summaryrefslogtreecommitdiff
diff options
context:
space:
mode:
-rw-r--r--.gitattributes3
-rw-r--r--14713-0.txt3123
-rw-r--r--14713-h/14713-h.htm3847
-rw-r--r--LICENSE.txt11
-rw-r--r--README.md2
-rw-r--r--old/14713-8.txt3515
-rw-r--r--old/14713-8.zipbin0 -> 70165 bytes
-rw-r--r--old/14713-h.zipbin0 -> 75888 bytes
-rw-r--r--old/14713-h/14713-h.htm4264
9 files changed, 14765 insertions, 0 deletions
diff --git a/.gitattributes b/.gitattributes
new file mode 100644
index 0000000..6833f05
--- /dev/null
+++ b/.gitattributes
@@ -0,0 +1,3 @@
+* text=auto
+*.txt text
+*.md text
diff --git a/14713-0.txt b/14713-0.txt
new file mode 100644
index 0000000..28e48d0
--- /dev/null
+++ b/14713-0.txt
@@ -0,0 +1,3123 @@
+*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 14713 ***
+
+ Monseigneur CHABOT
+ Prélat de Sa Sainteté
+ CURÉ DE PITHIVIERS (LOIRET)
+
+
+
+ NOËL
+ DANS
+ LES PAYS ÉTRANGERS
+
+ 1906
+
+
+[Note du transcripteur: Tout le matériel hors propos de l'édition qui
+a servi à la production de ce document est reporté à la fin du document
+pour ceux que ce matériel pourrait intéresser.]
+
+
+
+NOËL
+DANS
+LES PAYS DU NORD.
+
+SUÈDE ET NORWÈGE
+ANGLETERRE--ALLEMAGNE
+
+
+Les fêtes de Noël, dans les pays du Nord, ont un double caractère
+religieux et familial. Les offices diffèrent peu des nôtres, si ce n'est
+que les chants d'église sont plus souvent exécutés en langue vulgaire.
+Nous ne citerons que l'adaptation de l'_Adeste fidèles: Oh! come all ye
+faithful!_ (Oh! venez tous, fidèles) si populaire en Angleterre, et
+le _Cantique des Anges_ (Engelenzang) que des chanteurs éminents font
+entendre, chaque année, dans l'église protestante de Moïse et Aaron, à
+Amsterdam.
+
+Noël est vraiment la fête de famille par excellence, dans les contrées
+septentrionales de l'Europe.
+
+
+
+PAYS SCANDINAVES
+
+Huit jours avant la solennité de Noël, les places de Stockholm sont
+couvertes de sapins que les paysans coupent dans les forêts voisines et
+viennent vendre en ville. Toute famille, si pauvre soit-elle, a pour la
+grande veillée son arbre de Noël orné de lumières et garni de jouets
+et friandises de toutes sortes.--Les pauvres ne sont pas oubliés:
+on organise pour eux des fêtes et ils reçoivent des vêtements et
+d'abondantes aumônes en argent.
+
+En Norwège, la fête de Noël jouissait autrefois de certains privilèges.
+Ainsi les poursuites de la justice étaient suspendues pendant plusieurs
+jours, le plus généralement de Noël à l'Épiphanie. Cette trêve de procès
+variait suivant les lois locales; parfois sa durée s'étendait jusqu'à
+vingt jours.
+
+Dans tous les Pays scandinaves, la fête de Noël se prépare discrètement
+et dans le mystère, afin que les cadeaux offerts ce jour là apportent à
+la fois surprise et contentement.
+
+En secret, les petites filles mettent la dernière main à leur travail;
+l'une a brodé une paire de pantoufles pour son père, l'autre un coussin
+de canapé pour sa mère. Leurs soeurs aînées enveloppent dans un fin
+papier blanc une bourse de soie faite au crochet et entourée d'une
+faveur rose, ou encore confectionnent de belles et riches dentelles
+qu'elles offriront comme nappes d'autel à leur église.
+
+Dans quelques pays, la distribution des cadeaux est des plus originales.
+Le présent, dissimulé soigneusement dans une gerbe de fleurs, une botte
+de foin ou de paille, ou dans de multiples enveloppes d'étoffes, de
+feuillage ou de papier, porte en grosses lettres le nom de la personne
+à laquelle il est destiné. Le messager chargé de le remettre frappe
+fortement à la porte, qui s'ouvre sans retard, et jette furtivement
+le _Juleklap_ (c'est le nom suédois du présent) dans la chambre où la
+famille se trouve réunie. Alors commence une scène fort distrayante. Le
+destinataire se met à explorer minutieusement, au milieu des cris de
+joie de tous les assistants, fleurs, foin, paille, feuillage ou papier,
+afin d'arriver à l'objet convoité. Tantôt il trouve une épingle
+d'or, tantôt un vase précieux, quelquefois une élégante et gracieuse
+statuette, quelquefois aussi, après avoir déroulé les enveloppes
+mystérieuses, il ne trouve... rien. Une explosion de rire accueille la
+déconvenue du patient, victime de cette innocente supercherie.
+
+Le _Juleklap_ a quelquefois un caractère moral et satirique. La dame
+trop élégante reçoit une poupée bizarrement attifée; le châtelain qui,
+dans son salon, ménage trop la lumière ou laisse son antichambre dans
+l'obscurité, reçoit une douzaine de lampions. A un bavard on adresse un
+oreiller ou un éteignoir, à un fat, un col d'acier.
+
+Quand il ne reste plus rien au fond de la corbeille, que les enfants ont
+bien cherché dans les papiers éparpillés sur le plancher, pour voir si
+l'on n'aurait rien laissé, la famille se rend à la salle à manger, où
+l'attend un souper composé exclusivement de mets nationaux.
+
+«Aux Pays scandinaves, le repas de Noël se distingue des autres par le
+caractère traditionnel des plats qui y figurent. Pas de souper de Noël
+sans jambon, accompagné de riz chaud arrosé de lait froid; puis du
+_Vortbrod_, sorte de pain fait avec de la farine de froment délayée
+dans de la bière non fermentée; enfin l'indigeste _lustsfisk_. Qu'on
+s'imagine une _merluche_ ou morue sèche dessalée, bouillie pendant trois
+jours dans une eau de cendre mêlée de chaux vive, et farcie ensuite avec
+du poivre, de la moutarde et du raifort: voilà le _lustsfisk_» [1]. Les
+vins d'Espagne fortement alcoolisés peuvent seuls faire digérer un si
+plantureux repas.
+
+[Note 1: M. Bitard, _Noël_.]
+
+Le soir de la veille de Noël, vers onze heures, dans les hameaux,
+tout le monde monte en traîneau et se rend à l'office. Mille étoiles
+scintillent dans le silence de la nuit, troublée seulement par les
+grelots des chevaux qui font craquer la neige sous leurs pieds.
+Ordinairement, auprès de l'église du village un vaste hangar offre un
+abri: des bancs pour les paysans et des râteliers pour leurs chevaux.
+Aussitôt l'office terminé, chacun regagne son logis au plus vite.
+
+«Ce moment donne lieu, en Finlande, à une scène des plus divertissantes.
+Une vieille croyance promet la meilleure récolte de l'année à celui qui
+rentrera le premier dans sa maison, après l'office de Noël. C'est alors
+toute une conspiration contre les équipages. Les jeunes garçons sortent
+furtivement de l'église pendant l'office, détellent les chevaux,
+lient les traîneaux les uns avec les autres, changent les colliers,
+embrouillent les harnais, etc. On conçoit le désordre qui s'en suit, des
+cris, parfois des coups; la place de l'église se change en véritable
+champ de bataille. Enfin, les traîneaux sont retrouvés, chacun répare
+son attelage et part au galop: le combat finit par une course au
+clocher»[2].
+
+[Note 2: Desclées, _Noël_.]
+
+Dans la plupart des campagnes, les ménagères veillent à ce que, pendant
+les fêtes de Noël, l'ordre et la propreté règnent dans toute leur
+demeure. Il est d'usage de joncher les dalles de paille fraîche, ce qui
+donne à la chambre de famille l'aspect d'une grange où l'on a étendu
+les gerbes avant le battage. Est-ce en souvenir de la paille et de la
+pauvreté de la crèche? Nous serions portés à le croire. Quoi qu'il
+en soit, cette paille de Noël a, dit-on, une vertu merveilleuse: les
+animaux qui en mangent sont préservés de toute maladie pendant l'année.
+
+En Suède, les paysans veulent que tous les animaux prennent part à la
+solennité de Noël: «Ce jour-là, dit M. Léouzon le Duc, ils donnent la
+liberté aux chiens de garde, ils servent à leurs bestiaux un fourrage
+d'élite»[3].
+
+[Note 3: _La fête de Noël en Suède et en Finlande_.]
+
+C'est un usage assez répandu, en Suède et en Norwège, d'offrir, le jour
+de Noël, un _repas aux oiseaux_. La dernière gerbe de la moisson est
+soigneusement conservée, chez les pauvres comme chez les riches, jusqu'à
+la veille de la grande solennité. Le vingt-cinq Décembre, au matin, on
+la fixe au bout d'une perche et on en décore le pignon de la maison.
+C'est un charmant et étourdissant concert que celui de la gent granivore
+faisant tapage autour de ce mât pour picorer les épis de blé. Tous les
+petits habitants de l'air prennent, eux aussi, leur joyeux festin et
+rendent grâces à la Providence qui, dans un jour si heureux, a voulu les
+combler d'allégresse. Cette ravissante coutume suédoise nous rappelle
+ces deux vers si connus:
+
+ Aux petits des oiseaux il donne leur pâture
+ Et sa bonté s'étend sur toute la nature[4].
+
+[Note 4: Racine, _Athalie_, acte II, scène VII.]
+
+Un de nos meilleurs poëtes a gracieusement chanté ce _Réveillon des
+petits oiseaux_:
+
+ Et les oiseaux des champs? Ne feront-ils la fête?...
+ Eux que l'hiver cruel décime tous les jours,
+ Eux que le froid transit, que la famine guette
+ Sur l'arbre dépouillé du nid de leurs amours!
+
+ Oh, non! Pour eux, l'on cherche une gerbe emmêlée
+ Où des milliers d'épis se courbent sous le grain,
+ On l'étend sur la neige: «--Accourez gent ailée,
+ «Car votre nappe est mise, et prêt est le festin!»
+
+ Et vous voyez d'ici le pinson, la fauvette,
+ Le menu roitelet voleter à l'appel.....
+ Tout en mangeant le grain, ils relèvent la tête,
+ Pour lancer une gamme, un cri de joie au ciel![5]
+
+[Note 5: Comtesse O'Mahony.]
+
+
+ANGLETERRE
+
+Le peuple anglais célèbre la solennité de Noël avec une telle joie,
+une telle unanimité et de telles dépenses qu'on peut regarder le
+_Christmas_[6] comme sa fête nationale.
+
+[Note 6: La vieille désinence, _mas_ signifie _fête_; _Christmas_,
+fête du Christ.]
+
+Autrefois, à l'occasion de Noël, avait lieu une fête carnavalesque. Des
+_carols_ (chansons) anglaises nous font connaître les personnages mis
+en scène dans ces mascarades: le roi de la _Bombance_, la reine de la
+_Folie_, la princesse _Déraison_ y paraissent au milieu d'un bruyant
+cortège.
+
+A la Cour, chez les princes, un officier était chargé de présider
+aux réjouissances. Il s'appelait _Lord of Misrule_ (le Seigneur du
+Désordre). En Écosse, on le nommait _Abbot of Unreason_ (l'Abbé de la
+Déraison). Ces fonctions ont été abolies par «_act of Parliament»
+en 1515. Les prêtres durent plusieurs fois s'interposer contre les
+frivolités de ces amusements.
+
+Dans les recueils de Folk-Lore, on parle des joyeuses bandes que
+conduisaient, pendant les fêtes de Noël, le Roi de la Déraison et la
+Princesse de la Bombance. Sous de folâtres déguisements, les amis du
+voisinage venaient sans honte tendre la tirelire de Noël à la Reine de
+la fête et demander largesse de joie, de gaieté, de rire, aumônes de
+plaisirs. Hélas! qu'ils sont loin aujourd'hui ces jours où Henri II
+servait à table son fils, Roi du Festin et lui apportait, au bruit des
+trompettes, comme plat d'honneur, une tête de sanglier qui, couronnée de
+laurier et de romarin, enterrait ses formidables défenses dans la pomme
+fleurie ou l'orange dorée! Et comme il est passé le temps où cent trente
+des citoyens les plus puissants de Londres, revêtus de costumes et
+de titres fantastiques, roi, reine, ministres, choisis par la Folie,
+cavaliers galopant sur de fringants coursiers, sonnant des fanfares,
+couraient à Kensington, à la rencontre du petit-fils d'Edouard Ier, tous
+réunis dans une même joie, chantant Noël.
+
+La lugubre Réforme a soufflé sur toutes ces joies, éteint toutes ces
+lumières et faussé toutes ces trompettes [7].
+
+[Note 7: Oscar Havard, _Les Fêtes de nos Pères_.]
+
+L'illustre Walter Scott nous dit que ses ancêtres regardaient déjà Noël,
+comme la fête familiale par excellence:
+
+ _England was merry England, when_
+ _Old Christmas brought his sports again;_
+ _Twas Christmas broached the mightiest ale,_
+ _Twas Christmas told the merriest tale,_
+ _A Christmas gambol oft would cheer_
+ _The poor man's heart, through half the year._
+
+ L'Angleterre était la joyeuse Angleterre quand
+ Le vieux Noël ramenait ses jouissances;
+ C'était Noël qui mettait en perce la bière la plus forte,
+ C'était Noël qui racontait le conte le plus joyeux,
+ Les ébats de Noël souvent réjouissaient
+ Le coeur du pauvre, pendant la moitié de l'année.
+
+D'immenses préparatifs sont faits en vue du _Christmas_.
+
+De copieuses cargaisons d'oies grasses viennent de Normandie. Deux
+lignes de steamboats, de Dieppe à Newhaven et du Havre à Southampton,
+suffisent à peine à leur transport en Angleterre. Le Poitou et la
+Touraine envoient également à John Bull leurs dindes pansues. En 1901,
+une petite province du Centre, la Sologne, a expédié à Londres, par
+chemin de fer, plus de soixante mille dindons.
+
+Les bateaux de Southampton et de Newhaven prennent à Granville et sur
+toutes les côtes de la Manche des monceaux de gui, cette plante parasite
+que les eubages, chez les Gaulois, allaient couper avec des faucilles
+d'or. On le dépose dans de grandes caisses à claire-voie, connues sous
+le nom de _harasses_, et on le transporte sur le pont des navires.
+
+«On se prépare plusieurs semaines à l'avance au _Christmas_, dit M.
+Alphonse Esquiros. D'immenses troupeaux d'oies s'acheminent gravement
+du Nord de l'Angleterre, par toutes les routes, vers la métropole; les
+grands boeufs annoncent leur arrivée sur les chemins de fer ou les
+bateaux par de lugubres beuglements.»
+
+A Londres, quelques jours avant Noël, a lieu dans la grande salle
+d'Islington, connue sous le nom d'_Agricultural Hall_, une exposition
+des animaux que l'on vendra pour Noël. Boeufs, oies, dindons se
+disputent les premiers prix; les mieux cotés vont ensuite orner de leurs
+chairs dodues les vitrines des industriels qui les ont achetés au poids
+de l'or.
+
+«La veille de Noël, dit M. Virmaître, tout Londres est illuminé. Les
+boutiques des bouchers surtout sont resplendissantes de lumières; on y
+voit des boeufs dépouillés, couchés tout entiers sur des tréteaux, avec
+des becs de gaz dans le mufle.» On lit assez souvent au-dessus d'eux
+ces mots-réclame: _brought up by Her Majesty_ (élevé par Sa Majesté
+la Reine). En effet, la Reine Victoria faisait paître des troupeaux
+à Windsor, à Hampton-Court et même à Kensington-Gardens, le bois de
+Boulogne de Londres.
+
+Le soir du vingt-quatre Décembre, vers deux heures, l'agitation devient
+extraordinaire, dans les quartiers les plus populeux de Londres et
+surtout dans Whitechapel. Les cochers (_cabmen_), juchés derrière leur
+voiture, guident hardiment leurs chevaux. Le _All right_ (tout va bien)
+retentit dans les conversations. Ce sont partout des entassements de
+volailles, comme on n'en voit pas dans les Halles centrales de Paris.
+Louis Blanc, de sa plume vive et originale, nous a donné le tableau le
+plus pittoresque et le plus vrai qu'on ait jamais tracé du _Christmas_
+londonien. «Quels énormes quartiers de viande! Quelles montagnes de
+chairs saignantes! Quel luxe d'imposants comestibles!... C'est par
+myriades qu'on vous compte, orgueilleusement étalés, ô selles de
+moutons, têtes de veau, hures de sangliers, dindons, canards, oies,
+poulets, perdrix, faisans, pluviers, lapins, et vous, poissons de toute
+espèce et de toute grosseur!» La brumeuse cité offre ce spectacle
+étrange d'une animation toujours croissante jusqu'au milieu de la nuit.
+
+Au _Constitutional Club_, l'un des cercles les plus importants de
+Londres, on fait rôtir, chaque année, pour le Christmas, un énorme
+morceau de boeuf, de trois cent cinquante à quatre cents livres. C'est
+ce qu'on appelle le _Baron of beef_. Les membres les plus distingués du
+club ne manquent pas, au cours de la nuit de Noël, de rendre visite au
+_Baron of beef_. On voit alors, devant l'immense cheminée, les habits
+noirs des plus élégants fashionables se mêler aux vestes blanches et aux
+tabliers des cuisiniers.
+
+Pour le _Christmas_, le _home_ (l'intérieur de la maison) reçoit une
+décoration spéciale. Les touffes de houx, aux feuilles luisantes,
+égayées par leurs petites baies rouges, ornent les maisons les plus
+modestes, aussi bien que le château seigneurial. «Les baies rouges,
+disent les vieilles chansons, couronnent agréablement la tête du sombre
+hiver». Des guirlandes de laurier, de lierre et de fleurs entourent les
+lustres, les tableaux, les armures des ancêtres. Mais c'est le
+_gui_ surtout, _mistletoe_--destiné, dit-on, à mettre en fuite les
+sorciers--qui joue le plus grand rôle dans la décoration du _Christmas_.
+Qui n'a pas admiré les branches entrecroisées de la plante druidique[8],
+son feuillage d'un vert pâle, semé de graines blanches et transparentes
+comme des perles de corail?
+
+[Note 8: Les Druides regardaient le _gui_, à cause de sa verdure
+perpétuelle, comme l'emblème de l'immortalité de l'âme. On le cueillait
+la sixième nuit de la nouvelle lune après le solstice d'hiver; cette
+nuit, appelée la _nuit-mère_, commençait l'année gauloise. Un Druide,
+en robe blanche, montait sur le chêne, une faucille d'or à la main et
+tranchait la racine de la plante que d'autres Druides recevaient dans
+une saie blanche, car il ne fallait pas qu'elle touchât la terre.]
+
+Jadis, la veille de Noël, après la prière et les exercices de piété
+accoutumés, on allumait des cierges et, avec une grande solennité, le
+chef de la famille mettait dans l'âtre une bûche appelée _Yule-Log_[9]
+ou _Christmas Block_. Elle était allumée avec un tison provenant de
+la bûche de l'année précédente. Tant qu'elle durait, il y avait force
+rasades, chants et narrés d'histoires. Cet usage existe encore,
+particulièrement dans le nord de l'Angleterre, mais accompagné de
+certaines superstitions. Si la bûche vient à s'éteindre avant la fin de
+la nuit, ou si, pendant qu'elle brûle, survient une personne qui louche
+ou soit pieds-nus, cela est considéré comme de mauvais Augure.
+
+[Note 9: _Yule_, en anglo-saxon _Geol_, la fête. Décembre s'appelait
+_se oerra geola_, avant la fête (de Noël). Janvier, _se aeftera geola_,
+après la fête (de Noël).]
+
+Pendant la nuit de Noël, les chanteurs de _Christmas carols_[10] (chants
+de Noël) vont se faire entendre à la porte des maisons; on les désigne
+sous le nom de _Waits_.
+
+[Note 10: Les _Christmas carols_ sont nos _Noëls_.]
+
+Les uns le font à titre purement gracieux, en l'honneur de leurs amis ou
+des membres de leur famille.
+
+Washington Irving, dans son excellent ouvrage _The Sketch Book_ (le
+livre d'esquisses), nous raconte le trait suivant: «Me trouvant chez un
+ami, le matin de Noël, alors que j'étais encore au lit, j'entendis le
+bruit de petits pas qui résonnaient à ma porte. Bientôt un choeur de
+voix enfantines entonna ce vieux chant de Noël:
+
+ Rejoice, our Saviour he was born
+ On Christmas day, in the morning.
+
+ Réjouissez vous, notre Sauveur est né
+ Le jour de Noël, au matin.
+
+«Je me levai doucement, ouvris promptement la porte et je contemplai
+un des plus jolis groupes de fées qu'un peintre puisse imaginer. Il se
+composait d'un petit garçon et de deux petites filles; la plus âgée
+n'avait pas plus de six ans; ils ressemblaient à trois séraphins. Ils
+faisaient le tour de la maison et chantaient à toutes les portes.»
+
+D'autres chanteurs s'en vont par les rues, mendiant pour eux-mêmes, les
+quelques _pence_ (sous) que la générosité des veilleurs veut bien leur
+donner.
+
+Dans quelques contrées de l'Angleterre, les enfants se réunissent pour
+aller de cottage en cottage, chanter des _Glees_ (chansons à refrain).
+L'un de ces chants populaires, au rythme vif et gai, a pour refrain ces
+paroles:
+
+ The merry merry time
+ The merry merry time
+ Bless the merry merry Christmas time!
+
+ Le joyeux joyeux temps
+ Le joyeux joyeux temps
+ Béni soit le joyeux joyeux temps de Noël!
+
+Cet usage des chants de Noël est des plus anciens, comme le prouve une
+_carol_ anglo-normande que nous avons découverte, et dont nous citons le
+premier couplet:
+
+ Seignors, ore entendez à nus,
+ De loin sommes venus à vus
+ Pour quere Noël;
+ Car l'em nus dit que en cest hostel
+ Soleil tenir sa feste annuel
+ Ahi! c'est jur
+ Deu doint à tuz icels joie d'amors
+ Qui a danz Noël ferunt honors.
+
+ Seigneurs, à présent, écoutez-nous!
+ De loin, nous sommes venus à vous,
+ Pour demander Noël;
+ Car l'on nous dit qu'en cet hôtel.
+ De coutume on célèbre sa fête annuelle,
+ Ah! Ah! c'est le jour,
+ Dieu donne ici joie d'amour
+ A tous ceux qui feront honneur au jour de Noël[11].
+
+[Note 11: Lai de Marie de France.]
+
+Max O'Rell, qui avait fait un long séjour à Londres, dit, dans son livre
+intitulé _John Bull et son Ile:_ «Noël, c'est la grande fête de famille
+en Angleterre.»
+
+En effet, dans toute famille anglaise, riche ou pauvre, on célèbre
+le _Christmas_ par un repas où les mets sont servis en abondance. Le
+morceau de choix est d'abord _Sir Loin_ «le Seigneur Aloyau» que Charles
+II, dans un jour de belle humeur, avait nommé chevalier (_Knight_).
+L'oie rôtie, _roast goose_, est ensuite le plat préféré, quand la dinde
+rôtie, _roast turkey_, ne vient pas prendre sa place. Puis apparaît le
+signe culinaire de la nationalité anglaise, le fameux _plum-pudding_.
+«Hip! Hip! hourrah! Honneur au Roi du Festin[12].»
+
+[Note 12: La confection du _pudding_ de Noël est des plus
+solennelles; chaque membre de la famille tourne à son tour la pâte qui
+doit devenir le gâteau.--Quelquefois celui-ci prend des proportions
+pantagruéliques. Certaines corporations ont fait confectionner des
+_puddings_ qui absorbaient des centaines de livres de farine et de
+raisins de Corinthe.]
+
+«Au couvent de Ewel, nous écrit un de nos amis, nous organisions nos
+fêtes suivant les coutumes anglaise et française, anglaise pour le côté
+profane et française pour le côté religieux. Ah! le fameux _pudding_
+qu'un frère irlandais excellait à préparer! Ce nous était une joie sans
+pareille de voir les flammes bleues de l'alcool courir sur ses flancs
+dorés, et quand, dans une dernière course affolée, les jolies petites
+flammes s'évanouissaient, le _pudding_ était débité en tranches
+succulentes, aux acclamations de tous, pendant que le pauvre frère
+gémissait sur le pillage d'une oeuvre où il avait mis tout son talent
+culinaire.»
+
+Enfin apparaissent les _minced pies_, pâtés feuilletés qui enrobent des
+hachis de viandes, d'épices et de fruits[13]. Les Anglais arrosent le
+tout de flots de _sherry_ (vin de Xérès d'Espagne) fabriqué à Londres.
+Les oranges, les bonbons, les amandes, les noisettes apparaissent au
+dessert. Le _Port-wine_, le vin de gingembre pour les _abstainers_[14],
+le _whisky_, voir même le _gin_, jouent un assez grand rôle dans le
+monde où l'on boit.
+
+[Note 13: C'est ce que nous appelons un _pâté à l'émincé_.]
+
+[Note 14: Personnes qui _s'abstiennent_ de liqueurs enivrantes.]
+
+Dans les Universités, notamment à Oxford et à Cambridge, il est de
+tradition de manger, à Noël, une hure de sanglier: on l'entoure de
+romarin et on la sert avec d'interminables salamalecs.
+
+A Sandringham, où le Roi et la Reine d'Angleterre ont l'habitude de
+passer tous les ans les fêtes de Noël, on a servi, cette année, comme
+rôti de _Christmas_, un jeune cygne.
+
+Ce cygne a été engraissé par les soins du «maître des cygnes de la
+Cour», fonctionnaire qui date des temps antiques et dont la charge
+consiste à surveiller l'élevage et la nourriture des cygnes qui peuplent
+les parcs et les jardins des propriétés royales.
+
+Il y a cinq cents ans, le rôti de cygne était un mets recherché des
+gourmets et figurait à Noël sur les grandes tables. Edouard VII a repris
+cette tradition et donné ordre à son «maître des cygnes» d'engraisser
+une douzaine de ses «élèves» dont il a fait cadeau, à l'occasion de
+Noël, à des familles princières, à quelques hauts fonctionnaires de la
+Cour et aux juges du tribunal supérieur[15].
+
+[Note 15: Le _Gaulois_, 26 Décembre 1904.]
+
+Le riche anglais veut que son frère pauvre se réjouisse à Noël. Les
+journaux sont remplis d'appels adressés au public par les sociétés
+charitables de toute espèce; les souscriptions abondent et la bourse
+des particuliers s'ouvre largement pour donner aux pauvres leur part de
+cette fête nationale.--L'_Hôpital français_, situé à Shaftesbury-Avenue,
+et desservi par les Soeurs françaises Servantes du Sacré-Coeur, reçoit,
+chaque année, en surabondance, oies, dindons et puddings pour les
+malades, convalescents et infirmes. Ce détail nous a été donné, à
+Londres même, par la Supérieure de l'établissement.
+
+Dans quelques villes d'Angleterre, le maire reçoit, à l'occasion de
+Noël, cent vieillards qui viennent prendre le thé, pendant que sa femme
+réunit des veuves sans ressources. Ailleurs, ce sont des fondations pour
+dons de viande, de couvertures de laine, de sacs de charbons. Ainsi la
+distribution annuelle de la _Christmas Parcel Fund_ (Société des
+paquets de Noël) de Shoreditch, établie en 1870, a eu lieu aux Bains de
+Pitfield-street. Neuf cent cinquante-six des citoyens les plus pauvres
+de la localité, la plupart ayant une nombreuse famille, ont reçu un
+paquet d'épicerie contenant une demi-livre de thé, un demi-quart d'une
+mesure de farine, une demi-livre de sucre et tout ce qui est nécessaire
+pour faire un bon _pudding_ de Noël--et en plus un ticket pour cent
+livres de charbon. Quelques mots aimables furent adressés à l'assemblée
+par le conseiller Dr Davies, président de la Société, qui était assisté
+de l'honorable Claude Hay, M.P. (membre du Parlement), et de l'Alderman
+Pearce[16].
+
+[Note 16: _The Daily Telegraph_, 23 Décembre 1904.]
+
+Dans quelques _Work-houses_ (asiles des pauvres), les dames de charité
+offrent un dîner de Noël complet: roastbeef, plum-pudding et bière,
+quand une Société de tempérance n'intervient pas pour remplacer la bière
+par le thé. Dans ces _Work-houses_, on prépare même quelquefois, chose
+toute nouvelle pour l'Angleterre protestante, une cérémonie religieuse
+à minuit «_Watch service_», tout comme les catholiques ont la messe de
+minuit.
+
+Le jour de Noël, un dîner pour plus d'un millier de pauvres est ordonné
+par la Reine d'Angleterre. Sa Majesté, accompagnée de la princesse de
+Galles et de ses petits-enfants, parcourt les grandes salles, parlant
+à ses convives d'un jour, les réjouissant de sa présence, alors que,
+d'autre part, elle a fait elle-même des couvre-pieds envoyés à la même
+époque aux hôpitaux de Londres.
+
+Après le dîner de Noël, on se livre à différents jeux: nous n'en
+citerons que deux.
+
+C'est d'abord le _Snap Dragon_. Sur une large coupe, on place des
+raisins secs et des amandes que l'on recouvre d'eau naturelle, sur
+laquelle surnage une mince couche d'eau-de-vie. On allume alors ce punch
+d'un nouveau genre, et il s'agit d'enlever prestement, sans se brûler,
+raisins et amandes que les ondulations d'une longue flamme défendent
+longtemps contre toute atteinte[17].
+
+[Note 17: Nicolay. _Histoire des Croyances_. Tome II, p. 81.]
+
+_The Hide and Seek_ (cache-cache) se joue dans les vieux manoirs. Et à
+cette occasion, l'aïeule, de sa voix chevrotante, ne manque jamais de
+psalmodier la _Légende du Beau-Lowe_: c'est une _Christmas carol_ qui
+date, dit-on, du Ve siècle. Notre traduction littérale la donne dans
+toute sa simplicité:
+
+«Noël au vieux château: c'est jour de fête. La fille du noble Biron joue
+avec ses compagnes. Elle joue à _cache-cache_. Quel délice! Elle se
+cache si bien, si bien, qu'elle disparaît et que personne ne peut la
+découvrir. Pas même son fiancé, le jeune et beau Lord Lowe. Les jours,
+les semaines, les mois, les années passent.--Vingt ans après, comme on
+avait besoin d'une nappe pour la table du festin de Noël, on ouvrit par
+hasard une vieille armoire et on y trouva, ô horreur!... un squelette
+couronné de roses blanches fanées.... Jeunes filles, songez à la fiancée
+du beau Lord Lowe!»
+
+Le _Christmas_ britannique est surtout la fête des enfants. Les écoles
+anglaises comptent deux vacances annuelles: l'une, qui est la plus
+longue, a lieu en été, l'autre est accordée à l'occasion de Noël.
+C'est par suite de la présence au logis des enfants dispersés dans les
+collèges, que la réunion de famille est au complet. La veille de Noël,
+_Christmas Eve_, les enfants suspendent à leur lit de fer les bas dans
+lesquels _Father Christmas_ (le Père Noël) viendra déposer, croient-ils
+ou font-ils semblant de croire, les jouets et friandises qu'y déposeront
+réellement leur père et leur mère.
+
+Le soir de Noël, les enfants règnent en souverains, et, comme dans
+les saturnales antiques, c'est le monde renversé.--Douce tyrannie de
+quelques heures, car, ainsi que le dit Emile Augier:
+
+ Nous n'existons vraiment que par ces petits êtres.
+ Qui dans tout notre coeur s'établissent en maîtres,
+ Qui prennent notre vie et ne s'en doutent pas,
+ Et n'ont pour être heureux qu'à n'être pas ingrats.
+
+Toute la famille est réunie; alors c'est le bruit des jeunes voix,
+l'applaudissement des yeux, le trépignement des petits pieds sous la
+table. _Granny_ (grand'-mère) réclame le silence: elle se fait apporter
+une bouteille de son plus vieux cognac. On arrose le _pudding_, on
+éteint le gaz et le plus jeune des _babies_ allume l'eau-de-vie dont la
+flamme scintille en reflets bleus, pendant que la turbulente jeunesse
+improvise une ronde autour de la grande table. Le gaz brille de nouveau
+et le _pudding_ est gravement entamé. On fait d'abord la part des
+absents. La poste, dès le lendemain, portera aux colons de la
+Nouvelle-Zélande, aux _Sheep farmers_[18] d'Australie, aux garnisons de
+l'Inde et du Cap, ce souvenir si touchant de l'amitié.
+
+[Note 18: Éleveurs de moutons.]
+
+L'Angleterre célèbre la fête de Noël avec une réelle allégresse: c'est
+l'époque choisie pour échanger voeux et étrennes. C'est Noël qui est
+vraiment le _jour de l'an_ et qui sert de transition d'une année à
+l'autre. Aussi un grand nombre de _Christmas Cards_ (cartes de Noël)
+partent d'Angleterre pour les quatre coins du monde _anglicisé_,
+colonisé par la conquête toujours envahissante du peuple britannique,
+empire sur lequel
+
+ _The Sun never sets_,
+ Le soleil ne se couche jamais.
+
+Nous avons sous les yeux une collection très complète de _Christmas
+Cards_: il y en a de ravissantes. Certaines sont sur du papier fin et
+colorié, quelquefois avec photographies ou gravures de gracieux paysages
+ou de tableaux des grands maîtres. La plupart des voeux exprimés peuvent
+se résumer dans ceux-ci:
+
+ _With Sincere Wishes for_
+ _A Very Happy Christmas and_
+ _A Bright and Prosperous New Year,_
+ _from_
+ _X***._
+
+ Avec sincères voeux pour
+ Un très heureux Noël et
+ Une brillante et prospère nouvelle année,
+ de la part de
+ X***.
+
+Ces cartes sont à la portée de toutes les bourses: il y en a depuis dix
+centimes jusqu'à cinquante francs. La poste de Londres en expédie
+plus de soixante millions, à l'occasion du _Christmas_. On y joint
+quelquefois une minuscule boîte contenant quelques grains du _pudding_
+de Noël.
+
+Toute famille anglaise qui ne reçoit pas, à l'occasion de Noël, des
+nouvelles des absents, en éprouve un profond chagrin, et s'il s'agit de
+proches parents ou d'amis intimes, toute la famille est en deuil.
+
+Le lendemain de Noël s'appelle _Boxing-day_, à cause des _boxes_
+(boîtes, tirelires) que font circuler les facteurs, les laitiers, les
+porteuses de pain, et tant d'autres amis inconnus qui viennent vous
+souhaiter «un joyeux Noël et une bonne année», souhaits auxquels vous
+ne pouvez mieux répondre qu'en donnant des étrennes. Ce jour-là, la
+populace profite des trains à bon marché _(cheap trains)_, envahit les
+endroits où l'on s'amuse et semble oublier tout à fait que Noël est une
+fête religieuse.
+
+L'Anglais porte partout avec lui le souvenir de Noël. Dans ses colonies
+les plus lointaines, sur les sables d'Afrique ou dans les terres glacées
+du Nord, il réunit ses compatriotes comme s'ils ne formaient qu'une
+famille. Tous ensemble ils célèbrent le _Christmas_: debout, le verre à
+la main, ils envoient un salut fraternel et leurs voeux de bonheur aux
+être chéris qu'ils ont laissés au-delà de l'Océan.
+
+Pendant la guerre de Crimée, les dames anglaises furent émues de
+compassion pour leurs frères malheureux qui, devant Sébastopol, au
+milieu d'un hiver exceptionnel, faisaient l'admiration de toute
+l'Europe, par leur courage et leur endurance. Une souscription nationale
+fut ouverte dans tout le Royaume-Uni. Quelques jours avant Noël, des
+navires chargés de volailles, de _puddings_ et de liqueurs partaient
+pour la mer Noire. Le vingt-cinq Décembre, les soldats anglais
+célébraient joyeusement leur _Christmas_ et buvaient au triomphe et à la
+prospérité de la vieille Angleterre.
+
+Un journal de Londres représentait naguères le _Christmas_ dans un corps
+de garde anglais: la scène est des plus pittoresques: elle se passe
+au Transvaal. «Les fusils sont dressés en faisceaux, une guirlande de
+verdure court à travers les canons, une chandelle allumée brûle au bout
+de chaque baïonnette, et les soldats choquent gaiement les verres autour
+de cet arbre de Noël d'un nouveau genre, qui leur rappelle à tous les
+joies de la Patrie absente.»[19].
+
+[Note 19: Desclées, Noël, page 67. ]
+
+N'importe où il se trouve, sur le pont d'un navire, sous la tente ou
+la hutte grossière de l'explorateur, perdu dans les glaces polaires,
+l'Anglais, oubliant un instant ses peines, ses fatigues, ses dangers,
+ne manque jamais de donner au vieux _Christmas_ la bienvenue de joie et
+d'espérance à laquelle il a droit.
+
+Les catholiques anglais donnent à la fête religieuse de Noël la plus
+grande solennité: il faut aller dans la belle et riche église de
+l'Oratoire, à Londres, pour y entendre la magistrale musique de
+Palestrina.
+
+En Irlande, le soir de Noël, d'une multitude de maisons sortent les
+familles catholiques, chacun tenant à la main une torche de résine
+allumée. C'est un spectacle d'une étrange beauté. On dirait des flots de
+lumières ondulant dans les ténèbres. Toutes ces pieuses communautés se
+réunissent au centre de la paroisse autour d'un cercle de flambeaux
+immobiles.
+
+Citons, en finissant, une page ravissante du vicomte Walsh, qui raconte
+_une Messe de minuit en exil_:
+
+«C'était dans le nord de l'Angleterre, dans un joli château, à
+Standen-Hall, chez lord Southwell, fervent catholique qui, pendant les
+mauvais jours, avait offert l'hospitalité à ses parents et amis de
+France.
+
+«Nous y étions un jour de Noël. Dès la veille, on avait mis des bouquets
+de houx bien verdoyants, avec leurs baies ressemblant à des perles de
+corail.
+
+«... Dans la chapelle, l'autel, le tabernacle, les gradins, les
+flambeaux étaient en bois d'acajou poli, avec des ornements dorés,
+un épais tapis aux plus vives couleurs couvrait les marches du petit
+sanctuaire; la neige, le froid étaient au dehors, et dans cet intérieur
+béni, tout était propre, chaud et confortable.
+
+«Dans la tribune, en face de l'autel, des places réservées étaient
+entourées d'un rideau de soie cramoisie; derrière ce voile était le
+piano-orgue et les personnes qui devaient chanter. Lady Southwell (soeur
+de ma mère), lady Gormanston, sa fille, Mesdemoiselles de Choiseul, ses
+nièces, formaient ce choeur de famille.
+
+«Il y a bien longtemps de cela. Depuis cette fête de Noël, j'ai compté
+bien des lendemains de la Toussaint, bien des Jours des Morts. Parmi
+celles qui chantaient alors devant l'autel de Standen Hall, il y en a
+qui chantent aujourd'hui devant Dieu, dans le ciel. Bien des années,
+bien des fortunes diverses me sont survenues depuis le _merry Christmas
+time_ (ce gai temps de Noël); j'ai entendu depuis les messes en musique
+de Mozart et de Rossini, et toutes ces années, toutes ces fortunes
+diverses, tous ces grands talents n'ont pu effacer dans ma mémoire la
+_Messe de Noël chantée dans l'exil_.»
+
+Les ritualistes Anglais sont excusables jusqu'à un certain point de
+s'imaginer qu'ils sont catholiques, puisqu'on célèbre encore dans leurs
+églises des cérémonies qui remontent à huit siècles et ont survécu à
+tous les changements que le protestantisme a introduits dans l'Eglise
+anglicane.
+
+Au premier rang de ces cérémonies, il faut mettre l'offrande de l'or, de
+l'encens et de la myrrhe, que la Reine d'Angleterre fait tous les ans,
+le jour de l'Épiphanie, à l'instar des Rois Mages.
+
+Cette coutume remonte à la plus haute antiquité. Pendant plus de huit
+cents ans, les souverains anglais venaient présenter leur offrande en
+personne, et cet usage ne prit fin que sous le règne de Georges III,
+la princesse Caroline étant morte la veille de l'Épiphanie. Depuis ce
+temps, le souverain est représenté par deux gentilshommes de sa Chambre.
+
+La cérémonie a lieu dans la chapelle royale du palais de Saint-James, et
+voici comment on y procède. On commence par réciter la prière du matin;
+après quoi l'évêque protestant de Londres, assisté du sous-doyen de la
+chapelle royale, célèbre le service de communion. Après la récitation du
+symbole de Nicée, les dix enfants de choeur de la chapelle royale,
+dans leur pittoresque costume écarlate avec des collerettes blanches,
+entonnent l'antienne: «J'ai prié pour obtenir de vous la sagesse.» Alors
+les deux gentilshommes de la Chambre, en habit de Cour, l'épée au côté,
+précédés d'un huissier portant une verge d'argent, s'avancent vers
+l'autel.
+
+L'évêque de Londres vient au-devant d'eux et leur présente un plat en
+vermeil sur lequel ils déposent les offrandes de la Reine. Celles-ci
+sont renfermées dans un sac en soie rouge, brodé d'or, et consistent en
+trois paquets en papier blanc scellés avec de la cire rouge. Les deux
+premiers paquets contiennent de la myrrhe et de l'encens; dans le
+troisième sont vingt-cinq souverains en or tout nouvellement frappés,
+qui sont distribués à des pauvres des paroisses voisines. C'est depuis
+1859 que des pièces de monnaie ont été substituées aux feuilles d'or
+battu qui formaient la troisième offrande. Leur mission terminée, les
+gentilshommes de la Chambre se retirent avec le même cérémonial observé
+pour leur arrivée et l'office s'achève avec la plus grande solennité.
+
+
+
+ALLEMAGNE
+
+La fête de Noël en Allemagne _Weihnachten[20] (la nuit sainte) est aussi
+populaire qu'en Angleterre, mais elle a un caractère plus grave et plus
+religieux.
+
+[Note 20: Ancienne forme plurielle aujourd'hui inusitée, excepté dans
+quelques cas très rares.]
+
+Des enfants, petits anges ou petits bergers, forment des processions et
+traversent les villages en chantant des hymnes pastorales. Souvent on
+y voit la Madone, saint Joseph, saint Nicolas avec sa longue barbe et
+portant la crosse à la main, saint Martin monté sur un cheval blanc, et
+toujours y figure le _Knecht-Ruprecht_, terreur des enfants méchants et
+joie des enfants sages auxquels il apporte des présents.
+
+Dans quelques campagnes, on joue encore les _Mystères de Noël_ avec une
+naïveté charmante. Dans les pays catholiques, la Messe de minuit est
+célébrée en grande pompe.
+
+Dans plusieurs villages, les chanteurs s'assemblent au haut de la tour
+de l'église, à l'aurore, le jour de Noël. Les habitants sont réveillés
+aux chants de:
+
+ O du fröliche. O du selige
+ Gnadenbringende Weihnachtszeit!
+
+ O joyeuse, ô bienheureuse
+ Nuit de Noël, si féconde en grâces!
+
+retentissant dans l'air calme du matin.
+
+Les archéologues prétendent que la plupart des coutumes de Noël, qui
+existent en Allemagne, eurent leur origine dans les vieilles et sombres
+forêts de la Germanie, alors que les Teutons adoraient Wuotan, l'Odin
+Scandinave, et son épouse Berchta, la Terre-Mère. Il y a encore, en
+Allemagne, des districts où Wuotan, avec son chapeau enfoncé sur le
+front, son manteau gris, et monté sur son cheval blanc, visite les
+chaumières des paysans. Avant sa visite, le feu a été soigneusement
+éteint dans le foyer, mais Wuotan le rallume: il préfère mettre le feu à
+une bûche de chêne. La bûche de Noël doit brûler sous la cendre, elle ne
+doit pas flamber et dans l'Allemagne du Sud, les cendres sont gardées
+soigneusement et répandues dans les champs pour assurer leur fertilité.
+
+Après la Messe a lieu le _Mettenwurst_ (réveillon): tous les membres de
+la famille sont réunis. De ce repas, coutume touchante, on enlève les
+restes qu'on place dans une salle éclairée toute la nuit: c'est la part
+du Christ et des Anges. Inutile de dire à qui cette part est destinée.
+
+Le plat favori de Noël pour le paysan est une tête de porc à laquelle on
+ajoute des saucisses et des choux-verts.
+
+Même les bestiaux ont part au festin de Noël: leur ration de foin est
+doublée. Dans certains districts, on croit que les bestiaux ont le don
+de la parole, au moment où la grande fête commence dans l'univers.
+Celui, paraît-il, qui est doué «de la bonne oreille», peut les entendre
+parler doucement, tout en ruminant, de la Crèche dans laquelle le Christ
+naquit. Il ne faut pas seulement avoir «la bonne oreille» pour
+entendre parler les bestiaux, il faut aussi n'avoir aucun péché sur la
+conscience.
+
+Il est de tradition, à la Cour de Berlin, que chaque veille de Noël, le
+capitaine en second de la Ire compagnie du Ier régiment de la garde à
+pied offre au souverain un gâteau de miel. Le prince impérial et les
+autres fils de Guillaume II recevront des gâteaux semblables, de la Ire
+compagnie du Ier régiment de la garde. Seulement, tandis que les gâteaux
+du souverain et du prince héritier mesurent 35 X 2l X 8 centimètres,
+comme dimensions, les gâteaux des autres princes ont seulement 30 X 18 X
+5 centimètres.
+
+Jadis, ces gâteaux étaient fabriqués à Thorn, mais depuis quelques
+années c'est à un pâtissier de Potsdam que ce travail est confié.
+Le gâteau de Noël est glacé, il porte l'étoile de la garde et une
+inscription dédicatoire. L'Empereur Guillaume ne manque jamais la
+cérémonie de la remise du gâteau et il retient à dîner les officiers
+chargés de cette agréable mission.
+
+La veille de Noël, toute la terre germanique est en liesse, sur les
+bords du Rhin, comme sur les bords du Danube et de l'Elbe; de Mayenne à
+Vienne[21], de Koenigsberg à Munich, il n'y a pas une famille qui n'ait
+revêtu le costume des jours de fête.
+
+[Note 21: Dans une grande partie de l'Autriche, les coutumes de Noël
+sont absolument les mêmes qu'en Allemagne.]
+
+La _Noël des enfants_ a une telle importance qu'on la prépare longtemps
+à l'avance. Sur les places de la plupart des villes s'élèvent des
+maisonnettes en bois aussi élégantes de forme que bariolées de couleurs
+éclatantes. Les marchands étalent aux yeux de la foule, avec goût et
+coquetterie, tous les objets qui peuvent servir de présents aux enfants.
+Les jouets de Nuremberg[22] sont les plus recherchés: poupées de toutes
+sortes, qui en bergère, qui en grande dame, qui en cuisinière, qui en
+paysanne; polichinelles de toutes les grandeurs, soldats de plomb,
+canons, fusils, sabres et tambours.--Plus loin se tient la pâtissière
+hambourgeoise, avec ses gauffres croquant sous la dent, et ses
+pains d'épices si joliment travaillés en chiens, chevaux, chats,
+moutons.--Puis les jeux de toutes les variétés: agathes, toupies,
+cerceaux à sonnettes, jeux de l'oie, jeux de patience... Les parents y
+conduisent leurs enfants et tâchent de saisir dans un regard, dans une
+parole, l'expression de leurs désirs. Discrètement ils achètent l'objet
+convoité et le distribuent au moment opportun, à l'occasion de Noël.
+
+[Note 22: Les articles de Nuremberg sont très renommés: on les voit
+exposés au Musée National de Munich. Ils sont fabriqués en grande partie
+dans la Forêt Noire au centre de laquelle se trouve Triberg, un des
+sièges principaux du commerce des horloges connues sous le nom de
+_coucous_.]
+
+Mais ce qui, en Allemagne, domine toutes les réjouissances populaires,
+ce qui fait de Noël la fête des enfants et le jour des étrennes, c'est
+l'arbre de Noël (_Weihnachtsbaum_)[23]. Nulle part, il ne se présente
+sous des formes plus captivantes et avec des présents aussi appréciés.
+
+[Note 23: Dans le nord de l'Allemagne, et surtout à Berlin, l'arbre
+de Noël est souvent remplacé par des _pyramides_ faites avec un
+assemblage de planches et de petits madriers. Cela provient de la
+difficulté de se procurer des sapins.]
+
+Pour piquer la curiosité des enfants et leur faire regarder comme
+mystérieux, quasi miraculeux, les dons de Noël, le père leur raconte que
+le Bonhomme Noël (_der Weihnachtsmann_) passe le reste de l'année au
+sein de la montagne, entouré de toute une Cour de _nains_. Chaque nuit,
+l'un de ces nains monte la garde à la fente du rocher qui sert d'entrée
+et un autre nain vient le remplacer à l'aube du jour suivant. Au bout de
+trois cent soixante gardes, le dernier rentre en criant: Voici bientôt
+Noël. Alors, le _Weihnachtsmann_ et sa Cour sortent de leur repos. Ils
+vont dans la forêt armés de scies et de haches. Avec ardeur ils coupent
+les sapins[24] destinés à la fête, et ils les décorent avec la neige qui
+couvre le pays et avec les glaçons qui pendent aux arbres. Puis il les
+placent sur des traîneaux et les conduisent dans leur palais souterrain;
+là, ils les ornent de bougies, de pommes d'or, de noix, de bonbons. La
+nuit de Noël venue et les étoiles allumées au ciel, le Bonhomme Noël
+parcourt en traîneau les villages environnants pour s'informer si les
+enfants sont sages; il s'en assure en regardant par les fenêtres. S'il
+en est ainsi, vite il descend dans sa demeure, y prend un beau sapin
+tout couvert de présents et l'apporte à la maison[25].
+
+[Note 24: Les sapins qui doivent servir d'arbres de Noël viennent
+surtout des montagnes du Harz.--La Forêt Noire en fournit aussi en
+grande quantité: nulle chaîne de montagnes de l'Allemagne n'est
+aussi riche en paysages grandioses, en sites délicieux; les hauteurs
+inférieures sont surtout couvertes de pins et de sapins aux senteurs
+fraîches et vivifiantes.]
+
+[Note 25: D'après Bernard Zornemann.]
+
+Dans certaines familles, sur le conseil de la mère, les enfants
+écrivent, la veille de Noël, une lettre à l'Enfant Jésus, afin de
+solliciter les objets qu'ils désirent: un couteau, une balle,
+une bicyclette, des histoires d'Indiens... souvent la liste est
+interminable. Pourquoi se restreindre? L'Enfant Jésus est si riche!
+
+Voici la nuit de Noël: dans les rues s'illuminent ça et là quelques
+maisons; on y entend des rires d'enfants. C'est le moment.
+
+Un son de clochette retentit dans la chambre, c'est le signe attendu.
+Les deux portes du salon s'ouvrent toutes grandes. Quelle magnificence!
+Quelle richesse! Éblouis, les enfants s'arrêtent une minute, puis
+s'élancent en avant. Le voici le sapin entrevu dans leurs rêves, mais
+plus beau, plus brillant. Ses branches atteignent le plafond. Sur
+chacune d'elles il y a des bougies bleues, vertes, jaunes; des pommes
+aux joues rouges et des noix d'or; des gâteaux, des massepains pendent à
+côté. Des boules de verre colorié[26], des guirlandes multicolores, des
+étoiles d'argent, des croissants d'or brillent dans la lumière. Il y a
+même de la neige sur l'arbre, mais ce n'est pas de la vraie, c'est de
+la ouate blanche. Joyeux, des oiseaux et des papillons artificiels
+se balancent sur les branches. Oh!... et ces groupes d'Anges! Quelle
+splendeur! Des fils rouges, bleus, verts, jaunes, grimpent de branche en
+branche jusqu'à la cime. Au sommet plane l'Ange de Noël avec ses blonds
+cheveux et ses ailes pleines de lumière.
+
+[Note 26: Ces objets en verroterie se fabriquent principalement à
+Lauscha, en Thuringe. Chaque année, il en est expédié des quantités
+considérables dans toute l'Allemagne. Les fabricants en donnent 200 ou
+300, selon la grosseur, pour la somme de 3 à 5 marcs (3 fr. 75 à 6 fr.
+25).]
+
+Au pied de l'arbre sont les cadeaux. Des poupées, des berceaux, des
+ménages, pour les petites filles; des trompettes, des soldats de plomb,
+des fusils, des tambours, pour les petits garçons. Les cris de joie ne
+finissent pas. «Vois, les belles images de mon livre!--Tiens, tiens! mon
+cheval a une vraie crinière!»
+
+Alors la mère se met au piano, les enfants se prennent la main et
+chantent le vieux cantique si populaire: _Stille Nacht, heilige Nacht_,
+que nous traduisons, littéralement:
+
+ I
+
+ Nuit silencieuse, ô sainte nuit!
+ Tout dort: seul veille encore
+ Le couple tendre et très saint[27];
+ Bel enfant aux cheveux bouclés,
+ Dors dans ton calme céleste. (Bis.)
+
+[Note 27: Marie et Joseph.]
+
+ II
+
+ Nuit silencieuse, ô sainte nuit
+ Annoncée d'abord aux bergers
+ Par l'_Alleluia_ des Anges,
+ La nouvelle se répand à l'entour:
+ Le Christ, le Sauveur est là. (bis.)
+
+ III
+
+ Nuit silencieuse, ô sainte nuit!
+ Fils de Dieu, comme l'amour
+ Rit sur ta bouche divine.
+ Quand sonne pour nous l'heure du salut.
+ Christ, par ta naissance! (bis.)
+
+Puis ce sont des épanchements d'amitié, des remerciements sans fin,
+la joie brille dans tous les regards, les plus secrets désirs ont été
+devinés.... Noël est le plus beau jour de l'année.
+
+Enfin, grand'mère fait une lecture dans la Bible. D'une voix tremblante
+et pieuse, elle lit l'histoire du Sauveur qui naquit dans une étable et
+qui fut mis dans une crèche. Les enfants écoutent cette histoire qu'ils
+connaissent déjà et qui chaque année cependant leur paraît plus belle.
+
+Quelquefois, on enferme, la veille de Noël, un arbre chargé de petits
+cierges, de bonbons, de pommes et de jouets dans une armoire, qu'on
+ouvre à l'instant où l'on s'y attend le moins, pour donner aux enfants
+le plaisir de la surprise. Goëthe, dans son roman célèbre de Werther,
+fait allusion à cette coutume. Entourée de ses petits frères et de ses
+petites soeurs, Charlotte dit à l'un d'eux, cachant son inquiétude sous
+un agréable sourire: «Tu auras, si tu es sage, une bougie de couleur et
+_quelque chose avec_.»
+
+Dans quelques familles, c'est encore l'usage qu'avant la distribution
+des présents se montre le _valet Rupert[28] (_Knecht Ruprecht_) ou
+_Nicolas le Velu_.
+
+[Note 28: Cet usage tend à disparaître; les petits enfants s'en font
+peur et leur santé peut en souffrir; les grands n'y croient plus.]
+
+Dans la croyance populaire, ce _Knecht Ruprecht_ est le même que saint
+Nicolas (ou le _Santa Claus_ des Anglais). Il est bien connu dans toute
+l'Allemagne Centrale et l'Allemagne du Nord. Il revêt un habit de
+fourrure et une barbe très épaisse couvre sa figure, un large bonnet à
+longs poils orne sa tête. Il porte sur le dos un sac plein de jouets et
+de friandises et dans sa main une baguette, car une partie de sa mission
+consiste à châtier les enfants méchants. Il est maintenant le messager
+du Christ-Enfant, bien qu'il doive son origine à des coutumes païennes.
+
+Dans d'autres parties de l'Allemagne, saint Nicolas et saint Martin sont
+les messagers de l'Enfant Jésus. Saint Martin est le fameux évêque de
+Tours et Saint Nicolas le non moins fameux évêque de Myre en Lycie.
+Leurs fêtes tombent vers le temps de Noël[29] et c'est probablement la
+raison pour laquelle leurs noms sont mêlés aux réjouissances de cette
+fête. En Allemagne, les catholiques ont adopté saint Martin et les
+protestants saint Nicolas, mais ils ne sont ni l'un ni l'autre séparés
+de l'Enfant Jésus. Dans les pieuses familles allemandes on rappelle aux
+enfants que ce n'est pas saint Martin ou saint Nicolas, avec ses dons
+matériels, qui est le principal visiteur pendant la sainte veillée, mais
+l'Enfant Jésus qui vient plus tard avec ses grâces divines. Dans les
+demeures où la venue de l'Enfant Jésus est représentée, Il entre avec
+un coeur de pain d'épices dans sa main, symbolisant le coeur renouvelé
+qu'il apporte à tous ceux qui l'attendent. De leur côté, les enfants
+tiennent un verre de vin pour rafraîchir l'Enfant Jésus et une botte de
+foin pour l'âne sur lequel Il est monté. Quand Il apparaît, ils chantent
+un Noël enfantin des plus charmants:
+
+ Christkindele, Christkindele,
+ Komm doch zu uns herein!
+ Wir haben ein Heubündele
+ Und auch ein Gläsele Wein.
+ Das Bündele fürs Esele,
+ Für's Kindele das Gläsele,
+ Und beten können wir auch.
+
+ Cher petit Enfant Jésus.
+ Descends donc chez nous!
+ Nous avons une botte de foin
+ Et aussi un verre de vin.
+ La botte est pour l'âne
+ Pour l'Enfant le verre.
+ Et nous savons aussi prier.
+
+[Note 29: La fête de Saint-Martin est le onze Novembre et la fête de
+Saint-Nicolas le six Décembre.]
+
+Le _Knecht Ruprecht_ est souvent représenté par quelque ami de la maison
+qui, pour n'être pas reconnu des enfants, porte, comme nous l'avons dit
+plus haut, un bonnet de fourrure, une longue barbe et un grand bâton.
+Cet usage est ainsi raconté dans le _Journal des Voyages_:
+
+«Le soir du vingt-quatre Décembre, dans une chambre bien éclairée, est
+disposé l'arbre de Noël orné d'objets et de friandises; les enfants sont
+partagés entre l'espérance et la crainte.... Tout à coup on entend une
+clochette, la porte s'ouvre et _Christkindel_[30] paraît: c'est une jeune
+femme vêtue de blanc et coiffée d'une perruque de chanvre[31]. Sa figure
+est enfarinée pour la rendre méconnaissable, et elle porte sur la tête
+une couronne; d'une main elle tient une clochette, et de l'autre une
+corbeille pleine de bonbons.... Soudain un grand bruit de ferrailles se
+fait entendre et bientôt apparaît _Nicolas le Velu_, le corps couvert
+d'une peau d'ours. Sa figure toute noire est encadrée d'une grande
+barbe; d'une voix grave et vibrante, il demande quels sont les enfants
+méchants.... Alors les bons parents interviennent, plaidant en faveur
+des petits coupables, implorant pour eux l'indulgence, et promettant, en
+leur nom, une conduite exemplaire pour l'avenir.... Le démon est chassé
+du logis; et bientôt l'on n'entend plus que des rires sonores et des
+applaudissements enfantins autour de l'arbre de Noël, objet de toutes
+les convoitises.
+
+[Note 30: _Kindel_ petit enfant, _Christkindel_ petit Enfant Jésus.]
+
+[Note 31: Les Allemands sont caractérisés par les cheveux blonds
+clairs et les yeux bleus.]
+
+Pendant la guerre de 1870, ce ne fut pas l'un des moindres sujets
+d'étonnement pour les paysans français envahis, que de voir Prussiens,
+Bavarois, Saxons, Wurtembergeois, etc., et les uhlans eux-mêmes, se
+grouper fraternellement autour de petits sapins agrémentés de lumières
+et chanter des choeurs glorifiant la venue du Messie.--De nombreux
+soldats bavarois, logés au Petit Séminaire d'Orléans, à La
+Chapelle-Saint-Mesmin, demandèrent une des salles d'étude et y élevèrent
+leur arbre de Noël. Ils firent entendre leurs plus beaux chants en
+l'honneur de l'Enfant Jésus, et écoutèrent avec un profond recueillement
+une allocution très éloquente de leur aumônier militaire.
+
+A l'occasion des fêtes de Noël, les officiers allemands accordent des
+congés aux soldats placés sous leurs ordres. Mais il faut compter avec
+les exigences du service: tout le monde ne peut pas être envoyé «en
+permission». Après le départ des privilégiés qui passent la fête de
+Noël dans leurs foyers, il reste encore un grand nombre de soldats «au
+quartier».
+
+Or, en vertu du principe qui déclare que le régiment est une «seconde
+famille», les chefs cherchent à les récréer en cette fête solennelle.
+
+L'avant-veille de Noël, chaque _Hauptmann_ (capitaine) reçoit de
+la commission des ordinaires, une somme d'environ cent marks (cent
+vingt-cinq francs), destinée à l'achat d'un arbre de Noël.
+
+Le soir du vingt-quatre Décembre, on installe un beau sapin tout hérissé
+de petites bougies, dans la chambre la plus vaste du casernement affecté
+à la compagnie: des tables sont dressées autour de l'arbre et tendues de
+nappes bien blanches sur lesquelles s'alignent des paquets de cigares,
+enveloppés de chauds tricots de laine, des _Pfefferkuchen_ (pains
+d'épices) autour desquels s'enroulent des paires de bretelles, des
+chaussettes, des ceintures de gymnasque; aux extrémités et servant
+d'encadrement des pipes, des photographies, des portraits de l'Empereur,
+etc.
+
+Au fond de la salle, un tonnelet de bière chevauche majestueusement sur
+un chevalet improvisé.
+
+La nuit est venue. Déjà, depuis un instant, le capitaine est arrivé avec
+ses officiers et attend dans la chambre du chef.
+
+La commission des sous-officiers et soldats chargés de préparer la fête
+fait son entrée. Le sergent-major s'avance et dit:
+
+--Mon capitaine, tout est prêt.
+
+--Très bien. Et le tonnelet de bière?
+
+--Il est en place, mon capitaine.
+
+--Parfait. Voulez-vous faire venir «les hommes.»
+
+Cinq minutes après, toute la compagnie est là. Un profond recueillement
+plane sur l'assistance. Le capitaine entre alors dans la salle et
+aussitôt les soldats entonnent le choral:
+
+ _O du fröhliche, o du selige,
+ Gnadenbringende Weihnachiszeit
+ Welt ging cerloren: Christ ist geboren
+ Freue dich, freue dich, du Christenheit._
+
+ O joyeux, ô radieux.
+ O salutaire Noël,
+ La Terre était perdue, le Christ est né,
+ Réjouis-toi, réjouis-toi, ô Chrétienté!
+
+Le chant terminé, le sergent-major dépose dans un casque un nombre de
+numéros égal à celui des hommes présents. Chaque troupier, à son tour,
+vient en tirer un et prendre ensuite possession du cadeau correspondant.
+
+L'opération du tirage au sort est achevée. Le tonneau est mis en perce.
+Le capitaine, verre en main, se porte au centre; après un petit speech
+de circonstance, il termine par ces mots:
+
+--_Auf cuer Wokl, Leute; ich wünsche euch allen ein frohes Fest._
+
+(A votre santé! les hommes (mes amis), je vous souhaite à tous de passer
+joyeusement la fête.)
+
+Au bout de quelques minutes, après avoir causé amicalement avec les
+soldats, le _Hauptmann_ se retire pour donner aux sous-officiers ses
+étrennes _personnelles_.
+
+Un trait patriotique, extrait d'un journal allemand[32], nous permet de
+compléter tout ce que nous avons dit des coutumes de Noël dans les pays
+d'Outre-Rhin.
+
+[Note 32: C'est la _Fraukfurter Zeitung_, la _Gazette de Francfort_,
+qui raconte ce trait ravissant, plein de patriotisme et de souffle
+religieux.]
+
+C'était en 1870, pendant le siège de Paris. La nuit était glaciale et
+des milliers d'étoiles perlaient au firmament. Français et Allemands
+étaient si rapprochés que, d'un poste à l'autre, on entendait clairement
+retentir les appels et résonner les armes sur le sol durci par une gelée
+des plus intenses.
+
+Il pouvait être minuit. Tout à coup un soldat français, après avoir
+demandé la permission à son capitaine, gravit le fossé et s'avance de
+quelques pas vers l'ennemi. Là, il s'arrête, salue militairement, et
+d'une voix puissante et grave, à pleins poumons, il entonne:
+
+ Minuit, chrétiens, c'est l'heure solennelle Où l'Homme-Dieu
+ descendit jusqu'à nous...
+
+Cette apparition était si inattendue, si mystérieuse, cette voix
+vibrait si harmonieusement dans le calme de la nuit, ce chant magistral
+empruntait aux circonstances une telle grandeur, une telle beauté que
+tous--raconte le capitaine de mobiles témoin du fait[33]--parisiens
+sceptiques et railleurs, nous étions suspendus aux lèvres du
+chanteur.--Et du côté des Allemands, l'impression devait être la même,
+car on n'entendit pas le moindre bruit d'armes, pas la moindre parole.
+
+[Note 33: Le capitaine X***, d'un bataillon de mobiles de Paris, a
+raconté lui-même le fait: le chanteur appartenait à l'un des grands
+théâtres de la capitale.]
+
+Quand les derniers mots du cantique d'Adam:
+
+ Peuple, debout! Chante la délivrance!
+ Noël! Noël! Voici le Rédempteur!
+
+eurent retenti au milieu du silence général, comme un coup de clairon
+«qui sonne la victoire», le soldat rentra au poste où il fut acclamé par
+tous ses camarades.
+
+Mais aussitôt après, du côté des Allemands, un soldat apparaissait à son
+tour: c'était un superbe artilleur, casque en tête. Il s'avança, comme
+le français, de quelques pas et salua militairement avec la raideur
+propre aux soldats de son pays. Là, entre ces deux armées d'hommes qui
+jusqu'alors ne songeaient qu'à s'entr'égorger, il entonna, à son tour,
+en allemand, un beau cantique de Noël, hymne de reconnaissance et de foi
+à Jésus Enfant, qui naquit, il y a dix-huit siècles, et vint prêcher aux
+hommes l'amour de leurs frères.
+
+Pas un bruit, pas un mouvement hostile du côté des Français ne vint
+troubler la voix du chanteur allemand. Quand, avec une émotion toujours
+croissante, il eut redit les dernières paroles du refrain:
+
+ Weihnachtszeit! Weihnachtszeit[34].
+
+le poste allemand tout entier le reprit en choeur.
+
+[Note 34: Temps de Noël! Temps de Noël!]
+
+Et dans nos retranchements, le poste français répondit d'une seule voix:
+Noël! Noël! Vive Noël!
+
+Un instant, les deux armées ennemies furent ainsi confondues dans
+une pensée commune de cordialité et de paix. L'idée de Noël, avec le
+souvenir de ses fêtes familiales et de ses enseignements divins, avait
+ainsi transformé ces hommes et mis dans leurs coeurs les sentiments de
+la plus fraternelle charité[35].
+
+[Note 35: On nous écrit qu'un fait à peu près semblable se serait
+passé à la tranchée de la Plâtrière, près de Choisy-le-Roi.]
+
+
+
+
+NOËL
+DANS
+LES PAYS DU MIDI
+
+ITALIE--NAPLES--SICILE--ESPAGNE
+
+«Noël! Noël! jour d'espérance et d'amour, s'écrie un écrivain étranger;
+est-il un peuple dans le monde chrétien chez lequel le retour de cette
+fête ne soit célébré par des usages, des jeux, des chants et des
+traditions qui varient selon le sol et le climat, prenant les teintes du
+caractère national, gais ou sombres, tristes ou folâtres, suivant qu'ils
+ont été créés par une imagination vive ou mélancolique et plus ou moins
+amie du mystère?»
+
+En effet, les conditions du milieu ont une action prépondérante sur les
+réjouissances populaires. Dans les pays du Midi où le soleil brille de
+tous ses feux sous un ciel d'azur dont aucune vapeur ne vient ternir
+l'éclat, où l'on jouit des nuits étoilées, des vents de mer à la tiède
+et caressante haleine, la vie est pour ainsi dire tout entière au
+dehors, tandis que, dans les pays du Nord, où sévit le froid, la neige,
+la glace et la bise mordante, les habitants se renferment des mois
+entiers dans leur demeure et se groupent autour de l'âtre où flamboie et
+pétille la grosse bûche de la forêt.
+
+De là, en Italie et en Espagne, les coutumes de Noël sont plus
+extérieures, plus bruyantes, en un mot, l'expression d'une joie plus
+expansive et toute méridionale. Elles n'en ont pas moins le caractère
+essentiellement religieux qu'on rencontre dans les pays du Nord.
+
+
+
+ITALIE
+
+Saluons d'abord Rome, la ville des Césars, la capitale du monde
+catholique, la résidence du Souverain Pontife. Nous avons eu le bonheur
+de la visiter à différentes époques et parfois nous y avons fait un
+assez long séjour. Nous ne l'avons jamais quittée sans emporter un
+ardent désir de revoir cette cité à jamais illustre où tous les peuples
+ont passé, où toutes les gloires ont brillé, où toutes les imaginations
+cultivées ont fait, au moins de loin, un pèlerinage.
+
+Au touriste elle offre les grandioses monuments de l'antiquité romaine,
+cirques, aqueducs, obélisques, fontaines, forums, arcs de triomphe. Ses
+nombreuses églises sont d'une richesse incomparable, ses musées remplis
+des plus beaux chefs-d'oeuvre de la sculpture, de la peinture et de la
+mosaïque; dans ses palais somptueux sont prodigués l'or, le marbre et
+les fresques des grands Maîtres.
+
+Le chrétien y vénère les corps des saints Apôtres, dans chaque église
+les reliques insignes de quelque grand saint; il baise avec une émotion
+mêlée de larmes la poussière du gigantesque Colisée toute imprégnée
+du sang des martyrs; il pénètre avec recueillement et piété dans les
+immenses souterrains des catacombes où il sent revivre en lui tous les
+souvenirs des premiers âges.
+
+Le savant, l'érudit y trouve les plus riches bibliothèques et les
+documents les plus authentiques sur l'origine de l'Église et son
+histoire à travers les siècles.
+
+Rome nous est chère à un point de vue plus spécial. C'est là que de tous
+les pays d'Occident et d'Orient, d'Amérique et des îles viennent de
+jeunes ecclésiastiques pour y compléter leurs études. Ils suivent les
+cours des professeurs les plus éminents et ils s'efforcent de conquérir
+les grades les plus élevés en théologie et en droit canon. Ils ont bien
+voulu nous adresser des notes sur les coutumes de Noël dans leurs pays
+respectifs. Nous ne savons comment leur témoigner notre gratitude[36].
+
+[Note 36: M. l'abbé B***, de la Procure de Saint-Sulpice, à Rome, a
+été bien des fois, pour nous, le plus intelligent et le plus dévoué des
+intermédiaires et des correspondants.]
+
+Tout le mois de Décembre sert, à Rome, de préparation à la fête de Noël.
+
+Au retour de l'Avent, apparaissent les gracieux bergers qu'on appelle
+Pifferari, c'est-à-dire joueurs de fifre, du mot italien piffero, fifre,
+parce qu'autrefois le fifre était leur instrument de prédilection. Après
+avoir passé le reste de l'année sur les montagnes dont la ville de Rome
+est environnée, ils descendent dans les rues et viennent annoncer
+la grande fête populaire[37]. C'est une des plus naïves et des plus
+touchantes traditions des siècles de foi. Ils sont ordinairement par
+groupes de trois: un vieillard, un homme d'âge mûr et un enfant. Ils
+rappellent ainsi une ancienne opinion qui ne compte que trois bergers à
+la Crèche.
+
+[Note 37: Ils viennent surtout de la Sabine et des Abruzzes.]
+
+Ils vont par les rues, jouent de leurs instruments champêtres dont ils
+accompagnent leurs chants. Ces airs innocents, qui rappellent le grand
+mystère de Bethléem et le retour des jours joyeux, éveillent dans la
+plupart des fidèles des sentiments de foi et de piété.--On dit qu'ils
+représentent les heureux pasteurs qui se rendirent à la Crèche pour
+vénérer l'Enfant Jésus et en réalité l'usage de ces neuvaines de chants
+préparatoires à la fête de Noël est immémorial.
+
+Leurs instruments sont simples comme tous ceux des bergers: c'est le
+hautbois, instrument à vent et à anche, dont le son clair et perçant
+est à la fois sourd et plaintif surtout dans les notes basses; c'est la
+cornemuse, instrument de musique champêtre, auquel on donne le vent
+avec un soufflet qui se hausse ou se baisse par le mouvement du bras,
+horrible ensemble de peaux tendues et gonflées qui donne des sons
+nasillards mais pleins d'une mélancolique suavité[38]; c'est le fifre,
+sorte de petite flûte d'un son aigu; le chalumeau et plus rarement le
+triangle.
+
+[Note 38: Le _biniou_ des Bretons est une sorte de cornemuse. Les
+_Highlanders_ (montagnards d'Écosse) l'appellent _pibroch_: elle est en
+usage dans certains régiments écossais: c'est le _bagpipe_ (instrument
+à outre et à tuyaux.) Dans les campagnes de la Sologne et du Berry, on
+donne quelquefois à la cornemuse le nom de _chèvre_, parce que l'outre
+de cet instrument est souvent faite avec la peau de cet animal.]
+
+Le costume des _Pifferari_ est en harmonie avec leur pieuse _canzonetta_
+(cantate, chansonnette). Un chapeau tyrolien en pointe orné d'une
+aigrette ou de rubans multicolores et penché sur l'oreille, une veste
+courte, un manteau en grosse bure marron ou bleue, une culotte en peau
+de brebis ou de chèvre, des chaussures terminées par une semelle qui se
+rattache sur le pied avec des courroies; ajoutez à cela de longs cheveux
+noirs qui descendent sur les épaules, une belle barbe, des yeux vifs, un
+front élevé, une marche lente et incertaine et vous aurez une idée de ce
+costume et de ce type remarquable[39].
+
+[Note 39: Monseigneur Gaume, _les Trois Rome_. Tom. I. p. 190.]
+
+«Nous avons rencontré dans les rues de Rome, aux approches de Noël, ces
+artistes ambulants. Qu'ils sont beaux à voir surtout ces enfants avec
+leur figure mélancolique, déjà grave et rêveuse, avec de grands yeux
+merveilleusement bleus, de ce bleu lumineux et transparent, limpide et
+profond qu'ont le ciel et la mer d'Italie, avec leurs chevelures aux
+boucles soyeuses pleines de reflets d'or. En les contemplant, on ne peut
+s'empêcher de penser à ces visages roses de chérubins légers, à ces
+têtes charmantes et douces où la lumière semble mettre une auréole
+et dont longtemps dans sa cellule eut rêvé à genoux Fra Angelico da
+Fiesole»[40].
+
+[Note 40: Paul Véron. de Pithiviers.--Ses ouvrages, en prose et en
+vers, écrits dans un style plein de charmes, révèlent l'esprit poétique
+et l'âme idéalement belle de notre excellent ami, décédé pieusement le
+Vendredi Saint 1888.]
+
+Les _Pifferari_ s'acquittent avec conscience de la pieuse fonction que
+leur ont transmise leurs pères. Debout et tête nue, ils jouent devant
+les images de la Madone: devant elles ils font entendre leur _ninna
+nanna[41]. On les loue pour des neuvaines, ou une sérénade, chaque jour,
+autant que durent les fêtes. Ils ne manquent jamais d'arriver à l'heure
+dite, d'autant plus allègres qu'ils satisfont tout à la fois la dévotion
+de leur cour et les besoins de leur bourse. Ils triomphent la veille
+de Noël, tant ils sont nombreux ce jour-là, tant leurs joyeux concerts
+effacent ceux des jours précédents.
+
+[Note 41: Ces deux mots peuvent se traduire par _fais dodo, fais
+dodo_. Une _ninna nanna_ est une berceuse ou chanson destinée à endormir
+les petits enfants: les chanteurs italiens s'adressent à la Sainte
+Vierge.]
+
+Voici l'une des cantates qu'ils réservent pour la vigile de la grande
+fête:
+
+ O Verginella, figlia di Sant' Anna,
+ Nel ventre tuo portasti il buon Gesu,
+ Gl' Angioli chiamarono: Venite, Santi,
+ Andat a Gesu bambino alla capanna,
+ Partorito sotto ad un a capanella,
+ Dove mangiavan il bove e l'asinella.
+ Immacolata Vergine, beata
+ In cielo, in terra sii avvocata.
+ La notte di Natale è notte santa,
+ Questa orazion che vien cantata
+ A Gesu, bambino sia representata.
+
+Nous traduisons littéralement:
+
+ O douce Vierge, fille de Sainte Anne, dans votre sein
+ vous portâtes le bon Jésus. Les Anges ont crié: Venez.
+ Saints, allez à la cabane de Jésus Enfant, né dans une
+ petite étable[42] où mangeaient le boeuf et l'ânesse.
+
+[Note 42: Nous n'avons pas d'équivalents en français pour rendre les
+gracieux diminutifs italiens: verginella, capanella, asinella, angioli.]
+
+La dernière strophe est une touchante prière qui convient et à l'auguste
+Vierge et au mystère de ce jour:
+
+ O Vierge Immaculée, bienheureuse au ciel, soyez notre avocate sur la
+ terre. La nuit de Noël est une nuit sainte: présentez à Jésus Enfant
+ la prière que nous avons chantée!
+
+Quelquefois on rencontre, par les rues de Rome, de pauvres aveugles
+qui chantent en s'accompagnant de la mandoline ou de la guitare, des
+chansons à l'Enfant Jésus. Voici l'une des plus populaires:
+
+ Dormi, dormi nel mio seno.
+ Dormi, ó mio flor Nazareno;
+ Il mio cuor culla sara
+ Fra la ninna nanna na!
+
+ Dors, dors sur mon sein.
+ Dors, ô ma fleur de Nazareth;
+ sur mon coeur tu seras bercée
+ et tu feras la câline, dorlotée,
+ dorlotée[43].
+
+[Note 43: De nos jours, on voit encore, à Rome, des groupes de
+musiciens, pendant le temps de Noël, mais les gracieux instruments
+d'autrefois deviennent de plus en plus rares: la plupart du temps ils
+sont remplacés par de bruyants trombones, de criardes clarinettes et le
+plus souvent ils ne donnent leurs concerts que pour la _mancia_ (les
+étrennes).]
+
+Quelques jours avant Noël, on rencontre parfois des montagnards, vêtus
+de leur pittoresque costume, qui font danser des _marionnettes_ au son
+de leurs instruments rustiques. Ces petits théâtres sur lesquels ils
+font mouvoir des figurines de bois ou de carton sont accueillis avec des
+cris de joie par les enfants. Ce sont pour eux les messagers célestes
+qui annoncent bonbons et jouets de toutes sortes: ils remplacent dans
+leur imagination le «Bonhomme Noël» tout emmitouflé des régions du Nord
+et ils ne sont pas attendus avec moins d'impatience.
+
+Quel ravissant coup d'oeil offrent les magasins de Rome pendant
+la semaine de Noël. Les blanches Madones ornent les façades, ou
+resplendissent à l'intérieur au milieu des lumières. Les marchandises
+disposées sur des étagères avec un goût parfait, apparaissent dominées
+par une jolie statue de la Vierge qui, sur un trône de verdure et de
+fleurs, est vraiment la Reine de la maison: une lampe brûle, jour et
+nuit, devant elle.
+
+De petites boutiques s'élèvent comme par enchantement le long de toutes
+les rues qui avoisinent le Tibre. Les enfants conduits par leurs parents
+se dirigent de préférence vers la place Saint-Eustache et vers la place
+Navone, remplies de magasins improvisés qui présentent un entassement
+de bonbons et de jouets de toutes sortes. Du matin au soir, c'est un
+véritable assaut de la part de tout un peuple d'acheteurs de sept à dix
+ans. Pour le Romain, Noël est vraiment le _capo d'anno_, le jour de
+l'an. C'est à Noël que les communautés échangent des _Agnus Dei_
+encadrés dans des reliquaires et même des gâteaux. Sous Pie IX encore,
+le Pape recevait les présents du Collège des Notaires apostoliques.
+
+Pendant la nuit de Noël, on envoie à ses parents et amis des gâteaux de
+maïs qui ont été bénits par les prêtres des paroisses. Ces gâteaux sont
+plus ou moins grands, suivant l'importance du cadeau qu'on veut faire.
+Laisnel de la Salle rapporte[44] qu'une année le prince Borghèse en reçut
+un blasonné à ses armes qui ne mesurait pas moins de six mètres de
+largeur. Il en fit faire vingt-quatre énormes portions qui furent
+distribuées à autant de pauvres.
+
+[Note 44: _Croyances et légendes_, Tom. I. page 12.]
+
+Cette année (1904), la réception des cardinaux par le Pape au Vatican,
+pour la présentation des voeux, eut un caractère tout intime. La veille
+de Noël, chaque cardinal s'exprima verbalement en son nom: on ne lut
+point d'adresse, le Pape ne prononça pas de discours, mais s'entretint
+cordialement avec chaque cardinal. Le Souverain Pontife reçut ensuite
+l'antichambre pontificale et les officiers de sa garde.
+
+Mais l'objet le plus convoité par les enfants,--les meilleures
+étrennes--c'est un _presepio_. On nomme ainsi une Crèche en cire,
+contenant l'Enfant Jésus couché sur la paille, Marie et Joseph en
+adoration à ses côtés et, sur un plan éloigné, le boeuf et l'âne qui
+semblent réchauffer de leur haleine le Sauveur du monde. Il y a des
+Crèches de route grandeur, de tout prix: les plus attrayantes pour les
+petits Romains sont celles qui sont recouvertes d'un globe de cristal.
+Ils emportent triomphalement leur _presepio_ et le placent avec honneur
+dans leur chambrette ornée à l'avance pour le recevoir. C'est devant lui
+que, chaque soir, toute la famille vient prier[45].
+
+[Note 45: La plus belle Crèche de Rome se trouve toujours dans
+l'antique église de l'_Ara coeli_, au Capitole. Ces représentations
+de la Crèche sont ordinairement conservées de Noël à
+l'Épiphanie.--Autrefois, dans quelques églises, on les cachait le jour
+des Saints Innocents, en mémoire de la fuite de Jésus en Égypte.
+
+Le célèbre peintre florentin Luca della Robbia se distingua dans la
+fabrication des Crèches en terre cuite.]
+
+Rappelons un gracieux et naïf usage qui existe à Rome et qui fait de
+Noël, comme partout ailleurs, la fête privilégiée des enfants: nous
+voulons parler des petits prédicateurs de l'_Ara coeli_.
+
+Pendant les fêtes de Noël, on vient de tous les quartiers de la ville
+dans cette église dédiée à la Vierge Marie pour rendre ses hommages
+au _San Bambino_. Tout le monde le connaît, tout le monde vient se
+recommander à lui. Il n'est pas rare qu'on le conduise chez des malades
+désespérés et que des guérisons étonnantes soient produites par sa
+présence. Telle est à Rome sa renommée que ceux même qui, en 1849,
+opprimaient le Pape et outrageaient les prêtres, affectaient de le
+respecter et lui donnèrent la plus belle des voitures qui se trouvaient
+au Quirinal pour ses visites aux malades.
+
+La statue du _San Bambino_ est en bois d'olivier: sa robe est couverte
+de saphirs, d'émeraudes et de topazes, dons de la piété des fidèles.
+Un soleil tout en diamant étincelle sur sa poitrine, des colliers
+plus précieux les uns que les autres ornent son cou et tout cela en
+reconnaissance des nombreuses guérisons opérées au contact du _San
+Bambino_ et constatées par des témoignages très authentiques. Il demeure
+exposé depuis Noël jusqu'à l'Épiphanie, dans une chapelle latérale
+admirablement décorée: il y est entouré de tous les personnages qui
+furent témoins du mystère de Bethléem.
+
+Quand le moment est venu de le dérober aux regards, les Religieux
+Franciscains du couvent de l'_Ara coeli_ le portent en procession sur le
+seuil de l'église et avec lui bénissent la foule.
+
+Peu de cérémonies, à Rome, attirent un tel concours: les cent
+vingt-quatre marches qui conduisent à l'église, tous les degrés du
+Capitole, tous les balcons sont garnis de pieux fidèles qui attendent
+cette bénédiction comme une grâce des plus précieuses.
+
+C'est en face du _San Bambino_ que les enfants de Rome viennent prêcher.
+Au pilier voisin s'appuie une petite chaire: les jeunes orateurs de sept
+a douze ans s'y succèdent pour y célébrer, dans leur naïf langage, les
+louanges du petit Jésus.
+
+Deux mois avant la fête, père, mère, frères et soeurs, tout le monde
+est en mouvement dans les familles. Les uns composent, les autres font
+répéter au jeune débutant son sermon de Noël.
+
+«Lorsque j'arrivai, écrit Mgr Gaume, c'était une petite fille qui
+occupait la chaire: à en juger par sa taille, elle pouvait avoir huit
+ans au plus. Elle parlait avec beaucoup d'onction et de vivacité; le
+geste était naturel, le ton juste et varié..... La péroraison fut
+pathétique. L'orateur tomba à genoux, étendit ses petites mains vers le
+_Son Bambino_, lui adressa une naïve prière, puis donna sa bénédiction
+absolument comme l'aurait fait un vieux prédicateur»[46].
+
+[Note 46: Loc. cit. I p. 459.]
+
+Il n'est donc pas étonnant que, pendant huit jours, de dix heures du
+matin à trois heures du soir, il y ait foule à l'_Ara coeli_.
+
+C'est ici qu'il faut parler d'un personnage imaginaire qui jouait
+autrefois un grand rôle dans les coutumes populaires de Noël en Italie:
+il s'agit de la _Befana_[47].--Ce mot qui est évidemment une corruption
+de _Befania_. _Epifania_ Épiphanie, veut dire _marionnette_, _fantôme_.
+
+[Note 47: Voir le _Dizionario di Tradizione_ de Moroni. Spain. Tom.
+IV, pag. 278-282.]
+
+On appelle _Befana_ un mannequin habillé de haillons qu'on promène en
+Italie, la nuit de l'Épiphanie et qu'on s'amuse à suspendre aux fenêtres
+le jour même de la fête. Cet usage a presque complètement disparu.
+
+Varchi et Béni représentent la _Befana_ comme une vieille femme aux yeux
+rouges, aux lèvres épaisses, au visage furibond.
+
+Jacques Grimm[48] dit que la _Befana_ est une fée difforme, noire, laide,
+qui apporte des présents aux enfants. En Allemagne, ajoute-t-il, _Tante
+Arie_ joue à peu près le même rôle. Sa légende serait originaire de
+Franche-Comté; elle assiste aux moissons, préside les fêtes rustiques,
+récompense les fileuses diligentes, fait tomber les fruits des arbres
+pour les enfants sages, et à Noël leur donne des noix et des gâteaux. Le
+titre de _tante_ paraît avoir remplacé celui de _fée_, car c'est le nom
+d'une personne généralement bienfaisante.
+
+[Note 48: Dictionnaire de Mythologie allemande, s. v. _Befana_.]
+
+En Italie, son rôle serait celui du «Bonhomme Noël» ou de
+«Croquemitaine» si redouté des enfants. S'ils ne sont pas sages, les
+parents les menacent de tout révéler à la _Befana_. Celle-ci donne des
+cadeaux aux enfants obéissants; aux méchants elle n'apporte que de la
+cendre et du charbon.
+
+Comme les Rois Mages venaient de l'Orient et que l'un d'eux était noir,
+on raconte aux enfants que la _Befana_ aussi est noire et qu'à cette
+époque, elle entreprend un grand voyage pour récompenser ou pour punir.
+
+Parmi les cadeaux qu'on lui attribue à Rome, on remarque les pommes de
+pin dorées qui rappellent l'encens et l'or des Rois Mages.
+
+En Toscane, elle est représentée comme une fée qui pénètre la nuit dans
+les maisons; elle emplit de bonbons et de joujoux, les souliers placés
+dans la cheminée. Les mamans et les gouvernantes menacent leurs
+_bambini_ de la _Befana_ qui n'est, disent-elles, ni tendre, ni
+généreuse pour les mauvais sujets.
+
+Le cinq Janvier, veille de l'Épiphanie, vers dix heures du soir, la
+place Xavone, la plus vaste et la plus imposante de Rome après celle de
+Saint-Pierre, est illuminée _à giorno_ et présente un aspect féerique.
+Des marchands forains y étalent leurs boutiques ambulantes chargées de
+friandises, de fruits et de jouets d'une variété infinie. On y installe
+même des pâtisseries et des cafés pour les parents, les parrains, les
+maîtres: ils y viennent en foule pour «régaler» leurs enfants, leurs
+filleuls, leurs élèves.
+
+On crie, on danse, on tambourine, on agite des grelots et même des
+casseroles. On y vend surtout des trompettes de fer blanc appelées
+_Befane_[49]. Les enfants les achètent et s'en vont par les rues,
+soufflant toute la soirée et toute la nuit, et rendant tout sommeil
+impossible. Cette bruyante démonstration est, dit-on, à l'intention du
+roi Hérode qu'on veut punir de sa cruauté envers les Innocents.
+
+[Note 49: La veille de Saint Jean-Baptiste. Le même bruit se produit,
+avec des clochettes qu'on vend sur la place du Latran.]
+
+Assurément Hérode et sa famille occupent une grande place dans l'esprit
+des Italiens. Un voyageur qui visitait, l'hiver dernier, les églises de
+Rome, au temps de Noël, voyait partout, dans les Crèches, l'Enfant
+Jésus couvert d'un voile épais. Comme il en demandait la raison, on lui
+répondit: «c'est pour le dérober aux fureurs d'Hérode».
+
+D'après quelques auteurs[50], la _Befana_ serait Salomé, fille d'Hérode,
+qui fit décapiter Saint Jean Baptiste. Son histoire fit grande
+impression sur l'imagination du Moyen Age et la légende s'en empara bien
+vite pour y mêler ses fables. Ainsi, quand, au fameux festin, on lui
+présenta la tête tranchée du Saint, elle voulut y déposer un baiser,
+mais la bouche lui souffla violemment à la figure et aussitôt elle
+disparut ensorcelée et fut condamnée à suivre le cortège des mauvais
+esprits[51].
+
+[Note 50: Jacques Grimm. loc. cit.]
+
+[Note 51: Une autre légende raconte que la fille d'Hérode, en
+punition de son crime, eut la tête tranchée par un glaçon, au moment où
+elle traversait un fleuve dont la glace se brisa sous ses pieds.]
+
+A la cathédrale de Gênes, pendant la Messe de minuit, au _Gloria in
+excelsis_, tous les enfants de l'assistance sonnent un charivari de
+clochettes de terre cuite qui ne convient guère à la sainteté du lieu.
+--Ceci rappelle un peu les Messes solennelles des rites orientaux,
+arménien, grec, etc., où la consécration s'accomplit au son des grelots
+que le diacre et le sous-diacre agitent de chaque côté du célébrant. Ces
+grelots sont attachés au bout d'un bâton de deux mètres, qui porte à son
+extrémité une plaque ronde de cuivre ou d'argent; ils rendent un son
+harmonieux par suite du mouvement qu'on leur donne. Cet instrument
+s'appelle _quéchouez_[52].
+
+[Note 52: Lebrun. _Explication des cérémonies de la Messe_. Tom.
+III.]
+
+D'ailleurs, pendant toute la veillée de Noël, ces mêmes clochettes
+préludent à la fête, dans toutes les rues de Gênes, d'une assez amusante
+façon.
+
+Dans quelques villes d'Italie, on voit encore ce qu'on appelle _la ruota
+della Befana_. C'est une ronde d'enfants avec des chants à tue-tête,
+autour d'un grand feu de joie. Cet usage existe encore à Mandello sur
+les bords du lac de Lecco. Un cortège nombreux, que précède une musique
+barbare et une mascarade pittoresque, escortent la _Befana_, la vieille
+qui porte la fleur de lys et la quenouille. D'après la légende, elle
+vient, le jour de Noël, distribuer des jouets et des friandises aux
+enfants bien sages. La fête se termine sur la place du village par un
+feu de joie dans lequel on brûle, en effigie, la vieille femme qui doit
+renaître de ses cendres l'année suivante.
+
+Dans ce même village de Mandello, le chef du peuple, _il capo del
+popolo_, revêtu d'un costume spécial et entouré d'une foule nombreuse,
+offre une marmite de soupe fumante à l'Enfant Jésus que l'on vénère
+dans une Crèche installée sur la grande place. Au pied d'un autel
+improvisé, on dépose, sur un tapis, des jattes remplies d'eau, que l'on
+vient reprendre le lendemain. Elles serviront de pieux présents aux
+amis, car cette eau passe pour avoir obtenu des vertus particulières
+pendant qu'elle a séjourné devant la Crèche.
+
+Dans la même région, au val di Rosa (Lecco), les gens du pays jouent
+encore, à l'occasion de Noël, des _Mystères_ qui datent du Moyen Age.
+Ils représentent le cortège des Bergers et des Rois Mages, en costumes
+qu'ils sont fiers de porter, et montent, en chantant, sur les hauteurs
+voisines couvertes de neige. Un clerc ouvre la marche, tenant bien haut
+l'étoile lumineuse: rois et pasteurs suivent en ordre et se rendent à un
+_presepio_ dressé dans un ermitage au sommet de la montagne.
+
+En Toscane et en d'autres contrées de l'Italie, la bûche de Noël est en
+grand honneur. Quelquefois même dans le langage populaire, on désigne la
+fête de Noël par ce seul mot _Ceppo, la Bûche_. On bande les yeux aux
+enfants, puis ces derniers doivent tourner autour de la Bûche et la
+frapper à coup de pincettes en chantant la _canzonetta_ dite _l'Ave
+Maria de la Bûche_. Ce chant a la vertu de faire tomber sur eux une
+pluie bienfaisante de jouets et de bonbons, selon la générosité des
+assistants [53].
+
+[Note 53: P. Fantani--*** s. v. Ceppo]
+
+
+
+NAPLES
+
+La vue de Naples, de son golfe aux teintes d'azur, de ses rivages
+constellés de blanches villas, de ses promontoires pittoresques et du
+cône fumant du Vésuve, est un des spectacles les plus enchanteurs qu'il
+y ait au monde.
+
+Nulle part Noël n'est plus animé qu'à Naples. Une sorte de rage de
+plaisir et de distraction s'empare de la population tout entière et
+pendant une période de huit jours, c'est un mouvement, un entrain, une
+sorte de _furia_ dont rien ne peut donner l'idée.
+
+La semaine qui précède Noël s'appelle, à Naples, la semaine des
+_bancarelle_ (littéralement des _comptoirs_). En 1904, elle s'est
+terminée dans un «bain de lumière et d'azur» [54].
+
+[Note 54: Nous empruntons quelques détails aux journaux de Naples:
+nous nous efforçons de les traduire aussi littéralement que possible,
+afin de conserver les nuances d'un style plein de délicatesse et
+d'originalité.]
+
+Une douceur de ciel printanier a souri à ces derniers jours de l'année,
+d'ordinaire si pluvieux à Naples: le bonheur des petits commerçants est
+donc complet. Les marchés de Noël ont eu depuis huit jours un aspect
+des plus attrayants comme tous les usages de cette population moitié
+orientale et moitié espagnole.
+
+D'innombrables boutiques s'élèvent dans la grande rue centrale de
+Naples, _via di Roma, gia Toledo_ (la rue de Rome, autrefois de
+Tolède[55]). Une foule en liesse la remplît et déborde dans les ruelles
+adjacentes, sur les places et sur les quais. Clameurs, joie universelle,
+portées au diapason le plus élevé, explosion gigantesque de bonne
+humeur et de félicité publique qui se nourrissent de gain bien minimes,
+préparés de longue main et impatiemment attendus. Toutes les familles
+bourgeoises se réapprovisionnent du nécessaire et parfois même du
+superflu. Les _bancarelle_ sont une exposition aux formes les plus
+diverses, aux couleurs les plus variées et les plus vives: elles se
+tiennent sur les places, en plein air, au milieu de tentes roulantes
+qui s'élèvent par milliers et sur lesquelles l'esthétique du peuple
+napolitain range, en groupes bizarres, les objets les plus divers et les
+plus brillants.
+
+[Note 55: Le gouvernement italien, au moment de l'annexion du royaume
+de Naples, a changé le nom de la grande rue de Tolède et l'a appelée,
+en 1870, rue de Rome. Mais, nous l'avons constaté, pour le peuple
+napolitain et la presse locale, c'est toujours la rue de Tolède.]
+
+Ce ne sont pas seulement des comestibles, des ustensiles en terre ou en
+verre, fabriqués sous les formes les plus fantastiques; ce n'est pas
+seulement pour la table que se dressent ces agréables bastions vivants,
+le long des trottoirs fourmillant de monde de la rue de Tolède, de la
+place Medina et de la place de la Liberté, la littérature même a ses
+autels, ses petits temples enguirlandés dans ce bruyant «abracadabra» du
+Noël Napolitain. Elles sont, en effet, innombrables les _bancarelle_
+où sévères et graves se trouvent rangés les livres, les opuscules, les
+in-folios anciens et miniatures, toutes les variétés et les sous-espèces
+du volume, et surtout des manuscrits qui coûtèrent tant de sueurs. Un
+public curieux et sympathique s'approche de ces montagnes de papier
+imprimé, et y cherche avec des regards studieux l'ouvrage désiré et
+peut-être ignoré du revendeur. Parfois pour quelques centimes on achète
+un livre d'une grande valeur, ou tout un lot de brochures au dos déchiré
+et aux pages en lambeaux.
+
+Et aujourd'hui (Noël 1904), pour la première fois peut-être depuis vingt
+ans, grâce aux rayons bienfaisants d'un soleil de printemps, Naples peut
+montrer toute la beauté éblouissante de ses marchés «enveloppés d'un
+nimbe de joie». Toute la ville est aujourd'hui dehors: les étrangers en
+extase contemplent ce spectacle comme «une fascinante féerie».
+
+Ce qu'il faut voir surtout, c'est le pittoresque _marché aux poissons_
+sur le quai de Sainte-Lucie. La veille de Noël, après avoir traversé un
+grand nombre de rues entre des trophées de verdure, des amoncellements
+de fruits, de compotes au vinaigre, de gâteaux, de liqueurs, on croirait
+que c'est la dernière journée où il soit permis de manger. Pour le
+souper, la carte de rigueur est la suivante: vermicelle au jus de
+poisson, _broccoli_ fumants à l'huile, _capitone_[56] et poissons
+divers[57].--Cent mille personnes au moins sont en mouvement pour
+préparer le succulent repas aux quatre cent mille autres qui se
+promènent oisives ou qui travaillent, en proie à la plus fébrile
+impatience.
+
+[Note 56: Le _capitone_ est le mets traditionnel et nécessaire du
+repas de Noël: c'est une anguille de rivière ou de mer, quelquefois Une
+murène à la chair blanche et laiteuse.]
+
+[Note 57: Les Napolitains les appellent _frutti di mare_ (fruits
+de la mer), ce sont des huîtres, des crabes, des langoustes, des
+coquillages aux formes les plus variées.]
+
+A combien le _capitone_? Telle est la grande question du jour. En effet,
+quel est le Napolitain qui ne mange le _capitone_ le soir de la veille
+de Noël?
+
+Partout on entend crier: «_capitone viva, fricceca, stu capitone, a na
+lira e otto, capitone_ vivant, il palpite encore ce _capitone_, à un
+franc quarante centimes».
+
+Il faut aller visiter la rue Ste-Brigitte ou la rue Porto, le soir de la
+veille de Noël. C'est une scène fantastique digne du pinceau de Gherardo
+dell Notti. Qu'ils sont beaux à voir ces marins au teint bronzé, vieux
+loups de mer qui, sur leurs barques de pêche (_paranziello_), ont défié
+maintes fois les tempêtes et qui ont une voix de tonnerre habituée à se
+faire entendre au milieu du bruit des vagues. Ils sont là, debout devant
+leurs corbeilles entourées de cierges allumés, les manches de leur veste
+retroussées jusqu'au coude. Ils enfoncent de temps en temps leurs mains
+dans ces corbeilles remplies d'anguilles vivantes, ils saisissent les
+plus grosses, les font tournoyer en l'air et gesticulant avec toute leur
+vivacité méridionale, ils ont un faux air de charmeurs de serpents.
+
+A chaque coin de rue les marchandes de Procida[58] et d'Ischia attirent
+l'attention par le curieux costume de leur île.
+
+[Note 58: _Le jour de Noël_, à la Saint-Michel et le huit Mai, les
+femmes de Procida revêtent leur costume national: un vêtement rouge
+brodé d'or, et elles exécutent la danse du pays, la _tarantelle_.]
+
+Rien de plus animé, de plus vivant que le spectacle du port de Naples,
+la veille de Noël, vers le coucher du soleil. La foule y montre sa folle
+et insouciante gaîté, son intarissable faconde, sa verve spirituelle et
+bouffonne, les marchands y annoncent leurs denrées avec mille _lazzi_,
+les musiciens y donnent des sérénades et au milieu de cette cohue
+indéfinissable les _corricoli_, petites voitures où s'entassent de douze
+à quinze personnes, amènent de Portici et de Resina les ouvriers qui
+viennent souper en plein air, en face de la mer (à la napolitaine).
+
+Oui, à Naples, Noël est bruyant et joyeux: clameurs et joie qui font
+oublier la désolante mélancolie qui court dans les vastes souterrains
+de cette bonne, généreuse et sympathique population. Qu'on ne croie
+pas cependant que Naples soit devenue, par enchantement «la ville du
+dollar»: Noël n'est pour elle qu'une «parenthèse de félicité et de
+splendeurs», à la fin d'une année qui a été souvent attristée par bien
+des privations.
+
+En un mot, rien de vivant, de pittoresque, de sémillant comme ce peuple
+en délire sous «le beau ciel bleu de Naples, turquoise le jour, saphir
+la nuit».
+
+Comment ne pas se rappeler ces beaux vers de Lamartine:
+
+ Sous ce ciel où la vie, où le bonheur abonde.
+ Sur ces rives que l'oeil se plaît à parcourir.
+ Nous avons respiré cet air d'un autre monde.
+ Elvire!... Et cependant on dit qu'il faut mourir[59].
+
+[Note 59: Tout le monde connaît ce vieux dicton que répète volontiers
+même le dernier des Napolitains: _Veder Napoli e dopo mori_, voir Naples
+et mourir.]
+
+Naples a aussi ses musiciens de Noël; ils viennent du fond des Abruzzes
+et des gorges de la Calabre: ils portent le nom de _Zampognari_. Il y
+a deux sortes de _Zampogna_ en usage dans le midi de l'Italie et en
+Sicile.
+
+C'est d'abord une cornemuse composée d'un sac de peau et de trois
+chalumeaux de différentes longueurs. Deux de ces chalumeaux donnent
+toujours le même ton; le troisième est susceptible de varier ses notes
+et rappelle le hautbois et la clarinette. La note continue du plus gros
+chalumeau s'appelle _bourdon_, elle est censée faire la basse; celle du
+second, donne ordinairement la dominante. Lorsqu'on entend de loin
+dans les montagnes ce singulier mélange de tons immuables avec les
+modulations de la mélodie, on croirait avoir les oreilles frappées
+par un tintement de cloches plutôt que par le son d'un instrument de
+musique.
+
+Il y a aussi de petites _Zampogne_ qui ne se composent que d'un simple
+chalumeau. Nous avons sous les yeux une gravure reproduisant le gracieux
+tableau du professeur Bechi de Rome. C'est un _Zampognaro qui s'exerce à
+jouer la cantilène de Noël_: son instrument, en effet, n'a pas d'outre
+et ressemble assez à un hautbois de petite dimension.
+
+Les fonctions et les costumes des _Zampognari_ sont à peu près les mêmes
+que ceux des _Pifferari_ à Rome. Comme eux, ils ne s'embarrassent pas
+d'un bagage inutile. Un manteau de laine brune leur sert, pendant
+la nuit, tout à la fois de matelas et de couverture. Ces pauvres
+montagnards s'en vont de porte en porte et le peuple napolitain très
+pieux et très charitable leur demande des neuvaines devant l'image de la
+Madone ou devant la Crèche. L'argent qu'ils gagnent sert à nourrir leur
+famille pendant le reste de l'année.
+
+A Naples, plus encore qu'à Rome, le _presepio_ (la Crèche) joue un grand
+rôle dans les fêtes de Noël. Dans le sud de l'Italie, les Crèches sont
+nombreuses et dénotent parfois un véritable talent d'artiste. Au fond
+d'une grotte entourée de rochers, on aperçoit l'étable et la Crèche où
+naquit le Sauveur. Autour du _San Bambino_ reposant sur la paille, de
+minuscules figurines de bois sculpté, revêtues d'habits patiemment
+confectionnés aux veillées d'hiver, représentent la Sainte Vierge et
+Saint Joseph en extase. A l'entrée, de petits chérubins pressent leurs
+têtes ailées pour regarder de plus près le nouveau-né. Puis c'est toute
+une procession de bergers qui viennent lui apporter leurs modestes
+présents.
+
+Au sommet de la grotte brille l'étoile qui a conduit les Mages. Ceux-ci
+sont entourés de pages, d'hommes d'armes, d'écuyers, d'esclaves nubiens
+qui conduisent des chameaux. Ces figurines sont quelquefois d'un grand
+prix: il est des chèvres et des moutons signés _Vaccaro_, qui valent
+leur pesant d'or.
+
+Un auteur dramatique a eu la passion de la Crèche: le napolitain dom
+Michel Cuciniello. Il avait rangé derrière de brillantes vitrines ses
+_pupazzi_ (petites statuettes): il aimait à les faire admirer à ses
+visiteurs. On y voyait tout ce qui peut entrer dans la composition d'une
+Crèche, depuis l'Archange Gabriel jusqu'à l'humble paysanne apportant
+ses présents dans un panier, depuis Saint Joseph jusqu'au tavernier,
+depuis la Sainte Vierge jusqu'au roi nègre. Dom Michel offrit à la
+ville de Naples ce trésor d'art qu'on peut aller voir au Musée de la
+Chartreuse de San Martino.
+
+Cette Crèche se trouve dans la grande salle attenante à celle de la
+Gondole de Charles III. A droite, s'élève la maisonnette du tavernier:
+plus haut, celle de la blanchisseuse; à gauche, un petit pont sur un
+torrent entre les troncs énormes de vieux chênes renversés: au centre,
+les colonnes brisées d'un temple en ruines; loin, bien loin, à perte de
+vue, la campagne; de petites collines verdoyantes s'estompent dans la
+brume, et au-dessus un ciel d'azur donne à cette scène à la fois profane
+et sacrée un aspect des plus grandioses.
+
+La maisonnette du tavernier est une merveilleuse reproduction des moeurs
+napolitaines. On y voit ustensiles en cuivre, faisceaux d'herbages,
+animaux de basse-cour, mobilier complet, vases de fleurs.
+
+Plus loin, sur la terrasse de la blanchisseuse, le linge étendu sur des
+cordes et séchant au soleil, la petite cage à la fenêtre: le tout d'une
+parfaite précision.
+
+Là-bas, dans la plaine, on voit caracoler des chevaux que des
+palefreniers retiennent avec peine; plus loin, de riches paysannes
+dansent la _tarantelle_ au son des guitares.
+
+Qu'elle expression dans ces têtes d'argile! Quelle finesse dans tous ces
+vêtements et dans ces parures! Quel éclat dans ces perles précieuses!
+Quelle animation, quelle vie dans tout ce paysage; dans ce torrent qui
+écume au milieu de blocs énormes et d'arbres séculaires, dans cette
+nature souriante, idyllique, parmi les épais rosiers et les prairies en
+fleurs!
+
+Quelle richesse dans ce cortège des Rois Mages! Ils s'avancent coiffés
+de turbans et vêtus d'habits chamarrés d'or et parsemés de pierreries;
+de nombreux esclaves conduisent des chameaux chargés de coffres remplis
+d'or et de pierres précieuses.
+
+Au-dessus de tout, s'élève pure la note de la foi: la Vierge et Saint
+Joseph, le petit Enfant Jésus étendu sur la paille, le boeuf et l'âne.
+Autour des petites colonnes qui entoure la Crèche, grimpent le lierre
+et la mousse et des essaims d'Anges se balancent dans les airs en
+glorifiant Dieu.
+
+La Crèche de dom Michel et ses quatre-vingts statuettes représentent une
+valeur de deux cent cinquante mille francs.
+
+Un habitant de la ville de Caserte avait dans sa maison une Crèche
+d'une richesse vraiment royale. Les Rois Mages, avec des costumes
+éblouissants, apportaient de vrais coffres d'or et de pierreries: les
+perles, les rubis, les émeraudes, les topazes y brillaient de toutes
+parts. Une femme avait au milieu du front un diamant si gros et d'une si
+belle eau qu'une princesse l'aurait mis volontiers à son diadème. On ne
+sera pas étonné d'apprendre que des soldats en armes gardaient, nuit et
+jour, un tel _presepio_.
+
+La veille de Noël, à minuit, la famille entière vient s'agenouiller
+devant la Crèche. Le plus jeune des enfants prend un _Bambino_ en cire
+et le place entre la Vierge Marie et Saint Joseph, dans un petit berceau
+de mousse. Les _Zampognari_ attaquent la plus belle de leurs symphonies:
+on y répond par des cantiques: tout le monde prie; c'est une scène des
+plus touchantes[60].
+
+[Note 60: De Lauzières, _Panorama des Fêtes chrétiennes_.]
+
+Toute la nuit de la veille de Noël ont lieu des feux d'artifice
+qu'on nomme _Tricchi-Tracche_. Les rues, les ruelles deviennent plus
+lumineuses qu'à midi. Les feux de bengale pétillent à tous les étages
+et à toutes les fenêtres: les flammèches tombent en pluie de feu sur
+la tête des passants. Alors aussi sur les places publiques, sur les
+trottoirs, sur les balcons éclatent les soleils, les girandoles, les
+fusées de toutes sortes. Dans chaque rue, dans chaque quartier c'est une
+fusillade nourrie; on dirait que dans cette ville de cinq cent mille
+âmes se livre une lutte effroyable. Les morts sont rares; il y a bien
+quelques blessés--mais c'est _Natale_ (Noël)--et l'an prochain on
+recommencera de plus belle!
+
+Il y a une vingtaine d'années, on représentait à Naples, dans un théâtre
+de second ordre, la _Nascita del Verbo Incarnato_ (la Naissance du Verbe
+Incarné), longue et fastidieuse pièce en cinq actes et en vers, avec
+prologue. Les acteurs jouaient d'abord avec beaucoup de sérieux et de
+dignité. Mais, à la fin de chaque acte, les _guillari_ (les bouffons,
+les clowns) apparaissaient sur le théâtre, liaient conversation avec la
+Sainte Vierge et Saint Joseph, puis restés bientôt seuls maîtres de la
+scène, racontaient, en patois, les nouvelles du port, avec une verve
+endiablée.
+
+Il existe un usage assez bizarre dans la petite ville de Catanzaro, au
+sud de Naples, dans la Calabre ultérieure. C'est _n' Presepiu cchi si
+motica_, une espèce de Crèche-théâtre, de Crèche-parlante. Elle ne se
+trouve pas dans l'église. Elle nous apparaît peuplée de personnages qui
+se meuvent, gesticulent, parlent, absolument comme des marionnettes.
+A côté d'une grotte s'élève une prison, puis un palais, un couvent de
+capucins, une église. L'action est des plus grotesques. Par exemple,
+Hérode vient d'apprendre la nouvelle de la naissance d'un roi plus
+puissant que lui; aussitôt il entre dans une fureur extrême et donne
+ordre de faire périr par le glaive tous les enfants au-dessous de deux
+ans. On assiste alors au meurtre des Innocents, on entend des cris
+plaintifs. Les Religieux sortent du couvent et veulent défendre ces
+pauvres victimes, mais ils sont à leur tour roués de coups, jusqu'à
+ce que d'autres Religieux arrivent, en chantant des psaumes pour les
+morts[61].
+
+[Note 61: M. Lumini, _Le sacre rappresentazione italiane_, p. 306.]
+
+Dans l'île d'Ischia, on voit, dans les deux églises, un trône orné, sur
+lequel est placée une statue de la Vierge. Elle est habillée de brocart
+riche, porte des cheveux naturels très frisés et des boucles d'oreille:
+elle a une sorte de tablier de mousseline blanche qu'elle relève des
+deux mains comme pour en former un berceau. Le jour de Noël, on dépose
+un Enfant-Jésus dans le tablier de la Vierge.
+
+A Capri[62], au commencement de la Messe de minuit, le tabernacle
+apparaît _ouvert_ et _vide_, pour signifier que le Christ n'est pas
+encore né. Après la communion seulement, le prêtre y introduit une
+hostie consacrée et ferme la porte. Pendant toute la nuit et toute
+la journée du vingt-cinq décembre, les bombes et les coups de feu
+retentissent sans cesse, répétés par les échos des montagnes.
+
+[Note 62: Dans l'île de Capri, de la pointe du _Capo_ la vue est
+magnifique et n'a de comparable au monde que la rade de Rio de Janeiro
+et les abords de Constantinople.]
+
+Dans l'église de Massa-Lubrense, près de Sorrente [63], on voit une
+Crèche qui est tout un monde. Ce sont des rochers escarpés remplis de
+personnages en miniature: bergers, religieux; dans un ravin, les Rois
+Mages qui s'avancent avec toute leur suite; puis des villages, des
+maisons avec des curieux sur les balcons, des ouvriers à leur atelier,
+des gens qui causent sur la place publique, des Anges suspendus en
+l'air. Il y a peut-être deux cents figurants. C'est pour ainsi dire la
+reproduction de la Crèche de la Chartreuse de Naples.
+
+[Note 63: Aux environs de Sorrente se trouve le pittoresque couvent
+du Deserto.--Du haut de la terrasse on a une vue charmante sur les deux
+golfes de Naples et de Salerne et sur l'île de Caprée.]
+
+Dans toute la région, les passants saluent les étrangers par ces mots:
+_Buon' Natal!_ (bon Noël). C'est le souhait de la nouvelle année[64]. Il
+en est de même à Rome; on dit encore: _Buone feste_ (bonnes Fêtes!)
+
+[Note 64: Ces intéressants détails sur Ischia, Capri et les environs
+de Sorrente nous ont été fournis par deux personnes de notre famille qui
+ont assisté à la Messe de minuit dans l'église de Capri, à l'occasion de
+la fête de Noël 1904.]
+
+Nous trouvons dans l'_Illustrazione popolare_ (l'Illustration populaire)
+de Rome, sous le titre: _la squilla di Lanciano nella notte di Natale_
+(la voix stridente de Lanciano[65], pendant la nuit de Noël) le trait
+suivant:
+
+Le soir du vingt-trois Décembre, à six heures, une petite cloche de
+l'église métropolitaine de _Sainte-Marie-du-Pont_ commence à sonner.
+Cette sonnerie qu'on est convenu d'appeler _squilla di Natale_ (voix
+stridente de Noël) dure une heure sans interruption. Entre temps, les
+boutiques et les cafés se ferment; tous les habitants regagnent leurs
+foyers; de continuelles salves de mousqueterie et d'autres armes à feu
+retentissent de toutes parts. A sept heures du soir, tout le monde est
+chez soi; la clochette cesse de sonner, et, à leur tour, carillonnent
+toutes les cloches des nombreuses églises de la ville de Lanciano. À
+ce moment, tous tombent à genoux et récitent les litanies et d'autres
+prières.--C'est l'heure où, suivant une croyance populaire, la Vierge
+arriva à Bethléem. La prière finie, les enfants baisent les mains de
+leurs parents, de leurs aïeuls, de leurs oncles et tantes et échangent
+des compliments de bonnes fêtes. Un instant après, arrivent aussi les
+enfants qui vivent loin de la maison paternelle: ils viennent apporter
+l'expression de leur amour filial et prendre part aux joies de la
+famille réunie.
+
+[Note 65: _Lanciano_, dans l'Abruzze citérieure, dix-huit mille
+habitants, archevêché, belle cathédrale; _pont de Dioclétien_.]
+
+Voici l'origine de cet usage: Monseigneur Paul Tasso, napolitain
+d'origine, prélat d'une grande charité et qui fut archevêque de Lanciano
+de 1588 à 1607, avait l'habitude d'aller tous les ans, le soir du
+vingt-cinq Décembre, processionnellement et pieds nus, suivi du clergé
+et du peuple,--en souvenir du voyage que fit Marie, de Nazareth à
+Bethléem,--jusqu'à une petite chapelle distante de plus d'un kilomètre
+de la ville, Sainte Marie dell' Iconicella. Pour faire ce trajet, il
+mettait une heure, et pendant ce temps, une clochette sonnait. Après la
+mort de Monseigneur Tasso, ses successeurs renoncèrent à la procession,
+mais l'usage de sonner la cloche subsista.
+
+ Ninna nanna de Manzoni.
+
+ _Dormi, fanciul, non piangere,_
+ _Dormi, fanciul celeste,_
+ _Sovra il tuo capo stridere_
+ _Non osin le tempeste!_
+
+ Dors, Enfant, ne pleure pas,
+ Dors, divin Enfant,
+ Sur ta tête faire rage.
+ N'osent pas les tempêtes!
+
+ (Première strophe.)
+
+
+
+SICILE
+
+La Sicile, qu'on appelle avec raison «la perle des îles» à cause de
+la beauté de ses paysages et de la douceur de son climat, offre une
+infinité de coutumes charmantes, à l'occasion de Noël.
+
+Le grand et très intéressant journal de Palerme, l'_Ora_ (l'Heure) du
+vingt-cinq Décembre mil neuf cent quatre, que nous a gracieusement
+envoyé un éminent professeur de cette ville, nous apporte de précieux
+documents que nous allons traduire et résumer en leur conservant, autant
+que possible, leur couleur locale.
+
+Le bateau venant de Naples, arrive le plus souvent à Palerme avant le
+lever du soleil. Le décor matinal est réellement délicieux. À gauche,
+au-dessus du promontoire rocheux de Zaffarano, volent de légers nuages
+gris auréolés de rose par les premiers feux de l'aurore; le ciel est pur
+de ce bleu pâle qui caractérise les fins d'orage et dont connaissent
+bien la nuance tendre tous ceux qui ont navigué sur la Méditerranée.
+Bientôt apparaît Palerme _la Felice_ (l'heureuse) baignée de lumière,
+ceinte de sa «Conque d'or», plaine fertile qu'encadre un hémicycle de
+montagnes grandioses.
+
+Les sourires et les sarcasmes des esprits forts et des demi-savants
+n'ont pas réussi à diminuer la fraîche poésie de la fête de Noël. Sans
+doute, dit l'_Ora_, il y a bien dans notre chère île, comme partout
+ailleurs, pendant deux ou trois jours, des repas de parents et d'amis où
+l'on sert des plats choisis et des mets succulents, puis des desserts
+de fins gâteaux et de frais bonbons, mais Noël garde dans les rues
+bruyantes de nos cités, comme dans nos plus humbles villages, son cachet
+traditionnel de fête religieuse.
+
+Partout, on entend les voix tristes des rapsodes du peuple, auxquelles
+se mêlent le bruit monotone des sistres, le gémissement plaintif des
+violons et dans le lointain le son champêtre des cornemuses et des
+_Zampogne_. Ce sont les _aveugles-poètes_[66] qui chantent le _voyage
+douloureux de la Sainte Vierge et de Saint Joseph_ ou la _Ninnaredda_
+(berceuse) sorte de _neuvaine_ préparatoire à la fête de Noël. Toute
+maison qui les accepte et veut bien les louer est marquée d'un large
+trait noir tracé au charbon. Ce sont aussi les bergers descendus des
+montagnes: ils viennent répéter leur mélancolique _cantilène_ toute
+imprégnée de soupirs et de pleurs.
+
+[Note 66: À Palerme, les _aveugles-poètes_ forment une sorte de
+corporation; ils parcourent les campagnes, se rendent à toutes les
+fêtes, modifient et rajeunissent les chants de leurs prédécesseurs.
+
+Ils abordent tous les genres: les souvenirs des Croisades, les légendes
+de Sainte Lucie et de Sainte Rosalie, les deux Saintes si populaires
+dans toute la Sicile, un tremblement de terre, un naufrage, etc.
+
+Ils déploient autant d'imagination pour rendre par la poésie et la
+musique ces divers sujets, que les «peintres» pour les reproduire sur
+les charrettes des paysans siciliens.]
+
+Les pieux _cantiques_ de la neuvaine de Noël (_le canzoni_) sont très
+connus: ils sont à peu près les mêmes dans toute l'Italie méridionale et
+en Sicile.
+
+On connaît beaucoup moins les _prières_ (_le orazioni_) que l'on récite
+devant la Crèche dans certains villages des campagnes de Sicile. Ce sont
+des chants très courts, des invocations à Jésus-Enfant, à la Vierge, au
+patriarche Saint Joseph.
+
+Ces _prières_ sont écrites dans le gracieux dialecte sicilien que
+le poète Meli a immortalisé dans ses vers. Qu'on en juge par le
+commencement du premier sonnet de sa Bucolique.
+
+ Montagnes coupées de vallons,
+ Rochers vêtus de lierre et de mousse,
+ Cascades d'eau pure argentée.
+ Ruisseaux murmurants et lacs silencieux.
+
+ Cimes escarpées et ravins ténébreux.
+ Joncs stériles et genêts en fleurs.
+ Arbres antiques croulant de vieillesse,
+ Et grottes où les gouttelettes d'eau se pétrifient avant de tomber.
+ Accueillez, dans vos silencieux asiles,
+ L'ami de la paix et du repos!
+
+ (Meli, _Buccolica_. Sonetu I.)
+
+La première de ces _prières_ publiée par Valplatani, a toute la
+grâce d'un petit tableau flamand (_ha tutta la grazia d'un quadretto
+fiammingo_.)
+
+ _Ni' 'na grutta nasciu lu Bammineddu,_
+ _A Bettilemmi, 'ntempu di friddura,_
+ _'Ncapu la paglia comu un pucireddu,_
+ _La Bedda Matri l'ha pusatu allura,_
+ _E cc'era ddà vicinu un sciccareddu,_
+ _Misu a lu cantu di la manciatura,_
+ _All' autru latu un coi pïatuseddu,_
+ _E, 'ntunnu 'ntunnu, tutti li pastura._
+ _Gesuzzu duci, beddu e picciriddu,_
+ _Mniezzu la paglia mori di lu friddu._
+ _Ma comu grupi la cucuzza a risu,_
+ _Luci dda grutta comu un paradisu_[67].
+
+[Note 67: Nous devons la traduction à l'extrême obligeance de notre
+savant ami, M. l'abbé M***, curé de Corscia, dont la collaboration nous
+a été continuelle depuis l'origine de nos recherches sur les coutumes
+populaires de Noël.]
+
+ Dans une grotte est né le petit Enfant,
+ A Bethléem, au retour de la saison du froid,
+ Sur de la paille comme un pauvret.
+ Sa gracieuse mère l'a posé alors,
+ Tout près, d'un côté de la Crèche, il y avait un âne.
+ De l'autre côté un boeuf attendri,
+ Tout autour, tout autour, la foule des bergers,
+ Le cher Jésus, doux, beau, tout petit,
+ Se mourait de froid sur la paille,
+ Mais à peine le sourire a réjoui sa gracieuse bouche,
+ Que la grotte resplendit comme un paradis.
+
+La Sicile a aussi _ses Noëls_: il ne faut pas y chercher finesse
+d'images, suite historique, ni vers rimés avec art.
+
+Ce sont de petites strophes déliées qui se suivent avec la fougue
+capricieuse d'une bande d'enfants qui jouent sur un pré fleuri.
+Cependant quelle grâce rustique dans ces chansonnettes pieuses et quelle
+inimitable ingénuité de style et d'images. Dans celle de Noto, Jésus
+naît dans un jardin parsemé de plantes aromatiques: un tambour et le
+tintamarre des enfants qui s'amusent annoncent sa naissance.
+
+ Ddocu sutia ccè un jardinu,
+ Tuttu chinu d'airumi,
+ Cci na ciu Gesù bambinu.
+ Cu trummessi e tammurinu.
+ E lu misinu suprà l'artari.
+ Tutti l'ancili cci hann' a cantari
+ Cci hann' à caniari cu bella vuci,
+ Lu Bambinu si cunnuci,
+ Si cunnuci, vaneddi, vaneddi.
+ Si comtamu canzuneddi,
+ Canzuneddi via via,
+ Cci cantamu la litania
+ Litania palermitana.
+
+
+ Un peu plus bas il y a un jardin
+ Tout couvert d'arbres qui répandent des parfums.
+ C'est là qu'est né Jésus Enfant.
+ Avec trompettes et tambours.
+ Ils le placent sur l'autel,
+ Tous les Anges se mettent à chanter,
+ A chanter de leurs belles voix
+ Le Bambino si bienvenu.
+ Si bienvenu, viens, viens!
+ Nous chantons des cantiques,
+ Des cantiques et des cantiques,
+ Nous chantons la litanie.
+ La litanie de Palerme.
+
+Plus suavement enfantines me semblent ces deux autres chansonnettes
+(_canzonette_) pieuses de Valplatani. La première a tout l'air d'une
+_ninna nanna_ (berceuse):
+
+ A la notti di Natali
+ Ca nasciu lu Bammineddu,
+ E nasciu nni la gruttidda.
+ A la so manciaturedda
+ E sô matri cci arridia,
+ Rosi e gigli cci cuglia.
+
+ Dans la nuit de Noël,
+ Il est né le Bambino,
+ Il est né dans une grotte.
+ Dans sa petite Crèche.
+ Sa mère nous souriait.
+ Elle nous cueillit des roses et des lys.
+
+Si l'on veut ajouter foi à cette autre chansonnette de Valplatani
+lorsque naquit notre Sauveur dans la grotte de Bethléem, il y avait non
+seulement un ange, mais encore un certain personnage qui jouait de la
+cornemuse. Au son géorgique du champêtre instrument, une brebis, aux
+flocons de laine frisée, dansait:
+
+ A la notti di Natali
+ Cc'era l'ancilla e un compari[68],
+ Chi sunaca la ciaramedda,
+ Abballava la picuredda
+ Abballava rizza rizza!
+
+
+ Dans la nuit de Noël
+ Il y avait un ange et un autre personnage[68]
+ Qui jouait de la cornemuse
+ Une brebis, aux flocons de laine frisée
+ Dansait: ravissante beauté!
+
+[Note 68: Littéralement: un parrain.]
+
+C'est surtout à l'occasion des fêtes de Noël, que les bambini de
+Valplatani récitent, avec une certaine cadence monotone, des strophes
+de quatre ou tout au plus six vers; elles sont comme parfumées d'une
+candeur ingénue. La première semble une peinture inimitable dans sa
+gracieuse naïveté:
+
+ Sutta un pedi di castagna,
+ Cci à Gesuzzu: c'addimanna,
+ Addimanna tri tari,
+ Cu la manuzza chi fa accussi.
+
+ A l'ombre d'un châtaignier.
+ Il y a Jésus: il nous appelle.
+ Il nous appelle,
+ En nous faisant signe de sa petite main.
+
+Toute l'ardeur d'une fervente invocation vibre dans cette autre strophe:
+
+ Bammineddu di la chiuviddu,
+ Siti beddu e piccireddu,
+ Quannu spunta la cirasa
+ Vui viniti a la me casa,
+ A la me casa 'un cci ati vinutu,
+ Viniticci ora pi darimi aiutu!
+
+ Petit enfant que je vois d'ici.
+ Vous êtes beau et tout petit.
+ A la saison des cerises,
+ Venez à ma maison.
+ Vous n'êtes pas encore venu à ma maison.
+ Venez y maintenant pour me secourir.
+
+Pour Noël, les enfants s'amusent à faire des Crèches devant lesquelles
+ils allument, avant minuit, de petites lampes d'huile. La Crèche est une
+montagne de sucre avec des vallons, des précipices et des grottes qui
+doivent représenter, en petit, la montagne de Bethléem. Il doit y avoir
+nécessairement un ruisseau en verre ou en papier argenté ou même d'eau
+courant dans un lit de fer blanc au milieu de rochers de sucre, par
+suite d'ingénieuses combinaisons. La montagne est peuplée d'une
+trentaine de personnages de craie que nos _bambini_ appellent bergers.
+Quelques uns cependant n'ont rien du costume pastoral. On y voit: un
+muletier qui tire par les rênes une bête récalcitrante, une lavandière
+qui revient du ruisseau avec un lourd fardeau sur la tête, un pêcheur
+qui jette sa ligne dans les eaux d'une rivière, un chasseur tirant un
+oiseau qui se brandille sur un arbre... Parmi les vrais bergers, l'un
+d'eux, en voyant la grande, l'insolite lumière qui se répandit sur la
+montagne de Bethléem, à la naissance de Jésus, regarde avec frayeur.
+Aussi est-il connu sous le nom de _l'Effrayé de la Crèche (lo spaventato
+del presepe)_. On y voit un berger qui porte un fagot de bois, un autre
+qui remue le lait dans une chaudière bouillante; celui-ci a retiré ou va
+retirer une épine qui lui gonfle le pied; celui-là lance une pierre à
+une vache qui se fourvoie; tel gonfle les joues en soufflant dans la
+cornemuse ou la _Zampogna_; tel autre frappe sur un cerceau... Et les
+enfants les connaissent, un par un, comme s'ils étaient vivants. De
+leurs regards qui savent donner à tout l'animation et la vie, ils les
+suivent s'acheminant vers la grotte où l'Enfant Jésus leur sourit, les
+bras ouverts, au milieu de deux animaux qui le réchauffent de leur
+haleine.
+
+Mais revenons aux joies familiales: revoyons les rues les plus
+fréquentées de notre Palerme. Nous sommes à la nuit qui précède Noël:
+voici les boutiques des marchands de fruits les plus renommés. Façades,
+architraves, colonnes, chapiteaux d'une architecture très étrange,
+s'offrent à nos regards. La matière dont ces espèces de maisons
+sont fabriquées et qui ferait les délices d'une armée de rats, est
+entièrement de figues sèches. Mais qui pourrait rendre avec la plume les
+vives gradations de couleurs que nos marchands de fruits combinent
+d'une manière si savante? Comment décrire cette pyramide de miel qui se
+détache tout près d'un monceau de poires d'hiver qui semblent faites de
+vieil or...?
+
+L'usage que les bons Norvégiens ont de donner du froment et du pain aux
+oiseaux, le jour de Noël, se rencontre aussi dans plusieurs pays de la
+Sicile. A Scicli, par exemple, les femmes ont l'habitude de jeter sur
+les toits, les balcons et les appuis des fenêtres, des miettes de pain
+et des grains de blé, afin que le jour où naquit Jésus, les gracieux
+habitants de l'air ne manquent pas de nourriture et qu'ils puissent
+égayer ce jour de leurs chants les plus joyeux.
+
+Ravissante coutume bien digne de Noël, la fête par excellence de la paix
+et de l'allégresse!
+
+Dans quelques villages de la Sicile, on conserve l'usage, d'ailleurs
+très ancien dans l'île, d'allumer la _bûche de Noël_ (il ceppo di
+Natale). On réunit de la paille et des sarments sur lesquels on place
+une énorme bûche, qui provient généralement de la libéralité d'un
+propriétaire, religieux observateur des coutumes du pays. Aussitôt que
+le soleil se couche derrière les montagnes et que la cloche tinte l'_Ave
+Maria_ (l'Angelus), le député de la fête a soin de mettre le feu à la
+bûche, et de veiller à ce que, toute la nuit, il reste allumé.
+
+D'aucuns voient dans l'embrasement de la bûche de Noël le symbole du feu
+qu'auraient allumé dans leurs chaumières les bergers de Bethléem dans
+cette nuit mémorable où l'Ange leur annonça la naissance de Jésus.
+D'autres expliquent cet usage par la nécessité de réchauffer à un feu
+public les pauvres gens qui veillent, à ciel ouvert, pendant cette
+froide nuit de Noël.
+
+Rien de plus gai que la vue de cette bûche allumée, qu'entourent les
+artisans et les pauvres. Les uns restent debout, les autres sont assis
+sur des pierres, quelques-uns fument philosophiquement leurs pipes,
+d'autres grignotent des marrons qu'ils ont fait rôtir sous la cendre de
+la bûche; les enfants cassent des noisettes, les vieillards étendent
+leurs mains au feu pour les dégourdir.
+
+Autour de la traditionnelle bûche de Noël, comme à un immense foyer,
+tous se donnent rendez-vous; on se trouve si bien dans cette chaude
+atmosphère et puis on s'y divertit. Devant ce gros morceau de bois qui
+brûle et crépite joyeusement, qui envoie dans l'air des nuages de fumée
+et lance des étincelles, la foule reste d'abord immobile et la flamme
+projette de brillants reflets sur tous les visages. Mais bientôt
+éclatent les rires les plus joyeux, on échange entre amis les plus
+innocents badinages, et toutes les voix chantent les cantiques de Noël.
+De temps en temps on attise le feu, de nouveaux fagots sont ajoutés aux
+premiers et la plus douce gaîté règne dans toutes les conversations,
+jusqu'à ce que les derniers tisons de la bûche de Noël s'éteignent avec
+les premières lueurs de l'aurore.
+
+
+
+ESPAGNE
+
+Chez les peuples du Nord, l'idée de Noël est associée à celle de froid,
+de neige et de bise glaciale. Les enfants s'y représentent «le Bonhomme
+Noël» avec sa longue barbe blanche et ses vêtements tout couverts de
+givre clair et craquant.
+
+Là-bas, au midi de l'Espagne, sur la terre andalouse, le soleil brille
+radieux, l'azur du ciel resplendit sans tache et, le vingt-cinq
+Décembre, le thermomètre marque ordinairement douze degrés à l'ombre
+et vingt-cinq au soleil.--Aussi le jour de la _Natividad_ ou de la
+_Navidad_, la joie de tous devient bruyante et tapageuse. Pendant la
+nuit de Noël, _la Noche buena_ (la bonne nuit), comme l'appellent les
+Espagnols, les rues retentissent de clameurs et des plus assourdissants
+concerts.
+
+Le _temps de Noël_, en Espagne, commence avec l'Avent.
+
+A Madrid, la _veille du premier dimanche de l'Avent_, un fonctionnaire
+du tribunal ecclésiastique (_Rota_)[69], accompagné des timbaliers et des
+trompettes des écuries royales, des alguazils et d'un nombreux cortège,
+tous en costumes des XVIIe et XVIIIe siècles, parcourt à cheval les
+principales rues de Madrid et lit le décret concernant la proclamation
+de la _Bula_ _de la Santa Cruzada_ (la Bulle de la Sainte Croisade).
+Cette bulle octroyée d'abord par Jules II et renouvelée en 1849, Par
+Pie IX accorde à tous les Espagnols les mêmes Privilèges que ceux des
+anciennes Bulles des Croisades d'Urbain II et d'Innocent III.
+
+[Note 69: Ce tribunal est formé à l'instar de celui de Rome, qui
+porte le même nom. On l'appelle _Rota_, qui veut dire _roue_, parce que
+la salle où se réunit ce tribunal est circulaire, en sorte que les juges
+assis forment un rond.]
+
+On nous a raconté à Miranda de Ebro qu'à l'époque de l'invasion des
+Maures, les paysans d'Espagne, au péril de leur vie portèrent des vivres
+aux troupes catholiques, obligées quelquefois de se réfugier dans des
+montagnes inaccessibles. On permit aux vaillants défenseurs de la foi et
+à leurs intrépides pourvoyeurs de faire gras les Vendredis, pour réparer
+leurs forces épuisées par d'incessantes fatigues. Le privilège devint un
+usage qui fut consacré par la _Bulle de la Sainte Croisade_. Celle-ci
+permet aux Espagnols de faire gras tous les Vendredis de l'année,
+moyennant une légère aumône[70].
+
+[Note 70: On définit ordinairement la _Bulle de la Sainte Croisade_:
+«un diplôme papal, contenant de nombreux privilèges, induits et grâces,
+accordé, au Roi d'Espagne pour l'aider dans la guerre contre les
+Infidèles.»
+
+Pour obtenir cette Bulle, il faut résider dans les Royaumes, Provinces
+et territoires soumis au Roi d'Espagne. Les étrangers cependant peuvent
+validement jouir des privilèges de la Bulle, s'ils viennent en pays
+espagnols, même en y passant très peu de temps et quelle que soit la
+raison qui les y amène.
+
+Autrefois, pour jouir des faveurs de la Bulle, il fallait aller en
+personne, dans l'armée espagnole, combattre les Infidèles, ou bien
+équiper à ses frais un soldat de cette armée, ou bien faire une aumône.
+Aujourd'hui, il suffit d'acheter la Bulle, moyennant une légère aumône,
+d'y inscrire son nom et de la conserver chez soi.
+
+Entre autres privilèges, la Bulle accorde le droit de manger des oeufs
+et du laitage tous les jours de Carême, ainsi que de la viande tous les
+jours de jeûne et d'abstinence de l'année.]
+
+Noël est surtout la grande fête des pays basques: en Guipuscoa, on dit
+_las Pascuas de la Natividad_ (les Pâques de la Nativité).
+
+On nous écrit de la République Argentine, où se sont implantées la
+langue et les coutumes espagnoles, qu'il est d'usage de se faire visite
+à l'occasion de Noël et de se souhaiter de _felices Pascuas de Navidad_
+(d'heureuses Pâques de Noël)[71].
+
+[Note 71: En Espagne on dit: _les Pâques de la Nativité_ et _les
+Pâques de la Résurrection_.]
+
+Pendant le temps que durent les fêtes de Noël, il est de coutume dans
+toute l'Espagne--villes et campagnes--de chanter des airs pastoraux
+appelés _villancicos_ (cantiques de Noël), mesure six-huit, qui
+symbolisent les chants des pasteurs célébrant la naissance de
+l'Enfant-Jésus. Ces chants sont le plus ordinairement accompagnés de
+castagnettes et de _Zambombas_. Cet instrument de musique (??) n'ayant
+pas d'équivalent en français, nous nous croyons obligé de le décrire.
+
+La _Zambomba_, ainsi appelée sans doute par harmonie imitative, est une
+sorte de tambourin champêtre qui serait venu des Maures: on le retrouve
+encore en Afrique. C'est un vase de terre cuite ayant à peu près la
+forme d'un sablier. Une des extrémités recouverte d'une peau épaisse,
+desséchée et soigneusement tendue, présente une ouverture au centre.
+Dans cette ouverture passe une baguette d'environ cinquante centimètres,
+plantée perpendiculairement et liée à la peau. Pour faire _mugir_
+l'instrument, il suffit de communiquer à la baguette un énergique
+mouvement de va-et-vient.
+
+Dans les faubourgs, tous ont leur _Zambomba_: enfants, parents,
+vieillards. A tous les coins de rue, les marchands en vendent; il y en a
+de toutes sortes; quelques-unes même sont vraiment luxueuses: la boîte
+sonore est ornée de peintures et la baguette est en bois rare et
+précieux.
+
+Heureusement l'usage de la _Zambomba_ est limité aux fêtes de Noël:
+c'est suffisant.
+
+Quelque bruyante que soit la fête de Noël en Espagne, elle l'est encore
+moins que le Samedi Saint. Ce jour-là, vers onze heures du matin,
+quand les cloches _revenues de Rome_ commençent à sonner le _Gloria
+in excelsis_, il se fait, pendant une demi-heure, un bruit des plus
+étranges. Les cuisinières frappent, à tour de bras, sur leur casserole
+la plus sonore, pendant que dans la rue, les enfants armés de maillets
+frappent sur les portes des maisons, comme s'ils voulaient les défoncer.
+Un tel charivari, s'il devait durer, finirait par rendre fou.
+
+A Valladolid et à Salamanque, les jeunes filles dansent autour des
+statues de la Madone en chantant des _villancicos_ qui ne contiennent
+souvent que des pensées inachevées, comme dans beaucoup de mélodies
+populaires. Nous ne citerons que ces deux couplets:
+
+ _Ardia la razza,_
+ _Y la razza ardia,_
+ _Y no se quemaba;_
+ _La Virgen Maria!_
+
+ Le buisson brûlait.
+ Et brûlait le buisson.
+ Et ne se brûlait pas;
+ La Vierge Marie!
+
+ _San José era carpiniero,_
+ _Y la Virgen costurera,_
+ _El Niño labra la cruz,_
+ _Porque ha de morir en ella._
+
+ Saint Joseph était charpentier.
+ Et la Vierge couturière.
+ L'enfant travaille le bois de la croix.
+ Parce qu'en elle Il doit mourir.
+
+La ville la plus intéressante au point de vue des fêtes religieuses et
+populaires est assurément Séville. C'est peut-être dans ce sens qu'il
+faut entendre ce proverbe si connu dans toute l'Espagne:
+
+ Quien no ha visto Sevilla
+ No ha visto maravilla.
+
+ Qui n'a vu Séville
+ N'a vu merveille[72].
+
+[Note 72: D'après un autre proverbe espagnol: _Quien no ha vista
+Granada, No ha visto nada_, qui n'a vu Grenade, n'a rien vu.--Nous
+pensons, en effet, que cette ville offre le plus beau paysage de toute
+l'Espagne. Qu'on se figure une campagne verte et fraîche, puis, à
+l'entour, un cadre de collines ruisselantes d'eaux vives, exubérantes de
+végétation; plus haut un amphithéâtre de montagnes d'une douce lumière
+bleue, enfin, par dessus tout, les neiges éternelles de la Sierra
+Nevada, montant à 3,500 mètres dans l'azur sombre du ciel.... Voilà le
+riant et grandiose panorama de la ville merveilleuse de l'Alhambra!]
+
+Ce n'est point la tour de la Giralda si remarquable par la proportion
+harmonieuse de ses lignes, ce ne sont pas ses autres monuments, ni ses
+trésors d'art, ni les beaux tableaux de Murillo qui ont fait surnommer
+Séville «l'Enchanteresse», _la Encantadora_, ce sont les agréments de
+la vie, les fêtes, le mouvement perpétuel de gaieté qui anime sa
+population.
+
+Ses grandes processions de la Semaine Sainte (_pasos_) sont célèbres
+dans le monde entier.
+
+La fête de Noël (_la Natividad_) y est particulièrement populaire: elle
+se passe, en grande partie, en plein air; le marché est plus animé que
+jamais entre le pont de Tiana et la plaza de Toros.
+
+«Voici d'abord le _pavero_ (marchand de dindons, _pavos_ en espagnol).
+C'est une industrie qui ne s'exerce guère qu'aux approches de Noël.
+Quelques jours avant la fête, il fait son apparition dans les rues,
+poussant devant lui son troupeau de volatiles. Ils vont se dandinant,
+ébouriffant leurs plumes-moirées, secouant leur jabot aux teintes
+sanguinolentes, attirant par leurs gloussements les ménagères
+prévoyantes... Le _pavero_ crie sa marchandise et la vend avec toute la
+fierté de sa race»[73].
+
+[Note 73: Louis d'Harcourt, _Illustration_, 1890.]
+
+A Barcelone, la ville aux larges et riantes avenues, le vingt et un
+Décembre, fête de Saint-Thomas, il y a grande affluence de paysans qui
+viennent exposer et vendre des _pavos_ (dindons), sur _la Rambla de
+_Cataluña_[74], pour les fêtes de Noël.
+
+[Note 74: Le terme _rambla_ qui, vient de l'arabe, désigne dans toute
+l'Espagne le lit desséché d'un fleuve: souvent, comme à Barcelone, il
+est remplacé par de superbes boulevards. Ce qui fait que le mot de
+Cervantés s'applique encore à la grande cité qu'il appelle «une ville
+unique par son site et sa beauté», _en sitio y en bellezza unica_.]
+
+La loterie de Noël, à Séville, donne aussi à cette fête un attrait et
+une animation extraordinaires: on peut juger de son importance par la
+valeur du gros lot qui dépasse ordinairement deux millions de francs. Le
+prix de chaque billet est de cinq cents francs, mais il peut se diviser
+en coupures et fractions qui vont jusqu'aux sommes les plus petites.
+
+Après le tirage, le gain se partage au prorata de la valeur des billets,
+coupures et fractions.
+
+Les Espagnols s'intéressent tous à cette grande oeuvre quasi nationale
+et même ceux qui vivent à l'étranger ne manquent pas d'écrire à Séville
+pour se procurer des billets.
+
+Quelques jours avant Noël, on a coutume, dans bon nombre de familles
+où il y a des enfants, d'édifier des représentations de l'Adoration
+de l'Enfant Jésus par les Bergers et les Rois Mages. Des paysages en
+miniature se peuplent de personnages et d'animaux sans grand souci de la
+couleur locale, ni de la vraisemblance. On appelle ces sortes de Crèches
+des _nacimientos_ (naissances).
+
+Dans certaines familles, on s'y applique consciencieusement à l'avance
+pour combiner des effets pittoresques que les amis viendront voir
+jusqu'aux «Rois» que ces éphémères constructions ne dépassent
+jamais.--Cette coutume existe à peu près dans toute l'Espagne.
+
+Dans les provinces du Midi, après avoir admiré dévotement le divin
+Enfant, la Vierge Marie, Saint Joseph, les Bergers, les Rois Mages,
+l'âne et le boeuf traditionnels, on passe une partie de la nuit à se
+divertir et surtout à danser le _fandango_. Cette danse préférée
+des Espagnols est sur un rythme entraînant, à trois temps, avec
+accompagnement de guitare et de castagnettes. Son mouvement rapide,
+l'agitation des bras, les trépidations des danseurs, lui donnent un
+caractère d'animation plein d'originalité. Dans l'intervalle des danses,
+on boit de l'_aguardiente_ (eau-de-vie) et du _manzanilla_ (petit vin
+blanc sec). Cette réunion toute intime de parents et d'amis se termine
+par une danse spéciale à laquelle tout le monde prend part.
+
+«Tous les assistants sont assis en cercle. Une jeune fille alerte
+s'élance d'un bond au milieu et parcourt rapidement le rond, toujours
+dansant. Puis elle s'arrête devant un des spectateurs qui est tenu de la
+remplacer et d'exécuter un pas brillant, quels que soient son âge, sa
+situation, sa gravité. Celui-ci s'arrête ensuite devant une femme, jeune
+ou vieille, qui lui succède dans ses exercices chorégraphiques, et ainsi
+de suite jusqu'à épuisement des danseurs»[75].
+
+[Note 75: Louis d'Harcourt, loc. cit.]
+
+Dans les provinces du Nord, aux pays basques, par exemple, on trouve
+beaucoup moins ces manifestations bruyantes: une lenteur mesurée, une
+tonalité grave règnent dans les actes et les discours. Après la Messe de
+minuit a lieu le réveillon qui se compose du _besugo_, poisson fréquent
+dans la contrée, de l'oie grasse et du dessert composé de nougats,
+d'alicante et de jijun.
+
+Dans le Midi, la tourte de Noël [76], la morue frite, les châtaignes, la
+dinde truffée font les frais du repas qu'arrosent à pleins verres le
+_Valdepeñas_ et le _Manzanilla_. Quelquefois la guitare et la _Zambomba_
+accompagnent le _Tango_, le _Boléro_ et la _Sevillana_ (danses
+espagnoles).
+
+[Note 76: A la Republique Argentine, le régal de Noël est le _pan
+dulce_ (pain doux), sorte de gâteau aux raisins confits que les
+pâtissiers confectionnent en grande quantité pour cette fête.]
+
+Les gâteaux de Noël préférés par les Espagnols sont les «_ Turones _».
+Chaque année, on en vend des quantités considérables, à Barcelone, sur
+le _paseo de la Industria_ (la promenade de l'Industrie).
+
+Les Tourons ou massepains sont d'énormes gâteaux au miel, aux amandes
+pilées, aux patates douces, sur lesquels l'imagination et la grâce
+espagnoles se donnent libre cours pour les ornementations. Ils ont
+généralement la forme de serpents enroulés et sont couverts d'arabesques
+en sucre multicolores, de fondants et de fruits confits et glacés. Ils
+sont merveilleux à voir et délicieux à manger. Il y a, comme volume,
+depuis la petite couleuvre, jusqu'aux plus immenses boas. Toute la
+famille espagnole a son Touron pour Noël et les familles riches s'en
+offrent qui coûtent des prix considérables [77].
+
+[Note 77: En Espagne, comme en Italie, Noël remplace le Jour de
+l'An.]
+
+Le matin de Noël, avant la grand'messe, les villageois basques dansent
+aussi le _fandango_, au son des guitares et des castagnettes, mais avec
+un rythme bien différent des peuples du Midi. Les danseurs arrondissent
+leurs bras en ailes de moulins, se font vis-à-vis en des gestes câlins,
+sans que jamais l'un vienne à s'approcher de l'autre. Ils demeurent
+silencieux et compassés. Pénétrés de la dignité de leurs rôles, ils
+semblent accomplir quelque sacerdoce. Sur un chapiteau renversé, un
+hidalgo loqueteux, venu on ne sait d'où, chante la triste _Malageña_,
+mélopée plaintive, venue du temps des Maures, pendant qu'un rayon de
+soleil vient éclairer sa pauvre mine de misère[78].
+
+[Note 78: D'après la _Quinzaine_, 16 Décembre 1904.]
+
+Noël est avant tout une fête religieuse chez le peuple espagnol, fidèle
+gardien des naïves et touchantes traditions de ses pères.
+
+Sans doute, il y a bien parfois quelques manifestations bruyantes
+dans les églises, surtout dans les quartiers pauvres et ouvriers. Des
+castagnettes, des tambours de basque, des _Zambombas_ accompagnent
+des _villancicos_ (Noëls) à l'allure un peu trop alerte: certains
+instruments assez singuliers imitent le chant des oiseaux, surtout le
+cri éclatant du coq. A l'offertoire et à la sortie, l'orgue lui-même,
+oublieux de sa gravité ordinaire, joue des variations sur des thèmes
+empruntés aux airs les plus populaires. Au milieu de pareils concerts,
+les enfants de choeur sautillent bien un peu, la foule est agitée d'un
+balancement qui marque un peu trop la mesure, mais l'ensemble reste
+toujours sérieux et digne du saint lieu.
+
+A Séville, le jour de Noël, on danse encore dans les églises, mais tout
+est prévu et réglé d'avance et l'assistance, témoin de ces exercices qui
+font partie intégrante du cérémonial de la fête, se livre à la joie,
+sans perdre son attitude calme et recueillie.
+
+Jusqu'à la fin du dix-huitième siècle, à Valladolid, on représentait, au
+milieu des églises, les _Mystères_ de la Nativité. Les personnages qui
+étaient en scène, portaient des masques grotesques et des costumes
+d'un goût douteux. Ils étaient accompagnés par tous les instruments
+populaires: castagnettes, tambours de basque, guitares, violons. Dans
+les entr'actes, l'organiste jouait seul: il choisissait dans son
+répertoire les morceaux les plus entraînants. Tout à coup les femmes
+et les jeunes filles entraient en danse, portant à la main des cierges
+allumés. Toute cette festivité était entremêlée de _villanelles_ ou
+chansons rustiques. Celui qui avait le mieux chanté était salué par les
+fidèles du beau nom de _Victor_.
+
+Si nous pénétrons, le jour de Noël, dans une des églises du Midi de
+l'Espagne, nous y trouverons une foule qui s'y presse pour sanctifier
+cette solennité. La jeune andalouse en habit de soie noire, avec
+mantille, agenouillée sur la dalle nue[79], fixe du regard la Madone
+vêtue de ses plus beaux atours de damas et de dentelles et couronnée
+d'un riche diadème aux perles étincelantes. Elle est droite, immobile,
+comme figée sur place, adressant une fervente prière à la Vierge qui ne
+peut manquer de l'exaucer, en ce jour de l'anniversaire de la naissance
+de son fils. Telles les orantes, sculptées dans le marbre ou la pierre,
+qu'on admire dans les catacombes de Rome, ou auprès des tombeaux du
+_Campo santo_ de Gênes et des autres villes d'Italie.
+
+[Note 79: Les églises espagnoles ne contiennent pas habituellement de
+chaises.]
+
+Dans le Nord, la jeune basquaise va également se prosterner, le jour de
+Noël, dans l'église de Lezo, près de Saint-Sébastien[80]. Ce n'est plus
+la Vierge Marie qu'elle implore, c'est devant l'image du Christ vénéré
+qu'elle reste des heures entières, plongée dans une sorte d'extase.
+Comme elle contemple, avec émotion et avec larmes, son Dieu à l'aspect
+saisissant, aux membres alanguis, à la chevelure d'ébène, au regard
+tendre et compatissant qui semble la fixer et la comprendre. Elle lui
+confie tous les secrets de son âme ardente: ses peines, ses illusions,
+ses espérances. C'est à Lui qu'elle vient demander ce que chante la
+vieille complainte:
+
+ Santo Cristo de Lezo.
+ Tres cosas te pido:
+ Salud, dinero
+ Y buen marido.
+
+ Saint Christ de Lezo,
+ Je te demande trois choses:
+ Le salut, la fortune
+ Et un bon mari.
+
+[Note 80: Dans les pays basques, il est d'usage, au jour de Noël, de
+se rendre a trois pèlerinages locaux particulièrement célèbres: ce sont
+ceux de Lezo, d'Iziar et d'Aranzazu.]
+
+En parcourant ces silencieuses campagnes de la province de Guipuscoa, il
+nous est souvent revenu à l'esprit une belle page de Pierre Loti, sur la
+Messe au pays basque, et surtout ces lignes finales: «Faire les mêmes
+choses que depuis des âges sans nombre ont faites les ancêtres, et
+redire aveuglément les mêmes paroles de foi, est une suprême sagesse,
+une suprême force. Pour tous ces croyants qui chantaient là, il se
+dégageait de ce cérémonial, immuable de la Messe une sorte de paix, une
+confuse mais douce résignation aux anéantissements prochains. Vivants
+de l'heure présente, ils perdaient un peu de leur personnalité éphémère
+pour se rattacher mieux aux morts couchés sous les dalles et les
+continuer plus exactement, ne former avec eux et leur descendance à
+venir, qu'un de ces ensembles résistants et de durée presque indéfinie
+qu'on appelle une race.»
+
+Il nous a été donné de voir des familles entières agenouillées devant
+le _Christ miraculeux_ de la belle cathédrale de Burgos ou devant la
+_Virgen del Pilar_ (la Vierge du Pilier) de l'immense basilique de
+Saragosse. Rien, dans nos souvenirs de voyages, ne nous a donné une idée
+plus haute de la foi qui opère des merveilles, et de l'ardente charité
+d'un peuple au coeur vaillant et à la religion profonde et vraie.
+
+Il nous reste à parler de la Messe de Noël en Espagne, Messe de minuit
+et Messe du jour.
+
+La Messe de minuit s'appelle _Misa del Gallo_ (la Messe du coq ou du
+chant du coq): elle n'offre rien de bien particulier.
+
+Elle se célèbre dans la plupart des églises de Madrid. A la fin, les
+fidèles entonnent les _villancicos_ en s'accompagnant d'instruments
+de toute sorte: il se fait alors un tapage qui surprend et étonne les
+étrangers. Des bandes bruyantes d'hommes du peuple parcourent en
+chantant les rues les plus fréquentées. Depuis minuit, les cafés,
+surtout ceux de _la Puerta del Sol_[81], se remplissent d'une foule
+animée. La visite du marché aux fruits de _la plazza Mayor_ est
+intéressante, surtout le soir de Noël: il y a quantité de boutiques
+brillamment illuminées.
+
+[Note 81: _La Puerta del Sol_ (la Porte du Soleil), la place la plus
+grande et la plus animée de Madrid: elle doit son nom à l'ancienne porte
+démolie en 1570, d'où l'on pouvait voir _le lever du soleil_.]
+
+Le jour de Noël, les monastères ouvrent leurs chapelles ordinairement
+fermées au public et la Messe de minuit se célèbre avec une grande
+solennité. Chaque fidèle y apporte, soigneusement enveloppé dans son
+manteau, son cierge bizarrement enroulé en forme de serpent. Dans le
+rayonnement des lumières, apparaît, au milieu de la nef principale et
+jusque dans le sanctuaire, une foule recueillie à la foi ardente et
+aux élans d'une piété expansive. C'est une suite de fiévreux signes de
+croix, de baisements des dalles, de coups frappés sur la poitrine, de
+regards enflammés et suppliants allant de l'autel à la Madone et de la
+Madone à l'autel.
+
+Dans l'église, au dôme élevé, du célèbre couvent de Loyola, bâti sur
+l'emplacement de la maison où naquit Saint Ignace, fondateur de l'Ordre
+des Jésuites--à la Messe de minuit--l'orgue joue, après l'élévation,
+la _Marche royale_ avec accompagnement de tambours de basque et de
+castagnettes. Les Religieux, par suite d'un usage séculaire, célèbrent à
+la fois la gloire du Très-Haut et celle de leur Souverain[82].
+
+[Note 82: _La Quinzaine_, loc. cit.]
+
+M. Etienne Roze nous décrit, dans un style plein de charme et d'humour,
+une Messe de Noël à Madrid:
+
+«Le jour de Noël, désirant assister à un office pittoresque, je me
+rendis à la Grand'Messe de l'Hôpital Général. C'était là, m'avait-on
+dit, le refuge des vieilles traditions.
+
+«... Autour de l'harmonium, des Religieuses étaient groupées. Je n'ai
+jamais entendu une Messe chantée sur un rythme aussi gai. Le célébrant
+tout allègre entonna le Kyrie sur quelques notes vives et alertes et le
+choeur lui répondit dans une attaque parfaite.
+
+«Une vieille religieuse, toute ridée sous sa cornette blanche, battait
+la mesure avec décision: c'était un excellent chef d'orchestre.
+
+«... Les voix étaient justes et fraîches et les instruments parfaitement
+accordés.
+
+«Il y avait deux Zambombas, deux tambours de basque, des castagnettes,
+deux trompettes, deux sifflets de tons différents, un coucou, un coq, un
+rossignol et deux de ces petits pots en terre qu'on remplit à demi et
+dans lesquels on souffle pour imiter un gazouillis d'oiseaux.
+
+«Tout cela partait, s'arrêtait, reprenait dans une mesure excellente.
+Seuls, les gazouillis étaient quelquefois en retard et gazouillaient
+de temps à autre, au milieu d'un silence ou quand ce n'était plus leur
+tour. Mais ils gazouillaient si bien, avec tant de gentillesse, qu'il
+était impossible de leur en vouloir.
+
+«... D'ailleurs, le chef d'orchestre faisait les gros yeux et tout
+rentrait dans l'ordre.
+
+«... On eut dit une Messe chantée dans une volière.
+
+«Le coq, le rossignol et le coucou étaient surtout merveilleux. Ils
+s'appelaient et se répondaient avec une impeccable mesure. Les tambours
+et les castagnettes formaient la basse et ne se reposaient jamais.
+
+«... Tout l'office fut célébré ainsi et d'une façon si naïve, si simple,
+si touchante, avec une foi si vive et si sincère, que le sourire qui
+m'était venu au début sur les lèvres, disparut très vite, pour faire
+place à une réelle émotion»[83].
+
+[Note 83: Revue Marne. _Noël_ 1902.]
+
+Après la Messe de minuit, il est d'usage, en Espagne, de se saluer par
+ces mots: _nacido[84] el Niño!_ (l'Enfant est né!)
+
+[Note 84: La loi du moindre effort fait disparaître le _d_ dans la
+prononciation et ordinairement on dit: _nacie el Niño_.]
+
+Le jour des Rois (_Dia de Reyes_), à Madrid, une foule animée remplit
+les rues et les magasins. Le soir, des enfants portent des flambeaux,
+des échelles, dès sonnettes et des tambours, parcourent les rues et les
+places les plus écartées où ils font halte pour «guetter l'arrivée des
+Rois». Mais bientôt un «Messager» vient annoncer que les Rois ont pris
+«un autre chemin» et qu'ils font leur entrée à l'autre bout de la ville.
+Sur quoi, toute la bande se dirige vers l'endroit indiqué, où la même
+scène recommence.
+
+Le jour de l'Épiphanie, à Madrid, dans la chapelle royale, une Messe
+solennelle est dite par le Cardinal-Aumônier. Le Roi, la Reine et toute
+la famille royale y assistent, avec toute la Cour, en tenue de gala.
+Après la Messe, le Roi fait porter sur l'autel trois beaux calices; le
+Cardinal les consacre et le Roi les envoie, en souvenir des trois Rois
+Mages, à trois églises pauvres[85].
+
+[Note 85: Ce trait édifiant et plusieurs autres nous ont été racontés
+par un ecclésiastique qui a passé deux années à Madrid, et qui a eu de
+fréquentes relations avec la famille royale d'Espagne.]
+
+
+
+FIN.
+
+TABLE
+
+ Préface.
+
+ NOËL EN SUÈDE ET EN NORWÈGE
+ Le cadeau mystérieux.
+ Le repas national.
+ La Messe de minuit au village.
+ Le réveillon des petits oiseaux.
+
+ NOËL EN ANGLETERRE
+ Les mascarades.
+ Les préparatifs immenses.
+ L'agitation à Londres.
+ Le _Baron of beef_.
+ La décoration du _home_.
+ La bûche traditionnelle.
+ Les chanteurs.
+ Le repas familial.
+ Le cygne sur la table du roi.
+ Les secours donnés aux pauvres.
+ Les jeux.
+ La réunion du soir.
+ Les cartes de Noël.
+ Le lendemain de Noël.
+ Noël en Crimée.
+ Noël au Transvaal.
+ Une Messe de minuit en exil.
+ L'offrande royale, le jour des Rois.
+
+ NOËL EN ALLEMAGNE
+ L'annonce de la fête.
+ Origine des coutumes allemandes.
+ Le réveillon.
+ Le gâteau de Noël à la Cour de Berlin.
+ Le Noël des enfants.
+ L'arbre-de-noël.
+ Le chant de Noël.
+ La réunion familiale.
+ Le valet Rupert.
+ La visite de l'Enfant-Jésus.
+ Nicolas le Velu.
+ L'arbre de Noël en 1870.
+ L'arbre de Noël à la caserne.
+ Trait patriotique.
+
+ NOËL EN ITALIE
+ Rome.
+ Les _Pifferari_.
+ La cantate à la Vierge.
+ Les boutiques de la place Navone.
+ Les Crèches.
+ Le _San Bambino_.
+ La _Befana_.
+ Les rondes de la _Befana_.
+ Les Mystères de Noël à Leeca.
+ L'_Ave Maria_ de la Bûche.
+
+ NOËL A NAPLES
+ La semaine des _Bancarelle_.
+ Le marché aux poissons.
+ Le port de Naples.
+ Les _Zampognari_.
+ Les Crèches napolitaines.
+ La Crèche du Musée de la Chartreuse.
+ La Crèche de Caserte.
+ Les feux d'artifice.
+ Le drame de la Naissance du Verbe Incarné.
+ La Crèche-parlante de Catanzaro.
+ Les cloches de Lanciano.
+
+ NOËL EN SICILE
+ Les musiciens de Noël.
+ Gracieux dialecte sicilien.
+ Prières de Noël.
+ Chansonnettes pieuses.
+ Les Crèches enfantines.
+ Les boutiques de Palerme.
+ Le repas des oiseaux.
+ La Bûche de Noël.
+
+ NOËL EN ESPAGNE
+ Fête bruyante.
+ La Bulle de la Sainte Croisade.
+ Les Pâques de la Nativité.
+ Les _cillancicos_.
+ La _Zambomba_.
+ Le Samedi Saint.
+ Le Noël de Valladolid.
+ Noël à Séville.
+ Le marchand de dindons.
+ La loterie de Séville.
+ Les Crèches.
+ Le _fandango_.
+ Les Tourons.
+ Les Mystères de Noël à Valladolid.
+ La prière de Noël à Séville.
+ La prière de Noël à Lezo.
+ La Messe de minuit.
+ La Messe du jour à l'Hôpital Général.
+ Le jour des Rois à Madrid.
+ L'offrande du Roi d'Espagne.
+
+FIN DE LA TABLE
+
+
+
+
+
+
+[Note du transcripteur: Suit le matériel hors propos qui se trouve dans
+les premières pages de l'ouvrage qui a servi pour produire ce document.]
+
+
+
+Prix franco: UN Franc
+
+SE TROUVE CHEZ L'AUTEUR
+
+PITHIVIERS
+IMPRIMERIE MODERNE, I, IMPASSE DE L'ÉGLISE
+
+
+
+1906
+
+
+
+IMPRIMATUR.
+Aurel., Die. 3 Decemb. 1905.
+A. BRUANT
+_Vic. gen._
+
+
+
+Nous avons publié, en 1903, sur les _Réjouissances populaires de Noël
+dans nos anciennes provinces_, et en 1904, sur _Noël dans les pays du
+Nord_, deux brochures dans lesquelles un grand nombre de journaux, de
+revues et de semaines religieuses ont puisé des extraits. En 1904, le
+grand journal de Paris _Le Gaulois_ nous a fait les honneurs de son
+intéressant numéro illustré de Noël. Nous espérons que notre _Noël dans
+les pays étrangers_ obtiendra, cette année, la même faveur.
+
+Depuis notre voyage de Terre Sainte, en 1893, présidé par Son Éminence
+le Cardinal Langénieux, de pieuse, illustre et vénérée mémoire, nous
+avons recueilli des notes nombreuses sur les usages établis à l'occasion
+des fêtes de Noël et de l'Épiphanie. Nos amis de la _Société Asiatique_,
+répandus dans le monde entier, nous ont écrit des lettres pleines
+d'intérêt et d'érudition. Nos confrères de France et de l'Etranger, dont
+nous avons pu apprécier la science et l'aimable charité, nous ont aussi
+prêté le plus bienveillant, le plus utile concours.
+
+Nous nous proposons de publier prochainement _le Folk-Lore de Noël_ ou
+_Essai sur les coutumes populaires de Noël dans tous les pays_.
+
+Notre ouvrage sera divisé comme il suit:
+
+
+PRÉFACE.--Origine et but de ce livre.
+
+INTRODUCTION.--Résumé des faits historiques qui se sont passés le jour
+de Noël. (Ephémérides de Noël.)
+
+ CHAPITRES
+ I.--Solennité et popularité de Noël.
+ II.--Veillée de Noël et légendes qu'on y raconte.
+ III.--Bûche de Noël.
+ IV.--Processions de Noël (profanes et religieuses.)
+ V.--Particularités de la Messe de minuit.
+ VI.--Cadeaux de Noël (Arbre de Noël et Sabot de
+ Noël.)
+ VII.--Réveillon et gâteaux de Noël.
+ VIII.--Origine, naïveté et universalité des Noëls.
+ IX.--Crèches de Noël.
+ X.--Pastorales et Mystères de Noël.
+ XI.--Noël dans les pays du Nord.
+ XII.--Noël dans les pays du Midi.
+ XIII.--Noël dans les pays de Missions.
+ XIV.--Fête des Rois.
+
+CONCLUSION.--Ces coutumes de Noël, si universelles et si populaires,
+prouvent la divinité de Notre-Seigneur Jésus-Christ.
+
+
+Nous serions très reconnaissant à nos lecteurs de nous fournir de
+nouveaux documents puisés dans leurs lectures, leurs voyages ou auprès
+de leurs amis. Ces documents se trouvent surtout dans les journaux,
+revues et semaines religieuses qui paraissent du quinze au trente
+Décembre de chaque année. Ceux qui possèdent des collections de ces
+différentes publications peuvent consulter les livraisons des années
+précédentes. Dans chaque pays, la presse locale contient des articles
+très intéressants sur les coutumes particulières à chaque contrée. A
+titre de renseignements, ces articles ont pour nous une grande valeur.
+
+Les écrivains les plus célèbres, prosateurs et poëtes de tous les pays,
+ont parlé avec admiration de nos usages de Noël. Frédéric Mistral
+a chanté la «Bûche de Noël» dans cette belle et harmonieuse langue
+provençale qu'il parle si bien. Qui ne connaît la «Dernière Bûche» de
+Théodore Botrel, d'une allure toute gauloise et d'une saveur toute
+bretonne? Madame de Sévigné raconte «avec finesse et joyeusetés» comment
+se passait «le réveillon» dans son merveilleux hôtel Carnavalet. Nous
+trouvons dans le gracieux _Weihnachtsabend_ (la veillée de Noël),
+de Schmid, une ravissante description de «la Crèche» et Shakespeare
+lui-même, dans _Hamlet_, fait allusion à l'une de nos légendes de Noël
+les plus répandues.
+
+De nouveau, nous prions nos amis de vouloir bien nous signaler leurs
+_découvertes_ dans ce domaine infini de notre littérature nationale
+et des littératures étrangères. Ils nous aideront ainsi à compléter
+l'oeuvre que nous avons entreprise, pour l'édification de nos frères: la
+glorification populaire du divin Enfant de Bethléem.
+
+
+Cette brochure se vend au profit des trois Écoles libres de Pithiviers;
+nous prions nos lecteurs de la faire connaître autour d'eux.
+
+
+
+
+
+End of Project Gutenberg's Noël dans les pays étrangers, by Alphonse Chabot
+
+*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 14713 ***
diff --git a/14713-h/14713-h.htm b/14713-h/14713-h.htm
new file mode 100644
index 0000000..effbfee
--- /dev/null
+++ b/14713-h/14713-h.htm
@@ -0,0 +1,3847 @@
+<!DOCTYPE html PUBLIC "-//W3C//DTD HTML 4.01 Transitional//EN">
+<html>
+<head>
+ <meta http-equiv="content-type" content="text/html; charset=UTF-8">
+ <title>Noël dans les pays étrangers</title>
+ <meta name="author" content="Alphonse Chabot">
+
+<style type="text/css">
+<!--
+
+body {margin-left: 10%; margin-right: 10%}
+
+h1,h2,h3,h4,h5,h6 {text-align: center;}
+p {text-align: justify}
+blockquote {text-align: justify}
+
+
+.footnote {font-size: 0.8em; margin-left: 10%; margin-right: 10%}
+.note {font-size: 0.8em; margin-left: 10%; margin-right: 10%}
+
+.lef {float: left}
+.mid {text-align: center}
+.rig {float: right}
+
+
+
+.poem {margin-bottom: 1em; margin-left: 10%; margin-right: 10%;
+ text-align: left}
+.poem .stanza {margin: 1em 0em}
+.poem .stanza.i {margin: 1em 0em; font-style: italic;}
+.poem p {padding-left: 3em; margin: 0px; text-indent: -3em}
+.poem p.i2 {margin-left: 1em}
+.poem p.i4 {margin-left: 2em}
+.poem p.i6 {margin-left: 3em}
+.poem p.i8 {margin-left: 4em}
+.poem p.i10 {margin-left: 5em}
+
+
+
+-->
+</style>
+
+</head>
+<body>
+<div>*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 14713 ***</div>
+
+<h2>Monseigneur CHABOT</h2>
+
+<h3>Prélat de Sa Sainteté<br>
+
+CURÉ DE PITHIVIERS (LOIRET)</h3>
+<br><br>
+
+
+<h1>NOËL<br>
+
+DANS<br>
+
+LES PAYS ÉTRANGERS</h1>
+<br><br><br>
+
+<p class="note">[Note du transcripteur: Tout le matériel hors propos de l'édition qui
+a servi à la production de ce document est reporté à la fin du document
+pour ceux que ce matériel pourrait intéresser.]</p>
+
+
+
+<h2>NOËL<br>
+
+DANS<br>
+
+LES PAYS DU NORD</h2><br>
+
+<h2>SUÈDE ET NORWÈGE<br>
+
+ANGLETERRE&mdash;ALLEMAGNE</h2>
+<br><br>
+
+<p>Les fêtes de Noël, dans les pays du Nord, ont un
+double caractère religieux et familial. Les offices diffèrent
+peu des nôtres, si ce n'est que les chants
+d'église sont plus souvent exécutés en langue vulgaire.
+Nous ne citerons que l'adaptation de l'<i>Adeste
+fidèles: Oh! come all ye faithful!</i> (Oh! venez tous,
+fidèles) si populaire en Angleterre, et le <i>Cantique
+des Anges</i> (Engelenzang) que des chanteurs éminents
+font entendre, chaque année, dans l'église protestante
+de Moïse et Aaron, à Amsterdam.</p>
+
+<p>Noël est vraiment la fête de famille par excellence,
+dans les contrées septentrionales de l'Europe.</p>
+<br><br>
+
+<h3>PAYS SCANDINAVES</h3>
+
+<p>Huit jours avant la solennité de Noël, les places
+de Stockholm sont couvertes de sapins que les paysans
+coupent dans les forêts voisines et viennent vendre
+en ville. Toute famille, si pauvre soit-elle, a pour la
+grande veillée son arbre de Noël orné de lumières
+et garni de jouets et friandises de toutes sortes.&mdash;Les
+pauvres ne sont pas oubliés: on organise pour
+eux des fêtes et ils reçoivent des vêtements et
+d'abondantes aumônes en argent.</p>
+
+<p>En Norwège, la fête de Noël jouissait autrefois de
+certains privilèges. Ainsi les poursuites de la justice
+étaient suspendues pendant plusieurs jours, le plus
+généralement de Noël à l'Épiphanie. Cette trêve de
+procès variait suivant les lois locales; parfois sa
+durée s'étendait jusqu'à vingt jours.</p>
+
+<p>Dans tous les Pays scandinaves, la fête de Noël se
+prépare discrètement et dans le mystère, afin que les
+cadeaux offerts ce jour là apportent à la fois surprise
+et contentement.</p>
+
+<p>En secret, les petites filles mettent la dernière
+main à leur travail; l'une a brodé une paire de pantoufles
+pour son père, l'autre un coussin de canapé
+pour sa mère. Leurs soeurs aînées enveloppent dans
+un fin papier blanc une bourse de soie faite au crochet
+et entourée d'une faveur rose, ou encore confectionnent
+de belles et riches dentelles qu'elles
+offriront comme nappes d'autel à leur église.</p>
+
+<p>Dans quelques pays, la distribution des cadeaux
+est des plus originales. Le présent, dissimulé soigneusement
+dans une gerbe de fleurs, une botte de foin
+ou de paille, ou dans de multiples enveloppes d'étoffes,
+de feuillage ou de papier, porte en grosses lettres
+le nom de la personne à laquelle il est destiné.
+Le messager chargé de le remettre frappe fortement
+à la porte, qui s'ouvre sans retard, et jette furtivement
+le <i>Juleklap</i> (c'est le nom suédois du présent)
+dans la chambre où la famille se trouve réunie. Alors
+commence une scène fort distrayante. Le destinataire
+se met à explorer minutieusement, au milieu des cris
+de joie de tous les assistants, fleurs, foin, paille,
+feuillage ou papier, afin d'arriver à l'objet convoité.
+Tantôt il trouve une épingle d'or, tantôt un vase précieux,
+quelquefois une élégante et gracieuse statuette,
+quelquefois aussi, après avoir déroulé les
+enveloppes mystérieuses, il ne trouve... rien. Une
+explosion de rire accueille la déconvenue du patient,
+victime de cette innocente supercherie.</p>
+
+<p>Le <i>Juleklap</i> a quelquefois un caractère moral et
+satirique. La dame trop élégante reçoit une poupée
+bizarrement attifée; le châtelain qui, dans son salon,
+ménage trop la lumière ou laisse son antichambre
+dans l'obscurité, reçoit une douzaine de lampions.
+A un bavard on adresse un oreiller ou un éteignoir,
+à un fat, un col d'acier.</p>
+
+<p>Quand il ne reste plus rien au fond de la corbeille,
+que les enfants ont bien cherché dans les papiers
+éparpillés sur le plancher, pour voir si l'on n'aurait
+rien laissé, la famille se rend à la salle à manger, où
+l'attend un souper composé exclusivement de mets
+nationaux.</p>
+
+<p>«Aux Pays scandinaves, le repas de Noël se distingue
+des autres par le caractère traditionnel des
+plats qui y figurent. Pas de souper de Noël sans jambon,
+accompagné de riz chaud arrosé de lait froid;
+puis du <i>Vortbrod</i>, sorte de pain fait avec de la farine
+de froment délayée dans de la bière non fermentée;
+enfin l'indigeste <i>lustsfisk</i>. Qu'on s'imagine une <i>merluche</i>
+ou morue sèche dessalée, bouillie pendant trois
+jours dans une eau de cendre mêlée de chaux vive,
+et farcie ensuite avec du poivre, de la moutarde et
+du raifort: voilà le <i>lustsfisk</i>» <a id="footnotetag1" name="footnotetag1"></a><a href="#footnote1"><sup>1</sup></a>. Les vins d'Espagne
+fortement alcoolisés peuvent seuls faire digérer un
+si plantureux repas.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote1" name="footnote1"></a><b>Note 1:</b><a href="#footnotetag1"> (retour) </a> M. Bitard, <i>Noël</i>.</blockquote>
+
+<p>Le soir de la veille de Noël, vers onze heures,
+dans les hameaux, tout le monde monte en traîneau
+et se rend à l'office. Mille étoiles scintillent dans le
+silence de la nuit, troublée seulement par les grelots
+des chevaux qui font craquer la neige sous leurs
+pieds. Ordinairement, auprès de l'église du village
+un vaste hangar offre un abri: des bancs pour les
+paysans et des râteliers pour leurs chevaux. Aussitôt
+l'office terminé, chacun regagne son logis au plus
+vite.</p>
+
+<p>«Ce moment donne lieu, en Finlande, à une
+scène des plus divertissantes. Une vieille croyance
+promet la meilleure récolte de l'année à celui qui
+rentrera le premier dans sa maison, après l'office de
+Noël. C'est alors toute une conspiration contre les
+équipages. Les jeunes garçons sortent furtivement
+de l'église pendant l'office, détellent les chevaux,
+lient les traîneaux les uns avec les autres, changent
+les colliers, embrouillent les harnais, etc. On conçoit
+le désordre qui s'en suit, des cris, parfois des coups;
+la place de l'église se change en véritable champ de
+bataille. Enfin, les traîneaux sont retrouvés, chacun
+répare son attelage et part au galop: le combat finit
+par une course au clocher»<a id="footnotetag2" name="footnotetag2"></a><a href="#footnote2"><sup>2</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote2" name="footnote2"></a><b>Note 2:</b><a href="#footnotetag2"> (retour) </a> Desclées, <i>Noël</i>.</blockquote>
+
+<p>Dans la plupart des campagnes, les ménagères
+veillent à ce que, pendant les fêtes de Noël, l'ordre
+et la propreté règnent dans toute leur demeure. Il
+est d'usage de joncher les dalles de paille fraîche, ce
+qui donne à la chambre de famille l'aspect d'une
+grange où l'on a étendu les gerbes avant le battage.
+Est-ce en souvenir de la paille et de la pauvreté de
+la crèche? Nous serions portés à le croire. Quoi qu'il
+en soit, cette paille de Noël a, dit-on, une vertu
+merveilleuse: les animaux qui en mangent sont préservés
+de toute maladie pendant l'année.</p>
+
+<p>En Suède, les paysans veulent que tous les animaux
+prennent part à la solennité de Noël: «Ce
+jour-là, dit M. Léouzon le Duc, ils donnent la liberté
+aux chiens de garde, ils servent à leurs bestiaux un
+fourrage d'élite»<a id="footnotetag3" name="footnotetag3"></a><a href="#footnote3"><sup>3</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote3" name="footnote3"></a><b>Note 3:</b><a href="#footnotetag3"> (retour) </a> <i>La fête de Noël en Suède et en Finlande</i>.</blockquote>
+
+<p>C'est un usage assez répandu, en Suède et en Norwège,
+d'offrir, le jour de Noël, un <i>repas aux oiseaux</i>.
+La dernière gerbe de la moisson est soigneusement
+conservée, chez les pauvres comme chez les riches,
+jusqu'à la veille de la grande solennité. Le vingt-cinq
+Décembre, au matin, on la fixe au bout d'une perche
+et on en décore le pignon de la maison. C'est un
+charmant et étourdissant concert que celui de la
+gent granivore faisant tapage autour de ce mât pour
+picorer les épis de blé. Tous les petits habitants de
+l'air prennent, eux aussi, leur joyeux festin et rendent
+grâces à la Providence qui, dans un jour si
+heureux, a voulu les combler d'allégresse. Cette
+ravissante coutume suédoise nous rappelle ces deux
+vers si connus:</p>
+
+<div class="poem"> <div class="stanza">
+<p>Aux petits des oiseaux il donne leur pâture</p>
+<p>Et sa bonté s'étend sur toute la nature<a id="footnotetag4" name="footnotetag4"></a><a href="#footnote4"><sup>4</sup></a>.</p>
+ </div> </div>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote4" name="footnote4"></a><b>Note 4:</b><a href="#footnotetag4"> (retour) </a> Racine, <i>Athalie</i>, acte II, scène VII.</blockquote>
+
+<p>Un de nos meilleurs poëtes a gracieusement chanté
+ce <i>Réveillon des petits oiseaux</i>:</p>
+
+<div class="poem"> <div class="stanza">
+<p>Et les oiseaux des champs? Ne feront-ils la fête?...</p>
+<p>Eux que l'hiver cruel décime tous les jours,</p>
+<p>Eux que le froid transit, que la famine guette</p>
+<p>Sur l'arbre dépouillé du nid de leurs amours!</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>Oh, non! Pour eux, l'on cherche une gerbe emmêlée</p>
+<p>Où des milliers d'épis se courbent sous le grain,</p>
+<p>On l'étend sur la neige: «&mdash;Accourez gent ailée,</p>
+<p>«Car votre nappe est mise, et prêt est le festin!»</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>Et vous voyez d'ici le pinson, la fauvette,</p>
+<p>Le menu roitelet voleter à l'appel.....</p>
+<p>Tout en mangeant le grain, ils relèvent la tête,</p>
+<p>Pour lancer une gamme, un cri de joie au ciel!<a id="footnotetag5" name="footnotetag5"></a><a href="#footnote5"><sup>5</sup></a></p>
+ </div> </div>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote5" name="footnote5"></a><b>Note 5:</b><a href="#footnotetag5"> (retour) </a> Comtesse O'Mahony.</blockquote>
+<br><br><br>
+
+<h3>ANGLETERRE</h3>
+
+<p>Le peuple anglais célèbre la solennité de Noël
+avec une telle joie, une telle unanimité et de telles
+dépenses qu'on peut regarder le <i>Christmas</i><a id="footnotetag6" name="footnotetag6"></a><a href="#footnote6"><sup>6</sup></a>
+comme sa fête nationale.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote6" name="footnote6"></a><b>Note 6:</b><a href="#footnotetag6"> (retour) </a> La vieille désinence, <i>mas</i> signifie <i>fête</i>; <i>Christmas</i>, fête du Christ.</blockquote>
+
+<p>Autrefois, à l'occasion de Noël, avait lieu une fête
+carnavalesque. Des <i>carols</i> (chansons) anglaises nous
+font connaître les personnages mis en scène dans
+ces mascarades: le roi de la <i>Bombance</i>, la reine de
+la <i>Folie</i>, la princesse <i>Déraison</i> y paraissent au milieu
+d'un bruyant cortège.</p>
+
+<p>A la Cour, chez les princes, un officier était chargé
+de présider aux réjouissances. Il s'appelait <i>Lord of
+Misrule</i> (le Seigneur du Désordre). En Écosse, on le
+nommait <i>Abbot of Unreason</i> (l'Abbé de la Déraison).
+Ces fonctions ont été abolies par «<i>act of Parliament</i>»
+en 1515. Les prêtres durent plusieurs fois
+s'interposer contre les frivolités de ces amusements.</p>
+
+<p>Dans les recueils de Folk-Lore, on parle des
+joyeuses bandes que conduisaient, pendant les fêtes
+de Noël, le Roi de la Déraison et la Princesse de la
+Bombance. Sous de folâtres déguisements, les amis
+du voisinage venaient sans honte tendre la tirelire
+de Noël à la Reine de la fête et demander largesse
+de joie, de gaieté, de rire, aumônes de plaisirs.
+Hélas! qu'ils sont loin aujourd'hui ces jours où
+Henri II servait à table son fils, Roi du Festin et lui
+apportait, au bruit des trompettes, comme plat d'honneur,
+une tête de sanglier qui, couronnée de laurier
+et de romarin, enterrait ses formidables défenses
+dans la pomme fleurie ou l'orange dorée! Et comme
+il est passé le temps où cent trente des citoyens les
+plus puissants de Londres, revêtus de costumes et de
+titres fantastiques, roi, reine, ministres, choisis par
+la Folie, cavaliers galopant sur de fringants coursiers,
+sonnant des fanfares, couraient à Kensington,
+à la rencontre du petit-fils d'Edouard Ier, tous réunis
+dans une même joie, chantant Noël.</p>
+
+<p>La lugubre Réforme a soufflé sur toutes ces joies,
+éteint toutes ces lumières et faussé toutes ces trompettes
+<a id="footnotetag7" name="footnotetag7"></a><a href="#footnote7"><sup>7</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote7" name="footnote7"></a><b>Note 7:</b><a href="#footnotetag7"> (retour) </a> Oscar Havard, <i>Les Fêtes de nos Pères</i>.</blockquote>
+
+<p>L'illustre Walter Scott nous dit que ses ancêtres
+regardaient déjà Noël, comme la fête familiale par
+excellence:</p>
+
+<div class="poem"> <div class="stanza">
+<p><i>England was merry England, when</i></p>
+<p><i>Old Christmas brought his sports again;</i></p>
+<p><i>Twas Christmas broached the mightiest ale,</i></p>
+<p><i>Twas Christmas told the merriest tale,</i></p>
+<p><i>A Christmas gambol oft would cheer</i></p>
+<p><i>The poor man's heart, through half the year.</i></p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>L'Angleterre était la joyeuse Angleterre quand</p>
+<p>Le vieux Noël ramenait ses jouissances;</p>
+<p>C'était Noël qui mettait en perce la bière la plus forte,</p>
+<p>C'était Noël qui racontait le conte le plus joyeux,</p>
+<p>Les ébats de Noël souvent réjouissaient</p>
+<p>Le coeur du pauvre, pendant la moitié de l'année.</p>
+ </div> </div>
+
+<p>D'immenses préparatifs sont faits en vue du <i>Christmas</i>.</p>
+
+
+<p>De copieuses cargaisons d'oies grasses viennent de
+Normandie. Deux lignes de steamboats, de Dieppe
+à Newhaven et du Havre à Southampton, suffisent à
+peine à leur transport en Angleterre. Le Poitou et la
+Touraine envoient également à John Bull leurs dindes
+pansues. En 1901, une petite province du Centre, la
+Sologne, a expédié à Londres, par chemin de fer,
+plus de soixante mille dindons.</p>
+
+<p>Les bateaux de Southampton et de Newhaven
+prennent à Granville et sur toutes les côtes de la
+Manche des monceaux de gui, cette plante parasite
+que les eubages, chez les Gaulois, allaient couper
+avec des faucilles d'or. On le dépose dans de grandes
+caisses à claire-voie, connues sous le nom de
+<i>harasses</i>, et on le transporte sur le pont des navires.</p>
+
+<p>«On se prépare plusieurs semaines à l'avance au
+<i>Christmas</i>, dit M. Alphonse Esquiros. D'immenses
+troupeaux d'oies s'acheminent gravement du Nord
+de l'Angleterre, par toutes les routes, vers la métropole;
+les grands boeufs annoncent leur arrivée sur
+les chemins de fer ou les bateaux par de lugubres
+beuglements.»</p>
+
+<p>A Londres, quelques jours avant Noël, a lieu dans
+la grande salle d'Islington, connue sous le nom
+d'<i>Agricultural Hall</i>, une exposition des animaux
+que l'on vendra pour Noël. Boeufs, oies, dindons se
+disputent les premiers prix; les mieux cotés vont
+ensuite orner de leurs chairs dodues les vitrines des
+industriels qui les ont achetés au poids de l'or.</p>
+
+<p>«La veille de Noël, dit M. Virmaître, tout Londres
+est illuminé. Les boutiques des bouchers surtout
+sont resplendissantes de lumières; on y voit des
+boeufs dépouillés, couchés tout entiers sur des tréteaux,
+avec des becs de gaz dans le mufle.» On lit
+assez souvent au-dessus d'eux ces mots-réclame:
+<i>brought up by Her Majesty</i> (élevé par Sa Majesté la
+Reine). En effet, la Reine Victoria faisait paître des
+troupeaux à Windsor, à Hampton-Court et même à
+Kensington-Gardens, le bois de Boulogne de Londres.</p>
+
+<p>Le soir du vingt-quatre Décembre, vers deux heures,
+l'agitation devient extraordinaire, dans les quartiers
+les plus populeux de Londres et surtout dans
+Whitechapel. Les cochers (<i>cabmen</i>), juchés derrière
+leur voiture, guident hardiment leurs chevaux. Le
+<i>All right</i> (tout va bien) retentit dans les conversations.
+Ce sont partout des entassements de volailles,
+comme on n'en voit pas dans les Halles centrales de
+Paris. Louis Blanc, de sa plume vive et originale,
+nous a donné le tableau le plus pittoresque et le
+plus vrai qu'on ait jamais tracé du <i>Christmas</i> londonien.
+«Quels énormes quartiers de viande! Quelles
+montagnes de chairs saignantes! Quel luxe d'imposants
+comestibles!... C'est par myriades qu'on vous
+compte, orgueilleusement étalés, ô selles de moutons,
+têtes de veau, hures de sangliers, dindons,
+canards, oies, poulets, perdrix, faisans, pluviers,
+lapins, et vous, poissons de toute espèce et de toute
+grosseur!» La brumeuse cité offre ce spectacle
+étrange d'une animation toujours croissante jusqu'au
+milieu de la nuit.</p>
+
+<p>Au <i>Constitutional Club</i>, l'un des cercles les plus
+importants de Londres, on fait rôtir, chaque année,
+pour le Christmas, un énorme morceau de boeuf, de
+trois cent cinquante à quatre cents livres. C'est ce
+qu'on appelle le <i>Baron of beef</i>. Les membres les
+plus distingués du club ne manquent pas, au cours
+de la nuit de Noël, de rendre visite au <i>Baron of
+beef</i>. On voit alors, devant l'immense cheminée, les
+habits noirs des plus élégants fashionables se mêler
+aux vestes blanches et aux tabliers des cuisiniers.</p>
+
+<p>Pour le <i>Christmas</i>, le <i>home</i> (l'intérieur de la maison)
+reçoit une décoration spéciale. Les touffes de
+houx, aux feuilles luisantes, égayées par leurs petites
+baies rouges, ornent les maisons les plus modestes,
+aussi bien que le château seigneurial. «Les baies
+rouges, disent les vieilles chansons, couronnent
+agréablement la tête du sombre hiver». Des guirlandes
+de laurier, de lierre et de fleurs entourent les
+lustres, les tableaux, les armures des ancêtres. Mais
+c'est le <i>gui</i> surtout, <i>mistletoe</i>&mdash;destiné, dit-on, à
+mettre en fuite les sorciers&mdash;qui joue le plus grand
+rôle dans la décoration du <i>Christmas</i>. Qui n'a pas
+admiré les branches entrecroisées de la plante druidique<a id="footnotetag8" name="footnotetag8"></a><a href="#footnote8"><sup>8</sup></a>,
+son feuillage d'un vert pâle, semé de
+graines blanches et transparentes comme des perles
+de corail?</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote8" name="footnote8"></a><b>Note 8:</b><a href="#footnotetag8"> (retour) </a> Les Druides regardaient le <i>gui</i>, à cause de sa verdure perpétuelle,
+comme l'emblème de l'immortalité de l'âme. On le cueillait la
+sixième nuit de la nouvelle lune après le solstice d'hiver; cette nuit,
+appelée la <i>nuit-mère</i>, commençait l'année gauloise. Un Druide, en
+robe blanche, montait sur le chêne, une faucille d'or à la main et
+tranchait la racine de la plante que d'autres Druides recevaient dans
+une saie blanche, car il ne fallait pas qu'elle touchât la terre.</blockquote>
+
+<p>Jadis, la veille de Noël, après la prière et les exercices
+de piété accoutumés, on allumait des cierges
+et, avec une grande solennité, le chef de la famille
+mettait dans l'âtre une bûche appelée <i>Yule-Log</i><a id="footnotetag9" name="footnotetag9"></a><a href="#footnote9"><sup>9</sup></a>
+ou <i>Christmas Block</i>. Elle était allumée avec un tison
+provenant de la bûche de l'année précédente. Tant
+qu'elle durait, il y avait force rasades, chants et narrés
+d'histoires. Cet usage existe encore, particulièrement
+dans le nord de l'Angleterre, mais accompagné
+de certaines superstitions. Si la bûche vient à s'éteindre
+avant la fin de la nuit, ou si, pendant qu'elle
+brûle, survient une personne qui louche ou soit
+pieds-nus, cela est considéré comme de mauvais
+Augure.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote9" name="footnote9"></a><b>Note 9:</b><a href="#footnotetag9"> (retour) </a> <i>Yule</i>, en anglo-saxon <i>Geol</i>, la fête.
+Décembre s'appelait <i>se oerra geola</i>, avant la fête (de Noël).
+Janvier, <i>se aeftera geola</i>, après la fête (de Noël).</blockquote>
+
+<p>Pendant la nuit de Noël, les chanteurs de <i>Christmas
+carols</i><a id="footnotetag10" name="footnotetag10"></a><a href="#footnote10"><sup>10</sup></a> (chants de Noël) vont se faire entendre
+à la porte des maisons; on les désigne sous le nom
+de <i>Waits</i>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote10" name="footnote10"></a><b>Note 10:</b><a href="#footnotetag10"> (retour) </a> Les <i>Christmas carols</i> sont nos <i>Noëls</i>.</blockquote>
+
+<p>Les uns le font à titre purement gracieux, en l'honneur
+de leurs amis ou des membres de leur famille.</p>
+
+<p>Washington Irving, dans son excellent ouvrage
+<i>The Sketch Book</i> (le livre d'esquisses), nous raconte
+le trait suivant: «Me trouvant chez un ami, le matin
+de Noël, alors que j'étais encore au lit, j'entendis le
+bruit de petits pas qui résonnaient à ma porte. Bientôt
+un choeur de voix enfantines entonna ce vieux
+chant de Noël:</p>
+
+<div class="poem"> <div class="stanza">
+<p>Rejoice, our Saviour he was born</p>
+<p>On Christmas day, in the morning.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>Réjouissez vous, notre Sauveur est né</p>
+<p>Le jour de Noël, au matin.</p>
+ </div> </div>
+
+<p>«Je me levai doucement, ouvris promptement la
+porte et je contemplai un des plus jolis groupes de
+fées qu'un peintre puisse imaginer. Il se composait
+d'un petit garçon et de deux petites filles; la plus
+âgée n'avait pas plus de six ans; ils ressemblaient à
+trois séraphins. Ils faisaient le tour de la maison et
+chantaient à toutes les portes.»</p>
+
+<p>D'autres chanteurs s'en vont par les rues, mendiant
+pour eux-mêmes, les quelques <i>pence</i> (sous) que
+la générosité des veilleurs veut bien leur donner.</p>
+
+<p>Dans quelques contrées de l'Angleterre, les enfants
+se réunissent pour aller de cottage en cottage, chanter
+des <i>Glees</i> (chansons à refrain). L'un de ces chants
+populaires, au rythme vif et gai, a pour refrain ces
+paroles:</p>
+
+<div class="poem"> <div class="stanza">
+<p class="i6">The merry merry time</p>
+<p class="i6">The merry merry time</p>
+<p>Bless the merry merry Christmas time!</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p class="i6">Le joyeux joyeux temps</p>
+<p class="i6">Le joyeux joyeux temps</p>
+<p>Béni soit le joyeux joyeux temps de Noël!</p>
+ </div> </div>
+
+<p>Cet usage des chants de Noël est des plus anciens,
+comme le prouve une <i>carol</i> anglo-normande que
+nous avons découverte, et dont nous citons le premier
+couplet:</p>
+
+<div class="poem"> <div class="stanza">
+<p>Seignors, ore entendez à nus,</p>
+<p>De loin sommes venus à vus</p>
+<p class="i6">Pour quere Noël;</p>
+<p>Car l'em nus dit que en cest hostel</p>
+<p>Soleil tenir sa feste annuel</p>
+<p class="i6">Ahi! c'est jur</p>
+<p>Deu doint à tuz icels joie d'amors</p>
+<p>Qui a danz Noël ferunt honors.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>Seigneurs, à présent, écoutez-nous!</p>
+<p>De loin, nous sommes venus à vous,</p>
+<p class="i6">Pour demander Noël;</p>
+<p>Car l'on nous dit qu'en cet hôtel.</p>
+<p>De coutume on célèbre sa fête annuelle,</p>
+<p class="i6">Ah! Ah! c'est le jour,</p>
+<p>Dieu donne ici joie d'amour</p>
+<p>A tous ceux qui feront honneur au jour de Noël<a id="footnotetag11" name="footnotetag11"></a><a href="#footnote11"><sup>11</sup></a>.</p>
+ </div> </div>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote11" name="footnote11"></a><b>Note 11:</b><a href="#footnotetag11"> (retour) </a> Lai de Marie de France.</blockquote>
+
+<p>Max O'Rell, qui avait fait un long séjour à Londres,
+dit, dans son livre intitulé <i>John Bull et son
+Ile:</i> «Noël, c'est la grande fête de famille en Angleterre.»</p>
+
+<p>En effet, dans toute famille anglaise, riche ou pauvre,
+on célèbre le <i>Christmas</i> par un repas où les
+mets sont servis en abondance. Le morceau de choix
+est d'abord <i>Sir Loin</i> «le Seigneur Aloyau» que
+Charles II, dans un jour de belle humeur, avait
+nommé chevalier (<i>Knight</i>). L'oie rôtie, <i>roast goose</i>,
+est ensuite le plat préféré, quand la dinde rôtie, <i>roast
+turkey</i>, ne vient pas prendre sa place. Puis apparaît le
+signe culinaire de la nationalité anglaise, le fameux
+<i>plum-pudding</i>. «Hip! Hip! hourrah! Honneur au
+Roi du Festin<a id="footnotetag12" name="footnotetag12"></a><a href="#footnote12"><sup>12</sup></a>.»</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote12" name="footnote12"></a><b>Note 12:</b><a href="#footnotetag12"> (retour) </a> La confection du <i>pudding</i> de Noël est des plus solennelles;
+chaque membre de la famille tourne à son tour la pâte qui doit devenir
+le gâteau.&mdash;Quelquefois celui-ci prend des proportions pantagruéliques.
+Certaines corporations ont fait confectionner des <i>puddings</i>
+qui absorbaient des centaines de livres de farine et de raisins de
+Corinthe.</blockquote>
+
+<p>«Au couvent de Ewel, nous écrit un de nos amis,
+nous organisions nos fêtes suivant les coutumes
+anglaise et française, anglaise pour le côté profane
+et française pour le côté religieux. Ah! le fameux
+<i>pudding</i> qu'un frère irlandais excellait à préparer!
+Ce nous était une joie sans pareille de voir les
+flammes bleues de l'alcool courir sur ses flancs dorés,
+et quand, dans une dernière course affolée, les jolies
+petites flammes s'évanouissaient, le <i>pudding</i> était
+débité en tranches succulentes, aux acclamations de
+tous, pendant que le pauvre frère gémissait sur le
+pillage d'une oeuvre où il avait mis tout son talent
+culinaire.»</p>
+
+<p>Enfin apparaissent les <i>minced pies</i>, pâtés feuilletés
+qui enrobent des hachis de viandes, d'épices et de
+fruits<a id="footnotetag13" name="footnotetag13"></a><a href="#footnote13"><sup>13</sup></a>. Les Anglais arrosent le tout de flots de
+<i>sherry</i> (vin de Xérès d'Espagne) fabriqué à Londres.
+Les oranges, les bonbons, les amandes, les noisettes
+apparaissent au dessert. Le <i>Port-wine</i>, le vin de
+gingembre pour les <i>abstainers</i><a id="footnotetag14" name="footnotetag14"></a><a href="#footnote14"><sup>14</sup></a>, le <i>whisky</i>, voir
+même le <i>gin</i>, jouent un assez grand rôle dans le
+monde où l'on boit.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote13" name="footnote13"></a><b>Note 13:</b><a href="#footnotetag13"> (retour) </a> C'est ce que nous appelons un <i>pâté à l'émincé</i>.</blockquote>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote14" name="footnote14"></a><b>Note 14:</b><a href="#footnotetag14"> (retour) </a> Personnes qui <i>s'abstiennent</i> de liqueurs enivrantes.</blockquote>
+
+<p>Dans les Universités, notamment à Oxford et à
+Cambridge, il est de tradition de manger, à Noël,
+une hure de sanglier: on l'entoure de romarin et on
+la sert avec d'interminables salamalecs.</p>
+
+<p>A Sandringham, où le Roi et la Reine d'Angleterre
+ont l'habitude de passer tous les ans les fêtes de
+Noël, on a servi, cette année, comme rôti de <i>Christmas</i>,
+un jeune cygne.</p>
+
+<p>Ce cygne a été engraissé par les soins du «maître
+des cygnes de la Cour», fonctionnaire qui date des
+temps antiques et dont la charge consiste à surveiller
+l'élevage et la nourriture des cygnes qui peuplent
+les parcs et les jardins des propriétés royales.</p>
+
+<p>Il y a cinq cents ans, le rôti de cygne était un mets
+recherché des gourmets et figurait à Noël sur les
+grandes tables. Edouard VII a repris cette tradition
+et donné ordre à son «maître des cygnes» d'engraisser
+une douzaine de ses «élèves» dont il a fait
+cadeau, à l'occasion de Noël, à des familles princières,
+à quelques hauts fonctionnaires de la Cour et
+aux juges du tribunal supérieur<a id="footnotetag15" name="footnotetag15"></a><a href="#footnote15"><sup>15</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote15" name="footnote15"></a><b>Note 15:</b><a href="#footnotetag15"> (retour) </a> Le <i>Gaulois</i>, 26 Décembre 1904.</blockquote>
+
+<p>Le riche anglais veut que son frère pauvre se
+réjouisse à Noël. Les journaux sont remplis d'appels
+adressés au public par les sociétés charitables de
+toute espèce; les souscriptions abondent et la bourse
+des particuliers s'ouvre largement pour donner aux
+pauvres leur part de cette fête nationale.&mdash;L'<i>Hôpital
+français</i>, situé à Shaftesbury-Avenue, et desservi
+par les Soeurs françaises Servantes du Sacré-Coeur,
+reçoit, chaque année, en surabondance, oies, dindons
+et puddings pour les malades, convalescents et
+infirmes. Ce détail nous a été donné, à Londres
+même, par la Supérieure de l'établissement.</p>
+
+<p>Dans quelques villes d'Angleterre, le maire reçoit,
+à l'occasion de Noël, cent vieillards qui viennent
+prendre le thé, pendant que sa femme réunit des
+veuves sans ressources. Ailleurs, ce sont des fondations
+pour dons de viande, de couvertures de laine,
+de sacs de charbons. Ainsi la distribution annuelle
+de la <i>Christmas Parcel Fund</i> (Société des paquets
+de Noël) de Shoreditch, établie en 1870, a eu lieu
+aux Bains de Pitfield-street. Neuf cent cinquante-six
+des citoyens les plus pauvres de la localité, la plupart
+ayant une nombreuse famille, ont reçu un
+paquet d'épicerie contenant une demi-livre de thé,
+un demi-quart d'une mesure de farine, une demi-livre
+de sucre et tout ce qui est nécessaire pour faire
+un bon <i>pudding</i> de Noël&mdash;et en plus un ticket
+pour cent livres de charbon. Quelques mots aimables
+furent adressés à l'assemblée par le conseiller
+Dr Davies, président de la Société, qui était assisté
+de l'honorable Claude Hay, M.P. (membre du Parlement),
+et de l'Alderman Pearce<a id="footnotetag16" name="footnotetag16"></a><a href="#footnote16"><sup>16</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote16" name="footnote16"></a><b>Note 16:</b><a href="#footnotetag16"> (retour) </a> <i>The Daily Telegraph</i>, 23 Décembre 1904.</blockquote>
+
+<p>Dans quelques <i>Work-houses</i> (asiles des pauvres),
+les dames de charité offrent un dîner de Noël complet:
+roastbeef, plum-pudding et bière, quand une
+Société de tempérance n'intervient pas pour remplacer
+la bière par le thé. Dans ces <i>Work-houses</i>,
+on prépare même quelquefois, chose toute nouvelle
+pour l'Angleterre protestante, une cérémonie religieuse
+à minuit «<i>Watch service</i>», tout comme les
+catholiques ont la messe de minuit.</p>
+
+<p>Le jour de Noël, un dîner pour plus d'un millier
+de pauvres est ordonné par la Reine d'Angleterre.
+Sa Majesté, accompagnée de la princesse de Galles
+et de ses petits-enfants, parcourt les grandes salles,
+parlant à ses convives d'un jour, les réjouissant de
+sa présence, alors que, d'autre part, elle a fait elle-même
+des couvre-pieds envoyés à la même époque
+aux hôpitaux de Londres.</p>
+
+<p>Après le dîner de Noël, on se livre à différents
+jeux: nous n'en citerons que deux.</p>
+
+<p>C'est d'abord le <i>Snap Dragon</i>. Sur une large
+coupe, on place des raisins secs et des amandes que
+l'on recouvre d'eau naturelle, sur laquelle surnage
+une mince couche d'eau-de-vie. On allume alors ce
+punch d'un nouveau genre, et il s'agit d'enlever
+prestement, sans se brûler, raisins et amandes que
+les ondulations d'une longue flamme défendent
+longtemps contre toute atteinte<a id="footnotetag17" name="footnotetag17"></a><a href="#footnote17"><sup>17</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote17" name="footnote17"></a><b>Note 17:</b><a href="#footnotetag17"> (retour) </a> Nicolay. <i>Histoire des Croyances</i>. Tome II, p. 81.</blockquote>
+
+<p><i>The Hide and Seek</i> (cache-cache) se joue dans les
+vieux manoirs. Et à cette occasion, l'aïeule, de sa
+voix chevrotante, ne manque jamais de psalmodier
+la <i>Légende du Beau-Lowe</i>: c'est une <i>Christmas carol</i>
+qui date, dit-on, du Ve siècle. Notre traduction littérale
+la donne dans toute sa simplicité:</p>
+
+<p>«Noël au vieux château: c'est jour de fête. La
+fille du noble Biron joue avec ses compagnes. Elle
+joue à <i>cache-cache</i>. Quel délice! Elle se cache si
+bien, si bien, qu'elle disparaît et que personne ne
+peut la découvrir. Pas même son fiancé, le jeune et
+beau Lord Lowe. Les jours, les semaines, les mois,
+les années passent.&mdash;Vingt ans après, comme on
+avait besoin d'une nappe pour la table du festin de
+Noël, on ouvrit par hasard une vieille armoire et on
+y trouva, ô horreur!... un squelette couronné de
+roses blanches fanées.... Jeunes filles, songez à la
+fiancée du beau Lord Lowe!»</p>
+
+<p>Le <i>Christmas</i> britannique est surtout la fête des
+enfants. Les écoles anglaises comptent deux vacances
+annuelles: l'une, qui est la plus longue, a lieu en
+été, l'autre est accordée à l'occasion de Noël. C'est
+par suite de la présence au logis des enfants dispersés
+dans les collèges, que la réunion de famille est
+au complet. La veille de Noël, <i>Christmas Eve</i>, les
+enfants suspendent à leur lit de fer les bas dans
+lesquels <i>Father Christmas</i> (le Père Noël) viendra
+déposer, croient-ils ou font-ils semblant de croire,
+les jouets et friandises qu'y déposeront réellement
+leur père et leur mère.</p>
+
+<p>Le soir de Noël, les enfants règnent en souverains,
+et, comme dans les saturnales antiques, c'est le
+monde renversé.&mdash;Douce tyrannie de quelques
+heures, car, ainsi que le dit Emile Augier:</p>
+
+<div class="poem"> <div class="stanza">
+<p>Nous n'existons vraiment que par ces petits êtres.</p>
+<p>Qui dans tout notre coeur s'établissent en maîtres,</p>
+<p>Qui prennent notre vie et ne s'en doutent pas,</p>
+<p>Et n'ont pour être heureux qu'à n'être pas ingrats.</p>
+ </div> </div>
+
+<p>Toute la famille est réunie; alors c'est le bruit des
+jeunes voix, l'applaudissement des yeux, le trépignement
+des petits pieds sous la table. <i>Granny</i> (grand'-mère)
+réclame le silence: elle se fait apporter une
+bouteille de son plus vieux cognac. On arrose le
+<i>pudding</i>, on éteint le gaz et le plus jeune des <i>babies</i>
+allume l'eau-de-vie dont la flamme scintille en reflets
+bleus, pendant que la turbulente jeunesse improvise
+une ronde autour de la grande table. Le gaz brille de
+nouveau et le <i>pudding</i> est gravement entamé. On
+fait d'abord la part des absents. La poste, dès le lendemain,
+portera aux colons de la Nouvelle-Zélande,
+aux <i>Sheep farmers</i><a id="footnotetag18" name="footnotetag18"></a><a href="#footnote18"><sup>18</sup></a> d'Australie, aux garnisons de
+l'Inde et du Cap, ce souvenir si touchant de
+l'amitié.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote18" name="footnote18"></a><b>Note 18:</b><a href="#footnotetag18"> (retour) </a> Éleveurs de moutons.</blockquote>
+
+<p>L'Angleterre célèbre la fête de Noël avec une réelle
+allégresse: c'est l'époque choisie pour échanger
+voeux et étrennes. C'est Noël qui est vraiment le
+<i>jour de l'an</i> et qui sert de transition d'une année à
+l'autre. Aussi un grand nombre de <i>Christmas Cards</i>
+(cartes de Noël) partent d'Angleterre pour les quatre
+coins du monde <i>anglicisé</i>, colonisé par la conquête
+toujours envahissante du peuple britannique, empire
+sur lequel</p>
+
+<div class="poem"> <div class="stanza">
+<p class="i6"><i>The Sun never sets</i>,</p>
+<p>Le soleil ne se couche jamais.</p>
+ </div> </div>
+
+<p>Nous avons sous les yeux une collection très complète
+de <i>Christmas Cards</i>: il y en a de ravissantes.
+Certaines sont sur du papier fin et colorié, quelquefois
+avec photographies ou gravures de gracieux
+paysages ou de tableaux des grands maîtres. La plupart
+des voeux exprimés peuvent se résumer dans
+ceux-ci:</p>
+
+<div class="poem"> <div class="stanza">
+<p><i>With Sincere Wishes for</i></p>
+<p><i>A Very Happy Christmas and</i></p>
+<p><i>A Bright and Prosperous New Year,</i></p>
+<p><i>from</i></p>
+<p><i>X***.</i></p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>Avec sincères voeux pour</p>
+<p>Un très heureux Noël et</p>
+<p>Une brillante et prospère nouvelle année,</p>
+<p>de la part de</p>
+<p>X***.</p>
+ </div> </div>
+
+<p>Ces cartes sont à la portée de toutes les bourses:
+il y en a depuis dix centimes jusqu'à cinquante
+francs. La poste de Londres en expédie plus de
+soixante millions, à l'occasion du <i>Christmas</i>. On y
+joint quelquefois une minuscule boîte contenant
+quelques grains du <i>pudding</i> de Noël.</p>
+
+<p>Toute famille anglaise qui ne reçoit pas, à l'occasion
+de Noël, des nouvelles des absents, en éprouve
+un profond chagrin, et s'il s'agit de proches parents
+ou d'amis intimes, toute la famille est en deuil.</p>
+
+<p>Le lendemain de Noël s'appelle <i>Boxing-day</i>, à
+cause des <i>boxes</i> (boîtes, tirelires) que font circuler
+les facteurs, les laitiers, les porteuses de pain, et tant
+d'autres amis inconnus qui viennent vous souhaiter
+«un joyeux Noël et une bonne année», souhaits
+auxquels vous ne pouvez mieux répondre qu'en
+donnant des étrennes. Ce jour-là, la populace profite
+des trains à bon marché <i>(cheap trains)</i>, envahit les
+endroits où l'on s'amuse et semble oublier tout à
+fait que Noël est une fête religieuse.</p>
+
+<p>L'Anglais porte partout avec lui le souvenir de
+Noël. Dans ses colonies les plus lointaines, sur les
+sables d'Afrique ou dans les terres glacées du Nord,
+il réunit ses compatriotes comme s'ils ne formaient
+qu'une famille. Tous ensemble ils célèbrent le
+<i>Christmas</i>: debout, le verre à la main, ils envoient
+un salut fraternel et leurs voeux de bonheur aux
+être chéris qu'ils ont laissés au-delà de l'Océan.</p>
+
+<p>Pendant la guerre de Crimée, les dames anglaises
+furent émues de compassion pour leurs frères
+malheureux qui, devant Sébastopol, au milieu d'un
+hiver exceptionnel, faisaient l'admiration de toute
+l'Europe, par leur courage et leur endurance. Une
+souscription nationale fut ouverte dans tout le
+Royaume-Uni. Quelques jours avant Noël, des navires
+chargés de volailles, de <i>puddings</i> et de liqueurs
+partaient pour la mer Noire. Le vingt-cinq Décembre,
+les soldats anglais célébraient joyeusement leur
+<i>Christmas</i> et buvaient au triomphe et à la prospérité
+de la vieille Angleterre.</p>
+
+<p>Un journal de Londres représentait naguères le
+<i>Christmas</i> dans un corps de garde anglais: la scène
+est des plus pittoresques: elle se passe au Transvaal.
+«Les fusils sont dressés en faisceaux, une guirlande
+de verdure court à travers les canons, une chandelle
+allumée brûle au bout de chaque baïonnette, et les
+soldats choquent gaiement les verres autour de cet
+arbre de Noël d'un nouveau genre, qui leur rappelle
+à tous les joies de la Patrie absente.»<a id="footnotetag19" name="footnotetag19"></a><a href="#footnote19"><sup>19</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote19" name="footnote19"></a><b>Note 19:</b><a href="#footnotetag19"> (retour) </a> Desclées, Noël, page 67.</blockquote>
+
+<p>N'importe où il se trouve, sur le pont d'un navire,
+sous la tente ou la hutte grossière de l'explorateur,
+perdu dans les glaces polaires, l'Anglais, oubliant
+un instant ses peines, ses fatigues, ses dangers, ne
+manque jamais de donner au vieux <i>Christmas</i> la
+bienvenue de joie et d'espérance à laquelle il a droit.</p>
+
+<p>Les catholiques anglais donnent à la fête religieuse
+de Noël la plus grande solennité: il faut aller dans
+la belle et riche église de l'Oratoire, à Londres, pour
+y entendre la magistrale musique de Palestrina.</p>
+
+<p>En Irlande, le soir de Noël, d'une multitude de
+maisons sortent les familles catholiques, chacun
+tenant à la main une torche de résine allumée. C'est
+un spectacle d'une étrange beauté. On dirait des
+flots de lumières ondulant dans les ténèbres. Toutes
+ces pieuses communautés se réunissent au centre
+de la paroisse autour d'un cercle de flambeaux
+immobiles.</p>
+
+<p>Citons, en finissant, une page ravissante du vicomte
+Walsh, qui raconte <i>une Messe de minuit en exil</i>:</p>
+
+<p>«C'était dans le nord de l'Angleterre, dans un joli
+château, à Standen-Hall, chez lord Southwell, fervent
+catholique qui, pendant les mauvais jours,
+avait offert l'hospitalité à ses parents et amis de
+France.</p>
+
+<p>«Nous y étions un jour de Noël. Dès la veille,
+on avait mis des bouquets de houx bien verdoyants,
+avec leurs baies ressemblant à des perles de
+corail.</p>
+
+<p>«... Dans la chapelle, l'autel, le tabernacle, les
+gradins, les flambeaux étaient en bois d'acajou poli,
+avec des ornements dorés, un épais tapis aux plus
+vives couleurs couvrait les marches du petit sanctuaire;
+la neige, le froid étaient au dehors, et dans
+cet intérieur béni, tout était propre, chaud et confortable.</p>
+
+<p>«Dans la tribune, en face de l'autel, des places réservées
+étaient entourées d'un rideau de soie cramoisie;
+derrière ce voile était le piano-orgue et les personnes
+qui devaient chanter. Lady Southwell (soeur
+de ma mère), lady Gormanston, sa fille, Mesdemoiselles
+de Choiseul, ses nièces, formaient ce choeur de
+famille.</p>
+
+<p>«Il y a bien longtemps de cela. Depuis cette fête
+de Noël, j'ai compté bien des lendemains de la
+Toussaint, bien des Jours des Morts. Parmi celles qui
+chantaient alors devant l'autel de Standen Hall, il y
+en a qui chantent aujourd'hui devant Dieu, dans le
+ciel. Bien des années, bien des fortunes diverses me
+sont survenues depuis le <i>merry Christmas time</i> (ce
+gai temps de Noël); j'ai entendu depuis les messes
+en musique de Mozart et de Rossini, et toutes ces
+années, toutes ces fortunes diverses, tous ces grands
+talents n'ont pu effacer dans ma mémoire la <i>Messe
+de Noël chantée dans l'exil</i>.»</p>
+
+<p>Les ritualistes Anglais sont excusables jusqu'à un
+certain point de s'imaginer qu'ils sont catholiques,
+puisqu'on célèbre encore dans leurs églises des cérémonies
+qui remontent à huit siècles et ont survécu à
+tous les changements que le protestantisme a introduits
+dans l'Eglise anglicane.</p>
+
+<p>Au premier rang de ces cérémonies, il faut mettre
+l'offrande de l'or, de l'encens et de la myrrhe, que la
+Reine d'Angleterre fait tous les ans, le jour de l'Épiphanie,
+à l'instar des Rois Mages.</p>
+
+<p>Cette coutume remonte à la plus haute antiquité.
+Pendant plus de huit cents ans, les souverains anglais
+venaient présenter leur offrande en personne, et cet
+usage ne prit fin que sous le règne de Georges III,
+la princesse Caroline étant morte la veille de l'Épiphanie.
+Depuis ce temps, le souverain est représenté
+par deux gentilshommes de sa Chambre.</p>
+
+<p>La cérémonie a lieu dans la chapelle royale du
+palais de Saint-James, et voici comment on y procède.
+On commence par réciter la prière du matin;
+après quoi l'évêque protestant de Londres, assisté du
+sous-doyen de la chapelle royale, célèbre le service
+de communion. Après la récitation du symbole de
+Nicée, les dix enfants de choeur de la chapelle royale,
+dans leur pittoresque costume écarlate avec des
+collerettes blanches, entonnent l'antienne: «J'ai prié
+pour obtenir de vous la sagesse.» Alors les deux
+gentilshommes de la Chambre, en habit de Cour,
+l'épée au côté, précédés d'un huissier portant une
+verge d'argent, s'avancent vers l'autel.</p>
+
+<p>L'évêque de Londres vient au-devant d'eux et leur
+présente un plat en vermeil sur lequel ils déposent
+les offrandes de la Reine. Celles-ci sont renfermées
+dans un sac en soie rouge, brodé d'or, et consistent
+en trois paquets en papier blanc scellés avec de la
+cire rouge. Les deux premiers paquets contiennent
+de la myrrhe et de l'encens; dans le troisième sont
+vingt-cinq souverains en or tout nouvellement frappés,
+qui sont distribués à des pauvres des paroisses
+voisines. C'est depuis 1859 que des pièces de monnaie
+ont été substituées aux feuilles d'or battu qui
+formaient la troisième offrande. Leur mission terminée,
+les gentilshommes de la Chambre se retirent
+avec le même cérémonial observé pour leur arrivée
+et l'office s'achève avec la plus grande solennité.</p>
+<br><br><br>
+
+
+<h3>ALLEMAGNE</h3>
+
+
+<p>La fête de Noël en Allemagne <i>Weihnachten</i><a id="footnotetag20" name="footnotetag20"></a><a href="#footnote20"><sup>20</sup></a>
+(la nuit sainte) est aussi populaire qu'en Angleterre,
+mais elle a un caractère plus grave et plus religieux.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote20" name="footnote20"></a><b>Note 20:</b><a href="#footnotetag20"> (retour) </a> Ancienne forme plurielle aujourd'hui inusitée, excepté dans
+quelques cas très rares.</blockquote>
+
+<p>Des enfants, petits anges ou petits bergers, forment
+des processions et traversent les villages en
+chantant des hymnes pastorales. Souvent on y voit
+la Madone, saint Joseph, saint Nicolas avec sa longue
+barbe et portant la crosse à la main, saint Martin
+monté sur un cheval blanc, et toujours y figure le
+<i>Knecht-Ruprecht</i>, terreur des enfants méchants et
+joie des enfants sages auxquels il apporte des présents.</p>
+
+<p>Dans quelques campagnes, on joue encore les
+<i>Mystères de Noël</i> avec une naïveté charmante. Dans
+les pays catholiques, la Messe de minuit est célébrée
+en grande pompe.</p>
+
+<p>Dans plusieurs villages, les chanteurs s'assemblent
+au haut de la tour de l'église, à l'aurore, le jour de
+Noël. Les habitants sont réveillés aux chants de:</p>
+
+<div class="poem"> <div class="stanza">
+<p>O du fröliche. O du selige</p>
+<p>Gnadenbringende Weihnachtszeit!</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>O joyeuse, ô bienheureuse</p>
+<p>Nuit de Noël, si féconde en grâces!</p>
+ </div> </div>
+
+<p>retentissant dans l'air calme du matin.</p>
+
+<p>Les archéologues prétendent que la plupart des
+coutumes de Noël, qui existent en Allemagne, eurent
+leur origine dans les vieilles et sombres forêts de la
+Germanie, alors que les Teutons adoraient Wuotan,
+l'Odin Scandinave, et son épouse Berchta, la Terre-Mère.
+Il y a encore, en Allemagne, des districts où
+Wuotan, avec son chapeau enfoncé sur le front, son
+manteau gris, et monté sur son cheval blanc, visite
+les chaumières des paysans. Avant sa visite, le feu a
+été soigneusement éteint dans le foyer, mais Wuotan
+le rallume: il préfère mettre le feu à une bûche de
+chêne. La bûche de Noël doit brûler sous la cendre,
+elle ne doit pas flamber et dans l'Allemagne du Sud,
+les cendres sont gardées soigneusement et répandues
+dans les champs pour assurer leur fertilité.</p>
+
+<p>Après la Messe a lieu le <i>Mettenwurst</i> (réveillon):
+tous les membres de la famille sont réunis. De ce
+repas, coutume touchante, on enlève les restes qu'on
+place dans une salle éclairée toute la nuit: c'est la
+part du Christ et des Anges. Inutile de dire à qui
+cette part est destinée.</p>
+
+<p>Le plat favori de Noël pour le paysan est une tête
+de porc à laquelle on ajoute des saucisses et des
+choux-verts.</p>
+
+<p>Même les bestiaux ont part au festin de Noël: leur
+ration de foin est doublée. Dans certains districts, on
+croit que les bestiaux ont le don de la parole, au
+moment où la grande fête commence dans l'univers.
+Celui, paraît-il, qui est doué «de la bonne oreille»,
+peut les entendre parler doucement, tout en ruminant,
+de la Crèche dans laquelle le Christ naquit. Il
+ne faut pas seulement avoir «la bonne oreille» pour
+entendre parler les bestiaux, il faut aussi n'avoir
+aucun péché sur la conscience.</p>
+
+<p>Il est de tradition, à la Cour de Berlin, que chaque
+veille de Noël, le capitaine en second de la Ire compagnie
+du Ier régiment de la garde à pied offre au
+souverain un gâteau de miel. Le prince impérial et
+les autres fils de Guillaume II recevront des gâteaux
+semblables, de la Ire compagnie du Ier régiment de
+la garde. Seulement, tandis que les gâteaux du souverain
+et du prince héritier mesurent 35 X 2l X 8 centimètres,
+comme dimensions, les gâteaux des autres
+princes ont seulement 30 X 18 X 5 centimètres.</p>
+
+<p>Jadis, ces gâteaux étaient fabriqués à Thorn, mais
+depuis quelques années c'est à un pâtissier de Potsdam
+que ce travail est confié. Le gâteau de Noël est
+glacé, il porte l'étoile de la garde et une inscription
+dédicatoire. L'Empereur Guillaume ne manque
+jamais la cérémonie de la remise du gâteau et il
+retient à dîner les officiers chargés de cette agréable
+mission.</p>
+
+<p>La veille de Noël, toute la terre germanique est en
+liesse, sur les bords du Rhin, comme sur les bords
+du Danube et de l'Elbe; de Mayenne à Vienne<a id="footnotetag21" name="footnotetag21"></a><a href="#footnote21"><sup>21</sup></a>,
+de Koenigsberg à Munich, il n'y a pas une famille
+qui n'ait revêtu le costume des jours de fête.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote21" name="footnote21"></a><b>Note 21:</b><a href="#footnotetag21"> (retour) </a> Dans une grande partie de l'Autriche, les coutumes de Noël
+sont absolument les mêmes qu'en Allemagne.</blockquote>
+
+<p>La <i>Noël des enfants</i> a une telle importance qu'on
+la prépare longtemps à l'avance. Sur les places de la
+plupart des villes s'élèvent des maisonnettes en bois
+aussi élégantes de forme que bariolées de couleurs
+éclatantes. Les marchands étalent aux yeux de la
+foule, avec goût et coquetterie, tous les objets qui
+peuvent servir de présents aux enfants. Les jouets de
+Nuremberg<a id="footnotetag22" name="footnotetag22"></a><a href="#footnote22"><sup>22</sup></a> sont les plus recherchés: poupées de
+toutes sortes, qui en bergère, qui en grande dame,
+qui en cuisinière, qui en paysanne; polichinelles de
+toutes les grandeurs, soldats de plomb, canons,
+fusils, sabres et tambours.&mdash;Plus loin se tient la
+pâtissière hambourgeoise, avec ses gauffres croquant
+sous la dent, et ses pains d'épices si joliment travaillés
+en chiens, chevaux, chats, moutons.&mdash;Puis
+les jeux de toutes les variétés: agathes, toupies, cerceaux
+à sonnettes, jeux de l'oie, jeux de patience...
+Les parents y conduisent leurs enfants et tâchent de
+saisir dans un regard, dans une parole, l'expression
+de leurs désirs. Discrètement ils achètent l'objet
+convoité et le distribuent au moment opportun, à
+l'occasion de Noël.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote22" name="footnote22"></a><b>Note 22:</b><a href="#footnotetag22"> (retour) </a> Les articles de Nuremberg sont très renommés: on les voit
+exposés au Musée National de Munich. Ils sont fabriqués en grande
+partie dans la Forêt Noire au centre de laquelle se trouve Triberg,
+un des sièges principaux du commerce des horloges connues sous le
+nom de <i>coucous</i>.</blockquote>
+
+<p>Mais ce qui, en Allemagne, domine toutes les
+réjouissances populaires, ce qui fait de Noël la fête
+des enfants et le jour des étrennes, c'est l'arbre de
+Noël (<i>Weihnachtsbaum</i>)<a id="footnotetag23" name="footnotetag23"></a><a href="#footnote23"><sup>23</sup></a>. Nulle part, il ne se présente
+sous des formes plus captivantes et avec des
+présents aussi appréciés.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote23" name="footnote23"></a><b>Note 23:</b><a href="#footnotetag23"> (retour) </a> Dans le nord de l'Allemagne, et surtout à Berlin, l'arbre de
+Noël est souvent remplacé par des <i>pyramides</i> faites avec un assemblage
+de planches et de petits madriers. Cela provient de la difficulté de se
+procurer des sapins.</blockquote>
+
+<p>Pour piquer la curiosité des enfants et leur faire
+regarder comme mystérieux, quasi miraculeux, les
+dons de Noël, le père leur raconte que le Bonhomme
+Noël (<i>der Weihnachtsmann</i>) passe le reste de l'année
+au sein de la montagne, entouré de toute une Cour
+de <i>nains</i>. Chaque nuit, l'un de ces nains monte la
+garde à la fente du rocher qui sert d'entrée et un
+autre nain vient le remplacer à l'aube du jour suivant.
+Au bout de trois cent soixante gardes, le dernier
+rentre en criant: Voici bientôt Noël. Alors, le
+<i>Weihnachtsmann</i> et sa Cour sortent de leur repos.
+Ils vont dans la forêt armés de scies et de haches.
+Avec ardeur ils coupent les sapins<a id="footnotetag24" name="footnotetag24"></a><a href="#footnote24"><sup>24</sup></a> destinés à la
+fête, et ils les décorent avec la neige qui couvre le
+pays et avec les glaçons qui pendent aux arbres. Puis
+il les placent sur des traîneaux et les conduisent dans
+leur palais souterrain; là, ils les ornent de bougies,
+de pommes d'or, de noix, de bonbons. La nuit de
+Noël venue et les étoiles allumées au ciel, le Bonhomme
+Noël parcourt en traîneau les villages environnants
+pour s'informer si les enfants sont sages; il
+s'en assure en regardant par les fenêtres. S'il en est
+ainsi, vite il descend dans sa demeure, y prend un
+beau sapin tout couvert de présents et l'apporte à la
+maison<a id="footnotetag25" name="footnotetag25"></a><a href="#footnote25"><sup>25</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote24" name="footnote24"></a><b>Note 24:</b><a href="#footnotetag24"> (retour) </a> Les sapins qui doivent servir d'arbres de Noël viennent surtout
+des montagnes du Harz.&mdash;La Forêt Noire en fournit aussi en
+grande quantité: nulle chaîne de montagnes de l'Allemagne n'est
+aussi riche en paysages grandioses, en sites délicieux; les hauteurs
+inférieures sont surtout couvertes de pins et de sapins aux senteurs
+fraîches et vivifiantes.</blockquote>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote25" name="footnote25"></a><b>Note 25:</b><a href="#footnotetag25"> (retour) </a> D'après Bernard Zornemann.</blockquote>
+
+<p>Dans certaines familles, sur le conseil de la mère,
+les enfants écrivent, la veille de Noël, une lettre à
+l'Enfant Jésus, afin de solliciter les objets qu'ils désirent:
+un couteau, une balle, une bicyclette, des histoires
+d'Indiens... souvent la liste est interminable.
+Pourquoi se restreindre? L'Enfant Jésus est si riche!</p>
+
+<p>Voici la nuit de Noël: dans les rues s'illuminent
+ça et là quelques maisons; on y entend des rires
+d'enfants. C'est le moment.</p>
+
+<p>Un son de clochette retentit dans la chambre, c'est
+le signe attendu. Les deux portes du salon s'ouvrent
+toutes grandes. Quelle magnificence! Quelle richesse!
+Éblouis, les enfants s'arrêtent une minute, puis
+s'élancent en avant. Le voici le sapin entrevu dans
+leurs rêves, mais plus beau, plus brillant. Ses branches
+atteignent le plafond. Sur chacune d'elles il y a
+des bougies bleues, vertes, jaunes; des pommes aux
+joues rouges et des noix d'or; des gâteaux, des
+massepains pendent à côté. Des boules de verre
+colorié<a id="footnotetag26" name="footnotetag26"></a><a href="#footnote26"><sup>26</sup></a>, des guirlandes multicolores, des étoiles
+d'argent, des croissants d'or brillent dans la lumière.
+Il y a même de la neige sur l'arbre, mais ce n'est pas
+de la vraie, c'est de la ouate blanche. Joyeux, des
+oiseaux et des papillons artificiels se balancent sur
+les branches. Oh!... et ces groupes d'Anges! Quelle
+splendeur! Des fils rouges, bleus, verts, jaunes,
+grimpent de branche en branche jusqu'à la cime. Au
+sommet plane l'Ange de Noël avec ses blonds cheveux
+et ses ailes pleines de lumière.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote26" name="footnote26"></a><b>Note 26:</b><a href="#footnotetag26"> (retour) </a> Ces objets en verroterie se fabriquent principalement à Lauscha,
+en Thuringe. Chaque année, il en est expédié des quantités considérables
+dans toute l'Allemagne. Les fabricants en donnent 200 ou 300,
+selon la grosseur, pour la somme de 3 à 5 marcs (3 fr. 75 à 6 fr. 25).</blockquote>
+
+
+<p>Au pied de l'arbre sont les cadeaux. Des poupées,
+des berceaux, des ménages, pour les petites filles;
+des trompettes, des soldats de plomb, des fusils, des
+tambours, pour les petits garçons. Les cris de joie
+ne finissent pas. «Vois, les belles images de mon
+livre!&mdash;Tiens, tiens! mon cheval a une vraie crinière!»</p>
+
+<p>Alors la mère se met au piano, les enfants se prennent
+la main et chantent le vieux cantique si populaire:
+<i>Stille Nacht, heilige Nacht</i>, que nous traduisons,
+littéralement:</p>
+
+<div class="poem"> <div class="stanza">
+<p>I</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>Nuit silencieuse, ô sainte nuit!</p>
+<p>Tout dort: seul veille encore</p>
+<p>Le couple tendre et très saint<a id="footnotetag27" name="footnotetag27"></a><a href="#footnote27"><sup>27</sup></a>;</p>
+<p>Bel enfant aux cheveux bouclés,</p>
+<p>Dors dans ton calme céleste. (Bis.)</p>
+ </div> </div>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote27" name="footnote27"></a><b>Note 27:</b><a href="#footnotetag27"> (retour) </a> Marie et Joseph.</blockquote>
+
+<div class="poem"> <div class="stanza">
+<p>II</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>Nuit silencieuse, ô sainte nuit</p>
+<p>Annoncée d'abord aux bergers</p>
+<p>Par l'<i>Alleluia</i> des Anges,</p>
+<p>La nouvelle se répand à l'entour:</p>
+<p>Le Christ, le Sauveur est là. (bis.)</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>III</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>Nuit silencieuse, ô sainte nuit!</p>
+<p>Fils de Dieu, comme l'amour</p>
+<p>Rit sur ta bouche divine.</p>
+<p>Quand sonne pour nous l'heure du salut.</p>
+<p>Christ, par ta naissance! (bis.)</p>
+ </div> </div>
+
+<p>Puis ce sont des épanchements d'amitié, des remerciements
+sans fin, la joie brille dans tous les regards,
+les plus secrets désirs ont été devinés.... Noël est le
+plus beau jour de l'année.</p>
+
+<p>Enfin, grand'mère fait une lecture dans la Bible.
+D'une voix tremblante et pieuse, elle lit l'histoire du
+Sauveur qui naquit dans une étable et qui fut mis
+dans une crèche. Les enfants écoutent cette histoire
+qu'ils connaissent déjà et qui chaque année cependant
+leur paraît plus belle.</p>
+
+<p>Quelquefois, on enferme, la veille de Noël, un
+arbre chargé de petits cierges, de bonbons, de pommes
+et de jouets dans une armoire, qu'on ouvre à
+l'instant où l'on s'y attend le moins, pour donner
+aux enfants le plaisir de la surprise. Goëthe, dans
+son roman célèbre de Werther, fait allusion à cette
+coutume. Entourée de ses petits frères et de ses
+petites soeurs, Charlotte dit à l'un d'eux, cachant son
+inquiétude sous un agréable sourire: «Tu auras, si
+tu es sage, une bougie de couleur et <i>quelque chose
+avec</i>.»</p>
+
+<p>Dans quelques familles, c'est encore l'usage qu'avant
+la distribution des présents se montre le <i>valet
+Rupert</i><a id="footnotetag28" name="footnotetag28"></a><a href="#footnote28"><sup>28</sup></a> (<i>Knecht Ruprecht</i>) ou <i>Nicolas le Velu</i>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote28" name="footnote28"></a><b>Note 28:</b><a href="#footnotetag28"> (retour) </a> Cet usage tend à disparaître; les petits enfants s'en font peur
+et leur santé peut en souffrir; les grands n'y croient plus.</blockquote>
+
+<p>Dans la croyance populaire, ce <i>Knecht Ruprecht</i>
+est le même que saint Nicolas (ou le <i>Santa Claus</i> des
+Anglais). Il est bien connu dans toute l'Allemagne
+Centrale et l'Allemagne du Nord. Il revêt un habit
+de fourrure et une barbe très épaisse couvre sa
+figure, un large bonnet à longs poils orne sa tête.
+Il porte sur le dos un sac plein de jouets et de friandises
+et dans sa main une baguette, car une partie de
+sa mission consiste à châtier les enfants méchants. Il
+est maintenant le messager du Christ-Enfant, bien
+qu'il doive son origine à des coutumes païennes.</p>
+
+<p>Dans d'autres parties de l'Allemagne, saint Nicolas
+et saint Martin sont les messagers de l'Enfant Jésus.
+Saint Martin est le fameux évêque de Tours et Saint
+Nicolas le non moins fameux évêque de Myre en
+Lycie. Leurs fêtes tombent vers le temps de Noël<a id="footnotetag29" name="footnotetag29"></a><a href="#footnote29"><sup>29</sup></a>
+et c'est probablement la raison pour laquelle leurs
+noms sont mêlés aux réjouissances de cette fête. En
+Allemagne, les catholiques ont adopté saint Martin
+et les protestants saint Nicolas, mais ils ne sont ni
+l'un ni l'autre séparés de l'Enfant Jésus. Dans les
+pieuses familles allemandes on rappelle aux enfants
+que ce n'est pas saint Martin ou saint Nicolas, avec
+ses dons matériels, qui est le principal visiteur pendant
+la sainte veillée, mais l'Enfant Jésus qui vient
+plus tard avec ses grâces divines. Dans les demeures
+où la venue de l'Enfant Jésus est représentée, Il entre
+avec un coeur de pain d'épices dans sa main, symbolisant
+le coeur renouvelé qu'il apporte à tous ceux
+qui l'attendent. De leur côté, les enfants tiennent un
+verre de vin pour rafraîchir l'Enfant Jésus et une
+botte de foin pour l'âne sur lequel Il est monté.
+Quand Il apparaît, ils chantent un Noël enfantin des
+plus charmants:</p>
+
+<div class="poem"> <div class="stanza">
+<p>Christkindele, Christkindele,</p>
+<p>Komm doch zu uns herein!</p>
+<p>Wir haben ein Heubündele</p>
+<p>Und auch ein Gläsele Wein.</p>
+<p>Das Bündele fürs Esele,</p>
+<p>Für's Kindele das Gläsele,</p>
+<p>Und beten können wir auch.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>Cher petit Enfant Jésus.</p>
+<p>Descends donc chez nous!</p>
+<p>Nous avons une botte de foin</p>
+<p>Et aussi un verre de vin.</p>
+<p>La botte est pour l'âne</p>
+<p>Pour l'Enfant le verre.</p>
+<p>Et nous savons aussi prier.</p>
+ </div> </div>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote29" name="footnote29"></a><b>Note 29:</b><a href="#footnotetag29"> (retour) </a> La fête de Saint-Martin est le onze Novembre et la fête de
+Saint-Nicolas le six Décembre.</blockquote>
+
+<p>Le <i>Knecht Ruprecht</i> est souvent représenté par
+quelque ami de la maison qui, pour n'être pas
+reconnu des enfants, porte, comme nous l'avons dit
+plus haut, un bonnet de fourrure, une longue barbe
+et un grand bâton. Cet usage est ainsi raconté dans
+le <i>Journal des Voyages</i>:</p>
+
+<p>«Le soir du vingt-quatre Décembre, dans une
+chambre bien éclairée, est disposé l'arbre de Noël
+orné d'objets et de friandises; les enfants sont partagés
+entre l'espérance et la crainte.... Tout à coup
+on entend une clochette, la porte s'ouvre et <i>Christkinde30</i><a id="footnotetag30" name="footnotetag30"></a><a href="#footnote30"><sup>1</sup></a>
+paraît: c'est une jeune femme vêtue de
+blanc et coiffée d'une perruque de chanvre<a id="footnotetag31" name="footnotetag31"></a><a href="#footnote31"><sup>31</sup></a>. Sa
+figure est enfarinée pour la rendre méconnaissable,
+et elle porte sur la tête une couronne; d'une main
+elle tient une clochette, et de l'autre une corbeille
+pleine de bonbons.... Soudain un grand bruit de
+ferrailles se fait entendre et bientôt apparaît <i>Nicolas
+le Velu</i>, le corps couvert d'une peau d'ours. Sa figure
+toute noire est encadrée d'une grande barbe; d'une
+voix grave et vibrante, il demande quels sont les
+enfants méchants.... Alors les bons parents interviennent,
+plaidant en faveur des petits coupables,
+implorant pour eux l'indulgence, et promettant, en
+leur nom, une conduite exemplaire pour l'avenir....
+Le démon est chassé du logis; et bientôt l'on n'entend
+plus que des rires sonores et des applaudissements
+enfantins autour de l'arbre de Noël, objet de
+toutes les convoitises.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote30" name="footnote30"></a><b>Note 30:</b><a href="#footnotetag30"> (retour) </a> <i>Kindel</i> petit enfant, <i>Christkindel</i> petit Enfant Jésus.</blockquote>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote31" name="footnote31"></a><b>Note 31:</b><a href="#footnotetag31"> (retour) </a> Les Allemands sont caractérisés par les cheveux blonds clairs et
+les yeux bleus.</blockquote>
+
+<p>Pendant la guerre de 1870, ce ne fut pas l'un des
+moindres sujets d'étonnement pour les paysans français
+envahis, que de voir Prussiens, Bavarois, Saxons,
+Wurtembergeois, etc., et les uhlans eux-mêmes, se
+grouper fraternellement autour de petits sapins agrémentés
+de lumières et chanter des choeurs glorifiant
+la venue du Messie.&mdash;De nombreux soldats bavarois,
+logés au Petit Séminaire d'Orléans, à La Chapelle-Saint-Mesmin,
+demandèrent une des salles
+d'étude et y élevèrent leur arbre de Noël. Ils firent
+entendre leurs plus beaux chants en l'honneur de
+l'Enfant Jésus, et écoutèrent avec un profond recueillement
+une allocution très éloquente de leur
+aumônier militaire.</p>
+
+<p>A l'occasion des fêtes de Noël, les officiers allemands
+accordent des congés aux soldats placés sous
+leurs ordres. Mais il faut compter avec les exigences
+du service: tout le monde ne peut pas être envoyé
+«en permission». Après le départ des privilégiés
+qui passent la fête de Noël dans leurs foyers, il reste
+encore un grand nombre de soldats «au quartier».</p>
+
+<p>Or, en vertu du principe qui déclare que le
+régiment est une «seconde famille», les chefs cherchent
+à les récréer en cette fête solennelle.</p>
+
+<p>L'avant-veille de Noël, chaque <i>Hauptmann</i> (capitaine)
+reçoit de la commission des ordinaires, une
+somme d'environ cent marks (cent vingt-cinq francs),
+destinée à l'achat d'un arbre de Noël.</p>
+
+<p>Le soir du vingt-quatre Décembre, on installe
+un beau sapin tout hérissé de petites bougies, dans
+la chambre la plus vaste du casernement affecté à la
+compagnie: des tables sont dressées autour de l'arbre
+et tendues de nappes bien blanches sur lesquelles
+s'alignent des paquets de cigares, enveloppés de
+chauds tricots de laine, des <i>Pfefferkuchen</i> (pains
+d'épices) autour desquels s'enroulent des paires de
+bretelles, des chaussettes, des ceintures de gymnasque;
+aux extrémités et servant d'encadrement des
+pipes, des photographies, des portraits de l'Empereur,
+etc.</p>
+
+<p>Au fond de la salle, un tonnelet de bière chevauche
+majestueusement sur un chevalet improvisé.</p>
+
+<p>La nuit est venue. Déjà, depuis un instant, le
+capitaine est arrivé avec ses officiers et attend dans
+la chambre du chef.</p>
+
+<p>La commission des sous-officiers et soldats chargés
+de préparer la fête fait son entrée. Le sergent-major
+s'avance et dit:</p>
+
+<p>&mdash;Mon capitaine, tout est prêt.</p>
+
+<p>&mdash;Très bien. Et le tonnelet de bière?</p>
+
+<p>&mdash;Il est en place, mon capitaine.</p>
+
+<p>&mdash;Parfait. Voulez-vous faire venir «les hommes.»</p>
+
+<p>Cinq minutes après, toute la compagnie est là.
+Un profond recueillement plane sur l'assistance. Le
+capitaine entre alors dans la salle et aussitôt les soldats
+entonnent le choral:</p>
+
+<div class="poem"> <div class="stanza">
+<p><i>O du fröhliche, o du selige,</i></p>
+<p><i>Gnadenbringende Weihnachiszeit</i></p>
+<p><i>Welt ging cerloren: Christ ist geboren</i></p>
+<p><i>Freue dich, freue dich, du Christenheit.</i></p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>O joyeux, ô radieux.</p>
+<p>O salutaire Noël,</p>
+<p>La Terre était perdue, le Christ est né,</p>
+<p>Réjouis-toi, réjouis-toi, ô Chrétienté!</p>
+ </div> </div>
+
+<p>Le chant terminé, le sergent-major dépose dans
+un casque un nombre de numéros égal à celui des
+hommes présents. Chaque troupier, à son tour, vient
+en tirer un et prendre ensuite possession du cadeau
+correspondant.</p>
+
+<p>L'opération du tirage au sort est achevée. Le
+tonneau est mis en perce. Le capitaine, verre en
+main, se porte au centre; après un petit speech de
+circonstance, il termine par ces mots:</p>
+
+<p>&mdash;<i>Auf cuer Wokl, Leute; ich wünsche euch
+allen ein frohes Fest.</i></p>
+
+<p>(A votre santé! les hommes (mes amis), je vous
+souhaite à tous de passer joyeusement la fête.)</p>
+
+<p>Au bout de quelques minutes, après avoir causé
+amicalement avec les soldats, le <i>Hauptmann</i> se retire
+pour donner aux sous-officiers ses étrennes <i>personnelles</i>.</p>
+
+<p>Un trait patriotique, extrait d'un journal allemand<a id="footnotetag32" name="footnotetag32"></a><a href="#footnote32"><sup>32</sup></a>,
+nous permet de compléter tout ce que
+nous avons dit des coutumes de Noël dans les pays
+d'Outre-Rhin.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote32" name="footnote32"></a><b>Note 32:</b><a href="#footnotetag32"> (retour) </a> C'est la <i>Fraukfurter Zeitung</i>, la <i>Gazette de Francfort</i>, qui raconte
+ce trait ravissant, plein de patriotisme et de souffle religieux.</blockquote>
+
+<p>C'était en 1870, pendant le siège de Paris. La nuit
+était glaciale et des milliers d'étoiles perlaient au
+firmament. Français et Allemands étaient si rapprochés
+que, d'un poste à l'autre, on entendait clairement
+retentir les appels et résonner les armes sur le
+sol durci par une gelée des plus intenses.</p>
+
+<p>Il pouvait être minuit. Tout à coup un soldat
+français, après avoir demandé la permission à son
+capitaine, gravit le fossé et s'avance de quelques pas
+vers l'ennemi. Là, il s'arrête, salue militairement, et
+d'une voix puissante et grave, à pleins poumons, il
+entonne:</p>
+
+<blockquote><p>
+Minuit, chrétiens, c'est l'heure solennelle<br>
+Où l'Homme-Dieu descendit jusqu'à nous...
+</p></blockquote>
+
+<p>Cette apparition était si inattendue, si mystérieuse,
+cette voix vibrait si harmonieusement dans le
+calme de la nuit, ce chant magistral empruntait aux
+circonstances une telle grandeur, une telle beauté
+que tous&mdash;raconte le capitaine de mobiles témoin
+du fait<a id="footnotetag33" name="footnotetag33"></a><a href="#footnote33"><sup>33</sup></a>&mdash;parisiens sceptiques et railleurs, nous
+étions suspendus aux lèvres du chanteur.&mdash;Et du
+côté des Allemands, l'impression devait être la même,
+car on n'entendit pas le moindre bruit d'armes, pas
+la moindre parole.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote33" name="footnote33"></a><b>Note 33:</b><a href="#footnotetag33"> (retour) </a> Le capitaine X***, d'un bataillon de mobiles de Paris, a raconté
+lui-même le fait: le chanteur appartenait à l'un des grands théâtres
+de la capitale.</blockquote>
+
+<p>Quand les derniers mots du cantique d'Adam:</p>
+
+<div class="poem"> <div class="stanza">
+<p>Peuple, debout! Chante la délivrance!</p>
+<p>Noël! Noël! Voici le Rédempteur!</p>
+ </div> </div>
+
+<p>eurent retenti au milieu du silence général, comme
+un coup de clairon «qui sonne la victoire», le
+soldat rentra au poste où il fut acclamé par tous ses
+camarades.</p>
+
+<p>Mais aussitôt après, du côté des Allemands, un
+soldat apparaissait à son tour: c'était un superbe
+artilleur, casque en tête. Il s'avança, comme le
+français, de quelques pas et salua militairement avec
+la raideur propre aux soldats de son pays. Là, entre
+ces deux armées d'hommes qui jusqu'alors ne songeaient
+qu'à s'entr'égorger, il entonna, à son tour,
+en allemand, un beau cantique de Noël, hymne de
+reconnaissance et de foi à Jésus Enfant, qui naquit,
+il y a dix-huit siècles, et vint prêcher aux hommes
+l'amour de leurs frères.</p>
+
+<p>Pas un bruit, pas un mouvement hostile du côté
+des Français ne vint troubler la voix du chanteur
+allemand. Quand, avec une émotion toujours croissante,
+il eut redit les dernières paroles du refrain:</p>
+
+<div class="poem"> <div class="stanza">
+<p>Weihnachtszeit! Weihnachtszeit<a id="footnotetag34" name="footnotetag34"></a><a href="#footnote34"><sup>34</sup></a>.</p>
+ </div> </div>
+
+<p>le poste allemand tout entier le reprit en choeur.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote34" name="footnote34"></a><b>Note 34:</b><a href="#footnotetag34"> (retour) </a> Temps de Noël! Temps de Noël!</blockquote>
+
+<p>Et dans nos retranchements, le poste français
+répondit d'une seule voix: Noël! Noël! Vive Noël!</p>
+
+<p>Un instant, les deux armées ennemies furent
+ainsi confondues dans une pensée commune de cordialité
+et de paix. L'idée de Noël, avec le souvenir
+de ses fêtes familiales et de ses enseignements divins,
+avait ainsi transformé ces hommes et mis dans leurs
+coeurs les sentiments de la plus fraternelle charité<a id="footnotetag35" name="footnotetag35"></a><a href="#footnote35"><sup>35</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote35" name="footnote35"></a><b>Note 35:</b><a href="#footnotetag35"> (retour) </a> On nous écrit qu'un fait à peu près semblable se serait passé à
+la tranchée de la Plâtrière, près de Choisy-le-Roi.</blockquote>
+<br><br><br>
+
+
+
+<h2>NOËL<br>
+
+DANS<br>
+
+LES PAYS DU MIDI<br><br>
+
+
+ITALIE&mdash;NAPLES&mdash;SICILE&mdash;ESPAGNE</h2>
+<br><br><br>
+
+<p>«Noël! Noël! jour d'espérance et d'amour, s'écrie
+un écrivain étranger; est-il un peuple dans le monde
+chrétien chez lequel le retour de cette fête ne soit
+célébré par des usages, des jeux, des chants et des
+traditions qui varient selon le sol et le climat, prenant
+les teintes du caractère national, gais ou sombres,
+tristes ou folâtres, suivant qu'ils ont été créés
+par une imagination vive ou mélancolique et plus ou
+moins amie du mystère?»</p>
+
+<p>En effet, les conditions du milieu ont une action
+prépondérante sur les réjouissances populaires. Dans
+les pays du Midi où le soleil brille de tous ses feux
+sous un ciel d'azur dont aucune vapeur ne vient
+ternir l'éclat, où l'on jouit des nuits étoilées, des
+vents de mer à la tiède et caressante haleine, la vie
+est pour ainsi dire tout entière au dehors, tandis
+que, dans les pays du Nord, où sévit le froid, la
+neige, la glace et la bise mordante, les habitants se
+renferment des mois entiers dans leur demeure et se
+groupent autour de l'âtre où flamboie et pétille la
+grosse bûche de la forêt.</p>
+
+<p>De là, en Italie et en Espagne, les coutumes de
+Noël sont plus extérieures, plus bruyantes, en un
+mot, l'expression d'une joie plus expansive et toute
+méridionale. Elles n'en ont pas moins le caractère
+essentiellement religieux qu'on rencontre dans les
+pays du Nord.</p>
+<br><br>
+
+<h3>ITALIE</h3>
+
+<p>Saluons d'abord Rome, la ville des Césars, la capitale
+du monde catholique, la résidence du Souverain
+Pontife. Nous avons eu le bonheur de la visiter à
+différentes époques et parfois nous y avons fait un
+assez long séjour. Nous ne l'avons jamais quittée
+sans emporter un ardent désir de revoir cette cité à
+jamais illustre où tous les peuples ont passé, où
+toutes les gloires ont brillé, où toutes les imaginations
+cultivées ont fait, au moins de loin, un pèlerinage.</p>
+
+<p>Au touriste elle offre les grandioses monuments
+de l'antiquité romaine, cirques, aqueducs, obélisques,
+fontaines, forums, arcs de triomphe. Ses nombreuses
+églises sont d'une richesse incomparable, ses musées
+remplis des plus beaux chefs-d'oeuvre de la sculpture,
+de la peinture et de la mosaïque; dans ses
+palais somptueux sont prodigués l'or, le marbre et
+les fresques des grands Maîtres.</p>
+
+<p>Le chrétien y vénère les corps des saints Apôtres,
+dans chaque église les reliques insignes de quelque
+grand saint; il baise avec une émotion mêlée de larmes
+la poussière du gigantesque Colisée toute imprégnée
+du sang des martyrs; il pénètre avec recueillement
+et piété dans les immenses souterrains des
+catacombes où il sent revivre en lui tous les souvenirs
+des premiers âges.</p>
+
+<p>Le savant, l'érudit y trouve les plus riches bibliothèques
+et les documents les plus authentiques sur
+l'origine de l'Église et son histoire à travers les
+siècles.</p>
+
+<p>Rome nous est chère à un point de vue plus spécial.
+C'est là que de tous les pays d'Occident et
+d'Orient, d'Amérique et des îles viennent de jeunes
+ecclésiastiques pour y compléter leurs études. Ils suivent
+les cours des professeurs les plus éminents et
+ils s'efforcent de conquérir les grades les plus élevés
+en théologie et en droit canon. Ils ont bien voulu
+nous adresser des notes sur les coutumes de Noël
+dans leurs pays respectifs. Nous ne savons comment
+leur témoigner notre gratitude<a id="footnotetag36" name="footnotetag36"></a><a href="#footnote36"><sup>36</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote36" name="footnote36"></a><b>Note 36:</b><a href="#footnotetag36"> (retour) </a> M. l'abbé B***, de la Procure de Saint-Sulpice, à Rome, a été
+bien des fois, pour nous, le plus intelligent et le plus dévoué des
+intermédiaires et des correspondants.</blockquote>
+
+<p>Tout le mois de Décembre sert, à Rome, de préparation
+à la fête de Noël.</p>
+
+<p>Au retour de l'Avent, apparaissent les gracieux
+bergers qu'on appelle Pifferari, c'est-à-dire joueurs
+de fifre, du mot italien piffero, fifre, parce qu'autrefois
+le fifre était leur instrument de prédilection.
+Après avoir passé le reste de l'année sur les montagnes
+dont la ville de Rome est environnée, ils descendent
+dans les rues et viennent annoncer la grande
+fête populaire<a id="footnotetag37" name="footnotetag37"></a><a href="#footnote37"><sup>37</sup></a>. C'est une des plus naïves et des
+plus touchantes traditions des siècles de foi. Ils sont
+ordinairement par groupes de trois: un vieillard, un
+homme d'âge mûr et un enfant. Ils rappellent ainsi
+une ancienne opinion qui ne compte que trois bergers
+à la Crèche.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote37" name="footnote37"></a><b>Note 37:</b><a href="#footnotetag37"> (retour) </a> Ils viennent surtout de la Sabine et des Abruzzes.</blockquote>
+
+<p>Ils vont par les rues, jouent de leurs instruments
+champêtres dont ils accompagnent leurs chants. Ces
+airs innocents, qui rappellent le grand mystère de
+Bethléem et le retour des jours joyeux, éveillent dans
+la plupart des fidèles des sentiments de foi et de piété.&mdash;On
+dit qu'ils représentent les heureux pasteurs
+qui se rendirent à la Crèche pour vénérer l'Enfant
+Jésus et en réalité l'usage de ces neuvaines de chants
+préparatoires à la fête de Noël est immémorial.</p>
+
+<p>Leurs instruments sont simples comme tous ceux
+des bergers: c'est le hautbois, instrument à vent et à
+anche, dont le son clair et perçant est à la fois sourd
+et plaintif surtout dans les notes basses; c'est la cornemuse,
+instrument de musique champêtre, auquel on
+donne le vent avec un soufflet qui se hausse ou se
+baisse par le mouvement du bras, horrible ensemble
+de peaux tendues et gonflées qui donne des sons
+nasillards mais pleins d'une mélancolique suavité<a id="footnotetag38" name="footnotetag38"></a><a href="#footnote38"><sup>38</sup></a>;
+c'est le fifre, sorte de petite flûte d'un son aigu; le
+chalumeau et plus rarement le triangle.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote38" name="footnote38"></a><b>Note 38:</b><a href="#footnotetag38"> (retour) </a> Le <i>biniou</i> des Bretons est une sorte de cornemuse.
+Les <i>Highlanders</i> (montagnards d'Écosse) l'appellent <i>pibroch</i>:
+elle est en usage dans certains régiments écossais: c'est le
+<i>bagpipe</i> (instrument à outre et à tuyaux.)
+Dans les campagnes de la Sologne et du Berry, on donne quelquefois
+à la cornemuse le nom de <i>chèvre</i>, parce que l'outre de cet instrument
+est souvent faite avec la peau de cet animal.</blockquote>
+
+<p>Le costume des <i>Pifferari</i> est en harmonie avec
+leur pieuse <i>canzonetta</i> (cantate, chansonnette). Un
+chapeau tyrolien en pointe orné d'une aigrette ou de
+rubans multicolores et penché sur l'oreille, une veste
+courte, un manteau en grosse bure marron ou bleue,
+une culotte en peau de brebis ou de chèvre, des
+chaussures terminées par une semelle qui se rattache
+sur le pied avec des courroies; ajoutez à cela de
+longs cheveux noirs qui descendent sur les épaules,
+une belle barbe, des yeux vifs, un front élevé, une
+marche lente et incertaine et vous aurez une idée de
+ce costume et de ce type remarquable<a id="footnotetag39" name="footnotetag39"></a><a href="#footnote39"><sup>39</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote39" name="footnote39"></a><b>Note 39:</b><a href="#footnotetag39"> (retour) </a> Monseigneur Gaume, <i>les Trois Rome</i>. Tom. I. p. 190.</blockquote>
+
+<p>«Nous avons rencontré dans les rues de Rome,
+aux approches de Noël, ces artistes ambulants. Qu'ils
+sont beaux à voir surtout ces enfants avec leur figure
+mélancolique, déjà grave et rêveuse, avec de grands
+yeux merveilleusement bleus, de ce bleu lumineux
+et transparent, limpide et profond qu'ont le ciel et
+la mer d'Italie, avec leurs chevelures aux boucles
+soyeuses pleines de reflets d'or. En les contemplant,
+on ne peut s'empêcher de penser à ces visages roses
+de chérubins légers, à ces têtes charmantes et douces
+où la lumière semble mettre une auréole et dont
+longtemps dans sa cellule eut rêvé à genoux Fra
+Angelico da Fiesole»<a id="footnotetag40" name="footnotetag40"></a><a href="#footnote40"><sup>40</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote40" name="footnote40"></a><b>Note 40:</b><a href="#footnotetag40"> (retour) </a> Paul Véron. de Pithiviers.&mdash;Ses ouvrages, en prose et en
+vers, écrits dans un style plein de charmes, révèlent l'esprit poétique
+et l'âme idéalement belle de notre excellent ami, décédé pieusement
+le Vendredi Saint 1888.</blockquote>
+
+<p>Les <i>Pifferari</i> s'acquittent avec conscience de la
+pieuse fonction que leur ont transmise leurs pères.
+Debout et tête nue, ils jouent devant les images de
+la Madone: devant elles ils font entendre leur <i>ninna
+nanna</i><a id="footnotetag41" name="footnotetag41"></a><a href="#footnote41"><sup>41</sup></a>. On les loue pour des neuvaines, ou une
+sérénade, chaque jour, autant que durent les fêtes.
+Ils ne manquent jamais d'arriver à l'heure dite, d'autant
+plus allègres qu'ils satisfont tout à la fois la
+dévotion de leur cour et les besoins de leur bourse.
+Ils triomphent la veille de Noël, tant ils sont nombreux
+ce jour-là, tant leurs joyeux concerts effacent
+ceux des jours précédents.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote41" name="footnote41"></a><b>Note 41:</b><a href="#footnotetag41"> (retour) </a> Ces deux mots peuvent se traduire par <i>fais dodo,
+fais dodo</i>. Une <i>ninna nanna</i> est une berceuse ou chanson
+destinée à endormir les petits enfants: les chanteurs italiens
+s'adressent à la Sainte Vierge.</blockquote>
+
+<p>Voici l'une des cantates qu'ils réservent pour la
+vigile de la grande fête:</p>
+
+<div class="poem"> <div class="stanza">
+<p>O Verginella, figlia di Sant' Anna,</p>
+<p>Nel ventre tuo portasti il buon Gesu,</p>
+<p>Gl' Angioli chiamarono: Venite, Santi,</p>
+<p>Andat a Gesu bambino alla capanna,</p>
+<p>Partorito sotto ad un a capanella,</p>
+<p>Dove mangiavan il bove e l'asinella.</p>
+<p>Immacolata Vergine, beata</p>
+<p>In cielo, in terra sii avvocata.</p>
+<p>La notte di Natale è notte santa,</p>
+<p>Questa orazion che vien cantata</p>
+<p>A Gesu, bambino sia representata.</p>
+ </div> </div>
+
+<p>Nous traduisons littéralement:</p>
+
+<div class="poem"> <div class="stanza">
+<p>O douce Vierge, fille de Sainte Anne, dans votre sein</p>
+<p>vous portâtes le bon Jésus. Les Anges ont crié: Venez.</p>
+<p>Saints, allez à la cabane de Jésus Enfant, né dans une</p>
+<p>petite étable<a id="footnotetag42" name="footnotetag42"></a><a href="#footnote42"><sup>42</sup></a> où mangeaient le boeuf et l'ânesse.</p>
+ </div> </div>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote42" name="footnote42"></a><b>Note 42:</b><a href="#footnotetag42"> (retour) </a> Nous n'avons pas d'équivalents en français pour rendre les
+gracieux diminutifs italiens: verginella, capanella, asinella, angioli.</blockquote>
+
+<p>La dernière strophe est une touchante prière qui
+convient et à l'auguste Vierge et au mystère de ce
+jour:</p>
+
+<blockquote><p>
+O Vierge Immaculée, bienheureuse au ciel, soyez notre<br>
+avocate sur la terre. La nuit de Noël est une nuit sainte:<br>
+présentez à Jésus Enfant la prière que nous avons chantée!
+</p></blockquote>
+
+<p>Quelquefois on rencontre, par les rues de Rome,
+de pauvres aveugles qui chantent en s'accompagnant
+de la mandoline ou de la guitare, des chansons à
+l'Enfant Jésus. Voici l'une des plus populaires:</p>
+
+<div class="poem"> <div class="stanza">
+<p>Dormi, dormi nel mio seno.</p>
+<p>Dormi, ó mio flor Nazareno;</p>
+<p>Il mio cuor culla sara</p>
+<p>Fra la ninna nanna na!</p>
+ </div> </div>
+
+<div class="poem"> <div class="stanza">
+<p>Dors, dors sur mon sein.</p>
+<p>Dors, ô ma fleur de Nazareth;</p>
+<p>sur mon coeur tu seras bercée</p>
+<p>et tu feras la câline, dorlotée,</p>
+<p>dorlotée<a id="footnotetag43" name="footnotetag43"></a><a href="#footnote43"><sup>43</sup></a>.</p>
+ </div> </div>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote43" name="footnote43"></a><b>Note 43:</b><a href="#footnotetag43"> (retour) </a> De nos jours, on voit encore, à Rome, des groupes de musiciens,
+pendant le temps de Noël, mais les gracieux instruments
+d'autrefois deviennent de plus en plus rares: la plupart du temps ils
+sont remplacés par de bruyants trombones, de criardes clarinettes et le
+plus souvent ils ne donnent leurs concerts que pour la <i>mancia</i> (les
+étrennes).</blockquote>
+
+<p>Quelques jours avant Noël, on rencontre parfois
+des montagnards, vêtus de leur pittoresque costume,
+qui font danser des <i>marionnettes</i> au son de leurs instruments
+rustiques. Ces petits théâtres sur lesquels
+ils font mouvoir des figurines de bois ou de carton
+sont accueillis avec des cris de joie par les enfants.
+Ce sont pour eux les messagers célestes qui annoncent
+bonbons et jouets de toutes sortes: ils remplacent
+dans leur imagination le «Bonhomme Noël»
+tout emmitouflé des régions du Nord et ils ne sont
+pas attendus avec moins d'impatience.</p>
+
+<p>Quel ravissant coup d'oeil offrent les magasins de
+Rome pendant la semaine de Noël. Les blanches
+Madones ornent les façades, ou resplendissent à l'intérieur
+au milieu des lumières. Les marchandises
+disposées sur des étagères avec un goût parfait,
+apparaissent dominées par une jolie statue de la
+Vierge qui, sur un trône de verdure et de fleurs, est
+vraiment la Reine de la maison: une lampe brûle,
+jour et nuit, devant elle.</p>
+
+<p>De petites boutiques s'élèvent comme par enchantement
+le long de toutes les rues qui avoisinent le
+Tibre. Les enfants conduits par leurs parents se
+dirigent de préférence vers la place Saint-Eustache
+et vers la place Navone, remplies de magasins
+improvisés qui présentent un entassement de bonbons
+et de jouets de toutes sortes. Du matin au soir,
+c'est un véritable assaut de la part de tout un peuple
+d'acheteurs de sept à dix ans. Pour le Romain, Noël
+est vraiment le <i>capo d'anno</i>, le jour de l'an. C'est à
+Noël que les communautés échangent des <i>Agnus
+Dei</i> encadrés dans des reliquaires et même des
+gâteaux. Sous Pie IX encore, le Pape recevait les
+présents du Collège des Notaires apostoliques.</p>
+
+<p>Pendant la nuit de Noël, on envoie à ses parents
+et amis des gâteaux de maïs qui ont été bénits par
+les prêtres des paroisses. Ces gâteaux sont plus ou
+moins grands, suivant l'importance du cadeau qu'on
+veut faire. Laisnel de la Salle rapporte<a id="footnotetag44" name="footnotetag44"></a><a href="#footnote44"><sup>44</sup></a> qu'une
+année le prince Borghèse en reçut un blasonné à
+ses armes qui ne mesurait pas moins de six mètres
+de largeur. Il en fit faire vingt-quatre énormes portions
+qui furent distribuées à autant de pauvres.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote44" name="footnote44"></a><b>Note 44:</b><a href="#footnotetag44"> (retour) </a> <i>Croyances et légendes</i>, Tom. I. page 12.</blockquote>
+
+<p>Cette année (1904), la réception des cardinaux par
+le Pape au Vatican, pour la présentation des voeux,
+eut un caractère tout intime. La veille de Noël,
+chaque cardinal s'exprima verbalement en son nom:
+on ne lut point d'adresse, le Pape ne prononça pas
+de discours, mais s'entretint cordialement avec
+chaque cardinal. Le Souverain Pontife reçut ensuite
+l'antichambre pontificale et les officiers de sa garde.</p>
+
+<p>Mais l'objet le plus convoité par les enfants,&mdash;les
+meilleures étrennes&mdash;c'est un <i>presepio</i>. On nomme
+ainsi une Crèche en cire, contenant l'Enfant Jésus
+couché sur la paille, Marie et Joseph en adoration à
+ses côtés et, sur un plan éloigné, le boeuf et l'âne qui
+semblent réchauffer de leur haleine le Sauveur du
+monde. Il y a des Crèches de route grandeur, de
+tout prix: les plus attrayantes pour les petits Romains
+sont celles qui sont recouvertes d'un globe de cristal.
+Ils emportent triomphalement leur <i>presepio</i> et le
+placent avec honneur dans leur chambrette ornée à
+l'avance pour le recevoir. C'est devant lui que,
+chaque soir, toute la famille vient prier<a id="footnotetag45" name="footnotetag45"></a><a href="#footnote45"><sup>45</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote45" name="footnote45"></a><b>Note 45:</b><a href="#footnotetag45"> (retour) </a><p>La plus belle Crèche de Rome se trouve toujours dans l'antique
+église de l'<i>Ara coeli</i>, au Capitole.
+Ces représentations de la Crèche sont ordinairement conservées de
+Noël à l'Épiphanie.&mdash;Autrefois, dans quelques églises, on les cachait
+le jour des Saints Innocents, en mémoire de la fuite de Jésus en
+Égypte.</p>
+
+<p>Le célèbre peintre florentin Luca della Robbia se distingua dans
+la fabrication des Crèches en terre cuite.</p></blockquote>
+
+<p>Rappelons un gracieux et naïf usage qui existe à
+Rome et qui fait de Noël, comme partout ailleurs, la
+fête privilégiée des enfants: nous voulons parler des
+petits prédicateurs de l'<i>Ara coeli</i>.</p>
+
+<p>Pendant les fêtes de Noël, on vient de tous les
+quartiers de la ville dans cette église dédiée à la
+Vierge Marie pour rendre ses hommages au <i>San
+Bambino</i>. Tout le monde le connaît, tout le monde
+vient se recommander à lui. Il n'est pas rare qu'on le
+conduise chez des malades désespérés et que des
+guérisons étonnantes soient produites par sa présence.
+Telle est à Rome sa renommée que ceux même
+qui, en 1849, opprimaient le Pape et outrageaient
+les prêtres, affectaient de le respecter et lui donnèrent
+la plus belle des voitures qui se trouvaient au Quirinal
+pour ses visites aux malades.</p>
+
+<p>La statue du <i>San Bambino</i> est en bois d'olivier:
+sa robe est couverte de saphirs, d'émeraudes et de
+topazes, dons de la piété des fidèles. Un soleil tout
+en diamant étincelle sur sa poitrine, des colliers plus
+précieux les uns que les autres ornent son cou et
+tout cela en reconnaissance des nombreuses guérisons
+opérées au contact du <i>San Bambino</i> et constatées
+par des témoignages très authentiques. Il demeure
+exposé depuis Noël jusqu'à l'Épiphanie, dans une
+chapelle latérale admirablement décorée: il y est
+entouré de tous les personnages qui furent témoins
+du mystère de Bethléem.</p>
+
+<p>Quand le moment est venu de le dérober aux
+regards, les Religieux Franciscains du couvent de
+l'<i>Ara coeli</i> le portent en procession sur le seuil de
+l'église et avec lui bénissent la foule.</p>
+
+<p>Peu de cérémonies, à Rome, attirent un tel concours:
+les cent vingt-quatre marches qui conduisent
+à l'église, tous les degrés du Capitole, tous les balcons
+sont garnis de pieux fidèles qui attendent cette
+bénédiction comme une grâce des plus précieuses.</p>
+
+<p>C'est en face du <i>San Bambino</i> que les enfants de
+Rome viennent prêcher. Au pilier voisin s'appuie
+une petite chaire: les jeunes orateurs de sept a
+douze ans s'y succèdent pour y célébrer, dans leur
+naïf langage, les louanges du petit Jésus.</p>
+
+<p>Deux mois avant la fête, père, mère, frères et
+soeurs, tout le monde est en mouvement dans les
+familles. Les uns composent, les autres font répéter
+au jeune débutant son sermon de Noël.</p>
+
+<p>«Lorsque j'arrivai, écrit Mgr Gaume, c'était une
+petite fille qui occupait la chaire: à en juger par sa
+taille, elle pouvait avoir huit ans au plus. Elle parlait
+avec beaucoup d'onction et de vivacité; le geste
+était naturel, le ton juste et varié..... La péroraison
+fut pathétique. L'orateur tomba à genoux, étendit ses
+petites mains vers le <i>Son Bambino</i>, lui adressa une
+naïve prière, puis donna sa bénédiction absolument
+comme l'aurait fait un vieux prédicateur»<a id="footnotetag46" name="footnotetag46"></a><a href="#footnote46"><sup>46</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote46" name="footnote46"></a><b>Note 46:</b><a href="#footnotetag46"> (retour) </a> Loc. cit. I p. 459.</blockquote>
+
+<p>Il n'est donc pas étonnant que, pendant huit jours,
+de dix heures du matin à trois heures du soir, il y ait
+foule à l'<i>Ara coeli</i>.</p>
+
+<p>C'est ici qu'il faut parler d'un personnage imaginaire
+qui jouait autrefois un grand rôle dans les coutumes
+populaires de Noël en Italie: il s'agit de la
+<i>Befana</i><a id="footnotetag47" name="footnotetag47"></a><a href="#footnote47"><sup>47</sup></a>.&mdash;Ce mot qui est évidemment une corruption
+de <i>Befania</i>. <i>Epifania</i> Épiphanie, veut dire
+<i>marionnette</i>, <i>fantôme</i>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote47" name="footnote47"></a><b>Note 47:</b><a href="#footnotetag47"> (retour) </a> Voir le <i>Dizionario di Tradizione</i> de Moroni.
+Spain. Tom. IV, pag. 278-282.</blockquote>
+
+<p>On appelle <i>Befana</i> un mannequin habillé de
+haillons qu'on promène en Italie, la nuit de l'Épiphanie
+et qu'on s'amuse à suspendre aux fenêtres le
+jour même de la fête. Cet usage a presque complètement
+disparu.</p>
+
+<p>Varchi et Béni représentent la <i>Befana</i> comme une
+vieille femme aux yeux rouges, aux lèvres épaisses,
+au visage furibond.</p>
+
+<p>Jacques Grimm<a id="footnotetag48" name="footnotetag48"></a><a href="#footnote48"><sup>48</sup></a> dit que la <i>Befana</i> est une fée
+difforme, noire, laide, qui apporte des présents aux
+enfants. En Allemagne, ajoute-t-il, <i>Tante Arie</i> joue
+à peu près le même rôle. Sa légende serait originaire
+de Franche-Comté; elle assiste aux moissons, préside
+les fêtes rustiques, récompense les fileuses diligentes,
+fait tomber les fruits des arbres pour les enfants
+sages, et à Noël leur donne des noix et des gâteaux.
+Le titre de <i>tante</i> paraît avoir remplacé celui de <i>fée</i>,
+car c'est le nom d'une personne généralement bienfaisante.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote48" name="footnote48"></a><b>Note 48:</b><a href="#footnotetag48"> (retour) </a> Dictionnaire de Mythologie allemande, s. v. <i>Befana</i>.</blockquote>
+
+<p>En Italie, son rôle serait celui du «Bonhomme
+Noël» ou de «Croquemitaine» si redouté des
+enfants. S'ils ne sont pas sages, les parents les menacent
+de tout révéler à la <i>Befana</i>. Celle-ci donne des
+cadeaux aux enfants obéissants; aux méchants elle
+n'apporte que de la cendre et du charbon.</p>
+
+<p>Comme les Rois Mages venaient de l'Orient et que
+l'un d'eux était noir, on raconte aux enfants que la
+<i>Befana</i> aussi est noire et qu'à cette époque, elle
+entreprend un grand voyage pour récompenser ou
+pour punir.</p>
+
+<p>Parmi les cadeaux qu'on lui attribue à Rome, on
+remarque les pommes de pin dorées qui rappellent
+l'encens et l'or des Rois Mages.</p>
+
+<p>En Toscane, elle est représentée comme une fée
+qui pénètre la nuit dans les maisons; elle emplit de
+bonbons et de joujoux, les souliers placés dans la
+cheminée. Les mamans et les gouvernantes menacent
+leurs <i>bambini</i> de la <i>Befana</i> qui n'est, disent-elles, ni
+tendre, ni généreuse pour les mauvais sujets.</p>
+
+<p>Le cinq Janvier, veille de l'Épiphanie, vers dix
+heures du soir, la place Xavone, la plus vaste et la
+plus imposante de Rome après celle de Saint-Pierre,
+est illuminée <i>à giorno</i> et présente un aspect féerique.
+Des marchands forains y étalent leurs boutiques
+ambulantes chargées de friandises, de fruits et de
+jouets d'une variété infinie. On y installe même des
+pâtisseries et des cafés pour les parents, les parrains,
+les maîtres: ils y viennent en foule pour «régaler»
+leurs enfants, leurs filleuls, leurs élèves.</p>
+
+<p>On crie, on danse, on tambourine, on agite des
+grelots et même des casseroles. On y vend surtout
+des trompettes de fer blanc appelées <i>Befane</i><a id="footnotetag49" name="footnotetag49"></a><a href="#footnote49"><sup>49</sup></a>. Les
+enfants les achètent et s'en vont par les rues, soufflant
+toute la soirée et toute la nuit, et rendant tout
+sommeil impossible. Cette bruyante démonstration
+est, dit-on, à l'intention du roi Hérode qu'on veut
+punir de sa cruauté envers les Innocents.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote49" name="footnote49"></a><b>Note 49:</b><a href="#footnotetag49"> (retour) </a> La veille de Saint Jean-Baptiste. Le même bruit se
+produit, avec des clochettes qu'on vend sur la place du Latran.</blockquote>
+
+<p>Assurément Hérode et sa famille occupent une
+grande place dans l'esprit des Italiens. Un voyageur qui
+visitait, l'hiver dernier, les églises de Rome, au temps
+de Noël, voyait partout, dans les Crèches, l'Enfant
+Jésus couvert d'un voile épais. Comme il en demandait
+la raison, on lui répondit: «c'est pour le dérober
+aux fureurs d'Hérode».</p>
+
+<p>D'après quelques auteurs<a id="footnotetag50" name="footnotetag50"></a><a href="#footnote50"><sup>50</sup></a>, la <i>Befana</i> serait
+Salomé, fille d'Hérode, qui fit décapiter Saint Jean
+Baptiste. Son histoire fit grande impression sur l'imagination
+du Moyen Age et la légende s'en empara
+bien vite pour y mêler ses fables. Ainsi, quand, au
+fameux festin, on lui présenta la tête tranchée du
+Saint, elle voulut y déposer un baiser, mais la bouche
+lui souffla violemment à la figure et aussitôt elle
+disparut ensorcelée et fut condamnée à suivre le
+cortège des mauvais esprits<a id="footnotetag51" name="footnotetag51"></a><a href="#footnote51"><sup>51</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote50" name="footnote50"></a><b>Note 50:</b><a href="#footnotetag50"> (retour) </a> Jacques Grimm. loc. cit.</blockquote>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote51" name="footnote51"></a><b>Note 51:</b><a href="#footnotetag51"> (retour) </a> Une autre légende raconte que la fille d'Hérode, en punition de
+son crime, eut la tête tranchée par un glaçon, au moment où elle
+traversait un fleuve dont la glace se brisa sous ses pieds.</blockquote>
+
+<p>A la cathédrale de Gênes, pendant la Messe de
+minuit, au <i>Gloria in excelsis</i>, tous les enfants de
+l'assistance sonnent un charivari de clochettes de
+terre cuite qui ne convient guère à la sainteté du lieu.
+&mdash;Ceci rappelle un peu les Messes solennelles des
+rites orientaux, arménien, grec, etc., où la consécration
+s'accomplit au son des grelots que le diacre et le
+sous-diacre agitent de chaque côté du célébrant. Ces
+grelots sont attachés au bout d'un bâton de deux
+mètres, qui porte à son extrémité une plaque ronde
+de cuivre ou d'argent; ils rendent un son harmonieux
+par suite du mouvement qu'on leur donne. Cet instrument
+s'appelle <i>quéchouez</i><a id="footnotetag52" name="footnotetag52"></a><a href="#footnote52"><sup>52</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote52" name="footnote52"></a><b>Note 52:</b><a href="#footnotetag52"> (retour) </a> Lebrun. <i>Explication des cérémonies de la Messe</i>. Tom. III.</blockquote>
+
+<p>D'ailleurs, pendant toute la veillée de Noël, ces
+mêmes clochettes préludent à la fête, dans toutes les
+rues de Gênes, d'une assez amusante façon.</p>
+
+<p>Dans quelques villes d'Italie, on voit encore ce
+qu'on appelle <i>la ruota della Befana</i>. C'est une ronde
+d'enfants avec des chants à tue-tête, autour d'un
+grand feu de joie. Cet usage existe encore à Mandello
+sur les bords du lac de Lecco. Un cortège nombreux,
+que précède une musique barbare et une mascarade
+pittoresque, escortent la <i>Befana</i>, la vieille qui
+porte la fleur de lys et la quenouille. D'après la
+légende, elle vient, le jour de Noël, distribuer des
+jouets et des friandises aux enfants bien sages. La
+fête se termine sur la place du village par un feu de
+joie dans lequel on brûle, en effigie, la vieille femme
+qui doit renaître de ses cendres l'année suivante.</p>
+
+<p>Dans ce même village de Mandello, le chef du
+peuple, <i>il capo del popolo</i>, revêtu d'un costume spécial
+et entouré d'une foule nombreuse, offre une
+marmite de soupe fumante à l'Enfant Jésus que l'on
+vénère dans une Crèche installée sur la grande place.
+Au pied d'un autel improvisé, on dépose, sur un
+tapis, des jattes remplies d'eau, que l'on vient
+reprendre le lendemain. Elles serviront de pieux
+présents aux amis, car cette eau passe pour avoir
+obtenu des vertus particulières pendant qu'elle a
+séjourné devant la Crèche.</p>
+
+<p>Dans la même région, au val di Rosa (Lecco), les
+gens du pays jouent encore, à l'occasion de Noël,
+des <i>Mystères</i> qui datent du Moyen Age. Ils représentent
+le cortège des Bergers et des Rois Mages, en
+costumes qu'ils sont fiers de porter, et montent, en
+chantant, sur les hauteurs voisines couvertes de
+neige. Un clerc ouvre la marche, tenant bien haut
+l'étoile lumineuse: rois et pasteurs suivent en ordre
+et se rendent à un <i>presepio</i> dressé dans un ermitage
+au sommet de la montagne.</p>
+
+<p>En Toscane et en d'autres contrées de l'Italie, la
+bûche de Noël est en grand honneur. Quelquefois
+même dans le langage populaire, on désigne la fête
+de Noël par ce seul mot <i>Ceppo, la Bûche</i>. On bande
+les yeux aux enfants, puis ces derniers doivent
+tourner autour de la Bûche et la frapper à coup de
+pincettes en chantant la <i>canzonetta</i> dite <i>l'Ave Maria
+de la Bûche</i>. Ce chant a la vertu de faire tomber sur
+eux une pluie bienfaisante de jouets et de bonbons,
+selon la générosité des assistants <a id="footnotetag53" name="footnotetag53"></a><a href="#footnote53"><sup>53</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote53" name="footnote53"></a><b>Note 53:</b><a href="#footnotetag53"> (retour) </a> P. Fantani&mdash;*** s. v. Ceppo</blockquote>
+<br><br><br>
+
+
+
+<h3>NAPLES</h3>
+
+<p>La vue de Naples, de son golfe aux teintes d'azur,
+de ses rivages constellés de blanches villas, de ses
+promontoires pittoresques et du cône fumant du
+Vésuve, est un des spectacles les plus enchanteurs
+qu'il y ait au monde.</p>
+
+<p>Nulle part Noël n'est plus animé qu'à Naples. Une
+sorte de rage de plaisir et de distraction s'empare
+de la population tout entière et pendant une période
+de huit jours, c'est un mouvement, un entrain, une
+sorte de <i>furia</i> dont rien ne peut donner l'idée.</p>
+
+<p>La semaine qui précède Noël s'appelle, à Naples,
+la semaine des <i>bancarelle</i> (littéralement des <i>comptoirs</i>).
+En 1904, elle s'est terminée dans un «bain de
+lumière et d'azur» <a id="footnotetag54" name="footnotetag54"></a><a href="#footnote54"><sup>54</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote54" name="footnote54"></a><b>Note 54:</b><a href="#footnotetag54"> (retour) </a> Nous empruntons quelques détails aux journaux de Naples:
+nous nous efforçons de les traduire aussi littéralement que possible,
+afin de conserver les nuances d'un style plein de délicatesse et d'originalité.</blockquote>
+
+<p>Une douceur de ciel printanier a souri à ces derniers
+jours de l'année, d'ordinaire si pluvieux à
+Naples: le bonheur des petits commerçants est donc
+complet. Les marchés de Noël ont eu depuis huit
+jours un aspect des plus attrayants comme tous les
+usages de cette population moitié orientale et moitié
+espagnole.</p>
+
+<p>D'innombrables boutiques s'élèvent dans la grande
+rue centrale de Naples, <i>via di Roma, gia Toledo</i> (la rue
+de Rome, autrefois de Tolède<a id="footnotetag55" name="footnotetag55"></a><a href="#footnote55"><sup>55</sup></a>). Une foule en liesse
+la remplît et déborde dans les ruelles adjacentes, sur
+les places et sur les quais. Clameurs, joie universelle,
+portées au diapason le plus élevé, explosion gigantesque
+de bonne humeur et de félicité publique qui
+se nourrissent de gain bien minimes, préparés de
+longue main et impatiemment attendus. Toutes les
+familles bourgeoises se réapprovisionnent du nécessaire
+et parfois même du superflu. Les <i>bancarelle</i>
+sont une exposition aux formes les plus diverses,
+aux couleurs les plus variées et les plus vives: elles
+se tiennent sur les places, en plein air, au milieu de
+tentes roulantes qui s'élèvent par milliers et sur
+lesquelles l'esthétique du peuple napolitain range,
+en groupes bizarres, les objets les plus divers et les
+plus brillants.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote55" name="footnote55"></a><b>Note 55:</b><a href="#footnotetag55"> (retour) </a> Le gouvernement italien, au moment de l'annexion du royaume
+de Naples, a changé le nom de la grande rue de Tolède et l'a appelée,
+en 1870, rue de Rome. Mais, nous l'avons constaté, pour le peuple
+napolitain et la presse locale, c'est toujours la rue de Tolède.</blockquote>
+
+<p>Ce ne sont pas seulement des comestibles, des
+ustensiles en terre ou en verre, fabriqués sous les
+formes les plus fantastiques; ce n'est pas seulement
+pour la table que se dressent ces agréables bastions
+vivants, le long des trottoirs fourmillant de monde
+de la rue de Tolède, de la place Medina et de la place
+de la Liberté, la littérature même a ses autels, ses
+petits temples enguirlandés dans ce bruyant «abracadabra»
+du Noël Napolitain. Elles sont, en effet,
+innombrables les <i>bancarelle</i> où sévères et graves se
+trouvent rangés les livres, les opuscules, les in-folios
+anciens et miniatures, toutes les variétés et les sous-espèces
+du volume, et surtout des manuscrits qui
+coûtèrent tant de sueurs. Un public curieux et sympathique
+s'approche de ces montagnes de papier
+imprimé, et y cherche avec des regards studieux
+l'ouvrage désiré et peut-être ignoré du revendeur.
+Parfois pour quelques centimes on achète un livre
+d'une grande valeur, ou tout un lot de brochures au
+dos déchiré et aux pages en lambeaux.</p>
+
+<p>Et aujourd'hui (Noël 1904), pour la première fois
+peut-être depuis vingt ans, grâce aux rayons bienfaisants
+d'un soleil de printemps, Naples peut montrer
+toute la beauté éblouissante de ses marchés «enveloppés
+d'un nimbe de joie». Toute la ville est aujourd'hui
+dehors: les étrangers en extase contemplent ce
+spectacle comme «une fascinante féerie».</p>
+
+<p>Ce qu'il faut voir surtout, c'est le pittoresque <i>marché
+aux poissons</i> sur le quai de Sainte-Lucie. La
+veille de Noël, après avoir traversé un grand nombre
+de rues entre des trophées de verdure, des amoncellements
+de fruits, de compotes au vinaigre, de
+gâteaux, de liqueurs, on croirait que c'est la dernière
+journée où il soit permis de manger. Pour le souper,
+la carte de rigueur est la suivante: vermicelle au jus
+de poisson, <i>broccoli</i> fumants à l'huile, <i>capitone</i><a id="footnotetag56" name="footnotetag56"></a><a href="#footnote56"><sup>56</sup></a> et
+poissons divers<a id="footnotetag57" name="footnotetag57"></a><a href="#footnote57"><sup>57</sup></a>.&mdash;Cent mille personnes au moins
+sont en mouvement pour préparer le succulent repas
+aux quatre cent mille autres qui se promènent oisives
+ou qui travaillent, en proie à la plus fébrile impatience.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote56" name="footnote56"></a><b>Note 56:</b><a href="#footnotetag56"> (retour) </a> Le <i>capitone</i> est le mets traditionnel et nécessaire
+du repas de Noël: c'est une anguille de rivière ou de mer, quelquefois
+Une murène à la chair blanche et laiteuse.</blockquote>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote57" name="footnote57"></a><b>Note 57:</b><a href="#footnotetag57"> (retour) </a> Les Napolitains les appellent <i>frutti di mare</i>
+(fruits de la mer), ce sont des huîtres, des crabes, des langoustes,
+des coquillages aux formes les plus variées.</blockquote>
+
+<p>A combien le <i>capitone</i>? Telle est la grande question
+du jour. En effet, quel est le Napolitain qui ne
+mange le <i>capitone</i> le soir de la veille de Noël?</p>
+
+<p>Partout on entend crier: «<i>capitone viva, fricceca,
+stu capitone, a na lira e otto, capitone</i> vivant, il palpite
+encore ce <i>capitone</i>, à un franc quarante centimes».</p>
+
+<p>Il faut aller visiter la rue Ste-Brigitte ou la rue Porto,
+le soir de la veille de Noël. C'est une scène fantastique
+digne du pinceau de Gherardo dell Notti.
+Qu'ils sont beaux à voir ces marins au teint bronzé,
+vieux loups de mer qui, sur leurs barques de pêche
+(<i>paranziello</i>), ont défié maintes fois les tempêtes et
+qui ont une voix de tonnerre habituée à se faire
+entendre au milieu du bruit des vagues. Ils sont là,
+debout devant leurs corbeilles entourées de cierges
+allumés, les manches de leur veste retroussées jusqu'au
+coude. Ils enfoncent de temps en temps leurs
+mains dans ces corbeilles remplies d'anguilles vivantes,
+ils saisissent les plus grosses, les font tournoyer
+en l'air et gesticulant avec toute leur vivacité méridionale,
+ils ont un faux air de charmeurs de serpents.</p>
+
+<p>A chaque coin de rue les marchandes de Procida<a id="footnotetag58" name="footnotetag58"></a><a href="#footnote58"><sup>58</sup></a>
+et d'Ischia attirent l'attention par le curieux
+costume de leur île.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote58" name="footnote58"></a><b>Note 58:</b><a href="#footnotetag58"> (retour) </a> <i>Le jour de Noël</i>, à la Saint-Michel et le huit Mai,
+les femmes de Procida revêtent leur costume national: un vêtement rouge
+brodé d'or, et elles exécutent la danse du pays, la <i>tarantelle</i>.</blockquote>
+
+<p>Rien de plus animé, de plus vivant que le spectacle
+du port de Naples, la veille de Noël, vers le coucher
+du soleil. La foule y montre sa folle et insouciante
+gaîté, son intarissable faconde, sa verve spirituelle et
+bouffonne, les marchands y annoncent leurs denrées
+avec mille <i>lazzi</i>, les musiciens y donnent des sérénades
+et au milieu de cette cohue indéfinissable les
+<i>corricoli</i>, petites voitures où s'entassent de douze à
+quinze personnes, amènent de Portici et de Resina
+les ouvriers qui viennent souper en plein air, en face
+de la mer (à la napolitaine).</p>
+
+<p>Oui, à Naples, Noël est bruyant et joyeux: clameurs
+et joie qui font oublier la désolante mélancolie
+qui court dans les vastes souterrains de cette bonne,
+généreuse et sympathique population. Qu'on ne
+croie pas cependant que Naples soit devenue, par
+enchantement «la ville du dollar»: Noël n'est pour
+elle qu'une «parenthèse de félicité et de splendeurs»,
+à la fin d'une année qui a été souvent attristée par
+bien des privations.</p>
+
+<p>En un mot, rien de vivant, de pittoresque, de
+sémillant comme ce peuple en délire sous «le beau
+ciel bleu de Naples, turquoise le jour, saphir la nuit».</p>
+
+<p>Comment ne pas se rappeler ces beaux vers de
+Lamartine:</p>
+
+<div class="poem"> <div class="stanza">
+<p>Sous ce ciel où la vie, où le bonheur abonde.</p>
+<p>Sur ces rives que l'oeil se plaît à parcourir.</p>
+<p>Nous avons respiré cet air d'un autre monde.</p>
+<p>Elvire!... Et cependant on dit qu'il faut mourir<a id="footnotetag59" name="footnotetag59"></a><a href="#footnote59"><sup>59</sup></a>.</p>
+ </div> </div>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote59" name="footnote59"></a><b>Note 59:</b><a href="#footnotetag59"> (retour) </a> Tout le monde connaît ce vieux dicton que répète volontiers
+même le dernier des Napolitains: <i>Veder Napoli e dopo mori</i>, voir
+Naples et mourir.</blockquote>
+
+<p>Naples a aussi ses musiciens de Noël; ils viennent
+du fond des Abruzzes et des gorges de la Calabre:
+ils portent le nom de <i>Zampognari</i>. Il y a deux sortes
+de <i>Zampogna</i> en usage dans le midi de l'Italie et en
+Sicile.</p>
+
+<p>C'est d'abord une cornemuse composée d'un sac
+de peau et de trois chalumeaux de différentes longueurs.
+Deux de ces chalumeaux donnent toujours
+le même ton; le troisième est susceptible de varier
+ses notes et rappelle le hautbois et la clarinette. La
+note continue du plus gros chalumeau s'appelle <i>bourdon</i>,
+elle est censée faire la basse; celle du second,
+donne ordinairement la dominante. Lorsqu'on entend
+de loin dans les montagnes ce singulier mélange de
+tons immuables avec les modulations de la mélodie,
+on croirait avoir les oreilles frappées par un tintement
+de cloches plutôt que par le son d'un instrument
+de musique.</p>
+
+<p>Il y a aussi de petites <i>Zampogne</i> qui ne se composent
+que d'un simple chalumeau. Nous avons sous
+les yeux une gravure reproduisant le gracieux
+tableau du professeur Bechi de Rome. C'est un <i>Zampognaro
+qui s'exerce à jouer la cantilène de Noël</i>:
+son instrument, en effet, n'a pas d'outre et ressemble
+assez à un hautbois de petite dimension.</p>
+
+<p>Les fonctions et les costumes des <i>Zampognari</i>
+sont à peu près les mêmes que ceux des <i>Pifferari</i> à
+Rome. Comme eux, ils ne s'embarrassent pas d'un
+bagage inutile. Un manteau de laine brune leur sert,
+pendant la nuit, tout à la fois de matelas et de couverture.
+Ces pauvres montagnards s'en vont de porte
+en porte et le peuple napolitain très pieux et très
+charitable leur demande des neuvaines devant
+l'image de la Madone ou devant la Crèche. L'argent
+qu'ils gagnent sert à nourrir leur famille pendant le
+reste de l'année.</p>
+
+<p>A Naples, plus encore qu'à Rome, le <i>presepio</i>
+(la Crèche) joue un grand rôle dans les fêtes de
+Noël. Dans le sud de l'Italie, les Crèches sont nombreuses
+et dénotent parfois un véritable talent d'artiste.
+Au fond d'une grotte entourée de rochers, on
+aperçoit l'étable et la Crèche où naquit le Sauveur.
+Autour du <i>San Bambino</i> reposant sur la paille, de
+minuscules figurines de bois sculpté, revêtues d'habits
+patiemment confectionnés aux veillées d'hiver,
+représentent la Sainte Vierge et Saint Joseph en extase.
+A l'entrée, de petits chérubins pressent leurs têtes
+ailées pour regarder de plus près le nouveau-né.
+Puis c'est toute une procession de bergers qui viennent
+lui apporter leurs modestes présents.</p>
+
+<p>Au sommet de la grotte brille l'étoile qui a conduit
+les Mages. Ceux-ci sont entourés de pages, d'hommes
+d'armes, d'écuyers, d'esclaves nubiens qui conduisent
+des chameaux. Ces figurines sont quelquefois
+d'un grand prix: il est des chèvres et des moutons
+signés <i>Vaccaro</i>, qui valent leur pesant d'or.</p>
+
+<p>Un auteur dramatique a eu la passion de la
+Crèche: le napolitain dom Michel Cuciniello. Il
+avait rangé derrière de brillantes vitrines ses <i>pupazzi</i>
+(petites statuettes): il aimait à les faire admirer à ses
+visiteurs. On y voyait tout ce qui peut entrer dans
+la composition d'une Crèche, depuis l'Archange
+Gabriel jusqu'à l'humble paysanne apportant ses
+présents dans un panier, depuis Saint Joseph jusqu'au
+tavernier, depuis la Sainte Vierge jusqu'au roi
+nègre. Dom Michel offrit à la ville de Naples ce
+trésor d'art qu'on peut aller voir au Musée de la
+Chartreuse de San Martino.</p>
+
+<p>Cette Crèche se trouve dans la grande salle attenante
+à celle de la Gondole de Charles III. A droite,
+s'élève la maisonnette du tavernier: plus haut, celle
+de la blanchisseuse; à gauche, un petit pont sur un
+torrent entre les troncs énormes de vieux chênes
+renversés: au centre, les colonnes brisées d'un temple
+en ruines; loin, bien loin, à perte de vue, la
+campagne; de petites collines verdoyantes s'estompent
+dans la brume, et au-dessus un ciel d'azur donne
+à cette scène à la fois profane et sacrée un aspect des
+plus grandioses.</p>
+
+<p>La maisonnette du tavernier est une merveilleuse
+reproduction des moeurs napolitaines. On y voit
+ustensiles en cuivre, faisceaux d'herbages, animaux
+de basse-cour, mobilier complet, vases de fleurs.</p>
+
+<p>Plus loin, sur la terrasse de la blanchisseuse, le
+linge étendu sur des cordes et séchant au soleil, la
+petite cage à la fenêtre: le tout d'une parfaite précision.</p>
+
+<p>Là-bas, dans la plaine, on voit caracoler des chevaux
+que des palefreniers retiennent avec peine;
+plus loin, de riches paysannes dansent la <i>tarantelle</i>
+au son des guitares.</p>
+
+<p>Qu'elle expression dans ces têtes d'argile! Quelle
+finesse dans tous ces vêtements et dans ces parures!
+Quel éclat dans ces perles précieuses! Quelle animation,
+quelle vie dans tout ce paysage; dans ce
+torrent qui écume au milieu de blocs énormes et
+d'arbres séculaires, dans cette nature souriante,
+idyllique, parmi les épais rosiers et les prairies en
+fleurs!</p>
+
+<p>Quelle richesse dans ce cortège des Rois Mages!
+Ils s'avancent coiffés de turbans et vêtus d'habits
+chamarrés d'or et parsemés de pierreries; de nombreux
+esclaves conduisent des chameaux chargés de
+coffres remplis d'or et de pierres précieuses.</p>
+
+<p>Au-dessus de tout, s'élève pure la note de la foi:
+la Vierge et Saint Joseph, le petit Enfant Jésus étendu
+sur la paille, le boeuf et l'âne. Autour des petites
+colonnes qui entoure la Crèche, grimpent le lierre
+et la mousse et des essaims d'Anges se balancent
+dans les airs en glorifiant Dieu.</p>
+
+<p>La Crèche de dom Michel et ses quatre-vingts statuettes
+représentent une valeur de deux cent cinquante
+mille francs.</p>
+
+<p>Un habitant de la ville de Caserte avait dans sa
+maison une Crèche d'une richesse vraiment royale.
+Les Rois Mages, avec des costumes éblouissants,
+apportaient de vrais coffres d'or et de pierreries: les
+perles, les rubis, les émeraudes, les topazes y brillaient
+de toutes parts. Une femme avait au milieu du front
+un diamant si gros et d'une si belle eau qu'une
+princesse l'aurait mis volontiers à son diadème. On
+ne sera pas étonné d'apprendre que des soldats en
+armes gardaient, nuit et jour, un tel <i>presepio</i>.</p>
+
+<p>La veille de Noël, à minuit, la famille entière vient
+s'agenouiller devant la Crèche. Le plus jeune des
+enfants prend un <i>Bambino</i> en cire et le place entre
+la Vierge Marie et Saint Joseph, dans un petit berceau
+de mousse. Les <i>Zampognari</i> attaquent la plus
+belle de leurs symphonies: on y répond par des
+cantiques: tout le monde prie; c'est une scène des
+plus touchantes<a id="footnotetag60" name="footnotetag60"></a><a href="#footnote60"><sup>60</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote60" name="footnote60"></a><b>Note 60:</b><a href="#footnotetag60"> (retour) </a> De Lauzières, <i>Panorama des Fêtes chrétiennes</i>.</blockquote>
+
+<p>Toute la nuit de la veille de Noël ont lieu des feux
+d'artifice qu'on nomme <i>Tricchi-Tracche</i>. Les rues, les
+ruelles deviennent plus lumineuses qu'à midi. Les feux
+de bengale pétillent à tous les étages et à toutes les
+fenêtres: les flammèches tombent en pluie de feu
+sur la tête des passants. Alors aussi sur les places
+publiques, sur les trottoirs, sur les balcons éclatent
+les soleils, les girandoles, les fusées de toutes sortes.
+Dans chaque rue, dans chaque quartier c'est une fusillade
+nourrie; on dirait que dans cette ville de cinq
+cent mille âmes se livre une lutte effroyable. Les
+morts sont rares; il y a bien quelques blessés&mdash;mais
+c'est <i>Natale</i> (Noël)&mdash;et l'an prochain on recommencera
+de plus belle!</p>
+
+<p>Il y a une vingtaine d'années, on représentait à
+Naples, dans un théâtre de second ordre, la <i>Nascita
+del Verbo Incarnato</i> (la Naissance du Verbe Incarné),
+longue et fastidieuse pièce en cinq actes et en vers,
+avec prologue. Les acteurs jouaient d'abord avec
+beaucoup de sérieux et de dignité. Mais, à la fin de
+chaque acte, les <i>guillari</i> (les bouffons, les clowns)
+apparaissaient sur le théâtre, liaient conversation
+avec la Sainte Vierge et Saint Joseph, puis restés
+bientôt seuls maîtres de la scène, racontaient, en
+patois, les nouvelles du port, avec une verve endiablée.</p>
+
+
+<p>Il existe un usage assez bizarre dans la petite ville
+de Catanzaro, au sud de Naples, dans la Calabre
+ultérieure. C'est <i>n' Presepiu cchi si motica</i>, une
+espèce de Crèche-théâtre, de Crèche-parlante. Elle
+ne se trouve pas dans l'église. Elle nous apparaît
+peuplée de personnages qui se meuvent, gesticulent,
+parlent, absolument comme des marionnettes. A
+côté d'une grotte s'élève une prison, puis un palais,
+un couvent de capucins, une église. L'action est des
+plus grotesques. Par exemple, Hérode vient d'apprendre
+la nouvelle de la naissance d'un roi plus
+puissant que lui; aussitôt il entre dans une fureur
+extrême et donne ordre de faire périr par le glaive
+tous les enfants au-dessous de deux ans. On assiste
+alors au meurtre des Innocents, on entend des cris
+plaintifs. Les Religieux sortent du couvent et veulent
+défendre ces pauvres victimes, mais ils sont à leur
+tour roués de coups, jusqu'à ce que d'autres Religieux
+arrivent, en chantant des psaumes pour les
+morts<a id="footnotetag61" name="footnotetag61"></a><a href="#footnote61"><sup>61</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote61" name="footnote61"></a><b>Note 61:</b><a href="#footnotetag61"> (retour) </a> M. Lumini, <i>Le sacre rappresentazione italiane</i>, p. 306.</blockquote>
+
+<p>Dans l'île d'Ischia, on voit, dans les deux églises,
+un trône orné, sur lequel est placée une statue de la
+Vierge. Elle est habillée de brocart riche, porte des
+cheveux naturels très frisés et des boucles d'oreille:
+elle a une sorte de tablier de mousseline blanche
+qu'elle relève des deux mains comme pour en former
+un berceau. Le jour de Noël, on dépose un
+Enfant-Jésus dans le tablier de la Vierge.</p>
+
+<p>A Capri<a id="footnotetag62" name="footnotetag62"></a><a href="#footnote62"><sup>62</sup></a>, au commencement de la Messe de
+minuit, le tabernacle apparaît <i>ouvert</i> et <i>vide</i>, pour
+signifier que le Christ n'est pas encore né. Après la
+communion seulement, le prêtre y introduit une
+hostie consacrée et ferme la porte. Pendant toute la
+nuit et toute la journée du vingt-cinq décembre, les
+bombes et les coups de feu retentissent sans cesse,
+répétés par les échos des montagnes.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote62" name="footnote62"></a><b>Note 62:</b><a href="#footnotetag62"> (retour) </a> Dans l'île de Capri, de la pointe du <i>Capo</i> la vue est magnifique
+et n'a de comparable au monde que la rade de Rio de Janeiro et les
+abords de Constantinople.</blockquote>
+
+<p>Dans l'église de Massa-Lubrense, près de Sorrente <a id="footnotetag63" name="footnotetag63"></a><a href="#footnote63"><sup>63</sup></a>,
+on voit une Crèche qui est tout un monde.
+Ce sont des rochers escarpés remplis de personnages
+en miniature: bergers, religieux; dans un ravin, les
+Rois Mages qui s'avancent avec toute leur suite;
+puis des villages, des maisons avec des curieux sur
+les balcons, des ouvriers à leur atelier, des gens qui
+causent sur la place publique, des Anges suspendus
+en l'air. Il y a peut-être deux cents figurants. C'est
+pour ainsi dire la reproduction de la Crèche de la
+Chartreuse de Naples.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote63" name="footnote63"></a><b>Note 63:</b><a href="#footnotetag63"> (retour) </a> Aux environs de Sorrente se trouve le pittoresque couvent du
+Deserto.&mdash;Du haut de la terrasse on a une vue charmante sur les
+deux golfes de Naples et de Salerne et sur l'île de Caprée.</blockquote>
+
+<p>Dans toute la région, les passants saluent les étrangers
+par ces mots: <i>Buon' Natal!</i> (bon Noël). C'est
+le souhait de la nouvelle année<a id="footnotetag64" name="footnotetag64"></a><a href="#footnote64"><sup>64</sup></a>. Il en est de
+même à Rome; on dit encore: <i>Buone feste</i> (bonnes
+Fêtes!)</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote64" name="footnote64"></a><b>Note 64:</b><a href="#footnotetag64"> (retour) </a> Ces intéressants détails sur Ischia, Capri et les environs de
+Sorrente nous ont été fournis par deux personnes de notre famille
+qui ont assisté à la Messe de minuit dans l'église de Capri, à l'occasion
+de la fête de Noël 1904.</blockquote>
+
+<p>Nous trouvons dans l'<i>Illustrazione popolare</i> (l'Illustration
+populaire) de Rome, sous le titre: <i>la squilla
+di Lanciano nella notte di Natale</i> (la voix stridente
+de Lanciano<a id="footnotetag65" name="footnotetag65"></a><a href="#footnote65"><sup>65</sup></a>, pendant la nuit de Noël) le trait
+suivant:</p>
+
+<p>Le soir du vingt-trois Décembre, à six heures, une
+petite cloche de l'église métropolitaine de <i>Sainte-Marie-du-Pont</i>
+commence à sonner. Cette sonnerie
+qu'on est convenu d'appeler <i>squilla di Natale</i> (voix
+stridente de Noël) dure une heure sans interruption.
+Entre temps, les boutiques et les cafés se ferment;
+tous les habitants regagnent leurs foyers; de continuelles
+salves de mousqueterie et d'autres armes à
+feu retentissent de toutes parts. A sept heures du
+soir, tout le monde est chez soi; la clochette cesse
+de sonner, et, à leur tour, carillonnent toutes les
+cloches des nombreuses églises de la ville de Lanciano.
+À ce moment, tous tombent à genoux et récitent
+les litanies et d'autres prières.&mdash;C'est l'heure
+où, suivant une croyance populaire, la Vierge arriva
+à Bethléem. La prière finie, les enfants baisent les
+mains de leurs parents, de leurs aïeuls, de leurs oncles
+et tantes et échangent des compliments de bonnes
+fêtes. Un instant après, arrivent aussi les enfants qui
+vivent loin de la maison paternelle: ils viennent
+apporter l'expression de leur amour filial et prendre
+part aux joies de la famille réunie.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote65" name="footnote65"></a><b>Note 65:</b><a href="#footnotetag65"> (retour) </a> <i>Lanciano</i>, dans l'Abruzze citérieure,
+dix-huit mille habitants,
+archevêché, belle cathédrale; <i>pont de Dioclétien</i>.</blockquote>
+
+<p>Voici l'origine de cet usage: Monseigneur Paul
+Tasso, napolitain d'origine, prélat d'une grande charité
+et qui fut archevêque de Lanciano de 1588 à
+1607, avait l'habitude d'aller tous les ans, le soir du
+vingt-cinq Décembre, processionnellement et pieds
+nus, suivi du clergé et du peuple,&mdash;en souvenir du
+voyage que fit Marie, de Nazareth à Bethléem,&mdash;jusqu'à
+une petite chapelle distante de plus d'un
+kilomètre de la ville, Sainte Marie dell' Iconicella.
+Pour faire ce trajet, il mettait une heure, et pendant
+ce temps, une clochette sonnait. Après la mort de
+Monseigneur Tasso, ses successeurs renoncèrent à la
+procession, mais l'usage de sonner la cloche
+subsista.</p>
+
+<div class="poem"> <div class="stanza">
+<p>Ninna nanna de Manzoni.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p><i>Dormi, fanciul, non piangere,</i></p>
+<p><i>Dormi, fanciul celeste,</i></p>
+<p><i>Sovra il tuo capo stridere</i></p>
+<p><i>Non osin le tempeste!</i></p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>Dors, Enfant, ne pleure pas,</p>
+<p>Dors, divin Enfant,</p>
+<p>Sur ta tête faire rage.</p>
+<p>N'osent pas les tempêtes!</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p class="i4">(Première strophe.)</p>
+ </div> </div>
+<br><br><br>
+
+
+
+<h3>SICILE</h3>
+
+<p>La Sicile, qu'on appelle avec raison «la perle des
+îles» à cause de la beauté de ses paysages et de la
+douceur de son climat, offre une infinité de coutumes
+charmantes, à l'occasion de Noël.</p>
+
+<p>Le grand et très intéressant journal de Palerme,
+l'<i>Ora</i> (l'Heure) du vingt-cinq Décembre mil neuf
+cent quatre, que nous a gracieusement envoyé un
+éminent professeur de cette ville, nous apporte de
+précieux documents que nous allons traduire et
+résumer en leur conservant, autant que possible,
+leur couleur locale.</p>
+
+<p>Le bateau venant de Naples, arrive le plus souvent
+à Palerme avant le lever du soleil. Le décor matinal
+est réellement délicieux. À gauche, au-dessus du
+promontoire rocheux de Zaffarano, volent de légers
+nuages gris auréolés de rose par les premiers feux de
+l'aurore; le ciel est pur de ce bleu pâle qui caractérise
+les fins d'orage et dont connaissent bien la
+nuance tendre tous ceux qui ont navigué sur la
+Méditerranée. Bientôt apparaît Palerme <i>la Felice</i>
+(l'heureuse) baignée de lumière, ceinte de sa «Conque
+d'or», plaine fertile qu'encadre un hémicycle
+de montagnes grandioses.</p>
+
+<p>Les sourires et les sarcasmes des esprits forts et
+des demi-savants n'ont pas réussi à diminuer la
+fraîche poésie de la fête de Noël. Sans doute, dit
+l'<i>Ora</i>, il y a bien dans notre chère île, comme partout
+ailleurs, pendant deux ou trois jours, des repas
+de parents et d'amis où l'on sert des plats choisis et
+des mets succulents, puis des desserts de fins gâteaux
+et de frais bonbons, mais Noël garde dans les rues
+bruyantes de nos cités, comme dans nos plus humbles
+villages, son cachet traditionnel de fête religieuse.</p>
+
+<p>Partout, on entend les voix tristes des rapsodes du
+peuple, auxquelles se mêlent le bruit monotone des
+sistres, le gémissement plaintif des violons et dans
+le lointain le son champêtre des cornemuses et des
+<i>Zampogne</i>. Ce sont les <i>aveugles-poètes</i><a id="footnotetag66" name="footnotetag66"></a><a href="#footnote66"><sup>66</sup></a> qui chantent
+le <i>voyage douloureux de la Sainte Vierge et de
+Saint Joseph</i> ou la <i>Ninnaredda</i> (berceuse) sorte
+de <i>neuvaine</i> préparatoire à la fête de Noël. Toute
+maison qui les accepte et veut bien les louer est
+marquée d'un large trait noir tracé au charbon. Ce
+sont aussi les bergers descendus des montagnes: ils
+viennent répéter leur mélancolique <i>cantilène</i> toute
+imprégnée de soupirs et de pleurs.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote66" name="footnote66"></a><b>Note 66:</b><a href="#footnotetag66"> (retour) </a><p>À Palerme, les <i>aveugles-poètes</i> forment une sorte de corporation;
+ils parcourent les campagnes, se rendent à toutes les fêtes, modifient
+et rajeunissent les chants de leurs prédécesseurs.</p>
+
+<p>Ils abordent tous les genres: les souvenirs des Croisades, les
+légendes de Sainte Lucie et de Sainte Rosalie, les deux Saintes si
+populaires dans toute la Sicile, un tremblement de terre, un naufrage,
+etc.</p>
+
+<p>Ils déploient autant d'imagination pour rendre par la poésie et la
+musique ces divers sujets, que les «peintres» pour les reproduire
+sur les charrettes des paysans siciliens.</p></blockquote>
+
+<p>Les pieux <i>cantiques</i> de la neuvaine de Noël (<i>le
+canzoni</i>) sont très connus: ils sont à peu près les
+mêmes dans toute l'Italie méridionale et en Sicile.</p>
+
+<p>On connaît beaucoup moins les <i>prières</i> (<i>le orazioni</i>)
+que l'on récite devant la Crèche dans certains
+villages des campagnes de Sicile. Ce sont des chants
+très courts, des invocations à Jésus-Enfant, à la
+Vierge, au patriarche Saint Joseph.</p>
+
+<p>Ces <i>prières</i> sont écrites dans le gracieux dialecte
+sicilien que le poète Meli a immortalisé dans ses
+vers. Qu'on en juge par le commencement du premier
+sonnet de sa Bucolique.</p>
+
+<div class="poem"> <div class="stanza">
+<p>Montagnes coupées de vallons,</p>
+<p>Rochers vêtus de lierre et de mousse,</p>
+<p>Cascades d'eau pure argentée.</p>
+<p>Ruisseaux murmurants et lacs silencieux.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>Cimes escarpées et ravins ténébreux.</p>
+<p>Joncs stériles et genêts en fleurs.</p>
+<p>Arbres antiques croulant de vieillesse,</p>
+<p>Et grottes où les gouttelettes d'eau se pétrifient avant de tomber.</p>
+<p>Accueillez, dans vos silencieux asiles,</p>
+<p>L'ami de la paix et du repos!</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>(Meli, <i>Buccolica</i>. Sonetu I.)</p>
+ </div> </div>
+
+<p>La première de ces <i>prières</i> publiée par Valplatani,
+a toute la grâce d'un petit tableau flamand (<i>ha tutta
+la grazia d'un quadretto fiammingo</i>.)</p>
+
+<div class="poem"> <div class="stanza">
+<p><i>Ni' 'na grutta nasciu lu Bammineddu,</i></p>
+<p><i>A Bettilemmi, 'ntempu di friddura,</i></p>
+<p><i>'Ncapu la paglia comu un pucireddu,</i></p>
+<p><i>La Bedda Matri l'ha pusatu allura,</i></p>
+<p><i>E cc'era ddà vicinu un sciccareddu,</i></p>
+<p><i>Misu a lu cantu di la manciatura,</i></p>
+<p><i>All' autru latu un coi pïatuseddu,</i></p>
+<p><i>E, 'ntunnu 'ntunnu, tutti li pastura.</i></p>
+<p><i>Gesuzzu duci, beddu e picciriddu,</i></p>
+<p><i>Mniezzu la paglia mori di lu friddu.</i></p>
+<p><i>Ma comu grupi la cucuzza a risu,</i></p>
+<p><i>Luci dda grutta comu un paradisu</i><a id="footnotetag67" name="footnotetag67"></a><a href="#footnote67"><sup>67</sup></a>.</p>
+ </div> </div>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote67" name="footnote67"></a><b>Note 67:</b><a href="#footnotetag67"> (retour) </a> Nous devons la traduction à l'extrême obligeance de notre
+savant ami, M. l'abbé M***, curé de Corscia, dont la collaboration
+nous a été continuelle depuis l'origine de nos recherches sur les coutumes
+populaires de Noël.</blockquote>
+
+<div class="poem"> <div class="stanza">
+<p>Dans une grotte est né le petit Enfant,</p>
+<p>A Bethléem, au retour de la saison du froid,</p>
+<p>Sur de la paille comme un pauvret.</p>
+<p>Sa gracieuse mère l'a posé alors,</p>
+<p>Tout près, d'un côté de la Crèche, il y avait un âne.</p>
+<p>De l'autre côté un boeuf attendri,</p>
+<p>Tout autour, tout autour, la foule des bergers,</p>
+<p>Le cher Jésus, doux, beau, tout petit,</p>
+<p>Se mourait de froid sur la paille,</p>
+<p>Mais à peine le sourire a réjoui sa gracieuse bouche,</p>
+<p>Que la grotte resplendit comme un paradis.</p>
+ </div> </div>
+
+<p>La Sicile a aussi <i>ses Noëls</i>: il ne faut pas y chercher
+finesse d'images, suite historique, ni vers rimés
+avec art.</p>
+
+<p>Ce sont de petites strophes déliées qui se suivent
+avec la fougue capricieuse d'une bande d'enfants qui
+jouent sur un pré fleuri. Cependant quelle grâce
+rustique dans ces chansonnettes pieuses et quelle
+inimitable ingénuité de style et d'images. Dans celle
+de Noto, Jésus naît dans un jardin parsemé de plantes
+aromatiques: un tambour et le tintamarre des
+enfants qui s'amusent annoncent sa naissance.</p>
+
+<div class="poem"> <div class="stanza">
+<p>Ddocu sutia ccè un jardinu,</p>
+<p>Tuttu chinu d'airumi,</p>
+<p>Cci na ciu Gesù bambinu.</p>
+<p>Cu trummessi e tammurinu.</p>
+<p>E lu misinu suprà l'artari.</p>
+<p>Tutti l'ancili cci hann' a cantari</p>
+<p>Cci hann' à caniari cu bella vuci,</p>
+<p>Lu Bambinu si cunnuci,</p>
+<p>Si cunnuci, vaneddi, vaneddi.</p>
+<p>Si comtamu canzuneddi,</p>
+<p>Canzuneddi via via,</p>
+<p>Cci cantamu la litania</p>
+<p>Litania palermitana.</p>
+ </div><div class="stanza">
+ </div><div class="stanza">
+<p>Un peu plus bas il y a un jardin</p>
+<p>Tout couvert d'arbres qui répandent des parfums.</p>
+<p>C'est là qu'est né Jésus Enfant.</p>
+<p>Avec trompettes et tambours.</p>
+<p>Ils le placent sur l'autel,</p>
+<p>Tous les Anges se mettent à chanter,</p>
+<p>A chanter de leurs belles voix</p>
+<p>Le Bambino si bienvenu.</p>
+<p>Si bienvenu, viens, viens!</p>
+<p>Nous chantons des cantiques,</p>
+<p>Des cantiques et des cantiques,</p>
+<p>Nous chantons la litanie.</p>
+<p>La litanie de Palerme.</p>
+ </div> </div>
+
+<p>Plus suavement enfantines me semblent ces deux
+autres chansonnettes (<i>canzonette</i>) pieuses de Valplatani.
+La première a tout l'air d'une <i>ninna nanna</i>
+(berceuse):</p>
+
+<div class="poem"> <div class="stanza">
+<p>A la notti di Natali</p>
+<p>Ca nasciu lu Bammineddu,</p>
+<p>E nasciu nni la gruttidda.</p>
+<p>A la so manciaturedda</p>
+<p>E sô matri cci arridia,</p>
+<p>Rosi e gigli cci cuglia.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>Dans la nuit de Noël,</p>
+<p>Il est né le Bambino,</p>
+<p>Il est né dans une grotte.</p>
+<p>Dans sa petite Crèche.</p>
+<p>Sa mère nous souriait.</p>
+<p>Elle nous cueillit des roses et des lys.</p>
+ </div> </div>
+
+<p>Si l'on veut ajouter foi à cette autre chansonnette
+de Valplatani lorsque naquit notre Sauveur dans la
+grotte de Bethléem, il y avait non seulement un
+ange, mais encore un certain personnage qui jouait
+de la cornemuse. Au son géorgique du champêtre
+instrument, une brebis, aux flocons de laine frisée,
+dansait:</p>
+
+<div class="poem"> <div class="stanza">
+<p>A la notti di Natali</p>
+<p>Cc'era l'ancilla e un compari<a id="footnotetag68" name="footnotetag68"></a><a href="#footnote68"><sup>68</sup></a>,</p>
+<p>Chi sunaca la ciaramedda,</p>
+<p>Abballava la picuredda</p>
+<p>Abballava rizza rizza!</p>
+ </div><div class="stanza">
+ </div><div class="stanza">
+<p>Dans la nuit de Noël</p>
+<p>Il y avait un ange et un autre personnage [68]</p>
+<p>Qui jouait de la cornemuse</p>
+<p>Une brebis, aux flocons de laine frisée</p>
+<p>Dansait: ravissante beauté!</p>
+ </div> </div>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote68" name="footnote68"></a><b>Note 68:</b><a href="#footnotetag68"> (retour) </a> Littéralement: un parrain.</blockquote>
+
+<p>C'est surtout à l'occasion des fêtes de Noël, que
+les bambini de Valplatani récitent, avec une certaine
+cadence monotone, des strophes de quatre ou tout
+au plus six vers; elles sont comme parfumées d'une
+candeur ingénue. La première semble une peinture
+inimitable dans sa gracieuse naïveté:</p>
+
+<div class="poem"> <div class="stanza">
+<p>Sutta un pedi di castagna,</p>
+<p>Cci à Gesuzzu: c'addimanna,</p>
+<p>Addimanna tri tari,</p>
+<p>Cu la manuzza chi fa accussi.</p>
+ </div><div class="stanza">
+ </div><div class="stanza">
+<p>A l'ombre d'un châtaignier.</p>
+<p>Il y a Jésus: il nous appelle.</p>
+<p>Il nous appelle,</p>
+<p>En nous faisant signe de sa petite main.</p>
+ </div> </div>
+
+<p>Toute l'ardeur d'une fervente invocation vibre
+dans cette autre strophe:</p>
+
+<div class="poem"> <div class="stanza">
+<p>Bammineddu di la chiuviddu,</p>
+<p>Siti beddu e piccireddu,</p>
+<p>Quannu spunta la cirasa</p>
+<p>Vui viniti a la me casa,</p>
+<p>A la me casa 'un cci ati vinutu,</p>
+<p>Viniticci ora pi darimi aiutu!</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>Petit enfant que je vois d'ici.</p>
+<p>Vous êtes beau et tout petit.</p>
+<p>A la saison des cerises,</p>
+<p>Venez à ma maison.</p>
+<p>Vous n'êtes pas encore venu à ma maison.</p>
+<p>Venez y maintenant pour me secourir.</p>
+ </div> </div>
+
+<p>Pour Noël, les enfants s'amusent à faire des Crèches
+devant lesquelles ils allument, avant minuit, de
+petites lampes d'huile. La Crèche est une montagne
+de sucre avec des vallons, des précipices et des grottes
+qui doivent représenter, en petit, la montagne de
+Bethléem. Il doit y avoir nécessairement un ruisseau
+en verre ou en papier argenté ou même d'eau courant
+dans un lit de fer blanc au milieu de rochers de
+sucre, par suite d'ingénieuses combinaisons. La montagne
+est peuplée d'une trentaine de personnages de
+craie que nos <i>bambini</i> appellent bergers. Quelques
+uns cependant n'ont rien du costume pastoral. On y
+voit: un muletier qui tire par les rênes une bête
+récalcitrante, une lavandière qui revient du ruisseau
+avec un lourd fardeau sur la tête, un pêcheur qui
+jette sa ligne dans les eaux d'une rivière, un chasseur
+tirant un oiseau qui se brandille sur un arbre...
+Parmi les vrais bergers, l'un d'eux, en voyant la
+grande, l'insolite lumière qui se répandit sur la montagne
+de Bethléem, à la naissance de Jésus, regarde
+avec frayeur. Aussi est-il connu sous le nom de
+<i>l'Effrayé de la Crèche (lo spaventato del presepe)</i>.
+On y voit un berger qui porte un fagot de bois, un
+autre qui remue le lait dans une chaudière bouillante;
+celui-ci a retiré ou va retirer une épine qui lui gonfle
+le pied; celui-là lance une pierre à une vache qui se
+fourvoie; tel gonfle les joues en soufflant dans la
+cornemuse ou la <i>Zampogna</i>; tel autre frappe sur un
+cerceau... Et les enfants les connaissent, un par un,
+comme s'ils étaient vivants. De leurs regards qui
+savent donner à tout l'animation et la vie, ils les suivent
+s'acheminant vers la grotte où l'Enfant Jésus
+leur sourit, les bras ouverts, au milieu de deux animaux
+qui le réchauffent de leur haleine.</p>
+
+<p>Mais revenons aux joies familiales: revoyons les
+rues les plus fréquentées de notre Palerme. Nous
+sommes à la nuit qui précède Noël: voici les boutiques
+des marchands de fruits les plus renommés.
+Façades, architraves, colonnes, chapiteaux d'une
+architecture très étrange, s'offrent à nos regards. La
+matière dont ces espèces de maisons sont fabriquées
+et qui ferait les délices d'une armée de rats, est entièrement
+de figues sèches. Mais qui pourrait rendre
+avec la plume les vives gradations de couleurs que
+nos marchands de fruits combinent d'une manière si
+savante? Comment décrire cette pyramide de miel
+qui se détache tout près d'un monceau de poires
+d'hiver qui semblent faites de vieil or...?</p>
+
+<p>L'usage que les bons Norvégiens ont de donner
+du froment et du pain aux oiseaux, le jour de Noël,
+se rencontre aussi dans plusieurs pays de la Sicile.
+A Scicli, par exemple, les femmes ont l'habitude de
+jeter sur les toits, les balcons et les appuis des fenêtres,
+des miettes de pain et des grains de blé, afin
+que le jour où naquit Jésus, les gracieux habitants
+de l'air ne manquent pas de nourriture et qu'ils
+puissent égayer ce jour de leurs chants les plus
+joyeux.</p>
+
+<p>Ravissante coutume bien digne de Noël, la fête
+par excellence de la paix et de l'allégresse!</p>
+
+<p>Dans quelques villages de la Sicile, on conserve
+l'usage, d'ailleurs très ancien dans l'île, d'allumer la
+<i>bûche de Noël</i> (il ceppo di Natale). On réunit de la
+paille et des sarments sur lesquels on place une
+énorme bûche, qui provient généralement de la libéralité
+d'un propriétaire, religieux observateur des
+coutumes du pays. Aussitôt que le soleil se couche
+derrière les montagnes et que la cloche tinte l'<i>Ave
+Maria</i> (l'Angelus), le député de la fête a soin de
+mettre le feu à la bûche, et de veiller à ce que, toute
+la nuit, il reste allumé.</p>
+
+<p>D'aucuns voient dans l'embrasement de la bûche
+de Noël le symbole du feu qu'auraient allumé dans
+leurs chaumières les bergers de Bethléem dans cette
+nuit mémorable où l'Ange leur annonça la naissance
+de Jésus. D'autres expliquent cet usage par la nécessité
+de réchauffer à un feu public les pauvres gens
+qui veillent, à ciel ouvert, pendant cette froide nuit
+de Noël.</p>
+
+<p>Rien de plus gai que la vue de cette bûche allumée,
+qu'entourent les artisans et les pauvres. Les uns restent
+debout, les autres sont assis sur des pierres,
+quelques-uns fument philosophiquement leurs pipes,
+d'autres grignotent des marrons qu'ils ont fait rôtir
+sous la cendre de la bûche; les enfants cassent des
+noisettes, les vieillards étendent leurs mains au feu
+pour les dégourdir.</p>
+
+<p>Autour de la traditionnelle bûche de Noël, comme
+à un immense foyer, tous se donnent rendez-vous;
+on se trouve si bien dans cette chaude atmosphère
+et puis on s'y divertit. Devant ce gros morceau de
+bois qui brûle et crépite joyeusement, qui envoie
+dans l'air des nuages de fumée et lance des étincelles,
+la foule reste d'abord immobile et la flamme
+projette de brillants reflets sur tous les visages. Mais
+bientôt éclatent les rires les plus joyeux, on échange
+entre amis les plus innocents badinages, et toutes les
+voix chantent les cantiques de Noël. De temps en
+temps on attise le feu, de nouveaux fagots sont ajoutés
+aux premiers et la plus douce gaîté règne dans
+toutes les conversations, jusqu'à ce que les derniers
+tisons de la bûche de Noël s'éteignent avec les premières
+lueurs de l'aurore.</p>
+<br><br><br>
+
+
+<h3>ESPAGNE</h3>
+
+
+<p>Chez les peuples du Nord, l'idée de Noël est associée
+à celle de froid, de neige et de bise glaciale. Les
+enfants s'y représentent «le Bonhomme Noël» avec
+sa longue barbe blanche et ses vêtements tout couverts
+de givre clair et craquant.</p>
+
+<p>Là-bas, au midi de l'Espagne, sur la terre andalouse,
+le soleil brille radieux, l'azur du ciel resplendit
+sans tache et, le vingt-cinq Décembre, le thermomètre
+marque ordinairement douze degrés à l'ombre
+et vingt-cinq au soleil.&mdash;Aussi le jour de la <i>Natividad</i>
+ou de la <i>Navidad</i>, la joie de tous devient
+bruyante et tapageuse. Pendant la nuit de Noël, <i>la
+Noche buena</i> (la bonne nuit), comme l'appellent les
+Espagnols, les rues retentissent de clameurs et des
+plus assourdissants concerts.</p>
+
+<p>Le <i>temps de Noël</i>, en Espagne, commence avec
+l'Avent.</p>
+
+<p>A Madrid, la <i>veille du premier dimanche de l'Avent</i>,
+un fonctionnaire du tribunal ecclésiastique (<i>Rota</i>)<a id="footnotetag69" name="footnotetag69"></a><a href="#footnote69"><sup>69</sup></a>,
+accompagné des timbaliers et des trompettes des
+écuries royales, des alguazils et d'un nombreux cortège,
+tous en costumes des XVIIe et XVIIIe siècles,
+parcourt à cheval les principales rues de Madrid et
+lit le décret concernant la proclamation de la <i>Bula</i>
+<i>de la Santa Cruzada</i> (la Bulle de la Sainte Croisade).
+Cette bulle octroyée d'abord par Jules II et renouvelée
+en 1849, Par Pie IX accorde à tous les Espagnols
+les mêmes Privilèges que ceux des anciennes
+Bulles des Croisades d'Urbain II et d'Innocent III.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote69" name="footnote69"></a><b>Note 69:</b><a href="#footnotetag69"> (retour) </a> Ce tribunal est formé à l'instar de celui de Rome,
+qui porte le même nom. On l'appelle <i>Rota</i>, qui veut dire
+<i>roue</i>, parce que la salle où se réunit ce tribunal est
+circulaire, en sorte que les juges assis
+forment un rond.</blockquote>
+
+<p>On nous a raconté à Miranda de Ebro qu'à l'époque
+de l'invasion des Maures, les paysans d'Espagne,
+au péril de leur vie portèrent des vivres aux troupes
+catholiques, obligées quelquefois de se réfugier dans
+des montagnes inaccessibles. On permit aux vaillants
+défenseurs de la foi et à leurs intrépides pourvoyeurs
+de faire gras les Vendredis, pour réparer leurs forces
+épuisées par d'incessantes fatigues. Le privilège
+devint un usage qui fut consacré par la <i>Bulle de la
+Sainte Croisade</i>. Celle-ci permet aux Espagnols de
+faire gras tous les Vendredis de l'année, moyennant
+une légère aumône<a id="footnotetag70" name="footnotetag70"></a><a href="#footnote70"><sup>70</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote70" name="footnote70"></a><b>Note 70:</b><a href="#footnotetag70"> (retour) </a><p>On définit ordinairement la <i>Bulle de la Sainte
+Croisade</i>: «un diplôme papal, contenant de nombreux privilèges,
+induits et grâces, accordé, au Roi d'Espagne pour l'aider dans la guerre
+contre les Infidèles.»</p>
+
+<p>Pour obtenir cette Bulle, il faut résider dans les Royaumes, Provinces
+et territoires soumis au Roi d'Espagne. Les étrangers cependant
+peuvent validement jouir des privilèges de la Bulle, s'ils viennent en
+pays espagnols, même en y passant très peu de temps et quelle que
+soit la raison qui les y amène.</p>
+
+<p>Autrefois, pour jouir des faveurs de la Bulle, il fallait aller en
+personne, dans l'armée espagnole, combattre les Infidèles, ou bien
+équiper à ses frais un soldat de cette armée, ou bien faire une aumône.
+Aujourd'hui, il suffit d'acheter la Bulle, moyennant une légère
+aumône, d'y inscrire son nom et de la conserver chez soi.</p>
+
+<p>Entre autres privilèges, la Bulle accorde le droit de manger des
+oeufs et du laitage tous les jours de Carême, ainsi que de la viande
+tous les jours de jeûne et d'abstinence de l'année.</p></blockquote>
+
+<p>Noël est surtout la grande fête des pays basques:
+en Guipuscoa, on dit <i>las Pascuas de la Natividad</i>
+(les Pâques de la Nativité).</p>
+
+<p>On nous écrit de la République Argentine, où se
+sont implantées la langue et les coutumes espagnoles,
+qu'il est d'usage de se faire visite à l'occasion
+de Noël et de se souhaiter de <i>felices Pascuas de
+Navidad</i> (d'heureuses Pâques de Noël)<a id="footnotetag71" name="footnotetag71"></a><a href="#footnote71"><sup>71</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote71" name="footnote71"></a><b>Note 71:</b><a href="#footnotetag71"> (retour) </a> En Espagne on dit: <i>les Pâques de la Nativité</i> et
+<i>les Pâques de la Résurrection</i>.</blockquote>
+
+<p>Pendant le temps que durent les fêtes de Noël, il
+est de coutume dans toute l'Espagne&mdash;villes et campagnes&mdash;de
+chanter des airs pastoraux appelés
+<i>villancicos</i> (cantiques de Noël), mesure six-huit, qui
+symbolisent les chants des pasteurs célébrant la naissance
+de l'Enfant-Jésus. Ces chants sont le plus ordinairement
+accompagnés de castagnettes et de <i>Zambombas</i>.
+Cet instrument de musique (??) n'ayant pas
+d'équivalent en français, nous nous croyons obligé
+de le décrire.</p>
+
+<p>La <i>Zambomba</i>, ainsi appelée sans doute par harmonie
+imitative, est une sorte de tambourin champêtre
+qui serait venu des Maures: on le retrouve
+encore en Afrique. C'est un vase de terre cuite ayant
+à peu près la forme d'un sablier. Une des extrémités
+recouverte d'une peau épaisse, desséchée et soigneusement
+tendue, présente une ouverture au centre.
+Dans cette ouverture passe une baguette d'environ
+cinquante centimètres, plantée perpendiculairement
+et liée à la peau. Pour faire <i>mugir</i> l'instrument, il
+suffit de communiquer à la baguette un énergique
+mouvement de va-et-vient.</p>
+
+<p>Dans les faubourgs, tous ont leur <i>Zambomba</i>:
+enfants, parents, vieillards. A tous les coins de rue,
+les marchands en vendent; il y en a de toutes sortes;
+quelques-unes même sont vraiment luxueuses: la
+boîte sonore est ornée de peintures et la baguette
+est en bois rare et précieux.</p>
+
+<p>Heureusement l'usage de la <i>Zambomba</i> est limité
+aux fêtes de Noël: c'est suffisant.</p>
+
+<p>Quelque bruyante que soit la fête de Noël en
+Espagne, elle l'est encore moins que le Samedi
+Saint. Ce jour-là, vers onze heures du matin, quand
+les cloches <i>revenues de Rome</i> commençent à sonner
+le <i>Gloria in excelsis</i>, il se fait, pendant une demi-heure,
+un bruit des plus étranges. Les cuisinières
+frappent, à tour de bras, sur leur casserole la plus
+sonore, pendant que dans la rue, les enfants armés
+de maillets frappent sur les portes des maisons,
+comme s'ils voulaient les défoncer. Un tel charivari,
+s'il devait durer, finirait par rendre fou.</p>
+
+<p>A Valladolid et à Salamanque, les jeunes filles
+dansent autour des statues de la Madone en chantant
+des <i>villancicos</i> qui ne contiennent souvent que des
+pensées inachevées, comme dans beaucoup de mélodies
+populaires. Nous ne citerons que ces deux couplets:</p>
+
+<div class="poem"> <div class="stanza">
+<p><i>Ardia la razza,</i></p>
+<p><i>Y la razza ardia,</i></p>
+<p><i>Y no se quemaba;</i></p>
+<p><i>La Virgen Maria!</i></p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>Le buisson brûlait.</p>
+<p>Et brûlait le buisson.</p>
+<p>Et ne se brûlait pas;</p>
+<p>La Vierge Marie!</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p><i>San José era carpiniero,</i></p>
+<p><i>Y la Virgen costurera,</i></p>
+<p><i>El Niño labra la cruz,</i></p>
+<p><i>Porque ha de morir en ella.</i></p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>Saint Joseph était charpentier.</p>
+<p>Et la Vierge couturière.</p>
+<p>L'enfant travaille le bois de la croix.</p>
+<p>Parce qu'en elle Il doit mourir.</p>
+ </div> </div>
+
+<p>La ville la plus intéressante au point de vue des
+fêtes religieuses et populaires est assurément Séville.
+C'est peut-être dans ce sens qu'il faut entendre ce
+proverbe si connu dans toute l'Espagne:</p>
+
+<div class="poem"> <div class="stanza">
+<p>Quien no ha visto Sevilla</p>
+<p>No ha visto maravilla.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>Qui n'a vu Séville</p>
+<p>N'a vu merveille<a id="footnotetag72" name="footnotetag72"></a><a href="#footnote72"><sup>72</sup></a>.</p>
+ </div> </div>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote72" name="footnote72"></a><b>Note 72:</b><a href="#footnotetag72"> (retour) </a> D'après un autre proverbe espagnol: <i>Quien no ha vista Granada,
+No ha visto nada</i>, qui n'a vu Grenade, n'a rien vu.&mdash;Nous
+pensons, en effet, que cette ville offre le plus beau paysage de toute
+l'Espagne. Qu'on se figure une campagne verte et fraîche, puis, à
+l'entour, un cadre de collines ruisselantes d'eaux vives, exubérantes de
+végétation; plus haut un amphithéâtre de montagnes d'une douce
+lumière bleue, enfin, par dessus tout, les neiges éternelles de la Sierra
+Nevada, montant à 3,500 mètres dans l'azur sombre du ciel.... Voilà
+le riant et grandiose panorama de la ville merveilleuse de l'Alhambra!</blockquote>
+
+<p>Ce n'est point la tour de la Giralda si remarquable
+par la proportion harmonieuse de ses lignes, ce ne
+sont pas ses autres monuments, ni ses trésors d'art,
+ni les beaux tableaux de Murillo qui ont fait surnommer
+Séville «l'Enchanteresse», <i>la Encantadora</i>, ce
+sont les agréments de la vie, les fêtes, le mouvement
+perpétuel de gaieté qui anime sa population.</p>
+
+<p>Ses grandes processions de la Semaine Sainte
+(<i>pasos</i>) sont célèbres dans le monde entier.</p>
+
+<p>La fête de Noël (<i>la Natividad</i>) y est particulièrement
+populaire: elle se passe, en grande partie, en
+plein air; le marché est plus animé que jamais entre
+le pont de Tiana et la plaza de Toros.</p>
+
+<p>«Voici d'abord le <i>pavero</i> (marchand de dindons,
+<i>pavos</i> en espagnol). C'est une industrie qui ne s'exerce
+guère qu'aux approches de Noël. Quelques jours
+avant la fête, il fait son apparition dans les rues,
+poussant devant lui son troupeau de volatiles. Ils
+vont se dandinant, ébouriffant leurs plumes-moirées,
+secouant leur jabot aux teintes sanguinolentes, attirant
+par leurs gloussements les ménagères prévoyantes...
+Le <i>pavero</i> crie sa marchandise et la vend avec
+toute la fierté de sa race»<a id="footnotetag73" name="footnotetag73"></a><a href="#footnote73"><sup>73</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote73" name="footnote73"></a><b>Note 73:</b><a href="#footnotetag73"> (retour) </a> Louis d'Harcourt, <i>Illustration</i>, 1890.</blockquote>
+
+<p>A Barcelone, la ville aux larges et riantes avenues,
+le vingt et un Décembre, fête de Saint-Thomas, il
+y a grande affluence de paysans qui viennent exposer
+et vendre des <i>pavos</i> (dindons), sur <i>la Rambla de
+Cataluña</i><a id="footnotetag74" name="footnotetag74"></a><a href="#footnote74"><sup>74</sup></a>, pour les fêtes de Noël.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote74" name="footnote74"></a><b>Note 74:</b><a href="#footnotetag74"> (retour) </a> Le terme <i>rambla</i> qui, vient de l'arabe, désigne
+dans toute l'Espagne le lit desséché d'un fleuve: souvent, comme à
+Barcelone, il est remplacé par de superbes boulevards. Ce qui fait que le
+mot de Cervantés s'applique encore à la grande cité qu'il appelle «une ville
+unique par son site et sa beauté», <i>en sitio y en bellezza unica</i>.</blockquote>
+
+<p>La loterie de Noël, à Séville, donne aussi à cette
+fête un attrait et une animation extraordinaires: on
+peut juger de son importance par la valeur du gros
+lot qui dépasse ordinairement deux millions de
+francs. Le prix de chaque billet est de cinq cents
+francs, mais il peut se diviser en coupures et fractions
+qui vont jusqu'aux sommes les plus petites.</p>
+
+<p>Après le tirage, le gain se partage au prorata de
+la valeur des billets, coupures et fractions.</p>
+
+<p>Les Espagnols s'intéressent tous à cette grande
+oeuvre quasi nationale et même ceux qui vivent à
+l'étranger ne manquent pas d'écrire à Séville pour
+se procurer des billets.</p>
+
+<p>Quelques jours avant Noël, on a coutume, dans
+bon nombre de familles où il y a des enfants, d'édifier
+des représentations de l'Adoration de l'Enfant
+Jésus par les Bergers et les Rois Mages. Des paysages
+en miniature se peuplent de personnages et
+d'animaux sans grand souci de la couleur locale,
+ni de la vraisemblance. On appelle ces sortes de
+Crèches des <i>nacimientos</i> (naissances).</p>
+
+<p>Dans certaines familles, on s'y applique consciencieusement
+à l'avance pour combiner des effets pittoresques
+que les amis viendront voir jusqu'aux «Rois»
+que ces éphémères constructions ne dépassent
+jamais.&mdash;Cette coutume existe à peu près dans
+toute l'Espagne.</p>
+
+<p>Dans les provinces du Midi, après avoir admiré
+dévotement le divin Enfant, la Vierge Marie, Saint
+Joseph, les Bergers, les Rois Mages, l'âne et le boeuf
+traditionnels, on passe une partie de la nuit à se
+divertir et surtout à danser le <i>fandango</i>. Cette danse
+préférée des Espagnols est sur un rythme entraînant,
+à trois temps, avec accompagnement de guitare
+et de castagnettes. Son mouvement rapide, l'agitation
+des bras, les trépidations des danseurs, lui donnent
+un caractère d'animation plein d'originalité.
+Dans l'intervalle des danses, on boit de l'<i>aguardiente</i>
+(eau-de-vie) et du <i>manzanilla</i> (petit vin blanc sec).
+Cette réunion toute intime de parents et d'amis se
+termine par une danse spéciale à laquelle tout le
+monde prend part.</p>
+
+<p>«Tous les assistants sont assis en cercle. Une
+jeune fille alerte s'élance d'un bond au milieu et
+parcourt rapidement le rond, toujours dansant. Puis
+elle s'arrête devant un des spectateurs qui est tenu
+de la remplacer et d'exécuter un pas brillant, quels
+que soient son âge, sa situation, sa gravité. Celui-ci
+s'arrête ensuite devant une femme, jeune ou vieille,
+qui lui succède dans ses exercices chorégraphiques,
+et ainsi de suite jusqu'à épuisement des danseurs»<a id="footnotetag75" name="footnotetag75"></a><a href="#footnote75"><sup>75</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote75" name="footnote75"></a><b>Note 75:</b><a href="#footnotetag75"> (retour) </a> Louis d'Harcourt, loc. cit.</blockquote>
+
+<p>Dans les provinces du Nord, aux pays basques,
+par exemple, on trouve beaucoup moins ces manifestations
+bruyantes: une lenteur mesurée, une tonalité
+grave règnent dans les actes et les discours.
+Après la Messe de minuit a lieu le réveillon qui se
+compose du <i>besugo</i>, poisson fréquent dans la contrée,
+de l'oie grasse et du dessert composé de nougats,
+d'alicante et de jijun.</p>
+
+<p>Dans le Midi, la tourte de Noël <a id="footnotetag76" name="footnotetag76"></a><a href="#footnote76"><sup>76</sup></a>, la morue frite,
+les châtaignes, la dinde truffée font les frais du repas
+qu'arrosent à pleins verres le <i>Valdepeñas</i> et le <i>Manzanilla</i>.
+Quelquefois la guitare et la <i>Zambomba</i>
+accompagnent le <i>Tango</i>, le <i>Boléro</i> et la <i>Sevillana</i>
+(danses espagnoles).</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote76" name="footnote76"></a><b>Note 76:</b><a href="#footnotetag76"> (retour) </a> A la Republique Argentine, le régal de Noël est le
+<i>pan dulce</i> (pain doux), sorte de gâteau aux raisins confits
+que les pâtissiers confectionnent
+en grande quantité pour cette fête.</blockquote>
+
+<p>Les gâteaux de Noël préférés par les Espagnols
+sont les «<i> Turones </i>». Chaque année, on en vend des
+quantités considérables, à Barcelone, sur le <i>paseo de
+la Industria</i> (la promenade de l'Industrie).</p>
+
+<p>Les Tourons ou massepains sont d'énormes gâteaux
+au miel, aux amandes pilées, aux patates douces, sur
+lesquels l'imagination et la grâce espagnoles se donnent
+libre cours pour les ornementations. Ils ont
+généralement la forme de serpents enroulés et sont
+couverts d'arabesques en sucre multicolores, de fondants
+et de fruits confits et glacés. Ils sont merveilleux
+à voir et délicieux à manger. Il y a, comme
+volume, depuis la petite couleuvre, jusqu'aux plus
+immenses boas. Toute la famille espagnole a son
+Touron pour Noël et les familles riches s'en offrent
+qui coûtent des prix considérables <a id="footnotetag77" name="footnotetag77"></a><a href="#footnote77"><sup>77</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote77" name="footnote77"></a><b>Note 77:</b><a href="#footnotetag77"> (retour) </a> En Espagne, comme en Italie, Noël remplace le Jour de l'An.</blockquote>
+
+<p>Le matin de Noël, avant la grand'messe, les villageois
+basques dansent aussi le <i>fandango</i>, au son des
+guitares et des castagnettes, mais avec un rythme bien
+différent des peuples du Midi. Les danseurs arrondissent
+leurs bras en ailes de moulins, se font vis-à-vis en
+des gestes câlins, sans que jamais l'un vienne à s'approcher
+de l'autre. Ils demeurent silencieux et compassés.
+Pénétrés de la dignité de leurs rôles, ils semblent
+accomplir quelque sacerdoce. Sur un chapiteau
+renversé, un hidalgo loqueteux, venu on ne sait
+d'où, chante la triste <i>Malageña</i>, mélopée plaintive,
+venue du temps des Maures, pendant qu'un rayon
+de soleil vient éclairer sa pauvre mine de misère<a id="footnotetag78" name="footnotetag78"></a><a href="#footnote78"><sup>78</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote78" name="footnote78"></a><b>Note 78:</b><a href="#footnotetag78"> (retour) </a> D'après la <i>Quinzaine</i>, 16 Décembre 1904.</blockquote>
+
+<p>Noël est avant tout une fête religieuse chez le
+peuple espagnol, fidèle gardien des naïves et touchantes
+traditions de ses pères.</p>
+
+<p>Sans doute, il y a bien parfois quelques manifestations
+bruyantes dans les églises, surtout dans les
+quartiers pauvres et ouvriers. Des castagnettes, des
+tambours de basque, des <i>Zambombas</i> accompagnent
+des <i>villancicos</i> (Noëls) à l'allure un peu trop alerte:
+certains instruments assez singuliers imitent le chant
+des oiseaux, surtout le cri éclatant du coq. A l'offertoire
+et à la sortie, l'orgue lui-même, oublieux de sa
+gravité ordinaire, joue des variations sur des thèmes
+empruntés aux airs les plus populaires. Au milieu de
+pareils concerts, les enfants de choeur sautillent bien
+un peu, la foule est agitée d'un balancement qui
+marque un peu trop la mesure, mais l'ensemble reste
+toujours sérieux et digne du saint lieu.</p>
+
+<p>A Séville, le jour de Noël, on danse encore dans
+les églises, mais tout est prévu et réglé d'avance
+et l'assistance, témoin de ces exercices qui font
+partie intégrante du cérémonial de la fête, se livre à
+la joie, sans perdre son attitude calme et recueillie.</p>
+
+<p>Jusqu'à la fin du dix-huitième siècle, à Valladolid,
+on représentait, au milieu des églises, les <i>Mystères</i>
+de la Nativité. Les personnages qui étaient en scène,
+portaient des masques grotesques et des costumes
+d'un goût douteux. Ils étaient accompagnés par tous
+les instruments populaires: castagnettes, tambours
+de basque, guitares, violons. Dans les entr'actes,
+l'organiste jouait seul: il choisissait dans son répertoire
+les morceaux les plus entraînants. Tout à coup
+les femmes et les jeunes filles entraient en danse,
+portant à la main des cierges allumés. Toute cette
+festivité était entremêlée de <i>villanelles</i> ou chansons
+rustiques. Celui qui avait le mieux chanté était salué
+par les fidèles du beau nom de <i>Victor</i>.</p>
+
+<p>Si nous pénétrons, le jour de Noël, dans une des
+églises du Midi de l'Espagne, nous y trouverons une
+foule qui s'y presse pour sanctifier cette solennité.
+La jeune andalouse en habit de soie noire, avec
+mantille, agenouillée sur la dalle nue<a id="footnotetag79" name="footnotetag79"></a><a href="#footnote79"><sup>79</sup></a>, fixe du
+regard la Madone vêtue de ses plus beaux atours de
+damas et de dentelles et couronnée d'un riche diadème
+aux perles étincelantes. Elle est droite, immobile,
+comme figée sur place, adressant une fervente
+prière à la Vierge qui ne peut manquer de l'exaucer,
+en ce jour de l'anniversaire de la naissance de son
+fils. Telles les orantes, sculptées dans le marbre ou
+la pierre, qu'on admire dans les catacombes de Rome,
+ou auprès des tombeaux du <i>Campo santo</i> de Gênes
+et des autres villes d'Italie.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote79" name="footnote79"></a><b>Note 79:</b><a href="#footnotetag79"> (retour) </a> Les églises espagnoles ne contiennent pas habituellement de
+chaises.</blockquote>
+
+<p>Dans le Nord, la jeune basquaise va également se
+prosterner, le jour de Noël, dans l'église de Lezo, près
+de Saint-Sébastien<a id="footnotetag80" name="footnotetag80"></a><a href="#footnote80"><sup>80</sup></a>. Ce n'est plus la Vierge Marie
+qu'elle implore, c'est devant l'image du Christ
+vénéré qu'elle reste des heures entières, plongée
+dans une sorte d'extase. Comme elle contemple, avec
+émotion et avec larmes, son Dieu à l'aspect saisissant,
+aux membres alanguis, à la chevelure d'ébène,
+au regard tendre et compatissant qui semble la fixer
+et la comprendre. Elle lui confie tous les secrets de
+son âme ardente: ses peines, ses illusions, ses espérances.
+C'est à Lui qu'elle vient demander ce que
+chante la vieille complainte:</p>
+
+<div class="poem"> <div class="stanza">
+<p class="i6">Santo Cristo de Lezo.</p>
+<p class="i6">Tres cosas te pido:</p>
+<p class="i6">Salud, dinero</p>
+<p class="i6">Y buen marido.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p class="i6">Saint Christ de Lezo,</p>
+<p class="i6">Je te demande trois choses:</p>
+<p class="i6">Le salut, la fortune</p>
+<p class="i6">Et un bon mari.</p>
+ </div> </div>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote80" name="footnote80"></a><b>Note 80:</b><a href="#footnotetag80"> (retour) </a> Dans les pays basques, il est d'usage, au jour de Noël, de se
+rendre a trois pèlerinages locaux particulièrement célèbres: ce sont
+ceux de Lezo, d'Iziar et d'Aranzazu.</blockquote>
+
+<p>En parcourant ces silencieuses campagnes de la
+province de Guipuscoa, il nous est souvent revenu à
+l'esprit une belle page de Pierre Loti, sur la Messe
+au pays basque, et surtout ces lignes finales: «Faire
+les mêmes choses que depuis des âges sans nombre
+ont faites les ancêtres, et redire aveuglément les
+mêmes paroles de foi, est une suprême sagesse, une
+suprême force. Pour tous ces croyants qui chantaient
+là, il se dégageait de ce cérémonial, immuable de la
+Messe une sorte de paix, une confuse mais douce
+résignation aux anéantissements prochains. Vivants
+de l'heure présente, ils perdaient un peu de leur personnalité
+éphémère pour se rattacher mieux aux
+morts couchés sous les dalles et les continuer plus
+exactement, ne former avec eux et leur descendance
+à venir, qu'un de ces ensembles résistants et de durée
+presque indéfinie qu'on appelle une race.»</p>
+
+<p>Il nous a été donné de voir des familles entières
+agenouillées devant le <i>Christ miraculeux</i> de la belle
+cathédrale de Burgos ou devant la <i>Virgen del Pilar</i>
+(la Vierge du Pilier) de l'immense basilique de Saragosse.
+Rien, dans nos souvenirs de voyages, ne nous
+a donné une idée plus haute de la foi qui opère des
+merveilles, et de l'ardente charité d'un peuple au
+coeur vaillant et à la religion profonde et vraie.</p>
+
+<p>Il nous reste à parler de la Messe de Noël en
+Espagne, Messe de minuit et Messe du jour.</p>
+
+<p>La Messe de minuit s'appelle <i>Misa del Gallo</i> (la
+Messe du coq ou du chant du coq): elle n'offre rien
+de bien particulier.</p>
+
+<p>Elle se célèbre dans la plupart des églises de
+Madrid. A la fin, les fidèles entonnent les <i>villancicos</i>
+en s'accompagnant d'instruments de toute sorte: il se
+fait alors un tapage qui surprend et étonne les étrangers.
+Des bandes bruyantes d'hommes du peuple
+parcourent en chantant les rues les plus fréquentées.
+Depuis minuit, les cafés, surtout ceux de <i>la Puerta
+del Sol</i><a id="footnotetag81" name="footnotetag81"></a><a href="#footnote81"><sup>81</sup></a>, se remplissent d'une foule animée. La
+visite du marché aux fruits de <i>la plazza Mayor</i> est
+intéressante, surtout le soir de Noël: il y a quantité
+de boutiques brillamment illuminées.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote81" name="footnote81"></a><b>Note 81:</b><a href="#footnotetag81"> (retour) </a> <i>La Puerta del Sol</i> (la Porte du Soleil), la place
+la plus grande et
+la plus animée de Madrid: elle doit son nom à l'ancienne porte
+démolie en 1570, d'où l'on pouvait voir <i>le lever du soleil</i>.</blockquote>
+
+<p>Le jour de Noël, les monastères ouvrent leurs chapelles
+ordinairement fermées au public et la Messe
+de minuit se célèbre avec une grande solennité.
+Chaque fidèle y apporte, soigneusement enveloppé
+dans son manteau, son cierge bizarrement enroulé
+en forme de serpent. Dans le rayonnement des
+lumières, apparaît, au milieu de la nef principale et
+jusque dans le sanctuaire, une foule recueillie à la
+foi ardente et aux élans d'une piété expansive. C'est
+une suite de fiévreux signes de croix, de baisements
+des dalles, de coups frappés sur la poitrine, de
+regards enflammés et suppliants allant de l'autel à la
+Madone et de la Madone à l'autel.</p>
+
+<p>Dans l'église, au dôme élevé, du célèbre couvent
+de Loyola, bâti sur l'emplacement de la maison où
+naquit Saint Ignace, fondateur de l'Ordre des Jésuites&mdash;à la
+Messe de minuit&mdash;l'orgue joue, après
+l'élévation, la <i>Marche royale</i> avec accompagnement
+de tambours de basque et de castagnettes. Les Religieux,
+par suite d'un usage séculaire, célèbrent à la
+fois la gloire du Très-Haut et celle de leur Souverain<a id="footnotetag82" name="footnotetag82"></a><a href="#footnote82"><sup>82</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote82" name="footnote82"></a><b>Note 82:</b><a href="#footnotetag82"> (retour) </a> <i>La Quinzaine</i>, loc. cit.</blockquote>
+
+<p>M. Etienne Roze nous décrit, dans un style plein
+de charme et d'humour, une Messe de Noël à Madrid:</p>
+
+<p>«Le jour de Noël, désirant assister à un office pittoresque,
+je me rendis à la Grand'Messe de l'Hôpital
+Général. C'était là, m'avait-on dit, le refuge des
+vieilles traditions.</p>
+
+<p>«... Autour de l'harmonium, des Religieuses étaient
+groupées. Je n'ai jamais entendu une Messe chantée
+sur un rythme aussi gai. Le célébrant tout allègre
+entonna le Kyrie sur quelques notes vives et alertes
+et le choeur lui répondit dans une attaque parfaite.</p>
+
+<p>«Une vieille religieuse, toute ridée sous sa cornette
+blanche, battait la mesure avec décision: c'était
+un excellent chef d'orchestre.</p>
+
+<p>«... Les voix étaient justes et fraîches et les instruments
+parfaitement accordés.</p>
+
+<p>«Il y avait deux Zambombas, deux tambours de
+basque, des castagnettes, deux trompettes, deux sifflets
+de tons différents, un coucou, un coq, un rossignol
+et deux de ces petits pots en terre qu'on remplit
+à demi et dans lesquels on souffle pour imiter
+un gazouillis d'oiseaux.</p>
+
+<p>«Tout cela partait, s'arrêtait, reprenait dans une
+mesure excellente. Seuls, les gazouillis étaient quelquefois
+en retard et gazouillaient de temps à autre,
+au milieu d'un silence ou quand ce n'était plus leur
+tour. Mais ils gazouillaient si bien, avec tant de gentillesse,
+qu'il était impossible de leur en vouloir.</p>
+
+<p>«... D'ailleurs, le chef d'orchestre faisait les gros
+yeux et tout rentrait dans l'ordre.</p>
+
+<p>«... On eut dit une Messe chantée dans une
+volière.</p>
+
+<p>«Le coq, le rossignol et le coucou étaient surtout
+merveilleux. Ils s'appelaient et se répondaient avec
+une impeccable mesure. Les tambours et les castagnettes
+formaient la basse et ne se reposaient jamais.</p>
+
+<p>«... Tout l'office fut célébré ainsi et d'une façon
+si naïve, si simple, si touchante, avec une foi si vive
+et si sincère, que le sourire qui m'était venu au
+début sur les lèvres, disparut très vite, pour faire
+place à une réelle émotion»<a id="footnotetag83" name="footnotetag83"></a><a href="#footnote83"><sup>83</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote83" name="footnote83"></a><b>Note 83:</b><a href="#footnotetag83"> (retour) </a> Revue Marne. <i>Noël</i> 1902.</blockquote>
+
+<p>Après la Messe de minuit, il est d'usage, en Espagne,
+de se saluer par ces mots: <i>nacido<a id="footnotetag84" name="footnotetag84"></a><a href="#footnote84"><sup>84</sup></a> el Niño!</i>
+(l'Enfant est né!)</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote84" name="footnote84"></a><b>Note 84:</b><a href="#footnotetag84"> (retour) </a> La loi du moindre effort fait disparaître le
+<i>d</i> dans la prononciation
+et ordinairement on dit: <i>nacie el Niño</i>.</blockquote>
+
+<p>Le jour des Rois (<i>Dia de Reyes</i>), à Madrid, une
+foule animée remplit les rues et les magasins. Le
+soir, des enfants portent des flambeaux, des échelles,
+dès sonnettes et des tambours, parcourent les rues
+et les places les plus écartées où ils font halte pour
+«guetter l'arrivée des Rois». Mais bientôt un
+«Messager» vient annoncer que les Rois ont pris
+«un autre chemin» et qu'ils font leur entrée à l'autre
+bout de la ville. Sur quoi, toute la bande se
+dirige vers l'endroit indiqué, où la même scène
+recommence.</p>
+
+<p>Le jour de l'Épiphanie, à Madrid, dans la chapelle
+royale, une Messe solennelle est dite par le Cardinal-Aumônier.
+Le Roi, la Reine et toute la famille royale
+y assistent, avec toute la Cour, en tenue de gala.
+Après la Messe, le Roi fait porter sur l'autel trois
+beaux calices; le Cardinal les consacre et le Roi les
+envoie, en souvenir des trois Rois Mages, à trois
+églises pauvres<a id="footnotetag85" name="footnotetag85"></a><a href="#footnote85"><sup>85</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote85" name="footnote85"></a><b>Note 85:</b><a href="#footnotetag85"> (retour) </a> Ce trait édifiant et plusieurs autres nous ont été racontés par
+un ecclésiastique qui a passé deux années à Madrid, et qui a eu de
+fréquentes relations avec la famille royale d'Espagne.</blockquote>
+<br><br><br>
+
+
+<p>FIN.</p>
+<br><br><br>
+
+
+
+<div class="poem"> <div class="stanza">
+<p class="i8">TABLE</p><br>
+<p>Préface.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>NOËL EN SUÈDE ET EN NORWÈGE</p>
+<p class="i2">Le cadeau mystérieux.</p>
+<p class="i2">Le repas national.</p>
+<p class="i2">La Messe de minuit au village.</p>
+<p class="i2">Le réveillon des petits oiseaux.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>NOËL EN ANGLETERRE</p>
+<p class="i2">Les mascarades.</p>
+<p class="i2">Les préparatifs immenses.</p>
+<p class="i2">L'agitation à Londres.</p>
+<p class="i2">Le <i>Baron of beef</i>.</p>
+<p class="i2">La décoration du <i>home</i>.</p>
+<p class="i2">La bûche traditionnelle.</p>
+<p class="i2">Les chanteurs.</p>
+<p class="i2">Le repas familial.</p>
+<p class="i2">Le cygne sur la table du roi.</p>
+<p class="i2">Les secours donnés aux pauvres.</p>
+<p class="i2">Les jeux.</p>
+<p class="i2">La réunion du soir.</p>
+<p class="i2">Les cartes de Noël.</p>
+<p class="i2">Le lendemain de Noël.</p>
+<p class="i2">Noël en Crimée.</p>
+<p class="i2">Noël au Transvaal.</p>
+<p class="i2">Une Messe de minuit en exil.</p>
+<p class="i2">L'offrande royale, le jour des Rois.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>NOËL EN ALLEMAGNE</p>
+<p class="i2">L'annonce de la fête.</p>
+<p class="i2">Origine des coutumes allemandes.</p>
+<p class="i2">Le réveillon.</p>
+<p class="i2">Le gâteau de Noël à la Cour de Berlin.</p>
+<p class="i2">Le Noël des enfants.</p>
+<p class="i2">L'arbre-de-noël.</p>
+<p class="i2">Le chant de Noël.</p>
+<p class="i2">La réunion familiale.</p>
+<p class="i2">Le valet Rupert.</p>
+<p class="i2">La visite de l'Enfant-Jésus.</p>
+<p class="i2">Nicolas le Velu.</p>
+<p class="i2">L'arbre de Noël en 1870.</p>
+<p class="i2">L'arbre de Noël à la caserne.</p>
+<p class="i2">Trait patriotique.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>NOËL EN ITALIE</p>
+<p class="i2">Rome.</p>
+<p class="i2">Les <i>Pifferari</i>.</p>
+<p class="i2">La cantate à la Vierge.</p>
+<p class="i2">Les boutiques de la place Navone.</p>
+<p class="i2">Les Crèches.</p>
+<p class="i2">Le <i>San Bambino</i>.</p>
+<p class="i2">La <i>Befana</i>.</p>
+<p class="i2">Les rondes de la <i>Befana</i>.</p>
+<p class="i2">Les Mystères de Noël à Leeca.</p>
+<p class="i2">L'<i>Ave Maria</i> de la Bûche.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>NOËL A NAPLES</p>
+<p class="i2">La semaine des <i>Bancarelle</i>.</p>
+<p class="i2">Le marché aux poissons.</p>
+<p class="i2">Le port de Naples.</p>
+<p class="i2">Les <i>Zampognari</i>.</p>
+<p class="i2">Les Crèches napolitaines.</p>
+<p class="i2">La Crèche du Musée de la Chartreuse.</p>
+<p class="i2">La Crèche de Caserte.</p>
+<p class="i2">Les feux d'artifice.</p>
+<p class="i2">Le drame de la Naissance du Verbe Incarné.</p>
+<p class="i2">La Crèche-parlante de Catanzaro.</p>
+<p class="i2">Les cloches de Lanciano.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>NOËL EN SICILE</p>
+<p class="i2">Les musiciens de Noël.</p>
+<p class="i2">Gracieux dialecte sicilien.</p>
+<p class="i2">Prières de Noël.</p>
+<p class="i2">Chansonnettes pieuses.</p>
+<p class="i2">Les Crèches enfantines.</p>
+<p class="i2">Les boutiques de Palerme.</p>
+<p class="i2">Le repas des oiseaux.</p>
+<p class="i2">La Bûche de Noël.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>NOËL EN ESPAGNE</p>
+<p class="i2">Fête bruyante.</p>
+<p class="i2">La Bulle de la Sainte Croisade.</p>
+<p class="i2">Les Pâques de la Nativité.</p>
+<p class="i2">Les <i>cillancicos</i>.</p>
+<p class="i2">La <i>Zambomba</i>.</p>
+<p class="i2">Le Samedi Saint.</p>
+<p class="i2">Le Noël de Valladolid.</p>
+<p class="i2">Noël à Séville.</p>
+<p class="i2">Le marchand de dindons.</p>
+<p class="i2">La loterie de Séville.</p>
+<p class="i2">Les Crèches.</p>
+<p class="i2">Le <i>fandango</i>.</p>
+<p class="i2">Les Tourons.</p>
+<p class="i2">Les Mystères de Noël à Valladolid.</p>
+<p class="i2">La prière de Noël à Séville.</p>
+<p class="i2">La prière de Noël à Lezo.</p>
+<p class="i2">La Messe de minuit.</p>
+<p class="i2">La Messe du jour à l'Hôpital Général.</p>
+<p class="i2">Le jour des Rois à Madrid.</p>
+<p class="i2">L'offrande du Roi d'Espagne.</p>
+ </div> </div>
+
+
+
+<p>FIN DE LA TABLE</p>
+<br><br><br>
+
+
+<p>[Note du transcripteur: Suit le matériel hors propos qui se trouve
+dans les premières pages de l'ouvrage qui a servi pour produire
+ce document.]</p>
+
+<p>Prix franco: UN Franc</p>
+
+<p>SE TROUVE CHEZ L'AUTEUR<br>
+PITHIVIERS</p>
+
+<p>IMPRIMERIE MODERNE,<br>
+I, IMPASSE DE L'ÉGLISE<br><br>
+1906</p>
+
+<p>IMPRIMATUR.<br>
+Aurel., Die. 3 Decemb. 1905.<br>
+A. BRUANT<br>
+<i>Vic. gen.</i></p>
+
+
+
+<p>Nous avons publié, en 1903, sur les <i>Réjouissances
+populaires de Noël dans nos anciennes provinces</i>,
+et en 1904, sur <i>Noël dans les pays du Nord</i>, deux
+brochures dans lesquelles un grand nombre de journaux,
+de revues et de semaines religieuses ont puisé
+des extraits. En 1904, le grand journal de Paris <i>Le
+Gaulois</i> nous a fait les honneurs de son intéressant
+numéro illustré de Noël. Nous espérons que notre
+<i>Noël dans les pays étrangers</i> obtiendra, cette année,
+la même faveur.</p>
+
+<p>Depuis notre voyage de Terre Sainte, en 1893,
+présidé par Son Éminence le Cardinal Langénieux,
+de pieuse, illustre et vénérée mémoire, nous avons
+recueilli des notes nombreuses sur les usages établis
+à l'occasion des fêtes de Noël et de l'Épiphanie. Nos
+amis de la <i>Société Asiatique</i>, répandus dans le
+monde entier, nous ont écrit des lettres pleines d'intérêt
+et d'érudition. Nos confrères de France et de
+l'Etranger, dont nous avons pu apprécier la science
+et l'aimable charité, nous ont aussi prêté le plus
+bienveillant, le plus utile concours.</p>
+
+<p>Nous nous proposons de publier prochainement
+<i>le Folk-Lore de Noël</i> ou <i>Essai sur les coutumes
+populaires de Noël dans tous les pays</i>.</p>
+
+<p>Notre ouvrage sera divisé comme il suit:</p>
+
+
+<p>PRÉFACE.&mdash;Origine et but de ce livre.</p>
+
+<p>INTRODUCTION.&mdash;Résumé des faits historiques qui
+se sont passés le jour de Noël. (Ephémérides de
+Noël.)</p>
+
+<div class="poem"> <div class="stanza">
+<p>CHAPITRES</p>
+<p>I.&mdash;Solennité et popularité de Noël.</p>
+<p>II.&mdash;Veillée de Noël et légendes qu'on y raconte.</p>
+<p>III.&mdash;Bûche de Noël.</p>
+<p>IV.&mdash;Processions de Noël (profanes et religieuses.)</p>
+<p>V.&mdash;Particularités de la Messe de minuit.</p>
+<p>VI.&mdash;Cadeaux de Noël (Arbre de Noël et Sabot de</p>
+<p class="i6"> Noël.)</p>
+<p>VII.&mdash;Réveillon et gâteaux de Noël.</p>
+<p>VIII.&mdash;Origine, naïveté et universalité des Noëls.</p>
+<p>IX.&mdash;Crèches de Noël.</p>
+<p>X.&mdash;Pastorales et Mystères de Noël.</p>
+<p>XI.&mdash;Noël dans les pays du Nord.</p>
+<p>XII.&mdash;Noël dans les pays du Midi.</p>
+<p>XIII.&mdash;Noël dans les pays de Missions.</p>
+<p>XIV.&mdash;Fête des Rois.</p>
+ </div> </div>
+
+<p>CONCLUSION.&mdash;Ces coutumes de Noël, si universelles
+et si populaires, prouvent la divinité de
+Notre-Seigneur Jésus-Christ.</p>
+
+
+<p><b>Nous serions très reconnaissant à nos lecteurs
+de nous fournir de nouveaux documents
+puisés dans leurs lectures, leurs voyages
+ou auprès de leurs amis. Ces documents
+se trouvent surtout dans les journaux, revues
+et semaines religieuses qui paraissent
+du quinze au trente Décembre de chaque
+année.</b> Ceux qui possèdent des collections de ces
+différentes publications peuvent consulter les livraisons
+des années précédentes. Dans chaque pays, la
+presse locale contient des articles très intéressants
+sur les coutumes particulières à chaque contrée. A
+titre de renseignements, ces articles ont pour nous
+une grande valeur.</p>
+
+<p>Les écrivains les plus célèbres, prosateurs et
+poëtes de tous les pays, ont parlé avec admiration
+de nos usages de Noël. Frédéric Mistral a chanté la
+«Bûche de Noël» dans cette belle et harmonieuse
+langue provençale qu'il parle si bien. Qui ne connaît
+la «Dernière Bûche» de Théodore Botrel, d'une
+allure toute gauloise et d'une saveur toute bretonne?
+Madame de Sévigné raconte «avec finesse et joyeusetés»
+comment se passait «le réveillon» dans son
+merveilleux hôtel Carnavalet. Nous trouvons dans le
+gracieux <i>Weihnachtsabend</i> (la veillée de Noël), de
+Schmid, une ravissante description de «la Crèche»
+et Shakespeare lui-même, dans <i>Hamlet</i>, fait allusion
+à l'une de nos légendes de Noël les plus répandues.</p>
+
+<p>De nouveau, nous prions nos amis de vouloir
+bien nous signaler leurs <i>découvertes</i> dans ce domaine
+infini de notre littérature nationale et des littératures
+étrangères. Ils nous aideront ainsi à compléter
+l'oeuvre que nous avons entreprise, pour l'édification
+de nos frères: la glorification populaire du divin
+Enfant de Bethléem.</p>
+
+
+
+<p>Cette brochure se vend au profit des trois
+Écoles libres de Pithiviers; nous prions nos
+lecteurs de la faire connaître autour d'eux.
+
+<div>*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 14713 ***</div>
+</body>
+</html>
diff --git a/LICENSE.txt b/LICENSE.txt
new file mode 100644
index 0000000..6312041
--- /dev/null
+++ b/LICENSE.txt
@@ -0,0 +1,11 @@
+This eBook, including all associated images, markup, improvements,
+metadata, and any other content or labor, has been confirmed to be
+in the PUBLIC DOMAIN IN THE UNITED STATES.
+
+Procedures for determining public domain status are described in
+the "Copyright How-To" at https://www.gutenberg.org.
+
+No investigation has been made concerning possible copyrights in
+jurisdictions other than the United States. Anyone seeking to utilize
+this eBook outside of the United States should confirm copyright
+status under the laws that apply to them.
diff --git a/README.md b/README.md
new file mode 100644
index 0000000..ee2f50c
--- /dev/null
+++ b/README.md
@@ -0,0 +1,2 @@
+Project Gutenberg (https://www.gutenberg.org) public repository for
+eBook #14713 (https://www.gutenberg.org/ebooks/14713)
diff --git a/old/14713-8.txt b/old/14713-8.txt
new file mode 100644
index 0000000..d88f830
--- /dev/null
+++ b/old/14713-8.txt
@@ -0,0 +1,3515 @@
+Project Gutenberg's Noël dans les pays étrangers, by Alphonse Chabot
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+
+Title: Noël dans les pays étrangers
+
+Author: Alphonse Chabot
+
+Release Date: January 17, 2005 [EBook #14713]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK NOËL DANS LES PAYS ÉTRANGERS ***
+
+
+
+
+Produced by Suzanne Shell, Renald Levesque and the Online Distributed
+Proofreading Team. This file was produced from images generously
+made available by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica)
+
+
+
+
+
+
+
+ Monseigneur CHABOT
+ Prélat de Sa Sainteté
+ CURÉ DE PITHIVIERS (LOIRET)
+
+
+
+ NOËL
+ DANS
+ LES PAYS ÉTRANGERS
+
+ 1906
+
+
+[Note du transcripteur: Tout le matériel hors propos de l'édition qui
+a servi à la production de ce document est reporté à la fin du document
+pour ceux que ce matériel pourrait intéresser.]
+
+
+
+NOËL
+DANS
+LES PAYS DU NORD.
+
+SUÈDE ET NORWÈGE
+ANGLETERRE--ALLEMAGNE
+
+
+Les fêtes de Noël, dans les pays du Nord, ont un double caractère
+religieux et familial. Les offices diffèrent peu des nôtres, si ce n'est
+que les chants d'église sont plus souvent exécutés en langue vulgaire.
+Nous ne citerons que l'adaptation de l'_Adeste fidèles: Oh! come all ye
+faithful!_ (Oh! venez tous, fidèles) si populaire en Angleterre, et
+le _Cantique des Anges_ (Engelenzang) que des chanteurs éminents font
+entendre, chaque année, dans l'église protestante de Moïse et Aaron, à
+Amsterdam.
+
+Noël est vraiment la fête de famille par excellence, dans les contrées
+septentrionales de l'Europe.
+
+
+
+PAYS SCANDINAVES
+
+Huit jours avant la solennité de Noël, les places de Stockholm sont
+couvertes de sapins que les paysans coupent dans les forêts voisines et
+viennent vendre en ville. Toute famille, si pauvre soit-elle, a pour la
+grande veillée son arbre de Noël orné de lumières et garni de jouets
+et friandises de toutes sortes.--Les pauvres ne sont pas oubliés:
+on organise pour eux des fêtes et ils reçoivent des vêtements et
+d'abondantes aumônes en argent.
+
+En Norwège, la fête de Noël jouissait autrefois de certains privilèges.
+Ainsi les poursuites de la justice étaient suspendues pendant plusieurs
+jours, le plus généralement de Noël à l'Épiphanie. Cette trêve de procès
+variait suivant les lois locales; parfois sa durée s'étendait jusqu'à
+vingt jours.
+
+Dans tous les Pays scandinaves, la fête de Noël se prépare discrètement
+et dans le mystère, afin que les cadeaux offerts ce jour là apportent à
+la fois surprise et contentement.
+
+En secret, les petites filles mettent la dernière main à leur travail;
+l'une a brodé une paire de pantoufles pour son père, l'autre un coussin
+de canapé pour sa mère. Leurs soeurs aînées enveloppent dans un fin
+papier blanc une bourse de soie faite au crochet et entourée d'une
+faveur rose, ou encore confectionnent de belles et riches dentelles
+qu'elles offriront comme nappes d'autel à leur église.
+
+Dans quelques pays, la distribution des cadeaux est des plus originales.
+Le présent, dissimulé soigneusement dans une gerbe de fleurs, une botte
+de foin ou de paille, ou dans de multiples enveloppes d'étoffes, de
+feuillage ou de papier, porte en grosses lettres le nom de la personne
+à laquelle il est destiné. Le messager chargé de le remettre frappe
+fortement à la porte, qui s'ouvre sans retard, et jette furtivement
+le _Juleklap_ (c'est le nom suédois du présent) dans la chambre où la
+famille se trouve réunie. Alors commence une scène fort distrayante. Le
+destinataire se met à explorer minutieusement, au milieu des cris de
+joie de tous les assistants, fleurs, foin, paille, feuillage ou papier,
+afin d'arriver à l'objet convoité. Tantôt il trouve une épingle
+d'or, tantôt un vase précieux, quelquefois une élégante et gracieuse
+statuette, quelquefois aussi, après avoir déroulé les enveloppes
+mystérieuses, il ne trouve... rien. Une explosion de rire accueille la
+déconvenue du patient, victime de cette innocente supercherie.
+
+Le _Juleklap_ a quelquefois un caractère moral et satirique. La dame
+trop élégante reçoit une poupée bizarrement attifée; le châtelain qui,
+dans son salon, ménage trop la lumière ou laisse son antichambre dans
+l'obscurité, reçoit une douzaine de lampions. A un bavard on adresse un
+oreiller ou un éteignoir, à un fat, un col d'acier.
+
+Quand il ne reste plus rien au fond de la corbeille, que les enfants ont
+bien cherché dans les papiers éparpillés sur le plancher, pour voir si
+l'on n'aurait rien laissé, la famille se rend à la salle à manger, où
+l'attend un souper composé exclusivement de mets nationaux.
+
+«Aux Pays scandinaves, le repas de Noël se distingue des autres par le
+caractère traditionnel des plats qui y figurent. Pas de souper de Noël
+sans jambon, accompagné de riz chaud arrosé de lait froid; puis du
+_Vortbrod_, sorte de pain fait avec de la farine de froment délayée
+dans de la bière non fermentée; enfin l'indigeste _lustsfisk_. Qu'on
+s'imagine une _merluche_ ou morue sèche dessalée, bouillie pendant trois
+jours dans une eau de cendre mêlée de chaux vive, et farcie ensuite avec
+du poivre, de la moutarde et du raifort: voilà le _lustsfisk_» [1]. Les
+vins d'Espagne fortement alcoolisés peuvent seuls faire digérer un si
+plantureux repas.
+
+[Note 1: M. Bitard, _Noël_.]
+
+Le soir de la veille de Noël, vers onze heures, dans les hameaux,
+tout le monde monte en traîneau et se rend à l'office. Mille étoiles
+scintillent dans le silence de la nuit, troublée seulement par les
+grelots des chevaux qui font craquer la neige sous leurs pieds.
+Ordinairement, auprès de l'église du village un vaste hangar offre un
+abri: des bancs pour les paysans et des râteliers pour leurs chevaux.
+Aussitôt l'office terminé, chacun regagne son logis au plus vite.
+
+«Ce moment donne lieu, en Finlande, à une scène des plus divertissantes.
+Une vieille croyance promet la meilleure récolte de l'année à celui qui
+rentrera le premier dans sa maison, après l'office de Noël. C'est alors
+toute une conspiration contre les équipages. Les jeunes garçons sortent
+furtivement de l'église pendant l'office, détellent les chevaux,
+lient les traîneaux les uns avec les autres, changent les colliers,
+embrouillent les harnais, etc. On conçoit le désordre qui s'en suit, des
+cris, parfois des coups; la place de l'église se change en véritable
+champ de bataille. Enfin, les traîneaux sont retrouvés, chacun répare
+son attelage et part au galop: le combat finit par une course au
+clocher»[2].
+
+[Note 2: Desclées, _Noël_.]
+
+Dans la plupart des campagnes, les ménagères veillent à ce que, pendant
+les fêtes de Noël, l'ordre et la propreté règnent dans toute leur
+demeure. Il est d'usage de joncher les dalles de paille fraîche, ce qui
+donne à la chambre de famille l'aspect d'une grange où l'on a étendu
+les gerbes avant le battage. Est-ce en souvenir de la paille et de la
+pauvreté de la crèche? Nous serions portés à le croire. Quoi qu'il
+en soit, cette paille de Noël a, dit-on, une vertu merveilleuse: les
+animaux qui en mangent sont préservés de toute maladie pendant l'année.
+
+En Suède, les paysans veulent que tous les animaux prennent part à la
+solennité de Noël: «Ce jour-là, dit M. Léouzon le Duc, ils donnent la
+liberté aux chiens de garde, ils servent à leurs bestiaux un fourrage
+d'élite»[3].
+
+[Note 3: _La fête de Noël en Suède et en Finlande_.]
+
+C'est un usage assez répandu, en Suède et en Norwège, d'offrir, le jour
+de Noël, un _repas aux oiseaux_. La dernière gerbe de la moisson est
+soigneusement conservée, chez les pauvres comme chez les riches, jusqu'à
+la veille de la grande solennité. Le vingt-cinq Décembre, au matin, on
+la fixe au bout d'une perche et on en décore le pignon de la maison.
+C'est un charmant et étourdissant concert que celui de la gent granivore
+faisant tapage autour de ce mât pour picorer les épis de blé. Tous les
+petits habitants de l'air prennent, eux aussi, leur joyeux festin et
+rendent grâces à la Providence qui, dans un jour si heureux, a voulu les
+combler d'allégresse. Cette ravissante coutume suédoise nous rappelle
+ces deux vers si connus:
+
+ Aux petits des oiseaux il donne leur pâture
+ Et sa bonté s'étend sur toute la nature[4].
+
+[Note 4: Racine, _Athalie_, acte II, scène VII.]
+
+Un de nos meilleurs poëtes a gracieusement chanté ce _Réveillon des
+petits oiseaux_:
+
+ Et les oiseaux des champs? Ne feront-ils la fête?...
+ Eux que l'hiver cruel décime tous les jours,
+ Eux que le froid transit, que la famine guette
+ Sur l'arbre dépouillé du nid de leurs amours!
+
+ Oh, non! Pour eux, l'on cherche une gerbe emmêlée
+ Où des milliers d'épis se courbent sous le grain,
+ On l'étend sur la neige: «--Accourez gent ailée,
+ «Car votre nappe est mise, et prêt est le festin!»
+
+ Et vous voyez d'ici le pinson, la fauvette,
+ Le menu roitelet voleter à l'appel.....
+ Tout en mangeant le grain, ils relèvent la tête,
+ Pour lancer une gamme, un cri de joie au ciel![5]
+
+[Note 5: Comtesse O'Mahony.]
+
+
+ANGLETERRE
+
+Le peuple anglais célèbre la solennité de Noël avec une telle joie,
+une telle unanimité et de telles dépenses qu'on peut regarder le
+_Christmas_[6] comme sa fête nationale.
+
+[Note 6: La vieille désinence, _mas_ signifie _fête_; _Christmas_,
+fête du Christ.]
+
+Autrefois, à l'occasion de Noël, avait lieu une fête carnavalesque. Des
+_carols_ (chansons) anglaises nous font connaître les personnages mis
+en scène dans ces mascarades: le roi de la _Bombance_, la reine de la
+_Folie_, la princesse _Déraison_ y paraissent au milieu d'un bruyant
+cortège.
+
+A la Cour, chez les princes, un officier était chargé de présider
+aux réjouissances. Il s'appelait _Lord of Misrule_ (le Seigneur du
+Désordre). En Écosse, on le nommait _Abbot of Unreason_ (l'Abbé de la
+Déraison). Ces fonctions ont été abolies par «_act of Parliament»
+en 1515. Les prêtres durent plusieurs fois s'interposer contre les
+frivolités de ces amusements.
+
+Dans les recueils de Folk-Lore, on parle des joyeuses bandes que
+conduisaient, pendant les fêtes de Noël, le Roi de la Déraison et la
+Princesse de la Bombance. Sous de folâtres déguisements, les amis du
+voisinage venaient sans honte tendre la tirelire de Noël à la Reine de
+la fête et demander largesse de joie, de gaieté, de rire, aumônes de
+plaisirs. Hélas! qu'ils sont loin aujourd'hui ces jours où Henri II
+servait à table son fils, Roi du Festin et lui apportait, au bruit des
+trompettes, comme plat d'honneur, une tête de sanglier qui, couronnée de
+laurier et de romarin, enterrait ses formidables défenses dans la pomme
+fleurie ou l'orange dorée! Et comme il est passé le temps où cent trente
+des citoyens les plus puissants de Londres, revêtus de costumes et
+de titres fantastiques, roi, reine, ministres, choisis par la Folie,
+cavaliers galopant sur de fringants coursiers, sonnant des fanfares,
+couraient à Kensington, à la rencontre du petit-fils d'Edouard Ier, tous
+réunis dans une même joie, chantant Noël.
+
+La lugubre Réforme a soufflé sur toutes ces joies, éteint toutes ces
+lumières et faussé toutes ces trompettes [7].
+
+[Note 7: Oscar Havard, _Les Fêtes de nos Pères_.]
+
+L'illustre Walter Scott nous dit que ses ancêtres regardaient déjà Noël,
+comme la fête familiale par excellence:
+
+ _England was merry England, when_
+ _Old Christmas brought his sports again;_
+ _Twas Christmas broached the mightiest ale,_
+ _Twas Christmas told the merriest tale,_
+ _A Christmas gambol oft would cheer_
+ _The poor man's heart, through half the year._
+
+ L'Angleterre était la joyeuse Angleterre quand
+ Le vieux Noël ramenait ses jouissances;
+ C'était Noël qui mettait en perce la bière la plus forte,
+ C'était Noël qui racontait le conte le plus joyeux,
+ Les ébats de Noël souvent réjouissaient
+ Le coeur du pauvre, pendant la moitié de l'année.
+
+D'immenses préparatifs sont faits en vue du _Christmas_.
+
+De copieuses cargaisons d'oies grasses viennent de Normandie. Deux
+lignes de steamboats, de Dieppe à Newhaven et du Havre à Southampton,
+suffisent à peine à leur transport en Angleterre. Le Poitou et la
+Touraine envoient également à John Bull leurs dindes pansues. En 1901,
+une petite province du Centre, la Sologne, a expédié à Londres, par
+chemin de fer, plus de soixante mille dindons.
+
+Les bateaux de Southampton et de Newhaven prennent à Granville et sur
+toutes les côtes de la Manche des monceaux de gui, cette plante parasite
+que les eubages, chez les Gaulois, allaient couper avec des faucilles
+d'or. On le dépose dans de grandes caisses à claire-voie, connues sous
+le nom de _harasses_, et on le transporte sur le pont des navires.
+
+«On se prépare plusieurs semaines à l'avance au _Christmas_, dit M.
+Alphonse Esquiros. D'immenses troupeaux d'oies s'acheminent gravement
+du Nord de l'Angleterre, par toutes les routes, vers la métropole; les
+grands boeufs annoncent leur arrivée sur les chemins de fer ou les
+bateaux par de lugubres beuglements.»
+
+A Londres, quelques jours avant Noël, a lieu dans la grande salle
+d'Islington, connue sous le nom d'_Agricultural Hall_, une exposition
+des animaux que l'on vendra pour Noël. Boeufs, oies, dindons se
+disputent les premiers prix; les mieux cotés vont ensuite orner de leurs
+chairs dodues les vitrines des industriels qui les ont achetés au poids
+de l'or.
+
+«La veille de Noël, dit M. Virmaître, tout Londres est illuminé. Les
+boutiques des bouchers surtout sont resplendissantes de lumières; on y
+voit des boeufs dépouillés, couchés tout entiers sur des tréteaux, avec
+des becs de gaz dans le mufle.» On lit assez souvent au-dessus d'eux
+ces mots-réclame: _brought up by Her Majesty_ (élevé par Sa Majesté
+la Reine). En effet, la Reine Victoria faisait paître des troupeaux
+à Windsor, à Hampton-Court et même à Kensington-Gardens, le bois de
+Boulogne de Londres.
+
+Le soir du vingt-quatre Décembre, vers deux heures, l'agitation devient
+extraordinaire, dans les quartiers les plus populeux de Londres et
+surtout dans Whitechapel. Les cochers (_cabmen_), juchés derrière leur
+voiture, guident hardiment leurs chevaux. Le _All right_ (tout va bien)
+retentit dans les conversations. Ce sont partout des entassements de
+volailles, comme on n'en voit pas dans les Halles centrales de Paris.
+Louis Blanc, de sa plume vive et originale, nous a donné le tableau le
+plus pittoresque et le plus vrai qu'on ait jamais tracé du _Christmas_
+londonien. «Quels énormes quartiers de viande! Quelles montagnes de
+chairs saignantes! Quel luxe d'imposants comestibles!... C'est par
+myriades qu'on vous compte, orgueilleusement étalés, ô selles de
+moutons, têtes de veau, hures de sangliers, dindons, canards, oies,
+poulets, perdrix, faisans, pluviers, lapins, et vous, poissons de toute
+espèce et de toute grosseur!» La brumeuse cité offre ce spectacle
+étrange d'une animation toujours croissante jusqu'au milieu de la nuit.
+
+Au _Constitutional Club_, l'un des cercles les plus importants de
+Londres, on fait rôtir, chaque année, pour le Christmas, un énorme
+morceau de boeuf, de trois cent cinquante à quatre cents livres. C'est
+ce qu'on appelle le _Baron of beef_. Les membres les plus distingués du
+club ne manquent pas, au cours de la nuit de Noël, de rendre visite au
+_Baron of beef_. On voit alors, devant l'immense cheminée, les habits
+noirs des plus élégants fashionables se mêler aux vestes blanches et aux
+tabliers des cuisiniers.
+
+Pour le _Christmas_, le _home_ (l'intérieur de la maison) reçoit une
+décoration spéciale. Les touffes de houx, aux feuilles luisantes,
+égayées par leurs petites baies rouges, ornent les maisons les plus
+modestes, aussi bien que le château seigneurial. «Les baies rouges,
+disent les vieilles chansons, couronnent agréablement la tête du sombre
+hiver». Des guirlandes de laurier, de lierre et de fleurs entourent les
+lustres, les tableaux, les armures des ancêtres. Mais c'est le
+_gui_ surtout, _mistletoe_--destiné, dit-on, à mettre en fuite les
+sorciers--qui joue le plus grand rôle dans la décoration du _Christmas_.
+Qui n'a pas admiré les branches entrecroisées de la plante druidique[8],
+son feuillage d'un vert pâle, semé de graines blanches et transparentes
+comme des perles de corail?
+
+[Note 8: Les Druides regardaient le _gui_, à cause de sa verdure
+perpétuelle, comme l'emblème de l'immortalité de l'âme. On le cueillait
+la sixième nuit de la nouvelle lune après le solstice d'hiver; cette
+nuit, appelée la _nuit-mère_, commençait l'année gauloise. Un Druide,
+en robe blanche, montait sur le chêne, une faucille d'or à la main et
+tranchait la racine de la plante que d'autres Druides recevaient dans
+une saie blanche, car il ne fallait pas qu'elle touchât la terre.]
+
+Jadis, la veille de Noël, après la prière et les exercices de piété
+accoutumés, on allumait des cierges et, avec une grande solennité, le
+chef de la famille mettait dans l'âtre une bûche appelée _Yule-Log_[9]
+ou _Christmas Block_. Elle était allumée avec un tison provenant de
+la bûche de l'année précédente. Tant qu'elle durait, il y avait force
+rasades, chants et narrés d'histoires. Cet usage existe encore,
+particulièrement dans le nord de l'Angleterre, mais accompagné de
+certaines superstitions. Si la bûche vient à s'éteindre avant la fin de
+la nuit, ou si, pendant qu'elle brûle, survient une personne qui louche
+ou soit pieds-nus, cela est considéré comme de mauvais Augure.
+
+[Note 9: _Yule_, en anglo-saxon _Geol_, la fête. Décembre s'appelait
+_se oerra geola_, avant la fête (de Noël). Janvier, _se aeftera geola_,
+après la fête (de Noël).]
+
+Pendant la nuit de Noël, les chanteurs de _Christmas carols_[10] (chants
+de Noël) vont se faire entendre à la porte des maisons; on les désigne
+sous le nom de _Waits_.
+
+[Note 10: Les _Christmas carols_ sont nos _Noëls_.]
+
+Les uns le font à titre purement gracieux, en l'honneur de leurs amis ou
+des membres de leur famille.
+
+Washington Irving, dans son excellent ouvrage _The Sketch Book_ (le
+livre d'esquisses), nous raconte le trait suivant: «Me trouvant chez un
+ami, le matin de Noël, alors que j'étais encore au lit, j'entendis le
+bruit de petits pas qui résonnaient à ma porte. Bientôt un choeur de
+voix enfantines entonna ce vieux chant de Noël:
+
+ Rejoice, our Saviour he was born
+ On Christmas day, in the morning.
+
+ Réjouissez vous, notre Sauveur est né
+ Le jour de Noël, au matin.
+
+«Je me levai doucement, ouvris promptement la porte et je contemplai
+un des plus jolis groupes de fées qu'un peintre puisse imaginer. Il se
+composait d'un petit garçon et de deux petites filles; la plus âgée
+n'avait pas plus de six ans; ils ressemblaient à trois séraphins. Ils
+faisaient le tour de la maison et chantaient à toutes les portes.»
+
+D'autres chanteurs s'en vont par les rues, mendiant pour eux-mêmes, les
+quelques _pence_ (sous) que la générosité des veilleurs veut bien leur
+donner.
+
+Dans quelques contrées de l'Angleterre, les enfants se réunissent pour
+aller de cottage en cottage, chanter des _Glees_ (chansons à refrain).
+L'un de ces chants populaires, au rythme vif et gai, a pour refrain ces
+paroles:
+
+ The merry merry time
+ The merry merry time
+ Bless the merry merry Christmas time!
+
+ Le joyeux joyeux temps
+ Le joyeux joyeux temps
+ Béni soit le joyeux joyeux temps de Noël!
+
+Cet usage des chants de Noël est des plus anciens, comme le prouve une
+_carol_ anglo-normande que nous avons découverte, et dont nous citons le
+premier couplet:
+
+ Seignors, ore entendez à nus,
+ De loin sommes venus à vus
+ Pour quere Noël;
+ Car l'em nus dit que en cest hostel
+ Soleil tenir sa feste annuel
+ Ahi! c'est jur
+ Deu doint à tuz icels joie d'amors
+ Qui a danz Noël ferunt honors.
+
+ Seigneurs, à présent, écoutez-nous!
+ De loin, nous sommes venus à vous,
+ Pour demander Noël;
+ Car l'on nous dit qu'en cet hôtel.
+ De coutume on célèbre sa fête annuelle,
+ Ah! Ah! c'est le jour,
+ Dieu donne ici joie d'amour
+ A tous ceux qui feront honneur au jour de Noël[11].
+
+[Note 11: Lai de Marie de France.]
+
+Max O'Rell, qui avait fait un long séjour à Londres, dit, dans son livre
+intitulé _John Bull et son Ile:_ «Noël, c'est la grande fête de famille
+en Angleterre.»
+
+En effet, dans toute famille anglaise, riche ou pauvre, on célèbre
+le _Christmas_ par un repas où les mets sont servis en abondance. Le
+morceau de choix est d'abord _Sir Loin_ «le Seigneur Aloyau» que Charles
+II, dans un jour de belle humeur, avait nommé chevalier (_Knight_).
+L'oie rôtie, _roast goose_, est ensuite le plat préféré, quand la dinde
+rôtie, _roast turkey_, ne vient pas prendre sa place. Puis apparaît le
+signe culinaire de la nationalité anglaise, le fameux _plum-pudding_.
+«Hip! Hip! hourrah! Honneur au Roi du Festin[12].»
+
+[Note 12: La confection du _pudding_ de Noël est des plus
+solennelles; chaque membre de la famille tourne à son tour la pâte qui
+doit devenir le gâteau.--Quelquefois celui-ci prend des proportions
+pantagruéliques. Certaines corporations ont fait confectionner des
+_puddings_ qui absorbaient des centaines de livres de farine et de
+raisins de Corinthe.]
+
+«Au couvent de Ewel, nous écrit un de nos amis, nous organisions nos
+fêtes suivant les coutumes anglaise et française, anglaise pour le côté
+profane et française pour le côté religieux. Ah! le fameux _pudding_
+qu'un frère irlandais excellait à préparer! Ce nous était une joie sans
+pareille de voir les flammes bleues de l'alcool courir sur ses flancs
+dorés, et quand, dans une dernière course affolée, les jolies petites
+flammes s'évanouissaient, le _pudding_ était débité en tranches
+succulentes, aux acclamations de tous, pendant que le pauvre frère
+gémissait sur le pillage d'une oeuvre où il avait mis tout son talent
+culinaire.»
+
+Enfin apparaissent les _minced pies_, pâtés feuilletés qui enrobent des
+hachis de viandes, d'épices et de fruits[13]. Les Anglais arrosent le
+tout de flots de _sherry_ (vin de Xérès d'Espagne) fabriqué à Londres.
+Les oranges, les bonbons, les amandes, les noisettes apparaissent au
+dessert. Le _Port-wine_, le vin de gingembre pour les _abstainers_[14],
+le _whisky_, voir même le _gin_, jouent un assez grand rôle dans le
+monde où l'on boit.
+
+[Note 13: C'est ce que nous appelons un _pâté à l'émincé_.]
+
+[Note 14: Personnes qui _s'abstiennent_ de liqueurs enivrantes.]
+
+Dans les Universités, notamment à Oxford et à Cambridge, il est de
+tradition de manger, à Noël, une hure de sanglier: on l'entoure de
+romarin et on la sert avec d'interminables salamalecs.
+
+A Sandringham, où le Roi et la Reine d'Angleterre ont l'habitude de
+passer tous les ans les fêtes de Noël, on a servi, cette année, comme
+rôti de _Christmas_, un jeune cygne.
+
+Ce cygne a été engraissé par les soins du «maître des cygnes de la
+Cour», fonctionnaire qui date des temps antiques et dont la charge
+consiste à surveiller l'élevage et la nourriture des cygnes qui peuplent
+les parcs et les jardins des propriétés royales.
+
+Il y a cinq cents ans, le rôti de cygne était un mets recherché des
+gourmets et figurait à Noël sur les grandes tables. Edouard VII a repris
+cette tradition et donné ordre à son «maître des cygnes» d'engraisser
+une douzaine de ses «élèves» dont il a fait cadeau, à l'occasion de
+Noël, à des familles princières, à quelques hauts fonctionnaires de la
+Cour et aux juges du tribunal supérieur[15].
+
+[Note 15: Le _Gaulois_, 26 Décembre 1904.]
+
+Le riche anglais veut que son frère pauvre se réjouisse à Noël. Les
+journaux sont remplis d'appels adressés au public par les sociétés
+charitables de toute espèce; les souscriptions abondent et la bourse
+des particuliers s'ouvre largement pour donner aux pauvres leur part de
+cette fête nationale.--L'_Hôpital français_, situé à Shaftesbury-Avenue,
+et desservi par les Soeurs françaises Servantes du Sacré-Coeur, reçoit,
+chaque année, en surabondance, oies, dindons et puddings pour les
+malades, convalescents et infirmes. Ce détail nous a été donné, à
+Londres même, par la Supérieure de l'établissement.
+
+Dans quelques villes d'Angleterre, le maire reçoit, à l'occasion de
+Noël, cent vieillards qui viennent prendre le thé, pendant que sa femme
+réunit des veuves sans ressources. Ailleurs, ce sont des fondations pour
+dons de viande, de couvertures de laine, de sacs de charbons. Ainsi la
+distribution annuelle de la _Christmas Parcel Fund_ (Société des
+paquets de Noël) de Shoreditch, établie en 1870, a eu lieu aux Bains de
+Pitfield-street. Neuf cent cinquante-six des citoyens les plus pauvres
+de la localité, la plupart ayant une nombreuse famille, ont reçu un
+paquet d'épicerie contenant une demi-livre de thé, un demi-quart d'une
+mesure de farine, une demi-livre de sucre et tout ce qui est nécessaire
+pour faire un bon _pudding_ de Noël--et en plus un ticket pour cent
+livres de charbon. Quelques mots aimables furent adressés à l'assemblée
+par le conseiller Dr Davies, président de la Société, qui était assisté
+de l'honorable Claude Hay, M.P. (membre du Parlement), et de l'Alderman
+Pearce[16].
+
+[Note 16: _The Daily Telegraph_, 23 Décembre 1904.]
+
+Dans quelques _Work-houses_ (asiles des pauvres), les dames de charité
+offrent un dîner de Noël complet: roastbeef, plum-pudding et bière,
+quand une Société de tempérance n'intervient pas pour remplacer la bière
+par le thé. Dans ces _Work-houses_, on prépare même quelquefois, chose
+toute nouvelle pour l'Angleterre protestante, une cérémonie religieuse
+à minuit «_Watch service_», tout comme les catholiques ont la messe de
+minuit.
+
+Le jour de Noël, un dîner pour plus d'un millier de pauvres est ordonné
+par la Reine d'Angleterre. Sa Majesté, accompagnée de la princesse de
+Galles et de ses petits-enfants, parcourt les grandes salles, parlant
+à ses convives d'un jour, les réjouissant de sa présence, alors que,
+d'autre part, elle a fait elle-même des couvre-pieds envoyés à la même
+époque aux hôpitaux de Londres.
+
+Après le dîner de Noël, on se livre à différents jeux: nous n'en
+citerons que deux.
+
+C'est d'abord le _Snap Dragon_. Sur une large coupe, on place des
+raisins secs et des amandes que l'on recouvre d'eau naturelle, sur
+laquelle surnage une mince couche d'eau-de-vie. On allume alors ce punch
+d'un nouveau genre, et il s'agit d'enlever prestement, sans se brûler,
+raisins et amandes que les ondulations d'une longue flamme défendent
+longtemps contre toute atteinte[17].
+
+[Note 17: Nicolay. _Histoire des Croyances_. Tome II, p. 81.]
+
+_The Hide and Seek_ (cache-cache) se joue dans les vieux manoirs. Et à
+cette occasion, l'aïeule, de sa voix chevrotante, ne manque jamais de
+psalmodier la _Légende du Beau-Lowe_: c'est une _Christmas carol_ qui
+date, dit-on, du Ve siècle. Notre traduction littérale la donne dans
+toute sa simplicité:
+
+«Noël au vieux château: c'est jour de fête. La fille du noble Biron joue
+avec ses compagnes. Elle joue à _cache-cache_. Quel délice! Elle se
+cache si bien, si bien, qu'elle disparaît et que personne ne peut la
+découvrir. Pas même son fiancé, le jeune et beau Lord Lowe. Les jours,
+les semaines, les mois, les années passent.--Vingt ans après, comme on
+avait besoin d'une nappe pour la table du festin de Noël, on ouvrit par
+hasard une vieille armoire et on y trouva, ô horreur!... un squelette
+couronné de roses blanches fanées.... Jeunes filles, songez à la fiancée
+du beau Lord Lowe!»
+
+Le _Christmas_ britannique est surtout la fête des enfants. Les écoles
+anglaises comptent deux vacances annuelles: l'une, qui est la plus
+longue, a lieu en été, l'autre est accordée à l'occasion de Noël.
+C'est par suite de la présence au logis des enfants dispersés dans les
+collèges, que la réunion de famille est au complet. La veille de Noël,
+_Christmas Eve_, les enfants suspendent à leur lit de fer les bas dans
+lesquels _Father Christmas_ (le Père Noël) viendra déposer, croient-ils
+ou font-ils semblant de croire, les jouets et friandises qu'y déposeront
+réellement leur père et leur mère.
+
+Le soir de Noël, les enfants règnent en souverains, et, comme dans
+les saturnales antiques, c'est le monde renversé.--Douce tyrannie de
+quelques heures, car, ainsi que le dit Emile Augier:
+
+ Nous n'existons vraiment que par ces petits êtres.
+ Qui dans tout notre coeur s'établissent en maîtres,
+ Qui prennent notre vie et ne s'en doutent pas,
+ Et n'ont pour être heureux qu'à n'être pas ingrats.
+
+Toute la famille est réunie; alors c'est le bruit des jeunes voix,
+l'applaudissement des yeux, le trépignement des petits pieds sous la
+table. _Granny_ (grand'-mère) réclame le silence: elle se fait apporter
+une bouteille de son plus vieux cognac. On arrose le _pudding_, on
+éteint le gaz et le plus jeune des _babies_ allume l'eau-de-vie dont la
+flamme scintille en reflets bleus, pendant que la turbulente jeunesse
+improvise une ronde autour de la grande table. Le gaz brille de nouveau
+et le _pudding_ est gravement entamé. On fait d'abord la part des
+absents. La poste, dès le lendemain, portera aux colons de la
+Nouvelle-Zélande, aux _Sheep farmers_[18] d'Australie, aux garnisons de
+l'Inde et du Cap, ce souvenir si touchant de l'amitié.
+
+[Note 18: Éleveurs de moutons.]
+
+L'Angleterre célèbre la fête de Noël avec une réelle allégresse: c'est
+l'époque choisie pour échanger voeux et étrennes. C'est Noël qui est
+vraiment le _jour de l'an_ et qui sert de transition d'une année à
+l'autre. Aussi un grand nombre de _Christmas Cards_ (cartes de Noël)
+partent d'Angleterre pour les quatre coins du monde _anglicisé_,
+colonisé par la conquête toujours envahissante du peuple britannique,
+empire sur lequel
+
+ _The Sun never sets_,
+ Le soleil ne se couche jamais.
+
+Nous avons sous les yeux une collection très complète de _Christmas
+Cards_: il y en a de ravissantes. Certaines sont sur du papier fin et
+colorié, quelquefois avec photographies ou gravures de gracieux paysages
+ou de tableaux des grands maîtres. La plupart des voeux exprimés peuvent
+se résumer dans ceux-ci:
+
+ _With Sincere Wishes for_
+ _A Very Happy Christmas and_
+ _A Bright and Prosperous New Year,_
+ _from_
+ _X***._
+
+ Avec sincères voeux pour
+ Un très heureux Noël et
+ Une brillante et prospère nouvelle année,
+ de la part de
+ X***.
+
+Ces cartes sont à la portée de toutes les bourses: il y en a depuis dix
+centimes jusqu'à cinquante francs. La poste de Londres en expédie
+plus de soixante millions, à l'occasion du _Christmas_. On y joint
+quelquefois une minuscule boîte contenant quelques grains du _pudding_
+de Noël.
+
+Toute famille anglaise qui ne reçoit pas, à l'occasion de Noël, des
+nouvelles des absents, en éprouve un profond chagrin, et s'il s'agit de
+proches parents ou d'amis intimes, toute la famille est en deuil.
+
+Le lendemain de Noël s'appelle _Boxing-day_, à cause des _boxes_
+(boîtes, tirelires) que font circuler les facteurs, les laitiers, les
+porteuses de pain, et tant d'autres amis inconnus qui viennent vous
+souhaiter «un joyeux Noël et une bonne année», souhaits auxquels vous
+ne pouvez mieux répondre qu'en donnant des étrennes. Ce jour-là, la
+populace profite des trains à bon marché _(cheap trains)_, envahit les
+endroits où l'on s'amuse et semble oublier tout à fait que Noël est une
+fête religieuse.
+
+L'Anglais porte partout avec lui le souvenir de Noël. Dans ses colonies
+les plus lointaines, sur les sables d'Afrique ou dans les terres glacées
+du Nord, il réunit ses compatriotes comme s'ils ne formaient qu'une
+famille. Tous ensemble ils célèbrent le _Christmas_: debout, le verre à
+la main, ils envoient un salut fraternel et leurs voeux de bonheur aux
+être chéris qu'ils ont laissés au-delà de l'Océan.
+
+Pendant la guerre de Crimée, les dames anglaises furent émues de
+compassion pour leurs frères malheureux qui, devant Sébastopol, au
+milieu d'un hiver exceptionnel, faisaient l'admiration de toute
+l'Europe, par leur courage et leur endurance. Une souscription nationale
+fut ouverte dans tout le Royaume-Uni. Quelques jours avant Noël, des
+navires chargés de volailles, de _puddings_ et de liqueurs partaient
+pour la mer Noire. Le vingt-cinq Décembre, les soldats anglais
+célébraient joyeusement leur _Christmas_ et buvaient au triomphe et à la
+prospérité de la vieille Angleterre.
+
+Un journal de Londres représentait naguères le _Christmas_ dans un corps
+de garde anglais: la scène est des plus pittoresques: elle se passe
+au Transvaal. «Les fusils sont dressés en faisceaux, une guirlande de
+verdure court à travers les canons, une chandelle allumée brûle au bout
+de chaque baïonnette, et les soldats choquent gaiement les verres autour
+de cet arbre de Noël d'un nouveau genre, qui leur rappelle à tous les
+joies de la Patrie absente.»[19].
+
+[Note 19: Desclées, Noël, page 67. ]
+
+N'importe où il se trouve, sur le pont d'un navire, sous la tente ou
+la hutte grossière de l'explorateur, perdu dans les glaces polaires,
+l'Anglais, oubliant un instant ses peines, ses fatigues, ses dangers,
+ne manque jamais de donner au vieux _Christmas_ la bienvenue de joie et
+d'espérance à laquelle il a droit.
+
+Les catholiques anglais donnent à la fête religieuse de Noël la plus
+grande solennité: il faut aller dans la belle et riche église de
+l'Oratoire, à Londres, pour y entendre la magistrale musique de
+Palestrina.
+
+En Irlande, le soir de Noël, d'une multitude de maisons sortent les
+familles catholiques, chacun tenant à la main une torche de résine
+allumée. C'est un spectacle d'une étrange beauté. On dirait des flots de
+lumières ondulant dans les ténèbres. Toutes ces pieuses communautés se
+réunissent au centre de la paroisse autour d'un cercle de flambeaux
+immobiles.
+
+Citons, en finissant, une page ravissante du vicomte Walsh, qui raconte
+_une Messe de minuit en exil_:
+
+«C'était dans le nord de l'Angleterre, dans un joli château, à
+Standen-Hall, chez lord Southwell, fervent catholique qui, pendant les
+mauvais jours, avait offert l'hospitalité à ses parents et amis de
+France.
+
+«Nous y étions un jour de Noël. Dès la veille, on avait mis des bouquets
+de houx bien verdoyants, avec leurs baies ressemblant à des perles de
+corail.
+
+«... Dans la chapelle, l'autel, le tabernacle, les gradins, les
+flambeaux étaient en bois d'acajou poli, avec des ornements dorés,
+un épais tapis aux plus vives couleurs couvrait les marches du petit
+sanctuaire; la neige, le froid étaient au dehors, et dans cet intérieur
+béni, tout était propre, chaud et confortable.
+
+«Dans la tribune, en face de l'autel, des places réservées étaient
+entourées d'un rideau de soie cramoisie; derrière ce voile était le
+piano-orgue et les personnes qui devaient chanter. Lady Southwell (soeur
+de ma mère), lady Gormanston, sa fille, Mesdemoiselles de Choiseul, ses
+nièces, formaient ce choeur de famille.
+
+«Il y a bien longtemps de cela. Depuis cette fête de Noël, j'ai compté
+bien des lendemains de la Toussaint, bien des Jours des Morts. Parmi
+celles qui chantaient alors devant l'autel de Standen Hall, il y en a
+qui chantent aujourd'hui devant Dieu, dans le ciel. Bien des années,
+bien des fortunes diverses me sont survenues depuis le _merry Christmas
+time_ (ce gai temps de Noël); j'ai entendu depuis les messes en musique
+de Mozart et de Rossini, et toutes ces années, toutes ces fortunes
+diverses, tous ces grands talents n'ont pu effacer dans ma mémoire la
+_Messe de Noël chantée dans l'exil_.»
+
+Les ritualistes Anglais sont excusables jusqu'à un certain point de
+s'imaginer qu'ils sont catholiques, puisqu'on célèbre encore dans leurs
+églises des cérémonies qui remontent à huit siècles et ont survécu à
+tous les changements que le protestantisme a introduits dans l'Eglise
+anglicane.
+
+Au premier rang de ces cérémonies, il faut mettre l'offrande de l'or, de
+l'encens et de la myrrhe, que la Reine d'Angleterre fait tous les ans,
+le jour de l'Épiphanie, à l'instar des Rois Mages.
+
+Cette coutume remonte à la plus haute antiquité. Pendant plus de huit
+cents ans, les souverains anglais venaient présenter leur offrande en
+personne, et cet usage ne prit fin que sous le règne de Georges III,
+la princesse Caroline étant morte la veille de l'Épiphanie. Depuis ce
+temps, le souverain est représenté par deux gentilshommes de sa Chambre.
+
+La cérémonie a lieu dans la chapelle royale du palais de Saint-James, et
+voici comment on y procède. On commence par réciter la prière du matin;
+après quoi l'évêque protestant de Londres, assisté du sous-doyen de la
+chapelle royale, célèbre le service de communion. Après la récitation du
+symbole de Nicée, les dix enfants de choeur de la chapelle royale,
+dans leur pittoresque costume écarlate avec des collerettes blanches,
+entonnent l'antienne: «J'ai prié pour obtenir de vous la sagesse.» Alors
+les deux gentilshommes de la Chambre, en habit de Cour, l'épée au côté,
+précédés d'un huissier portant une verge d'argent, s'avancent vers
+l'autel.
+
+L'évêque de Londres vient au-devant d'eux et leur présente un plat en
+vermeil sur lequel ils déposent les offrandes de la Reine. Celles-ci
+sont renfermées dans un sac en soie rouge, brodé d'or, et consistent en
+trois paquets en papier blanc scellés avec de la cire rouge. Les deux
+premiers paquets contiennent de la myrrhe et de l'encens; dans le
+troisième sont vingt-cinq souverains en or tout nouvellement frappés,
+qui sont distribués à des pauvres des paroisses voisines. C'est depuis
+1859 que des pièces de monnaie ont été substituées aux feuilles d'or
+battu qui formaient la troisième offrande. Leur mission terminée, les
+gentilshommes de la Chambre se retirent avec le même cérémonial observé
+pour leur arrivée et l'office s'achève avec la plus grande solennité.
+
+
+
+ALLEMAGNE
+
+La fête de Noël en Allemagne _Weihnachten[20] (la nuit sainte) est aussi
+populaire qu'en Angleterre, mais elle a un caractère plus grave et plus
+religieux.
+
+[Note 20: Ancienne forme plurielle aujourd'hui inusitée, excepté dans
+quelques cas très rares.]
+
+Des enfants, petits anges ou petits bergers, forment des processions et
+traversent les villages en chantant des hymnes pastorales. Souvent on
+y voit la Madone, saint Joseph, saint Nicolas avec sa longue barbe et
+portant la crosse à la main, saint Martin monté sur un cheval blanc, et
+toujours y figure le _Knecht-Ruprecht_, terreur des enfants méchants et
+joie des enfants sages auxquels il apporte des présents.
+
+Dans quelques campagnes, on joue encore les _Mystères de Noël_ avec une
+naïveté charmante. Dans les pays catholiques, la Messe de minuit est
+célébrée en grande pompe.
+
+Dans plusieurs villages, les chanteurs s'assemblent au haut de la tour
+de l'église, à l'aurore, le jour de Noël. Les habitants sont réveillés
+aux chants de:
+
+ O du fröliche. O du selige
+ Gnadenbringende Weihnachtszeit!
+
+ O joyeuse, ô bienheureuse
+ Nuit de Noël, si féconde en grâces!
+
+retentissant dans l'air calme du matin.
+
+Les archéologues prétendent que la plupart des coutumes de Noël, qui
+existent en Allemagne, eurent leur origine dans les vieilles et sombres
+forêts de la Germanie, alors que les Teutons adoraient Wuotan, l'Odin
+Scandinave, et son épouse Berchta, la Terre-Mère. Il y a encore, en
+Allemagne, des districts où Wuotan, avec son chapeau enfoncé sur le
+front, son manteau gris, et monté sur son cheval blanc, visite les
+chaumières des paysans. Avant sa visite, le feu a été soigneusement
+éteint dans le foyer, mais Wuotan le rallume: il préfère mettre le feu à
+une bûche de chêne. La bûche de Noël doit brûler sous la cendre, elle ne
+doit pas flamber et dans l'Allemagne du Sud, les cendres sont gardées
+soigneusement et répandues dans les champs pour assurer leur fertilité.
+
+Après la Messe a lieu le _Mettenwurst_ (réveillon): tous les membres de
+la famille sont réunis. De ce repas, coutume touchante, on enlève les
+restes qu'on place dans une salle éclairée toute la nuit: c'est la part
+du Christ et des Anges. Inutile de dire à qui cette part est destinée.
+
+Le plat favori de Noël pour le paysan est une tête de porc à laquelle on
+ajoute des saucisses et des choux-verts.
+
+Même les bestiaux ont part au festin de Noël: leur ration de foin est
+doublée. Dans certains districts, on croit que les bestiaux ont le don
+de la parole, au moment où la grande fête commence dans l'univers.
+Celui, paraît-il, qui est doué «de la bonne oreille», peut les entendre
+parler doucement, tout en ruminant, de la Crèche dans laquelle le Christ
+naquit. Il ne faut pas seulement avoir «la bonne oreille» pour
+entendre parler les bestiaux, il faut aussi n'avoir aucun péché sur la
+conscience.
+
+Il est de tradition, à la Cour de Berlin, que chaque veille de Noël, le
+capitaine en second de la Ire compagnie du Ier régiment de la garde à
+pied offre au souverain un gâteau de miel. Le prince impérial et les
+autres fils de Guillaume II recevront des gâteaux semblables, de la Ire
+compagnie du Ier régiment de la garde. Seulement, tandis que les gâteaux
+du souverain et du prince héritier mesurent 35 X 2l X 8 centimètres,
+comme dimensions, les gâteaux des autres princes ont seulement 30 X 18 X
+5 centimètres.
+
+Jadis, ces gâteaux étaient fabriqués à Thorn, mais depuis quelques
+années c'est à un pâtissier de Potsdam que ce travail est confié.
+Le gâteau de Noël est glacé, il porte l'étoile de la garde et une
+inscription dédicatoire. L'Empereur Guillaume ne manque jamais la
+cérémonie de la remise du gâteau et il retient à dîner les officiers
+chargés de cette agréable mission.
+
+La veille de Noël, toute la terre germanique est en liesse, sur les
+bords du Rhin, comme sur les bords du Danube et de l'Elbe; de Mayenne à
+Vienne[21], de Koenigsberg à Munich, il n'y a pas une famille qui n'ait
+revêtu le costume des jours de fête.
+
+[Note 21: Dans une grande partie de l'Autriche, les coutumes de Noël
+sont absolument les mêmes qu'en Allemagne.]
+
+La _Noël des enfants_ a une telle importance qu'on la prépare longtemps
+à l'avance. Sur les places de la plupart des villes s'élèvent des
+maisonnettes en bois aussi élégantes de forme que bariolées de couleurs
+éclatantes. Les marchands étalent aux yeux de la foule, avec goût et
+coquetterie, tous les objets qui peuvent servir de présents aux enfants.
+Les jouets de Nuremberg[22] sont les plus recherchés: poupées de toutes
+sortes, qui en bergère, qui en grande dame, qui en cuisinière, qui en
+paysanne; polichinelles de toutes les grandeurs, soldats de plomb,
+canons, fusils, sabres et tambours.--Plus loin se tient la pâtissière
+hambourgeoise, avec ses gauffres croquant sous la dent, et ses
+pains d'épices si joliment travaillés en chiens, chevaux, chats,
+moutons.--Puis les jeux de toutes les variétés: agathes, toupies,
+cerceaux à sonnettes, jeux de l'oie, jeux de patience... Les parents y
+conduisent leurs enfants et tâchent de saisir dans un regard, dans une
+parole, l'expression de leurs désirs. Discrètement ils achètent l'objet
+convoité et le distribuent au moment opportun, à l'occasion de Noël.
+
+[Note 22: Les articles de Nuremberg sont très renommés: on les voit
+exposés au Musée National de Munich. Ils sont fabriqués en grande partie
+dans la Forêt Noire au centre de laquelle se trouve Triberg, un des
+sièges principaux du commerce des horloges connues sous le nom de
+_coucous_.]
+
+Mais ce qui, en Allemagne, domine toutes les réjouissances populaires,
+ce qui fait de Noël la fête des enfants et le jour des étrennes, c'est
+l'arbre de Noël (_Weihnachtsbaum_)[23]. Nulle part, il ne se présente
+sous des formes plus captivantes et avec des présents aussi appréciés.
+
+[Note 23: Dans le nord de l'Allemagne, et surtout à Berlin, l'arbre
+de Noël est souvent remplacé par des _pyramides_ faites avec un
+assemblage de planches et de petits madriers. Cela provient de la
+difficulté de se procurer des sapins.]
+
+Pour piquer la curiosité des enfants et leur faire regarder comme
+mystérieux, quasi miraculeux, les dons de Noël, le père leur raconte que
+le Bonhomme Noël (_der Weihnachtsmann_) passe le reste de l'année au
+sein de la montagne, entouré de toute une Cour de _nains_. Chaque nuit,
+l'un de ces nains monte la garde à la fente du rocher qui sert d'entrée
+et un autre nain vient le remplacer à l'aube du jour suivant. Au bout de
+trois cent soixante gardes, le dernier rentre en criant: Voici bientôt
+Noël. Alors, le _Weihnachtsmann_ et sa Cour sortent de leur repos. Ils
+vont dans la forêt armés de scies et de haches. Avec ardeur ils coupent
+les sapins[24] destinés à la fête, et ils les décorent avec la neige qui
+couvre le pays et avec les glaçons qui pendent aux arbres. Puis il les
+placent sur des traîneaux et les conduisent dans leur palais souterrain;
+là, ils les ornent de bougies, de pommes d'or, de noix, de bonbons. La
+nuit de Noël venue et les étoiles allumées au ciel, le Bonhomme Noël
+parcourt en traîneau les villages environnants pour s'informer si les
+enfants sont sages; il s'en assure en regardant par les fenêtres. S'il
+en est ainsi, vite il descend dans sa demeure, y prend un beau sapin
+tout couvert de présents et l'apporte à la maison[25].
+
+[Note 24: Les sapins qui doivent servir d'arbres de Noël viennent
+surtout des montagnes du Harz.--La Forêt Noire en fournit aussi en
+grande quantité: nulle chaîne de montagnes de l'Allemagne n'est
+aussi riche en paysages grandioses, en sites délicieux; les hauteurs
+inférieures sont surtout couvertes de pins et de sapins aux senteurs
+fraîches et vivifiantes.]
+
+[Note 25: D'après Bernard Zornemann.]
+
+Dans certaines familles, sur le conseil de la mère, les enfants
+écrivent, la veille de Noël, une lettre à l'Enfant Jésus, afin de
+solliciter les objets qu'ils désirent: un couteau, une balle,
+une bicyclette, des histoires d'Indiens... souvent la liste est
+interminable. Pourquoi se restreindre? L'Enfant Jésus est si riche!
+
+Voici la nuit de Noël: dans les rues s'illuminent ça et là quelques
+maisons; on y entend des rires d'enfants. C'est le moment.
+
+Un son de clochette retentit dans la chambre, c'est le signe attendu.
+Les deux portes du salon s'ouvrent toutes grandes. Quelle magnificence!
+Quelle richesse! Éblouis, les enfants s'arrêtent une minute, puis
+s'élancent en avant. Le voici le sapin entrevu dans leurs rêves, mais
+plus beau, plus brillant. Ses branches atteignent le plafond. Sur
+chacune d'elles il y a des bougies bleues, vertes, jaunes; des pommes
+aux joues rouges et des noix d'or; des gâteaux, des massepains pendent à
+côté. Des boules de verre colorié[26], des guirlandes multicolores, des
+étoiles d'argent, des croissants d'or brillent dans la lumière. Il y a
+même de la neige sur l'arbre, mais ce n'est pas de la vraie, c'est de
+la ouate blanche. Joyeux, des oiseaux et des papillons artificiels
+se balancent sur les branches. Oh!... et ces groupes d'Anges! Quelle
+splendeur! Des fils rouges, bleus, verts, jaunes, grimpent de branche en
+branche jusqu'à la cime. Au sommet plane l'Ange de Noël avec ses blonds
+cheveux et ses ailes pleines de lumière.
+
+[Note 26: Ces objets en verroterie se fabriquent principalement à
+Lauscha, en Thuringe. Chaque année, il en est expédié des quantités
+considérables dans toute l'Allemagne. Les fabricants en donnent 200 ou
+300, selon la grosseur, pour la somme de 3 à 5 marcs (3 fr. 75 à 6 fr.
+25).]
+
+Au pied de l'arbre sont les cadeaux. Des poupées, des berceaux, des
+ménages, pour les petites filles; des trompettes, des soldats de plomb,
+des fusils, des tambours, pour les petits garçons. Les cris de joie ne
+finissent pas. «Vois, les belles images de mon livre!--Tiens, tiens! mon
+cheval a une vraie crinière!»
+
+Alors la mère se met au piano, les enfants se prennent la main et
+chantent le vieux cantique si populaire: _Stille Nacht, heilige Nacht_,
+que nous traduisons, littéralement:
+
+ I
+
+ Nuit silencieuse, ô sainte nuit!
+ Tout dort: seul veille encore
+ Le couple tendre et très saint[27];
+ Bel enfant aux cheveux bouclés,
+ Dors dans ton calme céleste. (Bis.)
+
+[Note 27: Marie et Joseph.]
+
+ II
+
+ Nuit silencieuse, ô sainte nuit
+ Annoncée d'abord aux bergers
+ Par l'_Alleluia_ des Anges,
+ La nouvelle se répand à l'entour:
+ Le Christ, le Sauveur est là. (bis.)
+
+ III
+
+ Nuit silencieuse, ô sainte nuit!
+ Fils de Dieu, comme l'amour
+ Rit sur ta bouche divine.
+ Quand sonne pour nous l'heure du salut.
+ Christ, par ta naissance! (bis.)
+
+Puis ce sont des épanchements d'amitié, des remerciements sans fin,
+la joie brille dans tous les regards, les plus secrets désirs ont été
+devinés.... Noël est le plus beau jour de l'année.
+
+Enfin, grand'mère fait une lecture dans la Bible. D'une voix tremblante
+et pieuse, elle lit l'histoire du Sauveur qui naquit dans une étable et
+qui fut mis dans une crèche. Les enfants écoutent cette histoire qu'ils
+connaissent déjà et qui chaque année cependant leur paraît plus belle.
+
+Quelquefois, on enferme, la veille de Noël, un arbre chargé de petits
+cierges, de bonbons, de pommes et de jouets dans une armoire, qu'on
+ouvre à l'instant où l'on s'y attend le moins, pour donner aux enfants
+le plaisir de la surprise. Goëthe, dans son roman célèbre de Werther,
+fait allusion à cette coutume. Entourée de ses petits frères et de ses
+petites soeurs, Charlotte dit à l'un d'eux, cachant son inquiétude sous
+un agréable sourire: «Tu auras, si tu es sage, une bougie de couleur et
+_quelque chose avec_.»
+
+Dans quelques familles, c'est encore l'usage qu'avant la distribution
+des présents se montre le _valet Rupert[28] (_Knecht Ruprecht_) ou
+_Nicolas le Velu_.
+
+[Note 28: Cet usage tend à disparaître; les petits enfants s'en font
+peur et leur santé peut en souffrir; les grands n'y croient plus.]
+
+Dans la croyance populaire, ce _Knecht Ruprecht_ est le même que saint
+Nicolas (ou le _Santa Claus_ des Anglais). Il est bien connu dans toute
+l'Allemagne Centrale et l'Allemagne du Nord. Il revêt un habit de
+fourrure et une barbe très épaisse couvre sa figure, un large bonnet à
+longs poils orne sa tête. Il porte sur le dos un sac plein de jouets et
+de friandises et dans sa main une baguette, car une partie de sa mission
+consiste à châtier les enfants méchants. Il est maintenant le messager
+du Christ-Enfant, bien qu'il doive son origine à des coutumes païennes.
+
+Dans d'autres parties de l'Allemagne, saint Nicolas et saint Martin sont
+les messagers de l'Enfant Jésus. Saint Martin est le fameux évêque de
+Tours et Saint Nicolas le non moins fameux évêque de Myre en Lycie.
+Leurs fêtes tombent vers le temps de Noël[29] et c'est probablement la
+raison pour laquelle leurs noms sont mêlés aux réjouissances de cette
+fête. En Allemagne, les catholiques ont adopté saint Martin et les
+protestants saint Nicolas, mais ils ne sont ni l'un ni l'autre séparés
+de l'Enfant Jésus. Dans les pieuses familles allemandes on rappelle aux
+enfants que ce n'est pas saint Martin ou saint Nicolas, avec ses dons
+matériels, qui est le principal visiteur pendant la sainte veillée, mais
+l'Enfant Jésus qui vient plus tard avec ses grâces divines. Dans les
+demeures où la venue de l'Enfant Jésus est représentée, Il entre avec
+un coeur de pain d'épices dans sa main, symbolisant le coeur renouvelé
+qu'il apporte à tous ceux qui l'attendent. De leur côté, les enfants
+tiennent un verre de vin pour rafraîchir l'Enfant Jésus et une botte de
+foin pour l'âne sur lequel Il est monté. Quand Il apparaît, ils chantent
+un Noël enfantin des plus charmants:
+
+ Christkindele, Christkindele,
+ Komm doch zu uns herein!
+ Wir haben ein Heubündele
+ Und auch ein Gläsele Wein.
+ Das Bündele fürs Esele,
+ Für's Kindele das Gläsele,
+ Und beten können wir auch.
+
+ Cher petit Enfant Jésus.
+ Descends donc chez nous!
+ Nous avons une botte de foin
+ Et aussi un verre de vin.
+ La botte est pour l'âne
+ Pour l'Enfant le verre.
+ Et nous savons aussi prier.
+
+[Note 29: La fête de Saint-Martin est le onze Novembre et la fête de
+Saint-Nicolas le six Décembre.]
+
+Le _Knecht Ruprecht_ est souvent représenté par quelque ami de la maison
+qui, pour n'être pas reconnu des enfants, porte, comme nous l'avons dit
+plus haut, un bonnet de fourrure, une longue barbe et un grand bâton.
+Cet usage est ainsi raconté dans le _Journal des Voyages_:
+
+«Le soir du vingt-quatre Décembre, dans une chambre bien éclairée, est
+disposé l'arbre de Noël orné d'objets et de friandises; les enfants sont
+partagés entre l'espérance et la crainte.... Tout à coup on entend une
+clochette, la porte s'ouvre et _Christkindel_[30] paraît: c'est une jeune
+femme vêtue de blanc et coiffée d'une perruque de chanvre[31]. Sa figure
+est enfarinée pour la rendre méconnaissable, et elle porte sur la tête
+une couronne; d'une main elle tient une clochette, et de l'autre une
+corbeille pleine de bonbons.... Soudain un grand bruit de ferrailles se
+fait entendre et bientôt apparaît _Nicolas le Velu_, le corps couvert
+d'une peau d'ours. Sa figure toute noire est encadrée d'une grande
+barbe; d'une voix grave et vibrante, il demande quels sont les enfants
+méchants.... Alors les bons parents interviennent, plaidant en faveur
+des petits coupables, implorant pour eux l'indulgence, et promettant, en
+leur nom, une conduite exemplaire pour l'avenir.... Le démon est chassé
+du logis; et bientôt l'on n'entend plus que des rires sonores et des
+applaudissements enfantins autour de l'arbre de Noël, objet de toutes
+les convoitises.
+
+[Note 30: _Kindel_ petit enfant, _Christkindel_ petit Enfant Jésus.]
+
+[Note 31: Les Allemands sont caractérisés par les cheveux blonds
+clairs et les yeux bleus.]
+
+Pendant la guerre de 1870, ce ne fut pas l'un des moindres sujets
+d'étonnement pour les paysans français envahis, que de voir Prussiens,
+Bavarois, Saxons, Wurtembergeois, etc., et les uhlans eux-mêmes, se
+grouper fraternellement autour de petits sapins agrémentés de lumières
+et chanter des choeurs glorifiant la venue du Messie.--De nombreux
+soldats bavarois, logés au Petit Séminaire d'Orléans, à La
+Chapelle-Saint-Mesmin, demandèrent une des salles d'étude et y élevèrent
+leur arbre de Noël. Ils firent entendre leurs plus beaux chants en
+l'honneur de l'Enfant Jésus, et écoutèrent avec un profond recueillement
+une allocution très éloquente de leur aumônier militaire.
+
+A l'occasion des fêtes de Noël, les officiers allemands accordent des
+congés aux soldats placés sous leurs ordres. Mais il faut compter avec
+les exigences du service: tout le monde ne peut pas être envoyé «en
+permission». Après le départ des privilégiés qui passent la fête de
+Noël dans leurs foyers, il reste encore un grand nombre de soldats «au
+quartier».
+
+Or, en vertu du principe qui déclare que le régiment est une «seconde
+famille», les chefs cherchent à les récréer en cette fête solennelle.
+
+L'avant-veille de Noël, chaque _Hauptmann_ (capitaine) reçoit de
+la commission des ordinaires, une somme d'environ cent marks (cent
+vingt-cinq francs), destinée à l'achat d'un arbre de Noël.
+
+Le soir du vingt-quatre Décembre, on installe un beau sapin tout hérissé
+de petites bougies, dans la chambre la plus vaste du casernement affecté
+à la compagnie: des tables sont dressées autour de l'arbre et tendues de
+nappes bien blanches sur lesquelles s'alignent des paquets de cigares,
+enveloppés de chauds tricots de laine, des _Pfefferkuchen_ (pains
+d'épices) autour desquels s'enroulent des paires de bretelles, des
+chaussettes, des ceintures de gymnasque; aux extrémités et servant
+d'encadrement des pipes, des photographies, des portraits de l'Empereur,
+etc.
+
+Au fond de la salle, un tonnelet de bière chevauche majestueusement sur
+un chevalet improvisé.
+
+La nuit est venue. Déjà, depuis un instant, le capitaine est arrivé avec
+ses officiers et attend dans la chambre du chef.
+
+La commission des sous-officiers et soldats chargés de préparer la fête
+fait son entrée. Le sergent-major s'avance et dit:
+
+--Mon capitaine, tout est prêt.
+
+--Très bien. Et le tonnelet de bière?
+
+--Il est en place, mon capitaine.
+
+--Parfait. Voulez-vous faire venir «les hommes.»
+
+Cinq minutes après, toute la compagnie est là. Un profond recueillement
+plane sur l'assistance. Le capitaine entre alors dans la salle et
+aussitôt les soldats entonnent le choral:
+
+ _O du fröhliche, o du selige,
+ Gnadenbringende Weihnachiszeit
+ Welt ging cerloren: Christ ist geboren
+ Freue dich, freue dich, du Christenheit._
+
+ O joyeux, ô radieux.
+ O salutaire Noël,
+ La Terre était perdue, le Christ est né,
+ Réjouis-toi, réjouis-toi, ô Chrétienté!
+
+Le chant terminé, le sergent-major dépose dans un casque un nombre de
+numéros égal à celui des hommes présents. Chaque troupier, à son tour,
+vient en tirer un et prendre ensuite possession du cadeau correspondant.
+
+L'opération du tirage au sort est achevée. Le tonneau est mis en perce.
+Le capitaine, verre en main, se porte au centre; après un petit speech
+de circonstance, il termine par ces mots:
+
+--_Auf cuer Wokl, Leute; ich wünsche euch allen ein frohes Fest._
+
+(A votre santé! les hommes (mes amis), je vous souhaite à tous de passer
+joyeusement la fête.)
+
+Au bout de quelques minutes, après avoir causé amicalement avec les
+soldats, le _Hauptmann_ se retire pour donner aux sous-officiers ses
+étrennes _personnelles_.
+
+Un trait patriotique, extrait d'un journal allemand[32], nous permet de
+compléter tout ce que nous avons dit des coutumes de Noël dans les pays
+d'Outre-Rhin.
+
+[Note 32: C'est la _Fraukfurter Zeitung_, la _Gazette de Francfort_,
+qui raconte ce trait ravissant, plein de patriotisme et de souffle
+religieux.]
+
+C'était en 1870, pendant le siège de Paris. La nuit était glaciale et
+des milliers d'étoiles perlaient au firmament. Français et Allemands
+étaient si rapprochés que, d'un poste à l'autre, on entendait clairement
+retentir les appels et résonner les armes sur le sol durci par une gelée
+des plus intenses.
+
+Il pouvait être minuit. Tout à coup un soldat français, après avoir
+demandé la permission à son capitaine, gravit le fossé et s'avance de
+quelques pas vers l'ennemi. Là, il s'arrête, salue militairement, et
+d'une voix puissante et grave, à pleins poumons, il entonne:
+
+ Minuit, chrétiens, c'est l'heure solennelle Où l'Homme-Dieu
+ descendit jusqu'à nous...
+
+Cette apparition était si inattendue, si mystérieuse, cette voix
+vibrait si harmonieusement dans le calme de la nuit, ce chant magistral
+empruntait aux circonstances une telle grandeur, une telle beauté que
+tous--raconte le capitaine de mobiles témoin du fait[33]--parisiens
+sceptiques et railleurs, nous étions suspendus aux lèvres du
+chanteur.--Et du côté des Allemands, l'impression devait être la même,
+car on n'entendit pas le moindre bruit d'armes, pas la moindre parole.
+
+[Note 33: Le capitaine X***, d'un bataillon de mobiles de Paris, a
+raconté lui-même le fait: le chanteur appartenait à l'un des grands
+théâtres de la capitale.]
+
+Quand les derniers mots du cantique d'Adam:
+
+ Peuple, debout! Chante la délivrance!
+ Noël! Noël! Voici le Rédempteur!
+
+eurent retenti au milieu du silence général, comme un coup de clairon
+«qui sonne la victoire», le soldat rentra au poste où il fut acclamé par
+tous ses camarades.
+
+Mais aussitôt après, du côté des Allemands, un soldat apparaissait à son
+tour: c'était un superbe artilleur, casque en tête. Il s'avança, comme
+le français, de quelques pas et salua militairement avec la raideur
+propre aux soldats de son pays. Là, entre ces deux armées d'hommes qui
+jusqu'alors ne songeaient qu'à s'entr'égorger, il entonna, à son tour,
+en allemand, un beau cantique de Noël, hymne de reconnaissance et de foi
+à Jésus Enfant, qui naquit, il y a dix-huit siècles, et vint prêcher aux
+hommes l'amour de leurs frères.
+
+Pas un bruit, pas un mouvement hostile du côté des Français ne vint
+troubler la voix du chanteur allemand. Quand, avec une émotion toujours
+croissante, il eut redit les dernières paroles du refrain:
+
+ Weihnachtszeit! Weihnachtszeit[34].
+
+le poste allemand tout entier le reprit en choeur.
+
+[Note 34: Temps de Noël! Temps de Noël!]
+
+Et dans nos retranchements, le poste français répondit d'une seule voix:
+Noël! Noël! Vive Noël!
+
+Un instant, les deux armées ennemies furent ainsi confondues dans
+une pensée commune de cordialité et de paix. L'idée de Noël, avec le
+souvenir de ses fêtes familiales et de ses enseignements divins, avait
+ainsi transformé ces hommes et mis dans leurs coeurs les sentiments de
+la plus fraternelle charité[35].
+
+[Note 35: On nous écrit qu'un fait à peu près semblable se serait
+passé à la tranchée de la Plâtrière, près de Choisy-le-Roi.]
+
+
+
+
+NOËL
+DANS
+LES PAYS DU MIDI
+
+ITALIE--NAPLES--SICILE--ESPAGNE
+
+«Noël! Noël! jour d'espérance et d'amour, s'écrie un écrivain étranger;
+est-il un peuple dans le monde chrétien chez lequel le retour de cette
+fête ne soit célébré par des usages, des jeux, des chants et des
+traditions qui varient selon le sol et le climat, prenant les teintes du
+caractère national, gais ou sombres, tristes ou folâtres, suivant qu'ils
+ont été créés par une imagination vive ou mélancolique et plus ou moins
+amie du mystère?»
+
+En effet, les conditions du milieu ont une action prépondérante sur les
+réjouissances populaires. Dans les pays du Midi où le soleil brille de
+tous ses feux sous un ciel d'azur dont aucune vapeur ne vient ternir
+l'éclat, où l'on jouit des nuits étoilées, des vents de mer à la tiède
+et caressante haleine, la vie est pour ainsi dire tout entière au
+dehors, tandis que, dans les pays du Nord, où sévit le froid, la neige,
+la glace et la bise mordante, les habitants se renferment des mois
+entiers dans leur demeure et se groupent autour de l'âtre où flamboie et
+pétille la grosse bûche de la forêt.
+
+De là, en Italie et en Espagne, les coutumes de Noël sont plus
+extérieures, plus bruyantes, en un mot, l'expression d'une joie plus
+expansive et toute méridionale. Elles n'en ont pas moins le caractère
+essentiellement religieux qu'on rencontre dans les pays du Nord.
+
+
+
+ITALIE
+
+Saluons d'abord Rome, la ville des Césars, la capitale du monde
+catholique, la résidence du Souverain Pontife. Nous avons eu le bonheur
+de la visiter à différentes époques et parfois nous y avons fait un
+assez long séjour. Nous ne l'avons jamais quittée sans emporter un
+ardent désir de revoir cette cité à jamais illustre où tous les peuples
+ont passé, où toutes les gloires ont brillé, où toutes les imaginations
+cultivées ont fait, au moins de loin, un pèlerinage.
+
+Au touriste elle offre les grandioses monuments de l'antiquité romaine,
+cirques, aqueducs, obélisques, fontaines, forums, arcs de triomphe. Ses
+nombreuses églises sont d'une richesse incomparable, ses musées remplis
+des plus beaux chefs-d'oeuvre de la sculpture, de la peinture et de la
+mosaïque; dans ses palais somptueux sont prodigués l'or, le marbre et
+les fresques des grands Maîtres.
+
+Le chrétien y vénère les corps des saints Apôtres, dans chaque église
+les reliques insignes de quelque grand saint; il baise avec une émotion
+mêlée de larmes la poussière du gigantesque Colisée toute imprégnée
+du sang des martyrs; il pénètre avec recueillement et piété dans les
+immenses souterrains des catacombes où il sent revivre en lui tous les
+souvenirs des premiers âges.
+
+Le savant, l'érudit y trouve les plus riches bibliothèques et les
+documents les plus authentiques sur l'origine de l'Église et son
+histoire à travers les siècles.
+
+Rome nous est chère à un point de vue plus spécial. C'est là que de tous
+les pays d'Occident et d'Orient, d'Amérique et des îles viennent de
+jeunes ecclésiastiques pour y compléter leurs études. Ils suivent les
+cours des professeurs les plus éminents et ils s'efforcent de conquérir
+les grades les plus élevés en théologie et en droit canon. Ils ont bien
+voulu nous adresser des notes sur les coutumes de Noël dans leurs pays
+respectifs. Nous ne savons comment leur témoigner notre gratitude[36].
+
+[Note 36: M. l'abbé B***, de la Procure de Saint-Sulpice, à Rome, a
+été bien des fois, pour nous, le plus intelligent et le plus dévoué des
+intermédiaires et des correspondants.]
+
+Tout le mois de Décembre sert, à Rome, de préparation à la fête de Noël.
+
+Au retour de l'Avent, apparaissent les gracieux bergers qu'on appelle
+Pifferari, c'est-à-dire joueurs de fifre, du mot italien piffero, fifre,
+parce qu'autrefois le fifre était leur instrument de prédilection. Après
+avoir passé le reste de l'année sur les montagnes dont la ville de Rome
+est environnée, ils descendent dans les rues et viennent annoncer
+la grande fête populaire[37]. C'est une des plus naïves et des plus
+touchantes traditions des siècles de foi. Ils sont ordinairement par
+groupes de trois: un vieillard, un homme d'âge mûr et un enfant. Ils
+rappellent ainsi une ancienne opinion qui ne compte que trois bergers à
+la Crèche.
+
+[Note 37: Ils viennent surtout de la Sabine et des Abruzzes.]
+
+Ils vont par les rues, jouent de leurs instruments champêtres dont ils
+accompagnent leurs chants. Ces airs innocents, qui rappellent le grand
+mystère de Bethléem et le retour des jours joyeux, éveillent dans la
+plupart des fidèles des sentiments de foi et de piété.--On dit qu'ils
+représentent les heureux pasteurs qui se rendirent à la Crèche pour
+vénérer l'Enfant Jésus et en réalité l'usage de ces neuvaines de chants
+préparatoires à la fête de Noël est immémorial.
+
+Leurs instruments sont simples comme tous ceux des bergers: c'est le
+hautbois, instrument à vent et à anche, dont le son clair et perçant
+est à la fois sourd et plaintif surtout dans les notes basses; c'est la
+cornemuse, instrument de musique champêtre, auquel on donne le vent
+avec un soufflet qui se hausse ou se baisse par le mouvement du bras,
+horrible ensemble de peaux tendues et gonflées qui donne des sons
+nasillards mais pleins d'une mélancolique suavité[38]; c'est le fifre,
+sorte de petite flûte d'un son aigu; le chalumeau et plus rarement le
+triangle.
+
+[Note 38: Le _biniou_ des Bretons est une sorte de cornemuse. Les
+_Highlanders_ (montagnards d'Écosse) l'appellent _pibroch_: elle est en
+usage dans certains régiments écossais: c'est le _bagpipe_ (instrument
+à outre et à tuyaux.) Dans les campagnes de la Sologne et du Berry, on
+donne quelquefois à la cornemuse le nom de _chèvre_, parce que l'outre
+de cet instrument est souvent faite avec la peau de cet animal.]
+
+Le costume des _Pifferari_ est en harmonie avec leur pieuse _canzonetta_
+(cantate, chansonnette). Un chapeau tyrolien en pointe orné d'une
+aigrette ou de rubans multicolores et penché sur l'oreille, une veste
+courte, un manteau en grosse bure marron ou bleue, une culotte en peau
+de brebis ou de chèvre, des chaussures terminées par une semelle qui se
+rattache sur le pied avec des courroies; ajoutez à cela de longs cheveux
+noirs qui descendent sur les épaules, une belle barbe, des yeux vifs, un
+front élevé, une marche lente et incertaine et vous aurez une idée de ce
+costume et de ce type remarquable[39].
+
+[Note 39: Monseigneur Gaume, _les Trois Rome_. Tom. I. p. 190.]
+
+«Nous avons rencontré dans les rues de Rome, aux approches de Noël, ces
+artistes ambulants. Qu'ils sont beaux à voir surtout ces enfants avec
+leur figure mélancolique, déjà grave et rêveuse, avec de grands yeux
+merveilleusement bleus, de ce bleu lumineux et transparent, limpide et
+profond qu'ont le ciel et la mer d'Italie, avec leurs chevelures aux
+boucles soyeuses pleines de reflets d'or. En les contemplant, on ne peut
+s'empêcher de penser à ces visages roses de chérubins légers, à ces
+têtes charmantes et douces où la lumière semble mettre une auréole
+et dont longtemps dans sa cellule eut rêvé à genoux Fra Angelico da
+Fiesole»[40].
+
+[Note 40: Paul Véron. de Pithiviers.--Ses ouvrages, en prose et en
+vers, écrits dans un style plein de charmes, révèlent l'esprit poétique
+et l'âme idéalement belle de notre excellent ami, décédé pieusement le
+Vendredi Saint 1888.]
+
+Les _Pifferari_ s'acquittent avec conscience de la pieuse fonction que
+leur ont transmise leurs pères. Debout et tête nue, ils jouent devant
+les images de la Madone: devant elles ils font entendre leur _ninna
+nanna[41]. On les loue pour des neuvaines, ou une sérénade, chaque jour,
+autant que durent les fêtes. Ils ne manquent jamais d'arriver à l'heure
+dite, d'autant plus allègres qu'ils satisfont tout à la fois la dévotion
+de leur cour et les besoins de leur bourse. Ils triomphent la veille
+de Noël, tant ils sont nombreux ce jour-là, tant leurs joyeux concerts
+effacent ceux des jours précédents.
+
+[Note 41: Ces deux mots peuvent se traduire par _fais dodo, fais
+dodo_. Une _ninna nanna_ est une berceuse ou chanson destinée à endormir
+les petits enfants: les chanteurs italiens s'adressent à la Sainte
+Vierge.]
+
+Voici l'une des cantates qu'ils réservent pour la vigile de la grande
+fête:
+
+ O Verginella, figlia di Sant' Anna,
+ Nel ventre tuo portasti il buon Gesu,
+ Gl' Angioli chiamarono: Venite, Santi,
+ Andat a Gesu bambino alla capanna,
+ Partorito sotto ad un a capanella,
+ Dove mangiavan il bove e l'asinella.
+ Immacolata Vergine, beata
+ In cielo, in terra sii avvocata.
+ La notte di Natale è notte santa,
+ Questa orazion che vien cantata
+ A Gesu, bambino sia representata.
+
+Nous traduisons littéralement:
+
+ O douce Vierge, fille de Sainte Anne, dans votre sein
+ vous portâtes le bon Jésus. Les Anges ont crié: Venez.
+ Saints, allez à la cabane de Jésus Enfant, né dans une
+ petite étable[42] où mangeaient le boeuf et l'ânesse.
+
+[Note 42: Nous n'avons pas d'équivalents en français pour rendre les
+gracieux diminutifs italiens: verginella, capanella, asinella, angioli.]
+
+La dernière strophe est une touchante prière qui convient et à l'auguste
+Vierge et au mystère de ce jour:
+
+ O Vierge Immaculée, bienheureuse au ciel, soyez notre avocate sur la
+ terre. La nuit de Noël est une nuit sainte: présentez à Jésus Enfant
+ la prière que nous avons chantée!
+
+Quelquefois on rencontre, par les rues de Rome, de pauvres aveugles
+qui chantent en s'accompagnant de la mandoline ou de la guitare, des
+chansons à l'Enfant Jésus. Voici l'une des plus populaires:
+
+ Dormi, dormi nel mio seno.
+ Dormi, ó mio flor Nazareno;
+ Il mio cuor culla sara
+ Fra la ninna nanna na!
+
+ Dors, dors sur mon sein.
+ Dors, ô ma fleur de Nazareth;
+ sur mon coeur tu seras bercée
+ et tu feras la câline, dorlotée,
+ dorlotée[43].
+
+[Note 43: De nos jours, on voit encore, à Rome, des groupes de
+musiciens, pendant le temps de Noël, mais les gracieux instruments
+d'autrefois deviennent de plus en plus rares: la plupart du temps ils
+sont remplacés par de bruyants trombones, de criardes clarinettes et le
+plus souvent ils ne donnent leurs concerts que pour la _mancia_ (les
+étrennes).]
+
+Quelques jours avant Noël, on rencontre parfois des montagnards, vêtus
+de leur pittoresque costume, qui font danser des _marionnettes_ au son
+de leurs instruments rustiques. Ces petits théâtres sur lesquels ils
+font mouvoir des figurines de bois ou de carton sont accueillis avec des
+cris de joie par les enfants. Ce sont pour eux les messagers célestes
+qui annoncent bonbons et jouets de toutes sortes: ils remplacent dans
+leur imagination le «Bonhomme Noël» tout emmitouflé des régions du Nord
+et ils ne sont pas attendus avec moins d'impatience.
+
+Quel ravissant coup d'oeil offrent les magasins de Rome pendant
+la semaine de Noël. Les blanches Madones ornent les façades, ou
+resplendissent à l'intérieur au milieu des lumières. Les marchandises
+disposées sur des étagères avec un goût parfait, apparaissent dominées
+par une jolie statue de la Vierge qui, sur un trône de verdure et de
+fleurs, est vraiment la Reine de la maison: une lampe brûle, jour et
+nuit, devant elle.
+
+De petites boutiques s'élèvent comme par enchantement le long de toutes
+les rues qui avoisinent le Tibre. Les enfants conduits par leurs parents
+se dirigent de préférence vers la place Saint-Eustache et vers la place
+Navone, remplies de magasins improvisés qui présentent un entassement
+de bonbons et de jouets de toutes sortes. Du matin au soir, c'est un
+véritable assaut de la part de tout un peuple d'acheteurs de sept à dix
+ans. Pour le Romain, Noël est vraiment le _capo d'anno_, le jour de
+l'an. C'est à Noël que les communautés échangent des _Agnus Dei_
+encadrés dans des reliquaires et même des gâteaux. Sous Pie IX encore,
+le Pape recevait les présents du Collège des Notaires apostoliques.
+
+Pendant la nuit de Noël, on envoie à ses parents et amis des gâteaux de
+maïs qui ont été bénits par les prêtres des paroisses. Ces gâteaux sont
+plus ou moins grands, suivant l'importance du cadeau qu'on veut faire.
+Laisnel de la Salle rapporte[44] qu'une année le prince Borghèse en reçut
+un blasonné à ses armes qui ne mesurait pas moins de six mètres de
+largeur. Il en fit faire vingt-quatre énormes portions qui furent
+distribuées à autant de pauvres.
+
+[Note 44: _Croyances et légendes_, Tom. I. page 12.]
+
+Cette année (1904), la réception des cardinaux par le Pape au Vatican,
+pour la présentation des voeux, eut un caractère tout intime. La veille
+de Noël, chaque cardinal s'exprima verbalement en son nom: on ne lut
+point d'adresse, le Pape ne prononça pas de discours, mais s'entretint
+cordialement avec chaque cardinal. Le Souverain Pontife reçut ensuite
+l'antichambre pontificale et les officiers de sa garde.
+
+Mais l'objet le plus convoité par les enfants,--les meilleures
+étrennes--c'est un _presepio_. On nomme ainsi une Crèche en cire,
+contenant l'Enfant Jésus couché sur la paille, Marie et Joseph en
+adoration à ses côtés et, sur un plan éloigné, le boeuf et l'âne qui
+semblent réchauffer de leur haleine le Sauveur du monde. Il y a des
+Crèches de route grandeur, de tout prix: les plus attrayantes pour les
+petits Romains sont celles qui sont recouvertes d'un globe de cristal.
+Ils emportent triomphalement leur _presepio_ et le placent avec honneur
+dans leur chambrette ornée à l'avance pour le recevoir. C'est devant lui
+que, chaque soir, toute la famille vient prier[45].
+
+[Note 45: La plus belle Crèche de Rome se trouve toujours dans
+l'antique église de l'_Ara coeli_, au Capitole. Ces représentations
+de la Crèche sont ordinairement conservées de Noël à
+l'Épiphanie.--Autrefois, dans quelques églises, on les cachait le jour
+des Saints Innocents, en mémoire de la fuite de Jésus en Égypte.
+
+Le célèbre peintre florentin Luca della Robbia se distingua dans la
+fabrication des Crèches en terre cuite.]
+
+Rappelons un gracieux et naïf usage qui existe à Rome et qui fait de
+Noël, comme partout ailleurs, la fête privilégiée des enfants: nous
+voulons parler des petits prédicateurs de l'_Ara coeli_.
+
+Pendant les fêtes de Noël, on vient de tous les quartiers de la ville
+dans cette église dédiée à la Vierge Marie pour rendre ses hommages
+au _San Bambino_. Tout le monde le connaît, tout le monde vient se
+recommander à lui. Il n'est pas rare qu'on le conduise chez des malades
+désespérés et que des guérisons étonnantes soient produites par sa
+présence. Telle est à Rome sa renommée que ceux même qui, en 1849,
+opprimaient le Pape et outrageaient les prêtres, affectaient de le
+respecter et lui donnèrent la plus belle des voitures qui se trouvaient
+au Quirinal pour ses visites aux malades.
+
+La statue du _San Bambino_ est en bois d'olivier: sa robe est couverte
+de saphirs, d'émeraudes et de topazes, dons de la piété des fidèles.
+Un soleil tout en diamant étincelle sur sa poitrine, des colliers
+plus précieux les uns que les autres ornent son cou et tout cela en
+reconnaissance des nombreuses guérisons opérées au contact du _San
+Bambino_ et constatées par des témoignages très authentiques. Il demeure
+exposé depuis Noël jusqu'à l'Épiphanie, dans une chapelle latérale
+admirablement décorée: il y est entouré de tous les personnages qui
+furent témoins du mystère de Bethléem.
+
+Quand le moment est venu de le dérober aux regards, les Religieux
+Franciscains du couvent de l'_Ara coeli_ le portent en procession sur le
+seuil de l'église et avec lui bénissent la foule.
+
+Peu de cérémonies, à Rome, attirent un tel concours: les cent
+vingt-quatre marches qui conduisent à l'église, tous les degrés du
+Capitole, tous les balcons sont garnis de pieux fidèles qui attendent
+cette bénédiction comme une grâce des plus précieuses.
+
+C'est en face du _San Bambino_ que les enfants de Rome viennent prêcher.
+Au pilier voisin s'appuie une petite chaire: les jeunes orateurs de sept
+a douze ans s'y succèdent pour y célébrer, dans leur naïf langage, les
+louanges du petit Jésus.
+
+Deux mois avant la fête, père, mère, frères et soeurs, tout le monde
+est en mouvement dans les familles. Les uns composent, les autres font
+répéter au jeune débutant son sermon de Noël.
+
+«Lorsque j'arrivai, écrit Mgr Gaume, c'était une petite fille qui
+occupait la chaire: à en juger par sa taille, elle pouvait avoir huit
+ans au plus. Elle parlait avec beaucoup d'onction et de vivacité; le
+geste était naturel, le ton juste et varié..... La péroraison fut
+pathétique. L'orateur tomba à genoux, étendit ses petites mains vers le
+_Son Bambino_, lui adressa une naïve prière, puis donna sa bénédiction
+absolument comme l'aurait fait un vieux prédicateur»[46].
+
+[Note 46: Loc. cit. I p. 459.]
+
+Il n'est donc pas étonnant que, pendant huit jours, de dix heures du
+matin à trois heures du soir, il y ait foule à l'_Ara coeli_.
+
+C'est ici qu'il faut parler d'un personnage imaginaire qui jouait
+autrefois un grand rôle dans les coutumes populaires de Noël en Italie:
+il s'agit de la _Befana_[47].--Ce mot qui est évidemment une corruption
+de _Befania_. _Epifania_ Épiphanie, veut dire _marionnette_, _fantôme_.
+
+[Note 47: Voir le _Dizionario di Tradizione_ de Moroni. Spain. Tom.
+IV, pag. 278-282.]
+
+On appelle _Befana_ un mannequin habillé de haillons qu'on promène en
+Italie, la nuit de l'Épiphanie et qu'on s'amuse à suspendre aux fenêtres
+le jour même de la fête. Cet usage a presque complètement disparu.
+
+Varchi et Béni représentent la _Befana_ comme une vieille femme aux yeux
+rouges, aux lèvres épaisses, au visage furibond.
+
+Jacques Grimm[48] dit que la _Befana_ est une fée difforme, noire, laide,
+qui apporte des présents aux enfants. En Allemagne, ajoute-t-il, _Tante
+Arie_ joue à peu près le même rôle. Sa légende serait originaire de
+Franche-Comté; elle assiste aux moissons, préside les fêtes rustiques,
+récompense les fileuses diligentes, fait tomber les fruits des arbres
+pour les enfants sages, et à Noël leur donne des noix et des gâteaux. Le
+titre de _tante_ paraît avoir remplacé celui de _fée_, car c'est le nom
+d'une personne généralement bienfaisante.
+
+[Note 48: Dictionnaire de Mythologie allemande, s. v. _Befana_.]
+
+En Italie, son rôle serait celui du «Bonhomme Noël» ou de
+«Croquemitaine» si redouté des enfants. S'ils ne sont pas sages, les
+parents les menacent de tout révéler à la _Befana_. Celle-ci donne des
+cadeaux aux enfants obéissants; aux méchants elle n'apporte que de la
+cendre et du charbon.
+
+Comme les Rois Mages venaient de l'Orient et que l'un d'eux était noir,
+on raconte aux enfants que la _Befana_ aussi est noire et qu'à cette
+époque, elle entreprend un grand voyage pour récompenser ou pour punir.
+
+Parmi les cadeaux qu'on lui attribue à Rome, on remarque les pommes de
+pin dorées qui rappellent l'encens et l'or des Rois Mages.
+
+En Toscane, elle est représentée comme une fée qui pénètre la nuit dans
+les maisons; elle emplit de bonbons et de joujoux, les souliers placés
+dans la cheminée. Les mamans et les gouvernantes menacent leurs
+_bambini_ de la _Befana_ qui n'est, disent-elles, ni tendre, ni
+généreuse pour les mauvais sujets.
+
+Le cinq Janvier, veille de l'Épiphanie, vers dix heures du soir, la
+place Xavone, la plus vaste et la plus imposante de Rome après celle de
+Saint-Pierre, est illuminée _à giorno_ et présente un aspect féerique.
+Des marchands forains y étalent leurs boutiques ambulantes chargées de
+friandises, de fruits et de jouets d'une variété infinie. On y installe
+même des pâtisseries et des cafés pour les parents, les parrains, les
+maîtres: ils y viennent en foule pour «régaler» leurs enfants, leurs
+filleuls, leurs élèves.
+
+On crie, on danse, on tambourine, on agite des grelots et même des
+casseroles. On y vend surtout des trompettes de fer blanc appelées
+_Befane_[49]. Les enfants les achètent et s'en vont par les rues,
+soufflant toute la soirée et toute la nuit, et rendant tout sommeil
+impossible. Cette bruyante démonstration est, dit-on, à l'intention du
+roi Hérode qu'on veut punir de sa cruauté envers les Innocents.
+
+[Note 49: La veille de Saint Jean-Baptiste. Le même bruit se produit,
+avec des clochettes qu'on vend sur la place du Latran.]
+
+Assurément Hérode et sa famille occupent une grande place dans l'esprit
+des Italiens. Un voyageur qui visitait, l'hiver dernier, les églises de
+Rome, au temps de Noël, voyait partout, dans les Crèches, l'Enfant
+Jésus couvert d'un voile épais. Comme il en demandait la raison, on lui
+répondit: «c'est pour le dérober aux fureurs d'Hérode».
+
+D'après quelques auteurs[50], la _Befana_ serait Salomé, fille d'Hérode,
+qui fit décapiter Saint Jean Baptiste. Son histoire fit grande
+impression sur l'imagination du Moyen Age et la légende s'en empara bien
+vite pour y mêler ses fables. Ainsi, quand, au fameux festin, on lui
+présenta la tête tranchée du Saint, elle voulut y déposer un baiser,
+mais la bouche lui souffla violemment à la figure et aussitôt elle
+disparut ensorcelée et fut condamnée à suivre le cortège des mauvais
+esprits[51].
+
+[Note 50: Jacques Grimm. loc. cit.]
+
+[Note 51: Une autre légende raconte que la fille d'Hérode, en
+punition de son crime, eut la tête tranchée par un glaçon, au moment où
+elle traversait un fleuve dont la glace se brisa sous ses pieds.]
+
+A la cathédrale de Gênes, pendant la Messe de minuit, au _Gloria in
+excelsis_, tous les enfants de l'assistance sonnent un charivari de
+clochettes de terre cuite qui ne convient guère à la sainteté du lieu.
+--Ceci rappelle un peu les Messes solennelles des rites orientaux,
+arménien, grec, etc., où la consécration s'accomplit au son des grelots
+que le diacre et le sous-diacre agitent de chaque côté du célébrant. Ces
+grelots sont attachés au bout d'un bâton de deux mètres, qui porte à son
+extrémité une plaque ronde de cuivre ou d'argent; ils rendent un son
+harmonieux par suite du mouvement qu'on leur donne. Cet instrument
+s'appelle _quéchouez_[52].
+
+[Note 52: Lebrun. _Explication des cérémonies de la Messe_. Tom.
+III.]
+
+D'ailleurs, pendant toute la veillée de Noël, ces mêmes clochettes
+préludent à la fête, dans toutes les rues de Gênes, d'une assez amusante
+façon.
+
+Dans quelques villes d'Italie, on voit encore ce qu'on appelle _la ruota
+della Befana_. C'est une ronde d'enfants avec des chants à tue-tête,
+autour d'un grand feu de joie. Cet usage existe encore à Mandello sur
+les bords du lac de Lecco. Un cortège nombreux, que précède une musique
+barbare et une mascarade pittoresque, escortent la _Befana_, la vieille
+qui porte la fleur de lys et la quenouille. D'après la légende, elle
+vient, le jour de Noël, distribuer des jouets et des friandises aux
+enfants bien sages. La fête se termine sur la place du village par un
+feu de joie dans lequel on brûle, en effigie, la vieille femme qui doit
+renaître de ses cendres l'année suivante.
+
+Dans ce même village de Mandello, le chef du peuple, _il capo del
+popolo_, revêtu d'un costume spécial et entouré d'une foule nombreuse,
+offre une marmite de soupe fumante à l'Enfant Jésus que l'on vénère
+dans une Crèche installée sur la grande place. Au pied d'un autel
+improvisé, on dépose, sur un tapis, des jattes remplies d'eau, que l'on
+vient reprendre le lendemain. Elles serviront de pieux présents aux
+amis, car cette eau passe pour avoir obtenu des vertus particulières
+pendant qu'elle a séjourné devant la Crèche.
+
+Dans la même région, au val di Rosa (Lecco), les gens du pays jouent
+encore, à l'occasion de Noël, des _Mystères_ qui datent du Moyen Age.
+Ils représentent le cortège des Bergers et des Rois Mages, en costumes
+qu'ils sont fiers de porter, et montent, en chantant, sur les hauteurs
+voisines couvertes de neige. Un clerc ouvre la marche, tenant bien haut
+l'étoile lumineuse: rois et pasteurs suivent en ordre et se rendent à un
+_presepio_ dressé dans un ermitage au sommet de la montagne.
+
+En Toscane et en d'autres contrées de l'Italie, la bûche de Noël est en
+grand honneur. Quelquefois même dans le langage populaire, on désigne la
+fête de Noël par ce seul mot _Ceppo, la Bûche_. On bande les yeux aux
+enfants, puis ces derniers doivent tourner autour de la Bûche et la
+frapper à coup de pincettes en chantant la _canzonetta_ dite _l'Ave
+Maria de la Bûche_. Ce chant a la vertu de faire tomber sur eux une
+pluie bienfaisante de jouets et de bonbons, selon la générosité des
+assistants [53].
+
+[Note 53: P. Fantani--*** s. v. Ceppo]
+
+
+
+NAPLES
+
+La vue de Naples, de son golfe aux teintes d'azur, de ses rivages
+constellés de blanches villas, de ses promontoires pittoresques et du
+cône fumant du Vésuve, est un des spectacles les plus enchanteurs qu'il
+y ait au monde.
+
+Nulle part Noël n'est plus animé qu'à Naples. Une sorte de rage de
+plaisir et de distraction s'empare de la population tout entière et
+pendant une période de huit jours, c'est un mouvement, un entrain, une
+sorte de _furia_ dont rien ne peut donner l'idée.
+
+La semaine qui précède Noël s'appelle, à Naples, la semaine des
+_bancarelle_ (littéralement des _comptoirs_). En 1904, elle s'est
+terminée dans un «bain de lumière et d'azur» [54].
+
+[Note 54: Nous empruntons quelques détails aux journaux de Naples:
+nous nous efforçons de les traduire aussi littéralement que possible,
+afin de conserver les nuances d'un style plein de délicatesse et
+d'originalité.]
+
+Une douceur de ciel printanier a souri à ces derniers jours de l'année,
+d'ordinaire si pluvieux à Naples: le bonheur des petits commerçants est
+donc complet. Les marchés de Noël ont eu depuis huit jours un aspect
+des plus attrayants comme tous les usages de cette population moitié
+orientale et moitié espagnole.
+
+D'innombrables boutiques s'élèvent dans la grande rue centrale de
+Naples, _via di Roma, gia Toledo_ (la rue de Rome, autrefois de
+Tolède[55]). Une foule en liesse la remplît et déborde dans les ruelles
+adjacentes, sur les places et sur les quais. Clameurs, joie universelle,
+portées au diapason le plus élevé, explosion gigantesque de bonne
+humeur et de félicité publique qui se nourrissent de gain bien minimes,
+préparés de longue main et impatiemment attendus. Toutes les familles
+bourgeoises se réapprovisionnent du nécessaire et parfois même du
+superflu. Les _bancarelle_ sont une exposition aux formes les plus
+diverses, aux couleurs les plus variées et les plus vives: elles se
+tiennent sur les places, en plein air, au milieu de tentes roulantes
+qui s'élèvent par milliers et sur lesquelles l'esthétique du peuple
+napolitain range, en groupes bizarres, les objets les plus divers et les
+plus brillants.
+
+[Note 55: Le gouvernement italien, au moment de l'annexion du royaume
+de Naples, a changé le nom de la grande rue de Tolède et l'a appelée,
+en 1870, rue de Rome. Mais, nous l'avons constaté, pour le peuple
+napolitain et la presse locale, c'est toujours la rue de Tolède.]
+
+Ce ne sont pas seulement des comestibles, des ustensiles en terre ou en
+verre, fabriqués sous les formes les plus fantastiques; ce n'est pas
+seulement pour la table que se dressent ces agréables bastions vivants,
+le long des trottoirs fourmillant de monde de la rue de Tolède, de la
+place Medina et de la place de la Liberté, la littérature même a ses
+autels, ses petits temples enguirlandés dans ce bruyant «abracadabra» du
+Noël Napolitain. Elles sont, en effet, innombrables les _bancarelle_
+où sévères et graves se trouvent rangés les livres, les opuscules, les
+in-folios anciens et miniatures, toutes les variétés et les sous-espèces
+du volume, et surtout des manuscrits qui coûtèrent tant de sueurs. Un
+public curieux et sympathique s'approche de ces montagnes de papier
+imprimé, et y cherche avec des regards studieux l'ouvrage désiré et
+peut-être ignoré du revendeur. Parfois pour quelques centimes on achète
+un livre d'une grande valeur, ou tout un lot de brochures au dos déchiré
+et aux pages en lambeaux.
+
+Et aujourd'hui (Noël 1904), pour la première fois peut-être depuis vingt
+ans, grâce aux rayons bienfaisants d'un soleil de printemps, Naples peut
+montrer toute la beauté éblouissante de ses marchés «enveloppés d'un
+nimbe de joie». Toute la ville est aujourd'hui dehors: les étrangers en
+extase contemplent ce spectacle comme «une fascinante féerie».
+
+Ce qu'il faut voir surtout, c'est le pittoresque _marché aux poissons_
+sur le quai de Sainte-Lucie. La veille de Noël, après avoir traversé un
+grand nombre de rues entre des trophées de verdure, des amoncellements
+de fruits, de compotes au vinaigre, de gâteaux, de liqueurs, on croirait
+que c'est la dernière journée où il soit permis de manger. Pour le
+souper, la carte de rigueur est la suivante: vermicelle au jus de
+poisson, _broccoli_ fumants à l'huile, _capitone_[56] et poissons
+divers[57].--Cent mille personnes au moins sont en mouvement pour
+préparer le succulent repas aux quatre cent mille autres qui se
+promènent oisives ou qui travaillent, en proie à la plus fébrile
+impatience.
+
+[Note 56: Le _capitone_ est le mets traditionnel et nécessaire du
+repas de Noël: c'est une anguille de rivière ou de mer, quelquefois Une
+murène à la chair blanche et laiteuse.]
+
+[Note 57: Les Napolitains les appellent _frutti di mare_ (fruits
+de la mer), ce sont des huîtres, des crabes, des langoustes, des
+coquillages aux formes les plus variées.]
+
+A combien le _capitone_? Telle est la grande question du jour. En effet,
+quel est le Napolitain qui ne mange le _capitone_ le soir de la veille
+de Noël?
+
+Partout on entend crier: «_capitone viva, fricceca, stu capitone, a na
+lira e otto, capitone_ vivant, il palpite encore ce _capitone_, à un
+franc quarante centimes».
+
+Il faut aller visiter la rue Ste-Brigitte ou la rue Porto, le soir de la
+veille de Noël. C'est une scène fantastique digne du pinceau de Gherardo
+dell Notti. Qu'ils sont beaux à voir ces marins au teint bronzé, vieux
+loups de mer qui, sur leurs barques de pêche (_paranziello_), ont défié
+maintes fois les tempêtes et qui ont une voix de tonnerre habituée à se
+faire entendre au milieu du bruit des vagues. Ils sont là, debout devant
+leurs corbeilles entourées de cierges allumés, les manches de leur veste
+retroussées jusqu'au coude. Ils enfoncent de temps en temps leurs mains
+dans ces corbeilles remplies d'anguilles vivantes, ils saisissent les
+plus grosses, les font tournoyer en l'air et gesticulant avec toute leur
+vivacité méridionale, ils ont un faux air de charmeurs de serpents.
+
+A chaque coin de rue les marchandes de Procida[58] et d'Ischia attirent
+l'attention par le curieux costume de leur île.
+
+[Note 58: _Le jour de Noël_, à la Saint-Michel et le huit Mai, les
+femmes de Procida revêtent leur costume national: un vêtement rouge
+brodé d'or, et elles exécutent la danse du pays, la _tarantelle_.]
+
+Rien de plus animé, de plus vivant que le spectacle du port de Naples,
+la veille de Noël, vers le coucher du soleil. La foule y montre sa folle
+et insouciante gaîté, son intarissable faconde, sa verve spirituelle et
+bouffonne, les marchands y annoncent leurs denrées avec mille _lazzi_,
+les musiciens y donnent des sérénades et au milieu de cette cohue
+indéfinissable les _corricoli_, petites voitures où s'entassent de douze
+à quinze personnes, amènent de Portici et de Resina les ouvriers qui
+viennent souper en plein air, en face de la mer (à la napolitaine).
+
+Oui, à Naples, Noël est bruyant et joyeux: clameurs et joie qui font
+oublier la désolante mélancolie qui court dans les vastes souterrains
+de cette bonne, généreuse et sympathique population. Qu'on ne croie
+pas cependant que Naples soit devenue, par enchantement «la ville du
+dollar»: Noël n'est pour elle qu'une «parenthèse de félicité et de
+splendeurs», à la fin d'une année qui a été souvent attristée par bien
+des privations.
+
+En un mot, rien de vivant, de pittoresque, de sémillant comme ce peuple
+en délire sous «le beau ciel bleu de Naples, turquoise le jour, saphir
+la nuit».
+
+Comment ne pas se rappeler ces beaux vers de Lamartine:
+
+ Sous ce ciel où la vie, où le bonheur abonde.
+ Sur ces rives que l'oeil se plaît à parcourir.
+ Nous avons respiré cet air d'un autre monde.
+ Elvire!... Et cependant on dit qu'il faut mourir[59].
+
+[Note 59: Tout le monde connaît ce vieux dicton que répète volontiers
+même le dernier des Napolitains: _Veder Napoli e dopo mori_, voir Naples
+et mourir.]
+
+Naples a aussi ses musiciens de Noël; ils viennent du fond des Abruzzes
+et des gorges de la Calabre: ils portent le nom de _Zampognari_. Il y
+a deux sortes de _Zampogna_ en usage dans le midi de l'Italie et en
+Sicile.
+
+C'est d'abord une cornemuse composée d'un sac de peau et de trois
+chalumeaux de différentes longueurs. Deux de ces chalumeaux donnent
+toujours le même ton; le troisième est susceptible de varier ses notes
+et rappelle le hautbois et la clarinette. La note continue du plus gros
+chalumeau s'appelle _bourdon_, elle est censée faire la basse; celle du
+second, donne ordinairement la dominante. Lorsqu'on entend de loin
+dans les montagnes ce singulier mélange de tons immuables avec les
+modulations de la mélodie, on croirait avoir les oreilles frappées
+par un tintement de cloches plutôt que par le son d'un instrument de
+musique.
+
+Il y a aussi de petites _Zampogne_ qui ne se composent que d'un simple
+chalumeau. Nous avons sous les yeux une gravure reproduisant le gracieux
+tableau du professeur Bechi de Rome. C'est un _Zampognaro qui s'exerce à
+jouer la cantilène de Noël_: son instrument, en effet, n'a pas d'outre
+et ressemble assez à un hautbois de petite dimension.
+
+Les fonctions et les costumes des _Zampognari_ sont à peu près les mêmes
+que ceux des _Pifferari_ à Rome. Comme eux, ils ne s'embarrassent pas
+d'un bagage inutile. Un manteau de laine brune leur sert, pendant
+la nuit, tout à la fois de matelas et de couverture. Ces pauvres
+montagnards s'en vont de porte en porte et le peuple napolitain très
+pieux et très charitable leur demande des neuvaines devant l'image de la
+Madone ou devant la Crèche. L'argent qu'ils gagnent sert à nourrir leur
+famille pendant le reste de l'année.
+
+A Naples, plus encore qu'à Rome, le _presepio_ (la Crèche) joue un grand
+rôle dans les fêtes de Noël. Dans le sud de l'Italie, les Crèches sont
+nombreuses et dénotent parfois un véritable talent d'artiste. Au fond
+d'une grotte entourée de rochers, on aperçoit l'étable et la Crèche où
+naquit le Sauveur. Autour du _San Bambino_ reposant sur la paille, de
+minuscules figurines de bois sculpté, revêtues d'habits patiemment
+confectionnés aux veillées d'hiver, représentent la Sainte Vierge et
+Saint Joseph en extase. A l'entrée, de petits chérubins pressent leurs
+têtes ailées pour regarder de plus près le nouveau-né. Puis c'est toute
+une procession de bergers qui viennent lui apporter leurs modestes
+présents.
+
+Au sommet de la grotte brille l'étoile qui a conduit les Mages. Ceux-ci
+sont entourés de pages, d'hommes d'armes, d'écuyers, d'esclaves nubiens
+qui conduisent des chameaux. Ces figurines sont quelquefois d'un grand
+prix: il est des chèvres et des moutons signés _Vaccaro_, qui valent
+leur pesant d'or.
+
+Un auteur dramatique a eu la passion de la Crèche: le napolitain dom
+Michel Cuciniello. Il avait rangé derrière de brillantes vitrines ses
+_pupazzi_ (petites statuettes): il aimait à les faire admirer à ses
+visiteurs. On y voyait tout ce qui peut entrer dans la composition d'une
+Crèche, depuis l'Archange Gabriel jusqu'à l'humble paysanne apportant
+ses présents dans un panier, depuis Saint Joseph jusqu'au tavernier,
+depuis la Sainte Vierge jusqu'au roi nègre. Dom Michel offrit à la
+ville de Naples ce trésor d'art qu'on peut aller voir au Musée de la
+Chartreuse de San Martino.
+
+Cette Crèche se trouve dans la grande salle attenante à celle de la
+Gondole de Charles III. A droite, s'élève la maisonnette du tavernier:
+plus haut, celle de la blanchisseuse; à gauche, un petit pont sur un
+torrent entre les troncs énormes de vieux chênes renversés: au centre,
+les colonnes brisées d'un temple en ruines; loin, bien loin, à perte de
+vue, la campagne; de petites collines verdoyantes s'estompent dans la
+brume, et au-dessus un ciel d'azur donne à cette scène à la fois profane
+et sacrée un aspect des plus grandioses.
+
+La maisonnette du tavernier est une merveilleuse reproduction des moeurs
+napolitaines. On y voit ustensiles en cuivre, faisceaux d'herbages,
+animaux de basse-cour, mobilier complet, vases de fleurs.
+
+Plus loin, sur la terrasse de la blanchisseuse, le linge étendu sur des
+cordes et séchant au soleil, la petite cage à la fenêtre: le tout d'une
+parfaite précision.
+
+Là-bas, dans la plaine, on voit caracoler des chevaux que des
+palefreniers retiennent avec peine; plus loin, de riches paysannes
+dansent la _tarantelle_ au son des guitares.
+
+Qu'elle expression dans ces têtes d'argile! Quelle finesse dans tous ces
+vêtements et dans ces parures! Quel éclat dans ces perles précieuses!
+Quelle animation, quelle vie dans tout ce paysage; dans ce torrent qui
+écume au milieu de blocs énormes et d'arbres séculaires, dans cette
+nature souriante, idyllique, parmi les épais rosiers et les prairies en
+fleurs!
+
+Quelle richesse dans ce cortège des Rois Mages! Ils s'avancent coiffés
+de turbans et vêtus d'habits chamarrés d'or et parsemés de pierreries;
+de nombreux esclaves conduisent des chameaux chargés de coffres remplis
+d'or et de pierres précieuses.
+
+Au-dessus de tout, s'élève pure la note de la foi: la Vierge et Saint
+Joseph, le petit Enfant Jésus étendu sur la paille, le boeuf et l'âne.
+Autour des petites colonnes qui entoure la Crèche, grimpent le lierre
+et la mousse et des essaims d'Anges se balancent dans les airs en
+glorifiant Dieu.
+
+La Crèche de dom Michel et ses quatre-vingts statuettes représentent une
+valeur de deux cent cinquante mille francs.
+
+Un habitant de la ville de Caserte avait dans sa maison une Crèche
+d'une richesse vraiment royale. Les Rois Mages, avec des costumes
+éblouissants, apportaient de vrais coffres d'or et de pierreries: les
+perles, les rubis, les émeraudes, les topazes y brillaient de toutes
+parts. Une femme avait au milieu du front un diamant si gros et d'une si
+belle eau qu'une princesse l'aurait mis volontiers à son diadème. On ne
+sera pas étonné d'apprendre que des soldats en armes gardaient, nuit et
+jour, un tel _presepio_.
+
+La veille de Noël, à minuit, la famille entière vient s'agenouiller
+devant la Crèche. Le plus jeune des enfants prend un _Bambino_ en cire
+et le place entre la Vierge Marie et Saint Joseph, dans un petit berceau
+de mousse. Les _Zampognari_ attaquent la plus belle de leurs symphonies:
+on y répond par des cantiques: tout le monde prie; c'est une scène des
+plus touchantes[60].
+
+[Note 60: De Lauzières, _Panorama des Fêtes chrétiennes_.]
+
+Toute la nuit de la veille de Noël ont lieu des feux d'artifice
+qu'on nomme _Tricchi-Tracche_. Les rues, les ruelles deviennent plus
+lumineuses qu'à midi. Les feux de bengale pétillent à tous les étages
+et à toutes les fenêtres: les flammèches tombent en pluie de feu sur
+la tête des passants. Alors aussi sur les places publiques, sur les
+trottoirs, sur les balcons éclatent les soleils, les girandoles, les
+fusées de toutes sortes. Dans chaque rue, dans chaque quartier c'est une
+fusillade nourrie; on dirait que dans cette ville de cinq cent mille
+âmes se livre une lutte effroyable. Les morts sont rares; il y a bien
+quelques blessés--mais c'est _Natale_ (Noël)--et l'an prochain on
+recommencera de plus belle!
+
+Il y a une vingtaine d'années, on représentait à Naples, dans un théâtre
+de second ordre, la _Nascita del Verbo Incarnato_ (la Naissance du Verbe
+Incarné), longue et fastidieuse pièce en cinq actes et en vers, avec
+prologue. Les acteurs jouaient d'abord avec beaucoup de sérieux et de
+dignité. Mais, à la fin de chaque acte, les _guillari_ (les bouffons,
+les clowns) apparaissaient sur le théâtre, liaient conversation avec la
+Sainte Vierge et Saint Joseph, puis restés bientôt seuls maîtres de la
+scène, racontaient, en patois, les nouvelles du port, avec une verve
+endiablée.
+
+Il existe un usage assez bizarre dans la petite ville de Catanzaro, au
+sud de Naples, dans la Calabre ultérieure. C'est _n' Presepiu cchi si
+motica_, une espèce de Crèche-théâtre, de Crèche-parlante. Elle ne se
+trouve pas dans l'église. Elle nous apparaît peuplée de personnages qui
+se meuvent, gesticulent, parlent, absolument comme des marionnettes.
+A côté d'une grotte s'élève une prison, puis un palais, un couvent de
+capucins, une église. L'action est des plus grotesques. Par exemple,
+Hérode vient d'apprendre la nouvelle de la naissance d'un roi plus
+puissant que lui; aussitôt il entre dans une fureur extrême et donne
+ordre de faire périr par le glaive tous les enfants au-dessous de deux
+ans. On assiste alors au meurtre des Innocents, on entend des cris
+plaintifs. Les Religieux sortent du couvent et veulent défendre ces
+pauvres victimes, mais ils sont à leur tour roués de coups, jusqu'à
+ce que d'autres Religieux arrivent, en chantant des psaumes pour les
+morts[61].
+
+[Note 61: M. Lumini, _Le sacre rappresentazione italiane_, p. 306.]
+
+Dans l'île d'Ischia, on voit, dans les deux églises, un trône orné, sur
+lequel est placée une statue de la Vierge. Elle est habillée de brocart
+riche, porte des cheveux naturels très frisés et des boucles d'oreille:
+elle a une sorte de tablier de mousseline blanche qu'elle relève des
+deux mains comme pour en former un berceau. Le jour de Noël, on dépose
+un Enfant-Jésus dans le tablier de la Vierge.
+
+A Capri[62], au commencement de la Messe de minuit, le tabernacle
+apparaît _ouvert_ et _vide_, pour signifier que le Christ n'est pas
+encore né. Après la communion seulement, le prêtre y introduit une
+hostie consacrée et ferme la porte. Pendant toute la nuit et toute
+la journée du vingt-cinq décembre, les bombes et les coups de feu
+retentissent sans cesse, répétés par les échos des montagnes.
+
+[Note 62: Dans l'île de Capri, de la pointe du _Capo_ la vue est
+magnifique et n'a de comparable au monde que la rade de Rio de Janeiro
+et les abords de Constantinople.]
+
+Dans l'église de Massa-Lubrense, près de Sorrente [63], on voit une
+Crèche qui est tout un monde. Ce sont des rochers escarpés remplis de
+personnages en miniature: bergers, religieux; dans un ravin, les Rois
+Mages qui s'avancent avec toute leur suite; puis des villages, des
+maisons avec des curieux sur les balcons, des ouvriers à leur atelier,
+des gens qui causent sur la place publique, des Anges suspendus en
+l'air. Il y a peut-être deux cents figurants. C'est pour ainsi dire la
+reproduction de la Crèche de la Chartreuse de Naples.
+
+[Note 63: Aux environs de Sorrente se trouve le pittoresque couvent
+du Deserto.--Du haut de la terrasse on a une vue charmante sur les deux
+golfes de Naples et de Salerne et sur l'île de Caprée.]
+
+Dans toute la région, les passants saluent les étrangers par ces mots:
+_Buon' Natal!_ (bon Noël). C'est le souhait de la nouvelle année[64]. Il
+en est de même à Rome; on dit encore: _Buone feste_ (bonnes Fêtes!)
+
+[Note 64: Ces intéressants détails sur Ischia, Capri et les environs
+de Sorrente nous ont été fournis par deux personnes de notre famille qui
+ont assisté à la Messe de minuit dans l'église de Capri, à l'occasion de
+la fête de Noël 1904.]
+
+Nous trouvons dans l'_Illustrazione popolare_ (l'Illustration populaire)
+de Rome, sous le titre: _la squilla di Lanciano nella notte di Natale_
+(la voix stridente de Lanciano[65], pendant la nuit de Noël) le trait
+suivant:
+
+Le soir du vingt-trois Décembre, à six heures, une petite cloche de
+l'église métropolitaine de _Sainte-Marie-du-Pont_ commence à sonner.
+Cette sonnerie qu'on est convenu d'appeler _squilla di Natale_ (voix
+stridente de Noël) dure une heure sans interruption. Entre temps, les
+boutiques et les cafés se ferment; tous les habitants regagnent leurs
+foyers; de continuelles salves de mousqueterie et d'autres armes à feu
+retentissent de toutes parts. A sept heures du soir, tout le monde est
+chez soi; la clochette cesse de sonner, et, à leur tour, carillonnent
+toutes les cloches des nombreuses églises de la ville de Lanciano. À
+ce moment, tous tombent à genoux et récitent les litanies et d'autres
+prières.--C'est l'heure où, suivant une croyance populaire, la Vierge
+arriva à Bethléem. La prière finie, les enfants baisent les mains de
+leurs parents, de leurs aïeuls, de leurs oncles et tantes et échangent
+des compliments de bonnes fêtes. Un instant après, arrivent aussi les
+enfants qui vivent loin de la maison paternelle: ils viennent apporter
+l'expression de leur amour filial et prendre part aux joies de la
+famille réunie.
+
+[Note 65: _Lanciano_, dans l'Abruzze citérieure, dix-huit mille
+habitants, archevêché, belle cathédrale; _pont de Dioclétien_.]
+
+Voici l'origine de cet usage: Monseigneur Paul Tasso, napolitain
+d'origine, prélat d'une grande charité et qui fut archevêque de Lanciano
+de 1588 à 1607, avait l'habitude d'aller tous les ans, le soir du
+vingt-cinq Décembre, processionnellement et pieds nus, suivi du clergé
+et du peuple,--en souvenir du voyage que fit Marie, de Nazareth à
+Bethléem,--jusqu'à une petite chapelle distante de plus d'un kilomètre
+de la ville, Sainte Marie dell' Iconicella. Pour faire ce trajet, il
+mettait une heure, et pendant ce temps, une clochette sonnait. Après la
+mort de Monseigneur Tasso, ses successeurs renoncèrent à la procession,
+mais l'usage de sonner la cloche subsista.
+
+ Ninna nanna de Manzoni.
+
+ _Dormi, fanciul, non piangere,_
+ _Dormi, fanciul celeste,_
+ _Sovra il tuo capo stridere_
+ _Non osin le tempeste!_
+
+ Dors, Enfant, ne pleure pas,
+ Dors, divin Enfant,
+ Sur ta tête faire rage.
+ N'osent pas les tempêtes!
+
+ (Première strophe.)
+
+
+
+SICILE
+
+La Sicile, qu'on appelle avec raison «la perle des îles» à cause de
+la beauté de ses paysages et de la douceur de son climat, offre une
+infinité de coutumes charmantes, à l'occasion de Noël.
+
+Le grand et très intéressant journal de Palerme, l'_Ora_ (l'Heure) du
+vingt-cinq Décembre mil neuf cent quatre, que nous a gracieusement
+envoyé un éminent professeur de cette ville, nous apporte de précieux
+documents que nous allons traduire et résumer en leur conservant, autant
+que possible, leur couleur locale.
+
+Le bateau venant de Naples, arrive le plus souvent à Palerme avant le
+lever du soleil. Le décor matinal est réellement délicieux. À gauche,
+au-dessus du promontoire rocheux de Zaffarano, volent de légers nuages
+gris auréolés de rose par les premiers feux de l'aurore; le ciel est pur
+de ce bleu pâle qui caractérise les fins d'orage et dont connaissent
+bien la nuance tendre tous ceux qui ont navigué sur la Méditerranée.
+Bientôt apparaît Palerme _la Felice_ (l'heureuse) baignée de lumière,
+ceinte de sa «Conque d'or», plaine fertile qu'encadre un hémicycle de
+montagnes grandioses.
+
+Les sourires et les sarcasmes des esprits forts et des demi-savants
+n'ont pas réussi à diminuer la fraîche poésie de la fête de Noël. Sans
+doute, dit l'_Ora_, il y a bien dans notre chère île, comme partout
+ailleurs, pendant deux ou trois jours, des repas de parents et d'amis où
+l'on sert des plats choisis et des mets succulents, puis des desserts
+de fins gâteaux et de frais bonbons, mais Noël garde dans les rues
+bruyantes de nos cités, comme dans nos plus humbles villages, son cachet
+traditionnel de fête religieuse.
+
+Partout, on entend les voix tristes des rapsodes du peuple, auxquelles
+se mêlent le bruit monotone des sistres, le gémissement plaintif des
+violons et dans le lointain le son champêtre des cornemuses et des
+_Zampogne_. Ce sont les _aveugles-poètes_[66] qui chantent le _voyage
+douloureux de la Sainte Vierge et de Saint Joseph_ ou la _Ninnaredda_
+(berceuse) sorte de _neuvaine_ préparatoire à la fête de Noël. Toute
+maison qui les accepte et veut bien les louer est marquée d'un large
+trait noir tracé au charbon. Ce sont aussi les bergers descendus des
+montagnes: ils viennent répéter leur mélancolique _cantilène_ toute
+imprégnée de soupirs et de pleurs.
+
+[Note 66: À Palerme, les _aveugles-poètes_ forment une sorte de
+corporation; ils parcourent les campagnes, se rendent à toutes les
+fêtes, modifient et rajeunissent les chants de leurs prédécesseurs.
+
+Ils abordent tous les genres: les souvenirs des Croisades, les légendes
+de Sainte Lucie et de Sainte Rosalie, les deux Saintes si populaires
+dans toute la Sicile, un tremblement de terre, un naufrage, etc.
+
+Ils déploient autant d'imagination pour rendre par la poésie et la
+musique ces divers sujets, que les «peintres» pour les reproduire sur
+les charrettes des paysans siciliens.]
+
+Les pieux _cantiques_ de la neuvaine de Noël (_le canzoni_) sont très
+connus: ils sont à peu près les mêmes dans toute l'Italie méridionale et
+en Sicile.
+
+On connaît beaucoup moins les _prières_ (_le orazioni_) que l'on récite
+devant la Crèche dans certains villages des campagnes de Sicile. Ce sont
+des chants très courts, des invocations à Jésus-Enfant, à la Vierge, au
+patriarche Saint Joseph.
+
+Ces _prières_ sont écrites dans le gracieux dialecte sicilien que
+le poète Meli a immortalisé dans ses vers. Qu'on en juge par le
+commencement du premier sonnet de sa Bucolique.
+
+ Montagnes coupées de vallons,
+ Rochers vêtus de lierre et de mousse,
+ Cascades d'eau pure argentée.
+ Ruisseaux murmurants et lacs silencieux.
+
+ Cimes escarpées et ravins ténébreux.
+ Joncs stériles et genêts en fleurs.
+ Arbres antiques croulant de vieillesse,
+ Et grottes où les gouttelettes d'eau se pétrifient avant de tomber.
+ Accueillez, dans vos silencieux asiles,
+ L'ami de la paix et du repos!
+
+ (Meli, _Buccolica_. Sonetu I.)
+
+La première de ces _prières_ publiée par Valplatani, a toute la
+grâce d'un petit tableau flamand (_ha tutta la grazia d'un quadretto
+fiammingo_.)
+
+ _Ni' 'na grutta nasciu lu Bammineddu,_
+ _A Bettilemmi, 'ntempu di friddura,_
+ _'Ncapu la paglia comu un pucireddu,_
+ _La Bedda Matri l'ha pusatu allura,_
+ _E cc'era ddà vicinu un sciccareddu,_
+ _Misu a lu cantu di la manciatura,_
+ _All' autru latu un coi pïatuseddu,_
+ _E, 'ntunnu 'ntunnu, tutti li pastura._
+ _Gesuzzu duci, beddu e picciriddu,_
+ _Mniezzu la paglia mori di lu friddu._
+ _Ma comu grupi la cucuzza a risu,_
+ _Luci dda grutta comu un paradisu_[67].
+
+[Note 67: Nous devons la traduction à l'extrême obligeance de notre
+savant ami, M. l'abbé M***, curé de Corscia, dont la collaboration nous
+a été continuelle depuis l'origine de nos recherches sur les coutumes
+populaires de Noël.]
+
+ Dans une grotte est né le petit Enfant,
+ A Bethléem, au retour de la saison du froid,
+ Sur de la paille comme un pauvret.
+ Sa gracieuse mère l'a posé alors,
+ Tout près, d'un côté de la Crèche, il y avait un âne.
+ De l'autre côté un boeuf attendri,
+ Tout autour, tout autour, la foule des bergers,
+ Le cher Jésus, doux, beau, tout petit,
+ Se mourait de froid sur la paille,
+ Mais à peine le sourire a réjoui sa gracieuse bouche,
+ Que la grotte resplendit comme un paradis.
+
+La Sicile a aussi _ses Noëls_: il ne faut pas y chercher finesse
+d'images, suite historique, ni vers rimés avec art.
+
+Ce sont de petites strophes déliées qui se suivent avec la fougue
+capricieuse d'une bande d'enfants qui jouent sur un pré fleuri.
+Cependant quelle grâce rustique dans ces chansonnettes pieuses et quelle
+inimitable ingénuité de style et d'images. Dans celle de Noto, Jésus
+naît dans un jardin parsemé de plantes aromatiques: un tambour et le
+tintamarre des enfants qui s'amusent annoncent sa naissance.
+
+ Ddocu sutia ccè un jardinu,
+ Tuttu chinu d'airumi,
+ Cci na ciu Gesù bambinu.
+ Cu trummessi e tammurinu.
+ E lu misinu suprà l'artari.
+ Tutti l'ancili cci hann' a cantari
+ Cci hann' à caniari cu bella vuci,
+ Lu Bambinu si cunnuci,
+ Si cunnuci, vaneddi, vaneddi.
+ Si comtamu canzuneddi,
+ Canzuneddi via via,
+ Cci cantamu la litania
+ Litania palermitana.
+
+
+ Un peu plus bas il y a un jardin
+ Tout couvert d'arbres qui répandent des parfums.
+ C'est là qu'est né Jésus Enfant.
+ Avec trompettes et tambours.
+ Ils le placent sur l'autel,
+ Tous les Anges se mettent à chanter,
+ A chanter de leurs belles voix
+ Le Bambino si bienvenu.
+ Si bienvenu, viens, viens!
+ Nous chantons des cantiques,
+ Des cantiques et des cantiques,
+ Nous chantons la litanie.
+ La litanie de Palerme.
+
+Plus suavement enfantines me semblent ces deux autres chansonnettes
+(_canzonette_) pieuses de Valplatani. La première a tout l'air d'une
+_ninna nanna_ (berceuse):
+
+ A la notti di Natali
+ Ca nasciu lu Bammineddu,
+ E nasciu nni la gruttidda.
+ A la so manciaturedda
+ E sô matri cci arridia,
+ Rosi e gigli cci cuglia.
+
+ Dans la nuit de Noël,
+ Il est né le Bambino,
+ Il est né dans une grotte.
+ Dans sa petite Crèche.
+ Sa mère nous souriait.
+ Elle nous cueillit des roses et des lys.
+
+Si l'on veut ajouter foi à cette autre chansonnette de Valplatani
+lorsque naquit notre Sauveur dans la grotte de Bethléem, il y avait non
+seulement un ange, mais encore un certain personnage qui jouait de la
+cornemuse. Au son géorgique du champêtre instrument, une brebis, aux
+flocons de laine frisée, dansait:
+
+ A la notti di Natali
+ Cc'era l'ancilla e un compari[68],
+ Chi sunaca la ciaramedda,
+ Abballava la picuredda
+ Abballava rizza rizza!
+
+
+ Dans la nuit de Noël
+ Il y avait un ange et un autre personnage[68]
+ Qui jouait de la cornemuse
+ Une brebis, aux flocons de laine frisée
+ Dansait: ravissante beauté!
+
+[Note 68: Littéralement: un parrain.]
+
+C'est surtout à l'occasion des fêtes de Noël, que les bambini de
+Valplatani récitent, avec une certaine cadence monotone, des strophes
+de quatre ou tout au plus six vers; elles sont comme parfumées d'une
+candeur ingénue. La première semble une peinture inimitable dans sa
+gracieuse naïveté:
+
+ Sutta un pedi di castagna,
+ Cci à Gesuzzu: c'addimanna,
+ Addimanna tri tari,
+ Cu la manuzza chi fa accussi.
+
+ A l'ombre d'un châtaignier.
+ Il y a Jésus: il nous appelle.
+ Il nous appelle,
+ En nous faisant signe de sa petite main.
+
+Toute l'ardeur d'une fervente invocation vibre dans cette autre strophe:
+
+ Bammineddu di la chiuviddu,
+ Siti beddu e piccireddu,
+ Quannu spunta la cirasa
+ Vui viniti a la me casa,
+ A la me casa 'un cci ati vinutu,
+ Viniticci ora pi darimi aiutu!
+
+ Petit enfant que je vois d'ici.
+ Vous êtes beau et tout petit.
+ A la saison des cerises,
+ Venez à ma maison.
+ Vous n'êtes pas encore venu à ma maison.
+ Venez y maintenant pour me secourir.
+
+Pour Noël, les enfants s'amusent à faire des Crèches devant lesquelles
+ils allument, avant minuit, de petites lampes d'huile. La Crèche est une
+montagne de sucre avec des vallons, des précipices et des grottes qui
+doivent représenter, en petit, la montagne de Bethléem. Il doit y avoir
+nécessairement un ruisseau en verre ou en papier argenté ou même d'eau
+courant dans un lit de fer blanc au milieu de rochers de sucre, par
+suite d'ingénieuses combinaisons. La montagne est peuplée d'une
+trentaine de personnages de craie que nos _bambini_ appellent bergers.
+Quelques uns cependant n'ont rien du costume pastoral. On y voit: un
+muletier qui tire par les rênes une bête récalcitrante, une lavandière
+qui revient du ruisseau avec un lourd fardeau sur la tête, un pêcheur
+qui jette sa ligne dans les eaux d'une rivière, un chasseur tirant un
+oiseau qui se brandille sur un arbre... Parmi les vrais bergers, l'un
+d'eux, en voyant la grande, l'insolite lumière qui se répandit sur la
+montagne de Bethléem, à la naissance de Jésus, regarde avec frayeur.
+Aussi est-il connu sous le nom de _l'Effrayé de la Crèche (lo spaventato
+del presepe)_. On y voit un berger qui porte un fagot de bois, un autre
+qui remue le lait dans une chaudière bouillante; celui-ci a retiré ou va
+retirer une épine qui lui gonfle le pied; celui-là lance une pierre à
+une vache qui se fourvoie; tel gonfle les joues en soufflant dans la
+cornemuse ou la _Zampogna_; tel autre frappe sur un cerceau... Et les
+enfants les connaissent, un par un, comme s'ils étaient vivants. De
+leurs regards qui savent donner à tout l'animation et la vie, ils les
+suivent s'acheminant vers la grotte où l'Enfant Jésus leur sourit, les
+bras ouverts, au milieu de deux animaux qui le réchauffent de leur
+haleine.
+
+Mais revenons aux joies familiales: revoyons les rues les plus
+fréquentées de notre Palerme. Nous sommes à la nuit qui précède Noël:
+voici les boutiques des marchands de fruits les plus renommés. Façades,
+architraves, colonnes, chapiteaux d'une architecture très étrange,
+s'offrent à nos regards. La matière dont ces espèces de maisons
+sont fabriquées et qui ferait les délices d'une armée de rats, est
+entièrement de figues sèches. Mais qui pourrait rendre avec la plume les
+vives gradations de couleurs que nos marchands de fruits combinent
+d'une manière si savante? Comment décrire cette pyramide de miel qui se
+détache tout près d'un monceau de poires d'hiver qui semblent faites de
+vieil or...?
+
+L'usage que les bons Norvégiens ont de donner du froment et du pain aux
+oiseaux, le jour de Noël, se rencontre aussi dans plusieurs pays de la
+Sicile. A Scicli, par exemple, les femmes ont l'habitude de jeter sur
+les toits, les balcons et les appuis des fenêtres, des miettes de pain
+et des grains de blé, afin que le jour où naquit Jésus, les gracieux
+habitants de l'air ne manquent pas de nourriture et qu'ils puissent
+égayer ce jour de leurs chants les plus joyeux.
+
+Ravissante coutume bien digne de Noël, la fête par excellence de la paix
+et de l'allégresse!
+
+Dans quelques villages de la Sicile, on conserve l'usage, d'ailleurs
+très ancien dans l'île, d'allumer la _bûche de Noël_ (il ceppo di
+Natale). On réunit de la paille et des sarments sur lesquels on place
+une énorme bûche, qui provient généralement de la libéralité d'un
+propriétaire, religieux observateur des coutumes du pays. Aussitôt que
+le soleil se couche derrière les montagnes et que la cloche tinte l'_Ave
+Maria_ (l'Angelus), le député de la fête a soin de mettre le feu à la
+bûche, et de veiller à ce que, toute la nuit, il reste allumé.
+
+D'aucuns voient dans l'embrasement de la bûche de Noël le symbole du feu
+qu'auraient allumé dans leurs chaumières les bergers de Bethléem dans
+cette nuit mémorable où l'Ange leur annonça la naissance de Jésus.
+D'autres expliquent cet usage par la nécessité de réchauffer à un feu
+public les pauvres gens qui veillent, à ciel ouvert, pendant cette
+froide nuit de Noël.
+
+Rien de plus gai que la vue de cette bûche allumée, qu'entourent les
+artisans et les pauvres. Les uns restent debout, les autres sont assis
+sur des pierres, quelques-uns fument philosophiquement leurs pipes,
+d'autres grignotent des marrons qu'ils ont fait rôtir sous la cendre de
+la bûche; les enfants cassent des noisettes, les vieillards étendent
+leurs mains au feu pour les dégourdir.
+
+Autour de la traditionnelle bûche de Noël, comme à un immense foyer,
+tous se donnent rendez-vous; on se trouve si bien dans cette chaude
+atmosphère et puis on s'y divertit. Devant ce gros morceau de bois qui
+brûle et crépite joyeusement, qui envoie dans l'air des nuages de fumée
+et lance des étincelles, la foule reste d'abord immobile et la flamme
+projette de brillants reflets sur tous les visages. Mais bientôt
+éclatent les rires les plus joyeux, on échange entre amis les plus
+innocents badinages, et toutes les voix chantent les cantiques de Noël.
+De temps en temps on attise le feu, de nouveaux fagots sont ajoutés aux
+premiers et la plus douce gaîté règne dans toutes les conversations,
+jusqu'à ce que les derniers tisons de la bûche de Noël s'éteignent avec
+les premières lueurs de l'aurore.
+
+
+
+ESPAGNE
+
+Chez les peuples du Nord, l'idée de Noël est associée à celle de froid,
+de neige et de bise glaciale. Les enfants s'y représentent «le Bonhomme
+Noël» avec sa longue barbe blanche et ses vêtements tout couverts de
+givre clair et craquant.
+
+Là-bas, au midi de l'Espagne, sur la terre andalouse, le soleil brille
+radieux, l'azur du ciel resplendit sans tache et, le vingt-cinq
+Décembre, le thermomètre marque ordinairement douze degrés à l'ombre
+et vingt-cinq au soleil.--Aussi le jour de la _Natividad_ ou de la
+_Navidad_, la joie de tous devient bruyante et tapageuse. Pendant la
+nuit de Noël, _la Noche buena_ (la bonne nuit), comme l'appellent les
+Espagnols, les rues retentissent de clameurs et des plus assourdissants
+concerts.
+
+Le _temps de Noël_, en Espagne, commence avec l'Avent.
+
+A Madrid, la _veille du premier dimanche de l'Avent_, un fonctionnaire
+du tribunal ecclésiastique (_Rota_)[69], accompagné des timbaliers et des
+trompettes des écuries royales, des alguazils et d'un nombreux cortège,
+tous en costumes des XVIIe et XVIIIe siècles, parcourt à cheval les
+principales rues de Madrid et lit le décret concernant la proclamation
+de la _Bula_ _de la Santa Cruzada_ (la Bulle de la Sainte Croisade).
+Cette bulle octroyée d'abord par Jules II et renouvelée en 1849, Par
+Pie IX accorde à tous les Espagnols les mêmes Privilèges que ceux des
+anciennes Bulles des Croisades d'Urbain II et d'Innocent III.
+
+[Note 69: Ce tribunal est formé à l'instar de celui de Rome, qui
+porte le même nom. On l'appelle _Rota_, qui veut dire _roue_, parce que
+la salle où se réunit ce tribunal est circulaire, en sorte que les juges
+assis forment un rond.]
+
+On nous a raconté à Miranda de Ebro qu'à l'époque de l'invasion des
+Maures, les paysans d'Espagne, au péril de leur vie portèrent des vivres
+aux troupes catholiques, obligées quelquefois de se réfugier dans des
+montagnes inaccessibles. On permit aux vaillants défenseurs de la foi et
+à leurs intrépides pourvoyeurs de faire gras les Vendredis, pour réparer
+leurs forces épuisées par d'incessantes fatigues. Le privilège devint un
+usage qui fut consacré par la _Bulle de la Sainte Croisade_. Celle-ci
+permet aux Espagnols de faire gras tous les Vendredis de l'année,
+moyennant une légère aumône[70].
+
+[Note 70: On définit ordinairement la _Bulle de la Sainte Croisade_:
+«un diplôme papal, contenant de nombreux privilèges, induits et grâces,
+accordé, au Roi d'Espagne pour l'aider dans la guerre contre les
+Infidèles.»
+
+Pour obtenir cette Bulle, il faut résider dans les Royaumes, Provinces
+et territoires soumis au Roi d'Espagne. Les étrangers cependant peuvent
+validement jouir des privilèges de la Bulle, s'ils viennent en pays
+espagnols, même en y passant très peu de temps et quelle que soit la
+raison qui les y amène.
+
+Autrefois, pour jouir des faveurs de la Bulle, il fallait aller en
+personne, dans l'armée espagnole, combattre les Infidèles, ou bien
+équiper à ses frais un soldat de cette armée, ou bien faire une aumône.
+Aujourd'hui, il suffit d'acheter la Bulle, moyennant une légère aumône,
+d'y inscrire son nom et de la conserver chez soi.
+
+Entre autres privilèges, la Bulle accorde le droit de manger des oeufs
+et du laitage tous les jours de Carême, ainsi que de la viande tous les
+jours de jeûne et d'abstinence de l'année.]
+
+Noël est surtout la grande fête des pays basques: en Guipuscoa, on dit
+_las Pascuas de la Natividad_ (les Pâques de la Nativité).
+
+On nous écrit de la République Argentine, où se sont implantées la
+langue et les coutumes espagnoles, qu'il est d'usage de se faire visite
+à l'occasion de Noël et de se souhaiter de _felices Pascuas de Navidad_
+(d'heureuses Pâques de Noël)[71].
+
+[Note 71: En Espagne on dit: _les Pâques de la Nativité_ et _les
+Pâques de la Résurrection_.]
+
+Pendant le temps que durent les fêtes de Noël, il est de coutume dans
+toute l'Espagne--villes et campagnes--de chanter des airs pastoraux
+appelés _villancicos_ (cantiques de Noël), mesure six-huit, qui
+symbolisent les chants des pasteurs célébrant la naissance de
+l'Enfant-Jésus. Ces chants sont le plus ordinairement accompagnés de
+castagnettes et de _Zambombas_. Cet instrument de musique (??) n'ayant
+pas d'équivalent en français, nous nous croyons obligé de le décrire.
+
+La _Zambomba_, ainsi appelée sans doute par harmonie imitative, est une
+sorte de tambourin champêtre qui serait venu des Maures: on le retrouve
+encore en Afrique. C'est un vase de terre cuite ayant à peu près la
+forme d'un sablier. Une des extrémités recouverte d'une peau épaisse,
+desséchée et soigneusement tendue, présente une ouverture au centre.
+Dans cette ouverture passe une baguette d'environ cinquante centimètres,
+plantée perpendiculairement et liée à la peau. Pour faire _mugir_
+l'instrument, il suffit de communiquer à la baguette un énergique
+mouvement de va-et-vient.
+
+Dans les faubourgs, tous ont leur _Zambomba_: enfants, parents,
+vieillards. A tous les coins de rue, les marchands en vendent; il y en a
+de toutes sortes; quelques-unes même sont vraiment luxueuses: la boîte
+sonore est ornée de peintures et la baguette est en bois rare et
+précieux.
+
+Heureusement l'usage de la _Zambomba_ est limité aux fêtes de Noël:
+c'est suffisant.
+
+Quelque bruyante que soit la fête de Noël en Espagne, elle l'est encore
+moins que le Samedi Saint. Ce jour-là, vers onze heures du matin,
+quand les cloches _revenues de Rome_ commençent à sonner le _Gloria
+in excelsis_, il se fait, pendant une demi-heure, un bruit des plus
+étranges. Les cuisinières frappent, à tour de bras, sur leur casserole
+la plus sonore, pendant que dans la rue, les enfants armés de maillets
+frappent sur les portes des maisons, comme s'ils voulaient les défoncer.
+Un tel charivari, s'il devait durer, finirait par rendre fou.
+
+A Valladolid et à Salamanque, les jeunes filles dansent autour des
+statues de la Madone en chantant des _villancicos_ qui ne contiennent
+souvent que des pensées inachevées, comme dans beaucoup de mélodies
+populaires. Nous ne citerons que ces deux couplets:
+
+ _Ardia la razza,_
+ _Y la razza ardia,_
+ _Y no se quemaba;_
+ _La Virgen Maria!_
+
+ Le buisson brûlait.
+ Et brûlait le buisson.
+ Et ne se brûlait pas;
+ La Vierge Marie!
+
+ _San José era carpiniero,_
+ _Y la Virgen costurera,_
+ _El Niño labra la cruz,_
+ _Porque ha de morir en ella._
+
+ Saint Joseph était charpentier.
+ Et la Vierge couturière.
+ L'enfant travaille le bois de la croix.
+ Parce qu'en elle Il doit mourir.
+
+La ville la plus intéressante au point de vue des fêtes religieuses et
+populaires est assurément Séville. C'est peut-être dans ce sens qu'il
+faut entendre ce proverbe si connu dans toute l'Espagne:
+
+ Quien no ha visto Sevilla
+ No ha visto maravilla.
+
+ Qui n'a vu Séville
+ N'a vu merveille[72].
+
+[Note 72: D'après un autre proverbe espagnol: _Quien no ha vista
+Granada, No ha visto nada_, qui n'a vu Grenade, n'a rien vu.--Nous
+pensons, en effet, que cette ville offre le plus beau paysage de toute
+l'Espagne. Qu'on se figure une campagne verte et fraîche, puis, à
+l'entour, un cadre de collines ruisselantes d'eaux vives, exubérantes de
+végétation; plus haut un amphithéâtre de montagnes d'une douce lumière
+bleue, enfin, par dessus tout, les neiges éternelles de la Sierra
+Nevada, montant à 3,500 mètres dans l'azur sombre du ciel.... Voilà le
+riant et grandiose panorama de la ville merveilleuse de l'Alhambra!]
+
+Ce n'est point la tour de la Giralda si remarquable par la proportion
+harmonieuse de ses lignes, ce ne sont pas ses autres monuments, ni ses
+trésors d'art, ni les beaux tableaux de Murillo qui ont fait surnommer
+Séville «l'Enchanteresse», _la Encantadora_, ce sont les agréments de
+la vie, les fêtes, le mouvement perpétuel de gaieté qui anime sa
+population.
+
+Ses grandes processions de la Semaine Sainte (_pasos_) sont célèbres
+dans le monde entier.
+
+La fête de Noël (_la Natividad_) y est particulièrement populaire: elle
+se passe, en grande partie, en plein air; le marché est plus animé que
+jamais entre le pont de Tiana et la plaza de Toros.
+
+«Voici d'abord le _pavero_ (marchand de dindons, _pavos_ en espagnol).
+C'est une industrie qui ne s'exerce guère qu'aux approches de Noël.
+Quelques jours avant la fête, il fait son apparition dans les rues,
+poussant devant lui son troupeau de volatiles. Ils vont se dandinant,
+ébouriffant leurs plumes-moirées, secouant leur jabot aux teintes
+sanguinolentes, attirant par leurs gloussements les ménagères
+prévoyantes... Le _pavero_ crie sa marchandise et la vend avec toute la
+fierté de sa race»[73].
+
+[Note 73: Louis d'Harcourt, _Illustration_, 1890.]
+
+A Barcelone, la ville aux larges et riantes avenues, le vingt et un
+Décembre, fête de Saint-Thomas, il y a grande affluence de paysans qui
+viennent exposer et vendre des _pavos_ (dindons), sur _la Rambla de
+_Cataluña_[74], pour les fêtes de Noël.
+
+[Note 74: Le terme _rambla_ qui, vient de l'arabe, désigne dans toute
+l'Espagne le lit desséché d'un fleuve: souvent, comme à Barcelone, il
+est remplacé par de superbes boulevards. Ce qui fait que le mot de
+Cervantés s'applique encore à la grande cité qu'il appelle «une ville
+unique par son site et sa beauté», _en sitio y en bellezza unica_.]
+
+La loterie de Noël, à Séville, donne aussi à cette fête un attrait et
+une animation extraordinaires: on peut juger de son importance par la
+valeur du gros lot qui dépasse ordinairement deux millions de francs. Le
+prix de chaque billet est de cinq cents francs, mais il peut se diviser
+en coupures et fractions qui vont jusqu'aux sommes les plus petites.
+
+Après le tirage, le gain se partage au prorata de la valeur des billets,
+coupures et fractions.
+
+Les Espagnols s'intéressent tous à cette grande oeuvre quasi nationale
+et même ceux qui vivent à l'étranger ne manquent pas d'écrire à Séville
+pour se procurer des billets.
+
+Quelques jours avant Noël, on a coutume, dans bon nombre de familles
+où il y a des enfants, d'édifier des représentations de l'Adoration
+de l'Enfant Jésus par les Bergers et les Rois Mages. Des paysages en
+miniature se peuplent de personnages et d'animaux sans grand souci de la
+couleur locale, ni de la vraisemblance. On appelle ces sortes de Crèches
+des _nacimientos_ (naissances).
+
+Dans certaines familles, on s'y applique consciencieusement à l'avance
+pour combiner des effets pittoresques que les amis viendront voir
+jusqu'aux «Rois» que ces éphémères constructions ne dépassent
+jamais.--Cette coutume existe à peu près dans toute l'Espagne.
+
+Dans les provinces du Midi, après avoir admiré dévotement le divin
+Enfant, la Vierge Marie, Saint Joseph, les Bergers, les Rois Mages,
+l'âne et le boeuf traditionnels, on passe une partie de la nuit à se
+divertir et surtout à danser le _fandango_. Cette danse préférée
+des Espagnols est sur un rythme entraînant, à trois temps, avec
+accompagnement de guitare et de castagnettes. Son mouvement rapide,
+l'agitation des bras, les trépidations des danseurs, lui donnent un
+caractère d'animation plein d'originalité. Dans l'intervalle des danses,
+on boit de l'_aguardiente_ (eau-de-vie) et du _manzanilla_ (petit vin
+blanc sec). Cette réunion toute intime de parents et d'amis se termine
+par une danse spéciale à laquelle tout le monde prend part.
+
+«Tous les assistants sont assis en cercle. Une jeune fille alerte
+s'élance d'un bond au milieu et parcourt rapidement le rond, toujours
+dansant. Puis elle s'arrête devant un des spectateurs qui est tenu de la
+remplacer et d'exécuter un pas brillant, quels que soient son âge, sa
+situation, sa gravité. Celui-ci s'arrête ensuite devant une femme, jeune
+ou vieille, qui lui succède dans ses exercices chorégraphiques, et ainsi
+de suite jusqu'à épuisement des danseurs»[75].
+
+[Note 75: Louis d'Harcourt, loc. cit.]
+
+Dans les provinces du Nord, aux pays basques, par exemple, on trouve
+beaucoup moins ces manifestations bruyantes: une lenteur mesurée, une
+tonalité grave règnent dans les actes et les discours. Après la Messe de
+minuit a lieu le réveillon qui se compose du _besugo_, poisson fréquent
+dans la contrée, de l'oie grasse et du dessert composé de nougats,
+d'alicante et de jijun.
+
+Dans le Midi, la tourte de Noël [76], la morue frite, les châtaignes, la
+dinde truffée font les frais du repas qu'arrosent à pleins verres le
+_Valdepeñas_ et le _Manzanilla_. Quelquefois la guitare et la _Zambomba_
+accompagnent le _Tango_, le _Boléro_ et la _Sevillana_ (danses
+espagnoles).
+
+[Note 76: A la Republique Argentine, le régal de Noël est le _pan
+dulce_ (pain doux), sorte de gâteau aux raisins confits que les
+pâtissiers confectionnent en grande quantité pour cette fête.]
+
+Les gâteaux de Noël préférés par les Espagnols sont les «_ Turones _».
+Chaque année, on en vend des quantités considérables, à Barcelone, sur
+le _paseo de la Industria_ (la promenade de l'Industrie).
+
+Les Tourons ou massepains sont d'énormes gâteaux au miel, aux amandes
+pilées, aux patates douces, sur lesquels l'imagination et la grâce
+espagnoles se donnent libre cours pour les ornementations. Ils ont
+généralement la forme de serpents enroulés et sont couverts d'arabesques
+en sucre multicolores, de fondants et de fruits confits et glacés. Ils
+sont merveilleux à voir et délicieux à manger. Il y a, comme volume,
+depuis la petite couleuvre, jusqu'aux plus immenses boas. Toute la
+famille espagnole a son Touron pour Noël et les familles riches s'en
+offrent qui coûtent des prix considérables [77].
+
+[Note 77: En Espagne, comme en Italie, Noël remplace le Jour de
+l'An.]
+
+Le matin de Noël, avant la grand'messe, les villageois basques dansent
+aussi le _fandango_, au son des guitares et des castagnettes, mais avec
+un rythme bien différent des peuples du Midi. Les danseurs arrondissent
+leurs bras en ailes de moulins, se font vis-à-vis en des gestes câlins,
+sans que jamais l'un vienne à s'approcher de l'autre. Ils demeurent
+silencieux et compassés. Pénétrés de la dignité de leurs rôles, ils
+semblent accomplir quelque sacerdoce. Sur un chapiteau renversé, un
+hidalgo loqueteux, venu on ne sait d'où, chante la triste _Malageña_,
+mélopée plaintive, venue du temps des Maures, pendant qu'un rayon de
+soleil vient éclairer sa pauvre mine de misère[78].
+
+[Note 78: D'après la _Quinzaine_, 16 Décembre 1904.]
+
+Noël est avant tout une fête religieuse chez le peuple espagnol, fidèle
+gardien des naïves et touchantes traditions de ses pères.
+
+Sans doute, il y a bien parfois quelques manifestations bruyantes
+dans les églises, surtout dans les quartiers pauvres et ouvriers. Des
+castagnettes, des tambours de basque, des _Zambombas_ accompagnent
+des _villancicos_ (Noëls) à l'allure un peu trop alerte: certains
+instruments assez singuliers imitent le chant des oiseaux, surtout le
+cri éclatant du coq. A l'offertoire et à la sortie, l'orgue lui-même,
+oublieux de sa gravité ordinaire, joue des variations sur des thèmes
+empruntés aux airs les plus populaires. Au milieu de pareils concerts,
+les enfants de choeur sautillent bien un peu, la foule est agitée d'un
+balancement qui marque un peu trop la mesure, mais l'ensemble reste
+toujours sérieux et digne du saint lieu.
+
+A Séville, le jour de Noël, on danse encore dans les églises, mais tout
+est prévu et réglé d'avance et l'assistance, témoin de ces exercices qui
+font partie intégrante du cérémonial de la fête, se livre à la joie,
+sans perdre son attitude calme et recueillie.
+
+Jusqu'à la fin du dix-huitième siècle, à Valladolid, on représentait, au
+milieu des églises, les _Mystères_ de la Nativité. Les personnages qui
+étaient en scène, portaient des masques grotesques et des costumes
+d'un goût douteux. Ils étaient accompagnés par tous les instruments
+populaires: castagnettes, tambours de basque, guitares, violons. Dans
+les entr'actes, l'organiste jouait seul: il choisissait dans son
+répertoire les morceaux les plus entraînants. Tout à coup les femmes
+et les jeunes filles entraient en danse, portant à la main des cierges
+allumés. Toute cette festivité était entremêlée de _villanelles_ ou
+chansons rustiques. Celui qui avait le mieux chanté était salué par les
+fidèles du beau nom de _Victor_.
+
+Si nous pénétrons, le jour de Noël, dans une des églises du Midi de
+l'Espagne, nous y trouverons une foule qui s'y presse pour sanctifier
+cette solennité. La jeune andalouse en habit de soie noire, avec
+mantille, agenouillée sur la dalle nue[79], fixe du regard la Madone
+vêtue de ses plus beaux atours de damas et de dentelles et couronnée
+d'un riche diadème aux perles étincelantes. Elle est droite, immobile,
+comme figée sur place, adressant une fervente prière à la Vierge qui ne
+peut manquer de l'exaucer, en ce jour de l'anniversaire de la naissance
+de son fils. Telles les orantes, sculptées dans le marbre ou la pierre,
+qu'on admire dans les catacombes de Rome, ou auprès des tombeaux du
+_Campo santo_ de Gênes et des autres villes d'Italie.
+
+[Note 79: Les églises espagnoles ne contiennent pas habituellement de
+chaises.]
+
+Dans le Nord, la jeune basquaise va également se prosterner, le jour de
+Noël, dans l'église de Lezo, près de Saint-Sébastien[80]. Ce n'est plus
+la Vierge Marie qu'elle implore, c'est devant l'image du Christ vénéré
+qu'elle reste des heures entières, plongée dans une sorte d'extase.
+Comme elle contemple, avec émotion et avec larmes, son Dieu à l'aspect
+saisissant, aux membres alanguis, à la chevelure d'ébène, au regard
+tendre et compatissant qui semble la fixer et la comprendre. Elle lui
+confie tous les secrets de son âme ardente: ses peines, ses illusions,
+ses espérances. C'est à Lui qu'elle vient demander ce que chante la
+vieille complainte:
+
+ Santo Cristo de Lezo.
+ Tres cosas te pido:
+ Salud, dinero
+ Y buen marido.
+
+ Saint Christ de Lezo,
+ Je te demande trois choses:
+ Le salut, la fortune
+ Et un bon mari.
+
+[Note 80: Dans les pays basques, il est d'usage, au jour de Noël, de
+se rendre a trois pèlerinages locaux particulièrement célèbres: ce sont
+ceux de Lezo, d'Iziar et d'Aranzazu.]
+
+En parcourant ces silencieuses campagnes de la province de Guipuscoa, il
+nous est souvent revenu à l'esprit une belle page de Pierre Loti, sur la
+Messe au pays basque, et surtout ces lignes finales: «Faire les mêmes
+choses que depuis des âges sans nombre ont faites les ancêtres, et
+redire aveuglément les mêmes paroles de foi, est une suprême sagesse,
+une suprême force. Pour tous ces croyants qui chantaient là, il se
+dégageait de ce cérémonial, immuable de la Messe une sorte de paix, une
+confuse mais douce résignation aux anéantissements prochains. Vivants
+de l'heure présente, ils perdaient un peu de leur personnalité éphémère
+pour se rattacher mieux aux morts couchés sous les dalles et les
+continuer plus exactement, ne former avec eux et leur descendance à
+venir, qu'un de ces ensembles résistants et de durée presque indéfinie
+qu'on appelle une race.»
+
+Il nous a été donné de voir des familles entières agenouillées devant
+le _Christ miraculeux_ de la belle cathédrale de Burgos ou devant la
+_Virgen del Pilar_ (la Vierge du Pilier) de l'immense basilique de
+Saragosse. Rien, dans nos souvenirs de voyages, ne nous a donné une idée
+plus haute de la foi qui opère des merveilles, et de l'ardente charité
+d'un peuple au coeur vaillant et à la religion profonde et vraie.
+
+Il nous reste à parler de la Messe de Noël en Espagne, Messe de minuit
+et Messe du jour.
+
+La Messe de minuit s'appelle _Misa del Gallo_ (la Messe du coq ou du
+chant du coq): elle n'offre rien de bien particulier.
+
+Elle se célèbre dans la plupart des églises de Madrid. A la fin, les
+fidèles entonnent les _villancicos_ en s'accompagnant d'instruments
+de toute sorte: il se fait alors un tapage qui surprend et étonne les
+étrangers. Des bandes bruyantes d'hommes du peuple parcourent en
+chantant les rues les plus fréquentées. Depuis minuit, les cafés,
+surtout ceux de _la Puerta del Sol_[81], se remplissent d'une foule
+animée. La visite du marché aux fruits de _la plazza Mayor_ est
+intéressante, surtout le soir de Noël: il y a quantité de boutiques
+brillamment illuminées.
+
+[Note 81: _La Puerta del Sol_ (la Porte du Soleil), la place la plus
+grande et la plus animée de Madrid: elle doit son nom à l'ancienne porte
+démolie en 1570, d'où l'on pouvait voir _le lever du soleil_.]
+
+Le jour de Noël, les monastères ouvrent leurs chapelles ordinairement
+fermées au public et la Messe de minuit se célèbre avec une grande
+solennité. Chaque fidèle y apporte, soigneusement enveloppé dans son
+manteau, son cierge bizarrement enroulé en forme de serpent. Dans le
+rayonnement des lumières, apparaît, au milieu de la nef principale et
+jusque dans le sanctuaire, une foule recueillie à la foi ardente et
+aux élans d'une piété expansive. C'est une suite de fiévreux signes de
+croix, de baisements des dalles, de coups frappés sur la poitrine, de
+regards enflammés et suppliants allant de l'autel à la Madone et de la
+Madone à l'autel.
+
+Dans l'église, au dôme élevé, du célèbre couvent de Loyola, bâti sur
+l'emplacement de la maison où naquit Saint Ignace, fondateur de l'Ordre
+des Jésuites--à la Messe de minuit--l'orgue joue, après l'élévation,
+la _Marche royale_ avec accompagnement de tambours de basque et de
+castagnettes. Les Religieux, par suite d'un usage séculaire, célèbrent à
+la fois la gloire du Très-Haut et celle de leur Souverain[82].
+
+[Note 82: _La Quinzaine_, loc. cit.]
+
+M. Etienne Roze nous décrit, dans un style plein de charme et d'humour,
+une Messe de Noël à Madrid:
+
+«Le jour de Noël, désirant assister à un office pittoresque, je me
+rendis à la Grand'Messe de l'Hôpital Général. C'était là, m'avait-on
+dit, le refuge des vieilles traditions.
+
+«... Autour de l'harmonium, des Religieuses étaient groupées. Je n'ai
+jamais entendu une Messe chantée sur un rythme aussi gai. Le célébrant
+tout allègre entonna le Kyrie sur quelques notes vives et alertes et le
+choeur lui répondit dans une attaque parfaite.
+
+«Une vieille religieuse, toute ridée sous sa cornette blanche, battait
+la mesure avec décision: c'était un excellent chef d'orchestre.
+
+«... Les voix étaient justes et fraîches et les instruments parfaitement
+accordés.
+
+«Il y avait deux Zambombas, deux tambours de basque, des castagnettes,
+deux trompettes, deux sifflets de tons différents, un coucou, un coq, un
+rossignol et deux de ces petits pots en terre qu'on remplit à demi et
+dans lesquels on souffle pour imiter un gazouillis d'oiseaux.
+
+«Tout cela partait, s'arrêtait, reprenait dans une mesure excellente.
+Seuls, les gazouillis étaient quelquefois en retard et gazouillaient
+de temps à autre, au milieu d'un silence ou quand ce n'était plus leur
+tour. Mais ils gazouillaient si bien, avec tant de gentillesse, qu'il
+était impossible de leur en vouloir.
+
+«... D'ailleurs, le chef d'orchestre faisait les gros yeux et tout
+rentrait dans l'ordre.
+
+«... On eut dit une Messe chantée dans une volière.
+
+«Le coq, le rossignol et le coucou étaient surtout merveilleux. Ils
+s'appelaient et se répondaient avec une impeccable mesure. Les tambours
+et les castagnettes formaient la basse et ne se reposaient jamais.
+
+«... Tout l'office fut célébré ainsi et d'une façon si naïve, si simple,
+si touchante, avec une foi si vive et si sincère, que le sourire qui
+m'était venu au début sur les lèvres, disparut très vite, pour faire
+place à une réelle émotion»[83].
+
+[Note 83: Revue Marne. _Noël_ 1902.]
+
+Après la Messe de minuit, il est d'usage, en Espagne, de se saluer par
+ces mots: _nacido[84] el Niño!_ (l'Enfant est né!)
+
+[Note 84: La loi du moindre effort fait disparaître le _d_ dans la
+prononciation et ordinairement on dit: _nacie el Niño_.]
+
+Le jour des Rois (_Dia de Reyes_), à Madrid, une foule animée remplit
+les rues et les magasins. Le soir, des enfants portent des flambeaux,
+des échelles, dès sonnettes et des tambours, parcourent les rues et les
+places les plus écartées où ils font halte pour «guetter l'arrivée des
+Rois». Mais bientôt un «Messager» vient annoncer que les Rois ont pris
+«un autre chemin» et qu'ils font leur entrée à l'autre bout de la ville.
+Sur quoi, toute la bande se dirige vers l'endroit indiqué, où la même
+scène recommence.
+
+Le jour de l'Épiphanie, à Madrid, dans la chapelle royale, une Messe
+solennelle est dite par le Cardinal-Aumônier. Le Roi, la Reine et toute
+la famille royale y assistent, avec toute la Cour, en tenue de gala.
+Après la Messe, le Roi fait porter sur l'autel trois beaux calices; le
+Cardinal les consacre et le Roi les envoie, en souvenir des trois Rois
+Mages, à trois églises pauvres[85].
+
+[Note 85: Ce trait édifiant et plusieurs autres nous ont été racontés
+par un ecclésiastique qui a passé deux années à Madrid, et qui a eu de
+fréquentes relations avec la famille royale d'Espagne.]
+
+
+
+FIN.
+
+TABLE
+
+ Préface.
+
+ NOËL EN SUÈDE ET EN NORWÈGE
+ Le cadeau mystérieux.
+ Le repas national.
+ La Messe de minuit au village.
+ Le réveillon des petits oiseaux.
+
+ NOËL EN ANGLETERRE
+ Les mascarades.
+ Les préparatifs immenses.
+ L'agitation à Londres.
+ Le _Baron of beef_.
+ La décoration du _home_.
+ La bûche traditionnelle.
+ Les chanteurs.
+ Le repas familial.
+ Le cygne sur la table du roi.
+ Les secours donnés aux pauvres.
+ Les jeux.
+ La réunion du soir.
+ Les cartes de Noël.
+ Le lendemain de Noël.
+ Noël en Crimée.
+ Noël au Transvaal.
+ Une Messe de minuit en exil.
+ L'offrande royale, le jour des Rois.
+
+ NOËL EN ALLEMAGNE
+ L'annonce de la fête.
+ Origine des coutumes allemandes.
+ Le réveillon.
+ Le gâteau de Noël à la Cour de Berlin.
+ Le Noël des enfants.
+ L'arbre-de-noël.
+ Le chant de Noël.
+ La réunion familiale.
+ Le valet Rupert.
+ La visite de l'Enfant-Jésus.
+ Nicolas le Velu.
+ L'arbre de Noël en 1870.
+ L'arbre de Noël à la caserne.
+ Trait patriotique.
+
+ NOËL EN ITALIE
+ Rome.
+ Les _Pifferari_.
+ La cantate à la Vierge.
+ Les boutiques de la place Navone.
+ Les Crèches.
+ Le _San Bambino_.
+ La _Befana_.
+ Les rondes de la _Befana_.
+ Les Mystères de Noël à Leeca.
+ L'_Ave Maria_ de la Bûche.
+
+ NOËL A NAPLES
+ La semaine des _Bancarelle_.
+ Le marché aux poissons.
+ Le port de Naples.
+ Les _Zampognari_.
+ Les Crèches napolitaines.
+ La Crèche du Musée de la Chartreuse.
+ La Crèche de Caserte.
+ Les feux d'artifice.
+ Le drame de la Naissance du Verbe Incarné.
+ La Crèche-parlante de Catanzaro.
+ Les cloches de Lanciano.
+
+ NOËL EN SICILE
+ Les musiciens de Noël.
+ Gracieux dialecte sicilien.
+ Prières de Noël.
+ Chansonnettes pieuses.
+ Les Crèches enfantines.
+ Les boutiques de Palerme.
+ Le repas des oiseaux.
+ La Bûche de Noël.
+
+ NOËL EN ESPAGNE
+ Fête bruyante.
+ La Bulle de la Sainte Croisade.
+ Les Pâques de la Nativité.
+ Les _cillancicos_.
+ La _Zambomba_.
+ Le Samedi Saint.
+ Le Noël de Valladolid.
+ Noël à Séville.
+ Le marchand de dindons.
+ La loterie de Séville.
+ Les Crèches.
+ Le _fandango_.
+ Les Tourons.
+ Les Mystères de Noël à Valladolid.
+ La prière de Noël à Séville.
+ La prière de Noël à Lezo.
+ La Messe de minuit.
+ La Messe du jour à l'Hôpital Général.
+ Le jour des Rois à Madrid.
+ L'offrande du Roi d'Espagne.
+
+FIN DE LA TABLE
+
+
+
+
+
+
+[Note du transcripteur: Suit le matériel hors propos qui se trouve dans
+les premières pages de l'ouvrage qui a servi pour produire ce document.]
+
+
+
+Prix franco: UN Franc
+
+SE TROUVE CHEZ L'AUTEUR
+
+PITHIVIERS
+IMPRIMERIE MODERNE, I, IMPASSE DE L'ÉGLISE
+
+
+
+1906
+
+
+
+IMPRIMATUR.
+Aurel., Die. 3 Decemb. 1905.
+A. BRUANT
+_Vic. gen._
+
+
+
+Nous avons publié, en 1903, sur les _Réjouissances populaires de Noël
+dans nos anciennes provinces_, et en 1904, sur _Noël dans les pays du
+Nord_, deux brochures dans lesquelles un grand nombre de journaux, de
+revues et de semaines religieuses ont puisé des extraits. En 1904, le
+grand journal de Paris _Le Gaulois_ nous a fait les honneurs de son
+intéressant numéro illustré de Noël. Nous espérons que notre _Noël dans
+les pays étrangers_ obtiendra, cette année, la même faveur.
+
+Depuis notre voyage de Terre Sainte, en 1893, présidé par Son Éminence
+le Cardinal Langénieux, de pieuse, illustre et vénérée mémoire, nous
+avons recueilli des notes nombreuses sur les usages établis à l'occasion
+des fêtes de Noël et de l'Épiphanie. Nos amis de la _Société Asiatique_,
+répandus dans le monde entier, nous ont écrit des lettres pleines
+d'intérêt et d'érudition. Nos confrères de France et de l'Etranger, dont
+nous avons pu apprécier la science et l'aimable charité, nous ont aussi
+prêté le plus bienveillant, le plus utile concours.
+
+Nous nous proposons de publier prochainement _le Folk-Lore de Noël_ ou
+_Essai sur les coutumes populaires de Noël dans tous les pays_.
+
+Notre ouvrage sera divisé comme il suit:
+
+
+PRÉFACE.--Origine et but de ce livre.
+
+INTRODUCTION.--Résumé des faits historiques qui se sont passés le jour
+de Noël. (Ephémérides de Noël.)
+
+ CHAPITRES
+ I.--Solennité et popularité de Noël.
+ II.--Veillée de Noël et légendes qu'on y raconte.
+ III.--Bûche de Noël.
+ IV.--Processions de Noël (profanes et religieuses.)
+ V.--Particularités de la Messe de minuit.
+ VI.--Cadeaux de Noël (Arbre de Noël et Sabot de
+ Noël.)
+ VII.--Réveillon et gâteaux de Noël.
+ VIII.--Origine, naïveté et universalité des Noëls.
+ IX.--Crèches de Noël.
+ X.--Pastorales et Mystères de Noël.
+ XI.--Noël dans les pays du Nord.
+ XII.--Noël dans les pays du Midi.
+ XIII.--Noël dans les pays de Missions.
+ XIV.--Fête des Rois.
+
+CONCLUSION.--Ces coutumes de Noël, si universelles et si populaires,
+prouvent la divinité de Notre-Seigneur Jésus-Christ.
+
+
+Nous serions très reconnaissant à nos lecteurs de nous fournir de
+nouveaux documents puisés dans leurs lectures, leurs voyages ou auprès
+de leurs amis. Ces documents se trouvent surtout dans les journaux,
+revues et semaines religieuses qui paraissent du quinze au trente
+Décembre de chaque année. Ceux qui possèdent des collections de ces
+différentes publications peuvent consulter les livraisons des années
+précédentes. Dans chaque pays, la presse locale contient des articles
+très intéressants sur les coutumes particulières à chaque contrée. A
+titre de renseignements, ces articles ont pour nous une grande valeur.
+
+Les écrivains les plus célèbres, prosateurs et poëtes de tous les pays,
+ont parlé avec admiration de nos usages de Noël. Frédéric Mistral
+a chanté la «Bûche de Noël» dans cette belle et harmonieuse langue
+provençale qu'il parle si bien. Qui ne connaît la «Dernière Bûche» de
+Théodore Botrel, d'une allure toute gauloise et d'une saveur toute
+bretonne? Madame de Sévigné raconte «avec finesse et joyeusetés» comment
+se passait «le réveillon» dans son merveilleux hôtel Carnavalet. Nous
+trouvons dans le gracieux _Weihnachtsabend_ (la veillée de Noël),
+de Schmid, une ravissante description de «la Crèche» et Shakespeare
+lui-même, dans _Hamlet_, fait allusion à l'une de nos légendes de Noël
+les plus répandues.
+
+De nouveau, nous prions nos amis de vouloir bien nous signaler leurs
+_découvertes_ dans ce domaine infini de notre littérature nationale
+et des littératures étrangères. Ils nous aideront ainsi à compléter
+l'oeuvre que nous avons entreprise, pour l'édification de nos frères: la
+glorification populaire du divin Enfant de Bethléem.
+
+
+Cette brochure se vend au profit des trois Écoles libres de Pithiviers;
+nous prions nos lecteurs de la faire connaître autour d'eux.
+
+
+
+
+
+End of Project Gutenberg's Noël dans les pays étrangers, by Alphonse Chabot
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK NOËL DANS LES PAYS ÉTRANGERS ***
+
+***** This file should be named 14713-8.txt or 14713-8.zip *****
+This and all associated files of various formats will be found in:
+ https://www.gutenberg.org/1/4/7/1/14713/
+
+Produced by Suzanne Shell, Renald Levesque and the Online Distributed
+Proofreading Team. This file was produced from images generously
+made available by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica)
+
+
+Updated editions will replace the previous one--the old editions
+will be renamed.
+
+Creating the works from public domain print editions means that no
+one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
+(and you!) can copy and distribute it in the United States without
+permission and without paying copyright royalties. Special rules,
+set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to
+copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to
+protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark. Project
+Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
+charge for the eBooks, unless you receive specific permission. If you
+do not charge anything for copies of this eBook, complying with the
+rules is very easy. You may use this eBook for nearly any purpose
+such as creation of derivative works, reports, performances and
+research. They may be modified and printed and given away--you may do
+practically ANYTHING with public domain eBooks. Redistribution is
+subject to the trademark license, especially commercial
+redistribution.
+
+
+
+*** START: FULL LICENSE ***
+
+THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
+PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK
+
+To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free
+distribution of electronic works, by using or distributing this work
+(or any other work associated in any way with the phrase "Project
+Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project
+Gutenberg-tm License (available with this file or online at
+https://gutenberg.org/license).
+
+
+Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm
+electronic works
+
+1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
+electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
+and accept all the terms of this license and intellectual property
+(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all
+the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy
+all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession.
+If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project
+Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the
+terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or
+entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8.
+
+1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be
+used on or associated in any way with an electronic work by people who
+agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few
+things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
+even without complying with the full terms of this agreement. See
+paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
+Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
+and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
+works. See paragraph 1.E below.
+
+1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
+or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
+Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the
+collection are in the public domain in the United States. If an
+individual work is in the public domain in the United States and you are
+located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
+copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
+works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
+are removed. Of course, we hope that you will support the Project
+Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by
+freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of
+this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with
+the work. You can easily comply with the terms of this agreement by
+keeping this work in the same format with its attached full Project
+Gutenberg-tm License when you share it without charge with others.
+
+1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern
+what you can do with this work. Copyright laws in most countries are in
+a constant state of change. If you are outside the United States, check
+the laws of your country in addition to the terms of this agreement
+before downloading, copying, displaying, performing, distributing or
+creating derivative works based on this work or any other Project
+Gutenberg-tm work. The Foundation makes no representations concerning
+the copyright status of any work in any country outside the United
+States.
+
+1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg:
+
+1.E.1. The following sentence, with active links to, or other immediate
+access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently
+whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the
+phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project
+Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed,
+copied or distributed:
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+1.E.2. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived
+from the public domain (does not contain a notice indicating that it is
+posted with permission of the copyright holder), the work can be copied
+and distributed to anyone in the United States without paying any fees
+or charges. If you are redistributing or providing access to a work
+with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the
+work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1
+through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
+Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or
+1.E.9.
+
+1.E.3. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
+with the permission of the copyright holder, your use and distribution
+must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional
+terms imposed by the copyright holder. Additional terms will be linked
+to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the
+permission of the copyright holder found at the beginning of this work.
+
+1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
+License terms from this work, or any files containing a part of this
+work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.
+
+1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
+electronic work, or any part of this electronic work, without
+prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
+active links or immediate access to the full terms of the Project
+Gutenberg-tm License.
+
+1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary,
+compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any
+word processing or hypertext form. However, if you provide access to or
+distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than
+"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version
+posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org),
+you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a
+copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon
+request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other
+form. Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm
+License as specified in paragraph 1.E.1.
+
+1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
+performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
+unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.
+
+1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing
+access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided
+that
+
+- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
+ the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
+ you already use to calculate your applicable taxes. The fee is
+ owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he
+ has agreed to donate royalties under this paragraph to the
+ Project Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments
+ must be paid within 60 days following each date on which you
+ prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
+ returns. Royalty payments should be clearly marked as such and
+ sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
+ address specified in Section 4, "Information about donations to
+ the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."
+
+- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
+ you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
+ does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
+ License. You must require such a user to return or
+ destroy all copies of the works possessed in a physical medium
+ and discontinue all use of and all access to other copies of
+ Project Gutenberg-tm works.
+
+- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
+ money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
+ electronic work is discovered and reported to you within 90 days
+ of receipt of the work.
+
+- You comply with all other terms of this agreement for free
+ distribution of Project Gutenberg-tm works.
+
+1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
+electronic work or group of works on different terms than are set
+forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
+both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
+Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark. Contact the
+Foundation as set forth in Section 3 below.
+
+1.F.
+
+1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
+effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
+public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
+collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
+works, and the medium on which they may be stored, may contain
+"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
+corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
+property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
+computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by
+your equipment.
+
+1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
+of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
+Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
+Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
+liability to you for damages, costs and expenses, including legal
+fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
+LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
+PROVIDED IN PARAGRAPH F3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
+TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
+LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
+INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
+DAMAGE.
+
+1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
+defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
+receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
+written explanation to the person you received the work from. If you
+received the work on a physical medium, you must return the medium with
+your written explanation. The person or entity that provided you with
+the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
+refund. If you received the work electronically, the person or entity
+providing it to you may choose to give you a second opportunity to
+receive the work electronically in lieu of a refund. If the second copy
+is also defective, you may demand a refund in writing without further
+opportunities to fix the problem.
+
+1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth
+in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
+WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
+WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
+
+1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied
+warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
+If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
+law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
+interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
+the applicable state law. The invalidity or unenforceability of any
+provision of this agreement shall not void the remaining provisions.
+
+1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
+trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
+providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
+with this agreement, and any volunteers associated with the production,
+promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
+harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
+that arise directly or indirectly from any of the following which you do
+or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
+work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
+Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.
+
+
+Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
+
+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
+electronic works in formats readable by the widest variety of computers
+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
+people in all walks of life.
+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at https://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+https://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
+
+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at https://pglaf.org
+
+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
+
+
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit https://pglaf.org
+
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including including checks, online payments and credit card
+donations. To donate, please visit: https://pglaf.org/donate
+
+
+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
+
+
+Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
+
+ https://www.gutenberg.org
+
+This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
+subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
diff --git a/old/14713-8.zip b/old/14713-8.zip
new file mode 100644
index 0000000..86a64df
--- /dev/null
+++ b/old/14713-8.zip
Binary files differ
diff --git a/old/14713-h.zip b/old/14713-h.zip
new file mode 100644
index 0000000..e391b2b
--- /dev/null
+++ b/old/14713-h.zip
Binary files differ
diff --git a/old/14713-h/14713-h.htm b/old/14713-h/14713-h.htm
new file mode 100644
index 0000000..83a3cab
--- /dev/null
+++ b/old/14713-h/14713-h.htm
@@ -0,0 +1,4264 @@
+<!DOCTYPE html PUBLIC "-//W3C//DTD HTML 4.01 Transitional//EN">
+<html>
+<head>
+ <meta http-equiv="content-type" content="text/html; charset=ISO-8859-1">
+ <title>Noël dans les pays étrangers</title>
+ <meta name="author" content="Alphonse Chabot">
+
+<style type="text/css">
+<!--
+
+body {margin-left: 10%; margin-right: 10%}
+
+h1,h2,h3,h4,h5,h6 {text-align: center;}
+p {text-align: justify}
+blockquote {text-align: justify}
+
+
+.footnote {font-size: 0.8em; margin-left: 10%; margin-right: 10%}
+.note {font-size: 0.8em; margin-left: 10%; margin-right: 10%}
+
+.lef {float: left}
+.mid {text-align: center}
+.rig {float: right}
+
+
+
+.poem {margin-bottom: 1em; margin-left: 10%; margin-right: 10%;
+ text-align: left}
+.poem .stanza {margin: 1em 0em}
+.poem .stanza.i {margin: 1em 0em; font-style: italic;}
+.poem p {padding-left: 3em; margin: 0px; text-indent: -3em}
+.poem p.i2 {margin-left: 1em}
+.poem p.i4 {margin-left: 2em}
+.poem p.i6 {margin-left: 3em}
+.poem p.i8 {margin-left: 4em}
+.poem p.i10 {margin-left: 5em}
+
+
+
+-->
+</style>
+
+</head>
+<body>
+
+
+<pre>
+
+Project Gutenberg's Noël dans les pays étrangers, by Alphonse Chabot
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+
+Title: Noël dans les pays étrangers
+
+Author: Alphonse Chabot
+
+Release Date: January 17, 2005 [EBook #14713]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK NOËL DANS LES PAYS ÉTRANGERS ***
+
+
+
+
+Produced by Suzanne Shell, Renald Levesque and the Online Distributed
+Proofreading Team. This file was produced from images generously
+made available by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica)
+
+
+
+
+
+
+</pre>
+
+
+
+<h2>Monseigneur CHABOT</h2>
+
+<h3>Prélat de Sa Sainteté<br>
+
+CURÉ DE PITHIVIERS (LOIRET)</h3>
+<br><br>
+
+
+<h1>NOËL<br>
+
+DANS<br>
+
+LES PAYS ÉTRANGERS</h1>
+<br><br><br>
+
+<p class="note">[Note du transcripteur: Tout le matériel hors propos de l'édition qui
+a servi à la production de ce document est reporté à la fin du document
+pour ceux que ce matériel pourrait intéresser.]</p>
+
+
+
+<h2>NOËL<br>
+
+DANS<br>
+
+LES PAYS DU NORD</h2><br>
+
+<h2>SUÈDE ET NORWÈGE<br>
+
+ANGLETERRE&mdash;ALLEMAGNE</h2>
+<br><br>
+
+<p>Les fêtes de Noël, dans les pays du Nord, ont un
+double caractère religieux et familial. Les offices diffèrent
+peu des nôtres, si ce n'est que les chants
+d'église sont plus souvent exécutés en langue vulgaire.
+Nous ne citerons que l'adaptation de l'<i>Adeste
+fidèles: Oh! come all ye faithful!</i> (Oh! venez tous,
+fidèles) si populaire en Angleterre, et le <i>Cantique
+des Anges</i> (Engelenzang) que des chanteurs éminents
+font entendre, chaque année, dans l'église protestante
+de Moïse et Aaron, à Amsterdam.</p>
+
+<p>Noël est vraiment la fête de famille par excellence,
+dans les contrées septentrionales de l'Europe.</p>
+<br><br>
+
+<h3>PAYS SCANDINAVES</h3>
+
+<p>Huit jours avant la solennité de Noël, les places
+de Stockholm sont couvertes de sapins que les paysans
+coupent dans les forêts voisines et viennent vendre
+en ville. Toute famille, si pauvre soit-elle, a pour la
+grande veillée son arbre de Noël orné de lumières
+et garni de jouets et friandises de toutes sortes.&mdash;Les
+pauvres ne sont pas oubliés: on organise pour
+eux des fêtes et ils reçoivent des vêtements et
+d'abondantes aumônes en argent.</p>
+
+<p>En Norwège, la fête de Noël jouissait autrefois de
+certains privilèges. Ainsi les poursuites de la justice
+étaient suspendues pendant plusieurs jours, le plus
+généralement de Noël à l'Épiphanie. Cette trêve de
+procès variait suivant les lois locales; parfois sa
+durée s'étendait jusqu'à vingt jours.</p>
+
+<p>Dans tous les Pays scandinaves, la fête de Noël se
+prépare discrètement et dans le mystère, afin que les
+cadeaux offerts ce jour là apportent à la fois surprise
+et contentement.</p>
+
+<p>En secret, les petites filles mettent la dernière
+main à leur travail; l'une a brodé une paire de pantoufles
+pour son père, l'autre un coussin de canapé
+pour sa mère. Leurs soeurs aînées enveloppent dans
+un fin papier blanc une bourse de soie faite au crochet
+et entourée d'une faveur rose, ou encore confectionnent
+de belles et riches dentelles qu'elles
+offriront comme nappes d'autel à leur église.</p>
+
+<p>Dans quelques pays, la distribution des cadeaux
+est des plus originales. Le présent, dissimulé soigneusement
+dans une gerbe de fleurs, une botte de foin
+ou de paille, ou dans de multiples enveloppes d'étoffes,
+de feuillage ou de papier, porte en grosses lettres
+le nom de la personne à laquelle il est destiné.
+Le messager chargé de le remettre frappe fortement
+à la porte, qui s'ouvre sans retard, et jette furtivement
+le <i>Juleklap</i> (c'est le nom suédois du présent)
+dans la chambre où la famille se trouve réunie. Alors
+commence une scène fort distrayante. Le destinataire
+se met à explorer minutieusement, au milieu des cris
+de joie de tous les assistants, fleurs, foin, paille,
+feuillage ou papier, afin d'arriver à l'objet convoité.
+Tantôt il trouve une épingle d'or, tantôt un vase précieux,
+quelquefois une élégante et gracieuse statuette,
+quelquefois aussi, après avoir déroulé les
+enveloppes mystérieuses, il ne trouve... rien. Une
+explosion de rire accueille la déconvenue du patient,
+victime de cette innocente supercherie.</p>
+
+<p>Le <i>Juleklap</i> a quelquefois un caractère moral et
+satirique. La dame trop élégante reçoit une poupée
+bizarrement attifée; le châtelain qui, dans son salon,
+ménage trop la lumière ou laisse son antichambre
+dans l'obscurité, reçoit une douzaine de lampions.
+A un bavard on adresse un oreiller ou un éteignoir,
+à un fat, un col d'acier.</p>
+
+<p>Quand il ne reste plus rien au fond de la corbeille,
+que les enfants ont bien cherché dans les papiers
+éparpillés sur le plancher, pour voir si l'on n'aurait
+rien laissé, la famille se rend à la salle à manger, où
+l'attend un souper composé exclusivement de mets
+nationaux.</p>
+
+<p>«Aux Pays scandinaves, le repas de Noël se distingue
+des autres par le caractère traditionnel des
+plats qui y figurent. Pas de souper de Noël sans jambon,
+accompagné de riz chaud arrosé de lait froid;
+puis du <i>Vortbrod</i>, sorte de pain fait avec de la farine
+de froment délayée dans de la bière non fermentée;
+enfin l'indigeste <i>lustsfisk</i>. Qu'on s'imagine une <i>merluche</i>
+ou morue sèche dessalée, bouillie pendant trois
+jours dans une eau de cendre mêlée de chaux vive,
+et farcie ensuite avec du poivre, de la moutarde et
+du raifort: voilà le <i>lustsfisk</i>» <a id="footnotetag1" name="footnotetag1"></a><a href="#footnote1"><sup>1</sup></a>. Les vins d'Espagne
+fortement alcoolisés peuvent seuls faire digérer un
+si plantureux repas.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote1" name="footnote1"></a><b>Note 1:</b><a href="#footnotetag1"> (retour) </a> M. Bitard, <i>Noël</i>.</blockquote>
+
+<p>Le soir de la veille de Noël, vers onze heures,
+dans les hameaux, tout le monde monte en traîneau
+et se rend à l'office. Mille étoiles scintillent dans le
+silence de la nuit, troublée seulement par les grelots
+des chevaux qui font craquer la neige sous leurs
+pieds. Ordinairement, auprès de l'église du village
+un vaste hangar offre un abri: des bancs pour les
+paysans et des râteliers pour leurs chevaux. Aussitôt
+l'office terminé, chacun regagne son logis au plus
+vite.</p>
+
+<p>«Ce moment donne lieu, en Finlande, à une
+scène des plus divertissantes. Une vieille croyance
+promet la meilleure récolte de l'année à celui qui
+rentrera le premier dans sa maison, après l'office de
+Noël. C'est alors toute une conspiration contre les
+équipages. Les jeunes garçons sortent furtivement
+de l'église pendant l'office, détellent les chevaux,
+lient les traîneaux les uns avec les autres, changent
+les colliers, embrouillent les harnais, etc. On conçoit
+le désordre qui s'en suit, des cris, parfois des coups;
+la place de l'église se change en véritable champ de
+bataille. Enfin, les traîneaux sont retrouvés, chacun
+répare son attelage et part au galop: le combat finit
+par une course au clocher»<a id="footnotetag2" name="footnotetag2"></a><a href="#footnote2"><sup>2</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote2" name="footnote2"></a><b>Note 2:</b><a href="#footnotetag2"> (retour) </a> Desclées, <i>Noël</i>.</blockquote>
+
+<p>Dans la plupart des campagnes, les ménagères
+veillent à ce que, pendant les fêtes de Noël, l'ordre
+et la propreté règnent dans toute leur demeure. Il
+est d'usage de joncher les dalles de paille fraîche, ce
+qui donne à la chambre de famille l'aspect d'une
+grange où l'on a étendu les gerbes avant le battage.
+Est-ce en souvenir de la paille et de la pauvreté de
+la crèche? Nous serions portés à le croire. Quoi qu'il
+en soit, cette paille de Noël a, dit-on, une vertu
+merveilleuse: les animaux qui en mangent sont préservés
+de toute maladie pendant l'année.</p>
+
+<p>En Suède, les paysans veulent que tous les animaux
+prennent part à la solennité de Noël: «Ce
+jour-là, dit M. Léouzon le Duc, ils donnent la liberté
+aux chiens de garde, ils servent à leurs bestiaux un
+fourrage d'élite»<a id="footnotetag3" name="footnotetag3"></a><a href="#footnote3"><sup>3</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote3" name="footnote3"></a><b>Note 3:</b><a href="#footnotetag3"> (retour) </a> <i>La fête de Noël en Suède et en Finlande</i>.</blockquote>
+
+<p>C'est un usage assez répandu, en Suède et en Norwège,
+d'offrir, le jour de Noël, un <i>repas aux oiseaux</i>.
+La dernière gerbe de la moisson est soigneusement
+conservée, chez les pauvres comme chez les riches,
+jusqu'à la veille de la grande solennité. Le vingt-cinq
+Décembre, au matin, on la fixe au bout d'une perche
+et on en décore le pignon de la maison. C'est un
+charmant et étourdissant concert que celui de la
+gent granivore faisant tapage autour de ce mât pour
+picorer les épis de blé. Tous les petits habitants de
+l'air prennent, eux aussi, leur joyeux festin et rendent
+grâces à la Providence qui, dans un jour si
+heureux, a voulu les combler d'allégresse. Cette
+ravissante coutume suédoise nous rappelle ces deux
+vers si connus:</p>
+
+<div class="poem"> <div class="stanza">
+<p>Aux petits des oiseaux il donne leur pâture</p>
+<p>Et sa bonté s'étend sur toute la nature<a id="footnotetag4" name="footnotetag4"></a><a href="#footnote4"><sup>4</sup></a>.</p>
+ </div> </div>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote4" name="footnote4"></a><b>Note 4:</b><a href="#footnotetag4"> (retour) </a> Racine, <i>Athalie</i>, acte II, scène VII.</blockquote>
+
+<p>Un de nos meilleurs poëtes a gracieusement chanté
+ce <i>Réveillon des petits oiseaux</i>:</p>
+
+<div class="poem"> <div class="stanza">
+<p>Et les oiseaux des champs? Ne feront-ils la fête?...</p>
+<p>Eux que l'hiver cruel décime tous les jours,</p>
+<p>Eux que le froid transit, que la famine guette</p>
+<p>Sur l'arbre dépouillé du nid de leurs amours!</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>Oh, non! Pour eux, l'on cherche une gerbe emmêlée</p>
+<p>Où des milliers d'épis se courbent sous le grain,</p>
+<p>On l'étend sur la neige: «&mdash;Accourez gent ailée,</p>
+<p>«Car votre nappe est mise, et prêt est le festin!»</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>Et vous voyez d'ici le pinson, la fauvette,</p>
+<p>Le menu roitelet voleter à l'appel.....</p>
+<p>Tout en mangeant le grain, ils relèvent la tête,</p>
+<p>Pour lancer une gamme, un cri de joie au ciel!<a id="footnotetag5" name="footnotetag5"></a><a href="#footnote5"><sup>5</sup></a></p>
+ </div> </div>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote5" name="footnote5"></a><b>Note 5:</b><a href="#footnotetag5"> (retour) </a> Comtesse O'Mahony.</blockquote>
+<br><br><br>
+
+<h3>ANGLETERRE</h3>
+
+<p>Le peuple anglais célèbre la solennité de Noël
+avec une telle joie, une telle unanimité et de telles
+dépenses qu'on peut regarder le <i>Christmas</i><a id="footnotetag6" name="footnotetag6"></a><a href="#footnote6"><sup>6</sup></a>
+comme sa fête nationale.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote6" name="footnote6"></a><b>Note 6:</b><a href="#footnotetag6"> (retour) </a> La vieille désinence, <i>mas</i> signifie <i>fête</i>; <i>Christmas</i>, fête du Christ.</blockquote>
+
+<p>Autrefois, à l'occasion de Noël, avait lieu une fête
+carnavalesque. Des <i>carols</i> (chansons) anglaises nous
+font connaître les personnages mis en scène dans
+ces mascarades: le roi de la <i>Bombance</i>, la reine de
+la <i>Folie</i>, la princesse <i>Déraison</i> y paraissent au milieu
+d'un bruyant cortège.</p>
+
+<p>A la Cour, chez les princes, un officier était chargé
+de présider aux réjouissances. Il s'appelait <i>Lord of
+Misrule</i> (le Seigneur du Désordre). En Écosse, on le
+nommait <i>Abbot of Unreason</i> (l'Abbé de la Déraison).
+Ces fonctions ont été abolies par «<i>act of Parliament</i>»
+en 1515. Les prêtres durent plusieurs fois
+s'interposer contre les frivolités de ces amusements.</p>
+
+<p>Dans les recueils de Folk-Lore, on parle des
+joyeuses bandes que conduisaient, pendant les fêtes
+de Noël, le Roi de la Déraison et la Princesse de la
+Bombance. Sous de folâtres déguisements, les amis
+du voisinage venaient sans honte tendre la tirelire
+de Noël à la Reine de la fête et demander largesse
+de joie, de gaieté, de rire, aumônes de plaisirs.
+Hélas! qu'ils sont loin aujourd'hui ces jours où
+Henri II servait à table son fils, Roi du Festin et lui
+apportait, au bruit des trompettes, comme plat d'honneur,
+une tête de sanglier qui, couronnée de laurier
+et de romarin, enterrait ses formidables défenses
+dans la pomme fleurie ou l'orange dorée! Et comme
+il est passé le temps où cent trente des citoyens les
+plus puissants de Londres, revêtus de costumes et de
+titres fantastiques, roi, reine, ministres, choisis par
+la Folie, cavaliers galopant sur de fringants coursiers,
+sonnant des fanfares, couraient à Kensington,
+à la rencontre du petit-fils d'Edouard Ier, tous réunis
+dans une même joie, chantant Noël.</p>
+
+<p>La lugubre Réforme a soufflé sur toutes ces joies,
+éteint toutes ces lumières et faussé toutes ces trompettes
+<a id="footnotetag7" name="footnotetag7"></a><a href="#footnote7"><sup>7</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote7" name="footnote7"></a><b>Note 7:</b><a href="#footnotetag7"> (retour) </a> Oscar Havard, <i>Les Fêtes de nos Pères</i>.</blockquote>
+
+<p>L'illustre Walter Scott nous dit que ses ancêtres
+regardaient déjà Noël, comme la fête familiale par
+excellence:</p>
+
+<div class="poem"> <div class="stanza">
+<p><i>England was merry England, when</i></p>
+<p><i>Old Christmas brought his sports again;</i></p>
+<p><i>Twas Christmas broached the mightiest ale,</i></p>
+<p><i>Twas Christmas told the merriest tale,</i></p>
+<p><i>A Christmas gambol oft would cheer</i></p>
+<p><i>The poor man's heart, through half the year.</i></p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>L'Angleterre était la joyeuse Angleterre quand</p>
+<p>Le vieux Noël ramenait ses jouissances;</p>
+<p>C'était Noël qui mettait en perce la bière la plus forte,</p>
+<p>C'était Noël qui racontait le conte le plus joyeux,</p>
+<p>Les ébats de Noël souvent réjouissaient</p>
+<p>Le coeur du pauvre, pendant la moitié de l'année.</p>
+ </div> </div>
+
+<p>D'immenses préparatifs sont faits en vue du <i>Christmas</i>.</p>
+
+
+<p>De copieuses cargaisons d'oies grasses viennent de
+Normandie. Deux lignes de steamboats, de Dieppe
+à Newhaven et du Havre à Southampton, suffisent à
+peine à leur transport en Angleterre. Le Poitou et la
+Touraine envoient également à John Bull leurs dindes
+pansues. En 1901, une petite province du Centre, la
+Sologne, a expédié à Londres, par chemin de fer,
+plus de soixante mille dindons.</p>
+
+<p>Les bateaux de Southampton et de Newhaven
+prennent à Granville et sur toutes les côtes de la
+Manche des monceaux de gui, cette plante parasite
+que les eubages, chez les Gaulois, allaient couper
+avec des faucilles d'or. On le dépose dans de grandes
+caisses à claire-voie, connues sous le nom de
+<i>harasses</i>, et on le transporte sur le pont des navires.</p>
+
+<p>«On se prépare plusieurs semaines à l'avance au
+<i>Christmas</i>, dit M. Alphonse Esquiros. D'immenses
+troupeaux d'oies s'acheminent gravement du Nord
+de l'Angleterre, par toutes les routes, vers la métropole;
+les grands boeufs annoncent leur arrivée sur
+les chemins de fer ou les bateaux par de lugubres
+beuglements.»</p>
+
+<p>A Londres, quelques jours avant Noël, a lieu dans
+la grande salle d'Islington, connue sous le nom
+d'<i>Agricultural Hall</i>, une exposition des animaux
+que l'on vendra pour Noël. Boeufs, oies, dindons se
+disputent les premiers prix; les mieux cotés vont
+ensuite orner de leurs chairs dodues les vitrines des
+industriels qui les ont achetés au poids de l'or.</p>
+
+<p>«La veille de Noël, dit M. Virmaître, tout Londres
+est illuminé. Les boutiques des bouchers surtout
+sont resplendissantes de lumières; on y voit des
+boeufs dépouillés, couchés tout entiers sur des tréteaux,
+avec des becs de gaz dans le mufle.» On lit
+assez souvent au-dessus d'eux ces mots-réclame:
+<i>brought up by Her Majesty</i> (élevé par Sa Majesté la
+Reine). En effet, la Reine Victoria faisait paître des
+troupeaux à Windsor, à Hampton-Court et même à
+Kensington-Gardens, le bois de Boulogne de Londres.</p>
+
+<p>Le soir du vingt-quatre Décembre, vers deux heures,
+l'agitation devient extraordinaire, dans les quartiers
+les plus populeux de Londres et surtout dans
+Whitechapel. Les cochers (<i>cabmen</i>), juchés derrière
+leur voiture, guident hardiment leurs chevaux. Le
+<i>All right</i> (tout va bien) retentit dans les conversations.
+Ce sont partout des entassements de volailles,
+comme on n'en voit pas dans les Halles centrales de
+Paris. Louis Blanc, de sa plume vive et originale,
+nous a donné le tableau le plus pittoresque et le
+plus vrai qu'on ait jamais tracé du <i>Christmas</i> londonien.
+«Quels énormes quartiers de viande! Quelles
+montagnes de chairs saignantes! Quel luxe d'imposants
+comestibles!... C'est par myriades qu'on vous
+compte, orgueilleusement étalés, ô selles de moutons,
+têtes de veau, hures de sangliers, dindons,
+canards, oies, poulets, perdrix, faisans, pluviers,
+lapins, et vous, poissons de toute espèce et de toute
+grosseur!» La brumeuse cité offre ce spectacle
+étrange d'une animation toujours croissante jusqu'au
+milieu de la nuit.</p>
+
+<p>Au <i>Constitutional Club</i>, l'un des cercles les plus
+importants de Londres, on fait rôtir, chaque année,
+pour le Christmas, un énorme morceau de boeuf, de
+trois cent cinquante à quatre cents livres. C'est ce
+qu'on appelle le <i>Baron of beef</i>. Les membres les
+plus distingués du club ne manquent pas, au cours
+de la nuit de Noël, de rendre visite au <i>Baron of
+beef</i>. On voit alors, devant l'immense cheminée, les
+habits noirs des plus élégants fashionables se mêler
+aux vestes blanches et aux tabliers des cuisiniers.</p>
+
+<p>Pour le <i>Christmas</i>, le <i>home</i> (l'intérieur de la maison)
+reçoit une décoration spéciale. Les touffes de
+houx, aux feuilles luisantes, égayées par leurs petites
+baies rouges, ornent les maisons les plus modestes,
+aussi bien que le château seigneurial. «Les baies
+rouges, disent les vieilles chansons, couronnent
+agréablement la tête du sombre hiver». Des guirlandes
+de laurier, de lierre et de fleurs entourent les
+lustres, les tableaux, les armures des ancêtres. Mais
+c'est le <i>gui</i> surtout, <i>mistletoe</i>&mdash;destiné, dit-on, à
+mettre en fuite les sorciers&mdash;qui joue le plus grand
+rôle dans la décoration du <i>Christmas</i>. Qui n'a pas
+admiré les branches entrecroisées de la plante druidique<a id="footnotetag8" name="footnotetag8"></a><a href="#footnote8"><sup>8</sup></a>,
+son feuillage d'un vert pâle, semé de
+graines blanches et transparentes comme des perles
+de corail?</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote8" name="footnote8"></a><b>Note 8:</b><a href="#footnotetag8"> (retour) </a> Les Druides regardaient le <i>gui</i>, à cause de sa verdure perpétuelle,
+comme l'emblème de l'immortalité de l'âme. On le cueillait la
+sixième nuit de la nouvelle lune après le solstice d'hiver; cette nuit,
+appelée la <i>nuit-mère</i>, commençait l'année gauloise. Un Druide, en
+robe blanche, montait sur le chêne, une faucille d'or à la main et
+tranchait la racine de la plante que d'autres Druides recevaient dans
+une saie blanche, car il ne fallait pas qu'elle touchât la terre.</blockquote>
+
+<p>Jadis, la veille de Noël, après la prière et les exercices
+de piété accoutumés, on allumait des cierges
+et, avec une grande solennité, le chef de la famille
+mettait dans l'âtre une bûche appelée <i>Yule-Log</i><a id="footnotetag9" name="footnotetag9"></a><a href="#footnote9"><sup>9</sup></a>
+ou <i>Christmas Block</i>. Elle était allumée avec un tison
+provenant de la bûche de l'année précédente. Tant
+qu'elle durait, il y avait force rasades, chants et narrés
+d'histoires. Cet usage existe encore, particulièrement
+dans le nord de l'Angleterre, mais accompagné
+de certaines superstitions. Si la bûche vient à s'éteindre
+avant la fin de la nuit, ou si, pendant qu'elle
+brûle, survient une personne qui louche ou soit
+pieds-nus, cela est considéré comme de mauvais
+Augure.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote9" name="footnote9"></a><b>Note 9:</b><a href="#footnotetag9"> (retour) </a> <i>Yule</i>, en anglo-saxon <i>Geol</i>, la fête.
+Décembre s'appelait <i>se oerra geola</i>, avant la fête (de Noël).
+Janvier, <i>se aeftera geola</i>, après la fête (de Noël).</blockquote>
+
+<p>Pendant la nuit de Noël, les chanteurs de <i>Christmas
+carols</i><a id="footnotetag10" name="footnotetag10"></a><a href="#footnote10"><sup>10</sup></a> (chants de Noël) vont se faire entendre
+à la porte des maisons; on les désigne sous le nom
+de <i>Waits</i>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote10" name="footnote10"></a><b>Note 10:</b><a href="#footnotetag10"> (retour) </a> Les <i>Christmas carols</i> sont nos <i>Noëls</i>.</blockquote>
+
+<p>Les uns le font à titre purement gracieux, en l'honneur
+de leurs amis ou des membres de leur famille.</p>
+
+<p>Washington Irving, dans son excellent ouvrage
+<i>The Sketch Book</i> (le livre d'esquisses), nous raconte
+le trait suivant: «Me trouvant chez un ami, le matin
+de Noël, alors que j'étais encore au lit, j'entendis le
+bruit de petits pas qui résonnaient à ma porte. Bientôt
+un choeur de voix enfantines entonna ce vieux
+chant de Noël:</p>
+
+<div class="poem"> <div class="stanza">
+<p>Rejoice, our Saviour he was born</p>
+<p>On Christmas day, in the morning.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>Réjouissez vous, notre Sauveur est né</p>
+<p>Le jour de Noël, au matin.</p>
+ </div> </div>
+
+<p>«Je me levai doucement, ouvris promptement la
+porte et je contemplai un des plus jolis groupes de
+fées qu'un peintre puisse imaginer. Il se composait
+d'un petit garçon et de deux petites filles; la plus
+âgée n'avait pas plus de six ans; ils ressemblaient à
+trois séraphins. Ils faisaient le tour de la maison et
+chantaient à toutes les portes.»</p>
+
+<p>D'autres chanteurs s'en vont par les rues, mendiant
+pour eux-mêmes, les quelques <i>pence</i> (sous) que
+la générosité des veilleurs veut bien leur donner.</p>
+
+<p>Dans quelques contrées de l'Angleterre, les enfants
+se réunissent pour aller de cottage en cottage, chanter
+des <i>Glees</i> (chansons à refrain). L'un de ces chants
+populaires, au rythme vif et gai, a pour refrain ces
+paroles:</p>
+
+<div class="poem"> <div class="stanza">
+<p class="i6">The merry merry time</p>
+<p class="i6">The merry merry time</p>
+<p>Bless the merry merry Christmas time!</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p class="i6">Le joyeux joyeux temps</p>
+<p class="i6">Le joyeux joyeux temps</p>
+<p>Béni soit le joyeux joyeux temps de Noël!</p>
+ </div> </div>
+
+<p>Cet usage des chants de Noël est des plus anciens,
+comme le prouve une <i>carol</i> anglo-normande que
+nous avons découverte, et dont nous citons le premier
+couplet:</p>
+
+<div class="poem"> <div class="stanza">
+<p>Seignors, ore entendez à nus,</p>
+<p>De loin sommes venus à vus</p>
+<p class="i6">Pour quere Noël;</p>
+<p>Car l'em nus dit que en cest hostel</p>
+<p>Soleil tenir sa feste annuel</p>
+<p class="i6">Ahi! c'est jur</p>
+<p>Deu doint à tuz icels joie d'amors</p>
+<p>Qui a danz Noël ferunt honors.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>Seigneurs, à présent, écoutez-nous!</p>
+<p>De loin, nous sommes venus à vous,</p>
+<p class="i6">Pour demander Noël;</p>
+<p>Car l'on nous dit qu'en cet hôtel.</p>
+<p>De coutume on célèbre sa fête annuelle,</p>
+<p class="i6">Ah! Ah! c'est le jour,</p>
+<p>Dieu donne ici joie d'amour</p>
+<p>A tous ceux qui feront honneur au jour de Noël<a id="footnotetag11" name="footnotetag11"></a><a href="#footnote11"><sup>11</sup></a>.</p>
+ </div> </div>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote11" name="footnote11"></a><b>Note 11:</b><a href="#footnotetag11"> (retour) </a> Lai de Marie de France.</blockquote>
+
+<p>Max O'Rell, qui avait fait un long séjour à Londres,
+dit, dans son livre intitulé <i>John Bull et son
+Ile:</i> «Noël, c'est la grande fête de famille en Angleterre.»</p>
+
+<p>En effet, dans toute famille anglaise, riche ou pauvre,
+on célèbre le <i>Christmas</i> par un repas où les
+mets sont servis en abondance. Le morceau de choix
+est d'abord <i>Sir Loin</i> «le Seigneur Aloyau» que
+Charles II, dans un jour de belle humeur, avait
+nommé chevalier (<i>Knight</i>). L'oie rôtie, <i>roast goose</i>,
+est ensuite le plat préféré, quand la dinde rôtie, <i>roast
+turkey</i>, ne vient pas prendre sa place. Puis apparaît le
+signe culinaire de la nationalité anglaise, le fameux
+<i>plum-pudding</i>. «Hip! Hip! hourrah! Honneur au
+Roi du Festin<a id="footnotetag12" name="footnotetag12"></a><a href="#footnote12"><sup>12</sup></a>.»</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote12" name="footnote12"></a><b>Note 12:</b><a href="#footnotetag12"> (retour) </a> La confection du <i>pudding</i> de Noël est des plus solennelles;
+chaque membre de la famille tourne à son tour la pâte qui doit devenir
+le gâteau.&mdash;Quelquefois celui-ci prend des proportions pantagruéliques.
+Certaines corporations ont fait confectionner des <i>puddings</i>
+qui absorbaient des centaines de livres de farine et de raisins de
+Corinthe.</blockquote>
+
+<p>«Au couvent de Ewel, nous écrit un de nos amis,
+nous organisions nos fêtes suivant les coutumes
+anglaise et française, anglaise pour le côté profane
+et française pour le côté religieux. Ah! le fameux
+<i>pudding</i> qu'un frère irlandais excellait à préparer!
+Ce nous était une joie sans pareille de voir les
+flammes bleues de l'alcool courir sur ses flancs dorés,
+et quand, dans une dernière course affolée, les jolies
+petites flammes s'évanouissaient, le <i>pudding</i> était
+débité en tranches succulentes, aux acclamations de
+tous, pendant que le pauvre frère gémissait sur le
+pillage d'une oeuvre où il avait mis tout son talent
+culinaire.»</p>
+
+<p>Enfin apparaissent les <i>minced pies</i>, pâtés feuilletés
+qui enrobent des hachis de viandes, d'épices et de
+fruits<a id="footnotetag13" name="footnotetag13"></a><a href="#footnote13"><sup>13</sup></a>. Les Anglais arrosent le tout de flots de
+<i>sherry</i> (vin de Xérès d'Espagne) fabriqué à Londres.
+Les oranges, les bonbons, les amandes, les noisettes
+apparaissent au dessert. Le <i>Port-wine</i>, le vin de
+gingembre pour les <i>abstainers</i><a id="footnotetag14" name="footnotetag14"></a><a href="#footnote14"><sup>14</sup></a>, le <i>whisky</i>, voir
+même le <i>gin</i>, jouent un assez grand rôle dans le
+monde où l'on boit.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote13" name="footnote13"></a><b>Note 13:</b><a href="#footnotetag13"> (retour) </a> C'est ce que nous appelons un <i>pâté à l'émincé</i>.</blockquote>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote14" name="footnote14"></a><b>Note 14:</b><a href="#footnotetag14"> (retour) </a> Personnes qui <i>s'abstiennent</i> de liqueurs enivrantes.</blockquote>
+
+<p>Dans les Universités, notamment à Oxford et à
+Cambridge, il est de tradition de manger, à Noël,
+une hure de sanglier: on l'entoure de romarin et on
+la sert avec d'interminables salamalecs.</p>
+
+<p>A Sandringham, où le Roi et la Reine d'Angleterre
+ont l'habitude de passer tous les ans les fêtes de
+Noël, on a servi, cette année, comme rôti de <i>Christmas</i>,
+un jeune cygne.</p>
+
+<p>Ce cygne a été engraissé par les soins du «maître
+des cygnes de la Cour», fonctionnaire qui date des
+temps antiques et dont la charge consiste à surveiller
+l'élevage et la nourriture des cygnes qui peuplent
+les parcs et les jardins des propriétés royales.</p>
+
+<p>Il y a cinq cents ans, le rôti de cygne était un mets
+recherché des gourmets et figurait à Noël sur les
+grandes tables. Edouard VII a repris cette tradition
+et donné ordre à son «maître des cygnes» d'engraisser
+une douzaine de ses «élèves» dont il a fait
+cadeau, à l'occasion de Noël, à des familles princières,
+à quelques hauts fonctionnaires de la Cour et
+aux juges du tribunal supérieur<a id="footnotetag15" name="footnotetag15"></a><a href="#footnote15"><sup>15</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote15" name="footnote15"></a><b>Note 15:</b><a href="#footnotetag15"> (retour) </a> Le <i>Gaulois</i>, 26 Décembre 1904.</blockquote>
+
+<p>Le riche anglais veut que son frère pauvre se
+réjouisse à Noël. Les journaux sont remplis d'appels
+adressés au public par les sociétés charitables de
+toute espèce; les souscriptions abondent et la bourse
+des particuliers s'ouvre largement pour donner aux
+pauvres leur part de cette fête nationale.&mdash;L'<i>Hôpital
+français</i>, situé à Shaftesbury-Avenue, et desservi
+par les Soeurs françaises Servantes du Sacré-Coeur,
+reçoit, chaque année, en surabondance, oies, dindons
+et puddings pour les malades, convalescents et
+infirmes. Ce détail nous a été donné, à Londres
+même, par la Supérieure de l'établissement.</p>
+
+<p>Dans quelques villes d'Angleterre, le maire reçoit,
+à l'occasion de Noël, cent vieillards qui viennent
+prendre le thé, pendant que sa femme réunit des
+veuves sans ressources. Ailleurs, ce sont des fondations
+pour dons de viande, de couvertures de laine,
+de sacs de charbons. Ainsi la distribution annuelle
+de la <i>Christmas Parcel Fund</i> (Société des paquets
+de Noël) de Shoreditch, établie en 1870, a eu lieu
+aux Bains de Pitfield-street. Neuf cent cinquante-six
+des citoyens les plus pauvres de la localité, la plupart
+ayant une nombreuse famille, ont reçu un
+paquet d'épicerie contenant une demi-livre de thé,
+un demi-quart d'une mesure de farine, une demi-livre
+de sucre et tout ce qui est nécessaire pour faire
+un bon <i>pudding</i> de Noël&mdash;et en plus un ticket
+pour cent livres de charbon. Quelques mots aimables
+furent adressés à l'assemblée par le conseiller
+Dr Davies, président de la Société, qui était assisté
+de l'honorable Claude Hay, M.P. (membre du Parlement),
+et de l'Alderman Pearce<a id="footnotetag16" name="footnotetag16"></a><a href="#footnote16"><sup>16</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote16" name="footnote16"></a><b>Note 16:</b><a href="#footnotetag16"> (retour) </a> <i>The Daily Telegraph</i>, 23 Décembre 1904.</blockquote>
+
+<p>Dans quelques <i>Work-houses</i> (asiles des pauvres),
+les dames de charité offrent un dîner de Noël complet:
+roastbeef, plum-pudding et bière, quand une
+Société de tempérance n'intervient pas pour remplacer
+la bière par le thé. Dans ces <i>Work-houses</i>,
+on prépare même quelquefois, chose toute nouvelle
+pour l'Angleterre protestante, une cérémonie religieuse
+à minuit «<i>Watch service</i>», tout comme les
+catholiques ont la messe de minuit.</p>
+
+<p>Le jour de Noël, un dîner pour plus d'un millier
+de pauvres est ordonné par la Reine d'Angleterre.
+Sa Majesté, accompagnée de la princesse de Galles
+et de ses petits-enfants, parcourt les grandes salles,
+parlant à ses convives d'un jour, les réjouissant de
+sa présence, alors que, d'autre part, elle a fait elle-même
+des couvre-pieds envoyés à la même époque
+aux hôpitaux de Londres.</p>
+
+<p>Après le dîner de Noël, on se livre à différents
+jeux: nous n'en citerons que deux.</p>
+
+<p>C'est d'abord le <i>Snap Dragon</i>. Sur une large
+coupe, on place des raisins secs et des amandes que
+l'on recouvre d'eau naturelle, sur laquelle surnage
+une mince couche d'eau-de-vie. On allume alors ce
+punch d'un nouveau genre, et il s'agit d'enlever
+prestement, sans se brûler, raisins et amandes que
+les ondulations d'une longue flamme défendent
+longtemps contre toute atteinte<a id="footnotetag17" name="footnotetag17"></a><a href="#footnote17"><sup>17</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote17" name="footnote17"></a><b>Note 17:</b><a href="#footnotetag17"> (retour) </a> Nicolay. <i>Histoire des Croyances</i>. Tome II, p. 81.</blockquote>
+
+<p><i>The Hide and Seek</i> (cache-cache) se joue dans les
+vieux manoirs. Et à cette occasion, l'aïeule, de sa
+voix chevrotante, ne manque jamais de psalmodier
+la <i>Légende du Beau-Lowe</i>: c'est une <i>Christmas carol</i>
+qui date, dit-on, du Ve siècle. Notre traduction littérale
+la donne dans toute sa simplicité:</p>
+
+<p>«Noël au vieux château: c'est jour de fête. La
+fille du noble Biron joue avec ses compagnes. Elle
+joue à <i>cache-cache</i>. Quel délice! Elle se cache si
+bien, si bien, qu'elle disparaît et que personne ne
+peut la découvrir. Pas même son fiancé, le jeune et
+beau Lord Lowe. Les jours, les semaines, les mois,
+les années passent.&mdash;Vingt ans après, comme on
+avait besoin d'une nappe pour la table du festin de
+Noël, on ouvrit par hasard une vieille armoire et on
+y trouva, ô horreur!... un squelette couronné de
+roses blanches fanées.... Jeunes filles, songez à la
+fiancée du beau Lord Lowe!»</p>
+
+<p>Le <i>Christmas</i> britannique est surtout la fête des
+enfants. Les écoles anglaises comptent deux vacances
+annuelles: l'une, qui est la plus longue, a lieu en
+été, l'autre est accordée à l'occasion de Noël. C'est
+par suite de la présence au logis des enfants dispersés
+dans les collèges, que la réunion de famille est
+au complet. La veille de Noël, <i>Christmas Eve</i>, les
+enfants suspendent à leur lit de fer les bas dans
+lesquels <i>Father Christmas</i> (le Père Noël) viendra
+déposer, croient-ils ou font-ils semblant de croire,
+les jouets et friandises qu'y déposeront réellement
+leur père et leur mère.</p>
+
+<p>Le soir de Noël, les enfants règnent en souverains,
+et, comme dans les saturnales antiques, c'est le
+monde renversé.&mdash;Douce tyrannie de quelques
+heures, car, ainsi que le dit Emile Augier:</p>
+
+<div class="poem"> <div class="stanza">
+<p>Nous n'existons vraiment que par ces petits êtres.</p>
+<p>Qui dans tout notre coeur s'établissent en maîtres,</p>
+<p>Qui prennent notre vie et ne s'en doutent pas,</p>
+<p>Et n'ont pour être heureux qu'à n'être pas ingrats.</p>
+ </div> </div>
+
+<p>Toute la famille est réunie; alors c'est le bruit des
+jeunes voix, l'applaudissement des yeux, le trépignement
+des petits pieds sous la table. <i>Granny</i> (grand'-mère)
+réclame le silence: elle se fait apporter une
+bouteille de son plus vieux cognac. On arrose le
+<i>pudding</i>, on éteint le gaz et le plus jeune des <i>babies</i>
+allume l'eau-de-vie dont la flamme scintille en reflets
+bleus, pendant que la turbulente jeunesse improvise
+une ronde autour de la grande table. Le gaz brille de
+nouveau et le <i>pudding</i> est gravement entamé. On
+fait d'abord la part des absents. La poste, dès le lendemain,
+portera aux colons de la Nouvelle-Zélande,
+aux <i>Sheep farmers</i><a id="footnotetag18" name="footnotetag18"></a><a href="#footnote18"><sup>18</sup></a> d'Australie, aux garnisons de
+l'Inde et du Cap, ce souvenir si touchant de
+l'amitié.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote18" name="footnote18"></a><b>Note 18:</b><a href="#footnotetag18"> (retour) </a> Éleveurs de moutons.</blockquote>
+
+<p>L'Angleterre célèbre la fête de Noël avec une réelle
+allégresse: c'est l'époque choisie pour échanger
+voeux et étrennes. C'est Noël qui est vraiment le
+<i>jour de l'an</i> et qui sert de transition d'une année à
+l'autre. Aussi un grand nombre de <i>Christmas Cards</i>
+(cartes de Noël) partent d'Angleterre pour les quatre
+coins du monde <i>anglicisé</i>, colonisé par la conquête
+toujours envahissante du peuple britannique, empire
+sur lequel</p>
+
+<div class="poem"> <div class="stanza">
+<p class="i6"><i>The Sun never sets</i>,</p>
+<p>Le soleil ne se couche jamais.</p>
+ </div> </div>
+
+<p>Nous avons sous les yeux une collection très complète
+de <i>Christmas Cards</i>: il y en a de ravissantes.
+Certaines sont sur du papier fin et colorié, quelquefois
+avec photographies ou gravures de gracieux
+paysages ou de tableaux des grands maîtres. La plupart
+des voeux exprimés peuvent se résumer dans
+ceux-ci:</p>
+
+<div class="poem"> <div class="stanza">
+<p><i>With Sincere Wishes for</i></p>
+<p><i>A Very Happy Christmas and</i></p>
+<p><i>A Bright and Prosperous New Year,</i></p>
+<p><i>from</i></p>
+<p><i>X***.</i></p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>Avec sincères voeux pour</p>
+<p>Un très heureux Noël et</p>
+<p>Une brillante et prospère nouvelle année,</p>
+<p>de la part de</p>
+<p>X***.</p>
+ </div> </div>
+
+<p>Ces cartes sont à la portée de toutes les bourses:
+il y en a depuis dix centimes jusqu'à cinquante
+francs. La poste de Londres en expédie plus de
+soixante millions, à l'occasion du <i>Christmas</i>. On y
+joint quelquefois une minuscule boîte contenant
+quelques grains du <i>pudding</i> de Noël.</p>
+
+<p>Toute famille anglaise qui ne reçoit pas, à l'occasion
+de Noël, des nouvelles des absents, en éprouve
+un profond chagrin, et s'il s'agit de proches parents
+ou d'amis intimes, toute la famille est en deuil.</p>
+
+<p>Le lendemain de Noël s'appelle <i>Boxing-day</i>, à
+cause des <i>boxes</i> (boîtes, tirelires) que font circuler
+les facteurs, les laitiers, les porteuses de pain, et tant
+d'autres amis inconnus qui viennent vous souhaiter
+«un joyeux Noël et une bonne année», souhaits
+auxquels vous ne pouvez mieux répondre qu'en
+donnant des étrennes. Ce jour-là, la populace profite
+des trains à bon marché <i>(cheap trains)</i>, envahit les
+endroits où l'on s'amuse et semble oublier tout à
+fait que Noël est une fête religieuse.</p>
+
+<p>L'Anglais porte partout avec lui le souvenir de
+Noël. Dans ses colonies les plus lointaines, sur les
+sables d'Afrique ou dans les terres glacées du Nord,
+il réunit ses compatriotes comme s'ils ne formaient
+qu'une famille. Tous ensemble ils célèbrent le
+<i>Christmas</i>: debout, le verre à la main, ils envoient
+un salut fraternel et leurs voeux de bonheur aux
+être chéris qu'ils ont laissés au-delà de l'Océan.</p>
+
+<p>Pendant la guerre de Crimée, les dames anglaises
+furent émues de compassion pour leurs frères
+malheureux qui, devant Sébastopol, au milieu d'un
+hiver exceptionnel, faisaient l'admiration de toute
+l'Europe, par leur courage et leur endurance. Une
+souscription nationale fut ouverte dans tout le
+Royaume-Uni. Quelques jours avant Noël, des navires
+chargés de volailles, de <i>puddings</i> et de liqueurs
+partaient pour la mer Noire. Le vingt-cinq Décembre,
+les soldats anglais célébraient joyeusement leur
+<i>Christmas</i> et buvaient au triomphe et à la prospérité
+de la vieille Angleterre.</p>
+
+<p>Un journal de Londres représentait naguères le
+<i>Christmas</i> dans un corps de garde anglais: la scène
+est des plus pittoresques: elle se passe au Transvaal.
+«Les fusils sont dressés en faisceaux, une guirlande
+de verdure court à travers les canons, une chandelle
+allumée brûle au bout de chaque baïonnette, et les
+soldats choquent gaiement les verres autour de cet
+arbre de Noël d'un nouveau genre, qui leur rappelle
+à tous les joies de la Patrie absente.»<a id="footnotetag19" name="footnotetag19"></a><a href="#footnote19"><sup>19</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote19" name="footnote19"></a><b>Note 19:</b><a href="#footnotetag19"> (retour) </a> Desclées, Noël, page 67.</blockquote>
+
+<p>N'importe où il se trouve, sur le pont d'un navire,
+sous la tente ou la hutte grossière de l'explorateur,
+perdu dans les glaces polaires, l'Anglais, oubliant
+un instant ses peines, ses fatigues, ses dangers, ne
+manque jamais de donner au vieux <i>Christmas</i> la
+bienvenue de joie et d'espérance à laquelle il a droit.</p>
+
+<p>Les catholiques anglais donnent à la fête religieuse
+de Noël la plus grande solennité: il faut aller dans
+la belle et riche église de l'Oratoire, à Londres, pour
+y entendre la magistrale musique de Palestrina.</p>
+
+<p>En Irlande, le soir de Noël, d'une multitude de
+maisons sortent les familles catholiques, chacun
+tenant à la main une torche de résine allumée. C'est
+un spectacle d'une étrange beauté. On dirait des
+flots de lumières ondulant dans les ténèbres. Toutes
+ces pieuses communautés se réunissent au centre
+de la paroisse autour d'un cercle de flambeaux
+immobiles.</p>
+
+<p>Citons, en finissant, une page ravissante du vicomte
+Walsh, qui raconte <i>une Messe de minuit en exil</i>:</p>
+
+<p>«C'était dans le nord de l'Angleterre, dans un joli
+château, à Standen-Hall, chez lord Southwell, fervent
+catholique qui, pendant les mauvais jours,
+avait offert l'hospitalité à ses parents et amis de
+France.</p>
+
+<p>«Nous y étions un jour de Noël. Dès la veille,
+on avait mis des bouquets de houx bien verdoyants,
+avec leurs baies ressemblant à des perles de
+corail.</p>
+
+<p>«... Dans la chapelle, l'autel, le tabernacle, les
+gradins, les flambeaux étaient en bois d'acajou poli,
+avec des ornements dorés, un épais tapis aux plus
+vives couleurs couvrait les marches du petit sanctuaire;
+la neige, le froid étaient au dehors, et dans
+cet intérieur béni, tout était propre, chaud et confortable.</p>
+
+<p>«Dans la tribune, en face de l'autel, des places réservées
+étaient entourées d'un rideau de soie cramoisie;
+derrière ce voile était le piano-orgue et les personnes
+qui devaient chanter. Lady Southwell (soeur
+de ma mère), lady Gormanston, sa fille, Mesdemoiselles
+de Choiseul, ses nièces, formaient ce choeur de
+famille.</p>
+
+<p>«Il y a bien longtemps de cela. Depuis cette fête
+de Noël, j'ai compté bien des lendemains de la
+Toussaint, bien des Jours des Morts. Parmi celles qui
+chantaient alors devant l'autel de Standen Hall, il y
+en a qui chantent aujourd'hui devant Dieu, dans le
+ciel. Bien des années, bien des fortunes diverses me
+sont survenues depuis le <i>merry Christmas time</i> (ce
+gai temps de Noël); j'ai entendu depuis les messes
+en musique de Mozart et de Rossini, et toutes ces
+années, toutes ces fortunes diverses, tous ces grands
+talents n'ont pu effacer dans ma mémoire la <i>Messe
+de Noël chantée dans l'exil</i>.»</p>
+
+<p>Les ritualistes Anglais sont excusables jusqu'à un
+certain point de s'imaginer qu'ils sont catholiques,
+puisqu'on célèbre encore dans leurs églises des cérémonies
+qui remontent à huit siècles et ont survécu à
+tous les changements que le protestantisme a introduits
+dans l'Eglise anglicane.</p>
+
+<p>Au premier rang de ces cérémonies, il faut mettre
+l'offrande de l'or, de l'encens et de la myrrhe, que la
+Reine d'Angleterre fait tous les ans, le jour de l'Épiphanie,
+à l'instar des Rois Mages.</p>
+
+<p>Cette coutume remonte à la plus haute antiquité.
+Pendant plus de huit cents ans, les souverains anglais
+venaient présenter leur offrande en personne, et cet
+usage ne prit fin que sous le règne de Georges III,
+la princesse Caroline étant morte la veille de l'Épiphanie.
+Depuis ce temps, le souverain est représenté
+par deux gentilshommes de sa Chambre.</p>
+
+<p>La cérémonie a lieu dans la chapelle royale du
+palais de Saint-James, et voici comment on y procède.
+On commence par réciter la prière du matin;
+après quoi l'évêque protestant de Londres, assisté du
+sous-doyen de la chapelle royale, célèbre le service
+de communion. Après la récitation du symbole de
+Nicée, les dix enfants de choeur de la chapelle royale,
+dans leur pittoresque costume écarlate avec des
+collerettes blanches, entonnent l'antienne: «J'ai prié
+pour obtenir de vous la sagesse.» Alors les deux
+gentilshommes de la Chambre, en habit de Cour,
+l'épée au côté, précédés d'un huissier portant une
+verge d'argent, s'avancent vers l'autel.</p>
+
+<p>L'évêque de Londres vient au-devant d'eux et leur
+présente un plat en vermeil sur lequel ils déposent
+les offrandes de la Reine. Celles-ci sont renfermées
+dans un sac en soie rouge, brodé d'or, et consistent
+en trois paquets en papier blanc scellés avec de la
+cire rouge. Les deux premiers paquets contiennent
+de la myrrhe et de l'encens; dans le troisième sont
+vingt-cinq souverains en or tout nouvellement frappés,
+qui sont distribués à des pauvres des paroisses
+voisines. C'est depuis 1859 que des pièces de monnaie
+ont été substituées aux feuilles d'or battu qui
+formaient la troisième offrande. Leur mission terminée,
+les gentilshommes de la Chambre se retirent
+avec le même cérémonial observé pour leur arrivée
+et l'office s'achève avec la plus grande solennité.</p>
+<br><br><br>
+
+
+<h3>ALLEMAGNE</h3>
+
+
+<p>La fête de Noël en Allemagne <i>Weihnachten</i><a id="footnotetag20" name="footnotetag20"></a><a href="#footnote20"><sup>20</sup></a>
+(la nuit sainte) est aussi populaire qu'en Angleterre,
+mais elle a un caractère plus grave et plus religieux.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote20" name="footnote20"></a><b>Note 20:</b><a href="#footnotetag20"> (retour) </a> Ancienne forme plurielle aujourd'hui inusitée, excepté dans
+quelques cas très rares.</blockquote>
+
+<p>Des enfants, petits anges ou petits bergers, forment
+des processions et traversent les villages en
+chantant des hymnes pastorales. Souvent on y voit
+la Madone, saint Joseph, saint Nicolas avec sa longue
+barbe et portant la crosse à la main, saint Martin
+monté sur un cheval blanc, et toujours y figure le
+<i>Knecht-Ruprecht</i>, terreur des enfants méchants et
+joie des enfants sages auxquels il apporte des présents.</p>
+
+<p>Dans quelques campagnes, on joue encore les
+<i>Mystères de Noël</i> avec une naïveté charmante. Dans
+les pays catholiques, la Messe de minuit est célébrée
+en grande pompe.</p>
+
+<p>Dans plusieurs villages, les chanteurs s'assemblent
+au haut de la tour de l'église, à l'aurore, le jour de
+Noël. Les habitants sont réveillés aux chants de:</p>
+
+<div class="poem"> <div class="stanza">
+<p>O du fröliche. O du selige</p>
+<p>Gnadenbringende Weihnachtszeit!</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>O joyeuse, ô bienheureuse</p>
+<p>Nuit de Noël, si féconde en grâces!</p>
+ </div> </div>
+
+<p>retentissant dans l'air calme du matin.</p>
+
+<p>Les archéologues prétendent que la plupart des
+coutumes de Noël, qui existent en Allemagne, eurent
+leur origine dans les vieilles et sombres forêts de la
+Germanie, alors que les Teutons adoraient Wuotan,
+l'Odin Scandinave, et son épouse Berchta, la Terre-Mère.
+Il y a encore, en Allemagne, des districts où
+Wuotan, avec son chapeau enfoncé sur le front, son
+manteau gris, et monté sur son cheval blanc, visite
+les chaumières des paysans. Avant sa visite, le feu a
+été soigneusement éteint dans le foyer, mais Wuotan
+le rallume: il préfère mettre le feu à une bûche de
+chêne. La bûche de Noël doit brûler sous la cendre,
+elle ne doit pas flamber et dans l'Allemagne du Sud,
+les cendres sont gardées soigneusement et répandues
+dans les champs pour assurer leur fertilité.</p>
+
+<p>Après la Messe a lieu le <i>Mettenwurst</i> (réveillon):
+tous les membres de la famille sont réunis. De ce
+repas, coutume touchante, on enlève les restes qu'on
+place dans une salle éclairée toute la nuit: c'est la
+part du Christ et des Anges. Inutile de dire à qui
+cette part est destinée.</p>
+
+<p>Le plat favori de Noël pour le paysan est une tête
+de porc à laquelle on ajoute des saucisses et des
+choux-verts.</p>
+
+<p>Même les bestiaux ont part au festin de Noël: leur
+ration de foin est doublée. Dans certains districts, on
+croit que les bestiaux ont le don de la parole, au
+moment où la grande fête commence dans l'univers.
+Celui, paraît-il, qui est doué «de la bonne oreille»,
+peut les entendre parler doucement, tout en ruminant,
+de la Crèche dans laquelle le Christ naquit. Il
+ne faut pas seulement avoir «la bonne oreille» pour
+entendre parler les bestiaux, il faut aussi n'avoir
+aucun péché sur la conscience.</p>
+
+<p>Il est de tradition, à la Cour de Berlin, que chaque
+veille de Noël, le capitaine en second de la Ire compagnie
+du Ier régiment de la garde à pied offre au
+souverain un gâteau de miel. Le prince impérial et
+les autres fils de Guillaume II recevront des gâteaux
+semblables, de la Ire compagnie du Ier régiment de
+la garde. Seulement, tandis que les gâteaux du souverain
+et du prince héritier mesurent 35 X 2l X 8 centimètres,
+comme dimensions, les gâteaux des autres
+princes ont seulement 30 X 18 X 5 centimètres.</p>
+
+<p>Jadis, ces gâteaux étaient fabriqués à Thorn, mais
+depuis quelques années c'est à un pâtissier de Potsdam
+que ce travail est confié. Le gâteau de Noël est
+glacé, il porte l'étoile de la garde et une inscription
+dédicatoire. L'Empereur Guillaume ne manque
+jamais la cérémonie de la remise du gâteau et il
+retient à dîner les officiers chargés de cette agréable
+mission.</p>
+
+<p>La veille de Noël, toute la terre germanique est en
+liesse, sur les bords du Rhin, comme sur les bords
+du Danube et de l'Elbe; de Mayenne à Vienne<a id="footnotetag21" name="footnotetag21"></a><a href="#footnote21"><sup>21</sup></a>,
+de Koenigsberg à Munich, il n'y a pas une famille
+qui n'ait revêtu le costume des jours de fête.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote21" name="footnote21"></a><b>Note 21:</b><a href="#footnotetag21"> (retour) </a> Dans une grande partie de l'Autriche, les coutumes de Noël
+sont absolument les mêmes qu'en Allemagne.</blockquote>
+
+<p>La <i>Noël des enfants</i> a une telle importance qu'on
+la prépare longtemps à l'avance. Sur les places de la
+plupart des villes s'élèvent des maisonnettes en bois
+aussi élégantes de forme que bariolées de couleurs
+éclatantes. Les marchands étalent aux yeux de la
+foule, avec goût et coquetterie, tous les objets qui
+peuvent servir de présents aux enfants. Les jouets de
+Nuremberg<a id="footnotetag22" name="footnotetag22"></a><a href="#footnote22"><sup>22</sup></a> sont les plus recherchés: poupées de
+toutes sortes, qui en bergère, qui en grande dame,
+qui en cuisinière, qui en paysanne; polichinelles de
+toutes les grandeurs, soldats de plomb, canons,
+fusils, sabres et tambours.&mdash;Plus loin se tient la
+pâtissière hambourgeoise, avec ses gauffres croquant
+sous la dent, et ses pains d'épices si joliment travaillés
+en chiens, chevaux, chats, moutons.&mdash;Puis
+les jeux de toutes les variétés: agathes, toupies, cerceaux
+à sonnettes, jeux de l'oie, jeux de patience...
+Les parents y conduisent leurs enfants et tâchent de
+saisir dans un regard, dans une parole, l'expression
+de leurs désirs. Discrètement ils achètent l'objet
+convoité et le distribuent au moment opportun, à
+l'occasion de Noël.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote22" name="footnote22"></a><b>Note 22:</b><a href="#footnotetag22"> (retour) </a> Les articles de Nuremberg sont très renommés: on les voit
+exposés au Musée National de Munich. Ils sont fabriqués en grande
+partie dans la Forêt Noire au centre de laquelle se trouve Triberg,
+un des sièges principaux du commerce des horloges connues sous le
+nom de <i>coucous</i>.</blockquote>
+
+<p>Mais ce qui, en Allemagne, domine toutes les
+réjouissances populaires, ce qui fait de Noël la fête
+des enfants et le jour des étrennes, c'est l'arbre de
+Noël (<i>Weihnachtsbaum</i>)<a id="footnotetag23" name="footnotetag23"></a><a href="#footnote23"><sup>23</sup></a>. Nulle part, il ne se présente
+sous des formes plus captivantes et avec des
+présents aussi appréciés.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote23" name="footnote23"></a><b>Note 23:</b><a href="#footnotetag23"> (retour) </a> Dans le nord de l'Allemagne, et surtout à Berlin, l'arbre de
+Noël est souvent remplacé par des <i>pyramides</i> faites avec un assemblage
+de planches et de petits madriers. Cela provient de la difficulté de se
+procurer des sapins.</blockquote>
+
+<p>Pour piquer la curiosité des enfants et leur faire
+regarder comme mystérieux, quasi miraculeux, les
+dons de Noël, le père leur raconte que le Bonhomme
+Noël (<i>der Weihnachtsmann</i>) passe le reste de l'année
+au sein de la montagne, entouré de toute une Cour
+de <i>nains</i>. Chaque nuit, l'un de ces nains monte la
+garde à la fente du rocher qui sert d'entrée et un
+autre nain vient le remplacer à l'aube du jour suivant.
+Au bout de trois cent soixante gardes, le dernier
+rentre en criant: Voici bientôt Noël. Alors, le
+<i>Weihnachtsmann</i> et sa Cour sortent de leur repos.
+Ils vont dans la forêt armés de scies et de haches.
+Avec ardeur ils coupent les sapins<a id="footnotetag24" name="footnotetag24"></a><a href="#footnote24"><sup>24</sup></a> destinés à la
+fête, et ils les décorent avec la neige qui couvre le
+pays et avec les glaçons qui pendent aux arbres. Puis
+il les placent sur des traîneaux et les conduisent dans
+leur palais souterrain; là, ils les ornent de bougies,
+de pommes d'or, de noix, de bonbons. La nuit de
+Noël venue et les étoiles allumées au ciel, le Bonhomme
+Noël parcourt en traîneau les villages environnants
+pour s'informer si les enfants sont sages; il
+s'en assure en regardant par les fenêtres. S'il en est
+ainsi, vite il descend dans sa demeure, y prend un
+beau sapin tout couvert de présents et l'apporte à la
+maison<a id="footnotetag25" name="footnotetag25"></a><a href="#footnote25"><sup>25</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote24" name="footnote24"></a><b>Note 24:</b><a href="#footnotetag24"> (retour) </a> Les sapins qui doivent servir d'arbres de Noël viennent surtout
+des montagnes du Harz.&mdash;La Forêt Noire en fournit aussi en
+grande quantité: nulle chaîne de montagnes de l'Allemagne n'est
+aussi riche en paysages grandioses, en sites délicieux; les hauteurs
+inférieures sont surtout couvertes de pins et de sapins aux senteurs
+fraîches et vivifiantes.</blockquote>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote25" name="footnote25"></a><b>Note 25:</b><a href="#footnotetag25"> (retour) </a> D'après Bernard Zornemann.</blockquote>
+
+<p>Dans certaines familles, sur le conseil de la mère,
+les enfants écrivent, la veille de Noël, une lettre à
+l'Enfant Jésus, afin de solliciter les objets qu'ils désirent:
+un couteau, une balle, une bicyclette, des histoires
+d'Indiens... souvent la liste est interminable.
+Pourquoi se restreindre? L'Enfant Jésus est si riche!</p>
+
+<p>Voici la nuit de Noël: dans les rues s'illuminent
+ça et là quelques maisons; on y entend des rires
+d'enfants. C'est le moment.</p>
+
+<p>Un son de clochette retentit dans la chambre, c'est
+le signe attendu. Les deux portes du salon s'ouvrent
+toutes grandes. Quelle magnificence! Quelle richesse!
+Éblouis, les enfants s'arrêtent une minute, puis
+s'élancent en avant. Le voici le sapin entrevu dans
+leurs rêves, mais plus beau, plus brillant. Ses branches
+atteignent le plafond. Sur chacune d'elles il y a
+des bougies bleues, vertes, jaunes; des pommes aux
+joues rouges et des noix d'or; des gâteaux, des
+massepains pendent à côté. Des boules de verre
+colorié<a id="footnotetag26" name="footnotetag26"></a><a href="#footnote26"><sup>26</sup></a>, des guirlandes multicolores, des étoiles
+d'argent, des croissants d'or brillent dans la lumière.
+Il y a même de la neige sur l'arbre, mais ce n'est pas
+de la vraie, c'est de la ouate blanche. Joyeux, des
+oiseaux et des papillons artificiels se balancent sur
+les branches. Oh!... et ces groupes d'Anges! Quelle
+splendeur! Des fils rouges, bleus, verts, jaunes,
+grimpent de branche en branche jusqu'à la cime. Au
+sommet plane l'Ange de Noël avec ses blonds cheveux
+et ses ailes pleines de lumière.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote26" name="footnote26"></a><b>Note 26:</b><a href="#footnotetag26"> (retour) </a> Ces objets en verroterie se fabriquent principalement à Lauscha,
+en Thuringe. Chaque année, il en est expédié des quantités considérables
+dans toute l'Allemagne. Les fabricants en donnent 200 ou 300,
+selon la grosseur, pour la somme de 3 à 5 marcs (3 fr. 75 à 6 fr. 25).</blockquote>
+
+
+<p>Au pied de l'arbre sont les cadeaux. Des poupées,
+des berceaux, des ménages, pour les petites filles;
+des trompettes, des soldats de plomb, des fusils, des
+tambours, pour les petits garçons. Les cris de joie
+ne finissent pas. «Vois, les belles images de mon
+livre!&mdash;Tiens, tiens! mon cheval a une vraie crinière!»</p>
+
+<p>Alors la mère se met au piano, les enfants se prennent
+la main et chantent le vieux cantique si populaire:
+<i>Stille Nacht, heilige Nacht</i>, que nous traduisons,
+littéralement:</p>
+
+<div class="poem"> <div class="stanza">
+<p>I</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>Nuit silencieuse, ô sainte nuit!</p>
+<p>Tout dort: seul veille encore</p>
+<p>Le couple tendre et très saint<a id="footnotetag27" name="footnotetag27"></a><a href="#footnote27"><sup>27</sup></a>;</p>
+<p>Bel enfant aux cheveux bouclés,</p>
+<p>Dors dans ton calme céleste. (Bis.)</p>
+ </div> </div>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote27" name="footnote27"></a><b>Note 27:</b><a href="#footnotetag27"> (retour) </a> Marie et Joseph.</blockquote>
+
+<div class="poem"> <div class="stanza">
+<p>II</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>Nuit silencieuse, ô sainte nuit</p>
+<p>Annoncée d'abord aux bergers</p>
+<p>Par l'<i>Alleluia</i> des Anges,</p>
+<p>La nouvelle se répand à l'entour:</p>
+<p>Le Christ, le Sauveur est là. (bis.)</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>III</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>Nuit silencieuse, ô sainte nuit!</p>
+<p>Fils de Dieu, comme l'amour</p>
+<p>Rit sur ta bouche divine.</p>
+<p>Quand sonne pour nous l'heure du salut.</p>
+<p>Christ, par ta naissance! (bis.)</p>
+ </div> </div>
+
+<p>Puis ce sont des épanchements d'amitié, des remerciements
+sans fin, la joie brille dans tous les regards,
+les plus secrets désirs ont été devinés.... Noël est le
+plus beau jour de l'année.</p>
+
+<p>Enfin, grand'mère fait une lecture dans la Bible.
+D'une voix tremblante et pieuse, elle lit l'histoire du
+Sauveur qui naquit dans une étable et qui fut mis
+dans une crèche. Les enfants écoutent cette histoire
+qu'ils connaissent déjà et qui chaque année cependant
+leur paraît plus belle.</p>
+
+<p>Quelquefois, on enferme, la veille de Noël, un
+arbre chargé de petits cierges, de bonbons, de pommes
+et de jouets dans une armoire, qu'on ouvre à
+l'instant où l'on s'y attend le moins, pour donner
+aux enfants le plaisir de la surprise. Goëthe, dans
+son roman célèbre de Werther, fait allusion à cette
+coutume. Entourée de ses petits frères et de ses
+petites soeurs, Charlotte dit à l'un d'eux, cachant son
+inquiétude sous un agréable sourire: «Tu auras, si
+tu es sage, une bougie de couleur et <i>quelque chose
+avec</i>.»</p>
+
+<p>Dans quelques familles, c'est encore l'usage qu'avant
+la distribution des présents se montre le <i>valet
+Rupert</i><a id="footnotetag28" name="footnotetag28"></a><a href="#footnote28"><sup>28</sup></a> (<i>Knecht Ruprecht</i>) ou <i>Nicolas le Velu</i>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote28" name="footnote28"></a><b>Note 28:</b><a href="#footnotetag28"> (retour) </a> Cet usage tend à disparaître; les petits enfants s'en font peur
+et leur santé peut en souffrir; les grands n'y croient plus.</blockquote>
+
+<p>Dans la croyance populaire, ce <i>Knecht Ruprecht</i>
+est le même que saint Nicolas (ou le <i>Santa Claus</i> des
+Anglais). Il est bien connu dans toute l'Allemagne
+Centrale et l'Allemagne du Nord. Il revêt un habit
+de fourrure et une barbe très épaisse couvre sa
+figure, un large bonnet à longs poils orne sa tête.
+Il porte sur le dos un sac plein de jouets et de friandises
+et dans sa main une baguette, car une partie de
+sa mission consiste à châtier les enfants méchants. Il
+est maintenant le messager du Christ-Enfant, bien
+qu'il doive son origine à des coutumes païennes.</p>
+
+<p>Dans d'autres parties de l'Allemagne, saint Nicolas
+et saint Martin sont les messagers de l'Enfant Jésus.
+Saint Martin est le fameux évêque de Tours et Saint
+Nicolas le non moins fameux évêque de Myre en
+Lycie. Leurs fêtes tombent vers le temps de Noël<a id="footnotetag29" name="footnotetag29"></a><a href="#footnote29"><sup>29</sup></a>
+et c'est probablement la raison pour laquelle leurs
+noms sont mêlés aux réjouissances de cette fête. En
+Allemagne, les catholiques ont adopté saint Martin
+et les protestants saint Nicolas, mais ils ne sont ni
+l'un ni l'autre séparés de l'Enfant Jésus. Dans les
+pieuses familles allemandes on rappelle aux enfants
+que ce n'est pas saint Martin ou saint Nicolas, avec
+ses dons matériels, qui est le principal visiteur pendant
+la sainte veillée, mais l'Enfant Jésus qui vient
+plus tard avec ses grâces divines. Dans les demeures
+où la venue de l'Enfant Jésus est représentée, Il entre
+avec un coeur de pain d'épices dans sa main, symbolisant
+le coeur renouvelé qu'il apporte à tous ceux
+qui l'attendent. De leur côté, les enfants tiennent un
+verre de vin pour rafraîchir l'Enfant Jésus et une
+botte de foin pour l'âne sur lequel Il est monté.
+Quand Il apparaît, ils chantent un Noël enfantin des
+plus charmants:</p>
+
+<div class="poem"> <div class="stanza">
+<p>Christkindele, Christkindele,</p>
+<p>Komm doch zu uns herein!</p>
+<p>Wir haben ein Heubündele</p>
+<p>Und auch ein Gläsele Wein.</p>
+<p>Das Bündele fürs Esele,</p>
+<p>Für's Kindele das Gläsele,</p>
+<p>Und beten können wir auch.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>Cher petit Enfant Jésus.</p>
+<p>Descends donc chez nous!</p>
+<p>Nous avons une botte de foin</p>
+<p>Et aussi un verre de vin.</p>
+<p>La botte est pour l'âne</p>
+<p>Pour l'Enfant le verre.</p>
+<p>Et nous savons aussi prier.</p>
+ </div> </div>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote29" name="footnote29"></a><b>Note 29:</b><a href="#footnotetag29"> (retour) </a> La fête de Saint-Martin est le onze Novembre et la fête de
+Saint-Nicolas le six Décembre.</blockquote>
+
+<p>Le <i>Knecht Ruprecht</i> est souvent représenté par
+quelque ami de la maison qui, pour n'être pas
+reconnu des enfants, porte, comme nous l'avons dit
+plus haut, un bonnet de fourrure, une longue barbe
+et un grand bâton. Cet usage est ainsi raconté dans
+le <i>Journal des Voyages</i>:</p>
+
+<p>«Le soir du vingt-quatre Décembre, dans une
+chambre bien éclairée, est disposé l'arbre de Noël
+orné d'objets et de friandises; les enfants sont partagés
+entre l'espérance et la crainte.... Tout à coup
+on entend une clochette, la porte s'ouvre et <i>Christkinde30</i><a id="footnotetag30" name="footnotetag30"></a><a href="#footnote30"><sup>1</sup></a>
+paraît: c'est une jeune femme vêtue de
+blanc et coiffée d'une perruque de chanvre<a id="footnotetag31" name="footnotetag31"></a><a href="#footnote31"><sup>31</sup></a>. Sa
+figure est enfarinée pour la rendre méconnaissable,
+et elle porte sur la tête une couronne; d'une main
+elle tient une clochette, et de l'autre une corbeille
+pleine de bonbons.... Soudain un grand bruit de
+ferrailles se fait entendre et bientôt apparaît <i>Nicolas
+le Velu</i>, le corps couvert d'une peau d'ours. Sa figure
+toute noire est encadrée d'une grande barbe; d'une
+voix grave et vibrante, il demande quels sont les
+enfants méchants.... Alors les bons parents interviennent,
+plaidant en faveur des petits coupables,
+implorant pour eux l'indulgence, et promettant, en
+leur nom, une conduite exemplaire pour l'avenir....
+Le démon est chassé du logis; et bientôt l'on n'entend
+plus que des rires sonores et des applaudissements
+enfantins autour de l'arbre de Noël, objet de
+toutes les convoitises.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote30" name="footnote30"></a><b>Note 30:</b><a href="#footnotetag30"> (retour) </a> <i>Kindel</i> petit enfant, <i>Christkindel</i> petit Enfant Jésus.</blockquote>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote31" name="footnote31"></a><b>Note 31:</b><a href="#footnotetag31"> (retour) </a> Les Allemands sont caractérisés par les cheveux blonds clairs et
+les yeux bleus.</blockquote>
+
+<p>Pendant la guerre de 1870, ce ne fut pas l'un des
+moindres sujets d'étonnement pour les paysans français
+envahis, que de voir Prussiens, Bavarois, Saxons,
+Wurtembergeois, etc., et les uhlans eux-mêmes, se
+grouper fraternellement autour de petits sapins agrémentés
+de lumières et chanter des choeurs glorifiant
+la venue du Messie.&mdash;De nombreux soldats bavarois,
+logés au Petit Séminaire d'Orléans, à La Chapelle-Saint-Mesmin,
+demandèrent une des salles
+d'étude et y élevèrent leur arbre de Noël. Ils firent
+entendre leurs plus beaux chants en l'honneur de
+l'Enfant Jésus, et écoutèrent avec un profond recueillement
+une allocution très éloquente de leur
+aumônier militaire.</p>
+
+<p>A l'occasion des fêtes de Noël, les officiers allemands
+accordent des congés aux soldats placés sous
+leurs ordres. Mais il faut compter avec les exigences
+du service: tout le monde ne peut pas être envoyé
+«en permission». Après le départ des privilégiés
+qui passent la fête de Noël dans leurs foyers, il reste
+encore un grand nombre de soldats «au quartier».</p>
+
+<p>Or, en vertu du principe qui déclare que le
+régiment est une «seconde famille», les chefs cherchent
+à les récréer en cette fête solennelle.</p>
+
+<p>L'avant-veille de Noël, chaque <i>Hauptmann</i> (capitaine)
+reçoit de la commission des ordinaires, une
+somme d'environ cent marks (cent vingt-cinq francs),
+destinée à l'achat d'un arbre de Noël.</p>
+
+<p>Le soir du vingt-quatre Décembre, on installe
+un beau sapin tout hérissé de petites bougies, dans
+la chambre la plus vaste du casernement affecté à la
+compagnie: des tables sont dressées autour de l'arbre
+et tendues de nappes bien blanches sur lesquelles
+s'alignent des paquets de cigares, enveloppés de
+chauds tricots de laine, des <i>Pfefferkuchen</i> (pains
+d'épices) autour desquels s'enroulent des paires de
+bretelles, des chaussettes, des ceintures de gymnasque;
+aux extrémités et servant d'encadrement des
+pipes, des photographies, des portraits de l'Empereur,
+etc.</p>
+
+<p>Au fond de la salle, un tonnelet de bière chevauche
+majestueusement sur un chevalet improvisé.</p>
+
+<p>La nuit est venue. Déjà, depuis un instant, le
+capitaine est arrivé avec ses officiers et attend dans
+la chambre du chef.</p>
+
+<p>La commission des sous-officiers et soldats chargés
+de préparer la fête fait son entrée. Le sergent-major
+s'avance et dit:</p>
+
+<p>&mdash;Mon capitaine, tout est prêt.</p>
+
+<p>&mdash;Très bien. Et le tonnelet de bière?</p>
+
+<p>&mdash;Il est en place, mon capitaine.</p>
+
+<p>&mdash;Parfait. Voulez-vous faire venir «les hommes.»</p>
+
+<p>Cinq minutes après, toute la compagnie est là.
+Un profond recueillement plane sur l'assistance. Le
+capitaine entre alors dans la salle et aussitôt les soldats
+entonnent le choral:</p>
+
+<div class="poem"> <div class="stanza">
+<p><i>O du fröhliche, o du selige,</i></p>
+<p><i>Gnadenbringende Weihnachiszeit</i></p>
+<p><i>Welt ging cerloren: Christ ist geboren</i></p>
+<p><i>Freue dich, freue dich, du Christenheit.</i></p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>O joyeux, ô radieux.</p>
+<p>O salutaire Noël,</p>
+<p>La Terre était perdue, le Christ est né,</p>
+<p>Réjouis-toi, réjouis-toi, ô Chrétienté!</p>
+ </div> </div>
+
+<p>Le chant terminé, le sergent-major dépose dans
+un casque un nombre de numéros égal à celui des
+hommes présents. Chaque troupier, à son tour, vient
+en tirer un et prendre ensuite possession du cadeau
+correspondant.</p>
+
+<p>L'opération du tirage au sort est achevée. Le
+tonneau est mis en perce. Le capitaine, verre en
+main, se porte au centre; après un petit speech de
+circonstance, il termine par ces mots:</p>
+
+<p>&mdash;<i>Auf cuer Wokl, Leute; ich wünsche euch
+allen ein frohes Fest.</i></p>
+
+<p>(A votre santé! les hommes (mes amis), je vous
+souhaite à tous de passer joyeusement la fête.)</p>
+
+<p>Au bout de quelques minutes, après avoir causé
+amicalement avec les soldats, le <i>Hauptmann</i> se retire
+pour donner aux sous-officiers ses étrennes <i>personnelles</i>.</p>
+
+<p>Un trait patriotique, extrait d'un journal allemand<a id="footnotetag32" name="footnotetag32"></a><a href="#footnote32"><sup>32</sup></a>,
+nous permet de compléter tout ce que
+nous avons dit des coutumes de Noël dans les pays
+d'Outre-Rhin.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote32" name="footnote32"></a><b>Note 32:</b><a href="#footnotetag32"> (retour) </a> C'est la <i>Fraukfurter Zeitung</i>, la <i>Gazette de Francfort</i>, qui raconte
+ce trait ravissant, plein de patriotisme et de souffle religieux.</blockquote>
+
+<p>C'était en 1870, pendant le siège de Paris. La nuit
+était glaciale et des milliers d'étoiles perlaient au
+firmament. Français et Allemands étaient si rapprochés
+que, d'un poste à l'autre, on entendait clairement
+retentir les appels et résonner les armes sur le
+sol durci par une gelée des plus intenses.</p>
+
+<p>Il pouvait être minuit. Tout à coup un soldat
+français, après avoir demandé la permission à son
+capitaine, gravit le fossé et s'avance de quelques pas
+vers l'ennemi. Là, il s'arrête, salue militairement, et
+d'une voix puissante et grave, à pleins poumons, il
+entonne:</p>
+
+<blockquote><p>
+Minuit, chrétiens, c'est l'heure solennelle<br>
+Où l'Homme-Dieu descendit jusqu'à nous...
+</p></blockquote>
+
+<p>Cette apparition était si inattendue, si mystérieuse,
+cette voix vibrait si harmonieusement dans le
+calme de la nuit, ce chant magistral empruntait aux
+circonstances une telle grandeur, une telle beauté
+que tous&mdash;raconte le capitaine de mobiles témoin
+du fait<a id="footnotetag33" name="footnotetag33"></a><a href="#footnote33"><sup>33</sup></a>&mdash;parisiens sceptiques et railleurs, nous
+étions suspendus aux lèvres du chanteur.&mdash;Et du
+côté des Allemands, l'impression devait être la même,
+car on n'entendit pas le moindre bruit d'armes, pas
+la moindre parole.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote33" name="footnote33"></a><b>Note 33:</b><a href="#footnotetag33"> (retour) </a> Le capitaine X***, d'un bataillon de mobiles de Paris, a raconté
+lui-même le fait: le chanteur appartenait à l'un des grands théâtres
+de la capitale.</blockquote>
+
+<p>Quand les derniers mots du cantique d'Adam:</p>
+
+<div class="poem"> <div class="stanza">
+<p>Peuple, debout! Chante la délivrance!</p>
+<p>Noël! Noël! Voici le Rédempteur!</p>
+ </div> </div>
+
+<p>eurent retenti au milieu du silence général, comme
+un coup de clairon «qui sonne la victoire», le
+soldat rentra au poste où il fut acclamé par tous ses
+camarades.</p>
+
+<p>Mais aussitôt après, du côté des Allemands, un
+soldat apparaissait à son tour: c'était un superbe
+artilleur, casque en tête. Il s'avança, comme le
+français, de quelques pas et salua militairement avec
+la raideur propre aux soldats de son pays. Là, entre
+ces deux armées d'hommes qui jusqu'alors ne songeaient
+qu'à s'entr'égorger, il entonna, à son tour,
+en allemand, un beau cantique de Noël, hymne de
+reconnaissance et de foi à Jésus Enfant, qui naquit,
+il y a dix-huit siècles, et vint prêcher aux hommes
+l'amour de leurs frères.</p>
+
+<p>Pas un bruit, pas un mouvement hostile du côté
+des Français ne vint troubler la voix du chanteur
+allemand. Quand, avec une émotion toujours croissante,
+il eut redit les dernières paroles du refrain:</p>
+
+<div class="poem"> <div class="stanza">
+<p>Weihnachtszeit! Weihnachtszeit<a id="footnotetag34" name="footnotetag34"></a><a href="#footnote34"><sup>34</sup></a>.</p>
+ </div> </div>
+
+<p>le poste allemand tout entier le reprit en choeur.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote34" name="footnote34"></a><b>Note 34:</b><a href="#footnotetag34"> (retour) </a> Temps de Noël! Temps de Noël!</blockquote>
+
+<p>Et dans nos retranchements, le poste français
+répondit d'une seule voix: Noël! Noël! Vive Noël!</p>
+
+<p>Un instant, les deux armées ennemies furent
+ainsi confondues dans une pensée commune de cordialité
+et de paix. L'idée de Noël, avec le souvenir
+de ses fêtes familiales et de ses enseignements divins,
+avait ainsi transformé ces hommes et mis dans leurs
+coeurs les sentiments de la plus fraternelle charité<a id="footnotetag35" name="footnotetag35"></a><a href="#footnote35"><sup>35</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote35" name="footnote35"></a><b>Note 35:</b><a href="#footnotetag35"> (retour) </a> On nous écrit qu'un fait à peu près semblable se serait passé à
+la tranchée de la Plâtrière, près de Choisy-le-Roi.</blockquote>
+<br><br><br>
+
+
+
+<h2>NOËL<br>
+
+DANS<br>
+
+LES PAYS DU MIDI<br><br>
+
+
+ITALIE&mdash;NAPLES&mdash;SICILE&mdash;ESPAGNE</h2>
+<br><br><br>
+
+<p>«Noël! Noël! jour d'espérance et d'amour, s'écrie
+un écrivain étranger; est-il un peuple dans le monde
+chrétien chez lequel le retour de cette fête ne soit
+célébré par des usages, des jeux, des chants et des
+traditions qui varient selon le sol et le climat, prenant
+les teintes du caractère national, gais ou sombres,
+tristes ou folâtres, suivant qu'ils ont été créés
+par une imagination vive ou mélancolique et plus ou
+moins amie du mystère?»</p>
+
+<p>En effet, les conditions du milieu ont une action
+prépondérante sur les réjouissances populaires. Dans
+les pays du Midi où le soleil brille de tous ses feux
+sous un ciel d'azur dont aucune vapeur ne vient
+ternir l'éclat, où l'on jouit des nuits étoilées, des
+vents de mer à la tiède et caressante haleine, la vie
+est pour ainsi dire tout entière au dehors, tandis
+que, dans les pays du Nord, où sévit le froid, la
+neige, la glace et la bise mordante, les habitants se
+renferment des mois entiers dans leur demeure et se
+groupent autour de l'âtre où flamboie et pétille la
+grosse bûche de la forêt.</p>
+
+<p>De là, en Italie et en Espagne, les coutumes de
+Noël sont plus extérieures, plus bruyantes, en un
+mot, l'expression d'une joie plus expansive et toute
+méridionale. Elles n'en ont pas moins le caractère
+essentiellement religieux qu'on rencontre dans les
+pays du Nord.</p>
+<br><br>
+
+<h3>ITALIE</h3>
+
+<p>Saluons d'abord Rome, la ville des Césars, la capitale
+du monde catholique, la résidence du Souverain
+Pontife. Nous avons eu le bonheur de la visiter à
+différentes époques et parfois nous y avons fait un
+assez long séjour. Nous ne l'avons jamais quittée
+sans emporter un ardent désir de revoir cette cité à
+jamais illustre où tous les peuples ont passé, où
+toutes les gloires ont brillé, où toutes les imaginations
+cultivées ont fait, au moins de loin, un pèlerinage.</p>
+
+<p>Au touriste elle offre les grandioses monuments
+de l'antiquité romaine, cirques, aqueducs, obélisques,
+fontaines, forums, arcs de triomphe. Ses nombreuses
+églises sont d'une richesse incomparable, ses musées
+remplis des plus beaux chefs-d'oeuvre de la sculpture,
+de la peinture et de la mosaïque; dans ses
+palais somptueux sont prodigués l'or, le marbre et
+les fresques des grands Maîtres.</p>
+
+<p>Le chrétien y vénère les corps des saints Apôtres,
+dans chaque église les reliques insignes de quelque
+grand saint; il baise avec une émotion mêlée de larmes
+la poussière du gigantesque Colisée toute imprégnée
+du sang des martyrs; il pénètre avec recueillement
+et piété dans les immenses souterrains des
+catacombes où il sent revivre en lui tous les souvenirs
+des premiers âges.</p>
+
+<p>Le savant, l'érudit y trouve les plus riches bibliothèques
+et les documents les plus authentiques sur
+l'origine de l'Église et son histoire à travers les
+siècles.</p>
+
+<p>Rome nous est chère à un point de vue plus spécial.
+C'est là que de tous les pays d'Occident et
+d'Orient, d'Amérique et des îles viennent de jeunes
+ecclésiastiques pour y compléter leurs études. Ils suivent
+les cours des professeurs les plus éminents et
+ils s'efforcent de conquérir les grades les plus élevés
+en théologie et en droit canon. Ils ont bien voulu
+nous adresser des notes sur les coutumes de Noël
+dans leurs pays respectifs. Nous ne savons comment
+leur témoigner notre gratitude<a id="footnotetag36" name="footnotetag36"></a><a href="#footnote36"><sup>36</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote36" name="footnote36"></a><b>Note 36:</b><a href="#footnotetag36"> (retour) </a> M. l'abbé B***, de la Procure de Saint-Sulpice, à Rome, a été
+bien des fois, pour nous, le plus intelligent et le plus dévoué des
+intermédiaires et des correspondants.</blockquote>
+
+<p>Tout le mois de Décembre sert, à Rome, de préparation
+à la fête de Noël.</p>
+
+<p>Au retour de l'Avent, apparaissent les gracieux
+bergers qu'on appelle Pifferari, c'est-à-dire joueurs
+de fifre, du mot italien piffero, fifre, parce qu'autrefois
+le fifre était leur instrument de prédilection.
+Après avoir passé le reste de l'année sur les montagnes
+dont la ville de Rome est environnée, ils descendent
+dans les rues et viennent annoncer la grande
+fête populaire<a id="footnotetag37" name="footnotetag37"></a><a href="#footnote37"><sup>37</sup></a>. C'est une des plus naïves et des
+plus touchantes traditions des siècles de foi. Ils sont
+ordinairement par groupes de trois: un vieillard, un
+homme d'âge mûr et un enfant. Ils rappellent ainsi
+une ancienne opinion qui ne compte que trois bergers
+à la Crèche.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote37" name="footnote37"></a><b>Note 37:</b><a href="#footnotetag37"> (retour) </a> Ils viennent surtout de la Sabine et des Abruzzes.</blockquote>
+
+<p>Ils vont par les rues, jouent de leurs instruments
+champêtres dont ils accompagnent leurs chants. Ces
+airs innocents, qui rappellent le grand mystère de
+Bethléem et le retour des jours joyeux, éveillent dans
+la plupart des fidèles des sentiments de foi et de piété.&mdash;On
+dit qu'ils représentent les heureux pasteurs
+qui se rendirent à la Crèche pour vénérer l'Enfant
+Jésus et en réalité l'usage de ces neuvaines de chants
+préparatoires à la fête de Noël est immémorial.</p>
+
+<p>Leurs instruments sont simples comme tous ceux
+des bergers: c'est le hautbois, instrument à vent et à
+anche, dont le son clair et perçant est à la fois sourd
+et plaintif surtout dans les notes basses; c'est la cornemuse,
+instrument de musique champêtre, auquel on
+donne le vent avec un soufflet qui se hausse ou se
+baisse par le mouvement du bras, horrible ensemble
+de peaux tendues et gonflées qui donne des sons
+nasillards mais pleins d'une mélancolique suavité<a id="footnotetag38" name="footnotetag38"></a><a href="#footnote38"><sup>38</sup></a>;
+c'est le fifre, sorte de petite flûte d'un son aigu; le
+chalumeau et plus rarement le triangle.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote38" name="footnote38"></a><b>Note 38:</b><a href="#footnotetag38"> (retour) </a> Le <i>biniou</i> des Bretons est une sorte de cornemuse.
+Les <i>Highlanders</i> (montagnards d'Écosse) l'appellent <i>pibroch</i>:
+elle est en usage dans certains régiments écossais: c'est le
+<i>bagpipe</i> (instrument à outre et à tuyaux.)
+Dans les campagnes de la Sologne et du Berry, on donne quelquefois
+à la cornemuse le nom de <i>chèvre</i>, parce que l'outre de cet instrument
+est souvent faite avec la peau de cet animal.</blockquote>
+
+<p>Le costume des <i>Pifferari</i> est en harmonie avec
+leur pieuse <i>canzonetta</i> (cantate, chansonnette). Un
+chapeau tyrolien en pointe orné d'une aigrette ou de
+rubans multicolores et penché sur l'oreille, une veste
+courte, un manteau en grosse bure marron ou bleue,
+une culotte en peau de brebis ou de chèvre, des
+chaussures terminées par une semelle qui se rattache
+sur le pied avec des courroies; ajoutez à cela de
+longs cheveux noirs qui descendent sur les épaules,
+une belle barbe, des yeux vifs, un front élevé, une
+marche lente et incertaine et vous aurez une idée de
+ce costume et de ce type remarquable<a id="footnotetag39" name="footnotetag39"></a><a href="#footnote39"><sup>39</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote39" name="footnote39"></a><b>Note 39:</b><a href="#footnotetag39"> (retour) </a> Monseigneur Gaume, <i>les Trois Rome</i>. Tom. I. p. 190.</blockquote>
+
+<p>«Nous avons rencontré dans les rues de Rome,
+aux approches de Noël, ces artistes ambulants. Qu'ils
+sont beaux à voir surtout ces enfants avec leur figure
+mélancolique, déjà grave et rêveuse, avec de grands
+yeux merveilleusement bleus, de ce bleu lumineux
+et transparent, limpide et profond qu'ont le ciel et
+la mer d'Italie, avec leurs chevelures aux boucles
+soyeuses pleines de reflets d'or. En les contemplant,
+on ne peut s'empêcher de penser à ces visages roses
+de chérubins légers, à ces têtes charmantes et douces
+où la lumière semble mettre une auréole et dont
+longtemps dans sa cellule eut rêvé à genoux Fra
+Angelico da Fiesole»<a id="footnotetag40" name="footnotetag40"></a><a href="#footnote40"><sup>40</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote40" name="footnote40"></a><b>Note 40:</b><a href="#footnotetag40"> (retour) </a> Paul Véron. de Pithiviers.&mdash;Ses ouvrages, en prose et en
+vers, écrits dans un style plein de charmes, révèlent l'esprit poétique
+et l'âme idéalement belle de notre excellent ami, décédé pieusement
+le Vendredi Saint 1888.</blockquote>
+
+<p>Les <i>Pifferari</i> s'acquittent avec conscience de la
+pieuse fonction que leur ont transmise leurs pères.
+Debout et tête nue, ils jouent devant les images de
+la Madone: devant elles ils font entendre leur <i>ninna
+nanna</i><a id="footnotetag41" name="footnotetag41"></a><a href="#footnote41"><sup>41</sup></a>. On les loue pour des neuvaines, ou une
+sérénade, chaque jour, autant que durent les fêtes.
+Ils ne manquent jamais d'arriver à l'heure dite, d'autant
+plus allègres qu'ils satisfont tout à la fois la
+dévotion de leur cour et les besoins de leur bourse.
+Ils triomphent la veille de Noël, tant ils sont nombreux
+ce jour-là, tant leurs joyeux concerts effacent
+ceux des jours précédents.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote41" name="footnote41"></a><b>Note 41:</b><a href="#footnotetag41"> (retour) </a> Ces deux mots peuvent se traduire par <i>fais dodo,
+fais dodo</i>. Une <i>ninna nanna</i> est une berceuse ou chanson
+destinée à endormir les petits enfants: les chanteurs italiens
+s'adressent à la Sainte Vierge.</blockquote>
+
+<p>Voici l'une des cantates qu'ils réservent pour la
+vigile de la grande fête:</p>
+
+<div class="poem"> <div class="stanza">
+<p>O Verginella, figlia di Sant' Anna,</p>
+<p>Nel ventre tuo portasti il buon Gesu,</p>
+<p>Gl' Angioli chiamarono: Venite, Santi,</p>
+<p>Andat a Gesu bambino alla capanna,</p>
+<p>Partorito sotto ad un a capanella,</p>
+<p>Dove mangiavan il bove e l'asinella.</p>
+<p>Immacolata Vergine, beata</p>
+<p>In cielo, in terra sii avvocata.</p>
+<p>La notte di Natale è notte santa,</p>
+<p>Questa orazion che vien cantata</p>
+<p>A Gesu, bambino sia representata.</p>
+ </div> </div>
+
+<p>Nous traduisons littéralement:</p>
+
+<div class="poem"> <div class="stanza">
+<p>O douce Vierge, fille de Sainte Anne, dans votre sein</p>
+<p>vous portâtes le bon Jésus. Les Anges ont crié: Venez.</p>
+<p>Saints, allez à la cabane de Jésus Enfant, né dans une</p>
+<p>petite étable<a id="footnotetag42" name="footnotetag42"></a><a href="#footnote42"><sup>42</sup></a> où mangeaient le boeuf et l'ânesse.</p>
+ </div> </div>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote42" name="footnote42"></a><b>Note 42:</b><a href="#footnotetag42"> (retour) </a> Nous n'avons pas d'équivalents en français pour rendre les
+gracieux diminutifs italiens: verginella, capanella, asinella, angioli.</blockquote>
+
+<p>La dernière strophe est une touchante prière qui
+convient et à l'auguste Vierge et au mystère de ce
+jour:</p>
+
+<blockquote><p>
+O Vierge Immaculée, bienheureuse au ciel, soyez notre<br>
+avocate sur la terre. La nuit de Noël est une nuit sainte:<br>
+présentez à Jésus Enfant la prière que nous avons chantée!
+</p></blockquote>
+
+<p>Quelquefois on rencontre, par les rues de Rome,
+de pauvres aveugles qui chantent en s'accompagnant
+de la mandoline ou de la guitare, des chansons à
+l'Enfant Jésus. Voici l'une des plus populaires:</p>
+
+<div class="poem"> <div class="stanza">
+<p>Dormi, dormi nel mio seno.</p>
+<p>Dormi, ó mio flor Nazareno;</p>
+<p>Il mio cuor culla sara</p>
+<p>Fra la ninna nanna na!</p>
+ </div> </div>
+
+<div class="poem"> <div class="stanza">
+<p>Dors, dors sur mon sein.</p>
+<p>Dors, ô ma fleur de Nazareth;</p>
+<p>sur mon coeur tu seras bercée</p>
+<p>et tu feras la câline, dorlotée,</p>
+<p>dorlotée<a id="footnotetag43" name="footnotetag43"></a><a href="#footnote43"><sup>43</sup></a>.</p>
+ </div> </div>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote43" name="footnote43"></a><b>Note 43:</b><a href="#footnotetag43"> (retour) </a> De nos jours, on voit encore, à Rome, des groupes de musiciens,
+pendant le temps de Noël, mais les gracieux instruments
+d'autrefois deviennent de plus en plus rares: la plupart du temps ils
+sont remplacés par de bruyants trombones, de criardes clarinettes et le
+plus souvent ils ne donnent leurs concerts que pour la <i>mancia</i> (les
+étrennes).</blockquote>
+
+<p>Quelques jours avant Noël, on rencontre parfois
+des montagnards, vêtus de leur pittoresque costume,
+qui font danser des <i>marionnettes</i> au son de leurs instruments
+rustiques. Ces petits théâtres sur lesquels
+ils font mouvoir des figurines de bois ou de carton
+sont accueillis avec des cris de joie par les enfants.
+Ce sont pour eux les messagers célestes qui annoncent
+bonbons et jouets de toutes sortes: ils remplacent
+dans leur imagination le «Bonhomme Noël»
+tout emmitouflé des régions du Nord et ils ne sont
+pas attendus avec moins d'impatience.</p>
+
+<p>Quel ravissant coup d'oeil offrent les magasins de
+Rome pendant la semaine de Noël. Les blanches
+Madones ornent les façades, ou resplendissent à l'intérieur
+au milieu des lumières. Les marchandises
+disposées sur des étagères avec un goût parfait,
+apparaissent dominées par une jolie statue de la
+Vierge qui, sur un trône de verdure et de fleurs, est
+vraiment la Reine de la maison: une lampe brûle,
+jour et nuit, devant elle.</p>
+
+<p>De petites boutiques s'élèvent comme par enchantement
+le long de toutes les rues qui avoisinent le
+Tibre. Les enfants conduits par leurs parents se
+dirigent de préférence vers la place Saint-Eustache
+et vers la place Navone, remplies de magasins
+improvisés qui présentent un entassement de bonbons
+et de jouets de toutes sortes. Du matin au soir,
+c'est un véritable assaut de la part de tout un peuple
+d'acheteurs de sept à dix ans. Pour le Romain, Noël
+est vraiment le <i>capo d'anno</i>, le jour de l'an. C'est à
+Noël que les communautés échangent des <i>Agnus
+Dei</i> encadrés dans des reliquaires et même des
+gâteaux. Sous Pie IX encore, le Pape recevait les
+présents du Collège des Notaires apostoliques.</p>
+
+<p>Pendant la nuit de Noël, on envoie à ses parents
+et amis des gâteaux de maïs qui ont été bénits par
+les prêtres des paroisses. Ces gâteaux sont plus ou
+moins grands, suivant l'importance du cadeau qu'on
+veut faire. Laisnel de la Salle rapporte<a id="footnotetag44" name="footnotetag44"></a><a href="#footnote44"><sup>44</sup></a> qu'une
+année le prince Borghèse en reçut un blasonné à
+ses armes qui ne mesurait pas moins de six mètres
+de largeur. Il en fit faire vingt-quatre énormes portions
+qui furent distribuées à autant de pauvres.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote44" name="footnote44"></a><b>Note 44:</b><a href="#footnotetag44"> (retour) </a> <i>Croyances et légendes</i>, Tom. I. page 12.</blockquote>
+
+<p>Cette année (1904), la réception des cardinaux par
+le Pape au Vatican, pour la présentation des voeux,
+eut un caractère tout intime. La veille de Noël,
+chaque cardinal s'exprima verbalement en son nom:
+on ne lut point d'adresse, le Pape ne prononça pas
+de discours, mais s'entretint cordialement avec
+chaque cardinal. Le Souverain Pontife reçut ensuite
+l'antichambre pontificale et les officiers de sa garde.</p>
+
+<p>Mais l'objet le plus convoité par les enfants,&mdash;les
+meilleures étrennes&mdash;c'est un <i>presepio</i>. On nomme
+ainsi une Crèche en cire, contenant l'Enfant Jésus
+couché sur la paille, Marie et Joseph en adoration à
+ses côtés et, sur un plan éloigné, le boeuf et l'âne qui
+semblent réchauffer de leur haleine le Sauveur du
+monde. Il y a des Crèches de route grandeur, de
+tout prix: les plus attrayantes pour les petits Romains
+sont celles qui sont recouvertes d'un globe de cristal.
+Ils emportent triomphalement leur <i>presepio</i> et le
+placent avec honneur dans leur chambrette ornée à
+l'avance pour le recevoir. C'est devant lui que,
+chaque soir, toute la famille vient prier<a id="footnotetag45" name="footnotetag45"></a><a href="#footnote45"><sup>45</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote45" name="footnote45"></a><b>Note 45:</b><a href="#footnotetag45"> (retour) </a><p>La plus belle Crèche de Rome se trouve toujours dans l'antique
+église de l'<i>Ara coeli</i>, au Capitole.
+Ces représentations de la Crèche sont ordinairement conservées de
+Noël à l'Épiphanie.&mdash;Autrefois, dans quelques églises, on les cachait
+le jour des Saints Innocents, en mémoire de la fuite de Jésus en
+Égypte.</p>
+
+<p>Le célèbre peintre florentin Luca della Robbia se distingua dans
+la fabrication des Crèches en terre cuite.</p></blockquote>
+
+<p>Rappelons un gracieux et naïf usage qui existe à
+Rome et qui fait de Noël, comme partout ailleurs, la
+fête privilégiée des enfants: nous voulons parler des
+petits prédicateurs de l'<i>Ara coeli</i>.</p>
+
+<p>Pendant les fêtes de Noël, on vient de tous les
+quartiers de la ville dans cette église dédiée à la
+Vierge Marie pour rendre ses hommages au <i>San
+Bambino</i>. Tout le monde le connaît, tout le monde
+vient se recommander à lui. Il n'est pas rare qu'on le
+conduise chez des malades désespérés et que des
+guérisons étonnantes soient produites par sa présence.
+Telle est à Rome sa renommée que ceux même
+qui, en 1849, opprimaient le Pape et outrageaient
+les prêtres, affectaient de le respecter et lui donnèrent
+la plus belle des voitures qui se trouvaient au Quirinal
+pour ses visites aux malades.</p>
+
+<p>La statue du <i>San Bambino</i> est en bois d'olivier:
+sa robe est couverte de saphirs, d'émeraudes et de
+topazes, dons de la piété des fidèles. Un soleil tout
+en diamant étincelle sur sa poitrine, des colliers plus
+précieux les uns que les autres ornent son cou et
+tout cela en reconnaissance des nombreuses guérisons
+opérées au contact du <i>San Bambino</i> et constatées
+par des témoignages très authentiques. Il demeure
+exposé depuis Noël jusqu'à l'Épiphanie, dans une
+chapelle latérale admirablement décorée: il y est
+entouré de tous les personnages qui furent témoins
+du mystère de Bethléem.</p>
+
+<p>Quand le moment est venu de le dérober aux
+regards, les Religieux Franciscains du couvent de
+l'<i>Ara coeli</i> le portent en procession sur le seuil de
+l'église et avec lui bénissent la foule.</p>
+
+<p>Peu de cérémonies, à Rome, attirent un tel concours:
+les cent vingt-quatre marches qui conduisent
+à l'église, tous les degrés du Capitole, tous les balcons
+sont garnis de pieux fidèles qui attendent cette
+bénédiction comme une grâce des plus précieuses.</p>
+
+<p>C'est en face du <i>San Bambino</i> que les enfants de
+Rome viennent prêcher. Au pilier voisin s'appuie
+une petite chaire: les jeunes orateurs de sept a
+douze ans s'y succèdent pour y célébrer, dans leur
+naïf langage, les louanges du petit Jésus.</p>
+
+<p>Deux mois avant la fête, père, mère, frères et
+soeurs, tout le monde est en mouvement dans les
+familles. Les uns composent, les autres font répéter
+au jeune débutant son sermon de Noël.</p>
+
+<p>«Lorsque j'arrivai, écrit Mgr Gaume, c'était une
+petite fille qui occupait la chaire: à en juger par sa
+taille, elle pouvait avoir huit ans au plus. Elle parlait
+avec beaucoup d'onction et de vivacité; le geste
+était naturel, le ton juste et varié..... La péroraison
+fut pathétique. L'orateur tomba à genoux, étendit ses
+petites mains vers le <i>Son Bambino</i>, lui adressa une
+naïve prière, puis donna sa bénédiction absolument
+comme l'aurait fait un vieux prédicateur»<a id="footnotetag46" name="footnotetag46"></a><a href="#footnote46"><sup>46</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote46" name="footnote46"></a><b>Note 46:</b><a href="#footnotetag46"> (retour) </a> Loc. cit. I p. 459.</blockquote>
+
+<p>Il n'est donc pas étonnant que, pendant huit jours,
+de dix heures du matin à trois heures du soir, il y ait
+foule à l'<i>Ara coeli</i>.</p>
+
+<p>C'est ici qu'il faut parler d'un personnage imaginaire
+qui jouait autrefois un grand rôle dans les coutumes
+populaires de Noël en Italie: il s'agit de la
+<i>Befana</i><a id="footnotetag47" name="footnotetag47"></a><a href="#footnote47"><sup>47</sup></a>.&mdash;Ce mot qui est évidemment une corruption
+de <i>Befania</i>. <i>Epifania</i> Épiphanie, veut dire
+<i>marionnette</i>, <i>fantôme</i>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote47" name="footnote47"></a><b>Note 47:</b><a href="#footnotetag47"> (retour) </a> Voir le <i>Dizionario di Tradizione</i> de Moroni.
+Spain. Tom. IV, pag. 278-282.</blockquote>
+
+<p>On appelle <i>Befana</i> un mannequin habillé de
+haillons qu'on promène en Italie, la nuit de l'Épiphanie
+et qu'on s'amuse à suspendre aux fenêtres le
+jour même de la fête. Cet usage a presque complètement
+disparu.</p>
+
+<p>Varchi et Béni représentent la <i>Befana</i> comme une
+vieille femme aux yeux rouges, aux lèvres épaisses,
+au visage furibond.</p>
+
+<p>Jacques Grimm<a id="footnotetag48" name="footnotetag48"></a><a href="#footnote48"><sup>48</sup></a> dit que la <i>Befana</i> est une fée
+difforme, noire, laide, qui apporte des présents aux
+enfants. En Allemagne, ajoute-t-il, <i>Tante Arie</i> joue
+à peu près le même rôle. Sa légende serait originaire
+de Franche-Comté; elle assiste aux moissons, préside
+les fêtes rustiques, récompense les fileuses diligentes,
+fait tomber les fruits des arbres pour les enfants
+sages, et à Noël leur donne des noix et des gâteaux.
+Le titre de <i>tante</i> paraît avoir remplacé celui de <i>fée</i>,
+car c'est le nom d'une personne généralement bienfaisante.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote48" name="footnote48"></a><b>Note 48:</b><a href="#footnotetag48"> (retour) </a> Dictionnaire de Mythologie allemande, s. v. <i>Befana</i>.</blockquote>
+
+<p>En Italie, son rôle serait celui du «Bonhomme
+Noël» ou de «Croquemitaine» si redouté des
+enfants. S'ils ne sont pas sages, les parents les menacent
+de tout révéler à la <i>Befana</i>. Celle-ci donne des
+cadeaux aux enfants obéissants; aux méchants elle
+n'apporte que de la cendre et du charbon.</p>
+
+<p>Comme les Rois Mages venaient de l'Orient et que
+l'un d'eux était noir, on raconte aux enfants que la
+<i>Befana</i> aussi est noire et qu'à cette époque, elle
+entreprend un grand voyage pour récompenser ou
+pour punir.</p>
+
+<p>Parmi les cadeaux qu'on lui attribue à Rome, on
+remarque les pommes de pin dorées qui rappellent
+l'encens et l'or des Rois Mages.</p>
+
+<p>En Toscane, elle est représentée comme une fée
+qui pénètre la nuit dans les maisons; elle emplit de
+bonbons et de joujoux, les souliers placés dans la
+cheminée. Les mamans et les gouvernantes menacent
+leurs <i>bambini</i> de la <i>Befana</i> qui n'est, disent-elles, ni
+tendre, ni généreuse pour les mauvais sujets.</p>
+
+<p>Le cinq Janvier, veille de l'Épiphanie, vers dix
+heures du soir, la place Xavone, la plus vaste et la
+plus imposante de Rome après celle de Saint-Pierre,
+est illuminée <i>à giorno</i> et présente un aspect féerique.
+Des marchands forains y étalent leurs boutiques
+ambulantes chargées de friandises, de fruits et de
+jouets d'une variété infinie. On y installe même des
+pâtisseries et des cafés pour les parents, les parrains,
+les maîtres: ils y viennent en foule pour «régaler»
+leurs enfants, leurs filleuls, leurs élèves.</p>
+
+<p>On crie, on danse, on tambourine, on agite des
+grelots et même des casseroles. On y vend surtout
+des trompettes de fer blanc appelées <i>Befane</i><a id="footnotetag49" name="footnotetag49"></a><a href="#footnote49"><sup>49</sup></a>. Les
+enfants les achètent et s'en vont par les rues, soufflant
+toute la soirée et toute la nuit, et rendant tout
+sommeil impossible. Cette bruyante démonstration
+est, dit-on, à l'intention du roi Hérode qu'on veut
+punir de sa cruauté envers les Innocents.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote49" name="footnote49"></a><b>Note 49:</b><a href="#footnotetag49"> (retour) </a> La veille de Saint Jean-Baptiste. Le même bruit se
+produit, avec des clochettes qu'on vend sur la place du Latran.</blockquote>
+
+<p>Assurément Hérode et sa famille occupent une
+grande place dans l'esprit des Italiens. Un voyageur qui
+visitait, l'hiver dernier, les églises de Rome, au temps
+de Noël, voyait partout, dans les Crèches, l'Enfant
+Jésus couvert d'un voile épais. Comme il en demandait
+la raison, on lui répondit: «c'est pour le dérober
+aux fureurs d'Hérode».</p>
+
+<p>D'après quelques auteurs<a id="footnotetag50" name="footnotetag50"></a><a href="#footnote50"><sup>50</sup></a>, la <i>Befana</i> serait
+Salomé, fille d'Hérode, qui fit décapiter Saint Jean
+Baptiste. Son histoire fit grande impression sur l'imagination
+du Moyen Age et la légende s'en empara
+bien vite pour y mêler ses fables. Ainsi, quand, au
+fameux festin, on lui présenta la tête tranchée du
+Saint, elle voulut y déposer un baiser, mais la bouche
+lui souffla violemment à la figure et aussitôt elle
+disparut ensorcelée et fut condamnée à suivre le
+cortège des mauvais esprits<a id="footnotetag51" name="footnotetag51"></a><a href="#footnote51"><sup>51</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote50" name="footnote50"></a><b>Note 50:</b><a href="#footnotetag50"> (retour) </a> Jacques Grimm. loc. cit.</blockquote>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote51" name="footnote51"></a><b>Note 51:</b><a href="#footnotetag51"> (retour) </a> Une autre légende raconte que la fille d'Hérode, en punition de
+son crime, eut la tête tranchée par un glaçon, au moment où elle
+traversait un fleuve dont la glace se brisa sous ses pieds.</blockquote>
+
+<p>A la cathédrale de Gênes, pendant la Messe de
+minuit, au <i>Gloria in excelsis</i>, tous les enfants de
+l'assistance sonnent un charivari de clochettes de
+terre cuite qui ne convient guère à la sainteté du lieu.
+&mdash;Ceci rappelle un peu les Messes solennelles des
+rites orientaux, arménien, grec, etc., où la consécration
+s'accomplit au son des grelots que le diacre et le
+sous-diacre agitent de chaque côté du célébrant. Ces
+grelots sont attachés au bout d'un bâton de deux
+mètres, qui porte à son extrémité une plaque ronde
+de cuivre ou d'argent; ils rendent un son harmonieux
+par suite du mouvement qu'on leur donne. Cet instrument
+s'appelle <i>quéchouez</i><a id="footnotetag52" name="footnotetag52"></a><a href="#footnote52"><sup>52</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote52" name="footnote52"></a><b>Note 52:</b><a href="#footnotetag52"> (retour) </a> Lebrun. <i>Explication des cérémonies de la Messe</i>. Tom. III.</blockquote>
+
+<p>D'ailleurs, pendant toute la veillée de Noël, ces
+mêmes clochettes préludent à la fête, dans toutes les
+rues de Gênes, d'une assez amusante façon.</p>
+
+<p>Dans quelques villes d'Italie, on voit encore ce
+qu'on appelle <i>la ruota della Befana</i>. C'est une ronde
+d'enfants avec des chants à tue-tête, autour d'un
+grand feu de joie. Cet usage existe encore à Mandello
+sur les bords du lac de Lecco. Un cortège nombreux,
+que précède une musique barbare et une mascarade
+pittoresque, escortent la <i>Befana</i>, la vieille qui
+porte la fleur de lys et la quenouille. D'après la
+légende, elle vient, le jour de Noël, distribuer des
+jouets et des friandises aux enfants bien sages. La
+fête se termine sur la place du village par un feu de
+joie dans lequel on brûle, en effigie, la vieille femme
+qui doit renaître de ses cendres l'année suivante.</p>
+
+<p>Dans ce même village de Mandello, le chef du
+peuple, <i>il capo del popolo</i>, revêtu d'un costume spécial
+et entouré d'une foule nombreuse, offre une
+marmite de soupe fumante à l'Enfant Jésus que l'on
+vénère dans une Crèche installée sur la grande place.
+Au pied d'un autel improvisé, on dépose, sur un
+tapis, des jattes remplies d'eau, que l'on vient
+reprendre le lendemain. Elles serviront de pieux
+présents aux amis, car cette eau passe pour avoir
+obtenu des vertus particulières pendant qu'elle a
+séjourné devant la Crèche.</p>
+
+<p>Dans la même région, au val di Rosa (Lecco), les
+gens du pays jouent encore, à l'occasion de Noël,
+des <i>Mystères</i> qui datent du Moyen Age. Ils représentent
+le cortège des Bergers et des Rois Mages, en
+costumes qu'ils sont fiers de porter, et montent, en
+chantant, sur les hauteurs voisines couvertes de
+neige. Un clerc ouvre la marche, tenant bien haut
+l'étoile lumineuse: rois et pasteurs suivent en ordre
+et se rendent à un <i>presepio</i> dressé dans un ermitage
+au sommet de la montagne.</p>
+
+<p>En Toscane et en d'autres contrées de l'Italie, la
+bûche de Noël est en grand honneur. Quelquefois
+même dans le langage populaire, on désigne la fête
+de Noël par ce seul mot <i>Ceppo, la Bûche</i>. On bande
+les yeux aux enfants, puis ces derniers doivent
+tourner autour de la Bûche et la frapper à coup de
+pincettes en chantant la <i>canzonetta</i> dite <i>l'Ave Maria
+de la Bûche</i>. Ce chant a la vertu de faire tomber sur
+eux une pluie bienfaisante de jouets et de bonbons,
+selon la générosité des assistants <a id="footnotetag53" name="footnotetag53"></a><a href="#footnote53"><sup>53</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote53" name="footnote53"></a><b>Note 53:</b><a href="#footnotetag53"> (retour) </a> P. Fantani&mdash;*** s. v. Ceppo</blockquote>
+<br><br><br>
+
+
+
+<h3>NAPLES</h3>
+
+<p>La vue de Naples, de son golfe aux teintes d'azur,
+de ses rivages constellés de blanches villas, de ses
+promontoires pittoresques et du cône fumant du
+Vésuve, est un des spectacles les plus enchanteurs
+qu'il y ait au monde.</p>
+
+<p>Nulle part Noël n'est plus animé qu'à Naples. Une
+sorte de rage de plaisir et de distraction s'empare
+de la population tout entière et pendant une période
+de huit jours, c'est un mouvement, un entrain, une
+sorte de <i>furia</i> dont rien ne peut donner l'idée.</p>
+
+<p>La semaine qui précède Noël s'appelle, à Naples,
+la semaine des <i>bancarelle</i> (littéralement des <i>comptoirs</i>).
+En 1904, elle s'est terminée dans un «bain de
+lumière et d'azur» <a id="footnotetag54" name="footnotetag54"></a><a href="#footnote54"><sup>54</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote54" name="footnote54"></a><b>Note 54:</b><a href="#footnotetag54"> (retour) </a> Nous empruntons quelques détails aux journaux de Naples:
+nous nous efforçons de les traduire aussi littéralement que possible,
+afin de conserver les nuances d'un style plein de délicatesse et d'originalité.</blockquote>
+
+<p>Une douceur de ciel printanier a souri à ces derniers
+jours de l'année, d'ordinaire si pluvieux à
+Naples: le bonheur des petits commerçants est donc
+complet. Les marchés de Noël ont eu depuis huit
+jours un aspect des plus attrayants comme tous les
+usages de cette population moitié orientale et moitié
+espagnole.</p>
+
+<p>D'innombrables boutiques s'élèvent dans la grande
+rue centrale de Naples, <i>via di Roma, gia Toledo</i> (la rue
+de Rome, autrefois de Tolède<a id="footnotetag55" name="footnotetag55"></a><a href="#footnote55"><sup>55</sup></a>). Une foule en liesse
+la remplît et déborde dans les ruelles adjacentes, sur
+les places et sur les quais. Clameurs, joie universelle,
+portées au diapason le plus élevé, explosion gigantesque
+de bonne humeur et de félicité publique qui
+se nourrissent de gain bien minimes, préparés de
+longue main et impatiemment attendus. Toutes les
+familles bourgeoises se réapprovisionnent du nécessaire
+et parfois même du superflu. Les <i>bancarelle</i>
+sont une exposition aux formes les plus diverses,
+aux couleurs les plus variées et les plus vives: elles
+se tiennent sur les places, en plein air, au milieu de
+tentes roulantes qui s'élèvent par milliers et sur
+lesquelles l'esthétique du peuple napolitain range,
+en groupes bizarres, les objets les plus divers et les
+plus brillants.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote55" name="footnote55"></a><b>Note 55:</b><a href="#footnotetag55"> (retour) </a> Le gouvernement italien, au moment de l'annexion du royaume
+de Naples, a changé le nom de la grande rue de Tolède et l'a appelée,
+en 1870, rue de Rome. Mais, nous l'avons constaté, pour le peuple
+napolitain et la presse locale, c'est toujours la rue de Tolède.</blockquote>
+
+<p>Ce ne sont pas seulement des comestibles, des
+ustensiles en terre ou en verre, fabriqués sous les
+formes les plus fantastiques; ce n'est pas seulement
+pour la table que se dressent ces agréables bastions
+vivants, le long des trottoirs fourmillant de monde
+de la rue de Tolède, de la place Medina et de la place
+de la Liberté, la littérature même a ses autels, ses
+petits temples enguirlandés dans ce bruyant «abracadabra»
+du Noël Napolitain. Elles sont, en effet,
+innombrables les <i>bancarelle</i> où sévères et graves se
+trouvent rangés les livres, les opuscules, les in-folios
+anciens et miniatures, toutes les variétés et les sous-espèces
+du volume, et surtout des manuscrits qui
+coûtèrent tant de sueurs. Un public curieux et sympathique
+s'approche de ces montagnes de papier
+imprimé, et y cherche avec des regards studieux
+l'ouvrage désiré et peut-être ignoré du revendeur.
+Parfois pour quelques centimes on achète un livre
+d'une grande valeur, ou tout un lot de brochures au
+dos déchiré et aux pages en lambeaux.</p>
+
+<p>Et aujourd'hui (Noël 1904), pour la première fois
+peut-être depuis vingt ans, grâce aux rayons bienfaisants
+d'un soleil de printemps, Naples peut montrer
+toute la beauté éblouissante de ses marchés «enveloppés
+d'un nimbe de joie». Toute la ville est aujourd'hui
+dehors: les étrangers en extase contemplent ce
+spectacle comme «une fascinante féerie».</p>
+
+<p>Ce qu'il faut voir surtout, c'est le pittoresque <i>marché
+aux poissons</i> sur le quai de Sainte-Lucie. La
+veille de Noël, après avoir traversé un grand nombre
+de rues entre des trophées de verdure, des amoncellements
+de fruits, de compotes au vinaigre, de
+gâteaux, de liqueurs, on croirait que c'est la dernière
+journée où il soit permis de manger. Pour le souper,
+la carte de rigueur est la suivante: vermicelle au jus
+de poisson, <i>broccoli</i> fumants à l'huile, <i>capitone</i><a id="footnotetag56" name="footnotetag56"></a><a href="#footnote56"><sup>56</sup></a> et
+poissons divers<a id="footnotetag57" name="footnotetag57"></a><a href="#footnote57"><sup>57</sup></a>.&mdash;Cent mille personnes au moins
+sont en mouvement pour préparer le succulent repas
+aux quatre cent mille autres qui se promènent oisives
+ou qui travaillent, en proie à la plus fébrile impatience.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote56" name="footnote56"></a><b>Note 56:</b><a href="#footnotetag56"> (retour) </a> Le <i>capitone</i> est le mets traditionnel et nécessaire
+du repas de Noël: c'est une anguille de rivière ou de mer, quelquefois
+Une murène à la chair blanche et laiteuse.</blockquote>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote57" name="footnote57"></a><b>Note 57:</b><a href="#footnotetag57"> (retour) </a> Les Napolitains les appellent <i>frutti di mare</i>
+(fruits de la mer), ce sont des huîtres, des crabes, des langoustes,
+des coquillages aux formes les plus variées.</blockquote>
+
+<p>A combien le <i>capitone</i>? Telle est la grande question
+du jour. En effet, quel est le Napolitain qui ne
+mange le <i>capitone</i> le soir de la veille de Noël?</p>
+
+<p>Partout on entend crier: «<i>capitone viva, fricceca,
+stu capitone, a na lira e otto, capitone</i> vivant, il palpite
+encore ce <i>capitone</i>, à un franc quarante centimes».</p>
+
+<p>Il faut aller visiter la rue Ste-Brigitte ou la rue Porto,
+le soir de la veille de Noël. C'est une scène fantastique
+digne du pinceau de Gherardo dell Notti.
+Qu'ils sont beaux à voir ces marins au teint bronzé,
+vieux loups de mer qui, sur leurs barques de pêche
+(<i>paranziello</i>), ont défié maintes fois les tempêtes et
+qui ont une voix de tonnerre habituée à se faire
+entendre au milieu du bruit des vagues. Ils sont là,
+debout devant leurs corbeilles entourées de cierges
+allumés, les manches de leur veste retroussées jusqu'au
+coude. Ils enfoncent de temps en temps leurs
+mains dans ces corbeilles remplies d'anguilles vivantes,
+ils saisissent les plus grosses, les font tournoyer
+en l'air et gesticulant avec toute leur vivacité méridionale,
+ils ont un faux air de charmeurs de serpents.</p>
+
+<p>A chaque coin de rue les marchandes de Procida<a id="footnotetag58" name="footnotetag58"></a><a href="#footnote58"><sup>58</sup></a>
+et d'Ischia attirent l'attention par le curieux
+costume de leur île.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote58" name="footnote58"></a><b>Note 58:</b><a href="#footnotetag58"> (retour) </a> <i>Le jour de Noël</i>, à la Saint-Michel et le huit Mai,
+les femmes de Procida revêtent leur costume national: un vêtement rouge
+brodé d'or, et elles exécutent la danse du pays, la <i>tarantelle</i>.</blockquote>
+
+<p>Rien de plus animé, de plus vivant que le spectacle
+du port de Naples, la veille de Noël, vers le coucher
+du soleil. La foule y montre sa folle et insouciante
+gaîté, son intarissable faconde, sa verve spirituelle et
+bouffonne, les marchands y annoncent leurs denrées
+avec mille <i>lazzi</i>, les musiciens y donnent des sérénades
+et au milieu de cette cohue indéfinissable les
+<i>corricoli</i>, petites voitures où s'entassent de douze à
+quinze personnes, amènent de Portici et de Resina
+les ouvriers qui viennent souper en plein air, en face
+de la mer (à la napolitaine).</p>
+
+<p>Oui, à Naples, Noël est bruyant et joyeux: clameurs
+et joie qui font oublier la désolante mélancolie
+qui court dans les vastes souterrains de cette bonne,
+généreuse et sympathique population. Qu'on ne
+croie pas cependant que Naples soit devenue, par
+enchantement «la ville du dollar»: Noël n'est pour
+elle qu'une «parenthèse de félicité et de splendeurs»,
+à la fin d'une année qui a été souvent attristée par
+bien des privations.</p>
+
+<p>En un mot, rien de vivant, de pittoresque, de
+sémillant comme ce peuple en délire sous «le beau
+ciel bleu de Naples, turquoise le jour, saphir la nuit».</p>
+
+<p>Comment ne pas se rappeler ces beaux vers de
+Lamartine:</p>
+
+<div class="poem"> <div class="stanza">
+<p>Sous ce ciel où la vie, où le bonheur abonde.</p>
+<p>Sur ces rives que l'oeil se plaît à parcourir.</p>
+<p>Nous avons respiré cet air d'un autre monde.</p>
+<p>Elvire!... Et cependant on dit qu'il faut mourir<a id="footnotetag59" name="footnotetag59"></a><a href="#footnote59"><sup>59</sup></a>.</p>
+ </div> </div>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote59" name="footnote59"></a><b>Note 59:</b><a href="#footnotetag59"> (retour) </a> Tout le monde connaît ce vieux dicton que répète volontiers
+même le dernier des Napolitains: <i>Veder Napoli e dopo mori</i>, voir
+Naples et mourir.</blockquote>
+
+<p>Naples a aussi ses musiciens de Noël; ils viennent
+du fond des Abruzzes et des gorges de la Calabre:
+ils portent le nom de <i>Zampognari</i>. Il y a deux sortes
+de <i>Zampogna</i> en usage dans le midi de l'Italie et en
+Sicile.</p>
+
+<p>C'est d'abord une cornemuse composée d'un sac
+de peau et de trois chalumeaux de différentes longueurs.
+Deux de ces chalumeaux donnent toujours
+le même ton; le troisième est susceptible de varier
+ses notes et rappelle le hautbois et la clarinette. La
+note continue du plus gros chalumeau s'appelle <i>bourdon</i>,
+elle est censée faire la basse; celle du second,
+donne ordinairement la dominante. Lorsqu'on entend
+de loin dans les montagnes ce singulier mélange de
+tons immuables avec les modulations de la mélodie,
+on croirait avoir les oreilles frappées par un tintement
+de cloches plutôt que par le son d'un instrument
+de musique.</p>
+
+<p>Il y a aussi de petites <i>Zampogne</i> qui ne se composent
+que d'un simple chalumeau. Nous avons sous
+les yeux une gravure reproduisant le gracieux
+tableau du professeur Bechi de Rome. C'est un <i>Zampognaro
+qui s'exerce à jouer la cantilène de Noël</i>:
+son instrument, en effet, n'a pas d'outre et ressemble
+assez à un hautbois de petite dimension.</p>
+
+<p>Les fonctions et les costumes des <i>Zampognari</i>
+sont à peu près les mêmes que ceux des <i>Pifferari</i> à
+Rome. Comme eux, ils ne s'embarrassent pas d'un
+bagage inutile. Un manteau de laine brune leur sert,
+pendant la nuit, tout à la fois de matelas et de couverture.
+Ces pauvres montagnards s'en vont de porte
+en porte et le peuple napolitain très pieux et très
+charitable leur demande des neuvaines devant
+l'image de la Madone ou devant la Crèche. L'argent
+qu'ils gagnent sert à nourrir leur famille pendant le
+reste de l'année.</p>
+
+<p>A Naples, plus encore qu'à Rome, le <i>presepio</i>
+(la Crèche) joue un grand rôle dans les fêtes de
+Noël. Dans le sud de l'Italie, les Crèches sont nombreuses
+et dénotent parfois un véritable talent d'artiste.
+Au fond d'une grotte entourée de rochers, on
+aperçoit l'étable et la Crèche où naquit le Sauveur.
+Autour du <i>San Bambino</i> reposant sur la paille, de
+minuscules figurines de bois sculpté, revêtues d'habits
+patiemment confectionnés aux veillées d'hiver,
+représentent la Sainte Vierge et Saint Joseph en extase.
+A l'entrée, de petits chérubins pressent leurs têtes
+ailées pour regarder de plus près le nouveau-né.
+Puis c'est toute une procession de bergers qui viennent
+lui apporter leurs modestes présents.</p>
+
+<p>Au sommet de la grotte brille l'étoile qui a conduit
+les Mages. Ceux-ci sont entourés de pages, d'hommes
+d'armes, d'écuyers, d'esclaves nubiens qui conduisent
+des chameaux. Ces figurines sont quelquefois
+d'un grand prix: il est des chèvres et des moutons
+signés <i>Vaccaro</i>, qui valent leur pesant d'or.</p>
+
+<p>Un auteur dramatique a eu la passion de la
+Crèche: le napolitain dom Michel Cuciniello. Il
+avait rangé derrière de brillantes vitrines ses <i>pupazzi</i>
+(petites statuettes): il aimait à les faire admirer à ses
+visiteurs. On y voyait tout ce qui peut entrer dans
+la composition d'une Crèche, depuis l'Archange
+Gabriel jusqu'à l'humble paysanne apportant ses
+présents dans un panier, depuis Saint Joseph jusqu'au
+tavernier, depuis la Sainte Vierge jusqu'au roi
+nègre. Dom Michel offrit à la ville de Naples ce
+trésor d'art qu'on peut aller voir au Musée de la
+Chartreuse de San Martino.</p>
+
+<p>Cette Crèche se trouve dans la grande salle attenante
+à celle de la Gondole de Charles III. A droite,
+s'élève la maisonnette du tavernier: plus haut, celle
+de la blanchisseuse; à gauche, un petit pont sur un
+torrent entre les troncs énormes de vieux chênes
+renversés: au centre, les colonnes brisées d'un temple
+en ruines; loin, bien loin, à perte de vue, la
+campagne; de petites collines verdoyantes s'estompent
+dans la brume, et au-dessus un ciel d'azur donne
+à cette scène à la fois profane et sacrée un aspect des
+plus grandioses.</p>
+
+<p>La maisonnette du tavernier est une merveilleuse
+reproduction des moeurs napolitaines. On y voit
+ustensiles en cuivre, faisceaux d'herbages, animaux
+de basse-cour, mobilier complet, vases de fleurs.</p>
+
+<p>Plus loin, sur la terrasse de la blanchisseuse, le
+linge étendu sur des cordes et séchant au soleil, la
+petite cage à la fenêtre: le tout d'une parfaite précision.</p>
+
+<p>Là-bas, dans la plaine, on voit caracoler des chevaux
+que des palefreniers retiennent avec peine;
+plus loin, de riches paysannes dansent la <i>tarantelle</i>
+au son des guitares.</p>
+
+<p>Qu'elle expression dans ces têtes d'argile! Quelle
+finesse dans tous ces vêtements et dans ces parures!
+Quel éclat dans ces perles précieuses! Quelle animation,
+quelle vie dans tout ce paysage; dans ce
+torrent qui écume au milieu de blocs énormes et
+d'arbres séculaires, dans cette nature souriante,
+idyllique, parmi les épais rosiers et les prairies en
+fleurs!</p>
+
+<p>Quelle richesse dans ce cortège des Rois Mages!
+Ils s'avancent coiffés de turbans et vêtus d'habits
+chamarrés d'or et parsemés de pierreries; de nombreux
+esclaves conduisent des chameaux chargés de
+coffres remplis d'or et de pierres précieuses.</p>
+
+<p>Au-dessus de tout, s'élève pure la note de la foi:
+la Vierge et Saint Joseph, le petit Enfant Jésus étendu
+sur la paille, le boeuf et l'âne. Autour des petites
+colonnes qui entoure la Crèche, grimpent le lierre
+et la mousse et des essaims d'Anges se balancent
+dans les airs en glorifiant Dieu.</p>
+
+<p>La Crèche de dom Michel et ses quatre-vingts statuettes
+représentent une valeur de deux cent cinquante
+mille francs.</p>
+
+<p>Un habitant de la ville de Caserte avait dans sa
+maison une Crèche d'une richesse vraiment royale.
+Les Rois Mages, avec des costumes éblouissants,
+apportaient de vrais coffres d'or et de pierreries: les
+perles, les rubis, les émeraudes, les topazes y brillaient
+de toutes parts. Une femme avait au milieu du front
+un diamant si gros et d'une si belle eau qu'une
+princesse l'aurait mis volontiers à son diadème. On
+ne sera pas étonné d'apprendre que des soldats en
+armes gardaient, nuit et jour, un tel <i>presepio</i>.</p>
+
+<p>La veille de Noël, à minuit, la famille entière vient
+s'agenouiller devant la Crèche. Le plus jeune des
+enfants prend un <i>Bambino</i> en cire et le place entre
+la Vierge Marie et Saint Joseph, dans un petit berceau
+de mousse. Les <i>Zampognari</i> attaquent la plus
+belle de leurs symphonies: on y répond par des
+cantiques: tout le monde prie; c'est une scène des
+plus touchantes<a id="footnotetag60" name="footnotetag60"></a><a href="#footnote60"><sup>60</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote60" name="footnote60"></a><b>Note 60:</b><a href="#footnotetag60"> (retour) </a> De Lauzières, <i>Panorama des Fêtes chrétiennes</i>.</blockquote>
+
+<p>Toute la nuit de la veille de Noël ont lieu des feux
+d'artifice qu'on nomme <i>Tricchi-Tracche</i>. Les rues, les
+ruelles deviennent plus lumineuses qu'à midi. Les feux
+de bengale pétillent à tous les étages et à toutes les
+fenêtres: les flammèches tombent en pluie de feu
+sur la tête des passants. Alors aussi sur les places
+publiques, sur les trottoirs, sur les balcons éclatent
+les soleils, les girandoles, les fusées de toutes sortes.
+Dans chaque rue, dans chaque quartier c'est une fusillade
+nourrie; on dirait que dans cette ville de cinq
+cent mille âmes se livre une lutte effroyable. Les
+morts sont rares; il y a bien quelques blessés&mdash;mais
+c'est <i>Natale</i> (Noël)&mdash;et l'an prochain on recommencera
+de plus belle!</p>
+
+<p>Il y a une vingtaine d'années, on représentait à
+Naples, dans un théâtre de second ordre, la <i>Nascita
+del Verbo Incarnato</i> (la Naissance du Verbe Incarné),
+longue et fastidieuse pièce en cinq actes et en vers,
+avec prologue. Les acteurs jouaient d'abord avec
+beaucoup de sérieux et de dignité. Mais, à la fin de
+chaque acte, les <i>guillari</i> (les bouffons, les clowns)
+apparaissaient sur le théâtre, liaient conversation
+avec la Sainte Vierge et Saint Joseph, puis restés
+bientôt seuls maîtres de la scène, racontaient, en
+patois, les nouvelles du port, avec une verve endiablée.</p>
+
+
+<p>Il existe un usage assez bizarre dans la petite ville
+de Catanzaro, au sud de Naples, dans la Calabre
+ultérieure. C'est <i>n' Presepiu cchi si motica</i>, une
+espèce de Crèche-théâtre, de Crèche-parlante. Elle
+ne se trouve pas dans l'église. Elle nous apparaît
+peuplée de personnages qui se meuvent, gesticulent,
+parlent, absolument comme des marionnettes. A
+côté d'une grotte s'élève une prison, puis un palais,
+un couvent de capucins, une église. L'action est des
+plus grotesques. Par exemple, Hérode vient d'apprendre
+la nouvelle de la naissance d'un roi plus
+puissant que lui; aussitôt il entre dans une fureur
+extrême et donne ordre de faire périr par le glaive
+tous les enfants au-dessous de deux ans. On assiste
+alors au meurtre des Innocents, on entend des cris
+plaintifs. Les Religieux sortent du couvent et veulent
+défendre ces pauvres victimes, mais ils sont à leur
+tour roués de coups, jusqu'à ce que d'autres Religieux
+arrivent, en chantant des psaumes pour les
+morts<a id="footnotetag61" name="footnotetag61"></a><a href="#footnote61"><sup>61</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote61" name="footnote61"></a><b>Note 61:</b><a href="#footnotetag61"> (retour) </a> M. Lumini, <i>Le sacre rappresentazione italiane</i>, p. 306.</blockquote>
+
+<p>Dans l'île d'Ischia, on voit, dans les deux églises,
+un trône orné, sur lequel est placée une statue de la
+Vierge. Elle est habillée de brocart riche, porte des
+cheveux naturels très frisés et des boucles d'oreille:
+elle a une sorte de tablier de mousseline blanche
+qu'elle relève des deux mains comme pour en former
+un berceau. Le jour de Noël, on dépose un
+Enfant-Jésus dans le tablier de la Vierge.</p>
+
+<p>A Capri<a id="footnotetag62" name="footnotetag62"></a><a href="#footnote62"><sup>62</sup></a>, au commencement de la Messe de
+minuit, le tabernacle apparaît <i>ouvert</i> et <i>vide</i>, pour
+signifier que le Christ n'est pas encore né. Après la
+communion seulement, le prêtre y introduit une
+hostie consacrée et ferme la porte. Pendant toute la
+nuit et toute la journée du vingt-cinq décembre, les
+bombes et les coups de feu retentissent sans cesse,
+répétés par les échos des montagnes.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote62" name="footnote62"></a><b>Note 62:</b><a href="#footnotetag62"> (retour) </a> Dans l'île de Capri, de la pointe du <i>Capo</i> la vue est magnifique
+et n'a de comparable au monde que la rade de Rio de Janeiro et les
+abords de Constantinople.</blockquote>
+
+<p>Dans l'église de Massa-Lubrense, près de Sorrente <a id="footnotetag63" name="footnotetag63"></a><a href="#footnote63"><sup>63</sup></a>,
+on voit une Crèche qui est tout un monde.
+Ce sont des rochers escarpés remplis de personnages
+en miniature: bergers, religieux; dans un ravin, les
+Rois Mages qui s'avancent avec toute leur suite;
+puis des villages, des maisons avec des curieux sur
+les balcons, des ouvriers à leur atelier, des gens qui
+causent sur la place publique, des Anges suspendus
+en l'air. Il y a peut-être deux cents figurants. C'est
+pour ainsi dire la reproduction de la Crèche de la
+Chartreuse de Naples.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote63" name="footnote63"></a><b>Note 63:</b><a href="#footnotetag63"> (retour) </a> Aux environs de Sorrente se trouve le pittoresque couvent du
+Deserto.&mdash;Du haut de la terrasse on a une vue charmante sur les
+deux golfes de Naples et de Salerne et sur l'île de Caprée.</blockquote>
+
+<p>Dans toute la région, les passants saluent les étrangers
+par ces mots: <i>Buon' Natal!</i> (bon Noël). C'est
+le souhait de la nouvelle année<a id="footnotetag64" name="footnotetag64"></a><a href="#footnote64"><sup>64</sup></a>. Il en est de
+même à Rome; on dit encore: <i>Buone feste</i> (bonnes
+Fêtes!)</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote64" name="footnote64"></a><b>Note 64:</b><a href="#footnotetag64"> (retour) </a> Ces intéressants détails sur Ischia, Capri et les environs de
+Sorrente nous ont été fournis par deux personnes de notre famille
+qui ont assisté à la Messe de minuit dans l'église de Capri, à l'occasion
+de la fête de Noël 1904.</blockquote>
+
+<p>Nous trouvons dans l'<i>Illustrazione popolare</i> (l'Illustration
+populaire) de Rome, sous le titre: <i>la squilla
+di Lanciano nella notte di Natale</i> (la voix stridente
+de Lanciano<a id="footnotetag65" name="footnotetag65"></a><a href="#footnote65"><sup>65</sup></a>, pendant la nuit de Noël) le trait
+suivant:</p>
+
+<p>Le soir du vingt-trois Décembre, à six heures, une
+petite cloche de l'église métropolitaine de <i>Sainte-Marie-du-Pont</i>
+commence à sonner. Cette sonnerie
+qu'on est convenu d'appeler <i>squilla di Natale</i> (voix
+stridente de Noël) dure une heure sans interruption.
+Entre temps, les boutiques et les cafés se ferment;
+tous les habitants regagnent leurs foyers; de continuelles
+salves de mousqueterie et d'autres armes à
+feu retentissent de toutes parts. A sept heures du
+soir, tout le monde est chez soi; la clochette cesse
+de sonner, et, à leur tour, carillonnent toutes les
+cloches des nombreuses églises de la ville de Lanciano.
+À ce moment, tous tombent à genoux et récitent
+les litanies et d'autres prières.&mdash;C'est l'heure
+où, suivant une croyance populaire, la Vierge arriva
+à Bethléem. La prière finie, les enfants baisent les
+mains de leurs parents, de leurs aïeuls, de leurs oncles
+et tantes et échangent des compliments de bonnes
+fêtes. Un instant après, arrivent aussi les enfants qui
+vivent loin de la maison paternelle: ils viennent
+apporter l'expression de leur amour filial et prendre
+part aux joies de la famille réunie.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote65" name="footnote65"></a><b>Note 65:</b><a href="#footnotetag65"> (retour) </a> <i>Lanciano</i>, dans l'Abruzze citérieure,
+dix-huit mille habitants,
+archevêché, belle cathédrale; <i>pont de Dioclétien</i>.</blockquote>
+
+<p>Voici l'origine de cet usage: Monseigneur Paul
+Tasso, napolitain d'origine, prélat d'une grande charité
+et qui fut archevêque de Lanciano de 1588 à
+1607, avait l'habitude d'aller tous les ans, le soir du
+vingt-cinq Décembre, processionnellement et pieds
+nus, suivi du clergé et du peuple,&mdash;en souvenir du
+voyage que fit Marie, de Nazareth à Bethléem,&mdash;jusqu'à
+une petite chapelle distante de plus d'un
+kilomètre de la ville, Sainte Marie dell' Iconicella.
+Pour faire ce trajet, il mettait une heure, et pendant
+ce temps, une clochette sonnait. Après la mort de
+Monseigneur Tasso, ses successeurs renoncèrent à la
+procession, mais l'usage de sonner la cloche
+subsista.</p>
+
+<div class="poem"> <div class="stanza">
+<p>Ninna nanna de Manzoni.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p><i>Dormi, fanciul, non piangere,</i></p>
+<p><i>Dormi, fanciul celeste,</i></p>
+<p><i>Sovra il tuo capo stridere</i></p>
+<p><i>Non osin le tempeste!</i></p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>Dors, Enfant, ne pleure pas,</p>
+<p>Dors, divin Enfant,</p>
+<p>Sur ta tête faire rage.</p>
+<p>N'osent pas les tempêtes!</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p class="i4">(Première strophe.)</p>
+ </div> </div>
+<br><br><br>
+
+
+
+<h3>SICILE</h3>
+
+<p>La Sicile, qu'on appelle avec raison «la perle des
+îles» à cause de la beauté de ses paysages et de la
+douceur de son climat, offre une infinité de coutumes
+charmantes, à l'occasion de Noël.</p>
+
+<p>Le grand et très intéressant journal de Palerme,
+l'<i>Ora</i> (l'Heure) du vingt-cinq Décembre mil neuf
+cent quatre, que nous a gracieusement envoyé un
+éminent professeur de cette ville, nous apporte de
+précieux documents que nous allons traduire et
+résumer en leur conservant, autant que possible,
+leur couleur locale.</p>
+
+<p>Le bateau venant de Naples, arrive le plus souvent
+à Palerme avant le lever du soleil. Le décor matinal
+est réellement délicieux. À gauche, au-dessus du
+promontoire rocheux de Zaffarano, volent de légers
+nuages gris auréolés de rose par les premiers feux de
+l'aurore; le ciel est pur de ce bleu pâle qui caractérise
+les fins d'orage et dont connaissent bien la
+nuance tendre tous ceux qui ont navigué sur la
+Méditerranée. Bientôt apparaît Palerme <i>la Felice</i>
+(l'heureuse) baignée de lumière, ceinte de sa «Conque
+d'or», plaine fertile qu'encadre un hémicycle
+de montagnes grandioses.</p>
+
+<p>Les sourires et les sarcasmes des esprits forts et
+des demi-savants n'ont pas réussi à diminuer la
+fraîche poésie de la fête de Noël. Sans doute, dit
+l'<i>Ora</i>, il y a bien dans notre chère île, comme partout
+ailleurs, pendant deux ou trois jours, des repas
+de parents et d'amis où l'on sert des plats choisis et
+des mets succulents, puis des desserts de fins gâteaux
+et de frais bonbons, mais Noël garde dans les rues
+bruyantes de nos cités, comme dans nos plus humbles
+villages, son cachet traditionnel de fête religieuse.</p>
+
+<p>Partout, on entend les voix tristes des rapsodes du
+peuple, auxquelles se mêlent le bruit monotone des
+sistres, le gémissement plaintif des violons et dans
+le lointain le son champêtre des cornemuses et des
+<i>Zampogne</i>. Ce sont les <i>aveugles-poètes</i><a id="footnotetag66" name="footnotetag66"></a><a href="#footnote66"><sup>66</sup></a> qui chantent
+le <i>voyage douloureux de la Sainte Vierge et de
+Saint Joseph</i> ou la <i>Ninnaredda</i> (berceuse) sorte
+de <i>neuvaine</i> préparatoire à la fête de Noël. Toute
+maison qui les accepte et veut bien les louer est
+marquée d'un large trait noir tracé au charbon. Ce
+sont aussi les bergers descendus des montagnes: ils
+viennent répéter leur mélancolique <i>cantilène</i> toute
+imprégnée de soupirs et de pleurs.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote66" name="footnote66"></a><b>Note 66:</b><a href="#footnotetag66"> (retour) </a><p>À Palerme, les <i>aveugles-poètes</i> forment une sorte de corporation;
+ils parcourent les campagnes, se rendent à toutes les fêtes, modifient
+et rajeunissent les chants de leurs prédécesseurs.</p>
+
+<p>Ils abordent tous les genres: les souvenirs des Croisades, les
+légendes de Sainte Lucie et de Sainte Rosalie, les deux Saintes si
+populaires dans toute la Sicile, un tremblement de terre, un naufrage,
+etc.</p>
+
+<p>Ils déploient autant d'imagination pour rendre par la poésie et la
+musique ces divers sujets, que les «peintres» pour les reproduire
+sur les charrettes des paysans siciliens.</p></blockquote>
+
+<p>Les pieux <i>cantiques</i> de la neuvaine de Noël (<i>le
+canzoni</i>) sont très connus: ils sont à peu près les
+mêmes dans toute l'Italie méridionale et en Sicile.</p>
+
+<p>On connaît beaucoup moins les <i>prières</i> (<i>le orazioni</i>)
+que l'on récite devant la Crèche dans certains
+villages des campagnes de Sicile. Ce sont des chants
+très courts, des invocations à Jésus-Enfant, à la
+Vierge, au patriarche Saint Joseph.</p>
+
+<p>Ces <i>prières</i> sont écrites dans le gracieux dialecte
+sicilien que le poète Meli a immortalisé dans ses
+vers. Qu'on en juge par le commencement du premier
+sonnet de sa Bucolique.</p>
+
+<div class="poem"> <div class="stanza">
+<p>Montagnes coupées de vallons,</p>
+<p>Rochers vêtus de lierre et de mousse,</p>
+<p>Cascades d'eau pure argentée.</p>
+<p>Ruisseaux murmurants et lacs silencieux.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>Cimes escarpées et ravins ténébreux.</p>
+<p>Joncs stériles et genêts en fleurs.</p>
+<p>Arbres antiques croulant de vieillesse,</p>
+<p>Et grottes où les gouttelettes d'eau se pétrifient avant de tomber.</p>
+<p>Accueillez, dans vos silencieux asiles,</p>
+<p>L'ami de la paix et du repos!</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>(Meli, <i>Buccolica</i>. Sonetu I.)</p>
+ </div> </div>
+
+<p>La première de ces <i>prières</i> publiée par Valplatani,
+a toute la grâce d'un petit tableau flamand (<i>ha tutta
+la grazia d'un quadretto fiammingo</i>.)</p>
+
+<div class="poem"> <div class="stanza">
+<p><i>Ni' 'na grutta nasciu lu Bammineddu,</i></p>
+<p><i>A Bettilemmi, 'ntempu di friddura,</i></p>
+<p><i>'Ncapu la paglia comu un pucireddu,</i></p>
+<p><i>La Bedda Matri l'ha pusatu allura,</i></p>
+<p><i>E cc'era ddà vicinu un sciccareddu,</i></p>
+<p><i>Misu a lu cantu di la manciatura,</i></p>
+<p><i>All' autru latu un coi pïatuseddu,</i></p>
+<p><i>E, 'ntunnu 'ntunnu, tutti li pastura.</i></p>
+<p><i>Gesuzzu duci, beddu e picciriddu,</i></p>
+<p><i>Mniezzu la paglia mori di lu friddu.</i></p>
+<p><i>Ma comu grupi la cucuzza a risu,</i></p>
+<p><i>Luci dda grutta comu un paradisu</i><a id="footnotetag67" name="footnotetag67"></a><a href="#footnote67"><sup>67</sup></a>.</p>
+ </div> </div>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote67" name="footnote67"></a><b>Note 67:</b><a href="#footnotetag67"> (retour) </a> Nous devons la traduction à l'extrême obligeance de notre
+savant ami, M. l'abbé M***, curé de Corscia, dont la collaboration
+nous a été continuelle depuis l'origine de nos recherches sur les coutumes
+populaires de Noël.</blockquote>
+
+<div class="poem"> <div class="stanza">
+<p>Dans une grotte est né le petit Enfant,</p>
+<p>A Bethléem, au retour de la saison du froid,</p>
+<p>Sur de la paille comme un pauvret.</p>
+<p>Sa gracieuse mère l'a posé alors,</p>
+<p>Tout près, d'un côté de la Crèche, il y avait un âne.</p>
+<p>De l'autre côté un boeuf attendri,</p>
+<p>Tout autour, tout autour, la foule des bergers,</p>
+<p>Le cher Jésus, doux, beau, tout petit,</p>
+<p>Se mourait de froid sur la paille,</p>
+<p>Mais à peine le sourire a réjoui sa gracieuse bouche,</p>
+<p>Que la grotte resplendit comme un paradis.</p>
+ </div> </div>
+
+<p>La Sicile a aussi <i>ses Noëls</i>: il ne faut pas y chercher
+finesse d'images, suite historique, ni vers rimés
+avec art.</p>
+
+<p>Ce sont de petites strophes déliées qui se suivent
+avec la fougue capricieuse d'une bande d'enfants qui
+jouent sur un pré fleuri. Cependant quelle grâce
+rustique dans ces chansonnettes pieuses et quelle
+inimitable ingénuité de style et d'images. Dans celle
+de Noto, Jésus naît dans un jardin parsemé de plantes
+aromatiques: un tambour et le tintamarre des
+enfants qui s'amusent annoncent sa naissance.</p>
+
+<div class="poem"> <div class="stanza">
+<p>Ddocu sutia ccè un jardinu,</p>
+<p>Tuttu chinu d'airumi,</p>
+<p>Cci na ciu Gesù bambinu.</p>
+<p>Cu trummessi e tammurinu.</p>
+<p>E lu misinu suprà l'artari.</p>
+<p>Tutti l'ancili cci hann' a cantari</p>
+<p>Cci hann' à caniari cu bella vuci,</p>
+<p>Lu Bambinu si cunnuci,</p>
+<p>Si cunnuci, vaneddi, vaneddi.</p>
+<p>Si comtamu canzuneddi,</p>
+<p>Canzuneddi via via,</p>
+<p>Cci cantamu la litania</p>
+<p>Litania palermitana.</p>
+ </div><div class="stanza">
+ </div><div class="stanza">
+<p>Un peu plus bas il y a un jardin</p>
+<p>Tout couvert d'arbres qui répandent des parfums.</p>
+<p>C'est là qu'est né Jésus Enfant.</p>
+<p>Avec trompettes et tambours.</p>
+<p>Ils le placent sur l'autel,</p>
+<p>Tous les Anges se mettent à chanter,</p>
+<p>A chanter de leurs belles voix</p>
+<p>Le Bambino si bienvenu.</p>
+<p>Si bienvenu, viens, viens!</p>
+<p>Nous chantons des cantiques,</p>
+<p>Des cantiques et des cantiques,</p>
+<p>Nous chantons la litanie.</p>
+<p>La litanie de Palerme.</p>
+ </div> </div>
+
+<p>Plus suavement enfantines me semblent ces deux
+autres chansonnettes (<i>canzonette</i>) pieuses de Valplatani.
+La première a tout l'air d'une <i>ninna nanna</i>
+(berceuse):</p>
+
+<div class="poem"> <div class="stanza">
+<p>A la notti di Natali</p>
+<p>Ca nasciu lu Bammineddu,</p>
+<p>E nasciu nni la gruttidda.</p>
+<p>A la so manciaturedda</p>
+<p>E sô matri cci arridia,</p>
+<p>Rosi e gigli cci cuglia.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>Dans la nuit de Noël,</p>
+<p>Il est né le Bambino,</p>
+<p>Il est né dans une grotte.</p>
+<p>Dans sa petite Crèche.</p>
+<p>Sa mère nous souriait.</p>
+<p>Elle nous cueillit des roses et des lys.</p>
+ </div> </div>
+
+<p>Si l'on veut ajouter foi à cette autre chansonnette
+de Valplatani lorsque naquit notre Sauveur dans la
+grotte de Bethléem, il y avait non seulement un
+ange, mais encore un certain personnage qui jouait
+de la cornemuse. Au son géorgique du champêtre
+instrument, une brebis, aux flocons de laine frisée,
+dansait:</p>
+
+<div class="poem"> <div class="stanza">
+<p>A la notti di Natali</p>
+<p>Cc'era l'ancilla e un compari<a id="footnotetag68" name="footnotetag68"></a><a href="#footnote68"><sup>68</sup></a>,</p>
+<p>Chi sunaca la ciaramedda,</p>
+<p>Abballava la picuredda</p>
+<p>Abballava rizza rizza!</p>
+ </div><div class="stanza">
+ </div><div class="stanza">
+<p>Dans la nuit de Noël</p>
+<p>Il y avait un ange et un autre personnage [68]</p>
+<p>Qui jouait de la cornemuse</p>
+<p>Une brebis, aux flocons de laine frisée</p>
+<p>Dansait: ravissante beauté!</p>
+ </div> </div>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote68" name="footnote68"></a><b>Note 68:</b><a href="#footnotetag68"> (retour) </a> Littéralement: un parrain.</blockquote>
+
+<p>C'est surtout à l'occasion des fêtes de Noël, que
+les bambini de Valplatani récitent, avec une certaine
+cadence monotone, des strophes de quatre ou tout
+au plus six vers; elles sont comme parfumées d'une
+candeur ingénue. La première semble une peinture
+inimitable dans sa gracieuse naïveté:</p>
+
+<div class="poem"> <div class="stanza">
+<p>Sutta un pedi di castagna,</p>
+<p>Cci à Gesuzzu: c'addimanna,</p>
+<p>Addimanna tri tari,</p>
+<p>Cu la manuzza chi fa accussi.</p>
+ </div><div class="stanza">
+ </div><div class="stanza">
+<p>A l'ombre d'un châtaignier.</p>
+<p>Il y a Jésus: il nous appelle.</p>
+<p>Il nous appelle,</p>
+<p>En nous faisant signe de sa petite main.</p>
+ </div> </div>
+
+<p>Toute l'ardeur d'une fervente invocation vibre
+dans cette autre strophe:</p>
+
+<div class="poem"> <div class="stanza">
+<p>Bammineddu di la chiuviddu,</p>
+<p>Siti beddu e piccireddu,</p>
+<p>Quannu spunta la cirasa</p>
+<p>Vui viniti a la me casa,</p>
+<p>A la me casa 'un cci ati vinutu,</p>
+<p>Viniticci ora pi darimi aiutu!</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>Petit enfant que je vois d'ici.</p>
+<p>Vous êtes beau et tout petit.</p>
+<p>A la saison des cerises,</p>
+<p>Venez à ma maison.</p>
+<p>Vous n'êtes pas encore venu à ma maison.</p>
+<p>Venez y maintenant pour me secourir.</p>
+ </div> </div>
+
+<p>Pour Noël, les enfants s'amusent à faire des Crèches
+devant lesquelles ils allument, avant minuit, de
+petites lampes d'huile. La Crèche est une montagne
+de sucre avec des vallons, des précipices et des grottes
+qui doivent représenter, en petit, la montagne de
+Bethléem. Il doit y avoir nécessairement un ruisseau
+en verre ou en papier argenté ou même d'eau courant
+dans un lit de fer blanc au milieu de rochers de
+sucre, par suite d'ingénieuses combinaisons. La montagne
+est peuplée d'une trentaine de personnages de
+craie que nos <i>bambini</i> appellent bergers. Quelques
+uns cependant n'ont rien du costume pastoral. On y
+voit: un muletier qui tire par les rênes une bête
+récalcitrante, une lavandière qui revient du ruisseau
+avec un lourd fardeau sur la tête, un pêcheur qui
+jette sa ligne dans les eaux d'une rivière, un chasseur
+tirant un oiseau qui se brandille sur un arbre...
+Parmi les vrais bergers, l'un d'eux, en voyant la
+grande, l'insolite lumière qui se répandit sur la montagne
+de Bethléem, à la naissance de Jésus, regarde
+avec frayeur. Aussi est-il connu sous le nom de
+<i>l'Effrayé de la Crèche (lo spaventato del presepe)</i>.
+On y voit un berger qui porte un fagot de bois, un
+autre qui remue le lait dans une chaudière bouillante;
+celui-ci a retiré ou va retirer une épine qui lui gonfle
+le pied; celui-là lance une pierre à une vache qui se
+fourvoie; tel gonfle les joues en soufflant dans la
+cornemuse ou la <i>Zampogna</i>; tel autre frappe sur un
+cerceau... Et les enfants les connaissent, un par un,
+comme s'ils étaient vivants. De leurs regards qui
+savent donner à tout l'animation et la vie, ils les suivent
+s'acheminant vers la grotte où l'Enfant Jésus
+leur sourit, les bras ouverts, au milieu de deux animaux
+qui le réchauffent de leur haleine.</p>
+
+<p>Mais revenons aux joies familiales: revoyons les
+rues les plus fréquentées de notre Palerme. Nous
+sommes à la nuit qui précède Noël: voici les boutiques
+des marchands de fruits les plus renommés.
+Façades, architraves, colonnes, chapiteaux d'une
+architecture très étrange, s'offrent à nos regards. La
+matière dont ces espèces de maisons sont fabriquées
+et qui ferait les délices d'une armée de rats, est entièrement
+de figues sèches. Mais qui pourrait rendre
+avec la plume les vives gradations de couleurs que
+nos marchands de fruits combinent d'une manière si
+savante? Comment décrire cette pyramide de miel
+qui se détache tout près d'un monceau de poires
+d'hiver qui semblent faites de vieil or...?</p>
+
+<p>L'usage que les bons Norvégiens ont de donner
+du froment et du pain aux oiseaux, le jour de Noël,
+se rencontre aussi dans plusieurs pays de la Sicile.
+A Scicli, par exemple, les femmes ont l'habitude de
+jeter sur les toits, les balcons et les appuis des fenêtres,
+des miettes de pain et des grains de blé, afin
+que le jour où naquit Jésus, les gracieux habitants
+de l'air ne manquent pas de nourriture et qu'ils
+puissent égayer ce jour de leurs chants les plus
+joyeux.</p>
+
+<p>Ravissante coutume bien digne de Noël, la fête
+par excellence de la paix et de l'allégresse!</p>
+
+<p>Dans quelques villages de la Sicile, on conserve
+l'usage, d'ailleurs très ancien dans l'île, d'allumer la
+<i>bûche de Noël</i> (il ceppo di Natale). On réunit de la
+paille et des sarments sur lesquels on place une
+énorme bûche, qui provient généralement de la libéralité
+d'un propriétaire, religieux observateur des
+coutumes du pays. Aussitôt que le soleil se couche
+derrière les montagnes et que la cloche tinte l'<i>Ave
+Maria</i> (l'Angelus), le député de la fête a soin de
+mettre le feu à la bûche, et de veiller à ce que, toute
+la nuit, il reste allumé.</p>
+
+<p>D'aucuns voient dans l'embrasement de la bûche
+de Noël le symbole du feu qu'auraient allumé dans
+leurs chaumières les bergers de Bethléem dans cette
+nuit mémorable où l'Ange leur annonça la naissance
+de Jésus. D'autres expliquent cet usage par la nécessité
+de réchauffer à un feu public les pauvres gens
+qui veillent, à ciel ouvert, pendant cette froide nuit
+de Noël.</p>
+
+<p>Rien de plus gai que la vue de cette bûche allumée,
+qu'entourent les artisans et les pauvres. Les uns restent
+debout, les autres sont assis sur des pierres,
+quelques-uns fument philosophiquement leurs pipes,
+d'autres grignotent des marrons qu'ils ont fait rôtir
+sous la cendre de la bûche; les enfants cassent des
+noisettes, les vieillards étendent leurs mains au feu
+pour les dégourdir.</p>
+
+<p>Autour de la traditionnelle bûche de Noël, comme
+à un immense foyer, tous se donnent rendez-vous;
+on se trouve si bien dans cette chaude atmosphère
+et puis on s'y divertit. Devant ce gros morceau de
+bois qui brûle et crépite joyeusement, qui envoie
+dans l'air des nuages de fumée et lance des étincelles,
+la foule reste d'abord immobile et la flamme
+projette de brillants reflets sur tous les visages. Mais
+bientôt éclatent les rires les plus joyeux, on échange
+entre amis les plus innocents badinages, et toutes les
+voix chantent les cantiques de Noël. De temps en
+temps on attise le feu, de nouveaux fagots sont ajoutés
+aux premiers et la plus douce gaîté règne dans
+toutes les conversations, jusqu'à ce que les derniers
+tisons de la bûche de Noël s'éteignent avec les premières
+lueurs de l'aurore.</p>
+<br><br><br>
+
+
+<h3>ESPAGNE</h3>
+
+
+<p>Chez les peuples du Nord, l'idée de Noël est associée
+à celle de froid, de neige et de bise glaciale. Les
+enfants s'y représentent «le Bonhomme Noël» avec
+sa longue barbe blanche et ses vêtements tout couverts
+de givre clair et craquant.</p>
+
+<p>Là-bas, au midi de l'Espagne, sur la terre andalouse,
+le soleil brille radieux, l'azur du ciel resplendit
+sans tache et, le vingt-cinq Décembre, le thermomètre
+marque ordinairement douze degrés à l'ombre
+et vingt-cinq au soleil.&mdash;Aussi le jour de la <i>Natividad</i>
+ou de la <i>Navidad</i>, la joie de tous devient
+bruyante et tapageuse. Pendant la nuit de Noël, <i>la
+Noche buena</i> (la bonne nuit), comme l'appellent les
+Espagnols, les rues retentissent de clameurs et des
+plus assourdissants concerts.</p>
+
+<p>Le <i>temps de Noël</i>, en Espagne, commence avec
+l'Avent.</p>
+
+<p>A Madrid, la <i>veille du premier dimanche de l'Avent</i>,
+un fonctionnaire du tribunal ecclésiastique (<i>Rota</i>)<a id="footnotetag69" name="footnotetag69"></a><a href="#footnote69"><sup>69</sup></a>,
+accompagné des timbaliers et des trompettes des
+écuries royales, des alguazils et d'un nombreux cortège,
+tous en costumes des XVIIe et XVIIIe siècles,
+parcourt à cheval les principales rues de Madrid et
+lit le décret concernant la proclamation de la <i>Bula</i>
+<i>de la Santa Cruzada</i> (la Bulle de la Sainte Croisade).
+Cette bulle octroyée d'abord par Jules II et renouvelée
+en 1849, Par Pie IX accorde à tous les Espagnols
+les mêmes Privilèges que ceux des anciennes
+Bulles des Croisades d'Urbain II et d'Innocent III.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote69" name="footnote69"></a><b>Note 69:</b><a href="#footnotetag69"> (retour) </a> Ce tribunal est formé à l'instar de celui de Rome,
+qui porte le même nom. On l'appelle <i>Rota</i>, qui veut dire
+<i>roue</i>, parce que la salle où se réunit ce tribunal est
+circulaire, en sorte que les juges assis
+forment un rond.</blockquote>
+
+<p>On nous a raconté à Miranda de Ebro qu'à l'époque
+de l'invasion des Maures, les paysans d'Espagne,
+au péril de leur vie portèrent des vivres aux troupes
+catholiques, obligées quelquefois de se réfugier dans
+des montagnes inaccessibles. On permit aux vaillants
+défenseurs de la foi et à leurs intrépides pourvoyeurs
+de faire gras les Vendredis, pour réparer leurs forces
+épuisées par d'incessantes fatigues. Le privilège
+devint un usage qui fut consacré par la <i>Bulle de la
+Sainte Croisade</i>. Celle-ci permet aux Espagnols de
+faire gras tous les Vendredis de l'année, moyennant
+une légère aumône<a id="footnotetag70" name="footnotetag70"></a><a href="#footnote70"><sup>70</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote70" name="footnote70"></a><b>Note 70:</b><a href="#footnotetag70"> (retour) </a><p>On définit ordinairement la <i>Bulle de la Sainte
+Croisade</i>: «un diplôme papal, contenant de nombreux privilèges,
+induits et grâces, accordé, au Roi d'Espagne pour l'aider dans la guerre
+contre les Infidèles.»</p>
+
+<p>Pour obtenir cette Bulle, il faut résider dans les Royaumes, Provinces
+et territoires soumis au Roi d'Espagne. Les étrangers cependant
+peuvent validement jouir des privilèges de la Bulle, s'ils viennent en
+pays espagnols, même en y passant très peu de temps et quelle que
+soit la raison qui les y amène.</p>
+
+<p>Autrefois, pour jouir des faveurs de la Bulle, il fallait aller en
+personne, dans l'armée espagnole, combattre les Infidèles, ou bien
+équiper à ses frais un soldat de cette armée, ou bien faire une aumône.
+Aujourd'hui, il suffit d'acheter la Bulle, moyennant une légère
+aumône, d'y inscrire son nom et de la conserver chez soi.</p>
+
+<p>Entre autres privilèges, la Bulle accorde le droit de manger des
+oeufs et du laitage tous les jours de Carême, ainsi que de la viande
+tous les jours de jeûne et d'abstinence de l'année.</p></blockquote>
+
+<p>Noël est surtout la grande fête des pays basques:
+en Guipuscoa, on dit <i>las Pascuas de la Natividad</i>
+(les Pâques de la Nativité).</p>
+
+<p>On nous écrit de la République Argentine, où se
+sont implantées la langue et les coutumes espagnoles,
+qu'il est d'usage de se faire visite à l'occasion
+de Noël et de se souhaiter de <i>felices Pascuas de
+Navidad</i> (d'heureuses Pâques de Noël)<a id="footnotetag71" name="footnotetag71"></a><a href="#footnote71"><sup>71</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote71" name="footnote71"></a><b>Note 71:</b><a href="#footnotetag71"> (retour) </a> En Espagne on dit: <i>les Pâques de la Nativité</i> et
+<i>les Pâques de la Résurrection</i>.</blockquote>
+
+<p>Pendant le temps que durent les fêtes de Noël, il
+est de coutume dans toute l'Espagne&mdash;villes et campagnes&mdash;de
+chanter des airs pastoraux appelés
+<i>villancicos</i> (cantiques de Noël), mesure six-huit, qui
+symbolisent les chants des pasteurs célébrant la naissance
+de l'Enfant-Jésus. Ces chants sont le plus ordinairement
+accompagnés de castagnettes et de <i>Zambombas</i>.
+Cet instrument de musique (??) n'ayant pas
+d'équivalent en français, nous nous croyons obligé
+de le décrire.</p>
+
+<p>La <i>Zambomba</i>, ainsi appelée sans doute par harmonie
+imitative, est une sorte de tambourin champêtre
+qui serait venu des Maures: on le retrouve
+encore en Afrique. C'est un vase de terre cuite ayant
+à peu près la forme d'un sablier. Une des extrémités
+recouverte d'une peau épaisse, desséchée et soigneusement
+tendue, présente une ouverture au centre.
+Dans cette ouverture passe une baguette d'environ
+cinquante centimètres, plantée perpendiculairement
+et liée à la peau. Pour faire <i>mugir</i> l'instrument, il
+suffit de communiquer à la baguette un énergique
+mouvement de va-et-vient.</p>
+
+<p>Dans les faubourgs, tous ont leur <i>Zambomba</i>:
+enfants, parents, vieillards. A tous les coins de rue,
+les marchands en vendent; il y en a de toutes sortes;
+quelques-unes même sont vraiment luxueuses: la
+boîte sonore est ornée de peintures et la baguette
+est en bois rare et précieux.</p>
+
+<p>Heureusement l'usage de la <i>Zambomba</i> est limité
+aux fêtes de Noël: c'est suffisant.</p>
+
+<p>Quelque bruyante que soit la fête de Noël en
+Espagne, elle l'est encore moins que le Samedi
+Saint. Ce jour-là, vers onze heures du matin, quand
+les cloches <i>revenues de Rome</i> commençent à sonner
+le <i>Gloria in excelsis</i>, il se fait, pendant une demi-heure,
+un bruit des plus étranges. Les cuisinières
+frappent, à tour de bras, sur leur casserole la plus
+sonore, pendant que dans la rue, les enfants armés
+de maillets frappent sur les portes des maisons,
+comme s'ils voulaient les défoncer. Un tel charivari,
+s'il devait durer, finirait par rendre fou.</p>
+
+<p>A Valladolid et à Salamanque, les jeunes filles
+dansent autour des statues de la Madone en chantant
+des <i>villancicos</i> qui ne contiennent souvent que des
+pensées inachevées, comme dans beaucoup de mélodies
+populaires. Nous ne citerons que ces deux couplets:</p>
+
+<div class="poem"> <div class="stanza">
+<p><i>Ardia la razza,</i></p>
+<p><i>Y la razza ardia,</i></p>
+<p><i>Y no se quemaba;</i></p>
+<p><i>La Virgen Maria!</i></p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>Le buisson brûlait.</p>
+<p>Et brûlait le buisson.</p>
+<p>Et ne se brûlait pas;</p>
+<p>La Vierge Marie!</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p><i>San José era carpiniero,</i></p>
+<p><i>Y la Virgen costurera,</i></p>
+<p><i>El Niño labra la cruz,</i></p>
+<p><i>Porque ha de morir en ella.</i></p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>Saint Joseph était charpentier.</p>
+<p>Et la Vierge couturière.</p>
+<p>L'enfant travaille le bois de la croix.</p>
+<p>Parce qu'en elle Il doit mourir.</p>
+ </div> </div>
+
+<p>La ville la plus intéressante au point de vue des
+fêtes religieuses et populaires est assurément Séville.
+C'est peut-être dans ce sens qu'il faut entendre ce
+proverbe si connu dans toute l'Espagne:</p>
+
+<div class="poem"> <div class="stanza">
+<p>Quien no ha visto Sevilla</p>
+<p>No ha visto maravilla.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>Qui n'a vu Séville</p>
+<p>N'a vu merveille<a id="footnotetag72" name="footnotetag72"></a><a href="#footnote72"><sup>72</sup></a>.</p>
+ </div> </div>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote72" name="footnote72"></a><b>Note 72:</b><a href="#footnotetag72"> (retour) </a> D'après un autre proverbe espagnol: <i>Quien no ha vista Granada,
+No ha visto nada</i>, qui n'a vu Grenade, n'a rien vu.&mdash;Nous
+pensons, en effet, que cette ville offre le plus beau paysage de toute
+l'Espagne. Qu'on se figure une campagne verte et fraîche, puis, à
+l'entour, un cadre de collines ruisselantes d'eaux vives, exubérantes de
+végétation; plus haut un amphithéâtre de montagnes d'une douce
+lumière bleue, enfin, par dessus tout, les neiges éternelles de la Sierra
+Nevada, montant à 3,500 mètres dans l'azur sombre du ciel.... Voilà
+le riant et grandiose panorama de la ville merveilleuse de l'Alhambra!</blockquote>
+
+<p>Ce n'est point la tour de la Giralda si remarquable
+par la proportion harmonieuse de ses lignes, ce ne
+sont pas ses autres monuments, ni ses trésors d'art,
+ni les beaux tableaux de Murillo qui ont fait surnommer
+Séville «l'Enchanteresse», <i>la Encantadora</i>, ce
+sont les agréments de la vie, les fêtes, le mouvement
+perpétuel de gaieté qui anime sa population.</p>
+
+<p>Ses grandes processions de la Semaine Sainte
+(<i>pasos</i>) sont célèbres dans le monde entier.</p>
+
+<p>La fête de Noël (<i>la Natividad</i>) y est particulièrement
+populaire: elle se passe, en grande partie, en
+plein air; le marché est plus animé que jamais entre
+le pont de Tiana et la plaza de Toros.</p>
+
+<p>«Voici d'abord le <i>pavero</i> (marchand de dindons,
+<i>pavos</i> en espagnol). C'est une industrie qui ne s'exerce
+guère qu'aux approches de Noël. Quelques jours
+avant la fête, il fait son apparition dans les rues,
+poussant devant lui son troupeau de volatiles. Ils
+vont se dandinant, ébouriffant leurs plumes-moirées,
+secouant leur jabot aux teintes sanguinolentes, attirant
+par leurs gloussements les ménagères prévoyantes...
+Le <i>pavero</i> crie sa marchandise et la vend avec
+toute la fierté de sa race»<a id="footnotetag73" name="footnotetag73"></a><a href="#footnote73"><sup>73</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote73" name="footnote73"></a><b>Note 73:</b><a href="#footnotetag73"> (retour) </a> Louis d'Harcourt, <i>Illustration</i>, 1890.</blockquote>
+
+<p>A Barcelone, la ville aux larges et riantes avenues,
+le vingt et un Décembre, fête de Saint-Thomas, il
+y a grande affluence de paysans qui viennent exposer
+et vendre des <i>pavos</i> (dindons), sur <i>la Rambla de
+Cataluña</i><a id="footnotetag74" name="footnotetag74"></a><a href="#footnote74"><sup>74</sup></a>, pour les fêtes de Noël.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote74" name="footnote74"></a><b>Note 74:</b><a href="#footnotetag74"> (retour) </a> Le terme <i>rambla</i> qui, vient de l'arabe, désigne
+dans toute l'Espagne le lit desséché d'un fleuve: souvent, comme à
+Barcelone, il est remplacé par de superbes boulevards. Ce qui fait que le
+mot de Cervantés s'applique encore à la grande cité qu'il appelle «une ville
+unique par son site et sa beauté», <i>en sitio y en bellezza unica</i>.</blockquote>
+
+<p>La loterie de Noël, à Séville, donne aussi à cette
+fête un attrait et une animation extraordinaires: on
+peut juger de son importance par la valeur du gros
+lot qui dépasse ordinairement deux millions de
+francs. Le prix de chaque billet est de cinq cents
+francs, mais il peut se diviser en coupures et fractions
+qui vont jusqu'aux sommes les plus petites.</p>
+
+<p>Après le tirage, le gain se partage au prorata de
+la valeur des billets, coupures et fractions.</p>
+
+<p>Les Espagnols s'intéressent tous à cette grande
+oeuvre quasi nationale et même ceux qui vivent à
+l'étranger ne manquent pas d'écrire à Séville pour
+se procurer des billets.</p>
+
+<p>Quelques jours avant Noël, on a coutume, dans
+bon nombre de familles où il y a des enfants, d'édifier
+des représentations de l'Adoration de l'Enfant
+Jésus par les Bergers et les Rois Mages. Des paysages
+en miniature se peuplent de personnages et
+d'animaux sans grand souci de la couleur locale,
+ni de la vraisemblance. On appelle ces sortes de
+Crèches des <i>nacimientos</i> (naissances).</p>
+
+<p>Dans certaines familles, on s'y applique consciencieusement
+à l'avance pour combiner des effets pittoresques
+que les amis viendront voir jusqu'aux «Rois»
+que ces éphémères constructions ne dépassent
+jamais.&mdash;Cette coutume existe à peu près dans
+toute l'Espagne.</p>
+
+<p>Dans les provinces du Midi, après avoir admiré
+dévotement le divin Enfant, la Vierge Marie, Saint
+Joseph, les Bergers, les Rois Mages, l'âne et le boeuf
+traditionnels, on passe une partie de la nuit à se
+divertir et surtout à danser le <i>fandango</i>. Cette danse
+préférée des Espagnols est sur un rythme entraînant,
+à trois temps, avec accompagnement de guitare
+et de castagnettes. Son mouvement rapide, l'agitation
+des bras, les trépidations des danseurs, lui donnent
+un caractère d'animation plein d'originalité.
+Dans l'intervalle des danses, on boit de l'<i>aguardiente</i>
+(eau-de-vie) et du <i>manzanilla</i> (petit vin blanc sec).
+Cette réunion toute intime de parents et d'amis se
+termine par une danse spéciale à laquelle tout le
+monde prend part.</p>
+
+<p>«Tous les assistants sont assis en cercle. Une
+jeune fille alerte s'élance d'un bond au milieu et
+parcourt rapidement le rond, toujours dansant. Puis
+elle s'arrête devant un des spectateurs qui est tenu
+de la remplacer et d'exécuter un pas brillant, quels
+que soient son âge, sa situation, sa gravité. Celui-ci
+s'arrête ensuite devant une femme, jeune ou vieille,
+qui lui succède dans ses exercices chorégraphiques,
+et ainsi de suite jusqu'à épuisement des danseurs»<a id="footnotetag75" name="footnotetag75"></a><a href="#footnote75"><sup>75</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote75" name="footnote75"></a><b>Note 75:</b><a href="#footnotetag75"> (retour) </a> Louis d'Harcourt, loc. cit.</blockquote>
+
+<p>Dans les provinces du Nord, aux pays basques,
+par exemple, on trouve beaucoup moins ces manifestations
+bruyantes: une lenteur mesurée, une tonalité
+grave règnent dans les actes et les discours.
+Après la Messe de minuit a lieu le réveillon qui se
+compose du <i>besugo</i>, poisson fréquent dans la contrée,
+de l'oie grasse et du dessert composé de nougats,
+d'alicante et de jijun.</p>
+
+<p>Dans le Midi, la tourte de Noël <a id="footnotetag76" name="footnotetag76"></a><a href="#footnote76"><sup>76</sup></a>, la morue frite,
+les châtaignes, la dinde truffée font les frais du repas
+qu'arrosent à pleins verres le <i>Valdepeñas</i> et le <i>Manzanilla</i>.
+Quelquefois la guitare et la <i>Zambomba</i>
+accompagnent le <i>Tango</i>, le <i>Boléro</i> et la <i>Sevillana</i>
+(danses espagnoles).</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote76" name="footnote76"></a><b>Note 76:</b><a href="#footnotetag76"> (retour) </a> A la Republique Argentine, le régal de Noël est le
+<i>pan dulce</i> (pain doux), sorte de gâteau aux raisins confits
+que les pâtissiers confectionnent
+en grande quantité pour cette fête.</blockquote>
+
+<p>Les gâteaux de Noël préférés par les Espagnols
+sont les «<i> Turones </i>». Chaque année, on en vend des
+quantités considérables, à Barcelone, sur le <i>paseo de
+la Industria</i> (la promenade de l'Industrie).</p>
+
+<p>Les Tourons ou massepains sont d'énormes gâteaux
+au miel, aux amandes pilées, aux patates douces, sur
+lesquels l'imagination et la grâce espagnoles se donnent
+libre cours pour les ornementations. Ils ont
+généralement la forme de serpents enroulés et sont
+couverts d'arabesques en sucre multicolores, de fondants
+et de fruits confits et glacés. Ils sont merveilleux
+à voir et délicieux à manger. Il y a, comme
+volume, depuis la petite couleuvre, jusqu'aux plus
+immenses boas. Toute la famille espagnole a son
+Touron pour Noël et les familles riches s'en offrent
+qui coûtent des prix considérables <a id="footnotetag77" name="footnotetag77"></a><a href="#footnote77"><sup>77</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote77" name="footnote77"></a><b>Note 77:</b><a href="#footnotetag77"> (retour) </a> En Espagne, comme en Italie, Noël remplace le Jour de l'An.</blockquote>
+
+<p>Le matin de Noël, avant la grand'messe, les villageois
+basques dansent aussi le <i>fandango</i>, au son des
+guitares et des castagnettes, mais avec un rythme bien
+différent des peuples du Midi. Les danseurs arrondissent
+leurs bras en ailes de moulins, se font vis-à-vis en
+des gestes câlins, sans que jamais l'un vienne à s'approcher
+de l'autre. Ils demeurent silencieux et compassés.
+Pénétrés de la dignité de leurs rôles, ils semblent
+accomplir quelque sacerdoce. Sur un chapiteau
+renversé, un hidalgo loqueteux, venu on ne sait
+d'où, chante la triste <i>Malageña</i>, mélopée plaintive,
+venue du temps des Maures, pendant qu'un rayon
+de soleil vient éclairer sa pauvre mine de misère<a id="footnotetag78" name="footnotetag78"></a><a href="#footnote78"><sup>78</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote78" name="footnote78"></a><b>Note 78:</b><a href="#footnotetag78"> (retour) </a> D'après la <i>Quinzaine</i>, 16 Décembre 1904.</blockquote>
+
+<p>Noël est avant tout une fête religieuse chez le
+peuple espagnol, fidèle gardien des naïves et touchantes
+traditions de ses pères.</p>
+
+<p>Sans doute, il y a bien parfois quelques manifestations
+bruyantes dans les églises, surtout dans les
+quartiers pauvres et ouvriers. Des castagnettes, des
+tambours de basque, des <i>Zambombas</i> accompagnent
+des <i>villancicos</i> (Noëls) à l'allure un peu trop alerte:
+certains instruments assez singuliers imitent le chant
+des oiseaux, surtout le cri éclatant du coq. A l'offertoire
+et à la sortie, l'orgue lui-même, oublieux de sa
+gravité ordinaire, joue des variations sur des thèmes
+empruntés aux airs les plus populaires. Au milieu de
+pareils concerts, les enfants de choeur sautillent bien
+un peu, la foule est agitée d'un balancement qui
+marque un peu trop la mesure, mais l'ensemble reste
+toujours sérieux et digne du saint lieu.</p>
+
+<p>A Séville, le jour de Noël, on danse encore dans
+les églises, mais tout est prévu et réglé d'avance
+et l'assistance, témoin de ces exercices qui font
+partie intégrante du cérémonial de la fête, se livre à
+la joie, sans perdre son attitude calme et recueillie.</p>
+
+<p>Jusqu'à la fin du dix-huitième siècle, à Valladolid,
+on représentait, au milieu des églises, les <i>Mystères</i>
+de la Nativité. Les personnages qui étaient en scène,
+portaient des masques grotesques et des costumes
+d'un goût douteux. Ils étaient accompagnés par tous
+les instruments populaires: castagnettes, tambours
+de basque, guitares, violons. Dans les entr'actes,
+l'organiste jouait seul: il choisissait dans son répertoire
+les morceaux les plus entraînants. Tout à coup
+les femmes et les jeunes filles entraient en danse,
+portant à la main des cierges allumés. Toute cette
+festivité était entremêlée de <i>villanelles</i> ou chansons
+rustiques. Celui qui avait le mieux chanté était salué
+par les fidèles du beau nom de <i>Victor</i>.</p>
+
+<p>Si nous pénétrons, le jour de Noël, dans une des
+églises du Midi de l'Espagne, nous y trouverons une
+foule qui s'y presse pour sanctifier cette solennité.
+La jeune andalouse en habit de soie noire, avec
+mantille, agenouillée sur la dalle nue<a id="footnotetag79" name="footnotetag79"></a><a href="#footnote79"><sup>79</sup></a>, fixe du
+regard la Madone vêtue de ses plus beaux atours de
+damas et de dentelles et couronnée d'un riche diadème
+aux perles étincelantes. Elle est droite, immobile,
+comme figée sur place, adressant une fervente
+prière à la Vierge qui ne peut manquer de l'exaucer,
+en ce jour de l'anniversaire de la naissance de son
+fils. Telles les orantes, sculptées dans le marbre ou
+la pierre, qu'on admire dans les catacombes de Rome,
+ou auprès des tombeaux du <i>Campo santo</i> de Gênes
+et des autres villes d'Italie.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote79" name="footnote79"></a><b>Note 79:</b><a href="#footnotetag79"> (retour) </a> Les églises espagnoles ne contiennent pas habituellement de
+chaises.</blockquote>
+
+<p>Dans le Nord, la jeune basquaise va également se
+prosterner, le jour de Noël, dans l'église de Lezo, près
+de Saint-Sébastien<a id="footnotetag80" name="footnotetag80"></a><a href="#footnote80"><sup>80</sup></a>. Ce n'est plus la Vierge Marie
+qu'elle implore, c'est devant l'image du Christ
+vénéré qu'elle reste des heures entières, plongée
+dans une sorte d'extase. Comme elle contemple, avec
+émotion et avec larmes, son Dieu à l'aspect saisissant,
+aux membres alanguis, à la chevelure d'ébène,
+au regard tendre et compatissant qui semble la fixer
+et la comprendre. Elle lui confie tous les secrets de
+son âme ardente: ses peines, ses illusions, ses espérances.
+C'est à Lui qu'elle vient demander ce que
+chante la vieille complainte:</p>
+
+<div class="poem"> <div class="stanza">
+<p class="i6">Santo Cristo de Lezo.</p>
+<p class="i6">Tres cosas te pido:</p>
+<p class="i6">Salud, dinero</p>
+<p class="i6">Y buen marido.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p class="i6">Saint Christ de Lezo,</p>
+<p class="i6">Je te demande trois choses:</p>
+<p class="i6">Le salut, la fortune</p>
+<p class="i6">Et un bon mari.</p>
+ </div> </div>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote80" name="footnote80"></a><b>Note 80:</b><a href="#footnotetag80"> (retour) </a> Dans les pays basques, il est d'usage, au jour de Noël, de se
+rendre a trois pèlerinages locaux particulièrement célèbres: ce sont
+ceux de Lezo, d'Iziar et d'Aranzazu.</blockquote>
+
+<p>En parcourant ces silencieuses campagnes de la
+province de Guipuscoa, il nous est souvent revenu à
+l'esprit une belle page de Pierre Loti, sur la Messe
+au pays basque, et surtout ces lignes finales: «Faire
+les mêmes choses que depuis des âges sans nombre
+ont faites les ancêtres, et redire aveuglément les
+mêmes paroles de foi, est une suprême sagesse, une
+suprême force. Pour tous ces croyants qui chantaient
+là, il se dégageait de ce cérémonial, immuable de la
+Messe une sorte de paix, une confuse mais douce
+résignation aux anéantissements prochains. Vivants
+de l'heure présente, ils perdaient un peu de leur personnalité
+éphémère pour se rattacher mieux aux
+morts couchés sous les dalles et les continuer plus
+exactement, ne former avec eux et leur descendance
+à venir, qu'un de ces ensembles résistants et de durée
+presque indéfinie qu'on appelle une race.»</p>
+
+<p>Il nous a été donné de voir des familles entières
+agenouillées devant le <i>Christ miraculeux</i> de la belle
+cathédrale de Burgos ou devant la <i>Virgen del Pilar</i>
+(la Vierge du Pilier) de l'immense basilique de Saragosse.
+Rien, dans nos souvenirs de voyages, ne nous
+a donné une idée plus haute de la foi qui opère des
+merveilles, et de l'ardente charité d'un peuple au
+coeur vaillant et à la religion profonde et vraie.</p>
+
+<p>Il nous reste à parler de la Messe de Noël en
+Espagne, Messe de minuit et Messe du jour.</p>
+
+<p>La Messe de minuit s'appelle <i>Misa del Gallo</i> (la
+Messe du coq ou du chant du coq): elle n'offre rien
+de bien particulier.</p>
+
+<p>Elle se célèbre dans la plupart des églises de
+Madrid. A la fin, les fidèles entonnent les <i>villancicos</i>
+en s'accompagnant d'instruments de toute sorte: il se
+fait alors un tapage qui surprend et étonne les étrangers.
+Des bandes bruyantes d'hommes du peuple
+parcourent en chantant les rues les plus fréquentées.
+Depuis minuit, les cafés, surtout ceux de <i>la Puerta
+del Sol</i><a id="footnotetag81" name="footnotetag81"></a><a href="#footnote81"><sup>81</sup></a>, se remplissent d'une foule animée. La
+visite du marché aux fruits de <i>la plazza Mayor</i> est
+intéressante, surtout le soir de Noël: il y a quantité
+de boutiques brillamment illuminées.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote81" name="footnote81"></a><b>Note 81:</b><a href="#footnotetag81"> (retour) </a> <i>La Puerta del Sol</i> (la Porte du Soleil), la place
+la plus grande et
+la plus animée de Madrid: elle doit son nom à l'ancienne porte
+démolie en 1570, d'où l'on pouvait voir <i>le lever du soleil</i>.</blockquote>
+
+<p>Le jour de Noël, les monastères ouvrent leurs chapelles
+ordinairement fermées au public et la Messe
+de minuit se célèbre avec une grande solennité.
+Chaque fidèle y apporte, soigneusement enveloppé
+dans son manteau, son cierge bizarrement enroulé
+en forme de serpent. Dans le rayonnement des
+lumières, apparaît, au milieu de la nef principale et
+jusque dans le sanctuaire, une foule recueillie à la
+foi ardente et aux élans d'une piété expansive. C'est
+une suite de fiévreux signes de croix, de baisements
+des dalles, de coups frappés sur la poitrine, de
+regards enflammés et suppliants allant de l'autel à la
+Madone et de la Madone à l'autel.</p>
+
+<p>Dans l'église, au dôme élevé, du célèbre couvent
+de Loyola, bâti sur l'emplacement de la maison où
+naquit Saint Ignace, fondateur de l'Ordre des Jésuites&mdash;à la
+Messe de minuit&mdash;l'orgue joue, après
+l'élévation, la <i>Marche royale</i> avec accompagnement
+de tambours de basque et de castagnettes. Les Religieux,
+par suite d'un usage séculaire, célèbrent à la
+fois la gloire du Très-Haut et celle de leur Souverain<a id="footnotetag82" name="footnotetag82"></a><a href="#footnote82"><sup>82</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote82" name="footnote82"></a><b>Note 82:</b><a href="#footnotetag82"> (retour) </a> <i>La Quinzaine</i>, loc. cit.</blockquote>
+
+<p>M. Etienne Roze nous décrit, dans un style plein
+de charme et d'humour, une Messe de Noël à Madrid:</p>
+
+<p>«Le jour de Noël, désirant assister à un office pittoresque,
+je me rendis à la Grand'Messe de l'Hôpital
+Général. C'était là, m'avait-on dit, le refuge des
+vieilles traditions.</p>
+
+<p>«... Autour de l'harmonium, des Religieuses étaient
+groupées. Je n'ai jamais entendu une Messe chantée
+sur un rythme aussi gai. Le célébrant tout allègre
+entonna le Kyrie sur quelques notes vives et alertes
+et le choeur lui répondit dans une attaque parfaite.</p>
+
+<p>«Une vieille religieuse, toute ridée sous sa cornette
+blanche, battait la mesure avec décision: c'était
+un excellent chef d'orchestre.</p>
+
+<p>«... Les voix étaient justes et fraîches et les instruments
+parfaitement accordés.</p>
+
+<p>«Il y avait deux Zambombas, deux tambours de
+basque, des castagnettes, deux trompettes, deux sifflets
+de tons différents, un coucou, un coq, un rossignol
+et deux de ces petits pots en terre qu'on remplit
+à demi et dans lesquels on souffle pour imiter
+un gazouillis d'oiseaux.</p>
+
+<p>«Tout cela partait, s'arrêtait, reprenait dans une
+mesure excellente. Seuls, les gazouillis étaient quelquefois
+en retard et gazouillaient de temps à autre,
+au milieu d'un silence ou quand ce n'était plus leur
+tour. Mais ils gazouillaient si bien, avec tant de gentillesse,
+qu'il était impossible de leur en vouloir.</p>
+
+<p>«... D'ailleurs, le chef d'orchestre faisait les gros
+yeux et tout rentrait dans l'ordre.</p>
+
+<p>«... On eut dit une Messe chantée dans une
+volière.</p>
+
+<p>«Le coq, le rossignol et le coucou étaient surtout
+merveilleux. Ils s'appelaient et se répondaient avec
+une impeccable mesure. Les tambours et les castagnettes
+formaient la basse et ne se reposaient jamais.</p>
+
+<p>«... Tout l'office fut célébré ainsi et d'une façon
+si naïve, si simple, si touchante, avec une foi si vive
+et si sincère, que le sourire qui m'était venu au
+début sur les lèvres, disparut très vite, pour faire
+place à une réelle émotion»<a id="footnotetag83" name="footnotetag83"></a><a href="#footnote83"><sup>83</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote83" name="footnote83"></a><b>Note 83:</b><a href="#footnotetag83"> (retour) </a> Revue Marne. <i>Noël</i> 1902.</blockquote>
+
+<p>Après la Messe de minuit, il est d'usage, en Espagne,
+de se saluer par ces mots: <i>nacido<a id="footnotetag84" name="footnotetag84"></a><a href="#footnote84"><sup>84</sup></a> el Niño!</i>
+(l'Enfant est né!)</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote84" name="footnote84"></a><b>Note 84:</b><a href="#footnotetag84"> (retour) </a> La loi du moindre effort fait disparaître le
+<i>d</i> dans la prononciation
+et ordinairement on dit: <i>nacie el Niño</i>.</blockquote>
+
+<p>Le jour des Rois (<i>Dia de Reyes</i>), à Madrid, une
+foule animée remplit les rues et les magasins. Le
+soir, des enfants portent des flambeaux, des échelles,
+dès sonnettes et des tambours, parcourent les rues
+et les places les plus écartées où ils font halte pour
+«guetter l'arrivée des Rois». Mais bientôt un
+«Messager» vient annoncer que les Rois ont pris
+«un autre chemin» et qu'ils font leur entrée à l'autre
+bout de la ville. Sur quoi, toute la bande se
+dirige vers l'endroit indiqué, où la même scène
+recommence.</p>
+
+<p>Le jour de l'Épiphanie, à Madrid, dans la chapelle
+royale, une Messe solennelle est dite par le Cardinal-Aumônier.
+Le Roi, la Reine et toute la famille royale
+y assistent, avec toute la Cour, en tenue de gala.
+Après la Messe, le Roi fait porter sur l'autel trois
+beaux calices; le Cardinal les consacre et le Roi les
+envoie, en souvenir des trois Rois Mages, à trois
+églises pauvres<a id="footnotetag85" name="footnotetag85"></a><a href="#footnote85"><sup>85</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote85" name="footnote85"></a><b>Note 85:</b><a href="#footnotetag85"> (retour) </a> Ce trait édifiant et plusieurs autres nous ont été racontés par
+un ecclésiastique qui a passé deux années à Madrid, et qui a eu de
+fréquentes relations avec la famille royale d'Espagne.</blockquote>
+<br><br><br>
+
+
+<p>FIN.</p>
+<br><br><br>
+
+
+
+<div class="poem"> <div class="stanza">
+<p class="i8">TABLE</p><br>
+<p>Préface.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>NOËL EN SUÈDE ET EN NORWÈGE</p>
+<p class="i2">Le cadeau mystérieux.</p>
+<p class="i2">Le repas national.</p>
+<p class="i2">La Messe de minuit au village.</p>
+<p class="i2">Le réveillon des petits oiseaux.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>NOËL EN ANGLETERRE</p>
+<p class="i2">Les mascarades.</p>
+<p class="i2">Les préparatifs immenses.</p>
+<p class="i2">L'agitation à Londres.</p>
+<p class="i2">Le <i>Baron of beef</i>.</p>
+<p class="i2">La décoration du <i>home</i>.</p>
+<p class="i2">La bûche traditionnelle.</p>
+<p class="i2">Les chanteurs.</p>
+<p class="i2">Le repas familial.</p>
+<p class="i2">Le cygne sur la table du roi.</p>
+<p class="i2">Les secours donnés aux pauvres.</p>
+<p class="i2">Les jeux.</p>
+<p class="i2">La réunion du soir.</p>
+<p class="i2">Les cartes de Noël.</p>
+<p class="i2">Le lendemain de Noël.</p>
+<p class="i2">Noël en Crimée.</p>
+<p class="i2">Noël au Transvaal.</p>
+<p class="i2">Une Messe de minuit en exil.</p>
+<p class="i2">L'offrande royale, le jour des Rois.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>NOËL EN ALLEMAGNE</p>
+<p class="i2">L'annonce de la fête.</p>
+<p class="i2">Origine des coutumes allemandes.</p>
+<p class="i2">Le réveillon.</p>
+<p class="i2">Le gâteau de Noël à la Cour de Berlin.</p>
+<p class="i2">Le Noël des enfants.</p>
+<p class="i2">L'arbre-de-noël.</p>
+<p class="i2">Le chant de Noël.</p>
+<p class="i2">La réunion familiale.</p>
+<p class="i2">Le valet Rupert.</p>
+<p class="i2">La visite de l'Enfant-Jésus.</p>
+<p class="i2">Nicolas le Velu.</p>
+<p class="i2">L'arbre de Noël en 1870.</p>
+<p class="i2">L'arbre de Noël à la caserne.</p>
+<p class="i2">Trait patriotique.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>NOËL EN ITALIE</p>
+<p class="i2">Rome.</p>
+<p class="i2">Les <i>Pifferari</i>.</p>
+<p class="i2">La cantate à la Vierge.</p>
+<p class="i2">Les boutiques de la place Navone.</p>
+<p class="i2">Les Crèches.</p>
+<p class="i2">Le <i>San Bambino</i>.</p>
+<p class="i2">La <i>Befana</i>.</p>
+<p class="i2">Les rondes de la <i>Befana</i>.</p>
+<p class="i2">Les Mystères de Noël à Leeca.</p>
+<p class="i2">L'<i>Ave Maria</i> de la Bûche.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>NOËL A NAPLES</p>
+<p class="i2">La semaine des <i>Bancarelle</i>.</p>
+<p class="i2">Le marché aux poissons.</p>
+<p class="i2">Le port de Naples.</p>
+<p class="i2">Les <i>Zampognari</i>.</p>
+<p class="i2">Les Crèches napolitaines.</p>
+<p class="i2">La Crèche du Musée de la Chartreuse.</p>
+<p class="i2">La Crèche de Caserte.</p>
+<p class="i2">Les feux d'artifice.</p>
+<p class="i2">Le drame de la Naissance du Verbe Incarné.</p>
+<p class="i2">La Crèche-parlante de Catanzaro.</p>
+<p class="i2">Les cloches de Lanciano.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>NOËL EN SICILE</p>
+<p class="i2">Les musiciens de Noël.</p>
+<p class="i2">Gracieux dialecte sicilien.</p>
+<p class="i2">Prières de Noël.</p>
+<p class="i2">Chansonnettes pieuses.</p>
+<p class="i2">Les Crèches enfantines.</p>
+<p class="i2">Les boutiques de Palerme.</p>
+<p class="i2">Le repas des oiseaux.</p>
+<p class="i2">La Bûche de Noël.</p>
+ </div><div class="stanza">
+<p>NOËL EN ESPAGNE</p>
+<p class="i2">Fête bruyante.</p>
+<p class="i2">La Bulle de la Sainte Croisade.</p>
+<p class="i2">Les Pâques de la Nativité.</p>
+<p class="i2">Les <i>cillancicos</i>.</p>
+<p class="i2">La <i>Zambomba</i>.</p>
+<p class="i2">Le Samedi Saint.</p>
+<p class="i2">Le Noël de Valladolid.</p>
+<p class="i2">Noël à Séville.</p>
+<p class="i2">Le marchand de dindons.</p>
+<p class="i2">La loterie de Séville.</p>
+<p class="i2">Les Crèches.</p>
+<p class="i2">Le <i>fandango</i>.</p>
+<p class="i2">Les Tourons.</p>
+<p class="i2">Les Mystères de Noël à Valladolid.</p>
+<p class="i2">La prière de Noël à Séville.</p>
+<p class="i2">La prière de Noël à Lezo.</p>
+<p class="i2">La Messe de minuit.</p>
+<p class="i2">La Messe du jour à l'Hôpital Général.</p>
+<p class="i2">Le jour des Rois à Madrid.</p>
+<p class="i2">L'offrande du Roi d'Espagne.</p>
+ </div> </div>
+
+
+
+<p>FIN DE LA TABLE</p>
+<br><br><br>
+
+
+<p>[Note du transcripteur: Suit le matériel hors propos qui se trouve
+dans les premières pages de l'ouvrage qui a servi pour produire
+ce document.]</p>
+
+<p>Prix franco: UN Franc</p>
+
+<p>SE TROUVE CHEZ L'AUTEUR<br>
+PITHIVIERS</p>
+
+<p>IMPRIMERIE MODERNE,<br>
+I, IMPASSE DE L'ÉGLISE<br><br>
+1906</p>
+
+<p>IMPRIMATUR.<br>
+Aurel., Die. 3 Decemb. 1905.<br>
+A. BRUANT<br>
+<i>Vic. gen.</i></p>
+
+
+
+<p>Nous avons publié, en 1903, sur les <i>Réjouissances
+populaires de Noël dans nos anciennes provinces</i>,
+et en 1904, sur <i>Noël dans les pays du Nord</i>, deux
+brochures dans lesquelles un grand nombre de journaux,
+de revues et de semaines religieuses ont puisé
+des extraits. En 1904, le grand journal de Paris <i>Le
+Gaulois</i> nous a fait les honneurs de son intéressant
+numéro illustré de Noël. Nous espérons que notre
+<i>Noël dans les pays étrangers</i> obtiendra, cette année,
+la même faveur.</p>
+
+<p>Depuis notre voyage de Terre Sainte, en 1893,
+présidé par Son Éminence le Cardinal Langénieux,
+de pieuse, illustre et vénérée mémoire, nous avons
+recueilli des notes nombreuses sur les usages établis
+à l'occasion des fêtes de Noël et de l'Épiphanie. Nos
+amis de la <i>Société Asiatique</i>, répandus dans le
+monde entier, nous ont écrit des lettres pleines d'intérêt
+et d'érudition. Nos confrères de France et de
+l'Etranger, dont nous avons pu apprécier la science
+et l'aimable charité, nous ont aussi prêté le plus
+bienveillant, le plus utile concours.</p>
+
+<p>Nous nous proposons de publier prochainement
+<i>le Folk-Lore de Noël</i> ou <i>Essai sur les coutumes
+populaires de Noël dans tous les pays</i>.</p>
+
+<p>Notre ouvrage sera divisé comme il suit:</p>
+
+
+<p>PRÉFACE.&mdash;Origine et but de ce livre.</p>
+
+<p>INTRODUCTION.&mdash;Résumé des faits historiques qui
+se sont passés le jour de Noël. (Ephémérides de
+Noël.)</p>
+
+<div class="poem"> <div class="stanza">
+<p>CHAPITRES</p>
+<p>I.&mdash;Solennité et popularité de Noël.</p>
+<p>II.&mdash;Veillée de Noël et légendes qu'on y raconte.</p>
+<p>III.&mdash;Bûche de Noël.</p>
+<p>IV.&mdash;Processions de Noël (profanes et religieuses.)</p>
+<p>V.&mdash;Particularités de la Messe de minuit.</p>
+<p>VI.&mdash;Cadeaux de Noël (Arbre de Noël et Sabot de</p>
+<p class="i6"> Noël.)</p>
+<p>VII.&mdash;Réveillon et gâteaux de Noël.</p>
+<p>VIII.&mdash;Origine, naïveté et universalité des Noëls.</p>
+<p>IX.&mdash;Crèches de Noël.</p>
+<p>X.&mdash;Pastorales et Mystères de Noël.</p>
+<p>XI.&mdash;Noël dans les pays du Nord.</p>
+<p>XII.&mdash;Noël dans les pays du Midi.</p>
+<p>XIII.&mdash;Noël dans les pays de Missions.</p>
+<p>XIV.&mdash;Fête des Rois.</p>
+ </div> </div>
+
+<p>CONCLUSION.&mdash;Ces coutumes de Noël, si universelles
+et si populaires, prouvent la divinité de
+Notre-Seigneur Jésus-Christ.</p>
+
+
+<p><b>Nous serions très reconnaissant à nos lecteurs
+de nous fournir de nouveaux documents
+puisés dans leurs lectures, leurs voyages
+ou auprès de leurs amis. Ces documents
+se trouvent surtout dans les journaux, revues
+et semaines religieuses qui paraissent
+du quinze au trente Décembre de chaque
+année.</b> Ceux qui possèdent des collections de ces
+différentes publications peuvent consulter les livraisons
+des années précédentes. Dans chaque pays, la
+presse locale contient des articles très intéressants
+sur les coutumes particulières à chaque contrée. A
+titre de renseignements, ces articles ont pour nous
+une grande valeur.</p>
+
+<p>Les écrivains les plus célèbres, prosateurs et
+poëtes de tous les pays, ont parlé avec admiration
+de nos usages de Noël. Frédéric Mistral a chanté la
+«Bûche de Noël» dans cette belle et harmonieuse
+langue provençale qu'il parle si bien. Qui ne connaît
+la «Dernière Bûche» de Théodore Botrel, d'une
+allure toute gauloise et d'une saveur toute bretonne?
+Madame de Sévigné raconte «avec finesse et joyeusetés»
+comment se passait «le réveillon» dans son
+merveilleux hôtel Carnavalet. Nous trouvons dans le
+gracieux <i>Weihnachtsabend</i> (la veillée de Noël), de
+Schmid, une ravissante description de «la Crèche»
+et Shakespeare lui-même, dans <i>Hamlet</i>, fait allusion
+à l'une de nos légendes de Noël les plus répandues.</p>
+
+<p>De nouveau, nous prions nos amis de vouloir
+bien nous signaler leurs <i>découvertes</i> dans ce domaine
+infini de notre littérature nationale et des littératures
+étrangères. Ils nous aideront ainsi à compléter
+l'oeuvre que nous avons entreprise, pour l'édification
+de nos frères: la glorification populaire du divin
+Enfant de Bethléem.</p>
+
+
+
+<p>Cette brochure se vend au profit des trois
+Écoles libres de Pithiviers; nous prions nos
+lecteurs de la faire connaître autour d'eux.
+
+
+
+
+
+
+
+<pre>
+
+
+
+
+
+End of Project Gutenberg's Noël dans les pays étrangers, by Alphonse Chabot
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK NOËL DANS LES PAYS ÉTRANGERS ***
+
+***** This file should be named 14713-h.htm or 14713-h.zip *****
+This and all associated files of various formats will be found in:
+ https://www.gutenberg.org/1/4/7/1/14713/
+
+Produced by Suzanne Shell, Renald Levesque and the Online Distributed
+Proofreading Team. This file was produced from images generously
+made available by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica)
+
+
+Updated editions will replace the previous one--the old editions
+will be renamed.
+
+Creating the works from public domain print editions means that no
+one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
+(and you!) can copy and distribute it in the United States without
+permission and without paying copyright royalties. Special rules,
+set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to
+copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to
+protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark. Project
+Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
+charge for the eBooks, unless you receive specific permission. If you
+do not charge anything for copies of this eBook, complying with the
+rules is very easy. You may use this eBook for nearly any purpose
+such as creation of derivative works, reports, performances and
+research. They may be modified and printed and given away--you may do
+practically ANYTHING with public domain eBooks. Redistribution is
+subject to the trademark license, especially commercial
+redistribution.
+
+
+
+*** START: FULL LICENSE ***
+
+THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
+PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK
+
+To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free
+distribution of electronic works, by using or distributing this work
+(or any other work associated in any way with the phrase "Project
+Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project
+Gutenberg-tm License (available with this file or online at
+https://gutenberg.org/license).
+
+
+Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm
+electronic works
+
+1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
+electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
+and accept all the terms of this license and intellectual property
+(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all
+the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy
+all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession.
+If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project
+Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the
+terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or
+entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8.
+
+1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be
+used on or associated in any way with an electronic work by people who
+agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few
+things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
+even without complying with the full terms of this agreement. See
+paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
+Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
+and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
+works. See paragraph 1.E below.
+
+1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
+or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
+Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the
+collection are in the public domain in the United States. If an
+individual work is in the public domain in the United States and you are
+located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
+copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
+works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
+are removed. Of course, we hope that you will support the Project
+Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by
+freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of
+this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with
+the work. You can easily comply with the terms of this agreement by
+keeping this work in the same format with its attached full Project
+Gutenberg-tm License when you share it without charge with others.
+
+1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern
+what you can do with this work. Copyright laws in most countries are in
+a constant state of change. If you are outside the United States, check
+the laws of your country in addition to the terms of this agreement
+before downloading, copying, displaying, performing, distributing or
+creating derivative works based on this work or any other Project
+Gutenberg-tm work. The Foundation makes no representations concerning
+the copyright status of any work in any country outside the United
+States.
+
+1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg:
+
+1.E.1. The following sentence, with active links to, or other immediate
+access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently
+whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the
+phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project
+Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed,
+copied or distributed:
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+1.E.2. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived
+from the public domain (does not contain a notice indicating that it is
+posted with permission of the copyright holder), the work can be copied
+and distributed to anyone in the United States without paying any fees
+or charges. If you are redistributing or providing access to a work
+with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the
+work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1
+through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
+Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or
+1.E.9.
+
+1.E.3. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
+with the permission of the copyright holder, your use and distribution
+must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional
+terms imposed by the copyright holder. Additional terms will be linked
+to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the
+permission of the copyright holder found at the beginning of this work.
+
+1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
+License terms from this work, or any files containing a part of this
+work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.
+
+1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
+electronic work, or any part of this electronic work, without
+prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
+active links or immediate access to the full terms of the Project
+Gutenberg-tm License.
+
+1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary,
+compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any
+word processing or hypertext form. However, if you provide access to or
+distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than
+"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version
+posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org),
+you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a
+copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon
+request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other
+form. Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm
+License as specified in paragraph 1.E.1.
+
+1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
+performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
+unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.
+
+1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing
+access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided
+that
+
+- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
+ the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
+ you already use to calculate your applicable taxes. The fee is
+ owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he
+ has agreed to donate royalties under this paragraph to the
+ Project Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments
+ must be paid within 60 days following each date on which you
+ prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
+ returns. Royalty payments should be clearly marked as such and
+ sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
+ address specified in Section 4, "Information about donations to
+ the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."
+
+- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
+ you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
+ does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
+ License. You must require such a user to return or
+ destroy all copies of the works possessed in a physical medium
+ and discontinue all use of and all access to other copies of
+ Project Gutenberg-tm works.
+
+- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
+ money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
+ electronic work is discovered and reported to you within 90 days
+ of receipt of the work.
+
+- You comply with all other terms of this agreement for free
+ distribution of Project Gutenberg-tm works.
+
+1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
+electronic work or group of works on different terms than are set
+forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
+both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
+Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark. Contact the
+Foundation as set forth in Section 3 below.
+
+1.F.
+
+1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
+effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
+public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
+collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
+works, and the medium on which they may be stored, may contain
+"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
+corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
+property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
+computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by
+your equipment.
+
+1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
+of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
+Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
+Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
+liability to you for damages, costs and expenses, including legal
+fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
+LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
+PROVIDED IN PARAGRAPH F3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
+TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
+LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
+INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
+DAMAGE.
+
+1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
+defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
+receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
+written explanation to the person you received the work from. If you
+received the work on a physical medium, you must return the medium with
+your written explanation. The person or entity that provided you with
+the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
+refund. If you received the work electronically, the person or entity
+providing it to you may choose to give you a second opportunity to
+receive the work electronically in lieu of a refund. If the second copy
+is also defective, you may demand a refund in writing without further
+opportunities to fix the problem.
+
+1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth
+in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
+WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
+WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
+
+1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied
+warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
+If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
+law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
+interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
+the applicable state law. The invalidity or unenforceability of any
+provision of this agreement shall not void the remaining provisions.
+
+1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
+trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
+providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
+with this agreement, and any volunteers associated with the production,
+promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
+harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
+that arise directly or indirectly from any of the following which you do
+or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
+work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
+Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.
+
+
+Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
+
+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
+electronic works in formats readable by the widest variety of computers
+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
+people in all walks of life.
+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at https://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+https://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
+
+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at https://pglaf.org
+
+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
+
+
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit https://pglaf.org
+
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including including checks, online payments and credit card
+donations. To donate, please visit: https://pglaf.org/donate
+
+
+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
+
+
+Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
+
+ https://www.gutenberg.org
+
+This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
+subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
+
+
+</pre>
+
+</body>
+</html>