summaryrefslogtreecommitdiff
path: root/40456-8.txt
diff options
context:
space:
mode:
Diffstat (limited to '40456-8.txt')
-rw-r--r--40456-8.txt991
1 files changed, 0 insertions, 991 deletions
diff --git a/40456-8.txt b/40456-8.txt
deleted file mode 100644
index 145317b..0000000
--- a/40456-8.txt
+++ /dev/null
@@ -1,991 +0,0 @@
-The Project Gutenberg EBook of L'anarchie, by Élisée Reclus
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
-almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
-re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
-with this eBook or online at www.gutenberg.org
-
-
-Title: L'anarchie
-
-Author: Élisée Reclus
-
-Release Date: August 8, 2012 [EBook #40456]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: ISO-8859-1
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ANARCHIE ***
-
-
-
-
-Produced by Vineshen Pillay
-
-
-
-
-Élisée Reclus
-
-L'ANARCHIE
-
-PARIS
-
-Au Bureau des « TEMPS NOUVEAUX »
-140, RUE MOUFFETARD, 140
-
-1896
-
-NOTICE PRÉLIMINAIRE
-
-Les paroles qui suivent furent prononcées en 1894 dans la loge
-maçonnique des _Amis Philanthropes_ de Bruxelles, quoique depuis
-trente-six années l'orateur, simple « apprenti », n'eût jamais, par
-principe, collaboré en quoi que ce soit à l'œuvre de la société
-fermée des Francs-Maçons. D'autant plus doit-il remercier les
-« Frères » qui, ce jour-là, invitèrent le « Profane » à venir
-exposer ses idées.
-
-Ce discours a été reproduit dans les livraisons 3, 4 et 5 de la
-première année des _Temps Nouveaux_ (mai et juin 1895).
-
-L'ANARCHIE
-
-L'anarchie n'est point une théorie nouvelle. Le mot lui-même pris
-dans l'acception d' « absence de gouvernement », de « société sans
-chefs », est d'origine ancienne et fut employé bien avant Proudhon.
-
-D'ailleurs qu'importent les mots? Il y eut des « acrates » avant
-les anarchistes, et les acrates n'avaient pas encore imaginé leur nom
-de formation savante que d'innombrables générations s'étaient
-succédé. De tous temps il y eut des hommes libres, des contempteurs
-de la loi, des hommes vivant sans maîtres, de par le droit primordial
-de leur existence et de leur pensée. Même aux premiers âges nous
-retrouvons partout des tribus composées d'hommes se gérant à leur
-guise, sans loi imposées, n'ayant d'autre règle de conduite que leur
-« vouloir et franc arbitre », pour parler avec Rabelais, et poussés
-même par leur désir de fonder la « foi profonde » comme les
-« chevaliers tant preux » et les « dames tant mignonnes » qui
-s'étaient réunis dans l'abbaye de Thélème.
-
-Mais si l'anarchie est aussi ancienne que l'humanité, du moins ceux
-qui la représentent apportent-ils quelque chose de nouveau dans le
-monde. Ils ont la conscience précise du but poursuivi et, d'une
-extrémité de la terre à l'autre, s'accordent dans leur idéal pour
-repousser toute forme de gouvernement. Le rêve de liberté mondiale a
-cessé d'être une pure utopie philosophique et littéraire, comme il
-l'était pour les fondateurs des cités du Soleil ou de Jérusalem
-nouvelles; il est devenu le but pratique, activement recherché, pour
-des multitudes d'hommes unis, qui collaborent résolument à la
-naissance d'une société dans laquelle il n'y aurait plus de maîtres,
-plus de conservateurs officiels de la morale publique, plus de
-geôliers ni de bourreaux, plus de riches ni de pauvres, mais des
-frères ayant tous leur part quotidienne de pain, des égaux en droit,
-et se maintenant en paix et en cordiale union, non par l'obéissance à
-des lois, qu'accompagnent toujours des menaces redoutables, mais par
-le respect mutuel des intérêts et l'observation scientifique des lois
-naturelles.
-
-Sans doute, cet idéal semble chimérique à plusieurs d'entre vous,
-mais je suis sûr aussi qu'il paraît désirable à la plupart et que
-vous apercevez au loin l'image éthérée d'une société pacifique où
-les hommes désormais réconciliés laisseront rouiller leurs épées,
-refondront leurs canons et désarmeront leurs vaisseaux. D'ailleurs
-n'êtes-vous pas de ceux qui depuis longtemps, depuis des milliers
-d'années, dites-vous, travaillent à construire le temple de
-l'Égalité? Vous êtes « maçons », à seule fin de « maçonner » un
-édifice de proportions parfaites, où n'entrent que des hommes libres,
-égaux et frères, travaillant sans cesse à leur perfectionnement et
-renaissant par la force de l'amour à une vie nouvelle de justice et
-de bonté. C'est bien cela, n'est-ce pas, et vous n'êtes pas seuls?
-Vous ne prétendez point au monopole d'un esprit de progrès et de
-renouvellement. Vous ne commettez pas même l'injustice d'oublier
-vos adversaires spéciaux, ceux qui vous maudissent et vous
-excommunient, les catholiques ardents qui vouent à l'enfer les
-ennemis de la Sainte Église, mais qui n'en prophétisent pas moins
-la venue d'un âge de paix définitive. François d'Assise, Catherine de
-Sienne, Thérèse d'Avila et tant d'autres encore parmi les fidèles
-d'une foi qui n'est point la vôtre, aimèrent certainement l'humanité
-de l'amour le plus sincère et nous devons les compter au nombre de
-ceux qui vivaient pour un idéal de bonheur universel. Et maintenant,
-les millions et les millions de socialistes, à quelque école qu'ils
-appartiennent, luttent aussi pour un avenir où la puissance du
-capital sera brisée et où les hommes pourront enfin se dire
-« égaux » sans ironie.
-
-Le but des anarchistes leur est donc commun avec beaucoup d'hommes
-généreux, appartenant aux religions, aux sectes, aux partis les plus
-divers, mais ils se distinguent nettement par les moyens, ainsi que
-leur nom l'indique de la manière la moins douteuse. La conquête du
-pouvoir fut presque toujours la grande préoccupation des
-révolutionnaires, mêmes des mieux intentionnés. L'éducation reçue ne
-leur permettrait pas de s'imaginer une société libre fonctionnant
-sans gouvernement régulier, et, dès qu'ils avaient renversé des
-maîtres haïs, ils s'empressaient de les remplacer par d'autres
-maîtres, destinés suivant la formule consacrée, à « faire le bonheur
-de leur peuples ». D'ordinaire on ne se permettait même pas de
-préparer un changement de prince ou de dynastie sans avoir fait
-hommage de son obéissance à quelque souverain futur: « Le roi est
-tué! Vive le roi! » s'écriaient les sujets toujours fidèles même
-dans leur révolte. Pendant des siècles et des siècles tel fut
-immanquablement le cours de l'histoire. « Comment pourrait-on vivre
-sans maîtres? » disaient les esclaves, les épouses, les enfants, les
-travailleurs des villes et des campagnes, et, de propos délibéré, ils
-se plaçaient la tête sous le joug comme le fait le bœuf qui traîne la
-charrue. On se rappelle les insurgés de 1830 réclamant « la
-meilleure des Républiques » dans la personne d'un nouveau roi, et
-les républicains de 1848 se retirant discrètement dans leur taudis
-après avoir mis « trois mois de misère au service du gouvernement
-provisoire ». A la même époque, une révolution éclatait en
-Allemagne, et un parlement populaire se réunissait à Francfort:
-« L'ancienne autorité est un cadavre! » clamait un des représentants.
-« Oui, répliquait le président, mais nous allons le ressusciter.
-Nous appellerons des hommes nouveaux qui sauront reconquérir pour le
-pouvoir la puissance de la nation. » N'est-ce pas ici le cas de
-répéter le vers de Victor Hugo:
-
-Un vieil instinct humain mène à la turpitude?
-
-Contre cet instinct, l'anarchie représente vraiment un esprit
-nouveau. On ne peut point reprocher aux libertaires qu'ils cherchent
-à se débarrasser d'un gouvernement pour se substituer à lui:
-« Ote-toi de là que je m'y mette! » est une parole qu'ils auraient
-horreur de prononcer, et, d'avance, ils vouent à la honte et au
-mépris, ou du moins à la pitié, celui d'entre eux qui, piqué de la
-tarentule du pouvoir, se laisserait aller à briguer quelque place
-sous prétexte de faire, lui aussi, le « bonheur de ses
-concitoyens ». Les anarchistes professent en s'appuyant sur
-l'observation, que l'Etat et tout ce qui s'y rattache n'est pas une
-pure entité ou bien quelque formule philosophique, mais un ensemble
-d'individus placés dans un milieu spécial et en subissant
-l'influence. Ceux-ci, élevés en dignité, en pouvoir, en traitement
-au-dessus de leurs concitoyens, sont par cela même forcés, pour ainsi
-dire, de se croire supérieurs aux gens du commun, et cependant les
-tentations de toute sorte qui les assiègent les font choir presque
-fatalement au-dessous du niveau général.
-
-C'est là ce que nous répétons sans cesse à nos frères, -- parfois des
-frères ennemis -- les socialistes d'Etat: « Prenez garde à vos
-chefs et mandataires! Comme vous certainement ils sont animés des
-plus pures intentions; ils veulent ardemment la suppression de la
-propriété privée et de l'Etat tyrannique; mais les relations, les
-occasions nouvelles les modifient peu à peu; leur morale change
-avec leurs intérêts, et, se croyant toujours fidèles à la cause de
-leurs mandants, ils deviennent forcément infidèles. Eux aussi,
-détenteurs du pouvoir, devront se servir des instruments du pouvoir:
-armée, moralistes, magistrats, policiers et mouchards. Depuis plus de
-trois mille ans, le poète hindou du _Mahâ Bhârata_ a formulé sur ce
-sujet l'expérience des siècles: « L'homme qui roule dans un char ne
-sera jamais l'ami de l'homme qui marche à pied! »
-
-***
-
-Ainsi les anarchistes ont à cet égard les principes les plus
-arrêtés: d'après eux, la conquête du pouvoir ne peut servir qu'à en
-prolonger la durée avec celle de l'esclavage correspondant. Ce n'est
-donc pas sans raison que le nom d' « anarchistes » qui, après tout,
-n'a qu'une signification négative, reste celui par lequel nous sommes
-universellement désignés. On pourrait nous dire « libertaires »,
-ainsi que plusieurs d'entre nous se qualifient volontiers, ou bien
-« harmonistes » à cause de l'accord libre des vouloirs qui, d'après
-nous, constituera la société future; mais ces appellations ne nous
-différencient pas assez des socialistes. C'est bien la lutte contre
-tout pouvoir officiel qui nous distingue essentiellement; chaque
-individualité nous paraît être le centre de l'univers, et chacune a
-les mêmes droits à son développement intégral, sans intervention d'un
-pouvoir qui la dirige, la morigène ou la châtie.
-
-***
-
-Vous connaissez notre idéal. Maintenant la première question qui se
-pose est celle-ci: « Cet idéal est-il vraiment noble et mérite-t-il
-le sacrifice des hommes dévoués, les risques terribles que toutes les
-révolutions entraînent après elles? La morale anarchiste est-elle
-pure, et dans la société libertaire, si elle se constitue, l'homme
-sera-t-il meilleur que dans une société reposant sur la crainte du
-pouvoir ou des lois? » Je réponds en toute assurance et j'espère que
-bientôt vous répondrez avec moi: « Oui, la morale anarchiste est
-celle qui correspond le mieux à la conception moderne de la justice
-et de la bonté. »
-
-Le fondement de l'ancienne morale, vous le savez, n'était autre que
-l'effroi, le « tremblement », comme dit la Bible et comme maints
-préceptes vous l'ont appris dans votre jeune temps. « La crainte de
-Dieu est le commencement de la sagesse », tel fut naguère le point
-de départ de toute éducation: la société dans son ensemble reposait
-sur la terreur. Les hommes n'étaient pas des citoyens, mais des
-sujets ou des ouailles; les épouses étaient des servantes, les
-enfants des esclaves, sur lesquels les parents avaient un reste de
-l'ancien droit de vie et de mort. Partout, dans toutes les relations
-sociales, se montraient les rapports de supériorité et de
-subordination; enfin, de nos jours encore, le principe même de
-l'Etat et de tous les Etats partiels qui le constituent, est la
-hiérarchie, ou l'archie « sainte », l'autorité « sacrée », --
-c'est le vrai sens du mot. -- Et cette domination sacro-sainte
-comporte toute une succession de classes superposées dont les plus
-hautes ont toutes le droit de commander, et les inférieures toutes le
-devoir d'obéir. La morale officielle consiste à s'incliner devant
-le supérieur, à se redresser fièrement devant le subordonné. Chaque
-homme doit avoir deux visages, comme Janus, deux sourires, l'un
-flatteur, empressé, parfois servile, l'autre superbe et d'une
-noble condescendance. Le principe d'autorité -- c'est ainsi que
-cette chose-là se nomme -- exige que le supérieur n'ait jamais
-l'air d'avoir tort, et que, dans tout échange de paroles, il ait le
-dernier mot. Mais surtout il faut que ses ordres soient observés.
-Cela simplifie tout: plus besoin de raisonnements, d'explications,
-d'hésitations, de débats, de scrupules. Les affaires marchent alors
-toutes seules, mal ou bien. Et, quand un maître n'est pas là pour
-commander, n'a-t-on pas des formules toutes faites, des ordres,
-décrets ou lois, édictés aussi par des maîtres absolus ou des
-législateurs à plusieurs degrés? Ces formules remplacent les
-ordres immédiats et on les observe sans avoir à chercher si elles
-sont conformes à la voix intérieure de la conscience.
-
-Entre égaux, l'œuvre est plus difficile, mais elle est plus haute:
-il faut chercher âprement la vérité, trouver le devoir personnel,
-apprendre à se connaître soi-même, faire continuellement sa propre
-éducation, se conduire en respectant les droits et les intérêts des
-camarades. Alors seulement on devient un être réellement moral, on
-naît au sentiment de sa responsabilité. La morale n'est pas un ordre
-auquel on se soumet, une parole que l'on répète, une chose purement
-extérieure à l'individu; elle devient une partie de l'être, un
-produit même de la vie. C'est ainsi que nous comprenons la morale,
-nous, anarchistes. N'avons-nous pas le droit de la comparer avec
-satisfaction à celle que nous ont léguée les ancêtres?
-
-Peut-être me donnerez-vous raison? Mais encore ici, plusieurs
-d'entre vous prononceront le mot de « chimère ». Heureux déjà, que
-vous y voyiez du moins une noble chimère, je vais plus loin, et
-j'affirme que notre idéal, notre conception de la morale est tout à
-fait dans la logique de l'histoire, amenée naturellement par
-l'évolution de l'humanité.
-
-Poursuivis jadis par la terreur de l'inconnu aussi bien que par le
-sentiment de leur impuissance dans la recherche des causes, les
-hommes avaient créé par l'intensité de leur désir, une ou plusieurs
-divinités secourables qui représentaient à la fois leur idéal informe
-et le point d'appui de tout ce monde mystérieux visible, et
-invisible, des choses environnantes. Ces fantômes de l'imagination,
-revêtus de la toute-puissance, devinrent aussi aux yeux des hommes le
-principe de toute justice et de toute autorité: maîtres du ciel,
-ils eurent naturellement leurs interprètes sur la terre, magiciens,
-conseillers, chefs de guerre, devant lesquels on apprit à se
-prosterner comme devant les représentants d'en haut. C'était logique,
-mais l'homme dure plus que ses œuvres, et ces dieux qu'il
-créa n'ont cessé de changer comme des ombres projetées sur l'infini.
-Visibles d'abord, animés de passions humaines, violents et
-redoutables, ils reculèrent peu à peu dans un immense lointain; ils
-finirent par devenir des abstractions, des idées sublimes, auxquelles
-on ne donnait même plus de nom, puis ils arrivèrent à se confondre
-avec les lois naturelles du monde; ils rentrèrent dans cet univers
-qu'ils étaient censés avoir fait jaillir du néant, et maintenant
-l'homme se retrouve seul sur la terre, au-dessus de laquelle il
-avait dressé l'image colossale de Dieu.
-
-Toute la conception des choses change donc en même temps. Si Dieu
-s'évanouit, ceux qui tiraient de lui leurs titres à l'obéissance
-voient aussi se ternir leur éclat emprunté: eux aussi doivent
-rentrer graduellement dans les rangs, s'accommoder de leur mieux à
-l'état des choses. On ne trouverait plus aujourd'hui de Tamerlan qui
-commandât à ses quarante courtisans de se jeter du haut d'une
-tour, sûr que, dans un clin d'œil, il verrait des créneaux les
-quarante cadavres sanglants et brisés. La liberté de penser à fait de
-tous les hommes des anarchistes sans le savoir. Qui ne se réserve
-maintenant un petit coin de cerveau pour réfléchir? Or, c'est là
-précisément le crime des crimes, le péché par excellence, symbolisé
-par le fruit de l'arbre qui révéla aux hommes la connaissance du
-bien et du mal. De là la haine de la science que professa toujours
-l'Église. De là cette fureur que Napoléon, un Tamerlan moderne, eut
-toujours pour les « idéologues ».
-
-Mais les idéologues sont venus. Ils ont soufflé sur les illusions
-d'autrefois comme sur une buée, recommençant à nouveau tout le
-travail scientifique par l'observation et l'expérience. Un d'eux
-même, nihiliste avant nos Ages, anarchiste s'il en fut, du moins
-en paroles, débuta par faire « table rase » de tout ce qu'il avait
-appris. Il n'est maintenant guère de savant, guère de littérateur,
-qui ne professe d'être lui-même son propre maître et modèle, le
-penseur original de sa pensée, le moraliste de sa morale. « Si tu
-veux surgir, surgis de toi-même! » disait Goethe. Et les artistes ne
-cherchent-ils pas à rendre la nature telle qu'ils la voient, telle
-qu'ils la sentent et la comprennent? C'est là d'ordinaire, il est
-vrai, ce qu'on pourrait appeler une « anarchie aristocratique », ne
-revendiquant la liberté que pour le peuple choisi des Musagètes, que
-pour les gravisseurs du Parnasse. Chacun d'eux veut penser librement,
-chercher à son gré son idéal dans l'infini, mais tout en disant qu'il
-faut « une religion pour le peuple! » Il veut vivre en homme
-indépendant, mais « l'obéissance est faite pour les femmes »; il
-veut créer des œuvres originales, mais « la foule d'en bas » doit
-rester asservie comme une machine à l'ignoble fonctionnement de la
-division du travail! Toutefois, ces aristocrates du goût et de la
-pensée n'ont plus la force de fermer la grande écluse par laquelle
-se déverse le flot. Si la science, la littérature et l'art sont
-devenus anarchistes, si tout progrès, toute nouvelle forme de la
-beauté sont dus à l'épanouissement de la pensée libre, cette pensée
-travaille aussi dans les profondeurs de la société et maintenant il
-n'est plus possible de la contenir. Il est trop tard pour arrêter le
-déluge.
-
-La diminution du respect n'est-elle pas le phénomène par excellence
-de la société contemporaine? j'ai vu jadis en Angleterre des foules
-se ruer par milliers pour contempler l'équipage vide d'un grand
-seigneur. Je ne le verrais plus maintenant. En Inde, les parias
-s'arrêtaient dévotement aux cent quinze pas réglementaires qui
-les séparaient de l'orgueilleux brahmane: depuis que l'on se presse
-dans les gares, il n'y a plus entre eux que la paroi de clôture d'une
-salle d'attente. Les exemples de bassesse, de reptation vile ne
-manquent pas dans le monde, mais pourtant il y a progrès dans le sens
-de l'égalité. Avant de témoigner son respect, on se demande
-quelquefois si l'homme ou l'institution sont vraiment respectables.
-On étudie la valeur des individus, l'importance des œuvres. La foi
-dans la grandeur a disparu; or, là où la foi n'existe plus, les
-institutions disparaissent à leur tour. La suppression de l'Etat est
-naturellement impliquée dans l'extinction du respect.
-
-L'œuvre de critique frondeuse à laquelle est soumis l'État s'exerce
-également contre toutes les institutions sociales. Le peuple ne croit
-plus à l'origine sainte de la propriété privée, produite, nous
-disaient les économistes, -- on n'ose plus le répéter maintenant --
-par le travail personnel des propriétaires; il n'ignore point que le
-labeur individuel ne crée jamais des millions ajoutés à des millions,
-et que cet enrichissement monstrueux est toujours la conséquence d'un
-faux état social, attribuant à l'un le produit du travail de milliers
-d'autres; il respectera toujours le pain que le travailleur a
-durement gagné, la cabane qu'il a bâtie de ses mains, le jardin qu'il
-a planté, mais il perdra certainement le respect des mille propriétés
-fictives que représentent les papiers de toutes espèces contenus dans
-les banques. Le jour viendra, je n'en doute point, où il reprendra
-tranquillement possession de tous les produits du labeur commun,
-mines et domaines, usines et châteaux, chemins de fer, navires et
-cargaisons. Quand la multitude, cette multitude « vile » par son
-ignorance et la lâcheté qui en est la conséquence fatale, aura cessé
-de mériter le qualificatif dont on l'insulta, quand elle saura, en
-toute certitude que l'accaparement de cet immense avoir repose
-uniquement sur une fiction chirographique, sur la foi en des
-paperasses bleues, l'état social actuel sera bien menacé! En présence
-de ces évolutions profondes, irrésistibles, qui se font dans toutes
-les cervelles humaines, combien niaises, combien dépourvues de sens
-paraîtront à nos descendants ces clameurs forcenées qu'on lance
-contre les novateurs! Qu'importent les mots orduriers déversés par
-une presse obligée de payer ses subsides en bonne prose, qu'importent
-même les insultes honnêtement proférées contre nous, par ces dévotes
-« saintes mais simples » qui portaient du bois au bûcher de Jean
-Huss! Le mouvement qui nous emporte n'est pas le fait de simples
-énergumènes, ou de pauvres rêveurs, il est celui de la société dans
-son ensemble. Il est nécessité par la marche de la pensée, devenue
-maintenant fatale, inéluctable, comme le roulement de la terre et des
-cieux.
-
-Pourtant un doute pourrait subsister dans les esprits si l'anarchie
-n'avait jamais été qu'un idéal, qu'un exercice intellectuel, un
-élément de dialectique, si jamais elle n'avait eu de réalisation
-concrète, si jamais un organisme spontané n'avait surgi, mettant
-en action les forces libres de camarades travaillent en commun,
-sans maître pour les commander. Mais ce doute peut être facilement
-écarté. Oui des organismes libertaires ont existé de tout temps; oui,
-il s'en forme incessamment de nouveaux, et chaque année plus
-nombreux, suivant les progrès de l'initiative individuelle. Je
-pourrais citer en premier lieu diverses peuplades dites sauvages, qui
-même de nos jours vivent en parfaite harmonie sociale sans avoir
-besoin de chefs ni de lois, ni d'enclos, ni de force publique; mais
-je n'insiste pas sur ces exemples, qui ont pourtant leur importance:
-je craindrais qu'on ne m'objectât le peu de complexité de ces
-sociétés primitives, comparées à notre monde moderne, organisme
-immense où s'entremêlent tant d'autres organismes avec une
-complication infinie. Laissons donc de côté ces tribus primitives
-pour nous occuper seulement des nations déjà constituées, ayant tout
-un appareil politique et social.
-
-Sans doute, je ne pourrais vous en montrer aucune dans le cours de
-l'histoire qui se soit constituée en société purement anarchique,
-car toutes se trouvaient alors dans leur période de lutte entre des
-éléments divers non encore associés; mais ce qu'il sera facile de
-constater, c'est que chacune de ces sociétés partielles, quoique
-non fondues en un ensemble harmonique, fut d'autant plus prospère,
-d'autant plus créatice qu'elle était plus libre, que la valeur
-personnelle de l'individu y était le mieux reconnue. Depuis les
-âges préhistoriques, où nos sociétés naquirent aux arts, aux
-sciences, à l'industrie, sans que des annales écrites aient pu nous
-en apporter la mémoire, toutes les grandes périodes de la vie des
-nations ont été celles où les hommes, agités par les révolutions,
-eurent le moins à souffrir de la longue et pesante étreinte d'un
-gouvernement régulier. Les deux grandes périodes de l'humanité, par
-le mouvement des découvertes, par l'efflorescence de la pensée, par
-la beauté de l'art, furent des époques troublées, des âges de
-« périlleuse liberté ». L'ordre régnait dans l'immense empire
-des Mèdes et des Perses, mais rien de grand n'en sortit, tandis que
-la Grèce républicaine, sans cesse agitée, ébranlée par de
-continuelles secousses, a fait naître les initiateurs de tout ce que
-nous avons de haut et de noble dans la civilisation moderne:
-il nous est impossible de penser, d'élaborer une œuvre quelconque
-sans que notre esprit ne se reporte vers ces Hellènes libres qui
-furent nos devanciers et qui sont encore nos modèles. Deux mille
-années plus tard, après des tyrannies, après des temps sombres
-d'oppression, qui ne semblaient devoir jamais finir, l'Italie,
-les Flandres, l'Allemagne, toute l'Europe des communiers s'essaya de
-nouveau à reprendre haleine; des révolutions innombrables secouèrent
-le monde. Ferrari ne compta pas moins de sept mille secousses locales
-pour la seule Italie; mais aussi le feu de la pensée libre se mit à
-flamber et l'humanité à refleurir: avec les Raphaël, les Vinci,
-les Michel-Ange, elle se sentit jeune pour la deuxième fois.
-
-Puis vint le grand siècle de l'Encyclopédie avec les révolutions
-mondiales qui s'ensuivirent et la proclamation des Droits de l'Homme.
-Or essayez, si vous le pouvez, d'énumérer tous les progrès qui
-se sont accomplis depuis cette grande secousse de l'humanité. On se
-demande si pendant ce dernier siècle ne s'est pas concentrée plus de
-la moitié de l'histoire. Le nombre des hommes s'est accru de plus
-d'un demi-milliard; le commerce a plus que décuplé, l'industrie
-s'est comme transfigurée, et l'art de modifier les produits naturels
-s'est merveilleusement enrichi; des sciences nouvelles ont fait leur
-apparition, et, quoi qu'on en dise, une troisième période de l'art a
-commencé; le socialisme conscient et mondial est né dans son
-ampleur. Au moins se sent-on vivre dans le siècle des grands
-problèmes et des grandes luttes. Remplacez par la pensée les cent
-années issues de la philosophie du dix-huitième siècle, remplacez-les
-par une période sans histoire où quatre cents millions de pacifiques
-Chinois eussent vécu sous la tutelle d'un « Père du peuple », d'un
-tribunal des rites et de mandarins munis de leurs diplômes. Loin de
-vivre avec élan comme nous l'avons fait, nous nous serions
-graduellement rapprochés de l'inertie et de la mort. Si Galilée,
-encore tenu dans les prisons de l'Inquisition, ne put que murmurer
-sourdement: « Pourtant elle se meut! » nous pouvons maintenant,
-grâce aux révolutions, grâce aux violences de la pensée libre, nous
-pouvons le crier sur les toits ou sur les places publiques: « Le
-monde se meut et il continuera de se mouvoir! »
-
-En dehors de ce grand mouvement qui transforme graduellement la
-société tout entière dans le sens de la pensée libre, de la morale
-libre, de l'action libre, c'est-à-dire de l'anarchie dans son
-essence, il existe ainsi un travail d'expériences directes qui se
-manifeste par la fondation de colonies libertaires et communistes:
-ce sont autant de petites tentatives que l'on peut comparer aux
-expériences de laboratoire que font les chimistes et les ingénieurs.
-Ces essais de communes modèles ont toutes le défaut capital d'être
-faits en dehors des conditions ordinaires de la vie, c'est-à-dire
-loin des cités où se brassent les hommes, où surgissent les idées,
-où se renouvellent les intelligences. Et pourtant on peut citer
-nombre de ces entreprises qui ont pleinement réussi, entre autres
-celle de la « Jeune Icarie », transformation de la colonie de
-Cabet, fondée il y a bientôt un demi-siècle sur les principes d'un
-communisme autoritaire: de migration en migration, le groupe des
-communiers devenu purement anarchiste, vit maintenant d'une existence
-modeste dans une campagne de l'Iowa, près de la rivière Desmoines.
-
-Mais là où la pratique anarchiste triomphe, c'est dans le cours
-ordinaire de la vie, parmi les gens du populaire, qui certainement ne
-pourraient soutenir la terrible lutte de l'existence s'ils ne
-s'entr'aidaient spontanément, ignorant les différences et les
-rivalités des intérêts. Quand l'un d'entre eux tombe malade, d'autres
-pauvres prennent ses enfants chez eux: on le nourrit, on partage la
-maigre pitance de la semaine, on tâche de faire sa besogne, en
-doublant les heures. Entre les voisins une sorte de communisme
-s'établit par le prêt, le va-et-vient constant de tous les ustensiles
-de ménage et des provisions. La misère unit les malheureux en une
-ligue fraternelle: ensemble ils ont faim, ensemble ils se
-rassasient. La morale et la pratique anarchistes sont la règle même
-dans les réunions bourgeoises d'où, au premier abord, elles nous
-semblent complètement absentes. Que l'on s'imagine une fête de
-campagne où quelqu'un, soit l'hôte, soit l'un des invités, affecte
-des airs de maître, se permettant de commander ou de faire prévaloir
-indiscrètement son caprice! N'est-ce pas la mort de toute joie, la
-fin de tout plaisir? Il n'est de gaieté qu'entre égaux et libres,
-entre gens qui peuvent s'amuser comme il leur convient, par groupes
-distincts, si cela leur plaît, mais rapprochés les uns des autres et
-s'entremêlant à leur guise, parce que les heures passées ainsi leur
-semblent plus douces.
-
-Ici je me permettrais de vous narrer un souvenir personnel. Nous
-voguions sur un de ces beaux navires modernes qui fendent les flots
-superbement avec la vitesse de 15 ou 20 nœuds à l'heure, et qui
-tracent une ligne droite de continent à continent malgré vent et
-marée. L'air était calme, le soir était doux et les étoiles
-s'allumaient une à une dans le ciel noir. On causait à la dunette, et
-de quoi pouvait-on causer si ce n'est de cette éternelle question
-sociale, qui nous étreint, qui nous saisit à la gorge comme la
-sphynge d'Oedipe. Le réactionnaire du groupe était vivement pressé
-par ses interlocuteurs, tous plus ou moins socialistes. Il se
-retourna soudain vers le capitaine, le chef, le maître, espérant
-trouver en lui un défenseur né des bons principes: « Vous commandez
-ici! Votre pouvoir n'est-il pas sacré, que deviendrait le navire s'il
-n'était dirigé par votre volonté constante? » -- « Homme naïf que
-vous êtes, répondit le capitaine. Entre nous, je puis vous dire que
-d'ordinaire je ne sers absolument à rien. L'homme à la barre
-maintient le navire dans sa ligne droite; dans quelques minutes un
-autre pilote lui succédera, puis d'autres encore, et nous suivrons
-régulièrement, sans mon intervention, la route accoutumée. En bas les
-chauffeurs et les mécaniciens travaillent sans mon aide, sans mon
-avis, et mieux que si je m'ingérais à leur donner conseil. Et tous
-ces gabiers, ces matelots savent aussi quelle besogne ils ont à
-faire, et, à l'occasion je n'ai qu'à faire concorder ma petite part
-de travail avec la leur, plus pénible quoique moins rétribuée que la
-mienne. Sans doute, je suis censé guider le navire. Mais ne
-voyez-vous pas que c'est là une simple fiction? Les cartes sont là et
-ce n'est pas moi qui les ai dressées. La boussole nous dirige et ce
-n'est pas moi qui l'inventai. On a creusé pour nous le chenal du port
-d'où nous venons, celui du port dans lequel nous entrerons. Et le
-navire superbe, se plaignant à peine dans ses membrures sous la
-pression des vagues, se balançant avec majesté dans la houle,
-cinglant puissamment sous la vapeur, ce n'est pas moi qui l'ai
-construit. Que suis-je ici en présence des grands morts, des
-inventeurs et des savants, nos devanciers, qui nous apprirent à
-traverser les mers? Nous sommes tous leurs associés, nous, et les
-matelots mes camarades, et vous aussi les passagers, car c'est pour
-vous que nous chevauchons les vagues, et, en cas de péril, nous
-comptons sur vous pour nous aider fraternellement. Notre œuvre
-est commune, et nous sommes solidaires les uns des autres! » Tous se
-turent et je recueillis précieusement dans le trésor de ma mémoire
-les paroles de ce capitaine comme on n'en voit guère.
-
-Ainsi ce navire, ce monde flottant où, d'ailleurs les punitions sont
-inconnues, porte une république modèle à travers l'Océan malgré les
-chinoiseries hiérarchiques. Et ce n'est point là un exemple isolé.
-Chacun de vous connaît du moins par ouï-dire, des écoles où le
-professeur, en dépit des sévérités du règlement, toujours
-inappliquées, a tous les élèves pour amis et collaborateurs heureux.
-Tout est prévu par l'autorité compétente pour mater les petits
-scélérats, mais leur grand ami n'a pas besoin de tout cet attirail de
-répression; il traite les enfants comme des hommes faisant
-constamment appel à leur bonne volonté, à leur compréhension des
-choses, à leur sens de la justice, et tous répondent avec joie. Une
-minuscule société anarchique, vraiment humaine, se trouve ainsi
-constituée, quoique tout semble ligué dans le monde ambiant pour
-en empêcher l'éclosion: lois, règlements, mauvais exemples,
-immoralité publique.
-
-Des groupes anarchistes surgissent donc sans cesse, malgré les vieux
-préjugés et le poids mort des mœurs anciennes. Notre monde nouveau
-pointe autour de nous, comme germerait une flore nouvelle sous le
-détritus des âges. Non seulement il n'est pas chimérique, comme on le
-répète sans cesse, mais il se montre déjà sous mille formes; aveugle
-est l'homme qui ne sait pas l'observer. En revanche, s'il est une
-société chimérique, impossible, c'est bien le pandémonium dans lequel
-nous vivons. Vous me rendrez cette justice que je n'ai pas abusé de
-la critique, pourtant si facile à l'égard du monde actuel, tel que
-l'ont constitué le soi-disant principe d'autorité et la lutte féroce
-pour l'existence. Mais enfin, s'il est vrai que, d'après la
-définition même, une société est un groupement d'individus qui se
-rapprochent et se concertent pour le bien-être commun, on ne peut
-dire sans absurdité que la masse chaotique ambiante constitue une
-société. D'après ses avocats, -- car toute mauvaise cause a les
-siens -- elle aurait pour but l'ordre parfait par la satisfaction des
-intérêts de tous. Or n'est-ce pas une risée que de voir une société
-ordonnée dans ce monde de la civilisation européenne, avec la suite
-continue de ses drames intestins, meurtres et suicides, violences et
-fusillades, dépérissements et famines, vols, dols et tromperies de
-toute espèce, faillites, effondrements et ruines. Qui de nous, en
-sortant d'ici, ne verra se dresser à côté de lui les spectres du
-vice et de la faim? Dans notre Europe, il y a cinq millions
-d'hommes n'attendant qu'un signe pour tuer d'autres hommes, pour
-brûler les maisons et les récoltes; dix autres millions d'hommes
-en réserve hors des casernes sont tenus dans la pensée d'avoir à
-accomplir la même œuvre de destruction; cinq millions de malheureux
-vivent ou, du moins, végètent dans les prisons, condamnés à des
-peines diverses, dix millions meurent par an de morts anticipées, et
-sur 370 millions d'hommes, 350, pour ne pas dire tous, frémissent
-dans l'inquiétude justifiée du lendemain: malgré l'immensité des
-richesses sociales, qui de nous peut affirmer qu'un revirement
-brusque du sort ne lui enlèvera pas son avoir? Ce sont là des faits
-que nul ne peut contester, et qui devraient, ce me semble, nous
-inspirer à tous la ferme résolution de changer cet état de choses,
-gros de révolutions incessantes.
-
-J'avais un jour l'occasion de m'entretenir avec un haut
-fonctionnaire, entraîné par la routine de la vie dans le monde de
-ceux qui édictent des lois et des peines: « Mais défendez donc
-votre société! lui disais-je. -- Comment voulez vous que je la
-défende, me répondit-il, elle n'est pas défendable! » Elle se défend
-pourtant, mais par des arguments qui ne sont pas des raisons, par la
-schlague, le cachot et l'échafaud.
-
-D'autre part, ceux qui l'attaquent peuvent le faire dans toute la
-sérénité de leur conscience. Sans doute le mouvement de
-transformation entraînera des violences et des révolutions, mais déjà
-le monde ambiant est-il autre chose que violence continue et
-révolution permanente? Et dans les alternatives de la guerre sociale,
-quels seront les hommes responsables? Ceux qui proclament une ère de
-justice et d'égalité pour tous, sans distinction de classes ni
-d'individus, ou ceux qui veulent maintenir les séparations et par
-conséquent les haines de castes, ceux qui ajoutent lois répressives
-à lois répressives, et qui ne savent résoudre les questions que par
-l'infanterie, la cavalerie, l'artillerie! L'histoire nous permet
-d'affirmer en toute certitude que la politique de haine engendre
-toujours la haine, aggravant fatalement la situation générale, ou
-même entraînant une ruine définitive. Que de nations périrent ainsi,
-oppresseurs aussi bien qu'opprimés! Périrons-nous à notre tour?
-
-J'espère que non, grâce à la pensée anarchiste qui se fait jour de
-plus en plus, renouvelant l'initiative humaine. Vous-mêmes
-n'êtes-vous pas, sinon anarchistes, du moins fortement nuancés
-d'anarchisme? Qui de vous, dans son âme et conscience, se dira le
-supérieur de son voisin, et ne reconnaîtra pas en lui son frère et
-son égal? La morale qui fût tant de fois proclamée ici en paroles
-plus ou moins symboliques deviendra certainement une réalité. Car
-nous, anarchistes, nous savons que cette morale de justice parfaite,
-de liberté et d'égalité, est bien la vraie, et nous la vivons de tout
-cœur, tandis que nos adversaires sont incertains. Ils ne sont pas
-sûrs d'avoir raison; au fond, ils sont même convaincus d'être dans
-leur tort, et, d'avance, ils nous livrent le monde.
-
-
-
-
-
-End of the Project Gutenberg EBook of L'anarchie, by Élisée Reclus
-
-*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ANARCHIE ***
-
-***** This file should be named 40456-8.txt or 40456-8.zip *****
-This and all associated files of various formats will be found in:
- http://www.gutenberg.org/4/0/4/5/40456/
-
-Produced by Vineshen Pillay
-
-Updated editions will replace the previous one--the old editions
-will be renamed.
-
-Creating the works from public domain print editions means that no
-one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
-(and you!) can copy and distribute it in the United States without
-permission and without paying copyright royalties. Special rules,
-set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to
-copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to
-protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark. Project
-Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
-charge for the eBooks, unless you receive specific permission. If you
-do not charge anything for copies of this eBook, complying with the
-rules is very easy. You may use this eBook for nearly any purpose
-such as creation of derivative works, reports, performances and
-research. They may be modified and printed and given away--you may do
-practically ANYTHING with public domain eBooks. Redistribution is
-subject to the trademark license, especially commercial
-redistribution.
-
-
-
-*** START: FULL LICENSE ***
-
-THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
-PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK
-
-To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free
-distribution of electronic works, by using or distributing this work
-(or any other work associated in any way with the phrase "Project
-Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project
-Gutenberg-tm License available with this file or online at
- www.gutenberg.org/license.
-
-
-Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm
-electronic works
-
-1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
-electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
-and accept all the terms of this license and intellectual property
-(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all
-the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy
-all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession.
-If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project
-Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the
-terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or
-entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8.
-
-1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be
-used on or associated in any way with an electronic work by people who
-agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few
-things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
-even without complying with the full terms of this agreement. See
-paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
-Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
-and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
-works. See paragraph 1.E below.
-
-1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
-or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
-Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the
-collection are in the public domain in the United States. If an
-individual work is in the public domain in the United States and you are
-located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
-copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
-works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
-are removed. Of course, we hope that you will support the Project
-Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by
-freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of
-this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with
-the work. You can easily comply with the terms of this agreement by
-keeping this work in the same format with its attached full Project
-Gutenberg-tm License when you share it without charge with others.
-
-1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern
-what you can do with this work. Copyright laws in most countries are in
-a constant state of change. If you are outside the United States, check
-the laws of your country in addition to the terms of this agreement
-before downloading, copying, displaying, performing, distributing or
-creating derivative works based on this work or any other Project
-Gutenberg-tm work. The Foundation makes no representations concerning
-the copyright status of any work in any country outside the United
-States.
-
-1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg:
-
-1.E.1. The following sentence, with active links to, or other immediate
-access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently
-whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the
-phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project
-Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed,
-copied or distributed:
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
-almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
-re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
-with this eBook or online at www.gutenberg.org
-
-1.E.2. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived
-from the public domain (does not contain a notice indicating that it is
-posted with permission of the copyright holder), the work can be copied
-and distributed to anyone in the United States without paying any fees
-or charges. If you are redistributing or providing access to a work
-with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the
-work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1
-through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
-Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or
-1.E.9.
-
-1.E.3. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
-with the permission of the copyright holder, your use and distribution
-must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional
-terms imposed by the copyright holder. Additional terms will be linked
-to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the
-permission of the copyright holder found at the beginning of this work.
-
-1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
-License terms from this work, or any files containing a part of this
-work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.
-
-1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
-electronic work, or any part of this electronic work, without
-prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
-active links or immediate access to the full terms of the Project
-Gutenberg-tm License.
-
-1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary,
-compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any
-word processing or hypertext form. However, if you provide access to or
-distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than
-"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version
-posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org),
-you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a
-copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon
-request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other
-form. Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm
-License as specified in paragraph 1.E.1.
-
-1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
-performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
-unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.
-
-1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing
-access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided
-that
-
-- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
- the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
- you already use to calculate your applicable taxes. The fee is
- owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he
- has agreed to donate royalties under this paragraph to the
- Project Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments
- must be paid within 60 days following each date on which you
- prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
- returns. Royalty payments should be clearly marked as such and
- sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
- address specified in Section 4, "Information about donations to
- the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."
-
-- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
- you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
- does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
- License. You must require such a user to return or
- destroy all copies of the works possessed in a physical medium
- and discontinue all use of and all access to other copies of
- Project Gutenberg-tm works.
-
-- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
- money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
- electronic work is discovered and reported to you within 90 days
- of receipt of the work.
-
-- You comply with all other terms of this agreement for free
- distribution of Project Gutenberg-tm works.
-
-1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
-electronic work or group of works on different terms than are set
-forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
-both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
-Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark. Contact the
-Foundation as set forth in Section 3 below.
-
-1.F.
-
-1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
-effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
-public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
-collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
-works, and the medium on which they may be stored, may contain
-"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
-corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
-property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
-computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by
-your equipment.
-
-1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
-of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
-Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
-Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
-Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
-liability to you for damages, costs and expenses, including legal
-fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
-LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
-PROVIDED IN PARAGRAPH 1.F.3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
-TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
-LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
-INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
-DAMAGE.
-
-1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
-defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
-receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
-written explanation to the person you received the work from. If you
-received the work on a physical medium, you must return the medium with
-your written explanation. The person or entity that provided you with
-the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
-refund. If you received the work electronically, the person or entity
-providing it to you may choose to give you a second opportunity to
-receive the work electronically in lieu of a refund. If the second copy
-is also defective, you may demand a refund in writing without further
-opportunities to fix the problem.
-
-1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth
-in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS', WITH NO OTHER
-WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
-WARRANTIES OF MERCHANTABILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
-
-1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied
-warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
-If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
-law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
-interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
-the applicable state law. The invalidity or unenforceability of any
-provision of this agreement shall not void the remaining provisions.
-
-1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
-trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
-providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
-with this agreement, and any volunteers associated with the production,
-promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
-harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
-that arise directly or indirectly from any of the following which you do
-or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
-work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
-Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.
-
-
-Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
-
-Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
-electronic works in formats readable by the widest variety of computers
-including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
-because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
-people in all walks of life.
-
-Volunteers and financial support to provide volunteers with the
-assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
-goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
-remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
-Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
-and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
-To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
-and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
-and the Foundation information page at www.gutenberg.org
-
-
-Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
-Foundation
-
-The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
-501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
-state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
-Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
-number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg
-Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
-permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
-
-The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
-Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
-throughout numerous locations. Its business office is located at 809
-North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email
-contact links and up to date contact information can be found at the
-Foundation's web site and official page at www.gutenberg.org/contact
-
-For additional contact information:
- Dr. Gregory B. Newby
- Chief Executive and Director
- gbnewby@pglaf.org
-
-Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
-Literary Archive Foundation
-
-Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
-spread public support and donations to carry out its mission of
-increasing the number of public domain and licensed works that can be
-freely distributed in machine readable form accessible by the widest
-array of equipment including outdated equipment. Many small donations
-($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
-status with the IRS.
-
-The Foundation is committed to complying with the laws regulating
-charities and charitable donations in all 50 states of the United
-States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
-considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
-with these requirements. We do not solicit donations in locations
-where we have not received written confirmation of compliance. To
-SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
-particular state visit www.gutenberg.org/donate
-
-While we cannot and do not solicit contributions from states where we
-have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
-against accepting unsolicited donations from donors in such states who
-approach us with offers to donate.
-
-International donations are gratefully accepted, but we cannot make
-any statements concerning tax treatment of donations received from
-outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
-
-Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
-methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
-ways including checks, online payments and credit card donations.
-To donate, please visit: www.gutenberg.org/donate
-
-
-Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
-works.
-
-Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
-concept of a library of electronic works that could be freely shared
-with anyone. For forty years, he produced and distributed Project
-Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
-
-Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
-editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
-unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
-keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
-
-Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
-
- www.gutenberg.org
-
-This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
-including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
-subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
-