summaryrefslogtreecommitdiff
path: root/18610-8.txt
diff options
context:
space:
mode:
Diffstat (limited to '18610-8.txt')
-rw-r--r--18610-8.txt4882
1 files changed, 4882 insertions, 0 deletions
diff --git a/18610-8.txt b/18610-8.txt
new file mode 100644
index 0000000..0293986
--- /dev/null
+++ b/18610-8.txt
@@ -0,0 +1,4882 @@
+The Project Gutenberg EBook of Éloge du sein des femmes, by
+Claude-François-Xavier Mercier de Compiègne
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+
+Title: Éloge du sein des femmes
+ Ouvrage curieux
+
+Author: Claude-François-Xavier Mercier de Compiègne
+
+Release Date: June 17, 2006 [EBook #18610]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK ÉLOGE DU SEIN DES FEMMES ***
+
+
+
+
+Produced by Chuck Greif, Carlo Traverso and the Online
+Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This
+file was produced from images generously made available
+by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at
+http://gallica.bnf.fr)
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+ÉLOGE DU SEIN DES FEMMES
+
+TIRÉ A 602 EXEMPLAIRES NUMÉROTÉS, SAVOIR:
+
+400 exemplaires in-8° couronne, papier vergé.
+150 -- -- carré, -- vélin.
+ 30 -- -- -- -- chine.
+ 30 -- -- -- -- whatman.
+ 2 -- -- -- -- peau vélin.
+
+N° 285
+
+OUVRAGE CURIEUX
+
+DANS LEQUEL ON EXAMINE S'IL DOIT ÊTRE DÉCOUVERT S'IL EST PERMIS DE LE
+TOUCHER QUELLES SONT SES VERTUS, SA FORME, SON LANGAGE, SON ÉLOQUENCE
+LES PAYS OÙ IL EST LE PLUS BEAU ET LES MOYENS LES PLUS SURS DE LE
+CONSERVER
+
+PAR
+
+MERCIER DE COMPIÈGNE
+
+QUATRIÈME ÉDITION
+
+REVUE, ANNOTÉE ET CONSIDÉRABLEMENT AUGMENTÉE
+
+[Illustration: Honni Soit Qui Mal Y Pense]
+
+PARIS
+
+A BARRAUD, EDITEUR-LIBRAIRE
+
+23, RUE DE SEINE
+
+1873
+
+
+
+
+AVANT-PROPOS.
+
+
+Ce fut en 1720 que parut à Amsterdam un volume intitulé les _Tétons_; il
+formait la troisième partie d'une série où figuraient déjà les _Yeux_ et
+le _Nez_; le frontispice ajoutait qu'il y avait là des «ouvrages
+curieux, galants et badins, composés pour le divertissement d'une
+certaine dame de qualité, par J. P. N. du C.» Une annonce faite par un
+libraire hollandais, en 1721, informe le public que l'auteur se
+proposait de passer successivement en revue «toutes les parties du corps
+humain;» projet scabreux qu'il n'eut pas le temps d'effectuer ou dont
+les difficultés l'arrêtèrent. Diverses indications permettaient
+d'ailleurs d'attribuer la rédaction de ce triple recueil à Étienne
+Roger, libraire actif, établi à Amsterdam, et qui mettait volontiers la
+main aux livres qu'il offrait au public. Toutefois les bibliographes les
+plus accrédités mettent l'oeuvre sur le compte de Jean-Pierre-Nicolas
+Ducommun, dit Véron, dont les initiales cadrent fort bien avec l'énoncé
+du titre, et qui est l'auteur de diverses pièces de vers (fort
+médiocres) insérées dans la troisième partie du recueil en question.
+
+Un quart de siècle s'écoula, et le volume mis au jour à Amsterdam
+reparut avec le titre suivant: _Éloge des tétons, ouvrage curieux,
+galant et badin, en vers et en prose_, publié par ***, Francfort, 1746,
+in-8. En 1775, cet _Eloge_ fut derechef réimprimé sous la rubrique de
+_Cologne, à l'enclume de vérité_, 1775; on y joignit diverses _pièces
+amusantes et la Rinomachie ou Combat des nez_.
+
+Vers la fin du siècle dernier, vivait à Paris un littérateur médiocre,
+mais actif, Claude-Francois-Xavier Mercier, surnommé de Compiègne, afin
+de le distinguer de divers autres Mercier; il était né dans cette ville
+en 1763. Se trouvant sans ressources pendant les orages de la
+Révolution, il demanda à sa plume des moyens d'existence; il se fit le
+vendeur de ses écrits, et il les multiplia rapidement. Il rédigeait, il
+compilait, il traduisait, il composait en prose et en vers une multitude
+d'in-18 qui se succédaient avec promptitude et qui portaient souvent
+l'empreinte de la rapidité avec laquelle ils étaient élaborés. Mercier
+d'ailleurs, il faut le reconnaître, manquait de goût, et son
+instruction était fort superficielle. Il a laissé divers écrits dont il
+est inutile de rappeler les titres, mais qui excitent, à bon droit, les
+craintes du chaste lecteur; il aimait à traiter des sujets bizarres; il
+mit en français, en y joignant des additions assez considérables, une
+facétie de l'Allemand Rodolphe Goclemin, et il les publia sous le titre
+d'_Eloge du pet_, dissertation historique, anatomique et philosophique
+sur son origine, son antiquité, ses vertus, sa figure, les honneurs
+qu'on lui a rendus chez les peuples anciens et les facéties auxquelles
+il a donné lieu (1799, in-18). Longtemps oubliés, les petits volumes
+sortis de l'officine de Mercier trouvent aujourd'hui des amateurs
+très-disposés à les recueillir; dans le nombre figure l'_Eloge du sein
+des femmes_, publié à Paris en 1800; c'est un _riffacimiento_ du volume
+dont nous avons mentionné trois éditions antérieures. Mais selon son
+usage, Mercier ne s'est point borné à une simple reproduction; il a
+supprimé des longueurs, il a ajouté des détails nouveaux, il a inséré
+des pièces de vers parmi lesquelles il en est d'assez agréables; il a
+remanié la division du texte original, qui se trouve offrir trois
+chapitres nouveaux; il a joint à tout ceci une gravure due à un burin
+peu exercé qui a reproduit gauchement un dessin lourd et maussade. Il
+eût été facile de trouver sans doute un artiste mieux inspiré.
+
+Le petit volume en question est devenu assez rare, surtout en bon état;
+nous avons pensé que quelques amateurs feraient bon accueil à une
+quatrième édition de cet _Eloge_; ils ne regretteront pas sans doute d'y
+trouver une sorte d'anthologie de ce que divers poëtes ont dit à propos
+du sein; nous avons dû nous borner à choisir, car si nous avions voulu
+tout reproduire, nous aurions grandement dépassé les bornes que nous
+avons dû nous prescrire; mais nous espérons que nos recherches, dans des
+volumes assez peu connus parfois, nous auront amenés à mettre la main
+sur des morceaux gracieux qu'on lira avec plaisir.
+
+
+
+
+ÉPITRE DÉDICATOIRE.
+
+
+SONNET.
+
+ _L'auteur du traité des Tetons
+ Chante si haut sur la matière
+ Qu'il donneroit musique entière,
+ S'il descendoit de quelques tons._
+
+ _Mais comme sa muse est altière,
+ Il n'ira pas chez ses Martons,
+ Chanter leurs tourelontontons,
+ De là jusqu'à la jarretière._
+
+ _Si cependant du haut en bas,
+ Il alloit pousser ses ébats;
+ On entendroit belle harmonie!_
+
+ _Vénus, peinte par tous ses traits,
+ Feroit éclater mille attraits
+ Dans une telle anatomie._
+
+ Par C. L. d'Ar.
+
+_Nota._ Nous avons supprimé l'épitre dédicatoire de Ducommun, sur
+l'édition d'Amsterdam, 1720, parce qu'elle n'a rien de neuf, ni de
+piquant; nous la remplaçons par une petite pièce de vers assez rare et
+qui vient ici fort à propos, puisqu'elle s'adresse aux dames.
+
+LES POMMES.
+
+ Le ciel, pour enchanter les hommes,
+ Vous a fait présent de six pommes:
+ Sur votre visage il a mis
+ Deux petites pommes d'apis
+ D'un bel incarnat empourprées,
+ Et que nature a colorées:
+ Les soucoupes et les cristaux
+ Ne portent pas de fruits si beaux.
+ Plus bas une fraîche tablette,
+ En supporte deux de rainette;
+ Et l'on trouve encore plus bas
+ Deux autres qu'on ne nomme pas.
+ Elles sont de plus grosse espèce,
+ Et n'ont pas moins de gentillesse:
+ Ce sont deux pommes de rambour,
+ Qu'on cueille au jardin de l'amour.
+ Voilà trois paires de jumelles
+ Qui font tourner bien des cervelles.
+ Ève perdit le genre humain,
+ N'ayant qu'une pomme à la main;
+ Mais notre appétissante mère,
+ En laissait voir deux sur son sein.
+ Et l'attrait des fruits de Cythère,
+ Dont l'aspect le mettait en train,
+ Fit succomber notre bon père.
+ Satan, dont l'esprit est malin,
+ Entrait aussi dans le mystère.
+ Pressés, comme Adam, de manger,
+ Nous pétillons d'impatience
+ Auprès du jardin potager
+ Dont vous portez la ressemblance.
+ Vive la pomme et les pommiers!
+ Leur aspect seul nous ravigotte:
+ On doit baiser les deux premiers,
+ Avec les seconds on pelotte:
+ Triomphe! amour! aux deux derniers.
+ Heureux qui les met en compotte!
+
+[Illustration]
+
+ÉLOGE DU SEIN DES FEMMES.
+
+
+
+
+CHAPITRE PREMIER.
+
+DES TÉTONS, DE LEUR POUVOIR ET DE LEURS CHARMES.
+
+
+J'avais d'abord le dessein de faire un traité de la supériorité du teint
+blanc sur le brun, et ces deux chansons de Cl. Marot m'en avaient fourni
+l'idée:
+
+
+DE LA BRUNE.
+
+ Pourtant si je suis brunette,
+ Amy, n'en prenez esmoy:
+ Autant suis ferme et jeunette,
+ Qu'une plus blanche que moy
+ Le blanc effacer je voy.
+
+ Couleur noire est toujours une,
+ J'ayme mieux donc estre brune
+ Avecques ma fermeté,
+ Que blanche comme la lune
+ Tenant de legereté.
+
+
+POUR LA BLANCHE.
+
+ Pourtant si le blanc s'efface,
+ Il n'est pas à despriser:
+ Comme luy le noir se passe,
+ Il a beau temporiser.
+
+ Je ne veux point mespriser,
+ Ne mesdire en ma revanche:
+ Mais l'ayme mieux estre blanche
+ Vingt ou trente ans ensuivant
+ En beauté nayve et franche,
+ Que noire tout mon vivant.
+
+Mais à quoi bon raisonner simplement sur les couleurs, lorsqu'il y a
+tant d'autres beautés plus solides chez les femmes! ce serait mal
+employer son temps, et abuser de la bonté de mes lectrices. Ce n'est
+donc, ni de vos pieds mignons, ni de vos belles mains potelées, ni de
+vos yeux brillants, ni de votre joli petit nez, ni des autres parties de
+votre charmant ensemble, que je veux vous entretenir aujourd'hui.
+N'appréhendez pas que je puisse vous faire rougir. Je suis de l'avis de
+Marot, lorsqu'il dit:
+
+ Arrière! mots qui sonnent salement,
+ Parlons aussi des membres seulement
+ Que l'on peut voir, sans honte, descouverts;
+ Et des honteux ne souillons point nos vers.
+ Car, quel besoin est de mettre en lumière
+ Ce qu'est nature à cacher coustumière?...
+
+Ainsi, pour ne pas vous tenir plus longtemps dans l'incertitude, c'est
+l'éloge des tétons que je vais faire. Le sujet est beau, il est grand,
+il a exercé les génies les plus élevés. Le cavalier Marin appelle les
+tétons des belles, deux tours vivantes d'albâtre, d'où l'amour blesse
+les amants: il les compare à deux écueils, contre lesquels notre liberté
+vient faire agréablement naufrage: il les appelle deux mondes de
+beautés, éclairés par deux beaux soleils, c'est-à-dire les yeux. Un
+poète français, qui n'est guères moins ingénieux que le cavalier Marin,
+moins magnifique dans ses peintures, mais plus juste et plus gai, les
+appelle dans une de ses chansons, deux pommes, et il ajoute:
+
+ Heureux qui peut monter sans bruit
+ Sur l'arbre qui porte ce fruit!
+
+Cyrano de Bergerac trouve mauvais que les écrivains modernes, qui
+veulent peindre une beauté parfaite, emploient l'or, l'ivoire, l'azur,
+le corail, les roses et les lis: il n'a pas plus raison de les tourner
+en ridicule, parce qu'ils clouent les étoiles dans les yeux des belles,
+et qu'ils dressent des montagnes de neige à la place de leur sein: en
+effet, ces expressions pompeuses sont dignes de ces grands objets, et le
+sein des femmes a des charmes encore au-dessus de ceux de leurs yeux.
+C'est ce que Cotin nous démontre par des vers sur une belle gorge:
+
+ Dans l'entretien délicieux
+ De la charmante Iris dont je suis idolâtre,
+ Va, pose, Amour, sur ses beaux yeux,
+ Le voile qu'elle a mis sur sa gorge d'albâtre.
+
+ Quand le printems a banni la froidure,
+ On ne voit point de si beaux lis
+ Aux jardins les plus embellis
+ Par les soins curieux qu'apporte la nature.
+
+ Depuis que de mon coeur je fis l'heureuse perte,
+ J'ai visité bien des climats,
+ En dépit des chaleurs, en dépit des frimats:
+ Et si je n'ai point fait de telle découverte.
+
+ Pour voir un objet sans pareil,
+ Il ne faut point courir sur tant de mers profondes,
+ Ni voir l'un et l'autre soleil,
+ Il faut voir ces deux petits mondes.
+
+ Pour rendre de mon sort tout l'univers jaloux,
+ Il suffit qu'à mes yeux leur blancheur on étale;
+ L'Aurore n'offrit rien à l'amoureux Céphale,
+ De si charmant et de si doux.
+
+ Ah! si, sans leur déplaire, on osait les toucher,
+ Et si deux belles mains n'y mettaient point d'obstacle,
+ Serait-ce point, par un miracle,
+ Amollir un coeur de rocher?
+
+ Dans l'entretien délicieux
+ De la divine Iris, dont je suis idolâtre:
+ Amour, en ma faveur, viens mettre sur ses yeux
+ Le voile qu'elle a mis sur sa gorge d'albâtre.
+
+Une belle gorge avait tant d'empire sur le coeur de Boursault, que pour
+en voir une, à travers la mousseline, il devenait amoureux jusques à la
+folie. C'est ce que prouvera ce beau fragment d'une lettre qu'il
+écrivait à son ami Charpentier:
+
+«Je vous ai fait promettre qu'après dîner nous irions ensemble chez la
+belle brune, avec qui nous jouâmes hier au logis de Mme Deshoulières: je
+vous dispense de me tenir parole, à moins que vous ne me donniez caution
+bourgeoise pour la sûreté de ma personne. Ce n'est pas que je doive rien
+appréhender pour ma liberté. Délivré de la tyrannie d'une blonde qui m'a
+fait soupirer quinze ou seize mois pour rien, j'ai fait serment de ne
+tomber de ma vie en de pareilles fautes; mais dans les tems de ma
+première servitude, il m'est échappé tant de sermens, j'en ai tenu si
+peu, que je n'ose plus me mettre au hasard de jurer de rien. Je trouvai
+hier votre brune si bien faite, ses yeux me parurent si brillans, sa
+bouche si petite, sa gorge, que je ne vis que par les yeux de la foi,
+est, je crois, si belle, que si vous n'eussiez arraché ma vue de dessus
+ses charmes, quand vous me fîtes souvenir qu'il était tems de nous en
+aller, je sentais déjà ce que je sentis la première fois que je
+commençai d'aimer. Mon coeur, que j'ai fait le gardien de ma franchise,
+m'a joué tant de tours, que, si tantôt je vous accompagne à la visite
+que vous avez dessein de rendre, je gage que j'en reviens aussi chargé
+d'amour, que si on le donnait _pro Deo_.»
+
+Le même auteur, faisant à sa maîtresse le portrait d'une belle, marque
+bien expressivement la victoire assurée que remporte une belle gorge sur
+une âme masculine.
+
+«En vérité, Babet, dit-il, si tu ne reviens bientôt de Bagnolet, tu
+cours risque de ne pas me trouver constant à ton retour. On me mena hier
+au bal, où je trouvai une jeune personne qui n'a pas moins de belles
+qualités que toi. Elle a les cheveux d'un blond cendré, tout-à-fait
+beau, mais qui n'approche pourtant pas de la couleur des tiens. Elle a
+le front grand et élevé, mais le tien l'est encore davantage. Ses
+sourcils qui ne paraissent presque point, parce qu'ils sont blonds, se
+montrent toutefois assez, pour faire remarquer que leur symétrie est la
+plus régulière du monde. Ses yeux, qui sont aussi noirs que les tiens
+sont bleus, sont si bien fendus, qu'ils ne jettent jamais un regard,
+sans faire une conquête. Ils ont autant de vivacité que les tiens ont de
+douceur, et ils semblent faits pour prendre de l'amour, comme les tiens
+pour en donner. On voit sur ses joues une nuance de blanc et d'incarnat
+si éclatante, qu'il semble qu'elle tienne des mains de l'art un présent
+qui ne vient que de celles de la nature, qui a pris tant de peine après
+elle, que, sans toi, qui es son chef-d'oeuvre, elle serait le plus beau
+de tous ses ouvrages. Son nez, qui n'est ni trop grand ni trop petit,
+est justement comme il le faut, pour avoir beaucoup de ressemblance avec
+le tien: sa bouche, qui n'est pas si petite que la tienne, est plus
+petite qu'aucune autre que j'aie jamais vue. Elle a les lèvres si
+fraîches et si vermeilles, que, depuis ton absence, je n'ai rien
+envisagé de plus charmant. Ses dents sont si blanches et si bien
+rangées, que je lui faisais cent contes risibles, pour avoir le plaisir
+de les voir souvent. Le trou qu'elle a au menton me fait souvenir
+qu'elle en a encore aux joues, ce qui donne une merveilleuse grâce au
+reste de son visage. Pour sa gorge, on peut dire:
+
+ Que c'est là que l'Amour, pour lancer tous ses traits,
+ Entre deux monts d'albâtre est campé tout exprès.
+
+«Je te jure, Babet, que je n'ai jamais rien vu de si aimable; si mon
+_galérien de coeur_, qui n'échappe jamais d'une chaîne que pour tomber
+dans une autre, ne se contentait de la gloire de tes fers:
+
+ Ma constance ébranlée allait faire naufrage.»
+
+N'est-ce pas la jolie gorge de Dorimène qui fait ainsi délirer
+Sganarelle, lorsqu'il dit:
+
+«Où allez-vous, belle mignonne, chère épouse future de votre époux
+futur? Eh bien! ma belle, c'est maintenant que nous allons être heureux
+l'un et l'autre! vous ne serez plus en droit de me rien refuser; je
+pourrai faire avec vous tout ce qui me plaira, sans que personne s'en
+scandalise. Vous allez être à moi, depuis la tête jusqu'aux pieds, et je
+serai le maître de tout! de vos petits yeux éveillés, de votre petit
+nez fripon, de vos lèvres appétissantes, de votre petit menton, de vos
+petits tétons rondelets, de votre, etc. Enfin toute votre personne sera
+à ma discrétion, et je serai à même pour vous caresser comme je voudrai.
+N'êtes-vous pas bien aise de ce mariage, mon aimable pouponne?»
+
+On croira peut-être que ce discours de Sganarelle est une gradation, et
+que ce qu'il laisse en blanc, est le plus fort objet de sa passion; je
+le veux bien, mais en ce cas, il a le goût un peu trop terrestre et
+grossier. Tel est celui de l'auteur des vers suivants, à sa maîtresse,
+sur un mal de gorge:
+
+ Il est bien peu galant de vous prendre à la gorge,
+ Ce mal qui dedans vous regorge;
+ C'est être à vous saisir un des plus maladroits;
+ Si j'avois, comme lui, sur vous droit de m'étendre,
+ Et, comme lui, le choix de ce qu'on peut vous prendre,
+ Je vous saisirois bien par des meilleurs endroits.
+
+Que dira-t-on de la pensée d'un autre auteur qui dit: l'amour ressemble
+à un jeu de paume; quand une fille se laisse baiser la main, cela vaut
+quinze; si elle souffre que l'on prenne un baiser sur ses lèvres, cela
+vaut trente; si elle permet que ce soit sur la gorge, cela vaut
+quarante-cinq: il ne faut plus qu'un coup, et le jeu est gagné.
+
+Je raconterai l'histoire suivante, parce qu'elle est vraie:
+
+«On a souvent parlé de la force du sang, mais on n'a pas aussi souvent
+parlé de la gorge; quoi-qu'avec beaucoup de raison, on appelle
+aujourd'hui les tétons, le _boute-en-train_. Le fait suivant prouve
+admirablement leur vertu, qu'on peut nommer de résurrection, et de
+résurrection de la chair. Dans la plupart des églises papistes où la
+superstition était dominante, il se faisait des cérémonies tout à fait
+extravagantes. La ville de... était un des plus fameux théâtres de ces
+représentations de mystères ridiculement fanatiques. C'était une coutume
+établie de temps immémorial, de représenter chaque année, dans la
+semaine sainte, les mystères de la passion. Pour aller au solide, sans
+s'amuser à la bagatelle, on ne manquait pas, le jour du vendredi saint,
+d'offrir aux dévots spectateurs une scène burlesque du crucifiement du
+Sauveur du monde. On choisissait pour cela un jeune homme de la ville,
+auquel on faisait porter une croix fort pesante, à laquelle on
+l'attachait avec des cordes au lieu de clous, et dans une nudité presque
+complète. Je dis presque, parce que l'impudeur n'était pas encore
+parvenue au point de dévoiler certaines parties qui doivent être
+cachées. On les voila donc chez notre jeune homme avec une ceinture de
+papier. Il faut remarquer que le jouvenceau était le corps du monde le
+mieux formé, le plus vigoureux en apparence, et de la plus belle carrure
+d'épaules. Et que la même coutume faisait choisir entre les plus belles
+filles de la ville, trois tendrons qu'on aurait pris pour des Vénus,
+pour représenter les trois Maries pleurantes au pied de la croix. On
+n'avait pas seulement égard aux traits réguliers du visage, ni à la
+finesse de la taille, on voulait qu'elles fussent encore richement
+pourvues du grand mobile de la tendresse, je veux dire fournies de
+tétons à l'Anglaise, que l'on laissait en pleine liberté d'émouvoir la
+copie du Christ. Or, l'année où se passa le fait que je raconte, le
+choix fut si bon (les prêtres se connaissent en attraits) que l'on mit
+sous la croix, dans le beau désordre de la douleur, les trois filles les
+plus ravissantes. On eût pris chacune d'elle pour Vénus, ou toutes trois
+pour les Grâces. Elles ne furent pas plutôt sous les yeux du crucifié,
+qu'elles firent miracle, je veux dire que, malgré la situation où il
+était, et la majesté de son personnage, les trois Maries produisirent
+l'effet le plus étonnant que puisse peindre la chronique scandaleuse.
+Notre Hercule galant, posté à l'avantage, avait en perspective une
+demi-douzaine de tétons capables, par leur systole et leur diastole, de
+subjuguer la vertu du plus froid anachorète, ce qui occasionna un
+incident très-comique et très-profane, car le crucifié, au lieu de
+prononcer du haut de sa croix des paroles dignes de celui qu'il
+représentait, prononça des turpitudes dignes de l'abolition éternelle
+d'une cérémonie aussi indécente, et telles en un mot qu'on peut les
+deviner. Enfin, n'y pouvant plus tenir, il ne put s'empêcher de crier:
+«Otez donc de devant mes yeux les trois Maries, ou le papier va
+crever.» Le scandale que fit naître une telle action, et des paroles qui
+compromettaient à ce point la religion, firent rentrer l'archevêque en
+lui-même, et lui firent comprendre qu'elles l'exposaient à la risée
+publique. Il supprima donc un usage, ou plutôt un abus qui tendait
+directement au mépris du culte, de manière qu'il n'en fut plus parlé
+depuis[1].
+
+[Note 1: Évariste Parny, auteur, en l'an VII, du poëme de la _Guerre
+des Dieux_, dans lequel on ne reconnaît plus le chantre délicatement
+voluptueux d'_Éléonore_, du _Lendemain_, et de la _Journée champêtre_, a
+fait usage de cette anecdote dans le deuxième chant de ce poëme,
+première édition. Il l'a supprimée dans la seconde édition, et c'est
+peut-être un second tort. C'est dans cet Éloge qu'il a trouvé ce mystère
+qu'il fait jouer à la famille de Dieu: il n'a donc pas eu le mérite
+d'une grande invention dans ce poëme.
+
+Pensant que le lecteur en sera satisfait, nous reproduisons ce morceau,
+qui du reste tient ici naturellement sa place:
+
+ Du Paradis la troupe infatigable,
+ Pour terminer, joua la Passion,
+ Et joua bien. Les conviés, dit-on,
+ Goûtèrent peu ce drame lamentable.
+ Mais un malheur qu'on n'avait pas prévu
+ Du dénouement égaya la tristesse:
+ Bien flagellé, le héros de la pièce
+ Était déjà sur la croix étendu.
+ On choisissait pour ce rôle pénible
+ Un jeune acteur intelligent, sensible,
+ Beau, vigoureux, et sachant bien mourir,
+ Il était nu des pieds jusqu'à la tête:
+ Un blanc papier qu'une ficelle arrête
+ Couvrait pourtant ce que l'on doit couvrir.
+ Charmante encore après sa pénitence,
+ La Magdelène au pied de la potence
+ Versait des pleurs: ses longs cheveux épars,
+ Son joli sein qui jamais ne repose,
+ Du crucifié attirait les regards.
+ Il voyait tout, jusqu'au bouton de rose;
+ Quelquefois même il voyait au-delà.
+ Prêt à mourir, cet aspect le troubla.
+ Il tenait bon; mais quelle fut sa peine,
+ Quand le feuillet vint à se soulever!
+ «Otez, dit-il, ôtez la Magdelène!
+ Otez-la donc, le papier va crever.»
+ Soudain il crève; et la Vierge elle-même
+ Pour ne pas rire a fait un vain effort.
+ «Le tour est bon, dit le Père suprême,
+ On le voit bien, le drôle n'est pas mort.»]
+
+Un peintre peut venir à bout de représenter aux yeux toutes les grâces
+d'un beau visage. Il échoue ordinairement, quand il essaye de peindre
+une belle gorge. La Motte en pourrait être une preuve dans le portrait
+suivant:
+
+ Toi, par qui ta toile s'anime.
+ Peintre savant, prends ton pinceau:
+ Et qu'à mes yeux ton art exprime
+ Tout ce qu'ils ont vu de plus beau.
+
+ Ne m'entends-tu pas? peins Silvie:
+ Mais choisis l'instant fortuné
+ Où, pour le reste de ma vie,
+ Mon coeur lui fut abandonné.
+
+ Au bal, en habit d'Espagnole,
+ Elle ôtoit un masque jaloux,
+ Plus promptement qu'un trait ne vole,
+ Je fus percé de mille coups.
+
+ Peins ses yeux doux et pleins de flamme,
+ D'où l'Amour me lança ses traits;
+ D'où ce Dieu s'asservit mon âme,
+ En un instant et pour jamais.
+
+ Peins son front plus blanc que l'ivoire.
+ Siége de l'aimable candeur;
+ Ce front, dont Vénus feroit gloire.
+ S'il y brilloit moins de pudeur.
+
+ Poursuis, peins l'une et l'autre joue,
+ La honte des roses, des lis;
+ Et sa bouche où l'Amour se joue,
+ Avec un éternel souris.
+
+ Peins sa gorge.... Mais non: arrête....
+ Ici, ton art est surmonté;
+ Ah! quelques couleurs qu'il apprête,
+ Tu n'en peux rendre la beauté.
+
+ Laisse cet inutile ouvrage;
+ Ah! de l'objet de mon ardeur
+ Il n'est qu'une fidelle image:
+ Que l'Amour grava dans mon coeur.
+
+La pièce suivante prouve que la gorge des mortelles est digne de plus
+d'amour et d'admiration que celle des déesses même, et que ces dernières
+en conviennent, ce qui est plus extraordinaire encore:
+
+ Au temps de l'aimable saison,
+ Iris rêvant dans la prairie,
+ S'endormit sur un mol gazon
+ Tapissé d'une herbe fleurie.
+ Zéphire, charmé de son teint,
+ Qui d'un vif incarnat se peint,
+ Vint d'abord faire le folâtre,
+ Autour de sa gorge d'albâtre.
+ Jalouse d'un transport si doux,
+ Flore gronda son infidelle,
+ Et lui dit, pleine de courroux:
+ Me préférer une mortelle!
+ Zéphire qui se sentoit fort,
+ Reparti: Voyez cette belle!
+ Flore jeta les yeux sur elle,
+ Et convint qu'il n'avait pas tort.
+
+Il n'est donc plus étonnant qu'en traduisant l'inimitable Anacréon, un
+de nos poëtes français ait dit:
+
+ Que ne suis-je la fleur nouvelle
+ Qu'au matin Climène choisit,
+ Qui sur le sein de cette belle
+ Passe le seul jour qu'elle vit!
+
+Le _Poëte sans fard_ a trouvé fort bon ce souhait, et l'a développé de
+cette manière:
+
+ Hélas! trop cruelle Silvie,
+ Permettez au moins que j'envie
+ Le beau sort de certaines fleurs
+ Dont vous vous parez avec grâce,
+ Et dont votre beau teint efface
+ Toutes les plus vives couleurs.
+ Oui: je voudrois être la rose
+ Que vous placez sur votre sein.
+ D'une telle métamorphose
+ Quel est, direz-vous, le dessein?
+ Le voici: par vos mains cueillie,
+ Mon destin seroit des plus doux;
+ Je n'aurois qu'un seul jour de vie,
+ Mais je ne vivrois que pour vous.
+
+Un poëte anacréontique du dix-neuvième siècle, non moins grand
+admirateur de cette belle portion des charmes du sexe qui fait tourner
+la tête au nôtre, exprime ainsi le même souhait, d'être changé en
+rose[2]:
+
+ AIR: _Je vais quitter ce que j'adore._
+
+ Vive, de la métempsycose
+ Le système consolateur,
+ Par lui mon esprit se repose
+ Sur un avenir enchanteur.
+ Que mon être se décompose,
+ L'espoir m'offre un riant tableau:
+ L'Amour, sous les traits d'une rose,
+ Me promet un être nouveau.
+
+ AIR: _Une fille est un oiseau._
+
+ Oh! comme je jouirais
+ De cette métamorphose!
+ Sur le sein d'une autre Rose
+ Comme je m'étalerais!
+ Centuplant pour plaire à Rose,
+ De mes doux parfums la dose,
+ Avec plaisir je m'expose,
+ A mourir sur ses attraits:
+ Mourir!... oui; mais je suppose
+ Que je puis d'une autre chose
+ Prendre encor la forme après. (_bis_.)
+
+[Note 2: Voy. _Le Bouquet de roses, ou le Chansonnier des Grâces_,
+première année, Favre, Palais-Égalité.]
+
+Le plaisant et érotique Le Pays, dans la lettre suivante adressée à sa
+Caliste, souhaite aussi de mourir sur son sein:
+
+«Quand je sortis hier de chez vous, j'en sortis avec une bonne
+résolution de m'aller tuer, afin d'avoir l'honneur de vous plaire une
+fois en ma vie, et de vous défaire pour jamais d'une personne
+incommode; mais jusques ici je n'ai pas exécuté mon dessein, à cause de
+l'embarras où je me suis trouvé à choisir un genre de mort. J'eus
+d'abord envie d'imiter feu Céladon, d'amoureuse mémoire, et de m'aller
+précipiter dans la rivière; mais j'eus peur que l'eau ne me rejetât sur
+les bords, aussi bien que lui, et que je ne fusse recueilli par quelques
+nymphes pitoyables qui, malgré moi, me sauvassent la vie. Il me prit
+aussi fantaisie de m'aller pendre à votre porte, à l'imitation du
+pendart Iphis; mais je m'imaginai que ce seroit vous déshonorer que de
+faire un gibet de votre porte; outre que c'est un genre de mort pour
+lequel j'ai eu de l'aversion dès le temps que j'étois petit enfant. Je
+pensai aussi à m'empoisonner, mais je crus que du poison ne seroit pas
+capable de m'ôter la vie, non plus qu'à Mithridate, à cause de la grande
+habitude que j'en ai faite. N'étant pas mort depuis si longtemps que je
+me nourris de crainte, de chagrin, d'inquiétude et de désespoir, qui
+sont les poisons du monde les plus violents, apparemment je ne pourrois
+pas mourir pour prendre de l'arsenic ou de l'antimoine. Je n'oubliai pas
+aussi qu'un poignard mis dans le sein étoit un bon expédient pour
+mourir: mais je crus que je ne devois pas choisir ce genre de mort
+qu'avoit choisi une femme qui mourut de regret d'avoir fait une chose
+que je meurs de regret de ne pouvoir faire. Mon désespoir est trop
+différent de celui de Lucrèce, pour ne pas mourir d'une mort
+différente. Enfin, Caliste, j'ai passé la nuit à chercher sans pouvoir
+trouver la mort dont je devois mourir. Au reste, ne croyez pas que ce
+soit la mort qui m'étonne, ce n'est que la manière de mourir qui
+m'inquiète: car, pour vous dire le vrai, après avoir vécu avec tant de
+chagrin, je voudrois bien mourir d'une mort qui me donnât un peu de
+plaisir. Je viens de penser à une qui seroit très-bien mon affaire: ce
+seroit, Caliste, de mourir entre vos bras, _pâmé sur votre sein_. Je
+sens bien en mon coeur que je n'ai pas d'horreur pour cette mort comme
+pour se noyer, s'empoisonner, se pendre ou se poignarder. Obligez-moi
+donc en me laissant mourir de cette sorte; car, puisqu'enfin vous voulez
+que je meure, que vous importe que ce soit de douleur ou de plaisir?»
+
+Je serais tenté de croire qu'il y a, dans le charme attaché à une belle
+gorge, un talisman, de la magie et de l'enchantement; ce qui pourtant
+détruit cette idée, c'est le sonnet suivant, adressé à des belles qui
+demandaient un secret, un sortilége et des paroles magiques pour se
+faire aimer:
+
+ Pourquoi me demander la ruse criminelle
+ Par quoi l'art des démons met les coeurs dans les fers?
+ Vous, de qui la magie est blanche et naturelle,
+ Et fait qu'à vos appas tant de voeux sont offerts.
+ Par vos charmes vainqueurs l'esprit le plus rebelle
+ Rend grâces à l'amour des maux qu'il a soufferts,
+ La flamme de vos yeux est trop pure et trop belle
+ Pour unir sa puissance à celle des enfers
+ Ce beau sein qui fait naître et vos lis et vos roses
+ Forme un enchantement de tant de belles choses,
+ Que leur force invincible a droit de tout charmer
+ Mais pour vous mieux servir de leur pouvoir extrême,
+ Ajoutez seulement ces trois mots: _je vous aime_;
+ Qui pourrait s'empêcher alors de vous aimer?
+
+
+LES DEUX SAINTS.
+
+ AIR: _La Fête des bonnes gens._
+
+ Qu'en ce jour tout résonne,
+ Des chants dictés par nos coeurs.
+ Dérobons à l'automne
+ Ce qui lui reste de fleurs;
+ Pour les belles, qu'on apprête
+ Des bouquets et des refrains;
+ C'est aujourd'hui la fête,
+ La fête de tous les saints.
+
+ Tous les saints, ah! Glycère,
+ C'est beaucoup pour un seul jour;
+ Toi, qui n'adore guère
+ Que le plaisir et l'Amour,
+ Deux patrons, c'est bien honnête;
+ Comme toi, je me restreins.
+ Et désormais je ne fête,
+ Ne fête que tes deux saints.
+
+ Ces deux saints que je chante
+ N'ont que des dehors flatteurs,
+ Et chacun d'eux m'enchante
+ Par de riantes couleurs.
+ Leur parure se compose
+ Du plus brillant des satins,
+ Ce sont deux boutons de rose
+ Qui couronnent tes deux saints.
+
+ Longtemps sans les connaître.
+ Je ressentis leur pouvoir;
+ Il t'en souvient peut-être,
+ C'est toi qui me les fis voir.
+ A ce spectacle sensible,
+ Vers eux j'étendis les mains
+ Non, non, il n'est pas possible
+ De voir de plus jolis saints.
+
+ Quoiqu'ils soient, ma Glycère,
+ Presqu'aussi durs qu'un rocher,
+ Parfois à ma prière
+ Ils se sont laissé toucher;
+ Jaloux de les voir encore,
+ Je donnerais, je le dis,
+ Pour ces deux saints que j'adore,
+ Tous les saints du Paradis.
+
+ FÉLIX.
+
+[Illustration]
+
+[Illustration]
+
+
+
+
+CHAPITRE II.
+
+DES BEAUX TÉTONS.
+
+
+Avant de déterminer la forme et les qualités qui rendent une gorge
+parfaite, examinons en quoi consiste la beauté d'une femme. Il faut,
+dit-on, qu'elle réunisse les trente points suivants:
+
+ La jeunesse.
+ Taille ni trop grande ni trop petite.
+ N'être ni trop grasse ni trop maigre.
+ La symétrie et la proportion de toutes les parties.
+ De beaux cheveux longs et déliés.
+ La peau délicate et polie.
+ Blancheur vive et vermeille.
+ Un front uni.
+ Les tempes non enfoncées.
+ Des sourcils comme deux lignes.
+ L'oeil bleu, à fleur de tête; et le regard doux.
+ Le nez un peu long.
+ Des joues un peu arrondies, avec une petite fossette.
+ Le rire gracieux.
+ Deux lèvres de corail.
+ Une petite bouche.
+ Dents blanches et bien rangées.
+ Le menton un peu rond et charnu, avec une fossette au bout.
+ Les oreilles petites, vermeilles et bien jointes à la tête.
+ Un cou d'ivoire.
+ Un sein d'_albâtre_.
+ _Deux boules de neige._
+ Une main blanche, longue et potelée.
+ Les doigts terminés en pyramides.
+ Des ongles de nacres, de perle, tournés en ovale.
+ L'haleine douce.
+ La voix agréable.
+ Le geste libre et sans affectation.
+ Le corsage délié.
+ La démarche modeste.
+
+On a dit qu'Hélène réunissait ces trente points. _Franciscus Corniger_
+les a mis en dix-huit vers latins. Vincentio Calmeta les a aussi mis en
+vers italiens qui commencent par _Dolce Flaminia_.
+
+Voici ceux de François Corniger:
+
+
+MULIERIS PULCHRITUDO.
+
+ _Triginta hæc habeat, quæ vult formosa videri
+ Foemina: sic Helenam fama fuisse refert.
+ Alba tria, et totidem nigra; et tria rubra; puellæ.
+ Tres habeat longas res, totidemque breves.
+ Tres crassas, totidem graciles, tria stricta, tot ampla,
+ Sint itidem huic formæ, sint quoque parva tria.
+ Alba cutis, nivei dentes albique capilli:
+ Nigri oculi, cunnus, nigra supercilia._
+ _Labra, genæ, atque ungues rubri. Sit corpore longo,
+ Et longi crines, sit quoque longa manus.
+ Sintque breves dentes; auris, pes. Pectora lata,
+ Et clunes, distent ipsa supercilia.
+ Cunnus et os strictam, stringunt ubi cingula stricta,
+ Sint coxæ et culus, vulvaque turgidula.
+ Subtiles digiti, crines et labra puellis.
+ Parvus sit nasus, parva mamilla, caput._
+
+En voici la traduction, que rapporte un vieux livre français intitulé:
+_De la louange et beauté des Dames_.
+
+ Trois choses blanches: la peau, les dents et les mains.
+ Trois noires: les yeux, les sourcils et les paupières.
+ Trois rouges: les lèvres, les joues et les ongles.
+ Trois longues: le corps, les cheveux et les mains.
+ Trois courtes: les dents, les oreilles et les pieds.
+ Trois larges: la poitrine ou le sein, le front et l'entre-sourcil.
+ Trois estroites: la bouche, _l'une et l'autre_,
+ la ceinture ou la taille et l'entrée du pied.
+ Trois grosses: le bras, la cuisse et le gros de la jambe.
+ Trois déliées: les doigts, les cheveux et les lèvres.
+ Trois petites: les tétins, le nez et la teste.
+
+L'auteur du _Procès et amples examinations sur la vie de
+Carême-Prenant_, etc., dit qu'une belle femme se compose des beautés de
+divers pays.
+
+ Qui voudra belle femme querre (chercher),
+ Prenne visage d'Angleterre,
+ Ayant le corps d'une Flamande
+ Et les tetins d'une Normande,
+ Entés sur un cul de Paris,
+ Il aura femme de bon prix.
+
+ * * * * *
+
+ Celle qui a les bras charnus,
+ Grosse mammelle, nez camus,
+ Longue raison et courtes mains,
+ Elle est sujette au bas des reins.
+
+ * * * * *
+
+ Fille qui fait tetins paroir (paraître)
+ Son corps par étroite vêture
+ On se peut bien apercevoir
+ Que son c.. demande pâture.
+
+Les trois quatrains ci-dessus sont tirés du _Momus Redivivus_, t. II, p.
+30 et 31, publié par Mercier de Compiègne, qui, lui-même, les a pris
+dans l'ouvrage cité plus haut.
+
+
+BLASON DE LA BELLE FILLE.
+
+ Une dame d'excellente beauté
+ En tous ses faits doit estre modérée,
+ Avoir le coeur rempli de loyauté,
+ Maintien rassis, contenance assurée;
+ Bouche riant, mignonne, savourée,
+ OEil verdelet, le front largettement,
+ Clere de vis[3], de couleur proprement.
+ Menton fourchu, la chevelure blonde.
+ Humble regard à lever doucement,
+ Parfaite en bien seroit la plus du monde.
+
+ Ferme tetin sur l'estomac planté,
+ Large entre-deux, rencontre relevée
+ Gorge plaisante, et le col long, santé,
+ Le nez traitiz[4], sourcille déliée,
+ Mollette main, blanche, bien alliée
+ De doigts et bras gresle tant seulement,
+ Gente de corps, taillée adroitement.
+ Hauteur moyenne et de belle faconde,
+ Gorriere[5] un peu, parler courtoyement,
+ Parfaite en bien seroit la plus du monde.
+
+ Parmy les rains bien fournis à planté,
+ Grosse cuisse et devant haut enc...ée,
+ Motte à plein poing, sans être trop hantée,
+ De doux accueil et de rebelle entrée,
+ Le ventre épais, barbe de frais rasée,
+ Tenir l'escu au besoing droitement,
+ Et son bourdon serrer estroitement,
+ Je ne m'enquiers du trop ou peu profonde,
+ Le compagnon porter joyeusement
+ Parfaite en bien seroit la plus du monde.
+
+ [Note 3: Visage.]
+
+ [Note 4: Bien fait, joli.]
+
+ [Note 5: Recherchée dans sa toilette.]
+
+
+ENVOY.
+
+ Prince gentil, pour vostre esbatement
+ Si vous trouvez un tel appointement
+ Au petit pied, jambe grossette et ronde,
+ Montez dessus et picquez hardiment,
+ Parfaite en bien seroit le plus du monde.
+
+ PIERRE DANCRE
+
+
+ÉPIGRAMME PAR LE SIEUR MOTIN.
+
+ Si les esprits sont amusez
+ A joüer aux Champs Elisez,
+ Quand ils veulent jouer aux quilles,
+ Les boules sont tetins de filles.
+ Il est bien vray qu'en cet esbat
+ La boule les quilles abbat,
+ Mais icy c'est une autre affaire,
+ Car aux quilles vient le contraire,
+ Puisqu'au lieu de les renverser
+ Les tetins les font redresser.
+
+
+CHANSON.
+
+ J'ayme une fille de village,
+ De qui le gros sein pommelé
+ Monstre qu'elle tient recelé
+ Sous sa cotte un gros pucelage.
+
+ Aussi est-ce à elle qu'on baille
+ De son village tout l'honneur,
+ Capable d'allumer un coeur
+ D'une autre flamme que de paille.
+
+Le plus galant des troubadours français, le célèbre Marot, nous instruit
+particulièrement de la beauté des tétons dans l'épigramme suivante:
+
+
+SUR LE BEAU TETIN.
+
+ Tetin refait, plus blanc qu'un oeuf,
+ Tetin de satin blanc tout neuf,
+ Tetin qui fait honte à la rose,
+ Tetin plus beau que nulle chose,
+ Tetin dur (non pas tetin, voire,
+ Mais petite boule d'yvoire)
+ Au milieu duquel est assise
+ Une frèze, ou une cerise,
+ Que nul ne void ne touche aussi;
+ Mais je gage qu'il est ainsi,
+ Tetin donc au petit bout rouge,
+ Tetin qui jamais ne se bouge,
+ Soit pour venir, soit pour aller,
+ Soit pour courir, soit pour baller,
+ Tetin gauche, tetin mignon,
+ Tousjours loing de son compagnon,
+ Tetin qui portes tesmoignage
+ Du demeurant du personnage.
+ Quand on te void il vient à maints
+ Une envie dedans les mains
+ De te taster, de te tenir:
+ Mais il se faut bien contenir
+ D'en approcher, bon gré ma vie,
+ Car il viendroit une autre envie.
+
+ O tetin ne grand, ne petit,
+ Tetin meur, tetin d'appétit,
+ Tetin qui nuict et jour criez,
+ Mariez moy tost mariez.
+ Tetin qui t'enfles et repousses
+ Ton gorgias de deux bons pousses,
+ A bon droit heureux on dira
+ Celui qui de laict t'emplira
+ Faisant d'un tetin de pucelle,
+ Tetin de femme entière et belle.
+
+Nous croyons faire plaisir au lecteur en mettant à la suite de la pièce
+de Marot celle de Guichard, qui lui sert de réponse.
+
+
+LES TÉTONS.--À CLÉMENT MAROT.
+
+ Sur les tétons, Marot, je pense comme vous:
+ C'est l'ornement, le trésor d'une belle.
+ A des tétons qui peut être rebelle?
+ L'oeil ne peut voir rien de plus doux.
+ Bienheureuse la main qui les tient à son aise!
+ Et plus heureuse encor la bouche qui les baise!
+ Hélas! pourquoi gêner leur liberté?
+ Nul ajustement ne les pare
+ Comme l'entière nudité.
+ Ce qu'il faut d'embonpoint, leur élasticité,
+ L'intervalle qui les sépare,
+ Ce poli du satin, cette aimable rondeur,
+ Du bouton incarnat de la rose naissante,
+ Ce bouton surpassant la forme et la couleur,
+ Ce transparent tissu de neige éblouissante,
+ Et l'azur qui dessous se divise et serpente.
+ Tout est vu, pressé, dévoré,
+ Le BEAU TETIN, par vous gentiment célébré
+ Valoit-il les tétons pour lesquels je soupire?
+ Mon cher Marot, eh quoi! ces tétons pleins d'appas
+ Ne vous font point revoler ici-bas!
+ J'en remettrois la gloire à votre lyre.
+
+ O de tous les tétons, tétons victorieux,
+ Chef-d'oeuvre de l'amour, tétons.... tétons des Dieux!
+ Foible mortel, renonce à chanter leur empire;
+ Tout l'Olympe assemblé n'y pourroit pas suffire;
+ Et, ce qui fait leur prix, ce qui fait mon bonheur,
+ Auprès de ces tétons je sens.... je sens un coeur.
+
+Benserade a rivalisé avec Marot dans l'apothéose des beaux tétons; car
+quel poëte ne les a pas chantés! et voici la belle définition qu'il en
+donne dans un sonnet:
+
+ Beau sein déjà presque rempli,
+ Bien qu'il ne commence qu'à poindre,
+ Tétons qui ne font pas un pli,
+ Et qui n'ont garde de se joindre.
+
+ De jeunesse ouvrage accompli,
+ Que de fard il ne faut pas oindre;
+ Si l'un est rond, dur et poli,
+ L'autre l'égale et n'est pas moindre.
+
+ Sein par qui les dieux sont tentés,
+ Digne échantillon de beautés,
+ Que le jour n'a point regardées;
+
+ Il garantit ce qu'il promet,
+ Et remplit toutes les idées
+ Du paradis du Mahomet
+
+La blancheur, la rondeur et la fermeté sont donc trois qualités
+essentiellement requises pour mériter aux tétons le nom de beaux. Marot,
+qui était connaisseur dans cette sorte de friandise, les aimait ronds,
+comme on le voit dans ces vers, qui renferment des conseils sur le choix
+d'une maîtresse.
+
+ Quand vous voudrez faire une amie,
+ Prenez-la de belle grandeur:
+ En son esprit non endormie,
+ Et son tetin bonne rondeur.
+ Douceur
+ En coeur,
+ Langage
+ Bien sage,
+ Dansant, chantant par bons accords,
+ Et ferme de coeur et de corps.
+
+ Si vous la prenez trop jeunette,
+ Vous en aurez peu d'entretien;
+ Pour durer, prenez-la brunette,
+ En bon poinct d'asseuré maintien:
+ Tel bien
+ Vaut bien
+ Qu'on fasse
+ La chasse
+ Du plaisant gibier amoureux:
+ Qui prend telle proye est heureux.
+
+Marot le prouve encore par ce rondeau:
+
+ Toutes les nuicts, je ne pense qu'en celle
+ Qui a le corps plus gent qu'une pucelle
+ De quatorze ans, sur le point d'enrager,
+ Et au dedans un coeur, pour abbréger,
+ Autant joyeux qu'eut onques demoiselle.
+
+ Elle a beau teint, un parler de bon zèle,
+ Et le tetin rond comme une groiselle,
+ N'ay-je donq pas bien cause de songer
+ Toutes les nuicts?
+ Touchant son coeur, je l'ay dans ma cordelle,
+ Et son mary n'a, sinon le corps d'elle;
+ Mais toutefois, quand il voudra changer,
+ Prenne le coeur, et pour le soulager,
+ J'auray pour moi le gent corps de la belle
+ Toutes les nuicts.
+
+Bois-Robert, né à Caen, en 1592, a aussi chanté le sein dans les stances
+suivantes:
+
+ Beau sein, belles bouches d'yvoire,
+ Vivants objects de ma memoire,
+ Cheres delices de mes jours,
+ Qui dedans vos rondes espaces
+ Cachez la demeure des Graces
+ Et la retraicte des Amours.
+
+ Gorge de lys, pommes d'albatre
+ De qui mon oeil est idolatre,
+ Source des amoureux desirs.
+ Parfait assemblage de charmes,
+ Digne sujet de tant de larmes,
+ De tant de vers et de soupirs:
+
+ Objects d'eternelle allegresse,
+ Petits messagers de jeunesse,
+ Petits gemeaux ambitieux,
+ Qui desja pour vous trop cognestre
+ Ne faisant encor que de naistre,
+ Vous enflez d'orgueil à nos yeux.
+
+ * * * * *
+
+ Plus heureux qui pour vous soupire;
+ Le mal qu'il se plaist d'endurer:
+ Mais, ô merveille que j'adore,
+ Je tiens bien plus heureux encore
+ Celuy qui vous fait souspirer.
+
+Charles Cotin nous fait voir dans le sonnet suivant _sur les tétons_,
+qu'ils doivent être fermes, ronds, et bien écartés l'un de l'autre.
+
+ Tandis que deux voisins sans se joindre véquirent,
+ Tous deux également de tous furent aimez;
+ Tous deux enflez d'orgueil et de grace animez.
+ Partagèrent entr'eux l'honneur qu'ils acquirent;
+
+ Tous deux avoient quinze ans à l'âge qu'ils naquirent;
+ Tous deux sur même moule ils paraissoient formez;
+ L'un l'autre ils se fuyoient de dépit enflammez,
+ L'un à l'autre enviant les conquêtes qu'ils firent.
+
+ Bien qu'un prince passât, ils ne s'ébranloient point;
+ Mais enfin leur orgueil s'enfla jusqu'à ce point,
+ Que leur triste union commença de paroître.
+
+ Ils se baisèrent tant, qu'ils en firent pitié;
+ L'amour de tous naquit de leur inimitié,
+ Et de leur union le mépris vint à naître.
+
+M. Le Pays paraît être du même goût, quand il dit à son Iris, dans le
+portrait qu'il fait d'elle:
+
+«Votre gorge semble avoir été faite au tour; et l'on peut dire que c'est
+une beauté achevée. Votre sein est digne de votre gorge; il est blanc,
+gras et potelé. Les deux petits globes qui le composent ne sont éloignez
+que de deux doigts, et cependant je suis assuré que de leur vie ils ne
+se sont baisez, quoi qu'ils soient frères, et qu'ils deussent bien
+s'aimer, si la ressemblance fait l'amitié.»
+
+L'auteur de la chanson picarde, qui commence par ces mots: _Ton himeur
+est, Catherene_, les aimait aussi avec cette qualité; il fait dire à
+l'amant:
+
+ Pour ta bouche elle est plus rouge
+ Que n'est la creste d'un cocq;
+ Et ta gorge qui ne bouge,
+ Paroit plus ferme qu'un roc.
+
+Une belle gorge étant la meilleure recommandation que puisse avoir une
+femme, elle ne saurait trop la voiler pour la garantir du hâle; car il
+en est peu de privilégiées aujourd'hui à qui l'on puisse adresser ce
+madrigal:
+
+ On a beau dire, Iris, pour louer votre teint,
+ Que sa blancheur est sans seconde:
+ Pour moi qui ne dis rien de flatteur ni de feint,
+ Je soutiens qu'il en est une plus grande au monde.
+ N'en déplaise à la vanité
+ De votre superbe visage;
+ Vos tétons, belle Iris, en bonne vérité,
+ Voudroient-ils en blancheur lui céder l'avantage?
+
+_La Puce de Mme des Roches_, Paris, 1583, in-4o; 1610, in-8o.
+Réimprimé, 1868, Paris, Jouaust, petit in-8o.
+
+On sait quelle fut l'origine de ce recueil. La haute société de Poitiers
+s'honorait alors de deux dames appartenant à la race des _Précieuses_,
+de Molière, c'étaient Mme des Roches et sa fille Catherine. Poëtes
+elles-mêmes, mais dans une mesure très-restreinte, elles réunissaient
+autour d'elles une société de beaux esprits. Les Grands-Jours, tenus à
+Poitiers en 1579, amenèrent autour de ces dames tous les magistrats que
+cette solennité avait appelés dans cette ville. Un jour, Étienne
+Pasquier aperçut une puce qui s'était «parquée au beau milieu du sein»
+de Mlle des Roches; il fit remarquer la témérité de l'animal; il
+s'ensuivit quelques propos badins; l'incident provoqua d'abord l'échange
+de deux pièces de vers entre Pasquier et Mlle des Roches; les savants
+magistrats, prenant fait et cause, se mirent à célébrer la puce en
+français, en latin, en espagnol, en grec même. Pasquier recueillit ces
+divers morceaux; de là vint le volume qui devait avoir pour titre: _la
+Puce de Mlle des Roches_, car ce ne fut pas madame sa mère qui fut
+l'héroïne de l'aventure. L'uniformité du sujet donne à ces compositions
+une teinte de monotonie, mais la forme en est toujours agréable, et on y
+trouve de gracieux détails. L'éditeur de 1868 a suivi le texte de
+l'édition de 1610, en notant les principales variantes (les préfaces des
+deux éditions sont tout à fait différentes); il s'est borné à reproduire
+les pièces françaises.
+
+Nous nous contenterons de citer la pièce ci-dessous, d'Étienne Pasquier.
+Elle résume à elle seule tout ce que les autres poëtes en ont pu dire.
+
+
+LA PUCE.
+
+ Ainsi que dedans le pré,
+ D'un vert émail diapré,
+ On voit que la blonde avette
+ Sur les belles fleurs volette,
+ Pillant la manne du ciel,
+ Dont elle forme son miel;
+ Ainsi, petite pucette,
+ Ainsi, puce pucelette,
+ Tu voles à tâton
+ Sur l'un et l'autre téton;
+ Or, ayant pris ta posture,
+ Tu t'en viens à l'aventure.
+ Soudain après héberger
+ Au milieu d'un beau verger,
+ Paradis qui me réveille,
+ Lorsque plus elle sommeille:
+ Là, prenant ton bel ébat,
+ Tu lui livres un combat,
+ Combat qui aussi l'éveille,
+ Lorsque plus elle sommeille.
+
+ Je ne veux ni du taureau,
+ Ni du cygne, blanc oiseau,
+ Ni d'Amphytrion la forme,
+ Ni qu'en pluye on me transforme.
+ Puisque ma dame se paist
+ Sans plus de ce qui te plaist,
+ Plust or à Dieu que je pusse
+ Seulement devenir puce!
+ Tantost je prendrois mon vol
+ Tout au plus haut de ton col,
+ Ou, d'une douce rapine,
+ Je sucerois ta poitrine,
+ Ou lentement, pas à pas,
+ Je me glisserois plus bas,
+ Et d'un muselin folastre,
+ Je serois puce idolastre,
+ Pinçottant je ne sçais quoi,
+ Que j'aime trop plus que moi!
+
+ Mais las! malheureux poëte!
+ Qu'est-ce qu'en vain je souhaite?
+ Cet échange affiert à ceux
+ Qui font leur séjour aux cieux.
+ Et partant, puce pucette,
+ Partant, puce pucelette,
+ Petite puce, je veux
+ Adresser vers toi mes voeux.
+ Si tu piques les plus belles,
+ Si tu as aussi des aisles
+ Tout ainsi que Cupidon,
+ Je te requiers un seul don
+ Pour ma pauvre âme altérée,
+ O puce! ô ma Cythérée!
+ C'est que ma dame, par toi,
+ Se puisse éveiller pour moi!
+ Que pour moi elle s'éveille,
+ Et ait la puce en l'oreille!
+
+ ÉTIENNE PASQUIER[6].
+
+ [Note 6: Étienne Pasquier, avocat,
+ naquit en 1529 et mourut en 1615.]
+
+
+MADRIGAL.
+
+ Le téton de Babet est plus blanc que l'albastre;
+ Pour estre ferme et rond il n'a point de pareil;
+ On ne peut sans amour voir son bouton vermeil,
+ Faut-il donc s'estonner si j'en suis idolastre!
+
+ Quand j'y porte la main de son consentement
+ Rien ne peut estre égal à mon contentement,
+ Je suis ravy d'avoir ce charmant privilége,
+ Mais quand elle s'oppose à mon ardent dessein,
+ O Babet! ô friponne, aussitost, m'escriay-je,
+ Vous faites bien la fière avec votre beau sein,
+ Ah! vrayment vostre sein est un beau sein de neige.
+
+ (_Nouveau mélange de pièces curieuses, tant en prose
+ qu'en vers_. Paris, A. de Sommaville, 1664, in-12.)
+
+Il existe un poëme allégorique et moral, intitulé: _Architrenius_,
+publié à Paris en 1517, in-4o, et dont l'auteur, Jean d'Hanteville ou
+d'Hanville, était un moine qui vivait à la fin du douzième siècle. Ce
+bon religieux mettait, dans ses vers, sans y entendre malice, des traits
+un peu vifs; il se plaît, par exemple, à tracer le portrait d'une jeune
+beauté; un passage est relatif au sein, il tombe dans notre domaine:
+
+ _Non implet longoeva sinum, puerilibus annis_
+ _Castigata sedes, teneroque rotundula botro...._
+
+Nous avons sous les yeux une traduction inédite de ce fragment:
+
+«Tel qu'une graine vermeille de raisin, un petit tetin, frais et poli,
+s'élève mollement sur un sein arrondi, et la couleur de rose contraste
+avec cette touffe de lys. Ces deux globes charmants sont grossis par
+l'effet de leur jeunesse, et non par le lait qui ne les a pas encore
+remplis. Un léger noeud de ruban les serre sans en comprimer la fermeté.
+Elevés au milieu d'une surface plane, ces monticules font voir au milieu
+d'eux comme un vallon.»
+
+
+LES DÉLICES DE LA POÉSIE GALANTE. Paris, Ribou, 1666, in-12.
+
+SIXAIN.
+
+ _En envoyant un bouquet de jassemin._
+
+ Allez, doux jassemin où l'amour vous appelle,
+ Et si vous approchez du beau sein de Philis,
+ Dont la blancheur ternit celle des plus beaux lis,
+ Avant que de mourir, dites à cette belle
+ Que je croirais mon sort bien doux
+ D'y pouvoir mourir avec vous.
+
+ SOMAISE.
+
+
+SUR UNE SANGSUE QUI PIQUE LE SEIN DE SYLVIE.
+
+ Quel objet de courroux se présente à ma vue?
+ Un insecte cruel, une noire sangsue
+ Pique un sein plus blanc que les lys,
+ Dont tous les traits sont accomplis.
+ Crois-tu bien te souler du sang de ma Silvie?
+ Sa blancheur te devrait détourner du dessein
+ De lui piquer le sein.
+ Si tu veux contenter ta malheureuse envie,
+ La peine suivra ton souhait,
+ Car soudain tu perdras la vie
+ Et tu n'auras sucé que des gouttes de lait.
+
+
+LE BUSC.
+
+Cette pièce étant un peu longue et assez médiocre, nous n'en
+reproduirons qu'un fragment:
+
+ Ce bois touche par privilege
+ Un double petit mont de neige
+ Qui, par un joli mouvement
+ Se soulève fort mollement
+ Et puis mollement se rabaisse,
+ Allant et revenant sans cesse
+ D'un air charmant et gracieux,
+ Comme s'il s'approchait des yeux
+ Pour ses beautés faire connoistre
+ Et puis mollement disparoistre.
+
+
+L'AMOUR SUR UNE GORGE REBONDIE.
+
+SONNET.
+
+ C'est ici qu'on peut voir qu'en l'un et l'autre monde
+ Je règne également et je donne des loix;
+ J'en ai deux aujourd'hui que j'habite à mon choix
+ Et dans chacun des deux ma gloire est sans seconde.
+
+ Sur deux fermes tétons mon empire se fonde;
+ J'y soumets sans efforts les plus superbes rois;
+ Il n'en est point qui puisse éviter mes exploits
+ Et que ma politique à la fin ne confonde.
+
+ Je ne crains pas, comme eux, les moindres changemens;
+ J'aime à voir remuer, et les soulèvemens
+ Servent à ma grandeur, s'ils font leur décadence.
+
+ Et quoy que les prudens et les plus advisés
+ Imputent la faiblesse aux États divisés,
+ Si les miens ne l'étoient, j'aurois moins de puissance.
+
+Louis XV demanda un jour à Bouret, secrétaire du cabinet, comment il
+trouvait la dauphine et si elle avait de la gorge. Il répondit que
+Marie-Antoinette était charmante de figure et qu'elle avait de beaux
+yeux. «Ce n'est pas cela dont je vous parle, répondit Sa Majesté, je
+vous demande si elle a de la gorge.--Sire, je n'ai pas pris la liberté
+de porter mes regards jusque-là.--Vous êtes un sot, continua le monarque
+en riant, c'est la première chose qu'on regarde aux femmes.»
+
+
+RONDEAU.
+
+ Au doulx chant de ces alouettes
+ En ces moys dauril et de may
+ Je me mettois en grand esmoy
+ De dire plusieurs bergerettes
+ La desirois mes amourettes
+ A les tenir aupres de moy
+ Au doulx chant.
+
+ Pour manier les mammelettes
+ Et leur bailler soubdain la foy
+ Tout ainsi que faire le doy
+ Dessus ces belles herbelettes
+ Au doulx chant.
+
+
+MARINO.
+
+Les tétons des belles sont deux tours vivantes d'albâtres d'où l'Amour
+blesse les amants. Ce sont deux écueils contre lesquels nos libertés
+vont agréablement faire naufrage; deux mondes de beauté éclairés par
+deux beaux soleils qui sont les yeux. Un auteur français les compare à
+deux pommes et s'écrie:
+
+ Heureux qui peut monter sans bruit
+ Sur l'arbre qui porte ce fruit.
+
+Au commencement du XVIIIe siècle, les dames portaient sur leur gorge
+découverte des croix et des petits Saint-Esprit en diamants. Aussi, un
+prédicateur s'écria-t-il un jour en chaire: «Bon Dieu! peut-on plus mal
+placer la croix qui représente la mortification, et le Saint-Esprit,
+auteur de toutes bonnes pensées.»
+
+Voici une pièce manuscrite attribuée à Voisenon; j'ignore si elle a été
+imprimée, mais comme elle est peu connue, les lecteurs seront sans
+doute charmés de la trouver ici.
+
+
+LES TETONS DE MA COUSINE.
+
+ Il te souvient de ce Pygmalion,
+ De la statue élégante qu'il aime,
+ Et que Vénus, pour sa dévotion,
+ Avoit changée en une autre elle-même.
+
+ En toi le cas pareil est arrivé;
+ Tu fus statue; car, par expérience
+ J'en suis certain, et ce qu'ici j'avance
+ Est dans ces vers un peu plus bas prouvé.
+
+ Étant encor bloc de marbre insensible
+ Tout étoit dur; tu n'avois nul ressort;
+ Vénus voulut t'amollir tout le corps
+ Pour te le rendre aux plaisirs plus flexible.
+
+ Pour recevoir et donner un baiser
+ Bien tendrement à l'amant qui te presse,
+ Elle amollit ta bouche enchanteresse,
+ Elle amollit tes bras pour l'embrasser.
+
+ Jambes d'abord et ce qui les surmonte
+ Gardent encor un peu de dureté,
+ Moins que le marbre, et si plus haut on monte,
+ On trouvera de l'élasticité.
+
+ Mais ce qui peut mieux prouver mon système,
+ Elle oublia de changer tes tétons;
+ Ils sont taillés aussi juste, aussi ronds
+ Et blancs et durs comme le marbre même.
+
+
+MADRIGAL.
+
+ Tout ici baise, Jeanneton,
+ Ton mouchoir baise ton téton,
+ Tes cheveux se baisent et rebaisent,
+ Je vois tes lèvres se baiser;
+ Et si toutes choses se baisent
+ Voudrais-tu bien me refuser?
+
+Je n'ai pas envie de déterminer positivement ici de quelle taille
+doivent être les tétons, ni prendre parti dans le différend qui pourrait
+s'élever sur la longueur, la largeur et la distance de ces deux parties
+du corps des belles; je dirai seulement que si les hommes ont raison de
+donner la préférence aux plus gros, d'autres n'ont pas tort de préférer
+un sein qui n'est pas fort garni. Il faut croire, sur ce point, que Le
+Pays parlait sérieusement et sans flatterie à sa Caliste, lorsqu'il
+s'exprimait ainsi:
+
+«Votre sein n'est pas des plus remplis, mais ce que vous en avez est
+blanc; et, s'il m'est permis de le dire comme je le pense, le morceau,
+pour être petit, ne laisse pas d'être délicat.»
+
+Une chose au moins que je puis avancer hardiment, c'est qu'une femme ne
+saurait être belle, si elle n'a une belle gorge et un beau sein. Aussi
+voyons-nous que de tous les faiseurs de portraits, aucun n'oublie les
+tétons, quand il veut peindre une beauté parfaite.
+
+M. Victor Cousin, dans son ouvrage sur _Mme de Longueville_, parle à
+diverses reprises de l'objet qui nous occupe. Décrit-il (t. Ier, p.
+321) un portrait de la duchesse par Anselme van Hull, il observe que «le
+sein à demi-découvert, paraît dans sa beauté modeste.» A-t-il l'occasion
+de retracer les traits d'Anne d'Autriche, de la duchesse de Chevreuse,
+de Mme de Montbazon, il n'oublie pas de vanter la perfection de leur
+gorge. Le philosophe éclectique, le traducteur de _Platon_, l'éditeur de
+l'infortuné _Abailard_, était connaisseur.
+
+[Illustration]
+
+[Illustration]
+
+
+
+
+CHAPITRE III.
+
+S'IL EST DE LA BIENSÉANCE QUE LES DAMES LAISSENT VOIR LEURS TÉTONS, ET
+S'IL EST PERMIS AUX AMANTS DE LES TOUCHER.
+
+
+La solution de ce problème présente de grandes difficultés, et pourrait
+être la matière d'une longue et savante dissertation; mais les longs
+ouvrages me font peur:
+
+ «Au lieu d'épuiser la matière,
+ Il n'en faut prendre que la fleur.»
+
+Molière fait dire au Tartuffe, qu'un sein découvert blesse l'âme, et
+fait naître de coupables pensées. Le petit-père André se récriait
+là-dessus avec beaucoup de zèle dans un de ses sermons: «Quand vous
+voyez, disait-il, ces tétons rebondis et qui se montrent avec tant
+d'impudence, bandez, messieurs, bandez-vous les yeux.» Un autre
+prédicateur turlupin, si ce n'est pas le même, défendait aux filles de
+découvrir leurs seins, et d'en laisser approcher la main entreprenante
+des amants; «car, disait-il pour terminer une violente sortie «quand la
+Hollande est prise, adieu les Pays-Bas.» Il faisait, par ce mot de
+Hollande, allusion au fichu de batiste ou de toile de Hollande qui
+couvrait alors le sein de nos belles, un peu plus que leur gaze
+très-claire ne le fait aujourd'hui.
+
+On trouve dans le _Cabinet satyrique_, les vers suivants:
+
+SUR LES FEMMES QUI MONTRENT LEUR SEIN.
+
+
+ÉPIGRAMME.
+
+ Les filles qui, au temps passé,
+ Souloient descouvrir leur visage,
+ Ceste coustume ont délaissé
+ Pour de leur sein nous faire hommage;
+ S'elles en continuent l'usage,
+ Descouvertes jusqu'à l'arçon,
+ Sus, sus! enfants, prenons courage,
+ Nous leur verrons bientost le c..
+
+
+QUATRAINS SUR LE MESME SUBJECT.
+
+ A vostre advis, si celle-là
+ Qui va la gorge descouverte
+ Ne faic pas signe par cela
+ Qu'elle voudroit estre couverte?
+
+ * * * * *
+
+ Madame, cachez vostre sein
+ Avec ce beau tetin de rose,
+ Car si quelqu'un y met la main,
+ Il y voudra mettre autre chose.
+
+ * * * * *
+
+ Les dames qui monstrent leurs seins,
+ Leurs tetins, leurs poictrines nuës,
+ Doit-on demander si tels saincts
+ Demandent chandelles menuës?
+
+
+STANCES SUR LA DÉFENSE DES GORGES DESCOUVERTES DES DAMES.
+
+ Je ne sçay par quelle malice
+ On dit aujourd'huy que c'est vice
+ De montrer son sein rondelet,
+ Veu qu'au temps premier d'innocence
+ La femme n'eut onc cognoissance
+ N'y de robe ny de colet.
+
+ Elle cheminoit toute nuë
+ Par les prés, sur l'herbe menuë,
+ Parlant avec son amoureux:
+ Blasmerons-nous les femmes belles
+ Qui commencent par leurs mamelles
+ A ramener ce temps heureux?
+
+ Il faut cacher la main sauvage,
+ Pleine de sang et de carnage,
+ Et couvrir la bouche qui ment,
+ Mais une mamelle gentille
+ Et le blanc tetin d'une fille
+ Ne se doit cacher nullement.
+
+ Il faut enfermer sans lumière,
+ Au plus profond d'une tanière
+ Le serpent et l'ours affamé,
+ Mais un beau sein que l'on descouvre
+ N'a le venin d'une couleuvre,
+ Pour estre clos et renfermé.
+
+ Fol est l'usurier qui resserre
+ Ses facultez dedans la terre
+ Et tient son or ensevely;
+ Mais les pucelles libérales,
+ Entre deux pommes bien esgales,
+ Montrent l'ivoire bien poly.
+
+ Tout aussi tost que nos déesses
+ Voulurent monstrer les richesses
+ De leurs beaux tétons précieux,
+ Amour, aveugle de nature,
+ Ne vola plus à l'aventure,
+ Et se desbanda les deux yeux.
+
+ Il rougit une double fraise
+ Dedans le feu de sa fournaise,
+ Deux soufflets furent les tétons,
+ Qui de chaudes vapeurs s'enflèrent
+ Et dedans nos âmes soufflèrent
+ Le feu d'amour que nous sentons.
+
+ Mais que servent ces jardinages,
+ Tant de couleurs et de feuillages,
+ Si l'oeil humain en est absent?
+ Et voyons-nous dessus l'espine
+ Fleurir une rose pourprine
+ Pour la cacher lorsqu'elle sent?
+
+ Quand Aquilon par l'air galope
+ Et qu'en janvier il envelope
+ La terre d'un pasle bandeau,
+ Tous ses plaisirs elle abandonne,
+ Elle gémit, elle frissonne,
+ Comme un prisonnier au cordeau.
+
+ Mais quand Zéphire la courtise,
+ Lui despouillant sa robe grise
+ Pleine de cent mille glaçons,
+ Elle est du soleil penetrée
+ Et enfante d'une ventrée
+ Mille fleurs de mille façons.
+
+ Vénus honteusement traictée,
+ Devant les dieux fut garottée
+ Avecques Mars, son favory;
+ Promptement accourut Jeunesse
+ Qui vint destacher sa maistresse,
+ En despit du cocu mary.
+
+ Pour éternelle récompense,
+ La mère d'Amour à Jouvence
+ Despoüilla ces deux monts charnus:
+ De là vient que les damoiselles,
+ Quand on leur taste leurs mamelles,
+ Ont souvenance de Vénus.
+
+Je ne prétends pas m'ériger en casuiste pour décider si les femmes
+peuvent et doivent montrer leur sein; mais quand je pourrais prouver,
+d'une manière péremptoire, qu'il est plus à propos que les femmes se le
+couvrent, je ne sais si j'aurais le courage de l'entreprendre. Je vois,
+d'un côté, tous les amants déchaînés contre moi, si je m'oppose ainsi à
+leurs plaisirs; et, d'un autre côté, toutes nos élégantes, furieuses de
+me voir condamner une mode qu'elles suivent presque généralement. Je
+citerai donc seulement ces vers de Mercier de Compiègne, qui me
+paraissent justes. Il dit, en parlant aux auteurs, au sujet du poëme de
+la _Guerre des Dieux_, dans lequel Parny s'égaye sur les tétons de la
+sainte Vierge, et ne gaze pas assez ses tableaux:
+
+ Revenez, le goût vous rappelle,
+ Mais gazez un peu vos tableaux;
+ Drapez Vénus: elle est plus belle
+ Quand un nuage la recèle;
+ Le demi-jour sied à Paphos.
+
+Voici les vers auxquels Mercier fait allusion:
+
+ Junon, Vénus et d'autres immortelles
+ Se moquaient de la brune Marie:
+ Son embarras, son air de modestie,
+ Servaient de texte aux illustres belles.
+ Mais n'en déplaise à ces juges sévères,
+ De grands yeux noirs, doux et voluptueux,
+ Des yeux voilés par de longues paupières,
+ Quoique baissés, sont toujours de beaux yeux.
+ Lorsqu'elle parle, une bouche de rose
+ Est éloquente et même on lui suppose
+ Beaucoup d'esprit. De pudiques tétons,
+ Bien séparés, bien fermes et bien ronds,
+ Et couronnés par une double fraise,
+ Chrétiens ou juifs, pour celui qui les baise,
+ N'en sont pas moins de fort jolis tétons.
+
+ PARNY.--_Guerre des Dieux_, ch. Ier.
+
+Le Pays est pour la mode qui trotte, quand il parle de cet air à sa
+Margoton:
+
+«J'ai un nouvel avis à vous donner sur ce que je vis hier que vous
+teniez vos petits tétons enfermez aussi exactement qu'une religieuse.
+Vous avez tort, Margoton, de tenir ainsi en prison deux jeunes innocens
+qui n'ont point encore commis de crime. Je vous assure qu'ils souffrent
+cette clôture à contrecoeur. Malgré le linge qui les resserre, j'ai
+remarqué qu'ils en soupirent de tristesse, et qu'ils en sont tout enflés
+de colère. A cause que vous êtes sage de bonne heure, vous voulez
+peut-être qu'ils vous imitent; mais ne savez-vous pas qu'ils sont plus
+jeunes que vous: que vous avez quatorze ans, qu'ils n'ont que quatorze
+mois; et qu'ainsi, quand vous seriez déjà sérieuse, il leur seroit
+permis de faire encore les badins? Lorsque vous n'étiez pas plus âgée
+qu'ils le sont présentement, votre nourrice n'avoit point de honte de
+vous montrer toute nue; pourquoi en auriez-vous donc de nous montrer à
+nud deux jeunes enfans qui ne sont jamais si beaux que quand ils sont
+découverts? N'est-ce point que la tante qui vous gouverne a peur que, si
+vous les laissiez sans contrainte, ils n'usassent mal de leur liberté,
+et qu'ils ne l'employassent à attaquer la nôtre? Si c'est pour cette
+raison qu'elle vous les fait couvrir si soigneusement, elle devroit
+aussi vous obliger à cacher vos yeux et vos autres appas, puisque vous
+n'en avez aucun qui ne dérobe tous les jours quelque coeur ou quelque
+liberté. Mais je veux lui apprendre que vos tétons en deviendront plus
+malicieux, plus ils seront enfermés. Car si, dans leur prison, ils
+découvrent quelque trou par où ils puissent voir le jour, ils se
+mettront là en sentinelle, pour assassiner le premier homme qui les
+regardera: si bien qu'on fera mieux de leur donner liberté toute
+entière; car alors on s'apprivoisera avec eux tout de bon, ils en
+deviendront moins dangereux.»
+
+Louis XIII ne fut point de cet avis, lui qui ne pouvait souffrir la vue
+d'un sein découvert, ainsi qu'on en peut juger par l'anecdote suivante:
+
+Chacun sait que Louis XIII était impuissant ou à peu près. Un conseil de
+médecins, après l'avoir visité, déclara que jamais postérité ne
+sortirait de lui. Aussi, ce fils atrabilaire d'un père si galant,
+haïssait le sexe en général. Les femmes lui inspiraient un éloignement
+qui tenait de l'aversion. La vue d'un sein même jeune, frais et ferme le
+dégoûtait. Il ressentait le même dégoût et presque de l'effroi à la vue
+d'autres charmes plus secrets. Chez lui, la nature ne se taisait pas
+seulement à leur approche, elle se révoltait. De là cette réputation de
+chasteté que les courtisans ont faite à ce monarque; de là l'infécondité
+d'Anne d'Autriche après dix années de mariage, et le délaissement
+déplorable de cette voluptueuse princesse.
+
+L'inclination que Louis XIII éprouva pour Mlle d'Hautefort ne dément
+point cette assertion; elle l'appuie au contraire d'un sensible
+témoignage. Louis s'était attaché à cette jeune personne parce qu'elle
+était organisée comme lui. Elle ne laissait voir aucune des faiblesses
+naturelles aux dames. Un écrivain ingénieux a dit que Louis XIII n'était
+amoureux que depuis la ceinture jusqu'en haut, et que ses amours étaient
+vierges. Cette pruderie était poussée si loin qu'elle donna lieu à une
+impolitesse qui trouve naturellement sa place ici. Dans un voyage que
+fit Louis XIII, il s'arrêta à Poitiers. Il y eut un grand couvert; on
+recherchait avidement alors ces exhibitions de souverain, comparables à
+celles des ménageries, sauf l'argent donné à la porte. Une jeune
+spectatrice de l'appétit royal avait le sein découvert; Louis XIII,
+ayant arrêté un moment sa vue sur cette indignité, enfonça son chapeau
+sur ses yeux et les tint baissés pendant tout le reste du dîner.
+Jusque-là ce n'était que de la chasteté, voici quelque chose de plus. La
+dernière fois que le prince pudibond but, il retint une gorgée de vin
+dans sa bouche, puis, visant en chasseur habile, lança cette réserve sur
+les appas indiscrètement exposés. La pauvre fille, dégouttante du
+liquide projectile, sortit toute confuse et s'évanouit dans la pièce
+voisine. Un écrivain jésuite, le père Barri, en rapportant cette
+anecdote, assure que «cette _gorge_ découverte méritait bien cette
+_gorgée_.» Jeu de mots pitoyable, qui ne persuadera point qu'un
+souverain, encore même que ce ne soit pas tout à fait un homme, puisse
+se conduire de la sorte avec une femme.
+
+On trouve le quatrain suivant, dans un livre fort rare, intitulé:
+_Procès et amples examinations sur la vie de Carême-Prenant_, et dans le
+_Momus Redivivus_, que j'ai déjà cités:
+
+ Fille qui fait tétin paroir,
+ Son corps par étroite vêture,
+ On se peut bien apercevoir
+ Que son c.. demande pature.
+
+Claude de Pontoux, poëte et médecin, né en 1530, à Châlons-sur-Saône,
+n'a guère chanté que l'amour. Il nous a laissé une chanson que nous
+rapportons ici parce qu'elle est relative au sujet que nous traitons:
+
+ Ma petite Jeanneton
+ Me permet bien que je taste
+ Son beau col et son menton,
+ Et veut bien que je m'ebaste:
+ Mais sitôt que je me haste
+ De ravir le beau bouton
+ Qui fleurit sur son téton
+ Et les fraisettes jumelles,
+ Elle me dit en riant:
+ Ne touchez pas là, friand;
+ C'est le joyau des pucelles.
+
+
+LA PUDEUR.
+
+ Pourquoi, belle Aglaé, nous faire apercevoir
+ Ce sein éblouissant où le regard s'attache?
+ On aime le fichu qui le laisse entrevoir;
+ Mais on aime encor plus la pudeur qui le cache.
+
+ED. CORBIÈRE.
+
+Charles Cotin soutient, dans les jolis vers suivants, que c'est une
+précaution inutile que de cacher les tétons.
+
+ Vous cachez votre sein, mais vous montrez vos yeux,
+ Qui de tout vaincre ont le beau privilège;
+ N'est-ce pas me sauver du milieu de la neige,
+ Pour m'exposer au feu des cieux?
+
+Montreuil semble épouser le parti contraire, lorsqu'il fait le reproche
+suivant à sa maîtresse:
+
+ Pourquoi me montrer votre sein,
+ Puisqu'un fâcheux jaloux s'oppose à mon dessein?
+ Votre bonté me tue autant qu'elle me plaît;
+ Mes yeux sont trop heureux, ma bouche est malheureuse,
+ Et pour mon pauvre coeur, il ne sait ce qu'il est.
+
+Boursault trouve que les tétons des belles sont très-bien, quand ils ne
+sont ni trop cachés, ni trop découverts. Il s'exprime ainsi dans une
+lettre où il fait à Mlle de Beaumont le portrait de sa maîtresse, qu'il
+nomme Climène: «Climène a les cheveux aussi noirs que vous les avez
+blonds; et, comme vous les avez du plus beau blond qui ait jamais été,
+elle les a du plus beau noir du monde. Elle a le front assez grand,
+assez élevé, pour être admirablement beau; et les sourcils qui sont au
+bas sont si noirs, et la symétrie en est si délicate, que pour les
+arranger avec tant de justesse, il semble que la nature ait emprunté les
+mains de l'art. Ses yeux ravissent la franchise, quand ils ont toute
+leur vivacité, et touchent l'âme, quand ils ont toute leur langueur. Son
+nez, qui passe pour un peu gros parmi ceux qui ne s'y connoissent pas,
+passe pour tout à fait beau parmi ceux qui s'y connoissent. Ses joues
+inspirent de l'amour, quand elles ont de la rougeur; et, quand elles
+n'en ont point, elles donnent de la tendresse. C'est dommage que sa
+bouche soit si petite, parce qu'il en sortiroit en foule toutes les
+bonnes choses qui n'en sortent que l'une après l'autre, à cause des
+limites du passage; et si j'osois me servir du mot précieux
+d'ameublement de bouche, pour dire ce que je pense de ses dents, je vous
+protesterois qu'il n'y en a jamais eu de plus riche que le sien. Elle a
+les lèvres d'une couleur fort vive, et elle ne les mord jamais. Son
+menton passeroit pour impertinent, s'il avoit l'audace d'être laid, et
+de se mêler avec toutes les beautés qui sont sur un si charmant visage.
+_Le point dont elle se couvre la gorge, est assez raisonnable pour en
+laisser voir assez peu, pour ne point causer de desirs qui blessent le
+respect que l'on doit à Climène: et toutefois il en montre assez pour
+donner envie de voir le reste. Tout le défaut qu'elle a, cette gorge,
+c'est qu'elle est aussi dure que son coeur._ Au reste, malgré la peine
+que lui cause un amour qui la chagrine, et qui la rend plus maigre
+qu'elle ne devroit l'être, elle a les mains si belles, que je ne suis
+jamais si ravi que lorsqu'elle m'en donne des soufflets, etc., etc.»
+
+Marot, dans cette épigramme sur Barbe et sur Jacquette, prétend que le
+sein, couvert ou non, fait la même impression sur les coeurs.
+
+ Quand je voy Barbe, en habit bien duisant,
+ Qui l'estomac blanc et poly _descoeuvre_,
+ Je la compare à maint rubis luisant,
+ Fort bien taillé, mis de mesmes en oeuvre.
+ Mais quand je voy Jacquette qui se coeuvre
+ Le dur tetin, le corps de bonne prise,
+ D'un simple gris accoustrement de frise,
+ Adonc je dy pour la beauté d'icelle,
+ Ton habit gris est une cendre grise
+ Couvrant un feu qui tousjours estincelle.
+
+La meilleure raison qui puisse excuser les femmes qui découvrent leur
+sein, c'est qu'il y a longtemps que cela se pratique ainsi; or, une
+ancienne coutume passe pour une loi parmi les jurisconsultes.
+D'ailleurs, elles tiennent pour maxime qu'il suffit à une femme d'être
+chaste de la ceinture en bas. Cependant je doute fort que cette dernière
+raison prévalût, quand même on n'aurait pas lu ces vers sur une femme
+trop libre dans ses discours:
+
+ Une belle et galante dame,
+ Écoutant volontiers les contes un peu gras,
+ Disoit pour s'excuser: il suffit qu'une femme
+ Soit chaste seulement de la ceinture en bas.
+ --Oh! oh! dit un railleur, la maxime est commode,
+ Et sur un tel avis, le sexe féminin
+ Pourra bien amener la mode
+ De la ceinture d'arlequin.
+
+Enfin, je suppose, et j'avoue si l'on veut, que les dames ont la liberté
+de mettre leurs tétons au jour pour vous proposer un autre cas. S'il est
+permis de les voir, n'aurons-nous pas aussi la permission de les
+toucher? La main et la bouche ne peuvent-elles pas avoir le même
+privilège que la vue? Vous m'allez répondre que non: tous les amants
+sont cependant d'un autre avis, hormis Scarron et fort peu d'autres. Ce
+sale et burlesque auteur, dans son épître chagrine au maréchal d'Albert,
+déclare que
+
+ Les _patineurs_ sont très-insupportables,
+ Même aux beautez qui sont très-_patinables_.
+
+Dans son _Roman comique_, il condamne encore Ragotin, d'avoir voulu un
+peu patiner, et il dit que _c'est une galanterie provinciale qui tient
+plus du satyre que de l'honnête homme._ J'appelle de ses décisions.
+Peut-on blâmer le procédé d'un galant homme, qui, voyant un sein
+charmant, deux globes d'albâtre, voudrait, par le tact, s'assurer s'ils
+ont la dureté désirable, et cela uniquement pour s'instruire? J'approuve
+le procédé d'un homme galant qui, après avoir patiné les tétons d'une
+dame, improvisa encore cette chanson par-dessus le marché:
+
+ Mort de ma vie!
+ En voyant ces tétons,
+ Belle Sylvie,
+ Si beaux, si blancs, si ronds;
+ Pour savoir s'ils sont durs, j'ai formé le dessein
+ De passer mon envie,
+ Et d'y porter la main,
+ Mort de ma vie!
+
+N'est-ce pas, en effet, une cruauté inouie de nous mettre devant les
+yeux ces beaux meubles, et de nous défendre de les regarder et d'y
+toucher? J'en prends le galant abbé Cotin à témoin; écoutez-le se
+plaindre à sa maîtresse:
+
+ Vous me défendez d'approcher
+ De votre bouche sans pareille:
+ Votre gorge est une merveille,
+ Qu'on n'ose ni voir, ni toucher,
+ Le moins coupable des humains,
+ Et qui souffre le plus de peine,
+ C'est, ô trop aimable inhumaine,
+ Un amant sans yeux et sans mains.
+
+C'est, hélas! nous faire éprouver l'affreux supplice de Tantale; c'est
+nous condamner à la mort de Moyse, qui expira en voyant la terre
+promise, et qui n'y put entrer. Un autre poëte qui n'avait pu commander
+à ses mains, se justifia de cette distraction, avec beaucoup d'esprit,
+par la pièce suivante:
+
+ Je suis un imprudent, un sot, un téméraire,
+ Je n'ai point de raison, j'ai l'esprit mal tourné;
+ Je n'ai pour tout talent que celui de déplaire;
+ Indigne de vous voir, digne d'être berné.
+
+ Voilà, Philis, les épithètes
+ Que je reçois de vous, en l'humeur où vous êtes;
+ Et de tout ce courroux vous avez pour raison,
+ Que ma main a voulu toucher votre téton.
+
+ C'est trop punir, Philis, une main criminelle:
+ Que nous sommes, hélas! bien différens d'humeur!
+ Pour toucher votre sein vous me faites querelle,
+ Moi, je ne vous dis rien d'avoir touché mon coeur!
+
+Si, par hasard, la main s'égare dans le transport que fait naître une
+gorge rivale de celle de Léda ou d'Hébé, après que l'on a fait le
+serment d'être circonspect, croyez-vous que ce parjure soit
+irrémissible? Non, sans doute; ces sermens ne lient pas; je suis
+persuadé que Jupiter a absous l'amant qui va parler:
+
+ «Je promets tous les jours de ne jamais toucher
+ Les neiges du beau sein dont l'amour me consume,
+ Mais je ne saurais m'empêcher
+ De suivre une si douce et si belle coutume.
+ Cruels devoirs! injustes ennemis!
+ Pensez-vous qu'Amarante ignore
+ Qu'amour, comme un enfant qui n'a pas l'âge encore,
+ Doit être dispensé de ce qu'il a promis?»
+
+ «_Jupiter è coelo perjuria ridet amantum._»
+
+Je sais bon gré à Boursault d'être pour les patineurs.
+
+«Ah! juste Dieu, dit-il à M. Charpentier, que la maîtresse à qui je ne
+suis que par votre moyen est vertueuse! Pour lui avoir aujourd'hui baisé
+deux ou trois fois la main, elle m'a vigoureusement querellé; voyez ce
+qui m'arriveroit, si je faisois pis. Je n'ai osé lui dire que je ne
+faisois l'amour que pour _baiser_, et que j'aimerais autant être
+amoureux _ad honores_, que de ne pas faire les fonctions requises à la
+qualité que ses yeux m'ont contraint de prendre. Je croyois, en vérité,
+qu'étant amant déclaré d'une fille, c'en étoit être plus d'à moitié le
+mari, et qu'on faisoit toujours quelques pas du côté de l'amour défendu,
+avant que d'en venir à l'amour permis. A vous dire le vrai, je me lasse
+d'être amant, s'il n'y a que cela à faire. Il est juste, si j'ai la
+discrétion de ne rien demander à la belle, qui lui coûte quelque chose,
+qu'elle ait la complaisance de me laisser prendre ce qui ne lui coûte
+rien. La charmante Clotilde, que vous connoissez pour avoir autant de
+vertu que fille du monde, en use d'une façon bien plus galante. Quand,
+lundi, je revins de la campagne, après deux baisers qu'elle reçut aussi
+goulûment que je les lui donnois, son fichu qui vint à tomber, m'ayant
+obligé de couvrir sa gorge de mes deux mains, de peur que d'autres ne la
+vissent, elle m'en remercia le plus civilement qu'il lui fut possible,
+et me demanda si je n'avois besoin que de cela. Il n'y a rien qui
+satisfasse tant, ni qui revienne à si peu de frais.»
+
+«Si vous mettez la main au devant d'une fillette, elle la repoussera
+vite, et dira: laissez cela. Quand je dis le devant, je l'entends comme
+faisoit monsieur le feu premier médecin, qui ayant tâtonné l'estomac
+d'une belle demoiselle couchée et un peu malade, coule sa main plus bas,
+et, venant à l'intersection du corps, s'y avançoit, quand elle lui dit:
+«Hé! monsieur, que pensez-vous faire?--Mademoiselle, je croyois que vous
+fussiez comme les vaches de notre pays; que vous eussiez les tetins
+entre les jambes.»
+
+_Moyen de parvenir_, ch. IX.
+
+De tout temps le clergé s'escrima en termes plus ou moins crus sur
+l'indécence de la toilette des femmes. Vers 1700, la duchesse de
+Bourgogne (Marie-Adélaïde de Savoie) devait tenir un enfant avec
+_Monseigneur_; mais au moment de procéder à la cérémonie, l'officiant ne
+trouva pas que la marraine, qui avait une robe de chasse, se présentât à
+l'église en _habit décent_, et le baptême fut remis. Or, veut-on savoir
+ce qu'on appelle à la cour l'_habit décent_? Il consiste à se montrer
+avec la gorge et les épaules entièrement découvertes, la chute des reins
+bien marquée, les bras nus jusqu'au coude, et un pied de rouge sur le
+visage. L'habit de chasse cache toutes ces nudités, et les dames le
+portent sans rouge.... Cependant le curé appelle ce costume
+_indécent_.... Il n'y a que manière de s'entendre sur les mots.
+
+On trouve dans les _Chroniques de l'Oeil de Boeuf_, à l'année 1711, le
+passage suivant:
+
+«La morale donna le jour de l'an des étrennes de sa façon aux dames de
+Paris; c'est un ouvrage en 2 volumes in-12, intitulé: _De l'abus des
+nudités de gorge_. Je n'aurais jamais cru qu'on pût en écrire si long
+sur une telle matière; mais elle s'est étendue sous la main de l'auteur.
+Chaque tentation que cet usage immodeste peut faire naître est traitée
+dans un chapitre à part, où se déroule une longue énumération de
+conséquences dont la moindre entraîne le péché mortel; on peut juger des
+autres. Il faut convenir que les femmes de notre époque accusent le nu
+d'une manière toute lacédémonienne; point de refuge pour les regards
+dévots, vainement leur chaste prunelle semble-t-elle dire:
+
+ «Ah! cachez-moi ce sein, que je ne saurais voir»,
+
+on persiste à le leur montrer: ici, c'est une robe sans ceinture, telle
+qu'on la met en sautant du lit; là, c'est une gorge débordant du corset
+complaisant; plus loin, ce sont des bras et des épaules dont la nudité
+se réunit à celle des poitrines pour assaillir les continences
+ecclésiastiques. Forcé dans les derniers retranchements de sa pudeur
+sacrée, le curé de Saint-Étienne-du-Mont s'écriait l'autre jour en
+chaire:
+
+«Pourquoi, mesdames, ne pas vous couvrir en notre présence; sachez que
+nous sommes de chair et d'os comme les autres hommes!»
+
+L'auditoire s'étant mis à rire, le prédicateur ajouta: «Quand on vous
+parle à mots couverts, vous faites la sourde oreille; quand on vous
+parle en termes clairs, vous riez: comment donc vous prendre?
+
+«Vous verrez qu'il faudra que le roi envoie ses mousquetaires par la
+ville, matin et soir, afin de faire rentrer nos coquettes dans le
+devoir, et les gorges dans les corsets.»
+
+Les robes des femmes, longues dans les premiers siècles de la monarchie,
+se raccourcirent sous Philippe de Valois, et restèrent très-fermées
+jusqu'à Charles VI, et serrées de manière à dessiner les formes de la
+taille. Alors seulement les femmes commencèrent à se découvrir les bras,
+la gorge et les épaules, et comme la pente est rapide dans le
+relâchement des moeurs, elles renouvelèrent sous Charles VII l'antique
+usage des bracelets et des colliers.
+
+La cour décente et sévère d'Anne de Bretagne arrêta un moment le torrent
+de ce luxe; mais celles de Charles IX et surtout de Henri III, trop
+fameux par ses goûts honteux, hâtèrent le débordement; Henri IV,
+quoique très-galant, s'y opposa vainement. François 1er vint y mettre
+le comble en favorisant le luxe et la galanterie, et prêchant lui-même
+d'exemple. La cour de Louis XIV acheva ce que ses prédécesseurs avaient
+si bien commencé; l'opulence et la volupté y régnèrent souverainement.
+Nous avons dit plus haut ce qu'on entendait dans cette cour débauchée
+par _habit décent_.
+
+Nous ne pouvons terminer ce chapitre sans parler de cette fameuse secte
+qui se forma en Hollande et dont Bayle, dans son _Dictionnaire
+critique_, au mot _Mammillaires_, nous instruit fort amplement. Voici,
+sans y rien changer, cet article qui trouve ici naturellement sa place:
+
+MAMMILLAIRES, secte parmi les anabaptistes. On ne sait pas bien le temps
+où ce nouveau schisme se forma; mais on donne la ville de Harlem pour le
+lieu natal de cette subdivision. Elle doit son origine à la liberté
+qu'un jeune homme se donna de mettre la main au sein d'une fille qu'il
+aimait, et qu'il voulait épouser. Cet attouchement parvint à la
+connaissance de l'Église, et là-dessus on délibéra sur les peines que le
+délinquant devait souffrir; les uns soutinrent qu'il devait être
+excommunié, les autres dirent que sa faute méritait grâce, et ne
+voulurent jamais consentir à son excommunication. La dispute s'échauffa
+de telle sorte qu'il se forma une rupture totale entre les tenans. Ceux
+qui avaient témoigné de l'indulgence pour le jeune homme furent nommés
+Mammillaires[7]. En un certain sens, cela fait honneur aux anabaptistes;
+car c'est une preuve qu'ils portent la sévérité de la morale beaucoup
+plus loin que ceux que l'on nomme rigoristes dans les Pays-Bas[8]. Je
+rapporterai à ce propos un certain conte que l'on fait du sieur Labadie.
+
+[Note 7: Il n'est pas besoin de faire ici l'étymologiste. Tous ceux
+qui entendent le François savent que le mot _mamelle_, qui n'est plus du
+bel usage, signifie la même chose que _teton_.]
+
+[Note 8: Les Casuistes les plus relâchez, les Sanchez et les
+Escobars, condamnent l'attouchement des tétons: ils conviennent que
+c'est une impureté et une branche de la luxure, l'un des sept péchez
+mortels. Mais si je ne me trompe, ils n'imposent pas au coupable une
+pénitence fort sévère: et il y a plusieurs païs dans l'Europe où ils
+sont presque contraints de traiter cela comme les petites fautes que
+l'on appelle _quotidianæ incursiones_. On est si accoûtumé à cette
+mauvaise pratique dans ces pays-là, et c'est un spectacle si ordinaire
+jusques au milieu des rues, à l'égard surtout du commun peuple, que les
+casuistes mitigés se persuadent que cette habitude efface la moitié du
+crime: ils croient qu'on ne l'envisage point sous l'idée d'une liberté
+fort malhonnête, et que le scandale du spectateur est très-petit. C'est
+pourquoi ils passent légèrement sur cet article de la confession. Je ne
+pense pas que jamais aucun rigoriste ait différé pour un tel sujet
+l'absolution de son pénitent, non pas même dans les climats où cette
+espèce de patinage est peu usitée, et passe pour une de ces libertés
+dont les personnes de l'autre sexe sont obligées de se fâcher tout de
+bon. Ainsi les anabaptistes sont les plus rigides de tous les moralistes
+chrétiens, puisqu'ils condamnent à l'excommunication celui qui touche le
+sein d'une maîtresse qu'il veut épouser, et qu'ils rompent la communion
+ecclésiastique avec ceux qui ne veulent pas excommunier un tel galant.
+(_Notes de Bayle._)]
+
+«Tous ceux qui ont ouï parler de ce personnage savent qu'il recommandait
+à ses dévots et à ses dévotes quelques exercices spirituels, et qu'il
+les dressait au recueillement intérieur et à l'oraison mentale. On dit
+qu'ayant marqué à l'une de ses dévotes un point de méditation, et lui
+ayant fort recommandé de s'appliquer tout entière pendant quelques
+heures à ce grand objet, il s'approcha d'elle lors qu'il la crut la plus
+recueillie, et lui mit la main au sein. Elle le repoussa brusquement, et
+lui témoigna beaucoup de surprise de ce procédé, et se préparait à lui
+faire des censures, lorsqu'il la prévint: «Je vois bien, ma fille, lui
+dit-il sans être déconcerté, et avec un air dévot, que vous êtes encore
+bien éloignée de la perfection: reconnoissez humblement vôtre foiblesse;
+demandez pardon à Dieu d'avoir été si peu attentive aux mystères que
+vous deviez méditer. Si vous y aviez apporté toute l'attention
+nécessaire, vous ne vous fussiez pas aperçue de ce qu'on faisoit à votre
+gorge. Mais vous étiez si peu détachée des sens, si peu concentrée avec
+la Divinité, que vous n'avez pas été un moment à reconnoître que je vous
+touchois. Je voulois éprouver si votre ferveur dans l'oraison vous
+élevoit au-dessus de la matière, et vous unissoit au Souverain-Être, la
+vive source de l'immortalité et de la spiritualité, et je vois avec
+beaucoup de douleur que vos progrès sont très-petits; vous n'allez que
+terre à terre. Que cela vous donne de la confusion, ma fille, et vous
+porte à mieux remplir désormais les saints devoirs de la prière
+mentale.» On dit que la fille, ayant autant de bon sens que de vertu, ne
+fut pas moins indignée de ces paroles que de l'action de Labadie, et
+qu'elle ne voulut plus ouïr parler d'un tel directeur. Je ne garantis
+point la certitude de tous ces faits, je me contente d'assurer qu'il y a
+beaucoup d'apparence que quelques-uns de ces dévots si spirituels, qui
+font espérer qu'une forte méditation ravira l'âme et l'empêchera de
+s'apercevoir des actions du corps, se proposent de patiner impunément
+leurs dévotes, et de faire encore pis. C'est de quoi l'on accuse les
+Molinosistes. En général, il n'y a rien de plus dangereux pour l'esprit
+que les dévotions trop mystiques et trop quintessenciées, et sans doute
+le corps y court quelques risques, et plusieurs y veulent bien être
+trompés.
+
+«J'ai ouï dire que des gens d'esprit soutinrent un jour dans une
+conversation qu'il n'y aura jamais de _Basiaires_, ou d'_Osculaires_,
+entre les Anabaptistes. Ce seraient des gens qu'on retrancherait de sa
+communion, parce qu'ils n'auroient pas voulu consentir que l'on
+excommuniât ceux qui donnent des baisers à leurs maîtresses. Or voici le
+fondement de ceux qui nioient qu'on puisse attendre un tel schisme. Il
+n'est pas possible, disoient-ils, qu'au cas qu'il y eût des casuistes
+assez sévères pour vouloir que l'excommunication fût la peine d'un
+baiser, comme il s'en est trouvé d'assez rigides pour vouloir faire
+subir cette pénitence à celui qui avoit touché les tétons de sa
+maîtresse. Ces deux cas ne sont point pareils. Les lois de la galanterie
+de certains peuples, continuoient-ils, ont établi de génération en
+génération, et surtout parmi les personnes du Tiers-État, que les
+baisers soient presque la première faveur, et que l'attouchement des
+tétons soit presque la dernière, ou la pénultième. Quand on est élevé
+sous de tels principes, on ne croit faire, on ne croit souffrir que peu
+de chose par des baisers, et l'on croit faire ou souffrir beaucoup par
+le maniement du sein. Ainsi, quoique les administrateurs des lois
+canoniques ayent fort crié contre le jeune homme qui fut protégé par les
+Mammillaires, il ne s'en suit pas qu'ils crieroient contre l'autre
+espèce de galanterie. Ils deféreroient à l'usage, ils pardonneroient des
+libertés qui ne passent que pour les premiers élémens ou pour l'alphabet
+des civilités caressantes. Je ne rapporte ces choses que pour faire voir
+qu'il n'y a point de matière sur quoi la conversation des personnes de
+mérite ne descende quelquefois. Il n'est pas inutile de faire connoître
+cette foiblesse des gens d'esprit. En conscience, une telle spéculation
+méritoit-elle d'être examinée? Et, après tout, n'eût-il pas bien mieux
+valu ne point répondre décisivement de l'avenir? _De futuro contingenti
+non est quoad nos determinata veritas_, disent judicieusement les
+maîtres dans les écoles de philosophie.
+
+«Notez en passant qu'il y a eu des pays où l'on supposoit que le premier
+baiser qu'une fille recevoit de son galant était celui des fiançailles.
+Voici ce qu'on lit dans l'_Histoire de Marseille_: «Le fiancé donnoit
+ordinairement un anneau à la fiancée le jour des fiançailles, et lui
+faisoit encore quelque présent considérable en reconnoissance du baiser
+qu'il lui donnoit. En effet, Fulco, vicomte de Marseille, fit donation,
+l'an 1005, à Odile, sa fiancée, pour le premier baiser, de tout le
+domaine qu'il avoit aux terres de Sixfours, de Cireste, de Soliers, de
+Cuge et d'Olieres. Cet usage étoit fondé à ce que j'estime sur la loi
+_Si à sponso_, qui ordonnoit que lorsque le mariage n'avoit pas son
+effet, la fiancée gagnoit la moitié des présens qu'elle avoit reçus du
+fiancé, car les anciens croioient que la pureté d'une fille étoit
+flétrie par un seul baiser, mais cette loi est présentement abrogée en
+ce royaume.»
+
+[Illustration]
+
+[Illustration]
+
+
+
+
+CHAPITRE IV.
+
+DU LANGAGE DES TÉTONS.
+
+
+Tous les êtres créés ont un langage, depuis les roseaux du barbier de
+Midas, jusqu'aux hydrophobes auteurs des plates brochures qui inondent
+cette capitale.
+
+Le père Bougeant s'est immortalisé par son charmant ouvrage _Sur le
+langage des bêtes_, qui a été traduit en italien. Les yeux ont une
+rhétorique connue de tout le monde. Les mains ont leur idiome; les pieds
+des amans font merveille dans leur mystérieux quatuor sous la table; les
+genoux s'en mêlent aussi; les fleurs parlent en Asie; et les coeurs, les
+coeurs! on sait combien ils sont éloquens, bavards et tyrans. J'en
+dirais long sur ce chapitre, et l'ami Boufflers, qui a dit de si jolies
+choses sur le _coeur_, embellirait bien mon texte. Doit-on être surpris,
+d'après cela, que les tétons aient aussi reçu de la nature un organe
+expressif, et des moyens oratoires? Non, sans doute; ils ont une langue,
+et Le Pays est mon autorité, dans le récit d'un songe qu'il fit sur deux
+beaux tétons. Il écrit à une dame de ses amies:
+
+«Je n'ai point dormi cette nuit, Madame, ou du moins, le songe que j'ai
+fait occupoit si sensiblement mon esprit, que j'ai cru veiller en fort
+bonne compagnie. J'ai cru avoir toujours auprès de moi les deux tétons
+de Madonte, et les voir avec ce même éclat qui me surprit hier au soir
+quand votre main obligeante les délivra de la prison qui les enfermoit.
+Vous pouvez bien croire, Madame, que je n'ai pas gardé le silence dans
+une si belle occasion de parler: mais, pourrez-vous croire que ces jolis
+tétons m'ont aussi parlé, et que notre conversation a été fort agréable?
+Que ceci ne vous surprenne point, les tétons ont, pour ceux qui les
+entendent, leur langage, aussi bien que les yeux. Comme je les ai
+trouvez en humeur de causer, j'ai eu la curiosité de leur faire cent
+questions sur leurs aventures, auxquelles ils m'ont répondu le plus
+galamment du monde. J'aurois bien envie de vous redire ici tout notre
+entretien, mais il sera plus aisé de vous l'écrire. Voici pourtant
+quelques-unes de leurs paroles que j'ai impatience de vous apprendre,
+parce qu'elles m'ont semblé les plus jolies. C'est la réponse qu'ils
+m'ont faite sur l'étonnement que je leur ai témoigné qu'ils fussent
+ainsi séparez, et qu'ayant l'un avec l'autre tant de rapport, ils
+vécussent en mauvais voisins, sans s'approcher, sans se baiser, enfin
+comme des ennemis irréconciliables. Il est vrai, m'ont-ils dit, nous
+sommes ennemis, et la ressemblance ne fait point chez nous ce qu'elle
+fait partout ailleurs. Elle nous oblige à nous haïr; et notre réciproque
+jalousie nous tiendra toujours éloignez. Quoique nous n'ayons qu'un même
+coeur et qu'un même intérêt, nous n'avons aucune disposition à nous
+unir. L'Amour, qui est un petit boute-feu, nourrit entre nous cette
+division. Il nous promet de nous aimer tous deux pendant que nous nous
+haïrons, et jure de nous quitter aussitôt que notre haine cessera. Mais,
+de bonne foi, aimables tétons, ai-je répliqué, ne seriez-vous point
+comme quelques-uns de vos frères, qui jamais ne se touchent le jour, et
+qui se baisent pendant toute la nuit; qui ont inclination à s'approcher,
+et qui ne vivent éloignez que par contrainte? Vous serez étonnée,
+Madame, que j'aye osé leur parler d'une manière si désobligeante, mais
+sachez que ce n'a été que par adresse. Car quoique je n'eusse point de
+pareils sentimens, je voulois les obliger à m'ôter le doute que je
+témoignois, en souffrant que mes doigts fussent avec mes yeux témoins de
+leur division. Ma ruse a réussi comme je l'avois désiré; les deux tétons
+de Madonte s'étant un peu enflez de colère et d'orgueil, à cause de mon
+injuste soupçon, ont consenti que je fisse l'épreuve que je souhaitois,
+et cette épreuve a d'abord fait sentir à mes mains la vérité qui avait
+paru à mes yeux.
+
+Après cela, je ne me suis plus étonné qu'ils eussent tant de disposition
+à la haine; car j'ai trouvé tant de dureté dans l'un et dans l'autre,
+qu'il n'y a pas apparence que rien les puisse jamais attendrir. Au
+reste, Madame, je gage que votre belle parente ne sait rien de ce qu'ont
+fait chez moi ses tétons. J'ai appris d'eux-mêmes qu'ils font bien
+d'autres choses, sans son congé; ils m'ont dit que lorsqu'elle y pense
+le moins, ils se divertissent à prendre des coeurs, partout où ils
+trouvent des yeux, et que c'est leur passe-temps le plus ordinaire. Ils
+m'ont dit même que quand ils ont pris quelqu'un, et que Madonte s'en
+apperçoit, elle le traite aussi cruellement que si sa prise l'avoit
+offensée. Elle l'insulte, dans son esclavage, elle ne lui donne aucun
+secours, et prend plaisir à le voir mourir de langueur.»
+
+Ce Le Pays était un très-rude patineur. Sa Caliste lui avait promis de
+l'aller voir, dans le tems qu'une cruelle fièvre le travailloit et
+l'avait mis dans un état pitoyable. Il lui fait premièrement le portrait
+de son visage de cette sorte:
+
+«Pour ma mine, vous ne vîtes jamais rien de si étrange: mes yeux sont
+devenus plus grands que tout le reste de mon visage, et il vous sera
+facile, s'il vous en prend fantaisie, de compter mes dents au travers de
+la peau de mes joues. Il ne faudra pas vous étonner, si je vous fais
+froide mine; je la fais à tout le monde, et me la fais à moi-même, quand
+je me regarde au miroir. Quelqu'envie que j'aye de vous plaire, je ne
+pourrai point m'empêcher de vous faire laide grimace.» Il ajoute
+ensuite:
+
+«Ce qu'il y a de bon, Caliste, c'est que mes mains, dont vous vous êtes
+plainte tant de fois, ne vous donneront aucun sujet de me quereller. Je
+vous jure qu'en l'humeur où je suis, les tétons de la belle Hélène, qui
+assurément devoient être des plus beaux, puisqu'ils firent tant jouer
+des mains les Troyens et les Grecs, ne me feroient pas présentement
+tirer les miennes de dessous ma fourrure. Jugez, par là, si vous auriez
+à craindre du reste, et si vous ne vous en irez pas de chez moi sans
+avoir crié contre mes emportemens!»
+
+Marot avait le même défaut que Le Pays, et ne laissait échapper aucune
+occasion de mettre ses yeux au bout de ses doigts. Il aurait bien
+souhaité, un jour des Innocents, de savoir où était le lit de sa belle,
+pour la faire passer par l'étamine. N'en pouvant venir à bout, il se
+contenta de lui écrire ces vers:
+
+ Très-chère soeur si je savois où couche
+ Vostre personne au jour des innocens,
+ De bon matin j'irais à vostre couche.
+ Voir ce gent corps que j'ayme entre cinq cens:
+ Adonc, ma main (veu l'ardeur que je sens),
+ Ne se pourrait bonnement contenter,
+ Sans vous toucher, tenir, tâter, tenter;
+ Et si quelqu'un survenoit d'adventure,
+ Semblant ferois de vous innocenter:
+ Seroit-ce pas honneste couverture?
+
+Après tout, si ce qu'on vient d'alléguer, n'engage point les belles à
+laisser aux amans les coudées franches et les mains libres, il n'en est
+pas moins vrai que toutes n'ont pas cette austérité. La Corine du tendre
+Ovide ne faisait pas tant la renchérie. Elle alla un jour trouver ce
+poëte dans un équipage très-galant, et dans ce désordre voluptueux qui
+favorise et provoque si bien la liberté des mains: Ovide lui-même nous
+l'apprend dans une de ses élégies amoureuses:
+
+ Le chaud que le midi fait naître sur la terre,
+ Aux plaisirs d'exercice avoit livré la guerre:
+ Quand je m'allai jeter tout fatigué, tout las,
+ Sur un lit de repos qui ne m'en servit pas.
+ J'attendois la Beauté dont mon âme est charmée.
+ Ma fenêtre n'étoit ouverte, ni fermée,
+ Et ces deux changements se cédant tour-à-tour,
+ Laissoient voir un combat de la nuit et du jour.
+ L'on voit dans les forêts de ces sombres lumières,
+ Qui ne sont ni clartez, ni ténèbres entières,
+ Et tels sont du soleil les timides flambeaux,
+ Lorsqu'il vient sur la terre, ou qu'il va sous les eaux.
+ Tel est le tems obscur qu'il faut donner aux dames;
+ De peur que la clarté ne trahisse leurs flâmes.
+ L'Amour est un enfant qu'on nous a peint sans yeux,
+ Et ce dieu veut toujours être aveugle en ses jeux.
+ Après quelques momens, je vis entrer Corine;
+ Sous l'habit du plaisir, qu'elle avoit bonne mine!
+ Un voile transparent, de ses rares beautés
+ Dans un léger nuage étouffoit les clartés.
+ Il faisoit à ma vue entière violence,
+ Sans sauver mes desirs de leur impatience:
+ Et ses cheveux, poussés d'un mouvement jaloux,
+ Cachoient toute sa gorge à mes transports si doux.
+ Corine valoit bien qu'ils me fissent querelle.
+ Jamais Sémiramis n'avoit paru si belle;
+ Et ceux qui de Laïs chantèrent les attraits,
+ N'avoient, pour les toucher, formé tant de souhaits.
+ Le linge me déplut, quoiqu'assez favorable;
+ J'en fis avec Corine un combat agréable,
+ Sa main vint au secours; mais je lus dans ses yeux,
+ Que son coeur et sa main se trahissoient entr'eux.
+ Sa vertu vouloit faire une honnête retraite,
+ Ses efforts languissans demandoient sa défaite
+ Et je vis peu d'obstacles en ce plaisir égal
+ A vaincre un ennemi qui se défendoit mal.
+ Quand son voile en tombant la laissa toute nue,
+ Jamais rien de si beau ne s'offrit à ma vue.
+ La nature sans art fait honte aux ornemens,
+ Jamais de si beaux bras n'unirent deux amans.
+ Jamais de deux couleurs gorge si bien mêlée
+ Ne fut par les baisers doucement accablée.
+ Et jamais les voisins de ce qu'on ne dit pas,
+ N'étalèrent aux yeux de si charmans appas.
+ Je regardai longtems, mais en pareil mystère,
+ L'on ne peut pas toujours regarder sans rien faire.
+ Je fis donc ce qu'on fait loin des regards fâcheux,
+ Et lorsque des amants le veulent bien tous deux.
+ Quand j'eus fait mon devoir, en homme de courage,
+ Corine pour dormir me prêta son visage:
+ Je pris un doux repos sur ce lit de corail,
+ Mais certes le repos ne vaut pas le travail,
+ Grands Dieux! qui me voyez peut-être avec envie;
+ Laissez-moi me choisir les plaisirs de la vie.
+ Je renonce au sommeil, et le milieu du jour,
+ Comme il est le plus chaud, est plus propre à l'amour.
+
+O femmes auxquelles il est si difficile d'échapper aux moyens de
+séductions multipliées contre vous, je pense que la mode que vous avez
+établie de nous découvrir gratuitement ce que vous avez de plus beau,
+est un excellent moyen de diminuer nos désirs par l'habitude de voir, et
+par la satiété; mais si, dans le tête-à-tête, vous voulez conserver
+toute votre raison, et ne point donner de droits sur vous, en faisant un
+ingrat ou un inconstant, n'oubliez pas de défendre les jeux de mains,
+dont les conséquences sont funestes à la vertu; retenez bien le sens de
+ces vers, que vous vous ferez expliquer avant de rien permettre, et vous
+me remercierez:
+
+ _Post visum, risus, post risum, venit ad usum:
+ Post usum tactus: post tactum, venit ad actum.
+ Post actum, fructus: post fructum, poenitet actum._
+
+Toutes les gradations de l'audace sont expliquées dans le distique
+suivant, et toute la tactique de l'amour y est développée:
+
+ _Visus et alloquium: tactus, post oscula, factum:
+ Ni fugias tactus, vix evitabitur actus._
+
+La chair est faible, l'esprit est prompt. La pudeur a contre elle cinq
+ennemis terribles, désignés ci-dessus, c'est-à-dire la vue, l'entretien,
+le toucher, le baiser et le fait. Si vous n'évitez pas le toucher, vous
+n'éviterez pas le fait. Un amant qui a obtenu un baiser, est un sot s'il
+reste en chemin; songez-y.
+
+ _Oscula qui sumpsit, si non et coetera sumpsit,
+ Hæc quoque quae data sunt, perdere dignus erit._
+
+[Illustration]
+
+
+
+
+CHAPITRE V.
+
+DES LAIDS TÉTONS.
+
+
+Il est possible que ce chapitre ne plaise pas à toutes les femmes; mais
+sera-ce leur faute? sera-ce la nôtre? N'y en aura-t-il pas beaucoup qui
+voudront en appeler de notre jugement? Nous touchons la corde sensible,
+et nous sommes de plus en plus effrayés des précautions à prendre pour
+ménager l'amour-propre. Comment un sein doit-il être, pour être laid?
+Voyons ce qu'en ont dit les différents auteurs qui ont traité cette
+belle matière. C'est à présent que je sens tout ce qu'a de pénible
+l'emploi d'historiographe des tétons; que ne puis-je sauter à
+pied-joints sur ce maudit chapitre! Pourquoi ne marche-t-on pas toujours
+sur des fleurs dans cette vie? Pourquoi? pourquoi?... Eh, mon Dieu!
+tous ces pourquoi-là allongeraient mon chapitre; hâtons-nous de glisser
+sur les difficultés, courons dans une mauvaise route, pour nous reposer
+et nous rafraîchir, quand nous serons arrivés à son terme.
+
+Je compte d'abord pour laids tétons, ceux d'une taille énorme, par
+exemple, ceux de Mme de Bouillon, du _Roman comique, qui en avait la
+valeur de vingt livres distribuées à poids égaux sous chaque aisselle_.
+
+Ceux de Paquette, à qui Le Pays dit: _«Pour votre gorge et vos tétons,
+ils ne sont pas blancs; mais, certes, il y a de la chair et si les
+tétons s'achetoient à la livre, vous pourriez vous vanter d'être plus
+riche que votre maîtresse.»_
+
+Le _Poëte sans fard_ drape compétemment une femme, qui avait des tétons
+aussi gros que des pis de vache. Il lui dit:
+
+ Philis, tu demandes pourquoi
+ Je ne sens point d'amour pour toi?
+ La raison est, que tes mamelles
+ Te vont jusques sous les aisselles;
+ Que ton nez est des plus punais,
+ Et que ta bouche sent mauvais!
+ Je crois d'ailleurs, ô vieille vache!
+ Puisqu'enfin tu le veux savoir,
+ Que tout ce que l'habit me cache
+ Est encor plus vilain que ce qu'il laisse voir.
+
+Je mets encore au nombre des tétons dégoûtants, ceux qui ressemblent à
+la suie, comme ceux de Tisiphone: Despréaux, dans son _Dialogue des
+morts_, fait ainsi faire à Sapho, l'un des personnages du _Grand
+Cyrus_[9], le portrait de cette blonde du royaume de Pluton:
+
+«Vous croyez que je ne connois pas Tisiphone; c'est une de mes
+meilleures amies. Vous ne serez peut-être pas fâché que je vous en fasse
+le portrait. L'illustre fille dont j'ai à vous parler, a quelque chose
+de _si furieusement_ beau, elle est si terriblement agréable, que je
+suis _épouvantablement_ empêchée, quand il vous en faut faire la
+description. Elle a les yeux vifs et perçans, petits, bordés d'un
+certain incarnat qui en relève _étrangement_ l'éclat. Comme elle est
+naturellement propre, est-elle aussi naturellement négligée; et cette
+négligence fait qu'on peut voir souvent sa gorge, qui est toute
+semblable à celle d'une Amazone, à la réserve que les Amazones n'avaient
+qu'une mamelle brûlée, et que l'aimable Tisiphone les a toutes deux. Ses
+cheveux sont longs et annelez, et semblent autant de serpenteaux qui se
+jouent autour de sa tête, et qui se viennent jouer sur son visage.»
+
+[Note 9: Boileau en a fait une maligne application à Mlle de Scudéri
+même, l'auteur de ce roman, à laquelle tous les auteurs d'alors
+donnaient le nom de Sapho. Le poëte Le Brun nous retrace les écarts de
+Boileau, dans ses vers contre la citoyenne Th... P..., auteur de _Sapho_
+et de _Camille_, et autres femmes auteurs.]
+
+De plus, je trouve laids des tétons, quoique beaux, quand la personne
+qui en est pourvue est trop coquette, ou plutôt impudique. Ce caractère
+efface toutes les beautés qu'elle pourrait avoir. Telle était la
+Macette, à laquelle le satyrique Regnier, plutôt par ironie que
+sérieusement, donne des éloges plaisants, quand il lui dit, pour la
+louer, que ses cheveux sont aussi dorés qu'une orange, plus frisés qu'un
+chardon; que le soleil n'est auprès du brillant de ses yeux, qu'un
+cierge de la Chandeleur, et que sa mine de poupée prend les esprits à la
+pipée et les appétits à la glu. Ensuite, lui parlant de ses tétons qui
+ne marquent que de la lascivité, il s'exprime ainsi:
+
+ Les Grâces, d'amour échauffées,
+ Nud-pieds, sans juppes, décoiffées,
+ Se tiennent toutes par la main,
+ Et d'une façon sadinette
+ Se branlant à l'escarpolette,
+ Sur les ondes de votre sein.
+
+Outre cela, je déclare que des tétons me paraissent laids, quelque bien
+tournés qu'ils puissent être, quand le sexe les fait servir de prétexte
+pour être infidèle. Une Cloris dit à une Philis, dans Regnier que je
+viens de citer:
+
+ La foi n'est plus aux coeurs qu'une chimère vaine,
+ Tu dois, sans t'arrêter à la fidélité,
+ Te servir des amans comme des fleurs d'été,
+ Qui ne plaisent aux yeux qu'étant toutes nouvelles:
+ Nous avons de nature au sein doubles mamelles,
+ Deux oreilles, deux yeux et divers sentimens,
+ Comment ne pourrions-nous avoir divers amans?
+ Je connois mainte femme à qui tout est de mise,
+ Qui changent plus souvent d'amant que de chemise.
+
+Pour voir la laideur d'un téton dans toute son étendue, on n'a qu'à lire
+l'épigramme que voici, faite par Marot, sur le laid tétin:
+
+ Tetin qui n'a rien que la peau,
+ Tetin fine, tetin de drapeau,
+ Grand'tetine, longue tetasse,
+ Tetin, doy-je dire bezace;
+ Tetin au grand vilain bout noir,
+ Comme celui d'un entonnoir.
+ Tetin qui brimballe à tous coups
+ Sans estre esbranlé, ne secous,
+ Bien se peut vanter qui te taste,
+ D'avoir mis la main à la paste.
+
+ Tetin grillé, tetin pendant,
+ Tetin flestry, tetin rendant
+ Vilaine bourbe en lieu de laict,
+ Le diable te fit bien si laid.
+
+ Tetin pour tripe reputé,
+ Tetin, ce cuide-je, emprunté
+ Ou desrobbé en quelque sorte,
+ De quelque vieille chevre morte,
+ Tetin propre pour en enfer
+ Nourrir l'enfant de Lucifer.
+
+ Tetin boyau long d'une gaule,
+ Tetasse à jetter sur l'espaule,
+ Pour faire (tout bien compassé)
+ Un chaperon du temps passé,
+ Quand on te void, il vient à maints
+ Une envie dedans les mains,
+ De te prendre avec les gants doubles,
+ Pour en donner cinq ou six couples
+ De souflets sur le nez de celle
+ Qui te cache sous son aisselle.
+
+ Va, grand vilain tetin puant,
+ Tu fournirois bien en suant
+ De civettes et de parfums
+ Pour faire cent mille defuncts.
+ Tetin de laideur despiteuse,
+ Tetin, dont nature est honteuse,
+ Tetin des vilains le plus brave,
+ Tetin, dont le bout toujours bave,
+ Tetin fait de poix et de glus:
+ Bran, ma plume, n'en parlez plus,
+ Laissez-le là, ventre Saint-George,
+ Vous me feriez rendre ma gorge.
+
+Bon Dieu! le vilain objet!... hélas! le suivant, peint par Benserade,
+n'est pas plus gracieux; pourquoi des poëtes se plaisent-ils ainsi à
+tremper leurs plumes dans l'ordure? c'est qu'il faut des ombres aux
+tableaux.
+
+ Pendantes et longues mamelles,
+ Où les perles et l'oripeau,
+ N'imposent à pas un chapeau;
+ Molles et tremblantes jumelles.
+ Tetasses de grosses femelles,
+ A couvrir d'un épais drapeau,
+ Peau bouffie et rude, moins peau
+ Que cuir à faire des semelles,
+ De vieille vache aride pis:
+ Que ne puis-je dire encor pis
+ D'un sein qui tombe en pourriture!
+ Sein d'où s'exhale par les airs,
+ Un air qui corrompt la nature;
+ Sein propre à nourrir des cancers.
+
+Clément Marot et Benserade ne sont pas les seuls qui se soient occupés
+de décrire les vilains tétons; Rabelais, dans son épître à une vieille,
+Motin, Regnier, Sygognes, Maynard, se sont plu à nous détailler ces
+horreurs.
+
+Maynard passant en revue tout le corps d'une vieille ridée, arrivé à ses
+tétons, s'écrie:
+
+ Vos tetins, dont la peau craquette
+ Comme laurier qu'au feu l'on jette,
+ A toucher ne sont point plus doux
+ Que le dessus d'un vieux registre,
+ Et comme un bissoc de belistre,
+ Ils vous tombent sur les genoux.
+
+Un peu plus loin, Sygogne, dans sa satyre contre une vieille sorcière,
+dit:
+
+ Vostre estomach faict en estrille
+ Pourroit encor servir de grille,
+ Vos flancs de herse on de rateau,
+ Et de vos pendantes mamelles
+ Un bissac ou des escarcelles
+ Pour mettre l'argent du bordeau.
+
+En voilà assez sur ce sujet peu ragoûtant; nous renvoyons les lecteurs
+amoureux de ces sortes d'écrits, au _Cabinet satyrique_; ils trouveront
+là-dedans de quoi se satisfaire.
+
+Les tétons sont la dernière beauté qui vient au sexe, et la première qui
+est confisquée: il est peu de ces femmes privilégiées qui les conservent
+comme Ninon et Gabrielle B.... C'est pour cela qu'elles en ont un soin
+tout particulier, et qu'elles confient leurs enfants au sein mercenaire
+des nourrices.
+
+Malgré cela, vingt ans de mariage gâtent les tétons les mieux faits. Ils
+ne sont pas non plus à l'épreuve de la vieillesse. Comme elle ternit le
+teint le plus vif, qu'elle éteint les yeux les plus brillants, elle
+amollit les tétons les plus rebondis. C'est ce que nous apprennent ces
+stances contre une dame qui avait vieilli à la cour, et qui se voulait
+marier:
+
+ Quoi! vous vous mariez! douce et tendre mignonne,
+ Et ne l'avez encore été!
+ Je ne vois rien du tout dessus votre personne,
+ Qui ne prêche la chasteté.
+
+ Pour de l'âge, on sait bien que vous n'en manquez guère,
+ Votre visage étant garant
+ Que ce qu'on fait pour vous, se pouvoit fort bien faire
+ Du règne de Henri-le-Grand.
+
+ Vous éloignant d'ici, les beautés de la reine
+ Ont purgé ce noble séjour:
+ De même qu'un torrent, votre sortie entraîne
+ Toute l'ordure de la Cour.
+
+ Celui qui vous épouse, en témoignant sa flamme,
+ N'établit pas mal son renom:
+ Qui s'est bien pu résoudre à vous prendre pour femme,
+ Ira bien aux coups de canon.
+
+ Comme vous n'êtes plus qu'une vieille relique.
+ Objet de la compassion.
+ Dès qu'on dit que sur vous un sacrement s'applique,
+ On pense à l'Extrême-Onction.
+
+ Qui se lie avec vous espère un prompt veuvage,
+ Ou, peut-être, ce pauvre amant
+ Entend que le contrat de votre mariage
+ Passe pour votre testament.
+
+ Vous seriez bien sa mère, et la foi conjugale
+ Est mal placée entre vous deux:
+ L'inceste est en effet une chose si sale,
+ Que le portrait en est hideux.
+
+ Les plus intemperez de votre bonne grâce,
+ Ne donneroient pas un teston,
+ Et l'on doit s'avouer qu'on est à la besace,
+ Quand on vous touche le téton.
+
+ Souffrez ce petit mot, sans traiter de satire,
+ Un stile si franc et si doux:
+ Vous êtes en un point où l'on ne peut médire,
+ Quelque mal qu'on dise de vous.
+
+Urbain Chevreau[10], dans ses stances _sur une vieille amoureuse_, p.
+150 de ses poésies, édition de 1656, in-12, décrit ainsi sa gorge:
+
+ Cependant, vous vous ajustez,
+ Et votre gorge aux libertés
+ Semble encor faire des menaces:
+ Mais chaque jour nous regrettons
+ Qu'il n'en reste plus que les traces:
+ Et que vous ayez des besaces
+ Où vous avez eu des tétons.
+
+[Note 10: Le recueil de ses poésies est rare. Il s'y trouve quelques
+morceaux faibles, mais on le lit avec plaisir. Voyez ses épigrammes et
+son _Remède d'amour_, dans le recueil intitulé: _le Furet littéraire_ ou
+les _Fleurs du Parnasse_, 1 vol. in-12.]
+
+Antoine Legrand nous démontre le pouvoir des ans d'une manière
+très-pathétique:
+
+«L'arrière-saison, dit-il, a ses plaisirs: son utilité égale bien les
+incommodités qu'elle nous apporte. Elle est l'attente des laboureurs, et
+la récompense des vignerons; si elle dépeuple les campagnes et leurs
+collines, elle remplit leurs caves de vin, leurs greniers de grains et
+leurs granges de moissons. Mais, dès qu'une femme approche de la
+vieillesse, que ses cheveux prennent la couleur des cendres, que les
+rides sillonnent son front, que ses yeux commencent à jetter de la cire,
+que ses joues lui tombent sur le menton et que ces deux montagnes de
+lait deviennent une double besace pleine de sang; elle cesse d'être le
+souhait des hommes, ses amants en ont horreur: ceux qui la recherchaient
+auparavant la haïssent.»
+
+Tout le monde connaît la réponse ingénieuse et maligne de Voltaire à une
+dame qui présumait trop de sa gorge. Deguerle, auteur de l'_Eloge des
+perruques_, l'a mise en vers. La voici:
+
+ Dans certain cercle assez galant,
+ Certaine dame fort coquette,
+ Allait chantant
+ Papillonnant
+ En débitant
+ Mainte sornette.
+ L'espiègle, comme une autre, avait été jeunette
+ Un demi-siècle auparavant.
+ Vieille, laide et coquette! autant
+ Vaudroit, ma foi, singe en cornette.
+ Un gros chanoine, aux yeux dévots,
+ Du vénérable sein de la Vénus antique,
+ Lorgnoit en tapinois les vieux débris jumeaux,
+ Qu'agitait avec art maint soupir méthodique,
+ Sous la gaze trop véridique.
+ --Fripon, dit l'éternelle, où vont donc vos regards?
+ Ces petits coquins-ci feront damner votre âme
+ Voltaire l'entendit:--Petits coquins, madame
+ Dites plutôt de grands pendards.
+
+La voici autrement:
+
+
+LA MÉTAMORPHOSE.
+
+ Gertrude à vingt ans fut jolie:
+ Elle avoit deux petits tettons
+ Qu'Ariste aimoit à la folie
+ Et nommoit ses petits frippons.
+ Ariste fit un long voyage,
+ Et revint après vingt-cinq ans.
+ Je laisse à penser quel ravage
+ Chez Gertrude avoit fait le temps.
+ Sur les frippons, par habitude,
+ Ariste jeta ses regards:
+ --Ah! mes petits frippons, Gertrude,
+ Sont devenus de grands pendards.
+
+Après avoir parlé des femmes qui ont une laide gorge, il est à propos de
+parler de celles qui n'en ont pas du tout. Un renard pris au piège, au
+moment où il se propose de croquer une poule, un créancier qui se repaît
+avec volupté de l'espérance de faire saisir les meubles d'un malheureux
+débiteur et trouve la maison vide, éprouvent moins d'humeur et de
+surprise qu'un galant qui, après mille efforts pour découvrir et dévorer
+de son oeil furtif une belle gorge, n'en trouve que la place.
+
+Le citoyen Mercier de Compiègne, auteur de la traduction du
+_Vendangeur_, de _Rosalie et Gerblois_, de _Gérard de Velsen_, etc.,
+raconte ainsi dans un volume de ses _Soirées de l'Automne_, la
+vengeance d'un galant, qui avait éprouvé un pareil échec:
+
+
+LE FICHU MENTEUR.
+
+CONTE.
+
+ Près d'une ci-devant beauté,
+ Dorval fatiguant sa visière,
+ Cherchoit si le double hémisphère
+ Apparoîtrait à son oeil enchanté.
+ Vains efforts! la recherche avide
+ Que trompe un gros fichu menteur,
+ N'offre à ses regards que du vide
+ Dont enrage l'observateur.
+ Bref, il n'étoit resté le moindre atôme
+ A la dame de ses appas.
+ Pour se venger, que fait notre homme?
+ Où fut logé ce qu'il ne trouve pas,
+ Adroitement une carte est glissée;
+ De l'action la dame embarrassée
+ Lui dit: Dorval, que faites vous?...
+ --Ah! de grâce, point de courroux!
+ Il ne faut pas que ceci vous étonne,
+ Je voulois voir un mien ami,
+ Mais, hélas! n'y trouvant personne,
+ Ainsi que l'usage l'ordonne,
+ Je laisse ma carte chez lui.»
+
+[Illustration]
+
+[Illustration]
+
+
+
+
+CHAPITRE VI.
+
+DES CONTRÉES OÙ LES FEMMES SONT LE MIEUX PARTAGÉES DE TÉTONS.
+
+
+C'est ici qu'il nous faudrait les talents de Tavernier, de Paul Lucas,
+de Levaillant, de Christophe Colomb, de Bougainville et de Pallas, il
+faudrait avoir vu tous les pays du monde pour décider quels sont ceux
+pour lesquels les tétons viennent le mieux, et je n'ai voyagé qu'en
+Suisse et en Allemagne. J'ai vu à Neufchatel et à Berne les tétons les
+plus jolis que l'on puisse voir, très-bien apprivoisés, et qui, dans le
+tête-à-tête, ne se refusaient jamais à l'hommage que les mains voulaient
+leur rendre.
+
+Le Corrége, l'Albane, le Titien, prirent le type des beautés qu'ils
+peignirent, dans les Italiennes de leur temps. Rome et son territoire
+en offrent encore d'éclatants exemples; et, à l'âge du retour, les
+Romaines ont de superbes épaules. Mais c'est en Sicile et en Toscane, à
+Florence et à Sienne, même à Venise, que naissent les plus séduisantes
+beautés de l'Italie; car, dans la Lombardie et le voisinage des Alpes,
+les formes plus volumineuses et plus massives, sont bien moins
+enchanteresses. Les belles Françaises vivent surtout vers Avignon,
+Marseille, et dans l'ancienne Provence, peuplée jadis par une colonie
+grecque de Phocéens. Plus au nord, le sang des Cauchoises, des Picardes
+et des Belges est plus beau, et la peau est d'une blancheur plus
+éclatante, mais il y a certainement moins de finesse dans les contours
+et de délicatesse dans les formes. A Paris, l'on rencontre en général
+moins de beautés que de grâces dans la démarche et toutes les manières.
+Les Marseillaises et la plupart des Languedociennes ont aussi moins de
+gorge que les Normandes, les Belges, les Suissesses. Les plus grandes
+beautés de l'Espagne sont dans l'Andalousie et à Cadix: on les dit
+très-exigeantes en plus d'un genre, capricieuses, et pourtant
+très-constantes dans leur attachement; elles concilient le dérèglement
+des moeurs avec l'observance la plus scrupuleuse des devoirs religieux.
+La ville de Guimanarez et ses environs sont peuplés des plus charmantes
+Portugaises, la plupart courtes et vives, qui présentent en général
+beaucoup de gorge, tandis que les Castillanes n'en ont presque pas.
+Toutes ont ces beaux yeux noirs, cette taille svelte et souple, ce teint
+pâle, cet air sérieux, dédaigneux même, qui peuvent enflammer les
+grandes passions, et rebuter les hommages frivoles et vulgaires.
+
+On connaît le teint éblouissant, les traits expressifs, la physionomie
+fine et touchante des Anglaises; plusieurs ont la gorge et l'élégant
+corsage des Normandes; elles sont presque toutes blondes, quelquefois
+même rousses. En Écosse, leur teint devient d'un blanc fade comme aux
+Hollandaises: mais celles-ci montrent souvent de l'embonpoint, beaucoup
+de gorge, une carnation pâle et molle. De toutes les Allemandes, les
+Saxonnes emportent le prix de la beauté; on ne rencontre peut-être pas
+un laid visage dans le territoire d'Hildesheim; le teint charmant de
+tous les habitants fait dire en proverbe que les femmes y croissent
+comme les fleurs. Quoique les Autrichiennes ne soient pas laides, les
+Hongroises paraissent généralement plus belles; mais, dans toutes les
+nations germaniques, elles pèchent souvent par un excès d'embonpoint.
+
+A Gratz, en Styrie, une infinité de femmes et de demoiselles ont des
+amants et en changent publiquement sans qu'on y trouve à redire;
+cependant elles sont très-dévotes. Les femmes y ont un beau teint blanc,
+de gros tétons, mais un peu trop massifs.
+
+Plus au nord, les Polonaises méritent d'être remarquées. Elles ont la
+blancheur mais aussi, dit-on, la froideur de la neige. Les femmes
+russes sont, au contraire, fort amoureuses, mais l'abus des bains de
+vapeur, ou plutôt l'atmosphère chaude où elles vivent, rend bientôt mous
+et flasques tous leurs appas; sous leurs chaudes pelisses elles couvent
+d'ardentes passions, aussi les accuse-t-on de préférer toujours en amour
+le physique au moral.
+
+Les Albanaises sont plus agréables que les Morlaques; celles-ci portent
+une peau tannée, de longues mamelles pendantes, avec un mamelon noir.
+
+On trouve à Dresde, à Leipsik, à Halle, de simples grisettes dont les
+tétons blancs, rebondis et bien taillés, seraient capables d'orner le
+sein des reines du monde; la Saxe est surtout le climat où ces
+dariolettes sont de la meilleure qualité. Il paraît que le sexe de la
+Souabe est aussi abondamment pourvu de ces attraits, si l'on en doit
+croire l'apologie qu'a faite d'eux certain étudiant de l'université de
+Tubingue, et que l'on a trouvée écrite à la tête de son _Corpus juris
+civilis_:
+
+ _Hæc Tubingiacis dos est perpulchra puellis,
+ Ubera magna, pudor tenuis, vulvæque patentes,
+ Res angusta domi, foris ampla, et splendida dixi._
+
+Si nous en croyons la comtesse d'Aulnoy, les Espagnoles n'ont point de
+gorge et n'en veulent point avoir; voici comme elle en parle: «C'est une
+beauté pour les dames espagnoles de n'avoir point de gorge, et elles
+prennent de bonne heure des précautions pour l'empêcher de venir.
+Lorsque le sein commence à paraître, elles mettent dessus de petites
+plaques de plomb, et se bandent comme les enfants que l'on emmaillote.
+Il est vrai qu'il s'en faut peu qu'elles n'ayent la gorge aussi unie
+qu'une feuille de papier, à la réserve des trous que la maigreur y
+creuse, et ils sont toujours en grand nombre.»
+
+Plaignons l'aveuglement de ces Espagnoles qui outragent la nature, en
+refusant des bienfaits dont elle est si avare; plaignons aussi ces
+Françaises que la manie de revêtir les habits d'homme porte tous les
+jours à détruire ce chef-d'oeuvre si gracieux et si attrayant de leur
+sexe; le délire de cette espèce d'hermaphrodites me fait pitié et
+m'irrite. Vite, éloignons cette idée affligeante en admirant les beaux
+tétons de l'Angleterre. Tous les connaisseurs qui ont voyagé dans cette
+partie de l'Europe s'accordent à dire que la Grande-Bretagne est la mère
+nourrice des beaux tétons. Voilà ce que Le Pays écrivait de Londres à un
+de ses amis:
+
+«Ce que nous avons vu de plus qu'à Paris, ç'a été un grand nombre de
+fort belles femmes, qui sont toutes copieusement partagées de tétons.
+Comme c'est une marchandise qui est ici à grand marché, et assez
+précieuse en France, nous avions résolu d'en acheter un bon nombre, et
+de vous les envoyer tous dans une barque, attachés deux à deux avec du
+ruban couleur de feu, qui est ici, comme vous savez très-beau et en
+très-grande abondance. Nous étions persuadés que cette marchandise vous
+plairait, et que vous seriez bien aise d'en fournir à quantité de vos
+amies, qui en ont bon besoin, et qui les achèteraient volontiers. Mais
+comme les commis des Traites foraines ne laissent rien passer sans le
+visiter, nous avons changé de dessein, sachant fort bien que c'est une
+marchandise qui se gâte, pour peu qu'on la visite, et qu'ainsi elle
+auroit bientôt perdu toute sa beauté et tout son éclat quand elle seroit
+entre vos mains.»
+
+Dans une autre lettre qu'il écrit de la même ville à une dame, il lui
+donne cette commission:
+
+«Dites à Mme de la L. G. que si elle étoit en Angleterre, elle ne seroit
+pas la reine des tétons, comme elle l'est à..., puisque les dames de ce
+royaume en ont qui ne cèdent point aux siens. La différence qu'il y a,
+c'est qu'on patine les tétons d'Angleterre dès la première connoissance,
+et sans grande cérémonie; que pour elle, elle ne laisse pas seulement
+voir les siens après six mois de soins et de services.»
+
+Pavillon, dans un endroit de sa lettre à Mme Pelissari, sur le voyage de
+sa fille en Angleterre, dit:
+
+«Le défunt pays de Cocagne, de très-heureuse mémoire, ne valoit guère
+mieux que celui-ci.
+
+ Le Prince[11] qu'en sa cour peu de monde environne,
+ Peut être aisément abordé:
+ Il n'est presque jamais gardé
+ Que par le seul respect qu'on porte à sa personne.
+ On le voit aussitôt qu'on vous a présenté.
+ Malgré l'éclat de la couronne,
+ Celui que sa grandeur étonne,
+ Est rassuré par sa bonté.
+ Ses sujets sont dans l'opulence.
+ Ses champs produisent à souhait,
+ Et vous ne sentez sa puissance
+ Que par les biens qu'elle vous fait.
+ La terre sans impôts et le ciel sans colère
+ Nous laissent en repos jouir de notre bien.
+ Le Roi ne lève presque rien,
+ Et Jupiter n'y tonne guère.
+ Tout votre sexe à cheveux blonds,
+ À teint de lys, à beau corsage,
+ Magnifique en habits, en train, en équipage,
+ Fait marcher devant son visage
+ Une infinité de tétons.
+
+[Note 11: C'est Charles II, prince aussi salace, aussi voluptueux
+que nos Henri III, Charles VII, Henri IV et François Ier. Le C. Mercier,
+auteur de l'An 2440, et de tant de drames, a fait sur ce prince un drame
+intitulé: _Charles II dans un certain lieu_. Il n'a point avoué cette
+production, mais nous assurons qu'elle est de lui. Un nommé _Brémont_ a
+fait l'histoire scandaleuse des amours de ce roi avec Miladi
+Castelmaine, duchesse de Keweland et la femme de Milord Canduche, dans
+un petit roman allégorique intitulé _Hattigé, ou les amours du roi de
+Tamaran_, Cologne 1676. 1 vol. in-16 de 120 pages. Le duc de Buckingham
+joue un beau rôle dans cette chronique scandaleuse.]
+
+Il dit encore dans un autre endroit de la même lettre:
+
+«Nous mènerons au premier jour votre fille à Windsor; c'est un lieu
+charmant où le bon roi Stuart tient maintenant cour plénière. Elle
+prétend lui demander un don, qui est la réformation des tétons dans
+toute l'étendue de son royaume, suivant le modèle qu'elle lui en
+présentera elle-même. Vous saurez, madame, qu'en tous ces quartiers, la
+plupart des tétons, sous prétexte qu'ils sont blancs comme neige, n'ont
+point honte d'aller tout nuds dans les rues, et qui plus est, de se
+baiser hardiment à la vue de tout le monde, sans crainte de Dieu et des
+hommes. Les gens du pays pensent que cette réforme sera facile à
+établir, parce que les tétons de ce territoire étant de leur nature fort
+dociles, on peut aisément les réduire à en faire tout ce qu'on voudra.»
+
+Avant de finir, je dois encore dire que j'ai vu dans des couvents toutes
+sortes de beaux tétons; il est vrai que ce n'est que la figure et non la
+forme. J'y ai trouvé des tétons naissants et des tétons formés, où rien
+ne manquait que la permission de les voir à découvert et de sentir s'ils
+étaient durs. Peindrai-je ces touffes de lys et de roses mollement
+comprimées par la guimpe, ces sphères de neige qui croissaient à l'ombre
+des autels, et qui ne pouvaient être accessibles qu'aux doigts sacrés du
+pater et du directeur, ou d'un jardinier discret et charmant? Comme je
+ne produirais rien de neuf et de piquant dans ces descriptions d'objets
+que j'ai toujours aimés, et que j'ai très-rarement vus, tels que ma
+muse les voudrait peindre, je crois plus sage de renvoyer mon lecteur,
+pour qu'il n'y perde rien, aux friandes peintures qu'en ont faites
+Voltaire, dans sa _Pucelle_, Piron, Dorat, et autres poëtes érotiques
+modernes, et je me borne à dire: vive un sein de couvent!...
+
+Ceci me remet dans l'esprit un sonnet pour une belle personne, à qui les
+tétons étaient venus depuis qu'elle était religieuse.
+
+ Ci gisent les tétons de la jeune Sylvie,
+ Pitoïable passant, admire et plains leur sort.
+ Ils n'avoient pas du ciel encor reçu la vie,
+ Qu'on les avoit déjà destinez à la mort.
+
+ On ne consulta point leur naturelle envie:
+ Leur courroux fait bien voir qu'on leur a fait grand tort,
+ Puisqu'on les voit s'enfler contre la tyrannie
+ Qui les mit au tombeau par un barbare effort.
+
+ Mais ce qui te fera plaindre leur aventure,
+ C'est qu'on les tient vivants dans cette sépulture,
+ Comme étant convaincus d'un horrible forfait.
+
+ Tout leur crime pourtant n'est que d'avoir sçu plaire;
+ Peur moi, ne voyant pas quel mal ils avoient fait,
+ Je crois qu'on les punit de ceux qu'ils pouvoient faire.
+
+Si des Européennes nous passons aux femmes de la race, où plutôt de
+l'espèce nègre, nous leur trouverons généralement une disposition
+extrême à la lasciveté et même une conformation particulière dans les
+organes sexuels. Comme cette espèce d'hommes est moins propre au
+développement des facultés intellectuelles, elle est aussi plus disposée
+aux fonctions purement animales, et la plupart des nègres sont _bene
+mutonati_. Les négresses paraissent conformées dans la même proportion,
+de sorte que les européens les trouvent fort larges. Toutes ont, comme
+on sait, une gorge très-volumineuse, et bientôt molle et pendante, même
+dans les climats où l'on ne peut pas en accuser la chaleur
+atmosphérique, comme au nord des États-Unis; mais ce qui surtout les
+distingue de la race blanche, c'est le prolongement naturel des nymphes,
+et quelquefois du clitoris, bien moins commun chez les femmes blanches
+que chez les négresses.
+
+Les femmes cafres, les mieux constituées de toutes les négresses, et les
+plus fortes, ont un caractère plus ardent et plus viril; les négresses
+joloffes et mandingues, sans être aussi bien formées, et avec un sein
+plus tombant, une transpiration d'odeur porracée, paraissent cependant
+encore agréables dans leur première jeunesse. Leur peau est douce et
+soyeuse comme le satin. Mais elles déploient une lubricité et des
+passions inouïes dans nos climats; elles semblent porter dans leur sein
+enflammé tous les feux de l'Afrique. Pour exciter davantage l'ardeur de
+l'homme, les Égyptiennes coptes se frottent les parties sexuelles de
+parfums stimulants, comme d'ambre, de civette et de musc. Aussi, un
+proverbe des Turcs dit: Prends une blanche pour les yeux; mais pour le
+plaisir, prends une Égyptienne, ou une négresse.
+
+On convient cependant que les négresses sont excellentes mères; la
+plupart ont beaucoup de lait; les mamelles des Égyptiennes étaient
+renommées par leur volume extrême dès le temps de Juvénal:
+
+ _In Meroe crasso majorem infante papillam._
+
+A la Nouvelle-Hollande, la parure d'une belle Malaie consiste toute en
+sa peau, étrangement bariolée de piqûres de diverses couleurs, et c'est
+ce qu'on appelle _tatouage_; toutes ont soin d'assouplir leur peau par
+le bain et par l'huile de coco; elles se vêtissent de tissus de
+feuillage ou d'écorces légères qui ne dérobent point la vue de leurs
+charmes secrets. Elles n'ont pas toujours la gorge pendante des
+négresses; elle est même assez petite dans les premiers temps de la
+puberté.
+
+Ne pensons pas que les négresses soient toujours dépourvues de beauté;
+elles ont aussi leur prix. On en a vu de fort jeunes, ayant un nez droit
+et presque aquilin, et avec une figure qui, si nous en exceptons la
+couleur, n'aurait pas déparé une Européenne: on n'y remarquait point
+cette vilaine moue des Éthiopiens; l'avancement des joues y était
+presque insensible, et le sein, parfaitement placé, n'y était pas
+flasque et pendant, mais d'une agréable rotondité. Considérons ces
+lèvres d'un rouge éclatant de corail sur un fond d'ébène soyeux, cette
+petite bouche, qui ressemble à un bouton vermeil et frais de rose, posé
+sur du velours noir; contemplons cette double rangée de perles
+brillantes, ces grands et beaux yeux pleins de feu; admirons la douce
+aménité du visage, cette suavité des formes, cette voluptueuse
+flexibilité, ce balancement, cette souplesse dégagée de tous les
+mouvements, bien plus sensible dans les négresses que dans les
+Européennes; et s'il m'était permis de peindre tant d'autres attraits
+qui ne sont ordinairement couverts, dans ces esclaves infortunées, que
+du voile de la simple innocence, à combien de femmes laides, quoique
+blanches, paraîtraient-elles préférables pour des yeux non prévenus!
+
+[Illustration]
+
+[Illustration]
+
+
+
+
+CHAPITRE VII.
+
+DE L'ÉLOQUENCE DES TÉTONS.
+
+
+Il y a eu deux Phryné, outre celle qui est célèbre par la statue d'or
+massif qu'elle donna au temple de Jupiter, avec cette inscription: _De
+l'intempérance des Grecs_; et les murailles de Thèbes qu'elle avait
+rebâties. Il ne faut pas confondre cette illustre courtisane grecque
+avec une autre Phryné que l'on avait surnommée ainsi d'un mot grec, qui
+signifie _crible_, parce qu'elle criblait et ruinait ses amants, sans en
+être plus riche; comme font presque toutes celles que nous voyons
+aujourd'hui briller sur les mille et un théâtres de notre luxurieuse
+capitale.
+
+Une troisième (celle dont je veux parler), fut accusée d'impiété par les
+Athéniens, et traduite devant l'aréopage, pour subir la peine capitale
+que méritait ce crime. Les juges, impassibles comme la loi, admiraient
+sans en être émus, les grâces les plus attrayantes, la toilette la plus
+voluptueusement raffinée, des yeux qui avaient fait tomber aux pieds de
+la nymphe les personnages les plus distingués, les philosophes, les
+sages et les chefs de la République. L'auditoire était nombreux. La
+pitié, le tendre intérêt se peignait sur tous les visages, et rien ne
+pouvait soustraire la courtisane au supplice; la déposition des nombreux
+témoins ne laissait plus d'espoir, le crime était avéré, les juges
+allaient, en gémissant tout bas, prononcer la redoutable sentence;
+l'avocat de l'accusée avait épuisé toutes les ressources de l'art
+oratoire, mais toute son éloquence était perdue. Tout à coup une idée
+lumineuse et hardie, produite par la tentative la plus désespérée,
+exalte sa tête, et lui fournit un moyen de gagner sa cause. Il découvre
+brusquement le sein de sa belle cliente, et ce spectacle inattendu a
+produit dans toute l'assemblée une espèce de délire; on croit voir Vénus
+elle-même, qui sous les traits d'une mortelle, a quitté Chypre et
+Amathonte, pour recueillir l'hommage des Grecs, et demander la grâce de
+l'accusée. La gravité des juges cède au charme vainqueur de
+l'étonnement, du plaisir et de l'admiration. La bouche ne trouve pas
+d'expression pour rendre le sentiment, mais le silence et l'avidité des
+regards, un cri général d'intérêt et de compassion, tout complète le
+triomphe de Phryné. Elle était suppliante, éplorée, courbée sous le
+poids de l'improbation: un sein paraît, la chance tourne, elle commande
+en souveraine, elle asservit tout ce qui porte les yeux sur elle: «Eh
+bien, ajoute le défenseur, profitant du succès de son stratagème, si
+elle est coupable, qui de vous, Athéniens, osera condamner à la mort ce
+que la nature a formé de plus beau? Osez regarder celle dont vous voulez
+verser le sang, et si vous le pouvez, oubliez que vous êtes hommes.» Il
+dit, et l'Aréopage, quittant son auguste caractère, a repris unanimement
+les sentiments d'humanité. Phryné est déclarée innocente, et portée chez
+elle en triomphe.
+
+Cette manière de justifier n'est pas encore abolie, dit à ce sujet le
+galant Saint-Evremont; il y a bien de belles femmes, coupables quand on
+ne les voit pas, qui deviennent innocentes aussitôt, quand on les voit.
+Souvent même, les juges punissent les femmes pour un certain crime
+qu'ils voudraient bien avoir commis avec elles.
+
+Ceux de mes lecteurs qui aiment la poésie, liront avec plaisir cette
+même anecdote, racontée avec plus de grâce par le citoyen Deguerle, déjà
+cité.
+
+
+PHRYNÉ DEVANT L'ARÉOPAGE.
+
+ Phryné plaidoit devant l'Aréopage;
+ Si l'on en croit plus d'un docte écrivain[12].
+ Grave parut le cas en arbitrage:
+ Il s'agissait du service divin.
+ «Quoi! de Vesta (criait un peuple nain)
+ Oser railler l'immortel pucelage!
+ Et des époux rire au nez de Vulcain!
+ Au feu, l'impie! au feu! de par Jupin.»
+ La gent dévote au sénat faisait rage:
+ La belle Grecque y perdit son latin.
+
+ Vous connaissez ces deux formes jumelles
+ Qu'en demi-globe, à l'ombre de ses ailes,
+ L'Amour assied sur un trône pareil:
+ Pommes de neige où couvent étincelles:
+ La gaze y voit, loin de l'oeil du soleil,
+ Poindre à quinze ans la fraise au teint vermeil.
+ Froide raison, à genoux devant elles!
+ Que de procès, en maint sage conseil,
+ N'ont point gagné ces avocats femelles?
+ Si plaideuse onc en connut le talent,
+ C'était la nôtre. Or ça (dit la rusée,
+ Quand elle vit sa rhétorique usée):
+ «Mettons en jeu mon dernier argument.»
+ Et la voilà qui garde un long silence....
+ Puis on la voit et sourire et rougir;
+ Couleur de rose! équivoque nuance!
+ Peins-tu la honte, ou peins-tu le plaisir?
+ Sa main distraite a dérangé la gaze
+ Où se cachaient les lys d'un cou charmant.
+ Grâce au hasard d'un second mouvement,
+ L'aiguille d'or a glissé de sa base:
+ Adieu le voile au tissu transparent,
+ Fardeau léger dont se charge le vent!
+ Que d'attraits nuds! un feu subit embrase
+ Et spectateurs et sénat en extase.
+ Que ne dit pas à l'oeil qui s'y connaît,
+ D'un joli sein le langage muet?
+ Bavards diserts, gens à brillante emphase,
+ Vous n'avez point le charme de sa phrase!
+ Pour une pomme on vit Pergame en feu;
+ Au Paradis, Eve pour une pomme
+ Sonna l'alarme entre le diable et Dieu.
+ Grâce à Phryné, nos Rhadamante, en somme,
+ Pour une seule en apercevaient deux.
+ Bien qu'on soit juge, on n'en est pas moins homme;
+ Et c'est pour voir, enfin, qu'on a des yeux.
+ Bref: en dépit et de Vesta la vierge,
+ Et du bon prêtre, et du pauvre Vulcain,
+ Phryné dicta le véto du scrutin.
+ Brûlé ne fut, pour cette fois qu'un cierge:
+ Cierge en l'honneur du bienheureux _trio_
+ Mis hors de cour au milieu des _bravo_.
+ Gens timorés diront: «L'Aréopage
+ En ce jour-là fit nargue à l'équité.»
+ Mais qui de nous aurait été plus sage?
+ Il oublia les dieux pour leur image:
+ Est-on de marbre auprès de la beauté?
+
+ Or maintenant, gentes Parisiennes,
+ A l'oeil coquet, au teint frais et fleuri:
+ Galant essaim, amour d'une autre Athènes,
+ Mais qui jamais de Vesta n'avez ri:
+ Venez à moi! venez, vierges pudiques,
+ Douces mamans, et vous femmes uniques,
+ Honneur d'un père, ou trésor d'un mari!
+ Je veux juger vos fredaines honnêtes....
+ Quels bras mignons! Quel sein!... Pour m'émouvoir,
+ Chastes Vénus, restez comme vous êtes:
+ Pas n'est besoin de jeter le mouchoir.
+
+[Note 12: Quintilien, Aristote, etc.]
+
+La gorge de Phryné a sans donte servi de modèle au charmant poëte latin,
+Jérôme Amalthée, dans les vers suivants. L'on ne peut rien ajouter à la
+délicatesse de cette petite pièce:
+
+ _Fert nitido duo poma sinu formosa Lycoris
+ Illa eadem nitido fert duo fraga sinu.
+ Sunt mammæ duo poma; duo sunt fraga papillæ:
+ Poma nives vincunt, fraga colore rosas.
+ Hæc amor exugens: valant, ait, ubera matris!
+ Dulcius his manat nectar ab uberibus._
+
+La réponse suivante, remplie d'innocence et de naïveté, prouve que les
+femmes connaissent dès leur plus bas âge, tout le pouvoir de leurs
+attraits naissants, et que la nature sage et prévoyante a mis en elles
+un instinct infaillible pour juger de leurs effets. Or, ces effets n'ont
+lieu que quand leur gorge est à moitié ou tout à fait découverte: nous
+n'apprendrons jamais aux femmes à tirer parti de leurs charmes.
+
+ Agnès, d'un oeil content, voyait déjà paroître
+ Ses jeunes et tendres appas;
+ Quinze printemps l'avaient vu croître,
+ Et son coeur soupirait pour le jeune Lycas.
+ Un jour, à sa maman austère,
+ Agnès parut, le sein à demi-nu,
+ Pourquoi n'avoir point de fichu?
+ Lui dit-elle d'un ton sévère.
+ Agnès répond, en soupirant tout bas,
+ De beaux habits pour moi, vous êtes trop avare,
+ Et si je cache mes appas,
+ Avec quoi voulez-vous, maman, que je me pare?
+
+Anacréon dit que pour être beau, le sein ne doit pas être plus gros que
+deux oeufs de tourterelle; le citoyen Mercier (de Compiègne) t. III des
+_Soirées d'Automne_, p. 100, nous donne un tableau gracieux d'une gorge
+de cette espèce, dans le conte suivant, intitule: _la Fraise et l'Oeuf_:
+
+ De fraises fraîchement cueillies,
+ Hélène portait un panier;
+ La rosée y faisait briller
+ Mille perles des plus jolies.
+ Hélène, encore à ses quinze ans,
+ Autant que ses fruits pouvait plaire
+ Aux connaisseurs les plus friands;
+ Par-ci, par-là, notre laitière
+ Avait rangé de très-gros oeufs,
+ Frais pondus, blancs comme batiste,
+ Et dont l'éclat, sur le fruit amétiste,
+ Formait un tout harmonieux.
+ Pour plaire à l'engageante Hélène,
+ Qui les offrait d'un air si gracieux,
+ En la lorgnant, de sa corbeille pleine,
+ Au hasard je tire un d'entre eux
+ Que cinq doigts entouraient à peine,
+ Que vois-je! Effet délicieux!
+ Sur le gros bout une fraise écrasée,
+ Et là, par le hasard placée,
+ Sur l'aréole carminée
+ Forma ce bouton radieux
+ D'où distille l'humeur lactée,
+ Imprégné de l'onde sucrée.
+ L'ensemble enfin rendait au mieux
+ Un sein naissant, digne des dieux.
+ Je contemplais, avec avidité,
+ Cette image simple et fidèle
+ Des sources de la volupté;
+ Et voulant mettre en parallèle
+ L'image et la réalité,
+ Près des tétons dévoilés de la belle,
+ Qui se prêtait, en riant, à ce jeu,
+ L'oeuf fut placé; mais si la pastourelle
+ Y gagna, ce fut de bien peu.
+
+
+L'ORIGINE DU PETIT BOUT DES TÉTONS.
+
+ Au temps passé n'avoit, à ce qu'on dit,
+ Femme au tetin ce rouge boutonnet,
+ Et Priapus qui étoit en crédit,
+ Oreilles eut sous son petit bonnet;
+ Mais quelque dieu les lui coupa tout net,
+ Puis en forma la retonne gentille
+ Que fait aller mainte superbe fille,
+ Sentant qu'elle a du mâle la dépouille.
+ Et de là vient que tous les coups que fouille
+ Au sein de son amie un amoureux ardent,
+ Ce bon galant frémit incontinent
+ De grands plaisirs, et s'étend à merveilles,
+ Comme disant: je prendrai mes oreilles.
+
+GRÉCOURT.
+
+Voltaire, dans _Zadig_, nous donne un exemple charmant de l'éloquence
+des tétons.
+
+La jeune veuve Almona, sauvée du bûcher par Zadig, lui en avait voué
+beaucoup de reconnaissance. Zadig, accusé de crimes imaginaires par des
+ministres jaloux de son influence, fut jugé et condamné à son tour à
+être brûlé à petit feu. Almona résolut de le tirer de là. Elle roula son
+dessein dans sa tête, sans en parler à personne. Zadig devait être
+exécuté le lendemain; elle n'avait que la nuit pour le sauver: voici
+comme elle s'y pris, en femme charitable et prudente.
+
+Elle se parfuma; elle releva sa beauté par l'ajustement le plus riche et
+le plus galant, et alla demander une audience secrète au chef des
+prêtres des étoiles. Quand elle fut devant ce vieillard vénérable, elle
+lui parla en ces termes: «Fils aîné de la Grande-Ourse, frère du
+Taureau, cousin du Grand-Chien (c'étaient les titres de ce pontife), je
+viens vous confier mes scrupules. J'ai bien peur d'avoir commis un péché
+énorme, en ne me brûlant pas dans le bûcher de mon cher mari. En effet,
+qu'avais-je à conserver, une chair périssable, et qui est déjà toute
+flétrie.» En disant ces paroles, elle tira de ses longues manches de
+soie, ses bras nus d'une forme admirable et d'une blancheur
+éblouissante. «Vous voyez, dit-elle, le peu que cela vaut.» Le pontife
+trouva dans son coeur que cela valait beaucoup. Ses yeux le dirent, et
+sa bouche le confirma; il jura qu'il n'avait vu de sa vie de si beaux
+bras. «Hélas! lui dit la veuve, les bras peuvent être un peu moins mal
+que le reste; mais vous m'avouerez que la gorge n'était pas digne de mes
+attentions.» Alors elle laissa voir le sein le plus charmant que la
+nature eût jamais formé. Un bouton de rose sur une pomme d'ivoire n'eût
+paru auprès que de la garance sur du buis, et les agneaux sortant du
+lavoir auraient semblé d'un jaune brun. Cette gorge, ces grands yeux
+noirs qui languissaient en brillant doucement d'un feu tendre, ces joues
+animées de la plus belle pourpre, mêlée au blanc de lait le plus pur, ce
+nez, qui n'était pas comme la tour du mont Liban, ces lèvres, qui
+étaient comme deux bordures de corail renfermant les plus belles perles
+de la mer d'Arabie, tout cela ensemble fit croire au vieillard qu'il
+avait vingt ans. Il fit, en bégayant, une déclaration tendre. Almona, le
+voyant enflammé, lui demanda la grâce de Zadig.
+
+«Hélas! dit-il, ma belle dame, quand je vous accorderais sa grâce, mon
+indulgence ne servirait de rien, il faut qu'elle soit signée de trois
+autres de mes confrères.--Signez toujours, dit Almona.--Volontiers, dit
+le prêtre, à condition que vos faveurs seront le prix de ma
+facilité.--Vous me faites trop d'honneur, dit Almona, ayez seulement
+pour agréable de venir dans ma chambre après que le soleil sera couché,
+et dès que la brillante étoile _Sheat_ sera sur l'horizon; vous me
+trouverez sur un sofa couleur de rose, et vous en userez comme vous
+pourrez avec votre servante.»
+
+Elle sortit alors, emportant avec elle la signature, et laissa le
+vieillard plein d'amour et de défiance de ses forces. Il employa le
+reste du jour à se baigner; il but une liqueur composée, de la cannelle
+de Ceylan, et des précieuses épices de Tidor et de Ternate, et attendit
+avec impatience que l'étoile _Sheat_ vint à paraître.
+
+Cependant, la belle Almona alla trouver le second pontife. Celui-ci
+l'assura que le soleil, la lune et tous les feux du firmament n'étaient
+que des feux follets, en comparaison de ses charmes. Elle lui demanda la
+même grâce, et on lui proposa d'en donner le prix. Elle se laissa
+vaincre, et donna rendez-vous au second pontife au lever de l'étoile
+_Algenib_. De là, elle passa chez le troisième et chez le quatrième
+prêtre, prenant toujours une signature, et donnant un rendez-vous
+d'étoile en étoile. Alors elle fit avertir les juges de venir chez elle
+pour une affaire importante. Ils s'y rendirent: elle leur montra les
+quatre noms, et leur dit à quel prix les prêtres avaient vendu la grâce
+de Zadig. Chacun d'eux arriva à l'heure prescrite; chacun fut bien
+étonné d'y trouver ses confrères, et plus encore d'y trouver les juges
+devant qui leur honte fut manifestée. Zadig fut sauvé.
+
+Voltaire, _Zadig_.
+
+[Illustration]
+
+[Illustration]
+
+
+
+
+CHAPITRE VIII.
+
+MOYEN DE CONSERVER LA GORGE.
+
+
+Voici, sexe charmant, le chapitre qui doit faire auprès de toi la
+fortune de cet éloge. Que nous servirait, mesdames, d'avoir chanté la
+plus belle partie de vous-même, si notre art ne vous instruisait encore
+à la conserver dans toute sa fraîcheur.
+
+Plume aimable et facile du chantre badin des _Perruques_[13], viens pour
+un moment sous mes doigts; et que les grâces, en nous lisant, croyent
+encore lire quelques pages du docteur Akerlio.
+
+[Note 13: _Éloge des Perruques_, enrichi de notes plus amples que le
+texte; par le docteur Akerlio (Deguerle). Paris, an VII, 1 vol. in-12.
+
+Cet _Éloge_ badin a trouvé grâce auprès des savants comme auprès des
+dames, malgré les traits malins qu'il s'est permis de décocher contre
+les têtes à perruques de toute espèce. Loué par tous les journaux sans
+en excepter la _Décade_, il n'a pu fléchir le courroux du terrible
+_Victor-Campagne_, dont l'oeil perçant a vu tout seul, dans cet élégant
+badinage, une horrible contre-révolution, Voy. le _Flambeau_, du 18
+floréal an VII.]
+
+Mais déjà mon sujet m'inspire! Or, écoutez, mesdames; j'ai toussé, je
+commence.
+
+La parure est à la beauté ce que l'esprit est au savoir. On ne se plaît
+guère sans un peu de coquetterie; pour retenir dans ses bras son céleste
+époux, Junon même eut besoin un jour de la ceinture de Vénus. Que l'art
+de la toilette soit donc votre première étude; mais anathème éternel à
+ces corps meurtriers, où la taille la plus svelte perd dans sa prison de
+baleine son élégance naturelle! Un simple corset suffit à la
+conservation des formes. Qu'une bande légère, fixée vers la partie
+moyenne de la poitrine, embrasse mollement la région inférieure de
+chaque hémisphère, en soutienne adroitement le poids sur un support
+invisible, et laisse entrevoir à l'oeil éveillé du désir, cette
+mappemonde mobile, sur laquelle l'imagination la plus froide aime à
+voyager quelquefois[14]. Gloire à toi, docte et galant Alphonse[15]! Le
+premier, tu proclamas courageusement la liberté des gorges, leurs
+amants te doivent une statue; et j'ai placé la tienne dans mon boudoir.
+
+[Note 14: Gentil Bernard a dit (_Art d'aimer_, ch. II):
+
+ Qu'un sein trop humble à sa place arrêté
+ Offre un amour de son frère écarté.]
+
+[Note 15: Alphonse Leroi, médecin de la Faculté de Paris, a publié,
+en 1772, de savantes _Recherches sur l'habillement des femmes et des
+enfants_. L'auteur de cet ouvrage utile s'y déchaîne avec une sainte
+colère contre l'usage des _corps baleinés_, dont l'usage était général à
+l'époque où il écrivait, et qu'un caprice de la mode menace de
+ressusciter aujourd'hui.]
+
+Une _douce chaleur_, en dilatant les solides, peut aider au
+développement d'un sein virginal. Une belle gorge aime à braver demi-nue
+l'action d'une température modérée. Mais le froid est son ennemi mortel.
+Qu'elle en évite soigneusement les rigoureuses atteintes; ou bientôt, au
+lieu de cette élastique fermeté qui fait le premier charme d'un sein de
+lys, elle n'offrira plus au doigt délicat de l'amour, qu'une solidité
+squirreuse, éternel écueil des désirs.
+
+Ce sein trop humble n'ose, dites-vous, se montrer au jour. Eh bien!
+connaissez donc les secrets du génie. Le _fluide électrique_ commande à
+la foudre même; il peut, à la voix d'un praticien habile, imprimer aux
+vaisseaux sanguins, une turgescence favorable. Souffrez, mesdames, qu'on
+vous _magnétise_: le docteur Mesmer n'a point d'égal dans l'art de
+donner à certains charmes une expansion délicieuse.
+
+Le malade résiste-t-il à la _verge_ électrique, à la magie du _baquet_;
+la mécanique vient pour vous au secours de la physique. Que dans sa
+double cavité, une officieuse _ventouse_ embrasse, sans les blesser, vos
+deux globes d'albâtre. L'air ainsi raréfié, hâtera sans douleur le
+développement de la gorge rebelle.... C'est peu: un contact indiscret
+vient-il à déformer par accident le bouton de vos roses jumelles?
+retournez, mesdames, à l'heureuse _ventouse_: le bouton ranimé reprendra
+bientôt sa forme et sa fraîcheur.
+
+Belles sans expérience, vous qui pleurez ingénuement à votre quinzième
+année, l'absence du plus doux attrait dont se pare un buste féminin,
+consolez-vous! il n'est point de mal sans remède. Plus d'une prêtresse
+de Vénus tient magasin de _seins postiches_. Vous pouvez avoir à vil
+prix la plus belle gorge du monde, dans une paire de _cartons bombés_.
+
+Et vous, honneur de votre sexe, femmes intéressantes qui voulez unir en
+même temps le plaisir d'être épouses et l'orgueil d'être mères, ne
+craignez rien: à l'aide d'une petite ruse, on est maintenant à la fois
+et _nourrice_ et _jolie_. Déjà l'oeil marital commence-t-il à lire avec
+peine les ravages de l'allaitement sur un mamelon déprimé? voyez la
+_gomme élastique_ se façonner pour vous en chapeau complaisant[16].
+L'aiguille l'a criblé tout exprès de légers tuyaux capillaires, pour
+fournir un libre passage au lait nourricier. Sous la _forme_ couleur de
+rose dont il est hermétiquement couvert, le sein maternel cache ainsi
+sans péril sa passagère laideur; et, par cette innocente imposture, il
+satisfait à la fois la nature et l'amour.
+
+[Note 16: Ce _chapeau_ s'appelle, en termes techniques, _bout de
+sein_.]
+
+De graves professeurs d'_hygiène_ ne voient de salut pour les belles
+gorges, que dans un régime d'anachorète. A les entendre, il n'est pour
+nos Vénus qu'un moyen sûr de conserver leurs charmes: c'est de n'en
+faire aucun usage[17]. Le jeûne, selon eux, est encore une recette
+unique: pour éterniser la beauté, vive (disent-ils) l'art de mourir de
+faim.
+
+[Note 17: Comme si la gorge la plus _respectable_ ressemblait aux
+cantiques de feu Pompignan dont Voltaire a dit quelque part:
+
+ Sacrés ils sont, car personne n'y touche.]
+
+Quant à nous, indulgents casuistes, nous sentons combien la chair est
+fragile. Cette _abstinence_ surnaturelle n'appartient qu'aux purs
+esprits; _de tout un peu_, c'est la devise des corps. Le plus grand des
+philosophes, Épicure, fut par excellence l'apôtre de la volupté, et
+notre rigorisme, mesdames, ne vous défend que l'excès.
+
+Ainsi, bien que l'eau soit, d'après Hippocrate, la boisson conservatrice
+des belles formes, nos ordonnances moins rigides vous permettent l'usage
+modéré des liqueurs[18]. Nous n'aurons pas la cruauté d'interdire aux
+dames le café du matin[19]; mais que le sucre et le lait adroitement
+mélangés, lui servent toujours de correctif. Funeste au système nerveux,
+l'abus du _café à l'eau_ a desséché plus d'un joli sein[20].
+
+[Note 18: Même spiritueuses et fermentées: le _trop_ seul est de
+trop.]
+
+[Note 19: Il y aurait presque autant d'inhumanité à défendre au beau
+sexe le _thé au lait_; ainsi, nous lui en permettons l'usage, d'autant
+plus que l'habitude qui, comme on sait, est une seconde nature, a mis,
+grâce à la mode, presque tous nos estomacs _à l'anglaise_.]
+
+[Note 20: Quelle que soit notre indulgence, nous devons en
+conscience inviter les poitrines délicates à substituer à l'usage du
+_thé_ et du _café_, celui du _chocolat_ ou du _cacao_. Les liqueurs
+proprement dites peuvent être, dans le même cas, remplacées avec succès
+par le vin et la bière; mais le vin doit être _généreux_, et la bière de
+bonne qualité. Parmi les aliments les plus amis de la _gorge_ sont les
+végétaux, les substances _amylacées_, riz, truffes, etc. Les ragoûts
+trop épicés ne sont pas sans périls; ainsi que les acides, ils minent
+l'embonpoint, et produisent enfin la maigreur, hideuse ennemie de la
+beauté.]
+
+Pourquoi faut-il que le plaisir ait aussi ses regrets? Sexe enchanteur!
+quel feu n'allume pas dans nos sens le seul aspect de tes pommes de
+neige. Il nous faudrait mourir, si les flammes dont tu nous consumes ne
+te brûlaient toi-même! Ah! pour le bonheur de l'homme, succombe
+quelquefois aux douces tentations que tu fais naître! mais, pour
+l'honneur de tes charmes, résiste plus souvent encore à l'attrait du
+désir! La fleur des champs que le papillon se plaît à baiser,
+s'effeuille enfin sous l'aile de l'insecte brillant: ainsi la fleur d'un
+beau sein finit par se faner sous les caresses d'un indiscret amour. La
+rose de la volupté ressemble à Titon dans les bras de l'Aurore: chaque
+baiser la vieillit d'un lustre[21], et le bouton du matin, le soir
+n'est plus qu'une épine[22].
+
+[Note 21: En profonds commentateurs, n'oublions pas de dire ici: «Il
+y a lustre et lustre; le lustre vulgaire est de cinq années, celui de la
+rose est de cinq minutes.»]
+
+[Note 22: C'est ce qui fait dire à je ne sais quel poëte, en parlant
+de je ne sais quelle nymphe:
+
+ Lise, à quinze ans, avait un sein superbe;
+ La pauvre Lise, à vingt ans, n'en a plus.
+ Pourquoi, dit-on?--C'est qu'aux chemins battus
+ On ne vit jamais croître l'herbe.]
+
+Vous, dont la fougue égarée poursuit la jouissance au péril de vos
+charmes! ah! du moins, quand vos sens sont calmés, hâtez-vous de réparer
+en secret les outrages du plaisir. Autrefois tributaires du génie
+monacal, la botanique et la chimie opposaient au développement des
+gorges nonnettes le froid _nénuphar_ et le mystique _agnus castus_.
+Libres aujourd'hui, ces deux sciences aiment à préparer de concert
+d'utiles restaurants aux seins débilités. Connaissez l'art des
+_frictions_ réparatrices. Elles entretiennent dans sa fraîcheur le satin
+de la peau; elles rendent aux formes affaissées leur souplesse et leur
+ressort; par elles, les lys disparus sous le feu du baiser, ont retrouvé
+bientôt leur première blancheur. Salut, savante Tolleret[23]! La
+renommée de tes _pommades_ a volé des bords de la Seine aux rives du
+Mississipi. Le sein de la belle Poppée[24] n'eut jadis pour ressource
+que le _bain de lait d'ânesse_; les gorges égyptiennes ne connaissent
+que _l'hermodacte_[25]. Mais ces recettes merveilleuses, les tiennes les
+ont éclipsées. C'est à ta voix que, pour la sécurité d'un sein galant,
+l'olive et l'amande offrent à la fois leur huile adoucissante; que la
+pimprenelle et la rose prodiguent leur essence aromatique; que la
+cannelle et la fleur d'orange s'unissent à la crême en pâtes odorantes,
+et s'étendent en _masque_ officieux[26] sur plus d'un sein décrépit.
+
+[Note 23: Madame Tolleret, célèbre par ses découvertes dans l'art de
+restaurer les gorges, du temps de Mercier.]
+
+[Note 24: Poppée, impératrice romaine, seconde femme de Néron. Sa
+Majesté tigre éventra d'un coup de pied sa royale épouse, sans respect
+pour sa belle gorge.]
+
+[Note 25: L'hermodacte est l'_iris tuberosa_ des botanistes.]
+
+[Note 26: Nous ne parlons point ici par métaphore. La grande
+toilette exige aujourd'hui deux masques; un, comme on sait, sur le
+visage, l'autre sur la poitrine.]
+
+Non, tu n'auras point fait d'ingrates, ô toi, dont le génie tutélaire a
+bien mérité des gorges! Permets que leur chantre, en terminant leur
+éloge, te proclame leur bienfaitrice. Un grain de leur encens t'est dû.
+Puisse ton nom briller désormais en lettres d'or dans les fastes de la
+beauté! Puisse, éternisée par la reconnaissance féminine, ta mémoire ne
+périr qu'avec le dernier téton!
+
+[Illustration]
+
+
+
+
+CHAPITRE IX.
+
+RECETTES VIRGINALES.--MOYENS A EMPLOYER POUR EFFACER LES RIDES ET
+DIMINUER L'AMPLEUR DU VENTRE ET DE LA GORGE ET DE LA FAIRE CROÎTRE A
+CELLES QUI SONT PRIVÉES DE CE BEL ORNEMENT.
+
+
+Quelquefois, après la grossesse, la gorge et le ventre restent flétris
+et plus volumineux. L'art offre ici plusieurs moyens: ils sont ou
+mécaniques, ou thérapeutiques; les premiers consistent dans
+l'application de bandelettes pour le sein, et de larges bandes sur le
+ventre, aussitôt après les couches, avec la précaution de les resserrer
+graduellement, pour laisser à l'organe de la génération les moyens de
+contraction qui lui sont alors nécessaires. L'habit européen est, à cet
+effet, plus favorable aux femmes que la veste asiatique qui, ne
+contenant point les intestins, permet à la texture molle de leurs
+enveloppes, d'acquérir des dimensions énormes. Plus soigneuses de leur
+gorge et de leurs pieds, les Géorgiennes, les Otaïtiennes, les
+Chinoises, les Bayadères captivent leur gorge enfantine dans un étui,
+qu'elle ne peut dépasser[27], et emprisonnent, dès le berceau, dans une
+_babouche_ étroite, leur pied qui ne s'accroît que très-peu. On a
+ridiculisé ce goût fondé cependant sur quelque raison. En effet, une
+main calleuse, un pied plat et long annoncent une basse extraction, une
+vie exercée aux travaux les plus rudes, tandis qu'un pied mignon,
+présage flatteur d'attraits plus cachés, semble être le résultat d'une
+éducation soignée: et ne fît-on que retracer cette fameuse Rhodope, déjà
+citée par nous, dont le joli soulier, emporté par un aigle et tombé à
+Memphis, dans le bain du roi _Psammétique_, fit marcher son petit pied à
+si grands pas vers la fortune, et valut à Rhodope les honneurs du trône;
+on avouera qu'on a quelque droit à placer ce genre d'attrait parmi ceux
+qui exercent sur l'homme un grand empire.
+
+[Note 27: Nous n'avons point en France le bois mobile et léger dont
+se servent, pour cet usage, les Bayadères, mais nous pouvons le
+remplacer avec avantage par la gomme élastique, qui, par sa flexibilité
+et sa légèreté, ne peut froisser ni déformer les contours qu'elle serait
+destinée à faire éclore. On connaît à présent le moyen de dissoudre
+cette gomme ou plutôt ce _gluten_ animal.]
+
+On a vanté la mélisse pilée et appliquée sur la gorge, et l'arbrisseau
+de Vénus, le myrte, s'honore d'offrir aussi un moyen de faire
+disparaître les traces du culte qu'on rendit à la divinité auquel il est
+consacré. En général, les sumacs (_rhus coriaria_), les chênes (_quercus
+ilex_), les épines, les arbousiers et tous les végétaux styptiques
+contiennent un _tannin_ très-propre à cet usage.
+
+Enfin, le médecin des dames[28] dit:
+
+_Si mulierum sinus pudoris sit nimium dilatatus, quod accidit tùm
+propter partus, tùm propter frequentes coïtus, debent mulieres tunc uti
+sequentibus remediis_[29]:
+
+Prenez, dit-il, noix de galle encore vertes, faites-les bouillir dans du
+vin avec quelques clous de girofle, trempez-y un linge et appliquez.
+
+[Note 28: Le Camus, homme grave, érudit, et qui s'honora cependant
+de tracer l'hygiène de la beauté sous le nom d'Abdeker.]
+
+[Note 29: On pourrait nous reprocher nos citations latines, celle-ci
+s'excuse d'elle-même, et les mères prudentes nous en sauront gré; quant
+aux autres, nous avons ménagé, aux jeunes agréables du jour, l'occasion
+de se montrer, auprès des belles, érudits à peu de frais.]
+
+Ou bien: alun, sang-dragon, gomme arabique, suc d'acacia, feuilles de
+plantain, de renouée, de tormentille, fleurs et fruits de grenadier,
+capsules de glands, sorbes non mûres, roses de Provins, faites bouillir
+dans du vinaigre, et appliquez au moyen de compresses.
+
+Ou: quatre onces d'huile d'amandes amères, une once de cire blanche;
+faites fondre au bain-marie; ajoutez deux gros d'alun, une once de suie
+et un gros d'orcanette, vous avez une pommade styptique[30]; ou, enfin:
+alun, une once, acide vitriolique, demi-gros; faites fondre dans quatre
+onces de vinaigre et quatre onces d'eau de plantain ferrée; ajoutez deux
+onces d'esprit de vin et servez-vous-en, mais avec discrétion, pour
+imbiber, avec une éponge, certaines parties qui laisseraient des preuves
+non équivoques de fécondité, ou au moins, comme disait Fontenelle, que
+l'_amour avait passé par là_.
+
+Un moyen plus simple et non moins efficace, c'est d'extraire le tannin,
+en versant de l'eau sur du tan en poudre dans un appareil semblable à
+celui des salpêtriers. Cette eau, en traversant le tan, lui enlève une
+portion de son principe styptique; versée sur du nouveau, elle en
+dissout une autre quantité, et ainsi de suite jusqu'à ce que le tan soit
+plus disposé à lui en enlever qu'à lui en céder; alors la concentration
+est parfaite, et on l'emploie comme les décoctions ci-dessus
+prescrites; mais tous ces moyens ne peuvent que succéder aux
+compressions graduelles des bandes à sec, et longtemps après que tous
+les résultats de couche sont terminés, ou bien on courrait le risque
+d'une suppression souvent mortelle et toujours douloureuse. Enfin, avec
+les mêmes précautions, les bains froids et répétés offrent le plus sûr
+comme le moins dangereux de tous les topiques.
+
+[Note 30: Cette pommade rappelle l'aventure assez plaisante du jeune
+abbé de Fl..., qui, en ayant trouvé sur une toilette et ayant les lèvres
+gercées, les en frotta innocemment et sans penser à mal, mais avec un
+tel succès, que le matin, en s'éveillant, il ne pouvait ouvrir la
+bouche. Pareille aventure arriva également à M. le comte de Rochefort.
+Voici comment il la raconte dans ses _Mémoires_. Mlle de Menneville,
+fille d'honneur de la reine mère, ayant demandé à ce dernier un habit
+d'homme, en secret:
+
+«Je le lui portai dans sa chambre. Mais comme il n'y avoit personne pour
+le recevoir, je le mis sous son lit où elle m'avoit dit de le mettre, et
+m'en fus causer avec la bonne femme Mme du Tilleul, sous-gouvernante des
+filles, qui étoit de mes bonnes amies. Comme toutes les chambres des
+filles, ou, pour parler plus juste, toutes les loges étoient ouvertes,
+car elles ressembloient proprement à celles des comédiens, j'aperçus, en
+me promenant avec elle, sur une toilette, des peignes, une boëte à
+poudre, et tous les autres ingrédiens qui servent à l'ajustement d'une
+fille, et niant remarqué entr'autres choses une petite boëte de pommade,
+j'en voulus prendre pour me frotter les mains que j'avois un peu rudes.
+Je la trouvai toute d'une autre couleur que celle de l'ordinaire, ainsi
+croiant qu'elle pouvoit servir aux lèvres, où j'avois un peu mal, j'en
+mis assez imprudemment. Mais je ne fus pas longtemps à m'en repentir, au
+même temps mes lèvres me firent un mal enragé, ma bouche se rétrécit,
+mes gencives se ridèrent, et quand je vins à vouloir parler, je fis rire
+tellement Mme du Tilleul, que je jugeai qu'il falloit que je fusse bien
+ridicule. Ce qui fut le pis fut que je ne pus presque articuler aucune
+parole, et, courant promptement à un miroir, je me fus regarder, et me
+fis tant de honte à moi-même, que je m'enfuis pour me cacher. En m'en
+allant je trouvai M. le duc de Roquelaure qui entroit pour venir faire
+la cour à quelqu'une des filles, et étant tout étonné de me voir de la
+sorte, il me demanda qui m'avoit mis en cet état. Je lui contai
+naïvement mon infortune, à quoi il me fit réponse, en se moquant de moi,
+que je n'avois que ce que je méritois, qu'à mon âge je devois savoir
+qu'il y avoit de toutes sortes de pommade; que celle que j'avais prise
+n'étoit ni pour les mains ni pour les cheveux, et qu'elle étoit un peu
+plus rare. Il me quitta après s'être ainsi raillé de moi, et s'en allant
+dans la chambre de la reine-mère, il lui fit sa cour à mes dépens.
+Aussitôt tout le monde accourut pour me voir, et voiant que j'avais
+aprêté manière de rire, j'en aurois ri, tout le premier, s'il m'avoit
+été permis d'ouvrir la bouche. Cette aventure fut le sujet de
+l'entretien de toute la cour, pendant plus de huit jours, et on le manda
+même à Nantes, où le roi étoit, qui pour être si sérieux ne put
+s'empêcher de rire. Pour moi, j'en avois tout autant d'envie que les
+autres quand je pensois à cet accident, mais quoi que je m'étuvasse la
+bouche d'eau fraîche, et tantôt de vin tiède, il n'y eut que le temps
+qui m'aporta du soulagement.»]
+
+POMMADE VIRGINALE DITE A LA COMTESSE.
+
+Sulfate de zinc 40 gr.
+Noix de galle )
+ > 20 gr.
+Noix de cyprès )
+
+Écorce de grenade )
+Feuilles de myrte > 30 gr.
+Sumac )
+
+Mélangez ces substances pulvérisées avec quantité suffisante d'onguent
+rosat. Cette pommade a la propriété de resserrer le sphyncter ou muscles
+constricteurs de la vulve et du vagin trop relâchés.
+
+ _Formulaire magistral._
+
+On doit d'ailleurs scrupuleusement observer que tous ces topiques,
+lotions ou pommades, ne doivent jamais s'employer pendant le tribut
+lunaire, ou toute autre hémorrhagie utérine; et qu'ils ne sont suivis du
+succès désiré, qu'en s'imposant la sagesse la plus austère. La femme
+déjà trompée, et qui s'exposerait encore à l'être, n'est plus digne de
+notre intérêt, et du motif bien pur qui nous anime à consoler son sexe
+des injustices du nôtre.
+
+Quant au moyen de s'opposer au développement excessif de la gorge, l'art
+offre des procédés certains pour réprimer ce luxe de la nature, de même
+qu'il en présente pour la forcer à accorder ses dons à celles envers qui
+elle s'est montrée trop avare en ce point; et nous croyons faire plaisir
+à nos lectrices, en publiant, en leur faveur, le manuscrit suivant,
+trouvé dans les décombres du délicieux château de _Crécy_, bâti pour la
+belle _Pompadour_, qui paraît avoir profité de la recette qu'il
+contient. On sait qu'elle n'obtint que fort tard, le genre d'attrait
+dont il s'agit ici. On pardonnera à l'auteur ses peintures un peu vives
+en faveur de son motif.
+
+«Vous m'ordonnez, madame, de consulter l'oracle d'Épidaure, pour ajouter
+à vos attraits ce que vous seule y trouvez à désirer: que peut, en
+effet, demander aux dieux, celle qui réunit à la majesté, la douceur; à
+l'élégance des formes, la régularité des traits; enfin, à l'air imposant
+de la reine des dieux, la fraîcheur des bergères du Mont Ida? Heureux
+disciple d'Esculape, je suis appelé, par votre confiance dans mon art, à
+embellir la beauté même: plus occupé de mon bonheur qu'effrayé de ma
+témérité, je vais tenter d'unir à vos attraits des charmes nouveaux; et
+j'ose croire au succès, puisque vos beaux yeux m'encouragent d'un
+regard.
+
+«Dans ce siècle fortuné, où, renonçant au vain luxe des mots, les
+savans s'occupent avec succès des choses, on applaudit au novateur
+heureux qui soulève le voile de la nature, pourvu qu'il en obtienne une
+réponse.... On veut même que les oracles qu'il surprend à l'antique
+déesse soient précis, et l'on pardonne à la nudité de ses expressions,
+pourvu que son but soit moral, c'est-à-dire, tende à la perfection, au
+bonheur de l'humanité. J'ose donc essayer, madame, de vous apprendre
+l'art d'acquérir ce nouvel attrait qui fera de vous le modèle de la
+beauté, et donnera à nos jeunes Françaises la confiance de vous imiter;
+cet attrait qui anime le poëte, enflamme le peintre, ravit le sculpteur,
+inspire le musicien, et fait délirer depuis le simple cultivateur sous
+le chaume, jusqu'au grave philosophe au sein de ses livres poudreux; cet
+attrait, dont les fières amazones consentaient à sacrifier la moitié
+pour gagner en adresse ce qu'elles perdaient en appas; cet attrait, dont
+la pomme de Paris n'offrait qu'une imparfaite image, et qui la fit
+tomber de ses mains; enfin, cet attrait qui date des premiers jours du
+monde, si c'est par lui qu'il faut expliquer cette autre pomme plus
+fatale, auquel le genre humain doit, dit-on, la perte du bien et la
+connaissance du mal.
+
+«S'il est recherché par les hommes, les femmes s'honorent de l'offrir à
+nos yeux, c'est l'aiguillon du plaisir, le prélude du bonheur!... C'est
+le secret de ce don charmant que, sans m'arrêter à le depeindre, je
+voudrais conquérir pour les femmes qui en sont privées, et quoique ce ne
+soit point une fiction, c'est dans la fable que je puiserai la leçon que
+je viens vous offrir.
+
+
+LA COUPE D'HÉBÉ (ALLÉGORIE).
+
+«Hébé, trop jeune encore, ne comptait que quatorze printemps: le lys et
+la rose se disputaient ou plutôt se partageaient l'honneur de nuancer
+son teint.... de grands yeux bleus, où déjà se peignait l'amour sans
+qu'elle s'en doutât, s'ouvraient lentement sous de noires et longues
+paupières; un front uni, un nez droit, une bouche de la couleur et de la
+forme d'un bouton de rose qui s'entrouvre, une haleine qui en avait le
+parfum, des dents d'un émail opalin, de charmantes fossettes offrant des
+niches à l'amour indécis[31], un col blanc et onduleux, une taille et
+flexible et légère, des bras arrondis, des doigts délicats; enfin de
+petits pieds effleurant à peine les parvis de l'olympe.... Hébé avait
+tout en partage, et les dieux, auxquels elle versait le nectar dans la
+coupe de l'immortalité, étaient plus enivrés de ses charmes que de sa
+liqueur éthérée.... elle réunissait tout.... tout? non.... quelque
+chose manquait à ses charmes, et ce fut l'orgueilleuse Junon qui s'en
+aperçut. Hébé entrait dans cet âge où la nature indécise semble n'avoir
+qu'ébauché son chef-d'oeuvre. Offrant également les attraits des deux
+sexes, elle n'avait point encore reçu ce double présent qui décèle une
+vierge et que caresse l'oeil furtif de l'amant timide.... Le dieu de la
+foudre lui-même, souriant à la remarque de l'auguste Junon, témoigne le
+désir de voir Hébé parfaite.... Il dit, et fils aussi soumis que galant
+époux, Vulcain prend la coupe des mains d'Hébé; il en couvre l'un des
+hémisphères du sein de Vénus, et l'arrondit sur ce modèle à la vue des
+dieux frémissants d'envie et de volupté. Sous son léger marteau le métal
+docile s'étend, se contourne, se creuse, et façonnée de même sur le
+second hémisphère de la belle déesse, naît une seconde coupe. Le dieu de
+Lemnos les place sur le sein d'Hébé qui, ainsi parée, ressemble à la
+chaste Pallas; bientôt sous ces deux coupes protectrices son sein
+s'élève, un double mont bondit, et sa gorge s'accroît sans dépasser ces
+heureuses limites. Les dieux applaudissent.... Cette ingénieuse
+invention passa jusqu'en Grèce; l'Inde s'en fit honneur, mais elle se
+perdit comme tous les usages antiques et fut conservée par les seules
+Bayadères.... Ces coupes amoureuses furent réservées pour les banquets
+des dieux, et ce sont elles qui, remises depuis aux mains d'Hébé,
+désaltèrent encore les fortunés habitants de l'Empyrée, et leur
+inspirent les désirs, l'espérance et la joie en leur rappelant le moule
+heureux sur lequel elles furent arrondies.
+
+[Note 31: Portrait exact de Mme de Pompadour.
+
+ «Ainsi qu'Hébé la jeune Pompadour
+ A deux jolis trous sur la joue,
+ Deux trous charmans où le plaisir se joue,
+ Qui furent faits par la main de l'Amour.»
+
+_OEuv. de Bernis._]
+
+«C'est ce prodige de la mythologie que l'art veut reproduire pour vous,
+belles, à qui il ne manque que cet attrait pour être accomplies, et vous
+aussi pour qui sa possession excusera l'absence des autres.
+
+«En drapant légèrement les formes imparfaites de votre douce amie,
+jeunes époux, imitez le disque rond de Phébé; échancrez[32] l'étoffe en
+dessinant les contours absents des attraits que vous désirez; que votre
+main utilement caressante et instruite à la volupté par le dieu de
+Délos, sache promener des doigts mobiles sur l'aréole de ce sein non
+encore développé[33]; que de fréquentes titillations fassent frémir ses
+fibres; bientôt la papille se gonfle, et les esprits appelés par ces
+douces frictions enflent les muscles qui, profitant d'une liberté
+inconnue, se frayent une route nouvelle; une lymphe nourricière baigne
+les glandes qui se dilatent; le réseau éclatant et poli qui les
+renferme, participant de l'éréthisme général, s'arrondit sous les doigts
+créateurs: comme la fleur, condamnée à périr sous les glaçons de
+l'hiver, se développe et naît au jour, sous le verre diaphane, et sous
+les douces influences d'une chaleur factice; de même les sucs élaborés
+sous la main de l'époux fortuné s'accumuleront en dessinant les
+voluptueux contours des beaux modèles que nous a transmis le ciseau des
+Phidias et des Praxitelle.
+
+[Note 32: Ce vêtement couvre trop le nu, il faut l'_échancrer_
+davantage.
+
+ _Pygmalion_, scène lyrique. J. J.]
+
+[Note 33: Quant aux jeunes vierges à qui la décence interdit le
+secours d'une main caressante, il est un moyen qu'elles pourront
+employer sous l'oeil d'une mère flattée d'ajouter à leurs perfections,
+sans admettre un tiers dans leur confidence; le voici: appliquez sur la
+place de la gorge un hémisphère en bois léger et creux ou en gomme
+élastique et percé à son milieu, à peu près comme les ventouses de
+verre, dont se servent les jeunes accouchées pour aspirer le lait; à
+l'orifice s'adapterait un tube de verre ou un tuyau de gomme élastique,
+au moyen duquel une succion plusieurs fois répétée, chaque jour,
+finirait par développer l'attrait tant souhaité.
+
+_Note du manuscrit._
+
+Un de nos amis qui, dans son voyage en Égypte, a su à la fois faire des
+observations sur l'art de guérir et sur les moeurs, nous assure que les
+femmes de ce pays se servent, avec succès, pour la même intention, de la
+mie d'un pain arrondi, façonnée au contour de la forme que l'on désire,
+et appliquée encore chaude sur le sein. Cette substance, dit ce savant
+que réclame avec honneur la chirurgie française, porte en elle un
+principe végéto-animal, qui, développé par le calorique, pénètre
+rapidement le sein, excite l'érection de ses papilles nerveuses, gonfle
+le système glanduleux, et y cause un ferment, un prurit voluptueux,
+bientôt suivis du développement successif de l'appareil mammaire et du
+tissu cellulaire qui le recouvre. C'est ce même principe vireux qui agit
+si énergiquement comme dérivatif de l'humeur goutteuse aux extrémités
+inférieures, en appliquant du _levain_ à la plante des pieds. On
+pourrait activer ce moyen par de légères frictions d'huile très-volatile
+sur le sein, et d'une lotion astringente sur les parties qui
+l'environnent; au reste, le volupté fait éclore la gorge, comme le
+printemps fait éclore la rose, et tous les praticiens connaissent la
+correspondance de l'_utérus_ au sein.]
+
+«L'une des coupes fameuses dont il s'agit ici, madame, s'est perdue, ou
+plutôt aimons à croire que les dieux l'ont retirée pour conserver le
+type du beau, s'il se trouvait perdu sur la terre; l'autre est célèbre
+par ce banquet où l'amoureuse Cléopâtre fit publiquement aux yeux
+extasiés d'Antoine, non la fastueuse expérience de dissoudre une perle
+dans un breuvage qui n'eût pas épargné l'organe complice de sa
+forfanterie, mais celle bien plus merveilleuse de l'exacte application
+de ce moule divin, sur sa gorge ravissante. Elle orne aujourd'hui un
+_Musæum_ fameux en Europe, et nous pourrons la consulter pour donner à
+vos formes le degré d'extension avoué par le goût, si vous accordez à
+mes avis le droit de concourir à la naissance de l'attrait dont vous
+désirez la possession. Je dois vous dire enfin, madame, que c'est de
+l'abus des moyens que je viens de vous indiquer qu'est né un singulier
+usage, chez les femmes turques, dont les époux, par je ne sais quel goût
+bizarre, préfèrent une gorge volumineuse et tombante, et qui, pour se
+procurer ce double _agrément_, usent avec excès des bains chauds et du
+_massement_, opération inconnue en Europe. Ce n'est, certes, pas à cette
+espèce de perfection que je désire vous voir atteindre, et la nature
+heureusement vous a formée de manière à ne pas satisfaire les
+inclinations turques; mais l'art hippocratique offre encore des
+ressources aux femmes dont l'accroissement de la gorge aurait besoin
+d'être prévenu, et c'est dans le même moyen qui favorise son
+développement qu'elles trouveront celui de sa répression. Les belles
+favorites du commandeur des croyants, les Circassiennes, les
+Géorgiennes, les Mingréliennes, opposent, dès l'âge de douze ans, à leur
+gorge naissante, un léger rempart de bois de santal qu'elle ne peut
+franchir; et ce genre d'attrait acquiert chez elles, par la compression,
+une fermeté que l'on rencontre difficilement chez les femmes des autres
+peuples.
+
+«Pardonnez, madame, ces détails que la nature de votre demande a rendus
+nécessaires, et puisse l'application de cette théorie ajouter encore,
+s'il est possible, aux charmes qui ont mérité l'hommage d'un autre
+Jupiter. Puissé-je alors aussi, jeune encore et médecin peu connu,
+obtenir par mes soins votre entière confiance, et par le succès de mes
+recettes, le triomphe d'une nouvelle Hébé; dût une moderne Junon
+accabler de sa persécution[34] l'inventeur satisfait de sa réussite.»
+D.M.V.S.M.
+
+[Note 34: La belle Pompadour suivit le conseil du jeune docteur,
+elle acquit en effet l'attrait qui manquait seul à ses charmes, et
+ouvrit, par reconnaissance, à son médecin une carrière qu'il parcourut
+avec éclat.
+
+Si l'on trouve ce fragment un peu libre, accusons-en plutôt nos moeurs
+que l'auteur qui vivait dans un temps où le Français se scandalisait
+plus des actions que des écrits; il pense maintenant tout le contraire,
+et l'on ferait aujourd'hui le procès de _Vénette_, _Tissot_ et
+_Montesquieu_ s'ils publiaient l'_Onanisme_, le _Tableau de l'amour
+conjugal_ et le _Temple de Gnide_; en sommes-nous plus chastes et plus
+vertueux? l'interprétation que l'on donnera à cet article répondra à
+cette question. Au surplus, nous protestons de la pureté de nos motifs,
+et nous n'avons point écrit pour les _Tartuffes de moeurs_, mais pour
+cette belle moitié du genre humain qui ne connaît de mal que celui que
+les pervers lui enseignent.]
+
+Nous ne pouvons mieux terminer ce chapitre qu'en rapportant l'anecdote
+suivante, qui en est le corollaire.
+
+Sous Louis XIV, le supplice de la Brinvilliers fut un exemple
+insuffisant pour arrêter les empoisonnements. Une _chambre ardente_ fut
+instituée pour juger de ces crimes. L'arrestation et le procès de la
+Voisin firent découvrir dans les papiers de cette dernière, une foule de
+lettres qui compromettaient des gens de la plus haute condition. La
+Voisin était accusée d'avoir vendu des poisons, des charmes, et divers
+secrets magiques pour se faire aimer. La duchesse de Foix avait été
+arrêtée sur la déposition d'un simple billet d'elle trouvé chez la
+Voisin, et dont le sens était plus obscur que propre à baser une
+accusation. Louis XIV, ne voulant pas que sur un indice si léger une
+dame de haute distinction fût emprisonnée, se réserva de l'interroger
+lui-même dans ses cabinets, où elle fut conduite avec son propre
+carrosse par le capitaine des gardes en quartier.
+
+«Reconnaissez-vous ce billet, madame la duchesse? lui dit Sa Majesté
+d'un ton sévère, mais doux.
+
+--Sire, il est de ma main; je ne puis ni ne veux le nier.
+
+--A merveille! Maintenant dites-moi, je vous prie, avec la même
+franchise, ce que signifient ces mots: _Plus je frotte, moins ils
+poussent_.
+
+--Ah! sire, s'écria la duchesse en se jetant aux pieds du roi, daignez
+m'épargner un tel aveu.
+
+--Je ne le puis, madame, songez que je vous appelle devant moi pour vous
+sauver un affront public; ce motif me donne tous les droits à votre
+confiance, et dans l'intérêt de votre honneur je vous ordonne de parler.
+
+--J'obéirai, sire! reprit en tremblant Mme de Foix, rouge jusqu'aux
+yeux.... Depuis deux ou trois ans je m'aperçois que mon mari me néglige
+après m'avoir souvent reproché un défaut... non, jamais je n'oserai
+achever....
+
+--Continuez, duchesse....
+
+--Il est des charmes, reprit l'accusée, dont la nature se montre
+prodigue envers des femmes, avare envers d'autres....
+
+--Poursuivez, je vous prie.
+
+--Eh bien! sire, mon mari n'aime que les dames auxquelles la nature a
+prodigué....
+
+--Prodigué quoi?
+
+--Ce qui excède les belles proportions dans Mme de Montespan et manque à
+Mme de La Vallière... comme à moi, sire....
+
+--Ah! m'y voici, s'écria Louis XIV en s'excusant d'un défaut trop
+prolongé de pénétration.... Et je vois, poursuivit le monarque
+interrogateur, que vous aviez demandé à la Voisin....
+
+--Une pommade dont elle disait des merveilles, ajouta Mme de Foix en
+baissant les yeux.
+
+--Cependant _plus vous frottiez, moins ils poussaient_.
+
+--Hélas! oui.
+
+--C'était un malheur; mais ce n'était pas un crime, et je suis enchanté,
+duchesse, de vous avoir épargné la honte d'un tel aveu devant la
+_chambre ardente_. Je vous rends le malheureux billet qui vous causa
+deux heures d'inquiétude; retournez tranquillement à votre hôtel. Je ne
+vois de coupable ici que l'époux qui délaisse une femme aussi jolie que
+vous; je veux en toucher quelques mots au duc. Il est un moyen plus
+heureux que celui dont vous avez fait l'essai pour obtenir de la nature
+elle-même ce que vous recherchiez par artifice; nous en causerons avec
+votre mari, et j'espère qu'il l'emploiera.»
+
+ * * * * *
+
+ÉTUDE PHYSIOLOGIQUE SUR LES MAMELLES OU SEINS.
+
+Les mamelles (_mammæ_, des Latins; _mastoï_, des Grecs; _poppa_, en
+italien; _teta_, _ubre_, en espagnol) subissent les mêmes phases dans
+leur développement, que les organes essentiels de la reproduction. Elles
+sont peu apparentes dans le jeune âge et ne commencent à prendre le
+développement qu'elles doivent acquérir que lorsque l'appareil génital
+est apte à perpétuer l'espèce; et comme ce n'est que chez les individus
+femelles qu'elles parviennent à leur état complet, elles ne présentent
+pendant les premiers temps de la vie aucune différence chez l'un et
+l'autre sexe.
+
+C'est donc vers l'époque où la femme devient apte aux plaisirs de la
+maternité, que les seins commencent à acquérir tout le développement
+dont ils sont susceptibles, ainsi que les formes gracieuses qui en font
+un si brillant ornement: avant la puberté, ils n'en forment que le noyau
+et se flétrissent après le temps de la faculté de reproduire. Cependant
+il n'est pas sans exemple de voir des jeunes filles encore loin de cette
+brillante époque, offrir des mamelles parfaitement conformées et
+susceptibles de fournir du lait. Les auteurs rapportent, à cet égard,
+des exemples fort curieux; mais tous tendent à prouver que ce
+développement précoce fut toujours le résultat d'irritations exercées
+sur le mamelon.
+
+Le développement des mamelles se fait ordinairement en raison de celui
+des organes spéciaux de la génération, en sorte que la bonne
+conformation des seins peut, en général, servir de mesure à celle de ces
+derniers. Ainsi, l'homme qui recherche dans la femme, non-seulement ce
+qu'elle peut offrir de gracieux, mais encore tout ce qui peut dénoter
+une grande puissance génératrice et un vif sentiment de l'amour, est-il
+toujours enthousiaste d'un beau sein. A peine la femme, la plus
+accomplie sous tous les autres rapports, peut-elle éveiller en lui le
+moindre sentiment de volupté, si elle ne se trouve pourvue de ce superbe
+ornement. Cependant, on voit quelquefois des femmes dont les parties
+sexuelles sont parfaitement développées et propres aux plaisirs ainsi
+qu'à la propagation, quoiqu'elles n'offrent que quelques traces de ces
+organes, tandis que d'autres, avec le sein le plus volumineux, ne sont
+nullement accessibles aux désirs voluptueux ni aptes à la génération.
+
+C'est évidemment en vertu des liens de l'étroite sympathie qui unissent
+les seins et les organes sexuels, que s'opère le développement
+simultané.
+
+Les mamelles sont situées au milieu de la poitrine, l'une à droite et
+l'autre à gauche, directement sur les muscles pectoraux; elles sont au
+nombre de deux: il est rare de trouver des femmes qui en aient trois ou
+quatre donnant toutes du lait. Cependant, les annales de la science
+citent un grand nombre de femmes et même d'hommes multimammes; le plus
+souvent, le nombre des mamelles est porté à trois: deux présentent la
+position et le volume ordinaires, et la troisième est située sur la
+ligne médiane, un peu plus bas que les deux autres, ou bien au-dessous
+de l'une d'elles à droite ou à gauche. Lorsque la mamelle surnuméraire
+est médiane, elle reste ordinairement peu volumineuse, même pendant
+l'allaitement; les mamelles surnuméraires latérales diffèrent au
+contraire fort peu des mamelles normales et peuvent, comme elles,
+fournir du lait. Lorsqu'il existe quatre mamelles, elles sont
+ordinairement bilatérales et placées comme les mamelles abdominales des
+animaux, l'une au-dessous de l'autre; cette disposition est moins
+commune que la précédente, et la présence de cinq mamelles est plus rare
+encore. Percy n'en rapporte qu'un seul cas observé par M. Gorre. Ce cas
+fut présenté par une femme valaque trouvée, en l'an VIII, parmi les
+nombreux prisonniers faits à l'armée autrichienne et qui ne tarda pas à
+périr de froid et de misère. Sur les cinq mamelles de cette femme,
+quatre étaient très-saillantes, disposées sur deux rangs, gonflées et
+pleines de lait; la cinquième était médiane et située à cinq pouces de
+l'ombilic; elle n'était pas plus volumineuse que celle d'une fille
+impubère.
+
+On a aussi constaté que des mamelles surnuméraires pouvaient se
+présenter sur d'autres points du corps; ainsi, M. Robert a fait
+connaître le fait d'une femme multimamme de ce genre, laquelle
+descendait elle-même d'une mère dont les mamelles étaient plus
+nombreuses que d'habitude. Mais, chez elle, la mamelle surnuméraire
+était placée à la partie externe de la cuisse gauche, près de l'aîne.
+Jusqu'à la première grossesse, cette mamelle fut prise pour un simple
+_noevus_; mais à cette époque elle se développa et acquit le volume de
+la moitié d'un citron; l'enfant tétait alternativement l'une des
+mamelles pectorales et celle-ci, qu'on pourrait appeler inguinale.
+
+Thomas Bartholin vit une Danoise qui en offrait trois, dont deux étaient
+placées dans leur situation naturelle, et l'autre à la partie inférieure
+du _sternum_, en sorte qu'elles représentaient une espèce de pyramide
+renversée. Tout le monde sait que la belle Anne de Boulen, épouse de
+Henri VIII, roi d'Angleterre, avait, outre six doigts à chaque main,
+trois mamelles à la partie antérieure de sa poitrine. Un moine de Corbie
+rapporte avoir vu une paysanne qui nourrissait trois jumeaux de quatre
+mamelles indistinctement, dont deux étaient situées au-devant de la
+poitrine, et les deux autres au dos.
+
+Les mamelles bien proportionnées sont un des principaux ornements des
+femmes, particulièrement lorsqu'elles sont accompagnées d'une gorge bien
+taillée et recouverte d'une peau fine. Il faut aussi qu'elles soient
+blanches, rondes, et médiocrement écartées l'une de l'autre; qu'elles ne
+soient placées ni trop haut, ni trop proche des aisselles; et enfin
+qu'elles ne soient ni trop grosses, ni pendantes: voilà les conditions
+qu'elles doivent avoir pour être belles et propres à donner de l'amour;
+mais ce ne sont pas les meilleures ni les plus capables de contenir le
+lait.
+
+En nul endroit du corps, la peau n'est si fine, si délicate, si lisse,
+si douce au toucher et si blanche qu'aux environs des mamelles. Là les
+téguments ont acquis une telle ténuité, qu'ils sont entièrement
+transparents et laissent facilement apercevoir les ramuscules veineux
+qui serpentent agréablement dessous, notamment dans le voisinage de la
+portion rosée, et dont la couleur bleuâtre, en formant un heureux
+contraste avec la blancheur de la peau, en relève si fortement l'éclat,
+et donne tant de lustre à la beauté du sein. Ces globes, au reste,
+plaisent d'autant plus à la vue que cette belle portion de la peau est
+plus tendue par des glandes mammaires volumineuses, et que la femme
+jouit de plus d'embonpoint. Il est cependant des personnes fort maigres
+naturellement dont ces glandes sont si développées que, malgré cet état,
+elles offrent un sein solide, bien tendu, et de la plus grande beauté.
+
+C'est à la partie centrale de chaque moitié des parois thoraciques
+qu'est situé le sein dans sa belle conformation. Trop dégagés en dehors
+et portés sous les aisselles, ces organes laissent entre eux un grand
+vide, peu agréable à la vue, et peuvent éprouver, de la part des bras
+portés en bas et surtout en dedans, des pressions plus ou moins fortes
+dont la fréquence nuit à leur développement, les déforme et même les
+atrophie. Trop rapprochés du centre de la poitrine, ils se confondent
+l'un avec l'autre, et de ce défaut de dégagement résulte l'imperfection
+de ces rotondités élégantes qui concourent tant à la beauté physique du
+sexe. Trop relevés vers le cou, les seins confondent leurs brillants
+contours avec ceux de l'épaule, reçoivent des chocs continuels des
+mouvements brusques de la clavicule, et sont sans cesse exposés à
+l'influence nuisible de l'atmosphère, dont la femme ne peut se garantir
+que par des vêtements grotesques et répudiés par la véritable
+coquetterie. Situés trop intérieurement, ils semblent rapprocher les
+femmes des animaux mammifères, et demandent à être relevés sans cesse
+par des corsets, dont la pression continuelle peut porter les plus
+fâcheuses atteintes à ces organes délicats.
+
+La figure des beaux seins est ronde, et représente un demi-globe; mais
+les bons nourriciers, au contraire, sont avancés en dehors, et
+ressemblent à une poire, tels sont en général ceux des Comtoises; ce qui
+fait qu'ils ont de la peine à se soutenir, principalement quand ils sont
+pleins de lait.
+
+On ne peut pas bien déterminer leur grandeur; elle varie suivant les
+nations: les Indiennes et les Siamoises les ont si longs, qu'elles
+peuvent les jeter par-dessus leurs épaules. Ils différent encore suivant
+les individus; quelques femmes les ont naturellement petits et d'autres
+gros; ces dernières sont les meilleures nourrices, pourvus qu'ils ne
+soient pas trop charnus. Leur grosseur dépend aussi de l'âge; ils
+commencent à pousser à 14 ans, ils ont alors la figure d'un demi-globe;
+ils sont petits, mais durs et fermes; ils grossissent à mesure qu'elles
+avancent en âge; ils se flétrissent aux femmes qui approchent la
+cinquantaine; et plus une femme vieillit, plus elle les a mous et
+flasques, n'y restant plus à la fin que des peaux.
+
+Le mamelon est une petite éminence qui s'élève au milieu de la mamelle;
+il est d'une substance spongieuse, assez semblable à celle du gland de
+la verge, c'est pourquoi il se relève, se gonfle et se roidit lorsqu'on
+le suce ou bien qu'on le chatouille. Il a un rapport intime avec les
+parties de la génération. Les mamelons se dressent et prennent part aux
+sensations suscitées dans l'appareil génital par le coït ou autres
+moyens d'excitation. Les titillations de ces boutons rosés y font naître
+un sentiment de volupté qui, se communiquant en un clin-d'oeil au siége
+spécial de la jouissance, embrase la femme et la sollicite puissamment à
+l'acte de la reproduction. Quels sont les moyens d'une si frappante
+communication entre des organes si éloignés? Quelques auteurs prétendent
+que ce sentiment si vif, si agréable, a été donné à cette partie afin
+que l'enfant y cause en la suçant un doux chatouillement, et que la
+femme y trouvant un singulier plaisir, elle se porte plus volontiers à
+donner à téter à son enfant aussi souvent qu'il en a besoin.
+
+Il est reconnu que la succion du lait éveille des sentiments de volupté
+au bénéfice de l'appareil générateur. Cabanis disait que des nourrices
+lui avaient fait l'aveu qu'elles devaient à l'enfant qu'elles
+allaitaient de véritables jouissances. La solidarité des seins,
+relativement à l'appareil sexuel, est un fait constant; aussi la
+sécrétion du lait augmente-t-elle généralement sous l'influence de
+l'excitation de l'organe générateur. C'est le cas dans lequel était
+cette femme, qui voyait le lait sortir de ses seins quand son mari
+accomplissait avec elle l'acte du coït. On a dit aussi que l'observation
+avait utilisé cet acte physiologique, que, voyant les animaux se prêter
+avec complaisance à la manoeuvre par laquelle on leur enlevait leur
+lait, on avait établi, dans le but d'en augmenter la quantité, une
+action directe sur l'organe générateur. Hérodote rapporte que les
+Scythes introduisaient un bâton poli dans la vulve de leurs juments
+quand ils leur enlevaient leur lait. Bayeu a raconté que dans les
+Pyrénées les gens occupés à traire les vaches plaçaient une de leurs
+mains dans la vulve; enfin, s'il faut en croire Levaillant, les
+Hottentots soufflent de l'air dans les parties sexuelles des animaux
+avant de les traire.
+
+La jeune fille devient-elle pubère, aussitôt les seins répondent à
+l'appel de la matrice, et cette corrélation se reproduit à chaque nouvel
+éveil de cet organe. Elle se moule en quelque façon sur les conditions
+dans lesquelles il se trouve. Dans l'état ordinaire de la vie, une
+action, quelle qu'elle soit, sur l'appareil générateur a toujours du
+retentissement dans les seins, et réciproquement. Ainsi, une sensation
+voluptueuse venant directement de l'utérus et de ses annexes est
+comprise et perçue dans les organes de la lactation; de même les
+sentiments lascifs peuvent trouver accès près des voies génitales en
+partant des seins. C'est la raison pour laquelle Hippocrate croyait que
+le lait venait de la matrice.
+
+N'est-ce pas à cette corrélation, à cette excitation génésique provoquée
+par l'allaitement qu'il faut attribuer le fait de luxure inouï,
+diabolique, que rapporte M. le docteur Andrieux? Un enfant, qu'on avait
+pourvu d'une nourrice jeune et vigoureuse, dépérissait chaque jour. Les
+parents affligés cherchaient en vain la cause de cet état: on finit par
+la découvrir. Mais où trouver des mots pour exprimer leur surprise et
+leur colère, quand ils trouvèrent cette malheureuse, exténuée,
+délirante, avec son nourrisson qui cherchait encore dans une succion
+affreuse, et inévitablement stérile, un aliment que les seins auraient
+pu seuls donner!!! Pour parvenir facilement à son but, elle attendait
+que le cri de la faim se fît entendre; l'enfant, dans cet instant, ouvre
+la bouche comme pour chercher le sein, il saisit alors avidement le bout
+du doigt, ou tout corps quelconque souple et arrondi qu'on place entre
+ses lèvres, et exerce immédiatement sur lui des efforts répétés de
+succion.
+
+Les exemples d'une pareille dépravation doivent heureusement être fort
+rares.
+
+La plupart des filles élevées chez des religieuses ne peuvent, selon ces
+dernières, plaire au Créateur que par des imperfections. Avoir de la
+gorge, être belle, sont assurément deux sujets de réprobation; l'enfer,
+ouvert à celles qui portent un sein arrondi, attend sa proie avec
+impatience; c'est ainsi que s'exprime le fanatisme dans l'intérieur des
+maisons d'éducation religieuse. Quelques jeunes filles, adoptant ces
+idées, prennent chaque jour quelques subtances capables d'interrompre ou
+d'affaiblir la nutrition: tel est, par exemple, l'usage du vinaigre bu à
+jeun; en altérant les forces digestives, il arrête le cours des
+sécrétions ou en diminue l'énergie, d'où le défaut d'accroissement des
+seins avec l'amaigrissement général qui résulte de cette détestable
+coutume. Des remèdes aussi dangereux, ou plus violents, employés dans
+les mêmes vues, doivent donc être bannis sans retour, puisque ce n'est
+qu'en détruisant la santé qu'ils amènent le changement d'organisation
+qu'on souhaite.
+
+En 1829, le docteur Récamier publia un ouvrage en deux volumes,
+intitulé: _Recherches sur le traitement du cancer par la compression
+méthodique simple et combinée._ M. Récamier, appelé souvent dans les
+couvents, s'est trouvé à portée d'y faire l'observation suivante:
+
+Dans les couvents, les religieuses, dans le but de réprimer
+l'envahissement mondain d'une gorge trop volumineuse, compriment les
+glandes mammaires avec des rondelles d'amadou. Les seins, par le fait de
+la compression et de l'iode qui se trouve naturellement dans l'amadou,
+s'atrophient; mais ce que les religieuses de nos jours n'ont pas prévu,
+c'est que, en raison de la solidarité dont nous nous entretenons,
+l'appareil reproducteur profite du retrait des glandes mammaires. Or,
+comme le bassin est l'expression de l'état anatomique et physiologique
+de la matrice, il en résulte que les hanches et les muscles fessiers des
+femmes soumises à cette opération acquièrent un énorme développement. Il
+me reste à savoir si un surcroît de nourriture et de développement de
+l'appareil générateur n'est pas un obstacle de plus à la chasteté; et si
+ces intéressantes recluses n'en ressentent pas plus vivement les
+aiguillons de la chair, que la religion leur défend d'écouter.
+
+Mais il est temps de revenir à notre sujet, duquel nous nous sommes un
+peu écarté. Le mamelon est rose et petit aux vierges; l'aréole qui
+l'entoure est d'une teinte plus ou moins foncée, suivant les individus;
+elle l'est en général davantage chez les personnes qui ont la peau
+brune, les yeux et les cheveux noirs, que chez les femmes blondes,
+faibles et délicates. L'étendue de ce cercle est de deux centimètres
+environ; il s'élargit et prend une teinte plus foncée chez celles qui
+ont fait des enfants; le mamelon devient livide et gros aux nourrices,
+et il est noir et flétri chez les vieilles femmes.
+
+ * * * * *
+
+Un ouvrage de ce genre ne pouvant se terminer par des matières médicales
+aussi sérieuses, nous donnons une fort jolie chanson de M. Aug. Gilles,
+pour le clore convenablement.
+
+
+LES TÉTONS.
+
+ Air: _Elle aime à rire, elle aime à boire._
+
+ J'ai pris pour muse une égrillarde
+ A qui la romance déplaît;
+ Chaque jour elle se complaît
+ A rendre ma muse gaillarde.
+ La gaudriole en mes cartons,
+ A ses yeux offre une lacune,
+ Elle me garderait rancune, )
+ > _Bis_
+ Si je ne chantais les tétons.)
+
+ * * * * *
+
+ Dans le sein fécond qui le porte,
+ L'homme fait neuf mois de séjour;
+ Impatient de voir le jour,
+ De ses pieds il frappe à la porte.
+ A peine est-il né qu'à tâtons
+ Le jeune espiègle entre en licence,
+ Et, sans égards pour la décence,
+ A sa mère il prend les tétons.
+
+ * * * * *
+
+ Chacun de vous a sa manie,
+ Amis; mais je ne doute point
+ Que votre penchant sur ce point,
+ Avec le mien ne s'harmonie.
+ Et je crois bien que nous goûtons
+ Même plaisir et même ivresse,
+ Quand notre main frôle et caresse
+ Tour-à-tour deux jolis tétons.
+
+ * * * * *
+
+ Il est un usage contraire
+ A la pudeur qui vous régit;
+ Votre modestie en rougit;
+ Mais elle ne peut s'y soustraire.
+ Belles, quand nous vous accostons,
+ De l'arc-boutant de la nature
+ Votre oeil furtif prend la mesure,
+ Le notre toise les tétons.
+
+ * * * * *
+
+ Dumont dit à son fils Hilaire:
+ --Il faut enfin te décider,
+ Et conduire, sans plus tarder,
+ Au temple d'hymen Rose ou Claire.
+ --Papa, mon choix est fait; partons:
+ De Claire la beauté me flatte,
+ Mais elle a la poitrine plate
+ Et sa soeur a de gros tétons.
+
+ * * * * *
+
+ Paul et Justine se conviennent.
+ L'amour paraît combler leurs voeux;
+ C'est à leurs mutuels aveux
+ Pourtant que l'un à l'autre ils tiennent:
+ Grâce à leurs marchands de cartons,
+ Aux amateurs ils font des niches,
+ L'un avec des mollets postiches
+ Et l'autre avec de faux tétons.
+
+ * * * * *
+
+ Nature dit à la fillette,
+ Qui les voit poindre en son corset:
+ Craignez que le noeud d'un lacet
+ N'en comprime la peau douillette;
+ Qu'entre leurs deux jolis boutons
+ Le même espace s'interpose:
+ Dans vingt ans où je les pose
+ Qu'Amour trouve encor les tétons.
+
+ * * * * *
+
+ A notre liberté publique
+ Je tiens par goût et par devoir,
+ Et dans aucun temps le pouvoir
+ Ne m'a fait changer de tactique.
+ Au diable les ventrus gloutons
+ De Villèle et de Bonaparte;
+ Car la liberté sans la Charte
+ C'est une femme sans tétons.
+
+ AUG. GILLES.
+
+FIN.
+
+
+
+
+TABLE DES MATIÈRES.
+
+Avant-propos
+
+Épître Dédicatoire.--Sonnet.--Les pommes
+
+Chap. I.--Des tétons.--De leur pouvoir et de leurs
+charmes.--De la brune.--Pour la blanche.--Marot.--Marin.--Cyrano
+de Bergerac.--Vers de Cotin sur une belle gorge.--Boursault.--Le
+coeur volé.--Parny.--Le crucifié.--La Motte.--Le Poëte sans
+fard.--Le Pays.--Les deux saints
+
+Chap. II.--Des beaux tétons.--La femme parfaite ou les
+trente points de beauté.--_Mulieris pulchritudo._--_Le
+Momus redivivus._--Blason de la belle fille.--Épigramme
+par le sieur Motin.--Chanson.--Sur le beau tétin.--Les
+tétons.--Benserade.--Bois-Robert.--La puce de Mme des
+Roches.--Madrigal.--Les délices de la poésie galante.--Sur
+une sangsue qui pique le sein de Sylvie.--Le buse.--L'amour
+sur une gorge rebondie.--Louis XV et la gorge de
+Marie-Antoinette.--Un amant dans le portrait de sa
+belle.--Marino.--Voisenon: les tétons de ma
+cousine.--Madrigal.--Victor Cousin
+
+Chap. III.--S'il est de la bienséance que les dames laissent
+voir leurs tétons, et s'il est permis aux amante de les
+toucher.--Molière.--Le petit père André.--Sur les femmes
+qui montrent leur sein.--Stances sur la défense des gorges
+découvertes des dames.--La vue d'un sein dégoûtait
+Louis XIII.--Mlle d'Hautefort.--La gorgée de vin sur
+un sein découvert.--Le père Barri.--Claude de Pontoux.
+--La pudeur.--Scarron.--Moyen de parvenir.--La
+duchesse de Bourgogne.--Mammillaires
+
+Chap. IV.--Du langage des tétons.--Le père Bougeant.--Les
+Innocents.--Ovide et Corine
+
+Chap. V.--Des laids
+tétons.--Boileau.--Le Brun.--Régnier.--Sygognes.--Maynard.--Urbain
+Chevreau.--Antoine Legrand.--Voltaire.--Deguerle.--La
+métamorphose.--Mercier de Compiègne.--Le fichu menteur
+
+Chap. VI.--Des contrées où les femmes sont le mieux partagées
+de tétons.--Les tétons des Anglaises.--Les tétons
+de couvents.--Les tétons africains
+
+Chap. VII.--De l'éloquence des tétons.--Phryné devant
+l'Aréopage.--La fraise et l'oeuf.--Zadig
+
+Chap. VIII.--Moyens de conserver la gorge.--Les seins
+postiches.--Mme Tolleret.--Poppée
+
+Chap. IX.--Recettes virginales.--Moyens à employer pour
+effacer les rides et diminuer l'ampleur du ventre et de la
+gorge; moyens pour la faire croître à celles qui sont privées
+de ce bel ornement.--Mémoires de Rochefort.--Fontenelle.--Pommade
+virginale dite à la comtesse.--Mme de Pompadour.--La coupe
+d'Hébé.--J. J. Rousseau.--La duchesse de Foix.--Étude physiologique sur
+les mamelles ou seins.--Cabanis.--L'action de donner
+à téter procure de véritables jouissances à certaines femmes.--Fait
+de luxure inouï d'une nourrice, rapporté par le
+docteur Audrieux.--Inconvénients de comprimer la gorge
+des religieuses.--Les tétons, chanson finale
+
+FIN DE LA TABLE.
+
+19193. PARIS.--TYPOGRAPHIE LAHURE rue de Fleurus, 9
+
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of Éloge du sein des femmes, by
+Claude-François-Xavier Mercier de Compiègne
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK ÉLOGE DU SEIN DES FEMMES ***
+
+***** This file should be named 18610-8.txt or 18610-8.zip *****
+This and all associated files of various formats will be found in:
+ http://www.gutenberg.org/1/8/6/1/18610/
+
+Produced by Chuck Greif, Carlo Traverso and the Online
+Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This
+file was produced from images generously made available
+by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at
+http://gallica.bnf.fr)
+
+
+Updated editions will replace the previous one--the old editions
+will be renamed.
+
+Creating the works from public domain print editions means that no
+one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
+(and you!) can copy and distribute it in the United States without
+permission and without paying copyright royalties. Special rules,
+set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to
+copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to
+protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark. Project
+Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
+charge for the eBooks, unless you receive specific permission. If you
+do not charge anything for copies of this eBook, complying with the
+rules is very easy. You may use this eBook for nearly any purpose
+such as creation of derivative works, reports, performances and
+research. They may be modified and printed and given away--you may do
+practically ANYTHING with public domain eBooks. Redistribution is
+subject to the trademark license, especially commercial
+redistribution.
+
+
+
+*** START: FULL LICENSE ***
+
+THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
+PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK
+
+To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free
+distribution of electronic works, by using or distributing this work
+(or any other work associated in any way with the phrase "Project
+Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project
+Gutenberg-tm License (available with this file or online at
+http://gutenberg.org/license).
+
+
+Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm
+electronic works
+
+1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
+electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
+and accept all the terms of this license and intellectual property
+(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all
+the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy
+all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession.
+If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project
+Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the
+terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or
+entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8.
+
+1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be
+used on or associated in any way with an electronic work by people who
+agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few
+things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
+even without complying with the full terms of this agreement. See
+paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
+Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
+and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
+works. See paragraph 1.E below.
+
+1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
+or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
+Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the
+collection are in the public domain in the United States. If an
+individual work is in the public domain in the United States and you are
+located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
+copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
+works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
+are removed. Of course, we hope that you will support the Project
+Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by
+freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of
+this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with
+the work. You can easily comply with the terms of this agreement by
+keeping this work in the same format with its attached full Project
+Gutenberg-tm License when you share it without charge with others.
+
+1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern
+what you can do with this work. Copyright laws in most countries are in
+a constant state of change. If you are outside the United States, check
+the laws of your country in addition to the terms of this agreement
+before downloading, copying, displaying, performing, distributing or
+creating derivative works based on this work or any other Project
+Gutenberg-tm work. The Foundation makes no representations concerning
+the copyright status of any work in any country outside the United
+States.
+
+1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg:
+
+1.E.1. The following sentence, with active links to, or other immediate
+access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently
+whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the
+phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project
+Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed,
+copied or distributed:
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+1.E.2. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived
+from the public domain (does not contain a notice indicating that it is
+posted with permission of the copyright holder), the work can be copied
+and distributed to anyone in the United States without paying any fees
+or charges. If you are redistributing or providing access to a work
+with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the
+work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1
+through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
+Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or
+1.E.9.
+
+1.E.3. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
+with the permission of the copyright holder, your use and distribution
+must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional
+terms imposed by the copyright holder. Additional terms will be linked
+to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the
+permission of the copyright holder found at the beginning of this work.
+
+1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
+License terms from this work, or any files containing a part of this
+work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.
+
+1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
+electronic work, or any part of this electronic work, without
+prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
+active links or immediate access to the full terms of the Project
+Gutenberg-tm License.
+
+1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary,
+compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any
+word processing or hypertext form. However, if you provide access to or
+distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than
+"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version
+posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org),
+you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a
+copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon
+request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other
+form. Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm
+License as specified in paragraph 1.E.1.
+
+1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
+performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
+unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.
+
+1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing
+access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided
+that
+
+- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
+ the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
+ you already use to calculate your applicable taxes. The fee is
+ owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he
+ has agreed to donate royalties under this paragraph to the
+ Project Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments
+ must be paid within 60 days following each date on which you
+ prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
+ returns. Royalty payments should be clearly marked as such and
+ sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
+ address specified in Section 4, "Information about donations to
+ the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."
+
+- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
+ you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
+ does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
+ License. You must require such a user to return or
+ destroy all copies of the works possessed in a physical medium
+ and discontinue all use of and all access to other copies of
+ Project Gutenberg-tm works.
+
+- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
+ money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
+ electronic work is discovered and reported to you within 90 days
+ of receipt of the work.
+
+- You comply with all other terms of this agreement for free
+ distribution of Project Gutenberg-tm works.
+
+1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
+electronic work or group of works on different terms than are set
+forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
+both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
+Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark. Contact the
+Foundation as set forth in Section 3 below.
+
+1.F.
+
+1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
+effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
+public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
+collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
+works, and the medium on which they may be stored, may contain
+"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
+corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
+property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
+computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by
+your equipment.
+
+1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
+of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
+Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
+Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
+liability to you for damages, costs and expenses, including legal
+fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
+LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
+PROVIDED IN PARAGRAPH F3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
+TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
+LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
+INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
+DAMAGE.
+
+1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
+defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
+receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
+written explanation to the person you received the work from. If you
+received the work on a physical medium, you must return the medium with
+your written explanation. The person or entity that provided you with
+the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
+refund. If you received the work electronically, the person or entity
+providing it to you may choose to give you a second opportunity to
+receive the work electronically in lieu of a refund. If the second copy
+is also defective, you may demand a refund in writing without further
+opportunities to fix the problem.
+
+1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth
+in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS', WITH NO OTHER
+WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
+WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
+
+1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied
+warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
+If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
+law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
+interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
+the applicable state law. The invalidity or unenforceability of any
+provision of this agreement shall not void the remaining provisions.
+
+1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
+trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
+providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
+with this agreement, and any volunteers associated with the production,
+promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
+harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
+that arise directly or indirectly from any of the following which you do
+or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
+work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
+Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.
+
+
+Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
+
+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
+electronic works in formats readable by the widest variety of computers
+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
+people in all walks of life.
+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
+
+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at http://pglaf.org
+
+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
+
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit http://pglaf.org
+
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including checks, online payments and credit card
+donations. To donate, please visit: http://pglaf.org/donate
+
+
+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
+
+Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
+
+ http://www.gutenberg.org
+
+This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
+subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
+
+*** END: FULL LICENSE ***
+