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authorRoger Frank <rfrank@pglaf.org>2025-10-14 20:06:35 -0700
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+ <title>The Project Gutenberg eBook of L'Illustration, No. 3277, 16 Décembre 1905 by Various</title>
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+Project Gutenberg's L'Illustration, No. 3277, 16 Décembre 1905, by Various
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
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+Title: L'Illustration, No. 3277, 16 Décembre 1905
+
+Author: Various
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+Release Date: July 21, 2011 [EBook #36806]
+
+Language: French
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+Character set encoding: ISO-8859-1
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+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK
+L'ILLLUSTRATION, NO. 3277, 16 DÉCEMBRE 1905 ***
+
+
+
+
+Produced by Jeroen Hellingman and Rénald Lévesque
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+
+
+
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+
+
+
+
+<br><br>
+
+<div class="cont">
+
+
+L'Illustration, No. 3277, 16 Décembre 1905
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/000small.png"><br><a href="images/000large.png">(Agrandissement)</a></p>
+
+<p class="sml">Ce numéro contient: une double page en couleurs sur le 8e Salon de
+l'automobile; Et en suppléments:<br>
+
+1º <i>Une gravure hors texte</i>: <span class="sc">la Cruche cassée</span>, d'après
+J.-B. Greuze;<br>
+
+2º Le 4e fascicule du roman de J.-H. Rosny: <span class="sc">la Toison d'or</span>.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/001.png"></p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/001a.png"><br><b>Le Dr Récamier Le duc d'Orléans. UNE CHASSE A L'OURS
+BLANC AU GROENLAND <i>Photographie prise au cours de l'expédition arctique
+du duc d'Orléans à bord de la</i> Belgica.</b>--<i>Voir l'article, page 403.</i></p><br>
+
+<h3>COURRIER DE PARIS</h3>
+
+<h4><span class="sc">Journal d'une étrangère</span></h4>
+
+<p>Je ne connais pas M. le député Ribot. Mais je voudrais le connaître pour
+lui dire à quel point je suis contente de lui et combien j'admire son
+courage. Un journal raconte, en effet, qu'élu naguère membre de
+l'Académie des sciences morales et politiques, M. Ribot a volontairement
+négligé de commander à son tailleur l'uniforme fameux dont l'image
+liante les rêves ingénus de tant de vieillards. L'habit à palmes vertes
+ne tente point la coquetterie de M. Ribot; M. Ribot n'éprouve le besoin
+ni de suspendre à sa ceinture --pour prouver qu'il est un orateur de
+talent--une lame pointue, ni de poser sur sa tête ce chapeau bicorne
+dont une mode singulière veut qu'en France, à l'exemple des généraux,
+les garçons de recette et les académiciens soient coiffés. Et il ose
+avouer à ses amis la répugnance que cette tradition «de se déguiser» lui
+inspire! On élira bientôt M. Ribot membre de l'Académie française; cette
+fois, il lui faudra, bon gré mal gré, se déguiser; car l'Académie
+française ne plaisante point en ces matières et, chez elle, l'uniforme
+est resté de rigueur. Et M. Ribot ne dissimule point que cette coiffure
+emplumée, cette épée, ces feuillages brodés au plastron de l'habit et à
+la couture du pantalon lui gâtent par avance une partie de sa joie.</p>
+
+<p>M. Ribot se consolera en pensant que les plus prestigieuses modes n'ont
+qu'un temps et que celle des déguisements académiques passera, comme les
+autres. On m'assure même que l'âme française s'est, à cet égard, depuis
+quelques années, démocratisée un peu. Il paraît que plusieurs
+académiciens ont pris l'habitude de porter, sous le gilet officiel à
+boutons d'or, le simple pantalon noir, et qu'à la Sorbonne il existe un
+vestiaire commun où les mêmes robes et les mêmes épitoges servent à
+plusieurs maîtres qui, suivant les besoins du service, se les
+repassent... Les professeurs ont, dans les lycées, renoncé depuis
+longtemps au port de la toque noire et de la toge; on a cessé d'orner,
+comme autrefois, les manches de tunique des bons élèves de galons de
+laine et d'or; au Palais même les règles de l'ancienne étiquette
+s'abolissent petit à petit: on a vu M. le bâtonnier Chenu, l'été
+dernier, s'y promener en bottines fauves et «canotier» de paille, et des
+gilets de fantaisie égayer de leur coloriage l'uniforme des juges. C'est
+une révolution, cela! Elle s'accomplit tout doucement, sans doute; mais
+M. Ribot n'est pas très vieux. Il a encore le temps de voir tomber en
+désuétude bien des modes niaises et, peut-être, qui sait? disparaître
+des bancs de l'Institut cet habit vert et ce chapeau à plumes sous
+lesquels on a vu tant d'hommes vénérables apparaître un peu comiques...</p>
+
+<p class="mid">*<br>* *</p>
+
+<p>Délire et cohue aux Champs-Elysées. Le Salon de l'automobile a, pour la
+huitième fois, ouvert ses portes aux Parisiens. Et ce n'est pas
+seulement Paris qui envahit, depuis huit jours, le Grand Palais et les
+serres du Cours-la-Reine; c'est l'univers. Les trains d'Allemagne et
+d'Italie, les bateaux d'Amérique et d'Angleterre arrivent bondés. Paris
+s'est créé là une suprématie que tous avouent. Il en est fier, il a
+raison; et il me semble qu'il était juste que le sort désignât Paris
+pour le triomphe de cette industrie-ci. Nulle part elle n'eût réussi à
+s'épanouir avec tant d'éclat; car, en aucun pays, les femmes n'eussent
+composé autour de ses victoires un si délicieux et éblouissant cortège.</p>
+
+<p>Les Parisiennes ne goûtent plus guère la peinture que les jours de
+vernissage, et, pour qu'elles s'intéressent aux chevaux, il leur faut
+l'exceptionnel régal d'un «grand prix» à Auteuil, à Chantilly ou à
+Longchamp. Au Salon de l'automobile, elles n'ont pas de ces
+coquetteries. C'est Alphonse Daudet, je crois, qui disait de la musique:
+«Je l'aime sans discuter, sans vouloir chercher les raisons de mon
+plaisir; je l'aime comme une bête.» C'est un peu, dirait-on, de cette
+façon-là que les Parisiennes aiment, à cette heure, l'automobilisme.
+Elles en sont allées inaugurer l'exposition; et on les a vues y revenir
+dès le lendemain, afin de renouveler en elles l'enthousiasme qu'elles y
+avaient ressenti la veille; et elles y sont retournées cette semaine; et
+la semaine prochaine, et jusqu'au 24 décembre--inclusivement--on les y
+rencontrera.</p>
+
+<p>Diverses raisons amènent la Parisienne au Salon de l'automobile. Elle y
+vient pour prendre le thé, parce qu'il est convenu que, pendant trois
+semaines, c'est uniquement là qu'elle retrouvera ses amies. Elle y vient
+inaugurer quelques toilettes, parce qu'elle sait que c'est là qu'elle
+rencontrera les jeunes gens que son élégance ravit et les jeunes femmes
+que ses succès font enrager. Elle y vient peut-être aussi pour acheter
+une automobile; et elle y vient encore et surtout pour regarder
+l'automobile qu'elle n'achètera pas, et pour marchander avec conviction
+celle qu'elle achèterait si ses moyens lui permettaient d'en acheter
+une, ou enfin pour se mêler à l'élite de celles qui ont le moyen d'en
+acheter.</p>
+
+<p>Illusion délicieuse, où sa vanité se complaît et s'attarde! Elle essaye
+des voitures; elle compare; elle discute. Avec cette promptitude
+d'assimilation où triomphe la Française, elle s'est fait une sorte de
+compétence; elle sait le jargon qu'il faut parler ici; connaît les noms
+des fabricants, se récrie sur la valeur d'une marque; elle n'ignore ou
+ne semble ignorer rien de ce qu'il faut savoir touchant la qualité des
+châssis de celui-ci et des cylindres de celui-là. Elle m'émerveille!</p>
+
+<p>Et voilà peut-être de quoi expliquer, en partie, le frénétique essor de
+cette industrie neuve. Ce n'est pas <i>la cause</i>, assurément; c'est une
+des causes. L'automobile a les Parisiennes pour elle. Elle a les
+Parisiennes pour elle à cause des facilités de vie qu'elle procure et
+des vertiges qu'elle donne; parce qu'elle est un meuble très commode et
+un jouet très affolant; parce qu'elle est le véhicule le plus chic,
+étant le plus coûteux de tous. Sa cherté même en fait un symbole
+d'élégance; elle est l'un des signes à quoi une certaine élite se
+reconnaît...</p>
+
+<p class="mid">*<br>* *</p>
+
+<p>En attendant les volumes d'étrennes qu'on va donner aux enfants sages,
+les académies font pleuvoir les couronnes et les billets bleus sur les
+grandes personnes qui font des livres. L'Institut proclame ses lauréats
+de l'année; aux frais d'un journal, un aréopage féminin prime le dernier
+ouvrage d'un jeune romancier, M. Romain Rolland; aux frais de deux
+écrivains morts, l'Académie Goncourt gratifie d'un don de 5.000 francs
+le roman d'un autre jeune,--un enseigne de vaisseau dont le pseudonyme
+est Claude Farrère. Et, de son côté, la Société des gens de lettres
+distribuera, ces jours-ci, quelques sommes... Que tout cela est peu de
+chose! Le dernier recensement quinquennal de la population m'apprend
+ceci, qui me confond: il y a, en France, 44.000 «artistes et
+littérateurs». N'est-ce pas de quoi décourager la libéralité des
+académies? Jamais, quoi qu'elles fassent, leurs ressources ne suffiront
+à panser les blessures, à consoler les misères engendrées dans 44.000
+âmes par l'ambition d'écrire, de sculpter, de peindre ou de composer des
+partitions. Il y a bien quelques puissants dans cette foule-là; et
+quelques heureux et beaucoup de «demi-arrivés» pour qui la vie est
+possible, si leur soif d'honneurs et de richesses n'est pas grande. Mais
+les autres!</p>
+
+<p>Les autres sont des jeunes gens, des hommes mûrs, des vieillards. Mais
+c'est aux jeunes que vont de préférence les prix qu'on distribue.
+Pourquoi? On trouve intéressant d'encourager la jeunesse, d'aider le
+débutant à «faire son trou». Il serait plus humain, ce me semble,
+d'aider les vieux à payer leur terme; et j'aimerais que les prix
+académiques allassent d'abord aux cheveux gris.</p>
+
+<p>Ce qui est douloureux en art, ce n'est pas d'avoir vingt ans et de rêver
+la gloire; c'est, à soixante, de penser qu'on ne l'atteindra plus. Voilà
+les vraies tristesses,--celles qui auraient besoin d'être consolées les
+premières... Les jeunes gens sont, dans la pire détresse, armés des deux
+plus grandes forces qu'il y ait au monde: ils ont l'espérance et ils ont
+l'amour. L'avenir est devant eux; les femmes les aiment... Je ne les
+trouve pas intéressants du tout.<br>
+
+<span class="rig"><span class="sc">Sonia.</span></span></p><br><br>
+
+<h3><span class="sc">NOTRE GRAVURE HORS TEXTE</span></h3>
+
+<h4>«LA CRUCHE CASSÉE», DE GREUZE</h4>
+
+<p><i>La Cruche cassée</i>, le chef-d'oeuvre de Greuze, est l'un des tableaux
+les plus fameux de notre musée du Louvre. La grâce de la figure de la
+jeune fille, le charme piquant de son expression, la perfection de sa
+facture, justifient les enthousiasmés qu'a soulevés cette belle
+peinture. Diderot fut l'un de ses premiers fervents et lorsqu'elle
+parut, en 1765, il lui consacra l'une de ses pages les plus vibrantes et
+les plus jolies. C'est le type parfait de ce qu'on a appelé en badinant
+«les tendrons de Greuze». De toutes les ouvres du peintre, il n'en est
+pas qui caractérisent mieux son génie, qui, selon le mot de Charles
+Blanc, «consistait à arranger toujours les choses de manière que ni la
+volupté ni la morale n'y perdissent rien».</p>
+
+<p>Au moment où quelques toiles, sensiblement contemporaines de celle-ci,
+ont atteint de si gros prix, il semble intéressant de rappeler qu'à la
+vente du marquis de Verri, en 1785, vingt ans après son apparition, <i>la
+Cruche cassée</i> fut payée 3.001 francs. De combien de billets de banque
+ne la couvrirait-on pas aujourd'hui si elle pouvait courir de nouveau
+les hasards d'une vente!</p>
+
+<p>La reproduction de <i>la Cruche cassée</i>, que nous offrons à nos lecteurs
+avec ce numéro, peut soutenir la comparaison avec les plus belles
+gravures tirées à petit nombre et cotées très cher chez les marchands
+d'estampes. Nous faisons actuellement reproduire par le même procédé <i>la
+Laitière</i>, également de Greuze: nos abonnés recevront ce pendant de <i>la
+Cruche cassée</i> au mois de février prochain.</p>
+
+<p>L'échéance du 31 décembre étant la plus importante de l'année, nous
+prions ceux de nos lecteurs dont l'abonnement expire à cette date de
+vouloir bien le renouveler le plus tôt possible, afin d'éviter tout
+retard dans la réception des premiers numéros de 1906».</p>
+<br><br>
+
+<h3>NOTES ET IMPRESSIONS</h3>
+
+<p>La campagne veut des âmes tout à elle, des âmes fraîches, parce qu'elle
+est fraîche, des âmes jeunes, parce qu'elle est l'éternelle jeunesse.<br>
+
+<span class="rig"><span class="sc">René Bazin.</span></span></p><br>
+
+<p class="mid">*<br>* *</p>
+
+<p>Tout est dans nous et le monde extérieur se transforme, se colore aux
+mille nuances de nos passions.<br>
+
+<span class="rig"><span class="sc">Alphonse Daudet.</span></span></p><br>
+
+<p class="mid">*<br>* *</p>
+
+<p>La douleur est individuelle comme la maladie: chacun la traite suivant
+son tempérament.<br><span class="rig"><span class="sc">Samuel Rocheblave.</span></span></p><br>
+
+<p class="mid">*<br>* *</p>
+
+<p>Lorsqu'une éclaircie se fait dans la vie sombre, il faut en jouir avec
+toutes ses puissances de gaieté.<br><span class="rig"><span class="sc">Mme Juliette Adam.</span></span></p><br>
+
+<p class="mid">*<br>* *</p>
+
+<p>L'impérialisme de nos modernes monarchies ou républiques: une dernière,
+crise de mégalomanie sous la menace des douches que nous prépare le
+monde de demain.</p>
+
+<p class="mid">*<br>* *</p>
+
+<p>Entre vrais amis, les services ne se demandent pas, ils se rendent.<br>
+
+<span class="rig"><span class="sc">G.-M. Valtour.</span></span></p>
+
+<br><br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/002a.png"><br> <b>Le pavillon français planté sur le cap Philippe par le
+duc d'Orléans et les explorateurs de la <i>Belgica</i>.</b></p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/002b.png"><br><b> Le cap Philippe vu de la <i>Belgica</i>.</b></p>
+
+<h3>L'EXPÉDITION ARCTIQUE DU DUC D'ORLÉANS</h3>
+
+<p class="lef"><img alt="" src="images/002c.png"><br> <b>
+Le duc d'Orléans sur le pont<br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;de la <i>Belgica</i>.</b></p>
+
+<p>Le docteur Récamier fut le médecin de l'expédition organisée, l'été
+dernier, par le duc d'Orléans, et que la <i>Belgica</i>, sous le commandement
+de M. de Gerlache, porta dans la banquise groënlandaise. La conférence
+qu'il vient de faire, lundi, à la salle de la Société d'horticulture,
+rue de Grenelle, libéralement mise à sa disposition, a présenté un très
+vif intérêt. Elle constitue, en effet, le premier compte rendu précis,
+documenté, de ce beau voyage d'exploration,--en attendant le livre que
+le prince lui-même prépare en ce moment.</p>
+
+
+
+<p>Au moment où la <i>Belgica</i>, sa croisière finie, ramenait, en septembre
+dernier, à Ostende, le duc d'Orléans et ses compagnons, nous avons
+enregistré les résultats d'une expédition qui fut particulièrement
+favorisée, puisqu'en une course de quelques semaines elle a reculé de
+plus d'un degré de latitude l'extrême point du monde connu sur la côte
+nord-est du Groenland.</p>
+
+<p>Sportsman très passionné, tireur merveilleusement adroit, le duc
+d'Orléans avait avant tout rêvé d'une belle campagne de chasse. Mais il
+avait tenu à ce que cette expédition coûteuse, aventureuse aussi, au
+demeurant, rapportât quelque chose à la science (océanographie,
+géographie) et, s'il se pouvait, quelque gloire à la France. La
+<i>Belgica</i> était donc armée en conséquence et pourvue des meilleurs
+appareils de sondage et d'exploration des couches sous-marines. La
+conférence--la causerie plutôt, tant son accent était libre,
+pittoresque, charmant--dans laquelle le docteur Récamier, encadré du
+commandant de Gerlache et du peintre Mérite, a narré en détail le voyage
+de la Belgica, a été infiniment attrayante.</p>
+
+<p class="rig"><img alt="" src="images/002d.png"><br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<b>Un ours blessé.</b></p>
+
+<p>Le docteur Récamier, nous a donné un tableau fort joli de la vie au
+cours de cette navigation au milieu des glaces, de ces chasses à l'ours,
+au phoque, au morse, où l'adresse du duc d'Orléans avait maintes
+occasions de s'exercer, de cette lente promenade à travers des marines
+désolées, qu'animaient seuls d'étranges oiseaux décolorés, gris et
+blancs, au vol puissant et lourd, les mergules, les guillemots, les
+grylles, les pagophiles, certains dont le cri ressemblait à un rire
+ironique et qui rêvassaient, alignés en files interminables au bord de
+la banquise, dans la lumière pâle du jour polaire.</p>
+
+<p>Le 28 juillet 1905, la <i>Belgica</i> étant immobile dans le brouillard, le
+voile de brume qui l'enveloppait se déchira tout à coup. On vit, à
+bâbord, une terre accidentée, aride. «Le dîner, ce soir-là, ne fut pas
+long», a écrit dans son rapport le commandant de Gerlache. A 8 heures du
+soir, le duc d'Orléans et les membres de l'expédition, débarqués en
+toute hâte, atteignaient le point culminant de la côte.</p>
+
+<p>Ils dominaient un site désolé, infertile, semé de blocs et de cailloux
+roulés, une moraine ancienne, où quelque peu de terre végétale s'était
+déposée: la «terre de France», selon le voeu du prince. On y éleva un
+cairn, un monticule de pierre, par 77°5 de latitude nord, 18°33 de
+longitude ouest. Sur ce <i>cairn</i>, on hissa un drapeau tricolore. Ce fut
+un moment d'émotion indicible, dont un cliché fragile et pâle, presque
+indistinct, perpétuera le souvenir, une terne photographie qu'aucun des
+acteurs de cette scène ne peut revoir sans que son coeur batte un peu
+plus fort, et dont l'apparition, sur l'écran transparent où le docteur
+Récamier la fit projeter, souleva une tempête de bravos...</p>
+
+<p>Deux jours après on redescendait vers les patries, Français, Suédois,
+Belges, Norvégiens... après avoir tenté vers le nord-est une pointe, au
+cours de laquelle on reconnut encore un banc sous-marin indiquant sans
+doute le voisinage d'une côte nouvelle.</p>
+
+<p>On avait écrit sur la mappemonde quelques noms de plus: le cap Philippe,
+le point extrême où l'on était arrivé, et qui est probablement la pointe
+d'une île; la baie d'Orléans, que commande ce cap; la terre de France...
+à laquelle, paraît-il, le Danemark va contester son nom pour des raisons
+de nomenclature géographique, en proposant de la nommer «terre du duc
+d'Orléans»,--ce qui n'implique aucune hostilité ni contre le prince, ni
+contre notre pays, d'ailleurs.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/002e.png"><br><b>La moraine du glacier du cap Philippe (avec la silhouette
+du docteur Récamier).</b></p>
+
+<p>Jusqu'à la croisière de la <i>Belgica</i>, la dernière étape des
+explorateurs, dans cette direction sur la route de l'inconnu, si
+attirante, au dire de tous ceux qui s'y sont aventurés, était le cap
+Bismarck, que l'expédition prussienne du capitaine Koldewey avait
+atteint le 15 avril 1870, et encore y était-elle arrivée en traîneaux.
+Au retour de son voyage, le capitaine Koldewey écrivait: «Aucun navire
+ne s'avancera jamais plus avant le long de cette côte, à moins que ce ne
+soit à la faveur de chances exceptionnelles.» Ces chances, l'expédition
+du duc d'Orléans les a rencontrées.<br>
+
+<span class="rig"><span class="sc">Gustave Babin.</span></span></p><br>
+
+<p class="mid"><i>(Photographies du Dr Récamier et du commandant de Gerlache.)</i></p>
+
+<br><br>
+
+
+
+<h3>L'ESCADRE INTERNATIONALE EN RADE DE MITYLÈNE</h3>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/003a.png"></p>
+
+<p><b>De gauche à droite: le Szigetvar (crois. autr.); le Lancaster (crois.
+cuir. angl.); le Sankl Georg (crois. cuir. autr.--Vaisseau amiral); le
+Dard (torp. franc.); le Charlemagne (cuir. franc.); le Garibaldi (crois.
+cuir. italien); le Koubanetz (torp. russe).</b></p>
+
+<h4><span class="sc">l'incident TURC</span></h4>
+
+<p>La question du contrôle financier en Macédoine, qui avait amené
+l'occupation, par l'escadre internationale, de Mitylène et de Lemnos,
+est en voie d'arrangement. On a transigé: les puissances ont fait
+quelques concessions; moyennant quoi le sultan a accepté qu'une
+commission composée de conseillers financiers nommés et payés par les
+puissances exerce son contrôle sur le budget macédonien. Reste à savoir
+quel résultat effectif donnera dans l'application le fonctionnement de
+cette commission. En tout cas, l'incident est virtuellement clos, ou sur
+le point de l'être. Les navires des puissances n'ont sans doute plus
+longtemps à demeurer mouillés en rade de Mitylène, devant la petite
+ville aux toits de tuile que menaçaient leurs canons. Dans quelques
+jours, sans doute, on ne verra plus les allées et venues des vedettes
+amenant à la douane les marins des diverses nationalités, ou les
+remmenant à leurs bords à l'heure où l'on relève la garde. Ce joug qui
+pesait sur la gracieuse île ensoleillée était d'ailleurs des plus
+légers, et elle semblait le supporter sans impatience. Même le mouvement
+de curiosité que provoquaient, les premiers jours, les allées et venues
+des matelots s'était calmé vite. La garnison turque, cantonnée dans un
+bout de l'île, était séparée des troupes internationales par une zone
+neutre, et chacun vivait, bien tranquille, dans l'espace qui lui était
+attribué.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/003b.png"><br><b>Débarquement des détachements français et anglais devant
+la douane de Mitylène.</b>--<i>Photographies Mraz.</i></p>
+<br><br>
+
+<h3>LES ÉVÉNEMENTS DE RUSSIE</h3>
+
+<h4><span class="sc">l'assassinat du général Sakharof</span></h4>
+
+<p class="lef"><img alt="" src="images/003c.png"><br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<b>Le général Sakharof.</b><br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;--<i>Phot. Larger.</i></p>
+
+<p>Le général Sakharof, qui avait été, de longues années, le chef
+d'état-major du général Kouropatkine au ministère de la Guerre russe, et
+qui l'avait remplacé, en 1904, à la tête du département, quand celui-ci
+fut nommé commandant en chef de l'armée de Mandchourie, vient de périr
+dans des circonstances tragiques. Démissionnaire du ministère de la
+Guerre depuis le mois de juillet dernier, il avait été récemment envoyé
+à Saratof, pour réprimer les troubles agraires. Le 5 décembre, le
+général travaillait dans le cabinet du gouverneur quand on lui annonça
+une visiteuse. Il la fit introduire auprès de lui. C'était une femme
+d'une trentaine d'années, élégamment vêtue. Elle se présenta comme
+propriétaire foncière, sollicitant un secours, et tendit une supplique
+au général. Soudain, tandis qu'il lisait l'écrit, il reçut à bout
+portant quatre balles de revolver. Blessé grièvement, le général
+Sakharof s'enfuit dans la pièce voisine où il s'évanouit. Il succomba
+rapidement. Il avait été atteint au coeur, au poumon, au bras, dans le
+dos. Il avait seulement cinquante-sept ans.</p>
+
+<br><br>
+
+<h3><span class="sc">LA MUTINERIE DE Sébastopol</span></h3>
+
+<p>La sédition qui a éclaté le 25 novembre dernier à Sébastopol, et sur
+laquelle, en raison de l'irrégularité des services postaux, nous
+recevons seulement les premiers documents photographiques qui soient
+parvenus en France, a rappelé, mais avec un autre caractère de gravité,
+l'affaire fameuse du <i>Potemkine.</i></p>
+
+<p class="rig"><img alt="" src="images/003d.png"><br><b>
+Le lieutenant Schmidt, chef de la<br>
+mutinerie des 25-28 novembre à<br>
+Sébastopol.</b> <i>Phot. Pouditchef.</i></p>
+
+<p>Les mutins (marins casernes à terre et soldats du régiment de
+Brest-Litovsky) s'étaient rendus maîtres du transport <i>Otchakof</i> et en
+avaient expulsé les officiers et les marins fidèles au devoir.</p>
+
+<p>Le 27 au soir, les rebelles délivraient un officier, le lieutenant
+Schmidt, qui allait être jugé pour avoir tenu un discours
+révolutionnaire, et le mettaient à leur tête. Il prit le commandement de
+l'<i>Otchakof</i>, sur lequel il arbora le drapeau rouge, et parvint à
+capturer les torpilleurs le <i>Sviryopi</i> et trois autres qui avaient tenté
+de torpiller son navire.</p>
+
+<p>Le lendemain, il enlevait, par un hardi coup de main, les officiers du
+<i>Panteleimon</i> (ancien <i>Potemkine</i>) et les emmenait à son bord comme
+otages. On dut recourir à la force pour dompter les insurgés, et un duel
+d'artillerie s'ouvrit, dans l'après-midi du 28, entre leur escadrille,
+d'une part, et l'escadre, qu'appuyait de terre de l'artillerie de
+campagne. L'<i>Otchakof</i> put tirer seulement six coups, et, un incendie
+s'étant déclaré à son bord, il se rendit. Le lieutenant Schmidt était
+blessé grièvement.</p>
+
+<p>Le matin du 29, l'amiral Tchoukhine était maître de la situation.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/003e.png"></p>
+
+<table cellpadding="2" cellspacing="2" border="0"
+ style="width: 100%; text-align: left;" summary="3277">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: center;">
+<b>Le croiseur <i>Otchakof.</i></b>
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: center;">
+<b>Le fort Constantin qui a canonné le croiseur <i>Otchakof.</i></b>
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<br><br>
+
+<p>Depuis quelque temps déjà, on voyait circuler parfois à travers les rues
+de Paris un omnibus automobile, effectuant une marche d'essai et chargé
+de voyageurs fictifs, c'est-à-dire de sacs de sable. L'ouverture du
+Salon de l'automobile fournissait tout naturellement l'occasion de
+rendre ces épreuves plus intéressantes, en substituant aux sacs inertes
+de vrais voyageurs, capables d'apprécier les avantages ou de constater
+les défauts des véhicules perfectionnés. La Compagnie des Omnibus vient
+donc de mettre provisoirement à la disposition du public neuf voitures
+nouveau modèle, actionnées par des moteurs de marques différentes, qui
+accomplissent le trajet de la place de la Bourse au Cours-la-Reine par
+la rue Vivienne, les boulevards, la place de la Concorde et les
+Champs-Elysées.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/004.png"><br><b>LES PREMIERS OMNIBUS AUTOMOBILES A PARIS<br>
+
+LES NEUF TYPES EN CIRCULATION ENTRE LA BOURSE ET LE SALON DE
+L'AUTOMOBILE.<br>--1. Au départ, sur la place de la Bourse.--2. Devant
+l'Automobile-Club.--3. Place de la Concorde.--5. Sur les grands
+boulevards.--4, 6, 7. Avenue des Champs-Elysées.--8. Devant le Grand
+Palais.--9. A l'arrivée, aux serres du Cours-la-Reine.</b></p>
+
+<p class="mid"><i>Les neuf voitures ne se distinguent que par leurs moteurs,<br> commandés à
+neuf constructeurs différents.</i></p>
+
+<br><br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/004a.png"><br><b>La toiture effondrée et les murs écroulés.</b></p>
+
+<h3>L'ACCIDENT DE LA GARE DE CHARING-CROSS, A LONDRES</h3>
+
+<table cellpadding="2" cellspacing="2" border="0"
+ style="width: 100%; text-align: left;" summary="3277">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 405px; text-align: center;">
+<p>Un très grave accident s'est produit à Londres, dans l'après-midi du 5
+décembre: la toiture de la gare de Charing-Cross s'est brusquement
+effondrée avec un fracas épouvantable, entraînant dans sa chute des
+équipes d'ouvriers occupés à des travaux de réfection, écrasant
+plusieurs wagons des trains formés le long des quais, en même temps que
+s'écroulait un mur mitoyen de soutènement, qui sépare ce vaste hall de
+la salle de l'Avenue-Theatre.</p>
+<img alt="" src="images/004b.png"><br><b>La marquise écrasée sur un des quais gravement
+endommagé.</b>
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 235px; text-align: center;">
+<img alt="" src="images/004c.png"><br><b>Ruelle séparant la gare de l'Avenue-Theatre, encombrée de
+débris.</b>
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<p>Le premier moment de stupeur passé, lés pompiers et les agents de police
+accourus en toute hâte entreprirent, au milieu d'un épais nuage de
+poussière, de fumée et de suie, le laborieux déblaiement des décombres,
+inextricable amas de fers disloqués, de verres brisés, de gravats, sous
+lequel gisaient les victimes.</p>
+
+<p>Le nombre n'en était pas aussi considérable qu'on l'avait craint
+d'abord; mais il s'élevait cependant à une trentaine, dont sept morts.</p>
+
+<p>Quant aux dégâts, telle est leur importance que la gare a dû rester
+fermée pendant une semaine et qu'il faudra reconstruire le théâtre
+contigu.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/004d.png"><br><b>L'ACCIDENT DE CHARING-CROSS.<br>--La grande poutre
+transversale de la toiture reposant sur les wagons<br> et soutenue par des
+piles de traverses.</b></p>
+
+<br><br>
+
+<h3>LE 8e SALON DE L'AUTOMOBILE</h3>
+
+<p>Le Salon de l'automobile de Paris constitue la grande foire mondiale des
+véhicules de locomotion sur route; car le centre du marché automobile,
+en dépit des efforts chaque jour plus pressants de la concurrence
+étrangère, demeure toujours en notre capitale. Les plus grosses
+transactions de cette industrie si étonnamment vivante se passent encore
+sur le terrain où elle est née, la France.</p>
+
+<p>La grande solennité qui tient en ce moment ses assises, au Grand Palais
+et aux Serres de la Ville, nous donne l'occasion d'examiner d'un peu
+près les ressources qu'offre au public cette industrie automobile,
+d'enregistrer ses victoires acquises, et de mesurer aussi l'énorme
+terrain qu'il lui reste à parcourir pour satisfaire toutes les demandes,
+de genres si différents, que lui adresse l'humanité. En un mot, nous
+noterons où elle en est et où elle doit logiquement aller. Ces simples
+réflexions seront probablement jugées beaucoup plus intéressantes que
+des commentaires sur les rares perfectionnements de détails que
+comportent les machines exposées.</p>
+
+<h4>LE SALON DE L'AUTOMOBILE DOIT-IL DEMEURER?</h4>
+
+<p>Mais, tout d'abord, le Salon de l'automobile doit-il continuer à vivre,
+du moins à revivre chaque année, ainsi qu'il le fait depuis huit
+ans?--La question commence à se poser dans les milieux industriels, et
+les réponses ne vont pas toutes vers l'affirmative.</p>
+
+<p>Quantité de chefs de maisons reprochent au Salon de les livrer malgré
+eux à des frais de publicité fort onéreux. Il jette de plus une
+perturbation profonde dans leurs affaires. En effet, il les oblige, à
+peine remis du Salon précédent, à peine installés à la livraison des
+véhicules commandés, à songer au «type nouveau» qu'il leur faudra
+exposer au Salon prochain. Les modèles étant longs à déterminer dans
+leurs détails, les pièces de fonte d'acier étant de fabrication très
+lente, c'est dès le mois de juillet souvent qu'ils doivent commencer
+l'étude des véhicules destinés à <i>faire sensation</i> en décembre!</p>
+
+<p>L'acheteur qui, de son côté, n'ignore pas cette particularité de
+mécanisme industriel, ne donne plus de commandes aux usines dès que
+l'été est venu: il attend le Salon! La production des usines ne va plus
+que par à-coups, et l'on «débauche» le personnel ouvrier à certains mois
+avec autant de hâte qu'on «l'embauche» à d'autres.</p>
+
+<p>De plus, les modèles, toujours changés, ne peuvent être construits qu'en
+séries relativement petites. Il est impossible d'entreprendre de grandes
+séries de voitures identiques, à l'américaine, de voitures dont les
+pièces seraient moins onéreuses, le prix de la main-d'oeuvre moins
+élevé, sur lesquelles se répartiraient des frais généraux moindres,--et
+qui, au total, seraient vendues beaucoup meilleur marché aux
+consommateurs.</p>
+
+<p>Enfin, les protestataires contre l'annualité du Salon font observer avec
+raison que, si les étrangers commencent contre l'industrie française une
+concurrence des plus sérieuses, c'est aux Salons annuels que nous le
+devons. Là, groupés en un seul local, mis à nu, exposés dans leurs
+moindres détails, divulgués avec complaisance par les vendeurs, tous nos
+modèles sont livrés aux instincts copistes des concurrents et surtout
+des concurrents étrangers. Un ingénieur intelligent pourra, en cinq ou
+six visites attentives, s'il a quelque compétence, bourrer de notes son
+portefeuille, travailler discrètement du crayon et du pied-à-coulisse
+(appareil de mesure des épaisseurs), et extraire de cette exposition,
+comparative donc éminemment instructive, les plus précieuses indications
+pour une voiture bien conçue! Il serait, à tous égards, plus adroit,
+pense-t-on, d'obliger les constructeurs étrangers à acheter nos voitures
+s'ils désirent les copier, au lieu de les leur exposer naïvement, et
+gratuitement! Tout au moins la divulgation de nos méthodes et de nos
+modèles serait-elle moins préjudiciable à nos intérêts si le Salon de
+l'automobile n'avait lieu que tous les trois ans!</p>
+
+<p>Les partisans du Salon annuel soutiennent au contraire que la grande
+foire excite la concurrence, c'est-à-dire le progrès, qu'elle fouaille
+les acheteurs, entretient la fièvre du marché, la vie de l'industrie
+automobile, et qu'elle met ainsi toutes choses au mieux du monde.</p>
+
+<h4>TENDANCE VERS UNE BAISSE DES PRIX</h4>
+
+<p>La tendance générale va vers une baisse sensible des prix. Sous réserve
+des réflexions que j'aurai à formuler tout à l'heure sur ce sujet, voilà
+une nouvelle qui réveillera l'espoir dans le coeur de bien des gens! De
+très grosses maisons ont descendu tout leur catalogue 1905 de 2.000 et
+3.000 francs pour en faire le catalogue 1906. Si l'on rapproche ce fait
+de celui que j'ai relaté tout à l'heure, à savoir que la plupart des
+constructeurs demandent qu'on leur laisse, entre deux Salons, du répit,
+c'est-à-dire le temps de fabriquer par grandes séries, par conséquent de
+produire à meilleur compte, on reconnaîtra qu'un vent de sagesse
+commence à souffler dans le Grand Palais!</p>
+
+<p>On rapprochera encore de ces deux faits ce troisième, la propension très
+caractérisée qu'a aujourd'hui l'acheteur à ne plus acquérir de moteurs
+énormes, de «monstres» dont la consommation d'essence et de gomme (car
+un moteur très fort entraîne très vite la voiture et consomme parfois
+plus de caoutchouc que d'essence) déroute les budgets les mieux
+constitués! Il semble vraiment que l'ère des grandes folies de dépenses
+et de vitesses soit à son déclin et que l'automobile commence, mais bien
+doucement encore, à se diriger vers son vrai but, le transport rapide
+des hommes et des choses, et à se détourner de son but factice, le
+sport. Les gens sensés attendaient depuis longtemps cette évolution.</p>
+
+<h4>LE TRICAR ET LA VOITURETTE</h4>
+
+<p>Ce sentiment de la nécessité du bon marché a donné naissance, ou mieux
+renaissance, à deux instruments, le tricar et la voiturette, dont on
+voit plusieurs modèles très différents au Salon.</p>
+
+<p>Le plus petit modèle d'automobile que nous possédions jusqu'ici était la
+motocyclette. Mais la motocyclette, si bien au point qu'elle soit
+aujourd'hui, ne peut donner satisfaction à tout le monde. Elle n'est
+guère «habitable» que par un tout jeune homme, car elle n'est pas
+stable, elle dérape, et puis elle n'a qu'une place. Pour le commerce,
+elle est nulle, attendu qu'elle ne peut porter aucun colis.</p>
+
+<p>Les Anglais, les premiers, ont remédié à ces défauts en constituant un
+appareil nouveau au moyen d'une roue motrice à l'arrière, comme dans la
+motocyclette, et de deux roues porteuses et dirigeantes à l'avant, comme
+dans la voiture. Un «trois-roues voiture», un tricar, vint de la sorte
+au monde et commença à pulluler en Angleterre. Depuis un an on parle de
+lui très fréquemment en France, mais il n'y rencontre pas encore la
+haute faveur qui lui est octroyée chez nos voisins, il faut bien le
+reconnaître.</p>
+
+<p>Cet instrument peut cependant rendre de très signalés services. Si la
+place sur la selle d'arrière ne bénéficie pas d'un confort immodéré, par
+contre la place d'avant, entre les roues, est suspendue sur des ressorts
+et très acceptable. Pour les besoins du commerce, pour les petites
+livraisons en ville ou aux environs de la ville, le tricar transforme en
+un instant sa place d'avant en un coffre bien clos où les marchandises
+sont à l'abri. Pour les besoins du particulier, du châtelain, par
+exemple, le tricar joue aisément le rôle du poney, va porter un paquet
+ou même une lettre en retard à la gare, ou plus simplement encore s'en
+va au marché.</p>
+
+<p>Les qualités dominantes du tricar sont d'abord le bas prix de son achat,
+ensuite sa faible consommation. Mais il ne demeure pratique qu'autant
+qu'on ne le «déforme» pas, qu'autant qu'on ne fait pas, de lui aussi, un
+monstre!</p>
+
+<p>Le tricar ne peut et ne pourra jamais être très confortable. Il sera
+toujours impossible de lui donner une suspension de voiture, de lui
+donner de la longueur pour augmenter son empattement et lui demander de
+grandes vitesses. Sa légèreté, qui est sa qualité primordiale, l'empêche
+d'adhérer au sol suffisamment dans les allures exagérées: il bondit
+alors comme une balle et fait des sauts qui le détruisent lui-même et
+désespèrent le conducteur.</p>
+
+<p>De plus, si l'on veut exiger du tricar des vitesses élevées, il faut
+nécessairement qu'on le munisse d'un moteur beaucoup plus puissant, plus
+cher et consommant bien davantage. La seconde qualité du tricar, la
+faiblesse de consommation, est anéantie du coup. Désormais, pour
+résister à son moteur et aux vitesses que ce moteur lui communique, il
+faut au tricar des membres beaucoup plus solides, donc plus lourds; et
+une partie de la puissance nouvelle ajoutée à l'ensemble n'a pour effet
+que de déplacer à une vitesse un peu plus grande un véhicule beaucoup
+plus lourd! On parvient ainsi aux fins dernières de l'instrument: le
+gros moteur trépide péniblement à l'arrière quand le véhicule est
+arrêté. Il ébranle tous les assemblages. D'autre part, les freins, dont
+on n'a pas la place d'augmenter la largeur et le diamètre sur ces petits
+instruments, deviennent insuffisants pour les grandes vitesses
+engendrées; et bientôt, le véhicule n'étant plus qu'une réunion de
+pièces qui cherchent à divorcer, les pannes irrémédiables surviennent,
+et l'on appelle le ferrailleur pour le lui vendre.</p>
+
+<p>C'est là le processus morbide par lequel est passé le tricycle à pétrole
+d'autrefois avant de disparaître; celui qui guette la motocyclette si
+l'on n'y prend garde; celui qui viendra à bout du tricar si les
+constructeurs ne réagissent pas avec un entêtement invincible.</p>
+
+<p>Il est à remarquer qu'à ce point de vue les Anglais sont beaucoup plus
+raisonnables que nous. Ils ne demandent à leur tricar que les exploits
+modestes qu'il est capable de fournir et que le vendeur leur a
+enseignés. Ils ne lui mettent sur les reins que deux personnes, parce
+qu'il a été construit pour transporter deux personnes; ils n'exigent pas
+qu'il fasse des matches même avec des trains omnibus, parce qu'il a été
+construit seulement pour marcher plus vite que des chevaux.</p>
+
+<p>En France, nous déduisons du fait que le tricar a été construit pour
+deux personnes, qu'il peut bien en porter trois! Une de plus, une de
+moins!... Alors, sur l'avant du tricar qui ne devrait être réservé qu'à
+sa femme, on installe à côté d'elle une petite soeur, oh! si mince! Puis
+on commande au bourrelier un tablier pour leur couvrir les jambes,
+ensuite une capote à compas pour les jours de pluie. On fait poser un
+générateur d'acétylène et deux petits phares pour voyager la nuit --et
+l'on s'aperçoit que le tricar se refuse à tant de besogne et s'abstient
+de gravir la moindre rampe. Alors, on juge que le moteur n'est pas assez
+puissant, qu'il faut un ou deux chevaux de plus; et le délicieux petit
+tricar d'antan devient le monstrueux engin dont j'ai parlé plus haut.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/005.png"><br><b>LE 8e SALON DE L'AUTOMOBILE:<br>LE GRAND PALAIS ILLUMINÉ, VU
+DU QUAI D'ORSAY</b><br>
+<i>Dessin de Henri Jourdain</i>.</p>
+
+<p>Le tricar a ses deux places l'une derrière l'autre; la voiturette les a
+à côté l'une de l'autre. Le premier vaut de 1.300 à 1.800 francs; la
+seconde débute à 2.000 francs, je crois, jusqu'à 3.800 francs environ.
+La voiturette a quatre roues, absolument comme une voiture, mais elle
+n'a de la voiture, même en miniature, que la simple apparence. Le public
+ne doit pas s'y tromper, et les rêveurs d'automobiles populaires à des
+prix infimes doivent en prendre encore leur parti: jamais une voiturette
+n'offrira le confort ni la vitesse que procurent les vraies voitures. On
+admettra bien, je pense, que, si les voitures ont les dimensions
+d'empattement, de voie, de caisse, que nous leur connaissons, c'est
+parce que ces dimensions sont reconnues nécessaires! De ce qu'un client
+ne peut consacrer que 2.000 francs à l'achat d'une voiturette, il ne
+s'ensuit pas que ce monsieur ait les jambes plus courtes que le monsieur
+qui signera gaiement un chèque de 25.000 francs, et qu'il ait besoin de
+moins de place pour les allonger! De même l'assise d'un chauffeur peu
+fortuné réclamera la même profondeur que celle du plus milliardaire de
+nos amateurs!</p>
+
+<p>Dès lors, puisque la voiturette ne pourra jamais satisfaire les jambes,
+l'assise, et tout le reste de son acheteur, sous peine de devenir une
+voiture pure et simple, il faut bien que cet acheteur ait la philosophie
+de se contenter de la portion congrue de confort que peut offrir une
+voiturette!</p>
+
+<p>De plus, tant que les usines ne pourront pas construire les voiturettes
+par grandes séries, par trois ou quatre milliers à la fois, le marché ne
+pourra pas offrir, dans les prix les plus bas que j'ai indiqués, de
+machines de qualité réelle. Or on sait, ou tout au moins on soupçonne,
+quels dangers courent les voyageurs d'un appareil lancé à 30 ou 40 à
+l'heure, s'il n'est pas constitué de matériaux de premier choix!</p>
+
+<p>Ces observations n'ont pas pour but de détourner aucun acheteur du
+tricar ou de la voiturette, mais de mettre en garde tous nos lecteurs
+contre un achat inconsidéré. L'industrie automobile n'est pas encore en
+pleine possession de la fabrication de ces appareils, comme elle l'est
+de la fabrication des voitures. Il y a donc lieu de prendre plus de
+précautions pour acquérir un instrument de 2.000 francs que pour en
+commander un de 15.000 francs. J'en connais déjà d'excellents; j'en sais
+par contre beaucoup plus d'exécrables.</p>
+
+<p>En résumé, aujourd'hui, il est impossible de trouver sur le marché, pour
+3.000 et 4.000 francs même, à l'état de neuf, un véhicule dit <i>de
+famille</i>, c'est-à-dire capable de porter normalement trois ou quatre
+personnes. La motocyclette est faite pour une personne; le tricar et la
+voiturette pour deux. Rien n'existe au delà dans la classe des petites
+automobiles. Et tous les trois sont faits pour rouler doucement, pour ne
+jamais dépasser 40 kilomètres à l'heure sur terrain plat, c'est-à-dire
+pour fournir une moyenne de 28 à 30 par tous profils. C'est peu; mais,
+pour la plupart des clients de cette classe, c'est fort suffisant.</p>
+
+<h4>LA VRAIE VOITURE ET SES SUBDIVISIONS</h4>
+
+<p>Lorsqu'on veut bénéficier de tous les avantages d'une vraie voiture,
+avoir le confort des places, le confort de la suspension, de la capote
+large et longue, il n'est qu'un, moyen: choisir une vraie voiture!</p>
+
+<p>Il ne s'ensuit d'ailleurs pas que l'acheteur qui se décide à cette sorte
+d'achat voie obligatoirement ses finances compromises! On réalise
+aujourd'hui de bonnes voitures modestes au moyen d'un moteur d'un seul
+cylindre. C'est, au total, un poids de 600 à 700 kilos et une dépense de
+6.000 francs environ. On achète ainsi un véhicule qui certes n'arrachera
+de cris d'admiration à aucun badaud, mais qui honnêtement fera un dur
+travail quotidien et résistera victorieusement à de longs voyages.</p>
+
+<p>La voiture élégante, la voiture à quatre cylindres, c'est ici que
+triomphe à coup sûr l'industrie automobile! Le nombre des constructeurs
+d'automobiles de luxe est considérable, et je ne saurais trop compter
+tous ceux qui se sont fait, dans cette spécialité, un nom connu. Il n'y
+a ici pour un acheteur d'autre embarras réellement que celui du choix!</p>
+
+<p>De façon générale, lorsqu'on désire une voiture de cette catégorie, on
+ne l'achète plus toute finie, mais à l'état de <i>châssis</i>, et l'on
+demande à un carrossier de la terminer par une <i>caisse</i>. Le châssis, ou
+mécanisme complet sur ses roues, est fabriqué en séries par le
+constructeur, mais la caisse est toujours établie par unité et, pour la
+forme autant que pour la garniture et la peinture, au goût du client. Le
+prix de l'ensemble est évidemment beaucoup plus élevé, mais l'oeuvre est
+au moins personnelle, et, si l'amateur est quelque peu expert en la
+matière, il peut, dans une certaine mesure, se dire le collaborateur du
+carrossier pour sa voiture.</p>
+
+<p>Si l'on veut en croire mon expérience, on admettra qu'une voiture de
+tourisme ne doit guère dépasser une allure de 60 kilomètres à l'heure en
+terrain plat, c'est-à-dire fournir une moyenne de 40 à l'heure ou à peu
+près. Des allures plus élevées sont, en toute sincérité, dangereuses, et
+augmentent le prix d'entretien de la voiture dans des proportions
+énormes; des allures plus basses sont soporifiques sur route un peu
+longue. Il est d'ailleurs à remarquer que le 60 que j'indique ici est le
+maximum de l'allure que puisse fournir le moteur que je préconise, mais
+que la souplesse de nos engins actuels permettra à ce même moteur de
+faire un service de ville à 20 kilomètres à l'heure. Or, pour obtenir
+ces allures, si la caisse est découverte mais pourvue d'une grande
+capote, il faut une puissance <i>réelle</i> de 20 chevaux environ. Je dis
+<i>réelle</i>, parce que les constructeurs de moteurs d'automobiles ont pris
+l'habitude d'annoncer des puissances inférieures à celles que peuvent
+fournir au maximum ces moteurs. La puissance varie, en effet, beaucoup
+avec le conducteur et n'atteint son maximum que lorsque le moteur est
+dans les conditions les meilleures de rendement (bonne carburation,
+bonne qualité d'étincelle électrique d'allumage, bon graissage, bonne
+réfrigération, bonne étanchéité, bons ressorts de soupapes, etc., etc.).
+Les constructeurs admettent donc une baisse sensible dans la puissance
+du moteur lorsque les circonstances sont défavorables, et baptisent
+prudemment 14 chevaux un moteur qui, en réalité, peut en donner 20. On
+est alors en présence d'un 14-20 chevaux par exemple.</p>
+
+<p>Un châssis de 20 chevaux a aujourd'hui une valeur de 10.000 à 14.000
+francs environ. La caisse, selon la maison de carrosserie qui
+l'établira, vaut de 2.000 à 4.000 francs. Il y a lieu toujours d'ajouter
+un billet de 1.000 francs pour les accessoires (pièces de rechange de
+mécanisme et de pneumatiques, phares à acétylène, etc.). En sorte que,
+équipée pour prendre la route, une telle voiture, pour quatre à cinq
+personnes, revient à un prix variant entre 13.000 à 19.000 francs.</p>
+
+<p>Si la voiture est fermée par des glaces (landaulet, limousine, phaéton
+abrité, etc.) et qu'on veuille atteindre les mêmes allures, il est
+nécessaire d'acheter un châssis qui ait une puissance vraie de 24
+chevaux environ, car le poids d'une telle caisse est plus élevé, et la
+résistance qu'elle présente à l'air (facteur le plus considérable dans
+la résistance au roulement qu'éprouve un véhicule rapide) est beaucoup
+plus importante. On achètera donc un 18-24 ou un 20-24 chevaux. Le prix
+d'un tel châssis varie entre 16.000 et 18.000 francs environ. La caisse
+vaudra de 3.000 à 6.000 francs, selon le luxe qu'elle comportera. En
+sorte qu'une jolie voiture de voyage, de puissance moyenne, mais de
+confort absolu, vaut entre 20.000 et 25,000 francs.</p>
+
+<p>Tous ces prix étaient, l'an dernier encore, plus élevés de 2.000 à 3.000
+francs. La baisse n'a d'ailleurs eu lieu que sur les châssis et non pas
+sur les caisses, pour la double raison que les modèles mécaniques n'ont
+pas subi de modifications très importantes en 1905, et que la
+concurrence commence à livrer bataille sérieuse; et que, d'autre part,
+les exigences du client pour les détails de la caisse, pour leur nombre,
+pour leur soin et pour leur qualité, ont toujours augmenté.</p>
+
+<p>Dans la catégorie de la belle voiture, l'industrie française est, je le
+répète, hors de comparaison. On y retrouve tout le goût de notre race.
+Mais il faut reconnaître qu'ayant merveilleusement réussi la première
+partie de son programme: construire des voitures de plaisance pour
+personnes riches, notre industrie doit s'acharner dès maintenant à
+réaliser la seconde partie, qui serait: construire des voitures utiles
+pour personnes aisées; et à pousser à bonne fin la troisième, déjà
+brillamment entamée: construire des véhicules industriels.</p>
+
+<h4>POIDS LOURDS, SERVICES PUBLICS, OMNIBUS</h4>
+
+<p>La question dite des «poids lourds», c'est-à-dire de la traction par
+moteurs mécaniques de lourdes voitures de transport, a reçu, cette
+année, quelques nouveaux essais de solution. Les visiteurs des Serres de
+la Ville en verront quelques échantillons. Mais il faut bien qu'ils
+sachent qu'en vérité notre industrie est encore, à l'heure actuelle,
+incapable de livrer au commerce des voitures de transport dont le poids
+total (chargement compris) dépasse trois tonnes (3.000 kilos), ou à peu
+près. Ce qui manque, c'est à la fois: la roue, qui se démolit si l'on ne
+la garnit que de fer, et qui consomme trois fois plus de gomme que ne
+consomme d'essence le moteur, si on la garnit de caoutchouc; et la
+route, que des roues aussi chargées et motrices (détail capital, car la
+roue motrice, roue vivante, agrippe le sol) ont tôt fait de défoncer dès
+que la voiture atteint seulement 12 à 15 kilomètres à l'heure.</p>
+
+<p>Les essais les plus réussis de transport de voyageurs sur route ont
+presque tous, jusqu'ici, été compromis par l'usure extrêmement rapide
+des bandages des roues. Seules, les voitures peu pesantes et conduites à
+allure relativement lente, ont pu sauver de la faillite les
+exploitations au service desquelles elles travaillaient.</p>
+
+<p>Il y a donc ici une indication précieuse à retenir: la voiture
+automobile publique doit être petite, légère et lente. Sa «lenteur»
+pourra d'ailleurs, sans danger, équivaloir au double de la vitesse d'une
+voiture publique à chevaux! Dans ces limites prudentes, elle est dès
+aujourd'hui réellement pratique. Elle permet d'établir, à très bas prix,
+de ville à ville, des services publics à petit trafic, à gestion simple,
+à amortissement facile. Cette application de l'automobile est évidemment
+le succès de demain.</p>
+
+<p>D'ailleurs, les visiteurs du Salon pourront remarquer sur le
+Cours-la-Reine des omnibus à impériale, les premiers à Paris, qui, à
+l'occasion de la fête de l'automobile, s'essayent à évoluer sans
+chevaux. Voici qu'en 1906 le progrès nous vient de la Compagnie générale
+des Omnibus!<br>
+
+<span class="rig"><span class="sc">L. Baudry de Saunier.</span></span></p><br><br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/006a.png"><br><b>M. Faguet faisant son cours sur les Poètes français du
+temps du premier Empire.</b></p>
+
+<h3>LES PLAISIRS GRATUITS DE PARIS: EN SORBONNE</h3>
+
+<table cellpadding="2" cellspacing="2" border="0"
+ style="width: 100%; text-align: left;" summary="3277">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: center;">
+<p class="mid"><img alt="" src="images/006b.png"><br><b>Une habituée du cours de M. Faguet.</b></p>
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: center;">
+<p class="mid"><img alt="" src="images/006c.png"><br><b>Cours de M. Lanson: Histoire du goût littéraire au XVIIIe siècle.</b></p>
+
+<p>C'est une opinion généralement admise en province, et même à l'étranger,
+qu'il n'y a pas de ville où, pour passer agréablement le temps, on
+dépense plus d'argent qu'à Paris. Quelle erreur! Je me souviens d'un
+amusant inventaire auquel procéda, il y a une dizaine d'années, dans le
+supplément littéraire du <i>Figaro</i>, un jeune homme plein d'esprit, qui
+débutait alors dans les lettres, M. Jules Chancel. Il y énumérait et
+décrivait l'infinie série des «plaisirs gratuits» qu'offre Paris. Il y
+en a de toutes sortes, et pour tous les goûts, et l'écrivain nous
+démontrait bien spirituellement qu'il n'existe point à Paris de
+ridicule, de travers, de vice ou de vertu qui ne se puisse, en une
+certaine mesure au moins, satisfaire gratuitement.</p>
+
+
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<p>Paris ne possède pas
+seulement des jardins publics où l'on peut flâner délicieusement,
+apprivoiser de petits oiseaux et, la belle saison venue, former son goût
+dans la fréquentation des orchestres militaires; Paris n'a pas seulement
+des musées merveilleux où il fait chaud pendant l'hiver et des églises
+où il fait frais pendant l'été; des bibliothèques publiques, des
+conférences où l'on est à l'aise pour digérer; des salons d'hôtel où,
+sous prétexte d'attendre l'ami qui ne vient pas, on peut lire tous les
+journaux, feuilleter tous les illustrés des deux mondes et faire sa
+correspondance sur papier de luxe; des buffets de maisons de nouveautés
+où l'on peut se rafraîchir et se restaurer gratis, et des mairies où
+l'on trouve, de temps en temps, des mariées ravissantes à embrasser;
+Paris possède une Sorbonne dont toutes les portes, ou presque toutes,
+sont, huit mois sur douze, ouvertes à tout le monde, et où se donnent
+rendez-vous, en la plus pittoresque des promiscuités, toutes les
+curiosités, nobles ou futiles, toutes les coquetteries, tous les
+snobismes, toutes les activités, toutes les paresses...</p>
+
+<p>Et c'est l'attrait suprême et l'originalité unique de ce lieu: l'homme
+sérieux s'y instruit, la femme frivole ne s'y ennuie point et le
+philosophe y jouit--comme le dessinateur--de petits spectacles où il est
+sûr de s'amuser beaucoup. C'est donc une grave affaire pour Paris que de
+savoir, à chaque retour d'hiver, ce que sera l'affiche de la Sorbonne.
+Quels professeurs y rencontrera-t-on et de quoi parleront-ils? Et à
+quels jours? Et à quelles heures? Dans la clientèle féminine de la
+maison ce détail est d'importance. Car, si l'on consent à orner son
+esprit de connaissances nouvelles, on ne peut pas tout de même, pour
+cela, désorganiser sa vie, changer «son jour», se lever ou déjeuner à
+des heures ridicules, renoncer à l'agrément de certaines visites à faire
+ou à recevoir et du thé de cinq heures.</p>
+
+<p>Il y a aussi, en dehors de la Sorbonne, quelques cours où se porte
+volontiers la curiosité des amateurs, et il est intéressant de savoir,
+au moment où la Sorbonne va s'ouvrir, si telles conférences données par
+X... à l'École du Louvre ou par Y... au Collège de France, et qu'on ne
+veut point manquer, n'auront pas lieu à l'heure précise où Z..., de la
+Faculté des lettres, professera le cours très attendu qu'on a résolu de
+suivre aussi...</p>
+
+<p>Les amateurs «sérieux» ont eu, cette année, le regret de ne point
+trouver sur l'affiche de la Sorbonne quelques-uns des noms qui les y
+attiraient d'ordinaire. M. Lavisse n'enseigne plus; M. Boutroux, M. G.
+Monod, M. Buisson, ont provisoirement quitté l'affiche. Mais le
+répertoire de l'hiver a tout de même de quoi satisfaire les curiosités
+des plus gourmands; et, si les noms des «célébrités» y sont plus rares,
+les compétences les plus variées et les plus notoires talents y
+figurent. Six maîtres y enseignent la philosophie; treize, la géographie
+et l'histoire; treize, les lettres et la philologie.</p>
+
+<table cellpadding="2" cellspacing="2" border="0"
+ style="width: 100%; text-align: left;" summary="3277">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: center;">
+<img alt="" src="images/007a.png"><br><b>S'est trompée de jour et assiste, avec sa mère, au cours
+de M. Luchaire: <i>Innocent III et la question d'Orient.</i></b>
+
+<p>La troupe des amateurs se disperse autour de ces chaires en groupes très
+inégaux. Cette année, elle semble négliger un peu les philosophes, et
+nous sommes loin des belles années où c'était un brevet de distinction,
+pour une Parisienne, que d'être vue--très attentive et le crayon d'or à
+la main--aux leçons de Caro.</p>
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: center;">
+<img alt="" src="images/007b.png"><br><b>Une Allemande qui suit les cours, quels qu'ils soient,
+pour apprendre la bonne prononciation française.</b>
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<p>La parole charmante de M. Brochard eût été
+digne de les attirer; mais M. Brochard consacre, cet hiver, son élégante
+érudition au «Néoplatonisme alexandrin», et ce n'est pas de quoi réjouir
+des imaginations de femmes. Quelques-unes vont entendre M. Dumas, qui
+leur parle des «Emotions et des passions», mais de si honnête manière!
+M. Séailles parle de «l'Idée de Dieu et des méthodes philosophiques»
+devant un auditoire attentif, et M. Lévy-Bruhl a vu se lever vers lui,
+depuis un mois, quelques jolis yeux: des yeux de graves étudiantes que
+tourmente le besoin de savoir ce que c'est au juste que la «Philosophie
+de Descartes». Les autres fréquentent de préférence les cours de
+lettres. Il y en a, cette année, d'amusants. Le plus suivi de tous est,
+comme l'an dernier, celui de M. Faguet, qui traite des «Poètes français
+du temps du premier Empire». M. Faguet a tout ce qu'il faut pour
+intéresser un auditoire de femmes: il est académicien, il a de l'esprit,
+il sait à fond les choses dont il parle, et il ne parle que de choses
+qu'on voudrait savoir. Il est, avec cela, le plus fécond des
+journalistes, et il exerce la critique dramatique au rez-de-chaussée du
+plus vénérable de nos journaux. C'est ce qui vous explique pourquoi on
+voit fleurir autour de sa chaire de si jolis chapeaux et briller l'or de
+nuques si jolies: ce sont les nuques et ce sont les chapeaux de
+comédiennes qui, ayant lu les feuilletons de M. Faguet, se sont dit que
+les leçons qu'il professe à l'amphithéâtre Richelieu ne devaient pas
+être ennuyeuses... Elles ne le sont pas, en effet. Non plus que celles
+de M. Lanson, qui a pris pour sujet, cet hiver, «l'Histoire du goût
+littéraire en France au dix-huitième siècle». Ici, moins d'élégances. Un
+auditoire où domine l'élément «professionnel»: des étudiants des deux
+sexes, des institutrices,--beaucoup d'institutrices. M. Lanson est un
+professeur influent et bien en cour; il est fort en littérature et il a,
+en politique, des opinions hardies; c'est un maître qu'il est
+intéressant de suivre et avantageux d'avoir suivi.</p>
+
+<table cellpadding="2" cellspacing="2" border="0"
+ style="width: 100%; text-align: left;" summary="3277">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 420px; text-align: center;">
+<p class="mid"><img alt="" src="images/007c.png"><br><b>L'amphithéâtre Richelieu, pendant un cours de M. Faguet.</b></p>
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 220px; text-align: center;">
+<p class="mid"><img alt="" src="images/007d.png"><br><b>Cours de M. Collignon <i>(Art grec au IVe siècle)</i>.</b></p>
+
+<p>C'est au cours de M. Santayana que nous retrouvons les mondains--et les
+mondaines--de Sorbonne. Professeur à l'université d'Harvard, M.
+Santayana fait, sur la «Philosophie contemporaine en Angleterre et aux
+États-Unis», un cours où affluent les jolies femmes... car la colonie
+américaine est riche en jolies femmes, et ce sont elles surtout qui
+viennent, deux fois par semaine, applaudir leur savant compatriote et
+continueront de lui faire cortège jusqu'en mars.</p>
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<p>Est-ce à dire que MM. Santayana, Lanson et Faguet méritent seuls la
+vogue qui s'attache cet hiver à leur enseignement? Point du tout;
+n'oubliez pas que la Sorbonne compte parmi ses maîtres un des hommes les
+plus savants et les plus spirituels de ce temps-ci, M. Gebhart; que les
+noms de MM. Croiset, Collignon, Martha, Cartault, Thomas, Henry, Gazier,
+Lichtenberger, Beljame, Haumant, Dejob, s'inscrivent à l'affiche de
+1906. Mais quoi! la vogue ne va pas au talent seul; elle va aux hommes
+qui ont «une histoire» et aux sujets qui l'amusent; or, M. Croiset n'a
+pas d'histoire; quand M. Collignon lui parle de «l'Art grec au quatrième
+siècle», la foule des amateurs fait la grimace, et, si elle néglige un
+peu M. Gebhart, c'est que M. Gebhart lui tient, sur la «Chronique de
+Fra-Salimbene», des discours qui ne la divertissent point follement.</p>
+
+<table cellpadding="2" cellspacing="2" border="0"
+ style="width: 100%; text-align: left;" summary="3277">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 310px; text-align: center;">
+<p class="mid"><img alt="" src="images/008a.png"><br><b>Un rentier de Sorbonne.</b></p>
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 330px; text-align: center;">
+<p class="mid"><img alt="" src="images/008b.png"><br><b>Suit le cours de M. Gabriel Séailles... Sa bonne aussi.</b></p>
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<p>Quelques auditrices pourtant restent fidèles à ces graves leçons et
+c'est, pour l'habitué de Sorbonne, un amusement que ces rencontres
+inattendues: l'auditrice guindée que sa femme de chambre accompagne et
+qui échange avec elle des réflexions qu'on voudrait connaître...;
+l'élève du Conservatoire, échouée là par on ne sait quel hasard, qui
+s'est trompée de porte ou de jour et qui, croyant entendre M Faguet,
+demeure comme médusée devant les explications que M. Luchaire lui
+fournit sur «Innocent III et la question d'Orient».</p>
+
+<p>M. Aulard intéresse davantage. M. Aulard est un peu, du côté des
+historiens, ce qu'est M. Lanson du côté des professeurs de lettres.
+C'est un militant, dont les idées ont fait du bruit. Il nous explique,
+cet hiver, la «Méthode des principaux historiens de la Révolution».
+Auditoire d'étudiants, d'institutrices, de rentiers graves. Le rentier
+fréquente volontiers, en Sorbonne, les cours d'histoire. Et il n'a que
+l'embarras du choix. L'histoire ancienne le tente-t-elle? MM. Leclercq
+et Grébaut la lui enseigneront. Celle de l'art byzantin lui plaît-elle
+davantage? M. Diehl est là pour la lui raconter. Est-il friand
+«d'actualité»? Voici les cours où M. Revon, très entouré, traite de
+«l'Évolution morale du Japon», et M. Augustin Bernard du Maroc, et M.
+Denis de «la Russie depuis Paul Ier». M. Vidal de la Blache, M. Marcel
+Dubois, lui enseigneront, s'il veut, toutes sortes de géographies; M.
+Lemonnier, l'«Histoire de l'art»; M. Romain Rolland, celle de «l'Opéra,
+de Lulli à Gluck». Et je m'en voudrais enfin d'oublier le docte cours de
+psychologie de M. Egger, et celui de M. Espinas sur les «Vues
+sociologiques de Voltaire et de Rousseau». Le rentier de Sorbonne est le
+plus respectueux des auditeurs. Il prend rarement des notes. Ancien
+commerçant, fonctionnaire ou vieux militaire retraité, sa fonction est
+de se reposer. Il écoute, simplement, et quelquefois il s'endort.
+Interpellé par un avocat qui s'irritait de le voir dormir depuis le
+commencement de sa plaidoirie, un vieux juge osa répondre que le sommeil
+était quelquefois «une opinion».</p>
+
+<p>Le mot est spirituel, mais ne vaudrait rien si on l'appliquait aux
+dormeurs de Sorbonne. Car leur sommeil, à ceux-là, ne veut pas dire:
+«Vous êtes ennuyeux», mais le plus souvent: «Vous êtes, monsieur le
+professeur, un peu trop fort pour moi». Et cela est tout à l'honneur de
+nos maîtres. Ils ne cherchent pas à plaire quand même à l'auditoire qui
+les écoute; ils l'appellent à eux; ils ne descendent point à lui; ils
+savent résister, parlant au public, à la tentation de se faire
+courtisans. C'est une des vertus que le Palais-Bourbon pourrait envier à
+la Sorbonne.<br>
+
+<span class="rig"><span class="sc">Emile Berr.</span></span></p><br><br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/008c.png"><br>
+
+<table cellpadding="2" cellspacing="10" border="0"
+ style="width: 100%; text-align: left;" summary="3277">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: center;">
+<p class="mid"><b>LE POPE GAPONE A PARIS</b></p>
+
+<p>Le pope Gapone, principal instigateur du mouvement populaire de
+Saint-Pétersbourg qui aboutit, le 22 janvier dernier, à la fusillade du
+Palais d'Hiver et aux scènes tragiques qui ensanglantèrent les faubourgs
+de la capitale russe, avait pu s'enfuir et éviter la répression. Au mois
+d'octobre dernier, quoique le gouvernement eût refusé de le comprendre
+dans l'amnistie, il était rentré clandestinement en Russie. Mais, traqué
+par la police à laquelle il n'échappa que grâce au dévouement de ses
+amis, il dut de nouveau prendre la fuite. C'est à Paris, où il est venu
+chercher un asile, qu'a été prise la photographie que nous publions de
+lui, et qui le représente sous le costume laïque. Un de nos confrères du
+<i>Matin</i> l'a interviewé. D'après ses déclarations, il apparaît sinon
+découragé du moins inquiet de la tournure qu'ont prise les événements.</p>
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: center;">
+<p class="mid"><b>«AU JARDIN DE PARIS», TABLEAU DE TOULOUSE-LAUTREC</b></p>
+
+<p>La Société des Amis du Luxembourg s'est constituée dans le but
+d'enrichir notre musée des artistes contemporains. Or, la première oeuvre
+qu'elle songea à lui offrir, dès que ses ressources le lui permirent,
+fut le tableau que nous reproduisons ici: <i>Au Jardin de Paris</i>, oeuvre
+du peintre Henri de Toulouse-Lautrec, mort il y a quelques années.
+Présentée d'abord au Comité consultatif des musées, l'oeuvre fut agréée.
+Le Conseil supérieur des musées, par contre, quand elle arriva devant
+lui, la repoussa. Des polémiques s'engagèrent, au cours desquelles
+l'éminent président du Conseil supérieur, M. Léon Bonnat, déclara
+n'avoir gardé aucun souvenir que cette toile eût été examinée par le
+Conseil. Elle vient donc de lui être soumise de nouveau, et une faible
+majorité lui a refusé une seconde fois l'entrée du Luxembourg.</p>
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+<br><br>
+
+
+
+
+<h3>LES LIVRES ET LES ÉCRIVAINS</h3>
+
+<h4><span class="sc">Le prix Goncourt de 1905: «les Civilisés», par Claude Farrère.</span></h4>
+
+<p class="rig"><img alt="" src="images/009.png"><br><b>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;M. Charles Bargone<br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;(Claude Farrère), enseigne de<br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;vaisseau à bord du<br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<i>Saint-Louis</i>.</b></p>
+
+<p>Les hésitations ont été longues à l'Académie Goncourt. Parmi la masse,
+plus nombreuse que jamais, des livres présentés pour le prix, aucun ne
+semblait attirer les suffrages des nouveaux et jeunes immortels. Presque
+au dernier moment, quelqu'un du cénacle a mis en avant un volume auquel
+personne ne songeait: <i>les Civilisés</i> (Ollendorff, 3 fr. 50), d'un jeune
+officier de marine qui avait déjà publié, sous le même pseudonyme de
+Claude Farrère: <i>Fumées d'opium</i>. Ces messieurs de l'Académie Goncourt
+ont le goût des impromptus; ils aiment à prendre des décisions rapides
+et à couronner les pages de la dernière heure. N'ont-ils pas
+pareillement le dessein de tromper le public et de choisir le favori que
+l'on ne soupçonnait pas?</p>
+
+
+
+<p><i>Les Civilisés</i>, qui viennent de réunir la majorité des voix,
+méritaient-ils tant d'honneur? Nous avons, dans la vie, rencontré des
+êtres, hommes ou femmes, qui nous attirent dès le premier abord. A peine
+la porte s'ouvre-t-elle devant eux et apparaissent-ils, qu'ils
+conquièrent tout le salon. Ils ont des manières si engageantes, un tel
+sourire sur les lèvres, une telle contenance, qu'on est pris et disposé
+à tout accorder sans réfléchir davantage. Ainsi en est-il des Civilisés.
+La phrase en est vive et à la fois caressante, avec des mots neufs et
+éclatants, avec un réalisme qui se voile sous des couleurs très
+poétiques, à la Loti.--L'auteur de <i>Mon frère Yves</i> semble avoir marqué
+toute la marine littéraire.</p>
+
+<p>Au bout d'un certain temps, et après quelque examen, on aperçoit bien
+quelques défauts dans l'inconnu séduisant, mais on reste malgré tout,
+sous le charme de la première impression.</p>
+
+<p>Trois personnages principaux remplissent presque tout le livre de M.
+Farrère: un médecin, Mévil; un ingénieur, Torral, et un officier de
+marine, Fierce. C'est à Saigon qu'ils se rencontrent et qu'ils mènent la
+vie de civilisés, dans cette ville étrange, facile, où les plaisirs sont
+sous la main et où rien ne retient plus de ce qui constitue les préjugés
+de la vieille Europe. Se rappelle-t-on le serpent noir de Nietzsche que
+notre éducation et notre atavisme nous ont attaché à la gorge et dont
+nous ne pouvons facilement nous défaire? C'est l'ensemble de lois
+morales, de conventions mondaines et sages, par lesquelles nous sommes
+tenus. M. Farrère, sous le vocable de «civilisés», comprend ceux qui ont
+rompu avec les principes anciens, avec les prétendues superstitions
+morales pour se livrer uniquement à leur fantaisie et se procurer le
+maximum possible de jouissances. «Ils vivent en marge de notre vie
+conventionnelle; ils en ont abjuré tous les fanatismes et toutes les
+religions. L'éclosion de pareils hommes n'était possible que dans cette
+Indo-Chine à la fois très vieille et très neuve...; il y fallait la
+corruption d'une société en qui la morale d'Europe a fait faillite; il y
+fallait l'humidité brûlante de Saigon où tout se fond au soleil et se
+dissout,--les énergies, les croyances et le sens du bien et du mal.»</p>
+
+<p>Tandis que Nietzsche prêche la suppression du serpent noir, pour donner
+plus de vigueur à l'homme, pour exalter son orgueil, pour écarter de lui
+ce qui l'empêche de devenir un surhomme, les civilisés de M. Farrère
+n'élèvent pas si haut leurs pensées et ne visent qu'à la satisfaction de
+leurs moins nobles instincts. Les trois Européens de Saïgon se
+dépouillent de toute croyance pour se précipiter dans la vie la plus
+ignominieuse et la plus débilitante. Ah! les viles orgies où les
+entraîne leur scepticisme! A trente ans, le docteur Mévil n'est plus
+qu'une loque humaine, amollie et annihilée par les basses voluptés, par
+le vin et par l'opium. En vain essaye-t-il de se raccrocher à une
+branche de salut, à un amour pour une jeune fille pure. Mais elle
+rejette, méprisante, sa vieillesse prématurée. La branche se soustrait à
+sa main. Il meurt misérablement sur une route, un matin, après une nuit
+honteuse. Fierce a été sur le point de se relever et d'épouser la
+ravissante Sélysette; peu s'en est fallu qu'il ne quittât les civilisés
+pour rentrer parmi les barbares. Mais, surpris, en une débauche, par sa
+fiancée, il perd tout espoir et se fait tuer dans une lutte maritime
+avec les Anglais. Pour éviter le service militaire, Torral, avant les
+hostilités, avait déserté.</p>
+
+<p>Ainsi finissent lamentablement les civilisés, victimes de leur
+scepticisme et de leur révolte contre les vieilles lois et les vieilles
+coutumes. Malgré la hardiesse des peintures, la crudité fréquente des
+mots, les <i>Civilisés</i>, par leur conclusion, se présentent comme une
+oeuvre morale. Peut-être l'auteur--il est assez artiste pour le
+faire--aurait-il pu atténuer certains détails, nuancer quelques
+couleurs. Peut-être aussi aurait-il pu, à la fin, ne pas se transporter
+dans l'avenir, en pleine guerre maritime contre l'Angleterre. Cette
+conception nuit à la vraisemblance du récit. Mais ne soyons pas trop
+pédants devant la beauté; n'écartons pas le rayonnement d'art qui
+enveloppe <i>les Civilisés</i> et qui en dérobe si heureusement toutes les
+légères taches.<br>
+
+<span class="rig"><span class="sc">E. Ledrain.</span></span></p><br><br>
+
+<h3>POUR LES BIBLIOPHILES</h3>
+
+<p>La «Société normande du Livre illustré» vient d'éditer luxueusement un
+curieux recueil: <i>Chansonnier normand</i> (chez Carteret, suce, de Conquet;
+125 exemplaires à 150 fr.) En forme de préface, une notice historique
+sur la chanson normande, par M. Joseph L'Hôpital, ouvre le volume. M.
+Joseph L'Hôpital n'est pas un inconnu pour les lecteurs de
+<i>L'Illustration</i>: il a publié ici même un exquis roman, <i>Rêve
+d'enfants</i>, et une saisissante nouvelle, <i>la Dame verte</i>. Sa
+présentation du <i>Chansonnier normand</i> débute par de bien jolies
+généralités sur la chanson:</p>
+
+<p>«La chanson est aussi vieille que le monde. Du jour où l'homme a
+commencé à traîner sur la terre l'éternel fardeau de ses pensées et de
+ses douleurs, elle s'est mise en marche avec lui sur la route de la vie;
+elle en a poétisé les sanglants détours, en a fleuri les dures étapes
+d'espérance, en a pleuré et exalté tour à tour les mauvais pas et les
+riants passages: chanson de guerre, chanson de prière, chanson de deuil,
+chanson de joie, chanson d'amour.</p>
+
+<p>» Ainsi s'est formé le grand concert que le passé donne au présent et
+que le présent à son tour enrichit de sonorités nouvelles. Car la route
+n'est pas finie; l'homme marche toujours; il a toujours besoin que sa
+compagne la chanson lui redise les paroles qui ont donné des jambes et
+du coeur à ses pères tombés avant lui sur ce chemin sans fin; et il lui
+demande à toute heure des chants pour lutter, pour aimer, pour jouir et
+pour souffrir...»</p>
+
+<p>Un court fragment de la <i>Chanson de Roland</i> ouvre le recueil: la
+«Société normande» a voulu ainsi manifester que, malgré toutes les
+démonstrations de M. Gaston Paris, elle s'en tient à l'opinion de M.
+Léon Gautier, qui voyait dans l'auteur de la vieille épopée un compagnon
+de Guillaume le Conquérant. Mais le premier chansonnier normand
+incontesté qu'on nous présente est Richard de Sémilly, baron d'Aunay,
+qui nous chante une chanson d'amour:</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<p class="i14"> J'aime la plus sade rien (1), qui soit de mère née,</p>
+<p class="i14"> En qui j'ai trestout mis, âme et cors et pensée.</p>
+<p class="i14"> Plus est blanche que noif (2), comme rose vermeille.</p>
+</div></div>
+
+<blockquote>Note 1: La plus gracieuse personne. Note 2: Neige.</blockquote>
+
+<p>Voilà comme un Normand chantait au douzième siècle. Et voici comme un
+autre Normand chante au vingtième:</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<p class="i14"> Messieurs, grâce au gouvernement</p>
+<p class="i14"> Dont nous jouissons à l'heure actuelle</p>
+<p class="i14"> Le pays vit dons l'enchant'ment</p>
+<p class="i14"> D'une félicité perpétuelle.</p>
+<p class="i14"> Au dedans, point d'agitations;</p>
+<p class="i14"> Le gâchis simplement, rien autre.</p>
+<p class="i14"> A l'extérieur, quoi? des nations</p>
+<p class="i14"> Messieurs! étrangers à la nôtre!</p>
+<p class="i14"> Enfin, chose extraordinaire!</p>
+<p class="i14"> --A quoi c'la tient-il? J'n'en sais rien--</p>
+<p class="i14"> Nous ne sommes pas même en guerre!</p>
+<p class="i14"> Tout va bien, messieurs, tout va bien!</p>
+<p class="i14"> Et zim la boum!... Vive la République!</p>
+</div></div>
+
+<p>L'auteur de ce couplet--que beaucoup d'autres couplets accompagnent--est
+M. Jacques Ferny, qui naquit à Yerville (Seine-Inférieure), et qui dit
+chaque soir lui-même ses <i>Chansons immobiles</i> dans les cabarets de
+Montmartre.</p>
+
+<p>On voit combien est éclectique l'anthologie chansonnière de la «Société
+normande». Entre le douzième et le vingtième siècle, entre Richard de
+Sémilly et Jacques Ferny, nous rencontrons successivement: Marie de
+France, qui écrivit des lais pour le roi Henri d'Angleterre, en pure
+langue normande; Alain Chartier, né à Bayeux; Olivier Basselin et ses
+compagnons du Vau de Vire:</p>
+
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<p class="i14"> L'amour de moy sy est enclose</p>
+<p class="i14"> Dedans ung iolly jardinet,</p>
+<p class="i14"> Où croist la rose et le muguet,</p>
+<p class="i14"> Et aussi faict le passerose.</p>
+</div></div>
+
+<p>Et puis c'est Jean Marot, père de Clément; Gringoire; Jean Le Houx, qui
+chanta le cidre... et aussi le vin; Vauquelin de La Fresnaye et son fils
+Vauquelin des Yvetaux; François de Malherbe, dont tant de stances furent
+mises en musique de son temps et depuis; Gaultier Garguille; le grand
+Corneille lui-même; Madeleine et Georges de Scudéry... Et, plus près de
+nous: Malfilâtre, Casimir Delavigne, Louis Bouilhet, Barbey d'Aurevilly,
+Guy de Maupassant... Enfin, nos contemporains: Charles Frémine, Eugène
+Le Mouel, Paul Harel le bon poète-aubergiste, Henri de Régnier, enfin
+Louis Beuve, qui écrit en patois ses chansons.</p>
+
+<p>Cette sélection est le résultat de longues et érudites recherches. Les
+lecteurs du <i>Chansonnier normand</i> trouveront dans la remarquable préface
+de M. Joseph L'Hôpital l'exposition claire et brillante des faits
+généraux qui rattachent les uns aux autres les auteurs cités.</p>
+
+<p>Mais pourquoi ces lecteurs doivent-ils être si peu nombreux? Cent
+vingt-cinq exemplaires à cent cinquante francs: que les bibliophiles
+sont égoïstes! Certes, ce prix est justifié par la beauté de la
+présentation typographique et par la richesse harmonieuse des vignettes
+en couleurs de Giraldon, gravées sur bois par Quesnel, qui encadrent
+chaque page. Cependant, ne pourrait-on maintenant faire une édition plus
+modeste d'un ouvrage que beaucoup de simples lettrés, qui n'ont pas les
+moyens d'être bibliophiles, seraient heureux de mettre, eux aussi, dans
+leur bibliothèque?</p>
+
+<h4>QUELQUES BEAUX LIVRES ILLUSTRÉS</h4>
+
+<p>De nos jours, on pardonne assez facilement au Vésuve ses crimes
+d'autrefois, d'abord parce que ces méfaits sont atteints par une
+prescription deux fois millénaire, ensuite parce que la science s'est
+fort heureusement accommodée de leurs résultats. Assurément, lorsqu'il
+réunissait les documents de son livre, <i>Pompéi</i> (Emile Gaillard,
+éditeur), M. Pierre Gusman, dans un bel égoïsme de lettré et d'artiste,
+ne devait pas éprouver des sentiments très hostiles au redoutable
+ensevelisseur. Plutôt, il lui savait gré d'avoir préservé les cités
+mortes contre l'inévitable profanation des hommes et d'avoir rendu
+possible, pour les exhumateurs d'aujourd'hui, la reconstitution
+minutieuse de la vie romaine d'il y a deux mille ans.</p>
+
+<p>L'ouvrage de M. Pierre Gusman, qui vient d'être magnifiquement réédité,
+est illustré par l'auteur lui-même de 600 dessins et aquarelles d'un
+puissant intérêt documentaire. En outre d'une description de Pompéi
+avant l'éruption et d'un récit du cataclysme, ce livre contient de
+multiples et précieuses indications. Il nous fait assister aux fouilles
+anciennes et modernes, nous donne le secret de la vie antique, nous
+conduit au théâtre, au cirque, aux endroits où l'on votait; il nous
+initie encore aux langues parlées et à l'écriture en usage au temps de
+Titus; enfin, il nous fait comprendre, savourer l'art décoratif
+qu'Alexandrie exporta en Italie, les formes souples de la plastique et
+le brio des peintures aux charmantes compositions païennes, où la grâce
+libre et la délicatesse sensuelle des figures offrent un attrait
+toujours jeune. «La tête humaine, ouvrière dépensées, révèle le
+caractère de ses oeuvres par l'expression habituelle de ses traits.» Par
+ces lignes, M. Moreau-Vauthier exprime, sous une forme saisissante, tout
+l'intérêt du nouvel album, <i>l'Homme et son Image</i> (Hachette, 30 fr.)
+qu'il présente au public. Et, de fait, en contemplant les 200 gravures
+et les 12 planches en héliogravure que renferme ce magnifique volume, on
+voit aisément combien, du <i>Chancelier Rollin</i> de Van Eyck aux
+aristocratiques figures de Van Dyck et aux somptueux et robustes modèles
+d'un Titien ou d'un Rubens, des Drapiers de Rembrandt au <i>Portrait de M.
+Bertin</i>, les physionomies diffèrent, les génies se précisent, les
+procédés se transforment. Par la représentation de la figure humaine, le
+sculpteur ou le peintre font transparaître à nos yeux, d'une manière
+plus immédiate que l'écrivain, le monde intérieur des passions et des
+sentiments. En s'appliquant à faire l'histoire de l'homme par son image,
+M. Moreau-Vauthier nous a donné l'esquisse de la société même dans ses
+évolutions successives. Voyez plutôt les titres des chapitres de
+l'album: l'Athlète, l'Homme d'épée, l'Homme de cour, l'Homme d'affaires.
+N'est-ce point là une division rationnelle de l'histoire de la
+civilisation humaine par les différents âges qu'elle a vécus?</p>
+
+<p>Puvis de Chavannes qui, dans l'intimité, était un homme simple et gai,
+avait une passion innocente: il dessinait des caricatures. Il en
+dessinait même constamment avec, d'ailleurs, une maîtrise impeccable,
+mais sans ajouter la moindre importance à ses coups de crayon et sans se
+douter qu'on aurait jamais l'idée d'exhumer ces improvisations et de les
+joindre à son oeuvre géniale. Or, voici justement qu'un grand nombre de
+ces dessins, recueillis par Mme Ph. Gille, viennent d'être réunis en un
+luxueux album, remarquablement préfacé par Mlle Adam. Tous les artistes
+voudront connaître <i>les Caricatures de Puvis de Chavannes</i> (Delagrave,7
+fr. 50)au nombre desquelles ils trouveront des «instantanés» saisissants
+à la manière de Daumier et des imaginations d'un irrésistible comique.
+En de petits poèmes souples et colorés, qui ont tout le charme attendri
+des récits de l'aïeul, M. Georges Spetz nous conte des <i>Légendes
+d'Alsace</i> (Edition de la Revue alsacienne, Strasbourg.) Il nous dit,
+entre autres, la tragique aventure des frères Ribeaupierre, l'origine
+merveilleuse de la source de Tiérenbach, la lutte des cloches du Donon
+contre le violon du diable et la légende gracieuse de la demoiselle
+blanche de la Fecht. De superbes illustrations hors texte et des
+vignettes de MM. Joseph Sattler, Léon Schnug et Charles Spindler
+accompagnent ces évocations du moyen âge allemand que précède un maître
+frontispice du tant regretté J.-J. Henner.</p>
+
+<br><br>
+
+<h4>AUX CHAUFFEURS!</h4>
+
+<p>Nous signalons avec plaisir à ceux de nos lecteurs qu'intéressent les
+questions d'automobilisme deux ouvrages importants de notre
+collaborateur, M. Baudry de Saunier: <i>l'Allumage</i>, qui explique d'une
+façon extrêmement claire les principes électriques appliqués à
+l'automobile et qui décrit notamment, avec de nombreuses figures, les
+bobines et les magnétos de tous systèmes; --et les <i>Recettes du
+chauffeur</i>, recueil de tous les tours de main que doit connaître un bon
+conducteur d'automobile. Le premier ouvrage vaut 15 francs; le second,
+12 francs. Tous deux sont en vente aux «Ouvrages Baudry de Saunier», 20,
+rue Duret, Paris.</p><br><br>
+
+<h3>DOCUMENTS et INFORMATIONS</h3>
+
+<h4><span class="sc">Nouveau gaz d'éclairage et de chauffage.</span></h4>
+
+<p>On connaît le gaz à l'eau, produit par le passage de l'eau sur du
+charbon porté au rouge, et l'on sait que ce gaz revient à un très bas
+prix, à peine un centime et demi par mètre cube. Mais l'emploi de ce gaz
+est très limité, en raison de la très forte proportion d'oxyde de
+carbone qu'il contient, proportion qui peut aller jusqu'à 40%.</p>
+
+<p>Un industriel anglais, mettant à profit une méthode due à un professeur
+de l'Université de Toulouse, M. Sabatier, serait arrivé à débarrasser le
+gaz à l'eau de son oxyde de carbone, et à produire finalement un gaz
+dont le prix de revient serait encore très faible et dont le pouvoir
+calorifique serait cependant d'environ 35% supérieur à celui du gaz
+ordinaire.</p>
+
+<p>On procède actuellement, à Lyon, à des expériences systématiques sur ce
+nouveau produit, qui exigerait moitié moins de houille que le gaz
+d'éclairage actuel, et s'accommoderait de houille de qualité secondaire.</p>
+
+<h4><span class="sc">Les hauts fourneaux dans l'Inde.</span></h4>
+
+<p>C'est une conséquence forcée de l'évolution économique et sociale que
+les pays les plus arriérés, au point de vue industriel, arrivent peu à
+peu à s'affranchir de certains tributs payés aux nations étrangères,
+toutes les fois que des circonstances locales n'y apportent pas un
+obstacle absolu. Il y a quelques années, un grand industriel hindou,
+nommé Tata, songea à utiliser sur place les charbons et les minerais de
+fer indigènes. Il est mort avant d'avoir pu réaliser son projet; mais le
+consul américain à Bombay signale que ses fils sont en train de
+constituer une société au capital de 6.480.000 livres (162 millions de
+francs) pour établir des hauts fourneaux, des aciéries, des laminoirs et
+pour exploiter les mines. Si l'entreprise réussit, la métallurgie
+européenne et américaine trouvera sur le marché asiatique une
+concurrence contre laquelle la lutte pourra devenir singulièrement
+difficile.</p>
+
+<h4><span class="sc">La production du coton.</span></h4>
+
+<p>La production annuelle du coton est considérable; elle atteint 3
+milliards de kilogrammes, et cependant ne dépasse pas les besoins de
+l'Industrie.</p>
+
+<p>Les États-Unis tiennent la plus grande place dans cette production: ils
+fournissent près de 70% du coton utilisé; les Indes en fournissent 15%
+et l'Égypte 8%.</p>
+
+<p>L'appoint est fourni par les autres pays, Turkestan, Japon, etc.: en
+tout 500 millions de kilogrammes.</p>
+
+<p>Il n'est pas douteux que nos colonies pourraient jouer un rôle important
+dans cette production et qu'elles seraient bien placées pour fournir la
+matière première à l'industrie cotonnière française.</p>
+
+<p>Aussi avait-on tenté d'organiser la culture du coton dans nos colonies
+africaines. Mais, au Sénégal et au Soudan, cette culture ne paraît
+devoir être fructueuse, en raison de la climatologie de ces pays, que
+par l'irrigation.</p>
+
+<p>C'est d'ailleurs ce qui se passe en Égypte, où l'État, qui met en
+réserve les crues du Nil, est, pour les cultivateurs, une sorte
+d'entrepreneur de fourniture d'eau.</p>
+
+<h4><span class="sc">La crise du pétrole au Caucase.</span></h4>
+
+<p>On peut apprécier aujourd'hui les conséquences des incendies de Bakou
+sur l'industrie pétrolifère du Caucase. La production du naphte, égale à
+50 millions de quintaux en 1904, accusait, pour le premier semestre de
+1905, une diminution de 6 millions de quintaux. Depuis les émeutes du
+mois de septembre, elle s'est abaissée à un chiffre que l'on n'a pas
+encore fait connaître. L'augmentation des cours, seule, permet de
+supputer l'importance du déficit. Le poid de 16 kilos n'avait jamais
+valu, à Bakou, plus de 17 kopecks; depuis longtemps il était descendu à
+7 kopecks. Il est aujourd'hui de 21 kopecks et, à Nijni-Novgorod, il
+atteint 30 kopecks. Les armateurs et les usiniers du Volga, qui
+employaient tous le pétrole pour produire la force motrice, songent à
+utiliser désormais la houille; certaines lignes de chemin de fer ont
+déjà effectué la substitution. Le manque de wagons rend la solution
+générale difficile, sinon impossible.</p>
+
+<p>D'autre part, le bureau de statistique des industriels de Bakou, tout en
+évaluant les pertes à 27 millions de roubles, estime que, grâce aux
+énormes capitaux dont disposent les propriétaires de puits, le désastre
+est assez facilement réparable. Sur les 1.512 puits existant naguère
+dans les quatre districts de Bakou, il en reste 580. Parmi les 932
+brûlés, quelques-uns étaient abandonnés. L'établissement d'un puits
+coûte 75.000 roubles; mais si, comme on le suppose, les trous de forage
+n'ont pas souffert, le dommage se réduirait aux 10.000 roubles
+représentant la valeur des machines et des appareils.</p>
+
+<h4><span class="sc">La population française en 1904.</span></h4>
+
+<p>Chaque année, depuis quelque temps, nous avons à enregistrer un nombre
+de naissances inférieur à celui de l'année précédente. En 1904,
+l'excédent des naissances sur les décès n'est que de 57.026, nombre
+inférieur d'un quart à celui de 1903: 73.106.</p>
+
+<p>Non seulement, en effet, il y a eu, en 1904, 8.483 naissances de moins
+que l'année précédente, mais il y a eu, en outre, une légère
+augmentation--7.597 unités--du nombre des décès.</p>
+
+<p>De là un taux d'accroissement de 0,15% inférieur à tous les précédents,
+depuis 1900.</p>
+
+<p>La diminution du nombre des naissances est assez générale: elle s'étend
+à 56 départements. Mais elle est le plus sensible dans le Nord, le Var,
+le Rhône, le Morbihan, la Gironde, la Corse et la Loire.</p>
+
+<p>Le Pas-de-Calais, la Meurthe-et-Moselle, les Alpes-Maritimes et la
+Vienne se font remarquer au premier rang des 31 départements où la
+natalité a augmenté.</p>
+
+<p>Par contre, la Seine a enregistré, en 1904, 2.051 décès de plus qu'en
+1903; le Finistère, 1.233; le Pas-de-Calais, 1.026; la Seine-et-Oise,
+865, et le Nord, 833. Les Bouches-du-Rhône, les Alpes-Maritimes, le Var,
+la Corse, l'Ain, le Gers, se font remarquer par l'amélioration de leurs
+chiffres obituaires.</p>
+
+<p>Toutefois, si les naissances se font rares, les mariages sont cependant
+chaque année plus nombreux. Il y en a eu 298.721 en 1904, soit 2.725 de
+plus qu'en 1903. C'est surtout dans la Seine que l'accroissement a été
+relevé (834 en plus). D'ailleurs, il en est de même des divorces: 9.860
+en 1904 au lieu de 8.919 en 1903.</p>
+
+<p>Le nombre des naissances a été de 818.229, soit 2,20% de la population
+légale. De ces enfants, 416.812 étaient des garçons et 401.417 des
+filles, soit environ 1.038 garçons pour 1.000 filles. Cette proportion
+reste à peu près invariable.</p>
+
+<h4><span class="sc">L'utilisation des fruits du sorbier amélioré.</span></h4>
+
+<p>Le sorbier des oiseleurs est un arbre qui commence à prendre une
+certaine place dans quelques vergers: on en a trouvé en Moravie des
+pieds perfectionnés, à fruit très supérieur à celui que donne
+communément cette espèce; et plusieurs pieds, greffés avec ces sujets
+d'élite, ont été répandus en Suisse, en Allemagne, et en France même.
+Les modes d'utilisation possibles du fruit du sorbier amélioré sont
+divers. On peut le consommer cru, frais ou conservé. Pour le conserver,
+on le cueille après maturité et on le met sécher en branches, comme les
+cerises, dans un endroit à température régulière. Il peut, de cette
+manière, durer jusqu'au printemps suivant. On en fait des confitures
+aussi, mais il faut cueillir le fruit avant maturité pour avoir des
+confitures se conservant bien: en septembre, au lieu d'octobre qui est
+le moment où le fruit, devenu sucré, est le plus agréable pour le
+consommateur qui l'absorbe cru. Depuis longtemps on fait, avec le fruit
+du sorbier sauvage, de l'eau-de-vie: une fabrique fonctionne à Izaebnik
+près Krakau depuis 1884, et de grandes plantations de sorbier doux ont
+été faites dans la même localité en 1889, pour l'utilisation alcoolique
+des fruits améliorés. Le sorbier se recommande encore à l'ami des
+animaux: il donne au gibier et aux oiseaux un aliment très apprécié en
+hiver.</p>
+
+<h3><span class="sc">L'ÉCLAIRAGE DU SALON DE L'AUTOMOBILE</span></h3>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/010.png"><br><b>Illumination intérieure du 8e Salon de l'automobile au<br>
+Grand Palais des Champs-Elysées.</b></p>
+
+<p>On s'était fort extasié l'année dernière sur l'éclairage du Salon de
+l'automobile, mais le chiffre de 20.000 lampes formant la vasque
+centrale du plafond était peut-être encore plus impressionnant que
+l'effet produit. Cette boule étincelante paraissait un peu isolée au
+milieu de l'immense carcasse vitrée dont les grands cintres seuls
+étaient dessinés par un sillon lumineux; la surface éclairée présentait
+des trous qui en rompaient désagréablement l'unité. Un nouvel effort a
+été tenté cette année, et les résultats obtenus semblent rendre bien
+difficile tout progrès ultérieur. Le plafond est parsemé d'étoiles, et
+des festons très simples courant sur les cintres atténuent par la grâce
+de leurs courbes successives les profils un peu durs de cette
+architecture spéciale; tout cela dans une mesure et des proportions si
+heureuses que le regard embrasse d'un seul coup cette constellation pour
+en admirer le parfait équilibre. Peu de visiteurs, sans doute, sont
+capables de supputer, même approximativement, l'importance du travail et
+de la dépense que représente une telle illumination. Quelques chiffres
+vont nous fixer à cet égard:</p>
+
+<p>La force motrice s'élève à 5.000 chevaux, dont 250 seulement fournis par
+les sept dynamos installées à demeure dans les sous-sols du Grand Palais
+et qui assurent l'éclairage du Concours Hippique et des expositions
+ordinaires. Le supplément de force est emprunté au secteur des
+Champs-Elysées, à l'usine des Moulineaux et à la Compagnie du
+Métropolitain. Cette dernière fournit le plus fort contingent: 1.800
+chevaux à la tension de 5.000 volts. Les divers courants sont répartis
+sous la direction unique de la maison Lacarrière. Cette force de 5.000
+chevaux, supérieure de 1.500 chevaux à celle utilisée antérieurement,
+est presque égale à la puissance dont disposent certains secteurs
+parisiens (6.000 à 10.000 chevaux). Elle suffirait à l'éclairage public
+et domestique d'une ville de 100.000 habitants, et elle permettrait de
+faire circuler simultanément, entre la gare des Invalides et Versailles,
+dix à douze trains de 150 tonnes.</p>
+
+<p>Les stands des exposants utilisent, à eux seuls, environ 90.000 lampes à
+incandescence, presque toutes de 5 à 7 bougies.</p>
+
+<p>L'éclairage «administratif» en comprend 75.000: 50.000 au plafond (en
+1904: 30.000); 10.000 pour le grand escalier de fer, la coupole de
+l'avenue d'Antin et diverses dépendances; 15.000 pour l'extérieur. Il y
+a lieu d'ajouter: 130 lampes à arc intensives; 60 lampes tabulaires à
+vapeur de mercure; 2.000 becs de gaz de 200 bougies.</p>
+
+<p>C'est la première fois qu'on emploie sur une aussi vaste échelle la
+lampe à mercure. Sa lumière, totalement privée de rayons rouges, est
+d'aspect blafard, cadavérique, comme on peut s'en rendre compte dans
+quelques magasins parisiens qui l'ont adoptée. Mais, grâce à la hauteur
+où les lampes se trouvent ici placées, à la correction apportée par les
+rayons d'autres foyers et, aussi, aux tons un peu crus des fresques qui
+décorent l'extérieur du palais, elles emplissent le péristyle d'une
+sorte d'atmosphère lunaire d'un effet pittoresque.</p>
+
+<p>La consommation horaire totale représente une dépense approximative de
+3.600 francs en électricité et 250 francs en gaz, soit, pour une moyenne
+quotidienne de quatre heures d'éclairage, 15.400 francs, et pour les
+quinze jours d'exposition: deux cent trente et un mille francs
+(231.000).</p>
+
+<p>L'éclairage des serres exige une autre force de 800 chevaux et coûte 800
+francs par heure. Nous arrivons donc comme total général à une force
+d'environ 5.800 chevaux et à une consommation de 279.000 francs pour la
+durée de l'exposition.</p>
+
+<p>Le Grand Palais n'ayant été livré aux électriciens que le 20 novembre,
+dix-sept jours ont suffi pour une installation qui a occupé un personnel
+de 150 personnes et qui a nécessité la pose de plus de 15 kilomètres de
+câble, non compris la longueur des bandes souples où sont piquées les
+lampes.</p>
+
+<p>La valeur de cette installation, en location, peut être évaluée à
+400.000 francs. C'est la première fois que l'on voit en France, et
+probablement en Europe, une telle masse de lumière inondant un espace
+relativement si restreint.</p>
+
+<br><br>
+
+<h4>LE PRIX NOBEL DE LA PAIX</h4>
+
+<p class="lef"><img alt="" src="images/011a.png"><br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<b>Mme la baronne de Suttner.</b></p>
+
+<p>Dans la répartition des prix Nobel de 1905, dont les titulaires ont été
+solennellement proclamés à Stockholm dimanche dernier, c'est à une
+femme, Mme de Suttner, qu'est échu le prix dit «pour la paix».</p>
+
+<p>La baronne Bertha de Suttner, qui fut liée d'amitié avec Nobel, est née
+à Prague en 1847. Ecrivain de talent, elle a publié plusieurs romans
+dont un, <i>Bas les armes</i>, où elle plaidait éloquemment la cause de la
+pacification générale, eut un très grand retentissement et fut traduit
+dans toutes les langues.</p>
+
+<p>Les autres lauréats sont: le professeur Koch, de Berlin (médecine); le
+professeur Lénard, de Kiel (physique); le professeur von Baeyer, de
+Munich (chimie), et Henri Sienkiewicz, le célèbre auteur de <i>Quo vadis</i>?
+(littérature).</p><br><br>
+
+<p class="rig"><img alt="" src="images/011b.png"><br><b>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Un socialiste devenu ministre en<br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Angleterre: M. John Burns.</b><br>
+&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;--<i>Phot, E. H. Mills.</i></p>
+
+<h3>M. JOHN BURNS</h3>
+
+
+
+<p>Parmi les collaborateurs que sir Henry Campbell Bannerman s'est adjoints
+pour former son cabinet libéral, on remarque tout particulièrement M.
+John Burns, auquel il a confié la présidence du <i>Local Government
+Board</i>, administration annexe du ministère de l'Intérieur, chargée des
+affaires concernant l'assistance et le travail. Agé de quarante-sept
+ans, M. John Burns siège depuis 1892 à la Chambre des communes, où il
+représente une circonscription de Londres. C'est un personnage bien
+connu comme propagateur d'idées socialistes, voire comme organisateur de
+grèves mémorables. Aussi l'élévation au pouvoir d'un chef du parti
+ouvrier, sorti des rangs des travailleurs--fait sans précédent dans les
+annales de la monarchie anglaise--est-elle un événement curieux,
+sensationnel, sujet de quelque étonnement et de beaucoup de
+commentaires.</p><br><br>
+
+<h3>DE STOCKHOLM A PARIS EN CANOË</h3>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/011d.png"><br><b>Sur la berge de la Seine, à Asnières: M. Gustavus Nordin,<br>
+venu de Stockholm en canoë.</b></p>
+
+<p>Il vient d'arriver à Paris un voyageur de qui l'on peut dire qu'il n'a
+vraiment pas froid aux yeux. C'est M. Gustavus Nordin, qui a fait tout
+le voyage, avec ses propres moyens, dans un fragile canoë de sapin,
+ponté en toile. Il affirmait d'autre part son endurance physique, son
+beau mépris des intempéries, en n'arborant, dans la majeure partie du
+trajet, pour tout costume, qu'une simple culotte de flanelle, restant le
+torse et les jambes nus. C'est dans cet équipage, se nourrissant très
+frugalement, qu'il a traversé le détroit, suivi les canaux de Danemark,
+d'Allemagne, de Hollande et de France pour arriver enfin à bon port, à
+Asnières, où il abordait, la semaine dernière, au garage de la Société
+de la Basse-Seine. Inutile de dire si les rowingmen français lui ont
+fait un accueil enthousiaste et l'ont complimenté pour ce bel exploit
+sportif.</p>
+
+<br><br>
+
+<h3>PAUL MEURICE</h3>
+
+<p class="lef"><img alt="" src="images/011c.png"><br><b>
+M. Paul Meurice.</b>--<i>Phot. Studio</i>.</p>
+
+<p>Un des doyens des lettres françaises, Paul Meurice, s'est éteint
+subitement, pendant la nuit de dimanche à lundi, dans son petit hôtel de
+la rue Fortuny. Il était âgé de quatre-vingt-cinq ans.</p>
+
+<p>Auteur dramatique, romancier, journaliste, il a beaucoup écrit, et l'on
+est loin d'avoir épuisé la liste de ses ouvrages quand on a cité parmi
+les pièces: <i>Benvenuto Cellini, Fanfan la Tulipe, Schamyl, les Beaux
+Messieurs de Bois-Doré, le Songe d'une nuit d'été, Antigone</i>; parmi les
+livres: <i>la Famille Aubry, Césara, les Chevaliers de l'esprit</i>. Au
+théâtre surtout, Paul Meurice avait connu des succès éclatants et
+justifiés; mais il semblait avoir abandonné le soin de sa propre
+renommée pour se vouer au culte fervent de Victor Hugo, avec lequel, dès
+sa jeunesse, son ami Auguste Vacquerie l'avait mis en relation.
+Exécuteur testamentaire du grand poète, il employa, on le sait, le
+labeur incessant d'une verte vieillesse à la revision de l'oeuvre
+posthume du maître, et il avait commencé la publication d'une édition
+définitive en quarante volumes de son oeuvre complète.</p>
+
+<br><br>
+
+<h3>M. ZADOC-KAHN</h3>
+
+
+<p>M. Zadoc-Kahn, grand rabbin du consistoire central des israélites de
+France, a succombé, le 8 décembre, dans sa soixante-septième année, aux
+suites de la maladie dont il souffrait depuis deux mois.</p>
+
+<table cellpadding="2" cellspacing="2" border="0"
+ style="width: 100%; text-align: left;" summary="3277">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: center;">
+<p class="mid"><img alt="" src="images/011e.png"><br><b>
+Les obsèques de M. Zadoc-Kahn: le service<br>
+religieux dans la synagogue de la rue de la Victoire.</b></p>
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: center;">
+<p class="mid"><img alt="" src="images/011f.png"><br><b>M. Zadoc-Kahn.</b><br>--<i>Phot. Cerschel</i>.]</p>
+
+<p>Il était né à Mommonheim, en Alsace, le 18 février 1839. Après de
+brillantes études au lycée de Metz, il entrait à l'école rabbinique de
+cette ville, puis il venait en 1859 achever sa préparation à Paris, où,
+à peine âgé de vingt-trois ans, il conquérait le grade de grand rabbin
+avec une remarquable thèse théologique, <i>l'Esclavage suivant la Bible et
+le Talmud</i>, qui fut traduite dans presque toutes les langues
+européennes.</p>
+
+
+
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+
+<p>En 1868, lorsqu'il fut appelé à remplacer M. Isidor en
+qualité de grand rabbin de Paris, il n'avait pas trente ans, l'âge
+minimum requis, et il fallut différer de quelques mois la signature du
+décret de nomination. C'est également à M. Isidor qu'il devait succéder,
+le 25 mars 1890, comme grand rabbin de France.</p>
+
+<p>Dans cette haute fonction, M. Zadoc-Kahn déploya durant quinze ans
+beaucoup de zèle et d'activité. Chevalier de la Légion d'honneur depuis
+1879, il avait été promu officier en 1901.</p>
+
+<p>Ses obsèques ont eu lieu mardi matin, au milieu d'une assistance
+considérable réunie dans la synagogue de la rue de la Victoire, dont le
+grand rabbin habitait les dépendances. Le temple où a été célébré le
+service religieux était entièrement tendu de draperies noires lamées
+d'argent; mais c'est derrière un char très simple, dépourvu de fleurs et
+de couronnes, que le long cortège funèbre s'est dirigé vers le cimetière
+Montparnasse.</p>
+
+<br><br>
+
+<h3>LES THÉÂTRES</h3>
+
+<p>L'Odéon vient de donner une pièce en trois actes, de M. André Picard,
+Jeunesse, qui a charmé le public par l'émotion sincère et saine qui s'en
+dégage autant que par l'ingéniosité de sa composition. C'est la
+consécration par l'exemple de la toute-puissance de la jeunesse pour
+régler les conflits passionnels suivant les lois de la nature. Nous
+publierons prochainement cette pièce; bornons-nous à dire qu'elle est
+supérieurement jouée, notamment par Mmes Marthe Régnier, Dux, MM.
+Tarride et Janvier, qui tiennent les principaux rôles.</p>
+
+<br><br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/012small.png"><br><a href="images/012large.png">(Agrandissement)</a></p>
+
+<br><br>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/supp1.png"><br>Note du transcripteur: Les suppléments mentionnés en titre,<br>ne nous ont
+pas été fournis.</p>
+
+
+
+
+
+
+<br><br>
+</div>
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+<pre>
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of L'Illustration, No. 3277, 16 Décembre
+1905, by Various
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK
+L'ILLLUSTRATION, NO. 3277, 16 DÉCEMBRE 1905 ***
+
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+
+Produced by Jeroen Hellingman and Rénald Lévesque
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+things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
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+paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
+Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
+and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
+works. See paragraph 1.E below.
+
+1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
+or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
+Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the
+collection are in the public domain in the United States. If an
+individual work is in the public domain in the United States and you are
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+permission of the copyright holder found at the beginning of this work.
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+
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+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.
+
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+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
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