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diff --git a/30117-0.txt b/30117-0.txt new file mode 100644 index 0000000..4951d6c --- /dev/null +++ b/30117-0.txt @@ -0,0 +1,1187 @@ +*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 30117 *** + +ABC +PETITS CONTES + + +PAR + +JULES LEMAÎTRE + +DE + +L'ACADÉMIE FRANÇAISE + + +Avec des images + +DE + +JOB + + +PROPRIÉTÉ DES ÉDITEURS + + +[Illustration: ABCDEFGHIJKLM NOPQRSTUVXYZ] + +[Illustration: ABC] + + +TOURS +MAISON ALFRED MAME ET FILS + + + + +PRÉFACE + + +Jules Lemaître a beaucoup aimé les enfants. Il eut lui-même, lorsqu'il +fut professeur à Grenoble, une petite fille, Madeleine, qui mourut au +bout d'un mois et dont il ne se consola jamais. + +Plus tard il devint un parrain multiple et délicieux. Tout le monde +connaît les contes charmants écrits pour ses filleules et ses +filleuls, comme les _Idées de Liette_, _les Amoureux de la Princesse +Lilli_, _Boum_, cette étrange petite fille de Bagdad, et celui en +marge des Contes de Perrault, le _Lapin blanc et les Trèfles à quatre +feuilles_. + +A Paris, dans son grand atelier de la rue d'Artois, tapissé de l'or +pâli des précieuses reliures, Jules Lemaître se plaisait à recevoir +des enfants, les comblait de gâteaux et de sucreries et ouvrait pour +eux un bahut mystérieux de sa bibliothèque, qui répandait alors sur le +tapis les jouets les plus inattendus, collectionnés avec presque +autant d'amour que les livres. + +C'est ainsi qu'il fut amené à écrire un _Alphabet_. Il le commença l'été +de 1913, à Royan, où il fit un assez long séjour. Il en chercha les sujets +en se promenant à petits pas,--il était déjà très essoufflé,--entre les +pins et la mer, et le soir il racontait ses contes, pour les «essayer», +à mes neveux africains, riant avec eux, ou disant, déçu quand ils +restaient indifférents: «C'est ironique et trop bref! Comme les peuples +primitifs, les enfants détestent l'esprit et adorent les détails; +amplifions avec simplicité!» + +Et le lendemain, il recommençait son conte. + +Une de ses dernières joies, en mai 1914, alors que le médecin lui +avait défendu tout travail inventif, fut de recopier lui-même, d'une +écriture de plus en plus menue et immatérielle, les contes enfantins. + +Il en reçut les épreuves à Tavers, fin juillet. + +Déjà la cécité verbale l'avait accablé. Il regarda, mélancolique, les +images, puis dit avec un navrant sourire: «Je vais réapprendre à lire +dans mon propre alphabet!» + +Quelques jours plus tard la guerre survint, et Jules Lemaître eut une +crise cardiaque qui devait l'emporter. Cependant il songea à me +recommander la correction des épreuves, et, par un scrupule excessif, +me chargea d'indiquer que tous les contes n'étaient pas entièrement de +son imagination, mais qu'il s'était inspiré parfois d'Andersen, de +Florian et même, comme pour le _Bélier_, du chanoine Schmid. + +La guerre suspendit la publication de l'_Alphabet_. Aujourd'hui, +seulement, la maison Mame offre aux enfants, illustré par Job, ce +dernier livre de leur grand ami, qui a su conserver jusqu'à la fin son +âme tendre et puérile. + + Myriam HARRY. + +_Neuilly, le 8 mai 1919._ + +[Illustration: A B C D E F G H I J K L M] + +[Illustration: N O P Q R S T U V X Y Z] + + + + +ANE + + +Il y avait, dans un village, une pauvre vieille femme qui n'avait pour +toute compagnie qu'un petit âne. Elle l'aimait beaucoup, car il était +intelligent et bon, et il paraissait content de porter sur son dos les +légumes du jardin au marché de la ville. + +[Illustration] + +Mais de méchants garçons se moquaient de la vieille femme et de son +petit âne quand ils la rencontraient. + +[Illustration] + +Un jour, ils crièrent à la vieille femme: + +«Bonjour, la mère âne! + +--Bonjour, mes fils!» leur répondit-elle. + +L'âne eut l'air de se moquer d'eux à son tour en remuant ses oreilles, +et les méchants garçons ne trouvèrent plus rien à dire. + + + + +BÉLIER + + +Berthe était une petite fille très étourdie qui laissait toujours les +portes ouvertes. + +Sa mère, qui était une fermière, la grondait souvent: car, pendant +l'absence de Berthe, les chiens, les poules et même les petits cochons +salissaient tout. + +[Illustration] + +Mais Berthe ne se corrigeait pas de son étourderie. Un jour que sa +mère était au marché, Berthe alla jouer dans le jardin en oubliant, +selon son habitude, de fermer la porte. + +Le bélier de la ferme s'échappa de la bergerie et entra tranquillement +dans la maison. + +Comme il ne trouva personne en bas, il monta par l'escalier au premier +étage, où il y avait la belle chambre des parents de Berthe, avec une +armoire à glace. + +Quand le bélier vit son image dans cette glace, il crut que c'était +un autre bélier, et il le menaça de ses cornes; mais l'autre fit le +même mouvement. + +Furieux, il se dressa sur ses pattes; mais l'autre se dressa aussi. + +Alors le bélier se jeta de toutes ses forces contre la glace et il la +brisa en mille morceaux. + +Puis il descendit l'escalier et quitta la maison, très fier d'avoir +mis l'autre bélier en fuite. + +Le soir, Berthe fut sévèrement punie par sa mère, et je vous jure +qu'elle ne laisse plus les portes ouvertes. + +[Illustration] + + + + +CANARD + + +Une cane couvait une douzaine d'oeufs qu'on avait mis sous elle. +Onze de ces oeufs ressemblaient à tous les oeufs de cane, mais le +douzième était plus gros et d'une espèce différente. La canne était +très fière de cet oeuf; elle le montrait à toutes les voisines qui +venaient la voir et elle disait: + +«Voyez comme il est gros! Je suis sûre qu'il en sortira un superbe +caneton.» + +[Illustration] + +Au bout de quelque temps, la mère cane entendit, dans l'intérieur des +onze oeufs ordinaires, de petits coups de bec, puis des pépiements; +puis elle vit sortir des coquilles onze petits canards charmants, +habillés de duvet jaune. Mais le douzième oeuf tardait à éclore. Et, +bien que cela inquiétât un peu la mère, elle se disait: «L'enfant n'en +sera que plus beau.» Et patiemment elle se remit à couver. + +[Illustration] + +Mais, quand enfin l'oeuf éclata, la pauvre mère fut épouvantée. Ce +n'était pas du tout un superbe caneton, mais un vilain petit animal, +avec un cou trop long, un corps trop gros, et qui marchait les pattes +en dedans, sans aucune élégance. Les onze frères et soeurs se +moquaient de lui, et la mère elle-même, quand elle conduisait ses +enfants à la mare, avait honte de lui parce que tout le monde disait +sur son passage: + +«Oh! voyez donc ce vilain petit canard!» + +Personne ne voulait jouer avec lui, et le pauvre petit fut bien +malheureux. Il tendait son cou trop long vers le ciel comme pour dire: +«Ah! pourquoi suis-je né?» ou bien, le rabattant tristement le long de +son corps, il restait à rêver dans un coin. + +Un jour que les autres l'avaient houspillé plus que de coutume, il +prit le parti de quitter sa famille. Il marcha longtemps devant lui et +arriva près d'un lac où nageaient des cygnes. + +«Ah! dit le vilain petit canard, que ces oiseaux sont beaux! Pour sûr +ils me chasseront, car je suis trop laid.» + +Et il se disposait à se retirer, lorsqu'une grand'mère cygne, qui se +reposait sur la rive, l'interpella: + +«Hep! mon enfant, d'où viens-tu et comment t'appelles-tu? + +--Je viens de la basse-cour, madame, et je m'appelle canard. Je suis +parti parce que mes camarades me trouvent trop laid et ne veulent pas +jouer avec moi. + +--Pauvre petit! dit la mère-grand. Le fait est que tu n'es pas bien +joli, mais cela vient de ce que tu es fatigué et triste. Attends un +peu que je t'examine. Tu me rappelles un petit-fils que j'ai perdu... +Oui, il n'y a aucun doute là-dessus, tu n'es pas du tout un petit +canard, tu es bien un cygne. C'est la fermière qui a dû glisser un de +nos oeufs parmi les oeufs de cane; et celle que tu as prise pour +ta mère n'était que ta couveuse. Pauvre petit orphelin, viens sur mon +coeur!» + +Puis la grand'mère appela tous les autres cygnes, et elle leur raconta +l'histoire du vilain petit canard. + +«Il n'est pas si vilain que ça,» dirent les cygnes. + +Et un monsieur cygne, avec un magnifique plastron blanc et de beaux +pieds vernis, déclara: + +«Qu'il reste parmi nous, et dans trois mois je lui donne ma fille en +mariage.» + +[Illustration] + + + + +DEMOISELLE + + +Savez-vous ce que c'est qu'une demoiselle? + +Une demoiselle est une longue et jolie mouche qui habite près des +ruisseaux et des étangs sur une feuille de nénuphar. + +[Illustration] + +On l'appelle demoiselle parce qu'elle a la taille fine, un corselet de +satin vert, des ailes aussi délicates que la mousseline de vos robes, +et parce qu'elle se pose souvent au bord de sa feuille pour se +regarder dans l'eau, comme les vraies demoiselles se regardent dans +leur miroir. + + + + +ESCARGOT + +I + + +Il y avait une fois un monsieur et une madame Escargot qui vivaient +sur un chou. + +Ils étaient gros, gras et luisants, et ils auraient pu être heureux. +Mais ils n'avaient pas d'enfant, et cela leur manquait beaucoup. + +Un jour, vint à passer près de leur chou un pauvre petit escargot +maigre qui leur demanda l'aumône. + +Ils le questionnèrent et ils apprirent qu'il était orphelin. + +[Illustration] + +Aussitôt Mme Escargot, tout attendrie, dit à son mari: + +«Si nous l'adoptions? + +--J'allais te le proposer,» répondit M. Escargot. + +Et il sortit presque entièrement de sa maison pour embrasser son +nouveau fils. + +En peu de temps, le petit escargot devint gros, gras et luisant. + +Alors la mère Escargot dit au père Escargot: + +«Mon ami, il faut marier notre fils. Il faut lui chercher une jolie +fille de notre monde, afin que nous ayons de beaux petits-enfants. + +--J'allais te le proposer, répondit le mari. Mais à qui nous adresser +pour cela? + +--De mon balcon vert, dit Mme Escargot, je vois le peuple des fourmis... + +[Illustration] + +[Illustration] + + + + +FOURMI + +II + + +«Le peuple des fourmis, dit Mme Escargot, est un peuple actif qui va +et vient sans cesse sur les routes de France et qui doit connaître +beaucoup de gens et être au courant de beaucoup de choses. Nous allons +demander aux fourmis si elles ne connaîtraient pas une jeune fille +digne d'épouser notre escargoton. + +[Illustration] + +--J'allais te le proposer,» dit le père Escargot. + +Et il descendit de son balcon avec sa femme pour interroger les +fourmis. + +Les fourmis répondirent: + +«Justement, nous avons ce qu'il vous faut. A quelques mètres d'ici, +dans le trou d'un vieux mur, vit une demoiselle Escargot de la plus +jolie coquille, dont on a dernièrement fait cuire les parents. La +pauvrette est toute seule au monde. + +--Elle ne restera pas seule longtemps, s'écrièrent ensemble M. et Mme +Escargot. Allez, je vous prie, la demander en mariage pour monsieur +notre fils.» + +Les fourmis se mirent en route et arrivèrent près du vieux mur où +l'orpheline pleurait ses parents qu'on avait fait cuire. + +Elle fut si heureuse de la proposition, qu'elle accorda tout de suite +sa main, même sans le connaître, au fils adoptif des vieux escargots, +et qu'elle se mit en marche, en bavant de joie tout le long du chemin. + +Mais elle n'avançait pas vite. Alors les fourmis fabriquèrent avec des +brins d'herbe une chaise à porteur qu'elles chargèrent sur leurs +épaules. Et c'est ainsi que la pauvre orpheline arriva, après +plusieurs jours, au chou de ses beaux-parents et dans les bras de son +fiancé. + +[Illustration] + + + + +GATEAU + + +On avait donné à deux enfants un gros gâteau et un petit, en leur +disant: + +«Partagez!» + +Les deux enfants étaient une petite fille de six ans et un petit +garçon de quatre ans. + +«Tiens! dit la petite fille, prends ce joli petit gâteau. Moi, je +mangerai ce vilain gros. + +--J'aime mieux le vilain gros, dit le petit garçon. + +--Mais puisqu'il est vilain! + +--Oui, mais il est gros!» + +[Illustration] + + + + +HIRONDELLE + + +Tout le monde sait que les hirondelles s'en vont l'hiver dans les pays +chauds et ne reviennent qu'au printemps. + +[Illustration] + +Pour faire ce long voyage, les mères hirondelles rassemblent leurs +petits autour d'elles. Mais une pauvre petite hirondelle, qui était +tombée du nid un jour de grand vent, boitait encore un peu et ne put +pas s'envoler avec ses frères et soeurs. + +[Illustration] + +Elle resta tristement au bord du toit, d'où elle vit s'éloigner sa +famille, et elle serait certainement morte de faim, de froid et de +chagrin, si les enfants de la maison ne l'avaient recueillie. + +Ils la mirent dans une cage, à côté du poêle; ils la nourrirent de +mouches et de vers, si bien que l'hirondelle était en très bonne santé +et ne boitait plus du tout au retour du printemps. + +Et quand les parents de l'hirondelle revinrent des pays chauds, les +enfants ouvrirent la cage. La petite hirondelle reconnut sa mère et, +avec des cris de joie, elle se jeta dans ses ailes. + +[Illustration] + + + + +IBIS + + +Dans la basse-cour d'un château se trouva, parmi toutes sortes de +volailles, un ibis rose. + +Il avait été rapporté d'Égypte par le fils de la maison, qui était +grand voyageur. + +Au commencement, on eut beaucoup d'égards pour ce noble étranger. +Aussitôt que l'ibis déployait ses ailes, les pigeons roucoulaient: + +«Oh! que c'est beau! On dirait des pêchers en fleur!» + +[Illustration] + +Les poules admiraient la courbe élégante de son bec. Les canards, qui +sont si bas sur pattes, regardaient avec envie les longues jambes de +l'ibis, qui semblaient peintes au ripolin rose. + +[Illustration] + +Flatté, l'ibis marchait de long en large. Il leur parlait de sa patrie +l'Égypte, du Nil, des autruches, des pyramides et des minarets du +Caire. + +D'abord on l'avait écouté avec respect; mais peu à peu on trouva qu'il +racontait toujours la même chose. + +Le dindon disait avec colère: + +«Quel rabâcheur!» + +[Illustration] + +La pintade se moquait de son nez d'ivrogne, et un caneton poussa +l'impertinence jusqu'à lui demander combien les baguettes qui lui +servaient de jambes lui avaient coûté le centimètre. + +[Illustration] + +Alors le pauvre ibis rose se retira dans un coin. Et il se tenait tout +raide sur une patte, rêvant de son pays, du Nil, des pyramides et des +minarets. + + + + +JOUETS + + +[Illustration] + +[Illustration] + +Un petit garçon de la ville, Robert, avait des jouets à mécanique, +très chers, qu'il fallait toujours remonter, qui se cassaient très +souvent et qui ne l'amusaient pas du tout. + +[Illustration] + +Un jour, il rencontra un petit garçon de la campagne, Mathieu, à qui +ses parents ne donnaient pas de jouets, mais qui fabriquait lui-même +des sifflets, des canons ou des pompes avec du sureau, des noyaux +d'abricots et des pailles. + +[Illustration] + +«Oh! que c'est joli et amusant! dit Robert. Apprends-moi comment tu +fais.» + +Mathieu le lui apprit. Robert vendit à une vieille marchande de +bric-à-brac ses jouets mécaniques devenus inutiles, et, avec les sous +qu'il en retira, il acheta des gâteaux, que les deux enfants mangèrent +de grand appétit. + +[Illustration] + + + + +KANGOUROU + + +[Illustration] + +Du temps où les kangourous vivaient dans le paradis terrestre, leurs +pattes de devant étaient aussi longues que celles de derrière. + +[Illustration] + +Mais, à cause de cette longueur de leurs pattes, les kangourous +étaient devenus extrêmement voleurs. Ils n'avaient qu'à étendre le +bras pour attraper les branches et cueillir les plus beaux fruits, +qu'ils enfouissaient ensuite dans la grande poche qu'ils portent sur +le ventre. + +Ainsi ils dépouillaient les arbres du paradis. + +[Illustration] + +Les autres bêtes, qui ne pouvaient pas en faire autant, se plaignirent +au bon Dieu. + +Le bon Dieu fit venir devant lui les kangourous et, pour qu'il leur +fût plus difficile de voler les fruits, il leur raccourcit les pattes +de devant. + +Depuis ce temps-là, les kangourous ont ces moignons que vous voyez sur +l'image, et la poche de leur ventre ne leur sert plus que pour y +cacher leurs petits. + +[Illustration] + + + + +LOUP + + +Quand le loup eut mangé les six petits biquets, il se sentit le ventre +si lourd, qu'il alla faire un somme derrière le puits. + +[Illustration] + +Il avait oublié de manger le septième petit biquet, qui s'était caché +sous le lit. Aussi, quand la mère chèvre revint du marché avec un +panier au bras, ce fut ce petit biquet qui lui apprit que le loup +avait mangé ses six petits frères. + +«Ah! mes enfants! mes chers enfants!» chevrotait la chèvre en essuyant +ses yeux avec un coin de son tablier. + +Mais, retrouvant son courage, elle prit son dernier-né par la main et +se mit à la recherche du loup. Elle ne fut pas longtemps à le trouver +qui dormait sur ses deux oreilles derrière le puits et qui ronflait de +toutes ses forces. + +[Illustration] + +«Attends, brigand! dit la mère chèvre; tu vas voir!» + +Et, tirant de son panier un couteau de cuisine, d'un seul coup elle +fend le ventre du loup dans toute sa longueur, et les six petits +biquets sautent au cou de leur mère. Car le loup les avait avalés si +goulûment, qu'il n'avait pas pris le temps de les mâcher et qu'ils +étaient encore en vie. + +La chèvre et les biquets rirent et pleurèrent ensemble un instant; +puis la mère dit: + +«Ce n'est pas tout! Allez vite me chercher six grosses pierres. Je +vais les mettre à votre place dans le ventre du loup, et je lui +recoudrai la peau. Comme cela, il ne s'apercevra de rien à son +réveil.» + +Quand tout fut terminé, la mère et les enfants allèrent se cacher, +pour voir ce que ferait le loup. + +Au bout d'un moment, il se réveilla, se frotta les paupières, puis se +tâta le ventre. + +«Comme il est dur! grogna-t-il. Sans doute je n'ai pas bien digéré. +Ah! je sais, j'ai oublié de boire.» + +Et, se levant, il alla vers le puits. Dans son ventre, les six pierres +faisaient un bruit étrange. + +«Je ne sais vraiment pas ce qui cogne comme cela dans mon ventre!» dit +le loup. + +Et il se pencha pour boire. + +[Illustration] + +Mais ce mouvement précipita les pierres l'une sur l'autre dans +l'estomac du loup, leur poids l'entraîna en avant, et le vieux brigand +tomba la tête en bas dans le fond du puits. + +Alors la chèvre et ses sept petits dansèrent autour du puits une ronde +joyeuse. + + + + +MOINEAU + + +[Illustration] + +Dans un champ de millet, les moineaux venaient picorer les épis. Le +chat du meunier les guettait depuis longtemps, sans réussir à les +attraper; car, aussitôt qu'il s'approchait, les oiseaux s'envolaient. + +[Illustration] + +«Je vous prendrai quand même, petits nigauds,» dit le chat en méditant +une ruse. + +Il alla tremper une de ses pattes de devant dans le ruisseau, puis il +courut au moulin la plonger dans un tas de millet en grain, de façon +que les grains restèrent collés autour de sa patte mouillée. + +«Ainsi, se dit-il, ma patte ressemblera à un gros épi de millet, et +les oiseaux s'y laisseront prendre.» + +A cloche-pied, il gagne le champ de millet, s'y couche sur le dos et +lève la patte en l'air. + +Les oiseaux la prirent pour un épi et se mirent à en picorer les +grains. Alors vite, avec l'autre patte, le chat les attrapa. + +[Illustration] + +Bientôt les moineaux s'aperçurent du piège, et ils cherchèrent un +autre champ. Mais l'un d'eux, qui avait failli être mangé, en garda +une telle frayeur, qu'il prit désormais chaque épi pour une patte de +chat, et jura de ne plus manger que des fruits pendus aux branches des +arbres. + + + + +NEIGE + + +Quatre petites filles regardaient par la fenêtre la neige tomber. +Elles étaient nées en Orient, où il ne fait jamais très froid, et +c'était la première fois qu'elles voyaient de la neige. + +[Illustration] + +«Qu'est-ce que cela peut bien être? dit Léila, la plus petite. + +--Je sais, répondit Cora. On fait le ménage au ciel, et c'est la +Sainte Vierge qui bat son lit de plumes. + +--Pas du tout, déclara Myriam; ce ne sont pas des plumes, mais des +petits bouts de papier, et ce sont les anges qui vident les corbeilles +où le petit Jésus a jeté les lettres que les enfants lui écrivent à +Noël. Oui, oui, j'en suis sûre, je reconnais mon papier. + +--Moi, dit Séphora la gourmande, je crois que c'est du sucre. Si +seulement on pouvait goûter!» + +Mais Daniel, leur grand frère, qui avait tout entendu, se mit à rire: + +«Ni sucre, ni lettres déchirées, ni plumes! C'est de la neige, de la +neige comme il y en a tous les ans en Europe, de la neige avec +laquelle on fait des boules de neige et un bonhomme de neige. Nous en +ferons un demain, si vous êtes sages. + +--Quel dommage que ce ne soit pas du sucre!» soupira Séphora en +passant sa langue sur la vitre. + + + + +OREILLE + + +[Illustration] + +Quand Noé eut rassemblé les animaux devant l'arche, il se dit: + +«Toutes ces bêtes vont sûrement se disputer et se mordre les oreilles. +Il serait donc prudent de leur enlever les oreilles avant leur entrée +dans l'arche. On les leur rendra à la sortie.» + +Il fit installer un vestiaire et donna l'ordre à ses fils d'y ranger +les oreilles, à mesure que les bêtes se présenteraient. + +Le premier fut le chameau; puis vint le cheval, puis la vache, puis le +chien, le mouton, le cochon, le chat, l'éléphant, le lapin, et enfin +l'âne. Et tous, comme Noé l'avait commandé, ôtèrent leurs oreilles, et +tous reçurent en échange un numéro de vestiaire, attaché à un cordon +qu'ils passèrent autour de leur cou. + +Grâce à ces précautions, la paix régna dans l'arche pendant les +quarante jours que dura le déluge. + +Le quarante et unième jour, Noé dit aux animaux: + +«Voilà le beau temps revenu. Je vais vous rendre vos oreilles, et vous +pourrez retourner chez vous.» + +Alors, l'une après l'autre, toutes les bêtes passèrent au vestiaire, +et elles reçurent leurs oreilles en échange du numéro. + +Le chameau arriva l'avant-dernier. Il ne restait plus que deux paires +d'oreilles: les siennes, très grandes, et celles de l'âne, toutes +petites. + +Mais avant que le bon chameau pût montrer son numéro, l'âne lui passa +entre les jambes et se mit à brailler: + +[Illustration] + +«Monsieur Noé! monsieur Noé! donnez-moi mes oreilles. C'est cette +grande paire-là. Je suis très pressé!» + +[Illustration] + +Le père Noé était si fatigué, qu'il ne fit pas attention au faux +numéro que lui remit l'âne sournois. + +«Tu me casses la tête! Tiens, voilà ton bien, décampe!» + +Et Noé donna les superbes oreilles du chameau à l'âne, qui s'enfuit en +pétaradant de joie. + +Quand le chameau ouvrit enfin ses babines pour réclamer son dû, il n'y +avait plus dans le vestiaire que les oreilles de l'âne, dont il dut se +contenter. + +Et voilà pourquoi le chameau, qui est une bête de grande taille, a des +oreilles si courtes, tandis que l'âne, qui est beaucoup plus petit, en +a de si longues. + + + + +POIS + + +Il y avait une fois un prince qui voulait se marier. + +[Illustration] + +Il voulait épouser une princesse, mais aucune de celles qu'on lui +présenta ne lui parut assez princesse. + +Or, un jour d'orage, on sonna à la grille du château. + +Le roi alla ouvrir lui-même, et il trouva devant la grille une jeune +fille dont les vêtements étaient trempés, les cheveux défaits et les +souliers couverts de boue. + +Elle avait presque l'air d'une mendiante. Mais, quand le roi lui +demanda qui elle était, elle répondit qu'elle était une princesse. + +Le roi la fit entrer au château. + +«Nous allons bien voir si c'est une princesse,» pensa la reine. + +Elle ordonna aux servantes de préparer un lit pour la jeune fille, +mais de mettre un pois sous les vingt matelas qui composaient ce lit. + +Le lendemain, la reine demanda à la jeune fille comment elle avait +dormi. + +«Très mal, répondit-elle. Il y avait je ne sais quoi de dur et de rond +dans mon lit; j'en ai des bleus sur tout le corps. + +--Quel bonheur! pensa le prince, qui avait écouté derrière la porte. +Pour avoir la peau si fine, il faut bien que ce soit une véritable +princesse.» + +Et tout de suite il lui demanda sa main. + +[Illustration] + + + + +QUEUE + + +Une famille de rats habitait dans une cave remplie de marchandises. + +Les rats s'y trouvaient fort bien, car il y avait beaucoup de choses +bonnes à manger, surtout du savon et de la chandelle. + +Il y avait aussi des tonneaux et des barils. On ne savait pas ce +qu'ils contenaient. Mais un jour la mère Rat découvrit un tonneau dont +la bonde était partie. Elle flaira, puis elle plongea sa queue dans le +trou et la retira pour goûter. + +«Quelle chance! s'écria-t-elle, c'est du sirop de groseille. Vite, mes +petits, venez vous régaler!» + +[Illustration] + +Mais les ratons glissaient sur le ventre du tonneau et ne pouvaient +arriver au sommet. Restés en bas, ils pleuraient de dépit et de +gourmandise. + +Alors la mère Rat eut une idée. Elle alla de nouveau plonger sa queue +dans le trou; puis, quand sa queue fut bien imbibée de sirop, elle +courut au bord du tonneau et, se retournant, elle la laissa pendre. + +Les ratons, en se haussant sur les pattes de derrière, purent +l'atteindre, et chacun à son tour lécha le bout de la queue, comme si +c'était un sucre d'orge. + +Vingt fois, cent fois, la mère Rat alla de la bonde au bord du +tonneau. En quelques jours il fut à moitié vide, et la queue de la +mère Rat n'était plus assez longue pour tremper dans ce qui restait de +sirop. + +Mais un peu plus loin il y avait un autre baril qui était à moitié +défoncé. + +«Ce sera encore plus commode,» se dit la mère Rat. + +Et, sans prendre la précaution de flairer, elle plongea sa queue au +fond du tonneau. + +Mais, quand elle voulut la retirer, elle poussa un cri de douleur. Sa +queue ne venait pas, sa queue était collée, sa queue s'était enfoncée +dans un tonneau de glu. + +[Illustration] + + + + +ROSSIGNOL + + +L'empereur de Chine avait dans son jardin un rossignol qui s'appelait +Bulbul et qui était son ami. + +Bulbul venait manger dans sa main, et, la nuit, quand l'empereur ne +pouvait pas dormir, Bulbul chantait si bien, que l'empereur oubliait +tous les soucis de son métier. + +Mais un jour son ministre lui dit: + +«Je connais un rossignol qui chante aussi le jour et qui a un bien +beau plumage.» + +[Illustration] + +Et il apporta à l'empereur un oiseau peint de brillantes couleurs et +que l'on remontait avec une clef pour le faire chanter. + +Et l'empereur trouva le nouveau rossignol si joli, et il écoutait si +souvent sa chanson, qu'il oublia son Bulbul. Et Bulbul serait mort de +faim si la petite fille de la cuisinière ne l'avait adopté. + +Mais, à force de remonter le rossignol mécanique, la clef cassa, et +l'oiseau cessa de chanter. + +Personne ne put le raccommoder, et l'empereur devint si triste, qu'il +tomba gravement malade. + +Mais, une nuit qu'il était près de mourir, il entendit soudain à côté +de son lit une voix si mélodieuse, qu'il se sentit revenir à la vie. + +C'était Bulbul qui chantait. Et Bulbul chanta jusqu'à ce que +l'empereur fût complètement guéri. + +«Oh! Bulbul, dit l'empereur, ton plumage est moins joli, et tu ne +chantes pas tout le temps comme l'autre; mais tu es un ami, et tu +viens quand on a besoin de toi.» + +Et l'empereur reconnaissant commanda pour Bulbul une cage d'or et une +petite couronne de diamants. + +[Illustration] + + + + +SAPIN + + +[Illustration] + +Il y avait un petit sapin qui rêvait d'être mât de navire afin de +voyager et de voir le monde. + +Quand il fut grand, on l'abattit, on le dépouilla de son écorce, et il +devint, selon son voeu, grand mât sur une frégate. + +Mais il s'ennuyait à cause de la longueur et de la monotonie des +traversées. + +«Ah! disait-il, comme il faisait bon dans ma forêt natale! J'avais de +la mousse à mes pieds et quelquefois des nids dans mes branches; et +les petits enfants ramassaient mes aiguilles, et souvent ils dansaient +des rondes en chantant autour de mon tronc. Et maintenant je suis tout +sec, tout nu et tout seul. Ah! si j'avais su! Si seulement j'avais pu +être mât de cocagne!» + +Et il soupira si fort, que tous les cordages en craquèrent. + +Mais à ce moment un vol d'hirondelles passa au-dessus de la mer. + +Elles venaient des pays du Nord et s'en allaient en Égypte. + +Elles descendirent sur le navire et se posèrent sur le mât, qu'elles +couvrirent presque entièrement de leurs ailes. Le mât entendit même +leurs petits coeurs battre, et leurs plumes qui le frôlaient +faisaient comme un bruissement de feuilles. + +Il écoutait ce qu'elles disaient entre elles. Elles parlaient +justement de son pays, d'où elles venaient. Et le pauvre sapin se +sentit si heureux, qu'il s'endormit en se figurant qu'on l'avait +ramené dans sa forêt. + +[Illustration] + + + + +TORTUE + + +Jean, Pierre et Paul étaient allés aux courses avec leurs parents. Ils +avaient vu courir des chevaux, et cela les avait beaucoup amusés. + +Rentrés à la maison, Jean dit à ses frères: + +«Si nous faisions courir, nous aussi? + +--Mais nous n'avons pas de chevaux, répondit Pierre. + +--Qu'est-ce que cela fait? Nous avons chacun une tortue, et des +tortues peuvent tout aussi bien courir que des chevaux; plus +lentement, voilà tout.» + +[Illustration] + +Chaque enfant alla donc chercher sa tortue. Puis ils choisirent trois +beaux escargots, qui seraient les jockeys. + +Jean apporta sa boîte à couleurs, et il peignit à chaque escargot une +casaque différente, une jaune, une rouge, une verte. + +Il voulut aussi leur fabriquer des casquettes. Mais les escargots +dirent: «Non, merci,» et rentrèrent leurs cornes. + +Les trois enfants préparèrent une piste dans le jardin, avec des +poteaux au bout, et une tribune avec des roses et des oeillets, qui +figuraient les dames élégantes. + +Puis ils alignèrent leurs trois tortues montées par les trois +escargots, et Jean donna le signal du départ. + +Mais, hélas! aucune des trois tortues ne bougea. + +Alors Pierre courut chercher son tambour, et Paul chatouilla la queue +des tortues avec des brindilles. + +Les tortues se décidèrent enfin à partir. Mais, au lieu d'aller droit +devant elles, elles allaient à droite ou à gauche, et la tortue de +Paul revint même en arrière. + +Alors Jean eut une idée: + +«Si nous mettions des salades au lieu de poteaux!» + +Et vite, au bout de la piste, les enfants plantèrent trois belles +salades. + +Quand les tortues virent cette appétissante verdure, elles se mirent +en marche toutes seules, et celle de Jean avança si rapidement que son +jockey, je veux dire son escargot, roula à terre. + +Elle arriva la première au but; et, pour sa récompense, on lui donna à +manger les poteaux, je veux dire les salades, et même les roses et les +oeillets de la tribune, qui figuraient les dames élégantes. + +[Illustration] + +[Illustration] + + + + +UNIVERS + + +C'est un bien grand mot et une bien grande chose aussi; car cela veut +dire le monde entier. + +Mais cela peut signifier aussi l'endroit où l'on vit, où l'on a ses +habitudes et où l'on est heureux. + +Ainsi, la salle à manger est l'univers de la mouche. + +L'étang est l'univers du poisson. + +La prairie est l'univers de la vache. + +La forêt est l'univers du lapin. + +Le village ou la ville est votre univers à vous, mes enfants; et, +quand vous serez grands, ce sera la France entière, avec ses mers, ses +îles, ses colonies, et tout ce que vous saurez voir, et tout ce que +vous saurez comprendre. + +[Illustration] + + + + +VIOLETTES + + +[Illustration] + +Vous savez, mes enfants, que les violettes sont l'emblème de la +modestie. Car elles poussent dans les bois obscurs, à l'ombre d'autres +plantes; et même elles cachent leur visage délicat derrière leurs +grandes feuilles vertes, comme font les jeunes filles timides derrière +leur éventail. + +Or, un jour, un poète se promena dans une forêt où il y avait beaucoup +de violettes qui embaumaient l'air délicieusement. + +Grisé par ce parfum, il fit des vers en l'honneur de l'humble fleur +des bois, et il les récita tout haut. + +A ses pieds, une violette l'entendit. Elle crut qu'il ne parlait que +pour elle, et de se savoir ainsi chantée par un poète, cela lui fit +oublier toute modestie. + +Elle allongea son cou derrière ses feuilles, tourna vaniteusement sa +tête à gauche et à droite, et se mira avec complaisance dans une +grosse goutte de rosée qui était restée pendue à un brin d'herbe. + +«Ah! disait-elle, que je suis jolie et que je sens bon! Je dois être +plus jolie que les autres fleurs, et mon parfum doit être plus +agréable que tous les autres parfums de la forêt, puisque c'est sur +moi seule que le poète a fait des vers.» + +Mais à ce moment passa la vieille fée des bois qui est la surveillante +des fleurs. + +Avec sa baguette, elle donna une tape sur la joue de la violette. + +«Petite impudente! dit-elle, rentrez sous votre feuille, et pour vous +punir de votre vanité, je vous enlève votre parfum.» + +Violette fut désolée. Elle pleura tant, qu'une jeune fée, qui venait +en promenade de ce côté, eut pitié d'elle. + +«Pauvre petite, dit-elle, je ne peux plus te rendre ton parfum; mais, +puisque tu as tant de chagrin, je fais de tes larmes des pétales plus +clairs, des pétales mauves; et du moins, si tu n'es pas odorante, tu +seras plus jolie.» + +Et, ayant dit, la fée changea la violette des bois en une violette de +Parme. + +Et voilà pourquoi les violettes de Parme n'ont pas de parfum. + +[Illustration] + + + + +XAVIER + + +Le petit Xavier dit à ses petits camarades, Maurice et Jean: + +«Jouons! Je serai le cocher, Maurice sera le cheval, et Jean sera le +chien qui aboie après la voiture.» + +Maurice fit très bien le cheval. Il hennissait, levait les pieds très +haut et paraissait s'amuser beaucoup. + +Alors Xavier dit: + +«Je voudrais être le cheval. + +--Comme tu voudras,» dit le petit Maurice. + +Le petit Jean, qui faisait toujours le chien, aboyait de toutes ses +forces, courait à droite et à gauche, et semblait très content. + +Alors Xavier dit: + +«Je voudrais être le chien.» + +[Illustration] + +Mais sa mère, qui regardait jouer les trois enfants, dit à Xavier: + +«Je crois bien que tu voudrais être à la fois le cocher, le cheval et +le chien. + +--Oh! oui, dit Xavier. + +--Mais on ne peut pas être tout. Il faut choisir. + +--C'est bien ennuyeux.» + + + + +YVONNE + + +Yvonne était une petite fille qui ne pouvait pas se tenir tranquille à +table. Elle gigotait, elle se penchait à droite, à gauche, en avant, +en arrière; elle descendait de sa chaise pour jouer avec le chien +Médor, ou elle prenait la chatte Minouche sur ses genoux. + +Sa mère la grondait, son père la punissait, mais Yvonne ne se +corrigeait pas. + +Un jour, c'était un dimanche, il y avait un très bon déjeuner, une +crème au chocolat et beaucoup de gâteaux. + +Yvonne avait promis d'être sage, parce qu'elle ne voulait pas être +privée de dessert. + +Au commencement, tout alla bien. Mais peu à peu la petite fille fut +reprise par sa mauvaise habitude: elle se balança sur sa chaise, en +avant et en arrière, tandis que le chien Médor et la chatte Minouche +la regardaient avec un air de dire: + +«Prends garde! prends garde! Nous connaissons quelqu'un qui va +tomber.» + +Et en effet, tout à coup, elle perdit l'équilibre. Elle voulut se +retenir à la table; elle se cramponna à la nappe, et patatras! Tout +se renversa sur elle et sur sa chaise, tout, les plats, les bouteilles, +les verres, les fourchettes et la crème. Elle eut mal aux bras et aux +jambes, et on dut l'emporter dans son lit. + +Médor et Minouche se lamentèrent d'abord, puis ils se consolèrent en +mangeant sous la table la crème et les gâteaux. + +[Illustration] + + + + +ZÉRO + + +Dans la vie, quand on n'est bon à rien, les autres vous appellent un +«zéro». + +Appliquez-vous donc à bien apprendre votre alphabet et à lire ces +contes, et je vous jure qu'on ne dira jamais de vous: + +«La petite Marie? Le petit Jean? Oh! c'est un zéro.» + +[Illustration] + + +40840.--TOURS, IMPRIMERIE MAME + + * * * * * + +Au lecteur: + +Cette version électronique reprend l'intégralité du texte de la +version papier. + +Concernant l'orthographe, un mot a été corrigé: + +page 30: "Attend" remplacé par "Attends" (Attends, brigand!) + + + + + +End of the Project Gutenberg EBook of ABC, by Jules Lemaître + +*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 30117 *** |
