summaryrefslogtreecommitdiff
path: root/20705-8.txt
diff options
context:
space:
mode:
Diffstat (limited to '20705-8.txt')
-rw-r--r--20705-8.txt3501
1 files changed, 3501 insertions, 0 deletions
diff --git a/20705-8.txt b/20705-8.txt
new file mode 100644
index 0000000..2204e87
--- /dev/null
+++ b/20705-8.txt
@@ -0,0 +1,3501 @@
+The Project Gutenberg EBook of Humoresques, by Tristan Klingsor
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+
+Title: Humoresques
+
+Author: Tristan Klingsor
+
+Release Date: February 27, 2007 [EBook #20705]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK HUMORESQUES ***
+
+
+
+
+Produced by Ginirover and the Online Distributed
+Proofreading Team at http://www.pgdp.net
+
+
+
+
+
+
+BIBLIOTHÈQUE DU HÉRISSON
+(OEUVRES NOUVELLES)
+
+
+
+
+TRISTAN KLINGSOR
+
+
+HUMORESQUES
+
+[Illustration]
+
+
+AMIENS
+LIBRAIRIE EDGAR MALFÈRE
+7, RUE DELAMBRE, 7
+(_Dépôt à Paris, 1, rue Vavin, 6e arr._)
+
+
+
+
+1921
+
+
+JUSTIFICATION DU TIRAGE
+
+
+
+Il a été tiré:
+
+15 exemplaires sur Japon, numérotés 1 à 15.
+50 exemplaires sur Hollande, numérotés de 16 à 65.
+100 exemplaires sur Arches, numérotés de 66 à 165.
+2.000 exemplaires ordinaires.
+
+
+La présente édition est l'édition ordinaire de cet ouvrage.
+
+
+
+
+
+[Illustration]
+
+
+
+1921
+
+
+
+AUTRES OUVRAGES
+DE
+TRISTAN LECLÈRE (KLINGSOR)
+
+
+_Le Livre d'Esquisses_, proses (_Mercure de France_). 1 vol.
+_Schéhérazade, poèmes_ (_Mercure de France_). 1 vol.
+_Le Valet de coeur_, poèmes (_Mercure de France_). 1 vol.
+_Poèmes de Bohême_, (_Mercure de France_). 1 vol.
+_La Duègne apprivoisée_, un acte (Sansot). 1 vol.
+_Chroniques du Chaperon_, poèmes (Sansot). 1 vol.
+_L'Escarbille d'Or_, poèmes (Sansot-Chiberre). 1 vol.
+_Hubert Robert_ (H. Laurens). 1 vol.
+_Les femmes de théâtre au XVIIIe siècle._ (Piazza). 1 vol.
+_Petits métiers des rues de Paris_ (J. Beltrand). 1 vol.
+_Chansons de ma mère l'Oie_, 6 mélodies (Rouart). 1 recueil.
+
+
+
+
+
+HUMORESQUES
+
+
+
+
+A L'AUBERGE
+
+
+Quelle heure est-il?
+Le coq du voisin
+S'égosille
+Et dame dinde s'esclaffe;
+Un oiseau posé sans doute sur le fil
+Du télégraphe
+Fait un trille;
+Ai-je dormi si tard ce matin?
+
+Il est huit heures;
+J'entends l'horloge de l'auberge
+Qui sonne,
+Et je mets flamberge
+Au vent;
+Mais où est la tartine de beurre?
+Holà! Gertrude ou Margoton, mon coeur t'attend:
+Ne viendra-t-il donc personne?
+
+Quelle heure est-il? Il est huit heures:
+Il fait gris au dehors comme dans un four
+Et la cloche tinte:
+Est-ce pour le jour qui meurt,
+Est-ce pour mon amour?
+Je suis seul à l'auberge et songeant
+Devant cette pinte
+Où je trempe plus d'un fil
+D'argent;
+Quelle heure est-il?
+
+
+
+
+LE TRIO
+
+
+Le notaire, le cousin et le poète
+Vous font un trio d'amoureux, ô très chère,
+Et si parfois vous riez peut-être
+Du rêveur qui vous adore comme pas un,
+Vous le laissez simplement se morfondre
+Pour tendre la main aux écus du notaire
+Et la joue aux baisers du cousin:
+Ainsi va le monde.
+
+Et cependant que votre mari
+Qui se croit assuré contre le pire
+Promène sa faconde,
+Vous l'encornez et chacun rit;
+Il n'y a que moi seul, très chère, qui soupire:
+Ainsi va le monde.
+
+
+
+
+LE DRAGON
+
+
+Mon coeur est triste:
+Mes culottes sur le fauteuil font
+Des plis savants de culotte d'artiste;
+Mon coeur est triste;
+Une chaussette traîne sous la chaise
+Et j'entends à travers le plafond
+Le ronflement sourd d'un bourgeois obèse.
+
+Je me tourne un peu
+Sous la couverture à fleurs
+Et le sommier crie;
+Je me tourne un peu
+Et je regarde obstinément
+Le papier déteint aux feuillages bleus
+Comme la forêt de féerie
+D'une belle au bois dormant.
+
+Je veux être son chevalier
+Et dans ma songerie fantasque j'imagine
+Que derrière le mur au vieux décor charmant
+Je vais trouver madame Durand ma voisine
+En nonchalant déshabillé;
+Je veux être son chevalier
+Et mon coeur s'égare adorablement.
+
+Mon coeur s'égare et je me grise
+De rêver qu'elle est en corset noir à rubans
+En train d'ôter mignon soulier,
+Tandis qu'un bout indiscret de chemise
+Passe par la fente du pantalon blanc;
+Mon coeur s'égare et je me grise
+A ce jeu troublant.
+
+Je veux enlever ma belle jolie
+Au dragon farouche
+Et coiffé d'un bonnet de coton à gland
+Qui se cache dans son lit,
+Au dragon farouche
+Dont la moustache énorme tombe sur la bouche,
+Et qui laisse voir au dehors
+Une main de géant couverte de poils gris;
+Mais soudain je me frotte un oeil
+Dans un pénultième effort;
+Je revois mes culottes sur le fauteuil,
+Je souffle ma lampe sans bruit
+Et seul encor et le coeur triste je m'endors.
+
+
+
+
+L'AUBÉPINE
+
+
+L'aubépine est fleurie dans la haie
+Et l'oseille sauvage dans l'herbe;
+Galant imberbe plaît
+Mieux que mari acerbe;
+L'aubépine est fleurie dans la haie.
+
+La belle, voulez-vous ce bouquet,
+La belle, voulez-vous ce baiser?
+Penchez-vous un peu plus à votre croisée:
+Au coin de la rue vient le beau freluquet
+Dont votre tête rose est toute grisée.
+
+Votre vieux mari est dans la cour, qui pisse,
+En bonnet de coton et gros sabots de hêtre;
+La chemise est ouverte sous votre corset
+Et chacun sait
+Que cette heure à l'amour est propice;
+L'aubépine sauvage est fleurie dans la haie.
+
+
+
+
+COMME IL VOUS PLAIRA
+
+
+Vraiment, messieurs, charmants messieurs
+De Paris, de Rouen ou de Pontoise
+Suis-je de ceux
+Qui vous égaient un peu?
+Pitre endurci
+Au menton bleu
+Couleur d'ardoise,
+Ton nez est-il aussi
+Rouge que la framboise?
+
+Et pour vous, jolies dames de France,
+Est-il fol ou mélancolique à votre guise
+Ce tendre coeur?
+En tout honneur d'ailleurs,
+Car quelle belle pense
+A barbe grise?
+
+Je connais qui me hait
+Et je connais qui m'aime,
+Mais suis-je trop fantasque et trop gai,
+Ou trop pensif à votre gré?
+Par ma foi, je le sais peu moi-même:
+Croyez donc ce que vous voudrez.
+
+
+
+
+LA PIE AU NID
+
+
+Qui trouve à son retour le buffet dégarni,
+La soupe à moitié froide et le chat sur la table
+Envoie sa digne épouse au diable
+Et laisse pie au nid.
+
+Qui trouve en son logis visage renfrogné
+Va courtiser servante et pot à bière;
+Oyez, belles trop fières,
+Oyez ce qui vous pend au nez.
+
+Mais toi, chère Marion, tu es toute ambroisie,
+Et miel et friandise de haut prix
+Et femme assurément à point choisie
+Pour ton mauvais mari.
+
+
+
+
+AU LUXEMBOURG
+
+
+Passe qui voudra par la rue Saint-Jacques,
+Je préfère le Luxembourg
+Avec ses marbres, ses marronniers lourds
+Et ses balustrades de pierre autour
+Du lac.
+
+Le soleil d'août brille:
+N'est-elle pas trop roide en somme
+Cette rue?
+Regardons plutôt l'herbe drue,
+La rose, la jonquille
+Et le géranium.
+
+Une jolie fille sourit
+Et surpris
+J'ai un peu d'émoi;
+Le fin jet d'eau verse une larme;
+Une jolie fille sourit
+Et le fantassin porte l'arme,
+Mais ce n'est pas pour moi.
+
+Passe qui voudra par la rue Saint-Jacques,
+Plus je n'y voudrai passer:
+Mon coeur y fut trop blessé
+Et durement mis à sac;
+Passe qui voudra par la rue Saint-Jacques.
+
+
+
+
+LA GAVOTTE
+
+
+Chevalier Gluck, chevalier Gluck,
+Lorsque j'écoute
+Vos airs trop tendres
+Et charmants,
+Mon vieux coeur tremble
+Comme un instrument
+Sous l'archet de soie,
+Chevalier Gluck,
+Et je me crois
+Au temps des paniers, des culottes courtes
+Et des perruques.
+
+Le bourgeois obèse
+Du dessus dort
+Dans sa chambre Louis Seize;
+Beaux doigts de ma voisine,
+Rejouez encor,
+Rejouez pour moi
+Cette gavotte exquise
+D'_Armide_;
+Et pardonnez très chère au fol émoi
+
+D'un coeur si timide:
+Car ce soir j'imagine
+Que vous voici marquise
+Et m'accordant enfin votre joli corps:
+Le bourgeois obèse du dessus dort.
+
+
+
+
+LE LOUP-GAROU
+
+
+Vieux rat, tu peux t'aventurer dans la gouttière;
+Sur le beau soir bleu
+Monte une fumée légère de bruyère
+Et le chat joue
+Dans la maison avec sa queue.
+
+Vieux coeur tu peux t'aventurer chez la bergère;
+C'est l'heure du loup-garou,
+Et le mari dort au coin de son feu;
+La lune rit sans bruit dans le beau soir bleu;
+Eh! soyons vite audacieux,
+Vieux coeur: c'est l'heure du loup-garou
+Et des amoureux.
+
+
+
+
+NOCTURNE PROVINCIAL
+
+
+Les bougies sont soufflées
+Et sur les toits la lune brille;
+La dame du notaire est endormie
+Et seuls, quatre officiers d'académie
+Font leur manille
+Au petit café.
+
+Il serait vraiment sage
+De rentrer, je crois:
+Je sens que j'ai le nez
+Tout gelé de froid;
+Un passant attardé se soulage
+Au coin de la rue abandonnée.
+
+Hein! est-ce que je m'enrhume?
+J'ai le poumon trop délicat
+Pour cette brume:
+Ah! chère qui restez tranquillement
+Derrière vos persiennes,
+Ne ferez-vous donc jamais cas
+
+De la tendre antienne
+Si pleine de poésie
+De votre pauvre amant
+Transi?
+
+
+
+
+PENDANT LA PLUIE
+
+
+Il pleut:
+L'épinard verdoie
+Et l'eau ravive la couleur de toute chose;
+La brique de l'auberge est plus rose
+Et la mousse est plus bleue
+Sur le toit.
+
+Et toi, tu bois,
+Cher bourgeois
+Strasbourgeois
+Qu'on voit au travers de la vitre close,
+Tu bois en riant un vieux vin de choix
+Et ton nez rougeoie.
+
+
+
+
+LE MENUET
+
+
+Le menuet délicieux de Mozart,
+Mélancolique et charmant,
+Divulgue note à note son humeur bizarre
+D'un qui sourit à peine ou pleure sans raison,
+Et qui suit son chemin par la neuve saison
+En effeuillant son coeur adorablement.
+
+On dirait qu'en un parc inventé de Watteau
+Les ingénus et les belles Florises
+Se confient tendrement d'inutiles propos,
+Et que l'écho plaintif des rires musicaux
+Se mêle à la mélodieuse surprise
+Des jets d'eau.
+
+Mélancolique et charmant et fantasque un peu
+Le menuet délicieux et rebelle,
+Le menuet de Mozart s'égrène encor;
+Il pleut des roses, il pleut
+Sous les doigts savants de mademoiselle:
+Monsieur Durand de deux oreilles complaisantes
+Écoute le jeu de sa fille Laure
+Et bat la mesure sur son ventre.
+
+Et cependant que la dernière réplique
+D'un rythme plus vif se marque,
+Madame ravie vers le Prétendant
+Rose et frais dans son faux-col blanc
+Et sa redingote en fleur,
+Glisse un oeil oblique,
+Et le menuet cette fois se brise
+Comme un jet d'eau sous la brise
+Au fond d'un parc.
+
+
+
+
+LA BELLE D'ARGENTEUIL
+
+
+A la belle maraîchère d'Argenteuil
+Au corsage ouvert sur les roses des seins
+Que disais-tu, bon poète amoureux?
+Le chemin creux
+Était plein de feuilles
+Et ton coeur des pires desseins.
+
+Mieux eut valu du reste audacieux indiscret
+Qu'oiseux discours:
+La chemise s'échancrait
+En molle fente;
+Le jupon était court
+Et la fille riait de sa gorge charmante.
+
+Mais la peur de quelque bleu gendarme,
+O rimeur, te retenait sans doute,
+Car tu es revenu sur la route
+Sans la belle maraîchère d'Argenteuil
+Et même je crois une pointe de larme
+A l'oeil.
+
+
+
+
+LE MERLE
+
+
+Le merle était dans le pommier
+Tout à l'heure,
+Le merle beau siffleur,
+Mais vous dormiez.
+
+Le vent frais du matin secouait
+Les feuilles et les roses
+Et pour écouter le délicat virtuose
+Tout se tenait coi.
+
+Pourtant un bouffon manquant à la poésie
+De cet amoureux alléluia,
+Vieux galant cramoisi,
+Un coq à son tour s'égosilla.
+
+Mais vous dormiez, très chère, et n'aviez nul souci
+De cette pluie
+De notes, non plus d'ailleurs que de celui
+Qui est à votre merci.
+
+
+
+
+JEAN GOSSART
+
+
+Que Jean Gossart boive un bon coup
+De cidre frais ou de vin chaud,
+Que Jean Gossart boive un bon coup
+Et que Margot vide la bourse du grigou,
+Peu me chaut.
+
+Je ne regarde que la route qui poudroie
+Par la fenêtre de l'auberge;
+Je n'écoute que cet oiseau dans le bois:
+Jean Gossart, n'as-tu pas le roi?
+Ton nez s'allonge comme asperge.
+
+Mais que le clocher fin de la Landelle
+Se voie de partout,
+Et tes cornes aussi, Jean Gossart, que m'importe,
+Puisque l'infidèle
+M'a fermé pour ce soir sa porte
+Et que je n'ai plus de dame d'atout.
+
+
+
+
+LA PLUME D'AUTRUCHE
+
+
+Ah! jolis masques de Paris
+Mon coeur trébuche
+Toujours trop tôt;
+La vieille dame avec une plume d'autruche
+A son chapeau
+Sourit.
+
+Jusques à quand te croiras-tu donc damoiseau,
+Pauvre homme au poil déjà tout gris;
+Faux départ:
+L'amour une fois encore est venu trop tôt
+Ou trop tard.
+
+
+
+
+BONNARD
+
+
+Le camembert bleu, l'orange et la banane
+Dorment dans le vieux Rouen;
+Finies! compotes au sucre
+Et tarte à la crème;
+La tulipe jaune se fane
+En son verre de Bohême;
+Madame pianote et montre en jouant
+La plus jolie nuque.
+
+Digérons: cette heure est vraiment
+Exquise;
+Un peu de rêve sous la lampe flotte
+Et je me grise
+De l'odeur de cette nuque en fleur;
+Madame joue un air ancien,
+Un air tendre et cajoleur
+De gavotte;
+Monsieur descend faire pisser le chien.
+
+Chère âme, voici l'instant propice,
+Puisque la bonne est sortie elle aussi:
+Aimiez-vous de la sorte, ô Juliette ou Lucie
+Ou douce Bérénice?
+Car notre amour enfin ne connaît plus de bornes,
+Et que le diable perde ses cornes
+Si ma main partout ne se glisse ...
+
+Mais la clé grince:
+La tulipe d'effroi
+Meurt et s'effeuille;
+Prudent et sans plus attendre
+Je m'enfonce dans le fauteuil
+Et madame de ses beaux doigts minces
+Reprend innocemment ce motif d'autrefois,
+Cette gavotte adorable et tendre,--
+De Philidor, je crois.
+
+
+
+
+LA BRETELLE CASSÉE
+
+
+Messieurs, arrêtez-vous de grâce!
+Que le diable m'emporte,
+Ma bretelle casse,
+Et je perds, je crois bien, ma culotte.
+
+Si vous riez encore, Aminte,
+Je ne serai pas dupe;
+Je le dis à maints et maintes,
+Et pendu sois-je si je mens:
+L'astre le plus charmant
+Que j'aie vu, je le vis sous vos jupes ...
+
+Mais fi! de l'indiscret
+Et trêve à ces réalités
+Qu'en dévot j'adorais;
+La lune se lève:
+Mes belles dames, permettez
+Que j'accroche à sa corne dans ce soir d'été
+Tout mon rêve.
+
+
+
+
+MATINES
+
+
+Il a plu. Que l'odeur de la fleur de sureau
+Est délicieuse ce matin!
+Le soleil dans la brume demeure incertain
+Et les corolles sont encore pleines d'eau.
+
+Où irons-nous?
+Le vent est d'est: n'entends-tu pas sonner les cloches?
+Le rideau de nuages se dénoue
+Et le brouillard dans la vallée s'effiloche.
+
+A Saint-Aubin, à Ons-en-Bray,
+A Espaubourg aussi, partout voici matines:
+Quel amoureux regret,
+Chère hypocrite, te retient donc sous la courtine?
+
+
+
+
+MADEMOISELLE ROSE
+
+
+Une petite prise, mademoiselle Rose,
+Une petite prise de vieux tabac fin:
+A notre âge, eh! eh! c'est chose
+Plus chère qu'un sachet de parfum.
+
+Ça pique et c'est délicieux
+Mademoiselle Rose, vous savez bien;
+Ça pique et ça met une larme aux yeux,
+Pour rien en somme, pour rien ...
+
+Autrefois c'était une fraîche rose
+Que je vous offrais, et cela aussi,
+Cela aussi, mademoiselle Rose,
+Mettait une larme claire entre vos cils.
+
+Mais maintenant vous avez bonnet et jupe
+A la mode ancienne:
+Hélas! nous sommes restés tous deux dupes
+De nos mutuelles antiennes.
+
+Et maintenant quand on cause,
+Et maintenant que voulez-vous qu'on dise?
+Une petite prise, allons, mademoiselle Rose,
+Une petite prise ...
+
+
+
+
+LE GARÇON MEUNIER
+
+
+La lune est encore sur le clocher;
+La route est grise dans l'air dense;
+Le meunier balaie le plancher;
+La pelote roule et le chat danse.
+
+Je regarde en chemise à travers la vitre
+Le paysage obscurci;
+Ah! qui donc siffle ainsi une chanson au loin?
+Il me semble que le moulin
+Bat plus vite
+Et mon coeur aussi.
+
+Une fenêtre s'est ouverte à petit bruit:
+Belle meunière, est-ce la vôtre?
+La lune en rit,
+La lune haute
+Dans le vieux ciel couleur de taupe
+Et de souris.
+
+Votre bonhomme de mari trotte au grenier
+Et le gendarme dort comme un loir dans son lit;
+Le rat grignote, le chat joue
+Et seul en chemise et rêvant de vous,
+Je m'enrhume, ô très jolie:
+Mais où est le garçon meunier?
+
+
+
+
+SOUS LA CENDRE
+
+
+La pluie peut tomber plus fort
+Du ciel monotone;
+Les larmes peuvent descendre
+Le long des joues
+Et cet amour peut être mort;
+L'eau dans le pot chantonne
+Et bout toujours
+Sous la cendre.
+
+Et moi aussi malgré
+La rose à jamais morte dans l'automne d'or
+Et que de plus en plus ce poil gris pousse,
+Je chante encore,
+Et comme un baladin qui fait danser un ours
+Sur le pré,
+Je traîne en souriant un coeur désespéré.
+
+
+
+
+LA CHAMADE
+
+
+Que le bassoniste
+Sur l'ut grave de la sérénade
+Insiste,
+Et voici le coeur qui bat la chamade.
+
+Ah! quel trictrac sentimental et tendre
+Se cache sous ce sein fleuri;
+Jamais Clitandre ni Cassandre.
+N'en sauront le prix.
+
+Mais moi, très chère
+Chaque soir j'essaie d'accorder mon âme
+A votre subtil sourire,
+Et très dévotement je vous révère,
+A l'égal de la dame
+De Tyr.
+
+
+
+
+LE CHEF D'ORCHESTRE
+
+
+Le chef d'orchestre à perruque blanche
+Et menton mal rasé bleuté de barbe grise
+A troussé la dentelle de sa manche
+Pour humer une dernière prise.
+
+Il a cogné sur le pupitre à musique
+Son minuscule bâton d'ivoire;
+La contrebasse a rajusté ses bésicles
+Et les danseurs les roses de leurs habits noirs.
+
+Voici que les archets réveillés vont et viennent
+Pour jouer de vieux airs oubliés,
+Et les violons avec leurs danses anciennes
+Font courir les petits souliers.
+
+Les cavaliers se penchent un peu
+Sur les épaules émergeant des velours
+Et murmurent de tendres aveux
+Et des propos spécieux d'amour.
+
+Les tailles souples se ploient,
+Les mains se serrent plus doucement
+Et sous les flottantes cravates de soie
+Battent plus fort les coeurs des amants.
+
+Mais comme le chef d'orchestre comique et discret
+A cessé de gesticuler en mesure,
+Les petits souliers s'arrêtent à regret
+Et les couples s'en vont dans les embrasures.
+
+C'est l'heure où les amoureux demeurent songeant
+Et chuchotent tout bas dans l'ombre des croisées:
+Le chef d'orchestre en sa tabatière d'argent
+A repris du fin tabac d'Espagne à priser.
+
+
+
+
+VUILLARD
+
+
+La douceur des pantoufles de laine
+Qu'une chère main a brodées de fleurs
+Et la tiédeur du thé qui s'évapore,
+O mon amie,
+Réchauffent mon corps,
+Réchauffent mon coeur
+A demi endormis.
+
+Tout autour de nous le souvenir traîne
+Ainsi qu'un chat maigre sur le plancher;
+Tout autour de nous le souvenir rôde
+Et l'antique marbre noir est jonché
+Des clairs pétales jaunes
+D'une rose.
+
+La nudité sournoise de ton cou charmant
+Et beau comme un frais bouquet
+Réveille un moment mon désir de vieux faune,
+Mais je me mens à moi-même
+Sans doute, ou je n'ose.
+
+Et je me verse simplement
+En Roméo trop fatigué
+Qui n'use de nul piment,
+Un peu plus de crème.
+
+
+
+
+LES AUDACIEUX
+
+
+Froissons les jupes!
+
+Que le jet d'eau mélancolique jette
+Au clair de lune ses volutes
+Tant qu'il voudra;
+Poussons la fenêtre
+Et prenons la belle en nos bras:
+C'est l'heure, messieurs,
+C'est l'heure ou jamais d'être
+Audacieux.
+
+Plus n'est besoin des cordes aux lucarnes
+Ni des airs langoureux de flûtes
+Dans la bise des carrefours:
+Voleurs d'amour
+N'ont point peur du gendarme!
+Voici les jolies roses dans le linge blanc;
+Il ne faut plus de flûtes,
+Ni de guitares, ni d'aveux tremblants,
+Car où sont les galants cérémonieux
+Que vous fûtes,
+Messieurs?...
+
+Froissons les jupes!
+
+
+
+
+L'EAU CLAIRE
+
+
+Se contenter du sourire divin
+D'un visage qu'on aime,
+D'un verre d'eau sans vin
+Et d'une tarte à la crème.
+
+Faire ce rêve:
+S'enivrer du parfum d'une rose brisée
+Et des deux lèvres
+Ouvertes pour le baiser.
+
+Vivre en somme d'amour et d'eau claire
+Tant qu'on aime,
+Puis s'endormir à jamais au son d'un vieil air
+Mélancolique de Bohème.
+
+Et dire que cela même est folie
+De demander si peu
+Et qu'il faudra mourir un jour sans sou ni jolie
+O mon Dieu!...
+
+
+
+
+SOUS LE BALCON
+
+
+Qu'il gèle à pierre fendre, qu'importe!
+L'amour est plus fort que tout;
+Un tourlourou fait le troubadour
+Sous une porte.
+
+La lune dans la nue
+Met sa double corne;
+Un couple contre le mur orne
+Un peu plus un mari biscornu.
+
+Mais moi j'allonge en vain
+Sous le balcon un nez rougi
+De froid et non de vin:
+La belle en sa chambre a soufflé la bougie.
+
+
+
+
+LE TRÈFLE BLANC
+
+
+Je m'assieds dans l'herbe bleue:
+Qu'il est joli le trèfle blanc;
+La fille embrasse le galant
+Et l'amour danse tout autour d'eux;
+Qu'il est joli, le vieil enfant!
+
+Où est le temps où moi aussi
+Je faisais l'amoureux,
+Le temps de Berthe et de Lucie
+Et de la femme du marchand de Dreux;
+Où est le temps des coeurs tremblants;
+Et de ma barbe noire et de vos blonds cheveux,
+Où est le temps?
+
+Derrière la haie les galants s'en vont
+Et l'amour à leurs trousses sourit;
+La jeune herbe bleue tremble dans le vent
+Et moi, qui reste seul, je me morfonds
+A regarder le trèfle blanc
+Et tirer sans répit les poils gris
+De mon menton.
+
+
+
+
+BROUWER
+
+
+Je m'abrite sous la haie
+Et bien caché de l'indiscret,
+Prestement je baisse mes braies.
+
+Mon cher Brouwer, il me faudrait
+Pour décor propice
+Un de tes paysages hollandois
+Où l'on voit le cul rose de quelque bon drille;
+Mais ici je n'ai que prés et forêt,
+Avec là-bas un joli bouleau tout droit;
+Mon fusil brille
+Contre la barrière de bois
+Où mon chien pisse,
+Et je fais ce que fait le Roi.
+
+
+
+
+LE RETOUR
+
+
+Toits bleus d'ardoise et murs de brique rose
+Au milieu des arbres,
+Sur qui la brume gris d'argent se pose.
+Que mon coeur est sensible à votre charme!
+
+Je pousse la porte:
+Bon aubergiste me voici;
+La dinde est-elle bien farcie
+Et la servante accorte?
+
+Je m'assieds près de la croisée
+Humant l'odeur des fleurs avec celle des plats;
+Le chat ronronne, l'oie s'effare,
+Mais la commère n'est plus là
+Et je ne vois hélas! que l'image brisée
+Du fin peuplier dans l'eau de la mare.
+
+
+
+
+LE POMMIER TORDU
+
+
+Il y a un pommier tordu
+Dans le pré;
+Jeune femme en ta maison, qu'as-tu
+A soupirer?
+
+Il y a un vieil homme gris
+Près du feu;
+Ne soupire donc pas pour si peu:
+Le chat au grenier guette la souris.
+
+Il y a un oiseau qui chante sur la branche;
+Il y a un garçon qui siffle sur la route;
+Vieux mari, fais chauffer la soupe:
+Ta femme reviendra dimanche.
+
+
+
+
+LA PINTE VIDE
+
+
+Un homme menace et la femme crie
+Comme une pie borgne;
+Un enfant longuement sanglote;
+Ainsi va la vie.
+
+Pourtant le printemps tremble et dans l'air attiédi
+Traînent des souffles de bonheur et de lilas;
+Pourtant le vieil amour a passé là
+Jadis.
+
+Hélas! jeunesse est loin
+Et voici la pinte et la bourse vides;
+Il ne reste plus maintenant que ride
+Et chagrin.
+
+
+
+
+CHRONIQUES
+DU TEMPS DE PHILIPPE VIII
+
+
+
+
+A LA TERRASSE
+
+
+Au temps où Moréas montrait son nez
+Et sa moustache
+Dans les cafés de Montparnasse,
+Le vieux cheval de fiacre
+Était de roses couronné,
+Au temps de Moréas.
+Monsieur Lintilhac
+D'ire protestait:
+«Qu'on harnache
+D'un vil cuir
+Cette carcasse
+De baudet!»
+Sur quoi, tous de rire.
+
+Et tandis qu'un nuage flottant
+Au-dessus de Paris
+Filait dans l'espace,
+La brise fine du printemps
+Portait du Luxembourg jusqu'à notre terrasse
+L'odeur des marronniers fleuris.
+
+
+
+
+LE NAIN
+
+
+Je venais d'allumer mon feu de bois sec
+Et de m'asseoir de fort indolente sorte
+Dans mon vieux fauteuil de velours d'Utrecht
+Quand on gratta doucement à ma porte.
+
+«Est-ce toi, dis-je, ma douce Colombine,
+Fluette fée en robe à vertes dentelles,
+Ou toi, sire Arlequin de triste mine,
+Qui viens céans rallumer ta chandelle?»
+
+Mais ce n'était ni Colombine, ni son duc,
+Ni même quelque oiseau déplumé d'Edgar Poë:
+La porte s'ouvrit à mon nain caduc
+Qui avait une mitre pour chapeau.
+
+Il portait sous le bras quelque volume
+Énorme à reliure de parchemin,
+L'histoire de Krespel ou d'Ulalume
+Sans doute, à fermoir d'or et filet de carmin.
+
+Il le posa sur un livre d'André Gide;
+(C'était d'adorables _Chansons de Bilitis_);
+Il regarda narquois mon encrier vide;
+Ota sa mitre mirobolante et sortit.
+
+
+
+
+DEVANT L'OBÉLISQUE
+
+
+Dimanche: bon Parisien va-t-en
+Rêver d'amour
+Vers Auteuil ou le Point-du-Jour:
+Le bateau-mouche t'attend.
+
+Voire file jusqu'à Meudon
+Ou Saint-Cloud;
+Feuille morte au bois est mol édredon
+Et Madame n'a pas peur du loup.
+
+Le brouillard bleu de Seine argente les collines;
+Le paysage est exquis
+Comme un croquis
+De Stanislas Lépine.
+
+Déjà l'agile violoniste
+Frotte l'archet de colophane;
+Dans les yeux clairs mi-clos des femmes
+Un éclat singulier persiste.
+
+La cloche sonne
+Pour l'embarquement;
+Allez les belles et les amants:
+Sur le ponton ne reste-t-il personne?
+
+Clique amoureuse, adieu: mieux vaut laisser ici
+Tout seul devant l'obélisque
+Le birbe barbu, certes! mais trop triste
+Que je suis.
+
+
+
+
+LES TROIS ÉCUS
+
+
+Il n'y a qu'un coquelicot dans le pré
+Avec trois marguerites autour;
+Il n'y a qu'un coquebin dans le bourg
+Pour trois filles à marier.
+
+Ainsi s'en va la République, tout cloche:
+Que de fois hélas! que de fois
+Je n'ai eu qu'un écu en poche
+Quand il en fallait trois.
+
+
+
+
+LA FLEUR SÈCHE
+
+
+J'avais ouvert un vieux bouquin poudreux
+De _Poèmes anciens et romanesques_, ce matin,
+A la page marquée d'une fleur sèche de thym,
+Que nous avons, chère souris, souvent lue tous deux.
+
+Je rêvais doucement de celle
+Que tu sais bien et qui partit je ne sais où,
+Séduite sans doute par l'escarcelle
+D'un vieil amoureux radoteur et fou.
+
+Je regardais la lune au travers des branches
+D'un cerisier mort qu'on n'a pas abattu,
+Quand la bise, je crois, ou ma manche
+Tourna la page rongée par tes dents pointues.
+
+Est-ce le simple froissement du papier,
+Ou quelque autre mystérieuse cause,
+Qui te fit sauver ainsi, à pieds
+Légers, à pieds fourrés de bas gris et roses?
+
+Est-ce cela vraiment? Ou d'avoir vu la lumière
+Hésitante du jour qui se lève,
+Qui te fit fuir, chère souris coutumière,
+Comme mon rêve, comme mon rêve ...
+
+
+
+
+JEUX D'EAU
+
+
+Les jeux d'eau dans le parc et la ribambelle
+Des fous,
+Le coeur troublé des belles
+Et le coeur ironique et tendre qui bat sous
+Le gilet de velours de Maurice Ravel,
+L'inquiète qui rougit sous l'ombrelle
+Et le gredin qui se met à genoux
+Devant elle,
+La guitare fausse que joue
+Un doigt rebelle,
+La vasque, le vieil arbre, la cascatelle
+Et l'arc fin de lune dans le soir d'août,
+Tout cela dans mon souvenir infidèle
+En accord très doux
+Se mêle ...
+
+
+
+
+SUR L'AVENUE MONTSOURIS
+
+
+Le petit jour est gris souris;
+La chiffonnière avec sa hotte
+Cherche un trésor dans l'avenue
+Montsouris;
+La bique maigre et biscornue
+Du maraîcher trotte
+Sur le pavé.
+
+Ma jolie voisine déjà levée
+A sa croisée paraît
+Et le coeur tendre qu'en vain j'offre
+Bat plus fort sous l'étoffe
+Vraiment trop mince du gilet:
+Aimerai-je de la sorte et sans halte
+Jusqu'au dernier souffle?
+Le jour devient couleur de craie
+Et cette belle qui par-dessus tout me plaît
+De sa fenêtre peut voir sur l'asphalte
+Le poète Klingsor avec sa boîte au lait
+Et ses pantoufles.
+
+
+
+
+FRANCIS JAMMES
+
+
+Il a plu. Le matin sourit
+A travers ses pleurs;
+La grenouille saute dans l'étang
+Et sur un roseau droit du Christ,
+Le beau martin-pêcheur
+En habit bleu clair à la hussarde,
+Avec son plumet rouge éclatant,
+Monte la garde.
+
+Francis Jammes, dormez-vous encor?
+Le joli lièvre roux
+Essuie la fine pluie
+De ses moustaches
+Et le vieil âne à l'oeil humide tâche
+D'attraper enfin la fleur d'or
+Du pissenlit:
+Francis Jammes, Francis Jammes, dormez-vous?
+
+Il n'est plus un grelot de mule qui se taise
+Et ne fasse un concert féerique
+Sous l'accompagnement sourd des coups
+De trique;
+Il n'est plus un soulier du cordonnier d'Orthez
+Qui ne résonne sur le pavé;
+Ah! l'heure n'est plus de rêver
+Du cousin des Indes ou d'Amérique:
+Francis Jammes, Francis Jammes, dormez-vous?
+
+
+
+
+DU BOUT DE LA RUE DU BAC
+
+
+Du bout de la rue du Bac
+Je regarde le paysage printanier,
+Les bateaux bleus dans l'eau vert pomme,
+Les linges clairs des mariniers,
+Le Louvre rose du vieux Roi,
+Et sur
+Saint-Germain l'Auxerrois
+Un ciel aussi fin qu'un tamis d'azur;
+Du bout de la rue du Bac
+Tout paraît pur;
+Tout est paré de couleurs vives comme
+Une aquarelle de Signac.
+
+Bateliers, bateliers, pourquoi donc partez-vous?
+Ce paysage ne peut-il suffire?
+Laissez le gouvernail et le souci
+Et vous, charmantes mains, laissez les clés;
+Le temps fera le ton de ces pierres plus doux,
+Mais je ne serai plus hélas! ici
+Pour regarder cette eau couler,
+Ni ma folle jeunesse s'enfuir.
+
+
+
+
+RÊVERIE D'AUTOMNE
+
+
+Monsieur le professeur Trippe
+A son gibus de poil de lièvre
+Et sa redingote noire qui se fripe
+Sur son maigre derrière.
+
+Monsieur le professeur est assis
+Sur le banc vert du jardin anglais
+Et tourne ses pouces d'encre noircis
+Sur son gilet usé à ramages violets.
+
+L'automne mélancolique ce soir
+Commence à rouiller les feuilles sans sève:
+Monsieur le professeur les regarde choir
+Une à une, et rêve ...
+
+Monsieur le professeur a des lunettes d'or
+Sur son nez long d'une aune
+Et des fils d'argent dans ses cheveux jaunes
+Et multicolores.
+
+Et pourtant monsieur le professeur fut jeune homme
+Probablement, rose au jabot, sourire aux lèvres;
+Mais maintenant, monsieur le professeur rêve
+Et contemple le soir d'automne.
+
+Monsieur le professeur songe à madame Rose
+Sa ménagère au teint rosé de lilas;
+Monsieur le professeur rêve et pose
+Dans le creux de sa main son front las.
+
+Un espiègle tire son mouchoir à fleurs;
+Un air suranné d'épinette s'achève;
+Au fond du vieux jardin anglais le jet d'eau pleure:
+Monsieur le professeur rêve ...
+
+
+
+
+FRÉJOL
+
+
+Que Fréjol chante ou que Frégoli
+Change de veste,
+Qu'importe si le pli
+De ton ventre reste.
+
+Charmant bourgeois
+Qui décampas du logis
+L'oeil tout en joie,
+Ton nez comme aubergine rougeoie
+Aux bougies.
+
+Le poétique clair de lune sur l'osier
+Peut luire et le rossignol gris s'égosiller,
+Tu t'en fiches:
+Fréjol et Frégoli sont sur l'affiche.
+
+Et cependant qu'un vieil alcool descend la pente
+De ton gosier à col crasseux,
+Madame au coeur tendre se penche
+Et sournoisement se grise de ce
+Que Fréjol chante.
+
+
+
+
+MADEMOISELLE DE MONTPENSIER
+
+
+Dans ce vieux Luxembourg cher au coeur d'Antonio
+De la Gandara,
+Dans ce vieux Luxembourg,
+La flûte, le trombone et le tambour
+Qu'un beau militaire bat à tour de bras,
+La flûte, le trombone et le tambour
+Esquissent un trio.
+
+Hé! hé! la fine jambe que voici!
+Le bourgeois assis
+Vers elle glisse
+Une oeillade d'amour farcie;
+Ce hautboïste emplit les coeurs de poésie:
+Qu'en dites-vous, nourrice?
+
+Chut! le capitaine de musique s'assied
+Et la petite flûte s'est tue;
+Charmante épouse courroucée,
+Ne crains plus rien pour ma vertu:
+Je ne regarde que la statue
+De Mademoiselle de Montpensier.
+
+
+
+
+LE DÉFILÉ
+
+
+Au bruit du trombone et des fifres de buis
+Le régiment bleu passe dans la rue;
+Margot t'a plumé comme une recrue,
+Marquis.
+
+La femme de l'adjoint se penche à la fenêtre
+Et son pauvre coeur bat comme un tambour;
+La femme de l'adjoint regarde tour à tour
+Les jeunes officiers paraître et disparaître.
+
+Soeur Anne, soeur Anne, ne vois-tu rien venir?
+La Margot t'a plumé comme un dindon charmant;
+Mais quoi, voici passé le régiment
+Et Madame est prête à s'évanouir:
+Où donc es-tu, lieutenant?
+
+
+
+
+MONSIEUR ANGOT
+
+
+La lune est tout en haut du peuplier
+Et tu attends en vain ta belle, nigaud;
+La lune est tout en haut du peuplier
+Et Monsieur Angot monte à sa tour
+Pour la mieux regarder:
+Est-il pointu, rond ou carré,
+Est-il de soie ou de velours
+Ou de papier,
+Le bonnet de Monsieur Angot?
+
+Avez-vous bien dormi, chère jolie?
+L'aubergiste déjà réclame notre écot;
+La lune est loin, le rossignol d'amour s'est tu
+Et Monsieur Angot ronfle dans son lit:
+Avez-vous bien dormi, chère jolie?
+Assurément il est pointu
+Le bonnet de coton de monsieur Angot.
+
+Votre coeur ce matin est-il triste ou léger?
+Faut-il que nous allions songer sous la charmille
+Où le corbeau
+Déchire son gosier de parchemin,
+Faut-il encore aller songer?
+Mais quoi? pleuvra-t-il aujourd'hui, fera-t-il beau,
+Ma mie?
+Monsieur Angot nous le dira demain.
+
+
+
+
+LE POULET AU BOUT DE LA FICELLE
+
+
+Le poulet tourne au bout de la ficelle,
+Le poulet qui pend
+Sur le bois qui fume;
+Le poulet tourne au bout de la ficelle
+Et la plume
+Tourne au vent.
+
+Le bruit de la fusillade se fait si faible
+Qu'on ne l'entend plus qu'à peine;
+Brigadier Fricard et toi Bridaine,
+Toastons;
+Nul poème
+Ne vaut cette volaille entre ces trois bâtons.
+
+Et des buveurs de bière, foin!
+Le fin canon de France leur répond;
+Fricard, est-ce que la vie t'importune?
+Encore un peu de ce vieux vin
+De Moselle exquis,
+
+Encore un peu de ce chapon,
+Puis nous dormirons sous la lune,
+Vous deux rêvant de blonde ou brune,
+Mais moi, de qui?...
+
+
+
+
+GOOSSENS
+
+
+Déjà la nuit ...
+Dans l'albâtre luit
+Le filament d'or cramoisi;
+Où sommes-nous?
+Tout s'assoupit:
+La pelote
+De fil tombe sur vos genoux
+Et le pois sans cosse
+Roule sur le tapis
+D'Asie;
+Déjà la nuit ...
+Sur le clavier jauni
+Une musique délicieusement fausse
+De Goossens s'éveille note à note;
+Où sommes-nous? A Londres, Chandernagor
+Ou Singapour?
+La main délicate et chérie
+Continue
+Et les doigts fous courent plus vite;
+Mais soudain trouant le décor
+
+Et faisant tressaillir la trop sonore vitre,
+Avec un lointain roulement sourd,
+Le dernier autobus traverse l'avenue
+Montsouris.
+
+
+
+
+SUR LE QUAI
+
+
+La bise qui nous soufflait au nez
+Depuis le Pont-Neuf jusqu'à Notre-Dame,
+Ce soir d'hiver, chère, vous suffoquait;
+Était-ce endroit choisi pour une promenade
+D'amoureux étonnés,
+Ce quai?
+
+Surtout quand le poumon est en capilotade
+Comme le vôtre hélas! comme le mien aussi;
+Mais n'est-ce le moindre souci
+Auquel on s'attarde,
+Lorsqu'Amour, ce traître, bat le briquet?
+
+Paysage fin et mélancolique,
+Certes je t'ai toujours aimé,
+Avec tes chalands se berçant sur l'eau,
+Tes feuilles qui s'en vont au vent tourbillonnant,
+Tes vieilles maisons aux toits inégaux,
+Tes boîtes de bouquinistes fermées
+Et la boutique de musique
+De Monsieur Pugno,--
+Mais maintenant?...
+
+
+
+
+MONSIEUR DE LA GANDARA
+
+
+La lune se lève sur le marronnier,
+Monsieur de La Gandara rêve au Luxembourg;
+La lune se lève sur le marronnier
+Et monsieur de La Gandara la regarde;
+On entend au loin battre le tambour
+De garde.
+
+Dans la douceur de ce soir printanier
+Le vent léger transporte une odeur de lilas;
+Le sergent de ronde fait sonner ses clefs;
+Les couples s'isolent dans les allées
+Et monsieur de La Gandara qui s'attarde
+A contempler la couleur rose-thé
+Des balustrades,
+A son tour s'en va.
+
+De sorte qu'au fond du vieux parc déserté
+Où le fantassin de la République
+Veille et s'engourdit,
+Les belles reines de marbre,
+Droites et mélancoliques,
+Restent seules à rêver du temps jadis,
+Au clair de lune sous les arbres.
+
+
+
+
+L'OISEAU DE BOIS
+
+
+Dans la nuit sans lune un lumignon file
+Comme une étoile,
+Et pendu sous l'oiseau mobile
+De bois mince et de toile,
+Un homme veille sur la ville.
+
+La rose jaune de Fontenay
+Dans le verre agonise;
+Le bon bourgeois est en chemise
+Bougeoir en main et blanc bonnet
+De coton sur la tempe grise.
+
+Et tandis que l'oiseau lourd et merveilleux plane,
+Dans mon lit une fois encore je me tourne,
+Et comme au temps du vieil Haroun
+Je rêve d'une fine princesse persane
+Aux yeux obliques de velours.
+
+
+
+
+ENVOI
+
+
+Prince, la rose d'avril peut
+Refleurir au bord de la route
+Et le ciel être gris ou bleu:
+Il ne passe qu'ânes qui broutent.
+
+Le rossignol peut sangloter d'amour
+Et quelqu'un peut chanter tour à tour
+Sa peine, sa joie ou son doute:
+Personne n'écoute.
+
+Chacun me déboute:
+Qui donc aurait cure
+D'une bourse mince
+Et d'un coeur obscur,
+Hormis vous sans doute,
+Prince?
+
+
+
+
+CHANSONS DE BONNE HUMEUR
+
+
+
+
+BONJOUR MONSIEUR
+
+
+Bonjour Monsieur, comment va votre femme?
+Fort bien? Tant mieux.
+Savez-vous que les roses se fanent
+Autour du rameau trop vieux?
+Bonjour Monsieur.
+
+Savez-vous que la robe bleue
+Est froissée et le ruban blanc fripé?
+Courez vite chez le drapier,
+Même s'il vente, même s'il pleut:
+Courez donc, Monsieur.
+
+Mais du reste, de la dragée, du mimosa,
+Un autre se chargera mieux;
+Mais du reste, du baiser et cætera,
+Un autre se chargera:
+Bonjour Monsieur.
+
+
+
+
+LE TENDRE RAILLEUR
+
+
+Qu'un étudiant brandebourgeois
+Donne une sérénade de basson
+Ou de hautbois
+A la femme d'un vieux barbon,
+En quoi cela vous touche-t-il, en quoi?
+
+Que j'ai une larme au bout de mes cils
+Ou le coeur en joie,
+Que je me moque ou bien que j'aime,
+Que je me taise ou que j'écrive un poème,
+En quoi cela vous touche-t-il,
+En quoi?
+
+
+
+
+CHANSON DE MONSIEUR BENOIST
+
+
+Fera-t-il beau temps, pleuvra-t-il?
+Prends ta canne, Monsieur Benoist;
+Fera-t-il beau temps, pleuvra-t-il?
+Qui le sait? ni pape, ni roi;
+Prends ta canne de bois
+Des îles.
+
+Qui peut savoir où le vent file?
+Bon courage, monsieur Benoist;
+Qui peut savoir où le vent file?
+Rêve de femme est plus subtil;
+Prends ta canne de bois
+Des îles.
+
+Que femme au retour crie ou danse,
+Bon courage, Monsieur Benoist;
+Que femme au retour crie ou danse,
+Prends ta pipe, Monsieur Benoist.
+Prends ta pipe de bois
+De France.
+
+
+
+
+CHANSON DE LA MERLUCHE
+
+
+Quand je n'ai pas de sole
+Point ne suis-je assez fol
+Pour faire bouche fine:
+Quand je n'ai pas de sole
+Je mange une merluche.
+
+Certes l'eau de la cruche
+Ne vaut point chopine
+De vin du Rhin;
+Mais un liard vaut mieux que rien
+Et Margot dans un lit
+Vaut bien la plus jolie
+Dauphine.
+
+
+
+
+OÙ LE COQ A-T-IL LA PLUME?
+
+
+Où le coq a-t-il la plume?
+Pas au bout du bec;
+Le bois n'est pas sec,
+La cheminée fume;
+Où le coq a-t-il la plume?
+
+Dans les doigts de la servante
+Qui l'arrachent au croupion bleu;
+Où le coq a-t-il la plume?
+L'eau dans la marmite chante
+Sur le feu.
+
+Où le coq a-t-il la plume?
+Sur le vieux volant de bois
+Qu'on jette jusqu'en haut
+Du toit;
+La cheminée fume
+Et la soupe bout sans bruit dans le pot:
+Où le coq a-t-il la plume?
+
+
+
+
+LE BOURGEOIS DE DREUX
+
+
+Pinte de bon sang
+Vaut pinte de vin bleu;
+Laquelle veux-tu, paysan?
+Les deux.
+
+Dinde en un plat creux
+Vaut dinde à travers champs;
+Que choisis-tu marchand?
+Les deux.
+
+Servante au joli cou
+Vaut bourse d'homme heureux;
+Que gardes-tu, grigou?
+Les deux.
+
+Et c'est ainsi que devant l'oignon cru
+Riaient la fille et le bourgeois de Dreux,
+A l'auberge des deux
+Écus.
+
+
+
+
+CHANSON DU ROI DE PRUSSE
+
+
+Si le roi de Prusse l'avait voulu,
+Vieux merle en habit noir de veuf
+Posé sur une branche de bouleau tremblant,
+Tu serais blanc
+Comme un écu
+D'argent tout neuf,
+Si le roi de Prusse l'avait voulu.
+
+Si le roi de Prusse l'avait voulu,
+Vieux baudet d'Espagne perclus,
+O chère vieille bourrique
+D'Andalousie,
+Tu serais aussi droit qu'un i
+Sous les coups de trique,
+Si le roi de Prusse l'avait voulu.
+
+Si le roi de Prusse l'avait voulu
+Lanturlu,
+Cher escargot gris
+Tu n'aurais plus de cornes,
+Ni toi non plus
+Pauvre vieux mari
+Qui ris jaune,
+Si le roi de Prusse l'avait voulu.
+
+
+
+
+AU JOLI JEU DES FOURBERIES
+
+
+Amour donne une joie
+Pour cent chagrins,
+Mais le redire mille fois
+Ne sert de rien.
+
+Amour fait voir le noir blanc
+Comme liseron;
+Toujours les filles se prendront
+Aux becs des galants.
+
+Toujours les garçons seront pris
+Aux sourires des filles;
+Au joli jeu des fourberies,
+Tous les coeurs servent de quilles.
+
+Et moi tout grison que je sois,
+Je ne suis point guéri de la vieille folie
+Et je voudrais aimer une dernière fois:
+Toute douleur s'oublie
+Pour cette joie.
+
+
+
+
+BONJOUR OLIVIER
+
+
+Bonjour Olivier.
+Avez-vous bien dormi?
+Le chat s'étire dans le grenier,
+Le brouillard se lève sur la Loire,
+Le pêcheur jette l'épervier,
+Et tout le monde ouvre les yeux, hormis
+Les loirs.
+
+Bonjour Olivier:
+Le matin frais argente la colline
+Et l'herbe au soleil verdoie;
+L'écureuil sur le hêtre essuie
+Sa moustache fine
+Et le coq de bruyère a traversé le bois;
+Mais où est donc votre fusil?
+Chasseriez-vous autre gibier?
+
+La tendre femme du meunier
+En sa maison de farine
+Attend-elle votre arrivée?
+Courez vite: le mari
+S'en va sur son âne gris
+Le nez au vent et l'heureuse mine;
+Bonjour Olivier.
+
+
+
+
+QU'AS-TU DE JAUNE A TON CHAPEAU?
+
+
+Le geai s'envole dans le bois;
+Qu'a-t-il de jaune dans son bec?
+Un simple brin de bâton sec,
+Ou quoi?
+
+Et toi, mari, et toi,
+Qu'as-tu de jaune à ton chapeau?
+La plume claire d'un loriot,
+Ou quoi?
+
+
+
+
+A STRASBOURG EN FRANCE
+
+
+A Strasbourg en France,
+Damoiselle Lise danse
+Quand vient la cigogne avec l'hiver
+Et maître Ulric emplit sa panse
+De bière,
+A Strasbourg en France.
+
+Dans l'air assoupi
+Le clairon résonne:
+Qu'en dis-tu, Guillaume?
+Je ne donnerais pas une pomme
+D'api
+De ton royaume.
+
+Sur le clocher fin
+Le coq s'égosille:
+Qu'en dis-tu, Guillaume?
+Je ne donnerais pas une aiguille
+De pin
+De ton royaume.
+
+Le parler d'oïl
+Partout se chuchote:
+Qu'en dis-tu, Guillaume?
+Je ne donnerais pas ma pelote
+De fil
+Pour ton royaume.
+
+A Strasbourg en France
+Damoiselle Lise danse
+Quand vient la cigogne avec l'hiver,
+Et maître Ulric emplit sa panse
+De bière,
+A Strasbourg en France.
+
+
+
+
+QUI EST GRIS?
+
+
+Qui est gris?
+Le chaton qui joue avec la ficelle
+Ou le chat qui joue avec la souris?
+Qui est gris?
+Le vieux chat voleur de la mère Michel?
+Non: son mari.
+
+Chère, ce soir sans lune,
+Entre chien et loup
+Est d'une poésie
+Assez bien choisie
+Pour ceux qu'importune
+Un jaloux:
+Chère, qu'en pensez-vous?
+
+A quoi bon ouvrir la lucarne?
+Qui met ainsi cornes au vent
+S'enrhume, crois-m'en,
+Le plus souvent;
+Amour ne chauffe sur son gril
+Que les amants;
+Rentre ton crâne
+Grigou charmant;
+A quoi bon ouvrir la lucarne:
+Tout est gris.
+
+
+
+
+LE COQUEBIN
+
+
+Je tourne autour de ta maison
+Et fais trois fois le tour du pré;
+je tourne autour de ta maison,
+Belle Suzon,
+Mais n'ose entrer.
+
+Je tourne autour de votre coeur,
+Belle, mais je ne sais tourner la clé,
+Et le vieux mot fou sur ma lèvre meurt;
+Je tourne autour de votre coeur,
+Mais je n'ose parler.
+
+Je tourne autour de ton jupon
+Belle, belle, et je froisse le lacet brisé;
+Je tourne autour de ton jupon,
+Lison,
+Et n'ose oser.
+
+
+
+
+CHANSON DE LA TULIPE
+
+
+As-tu vu l'éclipse
+La Tulipe?
+Je t'invite
+A lever le nez plus vite.
+
+As-tu vu la queue du diable
+La Ramée?
+Non?
+Alors à quoi bon
+Vous mettre toute une armée
+Pour la tirer comme un câble?
+
+Mais qui donc, pauvre homme
+Ou savant astronome,
+Mais qui donc en somme
+A lui-même vu ses cornes?
+Personne.
+
+
+
+
+RONDE DES RADIS GRIS
+
+
+Des oignons, des radis, du céleri,
+Bonjour Madame;
+Des oignons, des radis, du céleri,
+Des radis roses, des radis gris
+Et des chardons pour votre âne;
+Bonjour Madame: où est votre mari?
+
+Et le merle que dit-il
+Dans sa cage de vieux fil
+De fer,
+Et la tourterelle blanche
+Dans le bois de la pervenche,
+Et le loriot jaune en l'air,
+Et le moineau sur la branche?
+Bonjour Madame, nous reviendrons dimanche.
+
+Bonjour Madame, où est votre mari?
+Il est dans son jardin qui cueille des radis,
+L'oseille verdoyante, aussi la chicorée,
+
+Et les oignons qui font pleurer
+Et puis les courges dont on rit;
+Mais le merle, qu'a-t-il dit?
+Bonjour Madame, nous reviendrons jeudi.
+
+
+
+
+LA STRASBOURGEOISE
+
+
+Cher bourgeois
+Strasbourgeois
+Où allez-vous donc ainsi?
+Boire un peu
+De vin bleu,
+D'usquebac ou de cassis?
+
+Chère épouse
+Trop jalouse
+Où allez-vous donc ainsi?
+La servante
+Rit d'avance:
+Votre mari n'est pas ici.
+
+Et vous rose écolier
+Tout de noir habillé
+Où allez-vous donc ainsi?
+Madame hélas! vient de sortir:
+Amour ne conduit guère qu'à soupirs
+Et souci.
+
+
+
+
+LA POULE JAUNE
+
+
+Brûle feu, cuis fricot:
+La poule jaune est dans le pot
+D'émail bleu;
+Brûle feu,
+Mon amoureux viendra bientôt.
+
+Peigne, brosse, houppe,
+Dépêchez-vous de me parer:
+Ma mère coupe
+Un peu de bois mort dans la haie du pré;
+Mon amoureux doit se presser sur la route.
+
+L'horloge a sonné, mon coeur bat plus vite ...
+Feu, ne brûle pas si fort
+Et vous ma mère n'apportez plus de bois mort:
+La poule est trop cuite
+Et mon amoureux ne vient pas encore.
+
+
+
+
+LES NIAIS
+
+
+Que le vent dans le bois s'amuse
+A souffler comme un joueur de cornemuse,
+Ou qu'il siffle
+Comme un sylphe,
+Le merle s'en fiche.
+
+Qu'un nigaud à la lune confie
+Son frais amour d'une voix rauque,
+Ou qu'il s'enrhume dans la rue
+A faire le pied de grue,
+La fille s'en moque.
+
+Que le mari berné à la fin crie
+Contre la faible épouse tout à son aise,
+Qu'il appelle aux gendarmes à grand bruit,
+Ou qu'il se taise,
+Tout le monde en rit.
+
+
+
+
+CHANSON DU BOUT DE L'AN
+
+
+Quand reviendra le bout de l'an,
+Combien comptera-t-on de poils gris,
+Combien comptera-t-on de fils blancs
+De plus, triste mari?
+
+Combien y aura-t-il de rides
+Creusées l'une après l'une,
+De cornes nouvelles, de bouteilles vides
+Et de rêves enfuis avec les vieilles lunes?
+
+Ah! rions-en: chanson vaut mieux que patenôtre;
+Un galant remplacera bien un galant
+Et toujours une folie chassera l'autre,
+D'un bout à l'autre bout de l'an.
+
+
+
+
+QUAND IL PLEUT A BLOIS
+
+
+La terre tourne comme elle peut;
+Du soir tout gris au matin bleu
+Plus d'une fille oublie
+Son propre aveu;
+Qu'en dites-vous, Monsieur de la Mélancolie?
+
+Quant il pleut à Blois
+Il fait sec à Dreux;
+La femme mûre embrasse un jeune gueux,
+Et le mari boit
+Sa coupe jusqu'à la lie;
+Qu'en dites-vous, Monsieur de la Mélancolie?
+
+En ce monde, mon Dieu,
+Rit-on trop ou trop peu?
+La cuisse la plus jolie
+Un jour est sèche comme pieu;
+La terre tourne comme elle peut;
+Qu'en dites-vous, Monsieur de la Mélancolie?
+
+
+
+
+CHRONIQUES DU CHAPERON
+ET DE LA BRAGUETTE
+
+
+
+
+LES BELLES DAMES DE PARIS
+
+
+Les belles dames de Paris
+Ont de belles robes
+Avec de grands cols à broderies
+Sous les manteaux fourrés de haut prix.
+
+Les belles dames de Paris
+Du Pont-Neuf à la Concorde
+Ont de beaux visages poudrés de riz
+Et de mignonnes mains gantées de gris.
+
+Mais elles ont mieux
+Pour les galants audacieux,
+Elles ont mieux encore
+Que beaux habits et beaux yeux;
+
+Elles ont mieux que fraîches mines
+Malicieuses de souris:
+Elles ont de gracieux corps
+Sous les chemises fines;
+
+Elles ont cuisses et jambes jolies
+Et veloutées comme fleur ou fruit
+Dans leur lit,
+Les belles dames de Paris.
+
+
+
+
+LE CHAPERON
+
+
+Chaperon est petit chapeau rond
+Fleuri de roses,
+Avec une plume d'oiselle,
+Et qu'une main délicate pose
+Au haut d'un front
+De très mignonne damoiselle.
+
+Chaperon est encor maigre sorcière
+A nez crochu, doigts effilés
+Et manteau fourré de renard,
+Qui tient les pucelages sous clé
+Et garde la vertu dans une souricière
+A l'abri des chats blancs ou noirs.
+
+Chaperon est petit chapeau rose ou bleu
+De satin ou de fin velours ouvré;
+Est aussi vieille gardeuse de pucelles:
+Entendez-le,
+Mes beaux messieurs et vous mes belles jouvencelles,
+Entendez-le comme vous voudrez.
+
+
+
+
+FRÈRE JACQUES
+
+
+Frère Jacques, dormez-vous
+Avec votre bonnet de coton sur l'oreille?
+N'entendez-vous pas le carillon sans pareil
+De toutes les cloches dans les tourelles?
+Etes-vous devenu sourd ou fou?
+
+Et la Marion que fait-elle
+Pour que sa fenêtre soit encor fermée?
+Monsieur le vicaire est à l'autel:
+N'a-t-elle pas mis son fichu de dentelle
+Et pris son rameau de mai?
+
+Ah! Ah! voulez-vous qu'on dise:
+Frère Jacques couche avec la Marion
+Qui a la cuisse ronde et le pied mignon
+Plutôt que d'aller à l'église
+Faire tinter le carillon?
+
+Au revoir, au revoir, frère Jacques:
+Dormez ou faites le sourd,
+Tout le monde connaît les tours
+Que la Marion a dans son sac
+Pour retenir au lit les vieux braguards d'amour.
+
+
+
+
+L'OREILLER
+
+
+Cuisse de femme est douce chose
+Plus douce au toucher que velours soyeux
+Et plus rose aux yeux
+Que pétales de roses:
+Cuisse de femme est douce chose.
+
+Ni oreiller de duvet d'oie
+Ni lit de laine molle garni,
+Ni vieux fauteuil couvert de soie,
+Ni chaise à porteurs d'autrefois,
+Ni coussins de satin mauve,
+Ni le trône du prince de Bohême,
+Ni même,
+Je crois,
+Le carrosse de Louis Quatorze,
+Ne valent si précieux nid:
+Cuisse de femme est douce chose
+Et tour à tour délice de pauvre
+Ou joie de roi.
+
+
+
+
+LE SEIGNEUR DE HOCHEQUEUE
+
+
+Parce que la besogne d'amour qui grise
+De si douce sorte les jouvenceaux
+Effrontés ou sots,
+Devient dure aux sires à barbe grise,
+
+Et que sa bonne dame s'amuse à la besogne
+Autant que nonnain rusée
+De France ou de Gascogne
+Pour plaire au diable peut s'amuser,
+
+Entre son feu, des huîtres, une géline,
+Deux fioles et un pâté de Tours,
+Le vieux seigneur de Hochequeue dodeline
+Sa tête blanche sous son bonnet de velours.
+
+Et pendant que sa dame confesse ses péchés
+Au petit chapelain mignon dans l'oratoire,
+Et que l'échanson et la servante vont chercher
+Quelque fine bouteille à boire,
+
+Il appelle son lévrier par la porte ouverte
+Et cueille d'un geste négligent
+La dernière huître verte
+Qui baille à mourir dans un plat d'argent.
+
+
+
+
+LE LIT CHAUFFÉ
+
+
+Commère il faut chauffer le lit,
+Minuit sonne,
+Minuit sonne au carillon;
+Il ne reste plus personne,
+Ni laideron, ni jolie,
+Pour danser aux violons.
+
+Au dehors le froid gèle le nez
+Des amoureux qu'on oublie
+Et qui font le pied de grue,
+Tandis que les cocus mal encapuchonnés
+Veillent dans la rue;
+Commère, il faut chauffer le lit.
+
+Ote ton corset que tes tétons brisent
+Et tes jarretières agrafées
+Qui laissent sur tes cuisses leur marque rougie
+Et moi je viendrai haut trousser ta chemise,
+Quand tu auras soufflé la bougie
+Et quand le lit sera chauffé.
+
+
+
+
+LES MUSICIENS GALANTS
+
+
+Accorde ta fausse mandoline
+Joli clerc en herbe: ré, sol, mi, la:
+La mignonne en rira sous sa capeline,
+La mignonne qui passera par là.
+
+Les barbons moroses s'encapuchonnent
+En leurs manteaux fourrés d'hermine
+Et les amoureux transis de Bourgogne
+Sous la bise font triste mine.
+
+Le froid pince aux cordes des guitares
+Les doigts des musiciens sous le balcon,
+Des musiciens venus trop tard,
+Et cramoisit leurs nez rubiconds.
+
+Remportez vos bouquets, messeigneurs;
+Colombine a ce soir soufflé sa chandelle:
+Peut-être aurez-vous demain sort meilleur
+Si son jaloux d'Arlequin n'est pas près d'elle.
+
+Et pendant que ce vieux fou de duc traîne
+Encor sa rapière d'un air méprisant,
+En son lit la vive et friande châtelaine
+Dépucèle son petit page de quinze ans.
+
+
+
+
+LE POSTILLON DE LONGJUMEAU
+
+
+Bon postillon de Longjumeau
+En habit rouge, en gilet bleu,
+En culotte blanche de peau,
+Bon postillon de Longjumeau
+Arrête un peu.
+
+Bon postillon de Longjumeau
+Avec ce tronc de cône que tu inclines
+Sur ton oreille en guise de chapeau,
+Bon postillon de Longjumeau
+Arrête ta berline.
+
+Je veux monter dans ta guimbarde
+Et tu pourras fouetter ta haridelle,
+Car il me tarde
+D'être auprès de la belle
+Dont je suis l'amant fidèle.
+
+La route est fleurie et jolie à suivre;
+Fais carillonner tout le long l'argentine
+Sonnerie des grelots de cuivre,
+Et fais envoler la poussière fine
+Sous les roues de ta berline.
+
+A la croisée de son château m'attend celle
+Aux yeux d'or vert troublés d'émoi,
+Aux lèvres chères de jouvencelle;
+Bon postillon de Longjumeau, grimpe en selle
+Et vite, vite, emmène-moi.
+
+Galope et tu auras vingt beaux sols français,
+Bon postillon de Longjumeau, vingt ou trente,
+Et de plus quand ma mie ôtera son corset,
+Tu pourras toi aussi caresser la servante,
+D'une main leste, jusqu'où tu sais.
+
+
+
+
+LE MÉNÉTRIER
+
+
+Quand le ménétrier des morts est passé
+Avec un mignon cercueil pour boîte à violon,
+Le crâne sans toque et les pieds déchaussés,
+Lansquenets bravaches ou félons,
+Pages d'amour charmants ou vieux cocus rossés
+Ont fait la courbette jusqu'à ses talons.
+
+Quand le ménétrier des morts est passé
+Avec un tibia pour archet,
+Abbés papelards, mitrés et crossés,
+Pourvus de pécheresses et d'évêchés,
+Ont lampé leur dernier pichet
+Et sont vite allés se confesser.
+
+Et toi aussi, chère petite adorée,
+Tu as mis ta collerette de neige
+Et ta couronne de fiancée
+Pour suivre l'étrange cortège
+De danseurs et d'amoureuses au bout du pré.
+Quand le ménétrier des morts est passé.
+
+
+
+
+NOCTURNE
+
+
+Amour donne esprit aux filles;
+La fenêtre s'ouvre quand la duègne dort,
+Et dans l'ombre au dehors
+Les galants sans bruit
+Se faufilent
+Contre les murs gris.
+
+Échelles de corde
+Et douces escalades d'amour,
+C'est l'heure propice;
+Le veilleur qui siffle en faisant son tour
+Pisse
+Sans y voir goutte;
+Échelles de corde,
+Adroits rendez-vous
+Et balivernes qu'on écoute,
+C'est l'heure complice;
+Au gracieux drille un baiser s'accorde,
+Au gracieux drille on accorde tout.
+
+Mais sur le vieux fou
+Qui donne en vain des sérénades,
+La servante vide le pot de nuit,
+Et tandis que l'amoureux éconduit s'enfuit
+Et que la fille rit aux larmes,
+On entend au loin s'avancer la garde
+Au pas de parade
+Et chaque croisée vite est refermée;
+A la barbe des gendarmes
+C'est l'heure d'aimer.
+
+
+
+
+L'ESPAGNOL DE HOLLANDE
+
+
+A la table de bois d'une tonnelle d'auberge
+Un Espagnol de Hollande s'est assis,
+A posé sur le banc dague et flamberge,
+Colichemarde, rapière
+Et chapeau à plumes au rebord roussi
+Et dressé vers le ciel son nez rouge et pointu
+Comme un pignon de brique.
+
+--Holà! maraud, pendard, bourrique,
+Coquin d'hôtelier, que fais-tu?
+Apporte-moi vite une pinte de bière
+Ou je vais caresser tes reins de vingt coups de trique.
+Hé! Hé! Marion venons ici;
+Vous devez être, pardieu, une drue commère
+A califourchon comme vous savez.
+Peuh! cette bière est amère:
+Ta bouche l'est-elle aussi?
+Ah! ne fais pas l'effarouchée;
+Tu seras moins prude chemise levée
+Et j'aurai, foi de Rodrigue Sanchez
+Un plaisir extrême
+A vaincre tes petites roueries
+Et faire cocu ce soir même
+Ton bélître de mari.--
+
+Mais comme l'aubergiste s'est montré
+Sur la porte en sabots de paille
+Avec un bâton dans sa main serrée,
+Notre Espagnol a fait celui qui raille
+Et lâché la Marion aux cuisses malmenées
+En renfonçant sa tête dans son collet fourré
+Et cachant dans sa chope de grès
+L'aune de saucisse de son nez.
+
+
+
+
+DOM RUYS
+
+
+--Foin du collet monté!
+--Foin du malappris!
+--De l'âne bâté!
+--Du malandrin!--De l'estropié!
+--Du Juif!--Du Turc!--Du Grec!
+--Que Satan le rôtisse sur son gril!
+--Que les chiens le tirent par les grègues!
+--Et la mort par les pieds!--
+
+Mais sans s'émouvoir de cette horde
+De mendiants, de guenilleux, de roués,
+De gratteurs de guitare et de traîneurs de corde,
+A la grêle d'injures qui pleuvait,
+Dom Ruys répondit par un coup fort bien trouvé
+Du plus neuf de ses trois chapeaux troués.
+
+De sorte qu'ayant tourné le coin de rue,
+Il put envoyer un sourire léger
+A cette infatigable grue
+De vieille duègne à douillettes lippes,
+Qui lui coulait une oeillade enragée
+De sa fenêtre où fleurissait une tulipe.
+
+
+
+
+BILLET
+
+
+Envoie des violettes de Parme
+Et des sucreries de Venise,
+Vieil âne fou d'amour,
+Accroche des rubans de satin à ta lame
+Et retrousse ta moustache grise;
+Fais jouer des sérénades de guitares
+Et mets un manteau de velours;
+Tu viens un peu tard,
+Pauvre cocu de duc d'Ebboli,
+Et tu pourras je crois, dénicher un merle blanc
+Avant de prendre l'oiseau joli,
+L'oiseau mystérieux et tremblant
+Que ma Sylvia rieuse cache en son lit.
+
+
+
+
+LE COCU
+
+
+Au rythme berceur des guitares lentes
+Et des castagnettes qui claquent vite,
+Avec son chapelet et ses reliques,
+Tourne la jolie fille de Séville
+Qui fait de l'oeil au bachelier de Salamanque.
+
+Et l'aubergiste qui joue aux dés avec lui
+Rit tout bas de le voir naïvement féru
+De la donzelle dont l'oeil noir reluit,
+Et triche comme un escroc
+En guignant sa bourse gonflée d'écus.
+
+Cependant que don Pedro
+Qui porte un bouquet de roses à sa rapière
+Vient mystérieusement du bout de la rue
+Pour caresser derrière une porte l'hôtelière
+Et faire ce baudet d'hôtelier cocu.
+
+
+
+
+LA QUERELLE
+
+
+--Coquine!--Gueuse!--Pimbêche!
+--Voleuse!--Bas percé!
+--Garce!--Rouleuse de fossés!
+--Eh! va donc figue sèche!
+--Va donc, pauvre cul défoncé!--
+
+Très doucement le soir tombait
+Et noyait d'ombre la rue
+Où se croisaient injures et quolibets:
+--Tu finiras par le gibet.
+--Et toi par la vérole, vieille grue!--
+
+Et c'est ainsi que jasaient deux filles du Christ,
+Ce soir là, par la bonne ville de Grenade,
+Et dans l'air parfumé d'orangers fleuris
+Ne se mêlait par instant à leurs cris
+Qu'un bruit lointain de sérénades ...
+
+
+
+
+LES DEUX GONDOLES
+
+
+Quel gondolier de Venise,
+Quel gondolier du diable ou de Dieu
+Veut quatre ducats d'or
+Pour conduire en bon lieu
+Ce vieux duc de Salviati que le vin grise
+Comme un enfant et qui s'endort?
+
+Holà! Luc et Gennaro, venez ici.
+Écoute, toi, Luc,
+J'ai deux mots à te dire à l'oreille.
+Prends en ta barque monseigneur le duc
+Et chavire un peu, par chance sans pareille
+Sans que personne en ait souci.
+
+Et toi, Gennaro, conduis-moi sans bruit.
+Par le pape, la Salviati, mon cher,
+Cette fine mouche,
+A la plus exquise chair
+D'Italie et si séduisante bouche,
+Que je jure de la baiser cette nuit!
+
+
+
+
+LE MAQUEREAU
+
+
+Avec un sourire de ma maîtresse
+Aux vieux ducs enjôlés de Tolède,
+J'ai des ducats d'or, moi le Redouté,
+Pour porter cape neuve et dague raide
+Avec adresse
+A mon côté.
+
+Pour une nuit de ma maîtresse
+Avec un vieux fou dont la barbe est grise
+J'arrondis ma bourse de gentilhomme
+Et je me grise
+Comme
+Un évêque avec les filles que je caresse.
+
+Pour un coup de trique à ma maîtresse
+J'ai les beaux écus qu'elle subtilise,
+J'ai manteau de soie et bottes à revers,
+Et tous ces imbéciles d'alguazils
+Quand je viens à passer restent découverts
+Devant don Alfonso Gonzalez de Xérès.
+
+
+
+
+L'HEURE DU FAUNE
+
+
+Amour, amour souriant ou mélancolique,
+Amour menteur va-t-en
+Conter plus loin tes sornettes coutumières:
+Déjà, vois-tu, les coquebins enhardis causent
+De la pluie et du beau temps;
+Riquet à la Houppe a la colique
+Et ce bon Figaro vide le bidet rose
+D'une grasse commère.
+
+Bergère ou marquise, c'est l'heure du faune;
+Souriante et perverse et le coeur très tendre,
+Madame à dessein lève un peu trop haut
+Sa jupe, et ce cher grand nigaud
+De Clitandre
+Met enfin les mains partout;
+Géronte crève d'une quinte de toux
+Et le mari que personne n'attendait
+Rit jaune:
+Figaro vide le bidet.
+
+
+
+
+L'ATTENTE INUTILE
+
+
+Jolie fille, qu'attendez-vous?
+Voici votre tour
+D'aimer maintenant:
+Point ne manque de galants
+Gracieux et fous,
+Fort savants vraiment en choses d'amour.
+
+Ou préférez-vous bourse de velours
+Et garnie d'écus neufs à poignée?
+Vieux paillards sont là, vieux braguards charmés,
+Tout prêts à gentiment vous besogner:
+Voici votre tour
+D'aimer.
+
+Ah! jolie fille qu'attendez-vous ainsi?
+Profitez de l'heure;
+Beaux yeux un jour seront pleins de chassie,
+Dents branlantes et piquetées de trous;
+Vous serez vieille alors et toute en pleurs:
+Jolie fille, qu'attendez-vous?
+
+
+
+
+LE PRINTEMPS
+
+
+Printemps tout en tendres couleurs,
+Printemps tout vêtu de vert,
+De rose et de bleu,
+Le coeur du notaire s'émeut un peu
+D'une amoureuse folie,
+Lorsque tu viens, Printemps vert si joli,
+Le coeur du notaire s'émeut un peu
+Et celui de la belle mercière.
+
+Madame Juliette qui s'éveille
+Regarde ses lilas à la croisée,
+Regarde Monsieur son époux qui dort
+Le bonnet de coton sur l'oreille,
+Regarde sa cuisse exquise encor,
+Plus friande que cuisse de jouvencelle,
+Et rêve des maladroits baisers
+D'un coquebin naïf qu'on dépucèle.
+
+Le curé trousse sa servante
+Et le bedeau quelque commère,
+Et toi comme un ange charmant du Bon Dieu,
+Tu viens vers nous, Printemps, tout vêtu de vert
+De rose et de bleu.
+
+
+
+
+L'ANNEAU D'HANS CARVEL
+
+
+Qui veut cueillir la rose au bois
+(Ruche gaufrée en point de valencienne)
+Et l'anneau d'Hans Carvel à petit doigt?
+
+Comme aux fabliaux d'amour d'autrefois
+Du gentil Boccace à Pise ou Sienne,
+Qui veut venir cueillir la rose au bois?
+
+On s'acoquine aux chers mignons minois
+Sous la jalousie ou sous la persienne,
+Et l'anneau d'Hans Carvel à petit doigt.
+
+Joufflu Jean d'Anjou souffle en son hautbois
+Et joue une villanelle ancienne:
+Qui veut venir cueillir la rose au bois?
+
+Mais quel escholier juché sous un toit
+Qui n'ait eu folle bouche sur la sienne
+Et l'anneau d'Hans Carvel à petit doigt?
+
+Et quelle aïeule à son rouet des rois
+Qui, filant son fuseau, ne se souvienne
+D'avoir aussi, cueillant la rose au bois,
+
+Mis l'anneau d'Hans Carvel à petit doigt?
+
+
+
+
+L'AMOUREUX
+
+
+Quand Manon écosse ses pois
+Pour les mettre au bouillon de la marmite
+Je m'approche à pas sournois
+La couvant de l'oeil comme un ermite
+Pour lui pincer la taille de mes doigts,
+Quand Marion écosse ses pois.
+
+Le feu flambe clair sous la soupe,
+Le feu de copeaux secs et de vieux bois,
+Mais j'ai tremblé tant au vent d'hiver sur la route
+Que je tremble encore, je crois;
+C'est si drôle l'amour, j'embrasse ma douce:
+--Marion n'as-tu pas fini d'écosser tes pois?
+
+La cuiller à pot a chu sur ma tête:
+--Vilain, t'as le nez tout gelé de froid
+Et la barbe trop raide!
+J'ai caché ma tête sous mon bras:
+--Marion, ma bonne Marion, arrête!
+Marion continue d'écosser tes pois.--
+
+
+
+
+LA MARGOT
+
+
+Garse mignonne et pied de fée,
+C'est la chère Margoton de n'importe où,
+Dont tous les sots ont la cervelle coiffée,
+De Saintonge jusqu'en Poitou.
+
+Mais pied de fée est peu de chose
+Et votre moindre souci:
+Or la jambe est potelée et rose
+Et le reste aussi.
+
+Tous les coquebins s'en vont le soir songeant
+A sa douce chair exquise,
+Mais la bouche coûte un angelot d'argent
+Et le reste un château de marquise.
+
+Au corps d'un évêque elle vous glisse un diable
+A lui donner à jamais la berlue
+Et prend les moinillons à ses oeillades,
+Comme des moineaux à la glu.
+
+Je fus son amant aussi, messire:
+Si j'ai barbe trop dure et trop grise,
+Manteau de loques et doublure pire,
+J'eus pourpoint de velours de Venise.
+
+Nous avons rêvé tous les deux à la lune;
+J'étais son cavalier servant jadis:
+Elle a laissé l'oiseau sans une plume
+Et ma bourse sans un radis.
+
+Et maintenant riant de ma triste mine,
+Elle enjôle le bonhomme de Limours
+Dont l'habit de soie est fourré d'hermine
+Et le coeur fourré d'amour.
+
+
+
+
+LA MEUNIERE DU MOULIN A VENT
+
+
+Trois petits pucerons savants
+Comme des acrobates tout de noir habillés
+Ont piqué la meunière du moulin à vent
+Et l'ont réveillée.
+
+C'étaient trois petits fous de pucerons
+Qui fourrent le nez partout,
+Qui sautent de la hanche au genou rond,
+Et l'ont mordue le diable sait où.
+
+Dame Flore frotte ses yeux gonflés
+Et rouges comme des cerises
+De ses jolis doigts potelés
+Et se glisse hors du lit en chemise.
+
+Passe son jupon vert.
+S'assied dans le fauteuil branlant
+Et laisse un brin nu de jambe à découvert
+Pour mettre ses bas de fil blanc.
+
+Guère d'ailleurs ne se dépêche
+Mais regarde au carreau de papier collé
+Une araignée aller à la pêche
+Et prendre une mouche dans son filet.
+
+Puis ouvre sa fenêtre
+A l'aubade des mille pierrots
+Dont le gosier est plein de chansonnettes
+Et de bigarreaux.
+
+Met sa robe jaune à fleurs, achève
+Sa toilette villageoise du matin
+Et va traire sa chèvre
+Dans son broc d'étain.
+
+Appelle son chat moustaché
+De quatre poils comme un gendarme du roi:
+Les souris courent grignoter les fruits au plancher
+Et se sauvent en désarroi.
+
+Juin d'ailleurs fait mûrir d'autres poires
+Au jardin enclos de haies sur le talus,
+A l'ombre des ailes de vieil oiseau noir
+Du moulin vermoulu qui ne tourne plus.
+
+A la croisée dame Flore se montre
+Et cueille une jeune rose d'été
+Au rosier qui monte
+Entre les planches disjointes de l'étai.
+
+Dame Flore a maintenant sa cornette large
+De beau linge amidonné,
+Un bourgeon de rose au corsage,
+Un autre sur le nez.
+
+Elle bâte de beau cuir neuf et lustré
+Son baudet qui se blesse le dos,
+Qui chante la messe comme un curé
+Et tend ses oreilles comme un bedeau.
+
+Lui accroche deux paniers gris par l'anse:
+Met dans l'un des figues, des olives
+Et des prunes de Provence
+Et dans l'autre une oie de treize livres.
+
+Et juchée dignement sur son âne
+Comme une reine sur une mule au mors d'argent,
+Elle va vendre sa volaille et sa manne
+De fruits au marché de la Saint-Jean.
+
+Et tout le long du sentier elle rêve,
+Pendant que l'âne fait sauver les sauterelles,
+Les grenouilles et les lièvres,
+Au meunier de l'étang qui vient vers elle,
+
+Et qui, sous sa figure et ses habits de farine,
+Jalouse peut-être les trois pucerons savants
+Qui sautent comme des clowns et tambourinent
+Le réveil de la meunière du moulin à vent.
+
+
+
+
+LE CHASSEUR
+
+
+Mets une queue de lièvre
+A ton chapeau, chasseur de la forêt et du lac,
+Mets ta pipe de merisier à ta lèvre
+Et ta poudre en ton sac.
+
+Les lapins qui dansent la ronde au clair de lune
+Sont assis sur leur derrière en t'attendant;
+Baise ta Margot, baise ta brune,
+Vite, et va-t-en.
+
+Va-t-en dans le sentier des hêtres
+Et des bouleaux blancs,
+Pendant que ta femme ouvre sa fenêtre
+Au damoiseau galant.
+
+Qui retrousse sa moustache de ses doigts
+En fredonnant un air d'amour,
+Et qui porte une plume d'oiseau des bois
+A son chapeau mou.
+
+
+
+
+LES TROIS GARS DU VILLAGE
+
+
+Les trois gars du village
+Ont des bas trop courts,
+Ont des blouses trop larges,
+Et vont faire aux fillettes leur cour.
+
+Ont trois petits chaperons
+De drap, de laine et de velours,
+Ont des boucles de cheveux blonds au front,
+Ont à la bouche des chansons d'amour.
+
+Les trois gars du village
+Entre les cornes de leur col blanc de chemise
+Ont les joues rasées comme des pages,
+Ont le nez rouge comme des cerises.
+
+Les trois gars naïfs des campagnes
+Ont des sabots trop lourds,
+Ont des chaussons de paille
+Et vont faire aux fillettes leur cour.
+
+Elles ont, elles, de gros bâtons
+Pour garder tour à tour,
+Leurs dindes, leurs canards ou leurs moutons,
+Mais ne gardent guère leur amour.
+
+Ont aussi trois petits bonnets ronds
+De toile, de dentelle et de lin,
+Qu'elles jetteront
+Ce soir, par dessus les moulins,
+
+Ou plutôt qu'elles mêleront
+En gentilles garcettes d'amour,
+Aux trois petits chaperons
+De drap, de laine et de velours.
+
+
+
+
+LE VIEIL HOMME
+
+
+Il pleut. L'escargot gris
+Montre ses cornes dans le bois
+Et le vieux mari
+Rentre les siennes;
+La girouette rit
+Tout en haut du toit
+Et le vent du Nord
+Pouffe dans la persienne;
+Le hareng saur se tord
+Sur le gril.
+
+La femme baisse sa chemise lestement
+Et l'amant surpris
+Par la croisée file sans bruit:
+--Bonjour, bonjour, mon mari chéri,
+A t'attendre j'avais tant de tourment;
+Bonjour, bonjour, mon mari.....
+
+--Vieil homme, vieil homme, pourquoi soupirer,
+Vieil homme pourquoi te rider de souci?
+Il pleure dans ton coeur comme il pleut sur les prés;
+Jeunesse est aussi douce que vieillesse acide;
+Pour noyer ton chagrin, voici le pot de cidre:
+La vie est ainsi.
+
+
+
+
+TABLE
+
+HUMORESQUES
+
+
+
+A l'auberge
+Le trio
+Le dragon
+L'aubépine
+Comme il vous plaira
+La pie au nid
+Au Luxembourg
+La gavotte
+Le loup-garou
+Nocturne provincial
+Pendant la pluie
+Le menuet
+La belle d'Argenteuil
+Le merle
+Jean Gossart
+La plume d'autruche
+Bonnard
+La bretelle cassée
+Matines
+Mademoiselle Rose
+Le garçon meunier
+Sous la cendre
+La chamade
+Le chef d'orchestre
+Vuillard
+Les audacieux
+L'eau claire
+Sous le balcon
+Le trèfle blanc
+Brouwer
+Le retour
+Le pommier tordu
+La pinte vide
+
+CHRONIQUES DU TEMPS DE PHILIPPE VIII
+
+A la terrasse
+Le nain
+Devant l'obélisque
+Les trois écus
+La fleur sèche
+Jeux d'eau
+Sur l'avenue Montsouris
+Francis Jammes
+Du bout de la rue du Bac
+Rêverie d'automne
+Fréjol
+Mademoiselle de Montpensier
+Le défilé
+Monsieur Angot
+Le poulet au bout de la ficelle
+Goossens
+Sur le quai
+Monsieur de La Gandara
+L'oiseau de bois
+Envoi
+
+CHANSONS DE BONNE HUMEUR
+
+Bonjour Monsieur
+Le tendre railleur
+Chanson de Monsieur Benoist
+Chanson de la merluche
+Où le coq a-t-il la plume?
+Le bourgeois de Dreux
+Chanson du Roi de Prusse
+Au joli jeu des fourberies
+Bonjour Olivier
+Qu'as-tu de jaune à ton chapeau?
+A Strasbourg en France
+Qui est gris?
+Le coquebin
+Chanson de La Tulipe
+Ronde des radis gris
+La Strasbourgeoise
+La poule jaune
+Les niais
+Chanson du bout de l'an
+Quand il pleut à Blois
+
+CHRONIQUES DU CHAPERON ET DE LA BRAGUETTE
+
+Les belles dames de Paris
+Le chaperon
+Frère Jacques
+L'oreiller
+Le seigneur de Hochequeue
+Le lit chauffé
+Les musiciens galants
+Le postillon de Longjumeau
+Le ménétrier
+Nocturne
+L'Espagnol de Hollande
+Dom Ruys
+Billet
+Le cocu
+La querelle
+Les deux gondoles
+Le maquereau
+L'heure du faune
+L'attente inutile
+Le printemps
+L'anneau d'Hans Carvel
+L'amoureux
+La Margot
+La meunière du moulin à vent
+Le chasseur
+Les trois gars du village
+Le vieil homme
+
+
+
+ACHEVÉ D'IMPRIMER LE
+17 OCTOBRE 1921
+PAR FRÉDÉRIC PAILLART
+A ABBEVILLE (SOMME).
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of Humoresques, by Tristan Klingsor
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK HUMORESQUES ***
+
+***** This file should be named 20705-8.txt or 20705-8.zip *****
+This and all associated files of various formats will be found in:
+ http://www.gutenberg.org/2/0/7/0/20705/
+
+Produced by Ginirover and the Online Distributed
+Proofreading Team at http://www.pgdp.net
+
+
+Updated editions will replace the previous one--the old editions
+will be renamed.
+
+Creating the works from public domain print editions means that no
+one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
+(and you!) can copy and distribute it in the United States without
+permission and without paying copyright royalties. Special rules,
+set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to
+copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to
+protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark. Project
+Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
+charge for the eBooks, unless you receive specific permission. If you
+do not charge anything for copies of this eBook, complying with the
+rules is very easy. You may use this eBook for nearly any purpose
+such as creation of derivative works, reports, performances and
+research. They may be modified and printed and given away--you may do
+practically ANYTHING with public domain eBooks. Redistribution is
+subject to the trademark license, especially commercial
+redistribution.
+
+
+
+*** START: FULL LICENSE ***
+
+THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
+PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK
+
+To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free
+distribution of electronic works, by using or distributing this work
+(or any other work associated in any way with the phrase "Project
+Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project
+Gutenberg-tm License (available with this file or online at
+http://gutenberg.org/license).
+
+
+Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm
+electronic works
+
+1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
+electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
+and accept all the terms of this license and intellectual property
+(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all
+the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy
+all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession.
+If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project
+Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the
+terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or
+entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8.
+
+1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be
+used on or associated in any way with an electronic work by people who
+agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few
+things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
+even without complying with the full terms of this agreement. See
+paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
+Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
+and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
+works. See paragraph 1.E below.
+
+1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
+or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
+Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the
+collection are in the public domain in the United States. If an
+individual work is in the public domain in the United States and you are
+located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
+copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
+works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
+are removed. Of course, we hope that you will support the Project
+Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by
+freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of
+this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with
+the work. You can easily comply with the terms of this agreement by
+keeping this work in the same format with its attached full Project
+Gutenberg-tm License when you share it without charge with others.
+
+1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern
+what you can do with this work. Copyright laws in most countries are in
+a constant state of change. If you are outside the United States, check
+the laws of your country in addition to the terms of this agreement
+before downloading, copying, displaying, performing, distributing or
+creating derivative works based on this work or any other Project
+Gutenberg-tm work. The Foundation makes no representations concerning
+the copyright status of any work in any country outside the United
+States.
+
+1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg:
+
+1.E.1. The following sentence, with active links to, or other immediate
+access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently
+whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the
+phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project
+Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed,
+copied or distributed:
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+1.E.2. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived
+from the public domain (does not contain a notice indicating that it is
+posted with permission of the copyright holder), the work can be copied
+and distributed to anyone in the United States without paying any fees
+or charges. If you are redistributing or providing access to a work
+with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the
+work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1
+through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
+Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or
+1.E.9.
+
+1.E.3. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
+with the permission of the copyright holder, your use and distribution
+must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional
+terms imposed by the copyright holder. Additional terms will be linked
+to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the
+permission of the copyright holder found at the beginning of this work.
+
+1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
+License terms from this work, or any files containing a part of this
+work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.
+
+1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
+electronic work, or any part of this electronic work, without
+prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
+active links or immediate access to the full terms of the Project
+Gutenberg-tm License.
+
+1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary,
+compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any
+word processing or hypertext form. However, if you provide access to or
+distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than
+"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version
+posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org),
+you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a
+copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon
+request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other
+form. Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm
+License as specified in paragraph 1.E.1.
+
+1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
+performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
+unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.
+
+1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing
+access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided
+that
+
+- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
+ the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
+ you already use to calculate your applicable taxes. The fee is
+ owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he
+ has agreed to donate royalties under this paragraph to the
+ Project Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments
+ must be paid within 60 days following each date on which you
+ prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
+ returns. Royalty payments should be clearly marked as such and
+ sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
+ address specified in Section 4, "Information about donations to
+ the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."
+
+- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
+ you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
+ does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
+ License. You must require such a user to return or
+ destroy all copies of the works possessed in a physical medium
+ and discontinue all use of and all access to other copies of
+ Project Gutenberg-tm works.
+
+- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
+ money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
+ electronic work is discovered and reported to you within 90 days
+ of receipt of the work.
+
+- You comply with all other terms of this agreement for free
+ distribution of Project Gutenberg-tm works.
+
+1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
+electronic work or group of works on different terms than are set
+forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
+both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
+Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark. Contact the
+Foundation as set forth in Section 3 below.
+
+1.F.
+
+1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
+effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
+public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
+collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
+works, and the medium on which they may be stored, may contain
+"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
+corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
+property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
+computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by
+your equipment.
+
+1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
+of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
+Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
+Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
+liability to you for damages, costs and expenses, including legal
+fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
+LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
+PROVIDED IN PARAGRAPH F3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
+TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
+LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
+INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
+DAMAGE.
+
+1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
+defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
+receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
+written explanation to the person you received the work from. If you
+received the work on a physical medium, you must return the medium with
+your written explanation. The person or entity that provided you with
+the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
+refund. If you received the work electronically, the person or entity
+providing it to you may choose to give you a second opportunity to
+receive the work electronically in lieu of a refund. If the second copy
+is also defective, you may demand a refund in writing without further
+opportunities to fix the problem.
+
+1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth
+in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
+WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
+WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
+
+1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied
+warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
+If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
+law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
+interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
+the applicable state law. The invalidity or unenforceability of any
+provision of this agreement shall not void the remaining provisions.
+
+1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
+trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
+providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
+with this agreement, and any volunteers associated with the production,
+promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
+harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
+that arise directly or indirectly from any of the following which you do
+or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
+work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
+Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.
+
+
+Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
+
+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
+electronic works in formats readable by the widest variety of computers
+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
+people in all walks of life.
+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
+
+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at http://pglaf.org
+
+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
+
+
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit http://pglaf.org
+
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including checks, online payments and credit card donations.
+To donate, please visit: http://pglaf.org/donate
+
+
+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
+
+
+Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
+
+ http://www.gutenberg.org
+
+This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
+subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.