summaryrefslogtreecommitdiff
diff options
context:
space:
mode:
-rw-r--r--.gitattributes7
-rw-r--r--16989-0.txt1270
-rw-r--r--16989-8.txt1659
-rw-r--r--16989-8.zipbin34112 -> 0 bytes
-rw-r--r--16989-h.zipbin36681 -> 0 bytes
-rw-r--r--16989-h/16989-h.htm501
-rw-r--r--LICENSE.txt4
-rw-r--r--README.md2
8 files changed, 1335 insertions, 2108 deletions
diff --git a/.gitattributes b/.gitattributes
index 6833f05..d7b82bc 100644
--- a/.gitattributes
+++ b/.gitattributes
@@ -1,3 +1,4 @@
-* text=auto
-*.txt text
-*.md text
+*.txt text eol=lf
+*.htm text eol=lf
+*.html text eol=lf
+*.md text eol=lf
diff --git a/16989-0.txt b/16989-0.txt
new file mode 100644
index 0000000..0369617
--- /dev/null
+++ b/16989-0.txt
@@ -0,0 +1,1270 @@
+*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 16989 ***
+
+
+
+
+POÉSIES
+
+Par
+
+ISIDORE DUCASSE
+
+
+ * * * * *
+
+
+
+ Je remplace la mélancolie par le courage,
+ le doute par la certitude, le désespoir
+ par l'espoir, la méchanceté par le bien,
+ les plaintes par le devoir, le scepticisme
+ par la foi, les sophismes par la froideur
+ du calme et l'orgueil par la modestie.
+
+
+
+Paris
+
+1870
+
+
+ * * * * *
+
+
+A Georges DAZET, Henri MUE, Pedro ZUMARAN, Louis DURCOUR,
+Joseph BLEUMSTEIM, Joseph DURAND;
+
+A mes condisciples LESPÈS, Georges MINVIELLE, Auguste DELMAS;
+
+Aux Directeurs de Revues, Alfred SIRCOS, Frédéric DAMÉ;
+
+Aux AMIS passés, présents et futurs;
+
+A Monsieur HINSTIN, mon ancien professeur de rhétorique;
+
+sont dédiés, une fois pour toutes les autres, les prosaïques morceaux
+que j'écrirai dans la suite des âges, et dont le premier commence à voir
+le jour d'hui, typographiquement parlant.
+
+
+ * * * * *
+
+
+POÉSIES
+
+I
+
+Les gémissements poétiques de ce siècle ne sont que des sophismes.
+
+Les premiers principes doivent être hors de discussion.
+
+J'accepte Euripide et Sophocle; mais je n'accepte pas Eschyle.
+
+Ne faites pas preuve de manque des convenances les plus élémentaires et
+de mauvais goût envers le créateur.
+
+Repoussez l'incrédulité: vous me ferez plaisir.
+
+Il n'existe pas deux genres de poésies; il n'en est qu'une.
+
+Il existe une convention peu tacite entre l'auteur et le lecteur, par
+laquelle le premier s'intitule malade, et accepte le second comme
+garde-malade. C'est le poète qui console l'humanité! Les rôles sont
+intervertis arbitrairement.
+
+Je ne veux pas être flétri d«la qualification de poseur.
+
+Je ne laisserai pas des Mémoires.
+
+La poésie n'est pas la tempête, pas plus que le cyclone. C'est un fleuve
+majestueux et fertile.
+
+Ce n'est qu'on admettant la nuit physiquement, qu'on est parvenu à la
+faire passer moralement. _O Nuits d'Young!_ vous m'avez causé beaucoup
+de migraines!
+
+On ne rêve que lorsque l'on dort. Ce sont des mots comme celui de rêve,
+néant de la vie, passage terrestre, la préposition peut-être, le trépied
+désordonné, qui ont infiltré dans vos âmes cette poésie moite des
+langueurs, pareille à de la pourriture. Passer des mots aux idées, il
+n'y a qu'un pas.
+
+Les perturbations, les anxiétés, les dépravations, la mort, les
+exceptions dans l'ordre physique ou moral, l'esprit de négation, les
+abrutissements, les hallucinations servies par la volonté, les
+tourments, la destruction, les renversements, les larmes, les
+insatiabilités, les asservissements, les imaginations creusantes, les
+romans, ce qui est inattendu, ce qu'il ne faut pas faire, les
+singularités chimiques de vautour mystérieux qui guette la charogne de
+quelque illusion morte, les expériences précoces et avortées, les
+obscurités à carapace de punaise, la monomanie terrible de l'orgueil,
+l'inoculation des stupeurs profondes, les oraisons funèbres, les envies,
+les trahisons, les tyrannies, les impiétés, les irritations, les
+acrimonies, les incartades agressives, la démence, le spleen, les
+épouvantements raisonnes, les inquiétudes étranges, que le lecteur
+préférerait ne pas éprouver, les grimaces, les névroses, les filières
+sanglantes par lesquelles on fait passer la logique aux abois, les
+exagérations, l'absence de sincérité, les scies, les platitudes, le
+sombre, le lugubre, les enfantements pires que les meurtres, les
+passions, le clan des romanciers de cours d'assises, les tragédies, les
+odes, les mélodrames, les extrêmes présentés à perpétuité, la raison
+impunément sifflée, les odeurs de poule mouillée, les affadissements,
+les grenouilles, les poulpes, les requins, le simoun des déserts, ce qui
+est somnambule, louche, nocturne, somnifère, noctambule, visqueux,
+phoque parlant, équivoque, poitrinaire, spasmodique, aphrodisiaque,
+anémique, borgne, hermaphrodite, bâtard, albinos, pédéraste, phénomène
+d'aquarium et femme à barbe, les heures soûles du découragement
+taciturne, les fantaisies, les Acrotés, les monstres, les syllogismes
+démoralisateurs, les ordures, ce qui ne réfléchit pas comme l'enfant,
+la désolation, ce mancenillier intellectuel, les chancres parfumés, les
+cuisses aux camélias, la culpabilité d'un écrivain qui roule sur la
+pente du néant et se méprise lui-même avec des cris joyeux, les remords,
+les hypocrisies, les perspectives vagues qui vous broient dans leurs
+engrenages imperceptibles, les crachats sérieux sur les axiomes sacrés,
+la vermine et ses chatouillements insinuants, les préfaces insensées,
+comme celles de Cromwell, de M<sup>lle</sup> de Maupin et de Dumas fils,
+les caducités, les impuissances, les blasphèmes, les asphyxies, les
+étouffements, les rages,--devant ces charniers immondes, que je rougis
+de nommer, il est temps de réagir enfin contre ce qui nous choque et
+nous courbe si souverainement.
+
+Votre esprit est entraîné perpétuellement hors de ses gonds, et surpris
+dans le piège de ténèbres construit avec un art grossier par l'égoïsme
+et l'amour-propre.
+
+Le goût est la qualité fondamentale qui résume toutes les autres
+qualités. C'est le _nec plus ultra_ de l'intelligence. Ce n'est que par
+lui seul que le génie est la santé suprême et l'équilibre de toutes les
+facultés. Villemain est trente-quatre fois plus intelligent qu'Eugène
+Sue et Frédéric Soulié. Sa préface du _Dictionnaire de l'Académie_ verra
+la mort des romans de Walter Scott, de Fenimore Cooper, de tous les
+romans possibles et imaginables. Le roman est un genre faux, parce qu'il
+décrit les passions pour elles-mêmes: la conclusion morale est absente.
+Décrire les passions n'est rien; il suffit de naître un peu chacal, un
+peu vautour, un peu panthère. Nous n'y tenons pas. Les décrire, pour les
+soumettre à une haute moralité, comme Corneille, est autre chose. Celui
+qui s'abstiendra de faire la première choses tout en restant capable
+d'admirer et de comprendre ceux à qui il est donné de faire la deuxième,
+surpasse, de toute la supériorité des vertus sur les vices, celui qui
+fait la première.
+
+Par cela seul qu'un professeur de seconde se dit: «Quand on me donnerait
+tous les trésors de l'univers, je ne voudrais pas avoir fait des romans
+pareils à ceux de Balzac et d'Alexandre Dumas,» par cela seul, il est
+plus intelligent qu'Alexandre Dumas et Balzac. Par cela seul qu'un élève
+de troisième s'est pénétré qu'il ne faut pas chanter les difformités
+physiques et intellectuelles, par cela seul, il est plus fort, plus
+capable, plus intelligent que Victor Hugo, s'il n'avait fait que des
+romans, des drames et des lettres.
+
+Alexandre Dumas fils ne fera jamais, au grand jamais, un discours de
+distribution des prix pour un lycée. Il ne connaît pas ce que c'est que
+la morale. Elle ne transige pas. S'il le faisait, il devrait auparavant
+biffer d'un trait de plume tout ce qu'il a écrit jusqu'ici, en
+commençant par ses Préfaces absurdes. Réunissez un jury d'hommes
+compétents: je soutiens qu'un bon élève de seconde est plus fort que lui
+dans n'importe quoi, même dans la même dans la _sale_ question des
+courtisanes.
+
+Les chefs-d'oeuvre de la langue française sont les discours de
+distribution pour les lycées, et les discours académiques. En effet,
+l'instruction de la jeunesse est peut-être la plus belle expression
+pratique du devoir, et une bonne appréciation des ouvrages de Voltaire
+(creusez le mot appréciation) est préférable à ces ouvrages
+eux-mêmes.--Naturellement!
+
+Les meilleurs auteurs de romans et de drames dénatureraient à la longue
+la fameuse idée du bien, si les corps enseignants, conservatoires du
+juste, ne retenaient les générations jeunes et vieilles dans la voie de
+l'honnêteté et du travail.
+
+En son nom personnel, malgré elle, il le faut, je viens renier, avec une
+volonté indomptable, et une ténacité de fer, le passé hideux de
+l'humanité pleurarde. Oui: je veux proclamer le beau sur une lyre d'or,
+défalcation faite des tristesses goîtreuses et des fiertés stupides qui
+décomposent, à sa source, la poésie marécageuse de ce siècle. C'est avec
+les pieds que je foulerai les stances aigres du scepticisme, qui n'ont
+pas leur motif d'être. Le jugement, une fois entré dans l'efflorescence
+de son énergie, impérieux et résolu, sans balancer une seconde dans les
+incertitudes dérisoires d'une pitié mal placée, comme un procureur
+général, fatidiquement, les condamne. Il faut veiller sans relâche sur
+les insomnies purulentes et les cauchemars atrabilaires. Je méprise et
+j'exècre l'orgueil, et les voluptés infâmes d'une ironie, faite
+éteignoir, qui déplace la justesse de la pensée.
+
+Quelques caractères, excessivement intelligents, il n'y a pas lieu que
+vous l'infirmiez par des palinodies d'un goût douteux, se sont jetés, à
+tête perdue, dans les bras du mal. C'est l'absinthe, savoureuse, je ne
+le crois pas, mais, nuisible, qui tua moralement l'auteur de _Rolla_.
+Malheur à ceux qui sont gourmands! A peine est-il entré dans l'âge mûr,
+l'aristocrate anglais, que sa harpe se brise sous les murs de
+Missolonghi, après n'avoir cueilli sur son passage que les fleurs qui
+couvent l'opium des mornes anéantissements.
+
+Quoique plus grand que les génies ordinaires, s'il s'était trouvé de son
+temps un autre poète, doué, comme lui, à doses semblables, d'une
+intelligence exceptionnelle, et capable de se présenter comme son rival,
+il aurait avoué, le premier, l'inutilité de ses efforts pour produire
+des malédictions disparates; et que, le bien exclusif est, seul, déclaré
+digne, de par la voix de tous les mondes, de s'approprier notre estime.
+Le fait fut qu'il n'y eut personne pour le combattre avec avantage.
+Voilà ce qu'aucun n'a dit. Chose étrange! même en feuilletant les
+recueils et les livres de son époque, aucun critique n'a songé à mettre
+en relief le rigoureux syllogisme qui précède. Et ce n'est que celui qui
+le surpassera qui peut l'avoir inventé. Tant on était rempli de stupeur
+et d'inquiétude, plutôt que d'admiration réfléchie, devant des ouvrages
+écrits d'une main perfide, mais qui révélaient, cependant, les
+manifestations imposantes d'une âme qui n'appartient pas au vulgaire des
+hommes, et qui se trouvait à son aise dans les conséquences dernières
+d'un des deux moins obscurs problèmes qui intéressent les coeurs
+non-solitaires: le bien, le mal. Il n'est pas donné à quiconque
+d'aborder les extrêmes, soit dans un sens, soit dans un autre. C'est ce
+qui explique pourquoi, tout en louant, sans arrière-pensée,
+l'intelligence merveilleuse dont il dénote à chaque instant la preuve,
+lui, un des quatre ou cinq phares de l'humanité, l'on fait, en silence,
+ses nombreuses réserves sur les applications et l'emploi injustifiables
+qu'il en a faits sciemment. Il n'aurait pas dû parcourir les domaines
+sataniques.
+
+La révolte féroce des Troppmann, des Napoléon I<sup>er</sup>, des
+Papavoine, des Byron, des Victor Noir et des Charlotte Corday sera
+contenue à distance de mon regard sévère. Ces grands criminels, à des
+titres si divers, je les écarte d'un geste. Qui croit-on tromper ici, je
+le demande avec une lenteur qui s'interpose? O dadas de bagne! Bulles de
+savon! Pantins en baudruche! Ficelles usées! Qu'ils s'approchent, les
+Konrad, les Manfred, les Lara, les marins qui ressemblent au Corsaire,
+les Méphistophélès, les Werther, les Don Juan, les Faust, les Iago, les
+Rodin, les Caligula, les Caïu, les Iridion, les mégères à l'instar de
+Colomba, les Ahrimane, les manitous manichéens, barbouillés de cervelle,
+qui cuvent le sang de leurs victimes dans les pagodes sacrées de
+l'Hindoustan, le serpent, le crapaud et le crocodile, divinités,
+considérées comme anormales, de l'antique Égypte, les sorciers et les
+puissances démoniaques du moyen âge, les Prométhée, les Titans de la
+mythologie foudroyés par Jupiter, les Dieux Méchants vomis par
+l'imagination primitive des peuples barbares,--toute la série bruyante
+des diables en carton. Avec la certitude de les vaincre, je saisis la
+cravache de l'indignation et de la concentration qui soupèse, et
+j'attends ces monstres de pied ferme, comme leur dompteur prévu.
+
+Il y a des écrivains ravalés, dangereux loustics, farceurs au quarteron,
+sombres mystificateurs, véritables aliénés, qui mériteraient de peupler
+Bicêtre. Leurs têtes crétinisantes, d'où une tuile a été enlevée, créent
+des fantômes gigantesques, qui descendent au lieu de monter. Exorcice
+scabroux; gymnastique spécieuse. Passez donc, grotesque muscade. S'il
+vous plaît, retirez-vous de ma présence, fabricateurs, à la douzaine, de
+rébus défendus, dans lesquels je n'apercevais pas auparavant, du premier
+coup, comme aujourd'hui, le joint de la solution frivole. Cas
+pathologique d'un égoïsme formidable. Automates fantastiques:
+indiquez-vous du doigt, l'un à l'autre, mes enfants, l'épithète qui les
+remet à leur place.
+
+S'ils existaient, sous la réalité plastique, quelque part, ils seraient,
+malgré leur intelligence avérée, mais fourbe, l'opprobre, le fiel, des
+planètes qu'ils habiteraient la honte. Figurez-vous les, un instant,
+réunis en société avec des substances qui seraient leurs semblables.
+C'est une succession non interrompue de combats, dont ne rêveront pas
+les boule-dogues, interdits en France, les requins et les
+macrocéphales-cachalots. Ce sont des torrents de sang, dans ces régions
+chaotiques pleines d'hydres et de minotaures, et d'où la colombe,
+effarée sans retour, s'enfuit à tire-d'aile. C'est un entassement de
+bêtes apocalyptiques, qui n'ignorent pas ce qu'elles font. Ce sont des
+chocs de passions, d'irréconciliabilités et d'ambitions, à travers les
+hurlements d'un orgueil qui ne se laisse pas lire, se contient, et dont
+personne ne peut, même approximativement, sonder les écueils et les
+bas-fonds.
+
+Mais, ils ne m'en imposeront plus. Souffrir est une faiblesse, lorsqu'on
+peut s'en empêcher et faire quelque chose de mieux. Exhaler les
+souffrances d'une splendeur non équilibrée, c'est prouver, ô moribonds
+des maremmes perverses! moins de résistance et de courage, encore. Avec
+ma voix et ma solennité des grands jours, je te rappelle dans mes foyers
+déserts, glorieux espoir. Viens t'asseoir à mes côtés, enveloppé du
+manteau des illusions, sur le trépied raisonnable des apaisements. Comme
+un meuble de rebut, je t'ai chassé de ma demeure, avec un fouet aux
+cordes de scorpions. Si tu souhaites que je sois persuadé que tu as
+oublié, en revenant chez moi, les chagrins que, sous l'indice des
+repentirs, je t'ai causés autrefois, crebleu, ramène alors avec toi,
+cortège sublime,--soutenez-moi, je m'évanouis!--les vertus offensées, et
+leurs impérissables redressements.
+
+Je constate, avec amertume, qu'il ne reste plus que quelques gouttes de
+sang dans les artères de nos époques phthisiques. Depuis les
+pleurnicheries odieuses et spéciales, brevetées sans garantie d'un point
+de repère, des Jean-Jacques Rousseau, des Chateaubriand et des nourrices
+en pantalon aux poupons Obermann, à travers les autres poètes qui se
+sont vautrés dans le limon impur, jusqu'au songe de Jean-Paul, le
+suicide de Dolorès de Veintemilla, le Corbeau d'Allan, la Comédie
+Infernale du Polonais, les yeux sanguinaires de Zorilla, et l'immortel
+cancer, Une Charogne, que peignit autrefois, avec amour, l'amant morbide
+de la Vénus hottentote, les douleurs invraisemblables que ce siècle
+s'est créées à lui-même, dans leur voulu monotone et dégoûtant, l'ont
+rendu poitrinaire. Larves absorbantes dans leurs engourdissements
+insupportables!
+
+Allez, la musique.
+
+Oui, bonnes gens, c'est moi qui vous ordonne de brûler, sur une pelle,
+rougie au feu, avec un peu de sucre jaune, le canard du doute, aux
+lèvres de vermouth, qui, répandant, dans une lutte mélancolique entre le
+bien et le mal, des larmes qui ne viennent pas du coeur, sans machine
+pneumatique, fait, partout, le vide universel. C'est ce que vous avez de
+mieux à faire.
+
+Le désespoir, se nourrissant avec un parti pris, de ses fantasmagories,
+conduit imperturbablement le littérateur à l'abrogation en masse des
+lois divines et sociales, et à la méchanceté théorique et pratique. En
+un mot, fait prédominer le derrière humain dans les raisonnements.
+Allez, et passez-moi le mot! L'on devient méchant, je le répète, et les
+yeux prennent la teinte des condamnés à mort. Je ne retirerai pas ce que
+j'avance. Je veux que ma poésie puisse être lue par une jeune fille de
+quatorze ans.
+
+La vraie douleur est incompatible avec l'espoir. Pour si grande que soit
+cette douleur, l'espoir, de cent coudées, s'élève plus haut encore.
+Donc, laissez-moi tranquille avec les chercheurs. A bas, les pattes, à
+bas, chiennes cocasses, faiseurs d'embarras, poseurs! Ce qui souffre, ce
+qui dissèque les mystères qui nous entourent, n'espère pas. La poésie
+qui discute les vérités nécessaires est moins belle que celle qui ne les
+discute pas. Indécisions à outrance, talent mal employé, perte du temps:
+rien ne sera plus facile à vérifier.
+
+Chanter Adamastor, Jocelyn, Rocambole, c'est puéril. Ce n'est même que
+parce que l'auteur espère que le lecteur sous-entend qu'il pardonnera à
+ses héros fripons, qu'il se trahit lui-même et s'appuie sur le bien pour
+faire passer la description du mal. C'est au nom de ces mêmes vertus que
+Frank a méconnues, que nous voulons bien le supporter, ô saltimbanques
+des malaises incurables.
+
+Ne faites pas comme ces explorateurs sans pudeur, magnifiques, à leurs
+yeux, de mélancolie, qui trouvent des choses inconnues dans leur esprit
+et dans leur corps!
+
+La mélancolie et la tristesse sont déjà le commencement du doute; le
+doute est le commencement du désespoir; le désespoir est le commencement
+cruel des différents degrés de la méchanceté. Pour vous en convaincre,
+lisez la _Confession d'un enfant du siècle._ La pente est fatale, une
+fois qu'on s'y engage. Il est certain qu'on arrive à la méchanceté.
+Méfiez-vous de la pente. Extirpez le mal par la racine. Ne flattez pas
+le culte d'adjectifs tels que indescriptible, inénarrable, rutilant,
+incomparable, colossal, qui mentent sans vergogne aux substantifs qu'ils
+défigurent: ils sont poursuivis par la lubricité.
+
+Les intelligences de deuxième ordre, comme Alfred de Musset, peuvent
+pousser rétivement une ou deux de leurs facultés beaucoup plus loin
+que les facultés correspondantes des intelligences de premier ordre,
+Lamartine, Hugo. Nous sommes en présence du déraillement d'une
+locomotive surmenée. C'est un cauchemar qui tient la plume. Apprenez
+que l'âme se compose d'une vingtaine de facultés. Parlez-moi de ces
+mendiants qui ont un chapeau grandiose, avec des haillons sordides!
+
+Voici un moyen de constater l'infériorité de Musset sous les deux
+poètes. Lisez, devant une jeune fille, _Rolla_ ou _les Nuits, les Fous_
+de Cobb, sinon les portraits de Gwynplaine et de Dea, ou le Récit de
+Théramène d'Euripide, traduit en vers français par Racine le père. Elle
+tressaille, fronce les sourcils, lève et abaisse les mains, sans but
+déterminé, comme un homme qui se noie; les yeux jetteront des lueurs
+verdàtres. Lisez-lui la _Prière pour-tous,_ de Victor Hugo. Les effets
+sont diamétralement opposés. Le genre d'électricité n'est plus le même.
+Elle rit aux éclats, elle en demande davantage.
+
+De Hugo, il ne restera que les poésies sur les enfants, où se trouve
+beaucoup de mauvais.
+
+_Paul et Virginie_ choque nos aspirations les plus profondes au bonheur.
+Autrefois, cet épisode qui broie du noir de la première à la dernière
+page, surtout le naufrage final, me faisait grincer des dents. Je me
+roulais sur le tapis et donnais des coups de pied à mon cheval en bois.
+La description de la douleur est un contre-sens. Il faut faire voir tout
+en beau. Si cette histoire était racontée dans une simple biographie,
+je ne l'attaquerais point. Elle change tout de suite de caractère. Le
+malheur devient auguste par la volonté impénétrable de Dieu qui le créa.
+Mais l'homme ne doit pas créer le malheur dans ses livres. C'est ne
+vouloir, à toutes forces, considérer qu'un seul côté des choses. O
+hurleurs maniaques que vous êtes!
+
+Ne reniez pas l'immortalité de l'âme, la sagesse de Dieu, la grandeur de
+la vie, l'ordre qui se manifeste dans l'univers, la beauté corporelle,
+l'amour de la famille, le mariage, les institutions sociales. Laissez de
+côté les écrivassiers funestes: Sand, Balzac, Alexandre Dumas, Musset,
+Du Terrail, Féval, Flaubert, Baudelaire, Leconte et la _Grève des
+Forgerons_!
+
+Ne transmettez à ceux qui vous lisent que l'expérience qui se dégage de
+la douleur, et qui n'est plus la douleur elle-même. Ne pleurez pas en
+public.
+
+Il faut savoir arracher des beautés littéraires jusque dans le sein de
+la mort; mais ces beautés n'appartiendront pas à la mort. La mort n'est
+ici que la cause occasionnelle. Ce n'est pas le moyen, c'est le but, qui
+n'est pas elle.
+
+Les vérités immuables et nécessaires, qui font la gloire des nations, et
+que le doute s'efforce envahi d'ébranler, ont commencé depuis les âges.
+Ce sont des choses auxquelles on ne devrait pas toucher. Ceux qui
+veulent faire de l'anarchie en littérature, sous prétexte de nouveau,
+tombent dans le contre-sens. On n'ose pas attaquer Dieu; on attaque
+l'immortalité de l'âme. Mais, l'immortalité de l'âme, elle aussi, est
+vieille comme les assises du monde. Quelle autre croyance la remplacera,
+si elle doit être remplacée? Ce ne sera pas toujours une négation.
+
+Si l'on se rappelle la vérité d'où découlent toutes les autres, la bonté
+absolue de Dieu et son ignorance absolue du mal, les sophismes
+s'effondreront d'eux-mêmes. S'effondrera, dans un temps pareil, la
+littérature peu poétiques qui s'est appuyée sur eux. Toute littérature
+qui discute les axiomes éternels est condamnée à ne vivre que
+d'elle-même. Elle est injuste. Elle se dévore le foie. Les _norissima
+Verba_ font sourire superbement les gosses sans mouchoir de la
+quatrième. Nous n'avons pas le droit d'interroger le Créateur sur quoi
+que ce soit.
+
+Si vous êtes malheureux, il ne faut pas le dire au lecteur. Gardez cela
+pour vous.
+
+Si on corrigeait les sophismes dans le sens des vérités correspondantes
+à ces sophismes, ce n'est que la correction qui serait vraie; tandis que
+la pièce ainsi remaniée, aurait le droit de ne plus s'intituler fausse.
+Le reste serait hors du vrai, avec trace de faux, par conséquent nul, et
+considéré, forcément, comme non avenu.
+
+La poésie personnelle a fait son temps de jongleries relatives et de
+contorsions contingentes. Reprenons le fil indestructible de la poésie
+impersonnelle, brusquement interrompu depuis la naissance du philosophe
+manqué de Ferney, depuis l'avortement du grand Voltaire.
+
+Il parait beau, sublime, sous prétexte d'humilité ou d'orgueil, de
+discuter les causes finales, d'en fausser les conséquences stables et
+connues. Détrompez-vous, parce qu'il n'y a rien de plus bête! Renouons
+la chaîne régulière avec les temps passés; la poésie est la géométrie
+par excellence. Depuis Racine, la poésie n'a pas progressé d'un
+millimètre. Elle a reculé. Grâce à qui? aux Grandes-Têtes-Molles de
+notre époque. Grâce aux femmelettes, Chateaubriand, le Mohican-
+Mélancolique; Sénancourt, l'Homme-en-Jupon; Jean-Jacques Rousseau,
+le Socialiste-Grincheur; Anne Radcliffe, le Spectre-Toqué; Edgar Poë,
+le Mameluck-des-Rèves-d'Alcool; Mathurin, le Compère-des-Ténèbres;
+Georges Sand, l'Hermaphrodite-Circoncis; Théophile Gautier,
+l'Incomparable-Epicier; Leconte, le Captif-du-Diable; Goethe,
+le Suicidé-pour-Pleurer; Sainte-Beuve, le Suicidé-pour-Rire; Lamartine,
+la Cigogne-Larmoyante; Lermontoff, le Tigre-qui-Rugit; Victor Hugo, le
+Funèbre-Échalas-Vert; Misçkiéwicz, l'Imitateur-de-Satan; Musset, le
+Gandin-Sans-Chemise-Intellectuelle; et Byron,
+l'Hippopotame-des-Jungles-Infernales.
+
+Le doute a existé de tout temps en minorité. Dans ce siècle, il est en
+majorité. Nous respirons la violation du devoir par les pores. Cela ne
+s'est vu qu'une fois; cela ne se reverra plus.
+
+Les notions de la simple raison sont tellement obscurcies à l'heure
+qu'il est, que, la première chose que font les professeurs de quatrième,
+quand ils apprennent à faire des vers latins à leurs élèves, jeunes
+poètes dont la lèvre est humectée du lait maternel, c'est de leur
+dévoiler par la pratique le nom d'Alfred de Musset. Je vous demande un
+peu, beaucoup! Les professeurs de troisième, donc, donnent, dans leurs
+classes à traduire, en vers grecs, deux sanglants épisodes. Le premier,
+c'est la repoussante comparaison du pélican. Le deuxième, sera
+l'épouvantable catastrophe arrivée à un laboureur. A quoi bon regarder
+le mal? N'est-il pas en minorité? Pourquoi pencher la tête d'un lycéen
+sur des questions qui, faute de n'avoir pas été comprises, ont fait
+perdre la leur à des hommes tels que Pascal et Byron?
+
+Un élève m'a raconté, que son professeur de seconde avait donné à sa
+classe, jour par jour, ces deux charognes à traduire en vers hébreux.
+Ces plaies de la nature animale et humaine le rendirent malade pendant
+un mois, qu'il passa à l'infirmerie. Comme nous nous connaissions, il me
+fit demander par sa mère. Il me raconta, quoique avec naïveté, que ses
+nuits étaient troublées par des rêves de persistance. Il croyait voir
+une armée de pélicans qui s'abattaient sur sa poitrine, et la lui
+déchiraient. Ils s'envolaient ensuite vers une chaumière en flammes.
+Ils mangeaient la femme du laboureur et ses enfants. Le corps noirci de
+brûlures, le laboureur sortait de la maison, engageait avec les pélicans
+un combat atroce. Le tout se précipitait dans la chaumière, qui
+retombait en éboulements. De la masse soulevée des décombres--cela ne
+ratait jamais--il voyait sortir son professeur de seconde, tenant d'une
+main son coeur, de l'autre une feuille de papier où l'on déchiffrait,
+en traits de soufre, la comparaison du pélican et celle du laboureur,
+telles que Musset lui-même les a composées. Il ne fut pas facile, au
+premier abord, de pronostiquer son genre de maladie. Je lui recommandai
+de se taire soigneusement, et de n'en parler à personne, surtout à son
+professeur de seconde. Je conseillai à sa mère de le prendre quelques
+jours chez elle, en assurant que cela se passerait. En effet, j'avais
+soin d'arriver chaque jour pendant quelques heures, et cela se passa.
+
+Il faut que la critique attaque la forme, jamais le fond de vos idées,
+de vos phrases. Arrangez-vous.
+
+Les sentiments sont la forme de raisonnement la plus incomplète qui se
+puisse imaginer.
+
+Toute l'eau de la mer ne suffirait pas à laver une tache de sang
+intellectuelle.
+
+
+ * * * * *
+
+
+POÉSIES II
+
+
+Le génie garantit les facultés du coeur.
+
+L'homme n'est pas moins immortel que l'âme.
+
+Les grandes pensées viennent de la raison!
+
+La fraternité n'est pas un mythe.
+
+Les enfants qui naissent ne connaissent rien de la vie, pas même la
+grandeur.
+
+Dans le malheur, les amis augmentent.
+
+Vous qui entrez, laissez tout désespoir.
+
+Bonté, ton nom est homme.
+
+C'est ici que demeure la sagesse des nations.
+
+Chaque fois que j'ai lu Shakspeare, il m'a semblé que je déchiqueté la
+cervelle d'un jaguar.
+
+J'écrirai mes pensées avec ordre, par un dessein sans confusion. Si
+elles sont justes, la première venue sera la conséquence des autres.
+C'est le véritable ordre. Il marque mon objet par le désordre
+calligraphique. Je ferais trop de déshonneur à mon sujet, si je ne le
+traitais pas avec ordre. Je veux montrer qu'il en est capable.
+
+Je n'accepte pas le mal. L'homme est parfait. L'âme ne tombe pas. Le
+progrès existe. Le bien est irréductible. Les antéchrists, les anges
+accusateurs, les peines éternelles, les religions sont le produit du
+doute.
+
+Dante, Milton, décrivant hypothétiquement les landes infernales, ont
+prouvé que c'étaient des hyènes de première espèce. La preuve est
+excellente. Le résultat est mauvais. Leurs ouvrages ne s'achètent pas.
+
+L'homme est un chêne. La nature n'en compte pas de plus robuste. Il ne
+faut pas que l'univers s'arme pour le défendre. Une goutte d'eau ne
+suffit pas à sa préservation. Même quand l'univers le défendrait, il ne
+serait pas plus déshonoré que ce qui ne le préserve pas. L'homme sait
+que son règne n'a pas de mort, que l'univers possède un commencement.
+L'univers ne sait rien: c'est, tout au plus, un roseau pensant.
+
+Je me figure Elohim plutôt froid que sentimental.
+
+L'amour d'une femme est incompatible avec l'amour de l'humanité.
+L'imperfection doit être rejetée. Rien n'est plus imparfait que
+l'égoïsme à deux. Pendant la vie, les défiances, les récriminations,
+les serments écrits dans la poudre pullulent. Ce n'est plus l'amant de
+Chimène; c'est l'amant de Graziella. Ce n'est plus Pétrarque; c'est
+Alfred de Musset. Pendant la mort, un quartier de roche auprès de la
+mer, un lac quelconque, la forêt de Fontainebleau, l'Ile d'Ischia, un
+cabinet de travail en compagnie d'un corbeau, une chambre ardente avec
+un crucifix, un cimetière où surgit, aux rayons d'une lune qui finit par
+agacer, l'objet aimé, des stances où un groupe de filles dont on ne sait
+pas le nom, viennent balader à tour de rôle, donner la mesure de
+l'auteur, font entendre des regrets. Dans les deux cas, la dignité ne se
+retrouve point.
+
+L'erreur est la légende douloureuse.
+
+Les hymnes à Elohim habituent la vanité à ne pas s'occuper des choses de
+la terre. Tel est recueil des hymnes. Ils déshabituent l'humanité à
+compter sur l'écrivain. Elle le délaisse. Elle l'appelle mystique,
+aigle, parjure à sa mission. Vous n'êtes pas la colombe cherchée.
+
+Un pion pourrait se taire un bagage littéraire, eu disant le contraire
+de ce qu'ont dit les poètes de ce siècle. Il remplacerait leurs
+affirmations par des négations. Réciproquement. S'il est ridicule
+d'attaquer les premiers principes, il est plus ridicule de les défendre
+contre ces mêmes attaques. Je ne les défendrai pas.
+
+Le sommeil est une récompense pour les uns, un supplice pour les autres.
+Pour tous, il est une sanction.
+
+Si la morale de Cléopâtre eût été moins courte, la face de la terre
+aurait changé. Son nez n'en serait pas devenu plus long.
+
+Les actions cachées sont les plus estimables. Lorsque j'en vois tant
+dans l'histoire, elles me plaisent beaucoup. Elles n'ont pas été tout
+à fait cachées. Elles ont été sues. Ce peu, par où elles ont paru, en
+augmente le mérite. C'est le plus beau de n'avoir pas pu les cacher.
+
+Le charme de la mort n'existe que pour les courageux.
+
+L'homme est si grand, que sa grandeur parait surtout en ce qu'il ne veut
+pas se connaître misérable. Un arbre ne se connaît pas grand. C'est être
+grand que de se connaître grand. C'est être grand que de ne pas vouloir
+se connaître misérable. Sa grandeur réfute ces misères. Grandeur d'un
+roi.
+
+Lorsque j'écris ma pensée, elle ne m'échappe pas. Cette action me fait
+souvenir de ma force que j'oublie à toute heure. Je m'instruis à
+proportion de ma pensée enchaînée. Je ne tends qu'à connaître la
+contradiction de mon esprit avec le néant.
+
+Le coeur de l'homme est un livre que j'ai appris à estimer.
+
+Non imparfait, non déchu, l'homme n'est plus le grand mystère.
+
+Je ne permets à personne, pas même à Elohim, de douter de ma sincérité.
+
+Nous sommes libres de faire le bien.
+
+Le jugement est infaillible.
+
+Nous ne sommes pas libres de faire le mal.
+
+L'homme est le vainqueur des chimères, la nouveauté de demain, la
+régularité dont gémit le chaos, le sujet de la conciliation. Il juge de
+toutes choses. Il n'est pas imbécile. Il n'est pas ver de terre. C'est
+le dépositaire du vrai, l'amas de certitude, la gloire, non le rebut de
+l'univers. S'il s'abaisse, je le vante. S'il se vante, je le vante
+davantage. Je le concilie. Il parvient à comprendre qu'il est la soeur
+de l'ange.
+
+Il n'y a rien d'incompréhensible.
+
+La pensée n'est pas moins claire que le cristal. Une religion, dont les
+mensonges s'appuient sur elle, peut la troubler quelques minutes, pour
+parler de ces effets qui durent longtemps. Pour parler de ces effets qui
+durent peu de temps, un assassinat de huit personnes aux portes d'une
+capitale, la troublera--c'est certain -jusqu'à la destruction du mal.
+La pensée ne tarde pas à reprendre sa limpidité.
+
+La poésie doit avoir pour but la vérité pratique. Elle énonce les
+rapports qui existent entre les premiers principes et les vérités
+secondaires de la vie. Chaque chose reste à sa place. La mission de la
+poésie est difficile. Et elle ne se mêle pas aux événements de la
+politique, à la manière dont on gouverne un peuple, ne fait pas allusion
+aux périodes historiques, aux coups d'Etat, aux régicides, aux intrigues
+des cours. Elle ne parle pas des luttes que l'homme engage, par
+exception, avec lui-même, avec ses passions. Elle découvre les lois qui
+font vivre la politique théorique, la paix universelle, les réfutations
+de Machiavel, les cornets dont se composent les ouvrages de Proudhon,
+la psychologie de l'humanité. Un poète doit être plus utile qu'aucun
+citoyen de sa tribu. Son oeuvre est le code des diplomates, des
+législateurs, des instructeurs de la jeunesse. Nous sommes loin des
+Homère, des Virgile, des Klopstock, des Camoëns, des imaginations
+émancipées, des fabricateurs d'odes, des marchands d'épigrammes contre
+la divinité. Revenons à Confucius, au Boudha, à Socrate, à Jésus-Christ,
+moralistes qui couraient les villages en souffrant de faim! Il faut
+compter désormais avec la raison, qui n'opère que sur les facultés qui
+président à la catégorie des phénomènes de la bonté pure.
+
+Rien n'est plus naturel que de lire le _Discours de la Méthode_ après
+avoir lu _Bérénice_. Rien n'est moins naturel que de lire le _Traité de
+l'Induction_ de Biéchy, le _Problème du Mal_ de Naville, après avoir lu
+les Feuilles d'Automne, les Contemplations. La transition se perd.
+L'esprit regimbe contre la ferraille, la mystagogie. Le coeur est ahuri
+devant ces pages qu'un fantoche griffonna. Cette violence l'éclaire. Il
+ferme le livre. Il verse une larme à la mémoire des auteurs sauvages.
+Les poètes contemporains ont abusé de leur intelligence. Les philosophes
+n'ont pas abusé de la leur. Le souvenir des premiers s'éteindra. Les
+derniers sont classiques.
+
+Racine, Corneille, auraient été capables de composer les ouvrages de
+Descartes, de Malebranche, de Bâcon. L'âme des premiers est une avec
+celle des derniers. Lamartine, Hugo, n'auraient pas été capables de
+composer le _Traité de l'Intelligence_. L'âme de son auteur n'est pas
+adéquate avec celle des premiers. La fatuité leur a fait perdre les
+qualités centrales. Lamartine, Hugo, quoique supérieurs à Taine, ne
+possèdent, comme lui, que des--il est pénible de faire cet
+aveu--facultés secondaires.
+
+Les tragédies excitent la pitié, la terreur, par le devoir. C'est
+quelque chose. C'est mauvais. Ce n'est pas si mauvais que le lyrisme
+moderne. La Médée de Legouvé est préférable à la collection des ouvrages
+de Byron, de Capendu, de Zaccone, de Félix, de Gagne, de Gaboriau, de
+Lacordaire, de Sardou, de Goethe, de Ravignan, de Charles Diguet. Quel
+écrivain d'entre vous, je prie, peut soulever--qu'est-ce? Quels sont ces
+reniflements de la résistance?--Le poids du _Monologue d'Auguste_! Les
+vaudevilles barbares de Hugo ne proclament pas le devoir. Les mélodrames
+de Racine, de Corneille, les romans de La Calprenède le proclament.
+Lamartine n'est pas capable de composer la Phèdre de Pradon; Hugo, le
+Venceslas de Rotrou; Sainte-Beuve, les tragédies de Laharpe, de
+Marmontel. Musset est capable de faire des proverbes. La tragédie est
+une erreur involontaire, admet la lutte, est le premier pas du bien, ne
+paraîtra pas dans cet ouvrage. Elle conserve son prestige. Il n'en est
+pas de même du sophisme,--après --coup le gongorisme métaphysique des
+autoparodistes de mon temps héroïco-burlesque.
+
+Le principe des cultes est l'orgueil. Il est ridicule d'adresser la
+parole à Elohim, comme ont fait les Job, les Jérémie, les David, les
+Salomon, les Turquéty. La prière est un acte faux. La meilleure manière
+de lui plaire est indirecte, plus conforme à notre force. Elle consiste
+à rendre notre race heureuse. Il n'y a pas deux manières de plaire à
+Elohim. L'idée du bien est une. Ce qui est le bien en moins l'étant en
+plus, je permets que l'on me cite l'exemple de la maternité. Pour plaire
+à sa mère, un fils ne lui criera pas qu'elle est sage, radieuse, qu'il
+se conduira de façon à mériter la plupart de ses éloges. Il fait
+autrement. Au lieu de le dire lui-même, il le fait penser par ses actes,
+se dépouille de cette tristesse qui gonfle les chiens de Terre-Neuve. Il
+ne faut pas confondre la bonté d'Elohim avec la trivialité. Chacun est
+vraisemblable. La familiarité engendre le mépris; la vénération engendre
+le contraire. Le travail détruit l'abus des sentiments.
+
+Nul raisonneur ne croit contre sa raison.
+
+La foi est une vertu naturelle par laquelle nous acceptons les vérités
+qu'Elohim nous révèle par la conscience.
+
+Je ne connais pas d'autre grâce que celle d'être né. Un esprit impartial
+la trouve complète.
+
+Le bien est la victoire sur le mal, la négation du mal. Si l'on chante
+le bien, le mal est éliminé par cet acte congru. Je ne chante pas ce
+qu'il ne faut pas faire. Je chante ce qu'il faut faire. Le premier ne
+contient pas le second. Le second contient le premier.
+
+La jeunesse écoute les conseils de l'âge mur. Elle a une confiance
+illimitée en elle-même.
+
+Je ne connais pas d'obstacle qui passe les forces de l'esprit humain,
+sauf la vérité.
+
+La maxime n'a pas besoin d'elle pour se prouver. Un raisonnement demande
+un raisonnement. La maxime est une loi qui renferme un ensemble de
+raisonnements. Un raisonnement se complète à mesure qu'il s'approche de
+la maxime. Devenu maxime, sa perfection rejette les preuves de la
+métamorphose.
+
+Le doute est un hommage rendu à l espoir. Ce n'est pas un hommage
+volontaire. L'espoir ne consentirait pas à n'être qu'un hommage.
+
+Le mal s'insurge contre le bien. Il ne peut pas faire moins.
+
+C'est une preuve d'amitié de ne pas s'apercevoir de l'augmentation de
+celle de nos amis.
+
+L'amour n'est pas le bonheur.
+
+Si nous n'avions point de défauts, nous ne prendrions pas tant de
+plaisir à nous corriger, à louer dans les autres ce qui nous manque.
+
+Les hommes qui ont pris la résolution de détester leurs semblables
+ignorent qu'il faut commencer par se détester soi-même.
+
+Les hommes qui ne se battent pas en duel croient que les hommes qui se
+battent au duel à mort sont courageux.
+
+Comme les turpitudes du roman s'accroupissent aux étalages! Pour un
+homme qui se perd, comme un autre pour une pièce de cent sous, il semble
+parfois qu'on tuerait un livre.
+
+Lamartine a cru que la chute d'un ange deviendrait l'Elévation d'un
+Homme. Il a eu tort de le croire.
+
+Pour faire servir le mal à la cause du bien, je dirai que l'intention du
+premier est mauvaise.
+
+Une vérité banale renferme plus de génie que les ouvrages de Dickens, de
+Gustave Aymard, de Victor Hugo, de Landelle. Avec les derniers, un
+enfant, survivant à l'univers, ne pourrait pas reconstruire l'âme
+humaine. Avec la première, il le pourrait. Je suppose qu'il ne découvrît
+pas tôt ou tard la définition du sophisme.
+
+Les mots qui expriment le mal sont destinés à prendre une signification
+d'utilité. Les idées s'améliorent. Le sens des mots y participe.
+
+Le plagiat est nécessaire. Le progrès l'implique. Il serre de près la
+phrase d'un auteur, se sert de ses expressions, efface une idée fausse,
+la remplace par l'idée juste.
+
+Une maxime, pour être bien faite, ne demande pas à être corrigée. Elle
+demande à être développée.
+
+Dès que l'aurore a paru, les jeunes filles vont cueillir des roses.
+Un courant d'innocence parcourt les vallons, les capitales, secourt
+l'intelligence des poètes les plus enthousiastes, laisse tomber des
+protections pour les berceaux, des couronnes pour la jeunesse, des
+croyances à l'immortalité pour les vieillards.
+
+J'ai vu les hommes lasser les moralistes a découvrir leur coeur, faire
+répandre sur eux la bénédiction d'en haut. Ils émettaient des
+méditations aussi vastes que possible, réjouissaient l'auteur de nos
+félicités. Ils respectaient l'enfance, la vieillesse, ce qui respire
+comme ce qui ne respire pas, rendaient hommage à la femme, consacraient
+à la pudeur les parties que le corps se réserve de nommer. Le firmament,
+dont j'admets la beauté, la terre, image de mon coeur, furent invoqués
+par moi, afin de me désigner un homme qui ne se crût pas bon. Le
+spectacle de ce monstre, s'il eût été réalisé, ne m'aurait pas fait
+mourir d'étonnement: on meurt à plus. Tout ceci se passe de
+commentaires.
+
+La raison, le sentiment se conseillent, se suppléent. Quiconque ne
+connaît qu'un des deux, en renonçant à l'autre, se prive de la totalité
+des secours qui nous ont été accordés pour nous conduire. Vauvenargues
+a dit «se prive d'une partie des secours.»
+
+Quoique sa phrase, la mienne reposent sur les personnifications de l'âme
+dans le sentiment, la raison, celle que je choisirais au hasard ne
+serait pas meilleure que l'autre, si je les avais faites. L'une ne peut
+pas être rejetée par moi. L'autre a pu être acceptée de Vauvenargues.
+
+Lorsqu'un prédécesseur emploie au bien un mot qui appartient au mal, il
+est dangereux que sa phrase subsiste à côté de l'autre. Il vaut mieux
+laisser au mot la signification du mal. Pour employer au bien un mot qui
+appartient au mal, il faut en avoir le droit. Celui qui emploie au mal
+les mots qui appartiennent au bien ne le possède pas. Il n'est pas cru.
+Personne ne voudrait se servir de la cravate de Gérard de Nerval.
+
+L'âme étant une, l'on peut introduire dans le discours la sensibilité,
+l'intelligence, la volonté, la raison, l'imagination, la mémoire.
+
+J'avais passé beaucoup de temps dans l'étude des sciences abstraites.
+Le peu de gens avec qui on communique n'était pas fait pour m'en dégoûter.
+Quand j'ai commencé l'étude de l'homme, j'ai vu que ces sciences lui
+sont propres, que je sortais moins de ma condition en y pénétrant que
+les autres en les ignorant. Je leur, ai pardonné de ne s'y point
+appliquer! Je ne crus pas trouver beaucoup de compagnons dans l'étude de
+l'homme. C'est celle qui lui est propre. J'ai été trompé. Il y en a plus
+qui l'étudient que la géométrie.
+
+Nous perdons la vie avec joie, pourvu qu'on n'en parle point.
+
+Les passions diminuent avec l'âge. L'amour, qu'il ne faut pas classer
+parmi les passions, diminue de même. Ce qu'il perd d'un côté, il le
+regagne de l'autre. Il n'est plus sévère pour l'objet de ses voeux, se
+rendant justice à lui-même: l'expansion est acceptée, Les sens n'ont
+plus leur aiguillon pour exciter les sexes de la chair. L'amour de
+l'humanité commence. Dans ces jours où l'homme sent qu'il devient un
+autel que parent ses vertus, fait le compte de chaque douleur qui se
+releva, l'âme, dans un repli du coeur où tout semble prendre naissance,
+sent quelque chose qui ne palpite plus. J'ai nommé le souvenir.
+
+L'écrivain, sans séparer l'une de l'autre, peut indiquer la loi qui
+régit chacune de ses poésies.
+
+Quelques philosophes sont plus intelligents que quelques poètes.
+Spinoza, Malebranche, Aristote, Platon, ne sont pas Hégésippe Moreau,
+Malfilatre, Gilbert, André Chénier.
+
+Faust, Manfred, Konrad, sont des types. Ce ne sont pas encore des types
+raisonnants. Ce sont déjà des types agitateurs.
+
+Les descriptions sont une prairie, trois rhinocéros, la moitié d'un
+catafalque. Elles peuvent être le souvenir, la prophétie. Elles ne sont
+pas le paragraphe que je suis sur le point de terminer.
+
+Le régulateur de l'âme n'est pas le régulateur d'une âme. Le régulateur
+d'une âme est le régulateur de l'âme, lorsque ces deux espèces d'âmes
+sont assez confondues pour pouvoir affirmer qu'un régulateur n'est une
+régulatrice que dans l'imagination d'un fou qui plaisante.
+
+Le phénomène passe. Je cherche les lois.
+
+Il y a des hommes qui ne sont pas des types. Les types ne sont pas des
+hommes. Il ne faut pas se laisser dominer par l'accidentel.
+
+Les jugements sur la poésie ont plus de valeur que la poésie. Ils sont
+la philosophie de la poésie. La philosophie, ainsi comprise, englobe la
+poésie. La poésie ne pourra pas se passer de lu philosophie. La
+philosophie pourra se passer de la poésie.
+
+Racine n'est pas capable de condenser ses tragédies dans des préceptes.
+Une tragédie n'est pas un précepte. Pour un même esprit, un précepte est
+une action plus intelligente qu'une tragédie.
+
+Mettez une plume d'oie dans la main d'un moraliste qui soit écrivain de
+premier ordre. Il sera supérieur aux poètes.
+
+L'amour de la justice n'est, en la plupart des hommes, que le courage de
+souffrir l'injustice.
+
+Cache-toi, guerre.
+
+Les sentiments expriment le bonheur, font sourire. L'analyse des
+sentiments exprime le bonheur, toute personnalité mise à part; fait
+sourire. Les premiers élèvent l'âme, dépendamment de l'espace, de la
+durée, jusqu'à la conception de l'humanité, considérée en elle-même,
+dans ses membres illustres. La dernière élève l'âme, indépendamment de
+la durée, de l'espace, jusqu'à la conception de l'humanité, considérée
+dans son expression la plus haute, la volonté! Les premiers s'occupent
+des vices, des vertus; la dernière ne s'occupe que des vertus. Les
+sentiments ne connaissent pas l'ordre de leur marche. L'analyse des
+sentiments apprend à le faire connaître, augmente la vigueur des
+sentiments. Avec les premiers, tout est incertitude. Ils sont
+l'expression du bonheur, de la douleur, deux extrêmes. Avec la dernière,
+tout est certitude. Elle est l'expression de ce bonheur qui résulte, à
+un moment donné, de savoir se retenir, au milieu des passions bonnes ou
+mauvaises. Elle emploie son calme à fondre la description de ces
+passions dans un principe qui circule à travers les pages: la
+non-existence du mal. Les sentiments pleurent quand il le leur faut,
+comme quand il ne le leur faut pas. L'analyse des sentiments ne pleure
+pas. Elle possède une sensibilité latente, qui prend au dépourvu,
+emporte au-dessus des misères, apprend à se passer de guide, fournit une
+arme de combat. Les sentiments, marque de la faiblesse, ne sont pas le
+sentiment! L'analyse du sentiment, marque de la force, engendre les
+sentiments les plus magnifiques que je connaisse. L'écrivain qui se
+laisse tromper par les sentiments ne doit pas être mis en ligne de
+compte avec l'écrivain qui ne se laisse tromper ni par les sentiments,
+ni par lui-même. La jeunesse se propose des élucubrations sentimentales.
+L'âge mur commence à raisonner sans trouble. Il ne faisait que sentir,
+il pense. Il laissait vagabonder ses sensations: voici qu'il leur donne
+un pilote. Si je considère l'humanité comme une femme, je ne
+développerai pas que sa jeunesse est à son déclin, que son âge mur
+s'approche. Son esprit change dans le sens du mieux. L'idéal de sa
+poésie changera. Les tragédies, les poëmes, les élégies ne primeront
+plus. Primera la froideur de la maxime! Du temps de Quinault, l'on
+aurait été capable de comprendre ce que je viens de dire. Grâce à
+quelques lueurs, éparses, depuis quelques années, dans les revues, les
+in-folios, j'en suis capable moi-même. Le genre que j'entreprends est
+aussi différent du genre des moralistes, qui ne font que constater le
+mal, sans indiquer le remède, que ce dernier ne l'est pas des
+mélodrames, des oraisons funèbres, de l'ode, de la stance religieuse.
+Il n'y a pas le sentiment des luttes.
+
+Elohim est fait à l'image de l'homme.
+
+Plusieurs choses certaines sont contredites. Plusieurs choses fausses
+sont incontredites. La contradiction est la marque de la fausseté.
+L'incontradiction est la marque de la certitude.
+
+Une philosophie pour les sciences existe. Il n'en existe pas pour la
+poésie. Je ne connais pas de moraliste qui soit poète de premier ordre.
+C'est étrange, dira quelqu'un.
+
+C'est une chose horrible de sentir s'écouler ce qu'on possède. L'on ne
+s'y attache même qu'avec l'envie de chercher s'il n'a point quelque
+chose de permanent.
+
+L'homme est un sujet vide d'erreurs. Tout lui montre la vérité, Rien ne
+l'abuse. Les deux principes de la vérité, raison, sens, outre qu'ils ne
+manquent pas de sincérité, s'éclaircissent l'un l'autre. Les sens
+éclaircissent la raison par des apparences vraies. Ce même service
+qu'ils lui font, ils la reçoivent d'elle. Chacun prend sa revanche. Les
+phénomènes de l'âme pacifient les sens, leur font des impressions que je
+ne garantis pas fâcheuses. Ils ne mentent pas. Ils ne se trompent pas à
+l'envie.
+
+La poésie doit être faite par tous. Non par un. Pauvre Hugo! Pauvre
+Racine! Pauvre Coppée! Pauvre Corneille! Pauvre Boileau! Pauvre Scarron!
+Tics, tics, et tics.
+
+Les sciences ont deux extrémités qui se touchent. La première est
+l'ignorance où se trouvent les hommes en naissant. La deuxième est celle
+qu'atteignent les grandes âmes. Elles ont parcouru ce que les hommes
+peuvent savoir, trouvent qu'ils savent tout, se rencontrent dans cette
+même ignorance d'où ils étaient partis. C'est une ignorance savante, qui
+se connaît. Ceux d'entre eux qui, étant sortis de la première ignorance,
+n'ont pu arriver à l'autre, ont quelque teinture de cette science
+suffisante, font les entendus. Ceux-là ne troublent pas le monde, ne
+jugent pas plus mal de tout que les autres, Le peuple, les habiles
+composent le train d'une nation. Les autres, qui la respectent, n'en
+sont pas moins respectés.
+
+Pour savoir les choses, il ne faut pas en savoir le détail. Comme il est
+fini, nos connaissances sont solides.
+
+L'amour ne se confond pas avec la poésie.
+
+La femme est à mes pieds!
+
+Pour décrire le ciel, il ne faut pas y transporter les matériaux de la
+terre. Il faut laisser la terre, ses matériaux, là où ils sont, afin
+d'embellir la vie par son idéal. Tutoyer Elohim, lui adresser la parole,
+est une bouffonnerie qui n'est pas convenable. Le meilleur moyen d'être
+reconnaissant envers lui, n'est pas de lui corner aux oreilles qu'il est
+puissant, qu'il a créé le monde, que nous sommes des vermiceaux en
+comparaison de sa grandeur. Il le sait mieux que nous. Les hommes
+peuvent se dispenser de le lui apprendre. Le meilleur moyeu d'être
+reconnaissant envers lui est de consoler l'humanité, de rapporter tout
+à elle, de la prendre par la main, de la traiter en frère. C'est plus
+vrai,
+
+Pour étudier l'ordre, il ne faut pas étudier le désordre. Les
+expériences scientifiques, comme les tragédies, les stances à ma soeur,
+le galimatias des infortunes n'ont rien à faire ici-bas.
+
+Toutes les lois ne sont pas bonne à dire.
+
+Etudier le mal, pour faire sortir le bien, n'est pas étudier le bien en
+lui-même. Un phénomène bon étant donné, je chercherai sa cause.
+
+Jusqu'à présent, l'on a décrit le malheur, pour inspirer la terreur, la
+pitié. Je décrirai le bonheur pour inspirer leurs contraires.
+
+Une logique existe pour la poésie. Ce n'est pas la même que celle de la
+philosophie. Les philosophes ne sont pas autant que les poètes. Les
+poètes ont le droit de se considérer au-dessus des philosophes.
+
+Je n'ai pas besoin de m'occuper de ce que je ferai plus tard. Je devais
+faire ce que je fais. Je n'ai pas besoin de découvrir quelles choses je
+découvrirai plus tard. Dans la nouvelle science, chaque chose vient à
+son tour, telle est son excellence.
+
+Il y a de l'étoffe du poète dans les moralistes, les philosophes. Les
+poètes renferment le penseur. Chaque caste soupçonne l'autre, développe
+ses qualités au détriment de celles qui la rapprochent de l'autre caste.
+La jalousie des premiers ne veut pas avouer que les poètes sont plus
+forts qu'elle. L'orgueil des derniers se déclare incompétent à rendre
+justice à des cervelles plus tendres. Quelle que soit l'intelligence
+d'un homme, il faut que le procédé de penser soit le même pour tous.
+
+L'existence des tics étant constatée, que l'on ne s'étonne pas de voir
+les mêmes mots revenir plus souvent qu'à leur tour: dans Lamartine, les
+pleurs qui tombent des naseaux de son cheval, la couleur des cheveux de
+sa mère; dans Hugo, l'ombre et le détraqué, font partie de la reliure.
+
+La science que j'entreprends est une science distincte de la poésie.
+Je ne chante pas cette dernière. Je m'efforce de découvrir sa source.
+A travers le gouvernail qui dirige toute pensée poétique, les professeurs
+de billard distingueront le développement des thèses sentimentales.
+
+Le théorème est railleur de sa nature. Il n'est pas indécent. Le
+théorème ne demande pas à servir d'application. L'application qu'on en
+fait rabaisse le théorème, se rend indécente. Appelez la lutte contre la
+matière, contre les ravages de l'esprit, application.
+
+Lutter contre le mal, est lui faire trop d'honneur. Si je permets aux
+hommes de le mépriser, qu'ils ne manquent pas de dire que c'est tout ce
+que je puis faire pour eux.
+
+L'homme est certain de ne pas se tromper.
+
+Nous ne nous contentons pas de la vie que nous avons en nous. Nous
+voulons vivre dans l'idée des autres d'une vie imaginaire. Nous nous
+efforçons de paraître tels que nous sommes. Nous travaillons à conserver
+cet être imaginaire, qui n'est autre chose que le véritable. Si nous
+avons la générosité, la fidélité, nous nous empressons de ne pas le
+faire savoir, afin d'attacher ces vertus à cet être. Nous ne les
+détachons pas de nous pour les y joindre. Nous sommes vaillants pour
+acquérir la réputation de ne pas être poltrons. Marque de la capacité de
+notre être de ne pas être satisfait de l'un sans l'autre, de ne renoncer
+ni à l'un ni à l'autre. L'homme qui ne vivrait pas pour conserver sa
+vertu serait infâme.
+
+Malgré la vue de nos grandeurs, qui nous tient à la gorge, nous avons un
+instinct qui nous corrige, que nous ne pouvons réprimer, qui nous élève!
+
+La nature a des perfections pour montrer qu'elle est l'image d'Elohim,
+des défauts pour montrer qu'elle n'en est pas moins que l'image.
+
+Il est bon qu'on obéisse aux lois. Le peuple comprend ce qui les rend
+justes. On ne les quitte pas. Quand on fait dépendre leur justice
+d'autre chose, il est aisé de la rendre douteuse. Les peuples ne sont
+pas sujets à se révolter.
+
+Ceux qui sont dans le dérèglement disent à ceux qui sont dans l'ordre
+que ce sont eux qui s'éloignent de la nature. Ils croient le suivre. Il
+faut avoir un point fixe pour juger. Où ne trouverons-nous pas ce point
+dans la morale?
+
+Rien n'est moins étrange que les contrariétés que l'on découvre dans
+l'homme. Il est fait pour connaître la vérité. Il la cherche. Quand il
+tâche de la saisir, il s'éblouit, se confond de telle sorte, qu'il ne
+donne pas sujet à lui en disputer la possession. Les uns veulent ravir à
+l'homme la connaissance de la vérité, les autres veulent la lui assurer.
+Chacun emploie des motifs si dissemblables, qu'ils détruisent l'embarras
+de l'homme. Il n'a pas d'autre lumière que celle qui se trouve dans sa
+nature.
+
+Nous naissons justes. Chacun tend à soi. C'est envers l'ordre. Il faut
+tendre au général. La ponte vers soi est la lin de tout désordre, en
+guerre, en économie.
+
+Les hommes, ayant pu guérir de la mort, de la misère, de l'ignorance, se
+sont avisés, pour se rendre heureux, de n'y point penser. C'est tout ce
+qu'ils ont pu inventer pour se consoler de si peu de maux. Consolation
+richissime. Elle ne va pas à guérir le mal. Elle le cache pour un peu de
+temps. En le cachant, elle fait qu'on pense à le guérir. Par un légitime
+renversement de la nature de l'homme, il ne se trouve pas que l'ennui,
+qui est son mal le plus sensible, soit son plus grand bien. Il peut
+contribuer plus que toutes choses à lui faire chercher sa guérison.
+Voilà tout. Le divertissement, qu'il regarde comme son plus grand bien,
+est son plus infime mal. Il le rapproche plus que toutes choses de
+chercher le remède à ses maux. L'un et l'autre sont une contre-preuve de
+la misère, de la corruption de l'homme, hormis de sa grandeur. L'homme
+s'ennuie, cherche cette multitude d'occupations. Il a l'idée du bonheur
+qu'il a gagné; lequel trouvant en soi, il le cherche, dans les choses
+extérieures. Il se contente. Le malheur n'est ni dans nous, ni dans les
+créatures. Il est en Elohim.
+
+La nature nous rendant heureux en tous états, nos désirs nous figurent
+un état malheureux. Ils joignent à l'état où nous sommes les peines de
+l'état où nous ne sommes pas. Quand nous arriverions à ces peines, nous
+ne serions pas malheureux pour cela, nous aurions d'autres désirs
+conformes à un nouvel état.
+
+La force de la raison paraît mieux en ceux qui la connaissent qu'en ceux
+qui ne la connaissent pas.
+
+Nous sommes si peu présomptueux que nous voudrions être connus de la
+terre, même des gens qui viendront quand nous n'y serons plus. Nous
+sommes si peu vains, que l'estime de cinq personnes, mettons six, nous
+amuse, nous honore.
+
+Peu de chose nous console. Beaucoup de chose nous afflige.
+
+La modestie est si naturelle dans le coeur de l'homme, qu'un ouvrier a
+soin de ne pas se vanter, veut avoir ses admirateurs. Les philosophes en
+veulent. Les poètes surtout! Ceux qui écrivent en faveur de la gloire
+veulent avoir la gloire d'avoir bien écrit. Ceux qui le lisent veulent
+avoir la gloire de l'avoir lu. Moi, qui écris ceci, je me vante d'avoir
+cette envie. Ceux qui le liront se vanteront de même.
+
+Les inventions des hommes vont en augmentant. La bonté, la malice du
+monde en général ne reste pas la même.
+
+L'esprit du plus grand homme n'est pas si dépendant, qu'il soit sujet à
+être troublé par le moindre bruit du _Tintamarre,_ qui se fait autour de
+lui. Il ne faut pas le silence d'un canon pour empêcher ses pensées.
+Il ne faut pas le bruit d'une girouette, d'une poulie. La mouche ne
+raisonne pas bien à présent. Un homme bourdonne à ses oreilles. C'en est
+assez pour la rendre incapable de bon conseil. Si je veux qu'elle puisse
+trouver la vérité, je chasserai cet animal qui tient sa raison en échec,
+trouble cette intelligence qui gouverne les royaumes.
+
+L'objet ce ces gens qui jouent à la paume avec tant d'application
+d'esprit, d'agitation de corps, est celui de se vanter avec leurs amis
+qu'ils ont mieux joué qu'un autre. C'est la source de leur attachement.
+Les uns suent dans leurs cabinets pour montrer aux savants qu'ils ont
+résolu une question d'algèbre qui ne l'avait pu être jusqu'ici. Les
+autres s'exposent aux périls, pour se vanter d'une place qu'ils auraient
+prise moins spirituellement, à mon gré. Les derniers se tuent pour
+remarquer ces choses. Ce n'est pas pour en devenir moins sages. C'est
+surtout pour montrer qu'ils en connaissent la solidité. Ceux-là sont les
+moins sots de la bande. Ils le sont avec connaissance. On peut penser
+des autres qu'ils ne le seraient pas, s'ils n'avaient pas cette
+connaissance.
+
+L'exemple de la chasteté d'Alexandre n'a pas fait plus de continents que
+celui de son ivrognerie a fait de tempérants. On n'a pas de honte de
+n'être pas aussi vertueux que lui. On croit n'être pas tout à fait dans
+les vertus du commun des hommes, quand on se voit dans les vertus de ces
+grands hommes. On tient à eux par le bout par où ils tiennent au peuple.
+Quelque élevés qu'ils soient, ils sont unis au reste des hommes par
+quelque endroit. Ils ne sont pas suspendus en l'air, séparés de notre
+société. S'ils sont plus grands que nous, c'est qu'ils ont les pieds
+aussi haut que les nôtres. Ils sont tous à même niveau, s'appuient sur
+la même terre. Par cette extrémité, ils sont aussi relevés que nous, que
+les enfants, un peu plus que les bêtes.
+
+Le meilleur moyen de persuader consiste à ne pas persuader.
+
+Le désespoir est la plus petite de nos erreurs.
+
+Lorsqu'une pensée s'offre à nous comme une vérité qui court les rues,
+que nous prenons la peine de la développer, nous trouvons que c'est une
+découverte.
+
+On peut être juste, si l'on n'est pas humain.
+
+Les orages de la jeunesse précèdent les jours brillants.
+
+L'inconscience, le déshonneur, la lubricité, la haine, le mépris des
+hommes sont à prix d'argent. La libéralité multiplie les avantages des
+richesses.
+
+Ceux qui ont de la probité dans leurs plaisirs en ont une sincère dans
+leurs affaires. C'est la marque d'un naturel peu féroce, lorsque le
+plaisir rend humain.
+
+La modération des grands hommes ne borne que leurs vertus.
+
+C'est offenser les humains que de leur donner des louanges qui
+élargissent les bornes de leur mérite. Beaucoup de gens sont assez
+modestes pour souffrir sans peine qu'on les apprécie.
+
+Il faut tout attendre, rien craindre du temps, des hommes.
+
+Si le mérite, la gloire ne rendent pas les hommes malheureux; ce qu'on
+appelle malheur ne mérite pas leurs regrets. Une âme daigne accepter la
+fortune, le repos, s'il leur faut superposer la vigueur de ses
+sentiments, l'essor de son génie.
+
+On estime les grands desseins, lorsqu'on se sent capable des grands
+succès.
+
+La réserve est l'apprentissage des esprits.
+
+On dit des choses solides, lorsqu'on ne cherche pas à en dire
+d'extraordinaires.
+
+Rien n'est faux qui soit vrai; rien n'est vrai qui soit faux. Tout est
+le contraire de songe, de mensonge.
+
+Il ne faut pas croire que ce que la nature a fait aimable soit vicieux.
+Il n'y a pas de siècle, de peuple qui ait établi des vertus, des vices
+imaginaires.
+
+On ne peut juger de la beauté de la vie que par celle de la mort.
+
+Un dramaturge peut donner au mot passion une signification d'utilité.
+Ce n'est plus un dramaturge. Un moraliste donne à n'importe quel mot
+une signification d'utilité. C'est encore le moraliste!
+
+Qui considère la vie d'un homme y trouve l'histoire du genre. Rien n'a
+pu le rendre mauvais.
+
+Faut-il que j'écrive en vers pour me séparer des autres hommes? Que la
+charité prononce!
+
+Le prétexte de ceux qui font le bonheur des autres est qu'ils veulent
+leur bien.
+
+La générosité jouit des félicités d'autrui, comme si elle en était
+responsable.
+
+L ordre domine dans le genre humain. La raison, la vertu n'y sont pas
+les plus fortes.
+
+Les princes font peu d'ingrats. Ils donnent tout ce qu'ils peuvent.
+
+On peut aimer de tout son coeur ceux en qui on reconnaît de grands
+défauts. Il y aurait de l'impertinence à croire que l'imperfection a
+seule le droit de nous plaire. Nos faiblesses nous attachent les uns aux
+autres autant que pourrait le faire ce qui n'est pas la vertu.
+
+Si nos amis nous rendent des services, nous pensons qu'à titre d'amis
+ils nous les doivent. Nous ne pensons pas du tout qu'ils nous doivent
+leur inimitié.
+
+Celui qui serait né pour commander, commanderait jusque sur le trône.
+
+Lorsque les devoirs nous ont épuisés, nous croyons avoir épuisé les
+devoirs. Nous disons que tout peut remplir le coeur de l'homme.
+
+Tout vit par l'action. De là, communication des êtres, harmonie de
+l'univers. Cette loi si féconde de la nature, nous trouvons que c'est un
+vice dans l'homme. Il est obligé d'y obéir. Ne pouvant subsister dans le
+repos, nous concluons qu'il est à sa place.
+
+On sait ce que sont le soleil, les cieux. Nous avons le secret de leurs
+mouvements. Dans la main d'Elohim, instrument aveugle, ressort
+insensible, le monde attire nos hommages. Les révolutions des empires,
+les faces des temps, les nations, les conquérants de la science, cela
+vient d'un atome qui rampe, ne dure qu'un jour, détruit le spectacle de
+l'univers dans tous les âges.
+
+Il y a plus de vérité que d'erreurs, plus de bonnes qualités que de
+mauvaises, plus de plaisirs que de peines. Nous aimons à contrôler le
+caractère. Nous nous élevons au-dessus de notre espèce. Nous nous
+enrichissons de la considération dont nous la comblâmes. Nous croyons ne
+pas pouvoir séparer notre intérêt de celui de l'humanité, ne pas médire
+du genre sans nous commettre nous-mêmes. Cette vanité ridicule a rempli
+les livres d'hymnes en faveur de la nature. L'homme est en disgrâce chez
+ceux qui pensent. C'est à qui le chargera de moins de vices. Quand ne
+fut-il pas sur le point de se relever, de se faire restituer ses vertus?
+
+Rien n'est dit. L'on vient trop tôt depuis plus de sept-mille ans qu'il
+y a des hommes. Sur ce qui concerne les moeurs comme sur le reste, le
+moins bon est élevé. Nous avons l'avantage de travailler après les
+anciens, les habiles d'entre les modernes.
+
+Nous sommes susceptibles d'amitié, de justice, de compassion, de raison.
+O mes amis! qu'est-ce donc que l'absence de vertu?
+
+Tant que mes amis ne mourront pas, je ne parlerai pas de la mort.
+
+Nous sommes consternés de nos rechutes, de voir que nos malheurs ont pu
+nous corriger de nos défauts.
+
+On ne peut juger de la beauté de la mort que par celle de la vie.
+
+Les trois points terminateurs me font hausser les épaules de pitié.
+A-t-on besoin de cela pour prouver que l'on est un homme d'esprit,
+c'est-à-dire un imbécile? Comme si la clarté ne valait pas le vague,
+à propos de points!
+
+
+*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 16989 ***
diff --git a/16989-8.txt b/16989-8.txt
deleted file mode 100644
index 366689c..0000000
--- a/16989-8.txt
+++ /dev/null
@@ -1,1659 +0,0 @@
-The Project Gutenberg EBook of Poésies, by Isidore Ducasse
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
-almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
-re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
-with this eBook or online at www.gutenberg.org
-
-
-Title: Poésies
-
-Author: Isidore Ducasse
-
-Release Date: November 3, 2005 [EBook #16989]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: ISO-8859-1
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK POÉSIES ***
-
-
-
-
-Produced by Marc D'Hooghe
-
-
-From images generously made available by Gallica
-(Bibliothèque Nationale de France) at http://gallica.bnf.fr.
-
-
-
-POÉSIES
-
-Par
-
-ISIDORE DUCASSE
-
-
- * * * * *
-
-
-
- Je remplace la mélancolie par le ouvrage,
- le doute par la certitude, le désespoir
- par l'espoir, la méchanceté par le bien,
- les plaintes par le devoir, le scepticisme
- par la foi, les sophismes par le froideur
- du calme et l'orgueil par la modestie.
-
-
-
-Paris
-
-1870
-
-
- * * * * *
-
-
-A Georges DAZET, Henri MUE, Pedro ZUMARAN, Louis DURCOUR,
-Joseph BLEUMSTEIM, Joseph DURAND;
-
-A mes condisciples LESPÈS, Georges MINVIELLE, Auguste DELMAS;
-
-Aux Directeurs de Revues, Alfred SIRCOS, Frédéric DAMÉ;
-
-Aux AMIS passés, présents et futurs;
-
-A Monsieur HINSTIN, mon ancien professeur de rhétorique;
-
-sont dédiés, une fois pour toutes les autres, les prosaïques morceaux
-que j'écrirai dans la suite des âges, et dont le premier commence à voir
-le jour d'hui, typographiquement parlant.
-
-
- * * * * *
-
-
-POÉSIES
-
-I
-
-Les gémissements poétiques de ce siècle ne sont que des sophismes.
-
-Les premiers principes doivent être hors de discussion.
-
-J'accepte Euripide et Sophocle; mais je n'accepte pas Eschyle.
-
-Ne faites pas preuve de manque des convenances les plus élémentaires et
-de mauvais goût envers le créateur.
-
-Repoussez l'incrédulité: vous me ferez plaisir.
-
-Il n'existe pas deux genres de poésies; il n'en est qu'une.
-
-Il existe une convention peu tacite entre l'auteur et le lecteur, par
-laquelle le premier s'intitule malade, et accepte le second comme
-garde-malade. C'est le poète qui console l'humanité! Les rôles sont
-intervertis arbitrairement.
-
-Je ne veux pas être flétri d«la qualification de poseur.
-
-Je ne laisserai pas des Mémoires.
-
-La poésie n'est pas la tempête, pas plus que le cyclone. C'est un fleuve
-majestueux et fertile.
-
-Ce n'est qu'on admettant la nuit physiquement, qu'on est parvenu à la
-faire passer moralement. _O Nuits d'Young!_ vous m'avez causé beaucoup
-de migraines!
-
-On ne rêve que lorsque l'on dort. Ce sont des mots comme celui de rêve,
-néant de la vie, passage terrestre, la préposition peut-être, le trépied
-désordonné, qui ont infiltré dans vos âmes cette poésie moite des
-langueurs, pareille à de la pourriture. Passer des mots aux idées, il
-n'y a qu'un pas.
-
-Les perturbations, les anxiétés, les dépravations, la mort, les
-exceptions dans l'ordre physique ou moral, l'esprit de négation, les
-abrutissements, les hallucinations servies par la volonté, les
-tourments, la destruction, les renversements, les larmes, les
-insatiabilités, les asservissements, les imaginations creusantes, les
-romans, ce qui est inattendu, ce qu'il ne faut pas faire, les
-singularités chimiques de vautour mystérieux qui guette la charogne de
-quelque illusion morte, les expériences précoces et avortées, les
-obscurités à carapace de punaise, la monomanie terrible de l'orgueil,
-l'inoculation des stupeurs profondes, les oraisons funèbres, les envies,
-les trahisons, les tyrannies, les impiétés, les irritations, les
-acrimonies, les incartades agressives, la démence, le spleen, les
-épouvantements raisonnes, les inquiétudes étranges, que le lecteur
-préférerait ne pas éprouver, les grimaces, les névroses, les filières
-sanglantes par lesquelles on fait passer la logique aux abois, les
-exagérations, l'absence de sincérité, les scies, les platitudes, le
-sombre, le lugubre, les enfantements pires que les meurtres, les
-passions, le clan des romanciers de cours d'assises, les tragédies, les
-odes, les mélodrames, les extrêmes présentés à perpétuité, la raison
-impunément sifflée, les odeurs de poule mouillée, les affadissements,
-les grenouilles, les poulpes, les requins, le simoun des déserts, ce qui
-est somnambule, louche, nocturne, somnifère, noctambule, visqueux,
-phoque parlant, équivoque, poitrinaire, spasmodique, aphrodisiaque,
-anémique, borgne, hermaphrodite, bâtard, albinos, pédéraste, phénomène
-d'aquarium et femme à barbe, les heures soûles du découragement
-taciturne, les fantaisies, les Acrotés, les monstres, les syllogismes
-démoralisateurs, les ordures, ce qui ne réfléchit pas comme l'enfant,
-la désolation, ce mancenillier intellectuel, les chancres parfumés, les
-cuisses aux camélias, la culpabilité d'un écrivain qui roule sur la
-pente du néant et se méprise lui-même avec des cris joyeux, les remords,
-les hypocrisies, les perspectives vagues qui vous broient dans leurs
-engrenages imperceptibles, les crachats sérieux sur les axiomes sacrés,
-la vermine et ses chatouillements insinuants, les préfaces insensées,
-comme celles de Cromwell, de M<sup>lle</sup> de Maupin et de Dumas fils,
-les caducités, les impuissances, les blasphèmes, les asphyxies, les
-étouffements, les rages,--devant ces charniers immondes, que je rougis
-de nommer, il est temps de réagir enfin contre ce qui nous choque et
-nous courbe si souverainement.
-
-Votre esprit est entraîné perpétuellement hors de ses gonds, et surpris
-dans le piège de ténèbres construit avec un art grossier par l'égoïsme
-et l'amour-propre.
-
-Le goût est la qualité fondamentale qui résume toutes les autres
-qualités. C'est le _nec plus ultra_ de l'intelligence. Ce n'est que par
-lui seul que le génie est la santé suprême et l'équilibre de toutes les
-facultés. Villemain est trente-quatre fois plus intelligent qu'Eugène
-Sue et Frédéric Soulié. Sa préface du _Dictionnaire de l'Académie_ verra
-la mort des romans de Walter Scott, de Fenimore Cooper, de tous les
-romans possibles et imaginables. Le roman est un genre faux, parce qu'il
-décrit les passions pour elles-mêmes: la conclusion morale est absente.
-Décrire les passions n'est rien; il suffit de naître un peu chacal, un
-peu vautour, un peu panthère. Nous n'y tenons pas. Les décrire, pour les
-soumettre à une haute moralité, comme Corneille, est autre chose. Celui
-qui s'abstiendra de faire la première choses tout en restant capable
-d'admirer et de comprendre ceux à qui il est donné de faire la deuxième,
-surpasse, de toute la supériorité des vertus sur les vices, celui qui
-fait la première.
-
-Par cela seul qu'un professeur de seconde se dit: «Quand on me donnerait
-tous les trésors de l'univers, je ne voudrais pas avoir fait des romans
-pareils à ceux de Balzac et d'Alexandre Dumas,» par cela seul, il est
-plus intelligent qu'Alexandre Dumas et Balzac. Par cela seul qu'un élève
-de troisième s'est pénétré qu'il ne faut pas chanter les difformités
-physiques et intellectuelles, par cela seul, il est plus fort, plus
-capable, plus intelligent que Victor Hugo, s'il n'avait fait que des
-romans, des drames et des lettres.
-
-Alexandre Dumas fils ne fera jamais, au grand jamais, un discours de
-distribution des prix pour un lycée. Il ne connaît pas ce que c'est que
-la morale. Elle ne transige pas. S'il le faisait, il devrait auparavant
-biffer d'un trait de plume tout ce qu'il a écrit jusqu'ici, en
-commençant par ses Préfaces absurdes. Réunissez un jury d'hommes
-compétents: je soutiens qu'un bon élève de seconde est plus fort que lui
-dans n'importe quoi, même dans la même dans la _sale_ question des
-courtisanes.
-
-Les chefs-d'oeuvre de la langue française sont les discours de
-distribution pour les lycées, et les discours académiques. En effet,
-l'instruction de la jeunesse est peut-être la plus belle expression
-pratique du devoir, et une bonne appréciation des ouvrages de Voltaire
-(creusez le mot appréciation) est préférable à ces ouvrages
-eux-mêmes.--Naturellement!
-
-Les meilleurs auteurs de romans et de drames dénatureraient à la longue
-la fameuse idée du bien, si les corps enseignants, conservatoires du
-juste, ne retenaient les générations jeunes et vieilles dans la voie de
-l'honnêteté et du travail.
-
-En son nom personnel, malgré elle, il le faut, je viens renier, avec une
-volonté indomptable, et une ténacité de fer, le passé hideux de
-l'humanité pleurarde. Oui: je veux proclamer le beau sur une lyre d'or,
-défalcation faite des tristesses goîtreuses et des fiertés stupides qui
-décomposent, à sa source, la poésie marécageuse de ce siècle. C'est avec
-les pieds que je foulerai les stances aigres du scepticisme, qui n'ont
-pas leur motif d'être. Le jugement, une fois entré dans l'efflorescence
-de son énergie, impérieux et résolu, sans balancer une seconde dans les
-incertitudes dérisoires d'une pitié mal placée, comme un procureur
-général, fatidiquement, les condamne. Il faut veiller sans relâche sur
-les insomnies purulentes et les cauchemars atrabilaires. Je méprise et
-j'exècre l'orgueil, et les voluptés infâmes d'une ironie, faite
-éteignoir, qui déplace la justesse de la pensée.
-
-Quelques caractères, excessivement intelligents, il n'y a pas lieu que
-vous l'infirmiez par des palinodies d'un goût douteux, se sont jetés, à
-tête perdue, dans les bras du mal. C'est l'absinthe, savoureuse, je ne
-le crois pas, mais, nuisible, qui tua moralement l'auteur de _Rolla_.
-Malheur à ceux qui sont gourmands! A peine est-il entré dans l'âge mûr,
-l'aristocrate anglais, que sa harpe se brise sous les murs de
-Missolonghi, après n'avoir cueilli sur son passage que les fleurs qui
-couvent l'opium des mornes anéantissements.
-
-Quoique plus grand que les génies ordinaires, s'il s'était trouvé de son
-temps un autre poète, doué, comme lui, à doses semblables, d'une
-intelligence exceptionnelle, et capable de se présenter comme son rival,
-il aurait avoué, le premier, l'inutilité de ses efforts pour produire
-des malédictions disparates; et que, le bien exclusif est, seul, déclaré
-digne, de par la voix de tous les mondes, de s'approprier notre estime.
-Le fait fut qu'il n'y eut personne pour le combattre avec avantage.
-Voilà ce qu'aucun n'a dit. Chose étrange! même en feuilletant les
-recueils et les livres de son époque, aucun critique n'a songé à mettre
-en relief le rigoureux syllogisme qui précède. Et ce n'est que celui qui
-le surpassera qui peut l'avoir inventé. Tant on était rempli de stupeur
-et d'inquiétude, plutôt que d'admiration réfléchie, devant des ouvrages
-écrits d'une main perfide, mais qui révélaient, cependant, les
-manifestations imposantes d'une âme qui n'appartient pas au vulgaire des
-hommes, et qui se trouvait à son aise dans les conséquences dernières
-d'un des deux moins obscurs problèmes qui intéressent les coeurs
-non-solitaires: le bien, le mal. Il n'est pas donné à quiconque
-d'aborder les extrêmes, soit dans un sens, soit dans un autre. C'est ce
-qui explique pourquoi, tout en louant, sans arrière-pensée,
-l'intelligence merveilleuse dont il dénote à chaque instant la preuve,
-lui, un des quatre ou cinq phares de l'humanité, l'on fait, en silence,
-ses nombreuses réserves sur les applications et l'emploi injustifiables
-qu'il en a faits sciemment. Il n'aurait pas dû parcourir les domaines
-sataniques.
-
-La révolte féroce des Troppmann, des Napoléon I<sup>er</sup>, des
-Papavoine, des Byron, des Victor Noir et des Charlotte Corday sera
-contenue à distance de mon regard sévère. Ces grands criminels, à des
-titres si divers, je les écarte d'un geste. Qui croit-on tromper ici, je
-le demande avec une lenteur qui s'interpose? O dadas de bagne! Bulles de
-savon! Pantins en baudruche! Ficelles usées! Qu'ils s'approchent, les
-Konrad, les Manfred, les Lara, les marins qui ressemblent au Corsaire,
-les Méphistophélès, les Werther, les Don Juan, les Faust, les Iago, les
-Rodin, les Caligula, les Caïu, les Iridion, les mégères à l'instar de
-Colomba, les Ahrimane, les manitous manichéens, barbouillés de cervelle,
-qui cuvent le sang de leurs victimes dans les pagodes sacrées de
-l'Hindoustan, le serpent, le crapaud et le crocodile, divinités,
-considérées comme anormales, de l'antique Égypte, les sorciers et les
-puissances démoniaques du moyen âge, les Prométhée, les Titans de la
-mythologie foudroyés par Jupiter, les Dieux Méchants vomis par
-l'imagination primitive des peuples barbares,--toute la série bruyante
-des diables en carton. Avec la certitude de les vaincre, je saisis la
-cravache de l'indignation et de la concentration qui soupèse, et
-j'attends ces monstres de pied ferme, comme leur dompteur prévu.
-
-Il y a des écrivains ravalés, dangereux loustics, farceurs au quarteron,
-sombres mystificateurs, véritables aliénés, qui mériteraient de peupler
-Bicêtre. Leurs têtes crétinisantes, d'où une tuile a été enlevée, créent
-des fantômes gigantesques, qui descendent au lieu de monter. Exorcice
-scabroux; gymnastique spécieuse. Passez donc, grotesque muscade. S'il
-vous plaît, retirez-vous de ma présence, fabricateurs, à la douzaine, de
-rébus défendus, dans lesquels je n'apercevais pas auparavant, du premier
-coup, comme aujourd'hui, le joint de la solution frivole. Cas
-pathologique d'un égoïsme formidable. Automates fantastiques:
-indiquez-vous du doigt, l'un à l'autre, mes enfants, l'épithète qui les
-remet à leur place.
-
-S'ils existaient, sous la réalité plastique, quelque part, ils seraient,
-malgré leur intelligence avérée, mais fourbe, l'opprobre, le fiel, des
-planètes qu'ils habiteraient la honte. Figurez-vous les, un instant,
-réunis en société avec des substances qui seraient leurs semblables.
-C'est une succession non interrompue de combats, dont ne rêveront pas
-les boule-dogues, interdits en France, les requins et les
-macrocéphales-cachalots. Ce sont des torrents de sang, dans ces régions
-chaotiques pleines d'hydres et de minotaures, et d'où la colombe,
-effarée sans retour, s'enfuit à tire-d'aile. C'est un entassement de
-bêtes apocalyptiques, qui n'ignorent pas ce qu'elles font. Ce sont des
-chocs de passions, d'irréconciliabilités et d'ambitions, à travers les
-hurlements d'un orgueil qui ne se laisse pas lire, se contient, et dont
-personne ne peut, même approximativement, sonder les écueils et les
-bas-fonds.
-
-Mais, ils ne m'en imposeront plus. Souffrir est une faiblesse, lorsqu'on
-peut s'en empêcher et faire quelque chose de mieux. Exhaler les
-souffrances d'une splendeur non équilibrée, c'est prouver, ô moribonds
-des maremmes perverses! moins de résistance et de courage, encore. Avec
-ma voix et ma solennité des grands jours, je te rappelle dans mes foyers
-déserts, glorieux espoir. Viens t'asseoir à mes côtés, enveloppé du
-manteau des illusions, sur le trépied raisonnable des apaisements. Comme
-un meuble de rebut, je t'ai chassé de ma demeure, avec un fouet aux
-cordes de scorpions. Si tu souhaites que je sois persuadé que tu as
-oublié, en revenant chez moi, les chagrins que, sous l'indice des
-repentirs, je t'ai causés autrefois, crebleu, ramène alors avec toi,
-cortège sublime,--soutenez-moi, je m'évanouis!--les vertus offensées, et
-leurs impérissables redressements.
-
-Je constate, avec amertume, qu'il ne reste plus que quelques gouttes de
-sang dans les artères de nos époques phthisiques. Depuis les
-pleurnicheries odieuses et spéciales, brevetées sans garantie d'un point
-de repère, des Jean-Jacques Rousseau, des Chateaubriand et des nourrices
-en pantalon aux poupons Obermann, à travers les autres poètes qui se
-sont vautrés dans le limon impur, jusqu'au songe de Jean-Paul, le
-suicide de Dolorès de Veintemilla, le Corbeau d'Allan, la Comédie
-Infernale du Polonais, les yeux sanguinaires de Zorilla, et l'immortel
-cancer, Une Charogne, que peignit autrefois, avec amour, l'amant morbide
-de la Vénus hottentote, les douleurs invraisemblables que ce siècle
-s'est créées à lui-même, dans leur voulu monotone et dégoûtant, l'ont
-rendu poitrinaire. Larves absorbantes dans leurs engourdissements
-insupportables!
-
-Allez, la musique.
-
-Oui, bonnes gens, c'est moi qui vous ordonne de brûler, sur une pelle,
-rougie au feu, avec un peu de sucre jaune, le canard du doute, aux
-lèvres de vermouth, qui, répandant, dans une lutte mélancolique entre le
-bien et le mal, des larmes qui ne viennent pas du coeur, sans machine
-pneumatique, fait, partout, le vide universel. C'est ce que vous avez de
-mieux à faire.
-
-Le désespoir, se nourrissant avec un parti pris, de ses fantasmagories,
-conduit imperturbablement le littérateur à l'abrogation en masse des
-lois divines et sociales, et à la méchanceté théorique et pratique. En
-un mot, fait prédominer le derrière humain dans les raisonnements.
-Allez, et passez-moi le mot! L'on devient méchant, je le répète, et les
-yeux prennent la teinte des condamnés à mort. Je ne retirerai pas ce que
-j'avance. Je veux que ma poésie puisse être lue par une jeune fille de
-quatorze ans.
-
-La vraie douleur est incompatible avec l'espoir. Pour si grande que soit
-cette douleur, l'espoir, de cent coudées, s'élève plus haut encore.
-Donc, laissez-moi tranquille avec les chercheurs. A bas, les pattes, à
-bas, chiennes cocasses, faiseurs d'embarras, poseurs! Ce qui souffre, ce
-qui dissèque les mystères qui nous entourent, n'espère pas. La poésie
-qui discute les vérités nécessaires est moins belle que celle qui ne les
-discute pas. Indécisions à outrance, talent mal employé, perte du temps:
-rien ne sera plus facile à vérifier.
-
-Chanter Adamastor, Jocelyn, Rocambole, c'est puéril. Ce n'est même que
-parce que l'auteur espère que le lecteur sous-entend qu'il pardonnera à
-ses héros fripons, qu'il se trahit lui-même et s'appuie sur le bien pour
-faire passer la description du mal. C'est au nom de ces mêmes vertus que
-Frank a méconnues, que nous voulons bien le supporter, ô saltimbanques
-des malaises incurables.
-
-Ne faites pas comme ces explorateurs sans pudeur, magnifiques, à leurs
-yeux, de mélancolie, qui trouvent des choses inconnues dans leur esprit
-et dans leur corps!
-
-La mélancolie et la tristesse sont déjà le commencement du doute; le
-doute est le commencement du désespoir; le désespoir est le commencement
-cruel des différents degrés de la méchanceté. Pour vous en convaincre,
-lisez la _Confession d'un enfant du siècle._ La pente est fatale, une
-fois qu'on s'y engage. Il est certain qu'on arrive à la méchanceté.
-Méfiez-vous de la pente. Extirpez le mal par la racine. Ne flattez pas
-le culte d'adjectifs tels que indescriptible, inénarrable, rutilant,
-incomparable, colossal, qui mentent sans vergogne aux substantifs qu'ils
-défigurent: ils sont poursuivis par la lubricité.
-
-Les intelligences de deuxième ordre, comme Alfred de Musset, peuvent
-pousser rétivement une ou deux de leurs facultés beaucoup plus loin
-que les facultés correspondantes des intelligences de premier ordre,
-Lamartine, Hugo. Nous sommes en présence du déraillement d'une
-locomotive surmenée. C'est un cauchemar qui tient la plume. Apprenez
-que l'âme se compose d'une vingtaine de facultés. Parlez-moi de ces
-mendiants qui ont un chapeau grandiose, avec des haillons sordides!
-
-Voici un moyen de constater l'infériorité de Musset sous les deux
-poètes. Lisez, devant une jeune fille, _Rolla_ ou _les Nuits, les Fous_
-de Cobb, sinon les portraits de Gwynplaine et de Dea, ou le Récit de
-Théramène d'Euripide, traduit en vers français par Racine le père. Elle
-tressaille, fronce les sourcils, lève et abaisse les mains, sans but
-déterminé, comme un homme qui se noie; les yeux jetteront des lueurs
-verdàtres. Lisez-lui la _Prière pour-tous,_ de Victor Hugo. Les effets
-sont diamétralement opposés. Le genre d'électricité n'est plus le même.
-Elle rit aux éclats, elle en demande davantage.
-
-De Hugo, il ne restera que les poésies sur les enfants, où se trouve
-beaucoup de mauvais.
-
-_Paul et Virginie_ choque nos aspirations les plus profondes au bonheur.
-Autrefois, cet épisode qui broie du noir de la première à la dernière
-page, surtout le naufrage final, me faisait grincer des dents. Je me
-roulais sur le tapis et donnais des coups de pied à mon cheval en bois.
-La description de la douleur est un contre-sens. Il faut faire voir tout
-en beau. Si cette histoire était racontée dans une simple biographie,
-je ne l'attaquerais point. Elle change tout de suite de caractère. Le
-malheur devient auguste par la volonté impénétrable de Dieu qui le créa.
-Mais l'homme ne doit pas créer le malheur dans ses livres. C'est ne
-vouloir, à toutes forces, considérer qu'un seul côté des choses. O
-hurleurs maniaques que vous êtes!
-
-Ne reniez pas l'immortalité de l'âme, la sagesse de Dieu, la grandeur de
-la vie, l'ordre qui se manifeste dans l'univers, la beauté corporelle,
-l'amour de la famille, le mariage, les institutions sociales. Laissez de
-côté les écrivassiers funestes: Sand, Balzac, Alexandre Dumas, Musset,
-Du Terrail, Féval, Flaubert, Baudelaire, Leconte et la _Grève des
-Forgerons_!
-
-Ne transmettez à ceux qui vous lisent que l'expérience qui se dégage de
-la douleur, et qui n'est plus la douleur elle-même. Ne pleurez pas en
-public.
-
-Il faut savoir arracher des beautés littéraires jusque dans le sein de
-la mort; mais ces beautés n'appartiendront pas à la mort. La mort n'est
-ici que la cause occasionnelle. Ce n'est pas le moyen, c'est le but, qui
-n'est pas elle.
-
-Les vérités immuables et nécessaires, qui font la gloire des nations, et
-que le doute s'efforce envahi d'ébranler, ont commencé depuis les âges.
-Ce sont des choses auxquelles on ne devrait pas toucher. Ceux qui
-veulent faire de l'anarchie en littérature, sous prétexte de nouveau,
-tombent dans le contre-sens. On n'ose pas attaquer Dieu; on attaque
-l'immortalité de l'âme. Mais, l'immortalité de l'âme, elle aussi, est
-vieille comme les assises du monde. Quelle autre croyance la remplacera,
-si elle doit être remplacée? Ce ne sera pas toujours une négation.
-
-Si l'on se rappelle la vérité d'où découlent toutes les autres, la bonté
-absolue de Dieu et son ignorance absolue du mal, les sophismes
-s'effondreront d'eux-mêmes. S'effondrera, dans un temps pareil, la
-littérature peu poétiques qui s'est appuyée sur eux. Toute littérature
-qui discute les axiomes éternels est condamnée à ne vivre que
-d'elle-même. Elle est injuste. Elle se dévore le foie. Les _norissima
-Verba_ font sourire superbement les gosses sans mouchoir de la
-quatrième. Nous n'avons pas le droit d'interroger le Créateur sur quoi
-que ce soit.
-
-Si vous êtes malheureux, il ne faut pas le dire au lecteur. Gardez cela
-pour vous.
-
-Si on corrigeait les sophismes dans le sens des vérités correspondantes
-à ces sophismes, ce n'est que la correction qui serait vraie; tandis que
-la pièce ainsi remaniée, aurait le droit de ne plus s'intituler fausse.
-Le reste serait hors du vrai, avec trace de faux, par conséquent nul, et
-considéré, forcément, comme non avenu.
-
-La poésie personnelle a fait son temps de jongleries relatives et de
-contorsions contingentes. Reprenons le fil indestructible de la poésie
-impersonnelle, brusquement interrompu depuis la naissance du philosophe
-manqué de Ferney, depuis l'avortement du grand Voltaire.
-
-Il parait beau, sublime, sous prétexte d'humilité ou d'orgueil, de
-discuter les causes finales, d'en fausser les conséquences stables et
-connues. Détrompez-vous, parce qu'il n'y a rien de plus bête! Renouons
-la chaîne régulière avec les temps passés; la poésie est la géométrie
-par excellence. Depuis Racine, la poésie n'a pas progressé d'un
-millimètre. Elle a reculé. Grâce à qui? aux Grandes-Têtes-Molles de
-notre époque. Grâce aux femmelettes, Chateaubriand, le Mohican-
-Mélancolique; Sénancourt, l'Homme-en-Jupon; Jean-Jacques Rousseau,
-le Socialiste-Grincheur; Anne Radcliffe, le Spectre-Toqué; Edgar Poë,
-le Mameluck-des-Rèves-d'Alcool; Mathurin, le Compère-des-Ténèbres;
-Georges Sand, l'Hermaphrodite-Circoncis; Théophile Gautier,
-l'Incomparable-Epicier; Leconte, le Captif-du-Diable; Goethe,
-le Suicidé-pour-Pleurer; Sainte-Beuve, le Suicidé-pour-Rire; Lamartine,
-la Cigogne-Larmoyante; Lermontoff, le Tigre-qui-Rugit; Victor Hugo, le
-Funèbre-Échalas-Vert; Misçkiéwicz, l'Imitateur-de-Satan; Musset, le
-Gandin-Sans-Chemise-Intellectuelle; et Byron,
-l'Hippopotame-des-Jungles-Infernales.
-
-Le doute a existé de tout temps en minorité. Dans ce siècle, il est en
-majorité. Nous respirons la violation du devoir par les pores. Cela ne
-s'est vu qu'une fois; cela ne se reverra plus.
-
-Les notions de la simple raison sont tellement obscurcies à l'heure
-qu'il est, que, la première chose que font les professeurs de quatrième,
-quand ils apprennent à faire des vers latins à leurs élèves, jeunes
-poètes dont la lèvre est humectée du lait maternel, c'est de leur
-dévoiler par la pratique le nom d'Alfred de Musset. Je vous demande un
-peu, beaucoup! Les professeurs de troisième, donc, donnent, dans leurs
-classes à traduire, en vers grecs, deux sanglants épisodes. Le premier,
-c'est la repoussante comparaison du pélican. Le deuxième, sera
-l'épouvantable catastrophe arrivée à un laboureur. A quoi bon regarder
-le mal? N'est-il pas en minorité? Pourquoi pencher la tête d'un lycéen
-sur des questions qui, faute de n'avoir pas été comprises, ont fait
-perdre la leur à des hommes tels que Pascal et Byron?
-
-Un élève m'a raconté, que son professeur de seconde avait donné à sa
-classe, jour par jour, ces deux charognes à traduire en vers hébreux.
-Ces plaies de la nature animale et humaine le rendirent malade pendant
-un mois, qu'il passa à l'infirmerie. Comme nous nous connaissions, il me
-fit demander par sa mère. Il me raconta, quoique avec naïveté, que ses
-nuits étaient troublées par des rêves de persistance. Il croyait voir
-une armée de pélicans qui s'abattaient sur sa poitrine, et la lui
-déchiraient. Ils s'envolaient ensuite vers une chaumière en flammes.
-Ils mangeaient la femme du laboureur et ses enfants. Le corps noirci de
-brûlures, le laboureur sortait de la maison, engageait avec les pélicans
-un combat atroce. Le tout se précipitait dans la chaumière, qui
-retombait en éboulements. De la masse soulevée des décombres--cela ne
-ratait jamais--il voyait sortir son professeur de seconde, tenant d'une
-main son coeur, de l'autre une feuille de papier où l'on déchiffrait,
-en traits de soufre, la comparaison du pélican et celle du laboureur,
-telles que Musset lui-même les a composées. Il ne fut pas facile, au
-premier abord, de pronostiquer son genre de maladie. Je lui recommandai
-de se taire soigneusement, et de n'en parler à personne, surtout à son
-professeur de seconde. Je conseillai à sa mère de le prendre quelques
-jours chez elle, en assurant que cela se passerait. En effet, j'avais
-soin d'arriver chaque jour pendant quelques heures, et cela se passa.
-
-Il faut que la critique attaque la forme, jamais le fond de vos idées,
-de vos phrases. Arrangez-vous.
-
-Les sentiments sont la forme de raisonnement la plus incomplète qui se
-puisse imaginer.
-
-Toute l'eau de la mer ne suffirait pas à laver une tache de sang
-intellectuelle.
-
-
- * * * * *
-
-
-POÉSIES II
-
-
-Le génie garantit les facultés du coeur.
-
-L'homme n'est pas moins immortel que l'âme.
-
-Les grandes pensées viennent de la raison!
-
-La fraternité n'est pas un mythe.
-
-Les enfants qui naissent ne connaissent rien de la vie, pas même la
-grandeur.
-
-Dans le malheur, les amis augmentent.
-
-Vous qui entrez, laissez tout désespoir.
-
-Bonté, ton nom est homme.
-
-C'est ici que demeure la sagesse des nations.
-
-Chaque fois que j'ai lu Shakspeare, il m'a semblé que je déchiqueté la
-cervelle d'un jaguar.
-
-J'écrirai mes pensées avec ordre, par un dessein sans confusion. Si
-elles sont justes, la première venue sera la conséquence des autres.
-C'est le véritable ordre. Il marque mon objet par le désordre
-calligraphique. Je ferais trop de déshonneur à mon sujet, si je ne le
-traitais pas avec ordre. Je veux montrer qu'il en est capable.
-
-Je n'accepte pas le mal. L'homme est parfait. L'âme ne tombe pas. Le
-progrès existe. Le bien est irréductible. Les antéchrists, les anges
-accusateurs, les peines éternelles, les religions sont le produit du
-doute.
-
-Dante, Milton, décrivant hypothétiquement les landes infernales, ont
-prouvé que c'étaient des hyènes de première espèce. La preuve est
-excellente. Le résultat est mauvais. Leurs ouvrages ne s'achètent pas.
-
-L'homme est un chêne. La nature n'en compte pas de plus robuste. Il ne
-faut pas que l'univers s'arme pour le défendre. Une goutte d'eau ne
-suffit pas à sa préservation. Même quand l'univers le défendrait, il ne
-serait pas plus déshonoré que ce qui ne le préserve pas. L'homme sait
-que son règne n'a pas de mort, que l'univers possède un commencement.
-L'univers ne sait rien: c'est, tout au plus, un roseau pensant.
-
-Je me figure Elohim plutôt froid que sentimental.
-
-L'amour d'une femme est incompatible avec l'amour de l'humanité.
-L'imperfection doit être rejetée. Rien n'est plus imparfait que
-l'égoïsme à deux. Pendant la vie, les défiances, les récriminations,
-les serments écrits dans la poudre pullulent. Ce n'est plus l'amant de
-Chimène; c'est l'amant de Graziella. Ce n'est plus Pétrarque; c'est
-Alfred de Musset. Pendant la mort, un quartier de roche auprès de la
-mer, un lac quelconque, la forêt de Fontainebleau, l'Ile d'Ischia, un
-cabinet de travail en compagnie d'un corbeau, une chambre ardente avec
-un crucifix, un cimetière où surgit, aux rayons d'une lune qui finit par
-agacer, l'objet aimé, des stances où un groupe de filles dont on ne sait
-pas le nom, viennent balader à tour de rôle, donner la mesure de
-l'auteur, font entendre des regrets. Dans les deux cas, la dignité ne se
-retrouve point.
-
-L'erreur est la légende douloureuse.
-
-Les hymnes à Elohim habituent la vanité à ne pas s'occuper des choses de
-la terre. Tel est recueil des hymnes. Ils déshabituent l'humanité à
-compter sur l'écrivain. Elle le délaisse. Elle l'appelle mystique,
-aigle, parjure à sa mission. Vous n'êtes pas la colombe cherchée.
-
-Un pion pourrait se taire un bagage littéraire, eu disant le contraire
-de ce qu'ont dit les poètes de ce siècle. Il remplacerait leurs
-affirmations par des négations. Réciproquement. S'il est ridicule
-d'attaquer les premiers principes, il est plus ridicule de les défendre
-contre ces mêmes attaques. Je ne les défendrai pas.
-
-Le sommeil est une récompense pour les uns, un supplice pour les autres.
-Pour tous, il est une sanction.
-
-Si la morale de Cléopâtre eût été moins courte, la face de la terre
-aurait changé. Son nez n'en serait pas devenu plus long.
-
-Les actions cachées sont les plus estimables. Lorsque j'en vois tant
-dans l'histoire, elles me plaisent beaucoup. Elles n'ont pas été tout
-à fait cachées. Elles ont été sues. Ce peu, par où elles ont paru, en
-augmente le mérite. C'est le plus beau de n'avoir pas pu les cacher.
-
-Le charme de la mort n'existe que pour les courageux.
-
-L'homme est si grand, que sa grandeur parait surtout en ce qu'il ne veut
-pas se connaître misérable. Un arbre ne se connaît pas grand. C'est être
-grand que de se connaître grand. C'est être grand que de ne pas vouloir
-se connaître misérable. Sa grandeur réfute ces misères. Grandeur d'un
-roi.
-
-Lorsque j'écris ma pensée, elle ne m'échappe pas. Cette action me fait
-souvenir de ma force que j'oublie à toute heure. Je m'instruis à
-proportion de ma pensée enchaînée. Je ne tends qu'à connaître la
-contradiction de mon esprit avec le néant.
-
-Le coeur de l'homme est un livre que j'ai appris à estimer.
-
-Non imparfait, non déchu, l'homme n'est plus le grand mystère.
-
-Je ne permets à personne, pas même à Elohim, de douter de ma sincérité.
-
-Nous sommes libres de faire le bien.
-
-Le jugement est infaillible.
-
-Nous ne sommes pas libres de faire le mal.
-
-L'homme est le vainqueur des chimères, la nouveauté de demain, la
-régularité dont gémit le chaos, le sujet de la conciliation. Il juge de
-toutes choses. Il n'est pas imbécile. Il n'est pas ver de terre. C'est
-le dépositaire du vrai, l'amas de certitude, la gloire, non le rebut de
-l'univers. S'il s'abaisse, je le vante. S'il se vante, je le vante
-davantage. Je le concilie. Il parvient à comprendre qu'il est la soeur
-de l'ange.
-
-Il n'y a rien d'incompréhensible.
-
-La pensée n'est pas moins claire que le cristal. Une religion, dont les
-mensonges s'appuient sur elle, peut la troubler quelques minutes, pour
-parler de ces effets qui durent longtemps. Pour parler de ces effets qui
-durent peu de temps, un assassinat de huit personnes aux portes d'une
-capitale, la troublera--c'est certain -jusqu'à la destruction du mal.
-La pensée ne tarde pas à reprendre sa limpidité.
-
-La poésie doit avoir pour but la vérité pratique. Elle énonce les
-rapports qui existent entre les premiers principes et les vérités
-secondaires de la vie. Chaque chose reste à sa place. La mission de la
-poésie est difficile. Et elle ne se mêle pas aux événements de la
-politique, à la manière dont on gouverne un peuple, ne fait pas allusion
-aux périodes historiques, aux coups d'Etat, aux régicides, aux intrigues
-des cours. Elle ne parle pas des luttes que l'homme engage, par
-exception, avec lui-même, avec ses passions. Elle découvre les lois qui
-font vivre la politique théorique, la paix universelle, les réfutations
-de Machiavel, les cornets dont se composent les ouvrages de Proudhon,
-la psychologie de l'humanité. Un poète doit être plus utile qu'aucun
-citoyen de sa tribu. Son oeuvre est le code des diplomates, des
-législateurs, des instructeurs de la jeunesse. Nous sommes loin des
-Homère, des Virgile, des Klopstock, des Camoëns, des imaginations
-émancipées, des fabricateurs d'odes, des marchands d'épigrammes contre
-la divinité. Revenons à Confucius, au Boudha, à Socrate, à Jésus-Christ,
-moralistes qui couraient les villages en souffrant de faim! Il faut
-compter désormais avec la raison, qui n'opère que sur les facultés qui
-président à la catégorie des phénomènes de la bonté pure.
-
-Rien n'est plus naturel que de lire le _Discours de la Méthode_ après
-avoir lu _Bérénice_. Rien n'est moins naturel que de lire le _Traité de
-l'Induction_ de Biéchy, le _Problème du Mal_ de Naville, après avoir lu
-les Feuilles d'Automne, les Contemplations. La transition se perd.
-L'esprit regimbe contre la ferraille, la mystagogie. Le coeur est ahuri
-devant ces pages qu'un fantoche griffonna. Cette violence l'éclaire. Il
-ferme le livre. Il verse une larme à la mémoire des auteurs sauvages.
-Les poètes contemporains ont abusé de leur intelligence. Les philosophes
-n'ont pas abusé de la leur. Le souvenir des premiers s'éteindra. Les
-derniers sont classiques.
-
-Racine, Corneille, auraient été capables de composer les ouvrages de
-Descartes, de Malebranche, de Bâcon. L'âme des premiers est une avec
-celle des derniers. Lamartine, Hugo, n'auraient pas été capables de
-composer le _Traité de l'Intelligence_. L'âme de son auteur n'est pas
-adéquate avec celle des premiers. La fatuité leur a fait perdre les
-qualités centrales. Lamartine, Hugo, quoique supérieurs à Taine, ne
-possèdent, comme lui, que des--il est pénible de faire cet
-aveu--facultés secondaires.
-
-Les tragédies excitent la pitié, la terreur, par le devoir. C'est
-quelque chose. C'est mauvais. Ce n'est pas si mauvais que le lyrisme
-moderne. La Médée de Legouvé est préférable à la collection des ouvrages
-de Byron, de Capendu, de Zaccone, de Félix, de Gagne, de Gaboriau, de
-Lacordaire, de Sardou, de Goethe, de Ravignan, de Charles Diguet. Quel
-écrivain d'entre vous, je prie, peut soulever--qu'est-ce? Quels sont ces
-reniflements de la résistance?--Le poids du _Monologue d'Auguste_! Les
-vaudevilles barbares de Hugo ne proclament pas le devoir. Les mélodrames
-de Racine, de Corneille, les romans de La Calprenède le proclament.
-Lamartine n'est pas capable de composer la Phèdre de Pradon; Hugo, le
-Venceslas de Rotrou; Sainte-Beuve, les tragédies de Laharpe, de
-Marmontel. Musset est capable de faire des proverbes. La tragédie est
-une erreur involontaire, admet la lutte, est le premier pas du bien, ne
-paraîtra pas dans cet ouvrage. Elle conserve son prestige. Il n'en est
-pas de même du sophisme,--après --coup le gongorisme métaphysique des
-autoparodistes de mon temps héroïco-burlesque.
-
-Le principe des cultes est l'orgueil. Il est ridicule d'adresser la
-parole à Elohim, comme ont fait les Job, les Jérémie, les David, les
-Salomon, les Turquéty. La prière est un acte faux. La meilleure manière
-de lui plaire est indirecte, plus conforme à notre force. Elle consiste
-à rendre notre race heureuse. Il n'y a pas deux manières de plaire à
-Elohim. L'idée du bien est une. Ce qui est le bien en moins l'étant en
-plus, je permets que l'on me cite l'exemple de la maternité. Pour plaire
-à sa mère, un fils ne lui criera pas qu'elle est sage, radieuse, qu'il
-se conduira de façon à mériter la plupart de ses éloges. Il fait
-autrement. Au lieu de le dire lui-même, il le fait penser par ses actes,
-se dépouille de cette tristesse qui gonfle les chiens de Terre-Neuve. Il
-ne faut pas confondre la bonté d'Elohim avec la trivialité. Chacun est
-vraisemblable. La familiarité engendre le mépris; la vénération engendre
-le contraire. Le travail détruit l'abus des sentiments.
-
-Nul raisonneur ne croit contre sa raison.
-
-La foi est une vertu naturelle par laquelle nous acceptons les vérités
-qu'Elohim nous révèle par la conscience.
-
-Je ne connais pas d'autre grâce que celle d'être né. Un esprit impartial
-la trouve complète.
-
-Le bien est la victoire sur le mal, la négation du mal. Si l'on chante
-le bien, le mal est éliminé par cet acte congru. Je ne chante pas ce
-qu'il ne faut pas faire. Je chante ce qu'il faut faire. Le premier ne
-contient pas le second. Le second contient le premier.
-
-La jeunesse écoute les conseils de l'âge mur. Elle a une confiance
-illimitée en elle-même.
-
-Je ne connais pas d'obstacle qui passe les forces de l'esprit humain,
-sauf la vérité.
-
-La maxime n'a pas besoin d'elle pour se prouver. Un raisonnement demande
-un raisonnement. La maxime est une loi qui renferme un ensemble de
-raisonnements. Un raisonnement se complète à mesure qu'il s'approche de
-la maxime. Devenu maxime, sa perfection rejette les preuves de la
-métamorphose.
-
-Le doute est un hommage rendu à l espoir. Ce n'est pas un hommage
-volontaire. L'espoir ne consentirait pas à n'être qu'un hommage.
-
-Le mal s'insurge contre le bien. Il ne peut pas faire moins.
-
-C'est une preuve d'amitié de ne pas s'apercevoir de l'augmentation de
-celle de nos amis.
-
-L'amour n'est pas le bonheur.
-
-Si nous n'avions point de défauts, nous ne prendrions pas tant de
-plaisir à nous corriger, à louer dans les autres ce qui nous manque.
-
-Les hommes qui ont pris la résolution de détester leurs semblables
-ignorent qu'il faut commencer par se détester soi-même.
-
-Les hommes qui ne se battent pas en duel croient que les hommes qui se
-battent au duel à mort sont courageux.
-
-Comme les turpitudes du roman s'accroupissent aux étalages! Pour un
-homme qui se perd, comme un autre pour une pièce de cent sous, il semble
-parfois qu'on tuerait un livre.
-
-Lamartine a cru que la chute d'un ange deviendrait l'Elévation d'un
-Homme. Il a eu tort de le croire.
-
-Pour faire servir le mal à la cause du bien, je dirai que l'intention du
-premier est mauvaise.
-
-Une vérité banale renferme plus de génie que les ouvrages de Dickens, de
-Gustave Aymard, de Victor Hugo, de Landelle. Avec les derniers, un
-enfant, survivant à l'univers, ne pourrait pas reconstruire l'âme
-humaine. Avec la première, il le pourrait. Je suppose qu'il ne découvrît
-pas tôt ou tard la définition du sophisme.
-
-Les mots qui expriment le mal sont destinés à prendre une signification
-d'utilité. Les idées s'améliorent. Le sens des mots y participe.
-
-Le plagiat est nécessaire. Le progrès l'implique. Il serre de près la
-phrase d'un auteur, se sert de ses expressions, efface une idée fausse,
-la remplace par l'idée juste.
-
-Une maxime, pour être bien faite, ne demande pas à être corrigée. Elle
-demande à être développée.
-
-Dès que l'aurore a paru, les jeunes filles vont cueillir des roses.
-Un courant d'innocence parcourt les vallons, les capitales, secourt
-l'intelligence des poètes les plus enthousiastes, laisse tomber des
-protections pour les berceaux, des couronnes pour la jeunesse, des
-croyances à l'immortalité pour les vieillards.
-
-J'ai vu les hommes lasser les moralistes a découvrir leur coeur, faire
-répandre sur eux la bénédiction d'en haut. Ils émettaient des
-méditations aussi vastes que possible, réjouissaient l'auteur de nos
-félicités. Ils respectaient l'enfance, la vieillesse, ce qui respire
-comme ce qui ne respire pas, rendaient hommage à la femme, consacraient
-à la pudeur les parties que le corps se réserve de nommer. Le firmament,
-dont j'admets la beauté, la terre, image de mon coeur, furent invoqués
-par moi, afin de me désigner un homme qui ne se crût pas bon. Le
-spectacle de ce monstre, s'il eût été réalisé, ne m'aurait pas fait
-mourir d'étonnement: on meurt à plus. Tout ceci se passe de
-commentaires.
-
-La raison, le sentiment se conseillent, se suppléent. Quiconque ne
-connaît qu'un des deux, en renonçant à l'autre, se prive de la totalité
-des secours qui nous ont été accordés pour nous conduire. Vauvenargues
-a dit «se prive d'une partie des secours.»
-
-Quoique sa phrase, la mienne reposent sur les personnifications de l'âme
-dans le sentiment, la raison, celle que je choisirais au hasard ne
-serait pas meilleure que l'autre, si je les avais faites. L'une ne peut
-pas être rejetée par moi. L'autre a pu être acceptée de Vauvenargues.
-
-Lorsqu'un prédécesseur emploie au bien un mot qui appartient au mal, il
-est dangereux que sa phrase subsiste à côté de l'autre. Il vaut mieux
-laisser au mot la signification du mal. Pour employer au bien un mot qui
-appartient au mal, il faut en avoir le droit. Celui qui emploie au mal
-les mots qui appartiennent au bien ne le possède pas. Il n'est pas cru.
-Personne ne voudrait se servir de la cravate de Gérard de Nerval.
-
-L'âme étant une, l'on peut introduire dans le discours la sensibilité,
-l'intelligence, la volonté, la raison, l'imagination, la mémoire.
-
-J'avais passé beaucoup de temps dans l'étude des sciences abstraites.
-Le peu de gens avec qui on communique n'était pas fait pour m'en dégoûter.
-Quand j'ai commencé l'étude de l'homme, j'ai vu que ces sciences lui
-sont propres, que je sortais moins de ma condition en y pénétrant que
-les autres en les ignorant. Je leur, ai pardonné de ne s'y point
-appliquer! Je ne crus pas trouver beaucoup de compagnons dans l'étude de
-l'homme. C'est celle qui lui est propre. J'ai été trompé. Il y en a plus
-qui l'étudient que la géométrie.
-
-Nous perdons la vie avec joie, pourvu qu'on n'en parle point.
-
-Les passions diminuent avec l'âge. L'amour, qu'il ne faut pas classer
-parmi les passions, diminue de même. Ce qu'il perd d'un côté, il le
-regagne de l'autre. Il n'est plus sévère pour l'objet de ses voeux, se
-rendant justice à lui-même: l'expansion est acceptée, Les sens n'ont
-plus leur aiguillon pour exciter les sexes de la chair. L'amour de
-l'humanité commence. Dans ces jours où l'homme sent qu'il devient un
-autel que parent ses vertus, fait le compte de chaque douleur qui se
-releva, l'âme, dans un repli du coeur où tout semble prendre naissance,
-sent quelque chose qui ne palpite plus. J'ai nommé le souvenir.
-
-L'écrivain, sans séparer l'une de l'autre, peut indiquer la loi qui
-régit chacune de ses poésies.
-
-Quelques philosophes sont plus intelligents que quelques poètes.
-Spinoza, Malebranche, Aristote, Platon, ne sont pas Hégésippe Moreau,
-Malfilatre, Gilbert, André Chénier.
-
-Faust, Manfred, Konrad, sont des types. Ce ne sont pas encore des types
-raisonnants. Ce sont déjà des types agitateurs.
-
-Les descriptions sont une prairie, trois rhinocéros, la moitié d'un
-catafalque. Elles peuvent être le souvenir, la prophétie. Elles ne sont
-pas le paragraphe que je suis sur le point de terminer.
-
-Le régulateur de l'âme n'est pas le régulateur d'une âme. Le régulateur
-d'une âme est le régulateur de l'âme, lorsque ces deux espèces d'âmes
-sont assez confondues pour pouvoir affirmer qu'un régulateur n'est une
-régulatrice que dans l'imagination d'un fou qui plaisante.
-
-Le phénomène passe. Je cherche les lois.
-
-Il y a des hommes qui ne sont pas des types. Les types ne sont pas des
-hommes. Il ne faut pas se laisser dominer par l'accidentel.
-
-Les jugements sur la poésie ont plus de valeur que la poésie. Ils sont
-la philosophie de la poésie. La philosophie, ainsi comprise, englobe la
-poésie. La poésie ne pourra pas se passer de lu philosophie. La
-philosophie pourra se passer de la poésie.
-
-Racine n'est pas capable de condenser ses tragédies dans des préceptes.
-Une tragédie n'est pas un précepte. Pour un même esprit, un précepte est
-une action plus intelligente qu'une tragédie.
-
-Mettez une plume d'oie dans la main d'un moraliste qui soit écrivain de
-premier ordre. Il sera supérieur aux poètes.
-
-L'amour de la justice n'est, en la plupart des hommes, que le courage de
-souffrir l'injustice.
-
-Cache-toi, guerre.
-
-Les sentiments expriment le bonheur, font sourire. L'analyse des
-sentiments exprime le bonheur, toute personnalité mise à part; fait
-sourire. Les premiers élèvent l'âme, dépendamment de l'espace, de la
-durée, jusqu'à la conception de l'humanité, considérée en elle-même,
-dans ses membres illustres. La dernière élève l'âme, indépendamment de
-la durée, de l'espace, jusqu'à la conception de l'humanité, considérée
-dans son expression la plus haute, la volonté! Les premiers s'occupent
-des vices, des vertus; la dernière ne s'occupe que des vertus. Les
-sentiments ne connaissent pas l'ordre de leur marche. L'analyse des
-sentiments apprend à le faire connaître, augmente la vigueur des
-sentiments. Avec les premiers, tout est incertitude. Ils sont
-l'expression du bonheur, de la douleur, deux extrêmes. Avec la dernière,
-tout est certitude. Elle est l'expression de ce bonheur qui résulte, à
-un moment donné, de savoir se retenir, au milieu des passions bonnes ou
-mauvaises. Elle emploie son calme à fondre la description de ces
-passions dans un principe qui circule à travers les pages: la
-non-existence du mal. Les sentiments pleurent quand il le leur faut,
-comme quand il ne le leur faut pas. L'analyse des sentiments ne pleure
-pas. Elle possède une sensibilité latente, qui prend au dépourvu,
-emporte au-dessus des misères, apprend à se passer de guide, fournit une
-arme de combat. Les sentiments, marque de la faiblesse, ne sont pas le
-sentiment! L'analyse du sentiment, marque de la force, engendre les
-sentiments les plus magnifiques que je connaisse. L'écrivain qui se
-laisse tromper par les sentiments ne doit pas être mis en ligne de
-compte avec l'écrivain qui ne se laisse tromper ni par les sentiments,
-ni par lui-même. La jeunesse se propose des élucubrations sentimentales.
-L'âge mur commence à raisonner sans trouble. Il ne faisait que sentir,
-il pense. Il laissait vagabonder ses sensations: voici qu'il leur donne
-un pilote. Si je considère l'humanité comme une femme, je ne
-développerai pas que sa jeunesse est à son déclin, que son âge mur
-s'approche. Son esprit change dans le sens du mieux. L'idéal de sa
-poésie changera. Les tragédies, les poëmes, les élégies ne primeront
-plus. Primera la froideur de la maxime! Du temps de Quinault, l'on
-aurait été capable de comprendre ce que je viens de dire. Grâce à
-quelques lueurs, éparses, depuis quelques années, dans les revues, les
-in-folios, j'en suis capable moi-même. Le genre que j'entreprends est
-aussi différent du genre des moralistes, qui ne font que constater le
-mal, sans indiquer le remède, que ce dernier ne l'est pas des
-mélodrames, des oraisons funèbres, de l'ode, de la stance religieuse.
-Il n'y a pas le sentiment des luttes.
-
-Elohim est fait à l'image de l'homme.
-
-Plusieurs choses certaines sont contredites. Plusieurs choses fausses
-sont incontredites. La contradiction est la marque de la fausseté.
-L'incontradiction est la marque de la certitude.
-
-Une philosophie pour les sciences existe. Il n'en existe pas pour la
-poésie. Je ne connais pas de moraliste qui soit poète de premier ordre.
-C'est étrange, dira quelqu'un.
-
-C'est une chose horrible de sentir s'écouler ce qu'on possède. L'on ne
-s'y attache même qu'avec l'envie de chercher s'il n'a point quelque
-chose de permanent.
-
-L'homme est un sujet vide d'erreurs. Tout lui montre la vérité, Rien ne
-l'abuse. Les deux principes de la vérité, raison, sens, outre qu'ils ne
-manquent pas de sincérité, s'éclaircissent l'un l'autre. Les sens
-éclaircissent la raison par des apparences vraies. Ce même service
-qu'ils lui font, ils la reçoivent d'elle. Chacun prend sa revanche. Les
-phénomènes de l'âme pacifient les sens, leur font des impressions que je
-ne garantis pas fâcheuses. Ils ne mentent pas. Ils ne se trompent pas à
-l'envie.
-
-La poésie doit être faite par tous. Non par un. Pauvre Hugo! Pauvre
-Racine! Pauvre Coppée! Pauvre Corneille! Pauvre Boileau! Pauvre Scarron!
-Tics, tics, et tics.
-
-Les sciences ont deux extrémités qui se touchent. La première est
-l'ignorance où se trouvent les hommes en naissant. La deuxième est celle
-qu'atteignent les grandes âmes. Elles ont parcouru ce que les hommes
-peuvent savoir, trouvent qu'ils savent tout, se rencontrent dans cette
-même ignorance d'où ils étaient partis. C'est une ignorance savante, qui
-se connaît. Ceux d'entre eux qui, étant sortis de la première ignorance,
-n'ont pu arriver à l'autre, ont quelque teinture de cette science
-suffisante, font les entendus. Ceux-là ne troublent pas le monde, ne
-jugent pas plus mal de tout que les autres, Le peuple, les habiles
-composent le train d'une nation. Les autres, qui la respectent, n'en
-sont pas moins respectés.
-
-Pour savoir les choses, il ne faut pas en savoir le détail. Comme il est
-fini, nos connaissances sont solides.
-
-L'amour ne se confond pas avec la poésie.
-
-La femme est à mes pieds!
-
-Pour décrire le ciel, il ne faut pas y transporter les matériaux de la
-terre. Il faut laisser la terre, ses matériaux, là où ils sont, afin
-d'embellir la vie par son idéal. Tutoyer Elohim, lui adresser la parole,
-est une bouffonnerie qui n'est pas convenable. Le meilleur moyen d'être
-reconnaissant envers lui, n'est pas de lui corner aux oreilles qu'il est
-puissant, qu'il a créé le monde, que nous sommes des vermiceaux en
-comparaison de sa grandeur. Il le sait mieux que nous. Les hommes
-peuvent se dispenser de le lui apprendre. Le meilleur moyeu d'être
-reconnaissant envers lui est de consoler l'humanité, de rapporter tout
-à elle, de la prendre par la main, de la traiter en frère. C'est plus
-vrai,
-
-Pour étudier l'ordre, il ne faut pas étudier le désordre. Les
-expériences scientifiques, comme les tragédies, les stances à ma soeur,
-le galimatias des infortunes n'ont rien à faire ici-bas.
-
-Toutes les lois ne sont pas bonne à dire.
-
-Etudier le mal, pour faire sortir le bien, n'est pas étudier le bien en
-lui-même. Un phénomène bon étant donné, je chercherai sa cause.
-
-Jusqu'à présent, l'on a décrit le malheur, pour inspirer la terreur, la
-pitié. Je décrirai le bonheur pour inspirer leurs contraires.
-
-Une logique existe pour la poésie. Ce n'est pas la même que celle de la
-philosophie. Les philosophes ne sont pas autant que les poètes. Les
-poètes ont le droit de se considérer au-dessus des philosophes.
-
-Je n'ai pas besoin de m'occuper de ce que je ferai plus tard. Je devais
-faire ce que je fais. Je n'ai pas besoin de découvrir quelles choses je
-découvrirai plus tard. Dans la nouvelle science, chaque chose vient à
-son tour, telle est son excellence.
-
-Il y a de l'étoffe du poète dans les moralistes, les philosophes. Les
-poètes renferment le penseur. Chaque caste soupçonne l'autre, développe
-ses qualités au détriment de celles qui la rapprochent de l'autre caste.
-La jalousie des premiers ne veut pas avouer que les poètes sont plus
-forts qu'elle. L'orgueil des derniers se déclare incompétent à rendre
-justice à des cervelles plus tendres. Quelle que soit l'intelligence
-d'un homme, il faut que le procédé de penser soit le même pour tous.
-
-L'existence des tics étant constatée, que l'on ne s'étonne pas de voir
-les mêmes mots revenir plus souvent qu'à leur tour: dans Lamartine, les
-pleurs qui tombent des naseaux de son cheval, la couleur des cheveux de
-sa mère; dans Hugo, l'ombre et le détraqué, font partie de la reliure.
-
-La science que j'entreprends est une science distincte de la poésie.
-Je ne chante pas cette dernière. Je m'efforce de découvrir sa source.
-A travers le gouvernail qui dirige toute pensée poétique, les professeurs
-de billard distingueront le développement des thèses sentimentales.
-
-Le théorème est railleur de sa nature. Il n'est pas indécent. Le
-théorème ne demande pas à servir d'application. L'application qu'on en
-fait rabaisse le théorème, se rend indécente. Appelez la lutte contre la
-matière, contre les ravages de l'esprit, application.
-
-Lutter contre le mal, est lui faire trop d'honneur. Si je permets aux
-hommes de le mépriser, qu'ils ne manquent pas de dire que c'est tout ce
-que je puis faire pour eux.
-
-L'homme est certain de ne pas se tromper.
-
-Nous ne nous contentons pas de la vie que nous avons en nous. Nous
-voulons vivre dans l'idée des autres d'une vie imaginaire. Nous nous
-efforçons de paraître tels que nous sommes. Nous travaillons à conserver
-cet être imaginaire, qui n'est autre chose que le véritable. Si nous
-avons la générosité, la fidélité, nous nous empressons de ne pas le
-faire savoir, afin d'attacher ces vertus à cet être. Nous ne les
-détachons pas de nous pour les y joindre. Nous sommes vaillants pour
-acquérir la réputation de ne pas être poltrons. Marque de la capacité de
-notre être de ne pas être satisfait de l'un sans l'autre, de ne renoncer
-ni à l'un ni à l'autre. L'homme qui ne vivrait pas pour conserver sa
-vertu serait infâme.
-
-Malgré la vue de nos grandeurs, qui nous tient à la gorge, nous avons un
-instinct qui nous corrige, que nous ne pouvons réprimer, qui nous élève!
-
-La nature a des perfections pour montrer qu'elle est l'image d'Elohim,
-des défauts pour montrer qu'elle n'en est pas moins que l'image.
-
-Il est bon qu'on obéisse aux lois. Le peuple comprend ce qui les rend
-justes. On ne les quitte pas. Quand on fait dépendre leur justice
-d'autre chose, il est aisé de la rendre douteuse. Les peuples ne sont
-pas sujets à se révolter.
-
-Ceux qui sont dans le dérèglement disent à ceux qui sont dans l'ordre
-que ce sont eux qui s'éloignent de la nature. Ils croient le suivre. Il
-faut avoir un point fixe pour juger. Où ne trouverons-nous pas ce point
-dans la morale?
-
-Rien n'est moins étrange que les contrariétés que l'on découvre dans
-l'homme. Il est fait pour connaître la vérité. Il la cherche. Quand il
-tâche de la saisir, il s'éblouit, se confond de telle sorte, qu'il ne
-donne pas sujet à lui en disputer la possession. Les uns veulent ravir à
-l'homme la connaissance de la vérité, les autres veulent la lui assurer.
-Chacun emploie des motifs si dissemblables, qu'ils détruisent l'embarras
-de l'homme. Il n'a pas d'autre lumière que celle qui se trouve dans sa
-nature.
-
-Nous naissons justes. Chacun tend à soi. C'est envers l'ordre. Il faut
-tendre au général. La ponte vers soi est la lin de tout désordre, en
-guerre, en économie.
-
-Les hommes, ayant pu guérir de la mort, de la misère, de l'ignorance, se
-sont avisés, pour se rendre heureux, de n'y point penser. C'est tout ce
-qu'ils ont pu inventer pour se consoler de si peu de maux. Consolation
-richissime. Elle ne va pas à guérir le mal. Elle le cache pour un peu de
-temps. En le cachant, elle fait qu'on pense à le guérir. Par un légitime
-renversement de la nature de l'homme, il ne se trouve pas que l'ennui,
-qui est son mal le plus sensible, soit son plus grand bien. Il peut
-contribuer plus que toutes choses à lui faire chercher sa guérison.
-Voilà tout. Le divertissement, qu'il regarde comme son plus grand bien,
-est son plus infime mal. Il le rapproche plus que toutes choses de
-chercher le remède à ses maux. L'un et l'autre sont une contre-preuve de
-la misère, de la corruption de l'homme, hormis de sa grandeur. L'homme
-s'ennuie, cherche cette multitude d'occupations. Il a l'idée du bonheur
-qu'il a gagné; lequel trouvant en soi, il le cherche, dans les choses
-extérieures. Il se contente. Le malheur n'est ni dans nous, ni dans les
-créatures. Il est en Elohim.
-
-La nature nous rendant heureux en tous états, nos désirs nous figurent
-un état malheureux. Ils joignent à l'état où nous sommes les peines de
-l'état où nous ne sommes pas. Quand nous arriverions à ces peines, nous
-ne serions pas malheureux pour cela, nous aurions d'autres désirs
-conformes à un nouvel état.
-
-La force de la raison paraît mieux en ceux qui la connaissent qu'en ceux
-qui ne la connaissent pas.
-
-Nous sommes si peu présomptueux que nous voudrions être connus de la
-terre, même des gens qui viendront quand nous n'y serons plus. Nous
-sommes si peu vains, que l'estime de cinq personnes, mettons six, nous
-amuse, nous honore.
-
-Peu de chose nous console. Beaucoup de chose nous afflige.
-
-La modestie est si naturelle dans le coeur de l'homme, qu'un ouvrier a
-soin de ne pas se vanter, veut avoir ses admirateurs. Les philosophes en
-veulent. Les poètes surtout! Ceux qui écrivent en faveur de la gloire
-veulent avoir la gloire d'avoir bien écrit. Ceux qui le lisent veulent
-avoir la gloire de l'avoir lu. Moi, qui écris ceci, je me vante d'avoir
-cette envie. Ceux qui le liront se vanteront de même.
-
-Les inventions des hommes vont en augmentant. La bonté, la malice du
-monde en général ne reste pas la même.
-
-L'esprit du plus grand homme n'est pas si dépendant, qu'il soit sujet à
-être troublé par le moindre bruit du _Tintamarre,_ qui se fait autour de
-lui. Il ne faut pas le silence d'un canon pour empêcher ses pensées.
-Il ne faut pas le bruit d'une girouette, d'une poulie. La mouche ne
-raisonne pas bien à présent. Un homme bourdonne à ses oreilles. C'en est
-assez pour la rendre incapable de bon conseil. Si je veux qu'elle puisse
-trouver la vérité, je chasserai cet animal qui tient sa raison en échec,
-trouble cette intelligence qui gouverne les royaumes.
-
-L'objet ce ces gens qui jouent à la paume avec tant d'application
-d'esprit, d'agitation de corps, est celui de se vanter avec leurs amis
-qu'ils ont mieux joué qu'un autre. C'est la source de leur attachement.
-Les uns suent dans leurs cabinets pour montrer aux savants qu'ils ont
-résolu une question d'algèbre qui ne l'avait pu être jusqu'ici. Les
-autres s'exposent aux périls, pour se vanter d'une place qu'ils auraient
-prise moins spirituellement, à mon gré. Les derniers se tuent pour
-remarquer ces choses. Ce n'est pas pour en devenir moins sages. C'est
-surtout pour montrer qu'ils en connaissent la solidité. Ceux-là sont les
-moins sots de la bande. Ils le sont avec connaissance. On peut penser
-des autres qu'ils ne le seraient pas, s'ils n'avaient pas cette
-connaissance.
-
-L'exemple de la chasteté d'Alexandre n'a pas fait plus de continents que
-celui de son ivrognerie a fait de tempérants. On n'a pas de honte de
-n'être pas aussi vertueux que lui. On croit n'être pas tout à fait dans
-les vertus du commun des hommes, quand on se voit dans les vertus de ces
-grands hommes. On tient à eux par le bout par où ils tiennent au peuple.
-Quelque élevés qu'ils soient, ils sont unis au reste des hommes par
-quelque endroit. Ils ne sont pas suspendus en l'air, séparés de notre
-société. S'ils sont plus grands que nous, c'est qu'ils ont les pieds
-aussi haut que les nôtres. Ils sont tous à même niveau, s'appuient sur
-la même terre. Par cette extrémité, ils sont aussi relevés que nous, que
-les enfants, un peu plus que les bêtes.
-
-Le meilleur moyen de persuader consiste à ne pas persuader.
-
-Le désespoir est la plus petite de nos erreurs.
-
-Lorsqu'une pensée s'offre à nous comme une vérité qui court les rues,
-que nous prenons la peine de la développer, nous trouvons que c'est une
-découverte.
-
-On peut être juste, si l'on n'est pas humain.
-
-Les orages de la jeunesse précèdent les jours brillants.
-
-L'inconscience, le déshonneur, la lubricité, la haine, le mépris des
-hommes sont à prix d'argent. La libéralité multiplie les avantages des
-richesses.
-
-Ceux qui ont de la probité dans leurs plaisirs en ont une sincère dans
-leurs affaires. C'est la marque d'un naturel peu féroce, lorsque le
-plaisir rend humain.
-
-La modération des grands hommes ne borne que leurs vertus.
-
-C'est offenser les humains que de leur donner des louanges qui
-élargissent les bornes de leur mérite. Beaucoup de gens sont assez
-modestes pour souffrir sans peine qu'on les apprécie.
-
-Il faut tout attendre, rien craindre du temps, des hommes.
-
-Si le mérite, la gloire ne rendent pas les hommes malheureux; ce qu'on
-appelle malheur ne mérite pas leurs regrets. Une âme daigne accepter la
-fortune, le repos, s'il leur faut superposer la vigueur de ses
-sentiments, l'essor de son génie.
-
-On estime les grands desseins, lorsqu'on se sent capable des grands
-succès.
-
-La réserve est l'apprentissage des esprits.
-
-On dit des choses solides, lorsqu'on ne cherche pas à en dire
-d'extraordinaires.
-
-Rien n'est faux qui soit vrai; rien n'est vrai qui soit faux. Tout est
-le contraire de songe, de mensonge.
-
-Il ne faut pas croire que ce que la nature a fait aimable soit vicieux.
-Il n'y a pas de siècle, de peuple qui ait établi des vertus, des vices
-imaginaires.
-
-On ne peut juger de la beauté de la vie que par celle de la mort.
-
-Un dramaturge peut donner au mot passion une signification d'utilité.
-Ce n'est plus un dramaturge. Un moraliste donne à n'importe quel mot
-une signification d'utilité. C'est encore le moraliste!
-
-Qui considère la vie d'un homme y trouve l'histoire du genre. Rien n'a
-pu le rendre mauvais.
-
-Faut-il que j'écrive en vers pour me séparer des autres hommes? Que la
-charité prononce!
-
-Le prétexte de ceux qui font le bonheur des autres est qu'ils veulent
-leur bien.
-
-La générosité jouit des félicités d'autrui, comme si elle en était
-responsable.
-
-L ordre domine dans le genre humain. La raison, la vertu n'y sont pas
-les plus fortes.
-
-Les princes font peu d'ingrats. Ils donnent tout ce qu'ils peuvent.
-
-On peut aimer de tout son coeur ceux en qui on reconnaît de grands
-défauts. Il y aurait de l'impertinence à croire que l'imperfection a
-seule le droit de nous plaire. Nos faiblesses nous attachent les uns aux
-autres autant que pourrait le faire ce qui n'est pas la vertu.
-
-Si nos amis nous rendent des services, nous pensons qu'à titre d'amis
-ils nous les doivent. Nous ne pensons pas du tout qu'ils nous doivent
-leur inimitié.
-
-Celui qui serait né pour commander, commanderait jusque sur le trône.
-
-Lorsque les devoirs nous ont épuisés, nous croyons avoir épuisé les
-devoirs. Nous disons que tout peut remplir le coeur de l'homme.
-
-Tout vit par l'action. De là, communication des êtres, harmonie de
-l'univers. Cette loi si féconde de la nature, nous trouvons que c'est un
-vice dans l'homme. Il est obligé d'y obéir. Ne pouvant subsister dans le
-repos, nous concluons qu'il est à sa place.
-
-On sait ce que sont le soleil, les cieux. Nous avons le secret de leurs
-mouvements. Dans la main d'Elohim, instrument aveugle, ressort
-insensible, le monde attire nos hommages. Les révolutions des empires,
-les faces des temps, les nations, les conquérants de la science, cela
-vient d'un atome qui rampe, ne dure qu'un jour, détruit le spectacle de
-l'univers dans tous les âges.
-
-Il y a plus de vérité que d'erreurs, plus de bonnes qualités que de
-mauvaises, plus de plaisirs que de peines. Nous aimons à contrôler le
-caractère. Nous nous élevons au-dessus de notre espèce. Nous nous
-enrichissons de la considération dont nous la comblâmes. Nous croyons ne
-pas pouvoir séparer notre intérêt de celui de l'humanité, ne pas médire
-du genre sans nous commettre nous-mêmes. Cette vanité ridicule a rempli
-les livres d'hymnes en faveur de la nature. L'homme est en disgrâce chez
-ceux qui pensent. C'est à qui le chargera de moins de vices. Quand ne
-fut-il pas sur le point de se relever, de se faire restituer ses vertus?
-
-Rien n'est dit. L'on vient trop tôt depuis plus de sept-mille ans qu'il
-y a des hommes. Sur ce qui concerne les moeurs comme sur le reste, le
-moins bon est élevé. Nous avons l'avantage de travailler après les
-anciens, les habiles d'entre les modernes.
-
-Nous sommes susceptibles d'amitié, de justice, de compassion, de raison.
-O mes amis! qu'est-ce donc que l'absence de vertu?
-
-Tant que mes amis ne mourront pas, je ne parlerai pas de la mort.
-
-Nous sommes consternés de nos rechutes, de voir que nos malheurs ont pu
-nous corriger de nos défauts.
-
-On ne peut juger de la beauté de la mort que par celle de la vie.
-
-Les trois points terminateurs me font hausser les épaules de pitié.
-A-t-on besoin de cela pour prouver que l'on est un homme d'esprit,
-c'est-à-dire un imbécile? Comme si la clarté ne valait pas le vague,
-à propos de points!
-
-
-
-
-
-End of the Project Gutenberg EBook of Poésies, by Isidore Ducasse
-
-*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK POÉSIES ***
-
-***** This file should be named 16989-8.txt or 16989-8.zip *****
-This and all associated files of various formats will be found in:
- https://www.gutenberg.org/1/6/9/8/16989/
-
-Produced by Marc D'Hooghe
-
-Updated editions will replace the previous one--the old editions
-will be renamed.
-
-Creating the works from public domain print editions means that no
-one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
-(and you!) can copy and distribute it in the United States without
-permission and without paying copyright royalties. Special rules,
-set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to
-copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to
-protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark. Project
-Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
-charge for the eBooks, unless you receive specific permission. If you
-do not charge anything for copies of this eBook, complying with the
-rules is very easy. You may use this eBook for nearly any purpose
-such as creation of derivative works, reports, performances and
-research. They may be modified and printed and given away--you may do
-practically ANYTHING with public domain eBooks. Redistribution is
-subject to the trademark license, especially commercial
-redistribution.
-
-
-
-*** START: FULL LICENSE ***
-
-THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
-PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK
-
-To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free
-distribution of electronic works, by using or distributing this work
-(or any other work associated in any way with the phrase "Project
-Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project
-Gutenberg-tm License (available with this file or online at
-https://gutenberg.org/license).
-
-
-Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm
-electronic works
-
-1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
-electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
-and accept all the terms of this license and intellectual property
-(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all
-the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy
-all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession.
-If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project
-Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the
-terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or
-entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8.
-
-1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be
-used on or associated in any way with an electronic work by people who
-agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few
-things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
-even without complying with the full terms of this agreement. See
-paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
-Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
-and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
-works. See paragraph 1.E below.
-
-1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
-or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
-Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the
-collection are in the public domain in the United States. If an
-individual work is in the public domain in the United States and you are
-located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
-copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
-works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
-are removed. Of course, we hope that you will support the Project
-Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by
-freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of
-this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with
-the work. You can easily comply with the terms of this agreement by
-keeping this work in the same format with its attached full Project
-Gutenberg-tm License when you share it without charge with others.
-
-1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern
-what you can do with this work. Copyright laws in most countries are in
-a constant state of change. If you are outside the United States, check
-the laws of your country in addition to the terms of this agreement
-before downloading, copying, displaying, performing, distributing or
-creating derivative works based on this work or any other Project
-Gutenberg-tm work. The Foundation makes no representations concerning
-the copyright status of any work in any country outside the United
-States.
-
-1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg:
-
-1.E.1. The following sentence, with active links to, or other immediate
-access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently
-whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the
-phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project
-Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed,
-copied or distributed:
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
-almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
-re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
-with this eBook or online at www.gutenberg.org
-
-1.E.2. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived
-from the public domain (does not contain a notice indicating that it is
-posted with permission of the copyright holder), the work can be copied
-and distributed to anyone in the United States without paying any fees
-or charges. If you are redistributing or providing access to a work
-with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the
-work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1
-through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
-Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or
-1.E.9.
-
-1.E.3. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
-with the permission of the copyright holder, your use and distribution
-must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional
-terms imposed by the copyright holder. Additional terms will be linked
-to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the
-permission of the copyright holder found at the beginning of this work.
-
-1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
-License terms from this work, or any files containing a part of this
-work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.
-
-1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
-electronic work, or any part of this electronic work, without
-prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
-active links or immediate access to the full terms of the Project
-Gutenberg-tm License.
-
-1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary,
-compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any
-word processing or hypertext form. However, if you provide access to or
-distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than
-"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version
-posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org),
-you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a
-copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon
-request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other
-form. Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm
-License as specified in paragraph 1.E.1.
-
-1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
-performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
-unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.
-
-1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing
-access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided
-that
-
-- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
- the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
- you already use to calculate your applicable taxes. The fee is
- owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he
- has agreed to donate royalties under this paragraph to the
- Project Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments
- must be paid within 60 days following each date on which you
- prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
- returns. Royalty payments should be clearly marked as such and
- sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
- address specified in Section 4, "Information about donations to
- the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."
-
-- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
- you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
- does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
- License. You must require such a user to return or
- destroy all copies of the works possessed in a physical medium
- and discontinue all use of and all access to other copies of
- Project Gutenberg-tm works.
-
-- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
- money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
- electronic work is discovered and reported to you within 90 days
- of receipt of the work.
-
-- You comply with all other terms of this agreement for free
- distribution of Project Gutenberg-tm works.
-
-1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
-electronic work or group of works on different terms than are set
-forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
-both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
-Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark. Contact the
-Foundation as set forth in Section 3 below.
-
-1.F.
-
-1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
-effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
-public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
-collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
-works, and the medium on which they may be stored, may contain
-"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
-corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
-property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
-computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by
-your equipment.
-
-1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
-of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
-Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
-Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
-Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
-liability to you for damages, costs and expenses, including legal
-fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
-LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
-PROVIDED IN PARAGRAPH F3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
-TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
-LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
-INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
-DAMAGE.
-
-1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
-defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
-receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
-written explanation to the person you received the work from. If you
-received the work on a physical medium, you must return the medium with
-your written explanation. The person or entity that provided you with
-the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
-refund. If you received the work electronically, the person or entity
-providing it to you may choose to give you a second opportunity to
-receive the work electronically in lieu of a refund. If the second copy
-is also defective, you may demand a refund in writing without further
-opportunities to fix the problem.
-
-1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth
-in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
-WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
-WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
-
-1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied
-warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
-If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
-law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
-interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
-the applicable state law. The invalidity or unenforceability of any
-provision of this agreement shall not void the remaining provisions.
-
-1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
-trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
-providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
-with this agreement, and any volunteers associated with the production,
-promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
-harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
-that arise directly or indirectly from any of the following which you do
-or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
-work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
-Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.
-
-
-Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
-
-Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
-electronic works in formats readable by the widest variety of computers
-including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
-because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
-people in all walks of life.
-
-Volunteers and financial support to provide volunteers with the
-assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
-goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
-remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
-Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
-and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
-To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
-and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
-and the Foundation web page at https://www.pglaf.org.
-
-
-Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
-Foundation
-
-The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
-501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
-state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
-Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
-number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
-https://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
-Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
-permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
-
-The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
-Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
-throughout numerous locations. Its business office is located at
-809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
-business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
-information can be found at the Foundation's web site and official
-page at https://pglaf.org
-
-For additional contact information:
- Dr. Gregory B. Newby
- Chief Executive and Director
- gbnewby@pglaf.org
-
-
-Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
-Literary Archive Foundation
-
-Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
-spread public support and donations to carry out its mission of
-increasing the number of public domain and licensed works that can be
-freely distributed in machine readable form accessible by the widest
-array of equipment including outdated equipment. Many small donations
-($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
-status with the IRS.
-
-The Foundation is committed to complying with the laws regulating
-charities and charitable donations in all 50 states of the United
-States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
-considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
-with these requirements. We do not solicit donations in locations
-where we have not received written confirmation of compliance. To
-SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
-particular state visit https://pglaf.org
-
-While we cannot and do not solicit contributions from states where we
-have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
-against accepting unsolicited donations from donors in such states who
-approach us with offers to donate.
-
-International donations are gratefully accepted, but we cannot make
-any statements concerning tax treatment of donations received from
-outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
-
-Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
-methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
-ways including including checks, online payments and credit card
-donations. To donate, please visit: https://pglaf.org/donate
-
-
-Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
-works.
-
-Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
-concept of a library of electronic works that could be freely shared
-with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
-Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
-
-
-Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
-editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
-unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
-keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
-
-
-Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
-
- https://www.gutenberg.org
-
-This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
-including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
-subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
diff --git a/16989-8.zip b/16989-8.zip
deleted file mode 100644
index 3c5bf27..0000000
--- a/16989-8.zip
+++ /dev/null
Binary files differ
diff --git a/16989-h.zip b/16989-h.zip
deleted file mode 100644
index 1bf3710..0000000
--- a/16989-h.zip
+++ /dev/null
Binary files differ
diff --git a/16989-h/16989-h.htm b/16989-h/16989-h.htm
index e8d5c94..b70e8c1 100644
--- a/16989-h/16989-h.htm
+++ b/16989-h/16989-h.htm
@@ -1,15 +1,9 @@
-<!DOCTYPE html PUBLIC "-//W3C//DTD XHTML 1.0 Strict//EN"
- "http://www.w3.org/TR/xhtml1/DTD/xhtml1-strict.dtd">
-
-<html xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml">
+<!DOCTYPE html>
+<html lang="fr">
<head>
- <meta http-equiv="Content-Type" content="text/html;charset=iso-8859-1" />
- <title>
- The Project Gutenberg eBook of Poésies, by Isidore Ducasse.
- </title>
- <style type="text/css">
-/*<![CDATA[ XML blockout */
-<!--
+ <meta charset="utf-8">
+ <title>Poésies | Project Gutenberg</title>
+ <style>
p { margin-top: .75em;
text-align: justify;
margin-bottom: .75em;
@@ -71,76 +65,74 @@
.poem span.i0 {display: block; margin-left: 0em; padding-left: 3em; text-indent: -3em;}
.poem span.i2 {display: block; margin-left: 2em; padding-left: 3em; text-indent: -3em;}
.poem span.i4 {display: block; margin-left: 4em; padding-left: 3em; text-indent: -3em;}
- // -->
- /* XML end ]]>*/
+.h1, .h2, .h3, .h4, .h5,.h6 {
+ text-align: center;
+ display: block;
+ margin-left: 0;
+ margin-right: 0;
+ font-weight: bold;
+}
+.h1 {
+ font-size: 2em;
+ margin-top: 0.67em;
+ margin-bottom: 0.67em;
+}
+.h2 {
+ font-size: 1.5em;
+ margin-top: 0.83em;
+ margin-bottom: 0.83em;
+}
+.h3 {
+ font-size: 1.17em;
+ margin-top: 1em;
+ margin-bottom: 1em;
+}
+.h4 {
+ font-size: 1em;
+ margin-top: 1.33em;
+ margin-bottom: 1.33em;
+}
+.h5 {
+ font-size: .83em;
+ margin-top: 1.67em;
+ margin-bottom: 1.67em;
+}
+.h6 {
+ font-size: .67em;
+ margin-top: 2.33em;
+ margin-bottom: 2.33em;
+}
</style>
</head>
<body>
-
-
-<pre>
-
-The Project Gutenberg EBook of Po&eacute;sies, by Isidore Ducasse
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
-almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
-re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
-with this eBook or online at www.gutenberg.org
-
-
-Title: Po&eacute;sies
-
-Author: Isidore Ducasse
-
-Release Date: November 3, 2005 [EBook #16989]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: ISO-8859-1
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK PO&Eacute;SIES ***
-
-
-
-
-Produced by Marc D'Hooghe
-
-
-From images generously made available by Gallica
-(Biblioth&egrave;que Nationale de France) at http://gallica.bnf.fr.
-
-
-</pre>
-
-
-
+<div style='text-align:center'>*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 16989 ***</div>
<h1>PO&Eacute;SIES</h1>
-<h3>Par</h3>
+<div class="h3">Par</div>
-<h2>ISIDORE DUCASSE</h2>
+<div class="h2">ISIDORE DUCASSE</div>
-<hr style='width: 45%;' />
+<hr style='width: 45%;'>
<p>
-<span style="margin-left: 25em;">Je remplace la m&eacute;lancolie par le ouvrage,</span><br />
-<span style="margin-left: 25em;">le doute par la certitude, le d&eacute;sespoir</span><br />
-<span style="margin-left: 25em;">par l'espoir, la m&eacute;chancet&eacute; par le bien,</span><br />
-<span style="margin-left: 25em;">les plaintes par le devoir, le scepticisme</span><br />
-<span style="margin-left: 25em;">par la foi, les sophismes par le froideur</span><br />
-<span style="margin-left: 25em;">du calme et l'orgueil par la modestie. </span><br /></p>
+<span style="margin-left: 25em;">Je remplace la m&eacute;lancolie par le courage,</span><br>
+<span style="margin-left: 25em;">le doute par la certitude, le d&eacute;sespoir</span><br>
+<span style="margin-left: 25em;">par l'espoir, la m&eacute;chancet&eacute; par le bien,</span><br>
+<span style="margin-left: 25em;">les plaintes par le devoir, le scepticisme</span><br>
+<span style="margin-left: 25em;">par la foi, les sophismes par la froideur</span><br>
+<span style="margin-left: 25em;">du calme et l'orgueil par la modestie. </span><br></p>
-<h3>Paris</h3>
+<div class="h3">Paris</div>
-<h3>1870</h3>
+<div class="h3">1870</div>
-<hr style='width: 45%;' />
+<hr style='width: 45%;'>
<p>A Georges DAZET, Henri MUE, Pedro ZUMARAN, Louis DURCOUR,
@@ -159,7 +151,7 @@ que j'&eacute;crirai dans la suite des &acirc;ges, et dont le premier commence &
le jour d'hui, typographiquement parlant.</p>
-<hr style='width: 45%;' />
+<hr style='width: 45%;'>
<h2>PO&Eacute;SIES</h2>
@@ -610,7 +602,7 @@ puisse imaginer.</p>
intellectuelle.</p>
-<hr style='width: 45%;' />
+<hr style='width: 45%;'>
<h2>PO&Eacute;SIES</h2>
@@ -1380,383 +1372,6 @@ A-t-on besoin de cela pour prouver que l'on est un homme d'esprit,
c'est-&agrave;-dire un imb&eacute;cile? Comme si la clart&eacute; ne valait pas le vague, &agrave;
propos de points!</p>
-
-
-
-
-
-
-
-<pre>
-
-
-
-
-
-End of the Project Gutenberg EBook of Po&eacute;sies, by Isidore Ducasse
-
-*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK PO&Eacute;SIES ***
-
-***** This file should be named 16989-h.htm or 16989-h.zip *****
-This and all associated files of various formats will be found in:
- https://www.gutenberg.org/1/6/9/8/16989/
-
-Produced by Marc D'Hooghe
-
-Updated editions will replace the previous one--the old editions
-will be renamed.
-
-Creating the works from public domain print editions means that no
-one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
-(and you!) can copy and distribute it in the United States without
-permission and without paying copyright royalties. Special rules,
-set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to
-copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to
-protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark. Project
-Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
-charge for the eBooks, unless you receive specific permission. If you
-do not charge anything for copies of this eBook, complying with the
-rules is very easy. You may use this eBook for nearly any purpose
-such as creation of derivative works, reports, performances and
-research. They may be modified and printed and given away--you may do
-practically ANYTHING with public domain eBooks. Redistribution is
-subject to the trademark license, especially commercial
-redistribution.
-
-
-
-*** START: FULL LICENSE ***
-
-THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
-PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK
-
-To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free
-distribution of electronic works, by using or distributing this work
-(or any other work associated in any way with the phrase "Project
-Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project
-Gutenberg-tm License (available with this file or online at
-https://gutenberg.org/license).
-
-
-Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm
-electronic works
-
-1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
-electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
-and accept all the terms of this license and intellectual property
-(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all
-the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy
-all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession.
-If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project
-Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the
-terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or
-entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8.
-
-1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be
-used on or associated in any way with an electronic work by people who
-agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few
-things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
-even without complying with the full terms of this agreement. See
-paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
-Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
-and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
-works. See paragraph 1.E below.
-
-1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
-or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
-Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the
-collection are in the public domain in the United States. If an
-individual work is in the public domain in the United States and you are
-located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
-copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
-works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
-are removed. Of course, we hope that you will support the Project
-Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by
-freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of
-this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with
-the work. You can easily comply with the terms of this agreement by
-keeping this work in the same format with its attached full Project
-Gutenberg-tm License when you share it without charge with others.
-
-1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern
-what you can do with this work. Copyright laws in most countries are in
-a constant state of change. If you are outside the United States, check
-the laws of your country in addition to the terms of this agreement
-before downloading, copying, displaying, performing, distributing or
-creating derivative works based on this work or any other Project
-Gutenberg-tm work. The Foundation makes no representations concerning
-the copyright status of any work in any country outside the United
-States.
-
-1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg:
-
-1.E.1. The following sentence, with active links to, or other immediate
-access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently
-whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the
-phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project
-Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed,
-copied or distributed:
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
-almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
-re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
-with this eBook or online at www.gutenberg.org
-
-1.E.2. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived
-from the public domain (does not contain a notice indicating that it is
-posted with permission of the copyright holder), the work can be copied
-and distributed to anyone in the United States without paying any fees
-or charges. If you are redistributing or providing access to a work
-with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the
-work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1
-through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
-Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or
-1.E.9.
-
-1.E.3. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
-with the permission of the copyright holder, your use and distribution
-must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional
-terms imposed by the copyright holder. Additional terms will be linked
-to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the
-permission of the copyright holder found at the beginning of this work.
-
-1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
-License terms from this work, or any files containing a part of this
-work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.
-
-1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
-electronic work, or any part of this electronic work, without
-prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
-active links or immediate access to the full terms of the Project
-Gutenberg-tm License.
-
-1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary,
-compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any
-word processing or hypertext form. However, if you provide access to or
-distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than
-"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version
-posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org),
-you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a
-copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon
-request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other
-form. Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm
-License as specified in paragraph 1.E.1.
-
-1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
-performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
-unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.
-
-1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing
-access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided
-that
-
-- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
- the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
- you already use to calculate your applicable taxes. The fee is
- owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he
- has agreed to donate royalties under this paragraph to the
- Project Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments
- must be paid within 60 days following each date on which you
- prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
- returns. Royalty payments should be clearly marked as such and
- sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
- address specified in Section 4, "Information about donations to
- the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."
-
-- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
- you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
- does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
- License. You must require such a user to return or
- destroy all copies of the works possessed in a physical medium
- and discontinue all use of and all access to other copies of
- Project Gutenberg-tm works.
-
-- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
- money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
- electronic work is discovered and reported to you within 90 days
- of receipt of the work.
-
-- You comply with all other terms of this agreement for free
- distribution of Project Gutenberg-tm works.
-
-1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
-electronic work or group of works on different terms than are set
-forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
-both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
-Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark. Contact the
-Foundation as set forth in Section 3 below.
-
-1.F.
-
-1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
-effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
-public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
-collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
-works, and the medium on which they may be stored, may contain
-"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
-corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
-property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
-computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by
-your equipment.
-
-1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
-of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
-Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
-Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
-Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
-liability to you for damages, costs and expenses, including legal
-fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
-LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
-PROVIDED IN PARAGRAPH F3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
-TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
-LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
-INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
-DAMAGE.
-
-1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
-defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
-receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
-written explanation to the person you received the work from. If you
-received the work on a physical medium, you must return the medium with
-your written explanation. The person or entity that provided you with
-the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
-refund. If you received the work electronically, the person or entity
-providing it to you may choose to give you a second opportunity to
-receive the work electronically in lieu of a refund. If the second copy
-is also defective, you may demand a refund in writing without further
-opportunities to fix the problem.
-
-1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth
-in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
-WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
-WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
-
-1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied
-warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
-If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
-law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
-interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
-the applicable state law. The invalidity or unenforceability of any
-provision of this agreement shall not void the remaining provisions.
-
-1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
-trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
-providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
-with this agreement, and any volunteers associated with the production,
-promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
-harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
-that arise directly or indirectly from any of the following which you do
-or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
-work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
-Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.
-
-
-Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
-
-Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
-electronic works in formats readable by the widest variety of computers
-including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
-because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
-people in all walks of life.
-
-Volunteers and financial support to provide volunteers with the
-assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
-goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
-remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
-Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
-and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
-To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
-and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
-and the Foundation web page at https://www.pglaf.org.
-
-
-Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
-Foundation
-
-The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
-501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
-state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
-Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
-number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
-https://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
-Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
-permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
-
-The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
-Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
-throughout numerous locations. Its business office is located at
-809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
-business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
-information can be found at the Foundation's web site and official
-page at https://pglaf.org
-
-For additional contact information:
- Dr. Gregory B. Newby
- Chief Executive and Director
- gbnewby@pglaf.org
-
-
-Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
-Literary Archive Foundation
-
-Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
-spread public support and donations to carry out its mission of
-increasing the number of public domain and licensed works that can be
-freely distributed in machine readable form accessible by the widest
-array of equipment including outdated equipment. Many small donations
-($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
-status with the IRS.
-
-The Foundation is committed to complying with the laws regulating
-charities and charitable donations in all 50 states of the United
-States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
-considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
-with these requirements. We do not solicit donations in locations
-where we have not received written confirmation of compliance. To
-SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
-particular state visit https://pglaf.org
-
-While we cannot and do not solicit contributions from states where we
-have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
-against accepting unsolicited donations from donors in such states who
-approach us with offers to donate.
-
-International donations are gratefully accepted, but we cannot make
-any statements concerning tax treatment of donations received from
-outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
-
-Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
-methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
-ways including including checks, online payments and credit card
-donations. To donate, please visit: https://pglaf.org/donate
-
-
-Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
-works.
-
-Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
-concept of a library of electronic works that could be freely shared
-with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
-Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
-
-
-Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
-editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
-unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
-keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
-
-
-Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
-
- https://www.gutenberg.org
-
-This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
-including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
-subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
-
-
-</pre>
-
+<div style='text-align:center'>*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 16989 ***</div>
</body>
</html>
diff --git a/LICENSE.txt b/LICENSE.txt
index 6312041..b5dba15 100644
--- a/LICENSE.txt
+++ b/LICENSE.txt
@@ -1,4 +1,4 @@
-This eBook, including all associated images, markup, improvements,
+This book, including all associated images, markup, improvements,
metadata, and any other content or labor, has been confirmed to be
in the PUBLIC DOMAIN IN THE UNITED STATES.
@@ -7,5 +7,5 @@ the "Copyright How-To" at https://www.gutenberg.org.
No investigation has been made concerning possible copyrights in
jurisdictions other than the United States. Anyone seeking to utilize
-this eBook outside of the United States should confirm copyright
+this book outside of the United States should confirm copyright
status under the laws that apply to them.
diff --git a/README.md b/README.md
index f83e712..5525f01 100644
--- a/README.md
+++ b/README.md
@@ -1,2 +1,2 @@
Project Gutenberg (https://www.gutenberg.org) public repository for
-eBook #16989 (https://www.gutenberg.org/ebooks/16989)
+book #16989 (https://www.gutenberg.org/ebooks/16989)