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You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org + + +Title: L'Illustration, No. 3696, 27 Décembre 1913 + +Author: Various + +Release Date: August 23, 2010 [EBook #33518] + +Language: French + +Character set encoding: ISO-8859-1 + +*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLLUSTRATION, NO. 3696, 27 DÉCEMBRE 1913 *** + + + + +Produced by Jeroen Hellingman and Rénald Lévesque + + + + + + + + +L'Illustration, No. 3696, 27 Décembre 1913 + +[Illustration: Bande dessinée: LA REVUE COMIQUE par Henriot.] + +[Illustration: Frontispice] + +[Illustration: LE DISCOURS DE M. ARISTIDE BRIAND A +SAINT-ETIENNE _D'après un instantané.--Voir l'article, page 538._] + +L'échéance du 31 décembre étant une des plus importantes de l'année, +nous insistons de nouveau très vivement auprès de ceux de nos lecteurs +dont l'abonnement expire à cette date, et qui ne l'ont pas encore +renouvelé, pour qu'ils veuillent bien nous adresser, dans le plus bref +délai, leur souscription pour 1914; ils éviteront ainsi tout retard dans +la réception des prochains numéros. + + +SUPPLÉMENTS DE THÉÂTRE + +_Une grande solennité musicale se prépare pour le Ier janvier 1914: +Parsifal, le chef-d'oeuvre de Richard Wagner, que Bayreuth s'était +jusqu'à présent jalousement réservé, sera représenté, dans notre langue, +en même temps à Paris et à Bruxelles, à l'Opéra et à la Monnaie._ + +_Nous croyons que tous nos lecteurs--et non pas seulement ceux qui +assisteront aux premières représentations françaises de Parsifal--nous +sauront gré de leur offrir, dans le prochain numéro de_ La Petite +Illustration, _une traduction inédite, à la fois respectueuse et claire, +du poème de Wagner, plus célèbre que connu du grand public._ + +_A la liste des pièces nouvelles dont nous avons déjà annoncé la +publication, nous sommes heureux d'ajouter_ La Belle Aventure _de MM. +Gaston de Caillavet, Robert de Flers et Etienne Rey, qui vient +d'obtenir au Vaudeville un immense succès._ + + +COURRIER DE PARIS + +UNE OEUVRE VÉCUE + +M. Jules Claretie a commencé la semaine dernière la publication de ses +_Mémoires_. Voilà bien longtemps, heureusement pour lui--et pour +nous--qu'on les attendait, avec une impatience qui n'était adoucie et +entretenue, au cours des années, que par cette idée, si savoureuse et +remontante, qu'à chaque incident agréable ou difficile de la longue et +belle carrière de l'administrateur de la Comédie-Française, ils +s'augmentaient, s'enrichissaient, se paraient de mille anecdotes +inédites, de traits piquants rajoutés, d'aperçus nouveaux. Ainsi, non +seulement on se réjouissait des joies si nombreuses et des honneurs si +mérités qui advenaient à M. Claretie, mais par une espèce d'égoïsme, +hélas! très humain et irraisonné, on n'était pas trop fâché non plus +quand un petit nuage obscurcissait--pour quelques heures--la sérénité de +son azur, parce qu'on savait d'abord qu'il avait l'habitude et les +moyens de la victoire, et ensuite que l'on se disait: «Oh! Oh! Voilà du +bon sur la planche, pour plus tard, quand ils seront publiés!» Donc, +plus la date de leur mise au jour fuyait, se reculait, plus nous en +étions, d'une certaine façon, assez contents tout de même puisque, +malgré l'épreuve imposée, nous savions tous que nous n'y perdrions pas, +que nous aurions double plaisir, double profit. Ce moment est enfin +venu. Aujourd'hui les Mémoires paraissent. + +On peut affirmer à l'avance et à coup sûr qu'ils seront ce qu'on a +toujours espéré de leur auteur et qu'ils auront un succès considérable. +Nul n'était doué, plus que lui, pour les écrire, avec la conscience et +la certitude qu'en le faisant il accomplissait une mission, à laquelle +il n'avait pas le droit de se dérober. Il semble, au premier instant, +que rien ne soit plus facile que de mettre en hâte chaque soir sur le +papier ce qu'on a vu dans la journée, ou qui vous a été conté... Pour +beaucoup de gens il suffira de se livrer assidûment à ce pensum +quotidien pendant des mois et des années... afin de pouvoir déclarer, +quand il y aura la matière de huit à dix volumes: «Voilà des Mémoires +achevés, et qui ne m'ont coûté aucune peine, qui ont été faits pour +ainsi dire sans s'en apercevoir!» Eh bien, ils se trompent. Si les +Mémoires ont été ainsi abattus, copiés au galop, même sur la vie, +alignés à la six-quatre-deux et bâclés. selon l'expression courante: +_sans s'en apercevoir_,... soyez tranquilles, quand ils paraîtront, _on +s'en apercevra_. Ils pourront contenir des anecdotes, des mots, des +récits, une distraction intermittente, mais ils ne formeront pas ce +tout, homogène et harmonieux, que doivent constituer des Mémoires de +bonne souche, des Mémoires «composés», présentant l'image exacte de la +personne qui les a écrits et celle du temps dans lequel elle a pensé et +s'est promenée. Les Mémoires sont succulents, instructifs et féconds, +quand ils apportent quelque chose de plus que ce qu'ils relatent: +entendez par là une explication, une morale, un enseignement extraits +des réalités. Il y faut d'ailleurs des quantités de dons. + +En premier, celui de la curiosité, de la curiosité poussée à l'extrême, +jamais lasse, jamais assouvie. On peut dire que la caractéristique de +l'esprit et du talent de M. Claretie, c'est la curiosité. Il a été et il +est encore curieux de tout, comme un enfant, comme un jeune homme, comme +un bibelotier, comme un reporter, comme un diplomate, comme un badaud, +comme une femme, comme un collectionneur, comme un médecin, comme tous +les curieux réunis et mis bout à bout. Il est presque aussi curieux dans +ce siècle que le fut à l'avant-dernier La Condamine, qui passait à juste +titre pour l'homme le plus curieux de France. M. Claretie a voulu, sinon +tout connaître parce qu'il était de bonne heure trop renseigné déjà pour +ne pas se rendre compte que cela était impossible, du moins tout +regarder, pour s'en donner une notion et pouvoir la transmettre, ou +l'essayer. Ainsi s'explique-t-on qu'il ait abordé avec une souplesse, +une légèreté et une activité dévorantes tant de genres différents, en +négligeant dans une sorte de bon sens instinctif de se fixer et de +s'enchaîner à aucun. Il était né pour flâner rapidement aux magasins, +aux casiers, aux étalages, à toutes les boutiques de la vie, et il ne +s'est arrêté plus longuement qu'à la plus grande, la plus belle, la plus +amusante et la plus fameuse de toutes qui était un théâtre... un théâtre +d'État. Cette curiosité, charmante, juvénile, fuyante, saccadée, +déréglée, passionnée... j'ai toujours pensé pour ma part qu'elle avait +été «toute la vie» de M. Claretie, qu'il lui devait ses joies les plus +claires, les plus éveillées, et aussi les petits ennuis sérieux qu'il +eut parfois à traverser. C'est elle qui fut la cause de tout. Il a dix +fois, cent fois plus de finesse et d'adresse, et de philosophie aussi, +qu'il n'en faut pour éviter avec maîtrise le moindre accroc, mais, en +présence de la difficulté, aussitôt il s'excite, la curiosité +intervient, précieuse et terrible fée, et poussé par elle il veut voir à +tout prix, _voir ce qui arrivera_... et bien entendu ce qui arrivera +dans le cas le plus aigu, alors il ne se connaît plus... et il entre +résolument dans l'inconnu qui le tente... Eh bien... il ne faut pas +cependant qu'il le regrette aujourd'hui, pas plus que nous ne regrettons +nous-mêmes qu'il ait toujours cédé, même à ses risques et à ses dépens, +aux impulsions dangereuses de cette curiosité à laquelle il était +redevable de trop de délices pour oser la guider, la retenir, ou la +contrecarrer. Sans elle en effet nous n'aurions pas eu les Mémoires en +question et c'eût été grand dommage. Que vont-ils être? Que seront-ils? +Voilà ce que plus d'un s'est demandé. La réponse n'est pas difficile. +Ils seront sur le ton simple et familier des articles, nourris de +documents, que l'auteur de la _Vie à Paris_ a trouvé le moyen, dans une +existence privée de loisirs apparents, d'écrire au _Temps_, avec un +continuel succès, depuis de nombreuses années. C'est dire que M. +Claretie, qui en a tant vu et tant fait voir, nous contera, dans son +aimable style, tous les événements auxquels il a été de près ou de loin +mêlé, qu'il nous retracera en quelque sorte, forcément, l'histoire +littéraire, dramatique--et même çà et là politique--de ces trente +dernières années, et cela, vu de la coulisse, et sans pose aucune ni +prétention, mais à petits coups, en petits morceaux détachés, rappelant +ce qu'est sa conversation abondante, intéressante, brisée, pleine de +courtoises hésitations, de flottements, et de réticences polies qui en +constituent l'indécision, le charme et l'originalité. Il semble en ces +moments s'écouter lui-même au dedans et prendre, avant de l'exprimer et +de la jouer, sa pensée «au souffleur». Il n'y a pas de causeurs plus +agréables, plus sûrs d'eux et plus résolus, sous les dehors de la +modestie et de la timidité. + +Et maintenant, ces _Mémoires_ seront-ils combatifs, révélateurs, +malicieux? L'administrateur d'hier rappellera-t-il, ressortira-t-il, +l'une après l'autre, les circonstances mémorables dans lesquelles, +depuis vingt-huit ans, il eut à prendre tel parti, telle décision, à +faire telle promesse, à la tenir, à en être empêché? Cherchera-t-il à se +justifier de certains griefs, fondés ou non? Dira-t-il _tout_? ou ce +qu'il croit être tout? Sera-t-il amer? vindicatif? ou apaisé, serein? +Voudra-t-il prouver? Plaidera-t-il? Montrera-t-il un homme «nouveau», je +veux dire celui qu'on le sait incapable d'être: un homme amer, aigri, +rancunier, méchant? Pas le moins du monde. Et c'est en cela encore que +M. Claretie, qui a si souvent étonné, dans tous les sens, ses +contemporains pourtant durs à surprendre, les étonnera encore plus par +la publication de ses _Mémoires_. Il les trompera justement au chapitre +des représailles, auxquelles on suppose, bien à tort, qu'il a songé avec +amour. On le connaît mal. Il ne fut jamais, dans ses crises les plus +vives avec les comédiens ou les auteurs, qu'un homme irrité de se voir +partagé entre des intérêts égaux et divers et agacé avec des petites +fureurs de ne pouvoir tout concilier, donner raison à la fois aux deux +partis, satisfaire tout ce qu'il aurait tant voulu ne pas mécontenter: +l'auteur, l'ami, la Maison, le comédien, le Comité, le ministre... et +lui-même... Mais toutes ces secousses n'avaient jamais qu'une origine et +une qualité professionnelles. Le fonds solide des sentiments n'était pas +atteint. + +Va-t-on se figurer, après cela, que M. Claretie fuira dans le récit de +sa vie les instants délicats et épineux? qu'il voudra escamoter les +souvenirs brûlants? Non plus! Et il aura bien raison. Personne ne s'est +jamais imaginé qu'il renoncerait au sourire, à la pointe, à l'humeur +narquoise, au sel de Paris. Nous lui demandons au contraire de garder +jusqu'à la fin, jusqu'à la dernière ligne de ses _Mémoires_, les dons de +fine polémique et d'esprit qui sont les siens. Qu'il ne les retienne +pas. Ils font partie de sa plume, de cette plume toujours en marche et +qui a tant écrit, qu'il aime par-dessus tout et qu'il a, j'en suis sûr, +une allégresse de libre écrivain à reprendre aujourd'hui, sans se plus +gêner en rien, dans le calme, un peu fébrile encore, d'une belle +retraite, au sommet d'une carrière dont il peut, non sans orgueil, +considérer en se retournant l'unique et long parcours... + +HENRI LAVEDAN. + + +[Illustration: M. JULES CLARETIE qui vient de mourir, le 23 décembre, +encore administrateur de la Comédie-Française, et au moment où il +venait de commencer, dans le _Journal_, la publication de ses +_Mémoires.--Photographie prise dans la Galerie des Bustes du +Théâtre-Français_.] + +_La vie a d'étranges hasards. Au moment où, près d'abandonner +l'administration de la Comédie-Française, M. Jules Claretie commençait +dans le Journal la publication de ses Mémoires, notre éminent +collaborateur M. Henri Lavedan avait eu la pensée de lui consacrer ici +un article tout amical et charmant, que nous avions illustré d'une toute +récente, et maintenant bien émouvante photographie. Le funèbre événement +qui, mardi soir, a surpris Paris, donne, hélas! à cette chronique un +surcroît d'actualité que n'avait pu prévoir son auteur._ + +Quand nous parvint la nouvelle de la fin soudaine de M. Claretie, les +dernières pages de ce numéro, qu'il fallait achever avant les fêtes de +Noël, descendaient sous presse. On imprimait «le Courrier de Paris». Nos +lecteurs ont donc, tout vif, à défaut d'une notice nécrologique que nous +ne pouvons songer à improviser à la hâte, l'hommage sincère rendu par M. +Henri Lavedan à son collègue de l'Académie française, à un confrère +qu'il ne s'attendait pas à voir si brusquement disparaître. Ils y +trouveront tous les éléments d'un portrait finement vu, élégamment +campé. Et les plus anciens se rappelleront peut-être--non sans quelque +mélancolie, car c'est bien loin déjà--que des années et des années, à la +place où ils lisent aujourd'hui cet article, celui dont on évoque la +bienveillante physionomie les entretint lui-même, à la semaine la +semaine, d'une plume alerte et souple, des mille et un événements, +grands ou petits, de la vie de Paris et d'ailleurs: le Bastignac de la +vieille _Illustration_, c'était M. Jules Claretie. + + +«LA BELLE AVENTURE» + +[Illustration: Une grand'mère octogénaire personnifiée, au Vaudeville, +par une artiste qui a l'âge du rôle: Mme Daynes-Grassot; à son côté, +Mlle Madeleine Lély.] + +L'un des attraits de cette pièce, qui en a tant d'autres et que ses +trois auteurs, MM. de Caillavet, Robert de Fiers et Etienne Rey ont +parée de tout ce que la grâce la plus tendre, l'esprit le plus brillant, +le talent le plus sûr peuvent produire de mieux achevé, est que l'un des +personnages est une grand'mère--de soixante-quinze ans, avaient d'abord +indiqué les auteurs--de quatre-vingt-un ans, rectifièrent-ils, sur la +demande de leur interprète, Mme Daynes-Grassot, qui avait la coquetterie +de vouloir porter en ce rôle son âge réel... Il n'était pas inutile de +souligner ce détail pour tous ceux, innombrables, qui iront applaudir la +_Belle Aventure_ au Vaudeville et qui ne l'auraient point soupçonné à +voir la souriante vivacité de cette petite vieille en robe de 1851--robe +qu'elle porta à cette époque!--rajeunie à la mode de 1864, presque +toujours en scène pendant le deuxième et le troisième acte et qui met +dans son jeu toute l'adresse experte et la grâce infinie avec laquelle +les auteurs ont conduit leurs scènes et leur dialogue pour faire +applaudir une situation dont on ne s'aperçoit pas qu'elle est un peu +risquée. + +Il n'est, au premier acte, pas un spectateur qui ne souhaite que la +jeune mariée s'évade, fût-ce en sa robe blanche, de l'union sans amour à +laquelle on l'a poussée et parte, avec celui que son coeur a élu, vers +la belle aventure; et, au second acte, si la vieille grand-mère, +recevant les jeunes gens qu'elle croit être déjà, l'un comme l'autre, +ses petits-enfants, bénit leur amour, n'est-ce pas la faute, uniquement, +des circonstances, n'est-elle pas trompée en toute bonne foi,--si bien +qu'au troisième acte, alors qu'elle découvre l'involontaire supercherie +en même temps qu'elle apprend que tout va être réparé, elle ne peut +garder longtemps rancune à sa petite-fille... On a uni, dans les +enthousiastes applaudissements adressés aux auteurs et à cette alerte +doyenne de nos comédiennes, les autres interprètes au premier rang +desquels Mlle Madeleine Lély, MM. Victor Boucher et Capellani. + +[Illustration: M. Albert Besnard. M. di San Giuliano. M. Credaro. M. +Barrère. M. Vicini. M. Casaglia. M. Corrado Ricci. Au ministère de +l'Instruction publique à Rome: la cérémonie de la remise de la Joconde à +l'ambassadeur de France.--_Phot. Robert Vaucher_.] + + +LA «JOCONDE» A ROME + +_Notre correspondant de Rome nous envoie ces intéressants détails sur la +cérémonie de la restitution à la France de la précieuse peinture de +Léonard de Vinci:_ + +Rome, 21 décembre 1913. + +Florence a vu partir hier sa noble hôtesse. Après un court séjour dans +la jolie ville toscane, Monna Lisa a été de nouveau mise entre deux +morceaux de velours rouge, puis elle a pris le chemin de Rome. + +Ce n'était plus en contrebande qu'elle voyageait, mais bien comme une +reine. Pour remplacer le coffre de bois blanc de Perugia on avait +confectionné pour elle une ravissante caissette de noyer, bien +capitonnée, où elle ne risquait pas de s'abîmer. Monna Lisa avait sa +garde d'honneur, composée de M. Corrado Ricci, directeur général des +Beaux-Arts, de M. Poggi, directeur de la Galerie des Offices, et de +plusieurs inspecteurs de police. Tout le long du trajet, le convoi reçut +les honneurs qu'on prodigue à un train royal. Des carabiniers à toutes +les stations et, dans le train, des agents en bourgeois veillaient à la +sécurité de la belle voyageuse. + +A l'arrivée à Rome, hier, M. Casaglia, chef de cabinet du ministre de +l'Instruction publique, attendait à la gare pour recevoir officiellement +le précieux colis que portait M. Ricci lui-même. En passant à l'octroi, +un douanier voulut ouvrir la caisse. «--Cela ne paie pas de droits», lui +répondit-on. «--C'est un objet sans valeur!» s'écria un journaliste. + +La foule, apprenant l'événement, se pressait à la sortie. De tous côtés, +l'on criait: «--Qui est arrivé?--Monna Lisa!» Le public restait bouche +bée, quand il s'apercevait que tous ces honneurs s'adressaient à un +simple coffret de noyer. + +L'automobile portant le tableau et ses chevaliers servants réussit non +sans peine à fendre la foule et arriva au ministère de l'Instruction +publique. Là, en présence du ministre, M. Credaro, la _Joconde_ fut +sortie de son écrin, replacée dans le cadre qu'elle avait à Florence et +exposée dans l'antichambre du ministre, dont la fenêtre donne sur la +place de la Minerve. + +Tous les employés du ministère, en redingote, se pressaient pour voir le +tableau, lorsque le bruit courut que le roi allait venir à son tour +rendre visite à la fille divine du Vinci. Bientôt, le salon d'honneur +est évacué et, accueilli par des applaudissements chaleureux, S. M. +Victor-Emmanuel III offre son hommage admiratif au tableau du grand +maître. Le roi, qui est un ami des arts, a déjà vu plusieurs fois la +Joconde au Louvre et il exprime à MM. Ricci et Poggi le plaisir qu'il a +à contempler de nouveau ce chef-d'oeuvre. Il félicite M. Credaro et ses +collaborateurs pour le zèle qu'ils ont déployé. + +Après le départ du roi, c'est un long défilé de députés, de sénateurs, +de hautes personnalités qui viennent contempler le tableau tant vanté. + +Ce matin, jusqu'à 10 heures, les employés des différents ministères +eurent à leur tour le privilège de venir jeter un rapide coup d'oeil +dans la salle où se trouvait la _Joconde_, encadrée d'huissiers +galonnés. Puis les portes furent fermées. Seuls, quelques privilégiés +allaient être admis à assister à la cérémonie de la remise du tableau à +l'ambassadeur de France, M. Camille Barrère. + +M. Leprieur, conservateur du musée du Louvre, arrive avec M. Corrado +Ricci. J'ai le plaisir de lui présenter M. Poggi, le directeur de la +Galerie des Offices, à qui il exprime le plaisir qu'il eut en apprenant +la découverte de la _Joconde_, «la vraie, ajoute-t-il, puisqu'il n'y a +plus de doute possible». + +M. Leprieur, en effet, a procédé avant la remise du tableau à un examen +minutieux de la Joconde à un point de vue très prosaïque mais dont le +résultat est des plus intéressants. Il prit force mesures, vérifia de +nombreux signes particuliers qu'il avait notés dans l'oeuvre de Léonard +de Vinci, et toutes ses constatations coïncidèrent exactement avec +celles qui avaient été faites au Louvre. Il existe d'ailleurs un dossier +cacheté, déposé chez un notaire parisien, qui contient toutes les +annotations faites sur les particularités du tableau. Dès que Monna Lisa +aura réintégré le musée, on ouvrira ce dossier et l'on procédera à une +dernière vérification qui aura pour conséquence, c'est bien certain, de +dissiper les doutes des sceptiques les plus endurcis. + +[Illustration: Illustration: La _Joconde_ rendue à la France va être +emportée au palais Farnèse.-_Phot. Ch. Abeniacar_.] + +La _Joconde_ a de nouveau été sortie de son cadre, dans le grand salon +d'honneur. M. Ricci la tient debout sur la table, autour de laquelle se +groupent MM. Barrère, ambassadeur de France, di San Giuliano, ministre +des Affaires étrangères; Credaro, ministre de l'Instruction publique; +Vicini, sous-secrétaire d'Etat; Besnard, directeur de l'Académie de +France; Casaglia, chef du cabinet du ministre de l'Instruction publique; +Ollé-Laprune, premier secrétaire de l'ambassade de France; Poggi, +directeur de la Galerie des Offices de Florence. + +M. Credaro prend la parole et, s'adressant à M. Barrère, il lui dit +combien la nation italienne est heureuse de pouvoir restituer à la +nation française, qui donna l'hospitalité et prodigua les honneurs au +Vinci, fils illustre de l'Italie, dans les dernières années de sa vie, +le précieux tableau enlevé aux glorieuses salles du Louvre. «Que Votre +Excellence veuille bien, dit en terminant le ministre, recevoir le +chef-d'oeuvre du grand Florentin comme un gage d'amitié et de solidarité +entre les deux peuples, dans les hautes sphères de l'art et de +l'humanité.» + +M. Camille Barrère prit à son tour la parole. Assez ému, l'ambassadeur, +dans une brillante improvisation, exprima à M. Credaro les sentiments de +reconnaissance de la France pour les procédés si spontanément amicaux du +gouvernement italien, et sa joie de recouvrer enfin le chef-d'oeuvre +d'un homme dont le génie universel a élargi les bornes de l'intelligence +humaine. + +«Je tiens, ajouta M. Barrère, au moment où vous me remettez la _Joconde_ +et où je l'emporte au palais Farnèse, à vous dire combien je suis touché +que ce soit à l'Italie que revienne le privilège de la restituer à la +France.» + +On lit ensuite l'acte de consignation du tableau au gouvernement +français, qui est signé par MM. Credaro, di San Giuliano et Barrère, et +par MM. Vicini, Besnard, Ricci et Poggi comme témoins. + +C'est fait: la _Joconde_ est redevenue française. M. Ricci la replace +avec une délicatesse toute paternelle dans la boîte de noyer, puis, +s'approchant de M. Ollé-Laprune, lui dit en souriant: «Veuillez +constater que c'est bien la _Joconde_ que j'enferme dans cette boîte.» +M. Ollé-Laprune n'a pas de peine à déclarer reconnaître que c'est le +chef-d'oeuvre de Léonard de Vinci qui est dans le coffret dont on lui +remet la clef et, au milieu des conversations amicales, on descend sur +la place où les automobiles attendent les ministres et l'ambassadeur. + +Quelques minutes après, Monna Lisa entre au palais Farnèse et prend +place dans la galerie des Carrache. La première visite qu'elle y reçoit +est celle de S. M. la reine Marguerite, qui, pendant près d'une heure, +s'entretient avec l'ambassadrice et ses quelques invitées. Vers 3 +heures, tous les membres du corps diplomatique, les personnalités de la +colonie française et les notabilités romaines remplissent les salons de +l'ambassade d'un public d'élite, heureux de pouvoir contempler la belle +oeuvre du grand maître florentin. + +Demain, la _Joconde_ restera au palais Farnèse; de mardi à samedi, elle +sera exposée à la galerie Borghèse, puis, dimanche prochain, +probablement, elle partira pour Milan, d'où elle rentrera directement à +Paris. + +ROBERT VAUCHER. + + +DEUX PHOTOGRAPHIES GRANDEUR NATURE PERMETTANT D'IDENTIFIER LA JOCONDE + +[Illustration: Illustration: _CLICHÉ BRAUN et Cie, EXECUTE AU MUSÉE DU +LOUVRE, AVANT LE VOL. Reproduction sans aucune retouche, montrant toutes +les craquelures de la peinture et la trace d'une fente dans le +panneau._] + +[Illustration: Illustration: _CLICHÉ A. BROGI, EXÉCUTÉ AUX OFFICES, A +FLORENCE, LE 17 DÉCEMBRE 1913 Reproduction sans aucune retouche, +montrant toutes les craquelures de la peinture et la trace d'une fente +dans le panneau._] + +[Illustration: Le général Liman von Sanders et les officiers allemands +sortant de la Sublime-Porte.] + + +LES GARDIENS ALLEMANDS DU BOSPHORE + +Il faut le reconnaître, la diplomatie allemande à Constantinople +continue de l'emporter sur toutes les diplomaties de l'Europe. Par son +activité inlassable, par son habileté souple et soutenue, par son +opiniâtreté que rien ne rebute, elle vient de réaliser un nouveau succès +d'influence, mais cette fois un succès tellement exceptionnel, tellement +imprévu, après les déceptions de la guerre, et tellement menaçant aussi +pour tout ce qui n'est ni allemand ni turc, qu'elle en est comme un peu +émue elle-même et qu'elle s'efforce, par des commentaires officieux, +d'en atténuer la portée. Les troupes turques, préparées à l'allemande +avant leurs désastres, reçoivent à nouveau, pour présider à leur +réorganisation, des instructeurs allemands. Mais quels instructeurs! +C'est toute une mission militaire formidable, telle qu'on n'en vit +jamais une semblable dans l'empire d'Osman. Un général chef de corps, un +général major et cinquante officiers sont envoyés à Constantinople. Et +cela ne serait rien encore si le général chef de corps ne recevait un +commandement effectif, s'il n'était mis à la tête des troupes mêmes qui, +en cas de guerre, défendraient la capitale. En d'autres termes, le +général von Sanders, devenu le chef du 1er corps d'armée, se voit +attribuer, par cet emploi, la garde du Bosphore. + +L'événement est grave, «plus grave--a-t-on écrit--que tout ce qui vient +de se réaliser dans les Balkans». L'Europe s'est inquiétée tout de +suite. Mais la Russie devait plus particulièrement et plus violemment +s'émouvoir. Il ne faut pas oublier en effet que le Bosphore est pour la +Russie méridionale la seule voie maritime qui la relie au monde. C'est +par cet étroit couloir qu'elle achemine la plus grande partie de ses +exportations. Un état-major étranger maître des forces militaires de +Constantinople, c'est la Russie embouteillée dans la mer Noire. C'est la +clef de la Méditerranée remise entre des mains allemandes... Contre +cette situation, la Russie a protesté auprès du grand vizir, le 13 +décembre dernier. Les deux autres puissances de la Triple Entente se +sont associées à sa «question» sur les attributions réservées à la +mission allemande. Le grand vizir a répondu aux ambassadeurs que les +attributions du général allemand ne s'étendraient pas à la défense des +Détroits, affirmation diplomatique que contredit, sur le terrain des +réalités, la nature même de l'emploi attribué au général Liman von +Sanders. La Russie ne paraît pas devoir se contenter de cette +déclaration et la discussion reste ouverte. + +... Pendant ce temps, la mission s'installe à Constantinople. Elle y est +arrivée, le 14, habilement, en appareil modeste. Le général von Sanders +et ses officiers portaient la petite tenue des officiers turcs de leur +grade, et l'ambassade allemande n'était pas à la gare. Après avoir été +présenté au grand vizir et reçu par le sultan, le général von Sanders a +pris le commandement du 1er corps d'armée; et le vendredi 19 décembre +les nouvelles autorités militaires allemandes de la capitale ottomane +assistaient au Selamlik. + +[Illustration: Général L. von Sanders. La mission militaire allemande à +Constantinople.--_Photographies Ferid Ibrahim._] + +(Deux pages manquantes.) + +[Illustration: Sous l'oeil de la cliente difficile] + +... deux et trois heures durant, pendant que le Grand Couturier attend +l'inspiration qui ne vient pas toujours... Et c'est l'attente patiente, +les bras nus et levés, tandis que les ciseaux coupent et taillent dans +les bâtis de toile, tandis qu'on épingle, qu'on drape, qu'on découd, +qu'on fait et qu'on défait autour de vous ces premières et incertaines +«fondations» de ce qui doit être une merveille de robe, mieux qu'une +robe: un rêve, un souffle, un rien adorable,--et coûteux... que d'autres +porteront... + + * + * * + +Le matin, les mannequins «passent les robes» devant les commissionnaires +et les courtiers pour l'étranger. C'est une cérémonie agréable. Le +commissionnaire est bon enfant, le plus souvent: et il apporte des +bonbons à ces demoiselles. A-t-on jamais vu qu'une demoiselle n'aimât +point les bonbons?--L'après-midi, il y a l'essayage, la venue des +clientes, les petits travaux de couture... Entre temps, les mannequins +vivent dans une petite pièce qui leur est réservée et qu'elles nomment +le «cagibi». Elles y demeurent, comme aimées au harem, riant, se +reposant, lisant les _Aventures de Ronchonnot_, ou _Zigomar_, jouant aux +cartes, à pigeon vole, ou à se dire la bonne aventure, ou occupées à +rien faire, ce qui est leur distraction la plus usuelle, tandis qu'elles +se racontent sans se lasser leurs confidences ou leurs espoirs, leurs +chagrins d'amour ou moins encore... Et comme on n'est pas faite, quand +on est bien faite, quand on est jeune et jolie, pour rester mannequin +toute sa vie, elles envisagent l'avenir... + +Les plus sages voudraient devenir vendeuses. Mais, pour être vendeuse, +chez le Grand Couturier, il faut parler anglais. Alors, elles vont chez +Berlitz, le soir, en attendant qu'un hasard heureux leur permette de +passer la Manche. Les plus disgraciées aspirent à être employées aux +manutentions. Les plus folles rêvent de théâtre et font des châteaux en +Espagne... Et la venue d'une cliente interrompt tous ces papotages, +toutes ces espérances: + +--Mesdemoiselles, voulez-vous montrer les robes du soir... + +Et la théorie des mannequins, soudain revêtus de brocatelles, de satins, +de soies, de velours, arrive en tanguant, pour «passer»... C'est la plus +jeune d'entre elles, et la plus sage qui passe en premier. Ainsi le veut +la tradition, dans certaines maisons... Ça porte bonheur... + +Alors, derrière elle, elles se mettent à défiler. Et chacune, à part +soi, rêve vaguement au jour bienheureux où elle viendra pour son propre +compte chez le Grand Couturier, et, bien au chaud dans ses fourrures qui +seront à elle, ce jour-là, demandera, comme la riche cliente devant qui +elle passe et qui la regarde, dédaigneuse et difficile, demandera au +patron d'hier, au Grand Couturier soudain respectueux et attentif, qu'on +veuille bien faire passer devant elle ces demoiselles, avec les plus +récentes créations... + +ÉMILE HENRIOT + +[Illustration: Un essayage.] + +[Illustration: +Le président Wilson. Mrs Wilson. M. Francis Bowes Sayre. +Mrs. Francis Bowes Sayre. + +Le mariage de la seconde fille du président Wilson: le groupe des +parents et des demoiselles d'honneur.] + + +UN GRAND MARIAGE AMÉRICAIN + +Le mardi 25 novembre, M. Woodrow Wilson, président de la République des +Etats-Unis, mariait sa seconde fille, miss Jessie Wilson, à M. Francis +Bowes Sayre, professeur de l'Université,--comme le président lui-même. + +Ce fut une cérémonie austère. Pas d'uniformes. Et les membres du corps +diplomatique qu'il avait bien fallu se résigner à convier, quoi qu'en +dût souffrir la modestie, avaient été priés de venir eux-mêmes dans le +plus simple appareil: pas de broderies, pas d'ordres, pas de chamarres! +Quelle leçon sévère pour les prodigues milliardaires et toutes leurs +folies! + +Mais la photographie que nous reproduisons, et qui montre les jeunes +époux au milieu de leurs parents, de leurs demoiselles et garçons +d'honneur, semble révéler encore une autre preuve de l'esprit de +renoncement qui anime et guide le successeur de M. Taft à la Maison +Blanche. Car enfin, dans ce pays où, au dire de juges très compétents, +les beautés féminines abondent, pullulent, on est un peu déçu de ne pas +les voir, à ce mariage, malgré tout illustre, représentées dans +l'entourage immédiat de la mariée par des exemplaires plus +convaincants,--non plus d'ailleurs que l'élégance virile anglo-saxonne +ne l'est dans l'assistance masculine. Le président Wilson doit être +décidément un ascète. + + +AVIATEURS ESPAGNOLS BLESSÉS EN GUERRE + +Les Espagnols, appliqués dans leur zone, comme nous dans la nôtre, à +poursuivre leur oeuvre d'occupation et de pacification, ont établi, à +Tétouan, un parc d'aviation fort bien installé, comme on en peut juger +par la photographie qui en fut prise précisément par l'un des officiers +aviateurs. + +Or, récemment, un de leurs aéroplanes faillit bien tomber aux mains des +Arabes. C'est presque un miracle s'il put échapper à leurs coups. + +Deux officiers le montaient, ayant pour mission d'aller opérer une +reconnaissance dans les environs de la place. Très audacieusement, ils +se tenaient à une faible hauteur, afin, sans doute, de pouvoir procéder +à des constatations plus précises, et ne soupçonnant pas qu'ils +pouvaient être exposés à quelque surprise. Or, ils avaient été aperçus +par une troupe ennemie parfaitement embusquée. + +Des balles sifflèrent autour d'eux, dont ils entendirent le choc mat +contre les ailes. Eux-mêmes furent atteints, l'observateur, le capitaine +Barreiro, très grièvement, au ventre et à la poitrine. + +L'énergique officier fit montre d'un courage surhumain. Encourageant son +compagnon, il l'exhortait à accélérer sa marche, afin de gagner en hâte +le camp, éloigné d'une vingtaine de kilomètres. + +En quelques tours d'hélice, d'ailleurs, ils avaient été hors de la +portée de cette fusillade meurtrière. + +Enfin, ils purent atterrir. Mais le capitaine Barreiro, épuisé par tout +le sang qu'il avait perdu et les efforts qu'il avait faits, semblait +mort. On eut beaucoup de peine à le ranimer. + +On se livra à un examen minutieux de l'appareil. Les sièges +qu'occupaient les deux aviateurs ruisselaient de sang, et des traces de +coups de feu se constataient en divers endroits; les Arabes s'étaient +montrés excellents et sûrs tireurs. C'est la première fois, +croyons-nous, que des officiers sont ainsi blessés en action de guerre. +Aussi le roi Alphonse a-t-il tenu à récompenser sans délai ces +deux vaillants soldats. + +[Illustration: Vue du camp d'aviation de Tétouan.] + +[Illustration: Après le périlleux raid: l'examen des traces des balles +marocaines.] + + +LE ROI CONSTANTIN DE GRÈCE EN FAMILLE + +Après onze mois d'état de guerre qui éloignèrent presque constamment le +roi Constantin de son foyer, la paix de Bucarest, puis celle d'Athènes, +lui ont permis de quitter Salonique et la Macédoine pour reprendre, dans +le petit palais athénien qu'il occupait comme diadoque et dans lequel il +demeure encore actuellement, la simple vie de famille. C'est dans la +petite salle à manger, le _breakfast room_ de la résidence princière de +la rue Hérode l'Attique, qui se trouve derrière le palais royal +d'Athènes, que cette photographie a été récemment prise. Le roi est avec +les siens autour de la table du petit déjeuner du matin. + +A sa droite est la reine Sophie, soeur de l'empereur d'Allemagne. Elle +tient dans ses bras la petite princesse Catherine, âgée d'à peine huit +mois. Cette fillette est l'enfant qui a le plus de parrains au monde. Au +moment de sa naissance, un grand souffle de gloire militaire passait sur +la Grèce. Le roi eut la jolie idée de confier à toute son armée et à +toute sa marine le soin et la faveur du parrainage. Catherine est la +filleule de l'armée grecque et, au cours de la seconde guerre, il +n'était pas rare d'entendre des soldats parler du roi non pas toujours +sous le sobriquet de _Costa fallas_ (Constantin le sabreur), mais sous +celui de _Koumbans_ (le papa de la petite). + +A la gauche du roi est la princesse Hélène, sa fille aînée, âgée de +dix-sept ans. Le second fils du roi, le prince Alexandre, âgé de vingt +ans, est assis à côté de sa soeur et a pour voisin de gauche son frère +Paul (Pavlos), un garçonnet de douze ans qui porte, à la mode anglaise, +très en faveur à la cour d'Athènes, le petit veston et le col d'Eton. A +la droite de la reine est le prince Georges, le diadoque, héritier de la +couronne. Il a vingt-trois ans et a fait, aux côtés de son père, les +deux campagnes. Il fut, de plus, au printemps de cette année, chargé +d'une mission en Epire où la population lui fit le plus émouvant +accueil. Sa jeune soeur, la princesse Irène, qui fêtera en février +prochain son dixième anniversaire, est au bout de la table. + +[Illustration: Le petit déjeuner du matin de la famille royale de Grèce. +De gauche à droite: la princesse Irène, le prince-diadoque Georges, la +reine Sophie tenant dans ses bras la petite princesse Catherine, le roi, +la princesse Hélène, les princes Alexandre et Paul.--_Phot. +Boehringer._] + +Les traditions de simplicité et de grand attachement familial que le +vieux roi Christian IX de Danemark avait imposées à tous ses descendants +sont restées en honneur auprès de son petit-fils et, à Athènes comme à +Copenhague, un peu d'anglomanie (la reine, quoique soeur de Guillaume +II, est la plus fervente admiratrice de tout ce qui vient d'Angleterre) +cherche à masquer certaines influences germaniques. L'empereur +d'Allemagne lui-même est d'ailleurs le premier à n'écrire qu'en anglais +à son beau-frère. + + +L'ÉLECTRICITÉ A BORD DES AUTOMOBILES + +Le dernier Salon de l'Automobile a révélé à ses visiteurs un fait +nouveau: la prise de possession de la voiture par l'électricité. + +Entendons-nous bien tout de suite. Il ne s'agit point du tout d'une +révolution dans le mode de traction de la voiture, de l'avènement, enfin +durable, de la _voiture électrique_. Non. Le moteur à explosions, avec +ses incomparables qualités de puissance, de légèreté, de solidité et +d'économie, demeure maître absolu de tout véhicule qui va sans chevaux +sur les routes. Il s'agit seulement d'une grande amélioration dans le +confort de la voiture: l'automobile a fait mettre l'électricité chez +elle. + +Désormais, en effet, une automobile qui se pique de modernisme ne tolère +plus que, la nuit, la route soit éclairée devant elle autrement que par +l'électricité. Elle ne souffre plus qu'on lance son moteur à la +manivelle; elle le veut mis en marche à l'électricité. C'est +l'électricité qui actionne son avertisseur; qui demain fera mouvoir la +pompe d'air pour les pneumatiques, voire les glaces de la limousine; qui +embrayera, freinera et opérera les changements de vitesses. Voilà donc +bien du nouveau! + +Cette transformation s'accompagne fatalement de quantité d'expressions +nouvelles dont il va falloir que les gens du monde, ou simplement les +gens instruits, connaissent le sens. Nous ne les passerons pas en revue +ici mais s'il plaît aux lecteurs de _L'Illustration_, nous allons faire +sous leurs yeux une analyse sommaire des phénomènes auxquels nous devons +le courant électrique, et nous verrons ainsi les expressions nouvelles +venir à nous familièrement. + +L'électricité apporte à l'automobile le premier bienfait d'un éclairage +quasi parfait. Je ne vanterai pas longuement les avantages de +l'éclairage radieux. Un coup de pouce, et l'on a de la lumière, de la +lumière au point précis où on la désire! Un coup de pouce, et tout +retombe dans les ténèbres! Plus d'allumettes, plus de flamme et de +fumée, plus de liquides sales, plus de préparatifs, et par contre, +vraiment, on a le soleil la nuit! + +Mais ici vous m'arrêtez. Pourquoi n'éclaire-t-on pas les automobiles au +moyen de piles? Les piles sont connues du public et de maniement assez +simple. + +Certes. Mais elles sont fragiles, encombrantes, pesantes, et surtout +elles sont extrêmement onéreuses. La plupart, et les moins mauvaises, +sont des appareils dans lesquels on dissout peu à peu du métal, à la +façon du sucre dans de l'eau, et un métal très cher, le zinc. Laissons +donc les piles aux timides sonneries d'appartements. + +Alors, pourquoi n'éclaire-t-on pas les automobiles au moyen +d'accumulateurs? Nous allons voir qu'en effet la batterie +d'accumulateurs s'impose à notre cas. Mais, si on voulait lui confier la +totalité du service d'éclairage, il faudrait lui donner un volume énorme +dont le poids et l'encombrement seraient prohibitifs. Et puis, leur nom +indique leur défaut: ils ne créent pas du courant, ils ne peuvent que +garder en réserve l'énergie dont on les a gavés. Or, loin de toute usine +électrique, privés des spécialistes qui savent réussir la délicate +opération, comment seraient-ils soumis à une recharge? Il est donc +nécessaire que l'automobile fabrique elle-même, de par son moteur, +l'électricité dont elle a besoin; qu'elle ait à son bord, en réduction, +une petite usine électrique, usine non seulement analogue aux plus +puissantes, mais encore aggravée de complications inconnues à un secteur +de lumière. Ces complications tiennent d'abord aux changements d'allures +si variables d'un moteur d'automobile qui. à tout moment et selon les +difficultés de la route, ralentit ou accélère, et détermine ainsi dans +la source du courant des variations de débit qui vont depuis le +rougeoîment des lampes jusqu'à leur grillade instantanée! Elles tiennent +ensuite aux arrêts mêmes de ce moteur: quand la voiture attend le soir +la sortie d'un théâtre, ou lorsqu'elle est en panne dans la rase +campagne, la nuit, il est indispensable qu'elle ne soit pas plongée dans +les ténèbres bien que le moteur, générateur de son courant, demeure +inanimé. Une batterie d'accumulateurs, mais petite et trapue, nous est +donc indispensable, puisqu'il y a des heures où d'elle seule nous +pouvons attendre du courant. Elle ne fait alors que nous restituer +l'énergie confiée à elle par notre moteur. + +Donc, c'est le moteur de la voiture qui fabrique l'électricité par elle +dépensée. Comment le peut-il faire? Il le fait au moyen de cette machine +admirable qui constitue le seul moyen pratique jusqu'ici trouvé par les +hommes pour faire naître le courant nécessaire à leur éclairage, à leur +locomotion, au transport de la force à distance, etc., et qui s'appelle +une machine _électro-magnétique_. La _dynamo_, qui dorénavant donnera à +nos voitures l'éclairage, et la _magnéto_, qui depuis dix ans fournit à +nos moteurs l'allumage, sont deux soeurs de cette illustre famille. Mots +un peu particuliers qui ne recouvrent cependant que des idées fort +simples, on va le voir. + +Chacun de nous a eu certainement un jour ou l'autre entre les mains un +aimant en fer à cheval (fig. A) et en connaît au moins sommairement les +propriétés. Si l'on jette sur cet aimant de la poussière de fer, de la +limaille très fine, on voit qu'elle s'attache sur lui, en forme de +houpettes très hérissées, à ses deux extrémités qu'on appelle ses +_pôles_. La physique démontre que d'un pôle à l'autre sont, pour ainsi +dire, tendues, invisibles et impalpables, des _lignes de force_, assez +comparables, si l'on veut se contenter de cette image grossière, à des +élastiques extrêmement ténus. + +Or. un aimant nu, en acier, tel que celui-ci. un aimant dit permanent +parce que sa force ne peut pas changer à notre gré, est peu puissant. On +obtient un aimant beaucoup plus fort, à dimensions égales, en prenant du +fer _doux_, c'est-à-dire aussi pur que possible, en entourant le corps +de la pièce, ou bien chacune de ses jambes, d'un grand nombre de tours +de fil de cuivre recouvert de coton, dont on forme une _bobine_, et en +faisant passer dans cette longue et fine canalisation un courant +électrique, celui d'une pile par exemple, qui a pour objet de +l'_exciter_, de lui donner temporairement les propriétés magnétiques On +a ainsi, créé un _électro-aimant_, l'organe-roi de toutes les +applications de l'électricité, depuis la sonnerie jusqu'à la locomotive +électrique, depuis le tramway jusqu'à la télégraphie sans fil. +L'électro-aimant est capable d'un travail beaucoup plus grand que +l'aimant permanent puisqu'il peut donner normalement jusqu'à 20,000 +lignes de force par centimètre carré, alors que son maigre camarade n'en +fournit au maximum que 5,000 à 6,000. + +Ainsi pourvus d'une source importante de magnétisme, livrons-nous à une +petite expérience qui va nous révéler un autre phénomène d'importance +extrême puisque, s'il n'existait pas, aucune des applications +industrielles de l'électricité ne serait elle-même réalisée. + +Prenons un fil de cuivre recouvert de coton (les lignes de force +traversent aisément le coton, alors que le courant électrique est arrêté +par lui). Faisons de ce fil une boucle que nous tenons entre le pouce et +l'index, et attachons ses deux bouts à un galvanomètre, appareil qui +nous dira ce qui va se passer dans ce fil. + +Plaçons vivement la boucle ou _spire_ en plein dans les lignes de force +(fig. B). L'aiguille du galvanomètre a bougé; puis elle est tout de +suite revenue à l'immobilité. Retirons la spire hors des lignes de +force: j'aiguille a encore bougé, puis est revenue à zéro. + +Nous en concluons avec raison ceci: chaque fois que nous avons, au moyen +de notre spire, coupé les lignes de force de l'électro-aimant, et +seulement au moment précis où nous les coupions, un courant électrique +s'est produit dans cette spire, y a été _induit_, pour parler le langage +technique. C'est, en effet, l'énergie mécanique de notre main qui s'est +transformée en énergie électrique. + +Si peu de travail s'est mué en courant. Quelle abondance d'électricité +n'obtiendrons-nous pas quand nous demanderons au moteur de notre voiture +de se substituer à nous pour déplacer la spire dans le champ magnétique! + +Mais comment le moteur s'y prendra-t-il pour effectuer ces coupures +extrêmement rapides des lignes de force? Au lieu de présenter et de +retirer la spire aux lignes de force, nous la ferons tourner au milieu +d'elles, tout simplement. A cet effet, nous prendrons un axe en fer, +terminé par une portée à chaque bout afin qu'il puisse prendre sur +lui-même un mouvement de rotation; nous bobinerons sur lui un grand +nombre de tours de fil, afin que le courant produit soit, plus puissant, +et nous chargerons le moteur de faire, au moyen d'un engrenage, tourner +très rapidement cet _induit_. Si nous mettons aux extrémités de ce +bobinage une lampe, elle s'éclairera tant que l'induit tournera (fig. +C). + +Voici donc constituée, par un électro-aimant et par un induit qui tourne +entre ses masses polaires, une dynamo. Mais tout aussitôt les +difficultés d'application commencent. + +Tout d'abord le courant qui est produit de la sorte est du courant +_alternatif_, c'est-à-dire (je ne puis en donner les raisons ici) qu'il +va de droite à gauche pendant un demi-tour de l'induit, et de gauche à +droite pendant l'autre demi-tour. La lampe électrique s'en accommode +fort bien, mais le personnage désagréable dont la présence dans notre +jeu est inévitable, je l'ai montré, la batterie d'accumulateurs, va tout +de suite brouiller nos cartes. Comme elle ne peut supporter le courant +alternatif, elle exige que la dynamo, qui est chargée de la nourrir, ne +lui fournisse que du courant _continu_, un courant qui aille toujours +dans le même sens! Ainsi le constructeur est-il obligé d'installer sur +la dynamo un petit organe supplémentaire, heureusement fort simple, +qu'on appelle un _collecteur-redresseur_, et qui a pour objet de +transformer le courant alternatif de la dynamo en un courant de sens +constant. Les ouvrages spéciaux expliquent le fonctionnement de cet +organe. + +[Illustration: Fig. A.-Aimant permanent et électro aimants.--1. Aimant +permanent (morceau d'acier dur recourbé puis aimanté).--2. +Electro-aimant (morceau de fer entouré d'une longue spirale qui lui +confère les propriétés magnétiques pendant tout le temps qu'elle est +traversée par un courant).--3. On donne aux deux extrémités d'un +électro-aimant une forme appropriée qu'on nomme _masse polaire_; +l'ensemble est l'_inducteur_ de la dynamo.] + +[Illustration: Fig. B.-Expérience schématique montrant qu'un courant est +induit dans le fil aux moments où la spire coupe les lignes de force de +l'inducteur.] + +La seconde difficulté est celle-ci: les accumulateurs cherchent à jouer +un vilain tour à la dynamo. A force de s'emmagasiner dans la batterie, +le fluide électrique prend en quelque sorte du ressort, de la tension, +et, au fur et à mesure que la dynamo envoie aux accumulateurs du +courant, ils cherchent à s'en défaire, c'est-à-dire à le décharger en +elle! Tant que leur tension demeure inférieure à celle de la dynamo, +tout demeure normal, car, de deux courants directement opposés, c'est +évidemment le plus fort qui détermine le sens de courant général Mais si +les accumulateurs l'emportent, même momentanément (et il suffit que le +moteur ralentisse beaucoup, dans une rampe par exemple, pour que le +courant de la dynamo baisse au point de devenir pratiquement nul), ils +ce déchargent, sans cérémonie, dans la dynamo, laquelle est ainsi mise à +mal. + +Donc, ici encore, il a fallu imaginer un organe de sécurité, un +_conjoncteur-disjoncteur_ qui automatiquement fermât la porte au +courant qui veut aller vers la dynamo et l'ouvrît au contraire au +courant qui va vers la batterie; qui, en outre, et toujours +automatiquement, aux moments où la dynamo ne donne aux lampes qu'un +courant trop pauvre pour l'éclairage (ralentissement extrême du moteur), +ou même n'en donne pas du tout (arrêt du moteur), envoyât à ces lampes +le courant des accumulateurs. + +Troisième difficulté. Les accumulateurs sont susceptibles d'acquérir un +maximum de tension connu, qu'ils ne dépasseront jamais, sous peine d'en +être tout désorganisés. Il est donc indispensable que la dynamo se +conforme à ce maximum et ne soit pas capable d'envoyer aux lampes un +courant plus élevé que celui qui peut être fourni par les accumulateurs. +La résistance des lampes est par conséquent déterminée par le nombre +d'accumulateurs qui forment la batterie, et non par la puissance de la +dynamo. Or, comme la dynamo donne un courant de tension d'autant plus +grande qu'elle tourne plus vite, et que le moteur qui l'entraîne peut +parfois l'entraîner à de folles allures, il est indispensable qu'elle +soit assagie, qu'elle comporte un régulateur qui calme soit sa vitesse +soit son excitation, qui la mette «au pas» et protège ainsi les lampes +contre des variations de tension désagréables à la vue, ou contre des +exagérations de courant qui les brûleraient sur-le-champ. Comment cette +régulation peut-elle être faite? Je me bornerai à répondre que c'est là +un des points encore où la bataille des constructeurs est le plus +acharnée: sept ou huit procédés sont en présence. + +Le problème de l'éclairage électrique des automobiles présente donc de +singulières difficultés, on le comprend. Il est probablement superflu +que je déclare n'avoir fait ici que l'effleurer à peine. + +Maintenant, pour nous consoler de tant de peines, veut-on bien que nous +fassions une dernière expérience qui, elle, va nous donner une surprise +heureuse? + +Supposons que la dynamo que nous venons de construire soit détachée du +moteur qui l'entraîne pour produire du courant, et qu'elle soit arrêtée. +Relions ses deux balais aux deux bornes de la batterie d'accumulateurs +au moyen de fils: voici tout à coup notre induit qui se met à tourner +follement sur lui-même entre les branches de l'aimant! Il est devenu +moteur. + +En effet, dans une dynamo, les phénomènes sont réversibles: si on lui +donne du mouvement (en faisant tourner son induit). elle rend du courant +elle est _génératrice_; et si au contraire on donne du courant à son +induit, elle rend du mouvement (elle se met à tourner), elle est +_motrice_. + +Ces observations faites, récapitulons, si vous le voulez bien, les +moyens que l'électricité met ainsi à notre disposition dans une +automobile moderne. Nous avons: + +1. Une source indéfinie de courant, la dynamo. Tant que le moteur de la +voiture tourne, le torrent passe. Qu'en ferons-nous? Nous diviserons ce +torrent en ruisseaux que nous enverrons un peu dans tous les coins de +notre voiture, comme un montagnard avisé détourne en filets l'eau du +torrent pour en arroser ces prairies. Des fils porteront le fluide aux +phares d'autres aux lanternes, un autre au falot réglementaire du numéro +de police d'arrière. Nous profiterons de notre richesse de lumière pour +en apporter un peu à l'intérieur même de notre carrosserie, à un +plafonnier qui permettra à Monsieur de dire, à Madame d'émerveiller les +passants; pour en donner aussi à notre mécanicien qui ainsi surveillera +comme en plein jour le débit de l'huile, l'indicateur de vitesse, ou +même l'ampèremètre et le voltmètre du _tableau_ qui lui disent si sa +petite usine électrique se porte bien; pour lui en donner encore au bout +d'une _baladeuse_ qui, en cas de panne, lui permettra de mettre des +clartés dans les entrailles de sa machine! Enfin, le solde de ce torrent +ainsi réparti sera absorbé par notre caisse d'épargne, notre batterie +d'accumulateurs. + +2. Nous avons à bord cette batterie, qui ne demande qu'à nous rendre le +courant prêté. Elle le met à notre disposition pour trois effets +différents. Par elle, nous pouvons tout d'abord faire de _l'éclairage_, +ainsi que je l'ai démontré. Par elle il nous est loisible ensuite de +faire de la _traction_. Installons un petit moteur électrique auprès du +volant du moteur de la voiture, et envoyons-lui un peu du courant +enfermé dans la batterie: voici ce gros moteur réveillé et lancé! +Construisons un moteur électrique microscopique; munissons-le d'une +petite roue à dents de scie qui vient gratter sur un disque en tôle; +enfermons le tout dans un étui métallique, avec un pavillon qui amplifie +le son... et, lorsqu'un peu du courant de la batterie passera dans ce +moteur lilliputien, le monstre fera entendre son barrissement! Par un +jeu de tout petits moteurs encore, un inventeur a proposé, comme je l'ai +dit, qu'on fît manoeuvrer les glaces. Demain on réalisera de la même +façon des crics et des pompes. + +Par la batterie enfin nous pouvons faire du _chauffage_. On sait qu'un +courant électrique échauffe toujours le fil au travers duquel il passe. +La température ainsi produite est imperceptible si la grosseur et la +longueur du fil sont calculées de telle sorte que le phénomène n'ait +guère lieu; mais, inversement, il est facile de créer au courant une +résistance déterminée qui, pour une valeur donnée, provoquera le simple +échauffement du fil à 40 ou 50 degrés par exemple, ou son incandescence +même; on constituera ainsi un tapis souple pour les pieds de Madame et +un allumoir pour le cigare de Monsieur. + +Tels sont donc les principaux éléments d'une installation d'électricité +dans une automobile de 1914. Quel est maintenant l'avenir? + +L'avenir est hérissé de plus de difficultés que je n'en ai énuméré +encore! Car il s'agit aujourd'hui de simplifier, donc de serrer de plus +près la perfection. La première victime, semble-t-il, sera la petite +magnéto, si fidèle, si timide... Elle allume le moteur: sa soeur la +dynamo ne le fera-t-elle pas aussi bien qu'elle? + +La seconde absorption sera celle du moteur-démarreur: puisque, je l'ai +expliqué, une dynamo est réversible et peut jouer, au gré du conducteur, +le rôle de _génératrice_ ou de _réceptrice_ de courant, pourquoi +continuerait-on à séparer cette double fonction pour la confier à deux +organes distincts? + +Et puis pourquoi la dynamo, à son tour, ne subirait-elle pas une +transformation heureuse? Elle est pesante; or, un organe du moteur à +explosions doit nécessairement être pesant: le volant. Pourquoi la +«dynamo-magnéto-démarreur» ne serait-elle pas muée en volant? Les +services électriques d'une automobile seraient ainsi «condensés» en un +unique organe. + +Mais une forêt de problèmes enchevêtrés sépare encore de cette lueur +lointaine les inventeurs... les inventeurs aux bottes de sept lieues. + +L. BAUDRY DE SAUNIER. + +[Illustration: Fig. C.--Induits schématiques--1. Le fil, guipé de coton +ou de soie, est bobiné un grand nombre de fois sur une pièce en fer +doux, afin que la tension du courant produit soit plus grande; une lampe +attachée à ses deux extrémités pourra recevoir ce courant _alternatif_ +et s'allumer quand l'induit tournera à une vitesse suffisante.--2. La +batterie ne pouvant accepter de courant alternatif, l'induit est muni +d'un collecteur qui, au moyen de balais, _redresse_ le courant +alternatif; la lampe est ainsi alimentée par du courant _continu_ qui +lui vient tantôt de la dynamo, tantôt de la batterie.] + +[Illustration: Fig. D.--Les principales applications du courant +électrique à bord d'une automobile de 1914.] + + +CE QU'IL FAUT VOIR + +PETIT GUIDE DE L'ÉTRANGER A PARIS + +Les petites baraques ont surgi du sol. C'est la floraison miraculeuse +dont, chaque hiver, quatre ou cinq jours avant Noël, Paris donne le +spectacle à ses habitants. Un beau soir, on a quitté le boulevard, sans +se douter de rien; on y revient le lendemain: stupeur! De la Madeleine à +la Bastille, deux alignements presque ininterrompus de maisonnettes en +planches grises couvrent les trottoirs. Cela s'est édifié soudainement, +en une nuit, sans désordre, comme un «déballage» d'articles de Paris que +des mains invisibles auraient posés sur les deux planches inférieures de +quelque interminable étagère... Je dis qu'elles sont en planches grises. +On ne s'en aperçoit pas partout. La Réclame, l'envahissante et +omnipotente Réclame, ne pouvait pas négliger plus longtemps les +«surfaces libres» que lui offraient les dos et les flancs des petites +baraques. Elle s'y est donc abattue sans pitié. Et ces bariolages, cette +polychromie d'affiches achèvent de rendre effarant, vertigineux, +l'encombrement de la Rue! + +Les vieux Parisiens détestent cet encombrement. Les vieux Parisiens +fuiront ces jours-ci le Boulevard et les petites baraques. Je ne saurais +trop recommander aux étrangers de ne pas suivre un tel exemple. Il faut +voir, même en jouant des coudes et en souffrant que, de temps à autre, +un passant vous marche sur les pieds, il faut voir les baraques du Jour +de l'An; et aussi la foule ingénue qui les regarde. Je l'ai dit bien +souvent; rien n'est plus propre à nous renseigner sur l'état d'âme et +sur les goûts d'une foule que son attitude devant les spectacles de la +rue. En observant, sur les boulevards, autour de quels étalages elle +s'arrête de préférence, vous remarquerez que nous n'avons pas cessé +d'aimer l'éloquence, et que le marchand qu'on entoure est, d'abord, le +marchand qui pérore. Le Parisien adore le boniment, et pour peu que de +la bonne humeur et un brin d'esprit assaisonnent ce bavardage en plein +vent--si rude que puisse être la température--il s'arrête; il écoute; il +est conquis. + +Ses «articles» préférés? Toujours les mêmes. Le jouet nouveau, qui fait +rire et qu'actionne quelque mystérieuse mécanique. Car il convient qu'à +l'attrait du comique s'ajoute celui du mystère; et la joie du spectateur +est complète si à cette double séduction se surajoute celle de +l'actualité. (Je n'ai pas besoin de dire que les joujoux aéronautiques +sont, cette année, au premier rang de cette catégorie.) A côté du jouet +mécanique--aéroplane ou pantin--il y a les ustensiles ou les +produits--quels qu'ils soient--dont l'emploi nécessite un peu d'adresse +manuelle et provoque chez le spectateur une surprise. Car nous aimons +l'adresse et nous adorons d'être surpris. Le moule d'où sort une gaufre +instantanément fabriquée est de forme jolie, le pot à colle grâce auquel +une assiette cassée sous nos yeux est reconstituée en trente secondes, +«plus solide qu'auparavant», le taille-crayon nouveau modèle, le +stylographe inversable «à la portée des plus petites bourses», la carte +de visite et le bonbon qu'on voit naître, et tomber, tout fait, de la +machine portative qui les produit,--voilà du plaisir, et de quoi +retenir, ravis et transis, autour des petites baraques, des milliers de +braves gens! + + * + * * + +... A Courbevoie, au coin de la rue de la Montagne; en face du pavillon +vermoulu de la Belle Gabrielle (une ruine qui aurait encore sa beauté... +si on voulait): la grande maison blanche où tant d'artistes, jeunes et +vieux--peintres, comédiens, gens de lettres, sculpteurs--aiment à se +retrouver de temps en temps, parmi des rires et des chants de petits +garçons et de petites filles. C'était fête, il y a quelques jours, dans +cette maison-là. Arbre de Noël! Distribution de cadeaux, de jouets, de +livres. Des récitations, de la musique, un goûter... et des +photographes. Sur les panneaux de marbre blanc qui sont l'unique +décoration du préau couvert où se donne cette fête de famille +s'inscrivent des noms presque tous célèbres dans la littérature et dans +l'art: les noms des bienfaiteurs et des bienfaitrices, des «patrons» de +cette oeuvre généreuse et charmante à laquelle sont attachés deux noms +de femmes: Mme Marie Laurent, Mme Poilpot. _L'Orphelinat des Arts_ +n'accueillait jusqu'en ces dernières années que des fillettes. Il s'est +agrandi. Sous la généreuse inspiration du regretté maître Roty, il a +ouvert ses portes aux petits garçons. Ils sont là une vingtaine +d'orphelins, à côté des fillettes orphelines, si gentilles sous +l'uniforme bleu. Debout sur deux rangs, elles présentaient, l'autre +jour, à la lumière du soleil le double alignement de leurs belles +chevelures tombantes; des chevelures qui ne sont ni trop brunes ni trop +blondes, ni du Nord ni du Midi, mais de cette jolie coloration atténuée, +_moyenne_, de ce châtain clair qui semblait, à distance, compléter +l'uniforme, et l'expression si française des types. Chacun de ces +pupilles est l'enfant d'un artiste disparu, et qui est mort pauvre. Mais +d'autres artistes sont venus qui ont tendu la main à ces infortunés. En +voici plusieurs, hommes et femmes, dont tout Paris connaît les figures. +Ils sont venus fêter Noël à côté de leurs orphelins. Et cela fait, en +vérité, le plus pittoresque, le plus joli pensionnat du monde. Je +signale la maison aux étrangers qui ne la connaissent pas. Elle est +ouverte à toutes les sympathies, et c'est, pourrait-on dire, quelque +chose--dans notre petit monde de la philanthropie parisienne--qui «ne +ressemble à rien». + + * + * * + +Une idée spirituelle: celle d'employer le bassin d'un cirque à une +exposition et à un concours d'engins de sauvetage. + +C'est le Nouveau-Cirque qui a eu cette idée-là. Le concours s'est ouvert +ces jours-ci. Il sera clos dès les premiers jours de janvier. Mais voici +venir la bourrasque de fin d'année, les journées terribles qu'absorbe +l'unique souci de recevoir des étrennes quand on est jeune, et d'en +distribuer, quand on ne l'est plus. Qui de nous aura le temps, durant de +telles journées, d'aller voir une Exposition, quelle qu'elle soit? +Veuillard en fait une, chez Bernheim, qui a beaucoup de succès; les +«Peintres du Paris moderne» en font une aussi, chez Reitlinger; nous +l'avons signalée, en même temps que deux ou trois autres, à qui +l'échéance du Nouvel an va faire un tort immense, pendant une semaine au +moins. «Ce qu'il faut voir», en ce moment? Des étalages... + +Et puis, dès que sera passé le cyclone, il faudra, vous le pensez bien, +se précipiter vers le spectacle qui va, pendant quelques jours, occuper +tout Paris: il faudra aller revoir la _Joconde_. Avouons-le: parmi tant +d'admirateurs, bouleversés d'une joie sincère, beaucoup, sans doute, +verront Monna Lisa pour la première fois. Au Salon Carré, librement +accessible à tous, elle était bien un peu négligée. Mais quoi! la voilà +qui revient après s'être enfuie, et qui nous oblige à payer pour la +voir. Double prestige, auquel nulle curiosité ne résistera! + +UN PARISIEN. + + +AGENDA (27 décembre 1913-3 janvier 1914). + +Concours de poésie.--Le _31 décembre_, clôture du concours des Jeux +floraux du Languedoc. + +Expositions.--Galerie Georges Petit (8, rue de Sèze): la Comédie +humaine. (Clôture le _31 décembre_.)--Société internationale de peinture +et sculpture. (Clôture le _31 décembre_.)--Galerie des Artistes +modernes (19, rue Caumartin): exposition de l'Eclectique.--Salons de +l'Etoile (17, rue de Chateaubriand): oeuvres de Mme Magdeleine +Popelin.--Galerie La Boétie (64 _bis_, rue La Boétie): exposition des +peintres du Paris moderne (jusqu'au _14 janvier_).--Galerie Marcel +Bernheim (2 bis, rue Caumartin): exposition de l'«Art intime». + +Conférences.--Société des Conférences (184, boulevard Saint-Germain): le +7 _janvier_, à 2 h. 1/2, conférence sur _Saint-Simon_ (première de la +série), par M. René Doumic, de l'Académie française.--Le 9 _janvier_ à 2 +h. 1/2 au musée de l'Armée (salle d'honneur): conférence sur la campagne +de 1814, à Lyon et dans les Alpes, par le commandant Perreau. + +Les conférences de la «Revue hebdomadaire», à la salle du Foyer (34, rue +Vaneau), interrompues par les vacances de Noël et du Jour de l'An, +recommenceront le vendredi 9 _janvier_, à 5 heures; à cette date, M. +Pierre Lasserre donnera sa première leçon sur Renan. Viendront ensuite: +le mardi _13_, à 5 heures, la _Charte_, par M. Sabatier; le vendredi +_16_, à 5 h., _Renan_ (2e conférence), par M. Pierre Lasserre; le mardi +_20_, à 5 h., le _Barreau en 1814_, par M. Charles Chenu; le vendredi +_23_, à 5 h., _Renan_ (3e conférence), par M. Pierre Lasserre; le mardi +_27_, à 5 h., _Cuvier_, par M. Ed. Perrier; le vendredi _30_, à 5 h., +_Renan_ (4e conférence), par M. Pierre Lasserre. + +Matinée.--Le 27 _décembre_, à la Comédie-Française, matinée au profit +des pensions de la Comédie-Française. + +Sports.--_Courses de chevaux: 28 et 30 décembre, 1er et 4 janvier_ +Vincennes (trot); le _4 janvier_, Nice (prix de Monte-Carlo).--_Natation_: +au Nouveau-Cirque, jusqu'au _4 janvier_, concours de sauvetage et +d'appareils de sauvetage. + + +LES LIVRES et LES ÉCRIVAINS + +LE VILLAGE DE L'ONCLE HANSI + +Un dessinateur alsacien, également célèbre mais inégalement goûté en +Allemagne et en France, présidait, il y a quinze jours, au grand dîner +officiel de littérateurs français. C'était au lendemain des incidents de +Saverne. Dans l'hommage rendu par la Société des Gens de lettres à +l'«Oncle Hansi», alors précisément qu'on discutait au Reichstag les +définitions du mot «wackes», il n'y avait pas une coïncidence voulue. +Mais la coïncidence existait tout de même et elle parut à ce point +émouvante que, lorsque cet Alsacien, si complètement de sa race, dressa +avec quelque gaucherie sa puissante silhouette--la silhouette de l'ami +Fritz--pour nous parler de l'Alsace, un frisson passa dans la salle du +banquet où s'était fait aussitôt un silence de cathédrale. Hansi, +cependant, nous parlait avec la bonhomie de son accent guttural, +traînant et appuyé. Il nous disait, en souriant, que nous étions, ce +soir-là, présidés par un wackes et même par un «oberwackes» (un survoyou +d'Alsace) comme on l'appelait là-bas. Mais l'esprit de Hansi est un de +ces vieux vins de France qui réchauffent l'âme en mouillant les yeux. Et +quand il parle, quand il écrit ou quand il dessine, le rude et simple et +fin bonhomme de Colmar reste le même, doux et redoutable, avec cet +humour grave qui vous donne une envie de pleurer... + +Hansi, ces derniers jours, n'était point d'ailleurs venu en France +uniquement pour présider un dîner de gens de lettres amis. Il avait été +mandé à Paris pour surveiller l'édition de son nouvel album: _Mon +village_ (1) qui ajoute à son _Histoire d'Alsace_ un admirable chapitre +contemporain. + +Le village de l'oncle Hansi se trouve «non loin de la grande route, du +côté de Wissembourg ou de Niederbronn». Vous vous arrêtez à quelque +petite station fleurie. Devant vous, au bout d'un étroit chemin bordé +d'arbres fruitiers, un vieux clocher pointu s'élance au-dessus des blés +où perce la dentelle des houblons. Et voici des toits qui fument, une +petite place où l'arbre de la liberté verdit encore, une maison d'école +avec son nid de cigogne et son beffroi... Voici des fillettes avec leurs +petites jupes gaies, rouges ou bleues, des jeunes filles «dont la calme +beauté est couronnée d'un large ruban noir». Voici de grands jeunes gens +au vêtement sévère relevé par la vive note rouge du gilet, et voici des +vieux avec, encore, l'ample redingote et le tricorne. Voici les fiancés +qui se promènent, mains unies, les anciens qui causent sur leur porte. +L'air est plein de chants d'oiseaux et de chansons d'enfants. Ne vous +semble-t-il pas que vivre en ce joli village serait tout le bonheur +humain? Oui,... oh! oui... si, tout en haut, au bout de la rue, +n'apparaissait la silhouette pesante et casquée du gendarme... + +Dans le village de l'oncle Hansi, il y a un beau pré où garçonnets et +fillettes jouent à la guerre et régulièrement «mettent en fuite l'ennemi +toujours représenté par les dix enfants du gendarme prussien». + +Dans le village de l'oncle Hansi, il y a deux maîtres d'école: l'un, le +père Vettei est un vieux d'avant la guerre, un vieux en tricorne et en +lévite. Tout le monde l'aime, il assiste à tous les baptêmes, à tous les +mariages et il continue--en cachette--d'apprendre le français aux petits +enfants. L'autre maître, son adjoint, est un jeune instituteur allemand +en veston de drap vert, et qui a toujours à la main une baguette +impitoyable... Et devant l'école, il y a une place où les petits élèves +tirent au sort, avec une plume dans un livre fermé, les petits soldats +de papier imprimés à Epinal. Quelle raillerie si, par malheur, on gagne +un soldat prussien!... + +(1) Edition Fleury, 10 fr. + +Dans le village de l'oncle Hansi, il vient des touristes allemands, en +petit chapeau à plumes et tout habillés de vert, du vert moutarde au +vert épinard, toutes les nuances du vert, sauf le vert espérance. Ils +déballent, à l'auberge, des saucisses, des marmelades, et réclament une +grande cruche de bière pour monsieur et une petite pour le reste de la +famille... Et il y a aussi, parfois, des touristes français, vite +entourés, et qui devraient revenir plus souvent. + +Dans le village de l'oncle Hansi, il y a trois vétérans de l'ancienne +armée française. C'est d'abord le cuirassier Schimmel qui a chargé à +Morsbronn. «Ce jour-là, défendant sa terre et son foyer, il a dû faire +peur à la mort elle-même.» Les deux autres sont l'ex-canonnier à cheval +Georges Becker et l'ancien sergent de voltigeurs Martin Spohr. Tous +trois vont ensemble à la messe avec leurs longues redingotes, pareilles +comme un uniforme, sur lequel est épingle le ruban du souvenir, strié de +deuil et d'espérance. «Ils ne parlent guère pour compenser tous les mots +inutiles que l'on dit ailleurs.» + +Dans le village de l'oncle Hansi, il y a chaque année deux fêtes: l'une, +qui ne compte pas, la fête de l'Empire; et l'autre qui est une grande +joie, la fête patronale, le «Messti». Ce jour-là, c'est, partout, une +active confection de tartes et de gâteaux d'Alsace. Ce jour-là, le +gendarme prussien inspecte la baraque aux pains d'épice pour voir si on +n'y expose pas de mirlitons tricolores... Ah! il y a une troisième fête +que j'oubliais, la fête du 14 juillet. Celle-ci, il est vrai, on la +célèbre hors du village, à Nancy. Mais on y pense beaucoup au village et +il y a toujours des gens de l'endroit, des heureux, des enviés qui s'en +vont assister à la belle revue française de la «division de fer». + +Dans le village de l'oncle Hansi, il y a un veilleur de nuit, le père +Spinner, un ancien artilleur de la garde qui, aujourd'hui encore, pour +faire sa ronde, s'enveloppe dans le vieux manteau d'ordonnance (ces +étoffes françaises sont inusables). Il porte une vieille hallebarde, une +grosse lanterne et une corne pour sonner les incendies. Autrefois, le +père Spinner était un homme très sobre. Mais il a pris une singulière +habitude: chaque fois qu'un gros Zeppelin a subi un de ces accidents +énormes qui ne coûtent la vie à personne, le veilleur entre à l'auberge +et se fait servir un demi-litre de vin. Et c'est ainsi que le père +Spinner est devenu ivrogne. + +Le village de l'oncle Hansi est un joli village dont les maisons riantes +cachent bien des souffrances. Il est l'image de l'Alsace entière et +toute l'Alsace, comme un grand coeur, palpite dans les moindres détails +de cette admirable page qui clôt l'album: + +«... Mon village est endormi; les petits enfants reposent depuis +longtemps et rêvent du prochain arbre de Noël, ou de la revue de Nancy. +Le clocher tout noir se découpe sur le grand ciel étoile; au loin +s'étend le champ de bataille immense et mystérieux et les pierres +blanches, sous lesquelles reposent tant de héros, y mettent quelques +pâles lueurs. La grande rue est silencieuse; même l'agaçant phonographe +du gendarme prussien a cessé de moudre ses airs patriotiques. Un chien +aboie. Un autre, plus loin, lui répond. Dans les jardinets qui bordent +la route, les lucioles brillent et jouent «à imiter les étoiles». Au +loin, un coup sourd éclate dans l'air; c'est le canon de Bitche, où +d'incessantes manoeuvres nocturnes tiennent la garnison en éveil... +Quelquefois une détonation plus sourde, plus lointaine encore, lui fait +écho; elle vient de l'autre côté de la frontière... D'une ruelle +débouche une petite lumière vacillante et la voix fêlée du veilleur de +nuit égrène lentement son appel. Une seule fenêtre est éclairée: c'est +celle du père Vetter. On lui a rapporté de Nancy quelques journaux, de +ces journaux interdits en Alsace parce qu'ils feraient aimer la France. +Autour de la lampe, quelques paysans sont réunis, et le vieil +instituteur traduit, explique. Il parle de l'armée française, des +aviateurs, des peuples des Balkans qui ont enfin retrouvé leur patrie. +Et, dans la nuit, sa lampe est la seule lumière qui brille dans mon +village...» + +L'âme d'Erckmann et de Chatrian n'est point morte. Elle vit, ardente, +irritée, rajeunie, dans la vérité expressive et très artiste de ces +pages d'album et dans la saveur simple de ce texte que fleuronnent +symboliquement des petits soldats d'Epinal. + +ALBERIC CAHUET. + + +LE VÉLO TORPILLE + +On connaît la théorie de l'entraînement à bicyclette. Elle repose sur ce +fait qu'un objet en mouvement un peu rapide (cycliste, voiture +automobile, écran, etc.) laisse derrière lui un sillage, une zone où la +pression de l'air se trouve légèrement réduite, pendant un instant très +court. Si un autre objet, marchant à la même vitesse que le premier, se +trouve dans le sillage en question, il n'éprouvera donc qu'une +résistance réduite et pourra maintenir sa vitesse au prix d'un travail +sensiblement plus faible. Il résulte de là qu'à travail égal un cycliste +avec entraîneur marchera beaucoup plus vite qu'un cycliste sans +entraîneur; c'est ainsi que le record de l'heure à bicyclette avec +entraîneur dépasse actuellement 100 kilomètres tandis qu'il dépasse à +peine 43 kilomètres sans entraîneur. + +Dans ces conditions, on s'est depuis longtemps demandé si l'on ne +pourrait pas augmenter la vitesse du cycliste en munissant sa machine +d'un écran ou coupe-vent qui réduirait pour lui la résistance de l'air. +Au premier abord, ce procédé rappelle quelque peu celui de Gribouille +disposant à l'avant de sa bicyclette un aimant puissant chargé d'attirer +cette dernière, mais le procédé est, en réalité, moins absurde qu'il +n'en a l'air. Il suffit en effet de construire un écran qui éprouve de +la part de l'air une résistance moins grande que le cycliste lui-même. +Or, en théorie, rien n'est plus facile et, dès 1892 ou 1893, on vendait +chez les fabricants d'accessoires un coupe-vent en mica que l'on fixait +au guidon de la bicyclette et qui avait pour mission _d'abriter_ le +cycliste. + +Ce coupe-vent n'a donné au reste aucun résultat parce que, d'une part, +il était insuffisamment rigide, et se déformait en marche et, d'autre +part, il donnait naissance à des remous arrière entièrement nuisibles. + +Les fabricants de coupe-vent pour bicyclette firent donc rapidement +faillite et le coupe-vent individuel fut enterré pour une vingtaine +d'années. + +La question n'était cependant pas insoluble et un jeune ingénieur à +peine sorti du régiment vient de la reprendre avec un succès complet. + +Il lui a suffi de remédier aux deux inconvénients signalés en +construisant un coupe-vent indéformable derrière lequel un prolongement +convenablement tracé empêche la formation de remous nuisibles. En fait, +le coupe-vent de jadis est devenu une sorte de gros oeuf allongé dans +lequel le cycliste est enfermé et qui marche le gros bout en avant. + +Une pareille forme étonne au premier abord, et cependant c'est celle que +le calcul et l'expérience s'accordent pour proclamer la meilleure. + +C'est celle du projectile de moindre résistance de d'Alembert, de +Piobert et de Dreyse. C'est celle des poissons et des oiseaux modelés +par une longue série de siècles; c'est celle enfin des ailes de nos +aéroplanes modernes. En un mot, c'est la forme en toupie avec proue +camuse, et poupe effilée. + +La difficulté était jadis fort grande de construire avec une légèreté +suffisante un capot de ce genre. Mais cette difficulté a disparu pour +nos constructeurs d'aéroplanes. + +Imaginez, en effet, une carcasse en bois courbé extrêmement rigide dont +le profil est celui d'un oeuf à petit bout pointu; l'avant est recouvert +de feuilles transparentes de celluloïd et le reste d'une étoffe +parfaitement lisse et fortement tendue. + +Le tout est fixé à la bicyclette par une armature en tubes d'acier, ne +laissant visibles et exposés à la résistance de l'air que les pieds et +les tibias du cycliste. + +Tel est le _vélo torpille_ Etienne Bunau-Varilla. + +[Illustration: Le vélo torpille de M. Bunau-Varilla, vu à +l'arrêt (entr'ouvert) et en course.] + +[Illustration: Projectiles.] + +Cet appareil, parfaitement conçu au point de vue théorique et dont la +forme tient le milieu entre le projectile de Piobert et celui de Dreyse, +paraît donner au point de vue pratique des résultats tout à fait +remarquables. C'est ainsi que le coureur Berthet a pu abaisser à une +minute deux secondes quatre cinquièmes le record de durée du kilomètre +qui était jusqu'ici d'une minute dix secondes trois cinquièmes, +c'est-à-dire qu'il a pu passer de la vitesse de 50 kil. 992 à l'heure à +la vitesse de 57 kil. 325. Il est donc arrivé à ce résultat quelque peu +paradoxal au premier abord d'augmenter sa vitesse horaire de près de 5 +kil. 1/2 en ajoutant à sa machine une carrosserie dont le poids n'est +pas négligeable; ajoutons que du même coup il s'est mis à l'abri de la +pluie, du soleil et de la poussière. + +SAUVEROCHE. + + +DOCUMENTS et INFORMATIONS + +LE FROMAGE DE SAINT-MARCELLIN. + +La «tomme» de Saint-Marcellin qui ne fut pendant longtemps qu'un fromage +local, si pareille expression peut être employée, est aujourd'hui +appréciée dans la France entière où, depuis quelques années surtout, +elle a conquis une place honorable en même temps que des débouchés +relativement importants. Son écoulement commercial étant facile, son +rayon de fabrication s'est rapidement étendu, si bien qu'à l'heure +actuelle on trouve sur les marchés beaucoup de Saint-Marcellin qui n'ont +pas été fabriqués avec le lait de chèvre récolté dans les pâturages +escarpés de Saint-Vérand, de Murinais, de Chènevières ou des communes +limitrophes. L'accueil hostile que l'idée des délimitations agricoles a +rencontré presque partout rend inacceptable _a priori_ l'hypothèse d'une +réglementation ayant pour but d'empêcher les commerçants de se procurer +à leur convenance les tommes dont ils ont besoin pour leur clientèle. +Par contre, il serait absolument équitable de ne pas laisser mettre en +vente sous le nom de «tomme de Saint-Marcellin» des produits qui, au +lieu d'être exclusivement fabriqués avec du lait de chèvre, le sont avec +un mélange de laits différents dans lequel le lait de vache entre +souvent pour une très forte proportion. + +Les producteurs intéressés viennent de soumettre leurs doléances au +ministère de l'Agriculture. Ils demandent qu'il soit désormais défendu +de vendre pour du Saint-Marcellin des tommes dans la composition +desquelles le lait de chèvre n'a pas exclusivement figuré; dans le cas +contraire, la dénomination de Saint-Marcellin devrait être +rigoureusement interdite et remplacée par celle de «Saint-Marcellin +imitation». Cette réclamation sera certainement admise, les +consommateurs ayant le droit absolu de savoir très exactement à quoi +s'en tenir sur la nature des fromages qu'ils achètent. + + +UNE CAUSE CURIEUSE D'INTOXICATION SATURNINE. + +C'est chose bien connue de tous que l'on peut garder dans le corps des +balles ou du plomb de chasse, pendant des années, pendant toute sa vie +même, sans inconvénient. En bien des cas le chirurgien préfère laisser +la balle et les plombs, là où ils sont, dans l'épaisseur des muscles, du +moment où il n'y a pas nécessité absolue d'aller les chercher. + +Il arrive pourtant que le plomb, à la longue, détermine des effets +fâcheux. Le docteur Roux, de Brignoles, a observé un cas de ce genre. Un +colonial, qui a reçu, il y a vingt ans, une balle de revolver, est pris +d'accidents divers: nausées, constipation opiniâtre, coliques, anémie: +bien que le liséré gingival symptomatique manque, il croit avoir la +colique de plomb, et l'attribue à sa balle dont il désire être +débarrassé. + +Il en est fait ainsi, et la guérison est parfaite. Ce qui est curieux, +c'est le temps que la balle a mis à devenir intoxicante. Le fait est +d'ailleurs connu. Mais on ne l'explique pas. Faut-il supposer quelque +altération du plomb s'opérant à la longue à l'humidité et à la chaleur? +D'autre part, on voit les accidents saturnins se produire aussi au bout +d'un temps très court, un an ou deux seulement. En tout cas il faut +qu'on sache que le plomb sous la peau expose au saturnisme, même s'il +est en quantité très faible: deux ou trois grains. + + +LA POPULATION DE LA FRANCE. + +Pendant le premier semestre de 1913, l'excédent des naissances sur les +décès n'a été que de 11.004 unités, au lieu de 14.712 pendant les six +premiers mois de l'année précédente. + +Cette diminution s'est produite malgré un relèvement assez notable du +nombre des naissances au cours du semestre: 387.512 naissances au lieu +de 378.807 pendant la période correspondante de 1912. + +Mais cet accroissement de 8.705 naissances n'a pas suffi à compenser +l'augmentation du nombre des décès, 376.508 au lieu de 364.635, soit +11.873 décès de plus. + +Le nombre des mariages, 154.069, est en recul sur celui du 1er semestre +1912, 158.861, mais reste encore supérieur à celui du semestre +correspondant de 1911, 153.931. + +Le nombre des divorces marque un nouvel accroissement: 7.550 au lieu de +6.932. + + +LE NOMBRE DES ÉTOILES. + +On a souvent discuté sur le nombre probable des étoiles, et les divers +chiffres avancés ne sauraient avoir qu'une valeur assez relative, comme +le prouvent les écarts considérables que présentent les calculs des +astronomes. Après beaucoup d'autres, un astronome anglais, M. Tucker, a +étudié cette troublante question, et il arrive à des conclusions +intéressantes. + +Le nombre des étoiles qu'on peut voir à l'oeil nu au-dessus de l'horizon +ne dépasse guère 2.000, mais on s'accorde à admettre qu'il existe +environ 40 millions d'étoiles visibles dans les instruments, soit une +moyenne de mille étoiles par degré carré de la voûte céleste. Ces +étoiles varient de la grandeur 1 à la grandeur 16. Si l'on ajoute les +étoiles des 17e, 18e et 19e grandeur, qui, tout en étant invisibles, +impressionnent la plaque photographique, on arrive à 100 millions. + +Quant aux étoiles en croissance qui ne sont pas encore incandescentes, +ou aux étoiles en décadence qui sont refroidies, on ne possède aucune +base pour en supputer le nombre. + +Il semble en tout cas que le total de 1.000 millions, parfois cité, soit +exagéré. + +LES VACCINATIONS ANTIRABIQUES EN 1912. + +M. Viala, préparateur à l'Institut Pasteur, vient de faire connaître les +résultats des vaccinations antirabiques pratiquées à Paris en 1912. + +On a traité 395 personnes dont 59 mordues à la tête, 191 aux mains, 145 +aux membres. Aucun décès n'est survenu. + +Sur ce nombre, la France a envoyé 377 sujets, le Luxembourg 9, le Maroc +3, la Roumanie 2, l'Espagne, la Suède, les Etats-Unis, le Dahomey 1. + +Comme à l'ordinaire, le département de la Seine tient la tête pour le +nombre de personnes mordues: 118. Viennent ensuite: Somme, 47; +Seine-et-Oise, 35; Puy-de-Dôme, 15; Oise, 9; Seine-Inférieure, 8; +Cantal, Corrèze, Haute-Garonne, Vienne, 7 etc., etc. + + +LES THÉÂTRES + +Trois jours avant la représentation de la _Belle Aventure_, dont nous +parlons plus haut, M. Georges Berr faisait représenter au théâtre Femina +une comédie-vaudeville en quatre actes, _Un jeune homme qui se tue_, +dont le point de départ est assez analogue, puisque le premier acte de +l'une et l'autre pièce s'achève sur l'enlèvement d'une mariée, en robe +blanche et fleurs d'oranger, le matin de ses noces. Mais les deux +ouvrages n'ont pas d'autre point de ressemblance. _Un jeune homme qui se +tue_ n'a d'ailleurs rien de funèbre, ainsi que le titre l'aurait pu +faire craindre; c'est une pièce ingénieuse, aimable, honnête, traitée +avec beaucoup de grâce et d'esprit et jouée avec une fantaisie de bon +aloi par Mmes Bertiny et Jane Danjou, et par MM. Polin, Claudius, +Alerme. + +Deux manifestations théâtrales qui ont eu lieu cette semaine méritent +d'être signalées: ce fut d'abord le premier spectacle de «la Société +idéaliste» à la salle Villiers, présidé par M. Camille Flammarion; il +était composé de la _Mort de Tintagiles_, de M. Maurice Maeterlinck, du +sixième acte de la _Furie_ de M. Jules Bois, et de _Philista_, un acte +en vers de M. Georges Battanchon; les promoteurs de la Société idéaliste +ont obtenu là le plus complet succès. + +Sur la scène du théâtre Léon-Poirier, Mme Valentine de Saint-Point, dans +un enveloppement de musiques, de lumières et de parfums, a donné une +séance de sa métachorie ou «danses idéistes» procédant de ses poèmes; +sans en comprendre absolument la théorie on en a goûté le charme +bizarre. + + +M. ARISTIDE BRIAND A SAINT-ÉTIENNE + +_L'actualité de la semaine est incontestablement le discours prononcé à +Saint-Etienne par M. Aristide Briand. Nous publions en première page un +instantané du grand orateur,--cliché remarquable, malgré le «flou» de +l'agrandissement, par la ressemblance et l'expression. Notre envoyé +spécial Gustave Babin, qui était au nombre des auditeurs, nous donne ici +la physionomie de cette importante manifestation_. + +Dimanche dernier, M. Aristide Briand, ancien président du Conseil, était +à Saint-Etienne, au milieu de ses électeurs fidèles. Il venait leur dire +«dans une sorte de causerie, un compte rendu en famille»--ce fut son +expression--ce qu'il a fait, pourquoi il l'a fait; enfin leur exposer +«le véritable caractère de sa politique». Ces comptes rendus de mandats +vont être, à l'approche des élections, la grosse préoccupation des +députés sortants, et, pour quelques-uns d'entre eux, sans doute, un +sujet de grand trouble et d'embarras cuisant. Celui-ci, par-dessus les +quinze cents têtes tendues vers l'orateur irrésistible, bien au delà des +murs de cette salle de divertissements où se pressait l'auditoire le +plus discipliné, le plus attentif que j'aie vu, allait éveiller dans le +pays entier--plus loin encore--de lointains et profonds échos. En +réalité, M. Aristide Briand vient de prononcer le discours le plus +important, le plus décisif, peut-être, de sa carrière politique. Des +circonstances qu'il n'a point provoquées ont donné à sa parole la portée +d'un acte courageux, l'ont dressé, comme un chef conscient de son devoir +et des risques qu'il encourt, à la tête de son parti, en face d'un +autre. + +Quelques jours auparavant, dans un banquet de radicaux-socialistes, M. +Joseph Caillaux, ministre des Finances dans le nouveau cabinet, +rappelait à ses commensaux, afin de stimuler leur vigilance autour des +libertés publiques, des souvenirs de l'histoire de Rome: + +«Quand le zèle des citoyens pour la République, disait-il, eut fait +place à la complaisance de la foule pour les endormeurs qui n'étaient +d'aucun parti parce qu'ils voulaient les subjuguer tous, quand les +luttes de principes eurent été remplacées par des conflits de personnes +et de clientèle, la République romaine ne fut plus qu'un grand corps +sans âme.» + +M. Aristide Briand s'était senti visé. Ces «endormeurs qui...» Il +n'avait pu douter qu'on n'eût voulu le désigner comme le plus dangereux +d'entre eux. Une explication sans cordialité, dont les journaux ont +recueilli les détails, avait eu lieu dans les couloirs du Palais-Bourbon +entre les deux hommes politiques. M. Aristide Briand n'avait pas +dissimulé à son adversaire sa résolution arrêtée de ne pas demeurer sous +le coup d'une attaque assez insidieuse. + +--A votre aise! avait répondu M. Caillaux. + +M. Aristide Briand a usé sans se piquer de discrétion de la permission +ainsi octroyée. Car il n'est guère d'hommes que l'instinct de lutte +soutienne et exalte autant que lui. + +Toutefois, pas plus que M. Caillaux ne l'avait nommé au banquet de +Paris, M. Briand n'a prononcé à la table de Saint-Etienne le nom de +l'adversaire. Pas une seule fois. C'est «un républicain bien éveillé»; +c'est «lui»; c'est «le même». Et M. Caillaux ayant déclaré la guerre aux +«endormeurs», M. Aristide Briand répond en stigmatisant «les +ploutocrates démagogues». + +D'ailleurs, cet esprit si large, si libre, si parfaitement inapte à la +haine, ne pouvait s'attarder bien longtemps sur le terrain des +personnalités. Et quand il eut rappelé son rôle dans le passé, retracé +la droite ligne qu'il s'appliqua toujours à suivre entre la révolution +et la réaction, les rancunes qu'il s'attira d'un côté, la défiance qu'il +inspira de l'autre; quand il eut montré qu'il est toujours demeuré le +même homme en face des mêmes adversaires, il aborda les hautes régions +de la politique générale, envisageant l'une après l'autre, de son clair +regard, les graves préoccupations de l'heure, revendiquant avec une +tranquille vaillance sa part de responsabilités dans les actes de +gouvernement qu'on a voulu lui imputer à crime et préconisant enfin une +politique d'idées, large, généreuse, tolérante, qui «mette le +gouvernement au service de tous les citoyens». + +Le souci qui nous a toujours guidés, dans ce journal, de donner le moins +de place possible à ce qui divise, et notre cadre même ne nous +permettent pas de suivre, en ses développements, le persuasif orateur. +Et puis, il faut l'avoir entendu, il faut avoir mêlé ses bravos et ses +vivats aux applaudissements et aux acclamations qui entrecoupèrent cette +émouvante harangue, pour comprendre l'impression profonde qu'elle +produisit; il faut avoir été témoin de l'ovation triomphale qui salua sa +péroraison pour sentir tout l'invincible sortilège de ce verbe +incomparable, de cette voix frémissante, tour à tour grave, enfiévrée, +qui s'indigne, s'attriste, s'enflamme, qui caresse et cingle, chante +comme la brise marine dans les mâtures et tonne comme l'orage; de ces +périodes limpides, harmonieuses, que souligne un geste toujours large et +expressif. + +[Illustration: Un curieux document supplémentaire sur les suites des +incidents de Saverne: l'empereur Guillaume quitte brusquement, au milieu +d'une conversation dans le parc de Donaueschingen, le chancelier de +l'empire, M. de Bethmann-Hollweg et le comte de Wedel, statthalter +d'Alsace-Lorraine.] + +Mais cela, c'est pour l'art. Et la salle du «skating de Bizillon» +n'enfermait pas beaucoup de dilettantes. On nous a dit, à Saint-Etienne, +que des curieux, des amateurs de sensations réservées avaient offert +cent, deux cents francs même de cartes que les «militants» de la +Fédération républicaine socialiste de la Loire payaient quatre francs. +Ces délicats se fussent volontiers, par surcroît, résignés aux +démocratiques plats froids. On déclina, bien entendu, leurs offres +généreuses... + +Il ne demeura donc qu'un auditoire de braves gens devant lesquels un +honnête homme, leur élu, s'expliqua, parlant pour le pays entier. Et si, +consciemment ou non, ils furent sensibles à la magie de son prestigieux +talent, ce qui les dressa, émus au fond du coeur, à la péroraison de son +inoubliable discours, à la vision évoquée d'une République et d'une +France unies en «une seule personne radieuse» et accomplissant leurs +destinées sous «un gouvernement de paix dans l'ordre, de sécurité dans +toujours plus de liberté et de justice sociale», ce qui les transporta +d'enthousiasme, c'est la foi qui les pénétrait qu'ils avaient devant eux +l'homme capable d'avancer l'heure de cet avenir enchanté qu'il leur +montrait comme une terre promise, c'est la confiance que leur inspirait +cette âme droite et forte à la hauteur de toutes les grandes tâches. + +GUSTAVE BABIN. + + +MAUVAISE HUMEUR IMPÉRIALE + +Voici, après les photographies que nous avons publiées dans notre numéro +du 13 décembre, un bien curieux instantané, qui complète notre +documentation sur les entretiens de Donaueschingen, d'où sortirent les +sanctions des incidents de Saverne. C'est encore dans le parc du château +qu'a été pris ce cliché: l'empereur, qui conversait avec le chancelier, +M. de Bethmann-Hollweg, et le comte de Wedel, statthalter +d'Alsace-Lorraine, vient de les quitter brusquement, dans un accès +d'impatience, et s'éloigne d'un pas rapide, laissant là ses +interlocuteurs, dont l'attitude semble témoigner de quelque gêne... +Quelle fut la cause de la mauvaise humeur impériale? A défaut de +renseignements sur ce point, l'instantané publié ici témoigne que le +règlement de l'affaire de Saverne n'alla pas sans difficulté. Le +correspondant qui nous l'envoie ajoute que la reproduction en a été +interdite, par ordre de la police, en Allemagne. + + +FUNÉRAILLES DU CARDINAL RAMPOLLA + +[Illustration: Les funérailles du cardinal Rampolla dans une chapelle de +la basilique de Saint-Pierre.--_Phot. G. Felici._] + +Les funérailles du cardinal Rampolla ont été célébrées à Rome, le +vendredi de la semaine passée, avec toute la solennité due à un prince +de l'Eglise. C'est dans la basilique de Saint-Pierre, dont il était +archiprêtre, qu'a eu lieu le service funèbre; quatorze cardinaux, +plusieurs évêques, de nombreuses délégations des séminaires, des +instituts et des collèges catholiques y assistaient, au milieu d'une +grande affluence. L'absoute a été donnée, après la messe, par le +cardinal Vincenzo Vannutelli, doyen du Sacré-Collège. + +[Bande dessinée: LES ORIGINES DU TANGO par Henriot.] + +[Illustration: Supplément La Petite Illustration:] + + + + + + + + + + + +End of the Project Gutenberg EBook of L'Illustration, No. 3696, 27 Décembre +1913, by Various + +*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLLUSTRATION, NO. 3696, 27 DÉCEMBRE 1913 *** + +***** This file should be named 33518-8.txt or 33518-8.zip ***** +This and all associated files of various formats will be found in: + http://www.gutenberg.org/3/3/5/1/33518/ + +Produced by Jeroen Hellingman and Rénald Lévesque + +Updated editions will replace the previous one--the old editions +will be renamed. + +Creating the works from public domain print editions means that no +one owns a United States copyright in these works, so the Foundation +(and you!) can copy and distribute it in the United States without +permission and without paying copyright royalties. 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Email contact links and up to date contact +information can be found at the Foundation's web site and official +page at http://pglaf.org + +For additional contact information: + Dr. Gregory B. Newby + Chief Executive and Director + gbnewby@pglaf.org + + +Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation + +Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide +spread public support and donations to carry out its mission of +increasing the number of public domain and licensed works that can be +freely distributed in machine readable form accessible by the widest +array of equipment including outdated equipment. Many small donations +($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt +status with the IRS. + +The Foundation is committed to complying with the laws regulating +charities and charitable donations in all 50 states of the United +States. 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You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org + + +Title: L'Illustration, No. 3696, 27 Décembre 1913 + +Author: Various + +Release Date: August 23, 2010 [EBook #33518] + +Language: French + +Character set encoding: ISO-8859-1 + +*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLLUSTRATION, NO. 3696, 27 DÉCEMBRE 1913 *** + + + + +Produced by Jeroen Hellingman and Rénald Lévesque + + + + + +</pre> + + +<br><br> + +<div class="cont"> + +<h3>L'Illustration, No. 3696, 27 Décembre 1913</h3> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/000small.png"><br> +<a href="images/000large.png">(Agrandissement)</a></p> +<br> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/001a.png"></p> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/001b.png"><br> LE DISCOURS DE M. ARISTIDE BRIAND A SAINT-ETIENNE<br> +<i>D'après un instantané.--Voir l'article, page 538.</i></p> + +<hr class="full"> +<p class="sml"><b>L'échéance du 31 décembre étant une des plus importantes de l'année, +nous insistons de nouveau très vivement auprès de ceux de nos lecteurs +dont l'abonnement expire à cette date, et qui ne l'ont pas encore +renouvelé, pour qu'ils veuillent bien nous adresser, dans le plus bref +délai, leur souscription pour 1914; ils éviteront ainsi tout retard dans +la réception des prochains numéros.</b></p> +<hr class="full"> + +<h4>SUPPLÉMENTS DE THÉÂTRE</h4> + +<p><i>Une grande solennité musicale se prépare pour le Ier janvier 1914: +<b>Parsifal</b>, le chef-d'oeuvre de Richard Wagner, que Bayreuth s'était +jusqu'à présent jalousement réservé, sera représenté, dans notre langue, +en même temps à Paris et à Bruxelles, à l'Opéra et à la Monnaie.</i></p> + +<p><i>Nous croyons que tous nos lecteurs--et non pas seulement ceux qui +assisteront aux premières représentations françaises de <b>Parsifal</b>--nous +sauront gré de leur offrir, dans le prochain numéro de</i> La Petite +Illustration, <i>une traduction inédite, à la fois respectueuse et claire, +du poème de Wagner, plus célèbre que connu du grand public.</i></p> + +<p><i>A la liste des pièces nouvelles dont nous avons déjà annoncé la +publication, nous sommes heureux d'ajouter <b>La Belle Aventure</b> de</i> MM. +Gaston de Caillavet, Robert de Flers et Etienne Rey, <i>qui vient +d'obtenir au Vaudeville un immense succès.</i></p> + +<h3>COURRIER DE PARIS</h3> + +<h4>UNE OEUVRE VÉCUE</h4> + +<p>M. Jules Claretie a commencé la semaine dernière la publication de ses +<i>Mémoires</i>. Voilà bien longtemps, heureusement pour lui--et pour +nous--qu'on les attendait, avec une impatience qui n'était adoucie et +entretenue, au cours des années, que par cette idée, si savoureuse et +remontante, qu'à chaque incident agréable ou difficile de la longue et +belle carrière de l'administrateur de la Comédie-Française, ils +s'augmentaient, s'enrichissaient, se paraient de mille anecdotes +inédites, de traits piquants rajoutés, d'aperçus nouveaux. Ainsi, non +seulement on se réjouissait des joies si nombreuses et des honneurs si +mérités qui advenaient à M. Claretie, mais par une espèce d'égoïsme, +hélas! très humain et irraisonné, on n'était pas trop fâché non plus +quand un petit nuage obscurcissait--pour quelques heures--la sérénité de +son azur, parce qu'on savait d'abord qu'il avait l'habitude et les +moyens de la victoire, et ensuite que l'on se disait: «Oh! Oh! Voilà du +bon sur la planche, pour plus tard, quand ils seront publiés!» Donc, +plus la date de leur mise au jour fuyait, se reculait, plus nous en +étions, d'une certaine façon, assez contents tout de même puisque, +malgré l'épreuve imposée, nous savions tous que nous n'y perdrions pas, +que nous aurions double plaisir, double profit. Ce moment est enfin +venu. Aujourd'hui les Mémoires paraissent.</p> + +<p>On peut affirmer à l'avance et à coup sûr qu'ils seront ce qu'on a +toujours espéré de leur auteur et qu'ils auront un succès considérable. +Nul n'était doué, plus que lui, pour les écrire, avec la conscience et +la certitude qu'en le faisant il accomplissait une mission, à laquelle +il n'avait pas le droit de se dérober. Il semble, au premier instant, +que rien ne soit plus facile que de mettre en hâte chaque soir sur le +papier ce qu'on a vu dans la journée, ou qui vous a été conté... Pour +beaucoup de gens il suffira de se livrer assidûment à ce pensum +quotidien pendant des mois et des années... afin de pouvoir déclarer, +quand il y aura la matière de huit à dix volumes: «Voilà des Mémoires +achevés, et qui ne m'ont coûté aucune peine, qui ont été faits pour +ainsi dire sans s'en apercevoir!» Eh bien, ils se trompent. Si les +Mémoires ont été ainsi abattus, copiés au galop, même sur la vie, +alignés à la six-quatre-deux et bâclés. selon l'expression courante: +<i>sans s'en apercevoir</i>,... soyez tranquilles, quand ils paraîtront, <i>on +s'en apercevra</i>. Ils pourront contenir des anecdotes, des mots, des +récits, une distraction intermittente, mais ils ne formeront pas ce +tout, homogène et harmonieux, que doivent constituer des Mémoires de +bonne souche, des Mémoires «composés», présentant l'image exacte de la +personne qui les a écrits et celle du temps dans lequel elle a pensé et +s'est promenée. Les Mémoires sont succulents, instructifs et féconds, +quand ils apportent quelque chose de plus que ce qu'ils relatent: +entendez par là une explication, une morale, un enseignement extraits +des réalités. Il y faut d'ailleurs des quantités de dons.</p> + +<p>En premier, celui de la curiosité, de la curiosité poussée à l'extrême, +jamais lasse, jamais assouvie. On peut dire que la caractéristique de +l'esprit et du talent de M. Claretie, c'est la curiosité. Il a été et il +est encore curieux de tout, comme un enfant, comme un jeune homme, comme +un bibelotier, comme un reporter, comme un diplomate, comme un badaud, +comme une femme, comme un collectionneur, comme un médecin, comme tous +les curieux réunis et mis bout à bout. Il est presque aussi curieux dans +ce siècle que le fut à l'avant-dernier La Condamine, qui passait à juste +titre pour l'homme le plus curieux de France. M. Claretie a voulu, sinon +tout connaître parce qu'il était de bonne heure trop renseigné déjà pour +ne pas se rendre compte que cela était impossible, du moins tout +regarder, pour s'en donner une notion et pouvoir la transmettre, ou +l'essayer. Ainsi s'explique-t-on qu'il ait abordé avec une souplesse, +une légèreté et une activité dévorantes tant de genres différents, en +négligeant dans une sorte de bon sens instinctif de se fixer et de +s'enchaîner à aucun. Il était né pour flâner rapidement aux magasins, +aux casiers, aux étalages, à toutes les boutiques de la vie, et il ne +s'est arrêté plus longuement qu'à la plus grande, la plus belle, la plus +amusante et la plus fameuse de toutes qui était un théâtre... un théâtre +d'État. Cette curiosité, charmante, juvénile, fuyante, saccadée, +déréglée, passionnée... j'ai toujours pensé pour ma part qu'elle avait +été «toute la vie» de M. Claretie, qu'il lui devait ses joies les plus +claires, les plus éveillées, et aussi les petits ennuis sérieux qu'il +eut parfois à traverser. C'est elle qui fut la cause de tout. Il a dix +fois, cent fois plus de finesse et d'adresse, et de philosophie aussi, +qu'il n'en faut pour éviter avec maîtrise le moindre accroc, mais, en +présence de la difficulté, aussitôt il s'excite, la curiosité +intervient, précieuse et terrible fée, et poussé par elle il veut voir à +tout prix, <i>voir ce qui arrivera</i>... et bien entendu ce qui arrivera +dans le cas le plus aigu, alors il ne se connaît plus... et il entre +résolument dans l'inconnu qui le tente... Eh bien... il ne faut pas +cependant qu'il le regrette aujourd'hui, pas plus que nous ne regrettons +nous-mêmes qu'il ait toujours cédé, même à ses risques et à ses dépens, +aux impulsions dangereuses de cette curiosité à laquelle il était +redevable de trop de délices pour oser la guider, la retenir, ou la +contrecarrer. Sans elle en effet nous n'aurions pas eu les Mémoires en +question et c'eût été grand dommage. Que vont-ils être? Que seront-ils? +Voilà ce que plus d'un s'est demandé. La réponse n'est pas difficile. +Ils seront sur le ton simple et familier des articles, nourris de +documents, que l'auteur de la <i>Vie à Paris</i> a trouvé le moyen, dans une +existence privée de loisirs apparents, d'écrire au <i>Temps</i>, avec un +continuel succès, depuis de nombreuses années. C'est dire que M. +Claretie, qui en a tant vu et tant fait voir, nous contera, dans son +aimable style, tous les événements auxquels il a été de près ou de loin +mêlé, qu'il nous retracera en quelque sorte, forcément, l'histoire +littéraire, dramatique--et même çà et là politique--de ces trente +dernières années, et cela, vu de la coulisse, et sans pose aucune ni +prétention, mais à petits coups, en petits morceaux détachés, rappelant +ce qu'est sa conversation abondante, intéressante, brisée, pleine de +courtoises hésitations, de flottements, et de réticences polies qui en +constituent l'indécision, le charme et l'originalité. Il semble en ces +moments s'écouter lui-même au dedans et prendre, avant de l'exprimer et +de la jouer, sa pensée «au souffleur». Il n'y a pas de causeurs plus +agréables, plus sûrs d'eux et plus résolus, sous les dehors de la +modestie et de la timidité.</p> + +<p>Et maintenant, ces <i>Mémoires</i> seront-ils combatifs, révélateurs, +malicieux? L'administrateur d'hier rappellera-t-il, ressortira-t-il, +l'une après l'autre, les circonstances mémorables dans lesquelles, +depuis vingt-huit ans, il eut à prendre tel parti, telle décision, à +faire telle promesse, à la tenir, à en être empêché? Cherchera-t-il à se +justifier de certains griefs, fondés ou non? Dira-t-il <i>tout</i>? ou ce +qu'il croit être tout? Sera-t-il amer? vindicatif? ou apaisé, serein? +Voudra-t-il prouver? Plaidera-t-il? Montrera-t-il un homme «nouveau», je +veux dire celui qu'on le sait incapable d'être: un homme amer, aigri, +rancunier, méchant? Pas le moins du monde. Et c'est en cela encore que +M. Claretie, qui a si souvent étonné, dans tous les sens, ses +contemporains pourtant durs à surprendre, les étonnera encore plus par +la publication de ses <i>Mémoires</i>. Il les trompera justement au chapitre +des représailles, auxquelles on suppose, bien à tort, qu'il a songé avec +amour. On le connaît mal. Il ne fut jamais, dans ses crises les plus +vives avec les comédiens ou les auteurs, qu'un homme irrité de se voir +partagé entre des intérêts égaux et divers et agacé avec des petites +fureurs de ne pouvoir tout concilier, donner raison à la fois aux deux +partis, satisfaire tout ce qu'il aurait tant voulu ne pas mécontenter: +l'auteur, l'ami, la Maison, le comédien, le Comité, le ministre... et +lui-même... Mais toutes ces secousses n'avaient jamais qu'une origine et +une qualité professionnelles. Le fonds solide des sentiments n'était pas +atteint.</p> + +<p>Va-t-on se figurer, après cela, que M. Claretie fuira dans le récit de +sa vie les instants délicats et épineux? qu'il voudra escamoter les +souvenirs brûlants? Non plus! Et il aura bien raison. Personne ne s'est +jamais imaginé qu'il renoncerait au sourire, à la pointe, à l'humeur +narquoise, au sel de Paris. Nous lui demandons au contraire de garder +jusqu'à la fin, jusqu'à la dernière ligne de ses <i>Mémoires</i>, les dons de +fine polémique et d'esprit qui sont les siens. Qu'il ne les retienne +pas. Ils font partie de sa plume, de cette plume toujours en marche et +qui a tant écrit, qu'il aime par-dessus tout et qu'il a, j'en suis sûr, +une allégresse de libre écrivain à reprendre aujourd'hui, sans se plus +gêner en rien, dans le calme, un peu fébrile encore, d'une belle +retraite, au sommet d'une carrière dont il peut, non sans orgueil, +considérer en se retournant l'unique et long parcours...</p> + +<p class="rig">HENRI LAVEDAN.</p><br><br> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/002.png"><br>M. JULES CLARETIE<br> +qui vient de mourir, le 23 décembre, encore +administrateur de la Comédie-Française, et au moment où il venait de +commencer, dans le <i>Journal</i>, la publication de ses +<i>Mémoires.--Photographie prise dans la Galerie des Bustes du +Théâtre-Français</i>.</p> + +<p><i>La vie a d'étranges hasards. Au moment où, près d'abandonner +l'administration de la Comédie-Française, M. Jules Claretie commençait +dans le Journal la publication de ses Mémoires, notre éminent +collaborateur M. Henri Lavedan avait eu la pensée de lui consacrer ici +un article tout amical et charmant, que nous avions illustré d'une toute +récente, et maintenant bien émouvante photographie. Le funèbre événement +qui, mardi soir, a surpris Paris, donne, hélas! à cette chronique un +surcroît d'actualité que n'avait pu prévoir son auteur.</i></p> + +<p><i>Quand nous parvint la nouvelle de la fin soudaine de M. Claretie, les +dernières pages de ce numéro, qu'il fallait achever avant les fêtes de +Noël, descendaient sous presse. On imprimait «le Courrier de Paris». Nos +lecteurs ont donc, tout vif, à défaut d'une notice nécrologique que nous +ne pouvons songer à improviser à la hâte, l'hommage sincère rendu par M. +Henri Lavedan à son collègue de l'Académie française, à un confrère +qu'il ne s'attendait pas à voir si brusquement disparaître. Ils y +trouveront tous les éléments d'un portrait finement vu, élégamment +campé. Et les plus anciens se rappelleront peut-être--non sans quelque +mélancolie, car c'est bien loin déjà--que des années et des années, à la +place où ils lisent aujourd'hui cet article, celui dont on évoque la +bienveillante physionomie les entretint lui-même, à la semaine la +semaine, d'une plume alerte et souple, des mille et un événements, +grands ou petits, de la vie de Paris et d'ailleurs: le Bastignac de la +vieille</i> Illustration, <i>c'était M. Jules Claretie.</i></p> +<br> +<h3>«LA BELLE AVENTURE»</h3> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/003.png"><br>Une grand'mère octogénaire personnifiée, au Vaudeville, par une artiste +qui a l'âge du rôle:<br> Mme Daynes-Grassot; à son côté, Mlle Madeleine +Lély.</p> + +<p>L'un des attraits de cette pièce, qui en a tant d'autres et que ses +trois auteurs, MM. de Caillavet, Robert de Fiers et Etienne Rey ont +parée de tout ce que la grâce la plus tendre, l'esprit le plus brillant, +le talent le plus sûr peuvent produire de mieux achevé, est que l'un des +personnages est une grand'mère--de soixante-quinze ans, avaient d'abord +indiqué les auteurs--de quatre-vingt-un ans, rectifièrent-ils, sur la +demande de leur interprète, Mme Daynes-Grassot, qui avait la coquetterie +de vouloir porter en ce rôle son âge réel... Il n'était pas inutile de +souligner ce détail pour tous ceux, innombrables, qui iront applaudir la +<i>Belle Aventure</i> au Vaudeville et qui ne l'auraient point soupçonné à +voir la souriante vivacité de cette petite vieille en robe de 1851--robe +qu'elle porta à cette époque!--rajeunie à la mode de 1864, presque +toujours en scène pendant le deuxième et le troisième acte et qui met +dans son jeu toute l'adresse experte et la grâce infinie avec laquelle +les auteurs ont conduit leurs scènes et leur dialogue pour faire +applaudir une situation dont on ne s'aperçoit pas qu'elle est un peu +risquée.</p> + +<p>Il n'est, au premier acte, pas un spectateur qui ne souhaite que la +jeune mariée s'évade, fût-ce en sa robe blanche, de l'union sans amour à +laquelle on l'a poussée et parte, avec celui que son coeur a élu, vers +la belle aventure; et, au second acte, si la vieille grand-mère, +recevant les jeunes gens qu'elle croit être déjà, l'un comme l'autre, +ses petits-enfants, bénit leur amour, n'est-ce pas la faute, uniquement, +des circonstances, n'est-elle pas trompée en toute bonne foi,--si bien +qu'au troisième acte, alors qu'elle découvre l'involontaire supercherie +en même temps qu'elle apprend que tout va être réparé, elle ne peut +garder longtemps rancune à sa petite-fille... On a uni, dans les +enthousiastes applaudissements adressés aux auteurs et à cette alerte +doyenne de nos comédiennes, les autres interprètes au premier rang +desquels Mlle Madeleine Lély, MM. Victor Boucher et Capellani.</p> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/004a.png"><br><span class="sml">M. Albert Besnard. M. di San Giuliano. M. Credaro. M. Barrère. +M. Vicini. M. Casaglia. M. Corrado Ricci.</span><br> +Au ministère de l'Instruction publique à Rome: la cérémonie de la remise +de la Joconde à l'ambassadeur de France.--<i>Phot. Robert Vaucher</i>.</p> + +<h3>LA «JOCONDE» A ROME</h3> + +<p><i>Notre correspondant de Rome nous envoie ces intéressants détails sur la +cérémonie de la restitution à la France de la précieuse peinture de +Léonard de Vinci:</i></p> + +<p>Rome, 21 décembre 1913.</p> + +<p>Florence a vu partir hier sa noble hôtesse. Après un court séjour dans +la jolie ville toscane, Monna Lisa a été de nouveau mise entre deux +morceaux de velours rouge, puis elle a pris le chemin de Rome.</p> + +<p>Ce n'était plus en contrebande qu'elle voyageait, mais bien comme une +reine. Pour remplacer le coffre de bois blanc de Perugia on avait +confectionné pour elle une ravissante caissette de noyer, bien +capitonnée, où elle ne risquait pas de s'abîmer. Monna Lisa avait sa +garde d'honneur, composée de M. Corrado Ricci, directeur général des +Beaux-Arts, de M. Poggi, directeur de la Galerie des Offices, et de +plusieurs inspecteurs de police. Tout le long du trajet, le convoi reçut +les honneurs qu'on prodigue à un train royal. Des carabiniers à toutes +les stations et, dans le train, des agents en bourgeois veillaient à la +sécurité de la belle voyageuse.</p> + +<p>A l'arrivée à Rome, hier, M. Casaglia, chef de cabinet du ministre de +l'Instruction publique, attendait à la gare pour recevoir officiellement +le précieux colis que portait M. Ricci lui-même. En passant à l'octroi, +un douanier voulut ouvrir la caisse. «--Cela ne paie pas de droits», lui +répondit-on. «--C'est un objet sans valeur!» s'écria un journaliste.</p> + +<p>La foule, apprenant l'événement, se pressait à la sortie. De tous côtés, +l'on criait: «--Qui est arrivé?--Monna Lisa!» Le public restait bouche +bée, quand il s'apercevait que tous ces honneurs s'adressaient à un +simple coffret de noyer.</p> + +<p>L'automobile portant le tableau et ses chevaliers servants réussit non +sans peine à fendre la foule et arriva au ministère de l'Instruction +publique. Là, en présence du ministre, M. Credaro, la <i>Joconde</i> fut +sortie de son écrin, replacée dans le cadre qu'elle avait à Florence et +exposée dans l'antichambre du ministre, dont la fenêtre donne sur la +place de la Minerve.</p> + +<p>Tous les employés du ministère, en redingote, se pressaient pour voir le +tableau, lorsque le bruit courut que le roi allait venir à son tour +rendre visite à la fille divine du Vinci. Bientôt, le salon d'honneur +est évacué et, accueilli par des applaudissements chaleureux, S. M. +Victor-Emmanuel III offre son hommage admiratif au tableau du grand +maître. Le roi, qui est un ami des arts, a déjà vu plusieurs fois la +Joconde au Louvre et il exprime à MM. Ricci et Poggi le plaisir qu'il a +à contempler de nouveau ce chef-d'oeuvre. Il félicite M. Credaro et ses +collaborateurs pour le zèle qu'ils ont déployé.</p> + +<p>Après le départ du roi, c'est un long défilé de députés, de sénateurs, +de hautes personnalités qui viennent contempler le tableau tant vanté.</p> + +<p>Ce matin, jusqu'à 10 heures, les employés des différents ministères +eurent à leur tour le privilège de venir jeter un rapide coup d'oeil +dans la salle où se trouvait la <i>Joconde</i>, encadrée d'huissiers +galonnés. Puis les portes furent fermées. Seuls, quelques privilégiés +allaient être admis à assister à la cérémonie de la remise du tableau à +l'ambassadeur de France, M. Camille Barrère.</p> + +<p>M. Leprieur, conservateur du musée du Louvre, arrive avec M. Corrado +Ricci. J'ai le plaisir de lui présenter M. Poggi, le directeur de la +Galerie des Offices, à qui il exprime le plaisir qu'il eut en apprenant +la découverte de la <i>Joconde</i>, «la vraie, ajoute-t-il, puisqu'il n'y a +plus de doute possible».</p> + +<p>M. Leprieur, en effet, a procédé avant la remise du tableau à un examen +minutieux de la Joconde à un point de vue très prosaïque mais dont le +résultat est des plus intéressants. Il prit force mesures, vérifia de +nombreux signes particuliers qu'il avait notés dans l'oeuvre de Léonard +de Vinci, et toutes ses constatations coïncidèrent exactement avec +celles qui avaient été faites au Louvre. Il existe d'ailleurs un dossier +cacheté, déposé chez un notaire parisien, qui contient toutes les +annotations faites sur les particularités du tableau. Dès que Monna Lisa +aura réintégré le musée, on ouvrira ce dossier et l'on procédera à une +dernière vérification qui aura pour conséquence, c'est bien certain, de +dissiper les doutes des sceptiques les plus endurcis.</p> + +<p class="lef"><img alt="" src="images/004b.png"><br> + +La <i>Joconde</i> rendue à la France<br> + va être emportée au palais Farnèse.<br> + <i>Phot. Ch. Abeniacar</i>.</p> + +<p>La <i>Joconde</i> a de nouveau été sortie de son cadre, dans le grand salon +d'honneur. M. Ricci la tient debout sur la table, autour de laquelle se +groupent MM. Barrère, ambassadeur de France, di San Giuliano, ministre +des Affaires étrangères; Credaro, ministre de l'Instruction publique; +Vicini, sous-secrétaire d'Etat; Besnard, directeur de l'Académie de +France; Casaglia, chef du cabinet du ministre de l'Instruction publique; +Ollé-Laprune, premier secrétaire de l'ambassade de France; Poggi, +directeur de la Galerie des Offices de Florence.</p> + +<p>M. Credaro prend la parole et, s'adressant à M. Barrère, il lui dit +combien la nation italienne est heureuse de pouvoir restituer à la +nation française, qui donna l'hospitalité et prodigua les honneurs au +Vinci, fils illustre de l'Italie, dans les dernières années de sa vie, +le précieux tableau enlevé aux glorieuses salles du Louvre. «Que Votre +Excellence veuille bien, dit en terminant le ministre, recevoir le +chef-d'oeuvre du grand Florentin comme un gage d'amitié et de solidarité +entre les deux peuples, dans les hautes sphères de l'art et de +l'humanité.»</p> + +<p>M. Camille Barrère prit à son tour la parole. Assez ému, l'ambassadeur, +dans une brillante improvisation, exprima à M. Credaro les sentiments de +reconnaissance de la France pour les procédés si spontanément amicaux du +gouvernement italien, et sa joie de recouvrer enfin le chef-d'oeuvre +d'un homme dont le génie universel a élargi les bornes de l'intelligence +humaine.</p> + +<p>«Je tiens, ajouta M. Barrère, au moment où vous me remettez la <i>Joconde</i> +et où je l'emporte au palais Farnèse, à vous dire combien je suis touché +que ce soit à l'Italie que revienne le privilège de la restituer à la +France.»</p> + +<p>On lit ensuite l'acte de consignation du tableau au gouvernement +français, qui est signé par MM. Credaro, di San Giuliano et Barrère, et +par MM. Vicini, Besnard, Ricci et Poggi comme témoins.</p> + +<p>C'est fait: la <i>Joconde</i> est redevenue française. M. Ricci la replace +avec une délicatesse toute paternelle dans la boîte de noyer, puis, +s'approchant de M. Ollé-Laprune, lui dit en souriant: «Veuillez +constater que c'est bien la <i>Joconde</i> que j'enferme dans cette boîte.» +M. Ollé-Laprune n'a pas de peine à déclarer reconnaître que c'est le +chef-d'oeuvre de Léonard de Vinci qui est dans le coffret dont on lui +remet la clef et, au milieu des conversations amicales, on descend sur +la place où les automobiles attendent les ministres et l'ambassadeur.</p> + +<p>Quelques minutes après, Monna Lisa entre au palais Farnèse et prend +place dans la galerie des Carrache. La première visite qu'elle y reçoit +est celle de S. M. la reine Marguerite, qui, pendant près d'une heure, +s'entretient avec l'ambassadrice et ses quelques invitées. Vers 3 +heures, tous les membres du corps diplomatique, les personnalités de la +colonie française et les notabilités romaines remplissent les salons de +l'ambassade d'un public d'élite, heureux de pouvoir contempler la belle +oeuvre du grand maître florentin.</p> + +<p>Demain, la <i>Joconde</i> restera au palais Farnèse; de mardi à samedi, elle +sera exposée à la galerie Borghèse, puis, dimanche prochain, +probablement, elle partira pour Milan, d'où elle rentrera directement à +Paris.</p> + +<p class="rig">ROBERT VAUCHER.</p><br><br> + +<h4>DEUX PHOTOGRAPHIES GRANDEUR NATURE PERMETTANT D'IDENTIFIER LA JOCONDE</h4> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/005.png"><br><i>CLICHÉ BRAUN et Cie, EXECUTE AU MUSÉE DU LOUVRE, AVANT LE VOL<br> +Reproduction sans aucune retouche, montrant toutes les craquelures de la +peinture et la trace d'une fente dans le panneau.</i></p> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/006.png"><br><i>CLICHÉ A. BROGI, EXÉCUTÉ AUX OFFICES, A FLORENCE, LE 17 DÉCEMBRE 1913<br> +Reproduction sans aucune retouche, montrant toutes les craquelures de la +peinture et la trace d'une fente dans le panneau.</i></p> + +<br> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/007a.png"><br>Le général Liman von Sanders et les officiers allemands sortant de la +Sublime-Porte.</p> + +<h3>LES GARDIENS ALLEMANDS DU BOSPHORE</h3> + +<p>Il faut le reconnaître, la diplomatie allemande à Constantinople +continue de l'emporter sur toutes les diplomaties de l'Europe. Par son +activité inlassable, par son habileté souple et soutenue, par son +opiniâtreté que rien ne rebute, elle vient de réaliser un nouveau succès +d'influence, mais cette fois un succès tellement exceptionnel, tellement +imprévu, après les déceptions de la guerre, et tellement menaçant aussi +pour tout ce qui n'est ni allemand ni turc, qu'elle en est comme un peu +émue elle-même et qu'elle s'efforce, par des commentaires officieux, +d'en atténuer la portée. Les troupes turques, préparées à l'allemande +avant leurs désastres, reçoivent à nouveau, pour présider à leur +réorganisation, des instructeurs allemands. Mais quels instructeurs! +C'est toute une mission militaire formidable, telle qu'on n'en vit +jamais une semblable dans l'empire d'Osman. Un général chef de corps, un +général major et cinquante officiers sont envoyés à Constantinople. Et +cela ne serait rien encore si le général chef de corps ne recevait un +commandement effectif, s'il n'était mis à la tête des troupes mêmes qui, +en cas de guerre, défendraient la capitale. En d'autres termes, le +général von Sanders, devenu le chef du 1er corps d'armée, se voit +attribuer, par cet emploi, la garde du Bosphore.</p> + +<p class="lef"><img alt="" src="images/007b.png"><br><span class="sml"> Général L. von Sanders.</span><br> + La mission militaire allemande à Constantinople.<br> + <i>Photographies Ferid +Ibrahim.</i></p> + +<p>L'événement est grave, «plus grave--a-t-on écrit--que tout ce qui vient +de se réaliser dans les Balkans». L'Europe s'est inquiétée tout de +suite. Mais la Russie devait plus particulièrement et plus violemment +s'émouvoir. Il ne faut pas oublier en effet que le Bosphore est pour la +Russie méridionale la seule voie maritime qui la relie au monde. C'est +par cet étroit couloir qu'elle achemine la plus grande partie de ses +exportations. Un état-major étranger maître des forces militaires de +Constantinople, c'est la Russie embouteillée dans la mer Noire. C'est la +clef de la Méditerranée remise entre des mains allemandes... Contre +cette situation, la Russie a protesté auprès du grand vizir, le 13 +décembre dernier. Les deux autres puissances de la Triple Entente se +sont associées à sa «question» sur les attributions réservées à la +mission allemande. Le grand vizir a répondu aux ambassadeurs que les +attributions du général allemand ne s'étendraient pas à la défense des +Détroits, affirmation diplomatique que contredit, sur le terrain des +réalités, la nature même de l'emploi attribué au général Liman von +Sanders. La Russie ne paraît pas devoir se contenter de cette +déclaration et la discussion reste ouverte.</p> + +<p>... Pendant ce temps, la mission s'installe à Constantinople. Elle y est +arrivée, le 14, habilement, en appareil modeste. Le général von Sanders +et ses officiers portaient la petite tenue des officiers turcs de leur +grade, et l'ambassade allemande n'était pas à la gare. Après avoir été +présenté au grand vizir et reçu par le sultan, le général von Sanders a +pris le commandement du 1er corps d'armée; et le vendredi 19 décembre +les nouvelles autorités militaires allemandes de la capitale ottomane +assistaient au Selamlik.</p> + +<br> +<h4>(Deux pages manquantes.)</h4> +<br> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/008a.png"><br>Sous l'oeil de la cliente difficile + +<p>... deux et trois heures durant, pendant que le Grand Couturier attend +l'inspiration qui ne vient pas toujours... Et c'est l'attente patiente, +les bras nus et levés, tandis que les ciseaux coupent et taillent dans +les bâtis de toile, tandis qu'on épingle, qu'on drape, qu'on découd, +qu'on fait et qu'on défait autour de vous ces premières et incertaines +«fondations» de ce qui doit être une merveille de robe, mieux qu'une +robe: un rêve, un souffle, un rien adorable,--et coûteux... que d'autres +porteront...</p> + +<p class="mid">*<br>* *</p> + +<p>Le matin, les mannequins «passent les robes» devant les commissionnaires +et les courtiers pour l'étranger. C'est une cérémonie agréable. Le<span + class="rig"><img alt="" src="images/008b.png"><br> Un essayage.</span> +commissionnaire est bon enfant, le plus souvent: et il apporte des +bonbons à ces demoiselles. A-t-on jamais vu qu'une demoiselle n'aimât +point les bonbons?--L'après-midi, il y a l'essayage, la venue des +clientes, les petits travaux de couture... Entre temps, les mannequins +vivent dans une petite pièce qui leur est réservée et qu'elles nomment +le «cagibi». Elles y demeurent, comme aimées au harem, riant, se +reposant, lisant les <i>Aventures de Ronchonnot</i>, ou <i>Zigomar</i>, jouant aux +cartes, à pigeon vole, ou à se dire la bonne aventure, ou occupées à +rien faire, ce qui est leur distraction la plus usuelle, tandis qu'elles +se racontent sans se lasser leurs confidences ou leurs espoirs, leurs +chagrins d'amour ou moins encore... Et comme on n'est pas faite, quand +on est bien faite, quand on est jeune et jolie, pour rester mannequin +toute sa vie, elles envisagent l'avenir...</p> + +<p>Les plus sages voudraient devenir vendeuses. Mais, pour être vendeuse, +chez le Grand Couturier, il faut parler anglais. Alors, elles vont chez +Berlitz, le soir, en attendant qu'un hasard heureux leur permette de +passer la Manche. Les plus disgraciées aspirent à être employées aux +manutentions. Les plus folles rêvent de théâtre et font des châteaux en +Espagne... Et la venue d'une cliente interrompt tous ces papotages, +toutes ces espérances:</p> + +<p>--Mesdemoiselles, voulez-vous montrer les robes du soir...</p> + +<p>Et la théorie des mannequins, soudain revêtus de brocatelles, de satins, +de soies, de velours, arrive en tanguant, pour «passer»... C'est la plus +jeune d'entre elles, et la plus sage qui passe en premier. Ainsi le veut +la tradition, dans certaines maisons... Ça porte bonheur...</p> + +<p>Alors, derrière elle, elles se mettent à défiler. Et chacune, à part +soi, rêve vaguement au jour bienheureux où elle viendra pour son propre +compte chez le Grand Couturier, et, bien au chaud dans ses fourrures qui +seront à elle, ce jour-là, demandera, comme la riche cliente devant qui +elle passe et qui la regarde, dédaigneuse et difficile, demandera au +patron d'hier, au Grand Couturier soudain respectueux et attentif, qu'on +veuille bien faire passer devant elle ces demoiselles, avec les plus +récentes créations...</p> + +<p class="rig">ÉMILE HENRIOT</p><br><br> + +<br> + +<p class="mid"><span class="sml">Le président Wilson. Mrs Wilson. M. Francis Bowes Sayre.</span><br> +<img alt="" src="images/009a.png"><br> + Mrs. Francis Bowes Sayre.<br> +Le mariage de la seconde fille du président Wilson: le groupe des +parents et des demoiselles d'honneur.</p> + +<h3>UN GRAND MARIAGE AMÉRICAIN</h3> + +<p>Le mardi 25 novembre, M. Woodrow Wilson, président de la République des +Etats-Unis, mariait sa seconde fille, miss Jessie Wilson, à M. Francis +Bowes Sayre, professeur de l'Université,--comme le président lui-même.</p> + +<p>Ce fut une cérémonie austère. Pas d'uniformes. Et les membres du corps +diplomatique qu'il avait bien fallu se résigner à convier, quoi qu'en +dût souffrir la modestie, avaient été priés de venir eux-mêmes dans le +plus simple appareil: pas de broderies, pas d'ordres, pas de chamarres! +Quelle leçon sévère pour les prodigues milliardaires et toutes leurs +folies!</p> + +<p>Mais la photographie que nous reproduisons, et qui montre les jeunes +époux au milieu de leurs parents, de leurs demoiselles et garçons +d'honneur, semble révéler encore une autre preuve de l'esprit de +renoncement qui anime et guide le successeur de M. Taft à la Maison +Blanche. Car enfin, dans ce pays où, au dire de juges très compétents, +les beautés féminines abondent, pullulent, on est un peu déçu de ne pas +les voir, à ce mariage, malgré tout illustre, représentées dans +l'entourage immédiat de la mariée par des exemplaires plus +convaincants,--non plus d'ailleurs que l'élégance virile anglo-saxonne +ne l'est dans l'assistance masculine. Le président Wilson doit être +décidément un ascète.</p> + +<h3>AVIATEURS ESPAGNOLS BLESSÉS EN GUERRE</h3> + +<p>Les Espagnols, appliqués dans leur zone, comme nous dans la nôtre, à +poursuivre leur oeuvre d'occupation et de pacification, ont établi, à +Tétouan, un parc d'aviation fort bien installé, comme on en peut juger +par la photographie qui en fut prise précisément par l'un des officiers +aviateurs.</p> + +<p>Or, récemment, un de leurs aéroplanes faillit bien tomber aux mains des +Arabes. C'est presque un miracle s'il put échapper à leurs coups.</p> + +<p>Deux officiers le montaient, ayant pour mission d'aller opérer une +reconnaissance dans les environs de la place. Très audacieusement, ils +se tenaient à une faible hauteur, afin, sans doute, de pouvoir procéder +à des constatations plus précises, et ne soupçonnant pas qu'ils +pouvaient être exposés à quelque surprise. Or, ils avaient été aperçus +par une troupe ennemie parfaitement embusquée.</p> + +<p>Des balles sifflèrent autour d'eux, dont ils entendirent le choc mat +contre les ailes. Eux-mêmes furent atteints, l'observateur, le capitaine +Barreiro, très grièvement, au ventre et à la poitrine.</p> + +<p>L'énergique officier fit montre d'un courage surhumain. Encourageant son +compagnon, il l'exhortait à accélérer sa marche, afin de gagner en hâte +le camp, éloigné d'une vingtaine de kilomètres.</p> + +<p>En quelques tours d'hélice, d'ailleurs, ils avaient été hors de la +portée de cette fusillade meurtrière.</p> + +<p>Enfin, ils purent atterrir. Mais le capitaine Barreiro, épuisé par tout +le sang qu'il avait perdu et les efforts qu'il avait faits, semblait +mort. On eut beaucoup de peine à le ranimer.</p> + +<p>On se livra à un examen minutieux de l'appareil. Les sièges +qu'occupaient les deux aviateurs ruisselaient de sang, et des traces de +coups de feu se constataient en divers endroits; les Arabes s'étaient +montrés excellents et sûrs tireurs. C'est la première fois, +croyons-nous, que des officiers sont ainsi blessés en action de guerre. +Aussi le roi Alphonse a-t-il tenu à récompenser sans délai ces +deux vaillants soldats.</p> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/009b.png"><br>Vue du camp d'aviation de Tétouan. +Après le périlleux raid: l'examen des traces<br> des balles marocaines.</p> +<br> + +<h3>LE ROI CONSTANTIN DE GRÈCE EN FAMILLE</h3> + +<p>Après onze mois d'état de guerre qui éloignèrent presque constamment le +roi Constantin de son foyer, la paix de Bucarest, puis celle d'Athènes, +lui ont permis de quitter Salonique et la Macédoine pour reprendre, dans +le petit palais athénien qu'il occupait comme diadoque et dans lequel il +demeure encore actuellement, la simple vie de famille. C'est dans la +petite salle à manger, le <i>breakfast room</i> de la résidence princière de +la rue Hérode l'Attique, qui se trouve derrière le palais royal +d'Athènes, que cette photographie a été récemment prise. Le roi est avec +les siens autour de la table du petit déjeuner du matin.</p> + +<p>A sa droite est la reine Sophie, soeur de l'empereur d'Allemagne. Elle +tient dans ses bras la petite princesse Catherine, âgée d'à peine huit +mois. Cette fillette est l'enfant qui a le plus de parrains au monde. Au +moment de sa naissance, un grand souffle de gloire militaire passait sur +la Grèce. Le roi eut la jolie idée de confier à toute son armée et à +toute sa marine le soin et la faveur du parrainage. Catherine est la +filleule de l'armée grecque et, au cours de la seconde guerre, il +n'était pas rare d'entendre des soldats parler du roi non pas toujours +sous le sobriquet de <i>Costa fallas</i> (Constantin le sabreur), mais sous +celui de <i>Koumbans</i> (le papa de la petite).</p> + +<p>A la gauche du roi est la princesse Hélène, sa fille aînée, âgée de +dix-sept ans. Le second fils du roi, le prince Alexandre, âgé de vingt +ans, est assis à côté de sa soeur et a pour voisin de gauche son frère +Paul (Pavlos), un garçonnet de douze ans qui porte, à la mode anglaise, +très en faveur à la cour d'Athènes, le petit veston et le col d'Eton. A +la droite de la reine est le prince Georges, le diadoque, héritier de la +couronne. Il a vingt-trois ans et a fait, aux côtés de son père, les +deux campagnes. Il fut, de plus, au printemps de cette année, chargé +d'une mission en Epire où la population lui fit le plus émouvant +accueil. Sa jeune soeur, la princesse Irène, qui fêtera en février +prochain son dixième anniversaire, est au bout de la table.</p> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/010.png"><br>Le petit déjeuner du matin de la famille royale de Grèce.<br> + +De gauche à droite: la princesse Irène, le prince-diadoque Georges, la +reine Sophie tenant dans ses bras la petite princesse Catherine, le roi, +la princesse Hélène, les princes Alexandre et Paul.--<i>Phot. +Boehringer.</i></p> + +<p>Les traditions de simplicité et de grand attachement familial que le +vieux roi Christian IX de Danemark avait imposées à tous ses descendants +sont restées en honneur auprès de son petit-fils et, à Athènes comme à +Copenhague, un peu d'anglomanie (la reine, quoique soeur de Guillaume +II, est la plus fervente admiratrice de tout ce qui vient d'Angleterre) +cherche à masquer certaines influences germaniques. L'empereur +d'Allemagne lui-même est d'ailleurs le premier à n'écrire qu'en anglais +à son beau-frère.</p> +<br> + +<h3>L'ÉLECTRICITÉ A BORD DES AUTOMOBILES</h3> + +<p>Le dernier Salon de l'Automobile a révélé à ses visiteurs un fait +nouveau: la prise de possession de la voiture par l'électricité.</p> + +<p>Entendons-nous bien tout de suite. Il ne s'agit point du tout d'une +révolution dans le mode de traction de la voiture, de l'avènement, enfin +durable, de la <i>voiture électrique</i>. Non. Le moteur à explosions, avec +ses incomparables qualités de puissance, de légèreté, de solidité et +d'économie, demeure maître absolu de tout véhicule qui va sans chevaux +sur les routes. Il s'agit seulement d'une grande amélioration dans le +confort de la voiture: l'automobile a fait mettre l'électricité chez +elle.</p> + +<p>Désormais, en effet, une automobile qui se pique de modernisme ne tolère +plus que, la nuit, la route soit éclairée devant elle autrement que par +l'électricité. Elle ne souffre plus qu'on lance son moteur à la +manivelle; elle le veut mis en marche à l'électricité. C'est +l'électricité qui actionne son avertisseur; qui demain fera mouvoir la +pompe d'air pour les pneumatiques, voire les glaces de la limousine; qui +embrayera, freinera et opérera les changements de vitesses. Voilà donc +bien du nouveau!</p> + +<p>Cette transformation s'accompagne fatalement de quantité d'expressions +nouvelles dont il va falloir que les gens du monde, ou simplement les +gens instruits, connaissent le sens. Nous ne les passerons pas en revue +ici mais s'il plaît aux lecteurs de <i>L'Illustration</i>, nous allons faire +sous leurs yeux une analyse sommaire des phénomènes auxquels nous devons +le courant électrique, et nous verrons ainsi les expressions nouvelles +venir à nous familièrement.</p> + +<p>L'électricité apporte à l'automobile le premier bienfait d'un éclairage +quasi parfait. Je ne vanterai pas longuement les avantages de +l'éclairage radieux. Un coup de pouce, et l'on a de la lumière, de la +lumière au point précis où on la désire! Un coup de pouce, et tout +retombe dans les ténèbres! Plus d'allumettes, plus de flamme et de +fumée, plus de liquides sales, plus de préparatifs, et par contre, +vraiment, on a le soleil la nuit!</p> + +<p>Mais ici vous m'arrêtez. Pourquoi n'éclaire-t-on pas les automobiles au +moyen de piles? Les piles sont connues du public et de maniement assez +simple.</p> + +<p>Certes. Mais elles sont fragiles, encombrantes, pesantes, et surtout +elles sont extrêmement onéreuses. La plupart, et les moins mauvaises, +sont des appareils dans lesquels on dissout peu à peu du métal, à la +façon du sucre dans de l'eau, et un métal très cher, le zinc. Laissons +donc les piles aux timides sonneries d'appartements.</p> + +<p>Alors, pourquoi n'éclaire-t-on pas les automobiles au moyen +d'accumulateurs? Nous allons voir qu'en effet la batterie +d'accumulateurs s'impose à notre cas. Mais, si on voulait lui confier la +totalité du service d'éclairage, il faudrait lui donner un volume énorme +dont le poids et l'encombrement seraient prohibitifs. Et puis, leur nom +indique leur défaut: ils ne créent pas du courant, ils ne peuvent que +garder en réserve l'énergie dont on les a gavés. Or, loin de toute usine +électrique, privés des spécialistes qui savent réussir la délicate +opération, comment seraient-ils soumis à une recharge? Il est donc +nécessaire que l'automobile fabrique elle-même, de par son moteur, +l'électricité dont elle a besoin; qu'elle ait à son bord, en réduction, +une petite usine électrique, usine non seulement analogue aux plus +puissantes, mais encore aggravée de complications inconnues à un secteur +de lumière. Ces complications tiennent d'abord aux changements d'allures +si variables d'un moteur d'automobile qui. à tout moment et selon les +difficultés de la route, ralentit ou accélère, et détermine ainsi dans +la source du courant des variations de débit qui vont depuis le +rougeoîment des lampes jusqu'à leur grillade instantanée! Elles tiennent +ensuite aux arrêts mêmes de ce moteur: quand la voiture attend le soir +la sortie d'un théâtre, ou lorsqu'elle est en panne dans la rase +campagne, la nuit, il est indispensable qu'elle ne soit pas plongée dans +les ténèbres bien que le moteur, générateur de son courant, demeure +inanimé. Une batterie d'accumulateurs, mais petite et trapue, nous est +donc indispensable, puisqu'il y a des heures où d'elle seule nous +pouvons attendre du courant. Elle ne fait alors que nous restituer +l'énergie confiée à elle par notre moteur.</p> + +<p>Donc, c'est le moteur de la voiture qui fabrique l'électricité par elle +dépensée. Comment le peut-il faire? Il le fait au moyen de cette machine +admirable qui constitue le seul moyen pratique jusqu'ici trouvé par les +hommes pour faire naître le courant nécessaire à leur éclairage, à leur +locomotion, au transport de la force à distance, etc., et qui s'appelle +une machine <i>électro-magnétique</i>. La <i>dynamo</i>, qui dorénavant donnera à +nos voitures l'éclairage, et la <i>magnéto</i>, qui depuis dix ans fournit à +nos moteurs l'allumage, sont deux soeurs de cette illustre famille. Mots +un peu particuliers qui ne recouvrent cependant que des idées fort +simples, on va le voir.</p> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/011a.png"><br>Fig. A.-Aimant permanent et électro aimants.--1. Aimant permanent +(morceau d'acier dur recourbé puis aimanté).--2. Electro-aimant (morceau +de fer entouré d'une longue spirale qui lui confère les propriétés +magnétiques pendant tout le temps qu'elle est traversée par un +courant).--3. On donne aux deux extrémités d'un électro-aimant une forme +appropriée qu'on nomme <i>masse polaire</i>; l'ensemble est l'<i>inducteur</i> de +la dynamo.</p> + +<p>Chacun de nous a eu certainement un jour ou l'autre entre les mains un +aimant en fer à cheval (fig. A) et en connaît au moins sommairement les +propriétés. Si l'on jette sur cet aimant de la poussière de fer, de la +limaille très fine, on voit qu'elle s'attache sur lui, en forme de +houpettes très hérissées, à ses deux extrémités qu'on appelle ses +<i>pôles</i>. La physique démontre que d'un pôle à l'autre sont, pour ainsi +dire, tendues, invisibles et impalpables, des <i>lignes de force</i>, assez +comparables, si l'on veut se contenter de cette image grossière, à des +élastiques extrêmement ténus.</p> + +<p>Or. un aimant nu, en acier, tel que celui-ci. un aimant dit permanent +parce que sa force ne peut pas changer à notre gré, est peu puissant. On +obtient un aimant beaucoup plus fort, à dimensions égales, en prenant du +fer <i>doux</i>, c'est-à-dire aussi pur que possible, en entourant le corps +de la pièce, ou bien chacune de ses jambes, d'un grand nombre de tours +de fil de cuivre recouvert de coton, dont on forme une <i>bobine</i>, et en +faisant passer dans cette longue et fine canalisation un courant +électrique, celui d'une pile par exemple, qui a pour objet de +l'<i>exciter</i>, de lui donner temporairement les propriétés magnétiques On +a ainsi, créé un <i>électro-aimant</i>, l'organe-roi de toutes les +applications de l'électricité, depuis la sonnerie jusqu'à la locomotive +électrique, depuis le tramway jusqu'à la télégraphie sans fil. +L'électro-aimant est capable d'un travail beaucoup plus grand que +l'aimant permanent puisqu'il peut donner normalement jusqu'à 20,000 +lignes de force par centimètre carré, alors que son maigre camarade n'en +fournit au maximum que 5,000 à 6,000.</p> + +<p>Ainsi pourvus d'une source importante de magnétisme, livrons-nous à une +petite expérience qui va nous révéler un autre phénomène d'importance +extrême puisque, s'il n'existait pas, aucune des applications +industrielles de l'électricité ne serait elle-même réalisée.</p> + +<p>Prenons un fil de cuivre recouvert de coton (les lignes de force +traversent aisément le coton, alors que le courant électrique est arrêté +par lui). Faisons de ce fil une boucle que nous tenons entre le pouce et +l'index, et attachons ses deux bouts à un galvanomètre, appareil qui +nous dira ce qui va se passer dans ce fil.</p> + +<p class="rig"><img alt="" src="images/011b.png"><br> + Fig. B.-Expérience schématique montrant qu'un<br> + courant est induit dans le fil aux moments où<br> + la spire coupe les lignes de force de l'inducteur.</p> + +<p>Plaçons vivement la boucle ou <i>spire</i> en plein dans les lignes de force +(fig. B). L'aiguille du galvanomètre a bougé; puis elle est tout de +suite revenue à l'immobilité. Retirons la spire hors des lignes de +force: j'aiguille a encore bougé, puis est revenue à zéro.</p> + +<p>Nous en concluons avec raison ceci: chaque fois que nous avons, au moyen +de notre spire, coupé les lignes de force de l'électro-aimant, et +seulement au moment précis où nous les coupions, un courant électrique +s'est produit dans cette spire, y a été <i>induit</i>, pour parler le langage +technique. C'est, en effet, l'énergie mécanique de notre main qui s'est +transformée en énergie électrique.</p> + +<p>Si peu de travail s'est mué en courant. Quelle abondance d'électricité +n'obtiendrons-nous pas quand nous demanderons au moteur de notre voiture +de se substituer à nous pour déplacer la spire dans le champ magnétique!</p> + +<p>Mais comment le moteur s'y prendra-t-il pour effectuer ces coupures +extrêmement rapides des lignes de force? Au lieu de présenter et de +retirer la spire aux lignes de force, nous la ferons tourner au milieu +d'elles, tout simplement. A cet effet, nous prendrons un axe en fer, +terminé par une portée à chaque bout afin qu'il puisse prendre sur +lui-même un mouvement de rotation; nous bobinerons sur lui un grand +nombre de tours de fil, afin que le courant produit soit, plus puissant, +et nous chargerons le moteur de faire, au moyen d'un engrenage, tourner +très rapidement cet <i>induit</i>. Si nous mettons aux extrémités de ce +bobinage une lampe, elle s'éclairera tant que l'induit tournera (fig. +C).</p> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/012b.png"><br>Fig. C.--Induits schématiques--1. Le fil, guipé de coton ou de soie, +est bobiné un grand nombre de fois sur une pièce en fer doux, afin que +la tension du courant produit soit plus grande; une lampe attachée à ses +deux extrémités pourra recevoir ce courant <i>alternatif</i> et s'allumer +quand l'induit tournera à une vitesse suffisante.--2. La batterie ne +pouvant accepter de courant alternatif, l'induit est muni d'un +collecteur qui, au moyen de balais, <i>redresse</i> le courant alternatif; la +lampe est ainsi alimentée par du courant <i>continu</i> qui lui vient tantôt +de la dynamo, tantôt de la batterie.</p> + +<p>Voici donc constituée, par un électro-aimant et par un induit qui tourne +entre ses masses polaires, une dynamo. Mais tout aussitôt les +difficultés d'application commencent.</p> + +<p>Tout d'abord le courant qui est produit de la sorte est du courant +<i>alternatif</i>, c'est-à-dire (je ne puis en donner les raisons ici) qu'il +va de droite à gauche pendant un demi-tour de l'induit, et de gauche à +droite pendant l'autre demi-tour. La lampe électrique s'en accommode +fort bien, mais le personnage désagréable dont la présence dans notre +jeu est inévitable, je l'ai montré, la batterie d'accumulateurs, va tout +de suite brouiller nos cartes. Comme elle ne peut supporter le courant +alternatif, elle exige que la dynamo, qui est chargée de la nourrir, ne +lui fournisse que du courant <i>continu</i>, un courant qui aille toujours +dans le même sens! Ainsi le constructeur est-il obligé d'installer sur +la dynamo un petit organe supplémentaire, heureusement fort simple, +qu'on appelle un <i>collecteur-redresseur</i>, et qui a pour objet de +transformer le courant alternatif de la dynamo en un courant de sens +constant. Les ouvrages spéciaux expliquent le fonctionnement de cet +organe.</p> + +<p>La seconde difficulté est celle-ci: les accumulateurs cherchent à jouer +un vilain tour à la dynamo. A force de s'emmagasiner dans la batterie, +le fluide électrique prend en quelque sorte du ressort, de la tension, +et, au fur et à mesure que la dynamo envoie aux accumulateurs du +courant, ils cherchent à s'en défaire, c'est-à-dire à le décharger en +elle! Tant que leur tension demeure inférieure à celle de la dynamo, +tout demeure normal, car, de deux courants directement opposés, c'est +évidemment le plus fort qui détermine le sens de courant général Mais si +les accumulateurs l'emportent, même momentanément (et il suffit que le +moteur ralentisse beaucoup, dans une rampe par exemple, pour que le +courant de la dynamo baisse au point de devenir pratiquement nul), ils +ce déchargent, sans cérémonie, dans la dynamo, laquelle est ainsi mise à +mal.</p> + +<p>Donc, ici encore, il a fallu imaginer un organe de sécurité, un +<i>conjoncteur-disjoncteur</i> qui automatiquement fermât la porte au +courant qui veut aller vers la dynamo et l'ouvrît au contraire au +courant qui va vers la batterie; qui, en outre, et toujours +automatiquement, aux moments où la dynamo ne donne aux lampes qu'un +courant trop pauvre pour l'éclairage (ralentissement extrême du moteur), +ou même n'en donne pas du tout (arrêt du moteur), envoyât à ces lampes +le courant des accumulateurs.</p> + +<p>Troisième difficulté. Les accumulateurs sont susceptibles d'acquérir un +maximum de tension connu, qu'ils ne dépasseront jamais, sous peine d'en +être tout désorganisés. Il est donc indispensable que la dynamo se +conforme à ce maximum et ne soit pas capable d'envoyer aux lampes un +courant plus élevé que celui qui peut être fourni par les accumulateurs. +La résistance des lampes est par conséquent déterminée par le nombre +d'accumulateurs qui forment la batterie, et non par la puissance de la +dynamo. Or, comme la dynamo donne un courant de tension d'autant plus +grande qu'elle tourne plus vite, et que le moteur qui l'entraîne peut +parfois l'entraîner à de folles allures, il est indispensable qu'elle +soit assagie, qu'elle comporte un régulateur qui calme soit sa vitesse +soit son excitation, qui la mette «au pas» et protège ainsi les lampes +contre des variations de tension désagréables à la vue, ou contre des +exagérations de courant qui les brûleraient sur-le-champ. Comment cette +régulation peut-elle être faite? Je me bornerai à répondre que c'est là +un des points encore où la bataille des constructeurs est le plus +acharnée: sept ou huit procédés sont en présence.</p> + +<p>Le problème de l'éclairage électrique des automobiles présente donc de +singulières difficultés, on le comprend. Il est probablement superflu +que je déclare n'avoir fait ici que l'effleurer à peine.</p> + +<p>Maintenant, pour nous consoler de tant de peines, veut-on bien que nous +fassions une dernière expérience qui, elle, va nous donner une surprise +heureuse?</p> + +<p>Supposons que la dynamo que nous venons de construire soit détachée du +moteur qui l'entraîne pour produire du courant, et qu'elle soit arrêtée. +Relions ses deux balais aux deux bornes de la batterie d'accumulateurs +au moyen de fils: voici tout à coup notre induit qui se met à tourner +follement sur lui-même entre les branches de l'aimant! Il est devenu +moteur.</p> + +<p>En effet, dans une dynamo, les phénomènes sont réversibles: si on lui +donne du mouvement (en faisant tourner son induit). elle rend du courant +elle est <i>génératrice</i>; et si au contraire on donne du courant à son +induit, elle rend du mouvement (elle se met à tourner), elle est +<i>motrice</i>.</p> + +<p>Ces observations faites, récapitulons, si vous le voulez bien, les +moyens que l'électricité met ainsi à notre disposition dans une +automobile moderne. Nous avons:</p> + +<p>1. Une source indéfinie de courant, la dynamo. Tant que le moteur de la +voiture tourne, le torrent passe. Qu'en ferons-nous? Nous diviserons ce +torrent en ruisseaux que nous enverrons un peu dans tous les coins de +notre voiture, comme un montagnard avisé détourne en filets l'eau du +torrent pour en arroser ces prairies. Des fils porteront le fluide aux +phares d'autres aux lanternes, un autre au falot réglementaire du numéro +de police d'arrière. Nous profiterons de notre richesse de lumière pour +en apporter un peu à l'intérieur même de notre carrosserie, à un +plafonnier qui permettra à Monsieur de dire, à Madame d'émerveiller les +passants; pour en donner aussi à notre mécanicien qui ainsi surveillera +comme en plein jour le débit de l'huile, l'indicateur de vitesse, ou +même l'ampèremètre et le voltmètre du <i>tableau</i> qui lui disent si sa +petite usine électrique se porte bien; pour lui en donner encore au bout +d'une <i>baladeuse</i> qui, en cas de panne, lui permettra de mettre des +clartés dans les entrailles de sa machine! Enfin, le solde de ce torrent +ainsi réparti sera absorbé par notre caisse d'épargne, notre batterie +d'accumulateurs.</p> + +<p>2. Nous avons à bord cette batterie, qui ne demande qu'à nous rendre le +courant prêté. Elle le met à notre disposition pour trois effets +différents. Par elle, nous pouvons tout d'abord faire de <i>l'éclairage</i>, +ainsi que je l'ai démontré. Par elle il nous est loisible ensuite de +faire de la <i>traction</i>. Installons un petit moteur électrique auprès du +volant du moteur de la voiture, et envoyons-lui un peu du courant +enfermé dans la batterie: voici ce gros moteur réveillé et lancé! +Construisons un moteur électrique microscopique; munissons-le d'une +petite roue à dents de scie qui vient gratter sur un disque en tôle; +enfermons le tout dans un étui métallique, avec un pavillon qui amplifie +le son... et, lorsqu'un peu du courant de la batterie passera dans ce +moteur lilliputien, le monstre fera entendre son barrissement! Par un +jeu de tout petits moteurs encore, un inventeur a proposé, comme je l'ai +dit, qu'on fît manoeuvrer les glaces. Demain on réalisera de la même +façon des crics et des pompes.</p> + +<p>Par la batterie enfin nous pouvons faire du <i>chauffage</i>. On sait qu'un +courant électrique échauffe toujours le fil au travers duquel il passe. +La température ainsi produite est imperceptible si la grosseur et la +longueur du fil sont calculées de telle sorte que le phénomène n'ait +guère lieu; mais, inversement, il est facile de créer au courant une +résistance déterminée qui, pour une valeur donnée, provoquera le simple +échauffement du fil à 40 ou 50 degrés par exemple, ou son incandescence +même; on constituera ainsi un tapis souple pour les pieds de Madame et +un allumoir pour le cigare de Monsieur.</p> + +<p>Tels sont donc les principaux éléments d'une installation d'électricité +dans une automobile de 1914. Quel est maintenant l'avenir?</p> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/012a.png"><br>Fig. D.--Les principales applications du courant électrique à bord +d'une automobile de 1914.</p> + +<p>L'avenir est hérissé de plus de difficultés que je n'en ai énuméré +encore! Car il s'agit aujourd'hui de simplifier, donc de serrer de plus +près la perfection. La première victime, semble-t-il, sera la petite +magnéto, si fidèle, si timide... Elle allume le moteur: sa soeur la +dynamo ne le fera-t-elle pas aussi bien qu'elle?</p> + +<p>La seconde absorption sera celle du moteur-démarreur: puisque, je l'ai +expliqué, une dynamo est réversible et peut jouer, au gré du conducteur, +le rôle de <i>génératrice</i> ou de <i>réceptrice</i> de courant, pourquoi +continuerait-on à séparer cette double fonction pour la confier à deux +organes distincts?</p> + +<p>Et puis pourquoi la dynamo, à son tour, ne subirait-elle pas une +transformation heureuse? Elle est pesante; or, un organe du moteur à +explosions doit nécessairement être pesant: le volant. Pourquoi la +«dynamo-magnéto-démarreur» ne serait-elle pas muée en volant? Les +services électriques d'une automobile seraient ainsi «condensés» en un +unique organe.</p> + +<p>Mais une forêt de problèmes enchevêtrés sépare encore de cette lueur +lointaine les inventeurs... les inventeurs aux bottes de sept lieues.</p> + +<p class="rig">L. BAUDRY DE SAUNIER.</p><br><br> + +<h3>CE QU'IL FAUT VOIR</h3> + +<h4>PETIT GUIDE DE L'ÉTRANGER A PARIS</h4> + +<p>Les petites baraques ont surgi du sol. C'est la floraison miraculeuse +dont, chaque hiver, quatre ou cinq jours avant Noël, Paris donne le +spectacle à ses habitants. Un beau soir, on a quitté le boulevard, sans +se douter de rien; on y revient le lendemain: stupeur! De la Madeleine à +la Bastille, deux alignements presque ininterrompus de maisonnettes en +planches grises couvrent les trottoirs. Cela s'est édifié soudainement, +en une nuit, sans désordre, comme un «déballage» d'articles de Paris que +des mains invisibles auraient posés sur les deux planches inférieures de +quelque interminable étagère... Je dis qu'elles sont en planches grises. +On ne s'en aperçoit pas partout. La Réclame, l'envahissante et +omnipotente Réclame, ne pouvait pas négliger plus longtemps les +«surfaces libres» que lui offraient les dos et les flancs des petites +baraques. Elle s'y est donc abattue sans pitié. Et ces bariolages, cette +polychromie d'affiches achèvent de rendre effarant, vertigineux, +l'encombrement de la Rue!</p> + +<p>Les vieux Parisiens détestent cet encombrement. Les vieux Parisiens +fuiront ces jours-ci le Boulevard et les petites baraques. Je ne saurais +trop recommander aux étrangers de ne pas suivre un tel exemple. Il faut +voir, même en jouant des coudes et en souffrant que, de temps à autre, +un passant vous marche sur les pieds, il faut voir les baraques du Jour +de l'An; et aussi la foule ingénue qui les regarde. Je l'ai dit bien +souvent; rien n'est plus propre à nous renseigner sur l'état d'âme et +sur les goûts d'une foule que son attitude devant les spectacles de la +rue. En observant, sur les boulevards, autour de quels étalages elle +s'arrête de préférence, vous remarquerez que nous n'avons pas cessé +d'aimer l'éloquence, et que le marchand qu'on entoure est, d'abord, le +marchand qui pérore. Le Parisien adore le boniment, et pour peu que de +la bonne humeur et un brin d'esprit assaisonnent ce bavardage en plein +vent--si rude que puisse être la température--il s'arrête; il écoute; il +est conquis.</p> + +<p>Ses «articles» préférés? Toujours les mêmes. Le jouet nouveau, qui fait +rire et qu'actionne quelque mystérieuse mécanique. Car il convient qu'à +l'attrait du comique s'ajoute celui du mystère; et la joie du spectateur +est complète si à cette double séduction se surajoute celle de +l'actualité. (Je n'ai pas besoin de dire que les joujoux aéronautiques +sont, cette année, au premier rang de cette catégorie.) A côté du jouet +mécanique--aéroplane ou pantin--il y a les ustensiles ou les +produits--quels qu'ils soient--dont l'emploi nécessite un peu d'adresse +manuelle et provoque chez le spectateur une surprise. Car nous aimons +l'adresse et nous adorons d'être surpris. Le moule d'où sort une gaufre +instantanément fabriquée est de forme jolie, le pot à colle grâce auquel +une assiette cassée sous nos yeux est reconstituée en trente secondes, +«plus solide qu'auparavant», le taille-crayon nouveau modèle, le +stylographe inversable «à la portée des plus petites bourses», la carte +de visite et le bonbon qu'on voit naître, et tomber, tout fait, de la +machine portative qui les produit,--voilà du plaisir, et de quoi +retenir, ravis et transis, autour des petites baraques, des milliers de +braves gens!</p> + +<p class="mid">*<br> +* *</p> + +<p>... A Courbevoie, au coin de la rue de la Montagne; en face du pavillon +vermoulu de la Belle Gabrielle (une ruine qui aurait encore sa beauté... +si on voulait): la grande maison blanche où tant d'artistes, jeunes et +vieux--peintres, comédiens, gens de lettres, sculpteurs--aiment à se +retrouver de temps en temps, parmi des rires et des chants de petits +garçons et de petites filles. C'était fête, il y a quelques jours, dans +cette maison-là. Arbre de Noël! Distribution de cadeaux, de jouets, de +livres. Des récitations, de la musique, un goûter... et des +photographes. Sur les panneaux de marbre blanc qui sont l'unique +décoration du préau couvert où se donne cette fête de famille +s'inscrivent des noms presque tous célèbres dans la littérature et dans +l'art: les noms des bienfaiteurs et des bienfaitrices, des «patrons» de +cette oeuvre généreuse et charmante à laquelle sont attachés deux noms +de femmes: Mme Marie Laurent, Mme Poilpot. <i>L'Orphelinat des Arts</i> +n'accueillait jusqu'en ces dernières années que des fillettes. Il s'est +agrandi. Sous la généreuse inspiration du regretté maître Roty, il a +ouvert ses portes aux petits garçons. Ils sont là une vingtaine +d'orphelins, à côté des fillettes orphelines, si gentilles sous +l'uniforme bleu. Debout sur deux rangs, elles présentaient, l'autre +jour, à la lumière du soleil le double alignement de leurs belles +chevelures tombantes; des chevelures qui ne sont ni trop brunes ni trop +blondes, ni du Nord ni du Midi, mais de cette jolie coloration atténuée, +<i>moyenne</i>, de ce châtain clair qui semblait, à distance, compléter +l'uniforme, et l'expression si française des types. Chacun de ces +pupilles est l'enfant d'un artiste disparu, et qui est mort pauvre. Mais +d'autres artistes sont venus qui ont tendu la main à ces infortunés. En +voici plusieurs, hommes et femmes, dont tout Paris connaît les figures. +Ils sont venus fêter Noël à côté de leurs orphelins. Et cela fait, en +vérité, le plus pittoresque, le plus joli pensionnat du monde. Je +signale la maison aux étrangers qui ne la connaissent pas. Elle est +ouverte à toutes les sympathies, et c'est, pourrait-on dire, quelque +chose--dans notre petit monde de la philanthropie parisienne--qui «ne +ressemble à rien».</p> + +<p class="mid"> *<br> +* *</p> + +<p>Une idée spirituelle: celle d'employer le bassin d'un cirque à une +exposition et à un concours d'engins de sauvetage.</p> + +<p>C'est le Nouveau-Cirque qui a eu cette idée-là. Le concours s'est ouvert +ces jours-ci. Il sera clos dès les premiers jours de janvier. Mais voici +venir la bourrasque de fin d'année, les journées terribles qu'absorbe +l'unique souci de recevoir des étrennes quand on est jeune, et d'en +distribuer, quand on ne l'est plus. Qui de nous aura le temps, durant de +telles journées, d'aller voir une Exposition, quelle qu'elle soit? +Veuillard en fait une, chez Bernheim, qui a beaucoup de succès; les +«Peintres du Paris moderne» en font une aussi, chez Reitlinger; nous +l'avons signalée, en même temps que deux ou trois autres, à qui +l'échéance du Nouvel an va faire un tort immense, pendant une semaine au +moins. «Ce qu'il faut voir», en ce moment? Des étalages...</p> + +<p>Et puis, dès que sera passé le cyclone, il faudra, vous le pensez bien, +se précipiter vers le spectacle qui va, pendant quelques jours, occuper +tout Paris: il faudra aller revoir la <i>Joconde</i>. Avouons-le: parmi tant +d'admirateurs, bouleversés d'une joie sincère, beaucoup, sans doute, +verront Monna Lisa pour la première fois. Au Salon Carré, librement +accessible à tous, elle était bien un peu négligée. Mais quoi! la voilà +qui revient après s'être enfuie, et qui nous oblige à payer pour la +voir. Double prestige, auquel nulle curiosité ne résistera!</p> + +<p class="rig">UN PARISIEN.</p><br><br> + +<h4>AGENDA (27 décembre 1913-3 janvier 1914).</h4> + +<p>Concours de poésie.--Le <i>31 décembre</i>, clôture du concours des Jeux +floraux du Languedoc.</p> + +<p>Expositions.--Galerie Georges Petit (8, rue de Sèze): la Comédie +humaine. (Clôture le <i>31 décembre</i>.)--Société internationale de peinture +et sculpture. (Clôture le <i>31 décembre</i>.)--Galerie des Artistes +modernes (19, rue Caumartin): exposition de l'Eclectique.--Salons de +l'Etoile (17, rue de Chateaubriand): oeuvres de Mme Magdeleine +Popelin.--Galerie La Boétie (64 <i>bis</i>, rue La Boétie): exposition des +peintres du Paris moderne (jusqu'au <i>14 janvier</i>).--Galerie Marcel +Bernheim (2 bis, rue Caumartin): exposition de l'«Art intime».</p> + +<p>Conférences.--Société des Conférences (184, boulevard Saint-Germain): le +7 <i>janvier</i>, à 2 h. 1/2, conférence sur <i>Saint-Simon</i> (première de la +série), par M. René Doumic, de l'Académie française.--Le 9 <i>janvier</i> à 2 +h. 1/2 au musée de l'Armée (salle d'honneur): conférence sur la campagne +de 1814, à Lyon et dans les Alpes, par le commandant Perreau.</p> + +<p>Les conférences de la «Revue hebdomadaire», à la salle du Foyer (34, rue +Vaneau), interrompues par les vacances de Noël et du Jour de l'An, +recommenceront le vendredi 9 <i>janvier</i>, à 5 heures; à cette date, M. +Pierre Lasserre donnera sa première leçon sur Renan. Viendront ensuite: +le mardi <i>13</i>, à 5 heures, la <i>Charte</i>, par M. Sabatier; le vendredi +<i>16</i>, à 5 h., <i>Renan</i> (2e conférence), par M. Pierre Lasserre; le mardi +<i>20</i>, à 5 h., le <i>Barreau en 1814</i>, par M. Charles Chenu; le vendredi +<i>23</i>, à 5 h., <i>Renan</i> (3e conférence), par M. Pierre Lasserre; le mardi +<i>27</i>, à 5 h., <i>Cuvier</i>, par M. Ed. Perrier; le vendredi <i>30</i>, à 5 h., +<i>Renan</i> (4e conférence), par M. Pierre Lasserre.</p> + +<p>Matinée.--Le 27 <i>décembre</i>, à la Comédie-Française, matinée au profit +des pensions de la Comédie-Française.</p> + +<p>Sports.--<i>Courses de chevaux: 28 et 30 décembre, 1er et 4 janvier</i> +Vincennes (trot); le <i>4 janvier</i>, Nice (prix de +Monte-Carlo).--<i>Natation</i>: au Nouveau-Cirque, jusqu'au <i>4 janvier</i>, +concours de sauvetage et d'appareils de sauvetage.</p> + +<h3>LES LIVRES et LES ÉCRIVAINS</h3> + +<h4>LE VILLAGE DE L'ONCLE HANSI</h4> + +<p>Un dessinateur alsacien, également célèbre mais inégalement goûté en +Allemagne et en France, présidait, il y a quinze jours, au grand dîner +officiel de littérateurs français. C'était au lendemain des incidents de +Saverne. Dans l'hommage rendu par la Société des Gens de lettres à +l'«Oncle Hansi», alors précisément qu'on discutait au Reichstag les +définitions du mot «wackes», il n'y avait pas une coïncidence voulue. +Mais la coïncidence existait tout de même et elle parut à ce point +émouvante que, lorsque cet Alsacien, si complètement de sa race, dressa +avec quelque gaucherie sa puissante silhouette--la silhouette de l'ami +Fritz--pour nous parler de l'Alsace, un frisson passa dans la salle du +banquet où s'était fait aussitôt un silence de cathédrale. Hansi, +cependant, nous parlait avec la bonhomie de son accent guttural, +traînant et appuyé. Il nous disait, en souriant, que nous étions, ce +soir-là, présidés par un wackes et même par un «oberwackes» (un survoyou +d'Alsace) comme on l'appelait là-bas. Mais l'esprit de Hansi est un de +ces vieux vins de France qui réchauffent l'âme en mouillant les yeux. Et +quand il parle, quand il écrit ou quand il dessine, le rude et simple et +fin bonhomme de Colmar reste le même, doux et redoutable, avec cet +humour grave qui vous donne une envie de pleurer...</p> + +<p>Hansi, ces derniers jours, n'était point d'ailleurs venu en France +uniquement pour présider un dîner de gens de lettres amis. Il avait été +mandé à Paris pour surveiller l'édition de son nouvel album: <i>Mon +village</i><a id="footnotetag1" name="footnotetag1"></a> +<a href="#footnote1"><sup class="sml">1</sup></a> qui ajoute à son <i>Histoire d'Alsace</i> un admirable chapitre +contemporain.</p> + +<blockquote class="footnote"> +<a id="footnote1" name="footnote1"><b>Note 1: </b></a> +<a href="#footnotetag1"> +(retour) </a> Edition Fleury, 10 fr.</blockquote> + +<p>Le village de l'oncle Hansi se trouve «non loin de la grande route, du +côté de Wissembourg ou de Niederbronn». Vous vous arrêtez à quelque +petite station fleurie. Devant vous, au bout d'un étroit chemin bordé +d'arbres fruitiers, un vieux clocher pointu s'élance au-dessus des blés +où perce la dentelle des houblons. Et voici des toits qui fument, une +petite place où l'arbre de la liberté verdit encore, une maison d'école +avec son nid de cigogne et son beffroi... Voici des fillettes avec leurs +petites jupes gaies, rouges ou bleues, des jeunes filles «dont la calme +beauté est couronnée d'un large ruban noir». Voici de grands jeunes gens +au vêtement sévère relevé par la vive note rouge du gilet, et voici des +vieux avec, encore, l'ample redingote et le tricorne. Voici les fiancés +qui se promènent, mains unies, les anciens qui causent sur leur porte. +L'air est plein de chants d'oiseaux et de chansons d'enfants. Ne vous +semble-t-il pas que vivre en ce joli village serait tout le bonheur +humain? Oui,... oh! oui... si, tout en haut, au bout de la rue, +n'apparaissait la silhouette pesante et casquée du gendarme...</p> + +<p>Dans le village de l'oncle Hansi, il y a un beau pré où garçonnets et +fillettes jouent à la guerre et régulièrement «mettent en fuite l'ennemi +toujours représenté par les dix enfants du gendarme prussien».</p> + +<p>Dans le village de l'oncle Hansi, il y a deux maîtres d'école: l'un, le +père Vettei est un vieux d'avant la guerre, un vieux en tricorne et en +lévite. Tout le monde l'aime, il assiste à tous les baptêmes, à tous les +mariages et il continue--en cachette--d'apprendre le français aux petits +enfants. L'autre maître, son adjoint, est un jeune instituteur allemand +en veston de drap vert, et qui a toujours à la main une baguette +impitoyable... Et devant l'école, il y a une place où les petits élèves +tirent au sort, avec une plume dans un livre fermé, les petits soldats +de papier imprimés à Epinal. Quelle raillerie si, par malheur, on gagne +un soldat prussien!...</p> + +<p>Dans le village de l'oncle Hansi, il vient des touristes allemands, en +petit chapeau à plumes et tout habillés de vert, du vert moutarde au +vert épinard, toutes les nuances du vert, sauf le vert espérance. Ils +déballent, à l'auberge, des saucisses, des marmelades, et réclament une +grande cruche de bière pour monsieur et une petite pour le reste de la +famille... Et il y a aussi, parfois, des touristes français, vite +entourés, et qui devraient revenir plus souvent.</p> + +<p>Dans le village de l'oncle Hansi, il y a trois vétérans de l'ancienne +armée française. C'est d'abord le cuirassier Schimmel qui a chargé à +Morsbronn. «Ce jour-là, défendant sa terre et son foyer, il a dû faire +peur à la mort elle-même.» Les deux autres sont l'ex-canonnier à cheval +Georges Becker et l'ancien sergent de voltigeurs Martin Spohr. Tous +trois vont ensemble à la messe avec leurs longues redingotes, pareilles +comme un uniforme, sur lequel est épingle le ruban du souvenir, strié de +deuil et d'espérance. «Ils ne parlent guère pour compenser tous les mots +inutiles que l'on dit ailleurs.»</p> + +<p>Dans le village de l'oncle Hansi, il y a chaque année deux fêtes: l'une, +qui ne compte pas, la fête de l'Empire; et l'autre qui est une grande +joie, la fête patronale, le «Messti». Ce jour-là, c'est, partout, une +active confection de tartes et de gâteaux d'Alsace. Ce jour-là, le +gendarme prussien inspecte la baraque aux pains d'épice pour voir si on +n'y expose pas de mirlitons tricolores... Ah! il y a une troisième fête +que j'oubliais, la fête du 14 juillet. Celle-ci, il est vrai, on la +célèbre hors du village, à Nancy. Mais on y pense beaucoup au village et +il y a toujours des gens de l'endroit, des heureux, des enviés qui s'en +vont assister à la belle revue française de la «division de fer».</p> + +<p>Dans le village de l'oncle Hansi, il y a un veilleur de nuit, le père +Spinner, un ancien artilleur de la garde qui, aujourd'hui encore, pour +faire sa ronde, s'enveloppe dans le vieux manteau d'ordonnance (ces +étoffes françaises sont inusables). Il porte une vieille hallebarde, une +grosse lanterne et une corne pour sonner les incendies. Autrefois, le +père Spinner était un homme très sobre. Mais il a pris une singulière +habitude: chaque fois qu'un gros Zeppelin a subi un de ces accidents +énormes qui ne coûtent la vie à personne, le veilleur entre à l'auberge +et se fait servir un demi-litre de vin. Et c'est ainsi que le père +Spinner est devenu ivrogne.</p> + +<p>Le village de l'oncle Hansi est un joli village dont les maisons riantes +cachent bien des souffrances. Il est l'image de l'Alsace entière et +toute l'Alsace, comme un grand coeur, palpite dans les moindres détails +de cette admirable page qui clôt l'album:</p> + +<p>«... Mon village est endormi; les petits enfants reposent depuis +longtemps et rêvent du prochain arbre de Noël, ou de la revue de Nancy. +Le clocher tout noir se découpe sur le grand ciel étoile; au loin +s'étend le champ de bataille immense et mystérieux et les pierres +blanches, sous lesquelles reposent tant de héros, y mettent quelques +pâles lueurs. La grande rue est silencieuse; même l'agaçant phonographe +du gendarme prussien a cessé de moudre ses airs patriotiques. Un chien +aboie. Un autre, plus loin, lui répond. Dans les jardinets qui bordent +la route, les lucioles brillent et jouent «à imiter les étoiles». Au +loin, un coup sourd éclate dans l'air; c'est le canon de Bitche, où +d'incessantes manoeuvres nocturnes tiennent la garnison en éveil... +Quelquefois une détonation plus sourde, plus lointaine encore, lui fait +écho; elle vient de l'autre côté de la frontière... D'une ruelle +débouche une petite lumière vacillante et la voix fêlée du veilleur de +nuit égrène lentement son appel. Une seule fenêtre est éclairée: c'est +celle du père Vetter. On lui a rapporté de Nancy quelques journaux, de +ces journaux interdits en Alsace parce qu'ils feraient aimer la France. +Autour de la lampe, quelques paysans sont réunis, et le vieil +instituteur traduit, explique. Il parle de l'armée française, des +aviateurs, des peuples des Balkans qui ont enfin retrouvé leur patrie. +Et, dans la nuit, sa lampe est la seule lumière qui brille dans mon +village...»</p> + +<p>L'âme d'Erckmann et de Chatrian n'est point morte. Elle vit, ardente, +irritée, rajeunie, dans la vérité expressive et très artiste de ces +pages d'album et dans la saveur simple de ce texte que fleuronnent +symboliquement des petits soldats d'Epinal.</p> + +<p class="rig">ALBERIC CAHUET.</p><br><br> + +<h4>LE VÉLO TORPILLE</h4> + +<p>On connaît la théorie de l'entraînement à bicyclette. Elle repose sur ce +fait qu'un objet en mouvement un peu rapide (cycliste, voiture +automobile, écran, etc.) laisse derrière lui un sillage, une zone où la +pression de l'air se trouve légèrement réduite, pendant un instant très +court. Si un autre objet, marchant à la même vitesse que le premier, se +trouve dans le sillage en question, il n'éprouvera donc qu'une +résistance réduite et pourra maintenir sa vitesse au prix d'un travail +sensiblement plus faible. Il résulte de là qu'à travail égal un cycliste +avec entraîneur marchera beaucoup plus vite qu'un cycliste sans +entraîneur; c'est ainsi que le record de l'heure à bicyclette avec +entraîneur dépasse actuellement 100 kilomètres tandis qu'il dépasse à +peine 43 kilomètres sans entraîneur.</p> + +<p>Dans ces conditions, on s'est depuis longtemps demandé si l'on ne +pourrait pas augmenter la vitesse du cycliste en munissant sa machine +d'un écran ou coupe-vent qui réduirait pour lui la résistance de l'air. +Au premier abord, ce procédé rappelle quelque peu celui de Gribouille +disposant à l'avant de sa bicyclette un aimant puissant chargé d'attirer +cette dernière, mais le procédé est, en réalité, moins absurde qu'il +n'en a l'air. Il suffit en effet de construire un écran qui éprouve de +la part de l'air une résistance moins grande que le cycliste lui-même. +Or, en théorie, rien n'est plus facile et, dès 1892 ou 1893, on vendait +chez les fabricants d'accessoires un coupe-vent en mica que l'on fixait +au guidon de la bicyclette et qui avait pour mission <i>d'abriter</i> le +cycliste.</p> + +<p>Ce coupe-vent n'a donné au reste aucun résultat parce que, d'une part, +il était insuffisamment rigide, et se déformait en marche et, d'autre +part, il donnait naissance à des remous arrière entièrement nuisibles.</p> + +<p>Les fabricants de coupe-vent pour bicyclette firent donc rapidement +faillite et le coupe-vent individuel fut enterré pour une vingtaine +d'années.</p> + +<p>La question n'était cependant pas insoluble et un jeune ingénieur à +peine sorti du régiment vient de la reprendre avec un succès complet.</p> + +<p>Il lui a suffi de remédier aux deux inconvénients signalés en +construisant un coupe-vent indéformable derrière lequel un prolongement +convenablement tracé empêche la formation de remous nuisibles. En fait, +le coupe-vent de jadis est devenu une sorte de gros oeuf allongé dans +lequel le cycliste est enfermé et qui marche le gros bout en avant.</p> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/013a.png"><br>Le vélo torpille de M. Bunau-Varilla, vu à l'arrêt +(entr'ouvert) et en course.</p> + +<p>Une pareille forme étonne au premier abord, et cependant c'est celle que +le calcul et l'expérience s'accordent pour proclamer la meilleure.</p> + +<p>C'est celle du projectile de moindre résistance de d'Alembert, de +Piobert et de Dreyse. C'est celle des poissons et des oiseaux modelés +par une longue série de siècles; c'est celle enfin des ailes de nos +aéroplanes modernes. En un mot, c'est la forme en toupie avec proue +camuse, et poupe effilée.</p> + +<p class="lef"><img alt="" src="images/013b.png"></p> + +<p>La difficulté était jadis fort grande de construire avec une légèreté +suffisante un capot de ce genre. Mais cette difficulté a disparu pour +nos constructeurs d'aéroplanes.</p> + +<p>Imaginez, en effet, une carcasse en bois courbé extrêmement rigide dont +le profil est celui d'un oeuf à petit bout pointu; l'avant est recouvert +de feuilles transparentes de celluloïd et le reste d'une étoffe +parfaitement lisse et fortement tendue.</p> + +<p>Le tout est fixé à la bicyclette par une armature en tubes d'acier, ne +laissant visibles et exposés à la résistance de l'air que les pieds et +les tibias du cycliste.</p> + +<p>Tel est le <i>vélo torpille</i> Etienne Bunau-Varilla.</p> + +<p>Cet appareil, parfaitement conçu au point de vue théorique et dont la +forme tient le milieu entre le projectile de Piobert et celui de Dreyse, +paraît donner au point de vue pratique des résultats tout à fait +remarquables. C'est ainsi que le coureur Berthet a pu abaisser à une +minute deux secondes quatre cinquièmes le record de durée du kilomètre +qui était jusqu'ici d'une minute dix secondes trois cinquièmes, +c'est-à-dire qu'il a pu passer de la vitesse de 50 kil. 992 à l'heure à +la vitesse de 57 kil. 325. Il est donc arrivé à ce résultat quelque peu +paradoxal au premier abord d'augmenter sa vitesse horaire de près de 5 +kil. 1/2 en ajoutant à sa machine une carrosserie dont le poids n'est +pas négligeable; ajoutons que du même coup il s'est mis à l'abri de la +pluie, du soleil et de la poussière.</p> + +<p class="rig">SAUVEROCHE.</p><br><br> + +<h3>DOCUMENTS et INFORMATIONS</h3> + +<h4>LE FROMAGE DE SAINT-MARCELLIN.</h4> + +<p>La «tomme» de Saint-Marcellin qui ne fut pendant longtemps qu'un fromage +local, si pareille expression peut être employée, est aujourd'hui +appréciée dans la France entière où, depuis quelques années surtout, +elle a conquis une place honorable en même temps que des débouchés +relativement importants. Son écoulement commercial étant facile, son +rayon de fabrication s'est rapidement étendu, si bien qu'à l'heure +actuelle on trouve sur les marchés beaucoup de Saint-Marcellin qui n'ont +pas été fabriqués avec le lait de chèvre récolté dans les pâturages +escarpés de Saint-Vérand, de Murinais, de Chènevières ou des communes +limitrophes. L'accueil hostile que l'idée des délimitations agricoles a +rencontré presque partout rend inacceptable <i>a priori</i> l'hypothèse d'une +réglementation ayant pour but d'empêcher les commerçants de se procurer +à leur convenance les tommes dont ils ont besoin pour leur clientèle. +Par contre, il serait absolument équitable de ne pas laisser mettre en +vente sous le nom de «tomme de Saint-Marcellin» des produits qui, au +lieu d'être exclusivement fabriqués avec du lait de chèvre, le sont avec +un mélange de laits différents dans lequel le lait de vache entre +souvent pour une très forte proportion.</p> + +<p>Les producteurs intéressés viennent de soumettre leurs doléances au +ministère de l'Agriculture. Ils demandent qu'il soit désormais défendu +de vendre pour du Saint-Marcellin des tommes dans la composition +desquelles le lait de chèvre n'a pas exclusivement figuré; dans le cas +contraire, la dénomination de Saint-Marcellin devrait être +rigoureusement interdite et remplacée par celle de «Saint-Marcellin +imitation». Cette réclamation sera certainement admise, les +consommateurs ayant le droit absolu de savoir très exactement à quoi +s'en tenir sur la nature des fromages qu'ils achètent.</p> + +<h4>UNE CAUSE CURIEUSE D'INTOXICATION SATURNINE.</h4> + +<p>C'est chose bien connue de tous que l'on peut garder dans le corps des +balles ou du plomb de chasse, pendant des années, pendant toute sa vie +même, sans inconvénient. En bien des cas le chirurgien préfère laisser +la balle et les plombs, là où ils sont, dans l'épaisseur des muscles, du +moment où il n'y a pas nécessité absolue d'aller les chercher.</p> + +<p>Il arrive pourtant que le plomb, à la longue, détermine des effets +fâcheux. Le docteur Roux, de Brignoles, a observé un cas de ce genre. Un +colonial, qui a reçu, il y a vingt ans, une balle de revolver, est pris +d'accidents divers: nausées, constipation opiniâtre, coliques, anémie: +bien que le liséré gingival symptomatique manque, il croit avoir la +colique de plomb, et l'attribue à sa balle dont il désire être +débarrassé.</p> + +<p>Il en est fait ainsi, et la guérison est parfaite. Ce qui est curieux, +c'est le temps que la balle a mis à devenir intoxicante. Le fait est +d'ailleurs connu. Mais on ne l'explique pas. Faut-il supposer quelque +altération du plomb s'opérant à la longue à l'humidité et à la chaleur? +D'autre part, on voit les accidents saturnins se produire aussi au bout +d'un temps très court, un an ou deux seulement. En tout cas il faut +qu'on sache que le plomb sous la peau expose au saturnisme, même s'il +est en quantité très faible: deux ou trois grains.</p> + +<h4>LA POPULATION DE LA FRANCE.</h4> + +<p>Pendant le premier semestre de 1913, l'excédent des naissances sur les +décès n'a été que de 11.004 unités, au lieu de 14.712 pendant les six +premiers mois de l'année précédente.</p> + +<p>Cette diminution s'est produite malgré un relèvement assez notable du +nombre des naissances au cours du semestre: 387.512 naissances au lieu +de 378.807 pendant la période correspondante de 1912.</p> + +<p>Mais cet accroissement de 8.705 naissances n'a pas suffi à compenser +l'augmentation du nombre des décès, 376.508 au lieu de 364.635, soit +11.873 décès de plus.</p> + +<p>Le nombre des mariages, 154.069, est en recul sur celui du 1er semestre +1912, 158.861, mais reste encore supérieur à celui du semestre +correspondant de 1911, 153.931.</p> + +<p>Le nombre des divorces marque un nouvel accroissement: 7.550 au lieu de +6.932.</p> + +<h4>LE NOMBRE DES ÉTOILES.</h4> + +<p>On a souvent discuté sur le nombre probable des étoiles, et les divers +chiffres avancés ne sauraient avoir qu'une valeur assez relative, comme +le prouvent les écarts considérables que présentent les calculs des +astronomes. Après beaucoup d'autres, un astronome anglais, M. Tucker, a +étudié cette troublante question, et il arrive à des conclusions +intéressantes.</p> + +<p>Le nombre des étoiles qu'on peut voir à l'oeil nu au-dessus de l'horizon +ne dépasse guère 2.000, mais on s'accorde à admettre qu'il existe +environ 40 millions d'étoiles visibles dans les instruments, soit une +moyenne de mille étoiles par degré carré de la voûte céleste. Ces +étoiles varient de la grandeur 1 à la grandeur 16. Si l'on ajoute les +étoiles des 17e, 18e et 19e grandeur, qui, tout en étant invisibles, +impressionnent la plaque photographique, on arrive à 100 millions.</p> + +<p>Quant aux étoiles en croissance qui ne sont pas encore incandescentes, +ou aux étoiles en décadence qui sont refroidies, on ne possède aucune +base pour en supputer le nombre.</p> + +<p>Il semble en tout cas que le total de 1.000 millions, parfois cité, soit +exagéré.</p> + +<h4>LES VACCINATIONS ANTIRABIQUES EN 1912.</h4> + +<p>M. Viala, préparateur à l'Institut Pasteur, vient de faire connaître les +résultats des vaccinations antirabiques pratiquées à Paris en 1912.</p> + +<p>On a traité 395 personnes dont 59 mordues à la tête, 191 aux mains, 145 +aux membres. Aucun décès n'est survenu.</p> + +<p>Sur ce nombre, la France a envoyé 377 sujets, le Luxembourg 9, le Maroc +3, la Roumanie 2, l'Espagne, la Suède, les Etats-Unis, le Dahomey 1.</p> + +<p>Comme à l'ordinaire, le département de la Seine tient la tête pour le +nombre de personnes mordues: 118. Viennent ensuite: Somme, 47; +Seine-et-Oise, 35; Puy-de-Dôme, 15; Oise, 9; Seine-Inférieure, 8; +Cantal, Corrèze, Haute-Garonne, Vienne, 7 etc., etc.</p> + +<h3>LES THÉÂTRES</h3> + +<p>Trois jours avant la représentation de la <i>Belle Aventure</i>, dont nous +parlons plus haut, M. Georges Berr faisait représenter au théâtre Femina +une comédie-vaudeville en quatre actes, <i>Un jeune homme qui se tue</i>, +dont le point de départ est assez analogue, puisque le premier acte de +l'une et l'autre pièce s'achève sur l'enlèvement d'une mariée, en robe +blanche et fleurs d'oranger, le matin de ses noces. Mais les deux +ouvrages n'ont pas d'autre point de ressemblance. <i>Un jeune homme qui se +tue</i> n'a d'ailleurs rien de funèbre, ainsi que le titre l'aurait pu +faire craindre; c'est une pièce ingénieuse, aimable, honnête, traitée +avec beaucoup de grâce et d'esprit et jouée avec une fantaisie de bon +aloi par Mmes Bertiny et Jane Danjou, et par MM. Polin, Claudius, +Alerme.</p> + +<p>Deux manifestations théâtrales qui ont eu lieu cette semaine méritent +d'être signalées: ce fut d'abord le premier spectacle de «la Société +idéaliste» à la salle Villiers, présidé par M. Camille Flammarion; il +était composé de la <i>Mort de Tintagiles</i>, de M. Maurice Maeterlinck, du +sixième acte de la <i>Furie</i> de M. Jules Bois, et de <i>Philista</i>, un acte +en vers de M. Georges Battanchon; les promoteurs de la Société idéaliste +ont obtenu là le plus complet succès.</p> + +<p>Sur la scène du théâtre Léon-Poirier, Mme Valentine de Saint-Point, dans +un enveloppement de musiques, de lumières et de parfums, a donné une +séance de sa métachorie ou «danses idéistes» procédant de ses poèmes; +sans en comprendre absolument la théorie on en a goûté le charme +bizarre.</p> + +<h3>M. ARISTIDE BRIAND A SAINT-ÉTIENNE</h3> + +<p><i>L'actualité de la semaine est incontestablement le discours prononcé à +Saint-Etienne par M. Aristide Briand. Nous publions en première page un +instantané du grand orateur,--cliché remarquable, malgré le «flou» de +l'agrandissement, par la ressemblance et l'expression. Notre envoyé +spécial Gustave Babin, qui était au nombre des auditeurs, nous donne ici +la physionomie de cette importante manifestation</i>.</p> + +<p>Dimanche dernier, M. Aristide Briand, ancien président du Conseil, était +à Saint-Etienne, au milieu de ses électeurs fidèles. Il venait leur dire +«dans une sorte de causerie, un compte rendu en famille»--ce fut son +expression--ce qu'il a fait, pourquoi il l'a fait; enfin leur exposer +«le véritable caractère de sa politique». Ces comptes rendus de mandats +vont être, à l'approche des élections, la grosse préoccupation des +députés sortants, et, pour quelques-uns d'entre eux, sans doute, un +sujet de grand trouble et d'embarras cuisant. Celui-ci, par-dessus les +quinze cents têtes tendues vers l'orateur irrésistible, bien au delà des +murs de cette salle de divertissements où se pressait l'auditoire le +plus discipliné, le plus attentif que j'aie vu, allait éveiller dans le +pays entier--plus loin encore--de lointains et profonds échos. En +réalité, M. Aristide Briand vient de prononcer le discours le plus +important, le plus décisif, peut-être, de sa carrière politique. Des +circonstances qu'il n'a point provoquées ont donné à sa parole la portée +d'un acte courageux, l'ont dressé, comme un chef conscient de son devoir +et des risques qu'il encourt, à la tête de son parti, en face d'un +autre.</p> + +<p>Quelques jours auparavant, dans un banquet de radicaux-socialistes, M. +Joseph Caillaux, ministre des Finances dans le nouveau cabinet, +rappelait à ses commensaux, afin de stimuler leur vigilance autour des +libertés publiques, des souvenirs de l'histoire de Rome:</p> + +<p>«Quand le zèle des citoyens pour la République, disait-il, eut fait +place à la complaisance de la foule pour les endormeurs qui n'étaient +d'aucun parti parce qu'ils voulaient les subjuguer tous, quand les +luttes de principes eurent été remplacées par des conflits de personnes +et de clientèle, la République romaine ne fut plus qu'un grand corps +sans âme.»</p> + +<p>M. Aristide Briand s'était senti visé. Ces «endormeurs qui...» Il +n'avait pu douter qu'on n'eût voulu le désigner comme le plus dangereux +d'entre eux. Une explication sans cordialité, dont les journaux ont +recueilli les détails, avait eu lieu dans les couloirs du Palais-Bourbon +entre les deux hommes politiques. M. Aristide Briand n'avait pas +dissimulé à son adversaire sa résolution arrêtée de ne pas demeurer sous +le coup d'une attaque assez insidieuse.</p> + +<p>--A votre aise! avait répondu M. Caillaux.</p> + +<p>M. Aristide Briand a usé sans se piquer de discrétion de la permission +ainsi octroyée. Car il n'est guère d'hommes que l'instinct de lutte +soutienne et exalte autant que lui.</p> + +<p>Toutefois, pas plus que M. Caillaux ne l'avait nommé au banquet de +Paris, M. Briand n'a prononcé à la table de Saint-Etienne le nom de +l'adversaire. Pas une seule fois. C'est «un républicain bien éveillé»; +c'est «lui»; c'est «le même». Et M. Caillaux ayant déclaré la guerre aux +«endormeurs», M. Aristide Briand répond en stigmatisant «les +ploutocrates démagogues».</p> + +<p>D'ailleurs, cet esprit si large, si libre, si parfaitement inapte à la +haine, ne pouvait s'attarder bien longtemps sur le terrain des +personnalités. Et quand il eut rappelé son rôle dans le passé, retracé +la droite ligne qu'il s'appliqua toujours à suivre entre la révolution +et la réaction, les rancunes qu'il s'attira d'un côté, la défiance qu'il +inspira de l'autre; quand il eut montré qu'il est toujours demeuré le +même homme en face des mêmes adversaires, il aborda les hautes régions +de la politique générale, envisageant l'une après l'autre, de son clair +regard, les graves préoccupations de l'heure, revendiquant avec une +tranquille vaillance sa part de responsabilités dans les actes de +gouvernement qu'on a voulu lui imputer à crime et préconisant enfin une +politique d'idées, large, généreuse, tolérante, qui «mette le +gouvernement au service de tous les citoyens».</p> + +<p>Le souci qui nous a toujours guidés, dans ce journal, de donner le moins +de place possible à ce qui divise, et notre cadre même ne nous +permettent pas de suivre, en ses développements, le persuasif orateur. +Et puis, il faut l'avoir entendu, il faut avoir mêlé ses bravos et ses +vivats aux applaudissements et aux acclamations qui entrecoupèrent cette +émouvante harangue, pour comprendre l'impression profonde qu'elle +produisit; il faut avoir été témoin de l'ovation triomphale qui salua sa +péroraison pour sentir tout l'invincible sortilège de ce verbe +incomparable, de cette voix frémissante, tour à tour grave, enfiévrée, +qui s'indigne, s'attriste, s'enflamme, qui caresse et cingle, chante +comme la brise marine dans les mâtures et tonne comme l'orage; de ces +périodes limpides, harmonieuses, que souligne un geste toujours large et +expressif.</p> + +<p>Mais cela, c'est pour l'art. Et la salle du «skating de Bizillon» +n'enfermait pas beaucoup de dilettantes. On nous a dit, à Saint-Etienne, +que des curieux, des amateurs de sensations réservées avaient offert +cent, deux cents francs même de cartes que les «militants» de la +Fédération républicaine socialiste de la Loire payaient quatre francs. +Ces délicats se fussent volontiers, par surcroît, résignés aux +démocratiques plats froids. On déclina, bien entendu, leurs offres +généreuses...</p> + +<p>Il ne demeura donc qu'un auditoire de braves gens devant lesquels un +honnête homme, leur élu, s'expliqua, parlant pour le pays entier. Et si, +consciemment ou non, ils furent sensibles à la magie de son prestigieux +talent, ce qui les dressa, émus au fond du coeur, à la péroraison de son +inoubliable discours, à la vision évoquée d'une République et d'une +France unies en «une seule personne radieuse» et accomplissant leurs +destinées sous «un gouvernement de paix dans l'ordre, de sécurité dans +toujours plus de liberté et de justice sociale», ce qui les transporta +d'enthousiasme, c'est la foi qui les pénétrait qu'ils avaient devant eux +l'homme capable d'avancer l'heure de cet avenir enchanté qu'il leur +montrait comme une terre promise, c'est la confiance que leur inspirait +cette âme droite et forte à la hauteur de toutes les grandes tâches.</p> + +<p class="rig">GUSTAVE BABIN.</p><br><br> + +<h3>MAUVAISE HUMEUR IMPÉRIALE</h3> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/014a.png"><br>Un curieux document supplémentaire sur les suites des incidents de +Saverne: l'empereur Guillaume quitte brusquement, au milieu d'une +conversation dans le parc de Donaueschingen, le chancelier de l'empire, +M. de Bethmann-Hollweg et le comte de Wedel, statthalter +d'Alsace-Lorraine.</p> + +<p>Voici, après les photographies que nous avons publiées dans notre numéro +du 13 décembre, un bien curieux instantané, qui complète notre +documentation sur les entretiens de Donaueschingen, d'où sortirent les +sanctions des incidents de Saverne. C'est encore dans le parc du château +qu'a été pris ce cliché: l'empereur, qui conversait avec le chancelier, +M. de Bethmann-Hollweg, et le comte de Wedel, statthalter +d'Alsace-Lorraine, vient de les quitter brusquement, dans un accès +d'impatience, et s'éloigne d'un pas rapide, laissant là ses +interlocuteurs, dont l'attitude semble témoigner de quelque gêne... +Quelle fut la cause de la mauvaise humeur impériale? A défaut de +renseignements sur ce point, l'instantané publié ici témoigne que le +règlement de l'affaire de Saverne n'alla pas sans difficulté. Le +correspondant qui nous l'envoie ajoute que la reproduction en a été +interdite, par ordre de la police, en Allemagne.</p> + +<h3>FUNÉRAILLES DU CARDINAL RAMPOLLA</h3> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/014b.png"><br>Les funérailles du cardinal Rampolla dans une chapelle de la basilique +de Saint-Pierre.--<i>Phot. G. Felici.</i></p> + +<p>Les funérailles du cardinal Rampolla ont été célébrées à Rome, le +vendredi de la semaine passée, avec toute la solennité due à un prince +de l'Eglise. C'est dans la basilique de Saint-Pierre, dont il était +archiprêtre, qu'a eu lieu le service funèbre; quatorze cardinaux, +plusieurs évêques, de nombreuses délégations des séminaires, des +instituts et des collèges catholiques y assistaient, au milieu d'une +grande affluence. L'absoute a été donnée, après la messe, par le +cardinal Vincenzo Vannutelli, doyen du Sacré-Collège.</p> +<br> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/015small.png"><br> +<a href="images/015large.png">(Agrandissement)</a></p> +<br> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/016.png"></p> +<p><b>Note du transcripteur: Les suppléments ne font pas partie des éditions +reliées de 26 numéros. Par ailleurs, ils ont été égarés et demeurent +introuvables dans les éditions hebdomadaires que nous avons utilisées comme +source de certains numéros.</b></p> + +<br><br> +</div> + + + + + + + + +<pre> + + + + + +End of the Project Gutenberg EBook of L'Illustration, No. 3696, 27 Décembre +1913, by Various + +*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLLUSTRATION, NO. 3696, 27 DÉCEMBRE 1913 *** + +***** This file should be named 33518-h.htm or 33518-h.zip ***** +This and all associated files of various formats will be found in: + http://www.gutenberg.org/3/3/5/1/33518/ + +Produced by Jeroen Hellingman and Rénald Lévesque + +Updated editions will replace the previous one--the old editions +will be renamed. + +Creating the works from public domain print editions means that no +one owns a United States copyright in these works, so the Foundation +(and you!) can copy and distribute it in the United States without +permission and without paying copyright royalties. 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It exists +because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from +people in all walks of life. + +Volunteers and financial support to provide volunteers with the +assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's +goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will +remain freely available for generations to come. In 2001, the Project +Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure +and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations. +To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation +and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4 +and the Foundation web page at http://www.pglaf.org. + + +Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive +Foundation + +The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit +501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the +state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal +Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification +number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at +http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent +permitted by U.S. federal laws and your state's laws. + +The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S. +Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered +throughout numerous locations. Its business office is located at +809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email +business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact +information can be found at the Foundation's web site and official +page at http://pglaf.org + +For additional contact information: + Dr. Gregory B. Newby + Chief Executive and Director + gbnewby@pglaf.org + + +Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation + +Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide +spread public support and donations to carry out its mission of +increasing the number of public domain and licensed works that can be +freely distributed in machine readable form accessible by the widest +array of equipment including outdated equipment. Many small donations +($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt +status with the IRS. + +The Foundation is committed to complying with the laws regulating +charities and charitable donations in all 50 states of the United +States. Compliance requirements are not uniform and it takes a +considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up +with these requirements. We do not solicit donations in locations +where we have not received written confirmation of compliance. To +SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any +particular state visit http://pglaf.org + +While we cannot and do not solicit contributions from states where we +have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition +against accepting unsolicited donations from donors in such states who +approach us with offers to donate. + +International donations are gratefully accepted, but we cannot make +any statements concerning tax treatment of donations received from +outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff. + +Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation +methods and addresses. Donations are accepted in a number of other +ways including checks, online payments and credit card donations. +To donate, please visit: http://pglaf.org/donate + + +Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic +works. + +Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm +concept of a library of electronic works that could be freely shared +with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project +Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support. + + +Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed +editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S. +unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily +keep eBooks in compliance with any particular paper edition. + + +Most people start at our Web site which has the main PG search facility: + + http://www.gutenberg.org + +This Web site includes information about Project Gutenberg-tm, +including how to make donations to the Project Gutenberg Literary +Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to +subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. + + +</pre> + +</body> +</html> diff --git a/33518-h/images/000large.png b/33518-h/images/000large.png Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..65c2072 --- /dev/null +++ b/33518-h/images/000large.png diff --git a/33518-h/images/000small.png b/33518-h/images/000small.png Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..270f137 --- /dev/null +++ b/33518-h/images/000small.png diff --git a/33518-h/images/001a.png b/33518-h/images/001a.png Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..394b8e2 --- /dev/null +++ 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