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-Project Gutenberg's Soliloques sceptiques, by François de La Mothe Le Vayer
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
-almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
-re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
-with this eBook or online at www.gutenberg.org
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-
-Title: Soliloques sceptiques
-
-Author: François de La Mothe Le Vayer
-
-Editor: Isidore Liseux
-
-Release Date: August 30, 2012 [EBook #40625]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: ISO-8859-1
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK SOLILOQUES SCEPTIQUES ***
-
-
-
-
-Produced by Laurent Vogel, Eleni Christofaki and the Online
-Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This
-book was produced from scanned images of public domain
-material from the Google Print project.)
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- SOLILOQUES SCEPTIQUES
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-[Illustration]
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- SOLILOQUES SCEPTIQUES
-
- par
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- LA MOTHE LE VAYER,
-
- _Réimprimé sur l'édition unique de 1670_
-
- [Illustration: SCIENTIA DUCE]
-
- PARIS
-
- _Isidore LISEUX, 5, Rue Scribe_
-
- _1875_
-
-
-
-
-Ce petit ouvrage ne se trouve pas dans les collections des Oeuvres de
-La Mothe Le Vayer, notamment dans celle de 1669 (15 vol. in-12); il ne
-fut publié que l'année suivante[1], en même temps que l'_Hexaméron
-rustique_, également exclu de ces collections. L'auteur avait alors 82
-ans.
-
-C'était un sage à la manière antique, et nous ne pouvions mieux choisir
-que ces pages pour donner une idée de sa philosophie. Elles montrent
-comment le scepticisme absolu en toutes matières, religions, morale,
-esthétique, histoire, se concilie aisément avec la soumission aux
-mystères du Christianisme. Il n'y a, pour cela, qu'à être de son temps
-et de son pays. On a un salon rempli d'idoles en or, en marbre, en
-plâtre: au milieu, ce «grand Dieu pendu» dont parle Bossuet. Livré aux
-seules lumières de la science, on hésite: l'embarras est grand, le choix
-difficile; mais, encore une fois, on est de son époque, et l'on se fait
-pardonner ses doutes en déclarant, avec Saint Paul, qu'on ne sait rien,
-«sinon Jésus-Christ crucifié»[2].
-
-Ainsi l'on vit, tranquille et honoré, l'espace de quatre-vingt-quatre
-ans; ainsi l'on est précepteur de Louis XIV, et, plus heureux que
-certain philosophe de nos jours, on a pour collègues à l'Académie
-Française des évêques, Bossuet lui-même, qui ne s'offensent pas de
-collaborer avec vous à un dictionnaire, parce que vous avez l'audace de
-penser et d'écrire librement.
-
- I. L.
-
-
-
-
-[Décoration]
-
-_AU LECTEUR_
-
-
-_Ne vous estonnez pas que je me serve du mot de Soliloques, peu connu
-dans nostre langue; il ne l'est guères davantage dans la Latine où Saint
-Augustin l'a emploié; et tous ceux qui ont traduit ses oeuvres en
-François, n'ont pas fait difficulté de le retenir: c'est un entretien
-secret avec soi-mesme, qui respond aucunement aux à parte si fréquens
-sur le Théâtre des Italiens, et que le nostre, aussi bien que celui des
-Espagnols, et des Anglais, n'ont pas rejetté. Je sçai bien qu'on les a
-condamnez comme ridicules, veu le peu d'apparence qui se trouve à
-présupposer, qu'un Acteur puisse prononcer tout bas, sans estre entendu
-de celui qui n'est qu'à deux pas de lui, ce que tous les Auditeurs du
-parterre, pour esloignez qu'ils soient, doivent entendre. Mais puisque
-tout ce que les Théâtres des Grecs et des Latins ont representé, aussi
-bien que les nostres par imitation, n'est que fable, et une pure
-imposition ou mensonge; pourquoi n'admettra-t-on pas une chose de si peu
-de conséquence, à cause qu'elle n'est pas vraisemblable? On oblige bien
-les Spectateurs à prendre un chasteau de carte pour l'Acrocorinthe, ou
-quelque autre forteresse semblable; et un petit coin du lieu où se joue
-la Comédie, pour tout le païs Attique. Pourquoi, encore un coup,
-feraient-ils difficulté de se laisser tromper par un_ à parte,
-_prononcé d'une voix contrainte, comme l'on fait, nonobstant que cela
-choque les sens, de la façon que nous l'avons remarqué? En vérité
-l'apparence est moindre, et le raisonnement se trouve beaucoup plus
-offensé aux premières tromperies, et autres pareilles dont le Théâtre
-est continuellement rempli, qu'aux à parte qui sont rares, et qui ne
-durent qu'un moment. J'ai assez d'années pour escrire qu'autrefois ces
-façons de parler estoient en usage:_ j'ai dit à part-moi, _et_ il a dit
-à part-soi, _dont l'on ne se sert plus, et qui respondent aux à parte
-des Italiens. Mais pour revenir aux Soliloques, il ne s'est pas trouvé
-moins de personnes qui les ont voulu généralement censurer, que de
-celles dont nous venons de parler qui ont condamné les à parte; et les
-Italiens mesme, nonobstant la pratique de leur Théâtre, n'ont pas laissé
-de prononcer en commun proverbe_ il parlar solo, è da pazzo, _comme s'il
-n'y avait que des fous qui parlassent à eux-mesmes. Si est-ce que
-l'exemple des Pythagoriciens dans leurs entretiens secrets, et leur
-examen journalier de conscience, que Sénèque pratiquoit tout les soirs à
-leur exemple, me font estre d'un avis bien différent. Ce grand
-Précepteur de la Morale de son siècle nous représente dans le sixième
-livre de la Cholère, qu'il addresse à Novatus, au chapitre
-trente-sixième, comme à l'exemple du Philosophe Sextius, il
-s'interrogeoit lui-mesme tous les soirs, et s'addressant à son âme, lui
-demandoit compte de ce qui s'estoit passé durant la journée:_ quotidie,
-_dit-il_, apud me causam dico; _repassant sur ses fautes dans le secret
-du lict, que sa femme Pauline faite à ce mystère ne troubloit jamais: il
-ne se les pardonnoit qu'à la charge de n'y plus retomber, et se
-prononçoit, en forme de jugement, ces propres termes:_ Vide ne istud
-amplius facias, nunc tibi ignosco. _De tels Soliloques, et ceux du
-Docteur de la Grâce, m'empescheront bien de les condamner, comme
-plusieurs ont fait. Mais puisqu'il n'y a rien de plus naturel, ni aussi
-de plus ordinaire aux hommes, que de se tromper, pardonnons aux autres
-leurs erreurs, afin qu'on excuse les nostres._
-
-
-
-
-[Décoration]
-
-SOLILOQUES _SCEPTIQUES_
-
-
-PREMIER SOLILOQUE
-
-
-Le plus important précepte de la science, est de sçavoir qu'il y a des
-choses qui ne méritent pas d'estre sceues; ce que Quintilien a dit
-particulièrement de quelques notions grammaticales. Mais il y en a
-d'autres qu'on peut dire estre absolument hors de la portée de nostre
-esprit, qui est trop profondément plongé dans la matière, pour bien
-reconnoistre ce qui en est dégagé. Cependant c'est une des principales,
-et des plus ordinaires maladies de l'homme, d'estre travaillé d'une
-curiosité inquiète pour des choses qu'il ne peut sçavoir, et qu'il lui
-est vraisemblablement plus avantageux d'ignorer, que d'en prendre
-connoissance, puisque Dieu a limité la sphère d'activité de son âme, qui
-ne peut pas pénétrer jusques-là. Ainsi l'on peut soustenir que c'est une
-espèce d'intempérance très-pernicieuse, de vouloir sçavoir plus qu'il ne
-faut, et que le Ciel ne nous le permet, _plus velle scire quant sit
-satis, intemperantiæ genus est_, comme un Payen mesme l'a reconnu. Saint
-Augustin rapporte au septième livre de la _Cité de Dieu_ la mesme pensée
-expliquée par Varron en termes différens, quand ce sçavant Romain
-déclare que s'il parle des choses Divines, c'est à la façon de
-Xénophanes Colophonien, qui protestoit que ce qu'il en escrivoit,
-n'estoit pas pour le faire passer comme une chose certaine, mais
-seulement comme une pensée douteuse qu'il en avoit; l'homme ne pouvant
-posséder là-dessus que des opinions incertaines, parce que la
-connoissance asseurée en est réservée à Dieu seul. _Quid putem, non quid
-contendam, ponam; hominis enim est hæc opinari, Dei scire._ Cela me fait
-remarquer avec estime la prudence du Mofti des Turcs, qui est à peu près
-parmi eux, et dans leur Religion, ce qu'est parmi nous le souverain
-Pontife. Il ne rend jamais de jugement sur ce qui lui est proposé, et ne
-prononce point sa sentence, qui s'appelle en sa langue _Festa_, sans
-adjouter à la fin: _Dieu le sçait mieux_. Certes, tout bien considéré,
-je me confirme dans cette doctrine, que hors les véritez révélées
-d'en-haut, et que la vraie Religion nous enseigne, l'on peut sans crime
-demeurer irrésolu, et sans rien déterminer sur tout le reste. Je vois
-tous les hommes ainsi faits, qu'ils se moquent, en suivant leurs
-fantaisies, les uns des autres, au mesme tems qu'ils pensent tous avoir
-raison. Mais pour moi, je ne veux pas me laisser emporter par le torrent
-de la multitude. _Non posso accommodarmi a cantare, e far concerto, con
-quasi tutti gli altri huomini, il questo particulare_, comme parle cet
-Italien.
-
-
-
-
-SECOND SOLILOQUE
-
-
-J'avoue que le désir d'apprendre et de sçavoir est naturel à l'homme,
-_omnes homines scire desiderant_, dit le maistre de l'Eschole. Mais
-j'adjouste à cet axiôme, que ce mesme désir ne nous distingue pas moins
-des autres animaux, que la raison, dont nous faisons nostre préciput;
-lorsque nous les nommons tous desraisonnables, comme s'il n'y avoit que
-l'homme qui sceust bien discourir, et tirer de bonnes et raisonnables
-conséquences. Si est-ce que ceux qui ont pris la pene d'observer ces
-mesmes animaux, ont apperceu en beaucoup d'entre eux des estincelles
-d'une raison que nous avons voulu nommer imparfaite, bien que Galien, et
-assez d'autres Philosophes n'aient pas fait difficulté de prononcer,
-qu'elle ne diffère de la nostre que selon le plus et le moins, qui par
-la doctrine des Colléges ne change point l'espèce, _plus et minus non
-mutant speciem_. Il n'en est pas de mesme de ce désir ardent de
-s'instruire, tout particulier à l'homme; sans qu'il se remarque aucun
-véritable signe d'une pareille envie aux animaux. Au lieu donc de
-définir l'homme un animal raisonnable, je trouverois moins
-d'inconvénient à le nommer un animal désireux de sçavoir, et je
-penserois former par ces termes une plus juste définition. Mais si la
-Nature n'imprime point dans nos âmes de vains désirs, et qui ne puissent
-réussir, comme quelques-uns l'ont soustenu, il s'ensuivroit que la
-science nous seroit comme naturelle, et que nous pourrions tous
-l'acquérir; ce qui n'est peut-estre pas vrai, l'ignorance, selon
-beaucoup des plus ingénus Philosophes, paroissant estre bien plutost de
-l'appennage de nostre humanité, que la science, comme je m'en suis
-souvent assez expliqué ailleurs. En vérité, si nous y prenons garde de
-près, et si nous voulons reconnoistre franchement ce qui en est,
-l'homme n'est pas capable de sçavoir la raison d'autre chose, que de ce
-qu'il exécute à sa mode, ni comprendre d'autres sciences, que celles
-dont il fait soi-mesme les principes; ce qui se peut facilement prouver
-en considérant de bonne sorte les Mathématiques. O la belle maxime
-d'État, qui fait, ce semble, subsister cette grande Monarchie de
-Moscovie! d'estre dans l'ignorance de ce que nous appellons les belles
-lettres, selon que toutes les relations qui en parlent le font voir.
-Hors ce que l'auteur de nostre estre nous a révélé, et que la Foi
-Chrétienne nous oblige de tenir pour très-certain, il n'y a rien que
-l'esprit humain ne rende douteux et problématique. C'est ce qui a fait
-dire si excellemment à Saint Paul écrivant aux Corinthiens[3], qu'il ne
-sçavoit rien sinon JÉSUS-CHRIST crucifié.
-
-
-
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-TROISIÈME SOLILOQUE
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-
-Je ne puis que je n'approuve beaucoup l'interprétation mystérieuse de
-quelques Pères, qui ont pris ce que rapporte Ezéchiel de certaines eaux
-qu'on passe aisément lorsqu'on n'en a que jusques aux talons, et mesme
-que jusques aux genous et jusques aux reins; mais qu'il n'est pas
-possible de traverser sans se perdre, si l'on pense pénétrer plus avant.
-Ils croient que le Prophète veut signifier ce qui arrive aux personnes
-curieuses et téméraires, qui peuvent bien prendre quelque connoissance
-d'abord des choses humaines, et mesme pénétrer jusques à de certaines
-petites notions des Divines; mais qui se perdent indubitablement, s'ils
-pensent aller plus avant, et s'informer également de celles que Dieu a
-mises au-dessus de la capacité de nostre esprit, _hæc nos Deus mirari
-voluit, scire noluit_. C'est-là qu'il faut dire ce que les Turcs
-prononcent sur tout ce qui leur paroist douteux, _Allah bilut_, Dieu le
-sçait. Nostre raison qui nous rend si glorieux, est enfin contrainte
-d'avouer dans sa plus haute élévation, qu'il y a une infinité de choses
-qui la surpassent, et qu'il n'y a rien de si conforme à elle-mesme, si
-elle est juste et bien réglée, que de désavouer ses plus subtils
-discours en tout ce qui concerne la Foi, où elle ne sçauroit trop
-s'humilier, ni trop reconnoistre sa foiblesse, ou, pour mieux dire, son
-aveuglement. Certes, Saint Augustin a eu grand sujet d'escrire dans la
-_Cité de Dieu_, qu'à l'égard de la Morale mesme, il valoit beaucoup
-mieux tenir ses préceptes de la Foi, que de nostre raison humaine, qui
-varie sans cesse, et qui n'est constante que dans son inconstance. Elle
-ne peut faire ses opérations, qu'elle ne s'appuie sur ce que nos sens
-lui suggèrent; et nous sommes enfin contraints d'avouer que ces mesmes
-sens, et nostre raison, s'entre-abusent à qui mieux mieux. En
-voulez-vous une plus forte preuve, que de considérer comme ce qui est
-juste et approuvé en France, est réputé mauvais et improuvé, je ne dirai
-pas, à la Chine, ni au Japon, mais parmi nos plus proches voisins?
-Estrange et ridicule Morale, que les Alpes et les Pyrénées diversifient,
-ou un filet d'eau, tel que celui qui nous sépare de l'Angleterre, et
-celui qui divise l'Espagne d'une Province d'Afrique qui lui est
-opposée!
-
-
-
-
-QUATRIÈME SOLILOQUE
-
-
-Il n'y a personne qui ne ressente je ne sçai quoi de pénible dans son
-esprit, lorsqu'il commence à raisonner sur les choses du Ciel, où il ne
-trouve pas que sa Logique et ses principes s'accordent avec ce qu'il
-avoit receu pour bon aveuglement jusques-là, sans rien examiner. Horace
-exprime cela dans une de ses Odes[4] en ces termes:
-
- _Parcus Deorum cultor et infrequens,
- Insanientis dum sapientiæ
- Consultus erro, nunc retrorsum
- Vela dare, atque iterare cursus
- Cogor relictos._
-
-La secte de Démocrite, la Cyrénaïque, et celle d'Épicure, lui avoient
-donné de mauvaises opinions de la Providence, comme si les choses
-d'ici-bas estoient indifférentes à Dieu, parce qu'elles paroissoient à
-ces philosophes indignes de son occupation. La syndérèse et un remors de
-conscience fait qu'Horace nomme à bon droit cette pensée _insanientem
-sapientiam_, une folle sagesse. Et Lucrèce, plus ancien que lui,
-appréhendoit de parler mal des choses divines, sur ces mesmes fondemens
-contraires à toute sorte de Religions: ce qui lui fait dire à son
-Lecteur:
-
- _Illud in his rebus vereor ne forte rearis
- Impia te rationis inire elementa, viamque
- Endogredi sceleris._
-
-Tout le monde est touché de cette crainte, si Dieu ne l'a tout-à-fait
-abandonné à un sens reprouvé. Il n'y a que la Foi qui, dans la vraie
-Religion, nous empesche de déférer aux tentations que l'ennemi de
-nostre repos et de nostre salut nous suggère sur ce qui regarde le Ciel.
-Il a bientost séduit les plus grossiers, parce que, selon le mot de
-l'Ecclésiastique, les simples se rendent aux premières apparences
-trompeuses d'un dangereux discours, et sont aussi faciles à persuader,
-qu'un enfant est aisément fait pleurer: _a facie verbi parturit fatuus,
-tanquam gemitus partus infantis_. Certes l'on se doit bien garder de
-soumettre les véritez constantes de la vraie Religion, qui nous ont esté
-révélées d'en-haut, au raisonnement humain, parce que si vous pensez
-accommoder la foi au discours qu'on peut former sur ce qu'elle enseigne,
-chacun prétendra avoir droit d'en penser à sa mode, n'y aiant rien de si
-divers que l'esprit de l'homme; et ainsi cette foi ne sera plus une
-comme elle doit estre. Il faut avaler sans mascher ce qu'elle prescrit,
-comme une médecine salutaire qui guérit au dedans si on ne la rejette
-point, ce qui arrive à ceux qui la veulent trop savourer. Si vous voulez
-l'accorder de tout point avec les sciences humaines, vous la ruinez
-absolument, parce que selon le mot de l'Eschole, _posita scientia
-tollitur fides, sicut posita fruitione tollitur spes_. En effet on ne
-croit pas les choses qu'on sçait, ce qui donna lieu à Pomponace de se
-délivrer des mains de l'Inquisition où il estoit, pour avoir dit
-nettement dans sa chaire de Professeur en Philosophie, qu'il ne croioit
-pas l'immortalité de l'âme. Ne pouvant pas nier d'avoir ainsi parlé, à
-cause qu'on lui produisoit des tesmoins irréprochables, il s'avisa
-d'interpréter son dire en l'avouant, avec cette solution, qu'il sçavoit
-et enseignoit démonstrativement que nos âmes estoient immortelles; ce
-qui faisoit qu'il ne tenoit pas cela de la foi, par cette raison
-d'Albert le Grand, emploiée mesme par lui contre Augustinus Niphus[5],
-_quod credita cum scitis non conveniunt, et principia fidei cum
-principiis naturalibus_. Un serviteur nommé Chalinus se sert de cette
-raison dans la _Cassine_ de Plaute[6], avec ces propres termes: _At pol
-ego haud credo, sed certo scio_; voulant dire qu'on ne croit pas les
-choses que l'on sçait. Aussi y a-t-il grande différence entre sçavoir,
-et croire, selon que Saint-Thomas définit ce dernier: _Credere est actus
-intellectus assentientis divinæ voluntati, ex imperio voluntatis a Deo
-motæ per gratiam_. La foi donc qui règle nostre créance, est tout
-autrement seure que la science humaine, où tout est incertain; d'où
-vient la détermination du Concile de Nicée[7], _Dubius in fide,
-infidelis est_. On ne sçauroit sans crime suspendre tant soit peu sa
-créance en ce qui touche la foi, ni révoquer en doute le moindre de ses
-articles sans pécher.
-
-
-
-
-CINQUIÈME SOLILOQUE
-
-
-Mais n'est-il point à craindre, qu'establissant ainsi le doute partout,
-excepté aux choses qui regardent nostre salut, et qui nous ont esté
-révélées d'en-haut selon que l'Église nous l'enseigne, toute la société
-civile n'en souffre beaucoup, parce que ne restant plus rien au surplus
-dans la nature que de problématique parmi les hommes, selon que leur
-esprit est ingénieux à défendre opiniastrément ce qu'il s'est une fois
-imaginé, ils vivront dans des contestations perpétuelles? Car personne
-n'ignore le mot de Protagore, que tout peut estre disputé, _de omni re
-in utramque partem disputari posse ex æquo, et de hac ipsa, an omnis res
-in utramque partem disputabilis sit_. Combien de grands personnages y
-a-t-il eu, que Sénèque nomme dans une de ses Épistres[8], qui ont esté
-du mesme sentiment, Nausiphane, Parménide, Zénon Élate, avec une
-infinité de sectes entières qu'il cite, dont l'Eschole présupposoit le
-mesme sentiment. Si l'on dit que Platon, et assez d'autres excellens
-Philosophes ont esté d'une opinion contraire, c'est ce qui peut donner
-le plus d'inquiétude, s'il est soustenable qu'on doive croire chacun en
-son art, puisqu'ils ont esté tous d'une mesme profession, qui alloit à
-rechercher curieusement la vérité. Outre cela Aristote, le plus grand
-Dogmatique de tous, et le plus affirmatif, nie cette proposition au
-troisieme livre de ses _Politiques_, chapitre onzième, où il establit
-pour constant, qu'en toute sorte d'arts, ceux qui les ignorent, jugent
-mieux de ce que ces mesmes arts produisent, que les meilleurs Artisans
-qui travaillent avec toute sorte d'industrie. Ainsi, dit-il, un père de
-famille juge avec plus de discernement de la disposition commode d'une
-maison, que son Architecte. Un Pilote reconnoist mieux si le gouvernail
-de son vaisseau est bien fabriqué, que celui qui l'a fait. Et les
-convives dans un festin portent meilleur jugement de l'apprest des
-viandes qui s'y trouvent, que le Cuisinier qui les a assaisonnées. Il
-passe jusques-là que les Musiciens, ni les Poëtes ne sont pas les plus
-capables juges de leurs ouvrages. Ne tenons donc pas pour indubitable,
-que chacun doive toujours estre cru, et prononcer définitivement dans sa
-profession.
-
-
-
-
-SIXIÈME SOLILOQUE
-
-
-L'opinion a esté fort bien nommée par Héraclite [Grec: hieran noson],
-_sacrum morbum_; c'est une maladie populaire, une épilepsie qui mérite
-ce nom, puisqu'elle occupe et infecte la plus noble et la plus sacrée
-partie de l'homme, qui est l'âme, _quod sanctissimam hominis partem, hoc
-est, animæ rationalis domicilium præcipue infestet_. Elle le fait avec
-tant d'attachement et de fermeté, qu'elle a donné lieu au mot
-d'Opiniastreté, qui est un mal d'obstination presque insurmontable. Mais
-il ne faut pas croire, que sous cette appellation de peuple, il n'y ait
-que la plus vile partie des Communautez de comprise. Le vulgaire,
-puisqu'on se sert encore de ce terme pour désigner des gens de la plus
-basse estoffe, est souvent toute autre chose que ce que l'on pense. La
-pourpre, et le cordon bleu, en font parfois partie, quoique ceux qui
-s'en parent indignement, se croient estre beaucoup au dessus. Tant y a
-que quand la pluspart du monde a une fois épousé une opinion, pour
-absurde qu'elle soit, et que parlant comme l'on fait au delà des Alpes,
-_il Mondo è infinocchiato d'una opinione_, sa fausseté ne la fait guères
-quiter; au contraire l'on se roidit souvent d'autant plus à la
-maintenir, qu'elle est desraisonnable et absolument opposée à la
-vérité, qui n'est ni escoutée ni comprise par la folle et ignorante
-multitude: outre qu'on s'imagine qu'il y a plus d'adresse à maintenir le
-faux que le vrai. La pitié est que cet entestement est fort contagieux,
-et qu'il fait trébucher les uns sur les autres dans la foule ceux qui en
-sont touchez, sans qu'ils sentent leur mal, croiant toujours au
-contraire n'avoir que de très-bonnes pensées. Or ce n'est pas le moien
-de guérir leur infirmité d'establir l'incertitude de toutes choses,
-puisque s'il n'y a rien que de douteux, ils sont excusables de ne quiter
-pas leurs fantaisies erronnées, pour en prendre d'autres qui ne valent
-pas mieux. Ainsi le meilleur sera de laisser le monde en l'estat qu'il
-est, et de suivre le précepte que Saint Paul donne à Timothée[9], de ne
-s'eschauffer point en des disputes fascheuses, _non contendere verbis_,
-[Grec: mê logomachein], comme estant une chose inutile. Si vous croiez
-avoir raison contre un antagoniste qui la mesprise, ou qui ne l'entend
-pas, cédez-lui la victoire en riant, comme je l'ai veu faire avec
-adresse, _porrige herbam, sed ut bestiæ_. En vérité celui-là avoit
-quelque sujet, ce semble, de soustenir que la raison estoit contre
-l'ordre de nature, veu que les hommes raisonnables ne lui paroissoient
-pas moins rares, que les monstres. Quoi qu'il en soit, la sentence
-d'Aristote n'est pas ici peu considérable, encore qu'il ne l'ait pas
-toujours suivie, _stultas opiniones admodum destruere stultissimum est_.
-Il faut pardonner avec mespris à des syncopes de raison, et des béveues
-spirituelles ou d'entendement, à qui les Grecs ont donné le nom de
-[Grec: parorama], et que nous remarquons parfois en ceux avec qui nous
-contestons, soit de vive voix, soit par écrit, puisqu'en tout cas on ne
-sçauroit trop déférer à l'aphorisme de ce sçavant Père de l'Église,
-_melius est dubitare de occultis quam litigare de incertis_. Nous ne
-nous repentirons jamais de nous y estre tenus.
-
-
-
-
-SEPTIÈME SOLILOQUE
-
-
-Quelques-uns pourroient penser là-dessus, qu'il est plus à-propos de
-garder un perpétuel silence, que de l'expliquer en quelque façon que ce
-soit, puisqu'on ne peut rien dire de solide, toutes choses aiant deux
-anses, et pouvant estres prises diversement comme incertaines et
-problématiques. J'avoue que le silence tient lieu souvent de nourriture
-à l'âme, estant pour cette considération très-recommandable, quoi qu'il
-faille aussi tomber d'accord qu'il est parfois l'asyle et le refuge
-d'une parfaite ignorance, qui se cache sous son ombre. D'ailleurs
-généralement parlant, l'avantage du silence est tout visible, en ce que
-celuy qui parle se vuide, et que celuy qui écoute se remplit. J'ai fait
-plus d'une fois cette réflexion dont je me veus souvenir ici, que l'Écho
-mesme, toute babillarde fille qu'elle est dans la fable, nous fait leçon
-du péril qu'il y a de communiquer à d'autres des pensées d'importance,
-veu qu'estant une fois sorties de chez nous, les pierres, et les rochers
-ne s'en peuvent taire, et les redisent. Le silence de cinq ans des
-Pythagoriciens, et celuy des Cardinaux qui n'oseroient parler, et sont
-comme muets, jusques à ce que le Pape leur ouvre la bouche, peuvent
-servir d'instruction là-dessus. C'est ce qui fait prononcer
-proverbialement aux Espagnols, _callar_, _y obrar_, _por la tierra_, _y
-por la mar_; et les Arabes ont cet adage qui va au mesme sens, _duobus
-modis pereunt homines, abundantia opum, et abundantia sermonis_; au lieu
-que selon Salomon[10], _qui custodit os suum, custodit animam suam_, et
-que suivant sa doctrine, _stultus quoque si tacuit, sapiens reputabitur,
-et si compresserit labia sua, intelligens_. Si est-ce qu'outre qu'il y a
-des silences trompeurs et dissimulez, on peut soustenir qu'on ne
-sçauroit juger des hommes que par leurs actions, et par leurs discours.
-Parle, disoit un ancien, si tu veux que je te connoisse, _loquere, ut te
-videam_. En effet l'action, qui comprend la parole, est la mesure de
-l'estre, et les choses ne sont, à le bien prendre, qu'autant qu'elles
-agissent, et qu'elles se font connoistre de l'une ou de l'autre manière,
-en faisant ou en parlant. Cependant comme l'inaction et la fainéantise,
-qu'Amasis vouloit estre punie de mort, est nommée par les Italiens le
-vice des honnestes gens, et que selon eux, _il lavorar è mestier da
-buoi_; le silence de mesme a ses partisans qui en font leur capital, et
-d'autres qui ne le peuvent souffrir, parce, disent-ils, qu'un oiseau
-muet ne fait point d'augure, _ave muda non haze aguero_, c'est
-l'Espagnol qui parle ainsi. Certes il n'y a point de médaille qui n'ait
-un revers, ni de si beau précepte de morale, qui ne soit diversement
-envisagé.
-
-
-
-
-HUITIÈME SOLILOQUE
-
-
-La beauté, qui passe pour la plus aimable chose qui se puisse voir, et
-qui appelle tout le monde à soi, [Grec: kalon para to kalein], nous
-fournira un bel exemple de ce divers envisagement. Les charmes de la
-beauté sont tels, qu'elle se rend maistresse des sages les plus modérez,
-et des conquérans les plus invincibles. C'est ce qui la fit nommer à
-Socrate, une tyrannie de peu de temps; ce qui obligea Platon de
-soustenir qu'il n'y avoit rien de beau, qui ne fust encore bon; et ce
-qui a contraint Aristote d'écrire que cette beauté portoit avec elle
-plus de recommandation, que quelque lettre de faveur qu'on pust obtenir,
-[Grec: pantos epistoliou systatikoteron]. Et véritablement elle donna
-lieu aux premières Monarchies du siècle d'or, les peuples obéissant
-volontairement: de sorte qu'alors on ne voioit point de rebelles qui ne
-fussent aveugles. Encore aujourd'huy toutes les conditions de la vie
-cherchent dans la beauté ce qui les doit faire estimer. Le Soldat met sa
-gloire à posséder un beau cheval, et des armes bien polies. Un Peintre
-n'est en réputation, que par la beauté de ses tableaux; ni un Orateur
-que par celle de ses périodes. Or ce n'est pas merveille que nostre
-humanité considère si fort un agréable aspect, veu que la beauté du
-corps qui se voit, est ordinairement l'image de l'esprit qui l'informe;
-les perfections internes engendrant les externes, jusques aux
-pierreries, dont l'éclat procède de la juste mixtion des éléments au
-dedans. Cependant à cause de l'infidelle compagnie qui se trouve entre
-la vertu et la beauté, _raram facit mixturam cum sapientia forma_,
-beaucoup de gens ont dressé de grandes invectives contre la dernière,
-qui se fait principalement estimer lors que le sexe feminin s'en peut
-prévaloir. Car pour les hommes ils doivent prendre ailleurs leur
-avantage; ce qui a fait dire à l'Ecclésiastique: _Non laudes virum in
-facie sua, nec spernas hominem in visu suo_. Et la réflexion de Galien
-me semble fort juste, qu'Homère n'ayant parlé qu'une fois de Nirée comme
-du plus beau des Princes Grecs, il a voulu donner à comprendre que les
-beaux hommes ne sont presque bons à rien. C'est contre les belles Dames
-que la Satyre s'exerce ici, comme s'il n'y avoit que les laides qui
-pussent se garantir du vice, _casta quam nemo rogavit_. Encore
-voudroit-on rendre injustement la pudicité de celles-cy mesprisable,
-par cette mauvaise raison, que leur âme n'a pas toujours esté chaste,
-dans une volonté corrompue: _Quæ malam faciem habent sæpius pudicæ sunt,
-non animus illis deest, sed corruptor_, comme en parle Sénèque dans une
-de ses Controverses. Je me souviens de la raillerie de celuy qui disoit
-d'une fille peu aimable, que Dieu pour la sauver avoit mis son âme en
-sauveté, dans un corps que personne ne pouvoit aimer. On ne sçauroit
-nier à l'égard des belles, que leur humeur superbe ne les fasse parfois
-haïr. Car comme l'avoue Ovide, leur plus grand amy[11],
-
- _Fastus inest pulchris, sequiturque superbia formam_.
-
-Et néantmoins l'on peut dire à la plus agréable de toutes, _quid excolis
-formam? cum omnia feceris, a multis animalibus decore vinceris_[12].
-
-Il est impossible, dit Diodore Sicilien, d'avoir jamais autant de
-beauté, que cet animal à qui elle a fait donner le nom de _Cepus_,
-[Grec: kêpos], parce que la veue de tous les jardins ne peut réjouir ni
-satisfaire comme la sienne. Ce sont néantmoins des beautez d'un ordre si
-différent, que j'ay de la pene à souffrir cette comparaison.
-
-
-
-
-NEUVIÈME SOLILOQUE
-
-
-Si la Beauté a eu des adversaires qui l'ont mesprisée, ce n'est pas
-merveille que quelques-uns aient pris plaisir à préférer une caduque
-vieillesse aux impétuositez d'une bouillante jeunesse. Car quoique le
-vieil Caton[13] n'approuvast pas le proverbe déjà usité de son tems,
-qu'on se devoit rendre vieil de bonne heure, afin de l'estre longtems,
-ce qui semble donner de l'avantage à l'âge avancé sur celui qui l'a
-précédé; il est pourtant vrai que ses devanciers et ceux qui ont vescu
-depuis luy, se sont déclarez pour le proverbe contre le sentiment de
-Caton. J'avoue que la jeunesse a des emportemens qu'on ne sçauroit assez
-condamner, ce qui a fait qu'Aristote n'a pas feint d'escrire[14], que
-contrevenant au précepte du sage Chilon, les jeunes gens font toutes
-choses avec excès, _omnia nimis agunt_. La modération des vieillards a
-quelque avantage pour ce regard, quoique Saint Basile[15] ait prononcé
-contre elle, qu'elle estoit plutost une impuissance de continuer les
-désordres de la jeunesse, qu'une vraie tempérance: _Temperantia in
-senectute, non temperantia est, sed lasciviendi impotentia_. C'est une
-triste chose d'avoir recours à la Fable, pour dire que les Cygnes blancs
-qui tirent le char de Vénus, signifient qu'elle n'est pas ennemie des
-testes blanches, qui peuvent encore se faire agréer. On dit de mesme à
-l'avantage des femmes qui sont avancées dans l'âge, qu'il y a des
-animaux qui mesprisent les jeunes femelles, et leur préfèrent les
-vieilles. Aristote l'asseure en ces termes[16]: _Arietes primum
-vetustiores oves ineunt, novellas enim minus persequuntur._ Pour moi qui
-me suis assez déclaré là-dessus, devant que j'eusse passé la grande
-année climactérique, je fais peu de cas de toutes ces observations, et
-je trouve bien plus considérable la belle et élégante description que
-nous fait Juvénal, dans sa dixième Satyre, des imperfections de la
-vieillesse, qui me font souscrire au mot de Sénèque le Tragique,
-
- _Rarum est felix idemque senex_.
-
-L'honneur que beaucoup de Nations ont déféré au grand âge, a eu ses
-raisons: mais comme s'escrie Ausone sur cela,
-
- _Quid refert? Cornix an ideo ante Cygnum?_
-
-Les ténèbres sont plus anciennes que la lumière, qui voudroit les luy
-préférer pour cela? Je me suis trouvé il y a peu de jours avec un
-Macrobie si impertinent, qu'il me confirma dans l'opinion où j'ay
-toujours esté, qu'on peut retourner en enfance par caducité, et devenir
-comme celuy dont je parle, _Senex bis puer, ter fatuus, quater
-improbus_. D'ailleurs, il n'y a rien de plus misérable qu'un vieillard,
-qui n'a rien dont il se puisse vanter, que d'avoir esprouvé une
-infinité d'adversitez, et de s'estre veu comme il est encore, semblable
-à la Fourmi de Virgile,
-
- ... _Inopi metuens Formica senectæ_
-
-ce qui plonge dans une infâme avarice, parce que, selon le dire des
-Italiens, _quanto più l'uccello è vecchio, tanto più mal volontieri
-lascia la piuma_. Si le nom de Sénateurs a esté honorable à Rome à cause
-de leurs longues années, _quod seniores_; et si celuy de Seigneur en
-France procède d'une mesme origine, il ne faut pas laisser de tomber
-d'accord, qu'il n'y a que les belles actions, au cas que nous ayons esté
-assez heureux pour en produire, qui nous puissent rendre dans la
-vieillesse plus considérables que les jeunes gens. C'est le fondement de
-ce beau mot d'Ovide escrivant à Livia sur la mort du jeune Drusus son
-fils:
-
- _Acta senem faciunt, hæc numeranda tibi._
-
-Le reste qui accompagne nostre caducité, semble estre plutost digne de
-compassion qu'autrement.
-
-
-
-
-DIXIÈME SOLILOQUE
-
-
-Quoi qu'il en soit, nos jours estant comtez au Ciel de toute éternité,
-selon nostre plus commune croiance, je ne voy pas bien le fondement des
-honneurs qu'on rend à ceux qui ont veu rouler plus longtems sur leurs
-testes les sphères d'en-haut, que le reste des autres hommes, non plus
-que tout ce qui leur arrive; cela dépendant d'un mesme principe, sans
-qu'ils y aient pu rien contribuer.
-
- _Ventidius quid enim, quid Tullius, anne aliud quam Sidus, et
- occulti miranda potentia fati[17]?_
-
-Car toutes nos destinées, dont les Anciens ont tant parlé, dépendoient
-selon eux des corps supérieurs, et du différent aspect des Astres: ce
-qu'observent encore aujourd'huy nos faiseurs d'horoscopes, et tous ceux
-qui défèrent aveuglément à l'Astrologie Judiciaire. Or tout est si
-frivole, et si incertain dans cette prétendue science, que le nombre des
-Cieux n'y est pas constant, assez de Philosophes aiant présupposé que
-les Astres y estoient comme les oiseaux en l'air, et les poissons dans
-l'eau. Il n'y a eu que les Juifs qui aient bien asseuré qu'il y avoit
-dix Cieux, de sorte qu'en leur langue le Ciel n'a point de singulier, et
-n'est jamais emploié qu'au pluriel. Selon leurs Rabins les dix courtines
-du Tabernacle de leur temple, signifioient ces dix Cieux; et le passage
-du texte sacré, qui dit, _opera digitorum tuorum sunt coeli_, témoigne
-que nos deux mains n'aiant que dix doigts, le nombre des Cieux n'est ni
-moindre, ni plus grand que celui-là. Quant aux Astres, et aux Estoiles,
-Platon les establit dans son _Épinomis_ pour des Dieux visibles, ou du
-moins pour leurs images que nous devons respecter. L'ordre, selon luy,
-que les Planètes conservent entre elles, monstre qu'elles sont animées.
-Et Ovide, conformément à cette opinion commune, n'a pas manqué de mettre
-ces Animaux au Ciel dans le premier livre de ses Métamorphoses,
-
- _Neu regio foret ulla suis animalibus orba,
- Astra tenent coeleste solum, formæque Deorum_.
-
-Le Soleil estant le principal d'entre eux, Apollon estoit nommé [Grec:
-episkopos], ou surveillant, par les Grecs, comme il se peut voir dans
-Phornutus. Tant y a qu'à cause que les premiers Pères de l'Église
-déféroient plus à l'Escole de Platon qu'à celle des autres Philosophes,
-ils admettoient l'animation des Cieux, et des Estoiles; et l'on comte
-entre les erreurs d'Origène celle d'avoir creu ces mesmes Estoiles
-capables du vice et de la vertu. Y a-t-il un Art plus ridicule que celuy
-de la Judiciaire, quoiqu'aient pu faire ses suppos, qui ont toujours
-tasché de rendre leurs prédictions apparemment véritables par des
-interprétations qui font pitié à tous ceux qui en considèrent
-l'absurdité? J'en ai assez produit d'exemples dans quelques écrits
-imprimez, je veux seulement me remettre ici en mémoire celuy qui regarde
-le Poëte Eschile. On luy avoit prédit par l'inspection du Ciel qu'il
-mourroit de la cheute d'une maison, et l'on voulut que la Tortue qui
-porte toujours sa maison, et qui luy écrasa sa teste chauve, eust esté
-désignée par la prédiction. Comment l'Astrologie auroit-elle quelque
-chose de constant, et où l'on se doive arrester, puisque ses
-Professeurs se contrarient les uns les autres, et bastissent sur des
-fondemens différens? Le Père Semedo observe que les Chinois qui
-n'establissent que vingt-huit constellations, ont néansmoins un bien
-plus grand nombre d'Estoiles que nous n'en reconnoissons. Si est-ce que
-le Père Adam, Astrologue Roial, y fonde ses jugemens sur les mesmes
-aphorismes que suivent les Européens. Au fond si le mouvement de la
-Terre est présupposé, comme le Cardinal Nicolas de Cusa l'a établi[18],
-et quatre-vingts ans depuis luy Copernic, suivi d'une infinité d'autres;
-que pouvons-nous recueillir de toutes les maximes des Anciens, qui doive
-satisfaire un esprit solide au sujet dont nous parlons? Aussi
-voions-nous que les plus grands hommes se sont repentis d'avoir déféré
-à la vanité de cette profession. Cardan avoue[19] que la connoissance
-qu'il avoit de l'Astrologie, luy fut fort préjudiciable, parce qu'il
-croioit suivant ses plus constantes maximes, ne devoir pas vivre plus de
-quarante ans, et nous sçavons que sa vie a esté de soixante et quinze
-moins trois jours. Mathieu Paris fait un conte ridicule à ce propos de
-l'Empereur Fridéric second, qu'entesté de la vanité de cette science
-trompeuse, il s'abstint la première nuit de ses nopces de toucher sa
-femme Isabelle, fille d'Angleterre, que le matin ne fust venu, et cela
-par le conseil de quelques Astrologues, _donec competens hora ei ab
-Astrologis nunciaretur_. Et Scaliger le père escrit dans sa _Poétique_,
-que rien ne peut tant fortifier l'opinion impie d'Épicure touchant la
-création fortuite du monde par le concours et assemblage hazardeux des
-Atomes, que l'inégale et téméraire disposition des Astres sur nos
-testes, où ils ne font aucune figure ni arrangement qui semble
-raisonnable. Car les figures qu'on leur fait représenter sont toutes
-imaginaires, et à peine y voit-on un triangle assez imparfait sous le
-nom du Delta ou Deltoton, non plus que de ligne bien droite, si vous
-exceptez celle du baudrier d'Orion, qui multipliée sert à mesurer toute
-l'étendue du Ciel. Le Chancelier Bacon[20] a fait déjà cette remarque,
-et que rien ne se meut là-haut par des cercles parfaits. Le mespris ou
-j'ay toujours esté des prédictions Astrologiques, m'a transporté plus
-que je ne pensois, adjoustant ceci à ce que j'en ai escrit ailleurs.
-
-
-
-
-ONZIÈME SOLILOQUE
-
-
-Ce peu que je viens d'observer touchant la Judiciaire me fait penser à
-l'opinion que les premiers Philosophes Grecs ont eue de Dieu, et de la
-Nature, qu'ils ont souvent confondus. Cicéron[21] tient que Straton de
-Lampsaque ne reconnoissoit que la dernière, puisqu'il n'y avoit point
-d'effets qu'il ne luy attribuast, sans en rapporter aucun à Dieu,
-_Lampsacenus Strato omnia effecta Naturæ, nulla Diis tribuebat_. Et
-mesme cet Orateur Romain appelle ailleurs[22] la raison naturelle, une
-loi divine et humaine: _Naturæ ratio, quæ est lex divina et humana_.
-Platon et Aristote ont eu d'autres pensées, et ce dernier remarque au
-sixième Livre de sa _Métaphysique_, qu'à n'admettre point d'autres
-substances que les matérielles, selon qu'en usoient ses devanciers, la
-Physique seroit la première Philosophie, et non pas celle qui suit et
-est au-delà, ce qui luy a fait donner le nom de Métaphysique. Mais en
-vérité les deux Mondes de Platon, l'un sensible, et l'autre intelligible
-où habite la Vérité, sont des viandes bien creuses; de mesme que les
-nombres qui composoient la Nature selon Pythagore. Les deux matières
-d'Aristote, l'une sensible aussi, et l'autre intelligible qui enveloppe
-les Mathématiques, ne sont pas moins chimériques à ceux qui veulent
-philosopher, aussi bien que naviger seurement, et toujours terre à
-terre, de peur de s'égarer. Ceux-là s'empescheront toujours d'employer
-dans la Physique des termes nouveaux et surnaturels, comme quelques-uns
-ont voulu faire depuis peu. Mais il y a des esprits qui croient n'avoir
-jamais bien rencontré, si contrariant les autres, ils ne suivent une
-route différente de la leur; semblables à l'Oiseau Merops qui vole au
-rebours des autres, avançant toujours vers sa queue: _Merops, avium
-sola, retrorsus ac versus caudam fertur_, dit Élien dans son histoire
-des animaux. Ainsi aux choses mesme d'aussi peu de conséquence, que
-celles dont nous venons de parler sont importantes, on ne trouve que
-diversité d'opinions. Pline veut que les Oiseaux nous aient enseigné
-l'usage du gouvernail d'un vaisseau. Sénèque et Possidonius l'attribuent
-aux Poissons dans le mouvement de leur queue. Et cette inclination
-naturelle à la nouveauté contentieuse, autant que d'autres raisons
-morales qu'on pourroit rapporter, ont engendré enfin l'animosité qui
-s'observe entre quelques Nations, dont je vais dire un mot après ceux
-qui l'ont observée devant moi. Il y a une antipathie physique, ce
-semble, entre l'Alleman et le Polonois, le Suédois et le Danois,
-l'Anglois et l'Escossois, le Galois ou habitant du païs de Gales, et
-l'Irlandois. Le Portugais ne s'accorde pas mieux avec le Castillan, non
-plus qu'autrefois le Parisien avec le Norman, et le Génois avec le
-Vénitien, ou l'Arragonois. Les Arabes sont toujours en différend avec
-les Abyssins, les Turcs avec les Persans, les Mogoles avec les Jusbegs,
-les Chinois avec les Japonois, les Moscovites avec les Tartares. Nos
-anciens Gaulois estoient si haïs des Romains, qu'ils n'exemtoient de la
-guerre leurs sacrificateurs, que quand il faloit aller au combat contre
-les Gaulois, _in Gallico tumultu_: ce que Plutarque a remarqué dans
-la vie de Camillus. Je laisse l'injustice des Historiens d'Italie contre
-nostre Nation, pour considérer simplement l'impertinence de Pétrarque,
-d'ailleurs fort à priser, quand il veut que la férocité seule de nos
-moeurs nous ait imposé le nom de François, _a feritate morum Francos
-dictos_. Mais quitons un sujet par trop odieux.
-
-
-
-
-DOUZIÈME SOLILOQUE
-
-
-Cette grande discordance des Nations fait voir entre autres choses,
-qu'il n'y a point, à le bien prendre, de communes notions parmi les
-hommes, qui pensent tous si diversement et avec une opiniastreté si
-voisine de la haine, que Théognis a eu raison d'appeller dès son tems
-l'Opinion un de nos plus grands maux,
-
- [Grec: Doxa men anthrôpousi kakon mega],
- _Opinio quidem hominibus magnum malum est_.
-
-Je ne sçai point de meilleure résolution à prendre là-dessus, que de
-suivre le conseil que Saint Paul donne à Timothée, [Grec: mê
-logomachein], de ne contester jamais avec des paroles ordinairement
-inutiles, et qu'il nomme fort bien [Grec: kenophônias], _inaniloquia_. A
-moins de déférer à cet avis salutaire, il n'y a rien de plus tumultueux
-que nostre vie, parce que tout ce que contient la Nature est sujet à
-controverse, qui s'étend mesme plus loin dans cette considération
-d'Aristote[23], _opinabile latius patere quam ens, quia et quod est, et
-quod non est, opinabile est_. Certes c'est une chose pitoiable de voir
-d'un oeil exemt de prévention, comme chacun prend les choses à sa mode,
-et comme il n'y a presque personne qui n'aime mieux reprendre Dieu, et
-la Nature, que de reconnoistre ingénuement l'ignorance où il est. J'use
-de cette pensée après Cicéron au livre cinquième de ses Questions
-Tusculanes, _rerum naturam, quam errorem nostrum damnare malumus_. Mais
-quoi, il vaut mieux imiter là-dessus Démocrite, qu'Héraclite, si nous en
-croions Sénèque[24], à cause que selon luy _humanius est deridere vitam,
-quam deplorare_; bien qu'il avoue qu'on se peut plus à propos abstenir
-de l'un et de l'autre. Quoi qu'il en soit, la maxime qu'il establit
-ailleurs, de tenir toujours pour très-mauvais ce que le peuple approuve,
-nous est confirmée par le _tolle, tolle, crucifige_ des Juifs, qui
-montre bien que la voix du peuple n'est pas toujours la voix de Dieu; de
-sorte qu'il n'y a guères d'âmes philosophiques qui ne disent avec le
-mesme Sénèque[25], _argumentum pessimi turba est_. L'Orateur Romain que
-j'ai déjà cité, et que je citerai toujours très-volontiers en de
-semblables matières, tesmoigne encore ce sentiment en ces termes[26]:
-_Philosophia paucis est contenta judicibus, multitudinem consulto ipsa
-fugiens, eique ipsi et suspecta et invisa._ C'est une merveille que sa
-profession d'Éloquence, d'où il retiroit sa principale recommandation,
-luy ait permis de reconnoistre si franchement cette vérité, parce
-qu'elle paroist absolument contraire au bien-dire des Orateurs, qui est
-une faculté populaire, et qui ne vise qu'à obtenir l'approbation d'un
-grand nombre d'auditeurs. Ce qui m'étonne davantage, c'est que cela
-vienne de celuy qui avoit, dès le premier livre de ces _Questions
-Tusculanes_, voulu prouver l'existence des Dieux, et l'immortalité de
-nos Ames, par cette considération, qu'une opinion générale peut estre
-prise pour la propre voix de la Nature, _omnium consensus Naturæ vox
-est_, n'y aiant rien de plus opposé que le sont ces textes l'un à
-l'autre, par des axiomes tout-à-fait différens. Il ne faut pas néanmoins
-le blasmer là-dessus. Le changement d'avis, et la diversité d'opinion
-selon le sujet qu'on traite, n'est condamnable ni en luy, ni en tous
-ceux qui philosophant académiquement ne se rendent jamais esclaves de
-leurs premiers sentimens. Je veux me souvenir en sa faveur de ce que les
-Anciens faisoient Neptune, sous le nom du Dieu Consus, auteur de tous
-les bons avis. Or ils donnoient apparemment à entendre par là, que
-comme la Mer que ce Dieu gouvernoit, change de face à tous momens, il
-n'estoit pas honteux ni mauvais de prendre des avis différens, selon la
-diversité des tems et des sujets qui obligent à le faire.
-
-
-
-
-TREZIÈME SOLILOQUE
-
-
-Entre les choses dont la Noblesse et le Peuple sont le mieux d'accord,
-c'est d'amasser du bien si faire se peut, et de fuir la pauvreté. Les
-Philosophes[27] considèrent que la vertu ne s'acquiert pas avec les
-biens; mais qu'au contraire, c'est assez souvent la vertu qui nous fait
-obtenir des biens. Et pour le regard de la pauvreté, l'Ecclésiastique ne
-laisse rien à dire pour l'esviter, quand il asseure qu'il vaut mieux
-mourir, que d'y tomber: _Fili, in tempore viæ tuæ ne indigeas, melius
-est enim mori, quant indigere_. C'est pourquoi nous voions que tout le
-monde veut devenir riche en quelque manière que ce soit,
-
- _Unde habeat quærit nemo, sed oportet habere_.
-
-L'homme le plus vertueux, le mieux sensé, et de la plus haute
-extraction, s'il est mal vestu, et que ses habits soient percez au
-coude, n'oseroit parler en bonne compagnie, au péril qu'il courroit
-d'estre moqué au mesme tems qu'on applaudit aux discours impertinens
-d'un fat, qui a les rieurs de son costé, parce qu'il s'est richement
-paré.
-
- _Et genus, et virtus, nisi cum re vilior alga est_[28].
-
-Car cette Res des Latins qui se trouve dans l'opulance, donne des amis
-et des fauteurs partout, _Res amicos invenit_, comme le fait si
-à-propos remarquer ce vieillard Antipho dans le _Stichon_ de Plaute[29].
-C'est ici un lieu trop commun parmi les sçavans, et trop facile à estre
-amplifié, pour s'y arrester davantage. Mais il n'a pas esté moins aisé,
-à ceux qui l'ont voulu contredire, de prendre le parti, sinon d'une
-extrême indigence, au moins d'une tolérable et honneste pauvreté.
-_Culmen liberos tegit_, ont-ils dit après Sénèque, _sub marmore atque
-auro servitus habitat_. Un peu de nécessité aiguise l'esprit; elle a ses
-gaietez plus parfaites souvent, et plus fidelles, que ne les a
-l'abondance. Et Dieu soit loué qu'il y ait des jours dans la vie, où le
-riche porte envie à la condition du pauvre! En vérité quelqu'un n'a pas
-mal rencontré d'escrire, qu'on voit la pluspart des grands richars
-tenir dans leurs coffres le rachat des captifs, la liberté des
-prisonniers, la santé des malades, la joie des affligez, et la vie des
-languissans, sans qu'on puisse reprocher une telle malédiction à ceux
-que la Fortune a moins favorisez. Je me trompe de parler ainsi de cette
-Déesse aveugle. Le Bien, la Noblesse, et la Science mesme, sont des dons
-du Ciel, qui les jette parfois, dit Epictète, comme l'on fait des noix
-et des figues aux enfans, sans qu'il faille se battre comme eux à qui en
-aura le plus, quoiqu'il soit permis de s'en prévaloir quand ils se
-présentent à vous, et qu'on le peut faire civilement. En effet le Chef
-des Gymnosophistes Mandanis ne pouvoit prononcer un plus bel axiome, que
-celuy que nous lisons de luy dans Strabon, qu'il n'y a point de maison
-plus à estimer, que celle qui se contente de peu, se passant de ce dont
-les autres abondent. Car on peut soustenir qu'il est mesme parfois
-avantageux, de diminuer ses richesses, pour devenir plus riche, et
-d'imiter le bon vigneron, qui coupe la vigne pour la faire mieux
-produire. La pensée de Pline est excellente là-dessus dans la Préface du
-quatorzième Livre de son _Histoire naturelle_, que les Sciences et les
-Arts Libéraux sont tombez de la liberté qui leur avoit donné le nom,
-dans la servitude, en ce qu'autrefois les plus accommodez des biens de
-Fortune, se plaisoient à cultiver leurs esprits, chose que l'opulence a
-depuis empeschée, _rerum amplitudo damno fuit_. Car il est arrivé que
-les hommes seuls qui se sont veus réduits à la pauvreté et à la
-servitude, ont fait valoir les Arts et les Sciences, parce qu'ils
-n'avoient que ce seul moyen pour se faire considérer, et pour subsister:
-_Quadam sterilitate fortunæ necesse erat animi bona exercere._ C'est
-ainsi que parle Pline, et qu'on balance toutes choses.
-
- * * * * *
-
-_Rogatus Antisthenes quidnam ex philosophia lucratus esset, mecum, ait,
-colloqui posse_, [Grec: to dynastai heautô homilein].
-
- * * * * *
-
-_Qui plura novit, eum majora sequuntur dubia._ Arist.
-
-
-
-
-_Extrait du Privilége_
-
-
-PAR Lettres de Privilége du Roy, en datte du 9 Mars 1651, signées
-CONRART, il est permis à Monsieur DE LA MOTHE LE VAYER, Conseiller du
-Roy en ses Conseils, de faire imprimer, vendre, et débiter _tous les
-Traitez_, _Lettres_, _Opuscules_, _et autres pièces de sa composition_,
-par tel Imprimeur ou Libraire qu'il voudra choisir, conjointement ou
-séparément, en un ou plusieurs volumes, en telles marges, en tels
-caractères, et autant de fois que bon luy semblera, durant l'espace de
-vingt ans: Et défenses sont faites à toutes personnes, d'imprimer,
-vendre, ni débiter aucun de ces Traitez, et Opuscules, sans son
-consentement, ou de ceux qui auront droit de luy, sur peine de trois
-mille livres d'amende, et autre plus grande, ainsi qu'il est plus
-amplement spécifié par lesdites Lettres.
-
-
-
-
- _Achevé d'imprimer_
-
- SUR LES PRESSES DE MOTTEROZ
-
- TYPOGRAPHE
-
- A PARIS, RUE DU DRAGON, 31
-
-
- _Le 29 Janvier 1875_
-
-
-
-
-NOTES:
-
-[1] Paris, _Louis Billaine, 1670_, petit in-12.
-
-[2] Page 8.
-
-[3] Ep. I. C. 2.
-
-[4] L. I. ode 34.
-
-[5] In defensorio, C. 27. circa fin.
-
-[6] Act. 2. SC. 26.
-
-[7] Baron. tom. II.
-
-[8] Ep. 88.
-
-[9] Ep. 2. C. I.
-
-[10] Prov. C. 13. et 17.
-
-[11] Fast. l. I.
-
-[12] Sen. ep. ult.
-
-[13] Cic. lib. de Senect.
-
-[14] Rhet. l. 2. v. 12.
-
-[15] Conc. 8. de Poen.
-
-[16] De hist. anim. l. 5. C. 14.
-
-[17] Juven. sat. 7.
-
-[18] _De docta ignor._ l. 2. C. 12.
-
-[19] Lib. _de Vita propria_, C. 10.
-
-[20] De augm. scient. p. 166.
-
-[21] _Qu. Academ._ l. 4.
-
-[22] _De Offic._ l. 3.
-
-[23] _Top._ l. 4. C. 15.
-
-[24] _De Tranq._ I. C. 15.
-
-[25] _De vita beata_, C. 2.
-
-[26] _Tusc. qu._ l. 2.
-
-[27] _Arist. Polit._ l. 7. C. I.
-
-[28] Horat. l. I. Sat. 6.
-
-[29] Act. 4. SC. I.
-
-
-
-
-Note de Transcription:
-
-Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été corrigées.
-L'orthographe d'origine a été conservée et n'a pas été harmonisée.
-
-
-
-
-
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-François de La Mothe Le Vayer
-
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