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+Project Gutenberg's L'Illustration, No. 3696, 27 Décembre 1913, by Various
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+
+Title: L'Illustration, No. 3696, 27 Décembre 1913
+
+Author: Various
+
+Release Date: August 23, 2010 [EBook #33518]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLLUSTRATION, NO. 3696, 27 DÉCEMBRE 1913 ***
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+
+
+Produced by Jeroen Hellingman and Rénald Lévesque
+
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+
+L'Illustration, No. 3696, 27 Décembre 1913
+
+[Illustration: Bande dessinée: LA REVUE COMIQUE par Henriot.]
+
+[Illustration: Frontispice]
+
+[Illustration: LE DISCOURS DE M. ARISTIDE BRIAND A
+SAINT-ETIENNE _D'après un instantané.--Voir l'article, page 538._]
+
+L'échéance du 31 décembre étant une des plus importantes de l'année,
+nous insistons de nouveau très vivement auprès de ceux de nos lecteurs
+dont l'abonnement expire à cette date, et qui ne l'ont pas encore
+renouvelé, pour qu'ils veuillent bien nous adresser, dans le plus bref
+délai, leur souscription pour 1914; ils éviteront ainsi tout retard dans
+la réception des prochains numéros.
+
+
+SUPPLÉMENTS DE THÉÂTRE
+
+_Une grande solennité musicale se prépare pour le Ier janvier 1914:
+Parsifal, le chef-d'oeuvre de Richard Wagner, que Bayreuth s'était
+jusqu'à présent jalousement réservé, sera représenté, dans notre langue,
+en même temps à Paris et à Bruxelles, à l'Opéra et à la Monnaie._
+
+_Nous croyons que tous nos lecteurs--et non pas seulement ceux qui
+assisteront aux premières représentations françaises de Parsifal--nous
+sauront gré de leur offrir, dans le prochain numéro de_ La Petite
+Illustration, _une traduction inédite, à la fois respectueuse et claire,
+du poème de Wagner, plus célèbre que connu du grand public._
+
+_A la liste des pièces nouvelles dont nous avons déjà annoncé la
+publication, nous sommes heureux d'ajouter_ La Belle Aventure _de MM.
+Gaston de Caillavet, Robert de Flers et Etienne Rey, qui vient
+d'obtenir au Vaudeville un immense succès._
+
+
+COURRIER DE PARIS
+
+UNE OEUVRE VÉCUE
+
+M. Jules Claretie a commencé la semaine dernière la publication de ses
+_Mémoires_. Voilà bien longtemps, heureusement pour lui--et pour
+nous--qu'on les attendait, avec une impatience qui n'était adoucie et
+entretenue, au cours des années, que par cette idée, si savoureuse et
+remontante, qu'à chaque incident agréable ou difficile de la longue et
+belle carrière de l'administrateur de la Comédie-Française, ils
+s'augmentaient, s'enrichissaient, se paraient de mille anecdotes
+inédites, de traits piquants rajoutés, d'aperçus nouveaux. Ainsi, non
+seulement on se réjouissait des joies si nombreuses et des honneurs si
+mérités qui advenaient à M. Claretie, mais par une espèce d'égoïsme,
+hélas! très humain et irraisonné, on n'était pas trop fâché non plus
+quand un petit nuage obscurcissait--pour quelques heures--la sérénité de
+son azur, parce qu'on savait d'abord qu'il avait l'habitude et les
+moyens de la victoire, et ensuite que l'on se disait: «Oh! Oh! Voilà du
+bon sur la planche, pour plus tard, quand ils seront publiés!» Donc,
+plus la date de leur mise au jour fuyait, se reculait, plus nous en
+étions, d'une certaine façon, assez contents tout de même puisque,
+malgré l'épreuve imposée, nous savions tous que nous n'y perdrions pas,
+que nous aurions double plaisir, double profit. Ce moment est enfin
+venu. Aujourd'hui les Mémoires paraissent.
+
+On peut affirmer à l'avance et à coup sûr qu'ils seront ce qu'on a
+toujours espéré de leur auteur et qu'ils auront un succès considérable.
+Nul n'était doué, plus que lui, pour les écrire, avec la conscience et
+la certitude qu'en le faisant il accomplissait une mission, à laquelle
+il n'avait pas le droit de se dérober. Il semble, au premier instant,
+que rien ne soit plus facile que de mettre en hâte chaque soir sur le
+papier ce qu'on a vu dans la journée, ou qui vous a été conté... Pour
+beaucoup de gens il suffira de se livrer assidûment à ce pensum
+quotidien pendant des mois et des années... afin de pouvoir déclarer,
+quand il y aura la matière de huit à dix volumes: «Voilà des Mémoires
+achevés, et qui ne m'ont coûté aucune peine, qui ont été faits pour
+ainsi dire sans s'en apercevoir!» Eh bien, ils se trompent. Si les
+Mémoires ont été ainsi abattus, copiés au galop, même sur la vie,
+alignés à la six-quatre-deux et bâclés. selon l'expression courante:
+_sans s'en apercevoir_,... soyez tranquilles, quand ils paraîtront, _on
+s'en apercevra_. Ils pourront contenir des anecdotes, des mots, des
+récits, une distraction intermittente, mais ils ne formeront pas ce
+tout, homogène et harmonieux, que doivent constituer des Mémoires de
+bonne souche, des Mémoires «composés», présentant l'image exacte de la
+personne qui les a écrits et celle du temps dans lequel elle a pensé et
+s'est promenée. Les Mémoires sont succulents, instructifs et féconds,
+quand ils apportent quelque chose de plus que ce qu'ils relatent:
+entendez par là une explication, une morale, un enseignement extraits
+des réalités. Il y faut d'ailleurs des quantités de dons.
+
+En premier, celui de la curiosité, de la curiosité poussée à l'extrême,
+jamais lasse, jamais assouvie. On peut dire que la caractéristique de
+l'esprit et du talent de M. Claretie, c'est la curiosité. Il a été et il
+est encore curieux de tout, comme un enfant, comme un jeune homme, comme
+un bibelotier, comme un reporter, comme un diplomate, comme un badaud,
+comme une femme, comme un collectionneur, comme un médecin, comme tous
+les curieux réunis et mis bout à bout. Il est presque aussi curieux dans
+ce siècle que le fut à l'avant-dernier La Condamine, qui passait à juste
+titre pour l'homme le plus curieux de France. M. Claretie a voulu, sinon
+tout connaître parce qu'il était de bonne heure trop renseigné déjà pour
+ne pas se rendre compte que cela était impossible, du moins tout
+regarder, pour s'en donner une notion et pouvoir la transmettre, ou
+l'essayer. Ainsi s'explique-t-on qu'il ait abordé avec une souplesse,
+une légèreté et une activité dévorantes tant de genres différents, en
+négligeant dans une sorte de bon sens instinctif de se fixer et de
+s'enchaîner à aucun. Il était né pour flâner rapidement aux magasins,
+aux casiers, aux étalages, à toutes les boutiques de la vie, et il ne
+s'est arrêté plus longuement qu'à la plus grande, la plus belle, la plus
+amusante et la plus fameuse de toutes qui était un théâtre... un théâtre
+d'État. Cette curiosité, charmante, juvénile, fuyante, saccadée,
+déréglée, passionnée... j'ai toujours pensé pour ma part qu'elle avait
+été «toute la vie» de M. Claretie, qu'il lui devait ses joies les plus
+claires, les plus éveillées, et aussi les petits ennuis sérieux qu'il
+eut parfois à traverser. C'est elle qui fut la cause de tout. Il a dix
+fois, cent fois plus de finesse et d'adresse, et de philosophie aussi,
+qu'il n'en faut pour éviter avec maîtrise le moindre accroc, mais, en
+présence de la difficulté, aussitôt il s'excite, la curiosité
+intervient, précieuse et terrible fée, et poussé par elle il veut voir à
+tout prix, _voir ce qui arrivera_... et bien entendu ce qui arrivera
+dans le cas le plus aigu, alors il ne se connaît plus... et il entre
+résolument dans l'inconnu qui le tente... Eh bien... il ne faut pas
+cependant qu'il le regrette aujourd'hui, pas plus que nous ne regrettons
+nous-mêmes qu'il ait toujours cédé, même à ses risques et à ses dépens,
+aux impulsions dangereuses de cette curiosité à laquelle il était
+redevable de trop de délices pour oser la guider, la retenir, ou la
+contrecarrer. Sans elle en effet nous n'aurions pas eu les Mémoires en
+question et c'eût été grand dommage. Que vont-ils être? Que seront-ils?
+Voilà ce que plus d'un s'est demandé. La réponse n'est pas difficile.
+Ils seront sur le ton simple et familier des articles, nourris de
+documents, que l'auteur de la _Vie à Paris_ a trouvé le moyen, dans une
+existence privée de loisirs apparents, d'écrire au _Temps_, avec un
+continuel succès, depuis de nombreuses années. C'est dire que M.
+Claretie, qui en a tant vu et tant fait voir, nous contera, dans son
+aimable style, tous les événements auxquels il a été de près ou de loin
+mêlé, qu'il nous retracera en quelque sorte, forcément, l'histoire
+littéraire, dramatique--et même çà et là politique--de ces trente
+dernières années, et cela, vu de la coulisse, et sans pose aucune ni
+prétention, mais à petits coups, en petits morceaux détachés, rappelant
+ce qu'est sa conversation abondante, intéressante, brisée, pleine de
+courtoises hésitations, de flottements, et de réticences polies qui en
+constituent l'indécision, le charme et l'originalité. Il semble en ces
+moments s'écouter lui-même au dedans et prendre, avant de l'exprimer et
+de la jouer, sa pensée «au souffleur». Il n'y a pas de causeurs plus
+agréables, plus sûrs d'eux et plus résolus, sous les dehors de la
+modestie et de la timidité.
+
+Et maintenant, ces _Mémoires_ seront-ils combatifs, révélateurs,
+malicieux? L'administrateur d'hier rappellera-t-il, ressortira-t-il,
+l'une après l'autre, les circonstances mémorables dans lesquelles,
+depuis vingt-huit ans, il eut à prendre tel parti, telle décision, à
+faire telle promesse, à la tenir, à en être empêché? Cherchera-t-il à se
+justifier de certains griefs, fondés ou non? Dira-t-il _tout_? ou ce
+qu'il croit être tout? Sera-t-il amer? vindicatif? ou apaisé, serein?
+Voudra-t-il prouver? Plaidera-t-il? Montrera-t-il un homme «nouveau», je
+veux dire celui qu'on le sait incapable d'être: un homme amer, aigri,
+rancunier, méchant? Pas le moins du monde. Et c'est en cela encore que
+M. Claretie, qui a si souvent étonné, dans tous les sens, ses
+contemporains pourtant durs à surprendre, les étonnera encore plus par
+la publication de ses _Mémoires_. Il les trompera justement au chapitre
+des représailles, auxquelles on suppose, bien à tort, qu'il a songé avec
+amour. On le connaît mal. Il ne fut jamais, dans ses crises les plus
+vives avec les comédiens ou les auteurs, qu'un homme irrité de se voir
+partagé entre des intérêts égaux et divers et agacé avec des petites
+fureurs de ne pouvoir tout concilier, donner raison à la fois aux deux
+partis, satisfaire tout ce qu'il aurait tant voulu ne pas mécontenter:
+l'auteur, l'ami, la Maison, le comédien, le Comité, le ministre... et
+lui-même... Mais toutes ces secousses n'avaient jamais qu'une origine et
+une qualité professionnelles. Le fonds solide des sentiments n'était pas
+atteint.
+
+Va-t-on se figurer, après cela, que M. Claretie fuira dans le récit de
+sa vie les instants délicats et épineux? qu'il voudra escamoter les
+souvenirs brûlants? Non plus! Et il aura bien raison. Personne ne s'est
+jamais imaginé qu'il renoncerait au sourire, à la pointe, à l'humeur
+narquoise, au sel de Paris. Nous lui demandons au contraire de garder
+jusqu'à la fin, jusqu'à la dernière ligne de ses _Mémoires_, les dons de
+fine polémique et d'esprit qui sont les siens. Qu'il ne les retienne
+pas. Ils font partie de sa plume, de cette plume toujours en marche et
+qui a tant écrit, qu'il aime par-dessus tout et qu'il a, j'en suis sûr,
+une allégresse de libre écrivain à reprendre aujourd'hui, sans se plus
+gêner en rien, dans le calme, un peu fébrile encore, d'une belle
+retraite, au sommet d'une carrière dont il peut, non sans orgueil,
+considérer en se retournant l'unique et long parcours...
+
+HENRI LAVEDAN.
+
+
+[Illustration: M. JULES CLARETIE qui vient de mourir, le 23 décembre,
+encore administrateur de la Comédie-Française, et au moment où il
+venait de commencer, dans le _Journal_, la publication de ses
+_Mémoires.--Photographie prise dans la Galerie des Bustes du
+Théâtre-Français_.]
+
+_La vie a d'étranges hasards. Au moment où, près d'abandonner
+l'administration de la Comédie-Française, M. Jules Claretie commençait
+dans le Journal la publication de ses Mémoires, notre éminent
+collaborateur M. Henri Lavedan avait eu la pensée de lui consacrer ici
+un article tout amical et charmant, que nous avions illustré d'une toute
+récente, et maintenant bien émouvante photographie. Le funèbre événement
+qui, mardi soir, a surpris Paris, donne, hélas! à cette chronique un
+surcroît d'actualité que n'avait pu prévoir son auteur._
+
+Quand nous parvint la nouvelle de la fin soudaine de M. Claretie, les
+dernières pages de ce numéro, qu'il fallait achever avant les fêtes de
+Noël, descendaient sous presse. On imprimait «le Courrier de Paris». Nos
+lecteurs ont donc, tout vif, à défaut d'une notice nécrologique que nous
+ne pouvons songer à improviser à la hâte, l'hommage sincère rendu par M.
+Henri Lavedan à son collègue de l'Académie française, à un confrère
+qu'il ne s'attendait pas à voir si brusquement disparaître. Ils y
+trouveront tous les éléments d'un portrait finement vu, élégamment
+campé. Et les plus anciens se rappelleront peut-être--non sans quelque
+mélancolie, car c'est bien loin déjà--que des années et des années, à la
+place où ils lisent aujourd'hui cet article, celui dont on évoque la
+bienveillante physionomie les entretint lui-même, à la semaine la
+semaine, d'une plume alerte et souple, des mille et un événements,
+grands ou petits, de la vie de Paris et d'ailleurs: le Bastignac de la
+vieille _Illustration_, c'était M. Jules Claretie.
+
+
+«LA BELLE AVENTURE»
+
+[Illustration: Une grand'mère octogénaire personnifiée, au Vaudeville,
+par une artiste qui a l'âge du rôle: Mme Daynes-Grassot; à son côté,
+Mlle Madeleine Lély.]
+
+L'un des attraits de cette pièce, qui en a tant d'autres et que ses
+trois auteurs, MM. de Caillavet, Robert de Fiers et Etienne Rey ont
+parée de tout ce que la grâce la plus tendre, l'esprit le plus brillant,
+le talent le plus sûr peuvent produire de mieux achevé, est que l'un des
+personnages est une grand'mère--de soixante-quinze ans, avaient d'abord
+indiqué les auteurs--de quatre-vingt-un ans, rectifièrent-ils, sur la
+demande de leur interprète, Mme Daynes-Grassot, qui avait la coquetterie
+de vouloir porter en ce rôle son âge réel... Il n'était pas inutile de
+souligner ce détail pour tous ceux, innombrables, qui iront applaudir la
+_Belle Aventure_ au Vaudeville et qui ne l'auraient point soupçonné à
+voir la souriante vivacité de cette petite vieille en robe de 1851--robe
+qu'elle porta à cette époque!--rajeunie à la mode de 1864, presque
+toujours en scène pendant le deuxième et le troisième acte et qui met
+dans son jeu toute l'adresse experte et la grâce infinie avec laquelle
+les auteurs ont conduit leurs scènes et leur dialogue pour faire
+applaudir une situation dont on ne s'aperçoit pas qu'elle est un peu
+risquée.
+
+Il n'est, au premier acte, pas un spectateur qui ne souhaite que la
+jeune mariée s'évade, fût-ce en sa robe blanche, de l'union sans amour à
+laquelle on l'a poussée et parte, avec celui que son coeur a élu, vers
+la belle aventure; et, au second acte, si la vieille grand-mère,
+recevant les jeunes gens qu'elle croit être déjà, l'un comme l'autre,
+ses petits-enfants, bénit leur amour, n'est-ce pas la faute, uniquement,
+des circonstances, n'est-elle pas trompée en toute bonne foi,--si bien
+qu'au troisième acte, alors qu'elle découvre l'involontaire supercherie
+en même temps qu'elle apprend que tout va être réparé, elle ne peut
+garder longtemps rancune à sa petite-fille... On a uni, dans les
+enthousiastes applaudissements adressés aux auteurs et à cette alerte
+doyenne de nos comédiennes, les autres interprètes au premier rang
+desquels Mlle Madeleine Lély, MM. Victor Boucher et Capellani.
+
+[Illustration: M. Albert Besnard. M. di San Giuliano. M. Credaro. M.
+Barrère. M. Vicini. M. Casaglia. M. Corrado Ricci. Au ministère de
+l'Instruction publique à Rome: la cérémonie de la remise de la Joconde à
+l'ambassadeur de France.--_Phot. Robert Vaucher_.]
+
+
+LA «JOCONDE» A ROME
+
+_Notre correspondant de Rome nous envoie ces intéressants détails sur la
+cérémonie de la restitution à la France de la précieuse peinture de
+Léonard de Vinci:_
+
+Rome, 21 décembre 1913.
+
+Florence a vu partir hier sa noble hôtesse. Après un court séjour dans
+la jolie ville toscane, Monna Lisa a été de nouveau mise entre deux
+morceaux de velours rouge, puis elle a pris le chemin de Rome.
+
+Ce n'était plus en contrebande qu'elle voyageait, mais bien comme une
+reine. Pour remplacer le coffre de bois blanc de Perugia on avait
+confectionné pour elle une ravissante caissette de noyer, bien
+capitonnée, où elle ne risquait pas de s'abîmer. Monna Lisa avait sa
+garde d'honneur, composée de M. Corrado Ricci, directeur général des
+Beaux-Arts, de M. Poggi, directeur de la Galerie des Offices, et de
+plusieurs inspecteurs de police. Tout le long du trajet, le convoi reçut
+les honneurs qu'on prodigue à un train royal. Des carabiniers à toutes
+les stations et, dans le train, des agents en bourgeois veillaient à la
+sécurité de la belle voyageuse.
+
+A l'arrivée à Rome, hier, M. Casaglia, chef de cabinet du ministre de
+l'Instruction publique, attendait à la gare pour recevoir officiellement
+le précieux colis que portait M. Ricci lui-même. En passant à l'octroi,
+un douanier voulut ouvrir la caisse. «--Cela ne paie pas de droits», lui
+répondit-on. «--C'est un objet sans valeur!» s'écria un journaliste.
+
+La foule, apprenant l'événement, se pressait à la sortie. De tous côtés,
+l'on criait: «--Qui est arrivé?--Monna Lisa!» Le public restait bouche
+bée, quand il s'apercevait que tous ces honneurs s'adressaient à un
+simple coffret de noyer.
+
+L'automobile portant le tableau et ses chevaliers servants réussit non
+sans peine à fendre la foule et arriva au ministère de l'Instruction
+publique. Là, en présence du ministre, M. Credaro, la _Joconde_ fut
+sortie de son écrin, replacée dans le cadre qu'elle avait à Florence et
+exposée dans l'antichambre du ministre, dont la fenêtre donne sur la
+place de la Minerve.
+
+Tous les employés du ministère, en redingote, se pressaient pour voir le
+tableau, lorsque le bruit courut que le roi allait venir à son tour
+rendre visite à la fille divine du Vinci. Bientôt, le salon d'honneur
+est évacué et, accueilli par des applaudissements chaleureux, S. M.
+Victor-Emmanuel III offre son hommage admiratif au tableau du grand
+maître. Le roi, qui est un ami des arts, a déjà vu plusieurs fois la
+Joconde au Louvre et il exprime à MM. Ricci et Poggi le plaisir qu'il a
+à contempler de nouveau ce chef-d'oeuvre. Il félicite M. Credaro et ses
+collaborateurs pour le zèle qu'ils ont déployé.
+
+Après le départ du roi, c'est un long défilé de députés, de sénateurs,
+de hautes personnalités qui viennent contempler le tableau tant vanté.
+
+Ce matin, jusqu'à 10 heures, les employés des différents ministères
+eurent à leur tour le privilège de venir jeter un rapide coup d'oeil
+dans la salle où se trouvait la _Joconde_, encadrée d'huissiers
+galonnés. Puis les portes furent fermées. Seuls, quelques privilégiés
+allaient être admis à assister à la cérémonie de la remise du tableau à
+l'ambassadeur de France, M. Camille Barrère.
+
+M. Leprieur, conservateur du musée du Louvre, arrive avec M. Corrado
+Ricci. J'ai le plaisir de lui présenter M. Poggi, le directeur de la
+Galerie des Offices, à qui il exprime le plaisir qu'il eut en apprenant
+la découverte de la _Joconde_, «la vraie, ajoute-t-il, puisqu'il n'y a
+plus de doute possible».
+
+M. Leprieur, en effet, a procédé avant la remise du tableau à un examen
+minutieux de la Joconde à un point de vue très prosaïque mais dont le
+résultat est des plus intéressants. Il prit force mesures, vérifia de
+nombreux signes particuliers qu'il avait notés dans l'oeuvre de Léonard
+de Vinci, et toutes ses constatations coïncidèrent exactement avec
+celles qui avaient été faites au Louvre. Il existe d'ailleurs un dossier
+cacheté, déposé chez un notaire parisien, qui contient toutes les
+annotations faites sur les particularités du tableau. Dès que Monna Lisa
+aura réintégré le musée, on ouvrira ce dossier et l'on procédera à une
+dernière vérification qui aura pour conséquence, c'est bien certain, de
+dissiper les doutes des sceptiques les plus endurcis.
+
+[Illustration: Illustration: La _Joconde_ rendue à la France va être
+emportée au palais Farnèse.-_Phot. Ch. Abeniacar_.]
+
+La _Joconde_ a de nouveau été sortie de son cadre, dans le grand salon
+d'honneur. M. Ricci la tient debout sur la table, autour de laquelle se
+groupent MM. Barrère, ambassadeur de France, di San Giuliano, ministre
+des Affaires étrangères; Credaro, ministre de l'Instruction publique;
+Vicini, sous-secrétaire d'Etat; Besnard, directeur de l'Académie de
+France; Casaglia, chef du cabinet du ministre de l'Instruction publique;
+Ollé-Laprune, premier secrétaire de l'ambassade de France; Poggi,
+directeur de la Galerie des Offices de Florence.
+
+M. Credaro prend la parole et, s'adressant à M. Barrère, il lui dit
+combien la nation italienne est heureuse de pouvoir restituer à la
+nation française, qui donna l'hospitalité et prodigua les honneurs au
+Vinci, fils illustre de l'Italie, dans les dernières années de sa vie,
+le précieux tableau enlevé aux glorieuses salles du Louvre. «Que Votre
+Excellence veuille bien, dit en terminant le ministre, recevoir le
+chef-d'oeuvre du grand Florentin comme un gage d'amitié et de solidarité
+entre les deux peuples, dans les hautes sphères de l'art et de
+l'humanité.»
+
+M. Camille Barrère prit à son tour la parole. Assez ému, l'ambassadeur,
+dans une brillante improvisation, exprima à M. Credaro les sentiments de
+reconnaissance de la France pour les procédés si spontanément amicaux du
+gouvernement italien, et sa joie de recouvrer enfin le chef-d'oeuvre
+d'un homme dont le génie universel a élargi les bornes de l'intelligence
+humaine.
+
+«Je tiens, ajouta M. Barrère, au moment où vous me remettez la _Joconde_
+et où je l'emporte au palais Farnèse, à vous dire combien je suis touché
+que ce soit à l'Italie que revienne le privilège de la restituer à la
+France.»
+
+On lit ensuite l'acte de consignation du tableau au gouvernement
+français, qui est signé par MM. Credaro, di San Giuliano et Barrère, et
+par MM. Vicini, Besnard, Ricci et Poggi comme témoins.
+
+C'est fait: la _Joconde_ est redevenue française. M. Ricci la replace
+avec une délicatesse toute paternelle dans la boîte de noyer, puis,
+s'approchant de M. Ollé-Laprune, lui dit en souriant: «Veuillez
+constater que c'est bien la _Joconde_ que j'enferme dans cette boîte.»
+M. Ollé-Laprune n'a pas de peine à déclarer reconnaître que c'est le
+chef-d'oeuvre de Léonard de Vinci qui est dans le coffret dont on lui
+remet la clef et, au milieu des conversations amicales, on descend sur
+la place où les automobiles attendent les ministres et l'ambassadeur.
+
+Quelques minutes après, Monna Lisa entre au palais Farnèse et prend
+place dans la galerie des Carrache. La première visite qu'elle y reçoit
+est celle de S. M. la reine Marguerite, qui, pendant près d'une heure,
+s'entretient avec l'ambassadrice et ses quelques invitées. Vers 3
+heures, tous les membres du corps diplomatique, les personnalités de la
+colonie française et les notabilités romaines remplissent les salons de
+l'ambassade d'un public d'élite, heureux de pouvoir contempler la belle
+oeuvre du grand maître florentin.
+
+Demain, la _Joconde_ restera au palais Farnèse; de mardi à samedi, elle
+sera exposée à la galerie Borghèse, puis, dimanche prochain,
+probablement, elle partira pour Milan, d'où elle rentrera directement à
+Paris.
+
+ROBERT VAUCHER.
+
+
+DEUX PHOTOGRAPHIES GRANDEUR NATURE PERMETTANT D'IDENTIFIER LA JOCONDE
+
+[Illustration: Illustration: _CLICHÉ BRAUN et Cie, EXECUTE AU MUSÉE DU
+LOUVRE, AVANT LE VOL. Reproduction sans aucune retouche, montrant toutes
+les craquelures de la peinture et la trace d'une fente dans le
+panneau._]
+
+[Illustration: Illustration: _CLICHÉ A. BROGI, EXÉCUTÉ AUX OFFICES, A
+FLORENCE, LE 17 DÉCEMBRE 1913 Reproduction sans aucune retouche,
+montrant toutes les craquelures de la peinture et la trace d'une fente
+dans le panneau._]
+
+[Illustration: Le général Liman von Sanders et les officiers allemands
+sortant de la Sublime-Porte.]
+
+
+LES GARDIENS ALLEMANDS DU BOSPHORE
+
+Il faut le reconnaître, la diplomatie allemande à Constantinople
+continue de l'emporter sur toutes les diplomaties de l'Europe. Par son
+activité inlassable, par son habileté souple et soutenue, par son
+opiniâtreté que rien ne rebute, elle vient de réaliser un nouveau succès
+d'influence, mais cette fois un succès tellement exceptionnel, tellement
+imprévu, après les déceptions de la guerre, et tellement menaçant aussi
+pour tout ce qui n'est ni allemand ni turc, qu'elle en est comme un peu
+émue elle-même et qu'elle s'efforce, par des commentaires officieux,
+d'en atténuer la portée. Les troupes turques, préparées à l'allemande
+avant leurs désastres, reçoivent à nouveau, pour présider à leur
+réorganisation, des instructeurs allemands. Mais quels instructeurs!
+C'est toute une mission militaire formidable, telle qu'on n'en vit
+jamais une semblable dans l'empire d'Osman. Un général chef de corps, un
+général major et cinquante officiers sont envoyés à Constantinople. Et
+cela ne serait rien encore si le général chef de corps ne recevait un
+commandement effectif, s'il n'était mis à la tête des troupes mêmes qui,
+en cas de guerre, défendraient la capitale. En d'autres termes, le
+général von Sanders, devenu le chef du 1er corps d'armée, se voit
+attribuer, par cet emploi, la garde du Bosphore.
+
+L'événement est grave, «plus grave--a-t-on écrit--que tout ce qui vient
+de se réaliser dans les Balkans». L'Europe s'est inquiétée tout de
+suite. Mais la Russie devait plus particulièrement et plus violemment
+s'émouvoir. Il ne faut pas oublier en effet que le Bosphore est pour la
+Russie méridionale la seule voie maritime qui la relie au monde. C'est
+par cet étroit couloir qu'elle achemine la plus grande partie de ses
+exportations. Un état-major étranger maître des forces militaires de
+Constantinople, c'est la Russie embouteillée dans la mer Noire. C'est la
+clef de la Méditerranée remise entre des mains allemandes... Contre
+cette situation, la Russie a protesté auprès du grand vizir, le 13
+décembre dernier. Les deux autres puissances de la Triple Entente se
+sont associées à sa «question» sur les attributions réservées à la
+mission allemande. Le grand vizir a répondu aux ambassadeurs que les
+attributions du général allemand ne s'étendraient pas à la défense des
+Détroits, affirmation diplomatique que contredit, sur le terrain des
+réalités, la nature même de l'emploi attribué au général Liman von
+Sanders. La Russie ne paraît pas devoir se contenter de cette
+déclaration et la discussion reste ouverte.
+
+... Pendant ce temps, la mission s'installe à Constantinople. Elle y est
+arrivée, le 14, habilement, en appareil modeste. Le général von Sanders
+et ses officiers portaient la petite tenue des officiers turcs de leur
+grade, et l'ambassade allemande n'était pas à la gare. Après avoir été
+présenté au grand vizir et reçu par le sultan, le général von Sanders a
+pris le commandement du 1er corps d'armée; et le vendredi 19 décembre
+les nouvelles autorités militaires allemandes de la capitale ottomane
+assistaient au Selamlik.
+
+[Illustration: Général L. von Sanders. La mission militaire allemande à
+Constantinople.--_Photographies Ferid Ibrahim._]
+
+(Deux pages manquantes.)
+
+[Illustration: Sous l'oeil de la cliente difficile]
+
+... deux et trois heures durant, pendant que le Grand Couturier attend
+l'inspiration qui ne vient pas toujours... Et c'est l'attente patiente,
+les bras nus et levés, tandis que les ciseaux coupent et taillent dans
+les bâtis de toile, tandis qu'on épingle, qu'on drape, qu'on découd,
+qu'on fait et qu'on défait autour de vous ces premières et incertaines
+«fondations» de ce qui doit être une merveille de robe, mieux qu'une
+robe: un rêve, un souffle, un rien adorable,--et coûteux... que d'autres
+porteront...
+
+ *
+ * *
+
+Le matin, les mannequins «passent les robes» devant les commissionnaires
+et les courtiers pour l'étranger. C'est une cérémonie agréable. Le
+commissionnaire est bon enfant, le plus souvent: et il apporte des
+bonbons à ces demoiselles. A-t-on jamais vu qu'une demoiselle n'aimât
+point les bonbons?--L'après-midi, il y a l'essayage, la venue des
+clientes, les petits travaux de couture... Entre temps, les mannequins
+vivent dans une petite pièce qui leur est réservée et qu'elles nomment
+le «cagibi». Elles y demeurent, comme aimées au harem, riant, se
+reposant, lisant les _Aventures de Ronchonnot_, ou _Zigomar_, jouant aux
+cartes, à pigeon vole, ou à se dire la bonne aventure, ou occupées à
+rien faire, ce qui est leur distraction la plus usuelle, tandis qu'elles
+se racontent sans se lasser leurs confidences ou leurs espoirs, leurs
+chagrins d'amour ou moins encore... Et comme on n'est pas faite, quand
+on est bien faite, quand on est jeune et jolie, pour rester mannequin
+toute sa vie, elles envisagent l'avenir...
+
+Les plus sages voudraient devenir vendeuses. Mais, pour être vendeuse,
+chez le Grand Couturier, il faut parler anglais. Alors, elles vont chez
+Berlitz, le soir, en attendant qu'un hasard heureux leur permette de
+passer la Manche. Les plus disgraciées aspirent à être employées aux
+manutentions. Les plus folles rêvent de théâtre et font des châteaux en
+Espagne... Et la venue d'une cliente interrompt tous ces papotages,
+toutes ces espérances:
+
+--Mesdemoiselles, voulez-vous montrer les robes du soir...
+
+Et la théorie des mannequins, soudain revêtus de brocatelles, de satins,
+de soies, de velours, arrive en tanguant, pour «passer»... C'est la plus
+jeune d'entre elles, et la plus sage qui passe en premier. Ainsi le veut
+la tradition, dans certaines maisons... Ça porte bonheur...
+
+Alors, derrière elle, elles se mettent à défiler. Et chacune, à part
+soi, rêve vaguement au jour bienheureux où elle viendra pour son propre
+compte chez le Grand Couturier, et, bien au chaud dans ses fourrures qui
+seront à elle, ce jour-là, demandera, comme la riche cliente devant qui
+elle passe et qui la regarde, dédaigneuse et difficile, demandera au
+patron d'hier, au Grand Couturier soudain respectueux et attentif, qu'on
+veuille bien faire passer devant elle ces demoiselles, avec les plus
+récentes créations...
+
+ÉMILE HENRIOT
+
+[Illustration: Un essayage.]
+
+[Illustration:
+Le président Wilson. Mrs Wilson. M. Francis Bowes Sayre.
+Mrs. Francis Bowes Sayre.
+
+Le mariage de la seconde fille du président Wilson: le groupe des
+parents et des demoiselles d'honneur.]
+
+
+UN GRAND MARIAGE AMÉRICAIN
+
+Le mardi 25 novembre, M. Woodrow Wilson, président de la République des
+Etats-Unis, mariait sa seconde fille, miss Jessie Wilson, à M. Francis
+Bowes Sayre, professeur de l'Université,--comme le président lui-même.
+
+Ce fut une cérémonie austère. Pas d'uniformes. Et les membres du corps
+diplomatique qu'il avait bien fallu se résigner à convier, quoi qu'en
+dût souffrir la modestie, avaient été priés de venir eux-mêmes dans le
+plus simple appareil: pas de broderies, pas d'ordres, pas de chamarres!
+Quelle leçon sévère pour les prodigues milliardaires et toutes leurs
+folies!
+
+Mais la photographie que nous reproduisons, et qui montre les jeunes
+époux au milieu de leurs parents, de leurs demoiselles et garçons
+d'honneur, semble révéler encore une autre preuve de l'esprit de
+renoncement qui anime et guide le successeur de M. Taft à la Maison
+Blanche. Car enfin, dans ce pays où, au dire de juges très compétents,
+les beautés féminines abondent, pullulent, on est un peu déçu de ne pas
+les voir, à ce mariage, malgré tout illustre, représentées dans
+l'entourage immédiat de la mariée par des exemplaires plus
+convaincants,--non plus d'ailleurs que l'élégance virile anglo-saxonne
+ne l'est dans l'assistance masculine. Le président Wilson doit être
+décidément un ascète.
+
+
+AVIATEURS ESPAGNOLS BLESSÉS EN GUERRE
+
+Les Espagnols, appliqués dans leur zone, comme nous dans la nôtre, à
+poursuivre leur oeuvre d'occupation et de pacification, ont établi, à
+Tétouan, un parc d'aviation fort bien installé, comme on en peut juger
+par la photographie qui en fut prise précisément par l'un des officiers
+aviateurs.
+
+Or, récemment, un de leurs aéroplanes faillit bien tomber aux mains des
+Arabes. C'est presque un miracle s'il put échapper à leurs coups.
+
+Deux officiers le montaient, ayant pour mission d'aller opérer une
+reconnaissance dans les environs de la place. Très audacieusement, ils
+se tenaient à une faible hauteur, afin, sans doute, de pouvoir procéder
+à des constatations plus précises, et ne soupçonnant pas qu'ils
+pouvaient être exposés à quelque surprise. Or, ils avaient été aperçus
+par une troupe ennemie parfaitement embusquée.
+
+Des balles sifflèrent autour d'eux, dont ils entendirent le choc mat
+contre les ailes. Eux-mêmes furent atteints, l'observateur, le capitaine
+Barreiro, très grièvement, au ventre et à la poitrine.
+
+L'énergique officier fit montre d'un courage surhumain. Encourageant son
+compagnon, il l'exhortait à accélérer sa marche, afin de gagner en hâte
+le camp, éloigné d'une vingtaine de kilomètres.
+
+En quelques tours d'hélice, d'ailleurs, ils avaient été hors de la
+portée de cette fusillade meurtrière.
+
+Enfin, ils purent atterrir. Mais le capitaine Barreiro, épuisé par tout
+le sang qu'il avait perdu et les efforts qu'il avait faits, semblait
+mort. On eut beaucoup de peine à le ranimer.
+
+On se livra à un examen minutieux de l'appareil. Les sièges
+qu'occupaient les deux aviateurs ruisselaient de sang, et des traces de
+coups de feu se constataient en divers endroits; les Arabes s'étaient
+montrés excellents et sûrs tireurs. C'est la première fois,
+croyons-nous, que des officiers sont ainsi blessés en action de guerre.
+Aussi le roi Alphonse a-t-il tenu à récompenser sans délai ces
+deux vaillants soldats.
+
+[Illustration: Vue du camp d'aviation de Tétouan.]
+
+[Illustration: Après le périlleux raid: l'examen des traces des balles
+marocaines.]
+
+
+LE ROI CONSTANTIN DE GRÈCE EN FAMILLE
+
+Après onze mois d'état de guerre qui éloignèrent presque constamment le
+roi Constantin de son foyer, la paix de Bucarest, puis celle d'Athènes,
+lui ont permis de quitter Salonique et la Macédoine pour reprendre, dans
+le petit palais athénien qu'il occupait comme diadoque et dans lequel il
+demeure encore actuellement, la simple vie de famille. C'est dans la
+petite salle à manger, le _breakfast room_ de la résidence princière de
+la rue Hérode l'Attique, qui se trouve derrière le palais royal
+d'Athènes, que cette photographie a été récemment prise. Le roi est avec
+les siens autour de la table du petit déjeuner du matin.
+
+A sa droite est la reine Sophie, soeur de l'empereur d'Allemagne. Elle
+tient dans ses bras la petite princesse Catherine, âgée d'à peine huit
+mois. Cette fillette est l'enfant qui a le plus de parrains au monde. Au
+moment de sa naissance, un grand souffle de gloire militaire passait sur
+la Grèce. Le roi eut la jolie idée de confier à toute son armée et à
+toute sa marine le soin et la faveur du parrainage. Catherine est la
+filleule de l'armée grecque et, au cours de la seconde guerre, il
+n'était pas rare d'entendre des soldats parler du roi non pas toujours
+sous le sobriquet de _Costa fallas_ (Constantin le sabreur), mais sous
+celui de _Koumbans_ (le papa de la petite).
+
+A la gauche du roi est la princesse Hélène, sa fille aînée, âgée de
+dix-sept ans. Le second fils du roi, le prince Alexandre, âgé de vingt
+ans, est assis à côté de sa soeur et a pour voisin de gauche son frère
+Paul (Pavlos), un garçonnet de douze ans qui porte, à la mode anglaise,
+très en faveur à la cour d'Athènes, le petit veston et le col d'Eton. A
+la droite de la reine est le prince Georges, le diadoque, héritier de la
+couronne. Il a vingt-trois ans et a fait, aux côtés de son père, les
+deux campagnes. Il fut, de plus, au printemps de cette année, chargé
+d'une mission en Epire où la population lui fit le plus émouvant
+accueil. Sa jeune soeur, la princesse Irène, qui fêtera en février
+prochain son dixième anniversaire, est au bout de la table.
+
+[Illustration: Le petit déjeuner du matin de la famille royale de Grèce.
+De gauche à droite: la princesse Irène, le prince-diadoque Georges, la
+reine Sophie tenant dans ses bras la petite princesse Catherine, le roi,
+la princesse Hélène, les princes Alexandre et Paul.--_Phot.
+Boehringer._]
+
+Les traditions de simplicité et de grand attachement familial que le
+vieux roi Christian IX de Danemark avait imposées à tous ses descendants
+sont restées en honneur auprès de son petit-fils et, à Athènes comme à
+Copenhague, un peu d'anglomanie (la reine, quoique soeur de Guillaume
+II, est la plus fervente admiratrice de tout ce qui vient d'Angleterre)
+cherche à masquer certaines influences germaniques. L'empereur
+d'Allemagne lui-même est d'ailleurs le premier à n'écrire qu'en anglais
+à son beau-frère.
+
+
+L'ÉLECTRICITÉ A BORD DES AUTOMOBILES
+
+Le dernier Salon de l'Automobile a révélé à ses visiteurs un fait
+nouveau: la prise de possession de la voiture par l'électricité.
+
+Entendons-nous bien tout de suite. Il ne s'agit point du tout d'une
+révolution dans le mode de traction de la voiture, de l'avènement, enfin
+durable, de la _voiture électrique_. Non. Le moteur à explosions, avec
+ses incomparables qualités de puissance, de légèreté, de solidité et
+d'économie, demeure maître absolu de tout véhicule qui va sans chevaux
+sur les routes. Il s'agit seulement d'une grande amélioration dans le
+confort de la voiture: l'automobile a fait mettre l'électricité chez
+elle.
+
+Désormais, en effet, une automobile qui se pique de modernisme ne tolère
+plus que, la nuit, la route soit éclairée devant elle autrement que par
+l'électricité. Elle ne souffre plus qu'on lance son moteur à la
+manivelle; elle le veut mis en marche à l'électricité. C'est
+l'électricité qui actionne son avertisseur; qui demain fera mouvoir la
+pompe d'air pour les pneumatiques, voire les glaces de la limousine; qui
+embrayera, freinera et opérera les changements de vitesses. Voilà donc
+bien du nouveau!
+
+Cette transformation s'accompagne fatalement de quantité d'expressions
+nouvelles dont il va falloir que les gens du monde, ou simplement les
+gens instruits, connaissent le sens. Nous ne les passerons pas en revue
+ici mais s'il plaît aux lecteurs de _L'Illustration_, nous allons faire
+sous leurs yeux une analyse sommaire des phénomènes auxquels nous devons
+le courant électrique, et nous verrons ainsi les expressions nouvelles
+venir à nous familièrement.
+
+L'électricité apporte à l'automobile le premier bienfait d'un éclairage
+quasi parfait. Je ne vanterai pas longuement les avantages de
+l'éclairage radieux. Un coup de pouce, et l'on a de la lumière, de la
+lumière au point précis où on la désire! Un coup de pouce, et tout
+retombe dans les ténèbres! Plus d'allumettes, plus de flamme et de
+fumée, plus de liquides sales, plus de préparatifs, et par contre,
+vraiment, on a le soleil la nuit!
+
+Mais ici vous m'arrêtez. Pourquoi n'éclaire-t-on pas les automobiles au
+moyen de piles? Les piles sont connues du public et de maniement assez
+simple.
+
+Certes. Mais elles sont fragiles, encombrantes, pesantes, et surtout
+elles sont extrêmement onéreuses. La plupart, et les moins mauvaises,
+sont des appareils dans lesquels on dissout peu à peu du métal, à la
+façon du sucre dans de l'eau, et un métal très cher, le zinc. Laissons
+donc les piles aux timides sonneries d'appartements.
+
+Alors, pourquoi n'éclaire-t-on pas les automobiles au moyen
+d'accumulateurs? Nous allons voir qu'en effet la batterie
+d'accumulateurs s'impose à notre cas. Mais, si on voulait lui confier la
+totalité du service d'éclairage, il faudrait lui donner un volume énorme
+dont le poids et l'encombrement seraient prohibitifs. Et puis, leur nom
+indique leur défaut: ils ne créent pas du courant, ils ne peuvent que
+garder en réserve l'énergie dont on les a gavés. Or, loin de toute usine
+électrique, privés des spécialistes qui savent réussir la délicate
+opération, comment seraient-ils soumis à une recharge? Il est donc
+nécessaire que l'automobile fabrique elle-même, de par son moteur,
+l'électricité dont elle a besoin; qu'elle ait à son bord, en réduction,
+une petite usine électrique, usine non seulement analogue aux plus
+puissantes, mais encore aggravée de complications inconnues à un secteur
+de lumière. Ces complications tiennent d'abord aux changements d'allures
+si variables d'un moteur d'automobile qui. à tout moment et selon les
+difficultés de la route, ralentit ou accélère, et détermine ainsi dans
+la source du courant des variations de débit qui vont depuis le
+rougeoîment des lampes jusqu'à leur grillade instantanée! Elles tiennent
+ensuite aux arrêts mêmes de ce moteur: quand la voiture attend le soir
+la sortie d'un théâtre, ou lorsqu'elle est en panne dans la rase
+campagne, la nuit, il est indispensable qu'elle ne soit pas plongée dans
+les ténèbres bien que le moteur, générateur de son courant, demeure
+inanimé. Une batterie d'accumulateurs, mais petite et trapue, nous est
+donc indispensable, puisqu'il y a des heures où d'elle seule nous
+pouvons attendre du courant. Elle ne fait alors que nous restituer
+l'énergie confiée à elle par notre moteur.
+
+Donc, c'est le moteur de la voiture qui fabrique l'électricité par elle
+dépensée. Comment le peut-il faire? Il le fait au moyen de cette machine
+admirable qui constitue le seul moyen pratique jusqu'ici trouvé par les
+hommes pour faire naître le courant nécessaire à leur éclairage, à leur
+locomotion, au transport de la force à distance, etc., et qui s'appelle
+une machine _électro-magnétique_. La _dynamo_, qui dorénavant donnera à
+nos voitures l'éclairage, et la _magnéto_, qui depuis dix ans fournit à
+nos moteurs l'allumage, sont deux soeurs de cette illustre famille. Mots
+un peu particuliers qui ne recouvrent cependant que des idées fort
+simples, on va le voir.
+
+Chacun de nous a eu certainement un jour ou l'autre entre les mains un
+aimant en fer à cheval (fig. A) et en connaît au moins sommairement les
+propriétés. Si l'on jette sur cet aimant de la poussière de fer, de la
+limaille très fine, on voit qu'elle s'attache sur lui, en forme de
+houpettes très hérissées, à ses deux extrémités qu'on appelle ses
+_pôles_. La physique démontre que d'un pôle à l'autre sont, pour ainsi
+dire, tendues, invisibles et impalpables, des _lignes de force_, assez
+comparables, si l'on veut se contenter de cette image grossière, à des
+élastiques extrêmement ténus.
+
+Or. un aimant nu, en acier, tel que celui-ci. un aimant dit permanent
+parce que sa force ne peut pas changer à notre gré, est peu puissant. On
+obtient un aimant beaucoup plus fort, à dimensions égales, en prenant du
+fer _doux_, c'est-à-dire aussi pur que possible, en entourant le corps
+de la pièce, ou bien chacune de ses jambes, d'un grand nombre de tours
+de fil de cuivre recouvert de coton, dont on forme une _bobine_, et en
+faisant passer dans cette longue et fine canalisation un courant
+électrique, celui d'une pile par exemple, qui a pour objet de
+l'_exciter_, de lui donner temporairement les propriétés magnétiques On
+a ainsi, créé un _électro-aimant_, l'organe-roi de toutes les
+applications de l'électricité, depuis la sonnerie jusqu'à la locomotive
+électrique, depuis le tramway jusqu'à la télégraphie sans fil.
+L'électro-aimant est capable d'un travail beaucoup plus grand que
+l'aimant permanent puisqu'il peut donner normalement jusqu'à 20,000
+lignes de force par centimètre carré, alors que son maigre camarade n'en
+fournit au maximum que 5,000 à 6,000.
+
+Ainsi pourvus d'une source importante de magnétisme, livrons-nous à une
+petite expérience qui va nous révéler un autre phénomène d'importance
+extrême puisque, s'il n'existait pas, aucune des applications
+industrielles de l'électricité ne serait elle-même réalisée.
+
+Prenons un fil de cuivre recouvert de coton (les lignes de force
+traversent aisément le coton, alors que le courant électrique est arrêté
+par lui). Faisons de ce fil une boucle que nous tenons entre le pouce et
+l'index, et attachons ses deux bouts à un galvanomètre, appareil qui
+nous dira ce qui va se passer dans ce fil.
+
+Plaçons vivement la boucle ou _spire_ en plein dans les lignes de force
+(fig. B). L'aiguille du galvanomètre a bougé; puis elle est tout de
+suite revenue à l'immobilité. Retirons la spire hors des lignes de
+force: j'aiguille a encore bougé, puis est revenue à zéro.
+
+Nous en concluons avec raison ceci: chaque fois que nous avons, au moyen
+de notre spire, coupé les lignes de force de l'électro-aimant, et
+seulement au moment précis où nous les coupions, un courant électrique
+s'est produit dans cette spire, y a été _induit_, pour parler le langage
+technique. C'est, en effet, l'énergie mécanique de notre main qui s'est
+transformée en énergie électrique.
+
+Si peu de travail s'est mué en courant. Quelle abondance d'électricité
+n'obtiendrons-nous pas quand nous demanderons au moteur de notre voiture
+de se substituer à nous pour déplacer la spire dans le champ magnétique!
+
+Mais comment le moteur s'y prendra-t-il pour effectuer ces coupures
+extrêmement rapides des lignes de force? Au lieu de présenter et de
+retirer la spire aux lignes de force, nous la ferons tourner au milieu
+d'elles, tout simplement. A cet effet, nous prendrons un axe en fer,
+terminé par une portée à chaque bout afin qu'il puisse prendre sur
+lui-même un mouvement de rotation; nous bobinerons sur lui un grand
+nombre de tours de fil, afin que le courant produit soit, plus puissant,
+et nous chargerons le moteur de faire, au moyen d'un engrenage, tourner
+très rapidement cet _induit_. Si nous mettons aux extrémités de ce
+bobinage une lampe, elle s'éclairera tant que l'induit tournera (fig.
+C).
+
+Voici donc constituée, par un électro-aimant et par un induit qui tourne
+entre ses masses polaires, une dynamo. Mais tout aussitôt les
+difficultés d'application commencent.
+
+Tout d'abord le courant qui est produit de la sorte est du courant
+_alternatif_, c'est-à-dire (je ne puis en donner les raisons ici) qu'il
+va de droite à gauche pendant un demi-tour de l'induit, et de gauche à
+droite pendant l'autre demi-tour. La lampe électrique s'en accommode
+fort bien, mais le personnage désagréable dont la présence dans notre
+jeu est inévitable, je l'ai montré, la batterie d'accumulateurs, va tout
+de suite brouiller nos cartes. Comme elle ne peut supporter le courant
+alternatif, elle exige que la dynamo, qui est chargée de la nourrir, ne
+lui fournisse que du courant _continu_, un courant qui aille toujours
+dans le même sens! Ainsi le constructeur est-il obligé d'installer sur
+la dynamo un petit organe supplémentaire, heureusement fort simple,
+qu'on appelle un _collecteur-redresseur_, et qui a pour objet de
+transformer le courant alternatif de la dynamo en un courant de sens
+constant. Les ouvrages spéciaux expliquent le fonctionnement de cet
+organe.
+
+[Illustration: Fig. A.-Aimant permanent et électro aimants.--1. Aimant
+permanent (morceau d'acier dur recourbé puis aimanté).--2.
+Electro-aimant (morceau de fer entouré d'une longue spirale qui lui
+confère les propriétés magnétiques pendant tout le temps qu'elle est
+traversée par un courant).--3. On donne aux deux extrémités d'un
+électro-aimant une forme appropriée qu'on nomme _masse polaire_;
+l'ensemble est l'_inducteur_ de la dynamo.]
+
+[Illustration: Fig. B.-Expérience schématique montrant qu'un courant est
+induit dans le fil aux moments où la spire coupe les lignes de force de
+l'inducteur.]
+
+La seconde difficulté est celle-ci: les accumulateurs cherchent à jouer
+un vilain tour à la dynamo. A force de s'emmagasiner dans la batterie,
+le fluide électrique prend en quelque sorte du ressort, de la tension,
+et, au fur et à mesure que la dynamo envoie aux accumulateurs du
+courant, ils cherchent à s'en défaire, c'est-à-dire à le décharger en
+elle! Tant que leur tension demeure inférieure à celle de la dynamo,
+tout demeure normal, car, de deux courants directement opposés, c'est
+évidemment le plus fort qui détermine le sens de courant général Mais si
+les accumulateurs l'emportent, même momentanément (et il suffit que le
+moteur ralentisse beaucoup, dans une rampe par exemple, pour que le
+courant de la dynamo baisse au point de devenir pratiquement nul), ils
+ce déchargent, sans cérémonie, dans la dynamo, laquelle est ainsi mise à
+mal.
+
+Donc, ici encore, il a fallu imaginer un organe de sécurité, un
+_conjoncteur-disjoncteur_ qui automatiquement fermât la porte au
+courant qui veut aller vers la dynamo et l'ouvrît au contraire au
+courant qui va vers la batterie; qui, en outre, et toujours
+automatiquement, aux moments où la dynamo ne donne aux lampes qu'un
+courant trop pauvre pour l'éclairage (ralentissement extrême du moteur),
+ou même n'en donne pas du tout (arrêt du moteur), envoyât à ces lampes
+le courant des accumulateurs.
+
+Troisième difficulté. Les accumulateurs sont susceptibles d'acquérir un
+maximum de tension connu, qu'ils ne dépasseront jamais, sous peine d'en
+être tout désorganisés. Il est donc indispensable que la dynamo se
+conforme à ce maximum et ne soit pas capable d'envoyer aux lampes un
+courant plus élevé que celui qui peut être fourni par les accumulateurs.
+La résistance des lampes est par conséquent déterminée par le nombre
+d'accumulateurs qui forment la batterie, et non par la puissance de la
+dynamo. Or, comme la dynamo donne un courant de tension d'autant plus
+grande qu'elle tourne plus vite, et que le moteur qui l'entraîne peut
+parfois l'entraîner à de folles allures, il est indispensable qu'elle
+soit assagie, qu'elle comporte un régulateur qui calme soit sa vitesse
+soit son excitation, qui la mette «au pas» et protège ainsi les lampes
+contre des variations de tension désagréables à la vue, ou contre des
+exagérations de courant qui les brûleraient sur-le-champ. Comment cette
+régulation peut-elle être faite? Je me bornerai à répondre que c'est là
+un des points encore où la bataille des constructeurs est le plus
+acharnée: sept ou huit procédés sont en présence.
+
+Le problème de l'éclairage électrique des automobiles présente donc de
+singulières difficultés, on le comprend. Il est probablement superflu
+que je déclare n'avoir fait ici que l'effleurer à peine.
+
+Maintenant, pour nous consoler de tant de peines, veut-on bien que nous
+fassions une dernière expérience qui, elle, va nous donner une surprise
+heureuse?
+
+Supposons que la dynamo que nous venons de construire soit détachée du
+moteur qui l'entraîne pour produire du courant, et qu'elle soit arrêtée.
+Relions ses deux balais aux deux bornes de la batterie d'accumulateurs
+au moyen de fils: voici tout à coup notre induit qui se met à tourner
+follement sur lui-même entre les branches de l'aimant! Il est devenu
+moteur.
+
+En effet, dans une dynamo, les phénomènes sont réversibles: si on lui
+donne du mouvement (en faisant tourner son induit). elle rend du courant
+elle est _génératrice_; et si au contraire on donne du courant à son
+induit, elle rend du mouvement (elle se met à tourner), elle est
+_motrice_.
+
+Ces observations faites, récapitulons, si vous le voulez bien, les
+moyens que l'électricité met ainsi à notre disposition dans une
+automobile moderne. Nous avons:
+
+1. Une source indéfinie de courant, la dynamo. Tant que le moteur de la
+voiture tourne, le torrent passe. Qu'en ferons-nous? Nous diviserons ce
+torrent en ruisseaux que nous enverrons un peu dans tous les coins de
+notre voiture, comme un montagnard avisé détourne en filets l'eau du
+torrent pour en arroser ces prairies. Des fils porteront le fluide aux
+phares d'autres aux lanternes, un autre au falot réglementaire du numéro
+de police d'arrière. Nous profiterons de notre richesse de lumière pour
+en apporter un peu à l'intérieur même de notre carrosserie, à un
+plafonnier qui permettra à Monsieur de dire, à Madame d'émerveiller les
+passants; pour en donner aussi à notre mécanicien qui ainsi surveillera
+comme en plein jour le débit de l'huile, l'indicateur de vitesse, ou
+même l'ampèremètre et le voltmètre du _tableau_ qui lui disent si sa
+petite usine électrique se porte bien; pour lui en donner encore au bout
+d'une _baladeuse_ qui, en cas de panne, lui permettra de mettre des
+clartés dans les entrailles de sa machine! Enfin, le solde de ce torrent
+ainsi réparti sera absorbé par notre caisse d'épargne, notre batterie
+d'accumulateurs.
+
+2. Nous avons à bord cette batterie, qui ne demande qu'à nous rendre le
+courant prêté. Elle le met à notre disposition pour trois effets
+différents. Par elle, nous pouvons tout d'abord faire de _l'éclairage_,
+ainsi que je l'ai démontré. Par elle il nous est loisible ensuite de
+faire de la _traction_. Installons un petit moteur électrique auprès du
+volant du moteur de la voiture, et envoyons-lui un peu du courant
+enfermé dans la batterie: voici ce gros moteur réveillé et lancé!
+Construisons un moteur électrique microscopique; munissons-le d'une
+petite roue à dents de scie qui vient gratter sur un disque en tôle;
+enfermons le tout dans un étui métallique, avec un pavillon qui amplifie
+le son... et, lorsqu'un peu du courant de la batterie passera dans ce
+moteur lilliputien, le monstre fera entendre son barrissement! Par un
+jeu de tout petits moteurs encore, un inventeur a proposé, comme je l'ai
+dit, qu'on fît manoeuvrer les glaces. Demain on réalisera de la même
+façon des crics et des pompes.
+
+Par la batterie enfin nous pouvons faire du _chauffage_. On sait qu'un
+courant électrique échauffe toujours le fil au travers duquel il passe.
+La température ainsi produite est imperceptible si la grosseur et la
+longueur du fil sont calculées de telle sorte que le phénomène n'ait
+guère lieu; mais, inversement, il est facile de créer au courant une
+résistance déterminée qui, pour une valeur donnée, provoquera le simple
+échauffement du fil à 40 ou 50 degrés par exemple, ou son incandescence
+même; on constituera ainsi un tapis souple pour les pieds de Madame et
+un allumoir pour le cigare de Monsieur.
+
+Tels sont donc les principaux éléments d'une installation d'électricité
+dans une automobile de 1914. Quel est maintenant l'avenir?
+
+L'avenir est hérissé de plus de difficultés que je n'en ai énuméré
+encore! Car il s'agit aujourd'hui de simplifier, donc de serrer de plus
+près la perfection. La première victime, semble-t-il, sera la petite
+magnéto, si fidèle, si timide... Elle allume le moteur: sa soeur la
+dynamo ne le fera-t-elle pas aussi bien qu'elle?
+
+La seconde absorption sera celle du moteur-démarreur: puisque, je l'ai
+expliqué, une dynamo est réversible et peut jouer, au gré du conducteur,
+le rôle de _génératrice_ ou de _réceptrice_ de courant, pourquoi
+continuerait-on à séparer cette double fonction pour la confier à deux
+organes distincts?
+
+Et puis pourquoi la dynamo, à son tour, ne subirait-elle pas une
+transformation heureuse? Elle est pesante; or, un organe du moteur à
+explosions doit nécessairement être pesant: le volant. Pourquoi la
+«dynamo-magnéto-démarreur» ne serait-elle pas muée en volant? Les
+services électriques d'une automobile seraient ainsi «condensés» en un
+unique organe.
+
+Mais une forêt de problèmes enchevêtrés sépare encore de cette lueur
+lointaine les inventeurs... les inventeurs aux bottes de sept lieues.
+
+L. BAUDRY DE SAUNIER.
+
+[Illustration: Fig. C.--Induits schématiques--1. Le fil, guipé de coton
+ou de soie, est bobiné un grand nombre de fois sur une pièce en fer
+doux, afin que la tension du courant produit soit plus grande; une lampe
+attachée à ses deux extrémités pourra recevoir ce courant _alternatif_
+et s'allumer quand l'induit tournera à une vitesse suffisante.--2. La
+batterie ne pouvant accepter de courant alternatif, l'induit est muni
+d'un collecteur qui, au moyen de balais, _redresse_ le courant
+alternatif; la lampe est ainsi alimentée par du courant _continu_ qui
+lui vient tantôt de la dynamo, tantôt de la batterie.]
+
+[Illustration: Fig. D.--Les principales applications du courant
+électrique à bord d'une automobile de 1914.]
+
+
+CE QU'IL FAUT VOIR
+
+PETIT GUIDE DE L'ÉTRANGER A PARIS
+
+Les petites baraques ont surgi du sol. C'est la floraison miraculeuse
+dont, chaque hiver, quatre ou cinq jours avant Noël, Paris donne le
+spectacle à ses habitants. Un beau soir, on a quitté le boulevard, sans
+se douter de rien; on y revient le lendemain: stupeur! De la Madeleine à
+la Bastille, deux alignements presque ininterrompus de maisonnettes en
+planches grises couvrent les trottoirs. Cela s'est édifié soudainement,
+en une nuit, sans désordre, comme un «déballage» d'articles de Paris que
+des mains invisibles auraient posés sur les deux planches inférieures de
+quelque interminable étagère... Je dis qu'elles sont en planches grises.
+On ne s'en aperçoit pas partout. La Réclame, l'envahissante et
+omnipotente Réclame, ne pouvait pas négliger plus longtemps les
+«surfaces libres» que lui offraient les dos et les flancs des petites
+baraques. Elle s'y est donc abattue sans pitié. Et ces bariolages, cette
+polychromie d'affiches achèvent de rendre effarant, vertigineux,
+l'encombrement de la Rue!
+
+Les vieux Parisiens détestent cet encombrement. Les vieux Parisiens
+fuiront ces jours-ci le Boulevard et les petites baraques. Je ne saurais
+trop recommander aux étrangers de ne pas suivre un tel exemple. Il faut
+voir, même en jouant des coudes et en souffrant que, de temps à autre,
+un passant vous marche sur les pieds, il faut voir les baraques du Jour
+de l'An; et aussi la foule ingénue qui les regarde. Je l'ai dit bien
+souvent; rien n'est plus propre à nous renseigner sur l'état d'âme et
+sur les goûts d'une foule que son attitude devant les spectacles de la
+rue. En observant, sur les boulevards, autour de quels étalages elle
+s'arrête de préférence, vous remarquerez que nous n'avons pas cessé
+d'aimer l'éloquence, et que le marchand qu'on entoure est, d'abord, le
+marchand qui pérore. Le Parisien adore le boniment, et pour peu que de
+la bonne humeur et un brin d'esprit assaisonnent ce bavardage en plein
+vent--si rude que puisse être la température--il s'arrête; il écoute; il
+est conquis.
+
+Ses «articles» préférés? Toujours les mêmes. Le jouet nouveau, qui fait
+rire et qu'actionne quelque mystérieuse mécanique. Car il convient qu'à
+l'attrait du comique s'ajoute celui du mystère; et la joie du spectateur
+est complète si à cette double séduction se surajoute celle de
+l'actualité. (Je n'ai pas besoin de dire que les joujoux aéronautiques
+sont, cette année, au premier rang de cette catégorie.) A côté du jouet
+mécanique--aéroplane ou pantin--il y a les ustensiles ou les
+produits--quels qu'ils soient--dont l'emploi nécessite un peu d'adresse
+manuelle et provoque chez le spectateur une surprise. Car nous aimons
+l'adresse et nous adorons d'être surpris. Le moule d'où sort une gaufre
+instantanément fabriquée est de forme jolie, le pot à colle grâce auquel
+une assiette cassée sous nos yeux est reconstituée en trente secondes,
+«plus solide qu'auparavant», le taille-crayon nouveau modèle, le
+stylographe inversable «à la portée des plus petites bourses», la carte
+de visite et le bonbon qu'on voit naître, et tomber, tout fait, de la
+machine portative qui les produit,--voilà du plaisir, et de quoi
+retenir, ravis et transis, autour des petites baraques, des milliers de
+braves gens!
+
+ *
+ * *
+
+... A Courbevoie, au coin de la rue de la Montagne; en face du pavillon
+vermoulu de la Belle Gabrielle (une ruine qui aurait encore sa beauté...
+si on voulait): la grande maison blanche où tant d'artistes, jeunes et
+vieux--peintres, comédiens, gens de lettres, sculpteurs--aiment à se
+retrouver de temps en temps, parmi des rires et des chants de petits
+garçons et de petites filles. C'était fête, il y a quelques jours, dans
+cette maison-là. Arbre de Noël! Distribution de cadeaux, de jouets, de
+livres. Des récitations, de la musique, un goûter... et des
+photographes. Sur les panneaux de marbre blanc qui sont l'unique
+décoration du préau couvert où se donne cette fête de famille
+s'inscrivent des noms presque tous célèbres dans la littérature et dans
+l'art: les noms des bienfaiteurs et des bienfaitrices, des «patrons» de
+cette oeuvre généreuse et charmante à laquelle sont attachés deux noms
+de femmes: Mme Marie Laurent, Mme Poilpot. _L'Orphelinat des Arts_
+n'accueillait jusqu'en ces dernières années que des fillettes. Il s'est
+agrandi. Sous la généreuse inspiration du regretté maître Roty, il a
+ouvert ses portes aux petits garçons. Ils sont là une vingtaine
+d'orphelins, à côté des fillettes orphelines, si gentilles sous
+l'uniforme bleu. Debout sur deux rangs, elles présentaient, l'autre
+jour, à la lumière du soleil le double alignement de leurs belles
+chevelures tombantes; des chevelures qui ne sont ni trop brunes ni trop
+blondes, ni du Nord ni du Midi, mais de cette jolie coloration atténuée,
+_moyenne_, de ce châtain clair qui semblait, à distance, compléter
+l'uniforme, et l'expression si française des types. Chacun de ces
+pupilles est l'enfant d'un artiste disparu, et qui est mort pauvre. Mais
+d'autres artistes sont venus qui ont tendu la main à ces infortunés. En
+voici plusieurs, hommes et femmes, dont tout Paris connaît les figures.
+Ils sont venus fêter Noël à côté de leurs orphelins. Et cela fait, en
+vérité, le plus pittoresque, le plus joli pensionnat du monde. Je
+signale la maison aux étrangers qui ne la connaissent pas. Elle est
+ouverte à toutes les sympathies, et c'est, pourrait-on dire, quelque
+chose--dans notre petit monde de la philanthropie parisienne--qui «ne
+ressemble à rien».
+
+ *
+ * *
+
+Une idée spirituelle: celle d'employer le bassin d'un cirque à une
+exposition et à un concours d'engins de sauvetage.
+
+C'est le Nouveau-Cirque qui a eu cette idée-là. Le concours s'est ouvert
+ces jours-ci. Il sera clos dès les premiers jours de janvier. Mais voici
+venir la bourrasque de fin d'année, les journées terribles qu'absorbe
+l'unique souci de recevoir des étrennes quand on est jeune, et d'en
+distribuer, quand on ne l'est plus. Qui de nous aura le temps, durant de
+telles journées, d'aller voir une Exposition, quelle qu'elle soit?
+Veuillard en fait une, chez Bernheim, qui a beaucoup de succès; les
+«Peintres du Paris moderne» en font une aussi, chez Reitlinger; nous
+l'avons signalée, en même temps que deux ou trois autres, à qui
+l'échéance du Nouvel an va faire un tort immense, pendant une semaine au
+moins. «Ce qu'il faut voir», en ce moment? Des étalages...
+
+Et puis, dès que sera passé le cyclone, il faudra, vous le pensez bien,
+se précipiter vers le spectacle qui va, pendant quelques jours, occuper
+tout Paris: il faudra aller revoir la _Joconde_. Avouons-le: parmi tant
+d'admirateurs, bouleversés d'une joie sincère, beaucoup, sans doute,
+verront Monna Lisa pour la première fois. Au Salon Carré, librement
+accessible à tous, elle était bien un peu négligée. Mais quoi! la voilà
+qui revient après s'être enfuie, et qui nous oblige à payer pour la
+voir. Double prestige, auquel nulle curiosité ne résistera!
+
+UN PARISIEN.
+
+
+AGENDA (27 décembre 1913-3 janvier 1914).
+
+Concours de poésie.--Le _31 décembre_, clôture du concours des Jeux
+floraux du Languedoc.
+
+Expositions.--Galerie Georges Petit (8, rue de Sèze): la Comédie
+humaine. (Clôture le _31 décembre_.)--Société internationale de peinture
+et sculpture. (Clôture le _31 décembre_.)--Galerie des Artistes
+modernes (19, rue Caumartin): exposition de l'Eclectique.--Salons de
+l'Etoile (17, rue de Chateaubriand): oeuvres de Mme Magdeleine
+Popelin.--Galerie La Boétie (64 _bis_, rue La Boétie): exposition des
+peintres du Paris moderne (jusqu'au _14 janvier_).--Galerie Marcel
+Bernheim (2 bis, rue Caumartin): exposition de l'«Art intime».
+
+Conférences.--Société des Conférences (184, boulevard Saint-Germain): le
+7 _janvier_, à 2 h. 1/2, conférence sur _Saint-Simon_ (première de la
+série), par M. René Doumic, de l'Académie française.--Le 9 _janvier_ à 2
+h. 1/2 au musée de l'Armée (salle d'honneur): conférence sur la campagne
+de 1814, à Lyon et dans les Alpes, par le commandant Perreau.
+
+Les conférences de la «Revue hebdomadaire», à la salle du Foyer (34, rue
+Vaneau), interrompues par les vacances de Noël et du Jour de l'An,
+recommenceront le vendredi 9 _janvier_, à 5 heures; à cette date, M.
+Pierre Lasserre donnera sa première leçon sur Renan. Viendront ensuite:
+le mardi _13_, à 5 heures, la _Charte_, par M. Sabatier; le vendredi
+_16_, à 5 h., _Renan_ (2e conférence), par M. Pierre Lasserre; le mardi
+_20_, à 5 h., le _Barreau en 1814_, par M. Charles Chenu; le vendredi
+_23_, à 5 h., _Renan_ (3e conférence), par M. Pierre Lasserre; le mardi
+_27_, à 5 h., _Cuvier_, par M. Ed. Perrier; le vendredi _30_, à 5 h.,
+_Renan_ (4e conférence), par M. Pierre Lasserre.
+
+Matinée.--Le 27 _décembre_, à la Comédie-Française, matinée au profit
+des pensions de la Comédie-Française.
+
+Sports.--_Courses de chevaux: 28 et 30 décembre, 1er et 4 janvier_
+Vincennes (trot); le _4 janvier_, Nice (prix de Monte-Carlo).--_Natation_:
+au Nouveau-Cirque, jusqu'au _4 janvier_, concours de sauvetage et
+d'appareils de sauvetage.
+
+
+LES LIVRES et LES ÉCRIVAINS
+
+LE VILLAGE DE L'ONCLE HANSI
+
+Un dessinateur alsacien, également célèbre mais inégalement goûté en
+Allemagne et en France, présidait, il y a quinze jours, au grand dîner
+officiel de littérateurs français. C'était au lendemain des incidents de
+Saverne. Dans l'hommage rendu par la Société des Gens de lettres à
+l'«Oncle Hansi», alors précisément qu'on discutait au Reichstag les
+définitions du mot «wackes», il n'y avait pas une coïncidence voulue.
+Mais la coïncidence existait tout de même et elle parut à ce point
+émouvante que, lorsque cet Alsacien, si complètement de sa race, dressa
+avec quelque gaucherie sa puissante silhouette--la silhouette de l'ami
+Fritz--pour nous parler de l'Alsace, un frisson passa dans la salle du
+banquet où s'était fait aussitôt un silence de cathédrale. Hansi,
+cependant, nous parlait avec la bonhomie de son accent guttural,
+traînant et appuyé. Il nous disait, en souriant, que nous étions, ce
+soir-là, présidés par un wackes et même par un «oberwackes» (un survoyou
+d'Alsace) comme on l'appelait là-bas. Mais l'esprit de Hansi est un de
+ces vieux vins de France qui réchauffent l'âme en mouillant les yeux. Et
+quand il parle, quand il écrit ou quand il dessine, le rude et simple et
+fin bonhomme de Colmar reste le même, doux et redoutable, avec cet
+humour grave qui vous donne une envie de pleurer...
+
+Hansi, ces derniers jours, n'était point d'ailleurs venu en France
+uniquement pour présider un dîner de gens de lettres amis. Il avait été
+mandé à Paris pour surveiller l'édition de son nouvel album: _Mon
+village_ (1) qui ajoute à son _Histoire d'Alsace_ un admirable chapitre
+contemporain.
+
+Le village de l'oncle Hansi se trouve «non loin de la grande route, du
+côté de Wissembourg ou de Niederbronn». Vous vous arrêtez à quelque
+petite station fleurie. Devant vous, au bout d'un étroit chemin bordé
+d'arbres fruitiers, un vieux clocher pointu s'élance au-dessus des blés
+où perce la dentelle des houblons. Et voici des toits qui fument, une
+petite place où l'arbre de la liberté verdit encore, une maison d'école
+avec son nid de cigogne et son beffroi... Voici des fillettes avec leurs
+petites jupes gaies, rouges ou bleues, des jeunes filles «dont la calme
+beauté est couronnée d'un large ruban noir». Voici de grands jeunes gens
+au vêtement sévère relevé par la vive note rouge du gilet, et voici des
+vieux avec, encore, l'ample redingote et le tricorne. Voici les fiancés
+qui se promènent, mains unies, les anciens qui causent sur leur porte.
+L'air est plein de chants d'oiseaux et de chansons d'enfants. Ne vous
+semble-t-il pas que vivre en ce joli village serait tout le bonheur
+humain? Oui,... oh! oui... si, tout en haut, au bout de la rue,
+n'apparaissait la silhouette pesante et casquée du gendarme...
+
+Dans le village de l'oncle Hansi, il y a un beau pré où garçonnets et
+fillettes jouent à la guerre et régulièrement «mettent en fuite l'ennemi
+toujours représenté par les dix enfants du gendarme prussien».
+
+Dans le village de l'oncle Hansi, il y a deux maîtres d'école: l'un, le
+père Vettei est un vieux d'avant la guerre, un vieux en tricorne et en
+lévite. Tout le monde l'aime, il assiste à tous les baptêmes, à tous les
+mariages et il continue--en cachette--d'apprendre le français aux petits
+enfants. L'autre maître, son adjoint, est un jeune instituteur allemand
+en veston de drap vert, et qui a toujours à la main une baguette
+impitoyable... Et devant l'école, il y a une place où les petits élèves
+tirent au sort, avec une plume dans un livre fermé, les petits soldats
+de papier imprimés à Epinal. Quelle raillerie si, par malheur, on gagne
+un soldat prussien!...
+
+(1) Edition Fleury, 10 fr.
+
+Dans le village de l'oncle Hansi, il vient des touristes allemands, en
+petit chapeau à plumes et tout habillés de vert, du vert moutarde au
+vert épinard, toutes les nuances du vert, sauf le vert espérance. Ils
+déballent, à l'auberge, des saucisses, des marmelades, et réclament une
+grande cruche de bière pour monsieur et une petite pour le reste de la
+famille... Et il y a aussi, parfois, des touristes français, vite
+entourés, et qui devraient revenir plus souvent.
+
+Dans le village de l'oncle Hansi, il y a trois vétérans de l'ancienne
+armée française. C'est d'abord le cuirassier Schimmel qui a chargé à
+Morsbronn. «Ce jour-là, défendant sa terre et son foyer, il a dû faire
+peur à la mort elle-même.» Les deux autres sont l'ex-canonnier à cheval
+Georges Becker et l'ancien sergent de voltigeurs Martin Spohr. Tous
+trois vont ensemble à la messe avec leurs longues redingotes, pareilles
+comme un uniforme, sur lequel est épingle le ruban du souvenir, strié de
+deuil et d'espérance. «Ils ne parlent guère pour compenser tous les mots
+inutiles que l'on dit ailleurs.»
+
+Dans le village de l'oncle Hansi, il y a chaque année deux fêtes: l'une,
+qui ne compte pas, la fête de l'Empire; et l'autre qui est une grande
+joie, la fête patronale, le «Messti». Ce jour-là, c'est, partout, une
+active confection de tartes et de gâteaux d'Alsace. Ce jour-là, le
+gendarme prussien inspecte la baraque aux pains d'épice pour voir si on
+n'y expose pas de mirlitons tricolores... Ah! il y a une troisième fête
+que j'oubliais, la fête du 14 juillet. Celle-ci, il est vrai, on la
+célèbre hors du village, à Nancy. Mais on y pense beaucoup au village et
+il y a toujours des gens de l'endroit, des heureux, des enviés qui s'en
+vont assister à la belle revue française de la «division de fer».
+
+Dans le village de l'oncle Hansi, il y a un veilleur de nuit, le père
+Spinner, un ancien artilleur de la garde qui, aujourd'hui encore, pour
+faire sa ronde, s'enveloppe dans le vieux manteau d'ordonnance (ces
+étoffes françaises sont inusables). Il porte une vieille hallebarde, une
+grosse lanterne et une corne pour sonner les incendies. Autrefois, le
+père Spinner était un homme très sobre. Mais il a pris une singulière
+habitude: chaque fois qu'un gros Zeppelin a subi un de ces accidents
+énormes qui ne coûtent la vie à personne, le veilleur entre à l'auberge
+et se fait servir un demi-litre de vin. Et c'est ainsi que le père
+Spinner est devenu ivrogne.
+
+Le village de l'oncle Hansi est un joli village dont les maisons riantes
+cachent bien des souffrances. Il est l'image de l'Alsace entière et
+toute l'Alsace, comme un grand coeur, palpite dans les moindres détails
+de cette admirable page qui clôt l'album:
+
+«... Mon village est endormi; les petits enfants reposent depuis
+longtemps et rêvent du prochain arbre de Noël, ou de la revue de Nancy.
+Le clocher tout noir se découpe sur le grand ciel étoile; au loin
+s'étend le champ de bataille immense et mystérieux et les pierres
+blanches, sous lesquelles reposent tant de héros, y mettent quelques
+pâles lueurs. La grande rue est silencieuse; même l'agaçant phonographe
+du gendarme prussien a cessé de moudre ses airs patriotiques. Un chien
+aboie. Un autre, plus loin, lui répond. Dans les jardinets qui bordent
+la route, les lucioles brillent et jouent «à imiter les étoiles». Au
+loin, un coup sourd éclate dans l'air; c'est le canon de Bitche, où
+d'incessantes manoeuvres nocturnes tiennent la garnison en éveil...
+Quelquefois une détonation plus sourde, plus lointaine encore, lui fait
+écho; elle vient de l'autre côté de la frontière... D'une ruelle
+débouche une petite lumière vacillante et la voix fêlée du veilleur de
+nuit égrène lentement son appel. Une seule fenêtre est éclairée: c'est
+celle du père Vetter. On lui a rapporté de Nancy quelques journaux, de
+ces journaux interdits en Alsace parce qu'ils feraient aimer la France.
+Autour de la lampe, quelques paysans sont réunis, et le vieil
+instituteur traduit, explique. Il parle de l'armée française, des
+aviateurs, des peuples des Balkans qui ont enfin retrouvé leur patrie.
+Et, dans la nuit, sa lampe est la seule lumière qui brille dans mon
+village...»
+
+L'âme d'Erckmann et de Chatrian n'est point morte. Elle vit, ardente,
+irritée, rajeunie, dans la vérité expressive et très artiste de ces
+pages d'album et dans la saveur simple de ce texte que fleuronnent
+symboliquement des petits soldats d'Epinal.
+
+ALBERIC CAHUET.
+
+
+LE VÉLO TORPILLE
+
+On connaît la théorie de l'entraînement à bicyclette. Elle repose sur ce
+fait qu'un objet en mouvement un peu rapide (cycliste, voiture
+automobile, écran, etc.) laisse derrière lui un sillage, une zone où la
+pression de l'air se trouve légèrement réduite, pendant un instant très
+court. Si un autre objet, marchant à la même vitesse que le premier, se
+trouve dans le sillage en question, il n'éprouvera donc qu'une
+résistance réduite et pourra maintenir sa vitesse au prix d'un travail
+sensiblement plus faible. Il résulte de là qu'à travail égal un cycliste
+avec entraîneur marchera beaucoup plus vite qu'un cycliste sans
+entraîneur; c'est ainsi que le record de l'heure à bicyclette avec
+entraîneur dépasse actuellement 100 kilomètres tandis qu'il dépasse à
+peine 43 kilomètres sans entraîneur.
+
+Dans ces conditions, on s'est depuis longtemps demandé si l'on ne
+pourrait pas augmenter la vitesse du cycliste en munissant sa machine
+d'un écran ou coupe-vent qui réduirait pour lui la résistance de l'air.
+Au premier abord, ce procédé rappelle quelque peu celui de Gribouille
+disposant à l'avant de sa bicyclette un aimant puissant chargé d'attirer
+cette dernière, mais le procédé est, en réalité, moins absurde qu'il
+n'en a l'air. Il suffit en effet de construire un écran qui éprouve de
+la part de l'air une résistance moins grande que le cycliste lui-même.
+Or, en théorie, rien n'est plus facile et, dès 1892 ou 1893, on vendait
+chez les fabricants d'accessoires un coupe-vent en mica que l'on fixait
+au guidon de la bicyclette et qui avait pour mission _d'abriter_ le
+cycliste.
+
+Ce coupe-vent n'a donné au reste aucun résultat parce que, d'une part,
+il était insuffisamment rigide, et se déformait en marche et, d'autre
+part, il donnait naissance à des remous arrière entièrement nuisibles.
+
+Les fabricants de coupe-vent pour bicyclette firent donc rapidement
+faillite et le coupe-vent individuel fut enterré pour une vingtaine
+d'années.
+
+La question n'était cependant pas insoluble et un jeune ingénieur à
+peine sorti du régiment vient de la reprendre avec un succès complet.
+
+Il lui a suffi de remédier aux deux inconvénients signalés en
+construisant un coupe-vent indéformable derrière lequel un prolongement
+convenablement tracé empêche la formation de remous nuisibles. En fait,
+le coupe-vent de jadis est devenu une sorte de gros oeuf allongé dans
+lequel le cycliste est enfermé et qui marche le gros bout en avant.
+
+Une pareille forme étonne au premier abord, et cependant c'est celle que
+le calcul et l'expérience s'accordent pour proclamer la meilleure.
+
+C'est celle du projectile de moindre résistance de d'Alembert, de
+Piobert et de Dreyse. C'est celle des poissons et des oiseaux modelés
+par une longue série de siècles; c'est celle enfin des ailes de nos
+aéroplanes modernes. En un mot, c'est la forme en toupie avec proue
+camuse, et poupe effilée.
+
+La difficulté était jadis fort grande de construire avec une légèreté
+suffisante un capot de ce genre. Mais cette difficulté a disparu pour
+nos constructeurs d'aéroplanes.
+
+Imaginez, en effet, une carcasse en bois courbé extrêmement rigide dont
+le profil est celui d'un oeuf à petit bout pointu; l'avant est recouvert
+de feuilles transparentes de celluloïd et le reste d'une étoffe
+parfaitement lisse et fortement tendue.
+
+Le tout est fixé à la bicyclette par une armature en tubes d'acier, ne
+laissant visibles et exposés à la résistance de l'air que les pieds et
+les tibias du cycliste.
+
+Tel est le _vélo torpille_ Etienne Bunau-Varilla.
+
+[Illustration: Le vélo torpille de M. Bunau-Varilla, vu à
+l'arrêt (entr'ouvert) et en course.]
+
+[Illustration: Projectiles.]
+
+Cet appareil, parfaitement conçu au point de vue théorique et dont la
+forme tient le milieu entre le projectile de Piobert et celui de Dreyse,
+paraît donner au point de vue pratique des résultats tout à fait
+remarquables. C'est ainsi que le coureur Berthet a pu abaisser à une
+minute deux secondes quatre cinquièmes le record de durée du kilomètre
+qui était jusqu'ici d'une minute dix secondes trois cinquièmes,
+c'est-à-dire qu'il a pu passer de la vitesse de 50 kil. 992 à l'heure à
+la vitesse de 57 kil. 325. Il est donc arrivé à ce résultat quelque peu
+paradoxal au premier abord d'augmenter sa vitesse horaire de près de 5
+kil. 1/2 en ajoutant à sa machine une carrosserie dont le poids n'est
+pas négligeable; ajoutons que du même coup il s'est mis à l'abri de la
+pluie, du soleil et de la poussière.
+
+SAUVEROCHE.
+
+
+DOCUMENTS et INFORMATIONS
+
+LE FROMAGE DE SAINT-MARCELLIN.
+
+La «tomme» de Saint-Marcellin qui ne fut pendant longtemps qu'un fromage
+local, si pareille expression peut être employée, est aujourd'hui
+appréciée dans la France entière où, depuis quelques années surtout,
+elle a conquis une place honorable en même temps que des débouchés
+relativement importants. Son écoulement commercial étant facile, son
+rayon de fabrication s'est rapidement étendu, si bien qu'à l'heure
+actuelle on trouve sur les marchés beaucoup de Saint-Marcellin qui n'ont
+pas été fabriqués avec le lait de chèvre récolté dans les pâturages
+escarpés de Saint-Vérand, de Murinais, de Chènevières ou des communes
+limitrophes. L'accueil hostile que l'idée des délimitations agricoles a
+rencontré presque partout rend inacceptable _a priori_ l'hypothèse d'une
+réglementation ayant pour but d'empêcher les commerçants de se procurer
+à leur convenance les tommes dont ils ont besoin pour leur clientèle.
+Par contre, il serait absolument équitable de ne pas laisser mettre en
+vente sous le nom de «tomme de Saint-Marcellin» des produits qui, au
+lieu d'être exclusivement fabriqués avec du lait de chèvre, le sont avec
+un mélange de laits différents dans lequel le lait de vache entre
+souvent pour une très forte proportion.
+
+Les producteurs intéressés viennent de soumettre leurs doléances au
+ministère de l'Agriculture. Ils demandent qu'il soit désormais défendu
+de vendre pour du Saint-Marcellin des tommes dans la composition
+desquelles le lait de chèvre n'a pas exclusivement figuré; dans le cas
+contraire, la dénomination de Saint-Marcellin devrait être
+rigoureusement interdite et remplacée par celle de «Saint-Marcellin
+imitation». Cette réclamation sera certainement admise, les
+consommateurs ayant le droit absolu de savoir très exactement à quoi
+s'en tenir sur la nature des fromages qu'ils achètent.
+
+
+UNE CAUSE CURIEUSE D'INTOXICATION SATURNINE.
+
+C'est chose bien connue de tous que l'on peut garder dans le corps des
+balles ou du plomb de chasse, pendant des années, pendant toute sa vie
+même, sans inconvénient. En bien des cas le chirurgien préfère laisser
+la balle et les plombs, là où ils sont, dans l'épaisseur des muscles, du
+moment où il n'y a pas nécessité absolue d'aller les chercher.
+
+Il arrive pourtant que le plomb, à la longue, détermine des effets
+fâcheux. Le docteur Roux, de Brignoles, a observé un cas de ce genre. Un
+colonial, qui a reçu, il y a vingt ans, une balle de revolver, est pris
+d'accidents divers: nausées, constipation opiniâtre, coliques, anémie:
+bien que le liséré gingival symptomatique manque, il croit avoir la
+colique de plomb, et l'attribue à sa balle dont il désire être
+débarrassé.
+
+Il en est fait ainsi, et la guérison est parfaite. Ce qui est curieux,
+c'est le temps que la balle a mis à devenir intoxicante. Le fait est
+d'ailleurs connu. Mais on ne l'explique pas. Faut-il supposer quelque
+altération du plomb s'opérant à la longue à l'humidité et à la chaleur?
+D'autre part, on voit les accidents saturnins se produire aussi au bout
+d'un temps très court, un an ou deux seulement. En tout cas il faut
+qu'on sache que le plomb sous la peau expose au saturnisme, même s'il
+est en quantité très faible: deux ou trois grains.
+
+
+LA POPULATION DE LA FRANCE.
+
+Pendant le premier semestre de 1913, l'excédent des naissances sur les
+décès n'a été que de 11.004 unités, au lieu de 14.712 pendant les six
+premiers mois de l'année précédente.
+
+Cette diminution s'est produite malgré un relèvement assez notable du
+nombre des naissances au cours du semestre: 387.512 naissances au lieu
+de 378.807 pendant la période correspondante de 1912.
+
+Mais cet accroissement de 8.705 naissances n'a pas suffi à compenser
+l'augmentation du nombre des décès, 376.508 au lieu de 364.635, soit
+11.873 décès de plus.
+
+Le nombre des mariages, 154.069, est en recul sur celui du 1er semestre
+1912, 158.861, mais reste encore supérieur à celui du semestre
+correspondant de 1911, 153.931.
+
+Le nombre des divorces marque un nouvel accroissement: 7.550 au lieu de
+6.932.
+
+
+LE NOMBRE DES ÉTOILES.
+
+On a souvent discuté sur le nombre probable des étoiles, et les divers
+chiffres avancés ne sauraient avoir qu'une valeur assez relative, comme
+le prouvent les écarts considérables que présentent les calculs des
+astronomes. Après beaucoup d'autres, un astronome anglais, M. Tucker, a
+étudié cette troublante question, et il arrive à des conclusions
+intéressantes.
+
+Le nombre des étoiles qu'on peut voir à l'oeil nu au-dessus de l'horizon
+ne dépasse guère 2.000, mais on s'accorde à admettre qu'il existe
+environ 40 millions d'étoiles visibles dans les instruments, soit une
+moyenne de mille étoiles par degré carré de la voûte céleste. Ces
+étoiles varient de la grandeur 1 à la grandeur 16. Si l'on ajoute les
+étoiles des 17e, 18e et 19e grandeur, qui, tout en étant invisibles,
+impressionnent la plaque photographique, on arrive à 100 millions.
+
+Quant aux étoiles en croissance qui ne sont pas encore incandescentes,
+ou aux étoiles en décadence qui sont refroidies, on ne possède aucune
+base pour en supputer le nombre.
+
+Il semble en tout cas que le total de 1.000 millions, parfois cité, soit
+exagéré.
+
+LES VACCINATIONS ANTIRABIQUES EN 1912.
+
+M. Viala, préparateur à l'Institut Pasteur, vient de faire connaître les
+résultats des vaccinations antirabiques pratiquées à Paris en 1912.
+
+On a traité 395 personnes dont 59 mordues à la tête, 191 aux mains, 145
+aux membres. Aucun décès n'est survenu.
+
+Sur ce nombre, la France a envoyé 377 sujets, le Luxembourg 9, le Maroc
+3, la Roumanie 2, l'Espagne, la Suède, les Etats-Unis, le Dahomey 1.
+
+Comme à l'ordinaire, le département de la Seine tient la tête pour le
+nombre de personnes mordues: 118. Viennent ensuite: Somme, 47;
+Seine-et-Oise, 35; Puy-de-Dôme, 15; Oise, 9; Seine-Inférieure, 8;
+Cantal, Corrèze, Haute-Garonne, Vienne, 7 etc., etc.
+
+
+LES THÉÂTRES
+
+Trois jours avant la représentation de la _Belle Aventure_, dont nous
+parlons plus haut, M. Georges Berr faisait représenter au théâtre Femina
+une comédie-vaudeville en quatre actes, _Un jeune homme qui se tue_,
+dont le point de départ est assez analogue, puisque le premier acte de
+l'une et l'autre pièce s'achève sur l'enlèvement d'une mariée, en robe
+blanche et fleurs d'oranger, le matin de ses noces. Mais les deux
+ouvrages n'ont pas d'autre point de ressemblance. _Un jeune homme qui se
+tue_ n'a d'ailleurs rien de funèbre, ainsi que le titre l'aurait pu
+faire craindre; c'est une pièce ingénieuse, aimable, honnête, traitée
+avec beaucoup de grâce et d'esprit et jouée avec une fantaisie de bon
+aloi par Mmes Bertiny et Jane Danjou, et par MM. Polin, Claudius,
+Alerme.
+
+Deux manifestations théâtrales qui ont eu lieu cette semaine méritent
+d'être signalées: ce fut d'abord le premier spectacle de «la Société
+idéaliste» à la salle Villiers, présidé par M. Camille Flammarion; il
+était composé de la _Mort de Tintagiles_, de M. Maurice Maeterlinck, du
+sixième acte de la _Furie_ de M. Jules Bois, et de _Philista_, un acte
+en vers de M. Georges Battanchon; les promoteurs de la Société idéaliste
+ont obtenu là le plus complet succès.
+
+Sur la scène du théâtre Léon-Poirier, Mme Valentine de Saint-Point, dans
+un enveloppement de musiques, de lumières et de parfums, a donné une
+séance de sa métachorie ou «danses idéistes» procédant de ses poèmes;
+sans en comprendre absolument la théorie on en a goûté le charme
+bizarre.
+
+
+M. ARISTIDE BRIAND A SAINT-ÉTIENNE
+
+_L'actualité de la semaine est incontestablement le discours prononcé à
+Saint-Etienne par M. Aristide Briand. Nous publions en première page un
+instantané du grand orateur,--cliché remarquable, malgré le «flou» de
+l'agrandissement, par la ressemblance et l'expression. Notre envoyé
+spécial Gustave Babin, qui était au nombre des auditeurs, nous donne ici
+la physionomie de cette importante manifestation_.
+
+Dimanche dernier, M. Aristide Briand, ancien président du Conseil, était
+à Saint-Etienne, au milieu de ses électeurs fidèles. Il venait leur dire
+«dans une sorte de causerie, un compte rendu en famille»--ce fut son
+expression--ce qu'il a fait, pourquoi il l'a fait; enfin leur exposer
+«le véritable caractère de sa politique». Ces comptes rendus de mandats
+vont être, à l'approche des élections, la grosse préoccupation des
+députés sortants, et, pour quelques-uns d'entre eux, sans doute, un
+sujet de grand trouble et d'embarras cuisant. Celui-ci, par-dessus les
+quinze cents têtes tendues vers l'orateur irrésistible, bien au delà des
+murs de cette salle de divertissements où se pressait l'auditoire le
+plus discipliné, le plus attentif que j'aie vu, allait éveiller dans le
+pays entier--plus loin encore--de lointains et profonds échos. En
+réalité, M. Aristide Briand vient de prononcer le discours le plus
+important, le plus décisif, peut-être, de sa carrière politique. Des
+circonstances qu'il n'a point provoquées ont donné à sa parole la portée
+d'un acte courageux, l'ont dressé, comme un chef conscient de son devoir
+et des risques qu'il encourt, à la tête de son parti, en face d'un
+autre.
+
+Quelques jours auparavant, dans un banquet de radicaux-socialistes, M.
+Joseph Caillaux, ministre des Finances dans le nouveau cabinet,
+rappelait à ses commensaux, afin de stimuler leur vigilance autour des
+libertés publiques, des souvenirs de l'histoire de Rome:
+
+«Quand le zèle des citoyens pour la République, disait-il, eut fait
+place à la complaisance de la foule pour les endormeurs qui n'étaient
+d'aucun parti parce qu'ils voulaient les subjuguer tous, quand les
+luttes de principes eurent été remplacées par des conflits de personnes
+et de clientèle, la République romaine ne fut plus qu'un grand corps
+sans âme.»
+
+M. Aristide Briand s'était senti visé. Ces «endormeurs qui...» Il
+n'avait pu douter qu'on n'eût voulu le désigner comme le plus dangereux
+d'entre eux. Une explication sans cordialité, dont les journaux ont
+recueilli les détails, avait eu lieu dans les couloirs du Palais-Bourbon
+entre les deux hommes politiques. M. Aristide Briand n'avait pas
+dissimulé à son adversaire sa résolution arrêtée de ne pas demeurer sous
+le coup d'une attaque assez insidieuse.
+
+--A votre aise! avait répondu M. Caillaux.
+
+M. Aristide Briand a usé sans se piquer de discrétion de la permission
+ainsi octroyée. Car il n'est guère d'hommes que l'instinct de lutte
+soutienne et exalte autant que lui.
+
+Toutefois, pas plus que M. Caillaux ne l'avait nommé au banquet de
+Paris, M. Briand n'a prononcé à la table de Saint-Etienne le nom de
+l'adversaire. Pas une seule fois. C'est «un républicain bien éveillé»;
+c'est «lui»; c'est «le même». Et M. Caillaux ayant déclaré la guerre aux
+«endormeurs», M. Aristide Briand répond en stigmatisant «les
+ploutocrates démagogues».
+
+D'ailleurs, cet esprit si large, si libre, si parfaitement inapte à la
+haine, ne pouvait s'attarder bien longtemps sur le terrain des
+personnalités. Et quand il eut rappelé son rôle dans le passé, retracé
+la droite ligne qu'il s'appliqua toujours à suivre entre la révolution
+et la réaction, les rancunes qu'il s'attira d'un côté, la défiance qu'il
+inspira de l'autre; quand il eut montré qu'il est toujours demeuré le
+même homme en face des mêmes adversaires, il aborda les hautes régions
+de la politique générale, envisageant l'une après l'autre, de son clair
+regard, les graves préoccupations de l'heure, revendiquant avec une
+tranquille vaillance sa part de responsabilités dans les actes de
+gouvernement qu'on a voulu lui imputer à crime et préconisant enfin une
+politique d'idées, large, généreuse, tolérante, qui «mette le
+gouvernement au service de tous les citoyens».
+
+Le souci qui nous a toujours guidés, dans ce journal, de donner le moins
+de place possible à ce qui divise, et notre cadre même ne nous
+permettent pas de suivre, en ses développements, le persuasif orateur.
+Et puis, il faut l'avoir entendu, il faut avoir mêlé ses bravos et ses
+vivats aux applaudissements et aux acclamations qui entrecoupèrent cette
+émouvante harangue, pour comprendre l'impression profonde qu'elle
+produisit; il faut avoir été témoin de l'ovation triomphale qui salua sa
+péroraison pour sentir tout l'invincible sortilège de ce verbe
+incomparable, de cette voix frémissante, tour à tour grave, enfiévrée,
+qui s'indigne, s'attriste, s'enflamme, qui caresse et cingle, chante
+comme la brise marine dans les mâtures et tonne comme l'orage; de ces
+périodes limpides, harmonieuses, que souligne un geste toujours large et
+expressif.
+
+[Illustration: Un curieux document supplémentaire sur les suites des
+incidents de Saverne: l'empereur Guillaume quitte brusquement, au milieu
+d'une conversation dans le parc de Donaueschingen, le chancelier de
+l'empire, M. de Bethmann-Hollweg et le comte de Wedel, statthalter
+d'Alsace-Lorraine.]
+
+Mais cela, c'est pour l'art. Et la salle du «skating de Bizillon»
+n'enfermait pas beaucoup de dilettantes. On nous a dit, à Saint-Etienne,
+que des curieux, des amateurs de sensations réservées avaient offert
+cent, deux cents francs même de cartes que les «militants» de la
+Fédération républicaine socialiste de la Loire payaient quatre francs.
+Ces délicats se fussent volontiers, par surcroît, résignés aux
+démocratiques plats froids. On déclina, bien entendu, leurs offres
+généreuses...
+
+Il ne demeura donc qu'un auditoire de braves gens devant lesquels un
+honnête homme, leur élu, s'expliqua, parlant pour le pays entier. Et si,
+consciemment ou non, ils furent sensibles à la magie de son prestigieux
+talent, ce qui les dressa, émus au fond du coeur, à la péroraison de son
+inoubliable discours, à la vision évoquée d'une République et d'une
+France unies en «une seule personne radieuse» et accomplissant leurs
+destinées sous «un gouvernement de paix dans l'ordre, de sécurité dans
+toujours plus de liberté et de justice sociale», ce qui les transporta
+d'enthousiasme, c'est la foi qui les pénétrait qu'ils avaient devant eux
+l'homme capable d'avancer l'heure de cet avenir enchanté qu'il leur
+montrait comme une terre promise, c'est la confiance que leur inspirait
+cette âme droite et forte à la hauteur de toutes les grandes tâches.
+
+GUSTAVE BABIN.
+
+
+MAUVAISE HUMEUR IMPÉRIALE
+
+Voici, après les photographies que nous avons publiées dans notre numéro
+du 13 décembre, un bien curieux instantané, qui complète notre
+documentation sur les entretiens de Donaueschingen, d'où sortirent les
+sanctions des incidents de Saverne. C'est encore dans le parc du château
+qu'a été pris ce cliché: l'empereur, qui conversait avec le chancelier,
+M. de Bethmann-Hollweg, et le comte de Wedel, statthalter
+d'Alsace-Lorraine, vient de les quitter brusquement, dans un accès
+d'impatience, et s'éloigne d'un pas rapide, laissant là ses
+interlocuteurs, dont l'attitude semble témoigner de quelque gêne...
+Quelle fut la cause de la mauvaise humeur impériale? A défaut de
+renseignements sur ce point, l'instantané publié ici témoigne que le
+règlement de l'affaire de Saverne n'alla pas sans difficulté. Le
+correspondant qui nous l'envoie ajoute que la reproduction en a été
+interdite, par ordre de la police, en Allemagne.
+
+
+FUNÉRAILLES DU CARDINAL RAMPOLLA
+
+[Illustration: Les funérailles du cardinal Rampolla dans une chapelle de
+la basilique de Saint-Pierre.--_Phot. G. Felici._]
+
+Les funérailles du cardinal Rampolla ont été célébrées à Rome, le
+vendredi de la semaine passée, avec toute la solennité due à un prince
+de l'Eglise. C'est dans la basilique de Saint-Pierre, dont il était
+archiprêtre, qu'a eu lieu le service funèbre; quatorze cardinaux,
+plusieurs évêques, de nombreuses délégations des séminaires, des
+instituts et des collèges catholiques y assistaient, au milieu d'une
+grande affluence. L'absoute a été donnée, après la messe, par le
+cardinal Vincenzo Vannutelli, doyen du Sacré-Collège.
+
+[Bande dessinée: LES ORIGINES DU TANGO par Henriot.]
+
+[Illustration: Supplément La Petite Illustration:]
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of L'Illustration, No. 3696, 27 Décembre
+1913, by Various
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLLUSTRATION, NO. 3696, 27 DÉCEMBRE 1913 ***
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+
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+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.
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+
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+Foundation
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+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
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+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at http://pglaf.org
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+Literary Archive Foundation
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+increasing the number of public domain and licensed works that can be
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+Project Gutenberg's L'Illustration, No. 3696, 27 Décembre 1913, by Various
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+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
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+with this eBook or online at www.gutenberg.org
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+Title: L'Illustration, No. 3696, 27 Décembre 1913
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+Author: Various
+
+Release Date: August 23, 2010 [EBook #33518]
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+Language: French
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+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLLUSTRATION, NO. 3696, 27 DÉCEMBRE 1913 ***
+
+
+
+
+Produced by Jeroen Hellingman and Rénald Lévesque
+
+
+
+
+
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+
+
+<br><br>
+
+<div class="cont">
+
+<h3>L'Illustration, No. 3696, 27 Décembre 1913</h3>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/000small.png"><br>
+<a href="images/000large.png">(Agrandissement)</a></p>
+<br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/001a.png"></p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/001b.png"><br> LE DISCOURS DE M. ARISTIDE BRIAND A SAINT-ETIENNE<br>
+<i>D'après un instantané.--Voir l'article, page 538.</i></p>
+
+<hr class="full">
+<p class="sml"><b>L'échéance du 31 décembre étant une des plus importantes de l'année,
+nous insistons de nouveau très vivement auprès de ceux de nos lecteurs
+dont l'abonnement expire à cette date, et qui ne l'ont pas encore
+renouvelé, pour qu'ils veuillent bien nous adresser, dans le plus bref
+délai, leur souscription pour 1914; ils éviteront ainsi tout retard dans
+la réception des prochains numéros.</b></p>
+<hr class="full">
+
+<h4>SUPPLÉMENTS DE THÉÂTRE</h4>
+
+<p><i>Une grande solennité musicale se prépare pour le Ier janvier 1914:
+<b>Parsifal</b>, le chef-d'oeuvre de Richard Wagner, que Bayreuth s'était
+jusqu'à présent jalousement réservé, sera représenté, dans notre langue,
+en même temps à Paris et à Bruxelles, à l'Opéra et à la Monnaie.</i></p>
+
+<p><i>Nous croyons que tous nos lecteurs--et non pas seulement ceux qui
+assisteront aux premières représentations françaises de <b>Parsifal</b>--nous
+sauront gré de leur offrir, dans le prochain numéro de</i> La Petite
+Illustration, <i>une traduction inédite, à la fois respectueuse et claire,
+du poème de Wagner, plus célèbre que connu du grand public.</i></p>
+
+<p><i>A la liste des pièces nouvelles dont nous avons déjà annoncé la
+publication, nous sommes heureux d'ajouter <b>La Belle Aventure</b> de</i> MM.
+Gaston de Caillavet, Robert de Flers et Etienne Rey, <i>qui vient
+d'obtenir au Vaudeville un immense succès.</i></p>
+
+<h3>COURRIER DE PARIS</h3>
+
+<h4>UNE OEUVRE VÉCUE</h4>
+
+<p>M. Jules Claretie a commencé la semaine dernière la publication de ses
+<i>Mémoires</i>. Voilà bien longtemps, heureusement pour lui--et pour
+nous--qu'on les attendait, avec une impatience qui n'était adoucie et
+entretenue, au cours des années, que par cette idée, si savoureuse et
+remontante, qu'à chaque incident agréable ou difficile de la longue et
+belle carrière de l'administrateur de la Comédie-Française, ils
+s'augmentaient, s'enrichissaient, se paraient de mille anecdotes
+inédites, de traits piquants rajoutés, d'aperçus nouveaux. Ainsi, non
+seulement on se réjouissait des joies si nombreuses et des honneurs si
+mérités qui advenaient à M. Claretie, mais par une espèce d'égoïsme,
+hélas! très humain et irraisonné, on n'était pas trop fâché non plus
+quand un petit nuage obscurcissait--pour quelques heures--la sérénité de
+son azur, parce qu'on savait d'abord qu'il avait l'habitude et les
+moyens de la victoire, et ensuite que l'on se disait: «Oh! Oh! Voilà du
+bon sur la planche, pour plus tard, quand ils seront publiés!» Donc,
+plus la date de leur mise au jour fuyait, se reculait, plus nous en
+étions, d'une certaine façon, assez contents tout de même puisque,
+malgré l'épreuve imposée, nous savions tous que nous n'y perdrions pas,
+que nous aurions double plaisir, double profit. Ce moment est enfin
+venu. Aujourd'hui les Mémoires paraissent.</p>
+
+<p>On peut affirmer à l'avance et à coup sûr qu'ils seront ce qu'on a
+toujours espéré de leur auteur et qu'ils auront un succès considérable.
+Nul n'était doué, plus que lui, pour les écrire, avec la conscience et
+la certitude qu'en le faisant il accomplissait une mission, à laquelle
+il n'avait pas le droit de se dérober. Il semble, au premier instant,
+que rien ne soit plus facile que de mettre en hâte chaque soir sur le
+papier ce qu'on a vu dans la journée, ou qui vous a été conté... Pour
+beaucoup de gens il suffira de se livrer assidûment à ce pensum
+quotidien pendant des mois et des années... afin de pouvoir déclarer,
+quand il y aura la matière de huit à dix volumes: «Voilà des Mémoires
+achevés, et qui ne m'ont coûté aucune peine, qui ont été faits pour
+ainsi dire sans s'en apercevoir!» Eh bien, ils se trompent. Si les
+Mémoires ont été ainsi abattus, copiés au galop, même sur la vie,
+alignés à la six-quatre-deux et bâclés. selon l'expression courante:
+<i>sans s'en apercevoir</i>,... soyez tranquilles, quand ils paraîtront, <i>on
+s'en apercevra</i>. Ils pourront contenir des anecdotes, des mots, des
+récits, une distraction intermittente, mais ils ne formeront pas ce
+tout, homogène et harmonieux, que doivent constituer des Mémoires de
+bonne souche, des Mémoires «composés», présentant l'image exacte de la
+personne qui les a écrits et celle du temps dans lequel elle a pensé et
+s'est promenée. Les Mémoires sont succulents, instructifs et féconds,
+quand ils apportent quelque chose de plus que ce qu'ils relatent:
+entendez par là une explication, une morale, un enseignement extraits
+des réalités. Il y faut d'ailleurs des quantités de dons.</p>
+
+<p>En premier, celui de la curiosité, de la curiosité poussée à l'extrême,
+jamais lasse, jamais assouvie. On peut dire que la caractéristique de
+l'esprit et du talent de M. Claretie, c'est la curiosité. Il a été et il
+est encore curieux de tout, comme un enfant, comme un jeune homme, comme
+un bibelotier, comme un reporter, comme un diplomate, comme un badaud,
+comme une femme, comme un collectionneur, comme un médecin, comme tous
+les curieux réunis et mis bout à bout. Il est presque aussi curieux dans
+ce siècle que le fut à l'avant-dernier La Condamine, qui passait à juste
+titre pour l'homme le plus curieux de France. M. Claretie a voulu, sinon
+tout connaître parce qu'il était de bonne heure trop renseigné déjà pour
+ne pas se rendre compte que cela était impossible, du moins tout
+regarder, pour s'en donner une notion et pouvoir la transmettre, ou
+l'essayer. Ainsi s'explique-t-on qu'il ait abordé avec une souplesse,
+une légèreté et une activité dévorantes tant de genres différents, en
+négligeant dans une sorte de bon sens instinctif de se fixer et de
+s'enchaîner à aucun. Il était né pour flâner rapidement aux magasins,
+aux casiers, aux étalages, à toutes les boutiques de la vie, et il ne
+s'est arrêté plus longuement qu'à la plus grande, la plus belle, la plus
+amusante et la plus fameuse de toutes qui était un théâtre... un théâtre
+d'État. Cette curiosité, charmante, juvénile, fuyante, saccadée,
+déréglée, passionnée... j'ai toujours pensé pour ma part qu'elle avait
+été «toute la vie» de M. Claretie, qu'il lui devait ses joies les plus
+claires, les plus éveillées, et aussi les petits ennuis sérieux qu'il
+eut parfois à traverser. C'est elle qui fut la cause de tout. Il a dix
+fois, cent fois plus de finesse et d'adresse, et de philosophie aussi,
+qu'il n'en faut pour éviter avec maîtrise le moindre accroc, mais, en
+présence de la difficulté, aussitôt il s'excite, la curiosité
+intervient, précieuse et terrible fée, et poussé par elle il veut voir à
+tout prix, <i>voir ce qui arrivera</i>... et bien entendu ce qui arrivera
+dans le cas le plus aigu, alors il ne se connaît plus... et il entre
+résolument dans l'inconnu qui le tente... Eh bien... il ne faut pas
+cependant qu'il le regrette aujourd'hui, pas plus que nous ne regrettons
+nous-mêmes qu'il ait toujours cédé, même à ses risques et à ses dépens,
+aux impulsions dangereuses de cette curiosité à laquelle il était
+redevable de trop de délices pour oser la guider, la retenir, ou la
+contrecarrer. Sans elle en effet nous n'aurions pas eu les Mémoires en
+question et c'eût été grand dommage. Que vont-ils être? Que seront-ils?
+Voilà ce que plus d'un s'est demandé. La réponse n'est pas difficile.
+Ils seront sur le ton simple et familier des articles, nourris de
+documents, que l'auteur de la <i>Vie à Paris</i> a trouvé le moyen, dans une
+existence privée de loisirs apparents, d'écrire au <i>Temps</i>, avec un
+continuel succès, depuis de nombreuses années. C'est dire que M.
+Claretie, qui en a tant vu et tant fait voir, nous contera, dans son
+aimable style, tous les événements auxquels il a été de près ou de loin
+mêlé, qu'il nous retracera en quelque sorte, forcément, l'histoire
+littéraire, dramatique--et même çà et là politique--de ces trente
+dernières années, et cela, vu de la coulisse, et sans pose aucune ni
+prétention, mais à petits coups, en petits morceaux détachés, rappelant
+ce qu'est sa conversation abondante, intéressante, brisée, pleine de
+courtoises hésitations, de flottements, et de réticences polies qui en
+constituent l'indécision, le charme et l'originalité. Il semble en ces
+moments s'écouter lui-même au dedans et prendre, avant de l'exprimer et
+de la jouer, sa pensée «au souffleur». Il n'y a pas de causeurs plus
+agréables, plus sûrs d'eux et plus résolus, sous les dehors de la
+modestie et de la timidité.</p>
+
+<p>Et maintenant, ces <i>Mémoires</i> seront-ils combatifs, révélateurs,
+malicieux? L'administrateur d'hier rappellera-t-il, ressortira-t-il,
+l'une après l'autre, les circonstances mémorables dans lesquelles,
+depuis vingt-huit ans, il eut à prendre tel parti, telle décision, à
+faire telle promesse, à la tenir, à en être empêché? Cherchera-t-il à se
+justifier de certains griefs, fondés ou non? Dira-t-il <i>tout</i>? ou ce
+qu'il croit être tout? Sera-t-il amer? vindicatif? ou apaisé, serein?
+Voudra-t-il prouver? Plaidera-t-il? Montrera-t-il un homme «nouveau», je
+veux dire celui qu'on le sait incapable d'être: un homme amer, aigri,
+rancunier, méchant? Pas le moins du monde. Et c'est en cela encore que
+M. Claretie, qui a si souvent étonné, dans tous les sens, ses
+contemporains pourtant durs à surprendre, les étonnera encore plus par
+la publication de ses <i>Mémoires</i>. Il les trompera justement au chapitre
+des représailles, auxquelles on suppose, bien à tort, qu'il a songé avec
+amour. On le connaît mal. Il ne fut jamais, dans ses crises les plus
+vives avec les comédiens ou les auteurs, qu'un homme irrité de se voir
+partagé entre des intérêts égaux et divers et agacé avec des petites
+fureurs de ne pouvoir tout concilier, donner raison à la fois aux deux
+partis, satisfaire tout ce qu'il aurait tant voulu ne pas mécontenter:
+l'auteur, l'ami, la Maison, le comédien, le Comité, le ministre... et
+lui-même... Mais toutes ces secousses n'avaient jamais qu'une origine et
+une qualité professionnelles. Le fonds solide des sentiments n'était pas
+atteint.</p>
+
+<p>Va-t-on se figurer, après cela, que M. Claretie fuira dans le récit de
+sa vie les instants délicats et épineux? qu'il voudra escamoter les
+souvenirs brûlants? Non plus! Et il aura bien raison. Personne ne s'est
+jamais imaginé qu'il renoncerait au sourire, à la pointe, à l'humeur
+narquoise, au sel de Paris. Nous lui demandons au contraire de garder
+jusqu'à la fin, jusqu'à la dernière ligne de ses <i>Mémoires</i>, les dons de
+fine polémique et d'esprit qui sont les siens. Qu'il ne les retienne
+pas. Ils font partie de sa plume, de cette plume toujours en marche et
+qui a tant écrit, qu'il aime par-dessus tout et qu'il a, j'en suis sûr,
+une allégresse de libre écrivain à reprendre aujourd'hui, sans se plus
+gêner en rien, dans le calme, un peu fébrile encore, d'une belle
+retraite, au sommet d'une carrière dont il peut, non sans orgueil,
+considérer en se retournant l'unique et long parcours...</p>
+
+<p class="rig">HENRI LAVEDAN.</p><br><br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/002.png"><br>M. JULES CLARETIE<br>
+qui vient de mourir, le 23 décembre, encore
+administrateur de la Comédie-Française, et au moment où il venait de
+commencer, dans le <i>Journal</i>, la publication de ses
+<i>Mémoires.--Photographie prise dans la Galerie des Bustes du
+Théâtre-Français</i>.</p>
+
+<p><i>La vie a d'étranges hasards. Au moment où, près d'abandonner
+l'administration de la Comédie-Française, M. Jules Claretie commençait
+dans le Journal la publication de ses Mémoires, notre éminent
+collaborateur M. Henri Lavedan avait eu la pensée de lui consacrer ici
+un article tout amical et charmant, que nous avions illustré d'une toute
+récente, et maintenant bien émouvante photographie. Le funèbre événement
+qui, mardi soir, a surpris Paris, donne, hélas! à cette chronique un
+surcroît d'actualité que n'avait pu prévoir son auteur.</i></p>
+
+<p><i>Quand nous parvint la nouvelle de la fin soudaine de M. Claretie, les
+dernières pages de ce numéro, qu'il fallait achever avant les fêtes de
+Noël, descendaient sous presse. On imprimait «le Courrier de Paris». Nos
+lecteurs ont donc, tout vif, à défaut d'une notice nécrologique que nous
+ne pouvons songer à improviser à la hâte, l'hommage sincère rendu par M.
+Henri Lavedan à son collègue de l'Académie française, à un confrère
+qu'il ne s'attendait pas à voir si brusquement disparaître. Ils y
+trouveront tous les éléments d'un portrait finement vu, élégamment
+campé. Et les plus anciens se rappelleront peut-être--non sans quelque
+mélancolie, car c'est bien loin déjà--que des années et des années, à la
+place où ils lisent aujourd'hui cet article, celui dont on évoque la
+bienveillante physionomie les entretint lui-même, à la semaine la
+semaine, d'une plume alerte et souple, des mille et un événements,
+grands ou petits, de la vie de Paris et d'ailleurs: le Bastignac de la
+vieille</i> Illustration, <i>c'était M. Jules Claretie.</i></p>
+<br>
+<h3>«LA BELLE AVENTURE»</h3>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/003.png"><br>Une grand'mère octogénaire personnifiée, au Vaudeville, par une artiste
+qui a l'âge du rôle:<br> Mme Daynes-Grassot; à son côté, Mlle Madeleine
+Lély.</p>
+
+<p>L'un des attraits de cette pièce, qui en a tant d'autres et que ses
+trois auteurs, MM. de Caillavet, Robert de Fiers et Etienne Rey ont
+parée de tout ce que la grâce la plus tendre, l'esprit le plus brillant,
+le talent le plus sûr peuvent produire de mieux achevé, est que l'un des
+personnages est une grand'mère--de soixante-quinze ans, avaient d'abord
+indiqué les auteurs--de quatre-vingt-un ans, rectifièrent-ils, sur la
+demande de leur interprète, Mme Daynes-Grassot, qui avait la coquetterie
+de vouloir porter en ce rôle son âge réel... Il n'était pas inutile de
+souligner ce détail pour tous ceux, innombrables, qui iront applaudir la
+<i>Belle Aventure</i> au Vaudeville et qui ne l'auraient point soupçonné à
+voir la souriante vivacité de cette petite vieille en robe de 1851--robe
+qu'elle porta à cette époque!--rajeunie à la mode de 1864, presque
+toujours en scène pendant le deuxième et le troisième acte et qui met
+dans son jeu toute l'adresse experte et la grâce infinie avec laquelle
+les auteurs ont conduit leurs scènes et leur dialogue pour faire
+applaudir une situation dont on ne s'aperçoit pas qu'elle est un peu
+risquée.</p>
+
+<p>Il n'est, au premier acte, pas un spectateur qui ne souhaite que la
+jeune mariée s'évade, fût-ce en sa robe blanche, de l'union sans amour à
+laquelle on l'a poussée et parte, avec celui que son coeur a élu, vers
+la belle aventure; et, au second acte, si la vieille grand-mère,
+recevant les jeunes gens qu'elle croit être déjà, l'un comme l'autre,
+ses petits-enfants, bénit leur amour, n'est-ce pas la faute, uniquement,
+des circonstances, n'est-elle pas trompée en toute bonne foi,--si bien
+qu'au troisième acte, alors qu'elle découvre l'involontaire supercherie
+en même temps qu'elle apprend que tout va être réparé, elle ne peut
+garder longtemps rancune à sa petite-fille... On a uni, dans les
+enthousiastes applaudissements adressés aux auteurs et à cette alerte
+doyenne de nos comédiennes, les autres interprètes au premier rang
+desquels Mlle Madeleine Lély, MM. Victor Boucher et Capellani.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/004a.png"><br><span class="sml">M. Albert Besnard. M. di San Giuliano. M. Credaro. M. Barrère.
+M. Vicini. M. Casaglia. M. Corrado Ricci.</span><br>
+Au ministère de l'Instruction publique à Rome: la cérémonie de la remise
+de la Joconde à l'ambassadeur de France.--<i>Phot. Robert Vaucher</i>.</p>
+
+<h3>LA «JOCONDE» A ROME</h3>
+
+<p><i>Notre correspondant de Rome nous envoie ces intéressants détails sur la
+cérémonie de la restitution à la France de la précieuse peinture de
+Léonard de Vinci:</i></p>
+
+<p>Rome, 21 décembre 1913.</p>
+
+<p>Florence a vu partir hier sa noble hôtesse. Après un court séjour dans
+la jolie ville toscane, Monna Lisa a été de nouveau mise entre deux
+morceaux de velours rouge, puis elle a pris le chemin de Rome.</p>
+
+<p>Ce n'était plus en contrebande qu'elle voyageait, mais bien comme une
+reine. Pour remplacer le coffre de bois blanc de Perugia on avait
+confectionné pour elle une ravissante caissette de noyer, bien
+capitonnée, où elle ne risquait pas de s'abîmer. Monna Lisa avait sa
+garde d'honneur, composée de M. Corrado Ricci, directeur général des
+Beaux-Arts, de M. Poggi, directeur de la Galerie des Offices, et de
+plusieurs inspecteurs de police. Tout le long du trajet, le convoi reçut
+les honneurs qu'on prodigue à un train royal. Des carabiniers à toutes
+les stations et, dans le train, des agents en bourgeois veillaient à la
+sécurité de la belle voyageuse.</p>
+
+<p>A l'arrivée à Rome, hier, M. Casaglia, chef de cabinet du ministre de
+l'Instruction publique, attendait à la gare pour recevoir officiellement
+le précieux colis que portait M. Ricci lui-même. En passant à l'octroi,
+un douanier voulut ouvrir la caisse. «--Cela ne paie pas de droits», lui
+répondit-on. «--C'est un objet sans valeur!» s'écria un journaliste.</p>
+
+<p>La foule, apprenant l'événement, se pressait à la sortie. De tous côtés,
+l'on criait: «--Qui est arrivé?--Monna Lisa!» Le public restait bouche
+bée, quand il s'apercevait que tous ces honneurs s'adressaient à un
+simple coffret de noyer.</p>
+
+<p>L'automobile portant le tableau et ses chevaliers servants réussit non
+sans peine à fendre la foule et arriva au ministère de l'Instruction
+publique. Là, en présence du ministre, M. Credaro, la <i>Joconde</i> fut
+sortie de son écrin, replacée dans le cadre qu'elle avait à Florence et
+exposée dans l'antichambre du ministre, dont la fenêtre donne sur la
+place de la Minerve.</p>
+
+<p>Tous les employés du ministère, en redingote, se pressaient pour voir le
+tableau, lorsque le bruit courut que le roi allait venir à son tour
+rendre visite à la fille divine du Vinci. Bientôt, le salon d'honneur
+est évacué et, accueilli par des applaudissements chaleureux, S. M.
+Victor-Emmanuel III offre son hommage admiratif au tableau du grand
+maître. Le roi, qui est un ami des arts, a déjà vu plusieurs fois la
+Joconde au Louvre et il exprime à MM. Ricci et Poggi le plaisir qu'il a
+à contempler de nouveau ce chef-d'oeuvre. Il félicite M. Credaro et ses
+collaborateurs pour le zèle qu'ils ont déployé.</p>
+
+<p>Après le départ du roi, c'est un long défilé de députés, de sénateurs,
+de hautes personnalités qui viennent contempler le tableau tant vanté.</p>
+
+<p>Ce matin, jusqu'à 10 heures, les employés des différents ministères
+eurent à leur tour le privilège de venir jeter un rapide coup d'oeil
+dans la salle où se trouvait la <i>Joconde</i>, encadrée d'huissiers
+galonnés. Puis les portes furent fermées. Seuls, quelques privilégiés
+allaient être admis à assister à la cérémonie de la remise du tableau à
+l'ambassadeur de France, M. Camille Barrère.</p>
+
+<p>M. Leprieur, conservateur du musée du Louvre, arrive avec M. Corrado
+Ricci. J'ai le plaisir de lui présenter M. Poggi, le directeur de la
+Galerie des Offices, à qui il exprime le plaisir qu'il eut en apprenant
+la découverte de la <i>Joconde</i>, «la vraie, ajoute-t-il, puisqu'il n'y a
+plus de doute possible».</p>
+
+<p>M. Leprieur, en effet, a procédé avant la remise du tableau à un examen
+minutieux de la Joconde à un point de vue très prosaïque mais dont le
+résultat est des plus intéressants. Il prit force mesures, vérifia de
+nombreux signes particuliers qu'il avait notés dans l'oeuvre de Léonard
+de Vinci, et toutes ses constatations coïncidèrent exactement avec
+celles qui avaient été faites au Louvre. Il existe d'ailleurs un dossier
+cacheté, déposé chez un notaire parisien, qui contient toutes les
+annotations faites sur les particularités du tableau. Dès que Monna Lisa
+aura réintégré le musée, on ouvrira ce dossier et l'on procédera à une
+dernière vérification qui aura pour conséquence, c'est bien certain, de
+dissiper les doutes des sceptiques les plus endurcis.</p>
+
+<p class="lef"><img alt="" src="images/004b.png"><br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;
+La <i>Joconde</i> rendue à la France<br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;va être emportée au palais Farnèse.<br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<i>Phot. Ch. Abeniacar</i>.</p>
+
+<p>La <i>Joconde</i> a de nouveau été sortie de son cadre, dans le grand salon
+d'honneur. M. Ricci la tient debout sur la table, autour de laquelle se
+groupent MM. Barrère, ambassadeur de France, di San Giuliano, ministre
+des Affaires étrangères; Credaro, ministre de l'Instruction publique;
+Vicini, sous-secrétaire d'Etat; Besnard, directeur de l'Académie de
+France; Casaglia, chef du cabinet du ministre de l'Instruction publique;
+Ollé-Laprune, premier secrétaire de l'ambassade de France; Poggi,
+directeur de la Galerie des Offices de Florence.</p>
+
+<p>M. Credaro prend la parole et, s'adressant à M. Barrère, il lui dit
+combien la nation italienne est heureuse de pouvoir restituer à la
+nation française, qui donna l'hospitalité et prodigua les honneurs au
+Vinci, fils illustre de l'Italie, dans les dernières années de sa vie,
+le précieux tableau enlevé aux glorieuses salles du Louvre. «Que Votre
+Excellence veuille bien, dit en terminant le ministre, recevoir le
+chef-d'oeuvre du grand Florentin comme un gage d'amitié et de solidarité
+entre les deux peuples, dans les hautes sphères de l'art et de
+l'humanité.»</p>
+
+<p>M. Camille Barrère prit à son tour la parole. Assez ému, l'ambassadeur,
+dans une brillante improvisation, exprima à M. Credaro les sentiments de
+reconnaissance de la France pour les procédés si spontanément amicaux du
+gouvernement italien, et sa joie de recouvrer enfin le chef-d'oeuvre
+d'un homme dont le génie universel a élargi les bornes de l'intelligence
+humaine.</p>
+
+<p>«Je tiens, ajouta M. Barrère, au moment où vous me remettez la <i>Joconde</i>
+et où je l'emporte au palais Farnèse, à vous dire combien je suis touché
+que ce soit à l'Italie que revienne le privilège de la restituer à la
+France.»</p>
+
+<p>On lit ensuite l'acte de consignation du tableau au gouvernement
+français, qui est signé par MM. Credaro, di San Giuliano et Barrère, et
+par MM. Vicini, Besnard, Ricci et Poggi comme témoins.</p>
+
+<p>C'est fait: la <i>Joconde</i> est redevenue française. M. Ricci la replace
+avec une délicatesse toute paternelle dans la boîte de noyer, puis,
+s'approchant de M. Ollé-Laprune, lui dit en souriant: «Veuillez
+constater que c'est bien la <i>Joconde</i> que j'enferme dans cette boîte.»
+M. Ollé-Laprune n'a pas de peine à déclarer reconnaître que c'est le
+chef-d'oeuvre de Léonard de Vinci qui est dans le coffret dont on lui
+remet la clef et, au milieu des conversations amicales, on descend sur
+la place où les automobiles attendent les ministres et l'ambassadeur.</p>
+
+<p>Quelques minutes après, Monna Lisa entre au palais Farnèse et prend
+place dans la galerie des Carrache. La première visite qu'elle y reçoit
+est celle de S. M. la reine Marguerite, qui, pendant près d'une heure,
+s'entretient avec l'ambassadrice et ses quelques invitées. Vers 3
+heures, tous les membres du corps diplomatique, les personnalités de la
+colonie française et les notabilités romaines remplissent les salons de
+l'ambassade d'un public d'élite, heureux de pouvoir contempler la belle
+oeuvre du grand maître florentin.</p>
+
+<p>Demain, la <i>Joconde</i> restera au palais Farnèse; de mardi à samedi, elle
+sera exposée à la galerie Borghèse, puis, dimanche prochain,
+probablement, elle partira pour Milan, d'où elle rentrera directement à
+Paris.</p>
+
+<p class="rig">ROBERT VAUCHER.</p><br><br>
+
+<h4>DEUX PHOTOGRAPHIES GRANDEUR NATURE PERMETTANT D'IDENTIFIER LA JOCONDE</h4>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/005.png"><br><i>CLICHÉ BRAUN et Cie, EXECUTE AU MUSÉE DU LOUVRE, AVANT LE VOL<br>
+Reproduction sans aucune retouche, montrant toutes les craquelures de la
+peinture et la trace d'une fente dans le panneau.</i></p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/006.png"><br><i>CLICHÉ A. BROGI, EXÉCUTÉ AUX OFFICES, A FLORENCE, LE 17 DÉCEMBRE 1913<br>
+Reproduction sans aucune retouche, montrant toutes les craquelures de la
+peinture et la trace d'une fente dans le panneau.</i></p>
+
+<br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/007a.png"><br>Le général Liman von Sanders et les officiers allemands sortant de la
+Sublime-Porte.</p>
+
+<h3>LES GARDIENS ALLEMANDS DU BOSPHORE</h3>
+
+<p>Il faut le reconnaître, la diplomatie allemande à Constantinople
+continue de l'emporter sur toutes les diplomaties de l'Europe. Par son
+activité inlassable, par son habileté souple et soutenue, par son
+opiniâtreté que rien ne rebute, elle vient de réaliser un nouveau succès
+d'influence, mais cette fois un succès tellement exceptionnel, tellement
+imprévu, après les déceptions de la guerre, et tellement menaçant aussi
+pour tout ce qui n'est ni allemand ni turc, qu'elle en est comme un peu
+émue elle-même et qu'elle s'efforce, par des commentaires officieux,
+d'en atténuer la portée. Les troupes turques, préparées à l'allemande
+avant leurs désastres, reçoivent à nouveau, pour présider à leur
+réorganisation, des instructeurs allemands. Mais quels instructeurs!
+C'est toute une mission militaire formidable, telle qu'on n'en vit
+jamais une semblable dans l'empire d'Osman. Un général chef de corps, un
+général major et cinquante officiers sont envoyés à Constantinople. Et
+cela ne serait rien encore si le général chef de corps ne recevait un
+commandement effectif, s'il n'était mis à la tête des troupes mêmes qui,
+en cas de guerre, défendraient la capitale. En d'autres termes, le
+général von Sanders, devenu le chef du 1er corps d'armée, se voit
+attribuer, par cet emploi, la garde du Bosphore.</p>
+
+<p class="lef"><img alt="" src="images/007b.png"><br><span class="sml">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Général L. von Sanders.</span><br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;La mission militaire allemande à Constantinople.<br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<i>Photographies Ferid
+Ibrahim.</i></p>
+
+<p>L'événement est grave, «plus grave--a-t-on écrit--que tout ce qui vient
+de se réaliser dans les Balkans». L'Europe s'est inquiétée tout de
+suite. Mais la Russie devait plus particulièrement et plus violemment
+s'émouvoir. Il ne faut pas oublier en effet que le Bosphore est pour la
+Russie méridionale la seule voie maritime qui la relie au monde. C'est
+par cet étroit couloir qu'elle achemine la plus grande partie de ses
+exportations. Un état-major étranger maître des forces militaires de
+Constantinople, c'est la Russie embouteillée dans la mer Noire. C'est la
+clef de la Méditerranée remise entre des mains allemandes... Contre
+cette situation, la Russie a protesté auprès du grand vizir, le 13
+décembre dernier. Les deux autres puissances de la Triple Entente se
+sont associées à sa «question» sur les attributions réservées à la
+mission allemande. Le grand vizir a répondu aux ambassadeurs que les
+attributions du général allemand ne s'étendraient pas à la défense des
+Détroits, affirmation diplomatique que contredit, sur le terrain des
+réalités, la nature même de l'emploi attribué au général Liman von
+Sanders. La Russie ne paraît pas devoir se contenter de cette
+déclaration et la discussion reste ouverte.</p>
+
+<p>... Pendant ce temps, la mission s'installe à Constantinople. Elle y est
+arrivée, le 14, habilement, en appareil modeste. Le général von Sanders
+et ses officiers portaient la petite tenue des officiers turcs de leur
+grade, et l'ambassade allemande n'était pas à la gare. Après avoir été
+présenté au grand vizir et reçu par le sultan, le général von Sanders a
+pris le commandement du 1er corps d'armée; et le vendredi 19 décembre
+les nouvelles autorités militaires allemandes de la capitale ottomane
+assistaient au Selamlik.</p>
+
+<br>
+<h4>(Deux pages manquantes.)</h4>
+<br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/008a.png"><br>Sous l'oeil de la cliente difficile
+
+<p>... deux et trois heures durant, pendant que le Grand Couturier attend
+l'inspiration qui ne vient pas toujours... Et c'est l'attente patiente,
+les bras nus et levés, tandis que les ciseaux coupent et taillent dans
+les bâtis de toile, tandis qu'on épingle, qu'on drape, qu'on découd,
+qu'on fait et qu'on défait autour de vous ces premières et incertaines
+«fondations» de ce qui doit être une merveille de robe, mieux qu'une
+robe: un rêve, un souffle, un rien adorable,--et coûteux... que d'autres
+porteront...</p>
+
+<p class="mid">*<br>* *</p>
+
+<p>Le matin, les mannequins «passent les robes» devant les commissionnaires
+et les courtiers pour l'étranger. C'est une cérémonie agréable. Le<span
+ class="rig"><img alt="" src="images/008b.png"><br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Un essayage.</span>
+commissionnaire est bon enfant, le plus souvent: et il apporte des
+bonbons à ces demoiselles. A-t-on jamais vu qu'une demoiselle n'aimât
+point les bonbons?--L'après-midi, il y a l'essayage, la venue des
+clientes, les petits travaux de couture... Entre temps, les mannequins
+vivent dans une petite pièce qui leur est réservée et qu'elles nomment
+le «cagibi». Elles y demeurent, comme aimées au harem, riant, se
+reposant, lisant les <i>Aventures de Ronchonnot</i>, ou <i>Zigomar</i>, jouant aux
+cartes, à pigeon vole, ou à se dire la bonne aventure, ou occupées à
+rien faire, ce qui est leur distraction la plus usuelle, tandis qu'elles
+se racontent sans se lasser leurs confidences ou leurs espoirs, leurs
+chagrins d'amour ou moins encore... Et comme on n'est pas faite, quand
+on est bien faite, quand on est jeune et jolie, pour rester mannequin
+toute sa vie, elles envisagent l'avenir...</p>
+
+<p>Les plus sages voudraient devenir vendeuses. Mais, pour être vendeuse,
+chez le Grand Couturier, il faut parler anglais. Alors, elles vont chez
+Berlitz, le soir, en attendant qu'un hasard heureux leur permette de
+passer la Manche. Les plus disgraciées aspirent à être employées aux
+manutentions. Les plus folles rêvent de théâtre et font des châteaux en
+Espagne... Et la venue d'une cliente interrompt tous ces papotages,
+toutes ces espérances:</p>
+
+<p>--Mesdemoiselles, voulez-vous montrer les robes du soir...</p>
+
+<p>Et la théorie des mannequins, soudain revêtus de brocatelles, de satins,
+de soies, de velours, arrive en tanguant, pour «passer»... C'est la plus
+jeune d'entre elles, et la plus sage qui passe en premier. Ainsi le veut
+la tradition, dans certaines maisons... Ça porte bonheur...</p>
+
+<p>Alors, derrière elle, elles se mettent à défiler. Et chacune, à part
+soi, rêve vaguement au jour bienheureux où elle viendra pour son propre
+compte chez le Grand Couturier, et, bien au chaud dans ses fourrures qui
+seront à elle, ce jour-là, demandera, comme la riche cliente devant qui
+elle passe et qui la regarde, dédaigneuse et difficile, demandera au
+patron d'hier, au Grand Couturier soudain respectueux et attentif, qu'on
+veuille bien faire passer devant elle ces demoiselles, avec les plus
+récentes créations...</p>
+
+<p class="rig">ÉMILE HENRIOT</p><br><br>
+
+<br>
+
+<p class="mid"><span class="sml">Le président Wilson. Mrs Wilson. M. Francis Bowes Sayre.</span><br>
+<img alt="" src="images/009a.png"><br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Mrs. Francis Bowes Sayre.<br>
+Le mariage de la seconde fille du président Wilson: le groupe des
+parents et des demoiselles d'honneur.</p>
+
+<h3>UN GRAND MARIAGE AMÉRICAIN</h3>
+
+<p>Le mardi 25 novembre, M. Woodrow Wilson, président de la République des
+Etats-Unis, mariait sa seconde fille, miss Jessie Wilson, à M. Francis
+Bowes Sayre, professeur de l'Université,--comme le président lui-même.</p>
+
+<p>Ce fut une cérémonie austère. Pas d'uniformes. Et les membres du corps
+diplomatique qu'il avait bien fallu se résigner à convier, quoi qu'en
+dût souffrir la modestie, avaient été priés de venir eux-mêmes dans le
+plus simple appareil: pas de broderies, pas d'ordres, pas de chamarres!
+Quelle leçon sévère pour les prodigues milliardaires et toutes leurs
+folies!</p>
+
+<p>Mais la photographie que nous reproduisons, et qui montre les jeunes
+époux au milieu de leurs parents, de leurs demoiselles et garçons
+d'honneur, semble révéler encore une autre preuve de l'esprit de
+renoncement qui anime et guide le successeur de M. Taft à la Maison
+Blanche. Car enfin, dans ce pays où, au dire de juges très compétents,
+les beautés féminines abondent, pullulent, on est un peu déçu de ne pas
+les voir, à ce mariage, malgré tout illustre, représentées dans
+l'entourage immédiat de la mariée par des exemplaires plus
+convaincants,--non plus d'ailleurs que l'élégance virile anglo-saxonne
+ne l'est dans l'assistance masculine. Le président Wilson doit être
+décidément un ascète.</p>
+
+<h3>AVIATEURS ESPAGNOLS BLESSÉS EN GUERRE</h3>
+
+<p>Les Espagnols, appliqués dans leur zone, comme nous dans la nôtre, à
+poursuivre leur oeuvre d'occupation et de pacification, ont établi, à
+Tétouan, un parc d'aviation fort bien installé, comme on en peut juger
+par la photographie qui en fut prise précisément par l'un des officiers
+aviateurs.</p>
+
+<p>Or, récemment, un de leurs aéroplanes faillit bien tomber aux mains des
+Arabes. C'est presque un miracle s'il put échapper à leurs coups.</p>
+
+<p>Deux officiers le montaient, ayant pour mission d'aller opérer une
+reconnaissance dans les environs de la place. Très audacieusement, ils
+se tenaient à une faible hauteur, afin, sans doute, de pouvoir procéder
+à des constatations plus précises, et ne soupçonnant pas qu'ils
+pouvaient être exposés à quelque surprise. Or, ils avaient été aperçus
+par une troupe ennemie parfaitement embusquée.</p>
+
+<p>Des balles sifflèrent autour d'eux, dont ils entendirent le choc mat
+contre les ailes. Eux-mêmes furent atteints, l'observateur, le capitaine
+Barreiro, très grièvement, au ventre et à la poitrine.</p>
+
+<p>L'énergique officier fit montre d'un courage surhumain. Encourageant son
+compagnon, il l'exhortait à accélérer sa marche, afin de gagner en hâte
+le camp, éloigné d'une vingtaine de kilomètres.</p>
+
+<p>En quelques tours d'hélice, d'ailleurs, ils avaient été hors de la
+portée de cette fusillade meurtrière.</p>
+
+<p>Enfin, ils purent atterrir. Mais le capitaine Barreiro, épuisé par tout
+le sang qu'il avait perdu et les efforts qu'il avait faits, semblait
+mort. On eut beaucoup de peine à le ranimer.</p>
+
+<p>On se livra à un examen minutieux de l'appareil. Les sièges
+qu'occupaient les deux aviateurs ruisselaient de sang, et des traces de
+coups de feu se constataient en divers endroits; les Arabes s'étaient
+montrés excellents et sûrs tireurs. C'est la première fois,
+croyons-nous, que des officiers sont ainsi blessés en action de guerre.
+Aussi le roi Alphonse a-t-il tenu à récompenser sans délai ces
+deux vaillants soldats.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/009b.png"><br>Vue du camp d'aviation de Tétouan. &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;
+Après le périlleux raid: l'examen des traces<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;des balles marocaines.</p>
+<br>
+
+<h3>LE ROI CONSTANTIN DE GRÈCE EN FAMILLE</h3>
+
+<p>Après onze mois d'état de guerre qui éloignèrent presque constamment le
+roi Constantin de son foyer, la paix de Bucarest, puis celle d'Athènes,
+lui ont permis de quitter Salonique et la Macédoine pour reprendre, dans
+le petit palais athénien qu'il occupait comme diadoque et dans lequel il
+demeure encore actuellement, la simple vie de famille. C'est dans la
+petite salle à manger, le <i>breakfast room</i> de la résidence princière de
+la rue Hérode l'Attique, qui se trouve derrière le palais royal
+d'Athènes, que cette photographie a été récemment prise. Le roi est avec
+les siens autour de la table du petit déjeuner du matin.</p>
+
+<p>A sa droite est la reine Sophie, soeur de l'empereur d'Allemagne. Elle
+tient dans ses bras la petite princesse Catherine, âgée d'à peine huit
+mois. Cette fillette est l'enfant qui a le plus de parrains au monde. Au
+moment de sa naissance, un grand souffle de gloire militaire passait sur
+la Grèce. Le roi eut la jolie idée de confier à toute son armée et à
+toute sa marine le soin et la faveur du parrainage. Catherine est la
+filleule de l'armée grecque et, au cours de la seconde guerre, il
+n'était pas rare d'entendre des soldats parler du roi non pas toujours
+sous le sobriquet de <i>Costa fallas</i> (Constantin le sabreur), mais sous
+celui de <i>Koumbans</i> (le papa de la petite).</p>
+
+<p>A la gauche du roi est la princesse Hélène, sa fille aînée, âgée de
+dix-sept ans. Le second fils du roi, le prince Alexandre, âgé de vingt
+ans, est assis à côté de sa soeur et a pour voisin de gauche son frère
+Paul (Pavlos), un garçonnet de douze ans qui porte, à la mode anglaise,
+très en faveur à la cour d'Athènes, le petit veston et le col d'Eton. A
+la droite de la reine est le prince Georges, le diadoque, héritier de la
+couronne. Il a vingt-trois ans et a fait, aux côtés de son père, les
+deux campagnes. Il fut, de plus, au printemps de cette année, chargé
+d'une mission en Epire où la population lui fit le plus émouvant
+accueil. Sa jeune soeur, la princesse Irène, qui fêtera en février
+prochain son dixième anniversaire, est au bout de la table.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/010.png"><br>Le petit déjeuner du matin de la famille royale de Grèce.<br>
+
+De gauche à droite: la princesse Irène, le prince-diadoque Georges, la
+reine Sophie tenant dans ses bras la petite princesse Catherine, le roi,
+la princesse Hélène, les princes Alexandre et Paul.--<i>Phot.
+Boehringer.</i></p>
+
+<p>Les traditions de simplicité et de grand attachement familial que le
+vieux roi Christian IX de Danemark avait imposées à tous ses descendants
+sont restées en honneur auprès de son petit-fils et, à Athènes comme à
+Copenhague, un peu d'anglomanie (la reine, quoique soeur de Guillaume
+II, est la plus fervente admiratrice de tout ce qui vient d'Angleterre)
+cherche à masquer certaines influences germaniques. L'empereur
+d'Allemagne lui-même est d'ailleurs le premier à n'écrire qu'en anglais
+à son beau-frère.</p>
+<br>
+
+<h3>L'ÉLECTRICITÉ A BORD DES AUTOMOBILES</h3>
+
+<p>Le dernier Salon de l'Automobile a révélé à ses visiteurs un fait
+nouveau: la prise de possession de la voiture par l'électricité.</p>
+
+<p>Entendons-nous bien tout de suite. Il ne s'agit point du tout d'une
+révolution dans le mode de traction de la voiture, de l'avènement, enfin
+durable, de la <i>voiture électrique</i>. Non. Le moteur à explosions, avec
+ses incomparables qualités de puissance, de légèreté, de solidité et
+d'économie, demeure maître absolu de tout véhicule qui va sans chevaux
+sur les routes. Il s'agit seulement d'une grande amélioration dans le
+confort de la voiture: l'automobile a fait mettre l'électricité chez
+elle.</p>
+
+<p>Désormais, en effet, une automobile qui se pique de modernisme ne tolère
+plus que, la nuit, la route soit éclairée devant elle autrement que par
+l'électricité. Elle ne souffre plus qu'on lance son moteur à la
+manivelle; elle le veut mis en marche à l'électricité. C'est
+l'électricité qui actionne son avertisseur; qui demain fera mouvoir la
+pompe d'air pour les pneumatiques, voire les glaces de la limousine; qui
+embrayera, freinera et opérera les changements de vitesses. Voilà donc
+bien du nouveau!</p>
+
+<p>Cette transformation s'accompagne fatalement de quantité d'expressions
+nouvelles dont il va falloir que les gens du monde, ou simplement les
+gens instruits, connaissent le sens. Nous ne les passerons pas en revue
+ici mais s'il plaît aux lecteurs de <i>L'Illustration</i>, nous allons faire
+sous leurs yeux une analyse sommaire des phénomènes auxquels nous devons
+le courant électrique, et nous verrons ainsi les expressions nouvelles
+venir à nous familièrement.</p>
+
+<p>L'électricité apporte à l'automobile le premier bienfait d'un éclairage
+quasi parfait. Je ne vanterai pas longuement les avantages de
+l'éclairage radieux. Un coup de pouce, et l'on a de la lumière, de la
+lumière au point précis où on la désire! Un coup de pouce, et tout
+retombe dans les ténèbres! Plus d'allumettes, plus de flamme et de
+fumée, plus de liquides sales, plus de préparatifs, et par contre,
+vraiment, on a le soleil la nuit!</p>
+
+<p>Mais ici vous m'arrêtez. Pourquoi n'éclaire-t-on pas les automobiles au
+moyen de piles? Les piles sont connues du public et de maniement assez
+simple.</p>
+
+<p>Certes. Mais elles sont fragiles, encombrantes, pesantes, et surtout
+elles sont extrêmement onéreuses. La plupart, et les moins mauvaises,
+sont des appareils dans lesquels on dissout peu à peu du métal, à la
+façon du sucre dans de l'eau, et un métal très cher, le zinc. Laissons
+donc les piles aux timides sonneries d'appartements.</p>
+
+<p>Alors, pourquoi n'éclaire-t-on pas les automobiles au moyen
+d'accumulateurs? Nous allons voir qu'en effet la batterie
+d'accumulateurs s'impose à notre cas. Mais, si on voulait lui confier la
+totalité du service d'éclairage, il faudrait lui donner un volume énorme
+dont le poids et l'encombrement seraient prohibitifs. Et puis, leur nom
+indique leur défaut: ils ne créent pas du courant, ils ne peuvent que
+garder en réserve l'énergie dont on les a gavés. Or, loin de toute usine
+électrique, privés des spécialistes qui savent réussir la délicate
+opération, comment seraient-ils soumis à une recharge? Il est donc
+nécessaire que l'automobile fabrique elle-même, de par son moteur,
+l'électricité dont elle a besoin; qu'elle ait à son bord, en réduction,
+une petite usine électrique, usine non seulement analogue aux plus
+puissantes, mais encore aggravée de complications inconnues à un secteur
+de lumière. Ces complications tiennent d'abord aux changements d'allures
+si variables d'un moteur d'automobile qui. à tout moment et selon les
+difficultés de la route, ralentit ou accélère, et détermine ainsi dans
+la source du courant des variations de débit qui vont depuis le
+rougeoîment des lampes jusqu'à leur grillade instantanée! Elles tiennent
+ensuite aux arrêts mêmes de ce moteur: quand la voiture attend le soir
+la sortie d'un théâtre, ou lorsqu'elle est en panne dans la rase
+campagne, la nuit, il est indispensable qu'elle ne soit pas plongée dans
+les ténèbres bien que le moteur, générateur de son courant, demeure
+inanimé. Une batterie d'accumulateurs, mais petite et trapue, nous est
+donc indispensable, puisqu'il y a des heures où d'elle seule nous
+pouvons attendre du courant. Elle ne fait alors que nous restituer
+l'énergie confiée à elle par notre moteur.</p>
+
+<p>Donc, c'est le moteur de la voiture qui fabrique l'électricité par elle
+dépensée. Comment le peut-il faire? Il le fait au moyen de cette machine
+admirable qui constitue le seul moyen pratique jusqu'ici trouvé par les
+hommes pour faire naître le courant nécessaire à leur éclairage, à leur
+locomotion, au transport de la force à distance, etc., et qui s'appelle
+une machine <i>électro-magnétique</i>. La <i>dynamo</i>, qui dorénavant donnera à
+nos voitures l'éclairage, et la <i>magnéto</i>, qui depuis dix ans fournit à
+nos moteurs l'allumage, sont deux soeurs de cette illustre famille. Mots
+un peu particuliers qui ne recouvrent cependant que des idées fort
+simples, on va le voir.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/011a.png"><br>Fig. A.-Aimant permanent et électro aimants.--1. Aimant permanent
+(morceau d'acier dur recourbé puis aimanté).--2. Electro-aimant (morceau
+de fer entouré d'une longue spirale qui lui confère les propriétés
+magnétiques pendant tout le temps qu'elle est traversée par un
+courant).--3. On donne aux deux extrémités d'un électro-aimant une forme
+appropriée qu'on nomme <i>masse polaire</i>; l'ensemble est l'<i>inducteur</i> de
+la dynamo.</p>
+
+<p>Chacun de nous a eu certainement un jour ou l'autre entre les mains un
+aimant en fer à cheval (fig. A) et en connaît au moins sommairement les
+propriétés. Si l'on jette sur cet aimant de la poussière de fer, de la
+limaille très fine, on voit qu'elle s'attache sur lui, en forme de
+houpettes très hérissées, à ses deux extrémités qu'on appelle ses
+<i>pôles</i>. La physique démontre que d'un pôle à l'autre sont, pour ainsi
+dire, tendues, invisibles et impalpables, des <i>lignes de force</i>, assez
+comparables, si l'on veut se contenter de cette image grossière, à des
+élastiques extrêmement ténus.</p>
+
+<p>Or. un aimant nu, en acier, tel que celui-ci. un aimant dit permanent
+parce que sa force ne peut pas changer à notre gré, est peu puissant. On
+obtient un aimant beaucoup plus fort, à dimensions égales, en prenant du
+fer <i>doux</i>, c'est-à-dire aussi pur que possible, en entourant le corps
+de la pièce, ou bien chacune de ses jambes, d'un grand nombre de tours
+de fil de cuivre recouvert de coton, dont on forme une <i>bobine</i>, et en
+faisant passer dans cette longue et fine canalisation un courant
+électrique, celui d'une pile par exemple, qui a pour objet de
+l'<i>exciter</i>, de lui donner temporairement les propriétés magnétiques On
+a ainsi, créé un <i>électro-aimant</i>, l'organe-roi de toutes les
+applications de l'électricité, depuis la sonnerie jusqu'à la locomotive
+électrique, depuis le tramway jusqu'à la télégraphie sans fil.
+L'électro-aimant est capable d'un travail beaucoup plus grand que
+l'aimant permanent puisqu'il peut donner normalement jusqu'à 20,000
+lignes de force par centimètre carré, alors que son maigre camarade n'en
+fournit au maximum que 5,000 à 6,000.</p>
+
+<p>Ainsi pourvus d'une source importante de magnétisme, livrons-nous à une
+petite expérience qui va nous révéler un autre phénomène d'importance
+extrême puisque, s'il n'existait pas, aucune des applications
+industrielles de l'électricité ne serait elle-même réalisée.</p>
+
+<p>Prenons un fil de cuivre recouvert de coton (les lignes de force
+traversent aisément le coton, alors que le courant électrique est arrêté
+par lui). Faisons de ce fil une boucle que nous tenons entre le pouce et
+l'index, et attachons ses deux bouts à un galvanomètre, appareil qui
+nous dira ce qui va se passer dans ce fil.</p>
+
+<p class="rig"><img alt="" src="images/011b.png"><br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Fig. B.-Expérience schématique montrant qu'un<br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;courant est induit dans le fil aux moments où<br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;la spire coupe les lignes de force de l'inducteur.</p>
+
+<p>Plaçons vivement la boucle ou <i>spire</i> en plein dans les lignes de force
+(fig. B). L'aiguille du galvanomètre a bougé; puis elle est tout de
+suite revenue à l'immobilité. Retirons la spire hors des lignes de
+force: j'aiguille a encore bougé, puis est revenue à zéro.</p>
+
+<p>Nous en concluons avec raison ceci: chaque fois que nous avons, au moyen
+de notre spire, coupé les lignes de force de l'électro-aimant, et
+seulement au moment précis où nous les coupions, un courant électrique
+s'est produit dans cette spire, y a été <i>induit</i>, pour parler le langage
+technique. C'est, en effet, l'énergie mécanique de notre main qui s'est
+transformée en énergie électrique.</p>
+
+<p>Si peu de travail s'est mué en courant. Quelle abondance d'électricité
+n'obtiendrons-nous pas quand nous demanderons au moteur de notre voiture
+de se substituer à nous pour déplacer la spire dans le champ magnétique!</p>
+
+<p>Mais comment le moteur s'y prendra-t-il pour effectuer ces coupures
+extrêmement rapides des lignes de force? Au lieu de présenter et de
+retirer la spire aux lignes de force, nous la ferons tourner au milieu
+d'elles, tout simplement. A cet effet, nous prendrons un axe en fer,
+terminé par une portée à chaque bout afin qu'il puisse prendre sur
+lui-même un mouvement de rotation; nous bobinerons sur lui un grand
+nombre de tours de fil, afin que le courant produit soit, plus puissant,
+et nous chargerons le moteur de faire, au moyen d'un engrenage, tourner
+très rapidement cet <i>induit</i>. Si nous mettons aux extrémités de ce
+bobinage une lampe, elle s'éclairera tant que l'induit tournera (fig.
+C).</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/012b.png"><br>Fig. C.--Induits schématiques--1. Le fil, guipé de coton ou de soie,
+est bobiné un grand nombre de fois sur une pièce en fer doux, afin que
+la tension du courant produit soit plus grande; une lampe attachée à ses
+deux extrémités pourra recevoir ce courant <i>alternatif</i> et s'allumer
+quand l'induit tournera à une vitesse suffisante.--2. La batterie ne
+pouvant accepter de courant alternatif, l'induit est muni d'un
+collecteur qui, au moyen de balais, <i>redresse</i> le courant alternatif; la
+lampe est ainsi alimentée par du courant <i>continu</i> qui lui vient tantôt
+de la dynamo, tantôt de la batterie.</p>
+
+<p>Voici donc constituée, par un électro-aimant et par un induit qui tourne
+entre ses masses polaires, une dynamo. Mais tout aussitôt les
+difficultés d'application commencent.</p>
+
+<p>Tout d'abord le courant qui est produit de la sorte est du courant
+<i>alternatif</i>, c'est-à-dire (je ne puis en donner les raisons ici) qu'il
+va de droite à gauche pendant un demi-tour de l'induit, et de gauche à
+droite pendant l'autre demi-tour. La lampe électrique s'en accommode
+fort bien, mais le personnage désagréable dont la présence dans notre
+jeu est inévitable, je l'ai montré, la batterie d'accumulateurs, va tout
+de suite brouiller nos cartes. Comme elle ne peut supporter le courant
+alternatif, elle exige que la dynamo, qui est chargée de la nourrir, ne
+lui fournisse que du courant <i>continu</i>, un courant qui aille toujours
+dans le même sens! Ainsi le constructeur est-il obligé d'installer sur
+la dynamo un petit organe supplémentaire, heureusement fort simple,
+qu'on appelle un <i>collecteur-redresseur</i>, et qui a pour objet de
+transformer le courant alternatif de la dynamo en un courant de sens
+constant. Les ouvrages spéciaux expliquent le fonctionnement de cet
+organe.</p>
+
+<p>La seconde difficulté est celle-ci: les accumulateurs cherchent à jouer
+un vilain tour à la dynamo. A force de s'emmagasiner dans la batterie,
+le fluide électrique prend en quelque sorte du ressort, de la tension,
+et, au fur et à mesure que la dynamo envoie aux accumulateurs du
+courant, ils cherchent à s'en défaire, c'est-à-dire à le décharger en
+elle! Tant que leur tension demeure inférieure à celle de la dynamo,
+tout demeure normal, car, de deux courants directement opposés, c'est
+évidemment le plus fort qui détermine le sens de courant général Mais si
+les accumulateurs l'emportent, même momentanément (et il suffit que le
+moteur ralentisse beaucoup, dans une rampe par exemple, pour que le
+courant de la dynamo baisse au point de devenir pratiquement nul), ils
+ce déchargent, sans cérémonie, dans la dynamo, laquelle est ainsi mise à
+mal.</p>
+
+<p>Donc, ici encore, il a fallu imaginer un organe de sécurité, un
+<i>conjoncteur-disjoncteur</i> qui automatiquement fermât la porte au
+courant qui veut aller vers la dynamo et l'ouvrît au contraire au
+courant qui va vers la batterie; qui, en outre, et toujours
+automatiquement, aux moments où la dynamo ne donne aux lampes qu'un
+courant trop pauvre pour l'éclairage (ralentissement extrême du moteur),
+ou même n'en donne pas du tout (arrêt du moteur), envoyât à ces lampes
+le courant des accumulateurs.</p>
+
+<p>Troisième difficulté. Les accumulateurs sont susceptibles d'acquérir un
+maximum de tension connu, qu'ils ne dépasseront jamais, sous peine d'en
+être tout désorganisés. Il est donc indispensable que la dynamo se
+conforme à ce maximum et ne soit pas capable d'envoyer aux lampes un
+courant plus élevé que celui qui peut être fourni par les accumulateurs.
+La résistance des lampes est par conséquent déterminée par le nombre
+d'accumulateurs qui forment la batterie, et non par la puissance de la
+dynamo. Or, comme la dynamo donne un courant de tension d'autant plus
+grande qu'elle tourne plus vite, et que le moteur qui l'entraîne peut
+parfois l'entraîner à de folles allures, il est indispensable qu'elle
+soit assagie, qu'elle comporte un régulateur qui calme soit sa vitesse
+soit son excitation, qui la mette «au pas» et protège ainsi les lampes
+contre des variations de tension désagréables à la vue, ou contre des
+exagérations de courant qui les brûleraient sur-le-champ. Comment cette
+régulation peut-elle être faite? Je me bornerai à répondre que c'est là
+un des points encore où la bataille des constructeurs est le plus
+acharnée: sept ou huit procédés sont en présence.</p>
+
+<p>Le problème de l'éclairage électrique des automobiles présente donc de
+singulières difficultés, on le comprend. Il est probablement superflu
+que je déclare n'avoir fait ici que l'effleurer à peine.</p>
+
+<p>Maintenant, pour nous consoler de tant de peines, veut-on bien que nous
+fassions une dernière expérience qui, elle, va nous donner une surprise
+heureuse?</p>
+
+<p>Supposons que la dynamo que nous venons de construire soit détachée du
+moteur qui l'entraîne pour produire du courant, et qu'elle soit arrêtée.
+Relions ses deux balais aux deux bornes de la batterie d'accumulateurs
+au moyen de fils: voici tout à coup notre induit qui se met à tourner
+follement sur lui-même entre les branches de l'aimant! Il est devenu
+moteur.</p>
+
+<p>En effet, dans une dynamo, les phénomènes sont réversibles: si on lui
+donne du mouvement (en faisant tourner son induit). elle rend du courant
+elle est <i>génératrice</i>; et si au contraire on donne du courant à son
+induit, elle rend du mouvement (elle se met à tourner), elle est
+<i>motrice</i>.</p>
+
+<p>Ces observations faites, récapitulons, si vous le voulez bien, les
+moyens que l'électricité met ainsi à notre disposition dans une
+automobile moderne. Nous avons:</p>
+
+<p>1. Une source indéfinie de courant, la dynamo. Tant que le moteur de la
+voiture tourne, le torrent passe. Qu'en ferons-nous? Nous diviserons ce
+torrent en ruisseaux que nous enverrons un peu dans tous les coins de
+notre voiture, comme un montagnard avisé détourne en filets l'eau du
+torrent pour en arroser ces prairies. Des fils porteront le fluide aux
+phares d'autres aux lanternes, un autre au falot réglementaire du numéro
+de police d'arrière. Nous profiterons de notre richesse de lumière pour
+en apporter un peu à l'intérieur même de notre carrosserie, à un
+plafonnier qui permettra à Monsieur de dire, à Madame d'émerveiller les
+passants; pour en donner aussi à notre mécanicien qui ainsi surveillera
+comme en plein jour le débit de l'huile, l'indicateur de vitesse, ou
+même l'ampèremètre et le voltmètre du <i>tableau</i> qui lui disent si sa
+petite usine électrique se porte bien; pour lui en donner encore au bout
+d'une <i>baladeuse</i> qui, en cas de panne, lui permettra de mettre des
+clartés dans les entrailles de sa machine! Enfin, le solde de ce torrent
+ainsi réparti sera absorbé par notre caisse d'épargne, notre batterie
+d'accumulateurs.</p>
+
+<p>2. Nous avons à bord cette batterie, qui ne demande qu'à nous rendre le
+courant prêté. Elle le met à notre disposition pour trois effets
+différents. Par elle, nous pouvons tout d'abord faire de <i>l'éclairage</i>,
+ainsi que je l'ai démontré. Par elle il nous est loisible ensuite de
+faire de la <i>traction</i>. Installons un petit moteur électrique auprès du
+volant du moteur de la voiture, et envoyons-lui un peu du courant
+enfermé dans la batterie: voici ce gros moteur réveillé et lancé!
+Construisons un moteur électrique microscopique; munissons-le d'une
+petite roue à dents de scie qui vient gratter sur un disque en tôle;
+enfermons le tout dans un étui métallique, avec un pavillon qui amplifie
+le son... et, lorsqu'un peu du courant de la batterie passera dans ce
+moteur lilliputien, le monstre fera entendre son barrissement! Par un
+jeu de tout petits moteurs encore, un inventeur a proposé, comme je l'ai
+dit, qu'on fît manoeuvrer les glaces. Demain on réalisera de la même
+façon des crics et des pompes.</p>
+
+<p>Par la batterie enfin nous pouvons faire du <i>chauffage</i>. On sait qu'un
+courant électrique échauffe toujours le fil au travers duquel il passe.
+La température ainsi produite est imperceptible si la grosseur et la
+longueur du fil sont calculées de telle sorte que le phénomène n'ait
+guère lieu; mais, inversement, il est facile de créer au courant une
+résistance déterminée qui, pour une valeur donnée, provoquera le simple
+échauffement du fil à 40 ou 50 degrés par exemple, ou son incandescence
+même; on constituera ainsi un tapis souple pour les pieds de Madame et
+un allumoir pour le cigare de Monsieur.</p>
+
+<p>Tels sont donc les principaux éléments d'une installation d'électricité
+dans une automobile de 1914. Quel est maintenant l'avenir?</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/012a.png"><br>Fig. D.--Les principales applications du courant électrique à bord
+d'une automobile de 1914.</p>
+
+<p>L'avenir est hérissé de plus de difficultés que je n'en ai énuméré
+encore! Car il s'agit aujourd'hui de simplifier, donc de serrer de plus
+près la perfection. La première victime, semble-t-il, sera la petite
+magnéto, si fidèle, si timide... Elle allume le moteur: sa soeur la
+dynamo ne le fera-t-elle pas aussi bien qu'elle?</p>
+
+<p>La seconde absorption sera celle du moteur-démarreur: puisque, je l'ai
+expliqué, une dynamo est réversible et peut jouer, au gré du conducteur,
+le rôle de <i>génératrice</i> ou de <i>réceptrice</i> de courant, pourquoi
+continuerait-on à séparer cette double fonction pour la confier à deux
+organes distincts?</p>
+
+<p>Et puis pourquoi la dynamo, à son tour, ne subirait-elle pas une
+transformation heureuse? Elle est pesante; or, un organe du moteur à
+explosions doit nécessairement être pesant: le volant. Pourquoi la
+«dynamo-magnéto-démarreur» ne serait-elle pas muée en volant? Les
+services électriques d'une automobile seraient ainsi «condensés» en un
+unique organe.</p>
+
+<p>Mais une forêt de problèmes enchevêtrés sépare encore de cette lueur
+lointaine les inventeurs... les inventeurs aux bottes de sept lieues.</p>
+
+<p class="rig">L. BAUDRY DE SAUNIER.</p><br><br>
+
+<h3>CE QU'IL FAUT VOIR</h3>
+
+<h4>PETIT GUIDE DE L'ÉTRANGER A PARIS</h4>
+
+<p>Les petites baraques ont surgi du sol. C'est la floraison miraculeuse
+dont, chaque hiver, quatre ou cinq jours avant Noël, Paris donne le
+spectacle à ses habitants. Un beau soir, on a quitté le boulevard, sans
+se douter de rien; on y revient le lendemain: stupeur! De la Madeleine à
+la Bastille, deux alignements presque ininterrompus de maisonnettes en
+planches grises couvrent les trottoirs. Cela s'est édifié soudainement,
+en une nuit, sans désordre, comme un «déballage» d'articles de Paris que
+des mains invisibles auraient posés sur les deux planches inférieures de
+quelque interminable étagère... Je dis qu'elles sont en planches grises.
+On ne s'en aperçoit pas partout. La Réclame, l'envahissante et
+omnipotente Réclame, ne pouvait pas négliger plus longtemps les
+«surfaces libres» que lui offraient les dos et les flancs des petites
+baraques. Elle s'y est donc abattue sans pitié. Et ces bariolages, cette
+polychromie d'affiches achèvent de rendre effarant, vertigineux,
+l'encombrement de la Rue!</p>
+
+<p>Les vieux Parisiens détestent cet encombrement. Les vieux Parisiens
+fuiront ces jours-ci le Boulevard et les petites baraques. Je ne saurais
+trop recommander aux étrangers de ne pas suivre un tel exemple. Il faut
+voir, même en jouant des coudes et en souffrant que, de temps à autre,
+un passant vous marche sur les pieds, il faut voir les baraques du Jour
+de l'An; et aussi la foule ingénue qui les regarde. Je l'ai dit bien
+souvent; rien n'est plus propre à nous renseigner sur l'état d'âme et
+sur les goûts d'une foule que son attitude devant les spectacles de la
+rue. En observant, sur les boulevards, autour de quels étalages elle
+s'arrête de préférence, vous remarquerez que nous n'avons pas cessé
+d'aimer l'éloquence, et que le marchand qu'on entoure est, d'abord, le
+marchand qui pérore. Le Parisien adore le boniment, et pour peu que de
+la bonne humeur et un brin d'esprit assaisonnent ce bavardage en plein
+vent--si rude que puisse être la température--il s'arrête; il écoute; il
+est conquis.</p>
+
+<p>Ses «articles» préférés? Toujours les mêmes. Le jouet nouveau, qui fait
+rire et qu'actionne quelque mystérieuse mécanique. Car il convient qu'à
+l'attrait du comique s'ajoute celui du mystère; et la joie du spectateur
+est complète si à cette double séduction se surajoute celle de
+l'actualité. (Je n'ai pas besoin de dire que les joujoux aéronautiques
+sont, cette année, au premier rang de cette catégorie.) A côté du jouet
+mécanique--aéroplane ou pantin--il y a les ustensiles ou les
+produits--quels qu'ils soient--dont l'emploi nécessite un peu d'adresse
+manuelle et provoque chez le spectateur une surprise. Car nous aimons
+l'adresse et nous adorons d'être surpris. Le moule d'où sort une gaufre
+instantanément fabriquée est de forme jolie, le pot à colle grâce auquel
+une assiette cassée sous nos yeux est reconstituée en trente secondes,
+«plus solide qu'auparavant», le taille-crayon nouveau modèle, le
+stylographe inversable «à la portée des plus petites bourses», la carte
+de visite et le bonbon qu'on voit naître, et tomber, tout fait, de la
+machine portative qui les produit,--voilà du plaisir, et de quoi
+retenir, ravis et transis, autour des petites baraques, des milliers de
+braves gens!</p>
+
+<p class="mid">*<br>
+* *</p>
+
+<p>... A Courbevoie, au coin de la rue de la Montagne; en face du pavillon
+vermoulu de la Belle Gabrielle (une ruine qui aurait encore sa beauté...
+si on voulait): la grande maison blanche où tant d'artistes, jeunes et
+vieux--peintres, comédiens, gens de lettres, sculpteurs--aiment à se
+retrouver de temps en temps, parmi des rires et des chants de petits
+garçons et de petites filles. C'était fête, il y a quelques jours, dans
+cette maison-là. Arbre de Noël! Distribution de cadeaux, de jouets, de
+livres. Des récitations, de la musique, un goûter... et des
+photographes. Sur les panneaux de marbre blanc qui sont l'unique
+décoration du préau couvert où se donne cette fête de famille
+s'inscrivent des noms presque tous célèbres dans la littérature et dans
+l'art: les noms des bienfaiteurs et des bienfaitrices, des «patrons» de
+cette oeuvre généreuse et charmante à laquelle sont attachés deux noms
+de femmes: Mme Marie Laurent, Mme Poilpot. <i>L'Orphelinat des Arts</i>
+n'accueillait jusqu'en ces dernières années que des fillettes. Il s'est
+agrandi. Sous la généreuse inspiration du regretté maître Roty, il a
+ouvert ses portes aux petits garçons. Ils sont là une vingtaine
+d'orphelins, à côté des fillettes orphelines, si gentilles sous
+l'uniforme bleu. Debout sur deux rangs, elles présentaient, l'autre
+jour, à la lumière du soleil le double alignement de leurs belles
+chevelures tombantes; des chevelures qui ne sont ni trop brunes ni trop
+blondes, ni du Nord ni du Midi, mais de cette jolie coloration atténuée,
+<i>moyenne</i>, de ce châtain clair qui semblait, à distance, compléter
+l'uniforme, et l'expression si française des types. Chacun de ces
+pupilles est l'enfant d'un artiste disparu, et qui est mort pauvre. Mais
+d'autres artistes sont venus qui ont tendu la main à ces infortunés. En
+voici plusieurs, hommes et femmes, dont tout Paris connaît les figures.
+Ils sont venus fêter Noël à côté de leurs orphelins. Et cela fait, en
+vérité, le plus pittoresque, le plus joli pensionnat du monde. Je
+signale la maison aux étrangers qui ne la connaissent pas. Elle est
+ouverte à toutes les sympathies, et c'est, pourrait-on dire, quelque
+chose--dans notre petit monde de la philanthropie parisienne--qui «ne
+ressemble à rien».</p>
+
+<p class="mid"> *<br>
+* *</p>
+
+<p>Une idée spirituelle: celle d'employer le bassin d'un cirque à une
+exposition et à un concours d'engins de sauvetage.</p>
+
+<p>C'est le Nouveau-Cirque qui a eu cette idée-là. Le concours s'est ouvert
+ces jours-ci. Il sera clos dès les premiers jours de janvier. Mais voici
+venir la bourrasque de fin d'année, les journées terribles qu'absorbe
+l'unique souci de recevoir des étrennes quand on est jeune, et d'en
+distribuer, quand on ne l'est plus. Qui de nous aura le temps, durant de
+telles journées, d'aller voir une Exposition, quelle qu'elle soit?
+Veuillard en fait une, chez Bernheim, qui a beaucoup de succès; les
+«Peintres du Paris moderne» en font une aussi, chez Reitlinger; nous
+l'avons signalée, en même temps que deux ou trois autres, à qui
+l'échéance du Nouvel an va faire un tort immense, pendant une semaine au
+moins. «Ce qu'il faut voir», en ce moment? Des étalages...</p>
+
+<p>Et puis, dès que sera passé le cyclone, il faudra, vous le pensez bien,
+se précipiter vers le spectacle qui va, pendant quelques jours, occuper
+tout Paris: il faudra aller revoir la <i>Joconde</i>. Avouons-le: parmi tant
+d'admirateurs, bouleversés d'une joie sincère, beaucoup, sans doute,
+verront Monna Lisa pour la première fois. Au Salon Carré, librement
+accessible à tous, elle était bien un peu négligée. Mais quoi! la voilà
+qui revient après s'être enfuie, et qui nous oblige à payer pour la
+voir. Double prestige, auquel nulle curiosité ne résistera!</p>
+
+<p class="rig">UN PARISIEN.</p><br><br>
+
+<h4>AGENDA (27 décembre 1913-3 janvier 1914).</h4>
+
+<p>Concours de poésie.--Le <i>31 décembre</i>, clôture du concours des Jeux
+floraux du Languedoc.</p>
+
+<p>Expositions.--Galerie Georges Petit (8, rue de Sèze): la Comédie
+humaine. (Clôture le <i>31 décembre</i>.)--Société internationale de peinture
+et sculpture. (Clôture le <i>31 décembre</i>.)--Galerie des Artistes
+modernes (19, rue Caumartin): exposition de l'Eclectique.--Salons de
+l'Etoile (17, rue de Chateaubriand): oeuvres de Mme Magdeleine
+Popelin.--Galerie La Boétie (64 <i>bis</i>, rue La Boétie): exposition des
+peintres du Paris moderne (jusqu'au <i>14 janvier</i>).--Galerie Marcel
+Bernheim (2 bis, rue Caumartin): exposition de l'«Art intime».</p>
+
+<p>Conférences.--Société des Conférences (184, boulevard Saint-Germain): le
+7 <i>janvier</i>, à 2 h. 1/2, conférence sur <i>Saint-Simon</i> (première de la
+série), par M. René Doumic, de l'Académie française.--Le 9 <i>janvier</i> à 2
+h. 1/2 au musée de l'Armée (salle d'honneur): conférence sur la campagne
+de 1814, à Lyon et dans les Alpes, par le commandant Perreau.</p>
+
+<p>Les conférences de la «Revue hebdomadaire», à la salle du Foyer (34, rue
+Vaneau), interrompues par les vacances de Noël et du Jour de l'An,
+recommenceront le vendredi 9 <i>janvier</i>, à 5 heures; à cette date, M.
+Pierre Lasserre donnera sa première leçon sur Renan. Viendront ensuite:
+le mardi <i>13</i>, à 5 heures, la <i>Charte</i>, par M. Sabatier; le vendredi
+<i>16</i>, à 5 h., <i>Renan</i> (2e conférence), par M. Pierre Lasserre; le mardi
+<i>20</i>, à 5 h., le <i>Barreau en 1814</i>, par M. Charles Chenu; le vendredi
+<i>23</i>, à 5 h., <i>Renan</i> (3e conférence), par M. Pierre Lasserre; le mardi
+<i>27</i>, à 5 h., <i>Cuvier</i>, par M. Ed. Perrier; le vendredi <i>30</i>, à 5 h.,
+<i>Renan</i> (4e conférence), par M. Pierre Lasserre.</p>
+
+<p>Matinée.--Le 27 <i>décembre</i>, à la Comédie-Française, matinée au profit
+des pensions de la Comédie-Française.</p>
+
+<p>Sports.--<i>Courses de chevaux: 28 et 30 décembre, 1er et 4 janvier</i>
+Vincennes (trot); le <i>4 janvier</i>, Nice (prix de
+Monte-Carlo).--<i>Natation</i>: au Nouveau-Cirque, jusqu'au <i>4 janvier</i>,
+concours de sauvetage et d'appareils de sauvetage.</p>
+
+<h3>LES LIVRES et LES ÉCRIVAINS</h3>
+
+<h4>LE VILLAGE DE L'ONCLE HANSI</h4>
+
+<p>Un dessinateur alsacien, également célèbre mais inégalement goûté en
+Allemagne et en France, présidait, il y a quinze jours, au grand dîner
+officiel de littérateurs français. C'était au lendemain des incidents de
+Saverne. Dans l'hommage rendu par la Société des Gens de lettres à
+l'«Oncle Hansi», alors précisément qu'on discutait au Reichstag les
+définitions du mot «wackes», il n'y avait pas une coïncidence voulue.
+Mais la coïncidence existait tout de même et elle parut à ce point
+émouvante que, lorsque cet Alsacien, si complètement de sa race, dressa
+avec quelque gaucherie sa puissante silhouette--la silhouette de l'ami
+Fritz--pour nous parler de l'Alsace, un frisson passa dans la salle du
+banquet où s'était fait aussitôt un silence de cathédrale. Hansi,
+cependant, nous parlait avec la bonhomie de son accent guttural,
+traînant et appuyé. Il nous disait, en souriant, que nous étions, ce
+soir-là, présidés par un wackes et même par un «oberwackes» (un survoyou
+d'Alsace) comme on l'appelait là-bas. Mais l'esprit de Hansi est un de
+ces vieux vins de France qui réchauffent l'âme en mouillant les yeux. Et
+quand il parle, quand il écrit ou quand il dessine, le rude et simple et
+fin bonhomme de Colmar reste le même, doux et redoutable, avec cet
+humour grave qui vous donne une envie de pleurer...</p>
+
+<p>Hansi, ces derniers jours, n'était point d'ailleurs venu en France
+uniquement pour présider un dîner de gens de lettres amis. Il avait été
+mandé à Paris pour surveiller l'édition de son nouvel album: <i>Mon
+village</i><a id="footnotetag1" name="footnotetag1"></a>
+<a href="#footnote1"><sup class="sml">1</sup></a> qui ajoute à son <i>Histoire d'Alsace</i> un admirable chapitre
+contemporain.</p>
+
+<blockquote class="footnote">
+<a id="footnote1" name="footnote1"><b>Note 1: </b></a>
+<a href="#footnotetag1">
+(retour) </a> Edition Fleury, 10 fr.</blockquote>
+
+<p>Le village de l'oncle Hansi se trouve «non loin de la grande route, du
+côté de Wissembourg ou de Niederbronn». Vous vous arrêtez à quelque
+petite station fleurie. Devant vous, au bout d'un étroit chemin bordé
+d'arbres fruitiers, un vieux clocher pointu s'élance au-dessus des blés
+où perce la dentelle des houblons. Et voici des toits qui fument, une
+petite place où l'arbre de la liberté verdit encore, une maison d'école
+avec son nid de cigogne et son beffroi... Voici des fillettes avec leurs
+petites jupes gaies, rouges ou bleues, des jeunes filles «dont la calme
+beauté est couronnée d'un large ruban noir». Voici de grands jeunes gens
+au vêtement sévère relevé par la vive note rouge du gilet, et voici des
+vieux avec, encore, l'ample redingote et le tricorne. Voici les fiancés
+qui se promènent, mains unies, les anciens qui causent sur leur porte.
+L'air est plein de chants d'oiseaux et de chansons d'enfants. Ne vous
+semble-t-il pas que vivre en ce joli village serait tout le bonheur
+humain? Oui,... oh! oui... si, tout en haut, au bout de la rue,
+n'apparaissait la silhouette pesante et casquée du gendarme...</p>
+
+<p>Dans le village de l'oncle Hansi, il y a un beau pré où garçonnets et
+fillettes jouent à la guerre et régulièrement «mettent en fuite l'ennemi
+toujours représenté par les dix enfants du gendarme prussien».</p>
+
+<p>Dans le village de l'oncle Hansi, il y a deux maîtres d'école: l'un, le
+père Vettei est un vieux d'avant la guerre, un vieux en tricorne et en
+lévite. Tout le monde l'aime, il assiste à tous les baptêmes, à tous les
+mariages et il continue--en cachette--d'apprendre le français aux petits
+enfants. L'autre maître, son adjoint, est un jeune instituteur allemand
+en veston de drap vert, et qui a toujours à la main une baguette
+impitoyable... Et devant l'école, il y a une place où les petits élèves
+tirent au sort, avec une plume dans un livre fermé, les petits soldats
+de papier imprimés à Epinal. Quelle raillerie si, par malheur, on gagne
+un soldat prussien!...</p>
+
+<p>Dans le village de l'oncle Hansi, il vient des touristes allemands, en
+petit chapeau à plumes et tout habillés de vert, du vert moutarde au
+vert épinard, toutes les nuances du vert, sauf le vert espérance. Ils
+déballent, à l'auberge, des saucisses, des marmelades, et réclament une
+grande cruche de bière pour monsieur et une petite pour le reste de la
+famille... Et il y a aussi, parfois, des touristes français, vite
+entourés, et qui devraient revenir plus souvent.</p>
+
+<p>Dans le village de l'oncle Hansi, il y a trois vétérans de l'ancienne
+armée française. C'est d'abord le cuirassier Schimmel qui a chargé à
+Morsbronn. «Ce jour-là, défendant sa terre et son foyer, il a dû faire
+peur à la mort elle-même.» Les deux autres sont l'ex-canonnier à cheval
+Georges Becker et l'ancien sergent de voltigeurs Martin Spohr. Tous
+trois vont ensemble à la messe avec leurs longues redingotes, pareilles
+comme un uniforme, sur lequel est épingle le ruban du souvenir, strié de
+deuil et d'espérance. «Ils ne parlent guère pour compenser tous les mots
+inutiles que l'on dit ailleurs.»</p>
+
+<p>Dans le village de l'oncle Hansi, il y a chaque année deux fêtes: l'une,
+qui ne compte pas, la fête de l'Empire; et l'autre qui est une grande
+joie, la fête patronale, le «Messti». Ce jour-là, c'est, partout, une
+active confection de tartes et de gâteaux d'Alsace. Ce jour-là, le
+gendarme prussien inspecte la baraque aux pains d'épice pour voir si on
+n'y expose pas de mirlitons tricolores... Ah! il y a une troisième fête
+que j'oubliais, la fête du 14 juillet. Celle-ci, il est vrai, on la
+célèbre hors du village, à Nancy. Mais on y pense beaucoup au village et
+il y a toujours des gens de l'endroit, des heureux, des enviés qui s'en
+vont assister à la belle revue française de la «division de fer».</p>
+
+<p>Dans le village de l'oncle Hansi, il y a un veilleur de nuit, le père
+Spinner, un ancien artilleur de la garde qui, aujourd'hui encore, pour
+faire sa ronde, s'enveloppe dans le vieux manteau d'ordonnance (ces
+étoffes françaises sont inusables). Il porte une vieille hallebarde, une
+grosse lanterne et une corne pour sonner les incendies. Autrefois, le
+père Spinner était un homme très sobre. Mais il a pris une singulière
+habitude: chaque fois qu'un gros Zeppelin a subi un de ces accidents
+énormes qui ne coûtent la vie à personne, le veilleur entre à l'auberge
+et se fait servir un demi-litre de vin. Et c'est ainsi que le père
+Spinner est devenu ivrogne.</p>
+
+<p>Le village de l'oncle Hansi est un joli village dont les maisons riantes
+cachent bien des souffrances. Il est l'image de l'Alsace entière et
+toute l'Alsace, comme un grand coeur, palpite dans les moindres détails
+de cette admirable page qui clôt l'album:</p>
+
+<p>«... Mon village est endormi; les petits enfants reposent depuis
+longtemps et rêvent du prochain arbre de Noël, ou de la revue de Nancy.
+Le clocher tout noir se découpe sur le grand ciel étoile; au loin
+s'étend le champ de bataille immense et mystérieux et les pierres
+blanches, sous lesquelles reposent tant de héros, y mettent quelques
+pâles lueurs. La grande rue est silencieuse; même l'agaçant phonographe
+du gendarme prussien a cessé de moudre ses airs patriotiques. Un chien
+aboie. Un autre, plus loin, lui répond. Dans les jardinets qui bordent
+la route, les lucioles brillent et jouent «à imiter les étoiles». Au
+loin, un coup sourd éclate dans l'air; c'est le canon de Bitche, où
+d'incessantes manoeuvres nocturnes tiennent la garnison en éveil...
+Quelquefois une détonation plus sourde, plus lointaine encore, lui fait
+écho; elle vient de l'autre côté de la frontière... D'une ruelle
+débouche une petite lumière vacillante et la voix fêlée du veilleur de
+nuit égrène lentement son appel. Une seule fenêtre est éclairée: c'est
+celle du père Vetter. On lui a rapporté de Nancy quelques journaux, de
+ces journaux interdits en Alsace parce qu'ils feraient aimer la France.
+Autour de la lampe, quelques paysans sont réunis, et le vieil
+instituteur traduit, explique. Il parle de l'armée française, des
+aviateurs, des peuples des Balkans qui ont enfin retrouvé leur patrie.
+Et, dans la nuit, sa lampe est la seule lumière qui brille dans mon
+village...»</p>
+
+<p>L'âme d'Erckmann et de Chatrian n'est point morte. Elle vit, ardente,
+irritée, rajeunie, dans la vérité expressive et très artiste de ces
+pages d'album et dans la saveur simple de ce texte que fleuronnent
+symboliquement des petits soldats d'Epinal.</p>
+
+<p class="rig">ALBERIC CAHUET.</p><br><br>
+
+<h4>LE VÉLO TORPILLE</h4>
+
+<p>On connaît la théorie de l'entraînement à bicyclette. Elle repose sur ce
+fait qu'un objet en mouvement un peu rapide (cycliste, voiture
+automobile, écran, etc.) laisse derrière lui un sillage, une zone où la
+pression de l'air se trouve légèrement réduite, pendant un instant très
+court. Si un autre objet, marchant à la même vitesse que le premier, se
+trouve dans le sillage en question, il n'éprouvera donc qu'une
+résistance réduite et pourra maintenir sa vitesse au prix d'un travail
+sensiblement plus faible. Il résulte de là qu'à travail égal un cycliste
+avec entraîneur marchera beaucoup plus vite qu'un cycliste sans
+entraîneur; c'est ainsi que le record de l'heure à bicyclette avec
+entraîneur dépasse actuellement 100 kilomètres tandis qu'il dépasse à
+peine 43 kilomètres sans entraîneur.</p>
+
+<p>Dans ces conditions, on s'est depuis longtemps demandé si l'on ne
+pourrait pas augmenter la vitesse du cycliste en munissant sa machine
+d'un écran ou coupe-vent qui réduirait pour lui la résistance de l'air.
+Au premier abord, ce procédé rappelle quelque peu celui de Gribouille
+disposant à l'avant de sa bicyclette un aimant puissant chargé d'attirer
+cette dernière, mais le procédé est, en réalité, moins absurde qu'il
+n'en a l'air. Il suffit en effet de construire un écran qui éprouve de
+la part de l'air une résistance moins grande que le cycliste lui-même.
+Or, en théorie, rien n'est plus facile et, dès 1892 ou 1893, on vendait
+chez les fabricants d'accessoires un coupe-vent en mica que l'on fixait
+au guidon de la bicyclette et qui avait pour mission <i>d'abriter</i> le
+cycliste.</p>
+
+<p>Ce coupe-vent n'a donné au reste aucun résultat parce que, d'une part,
+il était insuffisamment rigide, et se déformait en marche et, d'autre
+part, il donnait naissance à des remous arrière entièrement nuisibles.</p>
+
+<p>Les fabricants de coupe-vent pour bicyclette firent donc rapidement
+faillite et le coupe-vent individuel fut enterré pour une vingtaine
+d'années.</p>
+
+<p>La question n'était cependant pas insoluble et un jeune ingénieur à
+peine sorti du régiment vient de la reprendre avec un succès complet.</p>
+
+<p>Il lui a suffi de remédier aux deux inconvénients signalés en
+construisant un coupe-vent indéformable derrière lequel un prolongement
+convenablement tracé empêche la formation de remous nuisibles. En fait,
+le coupe-vent de jadis est devenu une sorte de gros oeuf allongé dans
+lequel le cycliste est enfermé et qui marche le gros bout en avant.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/013a.png"><br>Le vélo torpille de M. Bunau-Varilla, vu à l'arrêt
+(entr'ouvert) et en course.</p>
+
+<p>Une pareille forme étonne au premier abord, et cependant c'est celle que
+le calcul et l'expérience s'accordent pour proclamer la meilleure.</p>
+
+<p>C'est celle du projectile de moindre résistance de d'Alembert, de
+Piobert et de Dreyse. C'est celle des poissons et des oiseaux modelés
+par une longue série de siècles; c'est celle enfin des ailes de nos
+aéroplanes modernes. En un mot, c'est la forme en toupie avec proue
+camuse, et poupe effilée.</p>
+
+<p class="lef"><img alt="" src="images/013b.png"></p>
+
+<p>La difficulté était jadis fort grande de construire avec une légèreté
+suffisante un capot de ce genre. Mais cette difficulté a disparu pour
+nos constructeurs d'aéroplanes.</p>
+
+<p>Imaginez, en effet, une carcasse en bois courbé extrêmement rigide dont
+le profil est celui d'un oeuf à petit bout pointu; l'avant est recouvert
+de feuilles transparentes de celluloïd et le reste d'une étoffe
+parfaitement lisse et fortement tendue.</p>
+
+<p>Le tout est fixé à la bicyclette par une armature en tubes d'acier, ne
+laissant visibles et exposés à la résistance de l'air que les pieds et
+les tibias du cycliste.</p>
+
+<p>Tel est le <i>vélo torpille</i> Etienne Bunau-Varilla.</p>
+
+<p>Cet appareil, parfaitement conçu au point de vue théorique et dont la
+forme tient le milieu entre le projectile de Piobert et celui de Dreyse,
+paraît donner au point de vue pratique des résultats tout à fait
+remarquables. C'est ainsi que le coureur Berthet a pu abaisser à une
+minute deux secondes quatre cinquièmes le record de durée du kilomètre
+qui était jusqu'ici d'une minute dix secondes trois cinquièmes,
+c'est-à-dire qu'il a pu passer de la vitesse de 50 kil. 992 à l'heure à
+la vitesse de 57 kil. 325. Il est donc arrivé à ce résultat quelque peu
+paradoxal au premier abord d'augmenter sa vitesse horaire de près de 5
+kil. 1/2 en ajoutant à sa machine une carrosserie dont le poids n'est
+pas négligeable; ajoutons que du même coup il s'est mis à l'abri de la
+pluie, du soleil et de la poussière.</p>
+
+<p class="rig">SAUVEROCHE.</p><br><br>
+
+<h3>DOCUMENTS et INFORMATIONS</h3>
+
+<h4>LE FROMAGE DE SAINT-MARCELLIN.</h4>
+
+<p>La «tomme» de Saint-Marcellin qui ne fut pendant longtemps qu'un fromage
+local, si pareille expression peut être employée, est aujourd'hui
+appréciée dans la France entière où, depuis quelques années surtout,
+elle a conquis une place honorable en même temps que des débouchés
+relativement importants. Son écoulement commercial étant facile, son
+rayon de fabrication s'est rapidement étendu, si bien qu'à l'heure
+actuelle on trouve sur les marchés beaucoup de Saint-Marcellin qui n'ont
+pas été fabriqués avec le lait de chèvre récolté dans les pâturages
+escarpés de Saint-Vérand, de Murinais, de Chènevières ou des communes
+limitrophes. L'accueil hostile que l'idée des délimitations agricoles a
+rencontré presque partout rend inacceptable <i>a priori</i> l'hypothèse d'une
+réglementation ayant pour but d'empêcher les commerçants de se procurer
+à leur convenance les tommes dont ils ont besoin pour leur clientèle.
+Par contre, il serait absolument équitable de ne pas laisser mettre en
+vente sous le nom de «tomme de Saint-Marcellin» des produits qui, au
+lieu d'être exclusivement fabriqués avec du lait de chèvre, le sont avec
+un mélange de laits différents dans lequel le lait de vache entre
+souvent pour une très forte proportion.</p>
+
+<p>Les producteurs intéressés viennent de soumettre leurs doléances au
+ministère de l'Agriculture. Ils demandent qu'il soit désormais défendu
+de vendre pour du Saint-Marcellin des tommes dans la composition
+desquelles le lait de chèvre n'a pas exclusivement figuré; dans le cas
+contraire, la dénomination de Saint-Marcellin devrait être
+rigoureusement interdite et remplacée par celle de «Saint-Marcellin
+imitation». Cette réclamation sera certainement admise, les
+consommateurs ayant le droit absolu de savoir très exactement à quoi
+s'en tenir sur la nature des fromages qu'ils achètent.</p>
+
+<h4>UNE CAUSE CURIEUSE D'INTOXICATION SATURNINE.</h4>
+
+<p>C'est chose bien connue de tous que l'on peut garder dans le corps des
+balles ou du plomb de chasse, pendant des années, pendant toute sa vie
+même, sans inconvénient. En bien des cas le chirurgien préfère laisser
+la balle et les plombs, là où ils sont, dans l'épaisseur des muscles, du
+moment où il n'y a pas nécessité absolue d'aller les chercher.</p>
+
+<p>Il arrive pourtant que le plomb, à la longue, détermine des effets
+fâcheux. Le docteur Roux, de Brignoles, a observé un cas de ce genre. Un
+colonial, qui a reçu, il y a vingt ans, une balle de revolver, est pris
+d'accidents divers: nausées, constipation opiniâtre, coliques, anémie:
+bien que le liséré gingival symptomatique manque, il croit avoir la
+colique de plomb, et l'attribue à sa balle dont il désire être
+débarrassé.</p>
+
+<p>Il en est fait ainsi, et la guérison est parfaite. Ce qui est curieux,
+c'est le temps que la balle a mis à devenir intoxicante. Le fait est
+d'ailleurs connu. Mais on ne l'explique pas. Faut-il supposer quelque
+altération du plomb s'opérant à la longue à l'humidité et à la chaleur?
+D'autre part, on voit les accidents saturnins se produire aussi au bout
+d'un temps très court, un an ou deux seulement. En tout cas il faut
+qu'on sache que le plomb sous la peau expose au saturnisme, même s'il
+est en quantité très faible: deux ou trois grains.</p>
+
+<h4>LA POPULATION DE LA FRANCE.</h4>
+
+<p>Pendant le premier semestre de 1913, l'excédent des naissances sur les
+décès n'a été que de 11.004 unités, au lieu de 14.712 pendant les six
+premiers mois de l'année précédente.</p>
+
+<p>Cette diminution s'est produite malgré un relèvement assez notable du
+nombre des naissances au cours du semestre: 387.512 naissances au lieu
+de 378.807 pendant la période correspondante de 1912.</p>
+
+<p>Mais cet accroissement de 8.705 naissances n'a pas suffi à compenser
+l'augmentation du nombre des décès, 376.508 au lieu de 364.635, soit
+11.873 décès de plus.</p>
+
+<p>Le nombre des mariages, 154.069, est en recul sur celui du 1er semestre
+1912, 158.861, mais reste encore supérieur à celui du semestre
+correspondant de 1911, 153.931.</p>
+
+<p>Le nombre des divorces marque un nouvel accroissement: 7.550 au lieu de
+6.932.</p>
+
+<h4>LE NOMBRE DES ÉTOILES.</h4>
+
+<p>On a souvent discuté sur le nombre probable des étoiles, et les divers
+chiffres avancés ne sauraient avoir qu'une valeur assez relative, comme
+le prouvent les écarts considérables que présentent les calculs des
+astronomes. Après beaucoup d'autres, un astronome anglais, M. Tucker, a
+étudié cette troublante question, et il arrive à des conclusions
+intéressantes.</p>
+
+<p>Le nombre des étoiles qu'on peut voir à l'oeil nu au-dessus de l'horizon
+ne dépasse guère 2.000, mais on s'accorde à admettre qu'il existe
+environ 40 millions d'étoiles visibles dans les instruments, soit une
+moyenne de mille étoiles par degré carré de la voûte céleste. Ces
+étoiles varient de la grandeur 1 à la grandeur 16. Si l'on ajoute les
+étoiles des 17e, 18e et 19e grandeur, qui, tout en étant invisibles,
+impressionnent la plaque photographique, on arrive à 100 millions.</p>
+
+<p>Quant aux étoiles en croissance qui ne sont pas encore incandescentes,
+ou aux étoiles en décadence qui sont refroidies, on ne possède aucune
+base pour en supputer le nombre.</p>
+
+<p>Il semble en tout cas que le total de 1.000 millions, parfois cité, soit
+exagéré.</p>
+
+<h4>LES VACCINATIONS ANTIRABIQUES EN 1912.</h4>
+
+<p>M. Viala, préparateur à l'Institut Pasteur, vient de faire connaître les
+résultats des vaccinations antirabiques pratiquées à Paris en 1912.</p>
+
+<p>On a traité 395 personnes dont 59 mordues à la tête, 191 aux mains, 145
+aux membres. Aucun décès n'est survenu.</p>
+
+<p>Sur ce nombre, la France a envoyé 377 sujets, le Luxembourg 9, le Maroc
+3, la Roumanie 2, l'Espagne, la Suède, les Etats-Unis, le Dahomey 1.</p>
+
+<p>Comme à l'ordinaire, le département de la Seine tient la tête pour le
+nombre de personnes mordues: 118. Viennent ensuite: Somme, 47;
+Seine-et-Oise, 35; Puy-de-Dôme, 15; Oise, 9; Seine-Inférieure, 8;
+Cantal, Corrèze, Haute-Garonne, Vienne, 7 etc., etc.</p>
+
+<h3>LES THÉÂTRES</h3>
+
+<p>Trois jours avant la représentation de la <i>Belle Aventure</i>, dont nous
+parlons plus haut, M. Georges Berr faisait représenter au théâtre Femina
+une comédie-vaudeville en quatre actes, <i>Un jeune homme qui se tue</i>,
+dont le point de départ est assez analogue, puisque le premier acte de
+l'une et l'autre pièce s'achève sur l'enlèvement d'une mariée, en robe
+blanche et fleurs d'oranger, le matin de ses noces. Mais les deux
+ouvrages n'ont pas d'autre point de ressemblance. <i>Un jeune homme qui se
+tue</i> n'a d'ailleurs rien de funèbre, ainsi que le titre l'aurait pu
+faire craindre; c'est une pièce ingénieuse, aimable, honnête, traitée
+avec beaucoup de grâce et d'esprit et jouée avec une fantaisie de bon
+aloi par Mmes Bertiny et Jane Danjou, et par MM. Polin, Claudius,
+Alerme.</p>
+
+<p>Deux manifestations théâtrales qui ont eu lieu cette semaine méritent
+d'être signalées: ce fut d'abord le premier spectacle de «la Société
+idéaliste» à la salle Villiers, présidé par M. Camille Flammarion; il
+était composé de la <i>Mort de Tintagiles</i>, de M. Maurice Maeterlinck, du
+sixième acte de la <i>Furie</i> de M. Jules Bois, et de <i>Philista</i>, un acte
+en vers de M. Georges Battanchon; les promoteurs de la Société idéaliste
+ont obtenu là le plus complet succès.</p>
+
+<p>Sur la scène du théâtre Léon-Poirier, Mme Valentine de Saint-Point, dans
+un enveloppement de musiques, de lumières et de parfums, a donné une
+séance de sa métachorie ou «danses idéistes» procédant de ses poèmes;
+sans en comprendre absolument la théorie on en a goûté le charme
+bizarre.</p>
+
+<h3>M. ARISTIDE BRIAND A SAINT-ÉTIENNE</h3>
+
+<p><i>L'actualité de la semaine est incontestablement le discours prononcé à
+Saint-Etienne par M. Aristide Briand. Nous publions en première page un
+instantané du grand orateur,--cliché remarquable, malgré le «flou» de
+l'agrandissement, par la ressemblance et l'expression. Notre envoyé
+spécial Gustave Babin, qui était au nombre des auditeurs, nous donne ici
+la physionomie de cette importante manifestation</i>.</p>
+
+<p>Dimanche dernier, M. Aristide Briand, ancien président du Conseil, était
+à Saint-Etienne, au milieu de ses électeurs fidèles. Il venait leur dire
+«dans une sorte de causerie, un compte rendu en famille»--ce fut son
+expression--ce qu'il a fait, pourquoi il l'a fait; enfin leur exposer
+«le véritable caractère de sa politique». Ces comptes rendus de mandats
+vont être, à l'approche des élections, la grosse préoccupation des
+députés sortants, et, pour quelques-uns d'entre eux, sans doute, un
+sujet de grand trouble et d'embarras cuisant. Celui-ci, par-dessus les
+quinze cents têtes tendues vers l'orateur irrésistible, bien au delà des
+murs de cette salle de divertissements où se pressait l'auditoire le
+plus discipliné, le plus attentif que j'aie vu, allait éveiller dans le
+pays entier--plus loin encore--de lointains et profonds échos. En
+réalité, M. Aristide Briand vient de prononcer le discours le plus
+important, le plus décisif, peut-être, de sa carrière politique. Des
+circonstances qu'il n'a point provoquées ont donné à sa parole la portée
+d'un acte courageux, l'ont dressé, comme un chef conscient de son devoir
+et des risques qu'il encourt, à la tête de son parti, en face d'un
+autre.</p>
+
+<p>Quelques jours auparavant, dans un banquet de radicaux-socialistes, M.
+Joseph Caillaux, ministre des Finances dans le nouveau cabinet,
+rappelait à ses commensaux, afin de stimuler leur vigilance autour des
+libertés publiques, des souvenirs de l'histoire de Rome:</p>
+
+<p>«Quand le zèle des citoyens pour la République, disait-il, eut fait
+place à la complaisance de la foule pour les endormeurs qui n'étaient
+d'aucun parti parce qu'ils voulaient les subjuguer tous, quand les
+luttes de principes eurent été remplacées par des conflits de personnes
+et de clientèle, la République romaine ne fut plus qu'un grand corps
+sans âme.»</p>
+
+<p>M. Aristide Briand s'était senti visé. Ces «endormeurs qui...» Il
+n'avait pu douter qu'on n'eût voulu le désigner comme le plus dangereux
+d'entre eux. Une explication sans cordialité, dont les journaux ont
+recueilli les détails, avait eu lieu dans les couloirs du Palais-Bourbon
+entre les deux hommes politiques. M. Aristide Briand n'avait pas
+dissimulé à son adversaire sa résolution arrêtée de ne pas demeurer sous
+le coup d'une attaque assez insidieuse.</p>
+
+<p>--A votre aise! avait répondu M. Caillaux.</p>
+
+<p>M. Aristide Briand a usé sans se piquer de discrétion de la permission
+ainsi octroyée. Car il n'est guère d'hommes que l'instinct de lutte
+soutienne et exalte autant que lui.</p>
+
+<p>Toutefois, pas plus que M. Caillaux ne l'avait nommé au banquet de
+Paris, M. Briand n'a prononcé à la table de Saint-Etienne le nom de
+l'adversaire. Pas une seule fois. C'est «un républicain bien éveillé»;
+c'est «lui»; c'est «le même». Et M. Caillaux ayant déclaré la guerre aux
+«endormeurs», M. Aristide Briand répond en stigmatisant «les
+ploutocrates démagogues».</p>
+
+<p>D'ailleurs, cet esprit si large, si libre, si parfaitement inapte à la
+haine, ne pouvait s'attarder bien longtemps sur le terrain des
+personnalités. Et quand il eut rappelé son rôle dans le passé, retracé
+la droite ligne qu'il s'appliqua toujours à suivre entre la révolution
+et la réaction, les rancunes qu'il s'attira d'un côté, la défiance qu'il
+inspira de l'autre; quand il eut montré qu'il est toujours demeuré le
+même homme en face des mêmes adversaires, il aborda les hautes régions
+de la politique générale, envisageant l'une après l'autre, de son clair
+regard, les graves préoccupations de l'heure, revendiquant avec une
+tranquille vaillance sa part de responsabilités dans les actes de
+gouvernement qu'on a voulu lui imputer à crime et préconisant enfin une
+politique d'idées, large, généreuse, tolérante, qui «mette le
+gouvernement au service de tous les citoyens».</p>
+
+<p>Le souci qui nous a toujours guidés, dans ce journal, de donner le moins
+de place possible à ce qui divise, et notre cadre même ne nous
+permettent pas de suivre, en ses développements, le persuasif orateur.
+Et puis, il faut l'avoir entendu, il faut avoir mêlé ses bravos et ses
+vivats aux applaudissements et aux acclamations qui entrecoupèrent cette
+émouvante harangue, pour comprendre l'impression profonde qu'elle
+produisit; il faut avoir été témoin de l'ovation triomphale qui salua sa
+péroraison pour sentir tout l'invincible sortilège de ce verbe
+incomparable, de cette voix frémissante, tour à tour grave, enfiévrée,
+qui s'indigne, s'attriste, s'enflamme, qui caresse et cingle, chante
+comme la brise marine dans les mâtures et tonne comme l'orage; de ces
+périodes limpides, harmonieuses, que souligne un geste toujours large et
+expressif.</p>
+
+<p>Mais cela, c'est pour l'art. Et la salle du «skating de Bizillon»
+n'enfermait pas beaucoup de dilettantes. On nous a dit, à Saint-Etienne,
+que des curieux, des amateurs de sensations réservées avaient offert
+cent, deux cents francs même de cartes que les «militants» de la
+Fédération républicaine socialiste de la Loire payaient quatre francs.
+Ces délicats se fussent volontiers, par surcroît, résignés aux
+démocratiques plats froids. On déclina, bien entendu, leurs offres
+généreuses...</p>
+
+<p>Il ne demeura donc qu'un auditoire de braves gens devant lesquels un
+honnête homme, leur élu, s'expliqua, parlant pour le pays entier. Et si,
+consciemment ou non, ils furent sensibles à la magie de son prestigieux
+talent, ce qui les dressa, émus au fond du coeur, à la péroraison de son
+inoubliable discours, à la vision évoquée d'une République et d'une
+France unies en «une seule personne radieuse» et accomplissant leurs
+destinées sous «un gouvernement de paix dans l'ordre, de sécurité dans
+toujours plus de liberté et de justice sociale», ce qui les transporta
+d'enthousiasme, c'est la foi qui les pénétrait qu'ils avaient devant eux
+l'homme capable d'avancer l'heure de cet avenir enchanté qu'il leur
+montrait comme une terre promise, c'est la confiance que leur inspirait
+cette âme droite et forte à la hauteur de toutes les grandes tâches.</p>
+
+<p class="rig">GUSTAVE BABIN.</p><br><br>
+
+<h3>MAUVAISE HUMEUR IMPÉRIALE</h3>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/014a.png"><br>Un curieux document supplémentaire sur les suites des incidents de
+Saverne: l'empereur Guillaume quitte brusquement, au milieu d'une
+conversation dans le parc de Donaueschingen, le chancelier de l'empire,
+M. de Bethmann-Hollweg et le comte de Wedel, statthalter
+d'Alsace-Lorraine.</p>
+
+<p>Voici, après les photographies que nous avons publiées dans notre numéro
+du 13 décembre, un bien curieux instantané, qui complète notre
+documentation sur les entretiens de Donaueschingen, d'où sortirent les
+sanctions des incidents de Saverne. C'est encore dans le parc du château
+qu'a été pris ce cliché: l'empereur, qui conversait avec le chancelier,
+M. de Bethmann-Hollweg, et le comte de Wedel, statthalter
+d'Alsace-Lorraine, vient de les quitter brusquement, dans un accès
+d'impatience, et s'éloigne d'un pas rapide, laissant là ses
+interlocuteurs, dont l'attitude semble témoigner de quelque gêne...
+Quelle fut la cause de la mauvaise humeur impériale? A défaut de
+renseignements sur ce point, l'instantané publié ici témoigne que le
+règlement de l'affaire de Saverne n'alla pas sans difficulté. Le
+correspondant qui nous l'envoie ajoute que la reproduction en a été
+interdite, par ordre de la police, en Allemagne.</p>
+
+<h3>FUNÉRAILLES DU CARDINAL RAMPOLLA</h3>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/014b.png"><br>Les funérailles du cardinal Rampolla dans une chapelle de la basilique
+de Saint-Pierre.--<i>Phot. G. Felici.</i></p>
+
+<p>Les funérailles du cardinal Rampolla ont été célébrées à Rome, le
+vendredi de la semaine passée, avec toute la solennité due à un prince
+de l'Eglise. C'est dans la basilique de Saint-Pierre, dont il était
+archiprêtre, qu'a eu lieu le service funèbre; quatorze cardinaux,
+plusieurs évêques, de nombreuses délégations des séminaires, des
+instituts et des collèges catholiques y assistaient, au milieu d'une
+grande affluence. L'absoute a été donnée, après la messe, par le
+cardinal Vincenzo Vannutelli, doyen du Sacré-Collège.</p>
+<br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/015small.png"><br>
+<a href="images/015large.png">(Agrandissement)</a></p>
+<br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/016.png"></p>
+<p><b>Note du transcripteur: Les suppléments ne font pas partie des éditions
+reliées de 26 numéros. Par ailleurs, ils ont été égarés et demeurent
+introuvables dans les éditions hebdomadaires que nous avons utilisées comme
+source de certains numéros.</b></p>
+
+<br><br>
+</div>
+
+
+
+
+
+
+
+
+<pre>
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of L'Illustration, No. 3696, 27 Décembre
+1913, by Various
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLLUSTRATION, NO. 3696, 27 DÉCEMBRE 1913 ***
+
+***** This file should be named 33518-h.htm or 33518-h.zip *****
+This and all associated files of various formats will be found in:
+ http://www.gutenberg.org/3/3/5/1/33518/
+
+Produced by Jeroen Hellingman and Rénald Lévesque
+
+Updated editions will replace the previous one--the old editions
+will be renamed.
+
+Creating the works from public domain print editions means that no
+one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
+(and you!) can copy and distribute it in the United States without
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+things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
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+Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
+and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
+works. See paragraph 1.E below.
+
+1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
+or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
+Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the
+collection are in the public domain in the United States. If an
+individual work is in the public domain in the United States and you are
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+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
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+Foundation
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+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
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+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
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+particular state visit http://pglaf.org
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+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
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+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
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+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including checks, online payments and credit card donations.
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+works.
+
+Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
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+
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+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
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