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You may copy it, give it away or -re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included -with this eBook or online at www.gutenberg.org - - -Title: Soliloques sceptiques - -Author: François de La Mothe Le Vayer - -Editor: Isidore Liseux - -Release Date: August 30, 2012 [EBook #40625] - -Language: French - -Character set encoding: ISO-8859-1 - -*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK SOLILOQUES SCEPTIQUES *** - - - - -Produced by Laurent Vogel, Eleni Christofaki and the Online -Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This -book was produced from scanned images of public domain -material from the Google Print project.) - - - - - - - - - - SOLILOQUES SCEPTIQUES - - - - -[Illustration] - - - - - SOLILOQUES SCEPTIQUES - - par - - LA MOTHE LE VAYER, - - _Réimprimé sur l'édition unique de 1670_ - - [Illustration: SCIENTIA DUCE] - - PARIS - - _Isidore LISEUX, 5, Rue Scribe_ - - _1875_ - - - - -Ce petit ouvrage ne se trouve pas dans les collections des Oeuvres de -La Mothe Le Vayer, notamment dans celle de 1669 (15 vol. in-12); il ne -fut publié que l'année suivante[1], en même temps que l'_Hexaméron -rustique_, également exclu de ces collections. L'auteur avait alors 82 -ans. - -C'était un sage à la manière antique, et nous ne pouvions mieux choisir -que ces pages pour donner une idée de sa philosophie. Elles montrent -comment le scepticisme absolu en toutes matières, religions, morale, -esthétique, histoire, se concilie aisément avec la soumission aux -mystères du Christianisme. Il n'y a, pour cela, qu'à être de son temps -et de son pays. On a un salon rempli d'idoles en or, en marbre, en -plâtre: au milieu, ce «grand Dieu pendu» dont parle Bossuet. Livré aux -seules lumières de la science, on hésite: l'embarras est grand, le choix -difficile; mais, encore une fois, on est de son époque, et l'on se fait -pardonner ses doutes en déclarant, avec Saint Paul, qu'on ne sait rien, -«sinon Jésus-Christ crucifié»[2]. - -Ainsi l'on vit, tranquille et honoré, l'espace de quatre-vingt-quatre -ans; ainsi l'on est précepteur de Louis XIV, et, plus heureux que -certain philosophe de nos jours, on a pour collègues à l'Académie -Française des évêques, Bossuet lui-même, qui ne s'offensent pas de -collaborer avec vous à un dictionnaire, parce que vous avez l'audace de -penser et d'écrire librement. - - I. L. - - - - -[Décoration] - -_AU LECTEUR_ - - -_Ne vous estonnez pas que je me serve du mot de Soliloques, peu connu -dans nostre langue; il ne l'est guères davantage dans la Latine où Saint -Augustin l'a emploié; et tous ceux qui ont traduit ses oeuvres en -François, n'ont pas fait difficulté de le retenir: c'est un entretien -secret avec soi-mesme, qui respond aucunement aux à parte si fréquens -sur le Théâtre des Italiens, et que le nostre, aussi bien que celui des -Espagnols, et des Anglais, n'ont pas rejetté. Je sçai bien qu'on les a -condamnez comme ridicules, veu le peu d'apparence qui se trouve à -présupposer, qu'un Acteur puisse prononcer tout bas, sans estre entendu -de celui qui n'est qu'à deux pas de lui, ce que tous les Auditeurs du -parterre, pour esloignez qu'ils soient, doivent entendre. Mais puisque -tout ce que les Théâtres des Grecs et des Latins ont representé, aussi -bien que les nostres par imitation, n'est que fable, et une pure -imposition ou mensonge; pourquoi n'admettra-t-on pas une chose de si peu -de conséquence, à cause qu'elle n'est pas vraisemblable? On oblige bien -les Spectateurs à prendre un chasteau de carte pour l'Acrocorinthe, ou -quelque autre forteresse semblable; et un petit coin du lieu où se joue -la Comédie, pour tout le païs Attique. Pourquoi, encore un coup, -feraient-ils difficulté de se laisser tromper par un_ à parte, -_prononcé d'une voix contrainte, comme l'on fait, nonobstant que cela -choque les sens, de la façon que nous l'avons remarqué? En vérité -l'apparence est moindre, et le raisonnement se trouve beaucoup plus -offensé aux premières tromperies, et autres pareilles dont le Théâtre -est continuellement rempli, qu'aux à parte qui sont rares, et qui ne -durent qu'un moment. J'ai assez d'années pour escrire qu'autrefois ces -façons de parler estoient en usage:_ j'ai dit à part-moi, _et_ il a dit -à part-soi, _dont l'on ne se sert plus, et qui respondent aux à parte -des Italiens. Mais pour revenir aux Soliloques, il ne s'est pas trouvé -moins de personnes qui les ont voulu généralement censurer, que de -celles dont nous venons de parler qui ont condamné les à parte; et les -Italiens mesme, nonobstant la pratique de leur Théâtre, n'ont pas laissé -de prononcer en commun proverbe_ il parlar solo, è da pazzo, _comme s'il -n'y avait que des fous qui parlassent à eux-mesmes. Si est-ce que -l'exemple des Pythagoriciens dans leurs entretiens secrets, et leur -examen journalier de conscience, que Sénèque pratiquoit tout les soirs à -leur exemple, me font estre d'un avis bien différent. Ce grand -Précepteur de la Morale de son siècle nous représente dans le sixième -livre de la Cholère, qu'il addresse à Novatus, au chapitre -trente-sixième, comme à l'exemple du Philosophe Sextius, il -s'interrogeoit lui-mesme tous les soirs, et s'addressant à son âme, lui -demandoit compte de ce qui s'estoit passé durant la journée:_ quotidie, -_dit-il_, apud me causam dico; _repassant sur ses fautes dans le secret -du lict, que sa femme Pauline faite à ce mystère ne troubloit jamais: il -ne se les pardonnoit qu'à la charge de n'y plus retomber, et se -prononçoit, en forme de jugement, ces propres termes:_ Vide ne istud -amplius facias, nunc tibi ignosco. _De tels Soliloques, et ceux du -Docteur de la Grâce, m'empescheront bien de les condamner, comme -plusieurs ont fait. Mais puisqu'il n'y a rien de plus naturel, ni aussi -de plus ordinaire aux hommes, que de se tromper, pardonnons aux autres -leurs erreurs, afin qu'on excuse les nostres._ - - - - -[Décoration] - -SOLILOQUES _SCEPTIQUES_ - - -PREMIER SOLILOQUE - - -Le plus important précepte de la science, est de sçavoir qu'il y a des -choses qui ne méritent pas d'estre sceues; ce que Quintilien a dit -particulièrement de quelques notions grammaticales. Mais il y en a -d'autres qu'on peut dire estre absolument hors de la portée de nostre -esprit, qui est trop profondément plongé dans la matière, pour bien -reconnoistre ce qui en est dégagé. Cependant c'est une des principales, -et des plus ordinaires maladies de l'homme, d'estre travaillé d'une -curiosité inquiète pour des choses qu'il ne peut sçavoir, et qu'il lui -est vraisemblablement plus avantageux d'ignorer, que d'en prendre -connoissance, puisque Dieu a limité la sphère d'activité de son âme, qui -ne peut pas pénétrer jusques-là. Ainsi l'on peut soustenir que c'est une -espèce d'intempérance très-pernicieuse, de vouloir sçavoir plus qu'il ne -faut, et que le Ciel ne nous le permet, _plus velle scire quant sit -satis, intemperantiæ genus est_, comme un Payen mesme l'a reconnu. Saint -Augustin rapporte au septième livre de la _Cité de Dieu_ la mesme pensée -expliquée par Varron en termes différens, quand ce sçavant Romain -déclare que s'il parle des choses Divines, c'est à la façon de -Xénophanes Colophonien, qui protestoit que ce qu'il en escrivoit, -n'estoit pas pour le faire passer comme une chose certaine, mais -seulement comme une pensée douteuse qu'il en avoit; l'homme ne pouvant -posséder là-dessus que des opinions incertaines, parce que la -connoissance asseurée en est réservée à Dieu seul. _Quid putem, non quid -contendam, ponam; hominis enim est hæc opinari, Dei scire._ Cela me fait -remarquer avec estime la prudence du Mofti des Turcs, qui est à peu près -parmi eux, et dans leur Religion, ce qu'est parmi nous le souverain -Pontife. Il ne rend jamais de jugement sur ce qui lui est proposé, et ne -prononce point sa sentence, qui s'appelle en sa langue _Festa_, sans -adjouter à la fin: _Dieu le sçait mieux_. Certes, tout bien considéré, -je me confirme dans cette doctrine, que hors les véritez révélées -d'en-haut, et que la vraie Religion nous enseigne, l'on peut sans crime -demeurer irrésolu, et sans rien déterminer sur tout le reste. Je vois -tous les hommes ainsi faits, qu'ils se moquent, en suivant leurs -fantaisies, les uns des autres, au mesme tems qu'ils pensent tous avoir -raison. Mais pour moi, je ne veux pas me laisser emporter par le torrent -de la multitude. _Non posso accommodarmi a cantare, e far concerto, con -quasi tutti gli altri huomini, il questo particulare_, comme parle cet -Italien. - - - - -SECOND SOLILOQUE - - -J'avoue que le désir d'apprendre et de sçavoir est naturel à l'homme, -_omnes homines scire desiderant_, dit le maistre de l'Eschole. Mais -j'adjouste à cet axiôme, que ce mesme désir ne nous distingue pas moins -des autres animaux, que la raison, dont nous faisons nostre préciput; -lorsque nous les nommons tous desraisonnables, comme s'il n'y avoit que -l'homme qui sceust bien discourir, et tirer de bonnes et raisonnables -conséquences. Si est-ce que ceux qui ont pris la pene d'observer ces -mesmes animaux, ont apperceu en beaucoup d'entre eux des estincelles -d'une raison que nous avons voulu nommer imparfaite, bien que Galien, et -assez d'autres Philosophes n'aient pas fait difficulté de prononcer, -qu'elle ne diffère de la nostre que selon le plus et le moins, qui par -la doctrine des Colléges ne change point l'espèce, _plus et minus non -mutant speciem_. Il n'en est pas de mesme de ce désir ardent de -s'instruire, tout particulier à l'homme; sans qu'il se remarque aucun -véritable signe d'une pareille envie aux animaux. Au lieu donc de -définir l'homme un animal raisonnable, je trouverois moins -d'inconvénient à le nommer un animal désireux de sçavoir, et je -penserois former par ces termes une plus juste définition. Mais si la -Nature n'imprime point dans nos âmes de vains désirs, et qui ne puissent -réussir, comme quelques-uns l'ont soustenu, il s'ensuivroit que la -science nous seroit comme naturelle, et que nous pourrions tous -l'acquérir; ce qui n'est peut-estre pas vrai, l'ignorance, selon -beaucoup des plus ingénus Philosophes, paroissant estre bien plutost de -l'appennage de nostre humanité, que la science, comme je m'en suis -souvent assez expliqué ailleurs. En vérité, si nous y prenons garde de -près, et si nous voulons reconnoistre franchement ce qui en est, -l'homme n'est pas capable de sçavoir la raison d'autre chose, que de ce -qu'il exécute à sa mode, ni comprendre d'autres sciences, que celles -dont il fait soi-mesme les principes; ce qui se peut facilement prouver -en considérant de bonne sorte les Mathématiques. O la belle maxime -d'État, qui fait, ce semble, subsister cette grande Monarchie de -Moscovie! d'estre dans l'ignorance de ce que nous appellons les belles -lettres, selon que toutes les relations qui en parlent le font voir. -Hors ce que l'auteur de nostre estre nous a révélé, et que la Foi -Chrétienne nous oblige de tenir pour très-certain, il n'y a rien que -l'esprit humain ne rende douteux et problématique. C'est ce qui a fait -dire si excellemment à Saint Paul écrivant aux Corinthiens[3], qu'il ne -sçavoit rien sinon JÉSUS-CHRIST crucifié. - - - - -TROISIÈME SOLILOQUE - - -Je ne puis que je n'approuve beaucoup l'interprétation mystérieuse de -quelques Pères, qui ont pris ce que rapporte Ezéchiel de certaines eaux -qu'on passe aisément lorsqu'on n'en a que jusques aux talons, et mesme -que jusques aux genous et jusques aux reins; mais qu'il n'est pas -possible de traverser sans se perdre, si l'on pense pénétrer plus avant. -Ils croient que le Prophète veut signifier ce qui arrive aux personnes -curieuses et téméraires, qui peuvent bien prendre quelque connoissance -d'abord des choses humaines, et mesme pénétrer jusques à de certaines -petites notions des Divines; mais qui se perdent indubitablement, s'ils -pensent aller plus avant, et s'informer également de celles que Dieu a -mises au-dessus de la capacité de nostre esprit, _hæc nos Deus mirari -voluit, scire noluit_. C'est-là qu'il faut dire ce que les Turcs -prononcent sur tout ce qui leur paroist douteux, _Allah bilut_, Dieu le -sçait. Nostre raison qui nous rend si glorieux, est enfin contrainte -d'avouer dans sa plus haute élévation, qu'il y a une infinité de choses -qui la surpassent, et qu'il n'y a rien de si conforme à elle-mesme, si -elle est juste et bien réglée, que de désavouer ses plus subtils -discours en tout ce qui concerne la Foi, où elle ne sçauroit trop -s'humilier, ni trop reconnoistre sa foiblesse, ou, pour mieux dire, son -aveuglement. Certes, Saint Augustin a eu grand sujet d'escrire dans la -_Cité de Dieu_, qu'à l'égard de la Morale mesme, il valoit beaucoup -mieux tenir ses préceptes de la Foi, que de nostre raison humaine, qui -varie sans cesse, et qui n'est constante que dans son inconstance. Elle -ne peut faire ses opérations, qu'elle ne s'appuie sur ce que nos sens -lui suggèrent; et nous sommes enfin contraints d'avouer que ces mesmes -sens, et nostre raison, s'entre-abusent à qui mieux mieux. En -voulez-vous une plus forte preuve, que de considérer comme ce qui est -juste et approuvé en France, est réputé mauvais et improuvé, je ne dirai -pas, à la Chine, ni au Japon, mais parmi nos plus proches voisins? -Estrange et ridicule Morale, que les Alpes et les Pyrénées diversifient, -ou un filet d'eau, tel que celui qui nous sépare de l'Angleterre, et -celui qui divise l'Espagne d'une Province d'Afrique qui lui est -opposée! - - - - -QUATRIÈME SOLILOQUE - - -Il n'y a personne qui ne ressente je ne sçai quoi de pénible dans son -esprit, lorsqu'il commence à raisonner sur les choses du Ciel, où il ne -trouve pas que sa Logique et ses principes s'accordent avec ce qu'il -avoit receu pour bon aveuglement jusques-là, sans rien examiner. Horace -exprime cela dans une de ses Odes[4] en ces termes: - - _Parcus Deorum cultor et infrequens, - Insanientis dum sapientiæ - Consultus erro, nunc retrorsum - Vela dare, atque iterare cursus - Cogor relictos._ - -La secte de Démocrite, la Cyrénaïque, et celle d'Épicure, lui avoient -donné de mauvaises opinions de la Providence, comme si les choses -d'ici-bas estoient indifférentes à Dieu, parce qu'elles paroissoient à -ces philosophes indignes de son occupation. La syndérèse et un remors de -conscience fait qu'Horace nomme à bon droit cette pensée _insanientem -sapientiam_, une folle sagesse. Et Lucrèce, plus ancien que lui, -appréhendoit de parler mal des choses divines, sur ces mesmes fondemens -contraires à toute sorte de Religions: ce qui lui fait dire à son -Lecteur: - - _Illud in his rebus vereor ne forte rearis - Impia te rationis inire elementa, viamque - Endogredi sceleris._ - -Tout le monde est touché de cette crainte, si Dieu ne l'a tout-à-fait -abandonné à un sens reprouvé. Il n'y a que la Foi qui, dans la vraie -Religion, nous empesche de déférer aux tentations que l'ennemi de -nostre repos et de nostre salut nous suggère sur ce qui regarde le Ciel. -Il a bientost séduit les plus grossiers, parce que, selon le mot de -l'Ecclésiastique, les simples se rendent aux premières apparences -trompeuses d'un dangereux discours, et sont aussi faciles à persuader, -qu'un enfant est aisément fait pleurer: _a facie verbi parturit fatuus, -tanquam gemitus partus infantis_. Certes l'on se doit bien garder de -soumettre les véritez constantes de la vraie Religion, qui nous ont esté -révélées d'en-haut, au raisonnement humain, parce que si vous pensez -accommoder la foi au discours qu'on peut former sur ce qu'elle enseigne, -chacun prétendra avoir droit d'en penser à sa mode, n'y aiant rien de si -divers que l'esprit de l'homme; et ainsi cette foi ne sera plus une -comme elle doit estre. Il faut avaler sans mascher ce qu'elle prescrit, -comme une médecine salutaire qui guérit au dedans si on ne la rejette -point, ce qui arrive à ceux qui la veulent trop savourer. Si vous voulez -l'accorder de tout point avec les sciences humaines, vous la ruinez -absolument, parce que selon le mot de l'Eschole, _posita scientia -tollitur fides, sicut posita fruitione tollitur spes_. En effet on ne -croit pas les choses qu'on sçait, ce qui donna lieu à Pomponace de se -délivrer des mains de l'Inquisition où il estoit, pour avoir dit -nettement dans sa chaire de Professeur en Philosophie, qu'il ne croioit -pas l'immortalité de l'âme. Ne pouvant pas nier d'avoir ainsi parlé, à -cause qu'on lui produisoit des tesmoins irréprochables, il s'avisa -d'interpréter son dire en l'avouant, avec cette solution, qu'il sçavoit -et enseignoit démonstrativement que nos âmes estoient immortelles; ce -qui faisoit qu'il ne tenoit pas cela de la foi, par cette raison -d'Albert le Grand, emploiée mesme par lui contre Augustinus Niphus[5], -_quod credita cum scitis non conveniunt, et principia fidei cum -principiis naturalibus_. Un serviteur nommé Chalinus se sert de cette -raison dans la _Cassine_ de Plaute[6], avec ces propres termes: _At pol -ego haud credo, sed certo scio_; voulant dire qu'on ne croit pas les -choses que l'on sçait. Aussi y a-t-il grande différence entre sçavoir, -et croire, selon que Saint-Thomas définit ce dernier: _Credere est actus -intellectus assentientis divinæ voluntati, ex imperio voluntatis a Deo -motæ per gratiam_. La foi donc qui règle nostre créance, est tout -autrement seure que la science humaine, où tout est incertain; d'où -vient la détermination du Concile de Nicée[7], _Dubius in fide, -infidelis est_. On ne sçauroit sans crime suspendre tant soit peu sa -créance en ce qui touche la foi, ni révoquer en doute le moindre de ses -articles sans pécher. - - - - -CINQUIÈME SOLILOQUE - - -Mais n'est-il point à craindre, qu'establissant ainsi le doute partout, -excepté aux choses qui regardent nostre salut, et qui nous ont esté -révélées d'en-haut selon que l'Église nous l'enseigne, toute la société -civile n'en souffre beaucoup, parce que ne restant plus rien au surplus -dans la nature que de problématique parmi les hommes, selon que leur -esprit est ingénieux à défendre opiniastrément ce qu'il s'est une fois -imaginé, ils vivront dans des contestations perpétuelles? Car personne -n'ignore le mot de Protagore, que tout peut estre disputé, _de omni re -in utramque partem disputari posse ex æquo, et de hac ipsa, an omnis res -in utramque partem disputabilis sit_. Combien de grands personnages y -a-t-il eu, que Sénèque nomme dans une de ses Épistres[8], qui ont esté -du mesme sentiment, Nausiphane, Parménide, Zénon Élate, avec une -infinité de sectes entières qu'il cite, dont l'Eschole présupposoit le -mesme sentiment. Si l'on dit que Platon, et assez d'autres excellens -Philosophes ont esté d'une opinion contraire, c'est ce qui peut donner -le plus d'inquiétude, s'il est soustenable qu'on doive croire chacun en -son art, puisqu'ils ont esté tous d'une mesme profession, qui alloit à -rechercher curieusement la vérité. Outre cela Aristote, le plus grand -Dogmatique de tous, et le plus affirmatif, nie cette proposition au -troisieme livre de ses _Politiques_, chapitre onzième, où il establit -pour constant, qu'en toute sorte d'arts, ceux qui les ignorent, jugent -mieux de ce que ces mesmes arts produisent, que les meilleurs Artisans -qui travaillent avec toute sorte d'industrie. Ainsi, dit-il, un père de -famille juge avec plus de discernement de la disposition commode d'une -maison, que son Architecte. Un Pilote reconnoist mieux si le gouvernail -de son vaisseau est bien fabriqué, que celui qui l'a fait. Et les -convives dans un festin portent meilleur jugement de l'apprest des -viandes qui s'y trouvent, que le Cuisinier qui les a assaisonnées. Il -passe jusques-là que les Musiciens, ni les Poëtes ne sont pas les plus -capables juges de leurs ouvrages. Ne tenons donc pas pour indubitable, -que chacun doive toujours estre cru, et prononcer définitivement dans sa -profession. - - - - -SIXIÈME SOLILOQUE - - -L'opinion a esté fort bien nommée par Héraclite [Grec: hieran noson], -_sacrum morbum_; c'est une maladie populaire, une épilepsie qui mérite -ce nom, puisqu'elle occupe et infecte la plus noble et la plus sacrée -partie de l'homme, qui est l'âme, _quod sanctissimam hominis partem, hoc -est, animæ rationalis domicilium præcipue infestet_. Elle le fait avec -tant d'attachement et de fermeté, qu'elle a donné lieu au mot -d'Opiniastreté, qui est un mal d'obstination presque insurmontable. Mais -il ne faut pas croire, que sous cette appellation de peuple, il n'y ait -que la plus vile partie des Communautez de comprise. Le vulgaire, -puisqu'on se sert encore de ce terme pour désigner des gens de la plus -basse estoffe, est souvent toute autre chose que ce que l'on pense. La -pourpre, et le cordon bleu, en font parfois partie, quoique ceux qui -s'en parent indignement, se croient estre beaucoup au dessus. Tant y a -que quand la pluspart du monde a une fois épousé une opinion, pour -absurde qu'elle soit, et que parlant comme l'on fait au delà des Alpes, -_il Mondo è infinocchiato d'una opinione_, sa fausseté ne la fait guères -quiter; au contraire l'on se roidit souvent d'autant plus à la -maintenir, qu'elle est desraisonnable et absolument opposée à la -vérité, qui n'est ni escoutée ni comprise par la folle et ignorante -multitude: outre qu'on s'imagine qu'il y a plus d'adresse à maintenir le -faux que le vrai. La pitié est que cet entestement est fort contagieux, -et qu'il fait trébucher les uns sur les autres dans la foule ceux qui en -sont touchez, sans qu'ils sentent leur mal, croiant toujours au -contraire n'avoir que de très-bonnes pensées. Or ce n'est pas le moien -de guérir leur infirmité d'establir l'incertitude de toutes choses, -puisque s'il n'y a rien que de douteux, ils sont excusables de ne quiter -pas leurs fantaisies erronnées, pour en prendre d'autres qui ne valent -pas mieux. Ainsi le meilleur sera de laisser le monde en l'estat qu'il -est, et de suivre le précepte que Saint Paul donne à Timothée[9], de ne -s'eschauffer point en des disputes fascheuses, _non contendere verbis_, -[Grec: mê logomachein], comme estant une chose inutile. Si vous croiez -avoir raison contre un antagoniste qui la mesprise, ou qui ne l'entend -pas, cédez-lui la victoire en riant, comme je l'ai veu faire avec -adresse, _porrige herbam, sed ut bestiæ_. En vérité celui-là avoit -quelque sujet, ce semble, de soustenir que la raison estoit contre -l'ordre de nature, veu que les hommes raisonnables ne lui paroissoient -pas moins rares, que les monstres. Quoi qu'il en soit, la sentence -d'Aristote n'est pas ici peu considérable, encore qu'il ne l'ait pas -toujours suivie, _stultas opiniones admodum destruere stultissimum est_. -Il faut pardonner avec mespris à des syncopes de raison, et des béveues -spirituelles ou d'entendement, à qui les Grecs ont donné le nom de -[Grec: parorama], et que nous remarquons parfois en ceux avec qui nous -contestons, soit de vive voix, soit par écrit, puisqu'en tout cas on ne -sçauroit trop déférer à l'aphorisme de ce sçavant Père de l'Église, -_melius est dubitare de occultis quam litigare de incertis_. Nous ne -nous repentirons jamais de nous y estre tenus. - - - - -SEPTIÈME SOLILOQUE - - -Quelques-uns pourroient penser là-dessus, qu'il est plus à-propos de -garder un perpétuel silence, que de l'expliquer en quelque façon que ce -soit, puisqu'on ne peut rien dire de solide, toutes choses aiant deux -anses, et pouvant estres prises diversement comme incertaines et -problématiques. J'avoue que le silence tient lieu souvent de nourriture -à l'âme, estant pour cette considération très-recommandable, quoi qu'il -faille aussi tomber d'accord qu'il est parfois l'asyle et le refuge -d'une parfaite ignorance, qui se cache sous son ombre. D'ailleurs -généralement parlant, l'avantage du silence est tout visible, en ce que -celuy qui parle se vuide, et que celuy qui écoute se remplit. J'ai fait -plus d'une fois cette réflexion dont je me veus souvenir ici, que l'Écho -mesme, toute babillarde fille qu'elle est dans la fable, nous fait leçon -du péril qu'il y a de communiquer à d'autres des pensées d'importance, -veu qu'estant une fois sorties de chez nous, les pierres, et les rochers -ne s'en peuvent taire, et les redisent. Le silence de cinq ans des -Pythagoriciens, et celuy des Cardinaux qui n'oseroient parler, et sont -comme muets, jusques à ce que le Pape leur ouvre la bouche, peuvent -servir d'instruction là-dessus. C'est ce qui fait prononcer -proverbialement aux Espagnols, _callar_, _y obrar_, _por la tierra_, _y -por la mar_; et les Arabes ont cet adage qui va au mesme sens, _duobus -modis pereunt homines, abundantia opum, et abundantia sermonis_; au lieu -que selon Salomon[10], _qui custodit os suum, custodit animam suam_, et -que suivant sa doctrine, _stultus quoque si tacuit, sapiens reputabitur, -et si compresserit labia sua, intelligens_. Si est-ce qu'outre qu'il y a -des silences trompeurs et dissimulez, on peut soustenir qu'on ne -sçauroit juger des hommes que par leurs actions, et par leurs discours. -Parle, disoit un ancien, si tu veux que je te connoisse, _loquere, ut te -videam_. En effet l'action, qui comprend la parole, est la mesure de -l'estre, et les choses ne sont, à le bien prendre, qu'autant qu'elles -agissent, et qu'elles se font connoistre de l'une ou de l'autre manière, -en faisant ou en parlant. Cependant comme l'inaction et la fainéantise, -qu'Amasis vouloit estre punie de mort, est nommée par les Italiens le -vice des honnestes gens, et que selon eux, _il lavorar è mestier da -buoi_; le silence de mesme a ses partisans qui en font leur capital, et -d'autres qui ne le peuvent souffrir, parce, disent-ils, qu'un oiseau -muet ne fait point d'augure, _ave muda non haze aguero_, c'est -l'Espagnol qui parle ainsi. Certes il n'y a point de médaille qui n'ait -un revers, ni de si beau précepte de morale, qui ne soit diversement -envisagé. - - - - -HUITIÈME SOLILOQUE - - -La beauté, qui passe pour la plus aimable chose qui se puisse voir, et -qui appelle tout le monde à soi, [Grec: kalon para to kalein], nous -fournira un bel exemple de ce divers envisagement. Les charmes de la -beauté sont tels, qu'elle se rend maistresse des sages les plus modérez, -et des conquérans les plus invincibles. C'est ce qui la fit nommer à -Socrate, une tyrannie de peu de temps; ce qui obligea Platon de -soustenir qu'il n'y avoit rien de beau, qui ne fust encore bon; et ce -qui a contraint Aristote d'écrire que cette beauté portoit avec elle -plus de recommandation, que quelque lettre de faveur qu'on pust obtenir, -[Grec: pantos epistoliou systatikoteron]. Et véritablement elle donna -lieu aux premières Monarchies du siècle d'or, les peuples obéissant -volontairement: de sorte qu'alors on ne voioit point de rebelles qui ne -fussent aveugles. Encore aujourd'huy toutes les conditions de la vie -cherchent dans la beauté ce qui les doit faire estimer. Le Soldat met sa -gloire à posséder un beau cheval, et des armes bien polies. Un Peintre -n'est en réputation, que par la beauté de ses tableaux; ni un Orateur -que par celle de ses périodes. Or ce n'est pas merveille que nostre -humanité considère si fort un agréable aspect, veu que la beauté du -corps qui se voit, est ordinairement l'image de l'esprit qui l'informe; -les perfections internes engendrant les externes, jusques aux -pierreries, dont l'éclat procède de la juste mixtion des éléments au -dedans. Cependant à cause de l'infidelle compagnie qui se trouve entre -la vertu et la beauté, _raram facit mixturam cum sapientia forma_, -beaucoup de gens ont dressé de grandes invectives contre la dernière, -qui se fait principalement estimer lors que le sexe feminin s'en peut -prévaloir. Car pour les hommes ils doivent prendre ailleurs leur -avantage; ce qui a fait dire à l'Ecclésiastique: _Non laudes virum in -facie sua, nec spernas hominem in visu suo_. Et la réflexion de Galien -me semble fort juste, qu'Homère n'ayant parlé qu'une fois de Nirée comme -du plus beau des Princes Grecs, il a voulu donner à comprendre que les -beaux hommes ne sont presque bons à rien. C'est contre les belles Dames -que la Satyre s'exerce ici, comme s'il n'y avoit que les laides qui -pussent se garantir du vice, _casta quam nemo rogavit_. Encore -voudroit-on rendre injustement la pudicité de celles-cy mesprisable, -par cette mauvaise raison, que leur âme n'a pas toujours esté chaste, -dans une volonté corrompue: _Quæ malam faciem habent sæpius pudicæ sunt, -non animus illis deest, sed corruptor_, comme en parle Sénèque dans une -de ses Controverses. Je me souviens de la raillerie de celuy qui disoit -d'une fille peu aimable, que Dieu pour la sauver avoit mis son âme en -sauveté, dans un corps que personne ne pouvoit aimer. On ne sçauroit -nier à l'égard des belles, que leur humeur superbe ne les fasse parfois -haïr. Car comme l'avoue Ovide, leur plus grand amy[11], - - _Fastus inest pulchris, sequiturque superbia formam_. - -Et néantmoins l'on peut dire à la plus agréable de toutes, _quid excolis -formam? cum omnia feceris, a multis animalibus decore vinceris_[12]. - -Il est impossible, dit Diodore Sicilien, d'avoir jamais autant de -beauté, que cet animal à qui elle a fait donner le nom de _Cepus_, -[Grec: kêpos], parce que la veue de tous les jardins ne peut réjouir ni -satisfaire comme la sienne. Ce sont néantmoins des beautez d'un ordre si -différent, que j'ay de la pene à souffrir cette comparaison. - - - - -NEUVIÈME SOLILOQUE - - -Si la Beauté a eu des adversaires qui l'ont mesprisée, ce n'est pas -merveille que quelques-uns aient pris plaisir à préférer une caduque -vieillesse aux impétuositez d'une bouillante jeunesse. Car quoique le -vieil Caton[13] n'approuvast pas le proverbe déjà usité de son tems, -qu'on se devoit rendre vieil de bonne heure, afin de l'estre longtems, -ce qui semble donner de l'avantage à l'âge avancé sur celui qui l'a -précédé; il est pourtant vrai que ses devanciers et ceux qui ont vescu -depuis luy, se sont déclarez pour le proverbe contre le sentiment de -Caton. J'avoue que la jeunesse a des emportemens qu'on ne sçauroit assez -condamner, ce qui a fait qu'Aristote n'a pas feint d'escrire[14], que -contrevenant au précepte du sage Chilon, les jeunes gens font toutes -choses avec excès, _omnia nimis agunt_. La modération des vieillards a -quelque avantage pour ce regard, quoique Saint Basile[15] ait prononcé -contre elle, qu'elle estoit plutost une impuissance de continuer les -désordres de la jeunesse, qu'une vraie tempérance: _Temperantia in -senectute, non temperantia est, sed lasciviendi impotentia_. C'est une -triste chose d'avoir recours à la Fable, pour dire que les Cygnes blancs -qui tirent le char de Vénus, signifient qu'elle n'est pas ennemie des -testes blanches, qui peuvent encore se faire agréer. On dit de mesme à -l'avantage des femmes qui sont avancées dans l'âge, qu'il y a des -animaux qui mesprisent les jeunes femelles, et leur préfèrent les -vieilles. Aristote l'asseure en ces termes[16]: _Arietes primum -vetustiores oves ineunt, novellas enim minus persequuntur._ Pour moi qui -me suis assez déclaré là-dessus, devant que j'eusse passé la grande -année climactérique, je fais peu de cas de toutes ces observations, et -je trouve bien plus considérable la belle et élégante description que -nous fait Juvénal, dans sa dixième Satyre, des imperfections de la -vieillesse, qui me font souscrire au mot de Sénèque le Tragique, - - _Rarum est felix idemque senex_. - -L'honneur que beaucoup de Nations ont déféré au grand âge, a eu ses -raisons: mais comme s'escrie Ausone sur cela, - - _Quid refert? Cornix an ideo ante Cygnum?_ - -Les ténèbres sont plus anciennes que la lumière, qui voudroit les luy -préférer pour cela? Je me suis trouvé il y a peu de jours avec un -Macrobie si impertinent, qu'il me confirma dans l'opinion où j'ay -toujours esté, qu'on peut retourner en enfance par caducité, et devenir -comme celuy dont je parle, _Senex bis puer, ter fatuus, quater -improbus_. D'ailleurs, il n'y a rien de plus misérable qu'un vieillard, -qui n'a rien dont il se puisse vanter, que d'avoir esprouvé une -infinité d'adversitez, et de s'estre veu comme il est encore, semblable -à la Fourmi de Virgile, - - ... _Inopi metuens Formica senectæ_ - -ce qui plonge dans une infâme avarice, parce que, selon le dire des -Italiens, _quanto più l'uccello è vecchio, tanto più mal volontieri -lascia la piuma_. Si le nom de Sénateurs a esté honorable à Rome à cause -de leurs longues années, _quod seniores_; et si celuy de Seigneur en -France procède d'une mesme origine, il ne faut pas laisser de tomber -d'accord, qu'il n'y a que les belles actions, au cas que nous ayons esté -assez heureux pour en produire, qui nous puissent rendre dans la -vieillesse plus considérables que les jeunes gens. C'est le fondement de -ce beau mot d'Ovide escrivant à Livia sur la mort du jeune Drusus son -fils: - - _Acta senem faciunt, hæc numeranda tibi._ - -Le reste qui accompagne nostre caducité, semble estre plutost digne de -compassion qu'autrement. - - - - -DIXIÈME SOLILOQUE - - -Quoi qu'il en soit, nos jours estant comtez au Ciel de toute éternité, -selon nostre plus commune croiance, je ne voy pas bien le fondement des -honneurs qu'on rend à ceux qui ont veu rouler plus longtems sur leurs -testes les sphères d'en-haut, que le reste des autres hommes, non plus -que tout ce qui leur arrive; cela dépendant d'un mesme principe, sans -qu'ils y aient pu rien contribuer. - - _Ventidius quid enim, quid Tullius, anne aliud quam Sidus, et - occulti miranda potentia fati[17]?_ - -Car toutes nos destinées, dont les Anciens ont tant parlé, dépendoient -selon eux des corps supérieurs, et du différent aspect des Astres: ce -qu'observent encore aujourd'huy nos faiseurs d'horoscopes, et tous ceux -qui défèrent aveuglément à l'Astrologie Judiciaire. Or tout est si -frivole, et si incertain dans cette prétendue science, que le nombre des -Cieux n'y est pas constant, assez de Philosophes aiant présupposé que -les Astres y estoient comme les oiseaux en l'air, et les poissons dans -l'eau. Il n'y a eu que les Juifs qui aient bien asseuré qu'il y avoit -dix Cieux, de sorte qu'en leur langue le Ciel n'a point de singulier, et -n'est jamais emploié qu'au pluriel. Selon leurs Rabins les dix courtines -du Tabernacle de leur temple, signifioient ces dix Cieux; et le passage -du texte sacré, qui dit, _opera digitorum tuorum sunt coeli_, témoigne -que nos deux mains n'aiant que dix doigts, le nombre des Cieux n'est ni -moindre, ni plus grand que celui-là. Quant aux Astres, et aux Estoiles, -Platon les establit dans son _Épinomis_ pour des Dieux visibles, ou du -moins pour leurs images que nous devons respecter. L'ordre, selon luy, -que les Planètes conservent entre elles, monstre qu'elles sont animées. -Et Ovide, conformément à cette opinion commune, n'a pas manqué de mettre -ces Animaux au Ciel dans le premier livre de ses Métamorphoses, - - _Neu regio foret ulla suis animalibus orba, - Astra tenent coeleste solum, formæque Deorum_. - -Le Soleil estant le principal d'entre eux, Apollon estoit nommé [Grec: -episkopos], ou surveillant, par les Grecs, comme il se peut voir dans -Phornutus. Tant y a qu'à cause que les premiers Pères de l'Église -déféroient plus à l'Escole de Platon qu'à celle des autres Philosophes, -ils admettoient l'animation des Cieux, et des Estoiles; et l'on comte -entre les erreurs d'Origène celle d'avoir creu ces mesmes Estoiles -capables du vice et de la vertu. Y a-t-il un Art plus ridicule que celuy -de la Judiciaire, quoiqu'aient pu faire ses suppos, qui ont toujours -tasché de rendre leurs prédictions apparemment véritables par des -interprétations qui font pitié à tous ceux qui en considèrent -l'absurdité? J'en ai assez produit d'exemples dans quelques écrits -imprimez, je veux seulement me remettre ici en mémoire celuy qui regarde -le Poëte Eschile. On luy avoit prédit par l'inspection du Ciel qu'il -mourroit de la cheute d'une maison, et l'on voulut que la Tortue qui -porte toujours sa maison, et qui luy écrasa sa teste chauve, eust esté -désignée par la prédiction. Comment l'Astrologie auroit-elle quelque -chose de constant, et où l'on se doive arrester, puisque ses -Professeurs se contrarient les uns les autres, et bastissent sur des -fondemens différens? Le Père Semedo observe que les Chinois qui -n'establissent que vingt-huit constellations, ont néansmoins un bien -plus grand nombre d'Estoiles que nous n'en reconnoissons. Si est-ce que -le Père Adam, Astrologue Roial, y fonde ses jugemens sur les mesmes -aphorismes que suivent les Européens. Au fond si le mouvement de la -Terre est présupposé, comme le Cardinal Nicolas de Cusa l'a établi[18], -et quatre-vingts ans depuis luy Copernic, suivi d'une infinité d'autres; -que pouvons-nous recueillir de toutes les maximes des Anciens, qui doive -satisfaire un esprit solide au sujet dont nous parlons? Aussi -voions-nous que les plus grands hommes se sont repentis d'avoir déféré -à la vanité de cette profession. Cardan avoue[19] que la connoissance -qu'il avoit de l'Astrologie, luy fut fort préjudiciable, parce qu'il -croioit suivant ses plus constantes maximes, ne devoir pas vivre plus de -quarante ans, et nous sçavons que sa vie a esté de soixante et quinze -moins trois jours. Mathieu Paris fait un conte ridicule à ce propos de -l'Empereur Fridéric second, qu'entesté de la vanité de cette science -trompeuse, il s'abstint la première nuit de ses nopces de toucher sa -femme Isabelle, fille d'Angleterre, que le matin ne fust venu, et cela -par le conseil de quelques Astrologues, _donec competens hora ei ab -Astrologis nunciaretur_. Et Scaliger le père escrit dans sa _Poétique_, -que rien ne peut tant fortifier l'opinion impie d'Épicure touchant la -création fortuite du monde par le concours et assemblage hazardeux des -Atomes, que l'inégale et téméraire disposition des Astres sur nos -testes, où ils ne font aucune figure ni arrangement qui semble -raisonnable. Car les figures qu'on leur fait représenter sont toutes -imaginaires, et à peine y voit-on un triangle assez imparfait sous le -nom du Delta ou Deltoton, non plus que de ligne bien droite, si vous -exceptez celle du baudrier d'Orion, qui multipliée sert à mesurer toute -l'étendue du Ciel. Le Chancelier Bacon[20] a fait déjà cette remarque, -et que rien ne se meut là-haut par des cercles parfaits. Le mespris ou -j'ay toujours esté des prédictions Astrologiques, m'a transporté plus -que je ne pensois, adjoustant ceci à ce que j'en ai escrit ailleurs. - - - - -ONZIÈME SOLILOQUE - - -Ce peu que je viens d'observer touchant la Judiciaire me fait penser à -l'opinion que les premiers Philosophes Grecs ont eue de Dieu, et de la -Nature, qu'ils ont souvent confondus. Cicéron[21] tient que Straton de -Lampsaque ne reconnoissoit que la dernière, puisqu'il n'y avoit point -d'effets qu'il ne luy attribuast, sans en rapporter aucun à Dieu, -_Lampsacenus Strato omnia effecta Naturæ, nulla Diis tribuebat_. Et -mesme cet Orateur Romain appelle ailleurs[22] la raison naturelle, une -loi divine et humaine: _Naturæ ratio, quæ est lex divina et humana_. -Platon et Aristote ont eu d'autres pensées, et ce dernier remarque au -sixième Livre de sa _Métaphysique_, qu'à n'admettre point d'autres -substances que les matérielles, selon qu'en usoient ses devanciers, la -Physique seroit la première Philosophie, et non pas celle qui suit et -est au-delà, ce qui luy a fait donner le nom de Métaphysique. Mais en -vérité les deux Mondes de Platon, l'un sensible, et l'autre intelligible -où habite la Vérité, sont des viandes bien creuses; de mesme que les -nombres qui composoient la Nature selon Pythagore. Les deux matières -d'Aristote, l'une sensible aussi, et l'autre intelligible qui enveloppe -les Mathématiques, ne sont pas moins chimériques à ceux qui veulent -philosopher, aussi bien que naviger seurement, et toujours terre à -terre, de peur de s'égarer. Ceux-là s'empescheront toujours d'employer -dans la Physique des termes nouveaux et surnaturels, comme quelques-uns -ont voulu faire depuis peu. Mais il y a des esprits qui croient n'avoir -jamais bien rencontré, si contrariant les autres, ils ne suivent une -route différente de la leur; semblables à l'Oiseau Merops qui vole au -rebours des autres, avançant toujours vers sa queue: _Merops, avium -sola, retrorsus ac versus caudam fertur_, dit Élien dans son histoire -des animaux. Ainsi aux choses mesme d'aussi peu de conséquence, que -celles dont nous venons de parler sont importantes, on ne trouve que -diversité d'opinions. Pline veut que les Oiseaux nous aient enseigné -l'usage du gouvernail d'un vaisseau. Sénèque et Possidonius l'attribuent -aux Poissons dans le mouvement de leur queue. Et cette inclination -naturelle à la nouveauté contentieuse, autant que d'autres raisons -morales qu'on pourroit rapporter, ont engendré enfin l'animosité qui -s'observe entre quelques Nations, dont je vais dire un mot après ceux -qui l'ont observée devant moi. Il y a une antipathie physique, ce -semble, entre l'Alleman et le Polonois, le Suédois et le Danois, -l'Anglois et l'Escossois, le Galois ou habitant du païs de Gales, et -l'Irlandois. Le Portugais ne s'accorde pas mieux avec le Castillan, non -plus qu'autrefois le Parisien avec le Norman, et le Génois avec le -Vénitien, ou l'Arragonois. Les Arabes sont toujours en différend avec -les Abyssins, les Turcs avec les Persans, les Mogoles avec les Jusbegs, -les Chinois avec les Japonois, les Moscovites avec les Tartares. Nos -anciens Gaulois estoient si haïs des Romains, qu'ils n'exemtoient de la -guerre leurs sacrificateurs, que quand il faloit aller au combat contre -les Gaulois, _in Gallico tumultu_: ce que Plutarque a remarqué dans -la vie de Camillus. Je laisse l'injustice des Historiens d'Italie contre -nostre Nation, pour considérer simplement l'impertinence de Pétrarque, -d'ailleurs fort à priser, quand il veut que la férocité seule de nos -moeurs nous ait imposé le nom de François, _a feritate morum Francos -dictos_. Mais quitons un sujet par trop odieux. - - - - -DOUZIÈME SOLILOQUE - - -Cette grande discordance des Nations fait voir entre autres choses, -qu'il n'y a point, à le bien prendre, de communes notions parmi les -hommes, qui pensent tous si diversement et avec une opiniastreté si -voisine de la haine, que Théognis a eu raison d'appeller dès son tems -l'Opinion un de nos plus grands maux, - - [Grec: Doxa men anthrôpousi kakon mega], - _Opinio quidem hominibus magnum malum est_. - -Je ne sçai point de meilleure résolution à prendre là-dessus, que de -suivre le conseil que Saint Paul donne à Timothée, [Grec: mê -logomachein], de ne contester jamais avec des paroles ordinairement -inutiles, et qu'il nomme fort bien [Grec: kenophônias], _inaniloquia_. A -moins de déférer à cet avis salutaire, il n'y a rien de plus tumultueux -que nostre vie, parce que tout ce que contient la Nature est sujet à -controverse, qui s'étend mesme plus loin dans cette considération -d'Aristote[23], _opinabile latius patere quam ens, quia et quod est, et -quod non est, opinabile est_. Certes c'est une chose pitoiable de voir -d'un oeil exemt de prévention, comme chacun prend les choses à sa mode, -et comme il n'y a presque personne qui n'aime mieux reprendre Dieu, et -la Nature, que de reconnoistre ingénuement l'ignorance où il est. J'use -de cette pensée après Cicéron au livre cinquième de ses Questions -Tusculanes, _rerum naturam, quam errorem nostrum damnare malumus_. Mais -quoi, il vaut mieux imiter là-dessus Démocrite, qu'Héraclite, si nous en -croions Sénèque[24], à cause que selon luy _humanius est deridere vitam, -quam deplorare_; bien qu'il avoue qu'on se peut plus à propos abstenir -de l'un et de l'autre. Quoi qu'il en soit, la maxime qu'il establit -ailleurs, de tenir toujours pour très-mauvais ce que le peuple approuve, -nous est confirmée par le _tolle, tolle, crucifige_ des Juifs, qui -montre bien que la voix du peuple n'est pas toujours la voix de Dieu; de -sorte qu'il n'y a guères d'âmes philosophiques qui ne disent avec le -mesme Sénèque[25], _argumentum pessimi turba est_. L'Orateur Romain que -j'ai déjà cité, et que je citerai toujours très-volontiers en de -semblables matières, tesmoigne encore ce sentiment en ces termes[26]: -_Philosophia paucis est contenta judicibus, multitudinem consulto ipsa -fugiens, eique ipsi et suspecta et invisa._ C'est une merveille que sa -profession d'Éloquence, d'où il retiroit sa principale recommandation, -luy ait permis de reconnoistre si franchement cette vérité, parce -qu'elle paroist absolument contraire au bien-dire des Orateurs, qui est -une faculté populaire, et qui ne vise qu'à obtenir l'approbation d'un -grand nombre d'auditeurs. Ce qui m'étonne davantage, c'est que cela -vienne de celuy qui avoit, dès le premier livre de ces _Questions -Tusculanes_, voulu prouver l'existence des Dieux, et l'immortalité de -nos Ames, par cette considération, qu'une opinion générale peut estre -prise pour la propre voix de la Nature, _omnium consensus Naturæ vox -est_, n'y aiant rien de plus opposé que le sont ces textes l'un à -l'autre, par des axiomes tout-à-fait différens. Il ne faut pas néanmoins -le blasmer là-dessus. Le changement d'avis, et la diversité d'opinion -selon le sujet qu'on traite, n'est condamnable ni en luy, ni en tous -ceux qui philosophant académiquement ne se rendent jamais esclaves de -leurs premiers sentimens. Je veux me souvenir en sa faveur de ce que les -Anciens faisoient Neptune, sous le nom du Dieu Consus, auteur de tous -les bons avis. Or ils donnoient apparemment à entendre par là, que -comme la Mer que ce Dieu gouvernoit, change de face à tous momens, il -n'estoit pas honteux ni mauvais de prendre des avis différens, selon la -diversité des tems et des sujets qui obligent à le faire. - - - - -TREZIÈME SOLILOQUE - - -Entre les choses dont la Noblesse et le Peuple sont le mieux d'accord, -c'est d'amasser du bien si faire se peut, et de fuir la pauvreté. Les -Philosophes[27] considèrent que la vertu ne s'acquiert pas avec les -biens; mais qu'au contraire, c'est assez souvent la vertu qui nous fait -obtenir des biens. Et pour le regard de la pauvreté, l'Ecclésiastique ne -laisse rien à dire pour l'esviter, quand il asseure qu'il vaut mieux -mourir, que d'y tomber: _Fili, in tempore viæ tuæ ne indigeas, melius -est enim mori, quant indigere_. C'est pourquoi nous voions que tout le -monde veut devenir riche en quelque manière que ce soit, - - _Unde habeat quærit nemo, sed oportet habere_. - -L'homme le plus vertueux, le mieux sensé, et de la plus haute -extraction, s'il est mal vestu, et que ses habits soient percez au -coude, n'oseroit parler en bonne compagnie, au péril qu'il courroit -d'estre moqué au mesme tems qu'on applaudit aux discours impertinens -d'un fat, qui a les rieurs de son costé, parce qu'il s'est richement -paré. - - _Et genus, et virtus, nisi cum re vilior alga est_[28]. - -Car cette Res des Latins qui se trouve dans l'opulance, donne des amis -et des fauteurs partout, _Res amicos invenit_, comme le fait si -à-propos remarquer ce vieillard Antipho dans le _Stichon_ de Plaute[29]. -C'est ici un lieu trop commun parmi les sçavans, et trop facile à estre -amplifié, pour s'y arrester davantage. Mais il n'a pas esté moins aisé, -à ceux qui l'ont voulu contredire, de prendre le parti, sinon d'une -extrême indigence, au moins d'une tolérable et honneste pauvreté. -_Culmen liberos tegit_, ont-ils dit après Sénèque, _sub marmore atque -auro servitus habitat_. Un peu de nécessité aiguise l'esprit; elle a ses -gaietez plus parfaites souvent, et plus fidelles, que ne les a -l'abondance. Et Dieu soit loué qu'il y ait des jours dans la vie, où le -riche porte envie à la condition du pauvre! En vérité quelqu'un n'a pas -mal rencontré d'escrire, qu'on voit la pluspart des grands richars -tenir dans leurs coffres le rachat des captifs, la liberté des -prisonniers, la santé des malades, la joie des affligez, et la vie des -languissans, sans qu'on puisse reprocher une telle malédiction à ceux -que la Fortune a moins favorisez. Je me trompe de parler ainsi de cette -Déesse aveugle. Le Bien, la Noblesse, et la Science mesme, sont des dons -du Ciel, qui les jette parfois, dit Epictète, comme l'on fait des noix -et des figues aux enfans, sans qu'il faille se battre comme eux à qui en -aura le plus, quoiqu'il soit permis de s'en prévaloir quand ils se -présentent à vous, et qu'on le peut faire civilement. En effet le Chef -des Gymnosophistes Mandanis ne pouvoit prononcer un plus bel axiome, que -celuy que nous lisons de luy dans Strabon, qu'il n'y a point de maison -plus à estimer, que celle qui se contente de peu, se passant de ce dont -les autres abondent. Car on peut soustenir qu'il est mesme parfois -avantageux, de diminuer ses richesses, pour devenir plus riche, et -d'imiter le bon vigneron, qui coupe la vigne pour la faire mieux -produire. La pensée de Pline est excellente là-dessus dans la Préface du -quatorzième Livre de son _Histoire naturelle_, que les Sciences et les -Arts Libéraux sont tombez de la liberté qui leur avoit donné le nom, -dans la servitude, en ce qu'autrefois les plus accommodez des biens de -Fortune, se plaisoient à cultiver leurs esprits, chose que l'opulence a -depuis empeschée, _rerum amplitudo damno fuit_. Car il est arrivé que -les hommes seuls qui se sont veus réduits à la pauvreté et à la -servitude, ont fait valoir les Arts et les Sciences, parce qu'ils -n'avoient que ce seul moyen pour se faire considérer, et pour subsister: -_Quadam sterilitate fortunæ necesse erat animi bona exercere._ C'est -ainsi que parle Pline, et qu'on balance toutes choses. - - * * * * * - -_Rogatus Antisthenes quidnam ex philosophia lucratus esset, mecum, ait, -colloqui posse_, [Grec: to dynastai heautô homilein]. - - * * * * * - -_Qui plura novit, eum majora sequuntur dubia._ Arist. - - - - -_Extrait du Privilége_ - - -PAR Lettres de Privilége du Roy, en datte du 9 Mars 1651, signées -CONRART, il est permis à Monsieur DE LA MOTHE LE VAYER, Conseiller du -Roy en ses Conseils, de faire imprimer, vendre, et débiter _tous les -Traitez_, _Lettres_, _Opuscules_, _et autres pièces de sa composition_, -par tel Imprimeur ou Libraire qu'il voudra choisir, conjointement ou -séparément, en un ou plusieurs volumes, en telles marges, en tels -caractères, et autant de fois que bon luy semblera, durant l'espace de -vingt ans: Et défenses sont faites à toutes personnes, d'imprimer, -vendre, ni débiter aucun de ces Traitez, et Opuscules, sans son -consentement, ou de ceux qui auront droit de luy, sur peine de trois -mille livres d'amende, et autre plus grande, ainsi qu'il est plus -amplement spécifié par lesdites Lettres. - - - - - _Achevé d'imprimer_ - - SUR LES PRESSES DE MOTTEROZ - - TYPOGRAPHE - - A PARIS, RUE DU DRAGON, 31 - - - _Le 29 Janvier 1875_ - - - - -NOTES: - -[1] Paris, _Louis Billaine, 1670_, petit in-12. - -[2] Page 8. - -[3] Ep. I. C. 2. - -[4] L. I. ode 34. - -[5] In defensorio, C. 27. circa fin. - -[6] Act. 2. SC. 26. - -[7] Baron. tom. II. - -[8] Ep. 88. - -[9] Ep. 2. C. I. - -[10] Prov. C. 13. et 17. - -[11] Fast. l. I. - -[12] Sen. ep. ult. - -[13] Cic. lib. de Senect. - -[14] Rhet. l. 2. v. 12. - -[15] Conc. 8. de Poen. - -[16] De hist. anim. l. 5. C. 14. - -[17] Juven. sat. 7. - -[18] _De docta ignor._ l. 2. C. 12. - -[19] Lib. _de Vita propria_, C. 10. - -[20] De augm. scient. p. 166. - -[21] _Qu. Academ._ l. 4. - -[22] _De Offic._ l. 3. - -[23] _Top._ l. 4. C. 15. - -[24] _De Tranq._ I. C. 15. - -[25] _De vita beata_, C. 2. - -[26] _Tusc. qu._ l. 2. - -[27] _Arist. Polit._ l. 7. C. I. - -[28] Horat. l. I. Sat. 6. - -[29] Act. 4. SC. I. - - - - -Note de Transcription: - -Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été corrigées. -L'orthographe d'origine a été conservée et n'a pas été harmonisée. - - - - - -End of the Project Gutenberg EBook of Soliloques sceptiques, by -François de La Mothe Le Vayer - -*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK SOLILOQUES SCEPTIQUES *** - -***** This file should be named 40625-8.txt or 40625-8.zip ***** -This and all associated files of various formats will be found in: - http://www.gutenberg.org/4/0/6/2/40625/ - -Produced by Laurent Vogel, Eleni Christofaki and the Online -Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This -book was produced from scanned images of public domain -material from the Google Print project.) - - -Updated editions will replace the previous one--the old editions -will be renamed. - -Creating the works from public domain print editions means that no -one owns a United States copyright in these works, so the Foundation -(and you!) can copy and distribute it in the United States without -permission and without paying copyright royalties. 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