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+*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 30117 ***
+
+ABC
+PETITS CONTES
+
+
+PAR
+
+JULES LEMAÎTRE
+
+DE
+
+L'ACADÉMIE FRANÇAISE
+
+
+Avec des images
+
+DE
+
+JOB
+
+
+PROPRIÉTÉ DES ÉDITEURS
+
+
+[Illustration: ABCDEFGHIJKLM NOPQRSTUVXYZ]
+
+[Illustration: ABC]
+
+
+TOURS
+MAISON ALFRED MAME ET FILS
+
+
+
+
+PRÉFACE
+
+
+Jules Lemaître a beaucoup aimé les enfants. Il eut lui-même, lorsqu'il
+fut professeur à Grenoble, une petite fille, Madeleine, qui mourut au
+bout d'un mois et dont il ne se consola jamais.
+
+Plus tard il devint un parrain multiple et délicieux. Tout le monde
+connaît les contes charmants écrits pour ses filleules et ses
+filleuls, comme les _Idées de Liette_, _les Amoureux de la Princesse
+Lilli_, _Boum_, cette étrange petite fille de Bagdad, et celui en
+marge des Contes de Perrault, le _Lapin blanc et les Trèfles à quatre
+feuilles_.
+
+A Paris, dans son grand atelier de la rue d'Artois, tapissé de l'or
+pâli des précieuses reliures, Jules Lemaître se plaisait à recevoir
+des enfants, les comblait de gâteaux et de sucreries et ouvrait pour
+eux un bahut mystérieux de sa bibliothèque, qui répandait alors sur le
+tapis les jouets les plus inattendus, collectionnés avec presque
+autant d'amour que les livres.
+
+C'est ainsi qu'il fut amené à écrire un _Alphabet_. Il le commença l'été
+de 1913, à Royan, où il fit un assez long séjour. Il en chercha les sujets
+en se promenant à petits pas,--il était déjà très essoufflé,--entre les
+pins et la mer, et le soir il racontait ses contes, pour les «essayer»,
+à mes neveux africains, riant avec eux, ou disant, déçu quand ils
+restaient indifférents: «C'est ironique et trop bref! Comme les peuples
+primitifs, les enfants détestent l'esprit et adorent les détails;
+amplifions avec simplicité!»
+
+Et le lendemain, il recommençait son conte.
+
+Une de ses dernières joies, en mai 1914, alors que le médecin lui
+avait défendu tout travail inventif, fut de recopier lui-même, d'une
+écriture de plus en plus menue et immatérielle, les contes enfantins.
+
+Il en reçut les épreuves à Tavers, fin juillet.
+
+Déjà la cécité verbale l'avait accablé. Il regarda, mélancolique, les
+images, puis dit avec un navrant sourire: «Je vais réapprendre à lire
+dans mon propre alphabet!»
+
+Quelques jours plus tard la guerre survint, et Jules Lemaître eut une
+crise cardiaque qui devait l'emporter. Cependant il songea à me
+recommander la correction des épreuves, et, par un scrupule excessif,
+me chargea d'indiquer que tous les contes n'étaient pas entièrement de
+son imagination, mais qu'il s'était inspiré parfois d'Andersen, de
+Florian et même, comme pour le _Bélier_, du chanoine Schmid.
+
+La guerre suspendit la publication de l'_Alphabet_. Aujourd'hui,
+seulement, la maison Mame offre aux enfants, illustré par Job, ce
+dernier livre de leur grand ami, qui a su conserver jusqu'à la fin son
+âme tendre et puérile.
+
+ Myriam HARRY.
+
+_Neuilly, le 8 mai 1919._
+
+[Illustration: A B C D E F G H I J K L M]
+
+[Illustration: N O P Q R S T U V X Y Z]
+
+
+
+
+ANE
+
+
+Il y avait, dans un village, une pauvre vieille femme qui n'avait pour
+toute compagnie qu'un petit âne. Elle l'aimait beaucoup, car il était
+intelligent et bon, et il paraissait content de porter sur son dos les
+légumes du jardin au marché de la ville.
+
+[Illustration]
+
+Mais de méchants garçons se moquaient de la vieille femme et de son
+petit âne quand ils la rencontraient.
+
+[Illustration]
+
+Un jour, ils crièrent à la vieille femme:
+
+«Bonjour, la mère âne!
+
+--Bonjour, mes fils!» leur répondit-elle.
+
+L'âne eut l'air de se moquer d'eux à son tour en remuant ses oreilles,
+et les méchants garçons ne trouvèrent plus rien à dire.
+
+
+
+
+BÉLIER
+
+
+Berthe était une petite fille très étourdie qui laissait toujours les
+portes ouvertes.
+
+Sa mère, qui était une fermière, la grondait souvent: car, pendant
+l'absence de Berthe, les chiens, les poules et même les petits cochons
+salissaient tout.
+
+[Illustration]
+
+Mais Berthe ne se corrigeait pas de son étourderie. Un jour que sa
+mère était au marché, Berthe alla jouer dans le jardin en oubliant,
+selon son habitude, de fermer la porte.
+
+Le bélier de la ferme s'échappa de la bergerie et entra tranquillement
+dans la maison.
+
+Comme il ne trouva personne en bas, il monta par l'escalier au premier
+étage, où il y avait la belle chambre des parents de Berthe, avec une
+armoire à glace.
+
+Quand le bélier vit son image dans cette glace, il crut que c'était
+un autre bélier, et il le menaça de ses cornes; mais l'autre fit le
+même mouvement.
+
+Furieux, il se dressa sur ses pattes; mais l'autre se dressa aussi.
+
+Alors le bélier se jeta de toutes ses forces contre la glace et il la
+brisa en mille morceaux.
+
+Puis il descendit l'escalier et quitta la maison, très fier d'avoir
+mis l'autre bélier en fuite.
+
+Le soir, Berthe fut sévèrement punie par sa mère, et je vous jure
+qu'elle ne laisse plus les portes ouvertes.
+
+[Illustration]
+
+
+
+
+CANARD
+
+
+Une cane couvait une douzaine d'oeufs qu'on avait mis sous elle.
+Onze de ces oeufs ressemblaient à tous les oeufs de cane, mais le
+douzième était plus gros et d'une espèce différente. La canne était
+très fière de cet oeuf; elle le montrait à toutes les voisines qui
+venaient la voir et elle disait:
+
+«Voyez comme il est gros! Je suis sûre qu'il en sortira un superbe
+caneton.»
+
+[Illustration]
+
+Au bout de quelque temps, la mère cane entendit, dans l'intérieur des
+onze oeufs ordinaires, de petits coups de bec, puis des pépiements;
+puis elle vit sortir des coquilles onze petits canards charmants,
+habillés de duvet jaune. Mais le douzième oeuf tardait à éclore. Et,
+bien que cela inquiétât un peu la mère, elle se disait: «L'enfant n'en
+sera que plus beau.» Et patiemment elle se remit à couver.
+
+[Illustration]
+
+Mais, quand enfin l'oeuf éclata, la pauvre mère fut épouvantée. Ce
+n'était pas du tout un superbe caneton, mais un vilain petit animal,
+avec un cou trop long, un corps trop gros, et qui marchait les pattes
+en dedans, sans aucune élégance. Les onze frères et soeurs se
+moquaient de lui, et la mère elle-même, quand elle conduisait ses
+enfants à la mare, avait honte de lui parce que tout le monde disait
+sur son passage:
+
+«Oh! voyez donc ce vilain petit canard!»
+
+Personne ne voulait jouer avec lui, et le pauvre petit fut bien
+malheureux. Il tendait son cou trop long vers le ciel comme pour dire:
+«Ah! pourquoi suis-je né?» ou bien, le rabattant tristement le long de
+son corps, il restait à rêver dans un coin.
+
+Un jour que les autres l'avaient houspillé plus que de coutume, il
+prit le parti de quitter sa famille. Il marcha longtemps devant lui et
+arriva près d'un lac où nageaient des cygnes.
+
+«Ah! dit le vilain petit canard, que ces oiseaux sont beaux! Pour sûr
+ils me chasseront, car je suis trop laid.»
+
+Et il se disposait à se retirer, lorsqu'une grand'mère cygne, qui se
+reposait sur la rive, l'interpella:
+
+«Hep! mon enfant, d'où viens-tu et comment t'appelles-tu?
+
+--Je viens de la basse-cour, madame, et je m'appelle canard. Je suis
+parti parce que mes camarades me trouvent trop laid et ne veulent pas
+jouer avec moi.
+
+--Pauvre petit! dit la mère-grand. Le fait est que tu n'es pas bien
+joli, mais cela vient de ce que tu es fatigué et triste. Attends un
+peu que je t'examine. Tu me rappelles un petit-fils que j'ai perdu...
+Oui, il n'y a aucun doute là-dessus, tu n'es pas du tout un petit
+canard, tu es bien un cygne. C'est la fermière qui a dû glisser un de
+nos oeufs parmi les oeufs de cane; et celle que tu as prise pour
+ta mère n'était que ta couveuse. Pauvre petit orphelin, viens sur mon
+coeur!»
+
+Puis la grand'mère appela tous les autres cygnes, et elle leur raconta
+l'histoire du vilain petit canard.
+
+«Il n'est pas si vilain que ça,» dirent les cygnes.
+
+Et un monsieur cygne, avec un magnifique plastron blanc et de beaux
+pieds vernis, déclara:
+
+«Qu'il reste parmi nous, et dans trois mois je lui donne ma fille en
+mariage.»
+
+[Illustration]
+
+
+
+
+DEMOISELLE
+
+
+Savez-vous ce que c'est qu'une demoiselle?
+
+Une demoiselle est une longue et jolie mouche qui habite près des
+ruisseaux et des étangs sur une feuille de nénuphar.
+
+[Illustration]
+
+On l'appelle demoiselle parce qu'elle a la taille fine, un corselet de
+satin vert, des ailes aussi délicates que la mousseline de vos robes,
+et parce qu'elle se pose souvent au bord de sa feuille pour se
+regarder dans l'eau, comme les vraies demoiselles se regardent dans
+leur miroir.
+
+
+
+
+ESCARGOT
+
+I
+
+
+Il y avait une fois un monsieur et une madame Escargot qui vivaient
+sur un chou.
+
+Ils étaient gros, gras et luisants, et ils auraient pu être heureux.
+Mais ils n'avaient pas d'enfant, et cela leur manquait beaucoup.
+
+Un jour, vint à passer près de leur chou un pauvre petit escargot
+maigre qui leur demanda l'aumône.
+
+Ils le questionnèrent et ils apprirent qu'il était orphelin.
+
+[Illustration]
+
+Aussitôt Mme Escargot, tout attendrie, dit à son mari:
+
+«Si nous l'adoptions?
+
+--J'allais te le proposer,» répondit M. Escargot.
+
+Et il sortit presque entièrement de sa maison pour embrasser son
+nouveau fils.
+
+En peu de temps, le petit escargot devint gros, gras et luisant.
+
+Alors la mère Escargot dit au père Escargot:
+
+«Mon ami, il faut marier notre fils. Il faut lui chercher une jolie
+fille de notre monde, afin que nous ayons de beaux petits-enfants.
+
+--J'allais te le proposer, répondit le mari. Mais à qui nous adresser
+pour cela?
+
+--De mon balcon vert, dit Mme Escargot, je vois le peuple des fourmis...
+
+[Illustration]
+
+[Illustration]
+
+
+
+
+FOURMI
+
+II
+
+
+«Le peuple des fourmis, dit Mme Escargot, est un peuple actif qui va
+et vient sans cesse sur les routes de France et qui doit connaître
+beaucoup de gens et être au courant de beaucoup de choses. Nous allons
+demander aux fourmis si elles ne connaîtraient pas une jeune fille
+digne d'épouser notre escargoton.
+
+[Illustration]
+
+--J'allais te le proposer,» dit le père Escargot.
+
+Et il descendit de son balcon avec sa femme pour interroger les
+fourmis.
+
+Les fourmis répondirent:
+
+«Justement, nous avons ce qu'il vous faut. A quelques mètres d'ici,
+dans le trou d'un vieux mur, vit une demoiselle Escargot de la plus
+jolie coquille, dont on a dernièrement fait cuire les parents. La
+pauvrette est toute seule au monde.
+
+--Elle ne restera pas seule longtemps, s'écrièrent ensemble M. et Mme
+Escargot. Allez, je vous prie, la demander en mariage pour monsieur
+notre fils.»
+
+Les fourmis se mirent en route et arrivèrent près du vieux mur où
+l'orpheline pleurait ses parents qu'on avait fait cuire.
+
+Elle fut si heureuse de la proposition, qu'elle accorda tout de suite
+sa main, même sans le connaître, au fils adoptif des vieux escargots,
+et qu'elle se mit en marche, en bavant de joie tout le long du chemin.
+
+Mais elle n'avançait pas vite. Alors les fourmis fabriquèrent avec des
+brins d'herbe une chaise à porteur qu'elles chargèrent sur leurs
+épaules. Et c'est ainsi que la pauvre orpheline arriva, après
+plusieurs jours, au chou de ses beaux-parents et dans les bras de son
+fiancé.
+
+[Illustration]
+
+
+
+
+GATEAU
+
+
+On avait donné à deux enfants un gros gâteau et un petit, en leur
+disant:
+
+«Partagez!»
+
+Les deux enfants étaient une petite fille de six ans et un petit
+garçon de quatre ans.
+
+«Tiens! dit la petite fille, prends ce joli petit gâteau. Moi, je
+mangerai ce vilain gros.
+
+--J'aime mieux le vilain gros, dit le petit garçon.
+
+--Mais puisqu'il est vilain!
+
+--Oui, mais il est gros!»
+
+[Illustration]
+
+
+
+
+HIRONDELLE
+
+
+Tout le monde sait que les hirondelles s'en vont l'hiver dans les pays
+chauds et ne reviennent qu'au printemps.
+
+[Illustration]
+
+Pour faire ce long voyage, les mères hirondelles rassemblent leurs
+petits autour d'elles. Mais une pauvre petite hirondelle, qui était
+tombée du nid un jour de grand vent, boitait encore un peu et ne put
+pas s'envoler avec ses frères et soeurs.
+
+[Illustration]
+
+Elle resta tristement au bord du toit, d'où elle vit s'éloigner sa
+famille, et elle serait certainement morte de faim, de froid et de
+chagrin, si les enfants de la maison ne l'avaient recueillie.
+
+Ils la mirent dans une cage, à côté du poêle; ils la nourrirent de
+mouches et de vers, si bien que l'hirondelle était en très bonne santé
+et ne boitait plus du tout au retour du printemps.
+
+Et quand les parents de l'hirondelle revinrent des pays chauds, les
+enfants ouvrirent la cage. La petite hirondelle reconnut sa mère et,
+avec des cris de joie, elle se jeta dans ses ailes.
+
+[Illustration]
+
+
+
+
+IBIS
+
+
+Dans la basse-cour d'un château se trouva, parmi toutes sortes de
+volailles, un ibis rose.
+
+Il avait été rapporté d'Égypte par le fils de la maison, qui était
+grand voyageur.
+
+Au commencement, on eut beaucoup d'égards pour ce noble étranger.
+Aussitôt que l'ibis déployait ses ailes, les pigeons roucoulaient:
+
+«Oh! que c'est beau! On dirait des pêchers en fleur!»
+
+[Illustration]
+
+Les poules admiraient la courbe élégante de son bec. Les canards, qui
+sont si bas sur pattes, regardaient avec envie les longues jambes de
+l'ibis, qui semblaient peintes au ripolin rose.
+
+[Illustration]
+
+Flatté, l'ibis marchait de long en large. Il leur parlait de sa patrie
+l'Égypte, du Nil, des autruches, des pyramides et des minarets du
+Caire.
+
+D'abord on l'avait écouté avec respect; mais peu à peu on trouva qu'il
+racontait toujours la même chose.
+
+Le dindon disait avec colère:
+
+«Quel rabâcheur!»
+
+[Illustration]
+
+La pintade se moquait de son nez d'ivrogne, et un caneton poussa
+l'impertinence jusqu'à lui demander combien les baguettes qui lui
+servaient de jambes lui avaient coûté le centimètre.
+
+[Illustration]
+
+Alors le pauvre ibis rose se retira dans un coin. Et il se tenait tout
+raide sur une patte, rêvant de son pays, du Nil, des pyramides et des
+minarets.
+
+
+
+
+JOUETS
+
+
+[Illustration]
+
+[Illustration]
+
+Un petit garçon de la ville, Robert, avait des jouets à mécanique,
+très chers, qu'il fallait toujours remonter, qui se cassaient très
+souvent et qui ne l'amusaient pas du tout.
+
+[Illustration]
+
+Un jour, il rencontra un petit garçon de la campagne, Mathieu, à qui
+ses parents ne donnaient pas de jouets, mais qui fabriquait lui-même
+des sifflets, des canons ou des pompes avec du sureau, des noyaux
+d'abricots et des pailles.
+
+[Illustration]
+
+«Oh! que c'est joli et amusant! dit Robert. Apprends-moi comment tu
+fais.»
+
+Mathieu le lui apprit. Robert vendit à une vieille marchande de
+bric-à-brac ses jouets mécaniques devenus inutiles, et, avec les sous
+qu'il en retira, il acheta des gâteaux, que les deux enfants mangèrent
+de grand appétit.
+
+[Illustration]
+
+
+
+
+KANGOUROU
+
+
+[Illustration]
+
+Du temps où les kangourous vivaient dans le paradis terrestre, leurs
+pattes de devant étaient aussi longues que celles de derrière.
+
+[Illustration]
+
+Mais, à cause de cette longueur de leurs pattes, les kangourous
+étaient devenus extrêmement voleurs. Ils n'avaient qu'à étendre le
+bras pour attraper les branches et cueillir les plus beaux fruits,
+qu'ils enfouissaient ensuite dans la grande poche qu'ils portent sur
+le ventre.
+
+Ainsi ils dépouillaient les arbres du paradis.
+
+[Illustration]
+
+Les autres bêtes, qui ne pouvaient pas en faire autant, se plaignirent
+au bon Dieu.
+
+Le bon Dieu fit venir devant lui les kangourous et, pour qu'il leur
+fût plus difficile de voler les fruits, il leur raccourcit les pattes
+de devant.
+
+Depuis ce temps-là, les kangourous ont ces moignons que vous voyez sur
+l'image, et la poche de leur ventre ne leur sert plus que pour y
+cacher leurs petits.
+
+[Illustration]
+
+
+
+
+LOUP
+
+
+Quand le loup eut mangé les six petits biquets, il se sentit le ventre
+si lourd, qu'il alla faire un somme derrière le puits.
+
+[Illustration]
+
+Il avait oublié de manger le septième petit biquet, qui s'était caché
+sous le lit. Aussi, quand la mère chèvre revint du marché avec un
+panier au bras, ce fut ce petit biquet qui lui apprit que le loup
+avait mangé ses six petits frères.
+
+«Ah! mes enfants! mes chers enfants!» chevrotait la chèvre en essuyant
+ses yeux avec un coin de son tablier.
+
+Mais, retrouvant son courage, elle prit son dernier-né par la main et
+se mit à la recherche du loup. Elle ne fut pas longtemps à le trouver
+qui dormait sur ses deux oreilles derrière le puits et qui ronflait de
+toutes ses forces.
+
+[Illustration]
+
+«Attends, brigand! dit la mère chèvre; tu vas voir!»
+
+Et, tirant de son panier un couteau de cuisine, d'un seul coup elle
+fend le ventre du loup dans toute sa longueur, et les six petits
+biquets sautent au cou de leur mère. Car le loup les avait avalés si
+goulûment, qu'il n'avait pas pris le temps de les mâcher et qu'ils
+étaient encore en vie.
+
+La chèvre et les biquets rirent et pleurèrent ensemble un instant;
+puis la mère dit:
+
+«Ce n'est pas tout! Allez vite me chercher six grosses pierres. Je
+vais les mettre à votre place dans le ventre du loup, et je lui
+recoudrai la peau. Comme cela, il ne s'apercevra de rien à son
+réveil.»
+
+Quand tout fut terminé, la mère et les enfants allèrent se cacher,
+pour voir ce que ferait le loup.
+
+Au bout d'un moment, il se réveilla, se frotta les paupières, puis se
+tâta le ventre.
+
+«Comme il est dur! grogna-t-il. Sans doute je n'ai pas bien digéré.
+Ah! je sais, j'ai oublié de boire.»
+
+Et, se levant, il alla vers le puits. Dans son ventre, les six pierres
+faisaient un bruit étrange.
+
+«Je ne sais vraiment pas ce qui cogne comme cela dans mon ventre!» dit
+le loup.
+
+Et il se pencha pour boire.
+
+[Illustration]
+
+Mais ce mouvement précipita les pierres l'une sur l'autre dans
+l'estomac du loup, leur poids l'entraîna en avant, et le vieux brigand
+tomba la tête en bas dans le fond du puits.
+
+Alors la chèvre et ses sept petits dansèrent autour du puits une ronde
+joyeuse.
+
+
+
+
+MOINEAU
+
+
+[Illustration]
+
+Dans un champ de millet, les moineaux venaient picorer les épis. Le
+chat du meunier les guettait depuis longtemps, sans réussir à les
+attraper; car, aussitôt qu'il s'approchait, les oiseaux s'envolaient.
+
+[Illustration]
+
+«Je vous prendrai quand même, petits nigauds,» dit le chat en méditant
+une ruse.
+
+Il alla tremper une de ses pattes de devant dans le ruisseau, puis il
+courut au moulin la plonger dans un tas de millet en grain, de façon
+que les grains restèrent collés autour de sa patte mouillée.
+
+«Ainsi, se dit-il, ma patte ressemblera à un gros épi de millet, et
+les oiseaux s'y laisseront prendre.»
+
+A cloche-pied, il gagne le champ de millet, s'y couche sur le dos et
+lève la patte en l'air.
+
+Les oiseaux la prirent pour un épi et se mirent à en picorer les
+grains. Alors vite, avec l'autre patte, le chat les attrapa.
+
+[Illustration]
+
+Bientôt les moineaux s'aperçurent du piège, et ils cherchèrent un
+autre champ. Mais l'un d'eux, qui avait failli être mangé, en garda
+une telle frayeur, qu'il prit désormais chaque épi pour une patte de
+chat, et jura de ne plus manger que des fruits pendus aux branches des
+arbres.
+
+
+
+
+NEIGE
+
+
+Quatre petites filles regardaient par la fenêtre la neige tomber.
+Elles étaient nées en Orient, où il ne fait jamais très froid, et
+c'était la première fois qu'elles voyaient de la neige.
+
+[Illustration]
+
+«Qu'est-ce que cela peut bien être? dit Léila, la plus petite.
+
+--Je sais, répondit Cora. On fait le ménage au ciel, et c'est la
+Sainte Vierge qui bat son lit de plumes.
+
+--Pas du tout, déclara Myriam; ce ne sont pas des plumes, mais des
+petits bouts de papier, et ce sont les anges qui vident les corbeilles
+où le petit Jésus a jeté les lettres que les enfants lui écrivent à
+Noël. Oui, oui, j'en suis sûre, je reconnais mon papier.
+
+--Moi, dit Séphora la gourmande, je crois que c'est du sucre. Si
+seulement on pouvait goûter!»
+
+Mais Daniel, leur grand frère, qui avait tout entendu, se mit à rire:
+
+«Ni sucre, ni lettres déchirées, ni plumes! C'est de la neige, de la
+neige comme il y en a tous les ans en Europe, de la neige avec
+laquelle on fait des boules de neige et un bonhomme de neige. Nous en
+ferons un demain, si vous êtes sages.
+
+--Quel dommage que ce ne soit pas du sucre!» soupira Séphora en
+passant sa langue sur la vitre.
+
+
+
+
+OREILLE
+
+
+[Illustration]
+
+Quand Noé eut rassemblé les animaux devant l'arche, il se dit:
+
+«Toutes ces bêtes vont sûrement se disputer et se mordre les oreilles.
+Il serait donc prudent de leur enlever les oreilles avant leur entrée
+dans l'arche. On les leur rendra à la sortie.»
+
+Il fit installer un vestiaire et donna l'ordre à ses fils d'y ranger
+les oreilles, à mesure que les bêtes se présenteraient.
+
+Le premier fut le chameau; puis vint le cheval, puis la vache, puis le
+chien, le mouton, le cochon, le chat, l'éléphant, le lapin, et enfin
+l'âne. Et tous, comme Noé l'avait commandé, ôtèrent leurs oreilles, et
+tous reçurent en échange un numéro de vestiaire, attaché à un cordon
+qu'ils passèrent autour de leur cou.
+
+Grâce à ces précautions, la paix régna dans l'arche pendant les
+quarante jours que dura le déluge.
+
+Le quarante et unième jour, Noé dit aux animaux:
+
+«Voilà le beau temps revenu. Je vais vous rendre vos oreilles, et vous
+pourrez retourner chez vous.»
+
+Alors, l'une après l'autre, toutes les bêtes passèrent au vestiaire,
+et elles reçurent leurs oreilles en échange du numéro.
+
+Le chameau arriva l'avant-dernier. Il ne restait plus que deux paires
+d'oreilles: les siennes, très grandes, et celles de l'âne, toutes
+petites.
+
+Mais avant que le bon chameau pût montrer son numéro, l'âne lui passa
+entre les jambes et se mit à brailler:
+
+[Illustration]
+
+«Monsieur Noé! monsieur Noé! donnez-moi mes oreilles. C'est cette
+grande paire-là. Je suis très pressé!»
+
+[Illustration]
+
+Le père Noé était si fatigué, qu'il ne fit pas attention au faux
+numéro que lui remit l'âne sournois.
+
+«Tu me casses la tête! Tiens, voilà ton bien, décampe!»
+
+Et Noé donna les superbes oreilles du chameau à l'âne, qui s'enfuit en
+pétaradant de joie.
+
+Quand le chameau ouvrit enfin ses babines pour réclamer son dû, il n'y
+avait plus dans le vestiaire que les oreilles de l'âne, dont il dut se
+contenter.
+
+Et voilà pourquoi le chameau, qui est une bête de grande taille, a des
+oreilles si courtes, tandis que l'âne, qui est beaucoup plus petit, en
+a de si longues.
+
+
+
+
+POIS
+
+
+Il y avait une fois un prince qui voulait se marier.
+
+[Illustration]
+
+Il voulait épouser une princesse, mais aucune de celles qu'on lui
+présenta ne lui parut assez princesse.
+
+Or, un jour d'orage, on sonna à la grille du château.
+
+Le roi alla ouvrir lui-même, et il trouva devant la grille une jeune
+fille dont les vêtements étaient trempés, les cheveux défaits et les
+souliers couverts de boue.
+
+Elle avait presque l'air d'une mendiante. Mais, quand le roi lui
+demanda qui elle était, elle répondit qu'elle était une princesse.
+
+Le roi la fit entrer au château.
+
+«Nous allons bien voir si c'est une princesse,» pensa la reine.
+
+Elle ordonna aux servantes de préparer un lit pour la jeune fille,
+mais de mettre un pois sous les vingt matelas qui composaient ce lit.
+
+Le lendemain, la reine demanda à la jeune fille comment elle avait
+dormi.
+
+«Très mal, répondit-elle. Il y avait je ne sais quoi de dur et de rond
+dans mon lit; j'en ai des bleus sur tout le corps.
+
+--Quel bonheur! pensa le prince, qui avait écouté derrière la porte.
+Pour avoir la peau si fine, il faut bien que ce soit une véritable
+princesse.»
+
+Et tout de suite il lui demanda sa main.
+
+[Illustration]
+
+
+
+
+QUEUE
+
+
+Une famille de rats habitait dans une cave remplie de marchandises.
+
+Les rats s'y trouvaient fort bien, car il y avait beaucoup de choses
+bonnes à manger, surtout du savon et de la chandelle.
+
+Il y avait aussi des tonneaux et des barils. On ne savait pas ce
+qu'ils contenaient. Mais un jour la mère Rat découvrit un tonneau dont
+la bonde était partie. Elle flaira, puis elle plongea sa queue dans le
+trou et la retira pour goûter.
+
+«Quelle chance! s'écria-t-elle, c'est du sirop de groseille. Vite, mes
+petits, venez vous régaler!»
+
+[Illustration]
+
+Mais les ratons glissaient sur le ventre du tonneau et ne pouvaient
+arriver au sommet. Restés en bas, ils pleuraient de dépit et de
+gourmandise.
+
+Alors la mère Rat eut une idée. Elle alla de nouveau plonger sa queue
+dans le trou; puis, quand sa queue fut bien imbibée de sirop, elle
+courut au bord du tonneau et, se retournant, elle la laissa pendre.
+
+Les ratons, en se haussant sur les pattes de derrière, purent
+l'atteindre, et chacun à son tour lécha le bout de la queue, comme si
+c'était un sucre d'orge.
+
+Vingt fois, cent fois, la mère Rat alla de la bonde au bord du
+tonneau. En quelques jours il fut à moitié vide, et la queue de la
+mère Rat n'était plus assez longue pour tremper dans ce qui restait de
+sirop.
+
+Mais un peu plus loin il y avait un autre baril qui était à moitié
+défoncé.
+
+«Ce sera encore plus commode,» se dit la mère Rat.
+
+Et, sans prendre la précaution de flairer, elle plongea sa queue au
+fond du tonneau.
+
+Mais, quand elle voulut la retirer, elle poussa un cri de douleur. Sa
+queue ne venait pas, sa queue était collée, sa queue s'était enfoncée
+dans un tonneau de glu.
+
+[Illustration]
+
+
+
+
+ROSSIGNOL
+
+
+L'empereur de Chine avait dans son jardin un rossignol qui s'appelait
+Bulbul et qui était son ami.
+
+Bulbul venait manger dans sa main, et, la nuit, quand l'empereur ne
+pouvait pas dormir, Bulbul chantait si bien, que l'empereur oubliait
+tous les soucis de son métier.
+
+Mais un jour son ministre lui dit:
+
+«Je connais un rossignol qui chante aussi le jour et qui a un bien
+beau plumage.»
+
+[Illustration]
+
+Et il apporta à l'empereur un oiseau peint de brillantes couleurs et
+que l'on remontait avec une clef pour le faire chanter.
+
+Et l'empereur trouva le nouveau rossignol si joli, et il écoutait si
+souvent sa chanson, qu'il oublia son Bulbul. Et Bulbul serait mort de
+faim si la petite fille de la cuisinière ne l'avait adopté.
+
+Mais, à force de remonter le rossignol mécanique, la clef cassa, et
+l'oiseau cessa de chanter.
+
+Personne ne put le raccommoder, et l'empereur devint si triste, qu'il
+tomba gravement malade.
+
+Mais, une nuit qu'il était près de mourir, il entendit soudain à côté
+de son lit une voix si mélodieuse, qu'il se sentit revenir à la vie.
+
+C'était Bulbul qui chantait. Et Bulbul chanta jusqu'à ce que
+l'empereur fût complètement guéri.
+
+«Oh! Bulbul, dit l'empereur, ton plumage est moins joli, et tu ne
+chantes pas tout le temps comme l'autre; mais tu es un ami, et tu
+viens quand on a besoin de toi.»
+
+Et l'empereur reconnaissant commanda pour Bulbul une cage d'or et une
+petite couronne de diamants.
+
+[Illustration]
+
+
+
+
+SAPIN
+
+
+[Illustration]
+
+Il y avait un petit sapin qui rêvait d'être mât de navire afin de
+voyager et de voir le monde.
+
+Quand il fut grand, on l'abattit, on le dépouilla de son écorce, et il
+devint, selon son voeu, grand mât sur une frégate.
+
+Mais il s'ennuyait à cause de la longueur et de la monotonie des
+traversées.
+
+«Ah! disait-il, comme il faisait bon dans ma forêt natale! J'avais de
+la mousse à mes pieds et quelquefois des nids dans mes branches; et
+les petits enfants ramassaient mes aiguilles, et souvent ils dansaient
+des rondes en chantant autour de mon tronc. Et maintenant je suis tout
+sec, tout nu et tout seul. Ah! si j'avais su! Si seulement j'avais pu
+être mât de cocagne!»
+
+Et il soupira si fort, que tous les cordages en craquèrent.
+
+Mais à ce moment un vol d'hirondelles passa au-dessus de la mer.
+
+Elles venaient des pays du Nord et s'en allaient en Égypte.
+
+Elles descendirent sur le navire et se posèrent sur le mât, qu'elles
+couvrirent presque entièrement de leurs ailes. Le mât entendit même
+leurs petits coeurs battre, et leurs plumes qui le frôlaient
+faisaient comme un bruissement de feuilles.
+
+Il écoutait ce qu'elles disaient entre elles. Elles parlaient
+justement de son pays, d'où elles venaient. Et le pauvre sapin se
+sentit si heureux, qu'il s'endormit en se figurant qu'on l'avait
+ramené dans sa forêt.
+
+[Illustration]
+
+
+
+
+TORTUE
+
+
+Jean, Pierre et Paul étaient allés aux courses avec leurs parents. Ils
+avaient vu courir des chevaux, et cela les avait beaucoup amusés.
+
+Rentrés à la maison, Jean dit à ses frères:
+
+«Si nous faisions courir, nous aussi?
+
+--Mais nous n'avons pas de chevaux, répondit Pierre.
+
+--Qu'est-ce que cela fait? Nous avons chacun une tortue, et des
+tortues peuvent tout aussi bien courir que des chevaux; plus
+lentement, voilà tout.»
+
+[Illustration]
+
+Chaque enfant alla donc chercher sa tortue. Puis ils choisirent trois
+beaux escargots, qui seraient les jockeys.
+
+Jean apporta sa boîte à couleurs, et il peignit à chaque escargot une
+casaque différente, une jaune, une rouge, une verte.
+
+Il voulut aussi leur fabriquer des casquettes. Mais les escargots
+dirent: «Non, merci,» et rentrèrent leurs cornes.
+
+Les trois enfants préparèrent une piste dans le jardin, avec des
+poteaux au bout, et une tribune avec des roses et des oeillets, qui
+figuraient les dames élégantes.
+
+Puis ils alignèrent leurs trois tortues montées par les trois
+escargots, et Jean donna le signal du départ.
+
+Mais, hélas! aucune des trois tortues ne bougea.
+
+Alors Pierre courut chercher son tambour, et Paul chatouilla la queue
+des tortues avec des brindilles.
+
+Les tortues se décidèrent enfin à partir. Mais, au lieu d'aller droit
+devant elles, elles allaient à droite ou à gauche, et la tortue de
+Paul revint même en arrière.
+
+Alors Jean eut une idée:
+
+«Si nous mettions des salades au lieu de poteaux!»
+
+Et vite, au bout de la piste, les enfants plantèrent trois belles
+salades.
+
+Quand les tortues virent cette appétissante verdure, elles se mirent
+en marche toutes seules, et celle de Jean avança si rapidement que son
+jockey, je veux dire son escargot, roula à terre.
+
+Elle arriva la première au but; et, pour sa récompense, on lui donna à
+manger les poteaux, je veux dire les salades, et même les roses et les
+oeillets de la tribune, qui figuraient les dames élégantes.
+
+[Illustration]
+
+[Illustration]
+
+
+
+
+UNIVERS
+
+
+C'est un bien grand mot et une bien grande chose aussi; car cela veut
+dire le monde entier.
+
+Mais cela peut signifier aussi l'endroit où l'on vit, où l'on a ses
+habitudes et où l'on est heureux.
+
+Ainsi, la salle à manger est l'univers de la mouche.
+
+L'étang est l'univers du poisson.
+
+La prairie est l'univers de la vache.
+
+La forêt est l'univers du lapin.
+
+Le village ou la ville est votre univers à vous, mes enfants; et,
+quand vous serez grands, ce sera la France entière, avec ses mers, ses
+îles, ses colonies, et tout ce que vous saurez voir, et tout ce que
+vous saurez comprendre.
+
+[Illustration]
+
+
+
+
+VIOLETTES
+
+
+[Illustration]
+
+Vous savez, mes enfants, que les violettes sont l'emblème de la
+modestie. Car elles poussent dans les bois obscurs, à l'ombre d'autres
+plantes; et même elles cachent leur visage délicat derrière leurs
+grandes feuilles vertes, comme font les jeunes filles timides derrière
+leur éventail.
+
+Or, un jour, un poète se promena dans une forêt où il y avait beaucoup
+de violettes qui embaumaient l'air délicieusement.
+
+Grisé par ce parfum, il fit des vers en l'honneur de l'humble fleur
+des bois, et il les récita tout haut.
+
+A ses pieds, une violette l'entendit. Elle crut qu'il ne parlait que
+pour elle, et de se savoir ainsi chantée par un poète, cela lui fit
+oublier toute modestie.
+
+Elle allongea son cou derrière ses feuilles, tourna vaniteusement sa
+tête à gauche et à droite, et se mira avec complaisance dans une
+grosse goutte de rosée qui était restée pendue à un brin d'herbe.
+
+«Ah! disait-elle, que je suis jolie et que je sens bon! Je dois être
+plus jolie que les autres fleurs, et mon parfum doit être plus
+agréable que tous les autres parfums de la forêt, puisque c'est sur
+moi seule que le poète a fait des vers.»
+
+Mais à ce moment passa la vieille fée des bois qui est la surveillante
+des fleurs.
+
+Avec sa baguette, elle donna une tape sur la joue de la violette.
+
+«Petite impudente! dit-elle, rentrez sous votre feuille, et pour vous
+punir de votre vanité, je vous enlève votre parfum.»
+
+Violette fut désolée. Elle pleura tant, qu'une jeune fée, qui venait
+en promenade de ce côté, eut pitié d'elle.
+
+«Pauvre petite, dit-elle, je ne peux plus te rendre ton parfum; mais,
+puisque tu as tant de chagrin, je fais de tes larmes des pétales plus
+clairs, des pétales mauves; et du moins, si tu n'es pas odorante, tu
+seras plus jolie.»
+
+Et, ayant dit, la fée changea la violette des bois en une violette de
+Parme.
+
+Et voilà pourquoi les violettes de Parme n'ont pas de parfum.
+
+[Illustration]
+
+
+
+
+XAVIER
+
+
+Le petit Xavier dit à ses petits camarades, Maurice et Jean:
+
+«Jouons! Je serai le cocher, Maurice sera le cheval, et Jean sera le
+chien qui aboie après la voiture.»
+
+Maurice fit très bien le cheval. Il hennissait, levait les pieds très
+haut et paraissait s'amuser beaucoup.
+
+Alors Xavier dit:
+
+«Je voudrais être le cheval.
+
+--Comme tu voudras,» dit le petit Maurice.
+
+Le petit Jean, qui faisait toujours le chien, aboyait de toutes ses
+forces, courait à droite et à gauche, et semblait très content.
+
+Alors Xavier dit:
+
+«Je voudrais être le chien.»
+
+[Illustration]
+
+Mais sa mère, qui regardait jouer les trois enfants, dit à Xavier:
+
+«Je crois bien que tu voudrais être à la fois le cocher, le cheval et
+le chien.
+
+--Oh! oui, dit Xavier.
+
+--Mais on ne peut pas être tout. Il faut choisir.
+
+--C'est bien ennuyeux.»
+
+
+
+
+YVONNE
+
+
+Yvonne était une petite fille qui ne pouvait pas se tenir tranquille à
+table. Elle gigotait, elle se penchait à droite, à gauche, en avant,
+en arrière; elle descendait de sa chaise pour jouer avec le chien
+Médor, ou elle prenait la chatte Minouche sur ses genoux.
+
+Sa mère la grondait, son père la punissait, mais Yvonne ne se
+corrigeait pas.
+
+Un jour, c'était un dimanche, il y avait un très bon déjeuner, une
+crème au chocolat et beaucoup de gâteaux.
+
+Yvonne avait promis d'être sage, parce qu'elle ne voulait pas être
+privée de dessert.
+
+Au commencement, tout alla bien. Mais peu à peu la petite fille fut
+reprise par sa mauvaise habitude: elle se balança sur sa chaise, en
+avant et en arrière, tandis que le chien Médor et la chatte Minouche
+la regardaient avec un air de dire:
+
+«Prends garde! prends garde! Nous connaissons quelqu'un qui va
+tomber.»
+
+Et en effet, tout à coup, elle perdit l'équilibre. Elle voulut se
+retenir à la table; elle se cramponna à la nappe, et patatras! Tout
+se renversa sur elle et sur sa chaise, tout, les plats, les bouteilles,
+les verres, les fourchettes et la crème. Elle eut mal aux bras et aux
+jambes, et on dut l'emporter dans son lit.
+
+Médor et Minouche se lamentèrent d'abord, puis ils se consolèrent en
+mangeant sous la table la crème et les gâteaux.
+
+[Illustration]
+
+
+
+
+ZÉRO
+
+
+Dans la vie, quand on n'est bon à rien, les autres vous appellent un
+«zéro».
+
+Appliquez-vous donc à bien apprendre votre alphabet et à lire ces
+contes, et je vous jure qu'on ne dira jamais de vous:
+
+«La petite Marie? Le petit Jean? Oh! c'est un zéro.»
+
+[Illustration]
+
+
+40840.--TOURS, IMPRIMERIE MAME
+
+ * * * * *
+
+Au lecteur:
+
+Cette version électronique reprend l'intégralité du texte de la
+version papier.
+
+Concernant l'orthographe, un mot a été corrigé:
+
+page 30: "Attend" remplacé par "Attends" (Attends, brigand!)
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of ABC, by Jules Lemaître
+
+*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 30117 ***