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+ <title>The Project Gutenberg eBook of Les joyeuses Bourgeoises de Windsor, par William Shakespeare</title>
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+The Project Gutenberg EBook of Les joyeuses Bourgeoises de Windsor, by
+William Shakespeare
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+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
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+Title: Les joyeuses Bourgeoises de Windsor
+
+Author: William Shakespeare
+
+Translator: François Pierre Guillaume Guizot 1787-1874
+
+Release Date: March 1, 2007 [EBook #20720]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
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+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LES JOYEUSES BOURGEOISES DE WINDSOR ***
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+
+Produced by Paul Murray, Rénald Lévesque and the Online
+Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This
+file was produced from images generously made available
+by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at
+http://gallica.bnf.fr)
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+<pre>
+ Note du transcripteur.
+
+ ===========================================================
+ Ce document est tiré de:
+
+
+ OEUVRES COMPLÈTES DE
+ SHAKSPEARE
+
+ TRADUCTION DE
+ M. GUIZOT
+
+ NOUVELLE ÉDITION ENTIÈREMENT REVUE
+ AVEC UNE ÉTUDE SUR SHAKSPEARE
+ DES NOTICES SUR CHAQUE PIÈCE ET DES NOTES
+
+ Volume 6
+ Le marchand de Venise--<b>Les joyeuses Bourgeoises de
+ Windsor</b>--Le roi Jean--La vie et la mort du roi Richard II,
+ Henri IV (1re partie).
+
+ PARIS
+ A LA LIBRAIRIE ACADÉMIQUE
+ DIDIER ET Cie, LIBRAIRES-ÉDITEURS
+ 35, QUAI DES AUGUSTINS
+ 1863
+
+
+ ==========================================================
+</pre>
+<br>
+
+
+
+<h1>LES<br>
+JOYEUSES BOURGEOISES<br>
+DE WINDSOR</h1>
+
+<h4>COMÉDIE</h4>
+<br><br>
+
+
+<h3>NOTICE<br>
+SUR<br>
+LES JOYEUSES BOURGEOISES<br>
+DE WINDSOR</h3>
+
+<p>Selon une tradition généralement reçue, la comédie des <i>Joyeuses
+Bourgeoises de Windsor</i> fut composée par l'ordre d'Élisabeth, qui,
+charmée du personnage de Falstaff, voulut le revoir encore une
+fois. Shakspeare avait promis de faire mourir Falstaff dans Henri V<a id="footnotetag1" name="footnotetag1"></a><a href="#footnote1"><sup>1</sup></a>
+mais sans doute, après l'y avoir fait reparaître encore, embarrassé
+par la difficulté d'établir les nouveaux rapports de Falstaff avec Henri
+devenu roi, il se contenta d'annoncer au commencement de la pièce la
+maladie et la mort de Falstaff, sans la présenter de nouveau aux
+yeux du public. Élisabeth trouva que ce n'était pas là tenir parole,
+et exigea un nouvel acte de la vie du gros chevalier. Aussi paraît-il
+que <i>les Joyeuses Bourgeoises</i> ont été composées après Henri V,
+quoique dans l'ordre historique il faille nécessairement les placer
+avant. Quelques commentateurs ont même cru, contre l'opinion de
+Johnson, que cette pièce devait se placer entre les deux parties de
+Henri IV; mais il y a, ce semble, en faveur de l'opinion de Johnson
+qui la range entre Henri IV et Henri V, une raison déterminante,
+c'est que dans l'autre supposition l'unité, sinon de caractère, du
+moins d'impression et d'effet, serait entièrement rompue.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote1" name="footnote1"></a><b>Note 1: </b><a href="#footnotetag1">(retour) </a> <i>Voyez</i> l'épilogue de la deuxième partie d'Henri IV.</blockquote>
+
+<p>Les deux parties de Henri IV ont été faites d'un seul jet, ou du
+moins sans s'écarter d'un même cours d'idées; non-seulement
+le Falstaff de la seconde partie est bien le même homme que le
+Falstaff de la première, mais il est présenté sous le même aspect; si
+dans cette seconde partie, Falstaff n'est pas tout à fait aussi amusant
+parce qu'il a fait fortune, parce que son esprit n'est plus employé
+à le tirer sans cesse des embarras ridicules où le jettent ses
+prétentions si peu d'accord avec ses goûts et ses habitudes, c'est cependant
+avec le même genre de goûts et de prétentions qu'il est
+ramené sur la scène; c'est son crédit sur l'esprit de Henri qu'il fait
+valoir auprès du juge Shallow, comme il se targuait, au milieu de
+de ses affidés, de la liberté dont il usait avec le prince; et l'affront
+public qui lui sert de punition à la fin de la seconde partie de
+Henri IV n'est que la suite et le complément des affronts particuliers
+que Henri V, encore prince de Galles, s'est amusé à lui faire
+subir durant le cours des deux pièces. En un mot, l'action commencée
+entre Falstaff et le prince dans la première partie, est suivie
+sans interruption jusqu'à la fin de la seconde, et terminée alors
+comme elle devait nécessairement finir, comme il avait été annoncé
+qu'elle finirait.</p>
+
+<p><i>Les Joyeuses Bourgeoises de Windsor</i> offrent une action toute
+différente, présentent Falstaff dans une autre situation, sous un
+autre point de vue. C'est bien le même homme, il serait impossible
+de le méconnaître; mais encore vieilli, encore plus enfoncé dans ses
+goûts matériels, uniquement occupé de satisfaire aux besoins de sa
+gloutonnerie. Doll Tear-Sheet abusait encore au moins son imagination;
+avec elle il se croyait libertin; ici il n'y songe même plus; c'est
+à se procurer de l'argent qu'il veut faire servir l'insolence de sa
+galanterie; c'est sur les moyens d'obtenir cette argent que le trompe
+encore sa vanité. Élisabeth avait demandé à Shakspeare, dit-on, un
+Falstaff amoureux; mais Shakspeare, qui connaissait mieux qu'Élisabeth
+les personnages dont il avait conçu l'idée, sentit qu'un pareil
+genre de ridicule ne convenait pas à un pareil caractère, et qu'il
+fallait punir Falstaff par des endroits plus sensibles. La vanité même
+n'y suffirait pas; Falstaff sait prendre son parti de toutes les hontes; au
+point où il en est arrivé, il ne cherche même plus à les dissimuler. La
+vivacité avec laquelle il décrit à M. Brook ses souffrances dans le
+panier au linge sale n'est plus celle de Falstaff racontant ses
+exploits contre les voleurs de Gadshill, et se tirant ensuite si plaisamment
+d'affaire lorsqu'il est pris en mensonge. Le besoin de se vanter
+n'est plus un de ses premiers besoins; il lui faut de l'argent, avant tout
+de l'argent, et il ne sera convenablement châtié que par des inconvénients
+aussi réels que les avantages qu'il se promet. Ainsi le panier
+de linge sale, les coups de bâton de M. Ford, sont parfaitement
+adaptés au genre de prétentions qui attirent à Falstaff une correction
+pareille; mais bien qu'une telle aventure puisse, sans aucune difficulté,
+s'adapter au Falstaff des deux <i>Henri IV</i>, elle l'a pris dans une
+autre portion de sa vie et de son caractère; et si on l'introduisait
+entre les deux parties de l'action qui se continue dans les deux
+<i>Henri IV</i>, elle refroidirait l'imagination du spectateur, au point de
+détruire entièrement l'effet de la seconde.</p>
+
+<p>Bien que cette raison paraisse suffisante, on en pourrait
+trouver plusieurs autres pour justifier l'opinion de Johnson. Ce n'est
+cependant pas dans la chronologie qu'il faudrait les chercher. Ce
+serait une oeuvre impraticable que de prétendre accorder ensemble
+les diverses données chronologiques que, souvent dans la même pièce,
+il plaît à Shakspeare d'établir; et il est aussi impossible de trouver
+chronologiquement la place des <i>Joyeuses Bourgeoises de Windsor</i>
+entre <i>Henri IV</i> et <i>Henri V</i>, qu'entre les deux parties de <i>Henri IV</i>.
+Mais, dans cette dernière supposition, l'entrevue entre Shallow et
+Falstaff dans la seconde partie de <i>Henri IV</i>, le plaisir qu'éprouve
+Shallow à revoir Falstaff après une si longue séparation, la considération
+qu'il professe pour lui, et qui va jusqu'à lui prêter mille livres
+sterling, deviennent des invraisemblances choquantes: ce n'est pas
+après la comédie des <i>Joyeuses Bourgeoises de Windsor</i>, que Shallow
+peut être attrapé par Falstaff. Nym, qu'on retrouve dans <i>Henri V</i>,
+n'est point compté dans la seconde partie de <i>Henri IV</i>, au nombre
+des gens de Falstaff. Il serait assez difficile, dans les deux suppositions,
+de se rendre compte du personnage de Quickly, si l'on ne supposait
+que c'est une autre Quickly un nom que Shakspeare a trouvé bon
+de rendre commun à toutes les entremetteuses. Celle de <i>Henri IV</i>
+est mariée; son nom n'est donc point un nom de fille; la Quickly
+des <i>Joyeuses Bourgeoises</i> ne l'est pas.</p>
+
+<p>Au reste, il serait superflu de chercher à établir d'une manière
+bien solide l'ordre historique de ces trois pièces; Shakspeare lui-même
+n'y a pas songé. On peut croire cependant que, dans l'incertitude
+qu'il a laissée à cet égard, il a voulu du moins qu'il ne fût
+pas tout à fait impossible de faire de ses <i>Joyeuses Bourgeoises de
+Windsor</i> la suite des <i>Henri IV</i>. Pressé à ce qu'il paraît par les ordres
+d'Élisabeth, il n'avait d'abord donné de cette comédie qu'une
+espèce d'ébauche qui fut cependant représentée pendant assez longtemps,
+telle qu'on la trouve dans les premières éditions de ses oeuvres,
+et qu'il n'a remise que plusieurs années après sous la forme
+où nous la voyons maintenant. Dans cette première pièce, Falstaff,
+au moment où il est dans la forêt, effrayé des bruits qui se font entendre
+de tous côtés, se demande si ce n'est pas <i>ce libertin de
+prince de Galles qui vole les daims de son père</i>. Cette supposition a
+été supprimée dans la comédie mise sous la seconde forme, lorsque
+le poëte voulut tâcher apparemment d'indiquer un ordre de faits un
+peu plus vraisemblable. Dans cette même pièce comme nous l'avons
+à présent, Page reproche à Fenton <i>d'avoir été</i> de la société du prince
+de Galles et de Poins. Du moins n'en est-il plus, et l'on peut supposer
+que le nom de <i>Wild-Prince</i> demeure encore pour désigner ce
+qu'a été le prince de Galles et ce que n'est plus Henri V. Quoi qu'il
+en soit, si la comédie des <i>Joyeuses Bourgeoises</i> offre un genre de comique
+moins relevé que la première partie de <i>Henri IV</i>, elle n'en
+est pas moins une des productions les plus divertissantes de cette
+gaieté d'esprit dont Shakspeare a fait preuve dans plusieurs de ses
+comédies.</p>
+
+<p>Plusieurs nouvelles peuvent se disputer l'honneur d'avoir fourni à
+Shakspeare le fond de l'aventure sur laquelle repose l'intrigue des
+<i>Joyeuses Bourgeoises de Windsor</i>. C'est probablement aux mêmes
+sources que Molière aura emprunté celle de son <i>École des Femmes</i>;
+ce qui appartient à Shakspeare, c'est d'avoir fait servir la même
+intrigue à punir à la fois le mari jaloux et l'amoureux insolent. Il a
+ainsi donné à sa pièce, sauf la liberté de quelques expressions, une
+couleur beaucoup plus morale que celle des récits où il a pu puiser,
+et où le mari finit toujours par être dupe, et l'amant heureux.</p>
+
+<p>Cette comédie paraît avoir été composée en 1604.</p>
+
+<h2>LES<br>
+JOYEUSES BOURGEOISES<br>
+DE WINDSOR </h2>
+
+<h3>COMÉDIE </h3>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<p>PERSONNAGES
+<br>
+<p>SIR JOHN FALSTAFF.
+<p>FENTON.
+<p>SHALLOW, juge de paix de campagne.
+<p>SLENDER, cousin de Shallow.
+<p>M. FORD.&nbsp;&nbsp;&nbsp;}deux propriétaires, habitants
+<p>M. PAGE.&nbsp;&nbsp;&nbsp;} de Windsor.
+<p>WILLIAM PAGE, jeune garçon, fils de M. Page.
+<p>SIR HUGH EVANS, curé gallois<a id="footnotetag2" name="footnotetag2"></a><a href="#footnote2"><sup>2</sup></a>.
+<p>LE DOCTEUR CAIUS, médecin français.
+<p>L'HÔTE DE LA JARRETIÈRE.
+<p>BARDOLPH,&nbsp;&nbsp;&nbsp; }
+<p>PISTOL,&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; } suivants de Falstaff.
+<p>NYM.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;}
+<p>ROBIN, page de Falstaff.
+<p>SIMPLE, domestique de Slender.
+<p>RUGBY, domestique du docteur Caius.
+<p>MISTRISS FORD.
+<p>MISTRISS PAGE.
+<p>MISTRISS ANNE PAGE, sa fille, amoureuse de Fenton.
+<p>MISTRISS QUICKLY, servante du docteur Caius.
+<p>Domestiques de Page, de Ford, etc.
+</div></div>
+
+
+<p class="stage1">La scène est à Windsor et dans les environs.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote2" name="footnote2"></a><b>Note 2: </b><a href="#footnotetag2">(retour) </a> Il paraît que le titre de <i>sir</i> fut longtemps donné aux membres
+du clergé inférieur.</blockquote>
+<br><br>
+
+<h2>ACTE PREMIER</h2>
+<br>
+
+<h3>SCÈNE I</h3>
+
+<p class="stage1">A Windsor, devant la maison de Page.</p>
+
+<p class="stage1"><i>Entrent</i> LE JUGE SHALLOW, SLENDER et <i>sir</i> HUGH
+EVANS.</p>
+<br>
+
+<p>SHALLOW.--Tenez, sir Hugh, ne cherchez pas à m'en
+dissuader. Je veux porter cela à la chambre étoilée.
+Fût-il vingt fois sir John Falstaff, il ne se jouera pas de
+Robert Shallow, écuyer.</p>
+
+<p>SLENDER.--Écuyer du comté de Glocester, juge de paix
+et <i>coram</i>.</p>
+
+<p>SHALLOW.--Oui, cousin Slender, et aussi <i>Cust-alorum</i><a id="footnotetag3" name="footnotetag3"></a><a href="#footnote3"><sup>3</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote3" name="footnote3"></a><b>Note 3: </b><a href="#footnotetag3">(retour) </a> <i>Cust-alorum</i>, abréviation de <i>custos rotulorum</i>, garde des registres.</blockquote>
+
+<p>SLENDER.--Oui, des <i>ratolorum</i>! gentilhomme de naissance,
+monsieur le curé, qui signe <i>armigero</i> dans tous
+les actes, billets, quittances, citations, obligations: <i>armigero</i>
+partout.</p>
+
+<p>SHALLOW.--Oui, c'est ainsi que nous signons et avons
+toujours signé sans interruption ces trois cents dernières
+années.</p>
+
+<p>SLENDER.--Tous ses successeurs l'ont fait avant lui
+et tous ses ancêtres le peuvent faire après lui, ils peuvent
+vous montrer, sur leur casaque, la douzaine de
+loups de mer<a id="footnotetag4" name="footnotetag4"></a><a href="#footnote4"><sup>4</sup></a> blancs.</p>
+
+<p>SHALLOW.--C'est une vieille casaque.</p>
+
+<p>EVANS.--Il peut très-bien se trouver sur une vieille casaque
+une douzaine de <i>lous-lous</i> blancs<a id="footnotetag5" name="footnotetag5"></a><a href="#footnote5"><sup>5</sup></a>. Cela va parfaitement
+ensemble, c'est un animal familier à l'homme, un
+emblème d'affection.</p>
+
+<p>SHALLOW.--Le loup de mer est un poisson frais<a id="footnotetag6" name="footnotetag6"></a><a href="#footnote6"><sup>6</sup></a>; ce
+qui fait le sel de la chose, c'est que la casaque est vieille.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote4" name="footnote4"></a><b>Note 4: </b><a href="#footnotetag4">(retour) </a> <i>White luce</i> (brochets). Il a fallu changer le brochet en loup
+de mer, pour conserver quelque chose du jeu de mots que fait
+ensuite Evans entre <i>luce</i> (brochet), et <i>louse</i> (pou). <i>Loulou</i>
+est un mot populaire et enfantin pour désigner cette espèce de
+vermine.</blockquote>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote5" name="footnote5"></a><b>Note 5: </b><a href="#footnotetag5">(retour) </a> Le Gallois Evans parle un jargon qu'il nous a paru difficile de
+rendre en français. Ce genre de plaisanterie, souvent fatigant
+dans l'original, est à peu près impossible à faire passer dans une
+autre langue.</blockquote>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote6" name="footnote6"></a><b>Note 6: </b><a href="#footnotetag6">(retour) </a> <i>The luce is fresh fish; the salt fish is an old coat</i>. Les commentateurs
+n'ont pu rendre raison du sens de cette phrase, en effet
+difficile à expliquer. Il paraît probable que poisson frais (<i>fresh
+fish</i>) était une expression vulgaire pour désigner une noblesse
+nouvelle, et que Shallow veut dire que ce qui indique l'ancienneté
+de sa maison, et ce qui en fait un poisson salé (<i>salt fish</i>), c'est
+l'ancienneté de la casaque.</blockquote>
+
+<p>SLENDER.--Je puis écarteler, cousin?</p>
+
+<p>SHALLOW.--Vous le pouvez sans doute en vous mariant.</p>
+
+<p>EVANS.--Il gâtera tout<a id="footnotetag7" name="footnotetag7"></a><a href="#footnote7"><sup>7</sup></a>, s'il écartèle.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote7" name="footnote7"></a><b>Note 7: </b><a href="#footnotetag7">(retour) </a> <p><i>It is marring indeed, if he quarter it</i>. Shallow lui a dit qu'il pouvait
+écarteler en se mariant (<i>marrying</i>). Evans lui répond qu'en
+effet écarteler (<i>quarter</i>) est le moyen de tout gâter (<i>marring</i>). Ce
+jeu de mots était impossible à rendre; il a même été nécessaire
+de changer la réplique d'Evans. <i>If he has a quarter of your coat,
+there is but three skirts for yourself</i>. «S'il a un quart de votre casaque,
+vous n'en aurez que trois quarts.»</p>
+
+<p><i>Quarter</i> signifie également quart, quartier et écarteler.</blockquote>
+
+<p>SHALLOW.--Pas du tout.</p>
+
+<p>EVANS.--Par Notre-Dame, s'il écartèle votre casaque
+il la mettra en pièces; vous n'en aurez plus que les
+morceaux. Mais cela ne fait rien; passons; ce n'est pas
+là le point dont il s'agit.--Si le chevalier Falstaff a
+commis quelque malhonnêteté envers vous, je suis un
+membre de l'Eglise: et je m'emploierai de grand coeur à
+faire entre vous quelques raccommodements et arrangements.</p>
+
+<p>SHALLOW.--Non, le conseil en entendra parler: il y a
+rébellion.</p>
+
+<p>EVANS.--Il n'est pas nécessaire que le conseil entende
+parler d'une rébellion: il n'y a pas de crainte de Dieu
+dans une rébellion. Le conseil, voyez-vous, aimera mieux
+entendre parler de la crainte de Dieu, que d'une rébellion.
+Comprenez-vous? Prenez avis de cela.</p>
+
+<p>SHALLOW.--Ah! sur ma vie, si j'étais encore jeune,
+ceci se terminerait à la pointe de l'épée.</p>
+
+<p>EVANS.--Il vaut mieux que vos amis soient l'épée et
+terminent l'affaire, et puis j'ai aussi dans ma cervelle un
+projet qui pourrait être d'une bonne prudence.--Il
+y a une certaine Anne Page qui est la fille de
+M. George Page, et qui est une assez jolie fleur de virginité.</p>
+
+<p>SLENDER.--Mistriss Anne Page? Elle a les cheveux
+bruns et parle doucement comme une femme.</p>
+
+<p>EVANS.--C'est cela précisément; c'est tout ce que vous
+pouvez désirer de mieux; et son grand-père (Dieu veuille
+l'appeler à la résurrection bienheureuse!) lui a donné, à
+son lit de mort, sept cents bonnes livres en or et argent,
+pour en jouir sitôt qu'elle aura pris ses dix-sept ans. Ce
+serait un bon mouvement si vous laissiez là vos bisbilles
+pour demander un mariage entre M. Abraham et
+mistriss Anne Page.</p>
+
+<p>SLENDER.--Son grand-père lui a laissé sept cents
+livres?</p>
+
+<p>EVANS.--Oui, et son père est bon pour lui donner une
+meilleure somme.</p>
+
+<p>SHALLOW.--Je connais la jeune demoiselle; elle a
+d'heureux dons de la nature.</p>
+
+<p>EVANS.--Sept cents livres avec les espérances, ce sont
+d'heureux dons que cela.</p>
+
+<p>SHALLOW.--Eh bien! voyons de ce pas l'honnête
+M. Page.--Falstaff est-il dans la maison?</p>
+
+<p>EVANS.--Vous dirai-je un mensonge? Je méprise un
+menteur comme je méprise un homme faux, ou comme
+je méprise un homme qui n'est pas vrai. Le chevalier,
+sir John, est dans la maison, et, je vous prie, laissez-vous
+conduire par ceux qui vous veulent du bien. Je vais
+frapper à la porte pour demander M. Page. (<i>Il frappe</i>.)
+Holà! holà! que Dieu bénisse votre logis!</p>
+
+<p class="stage1">(Entre Page.)</p>
+
+<p>PAGE.--Qui est là?</p>
+
+<p>EVANS.--Une bénédiction de Dieu, et votre ami, et le
+juge Shallow, et voici le jeune monsieur Slender qui
+pourra, par hasard, vous conter une autre histoire, si la
+chose était de votre goût.</p>
+
+<p>PAGE.--Je suis fort aise de voir Vos Seigneuries en
+bonne santé. Monsieur Shallow, je vous remercie de
+votre gibier.</p>
+
+<p>SHALLOW.--Monsieur Page, je suis bien aise de vous
+voir. Grand bien vous fasse. J'aurais voulu que le gibier
+fût meilleur. Il avait été tué contre le droit.--Comment
+se porte la bonne mistriss Page? et je vous aime toujours
+de tout mon coeur, là, de tout mon coeur.</p>
+
+<p>PAGE.--Monsieur, je vous remercie.</p>
+
+<p>SHALLOW.--Monsieur, je vous remercie: que vous le
+veuillez où non, je vous remercie.</p>
+
+<p>PAGE.--Je suis bien aise de vous voir, mon bon monsieur
+Slender.</p>
+
+<p>SLENDER.--Comment se porte votre lévrier fauve,
+monsieur? J'entends dire qu'il a été dépassé à
+Cotsale.</p>
+
+<p>PAGE.--On n'a pas pu décider la chose, monsieur.</p>
+
+<p>SLENDER.--Vous n'en conviendrez pas, vous n'en conviendrez
+pas.</p>
+
+<p>SHALLOW.--Non, il n'en conviendra pas.--C'est votre
+faute, c'est votre faute.--C'est un beau chien.</p>
+
+<p>PAGE.--Non, monsieur, c'est un roquet.</p>
+
+<p>SHALLOW.--Monsieur, c'est un bon chien et un beau
+chien; on ne peut pas dire plus, il est bon et beau. Sir
+John Falstaff est-il ici?</p>
+
+<p>PAGE.--Oui, monsieur; il est à la maison, et je souhaiterais
+pouvoir interposer mes bons offices entre
+vous.</p>
+
+<p>EVANS.--C'est parler comme un chrétien doit parler.</p>
+
+<p>SHALLOW.--Il m'a offensé, monsieur Page.</p>
+
+<p>PAGE.--Monsieur, il en convient en quelque sorte.</p>
+
+<p>SHALLOW.--Pour être avouée, la chose n'est pas réparée;
+cela n'est-il pas vrai, monsieur Page? il m'a
+offensé; oui offensé, sur ma foi: en un mot, il m'a fait
+une offense.--Croyez-moi: Robert Shallow, écuyer, dit
+qu'il est offensé.</p>
+
+<p class="stage1">(Entrent sir John Falstaff, Bardolph, Nym, Pistol.)</p>
+
+<p>PAGE.--Voilà sir John.</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Eh bien! monsieur Shallow, vous voulez
+donc porter plainte au roi contre moi?</p>
+
+<p>SHALLOW.--Chevalier, vous avez battu mes gens, tué
+mon daim et enfoncé la porte de ma réserve.</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Mais je n'ai pas baisé la fille de votre
+garde.</p>
+
+<p>SHALLOW.--Ce n'est pas de cela qu'il s'agit.--Vous
+aurez à en répondre.</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Je vais répondre sur-le-champ: j'ai fait
+tout cela. Voilà ma réponse.</p>
+
+<p>SHALLOW.--Le conseil connaîtra de l'affaire.</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Il vaudrait mieux pour vous que personne<a id="footnotetag8" name="footnotetag8"></a><a href="#footnote8"><sup>8</sup></a>
+n'en connût rien; on se moquera de vous.</p>
+
+<p>EVANS.--<i>Pauca verba</i>, sir John, et de bonnes choses.</p>
+
+<p>FALSTAFF.--De bonnes chausses? de bons-bas<a id="footnotetag9" name="footnotetag9"></a><a href="#footnote9"><sup>9</sup></a>?--Slender,
+je vous ai fracassé la tête: quelle affaire avez-vous
+avec moi?</p>
+
+<p>SLENDER.--Vraiment je l'ai dans ma tête, mon affaire
+contre vous, et contre vos coquins de filous, Bardolph,
+Nym et Pistol. Ils m'ont conduit à la taverne, m'ont
+enivré, et puis m'ont pris tout ce que j'avais dans mes
+poches.</p>
+
+<p>BARDOLPH.--Comment! fromage de Banbury?</p>
+
+<p>SLENDER.--Bien, bien il ne s'agit pas de cela.</p>
+
+<p>PISTOL.--Comment, Méphistophélès<a id="footnotetag10" name="footnotetag10"></a><a href="#footnote10"><sup>10</sup></a>?</p>
+
+<p>SLENDER.--A la bonne heure, mais il ne s'agit pas de
+cela.</p>
+
+<p>NYM.--Une balafre. Je dis: <i>pauca, pauca</i>. Une balafre,
+voilà la chose<a id="footnotetag11" name="footnotetag11"></a><a href="#footnote11"><sup>11</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote8" name="footnote8"></a><b>Note 8: </b><a href="#footnotetag8">(retour) </a> <i>'Twere better for you, if it were known in counsel</i>. «Il vaudrait
+mieux pour vous que cela ne fût connu qu'en secret (<i>counsel</i>).»
+Falstaff joue ici sur le mot de <i>council</i> (conseil), dont s'est servi
+Shallow.</blockquote>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote9" name="footnote9"></a><b>Note 9: </b><a href="#footnotetag9">(retour) </a> Evans a dit, avec sa mauvaise prononciation: <i>Good worts</i>
+pour <i>good words</i> (de bonnes paroles). Falstaff répond: <i>Good worts</i>,
+<i>good cabbage</i>. <i>Cabbage</i> signifie chou, et <i>worts</i> est un vieux mot
+ayant la même signification. On a cherché à rendre ce jeu de
+mots par un équivalent.</blockquote>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote10" name="footnote10"></a><b>Note 10: </b><a href="#footnotetag10">(retour) </a> Nom d'un diable au service de Faust.</blockquote>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote11" name="footnote11"></a><b>Note 11: </b><a href="#footnotetag11">(retour) </a> <i>That is my humour</i>. Il paraît que le mot <i>humour</i> était une expression
+à la mode dont on faisait un grand abus du temps de
+Shakspeare. Il le met à tout propos, et hors de propos, dans la
+bouche de Nym. On n'a vu que le mot <i>chose</i> qui pût le remplacer
+convenablement dans toutes les occasions.</blockquote>
+
+<p>SLENDER.--Oh! où est Simple, mon valet? Le savez-vous,
+mon cousin?</p>
+
+<p>EVANS.--Paix, je vous prie.--A présent, entendons-nous:
+il y a, comme je l'entends, les trois arbitres dans
+cette affaire, il y a M. Page, <i>videlicet</i> M. Page; et il y a
+moi, <i>videlicet</i> moi; finalement et dernièrement enfin, le
+troisième est l'hôte de la <i>Jarretière</i>.</p>
+
+<p>PAGE.--Nous trois, pour connaître de l'affaire, et rédiger
+l'accommodement entre eux.</p>
+
+<p>EVANS.--Parfaitement, j'écrirai un précis de l'affaire
+sur mes tablettes. Et nous travaillerons ensuite sur la
+chose avec une aussi grande prudence que nous le pourrons.</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Pistol?</p>
+
+<p>PISTOL.--Il écoute de ses oreilles.</p>
+
+<p>EVANS.--Par le diable et sa grand'mère, quelle phrase
+est-ce là? <i>Il écoute de son oreille</i>! C'est là de l'affectation.</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Pistol, avez-vous pris la bourse de monsieur
+Slender?</p>
+
+<p>SLENDER.--Oui, par ces gants, il l'a prise, ou bien que
+je ne rentre jamais dans ma grande chambre! Et il m'a
+pris sept groats en pièces de six pence, et six carolus de
+laiton, et deux petits palets du roi Edouard, que j'avais
+achetés deux schellings et deux pence chaque, de Jacob
+le meunier. Oui, par ces gants.</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Pistol, cela est-il vrai?</p>
+
+<p>EVANS.--Non, c'est faux, si c'est une bourse filoutée.</p>
+
+<p>PISTOL, <i>à Evans</i>.--Sauvage de montagnard que tu es!
+(<i>A Falstaff</i>.)--Sir John, mon maître, je demande le combat
+contre cette lame de fer-blanc. Je dis que tu en as menti
+ici par la bouche; je dis que tu en as menti, figure de
+neige et d'écume, tu en as menti.</p>
+
+<p>SLENDER.--Par ces gants, alors, c'est donc cet autre.</p>
+
+<p class="stage1">(Montrant Nym.)</p>
+
+<p>NYM.--Prenez garde, monsieur, finissez vos plaisanteries.
+Je ne tomberai pas tout seul dans le fossé, si vous
+vous accrochez à moi! Voilà tout ce que j'ai à vous dire.</p>
+
+<p>SLENDER.--Par ce chapeau, c'est donc celui-là, avec sa
+figure rouge. Quoique je ne puisse pas me souvenir de
+ce que j'ai fait, quand une fois, vous m'avez eu enivré, je
+ne suis pourtant pas tout à fait un âne, voyez-vous.</p>
+
+<p>FALSTAFF, <i>à Bardolph</i>.--Que répondez vous, Jean et
+l'Ecarlate<a id="footnotetag12" name="footnotetag12"></a><a href="#footnote12"><sup>12</sup></a>?</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote12" name="footnote12"></a><b>Note 12: </b><a href="#footnotetag12">(retour) </a> <i>Scarlet and John</i>. Noms de deux des compagnons de Robin
+Hood.</blockquote>
+
+<p>BARDOLPH.--Qui, moi, monsieur? Je dis que ce galant
+homme s'est enivré jusqu'à perdre ses cinq sentiments
+de nature.</p>
+
+<p>EVANS.--Il faut dire les cinq sens. Ah! par Dieu, ce que
+c'est que l'ignorance!</p>
+
+<p>BARDOLPH.--Et qu'étant ivre, monsieur, il aura été,
+comme on dit, mis dedans; et qu'ainsi, fin finale, il aura
+passé le pas.</p>
+
+<p>SLENDER.--Oui, vous parliez aussi latin ce soir-là.
+Mais c'est égal, après ce qui m'est arrivé, je ne veux plus
+m'enivrer jamais de ma vie, si ce n'est en honnête,
+civile, et sainte compagnie. Si je m'enivre, ce sera avec
+ceux qui ont la crainte de Dieu, et non pas avec des
+coquins d'ivrognes.</p>
+
+<p>EVANS.--Comme Dieu me jugera, c'est là une intention
+vertueuse!</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Vous avez entendu, messieurs, qu'on a
+tout nié. Vous l'avez entendu.</p>
+
+<p class="stage1">(Mistriss Anne Page entre dans la salle, apportant du vin.
+Mistriss Page et mistriss Ford la suivent.)</p>
+
+<p>PAGE.--Non, ma fille: remportez ce vin, nous boirons
+là dedans.</p>
+
+<p class="stage1">(Anne Page sort.)</p>
+
+<p>SLENDER.--O ciel! c'est mistriss Anne Page!</p>
+
+<p>PAGE.--Ha! vous voilà, mistriss Ford.</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Par ma foi, mistriss Ford, vous êtes la
+très-bien arrivée. Permettez, chère madame...</p>
+
+<p class="stage1">(Il l'embrasse.)</p>
+
+<p>PAGE.--Ma femme, souhaitez la bienvenue à ces
+messieurs. Venez, messieurs, vous mangerez votre part
+d'un pâté chaud de gibier. Allons, j'espère que nous
+noierons toutes vos querelles dans le verre.</p>
+
+<p class="stage1">(Tous sortent excepté Shallow, Evans et Slender.)</p>
+
+<p>SLENDER.--Je donnerais quarante schellings pour avoir
+ici mon livre de sonnets et de chansons. (<i>Entre Simple</i>.)
+Comment, Simple? D'où venez-vous? Il faut donc que je
+me serve moi-même, n'est-ce pas?--Vous n'aurez pas
+non plus le livre d'énigmes sur vous? L'avez-vous?</p>
+
+<p>SIMPLE.--Le livre d'énigmes! Comment, ne l'avez-vous
+pas prêté à Alix Short cake, à la fête de la Toussaint dernière,
+quinze jours avant la Saint-Michel?</p>
+
+<p>SHALLOW.--Venez, mon cousin; avancez, mon cousin.
+Nous vous attendons. J'ai à vous dire ceci, mon cousin.
+Il y a comme qui dirait une proposition, une sorte de
+proposition faite d'une manière éloignée par sir Hugh,
+que voilà. Me comprenez-vous?</p>
+
+<p>SLENDER.--Oui, oui; vous me trouverez raisonnable:
+si la chose l'est, je ferai ce que demande la raison.</p>
+
+<p>SHALLOW.--Oui, mais songez à me comprendre.</p>
+
+<p>SLENDER.--C'est ce que je fais, monsieur.</p>
+
+<p>EVANS.--Prêtez l'oreille à ses avertissements, monsieur
+Slender. Je vous expliquerai la chose, si vous êtes capable
+de cela.</p>
+
+<p>SLENDER.--Non, je veux agir comme mon cousin
+Shallow me le dira. Je vous prie, excusez-moi: il est
+juge de paix du canton, quoique je ne sois qu'un simple
+particulier.</p>
+
+<p>EVANS.--Mais ce n'est pas là la question: la question est
+concernant votre mariage.</p>
+
+<p>SHALLOW.--Oui, c'est là le point, mon cher.</p>
+
+<p>EVANS.--Vous marier<a id="footnotetag13" name="footnotetag13"></a><a href="#footnote13"><sup>13</sup></a>, c'est là le point, et avec mistriss
+Anne Page.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote13" name="footnote13"></a><b>Note 13: </b><a href="#footnotetag13">(retour) </a> <i>Marry is it</i>. Evans joue ici sur le mot <i>marry</i> qui signifie <i>marier</i>
+et <i>vraiment</i>.</blockquote>
+
+<p>SLENDER.--Eh bien! s'il en est ainsi, je veux bien
+l'épouser, sous toutes conditions raisonnables.</p>
+
+<p>EVANS.--Mais pouvez-vous aimer cette femme? Apprenez-nous
+cela de votre bouche ou de vos lèvres; car
+divers philosophes soutiennent que les lèvres sont une
+portion de la bouche: en conséquence, parlez clair et
+net. Êtes-vous porté de bonne volonté pour cette fille?</p>
+
+<p>SHALLOW.--Cousin Abraham Slender, pourrez-vous
+l'aimer?</p>
+
+<p>SLENDER.--Je l'espère, monsieur; j'agirai comme il
+convient à un homme qui veut agir par raison.</p>
+
+<p>EVANS.--Eh! non. Par les bienheureuses âmes d'en
+haut, vous devez répondre de ce qui est possible. Pouvez-vous
+tourner vos désirs vers elle.</p>
+
+<p>SHALLOW.--C'est ce qu'il faut nous dire: si elle a une
+bonne dot, voulez-vous l'épouser?</p>
+
+<p>SLENDER.--Je ferais bien plus encore à votre recommandation,
+mon cousin, toute raison gardée.</p>
+
+<p>SHALLOW.--Eh! non. Concevez-moi donc, comprenez-moi,
+cher cousin; ce que je fais, c'est pour vous faire
+plaisir: vous sentez-vous capable d'aimer cette jeune
+fille?</p>
+
+<p>SLENDER.--Je l'épouserai, monsieur, à votre recommandation.
+Si l'amour n'est pas grand au commencement,
+le ciel pourra bien le faire décroître sur une plus
+longue connaissance, quand nous serons mariés et que
+nous aurons plus d'occasions de nous connaître l'un
+l'autre. J'espère que la familiarité engendrera le mépris.
+Mais, si vous me dites, épousez-la, je l'épouserai; c'est à
+quoi je suis très-dissolu, et très-dissolument.</p>
+
+<p>EVANS.--C'est répondre très-sagement, excepté la faute
+qui est dans le mot <i>dissolu</i>; dans notre sens, c'est <i>résolu</i>
+qu'il veut dire. Son intention est bonne.</p>
+
+<p>SHALLOW.--Oui, je crois que mon neveu avait bonne
+intention.</p>
+
+<p>SLENDER.--Oui, ou je veux bien être pendu, là!</p>
+
+<p class="stage1">(Rentre Anne Page.)</p>
+
+<p>SHALLOW.--Voici la belle mistriss Anne. Je voudrais
+rajeunir pour l'amour de vous, mistriss Anne.</p>
+
+<p>ANNE.--Le dîner est sur la table; mon père désire
+l'honneur de votre compagnie.</p>
+
+<p>SHALLOW.--Je suis à lui, belle mistriss Anne.</p>
+
+<p>EVANS.--La volonté de Dieu soit bénie! Je ne veux pas
+être absent au bénédicité.</p>
+
+<p class="stage1">(Sortent Shallow et Evans.)</p>
+
+<p>ANNE.--Vous plaît-il d'entrer, monsieur?</p>
+
+<p>SLENDER.--Non, je vous remercie, en vérité, de bon
+coeur: je suis fort bien.</p>
+
+<p>ANNE.--Le dîner vous attend, monsieur.</p>
+
+<p>SLENDER.--Je ne suis point un affamé: en vérité je
+vous remercie. (<i>A Simple</i>.) Allez, mon ami; car, après
+tout, vous êtes mon domestique; allez servir mon cousin
+Shallow. (<i>Simple sort</i>.) Un juge de paix peut avoir
+quelquefois besoin du valet de son ami, voyez-vous. Je
+n'ai encore que trois valets et un petit garçon, jusqu'à
+ce que ma mère soit morte: mais qu'est-ce que ça fait? en
+attendant je vis encore comme un pauvre gentilhomme.</p>
+
+<p>ANNE.--Je ne rentrerai point sans vous, monsieur; on
+ne s'assiéra point à table que vous ne soyez venu.</p>
+
+<p>SLENDER.--Sur mon honneur, je ne mangerai pas. Je
+vous remercie tout autant que si je mangeais.</p>
+
+<p>ANNE.--Je vous prie, monsieur, entrez.</p>
+
+<p>SLENDER.--J'aimerais mieux me promener par ici. Je
+vous remercie.--J'ai eu le menton meurtri l'autre jour
+en tirant des armes avec un maître d'escrime. Nous
+avons fait trois passades pour un plat de pruneaux cuits:
+depuis ce temps je ne puis supporter l'odeur de la viande
+chaude.--Pourquoi vos chiens aboient-ils ainsi? Avez-vous
+des ours dans la ville?</p>
+
+<p>ANNE.--Je pense qu'il y en a, monsieur, je l'ai entendu
+dire.</p>
+
+<p>SLENDER.--J'aime fort ce divertissement, voyez-vous;
+mais je suis aussi prompt à me fâcher que qui que ce soit
+en Angleterre.--Vous avez peur quand vous voyez un
+ours en liberté, n'est-ce pas?</p>
+
+<p>ANNE.--Oui, en vérité, monsieur.</p>
+
+<p>SLENDER.--Oh! actuellement c'est pour moi boire et
+manger. J'ai vu <i>Sackerson</i> en liberté vingt fois, et je l'ai
+pris, par sa chaîne. Mais, je vous réponds, les femmes
+criaient et glapissaient que cela ne peut pas s'imaginer:
+mais les femmes, à la vérité, ne peuvent pas les souffrir;
+ce sont de grosses vilaines bêtes.</p>
+
+<p class="stage1">(Rentre Page.)</p>
+
+<p>PAGE.--Venez, cher monsieur Slender, venez; nous
+vous attendons.</p>
+
+<p>SLENDER.--Je ne veux rien manger: je vous rends
+grâces, monsieur.</p>
+
+<p>PAGE.--De par tous les saints, vous ne ferez pas votre
+volonté: allons, venez, venez.</p>
+
+<p class="stage1">(Le poussant pour le faire avancer.)</p>
+
+<p>SLENDER.--Non, je vous prie; montrez-moi le chemin.</p>
+
+<p>PAGE.--Passez donc, monsieur.</p>
+
+<p>SLENDER.--C'est vous, mistriss Anne, qui passerez la
+première.</p>
+
+<p>ANNE.--Non pas, monsieur; je vous prie, passez.</p>
+
+<p>SLENDER.--Vraiment, je ne passerai pas le premier;
+non, vraiment, là, je ne vous ferai pas cette impolitesse.</p>
+
+<p>ANNE.--Je vous en prie, monsieur.</p>
+
+<p>SLENDER.--J'aime mieux être incivil qu'importun. C'est
+vous-même qui vous faites impolitesse, là, vraiment.</p>
+
+<p class="stage1">(Ils sortent.)</p>
+<br>
+
+<h3>SCÈNE II</h3>
+
+<p class="stage1">Au même endroit.</p>
+
+<p class="stage1"><i>Entrent sir</i> HUGH EVANS et SIMPLE.</p>
+<br>
+
+<p>EVANS.--Allez droit devant vous, et enquérez-vous du
+chemin qui mène au logis du docteur Caius. Il y a là
+une dame Quickly qui est chez lui comme une manière
+de nourrice, ou de bonne, ou de cuisinière, ou de blanchisseuse,
+ou de laveuse et de repasseuse.</p>
+
+<p>SIMPLE.--C'est bon, monsieur.</p>
+
+<p>EVANS.--Non pas; il y a encore quelque chose de
+mieux. Donnez-lui cette lettre; c'est une femme qui est
+fort de la connaissance de mistriss Anne Page. Cette
+lettre est pour lui demander et la prier de solliciter la
+demande de votre maître auprès de mistriss Anne. Allez
+tout de suite, je vous prie. Je vais achever de dîner; on
+va apporter du fromage et des pommes.</p>
+
+<p class="stage1">(Ils sortent)</p>
+<br>
+
+<h3>SCÈNE III</h3>
+
+<p class="stage1">Une chambre dans l'hôtellerie de la <i>Jarretière</i>.</p>
+
+<p class="stage1"><i>Entrent</i> FALSTAFF, L'HÔTE, BARDOLPH, NYM,
+PISTOL et ROBIN.</p>
+<br>
+
+<p>FALSTAFF.--Mon hôte de la <i>Jarretière</i>?</p>
+
+<p>L'HÔTE.--Que dit mon gros gaillard? Parle savamment
+et sagement.</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Franchement, mon hôte, il faut que je réforme
+quelques-uns de mes gens.</p>
+
+<p>L'HÔTE.--Congédie, mon gros Hercule: chasse-les
+allons, qu'ils détalent. Tirez, tirez.</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Je vis céans, à raison de dix livres par semaine.</p>
+
+<p>L'HÔTE.--Tu es un empereur, un César, un Kaiser, un
+casseur<a id="footnotetag14" name="footnotetag14"></a><a href="#footnote14"><sup>14</sup></a>, comme tu voudras. Je prendrai Bardolph à
+mes gages: il percera mes tonneaux, il tirera le vin.
+Dis-je bien, mon gros Hector?</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote14" name="footnote14"></a><b>Note 14: </b><a href="#footnotetag14">(retour) </a> <i>Cæsar</i>, <i>Keisar</i>, <i>Pheezar</i>, <i>Keisar</i> est la prononciation allemande
+pour César, et Pheezar peut venir de <i>pheeze</i> (peigner, étriller);
+mais il fallait un mot qui présentât quelque sorte de consonance
+avec <i>Keisar</i>.</blockquote>
+
+<p>FALSTAFF.--Faites cela, mon cher hôte.</p>
+
+<p>L'HÔTE.--J'ai dit: il peut me suivre. (<i>A Bardolph</i>.) Je
+veux te voir travailler la bière, et frelater le vin. Je n'ai
+qu'une parole: suis-moi.</p>
+
+<p class="stage1">(L'hôte sort.)</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Bardolph, suis-le. C'est un excellent métier
+que celui de garçon de cave. Un vieux manteau fait un
+justaucorps neuf; un domestique usé fait un garçon
+de cave tout frais. Va; adieu.</p>
+
+<p>BARDOLPH.--C'est la vie que j'ai toujours désirée. Je
+ferai fortune.</p>
+
+<p>PISTOL.--O vil individu de Bohémien, tu vas donc
+tourner le robinet?</p>
+
+<p>NYM.--Son père était ivre quand il l'a fait. La chose
+n'est-elle pas bien imaginée?--Il n'a point l'humeur
+héroïque. Voilà la chose.</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Je me réjouis d'être ainsi défait de ce briquet:
+ses larcins étaient trop clairs: il volait comme on
+chante quand on ne sait pas la musique, sans garder
+aucune mesure.</p>
+
+<p>NYM.--La chose est de savoir profiter, pour voler, du
+plus petit repos.</p>
+
+<p>PISTOL.--Les gens sensés disent, subtiliser. Fi donc,
+voler! la peste soit du mot.</p>
+
+<p>FALSTAFF.--C'est bien, mes enfants; mais je suis tout
+à fait percé par les talons.</p>
+
+<p>PISTOL.--En ce cas, gare les engelures.</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Il n'y a pas de remède. Il faut que j'accroche
+de côté ou d'autre, que je ruse.</p>
+
+<p>PISTOL.--Les petits des corbeaux doivent avoir leur
+pâture.</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Qui de vous connaît Ford, de cette ville?</p>
+
+<p>PISTOL.--Je connais l'individu; il est bien calé.</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Mes bons garçons, il faut que je vous apprenne
+où j'en suis.</p>
+
+<p>PISTOL.--A deux aunes de tour et plus.</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Trêve de plaisanterie pour le moment,
+Pistol. Je suis gros, si vous voulez, de deux aunes de
+tour; mais je n'ai pas gros<a id="footnotetag15" name="footnotetag15"></a><a href="#footnote15"><sup>15</sup></a> à dépenser: je m'occupe de
+faire ressource. En deux mots, j'ai le projet de faire
+l'amour à la femme de Ford. J'entrevois des dispositions
+de sa part: elle discourt, elle découpe à table, elle décoche
+des oeillades engageantes. Je puis traduire le sens
+de son style familier: et toute l'expression de sa conduite,
+rendue en bon anglais, est, <i>je suis à sir John Falstaff</i>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote15" name="footnote15"></a><b>Note 15: </b><a href="#footnotetag15">(retour) </a> <i>Indeed I am in the waist two yards about; but I am now about no
+waste</i>. On voit dans la seconde partie de <i>Henri IV</i> le même jeu
+de mots entre <i>waist</i> (taille) et <i>waste</i> (dépense).</blockquote>
+
+<p>PISTOL.--Il l'a bien étudiée; il traduit le langage de sa
+pudeur en bon anglais.</p>
+
+<p>NYM.--L'ancre est jetée bien avant. Me passerez-vous
+la chose?</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Le bruit du pays, c'est qu'elle tient les
+cordons de la bourse de son mari: elle a une légion de
+séraphins.</p>
+
+<p>PISTOL.--Et autant de diables à ses trousses. Allons, je
+dis: <i>garçon, cours sus</i>.</p>
+
+<p>NYM.--La chose devient engageante. Cela est très-bon:
+faites-moi la chose des séraphins.</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Voici une lettre que je lui ai bel et bien
+écrite; et puis, une autre pour la femme de Page, qui
+vient aussi tout à l'heure de me faire les yeux doux, et
+de me parcourir de l'air d'une femme qui s'y entend.
+Les rayons de ses yeux venaient reluire, tantôt sur ma
+jambe, et tantôt sur mon ventre majestueux.</p>
+
+<p>PISTOL.--Comme le soleil brille sur le fumier.</p>
+
+<p>NYM.--La chose est bonne.</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Oh! elle a fait la revue de mes dons extérieurs
+avec une telle expression d'avidité, que l'ardeur
+de ses regards me grillait comme un miroir brûlant.
+Voici de même une lettre pour elle. Elle tient aussi la
+bourse: c'est une vraie Guyane, toute or et libéralité.
+Je veux être à toutes deux leur receveur; et elles seront
+toutes deux mes payeuses<a id="footnotetag16" name="footnotetag16"></a><a href="#footnote16"><sup>16</sup></a>: elles seront mes Indes
+orientales et occidentales, et j'entretiendrai commerce
+dans les deux pays. Toi, va, remets cette lettre à madame
+Page; et toi, celle-ci à madame Ford. Nous prospérerons,
+enfants, nous prospérerons.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote16" name="footnote16"></a><b>Note 16: </b><a href="#footnotetag16">(retour) </a> <i>I will be cheater to them both, and they shall be exchequers to me.</i>
+Jeu de mots entre <i>cheater</i> (trompeur) et <i>escheator</i> (officier de l'Echiquier).</blockquote>
+
+<p>PISTOL.--Deviendrai-je un Mercure, un Pandarus de
+Troie, moi qui porte une épée à mon côté? Quand cela
+sera, que Lucifer emporte tout!</p>
+
+<p>NYM.--Je ne veux point de la bassesse de la chose, reprenez
+votre chose de lettre. Je veux tenir une conduite
+de réputation.</p>
+
+<p>FALSTAFF, <i>à Robin</i>.--Tenez, mon garçon, portez promptement
+ces lettres; cinglez, comme ma chaloupe, vers
+ces rivage dorés. (<i>Aux deux autres</i>.) Vous, coquins, hors
+d'ici; courez, disparaissez comme des flocons de neige.
+Allez, travaillez hors d'ici, tournez-moi vos talons. Cherchez
+un gîte, et faites-moi vos paquets. Falstaff veut
+prendre l'humeur du siècle, faire fortune comme un
+Français: coquins que vous êtes! moi; moi seul avec
+mon page galonné.</p>
+
+<p class="stage1">(Sortent Falstaff et Robin.)</p>
+
+<p>PISTOL.--Puissent les vautours te serrer les boyaux!
+Avec une bouteille et des dés pipés, j'attraperai de tous
+côtés le riche et le pauvre. Je veux avoir des testons en
+poche, tandis que toi, tu manqueras de tout, vil Turc
+phrygien.</p>
+
+<p>NYM.--J'ai dans ma tête des opérations qui feront la
+chose d'une vengeance.</p>
+
+<p>PISTOL.--Veux-tu te venger?</p>
+
+<p>NYM.--Oui, par le firmament et son étoile!</p>
+
+<p>PISTOL.--Avec la langue ou le fer?</p>
+
+<p>NYM.--Moi! avec les deux choses.--Je veux découvrir
+à Page la chose de cet amour-là.</p>
+
+<p>PISTOL.--Et moi pareillement, je prétends aussi raconter
+à Ford comment Falstaff, ce vil garnement, veut
+tâter de sa colombe, saisir son or, et souiller sa couche
+chérie.</p>
+
+<p>NYM.--Je ne laisserai point refroidir ma chose: J'exciterai
+la colère de Page à employer le poison. Je lui donnerai
+la jaunisse; ce changement de couleur a des effets
+dangereux. Voilà la vraie chose.</p>
+
+<p>PISTOL.--Tu es le Mars des mécontents: je te seconde;
+marche en avant.</p>
+
+<p class="stage1">(Ils sortent.)</p>
+<br>
+
+<h3>SCÈNE IV</h3>
+
+<p class="stage1">Une pièce de la maison du docteur Caius.</p>
+
+<p class="stage1"><i>Entrent mistriss</i> QUICKLY, SIMPLE et RUGBY.</p>
+<br>
+
+<p>QUICKLY.--M'entends-tu, Jean Rugby? Jean Rugby! Je
+te prie, monte au grenier, et regarde si tu ne vois pas
+revenir mon maître, M. le docteur Caius. S'il rentre et
+qu'il rencontre quelqu'un au logis, nous allons entendre,
+comme à l'ordinaire, insulter à la patience de Dieu et à
+l'anglais du roi.</p>
+
+<p>RUGBY.--Je vais guetter.</p>
+
+<p class="stage1">(Rugby sort.)</p>
+
+<p>QUICKLY.--Va, et je te promets que, pour la peine, nous
+mangerons ce soir une bonne petite collation à la
+dernière lueur du charbon de terre. C'est un brave
+garçon, serviable, complaisant autant que le puisse être
+un domestique dans une maison; et qui, je vous en réponds,
+ne fait point de rapports, n'engendre point de
+querelle. Son plus grand défaut est d'être adonné à la
+prière: de ce côté-là il est un peu entêté; mais chacun
+a son défaut. Laissons cela.--Pierre Simple est votre
+nom, dites-vous?</p>
+
+<p>SIMPLE.--Oui, faute d'un meilleur.</p>
+
+<p>QUICKLY.--Et monsieur Slender est le nom de votre
+maître?</p>
+
+<p>SIMPLE.--Oui vraiment.</p>
+
+<p>QUICKLY.--Ne porte-t-il pas une grande barbe, ronde
+comme le couteau d'un gantier?</p>
+
+<p>SIMPLE.--Non vraiment: il a un tout petit visage, avec
+une petite barbe jaune; une barbe de la couleur de
+Caïn.</p>
+
+<p>QUICKLY.--Un homme qui va tout doux, n'est-ce
+pas?</p>
+
+<p>SIMPLE.--Oui vraiment; mais qui sait se démener de
+ses mains aussi bien que qui que ce soit que vous puissiez
+rencontrer d'ici où il est. Il s'est battu avec un
+garde-chasse.</p>
+
+<p>QUICKLY.--Que dites-vous? Oh! je le connais bien: ne
+porte-t-il pas la tête en l'air comme cela, et ne se tient-il
+pas tout roide en marchant?</p>
+
+<p>SIMPLE.--Oui vraiment, il est tout comme cela.</p>
+
+<p>QUICKLY.--Allons, allons, que Dieu n'envoie pas de
+plus mauvais lot à Anne Page. Dites à M. le curé Evans
+que je ferai de mon mieux pour votre maître. Anne est
+une bonne fille, et je souhaite....</p>
+
+<p class="stage1">(Rentre Rugby.)</p>
+
+<p>RUGBY.--Sauvez-vous: hélas! voilà mon maître, qui
+vient!</p>
+
+<p>QUICKLY.--Nous serons tous exterminés. Courez à cette
+porte, bon jeune homme; entrez dans le cabinet. (<i>Elle
+enferme Simple dans le cabinet</i>.) Il ne s'arrêtera pas longtemps.--Hé!
+Jean Rugby! holà! Jean! où es-tu donc,
+Jean? Viens; viens. Va, Jean; informe-toi de notre maître:
+je crains qu'il ne soit malade puisqu'il ne rentre
+point. (<i>Elle chante</i>.) La, re, la, la rela, etc.</p>
+
+<p class="stage1">(Le docteur Caius rentre.)</p>
+
+<p>CAIUS.--Qu'est-ce que vous chantez là<a id="footnotetag17" name="footnotetag17"></a><a href="#footnote17"><sup>17</sup></a>? Je n'aime
+point les bagatelles. Allez, je vous prie, chercher dans
+mon cabinet une boîte verte, un coffre vert, vert.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote17" name="footnote17"></a><b>Note 17: </b><a href="#footnotetag17">(retour) </a> De même que dans le rôle d'Evans, on a supprimé dans celui
+du docteur Caius, le jargon que lui avait attribué Shakspeare,
+et qui était celui d'un Français estropiant l'anglais. Du reste, cela
+ne se trouve guère ainsi que dans la première scène. Shakspeare
+se préoccupait peu de l'uniformité des détails.</blockquote>
+
+<p>QUICKLY.--J'entends bien; vous allez l'avoir.--Heureusement
+qu'il n'est pas entré pour la chercher lui-même.
+S'il avait trouvé le jeune homme! Les cornes
+lui seraient venues à la tête.</p>
+
+<p>CAIUS.--Ouf! ouf! ma foi il fait fort chaud. Je m'en
+vais à la cour.--La grande affaire.</p>
+
+<p>QUICKLY.--Est-ce ceci, monsieur?</p>
+
+<p>CAIUS.--Oui, mettez-le dans ma poche, dépêchez vitement.
+Où est le coquin Rugby?</p>
+
+<p>QUICKLY.--Eh! Jean Rugby, Jean?</p>
+
+<p>RUGBY.--Me voilà, monsieur.</p>
+
+<p>CAIUS.--Vous êtes Jean Rugby; c'est pour vous dire
+que vous êtes un Jean, Rugby. Allons, prenez votre rapière,
+et venez derrière mes talons à la cour.</p>
+
+<p>RUGBY.--C'est tout prêt, monsieur; là contre la porte.</p>
+
+<p>CAIUS.--Sur ma foi, je tarde trop longtemps. Qu'ai-je
+oublié? Ah! ce sont quelques simples dans mon cabinet,
+je ne voudrais pas les avoir laissés pour un royaume.</p>
+
+<p>QUICKLY.--Ah! merci de moi! il va trouver le jeune
+homme, et devenir furieux.</p>
+
+<p>CAIUS.--O diable! diable! qu'est-ce qu'il y a dans mon
+cabinet. Trahison! larron!--Rugby, ma grande épée.</p>
+
+<p class="stage1">(Poussant dehors Simple.)</p>
+
+<p>QUICKLY.--Mon bon maître, soyez tranquille?</p>
+
+<p>CAIUS.--Et pourquoi serai-je tranquille!</p>
+
+<p>QUICKLY.--Le jeune garçon est un honnête homme.</p>
+
+<p>CAIUS.--Que fait-il, cet honnête homme, dans mon
+cabinet? Je ne veux point d'honnête homme dans mon
+cabinet.</p>
+
+<p>QUICKLY.--Je vous conjure, ne soyez pas si flegmatique,
+écoutez l'affaire telle qu'elle est. Il m'est venu en commission
+de la part du pasteur Evans.</p>
+
+<p>CAIUS.--Bon.</p>
+
+<p>SIMPLE.--Oui, en conscience, pour la prier de...</p>
+
+<p>QUICKLY, <i>à Simple</i>.--Paix, je vous en prie.</p>
+
+<p>CAIUS, <i>à Quickly</i>.--Tenez votre langue, vous. (<i>A Simple</i>.)
+Vous, dites-moi la chose.</p>
+
+<p>SIMPLE.--Pour prier cette honnête dame, votre servante,
+de dire quelques bonnes paroles à mistriss Anne
+Page en faveur de mon maître, qui la recherche en vue
+de mariage.</p>
+
+<p>QUICKLY.--Voilà tout cependant: en vérité voilà tout;
+mais je n'ai pas besoin moi d'aller mettre mes doigts au
+feu.</p>
+
+<p>CAIUS.--Sir Hugh Evans vous a envoyé? Baillez-moi
+une feuille de papier, Rugby. (<i>A Simple</i>.) Vous, attendez
+un moment.</p>
+
+<p class="stage1">(Il écrit.)</p>
+
+<p>QUICKLY, <i>bas à Simple</i>.--C'est un grand bonheur qu'il
+soit si calme. Si ceci l'avait jeté dans ses grandes furies,
+vous auriez vu un train et une mélancolie!--Mais malgré
+tout cela, mon garçon, je ferai tout ce que je pourrai
+pour votre maître, car le fin mot de tout cela, c'est que
+le docteur français, mon maître.... je peux bien l'appeler
+mon maître, voyez-vous, car je garde sa maison,
+je lave tout le linge, je brasse la bière, je fais le pain,
+je récure, je prépare le manger et le boire, enfin je fais
+tout moi-même.</p>
+
+<p>SIMPLE.--C'est une forte charge que d'avoir comme
+cela quelqu'un sur les bras.</p>
+
+<p>QUICKLY.--Qu'en pensez-vous? Ah! je crois bien, vraiment,
+que c'est une charge! Et se lever matin, et se
+coucher tard!--Néanmoins je vous le dirai à l'oreille;
+mais ne soufflez pas un mot de ceci, mon maître
+est lui-même amoureux de mistriss Anne; mais,
+nonobstant cela, je connais le coeur d'Anne. Il n'est ni
+chez vous ni chez nous.</p>
+
+<p>CAIUS, <i>à Simple</i>.--Vous, faquin, remettez ce billet à sir
+Hugh: palsambleu! c'est un cartel; je lui couperai la
+gorge dans le parc, et j'apprendrai à ce faquin de prêtre
+de se mêler des choses. Vous ferez bien de vous en aller:
+il n'est pas bon que vous restiez. Palsambleu! je lui
+couperai toutes ses deux oreilles<a id="footnotetag18" name="footnotetag18"></a><a href="#footnote18"><sup>18</sup></a>. Palsambleu! je ne lui
+laisserai pas un os qu'il puisse jeter à son chien.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote18" name="footnote18"></a><b>Note 18: </b><a href="#footnotetag18">(retour) </a> <i>All his two stones</i>.</blockquote>
+
+<p class="stage1">(Simple sort.)</p>
+
+<p>QUICKLY.--Hélas! il ne parle que pour son ami.</p>
+
+<p>CAIUS.--Peu m'importe pour qui.--Ne m'avez-vous pas
+promis que j'aurais Anne Page pour moi? Palsambleu! je
+tuerai ce Jean de prêtre, et j'ai choisi notre hôte de la
+<i>Jarretière</i> pour mesurer nos épées. Palsambleu! je veux
+avoir Anne Page pour moi.</p>
+
+<p>QUICKLY.--Monsieur, la jeune fille vous aime, et tout
+ira bien. Il faut laisser jaser le monde. Eh! vraiment...</p>
+
+<p>CAIUS.--Rugby, venez à la cour avec moi. Palsambleu,
+si je n'ai pas Anne Page, je vous mettrai à la porte.--Marchez
+sur mes talons, Rugby.</p>
+
+<p class="stage1">(Caius sort avec Rugby.)</p>
+
+<p>QUICKLY.--Ce que vous aurez, c'est la tête d'un fou.
+Non; je connais la pensée d'Anne sur ceci. Il n'y a pas
+une femme à Windsor gui connaisse mieux la pensée
+d'Anne que moi, et qui ait plus d'empire sur son esprit
+que moi. Dieu merci.</p>
+
+<p>FENTON, <i>derrière le théâtre</i>.--Y a-t-il quelqu'un ici?
+Holà?</p>
+
+<p>QUICKLY.--Qui peut venir ici, je me demande? Approchez
+de la maison, je vous prie.</p>
+
+<p class="stage1">(Entre Fenton.)</p>
+
+<p>FENTON.--Eh bien! ma bonne femme, qu'y a-t-il?
+Comment te portes-tu?</p>
+
+<p>QUICKLY.--Très-bien quand Votre Seigneurie a la bonté
+de me le demander.</p>
+
+<p>FENTON.--Quelles nouvelles? Comment se porte la jolie
+mistriss Anne?</p>
+
+<p>QUICKLY.--Oui, par ma foi, monsieur, elle est jolie, et
+honnête, et douce, et de vos amies; je puis bien vous le
+dire, Dieu merci!</p>
+
+<p>FENTON.--Penses-tu que je puisse réussir? Ne perdrai-je
+pas mes peines?</p>
+
+<p>QUICKLY.--Véritablement, monsieur, tout est dans les
+mains d'en-haut: mais pourtant, monsieur Fenton, je
+jurerais sur l'Évangile qu'elle vous aime. Votre Seigneurie
+n'a-t-elle pas une petite verrue au-dessus de
+l'oeil?</p>
+
+<p>FENTON.--Oui, vraiment, j'en ai une; mais que s'ensuit-il?</p>
+
+<p>QUICKLY.--Ah! c'est un bon conte, monsieur Fenton...
+Anne est une si drôle de fille!--Mais, je le proteste, la
+plus honnête fille qui jamais ait mangé pain. Nous avons
+jasé hier une heure entière sur cette verrue.--Je ne
+rirai jamais que dans la société de cette jeune fille. Mais,
+à vous dire vrai, elle est trop portée à la mélancolie, à
+la rêverie; rien que pour vous au moins, suffit, poursuivez.</p>
+
+<p>FENTON.--Fort bien.--Je la verrai aujourd'hui. Tiens,
+voilà de l'argent pour toi. Parle pour moi; et si tu la
+vois avant moi, fais-lui mes compliments.</p>
+
+<p>QUICKLY.--Si je le ferai? Oui, par ma foi, nous lui parlerons;
+et au premier moment où nous reprendrons
+notre confidence, j'en dirai davantage à Votre Seigneurie
+sur la verrue, et aussi sur les autres amoureux.</p>
+
+<p>FENTON.--Bon, adieu; je suis pressé en ce moment.</p>
+
+<p>QUICKLY.--Ma révérence à Votre Seigneurie. (<i>Fenton
+sort</i>.) C'est sans mentir, un honnête gentilhomme; mais
+Anne ne l'aime point. Je sais les sentiments d'Anne
+mieux que personne.--Allons, rentrons.--Qu'est-ce que
+j'ai oublié?</p>
+
+<p class="stage1">(Elle sort.)</p>
+
+<p>FIN DU PREMIER ACTE.</p>
+<br><br>
+
+<h2>ACTE DEUXIÈME</h2>
+<br>
+
+<h3>SCÈNE I</h3>
+
+<p class="stage1">Devant la maison de Page.</p>
+
+<p class="stage1"><i>Entre mistriss</i> PAGE <i>tenant une lettre</i>.</p>
+<br>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Quoi! dans les jours brillants de ma
+beauté, j'aurais échappé aux lettres d'amour, et aujourd'hui
+je m'y trouverais exposée. Voyons. (<i>Elle lit</i>.) «Ne
+me demandez point raison de l'amour que je sens
+pour vous; car, quoique l'amour puisse appeler la raison
+pour son directeur, il ne la prend jamais pour son
+conseil. Vous n'êtes pas jeune, je ne le suis pas non
+plus. Voilà que la sympathie commence. Vous êtes
+gaie, je le suis aussi. Ha! ha! nouveau degré de sympathie
+entre nous. Vous aimez le vin d'Espagne, j'en
+fais autant. Pourriez-vous souhaiter plus de sympathie?
+Qu'il te suffise, mistriss Page, du moins si l'amour
+d'un soldat peut te suffire, que je t'aime. Je ne
+dirai point: <i>Aie pitié de moi</i>, ce n'est pas le style d'un
+soldat; mais je dis: <i>Aime-moi</i>.--<i>Signé</i>,</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<p>«Ton dévoué chevalier</p>
+<p>Tout prêt pour toi à guerroyer</p>
+<p>De tout son pouvoir;</p>
+<p>Le jour, la nuit,</p>
+<p>Ou à quelque lumière que ce soit,</p>
+<br>
+<p>«John Falstaff.»</p>
+</div></div>
+
+<p>Quel vilain juif, Hérode! O monde, monde pervers!
+Un homme presque tout brisé de vieillesse, vouloir se
+donner encore pour un jeune galant! Quel diantre d'imprudence
+cet ivrogne de Flamand a-t-il donc pu saisir
+dans ma conduite, pour oser ainsi s'attaquer à moi?
+Quoi! il ne s'est pas trouvé trois fois en ma compagnie.
+Qu'ai-je donc pu lui dire?--J'eus soin de contenir ma
+gaieté, Dieu me pardonne.--En vérité, je veux présenter
+un bill au prochain parlement, pour la répression des
+hommes.--Comment me vengerai-je de lui? car je prétends
+me venger, aussi vrai que son ventre est fait tout
+entier de puddings.</p>
+
+<p class="stage1">(Entre mistriss Ford.)</p>
+
+<p>MISTRISS FORD.--Mistriss Page, vous pouvez m'en
+croire, j'allais chez vous.</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Et, ma parole, je venais aussi chez
+vous.--Vous avez bien mauvais visage.</p>
+
+<p>MISTRISS FORD.--Oh! c'est ce que je ne croirai jamais.
+Je puis montrer la preuve du contraire.</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--A la bonne heure; mais moi du moins
+je vous vois ainsi.</p>
+
+<p>MISTRISS FORD.--Soit, je le veux bien. Je vous dis
+pourtant qu'on pourrait vous montrer la preuve du contraire.
+O mistriss Page, conseillez-moi.</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--De quoi s'agit-il, voisine?</p>
+
+<p>MISTRISS FORD.--O voisine, sans une petite bagatelle
+de scrupule, je pourrais parvenir à un poste d'honneur.</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Envoyez pendre la bagatelle, voisine,
+et prenez l'honneur. Qu'est-ce que c'est?--Moquez-vous
+des bagatelles. Que voulez-vous dire?</p>
+
+<p>MISTRISS FORD.--Si je voulais aller en enfer seulement
+pour une toute petite éternité, ou quelque chose de pareil,
+je pourrais tout à l'heure avoir l'ordre de la chevalerie.</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Toi! tu badines.--Sir Alice Ford! tu
+serais un chevalier bâtard, ma chère, tu ne tiendrais
+pas de place, je t'en réponds, sur le livre de la chevalerie.</p>
+
+<p>MISTRISS FORD.--Nous brûlons le jour!--Lisez ceci,
+lisez. Voyez comment je pourrais être titrée.--Me voilà
+décidée à mal parler des gros hommes, tant que j'aurai
+des yeux capables de distinguer les hommes sur l'apparence:
+et cependant celui-ci ne jurait point; il louait la
+modestie dans les femmes; il s'élevait si sagement et de
+si bon goût contre ce qui n'était pas convenable, que
+j'aurais juré que ses sentiments s'accordaient avec ses
+discours; mais ils n'ont aucun rapport et ne vont pas du
+tout ensemble; c'est comme le centième psaume sur
+l'air <i>des jupons verts</i>. Quelle tempête, je vous en prie, a
+jeté sur notre terre de Windsor cette baleine, le ventre
+plein de tant de tonnes d'huile? Comment en tirerai-je
+vengeance? Je pense que le meilleur parti serait de
+l'amuser d'espérances, jusqu'à ce que le feu maudit de
+la luxure l'ait fondu dans sa graisse.--Avez-vous jamais
+rien entendu de semblable?</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Lettre pour lettre, si ce n'est que le
+nom de Page diffère du nom de Ford. Pour te consoler
+pleinement de cet injurieux mystère, voici la soeur jumelle
+de ta lettre; mais la tienne peut prendre l'héritage,
+car je proteste que la mienne n'y prétend rien.--Je répondrais
+qu'il a un millier de ces lettres tout écrites,
+avec un blanc pour les noms. Et quant aux noms, cela
+va assurément à plus de mille, et nous n'avons que la
+seconde édition. Il les fera imprimer sans doute, car il
+est fort indifférent sur le choix, puisqu'il veut nous
+mettre toutes les deux sous presse. J'aimerais mieux être
+une Titane, et avoir sur le corps le mont Pélion....
+Allez, je vous trouverai vingt tourterelles libertines avant
+de trouver un homme chaste.</p>
+
+<p>MISTRISS FORD.--En effet, c'est en tout la même lettre,
+la même main, les mêmes mots. Que pense-t-il donc de
+nous?</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Je n'en sais rien. Ceci me donne presque
+envie de chercher querelle à ma vertu. Voilà que je
+vais en agir avec moi comme avec une nouvelle connaissance.
+Sûrement, s'il n'avait reconnu en moi quelque
+faible que je n'y connais pas, il ne serait jamais venu à
+l'abordage avec cette insolence.</p>
+
+<p>MISTRISS FORD.--A l'abordage, dites-vous? oh! je réponds
+bien qu'il ne passera pas le pont.</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Et moi de même. S'il arrive jusqu'aux
+écoutilles, je renonce à tenir la mer. Vengeons-nous de
+lui, assignons-lui chacune un rendez-vous; feignons
+d'encourager sa poursuite; promenons-le finement d'amorces
+en amorces, jusqu'à ce que ses chevaux restent
+en gage chez notre hôte de la <i>Jarretière</i>.</p>
+
+<p>MISTRISS FORD.--Oh! je suis de moitié avec vous dans
+toutes les méchancetés qui ne compromettront pas la
+délicatesse de notre honneur. Oh! si mon mari voyait
+cette lettre, elle fournirait un aliment éternel à sa jalousie.</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Regardez, le voilà qui vient, et mon
+bon mari avec lui. Celui-ci est aussi loin de la jalousie,
+que je suis loin de lui en donner sujet: et, je l'espère,
+la distance est immense.</p>
+
+<p>MISTRISS FORD.--Vous êtes la plus heureuse des deux.</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Allons comploter ensemble contre
+notre gras chevalier.--Retirons-nous de côté.</p>
+
+<p class="stage1">(Elles se retirent de côté.)</p>
+
+<p class="stage1">(Entrent Ford, Pistol, Page, Nym.)</p>
+
+<p>FORD.--Non, j'espère qu'il n'en est rien.</p>
+
+<p>PISTOL.--L'espoir, dans certaines affaires, n'est autre
+chose qu'un chien écourté<a id="footnotetag19" name="footnotetag19"></a><a href="#footnote19"><sup>19</sup></a>. Sir John convoite ta femme.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote19" name="footnote19"></a><b>Note 19: </b><a href="#footnotetag19">(retour) </a> <i>Curtail dog</i>. On croyait que couper la queue à un chien était
+le moyen de lui ôter le courage. Ainsi, les paysans n'ayant pas
+droit de chasse étaient obligés de couper la queue à leurs
+chiens.</blockquote>
+
+<p>FORD.--Eh! mon cher monsieur, ma femme n'est plus
+jeune.</p>
+
+<p>PISTOL.--Il attaque de côté et d'autre, riche et pauvre,
+et la jeune et la vieille, l'une en même temps que l'autre,
+il veut manger à ton écuelle. Ford, sois sur tes
+gardes.</p>
+
+<p>FORD.--Il aimerait ma femme?</p>
+
+<p>PISTOL.--Du foie le plus chaud.--Préviens-le, ou tu vas
+te trouver fait comme sir Actéon aux pieds de corne.
+Oh! l'odieux nom!</p>
+
+<p>FORD.--Quel nom, monsieur?</p>
+
+<p>PISTOL.--Le nom de corne. Adieu, prends garde, tiens
+l'oeil ouvert; car les voleurs cheminent de nuit: prends
+tes précautions avant que l'été arrive; car alors les
+coucous commenceront à chanter.--Venez, sir caporal
+Nym.--Croyez-le, Page, il vous parle raison.</p>
+
+<p class="stage1">(Pistol sort.)</p>
+
+<p>FORD.--J'aurai de la patience. J'approfondirai ceci.</p>
+
+<p>NYM.--Et c'est la vérité. Je n'ai pas la chose de mentir.
+Il m'a offensé dans des choses. Il voulait que je portasse
+sa chose de lettre, mais j'ai une épée, et elle me coupera
+des vivres dans ma nécessité.--Il aime votre
+femme: c'est le court et le long de la chose. Je me nomme
+le caporal Nym; je parle et je soutiens ce que j'avance:
+ceci est la vérité; je me nomme Nym, et Falstaff aime
+votre femme. Adieu; je n'ai pas la chose de vivre de
+pain et de fromage, voilà la chose. Adieu.</p>
+
+<p class="stage1">(Nym sort.)</p>
+
+<p>PAGE.--Voilà la chose, dit-il. Ce gaillard-là a un grand
+talent pour mettre les choses à rebours du bon sens.</p>
+
+<p>FORD.--Je prétends trouver Falstaff.</p>
+
+<p>PAGE.--Je n'ai jamais vu un drôle si compassé et si
+affecté.</p>
+
+<p>FORD.--Si je découvre quelque chose, nous verrons.</p>
+
+<p>PAGE.--Je ne croirais pas un tel hâbleur<a id="footnotetag20" name="footnotetag20"></a><a href="#footnote20"><sup>20</sup></a>, quand le
+curé de la ville me serait caution de sa sincérité.</p>
+
+<p>FORD.--Celui-ci m'a tout l'air d'un honnête homme et
+d'un homme de sens. Nous verrons.</p>
+
+<p>PAGE, <i>à sa femme</i>.--Ah! te voilà, Meg<a id="footnotetag21" name="footnotetag21"></a><a href="#footnote21"><sup>21</sup></a>?</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote20" name="footnote20"></a><b>Note 20: </b><a href="#footnotetag20">(retour) </a> <i>Cataian</i>, voyageur revenant du Cataï. C'était le nom qu'on
+donnait aux menteurs.</blockquote>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote21" name="footnote21"></a><b>Note 21: </b><a href="#footnotetag21">(retour) </a> Diminutif de Marguerite.</blockquote>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Où allez-vous, George?--Écoutez.</p>
+
+<p>MISTRISS FORD, <i>à son mari</i>.--Qu'est-ce, mon cher
+Frank? Pourquoi êtes-vous mélancolique?</p>
+
+<p>FORD.--Moi mélancolique! Je ne suis point mélancolique.--Retournez
+au logis; allez.</p>
+
+<p>MISTRISS FORD.--Oh! sûrement, vous avez en ce moment
+quelques lubies en tête.--Venez-vous, mistriss
+Page?</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Je vous suis.--Vous reviendrez dîner,
+George? (<i>Bas à mistriss Ford</i>.) Tenez, voyez-vous cette
+femme qui vient là? ce sera notre messagère auprès de
+ce misérable chevalier.</p>
+
+<p class="stage1">(Entre mistriss Quickly.)</p>
+
+<p>MISTRISS FORD, <i>à mistriss Page</i>.--Sur ma parole, j'y
+songeais; elle est toute propre à cela.</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Vous allez voir ma fille Anne?</p>
+
+<p>QUICKLY.--Oui ma foi; et comment se porte, je vous
+prie, la chère mistriss Anne?</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Entrez avec nous, vous la verrez. Nous
+avons à causer avec vous.</p>
+
+<p class="stage1">(Mistriss Page, mistriss Ford et Quickly sortent.)</p>
+
+<p>PAGE.--Qu'est-ce qu'il y a, monsieur Ford?</p>
+
+<p>FORD.--Vous avez entendu ce que m'a dit cet homme?
+Ne l'avez-vous pas entendu?</p>
+
+<p>PAGE.--Et vous, vous avez entendu ce que m'a dit son
+compagnon?</p>
+
+<p>FORD.--Les croyez-vous sincères?</p>
+
+<p>PAGE.--Qu'ils aillent se faire pendre, ces gredins-là.
+Je ne pense pas que le chevalier ait aucune idée de ce
+genre: c'est une paire de valets qu'il a chassés et qui
+viennent l'accuser d'un dessein sur nos femmes. Ce
+n'est pas autre chose que des coureurs de grands chemins,
+maintenant qu'ils manquent de service.</p>
+
+<p>FORD.--Ils étaient à ses gages?</p>
+
+<p>PAGE.--Eh! sans doute.</p>
+
+<p>FORD.--Je n'en aime pas mieux l'avis qu'ils nous donnent.
+Sir John loge à la <i>Jarretière</i>?</p>
+
+<p>PAGE.--Oui, il y loge. S'il est vrai qu'il en veuille à ma
+femme, je la lâche sur lui de tout mon coeur, et s'il en
+obtient autre chose que de mauvais compliments, je le
+prends sur mon front.</p>
+
+<p>FORD.--Je ne doute point de la vertu de ma femme;
+cependant, je ne les laisserais pas volontiers tous les
+deux ensemble. On peut être trop confiant: je ne veux
+rien prendre sur mon front; je ne me tranquillise pas si
+aisément.</p>
+
+<p>PAGE.--Tenez, voilà notre hôte de la <i>Jarretière</i> qui
+vient en parlant bien haut: il faut qu'il ait du vin dans
+la tête, ou de l'argent dans la bourse, pour porter une
+face si joyeuse.--Bonjours notre hôte.</p>
+
+<p class="stage1">(Entrent l'hôte et Shallow.)</p>
+
+<p>L'HÔTE.--Eh! qu'est-ce que c'est donc, mon gros? Un
+gentilhomme comme toi? un justicier?</p>
+
+<p>SHALLOW.--Je vous suis, mon hôte, je vous suis.--Vingt
+fois bonsoir, cher monsieur Page. Monsieur Page,
+voulez-vous venir avec nous? Nous allons bien nous divertir.</p>
+
+<p>L'HÔTE.--Dis-lui ce que c'est, cavalier de justice, dis-le-lui,
+mon gros.</p>
+
+<p>SHALLOW.--Un combat à mort, monsieur, un duel
+entre sir Hugh, le prêtre gallois, et Caius, le médecin
+français.</p>
+
+<p>FORD.--Notre cher hôte de la <i>Jarretière</i>, j'ai un mot à
+vous dire.</p>
+
+<p>L'HÔTE.--Que me veux-tu, mon gros?</p>
+
+<p class="stage1">(Ils se mettent à l'écart.)</p>
+
+<p>SHALLOW, <i>à Page</i>.--Voulez-vous venir avec nous voir
+cela? Mon joyeux hôte a été chargé de mesurer leurs
+épées; et il a, je crois, assigné pour rendez-vous, des
+lieux tout opposés: car on dit, je vous en réponds, que
+le prêtre ne plaisante pas. Écoutez-moi, je vais vous
+conter toute l'attrape.</p>
+
+<p>L'HÔTE, <i>à Ford</i>.--N'as-tu pas quelque prise de corps
+contre mon chevalier, mon hôte du bel air.</p>
+
+<p>FORD.--Non, en vérité: mais je vous donnerai un pot
+de vin d'Espagne brûlé, si vous m'introduisez auprès de
+lui, en lui disant que je m'appelle Brook. Il s'agit d'une
+plaisanterie.</p>
+
+<p>L'HÔTE.--La main, mon gros. Tu auras tes entrées et
+tes sorties: dis-je bien? et ton nom sera Brook.--C'est
+un joyeux chevalier.--Venez-vous? Allons, chers
+coeurs.</p>
+
+<p>SHALLOW.--Je viens avec vous, mon hôte.</p>
+
+<p>PAGE.--J'ai ouï dire que le Français maniait bien l'épée.</p>
+
+<p>SHALLOW.--Bon, bon, nous savons quelque chose de
+mieux que cela, monsieur. Aujourd'hui vous faites grand
+bruit de vos intervalles, de vos passes, de vos estocades,
+et je ne sais quoi. Le coeur, monsieur Page, le coeur, tout
+est là. J'ai vu le temps où, avec ma longue épée; vous
+quatre, grands gaillards que vous êtes, je vous aurais
+tous fait filer comme des rats.</p>
+
+<p>L'HÔTE.--Venez, enfants, venez. Partons-nous?</p>
+
+<p>PAGE.--Nous sommes à vous.--J'aimerais mieux les
+entendre se chamailler que les voir se battre.</p>
+
+<p class="stage1">(Page, Shallow et l'hôte sortent.)</p>
+
+<p>FORD.--Si Page veut se confier comme un imbécile, et
+se repose si tranquillement sur sa fragile moitié, je ne
+sais pas, moi, me mettre si facilement l'esprit en repos.
+Elle l'a vu hier chez Page; et ce qu'ils y ont fait, je n'en
+sais rien. Allons, je veux pénétrer au fond de tout ceci;
+mon déguisement me servira à sonder Falstaff. Si je la
+trouve fidèle, je n'aurai pas perdu ma peine; si elle ne
+l'est pas, ce sera encore de la peine bien employée.</p>
+
+<p class="stage1">(Il sort.)</p>
+<br>
+
+<h3>SCÈNE II</h3>
+
+<p class="stage1">L'hôtellerie de la <i>Jarretière</i>.</p>
+
+<p class="stage1"><i>Entrent</i> FALSTAFF et PISTOL.</p>
+<br>
+
+<p>FALSTAFF.--Je ne te prêterai pas un penny.</p>
+
+<p>PISTOL.--Eh bien! je ferai donc de la terre une huître
+que j'ouvrirai avec mon épée.--Je vous rembourserais
+par mon service.</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Pas un penny. J'ai trouvé bon, monsieur,
+de vous prêter mon crédit pour emprunter sur gages.
+J'ai tourmenté mes bons amis, afin d'obtenir trois répits
+pour vous et votre camarade Nym, sans quoi vous
+eussiez tous deux regardé à travers une grille, comme
+une paire de singes. Je suis damné en enfer pour avoir
+juré à des gentilshommes de mes amis que vous étiez
+de bons soldats et des gens de coeur; et lorsque mistriss
+Bridget perdit le manche de son éventail<a id="footnotetag22" name="footnotetag22"></a><a href="#footnote22"><sup>22</sup></a>, je protestai
+sur mon honneur que tu ne l'avais pas.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote22" name="footnote22"></a><b>Note 22: </b><a href="#footnotetag22">(retour) </a> Les éventails d'alors étaient un paquet de plumes qu'on faisait
+tenir dans un manche d'or, d'argent ou d'ivoire travaillé.</blockquote>
+
+<p>PISTOL.--N'as-tu pas partagé avec moi? N'as-tu pas eu
+quinze pence?</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Es-tu fou, coquin, es-tu fou de penser que
+je veuille exposer mon âme gratis? En un mot, cesse de
+te pendre après moi; je ne suis pas fait pour être ta potence.--Va,
+il ne te faut rien autre chose qu'un couteau
+court, et un peu de foule: va vivre dans ton domaine
+de Pickt-hatch<a id="footnotetag23" name="footnotetag23"></a><a href="#footnote23"><sup>23</sup></a>: va.--Vous ne voulez pas porter une
+lettre pour moi, faquin?--Vous, vous tenez à votre
+honneur! vous, abîme de bassesse! Quoi! c'est tout ce
+que je puis faire que de conserver l'exacte délicatesse
+de mon honneur, moi, moi, moi-même: quelquefois
+laissant de côté la crainte du ciel, et mettant mon honneur
+à couvert sous la nécessité, je suis tenté de ruser,
+de friponner, de filouter; et vous, coquin, vous prétendrez
+retrancher vos haillons, votre oeil de chat de montagne,
+vos propos de taverne et vos impudents jurements,
+sous l'abri de votre honneur! Vous ne voulez pas faire
+ce que je vous dis, vous?</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote23" name="footnote23"></a><b>Note 23: </b><a href="#footnotetag23">(retour) </a> <i>Pickt-hatch</i> paraît être le nom donné en argot à quelque
+quartier connu pour les vols et la quantité de mauvais lieux qu'il
+renfermait.</blockquote>
+
+<p>PISTOL.--Je me radoucis. Que peut-on demander de
+plus à un homme?</p>
+
+<p class="stage1">(Entre Robin.)</p>
+
+<p>ROBIN.--Monsieur, il y a là une femme qui voudrait
+vous parler.</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Qu'elle approche.</p>
+
+<p class="stage1">(Entre Quickly.)</p>
+
+<p>QUICKLY.--Je donne le bonjour à Votre Seigneurie.</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Bonjour, ma bonne femme.</p>
+
+<p>QUICKLY.--Plaise à Votre Seigneurie, ce nom ne m'appartient
+pas.</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Ma bonne fille, donc.</p>
+
+<p>QUICKLY.--J'en puis jurer, comme l'était ma mère
+quand je suis venue au monde.</p>
+
+<p>FALSTAFF.--J'en crois ton serment. Que me veux-tu?</p>
+
+<p>QUICKLY.--Pourrai-je accorder à Votre Seigneurie un
+mot ou deux?</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Deux mille, ma belle, et je t'accorderai
+audience.</p>
+
+<p>QUICKLY.--Il y a, monsieur, une mistriss Ford.--Je vous
+prie, venez un peu plus de ce côté.--Moi, je demeure
+avec le docteur Caius.</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Bon, poursuis; mistriss Ford, dites-vous?</p>
+
+<p>QUICKLY.--Votre Seigneurie dit la vérité. Je prie Votre
+Seigneurie, un peu plus de ce côté.</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Je te réponds que personne n'entend.--Ce
+sont là mes gens, ce sont là mes gens.</p>
+
+<p>QUICKLY.--Sont-ce vos gens? Que Dieu les bénisse et en
+fasse ses serviteurs!</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Bon: mistriss Ford!--Quelles nouvelles
+de sa part?</p>
+
+<p>QUICKLY.--Vraiment, monsieur, c'est une bonne créature!
+Jésus! Jésus! Votre Seigneurie est un peu folâtre:
+c'est bien; je prie Dieu qu'il vous pardonne, et à nous
+tous!</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Mistriss Ford...--Eh bien! Mistriss Ford...</p>
+
+<p>QUICKLY.--Tenez, voici le court et le long de l'affaire.
+Vous l'avez mise en train de telle sorte, que c'est une
+chose surprenante. Le plus huppé de tous les courtisans
+qu'il y a quand la cour est à Windsor n'aurait jamais
+pu la mettre en train comme cela; et cependant nous
+avons eu céans des chevaliers et des lords, et des gentilshommes
+avec leurs carrosses. Oui, je vous le garantis,
+carrosses après carrosses, lettres sur lettres, présents sur
+présents, et qui sentaient si bon! c'était tout musc, et
+je vous en réponds, tout frétillants d'or et de soie, et
+avec des termes si élégants et des vins sucrés des meilleurs
+et des plus fins: il y avait, je vous assure, de quoi
+gagner le coeur de quelque femme que ce fût. Eh bien,
+je vous réponds qu'ils n'obtinrent pas d'elle un seul coup
+d'oeil. Moi-même on m'a donné, ce matin, vingt angelots;
+mais je défie tous les angelots, et de toutes les couleurs,
+comme on dit, de réussir autrement que par les voies
+honnêtes.--Et je vous assure que le plus fier d'eux tous
+n'en a pas pu obtenir seulement de goûter au même
+verre. Pourtant il y avait des comtes; bien plus, des
+gardes du roi<a id="footnotetag24" name="footnotetag24"></a><a href="#footnote24"><sup>24</sup></a>. Eh bien, je vous réponds que pour elle
+c'est tout un.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote24" name="footnote24"></a><b>Note 24: </b><a href="#footnotetag24">(retour) </a> <i>Pensioners</i>. Les pensionnaires étaient des jeunes gens des
+premières familles d'Angleterre, qui formaient au roi une espèce
+de garde.</blockquote>
+
+<p>FALSTAFF.--Mais que me dit-elle, à moi? Abrégez. Au
+fait, mon cher Mercure femelle.</p>
+
+<p>QUICKLY.--Vraiment elle a reçu votre lettre, dont elle
+vous remercie mille fois, et elle vous donne notification
+que son mari sera absent entre dix et onze.</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Dix et onze?</p>
+
+<p>QUICKLY.--Oui, d'honneur: alors vous pourrez venir,
+et voir, dit-elle, le portrait que vous savez.--Monsieur
+Ford, son mari, sera dehors. Hélas! cette douce femme
+passe bien mal son temps avec lui: cet homme est une
+vraie jalousie. La pauvre créature, elle mène une triste
+vie avec lui!</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Dix et onze! Femme, dites-lui bien des
+choses de ma part; Je n'y manquerai pas.</p>
+
+<p>QUICKLY.--Bon, c'est bien dit. Mais j'ai encore une
+autre commission pour Votre Seigneurie. Madame Page
+vous fait bien ses compliments de tout son coeur; et je
+vous le dirai à l'oreille, c'est une femme modeste et très-vertueuse;
+une dame, voyez-vous, qui ne vous manquera
+pas plus à sa prière du soir et du matin qu'aucune autre
+de Windsor, sans dire de mal des autres. Elle m'a chargé
+de dire à Votre Seigneurie que son mari s'absente rarement
+du logis; mais elle espère qu'elle pourra trouver
+un moment. Jamais je n'ai vu femme raffoler d'un
+homme à ce point. Sûrement vous avez un charme.
+Avouez, là, de bonne foi.</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Non, je t'assure. Sauf l'attraction de mes
+avantages personnels, je n'ai point d'autres charmes.</p>
+
+<p>QUICKLY.--Votre coeur en soit béni!</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Mais dis-moi une chose, je t'en prie. La
+femme de Ford et la femme de Page se sont-elles fait
+confidence de leur amour pour moi?</p>
+
+<p>QUICKLY.--Ce serait vraiment une belle plaisanterie!
+Elles n'ont pas si peu de bon sens, j'espère: le beau tour,
+ma foi! Mais madame Page souhaiterait que vous lui
+cédassiez à quelque prix que ce soit votre petit page. Son
+mari est singulièrement entiché du petit page; et, pour
+dire vrai, monsieur Page est un honnête mari: il n'y a
+pas une femme à Windsor qui mène une vie plus heureuse
+que madame Page! Elle fait ce qu'elle veut, dit ce
+qu'elle veut, reçoit tout, paye tout, se couche quand il
+lui plaît; tout se fait comme elle veut: mais elle le mérite
+vraiment; car, s'il y a une aimable femme à
+Windsor, c'est bien elle. Il faut que vous lui envoyiez
+votre page; je n'y sais point de remède.</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Eh bien, je le lui enverrai.</p>
+
+<p>QUICKLY.--Faites donc. Vous voyez bien qu'il pourra
+aller et venir entre vous deux; et, à tout événement,
+donnez-vous un mot d'ordre, afin de pouvoir connaître
+les sentiments l'un de l'autre, sans que le jeune garçon
+ait besoin d'y rien comprendre; car il n'est pas bon que
+des enfants aient le mal devant les yeux. Les vieilles
+gens, comme on dit, ont de la discrétion; ils connaissent
+le monde.</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Adieu; fais mes compliments à toutes deux.
+Voici ma bourse, et je reste encore ton débiteur.--Petit,
+va avec cette femme.--Ces nouvelles me tournent
+la tête.</p>
+
+<p class="stage1">(Sortent Quickly et Robin.)</p>
+
+<p>PISTOL.--Cette coquine-là est une messagère de Cupidon:
+forçons de voiles, donnons-lui la chasse; préparez-vous
+au combat; feu! J'en fais ma prise, ou que
+l'Océan les engloutisse tous.</p>
+
+<p class="stage1">(Pistol sort.)</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Tu fais donc de ces tours, vieux Falstaff?
+Suis ton chemin.--Je tirerai parti de ton vieux corps,
+plus que je n'ai encore fait. Ainsi elles courent après toi;
+et après avoir dépensé tant d'argent, tu vas en gagner.
+Je te remercie, bon vieux corps. Laissons dire à l'envie
+qu'il est construit grossièrement; s'il l'est agréablement,
+qu'importe?</p>
+
+<p class="stage1">(Entre Bardolph.)</p>
+
+<p>BARDOLPH.--Sir John, il y a là en bas un monsieur
+Brook qui désire vous parler et faire connaissance avec
+vous, et il a envoyé à Votre Seigneurie du vin d'Espagne
+pour le coup du matin.</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Brook est son nom?</p>
+
+<p>BARDOLPH.--Oui, chevalier.</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Qu'il monte. De pareils brocs sont bien
+venus chez moi, lorsqu'il en coule une pareille liqueur.
+--Ah! ah! mistriss Ford et mistriss Page, je vous tiens
+toutes deux. Allons. <i>Via</i>!</p>
+
+<p class="stage1">(Bardolph sort.)</p>
+
+<p class="stage1">(Rentrent Bardolph avec Ford déguisé.)</p>
+
+<p>FORD.--Dieu vous garde, monsieur.</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Et vous aussi, monsieur. Souhaitez-vous
+me parler?</p>
+
+<p>FORD.--Excusez, si j'ose m'introduire ainsi chez vous
+sans cérémonie.</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Vous êtes le bienvenu. Que désirez-vous?
+Laisse-nous, garçon.</p>
+
+<p class="stage1">(Bardolph sort.)</p>
+
+<p>FORD.--Monsieur, vous voyez un homme qui a dépensé
+beaucoup d'argent. Je m'appelle Brook.</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Cher monsieur Brook, je désire faire avec
+vous plus ample connaissance.</p>
+
+<p>FORD.--Mon bon sir John, je recherche la vôtre: non
+que mon dessein soit de vous être à charge; car vous
+saurez que je me crois plus que vous en situation de
+prêter de l'argent: c'est ce qui m'a en quelque sorte encouragé
+à m'introduire d'une manière si peu convenable;
+car on dit que, quand l'argent va devant, toutes les portes
+s'ouvrent.</p>
+
+<p>FALSTAFF.--L'argent est un bon soldat, il pousse en
+avant.</p>
+
+<p>FORD.--Vraiment oui, j'ai ici un sac d'argent qui me
+gêne. Si vous voulez m'aider à le porter, sir John, prenez
+le tout ou la moitié pour me soulager du fardeau.</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Je ne sais pas, monsieur, à quel titre je
+puis mériter d'être votre porteur.</p>
+
+<p>FORD.--Je vous le dirai, monsieur, si vous avez la bonté
+de m'écouter.</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Parlez, cher monsieur Brook; je serai enchanté
+de vous rendre service.</p>
+
+<p>FORD.--J'entends dire que vous êtes un homme lettré,
+monsieur.--Je serai court, et vous m'êtes connu depuis
+longtemps, quoique malgré mon désir je n'aie jamais
+trouvé l'occasion de me faire connaître de vous. Ce que
+je vais vous découvrir m'oblige d'exposer au jour mes
+propres imperfections: mais, mon bon sir John, en jetant
+un oeil sur mes faiblesses quand vous m'entendrez
+les découvrir, tournez l'autre sur le registre des vôtres;
+alors j'échapperai peut-être plus facilement au reproche,
+car personne ne sait mieux que vous combien il est naturel
+de pécher comme je le fais.</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Très bien. Poursuivez.</p>
+
+<p>FORD.--Il y a dans cette ville une dame dont le mari
+se nomme Ford.</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Bien, monsieur.</p>
+
+<p>FORD.--Je l'aime depuis longtemps, et j'ai, je vous le
+jure, beaucoup dépensé pour elle. Je la suivais avec
+toute l'assiduité de l'amour, saisissant tous les moyens
+de la rencontrer, ménageant avec soin la plus petite occasion
+seulement de l'apercevoir. Non content des présents
+que j'achetais sans cesse pour elle, j'ai donné beaucoup
+autour d'elle pour savoir quels seraient les dons
+qui lui plairaient. Bref, je l'ai poursuivie comme l'amour
+me poursuivait, c'est-à-dire d'une aile vigilante. Mais
+quelque récompense que j'aie pu mériter, soit par mes
+intentions, soit par mes efforts, je n'en ai reçu assurément
+aucune, à moins que l'expérience ne soit un trésor;
+celui-là je l'ai acquis à grands frais, ce qui m'a instruit à
+dire que:</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<p>L'amour, comme notre ombre, fuit</p>
+<p>L'amour réel qui le poursuit;</p>
+<p>Poursuivant toujours qui le fuit,</p>
+<p>Et fuyant qui le poursuit.</p>
+</div></div>
+
+<p>FALSTAFF.--N'avez-vous jamais tiré d'elle de promesse
+de vous satisfaire?</p>
+
+<p>FORD.--Jamais.</p>
+
+<p>FALSTAFF.--L'avez-vous sollicitée à cet effet?</p>
+
+<p>FORD.--Jamais.</p>
+
+<p>FALSTAFF.--De quelle nature était donc votre amour?</p>
+
+<p>FORD.--Il ressemblait à une belle maison bâtie sur le
+terrain d'un autre. Ainsi, pour m'être trompé de place,
+j'ai perdu mon édifice.</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Mais à quel propos me faites-vous cette
+confidence?</p>
+
+<p>FORD.--Quand je vous l'aurai appris, vous saurez tout,
+sir John. On dit que, bien qu'elle paraisse si sévère envers
+moi, en quelques autres occasions elle pousse si
+loin la gaieté, qu'on en tire des conséquences fâcheuses
+pour elle. Voici donc, sir John, le fond de mon projet.
+Vous êtes un homme de qualité, parlant admirablement
+bien, admis dans les grandes sociétés, recommandable
+par votre place et par votre personne, généralement
+cité pour vos exploits guerriers, vos manières de cour et
+vos profondes connaissances.</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Ah! monsieur....</p>
+
+<p>FORD.--Vous pouvez m'en croire, et d'ailleurs vous le
+savez bien. Voilà de l'argent; dépensez, dépensez-le;
+dépensez plus, dépensez tout ce que je possède; et prêtez-moi
+seulement, en échange, autant de votre temps
+qu'il en faut pour faire jouer les batteries de l'amour
+contre la vertu de la femme de ce Ford: employez toutes
+vos ruses de galanterie; forcez-la de se rendre à vous.
+Si quelqu'un peut la vaincre, c'est vous plus que tout
+autre.</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Conviendrait-il à l'ardeur de votre passion
+que je gagnasse ce que vous voudriez posséder? Il me
+semble que vous choisissez des remèdes bien étranges.</p>
+
+<p>FORD.--Oh! concevez mon but. Elle s'appuie avec tant
+d'assurance sur la solidité de sa vertu, que la folie de
+mon coeur n'ose se découvrir à elle. Elle me paraît trop
+brillante pour que je puisse lever les yeux sur elle. Mais
+si j'arrivais devant elle avec quelques preuves de fait en
+main, mes désirs auraient un exemple alors, et un titre
+pour se faire valoir: je pourrais alors la forcer dans ses
+retranchements d'honneur, de réputation, de foi conjugale,
+et mille autres défenses, qui me présentent maintenant
+une résistance beaucoup trop imposante. Que
+dites-vous de ceci, sir John?</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Monsieur Brook, je commence d'abord par
+user sans façon de votre argent; ensuite mettez votre
+main dans la mienne: enfin, comme je suis gentilhomme,
+vous aurez, si cela vous plaît, la femme de
+Ford.</p>
+
+<p>FORD.--Oh, mon cher monsieur!</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Monsieur Brook, vous l'aurez, vous dis-je.</p>
+
+<p>FORD.--Ne vous faites pas faute d'argent, sir John,
+vous n'en manquerez pas.</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Ne vous faites pas faute de mistriss Ford,
+monsieur Brook, vous ne la manquerez pas. Je puis
+vous le confier: j'ai un rendez-vous avec elle, qu'elle-même
+a provoqué. Son assistante ou son entremetteuse
+sortait justement quand vous êtes entré; je vous dis que
+je serai chez elle entre dix et onze. C'est à cette heure-là
+que son maudit jaloux, son mari, doit être absent. Revenez
+me trouver ce soir, vous verrez comme j'avance
+les affaires.</p>
+
+<p>FORD.--Je suis bien heureux d'avoir fait votre connaissance!
+Avez-vous jamais vu Ford, monsieur?</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Qu'il aille se faire pendre, ce pauvre faquin
+de cocu! Je ne le connais pas: pourtant je lui fais
+tort en l'appelant pauvre. On dit que ce jaloux de bec
+cornu a des monceaux d'or; c'est ce qui fait pour moi la
+beauté de sa femme. Je veux l'avoir comme une clef du
+coffre de ce coquin de cornard. Ce sera ma ferme.</p>
+
+<p>FORD.--Je voudrais, monsieur, que le mari vous fût
+connu, pour que vous puissiez au besoin éviter sa rencontre.</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Qu'il aille se faire pendre, ce manant de
+mangeur de croûtes<a id="footnotetag25" name="footnotetag25"></a><a href="#footnote25"><sup>25</sup></a>. Je veux lui faire une peur à ne
+savoir où donner de la tête. Je vous le tiendrai en respect
+avec ma canne suspendue comme un météore sur
+les cornes du cocu. Tu verras, maître Brook, comme je
+gouvernerai le paysan; et pour toi, tu auras soin de sa
+femme.--Reviens me trouver de bonne heure ce soir.
+Ford est un gredin, et j'y ajouterai quelque chose de
+plus; je te le donne, maître Brook, pour un gredin et un
+cocu. Reviens me trouver ce soir.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote25" name="footnote25"></a><b>Note 25: </b><a href="#footnotetag25">(retour) </a> <i>Salt butter</i>, beurre salé, expression de mépris dont on se sert
+pour désigner ceux qui manquent des commodités de la vie.</blockquote>
+
+<p class="stage1">(Falstaff sort.)</p>
+
+<p>FORD.--Damné pendard de débauché! le coeur me
+crève de colère. Qu'on vienne me dire encore que cette
+jalousie est absurde!--Ma femme lui a envoyé un message;
+l'heure est fixée; l'accord est fait. Qui l'aurait pu
+penser? Voyez si ce n'est pas l'enfer que d'avoir une
+femme perfide! Mon lit sera déshonoré, mes coffres mis
+au pillage, mon honneur en pièces; et ce n'est pas le
+tout que de subir ces infâmes outrages, il me faut accepter
+d'abominables noms, et cela de la part de celui
+qui me fait l'affront! Quels titres! quels noms! Appelez-moi
+Amaimon; cela peut se soutenir; Lucifer, c'est
+bien; Barbason, à la bonne heure; et pourtant ce sont
+les qualifications du diable, des noms de démons: mais
+cocu! cocu complaisant! Le diable même n'a pas un
+nom semblable.--Page est un âne, un âne fieffé; il veut
+se fier à sa femme, il ne veut pas être jaloux! J'aimerais
+mieux confier mon beurre à un Flamand, mon fromage
+au prêtre gallois Hugh, mon flacon d'eau-de-vie à un
+Irlandais, ma haquenée à un filou pour s'aller promener,
+que ma femme à sa propre garde. Tantôt elle complote,
+tantôt elle projette, tantôt elle manigance; et ce qu'elles
+ont mis dans leur tête, il faut qu'elles l'exécutent; elles
+crèveront plutôt que de ne pas l'exécuter. Le ciel soit
+loué de m'avoir fait jaloux!--C'est à onze heures.--Je le
+préviendrai; je surprendrai ma femme; je me vengerai
+de Falstaff, et me rirai de Page.--Allons, allons, plutôt
+trois heures trop tôt qu'une minute trop tard.--Cocu!
+cocu! oh! fi, fi, fi!</p>
+
+<p class="stage1">(Il sort.)</p>
+<br>
+
+<h3>SCÈNE III</h3>
+
+<p class="stage1">Dans le parc de Windsor
+
+<p class="stage1"><i>Entrent</i> CAIUS et RUGBY.</p>
+<br>
+
+<p>CAIUS.--Jack Rugby!</p>
+
+<p>RUGBY.--Monsieur?</p>
+
+<p>CAIUS.--Quelle heure est-il, Jack?</p>
+
+<p>RUGBY.--Il est plus que l'heure, monsieur, à laquelle
+sir Hugh avait promis de venir.</p>
+
+<p>CAIUS.--Palsambleu! il a sauvé son âme en ne venant
+pas. Il a bien prié dans sa Bible puisqu'il ne vient pas.
+Palsambleu! Jack Rugby, il est mort s'il vient.</p>
+
+<p>RUGBY.--Il est prudent, monsieur; il savait que Votre
+Seigneurie le tuerait, s'il venait.</p>
+
+<p>CAIUS.--Palsambleu! un hareng n'est pas si bien mort
+qu'il le sera, quand je l'aurai tué. Rugby, prenez votre
+rapière: je veux vous dire comment je le tuerai.</p>
+
+<p>RUGBY.--Hélas! je ne sais pas tirer des armes, monsieur.</p>
+
+<p>CAIUS.--Faquin! prenez votre rapière.</p>
+
+<p>RUGBY.--Restez coi; voici du monde.</p>
+
+<p class="stage1">(Entrent l'hôte, Shallow, Slender et Page.)</p>
+
+<p>L'HÔTE.--Dieu te soit en aide, gros docteur!</p>
+
+<p>SHALLOW.--Dieu vous garde, monsieur le docteur
+Caius!</p>
+
+<p>PAGE.--Vous voilà, mon bon monsieur le docteur!</p>
+
+<p>SLENDER.--Je vous donne le bonjour, monsieur.</p>
+
+<p>CAIUS.--Pour quelle raison êtes-vous venus ici un,
+deux, trois, quatre?</p>
+
+<p>L'HÔTE.--Pour te voir te battre, te voir parer, riposter,
+te voir ici, te voir là, te voir pousser tes bottes d'estoc,
+de taille, puis ta seconde, ta flanconnade. Est-il mort,
+mon Éthiopien? est-il mort, mon Francisco? Que dit mon
+Esculape, mon Galien, mon coeur de sureau? Est-il mort,
+gros flairant? Est-il mort?</p>
+
+<p>CAIUS.--Palsambleu! c'est un poltron que ce prêtre,
+s'il en est un dans le monde; il n'ose pas montrer son nez.</p>
+
+<p>L'HÔTE.--Tu es un roi castillan, mon urinal, un Hector
+de Grèce, mon garçon!</p>
+
+<p>CAIUS.--Je vous prie, soyez tous témoins que je l'ai
+attendu seul, cinq ou six, deux, trois heures, et qu'il ne
+vient pas.</p>
+
+<p>SHALLOW.--C'est qu'il se montre le plus sage, messire
+docteur. Il est le médecin des âmes, et vous le médecin
+des corps: si vous alliez combattre tous deux, vous agiriez
+contre l'esprit de vos professions. N'est-il pas vrai,
+monsieur Page?</p>
+
+<p>PAGE.--Monsieur Shallow, vous avez été vous-même
+un fameux bretteur, quoique vous soyez maintenant un
+homme de paix.</p>
+
+<p>SHALLOW.--Mille-z-yeux, monsieur Page, tout vieux
+que je suis aujourd'hui, et officier de paix, je ne puis
+voir une épée nue que les doigts ne me démangent.
+Nous avons beau devenir juges et docteurs, et ecclésiastiques,
+monsieur Page, il nous reste toujours quelque
+arrière-goût de notre jeunesse. Nous sommes les enfants
+des femmes, monsieur Page.</p>
+
+<p>PAGE.--C'est une vérité, monsieur Shallow.</p>
+
+<p>SHALLOW.--Cela se retrouve toujours, monsieur Page.
+Monsieur le docteur Caius, je viens pour vous ramener
+chez vous: je suis juge de paix. Vous vous êtes montré
+un sage médecin; et monsieur Evans s'est montré un
+sage et paisible ecclésiastique. Il faut que je vous ramène,
+et que vous m'accompagniez, monsieur le docteur.</p>
+
+<p>L'HÔTE, <i>s'avançant gravement</i>.--Sous le bon plaisir de
+la justice.... Un mot d'avis, monsieur de <i>Papier-mâché</i><a id="footnotetag26" name="footnotetag26"></a><a href="#footnote26"><sup>26</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote26" name="footnote26"></a><b>Note 26: </b><a href="#footnotetag26">(retour) </a> <i>Muck water</i>. On n'est pas bien d'accord sur le sens de cette
+expression; mais il est clair, par la suite du dialogue, que c'est
+un terme de mépris. On a cru pouvoir rendre en français par
+<i>papier mâché</i>.</blockquote>
+
+<p>CAIUS.--Papier mâché! Que veut dire ce mot?</p>
+
+<p>L'HÔTE.--Papier mâché, dans notre langue, veut dire
+bravoure, mon gros.</p>
+
+<p>CAIUS.--Palsambleu! j'ai plus de papier mâché dans
+ma personne que l'Anglais. Ce diable de mâtin de prêtre,
+je lui couperai ses oreilles!</p>
+
+<p>L'HÔTE.--Il te chantera pouille solidement, mon gros.</p>
+
+<p>CAIUS.--Chante pouille! Qu'est-ce que cela veut dire?</p>
+
+<p>L'HÔTE.--Cela veut dire qu'il te demandera pardon.</p>
+
+<p>CAIUS.--Palsambleu! voyez-vous; il me chantera
+pouille. Je veux, moi, qu'il en soit ainsi.</p>
+
+<p>L'HÔTE.--Je l'y obligerai, ou qu'il s'aille promener.</p>
+
+<p>CAIUS.--Je vous remercie bien de cela.</p>
+
+<p>L'HÔTE.--Et de plus, mon gros.... mais, un moment.
+(<i>A part aux autres</i>.) Vous, monsieur mon convive, et
+monsieur Page, et vous aussi, cavalier Slender, allez
+tous à Frogmore, en passant par la ville.</p>
+
+<p>PAGE.--Sir Hugh y est, n'est-ce pas?</p>
+
+<p>L'HÔTE.--Il est là. Voyez de quelle humeur il sera; et
+moi je viens à travers champs, et vous amène ce docteur.
+Est-ce bien comme cela?</p>
+
+<p>SHALLOW.--Nous y allons. (<i>Tous à Caius</i>.) Adieu, mon
+bon monsieur le docteur.</p>
+
+<p class="stage1">(Page, Shallow et Slender sortent.)</p>
+
+<p>CAIUS.--Palsambleu! je veux tuer le prêtre; car il veut
+parler à Anne Page, le faquin.</p>
+
+<p>L'HÔTE.--Qu'il meure: mais d'abord rengaine ton impatience.
+Jette de l'eau froide sur ta colère, et viens à
+Frogmore par le chemin des champs. Je te mènerai à
+une ferme où mistriss Anne est invitée à un repas, et
+là, tu lui feras la cour. Dis-je-bien, mon galant?</p>
+
+<p>CAIUS.--Palsambleu! je vous remercie de cela. Palsambleu!
+je vous aime. Je vous procurerai les bonnes
+pratiques, tous les comtes, les chevaliers, les lords, les
+gentilshommes mes patients.</p>
+
+<p>L'HÔTE.--Comme de ma part je serai ton antagoniste
+auprès de miss Anne. Dis-je bien?</p>
+
+<p>CAIUS.--Palsambleu! c'est bien dit: fort bien.</p>
+
+<p>L'HÔTE.--Venez donc.</p>
+
+<p>CAIUS.--Marchez sur mes talons, Jack Rugby.</p>
+
+<p class="stage1">(Ils sortent.)</p>
+
+<p>FIN DU DEUXIÈME ACTE.</p>
+<br><br>
+
+<h2>ACTE TROISIÈME</h2>
+<br>
+
+<h3>SCÈNE I</h3>
+
+<p class="stage1">Dans la campagne, près de Frogmore.</p>
+
+<p class="stage1"><i>Entrent</i> SIR HUGH EVANS et SIMPLE.</p>
+<br>
+
+<p>EVANS.--Bon serviteur de monsieur Slender, de
+votre nom, ami Simple, dites-moi, je vous prie,
+dans quels endroits avez-vous cherché le sieur Caius,
+qui se qualifie docteur en médecine?</p>
+
+<p>SIMPLE.--Vraiment, monsieur, du côté de Londres, du
+côté du parc, de tous côtés; du côté du vieux Windsor,
+partout, en vérité, excepté du côté de la ville.</p>
+
+<p>EVANS.--Je vous prie ardemment de regarder aussi de
+ce côté-là.</p>
+
+<p>SIMPLE.--J'y vais, monsieur.</p>
+
+<p class="stage1">(Simple sort.)</p>
+
+<p>EVANS.--Bénédiction sur mon âme! Je suis plein de
+colère et tout mon esprit est tremblant. Je serai bien
+content s'il m'a attrapé. Comme j'ai de la mélancolie!
+Je lui briserais la tête avec sa fiole d'urines, si je trouvais
+une bonne occasion pour la chose.--Bénédiction sur
+mon âme.</p>
+
+<p class="stage1">(Il chante.)</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<p>Au bord des profondes rivières dont la chute</p>
+<p>Est accompagnée des mélodieux madrigaux</p>
+<br>
+<p>Que chantent les oiseaux,</p>
+<p>Nous ferons des lits de roses</p>
+<p>Et mille siéges odoriférants,</p>
+<p>Au bord des...</p>
+</div></div>
+
+<p>Miséricorde! J'ai bien plus envie de pleurer.</p>
+
+<p class="stage1">(Il chante.)</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<p>Les oiseaux chantaient leurs mélodieux madrigaux,</p>
+<p>Tandis que j'étais assis près de Babylone,</p>
+<p>Et qu'un millier de siéges odoriférants,</p>
+<p>Au bord des...</p>
+</div></div>
+
+<p>SIMPLE.--Le voici, sir Hugh; il vient par ici.</p>
+
+<p>EVANS.--Il est le bienvenu.</p>
+
+<p class="stage1">(Il chante.)</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<p>Au bord des rivières dont la chute...</p>
+</div></div>
+
+<p>Dieu fasse prospérer le bon droit! Quelles armes
+porte-t-il?</p>
+
+<p>SIMPLE.--Il n'a pas d'armes, monsieur; voilà aussi
+mon maître et monsieur Shallow qui viennent du côté
+de Frogmore avec un autre monsieur. Ils sont sur la
+descente par ici.</p>
+
+<p>EVANS.--Je vous prie donnez-moi ma robe, ou plutôt
+gardez-la entre vos bras.</p>
+
+<p class="stage1">(Page, Shallow et Slender entrant, et feignant d'être surpris
+de trouver Evans dans ce costume,<br> dont ils prétendent
+ignorer les raisons).</p>
+
+<p>SHALLOW.--Eh! qui vous savait ici, monsieur le curé?
+Bien le bonjour, sir Hugh. Surprenez un joueur sans
+ses dés, et un docteur sans ses livres, vous crierez miracle.</p>
+
+<p>SLENDER.--Ah! douce Anne Page!</p>
+
+<p>PAGE.--Le ciel vous tienne en santé, cher sir Hugh!</p>
+
+<p>EVANS.--Que Dieu dans sa miséricorde vous donne à
+tous sa bénédiction.</p>
+
+<p>SHALLOW.--Quoi! la science et l'épée? Les étudiez-vous
+toutes deux, monsieur le curé?</p>
+
+<p>PAGE.--Et toujours jeune, sir Hugh? Comment, en
+simple pourpoint, dans ce jour humide et nébuleux?</p>
+
+<p>EVANS.--Il y a des causes et des raisons pour cela.</p>
+
+<p>PAGE.--Nous sommes venus vous chercher, monsieur
+le curé, pour faire une bonne oeuvre.</p>
+
+<p>EVANS.--Fort bien: quelle bonne oeuvre?</p>
+
+<p>PAGE.--Nous avons laissé là-bas un très-respectable
+personnage qui, ayant reçu sans doute une insulte de
+quelqu'un, oublie toute patience et toute gravité à un
+point que vous ne sauriez imaginer.</p>
+
+<p>SHALLOW.--J'ai vécu quatre-vingts ans<a id="footnotetag27" name="footnotetag27"></a><a href="#footnote27"><sup>27</sup></a> et plus, mais
+je n'ai jamais vu un homme de son état, de sa gravité
+et de sa science, oublier ainsi tout ce qu'il se doit à lui-même.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote27" name="footnote27"></a><b>Note 27: </b><a href="#footnotetag27">(retour) </a> <i>Four score</i>. L'action de la pièce est, selon toute apparence,
+placée dans le printemps de 1414. Shallow, étant à Saint-Clément,
+a été maltraité par Jean de Gaunt, comme nous l'apprend Falstaff
+dans la seconde partie de <i>Henri IV</i>. Jean de Gaunt était né en
+1339. On peut supposer à Shallow cinq ans de plus que lui, ce
+qui le fait naître en 1334, et lui donne quatre-vingts ans
+en 1414.</blockquote>
+
+<p>EVANS.--Quel est-il?</p>
+
+<p>PAGE.--Je crois que vous le connaissez: c'est monsieur
+le docteur Caius, notre célèbre médecin français.</p>
+
+<p>EVANS.--Par la volonté de Dieu et la colère de mon
+âme, j'aimerais mieux vous entendre parler d'un plat de
+potage.</p>
+
+<p>PAGE.--Pourquoi?</p>
+
+<p>EVANS.--Il n'en sait pas plus sur Hippocrate ou Galien...
+et de plus c'est un crétin. Je vous le donne pour le crétin
+le plus poltron que vous puissiez désirer de connaître.</p>
+
+<p>PAGE.--Je parie que c'est lui qui devait se battre avec
+le docteur.</p>
+
+<p>SLENDER.--Ah! douce Anne Page!</p>
+
+<p class="stage1">(Entrent Caius, l'hôte et Rugby.)</p>
+
+<p>SHALLOW.--En effet, ses armes l'indiquent. Retenez-les
+tous deux.--Voilà le docteur Caius.</p>
+
+<p>PAGE.--Allons, mon bon monsieur le curé, rengainez
+votre épée.</p>
+
+<p>SHALLOW.--Et vous la vôtre, mon bon monsieur le docteur.</p>
+
+<p>L'HÔTE.--Désarmons-les, puis laissons-les disputer ensemble.
+Qu'ils conservent leurs membres, et estropient
+notre anglais!</p>
+
+<p>CAIUS, <i>bas à son ennemi</i>.--Je vous prie, laissez-moi vous
+dire un mot à l'oreille. Pourquoi n'êtes-vous pas venu
+me trouver?</p>
+
+<p>EVANS, <i>bas</i>.--Je vous prie, ayez patience. (<i>Haut</i>.) Nous
+prendrons notre temps.</p>
+
+<p>CAIUS.--Palsambleu! vous êtes un poltron de Jean le
+chien, un Jean le singe.</p>
+
+<p>EVANS, <i>bas</i>.--Je vous prie, ne donnons pas ici de quoi
+rire à ces messieurs. (<i>Haut</i>.) Je vous fendrai votre tête
+de poltron avec votre urinal, pour vous apprendre à
+manquer au rendez-vous que vous donnez.</p>
+
+<p>CAIUS.--Comment, diable, Jack Rugby, mon hôte de
+la <i>Jarretière</i>, ne l'ai-je pas attendu pour le tuer, ne l'ai-je
+pas attendu sur la place que j'ai indiquée?</p>
+
+<p>EVANS.--Comme j'ai une âme chrétienne, voici incontestablement
+la place indiquée. J'en prends pour jugement
+mon hôte de la <i>Jarretière</i>.</p>
+
+<p>L'HÔTE.--Paix, tous deux, Gallois et Gaulois, docteur
+des Gaules, et prêtre de Galles, médecin de l'âme et médecin
+du corps.</p>
+
+<p>CAIUS.--Ah! voilà qui est très-vraiment bon! excellent!</p>
+
+<p>L'HÔTE.--Paix, vous dis-je; écoutez votre hôte de
+la <i>Jarretière</i>. Suis-je politique? Suis-je subtil? Suis-je un
+Machiavel? Perdrai-je mon docteur? Non, il me donne
+des potions et des consultations. Perdrai-je mon curé,
+mon prêtre, mon sir Hugh? non, il me donne la parole
+et les paraboles. Donne-moi ta main, docteur terrestre;
+bon.--Donne-moi, ta main docteur céleste; bon.--Enfants
+de l'art, je vous ai trompés tous deux: je vous
+ai adressés à deux places différentes. Vos coeurs sont
+fiers, votre peau est sauve: qu'une bouteille de vin des
+Canaries soit la fin de tout ceci; venez, mettez leurs
+épées en gage: suivez-moi, enfant de paix; venez, venez,
+venez.</p>
+
+<p>SLENDER.--O douce Anne Page!</p>
+
+<p class="stage1">(Shallow, Slender, Page et l'hôte sortent.)</p>
+
+<p>CAIUS.--Ah! je vois ce que c'est. Vous faites des sots
+de nous deux. Ah! ah!</p>
+
+<p>EVANS.--C'est bon, il a fait de nous deux ses joujoux.
+Je désire que nous soyons bons amis, et que nous mettions
+un peu ensemble nos deux cervelles pour une vengeance
+de ce teigneux, de ce calleux de craqueur, l'hôte
+de la <i>Jarretière</i>.</p>
+
+<p>CAIUS.--Palsambleu! de tout mon coeur. Il m'a promis
+de me mener là où est Anne Page. Palsambleu, il s'est
+trop moqué de moi.</p>
+
+<p>EVANS.--Je lui fendrai sa caboche. Venez, je vous prie.</p>
+
+<p class="stage1">(Ils sortent.)</p>
+<br>
+
+
+<h3>SCÈNE II</h3>
+
+<p class="stage1">La grande rue de Windsor.</p>
+
+<p class="stage1"><i>Entrent</i> MISTRISS PAGE et ROBIN.</p>
+<br>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Allons, marchez devant, mon petit
+gaillard: vous aviez le poste de suivant, mais vous voilà
+devenu guide. Qu'aimez-vous mieux de me montrer le
+chemin, ou de regarder les talons de votre maître?</p>
+
+<p>ROBIN.--J'aime mieux, ma foi, vous servir comme un
+homme, que de le suivre comme un nain.</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Oh! vous êtes un petit flatteur: je le
+vois, vous ferez un courtisan.</p>
+
+<p class="stage1">(Entre Ford.)</p>
+
+<p>FORD.--Heureuse rencontre, mistriss Page! Où allez-vous?</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Eh! vraiment, monsieur, chez votre
+femme. Est-elle au logis?</p>
+
+<p>FORD.--Oui, et si désoeuvrée qu'elle pourrait vous servir
+de pendant pour le besoin de société.--Je pense que
+si vos maris étaient morts, vous vous marieriez toutes
+les deux.</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Soyez-en sûr, à deux autres maris.</p>
+
+<p>FORD.--Où avez-vous fait l'emplette de ce joli poulet?</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Je ne peux pas me rappeler le maudit
+nom de celui qui l'a donné à mon mari. Comment s'appelle
+votre chevalier, petit?</p>
+
+<p>ROBIN.--Sir John Falstaff.</p>
+
+<p>FORD.--Sir John Falstaff!</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Lui-même, lui-même; je ne puis jamais
+retrouver son nom. Mon bon mari et lui se sont
+épris d'une telle amitié... Ainsi, votre femme est chez elle?</p>
+
+<p>FORD.--Oui, je vous le dis, elle y est.</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Excusez, monsieur, je suis malade
+quand je ne la vois pas.</p>
+
+<p class="stage1">(Mistriss Page et Robin sortent.)</p>
+
+<p class="stage1">(Ford s'avance sous la halle.)</p>
+
+<p>FORD.--Page a-t-il bien sa tête? A-t-il ses yeux? A-t-il
+ombre de bon sens? Sûrement tout cela dort, rien de tout
+cela ne lui sert plus. Quoi! ce petit garçon porterait une
+lettre à vingt milles, aussi facilement qu'un canon donne
+dans le but à deux cents pas. Il vous fait les arrangements
+de sa femme, fournit à sa folie des tentations et
+des occasions.--La voilà qui va chez la mienne, et le
+valet de Falstaff avec elle. Il n'est pas difficile de deviner
+l'approche d'un pareil orage.--Le valet de Falstaff avec
+elle!--O les bons complots!--Tout est arrangé: et voilà
+nos femmes révoltées qui se damnent de compagnie.--C'est
+bien, je te surprendrai! Je donne ensuite la torture
+à ma femme; je déchire le voile modeste de l'hypocrite
+mistriss Page; j'affiche Page lui-même pour un Actéon
+tranquille et volontaire; et, témoins des effets de ma
+colère, tous mes voisins crieront: C'est bien fait! (<i>L'horloge
+sonne</i>.) L'horloge me donne le signal, et l'assurance
+du fait justifie mes perquisitions. Quand j'aurai trouvé
+Falstaff, on m'en louera plus qu'on ne m'en raillera; et
+aussi sûr que la terre est solide, Falstaff est chez moi.--Allons.</p>
+
+<p class="stage1">(Entrent Page, Shallow, Slender, l'hôte, sir Hugh Evans,
+Caius et Rugby.)</p>
+
+<p>SHALLOW.--Bien charmés de vous rencontrer, mon
+sieur Ford.</p>
+
+<p>FORD.--Fort bien; bonne compagnie, sur ma foi. J'ai
+bonne chère au logis, et, je vous prie, venez tous dîner
+avec moi.</p>
+
+<p>SHALLOW.--Quant à moi, il faut que vous m'en dispensiez,
+monsieur Ford.</p>
+
+<p>SLENDER.--Il faut bien que vous m'excusiez aussi.
+Nous sommes convenus de dîner avec mistriss Anne, et
+je n'y manquerais pas pour plus d'argent que je ne le
+puis dire.</p>
+
+<p>SHALLOW.--Nous sollicitons un mariage entre mistriss
+Anne Page et mon cousin Slender, et nous devons avoir
+réponse aujourd'hui.</p>
+
+<p>SLENDER.--J'espère que vous êtes pour moi, père Page.</p>
+
+<p>PAGE.--Tout à fait, monsieur Slender; je me déclare
+en votre faveur.--Mais ma femme, monsieur le docteur
+Caius, est entièrement pour vous.</p>
+
+<p>CAIUS.--Oui, palsambleu! et la jeune fille m'aime:
+ma gouvernante Quickly m'a dit tout cela.</p>
+
+<p>L'HÔTE.--Hé! que dites-vous du jeune M. Fenton; il
+danse, il pirouette, il est tout brillant de jeunesse, fait
+des vers, parle en beaux termes, est parfumé de toutes
+les odeurs d'avril et de mai. Allez, c'est lui qui l'aura;
+ses boutons ont fleuri<a id="footnotetag28" name="footnotetag28"></a><a href="#footnote28"><sup>28</sup></a>. C'est lui qui l'aura.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote28" name="footnote28"></a><b>Note 28: </b><a href="#footnotetag28">(retour) </a> C'était la coutume parmi les jeunes paysans, lorsqu'ils étaient
+amoureux, de porter dans leur poche des boutons d'une certaine
+plante appelée, en raison de cet usage, <i>boutons des jeunes gens</i>
+(<i>batchelor's buttons</i>). Selon que les boutons s'ouvraient ou se flétrissaient,
+ils jugeaient du succès de leur amour.</blockquote>
+
+<p>PAGE.--Jamais de mon aveu, je vous le promets. Ce
+jeune homme n'a rien: il a été de la société de notre
+libertin prince et de Poins: il est d'une sphère trop
+élevée, il en sait trop. Non, il ne se servira pas de mes
+doigts pour remettre ensemble les débris de sa fortune.
+S'il prend ma fille, qu'il la prenne sans dot. Mon argent
+attend mon consentement, et mon consentement n'est
+pas pour lui.</p>
+
+<p>FORD.--Que du moins quelques-uns de vous viennent
+dîner avec moi. Sans compter la bonne chère, vous
+vous amuserez. Je veux vous faire voir un monstre:
+vous serez des nôtres, monsieur Page; vous en serez,
+cher docteur; et vous aussi, sir Hugh.</p>
+
+<p>SHALLOW.--Adieu donc; bien du plaisir.--Nous en
+ferons notre cour plus à notre aise chez monsieur Page.</p>
+
+<p class="stage1">(Shallow et Slender sortent.)</p>
+
+<p>CAIUS.--Jean Rugby, retournez au logis; je reviendrai
+bientôt.</p>
+
+<p class="stage1">(Rugby sort.)</p>
+
+<p>L'HÔTE.--Adieu, chers coeurs; je vais trouver mon
+honnête chevalier Falstaff, et boire avec lui du vin de
+Canarie.</p>
+
+<p class="stage1">(L'hôte sort.)</p>
+
+<p>FORD, à part.--Je crois que je vais d'abord là-dedans
+lui servir d'une bouteille qui le fera danser.--Venez-vous,
+mes chers messieurs?</p>
+
+<p>EVANS.--Nous venons avec vous voir le monstre.</p>
+
+<p class="stage1">(Ils sortent.)</p>
+<br>
+
+<h3>SCÈNE III</h3>
+
+<p class="stage1">Une pièce dans la maison de Ford.</p>
+
+<p class="stage1"><i>Entrent</i> MISTRISS FORD et MISTRISS PAGE.</p>
+<br>
+
+<p>MISTRISS FORD.--Ici, Jean; ici, Robert.</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Vite, vite, et le panier de lessive?</p>
+
+<p>MISTRISS FORD.--Je vous en réponds. Robin! allons
+donc.</p>
+
+<p>(Entrent des domestiques avec un panier.)</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Venez, venez, venez donc.</p>
+
+<p>MISTRISS FORD.--Posez-le là.</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Donnez vos ordres à vos gens: le temps
+nous presse.</p>
+
+<p>MISTRISS FORD.--Rappelez-vous bien ce que je vous ai
+prescrit, Jean, et vous, Robert. Tenez-vous prêts là, à la
+porte dans la brasserie; et, quand vous m'entendrez vous
+appeler précipitamment, venez sur-le-champ: vous
+chargerez sans hésiter, sans délai, ce panier sur vos
+épaules: cela fait, portez-le en toute hâte au lavoir, là,
+dans le pré de Datchet, portez-le et videz-le dans le fossé
+boueux près du bord de la Tamise.</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Vous exécuterez ceci de point en
+point?</p>
+
+<p>MISTRISS FORD.--Je le leur ai dit et redit; ils savent
+leur leçon par coeur.--Sortez, pour revenir dès que vous
+m'entendrez vous appeler.</p>
+
+<p class="stage1">(Les domestiques sortent.)</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Ah! voilà le petit Robin.</p>
+
+<p class="stage1">(Robin entre.)</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Eh bien! mon petit espion, quelles
+nouvelles en poche?</p>
+
+<p>ROBIN.--Sir John, mon maître, est à la porte de derrière.
+Mistriss Ford, il désire votre compagnie.</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Regardez-moi, petit patelin: nous
+avez-vous été fidèle?</p>
+
+<p>ROBIN.--Oui, je le jure: mon maître ignore que vous
+soyez ici. Il m'a menacé même d'une éternelle liberté,
+si je vous contais les nouvelles; car, m'a-t-il dit, il me
+chasserait pour toujours.</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Tu es un bon enfant. Ta discrétion
+t'habillera: cela te vaudra des chausses et un pourpoint;
+mais je vais me cacher.</p>
+
+<p>MISTRISS FORD.--Allez.--Toi, va dire à ton maître que
+je suis seule. Mistriss Page, souvenez-vous de votre rôle.</p>
+
+<p class="stage1">(Robin sort.)</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Je te le promets. Si j'y manque, sifflez-moi.</p>
+
+<p class="stage1">(Mistriss Page sort.)</p>
+
+<p>MISTRISS FORD.--Allez, allez.--Nous corrigerons ces
+humeurs malsaines, cette grosse citrouille mouillée.--Il
+faut lui apprendre à distinguer les tourterelles des
+geais.</p>
+
+<p class="stage1">(Falstaff entre.)</p>
+
+<p>FALSTAFF.--T'ai-je obtenu, mon céleste bijou<a id="footnotetag29" name="footnotetag29"></a><a href="#footnote29"><sup>29</sup></a>? Je
+mourrais maintenant sans regret. N'ai-je pas assez vécu?
+C'est ici le terme de mon ambition. O bienheureux moment!</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote29" name="footnote29"></a><b>Note 29: </b><a href="#footnotetag29">(retour) </a> Citation d'<i>Astrophel et Stella</i> de Sidney.</blockquote>
+
+<p>MISTRISS FORD.--O mon cher sir John!</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Mistriss Ford, je ne sais point mentir, je
+ne sais point flatter. O mistriss Ford! je vais pêcher par
+un souhait qui m'échappe: je voudrais que votre mari
+fût mort! Je te le dis devant le seigneur des seigneurs,
+je te ferais milady.</p>
+
+<p>MISTRISS FORD.--Moi votre lady, sir John! Hélas! je serais
+une pauvre lady.</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Que la cour de France m'en présente une
+égale à toi! Je vois d'ici ton oeil égaler l'éclat du diamant:
+tu as deux sourcils arqués précisément de la
+forme qu'il faut pour soutenir la coiffure en portrait, la
+coiffure à voiles, toute espèce de coiffure en point de
+Venise.</p>
+
+<p>MISTRISS FORD.--Un simple mouchoir, sir John: c'est
+la seule coiffure qui aille à mon visage et pas trop bien
+encore.</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Tu es une traîtresse de parler ainsi. Tu
+ferais une femme de cour accomplie, et tu poses le pied
+avec une fermeté qui te donnerait une démarche parfaite
+dans un panier à demi-cercles! Je vois bien ce que tu
+serais, sans la fortune ennemie. La nature est ton amie;
+allons, il faut bien que tu en conviennes.</p>
+
+<p>MISTRISS FORD.--Croyez-moi, il n'y a en moi rien de
+ce que vous dites.</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Et qu'est-ce donc qui m'a forcé à t'aimer?
+laisse-moi te persuader qu'il y a en toi quelque chose
+d'extraordinaire. Tiens, je ne sais pas mentir ni dire
+que tu es ceci, comme ces chrysalides sucrées qui vous
+viennent semblables à des femmes, sous un habit
+d'homme, sentant comme la boutique d'un droguiste
+dans le temps des herbes fraîches. Non, je ne le puis
+pas: mais je t'aime, je n'aime que toi, et tu le
+mérites.</p>
+
+<p>MISTRISS FORD.--Ah! ne me trahissez pas, sir John! Je
+crains que vous n'aimiez mistriss Page.</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Vous pourriez tout aussi bien dire, que j'aime
+à me promener devant la porte d'un créancier,
+qui m'est plus odieuse que la gueule d'un four à chaux.</p>
+
+<p>MISTRISS FORD.--En ce cas, le ciel sait combien je vous
+aime; et vous l'éprouverez un jour.</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Persévère dans ces bons sentiments, je les
+mériterai.</p>
+
+<p>MISTRISS FORD.--Et moi, je vous dis, vous les méritez,
+sans quoi je ne les aurais pas.</p>
+
+<p>ROBIN, <i>derrière le théâtre</i>.--Mistriss Ford! mistriss Ford!--voilà
+mistriss Page, toute rouge, toute essoufflée, les
+yeux tout troublés, qui voudrait vous parler à l'instant.</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Il ne faut pas qu'elle me voie: je vais me
+cacher derrière la tapisserie.</p>
+
+<p>MISTRISS FORD.--Oui, de grâce: cette femme est la médisance
+même. (<i>Falstaff se cache. Entrent mistriss Page et
+Robin</i>.) De quoi s'agit-il? qu'est-ce que c'est?</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--O mistriss Ford, qu'avez-vous fait?
+Vous êtes déshonorée, vous êtes perdue, perdue pour jamais!</p>
+
+<p>MISTRISS FORD.--De quoi s'agit-il, chère mistriss Page?</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--O ciel, est-il possible, mistriss Ford!...
+ayant un si honnête homme de mari, lui donner un pareil
+sujet de soupçon!</p>
+
+<p>MISTRISS FORD.--Quel sujet de soupçon?</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Quel sujet de soupçon!--Rentrez en
+vous-même.--Que vous m'avez trompée!</p>
+
+<p>MISTRISS FORD.--Comment? Hélas! de quoi s'agit-il?</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Votre mari va paraître, femme, avec
+toute la justice de Windsor, pour chercher un gentilhomme,
+qui est, dit-il, en ce moment chez lui, de votre
+consentement, pour profiter criminellement de son absence.
+Vous êtes perdue!</p>
+
+<p>MISTRISS FORD, <i>à part</i>.--Parlez plus haut.--(<i>Haut</i>.) J'espère
+que cela n'est pas.</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Plaise au ciel qu'il ne soit pas vrai
+que vous ayez un homme ici! Du moins est-il certain
+que votre mari arrive suivi de la moitié de la ville pour
+le chercher. Je suis venue devant pour vous avertir: si
+vous vous sentez innocente, oh! j'en suis charmée. Mais
+si vous avez en effet un ami chez vous, qu'il sorte, qu'il
+sorte au plus tôt.--Ne restez point interdite; rappelez
+vos sens, défendez votre réputation, ou dites adieu pour
+la vie à toute espèce de bonheur.</p>
+
+<p>MISTRISS FORD.--Que ferai-je? ma chère amie; il y a
+un gentilhomme dans la maison, et je crains bien moins
+ma honte que le danger qui le menace. Je donnerais
+mille livres pour qu'il fût hors de la maison.</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Eh! par mon honneur, laissez là vos
+<i>je donnerais, je donnerais</i>; voilà votre mari qui arrive.--Savez-vous
+quelque moyen de le faire évader?--Vous
+ne pouvez le cacher dans la maison.--Comme vous m'avez
+trompée!--Mais j'aperçois un panier.--S'il est d'une
+taille raisonnable, il peut s'y fourrer. Nous pouvons le
+couvrir de linge sale, comme si c'était pour l'envoyer
+blanchir. C'est précisément le moment de la lessive, envoyez-le
+par vos gens au pré Datchet.</p>
+
+<p>MISTRISS FORD.--Il est trop gros pour y entrer. Que
+deviendrai-je?</p>
+
+<p class="stage1">(Falstaff rentre.)</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Laissez-moi voir; laissez-moi voir: oh!
+laissez-moi voir.--J'y tiendrai, j'y tiendrai.--Suivez le
+conseil de votre amie.--J'y tiendrai.</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Et quoi? sir John Falstaff! chevalier,
+est-ce là votre lettre?</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Je t'aime, je n'aime que toi, aide-moi à
+sortir d'ici, laisse-moi me fourrer là dedans.... Jamais...</p>
+
+<p class="stage1">(Il entre, s'entasse dans le panier qu'on achève de couvrir
+de linge sale.)</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Robin, aidez-nous à couvrir votre maître.
+Appelez vos gens, mistriss Ford.--Ah! perfide chevalier!</p>
+
+<p>MISTRISS FORD.--Eh! Jean! Robert, Jean! <i>(Robin sort.
+Les deux domestiques entrent</i>.) Tenez, emportez ces hardes:
+passez une perche dans les deux anses; mon Dieu, que
+vous êtes lents! Portez-les à la blanchisseuse dans le pré
+Datchet: vite, allez.</p>
+
+<p class="stage1">(Entrent Ford, Page, Caius, sir Hugh Evans.)</p>
+
+<p>FORD.--Approchez, je vous prie. Si j'ai soupçonné sans
+cause, vous aurez droit de vous moquer de moi: ne
+m'épargnez pas dans ce cas les plaisanteries; je les mérite.
+Arrêtez; où portez-vous ceci?</p>
+
+<p>ROBERT.--Vraiment, à la rivière.</p>
+
+<p>MISTRISS FORD.--Eh! qu'avez-vous besoin de savoir où
+ils le portent? Sont-ce là vos affaires? Il vaudrait mieux
+que vous vinssiez vous mêler de la lessive!</p>
+
+<p>FORD.--C'est pour laver. Si je pouvais me laver aussi
+de cette corne de cerf<a id="footnotetag30" name="footnotetag30"></a><a href="#footnote30"><sup>30</sup></a>. Cerf, cerf, cerf, je vous le dis,
+véritable cerf, je vous en réponds, et cerf de la saison
+encore. <i>(Les valets sortent emportant le panier</i>.) Messieurs,
+j'ai rêvé cette nuit; je vous dirai mon rêve. Commençons
+par chercher mes clefs; les voilà. Montez, parcourez,
+visitez mes chambres, furetez partout; notre renard
+est pris, j'en suis garant: laissez-moi fermer d'abord
+cette issue, et maintenant fouillez le terrier.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote30" name="footnote30"></a><b>Note 30: </b><a href="#footnotetag30">(retour) </a> <i>Buck! I wish I could wash myself of the Buck!</i> Ford joue sur le
+mot <i>buck</i> qui signifie également lessive, lessiver et daim. Le jeu
+de mots a été impossible à rendre littéralement.</blockquote>
+
+<p>PAGE.--Cher monsieur Ford, calmez-vous; c'est trop
+vous faire injure à vous-même.</p>
+
+<p>FORD.--Soit, monsieur Page, soit. Montons, messieurs;
+vous allez avoir du plaisir. Suivez-moi, messieurs.</p>
+
+<p>EVANS.--Ce sont là des visions, et des jalousies bien
+fantastiques.</p>
+
+<p>CAIUS.--Palsambleu! ce n'est pas la mode en France:
+on ne voit point de jaloux en France.</p>
+
+<p>PAGE.--Suivons-le, messieurs, puisqu'il le veut:
+voyons le résultat de ses recherches.</p>
+
+<p class="stage1">(Evans, Page et Caius sortent.)</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--L'aventure n'est-elle pas doublement
+réjouissante?</p>
+
+<p>MISTRISS FORD.--Je ne sais pas de mon mari ou de sir
+John, lequel des deux je suis le plus contente d'avoir
+attrapé.</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Dans quelles transes il devait être,
+quand monsieur Ford a demandé ce qu'il y avait dans
+le panier?</p>
+
+<p>MISTRISS FORD.--J'ai peur qu'il n'ait besoin d'être lavé
+aussi. Nous lui aurons rendu service en l'envoyant au
+bain.</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Qu'il s'aille faire pendre ce débauché
+coquin; je voudrais voir tous ceux de son espèce dans
+des angoisses pareilles.</p>
+
+<p>MISTRISS FORD.--Il faut que mon mari ait eu quelque
+raison particulière de soupçonner que sir John était ici.
+Je ne l'ai jamais vu si brutal dans sa jalousie.</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Je trouverai moyen de le savoir; mais
+il faut nous divertir encore aux dépens de Falstaff. Sa
+fièvre de libertinage ne cédera pas à cette seule médecine.</p>
+
+<p>MISTRISS FORD.--Nous lui enverrons cette sotte carogne
+de mistriss Quickly, pour nous excuser de ce qu'on
+l'aura jeté à l'eau, et lui donner une nouvelle espérance
+qui lui attirera une nouvelle correction.</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--C'est bien pensé. Donnons-lui rendez-vous
+demain à huit heures pour venir recevoir un dédommagement.</p>
+
+<p class="stage1">(Rentrent Ford, Page, Caius et sir Hugh Evans.)</p>
+
+<p>FORD.--Il est introuvable.--Peut-être le fat s'est-il
+vanté de choses qui passaient son pouvoir.</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Entendez-vous?</p>
+
+<p>MISTRISS FORD.--Oui, oui, paix. Vous en usez bien avec
+moi, monsieur Ford, n'est-il pas vrai?</p>
+
+<p>FORD.--Oui, oui, madame.</p>
+
+<p>MISTRISS FORD.--Que le ciel rende vos actions meilleures
+que vos pensées!</p>
+
+<p>FORD.--Amen.</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Monsieur Ford, vous vous faites un
+grand tort.</p>
+
+<p>FORD.--Bien, bien, c'est à moi à supporter cela.</p>
+
+<p>EVANS.--S'il y a quelqu'un dans la maison, dans les
+chambres, dans les coffres et dans les armoires, que le
+ciel me pardonne mes péchés au jour du grand jugement.</p>
+
+<p>CAIUS.--Palsambleu! je dis de même, il n'y a pas une
+âme ici.</p>
+
+<p>PAGE.--Eh! fi! monsieur Ford, n'avez-vous pas de
+honte! Quel esprit, quel démon vous a suggéré ces idées?
+Je ne voudrais pas avoir une pareille maladie pour tous
+les trésors du château de Windsor.</p>
+
+<p>FORD.--C'est ma faute, monsieur Page; j'en subis la
+peine.</p>
+
+<p>EVANS.--Vous souffrez d'une mauvaise conscience.
+Votre femme est une aussi honnête femme qu'on la
+puisse choisir entre cinq mille, et je dis encore entre
+cinq cents.</p>
+
+<p>CAIUS.--Palsambleu! je vois bien que c'est une honnête
+femme.</p>
+
+<p>FORD.--A la bonne heure. Messieurs, je vous ai promis
+à dîner. Venez, en attendant, vous promener dans le
+parc; je vous en prie, pardonnez-moi. Je vous conterai
+pourquoi j'ai fait tout cela.--Allons, ma femme, allons,
+mistriss Page, pardonnez-moi, je vous en prie. Je vous
+en prie du fond du coeur, pardonnez-moi.</p>
+
+<p>PAGE.--Allons, messieurs, entrons. Mais, par ma foi,
+nous le ferons enrager; et moi, je vous invite à venir
+déjeuner demain matin chez moi, et après cela à la
+chasse à l'oiseau. J'ai un faucon admirable pour le bois.
+Est-ce chose dite?</p>
+
+<p>FORD.--Tout à fait.</p>
+
+<p>EVANS.--S'il y en a un, je serai le second de la compagnie.</p>
+
+<p>CAIUS.--S'il y en a un ou deux, je serai le troisième<a id="footnotetag31" name="footnotetag31"></a><a href="#footnote31"><sup>31</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote31" name="footnote31"></a><b>Note 31: </b><a href="#footnotetag31">(retour) </a> <i>Turd</i> (excrément) pour <i>third</i> (troisième).</blockquote>
+
+<p>FORD.--Monsieur Page, venez, je vous en prie.</p>
+
+<p class="stage1">(Ils sortent. Evans et Caius demeurent seuls.)</p>
+
+<p>EVANS.--Et vous, je vous prie, souvenez-vous demain
+de ce pouilleux de coquin d'hôte.</p>
+
+<p>CAIUS.--C'est bon, oui de tout mon coeur.</p>
+
+<p>EVANS.--Ce pouilleux de coquin avec ses tours et ses
+moqueries.</p>
+
+<p class="stage1">(Ils sortent.)</p>
+<br>
+
+<h3>SCÈNE IV</h3>
+
+<p class="stage1">Une pièce dans la maison de Page.</p>
+
+<p class="stage1"><i>Entrent</i> FENTON et MISTRISS ANNE PAGE.</p>
+<br>
+
+<p>FENTON.--Je vois que je ne puis pas gagner l'amitié
+de ton père. Cesse donc de me renvoyer à lui, chère Nan.</p>
+
+<p>ANNE.--Hélas! comment donc faire?</p>
+
+<p>FENTON.--Aie le courage d'agir par toi-même. Il m'objecte
+ma trop grande naissance; il prétend que je cherche
+seulement à réparer au moyen de ses richesses le
+désordre mis dans ma fortune. Il me cherche encore
+d'autres querelles. Il me reproche les sociétés désordonnées
+où j'ai vécu; il me soutient qu'il est impossible que
+je t'aime autrement que comme un héritage.</p>
+
+<p>ANNE.--Peut-être qu'il dit vrai.</p>
+
+<p>FENTON.--Non; j'en jure devant le ciel sur tout mon
+bonheur à venir. Il est vrai, je l'avouerai, la fortune de
+ton père fut le premier motif qui m'engagea à t'offrir
+mes soins; mais, en cherchant à te plaire, je te trouvai
+d'un bien plus grand prix que l'or monnoyé, ou les
+sommes pressées dans des sacs; et ce n'est plus qu'à la
+fortune de te posséder que j'aspire maintenant.</p>
+
+<p>ANNE.--Mon cher monsieur Fenton, ne vous lassez pas
+pourtant de rechercher la bienveillance de mon père:
+monsieur Fenton, recherchez-la toujours. Si l'empressement
+et les plus humbles prières ne peuvent rien, eh
+bien, alors, écoutez un mot....</p>
+
+<p class="stage1">(Ils se retirent pour causer à l'écart.)</p>
+
+<p class="stage1">(Entrent Shallow, Slender et Quickly.)</p>
+
+<p>SHALLOW.--Dame Quickly, rompez leur colloque: mon
+parent désire parler pour son compte.</p>
+
+<p>SLENDER.--Allons, il faut que je fasse ici mon coup.
+En avant, il ne s'agit que d'oser.</p>
+
+<p>SHALLOW.--Ne vous effrayez pas, neveu.</p>
+
+<p>SLENDER.--Oh! elle ne m'effraye pas; je ne m'inquiète
+pas de cela, si ce n'est que j'ai peur.</p>
+
+<p>QUICKLY.--Ecoutez donc, monsieur Slender voudrait
+vous dire deux mots.</p>
+
+<p>ANNE.--Je suis à lui dans l'instant. C'est celui que
+choisit mon père. (<i>A part</i>.) Quelle foule de défauts disgracieux
+et ridicules sont embellis par trois cents livres
+de rente!</p>
+
+<p>QUICKLY.--Et comment se porte le cher monsieur Fenton?
+Un mot, je vous prie.</p>
+
+<p>SHALLOW.--Elle vient. Ferme, cousin. O mon garçon!
+tu avais un père....</p>
+
+<p>SLENDER.--J'avais un père, mistriss Anne. Mon oncle
+peut vous dire de bons tours de lui.--Mon cher oncle,
+je vous conjure, racontez à mistriss Anne l'histoire des
+deux oies que mon père vola dans une basse-cour.</p>
+
+<p>SHALLOW.--Mistriss Anne, mon neveu vous aime.</p>
+
+<p>SLENDER.--Oui, je vous aime autant que j'aime aucune
+autre femme du comté de Glocester.</p>
+
+<p>SHALLOW.--Il vous entretiendra conformément à votre
+qualité.</p>
+
+<p>SLENDER.--Je vous en réponds. Robe longue ou robe
+courte<a id="footnotetag32" name="footnotetag32"></a><a href="#footnote32"><sup>32</sup></a>, personne, dans le rang d'écuyer, ne m'en revaudra.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote32" name="footnote32"></a><b>Note 32: </b><a href="#footnotetag32">(retour) </a> <i>Come curt and long tail</i>, viennent courte et longue queue.
+C'est-à-dire, viennent des gens obligés de couper la queue à
+leur chien, et de ceux qui ont le droit de la lui laisser longue:
+ce qui était une des marques distinctives des différentes classes.</blockquote>
+
+<p>SHALLOW.--Il vous donnera cent cinquante livres de
+douaire.</p>
+
+<p>ANNE.--Mon bon monsieur Shallow, laissez-le faire sa
+cour lui-même.</p>
+
+<p>SHALLOW.--Vraiment, je vous en remercie; je vous
+remercie de cet encouragement. Cousin, elle vous appelle:
+je vous laisse.</p>
+
+<p>ANNE.--Eh bien! monsieur Slender?</p>
+
+<p>SLENDER.--Eh bien! mistriss Anne?</p>
+
+<p>ANNE.--Expliquez vos volontés.</p>
+
+<p>SLENDER.--Mes volontés, c'est là un vilain discours à
+entendre, vraiment: la plaisanterie est bonne. Grâce au
+ciel, je n'ai pas encore songé à les mettre par écrit, mes
+volontés; je ne suis pas si malade, grâce au ciel.</p>
+
+<p>ANNE.--Je demande seulement, monsieur Slender, ce
+que vous me voulez?</p>
+
+<p>SLENDER.--Quant à moi, en mon particulier, je ne vous
+veux rien, ou peu de chose. Votre père et mon oncle ont
+fait quelques arrangements; si cela réussit, à la bonne
+heure, sinon, au chanceux la chance. Ils peuvent vous
+dire mieux que moi comment les choses vont. Tenez,
+demandez à votre père: le voilà qui vient.</p>
+
+<p class="stage1">(Entrent Page et mistriss Page.)</p>
+
+<p>PAGE.--Eh bien! cher Slender! Aime-le, ma fille Anne.--Comment,
+qu'est-ce que c'est? Que fait ici M. Fenton?
+C'est m'offenser, monsieur, que d'obséder ainsi ma maison.
+Je vous ai dit, ce me semble, que j'avais disposé de
+ma fille.</p>
+
+<p>FENTON.--Monsieur Page, ne vous fâchez pas.</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Mon bon monsieur Fenton, cessez
+d'importuner ma fille.</p>
+
+<p>PAGE.--Elle n'est point faite pour vous.</p>
+
+<p>FENTON.--Monsieur, voudrez-vous m'écouter?</p>
+
+<p>PAGE.--Non, mon cher monsieur Fenton.--Entrons,
+monsieur Shallow; mon fils Slender, entrons.--Instruit
+comme vous l'êtes de mes vues, vous me manquez, monsieur
+Fenton.</p>
+
+<p class="stage1">(Page, Shallow et Slender sortent.)</p>
+
+<p>QUICKLY, <i>à Fenton</i>.--Parlez à mistriss Page.</p>
+
+<p>FENTON.--Chère mistriss Page, aimant votre fille d'une
+façon aussi honorable que je le fais, je crois devoir soutenir
+mes prétentions sans reculer, malgré les obstacles,
+les rebuts et les procédés désobligeants. Accordez-moi
+votre appui.</p>
+
+<p>ANNE.--Ma bonne mère, ne me mariez pas à cet imbécile.</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Ce n'est pas mon intention: je vous
+cherche un meilleur époux.</p>
+
+<p>QUICKLY.--C'est le docteur, mon maître.</p>
+
+<p>ANNE.--Hélas! j'aimerais mieux être enterrée vivante,
+ou assommée à coups de navets<a id="footnotetag33" name="footnotetag33"></a><a href="#footnote33"><sup>33</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote33" name="footnote33"></a><b>Note 33: </b><a href="#footnotetag33">(retour) </a> <i>Bow'd to death with turnips</i>.</blockquote>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Allons, ne vous chagrinez pas. Monsieur
+Fenton, je ne serai ni votre amie, ni votre ennemie.
+Je saurai de ma fille si elle vous aime, et ce que j'apprendrai
+à cet égard déterminera mes sentiments. Jusque-là,
+adieu, monsieur: il faut que Nancy rentre; son père
+se fâcherait.</p>
+
+<p class="stage1">(Mistriss Page et Anne sortent.)</p>
+
+<p>FENTON.--Adieu, ma chère madame; adieu, Nan.</p>
+
+<p>QUICKLY.--C'est mon ouvrage.--<i>Comment</i>, ai-je dit,
+<i>voudriez-vous sacrifier votre enfant à un imbécile ou à un</i><i>médecin</i>? Voyez-vous, monsieur Fenton?--C'est mon
+ouvrage.</p>
+
+<p>FENTON.--Je te remercie, et je te prie, ce soir, de trouver
+le moment de donner cette bague à ma chère Nan:
+voilà pour ta peine.</p>
+
+<p class="stage1">(Il sort.)</p>
+
+<p>QUICKLY.--Va, que le ciel t'envoie le bonheur! Quel
+bon coeur il a! Une femme passerait à travers l'eau et le
+feu pour servir un si bon coeur. Mais pourtant je voudrais
+que mon maître obtint mistriss Anne, ou je voudrais
+que M. Slender l'obtint; ou, en vérité, je voudrais
+que ce fût M. Fenton. Je ferai mon possible pour tous
+les trois; car je l'ai promis, et je tiendrai ma parole;
+mais spécieusement<a id="footnotetag34" name="footnotetag34"></a><a href="#footnote34"><sup>34</sup></a> à M. Fenton.--Mais nos dames
+m'ont donné une autre commission pour le chevalier
+sir John Falstaff. Quelle bête je suis de m'amuser
+ici.</p>
+
+<p class="stage1">(Elle sort.)</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote34" name="footnote34"></a><b>Note 34: </b><a href="#footnotetag34">(retour) </a> Elle veut dire spécialement.</blockquote>
+<br>
+
+<h3>SCÈNE V</h3>
+
+<p class="stage1">Une chambre dans l'hôtellerie de la <i>Jarretière</i>.</p>
+
+<p class="stage1"><i>Entrent</i> FALSTAFF et BARDOLPH.</p>
+<br>
+
+<p>FALSTAFF.--Bardolph, holà!</p>
+
+<p>BARDOLPH.--Me voilà, monsieur.</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Va me chercher une pinte de vin d'Espagne,
+et mets une rôtie dedans. (<i>Bardolph sort</i>.) Ai-je vécu si
+longtemps pour être emporté dans un panier comme un
+tas de viande de rebut, et pour être jeté dans la Tamise?
+Bien, bien, si jamais je m'expose à pareil tour, je veux
+bien qu'on prenne ma cervelle pour la fricasser au beurre,
+et la donner au premier chien pour ses étrennes. Les
+coquins m'ont renversé dans le canal avec aussi peu de
+remords que s'ils avaient noyé une portée de quinze petits
+chiens encore aveugles; et on peut juger à ma taille que
+je plonge avec quelque vélocité. Le fond touchât-t-il aux
+enfers, j'y arriverais. Heureusement que la rivière se
+trouvait basse et remplie de sable en cet endroit.
+J'aurais été noyé: une mort que j'abhorre, car l'eau
+fait enfler un homme; et voyez quelle figure j'aurais
+quand je serais enflé, une vraie montagne de chair
+morte.</p>
+
+<p class="stage1">(Rentre Bardolph avec le vin.)</p>
+
+<p>BARDOLPH.--Mistriss Quickly est là, monsieur, qui veut
+vous parler.</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Allons, mettons d'abord un peu de vin
+d'Espagne dans l'eau de la Tamise. Mon ventre est aussi
+glacé que si j'avais avalé des pelotes de neige en guise
+de pilules pour me rafraîchir les reins. Appelle-la.</p>
+
+<p>BARDOLPH.--Entrez, la femme.</p>
+
+<p class="stage1">(Entre Quickly.)</p>
+
+<p>QUICKLY.--Avec votre permission.--Je vous demande
+pardon. Je donne le bonjour à Votre Seigneurie.</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Ote-moi tous ces calices; prépare-moi un
+pot de vin d'Espagne avec du sucre.</p>
+
+<p>BARDOLPH.--Et des oeufs, monsieur?</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Non, simple, naturel. Je ne veux point de
+germe de poulet dans mon breuvage.--(<i>Bardolph sort</i>.)
+Eh bien!</p>
+
+<p>QUICKLY.--Vraiment, monsieur, je viens trouver Votre
+Seigneurie de la part de mistriss Ford.</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Mistriss Ford! J'en ai assez de l'eau de
+son coquemar<a id="footnotetag35" name="footnotetag35"></a><a href="#footnote35"><sup>35</sup></a>: on m'a mis dedans; j'en ai le ventre
+Plein.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote35" name="footnote35"></a><b>Note 35: </b><a href="#footnotetag35">(retour) </a> <i>I have ford enough</i>. Falstaff joue ici sur le mot <i>ford</i>, qui signifie
+un cours d'eau peu profond. Il a fallu rendre cette plaisanterie
+par une autre.</blockquote>
+
+<p>QUICKLY.--Hélas, mon Dieu! La pauvre femme, ce
+n'est pas sa faute; il faut s'en prendre à ses gens: ils se
+sont mépris sur ses ordres.</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Moi aussi, je me suis mépris quand je me
+suis fié à la folle promesse d'une femme.</p>
+
+<p>QUICKLY.--Ah! monsieur, elle s'en désole, que le coeur
+vous en saignerait si vous la voyiez.--Son mari va ce
+matin chasser à l'oiseau; elle vous conjure de venir une
+seconde fois chez elle entre huit et neuf. Elle m'a chargé
+de vous le faire savoir promptement; elle vous dédommagera
+de votre aventure, je vous en réponds.</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Eh bien! je consens à l'aller visiter. Dites-lui
+de réfléchir sur ce que vaut un homme. Qu'elle
+considère sa propre fragilité, et qu'elle apprécie mon
+mérite.</p>
+
+<p>QUICKLY.--C'est ce que je lui dirai.</p>
+
+<p>FALSTAFF.--N'y manquez pas. Entre huit et neuf, dites-vous?</p>
+
+<p>QUICKLY.--Huit et neuf, monsieur.</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Bon, retournez: elle peut compter sur moi.</p>
+
+<p>QUICKLY.--Que la paix soit avec vous, monsieur.</p>
+
+<p class="stage1">(Elle sort.)</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Je m'étonne de ne point voir paraître monsieur
+Brook; il m'avait fait prier de l'attendre chez moi;
+j'aime fort son argent. Ah! le voici.</p>
+
+<p class="stage1">(Entre Ford.)</p>
+
+<p>FORD.--Dieu vous garde, monsieur.</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Eh bien! monsieur Brook, vous venez sans
+doute pour savoir ce qui s'est passé entre moi et la
+femme de Ford.</p>
+
+<p>FORD.--C'est en effet l'objet qui m'amène, sir John.</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Monsieur Brook, je ne veux pas vous
+tromper; je me suis rendu chez elle à l'heure marquée.</p>
+
+<p>FORD.--Eh bien! monsieur, comment avez-vous été
+traité?</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Très désagréablement, monsieur Brook.</p>
+
+<p>FORD.--Comment donc? Aurait-elle changé de sentiment?</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Non, monsieur Brook, mais son pauvre
+cornu de mari, monsieur Brook, que la jalousie tient
+dans de continuelles alarmes, nous est arrivé pendant
+l'entrevue, au moment où finissaient les embrassades,
+baisers, protestations, c'est-à-dire le prologue de notre
+comédie. Il amenait après lui une bande de ses amis
+que, dans son mal, il avait ameutés et excités à venir
+faire dans la maison la recherche de l'amant de sa
+femme.</p>
+
+<p>FORD.--Quoi! tandis que vous étiez là?</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Tandis que j'étais là.</p>
+
+<p>FORD.--Et Ford vous a cherché sans pouvoir vous
+trouver?</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Écoutez donc. Par une bonne fortune,
+arrive à point nommé une mistriss Page: celle-ci nous
+donne avis de l'approche de Ford: la femme de Ford
+ayant la tête perdue, elles m'ont fait sortir dans un panier
+de lessive.</p>
+
+<p>FORD.--Dans un panier de lessive?</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Oui, pardieu, dans un panier de lessive;
+elle m'ont pressé, à m'étouffer, sous un tas de chemises,
+de jupes sales, de chaussons, de bas sales, de serviettes
+grasses: ce qui faisait bien, monsieur Brook, le plus
+puant composé d'infâmes odeurs qui ait jamais affligé
+l'odorat.</p>
+
+<p>FORD.--Mais restâtes-vous longtemps dans cette situation?</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Vous allez entendre, monsieur Brook, tout
+ce que j'ai souffert pour mettre cette femme à mal en
+votre considération! Quand je fus ainsi empilé dans le
+panier, deux coquins de valets de Ford arrivèrent; sur
+l'ordre que leur donna leur maîtresse de me porter au
+pré de Datchet, en qualité de linge sale, ils me prirent
+sur leurs épaules, et rencontrèrent à la porte leur coquin
+de jaloux de maître qui leur demanda une ou deux fois
+ce qu'ils avaient dans leur panier. Je frissonnais de peur
+que cet enragé de lunatique ne voulût y regarder; mais
+le destin qui a décrété qu'il serait cocu retint sa main:
+c'est bien; il entra pour faire sa recherche, et moi je
+sortis paquet de linge. Mais observez la suite, monsieur
+Brook: je souffris les angoisses de trois morts différentes;
+d'abord la frayeur inconcevable de me voir découvert
+par ce vilain jaloux de bélier à deux jambes; ensuite,
+d'être plié, comme le serait une bonne lame d'Espagne,
+dans la circonférence d'un baril, la pointe contre la garde,
+les talons contre la tête; enfin, d'être renfermé, comme
+un corps en dissolution, dans des linges puants qui fermentaient
+dans leur propre graisse. Pensez à cela un
+homme de mon acabit; pensez à cela, moi qui crains le
+chaud comme beurre, un homme continuellement
+fondant et en eau; c'est un miracle que je n'aie pas
+étouffé. Puis au plus haut degré de ce bain, quand j'étais
+à moitié cuit dans la graisse, comme un ragoût hollandais,
+être jeté dans la Tamise, et refroidi dans le
+courant comme un fer à cheval rougi au feu! Pensez à
+cela, être jeté là tout brûlant! pensez à cela, monsieur
+Brook.</p>
+
+<p>FORD.--En bonne vérité, monsieur, je suis désolé que
+vous ayez souffert tout cela pour l'amour de moi. Voilà
+mes espérances perdues; vous ne ferez plus aucune tentative
+auprès d'elle.</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Monsieur Brook, plutôt que d'y renoncer
+ainsi, je consens d'être jeté dans l'Etna comme je l'ai été
+dans la Tamise. Le mari va ce matin chasser à l'oiseau;
+et elle m'a fait donner un second rendez-vous. On m'attend
+de huit à neuf, monsieur Brook.</p>
+
+<p>FORD.--Il est déjà huit heures passées, monsieur.</p>
+
+<p>FALSTAFF.--En vérité? Je pars donc pour mon rendez-vous.
+Revenez tantôt à votre loisir; vous apprendrez
+comment je mène les choses, et pour couronner l'oeuvre,
+elle sera à vous. Adieu, adieu, vous l'aurez, monsieur
+Brook. Monsieur Brook, vous ferez Ford cocu.</p>
+
+<p class="stage1">(Il sort.)</p>
+
+<p>FORD.--Hé! comment? est-ce une vision? est-ce un
+songe? Éveillez-vous, monsieur Ford, éveillez-vous;
+éveillez-vous, monsieur Ford: voilà un trou de fait dans
+votre plus bel habit, monsieur Ford. Voilà ce que c'est
+que le mariage: voilà ce que c'est que d'avoir du linge et
+des paniers de lessive. Bien; j'afficherai ce que je suis; je
+prendrai le débauché: il est dans ma maison; il ne peut
+m'échapper, et c'est, je crois, impossible qu'il le puisse.
+Il ne peut couler dans une bourse, ou se glisser dans la
+boîte au poivre; mais, de peur que le diable qui le conduit
+ne lui prête son secours, je veux fouiller les endroits
+où il est impossible qu'il se trouve. Puisque je ne puis
+éviter d'être ce que je suis, la certitude d'être ce que je
+ne voudrais pas ne me rendra pas résigné. Si j'ai des
+cornes assez pour en enrager, eh bien! à la bonne heure,
+je me montrerai enragé<a id="footnotetag36" name="footnotetag36"></a><a href="#footnote36"><sup>36</sup></a>.</p>
+
+<p class="stage1">(Il sort.)</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote36" name="footnote36"></a><b>Note 36: </b><a href="#footnotetag36">(retour) </a> <i>If I have horns to make one mad, I will be hornmad</i>. Le sens
+d'<i>hornmad</i> n'est pas bien déterminé. On ne sait si c'est fou de
+jalousie, ou fou par l'influence de la lune. <i>Horns</i>, croissant: le
+jeu de mots ne pouvait se rendre en français.</blockquote>
+
+<p>FIN DU TROISIÈME ACTE.</p>
+<br><br>
+
+<h2>ACTE QUATRIÈME</h2>
+<br>
+
+<h3>SCÈNE I</h3>
+<br>
+
+<p class="stage1">La rue.</p>
+
+<p class="stage1"><i>Entrent</i> MISTRISS PAGE, MISTRISS QUICKLY et WILLIAM.</p>
+<br>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Le crois-tu déjà chez mistriss Ford?</p>
+
+<p>QUICKLY.--Sûrement, il y est déjà, ou tout près d'arriver:
+mais ma foi, il est fièrement en colère de ce qu'on
+l'a jeté dans l'eau. Mistriss Ford vous prie de venir sur-le-champ.</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Je serai chez elle dans un moment: je
+ne veux que conduire mon petit bonhomme à l'école.
+Voici son maître.--Je vois que c'est aujourd'hui jour de
+congé. (<i>Evans entre</i>.) Comment, sir Hugh, est-ce que vous
+n'avez pas de classe aujourd'hui?</p>
+
+<p>EVANS.--Non; monsieur Slender veut qu'on laisse les
+enfants jouer.</p>
+
+<p>QUICKLY.--Que son coeur en soit béni!</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Sir Hugh, mon mari dit que mon fils
+ne profite pas du tout dans ses études. Je vous en prie,
+faites-lui quelques questions sur son rudiment.</p>
+
+<p>EVANS.--Ici, William; levez la tête, allons.</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Venez ici, mon enfant; levez la tête,
+répondez à votre maître. N'ayez pas peur.</p>
+
+<p>EVANS.--William, combien de nombres dans les
+noms?</p>
+
+<p>WILLIAM.--Deux.</p>
+
+<p>QUICKLY.--Vraiment, j'aurais cru que les noms étaient
+impairs, car on dit: pair ou non<a id="footnotetag37" name="footnotetag37"></a><a href="#footnote37"><sup>37</sup></a>.</p>
+
+<p>EVANS.--Finissez voire babil. Qu'est-ce que c'est blanc<a id="footnotetag38" name="footnotetag38"></a><a href="#footnote38"><sup>38</sup></a>,
+William?</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote37" name="footnote37"></a><b>Note 37: </b><a href="#footnotetag37">(retour) </a> <i>Od's nouns</i>. Les méprises de Quickly provenant ou des défauts
+de prononciation d'Evans, ou de certaines consonnances entre les
+mots latins et quelques mots anglais d'un sens différent, ne peuvent
+se rendre littéralement.</blockquote>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote38" name="footnote38"></a><b>Note 38: </b><a href="#footnotetag38">(retour) </a> <i>Albus</i>. C'est sur le mot <i>pulcher</i> qu'Evans interroge William.
+Quickly entend <i>polcats</i> (putois) et s'écrie qu'il y a des choses
+plus belles que les putois.</blockquote>
+
+<p>WILLIAM.--<i>Albus</i>.</p>
+
+<p>QUICKLY.--Arbuste? Qui est-ce qui a jamais vu un arbuste
+blanc?</p>
+
+<p>EVANS.--Vous êtes la femme la plus simple; taisez-vous,
+je vous prie. Qu'est-ce que c'est <i>lapis</i>, William?</p>
+
+<p>WILLIAM.--Une pierre.</p>
+
+<p>EVANS.--Et qu'est-ce que c'est une pierre, William?</p>
+
+<p>WILLIAM.--Un caillou.</p>
+
+<p>EVANS.--Non, c'est <i>lapis</i>. Je vous prie, mettez cela dans
+votre cervelle.</p>
+
+<p>WILLIAM.--<i>Lapis</i>.</p>
+
+<p>EVANS.--C'est bon, William. William, qui prête les
+articles?</p>
+
+<p>WILLIAM.--Les articles sont empruntés du pronom,
+et on les décline ainsi: <i>Singulariter, nominativo: Hic, hæc,
+hoc.</i></p>
+
+<p>EVANS.--<i>Nominativo, hic, hæc, hoc</i>. Je vous en prie,
+faites attention. <i>Genitivo, hujus.</i> Bien! qu'est-ce que c'est
+que l'accusatif?</p>
+
+<p>WILLIAM.--<i>Accusativo, hunc</i>.</p>
+
+<p>EVANS.--Je vous en prie, rappelez-vous, enfant. <i>Accusativo, hunc,
+hanc, hoc</i>.</p>
+
+<p>QUICKLY.--Hein, quand, coq. C'est du latin pour la
+basse-cour, sur ma parole<a id="footnotetag39" name="footnotetag39"></a><a href="#footnote39"><sup>39</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote39" name="footnote39"></a><b>Note 39: </b><a href="#footnotetag39">(retour) </a> «Hein, quand, coq.» Evans, dans le texte, au lieu de <i>hunc, hanc,
+hoc</i>, prononce <i>hing, hang, hog</i>, et Quickly dit que <i>hang hog</i> (pendez
+le cochon) est en latin pour <i>faire du lard</i> (<i>latin for bacon</i>).</blockquote>
+
+<p>EVANS.--Cessez vos bavardages, la femme. Qu'est-ce
+que c'est que le cas vocatif, William?</p>
+
+<p>WILLIAM.--<i>O! Vocativo, O!</i></p>
+
+<p>EVANS.--Souvenez-vous bien, William, le vocatif est
+<i>caret</i><a id="footnotetag40" name="footnotetag40"></a><a href="#footnote40"><sup>40</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote40" name="footnote40"></a><b>Note 40: </b><a href="#footnotetag40">(retour) </a> Evans prend pour le vocatif lui-même, le mot <i>caret</i>, mis à
+quelques mots; afin d'avertir que le vocatif manque.</blockquote>
+
+<p>QUICKLY.--Au moins est-ce quelque chose de bon
+qu'une carotte.</p>
+
+<p>EVANS.--Finissez donc, la femme.</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Paix donc.</p>
+
+<p>EVANS.--Qu'est-ce que c'est que le cas génitif au pluriel,
+William?</p>
+
+<p>WILLIAM.--Le cas génitif?</p>
+
+<p>EVANS.--Oui.</p>
+
+<p>WILLIAM.--Génitif, <i>horum, harum, horum</i>.</p>
+
+<p>QUICKLY.--Qu'allez-vous lui parler du cas où se trouve
+Jenny<a id="footnotetag41" name="footnotetag41"></a><a href="#footnote41"><sup>41</sup></a> la coquine? enfant, ne parlez jamais de cette
+créature-là.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote41" name="footnote41"></a><b>Note 41: </b><a href="#footnotetag41">(retour) </a> La colère de Quickly porte ici sur le mot <i>horum</i> qu'elle confond
+avec <i>whore</i>, et sur les mots <i>hic</i> et <i>hoc</i> qu'elle prend pour
+les verbes anglais <i>to hick</i> et <i>to hock</i>. Il a fallu, pour être intelligible,
+avoir recours à d'autres consonnances.</blockquote>
+
+<p>EVANS.--N'avez-vous pas de honte, la femme?</p>
+
+<p>QUICKLY.--Non. Vous avez tort d'apprendre ces choses-là
+à cet enfant. A quoi bon lui aller dire que c'est là le
+<i>hic</i>, lui parler de tous les <i>cancans</i>, et puis lui raconter des
+histoires de coquines; tenez, cela est vilain à vous.</p>
+
+<p>EVANS.--As-tu la cervelle dérangée, la femme? N'as-tu
+donc pas l'intelligence des cas, des nombres, des genres?
+Tu es une aussi bête créature de chrétienne que je le
+puisse désirer.</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Je t'en prie, tais-toi.</p>
+
+<p>EVANS.--A présent, William, dites-moi quelques déclinaisons
+de vos pronoms.</p>
+
+<p>WILLIAM.--Ma foi, je les ai oubliées.</p>
+
+<p>EVANS.--<i>Ki, ke, cod</i>. Si vous oubliez vos <i>kies</i>, vos <i>koes</i>,
+vos <i>cods</i>, vous aurez le fouet. A présent, vous pouvez aller
+jouer. Allez.</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Il est plus avancé que je ne croyais.</p>
+
+<p>EVANS.--Il a la mémoire prompte. Adieu, mistriss Page.</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Adieu, mon bon sir Hugh. (<i>Sir Hugh
+sort.</i>) Allez à la maison, petit garçon; nous, nous n'avons
+pas de temps à perdre.</p>
+
+<p class="stage1">(Ils sortent.)</p>
+<br>
+
+<h3>SCÈNE II</h3>
+
+<p class="stage1">Une pièce dans la maison de Ford.</p>
+
+<p class="stage1"><i>Entrent</i> MISTRISS FORD et FALSTAFF.</p>
+<br>
+
+<p>FALSTAFF.--Mistriss Ford, votre chagrin a fait évanouir
+le mien. Je vois que votre amour pour moi connaît les
+égards qui me sont dus, et je promets de m'acquitter
+envers vous avec scrupule; non-seulement, mistriss
+Ford, en ce qui concerne le simple devoir de l'amour,
+mais dans tous ses alentours, circonstances et dépendances.
+Mais êtes-vous tranquille sur votre mari aujourd'hui?</p>
+
+<p>MISTRISS FORD.--Il est à la chasse à l'oiseau, tendre sir
+John.</p>
+
+<p class="stage1">(Mistriss Page derrière le théâtre.)</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Holà, commère Ford, holà!</p>
+
+<p>MISTRISS FORD.--Passez dans la chambre, sir John.</p>
+
+<p class="stage1">(Entre mistriss Page.)</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Bonjour, ma belle. Dites-moi, qui avez-vous
+au logis?</p>
+
+<p>MISTRISS FORD.--Quoi? personne que mes gens.</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Bien sûr?</p>
+
+<p>MISTRISS FORD.--Non en vérité. <i>(Bas)</i>. Parlez plus haut.</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Vraiment; allons, je suis bien contente
+que vous n'ayez personne ici.</p>
+
+<p>MISTRISS FORD.--Pourquoi?</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Pourquoi, voisine! Votre mari est retombé
+dans ses premières folies. Il faut l'entendre là-bas,
+avec mon mari, comme il prend la chose à coeur, comme
+il déclame contre tous les gens mariés, comme il maudit
+toutes les filles d'Ève, de quelque couleur qu'elles puissent
+être: il faut le voir se frapper le front en criant:
+Percez, paraissez; en telle sorte que je n'ai jamais vu
+de frénésie au monde que je ne sois tentée de prendre
+pour de la douceur, de la modération, de la patience,
+auprès de la maladie qui le travaille maintenant. Je
+vous félicite bien de n'avoir pas au logis le gros chevalier.</p>
+
+<p>MISTRISS FORD.--Comment? Parle-t-il de lui?</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Il ne parle que de lui, et déclare avec
+serment que, tandis qu'il le cherchait hier, on l'emportait
+dans un panier: il proteste à mon mari qu'il est
+encore ici aujourd'hui: il lui a fait quitter la chasse,
+ainsi qu'au reste de la société, pour essayer encore une
+fois de leur prouver la justice de ses soupçons. Mais je
+suis bien aise que le chevalier ne soit pas ici, il verra sa
+sottise.</p>
+
+<p>MISTRISS FORD.--Est-il encore loin, mistriss Page?</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Tout près, au bout de la rue: il va
+arriver dans l'instant.</p>
+
+<p>MISTRISS FORD.--Je suis perdue, le chevalier est ici.</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Eh bien! vous êtes perdue, sans ressource,
+et pour le chevalier, c'est un homme mort. Quelle
+femme êtes-vous donc? Faites-le sortir, faites-le sortir.
+Un peu de bonté vaut encore mieux qu'un meurtre.</p>
+
+<p>MISTRISS FORD.--Et par où sortira-t-il? Où pourrons-nous
+le cacher. Le mettrons-nous encore dans le panier?</p>
+
+<p class="stage1">(Rentre Falstaff.)</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Non, je ne veux plus me mettre dans le
+panier; ne puis-je m'évader avant qu'il arrive?</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Hélas! trois frères de monsieur Ford,
+armés de pistolets, gardent la porte, afin que rien ne
+sorte: sans cela, vous auriez pu vous échapper, avant
+qu'il vint.--Mais que faites-vous là?</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Que ferai-je?--Je vais me fourrer dans la
+cheminée.</p>
+
+<p>MISTRISS FORD.--C'est là qu'ils viennent tous en rentrant
+décharger leurs fusils de chasse. Descendez dans
+le four.</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Où est-il?</p>
+
+<p>MISTRISS FORD.--Il vous y chercherait encore, sur ma
+vie. La maison n'a pas une armoire, un coffre, une cassette,
+un trou, un puits, une voûte dont il ne tienne un
+état par écrit pour s'en souvenir dans l'occasion; et il fait
+la revue d'après sa note. Il n'y a pas moyen de vous
+cacher dans la maison.</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Il faut donc en sortir?</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Si vous sortez sous votre propre figure,
+vous êtes mort.--A moins que vous ne sortiez déguisé...</p>
+
+<p>MISTRISS FORD.--Comment pourrons-nous le déguiser?</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Hélas! en vérité, je n'en sais rien. Il
+n'y a pas de robe de femme assez large pour lui, sans
+quoi avec un chapeau de femme, un masque et une
+coiffe, il pourrait n'être pas reconnu.</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Mes chères amies, imaginez quelque chose,
+tout ce qu'il vous plaira plutôt que de laisser arriver un
+malheur.</p>
+
+<p>MISTRISS FORD.--La tante de ma servante, la grosse
+femme de Brentford, a laissé une robe là-haut
+
+MISTRISS PAGE.--Sur ma parole, c'est là notre affaire.
+Elle est aussi grosse que lui. Vous avez aussi son chapeau
+de frise et son masque.--Montez vite là-haut, sir
+John.</p>
+
+<p>MISTRISS FORD.--Allez, allez, cher sir John, tandis que
+madame Page et moi vous chercherons quelque coiffe à
+votre tête.</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Vite, vite, je vous aurai bientôt accommodé.
+Passez toujours la robe.</p>
+
+<p class="stage1">(Falstaff sort.)</p>
+
+<p>MISTRISS FORD.--Je voudrais bien que mon mari le
+rencontrât sous cette mascarade. Il ne peut souffrir la
+vieille femme de Brentford, il prétend qu'elle est sorcière,
+il lui a défendu la maison, et l'a menacée de la
+battre.</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Que le ciel puisse le conduire sous la
+canne de ton mari, et qu'ensuite le diable conduise la
+canne!</p>
+
+<p>MISTRISS FORD.--Mais mon mari vient-il sérieusement?</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Oui, très sérieusement. Il parle même
+du panier. Il faut, je ne sais comment, qu'il en ait appris
+quelque chose.</p>
+
+<p>MISTRISS FORD.--C'est ce que nous allons savoir. Je
+vais faire emporter de nouveau le panier par mes gens,
+de manière qu'il le rencontre à la porte comme la
+dernière fois.</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--C'est bon, mais il va être ici dans l'instant.
+Songeons à la toilette de la sorcière de Brentford.</p>
+
+<p>MISTRISS FORD.--Laissez-moi d'abord donner mes ordres
+à mes gens pour le panier. Montez, je vais vous porter
+une coiffe.</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Puisse-t-il être pendu, le vilain débauché!
+nous ne saurions le maltraiter assez. Nous laisserons
+dans ce que nous allons faire une preuve que les
+femmes peuvent en même temps être joyeuses et vertueuses.
+Nous n'agissons pas, nous autres qu'on voit
+toujours rire et plaisanter. Le vieux proverbe a dit vrai:
+<i>C'est le cochon paisible qui mange tout ce qu'il trouve</i><a id="footnotetag42" name="footnotetag42"></a><a href="#footnote42"><sup>42</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote42" name="footnote42"></a><b>Note 42: </b><a href="#footnotetag42">(retour) </a> <i>Still swine eat all the draff</i>.</blockquote>
+
+<p class="stage1">(Elle sort.)</p>
+
+<p class="stage1">(Entrent les domestiques.)</p>
+
+<p>MISTRISS FORD.--Allez, vous autres, reprendre le panier
+sur vos épaules; votre maître est presque à la porte:
+s'il vous ordonne de le mettre à terre, obéissez-lui.--Allons,
+dépêchez.</p>
+
+<p class="stage1">(Elle sort.)</p>
+
+<p>PREMIER DOMESTIQUE.--Viens, toi, soulevons notre
+charge.</p>
+
+<p>SECOND DOMESTIQUE.--Prions Dieu qu'il ne soit pas
+rempli encore d'un chevalier!</p>
+
+<p>PREMIER DOMESTIQUE.--J'espère que non. J'aimerais autant
+porter le même volume en plomb.</p>
+
+<p class="stage1">(Entrent Ford, Page, Shallow, Caius et Evans.)</p>
+
+<p>FORD.--D'accord, monsieur Page. Mais si la chose est
+prouvée, avez-vous quelque secret pour faire que je ne
+sois pas un sot?--A bas le panier, marauds!--Qu'on
+appelle ma femme!--Allons; jeune galant du panier,
+sortez.--O suppôts d'infamie que vous êtes!--Il y a une
+fédération, une ligue, une cabale, une conspiration contre
+moi; mais le diable en aura la honte. Holà! ma femme,
+sortez, paraissez, paraissez; paraissez donc quand je vous
+appelle; venez nous montrer quelles honnêtes hardes
+vous envoyez au blanchissage.</p>
+
+<p>PAGE.--Eh! mais vraiment, ceci passe les bornes, monsieur
+Ford: on ne peut pas vous laisser en liberté plus
+longtemps, il faudra vous enfermer.</p>
+
+<p>EVANS.--C'est de la folie; il est aussi fou qu'un chien
+enragé.</p>
+
+<p class="stage1">(Entre mistriss Ford.)</p>
+
+<p>SHALLOW.--Cela n'est pas bien, monsieur Ford; en
+vérité, cela n'est pas bien.</p>
+
+<p>FORD.--C'est précisément ce que je dis, monsieur.
+Avancez ici, mistriss Ford, mistriss Ford, l'honnête
+femme, l'honnête femme, l'épouse modeste, la vertueuse
+créature qui a un sot jaloux de mari, avancez. Je vous
+soupçonne à tort, mistriss, n'est-il pas vrai?</p>
+
+<p>MISTRISS FORD.--Le ciel me soit témoin que vous êtes
+injuste, si vous me soupçonnez de rien de malhonnête.</p>
+
+<p>FORD.--Très-bien dit, front d'airain: soutenez ce ton.
+Allons, drôle, sortez.</p>
+
+<p class="stage1">(Il jette les hardes hors du panier.)</p>
+
+<p>PAGE.--Cela est trop fort.</p>
+
+<p>MISTRISS FORD.--N'avez-vous pas de honte? Laissez là
+ces hardes.</p>
+
+<p>FORD.--Je vous démasquerai.</p>
+
+<p>EVANS.--Cela est déraisonnable. Quoi vous voulez chercher
+querelle au linge de votre femme! Allons, laissez,
+laissez.</p>
+
+<p>FORD.--Videz le panier, vous dis-je.</p>
+
+<p>MISTRISS FORD.--Comment, monsieur, comment?</p>
+
+<p>FORD.--Monsieur Page, comme il fait jour, un homme
+a été emporté hier de ma maison dans ce panier. Pourquoi
+ne peut-il pas s'y trouver encore aujourd'hui? j'ai
+la certitude qu'il est dans la maison. Mes avis sont sûrs,
+ma jalousie est fondée en raison. Otez-moi tout ce linge.</p>
+
+<p>MISTRISS FORD.--Si vous trouvez là un homme à tuer
+il faut qu'il soit de l'espèce des mouches.</p>
+
+<p>PAGE.--Il n'y a point là d'homme.</p>
+
+<p>SHALLOW.--- Par ma fidélité, cela n'est pas bien, monsieur
+Ford, vous vous faites tort.</p>
+
+<p>EVANS.--Monsieur Ford, mettez-vous en prière, et ne
+suivez pas les inclinations de votre coeur. C'est jalousie
+que tout cela.</p>
+
+<p>FORD.--A la bonne heure. Celui que je cherche n'est
+pas là.</p>
+
+<p>PAGE.--Ni ailleurs que dans votre cervelle.</p>
+
+<p>FORD.--Aidez-moi à fouiller partout cette seule fois.
+Si je ne trouve rien, vous êtes dispensés d'excuser ma
+folie: faites de moi le sujet de vos plaisanteries de table,
+qu'on dise de moi: jaloux comme Ford qui cherchait le
+galant de sa femme dans une coquille de noix. Mais
+veuillez me satisfaire encore une fois; une dernière fois
+cherchez avec moi.</p>
+
+<p>MISTRISS FORD.--Eh! madame Page, descendez, ainsi
+que la vieille femme: mon mari veut monter dans la
+chambre.</p>
+
+<p>FORD.--La vieille femme? Quelle vieille femme?</p>
+
+<p>MISTRISS FORD.--La vieille de Brentford, la tante de ma
+servante.</p>
+
+<p>FORD.--Qui, cette sorcière, cette malheureuse, cette
+impudente coquine? Ne lui ai-je pas interdit ma maison?
+C'est-à-dire, qu'elle vient ici rendre quelque message.
+Nous autres simples mortels, nous ne pouvons pas savoir
+tout ce qui passe par la main d'une diseuse de bonne
+aventure. Elle se sert de charmes, de caractères, de
+figures et autres menteries de cette espèce. Cela est hors
+de notre portée; nous n'y connaissons rien. Descendez,
+sorcière que vous êtes, vieille bohémienne; descendez,
+quand je vous le dis.</p>
+
+<p>MISTRISS FORD.--Non, mon bon cher mari. Mes bons
+messieurs, empêchez-le de frapper la vieille femme.</p>
+
+<p class="stage1">(Entre Falstaff habillé en femme, conduit par mistriss Page.)</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Venez, mère Babil<a id="footnotetag43" name="footnotetag43"></a><a href="#footnote43"><sup>43</sup></a>, venez; donnez-moi
+la main.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote43" name="footnote43"></a><b>Note 43: </b><a href="#footnotetag43">(retour) </a> <i>Mother prat. To prate</i> signifie babiller; il a fallu traduire le
+nom pour donner quelque sens à la réplique de Ford.</blockquote>
+
+<p>FORD.--Ah! je lui en donnerai du <i>babil</i>. Hors de chez
+moi, sorcière. (<i>Il le bat</i>.) Vieux graillon, coquine, drôlesse,
+salope que vous êtes. Ah! je vous conjurerai, moi, je
+vous dirai la bonne aventure.</p>
+
+<p class="stage1">(Falstaff sort.)</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--N'avez-vous pas de honte? Je crois,
+en vérité que vous avez tué cette pauvre femme.</p>
+
+<p>MISTRISS FORD.--Vraiment, cela pourrait bien être.--Cela
+vous fera honneur.</p>
+
+<p>FORD.--Je voudrais qu'elle fût pendue, la sorcière.</p>
+
+<p>EVANS.--A vrai dire, je crois bien que la femme est une
+sorcière. Je n'aime pas qu'une femme ait une grande
+barbe, et j'ai vu une grande barbe sous son masque.</p>
+
+<p>FORD.--Messieurs, voulez-vous me suivre? Je vous en
+conjure; suivez-moi; vous serez témoins du résultat de
+mes soupçons. Si je ne fais pas lever une pièce, ne me
+croyez plus quand j'aboierai.</p>
+
+<p>PAGE.--Allons, prêtons-nous encore à sa fantaisie.
+Venez, messieurs.</p>
+
+<p class="stage1">(Page, Ford, Shallow et Evans sortent.)</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Je vous réponds qu'il a été pitoyablement
+arrangé.</p>
+
+<p>MISTRISS FORD.--Dites donc impitoyablement.</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--J'opine pour que le bâton soit béni
+et suspendu sur l'autel: il a servi à une action méritoire.</p>
+
+<p>MISTRISS FORD.--Pensez-vous qu'autorisées comme
+nous le sommes par notre dignité de femmes et le témoignage
+d'une bonne conscience, nous puissions pousser
+plus loin notre vengeance?</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Je crois bien que l'esprit de libertinage
+doit avoir reçu son compte, et qu'à moins de s'être engagé
+au diable par dits et dédits<a id="footnotetag44" name="footnotetag44"></a><a href="#footnote44"><sup>44</sup></a>, il ne songera plus à attenter
+à notre honneur.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote44" name="footnote44"></a><b>Note 44: </b><a href="#footnotetag44">(retour) </a> <i>In fee simple, with fine and recovery</i>.</blockquote>
+
+<p>MISTRISS FORD.--Dirons-nous à nos maris les tours que
+nous lui avons joués?</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Certainement, ne fût-ce que pour ôter
+de l'esprit du vôtre les fantaisies qu'il y a mises. S'ils
+jugent dans leur sagesse que ce pauvre gros mauvais
+sujet de chevalier ne soit pas encore assez puni, nous
+continuerons d'être les ministres de la vengeance.</p>
+
+<p>MISTRISS FORD.--Je vous garantis qu'ils voudront lui en
+faire publiquement la honte. Quant à moi, je pense que
+la raillerie ne serait pas complète si on ne la terminait
+par un affront public.</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Allons donc tout de suite mettre les
+fers au feu, et ne laissons rien refroidir.</p>
+
+<p class="stage1">(Elles sortent.)</p>
+<br>
+
+<h3>SCÈNE III</h3>
+
+<p class="stage1">Une pièce dans l'hôtellerie de la <i>Jarretière</i>.</p>
+
+<p class="stage1"><i>Entrent</i> L'HÔTE et BARDOLPH.</p>
+<br>
+
+<p>BARDOLPH.--Monsieur, les Allemands vous demandent
+trois chevaux. Leur duc, en personne, arrive demain à
+la cour, et ils vont au-devant de lui.</p>
+
+<p>L'HÔTE.--Qu'est-ce? Quel est ce duc qui voyage si secrètement?
+Je n'ai pas entendu dire qu'il vînt à la cour.
+Fais-moi parler avec ces étrangers. Ils parlent anglais?</p>
+
+<p>BARDOLPH.--Oui, monsieur, je vais vous les envoyer.</p>
+
+<p>L'HÔTE.--Ils auront mes chevaux, mais ils les payeront;
+je les épicerai. Ils disposent de ma maison depuis huit
+jours, et j'ai délogé pour eux mes autres hôtes. Il faut
+qu'ils payent, je les arrangerai. Allons, viens.</p>
+
+<p class="stage1">(Ils sortent.)</p>
+<br>
+
+<h3>SCÈNE IV</h3>
+
+<p class="stage1">Une pièce dans la maison de Ford.</p>
+
+<p class="stage1"><i>Entrent</i> PAGE, FORD, MISTRISS PAGE, MISTRISS
+FORD et SIR HUGH EVANS.</p>
+<br>
+
+<p>EVANS.--C'est bien là la plus belle invention féminine
+que j'aie jamais rencontrée.</p>
+
+<p>PAGE.--Et il vous a fait remettre ces deux lettres en
+même temps?</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Dans le même quart d'heure.</p>
+
+<p>FORD.--Pardonne-moi, ma femme. Désormais fais ce
+que tu voudras; je soupçonnerai plutôt le soleil d'être
+froid, que toi d'être légère. Tu as fait rentrer dans une
+âme hérétique une inébranlable foi en ta vertu.</p>
+
+<p>PAGE.--C'est bien, c'est bien, en voilà assez. Ne soyez
+pas aussi extrême dans la réparation que vous l'avez été
+dans l'offense; mais occupons-nous de notre projet. Il
+faut donc, pour en avoir publiquement le plaisir, que nos
+femmes donnent encore un rendez-vous à ce gros vieux
+coquin, et là nous le surprendrons et l'accablerons de
+ridicule.</p>
+
+<p>FORD.--Je ne vois point pour cela de meilleure idée
+que la leur.</p>
+
+<p>PAGE.--Quoi! de lui faire dire qu'elles l'attendent
+à minuit dans le parc? Allons donc, il ne s'y fiera jamais.</p>
+
+<p>EVANS.--Vous dites qu'il a été jeté dans la rivière, et
+qu'il a été rudement battu sous la robe de la vieille
+femme? Il doit, ce me semble, avoir des terreurs qui
+l'empêcheront de venir. Sa chair, je pense, est mortifiée:
+il n'aura plus de désirs.</p>
+
+<p>PAGE.--Je le pense de même.</p>
+
+<p>MISTRISS FORD.--Imaginez seulement ce qu'on peut faire
+de lui quand il y sera, et nous nous chargeons d'imaginer
+à nous deux les moyens de l'y amener.</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Il y a un vieux conte sur Herne le chasseur,
+autrefois garde de la forêt de Windsor, et qui, tant
+que dure l'hiver, revient toutes les nuits à minuit précis
+tourner autour d'un chêne avec un grand bois de cerf
+sur la tête. Dans son passage, il flétrit l'arbre, ensorcelle
+le bétail, change en sang le lait des vaches, et porte une
+chaîne qu'il secoue avec un bruit effroyable. Vous avez
+entendu parler de cet esprit, et vous savez que nos crédules
+et superstitieux ancêtres y ajoutaient foi, et qu'ils
+ont transmis à notre âge, comme une vérité, le conte de
+Herne le chasseur.</p>
+
+<p>PAGE.--Comment, nous ne manquons point de gens
+encore qui n'oseraient, dans la nuit, passer auprès du
+chêne de Herne. Mais qu'en voulez-vous faire?</p>
+
+<p>MISTRISS FORD.--Eh! vraiment, c'est la base de notre
+projet. Il faut que Falstaff vienne nous trouver au pied
+du chêne, déguisé sous la figure de Herne, avec de grandes
+cornes énormes sur la tête.</p>
+
+<p>PAGE.--Soit: admettons qu'il y vienne. Et sous ce déguisement,
+qu'en ferez-vous? Quel est votre plan?</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Nous y avons songé, et le voici. Nous
+déguiserons Nan Page, ma fille, et mon petit garçon,
+ainsi que trois ou quatre enfants de leur taille, en farfadets,
+en fées, en lutins, avec des habillements blancs
+et verts, des couronnes de bougies allumées sur leurs
+têtes, et des sonnettes dans leurs mains. On les cacherait
+dans quelque fossé des environs, et au moment où
+nous aborderions Falstaff elle et moi, ils en sortiraient
+tout à coup en faisant entendre des chants bizarres. A
+leur vue, nous fuirions toutes deux remplies de frayeur;
+ils l'entoureraient, et, selon l'usage des fées, se mettraient
+à pincer l'impur chevalier, lui demandant comment,
+à l'heure de leurs ébats magiques, il ose, sous
+cette figure profane; pénétrer dans leurs asiles sacrés.</p>
+
+<p>MISTRISS FORD.--Et jusqu'à ce qu'il ait avoué la vérité,
+nos génies supposés le pinceraient d'importance, et le
+brûleraient avec leurs bougies.</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Quand il aura tout avoué, nous paraîtrons
+tous; nous désencornerons l'esprit, et le ramènerons
+à Windsor en nous moquant de lui.</p>
+
+<p>FORD.--Si nos jeunes gens ne sont pas très-bien instruits,
+ils ne joueront jamais leur rôle.</p>
+
+<p>EVANS.--J'enseignerai aux enfants à se conduire, et je
+veux aussi, comme un de ces babouins, brûler le chevalier
+avec mon flambeau.</p>
+
+<p>FORD.--Cela sera excellent. Je me charge d'acheter les
+masques.</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Ma Nan sera la reine des fées. Je la
+déguiserai joliment avec une robe blanche.</p>
+
+<p>PAGE.--Je vais aller acheter l'étoffe (<i>à part</i>), et dire en
+secret à Slender d'enlever ma Nan, pour l'aller épouser
+à Eton. (<i>Haut</i>.) Allons, envoyez à l'instant chez Falstaff.</p>
+
+<p>FORD.--Et moi j'y retournerai sous mon nom de Brook,
+afin qu'il me dise ses projets. Je suis persuadé qu'il
+viendra.</p>
+
+<p>MISTRESS PAGE.--Sans nul doute. Allez vous occuper
+de nous fournir tout le déguisement de nos lutins avec
+les accessoires.</p>
+
+<p>EVANS.--Dépêchons-nous, ce sera un plaisir admirable,
+et une très-vertueuse fourberie.</p>
+
+<p class="stage1">(Ford, Page et Evans sortent.)</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Mistriss Ford, chargez-vous d'envoyer
+Quickly à sir John, pour savoir ce qu'il pense. (<i>Mistriss
+Ford sort</i>.) Pour moi, je vais chez le docteur; il a mon
+agrément. Je ne consentirai pas à ce qu'un autre que
+lui devienne le mari de Nan Page. Slender a de bons
+biens, mais c'est un idiot. Mon mari le préfère à tous,
+mais le docteur a des écus et de bons amis à la cour. Il
+aura ma fille; c'est lui qui l'aura, dussent mille autres
+meilleurs que lui venir la demander.</p>
+
+<p class="stage1">(Elle sort.)</p>
+<br>
+
+<h3>SCÈNE V</h3>
+
+<p class="stage1">Une pièce dans l'hôtellerie de la <i>Jarretière</i>.</p>
+
+<p class="stage1"><i>Entrent</i> L'HÔTE et SIMPLE.</p>
+<br>
+
+<p>L'HÔTE.--Que cherches-tu ici, butor, lourde caboche?
+Qu'est-ce? Dis, parle, réponds, vite, prompt, preste et
+leste.</p>
+
+<p>SIMPLE.--Vraiment, monsieur l'hôte, je souhaiterais
+parler à sir John Falstaff, de la part de M. Slender.</p>
+
+<p>L'HÔTE.--Voilà sa chambre, sa maison, son château,
+son lit de maître et son lit volant<a id="footnotetag45" name="footnotetag45"></a><a href="#footnote45"><sup>45</sup></a>. Sur la muraille est
+peinte tout fraîchement et tout nouvellement l'histoire
+de l'Enfant prodigue. Allez, frappez, appelez; il vous
+parlera comme un anthropophaginien<a id="footnotetag46" name="footnotetag46"></a><a href="#footnote46"><sup>46</sup></a>. Frappez, vous
+dit-on.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote45" name="footnote45"></a><b>Note 45: </b><a href="#footnotetag45">(retour) </a> <i>Running bed</i>. Il y avait alors dans toutes les chambres à coucher
+un lit fixe (<i>standing bed</i>), où couchait le maître, et une espèce
+de coffre ou lit placé sous le premier, qu'on tirait le soir (<i>running
+bed</i>) et où couchait le domestique.</blockquote>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote46" name="footnote46"></a><b>Note 46: </b><a href="#footnotetag46">(retour) </a> <i>Anthropophaginian</i>. L'hôte s'amuse presque toujours à embarrasser
+ceux de ses interlocuteurs qui n'ont pas une grande intelligence
+de la langue, par des mots bizarres ou employés à contre-sens.</blockquote>
+
+<p>SIMPLE.--Une vieille femme, une grosse femme est
+montée dans sa chambre. Je prendrai la liberté, monsieur,
+de demeurer jusqu'à ce qu'elle descende: pour
+dire le vrai, c'est à elle que je viens parler.</p>
+
+<p>L'HÔTE.--Ah! une grosse femme! Elle pourrait voler
+le chevalier. Je vais l'appeler.--Eh! mon gros chevalier,
+gros sir John, parle-nous du creux de tes poumons militaires.
+Es-tu là? C'est ton hôte, ton Ephésien<a id="footnotetag47" name="footnotetag47"></a><a href="#footnote47"><sup>47</sup></a> qui t'appelle.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote47" name="footnote47"></a><b>Note 47: </b><a href="#footnotetag47">(retour) </a> <i>Ephesian</i>. Cette expression est employée dans la première
+partie de <i>Henri IV</i>: «des Ephésiens de la vieille Église.» Elle
+doit signifier <i>fidèle, loyal</i>.</blockquote>
+
+<p>FALSTAFF, <i>d'en haut</i>.--Qu'est-ce que c'est, mon hôte?</p>
+
+<p>L'HÔTE.--Voilà un Tartare bohémien qui attend que ta
+grosse femme descende: laisse-la descendre, mon gros,
+laisse-la descendre. Mes appartements sont honnêtes. Fi!
+des tête-à-tête! fi!</p>
+
+<p class="stage1">(Entre Falstaff.)</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Mon hôte, j'avais tout à l'heure chez moi
+une grosse vieille femme; mais elle est partie.</p>
+
+<p>SIMPLE.--Je vous en prie, monsieur, n'était-ce pas la
+devineresse de Brentford?</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Eh! oui, coquille de moule, c'était elle.
+Que lui voulez-vous?</p>
+
+<p>SIMPLE.--Mon maître, monsieur, mon maître Slender,
+m'a envoyé après elle quand il l'a vue passer dans la
+rue, pour savoir si un certain monsieur Nym, qui lui a
+volé une chaîne, a la chaîne ou non.</p>
+
+<p>FALSTAFF.--J'ai parlé de cela à la vieille femme.</p>
+
+<p>SIMPLE.--Et que dit-elle, monsieur, je vous prie?</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Ma foi, elle dit que l'homme qui a volé la
+chaîne de M. Slender est précisément celui-là même qui
+la lui a dérobée.</p>
+
+<p>SIMPLE.--J'aurais voulu pouvoir parler à la femme en
+personne. J'avais d'autres choses à lui demander encore
+de sa part.</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Quelles choses? Dites-les-nous.</p>
+
+<p>L'HÔTE.--Oui, allons, sur-le-champ.</p>
+
+<p>SIMPLE.--Je ne peux pas les dissimuler.</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Dissimule-les, ou tu es mort.</p>
+
+<p>SIMPLE.--Eh bien, monsieur, ce n'est pas autre chose
+que concernant mistriss Anne Page, pour savoir si c'est
+la destinée de mon maître de l'avoir, ou non.</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Oui, oui, c'est sa destinée.</p>
+
+<p>SIMPLE.--Quoi, monsieur?</p>
+
+<p>FALSTAFF.--De l'avoir ou non. Allez, rapportez-lui que
+la vieille femme me l'a dit ainsi.</p>
+
+<p>SIMPLE.--Puis-je prendre la liberté de le lui dire ainsi,
+monsieur?</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Oui, mon garçon<a id="footnotetag48" name="footnotetag48"></a><a href="#footnote48"><sup>48</sup></a>, prenez cette grande
+Liberté.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote48" name="footnote48"></a><b>Note 48: </b><a href="#footnotetag48">(retour) </a> <i>Master tike</i>. Maître tique. Il est impossible de rendre et même
+de comprendre le sens de ce sobriquet.</blockquote>
+
+<p>SIMPLE.--Je remercie Votre Seigneurie. Je réjouirai
+mon maître par ces bonnes nouvelles.</p>
+
+<p class="stage1">(Simple sort.)</p>
+
+<p>L'HÔTE.--Tu es un savant, tu es un savant, sir John.
+Avais-tu réellement une devineresse chez toi?</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Oui, j'en avais une, mon hôte, une qui
+m'a appris plus de choses que je n'en avais su dans
+toute ma vie, et je n'ai rien payé pour cela: c'est moi
+qu'on a payé pour apprendre.</p>
+
+<p class="stage1">(Entre Bardolph.)</p>
+
+<p>BARDOLPH.--Hélas! merci de nous, monsieur; nous
+sommes volés, volés, en conscience.</p>
+
+<p>L'HÔTE.--Où sont mes chevaux? Rends-moi bon compte
+de mes chevaux, coquin.</p>
+
+<p>BARDOLPH.--Partis avec les filous. Aussitôt que nous
+avons dépassé Éton, j'étais en croupe derrière l'un
+d'eux; ils me prennent et me jettent dans un fossé plein
+de boue: tous trois piquent, et les voilà partis comme
+trois diables allemands, trois docteurs Faust.</p>
+
+<p>L'HÔTE.--Ils ont été à la rencontre de leur duc, coquin;
+ne dis point qu'ils ont pris la fuite: les Allemands
+sont d'honnêtes gens.</p>
+
+<p class="stage1">(Entre sir Hugh Evans.)</p>
+
+<p>EVANS.--Où est notre hôte?</p>
+
+<p>L'HÔTE.--De quoi s'agit-il, monsieur?</p>
+
+<p>EVANS.--Tenez l'oeil à vos écots. Un de mes amis qui
+vient de se rendre à la ville, m'a dit qu'il y avait trois
+Allemands<a id="footnotetag49" name="footnotetag49"></a><a href="#footnote49"><sup>49</sup></a> qui ont volé à tous les hôtes de Readings,
+de Maidenhead et de Colebrook, leurs chevaux et leur
+argent. Je vous en informe par bonne volonté, voyez-vous.
+Vous êtes prudent, vous êtes rempli de sarcasmes
+et de plaisanteries pour rire: il ne convient pas que
+vous soyez dupé. Adieu.</p>
+
+<p class="stage1">(Il sort.)</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote49" name="footnote49"></a><b>Note 49: </b><a href="#footnotetag49">(retour) </a> <i>Couzin germans, hat have cozened</i>. Jeu de mots intraduisible sur
+<i>cosen</i> (filouter), <i>cosener germans</i> (filous allemands et l'expression française de cousins germains.</blockquote>
+
+<p class="stage1">(Entre Caius.)</p>
+
+<p>CAIUS.--Où est mon hôte de la <i>Jarretière</i>?</p>
+
+<p>L'HÔTE.--Le voici, monsieur le docteur, dans la perplexité,
+et dans un dilemme fort obscur.</p>
+
+<p>CAIUS.--Je ne sais pas ce que c'est; mais on me dit que
+vous faites de grands préparatifs pour un duc de Germanie.
+Sur ma foi, on ne sait pas à la cour qu'il vienne
+un duc comme cela. Je vous dis ceci par bonne volonté.
+Adieu.</p>
+
+<p class="stage1">Il sort.)</p>
+
+<p>L'HÔTE.--Au secours! haro! Cours, traître!--Assistez-moi,
+chevalier. Je suis ruiné. Cours vite. Crie haro, crie.
+Traître, je suis ruiné.</p>
+
+<p class="stage1">(L'hôte et Bardolph sortent.)</p>
+
+<p>FALSTAFF, seul.--Je voudrais que le monde entier fût
+dupé, puisque je l'ai été, moi, et de plus battu. Si l'on
+venait à savoir à la cour comment j'ai été métamorphosé,
+et comment dans cette métamorphose j'ai été
+baigné et bâtonné, ils me feraient fondre ma graisse
+goutte à goutte pour en huiler les bottes des pêcheurs.
+Je réponds qu'ils m'assommeraient de leurs bons mots,
+jusqu'à ce que je fusse aplati comme une poire tapée. Je
+n'ai jamais prospéré depuis le jour où je trichai à la
+prime.--Oui, si j'avais l'haleine assez longue pour dire
+mes prières, je ferais pénitence.</p>
+
+<p class="stage1">(Entre Quickly.)</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Ah! vous voilà? De quelle part venez-vous?</p>
+
+<p>QUICKLY.--De la part de toutes deux, ma foi.</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Que le diable prenne l'une, et sa femme
+l'autre: elles seront toutes deux bien pourvues. J'ai plus
+souffert pour l'amour d'elles, que la malheureuse inconstance
+du coeur de l'homme ne me permet de supporter.</p>
+
+<p>QUICKLY.--Et n'ont-elles rien souffert? Si fait, je vous
+en réponds. L'une d'elles surtout, mistriss Ford, la bonne
+âme, est bleue et noire de coups, à ce qu'on ne lui voie
+pas une place blanche sur tout le corps.</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Que me parles-tu de bleu et de noir? J'en
+ai, moi, de toutes les couleurs de l'arc-en-ciel à force
+d'avoir été battu. J'ai risqué même d'être appréhendé au
+corps pour la sorcière de Brentford. Sans l'adresse admirable
+avec laquelle j'ai su prendre tout à fait les manières
+d'une simple vieille, ce gredin de constable me
+faisait mettre aux ceps comme sorcière, aux ceps de la
+canaille.</p>
+
+<p>QUICKLY.--Permettez, sir John, que je vous parle dans
+votre chambre; vous apprendrez comment vont les
+affaires, et je vous réponds que vous n'en serez pas mécontent:
+voici une lettre qui vous en dira quelque chose.
+Pauvres gens, que de peines pour vous ménager une
+rencontre! Sûrement l'un de vous ne sert pas bien le
+ciel, puisque vous êtes si traversés.</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Montez dans ma chambre.</p>
+
+<p class="stage1">(Ils sortent.)</p>
+<br>
+
+<h3>SCÈNE VI</h3>
+
+<p class="stage1">Une autre pièce dans l'hôtellerie de la <i>Jarretière</i>.</p>
+
+<p class="stage1"><i>Entrent</i> FENTON et L'HÔTE.</p>
+<br>
+
+<p>L'HÔTE.--Ne me parlez point, monsieur Fenton: j'ai
+trop de chagrin; je veux tout laisser là.</p>
+
+<p>FENTON.--Écoute-moi seulement; seconde mon dessein:
+foi de gentilhomme, je te donnerai cent livres en
+or au delà de ce que tu as perdu.</p>
+
+<p>L'HÔTE.--Je vous écoute, monsieur Fenton, et du
+moins je vous promets le secret.</p>
+
+<p>FENTON.--Je vous ai parlé plusieurs fois de mon tendre
+amour pour la belle Anne Page, qui a répondu à mon
+affection, en ce qui dépend d'elle, autant que je le puis
+désirer. J'ai là une lettre d'elle dont le contenu vous
+étonnera. Les détails de la plaisanterie dont elle me fait
+part s'y trouvent tellement mêlés avec ce qui me concerne,
+que je ne puis vous montrer chaque chose séparément
+et sans vous mettre au fait de tout. Le gros Falstaff
+doit y jouer un grand rôle. Vous verrez là (<i>lui montrant
+la lettre</i>) tout le plan de la scène; écoutez-moi donc
+bien, mon cher hôte.--Ma douce Nan doit se rendre
+vers minuit au chêne de Herne, pour y représenter la
+reine des fées. Pour quel objet, vous le verrez ici. Son
+père lui a recommandé, tandis que chacun serait vivement
+occupé de son rôle, de s'esquiver sous son déguisement
+avec Slender, et de se rendre avec lui à Éton,
+pour l'y épouser immédiatement; elle a feint de consentir.--En
+même temps sa mère, toujours opposée à ce mariage,
+et fidèle à son protégé Caius, a de même donné le mot
+au docteur pour l'enlever tandis que chacun songerait à
+son affaire, et la conduire au doyenné, où un prêtre
+l'attend pour la marier sur l'heure; et Anne, soumise
+en apparence aux projets de sa mère, a aussi donné sa
+promesse au docteur. Maintenant, écoutez le reste: le
+père compte que sa fille sera habillée tout en blanc; et
+que Slender, dans le moment favorable, la reconnaissant
+à ce vêtement, la prendra par la main, la priera de
+le suivre, et qu'elle s'en ira avec lui; la mère de son
+côté, pour la mieux désigner au docteur, car ils seront
+tous déguisés et masqués, compte la vêtir d'une manière
+singulière, avec une robe verte flottante, des rubans
+pendants et des ornements brillants autour de sa tête.
+Quand le docteur verra l'occasion propice, il doit lui pincer
+la main, et à ce signal la jeune fille a promis qu'elle
+le suivrait.</p>
+
+<p>L'HÔTE.--Et qui compte-t-elle tromper, son père ou sa
+mère?</p>
+
+<p>FENTON--Tous les deux, bon hôte, pour venir avec
+moi. Ce que je vous demande, c'est d'engager le vicaire
+à m'attendre dans l'église entre minuit et une heure
+pour unir nos coeurs dans le lien d'un légitime mariage.</p>
+
+<p>L'HÔTE.--C'est bien; arrangez votre affaire; je vais
+trouver le vicaire; amenez la jeune fille, vous ne manquerez
+pas de prêtre.</p>
+
+<p>FENTON.--Je t'en aurai une éternelle obligation, sans
+compter la récompense que tu recevras sur-le-champ.</p>
+
+<p class="stage1">(Ils sortent.)</p>
+
+<p>FIN DU QUATRIÈME ACTE</p>
+<br><br>
+
+<h2>ACTE CINQUIÈME</h2>
+<br>
+
+<h3>SCÈNE I</h3>
+
+<p class="stage1">Une pièce dans l'hôtellerie de la <i>Jarretière</i>.</p>
+
+<p class="stage1"><i>Entrent</i> FALSTAFF ET MISTRISS QUICKLY.</p>
+<br>
+
+<p>FALSTAFF.--Trêve de bavardage, je t'en prie. Adieu;
+je m'y rendrai. Voici la troisième tentative; le nombre
+impair me portera bonheur, j'espère. Allons, va-t'en.
+On dit qu'il y a dans les nombres impairs une vertu divine,
+soit qu'ils s'appliquent à la naissance, à la fortune
+ou à la mort. Adieu.</p>
+
+<p>QUICKLY.--Je vous aurai une chaîne, et je vais faire
+de mon mieux pour vous procurer une paire de cornes.</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Adieu, vous dis-je: le temps se perd, allez,
+levez la tête, et rengorgez-vous. (<i>Sort mistriss Quickly.
+Entre Ford.</i>) Ah! vous voilà, monsieur Brook; monsieur
+Brook, les choses s'éclairciront ce soir, ou jamais.
+Trouvez-vous vers minuit dans le parc, auprès du chêne
+de Herne; vous y verrez des merveilles.</p>
+
+<p>FORD.--Mais n'êtes-vous pas allé hier, monsieur, au
+rendez-vous qu'on vous avait donné?</p>
+
+<p>FALSTAFF.--J'y allai comme vous me voyez, monsieur
+Brook, en pauvre vieil homme, mais j'en revins en pauvre
+vieille femme; son mari, le coquin de Ford, a dans
+le corps le plus fameux enragé démon de jalousie, monsieur
+Brook, qui se soit jamais avisé de gouverner un
+fou de son espèce. Je vous dirai qu'il m'a cruellement
+battu sous ma figure de vieille femme; sous ma figure
+d'homme je ne craindrais pas Goliath, une aune de tisserand
+en main: je sais comme un autre que la vie n'est
+qu'une navette<a id="footnotetag50" name="footnotetag50"></a><a href="#footnote50"><sup>50</sup></a>. Je suis pressé, venez avec moi; je vous
+conterai tout cela, monsieur Brook. Depuis le temps où
+je plumais la poule, négligeais mes leçons et fouettais
+le sabot, je n'avais pas su ce que c'est que d'être battu
+jusqu'aujourd'hui. Suivez-moi, je vous dirai d'étranges
+choses de ce coquin de Ford. J'en serai vengé cette nuit
+et je vous livrerai sa femme. Votre expédition est réglée;
+j'ai la Ford dans mes mains. Venez, d'étranges affaires
+se préparent, monsieur Brook, venez.</p>
+
+<p class="stage1">(Ils sortent.)</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote50" name="footnote50"></a><b>Note 50: </b><a href="#footnotetag50">(retour) </a> <i>Life is a shuttle.</i> Allusion à des paroles de l'Écriture.</blockquote>
+<br>
+
+<h3>SCÈNE II</h3>
+
+<p class="stage1">Le parc de Windsor.</p>
+
+<p class="stage1"><i>Entrent</i> PAGE, SHALLOW ET SLENDER.</p>
+<br>
+
+<p>PAGE.--Venez, venez. Il faut nous tapir dans ces fossés
+du château, jusqu'à ce que les flambeaux de nos lutins
+nous donnent le signal. Mon fils Slender, songez à ma
+fille.</p>
+
+<p>SLENDER.--Oui vraiment, j'ai parlé avec elle, et nous
+sommes convenus d'un mot du guet pour nous reconnaître
+l'un l'autre. J'irai à elle; elle sera en blanc; je
+dirai <i>chut</i>, elle répondra <i>budget</i>; et, voyez-vous, par là
+nous nous reconnaîtrons l'un l'autre.</p>
+
+<p>SHALLOW.--Voilà qui est bien; mais qu'avez-vous besoin
+de votre <i>chut</i>; ou de son <i>budget</i>? Le blanc l'annoncera
+et la désignera de reste. Dix heures ont sonné.</p>
+
+<p>PAGE.--La nuit est noire. Des follets, des lumières y
+figureront au mieux. Que le ciel protège notre divertissement!
+Personne ici ne songe à mal que le diable, et
+nous le reconnaîtrons à ses cornes.--Allons, suivez-moi.</p>
+
+<p class="stage1">(Ils sortent.)</p>
+<br>
+
+<h3>SCÈNE III</h3>
+
+<p class="stage1">La grande rue de Windsor.</p>
+
+<p class="stage1"><i>Entrent</i> MISTRISS PAGE, FORD ET <i>le</i> DOCTEUR
+CAIUS.</p>
+<br>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Monsieur le docteur, ma fille est en
+vert. Dès que vous trouverez votre moment, prenez son
+bras, menez-la au doyenné, et hâtez la cérémonie. Entrez
+toujours dans le parc: il faut que nous deux nous
+nous y rendions ensemble.</p>
+
+<p>CAIUS.--Je sais ce que je dois faire. Adieu.</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Bon succès, docteur. (<i>Il sort.</i>) Mon
+mari se réjouira moins du tour qu'on prépare à Falstaff,
+qu'il ne se fâchera du mariage de Nancy avec le docteur.
+Mais n'importe. Mieux vaut une petite gronderie qu'un
+grand crève-coeur.</p>
+
+<p>MISTRISS FORD.--Où est Jean avec sa troupe de lutins?
+et Hugh, notre diable gallois?</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Ils sont tous accroupis dans une ravine
+voisine du chêne de Herne, avec des lumières cachées.
+Au moment où Falstaff viendra nous joindre, il
+les feront tous à la fois briller au milieu de la nuit.</p>
+
+<p>MISTRISS FORD.--Il est impossible qu'il ne soit pas
+effrayé.</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--S'il n'est pas effrayé, au moins sera-t-il
+honni; et s'il s'effraye, il sera mieux honni encore.</p>
+
+<p>MISTRISS FORD.--Nous le conduisons joliment dans le
+piége.</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Pour punir de tels libertins et leurs
+vilains désirs, un piége n'est pas une trahison.</p>
+
+<p>MISTRISS FORD.--L'heure approche. Au chêne, au
+chêne.</p>
+
+<p class="stage1">(Elles sortent.)</p>
+<br>
+
+<h3>SCÈNE IV</h3>
+
+<p class="stage1">Le parc de Windsor.</p>
+
+<p class="stage1"><i>Entrent</i> EVANS ET <i>des</i> FÉES.</p>
+<br>
+
+<p>EVANS.--Trottez, trottez, petites fées: venez, et souvenez-vous
+bien de vos rôles. De la hardiesse, je vous
+prie. Suivez-moi dans le ravin; et quand je vous dirai le
+mot du guet, faites ce que je vous ai dit. Allons, allons,
+trottez, trottez.</p>
+
+<p class="stage1">(Ils sortent.)</p>
+<br>
+
+<h3>SCÈNE V</h3>
+
+<p class="stage1">Une autre partie du parc.</p>
+
+<p class="stage1"><i>Entre</i> FALSTAFF <i>déguisé avec un bois de cerf sur la tête</i>.</p>
+<br>
+
+
+<p>FALSTAFF.--L'horloge de Windsor a sonné minuit;
+l'heure s'avance.--Dieux au sang amoureux, assistez-moi
+maintenant. Souviens-toi, Jupiter, que tu devins
+taureau pour ton Europe: l'amour s'assit entre tes cornes.
+O puissance de l'amour qui, dans quelques occasions,
+fait d'une bête un homme, et dans quelques autres
+fait de l'homme une bête! tu devins cygne aussi,
+Jupiter, pour l'amour de Léda. Oh! tout-puissant amour!
+combien le dieu alors se rapprochait de la nature d'une
+oie! Le premier péché te changea en bétail; péché de
+bête! oh! Jupiter! et le second te transforme en volaille,
+penses-y, Jupiter; péché de volage<a id="footnotetag51" name="footnotetag51"></a><a href="#footnote51"><sup>51</sup></a>.--Quand les dieux
+sont si lascifs, que feront les pauvres humains? Quant à
+moi, je suis cerf de Windsor, et, je puis le dire, le plus
+gras de la forêt! Jupin, rafraîchis et calme mon automne,
+ou ne trouve pas mauvais que je dépense l'excès
+de mon embonpoint<a id="footnotetag52" name="footnotetag52"></a><a href="#footnote52"><sup>52</sup></a>. Qui vient ici? Est-ce ma biche?</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote51" name="footnote51"></a><b>Note 51: </b><a href="#footnotetag51">(retour) </a> <i>A foul fault</i>, dit Falstaff, jouant sur le mot <i>fowl</i> (oiseau) et le
+mot <i>foul</i> (coupable, odieux). Il a fallu chercher quelque espèce
+d'équivalent à cette plaisanterie.</blockquote>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote52" name="footnote52"></a><b>Note 52: </b><a href="#footnotetag52">(retour) </a> <i>Send me a cool rut-time, Jove, or who can blame me to piss my
+tallow?</i></blockquote>
+
+<p class="stage1">(Entrent mistriss Ford et mistriss Page.)</p>
+
+<p>MISTRESS FORD.--Sir John, est-ce vous, mon cerf, mon
+vigoureux cerf<a id="footnotetag53" name="footnotetag53"></a><a href="#footnote53"><sup>53</sup></a>?</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote53" name="footnote53"></a><b>Note 53: </b><a href="#footnotetag53">(retour) </a> <i>My male deer.</i> Le jeu de mots sur <i>deer</i> (daim) et <i>dear</i> (cher)
+s'est déjà rencontré plusieurs fois: il a été impossible de le rendre
+ici même par un équivalent.</blockquote>
+
+<p>FALSTAFF.--Oui, ma biche aux poils noirs<a id="footnotetag54" name="footnotetag54"></a><a href="#footnote54"><sup>54</sup></a>. Que maintenant
+le ciel fasse pleuvoir des patates<a id="footnotetag55" name="footnotetag55"></a><a href="#footnote55"><sup>55</sup></a>, fasse résonner
+sa foudre sur l'air des <i>Vertes manches</i>, m'envoie une grêle
+d'épices, une neige de panicots, qu'une tempête de stimulants
+vienne m'assaillir! Voilà mon asile.</p>
+
+<p class="stage1">(Il l'embrasse.)</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote54" name="footnote54"></a><b>Note 54: </b><a href="#footnotetag54">(retour) </a> <i>Black scut.</i></blockquote>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote55" name="footnote55"></a><b>Note 55: </b><a href="#footnotetag55">(retour) </a> <i>Potatoes.</i> Les patates, lorsqu'on les introduisit en Angleterre,
+y passaient pour un stimulant. Probablement l'air des <i>Vertes
+manches</i> rappelait à Falstaff quelque idée gaillarde, et, au lieu
+d'épices, il demande une grêle de <i>kissing comfits</i>; ce qu'il a fallu
+rendre autrement pour être intelligible en français. Pour les
+<i>kissing comfits</i>, voyez les notes de <i>Roméo et Juliette</i>.</blockquote>
+
+<p>MISTRESS FORD--Mistriss Page est venue avec moi, mon
+cher coeur.</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Partagez-moi comme un chevreuil offert à
+deux juges; prenez chacune un quartier. Je garde pour
+moi mes côtes; mes épaules seront pour le garde du bois<a id="footnotetag56" name="footnotetag56"></a><a href="#footnote56"><sup>56</sup></a>.
+Quant à mes cornes, je les lègue à vos maris. Ha! ha!
+suis-je l'homme du bois? Sais-je imiter Herne le chasseur?--Allons,
+Cupidon se montre enfin garçon de conscience;
+il fait restitution.--Comme il est vrai que je suis un esprit
+loyal, soyez les bienvenues.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote56" name="footnote56"></a><b>Note 56: </b><a href="#footnotetag56">(retour) </a> <i>The fellow of this walk.</i> Dans les règles de la vénerie, les épaules
+de la bête revenaient de droit au garde du bois.</blockquote>
+
+<p class="stage1">(Bruit derrière le théâtre.)</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Hélas! quel bruit est-ce là?</p>
+
+<p>MISTRESS FORD.--Le ciel nous pardonne nos péchés!</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Qu'est-ce que cela peut-être?</p>
+
+<p>MISTRISS FORD ET MISTRESS PAGE.--Fuyons, fuyons.</p>
+
+<p class="stage1">(Elles se sauvent en courant.)</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Je pense que le diable ne veut pas me voir
+damné, de peur que l'huile contenue dans ma personne
+ne mette le feu à l'enfer; autrement il ne me traverserait
+pas ainsi.</p>
+
+<p class="stage1">(Entrent sir Hugh Evans en satyre, mistriss Quickly et Pistol.
+Anne Page en reine des fées, accompagnée de son frère
+et de plusieurs autres jeunes garçons déguisés en fées
+avec des bougies allumées sur la tête.)</p>
+
+<p>QUICKLY.--Esprits noirs, gris, verts et blancs qui vous
+réjouissez au clair de la lune et sous les ombres de la
+nuit; enfants sans père<a id="footnotetag57" name="footnotetag57"></a><a href="#footnote57"><sup>57</sup></a>, entre les mains de qui repose
+l'immuable destinée, rendez-vous à votre devoir et
+remplissez vos fonctions. Lutin crieur, faites l'appel des
+Fées.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote57" name="footnote57"></a><b>Note 57: </b><a href="#footnotetag57">(retour) </a> <i>You orphan-heirs of fixed destiny.</i> Les commentateurs sont
+demeurés dans l'embarras sur le sens de ce passage qui ne paraît
+cependant pas très-difficile à saisir. Dans les superstitions relatives
+aux fées, lutins et esprits follets, etc., on attribue à ces êtres mystérieux
+tous les effets de ce que nous appelons hasard, tout événement
+qui n'est pas le résultat d'une prédétermination connue.
+Ainsi, confondant poétiquement l'agent avec son action, Shakspeare
+a pu prendre les fées, les lutins, etc., pour les hasards eux-mêmes,
+et, dans ce sens, les appeler <i>orphans</i>, orphelins, enfants
+sans père. Ensuite <i>heir</i>, dans la langue de Shakspeare, signifie
+pour le moins aussi souvent possesseur qu'héritier. Il n'est pas
+douteux que le double sens du mot, joint surtout à celui d'<i>orphans</i>
+(héritiers orphelins), n'ait ici séduit Shakspeare qui ne résiste
+jamais à ce genre de séduction; mais il paraît également
+clair que, par <i>heirs of fixed destiny</i>, il a entendu ceux entre les
+mains de qui réside, est déposée l'immuable destinée; et, peut-être
+ici, le vague de l'expression convient-il assez bien au genre
+d'idées qu'avait à rendre le poëte.</blockquote>
+
+<p>PISTOL.--Esprits, écoutez vos noms; silence, atomes
+aériens. <i>Cri, cri</i>, élance-toi aux cheminées de Windsor,
+et là où le feu ne sera pas couvert, le foyer point balayé,
+pince les servantes jusqu'à les rendre violettes comme
+des mûres. Notre rayonnante reine hait les malpropres
+et la malpropreté.</p>
+
+<p>FALSTAFF, <i>bas, tremblant</i>.--Ce sont des lutins! quiconque
+leur parle est mort. Je vais fermer les yeux et me coucher
+à terre; leurs oeuvres sont interdites à l'oeil de
+l'homme.</p>
+
+<p>EVANS.--Où est <i>Bède</i>? Allez, et quand vous trouverez
+une jeune fille qui, avant de se coucher, ait dit trois fois
+ses prières, réjouissez son imagination, et donnez-lui le
+profond sommeil de l'insouciante enfance; mais pour
+celles qui dorment sans songer à leurs péchés, pincez-leur
+les bras, les jambes, le dos, les épaules, les côtés et
+le menton.</p>
+
+<p>QUICKLY.--A l'ouvrage, à l'ouvrage; esprits, parcourez
+le château de Windsor, en dedans et en dehors. Fées, répandez
+les dons du bonheur dans chacune de ses salles
+sacrées; que jusqu'au jour du jugement il demeure entier
+autant que magnifique, digne de son possesseur, et
+son possesseur digne de lui. Nettoyez avec le parfum du
+baume et des fleurs les plus précieuses les siéges destinés
+aux différentes dignités de l'ordre, les statues ornées, les
+cottes d'armes, et les écussons à jamais sanctifiés par les
+plus loyales armoiries. Et pendant la nuit, fées des
+prairies, ayez soin, en chantant, de former un cercle
+semblable à celui de la Jarretière. Que l'endroit qui en
+portera l'empreinte devienne d'un vert plus frais et plus
+fertile que celui d'aucune des prairies qu'on ait jamais
+pu voir. <i>Honni soit qui mal y pense</i> y sera écrit par vous,
+en touffes de couleur d'émeraude, en fleurs incarnates
+bleues et blanches, semblables aux saphirs, aux perles
+et à la riche broderie qui s'attache au-dessous du genou
+fléchissant de cette brillante chevalerie. Les fées écrivent
+en caractères de fleurs. Allez, dispersez-vous, mais
+n'oublions pas la danse d'usage que nous devons former
+autour du chêne de Herne jusqu'à ce que l'horloge ait
+sonné une heure.</p>
+
+<p>EVANS.--Je vous prie, prenons-nous les mains dans
+l'ordre accoutumé; vingt vers luisants nous serviront de
+lanternes pour conduire notre danse autour de l'arbre.
+Mais arrêtez, je sens un homme de la moyenne terre.</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Que les cieux me défendent de ce lutin
+gallois! il me changerait en un morceau de fromage.</p>
+
+<p>EVANS.--Vil insecte, tu as été rejeté dès ta naissance.</p>
+
+<p>QUICKLY.--Que le feu d'épreuve touche le bout de son
+doigt; s'il est chaste, la flamme retournera en arrière et
+il n'en sentira aucune douleur; mais s'il tressaille, sa
+chair renferme un coeur corrompu.</p>
+
+<p>PISTOL.--A l'épreuve, venez!</p>
+
+<p>EVANS.--Venez voir si son bois prendra feu.</p>
+
+<p class="stage1">(Ils le brûlent avec leurs flambeaux.)</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Oh! oh! oh!</p>
+
+<p>QUICKLY.--Corrompu, corrompu, souillé de mauvais
+désirs! Fées, entourez-le; que vos chants lui reprochent
+sa honte; et, en tournant, pincez-le en cadence.</p>
+
+<p>EVANS.--Cela est juste; il est plein de vices et d'iniquités.</p>
+
+<p class="stage1">(Chant.)</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<p class="i8"> Honte aux coupables désirs,</p>
+<p class="i8"> Honte à l'impureté et à la luxure:
+<p class="i8"> La luxure est un feu</p>
+<p>Allumé dans le sang par l'incontinence des désirs du coeur;</p>
+<p class="i8"> Ses flammes s'élèvent insolemment,</p>
+<p>Excitées par la pensée, et aspirent toujours plus haut.</p>
+<p class="i8"> Pincez-le, fées, toutes ensemble;</p>
+<p class="i8"> Pincez-le pour punir son infamie;</p>
+<p class="i8"> Pincez-le, brûlez-le, tournez autour de lui,</p>
+<p>Jusqu'à ce que vos flambeaux, la lumière des étoiles</p>
+<p class="i8"> Et le clair de lune aient cessé de briller.</p>
+</div></div>
+
+<p class="stage1">(Durant ce chant, les fées pincent Falstaff. Le docteur Caius
+arrive d'un côté et enlève une des fées habillée de vert;
+Slender vient par une autre route, enlève une des fées vêtue
+de blanc; puis Fenton survient et s'échappe avec Anne
+Page. Un bruit de chasse se fait entendre derrière le théâtre;<br>
+toutes les fées s'enfuient. Falstaff arrache ses cornes et
+se relève.)</p>
+
+<p class="stage1">(Entrent Page et Ford, mistriss Page et mistriss Ford. Ils se
+saisissent de Falstaff.)</p>
+
+<p>PAGE.--Non, ne fuyez pas ainsi.--Je crois que nous
+vous avons attrapé pour le coup: n'avez-vous donc pas
+pour vous échapper d'autre déguisement que celui de
+Herne le chasseur?</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Allons, je vous prie, venez: ne poussons
+pas plus loin la plaisanterie. Eh bien, mon cher sir
+John, que dites-vous maintenant des femmes de Windsor?
+Et vous, mon mari, voyez: cette belle paire de cornes ne
+convient-elle pas mieux à la forêt qu'à la ville?</p>
+
+<p>FORD.--Eh bien, mon cher monsieur, qui de nous deux
+est le sot?... Monsieur Brook, Falstaff est un gredin,
+gredin de cocu. Voilà ses cornes, monsieur Brook; et
+de toutes les jouissances qu'il s'était promises sur ce qui
+appartient à Ford, il n'a eu que celle de son panier de
+lessive, de sa canne, et de vingt livres sterling qu'il
+faudra rendre à M. Brook. Ses chevaux sont saisis pour
+gage, monsieur Brook.</p>
+
+<p>MISTRISS FORD.--Sir John, le malheur nous en veut;
+nous n'avons jamais pu parvenir à nous trouver ensemble.
+Allons, je ne vous prendrai plus pour mon amant; mais
+je vous tiendrai toujours pour cher<a id="footnotetag58" name="footnotetag58"></a><a href="#footnote58"><sup>58</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote58" name="footnote58"></a><b>Note 58: </b><a href="#footnotetag58">(retour) </a> <i>My deer</i>. Toujours le même jeu de mots entre <i>deer</i> et <i>dear</i>. On
+a tâché d'y substituer celui de <i>cher</i> et <i>chair</i>, une traduction parfaitement
+fidèle étant impossible.</blockquote>
+
+<p>FALSTAFF.--Je commence à voir qu'on a fait de moi un
+âne.</p>
+
+<p>MISTRISS FORD.--Oui; et aussi un boeuf gras: les preuves
+subsistent.</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Ce ne sont donc pas des fées? J'ai eu deux ou
+trois fois l'idée que ce n'étaient pas des fées; et cependant
+les remords de ma conscience, le saisissement soudain de
+toutes mes facultés, m'ont aveuglé sur la grossièreté du
+piége, et m'ont fait croire dur comme fer, contre toute
+rime et toute raison, que c'étaient des fées. Voyez donc
+comme l'esprit peut faire de nous un sot, quand il est
+employé à mal.</p>
+
+<p>EVANS.--Sir John Falstaff, servez Dieu, renoncez à vos
+mauvais désirs, et les fées ne vous pinceront plus.</p>
+
+<p>FORD.--Bien dit, Hugh l'esprit!</p>
+
+<p>EVANS.--Et vous, renoncez à vos jalousies, je vous en
+prie.</p>
+
+<p>FORD.--Jamais il ne m'arrivera de me défier de ma
+femme, que lorsque tu seras en état de lui faire ta cour
+en bon anglais.</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Me suis-je donc desséché, brûlé le cerveau
+au soleil, au point qu'il ne m'en reste pas assez pour
+échapper à une grossière déception? Un bouc gallois
+m'aura fait danser à sa guise, et pourra me coiffer d'un
+bonnet de fou de son pays? Il serait grand temps qu'on
+m'étranglât avec une boule de fromage grillé.</p>
+
+<p>EVANS.--Le fromage n'est pas bon avec le beurre; et
+votre ventre est tout beurre.</p>
+
+<p>FALSTAFF. Fromage et beurre! Ai-je assez vécu pour
+recevoir la leçon d'un gaillard qui vous met l'anglais en
+capilotade? En voilà plus qu'il ne faut pour décréditer
+par tout le royaume la débauche et les courses
+nocturnes.</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Eh quoi, sir John, pensez-vous que
+quand même nous aurions banni la vertu de nos coeurs,
+par la tête et par les épaules, et que nous aurions voulu
+nous damner sans scrupule, le diable eût jamais pu nous
+rendre amoureuses de vous?</p>
+
+<p>FORD.--D'un vrai pudding, d'un ballot d'étoupes.</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--D'un essoufflé!</p>
+
+<p>PAGE.--Vieux, glacé, flétri, et d'une bedaine intolérable.</p>
+
+<p>FORD.--D'une langue de Satan!</p>
+
+<p>PAGE.--Pauvre comme Job!</p>
+
+<p>FORD.--Et aussi méchant que sa femme.</p>
+
+<p>EVANS.--Et adonné aux fornications, aux tavernes, au
+vin d'Espagne, et à la bouteille, et aux liqueurs, et à la
+boisson, et aux jurements, et aux impudences, et aux ci
+et aux çà.</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Fort bien, je suis le sujet de votre éloquence:
+vous avez le pion sur moi; je suis confondu; je
+ne suis pas même en état de répondre à ce blanc-bec de
+Gallois, et l'ignorance même me foule aux pieds. Traitez-moi
+comme il vous plaira.</p>
+
+<p>FORD.--Vraiment, mon cher, nous allons vous conduire
+à Windsor, à un monsieur Brook à qui vous avez
+filouté de l'argent, et dont vous aviez consenti à vous
+faire l'entremetteur: je pense que la restitution de cet
+argent vous sera une douleur beaucoup plus amère que
+tout ce que vous avez déjà enduré.</p>
+
+<p>MISTRISS FORD.--Non, mon mari, laissez-lui cet argent
+en réparation; abandonnez-lui cette somme, et comme
+cela nous serons tous amis.</p>
+
+<p>FORD.--Allons, soit; voilà ma main: tout est pardonné.</p>
+
+<p>PAGE.--Allons, gai chevalier; tu feras collation ce
+soir chez moi, où tu riras aux dépens de ma femme,
+comme elle rit maintenant aux tiens: dis-lui que monsieur
+Slender vient d'épouser sa fille.</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE, <i>à part</i>.--Les docteurs en doutent: s'il est
+vrai qu'Anne Page soit ma fille, elle est actuellement la
+femme du docteur Caius.</p>
+
+<p class="stage1">(Entre Slender.)</p>
+
+<p>SLENDER.--Oh! oh! oh! père Page.</p>
+
+<p>PAGE.--Qu'est-ce que c'est, mon fils, qu'est-ce que c'est?
+est-ce fini?</p>
+
+<p>SLENDER.--Oui, fini..... Je le donne au plus habile
+homme du comté de Glocester, pour y connaître quelque
+chose, ou je veux être pendu, là, voyez-vous.</p>
+
+<p>PAGE.--Et de quoi s'agit-il donc, mon fils?</p>
+
+<p>SLENDER.--J'arrive là-bas à Éton pour épouser mademoiselle
+Anne Page; et elle s'est trouvée être un grand
+nigaud de garçon: si ce n'avait pas été dans l'église, je
+l'aurais étrillé, ou il m'aurait étrillé. Si je n'avais pas
+cru que c'était Anne Page, que je ne bouge jamais de la
+place; et c'est un postillon du maître de poste!</p>
+
+<p>PAGE.--Sur ma vie, vous vous êtes donc trompé?</p>
+
+<p>SLENDER.--Eh! qu'avez-vous besoin de me le dire? Je
+le sais bien, morbleu! puisque j'ai pris un garçon pour
+une fille. Si je m'étais trouvé l'avoir épousé à cause de
+la figure qu'il avait dans sa robe de femme, j'aurais été
+bien avancé.</p>
+
+<p>PAGE.--C'est la faute de votre bêtise. Ne vous avais-je
+pas dit comment vous reconnaîtriez ma fille à la couleur
+de ses habits?</p>
+
+<p>SLENDER.--Je me suis adressé à celle qui était en blanc;
+je lui ai dit <i>chut</i>, et elle m'a répondu <i>budget</i>, comme nous
+en étions convenus, mistriss Anne et moi; et cependant
+ce n'était pas mistriss Anne, mais un postillon de la poste.</p>
+
+<p>EVANS.--Jésus! monsieur Slender, n'y voyez-vous
+donc pas assez clair pour ne pas épouser un garçon.</p>
+
+<p>PAGE.--Oh! je suis cruellement vexé. Que faire?</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Cher George, ne vous fâchez pas: je
+savais votre dessein; en conséquence, j'ai fait habiller
+ma fille en vert, et, pour dire la vérité, elle est
+maintenant avec le docteur au doyenné, où on les
+marie.</p>
+
+<p class="stage1">(Entre Caius.)</p>
+
+<p>CAIUS.--Où est mistriss Anne Page? palsambleu! je suis
+attrapé; j'ai épousé un garçon, un paysan; ce n'est
+point Anne Page. Palsambleu! je suis attrapé.</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Quoi! n'avez-vous pas pris celle qui
+était en vert?</p>
+
+<p>CAIUS.--Oui, palsambleu! et c'est un garçon. Palsambleu!
+je vais soulever tout Windsor.</p>
+
+<p class="stage1">(Il sort.)</p>
+
+<p>FORD.--C'est étrange! Qui donc aura emmené la véritable
+Anne Page?</p>
+
+<p>PAGE.--Le coeur ne me dit rien de bon. Voici monsieur
+Fenton. (<i>Entrent Fenton et mistriss Anne Page</i>.) Que venez-vous
+faire ici, monsieur Fenton?</p>
+
+<p>ANNE.--Pardon, mon bon père; ma bonne mère, pardon.</p>
+
+<p>PAGE.--Quoi? mademoiselle, comment arrive-t-il que
+vous ne soyez pas avec monsieur Slender?</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Par quel hasard n'êtes-vous pas avec
+monsieur le docteur, jeune fille?</p>
+
+<p>FENTON.--Vous la troublez: écoutez-moi, vous allez
+savoir toute la vérité. Chacun de vous la mariait honteusement,
+sans qu'il y eût aucun amour mutuel. La
+vérité est qu'elle et moi depuis longtemps engagés l'un à
+l'autre, nous le sommes maintenant d'une manière si
+solide, que rien ne peut nous séparer. La faute qu'elle a
+commise est vertu; et cette fraude ne doit point être
+traitée ni de supercherie criminelle, ni de désobéissance,
+ni de manque de respect, puisque par là votre fille évite
+des jours de malheur et de malédiction que lui aurait fait
+passer un mariage forcé.</p>
+
+<p>FORD.--Allons, ne restez pas interdits, il n'y a pas de
+remède: en amour, c'est le ciel qui choisit les conditions;
+l'argent achète des terres, le sort livre les femmes.</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Je suis bien aise de voir qu'en ne voulant
+que tirer sur moi seul, quelques-uns de vos traits sont
+retombés sur vous.</p>
+
+<p>PAGE.--Allons, en effet, quel remède?--Fenton, le ciel
+t'accorde le bonheur! il faut bien accepter ce qu'on ne
+peut éviter.</p>
+
+<p>FALSTAFF.--Quand les chiens de nuit courent, toutes
+espèces de bêtes sont prises.</p>
+
+<p>EVANS.--Je danserai et je mangerai des dragées à vos
+noces.</p>
+
+<p>MISTRISS PAGE.--Allons, je me rends aussi.--Monsieur
+Fenton que le ciel vous accorde de longs et longs jours
+de bonheur! Bon mari, allons tous au logis rire, devant
+un bon feu de campagne, de cette joyeuse histoire; et
+sir John comme les autres.</p>
+
+<p>FORD.--Ainsi soit-il.--Sir John, vous tiendrez votre
+parole à monsieur Brook: il passera la nuit avec mistriss
+Ford.</p>
+
+<p class="stage1">(Tous sortent.)</p>
+
+<p>FIN DU CINQUIÈME ET DERNIER ACTE.</p>
+
+
+
+
+
+<br><br>
+
+
+
+
+
+
+
+<pre>
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of Les joyeuses Bourgeoises de Windsor, by
+William Shakespeare
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LES JOYEUSES BOURGEOISES DE WINDSOR ***
+
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+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.
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+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
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+
+Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
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+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
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+Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
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+ http://www.gutenberg.org
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+This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
+subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
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