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+The Project Gutenberg EBook of Tendresses impériales, by Napoléon Bonaparte
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+
+Title: Tendresses impériales
+
+Author: Napoléon Bonaparte
+
+Release Date: November 2, 2006 [EBook #19700]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK TENDRESSES IMPÉRIALES ***
+
+
+
+
+Produced by Chuck Greif, Mireille Harmelin and the Online
+Distributed Proofreading Team at http://dp.rastko.net
+(Produced from images of the Bibliothèque nationale de
+France (BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr)
+
+
+
+
+
+[Note du transcripteur:
+
+Ce livre présente des lettres de Napoléon Bonaparte à sa première femme,
+Joséphine de Beauharnais, et à la Comtesse Marie de Walewska.
+
+Rappelons que Napoléon Bonaparte eut deux épouses:
+
+--Joséphine Tascher de la Pagerie, veuve du général Beauharnais, qu'il
+épousa en 1796 et dont il divorça en 1809 car Joséphine ne lui avait pas
+donné l'héritier à la dynastie qu'il souhaitait;--Marie-Louise, fille
+de l'empereur d'Autriche, qu'il épousa en 1810 et dont il eut un fils,
+le roi de Rome (1811-1832), surnommé l'Aiglon.
+
+C'est pendant les pourparlers qui conduisirent au Traité de Tilsitt
+signé en 1807 entre Napoléon 1er et le tsar Alexandre 1er de Russie,
+traité qui eut pour conséquences le démembrement de la Prusse et la
+reconstitution d'un État polonais (le Grand Duché de Varsovie), que
+Napoléon fit la connaissance de la Comtesse Marie de Walewska, à
+laquelle furent adressées quelques unes des lettres présentées dans ce
+livre.
+
+Rappelons brièvement les épisodes successifs de la vie politique et
+militaire de Napoléon Bonaparte:
+
+--en mars 1796, Bonaparte venait d'être nommé général en chef de
+l'armée d'Italie pour combattre les Autrichiens. Il y remporta des
+victoires restées fameuses: Castiglione, Arcole, Rivoli. Le Traité de
+Campoformio (octobre 1797) mit fin à la guerre avec les Autrichiens.
+
+--en 1798-1799, ce fut la Campagne d'Égypte où Bonaparte fut vainqueur
+aux Pyramides; mais la flotte française fut détruite par Nelson, à
+Aboukir.
+
+--en 1800, ce fut la 2ème campagne d'Italie avec la victoire de
+Marengo sur les Autrichiens.
+
+--Bonaparte devint premier Consul à la suite du coup d'État du 18
+brumaire an VIII (9 novembre 1799) puis fut sacré Napoléon 1er, Empereur
+des Français, le 2 décembre 1804.
+
+--Ce fut ensuite une succession de batailles victorieuses, Austerlitz
+(1805), Iéna (1806), Eylau et Friedland (1807), Wagram (1809). Mais il y
+eut la défaite de Trafalgar (1805) où la flotte française fut détruite
+par les Anglais. La Paix de Vienne fut signée le 14 octobre 1809. Puis
+vinrent les désastres avec la Campagne de Russie (1812), la Campagne
+d'Allemagne et la Défaite de Leipzig (octobre 1813), la Prise de Paris
+par les Alliés (mars 1814), le Traité d'abdication de Fontainebleau
+(avril 1814), l'exil à l'île d'Elbe, le Congrès de Vienne qui opéra la
+liquidation du régime napoléonien en Europe, les Cent Jours (mars à
+juillet 1815) après le retour de Napoléon de l'Ile d'Elbe, la Défaite de
+Waterloo (juin 1815), la 2ème abdication, le 22 juin 1815 et le départ
+pour son exil à Sainte-Hélène où il mourra en 1821.]
+
+ * * * * *
+
+
+
+
+ NAPOLÉON BONAPARTE
+
+ TENDRESSES IMPÉRIALES
+
+ AVEC UNE LETTRE-PRÉFACE PAR ABEL GRI
+
+ L'Amour est l'occupation de l'homme
+ oisif, la distraction du guerrier, l'écueil
+ du souverain.
+ (Napoléon Bonaparte)
+
+ PARIS
+ BIBLIOTHÈQUE INTERNATIONALE D'ÉDITION
+ E. SANSOT & Cie
+ 9, rue de l'Éperon, 9
+ MCMXIII
+
+ IL A ÉTÉ TIRÉ DE CET OUVRAGE
+25 EXEMPLAIRES NUMÉROTÉS SUR HOLLANDE
+ VAN GELDER ZONEN
+
+_Que diriez-vous d'une série qui grouperait les récits envoyés du
+théâtre de leurs exploits à leurs maîtresses par nos héros et qui nous
+les ferait voir dans l'instant où l'amour agit sur eux comme un ferment
+d'héroïsme? Les lettres du jeune général en chef de l'armée d'Italie
+ouvriraient cette collection._
+
+ (MAURICE BARRÈS)
+
+(Préface des «_Lettres du lieutenant-colonel Moll_».)
+
+ * * * * *
+
+
+
+
+TABLE DES MATIÈRES
+
+
+Lettre-préface à M. Maurice Barrès
+Lettres du Général en chef de l'armée d'Italie
+Lettres de Bonaparte, Premier Consul
+Lettres de Napoléon, Empereur
+Lettres de Napoléon à Joséphine après le divorce
+APPENDICES:
+Dialogue sur l'amour
+La femme et le Code Napoléon: Code civil
+Code pénal
+Lettres à Mme Walewska
+
+ * * * * *
+
+
+
+
+LETTRE-PRÉFACE À MAURICE BARRÈS
+
+
+_Voir réunies, en une page d'héroïsme et de passion, les lettres d'amour
+du jeune général en chef de l'armée d'Italie, c'est une idée qui vous
+fut chère et que voici réalisée._
+
+_En y joignant le «Dialogue sur l'Amour» qu'écrivit le jeune lieutenant
+d'artillerie et les billets fiévreux que l'Empereur fit parvenir à Marie
+Walewska, nous ajoutons les clartés et les ombres qui feront mieux
+valoir la figure du héros._
+
+_Il n'est pas jusqu'à cet âpre énoncé des articles du Code qui, comme la
+gravure sévère de quelque eau-forte, ne puisse fixer dans notre cerveau
+la pensée austère du Maître._
+
+_Nous ne dirons pas l'histoire de ses amours. Si nous les savons
+multiples, nous avons retenu qu'elles ne l'obsédèrent pas. Sans les
+considérer comme une tare, il pensait justement qu'elles étaient un mal
+inévitable à l'homme sans foyer, et que, pour cette raison, mieux valait
+les taire et les cacher._
+
+_C'est encore l'aimer que de ne pas attacher d'importance aux actes de
+sa vie qu'il estimait négligeables._
+
+_Aussi, sa tendresse pour Marie Walewska n'aura-t-elle que l'agrément
+d'une faiblesse s'entourant de romantisme._
+
+_Elle aura le charme troublant d'une page de littérature où l'amour
+discute l'être aimé à la curiosité des foules et à la raillerie des
+pamphlétaires. Malgré ses moments de véritable grandeur et malgré
+l'inaltérable souvenir qu'il lui garda, l'aventure polonaise ne restera
+qu'une aventure, sans doute plus longue, plus relevée parmi les autres,
+mais dont on n'a pas à chercher les conséquences, parce qu'elle ne
+pouvait pas en avoir dans la pensée et par la volonté du héros._
+
+_L'idée du rétablissement d'un royaume par l'intervention de l'amour ne
+sera qu'une chimère conçue par l'héroïne et narrée avec volupté par les
+écrivains épris de son histoire._
+
+_L'ascension au trône d'une concubine n'est qu'une autre folie de ceux
+qui s'ingénièrent à voir un passionné chez Napoléon._
+
+_Il eût été plus vrai de dire que par Napoléon l'amour n'est ni
+recherché, ni surtout glorifié. Il est combattu. L'Empereur ne l'accepte
+que dans le mariage, sans l'y croire nécessaire. Pour lui, le mariage
+est un devoir social. C'est un acte légitime que nous devons accomplir,
+que le souverain doit imposer à ses sujets et à l'accomplissement duquel
+il prêtera son encouragement. C'est un moyen de fonder une famille, une
+nation, une dynastie. Si fragiles que soient des unions que, seule, la
+volonté explique, il les veut définitives. Si le divorce est inscrit
+dans ses lois, ce n'est qu'entouré de mille entraves qui le rendent
+difficile à appliquer et d'aspect si redoutable que la plupart des
+solliciteurs s'en détournent. Il croit qu'il n'est rien de durable que
+ce qu'a bâti la volonté tenace. Il sait que les énergies sont rares et
+que la foule, quoique mobile, est soumise, parce que craintive. La
+rigueur de ses lois forcera son peuple à la vertu._
+
+_Aussi l'amour n'apparaît à ses yeux que comme un libertinage. Il le
+voit sous son aspect physique, et de suite il entrevoit les déchéances
+où conduisent les passions. Économe de l'énergie de son peuple comme de
+la sienne, il utilise même les circonstances quotidiennes pour bannir de
+son entourage l'idée de l'amour et l'habituer à des pensées plus
+austères. La perte d'une amante provoque-t-elle un suicide parmi ses
+troupes, de suite il fait lire une proclamation dans laquelle il est dit
+qu'«un soldat doit vaincre la douleur et la mélancolie de ses passions».
+L'histoire ne dit pas quelle femme fut cause de ce drame. Maîtresse ou
+épouse, la proclamation eût été la même. Dans sa pensée, l'homme se doit
+à une tâche plus sévère que celle d'aimer. L'amour est l'affaire des
+femmes, dont il exige la fidélité. Non pas qu'en soi il donne une grande
+importance à l'adultère. Il le dit «commun» et c'est une «affaire de
+canapé». Mais s'il le comprend, il ne l'excuse pas et les moeurs
+qu'imposera son exemple contribueront à en diminuer les causes. Il veut
+les épouses respectées. Il écarte d'elles les galants, supprimant ainsi
+toutes excuses à leur faute. Si malgré tant de soins la trahison n'a pu
+être évitée, il se gardera bien de l'ébruiter, d'user même de l'autorité
+de ses lois. Il sait qu'un malheur conjugal ne doit pas s'avouer._
+
+_Ceci explique le ton enjoué de ses lettres à Joséphine, où les rares
+menaces sont plutôt des avis de discrétion. Alors il écrit: «Ne te fie
+pas, et je te conseille de te bien garder la nuit, car une de ces
+prochaines tu entendras grand bruit.»_
+
+_Aussi sa correspondance est-elle d'une lecture passionnante et
+triste._
+
+_Bonaparte, à vingt-six ans_[1], _se marie avec Joséphine, âgée de
+quelques années de plus que lui_[2]. _Elle est veuve. Elle est créole.
+Elle a passé sa vie dans l'oisiveté. Celle du jeune Bonaparte s'est
+passée dans l'étude et dans les combats. Il ne sait des femmes et de
+l'amour que ce qu'il en a observé avec une amère justesse. Mais que peut
+l'observation d'un jeune homme quand, pour la combattre, on a le visage,
+la grâce de séduction et l'expérience de Joséphine._
+
+[Note 1: Né en 1769.]
+
+[Note 2: Née à la Martinique en 1763. Elle avait 32 ans.]
+
+_Pour conquérir une place, une fortune, un droit aux honneurs, elle usa
+de la seule arme qui était en son pouvoir. Une prescience lui disait que
+tout cela, ce jeune homme timide avec elle, mais énergique avec les
+événements, saurait le lui offrir._
+
+_Et il en fut ainsi._
+
+_Dès le soir du mariage, c'est, de la rue Chante-reine, le hâtif départ
+vers la gloire. Et bientôt les nouvelles parviennent, apportant chacune
+l'annonce d'un triomphe, d'un pas vers l'empire dont elle rêve peut-être
+dans son imagination orientale, mais certainement l'assurance d'un peu
+plus de cet argent dont elle se montrera si prodigue._
+
+_Pendant qu'il écrit ces fiévreux billets le soir, sous la tente, parmi
+l'éparpillement des cartes et des rapports, lorsque dorment ses soldats
+harassés, Joséphine, oublieuse des promesses récentes, se laisse aller à
+l'ardeur de son tempérament. Bonaparte en reçoit la nouvelle en Égypte.
+De suite il songe au divorce. Ce qu'il y a de brutal et d'orgueilleux
+dans son caractère lui présente ce moyen prompt de sauver son honneur._
+
+_Mais bientôt il fait un lent et puissant effort sur lui-même,
+s'appliquant à discuter, à peser la gravité et les conséquences de la
+rupture._
+
+_Il commande un corps d'expédition. Il a décidé d'atteindre le pouvoir à
+son retour en France. Des ennemis l'entourent. Ira-t-il prêter le flanc
+aux railleries en faisant connaître à tous ce qui n'est su que de
+quelques-uns? Ainsi les années passent. Il grandit dans sa puissance. En
+Italie, il est trop tard déjà pour exiger cette réparation. La blessure
+est plus ancienne aussi. Il la pourra supporter. Les efforts faits pour
+reconquérir Joséphine sont restés vains. Il eût fallu qu'il demeurât
+près d'elle à la distraire, à la choyer. Mais son destin l'appelait aux
+armées._
+
+_La certitude de toute maternité impossible chez l'Impératrice, seule,
+le détermina à la rupture. Encore ne put-il l'accepter définitive. Il
+sentit le besoin de la savoir proche de lui et heureuse par ses soins._
+
+_Perpétuel combat entre l'amour et la destinée, voilà toute la vie de
+Napoléon avec Joséphine._
+
+_Maintenant que nous connaissons les idées de l'Empereur sur l'amour et
+le mariage, on peut demeurer surpris de voir sa conduite._
+
+_Quand on songe qu'il avoua ses maîtresses à Joséphine, lui présenta
+Mme Walewska, et que l'ayant répudiée il ne voulut cesser de la voir,
+quelle extraordinaire complexité de caractère ne découvre-t-on pas en
+lui!_
+
+_Deux causes expliquent cette conduite; l'éducation littéraire de
+Bonaparte et le rôle d'initiatrice de Joséphine._
+
+_Napoléon dans sa rudesse garde un fond de rêverie qui combat sans cesse
+son positivisme natif. Cela il le doit à sa jeunesse isolée, malheureuse
+même, dépourvue de caresses et de cet argent avec lequel s'achètent les
+illusions de celles-ci. Il a vu des femmes, sans doute, mais leurs rangs
+si supérieurs au sien l'ont forcé à n'être que tendre et «troubadour»
+auprès d'elles. Ce furent les idylles de Valence. De celles qui se
+donnent, il connaît seulement les filles vénales comme celle interrogée
+un soir de fièvre sous les galeries du Palais-Royal._
+
+_La lecture de Rousseau l'exalta. Il a rêvé une Mme de Warens. Il
+croit la découvrir dans cette créole s'offrant à lui, prestigieuse,
+entourée du souvenirs de son Orient natal. Il l'aime d'autant plus qu'il
+n'osait espérer lui plaire._
+
+_De son côté, Joséphine trouva de l'agrément à séduire ce jeune homme
+qu'elle savait chaste. Pour cette voluptueuse c'était une conquête bien
+tentante. Ce que furent leur fièvre, nous le devinons. Dans leur hâte de
+possession, ils ne surent attendre leur mariage._
+
+_Tout ce qu'une femme dont l'amour est la seule pensée peut mettre de
+science, de raffinement, de recherche dans l'étreinte, il est certain
+que Joséphine le révéla à Bonaparte étonné et ravi. Pour elle il fut un
+jouet. Elle le trouva même «drôle» et par ce plaisir qu'elle donnait
+contre toute attente elle le posséda. De lui avoir fait connaître un
+amour qu'il imaginait seulement dans les romans, Bonaparte lui en fut
+toute sa vie reconnaissant. Ce conquérant l'aime parce qu'elle l'a
+vaincu, qu'elle l'a su tenir, lassé, près d'elle et cependant heureux._
+
+_Aussi il aura pour elle des empressements de petit-maître, de délicates
+attentions, des pardons même. Elle peut tout faire: le tromper, se
+vendre et s'endetter. Qu'importe! Il sait qu'il trouvera en elle un
+superbe instrument de plaisir plus vibrant et plus riche que tous les
+autres._
+
+_Aux heures de réflexion, dans les nuits aux camps, sa pensée s'applique
+à comprendre Joséphine. Il évoque les amants à qui elle se donne avec la
+même fougue qu'à lui-même. Si, dans son instinct de mâle, il est jaloux,
+sa fierté d'homme ne se révolte pas. Il sait qu'il n'a qu'à reparaître
+pour les lui faire oublier tous. Sa gloire, sa richesse lui ajoutent un
+prestige dont il connaît la force. «Ce qu'on aime en nous c'est notre
+bonheur», pense-t-il. Il se dit aussi qu'une femme dont les sens sont si
+prompts ne pourra jamais commander à l'esprit d'un homme. Pas plus
+qu'elle ne se souvient de lui absent, il ne redoute de subir son action
+quand il l'a quittée. Cela le séduit d'avoir une femme ne songeant qu'à
+le distraire sans penser à le commander. Enfin c'est surtout parce
+qu'elle fut l'initiatrice qu'il ne l'oublie jamais. Elle peut vieillir
+et avec l'âge voir s'éteindre la possibilité des étreintes. Qu'importe!
+Elle l'a fait vibrer avant toutes les autres. S'il n'hésite pas même à
+lui avouer ses infortunes galantes, c'est qu'il est certain de trouver
+sur son sein un mol oreiller pour sa peine et dans ses mains, qui eurent
+tant de luxurieuses caresses, une dernière étreinte pour apaiser son
+coeur. Il sait qu'elle l'aidera à dénouer d'aventureuses liaisons,
+trouvant dans cette compromission l'agrément de se voir rechercher
+encore._
+
+_Vu de la sorte, le caractère de Napoléon apparaît sans étrangeté. Il
+s'est imposé, où son esprit le conduisait de n'avoir d'autre maître que
+lui et à laisser la femme en marge de sa pensée._
+
+_Une conception de la vie entièrement consacrée à la réalisation ferme
+d'un grand projet oblige à ne considérer les autres sentiments que comme
+des plaisirs et à faire que ceux qui les éveillent en nous ne puissent
+devenir rien autre que des amuseurs._
+
+_L'esprit pourra s'ingénier à concevoir une vie calme où les droits de
+la famille et ceux du devoir seront Justement équilibrés, il semble
+qu'une loi conduise les êtres supérieurs à ne pas s'y arrêter. Ce calme,
+ce repos familial, dans les minutes de découragement ils regretteront
+parfois de ne l'avoir pas, mais ne s'attarderont pas à cette mélancolie.
+Immenses dans leurs besoins, ceux dont Napoléon a dit qu'ils «étaient
+des météores, destinés à brûler pour éclairer la terre» seront toujours
+conduits à s'éprendre de et qui sera énervant comme le sont la lutte et
+les courtisanes, si l'on veut entendre par courtisanes non les filles
+simplement vénales, mais celles qui trouvent à se donner une
+satisfaction aussi vive que le guerrier à vaincre. Pour les courtisanes
+et pour le conquérant, l'or et le butin de l'amant et du vaincu sont les
+conséquences naturelles, mais négligeables d'une action puissante.
+Offrandes et rançons seront vite dissipées, et de tant de fortunes et de
+conquêtes il ne ratera pour l'éternité que l'immense souvenir de leur
+agitation._
+
+_Napoléon cherchant la femme qui l'aimera pour lui-même et n'aimera que
+lui, l'artiste demandant celle qui le comprendra et lui construira un
+foyer, obéissent à une loi de contraste de notre esprit. En donnant
+Joséphine à Napoléon et d'ardentes maîtresses aux chastes artistes, les
+lois surnaturelles semblent avoir voulu surchauffer les sens de ces
+héros pour mieux libérer leurs esprits en leur présentant de la femme
+une idée physique et irrespectueuse à laquelle ils ne sauraient
+s'attacher sans déchoir._
+
+Abel GRI.
+
+ * * * * *
+
+
+
+
+ TENDRESSES IMPÉRIALES
+
+ ***
+
+
+LETTRES DU GÉNÉRAL EN CHEF DE L'ARMÉE D'ITALIE
+
+
+
+
+LETTRE I
+
+À Joséphine, à Milan.
+
+ Marmirolo, le 29 messidor, 6 heures du soir
+ (17 Juillet 1796).
+
+
+Je reçois ta lettre, mon adorable amie; elle a rempli mon coeur de joie.
+Je te suis obligé de la peine que tu as prise de me donner de tes
+nouvelles; ta santé doit être meilleure aujourd'hui; je suis sûr que tu
+es guérie. Je t'engage fort à monter à cheval, cela ne peut pas manquer
+de te faire du bien.
+
+Depuis que je t'ai quittée, j'ai toujours été triste. Mon bonheur est
+d'être près de toi. Sans cesse je repasse dans ma mémoire tes baisers,
+tes larmes, ton aimable jalousie, et les charmes de l'incomparable
+Joséphine allument sans cesse une flamme vive et brûlante dans mon coeur
+et dans mes sens. Quand, libre de toute inquiétude, de toute affaire,
+pourrai-je passer tous mes instants près de toi, n'avoir qu'à t'aimer,
+et ne penser qu'au bonheur de te le dire et de te le prouver? Je
+t'enverrai ton cheval; mais j'espère que tu pourras me rejoindre. Je
+croyais t'aimer il y a quelques jours; mais, depuis que je t'ai vue, je
+sens que je t'aime mille fois plus encore. Depuis que je te connais, je
+t'adore tous les jours davantage: cela prouve combien la maxime de La
+Bruyère, que _l'amour vient tout d'un coup_, est fausse. Tout, dans la
+nature, a un cours et différents degrés d'accroissement. Ah! je t'en
+prie, laisse-moi voir quelques-uns de tes défauts; sois moins belle,
+moins gracieuse, moins tendre, moins bonne surtout; surtout ne sois
+jamais jalouse, ne pleure jamais; tes larmes m'ôtent la raison, brûlent
+mon sang. Crois bien qu'il n'est plus en mon pouvoir d'avoir une pensée
+qui ne soit pas a toi, et une idée qui ne te soit pas soumise.
+
+Repose-toi bien. Rétablis vite ta santé. Viens me rejoindre; et, au
+moins, qu'avant de mourir, nous puissions dire: «Nous fûmes tant de
+jours heureux!!»
+
+Millions de baisers et même à Fortuné[3], en dépit de sa méchanceté.
+
+BONAPARTE.
+
+[Note 3: Petit chien de Joséphine.]
+
+
+
+
+LETTRE II
+
+À Joséphine, à Milan.
+
+ Marmirolo, le 19 messidor, 9 heures après-midi
+ (18 juillet 1796).
+
+
+J'ai passé toute la nuit sous les armes. J'aurais eu Mantoue par un coup
+hardi et heureux; mais les eaux du lac ont promptement baissé, de sorte
+que ma colonne qui était embarquée n'a pu arriver. Ce soir, je
+recommence d'une autre manière, mais cela ne donnera pas des résultats
+aussi satisfaisants.
+
+Je reçois une lettre d'Eugène, que je t'envoie. Je te prie d'écrire de
+ma part à ces aimables enfants et de leur envoyer quelques bijoux.
+Assure-les bien que je les aime comme mes enfants. Ce qui est à toi ou à
+moi se confond tellement dans mon coeur, qu'il n'y a aucune différence.
+
+Je suis fort inquiet de savoir comment tu te portes, ce que tu fais.
+J'ai été dans le village de Virgile, sur les bords du lac, au clair
+argentin de la lune, et pas un instant sans songer à Joséphine!
+
+L'ennemi a fait le 28 une sortie générale; il nous a tué ou blessé deux
+cents hommes, il en a perdu cinq cents en rentrant avec précipitation.
+
+Je me porte bien. Je suis tout à Joséphine, et je n'ai de plaisir ni de
+bonheur que dans sa société.
+
+Trois régiments napolitains sont arrivés à Brescia; ils se sont séparés
+de l'armée autrichienne, en conséquence de la convention que j'ai
+conclue avec M. Pignatelli.
+
+J'ai perdu ma tabatière; je te prie de m'en choisir une un peu plate, et
+d'y faire écrire quelque chose dessus, avec tes cheveux.
+
+Mille baisers aussi brûlants que tu es froide. Amour sans bornes et
+fidélité à toute épreuve. Avant que Joseph[4] parte, je désire lui
+parler.
+
+BONAPARTE.
+
+[Note 4: Frère aîné de Napoléon, devenu roi d'Espagne.]
+
+
+
+
+LETTRE III
+
+À Joséphine, à Milan.
+
+ Marmirolo, 1er thermidor an IV (19 juillet 1790).
+
+
+Il y a deux jours que je suis sans lettres de toi. Voilà trente fois
+aujourd'hui que je me suis fait cette observation, tu sens que cela est
+bien triste; tu ne peux pas douter cependant de la tendre et unique
+sollicitude que tu m'inspires.
+
+Nous avons attaqué hier Mantoue. Nous l'avons chauffée avec deux
+batteries à boulets rouges et des mortiers. Toute la nuit cette
+misérable ville a brûlé. Ce spectacle était horrible et imposant. Nous
+nous sommes emparés de plusieurs ouvrages extérieurs, nous ouvrons la
+tranchée cette nuit. Je vais partir pour Castiglione demain avec le
+quartier général, et je compte y coucher.
+
+J'ai reçu un courrier de Paris. Il y avait deux lettres pour toi; je les
+ai lues. Cependant, bien que cette action me paraisse toute simple et
+que tu m'en aies donné la permission l'autre jour, je crains que cela ne
+te fâche, et cela m'afflige bien. J'aurais voulu les recacheter: fi! ce
+serait une horreur. Si je suis coupable, je te demande grâce; je te jure
+que ce n'est pas par jalousie; non, certes, j'ai de mon adorable amie
+une trop grande opinion pour cela. Je voudrais que tu me donnasses
+permission entière de lire tes lettres; avec cela il n'y aurait plus de
+remords ni de crainte.
+
+Achille arrive en courrier de Milan; pas de lettres de mon adorable
+amie! Adieu, mon unique bien. Quand pourras-tu venir me rejoindre? Je
+viendrai te prendre moi-même à Milan.
+
+Mille baisers aussi brûlants que mon coeur, aussi purs que toi.
+
+Je fais appeler le courrier; il me dit qu'il est passé chez toi, et que
+tu lui as dit que tu n'avais rien à lui ordonner. Fi! méchante, laide,
+cruelle, tyranne, petit joli monstre! Tu te ris de mes menaces, de mes
+sottises; ah! si je pouvais, tu sais bien, t'enfermer dans mon coeur, je
+t'y mettrais en prison.
+
+Apprends-moi que tu es gaie, bien portante et bien tendre.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+
+LETTRE IV
+
+À Joséphine, à Milan.
+
+ Castiglione, le 9 thermidor an IV, 8 heures du matin
+ (21 juillet 1796).
+
+
+J'espère qu'en arrivant ce soir je recevrai une de tes lettres. Tu sais,
+ma chère Joséphine, le plaisir qu'elles me font, et je suis sûr que tu
+te plais à les écrire. Je partirai cette nuit pour Peschiera, pour les
+montagnes de..., pour Vérone et de là j'irai à Mantoue et peut-être à
+Milan, recevoir un baiser, puisque tu m'assures qu'ils ne sont pas
+glacés; j'espère que tu seras parfaitement rétablie alors, et que tu
+pourras m'accompagner à mon quartier général pour ne plus me quitter.
+N'es-tu pas l'âme de ma vie et le sentiment de mon coeur?
+
+Tes protégés sont un peu vifs, ils sentent l'ardent. Combien je leur
+suis obligé de faire en eux quelque chose qui te soit agréable. Ils se
+rendront à Milan. Il faut en tout un peu de patience.
+
+Adieu, belle et bonne, toute non pareille, toute divine; mille baisers
+amoureux.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+
+LETTRE V
+
+À Joséphine, à Milan.
+
+ Castiglione, 4 thermidor an IV (22 juillet 1796).
+
+
+Les besoins de l'armée exigent ma présence dans ces environs; il est
+impossible que je puisse m'éloigner jusqu'à venir à Milan; il me
+faudrait cinq à six jours et il peut arriver pendant ce temps-là des
+mouvements où ma présence pourrait être urgente ici.
+
+Tu m'assures que ta santé est bonne; je te prie en conséquence de venir
+à Brescia. J'envoie à l'heure même Murat pour t'y préparer un logement
+dans la ville, comme tu le désires.
+
+Je crois que tu feras bien d'aller coucher le 6 à Cassano, en partant
+fort tard de Milan, et de venir le 7 à Brescia, où le plus tendre des
+amants t'attend. Je suis désespéré que tu puisses croire, ma bonne amie,
+que mon coeur puisse s'ouvrir à d'autres qu'à toi; il t'appartient par
+droit de conquête et cette conquête sera solide, et éternelle. Je ne
+sais pourquoi tu me parles de Mme Te..., dont je me soucie fort peu,
+ainsi que des femmes de Brescia. Quant à tes lettres qu'il te fâche que
+j'ouvre, celle-ci sera la dernière; ta lettre n'était pas arrivée.
+
+Adieu, ma tendre amie, donne-moi souvent de tes nouvelles. Viens
+promptement me joindre et sois heureuse et sans inquiétude; tout va
+bien, et mon coeur est à toi pour la vie.
+
+Aie soin de rendre à l'adjudant général Miollis la boîte de médailles
+qu'il m'écrit t'avoir remise. Les hommes sont si mauvaise langue et si
+méchants qu'il faut se mettre en règle sur tout.
+
+Santé, amour et prompte arrivée à Brescia.
+
+J'ai à Milan une voiture à la fois de ville et de campagne; tu te
+serviras de celle-là pour venir. Porte avec toi ton argenterie et une
+partie des objets qui te sont nécessaires. Voyage à petites journées et
+pendant le frais, afin de ne pas te fatiguer. La troupe ne met que trois
+jours pour se rendre à Brescia. Il y a, en poste, pour quatorze heures
+de chemin. Je t'invite à coucher le 6 à Cassano; je viendrai à ta
+rencontre le 7, le plus loin possible.
+
+Adieu, ma Joséphine. Mille tendres baisers.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+
+LETTRE VI
+
+À Joséphine, à Milan.
+
+ Brescia, le 13 fructidor an IV (10 août 1796).
+
+
+J'arrive, mon adorée amie, ma première pensée est de t'écrire. Ta santé
+et ton image ne sont pas sorties un instant de ma mémoire pendant toute
+la route. Je ne serai tranquille que lorsque j'aurai reçu des lettres de
+toi. J'en attends avec impatience. Il n'est pas possible que tu te
+peignes mon inquiétude. Je t'ai laissée triste, chagrine et demi-malade.
+Si l'amour le plus profond et le plus tendre pouvait te rendre heureuse,
+tu devrais l'être.... Je suis accablé d'affaires.
+
+Adieu, ma douce Joséphine; aime-moi, porte-toi bien et pense souvent,
+souvent à moi.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+
+LETTRE VII
+
+À Joséphine, à Milan.
+
+ Brescia, le 14 fructidor an IV (31 août).
+
+
+Je pars à l'instant pour Vérone. J'avais espéré recevoir une lettre de
+toi; cela me met dans une inquiétude affreuse. Tu étais un peu malade
+lors de mon départ; je t'en prie, ne me laisse pas dans une pareille
+inquiétude. Tu m'avais promis plus d'exactitude; ta langue était
+cependant bien d'accord alors avec ton coeur... Toi, à qui la nature a
+donné douceur, aménité et tout ce qui plaît, comment peux-tu oublier
+celui qui t'aime avec tant de chaleur? Trois jours sans lettres de toi;
+je t'ai cependant écrit plusieurs fois. L'absence est horrible, les
+nuits sont longues, ennuyeuses et fades; la journée est monotone.
+
+Aujourd'hui, seul avec les pensées, les travaux, les écritures, les
+hommes et leurs fastueux projets, je n'ai pas même un billet de toi que
+je puisse presser contre mon coeur.
+
+Le quartier général est parti; je pars dans une heure. J'ai reçu cette
+nuit un exprès de Paris; il n'y avait pour toi que la lettre ci-jointe
+qui te fera plaisir.
+
+Pense à moi, vis pour moi, sois souvent avec ton bien-aimé et crois
+qu'il n'est pour lui qu'un seul malheur qui l'effraie, ce serait de
+n'être plus aimé de sa Joséphine. Mille baisers bien doux, bien tendres,
+bien exclusifs.
+
+Fais partir de suite M. Monclas pour Vérone; je le placerai. Il faut
+qu'il soit arrivé avant le 18.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+
+LETTRE VIII
+
+À Joséphine, à Milan.
+
+ Ala, le 17 fructidor an IV (3 septembre 1796).
+
+
+Nous sommes en pleine campagne, mon adorable amie; nous avons culbuté
+les postes ennemis; nous leur avons pris huit ou dix chevaux avec un
+pareil nombre de cavaliers. La troupe est très gaie et bien disposée.
+J'espère que nous ferons de bonnes affaires et que nous entrerons dans
+Trente le 10.
+
+Point de lettres de toi; cela m'inquiète vraiment; l'on m'assure
+cependant que tu te portes bien et que même tu as été te promener au lac
+de Côme. J'attends tous les jours et avec impatience le courrier où tu
+m'apprendras de tes nouvelles; tu sais combien elles me sont chères. Je
+ne vis pas loin de toi; le bonheur de la vie est près de ma douce
+Joséphine. Pense à moi! Écris-moi souvent, bien souvent; c'est le seul
+remède à l'absence; elle est cruelle, mais sera, j'espère, momentanée.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+
+LETTRE IX
+
+À Joséphine, à Milan.
+
+ Montebello, le 24 fructidor an IV, à midi
+ (10 septembre 1796).
+
+
+L'ennemi a perdu, ma chère amie, dix-huit mille hommes prisonniers; le
+reste est tué ou blessé. Wurmser, avec une colonne de quinze cents
+chevaux et cinq mille hommes d'infanterie, n'a plus d'autre ressource
+que de se jeter dans Mantoue.
+
+Jamais nous n'avons eu de succès aussi constants et aussi grands.
+L'Italie, le Frioul, le Tyrol sont assurés à la République. Il faut que
+l'empereur crée une seconde armée; artillerie, équipages de pont,
+bagages, tout est pris.
+
+Sous peu de jours nous nous verrons; c'est la plus douce récompense de
+mes fatigues et de mes peines.
+
+Mille baisers ardents et bien amoureux.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+
+LETTRE X
+
+À Joséphine, à Milan.
+
+ Ronco, le 26 fructidor an IV, à 10 heures du matin
+ (12 septembre 1706).
+
+
+Je suis ici, ma chère Joséphine, depuis deux jours, mal couché, mal
+nourri et bien contrarié d'être loin de toi.
+
+Wurmser est cerné; il a avec lui trois mille hommes de cavalerie et cinq
+mille hommes d'infanterie. Il est à Porto-Legagno; il cherche à se
+retirer à Mantoue; mais cela lui devient désormais impossible. Dès
+l'instant que cette affaire sera terminée, je serai dans tes bras.
+
+Je t'embrasse un million de fois.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+
+LETTRE XI
+
+À Joséphine, à Milan.
+
+ Vérone, premier Jour complémentaire an IV
+ (le 17 septembre 1796).
+
+
+Je t'écris, ma bonne amie, bien souvent, et toi peu. Tu es une méchante
+et une laide, bien laide, autant que tu es légère. Cela est perfide,
+tromper un pauvre mari, un tendre amant! Doit-il perdre ses droits parce
+qu'il est loin, chargé de besogne, de fatigue et de peine? Sans sa
+Joséphine, sans l'assurance de son amour, que lui reste-t-il sur la
+terre? Qu'y ferait-il?
+
+Nous avons eu hier une affaire très sanglante; l'ennemi a perdu beaucoup
+de monde et a été complètement battu. Nous lui avons pris le faubourg de
+Mantoue.
+
+Adieu, adorable Joséphine; une de ces nuits, les portes s'ouvriront avec
+fracas: comme un jaloux, et me voilà dans tes bras.
+
+Mille baisers amoureux.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+
+LETTRE XII
+
+À Joséphine, à Milan.
+
+ Modène, le 23 vendémiaire an V, à 9 heures du soir.
+ (17 octobre 1796).
+
+
+J'ai été avant-hier toute la journée en campagne. J'ai gardé hier le
+lit. La fièvre et un violent mal de tête, tout cela m'a empêché d'écrire
+à mon adorable amie; mais j'ai reçu ses lettres; je les ai pressées
+contre mon coeur et mes lèvres, et la douleur de l'absence, cent milles
+d'éloignement, ont disparu. Dans ce moment je t'ai vue près de moi, non
+capricieuse et fâchée, mais douce, tendre, avec cette onction de bonté
+qui est exclusivement le partage de ma Joséphine. C'était un rêve; juge
+si cela m'a guéri de la fièvre. Tes lettres sont froides comme cinquante
+ans, elles ressemblent à quinze ans de mariage. On y voit l'amitié et
+les sentiments de cet hiver de la vie. Fi! Joséphine!... C'est bien
+méchant, bien mauvais, bien traître à vous. Que vous reste-t-il pour me
+rendre bien à plaindre? Ne plus m'aimer? Eh! c'est déjà fait. Me haïr?
+Eh bien! je le souhaite, tout avilit hors la haine; mais l'indifférence
+au pouls de marbre, à l'oeil fixe, à la démarche monotone!...
+
+Mille, mille baisers bien tendres, comme mon coeur.
+
+Je me porte un peu mieux, je pars demain. Les Anglais évacuent la
+Méditerranée. La Corse est à nous. Bonne nouvelle pour la France et pour
+l'armée.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+
+LETTRE XIII
+
+À Joséphine, à Milan.
+
+ Vérone, le 10 brumaire an V (9 novembre 1790).
+
+
+Je suis arrivé depuis avant-hier à Vérone, ma bonne amie. Quoique
+fatigué, je suis bien portant, bien affairé et je t'aime toujours à la
+passion. Je monte à cheval.
+
+Je t'embrasse mille fois.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+
+LETTRE XIV
+
+À Joséphine, à Milan.
+
+ Vérone, le 3 frimaire an V (13 novembre 1796).
+
+
+Je ne t'aime plus du tout; au contraire, je te déteste. Tu es une
+vilaine, bien gauche, bien bête, bien cendrillon. Tu ne m'écris pas du
+tout, tu n'aimes pas ton mari; tu sais le plaisir que tes lettres lui
+font, et tu ne lui écris pas six lignes jetées au hasard.
+
+Que faites-vous donc toute la journée, madame? Quelle affaire si
+importante vous ôte le temps d'écrire à votre bien bon amant? Quelle
+affection étouffe et met de côté l'amour, le tendre et constant amour
+que vous lui avez promis? Quel peut être ce merveilleux, ce nouvel amant
+qui absorbe tous vos instants, tyrannise vos journées et vous empêche de
+vous occuper de votre mari? Joséphine, prenez-y garde, une belle nuit
+les portes enfoncées et me voilà.
+
+En vérité, je suis inquiet, ma bonne amie, de ne pas recevoir de tes
+nouvelles; écris-moi vite quatre pages et de ces aimables choses qui
+remplissent mon coeur de sentiment et de plaisir.
+
+J'espère qu'avant peu je te serrerai dans mes bras, et je te couvrirai
+d'un million de baisers brûlants comme sous l'équateur.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+
+LETTRE XV
+
+À Joséphine, à Milan.
+
+ Vérone, le 4 frimaire an V (24 novembre 1796).
+
+
+J'espère bientôt, ma douce amie, être dans tes bras. Je t'aime à la
+fureur. J'écris à Paris par ce courrier. Tout va bien. Wurmser a été
+battu hier sous Mantoue. Il ne manque à ton mari que l'amour de
+Joséphine pour être heureux.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+
+LETTRE XVI
+
+À Joséphine, à Gênes.
+
+ Milan, le 7 frimaire an V, à trois heures
+ après-midi (27 novembre 1796).
+
+
+J'arrive à Milan, je me précipite dans ton appartement, j'ai tout quitté
+pour te voir, te presser dans mes bras;... tu n'y étais pas: tu cours
+les villes avec des fêtes; tu t'éloignes de moi lorsque j'arrive, tu ne
+te soucies plus de ton cher Napoléon. Un caprice te l'a fait aimer,
+l'inconstance te le rend indifférent.
+
+Accoutumé aux dangers, je sais le remède aux ennuis et aux maux de la
+vie. Le malheur que j'éprouve est incalculable; j'avais droit de n'y pas
+compter.
+
+Je serai ici jusqu'au 9 dans la journée. Ne te dérange pas; cours les
+plaisirs; le bonheur est fait pour toi. Le monde entier est trop heureux
+s'il peut te plaire, et ton mari seul est bien, bien malheureux.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+
+LETTRE XVII
+
+À Joséphine, à Gênes.
+
+ Milan, le 8 frimaire an V, 8 heures du soir
+ (28 novembre 1796).
+
+
+Je reçois le courrier que Berthier avait expédié à Gênes. Tu n'as pas eu
+le temps de m'écrire, je le sens facilement. Environnée de plaisirs et
+de jeux, tu aurais tort de me faire le moindre sacrifice.
+
+Berthier a bien voulu me montrer la lettre que tu lui as écrite. Mon
+intention n'est pas que tu déranges rien à tes calculs, ni aux parties
+de plaisir qui te sont offertes; je n'en vaux pas la peine et le bonheur
+ou le malheur d'un homme que tu n'aimes pas n'a pas le droit
+d'intéresser.
+
+Pour moi, t'aimer seule, te rendre heureuse, ne rien faire qui puisse te
+contrarier, voilà le destin et le but de ma vie.
+
+Sois heureuse, ne me reproche rien, ne t'intéresse pas à la félicité
+d'un homme qui ne vit que de ta vie, ne jouit que de tes plaisirs et de
+ton bonheur. Quand j'exige de toi un bonheur pareil au mien, j'ai tort:
+pourquoi vouloir que la dentelle pèse autant que l'or? Quand je te
+sacrifie tous mes désirs, toutes mes pensées, tous les instants de ma
+vie, j'obéis à l'ascendant que tes charmes, ton caractère et toute ta
+personne ont su prendre sur mon malheureux coeur. J'ai tort, si la
+nature ne m'a pas donné les attraits pour te captiver; mais ce que je
+mérite de la part de Joséphine ce sont des égards, de l'estime, car je
+l'aime à la fureur et uniquement.
+
+Adieu, femme adorable; adieu, ma Joséphine. Puisse le sort concentrer
+dans mon coeur tous les chagrins et toutes les peines, mais qu'il donne
+à ma Joséphine des jours prospères et heureux. Qui le mérita plus
+qu'elle? Quand il sera constaté qu'elle ne peut plus aimer, je
+renfermerai ma douleur profonde, et je me contenterai de pouvoir lui
+être utile et bon à quelque chose.
+
+Je rouvre ma lettre pour te donner un baiser... Ah! Joséphine!...
+Joséphine!...
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+
+LETTRE XVIII
+
+À Joséphine, à Bologne.
+
+ Le 28 pluviôse an V (16 février 1797).
+
+
+Tu es triste, tu es malade, tu ne m'écris plus, tu veux t'en aller à
+Paris. N'aimerais-tu plus ton ami? Cette idée me rend malheureux. Ma
+douce amie, la vie est pour moi insupportable depuis que je suis
+instruit de ta tristesse.
+
+Je m'empresse de t'envoyer Moscati, afin qu'il puisse te soigner. Ma
+santé est un peu faible; mon rhume dure toujours. Je te prie de te
+ménager, de m'aimer autant que je t'aime, et de m'écrire tous les jours.
+Mon inquiétude est sans égale.
+
+J'ai dit à Moscati de t'accompagner à Ancône, si tu veux y venir. Je
+t'écrirai là pour te faire savoir où je suis.
+
+Peut-être ferai-je la paix avec le Pape et serai-je bientôt près de toi;
+c'est le voeu le plus ardent de mon âme.
+
+Je te donne cent baisers. Crois que rien n'égale mon amour, si ce n'est
+mon inquiétude. Écris-moi tous les jours toi-même. Adieu, très chère
+amie.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+
+LETTRE XIX
+
+À Joséphine, à Bologne.
+
+ Tolentino, 1er ventôse an V (19 février 1797).
+
+
+La paix avec Rome vient d'être signée. Bologne, Ferrare, la Romagne sont
+cédées à la République. Le Pape nous donne 30 millions dans peu de temps
+et des objets d'art.
+
+Je pars demain matin pour Ancône, et, de là, pour Rimini, Ravenne et
+Bologne. Si ta santé ta le permet, viens à Rimini ou Ravenne; mais
+ménage-toi, je t'en conjure.
+
+Pas un mot de ta main, bon Dieu! qu'ai-je donc fait? Ne penser qu'à toi,
+n'aimer que Joséphine, ne vivre que pour ma femme, ne jouir que du
+bonheur de mon amie, cela doit-il me mériter de sa part un traitement si
+rigoureux? Mon amie, je t'en conjure, pense souvent à moi et écris-moi
+tous les jours. Tu es malade ou tu ne m'aimes pas! Crois-tu donc que mon
+coeur soit de marbre? Et mes peines t'intéressent-elles si peu? Tu me
+connaîtrais bien mal! Je ne le puis croire. Toi, à qui la nature a donné
+l'esprit, la douceur et la beauté, toi qui seule pouvais régner dans mon
+coeur, toi qui sais trop, sans doute, l'empire absolu que tu as sur moi!
+
+Écris-moi, pense à moi et aime-moi.
+
+Pour la vie tout à toi,
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+
+LETTRES DE BONAPARTE, PREMIER CONSUL
+
+
+
+
+LETTRE XX
+
+À Joséphine, à Paris.
+
+ Le 26 florial an VIII (10 mai 1800)
+
+
+Je pars dans l'instant pour aller coucher à Saint-Maurice. Je n'ai point
+reçu de lettres de toi, cela n'est pas bien; je t'ai écrit tous les
+courriers.
+
+Eugène doit arriver après-demain. Je suis un peu enrhumé, mais cela ne
+sera rien.
+
+Mille choses tendres à toi, ma bonne petite Joséphine, et à tout ce qui
+t'appartient.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+
+LETTRE XXI
+
+À Joséphine, à Plombières.
+
+ Paris, le 27.....an X (1801).
+
+
+Il fait si mauvais temps ici que je suis resté à Paris. Malmaison, sans
+toi, est trop triste. La fête a été belle, elle m'a un peu fatigué. Le
+vésicatoire que l'on m'a mis au bras me fait toujours souffrir beaucoup.
+
+J'ai reçu pour toi, de Londres, des plantes que j'ai envoyées à ton
+jardinier. S'il fait aussi mauvais à Plombières qu'ici, tu souffriras
+beaucoup des eaux.
+
+Mille choses aimables à maman et à Hortense.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+
+LETTRE XXII
+
+À Joséphine, à Plombières.
+
+ Malmaison, 30 prairial an XI (10 juin 1803).
+
+
+Je n'ai pas encore reçu de tes nouvelles; je pense cependant que tu as
+déjà dû commencer à prendre les eaux. Nous sommes ici un peu tristes,
+quoique l'aimable fille fasse les honneurs de la maison à merveille. Je
+me sens depuis deux jours légèrement tourmenté de ma douleur. Le gros
+Eugène est arrivé hier au soir, il se porte à merveille.
+
+Je t'aime comme le premier jour, parce que tu es bonne et aimable
+par-dessus tout.
+
+Hortense m'a dit qu'elle t'écrivait souvent.
+
+Mille choses aimables, et un baiser d'amour. Tout à toi.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+
+LETTRE XXIII
+
+À Joséphine, à Plombières.
+
+ Malmaison, 4 messidor an XI (23 juin 1803).
+
+
+J'ai reçu ta lettre, ma bonne petite Joséphine. Je vois avec peine que
+tu as souffert de la route; mais quelques jours de repos te feront du
+bien. Je suis assez bien portant. J'ai été hier à la chasse à Marly et
+je m'y suis blessé très légèrement à un doigt en tirant un sanglier.
+
+Hortense se porte assez bien. Ton gros fils a été un peu malade, mais il
+va mieux. Je crois que ce soir ces dames jouent le _Barbier de Séville_.
+Le temps est très beau. Je te prie de croire que rien n'est plus vrai
+que les sentiments que j'ai pour ma petite Joséphine.
+
+Tout à toi.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+
+LETTRE XXIV
+
+À Joséphine, à Plombières.
+
+ Malmaison, le 3 messidor an XI (27 juin 1803).
+
+
+Ta lettre, bonne petite femme, m'a appris que tu étais incommodée.
+Corvisart m'a dit que c'était un bon signe, que les bains te feraient
+l'effet désiré et qu'ils te mettraient dans un bon état. Cependant,
+savoir que tu es souffrante est une peine sensible pour mon coeur.
+
+J'ai été voir hier la manufacture de Sèvres et Saint-Cloud.
+
+Mille choses aimables pour tous.
+
+Pour la vie.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+
+LETTRE XXV
+
+À Joséphine, à Plombières.
+
+ Malmaison, 12 messidor an XI (1er juillet 1803).
+
+
+J'ai reçu ta lettre du 10 messidor. Tu ne me parles pas de ta santé ni
+de l'effet des bains. Je vois que tu comptes être de retour dans huit
+jours; cela fait grand plaisir à ton ami qui s'ennuie d'être seul!...
+
+Tu dois avoir vu le général Ney qui part pour Plombières: il se mariera
+à son retour.
+
+Hortense a joué hier Rosine dans le _Barbier de Séville_ avec son
+intelligence ordinaire.
+
+Je te prie de croire que je t'aime et suis fort impatient de te revoir.
+Tout est triste ici sans toi.
+
+BONAPARTE.
+
+
+
+
+LETTRES DE NAPOLÉON, EMPEREUR
+
+
+
+
+LETTRE XXVI
+
+À l'Impératrice, à Aix-la-Chapelle.
+
+ Boulogne, le 15 thermidor an XII
+ (3 août 1804).
+
+
+Mon amie, j'espère apprendre bientôt que les eaux t'ont fait beaucoup de
+bien. Je suis peiné de toutes les contrariétés que tu as éprouvées. Je
+désire que tu m'écrives souvent. Ma santé est très bonne, quoique un peu
+fatiguée. Je serai sous peu de jours à Dunkerque, d'où je t'écrirai.
+
+Eugène est parti pour Blois.
+
+Je te couvre de baisers.
+
+NAPOLÉON.
+
+
+
+
+LETTRE XXVII
+
+À l'Impératrice, à Aix-la-Chapelle.
+
+ Calais, 18 thermidor an XII (6 août 1804).
+
+
+Mon amie, je suis à Calais depuis minuit; je pense en partir ce soir
+pour Dunkerque. Je suis content de ce que je vois et assez bien de
+santé. Je désire que les eaux te fassent autant de bien que m'en font le
+mouvement, la vue des camps et la mer.
+
+Eugène est parti pour Blois. Hortense se porte bien. Louis est à
+Plombières.
+
+Je désire beaucoup te voir. Tu es toujours nécessaire à mon bonheur.
+Mille choses aimables chez toi.
+
+NAPOLÉON.
+
+
+
+
+LETTRE XXVIII
+
+À Joséphine, à Strasbourg.
+
+ Louisbourg, 13 vendémiaire an XIV (5 octobre 1805).
+
+
+Je pars à l'instant pour continuer ma marche. Tu seras, mon amie, cinq
+ou six jours sans avoir de mes nouvelles; ne t'en inquiète pas, cela
+tient aux opérations qui vont avoir lieu. Tout va bien, et comme je le
+pouvais espérer.
+
+J'ai assisté ici à une noce du fils de l'électeur avec une nièce du roi
+de Prusse. Je désire donner une corbeille de trente-six mille à quarante
+mille francs à la jeune princesse. Fais-la faire et envoie-la par un de
+mes chambellans à la nouvelle mariée, lorsque ces chambellans viendront
+me rejoindre. Il faut que ce soit fait sur-le-champ.
+
+Adieu, mon amie, je t'aime et t'embrasse.
+
+NAPOLÉON.
+
+
+
+
+LETTRE XXIX
+
+À l'Impératrice, à Strasbourg.
+
+ Augsbourg, le 1er brumaire an XIV (23 octobre 1805).
+
+
+Les deux dernières nuits m'ont bien reposé, et je vais partir demain
+pour Munich. Je mande M. Talleyrand et M. Maret près de moi; je les
+verrai peu et je vais me rendre sur l'Inn pour attaquer l'Autriche au
+sein de ses États héréditaires. J'aurais bien désiré te voir, mais ne
+compte pas que je t'appelle, à moins qu'il n'y ait un armistice ou des
+quartiers d'hiver.
+
+Adieu, mon amie, mille baisers. Mes compliments à ces dames.
+
+NAPOLÉON.
+
+
+
+
+LETTRE XXX
+
+À l'Impératrice, à Strasbourg.
+
+ Munich, le dimanche 5 brumaire an XIV (27 octobre 1805).
+
+
+J'ai reçu par Lemarois ta lettre. J'ai vu avec peine que tu t'étais trop
+inquiétée. L'on m'a donné des détails qui m'ont prouvé toute la
+tendresse que tu me portes; mais il faut plus de force et de confiance.
+J'avais d'ailleurs prévenu que je serais six jours sans l'écrire.
+
+J'attends demain l'électeur. À midi je pars pour confirmer mon mouvement
+sur l'Inn. Ma santé est assez bonne. Il ne faut pas penser à passer le
+Rhin avant quinze ou vingt jours. Il faut être gaie, t'amuser, et
+espérer qu'avant la fin du mois nous nous verrons.
+
+Je m'avance contre l'armée russe. Dans quelques jours j'aurai passé
+l'Inn.
+
+Adieu, ma bonne amie, mille choses aimables à Hortense, à Eugène et aux
+deux Napoléon.
+
+Garde la corbeille quelque temps encore.
+
+J'ai donné hier aux dames de cette cour un concert. Le maître de
+chapelle est un homme de mérite.
+
+J'ai chassé à une faisanderie de l'électeur: tu vois que je ne suis pas
+si fatigué.
+
+M. de Talleyrand est arrivé.
+
+NAPOLÉON.
+
+
+
+
+LETTRE XXXI
+
+À l'Impératrice, à Strasbourg.
+
+ Haag, le 11, à 10 heures du soir, brumaire an XIV
+ (3 novembre 1805).
+
+
+Je suis en grande marche; le temps est très froid, la terre couverte
+d'un pied de neige. Cela est un peu rude. Il ne manque heureusement pas
+de bois; nous sommes ici toujours dans les forêts. Je me porte assez
+bien. Mes affaires vont d'une manière satisfaisante; mes ennemis doivent
+avoir plus de soucis que moi.
+
+Je désire avoir de tes nouvelles et apprendre que tu es sans inquiétude.
+
+Adieu, mon amie, je vais me coucher.
+
+Napoléon.
+
+
+
+
+LETTRE XXXII
+
+À l'Impératrice, à Strasbourg.
+
+ Mardi, 14 brumaire an XIV (5 novembre 1805).
+
+
+Je suis à Lintz. Le temps est beau. Nous sommes à vingt-huit lieues de
+Vienne. Les Russes ne tiennent pas; ils sont en grande retraite. La
+maison d'Autriche est fort embarrassée; à Vienne, on évacue tous les
+bagages de la cour. Il est probable que d'ici à cinq ou six jours il y
+aura du nouveau, je désire bien te revoir. Ma santé est bonne.
+
+Je t'embrasse.
+
+NAPOLÉON.
+
+
+
+
+LETTRE XXXIII
+
+À l'impératrice, à Strasbourg.
+
+ Le 24 brumaire, à 9 heures du soir, an XIV
+ (15 novembre 1805).
+
+
+Je suis à Vienne depuis deux jours, ma bonne amie, un peu fatigué. Je
+n'ai pas encore vu la ville de jour; je l'ai parcourue la nuit. Demain
+je reçois les notables et les corps. Presque toutes mes troupes sont au
+delà du Danube, à la poursuite des Russes.
+
+Adieu, ma Joséphine; du moment que cela sera possible, je te ferai
+venir. Mille choses aimables pour toi.
+
+NAPOLÉON.
+
+
+
+
+LETTRE XXXIV
+
+À l'Impératrice, à Strasbourg.
+
+ Vienne, 25 brumaire an XIV (18 novembre 1805).
+
+
+J'écris à M. d'Harville pour que tu partes et que tu te rendes à Bade,
+de là à Stuttgard et de là à Munich. Tu donneras, à Stuttgard, la
+corbeille à la princesse Paul. Il suffit qu'il y ait pour quinze mille à
+vingt mille francs; le restant sera pour faire des présents, à Munich,
+aux filles de l'électrice de Bavière. Tout ce que tu as su pour Mme
+de Serrent est définitivement arrangé. Porte de quoi faire des présents
+aux dames et aux officiers qui seront de service près de toi. Sois
+honnête, mais reçois tous les hommages: l'on te doit tout et tu ne dois
+rien que par honnêteté. L'électrice de Wurtemberg est fille du roi
+d'Angleterre, c'est une bonne femme, tu dois bien la traiter, mais
+cependant sans affectation.
+
+Je serai bien aise de te voir du moment que mes affaires me le
+permettront. Je pars pour mon avant-garde. Il fait un temps affreux, il
+neige beaucoup; du reste, toutes mes affaires vont bien.
+
+Adieu, ma bonne amie.
+
+NAPOLÉON.
+
+
+
+
+LETTRE XXXV
+
+À l'Impératrice, à Munich.
+
+ Austerlitz, 14 frimaire an XIV
+ (4 décembre 1805).
+
+
+J'ai conclu une trêve. Les Russes s'en vont. La bataille d'Austerlitz
+est la plus belle de toutes celles que j'ai données: quarante-cinq
+drapeaux, plus de cent cinquante pièces de canon, les étendards de la
+garde de Russie, vingt généraux, trente mille prisonniers, plus de vingt
+mille tués; spectacle horrible!
+
+L'empereur Alexandre est au désespoir et s'en va en Russie. J'ai vu hier
+à mon bivouac l'empereur d'Allemagne; nous causâmes deux heures; nous
+sommes convenus de faire vite la paix.
+
+Le temps n'est pas encore très mauvais. Voilà enfin le repos rendu au
+continent, il faut espérer qu'il va l'être au monde: les Anglais ne
+sauraient nous faire front.
+
+Je verrai avec bien du plaisir le moment qui me rapprochera de toi.
+
+Il court un petit mal d'yeux qui dure deux jours, je n'en ai pas encore
+été atteint.
+
+Adieu, ma bonne amie, je me porte assez bien et suis fort désireux de
+t'embrasser.
+
+NAPOLÉON.
+
+
+
+
+LETTRE XXXVI
+
+À l'impératrice, à Munich.
+
+ Schoenbrunn, 29 frimaire an XIV (20 décembre 1803).
+
+
+Je reçois ta lettre du 25. J'apprends avec peine que tu es souffrante;
+ce n'est pas là une bonne disposition pour faire cent lieues dans cette
+saison. Je ne sais ce que je ferai: je dépends des événements; je n'ai
+pas de volonté; j'attends tout de leur issue. Reste à Munich, amuse-toi;
+ce n'est pas difficile, lorsqu'on a tant de personnes aimables et dans
+un si beau pays. Je suis, moi, assez occupé. Dans quelques jours je
+serai décidé.
+
+Adieu, mon amie; mille choses aimantes et tendres.
+
+NAPOLÉON.
+
+
+
+
+LETTRE XXXVII
+
+À l'Impératrice, à Mayence.
+
+ Géra, le 13, à 2 heures du matin, 1806.
+
+
+Je suis aujourd'hui à Géra, ma bonne amie; mes affaires vont fort bien
+et tout comme je pouvais l'espérer. Avec l'aide de Dieu, en peu de jours
+cela aura pris un caractère bien terrible, je crois, pour le pauvre roi
+de Prusse, que je plains personnellement, parce qu'il est bon. La reine
+est à Erfurt avec le roi. Si elle veut voir une bataille, elle aura ce
+cruel plaisir. Je me porte à merveille; j'ai déjà engraissé depuis mon
+départ; cependant je fais, de ma personne, vingt et vingt-cinq lieues
+par jour, à cheval, en voiture, de toutes les manières. Je me couche à
+huit heures et suis levé à minuit; je songe quelquefois que tu n'es pas
+encore couchée.
+
+Tout à toi,
+
+NAPOLÉON.
+
+
+
+
+LETTRE XXXVIII
+
+À l'Impératrice, à Mayence.
+
+ 1er novembre, 2 heures du matin, 1806.
+
+
+Talleyrand arrive et me dit, mon amie, que tu ne fais que pleurer. Que
+veux-tu donc? Tu as ta fille, tes petits-enfants, et de bonnes
+nouvelles; voilà bien des moyens d'être contente et heureuse.
+
+Le temps est ici superbe; il n'a pas encore tombé de toute la campagne
+une seule goutte d'eau. Je me porte fort bien, et tout va au mieux.
+
+Adieu, mon amie; j'ai reçu une lettre de M. Napoléon; je ne crois pas
+qu'elle soit de lui, mais d'Hortense.
+
+Mille choses à tout le monde.
+
+NAPOLÉON.
+
+
+
+
+LETTRE XXXIX
+
+À l'Impératrice, à Mayence.
+
+ Le 6 novembre, à 9 heures du soir, 1806.
+
+
+J'ai reçu ta lettre où tu me parais fâchée du mal que je dis des femmes;
+il est vrai que je hais les femmes intrigantes au delà de tout. Je suis
+accoutumé à des femmes bonnes, douces et conciliantes; ce sont celles
+que j'aime. Si elles m'ont gâté, ce n'est pas ma faute, mais la tienne.
+Au reste, tu verras que j'ai été fort bon pour une qui s'est montrée
+sensible et bonne, Mme d'Hatzfeld. Lorsque je lui montrai la lettre
+de son mari, elle me dit en sanglotant, avec une profonde sensibilité,
+et naïvement: _Ah! c'est bien là son écriture!_ Lorsqu'elle lisait, son
+accent allait à l'âme; elle me fit peine. Je lui dis: _Eh bien! madame,
+jetez cette lettre au feu, je ne serai plus assez puissant pour faire
+punir votre mari._ Elle brûla la lettre et me parut bien heureuse. Son
+mari est depuis fort tranquille: deux heures plus tard, il était perdu.
+Tu vois donc que j'aime les femmes bonnes, naïves et douces; mais c'est
+que celles-là seules te ressemblent.
+
+Adieu, mon amie, je me porte bien.
+
+NAPOLÉON.
+
+
+
+
+LETTRE XL
+
+À l'Impératrice, à Mayence.
+
+ Le 18 novembre 1806.
+
+
+Je reçois ta lettre du 11 novembre. Je vois avec satisfaction que mes
+sentiments te font plaisir. Tu as tort de penser qu'ils puissent être
+flattés; je t'ai parlé de toi comme je te vois. Je suis affligé de
+penser que tu t'ennuies à Mayence. Si le voyage n'était pas si long, tu
+pourrais venir jusqu'ici, car il n'y a plus d'ennemis, ou il est au delà
+de la Vistule, c'est-à-dire à plus de cent vingt lieues d'ici.
+J'attendrai ce que tu en penses. Je serai bien aise aussi de voir M.
+Napoléon.
+
+Adieu, ma bonne amie.
+
+Tout à toi,
+
+NAPOLÉON.
+
+J'ai ici encore trop d'affaires pour que je puisse retourner à Paris.
+
+
+
+
+LETTRE XLI
+
+À l'Impératrice, à Mayence.
+
+ Le 22 novembre, à 10 heures du soir, 1806.
+
+
+Je reçois ta lettre. Je suis fâché de te voir triste; tu n'as cependant
+que des raisons d'être gaie. Tu as tort de montrer tant de bonté à des
+gens qui s'en montrent indignes. Mme L... est une sotte, si bête que
+tu devrais la connaître et ne lui prêter aucune attention. Sois
+contente, heureuse de mon amitié, de tout ce que tu m'inspires. Je me
+déciderai dans quelques jours à t'appeler ici ou à t'envoyer à Paris.
+
+Adieu, mon amie; tu peux actuellement aller, si tu veux, à Darmstadt, à
+Francfort; cela te dissipera.
+
+Mille choses à Hortense.
+
+NAPOLÉON.
+
+
+
+
+LETTRE XLII
+
+À l'Impératrice, à Mayence.
+
+ Posen, le 2 décembre 1806.
+
+
+C'est aujourd'hui l'anniversaire d'Austerlitz. J'ai été à un bal de la
+ville. Il pleut. Je me porte bien. Je t'aime et te désire. Mes troupes
+sont à Varsovie. Il n'a pas encore fait froid. Toutes ces Polonaises
+sont Françaises; mais il n'y a qu'une femme pour moi. La connaîtrais-tu?
+Je te ferais bien son portrait, mais il faudrait trop le flatter pour
+que tu te reconnusses; cependant, à dire vrai, mon coeur n'aurait que de
+bonnes choses à en dire. Ces nuits-ci sont longues, tout seul.
+
+Tout à toi,
+
+NAPOLÉON.
+
+
+
+
+LETTRE XLIII
+
+À l'Impératrice, 4 Mayence.
+
+ Le 3 décembre, à midi, 1806.
+
+
+Je reçois ta lettre du 26 novembre, j'y vois deux choses: tu me dis que
+je ne lis pas tes lettres; cela est mal pensé. Je te sais mauvais gré
+d'une si mauvaise opinion. Tu me dis que ce pourrait être par quelque
+rêve de la nuit et tu ajoutes que tu n'es pas jalouse. Je me suis aperçu
+depuis longtemps que les gens colères soutiennent toujours qu'ils ne
+sont pas colères, que ceux qui ont peur disent souvent qu'ils n'ont pas
+peur; tu es donc convaincue de jalousie: j'en suis enchanté! Du reste,
+tu as tort; je ne pense à rien moins et dans les déserts de la Pologne
+l'on songe peu aux belles... J'ai eu hier un bal de la noblesse de la
+province d'assez belles femmes, assez riches, assez mal mises, quoique à
+la mode de Paris.
+
+Adieu, mon amie; je me porte bien.
+
+Tout à toi,
+
+NAPOLÉON.
+
+
+
+
+LETTRE XLIV
+
+À l'Impératrice, à Mayence.
+
+ Posen, le 3 décembre, à 6 heures du soir.
+
+
+Je reçois ta lettre du 27 novembre, où je vois que ta petite tête s'est
+montée. Je me suis souvenu de ce vers:
+
+ Désir de femme est un feu qui dévore.
+
+Il faut cependant te calmer. Je t'ai écrit que j'étais en Pologne, que
+lorsque les quartiers d'hiver seraient assis, tu pourrais venir; il faut
+donc attendre quelques jours. Plus on est grand et moins on doit avoir
+de volonté; l'on dépend des événements et des circonstances. Tu peux
+aller à Francfort et à Darmstadt. J'espère sous peu de temps t'appeler;
+mais il faut que les événements le veuillent. La chaleur de ta lettre me
+fait voir que vous autres jolies femmes vous ne connaissez pas de
+barrières; ce que vous voulez doit être; mais moi, je me déclare le plus
+esclave des hommes: mon maître n'a pas d'entrailles, et ce maître c'est
+la nature des choses.
+
+Adieu, mon amie; porte-toi bien. La personne dont j'ai voulu te parler
+est Mme L... dont tout le monde dit bien du mal: l'on m'assure
+qu'elle était plus Prussienne que Française. Je ne le crois pas; mais je
+la crois une sotte qui ne dit que des bêtises.
+
+NAPOLÉON.
+
+
+
+
+LETTRE XLV
+
+À l'Impératrice, à Mayence.
+
+ Le 10 décembre, 5 heures du soir, 1806.
+
+
+Un officier m'apporte un tapis de ta part; il est un peu court et
+étroit; je ne t'en remercie pas moins. Je me porte assez bien. Le temps
+est fort variable. Mes affaires vont assez bien. Je t'aime et te désire
+beaucoup.
+
+Adieu, mon amie; je t'écrirai de venir avec au moins autant de plaisir
+que tu voudras.
+
+Tout à toi,
+
+NAPOLÉON.
+
+Un baiser à Hortense, à Stéphanie et à Napoléon.
+
+
+
+
+LETTRE XLVI
+
+À l'Impératrice, à Mayence.
+
+ Pultusk, le 31 décembre 1806.
+
+
+J'ai bien ri en recevant tes dernières lettres. Tu te fais des belles de
+la Pologne une idée qu'elles ne méritent pas. J'ai eu deux ou trois
+jours de plaisir d'entendre Paër et deux chanteuses qui m'ont fait de
+très bonne musique. J'ai reçu ta lettre dans une mauvaise grange, ayant
+de la boue, du vent et de la paille pour tout lit. Je serai demain à
+Varsovie. Je crois que tout est fini pour cette année. L'armée va entrer
+en quartiers d'hiver. Je hausse les épaules de la bêtise de Mme de
+L...; tu devrais cependant te fâcher et lui conseiller de n'être pas si
+sotte. Cela perce dans le public et indigne bien des gens.
+
+Quant à moi, je méprise l'ingratitude comme le plus vilain défaut du
+coeur. Je sais qu'au lieu de te consoler ils t'ont fait de la peine.
+
+Adieu, mon amie; je me porte bien. Je ne pense pas que tu doives aller à
+Cassel; cela n'est pas convenable. Tu peux aller à Darmstadt.
+
+NAPOLÉON.
+
+
+
+
+LETTRE XLVII
+
+À l'Impératrice, à Mayence.
+
+ Varsovie, le 3 janvier 1807.
+
+
+J'ai reçu ta lettre, mon amie. Ta douleur me touche; mais il faut bien
+se soumettre aux événements. Il y a trop de pays à traverser depuis
+Mayence jusqu'à Varsovie; il faut donc que les événements me permettent
+de me rendre à Berlin pour que je t'écrive d'y venir. Cependant l'ennemi
+battu s'éloigne, mais j'ai bien des choses à régler ici. Je serais assez
+d'opinion que tu retournasses à Paris, où tu es nécessaire. Renvoie ces
+dames qui ont leurs affaires; tu gagneras d'être débarrassée de gens qui
+ont dû bien te fatiguer.
+
+Je me porte bien; il fait mauvais. Je t'aime de coeur.
+
+NAPOLÉON.
+
+
+
+
+LETTRE XLVIII
+
+À l'Impératrice, à Mayence.
+
+ Varsovie, 7 Janvier 1807.
+
+
+Mon amie, je suis touché de tout ce que tu me dis; mais la saison
+froide, les chemins très mauvais, peu sûrs, je ne puis donc consentir à
+t'exposer à tant de fatigues et de dangers. Rentre à Paris pour y passer
+l'hiver. Va aux Tuileries, reçois et fais la même vie que tu as
+l'habitude de mener quand j'y suis; c'est là ma volonté. Peut-être ne
+tarderai-je pas à t'y rejoindre, mais il est indispensable que tu
+renonces à faire trois cents lieues dans cette saison, à travers des
+pays ennemis, et sur les derrières de l'armée. Crois qu'il m'en coûte
+plus qu'à toi de retarder de quelques semaines le bonheur de te voir,
+mais ainsi l'ordonnent les événements et le bien des affaires.
+
+Adieu, ma bonne amie; sois gaie et montre du caractère.
+
+NAPOLÉON.
+
+
+
+
+LETTRE XLIX
+
+À l'Impératrice, à Mayence.
+
+ Varsovie, le 8 janvier 1807.
+
+
+Ma bonne amie, je reçois ta lettre du 27 avec celles de M. Napoléon et
+d'Hortense qui y étaient jointes. Je t'avais priée de rentrer à Paris.
+La saison trop mauvaise, les chemins peu sûrs et détestables, les
+espaces trop considérables pour que je permette que tu viennes jusqu'ici
+où mes affaires me retiennent. Il te faudrait au moins un mois pour
+arriver. Tu y arriveras malade; il faudrait peut-être repartir alors; ce
+serait donc folie. Ton séjour à Mayence est trop triste; Paris te
+réclame; vas-y, c'est mon désir. Je suis plus contrarié que toi; j'eusse
+aimé à partager les longues nuits de cette saison avec toi, mais il faut
+obéir aux circonstances.
+
+Adieu, mon amie.
+
+Tout à toi,
+
+NAPOLÉON.
+
+
+
+
+LETTRE L
+
+À l'Impératrice, à Mayence.
+
+ Varsovie, le 11 Janvier 1807.
+
+
+J'ai reçu ta lettre du 27, où je vois que tu étais un peu inquiète sur
+les événements militaires. Tout est fini, comme je te l'ai mandé à ma
+satisfaction, mes affaires vont bien. L'éloignement est trop
+considérable pour que je permette que, dans cette saison, tu viennes si
+loin. Je me porte fort bien, un peu ennuyé quelquefois de la longueur
+des nuits.
+
+Je vois ici, jusqu'à cette heure, assez peu de monde.
+
+Adieu, mon amie; je désire que tu sois gaie et que tu donnes un peu de
+vie à la capitale. Je voudrais fort y être.
+
+Tout à toi,
+
+NAPOLÉON.
+
+J'espère que la reine est allée à La Haye avec M. Napoléon.
+
+
+
+
+LETTRE LI
+
+À l'Impératrice, à Mayence.
+
+ Le 16 Janvier 1807.
+
+Ma bonne amie, j'ai reçu ta lettre du 5 janvier; tout ce que tu me dis
+de ta douleur me peine. Pourquoi des larmes, du chagrin? N'as-tu donc
+plus de courage? Je te verrai bientôt; ne doute jamais de mes sentiments
+et, si tu veux m'être plus chère encore, montre du caractère et de la
+force d'âme. Je suis humilié de penser que ma femme puisse se méfier de
+mes destinées.
+
+Adieu, mon amie; je t'aime, je désire te voir et veux te savoir contente
+et heureuse.
+
+NAPOLÉON.
+
+
+
+
+LETTRE LII
+
+À l'Impératrice, à Mayence.
+
+ Varsovie, le 18 janvier 1807.
+
+
+Je crains que tu n'aies bien du chagrin de notre séparation qui doit
+encore se prolonger de quelques semaines et de ton retour à Paris.
+J'exige que tu aies plus de force. L'on me dit que tu pleures toujours:
+fi! que cela est laid! Ta lettre du 7 janvier me fait de la peine. Sois
+digne de moi et prends plus de caractère. Fais à Paris la représentation
+convenable et surtout sois contente.
+
+Je me porte très bien et je t'aime beaucoup; mais, si tu pleures
+toujours, je te croirai sans courage et sans caractère; je n'aime pas
+les lâches, une impératrice doit avoir du coeur.
+
+NAPOLÉON.
+
+
+
+
+LETTRE LIII
+
+À l'Impératrice, à Mayence.
+
+ Varsovie, le 19 janvier 1807.
+
+
+Mon amie, je reçois ta lettre; j'ai ri de ta peur du feu. Je suis
+désespéré du ton de tes lettres et de ce qui me revient. Je te défends
+de pleurer, d'être chagrine et inquiète; je veux que tu sois gaie,
+aimable et heureuse.
+
+NAPOLÉON.
+
+
+
+
+LETTRE LIV
+
+À l'Impératrice, à Mayence.
+
+ Le 23 janvier 1807.
+
+
+Je reçois ta lettre du 15 janvier. Il est impossible que je permette à
+des femmes un voyage comme celui-ci: mauvais chemins, chemins peu sûrs
+et fangeux. Retourne à Paris, sois-y gaie, contente; peut-être y
+serai-je aussi bientôt. J'ai ri de ce que tu me dis que tu as pris un
+mari pour être avec lui; je pensais, dans mon ignorance, que la femme
+était faite pour le mari, le mari pour la patrie, la famille et la
+gloire; pardon de mon ignorance, l'on apprend toujours avec nos belles
+dames.
+
+Adieu, mon amie; crois qu'il m'en coûte de ne pas te faire venir;
+dis-toi: c'est une preuve combien je lui suis précieuse.
+
+NAPOLÉON.
+
+
+
+
+LETTRE LV
+
+À l'Impératrice, à Paris.
+
+ Le 26, à midi, 1807.
+
+
+Ma bonne amie, j'ai reçu ta lettre; je vois avec peine comme tu
+t'affliges. Le pont de Mayence ne rapproche ni n'éloigne les distances
+qui nous séparent. Rentre donc à Paris. Je serais fâché et inquiet de te
+savoir si malheureuse et si isolée à Mayence. Tu comprends que je ne
+dois, que je ne puis consulter que mon coeur, je serais avec toi ou toi
+avec moi; car tu serais bien injuste si tu doutais de mon amour et de
+tous mes sentiments.
+
+NAPOLÉON.
+
+
+
+
+LETTRE LVI
+
+À l'Impératrice, à Paris.
+
+ Wittemberg, le 1er février, à midi, 1807.
+
+
+Ta lettre du 11, de Mayence, m'a fait rire. Je suis aujourd'hui à
+quarante lieues de Varsovie; le temps est froid mais beau.
+
+Adieu, mon amie; sois heureuse, aie du caractère.
+
+NAPOLÉON.
+
+
+
+
+LETTRE LVII
+
+ À l'Impératrice, à Paris.
+
+
+Mon amie, ta lettre du 20 janvier m'a fait de la peine; elle est trop
+triste. Voilà le mal de ne pas être un peu dévote! Tu me dis que ton
+bonheur fait ta gloire, cela n'est pas généreux; il faut dire: le
+bonheur des autres fait ma gloire, cela n'est pas conjugal; il faut
+dire: le bonheur de mon mari fait ma gloire, cela n'est pas maternel; il
+faudrait dire: le bonheur de mes enfants fait ma gloire; or, comme les
+peuples, ton mari, tes enfants ne peuvent être heureux qu'avec un peu de
+gloire, il ne faut pas tant en faire fi! Joséphine, votre coeur est
+excellent et votre raison faible; vous sentez à merveille, mais vous
+raisonnez moins bien.
+
+Voilà assez de querelle; je veux que tu sois gaie, contente de ton sort,
+et que tu obéisses, non en grondant et en pleurant, mais de gaité de
+coeur et avec un peu de bonheur.
+
+Adieu, mon amie; je pars cette nuit pour parcourir mes avant-postes.
+
+NAPOLÉON.
+
+
+
+
+LETTRE LVIII
+
+À l'Impératrice, à Paris.
+
+ Eylau, 3 heures du matin, 9 février 1807.
+
+
+Mon amie, il y a eu hier une grande bataille; la victoire m'est restée,
+mais j'ai perdu bien du monde; la perte de l'ennemi, qui est plus
+considérable encore, ne me console pas. Enfin, je t'écris ces deux
+lignes moi-même, quoique je sois bien fatigué, pour te dire que je suis
+bien portant et que je t'aime.
+
+Tout à toi,
+
+NAPOLÉON.
+
+
+
+
+LETTRE LIX
+
+À l'Impératrice, à Paris.
+
+ Eylau, le 9 février, à 6 heures du soir, 1807.
+
+
+Je t'écris un mot, mon amie, afin que tu ne sois pas inquiète. L'ennemi
+a perdu la bataille, quarante pièces de canon, dix drapeaux, douze mille
+prisonniers; il a horriblement souffert. J'ai perdu du monde: seize
+mille tués, trois mille ou quatre mille blessés.
+
+Ton cousin Tascher se porte bien; je l'ai appelé près de moi avec le
+titre d'officier d'ordonnance.
+
+Corbineau a été tué d'un obus; je m'étais singulièrement attaché à cet
+officier qui avait beaucoup de mérite; cela me fait de la peine. Ma
+garde à cheval s'est couverte de gloire. D'Allemagne est blessé
+dangereusement.
+
+Adieu, mon amie.
+
+Tout à toi,
+
+NAPOLÉON.
+
+
+
+
+LETTRE LX
+
+À l'Impératrice, à Paris.
+
+ Eylau, le 11 février, à 8 heures du matin, 1807.
+
+
+Je t'écris un mot, mon amie; tu dois avoir été bien inquiète. J'ai battu
+l'ennemi dans une mémorable journée, mais qui m'a coûté bien des braves.
+Le mauvais temps qu'il fait me force à prendre mes cantonnements.
+
+Ne te désole pas, je te prie; tout cela finira bientôt et le bonheur de
+te voir me fera promptement oublier mes fatigues. Au reste, je n'ai
+jamais été si bien portant.
+
+Le petit Tascher, du 4e de ligne, s'est bien comporté; il a eu une
+rude épreuve. Je l'ai appelé près de moi, je l'ai fait officier
+d'ordonnance; ainsi, voilà ses peines finies. Ce jeune homme
+m'intéresse.
+
+Adieu, ma bonne amie; mille baisers.
+
+NAPOLÉON.
+
+
+
+
+LETTRE LXI
+
+À l'Impératrice, à Paris.
+
+ Eylau, le 14 février 1807.
+
+Mon amie, je suis toujours à Eylau. Ce pays est couvert de morts et de
+blessés. Ce n'est pas la belle partie de la guerre; l'on souffre et
+l'âme est oppressée de voir tant de victimes. Je me porte bien. J'ai
+fait ce que je voulais et j'ai repoussé l'ennemi en faisant échouer ses
+projets.
+
+Tu dois être inquiète, et cette pensée m'afflige. Toutefois,
+tranquillise-toi, mon amie, et sois gaie.
+
+Tout à toi,
+
+NAPOLÉON.
+
+Dis à Caroline et à Pauline que le grand-duc et le prince se portent
+très bien.
+
+
+
+
+LETTRE LXII
+
+À l'Impératrice, à Paris.
+
+ Liebstadt, le 21, à 2 heures du matin, 1807.
+
+Je reçois ta lettre du 4 février; j'y vois avec plaisir que ta santé est
+bonne. Paris achèvera de te rendre la gaieté et le repos, le retour à
+tes habitudes, la santé.
+
+Je me porte à merveille. Ce temps et le pays sont mauvais. Mes affaires
+vont assez bien; il dégèle et gèle dans vingt-quatre heures: l'on ne
+peut voir un hiver aussi bizarre.
+
+Adieu, mon amie; je t'aime, je pense à toi et désire te savoir contente,
+gaie et heureuse.
+
+Tout à toi,
+
+NAPOLÉON.
+
+
+
+
+LETTRE LXIII
+
+À l'Impératrice, à Paris.
+
+ Osterode, le 2 mars 1807.
+
+Mon amie, il y a deux ou trois jours que je ne t'ai écrit; je me le
+reproche; je connais tes inquiétudes. Je me porte fort bien; mes
+affaires sont bonnes. Je suis dans un mauvais village, où je passerai
+encore bien du temps: cela ne vaut pas la grande ville. Je te le répète,
+je ne me suis jamais si bien porté; tu me trouveras fort engraissé.
+
+Il fait ici un temps de printemps; la neige fond, les rivières dégèlent,
+cela me fait plaisir.
+
+J'ai ordonné ce que tu désires pour Malmaison; sois gaie et heureuse,
+c'est ma volonté.
+
+Adieu, mon amie; je t'embrasse de coeur.
+
+Tout à toi,
+
+NAPOLÉON.
+
+
+
+
+LETTRE LXIV
+
+À l'Impératrice, à Paris.
+
+ Le 27, à 7 heures du soir, 1807.
+
+
+Mon amie, ta lettre me fait de la peine. Tu ne dois pas mourir; tu te
+portes bien, et tu ne peux avoir aucun sujet raisonnable de chagrin.
+
+Je pense que tu dois aller au mois de mai à Saint-Cloud; mais il faut
+rester tout le mois d'avril à Paris.
+
+Ma santé est bonne. Mes affaires vont bien.
+
+Tu ne dois pas penser à voyager cet été; tout cela n'est pas possible;
+tu ne dois pas courir les auberges et les camps. Je désire, autant que
+toi, te voir, et même vivre tranquille.
+
+Je sais faire autre chose que la guerre, mais le devoir passe avant
+tout. Toute ma vie, j'ai tout sacrifié, tranquillité, intérêt, bonheur,
+à ma destinée.
+
+Adieu, mon amie. Vois peu cette Mme de P..., c'est une femme de
+mauvaise société; cela est trop commun et trop vil.
+
+Napoléon.
+
+J'ai eu lieu de me plaindre de M. T..., je l'ai envoyé dans sa terre, en
+Bourgogne; je ne veux plus en entendre parler.
+
+
+
+
+LETTRE LXV
+
+À l'Impératrice, à Paris.
+
+ Le 10 mai 1807.
+
+
+Je reçois ta lettre. Je ne sais ce que tu me dis des dames en
+correspondance avec moi. Je n'aime que ma petite Joséphine, bonne,
+boudeuse et capricieuse, qui sait faire une querelle avec grâce, comme
+tout ce qu'elle fait; car elle est toujours aimable, hors cependant
+quand elle est jalouse: alors elle devient toute diablesse. Mais
+revenons à ces dames. Si je devais m'occuper de quelqu'une d'entre
+elles, je t'assure que je voudrais qu'elles fussent de jolis boutons de
+rose. Celles dont tu parles sont-elles dans ce cas?
+
+Je désire que tu ne dînes jamais qu'avec des personnes qui ont dîné avec
+moi; que ta liste soit la même pour tes cercles, que tu n'admettes
+jamais à Malmaison, dans ton intimité, des ambassadeurs et des
+étrangers. Si tu faisais différemment, tu me déplairais; enfin ne te
+laisse pas circonvenir par des personnes que je ne connais pas et qui ne
+viendraient pas chez toi si j'y étais.
+
+Adieu, mon amie.
+
+Tout à toi,
+
+NAPOLÉON.
+
+
+
+
+LETTRE LXVI
+
+À l'Impératrice, à Saint-Cloud.
+
+ Friedland, le 15 juin 1807.
+
+
+Mon amie, je ne t'écris qu'un mot, car je suis bien fatigué; voilà bien
+des jours que je bivouaque. Mes enfants ont dignement célébré
+l'anniversaire de la bataille de Marengo.
+
+La bataille de Friedland sera aussi célèbre et est aussi glorieuse pour
+mon peuple. Toute l'armée russe est en déroute, quatre-vingts pièces de
+canon, trente mille hommes pris ou tués; vingt-cinq généraux russes
+tués, blessés ou pris; la garde russe écrasée: c'est une digne soeur de
+Marengo, Austerlitz, Iéna. Le bulletin te dira le reste. Ma perte n'est
+pas considérable; j'ai manoeuvré l'ennemi avec succès.
+
+Sois sans inquiétude et contente.
+
+Adieu, mon amie; je monte à cheval.
+
+NAPOLÉON.
+
+L'on peut donner cette nouvelle comme une notice, si elle est arrivée
+avant le bulletin. On peut aussi tirer le canon, Cambacérès fera la
+notice.
+
+
+
+
+LETTRE LXVII
+
+À l'Impératrice, à Saint-Cloud.
+
+ Le 6 juillet 1807.
+
+
+J'ai reçu ta lettre du 25 juin. J'ai vu avec peine que tu étais égoïste
+et que les succès de mes armes seraient pour toi sans attraits.
+
+La belle reine de Prusse doit venir dîner avec moi aujourd'hui.
+
+Je me porte bien et désire beaucoup te revoir, quand le destin l'aura
+marqué. Cependant, il est possible que cela ne tarde pas.
+
+Adieu, mon amie; mille choses aimables.
+
+NAPOLÉON.
+
+
+
+
+LETTRE LXVIII
+
+À l'Impératrice, à Saint-Cloud.
+
+ Le 7 juillet 1807.
+
+
+Mon amie, la reine de Prusse a dîné hier avec moi. J'ai eu à me défendre
+de ce qu'elle voulait m'obliger à faire encore quelques concessions à
+son mari; mais j'ai été galant, et me suis tenu à ma politique. Elle est
+fort aimable. J'irai te donner des détails qu'il me serait impossible de
+te donner sans être bien long. Quand tu liras cette lettre, la paix avec
+la Prusse et la Russie sera conclue et Jérôme reconnu roi de Westphalie,
+avec trois millions de population. Ces nouvelles pour toi seule.
+
+Adieu, mon amie; je t'aime et veux te savoir contente et gaie.
+
+NAPOLÉON.
+
+
+
+
+LETTRE LXIX
+
+À l'Impératrice, à Saint-Cloud.
+
+ Le 18, à midi, 1807.
+
+
+Mon amie, je suis arrivé hier à cinq heures du soir à Dresde, fort bien
+portant, quoique je sois resté cent heures en voiture, sans sortir. Je
+suis ici chez le roi de Saxe, dont je suis fort content. Je suis donc
+rapproché de toi de plus de moitié du chemin.
+
+Il se peut qu'une de ces belles nuits je tombe à Saint-Cloud comme un
+jaloux; je t'en préviens.
+
+Adieu, mon amie; j'aurai grand plaisir à te voir.
+
+Tout à toi,
+
+NAPOLÉON.
+
+
+
+
+LETTRE LXX
+
+À l'Impératrice, à Paris.
+
+ Le 9 janvier 1809.
+
+
+Moustache m'apporte une lettre de toi du 31 décembre. Je vois, mon amie,
+que tu es triste et que tu as l'inquiétude très noire. L'Autriche ne me
+fera pas la guerre. Si elle me la fait, j'ai cent cinquante mille hommes
+en Allemagne, et autant sur le Rhin, et quatre cent mille Allemands pour
+lui répondre. La Russie ne se séparera pas de moi. On est fou à Paris;
+tout marche bien.
+
+Je serai à Paris aussitôt que je le croirai utile. Je te conseille de
+prendre garde aux revenants; un beau jour, à deux heures du matin...
+
+Mais adieu, mon amie; je me porte bien, et suis tout à toi.
+
+NAPOLÉON.
+
+
+
+
+LETTRE LXXI
+
+À l'Impératrice, à Plombières.
+
+ Le 19 juin, à midi, 1809.
+
+
+Je reçois ta lettre, où tu m'annonces ton départ pour Plombières. Je
+vois ce voyage avec plaisir, parce que j'espère qu'il te fera du bien.
+
+Eugène est en Hongrie, et se porte bien. Ma santé est fort bonne, et
+l'armée en bon état.
+
+Je suis bien aise de savoir le grand-duc de Berg avec toi.
+
+Adieu, mon amie; tu connais mes sentiments pour Joséphine; ils sont
+invariables.
+
+NAPOLÉON.
+
+
+
+
+LETTRE LXXII
+
+À l'Impératrice, à Paris.
+
+ Schoenbrunn, le 21 août 1809.
+
+
+J'ai reçu ta lettre du 14 août, de Plombières; j'y vois que tu seras
+arrivée le 18 à Paris ou à Malmaison. Tu auras été malade de la chaleur,
+qui est bien grande ici. Malmaison doit être bien sec et brûlé par ce
+temps-là.
+
+Ma santé est bonne. Je suis cependant un peu enrhumé de la chaleur.
+
+Adieu, mon amie.
+
+NAPOLÉON.
+
+
+
+
+LETTRE LXXIII
+
+À l'Impératrice, à Malmaison.
+
+ Le 31 août 1809.
+
+
+Je n'ai pas reçu de lettres de toi depuis plusieurs jours; les plaisirs
+de Malmaison, les belles serres, les beaux jardins, font oublier les
+absents; c'est la règle, dit-on, chez vous autres. Tout le monde ne
+parle que de ta bonne santé; tout cela m'est fort sujet à caution.
+
+Je vais demain faire une absence de deux jours en Hongrie avec Eugène.
+Ma santé est bonne.
+
+Adieu, mon amie.
+
+Tout à toi,
+
+NAPOLÉON.
+
+
+
+
+LETTRE LXXIV
+
+À l'Impératrice, à Malmaison.
+
+ Kems, le 9 septembre 1809.
+
+
+Mon amie, je suis ici depuis hier à deux heures du matin; j'y suis pour
+voir mes troupes. Ma santé n'a jamais été meilleure. Je sais que tu es
+bien portante.
+
+Je serai à Paris au moment où personne ne m'attendra plus.
+
+Tout va ici fort bien, et à ma satisfaction.
+
+Adieu, mon amie.
+
+NAPOLÉON.
+
+
+
+
+LETTRE LXXV
+
+À l'Impératrice, à Malmaison.
+
+ Le 23 septembre 1809.
+
+
+J'ai reçu ta lettre du 16, je vois que tu te portes bien. La maison de
+la vieille fille ne vaut que cent vingt mille francs; ils n'en
+trouveront jamais plus. Cependant, je te laisse maîtresse de faire ce
+que tu voudras, puisque cela t'amuse, mais, une fois achetée, ne fais
+pas démolir pour y faire quelques rochers.
+
+Adieu, mon amie.
+
+NAPOLÉON.
+
+
+
+
+LETTRE LXXVI
+
+À l'Impératrice, à Malmaison.
+
+ Le 25 septembre 1809.
+
+
+J'ai reçu ta lettre. Ne te fie pas, et je te conseille de te bien garder
+la nuit; car une des prochaines, tu entendras grand bruit.
+
+Ma santé est bonne; je ne sais ce que l'on débite; je ne me suis jamais
+mieux porté depuis bien des années: Corvisart ne m'était point utile.
+
+Adieu, mon amie; tout va ici fort bien.
+
+Tout à toi,
+
+NAPOLÉON.
+
+
+
+
+LETTRE LXXVII
+
+À l'Impératrice, à Malmaison.
+
+ Nymphenbourg, près Munich, le 21 octobre 1809.
+
+
+Je suis ici depuis hier bien portant; je ne partirai pas encore demain.
+Je m'arrêterai un jour à Stuttgard. Tu seras prévenue vingt-quatre
+heures d'avance de mon arrivée à Fontainebleau. Je me fais une fête de
+te revoir, et j'attends ce moment avec impatience.
+
+Je t'embrasse.
+
+Tout à toi,
+
+NAPOLÉON.
+
+
+
+
+LETTRES DE NAPOLÉON À JOSÉPHINE APRÈS LE DIVORCE
+
+
+
+
+LETTRE LXXVIII
+
+À l'Impératrice, à Malmaison.
+
+ 8 heures du soir, décembre 1809.
+
+
+Mon amie, je t'ai trouvés aujourd'hui plus faible que tu ne devais être.
+Tu as montré du courage, il faut que tu en trouves pour te soutenir; il
+faut ne pas te laisser aller à une funeste mélancolie, il faut te
+trouver contente, et surtout soigner ta santé, qui m'est si précieuse.
+Si tu m'es attachée et si tu m'aimes, tu dois te comporter avec force et
+te juger heureuse. Tu ne peux pas mettre en doute ma constante et tendre
+amitié, et tu connaîtrais bien mal tous les sentiments que je te porte
+si tu supposais que je puis être heureux si tu n'es pas heureuse, et
+content, si tu ne te tranquillises.
+
+Adieu, mon amie, dors bien; songe que je le veux.
+
+NAPOLÉON.
+
+
+
+
+LETTRE LXXIX
+
+À l'Impératrice, à Malmaison.
+
+ 7 heures du soir.
+
+
+Je reçois ta lettre, mon amie. Savary me dit que tu pleures toujours;
+cela n'est pas bien. J'espère que tu auras pu te promener aujourd'hui.
+Je t'ai envoyé de ma chasse. Je viendrai te voir lorsque tu me diras que
+tu es raisonnable et que ton courage prend le dessus.
+
+Demain, toute la journée, j'ai les ministres.
+
+Adieu, mon amie; je suis triste aussi aujourd'hui; j'ai besoin de te
+savoir satisfaite et d'apprendre que tu prends de l'aplomb.
+
+Dors bien.
+
+NAPOLÉON.
+
+
+
+
+LETTRE LXXX
+
+À l'Impératrice, à Malmaison.
+
+ Jeudi, à midi, 1809.
+
+
+Je voulais venir te voir aujourd'hui, mon amie; mais je suis très occupé
+et un peu indisposé. Je vais cependant aller au conseil. Je te prie de
+me dire comment tu te portes.
+
+Ce temps est bien humide et pas du tout sain.
+
+NAPOLÉON.
+
+
+
+
+LETTRE LXXXI
+
+À l'Impératrice, à Malmaison.
+
+ Vendredi, à 8 heures, 1810.
+
+
+Je voulais venir te voir aujourd'hui, mais je ne le puis; ce sera,
+j'espère, pour demain. Il y a bien longtemps que tu m'as donné de tes
+nouvelles.
+
+J'ai appris avec plaisir que tu t'étais promenée dans ton jardin pendant
+ces froids.
+
+Adieu, mon amie; porte-toi bien, et ne doute jamais de mes sentiments.
+
+NAPOLÉON.
+
+
+
+
+LETTRE LXXXII
+
+À l'Impératrice, à Malmaison.
+
+ Dimanche, à 8 heures du soir, 1810.
+
+
+J'ai été bien content de t'avoir vue hier; je sens combien ta société a
+de charmes pour moi. J'ai travaillé aujourd'hui avec Estève. J'ai
+accordé cent mille francs pour 1810, pour l'extraordinaire de Malmaison.
+Tu peux donc faire planter tant que tu voudras; tu distribueras cette
+somme comme tu l'entendras. J'ai chargé Estève de te remettre deux cent
+mille francs aussitôt que le contrat de la maison Julien sera fait. J'ai
+ordonné que l'on paierait ta parure de rubis, laquelle sera évaluée par
+l'intendance, car je ne veux pas de voleries de bijoutiers. Ainsi, voilà
+quatre cent mille francs que cela me coûte.
+
+J'ai ordonné que l'on tînt le million que la liste civile te doit, pour
+1810, à la disposition de ton homme d'affaires, pour payer tes dettes.
+
+Tu dois trouver dans l'armoire de Malmaison cinq cent mille à six cent
+mille francs; tu peux les prendre pour faire ton argenterie et ton
+linge.
+
+J'ai ordonné qu'on te fit un très beau service de porcelaine; l'on
+prendra tes ordres pour qu'il soit très beau.
+
+NAPOLÉON.
+
+
+
+
+LETTRE LXXXIII
+
+À l'Impératrice, à Malmaison.
+
+ Mercredi, 6 heures du soir, 1810.
+
+
+Mon amie, je ne vois pas d'inconvénient que tu reçoives le roi de
+Wurtemberg quand tu voudras. Le roi et la reine de Bavière doivent aller
+te voir après-demain.
+
+Je désire fort aller à Malmaison: mais il faut que tu sois forte et
+tranquille: le page de ce matin dit qu'il t'a vue pleurer.
+
+Je vais dîner tout seul.
+
+Adieu, mon amie; ne doute jamais de mes sentiments pour toi; tu serais
+injuste et mauvaise.
+
+NAPOLÉON.
+
+
+
+
+LETTRE LXXXIV
+
+À l'Impératrice, à Malmaison.
+
+ Samedi, à 1 heure après-midi, 1810.
+
+
+Mon amie, j'ai vu hier Eugène qui m'a dit que tu recevrais les rois.
+J'ai été au concert jusqu'à huit heures; je n'ai dîné, tout seul, qu'à
+cette heure-là.
+
+Je désire bien te voir. Si je ne viens pas aujourd'hui, je viendrai
+après la messe.
+
+Adieu, mon amie; j'espère te trouver sage et bien portante. Ce temps-là
+doit bien te peser.
+
+NAPOLÉON.
+
+
+
+
+LETTRE LXXXV
+
+À l'Impératrice, à Malmaison.
+
+ Trianon, le 17 janvier 1810.
+
+
+Mon amie, d'Audenarde, que je t'ai envoyé ce matin, me dit que tu n'as
+plus de courage depuis que tu es à Malmaison. Ce lieu est cependant tout
+plein de nos sentiments, qui ne peuvent et ne doivent jamais changer, du
+moins de mon côte.
+
+J'ai bien envie de te voir, mais il faut que je sois sûr que tu es
+forte, et non faible; je le suis aussi un peu, et cela me fait un mal
+affreux.
+
+Adieu, Joséphine; bonne nuit. Si tu doutais de moi, tu serais bien
+ingrate.
+
+NAPOLÉON.
+
+
+
+
+LETTRE LXXXVI
+
+À l'Impératrice, à Malmaison.
+
+ 30 Janvier 1810.
+
+
+Mon amie, je reçois ta lettre. J'espère que la promenade que tu as faite
+aujourd'hui, pour montrer ta serre, t'aura fait du bien.
+
+Je te saurai avec plaisir à l'Élysée, et fort heureux de te voir plus
+souvent; car tu sais combien je t'aime.
+
+NAPOLÉON.
+
+
+
+
+LETTRE LXXXVII
+
+À l'Impératrice, à Malmaison.
+
+ Mardi, à midi, 1810.
+
+
+J'apprends que tu t'affliges, cela n'est pas bien. Tu es sans confiance
+en moi, et tous les bruits que l'on répand te frappent; ce n'est pas me
+connaître, Joséphine. Je t'en veux, et si je n'apprends que tu es gaie
+et contente, j'irai te gronder bien fort.
+
+Adieu, mon amie.
+
+NAPOLÉON.
+
+
+
+
+LETTRE LXXXVIII
+
+À l'Impératrice, à Malmaison.
+
+ Samedi, à 6 heures du soir, 1810.
+
+
+J'ai dit à Eugène que tu aimais plutôt à écouter les bavards d'une
+grande ville que ce que je te disais; qu'il ne faut pas permettre que
+l'on te fasse des contes en l'air pour t'affliger.
+
+J'ai fait transporter tes effets à l'Élysée. Tu viendras incessamment à
+Paris; mais sois tranquille et contente, et aie confiance entière en
+moi.
+
+NAPOLÉON.
+
+
+
+
+LETTRE LXXXIX
+
+À l'Impératrice, à l'Élysée-Napoléon.
+
+ Vendredi, 6 heures du soir, 1810.
+
+
+Savary me remet, en arrivant, ta lettre; je vois avec peine que tu es
+triste; je suis bien aise que tu ne te sois pas aperçue du feu.
+
+J'ai eu beau temps à Rambouillet.
+
+Hortense m'a dit que tu avais eu le projet de venir dîner chez Bessières
+et de retourner coucher à Paris. Je suis fâché que tu n'aies pas pu
+exécuter ton projet.
+
+Adieu, mon amie; sois gaie, songe que c'est le moyen de me plaire.
+
+NAPOLÉON.
+
+
+
+
+LETTRE XC
+
+À l'Impératrice, à l'Élysée-Napoléon.
+
+ 19 février 1810.
+
+
+Mon amie, j'ai reçu ta lettre. Je désire te voir; mais les réflexions
+que tu me fais peuvent être vraies. Il y a peut-être quelque
+inconvénient à nous trouver sous le même toit pendant la première année.
+Cependant la campagne de Bessières est trop loin pour pouvoir revenir;
+d'un autre côté, je suis un peu enrhumé et je ne suis pas sûr d'y aller.
+
+Adieu, mon amie.
+
+NAPOLÉON.
+
+
+
+
+LETTRE XCI
+
+À l'Impératrice, à Malmaison.
+
+ Le 12 mars 1810.
+
+
+Mon amie, j'espère que tu auras été contente de ce que j'ai fait pour
+Navarre. Tu y auras vu un nouveau témoignage du désir que j'ai de t'être
+agréable.
+
+Fais prendre possession de Navarre; tu pourras y aller le 25 mars passer
+le mois d'avril.
+
+Adieu, mon amie.
+
+NAPOLÉON.
+
+
+
+
+LETTRE XCII
+
+De l'Impératrice Joséphine à l'Empereur Napoléon.
+
+ Navarre, le 19 avril 1810.
+
+
+Sire,
+
+Je reçois, par mon fils, l'assurance que Votre Majesté consent à mon
+retour à Malmaison, et qu'elle veut bien m'accorder les avances que je
+lui ai demandées pour rendre habitable le château de Navarre.
+
+Cette double faveur, Sire, dissipe en grande partie les inquiétudes et
+même les craintes que le long silence de Votre Majesté m'avait
+inspirées. J'avais peur d'être entièrement bannie de son souvenir: je
+vois que je ne le suis pas. Je suis donc aujourd'hui moins malheureuse,
+et même aussi heureuse qu'il m'est désormais possible de l'être.
+
+J'irai à la fin du mois à Malmaison, puisque Votre Majesté n'y voit
+aucun obstacle. Mais, je dois vous le dire, Sire, je n'aurais pas si tôt
+profité de la liberté que Votre Majesté me laisse à cet égard, si la
+maison de Navarre n'exigeait pas, pour ma santé, et pour celle des
+personnes de ma maison, des réparations qui sont urgentes. Mon projet
+est de demeurer à Malmaison fort peu de temps; je m'en éloignerai
+bientôt pour aller aux eaux. Mais, pendant que je serai à Malmaison,
+Votre Majesté peut être sûre que j'y vivrai comme si j'étais à mille
+lieues de Paris. J'ai fait un grand sacrifice, Sire, et chaque jour je
+sens davantage toute son étendue. Cependant, ce sacrifice sera ce qu'il
+doit être, il sera entier de ma part. Votre Majesté ne sera troublée,
+dans son bonheur, par aucune expression de mes regrets.
+
+Je ferai sans cesse des voeux pour que Votre Majesté soit heureuse,
+peut-être même en ferai-je pour la revoir; que Votre Majesté en soit
+convaincue, je respecterai toujours sa nouvelle situation, je la
+respecterai en silence; confiante dans les sentiments qu'elle me portait
+autrefois, je n'en provoquerai aucune preuve nouvelle; j'attendrai tout
+de sa justice et de son coeur.
+
+Je me borne à lui demander une grâce, c'est qu'elle daigne chercher
+elle-même un moyen de convaincre quelquefois, et moi-même et ceux qui
+m'entourent, que j'ai toujours une petite place dans son souvenir et une
+grande place dans son estime et dans son amitié. Ce moyen, quel qu'il
+soit, adoucira mes peines, sans pouvoir, ce me semble, compromettre, ce
+qui m'importe avant tout, le bonheur de Votre Majesté.
+
+JOSÉPHINE.
+
+
+
+
+LETTRE XCIII
+
+Réponse de l'Empereur Napoléon
+
+À l'Impératrice Joséphine, à Navarre.
+
+ Compiègne, le 21 avril 1810.
+
+
+Mon amie, je reçois ta lettre du 19 avril; elle est d'un mauvais style.
+Je suis toujours le même; mes pareils ne changent jamais. Je ne sais ce
+qu'Eugène a pu te dire. Je ne t'ai pas écrit, parce que tu ne l'as pas
+fait, et que j'ai désiré tout ce qui peut t'être agréable.
+
+Je vois avec plaisir que tu ailles à Malmaison, et que tu sois contente;
+moi, je le serai de recevoir de tes nouvelles et de te donner des
+miennes. Je n'en dis pas davantage jusqu'à ce que tu aies comparé cette
+lettre à la tienne; et, après cela, je te laisse juge qui est meilleur
+et plus ami de toi ou de moi.
+
+Adieu, mon amie; porte-toi tien et sois juste pour toi et pour moi.
+
+NAPOLÉON.
+
+
+
+
+LETTRE XCIV
+
+Réponse de l'Impératrice Joséphine.
+
+
+Mille, mille tendres remerciements de ne m'avoir pas oubliée. Mon fils
+vient de m'apporter ta lettre. Avec quelle ardeur je l'ai lue, et
+cependant j'y ai mis bien du temps; car il n'y a pas un mot qui ne m'ait
+fait pleurer, mais ces larmes étaient bien douces! J'ai retrouvé mon
+coeur tout entier, et tel qu'il sera toujours: il y a des sentiments qui
+sont la vie même et qui ne peuvent finir qu'avec elle.
+
+Je serais au désespoir que ma lettre du 19 t'eût déplu; je ne m'en
+rappelle pas entièrement les expressions, mais je sais quel sentiment
+bien pénible l'avait dictée, c'était le chagrin de n'avoir pas de tes
+nouvelles.
+
+Je t'avais écrit à mon départ de Malmaison; et, depuis, combien de fois
+j'aurais voulu t'écrire! Mais je sentais les raisons de ton silence, et
+je craignais d'être importune par une lettre. La tienne a été un baume
+pour moi. Sois heureux, sois-le autant que tu le mérites; c'est mon
+coeur qui te parle. Tu viens aussi de me donner ma part de bonheur, et
+une part bien vivement sentie: rien ne peut valoir pour moi une marque
+de ton souvenir.
+
+Adieu, mon ami; je te remercie aussi tendrement que je t'aimerai
+toujours.
+
+JOSÉPHINE.
+
+
+
+
+LETTRE XCV
+
+À l'Impératrice Joséphine, à Navarre.
+
+ Compiègne, le 28 avril 1910.
+
+
+Mon amie, je reçois deux lettres de toi. J'écris à Eugène. J'ai ordonné
+que l'on fit le mariage de Tascher avec la princesse de la Leyen.
+
+J'irai demain à Anvers voir ma flotte et ordonner des travaux. Je serai
+de retour le 15 mai.
+
+Eugène me dit que tu veux aller aux eaux, ne te gêne en rien. N'écoute
+pas les bavardages de Paris; ils sont oisifs et bien loin de connaître
+le véritable état des choses. Mes sentiments pour toi ne changent pas et
+je désire beaucoup te savoir heureuse et contente.
+
+NAPOLÉON.
+
+
+
+
+LETTRE XCVI
+
+À l'Impératrice Eugénie, à Malmaison.
+
+
+Mon amie, je reçois ta lettre. Eugène te donnera des nouvelles de mon
+voyage et de l'Impératrice. J'approuve fort que tu ailles aux eaux.
+J'espère qu'elles te feront du bien.
+
+Je désire bien te voir. Si tu es à Malmaison à la fin du mois, je
+viendrai te voir.
+
+Ma santé est fort bonne; il me manque de te savoir contente et bien
+portante. Fais-moi connaître le nom que tu voudrais porter en route.
+
+Ne doute jamais de toute la vérité de mes sentiments pour toi; ils
+dureront autant que moi; tu serais fort injuste si tu en doutais.
+
+NAPOLÉON.
+
+
+
+
+LETTRE XCVII
+
+À l'Impératrice Joséphine, aux eaux d'Aix, en Savoie.
+
+ Rambouillet, le 8 juillet 1810.
+
+
+Mon amie, j'ai reçu ta lettre du 3 juillet. Tu auras vu Eugène, et sa
+présence t'aura fait du bien. J'ai appris avec plaisir que les eaux te
+sont bonnes. Le roi de Hollande vient d'abdiquer la couronne, en
+laissant la régence, selon la Constitution, à la reine. Il a quitté
+Amsterdam et laissé le grand-duc de Berg.
+
+J'ai réuni la Hollande à la France; mais cet acte a cela d'heureux qu'il
+émancipe la reine, et cette infortunée fille va venir à Paris avec son
+fils, le grand-duc de Berg; cela la rendra parfaitement heureuse.
+
+Ma santé est bonne. Je suis venu ici pour chasser quelques jours. Je te
+verrai avec plaisir cet automne. Ne doute jamais de mon amitié. Je ne
+change jamais. Porte-toi bien, sois gaie et crois à la vérité de mes
+sentiments.
+
+NAPOLÉON.
+
+
+
+
+LETTRE XCVIII
+
+À l'Impératrice Joséphine, à Navarre.
+
+ Fontainebleau, le 14 novembre 1810.
+
+
+Mon amie, j'ai reçu ta lettre. Hortense m'a parlé de toi. Je vois avec
+plaisir que tu es contente. J'espère que tu ne t'ennuies pas trop à
+Navarre.
+
+Ma santé est fort bonne. L'Impératrice avance heureusement dans sa
+grossesse. Je ferai les différentes choses que tu me demandes pour ta
+maison. Soigne bien ta santé, sois contente et ne doute jamais de mes
+sentiments pour toi.
+
+NAPOLÉON.
+
+
+
+
+LETTRE XCIX
+
+À l'Impératrice Joséphine, à Navarre.
+
+
+Je reçois ta lettre. Je ne vois pas d'inconvénient au mariage de Mme
+de Mackau avec Wattier, si cela lui convient; ce général est un fort
+brave homme. Je me porte bien. J'espère avoir un garçon; je te le ferai
+savoir aussitôt.
+
+Adieu, mon amie. Je suis bien aise que Mme d'Arberg t'ait dit des
+choses qui te fassent plaisir. Quand tu me verras, tu me trouveras avec
+les mêmes sentiments pour toi.
+
+NAPOLÉON.
+
+
+
+
+LETTRE C
+
+À l'Impératrice Joséphine, à Malmaison.
+
+ Trianon, 25 août 1813.
+
+
+J'ai reçu ta lettre. Je vois avec plaisir que tu es en bonne santé. Je
+suis pour quelques jours à Trianon. Je compte aller à Compiègne. Ma
+santé est fort bonne.
+
+Mets de l'ordre dans tes affaires; ne dépense que un million cinq cent
+mille francs et mets de côté tous les ans autant; cela fera une réserve
+de quinze millions en dix ans pour tes petits-enfants: il est doux de
+pouvoir leur donner quelque chose et de leur être utile. Au lieu de
+cela, l'on me dit que tu as des dettes, cela serait bien vilain.
+Occupe-toi de tes affaires et ne donne pas à qui en veut prendre. Si tu
+me veux plaire, fais que je sache que tu as un gros trésor. Juge combien
+j'aurais mauvaise opinion de toi si je te savais endettée avec trois
+millions de revenu.
+
+Adieu, mon amie, porte-toi bien.
+
+NAPOLÉON.
+
+
+
+
+LETTRE CI
+
+À l'Impératrice Joséphine, à Malmaison
+
+ Vendredi, 8 heures du matin, 1813.
+
+
+J'envoie savoir comment tu te portes, car Hortense m'a dit que tu étais
+au lit hier. J'ai été fâché contre toi pour tes dettes; je ne veux pas
+que tu en aies; au contraire, j'espère que tu mettras un million de côté
+tous les ans, pour donner à tes petites-filles lorsqu'elles se
+marieront.
+
+Toutefois, ne doute jamais de mon amitié pour toi et ne te fais aucun
+chagrin là-dessus.
+
+Adieu, mon amie; annonce-moi que tu es bien portante. On dit que tu
+engraisses comme une bonne fermière de Normandie.
+
+NAPOLÉON.
+
+ * * * * *
+
+
+
+
+APPENDICES
+
+DIALOGUE SUR L'AMOUR
+
+
+_Ce texte, rédigé par Bonaparte, en 1791, lors de son séjour à Valence,
+à l'âge de vingt-deux ans, demeura inconnu pendant cent et trois ans._
+
+_Cet écrit d'un style sec et sans unité trace vigoureusement la
+conception que Napoléon devait avoir toute sa vie de la femme._
+
+_Le sort de ce manuscrit fut mouvementé._
+
+_À sa chute, Napoléon l'envoya à Fesch_[5] _enfermé parmi d'autres dans
+un des cartons de son cabinet. Fesch n'en prit jamais connaissance. À la
+mort de celui-ci, en 1839, son grand vicaire, l'abbé Lyonnet, à qui le
+carton revint, en vendit le contenu à Libri_[6], _qui le revendit à des
+amateurs, entre autres à lord Ashburnham, dont le fils, en 1884, le
+céda, pour une somme de 675,000 francs, à la bibliothèque
+Médico-Laurentienne de Florence, où il fut copié par MM. Frédéric Masson
+et Guido Biagi qui, en 1895, le publièrent sous le titre de «Napoléon
+inconnu»._
+
+[Note 5: Oncle de Napoléon Ier, né à Ajaccio, archevêque de Lyon
+et grand aumonier de l'Empire.]
+
+[Note 6: Collectionneur équivoque qui volait ce qu'il ne pouvait
+acquérir.]
+
+ * * * * *
+
+
+
+
+DIALOGUE SUR L'AMOUR
+
+
+DES MAZIS[7].--Comment, monsieur, qu'est-ce que l'amour? Eh quoi!
+n'êtes-vous donc pas composé comme les autres hommes?
+
+[Note 7: Alexandre Des Mazis avait été à l'École militaire de Paris,
+l'instructeur d'infanterie de Bonaparte. Tous deux s'étalent liés d'une
+étroite amitié qui se resserra au cours de communes garnisons. Émigré
+sous la Terreur, Des Mazis ne rentra en France que sous le consulat.
+Napoléon le nomma administrateur mobilier de la couronne, officier civil
+de sa maison et chambellan. À la chute de l'empereur, Des Mazis servit
+les Bourbons.]
+
+_Bonaparte_.--Je ne vous demande pas la définition de l'amour. Je fus
+jadis amoureux et il m'en est resté assez de souvenir pour que je n'aie
+pas besoin de ces définitions métaphysiques qui ne font jamais
+qu'embrouiller les choses; je vous dis plus que de nier son existence.
+Je le crois nuisible à la société, au bonheur individuel des hommes,
+enfin je crois que l'amour fait plus de mal... et que ce serait un
+bienfait d'une divinité protectrice que de nous en défaire et d'en
+délivrer le monde.
+
+DES MAZIS.--Quoi! l'amour nuisible à la société, lui qui vivifie la
+nature entière, source de toute production, de tout bonheur. Point
+d'amour, monsieur, autant vaudrait-il anéantir notre existence.
+
+_Bonaparte_.--Vous vous échauffez. La passion vous transporte.
+Reconnaissez, je vous en prie, votre ami. Ne me regardez pas avec
+indignation et répondez pourquoi, depuis que cette passion vous domine,
+ne vous vois-je plus dans vos sociétés ordinaires? Que sont devenues vos
+occupations? Pourquoi négligez-vous vos parents, vos amis? Vos journées
+entières sont sacrifiées à une promenade monotone et solitaire jusqu'à
+ce que l'heure vous permette de voir votre Adélaïde.
+
+DES MAZIS.--Eh! que m'importe à moi, monsieur, vos occupations, vos
+sociétés? À quoi aboutit une science indigeste? Qu'ai-je à faire de ce
+qui s'est passé il y a mille ans? Quelle influence puis-je avoir sur le
+cours des astres? Que m'importe le minutieux détail des discussions
+puériles des hommes?... Je me suis occupé de cela sans doute.
+Qu'avais-je de mieux à faire? Il fallait bien par quelque moyen me
+soustraire à l'ennui qui me menaçait; mais croyez-moi, je sentais au
+milieu de mon cabinet le vide de mon coeur. Parfois mon esprit était
+satisfait, mais mes sentiments! Ô Dieu! je n'ai fait que végéter tant
+que je n'eus pas aimé. Actuellement, au contraire, quand l'amour
+m'arrache au sommeil, je ne dis plus: «Pourquoi le soleil luit-il
+aujourd'hui pour moi?» Non! le premier rayon de lumière me présente ma
+chère Adélaïde en habit du matin. Je la vois penser à moi, me sourire.
+Hier au soir elle me serrait la main, elle soupirait, nos regards se
+rencontraient. Comme ils exprimaient nos sentiments! Je contemple un
+portrait qui me ravit l'âme. Cent fois je le remets pour le reprendre
+aussitôt. Cette promenade, monsieur, que vous appelez monotone, eh! non,
+la vaste étendue du globe ne contient pas plus de variété. D'abord, mon
+esprit repasse les choses qu'elle m'a dites; je relis le billet qu'elle
+m'a écrit; je pense à celui qui doit peindre toute l'étendue de mon
+amour. Je le refais cent fois. Mon imagination s'élève; je vois bientôt
+mes feux couronnés; je regrette tantôt de ne pas avoir une fortune
+immense à lui sacrifier. Ici même, je voudrais avoir une couronne.
+Concevez le charme de la proposer à ses parents, la joie que cela lui
+causerait. Tout ce qui approche d'elle est sacré à mes yeux. Une autre
+fois je penserai aux préparatifs des noces qui doivent bientôt nous
+unir, jusqu'aux présents que je dois lui faire. Mon coeur se dilate à
+imaginer quelque chose qui puisse l'obliger, lui prouver mon amour.
+Voyez-vous le château où nous devons passer nos jours, les sombres
+bosquets, les riantes prairies, les délicieux parterres? Rien ne
+m'affecte que le plaisir d'être tous les jours à côté d'elle. Mais
+bientôt elle doit me donner des gages de notre amour... Mais vous riez!
+En vérité, je vous déteste.
+
+BONAPARTE.--Je ris des grandes occupations qui captivent votre âme et
+plus encore du feu avec lequel vous me les communiquez. Quelle maladie
+étrange s'est emparée de vous? Je sens que la raison que vous appelez à
+votre secours ne fera aucun effet et, dans le délire où vous êtes, vous
+ferez plus que de fermer l'oreille à sa voix, vous la mépriserez.
+Souvenez-vous que vous n'êtes pas de sang-froid et que mon amitié fut
+toujours le juge qui vous rappela à vos désirs. Souvenez-vous que je
+m'en suis toujours rendu digne. J'aurais besoin de répéter ici les
+obligations que vous me devez et les marques qui vous sont connues de
+mes sentiments, car, moi-même je ne serais pas à l'abri de vos
+invectives dans les accès de votre délire. Car votre état est pareil à
+celui d'un malade qui ne voit que la chimère qu'il poursuit et sans
+connaître la maladie qui la produit, ni la santé qu'il a perdue. Je
+n'agiterai donc pas si vos plaisirs sont dignes de l'homme ou même si
+c'en sont. Je veux croire que ce sexe, roi du monde par sa force, son
+industrie, son esprit et toutes ses autres facultés naturelles, trouve
+sa suprême félicité à languir dans les chaînes d'une molle passion et
+sous les lois d'un être plus faible d'entendement comme de corps. Je
+veux croire, comme vous le dites, que le souvenir de votre Adélaïde, son
+image, sa conversation puissent vous dédommager des agréments de vos
+occupations, de vos sociétés; mais n'est-il pas vrai que vous désirez
+toujours la fin de cet état et que votre insatiable imagination voudrait
+obtenir ce que la vertu d'Adélaïde ne peut vous accorder. Ma froide
+tranquillité, je le vois, n'est pas propre à peindre le pesant fardeau
+qui tourmente l'existence d'un amant dans le moindre échec qui lui
+survient. Qu'Adélaïde s'absente pour quinze jours seulement, que
+devenez-vous? Si un autre s'efforce à cet objet, que vous croyez vous
+appartenir, que d'inquiétude! Si une mère alarmée trouve mauvaises de
+trop fréquentes visites qui font parler un public méchant, enfin,
+monsieur, que sais-je, cent petites autres choses qui frappent fortement
+un amant vous agitent. Souvent, les nuits se passent sans sommeil, les
+repas sans manger. La terre n'a point d'endroit pour contenir votre
+inquiétude extrême. Votre sang bouillonne, vous marchez à grands pas, le
+regard égaré. Pauvre chevalier, est-ce là le bonheur? Je ne doute pas
+que si, aujourd'hui, dans l'extase que vous a occasionnée un serrement
+de main, vous ne trouviez cet état la suprême félicité, je ne doute pas,
+dis-je, que, demain, dans une humeur contraire, vous ne trouviez votre
+faiblesse insupportable. Mais, chevalier, voilà votre position. S'il
+fallait défendre la patrie attaquée, que feriez-vous? S'il fallait!...
+Mais à quoi êtes-vous bon? Confiera-t-on le bonheur de vos semblables à
+un enfant qui pleure sans cesse, qui s'alarme ou se réjouit au seul
+mouvement d'une autre personne? Confiera-t-on le secret de l'État à
+celui qui n'a point de volonté?
+
+DES MAZIS.--Toujours des grands mots vides de sens! Que fait à moi votre
+État, ses secrets? En vérité, vous êtes inconcevable aujourd'hui. Vous
+n'avez jamais raisonné si pitoyablement.
+
+BONAPARTE.--Ah! chevalier, que vous importent l'État, vos concitoyens,
+la société? Voilà les suites d'un coeur relâché, abandonné à la volupté.
+Point de force, point de vertu dans votre sentier. Vous n'ambitionniez
+que de faire le bien et aujourd'hui ce bien même vous est indifférent.
+Quel est donc ce sentiment dépravé qui a pris la place de votre amour
+pour la vertu? Vous ne désirez que de vivre ignoré à l'ombre de vos
+peupliers. Profonde philosophie! Ah! chevalier, que je déteste cette
+passion qui a produit une si grande métamorphose. Vous ne songez pas que
+vous tirez vers l'égoïsme et tout vous est indifférent: opinion des
+hommes, estime de vos amis, amour de vos parents. Tout est captivé au
+tyran fort de votre faiblesse. Un coup d'oeil, un serrement de main, un
+baiser, chevalier et que vous importent alors la peine de la patrie, la
+mauvaise opinion de vos amis; un attouchement corporel... mais je ne
+veux pas vous irriter. Je le veux croire: l'amour a des plaisirs
+incomparables, des peines encore plus grandes peut-être, mais n'importe,
+considérons seulement l'influence qu'il a dans l'état de société. Il est
+vrai, chevalier, que, dans l'état des choses, notre âme, née
+indépendante, a besoin d'être formée, dégradée. Si vous voulez, par les
+institutions, que dès la naissance l'attention que tous les législateurs
+ont donnée à l'éducation... que nous sommes nés pour être heureux, que
+c'est la loi suprême que la nature a gravée au fond de nous mêmes. Il
+est vrai que c'est la base qui nous a été donnée pour servir de règle à
+notre conduite. Chacun, né juge de ce qui peut lui convenir, a donc le
+droit de disposer de son corps comme de ses affections, mais cet état
+d'indépendance est vraiment opposé à l'état de servitude où la société
+nous a mis.
+
+En changeant d'état il a donc fallu changer d'humeur. Il a donc fallu
+substituer au cri de notre sentiment celui des préjugés. Voilà la base
+de toutes les institutions sociales. Il a fallu prendre l'homme dès son
+origine pour en faire, s'il se peut, une autre créature. Croyez-vous,
+sans ce changement, que tant d'hommes souffriraient d'être avilis par un
+petit nombre de grands seigneurs et que des palais somptueux seraient
+respectés par des hommes qui manquent de pain? La force est la loi des
+animaux; la conviction est celle des hommes. On convint, soit pour
+repousser les attaques des bêtes plus fortes, soit pour ne pas être
+exposé à se battre à chaque instant, l'on convint, dis-je, de lois des
+propriétés et chacun fut assuré au nom de tous de la propriété de son
+champ.
+
+Cette convention n'existait qu'entre un petit nombre d'hommes. Il fallut
+donc des magistrats, soit pour repousser les attaques des peuplades
+voisines, soit pour faire exécuter la convention reçue.
+
+Ces magistrats sentirent le charme du commandement, mais les plus
+alertes du peuple s'y opposèrent. Ils furent gagnés et ainsi associés
+aux projets des ambitieux. Le peuple fut subjugué. Vous voyez
+l'inégalité s'introduire à grands pas; vous voyez se former la classe
+régnante et la classe gouvernée. La religion vint consoler les
+malheureux qui se trouvaient dépouillés de toute propriété. Elle vint
+les enchaîner pour toujours. Ce ne fut plus par les cris de la
+conscience que l'homme devait se conduire. Non! L'on craignit qu'un
+sentiment que l'on faisait tout au monde pour étouffer ne reprît le
+dessus.
+
+Il y eut donc un Dieu. Ce Dieu conduisait le monde. Tout se faisait par
+acte de sa volonté. Il avait donné des lois écrites... et l'empire des
+prêtres commença, empire qui probablement ne finira jamais.
+
+Que l'homme donc soit dégradé, triste vérité! Mais que l'état de société
+ne soit légitime, c'est ce dont l'on ne peut disconvenir. Le silence des
+hommes là-dessus est une approbation tacite que rien ne peut démentir.
+Vous avez vingt ans, monsieur, choisissez: ou renoncez à votre rang, à
+votre fortune, et quittez un monde que vous détestez, ou, vous
+inscrivant dans le nombre des citoyens, soumettez-vous à ses lois. Vous
+jouissez des avantages du contrat, serez-vous infidèle aux autres
+clauses? Ce ne serait pas vous croire honnête homme que d'en douter.
+Vous devez donc être attaché à un État qui vous procure tant de
+bien-être et procurant à la fois de faire un digne usage des avantages
+qu'il vous a accordés, vous devez rendre heureux le peuple au-dessus
+duquel vous êtes et faire prospérer la société qui vous a distingué.
+Pour cela faire, il faut que, guidé toujours par le flambeau de la
+raison, vous puissiez balancer avec équité les droits des hommes à qui
+vous vous devez. Pour cela faire, il faut que, prêt à tout entreprendre
+pour le service de l'État, vous soyez soldat, homme d'affaires,
+courtisan même si l'intérêt du peuple et de votre nation le demande. Ah!
+que votre récompense sera douce! Défiez alors les malignes vapeurs de la
+calomnie, de la jalousie! Défiez hardiment le temps même! Vos membres
+décrépits ne seront plus qu'une image imparfaite de ce qu'ils furent
+jadis et ils attireront cependant le respect de tous ceux qui vous
+approcheront. L'un racontera dans sa cabane le soulagement que vous lui
+avez accordé. L'autre, en faisant le récit des complots des méchants,
+dira: «S'il ne fût venu à mon secours, j'eusse péri du supplice des
+criminels.» Chevalier, cesse de restreindre cette âme altière et ce
+coeur jadis si fier à une sphère aussi étroite. Toi, aux genoux d'une
+femme! Fais plutôt tomber aux tiens les méchants confondus! Toi,
+mépriser les peines des hommes! Sentiment d'honneur, subjugue-le plutôt!
+Estimé par tes semblables, respecté, aimé par tes vassaux, la mort
+viendra t'enlever au milieu des pleura de ceux qui t'entoureront, après
+avoir coulé une vie douce, oracle de tes proches et père de tes vassaux.
+
+DES MAZIS.--Je ne vous entends pas. Comment, monsieur, mon amour
+pourrait-il m'empêcher de suivre le plan que vous venez de tracer?
+Quelle idée vous êtes-vous donc faite d'Adélaïde?
+
+Adélaïde, s'il faut pour remplir ces devoirs soulager les malheureux;
+s'il faut pour être vertueux aimer sa patrie, les hommes, la société,
+qui plus qu'elle est vertueuse? Croyez-vous que je faisais le bien avec
+la froideur de la philosophie? Quand la volonté d'Adélaïde sera le
+mobile qui me conduira, lui faire plaisir la récompense... Non,
+monsieur, vous n'avez jamais été amoureux.
+
+BONAPARTE.--Je plains votre erreur. Quoi, chevalier, vous croyez que
+l'amour est le chemin de la vertu? Il vous immétrigue (_emplâtrer,
+retenir avec du mastic_) à chaque pas. Soyez sincère, depuis que cette
+passion fatale a troublé votre repos, avez-vous envisagé d'autre
+jouissance que celle de l'amour? Vous ferez donc le bien ou le mal selon
+les symptômes de votre passion. Mais que dis-je? Vous et la passion ne
+font qu'un même être. Tant qu'elle durera vous n'agirez que pour elle
+et, puisque vous êtes convenu que les devoirs d'un homme riche
+consistaient à faire du bien, à arracher de l'indigence les malheureux
+qui y gémissent, que les devoirs d'un homme de naissance l'obligeaient à
+se servir du crédit de son nom pour détruire les brigues des méchants,
+que les devoirs du citoyen consistaient à défendre la patrie et à
+concourir à sa prospérité, n'avouerez-vous pas que les devoirs d'un bon
+fils consistent à reconnaître en son père les obligations d'une
+éducation soignée, à sa mère... Non! chevalier, je me tairais si j'étais
+obligé de vous prouver de pareilles évidences.
+
+ * * * * *
+
+
+
+
+LA FEMME ET LE CODE NAPOLÉON
+
+
+_Nous avons recherché dans le Code civil et le Code pénal ceux des
+articles qui se rapportent à la femme._
+
+_Par l'examen de ces articles, on pourra se rendre compte combien
+Napoléon souhaitait marquer la dépendance de l'épouse à l'époux.
+Convaincu qu'elle était faible, il la voulait protégée par le mari. Mais
+en lui accordant cette protection, il exigeait d'elle une absolue
+soumission à une discipline familiale, que d'ailleurs il souhaitait
+douce. Enfin, ennemi des désordres conjugaux, il frappa inégalement
+l'épouse et l'époux, sachant la différence de résultat d'une même faute
+et pour marquer, semble-t-il, le caractère grave et élevé de l'épouse,
+qui, à ses yeux, est surtout la Mère._
+
+ * * * * *
+
+
+
+
+CODE CIVIL
+
+LIVRE PREMIER.--TITRE PREMIER
+
+=Jouissance des droits civils.=
+
+
+Tout Français a la jouissance ou propriété des droits civils; mais
+quelques Français, comme les mineurs, les interdits et les _femmes
+mariées_ n'ont pas l'exercice de leurs droits.
+
+
+TITRE III
+
+=Du domicile.=
+
+Celui qui est _soumis_ à une personne est domicilié chez elle: ainsi la
+_femme_ est domiciliée chez son mari.
+
+
+TITRE V
+
+=Des droits et des devoirs respectifs des époux.=
+
+ART. 213.--Le mari doit _protection_ à sa femme, la femme _obéissance_ à
+son mari.
+
+ART. 214.--La femme est obligée d'habiter avec le mari et de le suivre
+partout où il juge à propos de résider; le mari est obligé de la
+recevoir et de lui fournir tout ce qui est nécessaire pour les besoins
+de la vie, selon ses facultés et son état.
+
+
+TITRE VI
+
+=Du divorce.=
+
+ART. 229.--Le mari pourra demander le divorce pour cause d'adultère de
+sa femme.
+
+ART. 230.--La femme pourra demander le divorce pour cause d'adultère de
+son mari lorsqu'_il aura tenu sa concubine dans la maison commune_.
+
+
+TITRE VI
+
+=De la séparation de corps.=
+
+ART. 308.--La femme contre laquelle la séparation de corps sera
+prononcée pour cause d'adultère sera condamnée, par le même jugement et
+sur la réquisition du ministère public, à la réclusion dans une maison
+de correction pendant un temps déterminé, qui ne pourra être moindre de
+trois mois, ni excéder deux années.
+
+ART. 309.--_Le mari restera le maître d'arrêter l'effet de cette
+condamnation en consentant à reprendre sa femme_.
+
+
+TITRE VII
+
+=De la paternité et de la filiation.=
+
+ART. 340.--La recherche de la paternité est interdite.
+
+ART. 341.--La recherche de la maternité est admise.
+
+
+TITRE IX
+
+=De la puissance paternelle.=
+
+ART. 373.--Le père seul exerce cette autorité durant le mariage.
+
+ART. 374.--L'enfant ne peut quitter la maison paternelle sans la
+permission de son père, si ce n'est pour _enrôlement volontaire_[8],
+après l'âge de dix-huit ans révolus.
+
+[Note 8: Il faut observer cette restriction. Elle exprime la pensée
+de Napoléon, mettant la Patrie (les armées, par conséquent) au-dessus de
+la famille.]
+
+
+TITRE X
+
+=De la tutelle des père et mère.=
+
+ART. 389.--Le _père_ est, durant le mariage, administrateur des biens
+personnels de ses enfants mineurs.
+
+
+LIVRE III.--TITRE PREMIER
+
+=Des successions.=
+
+ART. 776.--Les femmes mariées ne peuvent pas valablement accepter une
+succession sans l'autorisation de leur mari.
+
+
+TITRE II
+
+=Des donations entre vifs et des testaments.=
+
+ART. 905.--La femme mariée ne pourra donner entre vifs sans l'assistance
+ou le consentement spécial de son mari.
+
+ART. 934.--La femme mariée ne pourra accepter une donation sans le
+consentement de son mari.
+
+ART. 1029.--La femme mariée ne pourra accepter l'exécution testamentaire
+qu'avec le consentement de son mari.
+
+ * * * * *
+
+
+
+
+
+CODE PÉNAL
+
+
+LIVRE III
+
+=Crimes et délits.=
+
+ART. 324.--Dans le cas d'adultère prévu par l'article 336, le meurtre
+commis par l'époux sur son épouse ainsi que sur le complice à l'instant
+où il les surprend en flagrant délit dans la maison conjugale est
+excusable.
+
+ART. 336.--L'adultère de la femme ne pourra être dénoncé que par le
+mari.
+
+ART. 337.--La femme convaincue d'adultère subira la peine de
+l'emprisonnement pendant trois mois au moins et deux ans au plus. Le
+mari restera le maître d'arrêter cette condamnation en consentant à
+reprendre sa femme.
+
+ART. 339.--Le mari qui aura entretenu une concubine dans la maison
+conjugale et qui aura été convaincu sur la plainte de la femme sera puni
+d'une amende de cent francs à deux mille francs.
+
+ * * * * *
+
+
+
+
+LETTRES À Mme WALEWSKA
+
+
+_Après la victoire d'Iéna, Napoléon occupa la Pologne et fit dans
+Varsovie, sa capitale, une entrée glorieuse. Les Polonais, qui avaient
+vu dans son triomphe l'espoir de leur affranchissement, lui firent un
+accueil enthousiaste. Les fêtes succédèrent aux fêtes. Au cours de l'une
+d'elles, dans un bal, Napoléon remarqua Marie Walewska. Pour la première
+fois peut-être depuis qu'il est empereur, il laissa voir son trouble et
+l'écrivit, bien que dans un billet bref, où le chef paraît plus que
+l'amoureux. Ce billet, que Duroc[9] porta, était ainsi conçu:_
+
+ «Je n'ai vu que vous, je n'ai admiré que vous, je ne désire que
+ vous. Une réponse bien prompte pour calmer l'impatiente ardeur de
+
+ «N.»
+
+[Note 9: Duroc, aide de camp de l'Empereur et un de ses familiers.]
+
+_La signature, qui n'est qu'un paraphe, le style, qui n'est qu'une suite
+d'exclamations que termine un ordre, tout cela parut une impertinence
+aux yeux de la jeune Polonaise. Elle refusa l'invitation._
+
+_L'Empereur ne se tint pas pour battu. Il a conscience de sa valeur, et
+si d'autres, plus modestes et surtout moins actifs que lui,
+répugneraient à l'affirmer, il ne craint pas de l'écrire à celle qu'il
+veut conquérir_:
+
+ «Vous ai-je déplu, madame? J'avais cependant le droit d'espérer le
+ contraire. Me suis-je trompé! Votre empressement s'est ralenti,
+ tandis que le mien augmente. Vous m'ôtez le repos! Oh! donnez un
+ peu de joie, de bonheur à un pauvre coeur tout prêt à vous adorer.
+ Une réponse est-elle si difficile à obtenir? Vous m'en devez deux.
+
+ «N.»
+
+_À ce billet, où paraissait l'ennui de n'avoir pas été accueilli, la
+crainte d'avoir été trop brusque et la douleur réelle qu'éprouvait le
+Maître à se sentir isolé dans sa gloire, Marie Walewska, plus par
+respect de ses devoirs d'épouse, croyons-nous, que par fierté, ne voulut
+pas répondre._
+
+_Son entourage a beau lui représenter qu'être la maîtresse de l'Empereur,
+ce n'est pas manquer à l'honneur, et que ce serait peut-être préparer le
+salut et la grandeur de la Pologne, Marie Walewska se refuse à ce
+compromis._
+
+_Napoléon insiste une troisième fois. Son billet est plus tendre encore,
+plus long aussi. Enfin il promet ce que tous les Polonais désirent:_
+
+ «Il y a des moments où trop d'élévation pèse, et c'est ce que
+ j'éprouve. Comment satisfaire le besoin d'un coeur épris qui
+ voudrait s'élancer à vos pieds et qui se trouve arrêté par le poids
+ de hautes considérations paralysant les plus vifs désirs? Oh! si
+ vous vouliez!... Il n'y a que vous seule qui puissiez lever les
+ obstacles qui nous séparent. Mon ami Duroc vous en facilitera les
+ moyens.
+
+ Oh! venez! venez! Tous vos désirs seront remplis. Votre patrie me
+ sera plus chère quand vous aurez pitié de mon pauvre coeur.
+
+ «N.»
+
+_Le lendemain de la réception de ce billet, lasse des assauts de
+Napoléon et surtout d'entendre les prières de son entourage, qui
+persistait à voir dans son consentement l'avènement de la Pologne, Marie
+Walewska se rendit au château impérial. Ce fut la nuit, entourée de
+mystère, voilée et en voiture fermée, qu'elle y arriva en compagnie d'un
+gardien discret._
+
+_Napoléon l'attendait. Il était là, debout, dans la salle ou on
+l'introduisit. Empressé, comme il savait l'être avec les femmes qu'il
+aimait, l'Empereur se montra galant. Mais Marie Walewska, toute surprise
+encore, ne put que pleurer, se montrer nerveuse et d'une timidité qui
+pouvait surprendre. Quand, à deux heures du matin, on vint la prendre
+pour la reconduire chez elle, comme il avait été convenu, Napoléon
+n'avait obtenu qu'un droit de consolation et sa promesse de revenir le
+lendemain._
+
+_Aussi, dès son réveil, sa femme de chambre lui remit-elle ce mot, qui
+accompagnait un bouquet et une guirlande de diamants:_
+
+ «Marie, ma douce Marie, ma première pensée est pour toi, mon
+ premier désir est de te revoir. Tu reviendras, n'est-ce pas? Tu me
+ l'as promis. Sinon l'aigle volerait vers toi. Je te verrai à dîner,
+ l'ami[10] le dit. Daigne donc accepter ce bouquet: qu'il devienne
+ un lien mystérieux qui établisse entre nous un rapport secret au
+ milieu de la foule qui nous environne. Exposés aux regards de la
+ multitude, nous pourrons nous entendre. Quand ma main pressera mon
+ coeur, tu sauras qu'il est tout occupé de toi et, pour répondre, tu
+ presseras le bouquet! Aime-moi, ma gentille Marie, et que ta main
+ ne quitte jamais ton bouquet.
+
+ N.»
+
+[Note 10: Duroc.]
+
+_Le soir, elle était au dîner. La conversation s'engagea entre elle et
+l'Empereur à l'aide de ce bouquet. Puis elle vint au palais. L'habitude
+prise, elle y revint chaque soir._
+
+_Quand Napoléon quitta Varsovie pour Finckenstein, elle le suivit. Dans
+cette nouvelle résidence, elle mène une vie cloîtrée, enfermée dans un
+château morne, où elle ne voit personne. L'Empereur paraît aux heures
+des repas, pris en tête à tête. Le reste du temps, elle l'use à lire, à
+broder, à voir la parade à travers les persiennes._
+
+_De Finckenstein, elle va à Vienne, et de Vienne à Paris, où l'Empereur
+lui achète un hôtel particulier au 48 de la rue de la Victoire._
+
+_De là, elle gagne Schoenbrunn, en 1809, et le château de Walewice, en
+1810, où elle accouche d'un fils (le 4 mai): le comte Walewski._
+
+_Puis elle revint à Paris. Mais l'époque des revers commençait.
+Napoléon, attristé, ne pense plus avec la même gaieté à sa maîtresse.
+Des soucis l'absorbent. Il songe à mourir. C'est quelques jours avant
+l'Île d'Elbe. Ce soir où, vaincu, il a voulu se suicider sans y
+parvenir, Marie Walewska attendra toute une nuit l'amant soucieux que,
+bien qu'attristée, elle n'ose déranger. Lui ne se souviendra plus qu'au
+matin qu'elle a passé la nuit à l'attendre dans une pièce proche. Et
+malgré tant de douleur qui l'accable, il trouve pour elle, à défaut
+d'amour, des mots d'amitié profonde:_
+
+ «Marie, j'ai reçu votre lettre du 15. Les sentiments qui vous
+ animent me touchent vivement. Ils sont dignes de votre belle âme et
+ de la bonté de votre coeur. Lorsque vous aurez arrangé vos
+ affaires, si vous voulez aller aux eaux de Lucques ou de Sise, je
+ vous verrai avec un grand et vif intérêt, ainsi que votre fils,
+ pour qui mes sentiments sont toujours invariables. Portez-vous
+ bien, pensez à moi avec plaisir et ne doutez jamais de moi.
+
+ Le 16 avril.
+
+ N.»
+
+_Napoléon partit pour l'Île d'Elbe. C'est là qu'elle le vint visiter le
+1er septembre 1814. Elle sera près de lui encore en 1815, pendant les
+Cent Jours._
+
+_Enfin, quand ce fut l'exil définitif, l'abdication pour Sainte-Hélène,
+Marie se crut dégagée de tout serment. Elle épousa Philippe-Antoine,
+général comte d'Ornano, ancien colonel des dragons de la Garde, cousin
+de l'Empereur._
+
+_De ce mariage elle eut un fils[11], le 9 juin 1817. Quelques mois
+après, vers la mi-décembre, elle mourait dans son hôtel de la rue de la
+Victoire, qu'elle avait quitté lors de son mariage._
+
+[Note 11: Rodolphe-Auguste d'Ornano, député au Corps législatif sous
+le Second Empire. Mort le 14 octobre 1866.]
+
+
+
+
+
+
+End of Project Gutenberg's Tendresses impériales, by Napoléon Bonaparte
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK TENDRESSES IMPÉRIALES ***
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+such as creation of derivative works, reports, performances and
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+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
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+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
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+assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
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+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
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+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
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+Literary Archive Foundation
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+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
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+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
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+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
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