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+The Project Gutenberg EBook of Méthode d'équitation basée sur de nouveaux
+principes, by François Baucher
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org/license
+
+
+Title: Méthode d'équitation basée sur de nouveaux principes
+
+Author: François Baucher
+
+Release Date: April 9, 2012 [EBook #39410]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK MÉTHODE D'ÉQUITATION ***
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+Produced by Hélène de Mink and the Online Distributed
+Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This file was
+produced from images generously made available by The
+Internet Archive)
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+Notes de transcription: Les erreurs clairement introduites par le
+typographe ont été corrigées. L'orthographe d'origine a été conservée
+et n'a pas été harmonisée.
+
+Le texte imprimé en lettres gothiques dans le livre d'origine est
+marqué =ainsi=.
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+ MÉTHODE
+ D'ÉQUITATION
+ BASÉE SUR DE NOUVEAUX PRINCIPES
+
+ PAR
+
+ F. BAUCHER
+
+ QUATORZIÈME ÉDITION
+ REVUE ET AUGMENTÉE
+
+ Avec portrait de l'Auteur et 16 planches.
+
+ PARIS
+ LIBRAIRIE MILITAIRE DE J. DUMAINE
+ LIBRAIRE-ÉDITEUR
+ RUE ET PASSAGE DAUPHINE, 30
+
+ 1874
+
+
+
+
+ MÉTHODE
+ D'ÉQUITATION
+
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+
+
+ PARIS.--Imprimerie J. DUMAINE, rue Christine, 2.
+
+
+[Illustration: Portrait de l'auteur]
+
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+
+
+ MÉTHODE
+ D'ÉQUITATION
+ BASÉE SUR DE NOUVEAUX PRINCIPES
+
+ PAR
+
+ F. BAUCHER
+
+ QUATORZIÈME ÉDITION
+ REVUE ET AUGMENTÉE
+
+ Avec portrait de l'Auteur et 16 planches.
+
+ PARIS
+ LIBRAIRIE MILITAIRE DE J. DUMAINE
+ LIBRAIRE-ÉDITEUR
+ RUE ET PASSAGE DAUPHINE, 30
+
+ 1874
+
+
+
+
+PRÉFACE
+
+
+L'homme a reçu du Créateur une intelligence supérieure à celle des
+animaux, non pour les asservir à ses caprices et leur infliger des
+mauvais traitements, mais pour en recevoir tous les services qu'il
+est en droit de leur demander. Le cheval, ce noble animal, est
+peut-être celui dont l'homme a le plus abusé, et les moyens dont on
+s'est servi pour le soumettre trahissent l'ignorance autant que la
+brutalité. Dès ma jeunesse j'aimai le cheval, et, frappé de
+l'incertitude des principes énoncés par tous les auteurs qui ont
+écrit sur l'équitation, je cherchai à ouvrir une voie nouvelle et
+sûre à tous ceux qui s'occupent de l'éducation du cheval. En 1830
+je fis paraître le _Dictionnaire raisonné d'équitation_. La faveur
+du public me récompensa de mes laborieuses recherches, et
+m'encouragea à persévérer dans mes efforts. Quelques années plus
+tard parut ma nouvelle Méthode, qui souleva dans le monde équestre,
+d'une part un grand enthousiasme, de la part de quelques-uns une
+critique passionnée trop passionnée pour être impartiale. Treize
+éditions se succédèrent en vingt-cinq ans, mes ouvrages furent
+traduits dans plusieurs langues, et partout les amateurs et les
+officiers intelligents adoptèrent mes principes. J'ai déjà dit les
+causes qui avaient empêché ma méthode d'être introduite dans la
+cavalerie française, malgré l'avis presque unanime de MM. les
+officiers consultés.
+
+Que ma plume se taise sur ce triste passé!
+
+Ma Méthode permettait de donner à tous les chevaux l'équilibre du
+deuxième genre, et les vingt-six chevaux que j'ai montés en public
+en ont été la preuve incontestable. Avec mes dernières innovations,
+je donne non-seulement une plus grande facilité pour obtenir sur
+tous les chevaux cet équilibre du deuxième genre, je donne encore
+les moyens infaillibles _d'obtenir chez tous les chevaux une
+légèreté constante_, signe d'un équilibre parfait. C'est cet
+équilibre que j'appelle équilibre du premier genre.
+
+Le premier équilibre suffit à tous les besoins de la cavalerie et
+de l'équitation ordinaire.
+
+L'équilibre parfait, ou équilibre du premier genre, ne pourra être
+donné au cheval que par l'élite des cavaliers. Ce sera l'équitation
+transcendantale. En poésie, dans les arts, dans les sciences, il
+n'est pas permis à tout le monde d'aller à Corinthe!
+
+
+
+
+DERNIÈRES INNOVATIONS
+
+
+Depuis quarante ans que je m'occupe de l'art de dresser les
+chevaux, j'ai toujours compris que l'unique problème à résoudre par
+l'écuyer était de parfaire l'équilibre naturel du cheval, et les
+recherches de toute ma vie n'ont eu d'autre but que de rendre plus
+facile la solution du problème. Chacune des treize éditions de la
+méthode renferme un nouveau progrès qui simplifie le travail de
+l'écuyer. A tous les instruments de torture employés précédemment,
+je substituai d'abord le mors qui porte mon nom; plus tard, je le
+remplaçai par un mors plus doux encore, aux branches plus courtes
+et sans gourmette; enfin, aujourd'hui je ne me sers plus que d'un
+simple bridon. Qu'on n'aille pas croire que ce bridon, nouveau par
+sa disposition, possède une vertu magique qui dispense de l'étude
+de la science; ce serait une grave erreur! Ce nouveau bridon
+démontre le perfectionnement de ma méthode, l'efficacité des moyens
+qu'elle prescrit, puisque avec ce simple frein je puis dompter le
+cheval le plus fougueux et le soumettre à ma volonté. Quelque
+simples que soient les nouveaux moyens que j'indique, ils ne
+peuvent être bien compris dans leurs détails et dans leur ensemble
+que par un écuyer habile.
+
+Je dirai donc aux jeunes cavaliers: adressez-vous à un professeur
+imbu de tous mes principes et familiarisé avec la pratique de ma
+méthode, lui seul pourra vous rendre facile et sûre la route à
+parcourir, en vous indiquant ces nuances diverses, ces effets
+multiples de mains et de jambes, ce je ne sais quoi que le
+sentiment perçoit, que l'oeil du professeur saisit, mais que
+l'auteur ne peut écrire. Acquérez ainsi la science, apprenez à vous
+servir de ce nouveau bridon, et vous obtiendrez des résultats
+inespérés; une fois le cheval dressé, vous pourrez, si tel est
+votre bon plaisir, employer à la promenade le mors que vous
+préférez.
+
+
+Du cheval en liberté.
+
+Il n'est personne qui n'ait vu un cheval courant en liberté dans la
+prairie. Quelle souplesse, quelle légèreté dans tous ses
+mouvements! Prenez ce cheval, mettez-lui une selle, une bride et
+cherchez à l'astreindre à votre volonté, quelle métamorphose! Ce
+cheval qui, en état de liberté, planait au-dessus du sol, se traîne
+péniblement, et s'arrête entre vos jambes. Pourquoi? Le cheval
+libre, maître absolu de ses forces, dispose son poids comme il
+l'entend, pour exécuter ces mouvements si gracieux que nous
+admirons. Dès qu'il est monté par l'homme, il se sent gêné,
+paralysé dans sa liberté; il est forcé d'abdiquer sa volonté, et il
+n'est pas encore capable de comprendre celle du cavalier. Il existe
+alors entre ces deux volontés un état transitoire d'incertitude qui
+explique de la part du cheval ces résistances qui dégénèrent en
+défense sous son cavalier inexpérimenté. Comment détruire ces
+résistances avant-coureurs de la défense, si le cavalier ignore que
+la cause de toutes les résistances réside dans le mauvais équilibre
+du cheval, par suite du désaccord qui existe entre l'avant et
+l'arrière-main? Les translations de poids ne sont faciles qu'autant
+que le cheval demeure _droit_, c'est-à-dire que les jambes de
+derrière soient sur la même ligne que celle de devant. Avec le
+cheval ainsi disposé, la force motrice peut agir avec égalité et
+simultanéité de contraction et de détente. L'effet sera transmis de
+l'arrière-main à l'avant-main sans décomposition de force, et le
+cheval prendra facilement la position utile au mouvement demandé.
+Supposez, au contraire, le cheval ayant la croupe en dehors de la
+ligne des épaules, aussitôt cesse la juste répartition du poids,
+parce que telle partie est trop surchargée, telle autre trop
+allégée; les contractions musculaires ne sont plus justes,
+l'instrument n'est plus d'accord, et, au moindre changement de
+direction, la croupe vient faire arc-boutant aux épaules, et le
+cheval résiste. Si le cavalier ne se hâte de détruire la cause de
+ces résistances en mettant son cheval _droit_, il n'arrivera jamais
+à la légèreté parfaite et constante.
+
+
+Du sentiment.
+
+La routine traditionnelle veut que tout cavalier qui monte dans le
+manége suive la piste près du mur. Je préfère le voir se tracer une
+piste à un mètre de distance du mur, afin de m'assurer s'il sait
+maintenir son cheval _droit_, sans le secours d'un guide-âne. De
+cette manière, le cavalier acquerra, outre le sentiment des lignes,
+ce juste accord qui lui permettra de discerner plus facilement la
+nature des contractions,--bonnes, si la légèreté en est la
+conséquence,--mauvaises, lorsque les résistances du cheval
+augmentent au lieu de diminuer. Celui qui n'a pas le sentiment des
+contractions est incapable de juger la position du cheval, je veux
+dire de sentir si la distribution de son poids est convenable, si
+la force est harmonisée par rapport au mouvement à exécuter. Il ne
+peut donc ni préparer la position[1] ni la corriger, ni, par
+conséquent, atteindre le but qu'il s'est proposé, _améliorer
+l'équilibre naturel du cheval en le rendant léger dans tous ses
+mouvements_. Le sentiment se développe par l'exercice; l'essentiel
+est de suivre la progression que j'indique et de se pénétrer de la
+vérité du principe dont un seul mot exprime les conséquences:
+«_Équilibre ou légèreté._»
+
+ [1] On entend par _position_ la disposition du poids et de la
+ force du cheval par rapport à chaque mouvement qu'il doit
+ exécuter.
+
+
+De la bouche du cheval.
+
+Le langage a été donné à l'homme pour dissimuler sa pensée, a dit
+le prince de Talleyrand. Plus loyal que l'homme, le cheval ne peut
+pas dissimuler ses impressions. Est-il content de son cavalier, il
+lui témoigne sa satisfaction par la mobilité moelleuse de sa
+mâchoire. Surprend-il une faute, un oubli (le meilleur cavalier
+peut se tromper), l'ami fidèle semble s'attrister; il perd sa
+légèreté, son enjouement; si le cavalier comprend cet avis donné à
+voix basse, s'il répare sa faute, le cheval se hâte de reprendre
+son air de gaieté, et, par la mobilité de sa mâchoire, remercie son
+maître d'avoir écouté l'humble remontrance de son serviteur. Mais
+la faute s'aggrave-t-elle, l'ignorance et la vanité dédaignent-elles
+d'écouter les reproches discrets qui lui sont adressés, alors le
+cheval retire sa confiance à ce maître dont il n'est pas compris;
+il cesse tout échange de pensées et proteste par le mutisme contre
+l'ignorance de son cavalier. On peut contraindre un esclave à
+marcher, on ne peut l'obliger à vous témoigner sa satisfaction.
+
+J'ai dit que toutes les résistances du cheval proviennent de son
+mauvais équilibre. A qui la faute? Au cavalier! toujours au
+cavalier!
+
+
+Le professeur.
+
+Plus les formules de la science se simplifient, plus important
+devient le rôle du professeur instruit, chargé de transmettre
+fidèlement la pensée de l'auteur, de la faire appliquer et de
+démontrer la vérité de ses principes. J'écris qu'il faut avoir le
+cheval _droit_, et j'en dis la raison; mais qui indiquera à l'élève
+que son cheval est ou n'est pas droit? Je parle des effets de main,
+de jambes et d'éperons employés tantôt _séparément_, tantôt
+simultanément. Qui dira au cavalier qui se sera trompé dans
+l'emploi de ces aides la cause de son erreur? Qui l'aidera à la
+réparer et à prévenir ainsi les conséquences graves qui en
+résulteraient? Je dis qu'il faut détruire toutes les causes de
+résistances du cheval; mais qui indiquera à l'élève les moyens
+justes, opportuns, qu'il devra employer, le degré de force dont il
+devra se servir? Qui développera le sentiment de l'élève par des
+conseils donnés à propos? Le professeur. Mais je parle du
+professeur élevé à mon école, imbu de mes perfectionnements, car
+lui seul pourra les transmettre fidèlement et donner les moyens de
+les appliquer toujours d'une manière juste, exacte. Je donne les
+principes, ils sont vrais; j'indique les moyens, ils sont exacts;
+je fais connaître la progression des exercices, ils sont
+essentiellement abréviateurs. Mais, vouloir écrire l'application,
+ce serait tomber dans la faute de mes devanciers, en confondant
+deux choses bien distinctes, la science et l'art. Si l'auteur est
+la pensée qui conçoit, la science qui formule, l'habile professeur
+sera la parole qui transmet, l'oeil qui observe, la main qui fait
+agir.
+
+
+
+
+RÉSUMÉ
+
+DES RAPPORTS OFFICIELS
+
+EN FAVEUR DE LA MÉTHODE.
+
+
+Dans les dix premières éditions de ma Méthode, j'ai publié, en
+entier, les divers rapports officiels de MM. les généraux et
+officiers de cavalerie qui se sont occupés de mon système au point
+de vue militaire. J'ai jugé nécessaire de ne donner, dans cette
+édition, qu'un résumé succinct de toutes ces pièces, afin de
+pouvoir publier mes idées nouvelles sans rien changer au format du
+livre.
+
+Mes lecteurs me sauront gré, sans doute, de remplacer ainsi ces
+rapports élogieux qui m'étaient précieux lors de l'apparition de
+mon ouvrage, tant par la spécialité et le talent de leurs
+rédacteurs que par l'impartialité qui les a dictés.
+
+Je saisis cette occasion d'exprimer à MM. les officiers de l'armée
+ma profonde reconnaissance pour leur juste appréciation de ma
+Méthode et le zèle qu'ils ont déployé à son étude. Je me tiendrai
+toujours très-honoré de leur haute approbation.
+
+L'intérêt seul du public a pu me déterminer à retrancher de mon
+livre leurs remarquables écrits.
+
+Je prie ceux de mes lecteurs qui voudraient lire ces rapports en
+entier de se reporter aux éditions précédentes.
+
+
+Je passerai sous silence quelques lettres qui ont précédé la
+mission qui m'a été confiée de faire étudier mon système dans les
+corps de troupes à cheval.
+
+
+_Rapport de M. de Novital, chef d'escadrons, commandant l'école de
+Saumur._
+
+Analyse des exercices journaliers.--Progrès constatés, jour par
+jour, jusqu'à parfaite éducation obtenue en treize jours pour
+quarante chevaux.
+
+M. de Novital continue:
+
+«Les adversaires de M. Baucher veulent lui donner le cachet d'une
+imitation des Pignatel, Pluvinel, Newcastle, etc.; mais ces
+célèbres écuyers, tout en prêchant l'assouplissement, l'équilibre,
+ont-ils enseigné une théorie aussi lucide, aussi juste, aussi bien
+raisonnée que celle de M. Baucher? Non.
+
+«La méthode de M. Baucher doit faire école, parce qu'elle s'appuie
+sur des principes vrais, fixes, rationnels, motivés. Tout en elle
+est mathématique et peut se rendre par des chiffres.
+
+«A lui donc appartient la nouvelle époque qui commence; à lui la
+gloire d'avoir mis le cheval dans la dépendance complète du
+cavalier en paralysant toute résistance, toute volonté, et en
+remplaçant les forces instinctives par des forces transmises.
+
+«L'opinion de MM. les capitaines instructeurs des 5e cuirassiers et
+3e lanciers se trouve comprise dans ce que je viens d'émettre.»
+
+ Paris, 4 avril 1842.
+
+
+_Rapport au général Oudinot, par M. Carrelet, colonel de la garde
+municipale de Paris._
+
+«..... Je vous dirai qu'officiers et sous-officiers sont unanimes
+pour approuver les procédés de M. Baucher, appliqués au dressage
+des jeunes chevaux. En quinze jours M. Baucher obtient des
+résultats meilleurs que ceux obtenus en six mois par les anciens
+procédés. Je suis tellement convaincu de l'efficacité des moyens
+professés par M. Baucher, que je vais soumettre à ces procédés tous
+les chevaux de mes cinq escadrons.»
+
+ Paris, 6 avril 1842.
+
+
+_Rapport du général marquis Oudinot au Ministre de la guerre._
+
+Constatation des heureux résultats obtenus par la méthode.--Les
+principes de M. Baucher sont un grand et incontestable progrès.--Conclut
+à ce que les corps de troupes envoient des instructeurs s'initier
+à la méthode.
+
+ 6 avril 1842.
+
+
+ _Rapport du chef d'escadron Grenier, chargé du commandement des
+ officiers envoyés à Paris pour étudier la Méthode._
+
+Vingt-deux officiers ont reçu les leçons de M. Baucher
+lui-même.--Approbation entière des principes et de leurs
+démonstrations pratique et orale.--C'est surtout à l'école de
+cavalerie que la méthode doit être connue.
+
+ Versailles, 24 juillet 1842.
+
+
+ _Rapport demandé par le colonel président de la commission
+ chargée d'étudier le dressage des jeunes chevaux d'après la
+ méthode Baucher, et rédigé par M. Desondes, lieutenant au 9e
+ cuirassiers._
+
+Ce rapport suit jour par jour l'éducation d'un cheval désigné.
+
+Constatation des progrès simultanés du cavalier et du cheval.
+
+La Méthode, par l'excellence de ces principes, remédie à la
+mauvaise conformation du cheval.--Elle est appelée à diminuer les
+proportions effrayantes des pertes de chevaux.
+
+Enfin, dit M. Desondes, la plus heureuse des innovations doit
+amener une révolution dans la cavalerie.
+
+
+_Rapport du commandant de l'Ecole royale de cavalerie de Saumur._
+
+«..... Je me résume en disant que la nouvelle méthode doit être un
+grand bien, une amélioration incontestable pour la cavalerie.
+
+«Je fais donc des voeux pour son adoption et sa prompte
+introduction dans l'armée.»
+
+ Saumur, 6 août 1842.
+
+
+_Rapport sur l'essai de la nouvelle méthode fait au camp de
+Lunéville, par M. Baucher fils._
+
+«..... La sollicitude éclairée de M. le Ministre de la guerre pour
+l'armée est un sûr garant que cette méthode trouvera en lui un
+puissant protecteur, et que toutes les troupes à cheval pourront
+bientôt mettre à profit les importants avantages que procure son
+application.»
+
+ _Les Membres de la Commission_:
+
+ Capitaines de JUNIAC, de CHOISEUL, GROSJEAN;
+ lieutenant-colonel HERMET; général GUSLER.
+
+Outre tous ces rapports, j'ai reçu l'adhésion de la plus grande
+partie des officiers de cavalerie. Quatre-vingt-trois colonels ou
+capitaines, sur cent deux, approuvent mon système.
+
+
+
+
+I
+
+NOUVEAUX MOYENS D'OBTENIR UNE BONNE POSITION DU CAVALIER[2].
+
+
+On trouvera sans doute étonnant que, dans les premières éditions,
+promptement épuisées, de cet ouvrage ayant pour objet l'éducation
+du cheval, je n'aie pas commencé par parler de la position du
+cavalier. En effet, cette partie si importante de l'équitation a
+toujours été la base des écrits classiques.
+
+ [2] Ces préceptes s'adressent plus spécialement aux cavaliers
+ militaires; mais, avec quelques légères modifications, faciles à
+ saisir, ils peuvent également s'appliquer à l'équitation civile.
+
+Ce n'est pas sans motifs, cependant, que j'ai différé jusqu'à
+présent de traiter cette question. Si je n'avais eu rien de nouveau
+à dire, j'aurais pu, ainsi que cela se pratique, consulter les
+vieux auteurs, et, à l'aide de quelques transpositions de phrases,
+de quelques changements de mots, lancer dans le monde équestre une
+inutilité de plus. Mais j'avais d'autres idées; je voulais une
+_refonte complète_. Mon système pour arriver à donner une bonne
+position au cavalier étant aussi une innovation, j'ai craint que
+tant de choses nouvelles à la fois n'effrayassent les amateurs,
+même les mieux intentionnés, et qu'elles ne donnassent prise à mes
+adversaires. On n'aurait pas manqué de proclamer que mes moyens
+d'action sur le cheval étaient impraticables, ou qu'ils ne
+pouvaient être appliqués qu'avec le secours d'une position plus
+impraticable encore. Or, j'ai prouvé le contraire: d'après mon
+système, des chevaux ont été dressés par la troupe, quelle que fût
+la position des hommes à cheval. Pour donner plus de force à cette
+méthode, pour la rendre plus facile à comprendre, j'ai dû l'isoler
+d'abord de tous autres accessoires, et garder le silence sur les
+nouveaux principes qui ont rapport à la position du cavalier. Je me
+réservais de ne mettre ces derniers au jour qu'après la réussite
+incontestable des essais officiels. Au moyen de ces principes,
+ajoutés à ceux que j'ai publiés sur l'art de dresser les chevaux,
+j'abrége également le travail du cavalier, j'établis un système
+précis et complet sur ces deux parties importantes, mais jusqu'à ce
+jour confuses, de l'équitation.
+
+En suivant mes nouvelles indications, relativement à la position de
+l'homme à cheval, on arrivera promptement à un résultat certain;
+elles sont aussi faciles à comprendre qu'à démontrer: deux phrases
+suffisent pour tout expliquer au cavalier. Il est de la plus grande
+importance, pour l'intelligence et les progrès de l'élève, que
+l'instructeur soit court, clair et persuasif; celui-ci doit donc
+éviter d'étourdir ses recrues par des développements théoriques
+trop prolongés. Quelques mots, expliqués avec à-propos,
+favoriseront et dirigeront beaucoup plus vite la compréhension.
+L'observation silencieuse est souvent un des caractères distinctifs
+du bon professeur. Après qu'on s'est assuré que le principe posé a
+été bien compris, il faut laisser l'élève studieux exercer lui-même
+son mécanisme: c'est ainsi seulement qu'il parviendra à trouver les
+effets de tact, qui ne s'obtiennent que par la pratique. Tout ce
+qui tient au sentiment s'acquiert, mais ne se démontre pas.
+
+
+Position du cavalier.
+
+Le cavalier donnera toute l'extension possible au buste, de manière
+que chaque partie repose sur celle qui lui est inférieurement
+adhérente, afin d'augmenter l'appui des fesses sur la selle; les
+bras tomberont sans force sur les côtés; les cuisses et les genoux
+devront trouver, par leur face interne, autant de points de contact
+que possible avec la selle, les pieds suivront naturellement le
+mouvement des jambes.
+
+On comprend dans ces quelques lignes combien est simple la position
+du cavalier.
+
+Les moyens que j'indique pour obtenir, en peu de temps, une bonne
+position lèvent toutes les difficultés que présentait la route
+tracée par nos devanciers. L'élève ne comprenait presque rien au
+long catéchisme récité à haute voix par l'instructeur, depuis la
+première phrase jusqu'à la dernière; en conséquence, il ne pouvait
+pas l'exécuter. Ici, c'est par quelques mots que nous rendons
+toutes ces phrases, et ces mots sont compréhensibles pour le
+cavalier qui suit mon travail d'assouplissement. Ce travail le
+rendra adroit et, par suite, intelligent; un mois ne sera pas
+écoulé sans que le conscrit le plus lourd et le plus maladroit ne
+soit en état d'être bien placé.
+
+
+Leçon préparatoire.
+
+ (La leçon sera d'une heure; il y aura deux leçons par jour
+ pendant un mois.)
+
+Le cheval est amené sur le terrain, sellé et bridé; l'instructeur
+ne prendra pas moins de deux élèves; l'un tiendra le cheval par la
+bride, tout en observant le travail de l'autre, afin de l'exécuter
+à son tour. L'élève s'approchera de l'épaule du cheval et se
+disposera à monter; à cet effet, il prendra et séparera avec la
+main droite une poignée de crins, qu'il passera dans la main
+gauche, le plus près possible de leurs racines, sans qu'ils soient
+tortillés dans la main; il saisira le pommeau de la selle avec la
+main droite, les quatre doigts en dedans, le pouce en dehors; puis,
+après avoir ployé légèrement les jarrets, il s'enlèvera sur les
+poignets. Une fois la ceinture à la hauteur du garrot, il passera
+la jambe droite par-dessus la croupe sans la toucher et se mettra
+légèrement en selle. Ce mouvement de voltige étant d'une très
+grande utilité pour l'agilité du cavalier, on le lui fera
+recommencer huit ou dix fois, avant de le laisser s'asseoir sur la
+selle. Bientôt la répétition de ce travail lui donnera la mesure de
+ce qu'il peut faire au moyen de la force bien entendue de ses bras
+et de ses reins.
+
+
+Travail en selle.
+
+ Ce travail doit se faire en place; on choisira de préférence un
+ cheval vieux et froid. (Les rênes nouées tomberont sur le col).
+
+Une fois l'élève à cheval, l'instructeur examinera sa position
+naturelle, afin d'exercer plus fréquemment les parties qui ont de
+la tendance à l'affaissement ou à la roideur. C'est par le buste
+que l'instructeur commencera la leçon. Il fera servir à redresser
+le haut du corps les flexions des reins qui portent la ceinture en
+avant; on tiendra pendant quelque temps dans cette position le
+cavalier dont les reins sont mous, sans avoir égard à la roideur
+qu'elle entraînera les premières fois. C'est par la force que
+l'élève arrivera à être liant, et non par l'abandon tant et si
+inutilement recommandé. Un mouvement obtenu d'abord par de grands
+efforts n'en nécessitera plus au bout de quelque temps, parce qu'il
+y aura adresse, et que, dans ce cas, l'adresse n'est que le
+résultat des forces combinées et employées à propos. Ce que l'on
+fait primitivement avec dix kilogrammes de forces se réduit ensuite
+à sept, à cinq et à deux. L'adresse sera la force réduite à deux
+kilogrammes. Si l'on commençait par une force moindre, on
+n'arriverait pas à ce résultat. On renouvellera donc souvent les
+flexions de reins en laissant parfois l'élève se relâcher
+complétement, afin de lui faire bien saisir l'emploi de force qui
+donnera promptement une bonne position au buste. Le corps étant
+bien placé, l'instructeur passera 1º à la leçon du bras, laquelle
+consiste à le mouvoir dans tous les sens, d'abord ployé et ensuite
+tendu; 2º à la leçon de la tête; celle-ci devra tourner à droite et
+à gauche sans que ses mouvements réagissent sur les épaules.
+
+Dès que la leçon du buste, des bras et de la tête donnera un
+résultat satisfaisant, ce qui doit arriver au bout de quatre jours
+(huit leçons), on passera à celle des jambes.
+
+L'élève éloignera, autant que possible, des quartiers de la selle
+l'une des deux cuisses; il la rapprochera ensuite avec un mouvement
+de rotation de dehors en dedans, afin de la rendre adhérente à la
+selle par le plus de points de contact possible. L'instructeur
+veillera à ce que la cuisse ne retombe pas lourdement; elle doit
+reprendre sa position par un mouvement lentement progressif et sans
+secousses. Il devra, en outre, pendant la première leçon, prendre
+la jambe de l'élève et la diriger pour bien lui faire comprendre la
+manière d'opérer ce déplacement. Il évitera ainsi la fatigue et
+obtiendra de plus prompts résultats.
+
+Ce genre d'exercice nécessite de fréquents repos; il y aurait
+inconvénient à prolonger la durée du travail au delà des forces de
+l'élève. Les mouvements d'adduction (qui rendent la cuisse
+adhérente à la selle) et ceux d'abduction (qui éloignent) devenant
+plus faciles, les cuisses auront acquis un liant qui permettra de
+les fixer à la selle dans une bonne position. On passera alors à la
+flexion des jambes.
+
+
+Flexion des jambes.
+
+L'instructeur veillera à ce que les genoux conservent toujours leur
+adhérence parfaite avec la selle. Les jambes se mobiliseront comme
+le pendule d'une horloge, c'est-à-dire que l'élève les remontera
+jusqu'à toucher le troussequin de la selle avec les talons. Ces
+flexions répétées rendront les jambes promptement souples, liantes,
+et leur mouvement indépendant de celui des cuisses. On continuera
+les flexions de jambes et de cuisses pendant quatre jours (huit
+leçons). Pour rendre chacun de ces mouvements plus correct et plus
+facile, on y consacrera huit jours (ou quatorze leçons). Les
+quatorze jours (trente leçons) qui resteront pour compléter le mois
+continueront à être employés au travail d'assouplissement en place;
+seulement, pour que l'élève apprenne à combiner la force de ses
+bras et celle de ses reins, on lui fera tenir progressivement des
+poids de 2 à 5 kilogrammes à bras tendu. On commencera cet exercice
+par la position la moins fatigante, le bras ployé, la main près de
+l'épaule, et on poussera cette flexion à la plus grande extension
+du bras. Le buste ne devra pas se ressentir de ce travail et
+restera maintenu dans la même position.
+
+
+Des genoux.
+
+La force de pression des genoux se jugera, et même s'obtiendra à
+l'aide du moyen que je vais indiquer. Ce moyen, qui de prime abord
+semblera peut-être futile, amènera cependant de très-grands
+résultats. L'instructeur prendra un morceau de cuir de l'épaisseur
+de cinq millimètres et long de cinquante centimètres; il placera
+l'une des extrémités de ce cuir entre les genoux et le quartier de
+la selle. L'élève fera usage de la force de ses genoux pour ne pas
+le laisser glisser, tandis que l'instructeur le tirera lentement et
+progressivement de son côté. Ce procédé servira de dynamomètre pour
+juger des progrès de la force. Quelques paroles encourageantes
+placées à propos stimuleront l'amour-propre de chaque élève.
+
+On veillera avec le plus grand soin à ce que chaque force qui agit
+séparément n'en mette pas d'autres en jeu, c'est-à-dire que le
+mouvement des bras n'influe jamais sur leurs épaules; il devra en
+être de même pour les cuisses, par rapport au tronc; pour les
+jambes par rapport aux cuisses, etc., etc. Le déplacement et
+l'assouplissement de chaque partie isolée une fois obtenus, on
+déplacera momentanément le haut du corps, afin d'apprendre au
+cavalier à se remettre en selle lui-même. Voici comment on s'y
+prendra: l'instructeur, placé sur le côté, poussera l'élève par la
+hanche, de manière que son assiette se trouve portée en dehors du
+siége de la selle. Avant d'opérer un nouveau déplacement,
+l'instructeur laissera l'élève se remettre en selle, en ayant soin
+de veiller à ce que, pour reprendre son assiette, il ne fasse usage
+que des hanches et des genoux, afin de ne se servir que des
+parties les plus rapprochées de l'assiette. En effet, le secours
+des épaules influerait bientôt sur la main, et celle-ci sur le
+cheval; le secours des jambes pourrait avoir de plus graves
+inconvénients encore. En un mot, dans tous les déplacements, on
+enseignera à l'élève à ne pas avoir recours, pour diriger, aux
+forces qui maintiennent à cheval; à ne pas employer, pour s'y
+maintenir, celles qui dirigent.
+
+A l'aide de cette gymnastique équestre justement combinée, on
+arrive, au bout d'un mois, à faire exécuter facilement à tous les
+conscrits les exercices qui semblaient les plus contraires à leur
+organisation physique.
+
+L'élève ayant franchi les épreuves préliminaires, attendra avec
+impatience les premiers mouvements du cheval pour s'y livrer avec
+l'aisance d'un cavalier déjà expérimenté.
+
+Quinze jours (trente leçons) seront consacrés au pas, au trot et
+même au galop. Ici l'élève doit uniquement chercher à suivre les
+mouvements du cheval; en conséquence, l'instructeur l'obligera à ne
+s'occuper que de sa position et non des moyens de direction à
+donner au cheval. On exigera seulement que le cavalier marche
+d'abord droit devant lui, puis en tous sens, une rêne de bridon
+dans chaque main. Au bout de quatre jours (huit leçons), on pourra
+lui faire prendre la bride dans la main gauche. On s'attachera à
+ce que la main droite, qui se trouve libre, reste à côté de la
+gauche, afin que le cavalier prenne de bonne heure l'habitude
+d'être placé carrément (les épaules sur la même ligne); le cheval
+trottera également à droite et à gauche. Lorsque l'assiette sera
+bien consolidée à toutes les allures, l'instructeur expliquera
+d'une manière simple les rapports qui existent entre les poignets
+et les jambes, ainsi que leurs effets séparés[3].
+
+ [3] Voir les principes pour l'éducation du cheval.
+
+Éducation du cheval.
+
+Ici le cavalier commencera l'éducation du cheval, en suivant la
+progression que j'ai indiquée et que l'on trouvera ci-après. On
+fera comprendre à l'élève tout ce qu'elle a de rationnel, et par
+quelle liaison intime se suivent, dans leurs rapports, l'éducation
+de l'homme et celle du cheval. Au bout de quatre mois à peine, le
+cavalier pourra passer à l'école de peloton; les commandements ne
+seront plus qu'une affaire de mémoire; il lui suffira d'entendre
+pour exécuter, car il sera maître de son cheval.
+
+J'espère que la cavalerie comprendra (comme elle a déjà compris mon
+mode d'éducation du cheval) tout l'avantage des moyens que
+j'indique pour tirer le plus large parti possible du peu de temps
+que chaque soldat reste sous les drapeaux.
+
+J'ai également la conviction que l'emploi de ces moyens rendra
+prompte et parfaite l'éducation des hommes et des chevaux.
+
+ RÉSUMÉ ET PROGRESSION.
+
+ Jours. Leçons.
+
+ 1º Flexion des reins pour servir à l'extension du
+ buste 4 8
+
+ 2º Rotation, extension des cuisses et flexion des
+ jambes 4 8
+
+ 3º Exercice général et successif de toutes les
+ parties 8 14
+
+ 4º Déplacement du tronc, exercice des genoux et
+ des bras avec des poids dans les mains 14 28
+
+ 5º Position du cavalier sur le cheval au pas, au
+ trot et au galop, pour façonner et fixer
+ l'assiette à ces différentes allures 15 30
+
+ 6º Éducation du cheval par le cavalier 50 100
+ -----------
+ TOTAL 95 188
+
+
+
+
+II
+
+DE L'ÉQUILIBRE DU CHEVAL.
+
+ L'harmonie du poids et des forces du cheval donne l'équilibre
+ de la masse.
+ L'équilibre de la masse produit l'harmonie des mouvements.
+
+ BAUCHER.
+
+
+Tout être organisé, pour conserver la liberté et la sûreté de ses
+mouvements, est astreint à observer la loi de l'équilibre. Le
+cheval monté, plus que tout autre animal, est soumis à cette loi,
+car non-seulement il doit calculer ses mouvements par rapport à sa
+propre masse, mais le poids additionnel de son cavalier tend à
+déranger constamment son équilibre naturel.
+
+L'importance majeure d'équilibrer le cheval a été vivement sentie
+par le monde équestre: aussi tout écuyer se pique d'honneur et veut
+trouver le secret de ce noeud gordien.
+
+Dans notre XIXe siècle, où toutes choses doivent être traitées
+scientifiquement, il est tout naturel qu'on ait demandé à la
+science le secret de l'équilibre. La science a répondu par un
+problème:--Pour équilibrer votre cheval, cherchez son centre de
+gravité.
+
+Cette réponse n'a pas manqué d'exciter une noble ardeur.
+Tout le monde s'est mis à l'oeuvre. On cherche le centre de
+gravité partout, toujours....., mais on ne le trouve pas. Des
+contradictions sans nombre surgissent chaque jour, les discussions
+s'enveniment, les traités d'équitation tournent au pamphlet, les
+découvertes restent nulles et le centre de gravité continue à se
+promener dans le domaine dont on l'a fait seigneur et maître. Un si
+grand personnage devrait cependant n'être pas introuvable, eu égard
+aux limites restreintes qui le renferment.
+
+Combien d'écuyers ont usé leur persévérance à cette vaine
+recherche! Mais aussi, qui n'aurait voulu connaître la solution
+d'un problème qui, d'un seul coup, tranchait les difficultés de
+l'équitation en donnant l'équilibre du cheval?
+
+La science avait parlé; comme tout le monde, je crus à son oracle.
+
+Me voilà donc livré, pendant des années entières, à des recherches
+journalières.
+
+Résultats nuls! Ceux de la veille étaient contredits par ceux du
+lendemain.
+
+Fallait-il donc, cependant, parce qu'il plaisait au centre de
+gravité de voyager incognito, laisser le cheval et son cavalier
+exposés aux dangers qu'entraîne le défaut d'équilibre!
+
+Pour m'aider dans mes recherches, je m'adressais aux
+écuyers-auteurs. Ils mettaient une grande érudition à m'expliquer
+le déplacement du centre de gravité, quand, par exemple, une jambe
+se porte en avant, suivie de la jambe diagonalement opposée; ou
+bien quand le rassembler s'opère, ou quand le cheval se cabre, rue,
+etc.
+
+Il est là, disait l'un; non, je le _vois_ de ce côté, disait
+l'autre; et ces vaines discussions se continuent encore parce que
+l'on ne veut pas remonter aux causes premières, et que les effets
+absorbent l'attention générale.
+
+On étudie la manière d'être du centre de gravité. Pourquoi? Je
+l'ignore. En saine pratique, n'avons-nous pas le poids du cheval à
+répartir et sa force à coordonner? N'avons-nous pas à combiner les
+forces opposées du cavalier (main et jambes)? Si nous nous rendons
+compte des effets de ces divers agents, et si nous en tirons le
+parti convenable, nous arriverons à notre équilibre, sans avoir à
+nous préoccuper du centre de gravité.
+
+Messieurs les théoriciens, préparez vos anathèmes! je vais porter
+une main profane sur le dieu de vos rêves et briser votre idole,
+après avoir, il est vrai, dans mon ignorance, brûlé sur son autel
+un inutile encens.
+
+Votre centre de gravité ne donne, n'entraîne, ni ne produit rien.
+
+Il existe incontestablement, mais à l'état de passivité.
+
+Vous voulez l'ériger en cause, il n'est qu'effet.
+
+Quelle que soit votre opinion à son égard, il fonctionnera toujours
+dans le même ordre: bien, si votre mouvement est juste; mal, si
+votre mouvement est irrégulier.
+
+Pourquoi donc, à propos d'équitation, avoir sans cesse à la bouche
+des mots scientifiques, sonores il est vrai, mais vides de sens et
+propres, tout au plus, à retarder les progrès de l'art, par
+l'obscurité qu'ils répandent sur les théories?
+
+Tenez, messieurs, abandonnez simplement le centre de gravité aux
+influences qui le gouvernent, et cessez les discussions qu'il
+excite depuis trop longtemps. Au lieu d'enfourcher un nuage pour
+chevaucher à la recherche d'une idée aussi introuvable qu'inutile,
+montez un vrai cheval, et probablement vous approuverez les
+principes que je vais appliquer à l'obtention et au maintien de
+l'équilibre du cheval.
+
+
+
+
+III
+
+DE L'EMPLOI RAISONNÉ DES FORCES DU CHEVAL.
+
+
+Le cheval, comme tous les êtres organisés, est doué d'un poids et
+d'une force qui lui sont propres. Le poids, inhérent à la matière
+constitutive de l'animal, rend sa masse inerte et tend à la fixer
+au sol. La force, au contraire, par la faculté qu'elle lui donne de
+mobiliser ce poids, de le transférer de l'une à l'autre de ses
+parties, communique le mouvement, en détermine la vitesse, la
+direction et constitue l'équilibre.
+
+Pour rendre cette vérité palpable, supposons un cheval au repos.
+Son corps sera dans un parfait équilibre, si chacun de ses membres
+supporte exactement la part du poids qui lui est dévolue dans cette
+position. S'il veut se porter en avant au pas, il devra
+préalablement transférer, sur les jambes qui resteront fixées au
+sol, le poids que supporte celle qu'il en détachera la première. Il
+en sera de même pour les autres allures, la translation s'opérant
+au trot, d'une diagonale à l'autre; au galop, de l'avant à
+l'arrière-main, et réciproquement. Il ne faut donc jamais confondre
+les manières d'être du poids et de la force. Le poids n'est que
+passif, la force déterminante est active. C'est en reportant le
+poids sur telles ou telles extrémités que la force les mobilise ou
+les fixe. La lenteur ou la vitesse des translations détermine les
+différentes allures, qui sont elles-mêmes justes ou fausses, égales
+ou inégales, suivant que ces translations s'exécutent avec justesse
+ou irrégularité.
+
+
+On comprend que cette puissance motrice se subdivise à l'infini,
+puisqu'elle est répartie sur tous les muscles de l'animal.
+Quand ce dernier en détermine lui-même l'emploi, je les appelle
+_instinctives_; je les nomme _transmises_[4] lorsque le cavalier en
+coordonne l'emploi. Dans le premier cas, l'homme, dominé par son
+cheval, reste le jouet de ses caprices; dans le second, au
+contraire, il en fait un instrument docile, soumis à toutes les
+impulsions de sa volonté. Le cheval, dès qu'il est monté, ne doit
+donc plus agir que par des forces transmises ou harmonisées.
+L'application constante de ce principe constitue le vrai talent de
+l'écuyer.
+
+ [4] Plusieurs pamphlétaires très-_érudits_ et _profonds
+ anatomistes_ ont beaucoup discuté sur cette expression: _forces
+ transmises_, n'ayant, disaient-ils agréablement, rien trouvé de
+ semblable dans les chevaux qu'ils avaient écorchés à l'école
+ d'Alfort. On reconnaîtra sans doute avec moi que cette
+ bouffonnerie est fort concluante.
+
+ Pour parler sérieusement, je déclare qu'en employant l'expression
+ _transmises_, je ne prétends pas créer des forces en principe,
+ mais seulement en fait. Je parviens à diriger et à utiliser des
+ forces qui, par suite de contractions et de résistances,
+ demeuraient complétement inertes, et qui seraient conséquemment
+ comme si elles n'étaient pas. N'est-ce point là une espèce de
+ transmission?
+
+Mais un tel résultat ne peut s'obtenir instantanément. Le jeune
+cheval, habitué à régler lui-même, dans sa liberté, l'emploi de ses
+ressorts, se soumettra d'abord avec peine à l'influence étrangère
+qui viendra en disposer sans intelligence. Une lutte s'engagera
+nécessairement entre le cheval et le cavalier; celui-ci sera
+vaincu s'il ne possède l'énergie, la persévérance et surtout
+les connaissances nécessaires pour arriver à ses fins. Les forces
+de l'animal étant l'élément sur lequel l'écuyer doit agir
+principalement, pour les dominer d'abord et les diriger ensuite,
+c'est sur elles avant tout qu'il lui importe de fixer son
+attention. Il recherchera quelles sont les parties où elles se
+contractent le plus pour la résistance, les causes physiques qui
+peuvent occasionner ces contractions. Dès qu'il saura à quoi s'en
+tenir sur ce point, il n'emploiera envers son élève que des
+procédés en rapport avec la nature de ce dernier, et les progrès
+seront alors rapides.
+
+Malheureusement, on chercherait en vain dans les auteurs anciens et
+modernes qui ont écrit sur l'équitation, je ne dirai pas des
+principes rationnels, mais même des données quelconques sur ce qui
+se rattache à l'emploi raisonné des forces du cheval. Tous ont bien
+parlé de _résistances_, d'_oppositions_, d'_équilibre_, mais aucun
+n'a su nous dire ce qui cause ces résistances, comment on peut les
+combattre, les détruire, et obtenir cette légèreté, cet équilibre,
+qu'il nous recommande si instamment. C'est cette grave lacune qui a
+jeté sur les principes de l'équitation tant de doutes et
+d'obscurité; c'est elle qui a rendu cet art stationnaire pendant si
+longtemps; c'est cette grave lacune, enfin, que je crois être
+parvenu à combler.
+
+Et d'abord, je pose en principe que toutes les résistances des
+jeunes chevaux proviennent, en premier lieu, d'une cause physique,
+et que cette cause ne devient morale que par la maladresse,
+l'ignorance ou la brutalité du cavalier. En effet, outre la roideur
+naturelle, commune à tous ces animaux, chacun d'eux a une
+conformation particulière dont le plus ou le moins de perfection
+constitue le degré d'harmonie existant entre le poids et les
+forces. Le défaut de cette harmonie occasionne l'imperfection des
+allures, la difficulté des mouvements, en un mot, tous les
+obstacles qui s'opposent à une bonne éducation. A l'état libre,
+quelle que soit la mauvaise structure du cheval, l'instinct seul
+lui suffira pour disposer ses forces de manière à maintenir son
+équilibre; mais il est des mouvements qui lui sont impossibles,
+jusqu'à ce qu'un travail préparatoire l'ait mis à même de suppléer
+aux défectuosités de son organisation par un emploi mieux combiné
+de sa puissance motrice[5]. Le cheval n'exécute un mouvement avec
+légèreté qu'à la suite d'une position donnée; s'il est des forces
+qui s'opposent à cette position, il faut donc les annuler d'abord
+pour les remplacer par celles qui pourront, seules, la déterminer.
+
+ [5] J'engage beaucoup les amateurs désireux de suivre mes
+ préceptes dans tout ce qu'ils ont de naturel et de méthodique, à
+ bien prendre garde d'y mêler des moyens pratiques qui y sont
+ étrangers et contraires. Dans le nombre de ces grotesques
+ inventions se trouve placé le jockey anglais ou l'homme de bois,
+ auquel de graves auteurs ont attribué des propriétés que la saine
+ équitation réprouve; en effet, la force permanente du bridon dans
+ la bouche du cheval est une gêne et non pas un avis; elle lui
+ apprend à revenir sur lui-même en s'acculant, pour en éviter la
+ sujétion. A l'aide de cette force brutale, il connaîtra de bonne
+ heure comment il peut se soustraire aux effets de main du
+ cavalier.
+
+ C'est à cheval, et par de justes et progressives oppositions de
+ main et de jambes, que l'on obtiendra des résultats prompts et
+ infaillibles, résultats qui seront tous en faveur du mécanisme et
+ de l'intelligence du cavalier. Si le cheval présentait quelques
+ difficultés dangereuses, un second cavalier, à l'aide du caveçon,
+ produirait une action suffisante sur le moral du cheval, pour
+ donner le temps à celui qui le monte d'agir physiquement, afin de
+ disposer la masse dans le sens du mouvement qu'on veut exiger.
+ Mais, on le voit, il faut une intelligence pour parler
+ intelligiblement au cheval, et non pas une machine fonctionnant
+ brutalement.
+
+Or, je le demande, si, avant d'avoir surmonté ces premiers
+obstacles, le cavalier vient y ajouter le poids de son propre corps
+et ses exigences maladroites, l'animal n'éprouvera-t-il pas une
+difficulté plus grande encore pour exécuter certains mouvements?
+Les efforts qu'on fera pour l'y astreindre, étant contraires à sa
+nature, ne devront-ils pas se briser contre cet obstacle
+insurmontable? Il résistera naturellement, et avec d'autant plus
+d'avantage, que la mauvaise répartition de son poids et de ses
+forces suffira pour annuler l'action du cavalier. La résistance
+émane donc ici d'une cause physique; cette cause devient morale dès
+l'instant où, la lutte se continuant avec les mêmes procédés, le
+cheval commence à combiner lui-même les moyens de se soustraire au
+supplice qu'on lui impose, lorsqu'on veut ainsi forcer des ressorts
+qu'on n'a pas assouplis d'avance.
+
+Quand les choses en sont là, elles ne peuvent qu'empirer. Le
+cavalier, dégoûté bientôt de l'impuissance de ses efforts,
+rejettera sur le cheval la responsabilité de sa propre ignorance;
+il flétrira du nom de rosse un animal qui possédait peut-être de
+brillantes ressources, et dont, avec plus de discernement et de
+science, il aurait pu faire une monture dont le caractère serait
+aussi docile et soumis que les allures seraient gracieuses et
+agréables. J'ai remarqué souvent que les chevaux réputés
+indomptables sont ceux qui développent le plus d'énergie et de
+vigueur, dès qu'on a su remédier aux inconvénients physiques qui
+paralysaient leur essor. Quant à ceux que, malgré leur mauvaise
+conformation, on finit par soumettre à un semblant d'obéissance, il
+faut en rendre grâce à la mollesse seule de leur nature; s'ils
+veulent bien s'astreindre à quelques exercices des plus simples,
+c'est à condition qu'on n'exigera pas davantage, car ils
+retrouveraient bien vite leur énergie pour résister à des
+prétentions plus élevées. Le cavalier pourra donc les faire marcher
+aux différentes allures; mais quel décousu, quelle roideur, quel
+disgracieux dans leurs mouvements, et quel ridicule de semblables
+coursiers ne jettent-ils pas sur le malheureux qu'ils ballottent et
+entraînent ainsi à leur gré, bien plus qu'ils ne se laissent
+diriger par lui! Cet état de choses est tout naturel, puisqu'on n'a
+pas détruit les causes premières qui le produisent: _la mauvaise
+répartition du poids et des forces et la roideur qu'elle entraîne à
+sa suite_.
+
+Mais, va-t-on m'objecter, puisque vous reconnaissez que ces
+difficultés tiennent à la conformation du cheval, comment est-il
+possible d'y remédier? Vous n'avez probablement pas la prétention
+de changer la structure de l'animal et corriger la nature? Non sans
+doute; mais tout en convenant qu'il est impossible de donner plus
+d'ampleur à une poitrine étroite, d'allonger une encolure trop
+courte, d'abaisser une croupe élevée, de raccourcir et d'étoffer
+des reins longs, faibles et étroits, je n'en soutiens pas moins que
+si je détruis les contractions diverses occasionnées par ces vices
+physiques, si j'assouplis les muscles, si je me rends maître des
+forces au point d'en disposer à volonté, il me sera facile de
+prévenir ces résistances, de donner plus de ressort aux parties
+faibles, de modérer celles qui sont trop vigoureuses, et de
+suppléer ainsi aux mauvais effets d'une nature imparfaite, en
+établissant, dans l'équilibre du cheval, une juste répartition du
+poids et des forces.
+
+De pareils résultats, je ne crains pas de le dire, furent et
+demeurent interdits à jamais aux anciennes écoles. Mais si la
+science de ceux qui professent d'après les vieux errements vient
+toujours se briser contre le grand nombre des chevaux défectueux,
+on rencontre des chevaux qui, par la perfection de leur
+organisation et la facilité d'éducation qui en résulte, contribuent
+puissamment à perpétuer les routines impuissantes, si funestes aux
+progrès de l'équitation. Un cheval bien constitué est celui dont
+toutes les parties, régulièrement harmonisées, amènent l'équilibre
+parfait de l'ensemble. Il serait aussi difficile à pareil sujet de
+sortir de cet équilibre naturel, pour prendre une mauvaise position
+et se défendre, qu'il est pénible d'abord, au cheval mal conformé,
+d'acquérir cette juste répartition du poids et des forces sans
+laquelle on ne peut espérer aucune régularité de mouvements.
+
+C'est dans l'éducation de ces derniers animaux seulement que
+consistent les véritables difficultés de l'équitation. Chez les
+premiers, le dressage doit être, pour ainsi dire, instantané,
+puisque, tous les ressorts étant à leur place, il ne reste plus
+qu'à les faire mouvoir; ce résultat s'obtient toujours avec ma
+méthode. Les anciens principes, cependant, exigent deux et trois
+ans pour y parvenir; et lorsqu'à force de tâtonnements et
+d'incertitudes, l'écuyer doué de quelque intelligence et de quelque
+pratique finit par habituer le cheval à obéir aux impressions qui
+lui sont communiquées, il croit avoir surmonté de grandes
+difficultés, et attribue à son savoir-faire un résultat que
+l'application de bons principes aurait procuré en quelques jours.
+Puis, comme l'animal continue à déployer dans tous ses mouvements
+la grâce et la légèreté naturelles à sa belle conformation, le
+cavalier ne se fait nul scrupule de s'en approprier le mérite, se
+montrant alors aussi présomptueux qu'il est injuste, lorsqu'il veut
+rendre le cheval mal constitué responsable de l'inefficacité de ses
+efforts.
+
+Si nous admettons une fois ces vérités:
+
+Que l'éducation du cheval consiste dans la domination complète de
+ses forces et dans la juste répartition de son poids;
+
+Qu'on ne peut disposer des forces qu'en annulant toutes les
+résistances,
+
+Et que les résistances ont leur source dans les contractions
+occasionnées par les vices physiques,
+
+Il ne s'agira plus que de rechercher les parties où s'opèrent ces
+contractions, afin d'essayer de les combattre et de les faire
+disparaître en provoquant un équilibre convenable du poids et des
+forces.
+
+De longues et consciencieuses observations m'ont démontré que, quel
+que soit le vice de conformation qui s'oppose dans le cheval à la
+juste répartition des forces, c'est toujours sur la mâchoire que
+s'en fait ressentir l'effet le plus immédiat. Pas de faux
+mouvements, pas de résistance qui ne soient précédés par la
+contraction de cette partie de l'animal; et comme l'encolure est
+intimement liée à la mâchoire, la roideur de l'une se communique
+instantanément à l'autre. Ces deux points sont l'arc-boutant sur
+lequel s'appuie le cheval pour annuler tous les efforts du
+cavalier. On conçoit facilement l'obstacle immense qu'ils doivent
+présenter, puisque la tête et l'encolure étant les deux leviers
+principaux par lesquels on place et dirige l'animal, il est
+impossible de rien obtenir de lui tant qu'on ne sera pas
+entièrement maître de ces premiers et indispensables moyens
+d'action. A l'arrière-main, les parties où les forces se
+contractent le plus pour les résistances sont les reins et la
+croupe (les hanches).
+
+Les contractions de ces deux extrémités opposées sont mutuellement
+les unes pour les autres cause et effet, c'est-à-dire que la
+roideur de la mâchoire et de l'encolure amène celle des hanches, et
+réciproquement. On peut donc les combattre l'une par l'autre; et
+dès qu'on aura réussi à les annuler, dès qu'on aura ainsi rétabli
+l'équilibre et l'harmonie entre l'avant et l'arrière-main,
+l'éducation du cheval sera à moitié faite. Je vais indiquer par
+quels moyens on y parviendra infailliblement.
+
+
+
+
+IV
+
+TRAVAIL A PIED.
+
+MOBILISATION DU CHEVAL, AU MOYEN DES FORCES INSTINCTIVES, POUR
+OBTENIR L'ÉQUILIBRE DU POIDS.
+
+EMPLOI DE LA CRAVACHE POUR APPRENDRE AU CHEVAL A VENIR A L'HOMME,
+LE RENDRE SAGE AU MONTOIR, ETC.
+
+
+Dès le début de l'éducation du cheval, il est essentiel de lui
+donner une première leçon d'assujettissement et de lui faire
+connaître toute la puissance de l'homme. Ce premier acte de
+soumission, qui pourrait paraître sans importance, servira
+promptement à le rendre calme, confiant, à réprimer tous les
+mouvements qui détourneraient son attention et retarderaient son
+éducation.
+
+Quelques leçons d'une demi-heure suffiront pour obtenir ce résultat
+chez tous les chevaux; le plaisir que l'on éprouvera à jouer ainsi
+avec le cheval portera naturellement le cavalier à continuer cet
+exercice autant qu'il sera nécessaire, et à le rendre aussi
+instructif pour le cheval qu'utile pour lui-même. Voici comment on
+s'y prendra: le cavalier s'approchera du cheval, sa cravache sous
+le bras, sans brusquerie ni timidité; il lui parlera sans trop
+élever la voix, et le flattera de la main sur le chanfrein ou sur
+l'encolure, puis, avec la main gauche, il saisira les rênes de la
+bride, à 16 centimètres des branches du mors, en soutenant le
+poignet avec assez d'énergie pour présenter autant de force que
+possible dans les instants de résistance du cheval. La cravache
+sera tenue de la main droite, la pointe vers la terre, puis on
+l'élèvera lentement jusqu'à la hauteur du poitrail pour en frapper
+délicatement cette partie à une seconde d'intervalle. Le premier
+mouvement naturel du cheval sera de reculer pour éviter les
+attouchements de la cravache. Le cavalier suivra ce mouvement
+rétrograde sans discontinuer toutefois la tension des rênes de la
+bride, ni les petits coups de cravache sur le poitrail. Le cavalier
+devra rester maître de ses impressions, afin qu'il n'y ait dans ses
+mouvements et dans son regard aucun indice de colère ni de
+faiblesse. Fatigué de ces effets de contrainte, le cheval cherchera
+bientôt par un autre mouvement à éviter la sujétion, et c'est en se
+portant en avant qu'il y parviendra; le cavalier saisira ce second
+mouvement instinctif pour l'arrêter et flatter l'animal du geste et
+de la voix. La répétition de cet exercice donnera des résultats
+surprenants, même à la première leçon. Le cheval, ayant bien
+compris le moyen à l'aide duquel il peut éviter la cravache, n'en
+attendra pas le contact, il le préviendra en s'avançant de suite au
+moindre geste. Ce travail, d'ailleurs très-récréatif, servira de
+plus à rendre le cheval sage au montoir, abrégera de beaucoup son
+éducation, et accélérera le développement de son intelligence. Dans
+le cas où, par suite de sa nature inquiète ou sauvage, le cheval se
+livrerait à des mouvements désordonnés, on devrait avoir recours au
+caveçon, comme moyen de répression, et l'employer par petites
+saccades. Quand le cheval se portera franchement en avant à
+l'action de la cravache, le moment sera venu de faire une légère
+opposition avec la main de la bride, afin d'obtenir un effet de
+ramener, sans discontinuer l'allure du pas.
+
+On commencera aussi quelques temps de reculer, qu'on alternera avec
+les mouvements en avant, jusqu'à disparition complète des
+résistances.
+
+Cet exercice est très-important pour déplacer, par les forces
+purement instinctives, d'abord, mais que nous régulariserons
+ensuite, le poids qui se fixerait trop sur l'arrière ou sur
+l'avant-main.
+
+Faisons une remarque sur laquelle nous reviendrons plus tard.
+
+Le poids du cheval surcharge naturellement la partie antérieure du
+corps; c'est pour cela qu'en vertu du principe qui oppose les
+forces au poids dans l'ordre naturel, la nature a donné une si
+grande puissance aux muscles postérieurs du cheval qui doivent, aux
+différentes allures et surtout au galop, non-seulement recevoir le
+poids de l'avant-main, mais encore projeter toute la masse en
+avant. Dans le reculer, cette distribution du poids induit souvent
+en erreur le cavalier inexpérimenté. Il s'imagine que le mouvement
+rétrograde est produit par le déplacement total du poids par les
+forces, tandis qu'il n'est dû qu'au reflux des forces impulsives,
+qui, refoulées par une opposition de main, n'ont entraîné avec
+elles qu'une partie du poids. Aussi, bien que le cheval recule,
+l'avant-main se trouve souvent surchargé d'un poids comparativement
+énorme. D'où il suit que le mouvement est irrégulier, jusqu'à ce
+que l'écuyer, revenu de son erreur, ait su alléger l'avant-main de
+manière à équilibrer le poids et les forces. Les moyens d'atteindre
+à ce but seront donnés ultérieurement. Alors nous appellerons
+l'attention du lecteur sur l'emploi des aides, que la pratique
+seule peut rendre judicieux.
+
+Les exercices précédents à l'aide de la cravache, tels que: porter
+le cheval en avant, les commencements de ramener et de reculer,
+seront suivis, toujours à l'aide de la cravache, soit des pas de
+côté, soit des pirouettes ordinaires ou renversées.
+
+Pour les pas de côté, la main, en se soutenant, facilite le
+mouvement des épaules dans le sens indiqué par la cravache. Dans le
+cas de résistance provenant de la croupe, le cavalier en
+triompherait par une opposition de la main qui ne reprendrait sa
+position que lorsque le mouvement serait commencé.
+
+Dans les pirouettes renversées, la main se maintiendra pour forcer
+la croupe à obéir à la cravache, et la faire tourner autour des
+jambes du cheval, dont l'une doit lui servir de pivot.
+
+Dans les pirouettes ordinaires, la cravache agira sur la croupe,
+pour la fixer et fournir aux jambes antérieures, mobilisées par la
+main, le pivot nécessaire à leur mouvement de rotation.
+
+Ces divers exercices disposeront le cheval aux mouvements qu'il
+devra exécuter avec son cavalier en selle.
+
+Bien entendu que dans le cours de l'éducation du cheval, il faudra
+revenir souvent à ces exercices préliminaires, afin qu'il ne perde
+pas le fruit de ses leçons précédentes.
+
+
+
+
+V
+
+DE L'ASSOUPLISSEMENT.
+
+
+Les nouveaux principes de ma méthode ne peuvent être pratiqués que
+par les hommes versés dans l'art de l'équitation, et qui joignent à
+une assiette assurée une assez grande habitude du cheval pour
+comprendre tout ce qui se rattache à son mécanisme. Je ne
+reviendrai donc pas sur les procédés élémentaires; c'est à
+l'instructeur à juger si son élève possède un degré convenable de
+solidité, s'il est suffisamment en rapport d'enveloppe avec son
+cheval; car, en même temps qu'une bonne position produit cette
+identification, elle favorise le jeu facile et régulier des
+extrémités du cavalier.
+
+Mon but ici est de traiter principalement de l'éducation du cheval;
+mais cette éducation est trop intimement liée à celle du cavalier,
+pour qu'il soit possible de faire progresser l'une sans l'autre. En
+expliquant les procédés qui devront amener la perfection chez
+l'animal, j'apprendrai nécessairement à l'écuyer à les appliquer
+lui-même; il ne tiendra qu'à lui de professer demain ce que je lui
+démontre aujourd'hui.
+
+Nous connaissons maintenant quelles sont les parties du cheval qui
+se contractent le plus pour les résistances, et nous sentons la
+nécessité de les assouplir. Chercherons-nous dès lors à les
+attaquer, à les exercer toutes ensemble, pour les soumettre du même
+coup? Non, sans doute, ce serait retomber dans les anciens
+errements, et nous sommes convaincu de leur inefficacité. L'animal
+est doué d'une puissance musculaire infiniment supérieure à la
+nôtre; ses forces instinctives pouvant en outre se soutenir les
+unes par les autres, nous serons inévitablement vaincus si nous les
+surexcitons toutes à la fois. Puisque les contractions ont leur
+siége dans des parties séparées, sachons profiter de cette division
+pour les combattre successivement, à l'exemple de ces généraux
+habiles qui détruisent en détail des forces auxquelles ils
+n'auraient pu résister en masse.
+
+Du reste, quels que puissent être l'âge, les dispositions et la
+structure du cheval, mes procédés, en débutant, seront toujours les
+mêmes. Les résultats seulement seront plus ou moins prompts et
+faciles, suivant le degré de perfection de sa nature et l'influence
+de la main à laquelle il aura pu être soumis antérieurement.
+L'assouplissement, qui, chez un cheval bien constitué, n'aura
+d'autre but que de préparer ses forces à céder à nos moyens
+d'action, devra de plus rétablir le calme et la confiance, s'il
+s'agit d'un cheval mal mené, et faire disparaître, dans une
+conformation défectueuse, les contractions, causes des résistances
+et de l'opposition à un équilibre parfait. Les difficultés à
+surmonter seront en raison de cette complication d'obstacles, qui
+tous disparaîtront bien vite, moyennant un peu de persévérance de
+notre part. Dans la progression que nous allons suivre pour
+soumettre à l'assouplissement les diverses parties de l'animal,
+nous commencerons naturellement par les plus importantes,
+c'est-à-dire par la mâchoire et l'encolure.
+
+La tête et l'encolure du cheval sont à la fois le gouvernail de
+l'animal et la boussole du cavalier. Par elles il dirige l'animal;
+par elles aussi il peut juger de la régularité, de la justesse de
+son mouvement; pas d'équilibre, pas de légèreté, si la tête et
+l'encolure ne sont aisées, liantes et gracieuses. Nulle élégance,
+nulle facilité dans l'ensemble, dès que ces deux parties se
+roidissent. Précédant le corps dans toutes ses impulsions, elles
+doivent préparer d'avance, indiquer par leur attitude les positions
+à prendre, les mouvements à exécuter. Nulle domination n'est
+permise au cavalier tant qu'elles restent contractées et rebelles;
+une fois qu'elles sont flexibles et maniables, il dispose de
+l'animal à son gré. Si la tête et l'encolure n'entament pas les
+premières les changements de direction, si, dans les marches
+circulaires, elles ne se maintiennent pas inclinées sur la ligne
+courbe, afin de surcharger plus ou moins les extrémités en raison
+du mouvement, si pour le reculer elles ne se replient pas sur
+elles-mêmes, et si leur légèreté n'est pas toujours en rapport avec
+les différentes allures qu'on voudra prendre, le cheval sera libre
+d'exécuter ou non ces mouvements, puisqu'il restera maître de
+l'emploi de ses forces.
+
+
+
+
+VI
+
+DE LA BOUCHE DU CHEVAL ET DU MORS.
+
+
+J'ai déjà traité ce sujet assez longuement dans mon _Dictionnaire
+raisonné d'Equitation_; mais comme je développe ici un exposé
+complet de ma méthode, je crois nécessaire d'y revenir en quelques
+mots.
+
+Je suis encore à me demander comment on a pu attribuer si longtemps
+à la seule différence de conformation des barres ces dispositions
+contraires des chevaux qui les rendent si légers ou si lourds à la
+main. Comment a-t-on pu croire que, suivant qu'un cheval a une ou
+deux lignes de chair de plus ou de moins entre le mors et l'os de
+la mâchoire inférieure, il cède à la plus légère impulsion de la
+main, ou s'emporte, malgré les efforts des deux bras les plus
+vigoureux? C'est cependant en s'appuyant sur cette inconcevable
+erreur qu'on s'est mis à forger des mors de formes bizarres et si
+variées, vrais instruments de supplice, dont l'effet ne pouvait
+qu'augmenter les inconvénients auxquels on cherchait à remédier.
+
+
+Si on avait voulu remonter un peu à la source des résistances, on
+aurait reconnu bientôt que la roideur de la mâchoire ne provient
+pas de la différence de conformation des barres, mais bien du
+mauvais équilibre du cheval. C'est donc en vain que nous nous
+suspendrons aux rênes et que nous placerons dans la bouche du
+cheval un instrument plus ou moins meurtrier; il restera insensible
+à nos efforts tant que nous ne lui aurons pas donné cette légèreté
+qui peut seule le mettre à même de céder.
+
+Je pose donc en principe qu'il n'existe point de différence de
+sensibilité dans la bouche des chevaux; que tous présentent la même
+légèreté dans la position du ramener, et les mêmes résistances à
+mesure qu'ils s'éloignent de cette position importante. Il est des
+chevaux lourds à la main; mais cette résistance provient de la
+longueur ou de la faiblesse des reins, de la croupe étroite, des
+hanches courtes, des cuisses grêles, des jarrets droits, ou enfin
+(point important) d'une croupe trop haute ou trop basse par rapport
+au garrot; telles sont les véritables causes des résistances; le
+serrement de la mâchoire, la contraction de l'encolure, ne sont que
+les effets.
+
+
+Je n'admets, par conséquent, qu'une seule espèce de mors, et voici
+la forme et les dimensions que je lui donne pour le rendre aussi
+simple que doux:
+
+Branche droite de la longueur de 16 centimètres, à partir de l'oeil
+du mors jusqu'à l'extrémité des branches; circonférence du canon, 6
+centimètres; la liberté de la langue, 4 centimètres à peu près de
+largeur dans sa partie inférieure, et 2 centimètres dans la partie
+inférieure. Il est bien entendu que la largeur seule devra varier
+suivant la bouche du cheval.
+
+J'affirme qu'un pareil mors suffira pour soumettre à l'obéissance
+la plus passive tous les chevaux qu'on y aura préparés par
+l'assouplissement; et je n'ai pas besoin d'ajouter que, puisque je
+nie l'utilité des mors durs, je repousse, par la même raison, tous
+les moyens en dehors des ressources du cavalier, tels que
+martingales, piliers, etc.[6]
+
+ [6] Voir, dans le _Dictionnaire raisonné d'Équitation_, les mots
+ _Mors_, _Barres_ et _Martingales_.
+
+
+
+
+VII
+
+ASSOUPLISSEMENT DE LA MACHOIRE ET DE L'ENCOLURE.
+
+
+Les flexions de la mâchoire, ainsi que les deux flexions de
+l'encolure qui vont suivre, s'exécutent en place, le cavalier
+restant à pied. Le cheval sera amené sur le terrain, sellé et
+bridé, les rênes passées sur l'encolure. Le cavalier vérifiera
+d'abord si le mors est bien placé et si la gourmette est attachée
+de manière qu'il puisse introduire facilement son doigt entre les
+mailles et la barbe. Puis, regardant l'animal avec bienveillance,
+il viendra se placer en avant de son encolure, près de la tête, le
+corps droit et ferme, les pieds un peu écartés pour assurer sa base
+et être prêt à lutter avec avantage contre toutes les résistances.
+
+
+Première flexion de la mâchoire.
+
+Pour exécuter cette flexion, le cavalier, placé du côté montoir,
+prendra avec la main droite la rêne gauche de la bride à dix-sept
+centimètres de la bouche, et avec la main gauche la rêne gauche du
+filet. Ces deux forces doivent agir en sens opposés. Si elles sont
+bien proportionnées à la résistance du cheval, elles amèneront
+bientôt la mobilité de la mâchoire. La flexion à droite s'exécutera
+d'après les mêmes principes et par les moyens inverses, le cavalier
+ayant soin de passer alternativement de l'une à l'autre. Si la
+résistance du cheval provient de la contraction trop grande des
+muscles releveurs, il faut opposer une force de haut en bas,
+jusqu'à parfaite cession de la part du cheval, et _vice versâ_. Il
+doit en être ainsi pour toutes les flexions; il faut combattre les
+résistances par la force qui leur est directement opposée.
+
+Quelquefois, le cheval recule par impatience ou par la maladresse
+du cavalier; on n'en continue pas moins l'opposition des mains,
+lesquelles, dans ce cas, se portent en avant afin d'attirer le
+cheval et de faire opposition à la force qui produit l'acculement.
+Si l'on a pratiqué complétement le travail précédent, il sera
+facile, à l'aide de la cravache, d'arrêter le mouvement rétrograde
+qui est un puissant obstacle à toute espèce de flexions (_Planche
+1_).
+
+[Illustration: Planche 1.]
+
+
+Deuxième flexion.
+
+La deuxième flexion s'exécute en prenant les deux rênes de la
+bride avec la main droite et les deux rênes du filet avec la
+gauche. En procédant comme pour la première flexion, et si celle-ci
+a été bien faite, on obtient presque instantanément la mobilité de
+la mâchoire. Sur quelques chevaux, la mâchoire inférieure se
+détache momentanément pour se refermer aussitôt avec bruit. Cette
+espèce de tic nerveux, de grincement de dents, doit être combattu
+avec soin, car il finirait par augmenter la résistance et
+s'opposerait à la légèreté (_Planches 2 et 3_).
+
+[Illustration: Planche 2.]
+
+[Illustration: Planche 3.]
+
+
+Troisième flexion.
+
+Le cavalier saisit, par exemple, la rêne droite du filet avec la
+main gauche et la rêne gauche avec la main droite à dix-sept
+centimètres, puis il croise les deux rênes sous le menton de
+manière à exercer une pression assez forte sur la barbe. Si la
+résistance se prolongeait, le cavalier la ferait bien vite cesser
+par un frémissement rapide des poignets (_Planche 4_)[7].
+
+ [7] Les vibrations de mains peuvent être employées dans toutes
+ les flexions.
+
+On comprendra facilement l'importance de ces flexions de mâchoire.
+Elles ont pour résultat de préparer le cheval à céder aux plus
+légères pressions du filet ou du mors, d'assouplir directement les
+muscles qui joignent la tête à l'encolure. La tête devant précéder
+et déterminer les diverses attitudes de l'encolure, il est
+indispensable que cette dernière partie soit toujours assujettie à
+la première. Cela n'aurait lieu qu'imparfaitement avec la
+flexibilité seule de l'encolure, puisque ce serait alors celle-ci
+qui déterminerait l'obéissance de la tête en l'entraînant dans son
+mouvement. L'opposition des mains s'engagera sans à-coup, pour ne
+cesser qu'à parfaite obéissance du cheval, à moins cependant qu'il
+ne s'accule; elle diminuera ou augmentera son effet en proportion
+de la résistance, de manière à la dominer toujours sans trop la
+forcer. Le cheval, qui d'abord résistera, finira par considérer la
+main de l'homme comme un régulateur irrésistible, et il s'habituera
+si bien à obéir, qu'on obtiendra bientôt, par une simple pression
+de rêne, ce qui, dans le principe, exigeait une grande force.
+
+[Illustration: Planche 4.]
+
+
+ASSOUPLISSEMENT DE L'ENCOLURE.
+
+Première flexion latérale.
+
+Le cavalier se place comme pour les flexions de mâchoire; il
+saisira la rêne droite de la bride avec la main droite à seize
+centimètres de la branche du mors et la rêne gauche avec la main
+gauche, à dix centimètres seulement de la branche gauche. Il
+rapprochera ensuite la main droite de son corps en éloignant la
+gauche de manière à contourner le mors dans la bouche du cheval.
+Comme pour les flexions de mâchoire, la force qu'il emploiera devra
+être graduée et proportionnée à la résistance seule de la mâchoire
+et de l'encolure, afin de ne pas influer sur l'aplomb qui donne
+l'immobilité au corps du cheval (_Planche 5_).
+
+[Illustration: Planche 5 et 6.]
+
+La flexion doit s'obtenir, non par un mouvement brusque de la tête,
+mais par petites cessions successives. La main gauche suit tout
+naturellement le mouvement de la tête, et, lorsque celle-ci se
+trouve près de l'épaule droite, les deux rênes également tendues
+maintiennent la tête oblique et verticale jusqu'à ce qu'elle se
+soutienne d'elle-même dans cette position (_Planche 6_). Le cheval,
+en mâchant son mors, constatera la mise en main ainsi que sa
+parfaite soumission. Le cavalier, pour le récompenser, fera cesser
+immédiatement la tension des rênes et lui permettra, après quelques
+secondes, de reprendre sa position naturelle. Mêmes principes et
+moyens inverses pour la flexion à gauche.
+
+
+Deuxième flexion.
+
+1º Le cavalier saisira la rêne droite du filet, qu'il tendra en
+l'appuyant sur l'encolure, pour établir un point intermédiaire
+entre la force qu'il emploie et la résistance que présentera le
+cheval; il soutiendra la rêne gauche avec la main gauche à
+trente-trois centimètres du mors. Dès que le cheval cherchera à
+éviter la tension constante de la rêne droite en inclinant sa tête
+à droite, le cavalier laissera glisser la rêne gauche, afin de ne
+présenter aucune opposition à la flexion de l'encolure. Cette rêne
+gauche devra se soutenir par une succession de petites tensions
+spontanées, chaque fois que le cheval cherchera à se soustraire,
+par la croupe, à l'effet de la rêne droite (_Planche 7_).
+
+[Illustration: Planche 7 et 8.]
+
+2º Lorsque la tête et l'encolure auront complétement cédé à droite,
+le cavalier donnera une égale tension aux deux rênes pour placer la
+tête verticalement. Le liant et la légèreté suivront bientôt cette
+position, et aussitôt que le cheval constatera l'absence de toute
+roideur par l'action de _mâcher son frein_, le cavalier fera cesser
+la tension des rênes, en prenant garde que la tête ne profite
+de ce moment d'abandon pour se déplacer brusquement. Dans ce cas,
+il suffirait pour la contenir d'un léger soutien de la rêne droite.
+Après avoir maintenu le cheval quelques secondes dans cette
+attitude, on le remettra en place en soutenant un peu la rêne
+gauche. L'important est que l'animal, dans tous ses mouvements, ne
+prenne de lui-même aucune initiative (_Planche 8_).
+
+La flexion de l'encolure à gauche s'exécutera d'après les mêmes
+principes et par les moyens inverses. Le cavalier pourra répéter
+avec les rênes de la bride ce qu'il aura fait d'abord avec celle du
+filet; cependant le filet devra toujours être employé en premier
+lieu, son effet étant moins puissant et plus direct. Si les
+flexions à pied ont été bien faites, si elles ne laissent rien à
+désirer, celles à cheval s'obtiendront facilement. Ces premiers
+exercices sont d'une grande importance, et le temps que l'on y
+consacre abrége considérablement la durée des leçons qui doivent
+suivre.
+
+Le cavalier doit scrupuleusement s'attacher à faire fléchir la
+mâchoire avant l'encolure, de manière que cette dernière soutienne
+la tête et la suive, sans la devancer jamais.
+
+En principe, il n'y a pas d'encolure résistante avec une mâchoire
+moelleusement mobile.
+
+C'est presque toujours l'opposé quand la flexion de l'encolure
+précède celle de la mâchoire. Les dents restent serrées ou ne se
+détachent qu'imparfaitement.
+
+La résistance est toujours en raison directe du _mutisme_ du
+cheval[8].
+
+ [8] Ce mot, qui, sous le point de vue technique, ne manque pas de
+ cachet, appartient à un écuyer qui a parfaitement profité de
+ quelques leçons que je lui ai données. M. Cinizelli, après avoir
+ reçu les félicitations du roi de Sardaigne, fut, un jour, invité
+ à visiter le manége royal. Il formula ainsi son opinion sur les
+ travaux exécutés devant lui: «C'est très-bien, mais vos chevaux
+ sont _muets_.» Ce mot, dans la bouche de l'écuyer, faisait tout
+ simplement allusion à l'immobilité de la mâchoire des chevaux.
+
+Dans les flexions directes ou latérales, le cheval présente encore
+une résistance qu'il est difficile de détruire, si l'on n'en
+connaît la cause. C'est en faisant des _forces_ que l'animal
+renouvelle ces luttes, que le cavalier n'annule qu'imparfaitement
+et après de longs efforts. J'entends par faire des _forces_,
+l'action du cheval qui contracte sa mâchoire inférieure d'un côté
+ou de l'autre. Exemple: si l'on porte la tête du cheval à droite,
+la mâchoire inférieure se portera plus à droite que la mâchoire
+supérieure. Il faudra donc la ramener à gauche pour obtenir sa
+vraie mobilité et une légèreté complète.
+
+Ces exercices et les suivants sont faciles à exécuter si le
+cavalier met scrupuleusement en pratique les moyens que j'indique
+et s'il suit en tout point la gradation qui en assure le succès.
+
+
+Flexion directe ou ramener.
+
+On alternera les flexions latérales avec la flexion directe ou mise
+en main. Outre les moyens indiqués pour les flexions de mâchoire,
+la flexion directe s'obtiendra encore avec la rêne droite du bridon
+appuyée sur l'encolure et tenue dans la main droite. Avec la main
+gauche, on prendra la rêne du même côté à trois centimètres de la
+bouche. Les deux rênes seront tendues graduellement, et leur action
+amènera le cheval à céder complétement de la mâchoire et de
+l'encolure. (Voy. _Planche 9._)
+
+[Illustration: Planche 9.]
+
+Si l'encolure fléchissait avant la mâchoire, il faudrait opposer
+une force spontanée de la main, pour empêcher cette flexion
+défectueuse et prématurée.
+
+Quelques jours de cet exercice assureront la légèreté de la
+mâchoire et de l'encolure.
+
+Il est indispensable que le cavalier se rende compte de la
+disposition du poids et des forces de sa monture; car leur mauvaise
+répartition retarderait le progrès de l'éducation.
+
+Supposons donc que, le cheval étant en place, le poids soit trop
+porté sur l'avant-main. Dans ce cas, les résistances seraient
+énormes et presque insurmontables, si, au préalable, on ne forçait
+le poids à se reporter sur l'arrière-main par une pression soutenue
+du mors, ce qui se ferait sans chercher à obtenir aucune flexion.
+Par ce mouvement, le poids se combine tellement avec les forces,
+que l'on obtient aussitôt toute la légèreté désirable. Si, au
+contraire, les forces étaient toutes dirigées sur l'arrière-main,
+ce qui provoquerait un mouvement de recul, il faudrait attirer le
+cheval en avant, après s'être assuré, toutefois, en forçant le
+reculer, si, malgré le mouvement rétrograde, le poids n'est pas
+trop porté sur le devant.
+
+
+OBSERVATION. Les flexions à pied, incomplétement faites,
+non-seulement sont sans effet satisfaisant, mais encore elles
+portent le cheval plutôt aux résistances qu'aux concessions qui
+sont les premiers éléments de son éducation. La prolongation des
+flexions qui s'obtiennent facilement aurait son danger. L'encolure
+s'amollirait au lieu d'être liante; elle s'isolerait du corps, avec
+lequel, au contraire, elle doit s'identifier, pour établir entre
+eux une espèce de solidarité qui fait réagir, sur toute la masse,
+un léger déplacement de la tête et provoque promptement tous les
+changements de position désirables.
+
+Lorsque le cheval se soumettra à tous ces exercices, sans
+résistance, ce sera une preuve que l'assouplissement a fait un
+grand pas et que l'éducation première est en voie de progrès.
+
+
+
+
+VIII
+
+EFFETS DE MAINS (RÊNES).
+
+
+Nous avons avancé comme règle invariable que, lorsqu'on soumet
+le cheval, pour les premières fois, à l'action du frein, il
+faut l'emboucher avec un mors de bride accompagné d'un filet.
+Ajoutons qu'on devra recourir aux effets de ce dernier dans les
+commencements de l'éducation du cheval, parce que sa puissance,
+moins grande que celle de la bride, a une action plus directe pour
+faire céder l'encolure à droite et à gauche. En effet, pour le
+ramener, le filet ne représente qu'un levier de 3e genre, tandis
+que le mors avec branches et gourmette est un levier de 2e genre.
+Pour le ramener et les mouvements rétrogrades du corps, la
+puissance du mors est supérieure à celle du filet; mais pour les
+premiers déplacements de la tête du cheval et la répression de
+résistance venant du côté droit ou du côté gauche, l'usage du filet
+amènera des résultats plus prompts, parce que, composé de deux
+pièces, il a un effet local qui agit sur un des côtés de la bouche
+du cheval. Les mêmes effets, avec les rênes de bride séparées, ne
+peuvent agir ni aussi directement ni aussi isolément sur l'une des
+deux barres; car la seule pièce qui compose le mors agit
+nécessairement sur toute la mâchoire et rend, par cela même,
+l'intention du cavalier moins claire à l'intelligence du cheval. De
+là hésitation et lenteur d'un côté, impatience et colère de
+l'autre, et souvent luttes regrettables qui ne se terminent pas
+toujours à l'avantage du cavalier.
+
+Je sais qu'à la rigueur un écuyer peut se passer du filet, comme il
+peut aussi ne se servir que du filet pour dresser un cheval, mais
+ce n'est qu'une exception qui justifie la règle.
+
+On se servira donc, en commençant, des rênes du filet, une dans
+chaque main; les rênes de bride, réunies dans la main gauche à leur
+position normale, seront légèrement flottantes. La rêne gauche du
+filet sera contenue entre le pouce et l'index de la main gauche; la
+rêne droite, contenue entre le pouce et les trois premiers doigts,
+passera sur le petit doigt de la main droite. Ces dispositions
+faciliteront l'emploi du filet pour les inclinaisons d'encolure.
+
+Si, dans les flexions, le cheval portait au vent, on passerait les
+rênes du filet dans la main droite, pour que la main gauche, par
+une tension égale des deux rênes de bride, exerçât une pression du
+mors qui détruise la résistance et ramène la tête dans la position
+verticale. Cette attitude rendra le cheval plus soumis aux effets
+des rênes du filet.
+
+Cette première flexion s'exercera, d'abord en place, puis au pas.
+
+Ce travail, fait convenablement à pied, deviendra facile à cheval.
+
+Tout exercice obtenu primitivement avec les rênes de filet, sera
+pratiqué ensuite avec les rênes de bride, pour amener la tête du
+cheval à droite, à gauche, ou dans la position verticale, et
+obtenir la mise en main. L'exécution des flexions latérales avec
+les rênes de bride prouvera un progrès, puisqu'elle s'obtiendra à
+l'aide de moyens moins directs.
+
+Il est inutile de faire observer qu'avant de passer d'une flexion
+latérale à une autre, il faut saisir l'instant où la tête se trouve
+dans le prolongement de la ligne des épaules et de la croupe, afin
+de mettre le cheval en main, par une tension égale des deux rênes
+de la bride. Cette observation s'applique également à toutes les
+flexions exécutées aux différentes allures.
+
+Le travail d'arrière-main, ou commencement des pirouettes
+renversées, se pratiquera par la tension plus grande de la rêne
+opposée au côté où marchera la croupe. Si elle se porte à gauche,
+la rêne droite se soutiendra avec plus d'énergie (_et vice versâ_),
+afin de maîtriser les résistances que doivent faire naître des
+mouvements nouveaux pour l'animal. Aussitôt que le cheval obéira à
+la jambe, on cessera l'action isolée d'une des rênes de filet ou de
+bride; car ce moyen n'étant que le correctif des résistances doit
+être abandonné dès qu'il est sans but. Les rênes deviennent alors
+inutiles comme force d'opposition et ne servent plus qu'à maintenir
+l'attitude la plus convenable pour que le cheval demeure bien placé
+et gracieux dans ses mouvements.
+
+Pour les pirouettes ordinaires, à droite, par exemple, on écartera
+la rêne droite du filet, en modérant son action avec la gauche. La
+rêne droite ébranlera l'avant-main, l'autre fixera la croupe afin
+qu'elle serve de pivot. La main de la bride doit terminer tous les
+mouvements, pour habituer le cheval à obéir à sa seule action.
+
+Observons en passant que l'emploi du filet n'est que préparatoire à
+l'usage exclusif de la bride. Quand le cheval obéira à cet agent,
+la main de la bride seule agira pour commencer ou pour finir les
+mouvements.
+
+Au pas, sur la piste, on répétera les mêmes flexions latérales
+d'encolure, en écartant faiblement les rênes du filet d'abord et
+les rênes de la bride ensuite.
+
+Même exercice pour les changements de direction.
+
+Le cheval répondant aux moindres tensions des rênes de filet ou de
+bride, on les remplacera par un nouvel effet de rênes, qui
+disposera ses forces pour répartir le poids de la manière la plus
+favorable au mouvement.
+
+Il servira encore, par une juste opposition de la main, à corriger
+les écarts de la croupe, et à placer, point important, le cheval
+parfaitement droit; c'est-à-dire, la croupe sur la ligne des
+épaules.
+
+Ce nouvel effet de rênes transportera le poids d'une partie sur
+l'autre sans détruire l'harmonie des forces. Résultat jusqu'alors
+inconnu.
+
+Précédemment, en rétablissant l'équilibre du poids, on détruisait
+souvent l'ensemble des forces; puis, en rétablissant l'équilibre
+des forces, on ramenait le poids à sa mauvaise disposition
+première. N'est-ce pas là un travail sans fin?
+
+Expliquons le moyen qui, malgré sa simplicité, va remédier à ces
+tâtonnements infructueux.
+
+Les premiers assouplissements ont mis l'animal à même de répondre à
+ce nouveau procédé.
+
+Le cheval étant au pas, on séparera les rênes de la bride, une dans
+chaque main. Si l'on débute par la rêne droite, la main droite se
+portera à gauche et appuiera la rêne contre l'encolure. Celle-ci se
+contournera, la tête s'inclinera, et les épaules du cheval se
+porteront légèrement à gauche. La pression opportune des jambes
+déterminera au besoin la croupe dans le sens du mouvement (les
+mêmes résultats s'obtiendront avec la rêne gauche). La position
+propre à ce changement de direction s'obtient, en partie, par des
+effets de rênes savamment pratiqués. Les mêmes résultats
+s'obtiendront également à toutes les allures, y compris le travail
+sur les hanches.
+
+Puis il arrivera un moment où l'éducation du cheval, plus complète,
+permettra de se dispenser même du secours des jambes. (Descente de
+jambes.) Il est bien entendu que ces effets de rênes de bride
+séparées, obtenus soit par écartement, tension ou pression sur
+l'encolure, ont pour but d'amener le cheval à obéir à l'action
+seule de la main de la bride.
+
+Après ces exercices, la main gauche seule suffira à faire exécuter
+les changements de direction. A cet effet, avant de se porter du
+côté déterminant, la main, en se contractant, fera sentir toute sa
+force d'opposition, sans se rapprocher du corps. Cet effet
+concentré de la puissance de la main demande qu'au préalable
+l'égale tension des rênes permette de sentir facilement la bouche
+du cheval; il devra compléter la légèreté du cheval avant que
+celui-ci se conforme à la nouvelle inclinaison. Ce temps bien
+compris, l'animal tournera à la simple indication de la main, si,
+comme je l'ai déjà recommandé, on saisit le moment où la tête
+passe par la ligne prolongée de la croupe et des épaules, pour
+opérer la mise en main avant de changer l'inclinaison d'un côté ou
+d'un autre.
+
+
+
+
+IX
+
+EFFETS DE JAMBES.
+
+
+Si je demandais au premier cavalier venu les moyens pour changer de
+direction, il me répondrait assurément: «Si vous voulez tourner à
+droite, portez la main à droite et faites sentir la jambe du même
+côté.»
+
+C'est, en effet, le principe que tous les traités d'équitation,
+jusqu'au mien, ont donné comme le seul efficace pour ce mouvement.
+Mais tant d'erreurs se sont érigées en principes, que j'ai voulu
+m'assurer de l'exactitude de ce dernier.
+
+J'ai donc, pour tourner à droite, par exemple, porté la main à
+droite et fait sentir la jambe du même côté.
+
+Quelque légèreté qu'eût mon cheval sur la ligne droite et bien que
+j'eusse fait sentir la jambe indiquée, j'éprouvais souvent une
+résistance dont, longtemps, j'ai cherché la cause et les moyens de
+la détruire.
+
+L'expérience m'a démontré que souvent, par suite de l'action de la
+jambe droite, la croupe se portant à gauche, empêche, par sa
+mobilité, le poids de se fixer sur le point d'appui nécessaire au
+pivot de conversion et jette ainsi de l'irrégularité et de
+l'incertitude dans le mouvement.
+
+La répression de cette résistance exige naturellement, me suis-je
+dit, l'emploi de la jambe gauche. J'adoptai donc ce moyen comme
+correctif. Il me donna d'abord des résultats surprenants, mais la
+persistance de son emploi devint la source d'une autre résistance.
+
+La croupe, portée trop à droite par la pression de la jambe gauche,
+s'arc-boutait, pour ainsi dire, contre l'épaule droite, et
+paralysait ses mouvements.
+
+Après de minutieuses observations, je conclus donc que l'emploi
+exclusif de l'une ou de l'autre jambe ne peut être prescrit comme
+principe absolu dans les changements de direction, puisque, destiné
+à prévenir, il provoque, au contraire, des résistances.
+
+En effet, quand je veux placer le cheval pour le changement de
+direction, j'ignore de quel côté viendra la résistance, puisque la
+croupe peut se dérober à droite ou à gauche; j'ignore même s'il y
+aura résistance. Il n'est donc pas rationnel de déterminer, _à
+priori_, l'emploi exclusif de l'une ou de l'autre jambe, et le
+principe, reconnu faux, doit être abandonné.
+
+Revenons donc aux vrais principes de l'équitation:
+
+La main seule donne la position, les jambes donnent l'impulsion.
+
+Si, d'après les prescriptions formelles de ma méthode, vous avez
+dirigé l'éducation de votre cheval de manière à lui donner une
+juste répartition du poids et des forces, le changement de
+direction lui deviendra aussi facile que la marche sur la ligne
+droite. Le cheval étant bien placé obéira à la première invitation
+de la main, la tête et l'encolure prendront la position propre au
+mouvement, et le liant parfait de toute la machine amènera les
+épaules et la croupe à prendre sans résistance la part qui leur
+convient pour la régularité et la facilité du changement de
+direction. D'où je conclus que l'emploi de l'une ou de l'autre
+jambe prescrit comme principe est un non-sens, pour ce mouvement,
+puisque sa régularité et sa facilité ne dépendent que de l'harmonie
+apportée dans l'équilibre de l'animal.
+
+Je dis plus. L'aide des deux jambes deviendra tout à fait inutile,
+quand le cheval sera arrivé au point d'éducation où doit le
+conduire inévitablement ma méthode.
+
+
+POINT IMPORTANT. Dès que le cheval commencera à prendre la
+position indiquée par la main, celle-ci devra cesser son action et
+laisser à l'animal sa liberté de mouvement, en ayant soin toutefois
+de le suivre dans son déplacement. Si, au contraire, après un
+commencement d'exécution, la main persistait dans son action, la
+position de l'encolure deviendrait forcée et amènerait un
+dérangement de croupe, d'où naîtrait une résistance qu'on ne
+pourrait vaincre qu'à l'aide des jambes.
+
+
+
+
+X
+
+EFFETS DE MAIN ET DE JAMBES.
+
+
+Nous avons consacré un chapitre spécial aux fonctions particulières
+de la main et des jambes; nous allons, maintenant, combiner
+l'action de ces puissances de telle sorte qu'elles procurent au
+cavalier les ressources qu'il doit retirer de leur judicieux
+emploi.
+
+En principe, les jambes du cavalier donnent au cheval l'impulsion
+nécessaire aux mouvements. Mais elle n'est primitivement qu'un
+moyen de déplacement qui, pour obtenir un bon résultat, a besoin
+d'un modérateur et d'un régulateur.
+
+Ce double rôle appartient à la main.
+
+Aussitôt qu'obéissant à la pression des jambes le cheval se
+mobilise, la main, savante interprète de la volonté du cavalier,
+dispose l'animal dans le sens propre au mouvement qui doit être
+exécuté, et son action, méthodiquement réglée, fait comprendre au
+serviteur les intentions du maître.
+
+Le cheval, bien placé par la main, exécutera facilement le
+mouvement indiqué. Je dis plus: il l'exécutera nécessairement, car
+la disposition des diverses parties de son corps ne lui en
+permettrait pas d'autre.
+
+L'écuyer doit donc avoir pour but de dominer les forces du cheval;
+il faut qu'il en dispose absolument. La combinaison intelligente de
+l'action de la main et des jambes produira ce résultat.
+
+
+PRINCIPE ESSENTIEL. En général l'action des jambes doit précéder
+celle de la main pour déterminer toutes les allures, ainsi que pour
+obtenir les effets d'ensemble, le rassembler, les temps d'arrêt et
+le reculer, etc., etc.
+
+En effet, si l'on porte le cheval en avant, il faut d'abord que les
+jambes déterminent son action et que, sur l'impulsion donnée, la
+main prenne autant de forces qu'il lui en faut pour diriger la
+masse dans le sens propre au mouvement. Si, au contraire, l'action
+de la main précédait celle des jambes, le cheval, manquant de
+l'impulsion nécessaire, ne pourrait être placé convenablement, et
+le mouvement deviendrait incertain, d'une exécution difficile et
+souvent impossible.
+
+Pour les effets d'ensemble, les jambes agiront les premières, afin
+d'éviter les effets rétrogrades du cheval, qui, par ce moyen, se
+soustrairait à la bonne position de sa tête et à l'immobilité de
+ses quatre jambes, s'il est en place.
+
+C'est encore en débutant par l'action des jambes qu'on fera jouer
+tous les ressorts du mécanisme de l'animal, et leur puissance,
+sagement dirigée par la main, s'harmonisera de telle sorte que le
+cheval sera toujours placé droit. L'action des jambes du cavalier
+produira le rassembler en rapprochant les membres postérieurs du
+cheval.
+
+Pour le vrai reculer, les jambes de derrière du cheval doivent
+d'abord quitter le sol. C'est encore une pression préalable des
+jambes du cavalier qui déterminera ce mouvement. Le cheval est
+porté en avant par les jambes; mais aussitôt l'impulsion donnée, la
+main se rapproche du corps, et son effet, justement combiné, force
+la jambe, déjà levée, à se porter en arrière. Après quelques
+répétitions de cet exercice, le cheval reculera franchement et
+régulièrement.
+
+L'impulsion imprimée par les jambes est encore nécessaire dans
+le reculer, en ce sens qu'elle s'oppose à la trop brusque
+concentration des forces sur l'arrière-main, ce qui donnerait un
+reculer précipité et irrégulier.
+
+Pour l'exécution des pirouettes renversées ou ordinaires, les
+jambes devront donner l'impulsion qui, comme toujours, permettra à
+la main de placer le cheval. C'est alors que les rênes de la bride
+par tension, écartement, ou pression sur l'encolure, deviendront
+efficaces pour combattre les résistances indiquées par les refus du
+cheval, qui arrivera graduellement à obéir à la seule pression de
+la jambe.
+
+Au moyen de ces exercices et de la combinaison sage des effets de
+jambes et de main, le cheval aura bientôt acquis une juste
+répartition du poids et des forces.
+
+J'indique le but; plus heureux que mes devanciers dans l'étude de
+l'équitation, je donne les moyens infaillibles de l'atteindre.
+
+Est-ce à dire, cependant, que je veuille promettre à tous les
+adeptes de ma méthode les résultats que beaucoup de mes élèves ont
+obtenus? Non; voici pourquoi. Quelle que soit la clarté d'une
+théorie et l'exactitude de ses principes, le professeur ne peut
+donner à tous cette étincelle de feu sacré qui dénote l'aptitude,
+la vocation et mène au succès.
+
+Si les idées théoriques expliquées et motivées ne rencontrent pas
+comme un écho dans l'esprit de l'élève, si son intelligence n'est
+pas frappée comme d'un choc électrique, par la vérité du principe,
+c'est que l'inspiration manque. Les efforts du professeur lutteront
+péniblement contre l'inaptitude.
+
+En comparant les forces de l'homme et celles du cheval, on est
+étonné que notre faiblesse proportionnelle ait entrepris de
+dominer une puissance aussi supérieure; et, cependant, avec la
+seule pression de nos jambes et de nos mains, nous lui imposons
+notre volonté.
+
+Soumis à nos lois, notre superbe antagoniste se précipite comme une
+avalanche; ses forces, multipliées par l'impulsion, impriment à son
+corps une rapidité vertigineuse; son élan semble indomptable. Un
+geste du cavalier, et la masse impétueuse devient statue, le cheval
+est immobile.
+
+J'ai donné les moyens d'obtenir ces immenses résultats. Ma méthode
+met tellement le cheval dans la dépendance du cavalier, que, par la
+combinaison des effets de jambes et de main, nos moindres
+mouvements suffisent pour diriger, à notre gré, les ressorts de ce
+puissant animal; mais je ne puis dire précisément et clairement à
+l'élève le degré de force impulsive ou répressive qu'il doit
+employer. C'est l'appréciation exacte de l'emploi des forces
+combinées qui s'appelle l'intelligence équestre. Cette qualité est
+innée chez le véritable écuyer, elle lui est indispensable.
+
+Une longue pratique, en donnant l'expérience, peut, il est vrai,
+combattre heureusement l'inaptitude. Mais si, dans ce cas, les
+progrès sont lents, devra-t-on s'en prendre à l'impuissance des
+principes?
+
+
+[Illustration: Planche 10 et 11.]
+
+
+
+
+XI
+
+ASSOUPLISSEMENT A CHEVAL, AVANT MAIN ET ARRIÈRE-MAIN.
+
+
+FLEXION DIRECTE DE LA TÊTE ET DE L'ENCOLURE, OU RAMENER.
+
+1º Le cavalier se servira d'abord des rênes du filet, qu'il réunira
+dans la main gauche et tiendra comme celles de la bride. Il
+appuiera la main droite _de champ_ sur les rênes en avant de la
+main gauche, afin de donner à la première une plus grande
+puissance, en augmentant la pression du mors de filet. Dès que le
+cheval cédera, il suffira de soulever la main droite pour diminuer
+la tension des rênes et récompenser l'animal. Lorsque le cheval
+obéira à l'action du filet, il cédera bien plus promptement à celle
+de la bride, dont l'effet est plus puissant; c'est dire assez que
+la bride devra par conséquent être employée avec plus de ménagement
+que le filet. (_Planche 10_.)
+
+2º Le cheval aura complétement cédé à l'action de la main, lorsque
+sa mâchoire sera mobile. Le cavalier doit avoir soin de ne pas se
+laisser tromper par les feintes du cheval, feintes qui consistent
+dans un quart ou un tiers de cession, suivie de bégaiements. On
+doit tout d'abord habituer le cheval à supporter les jambes pour
+arrêter tous les mouvements rétrogrades de son corps, mouvements
+qui le mettraient à même d'éviter les effets de la main, ou
+feraient naître des points d'appui ou des arcs-boutants propres à
+augmenter les moyens de résistance. (_Planche 11._)
+
+Cette flexion est fort importante. Dès qu'elle s'exécute avec
+aisance et promptitude, il suffit d'un léger appui de la main pour
+ramener et maintenir la tête dans la bonne position. La direction
+de cette partie de l'animal deviendra dès lors aussi facile que
+naturelle, puisque nous l'aurons mise à même de comprendre toutes
+les indications de la main, et d'y obéir sur-le-champ sans efforts.
+Quant aux fonctions des jambes, elles consistent à empêcher un
+mouvement rétrograde du corps.
+
+
+FLEXIONS LATÉRALES DE L'ENCOLURE.
+
+1º Pour exécuter la flexion à droite, le cavalier prendra une rêne
+de filet dans chaque main, la gauche sentant à peine l'appui du
+mors; la droite, au contraire, communiquant une impression modérée
+d'abord, mais qui augmentera en proportion de la résistance du
+cheval, et de manière à la dominer toujours.
+
+L'animal, déjà préparé par le travail précédent, comprend la
+volonté du cavalier, et incline la tête du côté où se fait sentir
+la pression du filet. (_Planche 12._)
+
+[Illustration: Planche 12 et 13.]
+
+2º Dès que la tête du cheval aura été ramenée à droite, la rêne
+gauche formera opposition, pour empêcher le nez de dépasser la
+verticale. On doit attacher une grande importance à ce que la tête
+reste toujours dans cette position: la flexion sans cela serait
+imparfaite et la souplesse incomplète. Le mouvement régulièrement
+accompli, on fera reprendre au cheval sa position naturelle par une
+légère tension de la rêne gauche. (_Planche 13._)
+
+La flexion à gauche s'exécutera de même, le cavalier employant les
+rênes du filet et celles de la bride.
+
+
+J'ai dit qu'il faut s'attacher à assouplir l'extrémité supérieure
+de l'encolure. Une fois à cheval, et lorsque les flexions latérales
+s'obtiendront sans résistance, le cavalier se contentera souvent de
+les exécuter à demi, la tête et la première partie de l'encolure
+pivotant alors sur la partie inférieure, qui servira de base. Cet
+exercice se renouvellera fréquemment, même lorsque l'éducation du
+cheval sera terminée, pour entretenir le liant et faciliter la mise
+en main.
+
+Les flexions latérales trop prolongées amèneraient de l'abandon
+dans la tête et l'encolure et les isoleraient du corps. Il faut
+donc en user sagement dès que le cheval les exécute avec facilité.
+
+Il nous reste maintenant, pour compléter l'assouplissement de la
+tête et de l'encolure, à combattre les contractions qui
+occasionnent les résistances directes et s'opposent au ramener.
+
+
+
+
+XII
+
+MOBILISATION DE LA CROUPE.
+
+
+Le cavalier, pour diriger le cheval, agit directement sur deux de
+ses parties: l'avant-main et l'arrière-main. Il emploie à cet effet
+deux agents: les jambes, qui donnent l'impulsion par la croupe;
+les mains, qui dirigent et modifient cette impulsion par la tête
+et l'encolure. Un parfait rapport de forces doit donc toujours
+exister entre ces deux puissances; mais la même harmonie n'est pas
+moins nécessaire entre les parties de l'animal qu'elles sont
+particulièrement destinées à impressionner. En vain se sera-t-on
+efforcé de rendre la tête et l'encolure flexibles, légères,
+obéissantes au contact du mors, les résultats seront incomplets,
+l'ensemble et l'équilibre imparfaits, tant que la croupe restera
+lourde, contractée, rebelle à l'agent direct qui doit la gouverner.
+
+Je viens d'expliquer par quelle sorte de procédés simples
+et faciles on donnera à l'avant-main les qualités indispensables
+pour obtenir une bonne position; il me reste à dire comment on
+assouplira de même l'arrière-main pour compléter l'assouplissement
+du cheval, et ramener l'ensemble et l'harmonie dans le développement
+de tous ses ressorts. Les résistances de l'encolure et celles de la
+croupe se soutenant mutuellement, notre travail deviendra plus facile,
+puisque nous avons déjà annulé les premières.
+
+1º Le cavalier tiendra les rênes de la bride dans la main gauche,
+et celles du filet croisées l'une sur l'autre dans la main-droite,
+les ongles en dessous; il ramènera d'abord la tête du cheval dans
+sa bonne position par un léger appui du mors; puis, s'il veut
+exécuter le mouvement à droite, il portera la jambe gauche en
+arrière des sangles et la fixera près du flanc de l'animal jusqu'à
+ce que la croupe cède à sa pression. Le cavalier fera sentir la
+rêne du filet du même côté que la jambe, en proportionnant son
+effet à la résistance qui lui sera opposée. De ces deux forces
+imprimées ainsi par la rêne gauche et la jambe du même côté, la
+première est destinée à combattre les résistances, et la seconde à
+déterminer le mouvement. On se contentera dans le principe de faire
+exécuter à la croupe un ou deux pas de côté seulement. (_Planche
+14._)
+
+[Illustration: Planche 14 et 15.]
+
+2º La croupe ayant acquis plus de facilité de mobilisation, on
+pourra continuer le mouvement de manière à compléter à droite et
+à gauche des pirouettes renversées. Aussitôt que les hanches
+céderont à la pression de la jambe, le cavalier fera sentir
+immédiatement la rêne opposée à cette jambe. Son effet, léger
+d'abord, sera augmenté progressivement jusqu'à ce que la tête soit
+inclinée du côté vers lequel marche la croupe, et comme pour la
+voir venir. (_Planche 15._)
+
+Pour faire bien comprendre ce procédé, j'ajouterai quelques
+explications d'autant plus importantes qu'elles sont applicables à
+tous les exercices de l'équitation.
+
+Le cheval, dans tous ses mouvements, ne peut conserver sa légèreté
+sans une combinaison des forces opposées, habilement ménagée par le
+cavalier. Dans la pirouette renversée par exemple, si, lorsque le
+cheval a cédé à la pression de la jambe, on continue à opposer la
+rêne du même côté que cette jambe, il est évident qu'on dépassera
+le but, puisqu'on fera usage d'une force devenue inutile. Il faut
+donc établir deux moteurs dont l'effet se balance sans se
+contrarier; c'est ce que produira dans la pirouette la tension de
+la rêne opposée à la jambe. Ainsi on débutera par la rêne et la
+jambe du même côté, jusqu'à ce que le cheval réponde à la seule
+pression de la jambe, puis avec la bride tenue dans la main gauche;
+enfin, avec la rêne du filet ou de la bride opposée à la jambe. Les
+forces se trouvant alors maintenues dans une position diagonale,
+l'équilibre sera naturel et l'exécution du mouvement facile. La
+tête du cheval, inclinée vers le côté où se dirige la croupe,
+ajoute beaucoup au gracieux du travail, et donne au cavalier plus
+de facilité pour régler l'activité des hanches et maintenir les
+épaules en place. L'expérience seule pourra, du reste, lui indiquer
+l'usage qu'il doit faire de la jambe et de la rêne, de manière que
+leurs effets se soutiennent sans jamais se contrarier.
+
+Je n'ai pas besoin de rappeler que pendant toute la durée du
+travail, comme toujours, du reste, la mâchoire doit être mobile.
+Si, en combattant la contraction de la croupe, nous permettions au
+cheval d'en rejeter la roideur sur l'avant-main, nos efforts
+seraient vains et le fruit de nos premiers travaux perdu. Nous
+faciliterons, au contraire, l'assouplissement de l'arrière-main en
+conservant les avantages que nous avons acquis sur l'avant-main, et
+en forçant les contractions que nous avons encore à combattre à
+rester isolées.
+
+La jambe du cavalier opposée à celle qui détermine la rotation de
+la croupe ne doit pas demeurer éloignée durant le mouvement, mais
+rester près du cheval et le contenir en place, en donnant d'arrière
+en avant une impulsion, que l'autre jambe communique de droite
+à gauche ou de gauche à droite. Il y aura ainsi une force qui
+maintiendra le cheval en position, et une autre qui déterminera
+la rotation. Pour que les deux jambes ne contrarient pas
+réciproquement les effets de leur pression simultanée, et pour
+arriver de suite à s'en servir avec ensemble, on placera la jambe
+chargée de déplacer la croupe plus en arrière des sangles que
+l'autre, qui restera soutenue avec une force égale à celle de la
+jambe déterminante. Alors l'action des jambes sera distincte; l'une
+portera de droite à gauche et l'autre d'arrière en avant. C'est à
+l'aide de cette dernière que la main place et fixe les jambes de
+devant.
+
+Afin d'accélérer les résultats, on pourra, dans le commencement,
+s'adjoindre un second cavalier qui se placera à la hauteur de la
+tête du cheval, tenant les rênes de la bride dans la main droite et
+du côté opposé à celui où se portera la croupe. Celui-ci saisira
+les rênes à seize centimètres des branches du mors, afin d'être à
+même de combattre les résistances instinctives de l'animal. Le
+cavalier qui est en selle se contentera alors de soutenir
+légèrement les rênes du filet, en agissant avec les jambes comme je
+viens de l'indiquer. Le second cavalier n'est utile que lorsqu'on a
+affaire à un cheval d'un naturel irritant, ou pour seconder
+l'inexpérience du cavalier; mais il faut autant que possible se
+passer d'aide, afin que le praticien juge par lui-même des progrès
+de son cheval, tout en cherchant les moyens de régulariser l'emploi
+de ses aides.
+
+Bien que ce travail soit élémentaire, il conduira néanmoins le
+cheval à exécuter promptement au pas tous les airs de manége de
+deux pistes. Après huit jours d'un exercice modéré, on accomplira
+ainsi, sans efforts, un travail que l'ancienne école n'osait
+essayer qu'après plus d'une année d'étude et de tâtonnements.
+
+Lorsque le cavalier aura habitué la croupe du cheval à céder
+promptement à la pression des jambes, il sera maître de la
+mobiliser ou de l'immobiliser à volonté, et pourra, par conséquent,
+exécuter les pirouettes ordinaires. Il prendra à cet effet une rêne
+du filet dans chaque main; l'une servira à déterminer l'encolure et
+les épaules du côté où l'on voudra opérer la conversion, l'autre à
+seconder la jambe opposée, si elle était insuffisante pour contenir
+la croupe en place. Dans le principe, cette jambe devra être placée
+le plus en arrière possible, et n'exercer son contact qu'autant que
+les hanches se porteraient sur elle. Dès que la croupe est
+immobile, la jambe opposée devient inutile. Une progression bien
+ménagée amènera de prompts résultats; on se contentera donc, en
+débutant, de quelques pas bien exécutés pour l'arrêter par un effet
+d'ensemble, puis rendre immédiatement au cheval sa liberté
+d'action, ce qui suppose cinq ou six temps d'arrêt durant la
+rotation complète des épaules autour de la croupe. Si ce travail
+est exécuté avec lenteur et ménagements, si la légèreté accompagne
+tous les mouvements, je garantis des résultats surprenants. Mes
+élèves livrés à eux-mêmes, ou les personnes qui pratiquent à l'aide
+du livre seulement, éprouvent souvent des échecs ou des retards
+dans l'éducation de leurs chevaux: cela provient de ce que l'on
+passe souvent trop vite d'un exercice à un autre. Aller lentement
+pour arriver vite, voilà le grand précepte, et, s'il est mis en
+pratique avec intelligence, il donnera des résultats infaillibles.
+
+Je vais expliquer comment on établira le parfait accord du
+mécanisme au moyen des effets d'ensemble.
+
+
+
+
+XIII
+
+EFFETS D'ENSEMBLE.
+
+
+En sollicitant dans de justes limites les forces de l'arrière-main
+et de l'avant-main, on établit leur opposition exacte ou l'harmonie
+des forces. On reconnaîtra la justesse de cette opposition des
+aides toutes les fois que la légèreté sera obtenue sans
+déplacement, si l'on travaille de pied ferme, sans augmentation et
+surtout sans diminution d'allure, si l'on est en marche.
+
+Il est essentiel, dans ce travail, d'accorder l'action des jambes
+et de la main, pour conserver le cheval léger. L'effet d'ensemble
+doit toujours préparer chaque exercice. En effet, il doit d'abord
+précéder tout mouvement, puisque, servant à disposer toutes les
+parties du cheval dans l'ordre le plus exact, il s'ensuit que la
+force d'impulsion propre au mouvement sera, alors, d'autant plus
+facilement et sûrement transmise.
+
+Non-seulement les effets d'ensemble sont indispensables pour que
+ces divers mouvements soient toujours faciles et réguliers, mais
+encore ils servent à réprimer toute mobilité des extrémités
+provenant ou non de la volonté du cheval et dans quelques
+mouvements que ce soit, puisqu'ils facilitent la juste répartition
+du poids et des forces.
+
+La mise en pratique des effets d'ensemble apprend au cavalier
+l'accord des aides, et le conduit à parler promptement à
+l'intelligence du cheval, en faisant apprécier à ce dernier, par
+des positions exactes, ce que nous voulons exiger de lui. Les
+caresses de la main et de la voix viendront ensuite comme effet
+moral. Ayons soin, toutefois, de n'y avoir recours qu'après que les
+justes exigences des aides auront obtenu les résultats cherchés.
+
+D'après ce que je viens de dire, on comprend que tant que
+l'assouplissement général du cheval n'est point parfait, les effets
+d'ensemble ne peuvent être qu'ébauchés. Mais toujours est-il que,
+dès le début, le cavalier doit commencer à les mettre en pratique,
+puisque son premier soin doit être de chercher à établir l'accord
+entre la force qui pousse en avant et celle qui porte en arrière,
+soit que le travail se fasse de pied ferme ou en marche.
+
+Souvenons-nous que l'abus des meilleurs moyens d'exécution est à
+craindre.
+
+Ne multiplions donc pas outre mesure les effets d'ensemble, sous
+peine d'amener l'incertitude dans les mouvements du cheval; et, du
+reste, établissons en principe que toutes les dépenses de forces,
+toutes les translations de poids inutiles sont nuisibles aussi bien
+à l'éducation qu'à l'organisation de l'animal.
+
+
+
+
+XIV
+
+DE L'EMPLOI DE L'ÉPERON.
+
+
+L'éperon est une aide supérieure à celle des jambes, je l'ai
+démontré depuis longtemps.
+
+Tous les chevaux doivent arriver à supporter l'éperon.
+
+Le cheval naturellement bien équilibré supporte le contact des
+jambes et de l'éperon bien plus facilement que celui dont la
+conformation est défectueuse.
+
+La raison en est simple. Chez le premier, le poids est bien
+réparti, les forces harmonisées se prêtent un mutuel concours, et
+le contact des jambes et de l'éperon n'a pour effet que de donner
+une plus grande intensité à l'action du cheval. Chez le second, au
+contraire, le poids est mal distribué, les forces divergentes se
+heurtent, et l'effet des jambes ou de l'éperon est d'augmenter les
+résistances naturelles du cheval.
+
+Le talent du cavalier consistera à ramener ce cheval à la
+condition du premier, en détruisant ses résistances par une
+meilleure répartition du poids et des forces. Alors le cheval
+supportera, sans la moindre hésitation, le contact des jambes et de
+l'éperon.
+
+Voici la gradation que je recommande: quand le cheval supportera la
+pression graduée des jambes du cavalier, celui-ci lui fera sentir
+l'appui gradué de ses talons dépourvus d'éperons, en place par des
+effets d'ensemble, et au pas, pour obtenir et entretenir la
+régularité de l'allure. Lorsque le cheval supportera tranquillement
+l'appui des talons nus, alors, mais alors seulement, on adaptera
+l'éperon à la botte, en ayant soin de recouvrir les molettes d'une
+enveloppe de peau. Le cavalier agira avec ces molettes matelassées
+comme il a agi avec les talons nus, par appui gradué, et ce n'est
+que lorsque le cheval supportera avec le plus grand calme l'appui
+énergique des molettes recouvertes, que le cavalier commencera à se
+servir des molettes rondes découvertes, par les mêmes pressions
+progressives.
+
+Cette sage progression préparera tous les chevaux, sans exception,
+à supporter l'appui de l'éperon, qui, bientôt, deviendra inutile,
+car le cheval répondra aux moindres pressions des jambes du
+cavalier.
+
+L'abus de l'éperon aurait les plus grands inconvénients, et comme
+on l'a déjà dit, «l'éperon est un rasoir dans les mains d'un
+singe.»
+
+Plus que jamais l'action de la main doit être intelligente et
+d'accord avec l'emploi de l'éperon.
+
+Les amateurs s'apercevront que, dans cette nouvelle édition, je me
+suis efforcé de rendre plus facile l'application de mes principes
+en les réduisant à leur plus simple expression.
+
+
+
+
+XV
+
+EMPLOI PAR LE CAVALIER DES FORCES DU CHEVAL POUR LES DIFFÉRENTES
+ALLURES.
+
+
+Lorsque le travail qui précède aura disposé les forces du cheval au
+point de nous les soumettre, l'animal sera entre nos mains un
+instrument docile attendant, pour fonctionner, l'impulsion qu'il
+nous plaira de lui communiquer. Ce sera donc à nous, dispensateurs
+souverains de tous ses ressorts, à combiner leur emploi dans les
+justes proportions des mouvements que nous voudrons exécuter.
+
+Le jeune cheval, roide d'abord et maladroit dans l'usage de ses
+membres, aura besoin, pour les développer, de certains ménagements.
+Ici, comme toujours, nous suivrons cette progression rationnelle
+qui veut que l'on commence par le simple avant de passer au
+composé. Nous avons, par le travail qui précède, assuré nos moyens
+d'action sur le cheval; il faut nous occuper maintenant de
+faciliter ses moyens d'exécution, en exerçant l'ensemble de ses
+ressorts. Si l'animal répond aux aides du cavalier par la mâchoire,
+l'encolure et les hanches; s'il cède par la disposition générale de
+son corps aux impulsions qui lui sont communiquées; si le jeu de
+ses extrémités est facile et régulier, le mécanisme de tout
+l'ensemble aura une harmonie parfaite aux différentes allures. Ce
+sont ces qualités indispensables qui constituent une bonne
+éducation.
+
+
+
+
+XVI
+
+DU PAS.
+
+
+L'allure du pas est la mère de toutes les allures; c'est par elle
+qu'on obtiendra la cadence, la régularité, l'extension des autres;
+mais le cavalier, pour arriver à ces brillants résultats, devra
+déployer autant de savoir que de tact. Les exercices précédents ont
+conduit le cheval à supporter des effets d'ensemble qui eussent été
+impossibles avant d'avoir détruit ses résistances instinctives;
+nous n'avons plus à agir aujourd'hui que sur les résistances
+inertes qui tiennent au poids de l'animal et sur les forces qui ne
+se meuvent qu'à l'aide d'une impulsion communiquée.
+
+Avant de porter le cheval en avant, on devra s'assurer d'abord s'il
+est léger, c'est-à-dire droit d'épaules et de hanches. On
+approchera ensuite graduellement les jambes pour donner au cheval
+l'impulsion nécessaire au mouvement. Le cavalier se souviendra
+toujours que la main doit être pour le cheval une barrière
+infranchissable chaque fois que celui-ci voudra sortir de la
+position de ramener. L'animal ne l'essayera jamais sans ressentir
+une impression désagréable[9]. L'application bien entendue de ma
+méthode amène ainsi le cavalier à conduire constamment son cheval
+avec les rênes demi-tendues, excepté lorsqu'il veut rectifier un
+faux mouvement ou en déterminer un nouveau.
+
+ [9] J'ai habité Berlin pendant quelques mois; j'ai vu mettre en
+ pratique l'équitation allemande dans toute son étendue. Je n'ai
+ pas la prétention de m'ériger en critique; je dirai seulement que
+ les principes professés en Prusse sont diamétralement opposés aux
+ miens: ainsi, plusieurs officiers, qui jouissent dans leur pays
+ d'une certaine réputation de cavaliers, me disaient: Nous voulons
+ que nos chevaux soient en avant de la main; et moi, leur
+ répondais-je, je veux qu'ils soient derrière la main et en avant
+ des jambes; c'est à cette condition seulement que l'animal sera
+ sous l'entière domination du cavalier; ses mouvements deviendront
+ gracieux et réguliers; il passera facilement d'une allure
+ accélérée à une allure lente, tout en conservant son équilibre;
+ car, leur disais-je, tout cheval qui est en avant de la main est
+ derrière les jambes, alors il vous échappe par tous les bouts, ce
+ qui entraîne l'absence complète de grâce et de régularité dans
+ les mouvements; de plus, si sa conformation est vicieuse, comment
+ y remédierez-vous? En procédant à votre manière vous n'obtiendrez
+ jamais l'équilibre ou la légèreté. Toutes les théories mises en
+ pratique jusqu'à moi consistent à donner, avec plus ou moins de
+ peines, une direction aux forces instinctives du cheval, mais non
+ à les harmoniser avec le poids. Ces résultats ne peuvent être
+ obtenus sans l'application de mes principes; c'est fâcheux pour
+ les opposants, mais toute l'équitation est là.
+
+Le pas, ai-je dit, doit précéder les autres allures, parce que son
+action est moins considérable que pour le trot ou le galop, et
+plus facile par conséquent à régler.
+
+Pour que la cadence et la vitesse du pas se maintiennent égales et
+régulières, il est indispensable que les puissances impulsives et
+modératrices du cavalier soient elles-mêmes parfaitement
+harmonisées. Je suppose, par exemple, que le cavalier, pour porter
+son cheval en avant au pas et le maintenir léger à cette allure,
+doive employer une force égale à quatre kilogrammes, dont trois
+pour l'impulsion et un pour le ramener. Si les jambes dépassent
+leur effet sans que les mains augmentent le leur dans les mêmes
+proportions, il est évident que le surcroît de force communiquée
+pourra se rejeter sur l'encolure, la contracter, et dès lors plus
+de légèreté. Si, au contraire, c'est la main qui agit avec trop de
+puissance, elle prendra sur l'impulsion nécessaire à la marche;
+celle-ci, par cela même, se trouvera contrariée, ralentie en même
+temps que la position du cheval perdra de son gracieux et de son
+énergie. En effet, que doit comprendre le cheval dans ces deux cas,
+sinon que dans le premier il doit accélérer, et dans le second
+ralentir son allure? Le cavalier voit donc que c'est toujours lui
+qui est responsable quand son cheval comprend mal.
+
+Cette courte explication suffit à démontrer combien il est
+important de conserver toujours un accord parfait entre les jambes
+et les mains. Il est bien entendu que leur effet devra varier
+suivant que la construction du cheval obligera de le soutenir plus
+ou moins à l'avant ou à l'arrière-main; mais la règle restera la
+même avec des proportions différentes.
+
+Tant que le cheval ne se maintiendra pas souple et léger dans sa
+marche, on continuera à l'exercer sur la ligne droite, et on
+terminera chaque leçon par quelques pas de reculer.
+
+
+
+
+XVII
+
+DU RECULER.
+
+
+La mobilité rétrograde, autrement dit le reculer, est un exercice
+dont on n'a pas assez apprécié l'importance, et qui cependant doit
+avoir une très-grande influence sur l'éducation du cheval. Le
+reculer diffère essentiellement de cette mauvaise impulsion
+rétrograde qui porte le cheval en arrière avec la croupe
+contractée, l'encolure tendue et la mâchoire serrée: ceci est de
+l'acculement. Le vrai reculer assouplit le cheval, et contribue
+puissamment à la prompte et juste répartition du poids et des
+forces.
+
+Le cavalier, avant de commencer le reculer, devra d'abord s'assurer
+si les hanches sont sur la ligne des épaules, et si le cheval est
+léger à la main; puis il rapprochera lentement les jambes, pour que
+l'action qu'elles communiquent à l'arrière-main fasse quitter le
+sol à une des jambes postérieures, et que le corps ne cède qu'après
+la tête et l'encolure. C'est alors que la pression immédiate du
+mors, forçant le cheval à reprendre son équilibre en arrière,
+produira le premier temps du reculer. Dès que le cheval obéira, le
+cavalier rendra immédiatement la main pour récompenser l'animal et
+ne pas forcer le jeu de sa partie postérieure. Si la croupe déviait
+de la ligne droite, il la ramènerait à l'aide du filet du même
+côté, employant au besoin la jambe.
+
+Il suffira d'exercer pendant huit jours (à cinq minutes par leçon)
+le cheval au reculer, pour l'amener à l'exécuter avec facilité. On
+se contentera, les premières fois, d'un pas en arrière, puis de
+deux, puis de trois, progressivement, suivis d'un effet d'ensemble,
+jusqu'à ce qu'il n'éprouve pas plus de difficultés pour cette
+marche rétrograde que pour la marche en avant.
+
+Le cavalier est souvent dans l'erreur sur les causes d'acculement
+de sa monture. Quand il croit le cheval acculé par les forces et
+par le poids, il ne l'est souvent que par les forces seulement, et,
+dans ce cas, l'avant-main est surchargé plus qu'il ne devrait
+l'être; s'il continuait à porter le cheval sur la main, il est
+constant que la vraie légèreté serait impossible, puisque le poids
+est la cause de la résistance. Il sera donc urgent de porter le
+cheval en arrière plutôt qu'en avant.
+
+On pourra se convaincre de la vérité de ce fait, en forçant le
+cheval à reculer, bien qu'en apparence il se prête à ce mouvement.
+Quelques pas rétrogrades amèneront une résistance qui prouvera que
+le poids est sur l'avant-main. Si, au contraire, le poids et les
+forces étaient refoulés sur l'arrière-main, le cheval vous
+entraînerait en arrière, et la cabrade en serait le résultat. Dans
+ce cas, il faudrait porter le cheval en avant.
+
+Il est un fait incontestable, c'est que pour le maintien de
+l'équilibre du cheval, le poids et les forces doivent être en
+harmonie. La légèreté ne saurait donc être obtenue, tant qu'il y
+aura lutte ou manque d'accord entre ces deux puissances.
+
+
+
+
+XVIII
+
+TRAVAIL SUR LES HANCHES.
+
+
+Peu de personnes comprennent les difficultés que présente ce
+travail; elles l'estiment d'autant moins qu'elles ne connaissent ni
+les services ni les résultats qu'on en peut obtenir. Comme on se
+figure que ce n'est qu'un exercice de parade, chacun l'essaye à sa
+manière sans chercher à l'utiliser, soit pour l'éducation du
+cheval, soit pour l'agrément du cavalier: c'est cependant là le but
+qu'il faudrait se proposer.
+
+Tout cheval marche, trotte et galope naturellement, mais l'art
+perfectionne les allures et leur donne le liant et la légèreté
+qu'elles sont susceptibles d'acquérir.
+
+Le travail de deux pistes n'étant pas naturel au cheval, présente,
+par cela seul, des difficultés bien plus grandes; il serait même
+impossible de l'obtenir régulièrement sans le secours de
+l'éducation première, qui tend à placer le cheval et à l'amener à
+supporter des commencements de rassembler. Mais aussi, quand on
+l'exécute, il a pour résultat de faire ressortir ses formes, et de
+lui donner cette légèreté, cette justesse de mouvements, qui le
+font répondre aux plus imperceptibles actions du cavalier.
+
+Je pourrais, à la rigueur, me dispenser de dire ce qu'on appelle
+airs de manége, si les auteurs qui ont écrit sur ce sujet avaient
+fait connaître autre chose que la nomenclature des figures; mais
+comme ils n'ont indiqué ni comment le cheval doit être placé, ni
+comment il faut s'y prendre pour que l'exécution en soit régulière,
+je m'efforcerai de réparer leur oubli: je dirai donc que l'écuyer
+qui fera exécuter avec précision des lignes droites de deux pistes
+obtiendra, sans de grands efforts, des lignes circulaires, si,
+toutefois, il a exercé préalablement son cheval aux pirouettes
+renversées ou ordinaires.
+
+Aussitôt que la mobilité de la mâchoire et la souplesse des reins
+auront préparé le cheval à prendre facilement tous les changements
+de direction, on pourra commencer le travail sur les hanches.
+
+Il ne faut faire exécuter au cheval qu'un pas de deux pistes, puis
+deux, ensuite trois, etc.
+
+D'abord le cavalier se servira de la rêne de filet et de la jambe
+du même côté, c'est-à-dire opposées à la direction dans laquelle
+marche le cheval. Bien que la position qui en résulte soit
+contraire à la belle attitude que l'animal doit conserver pendant
+un travail régulier, on continuera néanmoins cet effet de la main
+jusqu'à ce que le cheval ne résiste plus à la jambe. Bientôt après,
+la rêne du filet ou de la bride du côté déterminant servira à
+placer le cheval et à régulariser le mouvement. Puis, à
+l'écartement de la rêne succédera sa pression sur l'encolure. Le
+travail sera parfait dès que le cavalier saura combiner l'action
+des jambes avec ce nouvel effet de rênes. Il devra, pour commencer
+le mouvement, s'attacher à soutenir préalablement la jambe du côté
+où le cheval doit marcher, afin d'éviter que la croupe ne précède
+les épaules. Par exemple: pour marcher à droite? jambe droite
+d'abord, main portée à droite, et jambe gauche. Il est inutile que
+je recommande la plus grande rapidité dans cet emploi successif des
+aides.
+
+Les pas de côté ne laissant plus rien à désirer, on les pratiquera
+au trot, puis au galop, après avoir exercé le cheval à ces allures,
+pour lesquelles on graduera ce travail comme pour le pas.
+
+Les descentes de main, les descentes de main et de jambes, en
+complétant les pas de côté, les amèneront à leur parfaite
+exécution. Il faut bien s'attacher à la régularité des premiers pas
+de côté. Le cheval doit travailler avec la même facilité aux deux
+mains. L'écuyer sentira le côté qui résiste davantage, et il saura
+promptement vaincre cette résistance en l'exerçant plus
+fréquemment.
+
+On conçoit que si le cheval se porte d'une jambe sur l'autre, avec
+une vitesse égale à celle du contact qu'il reçoit, il pourra
+exécuter tous les airs de manége.
+
+Pour que les pas de côté soient réguliers, il faut: 1º que le
+cheval soit toujours dans la main; 2º que ses épaules et sa croupe
+soient toujours sur la même ligne; 3º que le passage des jambes se
+fasse de telle sorte que celles qui marchent les dernières passent
+par-dessus celles qui entament le mouvement. C'est-à-dire que la
+jambe de devant du côté où l'on détermine, quitte le sol la
+première et soit suivie par la jambe opposée de derrière; il faut
+aussi que la tête du cheval soit légèrement portée du côté où il
+marche, afin qu'il puisse voir le terrain sur lequel il chemine.
+
+Cette dernière position, qui le rend plus gracieux, servira aussi
+au cavalier pour modérer la marche des épaules de l'animal, ou leur
+donner plus d'activité.
+
+C'est aussi avec cette attitude qu'il pourra régler et surtout
+cadencer ses mouvements.
+
+Pour que le cheval demeure dans le juste équilibre qu'exige cet
+exercice, le cavalier doit se servir de ses deux jambes pour
+conserver l'harmonie et la régularité d'action dans l'avant et
+l'arrière-main. Si c'est la jambe gauche qui pousse la masse à
+droite, c'est la jambe droite qui sert à l'enlever et à la porter
+en avant; elle modère l'action de la jambe gauche, maintient le
+cheval dans la main, l'empêche de reculer, le porte en avant,
+diminue ou augmente le passage d'une jambe sur l'autre et assure
+ainsi la cadence gracieuse et régulière du mouvement.
+
+
+
+
+XIX
+
+DU TROT.
+
+
+Le cavalier engagera d'abord cette allure très-modérément, en
+suivant exactement les mêmes principes que pour le pas. Il
+maintiendra son cheval parfaitement léger, sans oublier que plus
+l'allure est vive, plus l'animal a de dispositions à retomber dans
+ses contractions naturelles. La main devra donc redoubler
+d'habileté, afin de conserver toujours la même légèreté, sans nuire
+cependant à l'impulsion nécessaire au mouvement. Les jambes
+seconderont la main, et le cheval, renfermé entre ces deux
+barrières qui ne feront obstacle qu'à ses mauvaises dispositions,
+développera bientôt toutes ses belles facultés, et acquerra, avec
+la cadence du mouvement, la grâce et la vitesse.
+
+Il est évident que le cheval bien équilibré doit trotter plus vite
+que celui qui n'a pas cet avantage.
+
+La condition indispensable à un bon trotteur est l'équilibre exact
+du corps, équilibre qui entretient le mouvement régulier des deux
+bipèdes diagonaux, donne une élévation et une extension égales,
+avec une légèreté telle, que l'animal peut exécuter facilement tous
+les changements de direction, se ralentir, s'arrêter, ou accélérer
+sans efforts sa vitesse. Le devant alors n'a pas l'air de traîner à
+la remorque le derrière; tout devient aisé, gracieux pour le
+cheval, parce que ses forces, étant bien harmonisées, permettent au
+cavalier de les disposer de manière qu'elles se prêtent un secours
+mutuel et constant.
+
+Il me serait impossible de citer le nombre de chevaux dont les
+allures avaient été tellement faussées, qu'il leur était impossible
+d'exécuter un seul temps de trot. Quelques leçons ont toujours
+suffi pour remettre ces animaux à des allures régulières.
+
+Il suffira, pour habituer le cheval à bien trotter, de l'exercer à
+cette allure cinq minutes seulement pendant chaque leçon. Lorsqu'il
+aura acquis l'aisance et la légèreté nécessaires, on pourra lui
+faire conserver cette allure en pratiquant des descentes de main.
+J'ai dit que cinq minutes de trot suffiraient d'abord, parce que
+c'est moins la continuité d'un exercice que la rectitude des
+procédés qui produit la bonne exécution. Le cheval se prêtera mieux
+à un travail modéré et de courte durée; son intelligence elle-même,
+en se familiarisant avec cette sage progression, hâtera le succès.
+Il se soumettra sans répugnance et avec calme à un travail qui
+n'aura rien de pénible pour lui, et l'on pourra pousser ainsi son
+éducation jusqu'aux dernières limites, non-seulement en conservant
+intacte son organisation physique, mais en rétablissant dans leur
+état normal les parties qu'aurait pu détériorer un travail forcé.
+Ce développement régulier et général du mécanisme du cheval lui
+donnera, avec la grâce, la force et la santé, et prolongera ainsi
+ses services, en centuplant les jouissances du véritable écuyer.
+
+
+
+
+XX
+
+DESCENTE DE MAIN, DESCENTE DE JAMBES, DESCENTE DE MAIN ET DE
+JAMBES.
+
+
+Ce que j'ai dit d'une main savante ou ignorante s'applique
+également aux jambes.
+
+La gradation des pressions qu'elles devront exercer sera, suivant
+le cas, appréciée par l'intelligence équestre du cavalier, et cette
+appréciation, plus ou moins juste, constituera leur science ou leur
+ignorance.
+
+Cependant, cherchons, autant que possible, les moyens de combiner
+l'action des mains et des jambes, afin que leur entente parfaite
+atteigne un but précis et évite ce travail sans fin que produisent
+leurs fautes réciproques. Pour bien déterminer le rôle de la main
+et des jambes, nous allons les faire agir isolément. Puis, pour
+constater leur judicieux emploi, nous verrons si le cheval a été
+parfaitement équilibré, en lui faisant continuer des mouvements
+réguliers, sans l'aide de la main et des jambes.
+
+Ces descentes de main et de jambes ont une importance majeure; on
+devra donc les pratiquer fréquemment.
+
+La descente de main contribue à faire conserver au cheval son
+équilibre sans le secours des rênes.
+
+On pratiquera la descente de main comme suit:
+
+Après avoir glissé la main droite jusqu'à la jonction des rênes, et
+s'être assuré de leur égalité, on les lâchera de la main gauche, et
+la droite se baissera lentement jusque sur le devant de la selle.
+Pour que cet exercice soit régulier, il faudra qu'il n'altère en
+rien ni l'allure ni la position. Peut-être, dans le principe, le
+cheval, livré ainsi à lui-même, ne conservera-t-il que pendant
+quelques pas la régularité de l'allure et de la position. Dans ce
+cas, le cavalier fera sentir soit les jambes soit la main, pour
+ramener le cheval dans ses conditions premières.
+
+Pour la descente de jambes: celles-ci se relâcheront, la main
+soutiendra les rênes afin de leur donner une tension égale. Il est
+évident que, pour la régularité de ce mouvement, le cheval devra,
+en se passant de l'aide de jambes, conserver sans altération allure
+et position.
+
+Puis on arrivera à la descente simultanée de la main et des jambes.
+Le cheval, libre de toute espèce d'aides, devra néanmoins, comme
+dans les cas ci-dessus, conserver la même allure et la même
+position au pas, au trot et au galop.
+
+Le cavalier trouvant dans sa monture une disposition évidente à
+l'obéissance, emploie la plus grande délicatesse dans ses moyens de
+direction, et son intention à peine indiquée est néanmoins
+comprise. De ces rapports entre l'homme et l'animal, il résulte
+pour ce dernier une apparence de liberté qui lui inspire une noble
+confiance. Il s'assujettit, mais à son insu, et notre esclave
+soumis peut croire à sa complète indépendance.
+
+
+
+
+XXI
+
+TRAVAIL A LA CHAMBRIÈRE.
+
+
+La chambrière a été employée jusqu'ici comme moyen de correction;
+j'en ai fait un moyen assuré de calmer les chevaux les plus
+ardents; elle est aussi très-utile pour obtenir les premiers temps
+du rassembler.
+
+Voici comment je l'emploie:
+
+Placez-vous du côté montoir, à la tête du cheval; tenez les rênes
+du filet, le corps droit, le visage calme et l'oeil bienveillant.
+La chambrière, tenue dans la main droite, sera levée lentement; la
+lanière sera placée doucement sur le dos de l'animal. Si, lors du
+contact, le cheval cherche à s'y soustraire par un acte quelconque,
+la main, par un mouvement assez vif de gauche à droite et de droite
+à gauche, arrêtera bientôt cet acte de désobéissance. Le cheval,
+devenu calme et immobile, supportera le contact de la lanière
+flottant sur son dos, et amenée graduellement jusque sur la queue.
+
+
+On continuera cet exercice jusqu'à ce que le cheval ne manifeste
+plus aucune crainte et reste entièrement calme.
+
+Tel est l'effet des procédés employés avec intelligence; le cheval
+les comprend, s'en souvient et s'y soumet sans peine: aussi
+l'emploi de la chambrière, de correctif qu'il était, deviendra le
+modérateur le plus efficace. C'est alors que sera venu le moment
+d'obtenir de légers effets de rassembler. On y parviendra au moyen
+de quelques appels de langue et d'un mouvement de la chambrière
+agitée à côté de la croupe du cheval. On se contentera d'une légère
+mobilité, puis on arrêtera le cheval par l'exclamation modérée de
+holà! et en lui glissant la chambrière sur le dos; de manière que
+ce dernier moyen soit plus tard le seul employé et qu'il suffise
+d'un léger contact de la chambrière pour immobiliser l'animal.
+
+Le rassembler, devenant plus facile, amènera tout naturellement des
+apparences de piaffer dont le cavalier devra se contenter. Si, ce
+qui doit être notre but constant, la légèreté s'obtient en même
+temps, nous aurons pour conséquence l'équilibre du poids et des
+forces.
+
+L'influence de ce _travail_ est très-grande sur le moral des
+chevaux; quelques-uns qui ruaient, étant attelés, ont été corrigés
+de ce défaut en cinq ou six leçons. Dans le commencement, le
+cheval, étonné, se livre parfois à des mouvements assez brusques;
+le cavalier ne doit pas se laisser intimider, et bientôt le cheval
+le plus fougueux deviendra calme, soumis et obéissant.
+
+
+
+
+XXII
+
+DU RASSEMBLER.
+
+
+Comment définit-on le rassembler dans les écoles d'équitation? _On
+rassemble son cheval en élevant la main et en tenant les jambes
+près._ Je le demande, à quoi pourra servir ce mouvement du cavalier
+sur un animal mal conformé, contracté, et qui reste livré à toutes
+les mauvaises propensions de sa nature? Cet appui machinal des
+mains et des jambes, loin de préparer le cheval à l'obéissance,
+n'aura d'autre effet que de doubler les moyens de résistance,
+puisqu'en l'avertissant qu'on va exiger de lui un mouvement, on
+reste dans l'impuissance de disposer ses forces de manière à l'y
+astreindre.
+
+Le véritable rassembler consiste à réunir au centre les forces du
+cheval, pour faciliter plus ou moins le rapprochement des jambes de
+derrière, du milieu du corps. Il y a plusieurs degrés de
+rassembler, indispensables à la facilité et à la justesse des
+différentes allures et des différents airs de manége. Pour bien
+nous faire comprendre, nous établirons l'échelle suivante:
+
+ Avant-main. Cen|tre. Arrière-main.
+ ------------------+------+--+--+--+--+--+--+----
+ | | | | | | | |
+ | | | | | | | |
+ | 6 5 4 3 2 1 0
+ |
+
+Je dirai encore une fois qu'avant de commencer ces effets de
+rassembler, il faut nécessairement que le cheval soit parfaitement
+léger à la main; alors il sera facile de diminuer, sans contrainte
+pénible, la marche des jambes de devant et d'augmenter celle des
+jambes de derrière. Les premiers effets de rassembler qui amèneront
+les jambes de derrière aux degrés 1, 2, 3, seront utiles aux
+allures du trot cadencé ou allongé, du galop modéré. Ce rassembler
+peut s'obtenir en travaillant au pas avec le concours des jambes et
+même de l'éperon, si l'action des jambes était insuffisante; la
+main devra détruire toutes les contractions nuisibles qui
+pourraient se produire, et faciliter ainsi le juste équilibre utile
+au rassembler. C'est par l'emploi de ces moyens qu'on arrivera à
+obtenir que les jambes de derrière gagnent en vitesse sur celles de
+devant. Quant au rassembler plus complet, dans lequel les jambes de
+derrière atteignent les degrés 4, 5, 6, il faut, pour l'obtenir,
+arrêter le cheval et multiplier les oppositions de main et de
+jambes ou d'éperons, jusqu'à ce qu'il se mobilise, autant que
+possible, sans avancer, ou n'avancer qu'imperceptiblement, puis
+l'arrêter par un effet d'ensemble. La répétition fréquente de cette
+mobilité plus ou moins régulière des jambes conduira insensiblement
+au rassembler le plus complet, et ce rassembler donnera pour
+résultat naturel le piaffer avec rhythme, mesure et cadence. Si le
+cheval est bien conformé, le rassembler s'obtiendra facilement et
+bientôt après les grandes difficultés de l'équitation qui en
+dépendent. Reste à savoir s'il est possible de les aborder
+lorsqu'on a pour sujet un cheval de construction médiocre,
+c'est-à-dire possédant une partie des défauts ci-après: les hanches
+courtes, les reins longs et faibles, la croupe basse, ou trop haute
+par rapport au garrot, les cuisses effilées, les jarrets plus ou
+moins coudés, trop rapprochés ou trop éloignés l'un de l'autre,
+trop ou trop peu d'action; je suis forcé d'avouer que ces sortes de
+chevaux présentent de grandes difficultés; mais, en les surmontant,
+l'on prouve que l'on est non-seulement écuyer, mais encore homme
+d'intelligence, de sens et de conception équestre.
+
+J'ai déjà expliqué et démontré que le cheval n'a pas la bouche
+dure; j'ai dit que la faiblesse des reins, la mauvaise disposition
+de l'arrière-main sont en général les seules causes des résistances
+que présente le cheval. En effet, si la longueur des reins, par
+exemple, éloigne les jambes de derrière de la place qu'elles
+devraient occuper pour que le mouvement soit régulier, la flexion
+et l'extension des jarrets qui reçoivent le poids et le rejettent
+en avant ne peuvent se faire que péniblement; c'est pour remédier à
+ces inconvénients qui rendraient toute belle éducation impossible,
+qu'il faut avoir recours aux premiers effets du rassembler, une
+fois la mise en main obtenue; dans ce cas, les jambes de derrière
+se rapprocheront du centre et se trouveront à la place qu'elles
+occupent naturellement chez les chevaux bien conformés. Pourquoi
+certains chevaux résistent-ils par la mâchoire et l'encolure? Parce
+que les reins, les hanches et les jarrets, fonctionnant mal,
+s'opposent à la translation régulière du poids. Ce qui confirme ce
+principe, c'est que plus un cheval a de légèreté et de mobilité
+naturelle dans la mâchoire, plus sa conformation se rapproche de la
+perfection; dans ce cas, ses dispositions physiques sont dans de
+bonnes proportions pour obtenir immédiatement un juste équilibre:
+aussi le rassembler complet, facile pour les bonnes constructions,
+devient-il d'une difficulté très-grande pour les constructions
+médiocres. Il faut employer des moyens bien méthodiques et être
+doué d'un grand tact pour amener ces sortes de chevaux à exécuter
+un travail compliqué et précis. Je dirai même qu'une semblable
+tâche serait sans succès, si elle était entreprise par un cavalier
+qui ne pratiquerait pas la méthode dans tous ses détails et dans
+son ensemble. Le cheval mal conformé n'acquiert jamais la grâce du
+cheval bien équilibré naturellement; mais combien il est beau pour
+les spectateurs habiles et érudits! Voilà le merveilleux résultat
+de l'équitation: _L'art a fait plus que la nature._
+
+Le rassembler complet, c'est-à-dire celui qui amène les jambes de
+derrière aux degrés de 4 et 6, sert au piaffer, au passage en avant
+et en arrière, au galop raccourci, espèce de terre-à-terre, aux
+pirouettes ordinaires, au galop en arrière, etc., etc. Il est
+indispensable à tous les mouvements ascensionnels, puisque dans
+cette position les jarrets exécutent plus facilement la flexion de
+bas en haut que celle d'arrière en avant, ce qui prouve qu'une fois
+le rassembler complet obtenu, le cheval peut exécuter les
+mouvements les plus difficiles, sans que cela lui soit pénible, et
+sans porter atteinte à sa construction; ses poses sont toujours
+justes, ses points d'appui exacts, et ses mouvements toujours
+gracieux.
+
+L'animal se trouve alors transformé en une sorte de balance, dont
+l'avant-main et l'arrière-main représentent les deux plateaux, et
+il suffira du moindre appui sur l'un des deux pour les déterminer
+immédiatement dans la direction qu'on voudra leur imprimer. Le
+cavalier reconnaîtra que le rassembler est complet lorsqu'il
+sentira le cheval prêt, pour ainsi dire, à s'enlever des quatre
+jambes. C'est avec ce travail qu'on donne à l'animal le brillant,
+la grâce et la majesté; ce n'est plus le même cheval, la
+transformation est complète. Si nous avons dû employer l'éperon
+pour pousser d'abord jusque sur ses dernières limites cette
+concentration de forces, les jambes suffiront par la suite pour
+obtenir le rassembler nécessaire à la cadence et à l'élévation de
+tous les mouvements compliqués.
+
+Ai-je besoin de recommander la discrétion dans ce travail? Si le
+cavalier, arrivé à ce point de l'éducation de son cheval, ne sait
+pas comprendre et saisir de lui-même la finesse de tact, la
+délicatesse de procédés indispensables à la bonne application de
+ces principes, ce sera une preuve qu'il est dénué de tout sentiment
+équestre, et tous mes conseils ne sauraient remédier à cette
+imperfection de sa nature.
+
+
+
+
+XXIII
+
+DU GALOP.
+
+
+J'ai parlé longuement du galop dans le dictionnaire; je me bornerai
+ici à donner quelques conseils qui pourront accélérer l'éducation
+du cheval. Je suppose que le cavalier a suivi la progression que
+j'ai indiquée, et que son cheval est léger à la main, droit
+d'épaules et de hanches, familiarisé avec les jambes, l'éperon, et
+supportant les deux premiers degrés du rassembler, etc. Évidemment
+ce cheval est préparé pour le galop, et pourvu que le cavalier ne
+commette pas de fautes graves, il suffira de quelques leçons pour
+que le cheval prenne la position pour partir sur le pied droit et
+sur le gauche. Examinons les fautes que peut commettre le cavalier.
+Il veut faire partir son cheval sur le pied droit, je suppose, et
+par _négligence_ ou _manque de tact_ il le dispose à partir sur le
+pied gauche, nécessairement le départ aura lieu sur le pied gauche:
+première faute commise. Si le cavalier s'en aperçoit, et qu'il
+arrête de suite son cheval, pour lui donner la position juste qui
+déterminera le départ sur le pied droit, cette première faute sera
+réparée. Mais si le cavalier ne s'aperçoit de sa faute qu'après
+quelques foulées de galop, et qu'il arrête son cheval, celui-ci ne
+pourra pas distinguer si l'arrêt a lieu parce que tel est le bon
+plaisir de son maître, ou s'il est la répression un peu tardive de
+la faute commise. On comprend quel retard dans l'éducation du
+cheval apportera ce manque de tact ou de science du cavalier.
+
+Non-seulement le cavalier évitera de commettre les fautes que je
+viens de signaler, mais il s'attachera avant tout à prévenir les
+faux départs, puisque chaque mouvement est le résultat d'une
+position qui elle-même est la conséquence d'une juste répartition
+du poids et de la force de l'animal. Il devra d'abord donner au
+cheval la position indispensable pour le départ sur le pied droit.
+En suivant ce principe, qui est la base de la science de
+l'équitation, il oblige le cheval à bien faire, et il obtient en
+quelques leçons les départs faciles, réguliers sur tel ou tel pied.
+
+Les premières fois, comme l'allure du galop prédispose le cheval à
+une certaine résistance, il devra employer, avec des nuances
+différentes, les deux forces directes, jambe gauche et rêne gauche,
+afin de combattre ces résistances qu'entraîne toujours un
+équilibre qui n'est pas exact, et donner au cheval la position qui
+lui permettra de partir sur le pied droit. Mais, dès que les
+départs deviendront faciles, le cavalier remplacera les forces
+directes par les forces opposées, jambe droite et main portée à
+gauche. Puisqu'il n'y a plus de résistance, l'emploi des forces
+directes aurait pour effet de détruire l'équilibre devenu meilleur.
+Bon dans le premier cas, cet emploi des forces directes deviendrait
+nuisible dans le second: aussi le cavalier n'aura plus recours qu'à
+la jambe droite pour le départ sur le pied droit, et à la jambe
+gauche pour le départ sur le pied gauche.--Je crois inutile
+d'insister sur les avantages que les cavaliers intelligents et
+doués de tact retireront de cette sage progression, où rien n'est
+laissé au hasard.
+
+
+
+
+XXIV
+
+SAUT DE FOSSÉ ET DE BARRIÈRE.
+
+
+Tous les chevaux peuvent sauter, et l'élan est proportionné à leur
+énergie et à leurs dispositions naturelles. Toutes les combinaisons
+de la science ne peuvent remplacer ces conditions premières; mais
+je dis que par l'éducation bien dirigée tous les chevaux peuvent
+apprendre à mieux sauter.
+
+Le point capital est d'amener le cheval à essayer de bonne volonté
+ce travail. Si l'on suit ponctuellement tous les procédés que j'ai
+indiqués pour maîtriser les forces instinctives de l'animal et le
+mettre sous l'influence des nôtres, on reconnaîtra l'utilité de
+cette progression par la facilité qu'on aura à faire franchir au
+cheval les obstacles qui se rencontreront sur sa route. Du reste,
+il ne faut jamais, en cas de lutte, recourir aux moyens violents,
+tels que la chambrière, ni chercher à exciter l'animal par des
+cris; cela ne pourrait produire qu'un effet moral propre à
+l'effrayer. Néanmoins l'exclamation: _Hop!_ émise avec tact au
+moment où le cheval doit s'enlever, lui donnera un encouragement
+utile. Mais on devra s'abstenir de tous cris, si l'on est pas
+certain de les émettre en temps opportun, car ils seraient un
+obstacle à la régularité de l'élan de l'animal. Or, c'est au moyen
+des aides que nous devons avant tout l'amener à l'obéissance,
+puisqu'elles peuvent seules le mettre à même de comprendre et
+d'exécuter. On doit donc lutter avec calme, et chercher à surmonter
+les forces qui le portent au refus, en agissant directement sur
+elles. On attendra, pour faire sauter un cheval, qu'il réponde
+franchement aux jambes et à l'éperon, afin d'avoir toujours un
+moyen assuré de domination.
+
+La barrière restera par terre jusqu'à ce que le cheval la passe
+sans hésitation; on l'élèvera ensuite de quelques centimètres, en
+augmentant progressivement la hauteur jusqu'au point que l'animal
+pourra franchir sans de trop violents efforts. Dépasser cette juste
+limite, serait s'exposer à faire naître chez le cheval un dégoût
+que l'on doit éviter avec un grand soin. La barrière ainsi élevée
+avec ménagement devra être fixée pour que le cheval, disposé à
+l'apathie, ne se fasse pas un jeu d'un obstacle qui ne serait plus
+sérieux dès l'instant où le contact de ses extrémités suffirait
+pour le renverser. La barrière ne devra être recouverte d'aucune
+enveloppe propre à diminuer sa dureté; l'on doit être sévère
+lorsqu'on exige des choses possibles, et éviter les abus
+qu'entraîne toujours une complaisance irréfléchie.
+
+Avant de se préparer à sauter, le cavalier se soutiendra avec assez
+d'énergie pour que son corps ne précède pas le mouvement du cheval.
+Ses reins seront souples, ses fesses bien fixées sur la selle, ses
+cuisses et ses jambes enveloppant exactement le corps du cheval,
+afin qu'il n'éprouve ni choc ni réaction violente. La main, dans sa
+position naturelle, tiendra les rênes de manière à sentir la bouche
+du cheval pour juger des effets d'impulsion. C'est dans cette
+position que le cavalier conduira l'animal sur l'obstacle; si
+celui-ci y arrive avec la même franchise d'allure, une légère
+opposition des mains et des jambes facilitera l'élévation de
+l'avant-main et l'élan de l'extrémité postérieure. Dès que le
+cheval est enlevé, la main cesse son effet, pour se soutenir de
+nouveau lorsque les jambes de devant arrivent sur le sol, afin de
+les empêcher de fléchir sous le poids du corps.
+
+On se contentera d'exécuter quelques sauts en harmonie avec les
+ressources du cheval, et on évitera surtout de pousser la bravade
+jusqu'à vouloir contraindre l'animal à franchir des obstacles
+au-dessus de ses forces. J'ai connu de très-bons sauteurs qu'on est
+parvenu à rebuter ainsi pour toujours, et que nuls efforts ne
+pouvaient plus décider à franchir des hauteurs ou des distances de
+moitié inférieures à celles qu'ils sautaient aisément dans le
+principe.
+
+Je viens recommander un procédé plus efficace, plus méthodique pour
+apprendre à tous les chevaux à mieux sauter. Je fais tenir par deux
+hommes, loin du mur, une barre _nue_, à 6 pouces du sol. Le
+cavalier marche au pas vers cette barre, et au moment où le cheval,
+aidé par son cavalier, franchit, les deux hommes _élèvent la barre
+de 6 pouces_. Je fais recommencer jusqu'à ce que le cheval
+franchisse la barre sans la toucher, malgré l'exhaussement répété à
+chaque saut. Alors je fais tenir la barre à un pied au-dessus du
+sol, et, comme précédemment, elle sera élevée de 6 pouces au moment
+du saut. Dès que le cheval sera habitué à franchir cette nouvelle
+hauteur, je fais graduellement tenir la barre 6 pouces plus haut,
+en la faisant exhausser de 6 pouces à chaque saut, et j'arrive,
+après quelques leçons données avec la gradation précitée, à faire
+sauter à tous les chevaux, _en hauteur_, des obstacles qu'ils
+n'auraient jamais pu franchir. Ce procédé simple et bien appliqué
+sera utile même aux chevaux exceptionnels, tels que les chevaux de
+steeple-chase, en leur apprenant à mieux revenir sur eux pour
+prendre le temps, et il rendra les chutes moins fréquentes et moins
+dangereuses.
+
+
+
+
+XXV
+
+DU PIAFFER.
+
+
+Tous les chevaux peuvent piaffer régulièrement; mais ils ne
+peuvent, tous, avoir la même élévation, la même élégance. Je
+distingue trois genres de piaffer: le piaffer lent, le piaffer
+précipité, le piaffer dépité. Le piaffer est régulier, lorsque
+chaque bipède diagonale se lève et retombe sur le sol à des
+intervalles égaux. L'animal ne doit pas se porter plus sur la main
+que sur les jambes du cavalier, afin de conserver la justesse de la
+balance hippique.
+
+Lorsque le cheval est préparé par le rassembler, il suffit, pour
+amener un commencement de piaffer, de communiquer au cheval, avec
+les jambes, une vibration légère d'abord, mais souvent réitérée.
+J'entends par vibration une surexcitation de forces, que le
+cavalier doit toujours régler.
+
+Une fois la mobilité des jambes obtenue, on pourra commencer à en
+régler, à en distancer la cadence. Ici encore, je chercherais
+vainement à indiquer avec la plume le degré de délicatesse
+nécessaire dans les procédés du cavalier, puisque ses effets
+doivent se reproduire avec une grande justesse et un à-propos sans
+égal. C'est par l'appui alterné des deux jambes qu'il arrivera à
+prolonger les balancements du corps du cheval, de manière à le
+maintenir plus longtemps sur l'un ou l'autre bipède. Il saisira le
+moment où le cheval se préparera à prendre son appui sur le sol,
+pour faire sentir la pression de sa jambe du même côté et augmenter
+l'inclinaison de l'animal dans le même sens. Si ce temps est bien
+saisi, le cheval se balancera lentement, et la cadence acquerra
+cette élévation si propre à faire ressortir toute sa noblesse et
+toute sa majesté. Ces temps de jambes sont difficiles et demandent
+une grande pratique; mais leurs résultats sont trop brillants pour
+que le cavalier ne s'efforce pas d'en saisir les nuances.
+
+Le mouvement précipité des jambes du cavalier accélère aussi le
+piaffer. C'est donc lui qui règle à volonté le plus ou moins de
+vitesse de la cadence. Le travail du piaffer n'est brillant et
+complet que lorsque le cheval l'exécute sans répugnance, ce qui a
+toujours lieu quand l'harmonie du poids et des forces, utile à la
+cadence, se conserve.
+
+
+
+
+XXVI
+
+DIVISION DU TRAVAIL.
+
+
+Je viens de développer tous les moyens à employer pour compléter
+l'éducation du cheval; il me reste à dire comment l'écuyer devra
+diviser son temps pour lier entre eux les divers exercices et pour
+passer du simple au composé. 50 jours de travail à 2 leçons par
+jour d'une demi-heure, trois quarts d'heure au plus suffiront pour
+amener le cheval le plus neuf à exécuter régulièrement tous les
+exercices qui précèdent. Je tiens à deux courtes leçons, l'une le
+matin, l'autre dans l'après-midi; elles sont nécessaires pour
+obtenir d'excellents résultats. On dégoûte un jeune cheval en le
+tenant trop longtemps sur des exercices qui le fatiguent d'autant
+plus que son intelligence est moins préparée à comprendre ce qu'on
+exige de lui.
+
+Je conseille de donner deux courtes leçons par jour, parce que,
+selon moi, un intervalle de vingt-quatre heures entre chaque leçon
+est trop long pour que l'animal puisse bien se rappeler le
+lendemain ce qu'il a appris la veille.
+
+En établissant l'ordre du travail tel qu'il se trouve dans le
+tableau annexé ci-après, il est bien entendu que je me base sur les
+dispositions des chevaux en général; un écuyer, doué de quelque
+tact, comprendra bien vite les modifications qu'il devra apporter
+dans la pratique, suivant la nature particulière de son élève. Tel
+cheval, par exemple, exigera plus ou moins de persistance dans les
+flexions; tel autre dans le reculer; avec le cheval froid et
+apathique, il faudra employer l'éperon avant le temps que j'ai
+indiqué. Tout ceci est affaire d'intelligence; ce serait offenser
+mes lecteurs que de les supposer incapables de suppléer aux détails
+qu'il est d'ailleurs impossible de préciser. On comprend facilement
+qu'il existe des chevaux irritables et mal conformés dont les
+dispositions défectueuses ont été accrues par l'influence d'une
+mauvaise éducation première. Avec de tels sujets, on devra
+nécessairement mettre plus de persistance dans le travail des
+assouplissements et du pas. Dans tous les cas, quelles que puissent
+être les modifications légères que nécessitent les différences dans
+les dispositions des sujets, je persiste à dire qu'il n'est pas de
+chevaux dont l'éducation ne puisse être faite, en un mois et demi,
+deux mois. Ce temps suffira toujours pour donner aux forces du
+cheval l'aptitude nécessaire à l'exécution de tous les mouvements;
+le fini de l'éducation dépendra ensuite de la justesse de tact du
+cavalier.
+
+
+
+
+ÉDUCATION DU CHEVAL
+
+GRADATION DU TRAVAIL.
+
+
+Première Leçon à pied.
+
+TRAVAIL DE LA CRAVACHE.
+
+Flexion de la mâchoire: 1º avec les rênes de la bride et du bridon
+d'un seul côté, le bridon en avant; 2º avec les deux rênes de la
+bride et du bridon; 3º avec les rênes du filet croisées sous le
+menton.
+
+Flexion d'encolure: 1º avec le mors; 2º avec le bridon; 3º avec la
+bride; 4º flexion directe avec le bridon et avec la bride.
+
+Mobilisation de la croupe à l'aide de la cravache.
+
+Reculer.
+
+Monter à cheval et en descendre; répéter cet exercice jusqu'à ce
+que le cheval soit sage au montoir.
+
+ 2 jours, 2 leçons par jour, de 3/4 d'heure.
+
+
+Deuxième Leçon.
+
+Répétition du travail précédent. Pas de côté avec la cravache.
+
+LEÇON DU MONTOIR.
+
+Flexion directe de la tête, ou ramener avec le filet d'abord, puis
+avec la bride, sans jambes, puis avec les jambes. Flexion de
+l'encolure avec le filet et avec la bride. Flexions latérales de la
+croupe. Reculer un pas d'abord. Marcher au pas sur des lignes
+droites, à main droite et à main gauche avec le filet.
+
+ 3 jours, 2 leçons par jour, de 3/4 d'heure.
+
+
+Troisième Leçon.
+
+Répétition du travail précédent en restant moins de temps sur
+chaque exercice. Epaule en dedans, à pied avec la cravache.
+
+En place: ramener avec l'aide des jambes. Au pas, mise en main.
+Changements de main. Doublers et demi-voltes ordinaires. Terminer
+les doublers et les changements de main par deux pas de côté.
+
+Demi-pirouette renversée, en deux temps.
+
+Au trot: ramener. Doubler et changer de main. Reculer plusieurs
+pas.
+
+ 6 jours, 2 leçons par jour, de 3/4 d'heure.
+
+
+Quatrième Leçon.
+
+Répétition des exercices précédents.
+
+Ramener en place avec l'appui de l'éperon rond ou effets
+d'ensemble.
+
+Voltes et demi-voltes au pas et au trot. Serpentine.
+Contre-changements de main.
+
+Terminer les changements de direction par 4, 5 et 6 pas de côté.
+
+Commencement de pirouette ordinaire.
+
+Descente de main et de jambes.
+
+Travail individuel.
+
+1/4 de flexion d'encolure en marchant.
+
+ 6 jours, 2 leçons par jour, de 3/4 d'heure.
+
+
+Cinquième Leçon.
+
+Répétition du travail précédent.
+
+Ramener complet sur les attaques[10].
+
+Changement de main sur deux pistes.
+
+Demi-voltes sur deux pistes.
+
+Contre-changement de main sur deux pistes.
+
+Changement de main renversé.
+
+Pirouettes renversées et ordinaires entières.
+
+Tête au mur, épaule en dedans, 5 ou 6 pas.
+
+Commencement de piaffer ou rassembler, avec la cravache, ou la
+chambrière, à pied, puis à cheval.
+
+Départs au galop à main droite et à main gauche, les deux derniers
+jours.
+
+ 6 jours, 2 leçons par jour, de 3/4 d'heure.
+
+ [10] L'appui de l'éperon et les attaques comme moyen de
+ concentration ne doivent se pratiquer qu'avec des molettes rondes
+ ou peu piquantes; il serait dangereux de les employer dans le
+ dressage du cheval de troupe. Le soldat ne doit se servir de
+ l'éperon que pour porter son cheval en avant, lorsqu'il résiste à
+ la pression des jambes.
+
+
+Sixième Leçon.
+
+Répétition des leçons précédentes en exigeant plus de précision et
+de régularité.
+
+Pas de côté au trot, trois pas d'abord.
+
+Reculer dans toute la longueur du manége.
+
+Changement de direction au galop.
+
+Galop à droite et à gauche à la même main, les deux derniers jours.
+
+ 5 jours, 2 leçons par jour, de 3/4 d'heure.
+
+
+Septième Leçon.
+
+Répétition des précédents exercices.
+
+Passer du trot au galop _et vice versâ_
+
+Marcher au trot et arrêter.
+
+Temps d'arrêt au galop.
+
+Changement de pied.
+
+ 8 jours, 2 leçons par jour, de 3/4 d'heure.
+
+
+Huitième Leçon.
+
+Pas de côté au trot et au galop.
+
+Changement de pied à la même main.
+
+Passer du galop ordinaire au galop allongé _et vice versâ_.
+
+Galop allongé et arrêter. Pirouette ordinaire après l'arrêt et
+repartir au galop.
+
+Saut du fossé et de la barrière.
+
+ 6 jours, 2 leçons par jour, de 3/4 d'heure.
+
+
+Pour la cavalerie.
+
+Travail en reprise sur des indications.
+
+Habituer les chevaux au sabre et aux bruits de guerre.
+
+Travail avec le sabre.
+
+Répéter les exercices, les chevaux chargés et paquetés.
+
+ 7 jours, 2 leçons par jour, de 3/4 d'heure.
+
+
+
+
+XXVII
+
+MA MÉTHODE HORS DU MANÉGE.
+
+
+Quelques amateurs qui n'ont pratiqué ma méthode que
+superficiellement, bien que satisfaits des résultats obtenus au
+manége, sont surpris de ne plus trouver la première fois au dehors
+la même légèreté et le même calme. Aussitôt ils s'écrient: «La
+méthode bonne pour le manége est inefficace quand le cheval est en
+plein air. Des résistances inattendues surgissent, l'animal a peur,
+il s'éloigne des objets qu'il rencontre, son action est plus
+considérable et sa gaieté devient inquiétante pour le cavalier.» De
+conséquence en conséquence, ils trouvent dans la méthode une lacune
+à l'abri de laquelle ils masquent leur peu d'habileté ou de
+sang-froid équestre.
+
+Il est évident qu'au milieu de bruits et d'objets nouveaux, avec de
+l'espace devant eux, tous les chevaux, quel que soit d'ailleurs le
+fini de leur éducation de manége, seront surpris les premières fois
+qu'on les montera en plein air. Leurs sens, leur instinct,
+surexcités par des sensations inconnues, seront en outre soumis à
+l'action enivrante de l'air libre. Les résistances instinctives,
+manifestées au commencement de l'éducation, surgiront en partie de
+nouveau, effrayeront le cavalier pusillanime qui, dans le cheval
+qu'il croyait soumis, ne trouve plus qu'un animal fantasque et sans
+légèreté. «Méthode impuissante!» s'écrie-t-il.
+
+Voyons donc si le reproche est fondé; le raisonnement l'aura
+bientôt réduit à sa juste valeur.
+
+Disons d'abord que nous avons vu des chevaux, très-francs d'allure
+dans les rues et sur les routes, devenir très-inquiets en entrant
+dans un manége et perdre subitement la grâce et la facilité de
+leurs mouvements. A plus forte raison, un cheval, dressé entre les
+quatre murs d'un manége, doit-il être plus ou moins impressionné
+quand on le conduit, sans transition, au milieu de mille objets
+inconnus. Mais, qu'est-ce à dire?
+
+Croyez-vous qu'il soit plus facile de porter un cheval sur un objet
+quelconque, de modérer sa frayeur ou sa fougue, quand il dispose
+librement de ses forces instinctives, que lorsque par une éducation
+bien dirigée le cavalier s'en est rendu maître?
+
+Dominerez-vous plus facilement le cheval qui n'a jamais été dompté
+que celui que l'exercice a déjà rendu souple et obéissant au
+manége? Cette hypothèse est inadmissible.
+
+L'influence de l'éducation peut bien faiblir dans ce premier
+moment, mais elle reprendra bien vite son empire et fera
+disparaître ces résistances d'un jour pour les remplacer désormais
+par la légèreté constante.
+
+Car, excepté quelques rares chevaux qui nécessitent une attention
+continuelle de la part du cavalier pour réprimer leur impressionnabilité
+excessive, tous reviennent à leur degré d'éducation méthodique. Si
+quelques chevaux sortent de la règle générale, il faut reconnaître
+que, sans les effets de l'éducation, ils seraient demeurés tout à
+fait impossibles à monter.
+
+On le voit donc, le cheval dressé ne demande qu'une attention
+soutenue du cavalier pour retrouver dehors son calme et sa
+soumission, tandis que, dans le cas contraire, il deviendrait
+non-seulement inutile, mais encore dangereux pour son maître.
+Rassurons donc les cavaliers timides, en leur certifiant qu'une
+éducation supplémentaire, mais très-courte, et fondée toujours sur
+les principes de la méthode, rendra au cheval monté soit dans les
+rues, soit dans les promenades, les qualités brillantes que l'on
+admirait au manége. A l'appui de mon assertion, je citerai pour
+exemple les chevaux d'artillerie qui, bien qu'impassibles au bruit
+du canon, s'effrayent de la crépitation du feu de l'infanterie et
+du bruit des tambours la première fois qu'ils les entendent, et
+reprennent leur calme au bout de quelques instants. Je crois avoir
+détruit les objections que l'on m'avait opposées: me sera-t-il
+permis de donner quelques conseils à tous les amateurs de chevaux?
+
+Je signalerai à MM. les sportsmen, dont je respecte infiniment les
+goûts, le danger d'une tendance malheureusement générale. On ne
+demande au cheval que d'avoir du _sang_. Toutes les qualités
+chevalines se résument dans ce mot: Vitesse. Sous prétexte
+d'obtenir cet idéal du beau, le physique du cheval est tout à fait
+sacrifié. On veut l'amener à la rapidité de la vapeur. Mais on ne
+remarque pas que la vapeur réclame une machine solide, et que la
+machine elle-même veut des freins. A votre cheval vapeur, donnez
+donc une machine solide en le douant d'un corps robuste, donnez des
+freins à votre machine en instruisant votre monture.
+
+Que les personnes qui se trouvent si souvent exposées aux dangers
+de l'emportement des chevaux attelés évitent ces malheurs
+journaliers, en dressant ou faisant dresser à la selle leurs
+chevaux avant de les soumettre inconsidérément au harnais de la
+voiture. Par cette éducation préalable, non-seulement les chevaux
+deviendraient plus faciles à conduire, mais ils auraient sous le
+harnais la position et les allures brillantes qui conviennent à des
+chevaux de luxe.
+
+
+
+
+XXVIII
+
+APPLICATION DE LA MÉTHODE AU TRAVAIL DES CHEVAUX.
+
+PARTISAN, CAPITAINE, NEPTUNE, BURIDAN.
+
+
+J'ai monté en public 26 chevaux, et si, dans le principe, quelques
+personnes, étonnées de ce travail nouveau pour elles, en
+attribuèrent le mérite, les unes à la musique, les autres à des
+procédés puérils et en dehors du domaine de l'équitation, elles
+revinrent bientôt de leur erreur, et reconnurent que l'artiste
+n'avait fait qu'appliquer les principes de la méthode.
+
+Voici la nomenclature de ces mouvements nouveaux, avec quelques
+mots sur les moyens qui permettront aux cavaliers habiles de les
+exécuter.
+
+1º _Flexion instantanée et maintien en l'air de l'une ou l'autre
+extrémité antérieure, tandis que les trois autres restent fixées
+sur le sol._
+
+Le moyen de faire lever au cheval une des jambes de devant est bien
+simple, dès que l'animal est équilibré: il suffit, pour faire
+lever, par exemple, la jambe droite, d'incliner légèrement la tête
+à droite, tout en faisant refluer le poids du corps sur la partie
+gauche. Les deux jambes du cavalier seront soutenues avec énergie
+(la gauche un peu plus que la droite), afin que l'effet de la main
+qui amène la tête à droite ne réagisse pas sur le poids, et que la
+force qui sert à fixer la partie surchargée donne à la jambe droite
+du cheval assez d'action pour la faire soulever de terre. En
+répétant quelquefois cet exercice, on arrivera à maintenir cette
+jambe en l'air aussi longtemps qu'on le voudra.
+
+2º _Mobilité des hanches, le cheval s'appuyant sur les jambes de
+devant, pendant que celles de derrière se balancent alternativement
+l'une sur l'autre, la jambe postérieure qui est en l'air exécutant
+son mouvement de gauche à droite sans toucher la terre pour devenir
+point d'appui à son tour, afin que l'autre se soulève et exécute
+ensuite le même mouvement._
+
+La mobilité simple des hanches est un des exercices que j'ai
+indiqués pour l'éducation élémentaire du cheval. On complétera ce
+travail en multipliant le contact alternatif des jambes, jusqu'à ce
+qu'on arrive à porter facilement la croupe du cheval d'une jambe
+sur l'autre, de manière que le mouvement de droite à gauche et de
+gauche à droite ne puisse excéder un pas. Ce travail est propre à
+donner au cavalier une grande finesse de tact, et prépare le cheval
+à répondre aux plus légères pressions de jambes. Il est bien
+entendu que tous ces airs de manége ne seront réguliers qu'autant
+qu'ils seront accompagnés de la légèreté.
+
+3º _Passage instantané du piaffer lent au piaffer précipité, et
+vice versâ._
+
+Après avoir amené un cheval à déployer une grande mobilité des
+quatre jambes, on doit en régler le mouvement. C'est par la
+pression lente et alternée de ses jambes que le cavalier obtiendra
+le piaffer lent; il l'accélérera en multipliant les pressions de
+jambes. On peut obtenir ces deux piaffers sur tous les chevaux.
+
+4º _Reculer avec une élévation égale des jambes transversales qui
+s'éloignent et se posent en même temps sur le sol, le cheval
+exécutant le mouvement avec autant de franchise et de facilité que
+s'il avançait et sans concours apparent du cavalier._
+
+Le reculer n'est pas nouveau, mais il l'est certainement dans les
+conditions que je viens de poser. Ce n'est qu'à l'aide d'un
+équilibre exact que la répartition du poids est parfaitement
+régulière. Ce mouvement devient alors aussi facile et aussi
+gracieux qu'il est pénible et dépourvu d'élégance lorsqu'on le
+transforme en _acculement_.
+
+5º _Mobilité simultanée et en place des deux jambes par la
+diagonale; le cheval, après avoir levé les deux jambes opposées,
+les porte en arrière pour les ramener ensuite à la place qu'elles
+occupaient, et recommencer le même mouvement avec l'autre
+diagonale._
+
+Lorsque le cheval ne présente plus aucune résistance, il apprécie
+les plus légères actions du cavalier, destinées dans ce cas à ne
+déplacer que le moins possible de poids et de forces pour arriver à
+mobiliser les deux extrémités opposées. En réitérant cet exercice,
+on le rendra en peu de temps familier au cheval. L'habileté du
+mécanisme favorisera le développement de l'intelligence.
+
+6º _Trot à extension soutenue; le cheval, après avoir levé les
+jambes, les porte en avant en les soutenant un instant en l'air
+avant de les poser sur le sol._
+
+Les procédés qui font la base de ma méthode se reproduisent dans
+chaque mouvement simple, et à plus forte raison dans les mouvements
+les plus compliqués. Si l'équilibre ne s'obtient que par la
+légèreté, en revanche il n'est pas de légèreté sans équilibre;
+c'est par la réunion de ces deux conditions que le cheval acquerra
+la facilité d'étendre son trot jusqu'aux dernières limites
+possibles, et changera complétement son allure primitive.
+
+7º _Trot serpentin, le cheval tournant à droite et à gauche pour
+revenir à peu près sur son point de départ, après avoir fait cinq
+ou six pas dans chaque direction._
+
+Ce mouvement ne présentera aucune difficulté, si l'on conserve le
+cheval dans la main en exécutant au pas et au trot des flexions
+d'encolure. On conçoit qu'un semblable travail est impossible sans
+cette condition.
+
+8º _Arrêt sur place à l'aide des éperons, le cheval étant an
+galop._
+
+Lorsque le cheval, parfaitement assoupli, supportera convenablement
+les attaques et le rassembler, il sera disposé pour exécuter le
+temps d'arrêt dans les conditions ci-dessus. On débutera dans
+l'application par le petit galop, pour arriver successivement à la
+plus grande vitesse. Les jambes, précédant la main, ramèneront les
+extrémités postérieures du cheval sous le milieu du corps, puis un
+prompt effet de main, en les fixant dans cette position, arrêtera
+immédiatement l'élan. Par ce moyen, l'on ménage l'organisation du
+cheval, que l'on peut conserver ainsi toujours exempt de tares.
+
+9º _Mobilité continue en place de l'une des extrémités antérieures,
+le cheval exécutant par la volonté du cavalier le mouvement par
+lequel il manifeste souvent de lui-même son impatience._
+
+On obtiendra ce mouvement par le même procédé qui sert à maintenir
+en l'air la jambe du cheval. A cet effet, les jambes du cavalier
+doivent exercer un appui continu pour que la force qui tient la
+jambe du cheval levée conserve bien son effet, tandis que, pour le
+mouvement dont il s'agit, il faut renouveler l'action par une
+multitude de petites pressions, afin de déterminer la mobilité de
+la jambe qui est tenue en l'air. Cette extrémité du cheval
+exécutera bientôt un mouvement subordonné à celui des jambes du
+cavalier, et si les temps sont bien saisis, il semblera, pour ainsi
+dire, qu'on fait mouvoir l'animal à l'aide d'un moyen mécanique.
+
+10º _Reculer au passage en arrière, le cheval conservant la même
+cadence et les mêmes battues que dans le passage en avant._
+
+La condition première pour obtenir le passage en arrière est de
+maintenir le cheval dans une cadence parfaite et aussi rassemblé
+que possible; la seconde est toute dans l'habileté du cavalier.
+Celui-ci doit chercher insensiblement par des effets d'ensemble à
+faire primer les forces du devant sur celles de derrière, sans
+nuire à l'harmonie du mouvement. On le voit donc: par le
+rassembler, on obtiendra successivement le piaffer, le passage en
+arrière, même sans le secours des rênes.
+
+11º _Reculer au galop, le temps étant le même que pour le galop
+ordinaire; mais les jambes antérieures, une fois élevées, au
+lieu de gagner du terrain, se portant en arrière, pour que
+l'arrière-main exécute le même mouvement rétrograde aussitôt que
+les extrémités antérieures se posent sur le sol._
+
+Le principe est le même que pour le travail précédent; avec un
+rassembler complet, les jambes de derrière se trouveront tellement
+rapprochées du centre, qu'en élevant l'avant-main, la détente des
+jarrets ne fonctionnera plus, pour ainsi dire, que de bas en haut.
+Ce travail, qu'on pourra faire exécuter à un cheval énergique, ne
+devra pas être exigé de celui qui ne posséderait point cette
+qualité.
+
+12º _Changements de pied au temps, chaque temps de galop s'opérant
+sur une nouvelle jambe._
+
+On comprend que, pour pratiquer ce travail difficile, le cheval
+doit être habitué à exécuter parfaitement, et le plus fréquemment
+possible, les changements de pied du tact au tact. Avant d'essayer
+ces changements de pied à chaque temps, on doit l'avoir amené à
+exécuter ce mouvement aux deux temps. Tout dépend de son aptitude,
+et surtout de l'intelligence équestre du cavalier: avec cette
+dernière qualité, il n'est pas d'obstacle qu'on ne puisse
+surmonter. Pour exécuter ce travail avec toute la précision
+désirable, le cheval doit rester léger, droit d'épaules et de
+hanches, conserver son même degré d'action; de son côté, le
+cavalier évitera par-dessus tout les brusques renversements de
+l'avant-main.
+
+13º _Pirouettes renversées sur trois jambes, celle de devant, du
+côté vers lequel on tourne, restant en l'air ou tendue pendant
+toute la durée du mouvement._
+
+Les pirouettes renversées doivent être familières à un cheval
+dressé d'après ma méthode, et j'ai indiqué plus haut le moyen de
+l'obliger à tenir élevée l'une de ses extrémités antérieures. Si
+l'on exécute bien séparément ces deux mouvements, il sera facile de
+les joindre en un seul travail. Après avoir disposé le cheval pour
+la pirouette, on équilibrera la masse de manière à enlever une
+jambe antérieure; celle-ci une fois en l'air, on surchargera la
+partie opposée au côté vers lequel on veut tourner, en appuyant sur
+cette partie avec la main et la jambe. La jambe du cavalier placée
+du côté qui converse ne fonctionnera pendant ce temps que pour
+porter les forces en avant, afin d'empêcher la main de produire un
+effet rétrograde.
+
+14º _Reculer avec temps d'arrêt à chaque foulée, la jambe droite du
+cheval restant en avant immobile et tendue de toute la distance
+qu'a parcourue la jambe gauche_, et vice versâ.
+
+Ce mouvement dépend de l'habileté du cavalier, puisqu'il résulte
+d'un effet de forces qu'il est impossible de préciser. Bien que ce
+travail soit peu gracieux, le cavalier expérimenté peut l'essayer,
+pour apprendre à modifier les effets de forces et acquérir toutes
+les nuances de son art.
+
+15º _Piaffer régulier avec un temps d'arrêt immédiat sur trois
+jambes, la quatrième restant en l'air._
+
+Ici encore, comme pour les pirouettes renversées sur trois jambes,
+c'est en exerçant le piaffer et la flexion isolée d'une jambe qu'on
+arrivera à réunir les deux mouvements. On interrompra le piaffer en
+arrêtant la contraction des trois jambes pour la reporter
+exclusivement sur la quatrième. Il suffit donc, pour habituer le
+cheval à ce travail, de l'arrêter lorsqu'il piaffe, en le forçant à
+contracter une seule de ses jambes.
+
+16º _Changement de pied au temps, à des intervalles égaux, le
+cheval restant en place ou n'avançant qu'insensiblement._
+
+Ce mouvement s'obtient par les mêmes procédés que ceux qui sont
+employés pour les changements de pieds au temps en avançant;
+seulement il est beaucoup plus compliqué, puisque l'on doit donner
+une impulsion justement assez forte pour déterminer le mouvement
+des jambes sans que le corps se porte en avant. Ce mouvement exige,
+par conséquent, beaucoup de tact de la part du cavalier, et ne
+saurait être pratiqué que sur un cheval parfaitement dressé, mais
+dressé comme je le comprends.
+
+Des cavaliers ont obtenu l'apparente exécution de quelques-uns de
+ces airs de manége. Fiers de ces résultats, ils s'écriaient: Voilà
+du système Baucher!
+
+Erreur! non-seulement l'exécution n'était pas complète, mais elle
+était due au hasard, ou tout au moins à des moyens étrangers à ma
+méthode. Ainsi, le cheval mal placé, était contracté; ses
+mouvements étaient heurtés, sans harmonie, sans grâce. Rien dans
+tout cela ne ressemble à mon système. Je ne demande jamais au
+cheval l'exécution d'un mouvement pour lequel je ne l'ai point
+placé, et je n'attends d'exécution facile qu'autant que l'équilibre
+est exact.
+
+
+
+
+XXIX
+
+EXPOSITION SUCCINCTE DE LA MÉTHODE PAR DEMANDES ET RÉPONSES.
+
+
+DEMANDE. Qu'entendez-vous par force?
+
+RÉPONSE. La puissance motrice qui résulte de la contraction
+musculaire.
+
+D. Qu'entendez-vous par forces _instinctives_?
+
+R. Celles qui viennent du cheval, et dont il détermine lui-même
+l'emploi.
+
+D. Qu'entendez-vous par forces _transmises_?
+
+R. Celles dont le cavalier coordonne l'emploi et qui sont
+appréciées immédiatement par le cheval.
+
+D. Qu'entendez-vous par résistance?
+
+R. La force que le cheval oppose et avec laquelle il cherche à
+établir une lutte à son avantage.
+
+D. Doit-on s'attacher d'abord à annuler les forces que le cheval
+présente pour résister, avant d'exiger le mouvement?
+
+R. Sans nul doute, puisque dans ce cas la force du cavalier qui
+doit déplacer le poids de la masse se trouvant annulée par une
+résistance équivalente, tout mouvement régulier devient impossible.
+
+D. Par quels moyens peut-on combattre les résistances?
+
+R. Par l'assouplissement partiel et méthodique de la mâchoire, de
+l'encolure, des reins et des hanches, et la juste répartition du
+poids.
+
+D. Quelle est l'utilité des flexions de mâchoire?
+
+R. Comme c'est sur la mâchoire inférieure que se reproduisent
+d'abord les effets de la main du cavalier, ceux-ci seront nuls ou
+incomplets si la mâchoire est serrée ou contractée. De plus, comme
+dans ce cas les déplacements du corps du cheval ne s'obtiennent
+qu'avec difficulté, les mouvements qui en résultent seront toujours
+pénibles.
+
+D. Suffit-il que le cheval _mâche son frein_ pour que la flexion de
+la mâchoire ne laisse plus rien à désirer?
+
+R. Non, il faut encore que le cheval _lâche son frein_,
+c'est-à-dire qu'il écarte (à volonté) et moelleusement la mâchoire
+inférieure.
+
+D. Tous les chevaux peuvent-ils avoir cette mobilité de mâchoire?
+
+R. Tous sans exception, si l'on suit la gradation indiquée, et si
+le cavalier ne se laisse pas tromper par la flexion de l'encolure
+précédant celle de la mâchoire. Bien que cette flexion soit
+nécessaire, elle nuirait au jeu prompt et régulier de la mâchoire,
+si elle le précédait.
+
+D. Dans la flexion directe de la _mâchoire_, doit-on tendre en même
+temps les rênes de la bride et celles du bridon?
+
+R. Non, il faut se servir d'abord du filet jusqu'à ce que la
+mâchoire cède facilement; on emploiera ensuite le mors et on
+passera alternativement de l'un à l'autre.
+
+D. Doit-on répéter souvent cet exercice?
+
+R. Il faut le continuer jusqu'à ce que la mâchoire se mobilise au
+moyen d'une légère pression du mors ou du filet.
+
+D. Pourquoi la contraction de la mâchoire est-elle un puissant
+obstacle à l'éducation du cheval?
+
+R. Parce qu'elle absorbe à son profit la force que le cavalier
+cherche à transmettre pour en répartir les effets sur toute la
+masse.
+
+D. Les hanches peuvent-elles s'assouplir isolément?
+
+R. Oui, certainement, et cet exercice se trouve compris dans ce que
+l'on appelle mobilisation de la croupe.
+
+D. Quelle est son utilité?
+
+R. De prévenir les mauvais effets résultant des forces instinctives
+du cheval, et de lui faire apprécier, sans qu'il s'y oppose,
+l'action transmise par le cavalier.
+
+D. Le cheval peut-il exécuter un mouvement régulier sans avoir un
+équilibre exact?
+
+R. C'est impossible; il faut s'attacher à faire prendre au cheval
+une position qui opère dans son équilibre une variation telle que
+le mouvement en soit une conséquence naturelle.
+
+D. Qu'entendez-vous par position?
+
+R. La juste répartition du poids et des forces dans le sens des
+mouvements que l'on veut faire exécuter au cheval.
+
+D. En quoi consiste le _ramener_?
+
+R. Dans la position verticale de la tête, avec mobilité de la
+mâchoire.
+
+D. Comment parle-t-on à l'intelligence du cheval?
+
+R. Par la position, en ce sens que c'est elle qui fait connaître au
+cheval les intentions du cavalier.
+
+D. Pourquoi faut-il, que dans les mouvements rétrogrades du cheval,
+les jambes du cavalier précèdent la main?
+
+R. Parce qu'il faut déplacer les points d'appui avant de poser
+dessus la masse qu'ils doivent supporter.
+
+D. Est-ce le cavalier qui détermine son cheval?
+
+R. Non, le cavalier donne l'action et la position qui sont la
+demande, le cheval y répond par le changement d'allure ou de
+direction qu'avait projeté le cavalier.
+
+D. Est-ce au cavalier ou au cheval que l'on doit imputer la faute
+d'une mauvaise exécution?
+
+R. Au cavalier, et toujours au cavalier. Comme il dépend de lui
+d'équilibrer et de placer le cheval dans le sens du mouvement, et
+qu'avec ces deux conditions fidèlement remplies, tout devient
+régulier, c'est donc au cavalier que doit appartenir le mérite ou
+le blâme.
+
+D. Quelle espèce de mors convient au cheval?
+
+R. Le mors doux.
+
+D. Pourquoi faut-il un mors doux pour tous les chevaux, quelle que
+soit leur résistance?
+
+R. Parce que le mors dur a toujours pour effet de contraindre et de
+surprendre le cheval, tandis qu'il faut l'empêcher de faire mal et
+le mettre à même de bien faire. Or, on ne peut obtenir ces
+résultats qu'à l'aide d'un mors doux et surtout d'une main savante;
+car le mors, c'est la main, et une belle main, c'est tout le
+cavalier.
+
+D. Résulte-t-il d'autres inconvénients de l'emploi des instruments
+de supplice appelés mors durs?
+
+R. Certainement, car le cheval apprend bientôt à en éviter la
+pénible sujétion en forçant les jambes du cavalier: leur puissance
+ne peut jamais être égale à celle de ce frein barbare. Le cheval
+lutte victorieusement en cédant du corps et en résistant de
+l'encolure et de la mâchoire; ce qui est tout à fait contraire au
+but qu'on s'était proposé.
+
+D. Comment se fait-il que presque tous les écuyers en renom aient
+inventé des mors auxquels ils attribuent des effets merveilleux?
+
+R. Parce que, manquant de science personnelle, ils cherchent à
+remplacer leur insuffisance par l'emploi de moyens mécaniques.
+
+D. Le cheval équilibré peut-il se défendre?
+
+R. Non, car la juste répartition de poids que donne cette position
+produit une grande régularité dans les mouvements, et il faudrait
+intervertir cet ordre pour qu'il y eût acte de rébellion de la part
+du cheval.
+
+D. Quelle est l'utilité du filet?
+
+R. Le filet sert à combattre les résistances latérales de
+l'encolure, à faire précéder la tête dans tous les changements de
+direction quand le cheval n'est pas encore familiarisé avec les
+effets du mors; il prépare aussi l'élévation et le soutien de
+l'encolure.
+
+D. Doit-on laisser le cheval longtemps aux mêmes allures pour
+développer ses moyens?
+
+R. C'est inutile, puisque la régularité des mouvements résulte de
+la régularité des positions; le cheval qui fait cinquante temps de
+trot régulièrement est beaucoup plus avancé dans son éducation que
+s'il en faisait mille avec une position vicieuse. C'est donc à sa
+position qu'il faut s'attacher, c'est-à-dire à sa légèreté.
+
+D. Dans quelles proportions doit-on user des forces du cheval?
+
+R. Cela ne peut se définir, puisque les forces varient en raison
+des sujets; mais il faut en être avare et ne les dépenser qu'avec
+circonspection, surtout pendant le cours de l'éducation; il faut,
+pour ainsi dire, leur créer un réservoir pour que le cheval ne les
+absorbe pas inutilement; c'est alors que le cavalier en fera un
+usage utile et d'une longue durée.
+
+D. A quelle distance l'éperon doit-il être rapproché des flancs du
+cheval avant l'attaque?
+
+R. La molette ne doit jamais être éloignée de plus de 4 à 5
+centimètres des flancs du cheval.
+
+D. Comment doivent se pratiquer les attaques?
+
+R. Elles doivent arriver aux flancs du cheval par un mouvement
+prompt, et s'en éloigner aussitôt. Mais, au préalable, on doit les
+pratiquer par appui progressif.
+
+D. Est-il des circonstances où l'attaque doive se pratiquer sans
+l'intervention de la main?
+
+R. Oui, lorsqu'elle doit avoir pour but de donner l'impulsion qui
+permet ensuite à la main de placer le cheval.
+
+D. Sont-ce les attaques elles-mêmes qui châtient le cheval?
+
+R. Non; le châtiment est dans la position que les attaques et la
+main font prendre au cheval, en mettant ses forces à la disposition
+du cavalier.
+
+D. Quelle différence existe entre les attaques pratiquées d'après
+les anciens principes et celles que prescrit la nouvelle méthode?
+
+R. Les anciens écuyers ne se servaient de l'éperon que comme
+châtiment; dans ce cas, les attaques, loin d'équilibrer le cheval,
+le faisaient toujours sortir de la main; la nouvelle méthode en
+fait usage pour l'équilibrer, c'est-à-dire pour lui donner cette
+position première qui est la mère de toutes les autres.
+
+D. Quelles sont les fonctions des jambes pendant les attaques?
+
+R. Les jambes doivent rester adhérentes aux flancs du cheval, et ne
+partager en rien les mouvements des talons.
+
+D. Dans quel moment doit-on commencer les attaques?
+
+R. Quand le cheval supporte paisiblement les appuis d'éperon sans
+sortir de la main.
+
+D. Pourquoi un cheval équilibré supporte-t-il l'éperon sans
+s'émouvoir et même sans mouvements brusques?
+
+R. Parce que la main savante du cavalier, ayant prévenu tous les
+déplacements de la tête, ne laisse jamais échapper les forces au
+dehors; elle les concentre en les fixant. La lutte égale des
+forces, ou, si l'on aime mieux, leur ensemble, explique
+suffisamment l'apparente froideur du cheval.
+
+D. N'est-il pas à craindre que, par suite de ces attaques, le
+cheval ne devienne insensible aux jambes et ne perde l'activité qui
+lui convient pour les mouvements accélérés?
+
+R. Quoique cette opinion soit celle des gens qui parlent de la
+méthode sans la connaître, il n'en est rien. Puisque tous ces
+moyens servent seulement à maintenir le cheval dans un juste
+équilibre, la promptitude des mouvements doit nécessairement en
+être le résultat, et, par suite, le cheval sera disposé à répondre
+au contact progressif des jambes, quand la main ne s'y opposera
+pas.
+
+D. Comment reconnaître qu'une attaque est régulière?
+
+R. Lorsque, bien loin de faire sortir le cheval de la main, elle
+l'y fait rentrer sans prendre sur la force propre au mouvement.
+
+D. Comment la main doit-elle agir dans les moments de résistance du
+cheval?
+
+R. Les effets de la main doivent être proportionnés à la résistance
+du cheval et surtout ne jamais la dépasser.
+
+D. Dans quel cas doit-on se servir du caveçon, et quelle est son
+utilité?
+
+R. On doit s'en servir dans le cas où la mauvaise construction du
+cheval le porterait à se défendre, bien qu'il ne lui soit demandé
+que des mouvements simples. Il est également utile d'employer le
+caveçon, avec les chevaux rétifs, attendu que son but est d'agir
+sur le moral, pendant que le cavalier agit sur le physique.
+
+D. Comment doit-on se servir du caveçon?
+
+R. Dans le principe, on doit tenir la longe du caveçon à 33 ou 40
+centimètres de la tête du cheval, tendue et soutenue par un poignet
+énergique. Il faudra saisir tous les à-propos pour diminuer ou
+augmenter l'appui du caveçon sur le nez du cheval, afin de s'en
+servir comme d'un moyen d'aide. Tous les actes de méchanceté seront
+réprimés par de petites saccades qui ne doivent avoir lieu que dans
+le moment même de la défense. Dès que les mouvements du cavalier
+commenceront à être appréciés par le cheval, le caveçon deviendra
+inutile; au bout de quelques jours l'animal n'aura plus besoin que
+du mors, auquel il répondra sans hésitation.
+
+D. Dans quel cas le cavalier est-il moins intelligent que son
+cheval?
+
+R. Quand ce dernier l'assujettit à ses caprices et lui fait faire
+sa volonté.
+
+D. Les défenses du cheval sont-elles physiques ou morales?
+
+R. Les défenses sont d'abord physiques, elles deviennent morales
+par la suite; le cavalier doit donc se rendre compte des causes qui
+les font naître, et chercher, par un travail bien gradué, à obtenir
+la juste répartition du poids et des forces.
+
+D. Le cheval bien équilibré naturellement peut-il se défendre?
+
+R. Il serait aussi difficile à un sujet, réunissant tout ce qui
+constitue le bon cheval, de se livrer à ces mouvements désordonnés,
+qu'il est impossible à celui qui n'a pas reçu de semblables dons de
+la nature, d'avoir des mouvements réguliers, si l'art bien entendu
+ne lui a prêté son secours.
+
+D. Qu'entendez-vous par _rassembler_?
+
+R. Le rapprochement des jambes de derrière du centre, sans altérer
+la légèreté du cheval.
+
+D. Peut-on bien rassembler le cheval qui ne se renferme pas sur les
+attaques?
+
+R. Dans beaucoup de cas, les jambes seraient insuffisantes pour
+contre-balancer les effets de la main.
+
+D. A quel moment doit-on commencer à rassembler le cheval?
+
+R. Quand le cheval est léger.
+
+D. A quoi sert le rassembler?
+
+R. A obtenir sans difficulté tout ce qu'il y a de compliqué en
+équitation.
+
+D. En quoi consiste le piaffer?
+
+R. Dans la pose gracieuse du corps et la cadence harmonieuse des
+bipèdes diagonaux.
+
+D. Existe-t-il plusieurs genres de piaffer?
+
+R. Trois: le lent, le précipité et le dépité.
+
+D. De ces trois, quel est le préférable?
+
+R. Le piaffer lent, car c'est celui qui rehausse le plus le mérite
+du cavalier et la noblesse du cheval.
+
+D. Doit-on faire piaffer le cheval qui ne supporterait pas le
+rassembler?
+
+R. Non, car ce serait un _enjambement_ sur la gradation logique qui
+seule donne des résultats certains. Aussi, le cheval qui n'a pas
+été conduit par cette filière de principes n'exécute qu'avec peine
+et sans grâce ce qu'il devrait accomplir avec enjouement et
+majesté.
+
+D. Tous les cavaliers sont-ils appelés à vaincre toutes les
+difficultés et à saisir toutes les nuances du sentiment équestre?
+
+R. Comme les résultats en équitation ont pour point de départ
+l'intelligence, tout est subordonné à cette disposition innée; mais
+tous les cavaliers seront aptes à dresser leurs chevaux, s'ils
+renferment l'éducation du cheval dans la mesure de leurs propres
+moyens.
+
+
+
+
+NOUVEAUX MOYENS ÉQUESTRES
+
+
+Équilibre parfait ou équilibre du premier genre[11].
+
+ Mains sans jambes.
+ Jambes sans mains.
+
+ [11] On peut distinguer trois sortes d'équilibres:
+
+ Équilibre du troisième genre:
+
+ Résistance constante dans toutes les positions, dans tous les
+ mouvements.
+
+
+ Équilibre du deuxième genre:
+
+ Légèreté accidentelle sous l'influence de la position et du
+ mouvement.
+
+
+ Équilibre du premier genre:
+
+ Légèreté invariable dans toutes les positions et dans tous les
+ mouvements.
+
+
+TROIS NOUVEAUX EFFETS DE MAINS:
+
+ 1º Pour obtenir la juste répartition du poids.
+
+ 2º Pour rétablir l'harmonie des forces.
+
+ 3º Pour donner les positions utiles aux changements de direction
+ par la rêne opposée.
+
+ 4º Départ au galop et changements de pieds (mains sans jambes,
+ jambes sans mains).
+
+ De la force et du mouvement décomposés.
+
+ Progression du dressage.
+
+
+
+
+NOUVEAUX MOYENS ÉQUESTRES
+
+ÉQUILIBRE DU PREMIER GENRE.
+
+
+L'ancienne équitation travaillait le mouvement par le mouvement, en
+donnant aux forces instinctives du cheval une direction plus ou
+moins juste; mais jamais elle ne parvenait à rendre léger un cheval
+d'une mauvaise conformation, parce qu'elle ne connaissait pas les
+moyens de changer son équilibre naturel.
+
+J'avais compris que l'éducation du cheval était dans son équilibre,
+et toutes mes études ont eu pour but de trouver les moyens
+d'améliorer le mauvais équilibre naturel du cheval, convaincu que
+le cheval équilibré était presque dressé; cependant je n'étais
+arrivé qu'à obtenir l'équilibre du deuxième genre.
+
+Par équilibre du premier genre, j'entends la légèreté parfaite et
+constante du cheval, dans toutes les positions, dans tous les
+mouvements, à toutes les allures; c'est cet équilibre dont je vais
+m'occuper.
+
+Qu'il me soit permis de répondre d'abord à une objection que plus
+d'un lecteur pourra me faire.
+
+Mais les vingt-six chevaux que vous avez montés en public, et dont
+le travail a été salué par les applaudissements de la foule,
+Capitaine, Partisan, Neptune et les autres, n'étaient donc pas
+dressés? Qu'entendez-vous alors par un cheval dressé? Je réponds:
+Oui, ils étaient dressés, puisque leur travail avait dépassé tout
+ce qui s'était fait jusqu'alors, et cependant leur équilibre
+n'était que du deuxième genre.
+
+Avec cet équilibre, je modifiais les mauvaises conditions de leur
+construction plus ou moins défectueuse; j'obtenais, par moments,
+une légèreté très-grande, mais qui diminuait par suite d'un nouveau
+mouvement, d'un changement de direction.
+
+Je détruisais promptement, il est vrai, cette résistance
+momentanée, et j'acquérais de suite une grande légèreté, en
+redonnant au cheval la position juste; mais il n'y avait pas moins
+eu perte de la légèreté, ce qui pouvait rendre par moments le
+mouvement moins gracieux et le travail moins exact; de plus, malgré
+les progrès continus de mes chevaux, je reconnaissais chaque jour
+un nouveau _desideratum_, tandis qu'aujourd'hui, une fois leur
+éducation terminée, je n'ai plus rien à désirer. Ce que j'obtiens
+maintenant sur les chevaux que je monte, en leur donnant cet
+équilibre parfait, me permet de dire que si je pouvais montrer de
+nouveau au public mes anciens chevaux, tous les amateurs
+reconnaîtraient la vérité de ce que j'avance.
+
+Il faut donc arriver à ce degré de perfection de l'équilibre chez
+tous les chevaux, malgré leurs défauts de conformation, pour qu'ils
+conservent une légèreté parfaite, constante, dans tous les
+mouvements, changements de direction, et à toutes les allures. Tel
+est le résultat que j'ai obtenu et que je me hâte de faire
+connaître aux cavaliers intelligents de tous les pays. Les progrès
+rapides qu'ils verront faire à leurs élèves en suivant la
+progression, et en employant les nouveaux moyens que je vais
+indiquer, les jouissances ineffables qu'ils éprouveront à monter
+des chevaux constamment légers, voilà la récompense que
+j'ambitionne pour prix de mes recherches incessantes, consacrées au
+bonheur du cavalier et au bien-être du cheval!
+
+J'ignore si c'est de l'orgueil: mais lorsque je sens mon cheval se
+plier à toutes mes volontés, et répondant _sans résistance aucune_
+à ma pensée, exécuter avec grâce et _une légèreté parfaite_ tous
+les mouvements que je lui demande, je suis si heureux, que loin de
+me sentir atteint par les clameurs des envieux et l'ingratitude des
+plagiaires, je n'ai qu'un désir, celui de leur faire partager mon
+bonheur.
+
+
+MAIN SANS JAMBES.--JAMBES SANS MAIN.
+
+Je vais démontrer que l'emploi simultané des jambes et de la main
+ne permettra jamais de donner au cheval l'équilibre du premier
+genre, ou la légèreté constante. Puisque les résistances de la
+mâchoire proviennent toujours d'une mauvaise répartition du poids,
+comment le cavalier qui emploiera en même temps la force impulsive
+et modératrice, jambes et main, pourra-t-il sentir que ses jambes
+ne se sont pas opposées à la juste translation du poids opérée par
+la main, et réciproquement que celle-ci n'a pas détruit la justesse
+de l'impulsion communiquée par les jambes? En effet, ou la main a
+été juste, ou elle a produit trop ou trop peu d'effet. Dans le
+premier et le troisième cas, le concours des jambes a été plus ou
+moins nuisible. Dans le second cas seulement, les jambes auront
+corrigé la faute de la main, et leur aide aura été opportune.
+
+Il en est de même pour les jambes dans le premier et le troisième
+cas mentionnés ci-dessus: l'opposition de la main sera nuisible, et
+ce n'est que dans le second cas seulement qu'elle sera utile en
+corrigeant la faute des jambes.
+
+Que de malentendus entre le cheval et son cavalier; quel retard
+dans l'éducation de l'animal doit amener cette contradiction
+perpétuelle des jambes et de la main du cavalier qui est toujours
+disposé à attribuer au cheval les fautes que lui fait commettre
+l'emploi simultané de ses jambes et de sa main! En s'en servant
+séparément, il peut discerner de suite si la faute provient de son
+cheval ou de lui, et il sera forcé de reconnaître que neuf fois sur
+dix, c'est lui seul qui l'a commise.
+
+Il est vrai qu'à la longue, après maintes erreurs corrigées par son
+tact, le cavalier pourra donner à son cheval l'équilibre du second
+genre, mais jamais celui du premier genre, cet équilibre parfait
+qui permet au cheval de conserver la mobilité moelleuse de la
+mâchoire dans tous les mouvements, à toutes les allures.
+
+En n'employant qu'une force à la fois, soit celle des jambes pour
+impulsionner, soit celle de la main pour opérer les translations de
+poids utiles à tel ou tel mouvement, à telle ou telle allure, le
+cavalier peut apprécier à l'instant le degré de justesse avec
+lequel il a agi.
+
+S'il commet une erreur, il peut la corriger de suite; il en connaît
+la cause, et le pauvre cheval n'étant plus ballotté par ces deux
+volontés opposées des jambes et de la main, s'identifie tellement
+avec la pensée de son maître, que bientôt ces deux intelligences
+n'en forment plus qu'une, le cheval conservant son équilibre
+parfait sans le secours des jambes et de la main du cavalier.
+
+L'équilibre du second genre est suffisant pour les chevaux de
+l'armée, cependant MM. les capitaines instructeurs pourront
+employer plus ou moins ces nouveaux moyens pour accélérer
+l'instruction des hommes et l'éducation des chevaux.
+
+
+TROIS NOUVEAUX EFFETS DE MAIN.
+
+ 1º Pour combattre les résistances provenant du poids;
+
+ 2º Pour combattre les résistances produites par la force;
+
+ 3º Pour donner la position utile au changement de direction par
+ la rêne opposée.
+
+J'ai dit que l'emploi simultané des jambes et de la main ne pouvait
+donner que l'équilibre du deuxième genre, et jamais celui du
+premier genre, c'est-à-dire cette harmonie constante du poids et de
+la force qui se font opposition sans se contredire ni se heurter,
+cette légèreté parfaite chez le cheval; j'ajoute que l'application
+seule de ces nouveaux effets nous permettra d'atteindre ce but.
+
+Si les jambes du cavalier impulsionnent le cheval, les fonctions de
+la main sont multiples. C'est elle qui place, dirige, en
+régularisant les translations du poids, c'est la main qui sonde les
+causes des résistances, pour discerner si elles proviennent du
+poids ou de la force.
+
+Je vais indiquer trois nouveaux effets raisonnés de la main. Les
+deux premiers concourent à détruire les résistances qui constatent
+la perte de l'équilibre, et en signalent la cause; le troisième
+sert à faciliter les changements de direction, etc. Ces résistances
+peuvent provenir de la mauvaise répartition du poids ou du défaut
+d'harmonie de la force. L'effet de la main sera différent selon
+qu'elle devra combattre la résistance du poids ou de la force. Pour
+reconnaître la cause de cette résistance, le cavalier rapprochera
+graduellement et lentement la main. La résistance est-elle inerte,
+elle procède du poids mal réparti; dans ce cas, la main agira par
+un demi-arrêt[12], prompt et proportionné à l'intensité de la
+résistance. Si ce demi-arrêt ne suffit pas, il sera suivi d'un
+deuxième, d'un troisième, jusqu'à ce que cette résistance inerte
+ait disparu. Ces demi-arrêts, pratiqués avec une force de bas en
+haut, détruisent les résistances du poids sans acculer le cheval;
+si la résistance provient de la force, la main agira par
+_vibrations_ réitérées, jusqu'à ce que la légèreté ait reparu. Ces
+vibrations annuleront les résistances locales sans détruire
+l'ensemble des forces; et si, à la suite de ces vibrations, la
+résistance persistait, ce qui indiquerait que le poids n'est pas
+encore justement réparti, il faudrait revenir aux demi-arrêts. Ces
+mêmes effets de main se répéteront avec plus d'importance encore
+dans les changements de direction.
+
+ [12] Le mot demi-arrêt, dont je me sers pour exprimer l'action
+ vive et énergique de la main qui a pour but de reporter en
+ arrière le poids dont le devant est trop chargé, ne rend
+ qu'imparfaitement l'idée qu'il doit représenter. Ce terme indique
+ un ralentissement. Je l'ai conservé pour ne pas changer une
+ expression consacrée par l'usage. Je l'emploie pour désigner
+ uniquement un déplacement de poids, avec la condition expresse de
+ ne prendre en rien sur l'action propre au mouvement. Si le
+ demi-arrêt se donne de pied ferme, il ne doit, dans aucun cas,
+ amener le reculer.
+
+Le cavalier se servira d'abord des rênes du filet séparées, et,
+plus tard, des rênes de bride également séparées. Mais dès que le
+cheval tournera facilement à droite et à gauche par l'effet de la
+rêne _directe_, le cavalier emploiera le nouvel effet (troisième
+effet de main). Je suppose d'abord que le cheval est parfaitement
+droit d'épaules et de hanches, _condition_ indispensable: le
+cavalier veut tourner à droite, par exemple; il rapprochera
+lentement la main pour reconnaître si son cheval est léger, ou s'il
+résiste. S'il est léger, le cavalier portera à droite la main
+tenant les rênes du filet, qui seront remplacées plus tard par les
+rênes de bride, pour agir seulement par la _rêne gauche_, _rêne
+opposée_. Pour tourner à gauche, il portera la main à gauche, pour
+agir seulement par la _rêne droite_, _rêne opposée_. C'est la
+légèreté seule du cheval, harmonie du poids et de la force, qui lui
+permet d'apprécier l'effet de la rêne opposée, d'y céder et de
+tourner en inclinant légèrement la tête de ce côté. Si le cavalier
+sent une résistance, celle du poids, par exemple, il la détruira
+par un, deux ou trois demi-arrêts successifs. Cette résistance
+est-elle due au défaut d'harmonie des forces, il agira par
+vibrations. Ces demi-arrêts et ces vibrations seront pratiqués avec
+la _rêne directe_, _rêne droite_, s'il veut tourner à droite, et
+_rêne gauche_, s'il veut tourner à gauche; et dès qu'il sentira son
+cheval léger, il tournera à droite par l'effet de la _rêne
+opposée_, _rêne gauche_, et _vice versâ_. Comme on le voit, je me
+sers de la _rêne directe_, non pour tourner, mais seulement pour
+combattre les résistances, et c'est avec la _rêne opposée_ que
+j'apprends au cheval à tourner. Le cavalier demandera seulement un
+huitième de conversion, s'arrêtera, combattra avec ces nouveaux
+effets de main (_rêne directe_) les résistances qui se seraient
+manifestées, et continuera avec la _rêne opposée_. Bientôt le
+cheval pourra tourner, sans sortir de son équilibre, c'est-à-dire,
+la tête portée du côté où il marche, la partie opposée de
+l'encolure demeurant convexe, et la mobilité moelleuse de la
+mâchoire lui permettant de céder avec la plus grande facilité à
+l'effet de la rêne opposée. On comprend le plaisir que le cavalier
+éprouve à suivre cette gradation, qui lui donne comme récompense
+l'équilibre parfait, en ne lui laissant plus rien à désirer. Il
+jouera avec les rênes flottantes qu'il fera onduler de gauche à
+droite ou de droite à gauche, et son cheval tournera dans toutes
+les directions, en conservant cette harmonie constante du poids et
+de la force, ce qui constitue l'équilibre du premier genre. Le
+cavalier doit comprendre maintenant l'importance de ces nouveaux
+moyens équestres, puisqu'il peut immédiatement apprécier la cause
+des résistances du cheval, et y remédier de suite. Il ne peut plus
+s'illusionner et imputer à l'animal les fautes qui lui sont
+personnelles. Nulle erreur n'est possible.
+
+
+Que l'on compare un pareil cheval, gracieux, léger, prompt dans ses
+mouvements, avec ces pauvres chevaux que l'on fait tourner avec la
+rêne opposée, il est vrai, mais l'encolure roide, la tête mal
+placée, la mâchoire serré, etc., résultat infaillible de leur
+mauvais équilibre. Si cet inconvénient était le seul, on pourrait
+me dire: «Qu'importe la position des chevaux de la cavalerie,
+pourvu qu'ils tournent au commandement»? Je réponds: Prenez garde!
+ne voyez-vous pas que si ces chevaux étaient moins braqués, que si
+leur équilibre était moins mauvais, ils tourneraient plus
+facilement, c'est-à-dire _plus promptement_? Ce que je dis des
+changements de direction s'applique mieux encore au travail
+individuel, aux voltes, demi-tours, en un mot, à tout ce qui
+concerne l'équitation militaire.
+
+
+Ces inconvénients sont si bien appréciés que beaucoup de cavaliers
+emploient la rêne directe pour tourner. Mais ils n'ont pas détruit
+les résistances qui proviennent du poids ou de la force; ils ont
+seulement donné une indication, et la résistance se continue.
+
+Avec l'équilibre du premier genre, tous les chevaux tourneront
+facilement par l'effet de la rêne opposée, en conservant une bonne
+position de tête et une légèreté constante.
+
+Avant de terminer cet article, je vais parler d'un certain
+maniement de rênes qui produit d'heureux et prompts résultats,
+inspire de la confiance au cheval, et confirme l'équilibre, la
+légèreté, l'harmonie, la régularité du mouvement.
+
+Le cavalier retirera la gourmette, et fera produire à la bride, par
+une force de bas en haut, le même effet que le filet, sur la
+commissure des lèvres, avec un contact moindre sur les barres. (La
+gourmette sera replacée lorsque le cheval répondra facilement à
+l'effet de la bride.)
+
+Puis, au pas, au trot, au galop, sans se presser, il déposera les
+rênes qu'il tenait, et saisira de la main les autres rênes. Les
+premières fois, le cheval accélérera peut-être l'allure, et le
+cavalier devra reprendre vivement les premières rênes, pour
+rappeler à l'ordre le cheval disposé à s'émanciper; mais bientôt le
+cheval s'habituera à cet abandon momentané, y puisera de la
+confiance, du bien-être, et conservera la régularité de l'allure
+et la légèreté, pendant que le cavalier, en jouant ainsi avec les
+rênes du filet et les rênes de la bride, acquiert du tact, de la
+délicatesse, et arrive à conduire son cheval avec un fil!
+
+
+DE LA FORCE ET DU MOUVEMENT DÉCOMPOSÉS.
+
+L'équilibre ou la légèreté étant le résultat de la juste
+répartition du poids et de la force, si celle-ci n'est pas
+maintenue dans la limite de l'effort à produire, l'équilibre ne
+sera que momentané, et dès les premiers pas que fait le cheval, la
+légèreté disparaît et la résistance se produit. Si le cavalier
+continue à marcher, il lui faut combattre les résistances qui
+résultent de cette mauvaise position et qui sont accrues par le
+mouvement. Chaque pas de plus que fait le cheval dans cette fausse
+position vient augmenter le désaccord qui s'oppose aux justes
+translation du poids, et le mouvement demeure irrégulier. Le
+cavalier voit fuir devant lui cette légèreté qu'il poursuit, et
+s'il finit par l'obtenir ce sera après un long et difficile
+travail; le plus souvent, il ne l'aura qu'en partie, et il
+s'habituera à cette résistance qui sera le grand obstacle à la
+perfection de l'éducation du cheval, telle que je la comprends.
+Pour moi le cheval dressé, _c'est le cheval équilibré_, celui qui
+présente cette harmonie du poids et de la force qui permet au
+cavalier de disposer de la force utile à tel ou tel mouvement, tout
+en conservant la légèreté parfaite du cheval. C'est cette harmonie
+que donne en peu de temps _le mouvement décomposé_.
+
+Après avoir fait quelques pas à l'allure à laquelle il se trouve,
+si le cavalier rencontre une résistance, il s'arrête, donne aux
+fibres musculaires le temps de se relâcher et rétablit l'équilibre.
+Il restera en place plusieurs minutes, s'il le faut, jusqu'à ce que
+le cheval soit DÉCONTRACTÉ, c'est-à-dire, que le mouvement
+précédent NE RÉSONNE PLUS. Les fibres reçoivent de nouveaux
+courants électriques, et la nouvelle contraction pourra être plus
+harmonieuse, plus convenable. Ce nouveau principe, _le mouvement
+décomposé_, doit être appliqué à chaque partie de l'éducation du
+cheval, jusqu'à ce qu'il conserve sa légèreté constante et la
+régularité du mouvement, résultat infaillible de son parfait
+équilibre.
+
+Que le mouvement soit lent ou accéléré, peu importe. Je demande
+seulement qu'il soit _régulier_, c'est-à-dire que le cheval ne
+diminue pas ou n'augmente pas son allure par des fluctuations
+incessantes, et qu'il parcoure des espaces égaux dans des temps
+égaux, en conservant cette régularité de l'allure qui est un signe
+certain de la justesse de l'équilibre.
+
+Quoique certaines personnes, peu versées dans l'étude de mes
+principes, blâment la position élevée que je fais prendre à
+l'encolure et à la tête du cheval, je dis qu'il est indispensable
+de leur donner toute l'élévation dont elles sont susceptibles, en
+agissant avec les poignets de bas en haut. Il ne faut pas
+s'effrayer de la position horizontale que prend forcément la tête.
+C'est alors qu'il faut _décontracter_ la mâchoire, dont la
+moelleuse mobilité permet au cheval de se ramener de lui-même. Ce
+moyen, indirect en apparence, est le seul qui donne la grâce et une
+légèreté constante à tous les mouvements du cheval.
+
+
+QUELQUES MOTS SUR LE PRINCIPE:
+
+«MAIN SANS JAMBES, JAMBES SANS MAIN»
+
+POUR LE
+
+DÉPART AU GALOP ET LES CHANGEMENTS DE PIED.
+
+Ce nouvel axiome était tellement en opposition avec ce que j'avais
+professé et pratiqué moi-même toute ma vie, que malgré les
+résultats merveilleux que j'en obtenais, je voulus avoir une preuve
+éclatante de sa justesse.
+
+Avant donc de livrer cette édition à la publicité, je réunis cinq
+cavaliers habiles, sur la loyauté et la discrétion desquels je
+pouvais compter, et je leur fis expérimenter mes nouveaux moyens.
+
+Le succès couronna mon attente. Je pus me convaincre que ma grande
+habitude de me servir de mes aides ne me faisait point croire cette
+dernière découverte plus féconde qu'elle ne l'était réellement.
+Chacun de ces messieurs me remit alors un mémoire sur l'application
+qu'ils en faisaient sous mes yeux, et je demandai à M. le baron
+Faverot de Kerbrec la permission de reproduire son travail, qui
+peut servir de complément et de développement à mes innovations.
+
+Le voici:
+
+«Il ne faut pas confondre dans l'oeuvre équestre de M. Baucher les
+PRINCIPES, qui sont à jamais invariables, avec les MOYENS, qui sont
+perfectibles et par conséquent pouvaient varier.
+
+«Au nombre des PRINCIPES qui forment la base immuable de la
+«méthode», on doit citer en première ligne l'obligation constante
+de rechercher ou de conserver chez le cheval monté l'ÉQUILIBRE,
+c'est-à-dire cet état physique provenant du dressage et dans lequel
+l'animal peut obéir instantanément à la volonté du cavalier, quelle
+qu'elle soit.
+
+«L'_équilibre_ que M. Baucher a appelé _du premier genre_ existe
+quand les translations du poids sont également faciles dans tous
+les sens. On peut comparer cet état de l'animal à l'équilibre
+_indifférent_ dans les corps inanimés. De même qu'une sphère posée
+sur un plan horizontal obéit à la plus petite impulsion, de même,
+dans le cheval monté qui possède l'équilibre du premier genre, le
+poids cède à la plus légère pression, de quelque côté qu'elle lui
+soit communiquée, et l'obéissance absolue aux aides en est la
+conséquence.
+
+«Quant aux MOYENS enseignés par le maître, ils peuvent être divisés
+en deux groupes constituant chacun une «manière» distincte. Dans
+la première, M. Baucher agit sur les forces du cheval, c'est-à-dire
+sur les ressorts animés qui portent et font mouvoir la masse, le
+poids de la machine. Il arrive à faciliter le déplacement de ce
+poids, à _équilibrer_, en diminuant l'étendue de la base de
+sustentation, en rapprochant plus ou moins, selon le besoin, les
+extrémités inférieures du cheval.
+
+On comprend qu'il faut alors souvent avoir recours à des moyens
+puissants pour forcer l'animal, surtout dans les commencements du
+dressage, à conserver cette disposition artificielle de ses
+membres. De là la nécessité de l'emploi fréquent de l'éperon.
+
+Dans cette première manière, M. Baucher ayant constamment en vue
+d'agir sur les forces de l'animal, de s'en rendre le maître absolu,
+cherche dès le début à fixer à ces forces des barrières qui les
+enferment de tous les côtés et qu'elles ne puissent jamais
+franchir.
+
+Une fois cette domination obtenue, le dressage est presque terminé.
+Il ne s'agit plus que de donner à ces mêmes forces la direction
+qu'il plaît au cavalier de leur imprimer à l'intérieur de cette
+sorte de _lacet de fer_ formé par le mors et les éperons. Enfin, il
+suffit de resserrer ce lacet pour réduire l'animal à l'immobilité,
+puisqu'on ne permet alors la détente d'aucun des ressorts de la
+machine.
+
+Plus tard, s'inspirant du cheval en liberté, qui, pour se mouvoir,
+commence par élever la tête et l'encolure afin d'alléger son
+avant-main, M. Baucher en est venu à sa seconde «manière».
+
+Dans cette deuxième manière, pour arriver à la légèreté
+absolue,--qui indique l'équilibre du premier genre,--il s'attaque
+directement au poids du cheval et en reporte une partie de devant
+en arrière. C'est la main qui est chargée de ce soin. A elle donc
+de rendre le cheval «léger», équilibré. Aux jambes de donner
+l'impulsion nécessaire. Dès lors l'animal n'est plus exposé à
+hésiter entre deux actions contraires. L'effet qui pousse et celui
+qui retient sont toujours distincts, et il n'y a plus de confusion
+possible entre les aides.
+
+La légèreté complète est obtenue quand l'action du mors ne
+rencontre jamais ni la résistance du poids, ni celle des forces.
+
+Dans l'application de «ses nouveaux moyens», comme dans le dressage
+par les anciens, M. Baucher habitue par une progression savante le
+cheval à supporter sans désordre le contact de l'éperon. C'est
+seulement lorsque l'animal ne s'effraie plus de l'appui de cette
+aide et que cet effet provoque à volonté une détente en avant
+calme, mais _certaine_, le cheval restant léger à la main, que le
+cavalier commence à être maître de sa monture et que les
+«barrières» dont nous avons parlé peuvent devenir une réalité.
+
+Dès les commencements du dressage, le cheval doit être habitué
+progressivement à se passer du secours des aides, une fois le
+mouvement demandé obtenu. Mais il faut que cet abandon n'altère en
+rien l'équilibre, c'est-à-dire que l'animal doit se soutenir de
+lui-même, continuer exactement son mouvement avec la même vitesse
+et la même cadence, et conserver toujours sa légèreté, ce dont le
+cavalier s'assure de temps en temps.
+
+Essayons maintenant de faire comprendre le parti que peut tirer un
+cavalier habile des nouveaux moyens «main sans jambes, jambes sans
+main» pour le départ au galop et le changement de pied, par
+exemple.
+
+Pour l'exécution de tout mouvement, il faut l'action et la
+position: l'action est le résultat de la force qui pousse; la
+position est la répartition normale du poids en raison du mouvement
+demandé. Si l'action et la position sont justes, le mouvement l'est
+également.
+
+Ce qui précède étant admis, examinons le départ du pas au galop par
+la main et supposons que le cheval ait l'action convenable; s'il
+possède l'équilibre du premier genre, la main n'aura qu'à donner la
+position, et le mouvement suivra.
+
+Si l'équilibre n'est pas parfait, des résistances de poids ou de
+forces se manifesteront. La main les rencontrera après avoir senti,
+comme toujours, la bouche de l'animal, et elle les fera cesser par
+des demi-arrêts ou des vibrations, selon le cas.
+
+Dès que le cavalier sentira l'action diminuée, ou si au début elle
+n'est pas suffisante, ce sera, bien entendu, à ses jambes,
+employées sans opposition de main, à la rétablir. Alors viendra
+encore le tour de cette dernière aide pour donner seule la
+position.
+
+Aussitôt le mouvement obtenu, il faudra dans tous les cas relâcher
+entièrement les rênes; c'est la seule manière de se rendre un
+compte exact de l'équilibre du cheval.
+
+Quand le départ au galop ainsi demandé sera facile, on apprendra au
+cheval à s'enlever à cette allure par les aides inférieures seules.
+
+Ici le rôle des jambes est assez difficile. Elles doivent donner la
+position sans augmenter l'action d'une façon appréciable. Dans le
+départ à droite, par exemple, la jambe gauche se glissera un peu en
+arrière par une pression lente et finement graduée; l'autre agira
+plus en avant par de petits coups de mollet délicatement répétés à
+de courts intervalles.
+
+Si, à l'approche des mollets, le cheval part au trot, les jambes se
+relâcheront, et la main rétablira l'équilibre en luttant contre le
+poids ou les forces. Puis on recommencera à donner la position par
+les jambes seules, et on continuera ces exercices jusqu'à ce que
+les enlevers au galop s'obtiennent facilement. On les alternera
+alors avec les départs par la main.
+
+On fera ensuite passer plusieurs fois le cheval du pas au trot. La
+main s'abaissera et les jambes agiront sans opposition par une
+pression simultanée, habilement graduée, et bien équivalente à
+droite et à gauche. Si le départ au trot est mauvais, il faudra
+arrêter, décontracter, et recommencer.
+
+Passons maintenant au changement de pied par la main, et supposons
+que le cheval ait l'action nécessaire. Les jambes n'auront rien à
+faire. Elles pourraient en agissant provoquer des contractions,
+augmenter inutilement l'action déjà suffisante et amener du poids
+sur le devant. La main serait alors forcée de corriger les fautes
+des jambes, ce qu'il faut éviter le plus possible.
+
+Si le cheval possède l'équilibre du premier genre, la main
+inversera la répartition du poids, et le changement de pied sera
+obtenu.
+
+Si l'équilibre n'est pas parfait, la main rencontrera des
+résistances de poids ou de forces qu'elle vaincra par les moyens
+connus, mais en s'efforçant de ne pas prendre sur l'action pour ne
+pas obliger les jambes à la rétablir.
+
+Enfin, si le cheval au changement de position se précipite en
+avant, on _décomposera_ le mouvement, c'est-à-dire qu'on arrêtera
+et qu'on décontractera complétement avant de repartir.
+
+Le calme et l'action rétablis, la main cherchera de nouveau à
+donner la position.
+
+De même que pour le départ au galop sans jambes, la main
+abandonnera complétement les rênes aussitôt le mouvement obtenu. On
+verra ainsi exactement où en est l'équilibre. Il est inutile
+d'ajouter que, dès que ce dernier sera altéré, la main devra le
+rétablir.
+
+On apprendra ensuite au cheval à changer de pied sans le secours de
+la main.
+
+Le mors n'aura plus aucune action sur la bouche, et pour passer du
+pied gauche au pied droit, par exemple, la jambe gauche se glissera
+un peu plus en arrière que la droite pendant que celle-ci agira par
+de petits coups de mollet.
+
+Il est impossible du reste de déterminer d'une manière absolue
+l'usage exact de l'une ou de l'autre. C'est au tact à suppléer à la
+théorie pour indiquer instantanément au cavalier comment il devra
+employer ses jambes suivant les mille cas particuliers qui pourront
+se présenter.
+
+La difficulté consiste à inverser le poids sans augmenter l'action
+d'une manière sensible.
+
+Si les premières fois l'allure augmente, les jambes cesseront
+d'agir, et la main rétablira l'équilibre avant qu'elles
+recommencent à demander seules le changement de position.
+
+Puis quand le mouvement s'obtiendra facilement de cette façon, on
+le demandera alternativement par la main et par les jambes..........
+
+ * * * * *
+
+Disons, avant de terminer, que les recommandations suivantes nous
+semblent devoir être faites dans l'emploi des «nouveaux moyens:»
+
+1º Recherche et conservation constantes de la _légèreté_ complète,
+le cheval toujours maintenu absolument _droit_ tant que le
+mouvement ne s'y oppose pas.
+
+2º _Dès le début_ du dressage, «mettre le cheval à l'éperon» et ne
+quitter cette leçon que lorsque l'animal l'a parfaitement comprise.
+
+3º _Dès_ que l'encolure et la tête _se soutiennent_ bien, chercher
+le _ramener complet_ à toutes les allures.
+
+4º Arriver à produire _facilement_ par l'emploi _alterné_ des aides
+inférieures et des aides supérieures, tous les degrés de
+_rassembler_, de concentration, dont on peut avoir besoin par le
+genre de service auquel est destiné le cheval en dressage.
+
+ BARON FAVEROT DE KERBRECH.
+
+ * * * * *
+
+Les quatre autres mémoires traitaient le même sujet. Ne pouvant les
+rapporter tous et afin d'éviter les redites, je me borne à citer
+ici textuellement la partie didactique de celui de M. d'Estienne,
+qui, tout en exposant les nouveaux moyens, les a présentés sous des
+formes quelquefois un peu différentes qui contribuent encore à en
+faire comprendre la justesse.
+
+
+
+
+TRAVAIL AU GALOP SUR LA LIGNE DROITE D'APRÈS LES NOUVEAUX MOYENS.
+
+
+«Les premières résistances du cheval vaincues, on l'embarque sur le
+pied droit, par exemple, avec la rêne ou la jambe droites: on
+emploie ce moyen le plus promptement possible.
+
+Dès que les départs s'obtiennent de la sorte avec facilité, on se
+sert alternativement de la bride et du filet. Ces changements de
+rênes se font d'abord rapidement, ayant soin toutefois de reprendre
+les rênes sans à-coup, sans surprise pour le cheval. S'il vient à
+se contracter; s'il allonge son allure, il faut l'arrêter, le
+décontracter, et repartir. Quand on fait passer le cheval au pas,
+on cherche sa légèreté, soit par la flexion directe, soit par des
+demi-flexions à droite et à gauche.
+
+On arrive ainsi à changer de rênes lentement, sans que le cheval
+ralentisse son allure, sans qu'il l'allonge.
+
+On l'exerce également peu à peu à s'enlever, en diminuant l'effet
+des jambes, et en multipliant les changements de rênes.
+
+Quand le cheval part facilement à la même main, sur les deux pieds,
+ce qui revient à dire qu'il déplace facilement le poids de droite à
+gauche, et de gauche à droite, on arrive tout naturellement aux
+changements de pied. Cependant il faut les commencer avec la rêne
+ou la jambe opposées. Ainsi, un cheval galopant sur le pied droit,
+pour changer de pied, il faut se servir de la rêne ou de la jambe
+droites, ayant bien soin d'arriver le plus vite possible au
+changement de pied avec la rêne ou la jambe gauches.
+
+ En résumé:
+
+1º Départ avec rêne ou jambe opposées;
+
+2º Départ avec rêne ou jambe directes;
+
+3º Changement de pied avec rêne ou jambe opposées;
+
+4º Changement de pied avec rêne ou jambe directes.
+
+Ici s'arrête la première partie du dressage qui donne déjà
+l'équilibre du deuxième genre.
+
+Quand le cheval est arrivé à ce degré d'instruction, on l'exerce à
+s'enlever au galop avec les mains, sans aucun emploi de jambes. A
+cet effet on lui marque autant de demi-arrêts qu'il est nécessaire.
+S'il se ralentit, ce qui indique que la main a pris sur le
+mouvement, il faut cesser l'effet des mains, porter le cheval en
+avant avec les jambes, et le remettre dans son aplomb au pas,
+avant de chercher à l'enlever de nouveau. On arrive ainsi
+très-rapidement à galoper sur le pied droit avec la rêne droite,
+sur le pied gauche avec la rêne gauche. Alterner les rênes
+très-fréquemment.
+
+On passe ensuite aux changements de pied avec la main seulement.
+Avant de marquer le demi-arrêt au moyen duquel on l'obtient, il
+faut sentir la bouche. Si ce demi-arrêt ne suffit pas, il faut en
+marquer deux, trois, dix, coup sur coup, jusqu'à ce que le
+changement de pied ait eu lieu et rendre dès qu'il est exécuté. On
+comprend combien cette manière de faire est admirable pour arriver
+à une exécution parfaite. En effet, une fois l'impulsion donnée,
+quel peut être le rôle des jambes? Elles ne servent qu'à traverser
+le cheval, à porter davantage le poids en avant, surcroît de poids
+que la main doit détruire. Au contraire, en se servant de la main
+seule, on change la position, et le changement de pied se fait tout
+naturellement. S'il y a ralentissement dans le mouvement, se servir
+des jambes ou de l'éperon pour l'accélérer; puis revenir au
+demi-arrêt sans jambes pour le changement de pied. Il faut dans ce
+mouvement, comme dans le précédent, alterner l'emploi des rênes.
+
+On exerce ensuite le cheval à partir au galop avec les jambes
+seulement: la main tient les rênes par leur extrémité. Le cheval
+bourre-t-il sur la main, prend-il le trot? le poids est en avant;
+il faut alors marquer un demi-arrêt, et recommencer le départ,
+après avoir décontracté le cheval.
+
+Arrivé à ce degré d'instruction, on alterne les départs au galop
+avec les mains et avec les jambes. On multiplie les descentes de
+mains.
+
+On fait de même après chaque changement de pied, ayant soin de
+reprendre les rênes immédiatement pour faire un nouveau changement
+de pied, et ainsi de suite.
+
+Enfin, on passe aux changements de pied avec les jambes seules: on
+tient les rênes demi-flottantes.
+
+Dans tous ces mouvements, les rênes sont d'autant plus flottantes
+que l'éducation du cheval est plus avancée; et l'on arrive ainsi à
+les exécuter, les rênes sur l'encolure, sans que le cheval augmente
+en rien son allure.
+
+ Donc, en résumé:
+
+1º Départ au galop avec la main seule;
+
+2º Changement de pied avec la main seule;
+
+3º Départ au galop avec les jambes seules;
+
+4º Départ au galop avec la main et les jambes alternativement:
+descentes de main;
+
+5º Changement de pied, suivi d'une descente de main;
+
+6º Changement de pied, avec les jambes seules.
+
+C'est seulement alors, quand tous ces mouvements s'exécutent
+facilement, sans augmentation ni ralentissement d'allure, que l'on
+a un cheval dans un équilibre de premier genre.
+
+Comment assez admirer ici toute la beauté de ces nouveaux
+principes, qui, joignant à leur simplicité la puissance de leur
+action, rendent le cheval souple, élégant, et assurent sa durée.»
+
+ D'ESTIENNE.
+
+ Paris, le 20 mars 1864.
+
+
+
+
+PROGRESSION DU DRESSAGE.
+
+
+_Travail avec la cravache._
+
+ A PIED.
+
+Faire venir le cheval à l'homme.
+
+Faire reculer le cheval, l'encolure élevée, le cavalier tenant dans
+chaque main une rêne du filet, les bras élevés de toute leur
+extension. (Voir la planche nº 16.) Le cavalier commencera à
+combattre les résistances du poids et de la force, par les
+demi-temps d'arrêt successifs et les vibrations répétées. Cette
+position élevée de l'encolure, obtenue par une force de bas en
+haut, prévient l'acculement en reportant en arrière le poids dans
+la limite du mouvement rétrograde.
+
+[Illustration: Planche 16.]
+
+On ne fera reculer le cheval qu'un pas, en le conservant aussi
+droit que possible d'épaules et de hanches. On comprend que la
+moindre déviation de la croupe serait un obstacle à cette juste
+translation du poids: aussi doit-on avoir le plus grand soin de ne
+recommencer un deuxième pas en arrière qu'après avoir replacé le
+cheval parfaitement droit, afin d'éviter les résistances qui
+l'empêchent de comprendre les intentions du cavalier. Ce travail du
+reculer fait pas à pas, chaque pas suivi d'un moment d'arrêt qui
+permet la cessation de toute contraction musculaire autre que celle
+qui sert à la station, sera alterné avec celui de deux pistes à
+droite et à gauche, avec les pirouettes renversées et ordinaires,
+en ayant soin de ne demander qu'un pas au cheval et de l'arrêter
+dès qu'il a achevé ce pas. L'essentiel, c'est que les parties qui
+doivent être _momentanément immobilisées, ne se mobilisent pas_
+(pirouettes), et que la translation du poids ait lieu selon les
+lois de l'équilibre et l'harmonie du mouvement. (Reculer et travail
+sur les hanches.)
+
+On passera ensuite aux flexions, avec le filet d'abord et la bride
+ensuite, en insistant sur la flexion directe et demi-latérale de la
+mâchoire. Le cavalier se place, en face du cheval et lui élève la
+tête avec les deux rênes du filet séparées et tenues à douze
+centimètres des anneaux, pour faire céder (point essentiel) la
+mâchoire avant la tête. Cette même flexion se fera ensuite avec le
+mors, le cavalier tenant dans chaque main une branche du mors pour
+lever la tête du cheval et obtenir le même effet.
+
+Le cheval qui a cédé à l'action plus directe du filet, pourra, les
+premières fois, résister à l'action du mors à cause de l'obstacle
+apporté par la gourmette; on reviendra au filet, pour reprendre de
+nouveau le mors, et dès que le cheval y répondra comme au filet, ce
+sera la preuve évidente qu'il a bien compris les intentions de son
+maître.
+
+_Remarque._ La flexion directe et semi-latérale de la mâchoire,
+avec le soutien de l'encolure et l'élévation de la tête, a détruit
+les résistances que la mâchoire pourrait présenter dans n'importe
+quelle position. La flexion latérale de l'encolure détruit les
+résistances provenant de la contraction des muscles de l'encolure.
+Ce travail préparatoire durera quatre jours, pour rendre le cheval
+familier à l'homme, sage au montoir, et lui faire apprécier la
+domination de l'homme.
+
+Les chevaux de troupe peuvent être exercés à ce travail à pied,
+pendant huit ou dix jours, au commencement de chaque leçon. Ce
+travail rend l'obéissance du cheval plus facile et établit des
+rapports d'intimité entre lui et son cavalier. L'instructeur,
+enchanté des progrès de sa monture, devient plus indulgent et
+traite son cheval avec plus de douceur.
+
+
+A CHEVAL.
+
+ EN PLACE.
+
+Avec les rênes du filet séparées, élever l'encolure et ne rendre
+qu'après cession de la mâchoire. Éviter l'acculement; s'il y a
+résistance, agir par demi-temps d'arrêts successifs et vibrations
+répétées. _Règles générales._ Dès les premières leçons, le cavalier
+se servira de ces nouveaux effets de main pour détruire toutes les
+résistances du poids ou de la force, toutes les fois qu'elles se
+présenteront.
+
+Répéter les flexions latérales et semi-latérales de l'encolure,
+comme à pied. Dès que le cavalier a obtenu un commencement de
+soutien de l'encolure et de mobilité de la mâchoire, il mettra son
+cheval au pas et le travaillera à main droite et à main gauche
+(s'il est dans un manége) sur les lignes droites et circulaires, en
+recherchant la légèreté et en employant les nouveaux effets de main
+pour détruire toute résistance du poids ou de la force: éviter
+l'emploi simultané des jambes et de la main.
+
+Il procédera à cheval comme il a agi à pied, c'est-à-dire, qu'il
+marchera un pas ou deux, et qu'il arrêtera en ne rendant de la main
+qu'après avoir obtenu la mobilité de la mâchoire: _descente de
+main, et repos pour le cheval_. Il reprendra les rênes, demandera
+de nouveau la légèreté et portera le cheval un pas ou deux en
+avant, pour l'arrêter et suivre la même gradation. Il alternera ce
+travail au pas, ainsi gradué, avec le reculer, les pirouettes, le
+travail sur les hanches. L'importance de décomposer chaque
+mouvement est tellement grande et produit des résultats tellement
+extraordinaires, que je ne crains pas de me répéter, et d'engager
+tous les cavaliers intelligents à suivre exactement cette
+gradation: 1º rechercher si le cheval est léger ou présente une
+résistance à la main; 2º la détruire de suite par les demi-temps
+d'arrêt et les vibrations, selon la nature des résistances, obtenir
+la mobilité de la mâchoire, et porter le cheval un pas ou deux en
+avant, en combattant de suite toute résistance par les nouveaux
+moyens; arrêter le cheval et ne lui rendre de la main que lorsqu'il
+est léger, le garder calme, immobile en place, pendant une
+demi-minute, et le reporter de nouveau au pas, après s'être assuré
+de la mobilité de la mâchoire.
+
+De même pour le reculer, les pirouettes renversées et ordinaires,
+et le travail de deux pistes, ne demander qu'un pas, arrêter,
+redonner la position ou la légèreté, et laisser le cheval calme en
+repos quelques instants, pour continuer en suivant toujours la même
+gradation. Ces moments de repos, répétés avec cette scrupuleuse
+attention, produisent des résultats qui surprendront le cavalier.
+La contraction musculaire cesse d'être en jeu, le cheval éprouve
+du bien-être, réfléchit, et reprend son travail sans fatigue. De
+plus, par le calme de ce travail ainsi gradué, le cavalier grave
+dans l'intelligence du cheval l'idée de la supériorité morale de
+l'homme et assure ainsi sa domination sur sa monture, tout en lui
+rendant l'obéissance plus facile. Pour arrêter son cheval le
+cavalier se servira d'abord des effets d'ensemble (opposition
+graduée de jambes et de main); mais bientôt la main suffira pour
+arrêter le cheval droit d'épaules et de hanches.
+
+Puisque l'action combinée des jambes et de la main _immobilise_ le
+cheval, on comprend par cela même que lorsqu'il s'agit de
+_mouvement_, on ne doit pas employer les mêmes moyens.
+
+Le cavalier mettra ensuite son cheval au trot, et l'arrêtera après
+quelques foulées, en suivant la même gradation qu'au pas;
+c'est-à-dire qu'il lui donnera la _position_ ou la légèreté
+(mobilité de la mâchoire) avant de partir au trot; pendant ces
+quelques foulées, il combattra les moindres résistances en se
+servant des nouveaux effets de main, et en arrêtant son cheval, il
+lui demandera de nouveau la mobilité de la mâchoire, en le
+maintenant quelques instants calme et immobile. Il continuera
+pendant quelques minutes le travail au trot, sur les lignes droites
+et circulaires, en suivant la même gradation qu'au pas,
+c'est-à-dire, en faisant toujours succéder le repos au travail,
+dans une mesure plus ou moins égale.
+
+Le cavalier essayera ensuite en place quelques apparences de
+mobilité des extrémités, pour préparer les premiers temps du
+rassembler, et il terminera la leçon par quelques départs au galop,
+sur les deux pieds, en _suivant toujours la même gradation_ qu'au
+pas et au trot.
+
+Le cavalier aura soin d'employer le maniement des rênes, tel que je
+l'ai indiqué au chapitre des nouveaux effets de main, c'est-à-dire,
+d'alterner le jeu des rênes du filet et des rênes de bride, pour
+habituer le cheval à conserver DE LUI-MÊME son équilibre et sa
+bonne position.
+
+Ici se place une observation très-importante.
+
+En se servant, au galop, de la rêne _directe_, rêne droite, si le
+cheval galope sur le pied droit, et rêne gauche, si le cheval
+galope sur le pied gauche, pour détruire les résistances, par
+demi-arrêts ou vibrations, le cavalier obtient de suite une grande
+légèreté, conserve son cheval droit, et rend les départs et par
+conséquent les changements de pied d'une très-grande facilité.
+
+Tout ce travail doit se faire sans aucune fatigue pour le cheval,
+et dès le début les efforts du cavalier doivent tendre à obtenir
+l'équilibre parfait ou la légèreté constante: aussi devra-t-il
+demander au cheval la mobilité moelleuse de la mâchoire avant de
+le mettre en mouvement: il est sûr alors que la machine est prête à
+fonctionner. On comprend les progrès extrêmement rapides que cette
+gradation amènera dans l'éducation du cheval.
+
+Le professeur initie dès les premiers pas son élève à toutes les
+difficultés de la route qu'il doit parcourir, en lui donnant les
+moyens de les vaincre, et en corrigeant immédiatement les moindres
+fautes que le cheval peut commettre par ignorance. Aussi, deux mois
+de cette éducation raisonnée ne se seront pas écoulés que le
+cavalier intelligent jouira d'un résultat qu'il n'aurait jamais pu
+obtenir, s'il n'avait pas donné à son cheval l'équilibre du premier
+genre ou cette légèreté parfaite et constante qui permet à l'animal
+d'exécuter avec la plus grande facilité tous les mouvements
+demandés, sans l'ombre d'une résistance, parce qu'il apprécie
+immédiatement les moindres effets de la main ou des jambes du
+cavalier. Le maître commande, et le serviteur obéit.
+
+Quand un cheval, par l'application de tous les principes enseignés
+dans cette dernière édition, a été amené à l'équilibre du premier
+genre, toutes les résistances ayant disparu, les moyens doux
+doivent seuls être employés. La main agira par une force lente,
+délicate et finement graduée.
+
+J'ai dit ce que je crois être la vérité équestre. Je pense être
+utile aux cavaliers intelligents et sérieux, en leur recommandant
+de suivre la progression que je viens d'indiquer. Je me permets de
+leur donner un conseil d'ami, et j'ose dire, d'un vieil ami, en
+leur disant: rejetez mes principes, s'ils ne vous conviennent pas;
+mais si vous y reconnaissez la vérité en équitation, acceptez-les
+en entier, ne les mutilez pas, et rappelez-vous que l'auteur qui a
+étudié pendant quarante ans, connaît assez l'oeuvre de toute sa vie
+pour apprécier l'importance de toutes ses parties.
+
+ * * * * *
+
+L'armée, comme je l'ai dit souvent, a toujours eu et aura toujours
+mes sympathies. Le rêve de toute ma vie a été de rendre ses
+cavaliers d'abord, ses écuyers ensuite, les meilleurs de l'Europe.
+Je ne crois pas que Dieu me permette d'en voir la réalisation; mais
+j'ai confiance. Je sais que la vérité fait son chemin lentement et
+qu'elle finit toujours par percer.
+
+Pourquoi ne le dirais-je pas? C'est la consolation de mes vieux
+jours de voir bien des hauts personnages, des généraux éclairés
+rendre justice à mes principes. Chaque fois que le nom d'une
+célébrité équestre de l'armée arrive à mes oreilles, je consulte
+mes souvenirs, et c'est bien souvent, j'allais dire presque
+toujours, celui d'un de mes élèves ou du moins d'un partisan de ma
+méthode. Ce sont eux que je vois diriger l'enseignement de
+l'équitation dans les écoles du Gouvernement. Au moment où j'écris,
+j'apprends avec plaisir que le commandement du manége de Saumur
+vient d'être donné à M. le chef d'escadrons L'hotte[13], qui m'a
+fait, pendant douze ans, l'honneur de me demander mes conseils et
+dont la réputation comme écuyer ne peut craindre, avec raison, le
+rapprochement d'aucune autre.
+
+ [13] Aujourd'hui colonel du 18e dragons.
+
+
+
+
+CONCLUSION
+
+
+Le goût de l'équitation se perd, tout le monde le reconnaît, et
+chacun donne son opinion. Les uns attribuent la décadence de l'art
+à l'engouement de la jeunesse pour les courses; ils voient dans le
+turf une succursale de la Bourse, et regrettent que le Gouvernement
+favorise cet entraînement, au lieu de laisser à l'industrie privée
+le soin de payer ses passe-temps. Ils disent que les parieurs sur
+les chevaux de courses n'ont pas le droit de réclamer des primes
+gouvernementales, plus que les parieurs sur le trois-six, le colza
+ou la betterave. Les autres pensent que l'enseignement routinier
+des manéges a fait son temps, et qu'à notre époque de vapeur,
+d'électricité, où tout se perfectionne, l'équitation doit suivre
+aussi la loi du progrès. Je partage cette manière de voir, et
+j'apporte comme témoignage les travaux de toute ma vie.
+
+Qu'il me soit permis de rappeler les innovations que j'ai
+introduites dans la science et l'art de l'équitation:
+
+Les exercices de kinésie pour donner en quelques semaines une tenue
+ferme, gracieuse, solide, à quiconque n'aurait jamais enfourché un
+cheval.
+
+Les moyens d'assouplir la mâchoire, l'encolure, les reins, la
+croupe de tous les chevaux;
+
+De les rendre tous légers à la main, aux trois allures.
+
+De leur donner à tous un pas régulier;
+
+Un trot uni, étendu ou cadencé;
+
+Un reculer aussi facile que la marche en avant;
+
+Un galop facile.
+
+Changement de pied du tact au tact, aux deux temps, à chaque temps.
+
+Le rassembler dans tous ses degrés.
+
+Les trois genres de piaffer.
+
+Le temps d'arrêt au galop, par l'éperon.
+
+Faire venir le cheval à l'homme et le rendre sage au montoir.
+
+La translation du poids par les forces instinctives.
+
+1º Distinction entre les forces instinctives du cheval et les
+forces communiquées;
+
+2º Explication de l'influence d'une mauvaise construction sur les
+résistances des chevaux;
+
+3º Effet des mauvaises constructions sur la mâchoire, l'encolure
+et la croupe, principaux foyers de résistance;
+
+4º Moyens de remédier à ces inconvénients, par les assouplissements
+des deux extrémités et de tout le corps du cheval;
+
+5º Annulation des forces instinctives du cheval pour leur
+substituer les forces transmises par le cavalier, et donner de
+l'aisance et du brillant à l'animal le plus disgracieux;
+
+6º Égalité de sensibilité de bouche chez tous les chevaux; adoption
+d'un genre de mors uniforme;
+
+7º Moyens d'habituer tous les chevaux à supporter également
+l'éperon;
+
+8º Tous les chevaux peuvent se ramener et acquérir la même
+légèreté;
+
+9º Moyen d'établir chez un cheval mal constitué un équilibre aussi
+facile que celui des plus belles organisations;
+
+10º Le cavalier donne la position, et le cheval exécute le
+mouvement;
+
+11º Des causes qui font que des chevaux non tarés ont souvent des
+allures défectueuses: moyens d'y remédier en quelques leçons;
+
+12º Changement de direction par de nouveaux effets de main et de
+jambes;
+
+13º Distinction entre le reculer et l'acculement; de l'effet utile
+du premier dans l'éducation du cheval; des inconvénients du second.
+
+14º Des attaques employées comme moyen d'éducation;
+
+15º Tous les chevaux peuvent piaffer; moyens de rendre ce mouvement
+lent ou précipité;
+
+16º Définition du vrai rassembler; moyens de l'obtenir; de son
+utilité pour la grâce et la régularité des mouvements compliqués;
+
+17º Moyen d'amener tous les chevaux à projeter franchement au trot
+leurs jambes en avant;
+
+18º Moyens raisonnés pour mettre le cheval au galop;
+
+19º Temps d'arrêt au galop, les jambes ou l'éperon précédant la
+main;
+
+20º Force graduée, basée sur les résistances du cheval, le cavalier
+ne devant céder qu'après les avoir _annulées_;
+
+21º Éducation partielle du cheval, ou moyen d'exercer ses forces
+séparément;
+
+22º Éducation complète des chevaux d'une conformation
+très-ordinaire en moins de trois mois;
+
+23º Seize nouvelles figures de manége propres à donner le fini à
+l'éducation du cheval et à perfectionner le sentiment du
+cavalier[14];
+
+24º Nouvel effet de chambrière;
+
+25º Nouvel effet de main;
+
+26º Nouvel effet de jambes;
+
+27º Nouveaux effets de main et de jambes combinés;
+
+28º Descentes de main;
+
+29º Descentes de jambes;
+
+30º Descentes de main et de jambes simultanées.
+
+ [14] J'ai eu aussi le premier l'idée de faire exécuter, même par
+ des dames, les grandes difficultés de l'équitation; le public en
+ a été témoin. Tout le monde a pu admirer Mmes Caroline Loyau,
+ Pauline Cuzent, Mathilde et Maria d'Embrun.
+
+ * * * * *
+
+Il est bien entendu que tous les détails d'application qui se
+rattachent à ces innovations sont nouveaux comme elles et
+m'appartiennent également.
+
+Mais on se tromperait grossièrement si l'on voulait chercher
+le but de ma méthode dans ces fioritures équestres, destinées
+principalement à récréer le public.
+
+Ces fioritures servaient à reposer le cheval, en faisant succéder à
+des exercices de haute école, des mouvements légers, gracieux,
+très-faciles pour le cheval équilibré.
+
+Ma méthode s'adresse aux vrais amateurs, aux officiers de
+cavalerie, aux écuyers, à tous ceux qui veulent tirer le meilleur
+parti des chevaux, quelle que soit leur conformation.
+
+L'équilibre, c'est le but que l'on doit se proposer, et la légèreté
+est la récompense du travail.
+
+
+
+
+NOUVEAU
+
+TRAVAIL RAISONNÉ
+
+AVEC LE CAVEÇON.
+
+
+Encore un progrès nouveau que je dois à la pratique et que je me
+hâte de porter à la connaissance du public. D'un instrument employé
+jusqu'ici comme moyen de coercition, comme une espèce de collier de
+force, je suis parvenu à faire un instrument puissant d'éducation.
+Je veux parler du caveçon. Je m'en sers pour développer le
+sentiment équestre de l'élève.
+
+A cet effet, je fais mettre le caveçon au cheval monté, et je fais
+suivre à l'élève toute la progression, en commençant par le travail
+en place, au pas, au trot, au galop et de deux pistes. Mon but est
+de faire SENTIR à l'élève les fautes qu'il a commises ou qu'il
+commet. Je m'explique. Je tiens la longe horizontalement, à 1 mètre
+de distance, et je dis à l'élève d'élever les poignets pour
+décontracter les muscles de l'encolure; je fais, en même temps, une
+opposition attractive. Deux causes peuvent faire revenir le cheval
+sur lui: les mauvaises contractions de l'encolure, ou un faux effet
+de main du cavalier. J'ai soin, par une traction horizontale,
+d'empêcher l'acculement du cheval, et je fais observer à l'élève
+qu'il aurait dû, dans le premier cas, agir par pression des jambes
+sans main; dans le deuxième, qu'il a eu trop de main.--J'ai prévenu
+l'effet de l'acculement, par la traction horizontale de la longe,
+j'ai donc empêché le cheval de percevoir la faute commise par le
+cavalier, auquel, cependant, j'ai pu la faire remarquer, sans
+inconvénient pour l'éducation du cheval.--De temps en temps, je
+laisse la faute produire ses conséquences inévitables, la perte de
+la légèreté, la modification de l'équilibre, en un mot,
+l'acculement. Je dis à l'élève de n'agir ni par les jambes ni par
+la main, et de se contenter de sentir ce qui va se passer _sous
+lui_. Je rétablis l'équilibre par une traction horizontale du
+caveçon, et je répare la faute commise par l'élève.
+
+Les professeurs, les officiers de cavalerie, comprendront par ce
+qui précède de quelle importance peut être ce nouveau travail avec
+le caveçon, pour aider au progrès du cavalier et accélérer
+l'éducation du cheval.--Je dis ce qu'il faut faire, mais ce n'est
+que sous la direction d'un habile professeur élevé à mon école que
+l'élève pourra apprendre à se servir avec justesse du caveçon,
+comme je le comprends.--Je fais répéter le même travail en cercle
+(le professeur tiendra la longe à 2 ou 3 mètres de distance), au
+pas, au trot, au galop, en recommandant à l'élève de ne chercher
+qu'une seule chose, la légèreté.--Or, nos lecteurs doivent savoir
+aujourd'hui que la légèreté suppose l'équilibre du poids préparé
+par l'harmonie des forces.--Et pour tout résumer en quelques mots,
+disons: «HARMONIE DES FORCES produite, à l'aide du caveçon, par
+la détente des muscles de l'encolure, ÉQUILIBRE DU POIDS,
+CONCENTRATION DE LA FORCE HARMONISÉE.» Là est toute l'équitation,
+et tout ce que l'on pourrait dire en plus ressemblerait à ces bois
+flottants dont parlait le fabuliste.
+
+
+
+
+EXAMEN RÉTROSPECTIF
+
+
+La vérité n'est pas sortie tout armée de mon cerveau, et il m'a
+fallu quarante ans de travail, de recherches et de méditations pour
+perfectionner la méthode telle qu'elle est aujourd'hui. J'avais, je
+l'ai déjà dit, étudié tous les auteurs qui ont écrit sur
+l'équitation, et j'avais retiré de mes lectures la conviction que
+la science équestre n'existait pas, qu'elle était à créer. Comme
+tout le monde, j'étais imbu des préjugés que l'ignorance
+traditionnelle avait fait accepter comme des vérités. Je croyais
+aux barres dures, à l'influence de leur épaisseur sur la
+sensibilité de la bouche du cheval, et je me livrai à une foule
+d'expériences pour découvrir un mors assez puissant pour combattre
+cette prétendue insensibilité des barres.
+
+J'étais au Havre, et je revenais, un jour de la foire aux chevaux,
+avec un cheval que j'avais payé 300 francs. Mon examen rapide avait
+embrassé l'ensemble de l'animal; de retour au manége, j'examinai
+attentivement la bouche de mon cheval, et je reconnus avec
+tristesse que l'épaisseur des barres expliquait l'énorme résistance
+qu'il opposait à l'action du mors. Je lui appliquai tour à tour les
+freins les plus puissants, et la bouche demeurait insensible.
+Pouvait-il en être autrement eu égard à sa conformation?
+
+Un jour, je me le rappelle, je montais Bienfaisant, que la douceur
+de son caractère m'avait fait nommer ainsi, et je venais de
+m'arrêter dans le manége. Je réfléchissais, et pendant que mon
+esprit travaillait, ma main était demeurée fixe. Tout à coup je
+sens Bienfaisant léger; Bienfaisant a rendu, Bienfaisant ne résiste
+plus! Que s'est-il donc passé? Comme il n'y a pas d'effet sans
+cause, je reconnus que la fixité de ma main avait déterminé la
+cession du cheval, et j'acquis ainsi la preuve que la bouche
+n'était pour rien dans les résistances, et qu'elles provenaient des
+contractions de l'encolure, car je n'avais pas modifié les
+conditions anatomiques des barres, je n'avais pas diminué leur
+épaisseur. Tel fut le début de la méthode. Bienfaisant m'avait
+appris qu'il n'y a pas de bouches dures, de barres insensibles.
+
+J'expérimentai sur cent chevaux, et la pratique vint confirmer
+chaque fois la vérité de cette découverte. «Il n'y a pas de bouches
+dures, il y a des chevaux lourds à la main dans le principe, que
+l'on rend facilement légers.»
+
+Qu'il me soit permis de relater une anecdote qui trouve ici sa
+place.
+
+Vingt ans plus tard, après que la méthode eut été adoptée par S. A.
+R. le duc d'Orléans en présence de son frère le duc de Nemours, des
+membres du Comité de cavalerie, et d'un grand nombre de généraux,
+un de ces derniers, le général X..., me demanda d'examiner la
+bouche de son cheval, se plaignant de l'insensibilité des barres.
+Je regardai de suite les reins, la croupe, les jarrets de l'animal.
+«Pardon, me dit le général, c'est de la bouche du cheval que je
+parle.--Je comprends parfaitement, général.--Mais je ne vous
+comprends pas,» me répliqua-t-il. J'expliquai alors au général que
+la bouche était à tort accusée d'un défaut qui venait de la
+mauvaise conformation du cheval. C'était un homme intelligent, et
+il comprit.
+
+Bienfaisant m'avait appris que la mauvaise position de la tête et
+de l'encolure était la cause des résistances de la mâchoire. Mais
+comment obtenir cette bonne position? Parmi tous ces mors quel
+était le meilleur? Dirai-je toutes les tentatives que je fis avec
+ces instruments de torture? Enfin, après nombre d'essais, après
+mille combinaisons, je me convainquis de cette nouvelle vérité que
+l'on pouvait, avec un mors doux, amener tous les chevaux à prendre
+une bonne position de tête, et j'adoptai le mors qui porte mon nom.
+Ce fut avec ce mors que je cherchai à donner à mes chevaux cette
+légèreté que je pressentais, et que le temps seul devait me
+permettre de rendre parfaite et constante.
+
+Ces deux premières découvertes me mirent sur la trace d'une
+troisième non moins importante. Je me demandai s'il n'en était pas
+de la sensibilité des flancs du cheval comme de ses barres, et
+j'arrivai à la même conclusion. Je me servais alors d'éperons
+pointus à cinq pointes, et je calmais les chevaux les plus
+irritables, au moyen des attaques appliquées à propos. Je pus alors
+formuler cette troisième vérité: «La sensibilité des flancs du
+cheval n'est pas inhérente à cette partie, elle dépend de
+l'irritabilité générale, du système nerveux, de la mauvaise
+conformation du cheval.» J'ai dit que les mauvaises contractions
+des muscles de l'encolure faisaient sentir leur effet sur la
+bouche, mais il fallait arriver à les détruire, afin de
+discipliner, en les harmonisant, ces cordes si impressionnables.
+C'est ce qui me donna l'idée des flexions de l'encolure, que je fis
+à pied, à cheval, au pas et au trot. J'obtins des effets de
+légèreté, des mouvements plus faciles; mais que j'étais loin de cet
+équilibre, de cette légèreté que j'obtiens aujourd'hui, en quelques
+heures, sur n'importe quel cheval! Si j'obtenais avec l'éperon
+pointu, le ramener, le rassembler, le piaffer et tous ces airs
+nouveaux que je fis produire à tous mes chevaux, dont je montai une
+vingtaine, en public, je ne pouvais me dissimuler que le résultat
+n'était pas le même chez tous mes élèves dont beaucoup faisaient
+défendre leurs chevaux. Il fallait éviter cet inconvénient, et je
+recherchai si en traitant les flancs avec la même douceur que
+j'apportais dans mes rapports avec la bouche, je n'arriverais pas
+au même résultat. J'essayai les éperons à molettes rondes, que
+j'adoptai définitivement après en avoir constaté les excellents
+résultats. C'était un progrès nouveau. Je le complétai en
+introduisant le travail à pied. En apprenant au cheval à venir à
+l'homme au contact de la cravache, je donnais au cavalier le
+premier sentiment de sa domination, et j'établissais des rapports
+plus directs entre le maître et le serviteur. Plus tard, je
+complétai le travail à pied par les flexions de croupes, d'épaules,
+par le reculer.
+
+Le progrès appelle le progrès. J'arrivai à substituer à mon mors un
+mors plus doux encore, à branches plus courtes, et dépourvu de
+gourmette, et comme ce nouveau mors permettait de nouveaux effets
+de main, je prescrivis l'action isolée des jambes et de la main.
+J'ai dit les raisons qui m'avaient fait introduire cette nouvelle
+formule. J'avais été témoin de tant de mécomptes essuyés par les
+cavaliers chez qui le mécanisme laissait à désirer, que je crus
+leur rendre un grand service en leur recommandant ma nouvelle
+formule: «Main sans jambes, jambes sans main.» En effet, à
+l'exception de mes élèves d'élite, presque tous se servaient de
+leurs jambes pour réparer les fautes de la main, et _vice versâ_.
+On comprend que l'action isolée de la main et des jambes devait
+prévenir cette contradiction dans les aides et accélérer
+l'éducation du cheval. Mais je voulais obtenir plus encore, et
+donner à la masse des cavaliers les moyens certains d'équilibrer
+facilement leurs chevaux. C'est à quoi je suis heureusement arrivé
+par l'emploi du bridon pour mors unique. Avec ce simple bridon
+j'obtiens, en quelques heures, des résultats plus satisfaisants,
+plus complets que je n'en ai jamais obtenu avec le mors de bride.
+Deux effets de main suffisent à détruire toutes les résistances de
+l'encolure, et à donner au cheval la belle position de la tête, qui
+rendra plus faciles les translations de poids utiles à tous les
+mouvements que le cavalier peut lui demander. Le premier effet a
+lieu par l'élévation des poignets, agissant par une force de bas en
+haut sur la commissure des lèvres, en donnant à l'encolure toute
+l'extension possible. Dès que le cheval cédera à l'action des rênes
+du bridon, dans cette position élevée, le cavalier abaissera les
+poignets, serrera énergiquement les doigts et attendra que la tête
+du cheval soit revenue dans la position verticale, en même temps
+que la mâchoire cédera moelleusement. Avec ces deux effets de main,
+employés seuls, ou simultanément avec le concours des jambes ou
+l'appui de l'éperon, le cavalier obtiendra de son cheval tout ce
+qu'un cavalier intelligent est en droit de lui demander, puisqu'il
+peut agir en haut, en bas, ou de côté, selon la force à combattre
+ou la position à donner à la tête du cheval.
+
+La cavalerie reconnaîtra les nombreux avantages que le bridon lui
+offre pour le dressage de ses chevaux, et peut-être arrivera-t-elle
+plus tard à employer, comme je le fais aujourd'hui, le bridon pour
+l'unique frein, pour le plus convenable à tous les besoins du
+service. Après avoir recommandé tour à tour l'emploi de la jambe
+opposée ou de la jambe directe, je suis arrivé à reconnaître que
+dès que le LE CHEVAL EST DROIT, la jambe directe doit être toujours
+employée pour DISPOSER la croupe. De cette manière j'évite l'espèce
+d'arc-boutant que les hanches opposaient aux épaules, dans les
+changements de direction, pirouettes, travail de deux pistes, et
+par la disposition de la croupe, je détermine nécessairement la
+direction des épaules. Avec le cheval droit et la disposition de la
+croupe, j'enlève au cheval le moindre prétexte à la résistance, je
+rends tous les mouvements faciles, gracieux, avec la mobilité
+moelleuse de la mâchoire!
+
+Je ne puis terminer cette revue rétrospective des progrès qu'a
+faits la méthode, sans me rappeler, avec un juste sentiment de
+satisfaction, que les meilleurs cavaliers de l'armée, que tous les
+officiers de cavalerie qui ont écrit sur l'équitation, tels que: le
+capitaine Raabe, le colonel Guérin, le capitaine Gerhardt, le
+lieutenant Wachter, sont mes élèves, et qu'en toutes circonstances
+ils ont eu le courage de leur opinion.
+
+
+
+
+CAVALERIE
+
+
+La méthode appartient surtout maintenant à la cavalerie; c'est à
+elle à la conserver, à la développer en l'appropriant à tous ses
+besoins. Dans le civil, à l'exception de quelques brillantes
+individualités, de quel résultat peut être la science équestre?
+Dans la cavalerie, au contraire, le cheval est votre outil, votre
+compagnon de gloire. Recherchez donc les moyens d'accroître votre
+domination sur le cheval, afin de parler plus facilement à son
+intelligence. N'oubliez pas que les cavaleries étrangères ont déjà
+profité de la méthode, et n'attendez pas que ces idées nouvelles
+vous arrivent plus tard du dehors, car votre patriotisme
+souffrirait de recevoir de l'étranger ce qu'un de vos compatriotes
+confie avec tant de bonheur à la cavalerie française!
+
+Puissent mes dernières innovations rendre la tâche plus facile et
+contribuer aux progrès de notre belle cavalerie! C'est le voeu d'un
+citoyen, ami de son pays, dont toutes les études n'ont eu qu'un
+but, le progrès de l'équitation.
+
+
+
+
+TABLE DES MATIÈRES
+
+
+ Pages.
+
+ Préface 1
+
+ Dernières innovations 5
+
+ Du cheval en liberté 6
+
+ Du sentiment 8
+
+ De la bouche du cheval 9
+
+ Le professeur 10
+
+ Résumé succinct des rapports officiels sur l'application
+ de ma Méthode dans l'armée 12
+
+ Nouveaux moyens de donner une bonne position au cavalier 18
+
+ De l'équilibre du cheval 30
+
+ De l'emploi raisonné des forces du cheval 34
+
+ Mobilisation du cheval par les forces instinctives 45
+
+ De l'assouplissement 50
+
+ De la bouche, du mors 54
+
+ Flexions de la mâchoire et de l'encolure 57
+
+ Effets de mains 67
+
+ Effets de jambes 74
+
+ Effets de main et de jambes 78
+
+ Assouplissement à cheval 83
+
+ Mobilisation de la croupe 87
+
+ Pirouettes 89
+
+ Effets d'ensemble 94
+
+ Eperon 97
+
+ Emploi par le cavalier des forces du cheval aux
+ différentes allures 100
+
+ Pas 102
+
+ Reculer 106
+
+ Travail sur les hanches 109
+
+ Trot 114
+
+ Descente de main, de jambes, de main et de jambes 117
+
+ Travail à la chambrière 120
+
+ Rassembler 123
+
+ Galop 129
+
+ Saut de fossé et de barrière 132
+
+ Piaffer 136
+
+ Éducation du cheval; gradation du travail 141
+
+ Ma Méthode hors du manége 146
+
+ Application de la Méthode au travail des chevaux
+ Partisan, Capitaine, Neptune, Buridan 150
+
+ Exposition succincte de la Méthode par demandes et par
+ réponses 160
+
+ Nouveaux moyens équestres 173
+
+ Équilibre du premier genre 175
+
+ Main sans jambes 178
+
+ Jambes sans main 178
+
+ Trois nouveaux effets de main 181
+
+ 1º Pour rétablir l'équilibre 181
+
+ 2º Pour rétablir l'harmonie des forces 181
+
+ 3º Pour donner les positions utiles aux changements de
+ direction par la rêne opposée 181
+
+ De la force et du mouvement décomposés 188
+
+ Travail au galop sur la ligne droite d'après les nouveaux
+ moyens 191
+
+ Progression du dressage 206
+
+ Conclusion 217
+
+ Nouveau travail raisonné avec le caveçon 223
+
+ Examen rétrospectif 227
+
+ Cavalerie 235
+
+
+PARIS.--Imprimerie de J. DUMAINE, rue Christine, 2.
+
+
+
+
+A LA MÊME LIBRAIRIE:
+
+
+ =AURE= (le comte d').--=Traité d'équitation illustré=, précédé
+ d'un aperçu de diverses modifications et changements apportés
+ dans l'équitation depuis le XVIe siècle jusqu'à nos jours; suivi
+ d'un appendice sur le jeune cheval, du trot à l'anglaise, et
+ d'une lettre sur l'équitation des dames. 4º édit. Paris, 1870.
+ Joli vol. gr. in-8 avec portrait, planches et figures dans le
+ texte. 10 fr.
+
+ =CURNIEU= (le baron de).--=Leçons de science hippique générale=,
+ ou Traité complet de l'art de connaître, de gouverner et
+ d'élever le cheval. Paris, 1855-1860. 3 beaux vol. gr. in-8,
+ illustrés de plus de 200 figures gravées sur textes. 36 fr.
+
+ =DEBOST= (Émile), ancien instructeur de l'École de cavalerie,
+ etc. CINÉSIE ÉQUESTRE.--=Nouvelle étude du cheval= et principes
+ inédits d'équitation rationnelle et de haute école, etc. Paris,
+ 1873. In-8º. 6 fr.
+
+ =GERHARDT= (A.), capitaine-instructeur des lanciers de la
+ garde.--=Manuel d'équitation=, ou essai d'une progression pour
+ servir au dressage prompt et complet des chevaux de selle, et
+ particulièrement des chevaux d'armes, précédé d'une analyse
+ raisonnée du Bauchérisme. Paris, 1859. In-8 avec planches par V.
+ Adam. 6 fr.
+
+ =LENOBLE DU TEIL= (Jules).--=Étude sur la locomotion du cheval=
+ et des quadrupèdes en général considérée dans ses rapports, avec
+ l'équitation et la représentation des quadrupèdes à toutes les
+ allures et à toutes les variétés de ces allures; ouvrage
+ complété par un atlas de 23 planches, indiquant les phases
+ successives d'appui et de soutien de chaque membre à toutes les
+ allures. 1 vol. in-4º et atlas. 12 fr.
+
+ =MÉGNIN= (J.-P.), vétérinaire en 2e.--=Dermatologie hippique=,
+ ou Traité de l'organisation et des maladies de la peau du
+ cheval. Paris, 1868, 1 vol. in-8 avec 12 planches gravées dont 8
+ en couleur. 5 fr.
+
+ =MÉGNIN=, vétérinaire en 2e.--=Essai sur les proportions du
+ cheval= et son anatomie externe comparée à celle de l'homme, à
+ l'usage des écuyers militaires ou civils et des artistes. Paris,
+ 1860. Album in-folio jésus oblong, composé de 15 planches
+ coloriées avec texte. 20 fr.
+
+ =MERCHE=, officier de la Légion d'honneur, vétérinaire
+ principal, membre de plusieurs sociétés savantes, etc.--=Nouveau
+ traité des formes extérieures du cheval.= Paris, 1868. 1 fort
+ vol. in-8 avec figures dans le texte. 12 fr.
+
+ =MONTIGNY= (le comte de), chevalier de la Légion d'honneur,
+ ancien écuyer de 1re classe et ancien inspecteur général des
+ haras.--=Manuel des piqueurs, cochers, grooms et palefreniers=,
+ à l'usage des écoles de dressage et d'équitation de France. 3e
+ édit., revue et corrigée. Paris, 1873. 1 fort vol. in-12 avec 22
+ planches. 5 fr.
+
+ =MUSSOT= (P.), lieutenant-colonel de cavalerie, ancien
+ capitaine-instructeur à l'Ecole de Saumur.--=Manuel
+ d'hippiatrique=, d'équitation et d'hygiène à l'usage de tous, ou
+ Etude de la connaissance intérieure du cheval, de son
+ instruction et de son emploi, de sa conservation en l'état de
+ santé, de sa reproduction, de son élevage et de son
+ remplacement. Paris, 1856. 2 vol. in-8 avec planches. 12 fr.
+
+ =NOLAN= (L.-E.).--=Dressage des chevaux de remonte.=--Traduit de
+ l'anglais par Savin de Larclause, colonel du 14e dragons. Paris,
+ 1872. Gr. in-8º avec 13 planches. 3 fr.
+
+ =VALLON= (A.), vétérinaire principal, professeur d'hippologie et
+ directeur de haras de l'Ecole de cavalerie, etc, etc.--=Cours
+ d'hippologie=, à l'usage de MM. les officiers de l'armée, de MM.
+ les officiers de haras, les vétérinaires, etc.; adopté pour
+ l'enseignement hippologique dans l'armée, par décision
+ ministérielle du 1er juin 1863. 2e édition. Paris, 1873. 2 forts
+ vol. in-8 avec planches et figures dans le texte. 14 fr.
+
+ =VALLON= (A.), vétérinaire principal, professeur d'hippologie,
+ etc., etc.--=Abrégé d'hippologie= à l'usage des sous-officiers
+ de l'armée. Adopté pour l'enseignement de l'hippologie dans
+ l'armée par décision ministérielle du 11 juin 1863. 4e édition.
+ Paris, 1873. 1 vol. in-12 avec planches. 3 fr. 50
+
+
+Paris.--Imprimerie J. DUMAINE, rue Christine, 2.
+
+
+
+
+
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+nouveaux principes, by François Baucher
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+Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the
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+ the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
+ you already use to calculate your applicable taxes. The fee is
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+ has agreed to donate royalties under this paragraph to the
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+ prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
+ returns. Royalty payments should be clearly marked as such and
+ sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
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+ the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."
+
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+ does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
+ License. You must require such a user to return or
+ destroy all copies of the works possessed in a physical medium
+ and discontinue all use of and all access to other copies of
+ Project Gutenberg-tm works.
+
+- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
+ money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
+ electronic work is discovered and reported to you within 90 days
+ of receipt of the work.
+
+- You comply with all other terms of this agreement for free
+ distribution of Project Gutenberg-tm works.
+
+1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
+electronic work or group of works on different terms than are set
+forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
+both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
+Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark. Contact the
+Foundation as set forth in Section 3 below.
+
+1.F.
+
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+effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
+public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
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+the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
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+providing it to you may choose to give you a second opportunity to
+receive the work electronically in lieu of a refund. If the second copy
+is also defective, you may demand a refund in writing without further
+opportunities to fix the problem.
+
+1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth
+in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
+WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
+WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
+
+1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied
+warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
+If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
+law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
+interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
+the applicable state law. The invalidity or unenforceability of any
+provision of this agreement shall not void the remaining provisions.
+
+1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
+trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
+providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
+with this agreement, and any volunteers associated with the production,
+promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
+harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
+that arise directly or indirectly from any of the following which you do
+or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
+work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
+Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.
+
+
+Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
+
+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
+electronic works in formats readable by the widest variety of computers
+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
+people in all walks of life.
+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
+
+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at http://pglaf.org
+
+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
+
+
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit http://pglaf.org
+
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including checks, online payments and credit card donations.
+To donate, please visit: http://pglaf.org/donate
+
+
+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
+
+
+Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
+
+ http://www.gutenberg.org
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+This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
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