + + CONVENTION. La convention nationale se constitue. III, 22 et suiv. + Elle declare la royaute abolie en France. 25. + Seance du 24 septembre 1792. 28 et suiv. + Elle se divise en cote droit et en cote gauche. 45-46. + Se partage en divers comites. 52-53. + Debats relatifs a l'accusation de Robespierre. 84 et suiv. + Elle ordonne au comite de legislation de donner son avis sur les + formes du jugement de Louis XVI. 107-108. + Longues discussions relatives a la mise en jugement de Louis XVI. 159 + et suiv. + Elle declare que le roi sera juge par elle. 195. + Discussions sur les formes du proces. _Ibid._ et suiv. + Violens debats apres la defense du roi. 226 et suiv. + Seances du 14 au 17 janvier, ou fut decretee la mort du roi. + 247-248-256. + Elle decrete qu'il ne sera pas sursis a l'execution du roi. 258. + Declare la guerre a la Hollande et a l'Angleterre. 286. + Mesures qu'elle prend pour faire face aux besoins de la guerre. 298 + et suiv. + Elle rend divers decrets. 333-334. + Debats relatifs a l'etablissement du tribunal extraordinaire. 336 et + suiv. + Terreur de ses membres, menaces d'une insurrection. 342-343. + Terribles mesures qu'elle prend pour la surete interieure et + exterieure. IV, 23 et suiv. + Elle rend divers decrets relatifs aux evenemens de la Belgique et a la + famille d'Orleans. 38-39. + Discussion au sujet des petitions des sections et des divers actes de + la commune. 61 et suiv. + Divers decrets relatifs a des petitions de Bordeaux, de Marseille et + de Lyon. 108-109. + Tumulte a l'occasion d'une femme des tribunes. 110 et suiv. + Elle nomme une commission de douze membres pour observer les actes de + la commune et proteger la representation nationale. 114. + Cette commission informe contre la commune et fait quelques + arrestations. 122-125. + Scenes violentes le 27 mai, a cause de l'attroupement et des petitions + des sections armees. 128 et suiv. + Elle casse sa commission des Douze et annule ses actes. 134. + Violente discussion a ce sujet le lendemain. 135 et suiv. + Elle rapporte son decret relatif aux Douze. 137. + Seance du 31 mai 1793. 147, 150 et suiv. + Elle supprime la commission des Douze et decrete plusieurs mesures le + 3l mai. 164. + Courte seance du 1er juin. 173. + Seance du dimanche 2 juin 1793. 175-183. + Elle vote l'ordre du jour sur les demandes des insurges. 177. + Plusieurs deputes sont maltraites. 180. + Elle est arretee par la force armee le 2 juin. 181-182. + Vote l'arrestation des deputes designes par la commune. 183. + Renouvelle tous les comites apres le 31 mai. 194. + Rend d'energiques decrets contre les departemens insurges. 204-205. + Moyens qu'elle emploie contre les ennemis du dehors et contre les + federalistes. 240-241. + Elle decrete la constitution de l'an II. 242-243. + Le 7 aout 93 la convention admet les commissaires des departemens et + les embrasse en signe de reconciliation. 246 et suiv. + Elle decrete la levee en masse. 261-262. + Decrets contre la Vendee, les suspects, les etrangers et contre les + Bourbons. 288-391-394-395. + Elle institue le gouvernement revolutionnaire. V, 56-57. + Mesures qu'elle prend pour la guerre de la Vendee. 66-68. + Debats relatifs a l'arrestation de Danton. 389 et suiv. + Elle decrete la mise en accusation de Desmoulins, Danton et autres. + 394. + Laisse tout faire aux comites. VI, 88-96. + Commencement d'opposition contre Robespierre et les chefs du comite de + salut public. 113-122 et suiv. + Plusieurs membres se liguent contre les triumvirs. Dangers qui les + menacent. 158-160. + Seance du 9 thermidor. 203-211. + Suite de la seance. 217 et suiv. + Rapport de la loi du 22 prairial. 240. + Debats relatifs a l'elargissement des suspects. 247 et suiv. + Discussions au sujet de l'accusation portee par Lecointre (de + Versailles). 281 et suiv. + Elle ordonne qu'il lui sera fait un rapport general sur l'etat de la + republique. 291-292. + Seance du 20 septembre 1794. Rapport de Robert Lindet. 293 et suiv. + Elle rend plusieurs decrets relatifs au commerce. 297 et suiv. + Debats relatifs aux societes populaires. 346 et suiv. + Vive discussion sur le meme sujet. Un decret est rendu. 351-357. + Querelles entre les thermidoriens et les membres de l'ancien + gouvernement. 360 et suiv. + Elle prend diverses mesures financieres et politiques pour remedier a + l'etat facheux des affaires apres la terreur. 364 et suiv. + Decret reglant les formalites a remplir pour accuser un membre de la + convention. 371-372. + Querelles suscitees par les menaces de Billaud-Varennes aux jacobins. + 376 et suiv. + Scenes violentes au sujet des evenemens du 19 brumaire 1794, 383-386 et + suiv. + Elle rappelle dans son sein plusieurs deputes proscrits. Scene violente + a ce sujet. VII, 77 et suiv. + Seances orageuses au sujet de la mise en accusation des anciens membres + du comite de salut public, Carnot, Collot-d'Herbois, etc. 96 et suiv. + Le 7 germinal, une troupe de femmes furieuses envahit la convention en + demandant du pain. 102 et suiv. + Journee du 12 germinal. Dangers de la Convention. Decret de deportation + contre Billaud-Varennes, Collot-d'Herbois, Barrere, etc. Desarmement + des patriotes. 108-116 et suiv. + Elle prend diverses mesures pour comprimer la reaction royaliste amenee + par le 9 thermidor. Questions financieres. 184-185 et suiv. + Le lieu de ses seances est envahi le 1er prairial an III. Scenes + diverses, etc. (Voy. _Prairial_.) Elle ordonne l'arrestation de + plusieurs deputes montagnards. 204-207-221 et suiv. + Scene funebre a l'occasion de la mort de Feraud. 256 et suiv. + Elle decrete la constitution de l'an III. 332-337. + Decrete que les deux tiers de ses membres feront partie du nouveau + corps legislatif, et que les assemblees electorales feraient le choix. + 338. (Voy. _Decrets_.) + Decret indiquant l'epoque des assemblees primaires et electorales pour + l'election des nouveaux representans. 347. + Elle se declare en permanence le 12 vendemiaire. Attaquee par les + sections le 13, elle sort victorieuse. 355-370. + Derniere lutte entre les partis de la convention apres le 13 + vendemiaire. La convention declare que sa session est terminee. + 379-385. + Recapitulation des principaux actes de cette assemblee. Reflexions. + 385-388. + + CORDAY (Charlotte). Son histoire. Ses opinions republicaines. Son + enthousiasme pour les girondins. Devouement. IV, 260-262. + Elle choisit Marat pour but de son devouement, comme chef des + anarchistes. 262. + Le 13 juillet, elle se presente chez lui, etc. Elle tue Marat. 264-266. + On repand que ce sont les girondins qui l'ont armee. 266. + Details de son proces. Son interrogatoire. Condamnation. Lettre a + Barbaroux. Son supplice. 269-272. + + CORDELIERS. Le club de ce nom rivalise de violence avec celui des + jacobins. II, 14. + Ils projettent une insurrection contre la Convention. IV, 120. + + CORMATIN (Desotteux, baron de). Aventurier laisse par Puysaye en + Bretagne, en qualite de major-general dans les provinces revoltees. + VII, 34-35. + Ses intrigues politiques. 225 et suiv. + Il travaille a la pacification generale. 140 et suiv. + Son role dans les negociations avec la Vendee. 144 et suiv. + Il engage les chefs chouans de la Bretagne a se soumettre, et signe la + paix. Son entree a Rennes. 159-161. + Suite de ses manoeuvres en Bretagne. 265 et suiv. + Il est arrete par ordre de Hoche et mis en prison. 268-269. + Est deporte. VIII, 51. + + CORPS LEGISLATIF. Son organisation dans les deux conseils apres les + elections de l'an V. IX, 153 et suiv. + + COTE DROIT. Ce que c'etait. Qui sont les hommes qui le composaient dans + l'assemblee legislative. II, 10-11. + Parti qui l'occupait dans la convention. III, 45. + + COUR (La). Elle presse la convocation des etats-generaux, et fixe leur + ouverture au 1er mai 1789. I. 23. + Fait approcher des troupes de Paris. 82-83. + Projette de conduire le roi a Metz. 159. + Sa conduite inhabile et imprudente. 201 et suiv. + Ses plans de contre-revolution. 206-207. + + COUTHON. Ses paroles a la tribune le 31 mai. IV, 182. + Est nomme membre du comite de salut public. 296. + Est envoye en Auvergne par la convention pour soulever les populations + contre Lyon. V, 85. + Sa conduite au siege de cette ville. 88 et suiv. + S'unit etroitement avec Robespierre et Saint-Just. VI, 111. + Defend a la tribune les actes du comite. 125. + Demande, de concert avec Robespierre, le sacrifice d'un grand nombre + de deputes. Dement a la tribune le projet qu'on leur suppose contre + soixante membres de la Convention. 133-134. + Ses paroles aux Jacobins. 185. + Reclame et obtient l'impression du discours prononce a la tribune par + Robespierre, le 8 thermidor. 194. + Sa proposition aux Jacobins. 198. + Est decrete d'arrestation le 9 thermidor. 210. + Est mis hors la loi avec ses complices. 219. + Son supplice. 227-228. + + CULTE. L'ancien culte est aboli. Le culte de la _Raison_ est + institue. Details a ce sujet. V, 197-199-200-203 et suiv. + La commune modifie son arrete sur le culte. Le culte de la _Raison_ + est aboli. 230. + Le comite de salut public songe a l'etablissement d'une religion. + Reflexions a ce sujet. VI, 17-21. + Reconnaissance de l'Etre-Supreme. 29 et suiv. + La restitution des eglises est accordee aux catholiques. VII, 249. + + CUSTINES. Nomme general de l'armee du Nord. IV, 103. + Il est battu en mai 93. 220-221. + Details de son proces. Il est condamne a mort et execute. V, + 69-72-77-78. + + + DAMPIERRE. Est nomme commandant en chef de l'armee du Nord apres la + defection de Dumouriez. IV, 43-44. + + DANTON. Principal orateur de la multitude. II, 202-203. + Son caractere et ses moyens d'influence sur la multitude. 204. + Le 10 aout, il excite le peuple a l'insurrection. 235. + Il est un des acteurs du 10 aout. 262. + Est nomme ministre de la justice. 264. + Exposition de ses plans apres le 10 aout. 273. + Sa preponderance dans le conseil executif et son influence a Paris. + 303 et suiv. + Resolu d'empecher toute translation au-dela de la Loire. 304. + Resolu de perir dans la capitale, mais en exterminant d'abord ses + ennemis. _Ibid._ + Il veut faire peur aux royalistes. 309. + A la nouvelle de la prise de Verdun, il fait decreter que l'on + sonnera le tocsin. 312-313. + Il est nomme depute a la Convention. III, 9. + Fait diverses motions a la convention. 32-33. + Quitte le ministere sur la decision que les ministres ne seront plus + pris dans le sein de la convention. 50. + Propose et fait adopter une levee de 30,000 hommes a Paris. 330. + Excuse Dumouriez a la Convention. IV, 21-22. + Propose de former deux armees, de sans-culottes, l'une pour Paris, + l'autre pour la Vendee. 99. + On le croit l'auteur cache du mouvement contre les girondins. + Sa conversation avec Meilhan. Reflexions sur son caractere. 143 et + suiv. + Ses paroles a la convention le 31 mai. 153 et suiv. + Details sur son caractere politique. Il commence a perdre sa + popularite; il attire les defiances sur son caractere. 284 et suiv. + Refuse de faire partie du comite de salut public. V, 64-66. + Retourne a Paris; soupconne par les revolutionnaires ardens. 210-211. + Essaie de se justifier aux Jacobins. 222 et suiv. + Devient l'objet de la haine des membres du comite de salut public. + 383-386. + Il est arrete. Suites de son arrestation. 388-389. + Debats a la convention relatifs a son arrestation. 389 et suiv. + Decrete de mise en accusation. Scenes au Luxembourg avec ses amis + prisonniers. 394 et suiv. + Il est transfere a la Conciergerie avec ses amis. 395 et suiv. + Details de son proces et sa mort. 394-412. + + DANTONISTES. Lutte des dantonistes et des hebertistes. V, 394-412. + + DAVID. Ordonnateur de la fete anniversaire du 10 aout, IV, 353-354. + Il boira la cigue avec Robespierre. VI, 198. + Il est arrete. VII, 235. + + DECRETS (des 5 et 13 fructidor an III) soulevent divers partis contre + la convention. Mouvement dans les sections. VII, 338-339. + + DELESSART. Ce ministre est accuse par Brissot et Vergniaud. II, 55-S6. + + D'ENTRAIGUES (Le comte). Il est arrete. Ses papiers et ses revelations a + Bonaparte devoilent les projets des royalistes. IX, 182-183. + + DEPARTEMENS. Division de la France en departemens. I, 190. + Divers departemens levent des hommes pour l'execution du decret du + camp de 20,000 hommes. II, 156. + Opinion de divers departemens sur la marche du gouvernement et les + divisions de la convention. Ce qui s'y passa. IV, 72 et suiv. + Plusieurs departemens levent des hommes contre les Vendeens. 95. + Presque tous sont pres de prendre les armes contre la convention apres + le 31 mai. 196 et suiv. + Mesures qu'on y prend dans ce but. 197-199. + Suite du meme sujet. 206 et suiv. + Nouveaux details sur l'insurrection. 222-223. + Plusieurs departemens se desistent de l'insurrection. Echecs des + federalistes. 246-249. + Ils sont presque tous soumis. 259-260. + + DEPUTATION. Liste des membres de la deputation de Paris a la convention. + III, 9-10. + + DEPUTES. Les deputes decretes d'arrestation apres le 31 mai, se + repandent dans les departemens. IV, 198-199. + + DESARMEMENT de tous les citoyens suspects. IV, 25. + + DESERTION. Lois sur la desertion. VIII, 45-46. + + DESEZE. Adjoint a la defense de Louis XVI. III, 219-220. + Sa plaidoirie pour Louis XVI. 220 et suiv. + + DESMOULINS (Camille). Il ameute le peuple au Palais-Royal. I, 86-87. + Son influence au Palais-Royal. 144-145. + Il presente une petition tres hardie. II, 31. + Nomme depute a la convention par les electeurs de Paris. III, 9. + Passe pour un modere. IV, 286. + Censure le comite de salut public dans un pamphlet, et prend la + defense du general Dillon, en disant des verites a tout le monde. + 287-288. + Se justifie aux Jacobins et n'est pas exclu de la Societe. V, 228-229. + Il fait son journal, _le Vieux Cordelier_. 307-308. + Il presente sa defense dans ce journal. 321 et suiv. + Il est accuse aux jacobins. 333 et suiv. + Continue a attaquer ses adversaires dans son journal. 351-355 et suiv. + Il est arrete. 388-389. + Details de son proces. Sa condamnation et son supplice. 394-398-411. + + D'ESPREMENIL. Son caractere. I, 15. + Il denonce au parlement un projet ministeriel qui tendait a + restreindre sa juridiction, 19-20. + Il est arrete en plein parlement. 22. + Il propose de faire decreter le tiers-etat. 70. + Hue et poursuivi sur la terrasse des Feuillans. II, 214-215. + + D'ESTAING. Commandant de la garde nationale de Versailles. Son + caractere. Sa lettre a la reine. I, 160. + + DETTE PUBLIQUE. Le remboursement des deux tiers de la dette est decrete + par les conseils, apres le 18 fructidor. IX, 504-509. + + DILLON. Son projet de retraite. II, 341. + + DIMES. Discussions relatives a l'abolition des dimes. I, 130 et suiv. + L'abolition est decretee. 132. + + DIRECTOIRE. Pouvoir executif cree par la constitution de l'an III, VII, + 335. + Nomination des cinq directeurs. Details a ce sujet. VIII, 7-9-11. + Situation dangereuse du directoire au commencement de son + administration. 12 et suiv. + Prend diverses mesures pour remedier a la disette et aux malheurs + financiers. 13-15 et suiv. + Il est charge de la nomination aux fonctions publiques. 47-48. + Maniere dont il use de son pouvoir et dont les directeurs se le + partagent. 48 et suiv. + Continuation de ses travaux administratifs. VIII, 82 et suiv. + Ses plans militaires. 123 et suiv. + Il negocie avec l'Angleterre. 340 et suiv. + Suite. 356 et suiv. + Il envoie Clarke en mission a Vienne. 359. + Rompt les negociations commencees avec le cabinet anglais. 390. + Son message aux conseils le 25 frimaire. 398 et suiv. + Caractere des cinq directeurs; leurs divisions entre eux. IX, 2 et + suiv. + Situation du gouvernement dans l'hiver de l'an V. 1-17. + Discussions relatives au tirage au sort du nouveau directeur pour + l'an V. 150-151 et suiv. + Sa lutte avec les conseils apres les elections de l'an V, d'ou resulte + le coup d'etat du 18 fructidor. 158 et suiv. + Il commence a redouter un vaste complot d'apres l'arrestation du comte + d'Entraigues. 182-183 et suiv. + Division des cinq directeurs au moment de leur lutte avec les factieux + des conseils. 184 et suiv. + Trois membres, Larevelliere, Rewbell et Barras, prennent la resolution + de faire un coup d'etat. 185-188 et suiv. + Leurs moyens d'appui pour ce projet, dans les patriotes de Paris. + 188 et suiv.; dans les armees. 190. + Dispositions politiques de celle d'Italie. 191 et suiv.; + de celle du Rhin 194 et suiv.; + de celle de Sambre-et-Meuse. 195 et suiv. + Resistance des directeurs contre l'opposition des clichyens au sujet + de la reorganisation du ministere. 200 et suiv. + Son embarras sur la decision a prendre au sujet des negociations + commencees avec l'Angleterre et l'Autriche, 242 et suiv. + Ses perils augmentent par l'opposition des conseils. Il prend des + mesures pour reunir a Paris la force armee. 246 et suiv. + Repond d'une maniere energique aux reclamations des conseils au sujet + de la marche de Hoche. 250 et suiv. + Trois des directeurs font les preparatifs du coup d'etat du 18 + fructidor. 270-272 et suiv. + Ils se reunissent chez Rewbell avec les ministres, en attendant le + resultat de la journee. Leur plan. 273-274 et suiv. + Execution de ce plan le 18 fructidor. 275 et suiv. + Il fait rendre aux conseils plusieurs lois qui lui restituent une + puissance revolutionnaire. Journee du 18 fructidor. 282-285 et suiv. + Reformes qu'il introduit dans l'administration. Deux nouveaux + directeurs sont nommes a la place des deportes. 294 et suiv. + Il destitue Moreau de son commandement. 296-297. + Projette une descente en Angleterre. 360 et suiv. + Declare prendre les Vaudois sous sa protection, et envoie une armee en + Suisse. 393 et suiv. + Ses dispositions pour remedier aux desordres des republiques + italiennes. X, 87-88 et suiv. + Il propose et fait decreter la loi sur la conscription. 98-101. (Voyez + _Conscription._) + Ses moyens et ses plans de guerre pour la campagne de 1793. 123 et + suiv. + Ses dispositions pour s'opposer a la spoliation des pays allies en + Italie. 126 et suiv. + Suite de ses plans pour la guerre. 132-134 et suiv. + Generaux qu'il nomme. 138 et suiv. + Accusations dont il est l'objet apres nos premiers revers en 1759. + Raisons qui le justifient. 172-175 et suiv. + Nomination de Sieyes a la place de Rewbell. 187. + Tous les partis se reunissent contre lui apres nos defaites en Italie. + (An VII.) 220 et suiv. + Division entre les directeurs. 223-224. + Revolution du 30 prairial. Destruction de l'ancien directoire. + Treilhard, Larevelliere et Merlin en sortent. 228-232-238. + Formation du nouveau directoire. 239 et suiv. + Ses premiers actes. 242 et suiv. + Mesures prises par les conseils pour lui donner une nouvelle force. + 245-250. + Ses plans de guerre. 251 et suiv. + Sa lutte avec les patriotes. (Voyez _Patriotes_.) + + DISETTE. Desordre qu'elle amene le 4 octobre. I, 165-166. + Apres la seconde loi du _maximum_ la disette continue. Mesures + que prend la commune pour y pourvoir. Desordres. V, 344-348 et suiv. + Pendant l'affreux hiver de 1795 les grains et les bois de chauffage + manquent a Paris. VII, 51 et suiv. + Suite du meme sujet. 73 et suiv. + Les habitans de Paris sont mis a la ration. Violentes scenes et + soulevemens populaires. 79 et suiv. + + DIX AOUT. II, 234 et suiv. + + DROITS FEODAUX. Ils sont abolis. I, 125-126 et suiv. + Difficultes et discussion qu'entraine la proposition de leur + abolition. 128-129. + + DROITS DE L'HOMME. Declaration des droits de l'homme, I, 136 et suiv. + + DROUET. Reconnait le roi a Sainte-Menehould et le fait arreter a + Varennes. I. 285-286. + + DUBOIS DE CRANCE. Il remplace Bernadotte au ministere de la guerre. X, + 281. + + DUCHASTEL. Malade, vote dans le proces de Louis XVI, pour le + bannissement. III, 254. + + DUCHENE (Le pere). Journal redige par Hebert. IV, 425. + + DUMOURIEZ. Son caractere. Ses plans militaires. Il est nomme ministre. + II, 58 et suiv. + Il prend le bonnet rouge en arrivant au ministere. 60. + Son entrevue avec la reine. 65 et suiv. + Extrait de ses memoires, _Ibid._ + Il devient suspect a la Gironde et est soupconne de dilapidations. + 82-85. + Conseille au roi de sanctionner deux decrets. 91. + Sa fermete dans l'assemblee nationale. 104-105. + Il donne sa demission. 105-106. + Est nomme general en chef des armees du Nord et du Centre. 291. + Cherche a s'opposer a l'invasion des Prussiens. 297. + Son plan de campagne contre les Prussiens. 341 et suiv. + Commencement d'execution de son plan. Les Thermopyles de la France. + 345 et suiv. + Nouvelles dispositions qu'il prend apres les affaires de l'Argonne. + 356 et suiv. + Il ecrit a l'assemblee nationale. 359. + Ses dispositions apres la retraite des Prussiens. 373 et suiv. + Conjectures sur sa mollesse apres avoir sauve le territoire. 375-376. + Il se rend a Paris, a la convention et aux Jacobins. III, 69-73-75. + Est fete par les artistes, et recoit la visite de Marat. 76-78-79. + Repart pour l'armee. 81. + Ses plans militaires. 109 et suiv. + Il gagne la bataille de Jemmapes. 116-120. + Ses projets politiques sur la Belgique. 123 et suiv. + Suite de ses actes militaires et administratifs. 125 et suiv. 129. + Il se plaint vivement du nouveau mode d'administration des vivres. + 134 et suiv. + Suite de sa campagne en Belgique; ses succes et ses fautes. 138 et suiv. + Son plan de campagne et commencement d'execution. 298 et suiv. + Il fait arreter des agens du pouvoir executif. Ses menaces contre le + gouvernement. 328-329. + Il ecrit une lettre audacieuse a la Convention. Suite de ses actes + militaires. IV, 2. + Il negocie avec l'ennemi. 13. + Ses projets politiques. 14-16. + Son traite avec l'ennemi. 18 et suiv. + Il devoile entierement ses projets politiques. 27 et suiv. + Est mande a la barre de la convention. 31. + Six volontaires font sur Dumouriez une tentative d'arrestation. 32-33. + Plusieurs de ses projets echouent. 33. + Il fait arreter quatre deputes de la Convention. 34-35. + Sa tete est mise a prix. Troubles a Paris. 36-37. + Il est abandonne par ses troupes, et se retire en Suisse. 39-42. + Considerations sur son caractere et son role politique. 42-43. + + DUPORT. Son caractere. I, 15. + + DUPORTAIL. Ministre de la guerre. Designe par Lafayette. I, 251. + + DUVERNE DE PRESLE. (Voy. _Royalistes_.) + + + EDGEWORTH DE FIRMONT. Confesseur de Louis XVI. III, 263. + Ses paroles sur l'echafaud. 270. + + EGYPTE. Projet d'une expedition en Egypte propose par Bonaparte au + directoire. Preparatifs secrets. IX, 408-414-419. + Etat de l'escadre destinee a porter les troupes. X, 1-3. + Route de Toulon a Alexandrie. Prise de Malte. 4-8. + Entree a Alexandrie. 12-13. + Description de l'Egypte. Sa geographie. Ses habitans. 13-22. + Route dans le desert d'Alexandrie au Caire. Mecontentement des soldats. + Combat sur le fleuve et sur terre contre Mourad-Bey. Dispositions de + l'ennemi pres du Caire. 28-31-36. + Bataille des Pyramides. 36-41. + Fondation de l'Institut d'Egypte. Ses travaux. 48-50. + Bataille navale d'Aboukir. Destruction de notre escadre. 51-57. + Conquete de la Haute-Egypte par Desaix. Bataille de Sediman. 286-288. + Expedition en Syrie par Bonaparte. Prise du fort d'El-Arisch et Gaza. + 290-291 et suiv. + Commencement du siege de Saint-Jean-d'Acre. Bataille du Mont-Thabor. + 292-297. + Retour de l'armee en Egypte. Bataille d'Aboukir. 300-306-310. + + ELBEE (d'). Chef vendeen. IV, 90. + Il est tue a Cholet. V, 121-124. + + ELECTEURS. Reunis a l'Hotel-de-Ville, ils livrent des armes au peuple. + I, 87. + Ordonnent la convocation des districts. 88. + Composent une municipalite. _Ibid._ + Composent une milice bourgeoise de 48,000 hommes. 88-89. + Un electeur distribue au peuple des bateaux de poudre. 90. + Les electeurs se partagent en divers comites. I, 108. + + ELECTIONS. Elles se font a Paris et dans les provinces. I, 37. + Travaux de l'assemblee nationale sur les elections. 191-192. + --Mouvemens a Paris et en France a l'epoque des elections de la + convention. III, 8 et suiv. + --Preparatifs des elections de l'an IV. Effervescence des partis. IX, + 33-36. + --De l'an V. 146 et suiv. + --De l'an VI. 404 et suiv. + --De l'an VII. X, 183. + + EMIGRATION. Prend une attitude inquietante. I, 263-264. + Loi portee sur l'emigration. 268-269. + + EMIGRES. Epoque ou l'emigration commence a devenir considerable. I, 178. + Ils levent des corps au nom du roi. 295. + Se preparent obstinement a la guerre a Coblentz. Leur connivence + avec la cour. II, 20-21 et suiv. + Leurs manoeuvres sont denoncees a l'assemblee legislative. 33 et suiv. + Debats dans les conseils sur la loi de la convention relative aux + biens des emigres. VIII, 89-90 + + EMPRUNT FORCE. Mesures avisees pour son recouvrement. IV, 377 et suiv. + Un nouvel emprunt force est propose par le directoire et decrete. Mode + de cet emprunt; ses effets. VIII, 41-42 et suiv. + Il est ferme, 401. + Un nouvel emprunt force est etabli apres la revolution de prairial. X, + 246. + + EPAULETIERS (les). Ce que c'etait. V, 318. + + ESPAGNE. La paix est signee avec cette puissance. VII, 318-319. + Traite d'alliance offensive et defensive avec la France. VIII, 263-264. + + ETATS-GENERAUX. Provoques par un jeu de mots. I, 14. + Renvoyes a cinq ans. 17. + Convoques. 23. + Leur ouverture. 44. + + ETRANGERS. Ils sont decretes d'arrestation. IV, 394. + + ETRE-SUPREME. Fete a l'Etre-Supreme, le 8 juin 1794. Description et + details. VI, 115-118. + + ETTLINGEN. (Voy. _Rastadt_.) + + EUROPE. Situation politique de l'Europe et etat des puissances + etrangeres au commencement de 1790. I, 215, 216 et suiv. + Dispositions des souverains de l'Europe a l'egard de la France, apres + la fuite du roi a Varennes. 295-296. + --Dispositions des souverains etrangers a l'egard de la France. II, + 18-19. + --Projets des puissances etrangeres a l'egard de la France apres le 10 + aout. II, 292 et suiv. + --Dispositions des puissances etrangeres apres le 21 janvier. III, 271 + et suiv. + Reflexions sur la politique de l'Europe. 280 et suiv. + --Etat de l'Europe au commencement de 1794. VI, 34 et suiv. + --Situation des etats de l'Europe apres la campagne de 1795. VIII, 122 + et suiv. + --Etat de l'Europe en 1795. IX, 36 et suiv. + --Mouvement dans les diverses cours, pour former une nouvelle coalition + contre la France. X, 62 et suiv. + + EVECHE. Reunion de ce nom. Son but. IV, 47-48. + Il s'y tient une assemblee. 138. + On y nomme une commission de six membres charges de trouver des moyens + de salut public. 139. + On y delibere sur une insurrection. 141-142. + Les commissaires des sections s'y reunissent le 30 mai. 145. + Ce comite d'insurrection est denonce apres le 31 mai. 195. + + EXECUTIONS. Grandes executions des detenus, en juin 1794. VI, 134-138 et + suiv. + Commandees a Nantes par Carrier. 144-148; + a Lyon, a Toulon, a Orange, a Bordeaux, a Marseille, par Freron, Barras + et Maignet. 148-149; + dans le Nord, par Lebon. 149 et suiv. + Ressentiment et indignation que la _terreur_ fait naitre. 153. + + FAVORITE. Bataille de ce nom devant Mantoue. VIII, 424-425. + + FAVRAS (le marquis de). Il est soupconne de comploter contre l'assemblee. + Il est regarde comme l'agent de Monsieur. Son proces. I, 195 et suiv. + Il est condamne a etre pendu. Sa mort, 203-204. + + FEDERALISME. Origine de ce mot. III, 17-18. + + FEDERATION. Une federation generale de la France est decidee a la + municipalite. I, 234. + La reunion generale des federes a lieu au Champ-de-Mars. 237 et suiv. + Description de la fete. _Ibid._ + Seconde fete de la federation. II, 184 et suiv. + + FERAUD. Ce depute est assassine au sein meme de la convention par les + revoltes du 1er prairial. VII, 209-211. + Son assassin est arrache au supplice par les patriotes. Suite de cet + evenement. 229 et suiv. + Honneurs que la convention rend a sa memoire. Seance funebre. Son eloge + est prononce par Louvet. 236 et suiv. + + FEUILLANS. Origine du club de ce nom. I, 213. + Le club des feuillans oppose aux jacobins. II, 13-14. + Faiblesse de ce parti. 109 et suiv. + + FEVRIER (25) 1793. On pille les boutiques de quelques epiciers. IV, 313 + et suiv. + + FINANCES. Etat malheureux des finances. I, 226 et suiv. + Etat des finances en 93. Mesures prises pour remedier a leur desordre. + IV, 369 et suiv. 383. + Etat des finances a la fin de 93. V, 180 et suiv. + Etat et organisation des finances au commencement de 1794. VI, 88-90 et + suiv. + Etat des finances apres le 9 thermidor. 270 et suiv. + Detresse financiere et commerciale en 1795. Diverses mesures prises par + la convention pour y remedier. VII, 59-66 et suiv. + Embarras des finances a l'avenement du directoire (1795). VII, 13 et + suiv. + Nouveaux details sur les assignats. Creation des mandats. Reflexions + sur diverses questions des finances. 106 et suiv. + Plan de finances pour l'an V. 400 et suiv. + Coup d'oeil sur les finances en l'an V. Projets de l'opposition pour + entraver le directoire dans ses moyens de pourvoir aux besoins du tresor + public. IX, 165 et suiv. + Le conseil des cinq-cents decrete diverses mesures favorable a ce + projet. Les anciens les rejettent. 172-173. + Mesures financieres provoquees par le directoire, apres le 18 fructidor. + Remboursement des deux tiers de la dette. 303-309. + Finances de l'an VII. X, 96 et suiv. 101-102. + Moyens employes pour fournir aux depenses, prochaines de la campagne de + 1799. 130-131. + + FLESSELLES (Le prevot). Il promet au peuple 12,000 fusils. I, 89-90. + Est accuse de trahison, traine au Palais-Royal et tue d'un coup de + pistolet. 98-99. + + FLEURUS. Victoire de ce nom. Evenemens militaires avant et apres la + bataille. VI, 169-175 et suiv. + + FOUCHE. Envoye en l'an VI a Milan par le directoire. X, 92-93. + Nomme ministre de la police. 272. + Se tourne du cote de Bonaparte. 354-355. + Il tait la conjuration aux directeurs. 359. + + FOULON et BERTHIER. Ils sont tues par le peuple malgre l'opposition de + Lafayette. I, 113-114. + + FOUQUIER-TINVILLE. Idees sanguinaires de cet accusateur public. VI, + 137-138 et suiv. + Il est mis en accusation. 240. + + FRANCE. Situation politique et morale de la France sous Louis XVI et a + l'epoque de la revolution. I, 3 et suiv., 33 et suiv. + Troubles et desordres en France apres le 14 juillet. 122-123. + Etat alarmant de la France en aout 1789. 133 et suiv. + Etat des esprits et situation politique au commencement de l'annee + 1790. 192 et suiv. + Troubles dans le Midi, en avril 1790. 212. + Situation interieure, les premiers mois de 1794. VI, 83 et suiv. + Etat interieur de la republique dans l'ete de 1796. VIII, 242 et suiv. + Situation interieure et rapports politiques avec l'Europe, apres la + retraite de nos armees d'Allemagne. 330 et suiv. + Rapports de la France avec le continent en l'an VI. IX, 371 et suiv. + Sa situation interieure dans l'hiver de l'an VI. 400 et suiv. + + FREDERIC-GUILLAUME. Sa ligue anglo-prussienne. I, 216. + + FRUCTIDOR (18). Journee de ce nom. Principaux details des evenemens. IX, + 270-287. + Augereau s'empare des Tuileries. 275-278. + Les conseils sont repousses du lieu de leurs seances. 280. + Les conseils se forment de nouveau, et rendent tous les decrets que + demande le directoire. Des deputes et deux directeurs sont condamnes a + la deportation. 280-288. + Necessite de ce coup d'etat. Ses consequences. 291 et suiv. + + GARAT. Il cherche a rassurer la convention sur ses craintes. Son + discours IV, 130 et suiv. + + GARDES-DU-CORPS. Ils donnent un repas aux officiers de la garnison a + Versailles. Suite de cette fete. I, 162 et suiv. + + GARDE-MEUBLE. Il est vole. Bruits qui coururent sur ce vol et sa + destination. III, 6-7. + + GARDE NATIONALE. La milice bourgeoise prend le nom de garde nationale, + et adopte la cocarde tricolore. I, 109-110. + Debats au conseil des cinq-cents sur une nouvelle organisation de la + garde nationale. IX, 276 et suiv. + + GENES. Paix avec cette republique. VIII, 348. + + GENSONNE. Son rapport a l'assemblee legislative sur les troubles de + l'Ouest. II, 26-27. + + GEORGES (Saint-). Voy _Bassano_. + + GERLE (dom.) Chartreux, propose de declarer la religion catholique la + seule religion de l'Etat. I, 208. + Il retire sa proposition. 209. + + GERMINAL (journee du 12). Les patriotes envahissent la convention. Ils en + sont chasses, et ensuite desarmes en execution d'un decret. VII, + 106-124. + + GIRONDINS. Origine de ce nom. Leur role dans l'assemblee legislative. + II, 11-13. + Ils dominent dans le ministere. 62-82. + Accusations dont ils sont l'objet, 302 et suiv. + Leur position a la convention. III, 19 et suiv. + Portraits de plusieurs d'entre eux. 12 et suiv. + Sont accuses de federalisme, et de vouloir sacrifier Paris. 17-19. + Essai de rapprochement et rupture. 21-22. + Embarras et facheuse position des girondins apres le 25 fevrier. 320 et + suiv. + Menaces le 31 mai, se rendent tous armes a la convention. IV, 147. + Se reunissent le 1er juin pour se concerter. 171-172. + Sont mis en etat d'arrestation. 189-190. + Plusieurs sont envoyes devant le tribunal revolutionnaire, et d'autres + sont mis en etat d'arrestation. V, 78-79. + Circonstances de leur proces. Un decret de circonstance leur ote la + parole. 152-163. + Ils sont condamnes et executes. 164-167. + + GOHIER. Nomme directeur a la place de Treilhard. X, 232. + Representant des patriotes et president du directoire. 337-338. + Il complimente Bonaparte a son retour d'Egypte. 338. + Sa femme est liee avec Josephine Bonaparte. 346. + Il est sonde par Bonaparte, qui voudrait etre directeur, et qui n'a + pas l'age necessaire. 348. + Altercation avec Bonaparte. 371-372. + + GORSAS. Son arrestation. III, 305. + + GOUVERNEMENT REVOLUTIONNAIRE. Effets des lois revolutionnaires. V, 128 + et suiv. + + GRANGENEUVE. Sa proposition a Chabot. II, 191-192. + + GRAND-LIVRE DE LA DETTE PUBLIQUE. Comment il fut institue en 93. Ses + avantages financiers. IV, 371 et suiv. + + GREGOIRE (l'abbe). Se presente aux communes. I, 55. + + GRENELLE. La poudriere de Grenelle prend feu. VI, 290. + Les patriotes attaquent le camp de Grenelle. VIII, 259 et suiv. + + GUADET. Fait une application historique aux circonstances du moment. IV, + 109-110. + Propose la destitution des autorites de Paris, et le transfert de la + convention a Bourges. 112-113. + Son courage a la convention le 31 mai. 157-158. + + GUERRE. Premieres dispositions des armees. II, 76-78. + Echec du general Rochambeau. 78 et suiv. + Etat des affaires militaires apres le 10 aout. 283 et suiv. + Situation militaire de la France en octobre 1792, III, 55 et suiv. + Affaires militaires en octobre et novembre 1792. 109 et suiv. + Situation de nos armees sur le Rhin et aux Alpes a la fin de 1792. 142 + et suiv. + Evenemens militaires en Belgique. 289 et suiv. + Nos armees eprouvent plusieurs revers. 324 et suiv. + Dispositions de la convention pour trouver des hommes et de l'argent. + IV, 103 et suiv. + Situation militaire de la France en 93. 214 et suiv. + Etat de l'armee du Nord: _ibid._; + de l'armee de la Moselle: 218; + du Rhin: _ibid._; + d'Italie: 223-224; + des Pyrenees: 226 et suiv.; + de la Vendee. 229 et suiv. + Victoire en Espagne en juillet 93. 256-257. + Siege de Mayence. 309-320. + Siege de Valenciennes par les ennemis. 320-323. + Le camp de Cesar est evacue par les Francais. 351-352. + Mouvement des armees en aout 1793. V, 1 et suiv. + Etat de l'armee du Rhin. 3-6. + Commencement du siege de Lyon 6-10. + Marche des troupes ennemies en aout et septembre 1793. 21 et suiv. + Victoire de Hondschoote. 24-25. + Revers dans le Nord. 27-29. + Echec de l'armee des Pyrenees. 32 et suiv. + Organisation de l'armee de l'Ouest. 68. + L'armee des Alpes repousse les Sardes. 86-87. + Progres de l'art de la guerre. Reflexions a ce sujet. 97 et suiv. + Suite des operations militaires a a frontiere du Nord. 101-107. + Victoire de Wattignies. 108-109. + Les lignes de Wissembourg sont prises par l'ennemi. 124 et suiv. + Jonction des armees du Rhin et de la Moselle. Les Autrichiens sont + chasses des frontieres. 146-251. + Siege et prise de Toulon par les republicains. 252-261. + Reflexions sur cette campagne, et recapitulation des principaux faits. + 292 et suiv. + Preparatifs en France, de 1793 a 1794, pour la levee, l'equipement et + l'armement des armees de terre et de mer. VI, 48-49. + Premiers evenemens de la campagne de 1794 aux Pyrenees: 54-56: + aux Alpes et vers l'Italie: 56-60; + au Nord. 60-73. + Victoire de Turcoing. 71 et suiv.; + en Vendee: 74 et suiv.; + en Bretagne contre les chouans: 75-76; + aux colonies. Revoltes a Saint-Domingue. 76 et suiv. + Sur mer, combat du 13 prairial an II, destruction du vaisseau _le + Vengeur_. 78-82. + Reprise des operations militaires en aout 1794. 166 et suiv. + Victoire de Fleurus. Evenemens militaires avant et apres la bataille. + 169-175. + Reprise de Conde, Valenciennes, Landrecies et le Quesnoy. 301-304. + Mouvemens de l'armee du Nord. + Bataille de l'Ourthe. 306-308. + Bataille de la Roer. 309 et suiv. + Passage de la Meuse par Pichegru. 315 et suiv. + Mouvemens et succes des armees de la Moselle et du Haut-Rhin, + commandees par Michaud. 317-318. + Situation de l'armee des Alpes et des Pyrenees. 318-320. + Suite de la guerre de la Vendee. 320 et suiv. + Situation de l'armee en Belgique a la fin de 1794. Prise de Nimegue. + VII, 1-7. + Projets pour la conquete de la Hollande. 7 et suiv. + Notre armee se repand en Hollande par divers points, et occupe tout + le pays. 20 et suiv. + Suite des operations militaires en Espagne, en Catalogue et aux + Pyrenees. 27-29. + Etat des armees apres les evenemens de prairial an III. 253 et suiv. + Operations de Jourdan, de Moreau, de Pichegru et de Kleber dans le + Nord. 253-254. + Situation de l'armee des Alpes sous Kellermann. 255 et suiv. + Position militaire en Espagne. 257. + Expedition de Quiberon. (Voy. _Quiberon_). 269-311. + Passage du Rhin par Jourdan et Pichegru. 320 et suiv. + Marche retrograde de l'armee de Sambre-et-Meuse. 377-378. + Jourdan repasse le Rhin. VIII, 19. + Perte des lignes de Mayence. 20-22. + Situation des armees du Rhin, des Alpes et des Pyrenees vers la fin + de l'an IV. 55 et suiv. + Details de la bataille de Loano. 58-61. + Expedition de l'Ile-Dieu. 62 et suiv. + Reflexions sur la campagne de 1795. 76. + Campagne de 1796. 140-241-278-326. + Etat de l'armee d'Italie au commencement de la campagne de 1796. 141 + et suiv. + Conquete du Piemont. 141-161. + Conquete de la Lombardie. 173 et suiv. + Bataille de Lodi. 178 et suiv. + Passage du Mincio. 198-200. + Entree des Francais dans les Etats-Romains et en Toscane. 214-217. + Suite de la guerre sur le Danube et sur le Rhin. 218-219 et suiv. + Passage du Rhin par Moreau, et suite des operations militaires. 226 et + suiv. + Batailles de Rastadt et d'Ettlingen. 230 et suiv. + Etat de nos armees en Allemagne et en Italie en aout 1796. 241. + Reprise des hostilites en Italie. Etat de notre armee. 272. + Notre ligne sur l'Adige est forcee. 278-279. + Bataille de Lonato. 283-286. + Bataille de Castiglione. 288 et suiv. + Operations sur le Danube. Bataille de Neresheim. 297-298. + L'armee de Sambre-de-Meuse est repoussee par l'archiduc. 300-301. + Suite de la guerre d'Italie. Bataille de Roveredo. 303-307. + Marche de Bonaparte sur la Brenta. Bataille de Bassano et de + Saint-Georges. 308-312-315. + Nouvel echec de l'armee de Sambre et Meuse a Wurtzbourg. + Retraite. 316-317 et suiv. + Retraite de Moreau. 321-326. + Extreme danger de l'armee d'Italie. Bataille d'Arcole. + 355-364-367-370-395. + Expedition d'Irlande. 379. + Reddition du fort de Kelb. 404. + Reprise des hostilites en Italie. 405 et suiv. + Description du champ de bataille de Rivoli. Bataille de Rivoli. + 411-414-423. + Bataille devant Mantoue ou de la _Favorite_. 424-425. + Prise de Mantoue. 425 et suiv. + Reflexions sur la campagne de 1796 en Italie. 428 et suiv. + Reprise de la campagne en l'an V. Etat de l'armee de Sambre-et-Meuse: + IX, 45 et suiv.; de l'armee du Haut-Rhin. 46-47. + L'armee d'Italie est renforcee. 47-48. + Nouvelle campagne contre l'Autriche. Passage du Tagliamento. 60-67. + Combat de Tarwis. 68-72. + Marche sur Vienne. 86 et suiv. + Passage du Rhin a Neuwied par Hoche, a Diersheim par Desaix. 103. + L'armee de Sambre-et-Meuse et celle du Rhin sont reunies en une seule, + et le commandement en est donne a Hoche. 298. + Expedition en Suisse, Brune s'empare de Berne. 395-398. + Expedition d'Egypte. (Voy. _Egypte_). Reprise des hostilites en + l'an VII. Une armee napolitaine envahit les Etats Romains. X, 109 et + suiv. + Manoeuvres de Championnet. _Ibid._ et suiv. + Les Napolitains sont battus. Championnet rentre dans Rome. 111-113. + Conquete du royaume de Naples. 113-119. + Campagne de 1799. Etat de nos forces militaires et plans de guerre. + 122 et suiv., 132 et suiv., 135-137. + Invasion des Grisons par Massena. 144-145. + Bataille de Stockach. Retraite de Jourdan. 149-153-157. + Distribution de nos armees en Italie. Forces ennemies. Premieres + operations de Scherer. Combats sanglans sous Verone. 157-166. + Bataille de Magnano. Retraite de Scherer. 164-167. + Massena reunit le commandement de l'armee du Danube et d'Helvetie, et + occupe la ligne de la Limmat. 189-192 et suiv. + Suite de la guerre en Italie. Arrivee de Suwarow. 193 et suiv. + Moreau remplace Scherer dans le commandement. Bataille de Cassano. + 195-197. + Retraite de Moreau au-dela du Po et de l'Apennin. Details de cette + belle operation. 197-204. + Combat sur la Limmat en Suisse (prairial an VII). 206 et suiv. + Essai de jonction entre l'armee de Naples et celle de Moreau. 210 et + suiv. + Bataille de la Trebbia. 213-215 et suiv. + Ses suites funestes. Retraite de Macdonald. 217-218. + Reprise de la campagne. Mouvemens de Massena vers les Grandes-Alpes + (juillet 1799). 253-254. + Suite des affaires en Italie. 254 et suiv. + Joubert arrive a l'armee d'Italie pour remplacer Moreau. Etat de ses + forces. Bataille de Novi. 256-265. + Debarquement des Anglo-Russes en Hollande. Echec de Brune. 266-268. + Nouveau plan du conseil aulique. Description du theatre de la guerre en + Suisse. Bataille de Zurich. 313 et suiv. 330. + Desastre et retraite de Suwarow en Suisse. 327-330. + Defaite des Anglo-Russes en Hollande par Brune. 330-331. + Fin de la campagne de 1799. Ses resultats heureux. 331-332. + + HEBERT. Journaliste. Il est arrete. IV, 126. + Ses cruautes a l'egard des prisonniers du Temple. V, 144 et suiv. + Il est arrete avec Ronsin, Vincent et autres. 371. + Son proces et sa mort. 374-377-378-379. + + HEBERTISTES. Lutte des hebertistes et des dantonistes. V. + 301-324-379-416. + Manoeuvres et caracteres de ce parti. 337-338 et suiv. + Plusieurs d'entre eux sont arretes. 371 et suiv. + Proces et supplice des principaux chefs. 374-379. + + HELVETIQUE (Republique). (Voy. _Suisse_). + + HENRIOT. Il est nomme commandant de la garde parisienne le 31 mai. IV, + 148. + Fait tirer le canon d'alarme. 150. + Barre le passage a la convention le 2 juin. 181-182. + + HERAULT-SECHELLES. Il est decrete de mise en accusation. V, 394. + Son proces et sa mort. 398-412. + + HEREDITE. L'heredite du trone est votee. I, 150. + Discussions relatives a l'heredite de la couronne. _Ibid._ et + suiv. + + HOCHE. Est nomme general de l'armee de la Moselle. V, 97. + Sa manoeuvre dans les Vosges. 246-249. + Il est nomme commandant en chef des armees du Rhin et de la Moselle. + 249. + Est remplace dans son commandement par Pichegru, et jete en prison par + ordre de Saint-Just. VI, 60. + Est elargi. 243. + Ses operations militaires et politiques en Vendee (1795). VII, 37 et + suiv. + Suite de ses operations en Bretagne. 149 et suiv. + Il cherche a dejouer les projets des royalistes en Bretagne. 267 et + suiv. + Est nomme commandant de l'armee de l'Ouest. Ses dispositions pour + s'opposer a la nouvelle expedition anglaise. VIII, 25 et suiv. + Il cherche a amener la pacification definitive de la Vendee. Son plan. + 68-69 et suiv. + Execution de ses projets. 72 et suiv. + Il est nomme commandant de l'armee dite des cotes de l'Ocean. 126. + Le directoire approuve tous ses plans sur la Vendee, et il continue a + les executer. 126-127 et suiv. + Par ses soins la Vendee et la Bretagne sont entierement soumises. + 138-139. + Il publie une lettre pour dementir certains bruits qu'on repandait sur + lui et sur Bonaparte. 244-247. + Conseille une expedition en Irlande. 265. + Son expedition en Irlande. 390-395. + Est nomme general de l'armee de Sambre-et-Meuse apres la demission de + Jourdan. 404. + Il passe le Rhin a Neuwied. IX, 103. + Ses dispositions politiques favorables au directoire menace. Barras + s'adresse a lui pour obtenir des troupes en cas de besoin. Details de + ses relations avec le directoire et de ses preparatifs pour cet objet. + 196 et suiv. + Il est nomme ministre de la guerre en l'an V. 209. + Suite de ses preparatifs pour soutenir le directoire. 210 et suiv. + Suite de ses relations avec quelques membres du directoire pour le meme + objet. 219 et suiv. + Ses operations militaires dans l'affaire de Quiberon. (Voy. _Quiberon_). + Sa mort. Reflexions sur sa carriere politique et militaire. 298-302. + + HOLLANDE. Conquete de ce pays. VII, 1-23. + Esprit public en Hollande a l'arrivee des Francais. 9-13 et suiv. + Mesures politiques prises par la convention pour le gouvernement de la + Hollande. 24 et suiv. + La paix est signee avec cette puissance. Principales conditions du + traite. 130-133. + Sa situation en 1797. IX, 37 et suiv. + Revolution dans ce royaume, qui se donne une constitution semblable a + la constitution francaise. 372-375. + Nouvelles commotions politiques dans l'hiver de l'an VI. X, 76. + Debarquement des Anglo-Russes. 266-267. + Les Anglo-Russes y sont defaits par Brune et evacuent le pays. 330-331. + + HONDSCHOOTE. Recit de cette victoire, et operations militaires qui la + precederent. V. 24-26. + + HOTEL-DE-VILLE. Les electeurs s'y reunissent. I, 78. + Confusion qui y regne dans les journees du 13 et du 14 juillet. 90. + Arrivee de ceux qui avaient pris la Bastille. 98. + Embarras de l'Hotel-de-Ville apres le 14 juillet. 108-109. + Il est force le 4 octobre par des femmes et des hommes armes de piques. + 165. + + HOUCHARD. Envoye au tribunal revolutionnaire. V. 96. + + ILE-DIEU. Expedition de ce nom. VIII, 62 et suiv. + + INSTITUT d'Egypte. (Voy. _Egypte_). + + INSTITUTIONS anglaises. Qui sont ceux qui les desiraient. I, 118 et suiv. + + INSURRECTION. Projet d'insurrection dans les faubourgs. II, 203 et suiv. + Une grande insurrection est fixee pour le 10 aout. 231-232. + Celle du 31 mai est arretee. Par qui. IV, 145. + Principaux details sur cette insurrection. 146 et suiv., 158-159 et + suiv. + Evenemens des 1er et 2 juin. IV, 166-170-171-173 et suiv., + 176-180-183-184. + + IRLANDE. Expedition francaise dans ce pays. Elle echoue. VIII, 390-395. + Leger echec des Francais en Irlande. X, 102. + + ISNARD. Son discours a l'occasion d'un projet de decret relatif aux + emigres. II, 34-36. + Sa reponse a la petition de la section de la Fraternite. IV, 127. + + ITALIE. Tableau geographique et politique de cette contree, a l'epoque + de la conquete par les Francais. VIII, 161-169. + Coup d'oeil sur l'etat de l'opinion publique apres la conquete de la + Lombardie. 209 et suiv. + Negociations avec divers etats de ce pays. 268 et suiv. + Insurrections revolutionnaires dans plusieurs villes. Perfidie des + Venitiens apres le depart de Bonaparte. IX, 72 et suiv., 85. + La revolution se propage apres les preliminaires de Leoben. Soulevement + a Genes. 134 et suiv. + Fondation de la republique cisalpine. Affaires de la Valteline. + 314-318-321. + Evenemens militaires de la campagne de 1799. (Voy. _Guerre_.) + Fermentation des etats italiens en l'an VI. 380 et suiv. + Revolution a Rome, 381-388. + Conquete de Naples. (Voy. _Naples_.) Desordres des republiques + italiennes alliees. Changemens operes dans la constitution cisalpine. X, + 83-89-94. + Envahissement des Etats romains par les Napolitains. (Voy. _Guerre_.) + Revolution du Piemont. 119 et suiv. + + JACOBINS. Club de ce nom. Son influence. I, 213. + Ils adressent a l'assemblee une petition demandant la decheance du roi. + 302. + Organisation du club de ce nom. II, 13. + Robespierre se retranche aux Jacobins. Ils se prononcent contre les + projets de guerre. 47-48. + Leur projet de deposer le roi de vive force. 190-191 et suiv. + Leur puissance apres le 10 aout. 272-274. + Grande puissance de leur club. Les riches equipages qui se pressent a + la porte. Affiliations nombreuses. Marat y parait encore etrange. III, + 70-73. + Agitation qui y regne apres l'accusation de Robespierre, par Louvet, a + la convention. 91 et suiv. + Font divers projets pour remedier a la disette. 310. + Vive discussion au sujet du pillage du 25 fevrier. 315-16. + Une populace armee se presente a ce club. 341-342. + Se prononcent contre les agitateurs. 348 et suiv. + Projets des jacobins a la suite de la chute des girondins. Mesures + qu'ils prennent pour profiter de la victoire du 31 mai. IV, 191. + Leur role apres le 31 mai. 279 280. + Discussion au sujet du renouvellement et de la prorogation du comite de + salut public. 293-296. + Seance du 7 aout 179, a laquelle assistent les commissaires des + departemens. Discours de Robespierre. 348-349. + Decident, sur la motion de Robespierre, que leur societe sera epuree. + V, 221-222. + Plusieurs membres sont exclus. 228-229. + Seance du 6 prairial an II, apres la tentative d'assassinat sur + Robespierre et Collot-d'Herbois. VI, 102-107. + Font une petition a la convention, dirigee indirectement contre les + comites. 185 et suiv. + Le club est ouvert de nouveau et epure apres le 9 thermidor. 363. + Sont reprimes dans les provinces. 334 et suiv. + Ceux de Paris tachent de se defendre apres la reaction du 9 thermidor. + 335 et suiv. + Rumeur au club de Paris, menace d'epuration par la convention. 348 et + suiv. + Mesures qu'ils prennent pour eluder le decret rendu contre les + societes populaires. 258-259. + Seances orageuses au club de Paris au sujet du proces de Carrier. + 374-375 et suiv. + Leur salle est investie par un attroupement. Tumulte et scenes + violentes dans Paris. 383 et suiv. + Leurs seances sont suspendues. Reflexions sur ce club. 388 et suiv. + Leur societe etant dissoute, ils se refugient au club electoral. + 390-391. (Voy. _Club electoral_.) + + JANVIER (21). Une fete anniversaire de la mort de Louis XVI est + instituee par les conseils. La premiere se celebre le 1er pluviose an + IV. VIII, 92-93. + + JEAN DE BRY. Propose de juger a la fois Marat et Robespierre. III, 107. + + JEMMAPES. Bataille de ce nom. Evenemens militaires qui y ont rapport. + III, 114 et suiv. + + JEU DE PAUME. La salle du Jeu de Paume devient le lieu des seances de + l'assemblee nationale. Les deputes assembles dans le Jeu de Paume + pretent le serment de ne pas se separer avant l'etablissement d'une + constitution. I, 62-63. + On fait louer la salle pour empecher une nouvelle seance. 64-65. + + JEUNESSE DOREE. Parti auquel on donna ce nom. VI, 338. + + JORDAN (Camille). Son rapport aux cinq-cents sur la liberte des cultes. + IX, 162 et suiv. + + JOUBERT. Est nomme par le nouveau directoire commandant de l'armee + d'Italie, et remplace Moreau. X, 243. + Est tue a la bataille de Novi. 260. + + JOUR DE L'AN. Ceremonial aboli par l'assemblee legislative a propos des + hommages rendus au roi dans ce jour. II, 44. + + JOURDAN. Est nomme general en chef de l'armee du Nord. V, 97. + Gagne les batailles de l'Ourthe et de la Roer. VI, 309 et suiv. + Manoeuvres du general pour favoriser le passage du Rhin par Moreau. + VIII, 221 et suiv. + Passe le Rhin. 228-238 et suiv. + Est repousse sur le Mein par l'archiduc Charles. 300-301. + Est battu a Wurtzbourg, et bat en retraite. VIII, 318-319. + Nomme depute en l'an V. IX, 147-148. + Est appele au commandement de l'armee du Danube. X, 140. + Ses operations militaires dans la campagne de 1799. (Voy. _Guerre_.) + Propose aux cinq-cents de declarer la patrie en danger (17 fructidor + an VII). Sa proposition est rejetee. 279-281. + + JOURNAUX. Divers journaux, representant les opinions des partis, sont + publies au commencement du directoire. VIII, 54. + Licence des journalistes., VIII, 396-397. + + JUILLET (12, 13, 14). Le peuple parcourt les rues avec les bustes de + Necker et du duc d'Orleans. Le regiment de Royal-Allemand le disperse. + I, 87. + Les gardes-francaises font feu sur le Royal-Allemand. _Ibid_. Le + peuple force les barrieres, pille les greniers de Saint-Lazare, et + prend des armes au Garde-Meuble. 89. + Divers bruits se repandent sur les projets hostiles de la cour. 93-94. + Le peuple enleve les canons de l'Hotel des Invalides, et court a la + Bastille. 95-96. + Suites de ces journees. 98-99. + + JUIN (20). Evenemens de cette journee. Ses causes. II, 124-140. + Suites de cette journee. 141 et suiv. + + KAIRE (Le). (Voy. _Egypte_.) + + KELH. Reddition de ce fort par Moreau. VIII, 404. + + KERSAINT. Donne sa demission a la convention nationale, pour ne pas + s'asseoir avec des hommes de sang. III, 258-259. + + KLEBER. Ses operations militaires en Bretagne. V, 265-268-271-280-282 et + suiv. + Bonaparte lui confie le commandement de l'armee d'Egypte. X. 312. + + KLINGLIN. Correspondance de Pichegru avec les princes emigres, trouvee + dans un fourgon du general Klinglin. IX, 194-195. + + LADMIRAL. Il tente d'assassiner Robespierre ou Collot-d'Herbois, et + echoue. VI, 96-98. + + LAFAYETTE (Le marquis de). Vice-president de l'assemblee constituante. I, + 92. + Il est nomme commandant de la milice bourgeoise de Paris. 104. + Details sur sa vie et son caractere. I, 110 et suiv. + Il donne sa demission, et reprend aussitot le commandement. 114. + Declaration des droits. 136 et suiv. + Traite de Cromwell. 144. + Arrete le peuple sur la route de Versailles. 172. + Arrive a Versailles dans la nuit du 4 octobre. Ses efforts pour + contenir le peuple a Paris. Il tranquillise le roi, et prend diverses + mesures pour maintenir l'ordre. Fatigue de vingt-quatre heures et repos. + 172 et suiv. + Defend le chateau attaque par les brigands. Montre la reine au peuple. + 175 et suiv. (Voy. _Versailles_.) + Traite par Mirabeau de Cromwell-Grandisson. Engage le duc d'Orleans a + quitter Paris. 179-180. + Punit quelques soldats mutines pour une augmentation de paie. 194-195. + Conseille au roi de s'attacher demonstrativement et sincerement au + parti populaire. 199. + Denonce a la tribune l'influence secrete de l'Angleterre dans les + affaires de la revolution. 219-220. + Comprime diverses emeutes. 267-268. + Disperse les jacobins attroupes au Champ-de-Mars. 302 et suiv. + Envoye a l'armee du Rhin avec Luckner et Rochambeau. II, 40. + Prend le commandement de l'armee du Centre. 44. + Dumouriez s'oppose a ce qu'il ait le commandement general. 77. + Sa position au milieu des partis a la fin de 1792. 110 et suiv. + Il ecrit une lettre a l'assemblee. 112 et suiv. + Se rend a l'assemblee et y expose divers griefs. 146; et suiv. + S'assied au banc des petitionnaires. Ses projets en faveur du roi + echouent. Il repart pour l'armee. 149 et suiv. + Il propose au roi un projet de fuite. 206. + Est mis hors d'accusation par l'assemblee. 231. + Il fait arreter des commissaires envoyes par l'assemblee. On demande + son accusation. Ses projets. 286-287. + Il est declare traitre a la patrie et decrete d'accusation. 287. + Il est abandonne par Dumouriez. Se retire dans les Pays-Bas, et est + fait prisonnier par les Autrichiens, 289-291. + Son elargissement des prisons d'Olmutz, par suite du traite de + Campo-Formio. IX, 334. + + LAMBALLE (La princesse de). Elle est massacree. II, 334-335. + + LAMETH. Les deux freres Lameth se liguent avec Barnave et Duport. I, 117. + Ils s'entendent avec la cour. I. 293. + + LAMOURETTE. Eveque constitutionnel de Lyon et depute a l'assemblee + legislative. Motion de ce depute. II, 173-174. + Effet produit par cette motion. 175. + + LANJUINAIS. Il soutient que le decret qui casse la commission des douze + est nul. Tumulte et menaces a ce sujet. IV, 155 et suiv. + Son courage a la tribune le 2 juin. 178-179. + + LAREVELLIERE-LEPAUX. Il sort du directoire dans la revolution de prairial + an VII. Sa conduite dans cette circonstance. X, 232-238. + (Voy. _Directoire_.) + + LAROCHE-JAQUELIN. Chef Vendeen. IV, 90-91. + + LAVILLE-HEURNOIS. (Voy. _Royalistes_.) + + LECOINTRE (de Versailles). Il accuse a la convention les membres des + anciens comites. VI, 281 et suiv. + Son accusation est declaree fausse et calomnieuse. 288 et 289. + + LEMAITRE. Chef des agens royalistes. Il est arrete apres le 13 + vendemiaire. Sa correspondance. VII, 373 378. + + LEOBEN. Preliminaires de paix avec l'Autriche, signes dans cette ville. + Principaux articles. IX, 91-95 et suiv. + + LEOPOLD. Intentions de ce prince envers la France et Louis XVI. II, 40 + et suiv. + + LEPELLETIER-SAINT-FARGEAU. Il est tue par un garde-du-corps. III, + 265-266. + + LESCURE (De). Chef vendeen. IV, 91. + --Il est tue dans un combat. V, 123. + + LETOURNEUR. Son caractere et sa conduite au directoire. IX, 5-6. + Le tirage au sort le fait sortir du directoire. 154. + + LEVEE EN MASSE. Elle est decretee. IV, 362. + Moyen qu'on emploie pour l'execution de cette mesure. 363 et suiv. + + LIDO. Massacre des Francais dans le port de ce nom a Venise. IX, 114 et + suiv. + + LIEUTAUD. Entretient une troupe pour parler en faveur du roi. II, 205. + + LILLE. Bombardement de cette ville par le duc de Saxe-Teschen. + L'archiduchesse Christine y assiste. III, 56. + Negociations entamees en cette ville entre la France et l'Angleterre, + en messidor an V. IX, 235-243. + Rupture de cette conference par le directoire. 310-311 et suiv. + + LINDET (Robert). Il fait a la convention un rapport sur l'etat de la + France (20 septembre 1794). VI, 293 et suiv. + + LIVRE ROUGE. Louis XVI fait cacheter les feuillets ou sont marquees les + depenses de Louis XV. I, 230-231. + + LOANO. Bataille de ce nom. VIII, 58-61. + + LODI. Bataille et passage du pont de Lodi. VIII, 178 et suiv. + + LOMBARDIE. Conquete de ce pays. VIII. 173 et suiv. + + LONATO. Bataille de ce nom. VIII, 283-285. + + LOUIS XVI. Il monte sur le trone. Sou caractere. Ascendant de la reine. + I, 6-7. + Sa position et ses incertitudes. L'initiative qu'il pouvait prendre. + 29 et suiv. + Il assiste a l'ouverture des etats-generaux et prononce un discours. 44. + Dans la seance du 23 juin, il prononce un discours qui irrite les + esprits. 65-66. + Ordonne a l'assemblee de se separer sur-le-champ. 66. + Repond froidement a l'assemblee nationale qui demandait le renvoi des + troupes. 92. + Declare a la deputation de l'assemblee qu'il a ordonne l'eloignement + des troupes. 95. + Ses inquietudes. Conversation avec le duc de Liancourt. 100. + Il se rend a l'assemblee nationale et y est recu avec enthousiasme. 102. + Se rend a Paris, escorte de deux cents deputes, et fait un discours a + l'Hotel-de-Ville. 105-106. + Est proclame restaurateur de la liberte francaise. 127. + Sa reponse a l'assemblee, qui lui demandait acceptation et promesse de + promulgation des articles constitutionnels et de la declaration des + droits. 167. + Il accepte purement et simplement les articles et la declaration des + droits. 171. + Revient a Paris. 177. + Se presente a l'assemblee le 4 fevrier 1790, et fait un discours. Est + reconduit aux Tuileries par le peuple. 196 et suiv. + Sa liste civile est fixee a 25 millions. 231. + Assiste a la fete de la federation avec la reine, et prete le serment de + maintenir la constitution. 240-241. + Frappe du sort de Charles Ier. 252. + Ses projets de fuite. 266. + Le peuple arrete sa voiture. 276-277. + Ses negociations avec des princes etrangers. Projet de fuite. 277 et + suiv. + Sa fuite avec la famille royale. 280 et suiv. + Circonstances de son arrestation a Varennes. 285 et suiv. + Circonstances de son retour a Paris. 289 et suiv. + Une sentinelle s'oppose a ses sorties. 293. + Il accepte la constitution. 307. + Se rend a l'assemblee legislative, et est blesse par le ceremonial. + II, 17. + Appose son _veto_ a un decret contre les emigres. 24. + Adresse une proclamation aux emigres. 25-26. + Rend compte a l'assemblee legislative de ses mesures contre + l'emigration. 37 et suiv. + Il songe a se lier avec la Gironde, republicaine par defiance du roi. + 57. + Fait a l'assemblee des propositions de guerre. 72 et suiv. + Ne veut sanctionner que le decret de vingt mille hommes et non celui + contre les pretres. 105. + Ses hesitations. Ses contradictions. Son abattement. 106. + Demande secretement le secours de l'etranger. 107 et suiv. + Attaque dans les Tuileries le 20 juin. Diverses reponses qu'il fait au + peuple. 135 et suiv. + Fait une proclamation au peuple apres le 20 juin. 144 et suiv. + Se rend a l'assemblee, qui le recoit avec enthousiasme. 175-176. + Consternation du roi et de la cour. 181 et suiv. + Il assiste a la deuxieme fete de la federation. 186-187. + Divers projets d'evasion lui sont proposes. 206 et suiv. + Il se prepare a fuir et y renonce ensuite. 229.-230. + Est jete avec sa famille dans la loge d'un journaliste dans l'assemblee. + 251. + Est suspendu de la royaute. 257. + Est garde prisonnier aux Feuillans. 268. + Est transporte au Temple avec la famille royale. 278. + On commence a agiter la question de son jugement. III, 105 et suiv. + Details sur sa captivite au Temple. 153 et suiv. + L'education de son fils. 154. + Precautions de la commune. 158-159. + Son proces et details qui y ont rapport. 159 et suiv. + Il est conduit a la barre de la convention pour etre juge. 202 et suiv. + Repond aux diverses questions qui lui sont faites. 204. + Se choisit des defenseurs. 205 et suiv. + Nouveaux details sur sa captivite pendant son proces. 219 et suiv. + Il est declare coupable de conspiration contre la liberte. 248. + Est condamne a mort. 256. + Circonstances et details de son execution. 262-265-266-270. + + LOUVET. Redige _la Sentinelle_. II, 119. + Il denonce Robespierre a la convention. III, 84 et suiv. + Il court chez Petion donner l'alerte aux girondins. 342-343. + + LOZERE. Trente mille revoltes sont soumis dans ce departement. IV, + 255-256. + + LYON. Un club jacobin s'y etablit. Troubles politiques en 1793. IV, + 75-76. + Combat sanglant dans cette ville. 196-197. + Troubles en juillet 93. Riard et Chalier sont mis a mort. 323-324. + Il est mis en etat de siege par Dubois-Crance, conformement au decret + de la convention. V, 7 et suiv. + Le siege se poursuit. 32. + Principales operations militaires du siege. 81 et suiv. + Les promesses de l'emigration. 84. + Couthon propose de l'inonder avec des masses, et fait destituer + Dubois-Crance qui s'y refuse. 90-91. + Suite. Prise de la ville. 91-94. + Decret de la convention contre cette ville. 94-95. + Le terrible decret de la convention contre cette ville est mis a + execution. 131 et suiv. + Demolition des plus belles rues. La mine pour detruire les edifices, la + mitraille pour immoler les proscrits. 132. + Cette ville est declaree n'etre plus en etat de rebellion. VI, 368. + Les contre-revolutionnaires y egorgent soixante-dix prisonniers le 5 + floreal an III. VII, 184. + + MACDONALD. Il est nomme commandant de l'armee de Naples. X, 140. + Ses operations militaires dans la campagne de 1799. (Voy. _Guerre_.) + + MAGNANO. Bataille de ce nom. X, 164 et suiv. + + MAI (1793). Troubles dans Paris a l'occasion des nouvelles de + l'insurrection vendeenne les premiers jours du mois. Details sur les + craintes des partis a cette epoque. IV, 100 et suiv. 107. + 31 mai. Circonstances de cette journee, depuis le 30 mai jusqu'au 2 + juin. 147 et suiv. 183-184. (Voy. _Insurrection_.) + Reflexions sur cette journee et ses consequences. 184 et suiv. + Comment on en parle aux Jacobins. 191-193. + Distribution des pouvoirs et des influences apres cette journee. 275-281. + + MAILLARD. Un citoyen de ce nom conduit a Versailles une troupe de femmes + furieuses. I, 166. + Il se presente avec ces femmes devant l'assemblee, et expose le + desespoir du peuple a cause de la disette, 168-169. + Principal acteur dans les massacres du 2 septembre. (Voyez _Septembre_.) + Ses preparatifs, suivant une relation toute recente. II, 310-311. + Sa presence a l'Abbaye. 317. + + MAISON MILITAIRE. Formation de la maison militaire du roi. II, 86 et + suiv. + + MALESHERBES. Se devoue a la defense de Louis XVI. III, 206. + + MALMESBURY (Lord), ambassadeur anglais envoye a Paris. Ses negociations + avec le directoire. VIII, 340-344. + Suite de ses negociations. 356 et suiv. + Suite de sa negociation avec le directoire. Elle est rompue. Il repart + pour l'Angleterre. 386-390. + Est de nouveau charge par l'Angleterre de negocier la paix. IX, 145. + Conferences de Lille. 235-245. + + MALTE (Ile de). Prise de cette ile par les Francais. X, 6-8. + + MANDAT. General en chef de la garde nationale au 10 aout. Ses + preparatifs. II, 239. + Il est somme de comparaitre a l'Hotel-de-Ville. 242. + Tue et jete a l'eau. 243. + + MANDATS. Nouveau papier cree le 25 ventose an IV. VIII, 109-111. + Ce papier tombe. Causes de sa chute. 247 et suiv. + + MANIFESTE DE BRUNSWICK. II, 217 et suiv. + Effet qu'il produit en France. 224 et suiv. + + MANTOUE. Commencement du blocus de cette ville. VIII, 211. + Prise de cette ville par les Francais. 425 et suiv. + + MANUEL. Procureur-syndic de la commune, propose de loger le president de + la convention aux Tuileries. III, 23. + + MARAT. Son caractere, ses principes. II, 194-196. + Son entrevue avec Barbaroux. 196 et suiv. + Il est chef du comite de surveillance de Paris. 277. + Se fait rendre les presses enlevees par Lafayette. 278. + Est elu depute a la convention. III, 9. + Justifie sa conduite et ses ecrits dans la convention. 38 et suiv. + Rappelle ses ennemis a la pudeur, et montre le pistolet avec lequel il + se serait tue si on l'eut decrete d'accusation. 43-44. + Va trouver Dumouriez au milieu d'une fete. 78-79. + Dispute qui s'eleve aux Jacobins au sujet de Marat et de Robespierre. + 209 et suiv. + Les partisans de Marat. Sa justification par ses maximes. Il surfait au + peuple parce qu'on le marchande. 210-211. + Il est defere aux tribunaux comme un des auteurs du 25 fevrier. 317. + Se defend dans son journal. 318-320. + Il s'eleve contre une petition de la section Poissonniere et denonce + Fournier. 347. + Est mis en arrestation par la convention. IV, 60. + Est acquitte par le tribunal revolutionnaire. Honneurs qu'il recoit a + la convention et aux Jacobins. 66-68. + Somme de s'expliquer sur ses opinions sur la necessite d'une dictature. + 192. + Il est assassine dans son bain. 265. + Honneurs qu'il recoit apres sa mort. 267-269-272-273. + Le 21 septembre 1794, ses restes sont transportes au Pantheon a la + place de ceux de Mirabeau. VI, 299-300. + Ses bustes sont brises en 1795. VII, 56 et suiv. + Ils sont enleves de la convention. Scenes tumultueuses a ce sujet. + 59. + + MARCEAU. Il est nomme general en chef en Vendee. V, 287. + Est tue sur le champ de bataille. VIII, 320. + + MARIE-ANTOINETTE. Elle est transferee a la Conciergerie, pour etre jugee + par le tribunal revolutionnaire. IV, 395. + Un ami imprudent, et la correspondance dans un oeillet. V, 143. + Hebert et ses depositions revoltantes dans ce proces. 146-148-149. + Reponse admirable a ces accusations. 149. + Details de son proces. Elle est condamnee et mise a mort. 149-151. + + MARSEILLE. Ville devouee a la Gironde. IV, 76-77. + + MARTIN D'AUCH. S'oppose a la declaration du jeu de Paume. I, 63. + + MASSENA. Un des generaux de l'armee d'Italie. VIII, 142-143. + Il s'empare du col de Tarwis. IX, 67-71. + Est nomme commandant de l'armee d'Helvetie. X, 140. + Remplace Jourdan dans le commandement de l'armee du Danube. Maniere + dont il dispose ses forces. 188-189 et suiv. (Voy. _Guerre_.) + Il remporte une grande victoire a Zurich. 318-321 et suiv. + + MAURY. (L'abbe). Principal orateur du clerge. Caractere de son esprit. + I, 117. + Il tache de s'opposer a la saisie des biens du clerge. 188 et suiv. + Demande que l'assemblee se separe, et qu'on procede a de nouvelles + elections. 210-211. + + MAXIMUM. Il est etabli sur tous les grains. IV, 330-331; + sur toutes les marchandises. 332-385. + Effets malheureux de cette mesure. V. 173 et suiv. + Effets desastreux du _maximum_. + Details economiques. VI, 270 et suiv. + Cette mesure subit une reforme. 364-365 et suiv. + Il est aboli. VII, 244-248. + + MAYENCE. Description de cette place forte. IV, 309. + Details militaires du siege de cette ville. Disette effroyable. + Ignorance de la garnison sur les evenemens qui se passent en France, + et _faux Moniteurs_ que les Prussiens font imprimer. Les Francais + l'evacuent. 312-320. + Admiration des assiegeans pour la resistance des Francais. 320. + + MENOU. General de l'armee de l'interieur. Son role dans la journee du 12 + vendemiaire. VII, 355 et suiv. + + MERLIN. Il est nomme ministre de la justice en l'an V. IX, 209. + Est nomme directeur. 294. + Sort du directoire par la revolution du 30 prairial an VII. X, 238. + (Voy. _Larevelliere_ et _Directoire_.) + + MESNAI. Seigneur de Quincey; explosion dans son chateau qui cause une + effervescence universelle. I, 124. + + MILAN. Prise de cette ville. VIII, 181-182. + Une revolte se manifeste apres le depart de Bonaparte. Elle est + etouffee. 189-191. + + MILLESIMO. Bataille de ce nom. VIII, 144-150. + + MINCIO. Passage de ce fleuve par Bonaparte. VIII, 198-200 et suiv. + + MINISTERE. Etat du ministere apres la retraite de Necker. Les ministres + se retirent successivement. I, 250-251. + Nouvelle organisation du ministere. II, 32 et suiv. + Discussions parmi les membres du ministere. 53-55. + Renouvellement du ministere. 62-63. + La division s'y etablit. 80 et suiv. + Roland, Claviere et Servan sont renvoyes. 103. + Des ministres feuillans le composent. 106. + Sa reorganisation apres le 10 aout. 263-264. + Il est l'objet de beaucoup de plaintes apres le 31 mai. IV, 283-284. + Organisation du ministere par le directoire. Cinq ministres sont + nommes. VIII, 17. + Changemens projetes par le directoire. Les clichyens s'y opposent. + Details a ce sujet. Le directoire nomme les ministres designes par sa + majorite. IX, 200-211. + Changemens operes a la suite de la revolution de prairial an VII. X, + 347-348. + + MIRABEAU. Est elu depute en Provence. I, 37-38. + Propose de sommer le clerge de se reunir aux communes. 49. + Il declare que l'assemblee nationale ne se separera que par la force. + 67. + Il propose de demander au roi le renvoi des troupes. 83-84. + Paroles memorables de Mirabeau a l'occasion d'une derniere deputation + envoyee au roi. 101. + Il reclame contre la mise en liberte de Besenval. 116. + Son caractere, son influence, idee de son genie. 119-120 et suiv. + Fait une proposition relative a l'heredite du trone. 150-151. + Appuie une proposition d'impot faite par Necker. Ses paroles sur la + banqueroute. 155-156; + Soupconne d'etre un des agens du duc d'Orleans. 179 et suiv. + Son entrevue avec Necker. 182. + Ses communications avec la cour. Reflexions a ce sujet. 200-201. + Paroles de Mirabeau a propos de la proposition relative a la religion + de l'etat. 209. + Il s'oppose a la reelection des representans. 211-212. + Reponse au discours de Barnave sur le droit de faire la paix et la + guerre. 223-224. + Se justifie de l'accusation portee contre lui d'etre un des auteurs des + 5 et 6 octobre. 244. + Traite avec la cour. Ses plans pour defendre la cause de la monarchie. + 253 et suiv. + Il combat un projet de loi contre l'emigration. 269 et suiv. + Sa mort. 272-275. + Reflexions sur son caractere et sa carriere politique. 275-276. + + MIRABEAU (Le vicomte). Adversaire de son frere. I, 212, + A la tete de 600 hommes dans l'eveche de Strasbourg. II, 33. + + MIROMENIL. Garde-des-sceaux, conspirait avec les parlemens. Il est + destitue. I, 12. + + MONSIEUR (frere du roi). Sa popularite. I, 16. + Le bureau qu'il preside vote pour le doublement du tiers. 28. + Se rend a l'Hotel-de-Ville pour expliquer ses rapports avec Favras. + 195. + Fuite en Flandre. 281-282. + Decret qui lui enjoint de rentrer sous deux mois. II, 23. + + MONTAGNARDS. Leur position et leurs incertitudes apres le 25 fevrier. + III, 322 et suiv. + Un grand nombre d'anciens membres du gouvernement revolutionnaire et de + montagnards sont decretes d'arrestation apres le 1er prairial. VII, + 228-233 et suiv. + Proces de plusieurs d'entre eux. Quelques-uns se tuent dans la prison. + Supplice des autres. 237 et suiv. + + MONTAGNE (La). Nom donne a une portion de l'assemblee legislative. II, + 15-16. + Nom donne au cote gauche de la convention. III, 46-47. + Sa situation apres le 9 thermidor. VI, 245 et suiv. + + MONTENOTTE. Bataille de ce nom. VIII, 146-148. + + MONTESQUIOU. Sur le point d'etre destitue. Son entree en Savoie. On lui + continue le commandement des troupes. III, 62. + Il intimide Geneve. 66. + Il s'y refugie devant la menace d'un decret. 144-145. + + MONT-THABOR. Bataille de ce nom. X, 295-297. + + MOREAU. Il est nomme commandant de l'armee du Rhin a la place de + Pichegru. VIII, 125. + Passe le Rhin. 226 et suiv. + Suite de ses operations sur le Danube. Bataille de Neresheim. 297-298. + Il entre en Baviere. 302. + Sa belle retraite. 321-326. + Ses dispositions politiques avant le 18 fructidor. Preuves qu'il ne + trahissait point a cette epoque. IX, 194 et suiv. + Ses revelations tardives. Il perd son commandement. 296-297. + Prend le commandement de l'armee d'Italie, dont Scherer se demet. Ses + premieres operations. X, 195 et suiv. (Voy. _Guerre_.) + Sa retraite au-dela du Po et de l'Apennin. 197 et suiv. (Voyez + _Guerre_.) + + MOREAU DE SAINT-MERY (electeur). Defend l'Hotel-de-Ville. I, 91. + Il se maintient a l'Hotel-de-Ville, et signe pres de. 3,000 ordres en + quelques heures. 99. + Il designe Lafayette pour etre commandant de la milice. 104. + + MOULINS. Nomme directeur apres le 30 prairial. (Voy. _Roger-Ducos_.) + + MOUNIER. Chef du parti de la constitution anglaise. I, 142. + Il se presente au roi accompagne de quelques-unes des femmes + entrainees a Versailles par Maillard. 169-170. (Voy. _Maillard_.) + Donne sa demission, perd sa popularite. 185. + + MUNICIPALITE. Elle fait une proclamation au peuple apres le 20 juin. + II, 144. + + MUSCADINS. Origine de ce nom. VI, 292-293. + + NAPLES. Terreur de la cour a l'approche de Bonaparte. Un armistice est + conclu. VIII, 212-213. + La paix avec le royaume de Naples est signee. 347-348. + Projets insenses de la cour de Naples contre la France. X, 103 et + suiv. (Voy. _Guerre_.) + Conquete de ce royaume par les Francais. 113-119. + + NARBONNE. Ce ministre propose divers plans de guerre. II, 38. + Organise trois armees sur la frontiere. 44 et suiv. + + NECKER. Caractere et talens de ce ministre, I, 8. + Il est exile. 11. + Rentre au ministere. 25. + Propose, au nom du roi, un plan de conciliation aux commissaires de la + noblesse. 52-53. + Propose au roi des plans de reforme. 60. + Recoit un billet du roi qui le presse de partir. 86. + Part. _Ibid._ Son retour est ordonne par le roi. 106. + Il retourne en France, traine en triomphe, se rend a l'Hotel-de-Ville, + et est accueilli avec transport par la multitude; Demande aux electeurs + la liberte de Besenval, qu'ils accordent. 115-116. + Embarras financiers de ce ministre. 133 et suiv. + Il demande un emprunt de 30 millions. 135. + Sa plainte a l'assemblee. Il demande une contribution du quart du + revenu. 155. + S'abouche avec Mirabeau. 182. + Nouveaux details sur son caractere. Il donne sa demission. 249-250. + + NELSON. Cet amiral anglais ne peut joindre le convoi francais d'Egypte. + X, 8-9. + Il bat l'escadre francaise a Aboukir. 52-57. + + NERWINDE. Bataille de ce nom. Ses suites. IV, 4 et suiv. + + NEUFCHATEAU (Francois de). Il est nomme directeur. IX, 294. + + NOBLES. Les ex-nobles sont bannis par un decret de la convention. VI, + 8-9. + Une loi sur les ci-devant nobles est rendue apres le 18 fructidor. IX, + 309-310. + + NOBLESSE. La noblesse se refuse a la verification des pouvoirs en + commun. (Voy. _Tiers-Etat_ et _Verification_.) Quarante-sept + de ses membres se reunissent a l'assemblee nationale. I, 70 + La majorite se reunit le 27 juin. 71-72. + Elle continue a se reunir en ordre separe. 81-82. + Abdique ses privileges. 125-126. + Son role dans l'assemblee. 191-192. + Se divise dans ses plans en deux partis. 206. + + NORMANDIE. Elle est contraire a la revolution, IV, 78. + + NOTABLES (Assemblee des). Sa convocation. I, 11. + Elle est convoquee de nouveau. 27. + + NOVI. Bataille de ce nom. Details militaires. X, 257-264. + + ORANGE. On institue dans cette ville un tribunal revolutionnaire pour + tout le Midi. VI, 148-149. + + ORLEANS (Le duc d'). Il est exile a Villers-Cotterets. I, 18. + Accuse de cabales. 38. + Son caractere. 39-40. + Il se mele aux deputes du tiers, 43. + Reunion au Palais-Royal des gens qu'on lui Suppose devoues. 79. + Il est accuse d'etre un des auteurs des 5 et 6 octobre, et mis hors + d'accusation. 243 et suiv. + Refuse la regence. 300 et suiv. + Est insulte au chateau. II, 49-50. + Est nomme depute a la convention. III, 9. + Sa position equivoque dans la convention. On delibere sur son + bannissement. 214 et suiv. + Il vote la mort de son parent. 253. + Il est decrete d'accusation avec sa famille. IV, 38-39. + Est condamne a mort et execute. V, 167-168. + + ORDRES. Conduite des premiers ordres a la convocation des etats + generaux. I, 41-42. + + OTAGES (Loi des). Rendue le 30 prairial an VII. Ses consequences. X, 247 + et suiv. + + PACHE. Il est nomme ministre de la guerre. Sa sobriete, sa moderation, + son activite. III, 111-112. + Son penchant pour les jacobins. 133. + Ses bureaux. 150. + Disgracie. 275. + Nomme maire de Paris. 305. + Il signe une petition pour exclure les girondins de l'assemblee. IV, 62. + + PALAIS-ROYAL. Le jardin du Palais-Royal devient le centre des plus + grands rassemblemens populaires. I, 79. + Il continue a etre le centre de reunion des agitateurs. 143-144. + Fait une adresse a la commune. 145. + + PAQUES VERONAISES. Nom donne au massacre des Francais a Verone le 15 + avril 1797. Details de cet evenement. IX, 107-114. + + PARLEMENT. Sa resistance a l'egale repartition des impots et a + l'abolition des restes de la barbarie feodale. I, 9. + Position du parlement apres l'assemblee des notables. 15. + Il est mande a Versailles. 16. + Exile a Troyes. _Ibid._ Rappele le 10 septembre. 17. + Enregistre l'edit portant la creation de l'emprunt successif, et la + convocation des etats-generaux dans cinq ans. 18. + Fait, le 5 mai 1788, une declaration de quelques-unes des lois + constitutives de l'etat. 20-21. + + PARIS, garde-du-corps, venge Louis XVI sur un de ses juges. III, + 265-266. + + PARTI POPULAIRE. Ses chefs et son influence vers la fin de 1792. II, + 117-118. + + PARTIS. Etat des partis apres le 5 octobre. I, 178 et suiv. + Etat de dissidence des partis apres la seconde federation. II, 192 et + suiv. + Exigence des partis apres le 10 aout, 270-271. + Leur etat au moment du proces de Louis XVI. III, 148 et suiv. + Situation des partis apres la mort de Louis XVI. 271 et suiv. + Leurs differens moyens d'influence et d'action. IV, 70 et suiv. + Leur division en decembre 93. V, 241 et suiv. + Leur division et situation apres le 9 thermidor. VI, 268-267-280 et + suiv. + Lutte des deux partis qui se formerent apres la terreur. 332 et suiv. + 343 et suiv. + Grande agitation des partis revolutionnaire et modere apres la + reaction de thermidor. VII, 55 et suiv. + Lutte des patriotes et des revolutionnaires dans la reaction amenee par + le 9 thermidor. 178 et suiv. + Leurs plaintes contre le directoire. VIII, 95 et suiv. + Leur etat en messidor an V. IX, 253 et suiv. 265. + Ils se coalisent tous contre le directoire apres nos defaites en + Italie (an VII). X, 220 et suiv. + Leur agitation apres le retour de Bonaparte d'Egypte. Tous se + reunissent a lui par des motifs divers. 338-342 et suiv. + + PATRIE EN DANGER. La patrie declaree en danger le 11 juillet 1792. + Consequence de cette declaration. II, 180. + Seances permanentes. Enrolemens volontaires. Les federes arrivent de + toutes parts. 188 et suiv. + On propose, le 27 fructidor an VII, de renouveler cette declaration. + X, 279 et suiv. + + PATRIOTES. Etat de ce parti en germinal an III. VII, 84 et suiv. + Echecs qu'ils eprouvent dans les insurrections du 1er germinal. 86-96; + du 12 germinal. 107 et suiv. + Ils sont desarmes et renvoyes dans leurs communes. 122 et suiv. + Projets de revolte et d'insurrection en floreal (1795). Ils echouent. + 182 et suiv. + Envahissent la convention le 1er prairial an III. Suite de leur + insurrection les 2, 3 et 4 du meme mois. Ils sont soumis. 204 et suiv. + 231. + Leur revolte a Toulon, en floreal. 232-233. + Reflexions sur la ruine de ce parti par les evenemens de prairial. + 249 et suiv. + La convention, menacee en vendemiaire, leur donne des armes. 353. + Ils se reunissent au Pantheon et forment une espece de club (1795). + VIII, 52-53. + Leurs plaintes et recriminations contre le directoire. 71-95 et suiv. + Leur reunion au Pantheon devient un vrai club jacobin. 97-99. + Leur societe est dissoute. 99. + Ils se montrent mecontens du directoire. Attaquent le camp de Grenelle. + L'insurrection echoue. 257-261-262. + Ils forment l'opposition contre le directoire apres le 18 fructidor. + IX, 401 et suiv. + Leur dechainement apres le desastre de Novi et les evenemens de + Hollande. Mesures qu'ils conseillent. Leur force dans les conseils. V, + 268-269 et suiv. + Le directoire fait fermer plusieurs de leurs societes. 273-275. + Leurs plaintes et accusations contre le directoire dans leurs + journaux. Leurs presses sont saisies. 275 et suiv. + Les deputes patriotes et leurs adversaires se reunissent pour essayer, + d'une reconciliation. 277-279. + + PAVIE. Des paysans revoltes s'emparent de cette ville. Bonaparte la + reprend. VIII, 190-192. + + PETION. Nomme par l'assemblee l'un des trois commissaires + pour reconduire Louis XVI a Paris apres son arrestation a Varennes. I, + 289. + Il est nomme maire de Paris. Ses principes republicains et sa conduite. + II, 122 et suiv. + Sa conduite dans la journee du 20 juin. 124-127-139-140. + Sa conversation avec le roi. 143. + Il est suspendu de ses fonctions, 177. + Est reintegre par l'assemblee. 184. + La foule crie: _Vive Petion! Petion ou la mort!_ 186. + Demande la decheance du roi au nom des quarante-huit sections de Paris. + 226-227. + Tache de retarder l'insurrection du 10 aout. 223-234. + Place lui-meme des sentinelles a sa porte pour etre en etat + d'arrestation. 244. + Rend compte a l'assemblee de l'etat de Paris. 270. + Regarde par Danton comme un honnete homme inutile. 274. + Tache de s'opposer aux massacres du 2 septembre. 333-334. + Il est arrete. IV, 190. + + PHILIPPEAUX. Son ecrit contre Ronsin et les ultra-revolutionnaires. V, + 306-307. + Il est accuse devant les jacobins. 314 et suiv. + Suite de son accusation 329 et suiv. + Il est arrete. 389. + Son proces et sa mort. 398-411. + + PICHEGRU. Commandant en chef de l'armee du Nord. VI, 60. + Il passe la Meuse. 315. + Envahit la Hollande; prend l'ile de Bommel. VII, 11 et suiv. + Nomme general de la force armee a Paris. Apaise l'insurrection du 12 + germinal. 117-119 et suiv. + Commandant de l'armee du Rhin. 253. + Sa trahison. Details de ses negociations avec le prince de Conde. 259 + et suiv. + Perd son commandement. VIII, 125. + Ses relations avec les emigres. 23 et suiv. + Nomme depute en l'an V par le Jura. 147. + Continue ses projets de trahison. 156. + Son rapport aux cinq-cents sur l'organisation de la garde nationale. + 216 et suiv. + Est arrete le 18 fructidor et conduit au Temple. 276-278. + Il est condamne a la deportation. 285. + + PIEMONT. Conquete du Piemont par Bonaparte. VIII, 141-161. + Traite de paix avec ce royaume. 268. + Abdication du roi. La France reprend en main le gouvernement. X, 120 + et suiv. + + PILNITZ. Declaration de Pilnitz. I, 296-297. + + PITT. Sa politique a l'egard de la France. On l'accuse de payer des + troubles. Il excite l'Espagne contre la France. III, 277 et suiv. + Il a une entrevue avec Maret, envoye du gouvernement francais; + entrevue qui n'amene rien. 283 et suiv. + Est soupconne d'etre le moteur d'une conspiration etrangere, et est + declare l'ennemi du genre humain par la convention. IV, 393-394. + Sa politique au commencement de 1794. VI, 54-55 et suiv. + Politique de ce ministre. Il continue a soutenir la + guerre contre la France. Ses projets. VII, 164-167 et suiv. + S'attire la haine des Anglais apres la campagne de 1795. + Sa politique. VIII, 77-80 et suiv. + Ses negociations illusoires avec la France. 120-121. + Ses combinaisons. Ouverture d'une negociation avec le directoire. 336\ + et suiv. + + POIDS ET MESURES. Le systeme en est renouvele. V, 187-188. + + POLICE. Elle est erigee en ministere special sur la proposition du + directoire. VIII, 101. + + PORTE (La). Elle declare la guerre a la France. X, 61-62. + + PRAIRIAL (1, 2, 3 et 4) an III. Insurrection des patriotes. Envahissement + de la convention. Combats. Meurtre d'un depute. Details de cette + journee. VII, 205-225. + Journee du lendemain, 2. Les patriotes echouent de nouveau. 224 et + suiv. + Le 4 prairial les revoltes se retranchent dans le faubourg + Saint-Antoine. Ils sont soumis. 229-231. + 30 prairial. Revolution dans le gouvernement directorial. Trois + directeurs sont changes. X, 228-232-238. (Voy. _Directoire_.) + + PRESSE. La liberte de la presse est etablie apres le 9 thermidor. VI, 261 + et suiv. + Discussion sur la liberte de la presse en prairial. (Voy. _Prairial_, + _Directoire_.) + + PRINCES. Facheuse situation des princes francais emigres en 1794 VI, 326 + et suiv. + + PRISONNIERS. Cinquante-deux prisonniers sont egorges a Versailles. III, + 3 et suiv. + + PRISONS. Elles deviennent insuffisantes lors de la loi des suspects. + Leur interieur a cette epoque. V, 136 et suiv. + Jeux, simulacres de tribunaux, bizarrerie francaise. 141-142. + Le regime des prisons devient plus rigoureux en 94. VI, 94. + + PROCESSION. Le roi et les trois ordres se rendent en procession a + Notre-Dame. I, 43. + + PRUSSE. Elle rompt la neutralite et marche contre la France. II, 154. + Negocie pour la paix. VII, 29-30. + La paix est signee avec cette puissance. Conditions du traite. 134-135. + Conserve sa neutralite malgre les efforts de Pitt. VIII, 122. + + PRUSSIENS. Leurs premiers succes. II, 297. + Leur armee se retire. 372. + Faux bruits sur la vraie cause de leur retraite. 375-376. + + PUYSAIE (De). Chef secret des chouans. VI, 324 et suiv. + Suite de ses menees politiques en Bretagne. VII, 153 et suiv. + Suite de l'expedition de Quiberon. Details de ses operations + militaires dans cette affaire. 269-275-276-312. + Il se prepare de nouveau a la guerre en Bretagne apres l'affaire de + Quiberon, VIII, 23 et suiv. + + PYRAMIDES. Bataille de ce nom. X, 36 et suiv. + + QUIBERON. Expedition de Quiberon. Details militaires. VII, 269 et suiv. + 311. + Cause de non-reussite des emigres. Consequences de l'affaire de + Quiberon. VII, 312 et suiv. + + RADSTADT. Congres de ce nom. Details des negociations qui y eurent lieu + en pluviose an VI. X, 365 et suiv. + Progres des negociations dans l'ete de l'an VI. 71 et suiv. + Assassinat des plenipotentiaires francais. Motifs et details de cette + catastrophe. 169-172. + + RADSTADT ET ETTLINGEN. Bataille de ce nom. VIII, 147 et suiv. + + RAISON (Culte de la). Abolition de ce culte. V, 231. + + REBECQUI. Il accuse Robespierre de tyrannie. III, 32 et suiv. + + REFORMES. Changement dans les moeurs et reformes diverses en 1795. VII, + 46-51. + + RELIGION CATHOLIQUE. Debats a l'assemblee sur la proposition de declarer + la religion catholique religion de l'etat. I, 208 et suiv. + + REPUBLIQUE. On date de l'an 1er de la republique, le 22 novembre 1792. + III, 26. + Dangers de la republique en aout 1793. IV, 325 et suiv. + + RESCRIPTIONS. Sorte de bons au porteur emis sous ce nom par le + directoire. VIII, 84. + Mauvais succes de ce papier. 106. + + REVEIL DU PEUPLE. Air chante par la jeunesse doree (voy. ce mot). VI, + 383. + + REVEILLON. La maison de ce fabricant de papiers est brulee. I, 38-39. + + REVELLIERE-LEPADX (La). Son caractere. Sa conduite a l'egard de ses + collegues du directoire. IX, 6-7 et suiv. + + REVOLTES. Des revoltes contre-revolutionnaires se declarent dans + plusieurs departemens. IV, 19. + + REVOLUTION. Reflexions sur la marche des revolutions. II, 6-7. + + REVOLUTION FRANCAISE. Causes qui la preparerent. I, 33-35 et suiv. + Elle commence a donner des inquietudes aux souverains etrangers. 215. + Differemment embrassee par Paris et les provinces. V, 359 et suiv. + + REWBELL. Caractere de ce membre du directoire. Sa position vis-a-vis des + autres directeurs. IX, 4-5. + Calomnieuses accusations contre sa probite. X, 182-185. + Il est exclus du directoire par le sort. 185. + + RHIN. Passage de ce fleuve par Moreau. VIII, 226 et suiv.; + par Jourdan. 238; + par Massena le 16 ventose an VII. X, 145-146. + + RIVOLI. Bataille de ce nom. VIII, 411-423. + + ROBESPIERRE. Il s'eleve contre la critique de la declaration des droits. + I, 167. + Combat la proposition de la loi martiale. 186. + Il se prononce contre le principe de l'inviolabilite du roi. 301. + Son influence au club des jacobins. II, 14 et suiv. + Se declare contre la guerre dans les seances aux jacobins. 48-49. + Buzot et Roland lui offrent un asile. 198. + Entrevue avec Barbaroux. 201-202. + Sa position apres le 10 aout. 273. + Il adresse a l'assemblee une petition au nom de la municipalite. 281 + et suiv. + Il est nomme depute a la convention. III, 9. + Est accuse de tyrannie a la convention. Sa defense. Debats a ce sujet. + 31-32. + Il est accuse de nouveau par Louvet. 84 et suiv. + Se defend a la convention. 98 et suiv. + Veut que Louis XVI soit condamne sans proces. 192 et suiv. + Dispute qui s'engage aux Jacobins au sujet de Robespierre et de Marat. + 209 et suiv. + Combat l'appel au peuple et demande la condamnation du roi. 234 et suiv. + --Fait un long discours contre Dumouriez et les girondins. IV, 51 suiv. + --Sa popularite, ses projets, et details sur son caractere. 289 et suiv. + Parle aux Jacobins en faveur du comite de salut public. 291-294 et suiv. + Sa politique. 296-299. + Il devient membre du comite de salut public. 591. + --Improuve aux Jacobins la destruction du culte, et se prononce contre + les agitateurs. 218 et suiv. + Justifie Danton. 224 et suiv. + Son opinion sur la nature du gouvernement revolutionnaire. 352 et suiv. + Il parle contre Danton a la convention. 390 et suiv. + Fait decreter la reconnaissance de l'Etre-Supreme. Son discours. VI, + 22-29. + On tente de l'assassiner. 100-102. + Son discours aux Jacobins apres cette tentative d'assassinat. 105 et + suiv. + Son influence en 94. Sa politique. Details de son caractere. 107 et + suiv. + Propose et fait adopter une nouvelle organisation du tribunal + revolutionnaire. 119-123. + Commence a eprouver de la resistance dans les comites. 128-129 et + suiv. + Ses projets contre les comites et sa conduite politique a cette + epoque. 154-158. + Suite du meme sujet. 180 et suiv. + Prononce le 8 thermidor un discours a la convention. Il se justifie + de certaines accusations, et ensuite attaque ses adversaires des + comites. Il conclut a une epuration des comites de surete generale et + de salut public. 187-193. + Debats a ce sujet; il est a son tour vivement accuse. 193-197. + Va aux Jacobins, et fait decider une nouvelle insurrection contre la + convention. 197-198. + Est accuse violemment le 9 thermidor a la convention. Details de cette + scene. Il est decrete d'arrestation. 205-210. + Se tire un coup de pistolet. Son supplice. 225-228. + + ROEDERER. Engage Louis XVI a se retirer dans le sein de l'assemblee + legislative. Discussion avec la reine. II, 249-250. + Il rend compte a l'assemblee des preliminaires de l'insurrection. 251. + + ROGER-DUCOS et MOULINS. Ils succedent a Larevelliere et a Merlin au + directoire. X, 240 et suiv. + + ROGER-DUCOS. Il est nomme consul provisoire, le 18 brumaire. X, 383-384. + + ROLAND. Nomme ministre de l'interieur. II, 62. + Il lit au roi une lettre. 92 et suiv. + Communique a l'assemblee la lettre qu'il avait lue au roi. 103. + Attaque les auteurs du 2 septembre. 330-331. + Fait son rapport sur l'etat de Paris. III, 83. + Son inflexibilite vis-a-vis de la commune. 150-151. + Donne sa demission. 273. + + ROLAND. (Mad.). Son influence sur les girondins. II, 63. + Haine des jacobins contre elle. III, 12-13. + Elle est arretee. IV, 190-191. + Est condamnee et executee. V. 168-469. + + ROME. Agitation des democrates dans les Etats-Romains. La legation + francaise est insultee. IX, 381-383. + Berthier entre a Rome, en chasse le pape. 384-386. + Les Romains se constituent en republique, 385 et suiv. + Etat de son gouvernement apres sa revolution. X, 86 et suiv. + Entree des Napolitains dans les Etats-Romains. Ils sont repousses par + Championnet. 109-113. + + ROMEUF. Aide-de-camp de Lafayette; il part sur les traces de Louis XVI. + I, 283. + Il arrive a Varennes. 288. + + RONSIN. Il sort de prison. Son caractere. V, 338-339. + Il est de nouveau arrete. 370. + Son proces et sa mort. 374-379. + + ROSSIGNOL. Il est nomme general de l'armee des cotes de La Rochelle. + IV. 389. + + ROVEREDO. Bataille de ce nom. VIII, 303-307. + + ROYALISTES. Situation du parti royaliste en 1794. VI, 326-327. + Intrigues diverses et projets des agens royalistes. VII, 153 et suiv. + Triomphe de ce parti apres les evenemens de prairial. 249 et suiv. + Menees de ce parti dans les sections apres les journees de prairial. + VII, 323 et suiv. + Leur desappointement apres le 13 vendemiaire. 373 et suiv. + Les agens de la royaute continuent leurs secretes menees. VIII, 114 et + suiv. + Etat de cette faction dans l'hiver de l'an V. Suite de ses intrigues + et de ses projets. IX, 18 et suiv. + Complot decouvert de Broitier, Laviller-Heurnois et Duverne de + Presle. 28 et suiv. + Leurs esperances apres les elections de l'an V. Leur joie a Paris, ou + se reunissent beaucoup d'emigres et de chouans. 179-181. + Leur terreur apres le 18 fructidor. 293 et suiv. + + ROYOU. Redacteur de l'_Ami du Roi_, mis en accusation. II, 84. + + SAINT-HURUGUES. Ancien marquis, detenu a la Bastille. I, 444. + Il se porte sur Versailles avec plusieurs exaltes. 144-145. + + SAINT-JUST. Son opinion sur l'inviolabilite du roi et sur sa mise en + accusation. III, 172 et suiv. + Il provoque et fait decreter l'institution du gouvernement + revolutionnaire. V, 56 et suiv. + Est envoye par le comite de salut public a l'armee du Rhin. Ce qu'il y + fait. 245-246-249. + Il fait un rapport contre les hebertistes et les dantonistes. 369 et + suiv. + Accuse Danton a la convention. 393 et suiv. + Il est decrete d'arrestation par la convention, dans la seance du 9 + thermidor. VI, 210. + Son supplice. 227-228. + + SALLES. Propose et soutient le systeme de l'appel au peuple dans le + proces de Louis XVI. III, 230 et suiv. + + SANTERRE. Son influence sur les faubourgs. II, 118. + Ses operations au 20 juin. 124-126-127-132-133. + + SCHERER. Il est nomme general en chef de l'armee d'Italie. X, 139. + Il abandonne le commandement de l'armee d'Italie a Moreau. 195. + + SECTIONS. Les sections de Paris chargent Petion de demander la decheance + de Louis XVI. II, 226. + Fanatisme des assemblees des sections. III, 308-310. + Mesures qu'elles demandent pour assurer le repos public. 331-333. + La section Poissonniere demande un acte d'accusation contre Dumouriez. + Scene a la convention a ce sujet. 346 et suiv. + La section de la Halle-au-Ble fait une petition contre plusieurs + membres de la convention. IV, 50. + Leur influence dans toute la France. 75 et suiv. + La section de la _Fraternite_ denonce les projets de l'assemblee + de la mairie. 121. + D'autres l'imitent. 123. + Tumulte vers la fin de mai au sujet de l'accusation d'Hebert. 128 et + suiv. + Les 48 sections se reunissent pour decider l'insurrection du 31 mai. + 146. + Les assemblees sectionnaires detruites par le comite de salut public. + VI. 12-15. + On decide qu'elles n'auront plus lieu qu'une fois par decade. 259. + Les sections de Montreuil et des Quinze-Vingts presentent une petition + a la convention le 1er germinal. Leurs attroupemens insurrectionnels. + VII, 86 et suiv. + Elles sont agitees par les menees du parti royaliste. 324 et suiv. + Elles se soulevent contre les decrets des 5 et 13 fructidor. Petitions. + Celles de Paris rejettent ces decrets. 339-544. + Celles du reste de la France les acceptent. 345 et suiv. + Elles font la journee du 15 vendemiaire (voy. _Vendemiaire_). + 348-369. + La section Lepelletier resiste aux troupes du general Menou le 12 + vendemiaire. 354 et suiv. + Les sectionnaires forment diverses societes en 1795. VIII, 53. + + SELZ. Lieu choisi pour les conferences entre l'Autriche et la France. + Negociations qui s'y font. X, 67 et suiv. + + SEPTEMBRE (2, 3, 4 et 5). Details de ces journees. Massacre des + prisonniers. II, 312-340. + + SEPTEUIL. Tresorier de la liste civile. Sommes trouvees chez lui. III, 4. + On les evalue a dix millions. 94. + + SERMENT CIVIQUE. Origine de ce serment. I, 138. + Il est prete par l'assemblee nationale et par tous les corps + constitues de Paris et de la France. 198-199. + Il est prete par les federes au Champ-de-Mars. 240-241. + L'assemblee etend l'obligation de ce serment au clerge. 259-260. (Voy. + _Clerge_.) + + SERRURIER. Un des generaux de l'armee d'Italie. VIII, 143. + + SERVAN. Ce ministre propose la reunion d'un camp de vingt mille federes. + Debats a l'assemblee sur cette motion. II, 90 et suiv. + + SIEYES (l'abbe) publie une brochure sur le _tiers-etat_. I, 26. + Propose aux communes de faire une nouvelle sommation aux deux autres + ordres relativement a la verification des pouvoirs. Il motive la + decision des communes qui se constituent assemblee nationale. 54 et + suiv. + Idees de Sieyes sur la constitution. 141. + Il propose l'aneantissement des demarcations provinciales. 190. + Il propose et fait adopter le projet d'un decret destine a proteger la + convention contre les insurrections. VII, 82 et suiv. + Son projet de loi est vote; 93-95. + Refuse d'etre directeur. VIII, 10. + Il est envoye par le directoire en ambassade a Berlin. X, 156 et suiv. + Il est elu directeur en remplacement de Rewbell. 187. + Sa cooperation au 18 brumaire. 351-353-356-359 et suiv. + Il est nomme consul provisoire le meme jour. 383-384. + + SOCIETE. Peinture de la societe et des moeurs a la fin de l'an IV. VIII, + 103 et suiv. + + SOCIETES PATRIOTIQUES. Nom que prennent les assemblees de sections. IV, + 139. + + SOCIETES POPULAIRES. Decret rendu contre elles apres la terreur. VI, + 351-357. + Diverses reunions de la jeunesse doree et le club du Pantheon sont + fermes. VIII, 99. + + SOIXANTE-TREIZE deputes prisonniers depuis le 31 mai sont reintegres + dans leurs fonctions. VI, 392. + + SOMBREUIL. Le devouement de sa fille. II, 325. + + STAEL (Mad. de). Son influence a Paris. VII, 329. + Elle essaie de rapprocher les constitutionnels et les clichyens. Son + influence dans la societe de Paris. IX, 254-257. + + STOCKACH. Bataille de ce nom. Details militaires. X, 148-155. + + STOFFLET. Un des premiers chefs de l'insurrection vendeenne. IV, 84-90. + Il continue la guerre apres la soumission de Charette. VII, 147 et + suiv. + Il signe la paix a Saint-Florent. 161. + Il est pris et fusille. VIII, 131-132. + + SUBSISTANCES. Embarras a Paris pour les subsistances en 1792. III, 182 + et suiv. + Les embarras augmentent. 307 et suiv. + Leur deplorable etat en 93. IV. 326 et suiv. + Decrets de la convention a ce sujet. Detresse des Parisiens. 331 et + suiv. + Mesures prises par la commune et par la convention pour se pourvoir en + octobre 93. V, 175-177-178 et suiv. + Lois et reglemens sur les subsistances dans les premiers mois de 1794. + VI, 84 et suiv. + Nouveaux decrets sur les subsistances apres le 1er prairial. VII, + 241-242. + Le directoire les rend au commerce libre. VIII, 85 et suiv. + + SUISSE. Elle conserve sa neutralite au milieu de la guerre generale. Ses + dispositions a l'egard de la republique. VII, 137-138. + Revolution en Suisse. Ses causes. Insurrection du pays de Vaud. + Arrivee des Francais avec Brune. Ils s'emparent de Berne. La Suisse se + constitue en republique. IX, 389-399. + Nouveaux troubles politiques. Divisions entre les cantons. + Intervention de la France. Un traite d'alliance est conclu. X, 72-82. + Vraie importance de la Suisse dans une guerre sur le continent. 132 et + suiv. + + SUISSES. Massacres au 10 aout. II, 253-254. + + SUSPECTS. Quels ils etaient. IV, 25. + Leur arrestation est decretee. 359-360. + La loi des suspects est decretee. V, 60 et suiv. + Comment Chaumette les designe. 134 et suiv. + Details sur leur detention. 136 et suiv.-- + Leur nombre augmente. On change l'administration interieure des + detenus. VI, 92 et suiv. + Ils sont conduits en foule a la mort en juin 1794. 136-143. + Ils sont elargis. 241 et suiv. + + SUWAROW. Il arrive en Italie. Caractere de ce general. Sa capacite. X, + 193 et suiv. + Il empeche la jonction de l'armee de Naples a celle de Moreau. 209 et + suiv. + Est battu partout en Suisse et force a la retraite. 327 et suiv. + + SYRIE. Expedition en Syrie. (Voy. _Egypte_ et _Bonaparte_.) + + TAGLIAMENTO. Passage de ce fleuve et bataille de ce nom. IX, 60-67. + + TALLEYRAND (M. de). Nomme ministre des affaires etrangeres en l'an V. + IX, 209. + + TALLIEN. Son role dans la journee du 9 thermidor. (Voy. _Thermidor_.) + Est blesse par un assassin. VI, 290. + + TALLIEN (Mad.). Son role dans la societe a Paris, apres la terreur. VI, + 340 et suiv. + + TARGET. Refuse de servir de conseil a Louis XVI. III, 206. + + TARWIS. Combats de ce nom. IX, 68-72. + + THEOPHILANTHROPE. Societe de ce nom. IX, 8. + + THERMIDOR (9). Evenemens de cette journee. VI, 203-228. + Consequences de ce jour. Reflexions sur la marche de la revolution + depuis le 14 juillet jusqu'au 9 thermidor. 228-232. + Consequences de cette journee. 233 et suiv. + + THERMIDORIENS. Leur position et leurs projets. VI, 247-248. + Ils demeurent les maitres apres le 1er prairial. Consequences de cette + reaction. VII, 249-251. + Leurs craintes sur les progres de la reaction royaliste. Ils tachent + de s'y opposer par diverses mesures. 328 et suiv. + + THOURET. Dernier president de la constituante. I, 308. + + TIERS-ETAT. Arret du Conseil, du 27 decembre 1788, ordonnant le + doublement des deputes du tiers etat. I, 28 et suiv. + Le tiers-etat se couvre ainsi que les autres ordres malgre l'usage + etabli. 44. + Lutte du tiers-etat avec les deux autres ordres au sujet du mode de + leur reunion. 45 et suiv., 47 et suiv. + Rapidite de sa puissance. 50-51. + + TOLENTINO. Traite de ce nom, signe par Bonaparte et le pape. Ses + conditions, ses avantages. IX, 50-55. + + TOMBES ROYALES. Un decret ordonne de les detruire. IV, 393. + + TOSCANE. Traite de paix avec ce pays. VII, 138-139. + + TOULON. Les moderes l'emportent dans les sections. Se livre aux Anglais. + V, 10 et suiv. + Ils arment le petit Gibraltar. 253. + Premiers faits d'armes de Bonaparte. 255. + Evacuation des Anglais et incendie de l'arsenal. 259. + Les forcats eteignent l'incendie. 261. + Les patriotes se revoltent. VII, 232 et suiv. + + TREBBIA. Bataille de ce nom. Principales circonstances. X, 213 et suiv. + Ses suites. 218 et suiv. + + TREILHARD. Nomme directeur a la place de Francois de Neufchateau. IX, + 407. + Il sort du directoire en prairial an VII. 232. + + TRIBUNAL CRIMINEL EXTRAORDINAIRE. Il est decrete par la convention. + III, 333 et suiv. + On en regle les formes. 338-339. + + TRIBUNAL DU 17 AOUT. A quelle occasion il fut institue. II, 283. + + TRIBUNAL REVOLUTIONNAIRE. Premier essai, a l'occasion du 10 aout. II, + 283. + Il est installe. IV, 25-26. + Le tribunal criminel extraordinaire prend ce nom. V, 163. + Proces des dantonistes, des quatres accuses de faux et autres. + 398-412. + Il continue a ordonner les executions. VI, 94 et suiv. + Est reorganise d'apres un projet de Robespierre. 119 et suiv. + Terribles executions en juin et en juillet 1794. Details sur les + procedures de ce temps. 136 et suiv. + Il est suspendu de ses fonctions. 235. + Est remis en activite. 260. + Est definitivement aboli. VII, 240. + + TRONCHET. Accepte la defense de Louis XVI. III, 206. + + TROUVE. (Voy. _Cisalpine_.) + + TURGOT. Appele au ministere. Son caractere. I, 7. + Il echoue dans ses reformes. _Ibid._ et suiv. + + ULTRA-REVOLUTIONNAIRES. Nom qu'on donna aux revolutionnaires exageres. + V, 236. + Plusieurs d'entre-eux sont arretes par decret de la convention. 238. + Ils preparent une insurrection contre la convention. Ils echouent. + 360-371. + + VALENCIENNES. Cette ville est assiegee et prise par les ennemis. IV, + 320-323. + + VALMI. Circonstances de l'affaire de ce nom. II, 363-367. + + VARLET. Est declare suspect par Billaud-Varennes. III, 348. + La reunion Corrazza. 351. + Propose aux cordeliers un plan d'insurrection. IV, 120. + Il est arrete. 126. + Arrete dans le comite d'execution le plan definitif de la seconde + insurrection. 170. + Il redige une petition contre les accapareurs. 243-244. + + VAUBLANC (de). Porte au roi le decret sur le desarmement des emigres. + II, 36. + + VENDEE. Description de ce pays et des departemens voisins. Theatre de la + guerre civile et causes de sa haine contre la revolution. IV, 79 et + suiv. + Insurrection des paysans vendeens a cause de la levee des 300,000 + hommes et pour ne pas quitter leurs foyers Cathelineau et Stofflet se + mettent a la tete des insurges. 83 et suiv., 86-88. + L'insurrection devient generale. 89 et suiv. + Un decret ordonne que la Vendee sera ravagee. IV, 387-388 et suiv. + Un decret d'amnistie est rendu en sa faveur. VII, 17-18. + Etat de ce pays apres la premiere pacification. 263-263. + Nouveaux preparatifs de guerre apres l'affaire de Quiberon. VIII, 23 + et suiv. + La pacification du pays commence a se faire definitivement. 71-72 et + suiv. + Pacification definitive des pays connus sous ce nom, en germinal an + IV. 126-132-136. + + VENDEENS. Pourquoi ce nom fut donne et conserve aux insurges francais. + IV, 88. + Ils s'emparent de Thouars et brulent l'arbre de la liberte. 92-93. + Suite de leurs succes. 229 et suiv. + Ils organisent leur insurrection. S'emparent de Doue et de Saumur. + 234-236. + Ils sont repousses a Nantes. 252-254. + Suite de leur guerre. 300 et suiv. + Ils sont defaits a Lucon. V, 14-15. + Divers plans sont proposes pour les reduire. 16-19. + Premieres operations de Canclaux contre eux, d'apres le plan du 2 + septembre. 36 et suiv. + Divisions parmi les chefs. 39-40. + Suite de la guerre. 40 et suiv. + Canclaux se replie sur Nantes. Causes de ses echecs en Vendee. 46-47. + Continuation de la guerre. 66 et suiv. + Ils sont defaits a Cholet. 118-121. + Differens combats en octobre, novembre et decembre 93. + Leur grande armee est entierement detruite. 264-292. + Etat de leur armee apres leur defaite a Cholet. 273 et suiv. + Ils sont battus au Mans. Leur deroute complete. 287 et suiv. + Ils continuent a se defendre. Leurs chefs. VI, 320-322. + Leur peu de ressources en 1795. Division entre leurs chefs. VII, + 32-34. + Negociations diverses entre les chefs revoltes et les generaux de la + republique. 40-45. + Negociations avec leurs chefs pour la pacification du pays. 139-142 + et suiv. + Quelques chefs signent la paix. 145-146. + + VENDEMIAIRE (Journee du 13). Evenemens preparatoires du 11 et du 12. + Insurrection des sections, le 13. Combat dans les rues. Victoire de la + Convention. VII, 348-369. + Suites de cette journee. 370 et suiv. + + VENISE. Inquietude du gouvernement venitien a l'approche de l'armee + francaise. VIII, 196 et suiv. + Invasion du territoire venitien par Bonaparte. 196 et suiv. + Perfidie du gouvernement venitien apres le depart de Bonaparte. IX, + 72-85. + Articles des preliminaires de paix de Leoben qui concernent les etats + venitiens. 94 et suiv. + Suite des manoeuvres perfides des Venitiens contre les Francais. 105 + et suiv. + Chute de la republique de Venise. Details sur les evenemens qui + l'amenent. 116-131. + + VENTRE. Denomination donnee a un certain parti de l'assemblee + legislative. II, 12. + + VERGNIAUD. Principal orateur des girondins. II, 11. + Il accuse Delessart. Son discours. 55-56. + Fragmens de son discours a l'occasion du projet de la commission des + Douze. 164 et suiv. + Il propose un message au roi qui l'oblige a opter entre la France et + l'etranger. 470. + Il harangue le peuple le 2 septembre. 313 et suiv. + Son discours en faveur de Louis XVI. III, 236-246. + Il repond aux accusations de Robespierre contre les girondins. IV, 55 + et suiv. + Il fait decreter, le 31 mai, que Paris a bien merite de la patrie. + 158-159. + Il est arrete. 190. + Son proces, sa mise a mort. V, 156-162-167. + + VERIFICATION. Debats dans les etats-generaux relativement a la + verification des pouvoirs. I, 44 et suiv. + + VERMONT (l'abbe de). Il propose et fait accepter a la reine M. de + Brienne pour ministre. I, 12. + + VERONE. Massacre des Francais dans cette ville. Elle est prise par le + general Chabran. IX, 107-113. + + VERSAILLES. De nouvelles troupes s'etablissent, a Versailles. + Consequences du sejour de la famille royale dans cette ville. I, 160 et + suiv. + Scenes qui s'y passent les 5 et 6 octobre. 168 et suiv. + Massacre de 52 prisonniers apres les journees de septembre. III, 5. + + VETO. Discussions relatives au veto suspensif ou absolu. II, + 142-143-146 et suiv. + Le veto suspensif est declare. 148-149. + Le veto suspensif est etendu a deux legislatures. 153. + + VIENNE. Scenes tumultueuses a Vienne entre la legation francaise et + l'empereur. X, 76-77 et suiv. + + VIEUX CORDELIER (Le). Journal redige par Camille Desmoulins. Morceaux + cites. V, 307 et suiv. + Autres morceaux cites. 322 et suiv. + Autres passages, 355 et suiv. + + VINCENNES. Le donjon est attaque par le peuple le 28 fevrier 1790. I, + 267. + + VINCENT. Cet ultra-revolutionnaire sort de prison. Details sur son + caractere. V, 338-339. + Il est de nouveau arrete. 370 et suiv. + Son proces et son supplice. 374-379. + + VURTZBOURG. Bataille de ce nom. VIII, 318-320. + + WATIGNIES. Victoire de ce nom. V, 108-109. + + WESTERMANN. A la tete d'une legion en Vendee. IV, 302-303. + Ses exploits et ses revers en Vendee. 303 et suiv. + + ZURICH. Victoire de ce nom, remportee sur les Russes par Massena. Details + sur cette bataille memorable. X, 313 et suiv. 330. + + + +FIN DE LA TABLE DES MATIERES. + + +[Illustration: CARTE DU THEATRE DE LA GUERRE ENTRE LE MINCIO ET L'ADIGE, +pour servir a l'intelligence de la campagne de 1796.] + + + + + +End of the Project Gutenberg EBook of Histoire de la Revolution francaise, +Tome 10, by Adolphe Thiers + +*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK HISTOIRE DE LA REVOLUTION *** + +***** This file should be named 13607.txt or 13607.zip ***** +This and all associated files of various formats will be found in: + https://www.gutenberg.org/1/3/6/0/13607/ + +Produced by Tonya Allen, Renald Levesque and the Online Distributed +Proofreading Team. 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