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+*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 13628 ***
+OEUVRES COMPLÈTES
+
+DE
+
+VICTOR HUGO
+
+XVII
+
+DRAME
+
+IV
+
+
+
+
+ÉDITION DÉFINITIVE D'APRÈS LES MANUSCRITS ORIGINAUX
+
+OEUVRES COMPLÈTES
+
+DE
+
+VICTOR HUGO
+
+DRAME
+
+IV
+
+LA ESMERALDA--RUY BLAS
+LES BURGRAVES
+
+
+EDITION NE VARIETUR
+
+PARIS
+
+J HETZEL & Cie
+18, RUE JACOB
+
+A. QUANTIN & Cie
+RUE SAINT-BENOIT, 7
+
+1880
+
+
+
+
+LA ESMERALDA
+
+LIBRETTO
+
+
+
+
+Si par hasard quelqu'un se souvenait d'un roman en écoutant un opéra,
+l'auteur croit devoir prévenir le public que pour faire entrer dans
+la perspective particulière d'une scène lyrique quelque chose du
+drame qui sert de base au livre intitulé Notre-Dame de Paris, il a
+fallu en modifier diversement tantôt l'action, tantôt les caractères.
+Le caractère de Phoebus de Châteaupers, par exemple, est un de ceux
+qui ont dû être altérés; un autre dénouement a été nécessaire, etc.
+Au reste, quoique, même en écrivant cet opuscule, l'auteur se soit
+écarté le moins possible, et seulement quand la musique l'a exigé, de
+certaines conditions consciencieuses indispensables, selon lui, à toute
+oeuvre, petite ou grande, il n'entend offrir ici aux lecteurs, ou pour
+mieux dire aux auditeurs, qu'un canevas d'opéra plus ou moins bien
+disposé pour que l'oeuvre musicale s'y superpose heureusement, qu'un
+libretto pur et simple dont la publication s'explique par un usage
+impérieux. Il ne peut voir dans ceci qu'une trame telle quelle qui ne
+demande pas mieux que de se dérober sous cette riche et éblouissante
+broderie qu'on appelle la musique.
+
+L'auteur suppose donc, si par aventure on s'occupe de ce libretto,
+qu'un opuscule aussi spécial ne saurait en aucun cas être jugé en
+lui-même et abstraction faite des nécessités musicales que le poëte a
+dû subir, et qui, à l'Opéra, ont toujours droit de prévaloir. Du reste,
+il prie instamment le lecteur de ne voir dans les lignes qu'il écrit
+ici que ce qu'elles contiennent, c'est-à-dire sa pensée personnelle
+sur ce libretto en particulier, et non un dédain injuste et de mauvais
+goût pour cette espèce de poëmes en général et pour l'établissement
+magnifique où ils sont représentés. Lui qui n'est rien, il rappellerait
+au besoin à ceux qui sont le plus haut placés que nul n'a droit
+de dédaigner, fût-ce au point de vue littéraire, une scène comme
+celle-ci. A ne compter même que les poëtes, ce royal théâtre a reçu
+dans l'occasion d'illustres visites, ne l'oublions pas. En 1671, on
+représenta avec toute la pompe de la scène lyrique une tragédie-ballet
+intitulée; Psyché. Le libretto de cet opéra avait deux auteurs: l'un
+s'appelait Poquelin de Molière, l'autre Pierre Corneille.
+
+
+14 novembre 1836.
+
+
+
+
+ PERSONNAGES.
+
+
+ LA ESMERALDA.
+
+ PHOEBUS DE CHATEAUPERS.
+
+ CLAUDE FROLLO.
+
+ QUASIMODO.
+
+ FLEUR-DE-LYS.
+
+ MADAME ALOISE DE GONDELAURIER.
+
+ DIANE.
+
+ BÉRANGÈRE.
+
+ LE VICOMTE DE GIF.
+
+ M. DE CHEVREUSE.
+
+ M. DE MORLAIX.
+
+ CLOPIN TROUILLEFOU.
+
+ LE CRIEUR PUBLIC.
+
+
+ PEUPLE, TRUANDS, ARCHERS, ETC.
+
+
+ Paris.--1482.
+
+
+
+
+
+ ACTE PREMIER
+
+ [La Cour des miracles.--Il est nuit. Foule de truands. Danses et
+ bruyantes. Mendiant et mendiantes dans leurs diverses attitudes
+ de métier. Le roi de Thune sur son tonneau. Feux, torches,
+ flambeaux. Cercle de hideuses maisons dans l'ombre.]
+
+
+
+ SCENE PREMIERE.
+
+
+ CLAUDE FROLLO, CLOPIN TROUILLEFOU
+ [puis] LA ESMERALDA,
+ [puis] QUASIMODO,--LES TRUANDS.
+
+
+ CHOEUR DES TRUANDS.
+
+ Vive Clopin, roi de Thune!
+ Vivent les gueux de Paris!
+ Faisons nos coups à la brune,
+ Heure où tous les chats sont gris.
+ Dansons! narguons pape et bulle,
+ Et raillons-nous dans nos peaux,
+ Qu'avril mouille ou que juin brûle
+ La plume de nos chapeaux!
+ Sachons flairer dans l'espace
+ L'estoc de l'archer vengeur,
+ Ou le sac d'argent qui passe
+ Sur le dos du voyageur!
+ Nous irons au clair de lune
+ Danser avec les esprits...--Vive
+ Clopin, roi de Thune!
+ Vivent les gueux de Paris!
+
+ CLAUDE FROLLO, [à part, derrière un pilier, dans un coin du théâtre.
+ Il est enveloppé d'un grand manteau qui cache son habit de prêtre.
+
+ Au milieu de la ronde infâme,
+ Qu'importe le soupir d'une âme?
+ Je souffre! oh! jamais plus de flamme
+ Au sein d'un volcan ne gronda.
+
+ [Entre la Esmeralda en dansant.]
+
+ CHOEUR.
+
+ La voilà! la voilà! c'est elle! Esmeralda!
+
+ CLAUDE FROLLO, [à part.]
+
+ C'est elle! oh! oui, c'est elle!
+ Pourquoi, sort rigoureux,
+ L'as-tu faite si belle,
+ Et moi si malheureux?
+
+ [Elle arrive au milieu du théâtre. Les truands font cercle
+ avec admiration autour d'elle. Elle danse.]
+
+ LA ESMERALDA.
+
+ Je suis l'orpheline,
+ Fille des douleurs,
+ Qui sur vous s'incline
+ En jetant des fleurs;
+ Mon joyeux délire
+ Bien souvent soupire;
+ Je montre un sourire,
+ Je cache des pleurs.
+
+ Je danse, humble fille,
+ Au bord du ruisseau,
+ Ma chanson babille
+ Comme un jeune oiseau;
+ Je suis la colombe
+ Qu'on blesse et qui tombe.
+ La nuit de la tombe
+ Couvre mon berceau.
+
+ CHOEUR.
+
+ Danse, jeune fille!
+ Tu nous rends plus doux.
+ Prends-nous pour famille,
+ Et joue avec nous,
+ Comme l'hirondelle
+ A la mer se mêle,
+ Agaçant de l'aile
+ Le flot en courroux.
+
+ C'est la jeune fille,
+ L'enfant du malheur!
+ Quand son regard brille,
+ Adieu la douleur!
+ Son chant nous rassemble;
+ De loin elle semble
+ L'abeille qui tremble
+ Au bout d'une fleur.
+
+ Danse, jeune fille,
+ Tu nous rends plus doux.
+ Prends-nous pour famille,
+ Et joue avec nous!
+
+ CLAUDE FROLLO, [à part.]
+
+ Frémis, jeune fille;
+ Le prêtre est jaloux!
+
+ [Claude veut se rapprocher de la Esmeralda, qui se détourne de lui
+ avec une sorte d'effroi.--Entre la procession du pape des fous.
+ Torches, lanternes et musique. On porte au milieu du cortège, sur
+ un brancard couvert de chandelles, Quasimodo, chapé et mitré.]
+
+ CHOEUR.
+
+ Saluez, clercs de basoche!
+ Hubins, coquillards, cagoux,
+ Saluez tous! il approche.
+ Voici le pape des fous!
+
+ CLAUDE FROLLO, [apercevant Quasimodo, s'élance vers lui
+ avec un geste de colère.]
+
+ Quasimodo! quel rôle étrange!
+ 0 profanation! Ici,
+ Quasimodo!
+
+ QUASIMODO.
+
+ Grand Dieu! qu'entends-je?
+
+ CLAUDE FROLLO.
+ Ici, te dis-je!
+
+ QUASIMODO, [se jetant en bas de la litière.]
+
+ Me voici!
+
+ CLAUDE FROLLO.
+
+ Sois anathème!
+
+ QUASIMODO.
+
+ Dieu! c'est lui-même!
+
+ CLAUDE FROLLO.
+
+ Audace extrême!
+
+ QUASIMODO.
+
+ Instant d'effroi!
+
+ CLAUDE FROLLO.
+
+ A genoux, traître!
+
+ QUASIMODO.
+
+ Pardonnez, maître!
+
+ CLAUDE FROLLO.
+
+ Non, je suis prêtre!
+
+ QUASIMODO.
+
+ Pardonnez-moi!
+
+ [Claude Frollo arrache les ornements pontificaux de Quasimodo et les
+ foule aux pieds. Les truands, sur lesquels Claude jette des
+ regards irrités, commencent à murmurer et se forment en groupes
+ menaçants autour de lui.]
+
+ LES TRUANDS.
+
+ Il nous menace,
+ O compagnons!
+ Dans cette place
+ Où nous régnons!
+
+ QUASIMODO.
+
+ Que veut l'audace
+ De ces larrons?
+ On le menace,
+ Mais nous verrons!
+
+ CLAUDE FROLLO.
+
+ Impure race!
+ Juifs et larrons!
+ On me menace,
+ Mais nous verrons!
+
+ [La colère des truands éclate.]
+
+ LES TRUANDS.
+
+ Arrête! arrête! arrête!
+ Meure le trouble-fête!
+ Il paiera de sa tête!
+ En vain il se débat!
+
+ QUASIMODO.
+
+ Qu'on respecte sa tête!
+ Et que chacun s'arrête,
+ Ou je change la fête
+ En un sanglant combat!
+
+ CLAUDE FROLLO.
+
+ Ce n'est point pour sa tête
+ Que Frollo s'inquiète.
+
+ [Il met la main sur la poitrine.]
+
+ C'est là qu'est la tempête,:
+ C'est là qu'est le combat!
+
+ [Au moment où la fureur des truands est au comble, Clopin
+ Trouillefou parait au fond du théâtre.]
+
+ CLOPIN.
+
+ Qui donc ose attaquer, dans ce repaire infâme,
+ L'archidiacre mon seigneur,
+ Et Quasimodo le sonneur
+ De Notre-Dame?
+
+ LES TRUANDS, [s'arrêtant.]
+
+ C'est Clopin, notre roi!
+
+ CLOPIN.
+
+ Manants, retirez-vous!
+
+ LES TRUANDS.
+
+ Il faut obéir!
+
+ CLOPIN.
+
+ Laissez-nous.
+
+ [Les truands se retirent dans les masures. La Cour des miracles
+ reste déserte. Clopin s'approche mystérieusement de Claude.]
+
+
+
+
+ SCÈNE II
+
+ CLAUDE FROLLO, QUASIMODO,
+ CLOPIN TROUILLEFOU.
+
+
+ CLOPIN.
+
+ Quel motif vous avait jeté dans cette orgie?
+ Avez-vous, monseigneur, quelque ordre à me donner?
+ Vous êtes mon maître en magie.
+ Parlez; je ferai tout.
+
+CLAUDE. [Il saisit vivement Clopin par le bras et l'attire sur le
+ devant du théâtre.]
+
+ Je viens tout terminer.
+ Écoute.
+
+ CLOPIN.
+
+ Monseigneur?
+
+ CLAUDE FROLLO.
+
+ Plus que jamais je l'aime!
+ D'amour et de douleur tu me vois palpitant.
+ Il me la faut cette nuit même.
+
+ CLOPIN.
+
+ Vous l'allez voir ici passer dans un instant;
+ C'est le chemin de sa demeure.
+
+ CLAUDE FROLLO, [à part.]
+
+ Oh! l'enfer me saisit!
+
+ [Haut.]
+
+ Bientôt, dis-tu?
+
+ CLOPIN.
+
+ Sur l'heure.
+
+ CLAUDE FROLLO.
+
+ Seule?
+
+ CLOPIN.
+
+ Seule.
+
+ CLAUDE FROLLO.
+
+ Il suffit.
+
+ CLOPIN.
+
+ Attendrez-vous?
+
+ CLAUDE FROLLO.
+
+ J'attend.
+ Que je l'obtienne ou que je meure!
+
+ CLOPIN.
+
+ Puis-je vous servir?
+
+ CLAUDE FROLLO.
+
+ Non.
+
+ [Il fait signe à Clopin de s'éloigner, après lui avoir jeté sa bourse.
+ Resté seul avec Quasimodo, il l'amène sur le devant du théâtre.]
+
+ Viens, j'ai besoin de toi.
+
+ QUASIMODO.
+
+ C'est bien.
+
+ CLAUDE FROLLO.
+
+ Pour une chose impie, affreuse, extrême.
+
+ QUASIMODO.
+
+ Vous êtes mon seigneur.
+
+ CLAUDE FROLLO.
+
+ Les fers, la mort, la loi,
+ Nous bravons tout.
+
+ QUASIMODO.
+
+ Comptez sur moi.
+
+ CLAUDE FROLLO, [impétueusement.]
+
+ J'enlève la fille bohème!
+
+ QUASIMODO.
+
+ Maître, prenez mon sang--sans me dire pourquoi.
+
+ [Sur un signe de Claudo Frollo, il se retire vers le fond du
+ [théâtre et laisse son maître sur le devant de la scène.]
+
+ CLAUDE FROLLO.
+
+ 0 ciel! avoir donné ma pensée aux abîmes,
+ Avoir de la magie essayé tous les crimes,.
+ Être tombé plus bas que l'enfer ne descend,
+ Prêtre, à minuit, dans l'ombre épier une femme,
+ Et songer, dans l'état où se trouve mon âme,
+ Que Dieu me regarde à présent!
+
+ Eh bien, oui! qu'importe!
+ Le destin m'emporte,
+ Sa main est trop forte,
+ Je cède à sa loi!
+ Mon sort recommence!
+ Le prêtre en démence
+ N'a plus d'espérance
+ Et n'a plus d'effroi!
+ Démon qui m'enivres,
+ Qu'évoquent mes livres,
+ Si tu me la livres,
+ Je me livre à toi!
+ Reçois sous ton aile
+ Le prêtre infidèle!
+ L'enfer avec elle,
+ C'est mon ciel, à moi!
+
+ Viens donc, ô jeune femme!
+ C'est moi qui te réclame!
+ Viens, prends-moi sans retour!
+ Puisqu'un Dieu, puisqu'un maître,
+ Dont le regard pénètre
+ Notre coeur nuit et jour,
+ Exige en son caprice
+ Que le prêtre choisisse
+ Du ciel ou de l'amour!
+
+ QUASIMODO, [revenant.]
+
+ Maître, l'instant s'approche.
+
+ CLAUDE FROLLO.
+
+ Oui, l'heure est solennelle;
+ Mon sort se décide, tais-toi.
+
+ CLAUDE FROLLO ET QUASIMODO.
+
+ La nuit est sombre,
+ J'entends des pas;
+ Quelqu'un dans l'ombre
+ Ne vient-il pas?
+
+ [Ils vont écouter au fond du théâtre.]
+
+ LE GUET, [passant derrière les maisons.]
+
+ Paix et vigilance!
+ Ouvrons, loin du bruit,
+ L'oreille au silence
+ Et l'oeil à la nuit.
+
+ CLAUDE ET QUASIMODO.
+
+ Dans l'ombre on s'avance;
+ Quelqu'un vient sans bruit.
+ Oui, faisons silence;
+ C'est le guet de nuit!
+
+ [Le chant s'éloigne.]
+
+ QUASIMODO.
+
+ Le guet s'en va.
+
+ CLAUDE FROLLO.
+
+ Notre crainte le suit.
+
+ [Claude Frollo et Quasimodo regardent avec anxiété vers la rue
+ par laquelle doit venir la Esmeralda.]
+
+ QUASIMODO.
+
+ L'amour conseille,
+ L'espoir rend fort
+ Celui qui veille
+ Lorsque tout dort.
+ Je la devine,
+ Je l'entrevoi;
+ Fille divine,
+ Viens sans effroi!
+
+ CLAUDE FROLLO.
+
+ L'amour conseille,
+ L'espoir rend fort
+ Celui qui veille
+ Lorsque tout dort.
+ Je la devine,
+ Je l'entrevoi;
+ Fille divine!
+ Elle est à moi!
+
+ [Entre la Esmeralda. Ils se jettent sur elle, et veulent
+ l'entraîner. Elle se débat.]
+
+ LA ESMERALDA.
+
+ Au secours! au secours! à moi!
+
+ CLAUDE FROLLO ET QUASIMODO.
+
+ Tais-toi, jeune fille! tais-toi!
+
+
+
+ SCENE III.
+
+ LA ESMERALDA, QUASIMODO,
+ PHOEBUS DE CHATEAUPERS, LES ARCHERS DU GUET.
+
+
+PHOEBUS DE CHATEAUPERS, [entrant à la tête d'un gros d'archers.]
+
+ De par le roi!
+
+ [Dans le tumulte, Claude s'échappe. Les archers saisissent Quasimodo.]
+
+ PHOEBUS, [aux archers, montrant Quasimodo.]
+
+ Arrêtez-le! serrez ferme!
+ Qu'il soit seigneur ou valet!
+ Nous allons, pour qu'on l'enferme,
+ Le conduire au Châtelet!
+
+ [Les archers emmènent Quasimodo au fond. La Esmeralda, remise de
+ sa frayeur, s'approche de Phoebus avec une curiosité mêlée
+ d'admiration, et l'attire doucement sur le devant de la scène.]
+
+ LA ESMERALDA, [à Phoebus.]
+
+ Daignez me dire
+ Votre nom, sire!
+ Je le requiers!
+
+ PHOEBUS.
+
+ Phoebus, ma fille,
+ De la famille
+ De Châteaupers.
+
+ LA ESMERALDA.
+
+ Capitaine?
+
+ PHOEBUS.
+
+ Oui, ma reine.
+
+ LA ESMERALDA.
+
+ Reine? oh! non.
+
+ PHOEBUS.
+
+ Grâce extrême!
+
+ LA ESMERALDA.
+
+ Phoebus, j'aime
+ Votre nom!
+
+ PHOEBUS.
+
+ Sur mon âme,
+ J'ai, madame,
+ Une lame
+ De renom!
+
+ LA ESMERALDA, [à Phoebus.]
+
+ Un beau capitaine,
+ Un bel officier,
+ A mine hautaine,
+ A corset d'acier,
+ Souvent, mon beau sire,
+ Prend nos pauvres coeurs,
+ Et ne fait que rire
+ De nos yeux en pleurs.
+
+ PHOEBUS, [à part.]
+
+ Pour un capitaine,
+ Pour un officier,
+ L'amour peut à peine
+ Vivre un jour entier.
+ Tout soldat désire
+ Cueillir toute fleur,
+ Plaisir sans martyre,
+ Amour sans douleur!
+
+ [A la Esmeralda.]
+
+ Un esprit
+ Radieux
+ Me sourit
+ Dans tes yeux.
+
+ LA ESMERALDA.
+
+ Un beau capitaine,
+ Un bel officier,
+ A mine hautaine,
+ A corset d'acier,
+ Quand aux yeux il brille,
+ Fait longtemps penser
+ Toute pauvre fille
+ Qui l'a vu passer!
+
+ PHOEBUS, [à part.]
+
+ Pour un capitaine,
+ Pour un officier,
+ L'amour peut à peine
+ Vivre un jour entier.
+ C'est l'éclair qui brille,
+ Il faut courtiser
+ Toute belle fille
+ Que l'on voit passer.
+
+ LA ESMERALDA. [Elle se pose devant le capitaine et l'admire.]
+
+ Seigneur Phoebus, que je vous voie
+ Et que je vous admire encor!
+ Oh! la belle écharpe de soie,
+ La belle écharpe à franges d'or!
+
+ [Phoebus détache son écharpe et la lui offre.]
+
+ PHOEBUS.
+
+ Vous plaît-elle?
+
+ [La Esmeralda prend l'écharpe et s'en pare.]
+
+ LA ESMERALDA.
+
+ Qu'elle est belle!
+
+ PHOEBUS.
+
+ Un moment!
+
+ [Il s'approche d'elle et cherche à l'embrasser.]
+
+ LA ESMERALDA, reculant.
+
+ Non! de grâce!
+
+ PHOEBUS, [qui insiste.]
+
+ Qu'on m'embrasse!
+
+ LA ESMERALDA, [reculant toujours.]
+
+ Non, vraiment!
+
+ PHOEBUS, [riant.]
+
+ Une belle
+ Si rebelle.
+ Si cruelle!
+ C'est charmant.
+
+ LA ESMERALDA.
+
+ Non, beau capitaine,
+ Je dois refuser.
+ Sais-je où l'on m'entraîne
+ Avec un baiser?
+
+ PHOEBUS.
+
+ Je suis capitaine,
+ Je veux un baiser.
+ Ma belle africaine,
+ Pourquoi refuser?
+
+ Donne un baiser, donne, ou je vais le prendre.
+
+ LA ESMERALDA.
+
+ Non, laissez-moi; je ne veux rien entendre.
+
+ PHOEBUS.
+
+ Un seul baiser! ce n'est rien, sur ma foi!
+
+ LA ESMERALDA.
+
+ Rien pour vous, sire, hélas! et tout pour moi!
+
+ PHOEBUS.
+
+ Regarde-moi; tu verras si je t'aime!
+
+ LA ESMERALDA.
+
+ Je ne veux pas regarder en moi-même.
+
+ PHOEBUS.
+
+ L'amour, ce soir, veut entrer dans ton coeur.
+
+ LA ESMERALDA.
+
+ L'amour ce soir, et demain le malheur!
+
+ [Elle glisse de ses bras et s'enfuit. Phoebus, désappointé, se retourne
+ vers Quasimodo, que les gardes tiennent lié au fond du théâtre.]
+
+ PHOEBUS.
+
+ Elle m'échappe, elle résiste.
+ Belle aventure en vérité!
+ Des deux oiseaux de nuit je garde le plus triste;
+ Le rossignol s'en va, le hibou m'est resté.
+
+[Il se remet à la tête de sa troupe, et sort emmenant Quasimodo.]
+
+ CHOEUR DE LA RONDE DU GUET.
+
+ Paix et vigilance!
+ Ouvrons, loin du bruit,
+ L'oreille au silence
+ Et l'oeil à la nuit!
+
+ [Ils s'éloignent peu à peu et disparaissent.]
+
+
+
+
+ ACTE DEUXIÈME
+
+
+
+ SCENE PREMIERE.
+
+ [La place de Grève. Le pilori. Quasimodo au pilori. Le peuple sur la place.]
+
+
+ CHOEUR.
+
+ --Il enlevait une fille!
+ --Comment! vraiment?
+ --Vous voyez comme on l'étrille
+ En ce moment!
+ --Entendez-vous, mes commères?
+ Quasimodo
+ S'en vient chasser sur les terres
+ De Cupido!
+
+ UNE FEMME DU PEUPLE.
+
+ Il passera dans ma rue
+ Au retour du pilori,
+ Et c'est Pierrat Torterue
+ Qui va nous faire le cri.
+
+ LE CRIEUR.
+
+ De par le roi, que Dieu garde!
+ L'homme qu'ici l'on regarde
+ Sera mis, sous bonne garde,
+ Pour une heure au pilori!
+
+ CHOEUR.
+
+ A bas! à bas!
+ Le bossu! le sourd! le borgne!
+ Ce Barabbas!
+ Je crois, mortdieu! qu'il nous lorgne.
+ A bas le sorcier!
+ Il grimace, il rue!
+ Il fait aboyer
+ Les chiens dans la rue.
+ --Corrigez bien ce bandit!
+ --Doublez le fouet et l'amende!
+
+ QUASIMODO.
+
+ A boire!
+
+ CHOEUR.
+
+ Qu'on le pende!
+
+ QUASIMODO.
+
+ A boire!
+
+ CHOEUR.
+ Sois maudit!
+
+ [Depuis quelques instants la Esmeralda s'est mêlée à la foule. Elle
+ a observé Quasimodo avec surprise d'abord, puis avec pitié. Tout à
+ coup, au milieu des cris du peuple, elle monte au pilori, détache
+ une petite gourde de sa ceinture, et donne à boire à Quasimodo.]
+
+ CHOEUR.
+
+ Que fais-tu, belle fille?
+ Laisse Quasimodo!
+ A Belzébuth qui grille
+ On ne donne pas d'eau!
+
+ [Elle descend du pilori. Les archers détachent et emmènent Quasimodo.]
+
+
+ CHOEUR.
+
+ --Il enlevait une femme!
+ --Qui? ce butor?
+ --Mais c'est affreux! c'est infâme!
+ --C'est un peu fort!
+ --Entendez-vous, mes commères?
+ Quasimodo
+ Osait chasser sur les terres
+ De Cupido!
+
+
+
+
+ SCENE II.
+
+ [Une salle magnifique où se font des préparatifs de fête.]
+
+ PHOEBUS, FLEUR-DE-LYS,
+ MADAME ALOISE DE GONDELAURIER.
+
+
+ MADAME ALOISE.
+
+ Phoebus, mon futur gendre, écoutez, je vous aime;
+ Soyez maître céans comme un autre moi-même;
+ Ayez soin que ce soir chacun s'égaye ici.
+ Et vous, ma fille, allons, tenez-vous prête.
+ Vous serez la plus belle encor dans cette fête,
+ Soyez la plus joyeuse aussi!
+
+[Elle va au fond, et donne des ordres aux valets qui disposent la fête.]
+
+ FLEUR-DE-LYS.
+
+ Monsieur, depuis l'autre semaine
+ On vous a vu deux fois à peine.
+ Cette fête enfin vous ramène.
+ Enfin! c'est bien heureux vraiment!
+
+ PHOEBUS.
+
+ Ne grondez pas, je vous supplie!
+
+ FLEUR-DE-LYS.
+
+ Ah! je le vois, Phoebus m'oublie!
+
+ PHOEBUS.
+
+ Je vous jure...
+
+ FLEUR-DE-LYS.
+
+ Pas de serment!
+ On ne jure que lorsqu'on ment.
+
+ PHOEBUS.
+
+ Vous oublier! quelle folie!
+ N'êtes-vous pas la plus jolie?
+ Ne suis-je pas le mieux aimant?
+
+ PHOEBUS, [à part.]
+
+ Comme ma belle fiancée
+ Gronde aujourd'hui!
+ Le soupçon est dans sa pensée.
+ Ah! quel ennui!
+ Belles, les amants qu'on rudoie
+ S'en vont ailleurs.
+ On en prend plus avec la joie
+ Qu'avec les pleurs.
+
+ FLEUR-DE-LYS, [à part.]
+
+ Me trahir, moi, sa fiancée,
+ Qui suis à lui!
+ Moi qui n'ai que lui pour pensée
+ Et pour ennui!
+ Ah! qu'il s'absente ou qu'il me voie,
+ Que de douleurs!
+ Présent, il dédaigne ma joie,
+ Absent, mes pleurs!
+
+ FLEUR-DE-LYS.
+
+ L'écharpe, que pour vous, Phoebus, j'ai festonnée,
+ Qu'en avez-vous donc fait? je ne vous la vois pas.
+
+ PHOEBUS, [troublé.]
+
+ L'écharpe? Je ne sais...
+
+ [A part.]
+
+ Mortdieu! le mauvais pas!
+
+ FLEUR-DE-LYS.
+
+ Vous l'avez oubliée!
+
+ [A part.]
+
+ A qui l'a-t-il donnée?
+ Et pour qui suis-je abandonnée?
+
+ MADAME ALOISE, [remontant vers eux
+ et tâchant de les accorder.]
+
+ Mon Dieu! mariez-vous; vous bouderez après.
+
+ PHOEBUS, [à Fleur-de-Lys.]
+
+ Non, je ne l'ai pas oubliée.
+ Je l'ai, je m'en souviens, soigneusement pliée
+ Dans un coffret d'émail que j'ai fait faire exprès.
+
+ [Avec passion, à Fleur-de-Lys, qui boude encore.]
+
+ Je vous jure que je vous aime
+ Plus qu'on n'aimerait Vénus même.
+
+ FLEUR-DE-LYS.
+
+ Pas de serment! pas de serment!
+ On ne jure que lorsqu'on ment.
+
+ MADAME ALOISE.
+
+ Enfants! pas de querelle; aujourd'hui tout est joie.
+ Viens, ma fille, il faut qu'on nous voie.
+ Voici qu'on va venir. Chaque chose a son tour.
+
+ [Aux valets.]
+
+ Allumez les flambeaux, et que le bal s'apprête.
+ Je veux que tout soit beau, qu'on s'y croie en plein jour
+
+ PHOEBUS.
+
+ Puisqu'on a Fleur-de-Lys, rien ne manque à la fête.
+
+ FLEUR-DE-LYS.
+
+ Phoebus, il y manque l'amour!
+
+ [Elles sortent.]
+
+ PHOEBUS, [regardant sortir Fleur-de-Lys.]
+
+ Elle dit vrai; près d'elle encore
+ Mon coeur est rempli de souci.
+ Celle que j'aime, à qui je pense dès l'aurore,
+ Hélas! elle n'est pas ici!
+
+ Fille ravissante,
+ A toi mes amours!
+ Belle ombre dansante,
+ Qui remplis mes jours,
+ Et, toujours absente,
+ M'apparais toujours!
+
+ Elle est rayonnante et douce
+ Comme un nid dans les rameaux,
+ Comme une fleur dans la mousse,
+ Comme un bien parmi des maux!
+ Humble fille et vierge fière,
+ Ame chaste en liberté,
+ La pudeur sous sa paupière
+ Émousse la volupté!
+
+ C'est, dans la nuit sombre,
+ Un ange des cieux,
+ Au front voilé d'ombre,
+ A l'oeil plein de feux!
+
+ Toujours je vois son image,
+ Brillante ou sombre parfois;
+ Mais toujours, astre ou nuage,
+ C'est au ciel que je la vois!
+
+ Fille ravissante,
+ A toi mes amours!
+ Belle ombre dansante
+ Qui remplis mes jours,
+ Et, toujours absente,
+ M'apparais toujours!
+
+ [Entrent plusieurs seigneurs et dames en habits de fête.]
+
+
+
+
+ SCENE III.
+
+ LES PRÉCÉDENTS, LE VICOMTE DE GIF, M. DE MORLAIX,
+ M. DE CHEVREUSE, MADAME DE GONDELAURIER,
+ FLEUR-DE-LYS, DIANE, BÉRANGÈRE, DAMES, SEIGNEURS.
+
+
+ LE VICOMTE DE GIF.
+
+ Salut, nobles châtelaines!
+
+ MADAME ALOISE, PHOEBUS, FLEUR-DE-LYS, saluant.
+
+ Bonjour, noble chevalier!
+ Oubliez soucis et peines
+ Sous ce toit hospitalier!
+
+ M. DE MORLAIX.
+
+ Mesdames, Dieu vous envoie
+ Santé, plaisir et bonheur!
+
+ MADAME ALOISE, PHOEBUS, FLEUR-DE-LYS.
+
+ Que le ciel vous rende en joie
+ Vos bons souhaits, beau seigneur!
+
+ M. DE CHEVREUSE.
+
+ Mesdames, du fond de l'âme
+ Je suis à vous comme à Dieu.
+
+ MADAME ALOISE, PHOEBUS, FLEUR-DE-LYS.
+
+ Beau sire, que Notre-Dame
+ Vous soit en aide en tout lieu!
+
+ [Entrent tous les conviés.]
+
+ CHOEUR.
+
+ Venez tous à la fête!
+ Page, dame et seigneur!
+ Venez tous à la fête,
+ Des fleurs sur votre tête,
+ La joie au fond du coeur.
+
+ [Les conviés s'accostent et se saluent. Des valets circulent dans la
+ foule, portant des plateaux chargés de fleurs et de fruits.
+ Cependant un groupe de jeunes filles s'est formé près d'une
+ fenêtre, à droite. Tout à coup l'une d'elles appelle les autres et
+ leur fait signe de se pencher hors de la fenêtre.]
+
+ DIANE, [regardant au dehors.]
+
+ Oh! viens donc voir, viens donc voir, Bérangère!
+
+ BÉRANGÈRE, [regardant dans la rue.]
+
+ Qu'elle est vive! qu'elle est légère!
+
+ DIANE.
+
+ C'est une fée ou c'est l'Amour!
+
+ LE VICOMTE DE GIF, [riant.]
+
+ Qui danse dans le carrefour!
+
+ M. DE CHEVREUSE, [après avoir regardé.]
+
+ Eh mais, c'est la magicienne!
+ Phoebus, c'est ton égyptienne,
+ Que l'autre nuit, avec valeur,
+ Tu sauvas des mains d'un voleur.
+
+ LE VICOMTE DE GIF.
+
+ Eh! oui, c'est la bohémienne!
+
+ M. DE MORLAIX.
+
+ Elle est belle comme le jour!
+
+ DIANE, à Phoebus.
+
+ Si vous la connaissez, dites-lui qu'elle vienne
+ Nous égayer de quelque tour.
+
+ PHOEBUS, [regardant à son tour d'un air distrait.]
+
+ Il se peut bien que ce soit elle.
+
+ [A. M. de Gif.]
+
+ Mais crois-tu qu'elle se rappelle?...
+
+ FLEUR-DE-LYS, [qui observe et qui écoute.]
+
+ De vous toujours on se souvient.
+ Voyons, appelez-la, dites-lui qu'elle monte.
+
+ [A part.]
+
+ Je verrai s'il faut croire à ce que l'on raconte.
+
+ PHOEBUS, [à Fleur-de-Lys.]
+
+ Vous le voulez? Eh bien, essayons.
+
+ [Il fait signe à la danseuse de monter.]
+
+ LES JEUNES FILLES.
+
+ Elle vient!
+
+ M. DE CHEVREUSE.
+
+ Sous le porche elle est disparue.
+
+ DIANE.
+
+ Comme elle a laissé là ce bon peuple ébahi!
+
+ LE VICOMTE DE GIF.
+
+ Dames, vous allez voir la nymphe de la rue.
+
+ FLEUR-DE-LYS, [à part.]
+
+ Qu'au signe de Phoebus elle a vite obéi!.
+
+
+
+
+ SCÈNE IV.
+
+ LES PRÉCÉDENTS, LA ESMERALDA.
+
+
+ Entre la bohémienne, timide, confuse, et radieuse. Mouvement d'admiration.
+ La foule s'écarte devant elle.
+
+ CHOEUR.
+
+ Regardez! son beau front brille entre les plus beaux,
+ Comme ferait un astre entouré de flambeaux!
+
+ PHOEBUS.
+
+ Oh! la divine créature!
+ Amis, de ce bal enchanté
+ Elle est la reine, je vous jure.
+ Sa couronne c'est sa beauté!
+
+ [Il se tourne vers MM. de Gif et de Chevreuse.]
+
+ Amis, j'en ai l'âme échauffée!
+ Je braverais guerre et malheur,
+ Si je pouvais, charmante fée,
+ Cueillir ton amour dans sa fleur!
+
+ M. DE CHEVREUSE.
+
+ C'est une céleste figure!
+ Un de ces rêves enchantés
+ Qui flottent dans la nuit obscure
+ Et sèment l'ombre de clartés!
+ Dans le carrefour elle est née.
+ O jeux aveugles du malheur!
+ Quoi! dans l'eau du ruisseau traînée,
+ Hélas! une si belle fleur!
+
+ LA ESMERALDA, [l'oeil fixé sur Phoebus
+ dans la foule.]
+
+ C'est mon Phoebus, j'en étais sûre,
+ Tel qu'en mon coeur il est resté!
+ Ah! sous la soie ou sous l'armure,
+ C'est toujours lui, grâce et beauté!
+ Phoebus, ma tête est embrasée!
+ Tout me brûle, joie et douleurs.
+ La terre a besoin de rosée,
+ Et mon âme a besoin de pleurs!
+
+ FLEUR-DE-LYS.
+
+ Qu'elle est belle! j'en étais sûre.
+ Oui, je dois être, en vérité,
+ Bien jalouse, si je mesure
+ Ma jalousie à sa beauté!
+ Mais peut-être, prédestinées,
+ Sous la rude main du malheur,
+ Elle et moi, nous serons fanées
+ Toutes les deux dans notre fleur!
+
+ MADAME ALOISE.
+
+ C'est une belle créature!
+ Il est étrange, en vérité,
+ Qu'une bohémienne impure
+ Ait tant de charme et de beauté!
+ Mais qui connaît la destinée?
+ Souvent le serpent oiseleur
+ Cache sa tête empoisonnée
+ Sous le buisson le plus en fleur.
+
+ TOUS, [ensemble.]
+
+ Elle a le calme et la beauté
+ Du ciel dans les beaux soirs d'été!
+
+ MADAME ALOISE, [à la Esmeralda.]
+
+ Allons, enfant, allons, la belle,
+ Venez, et dansez-nous quelque danse nouvelle.
+
+ [La Esmeralda se prépare a danser et tire de son sein l'écharpe
+ que lui a donnée Phoebus.]
+
+ FLEUR-DE-LYS.
+
+ Mon écharpe!... Phoebus, je suis trompée ici,
+ Et ma rivale, la voici!
+
+ [Fleur-de-Lys arrache l'écharpe à la Esmeralda, et tombe évanouie.
+ Tout le bal s'ameute en désordre contre l'égyptienne, qui se
+ réfugie près de Phoebus.]
+
+ TOUS.
+
+ Est-il vrai? Phoebus l'aime!
+ Infâme! sors d'ici.
+ Ton audace est extrême
+ De nous braver ainsi!
+ 0 comble d'impudence!
+ Retourne aux carrefours
+ Faire admirer ta danse
+ Aux marchands des faubourgs!
+ Que sur l'heure on la chasse!
+ A la porte! il le faut.
+ Une fille si basse
+ Élever l'oeil si haut!
+
+ LA ESMERALDA.
+
+ Oh! défends-moi toi-même,
+ Mon Phoebus, défends-moi!
+ L'humble fille bohème
+ N'espère ici qu'en toi.
+
+ PHOEBUS.
+
+ Je l'aime, et n'aime qu'elle!
+ Je suis son défenseur.
+ Je combattrai pour elle.
+ Mon bras est à mon coeur.
+ S'il faut qu'on la soutienne,
+ Eh bien, je la soutien!
+ Son injure est la mienne,
+ Et son honneur le mien!
+
+ TOUS.
+
+ Quoi! voilà ce qu'il aime!
+ Hors d'ici! hors d'ici!
+ Quoi! c'est une bohème
+ Qu'il nous préfère ainsi!
+ Ah! tous les deux, silence
+ Sur une telle ardeur!
+
+ [A Phoebus.]
+
+ Vous, c'est trop d'insolence!
+
+ [A la Esmeralda.]
+
+ Toi, c'est trop d'impudeur!
+
+[Phoebus et ses amis protègent la bohémienne entourée des menaces
+ [de tous les conviés de madame de Gondelaurier. La Esmeralda se
+ [dirige en chancelant vers la porte. La toile tombe.]
+
+
+
+
+ ACTE TROISIÈME
+
+
+
+ SCÈNE PREMIERE.
+
+ [Le préau extérieur d'un cabaret. A droite la taverne. A gauche
+[des arbres. Au fond une porte et un petit mur très bas qui clôt
+[le préau. Au loin la croupe de Notre-Dame, avec ses deux tours et
+[sa flèche, et une silhouette sombre du vieux Paris qui se détache
+ [sur le ciel rouge du couchant. La Seine au bas du tableau.]
+
+
+ PHOEBUS, LE VICOMTE DE GIF, M. DE MORLAIX,
+ M. DE CHEVREUSE, [et plusieurs autres amis de Phoebus,
+[assis à des tables, buvant et chantant; puis] D0M CLAUDE FROLLO.
+
+
+ CHANSON.
+
+ CHOEUR.
+
+ Sois propice et salutaire,
+ Notre-Dame de Saint-Lô,
+ Au soudard qui sur la terre
+ N'a de haine que pour l'eau!
+
+ PHOEBUS.
+
+ Donne au brave,
+ En tous lieux,
+ Bonne cave
+ Et beaux yeux!
+ L'heureux drille!
+ Fais qu'il pille
+ Jeune fille
+ Et vin vieux!
+
+ Qu'une belle
+ Au coeur froid
+ Soit rebelle,
+ --On en voit,--
+ Il plaisante
+ La méchante,
+ Puis il chante,
+ Puis il boit!
+
+ Le jour passe;
+ Ivre ou non,
+ Il embrasse
+ Sa Toinon,
+ Et, farouche,
+ Il se couche
+ Sur la bouche
+ D'un canon.
+
+ Et son âme,
+ Qui souvent
+ D'une femme
+ Va rêvant,
+ Est contente
+ Quand la tente
+ Palpitante
+ Tremble au vent.
+
+ CHOEUR.
+
+ Sois propice et salutaire,
+ Notre-Dame de Saint-Lô,
+ Au soudard qui sur la terre
+ N'a de haine que pour l'eau!
+
+ [Entre Claude Frollo, qui va s'asseoir à une table éloignée de celle où
+ est Phoebus, et paraît d'abord étranger à ce qui se passe autour de lui.]
+
+ LE VICOMTE DE GIF, [à Phoebus.]
+
+ Cette égyptienne si belle,
+ Qu'en fais-tu donc, décidément?
+
+ [Mouvement d'attention de Claude Frollo.]
+
+ PHOEBUS.
+
+ Ce soir, dans une heure, avec elle,
+ J'ai rendez-vous.
+
+ TOUS.
+ Vraiment?
+
+ PHOEBUS.
+
+ Vraiment!
+
+ [L'agitation de Claude Frollo redouble.]
+
+ LE VICOMTE DE GIF.
+
+ Dans une heure?
+
+ PHOEBUS.
+
+ Dans un moment!
+
+ LA ESMERALDA.
+
+ Oh! l'amour, volupté suprême!
+ Se sentir deux dans un seul coeur!
+ Posséder la femme qu'on aime!
+ Être l'esclave et le vainqueur!
+ Avoir son âme, avoir ses charmes!
+ Son chant qui sait vous apaiser!
+ Et ses beaux yeux remplis de larmes
+ Qu'on essuie avec un baiser!
+
+ [Pendant qu'il chante, les autres boivent et choquent leurs verres.]
+
+ CHOEUR.
+
+ C'est le bonheur suprême,
+ En quelque temps qu'on soit,
+ De boire à ce qu'on aime
+ Et d'aimer ce qu'on boit!
+
+ PHOEBUS.
+
+ Amis, la plus jolie,
+ Une grâce accomplie!
+ 0 délire! ô folie!
+ Amis, elle est à moi!
+
+ CLAUDE FROLLO, [à part.]
+
+ A l'enfer je m'allie.
+ Malheur sur elle et toi!
+
+ PHOEBUS.
+
+ Le plaisir nous convie!
+ Épuisons sans retour
+ Le meilleur de la vie
+ Dans un instant d'amour!
+
+ Qu'importe après que l'on meure!
+ Donnons cent ans pour une heure,
+ L'éternité pour un jour!
+
+ [Le couvre-feu sonne. Les amis de Phoebus se lèvent de table,
+ [remettent leurs épées, leurs chapeaux, leurs manteaux, et
+ [s'apprêtent à partir.]
+
+ CHOEUR.
+
+ Phoebus, l'heure t'appelle;
+ Oui, c'est le couvre-feu.
+ Va retrouver ta belle.
+ A la garde de Dieu!
+
+ PHOEBUS.
+
+ Vraiment! l'heure m'appelle;
+ Oui, c'est le couvre-feu.
+ Je vais trouver ma belle.
+ A la garde de Dieu!
+
+ [Les amis de Phoebus sortent.]
+
+
+
+ SCÈNE II
+
+ CLAUDE FROLLO, PHOEBUS.
+
+
+ CLAUDE FROLLO, [arrêtant Phoebus au moment où il se
+ [dispose à sortir.]
+
+ Capitaine!
+
+ PHOEBUS.
+ Quel est cet homme?
+
+ CLAUDE FROLLO.
+
+ Écoutez-moi.
+
+ PHOEBUS.
+
+ Dépêchons-nous!
+
+ CLAUDE FROLLO.
+
+ Savez-vous bien comment se nomme
+ Celle qui vous attend ce soir au rendez-vous?
+
+ PHOEBUS.
+
+ Eh, pardieu! c'est mon amoureuse,
+ Celle qui m'aime et me plaît fort;
+ C'est ma chanteuse, ma danseuse,
+ C'est Esmeralda.
+
+ CLAUDE FROLLO.
+
+ C'est la mort.
+
+ PHOEBUS.
+
+ L'ami, vous êtes fou, d'abord;
+ Ensuite, allez au diable!
+
+ CLAUDE FROLLO.
+
+ Écoutez!
+
+ PHOEBUS.
+
+ Que m'importe?
+
+ CLAUDE FROLLO.
+
+ Phoebus, si vous passez le seuil de cette porte....
+
+ PHOEBUS.
+ Vous êtes fou!
+
+ CLAUDE FROLLO.
+
+ Vous êtes mort!
+
+ Tremble! c'est une égyptienne!
+ Elles n'ont ni loi, ni remord.
+ Leur amour déguise leur haine,
+ Et leur couche est un lit de mort!
+
+ PHOEBUS, riant.
+
+ Mon cher, rajustez votre cape.
+ Rentrez à l'hôpital des fous;
+ Il me paraît qu'on s'en échappe.
+ Que Jupiter, saint Esculape,
+ Et le diable soient avec vous!
+
+ CLAUDE FROLLO.
+
+ Ce sont des femmes infidèles.
+ Crois-en les publiques rumeurs.
+ Tout est ténèbres autour d'elles.
+ Phoebus, n'y va pas, ou tu meurs!
+
+ [L'insistance de Claude Frollo paraît troubler Phoebus, qui
+ considère son interlocuteur avec anxiété.]
+
+ PHOEBUS.
+
+ Il m'étonne,
+ Il me donne
+ Malgré moi quelques soupçons.
+ Cette ville,
+ Peu tranquille,
+ Est pleine de trahisons.
+
+ CLAUDE FROLLO.
+
+ Je l'étonne,
+ Je lui donne
+ Malgré lui quelques soupçons.
+ L'imbécile,
+ Dans la ville,
+ Ne voit plus que trahisons.
+
+ Croyez-moi, monseigneur, évitez la sirène
+ Dont le piége vous attend.
+ Plus d'une bohémienne
+ A poignardé dans sa haine
+ Un coeur d'amour palpitant.
+
+ [Phoebus, qu'il veut entraîner, se ravise et le repousse.]
+
+ PHOEBUS.
+
+ Mais suis-je fou moi-même?
+ Maure, juive ou bohème,
+ Qu'importe quand on aime?
+ L'amour doit tout couvrir.
+ Laisse-nous! il m'appelle!
+ Ah! si la mort, c'est elle,
+ Quand la mort est si belle,
+ Il est doux de mourir!
+
+ CLAUDE, [le retenant.]
+
+ Arrête! Une bohème!
+ Ta folie est extrême!
+ Oses-tu donc toi-même
+ A ta perte courir?
+ Crains la femme infidèle
+ Qui dans l'ombre t'appelle.
+ Mais quoi! tu cours près d'elle?
+ Va, si tu veux mourir!
+
+ [Phoebus sort vivement, malgré Claude Frollo. Claude Frollo reste
+ un moment sombre et comme indécis; puis il suit Phoebus.]
+
+
+
+ SCÈNE III.
+
+ [Une chambre. Au fond, une fenêtre qui donne sur la rivière.]
+
+
+ [Clopin Trouillefou entre, un flambeau à la main; il est accompagné
+ de quelques hommes auxquels il fait un geste d'intelligence, et
+ qu'il place dans un coin obscur où ils disparaissent; puis il
+ retourne vers la porte et semble faire signe à quelqu'un de
+ monter. Dom Claude paraît.]
+
+ CLOPIN, [à Claude.]
+
+ D'ici vous pourrez voir, sans être vu vous-même,
+ Le capitaine et la bohème.
+
+ [Il lui montre un enfoncement derrière une tapisserie.]
+
+ CLAUDE FROLLO.
+
+ Les hommes apostés sont-ils prêts?
+
+ CLOPIN.
+
+ Ils sont prêts.
+
+ CLAUDE FROLLO.
+
+ Que jamais de ceci l'on ne trouve la source.
+ Silence! prenez cette bourse.
+ Vous en aurez autant après.
+
+[Claude Frollo se place dans la cachette. Clopin sort avec précaution.
+ Entrent la Esmeralda et Phoebus.]
+
+ CLAUDE FROLLO, [à part.]
+
+ O fille adorée,
+ Au destin livrée!
+ Elle entre parée
+ Pour sortir en deuil!
+
+ LA ESMERALDA, [à Phoebus.]
+
+ Monseigneur le comte,
+ Mon coeur que je dompte
+ Est rempli de honte
+ Et rempli d'orgueil!
+
+ PHOEBUS, [à la Esmeralda.]
+
+ Oh! comme elle est rose!
+ Quand la porte est close,
+ Ma belle, on dépose
+ Toute crainte au seuil.
+
+ [Phoebus fait asseoir la Esmeralda sur le banc près de lui.]
+
+ PHOEBUS.
+
+ M'aimes-tu?
+
+ LA ESMERALDA.
+
+ Je t'aime!
+
+ CLAUDE FROLLO, [à part.]
+
+ O torture!
+
+ PHOEBUS.
+
+ O l'adorable créature!
+ Vous êtes divine, en honneur!
+
+ LA ESMERALDA.
+
+ Votre bouche est une flatteuse!
+ Tenez, je suis toute honteuse!
+ N'approchez pas tant, monseigneur!
+
+ CLAUDE FROLLO.
+
+ Ils s'aiment! que je les envie!
+
+ LA ESMERALDA.
+
+ Mon Phoebus, je vous dois la vie!
+
+ PHOEBUS.
+
+ Et moi, je te dois le bonheur!
+
+ LA ESMERALDA.
+
+ Oh! sois sage!
+ Encourage
+ D'un visage
+ Gracieux
+ La petite
+ Qui palpite
+ Interdite
+ Sous tes yeux!
+
+ PHOEBUS.
+
+ O ma reine,
+ Ma sirène,
+ Souveraine
+ De beauté!
+ Douce fille,
+ Dont l'oeil brille
+ Et pétille
+ De fierté!
+
+ CLAUDE FROLLO.
+
+ Les attendre!
+ Les entendre!
+ Qu'elle est tendre!
+ Qu'il est beau!
+ Sois joyeuse!
+ Sois heureuse!
+ Moi, je creuse
+ Le tombeau!
+
+ PHOEBUS.
+
+ Fée ou femme,
+ Sois ma dame!
+ Car mon âme,
+ Nuit et jour,
+ Te désire,
+ Te respire,
+ Et t'admire,
+ Mon amour!
+
+ LA ESMERALDA.
+
+ Je suis femme,
+ Et mon âme,
+ Toute flamme,
+ Tout amour,
+ Est, beau sire,
+ Une lyre
+ Qui soupire
+ Nuit et jour!
+
+ CLAUDE FROLLO.
+
+ Attends, femme,
+ Que ma flamme
+ Et ma lame
+ Aient leur tour!
+ Oui, j'admire
+ Leur sourire,
+ Leur délire,
+ Leur amour!
+
+ PHOEBUS.
+
+ Sois toujours rose et vermeille!
+ Rions à notre heureux sort,
+ A l'amour qui se réveille,
+ A la pudeur qui s'endort!
+ Ta bouche, c'est le ciel même!
+ Mon âme veut s'y poser.
+ Puisse mon souffle suprême
+ S'en aller dans ce baiser!
+
+ LA ESMERALDA.
+
+ Ta voix plaît à mon oreille;
+ Ton sourire est doux et fort;
+ L'insouciance vermeille
+ Rit dans tes yeux et m'endort.
+ Tes voeux sont ma loi suprême,
+ Mais je dois m'y refuser.
+ Ma vertu, mon bonheur même,
+ S'en iraient dans ce baiser!
+
+ CLAUDE FROLLO.
+
+ Ne frappez point leur oreille,
+ Pas rapprochés de la mort!
+ Ma haine jalouse veille
+ Sur leur amour qui s'endort!
+ La mort décharnée et blême
+ Entre eux deux va se poser!
+ Phoebus, ton souffle suprême
+ S'en ira dans ce baiser!
+
+ [Claude Frollo se jette sur Phoebus et le poignarde, puis il ouvre
+ la fenêtre du fond, par laquelle il disparaît. La Esmeralda tombe
+ avec un grand cri sur le corps de Phoebus. Entrent en tumulte les
+ hommes apostés, qui la saisissent et semblent l'accuser.
+ La toile tombe.]
+
+
+
+
+ ACTE QUATRIÈME
+
+
+
+ SCENE PREMIÈRE.
+
+ [Une prison. Au fond, une porte.]
+
+
+ LA ESMERALDA, [seule, enchaînée, couchée sur la paille.]
+
+ Quoi! lui dans le sépulcre, et moi dans cet abîme!
+ Moi prisonnière et lui victime!
+ Oui, je l'ai vu tomber. Il est mort en effet!
+ Et ce crime, ô ciel! un tel crime,
+ On dit que c'est moi qui l'ai fait!
+ La tige de nos jours est brisée encor verte!
+ Phoebus en s'en allant me montre le chemin!
+ Hier sa fosse s'est ouverte,
+ La mienne s'ouvrira demain!
+
+ ROMANCE._
+
+ Phoebus, n'est-il sur la terre
+ Aucun pouvoir salutaire
+ A ceux qui se sont aimés?
+ N'est-il ni philtres ni charmes
+ Pour sécher des yeux en larmes,
+ Pour rouvrir des yeux fermés?
+ Dieu bon, que je supplie
+ Et la nuit et le jour,
+ Daignez m'ôter ma vie
+ Ou m'ôter mon amour!
+
+ Mon Phoebus, ouvrons nos ailes
+ Vers les sphères éternelles,
+ Où l'amour est immortel!
+ Retournons où tout retombe!
+ Nos corps ensemble à la tombe,
+ Nos âmes ensemble au ciel!
+
+ Dieu bon, que je supplie
+ Et la nuit et le jour,
+ Daignez m'ôter ma vie
+ Ou m'ôter mon amour!
+
+ [La porte s'ouvre. Entre Claude Frollo, une lampe à la main, lo
+ capuchon rabattu sur le visage. Il vient se placer, immobile, en
+ face de la Esmeralda.]
+
+ LA ESMERALDA, [se levant en sursaut.]
+
+ Quel est cet homme?
+
+ CLAUDE FROLLO, [voilé par son capuchon.]
+
+ Un prêtre.
+
+ LA ESMERALDA.
+
+ Un prêtre! Quel mystère!
+
+ CLAUDE FROLLO.
+
+ Êtes-vous prête?
+
+ LA ESMERALDA.
+
+ A quoi?
+
+ CLAUDE FROLLO.
+
+ Prête à mourir.
+
+ LA ESMERALDA.
+
+ Oui.
+
+ CLAUDE FROLLO.
+
+ Bien.
+
+ LA ESMERALDA.
+
+ Sera-ce bientôt? Répondez-moi, mon père.
+
+ CLAUDE FROLLO.
+
+ Demain.
+
+ LA ESMERALDA.
+
+ Pourquoi pas aujourd'hui?
+
+ CLAUDE FROLLO.
+
+ Quoi! vous souffrez donc bien?
+
+ LA ESMERALDA.
+
+ Oui, je souffre!
+
+ CLAUDE FROLLO.
+
+ Peut-être,
+ Moi qui vivrai demain, je souffre plus que vous.
+
+ LA ESMERALDA.
+
+ Vous? qui donc êtes-vous?
+
+ CLAUDE FROLLO.
+
+ La tombe est entre nous!
+
+ LA ESMERALDA.
+
+ Votre nom?
+
+ CLAUDE FROLLO.
+
+ Vous voulez le savoir?
+
+ LA ESMERALDA.
+
+ Oui.
+
+ [Il lève son capuchon.]
+
+ LA ESMERALDA.
+
+ Le prêtre!
+ C'est le prêtre! ô ciel! ô mon Dieu!
+ C'est bien son front de glace et son regard de feu!
+ C'est bien le prêtre! c'est lui-même!
+ C'est lui qui me poursuit sans trêve nuit et jour!
+ C'est lui qui l'a tué, mon Phoebus, mon amour!
+ Monstre, je vous maudis à mon heure suprême!
+ Que vous ai-je donc fait? quel est votre dessein?
+ Que voulez-vous de moi, misérable assassin?
+ Vous me haïssez donc?
+
+ CLAUDE FROLLO.
+
+ Je t'aime!--
+
+ Je t'aime, c'est infâme!
+ Je t'aime en frémissant!
+ Mon amour, c'est mon âme;
+ Mon amour, c'est mon sang.
+ Oui, sous tes pieds je tombe,
+ Et, je le dis,
+ Je préfère ta tombe
+ Au paradis.
+ Plains-moi! Quoi! je succombe.;
+ Et tu maudis!
+
+ LA ESMERALDA.
+
+ Il m'aime! ô comble d'épouvante!
+ Il me tient, l'horrible oiseleur!
+
+ CLAUDE FROLLO.
+
+ La seule chose en moi vivante,
+ C'est mon amour et ma douleur!
+
+ Détresse extrême!
+ Quelle rigueur!
+ Hélas! je t'aime!
+ Nuit de douleur!
+
+ LA ESMERALDA.
+
+ Moment suprême!
+ Tremble, ô mon coeur!
+ O ciel! il m'aime!
+ Nuit de terreur!
+
+ CLAUDE FROLLO, [à part.]
+
+ Dans mes mains elle palpite!
+ Enfin le prêtre a son tour!
+ Dans la nuit je l'ai conduite,
+ Je vais la conduire au jour.
+ La mort, qui vient à ma suite,
+ Ne la rendra qu'à l'amour!
+
+ LA ESMERALDA.
+
+ Par pitié laissez-moi vite!
+ Phoebus est mort, c'est mon tour!
+ Hélas! je suis interdite
+ Devant votre affreux amour,
+ Comme l'oiseau qui palpite
+ Sous le regard du vautour!
+
+ CLAUDE FROLLO.
+
+ Accepte-moi! je t'aime! oh! viens, je t'en conjure!
+ Pitié pour moi! pitié pour toi! fuyons! tout dort!
+
+ LA ESMERALDA.
+
+ Votre prière est une injure!
+
+ CLAUDE FROLLO.
+
+ Aimes-tu mieux mourir?
+
+ LA ESMERALDA.
+
+ Le corps meurt, l'âme sort.
+
+ CLAUDE FROLLO.
+
+ Mourir, c'est bien affreux!
+
+ LA ESMERALDA.
+
+ Taisez-vous, bouche impure!
+ Votre amour rend belle la mort!
+
+ CLAUDE FROLLO.
+
+ Choisis, choisis.--Claude ou la mort!
+
+ [Claude tombe aux pieds d'Esmeralda, suppliant. Elle le repousse.]
+
+ LA ESMERALDA.
+
+ Non, meurtrier! jamais! silence!
+ Ton lâche amour est une offense.
+ Plutôt la tombe où je m'élance!
+ Sois maudit parmi les maudits!
+
+ CLAUDE FROLLO.
+
+ Tremble! l'échafaud te réclame.
+ Sais-tu que je porte en mon âme
+ Des projets de sang et de flamme,
+ De l'enfer dans-l'ombre applaudis?
+
+ Oh! je t'adore!
+ Donne ta main!
+ Tu peux encore
+ Vivre demain!
+ O nuit d'alarmes!
+ Nuit de remord!
+ Pour moi les larmes,
+ Pour toi la mort!
+ Dis-moi: Je t'aime!
+ Pour te sauver!--
+ L'aube suprême
+ Va se lever.
+ Ah! puisqu'en vain je t'implore,
+ Puisque ta haine me fuit,
+ Adieu donc! un jour encore,
+ Et puis l'éternelle nuit!
+
+ LA ESMERALDA.
+
+ Va, je t'abhorre,
+ Prêtre inhumain!
+ Le meurtre encore
+ Rougit ta main!
+ O nuit d'alarmes!
+ Nuit de remord!
+ Assez de larmes,
+ Je veux la mort!
+ Dans les fers même
+ Je t'ai bravé.
+ Sois anathème!
+ Sois réprouvé!
+ Va, ton crime te dévore,
+ Phoebus vers Dieu me conduit!
+ Le ciel m'ouvre son aurore!
+ L'enfer t'attend dans sa nuit!
+
+ [Un geôlier paraît. Claude Frollo lui fait signe d'emmener la
+ Esmeralda, et sort, pendant qu'on entraîne la bohémienne.]
+
+
+
+
+ SCÈNE II.
+
+[Le parvis Notre-Dame. La façade de l'église. On entend un bruit
+ de cloches.]
+
+
+ QUASIMODO.
+
+ Mon Dieu! j'aime,
+ Hors moi-même,
+ Tout ici!
+ L'air qui passe
+ Et qui chasse
+ Mon souci!
+ L'hirondelle
+ Si fidèle
+ Aux vieux toits!
+ Les chapelles
+ Sous les ailes
+ De la croix!
+ Toute rose
+ Qui fleurit;
+ Toute chose
+ Qui sourit!
+
+ Triste ébauche,
+ Je suis gauche,
+ Je suis laid.
+ Point d'envie!
+ C'est la vie
+ Comme elle est!
+ Joie ou peine,
+ Nuit d'ébène
+ Ou ciel bleu,
+ Que m'importe?
+ Toute porte
+ Mène à Dieu!
+ Noble lame,
+ Vil fourreau,
+ Dans mon âme
+ Je suis beau!
+
+ Cloches grosses et frêles,
+ Sonnez, sonnez toujours!
+ Confondez vos voix grêles
+ Et vos murmures sourds!
+ Chantez dans les tourelles,
+ Bourdonnez dans les tours!
+
+ Ça, qu'on sonne!
+ Qu'à grand bruit
+ On bourdonne
+ Jour et nuit!
+
+ Nos fêtes seront splendides.
+ Aidé par vous, j'en réponds.
+ Sautez à bonds plus rapides
+ Dans les airs que nous frappons!
+ Voilà les bourgeois stupides
+ Qui se hâtent sur les ponts!
+
+ Ça, qu'on sonne,
+ Qu'on bourdonne
+ Jour et nuit!
+ Toute fête
+ Se complète
+ Par le bruit!
+
+ [Il se retourne vers la façade de l'église.]
+
+ J'ai vu dans la chapelle une tenture noire.
+ Hélas! va-t-on traîner quelque misère ici?
+ Dieu! quel pressentiment!... Non, je n'y veux pas croire!
+
+ [Entrent Claude Frollo et Clopin, sans voir Quasimodo.]
+
+ C'est mon maître.--Observons.--Il est bien sombre aussi!
+
+ [Il se cache dans un angle obscur du portail.]
+
+ O ma maîtresse! ô Notre-Dame!
+ Prenez mes jours, sauvez son âme!
+
+
+
+ SCÈNE III.
+
+ QUASIMODO, [caché;] CLAUDE FROLLO, CLOPIN.
+
+
+ CLAUDE FROLLO.
+
+ Donc Phoebus est à Montfort?
+
+ CLOPIN.
+
+ Monseigneur, il n'est pas mort!
+
+ CLAUDE FROLLO.
+
+ Pourvu qu'ici rien ne l'amène!
+
+ CLOPIN.
+
+ Ne vous en mettez pas en peine,
+ Il est trop faible encor pour un si long chemin.
+ S'il venait, sa mort serait sûre.
+ Monseigneur, soyez-en certain,
+ Chaque pas qu'il ferait rouvrirait sa blessure.
+ Ne craignez rien pour ce matin.
+
+ CLAUDE FROLLO.
+
+ Ah! qu'aujourd'hui du moins seul je la tienne,
+ Pour vivre ou mourir, dans ma main!
+ Enfer, pour aujourd'hui je te donne demain!
+
+ [A Clopin.]
+
+ Bientôt on va mener ici l'égyptienne.
+ Toi, que de tout il te souvienne!--
+ Sur la place avec les tiens....
+
+ CLOPIN.
+
+ Bien.
+
+ CLAUDE FROLLO.
+
+ Tiens-toi dans l'ombre.
+ Si je crie: A moi! tu viens.
+
+ CLOPIN.
+
+ Oui.
+
+ CLAUDE FROLLO.
+
+ Soyez en nombre.
+
+ CLOPIN.
+
+ Donc si vous criez: A moi!...
+
+ CLAUDE FROLLO.
+
+ Oui.
+
+ CLOPIN.
+
+ J'accours près d'elle.
+ Je l'arrache aux gens du roi....
+
+ CLAUDE FROLLO.
+
+ Bien.
+
+ CLOPIN.
+
+ A vous la belle!
+
+ CLAUDE FROLLO.
+
+ A la foule mêlez-vous.
+ Et peut-être
+ Ce coeur deviendra plus doux
+ Pour le prêtre.
+ Alors vous accourez tous....
+
+ CLOPIN.
+
+ Oui, mon maître.
+
+ CLAUDE FROLLO.
+
+ Tenez-vous partout serrés.
+
+ CLOPIN.
+
+ Oui.
+
+ CLAUDE FROLLO.
+
+ Cachez vos armes
+ Pour ne pas donner d'alarmes.
+
+ CLOPIN.
+
+ Maître, vous verrez.
+
+ CLAUDE FROLLO.
+
+ Mais que l'enfer la remporte,
+ Compagnon,
+ Si la folle à cette porte
+ Me dit non!
+ Destinée! ô jeu funeste!
+ Ami, je compte sur toi.
+ Sur la chance qui me reste
+ Je me penche avec effroi.
+
+ CLOPIN.
+
+ Ne craignez rien de funeste,
+ Monseigneur, comptez sur moi.
+ A la chance qui vous reste
+ Confiez-vous sans effroi.
+
+ [Ils sortent avec précaution. Le peuple commence à arriver sur la place.]
+
+
+
+ SCÈNE IV.
+
+ LE PEUPLE, QUASIMODO, [puis] LA ESMERALDA [et son
+ cortége, puis] CLAUDE FROLLO, PHOEBUS, CLOPIN
+ TROUILLEFOU, PRÊTRES, ARCHERS, GENS DE
+ JUSTICE.
+
+
+ CHOEUR.
+
+ A Notre-Dame
+ Venez tous voir
+ La jeune femme
+ Qui meurt ce soir!
+ Cette bohémienne
+ A poignardé, je croi,
+ Un archer capitaine,
+ Le plus beau qu'ait le roi!
+ Eh quoi! si belle
+ Et si cruelle!
+ Entendez-vous?
+ Comment y croire?
+ L'âme si noire
+ Et l'oeil si doux!
+ C'est une chose affreuse!
+ Ce que c'est que de nous!
+ La pauvre malheureuse!
+ Venez, accourez tous!
+ A Notre-Dame
+ Venez tous voir
+ La jeune femme
+ Qui meurt ce soir!
+
+ [La foule grossit. Rumeur. Un cortége sinistre commence à déboucher
+ sur la place du Parvis. Files de pénitents noirs. Bannières de la
+ Miséricorde. Flambeaux. Archers. Gens de justice et du guet. Les
+ soldats écartent la foule. Parait la Esmeralda, en chemise, la
+ corde au cou, pieds nus, couverte d'un grand crêpe noir. Près
+ d'elle, un moine avec un crucifix. Derrière elle, les bourreaux et
+ les gens du roi. Quasimodo, appuyé aux contre-forts du portail,
+ observe avec attention. Au moment où la condamnée arrive devant la
+ façade, on entend un chant grave et lointain venir de l'intérieur
+ de l'église, dont les portes sont fermées.]
+
+ CHOEUR, [dans l'église.]
+
+ _Omnes fluctus fluminis
+ Transierunt super me
+ In imo voraginis
+ Ubi plorant animæ._
+
+ [Le chant s'approche lentement. Il éclate enfin près des portes, qui
+ s'ouvrent tout à coup et laissent voir l'intérieur de l'église
+ occupé par une longue procession de prêtres en habits de cérémonie
+ et précédés de bannières. Claude Frollo, en costume sacerdotal,
+ est en tête de la procession. Il s'avance vers la condamnée.]
+
+ LE PEUPLE.
+
+ Vive aujourd'hui, morte demain!
+ Doux Jésus, tendez-lui la main!
+
+ LA ESMERALDA.
+
+ C'est mon Phoebus qui m'appelle
+ Dans la demeure éternelle
+ Où Dieu nous tient sous son aile.
+ Béni soit mon sort cruel!
+ Au fond de tant de misère,
+ Mon coeur qui se brise espère.
+ Je vais mourir pour la terre,
+ Je vais naître pour le ciel!
+
+ CLAUDE FROLLO.
+
+ Mourir si jeune, si belle!
+ Hélas! le prêtre infidèle
+ Est bien plus condamné qu'elle!
+ Mon supplice est éternel.
+ Pauvre fille de misère,
+ Que j'ai prise dans ma serre,
+ Tu vas mourir pour la terre;
+ Moi, je suis mort pour le ciel!
+
+ LE PEUPLE.
+
+ Hélas! c'est une infidèle!
+ Le ciel, qui tous nous appelle,
+ N'a point de portes pour elle.
+ Son supplice est éternel.
+ La mort, oh! quelle misère!
+ La tient dans sa double serre;
+ Elle est morte pour la terre,
+ Elle est morte pour le ciel!
+
+ [La procession s'approche, Claude aborde la Esmeralda.]
+
+ LA ESMERALDA, [glacée de terreur.]
+
+ C'est le prêtre!
+
+ CLAUDE FROLLO, [bas.]
+
+ Oui, c'est moi; je t'aime et je t'implore.
+ Dis un seul mot, je puis encore,
+ Je puis encore te sauver.
+ Dis-moi: Je t'aime.
+
+ LA ESMERALDA.
+
+ Je t'abhorre!
+ Va-t'en!
+
+ CLAUDE FROLLO.
+
+ Alors meurs donc! j'irai te retrouver.
+
+ [Il se tourne vers la foule.]
+
+ Peuple, au bras séculier nous livrons cette femme.
+ A ce suprême instant, puisse sur sa pauvre âme
+ Passer le souffle du Seigneur!
+
+ [Au moment où les hommes de justice mettent la main sur la Esmeralda,
+ Quasimodo saute dans la place, repousse les archers, saisit la
+ Esmeralda dans ses bras, et se jette dans l'église avec elle.]
+
+ QUASIMODO.
+
+ Asile! asile! asile!
+
+ LE PEUPLE.
+
+ Asile! asile! asile!
+ Noël, gens de la ville!
+ Noël au bon sonneur!
+ O destinée!
+ La condamnée
+ Est au Seigneur.
+ Le gibet tombe,
+ Et l'Éternel,
+ Au lieu de tombe,
+ Ouvre l'autel.
+ Bourreaux, arrière,
+ Et gens du roi!
+ Cette barrière
+ Borne la loi.
+ C'est toi qui changes
+ Tout en ce lieu.
+ Elle est aux anges,
+ Elle est à Dieu!
+
+ CLAUDE FROLLO, [faisant faire silence d'un geste.]
+
+ Elle n'est pas sauvée, elle est égyptienne.
+ Notre-Dame ne peut sauver qu'une chrétienne.
+ Même embrassant l'autel les païens sont proscrits.
+
+ [Aux gens du roi.]
+
+ Au nom de monseigneur l'évêque de Paris,
+ Je vous rends cette femme impure.
+
+ QUASIMODO, [aux archers.]
+
+ Je la défendrai, je le jure!
+ N'approchez pas!
+
+ CLAUDE FROLLO, [aux archers.]
+
+ Vous hésitez!
+ Obéissez à l'instant même.
+ Arrachez du saint lieu cette fille bohème.
+
+[Les archers s'avancent. Quasimodo se place entre eux et la Esmeralda.]
+
+ QUASIMODO.
+
+ Jamais!
+
+ [On entend UN CAVALIER accourir et crier du dehors:]
+
+ Arrêtez!
+
+ [La foule s'écarte.]
+
+ PHOEBUS, [apparaissant à cheval, pâle, haletant, épuisé comme
+ un homme qui vient de faire une longue course.]
+
+ Arrêtez!
+
+ LA ESMERALDA.
+
+ Phoebus!
+
+ CLAUDE FROLLO, [à part, terrifié.]
+
+ La trame se déchire!
+
+ PHOEBUS, [se jetant à bas du cheval.]
+
+ Dieu soit loué! je respire.
+ J'arrive à temps. Celle-ci
+ Est innocente, et voici
+ Mon assassin!
+
+ [Il désigne Claude Frollo.]
+
+ TOUS.
+
+ Ciel! le prêtre!
+
+ PHOEBUS.
+
+ Le prêtre est seul coupable, et je le prouverai.
+ Qu'on l'arrête.
+
+ LE PEUPLE.
+
+ O surprise!
+
+ [Les archers entourent Claude Frollo.]
+
+ CLAUDE FROLLO.
+
+ Ah! Dieu seul est le maître!
+
+ LA ESMERALDA.
+
+ Phoebus!
+
+ PHOEBUS.
+
+ Esmeralda!
+
+ [Ils se jettent dans les bras l'un de l'autre.]
+
+ LA ESMERALDA.
+
+ Mon Phoebus adoré!
+ Nous vivrons.
+
+ PHOEBUS.
+
+ Tu vivras.
+
+ LA ESMERALDA.
+
+ Pour nous le bonheur brille.
+
+ LE PEUPLE.
+
+ Vivez tous deux!
+
+ LA ESMERALDA.
+
+ Entends ces joyeuses clameurs!
+ A tes pieds reçois l'humble fille.--
+ Ciel! tu pâlis! Qu'as-tu?
+
+ PHOEBUS, [chancelant.]
+
+ Je meurs.
+
+[Elle le reçoit dans ses bras. Attente et anxiété dans la foule.]
+
+ Chaque pas que j'ai fait vers toi, ma bien-aimée,
+ A rouvert ma blessure à peine encor fermée.
+ J'ai pris pour moi la tombe et te laisse le jour.
+ J'expire. Le sort te venge;
+ Je vais voir, ô mon pauvre ange,
+ Si le ciel vaut ton amour!
+ --Adieu!
+
+ [Il expire.]
+
+ LA ESMERALDA.
+
+ Phoebus! il meurt! en un instant tout change!
+
+ [Elle tombe sur son corps.]
+
+ Je te suis dans l'éternité!
+
+ CLAUDE FROLLO.
+
+ Fatalité!
+
+ LE PEUPLE.
+
+ Fatalité!
+*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 13628 ***