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+*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 42297 ***
+
+ LES SECRETS DE NOS PÈRES
+
+ RECUEILLIS
+
+ PAR LE BIBLIOPHILE JACOB
+
+
+ LA
+
+ CRYPTOGRAPHIE
+
+ OU
+
+ L'ART D'ÉCRIRE EN CHIFFRES
+
+
+
+
+ PARIS
+ ADOLPHE DELAHAYS, LIBRAIRE-ÉDITEUR
+ 4-6, RUE VOLTAIRE, 4-6
+
+ 1858
+
+ PARIS.--IMP. SIMON RAÇON ET COMP., RUE D'ERFURTH, 1.
+
+
+
+
+LA
+
+CRYPTOGRAPHIE
+
+OU
+
+L'ART D'ÉCRIRE EN CHIFFRES.
+
+
+
+
+CHAPITRE PREMIER.
+
+DÉFINITION DE LA CRYPTOGRAPHIE; SON ORIGINE; NOTIONS HISTORIQUES.
+
+
+Nous allons essayer de faire connaître quelques-uns des procédés mis
+en usage afin de permettre à des personnes séparées par des distances
+souvent considérables, de communiquer entre elles, en recouvrant ces
+communications du voile du mystère.
+
+Ces procédés forment une véritable science qui a reçu, comme tant
+d'autres, un nom tiré du grec.
+
+La Cryptographie ou Stéganographie est l'art d'écrire de façon à
+dérober à autrui la connaissance de ce qu'on a tracé.
+
+On peut s'efforcer de dissimuler l'existence de l'écrit. On emploie,
+en ce but, les encres du sympathie dont nous parlerons plus tard, ou
+bien l'on tâche de cacher soigneusement le papier auquel on a confié
+son secret.
+
+Mais plus habituellement on a recours aux divers procédés en usage
+afin de jeter, sur une dépêche qui peut tomber dans des mains
+indiscrètes, un voile qu'on fait de son mieux pour rendre
+impénétrable.
+
+Pour atteindre ce but:
+
+On abrège les mots d'après un système convenu (c'est la Brachygraphie
+ou Sténographie).
+
+On fait usage des signes dont le sens est arrêté entre les
+correspondants: des lettres, des chiffres, des signes employés dans
+les mathématiques et dans la chimie, des points, des lignes, des
+figures quelconques ou de fantaisie, des couleurs, etc., sont d'une
+grande ressource en semblable occasion.
+
+On emploie des mots et des phrases, auxquels on convient de donner un
+sens tout autre que celui qu'on y attache dans le cours ordinaire des
+choses.
+
+Il y a toujours eu, il y aura toujours des secrets, qu'il faudra bien
+confier au papier afin de les transmettre à des correspondants dont on
+est séparé par des distances plus ou moins grandes; mais on est bien
+aise de dérober aux investigations d'une curiosité indiscrète ces
+communications mystérieuses.
+
+Il a donc fallu recourir à des moyens destinés à voiler le sens des
+avis qu'on voulait transmettre. De là l'origine de l'écriture en
+chiffres.
+
+De même que tous les arts, celui-ci débute par des essais naïfs et
+incomplets. Les écrivains de l'antiquité en ont conservé le souvenir.
+
+
+§ Ier.
+
+ De la Cryptographie chez les peuples de l'antiquité.
+
+Hérodote nous fait connaître divers procédés un peu primitifs auxquels
+eurent recours, faute de mieux, certains personnages plus ou moins
+célèbres dans les annales de ces temps reculés.
+
+C'est d'abord un esclave dont on rase la tête, et sur la peau nue de
+son crâne on trace quelques mots laconiques, mais d'un grand sens. On
+laisse aux cheveux le temps de repousser, et on expédie cette épître
+d'un nouveau genre à l'ami qu'il s'agit d'instruire de choses
+importantes. Les perruques n'avaient point été inventées à cette
+époque; elles auraient été d'une grande utilité en pareille
+circonstance. Il va sans dire qu'un pareil procédé n'est point
+susceptible d'une application fréquente.
+
+Un seigneur de la Cour de Perse, ayant à transmettre à Cyrus un avis
+essentiel, s'avisa d'une invention qui ne rentre pas précisément dans
+l'écriture chiffrée, mais qu'il est bon de consigner ici; laissons
+parler Hérodote:
+
+«Harpage voulut découvrir à Cyrus son projet, mais, comme ce prince
+était en Perse et que les chemins étaient gardés, il ne put trouver,
+pour lui en faire part, d'autre expédient que celui-ci: S'étant fait
+apporter un lièvre, il ouvrit le ventre de cet animal d'une manière
+adroite et sans arracher le poil, et, dans l'état où il était, il y
+mit une lettre où il avait écrit ce qu'il avait jugé à propos. L'ayant
+ensuite recousu, il le remit à celui de ses domestiques en qui il
+avait le plus de confiance, et lui ordonna de le porter à Cyrus, et de
+lui dire, en le lui présentant, de l'ouvrir lui-même et sans témoins.»
+
+
+§ II.
+
+ La scytale des Lacédémoniens.
+
+Le gouvernement de Sparte transmettait ses ordres à ses généraux au
+moyen d'une espèce de _courroie_. Voici de quelle façon Plutarque
+raconte le fait dans la vie de Lysandre; nous faisons usage de la
+traduction naïve du vieil Amyot:
+
+«Les éphores luy envoyèrent incontinent ce qu'ilz appellent la scytale
+(comme qui diroit la courroye), par laquelle ilz luy mandèrent qu'il
+eust à s'en retourner aussitost comme il l'auroit reçue. Cette scytale
+est une telle chose: quand les éphores envoient à la guerre un général
+ou un admiral, ilz font accoustrer deux petits bâtons ronds et les
+font entièrement égaler en grosseur et en grandeur; desquelz deux
+bastons ilz en retiennent l'un par devers eulx et donnent l'autre à
+celuy qu'ilz envoyent. Ilz appellent ces deux petits bastons scytales,
+et, quand ilz veulent faire secrètement entendre quelque chose de
+conséquence à leurs capitaines, ilz prennent un bandeau de parchemin
+long et estroit comme une courroye, qu'ilz entortillent à l'entour de
+leur baston rond, sans laisser rien d'espace vuide entre les bords du
+bandeau; puis quand ilz sont ainsi bien joints, alors ilz escrivent
+sur le parchemin ainsi enrollé ce qu'ils veulent, et, quand ilz ont
+achevé d'escrire, ilz desveloppent le parchemin et l'envoyent à leur
+capitaine, lequel n'y sçauroit aultrement rien lire ny cognoistre,
+parce que les lettres n'ont point de suitte ny de liaison continuée,
+mais sont escartées l'une ça, l'autre là, jusqu'à ce que, prenant le
+petit rouleau de bois qu'on luy a baillé à son partement, il estend la
+courroye de parchemin qu'il a reçue tout à l'entour, tellement que le
+tour et le ply du parchemin venant à se retrouver en la mesme couche
+qu'il avoit esté plié premièrement, les lettres aussi viennent à se
+rencontrer en la suitte continuée qu'elles doivent estre. Ce petit
+rouleau de parchemin s'appelle aussi bien scytale comme le rouleau de
+bois, ne plus ne moins que nous voyons ailleurs ordinairement que la
+chose mesurée s'appelle du mesme nom que fait celle qui mesure.»
+
+Un poëte latin donne une application conforme à celle de Plutarque;
+transcrivons ici les cinq vers qui s'accordent avec le récit du
+biographe grec:
+
+ Vel Lacedemoniano scytalem imitare, libelli
+ Segmina Pergamei, tereti circumdata ligno
+ Perpetuo inscribens versu: qui deinde solutus
+ Non respondentes sparso dedit ordine formas:
+ Donec consimilis ligni replicetur in orbem.
+
+Nous ferons remarquer, en passant, que la scytale ne devait pas être
+bien difficile à deviner. En effet, il était aisé de voir en tâtonnant
+un peu, quelle était la ligne qui devait se joindre pour le sens à la
+ligne d'en bas du papier; cette seconde ligne connue, tout le reste
+était aisé à trouver: en supposant que cette seconde ligne, suite
+immédiate de la première dans le sens, fût, par exemple, la cinquième,
+il n'y avait qu'à aller de là à la neuvième, à la treizième, à la
+dix-septième, et ainsi de suite jusqu'au bout, et l'on trouvait toute
+la première ligne du rouleau. Ensuite on n'avait qu'à reprendre la
+seconde ligne d'en bas, puis la sixième, la dixième, la quatorzième,
+et ainsi de suite. Tout cela est aisé à voir, en considérant qu'une
+ligne écrite sur le rouleau devait être formée par des lignes
+partielles également distantes les unes des autres.
+
+Un autre Lacédémonien, réfugié auprès du monarque de l'Asie, trouva
+dans son patriotisme les moyens de transmettre à Sparte un avis de la
+plus haute importance. C'est encore l'historien que nous avons déjà
+nommé qui va nous raconter ce fait. Laissons parler Hérodote:
+
+«Xerxès s'étant déterminé à faire la guerre aux Grecs, Démocrate, qui
+était à Suse, et qui fut informé de ses desseins, voulut en faire part
+aux Lacédémoniens. Mais, comme les moyens lui manquaient, parce qu'il
+était à craindre qu'on ne le découvrit, il imagina cet artifice. Il
+prit des tablettes doubles, en ratissa la cire, et écrivit ensuite
+sur le bois de ces tablettes les projets du roi. Après cela, il
+couvrit de cire les lettres, afin que, ces tablettes n'étant point
+écrites, il ne pût arriver au porteur rien de fâcheux de la part de
+ceux qui gardaient les passages. L'envoyé de Démocrate les ayant
+rendues aux Lacédémoniens, ils ne purent d'abord former aucune
+conjecture; mais Gorgo, femme de Léonidas, imagina, dit-on, ce que ce
+pouvait être et leur apprit qu'en enlevant la cire ils trouveraient
+des caractères sur le bois. On suivit son conseil, et les caractères
+furent trouvés. Les Lacédémoniens lurent ces lettres et les envoyèrent
+ensuite au reste des Grecs.»
+
+
+§ III.
+
+ Autres systèmes cryptographiques connus des anciens.
+
+Blaise de Vigenère, dans son _Traité des chiffres_, livre dont nous
+aurons à parler en détail, mentionne quelques-uns des procédés
+qu'avaient imaginés les anciens et dont nous venons de fournir des
+exemples:
+
+«Il y en a qui font une incision dans une verge de saulx, estant en
+sève dessus l'arbre encore, et la creusent, puis, y ayant inséré les
+lettres, la laissent reprendre et reclorre, et coupent la verge. C'est
+de l'invention de Théophraste, non des plus spirituelles pour un si
+subtil philosophe, joint que cela a besoin de temps, et si la
+cicatrice y demeure empreinte tousjours. Le mesme se peut effectuer et
+encore plus commodément dans un baston de torche en semblable bois de
+sapin creusé, puis enduire la fente avec de la sciure fort subtile et
+sassée, de la mesme estoffe destrempée avec de la colle blanche: de
+quoy il semble qu'usa Brutus en allant à Delphes, comme le marque
+Tite-Live à la fin du premier livre. Et en un autre endroit de la
+quatrième Décade, Polycrate et Diognète enfermèrent un brief de plomb
+dans une tourte. Il y en a qui enferment leurs lettres dans un caillou
+artificiel faict de ceste sorte: On prend des cailloux de rivière
+qu'on faict calciner et réduire en poudre passée par un subtil tamis.
+Puis on l'incorpore avec sa quarte partie de résine fondue et une de
+poix, meslant bien le tout avec un baston, et estant cette composition
+encore chaulde et par conséquent molle, enveloppant la lettre dedans,
+façonnant le caillou devant le feu à-tout les mains trempées en eau
+tiède, de la sorte que bon leur semble; cela faict, on le laisse
+sécher.»
+
+Les Romains empruntèrent à la Grèce toutes les connaissances qu'elle
+possédait, mais ils les perfectionnèrent. César employait pour sa
+correspondance secrète une méthode que nous aurons occasion de faire
+connaître plus tard, et qui aujourd'hui n'arrêterait pas longtemps le
+plus novice des déchiffreurs.
+
+On a attribué à Tullius Tiron, affranchi de Cicéron, l'invention de la
+méthode d'écrire en notes tachygraphiques, et on leur a même donné le
+nom de _Notes tironiennes_; mais cet art était déjà connu des Grecs.
+Tiron a seulement le mérite très-réel d'avoir augmenté le nombre des
+signes et de les avoir distribués dans un meilleur ordre. Sa méthode,
+perfectionnée par Sénèque et d'autres, s'étendit dans tout l'empire.
+On s'en est servi pour les actes publics, en Allemagne, jusqu'à la fin
+du dixième siècle; la France y avait renoncé un peu plus tôt. C'est de
+là que les officiers publics chargés de la transcription des actes ont
+reçu le nom de notaires, qu'ils conservent encore. En cessant de
+faire usage des notes tironiennes, on en oublia la signification.
+Quelques savants ont entrepris à cet égard des travaux importants;
+citons surtout l'_Alphabetum tironianum_ du bénédictin Dom Carpentier
+(_Paris_, 1747, in-fol.); on peut recourir également au _Nouveau
+Traité de diplomatique_ de D. D. Tassin et Thuilier, ainsi qu'au
+_Dictionnaire diplomatique_ de Dom de Vaines. Un ouvrage de J. Gruter,
+_Tyronis ac Senecæ notæ_ (1603, in-folio), présente plusieurs milliers
+de ces notes; chacune d'elles exprime un mot différent; les traits,
+les lignes, les points dont elles se composent, devaient exposer à
+bien des méprises, à moins qu'on n'écrivît avec beaucoup de lenteur et
+d'attention, et nul doute que pareille écriture ne fût d'un emploi
+très-incommode.
+
+Nous copions cinq notes tironiennes prises au hasard; elles sont un
+échantillon fidèle de cette méthode sténographique.
+
+ [Gl.] Clemens.
+ [Gl.] Mars.
+ [Gl.] Legitimus.
+ [Gl.] Imperator.
+ [Gl.] Patres conscripti.
+
+Au neuvième siècle, Raban-Maur, archevêque de Mayence, a rapporté deux
+exemples d'un chiffre dont les Bénédictins font connaître la clef dans
+leur grand _Traité de diplomatique_. Dans le premier exemple, on
+supprime les voyelles et on les remplace par des signes convenus;
+l'_i_ est désigné par un point, l'_a_ par deux, l'_e_ par trois, l'_o_
+par quatre, l'_u_ par cinq, de telle sorte que, pour écrire:
+
+ _Incipit versus Bonifaciia rchi gloriosique martyris._
+
+On mettra
+
+ .Nc.p.t v[Pt.]rs[Pt.]s B::n.f:c.. :rch. gl::r.::s.q[Pt.][Pt.]
+ m:rt.r.s
+
+Dans le second exemple, on substitue à chaque voyelle la lettre
+suivante. Toutefois les consonnes _b_, _f_, _k_, _p_, _x_, qui, dans
+ce système, tiennent lieu de voyelles, conservent aussi leur valeur.
+
+
+§ IV.
+
+ Le chiffre chez les modernes. Anecdotes.
+
+Nous sommes peu disposé à ajouter foi à l'assertion d'un vieil
+historien, d'après lequel le fondateur plus ou moins fabuleux de la
+monarchie française aurait été versé dans les mystères de la
+Cryptographie.
+
+«Pharamond, très-puissant roy des François en Germanie, et
+quarante-troisième après Marcovir, lorsque par grande puissance il
+marchoit sur les limites des Gaules, afin que secrètement il escrivist
+de ses affaires, adjousta pour ses secrets des minuties pérégrines et
+estranges.»
+
+Le moyen âge présente peu d'exemples de l'écriture en chiffres; mais,
+dès l'époque de la Renaissance, la nécessité de moyens occultes de
+communication se fait de plus en plus sentir au milieu des intrigues
+diplomatiques qui se croisent en tous sens. Divers auteurs composent
+sur pareil sujet de très-gros livres; des éditions multipliées
+attestent l'utilité de pareils écrits, et chacun s'efforce de
+découvrir les moyens de rendre impuissants tous les efforts des
+investigateurs.
+
+Au dix-septième siècle, les monarques, les ministres, les
+ambassadeurs, font constamment, du chiffre, un usage qui n'a cessé de
+s'étendre et de se perfectionner jusqu'à nos jours.
+
+Les dépêches chiffrées qui se sont amoncelées en quantité immense
+durant cette période n'ont point été, la chose va sans dire, livrées à
+la publicité; elles sont restées ensevelies dans les archives
+secrètes des chancelleries; on peut toutefois rencontrer, dans des
+recueils de documents éloignés de l'époque contemporaine, divers
+exemples de l'emploi de la Cryptographie, divulgués par la voie de
+l'impression.
+
+La correspondance imprimée d'un érudit célèbre qui exerça
+d'importantes fonctions diplomatiques, H. Grotius, présente divers
+passages écrits en chiffres. Empruntons quelques lignes à une dépêche
+adressée au chancelier de Suède, Oxenstiern, dépêche qu'on lit dans
+l'édition d'Amsterdam (1687, in-folio) des _Epistolæ H. Grotii_.
+
+«Is de quo scripseram 60, 37, 81, 73, nomen habens, 80, 60, 74, 20,
+70, 6, 10, 72, 66, 81, 47, 31, 10, 33, 66, 14, 106, 10, 33, 31, 217,
+246, ab Eusebio Vindiceque auditus.... Egit plurimum cum 79, 59, 76,
+72, 13, 42.»
+
+Henri IV faisait parfois usage d'un chiffre qui ne paraît pas avoir
+été fort compliqué; sa _Correspondance inédite avec Maurice le
+Savant, landgrave de Hesse_, publiée par M. de Rommel (Paris, 1840,
+8º), en offre plusieurs exemples, citons quelques lignes:
+
+«Je vous assure que je fais grand estime de leur amitié 67, 69, 68,
+62, 74, 74, 18, [-63], 4["9], 14, 16, 49, 19, 31, 42, 15, 38 en est
+l'entremetteur.
+
+Je suis adverty que 53, 52, 21, 84, 49, 27, 53.....»
+
+Quelques chiffres sont surmontés d'un trait ou du deux points; des
+lettres grecques et divers signes employés par les chimistes et les
+astronomes se mêlent aux chiffres. L'éditeur a reproduit le tout, sans
+chercher à découvrir ce que cachait un voile qu'il aurait dû
+s'efforcer de soulever.
+
+Mentionnons, d'après la _Biographie universelle_, une anecdote qui se
+rattache à l'époque dont nous parlons:
+
+À la fin du seizième siècle, les Espagnols voulurent établir des
+relations entre les membres épars de leur vaste monarchie, qui
+embrassait alors une grande partie de l'Italie, les Pays-Bas, les
+Philippines, et d'immenses contrées dans le Nouveau-Monde; car ils
+avaient le plus grand intérêt à ce que leurs communications ne pussent
+être découvertes: ils imaginèrent un chiffre qu'ils variaient de temps
+en temps, afin de déconcerter tous ceux qui avaient tenté de percer
+les mystères de leurs correspondances. Ce chiffre, composé de plus de
+cinquante signes, leur fut d'une grande utilité pendant les troubles
+de la Ligue et les guerres qui désolèrent alors l'Europe.
+Quelques-unes de ces dépêches ayant été interceptées, Henri IV les
+remit à un géomètre habile, Viete, en le chargeant d'en trouver la
+clef. Le mathématicien y réussit, et il parvint même à saisir le
+chiffre dans toutes ses variations. La France profita pendant deux ans
+de cette découverte. La Cour d'Espagne, déconcertée, accusa le
+gouvernement français d'avoir à ses ordres des sorciers et de
+recourir au diable afin d'obtenir la révélation des secrets
+cryptographiques. Elle demanda que Viete fût jugé comme un négromant:
+elle porta ses plaintes à Rome. Une prétention aussi ridicule n'excita
+que le rire; le géomètre aurait pu cependant avoir des tracasseries
+sérieuses, s'il n'eût été, en cette affaire, soutenu par un puissant
+monarque; toute accusation de sorcellerie pouvait, en 1600, avoir des
+conséquences extrêmement graves.
+
+L'histoire conserve le souvenir de diverses anecdotes dont l'emploi
+des chiffres a été la cause; nous allons en relater quelques-unes:
+
+Dans le cours des longues négociations qui firent durer pendant tant
+d'années le Congrès de Westphalie, les plénipotentiaires de diverses
+puissances demandèrent à connaître les propositions que faisait
+l'Empereur d'Allemagne concernant certains points en litige; son
+ambassadeur, Isaac Voltmar, s'excusa de ne pouvoir les communiquer, en
+alléguant qu'elles étaient écrites en chiffres et qu'il lui fallait
+trois semaines pour en avoir la clef. Cette réponse excita un
+mécontentement général, et l'envoyé du duc de Savoie s'écria:
+«N'avons-nous point parmi nous le nonce du Pape, et n'est-il pas
+certain que le Saint-Père a dans ses mains la clef qui lie et qui
+délie? (_clavem ligandi et solvendi_). Adressons-nous donc à lui, afin
+qu'il nous donne la clef qui est si nécessaire en ce moment.»
+
+Une autre circonstance originale se montra au commencement du
+dix-huitième siècle:
+
+L'électeur de Brandebourg, Frédéric III, avait formé le projet de
+s'élever au rang des têtes couronnées et de convertir en royaume son
+duché de Prusse. Il était presque impossible que ce projet pût
+s'effectuer sans l'assentiment de l'Empereur d'Allemagne, suzerain du
+Corps germanique. Des négociations furent donc ouvertes à Vienne:
+elles s'y traînèrent des années entières; des difficultés nombreuses
+s'opposaient à l'accomplissement des voeux de l'Électeur. Son ministre
+auprès de la cour d'Autriche, le baron de Barthololi, se servait, pour
+sa correspondance, d'un chiffre dans lequel chaque lettre de
+l'alphabet était représentée par un nombre convenu; d'autres nombres
+exprimaient des noms de personnes ou de lieux.
+
+Cette nomenclature comprenait, entre autres personnages, un jésuite,
+le père Wolf, qui avait accompagné à Berlin l'ambassadeur d'Autriche,
+en qualité de chapelain, et qui se livrait avec activité à des
+intrigues politiques.
+
+Le nombre 24 signifiait l'Électeur, 110 l'Empereur, 116 le père Wolf.
+
+Barthololi écrivit, un jour, de Vienne, que, pour faire avancer
+l'affaire, il était indispensable que 24 (l'Électeur) adressât une
+lettre autographe à 110 (l'Empereur).
+
+Le 0 de ce dernier nombre, étant tracé à la hâte, fut pris pour un 6,
+et l'on en conclut à Berlin qu'il fallait que l'Électeur écrivît de sa
+main au père Wolf.
+
+Frédéric III n'hésita point, et, bien que cette démarche pût lui
+paraître étrange et qu'elle choquât son orgueil, il adressa de suite
+au père Wolf une longue épître écrite en entier de sa main et dans
+laquelle, expliquant, justifiant ses projets, il s'efforçait d'obtenir
+l'appui du bon père, auquel il prodiguait les compliments et les
+promesses.
+
+Le jésuite fut aussi surpris que flatté de recevoir une pareille
+communication: elle le décida à ne rien épargner pour faire réussir
+les vues du prince qui venait ainsi se mettre sous sa protection; il
+s'adressa au confesseur de l'Empereur; des lettres allèrent à Rome
+trouver le général de la puissante société; bientôt tous les obstacles
+qui s'étaient jusqu'alors accumulés s'aplanirent, et, grâce a cette
+méprise fortuite dans une dépêche chiffrée, grâce à ce 0 qui parut
+transformé en un 6, l'Électeur obtint de la cour de Vienne ce que
+peut-être, sans cet incident, elle lui aurait toujours refusé. Autre
+chapitre à joindre à la piquante histoire des très-petites causes qui
+amènent de grands événements.
+
+
+§ V.
+
+ Cartes mystérieuses de M. de Vergennes.
+
+Sous le règne de Louis XV et de Louis XVI, l'écriture chiffrée devint
+de plus en plus l'indispensable auxiliaire de la diplomatie; les
+divers cabinets de l'Europe, engagés dans une interminable
+complication d'intrigues politiques, s'efforçaient mutuellement de se
+dérober leurs secrets. On enlevait les courriers, on corrompait à
+force d'or les employés des chancelleries. Afin de résister aux
+tentatives d'une curiosité aussi irritée, il fallut inventer des
+raffinements cryptographiques de plus en plus mystérieux.
+
+Le comte de Vergennes, ministre des affaires étrangères sous Louis
+XVI, faisait usage, dans ses relations avec les agents diplomatiques
+de la France, de procédés occultes, dont un Allemand, J. F. Opitz,
+avait, dit-on, été l'inventeur. Ce chiffre était employé dans les
+lettres de recommandation ou dans les passeports qu'on donnait aux
+étrangers qui se rendaient en France; il servait à fournir, sur eux et
+à leur insu, des renseignements dont ils étaient eux-mêmes porteurs
+sans le soupçonner le moins du monde. La patrie, l'âge, la religion,
+la profession, le caractère, les vertus et les vices, le signalement
+du personnage qu'on désignait ainsi au ministre, les motifs de son
+voyage, tous ces détails et bien d'autres encore se trouvaient
+indiqués sur une simple carte où rien ne sollicitait l'attention des
+profanes qui n'étaient point initiés à de pareils mystères.
+
+Entrons à ce sujet dans quelques particularités:
+
+La couleur de la carte désignait la patrie de l'étranger. Le blanc
+était affecté au Portugal, le rouge à l'Espagne, le jaune à
+l'Angleterre, le vert à la Hollande, le blanc et le jaune à Venise,
+rouge et vert à la Suisse, rouge et blanc aux États de l'Église, vert
+et jaune à la Suède, vert et rouge à la Turquie, vert et blanc à la
+Russie, etc.
+
+L'âge du porteur était exprimé par la forme de la carte. Si elle était
+circulaire, c'était l'indice qu'il avait moins de vingt-cinq ans; de
+25 à 30, ovale; de 30 à 45, la carte était octogone; de 45 à 50, elle
+était hexagone; de 55 à 60, c'était un carré; au-dessus de 60, un
+carré long.
+
+Deux lignes placées au-dessous du nom du porteur de la carte
+indiquaient sa taille. S'il était grand et maigre, les lignes étaient
+ondoyantes et parallèles; grand et gros, elles se rapprochaient l'une
+de l'autre; une stature moyenne et petite se trouvait signalée par des
+lignes droites ou courbes placées à des distances plus ou moins
+éloignées.
+
+L'expression de la physionomie était indiquée au moyen de la figure
+d'une fleur placée dans la bordure qui entourait la carte. Une rose
+désignait une physionomie ouverte et aimable, une tulipe exprimait un
+air pensif et distingué.
+
+Un ruban était entortillé autour de la bordure, et, selon qu'il
+descendait plus ou moins bas, il faisait savoir si le recommandé était
+célibataire, marié ou veuf.
+
+Des points placés également dans la bordure révélaient la position de
+fortune.
+
+La religion du personnage, qu'on signalait de la sorte, était indiquée
+au moyen d'un signe de ponctuation placé après son nom. S'il était
+catholique, on mettait un point; luthérien, un point et une virgule;
+calviniste, une virgule; juif, un trait d'union. S'il passait pour
+athée, on ne mettait aucun signe.
+
+Des points placés au-dessus, au-dessous ou à côté de quelques mots, de
+petits signes mis dans les angles de la carte, dans le genre de
+ceux-ci:
+
+[Gl.], [Gl.], [Gl.], [Gl.],
+
+et qui pouvaient passer pour de simples ornements sans conséquence,
+indiquaient les qualités, les défauts, l'instruction du porteur de la
+carte. En y jetant un coup d'oeil, le ministre apprenait en une
+minute, aussi bien qu'il l'eût fait en lisant une page entière de
+raisonnements, si l'individu auquel on avait remis pareil billet,
+était joueur, vicieux ou duelliste; s'il venait en France pour se
+marier, pour recueillir une succession ou pour se livrer à l'étude;
+s'il était médecin, journaliste, homme de lettres; s'il méritait
+d'être soumis à une surveillance, ou bien s'il ne devait inspirer
+aucun soupçon. Rien ne pouvait faire soupçonner qu'il y eût autant de
+secrets dans un simple billet de l'aspect le plus inoffensif, et
+conçu, par exemple en ces termes:
+
+ ALPHONSE D'ANGEHA
+ recommandé à monsieur
+ le comte de Vergennes par le marquis
+ de Puysegur, ambassadeur de France
+ à la cour de Lisbonne.
+
+Mais les lignes placées au-dessous du nom du porteur, les signes de
+ponctuation, les ornemente très-peu multipliés jetés dans les coins de
+la carte, étaient gros de révélations que nul n'aurait soupçonnées.
+
+Tout ceci est d'ailleurs raconté beaucoup plus longuement que nous ne
+devons le faire, dans une brochure devenue fort rare et imprimée en
+langue allemande vers 1793. Elle a pour titre: «Correspondance de la
+police secrète du comte de Vergennes, ministre de l'infortuné roi
+Louis XVI.»
+
+
+§ VI.
+
+ La Cryptographie au dix-neuvième siècle.
+
+Les grands événements dont l'Europe a été le théâtre depuis une
+soixantaine d'années, ont fait sentir de plus en plus l'utilité de
+l'écriture chiffrée.
+
+Dans le cours des opérations militaires, les ordres, les dépêches,
+sont très-fréquemment interceptés; il peut en résulter les
+conséquences les plus graves. L'ennemi apprend de la sorte des choses
+qu'il est d'un intérêt immense de lui tenir cachées: si le sens des
+lettres dont il s'empare est caché sous un mystère qu'il ne peut
+percer, il n'a plus entre les mains qu'un chiffon de papier qui ne lui
+est d'aucun secours.
+
+Quelques lettres de l'empereur Napoléon, écrites dans le cours de ses
+campagnes et publiées dans divers ouvrages historiques, montrent que
+deux chiffres, le grand et le petit, étaient en usage parmi les
+généraux français pour correspondre entre eux et avec l'état-major
+général. D'un autre côté, il est certain que beaucoup de dépêches
+importantes n'ont jamais été chiffrées. L'_Histoire de la guerre de la
+Péninsule_, par le colonel anglais Napier, renferme un grand nombre de
+lettres écrites par le roi Joseph, par des maréchaux, par des
+ambassadeurs, par le ministre de la guerre à Paris; ces lettres,
+remplies de détails importants, furent interceptées par les guérillas
+et saisies avec les voitures de la cour lors de la bataille de
+Vitoria. Si on avait eu la précaution de les mettre à l'abri sous un
+procédé cryptographique habilement choisi, elles n'auraient jamais
+figuré à la suite des récits d'un adversaire des armées françaises.
+
+Nul doute qu'à l'heure actuelle les diplomates n'aient encore, pour
+leurs communications les plus intimes et les plus secrètes, recours à
+l'art du chiffre. Nous ne saurions dire quels sont maintenant les
+systèmes qui obtiennent la préférence, mais nous pensons qu'ils ne
+s'imitent pas de ceux dont nos pères faisaient usage et qu'il nous
+reste à faire connaître. Il est difficile d'imaginer en ce genre
+quelque chose de mieux que ce qui a déjà été découvert.
+
+Nous avons à passer en revue les écrivains qui ont successivement
+exposé les mystères de la Cryptographie.
+
+
+
+
+CHAPITRE II.
+
+AUTEURS QUI ONT ÉCRIT SUR LA CRYPTOGRAPHIE.
+
+
+§ Ier.
+
+ L'abbé Trithème.
+
+Le premier auteur qui ait traité _ex professo_ et en détail l'art
+d'écrire en chiffres fut le célèbre Trithème, mort en 1516, abbé de
+Saint-Jacques à Wurtzbourg. Polygraphe actif, historien, biographe,
+auteur d'un grand nombre de livres ascétiques, il ne nous appartient
+que comme ayant mis au jour deux ouvrages, l'un sur la _Polygraphie_,
+l'autre sur la _Stéganographie_ (_Steganographia, hoc est, ars per
+occultam scripturam animi sui voluntatem absentibus aperiendi certa_).
+La Polygraphie fut publiée pour la première fois à Oppenheim, en 1518,
+deux ans après la mort de l'auteur; elle a souvent été réimprimée
+durant le siècle qui suivit sa mise au jour. Il en existe une
+traduction française par Gabriel de Collange, sous le titre de
+_Polygraphie et universelle escriture cabalistique, avec la
+clavicule_, etc. (_Paris_, 1541. 4º). Ce mot de _Polygraphie_ ne doit
+point s'appliquer, comme d'usage, à des mélanges d'écrits de
+différents genres ou sur divers sujets: Trithème veut seulement
+enseigner à écrire un même mot, de plusieurs manières. Il donne des
+alphabets nouveaux, composés, soit de lettres étrangères les unes aux
+autres, soit de caractères de convention. Quant à la _Stéganographie_,
+les expressions bizarres qui y abondent firent prendre ce traité pour
+un livre de magie, et telles furent les clameurs de quelques individus
+faciles à épouvanter, que le comte palatin Frédéric II, surnommé
+pourtant le Sage, livra aux flammes le manuscrit autographe qui se
+conservait dans sa bibliothèque.
+
+Il est impossible de ne pas convenir que, surchargés de détails
+inutiles, accablés d'une foule de réflexions mystiques, de
+considérations allégoriques, et se traînant sous le poids d'une
+immense érudition cabalistique qui étale hors de tout propos les
+rêveries creuses et les imaginations folles des vieux rabbins[1], les
+ouvrages de Trithème sont des lectures les plus indigestes et les
+plus pénibles auxquelles on puisse se condamner. Il faut du courage et
+de l'attention, pour démêler au milieu de toutes ces digressions et de
+toutes ces rêveries les procédés de Cryptographie qu'indique l'abbé de
+Saint-Jacques.
+
+[Note 1: Parmi les nombreux écrits qui montrent à quel point Trithème
+était infatué de pareilles idées, il faut citer sa _Chronologia
+mystica de septem secundeis sive intelligentiis orbes post Deum
+moventibus_. Une ancienne doctrine platonique ou cabalistique plaçait
+dans chaque sphère céleste une intelligence chargée de la gouverner.
+Trithème s'efforce de rattacher, à ce système, des notions historiques
+et d'en établir la réalité. Un pareil livre n'eut pas moins de six ou
+sept éditions. Il n'est pas surprenant que ces rapsodies
+inintelligibles aient trouvé de nombreux lecteurs, et il est
+extrêmement probable que le docte abbé ne se comprenait pas toujours
+lui-même, lorsqu'il développait ses étranges imaginations.]
+
+Essayons de donner une analyse succincte des quatre livres dont se
+compose la _Stéganographie_.
+
+Le premier livre comprend trois cent soixante-seize répétitions de
+l'alphabet formé de vingt-quatre lettres; à chaque lettre correspond
+un mot de la langue; le tout forme un total de neuf mille vingt-quatre
+mots. Afin de faire bien comprendre ce système, il convient de
+transcrire quelques-uns de ces alphabets; nous reproduirons le
+premier, et nous y joindrons trois autres pris au hasard (les 23e,
+216e et 319e).
+
+ a Jésus, l'amour.
+ b le Dieu, la dilection.
+ c le Sauveur, la charité.
+ d le modérateur, la révérence.
+ e le pasteur, l'obéissance.
+ f l'auteur, le service.
+ g le rédempteur, le zèle.
+ h le prince, la mémoire.
+ i le fabricateur, le souvenir.
+ k le conservateur, la souvenance.
+ l le gouverneur, la faveur.
+ m l'empereur, l'affection.
+ n le roi, la loi.
+ o le recteur, la foi.
+ p le juge, l'espérance.
+ q l'illustrateur, le commandement.
+ r l'illuminateur, la recordation.
+ s le consolateur, la parole.
+ t le Seigneur, la connaissance.
+ u le dominateur, le saint.
+ x le créateur, l'amitié.
+ y le psalmateur, la promesse.
+ z le souverain, l'ordonnance.
+ & le protecteur, la bienveillance.
+
+ a fragiles, Europe.
+ b misérables, Candie.
+ c ingrats, Hongrie.
+ d ignorants, Panonie.
+ e iniques, Pologne.
+ f injustes, Germanie.
+ g malheureux, Saxe.
+ h malicieux, Helvétie.
+ i obstinés, Suède.
+ k perdus, Italie.
+ l pécheurs, Romanie.
+ m criminels, Lombardie.
+ n volontaires, Espagne.
+ o vains, Andalousie.
+ p mauvais, Castille.
+ q détestables, Gaule.
+ r abominables, Bretagne.
+ s damnables, Normandie.
+ t immondes, Aquitaine.
+ u indigents, Guyenne.
+ x pauvres, Gascogne.
+ y pusillanimes, Auvergne.
+ z pervers, Bourgogne.
+ & abjects, France.
+
+Vous pouvez, au moyen de ces alphabets, exprimer votre pensée d'une
+façon inintelligible pour les non initiés, et voici comment: Écrivez
+d'abord sur un morceau de papier, que vous détruirez ensuite, ce que
+vous voulez faire savoir, et traduisez, en posant pour la première
+lettre le mot qui lui correspond dans le _premier alphabet_; pour la
+seconde lettre, cherchez dans le second alphabet le mot à côté duquel
+elle est placée; ainsi de suite. On a de la sorte une suite de mots
+qui ne présente qu'une série de non-sens, mais, si notre correspondant
+est muni (comme il doit l'être) de la copie exacte des alphabets dont
+vous avez fait usage, il n'aura nulle peine à découvrir le sens qui se
+cache sous cette enfilade de mots, étonnés de s'y trouver placés dans
+une série bizarre.
+
+Trithème rend ceci fort clair au moyen d'un exemple; nous allons le
+reproduire exactement: Un méchant vous demande une lettre
+d'introduction auprès d'un de vos amis avec lequel il veut se lier.
+Vous avez des motifs pour ne pas repousser cette prière; d'un autre
+côté, vous voulez transmettre des renseignements exacts sur votre
+recommandé. Vous le chargez alors de remettre à celui qu'il va
+trouver, un écrit qui présente les phrases suivantes:
+
+«Le Roi universel exornant les corps manifeste aux languissants sûreté
+immortelle avec ses sanctifiés en béatitude Amen. La charité
+incompréhensible évangéliquement dénoncée aux hommes, reluctante
+d'exhortation, réduit les injustes bannis aux choses profanes, faisant
+de vilipender la recordation du Rédempteur des cieux et aussi la
+compagnie de la volupté ineffable que poursuivre. Parquoy, ô immondes,
+soutenez pureté et serez recueillis aux règnes des déifiés et là
+perpétuellement prédestinés. Abolissez donc les dissimulations de
+cette charnalité, puisqu'estes heureusement compris aux exaltations du
+modérateur tout voyant.»
+
+Cherchez à quelle lettre du premier alphabet correspond le premier
+mot de cette oraison _polygraphique_, et vous trouvez la lettre _n_ à
+côté du mot _le roi_. Passant au second alphabet, vous verrez que le
+mot _universel_ signifie _e_. Au troisième alphabet, vous remarquerez
+la lettre _v_ à côté du mot _exornant_. Au quatrième alphabet vous
+noterez la lettre _o_ comme étant en regard de _les corps_: et le
+cinquième montrera un _v_ dans la même ligne que le mot _manifeste_.
+En continuant de la sorte, vous trouverez que la phrase ci-dessus se
+traduit exactement par:
+
+«Ne vous servez de ce porteur, car il est menteur et larron.»
+
+Trithème explique qu'avec ce système on peut s'exprimer
+très-facilement dans quelque langue que ce soit, il en fournit des
+exemples pour l'italien et le latin; la phrase suivante:
+
+«Imaginez, terriens immondes, très-vite se ruinent terriennes,
+ardemment fraudes avez; glace faillirez, présumerez, malheureux, etc.»
+
+Signifie tout simplement: _Te moneo, amice, ne in hoc negocio
+immisceas_.
+
+L'auteur fait remarquer:
+
+Qu'il ne faut jamais «qu'en aucun ordre et rang alphabétique une
+diction soit doublée, répétée, réitérée, ni mise en écrit par deux
+fois.»
+
+Qu'il ne faut pas qu'il y en ait d'oubliées ni d'omises.
+
+On ne doit prendre qu'un seul mot dans chaque alphabet, et il est
+essentiel de ne pas laisser passer un seul alphabet sans y prendre une
+expression.
+
+Les mots qu'on traduit en langage polygraphique doivent être écrits
+tout au long, sans abréviation, distinctement et dûment séparés.
+
+Il va sans dire que l'individu avec lequel vous correspondez de la
+sorte doit posséder un recueil d'alphabets exactement et de tout point
+semblable à celui dont vous faites usage. Chacun peut composer en ce
+genre un livre analogue à celui de Trithème, et il est bon que les
+rois et princes en possèdent un certain nombre, afin de s'entendre
+avec leurs ambassadeurs et leurs généraux, d'une manière qui ne soit
+pas uniforme.
+
+On peut aussi convenir qu'on changera ou transportera l'ordre des mots
+contenus dans chaque alphabet, et ces transpositions, qu'il y a moyen
+de varier à l'infini, augmentent beaucoup la difficulté qu'offre le
+déchiffrement d'une lettre écrite selon la méthode polygraphique.
+
+Il serait possible qu'on trouvât des inconvénients à recourir, soit à
+la langue française, soit à tout autre idiome, pour la formation des
+alphabets. Trithème a prévu cette difficulté; il s'est efforcé de la
+résoudre, en composant des alphabets qui offrent des mots qui,
+n'appartenant à aucun dialecte, peuvent servir de langue universelle.
+C'est dans un jargon cabalistique ayant avec l'hébreu un certain air
+de famille, qu'il est allé puiser ses matériaux. Un exemple devient
+nécessaire.
+
+_Cabalit mossu abru massu basin sophus strabil caffulun_, etc.
+
+Un travail analogue à celui que nous avons déjà indiqué fera connaître
+que «ces mots pérégrins,» ce langage barbare et étrange signifie:
+
+«Ne venez en cour, car le roi est fort offensé contre vous.»
+
+Le troisième livre de la _Polygraphie_ est consacré à des séries
+d'alphabets de mots cabalistiques, mais il y a ici un raffinement: la
+seconde lettre de chaque mot doit être extraite et écrite à la suite
+l'une de l'autre; ces lettres réunies donnent le sens qu'on veut
+couvrir d'un voile.
+
+_Anna mesar dvain rosas dumera asion afang lisamar neparo uzafun amar
+achiet benadas epalam ronis orrifer olrimech mesarym lucyphus arosan_.
+
+Un travail dans le genre de celui dont nous avons donné l'idée,
+montrera que ceci veut dire:
+
+«Ne vous fiez à ce porteur.»
+
+Il va sans dire qu'on peut convenir que la lettre significative sera
+la troisième, la quatrième, n'importe enfin laquelle de chaque mot.
+L'abbé de Saint-Jacques convient, d'ailleurs, que ce procédé n'est pas
+trop sûr et secret, «car tout homme d'esprit et de savoir, par cas
+fortuits, tant par sa curiosité que par son labeur et industrie,
+pourroit trouver le secret et occulte mystère caché sous cette
+écriture.»
+
+Le quatrième livre expose la méthode bien connue de la transposition
+des lettres alphabétiques; «on peut faire et composer autant
+d'alphabets différents et dissemblables, qu'il y a d'étoiles au
+ciel.»
+
+Les vingt-quatre lettres répétées de manière à former un carré de la
+façon suivante (nous nous bornons à en donner l'esquisse):
+
+ ABCDEFG YZ
+ Bcdefgh 6A
+ Cdefghi B
+ De C
+ Ef G
+ Fg :
+ Gh :
+ : :
+ : :
+ : :
+ Y :
+ ZABCD XY
+
+peuvent former un grand nombre d'alphabets; on peut choisir celui
+qu'on veut, et, une fois qu'on s'est mis d'accord, en faire usage pour
+la correspondance secrète.
+
+Trithème passe ensuite à un alphabet numéral, «qui ne sera trouvé
+moins sur et secret qu'il est nouveau et moderne.»
+
+ a a 1 g f 7 n ic 13 t ih 19
+ b b 2 h g 8 o id 14 u k 20
+ c c 3 i h 9 p ie 15 x ka 21
+ d d 4 k i 10 q if 16 y kb 22
+ c e 5 l ia 11 r if 17 z kc 23
+ f f 6 m ib 12 t ig 18 & kd 24
+
+Avec ce système, les mots _traître_ et _méchant_ s'énoncent sous la
+forme suivante: ih. if. a. h. ig. ih. if. e. kd. ib. e. ig. c. ic. a.
+i. ih.
+
+Cette façon de cacher sa pensée est fort difficile à pénétrer; car,
+suivant la remarque de l'auteur, «tous ceux qui verront l'écriture
+faicte en ceste sorte et par cest alphabet, penseront et croyront que
+ce sera transposition de lettres et travailleront pour néant à la
+supputation et recherche d'icelles.»
+
+Il va sans dire que Trithème n'oublie pas un alphabet formé des
+lettres ordinaires distribuées «par ordre confus, irrégulier et sans
+ordre ni règle.» Il est aisé d'en composer une foule de ce genre. En
+voici un exemple:
+
+ a _o_ g _t_ n _c_ t _e_
+ b _p_ h _b_ o _x_ u _k_
+ c _q_ i _x_ p _h_ x _n_
+ d _r_ k _&_ q _y_ y _m_
+ e _i_ l _x_ r _d_ z _l_
+ f _s_ m _z_ s _g_ & _f_
+
+La lettre placée dans la seconde colonne doit surtout être substituée
+à celle qui se trouve dans la première et qui entre dans l'avis à
+chiffrer; vous écrirez:
+
+_Ildicg todri iki xiusizm ci....._
+
+Si vous voulez dire:
+
+«Prends garde que l'ennemy ne...»
+
+C'est d'un procédé de ce genre qu'usait César pour correspondre avec
+Cicéron et autres personnages de l'époque, selon le témoignage de
+Suétone, procédé que l'abbé Trithème expose en ces termes:
+
+«Pour l'intelligence de ce secret, il falloit changer et prendre la
+quatrième lettre de l'alphabet, qui est D, pour la première lettre,
+qui est A; E, pour B; F, pour C, et ainsi conséquemment transposer et
+changer lesdites lettres alphabétiques.»
+
+
+§ II.
+
+ J. B. Porta.
+
+La diplomatie italienne avait, au seizième siècle, grand besoin
+d'invoquer les ressources de la Cryptographie, afin de couvrir d'un
+voile impénétrable des secrets souvent terribles et les plus sinistres
+combinaisons. Le Conseil des Dix devait tenir à ce que ces dépêches
+fussent constamment lettre close, dans toute la rigueur du mot; les
+Borgia, les Visconti, les Farnèse, avaient fréquemment à transmettre
+des communications qu'il fallait soustraire à tous les yeux. L'art de
+l'écriture chiffrée devint une étude des plus importantes à Milan, à
+Florence, à Rome. Un Napolitain, dont l'intelligence chercheuse et
+l'active curiosité s'exerçaient sur toutes sortes de sujets[2], J. B.
+Porta, réunit et discuta, en s'efforçant de les perfectionner, les
+diverses méthodes cryptographiques connues alors au delà des Alpes.
+L'esprit net et pratique de cet écrivain le préserva complétement des
+aberrations tout à fait étrangères à pareil sujet, auxquelles Trithème
+s'était abandonné; il s'efforça d'être utile, mais il pécha par excès
+d'imagination. À force de vouloir multiplier les procédés d'écriture
+secrète, il prit la peine d'en montrer et d'en décrire un grand nombre
+qui seraient d'un usage très-incommode et dont il est bien certain que
+jamais personne n'a eu l'idée de faire usage.
+
+[Note 2: L'agriculture, l'optique, la mécanique, la mnémonique, la
+météorologie, la physique, furent tour à tour l'objet des méditations
+de Porta. Il fut du nombre de ces hommes hardis, conquérants, qui ne
+peuvent échapper à l'influence des préjugés de leur époque, mais qui
+découvrent ou pressentent de hautes vérités.
+
+Son traité _de la Physiognomonie humaine_, 1586, a fourni beaucoup
+d'idées à Lavater. Son livre _de la Magie humaine_, très-souvent
+réimprimé au seizième siècle, renferme, parmi beaucoup de faits
+puérils compilés avec peu de jugement, une foule d'observations
+importantes sur les miroirs, la lumière, la statique, etc. Les divers
+ouvrages de cet écrivain remarquable sont analysés avec étendue dans
+la _Notice historique_ de H. G. Duchesne, _sur la vie et les travaux
+de Porta_ Paris, 1801, 8º, 383 pages.]
+
+L'ouvrage dans lequel Porta a développé ses idées, est intitulé:
+
+_De furtivis litterarum notis, vulgo de ziferis._ On en compte des
+éditions assez nombreuses; nous signalerons celles de Naples, 1563,
+4º, et 1602, fº; de Montbelliard, 1592, 8º; de Strasbourg, 1606, 8º,
+etc. Cet écrit est divisé en trois livres.
+
+Le premier, après avoir consacré quelques pages aux hiéroglyphes et à
+la sténographie en usage parmi les anciens Romains, passe en revue les
+diverses manières de se faire comprendre en dérobant toutefois sa
+pensée au vulgaire; le langage allégorique, métaphorique ou
+énigmatique, les mots amphibologiques ou entrelacés, coupés ou
+renversés, les syllabes insignifiantes ajoutées dans le discours, sont
+utiles en pareille circonstance.
+
+On peut aussi communiquer à distance, sans se parler, et par le simple
+son, qui, répété, indique le rang que tient dans l'alphabet chaque
+lettre des mots qu'on veut porter à une oreille amie; deux corps
+frappés l'un contre l'autre, des coups donnés sur une muraille d'après
+une manière convenue, servent également d'interprète.
+
+Les signes muets, tels que les gestes, l'emploi des emblèmes, celui
+des signaux au moyen des flambeaux, occupent tour à tour Porta.
+
+Le douzième et dernier chapitre de son premier livre roule sur une
+manière ancienne de désigner les nombres par les doigts, d'après
+Bède. On n'ignorait point, dans l'antiquité le moyen de converser
+secrètement au moyen des doigts, soit en montrant un nombre de doigts
+pareil au rang numérique que les lettres qu'on veut désigner tient
+dans l'alphabet, soit en indiquant du doigt celles des parties du
+corps dont la première lettre indique la lettre qu'il s'agit
+d'exprimer.
+
+Notre auteur arrive à la bandelette ou scytale lacédémonienne, et il
+juge avec raison que ce procédé était facile à découvrir; il signale
+un moyen très-peu usité, l'emploi du fil, qui, après avoir reçu
+l'écriture, peut être roulé en peloton ou être employé à coudre les
+bords d'un vêtement. Il observe qu'on peut écrire sur la tranche d'un
+livre obliquement inclinée ou sur un jeu de cartes disposé en biseau
+ou sur les plumes des ailes déployées d'un pigeon ou d'un autre oiseau
+à plumage blanc.
+
+Il aborde enfin plus nettement la Cryptographie proprement dite. Ce
+qu'il ne dit point, peut s'analyser facilement.
+
+Les diverses manières de désigner l'écriture peuvent se réduire à
+trois: la transposition des lettres, qui comprend le renversement des
+mots, le changement des figures des lettres, et le changement de
+valeur des lettres.
+
+La transposition des lettres dans un avis que l'on veut donner, peut
+s'effectuer d'une foule de façons différentes; la première de toutes
+est aussi la plus simple: elle consiste à écrire sur deux lignes, en
+mettant alternativement la 1re lettre sur la 1re ligne; la 2e lettre
+sur la 2e ligne; la 3e sur la 1re, et la 4e sur la 2e et ainsi de
+suite. La difficulté augmente si l'on écrit sur quatre lignes: la 1re
+lettre sur la 1re ligne; la 2e sur la 4e; la 3e au bout de la 1re, la
+1re au bout de la 4e; la 5e sur la 2e ligne; la 6e sur la 3e; la 7e
+au bout de la 2e; la 8e au bout de la 3e, en suivant ainsi le même
+ordre pour le reste.
+
+Veut-on écrire d'une manière encore plus compliquée? On transporte toutes
+les lettres de l'avis qu'on veut donner, sur des cadres de diverses
+formes, soit carrés, soit triangulaires, soit parallélépipèdes, soit
+sinueux, soit en losange, soit en quinconce, soit en demi-cercle, tous
+divisés par des rayons qui forment autant de lignes perpendiculaires sur
+des lignes droites ou courbes; et, quand l'avis a été écrit de manière à
+imiter symétriquement la figure géométrique convenue, on produit la
+transposition des lettres en prenant les rayons de lettres, de bas en
+haut et de haut en bas, de droite à gauche ou de gauche à droite, de
+manière que ces lettres, ainsi rassemblées, ne présentent aucun sens.
+
+Vous convient-il d'avoir recours à une autre manière de transposer les
+lettres, plus indéchiffrable encore? Transcrivez à part ce que vous
+voulez mander secrètement; puis écrivez en interligne, les lettres
+au-dessous des lettres, une devise quelconque convenue; celle-ci, par
+exemple: _L'amour est un malin enfant_, devise, qu'il faut recommencer
+une fois, deux fois, trois fois, jusqu'à ce que les interlignes soient
+entièrement remplis. Ensuite on a recopié sa missive secrète, et, au
+lieu de transcrire par interligne la devise convenue, on met
+au-dessous de chaque lettre de la missive le chiffre qui désigne le
+rang que chaque lettre de cette devise tient dans l'alphabet. Ainsi,
+au-dessous de la première lettre de la missive, au lieu d'un _l_ on
+écrit 10; sous la seconde, au lieu d'un _a_, on écrit 1; sous la 3e,
+au lieu d'un _m_, on pose 11. Ces deux opérations faites, on prépare
+de la manière suivante la missive qui doit être adressée: chaque ligne
+est tracée par des points, entre lesquels est un intervalle suffisant
+pour y poser les lettres dans le rang que les chiffres de la devise
+indiqueront. On part toujours de la dernière lettre posée, pour
+compter le nombre des points à passer, avant d'arriver à l'intervalle
+où doit être posée la lettre suivante de la missive; et, quand on est
+parvenu en comptant jusqu'au dernier point, on recommence à compter
+par les premiers points, jusqu'à ce qu'enfin toutes les lettres de la
+missive soient placées dans leur rang, de sorte que la devise sert,
+comme l'on voit, de clef pour connaître de quelle manière on doit
+trouver, dans cette suite de lettres transposées, celles qui forment
+un sens pour les remettre à leur place.
+
+Porta s'occupe ensuite de la façon de découvrir et d'interpréter les
+lettres transposées; il ne s'agit que d'essayer de rassembler les 1re,
+3e, 5e, 7e, 9e lettres, ou de 11 en 11, ou autrement, jusqu'à ce qu'on
+trouve an mot qui forme un sens; lorsqu'on en aura trouvé un, il
+deviendra plus facile d'en trouver un autre, en observant l'ordre que
+tient chaque lettre du mot trouvé. On comprend qu'à cet égard il n'est
+pas possible de donner aucune règle précise; la variété arbitraire des
+combinaisons s'oppose à toute règle.
+
+Notre auteur ne saurait oublier la substitution de nouveaux caractères
+de l'alphabet, de manière que les lettres ne ressemblent à aucune de
+celles connues. Pour rendre l'écriture plus indéchiffrable, on peut,
+entre ces caractères, en insérer d'autres qui n'ont aucune
+signification: on les place, soit au commencement, soit au milieu,
+soit à la fin des mots, pour mieux tromper les curieux. Il est
+certaines lettres qui peuvent être remplacées par d'autres, _q_ par
+_cuu_; _x_ par _cs_; _z_ par _ss_; _y_ par _i_. On peut encore éviter
+les mots où se trouvent les lettres _h_, _b_, _d_, _p_, _g_, _f_, _u_.
+Il est à propos de ne pas se conformer strictement à l'orthographe.
+On peut aussi changer une lettre dans un mot, un _o_ pour un _i_, un
+_e_ pour _c_; un _r_ pour un _l_; _par_ pour _pré_. Les monosyllabes,
+les voyelles seules, doivent être évitées avec soin; elles présentent
+moins de difficultés à un déchiffreur exercé, et elles peuvent le
+mettre sur la voie. On peut aussi écrire par abréviation.
+
+Après avoir exposé toutes ces règles, Porta envisage son sujet sous un
+autre point de vue: le déchiffrement des dépêches dont on veut
+pénétrer le sens. Il recommande de compter d'abord le nombre de
+caractères différents employés dans la missive, lesquels ne peuvent
+excéder 21 ou 22; s'il s'en trouve davantage, le déchiffrement est
+plus difficile, puisqu'il y aurait alors des caractères superflus ou
+inutiles. Lorsque les caractères différents sont au-dessous du nombre
+21 ou 22, il faut savoir quelles sont les lettres qui manquent, tâche
+délicate à laquelle on ne peut procéder que par conjectures.
+
+Porta s'occupe des moyens de distinguer des voyelles les consonnes.
+D'abord, toute les fois qu'on rencontre dans le cours de la missive
+cinq caractères différents et fréquemment répétés, on peut être assuré
+que ce sont des voyelles. En second lieu, on peut observer quelles
+sont les lettres qui sont répétées le moins fréquemment, ce sont les
+consonnes _q_, _x_, _y_ et quelquefois l'_h_; en troisième lieu, les
+lettres isolées qui ne tiennent à aucun mot sont assurément des
+voyelles. En quatrième lieu, lorsque les mêmes formes de caractères
+commencent ou achèvent un mot, on doit présumer qu'il y a des
+voyelles, car il n'arrive jamais qu'un mot commence ou finisse par
+deux consonnes (n'oublions pas que Porta écrit en latin, et que c'est
+à cette langue que s'appliquent tous ses raisonnements).
+Cinquièmement, il faut faire attention que, lorsqu'au milieu d'un mot
+il se trouve deux consonnes, la lettre qui précède et celle qui suit
+sont certainement des voyelles. Cependant les lettres _h_, _l_ et _r_
+font quelquefois exception à cette règle, puisqu'on les trouve placées
+en troisième consonne dans le mot. Il faut savoir aussi que deux
+voyelles peuvent être à côté l'une de l'autre, et que, par conséquent,
+les lettres placées avant et après sont des consonnes.
+
+Notre auteur dirige ensuite sa perception sur les moyens qu'on peut
+employer pour découvrir les places qu'occupent les consonnes. Il peut
+s'en trouver quatre de suite dans un même mot, comme _phthisie,
+diphthongue_: alors l'_h_ aspirée se trouve placée la seconde et la
+quatrième; lorsqu'il y a trois consonnes de suite, comme dans
+_phrase_, _thrône_, la lettre _h_ est la seconde; et il n'y a que
+trois consonnes qui admettent l'_h_, savoir _c_, _p_, _t_. Il y a
+quatre consonnes qu'on appelle liquides ou mouillées, savoir _l_,
+_m_, _n_, _r_. La consonne _b_ admet les lettres _l_ et _r_; exemple:
+_blanc_, _bras_. La consonne _c_ les admet pareillement; par exemple:
+_clair_, _scribe_. L'_r_ n'admet que l'_h_. Il est rare de trouver
+ensemble l'_m_ et l'_n_, comme dans _Mnemosyne_; le _g_ et l'_n_ comme
+dans _ignare_.
+
+Porta développe ainsi de longues et minutieuses observations sur le
+retour plus ou moins fréquent des voyelles, sur leur combinaison avec
+les consonnes, mais ces détails se rattachent à la langue latine et ne
+sont pas susceptibles d'une application exacte à d'autres idiomes.
+
+Dans le quatrième livre de son traité, Porta étudie la mutation de la
+valeur des lettres, de façon qu'un même caractère puisse représenter
+tantôt un _a_, tantôt un _p_, tantôt un _m_.
+
+Il faut d'abord se faire des caractères inconnus qui représentent
+vingt lettres de l'alphabet (le _k_, l'_x_, le _j_ et le _v_ étant
+exclus); on a un triple cadran, dont celui du centre est mobile; tous
+trois divisés en 20, 24 ou 28 parties égales, de manière que les
+espaces de chacun se correspondent très-exactement. Le grand cadran
+contiendra la suite des nombres depuis 1 jusqu'à 20, 24 ou 28. Le
+second cadran moyen contiendra la série des vingt lettres de
+l'alphabet et quatre ou huit cases en blanc, et le petit cadran
+concentrique mobile portera les vingt signes en caractères
+représentatifs des lettres de l'alphabet, immédiatement placés
+au-dessus d'elles. Il faut d'abord écrire en écriture courante l'avis
+secret qu'on veut envoyer; puis, cet écrit est mis en caractères
+représentatifs des lettres de l'alphabet; mais, pour rendre cette
+écriture très-difficile à découvrir, on fait, à chaque lettre, avancer
+d'un cran le cadran mobile, de sorte que le caractère qui représentait
+un _d_ représente un _e_; pour la lettre suivante, ce même caractère
+représente un _f_; et ainsi des autres. De cette manière, le même
+caractère ayant diverses représentations, il est aisé de sentir tout
+ce qu'un pareil moyen jette d'obscurité dans une correspondance
+secrète; mais il faut que les correspondants aient chacun un
+instrument pareil et concertent d'avance entre eux la manière de
+s'entendre.
+
+On comprend que nous ne pouvons entrer ici dans la description
+détaillée des combinaisons dont ce procédé est susceptible; on le
+trouve, dans l'ouvrage de Porta, accompagné d'exemples et de figures
+compliquées. Pour suppléer aux cadrans ci-dessus, il donne une table
+de permutation très-propre à changer à volonté les signes
+représentatifs.
+
+Les alphabets, fabriqués à plaisir et n'offrant ainsi aucun trait de
+lumière aux investigations des curieux, tiennent une grande place
+dans le traité du savant napolitain.
+
+Voici un des modèles de ces alphabets qu'indique Porta et qu'il
+regarde comme indéchiffrables. On partage les lettres en trois groupes
+de trois lettres et en six groupes de deux, de la façon suivante:
+
+ +-------+-------+-------+
+ | a l u | b m x | c n z |
+ +-------+-------+-------+
+ | d o | e p | f q |
+ +-------+-------+-------+
+ | g r | h s | i t |
+ +-------+-------+-------+
+
+Pour répondre à ces neuf groupes, on forme neuf caractères de la forme
+que voici:
+
+ [Forme] [Forme] [Forme] [Forme] [Forme] [Forme] [Forme] [Forme] [Forme]
+
+et on ajoute à chacun d'eux un, deux ou trois points, afin d'exprimer
+la place qu'occupe dans le tableau la lettre de l'alphabet qu'on veut
+représenter; ainsi l'_n_ sera représenté par [Forme et point], le _g_
+par [Forme et point], l'_u_ par [Forme et point] et le mot _Rome_
+s'écrira: [Forme et point] [Forme et point] [Forme et point] [Forme et
+point]
+
+On donnera aux neuf caractères telle forme qu'on voudra, et il est de
+fait que des signes pareils offriront, à quiconque n'en possède pas la
+clef, une énigme absolument indéchiffrable.
+
+Parmi les divers procédés sur lesquels il s'étend avec une
+complaisante prolixité, Porta n'oublie pas la méthode dont Trithème
+avait déjà formulé le principe; il propose un alphabet où chaque
+lettre est accompagnée d'un mot.
+
+ a Deus.
+ b creator.
+ c salvator.
+ d servator.
+ e judex.
+ f Domine.
+ g redemptor.
+ h liberator.
+ i sapiens.
+ k bone.
+ l benigne.
+ m æterne.
+ n juste.
+ o clemens.
+ p sancte.
+ q caste.
+ r adjuva.
+ s tuere.
+ t libera.
+ u conserva.
+ w sustenta.
+ x protege.
+ y defende.
+ z ignosce.
+
+Au lieu de chaque lettre, il s'agit d'écrire le mot qui correspond à
+cette même lettre dans le tableau ci-dessus. Ainsi, pour exprimer le
+nom de _Roma_, on mettra: _Adjuva clemens æterne Deus_; et la
+traduction du mot _hostis_ (l'ennemi) sera _liberator clemens tuere,
+libera sapiens tuere_.
+
+On comprend, d'ailleurs, que ce procédé n'offrirait pas de bien
+grandes difficultés à un déchiffreur un peu sagace et au fait des
+ressources de son art.
+
+
+§ III.
+
+ Blaise de Vigenère.
+
+Profitant des recherches de Trithème et de Porta, un écrivain français
+du seizième siècle, plus fécond que judicieux, Blaise de Vigenère[3],
+mit au jour un gros volume in-4º, lequel ne renferme pas moins de 600
+pages consacrées à la Cryptographie. L'auteur n'a point su se
+préserver de l'écueil contre lequel ses prédécesseurs étaient venus
+échouer. Au lieu de poser clairement et nettement des règles précises,
+au lieu d'indiquer des procédés faciles à comprendre, il se plonge
+dans l'océan des rêveries cabalistiques. Il reproduit, en général, les
+inventions cryptographiques de Porta.
+
+[Note 3: Mort en 1596; il remplit d'importantes fonctions
+diplomatiques, et il traduisit un grand nombre d'auteurs grecs et
+latins; ses traductions sont aujourd'hui vouées à l'oubli le plus
+profond, de même que son _Traité des Comètes_ et son _Traité du feu et
+du sel_, quoique ce dernier écrit (c'est un livre d'alchimie) ait
+obtenu trois ou quatre éditions en France, et qu'il ait même rencontré
+des traducteurs qui l'ont fait passer en latin et en anglais.]
+
+Parmi les diverses méthodes qu'indique Vigenère, nous allons essayer
+de faire comprendre la suivante:
+
+Dressez un tableau composé de huit colonnes et disposé de la manière
+qui suit:
+
+ +---+----+----+----+----+----+----+----+
+ | | AA | BB | CC | AB | AC | BC | CB |
+ +---+----+----+----+----+----+----+----+
+ | A | a | d | g | l | o | r | u |
+ | B | b | e | h | m | p | s | x |
+ | C | c | f | i | n | q | t | z |
+ +---+----+----+----+----+----+----+----+
+
+On cherche, parmi les petites lettres, celle que l'on veut écrire, et,
+à sa place, on pose les deux capitales qui sont dans la case
+supérieure correspondante à cette lettre; on y joint la capitale de la
+ligne horizontale placée à gauche, et on transcrit ces capitales ou
+petites lettres; ainsi, pour écrire _le roi_, on voit que la lettre
+_l_ correspond par en haut à AB, et à gauche à la lettre A: on pose
+_aba_; l'_e_ sera _bbb_; le mot _roi_ s'exprimera par: _bca_, _aca_,
+_ccc_.
+
+Vigenère n'oublie pas l'usage qu'on peut faire de deux exemplaires
+d'un même livre: on convient de recourir à une page, la première
+venue; on se met d'accord sur une ou deux lignes de cette page, et on
+indique les diverses lettres de l'alphabet par des chiffres
+correspondant à l'ordre dans lequel ces lettres se présentent. En
+prenant pour exemple la troisième ligne du feuillet 3 de l'ouvrage de
+Vigenère lui-même, on opérera sur la phrase suivante:
+
+ «Partie de son âme dont elle constitue la différence.»
+
+et on dressera le tableau suivant:
+
+ p a r t i e d s o n m l ....
+ 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 ....
+
+On aura soin de négliger les lettres répétées et de continuer ce
+travail sur la ligne suivante si toutes les lettres de l'alphabet ne
+se trouvent pas dans la ligne choisie.
+
+De cette manière, ces deux mots, _le pape_, seraient représentés par
+les chiffres suivants:
+
+ 12.6. 1.2.1.6.
+
+Le _roi_ s'exprimerait en écrivant:
+
+ 12. 6. 3. 9. 5.
+
+Vigenère remarque que ce chiffre est inexpugnable, sans la
+communication du secret, car que serait-il possible de conjecturer
+là-dessus?
+
+Les vingt-quatre caractères de l'alphabet usuel lui paraissant trop
+simples et trop susceptibles d'être devinés, Vigenère invente des
+chiffres de 72, de 64, de 48 caractères; chaque lettre est représentée
+par deux, trois ou quatre signes imaginés à plaisir et qu'on peut
+varier à l'infini.
+
+Une autre combinaison consiste à indiquer chaque lettre de l'alphabet,
+sur un chiffre; mais, afin de dérouter les curieux, on entremêle les
+lettres, car les écrire à rebours de la façon suivante:
+
+ Z Y X ... B A
+ 1 2 3 ... 23 24,
+
+serait trop naïf. On peut les diviser en deux séries, dont voici un
+modèle:
+
+ H I L M A B C D E,
+
+ou bien les placer de cette manière:
+
+ L A M B N C
+ 1 2 3 4 5 6,
+
+ou bien, enfin (car ces arrangements sont susceptibles de
+modifications presque infinies), assigner à chaque lettre un chiffre
+de convention.
+
+ a 15
+ b 9
+ c 11
+ d 20
+ e 3
+ f 18
+ g 24
+ h 19
+ i 16
+ k 7
+ l 9
+ m 13
+ n 1
+ o 23
+ p 5
+ q 12
+ r 8
+ s 22
+ t 4
+ u 10
+ v 2
+ x 14
+ y 17
+ z 6
+
+De cette manière, _Lyon est pris_, s'exprimerait par: 917 231, 3224,
+581622.
+
+Et certes, quelqu'un qui n'aurait pas le secret du chiffre attribué
+arbitrairement à chaque lettre, se trouverait dans l'impossibilité
+presque absolue de deviner le sens de ces nombres mystérieux.
+
+Vigenère n'oublie point «un bel artifice de se réserver un second sens
+caché parmy le premier, si l'on estoit surpris et contraint d'exhiber
+son chiffre;» mais les explications qu'il donne à cet égard sont
+confuses et d'une longueur telles, que, si nous avions la patience de
+les transcrire, peu de personnes sans doute auraient celle de les
+lire.
+
+Le défaut de la plupart des procédés qu'indique le _Traité des
+chiffres_, c'est une extrême complication: l'auteur fait un usage
+immodéré de lettres de diverses couleurs, et il expose, d'une façon
+souvent très-peu claire, des systèmes de chiffres tellement
+mystérieux, que celui qui voudrait en faire usage se trouverait
+peut-être lui-même dans un embarras inextricable pour déchiffrer ce
+qu'il aurait écrit.
+
+Vigenère fait observer que la Cryptographie se retrouve dans la
+plupart des professions:
+
+«Les hommes de tout temps ont esté curieux de se tracer chacun pour
+soy quelques notes secrètes pour se receler de la cognoissance des
+autres, comme les marchands en leurs marques et papiers de compte; les
+médecins, en leurs pieds de mouche; les jurisconsultes, en leurs
+paragraphes.»
+
+Il expose avec complaisance un moyen de transmettre un avis, sans
+avoir recours à l'écriture, mais en employant des grains de diverses
+matières, accouplés deux a deux et arrangés comme des chapelets.
+
+ grains d'or, d'argent, d'ébène, d'ivoire.
+ d'or A B C D
+ d'argent E H I L
+ d'ébène M N O P
+ d'ivoire R S T V
+
+De sorte que le mot _deus_, par exemple, aurait pour expression, en
+suivant les lignes horizontales: deux grains d'or et d'ivoire, deux
+d'argent et d'or, deux grains d'ivoire, deux d'ivoire et d'argent.
+
+Après avoir expliqué ce procédé, Vigenère consigne, en son livre, la
+réflexion que voici:
+
+«Au rang des chiffres ou occulte écriture, on peut bien reléguer aussi
+les minutes des greffiers, notaires, sergens et semblables manières de
+gens de pratique, et encore l'écriture de beaucoup de personnes, qu'à
+peine autres qu'eux sçauroient lire, quoiqu'elle ne soit que des
+lettres ordinaires, mais difformées de telle sorte, qu'on n'y sçauroit
+presque rien discerner. Or, laissant à part ces vicieux chaffourements
+qui procèdent d'insuffisance, il y en a d'autres qui consistent en
+perspective, car, en y regardant de front, on n'y sçauroit rien
+discerner de lisible, mais l'accommodant obliquement en l'assiette qui
+luy est propre, ce qui estoit imperceptible apparoist. Il y en a
+d'autres qui dépendent de la seule acuité de la vue, la lettre estant
+si déliée que l'oeil à peine la peut comprendre: telle que s'est vue
+de nostre temps celle d'un gentilhomme siennois, appelé _Spanocchio_,
+qui écrivoit sur un velin, sans aucune abréviation, tout l'_In
+principio_ de Saint-Jean, en autant ou moins d'espace que ne contient
+le petit ongle, d'une lettre si exquise et si bien formée, qu'il ne
+seroit pas possible de mieux faire. Pline, d'après Cicéron, allègue
+que toute l'_Iliade_ d'Homère, qui contient de quatorze à quinze mille
+vers, avoit esté escrite de si menue lettre en velin, qu'elle pouvoit
+toute entrer en une coquille de noix.»
+
+Le célèbre chancelier Bacon a, dans son traité _De dignitate et
+augmentis scientiarum_ (livre VI, ch. 1), fait connaître un chiffre,
+dont il est l'inventeur, et qui est basé sur les permutations de deux
+lettres seules, _a_ et _b_, combinées par groupes de cinq. Ces deux
+lettres sont susceptibles de 32 combinaisons de ce genre; il y en a
+donc plus qu'il n'en faut pour exprimer l'alphabet tout entier, et
+cet _alphabetum liluterarium_ (c'est ainsi que le nomme Bacon) pourra
+s'écrire de la façon suivante:
+
+ a aaaaa
+ b aaaab
+ c aaaba
+ d aaabb
+ e aabaa
+ f aabab
+ g aabba
+ h aabbb
+ i abaaa
+ k abaab
+ l ababa
+ m ababb
+ n abbaa
+ o abbab
+ p abbba
+ q abbbb
+ r baaaa
+ s baaab
+ t baaba
+ u baabb
+ w babaa
+ x babab
+ y babba
+ z babbb
+
+On comprend, du reste, qu'au lieu des lettres _a_ et _b_ on peut
+prendre toute autre dont on aura envie, ou bien les remplacer par
+quelque signe algébrique, ou par une marque quelconque a laquelle on
+voudra s'attacher. L'inconvénient de cet alphabet, c'est que tout mot
+ordinaire se trouve représenté par cinq fois plus de lettres. _Paris_,
+par exemple, se traduira par _abbba aaaaa baaaa abaaa baaab_.
+Lorsqu'on voudra écrire _Espagne_, il faudra prendre la peine de
+tracer _aabaa baaab abbba aaaaa aabba abbaa aabaa_. Une phrase un peu
+longue se trouvera ainsi exiger beaucoup de temps et une attention
+fort soutenue, pour être écrite sans que quelque erreur ne vienne s'y
+glisser.
+
+Bacon a prévu que le mystère de son alphabet ne serait pas
+très-difficile à découvrir, et il a dû chercher quelques moyens, afin
+de mettre sa pensée à l'abri des curieux: il a donc imaginé ce qu'il
+appelle l'_alphabetum biforme_. Après avoir déchiffré la dépêche
+écrite d'après la méthode que nous venons d'exposer, on n'arrive point
+encore au véritable sens: il est enveloppé dans les lettres qui sont
+mises en majuscules dans l'alphabet _biforme_, lettres qu'indique à
+ceux qui ont la clef de ce procédé les groupes de lettres auxquels
+elles correspondent.
+
+Pour faire comprendre ceci, il est indispensable de transcrire d'abord
+ce nouvel alphabet, tel qu'il se montre dans l'ouvrage de Bacon.
+
+ ab ab ab ab ab ab ab ab
+ AA aa BB bb CC cc DD dd
+ ab ab ab ab ab ab ab ab
+ EE ee FF ff GG gg HH hh
+ ab ab ab ab ab ab ab ab
+ II ii KK kk LL ll MM mm
+ ab ab ab ab ab ab ab ab
+ NN nn OO oo PP pp QQ qq
+ ab ab ab ab ab ab ab ab
+ RR rr SS ss TT tt VV vv
+ ab ab ab ab ab ab ab ab
+ uu WW ww XX xx YY ab
+ ZZ zz
+
+Supposé maintenant qu'on veuille donner avis à quelqu'un de s'enfuir,
+en lui faisant passer le mot latin _fuge_, on écrira d'abord la phrase
+suivante, qui présente un sens tout opposé:
+
+ _Manere te volo donec venero._
+
+En prenant dans l'alphabet ci-dessus les lettres _a_ et _b_ qui
+correspondent aux lettres dont est formée cette phrase, on mettra:
+
+ aabab baabb aabba aabaa
+ Maner etevo lodon ecvenero
+
+Ces quatre groupes d'_a_ et de _b_ réunis par cinq, indiquent, d'après
+les combinaisons de l'Alphabet Biforme, les quatre lettres qui forment
+le mot FUGE.
+
+Il faut reconnaître que les explications trop succinctes et très-peu
+claires que donne Bacon à l'égard de ses procédés de chiffres,
+laissent beaucoup à désirer. L'idée d'employer les combinaisons des
+lettres n'est cependant point indigne d'une attention sérieuse: il y a
+le germe de tout un système de chiffres qui n'a pas de limites.
+
+Remarquons, en effet, que des mathématiciens ont cherché le nombre des
+combinaisons que peuvent offrir les 25 lettres de l'alphabet groupées
+ensemble de toutes les manières imaginables: ils ont trouvé le chiffre
+formidable de 42 quadrillons, 163,840 trillions, 398,198 billions,
+058,854 millions, 693,625. Pour saisir toute l'énormité de ce nombre,
+il faut se souvenir qu'on a démontré que, pour écrire toutes les
+combinaisons qu'il énonce, il serait indispensable de se procurer une
+feuille de papier qui aurait 421,300 fois l'étendue de la superficie
+de la Terre.
+
+
+§ IV.
+
+ Jérôme Cardan.
+
+Cet Italien célèbre, qui toucha à toutes les questions[4] et qu'une
+vaste érudition, jointe à des talents très-distingués, n'a point
+préservé d'une accusation de folie, a dit quelques mots de la
+Cryptographie dans son ouvrage _de la Subtilité_; les voici d'après la
+vieille traduction française:
+
+«Prenez deux peaux de parchemin de mesme grandeur et semblablement
+réglées et lignées; vous y ferez séparément des trous assez petits,
+mais toutefois de la grandeur et hauteur du corps que vous avez
+accoutumé faire vostre lettre: l'un de ces pertuis pourra tenir sept
+lettres, l'autre trois, l'autre huit ou dix, de sorte que tous les
+trous ou pertuis qu'aurez faits pourront tenir ensemble cent vingt
+caractères ou lettres. De ces deux peaux, vous donnerez l'une à celuy
+auquel vous désirez escrire, et vous retiendrez l'autre à vous; et,
+lorsque voudrez escrire le plus brief et succinct que vous pourrez, de
+sorte que vostre escriture n'excède pas ledit nombre de cent vingt
+caractères ou lettres: qui est tout ce que les espaces et pertuis
+susdits pourront comprendre. Et après, sur les pertuis, faits comme je
+l'ay dit, vous escrivez, au feuillet de papier qui est dessous, le
+sujet et sentence que voudrez; et, après, à un autre feuillet, et
+conséquemment au troisième. Cela estant fait, vous remplacez les
+espaces et distances qui demeureront vides, ainsi augmentant ou
+effaçant jusques à tant que vostre sentence et sujet apparoissent et
+se montrent. Vous accomplirez la seconde sentence au second feuillet
+de papier, faisant extrait en telle sorte, sur la première, qu'il
+semblera et apparoistra que les mots et paroles soient suivants et
+consécutifs l'un après l'autre. La troisième adapterez aussi à telle
+sorte et manière, que, sans aucune interruption ni intermission des
+premières lettres, l'ordre, la sentence, le nombre des paroles avec la
+grandeur se trouveront et apparoistront, retenant mesure, sujet et
+intelligence. Et après appliquerez, sur ce papier escrit en cette
+manière, le parchemin que pour cette cause vous aurez taillé et percé,
+faisant en tout et partout, aux extrémitez des trous ou perçures, de
+petits et subtils points, jusques à tant que le sujet et intelligence
+des lettres parviennent en la sorte que vous désirez les escrire. Et
+après, celuy à qui vous les enverrez, mettant sur elles son exemplaire
+percé (comme il est dit), entendra subitement et facilement la
+conception de vostre volonté.»
+
+[Note 4: L'édition de ses _Opera omnia_ (Lyon, 1663, 10 vol. in-folio)
+ne renferme pas moins de 222 traités en ouvrages divers. On peut
+consulter, à l'égard de cet étrange écrivain, Buhle, _Histoire de la
+Philosophie_, tom. IV, p. 730-739 de la traduction française; la
+_Rétrospective Review_, tom. I, p. 94-112; un article de M. Mercey,
+_Revue de Paris_, juin 1841; un mémoire de M. Franck, lu en 1841 à
+l'Académie des sciences morales et politiques. Quant au mérite de ses
+travaux scientifiques, on peut consulter l'_Histoire des Sciences
+mathématiques en Italie_, par M. Libri, tom. III, p. 107, et
+l'_Histoire de la Chimie_, par M. Hoefer, tom. Il, p. 99. Cardan a
+trouvé deux biographes, l'un en Italie (Mantovani, _Vita di Cardano_,
+Milano, 1821, 8º), l'autre en Angleterre (G. I., _the life and times
+of G. Cardan_, London, 1836, 2 vol. 8º).]
+
+
+§ V.
+
+ Le duc de Brunswick.
+
+Au commencement du seizième siècle, un duc de Brunswick-Lunebourg,
+Auguste le Jeune, se livrait avec ardeur à l'étude; il publia divers
+écrits sous le pseudonyme de Gustave Selenus. _Selenus_, du grec
+_Selène_ (la lune), était une espèce de traduction du mot _Lunebourg_;
+_Gustave_ est l'anagramme d'_Auguste_. Le jeu des échecs,
+l'horticulture, l'art d'écrire en chiffres, occupèrent tour à tour
+l'attention de ce prince; son livre sur le sujet que nous traitons ici
+a pour titre: _Systema integrum Chryptographiæ_; c'est un in folio de
+près de 500 pages.
+
+Trithème a fourni la majeure partie des procédés décrits dans ce gros
+volume, où il se trouve malheureusement beaucoup d'idées
+cabalistiques; les exemples étant pour la plupart empruntés à la
+langue allemande, il n'y a pas moyen de les reproduire textuellement.
+
+Parmi les méthodes que décrit le duc Auguste, en voici une dont nous
+n'avons pas encore fait mention:
+
+Formez trois colonnes, en inscrivant, à côté des cinq voyelles
+répétées trois fois, les consonnes de l'alphabet:
+
+ a _b_ a _h_ a _p_
+ e _c_ e _k_ e _q_
+ i _d_ i _l_ i _r_
+ o _f_ o _m_ o _s_
+ u _g_ u _n_ u _t_
+
+Au lieu d'écrire les lettres qui emportent les mots que vous voulez
+chiffrer, vous inscrivez celles qui leur correspondent. Vous mettez
+par exemple un _i_ en place d'un _r_, _et vice versa_, un _o_ en place
+d'un _f_, ainsi de suite.
+
+Pour écrire _l'empereur d'Autriche_, vous mettrez _icoakitk
+iaguieak_.
+
+Rien n'empêche d'employer à rebours un alphabet ainsi dressé ou de
+substituer quelques lettres à d'autres, en suivant une marche dont on
+sera convenu: cela augmentera beaucoup les difficultés du
+déchiffrement. Au moyen de méthodes semblables, le prince allemand
+montre comment les mots suivante: _Cras expectabis adventum meum_,
+peuvent se traduire par _zfxubzmsbeugpgeurmiothrha_.
+
+Les alphabets imaginaires et forgés à plaisir, que fait connaître le
+prince, sont, pour la plupart, la reproduction ou l'imitation de ceux
+qu'on trouvait déjà dans le livre de Porta; il a pris la peine de
+faire graver (page 282) l'alphabet qu'une tradition très-peu
+authentique attribue à Salomon, et il n'a point oublié celui dont les
+habitants du pays d'Utopie font usage, à ce qu'affirme Thomas Morus.
+Il a lui-même inventé un moyen d'exprimer les lettres, au moyen d'un
+système de lignes brisées, obliques, parallèles, etc., ou bien grâce à
+des groupes de points disposés de diverses manières. Nous pensons
+qu'il serait superflu de donner la reproduction de ces alphabets
+fantastiques, car le champ des inventions de ce genre est sans
+bornes.
+
+
+
+
+CHAPITRE III.
+
+RÈGLES ET PROCÉDÉS DE CRYPTOGRAPHIE.
+
+
+§ Ier.
+
+ Préceptes généraux.
+
+Maintenant laissons de côté les méthodes aujourd'hui abandonnées
+qu'exposent les écrivains du seizième siècle, et cherchons à faire
+comprendre quelques-unes des règles auxquelles se conformaient, dans
+leurs dépêches chiffrées, les diplomates du siècle dernier, règles qui
+servent encore habituellement de guide à leurs successeurs.
+
+Les signes de ponctuation sont supprimés, ou bien, lorsqu'il est
+nécessaire d'en faire usage, afin de donner plus de clarté au texte
+chiffré, on les indique par une marque particulière. Les accents et le
+trait d'union sont abolis.
+
+On emploie ce qu'on nomme des non-valeurs (_otiosi characteres_), afin
+de dérouter les curieux. Par exemple, on peut convenir que tous les
+nombres composés entre 200 et 400, entre 825 et 950 ne signifient rien
+et qu'il ne faut point en tenir compte dans le déchiffrement. Le
+déchiffreur non initié perdra beaucoup de temps à vouloir trouver un
+sens là où il n'y en a pas et sera complétement fourvoyé.
+
+Parfois, on a recours à un chiffre de contre-sens; on convient que les
+phrases chiffrées, comprises entre deux marques convenues, telles que
+des croix, des parenthèses, des chiffres déterminés à l'avance, etc.,
+doivent être entendues dans un sens diamétralement opposé à celui
+qu'elles présentent. Par exemple, la phrase chiffrée: «Le roi est
+malade, mais il va mieux et sa guérison est certaine,» doit être
+interprétée ainsi tout autrement: «Sa mort est certaine.»
+
+Il n'est pas mal d'employer dans une dépêche chiffrée des mots de
+diverses langues; le mystère sera encore plus difficile à percer; en
+voici un exemple: _L'armée de l'Empereur se réunit aux troupes du
+roi_; écrivez, en faisant usage du latin, de l'allemand, du français,
+de l'espagnol, de l'anglais; _exercitus der Kayser se réunit à las
+tropas of the king_. Chiffrez ensuite, et il sera presque impossible
+de découvrir ce que vous avez confié au papier.
+
+Les mots écrits avec des abréviations convenues à l'avance, présentent
+une ressource avantageuse; il est bon de les indiquer au moyen d'un
+signe convenu.
+
+On a vu des hommes d'État employer la méthode d'écriture hébraïque,
+c'est-à-dire ranger les chiffres de droite à gauche.
+
+Un procédé qui n'est pas très-compliqué consiste à dresser le tableau
+suivant:
+
+ abcd efgh iklm nopq rstu xyz
+ 1 2 3 4 5 6
+
+et l'on exprime chaque lettre du mot qu'on veut déguiser par un double
+chiffre, dont le premier représente le groupe de lettres et le second,
+le rang qu'occupe dans ce groupe la lettre qu'on a en vue. Ainsi,
+l'_r_ s'exprime par 51, le _g_ par 23; pour écrire _festina lente_, on
+mettra:
+
+ 22 21 52 53 31 41 11 33 21 41 53 21
+
+Il n'est pas sans exemple qu'on joigne au chiffre convenu pour
+représenter telle ou telle lettre, un nombre invariable qui, joint à
+ce chiffre, en donne un autre, sur lequel les efforts les plus
+opiniâtres n'ont guère de prise, lorsqu'on ne connaît pas le secret.
+Supposons qu'on soit convenu que le chiffre 8 représente l'_l_, 74
+l'_é_, 31 l'_r_, 26 l'_o_, 59 l'_i_; pour écrire le _roi_, on
+mettrait 8 74 31 26 59; mais, si on ajoute 6 à chacun de ces nombres,
+on aura 14 80 37 32 65.
+
+Il va sans dire qu'au lieu d'ajouter, on est parfaitement maître de
+retrancher, de multiplier, de diviser: l'essentiel est que les deux
+correspondants se mettent bien d'accord sur la marche qu'ils adoptent.
+
+
+§ II.
+
+ Chiffre imaginé par Mirabeau.
+
+L'imagination active de Mirabeau touchait à tout; il inventa, dans un
+moment de loisir, une méthode de chiffre qui n'est pas sans mérite.
+Divisez l'alphabet en cinq parties égales, désignez d'abord chacune
+des cinq divisions par un numéro, indiquez ensuite par des numéros
+chacune des lettres que vous aurez groupées arbitrairement:
+
+ 1
+ c f g u z
+ 1 2 3 4 5
+
+ 2
+ x n m o k
+ 1 2 3 4 5
+
+ 3
+ s e h b g
+ 1 2 3 4 5
+
+ 4
+ d l y q w
+ 1 2 3 4 5
+
+ 5
+ n i r t v
+ 1 2 3 4 5
+
+Les chiffres 6 à 9 et 0 sont regardés comme non-valeurs.
+
+On range sur deux lignes les chiffres qui expriment la lettre qu'on
+veut représenter; la première de ces lignes désigne le groupe; la
+deuxième la place qu'occupe dans ce groupe la lettre en question. On
+indiquera donc l'_h_ par 3/3, le _t_ par 5/4, le _d_ par 4/1; à côté
+de ces chiffres, tantôt à droite et tantôt a gauche, on mettra des
+non-valeurs afin de dérouter; en conséquence, ces mots _le Danube_
+s'exprimeront, si l'on veut, par:
+
+ 74 3948 27 50 16 3639
+ 82 2019 26 18 47 4827
+
+On comprend de reste, que ceci peut être susceptible d'une multitude
+de combinaisons diverses.
+
+
+§ III.
+
+ Dictionnaire de convention.
+
+Un procédé, très-souvent mis en usage, consiste à former une espèce de
+dictionnaire dans lequel des mots sont remplacés par d'autres; en
+voici un exemple:
+
+ Allies, lui.
+ Amiral, quand.
+ Arriver, être.
+ Armistice, car.
+ Attraper, pourquoi.
+ Attendre, amie.
+ Avenir, 2
+ Balance, oui.
+ Baron, 3
+ Bavarois, amen.
+ Bois, et.
+ Camp, 7
+ Canon, doit.
+ Cavalerie, bon.
+ Conseil, w.
+ Définitif, mais.
+ Deux, voir.
+ Demander, événement.
+ Descendre, loi.
+ Division, non.
+ Dix, art.
+ Empereur, est.
+ Entre, tôt.
+ Événement, demande.
+ Faux, 8
+ Favori, jamais.
+ Fureur, demain.
+ Général, 6
+ Gloire, 104
+ Gouverneur, selon.
+ Hommes, tard.
+ Honneur, gagné.
+ Ici, il.
+ Inventeur, hier.
+ Levé, eux.
+ Lignes, nous.
+ Maréchal, cerf.
+ Manoeuvres, fin.
+ Mille, âne.
+ Naples, crue.
+ Nouvelles, quart.
+ Opération, sot.
+ Ordre, ni.
+ Ostracisme, x.
+ Partis, et cætera.
+ Peur, z.
+ Question, ami.
+ Querelle, troc.
+ Quand, bleu.
+ Ravin, grand.
+ Renfort, son.
+ Risquer, bas.
+ Ruiner, loup.
+ Sottise, vert.
+ Surseoir, or.
+ Suisse, froid.
+ Terrain, fier.
+ Trois, corde.
+ Tuer, rond.
+ Union, Vienne.
+ Vivres, choix.
+ Volontaires, lois.
+ Voyage, Gand.
+
+Mots perdus qu'on intercale dans les phrases:
+
+_Assez_, _après_, _beaucoup_, _beauté_, _carré_, _dîner_, _honneur_,
+_loterie_, _mer_, _noire_, _port_, etc.
+
+En se servant de cette table, voici comment on pourra rendre le
+passage suivant:
+
+«Le Conseil n'a rien statué de définitif. Il paraît cependant qu'on ne
+balance qu'entre deux partis, celui de risquer la levée du camp et
+celui de demander un armistice.»
+
+«Le _w_ n'a encore rien, _or_ de _mais_. Il paraît cependant qu'on ne
+_oui_ que _tôt voir etc._, celui de _bas_ la _eux_ du 7 et celui de
+_événement_ un _car_.»
+
+
+§ IV.
+
+ Lettres et mots exprimés par des chiffres.
+
+Une des méthodes les plus généralement arrêtées consiste à représenter
+chaque lettre et un certain nombre de mots, de syllabes et de noms
+propres, par des chiffres; afin de mieux dérouter les investigations,
+on exprime la même lettre ou le même objet par divers chiffres; les
+noms de nombre eux-mêmes se traduisent par des chiffres. On forme
+ainsi des tableaux qui portent le nom de _chiffre chiffrant_; en voici
+un modèle.
+
+ a 6 19 500 46
+ b 8 50 250 20
+ c 4 2 125 18
+ d 11 41 65 87
+ e 31 47 201 900
+ f 49 96 113 6998
+ g 23 43 68 100
+ h 39 93 200 8446
+ i 57 89 98 105
+ k 64 86 244 9797
+ l 51 69 83 111
+ m 13 63 92 536
+ n 54 102 107 5886
+ o 58 79 129 7654
+ p 21 95 140 999
+ q 35 84 110 1220
+ r 59 81 108 548
+ s 52 74 103 1370
+ t 56 82 104 925
+ u 53 97 112 1000
+ v 32 94 203 1266
+ x 34 114 300 966
+ y 67 78 201 6740
+ z 42 91 106 120
+
+MOTS ET SYLLABES.
+
+ au, 72 99 1150 40
+ de, 45 77 66 1777
+ en, 1 15 12 1401
+ est, 76 1944 30 85
+ et, 7 101 1186 90
+ été, 27 128 1650 171
+ ici, 130 270 29 2224
+ le, 9 88 109 1444
+ mais, 234 71 489 2991
+ non, 127 28 1849 55
+ on, 88 887 75 649
+ ou, 70 2471 666 48
+ pour, 63 b 72 b 740 830
+ que, 80 3 25 400
+ le roi, 812 699 778 816
+ la reine, 770 817 644 555
+ le ministre N, 60 44 776 670
+ le prince N, 779 61 825 819
+ l'armée, 700 790 970 1200
+ il est parti, 576 1620 1718 600
+ il est de retour, 62 33 892 697
+ il est malade, 5699 733 834 690
+ il est mort, 671 863 540 4559
+ , 2 b 96 b 86 c 88 d
+ . 9 b 90 b 92 c 98 d
+ ; 5 x 6 x 11 x 50 x
+ 1 14 26 20 b 24
+ 2 16 73 18 22
+ 3 9 188 37 38
+ 4 1 10 15 56
+ 5 115 132 650 663
+ 6 119 138 192 290
+ 7 116 134 195 274
+ 8 118 189 194 271
+ 9 117 136 189 289
+ 0 190 280 651 661
+ Non-valeurs, 3000 à 4500
+ Contre-sens, [Signe] et : [Pt.]
+
+Supposons qu'on veuille chiffrer les lignes que voici:
+
+«Le roi est parti le 12 du courant pour l'armée, avec le prince N. et
+le ministre N. [Signe] il a de bonnes intentions pour votre Majesté
+[Signe]; l'armée, forte de 150,000 hommes, doit passer le Danube.»
+
+On fera précéder cet avis de quelques mots qui lui donneront
+l'apparence d'une missive relative à quelque opération de commerce ou
+de banque, et on écrira:
+
+«Je n'ai pu encore réussir à effectuer l'emprunt que vous désirez
+contracter et au sujet duquel vous m'avez écrit. 3000 4499 812 576 9
+14 16 11 53 courant 21 58 53 81 69 6 108 13 31 47 19 32 201 4 3017 779
+7 3778 66 14 b [Signe] 98 83 46 45 20 129 54 102 900 103 105 107 104
+201 5886 925 98 7654 102 52 63b 1266 96 536 90 b [Signe] 700 66 24 18
+190 280 651 661 39 58 13 63 47 74 11 129 98 82 21 6 52 74 201 81 88 65
+500 102 112 5 31. Cette affaire pourrait avoir à Hambourg des chances
+de réussite.»
+
+Les mots, _bonnes intentions_, étant affectés du chiffre de
+contre-sens, il faut comprendre: _mauvaises intentions_ ou _peu
+favorables_.
+
+
+§ V.
+
+ Théorie des chiffres chiffrants et déchiffrants.
+
+Les auteurs de l'_Encyclopédie méthodique_ ne pouvaient oublier, dans
+leur vaste répertoire de _omni re scibili_, l'art de l'écriture en
+chiffre; voici le résumé des notions qu'ils exposent à cet égard:
+
+Lorsqu'un agent diplomatique part pour une ambassade ou une légation,
+le ministère des affaires étrangères lui remet ordinairement trois
+_chiffres_, le chiffre chiffrant, le chiffre déchiffrant, et le
+chiffre banal. Le chiffre chiffrant, partagé en colonnes, marque dans
+la première non-seulement les lettres de l'alphabet, mais aussi les
+syllabes, les mots et les phrases dont cet agent aura probablement
+besoin dans le cours de sa négociation, les noms des souverains ou
+république, de leurs principaux ministres, etc. Cette colonne est
+quelquefois imprimée, mais la seconde colonne, remplie en écriture par
+le département des affaires étrangères, renferme les nombres, chiffres
+ou caractères par lesquels on juge à propos de désigner la lettre, le
+mot ou la phrase, comme dans le modèle suivant:
+
+ _Chiffre chiffrant._
+
+ a 45. 260. 311. 1020. 805
+ b 9. 506. 33. 1110. 21
+ c 15. 36 444 20 1006
+ l'empereur, 44 31 1117
+ le roi d'Espagne, 35. 88. 301. 1144
+ l'armée des alliés, 80. 95 1022 888
+ le pape, 50 302 467 19
+ avantage, 18. 75. 63
+ brouiller, 22. 79 103
+
+On a soin de ranger par ordre alphabétique les noms substantifs, les
+verbes et les phrases, selon leurs lettres initiales, pour la
+commodité du chiffreur, et l'on emploie divers nombres dont il peut se
+servir à son choix, afin de désigner le même mot; grâce à cette
+précaution, en cas d'incident, il devient plus difficile de déchiffrer
+la dépêche.
+
+Les articles d'une dépêche qui mérite le secret se chiffrent tout au
+long; on n'y met point de mots écrits en caractères ordinaires, parce
+que ces mots, quelque indifférents qu'ils puissent paraître, se
+trouvant dans le chiffre, peuvent faire deviner une partie du sens ou
+du moins découvrir la matière qu'on traite. Il ne faut pas négliger de
+distinguer tous les mots par un point, qu'on met derrière chaque
+nombre, puisque, sans cette précaution, une dépêche serait
+indéchiffrable pour le correspondant, qui ne pourrait se servir de sa
+clef et qui verrait les nombres confondus.
+
+Le chiffre déchiffrant marque, dans la première colonne à gauche, tous
+les nombres dont le chiffre chiffrant est composé, depuis le plus bas
+jusqu'au plus haut dans leur ordre naturel, et la colonne à droite
+contient le mot, la phrase ou la lettre que chaque nombre désigne.
+Lorsqu'on veut chiffrer quelque dépêche, on cherche dans ce chiffre
+déchiffrant la signification de chaque mot qui se présente, et on
+l'écrit au-dessus entre les lignes, qui doivent être espacées
+convenablement, de même que les nombres éloignés les uns des autres à
+une juste distance.
+
+En voici un exemple:
+
+ Le ministre d'ici est tout dévoué aux intérêts
+ 102 23 44 9 1204 76 336
+
+ de l'Angleterre; c'est le fruit de dix mille
+ 888 54 21 68 9
+
+ guinées semées à propos.
+ 519 1106 718
+
+
+§ VI.
+
+ Autres systèmes de chiffres.
+
+Lorsqu'on soupçonne que les chiffres ont été vendus par des commis ou
+des serviteurs infidèles, on tâche de tromper les gens qui ont fait
+acquisition du chiffre.
+
+Alors la Cour écrit à son ministre ou bien le ministre mande à sa Cour
+le contraire de ses véritables intentions. On exprime en chiffre la
+contre-partie des nouvelles qu'on veut transmettre; on met ensuite,
+dans la dépêche, un signe, une marque, un caractère, un mot ou une
+phrase, dont on est convenu avant le départ du négociateur, indice qui
+annule non-seulement tout ce qui vient d'être dit, mais qui désigne
+aussi qu'on doit l'entendre dans le sens opposé; c'est ce qu'on
+appelle le _chiffre annulant_. Lorsqu'on découvre qu'une puissance
+rivale essaye de corrompre nos employés, on lui fait parvenir
+adroitement un faux chiffre, et on l'induit en erreur en écrivant des
+contre-vérités.
+
+La Cour donne quelquefois un chiffre différent à chacun de ses
+ministres dans les pays étrangers; mais, comme il importe souvent au
+bien des affaires générales, que ces ministres lient entre eux des
+correspondances, on leur remet un chiffre banal qui leur est commun à
+tous et dont ils peuvent se servir.
+
+Le chiffre à simple clef est celui où l'on se sert toujours d'une même
+figure pour désigner une même lettre.
+
+Le chiffre à double clef est celui dans lequel on change d'alphabet à
+chaque mot ou dans lequel on emploie des mots inutiles.
+
+Une manière plus simple est de convenir d'un même livre peu connu, ou
+d'une édition ancienne, imprimée au loin, presque ignorée: on forme
+une clef de trois chiffres; le premier marque la page du livre qu'on a
+choisi; le second désigne la ligne de cette page; le troisième marque
+le mot dont on doit se servir. Cette manière d'écrire ne peut être
+devinée que de ceux qui devineront d'abord à quel livre on a recours;
+elle présente d'autant plus de difficultés, que, le même mot se
+trouvant en diverses pages du livre, il est presque toujours désigné
+par différents chiffres; le même chiffre revient rarement désigner le
+même terme.
+
+Nous allons maintenant passer en revue quelques-uns des systèmes de
+Cryptographie que développent les auteurs du dix-huitième siècle,
+systèmes dont le fond se trouve déjà chez Vigenère et chez Porta, et
+qui ne sont pas indignes d'attention, quoique, n'ayant guère été mis
+en usage, ils soient demeurés dans des livres condamnés à trouver peu
+de lecteurs.
+
+
+§ VII.
+
+ Chiffre par excellence.
+
+Tel est le nom que Dlandol, dans son _Contre-espion_, donne à un
+chiffre, qui réunit, d'après lui, le plus grand nombre d'avantages que
+l'on puisse désirer pour une correspondance secrète et qui les
+réunirait tous sans exception, s'il n'était pas d'une exécution assez
+lente. Cet inconvénient est compensé par l'immense difficulté, par
+l'impossibilité même, on peut le dire, de découvrir, lorsqu'on ne
+possède pas le mot de clef convenu entre les correspondants, le sens
+d'une dépêche écrite de la sorte.
+
+Pour faire emploi de ce chiffre, il faut d'abord que les deux
+correspondants se munissent d'un carré, qui présente pour les lettres
+ce que le carré arithmétique présente pour les chiffres, c'est-à-dire
+que dans l'un on multiplie des lettres, comme des chiffres dans
+l'autre, en cherchant le carré correspondant aux deux termes qui se
+servent réciproquement de multiplicande et de multiplicateur.
+
+Voulez-vous savoir, par exemple, combien font six fois quatre ou
+quatre fois six? Cherchez, sur la première ligne horizontale de votre
+carré, l'un de ces deux nombres; cherchez ensuite l'autre sur la
+première ligne verticale, c'est-à-dire sur la première colonne. Voyez
+ensuite quelle est la case qui correspond en même temps à chacune de
+celles où sont ces deux nombres. Vous trouvez 24, qui est
+effectivement le produit de six ou de quatre multipliés l'un par
+l'autre. De même dans le carré de lettres, si vous voulez multiplier F
+par M, vous trouverez S à la case qui répond à l'F de la première
+ligne et à l'M de la première colonne. Vous trouvez également S à la
+case qui correspond à l'M de la première ligne et à l'F de la première
+colonne. Ceci posé, n'oublions pas qu'il y a un mot de clef dont les
+correspondants conviennent entre eux. Supposons que ce mot de clef
+soit _blanc-bec_ (et si nous prenons ce mot pour exemple, c'est qu'il
+y a avantage à choisir des expressions peu usuelles et qui déjouent
+tous les efforts d'imagination de ceux qui s'efforceraient de les
+deviner). Il faut que vous multipliiez constamment, par les lettres du
+mot choisi, toutes les lettres de la missive que vous voulez chiffrer;
+puis, cela fait, vous placez chacune des lettres de _blanc-bec_ sous
+chacune des véritables lettres que vous aurez à écrire, en répétant
+sans cesse le mot convenu et en recommençant à l'inscrire aussitôt que
+vous l'avez terminé.
+
+Supposons que vous veuillez, vous, général d'armée, transmettre cet
+avis:
+
+«Nous devons décamper cette nuit:»
+
+Vous le disposerez de la façon suivante:
+
+Nous devons décamper cette nuit.
+
+Blan cbecbl ancblabl ancbe cblan.
+
+Dans cet arrangement, vous regardez chacune des lettres _vraies_ de la
+missive, comme des chiffres d'un multiplicande et chacune des lettres
+du mot de clef, comme un multiplicateur. Vous opérez ensuite de la
+façon suivante:
+
+En multipliant N, première lettre _vraie_ de la dépêche, par B,
+première lettre du mot de clef, vous trouvez sur votre carré la lettre
+P, à la case qui correspond d'un côté à l'N, de l'autre au B. Vous
+placez P pour première lettre de la missive chiffrée.
+
+La seconde vraie lettre est un O, la seconde lettre de la clef est L.
+La case qui correspond à O et à L est un A, que vous posez comme
+second caractère.
+
+La troisième vraie lettre est un U, la troisième lettre du mot de clef
+un A. La case qui correspond à l'une et à l'autre lettre, vous donne
+V, et la case qui correspond ensuite à S (quatrième lettre vraie) et à
+N (quatrième lettre du mot de clef), est G. Vous mettez pour troisième
+et quatrième caractère de votre dépêche chiffrée: V G.
+
+Continuant cette opération sur chaque mot de la dépêche vraie, vous
+arrivez à la phrase chiffrée que voici:
+
+ pavgggerpcesfcrsgddsxvjqxuu
+
+Tant qu'on ne possédera pas le mot de clef, il sera impossible de
+deviner le sens d'un pareil billet. Votre correspondant déchiffrera
+sans peine cette missive, en faisant une opération inverse à celle que
+vous avez accomplie.
+
+Au-dessous du billet chiffré, il écrira chacune des lettres du mot de
+clef. Il cherchera ensuite successivement dans la première colonne du
+carré chaque lettre du mot de clef, et, à chaque lettre, il cherchera
+sur la même ligne la lettre correspondante du billet chiffré. Alors la
+lettre qui commence la colonne où se trouve cette lettre de chiffre
+est la vraie; c'est celle qu'il faut écrire pour avoir la véritable
+missive.
+
+On remarquera que chaque fois qu'une lettre se présente dans la
+dépêche _vraie_, elle donne dans la dépêche chiffrée un résultat
+différent; aussi toute investigation demeure-t-elle stérile, lorsqu'on
+ne possède pas les mots qui forment la clef d'un pareil chiffre.
+
+Cette méthode est, au fond, sauf quelques légères différences, la même
+que celle qu'expose le père Kircher, qu'il met en oeuvre au moyen d'un
+tableau de chiffres (_abacus numeralis_), formé de lettres de
+l'alphabet disposées horizontalement d'abord, verticalement ensuite,
+et donnant ainsi un carré composé de 576 cases, dans chacune
+desquelles est placé un chiffre. Le procédé qu'indique Neyron
+(_Principes du droit des gens_, Brunswick, 1783, 8º, p. 170), rentre
+dans une catégorie toute semblable.
+
+
+§ VIII.
+
+ Grille en châssis.
+
+La manière d'écrire en chiffres au moyen d'une grille en châssis est
+bien simple et d'un usage facile. Elle réclame peu de temps. Il s'agit
+d'avoir un châssis découpé sur la longueur des lignes, comme le
+désigne la figure; celui auquel on écrit possède un instrument tout
+semblable.
+
+Chacun des coins du châssis doit porter une marque différente, parce
+que ce châssis peut se placer dans divers sens.
+
+Après l'avoir posé sur une feuille de papier de même grandeur, en
+faisant attention aux marques des quatre coins, on transcrit, dans les
+ouvertures, l'avis qu'on veut transmettre. La lettre une fois tracée
+d'après cette méthode, on lève le châssis, et, dans les intervalles
+qui se rencontrent entre chacun des mots, on en écrit d'autres, afin
+de remplir les vides; on doit autant que possible les choisir de
+manière qu'ils puissent former un sens avec ceux qui ont été écrits
+dans les ouvertures du châssis.
+
+Le correspondant qui reçoit cette épître applique, par-dessus chaque
+page, un châssis semblable; alors tous les mots inutiles se trouvent
+masqués, et il n'a sous les yeux que les mots qui composent l'avis
+qu'on s'est proposé de faire passer.
+
+La lecture d'une des oeuvres les plus remarquables de M. de Balzac
+(_Histoire des Treize_) a révélé l'existence de la _grille_ à bien des
+personnes fort peu au fait des procédés de la Cryptographie. Il
+s'agit, dans le passage ci-dessous, d'un agent de change, qui, ayant
+en main une lettre adressée à sa femme, lettre qui présente un
+non-sens continuel, vient consulter un de ses amis, employé au
+ministère des affaires étrangères:
+
+«--C'est une lettre à grille.. Attends.
+
+«Il laissa Jules seul dans le cabinet, et revint assez promptement.
+
+«--Niaiserie, mon ami! C'est écrit avec une vieille grille dont se
+servait l'ambassadeur de Portugal sous M. de Choiseul, lors du renvoi
+des jésuites... Tiens, voici!
+
+«Jacques superposa un papier à jour, régulièrement découpé comme une
+de ces dentelles que les confiseurs mettent sur leurs dragées, et
+Jules put alors facilement lire les phrases qui restèrent à
+découvert.»
+
+Donnons un exemple de ce procédé.
+
+Supposons qu'on veuille mander ceci:
+
+«Vous me trouverez très-disposé à vous rendre.»
+
+On écrit ces mots dans l'ordre et à la place que leur assigne la
+grille dont on fait usage, et on remplit les intervalles, par d'autres
+mots, de façon que le tout présente un sens assez raisonnable.
+
+ Je [=vous=] prie de [=me=] mander si vous
+ [=trouverez=] bon, mon [=très-=] cher, que je
+ [=disposé=] dès [=à=] présent des effets que
+ [=vous=] avez offert de me [=rendre=], etc.
+
+Voici maintenant le vrai sens rétabli au moyen de la grille:
+
+ [=vous=] [=me=]
+ [=trouverez=] [=très-=]
+ [=disposé=] [=à=]
+ [=vous=] [=rendre=]
+
+
+§ IX.
+
+ Chiffre au moyen d'un cadran.
+
+Ce procédé est un peu compliqué. Il exige du temps et de l'attention,
+mais il présente les plus grandes garanties d'un mystère impénétrable.
+
+Vous tracez sur un carton un cadran, que vous divisez exactement en
+vingt-quatre parties égales et sur chacune desquelles vous transcrivez
+une des vingt-quatre lettres de l'alphabet.
+
+Vous avez un autre cercle de carton mobile ayant un centre commun avec
+le premier et pouvant tourner librement sur ce centre. Vous le divisez
+en un même nombre de parties, et vous y transcrivez également les
+diverses lettres de l'alphabet. Si les lettres sont rangées dans
+l'ordre ordinaire sur les deux cadrans, l'emploi de ce moyen de
+correspondance devient plus commode.
+
+Le cadran mobile doit être placé de manière que ses divisions
+correspondent exactement à celles du premier cadran. On le dispose de
+la manière que l'on veut; et, si la lettre H, par exemple, du cadran
+intérieur correspond à la lettre A du cadran extérieur, on place en
+tête de la première ligne qu'on écrit les deux lettres H et A: elles
+indiquent, à celui avec lequel on correspond, de quelle manière il
+doit de son côté placer la machine parfaitement semblable dont il est
+muni; sans une pareille indication préliminaire, il serait impossible
+de parvenir à s'entendre.
+
+Une fois les cadrans disposés, on prend la lettre que l'on veut
+chiffrer et que l'on a d'avance écrite en caractères ordinaires; au
+lieu de chacune des lettres dont les mots sont composés, on place, sur
+la dépêche que l'on expédie, les lettres qui y correspondent sur le
+cadran intérieur.
+
+Si le mot que vous voulez chiffrer est celui de _roi_, par exemple,
+vous mettrez, au lieu de l'_r_, la lettre _x_ qui y correspond sur le
+cadran intérieur, et ensuite, au lieu des lettres _o_ et _i_, les
+lettres _v_ et _n_; vous aurez ainsi _xvn_, et le déchiffrement de ce
+que vous écrirez de la sorte sera presque impossible à celui qui ne
+saura pas que vous vous servez des cadrans, et qui, le sût-il, ne
+connaîtra pas quelle disposition vous leur donnez.
+
+Vous continuez de même pour toutes les lettres dont se composent tous
+les mots de la dépêche qu'il s'agit de déguiser.
+
+Votre correspondant met à profit l'indication H A, dont il vient
+d'être question: il donne à ses cadrans une disposition identique à
+celle que vous avez adoptée; il cherche successivement sur le cadran
+extérieur toutes les lettres qui répondent sur le cadran intérieur à
+chacune de celles qu'il trouve dans votre missive, et il arrive ainsi
+sans difficulté à traduire la dépêche qu'il a reçue.
+
+
+§ X.
+
+ De l'emploi des signes astronomiques.
+
+Les signes astronomiques, c'est-à-dire ceux dont on fait usage pour
+désigner les planètes et les diverses parties du zodiaque ont été
+plusieurs fois mis en usage comme dans la Cryptographie. Supposé que
+chaque lettre soit représentée par un de ces signes, il faudra
+beaucoup de temps et de peine, pour écrire une dépêche en suivant une
+pareille méthode, et le secret ne sera pas mieux caché. Un chiffre de
+ce genre ne présente pas plus de difficulté que celui dans lequel
+chaque lettre de l'alphabet est représentée par une autre lettre, _a_,
+par exemple, étant remplacé par _d_, _b_ par _e_, _c_ par _f_, ainsi
+de suite.
+
+On éprouve moins d'embarras à faire usage d'un chiffre, dans lequel
+les signes astronomiques sont mêlés à des lettres empruntées aux
+alphabets hébraïque, grec ou latin, ou bien à des chiffres numériques,
+à des figures de mathématiques. Chacun de ces signes exprime une
+lettre, une syllabe ou un mot. Cette méthode était du goût des anciens
+auteurs; mais aujourd'hui elle ne trouve guère de partisans. Vigenère
+se plaît à en fournir des exemples qu'il développe avec sa prolixité
+habituelle.
+
+Voici, parmi les procédés de ce genre, le meilleur et le plus simple.
+On partage l'alphabet en cinq parties ou plus; on place chacune de ces
+sections dans un carré particulier, et on désigne chaque carré par un
+signe astronomique convenu. Donnons-en un exemple.
+
+ [=abcd [Gl.]=] [=efgh [Gl.]=] [=iklm [Gl.]=]
+
+ [=nopq [Gl.]=] [=rstuz [Gl.]=]
+
+Il vaut mieux de ne pas laisser les lettres de l'alphabet rangées dans
+l'ordre habituel. Lorsqu'on veut faire usage des tableaux ci-dessus,
+il faut, pour exprimer chaque lettre, écrire le signe qui dénote le
+carré, et indiquer la lettre qu'on a en vue par un numéro qui
+correspond à la place qu'elle occupe. L'_e_ se trouvera donc
+représenté par [Gl.]1, l'_m_ par [Gl.]4, l'_o_ par [Gl.]2, etc. Si
+l'on veut transmettre l'avis que «l'armée a passé le Danube,» on
+mettra:
+
+ [Gl.]3 [Gl.]1 [Gl.]1 [Gl.]4 [Gl.]e [Gl.]e [Gl.]1 [Gl.]3 [Gl.]1
+ [Gl.]2 [Gl.]2 [Gl.]1 [Gl.]3 [Gl.]1 [Gl.]4 [Gl.]1
+ [Gl.]n [Gl.]4 [Gl.]2 [Gl.]1.
+
+Ce procédé est un peu long, puisque chaque lettre réclame remploi d'un
+signe et d'un numéro; il ne présenterait pas de très-grandes
+difficultés à un déchiffreur habile, s'il était mis en usage de la
+manière que nous indiquons, mais il est aisé d'y ajouter des
+complications qui en déguisent mieux le mystère.
+
+
+§ XI.
+
+ Signes de la mnémonique.
+
+L'idée d'appliquer à la Cryptographie les signes imaginés pour la
+mnémonique ou l'art de la mémoire, s'est naturellement présentée à
+quelques imaginations. Jean-Henri Dobel, dans son _Collegium
+mnemonicum ou Révolutions d'un nouveau secret de l'art de la pensée_
+(en allemand, Hambourg, 1707, 4º), a travaillé en ce sens. Il désigne
+par les numéros 1 à 23 chacune des lettres de l'alphabet; il traduit
+ainsi en chiffres chaque phrase contenue dans la dépêche qu'on veut
+rendre secrète. Enfin, il transforme ces chiffres en mots que donne sa
+mnémonique chiffrée. Il écrit ces mots tout au long. Il arrive ainsi à
+des séries de mots latins qui n'offrent aucun sens en apparence.
+
+Dobel représente, dans ses procédés de mnémonique, les chiffres, par
+des consonnes; ainsi 1--b, p, w; 2--c, k, q, x; 3--f ou v; 4--g ou j;
+5--l; 6--m; 7--n; 8--r; 9--s; 0--d ou t. Veut-il exprimer
+mnémoniquement ces chiffres, il prend des mots latins dans lesquels se
+rencontrent les consonnes qui correspondent aux chiffres en question.
+C'est ainsi que le nombre 567 aura pour expression les lettres _l_
+_m_ _n_ et pour représenter ces lettres, il a recours aux mots:
+_limen_, _lumen_, _lamina_, _columen_.
+
+Ce procédé exige beaucoup de temps, de peine et de papier. Une page
+entière d'écriture chiffrée est nécessaire pour exprimer quelques
+lignes de la dépêche qu'il s'agit de transmettre. Ces inconvénients
+sont cause qu'on n'a peut-être jamais fait usage de cette méthode
+mnémonique, qui est, d'ailleurs, il faut en convenir, une de celles
+dont l'interprétation présenterait le plus de difficultés.
+
+
+§ XII.
+
+ Correspondance au moyen d'un jeu de cartes.
+
+Il faut avoir un jeu de cartes et disposer toutes les figures dans un
+ordre quelconque dont on sera convenu avec son correspondant. On doit
+également déterminer l'ordre du mélange qui doit se faire de ces
+cartes.
+
+Ces deux choses ayant été réglées, vous écrivez, comme d'ordinaire,
+votre lettre sur une feuille de papier, et, arrangeant ensuite le jeu
+de cartes dans l'ordre dont vous êtes convenu, vous les mêlez et vous
+tracez sur chacune d'elles, en commençant par la première qui se
+trouve alors dessus le jeu, successivement toutes les lettres qui
+composent ce qui a été écrit sur le papier; lorsque vous avez placé
+une lettre sur chacune de ces cartes, vous les mêlez de nouveau,
+toujours dans le même ordre et sans y rien changer, et vous continuez
+de placer de même toutes les lettres qui suivent; vous réitérez cette
+opération jusqu'à ce que vous ayez transcrit toutes les lettres qui
+composent ce que vous voulez mander. Ayez l'attention de mettre un
+point après chacune des lettres qui terminent un mot, afin d'indiquer
+la séparation de tous les mots.
+
+Supposons qu'on soit convenu de se servir d'un jeu de piquet de
+trente-deux cartes, disposé dans l'ordre qui suit, et de mêler ce jeu,
+en mettant alternativement à chaque mélange trois cartes au-dessus des
+trois premières et trois au-dessous. Le jeu étant remis dans son
+premier état, chaque carte sera chargée des lettres ci-après.
+
+On suppose que la lettre chiffrée contient la phrase suivante:
+
+«Je connais trop, monsieur, l'intérêt que vous prenez à tout ce qui
+peut augmenter ma félicité, pour retarder plus longtemps à vous
+confier le dessein que j'ai formé de m'unir par les liens les plus
+sacrés à la famille de...»
+
+ ORDRE DES CARTES LETTRES DE LA PHRASE
+ convenu ci-dessus,
+
+ entre ceux qui s'écrivent. dans l'ordre où elles doivent
+ se trouver
+ sur chacune des cartes.
+
+ _Mélange_, 1 2 3 4 5 6
+ as de pique, n r t j l e
+ dix de carreau, s e a n u r
+ huit de coeur, i n r q s e
+ roi de pique, p p a n n é
+ neuf de trèfle, m e f f s s
+ sept de carreau, o u e i l a
+ neuf de carreau, e t s t t l
+ as de trèfle, u a l e e a
+ valet de coeur, r u v m s f
+ sept de pique, t e i s n a
+ dix de trèfle, r s t c l m
+ dix de coeur, o a. e. o r. i
+ dame de pique, l u p s m. l
+ huit de carreau, i s. o s e. l
+ huit de trèfle, n p u o d e.
+ sept de coeur, v q p a f d
+ dame de trèfle, t u l e. o e.
+ neuf de pique, s. i. u j r. etc.
+ roi de coeur, t g e e e.
+ dame de carreau, e m r. r. m
+ huit de pique, r e m l u
+ valet de trèfle, o t d p. p
+ sept de trèfle, n o e s. a
+ as de coeur, n a r. a. r.
+ neuf de coeur, c e. r. v l
+ as de carreau, s o r o j
+ valet de pique, t. o e u e
+ dix de pique, J. t. l e. e
+ roi de carreau, e c i d s
+ dame de coeur, c e. c e p
+ roi de trèfle, q n n a s
+ valet de carreau, n t g y. a
+
+Toutes les lettres qui composent les mots de la dépêche qu'on veut
+chiffrer ayant été séparément transcrites sur ces trente-deux cartes,
+comme il vient d'être indiqué, vous mêlerez indistinctement ce jeu de
+cartes, et vous l'enverrez à votre correspondant.
+
+
+Manière de lire.
+
+Celui qui reçoit ce jeu de cartes le dispose d'abord (eu égard à la
+figure des cartes) dans l'ordre qui a été convenu; il en fait un
+premier mélange, et transcrit successivement et de suite toutes les
+lettres qui se trouvent les premières en tête de chacune de ces
+trente-deux cartes, en ayant bien attention de ne pas les déranger de
+leur ordre; après quoi, il les mêle de nouveau et recommence cette
+même opération jusqu'à ce que toutes les lettres soient transcrites:
+ces lettres forment naturellement le discours contenu dans la dépêche
+en chiffres.
+
+Une précaution qui n'est pas à dédaigner consiste à écrire en encre
+sympathique les caractères tracés sur ces cartes: si elles viennent à
+tomber entre des mains indiscrètes, rien n'indique l'existence du
+secret qui leur a été confié.
+
+
+§ XIII.
+
+ De l'emploi des lettres nulles, afin de cacher le sens d'une
+ dépêche.
+
+On écrit _en clair_ la dépêche qu'on veut transmettre, mais on y mêle
+des mots et des syllabes de façon à obtenir une suite de mots
+étrangers n'appartenant à aucune langue et qui ne présentent aucun
+sens. On partage les mots composés de plusieurs syllabes, et d'un mot
+on en fait plusieurs, en ajoutant des lettres que le déchiffreur
+regarde comme _nulles_.
+
+Voici un passage emprunté à la _Germanie_ de Tacite et écrit d'après
+un pareil système.
+
+Dans la première ligne, les trois premiers mots: _Lampsi deso saleu_,
+et le dernier: _nous_, sont nuls.
+
+Dans chacune des lignes suivantes, le premier et le dernier mot le
+sont également.
+
+Dans chacun des autres mots placés dans ces diverses lignes, la
+première et la dernière lettre sont nulles. Il va sans dire que le
+choix des syllabes et des lettres affectées de nullité est
+parfaitement indifférent.
+
+Ceci posé, on peut écrire la phrase suivante. Nous mettons en
+italique, pour plus de clarté, les lettres qu'il faut conserver; mais,
+dans la dépêche chiffrée, rien ne doit distinguer ce qui est valable
+et ce qui est ajouté.
+
+Lampsi deso saleu e_rege_su s_ex_a a_nobi_o nous futher c_litate_s
+u_duces_n t_ex_t s_uirtute_y ai ma t_sumunt_a. o_nec_t g_regi_o
+a_bus_o s_infini_e
+
+et
+
+yes a_ta_s s_aut_a a_libe_i st_ra_t s_potes_o e_tas_i,
+
+par
+
+la s_et_a s_duce_si sexema oplos s_potius_i sind mio s_quam_e s_impe_t
+st_rio_p a_si_o o_promptui_m que
+
+to e_si_t e_conspi_l a_cui_z. o_si_m s_ante_r s_asi_s do le s_em_o
+s_agunt_u s_admi_o e_ratio_x a_ne_s s_prae_t y
+
+allos o_sunt_y dorche.
+
+Le passage de Tacite se trouve ainsi très-clairement énoncé:
+
+_Reges ex nobilitate, duces ex virtute sumunt. Nec regibus infinita
+aut libera potestas, et duces potius quam imperio si promptui, si
+conspicui, si ante aciem agunt, admiratione præsunt._
+
+Comme il serait fort long d'écrire en tête et à la fin de chaque ligne
+un grand nombre de mots _nuls_, on simplifie de diverses manières le
+système que nous venons d'indiquer.
+
+On entremêle, aux mots de l'avis qu'on veut transmettre, des lettres
+prises au hasard, de façon, par exemple, que chaque lettre vraie est
+précédée de deux lettres fausses. Pour écrire _nemo est domi_
+(personne n'est à la maison), vous mettrez:
+
+ ex_n_pt_e_rk_m_bd_o_ vn_e_cs_s_mj_t_ lb_d_ku_o_ph_m_cu_i_.
+
+Ou bien on mêle aux mots certaines syllabes qui n'ont aucun sens. Pour
+dire: _Pater meus non est domi_, vous mettrez: _Pa_ba_t_eb_er_
+_me_beub_us_ _no_bo_n_ eb_est_ _do_lo_mi_bi. _Fababribicabatober_
+voudra dire: _Fabricator_.
+
+Un procédé du même genre consiste à renverser les mots de l'avis à
+transmettre, c'est-à-dire à les inscrire de droite à gauche, en
+mettant au commencement et à la fin de chacun deux lettres qui ne
+signifient rien; d'après cette méthode, pour écrire: «l'armée est
+battue,» on pourra mettre: nb_eemral_xd ve_tse_jb iq_euttab_kf.
+
+Tout ceci, on le comprend de reste, est susceptible de modifications
+très-nombreuses; mais il faut reconnaître également qu'un déchiffreur,
+ayant de l'expérience et bien versé dans les mystères de la
+Cryptographie, n'aurait pas beaucoup de peine pour découvrir les
+secrets cachés sous un pareil voile.
+
+
+§ XIV.
+
+ De la stéganométrographie.
+
+Ce procédé est décrit en détail dans un ouvrage publié par Mathias
+Uken, en 1751. Donnons une idée de ce chiffre, qu'on peut regarder à
+juste titre comme un de ceux dont il serait le plus difficile de
+trouver la clef.
+
+Vous écrivez en caractères ordinaires l'avis que vous voulez
+transmettre en secret, et vous placez sous chaque lettre un chiffre,
+en ayant soin de faire suivre les numéros dans l'ordre habituel.
+
+Supposons que vous voulez mander la nouvelle de la mort de l'empereur
+d'Allemagne, nouvelle que vous exprimez en latin.
+
+ HERI OBIIT
+ 1234 56789
+
+ C A R O L U S A U G U S T U S
+ 10. 11. 12. 13. 14. 15. 16. 17. 18. 19. 20. 21. 22. 23. 24.
+
+ I M P E R A T O R
+ 25. 26. 27. 28. 29. 30. 31. 32. 33
+
+Vous vous êtes muni d'un certain nombre de tableaux numérotés; chacun
+d'eux porte les vingt-quatre lettres de l'alphabet, de A à Z, et, à
+côté de chaque lettre se trouve inscrit la moitié d'un vers pentamètre
+ou hexamètre. Les tableaux pairs contiennent les premiers hémistiches,
+les tableaux impairs les seconds; de sorte qu'en réunissant les
+tableaux 1 et 2, 3 et 4, 5 et 6, on obtient les vers entiers. En voici
+un exemple:
+
+ _Tableau_ 1.
+
+ a Ne mora te teneat
+
+ b Ne cunctare precor
+
+ h Ne dedigneris
+
+
+ _Tableau_ 2.
+
+ a chartæ perfringere gemmam.
+
+ b sua vincula demere chartæ.
+
+ e peregrinam evolvere hartam.
+
+
+ _Tableau_ 3.
+
+ r A tibi dilectis
+
+
+ _Tableau_ 4.
+
+ i credi venere plagis.
+
+
+ _Tableau_ 5.
+
+ o Non tibi damniferos
+
+
+ _Tableau_ 6.
+
+ b depinget epistola casus.
+
+
+ _Tableau_ 7.
+
+ i Lætitias mentis
+
+
+ _Tableau_ 8.
+
+ i demat ut illa.
+
+Cherchez dans le premier tableau l'hémistiche qui correspond à la
+lettre H et dans le second celui qui est placé à côté de la lettre E;
+voyez dans le troisième tableau quelle moitié de vers correspond à la
+lettre R, et, dans le quatrième, examinez ce que vous donne I. En
+écrivant à la place de chaque lettre l'hémistiche qui lui correspond,
+vous exprimerez le mot _Heri_ de la manière suivante:
+
+ Ne dedigneris peregrinam evolvere chartam,
+ A tibi dilectis, credi venire plagis.
+
+En suivant ce même procédé, vous compléterez facilement votre
+dépêche.
+
+Il convient de se servir d'un assez grand nombre de tableaux, afin de
+ne pas se trouver dans le cas de répéter les mêmes vers, si la dépêche
+est un peu longue. Uken a pris la peine de dresser quarante-quatre
+tableaux qui contiennent 656 hémistiches et qui offrent ainsi le moyen
+de chiffrer un avis composé de ce nombre de lettres.
+
+Le déchiffrement est facile pour votre correspondant. Il prend ses
+tableaux, lesquels doivent, cela va sans dire, présenter la
+reproduction textuelle des vôtres; il cherche quelle est la lettre qui
+correspond à chaque hémistiche, et, en écrivant successivement ces
+lettres, il est promptement au fait de ce que vous lui demandez.
+
+On voit que la stéganométrographie est pour les non initiés une énigme
+dont le mot est introuvable; mais elle a l'inconvénient de prendre
+beaucoup de temps et d'exiger des écritures considérables, puisque
+chaque lettre de l'avis à transmettre se trouve, dans la dépêche
+chiffrée, exprimée par plusieurs mots.
+
+
+§ XV.
+
+ Chiffre formé par un système de lettres et de points.
+
+J. H. à Sunde, dans sa _Steganologia_, indique un chiffre assez
+ingénieux, qui consiste dans l'emploi combiné des lettres et des
+points. Les lettres sont réunies deux à deux, et, au-dessous de chaque
+groupe, on place un système variable de points. La chose se dispose de
+la sorte:
+
+ ae io ub cd fg hk lm np qr st vy xz
+ [Pt.] [Pt.] [Pt.] [Pt.] [Pt.] [Pt.] [Pt.] [Pt.] [Pt.] [Pt.] [Pt.] [Pt.]
+
+Au lieu de la lettre _a_ dans la dépêche à chiffrer, on place _e_ avec
+un point devant; au lieu de l'_e_ on écrit _a_, en plaçant cette fois
+le point après; au lieu du _d_ on écrit un _c_, que précèdent quatre
+points disposés en carré; ainsi de suite. De cette façon, le mot
+_amen_ se trouve exprimé par les lettres et les points qui suivent:
+
+el [Pt.] a. [Pt.] p
+
+et le mot _Rhin_ se chiffre de la sorte:
+
+q [Pts.] [Pt.] h. o [Pt.] p
+
+
+§ XVI.
+
+ De la substitution des lettres les unes aux autres, d'après un
+ système compliqué.
+
+Il est un système de cryptographie qui consiste simplement à remplacer
+les lettres de la dépêche par d'autres lettres rangées d'après un
+ordre convenu. L'opération est longue, mais on obtient ainsi la
+presque certitude d'échapper aux investigations, car le grand nombre
+de combinaisons dont un pareil procédé est susceptible rend la
+découverte de ce secret extrêmement difficile.
+
+Supposons qu'on se soit mis d'accord pour ranger les chiffres 1 à 10
+dans l'ordre suivant:
+
+ 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10
+ 4. 7. 2. 9. 1. 10. 5. 3. 6. 8.
+
+il faut alors que la première lettre de la vraie dépêche soit, dans
+l'écrit chiffré, remplacée par la quatrième lettre de cette même
+dépêche; la seconde, par la septième; la troisième, par la seconde; la
+quatrième, par la neuvième; ainsi de suite.
+
+On range par décade ou dizaine les mots de la dépêche à chiffrer.
+
+Supposons qu'on veuille mander:
+
+«Le roi de Hanovre est très-malade, et il ne peut vivre longtemps.»
+
+On raisonnera de la sorte:
+
+La première lettre de la dépêche, _l_, correspond à la quatrième, _o_;
+la seconde, _e_, à la septième, _h_; la troisième, _r_, à la seconde,
+_e_; la quatrième, _o_, à la neuvième, _n_, etc. On écrira en
+conséquence les lettres qui forment successivement la dépêche
+chiffrée.
+
+À la seconde dizaine, on procède de même; la correspondance des
+lettres se trouve toute nouvelle.
+
+Voici comment les vingt premières lettres de la phrase prise pour
+exemple se trouveraient chiffrées:
+
+ ohenloirdaetrevsstre
+
+Il importe de ne placer aucun point, aucun signe, qui indique la
+séparation des mots ou la fin des dizaines; on peut très-bien,
+d'ailleurs, au lieu de se borner à opérer sur dix lettres, étendre à
+vingt ou à trente lettres ce système de remplacement. On peut aussi, à
+chaque division nouvelle, employer pour les chiffres un ordre
+différent, sur lequel on se sera mis d'accord. De cette manière, on
+rendra le problème plus que jamais insoluble pour les non initiés;
+mais il faut reconnaître que cette méthode prend du temps, et qu'à
+moins d'une attention fort soutenue on est exposé, en chiffrant de la
+sorte, à commettre bien des erreurs.
+
+
+§ XVII.
+
+ Chiffre inventé par Hermann.
+
+Un professeur allemand, Hermann, se vanta, en 1752, d'avoir inventé un
+chiffre absolument indéchiffrable; il mit tous les mathématiciens de
+l'Europe et toutes les sociétés savantes au défi d'en découvrir la
+clef. Un réfugié français, Beguelin, fut assez habile ou assez bien
+inspiré pour la trouver dans l'espace de huit jours, et il publia les
+détails de sa découverte dans les _Mémoires de l'Académie de Berlin_,
+1758.
+
+Le chiffre d'Hermann se compose de 25 caractères différents et des
+neuf chiffres de l'arithmétique, de 1 à 9. À chacun de ces caractères
+répond immédiatement au-dessous une lettre de l'alphabet, et chaque
+mot est séparé du suivant par un point. Plusieurs de ces caractères en
+ont un autre immédiatement au-dessus d'eux, et ces caractères
+supérieurs sont en partie les mêmes que les inférieurs; quelques
+autres signes, qui ne consistent qu'en points ou en simples lignes,
+paraissent affectés à la rangée supérieure et ne se rencontrent nulle
+part dans l'inférieure.
+
+Après bien des tâtonnements et des vérifications, Beguelin reconnut
+que le chiffre sur lequel il opérait était soumis à trois lois
+particulières:
+
+1º Tout caractère initial inférieur dont la valeur est au-dessus de 9
+conserve sa valeur constante;
+
+2º Tout caractère initial inférieur dont la valeur affirmative est
+au-dessous de 10 vaut, dans cette place, le double de sa valeur
+ordinaire.
+
+3º Tout caractère initial inférieur dont la valeur négative est
+au-dessous de 10 vaut, dans cette place, le double de sa valeur
+ordinaire; plus une unité.
+
+Diverses lois particulières découlaient de ces lois générales:
+
+4º Le caractère supérieur initial conserve toujours sa valeur
+ordinaire;
+
+5º Le caractère supérieur ne sert qu'à déterminer par sa valeur la
+lettre placée immédiatement au-dessous et nullement celle qui suivra à
+droite, à moins que le caractère inférieur ne soit zéro;
+
+6º Lorsqu'au milieu d'un mot il y a un signe ou un caractère
+supérieur, ne fût-ce qu'un point, comme on a alors déjà deux valeurs
+requises pour déterminer la lettre, on ne joint pas celle du caractère
+qui précède à gauche;
+
+7º Un point placé sur un caractère qui n'est pas un chiffre
+arithmétique augmente toujours sa valeur d'une unité;
+
+8º Un point placé dans la figure d'un tel caractère le rend
+simplement négatif, sans rien ajouter ni diminuer à sa valeur;
+
+9º Une valeur négative ou soustractive n'est telle que relativement au
+caractère qui précède; toute valeur est affirmative ou additive par
+rapport au caractère suivant. De là vient que l'initiale inférieure
+est toujours affirmative, quoique le caractère soit négatif;
+
+10º Comme les lettres répondent à des nombres affirmatifs, la
+différence entre deux caractères, dont l'un est négatif, est toujours
+censée affirmative, quoique la valeur du caractère négatif soit la
+plus grande;
+
+11º Lorsque le caractère à gauche est zéro, il faut ajouter la valeur
+du caractère qui précède le zéro.
+
+Tout cela était assez ingénieux, mais l'accumulation de ces lois rend
+un pareil chiffre d'un usage bien peu commode. Il y a de la bizarrerie
+dans la détermination de la valeur des lettres alphabétiques; et la
+multiplicité des règles, jointe aux divers usages d'un même signe,
+donnerait certainement lieu dans la pratique à bien des fautes
+d'inadvertance.
+
+Hermann eut tort d'annoncer son invention d'une manière emphatique; il
+n'est guère de chiffre dont on ne puisse venir à bout, dès que l'on en
+connaît la langue et que les mots sont distingués; à plus forte raison
+laissent-ils échapper leur secret lorsqu'on n'a pas eu le soin
+d'éviter le retour des mêmes signes pour exprimer la même lettre. Le
+chiffre du professeur allemand roulait sur des valeurs numéraires; il
+ne devait donc y entrer aucun chiffre arabe, ou du moins ceux-ci ne
+devaient pas y conserver leur valeur connue.
+
+Donnons maintenant un exemple de la façon dont se présentait le
+chiffre en question; la phrase en langue allemande qu'Hermann avait
+déguisée au moyen de sa méthode signifie dans une traduction mot à
+mot et interlinéaire: «La orientale science, au lieu des lettres, avec
+nombres et caractères, d'écrire.»
+
+_Die orientalische Wissenschaft, anstatt der Buchstaben, mit Zahl und
+Caractern zu schreiben._
+
+[Illustration: Planche de signes.]
+
+[Note 5: Voir la planche IX, à la fin du volume de l'Histoire de
+l'Académie des sciences et belles-lettres de Berlin en 1758.]
+
+Il n'a jamais été fait usage de ce chiffre, et il est demeuré dans le
+domaine des théories imaginées à plaisir. En le perfectionnant, en
+évitant les erreurs qu'avait commises Hermann et qui mirent
+l'interprète sur la voie de sa découverte, on pourrait encore obtenir,
+sinon un chiffre radicalement inexpugnable (le mot _impossible_ ne
+doit pas être admis en cryptographie), du moins on en aurait un qui
+présenterait les difficultés les plus formidables; mais une pareille
+méthode resterait toujours un simple objet de curiosité, car elle
+serait trop compliquée pour que la diplomatie en fît usage.
+
+
+§ XVIII.
+
+ De l'emploi des notes de musique.
+
+Ce système de cryptographie repose sur le même principe que celui
+dont la description se trouve dans la IXe section de ce chapitre. Vous
+décrivez sur un carré de carton un cadran divisé en vingt-quatre
+parties égales, et dans chacune d'elles vous transcrivez une des
+lettres de l'alphabet. Un autre cadran mobile, sur un point central et
+concentrique au premier, est divisé de même en un pareil nombre de
+parties égales. Il est réglé circulairement, comme un papier de
+musique. Vous marquez, dans chacune de ces divisions, des notes du
+musique différentes les unes des autres. Vous n'oublierez pas de
+tracer les trois clefs de la musique dans l'intérieur du cadran, et
+autour de ses divisions les divers chiffres dont les compositeurs font
+usage pour exprimer les divers temps ou mesures.
+
+Vous fixez une des divisions quelconques du cadran extérieur, de
+manière qu'elle se trouve vis-à-vis de celle du cadran intérieur:
+chaque lettre du premier cadran répond à une note placée sur le
+second.
+
+Prenez ensuite une feuille de papier réglé tel que celui dont on fait
+usage pour noter la musique; et, après avoir disposé vos deux cadrans,
+placez, en tête de la première ligne de votre dépêche, celle des trois
+clefs qui correspond aux mesures indiquées; ceci sert de règle à votre
+correspondant, afin qu'il dispose de la même façon, avant
+d'entreprendre le déchiffrement, le cadran qu'il a devant lui.
+Transcrivez sur le papier réglé la note qui, sur le cadran intérieur,
+répond aux lettres dont sont composés les mots de l'avis qu'il s'agit
+de transmettre. Votre correspondant, instruit, par la clef de la
+musique et par le chiffre qui désigne la mesure, de l'arrangement
+qu'il doit donner à ses cadrans, substituera, en place de chaque note,
+la consonne ou voyelle qui lui correspond.
+
+En changeant de clef à plusieurs reprises, on rend le déchiffrement
+plus difficile pour les personnes qui n'ont pas le cadran
+cryptographique. Changer de clef, c'est disposer le cadran de façon
+qu'une des trois clefs de la musique réponde à un temps ou mouvement
+différent; ce qui peut s'effectuer à plusieurs reprises dans la même
+lettre et ce qu'on indique de la manière ci-dessus signalée.
+
+
+
+
+CHAPITRE IV.
+
+DES DIVERSES SORTES D'ÉCRITURE ET DES DIFFÉRENTS LANGAGES DE
+CONVENTION QUI SE RATTACHENT À LA CORRESPONDANCE OCCULTE.
+
+
+§ Ier.
+
+ Okygraphie.
+
+M. H. Blanc, sous-chef du bureau de l'instruction publique à la
+préfecture de la Seine, a proposé une écriture chiffrée de son
+invention, dans un livre intitulé:
+
+_Okygraphie, ou l'art de fixer par écrit tous les sons de la parole
+avec autant de facilité, de promptitude et de clarté que la bouche
+les exprime. Nouvelle méthode applicable à tous les idiomes,
+présentant des moyens aussi vastes, aussi sûrs que nouveaux
+d'entretenir une correspondance secrète dont les chiffres seront
+absolument indéchiffrables._ Paris, 1802, _in_-12.
+
+Les signes qu'emploie cette méthode sont beaucoup plus simples que
+ceux de l'alphabet ordinaire. Ils se réduisent à trois: _i_, _c_,
+[Signe]. On les écrit sur du papier réglé dans le genre de celui qui
+sert à la musique, mais avec la différence que les lignes rangées à
+côté les unes des autres sont au nombre de quatre seulement. Les trois
+signes indiquent leur signification, de même que les notes de musique,
+d'après la position qui leur est assignée sur les lignes, et, pour
+chaque signe, cette position peut se combiner de huit manières
+différentes. On obtient ainsi les vingt-quatre lettres de l'alphabet,
+qu'on simplifie d'ailleurs en écrivant les mots tels qu'ils se
+prononcent.
+
+En combinant les signes de l'Okygraphie, en se mettant d'accord à
+l'avance sur le sens qu'il faut attacher à chacun d'eux placé de telle
+ou telle manière, en ayant recours aux non-valeurs et aux divers
+stratagèmes bien connus des cryptographes, on peut arriver sans peine
+à former un chiffre dont le mystère restera complétement impénétrable.
+M. Blanc donne, par exemple, huit alphabets divers qu'il a formés
+selon sa méthode, laquelle est susceptible d'en fournir une quantité
+infinie.
+
+L'attention de M. de Talleyrand, alors ministre des affaires
+étrangères, fut appelée sur l'avantage qu'offrirait l'Okygraphie pour
+la correspondance secrète des ambassades; M. Blanc nous fait savoir
+qu'il reçut une lettre très-flatteuse signée de Son Excellence; cette
+lettre rendait justice au mérite de l'Okygraphie, mais elle ajoutait
+que, dans les bureaux et dans les légations, on était habitué, de
+longue date, à des méthodes qui paraissaient satisfaisantes, et qu'il
+n'y avait guère moyen d'y introduire l'emploi de procédés tout
+nouveaux.
+
+
+§ II.
+
+ Pasigraphie.
+
+Ce mot se compose de deux mots grecs, [Grec: pasi], _à tous_, [Grec:
+graphô], _j'écris_. Écrire même à ceux dont on ignore la langue, au
+moyen d'une écriture qui soit l'image de la pensée que chacun rend par
+différentes syllabes, c'est ce qu'on nomme _Pasigraphie_.
+
+Deux personnes, appartenant à deux pays différents et à deux langues
+différentes, ne savent chacune que leur idiome; elles apprennent à le
+pasigraphier; dès lors, ce que l'une écrit dans sa langue, l'autre
+l'entend dans la sienne. Adaptez cette méthode à plusieurs langues, le
+même écrit, le même imprimé sera lu en autant de langues, comme les
+chiffres de l'arithmétique, les signes de la chimie et les notes de la
+musique sont également intelligibles pour tout le monde, de Cadix à
+Stockholm, de Boston à Calcutta.
+
+M. de Maimieux est un des auteurs qui se sont le plus occupés de
+Pasigraphie; dans le procédé qu'il emploie, il fait usage de douze
+caractères; nous les reproduisons ici:
+
+ [Gl.][Gl.][Gl.][Gl.][Gl.][Gl.][Gl.][Gl.][Gl.][Gl.][Gl.][Gl.].
+
+Il serait très-long et d'un faible intérêt d'expliquer ici comment,
+grâce à l'emploi de ces signes, il y aurait moyen de créer une
+écriture universelle qui serait entendue de tous les peuples. M. de
+Maimieux exprime lui-même en ces termes l'idée qui sert de base à sa
+méthode.
+
+«Le principal fondement de l'art pasigraphique est dans le moyen de
+substituer le signe de la place des mots aux syllabes dont toutes les
+langues composent leurs mots. Ces syllabes diffèrent d'un idiome à
+l'autre, par l'effet de conventions locales qu'un étranger ne peut
+connaître qu'après beaucoup d'études et un long usage. Chaque mot
+présente des particularités qu'il faut savoir pour bien posséder une
+langue, soumise, d'ailleurs, à des règles très-nombreuses, peu fixes,
+souvent contradictoires et noyées dans un océan d'exceptions. La place
+du mot pasigraphié demeurant la même pour tous les peuples, ceux-ci
+s'entendent facilement, puisque les signes de la place du mot, devenus
+le corps du mot, restent les mêmes, de quelques lettres que soit formé
+le mot placé dans la ligne, si d'ailleurs la méthode est réduite à
+douze signes qui n'éprouvent aucune exception.»
+
+Les signes de la Pasigraphie peuvent être employés dans l'écriture en
+chiffres. Parmi les écrivains qui se sont occupés du problème de la
+langue universelle, les uns, comme M. de Maimieux, ne font usage que
+d'un petit nombre de caractères; d'autres (Becker, notamment, dans sa
+_Notitia linguæ universalis_) ont recours à une foule de signes qui
+rappellent un peu les notes tironiennes et qui se composent de lignes
+droites ou courbes, combinées de diverses manières et de façon que
+chaque signe exprime un mot et une idée. L'emploi d'un pareil système
+serait évidemment entouré de difficultés multipliées; l'application à
+la Cryptographie de signes aussi peu connus n'offrirait que de bien
+minces avantages; aussi, dans la pratique, n'a-t-on jamais songé à y
+recourir.
+
+
+§ III.
+
+ Hiéroglyphes.
+
+Nous ne saurions oublier ici divers symboles, dont l'antiquité fit
+usage, afin d'énoncer des préceptes, des leçons, des faits qui
+demeuraient lettre close pour le vulgaire et dont l'érudition moderne
+s'efforce de retrouver la clef perdue depuis bien des siècles.
+
+Parmi les différents systèmes d'écriture mis en usage dans le but
+d'exprimer ces idées qui restaient un mystère pour les non initiés,
+les fameux hiéroglyphes de l'ancienne Égypte tiennent le premier rang.
+
+Diodore de Sicile, au livre III de sa _Bibliothèque historique_, parle
+des caractères hiéroglyphiques employés par les Égyptiens. Après avoir
+dit que ces caractères offrent à nos yeux des animaux de tout genre,
+des parties du corps humain, des ustensiles, des instruments,
+principalement ceux dont font usage les artisans, il expose dans les
+termes suivants les motifs qui leur ont fait donner ces formes: «Ce
+n'est point, en effet, par l'assemblage des syllabes que chez eux
+l'écriture exprime le discours, mais c'est au moyen de la figure des
+objets retracés et par une interprétation métaphorique basée sur
+l'exercice de la mémoire.»
+
+Le témoignage de cet historien grec est confirmé par celui d'un
+historien latin: Ammien Marcellin constate que, «chez les anciens
+Égyptiens, chaque lettre représentait un mot et quelquefois même une
+phrase entière.»
+
+Vers la fin du second siècle, saint Clément d'Alexandrie, parlant des
+voiles mystérieux dont on s'est plu souvent à entourer la science pour
+n'en permettre l'abord qu'aux initiés, observe qu'on ne pouvait
+atteindre que par des degrés successifs le terme le plus élevé de
+l'instruction, qui était la science des hiéroglyphes.
+
+Trois sortes d'écritures ont été connues des anciens Égyptiens. Les
+hiéroglyphes, qui représentent fidèlement des objets de la nature et
+des produits de l'art, ont été regardés comme symboliques; Champollion
+a fini par ne plus voir, dans ces signes, que des caractères
+idéographiques; et, sans entrer ici dans une discussion qui aurait le
+double tort d'être très-longue et de nous éloigner beaucoup du sujet
+que nous avons en vue, nous ferons remarquer que, quel que soit
+l'éclat des ingénieuses découvertes du savant illustre que nous venons
+de nommer, les théories qu'il a formulées soulèvent encore, hors de la
+France surtout, de vives objections de la part d'érudits fort
+distingués.
+
+L'écriture _hiératique_ ou sacerdotale est regardée comme une
+tachygraphie des hiéroglyphes, et les signes vulgaires ou
+_démotiques_, comme une abréviation des hiératiques.
+
+La fameuse inscription de Thèbes, la seule dont l'explication soit
+parvenue jusqu'à nous, exprimait, par les hiéroglyphes d'un enfant,
+d'un vieillard, d'un vautour, d'un poisson, d'un hippopotame, la
+sentence suivante: «Vous qui naissez et qui devez mourir, sachez que
+l'Éternel déteste l'impureté.»
+
+Voici en quels termes M. Champollion Figeac, le frère du célèbre
+créateur des études égyptiennes, résume les notions les plus
+généralement reçues au sujet des hiéroglyphes: «L'écriture
+hiéroglyphique, proprement dite, se compose de signes représentant des
+objets du monde physique, animaux, plantes, arbres, figures de
+géométrie, etc.; le tracé est parfois simplement linéaire; quelquefois
+il est entièrement terminé et même colorié. Le nombre de ces signes
+est d'environ huit cents.
+
+«L'écriture hiératique est une véritable _tachygraphie_ de la
+précédente. Comme les signes hiéroglyphiques ne pouvaient être
+convenablement tracés que par des personnes exercées dans l'art du
+dessin, on créa un système d'écriture abrégée dont les signes étaient
+d'une exécution facile, système qui n'eut d'ailleurs rien
+d'arbitraire. Chaque signe hiératique fut un abrégé du signe
+hiéroglyphique; au lieu de la figure entière du lion couché, par
+exemple, on traça l'esquisse d'une partie de son corps, et cet abrégé
+du lion conserva, dans l'écriture, la même valeur que la figure
+entière.»
+
+Dans des pays très-éloignés des rives du Nil, on trouve une écriture
+hiéroglyphique, qui offre, à certains égards, des analogies
+remarquables avec les procédés des Égyptiens. Les Mexicains, avant la
+conquête des Espagnols, avaient également recours à des figures
+d'hommes, d'animaux, etc., pour énoncer leurs idées.
+
+Les noms des villes de Meacuilxochitl, Quauhtinchan et Tchuilojocan
+signifient _cinq fleurs_, _maison de l'aigle_ et _lieu des miroirs_.
+Pour indiquer ces trois villes, on peignait une fleur placée sur cinq
+points, une maison de laquelle sortait la tête d'un aigle, et un
+miroir d'obsidienne.
+
+Divers manuscrits hiéroglyphiques mexicains ont échappé à la
+destruction, et ils figurent parmi les objets les plus précieux que
+possèdent les grandes bibliothèques de l'Europe. M. de Humboldt en a
+copié quelques pages dans son bel ouvrage intitulé: _Vue des
+Cordillères_ (Paris, 1819, 2 vol. in-8º). Une magnifique publication
+spéciale, faite aux frais d'un riche Anglais, a reproduit tout ce qui
+subsiste en ce genre. Voir les _Antiquities of Mexico comprising
+fac-similes of ancient mexican paintings and hieroglyphics, by lord
+Kingsborough_ (London, 1831, 9 vol. in-fol.). Cet ouvrage a coûté à
+son auteur plus de 25,000 livres sterling (un million). Il en est
+rendu compte dans le _Bulletin des Sciences historiques_, publié par
+M. de Férussac, t. XVII, p. 63, et dans la _Revue encyclopédique_, t.
+XLIX, p. 148.
+
+Ce n'était pas, d'ailleurs, au Mexique seulement, qu'on avait recours
+à pareilles images.
+
+Les indigènes de la Virginie avaient des peintures appelées
+_Sagkokok_, qui représentaient, par des caractères symboliques, les
+événements qui s'étaient accomplis dans l'espace de soixante ans;
+c'étaient de grandes roues divisées en soixante rayons ou en autant de
+parties égales. Lederer (_Journal des Savants_, 1681, p. 75) rapporte
+avoir vu dans le village de Pommacomck un de ces cycles
+hiéroglyphiques, dans lequel l'époque de l'arrivée des blancs sur les
+côtes de la Virginie était marquée par la figure d'un cygne vomissant
+du feu, pour indiquer à la fois la valeur des Européens, leur arrivée
+par eau et le mal que leurs armes à feu avaient fait aux hommes
+rouges.
+
+
+§ IV.
+
+ Langage au moyen des gestes.
+
+Le langage au moyen des gestes peut être regardé comme formant l'une
+des branches de la Cryptographie; il permet à celui qui l'emploie de
+faire connaître ses idées d'une manière qui échappe aux personnes qui
+ne sont pas au fait de pareils secrets. Les anciens connaissaient cet
+art. Un écrivain grec, Nicolas de Smyrne, a laissé un petit traité,
+intitulé: _De numerorum notatione per gestum digitorum_ (Paris, 1614,
+in-8º); cet opuscule est devenu très-rare, mais il a été réimprimé
+dans des recueils publiés par Possin et par Fabricius, et plus
+récemment dans les _Eclogæ physicæ_ de Schneider. Les Romains
+portèrent au plus haut degré les ressources de la pantomime, et l'on
+trouve, chez Pétrone, l'expression de _manus loquaces_.
+
+Au huitième siècle, Bède le Vénérable, célèbre religieux anglais que
+l'estime publique a placé presque au rang des Pères de l'Église,
+écrivit un traité _De loquela per gestum digitorum_, traité qui est
+compris dans le volumineux recueil de ses oeuvres[6].
+
+[Note 6: Tome 1er de l'édition de Cologne, 1688, 8 vol. in-folio. Bède
+s'appuie sur l'autorité de Plutarque, de Pline, d'Apulée, de Juvénal,
+pour prouver que l'art dont il s'occupe d'énoncer les règles était
+connu des anciens.]
+
+Tous les lecteurs de Rabelais se rappellent de quelle façon Panurge
+fit _quinault l'Angloys qui arguoyt par signes_.
+
+D'après un mémoire d'H. Dunbar, inséré dans les Actes de la _Société
+philosophique de l'Amérique du Nord_, il se rencontre, parmi les
+nombreuses tribus indiennes répandues le long du Mississipi, des
+individus qui savent tirer un parti admirable des ressources de la
+pantomime pour exprimer leurs idées. Malgré la diversité des langues
+en usage chez ces peuplades belliqueuses, ils n'ont jamais besoin
+d'interprètes, et ils réussissent toujours à se faire comprendre sans
+avoir à prononcer un seul mot, tant leurs gestes, exécutés d'après un
+système universellement adopté, sont pleins d'énergie, de netteté et
+d'à-propos.
+
+Nous sortirions des limites de notre sujet, si nous parlions ici du
+langage manuel en usage parmi les sourds-muets. Nous nous contenterons
+de mentionner un alphabet qu'on peut appeler _alphabet facial_.
+
+M. Bertin, dans son _Système universel et complet de sténographie_
+(Paris, an XII), fait connaître un alphabet de son invention, d'après
+lequel la position des doigts sur le visage sert à transmettre tout
+ce qu'on veut faire savoir. Il laisse de côté les voyelles isolées _o_
+et _u_, et il exprime par un même signe les lettres telles que _g_ et
+_j_, _q_ et _k_, qui donnent des sons à peu près identiques.
+
+ _Lettres_. _Traits physionomiques_.
+
+ b Doigt placé diagonalement sous l'oeil droit et en
+ regard du nez.
+
+ d » sur le coin droit de la bouche.
+
+ FV » sur le coin gauche.
+
+ GJ » sur la joue gauche.
+
+ h » au sommet de la tête.
+
+ KQ » sur la lèvre supérieure.
+
+ l » placé diagonalement sur l'oeil gauche.
+
+ m » sur la bouche.
+
+ n » sur la lèvre inférieure.
+
+ p » sur la fossette du menton.
+
+ r Bouche ouverte.
+
+ s Doigt couché horizontalement sur l'intervalle des
+ lèvres.
+
+ t » sur le nez.
+
+ x » au cou.
+
+ y » à l'intervalle des sourcils.
+
+ on » au front.
+
+ ou » perpendiculairement sous l'oreille droite.
+
+ oui Doigt horizontalement près de l'oreille gauche.
+
+ au » à l'aile droite du nez.
+
+ eu » au sourcil droit.
+
+ ai » à l'aile gauche du nez.
+
+ a » au sourcil gauche.
+
+ i » à la tempe droite.
+
+ e » à la tempe gauche.
+
+ le, la, les, » placé verticalement devant la figure.
+
+ _nom d'homme_, main ouverte.
+
+ _fin de mot_, doigt fermé.
+
+ _fin de phrase_, main fermée.
+
+ _numération sténographique_, emploi du pouce au
+ lieu du doigt.
+
+On emploie deux doigts à la fois pour exprimer une lettre qui se
+répète.
+
+Si l'on veut aller plus vite, on emploie encore deux doigts à la fois,
+en ayant soin de convenir que le pouce est la première, et l'index la
+seconde.
+
+Vigenère a fait très-succinctement mention de cette méthode, lorsqu'il
+dit un mot en passant de «l'entreparler tacitement par les doigts en
+les élevant ou les plaquant sur la bouche ou sur l'un des yeux.»
+
+
+§ V.
+
+ Langage des fleurs.
+
+C'est dans les sérails que l'art ingénieux de correspondre avec des
+fleurs a pris naissance; il fait partie des moeurs orientales. «Les
+Chinois, dit un écrivain ingénieux, ont un alphabet composé
+entièrement avec des plantes et des racines; on lit encore sur les
+rochers de l'Égypte les anciennes conquêtes de ces peuples exprimées
+avec des végétaux étrangers. Ce langage est donc aussi vieux que le
+monde, mais il ne saurait vieillir, car chaque printemps en renouvelle
+les caractères, et cependant la liberté de nos moeurs l'a relégué
+parmi les amusements des harems. Les belles odalisques s'en servent
+souvent pour se venger du tyran qui outrage et méprise leurs charmes;
+une simple tige de muguet, jetée comme par hasard, va apprendre à un
+jeune icoglan que la sultane favorite, fatiguée d'un amour tyrannique,
+veut inspirer, veut partager un sentiment vif et sincère. Si on lui
+renvoie une rose, c'est comme si on lui disait que la raison s'oppose
+à ses projets, mais une tulipe au coeur noir et aux pétales enflammés
+lui donne l'assurance que ses désirs sont compris et partagés; cette
+ingénieuse correspondance, qui ne peut jamais ni trahir ni dévoiler un
+secret, répand tout à coup la vie, le mouvement et l'intérêt dans ces
+tristes lieux qu'habitent ordinairement l'indolence et l'ennui.»
+
+Dans un pareil langage, la rose signifie une jeune fille: blanche,
+elle indique la constance en amour; jaune, elle exprime l'infidélité.
+
+Un oeillet veut dire un homme, et les couleurs diverses, les variétés
+d'espèce de la fleur, caractérisent cet homme au physique comme au
+moral.
+
+L'étoilée exprime l'idée de père ou de mère; si la fleur est rouge,
+les parents sont indulgents et bons; si elle est violette, ils sont
+rigoureux et sévères. L'hyacinthe veut dire: ami ou amie.
+
+Indiquons le sens attaché à d'autres fleurs:
+
+ oreille-d'ours, soeur ou frère.
+ pensée, veuf ou veuve.
+ renoncule, soldat.
+ camomille, médecin.
+ tubéreuse, supérieur.
+ fleur d'oranger, richesse.
+ violette, patrie.
+ amarante, jour.
+ pavot, nuit.
+ cresson, promenade.
+ jasmin d'Espagne, visite.
+ marguerite, demande.
+ pied-d'alouette, voyage.
+ jasmin, jardin.
+ myrte, épouser.
+ romarin, pleurer, s'affliger.
+ anémone, se réjouir.
+ basilic, pleurer, s'affliger.
+ menthe, craindre.
+ muguet, innocent, bon.
+ lierre, éternel.
+ giroflée rouge, aujourd'hui.
+ » blanche, demain, l'avenir.
+ » violette, hier, jadis, le passé.
+ narcisse, je, moi.
+ ortie, fidèle.
+ géranium, navire, voyage par mer.
+ primevère, la mort.
+
+D'après les règles de cette langue ingénieuse, lorsqu'un jeune
+habitant de Constantinople ou de Smyrne veut faire parvenir ce
+message:
+
+«J'irai te rendre visite, chère amie, demain matin de bonne heure dans
+le jardin, avec mon frère, homme de bien et distingué, qui t'aime,
+belle jeune fille, et qui veut t'épouser.»
+
+Il envoie les fleurs suivantes avec des numéros d'ordre: Narcisse,
+jasmin d'Espagne, réséda, hyacinthe bleue, giroflée blanche,
+tournesol, jasmin, marjolaine, oreille-d'ours, oeillet d'un brun
+sombre, chèvre-feuille, rose rouge, deux myosotis, myrte.
+
+Le moyen âge n'ignora point la signification symbolique donnée aux
+diverses fleurs; parmi différents exemples que nous pourrions citer,
+nous nous bornerons à mentionner un petit vocabulaire que renferme un
+manuscrit conservé à la bibliothèque royale de Bruxelles; nous en
+reproduisons fidèlement le style suranné:
+
+ giroflée rouge, beaulté.
+ giroflée blanche, amour chaste.
+ marjolaine grosse, mensonge.
+ marjolaine menue, bonté.
+ thym, persévérance.
+ thym coupé, vous parviendrez.
+ fleur de thym, à vous me donne.
+ laitue, bonnes nouvelles.
+ lys, foi.
+ rose blanche, j'ay bon vouloir.
+ bouton de rose blanche, je vous ayme.
+ rose rouge, largesse.
+ bouton de rose rouge, angoisse.
+ rose musquette, je vous refuse.
+ rose de province, soyez secret.
+ rose doublée de rose occasion.
+ musquette,
+ rosmarin, congé.
+ rosmarin coppé au boult, amour sans fin.
+ violette jaune, contentement.
+ violette de mars blanche, bon espoir.
+ violette de mars bleue, douleur.
+ violette d'oultremer, patience.
+ violette d'hiver, temps perdu.
+ ortie, trahison.
+ chanvre, défiance.
+ genêt, adresse.
+ fleur de genêt, pour amour j'endure.
+ buglosse, légèreté.
+ bourache, reproche.
+ lavandre, travers.
+ saulge grosse, entreprise.
+ saulge menue, chasteté.
+ ysope, amertume.
+ liere, ingratitude.
+ piment, douleur.
+ pavost, prison.
+
+Un écrivain moderne, se basant sur les considérations de la botanique
+ou sur les récits de la mythologie, a composé un dictionnaire du
+langage des fleurs, pour écrire un billet; transcrivons-en une partie,
+en faisant remarquer toutefois que plusieurs de ces significations
+sont très-contestables.
+
+ abandon, anémone.
+ absence, absinthe.
+ agitation, sainfoin-oscillant.
+ aigreur, épine-vinette.
+ amabilité, jasmin blanc.
+ amertume, douleur, aloès.
+ amitié, lierre.
+ amour, myrte.
+ amour conjugal, tilleul.
+ amour maternel, mousse.
+ audace, mélèze.
+ austérité, chardon.
+ beauté capricieuse, rose musquée.
+ bienfaisance, pomme de terre.
+ bienveillance, jacinthe.
+ consolation, perce-neige.
+ constance, pyramidale bleue.
+ courage, peuplier noir.
+ cruauté, ortie.
+ dédain, oeillet jaune.
+ délicatesse, bluet.
+ désespoir, soucis et cyprès.
+ désir, jonquille.
+ docilité, jonc des champs.
+ élégance, acacia rose.
+ fécondité, rose trémière.
+ félicité, centaurée.
+ fierté, amaryllis.
+ franchise, osier.
+ frugalité, chicorée.
+ générosité, oranger.
+ gentillesse, rose pompon.
+ haine, basilic.
+ honte, pivoine.
+ immortalité, amarante.
+ indépendance, prunier sauvage.
+ injustice, houblon.
+ jeunesse, lilas blanc.
+ naïveté, argentine.
+ noirceur, ébénier.
+ prospérité, hêtre.
+ prudence, cormier.
+ puissance, impériale.
+ pureté, épi de la Vierge.
+ reconnaissance, agrimoine.
+ sagesse, mûrier blanc.
+ silence, rose blanche.
+ simplicité, fougère.
+ sommeil du coeur, pavot blanc.
+ temps, peuplier blanc.
+ tranquillité, alysse des rochers.
+ vérité, morelle douce-amère.
+ vice, ivraie.
+ volupté, tubéreuse.
+
+
+§ VI.
+
+ Des alphabets factices.
+
+Vigenère, dans son _Traité des chiffres_, Duret, dans son _Trésor des
+langues_, et divers autres anciens auteurs ont donné des modèles
+d'alphabets attribués à divers personnages célèbres de l'antiquité la
+plus reculée; M. Nodier s'exprime à cet égard de la façon suivante:
+
+«Les alphabets factices de Salomon, d'Apollonius et même d'Adam ne
+sont pas si méprisables qu'on se l'imagine, et je n'entends pas par là
+qu'ils annoncent une grande puissance d'invention, mais seulement
+qu'ils remontent à une haute antiquité et qu'ils révèlent en partie le
+secret d'une des opérations les plus curieuses de l'esprit humain. Ce
+qui donne du prix aux recueils rares où ces alphabets se rencontrent,
+c'est qu'on ne les a jamais reproduits depuis que l'on a fait de la
+grammaire positive, parce qu'ils n'appartiennent à aucune langue dont
+il soit resté des traditions. Comme débris d'une langue de convention
+qui a existé, dont nous avons perdu la clef et qui ne le cédait
+peut-être en rien aux langues caractéristiques de Dalgarno, de Wilkins
+et de Leibnitz, ces traits grossiers parlent à notre intelligence avec
+un tout autre pouvoir que les pierres de Denderah.»
+
+Formés de signes aux contours bizarres et aux formes singulières, ces
+caractères, qui sont, en général, des transformations de l'alphabet
+hébreu, n'ont, d'ailleurs, on le comprend de reste, aucune
+authenticité. L'alphabet d'Énoch, celui de Moïse et celui de Salomon
+sont de pure invention, tout comme celui dont un magicien célèbre,
+Honorius le Thébain, se servit, dit-on, pour écrire ses livres de
+sorcellerie. Vigenère a conservé les lettres sous lesquelles cet
+insigne sorcier (qui n'a jamais existé) dissimulait les arcanes les
+plus profonds de la nécromancie. Nous croyons inutile de reproduire
+ces signes étranges, auxquels quelques anciens auteurs conseillent de
+recourir pour chiffrer, mais dont personne ne fait usage depuis bien
+longtemps.
+
+On peut assimiler aux alphabets factices les figures bizarres dont les
+recueils de secrets magiques sont remplis, et les mots inventés à
+plaisir et qu'on donnait comme possédant des propriétés surnaturelles
+et comme renfermant un sens ignoré du vulgaire. Nous ne nous étendrons
+pas sur ce sujet, qui demeure étranger aux idées scientifiques; nous
+transcrirons seulement comme échantillon une phrase prise dans un
+livre de sortiléges et qui restera sans doute toujours inintelligible:
+
+«Magabusta Berenada Surmistaras. Gorisgatpa Helotim Latintas aciton
+aragiaton Amka jaribai untus gilgar Selingarasch.»
+
+
+
+
+CHAPITRE V.
+
+DU RÔLE DE LA CRYPTOGRAPHIE DANS LA LITTÉRATURE.
+
+
+§ Ier.
+
+ Artifices imaginés pour déguiser des dates.
+
+Il est juste de rapporter à la Cryptographie les artifices qu'ont
+employés quelques scribes du moyen âge afin de dissimuler, sous une
+forme énigmatique plus ou moins ingénieuse, la date des manuscrits
+qu'ils transcrivaient. En voici un exemple que fournit un des
+manuscrits français de la Bibliothèque impériale de Paris.
+
+ Ce livre fut tout parfait
+ Eu jueillet, comme trouverez:
+ Pour le savoir dimynuerez
+ Ces diverses lignes par trait.
+ Vous prandrez la teste d'un moyne,
+ De deux cordeliers, d'un chanoyne;
+ Et puis un () party en dux.
+ Vous lairrez la teste Jhesus,
+ Sainct Jehan, sainct Jacques et Jacob,
+ Et prendrez un X à cop.
+ Puis adjoustez en ceste ryme
+ Ung [Gl.] prince en algorithme:
+ Si congnoistrez qu'il fut parfait
+ Le XXIIIe jueillet.
+
+On voit que l'auteur indique, par les initiales de plusieurs mots, des
+lettres ayant une valeur numérique en chiffres romains, pour former
+par leur réunion l'année de l'achèvement de sa transcription. Il s'est
+plu à présenter cette indication d'une manière énigmatique par un jeu
+assez goûté de son temps.
+
+La tête d'un _Moyne_, (M) mille.
+
+Y ajouter celles de deux _Cordeliers_ et d'un _Chanoine_, (CCC) trois
+cents.
+
+Puis, un O partagé en deux, (CC) deux cents.
+
+Laisser de côté les têtes de Jhesus, de sainct Jehan, de sainct
+Jacques et de Jacob (4 à soustraire).
+
+Prendre ensuite un X (10).
+
+La difficulté consiste à savoir ce que signifie _ung N prise en
+algorithme_. Ce dernier mot, évidemment altéré pour les besoins de la
+rime, est _algorisme_, _algorismus_, que le dictionnaire de Du Cange
+explique par _arithmetica_, _numerandi ars_. La lettre qu'il s'agit de
+considérer numériquement est un N, lettre qui ne joue point en latin
+le rôle d'un chiffre. D'après la forme que lui donne le manuscrit, on
+voit qu'elle joue, peut se décomposer en un V et un I, ce qui donne en
+chiffres: VI (six). Maintenant, en additionnant ces différents
+nombres, 1000, 300, 200, 10 et 6, puis en retranchant 4, on trouve
+1512.
+
+Une date semblable, composée par le chanoine Charles de Bovelle, est
+citée dans la Notice de M. du Sommerard _sur l'hôtel de Cluny_.
+
+ D'un mouton et de cinq chevaux M. CCCCC
+ Toutes les têtes prendrez,
+ Et à icelles sans nuls travaux
+ La queue d'un veau vous joindrez, V
+ Et au bout adjouterez
+ Tous les quatre pieds d'une chatte: IIII
+ Rassemblez, et vous apprendrez
+ L'an de ma façon et ma date.
+ -----------------
+ M. CCCCC. V. IIII
+ (1509)
+
+Pareilles inventions ne furent pas, d'ailleurs, la propriété exclusive
+des copistes antérieurs à l'invention de la typographie; quelques
+volumes imprimés au quinzième siècle offrent des particularités du
+même genre; mentionnons-en deux exemples:
+
+Le _Doctrinal du temps présent_, de Pierre Michault, imprimé à Bruges,
+par Colard Mansion, s'adresse ainsi au lecteur:
+
+ Un treppier et quatre croissans
+ Par six croix auec sy nains faire.
+ Vous feront estre congnoissans,
+ Sans faillir, de mon miliaire.
+
+Ce quatrain indique l'année 1466: M. CCCC. XXXXXX. III III.
+
+Un petit volume très-rare, le _Passe-temps et le Songe du triste_,
+publié à Lyon, s'annonce comme ayant été mis au jour:
+
+ L'an de trois croix, cinq croissans, ung trépier.
+
+Ce qui signifie 1530, les figures étant rangées de droite à gauche:
+XXX. CCCCC. M.
+
+
+§ II.
+
+ Des artifices employés par quelques auteurs pour déguiser leurs
+ noms.
+
+Il a été de mode parmi certains auteurs du seizième siècle de déguiser
+leurs noms sous une devise qui les couvrait du manteau d'une anagramme
+plus ou moins ingénieuse, plus ou moins exacte.
+
+Le _Formulaire fort récréatif de tous contratz_... fait par Bredin,
+Lyon, 1594.
+
+Les mots _Bonté ny soit_, sont en guise de signature à la fin de
+l'avis au lecteur; on croit y reconnaître le nom anagrammatisé de
+l'auteur: _Benoist (du) Troncy_.
+
+Noël du Fail, auteur de deux écrits dont les anciennes éditions sont
+vivement recherchées des bibliophiles (les _Propos rustiques_ et les
+_Baliverneries d'Eutrapel_), cacha son nom sous l'anagramme de _Léon
+Ladulfi_; Nicolas Denisot, conteur et poëte contemporain d'Henri II,
+donna ses écrits sous la signature du _comte d'Alsinois_. Le chevalier
+de Cailly, dont les spirituelles épigrammes ont reparu dans la jolie
+_Collection des petits classiques françois_ (1825, 9 vol. in-16),
+n'eut guère l'intention de se dérober sérieusement aux regards du
+public lorsqu'il se présenta sous le nom d'_Aceilly_.
+
+Il serait facile de multiplier pareils exemples; nous signalerons
+Ancillon, signant du nom de _Ollincan_ son _Traité des eunuques_; nous
+mentionnerons Amelot de La Houssaye, d'Orléans, qui ne déguise guère
+la paternité de ses pesants commentaires sur Tacite, en les donnant
+comme l'oeuvre du sieur _de La Mothes Josseval d'Aronsel_; nous
+retrouverions dans Philippe Alcripe, sieur de Neri, auteur d'un
+recueil facétieux devenu rare (la _Nouvelle Fabrique des excellens
+traits de vérité_), le nom de Philippe Le Picar, sieur de Rien; nous
+ne saurions surtout oublier l'immortel auteur du _Gargantua_ et du
+_Pantagruel_, maître François Rabelais, qui a changé son nom en celui
+d'_Alcofribas Nasier_.
+
+Les plus impénétrables de ces pseudonymes sont peut-être ceux que des
+membres d'académies italiennes se décernèrent, obéissant ainsi à une
+mode qui dura un instant pendant le siècle dernier. On ne se
+douterait qu'_Euforbo Melesigenio_ désigne Calazo; c'est sous le nom
+d'_Eritisco Pilenejo_ que Pagnini livra aux presses élégantes de
+Bodoni sa traduction d'Anacréon.
+
+Un pauvre comédien qui termina ses jours par une mort volontaire,
+Caron, auteur et éditeur de livrets facétieux, recherchés des
+bibliomanes, s'amusait à avoir recours à l'artifice peu mystérieux de
+la disposition rétrograde des mots. Il donna un de ses écrits comme
+l'oeuvre du bonze _Esiab-luc_ et comme ayant été imprimé à
+_Emeluogna_.
+
+Un moine italien, François Columna, auteur d'un roman bizarre et
+obscur dont les anciennes éditions sont vivement recherchées à cause
+des figures sur bois qui les embellissent, a caché son nom et le
+secret de son coeur dans une phrase qu'on retrouve, en écrivant, à la
+suite les unes des autres, les lettres initiales de chacun des
+chapitres de cet ouvrage:
+
+POLIAM FRATER FRANCISCUS ADAMAVIT.
+
+L'auteur d'un de ces romans de chevalerie qui firent tourner la tête à
+Don Quichotte, l'historien de Palmerin d'Angleterre, s'est également
+servi d'un acrostiche du même genre; il l'a consigné dans des stances
+placées au commencement du premier volume et dont voici
+l'interprétation: _Luis Hurtado, autor, al lector da salud._
+
+Un petit poëme de la fin du quinzième siècle, le _Messagier damours_,
+révèle par un acrostiche placé dans les huit derniers vers le nom de
+l'auteur, Pilvelin.
+
+
+§ III.
+
+ De l'emploi que divers littérateurs ont fait de la Cryptographie.
+
+Quelques écrivains ont eu recours aux procédés de la Cryptographie,
+afin de dérober aux profanes le sens de certains passages de leurs
+écrits qu'il leur convenait de couvrir des ombres du mystère; nous
+pouvons en citer plusieurs exemples.
+
+Un poëte du seizième siècle, rimeur peu connu, mais plein d'une verve
+qui rappelle parfois celle de Regnier, Marc Papillon, sieur de
+Lasphrise, a placé, dans ses _Oeuvres poétiques_ (Paris, 1599), une
+tirade assez libre qu'il ne nous convient pas de transcrire en entier
+et dont voici le début:
+
+_Sel semad ed al ruoc te seuqleuq sertua erocne_
+
+_Tois enud elliv gruob uo egalliv._
+
+Il est facile de reconnaître que l'artifice consiste ici en ce que
+chaque mot doit être lu de droite à gauche.
+
+«Les dames de la cour et quelques autres encore,» etc.
+
+Nous trouvons, dans le même volume, un sonnet en langue inconnue; il
+commence ainsi:
+
+ Cerdis zerom deronty toulpinié
+ Pareis hurlin linor orifieux.
+
+Nous laissons le soin de chercher le sens de ces lignes énigmatiques
+aux heureux désoeuvrés qui ont assez de temps pour donner des heures à
+l'étude des écrits du sieur de Lasphrise et assez de solidité de
+jugement pour apprécier tout ce que renferme d'utile et d'intéressant
+un pareil emploi des facultés intellectuelles.
+
+Un poëte latin du seizième siècle, Jean de Cysinge, plus connu sous le
+nom de Janus Pannonius, offre des particularités semblables. En
+feuilletant l'édition de ses _Poemata_ (Utrecht, 1784, 2 vol. in-8º),
+nous avons remarqué que l'épigramme 276 du Ier livre (tom. I, p. 577),
+_in meretricem lascivam_, est en partie chiffrée;
+
+Le second vers est exprimé sous cette forme:
+
+ Conserui et dxoop nfouxmb delituit.
+
+et le dernier:
+
+ Expecta nondum, Lucia, efgxuxk.
+
+La _Biographie universelle_, dans l'article consacré au trop célèbre
+marquis de Sade, rapporte que, parmi les manuscrits laissés par cet
+écrivain qui poussa l'immoralité jusqu'à la démence, il se trouvait un
+volumineux journal de sa captivité à la Bastille, écrit, en grande
+partie, en chiffres dont il avait seul la clef.
+
+Nous rencontrons deux ou trois pages _chiffrées_ dans une composition
+spirituelle et piquante sortie de la plume d'un des romanciers les
+plus féconds et les plus en vogue du dix-neuvième siècle. Ouvrez la
+_Physiologie du mariage_, par M. de Balzac; cherchez dans la
+Méditation XXV le paragraphe intitulé: _des Religions et de la
+Confession considérées dans leur rapport avec le mariage_, vous y
+lirez ce qui suit:
+
+«La Bruyère a dit très-spirituellement: C'est trop contre un mari, que
+la dévotion et la galanterie; une femme devrait opter.»
+
+«L'auteur pense que La Bruyère s'est trompé. En effet:
+
+«Lsuotru e-ne_d_tnim dbreaus jive_c_ udnt let_t_ em_r_nu eaCmetss
+esosi ost pfsaoiylao tt demon sleuiod pne nr unsmneuj eeus_g_
+ienqseuedro_t_e_a_pt...»
+
+Nous nous garderons bien d'insérer ici en entier cette longue
+citation, et nous convenons franchement que nous n'avons pas cherché à
+trouver la clef du système cryptographique inventé par le joyeux
+physiologiste. Quelques-uns des nombreux lecteurs de la _Physiologie
+du mariage_ ont sans doute été plus intrépides et plus heureux que
+nous.
+
+Terminons en mentionnant une autre particularité dans le genre de
+celles que nous signalons ici.
+
+Les _Oeuvres poétiques_ du sieur de La Charnais, gentilhomme
+nivernois, renferment 118 énigmes, dont une table, en deux pages,
+donne la clef. Cette table est gravée à l'envers, en sorte que, pour
+la lire, il faut avoir recours à un miroir. L'auteur a, d'ailleurs, eu
+le soin de donner dans sa préface cette explication à ses lecteurs.
+C'est une singularité dont il serait sans doute difficile de trouver
+d'autres exemples.
+
+Un écrivain américain, Edgar Poë, auteur de contes pleins de talent et
+d'originalité[7], a, dans un de ses récits, le _Scarabée d'or_ (_the
+Gold-Bug_), raconté comment un homme, doué d'une intelligence
+pénétrante et chercheuse, sut parvenir à la découverte d'un trésor
+considérable enfoui par des pirates dans un coin reculé de la
+Louisiane, trésor dont le gîte était indiqué par une série de chiffres
+sur un vieux morceau de parchemin que le hasard plaça sous ses yeux
+habitués à voir juste et loin. Voici quelle était la première ligne de
+cet écrit:
+
+ 53 +++ 305) 6*; 4826) 4 +); 808*; 48 +
+ 8 § 60 [Gl.] 85; 1 + (;1. + * 8)
+
+[Note 7: Consultez une notice intéressante insérée dans la _Revue des
+Deux-Mondes_, octobre 1846.
+
+«Autant de récits, autant d'énigmes sous diverses formes et avec des
+costumes divers. Poésie, invention, effets de style, enchaînement du
+drame, tout est subordonné à une bizarre préoccupation qui semble ne
+connaître qu'une faculté inspiratoire, celle du raisonnement; qu'une
+muse, la logique. L'auteur s'occupe de juger, de classer les
+probabilités; et il emploie pour ceci cet instinct, cette sagacité
+particulière à l'homme, plus ou moins sûre chez l'un que chez l'autre,
+et qui varie de puissance comme de but, suivant les aptitudes et le
+métier de chacun.»]
+
+En examinant quels étaient les signes qui revenaient le plus souvent
+et quels étaient ceux qui étaient les plus rares; en constatant que le
+caractère 8 se présentait 33 fois,
+
+ ; 26 fois,
+ 4 19 fois,
+ +) 16 fois;
+
+en observant quelles sont les lettres qui, en anglais, entrent le plus
+dans la composition des mots; en tenant compte des combinaisons et des
+juxtapositions qu'amènent les lois de l'orthographe, le mystère fut
+pénétré. Mais laissons les lecteurs chercher eux-mêmes dans les pages
+de M. Poë comment s'accomplit ce tour de force.
+
+
+
+
+CHAPITRE VI.
+
+DES LIVRES À CLEF.
+
+
+Ils font encore partie du domaine de la Cryptographie, ces livres dans
+lesquels on a voulu, au moyen de l'anagramme des noms ou de tout autre
+artifice, dépayser le lecteur et lui donner, presque toujours peu
+sérieusement, le change sur le véritable sens des pages qu'on mettait
+sous ses yeux.
+
+Les compositions satiriques, les écrits qui ne ménagent nullement la
+religion et la décence, forment presque toujours la catégorie où
+rentrent les livres à clef. Nous allons en citer quelques-uns.
+
+Les _Princesses malabares_: ce livre irréligieux, attribué à
+Lenglet-Dufresnoy et imprimé à Rouen, en 1724, sous la fausse
+indication d'Andrinople, est parfois accompagné d'une clef, dont voici
+une partie:
+
+_Mison_ (Simon), saint Pierre; _Tuotalic_, catholique; _Rasoni_,
+raison; _Roligine_, Religion; _Ema_, âme; _Chéterine_, chrétienne;
+_Gélise_, église; _Vaddi_, David, etc. On voit que l'auteur a eu
+recours au plus vulgaire et au plus facile de tous les moyens de
+déguisement, à l'anagramme, procédé bien candide et bien naïf, puisque
+les éléments du mot se présentent d'eux-mêmes à qui prend la peine de
+les chercher. À côté du livre que nous venons d'indiquer, plaçons:
+
+Les _Aventures de Pomponius_ (par Labadie), _Rome_ (Hollande), 1725.
+Ce récit allégorique, dirigé contre le régent (Philippe d'Orléans) et
+ses favoris, présente aussi des noms cachés sous le voile de
+l'anagramme: _Relosan_, Orléans; _Lauges_, Gaules; _Cilopang_,
+Polignac; _Judosb_, Dubois; _Nedoc_, Condé; _Xeamu_, Meaux.
+
+Dans les _Veillées du Marais ou Histoire du grand prince Oribeau et de
+la vertueuse princesse Oribelle_, par Rétif de la Bretonne, tous les
+noms sont travestis: Rousseau devient _Assuero_, et Voltaire
+_Iratlove_.
+
+N'oublions pas les _Soupers de Daphné et les Dortoirs de Lacédémone_
+(par de Querlon), 1740. Une clef imprimée se trouve dans un très-petit
+nombre d'exemplaires de cette satire lancée contre la cour de Louis
+XV; M. Nodier l'a reproduite dans ses _Mélanges extraits d'une petite
+bibliothèque_, où il a également placé la clef d'une _nouvelle_ de
+Brémond qui met en scène, sous des noms déguisés, le roi d'Angleterre
+Charles II et ses favorites: _Hattigé, ou les Amours du roi de
+Tamaran_, Cologne, 1676.
+
+Les _Amours de Zéokinizul, roi des Korfirans_, présentent un mystère
+qu'il est facile de percer; l'anagramme complaisante nomme
+d'elle-même: Louis XV, roi des Français.
+
+Indiquons encore:
+
+Les _Visites_, par mademoiselle de Kéralio, Paris, 1792, in-8.
+
+_Voyage du Vallon tranquille_ (par Charpentier), réimprimé en 1796
+avec des notes servant de clef, par Mercier de Saint-Léger et Adry.
+
+_Histoire de la princesse de Paphlagonie_, par mademoiselle de
+Montpensier.
+
+_Paris, Histoire véridique, anecdotique, morale et poétique_, avec la
+clef, par Chevrier, La Haye, 1767.
+
+_Galerie des États généraux_ (par Mirabeau, de Luchet, etc.).
+
+Ne laissons pas échapper, dans cette énumération rapide et
+nécessairement fort incomplète, un ouvrage célèbre, le _Cymbalum
+mundi_, de Bonaventure Des Periers.
+
+M. Nodier s'est fort occupé de cet écrit, qu'il qualifie de
+«production bizarre et hardie, petit chef-d'oeuvre d'esprit et de
+raillerie, modèle presque inimitable de style dans le genre familier
+et badin, et l'un des plus précieux monuments de la charmante
+littérature du seizième siècle.»
+
+Le _Grand Dictionnaire historique des Précieuses_, par Somaize, 1661,
+n'offre qu'une énigme perpétuelle, lorsque la clef n'y est pas jointe.
+
+Vogt, dans son _Catalogus librorum rariorum_, mentionne un recueil de
+poésies, d'une bizarre mysticité, imprimé en 1738 et qui fut défendu.
+Les noms y sont anagrammatisés; _Madaavemania_ est l'âme (_anima_)
+d'Adam et d'Ève qui délivre Sirchtus (_Christus_); _Rifeluc_ est
+Lucifer; _Moscos_ désigne _Cosmos_, le Monde, etc.
+
+Nous nous garderons bien de tout citer en ce genre; aussi
+laisserons-nous de côté un fastidieux roman du chevalier de Mouhy,
+intitulé les _Mille et une Faveurs_, 1740, 5 vol. in-18. Dans cette
+longue narration, les noms des personnages sont déguisés sous le voile
+de l'anagramme, se présentant sous un aspect fort bizarre, tels que
+Croselivesgol, Tofmenie, Onveexpic, Lodeorbarli, Coufartoc, Senacso,
+Sanistinva, Netosniss, Fonternouesa, Tanitbadan, Veoldafitular; en les
+décomposant on y trouve des mots très-propres à inspirer le plus
+juste effroi au chaste lecteur.
+
+
+
+
+CHAPITRE VII.
+
+DU DÉCHIFFREMENT.
+
+
+Il faut de la patience et de la sagacité pour arriver à la lecture
+d'une dépêche chiffrée qui a été interceptée.
+
+Cette tâche peut offrir les plus graves difficultés, lorsqu'on ignore
+dans quelle langue est écrite la dépêche saisie; ou bien lorsque, pour
+l'écrire, il a été formé un mélange de divers idiomes; lorsqu'on a
+fait emploi de plusieurs alphabets; lorsque les non-valeurs sont
+nombreuses et réparties avec intelligence; lorsque les mêmes
+syllabes, les mêmes mots, les mêmes noms, se trouvent exprimés par des
+signes différents; lorsque les mots sont écrits à la suite les uns des
+autres sans séparation, ou lorsqu'ils sont séparés, non comme ils
+devaient l'être selon les règles grammaticales, mais d'une façon
+arbitraire qui déroute l'observateur.
+
+Le déchiffreur doit être très-versé dans tous les procédés de la
+Cryptographie; s'il n'a lui-même souvent chiffré des dépêches, s'il ne
+connaît à fond toutes les ruses de l'art, s'il ne s'est amusé à
+vouloir inventer des procédés nouveaux, s'il n'a fait de toutes les
+combinaisons cryptographiques une étude sérieuse et patiente, il
+échouera dans toutes ses tentatives, quand il se verra en présence
+d'un chiffre difficile.
+
+La première chose à faire est de dresser le catalogue des caractères
+qui composent le chiffre et de noter combien chacun est répété de
+fois. Ceci fait, on examine leurs combinaisons; on tourne, on
+retourne, on dispose de toute façon ces caractères, jusqu'à ce que des
+conjectures se présentent avec vraisemblance sur l'attribution de tel
+ou tel caractère à telle ou telle lettre.
+
+Pour arriver à ce but, il faut que la plupart des caractères se
+trouvent plus d'une fois dans le chiffre; si l'écrit est fort court,
+si une même lettre est désignée par des caractères différents, les
+difficultés deviennent de plus en plus sérieuses:
+
+Nous allons emprunter à un écrivain hollandais judicieux, à
+S'Gravesand, un exemple relatif à un chiffre écrit en latin.
+
+ A B C
+ ----- --- ----
+ abcdefghikf:lmkgnekdgeihekf:
+
+ D E F
+ ----- ----- ----
+ bceeficlah fcgfg inebh fbhic eikf:
+ G H I K
+ -------- ----- ------
+ fmfpimfhiabc qilcb eieacgbfbe bg
+ L M
+ ----- ---
+ pigbgrbkdghikf: smkhitefm.
+
+Les barres, les lettres majuscules A, B, les signes de ponctuation ne
+font pas partie du chiffre; nous les avons ajoutés afin de faciliter
+l'explication: Ce chiffre donne:
+
+ 14 f 3 d
+ 14 i 2 b
+ 12 b 2 n
+ 11 e 2 p
+ 10 g 1 o
+ 9 c 1 q
+ 8 h 1 r
+ 8 k 1 s
+ 5 m 1 t
+ 4 a
+
+Enfin, il y a en tout dix-neuf caractères, dont cinq seulement une
+fois.
+
+Je vois d'abord que _h i k f_ se trouvent en deux endroits (B, M); que
+_i k f_ se trouvent en un seul (F); enfin, que _h e k f_ (C) et _h i k
+f_ (B, M) ont du rapport entre eux.
+
+D'où l'on peut conclure qu'il est probable que ce sont des fins de
+mots, ce qu'on indique par les deux points:
+
+Dans le latin, il est ordinaire de trouver des mots où des quatre
+dernières lettres les seules antépénultièmes diffèrent; lesquelles, en
+ce cas, sont habituellement des voyelles, comme dans _amant_,
+_legunt_, _docent_, etc.; donc _i_, _e_ sont probablement des
+voyelles.
+
+Puisque _f m f_ (voyez G) est le commencement d'un mot, on peut
+raisonnablement conjecturer que _m_ ou _f_ est voyelle, car un mot n'a
+jamais trois consonnes de suite, dont deux soient les mêmes, et il est
+probable que c'est _f_ puisque _f_ se trouve quatorze fois et _m_
+seulement cinq; donc _m_ est consonne.
+
+De là allant à K ou _g b f b c b g_, on voit que, puisque _f_ est
+voyelle, _b_ sera consonne dans le _b f b_, par les mêmes raisons que
+ci-dessus; donc _c_ sera voyelle, à cause de _b c h_.
+
+Dans L ou _g b g r b_, _b_ est consonne; _r_ sera consonne, parce
+qu'il n'y a qu'un _r_ dans tout l'écrit; donc _g_ est voyelle.
+
+Dans D ou _f c g f g_, il y aurait donc un mot ou une partie de mots
+en cinq voyelles, mais la chose est impossible. Il n'y a point de mot
+latin qui présente cette particularité; on se tromperait donc en
+prenant _f c g_, pour voyelles; donc ce n'est pas _f_, mais _m_ qui
+est voyelle, et _f_ consonne; donc _b_ est voyelle (voyez K). Dans cet
+endroit K, on a la voyelle _b_ trois fois, séparée seulement par une
+lettre; or on trouve dans le latin des mots où pareille circonstance
+se rencontre, tels que _edere_, _legere_, _munere_, _si tibi_, etc.,
+et comme c'est la voyelle _e_ qui est le plus fréquemment dans ce cas,
+il faut en conclure que _b_ correspond probablement à l'_e_, et _i_ à
+_r_.
+
+En opérant successivement de semblable manière sur toute la phrase
+chiffrée, on finit par en découvrir le sens, et on trouve que le
+chiffre que nous avons reproduit, doit se traduire de la manière
+suivante:
+
+_Perdita sunt bona; Mindarus interiit: urbs strata humi est. Esuriunt
+tot quot superfuere vivi; præterea quæ agenda sunt consulito._
+
+Les mots composés d'un très-petit nombre de syllabes doivent être les
+premiers dont on s'occupe dans les opérations du déchiffrement. Ils
+laissent sans trop de peine les voyelles se révéler, et cette
+découverte conduit à celle des consonnes. La connaissance exacte des
+principes généraux qui régissent l'orthographe des diverses langues
+est le fil qu'il faut suivre dans ces opérations minutieuses.
+
+Indiquons quelques-uns des principes qui servent de guide pour opérer
+le déchiffrement d'un écrit en langue française.
+
+Le signe qui revient le plus souvent, surtout à la fin des mots,
+désigne la voyelle _e_.
+
+Cette lettre est la seule qui, à la fin d'un mot, se répète deux fois,
+comme dans _désirée_, _fusée_, etc. Ainsi, lorsqu'on trouve le même
+signe placé deux fois à la fin d'un mot, il y a toute probabilité que
+ce signe représente l'_e_. La voyelle _e_, dans un mot de deux
+lettres, est toujours précédée des consonnes _c d j l m n s t_ ou
+suivie de celles _n t_.
+
+Indépendamment de l'interjection _o_, qui n'est guère employée dans
+une dépêche secrète, il n'y a en français que deux lettres qui,
+seules, forment un mot complet. Ces lettres sont _a_ et _y_. Si l'on
+trouve un signe isolé dans le texte chiffré, il est à croire qu'il
+correspond à une de ces deux lettres.
+
+Dans les mots formés de deux lettres où se trouve la voyelle _a_, elle
+précède d'ordinaire les lettres _h_, _i_, _u_, comme dans _ah ai au_,
+ou bien elle est après les lettres _l_, _m_, _n_, _s_, _t_, comme dans
+_la_, _ma_, _sa_, _ta_.
+
+Des diphthongues, _ai_, _au_, _eu_, _oi_, _ou_, la dernière est celle
+qui revient le plus souvent, surtout dans les mots de quatre
+syllabes.
+
+Lorsque la lettre _e_ est l'avant-dernière d'un mot, ce mot se termine
+d'ordinaire par l'une de ces deux consonnes, _r_ ou _s_.
+
+Lorsque la voyelle est suivie d'une autre voyelle, c'est
+habituellement d'un _e_.
+
+Il est rare qu'un mot finisse par les consonnes _b_, _f_, _g_, _h_,
+_p_, _q_.
+
+Les mots formés de trois lettres sont ceux qui donnent le plus de
+peine au déchiffreur, lorsque la même lettre s'y trouve deux fois
+comme dans _été_, _ici_, _non_, _ses_.
+
+Supposons que vous avez découvert le monosyllabe _le_ et que vous ayez
+un autre mot de trois lettres dont les premières sont _l_ et _e_, vous
+jugerez que la troisième est un _s_, attendu qu'elle est la seule qui,
+dans un mot de trois lettres, puisse aller après le monosyllabe _le_
+et former le mot _les_. Dès que vous serez parvenu à connaître ce mot
+_les_, si vous trouvez un mot dont les deux premiers signes soient un
+_e_ et un _s_, vous en conclurez que le troisième, qui vous est encore
+inconnu, doit être la lettre _t_, et que ces trois signes expriment le
+mot: _est_.
+
+Ayant découvert la lettre _s_, vous examinerez si elle ne se trouve
+pas précéder un mot de deux lettres, dont la seconde ne soit pas la
+lettre _e_, que vous connaissez déjà. Alors ce sera nécessairement un
+_a_ ou un _i_. Pour vous en assurer, voyez si, dans d'autres endroits,
+ce dernier signe ne précède pas, dans un autre mot de deux lettres, la
+lettre _l_; en ce cas, vous serez certain que c'est un _i_. Si, au
+contraire, dans un autre mot de deux lettres, ce signe suit la lettre
+_l_, vous en conclurez qu'il désigne l'_a_.
+
+Lorsque ces premières recherches vous auront révélé six signes ou
+lettres, savoir les trois voyelles _a e i_, et les trois consonnes _l
+s t_, elles vous conduiront à découvrir des mots composés d'un plus
+grand nombre de lettres, tels, par exemple, que le mot _lettre_, où
+tout se trouvera connu, excepté la lettre _r_, lettre que dès ce
+moment vous pourrez ajouter à celles que vous connaissez déjà. Le mot
+_cette_, où tout sera connu excepté la lettre _c_, le mot _ville_ où
+la lettre _v_ seule était encore un mystère, se révéleront d'une façon
+analogue.
+
+Quand vous serez ainsi parvenu à connaître sept ou huit mots, vous
+trouverez sans trop de peine les autres, en recherchant quelles sont
+les lettres qu'il convient de mettre entre celles qui sont déjà
+connues pour en former des mots. En peu de temps, vous obtiendrez, par
+ce procédé, une clef qui servira à déchiffrer aisément toute la
+dépêche.
+
+Disons encore quelques mots à l'égard des principes qu'il s'agit
+d'avoir en vue pour divers idiomes européens.
+
+En anglais, l'_e_ est la voyelle qui revient le plus fréquemment;
+elle est assez souvent suivie d'un _a_ comme dans _earl_ (comte),
+_great_, _reason_. L'_o_ est commun dans les mots formés de deux
+lettres; il est maintes fois accompagné du _w_, comme dans _grow_,
+_know_, _narrowly_. L'_y_ se rencontre souvent à la fin des mots et
+presque jamais au milieu. L'article indéclinable _the_ (le, la, les)
+reparaît fréquemment. Les consonnes doubles que l'on trouve à la fin
+des mots, sont _ll_ et _ss_.
+
+En italien, les mots se terminent le plus souvent par une des quatre
+voyelles, _a_, _e_, _i_, _o_; l'_u_ est rare en pareil cas. _Che_ est
+le plus fréquent des mots composés de trois lettres, et aucun d'eux,
+si ce n'est _gli_, n'offre un _l_ pour lettre du milieu.
+
+La langue espagnole présente des mots d'une grande étendue, tels que
+_arrepentimiento_, _verdaderamente_. La voyelle _o_ est celle qui est
+la plus fréquente; à la fin des mots, elle est souvent accompagnée de
+l'_s_, comme dans _nosotros_, _votos_. Au milieu des mots, _u_ est
+fréquemment suivi d'un _e_; _vuestro_, _ruego_.
+
+Passons à l'allemand. L'_e_ est la voyelle la plus usitée; elle se
+présente fréquemment à l'extrémité des mots de plusieurs syllabes; ils
+finissent en _er_, _es_, _en_ ou _et_. L'_n_ est la consonne qui
+revient le plus souvent; l'_a_ n'est jamais à la fin d'un mot composé
+de trois lettres; la consonne _c_ est toujours liée au _h_ ou au _k_.
+Il n'y a qu'un seul mot formé d'une seule lettre, c'est l'exclamation
+_o!_ On ne compte que deux mots de quatre lettres qui se terminent en
+_enn_, _wenn_ et _denn_. Presque tous les mots de quatre lettres
+commencent par une consonne qu'accompagne une voyelle, exemples:
+_bald_, _dein_, _doch_, _etwn_, _Hand_.
+
+C. A. Kortum, dans ses _Principes_ (en allemand) _de la science du
+déchiffrement des écrits chiffrés en langue allemande_, donne à ce
+sujet de très-longs détails qu'il serait très-superflu de placer ici,
+et il soumet aux règles qu'il expose deux dépêches chiffrées.
+
+La première ne présente que des lettres:
+
+ Efs ekftfo Tabwc efs fsef hkfcu
+ Fs xbs hftffhopu woe hfmkfcwu....
+
+La seconde est plus compliquée; les lettres sont entremêlées de
+chiffres et les mots ne sont pas séparés:
+
+64mf4km134kc4o4kng43e4p m24o4kq25293edk6n4kmm3b13......
+
+En étudiant le retour des signes et leur arrangement, on arrive à
+découvrir successivement quelques lettres, et, une fois qu'elles sont
+connues, elles sont d'un secours pour arriver à connaître les autres.
+
+Les règles pour le déchiffrement, telles qu'elles ont été exposées
+par divers auteurs, reposent, on le voit, sur le plus ou moins
+d'abondance de certaines lettres dans les mots, et sur leur
+rapprochement. Afin de dérouter les conjectures, il faut, lorsqu'on
+chiffre des dépêches, écrire les mots sans aucune séparation,
+entremêler des mots pris dans une langue avec d'autres mots empruntés
+à un idiome différent et ne point se conformer scrupuleusement aux
+règles de l'orthographe.
+
+En abrégeant les mots ou en les modifiant, il convient toutefois
+d'avoir soin de ne pas les dénaturer au point de laisser du doute sur
+leur signification; les caractères nuls, intercalés à propos et dont
+la non-valeur est inconnue au déchiffreur, peuvent achever de rendre
+tous ses efforts infructueux.
+
+C'est pour avoir négligé pareilles précautions, et pour s'être
+bornées à l'emploi de caractères mystérieux et de chiffres rangés dans
+l'ordre habituel et orthographique des mots, que des personnes qui
+croyaient avoir parfaitement déguisé leur pensée ont été tout étonnées
+de voir que leur secret n'en était pas un.
+
+Voici un fait de ce genre.
+
+M. Decremps, auteur de la _Magie blanche dévoilée_, se vantait de
+parvenir promptement à percer les mystères les plus difficiles. Afin
+de l'éprouver, un de ses amis lui adressa un jour quelques lignes
+qu'il avait écrites en caractères dont il avait fait choix. M.
+Decremps, en étudiant le retour plus ou moins fréquent de ces
+caractères, en cherchant de quelle façon ils se montraient groupés
+entre eux, reconnut qu'ils représentaient les diverses lettres de
+l'alphabet; il trouva successivement qu'un oiseau exprimait la lettre
+_a_; que l'_e_ était rendu par une tête vue de profil, et l'_i_ par la
+figure d'un verre à patte. Muni de cette clef, il découvrit bien vite
+qu'on lui avait adressé copie de quelques vers d'une traduction d'une
+des odes d'Anacréon, et il causa à son ami l'étonnement le plus vif,
+en prouvant que ce que ce dernier avait cru parfaitement caché était
+dévoilé.
+
+
+
+
+CHAPITRE VIII.
+
+DES ÉCRITURES OCCULTES.
+
+
+On donne le nom d'_encre de sympathie_ aux substances dont on fait
+usage, qui ne laissent point de traces sur le papier et qui
+apparaissent derechef, lorsqu'elles sont soumises à l'action de divers
+procédés.
+
+Lorsqu'on veut avoir recours à un pareil moyen, il faut faire
+attention à ce que la dépêche ostensible ne mentionne rien qui puisse
+donner lieu à quelque soupçon. Le papier doit conserver sa couleur et
+son éclat habituels. Les phrases tracées à l'encre ordinaire doivent
+être conçues de manière que le lecteur, sous les yeux de qui elles
+tomberaient, n'ait aucune raison de croire qu'elles n'expriment pas
+réellement la pensée de l'écrivain et qu'elles n'appartiennent pas à
+une correspondance sérieuse. On tracera sur les marges, entre les
+lignes ou sur le côté du feuillet demeuré blanc, ce que l'on veut
+communiquer en secret.
+
+Il importe que les passages écrits en encre sympathique demeurent
+invisibles jusqu'à l'accomplissement des procédés qui doivent les
+rendre au jour; il faut qu'après l'application de ces procédés ils
+puissent être lus nettement et sans difficulté.
+
+On convient d'un signe quelconque qui, placé soit sur l'adresse, soit
+dans le corps de la lettre, indique, à celui qui la reçoit, qu'il y a
+des passages tracés en encre de sympathie. Nous n'avons pas besoin
+d'ajouter que ce signe doit être mis de manière à échapper aisément
+aux regards des curieux et à n'offrir aucune importance apparente.
+
+Il est des caractères qui reparaissent, lorsqu'on répand sur eux
+quelque poudre.
+
+On peut tracer sur le papier une écriture invisible de ce genre, avec
+tous les sucs glutineux et non colorés des plantes ou des fruits, ou
+bien avec de la bière, du lait, des liqueurs grasses ou aqueuses.
+
+On laisse sécher ce qu'on a écrit. Pour le rendre visible, on frotte
+la feuille de papier avec une poudre très-fine et de couleur foncée;
+du charbon pilé extrêmement menu, du cinabre, du bleu de Prusse,
+peuvent servir à cet usage. La poudre s'attache aux lettres qui ont
+été tracées et elle la fait revivre.
+
+Diverses écritures deviennent visibles, lorsqu'on les expose au grand
+jour.
+
+L'extrait de saturne, étendu d'eau, donne une écriture invisible qui
+apparaît et devient noirâtre, lorsqu'elle est livrée à l'action de
+l'air. On obtient un résultat semblable avec de l'argent dissous dans
+de l'acide nitrique; les caractères tracés avec pareil liquide
+deviennent verdâtres, lorsqu'ils sont exposés à l'air; placés de
+manière à recevoir les rayons du soleil, ils se montrent d'un noir
+rougeâtre.
+
+On peut aussi se servir de substances qui reparaissent, lorsque le
+papier est fortement échauffé.
+
+Ce qui est écrit avec du lait devient rougeâtre;
+
+Avec du jus de cerise, verdâtre;
+
+Avec du jus d'oignon, noirâtre;
+
+Avec du jus de citron, brun;
+
+Le vinaigre donne une couleur rouge pâle;
+
+Le lait, une couleur rousse, ainsi que l'acide vitriolique affaibli
+dans une certaine quantité d'eau.
+
+Le cobalt, le vitriol, et d'autres agents chimiques, ont été employés
+avec plus ou moins de succès dans la composition d'encre de sympathie
+de différents genres. On a découvert des substances bonnes pour former
+des caractères qui ressuscitent, pour ainsi dire, lorsque le papier
+auquel on les a confiés est légèrement mouillé ou lorsqu'il est plongé
+dans l'eau. Écrivez avec de l'alun dissous dans l'eau, mouillez le
+papier dont vous vous êtes servi et présentez-le au jour: vous
+distinguerez très-bien ce qui était invisiblement écrit; les
+caractères seront beaucoup plus obscurs que le reste du papier, et il
+leur faudra bien plus de temps pour s'imbiber.
+
+En écrivant avec un liquide formé d'une portion d'eau-forte et de
+trois portions d'eau, on obtient des caractères qui ne paraissent
+pas, lorsque le papier est plongé dans l'eau; à mesure qu'il sèche,
+ils disparaissent. Ils pourront devenir visibles une seconde et même
+une troisième fois.
+
+Il est aussi des écritures occultes qui reparaissent, lorsqu'on les
+humecte avec un liquide approprié. C'est ainsi qu'une dissolution de
+vitriol ou de couperose donne des caractères qui se montrent à l'oeil,
+lorsqu'on frotte le papier avec une éponge imbibée d'un liquide, dont
+voici la composition: noix de galle concassées et mises dans de l'eau
+ou du vin blanc. On obtient le même résultat, en plaçant cette
+écriture invisible entre deux papiers légèrement imbibés de cette
+dernière dissolution; il faut que le tout soit enfermé et serré dans
+un livre pendant quelques moments.
+
+Un procédé assez ingénieux consiste à masquer l'écriture invisible au
+moyen d'autres caractères que l'on trace dessus en se servant d'une
+encre formée de paille d'avoine brûlée et délayée dans de l'eau. Quant
+on passe l'éponge, cette écriture disparaît et laisse voir à la place
+celle qui était invisible.
+
+L'extrait de saturne donne un marc, avec lequel on trace une écriture,
+qui, une fois séchée, ne paraît plus; afin de la rendre visible, il
+suffit d'imbiber le papier de jus de citron ou de verjus, et alors
+elle paraîtra d'un blanc de lait qui ressortira sur la blancheur du
+papier.
+
+Des caractères tracés avec du bleu de Prusse paraîtront d'un bleu
+éclatant, si on les imbibe avec la dissolution acide du vitriol vert.
+
+Une dissolution d'or fin dans de l'eau végétale, coupée avec de l'eau
+pure, fournit une encre sympathique qui disparaît en séchant,
+lorsqu'on veille à tenir le papier renfermé et à le soustraire à
+l'influence du grand air. Ces mêmes caractères, exposés au soleil,
+reparaîtront au bout d'une heure ou deux.
+
+Disons, une fois pour toutes, que, dans l'écriture occulte, il faut
+employer des plumes neuves et affectées à cet usage spécial.
+
+Les anciens auteurs qui ont écrit sur la Cryptographie n'ont point
+oublié les procédés que nous indiquons. Vigenère explique longuement
+qu'il faut «escrire avec de l'alun brûlé, ou du sel ammoniac, ou du
+camphre, destrempez en eau, ce qu'estant sec blanchist à pair du
+papier, qu'il faut tremper puis après dans de l'eau qui le rend noir
+et l'escriture demeure blanche, ou le chauffer devant le feu, tant que
+le papier roussisse et l'encre s'offusque; le mesme faict le jus
+d'oignon et l'eau encore toute simple. Si l'on trasse quelque chose
+sur le bras, un autre endroit du corps, avec du laict ou de l'urine,
+en jectant de la cendre dessus, elle y adhère et monstre ce qui y aura
+été desseigné. Le sel ammoniac, resouls à part soy à la cave ou autre
+lieu humide, si on escrit de ceste liqueur, tout demeure blanc;
+frottez le papier avec du coton trempé en eau distillée de vitriol ou
+de couperose: l'escriture apparoistra noire.
+
+«Il y a un autre artifice de faire une petite incision à un oeuf, avec
+la pointe d'un tranche-plume bien affilé, par laquelle on fourre
+dedans de petits billets de papier escris des deux costez, de la
+largeur de l'ouverture, non plus grande que de petit doigt et y en
+peult assez tenir. Puis, on la replastre avec de la craye ou ceruse,
+et de la chaulx vive empastées avec de la glaise. Si qu'il seroit bien
+malaisé d'y rien remarquer ne connoistre, quand bien mesme on les
+aurait fait durcir et peller, car cela demeure enclos en leur
+substance, sans que rien paroisse dehors.
+
+«Il y a un autre malin artifice qui se faict avec de l'alun bruslé,
+destrempé en eau dont on escrit sur du papier: estant sec, tout
+deviendra blanc. On brusle d'autre part de la paille de froment qu'on
+estend en un linge, sur quoy on passe de l'eau tiedde par tant de fois
+qu'elle ait emporté toute la noirceur de la paille: puis, on escrit de
+cette encre, sur l'escriture blanche dessusdite, ce qu'on ne veut pas
+tenir secret: et pour lire ce qui est caché, s'effaçant ce qui
+apparoit manifeste, il fault avoir de l'eau-de-vie où l'on aye fait
+tremper des noix de galle concassées grossièrement, tant que
+l'eau-de-vie en ait attiré et embeu la teinture avec du coton mouillé
+dedans; l'escriture apparente s'esvanouira et l'occulte viendra à se
+descouvrir, noire comme est la commune. En quoy il y a certain secret
+qu'il ne m'a pas semblé devoir divulguer, non plus que d'une autre
+manière d'encre qui s'efface d'elle-mesme en quinze jours ou trois
+sepmaines, composée de pierre de touche, sablon d'Estampes, sang de
+pigeon, noix de galle et autres ingrediens, mesme de l'huille de
+tartre avec laquelle il fault destremper le tout, y adjoustant un peu
+d'encre affoiblie avecques de l'eau.»
+
+De son côté, Porta indique ce qu'il appelle une manière très-simple
+d'écrire sur la peau en caractères ineffaçables: c'est avec de
+l'eau-forte imprégnée de cantharides; ou, si l'on veut que l'écriture
+ne soit visible que pendant quelques jours, il faut employer, pour
+écrire sur la peau, une dissolution d'argent ou de cuivre dans de
+l'eau-forte, et cette opération peut se faire sur un homme endormi,
+sans qu'il le sache.
+
+Résumons les autres détails dans lesquels cet auteur et ses émules
+entrent à l'égard du sujet qui nous occupe.
+
+L'écriture faite avec une eau de vitriol ne devient visible, qu'en
+passant par-dessus de la décoction de noix de galle. Le sel ammoniac,
+avec la chaux ou le savon, donne à l'écriture une couleur blanche.
+
+Après avoir critiqué l'antique secret des tablettes enduites de cire,
+Porta indique les procédés suivants: Écrivez avec de la graisse de
+bouc sur du marbre; les lettres, en séchant, deviennent invisibles;
+plongez le marbre dans le vinaigre, elles reparaissent sur-le-champ.
+Imprimez sur un bois tendre, tel que celui de tilleul, de peuplier ou
+autre, des caractères, à la profondeur d'un demi-doigt; aplatissez ce
+bois à la presse jusqu'à ce que le creux ait entièrement disparu et
+qu'on ne voie plus de traces de lettres; celui à qui vous enverrez ce
+morceau de bois lira l'écriture en le plongeant dans l'eau.
+
+Enduisez un oeuf de cire; écrivez dessus, de manière à pénétrer
+jusqu'à la coquille sans l'endommager; tenez l'oeuf pendant une nuit
+dans une dissolution d'argent par l'acide nitreux; ensuite, enlevez la
+cire, écaillez l'oeuf et mettez la coquille entre votre oeil et la
+lumière, les lettres paraissent plus transparentes et très-lisibles.
+La même chose a lieu en écrivant avec du jus de citron, qui amollit la
+coquille de l'oeuf: faites durcir un oeuf, enduisez-le de cire, gravez
+sur la cire des lettres qui laissent la coquille à découvert; mettez
+l'oeuf dans une liqueur faite avec des noix de galle et de l'alun
+broyés ensemble; ensuite passez-le dans de fort vinaigre: les
+caractères pénétreront plus avant; ôtez la coquille, et vous verrez
+sur le blanc de l'oeuf de belles lettres couleur de safran.
+
+Écritures que l'eau rend visibles: Qu'on écrive avec du jus de
+citron, ou de coing, ou d'oignon, ou tout autre suc acide; quand ces
+lettres sont sèches, on n'aperçoit rien; écrivez, entre les lignes,
+avec de l'encre, des choses indifférentes, afin de dérouter tout
+soupçon. En approchant la lettre du feu, l'écriture cachée devient
+lisible. Broyez du sel ammoniac, mêlez-le dans l'eau, écrivez avec
+cette liqueur: l'écriture paraîtra de la même couleur que le papier;
+approchez-le du feu, les lettres paraîtront noires. Si l'on écrit avec
+du jus de cerises, l'écriture paraîtra verte au feu.
+
+Il est aussi des écritures qu'on peut rendre visibles par l'emploi de
+l'eau seule. Ce que l'on écrit avec une dissolution d'alun devient
+invisible, en séchant; il ne faut que plonger le papier dans l'eau
+pour faire revivre l'écriture. Une lettre écrite sur du papier avec
+une eau de vitriol distillée ne devient visible qu'en plongeant le
+papier dans une infusion de noix de galle avec du verjus ou du vin,
+On broie aussi de la litharge que l'on met dans du vinaigre mêlé
+d'eau; on passe la décoction à la chausse, et on la met à part; on
+trace ensuite, sur la pierre, sur quelque partie du corps ou sur toute
+autre matière, avec du jus de citron, des caractères, qui, étant secs,
+n'ont aucune apparence d'écriture; en passant par-dessus de l'eau de
+litharge, les caractères paraissent blancs comme du lait.
+
+Rabelais dont l'érudition encyclopédique touchait à toutes sortes de
+sujets, n'a point oublié les divers procédés de l'écriture occulte; il
+fait mention d'une lettre qu'une dame de Paris envoie à Pantagruel,
+lettre qui renfermait un anneau d'or, mais dans laquelle il ne se
+trouvait rien d'écrit. Panurge s'efforce de découvrir le sens de cette
+missive, disant que «la feuille de papier estoyt escripte, mais
+l'estoyt par telle subtilité que l'on n'y voyoit point d'escripture.
+
+«Il la mist auprès du feu pour veoir si l'escripture estoyt faicte
+avec du sel ammoniac détrempé en eaue. Puys, la mist dedans l'eaue
+pour sçavoir si la lettre estoyt escripte du suc de tithymale. Puys,
+la monstra à la chandelle, si elle estoyt point escripte du jus
+d'oignons blancz.
+
+«Puys, en frotta une partie d'huylle de noix, pour veoir si elle
+estoyt point escripte de lexif de figuier. Puys, en frotta une part de
+laict de femme alaictant sa fille première née, pour veoir si elle
+estoyt poinct escripte de sang de rabettes. Puys, en frotta un coing
+de cendres d'ung nid d'arondelles, pour veoir si elle estoyt escripte
+de rosée qu'on trouve dans les pommes d'alicacahut. Puys, en frotta
+ung aultre bout de la sanie des aureilles, pour veoir si elle estoyt
+escripte du fiel de corbeau. Puys, la trempa en vinaigre, pour veoir
+si elle estoit escripte de laict d'espurge. Puys, la graissa d'axunge
+de souris chaulves, pour veoir si elle estoit escripte avec sperme de
+baleine, qu'on appelle ambre gris. Puys, la myst tout doulcement dans
+un bassin d'eau fraische et soubdain la tira, pour veoir si elle
+estoyt escripte avec alun de plume.»
+
+Rabelais cite, à l'occasion de ces tentatives infructueuses, trois
+auteurs auxquels la Cryptographie serait redevable d'importants
+travaux: «Messere Francesco di Nianse, le Thuscan, qui ha escript la
+manière de lire les lettres non apparentes; Zoroaster, dans son traité
+_peri grammaton acriton_, et Calphurnius Bassus, _de litteris
+illegibilibus_.»
+
+Cet auteur Thuscan et ces livres grecs et latins sont tout à fait
+inconnus; il faut donc assigner à l'imagination de maître François le
+mérite de les avoir créés.
+
+
+
+
+BIBLIOGRAPHIE
+
+
+Il nous reste à signaler les principaux ouvrages qui se rapportent aux
+diverses branches de l'Art d'écrire par chiffres; nous ne prétendons
+pas offrir une liste absolument complète; c'est un but qu'on ne
+saurait jamais se flatter d'atteindre, mais nous espérons du moins ne
+pas avoir oublié d'écrits d'une importance réelle. Nous avons adopté
+l'ordre alphabétique comme étant celui qui facilite le mieux les
+recherches.
+
+_Anweisung zum Dechiffriren, oder die Kunst verborgene Schriften
+aufzuloesen_, Helmstadt, 1755, in-8.
+
+BACO (Franc. de Verulamio). _De dignitate et augmentis scientiarum_,
+lib. VI, c. I. Voir ses _Opera omnia_. Francof., 1665, folio, pag.
+147-151.
+
+BECHERUS (J. J.). _Character pro notitia linguarum universali,
+invenium steganographicum hactenus inauditum_, etc. Francofurti, 1661,
+in-8.
+
+BEGUELIN. _Mémoire sur la découverte des lois d'un chiffre de feu le
+professeur Hermann, proposé comme absolument indéchiffrable_. _Voy._
+Mémoires de l'Académie royale des sciences et belles-lettres de
+Berlin, tom. XIV (1765) pag. 369-389.
+
+BELOT. _L'Oeuvre des oeuvres ou le plus parfait des sciences
+stéganographiques_, Paris, 1623, in-8.
+
+BIELFELD (J. de), _Institutions politiques_ (la Haye, 1760, in-4),
+tom. II, pag. 191.
+
+BREITHAUPT (Chr.). _Disquisitio historica, critica, curiosa de variis
+modis occulte scribendi, tum apud veteres quum apud recentiores
+usitatis_, Helmstadt, 1727, in-8.
+
+--_Ars decifratoria sive scientia occultas scripturas solvendi et
+legendi_, Helmst., 1737, in-8, 32 et 160 pag.
+
+BUERGA (A.). _Pasilasie oder Grundriss einer allgemeinen Sprache_,
+Berlin, 1808.
+
+CARLET (J. R. du). La _Cryptographie, contenant la manière d'écrire
+secrètement_, Tolose, 1644, in-12.
+
+COLLETET. _Traittez des langues estrangères, de leurs alphabets et des
+chiffres_, Paris, Promé, 1660, in-4.--C'est un abrégé imparfait du
+_Traité des chiffres_ de Vigenère, et il aurait tous les caractères du
+plagiat si Colletet lui-même n'avait pas prévenu cette accusation avec
+une franchise peu commune.
+
+COLORNI (Abr.). _Scotografia italica_, Praga, 1593, in-4.
+
+COMIER (d'Ambrun). _Traité de la parole, langues et écritures,
+contenant la sténographie impénétrable, ou l'Art d'écrire et de parler
+occultement de loin et sans soupçon_. Bruxelles, 1691, in-12.
+
+CONRADI (Dav. Arn.). _Cryptographia denudata, sive ars deciferandi quæ
+occulte scripta sunt in quocunque linguarum genere_, Lugd. Bat., 1739,
+in-8, 73 pag.
+
+COSPI. _L'Interprétation des chiffres, ou Reigle_ (sic) _pour bien
+entendre et expliquer facilement toutes sortes de chiffres simples_,
+tiré de l'italien du sieur A. M. Cospi, secrétaire du grand-duc de
+Toscane. Augmenté et accommodé particulièrement à l'usage des langues
+française et espagnole, par F. J. F. N. P. M. Paris, 1641, in-8, 90
+pag.
+
+CRELLII (L. C.) _Diss. de scytala laconica_, Lipsiæ, 1697, in 4.
+
+DALGARNO (George). _Ars signorum, vulgo character universalis et
+lingua philosophica_, Londini, 1667, in-8. Cet écrit a paru à M.
+Nodier extrêmement remarquable (voir les _Mélanges extraits d'une
+petite bibliothèque_, pag. 268, et les _Notions de linguistique_,
+1834, pag. 31). Les ouvrages de Dalgarno ont été réimprimés à
+Edimbourg en 1834; la _Revue d'Edimbourg_, nº 124, juillet 1835, leur
+a consacré un article.
+
+DLANDOL. Le _Contr'espion ou les clefs de toutes les correspondances
+secrètes_, Paris, 1794, 66 pag. in-8.
+
+FIRMAS-PERIÈS (Le comte). _Pasitélégraphie_, Stuttgard, 1811, in-8.
+
+FORELIUS (H.). _Dissertatio de modis occulte scribendi et præcipue de
+scytala laconica_, Holmiæ, 1697, in-8.
+
+FRIDERICI (J. B.). _Cryptographia, oder geheimer Schriftmund und
+wirkliche Correspondenz_, Hamburg, 1684, in-4.
+
+FUNKS (Chr. B.). _Natürliche Magie_, Berlin, 1783, in-8. (Il s'y
+trouve quelques détails sur l'art de déchiffrer.)
+
+GERRAR (DI). _Siglarium romanum sive explicatio notarum ac
+litterarum_, Londres, 1793, in-4.
+
+GODEVIN (François), évêque d'Hereford, _Nuncius inanimatus Utopiæ_,
+1629. L'auteur expose mystérieusement les avantages d'une méthode
+secrète de correspondance au moyen de signes convenus.
+
+S'GRAVESAND, _Introductio in philosophiam_ (Lugd. Bat., 1737). Il y
+est question, ch. XXXV, de l'écriture en chiffres.
+
+GRISCHOW (Aug.). _Introductio in philologiam generalem_, Jenæ, 1704,
+in-8. Le chap. IV roule sur l'art d'écrire en chiffres avec rapidité,
+et sur les moyens de découvrir pareils secrets.
+
+HANEDI, _Steganologia et Steganographia nova. Geheime, magische,
+natürliche Red- und Schreibekunst_, Nuremberg (sans date), in-8, 299
+pag. Le véritable nom de l'auteur est Daniel Schwenter, professeur de
+mathématiques à Altorf, mort en 1636.
+
+HILLERI (L. H.) _Mysterium artis steganographicæ novissimum_, Ulmæ,
+1682, in-8, 478 pag. Un errata de 6 pag. termine le volume. Cette
+multitude de fautes contribua sans doute au peu de succès de ce traité
+plus ample que celui de Breithaupt, mais moins méthodique. Il ne
+s'adapte spécialement qu'au latin, à l'italien, à l'allemand et au
+français, et seulement aux chiffres à clef simple ou dont l'alphabet
+n'est pas variable. L'auteur avait donné un aperçu de son travail dans
+son _Opusculum steganographicum_, publié à Tubingue en 1675.
+
+HINDENBURG (C. F.). _Archiv der reinen und angewandten Mathematik_.
+(Les cahiers 3 et 5 roulent sur l'art de chiffrer.)
+
+HOTTINGA (Domin. de). _Polygraphie ou méthode universelle de
+l'écriture cachée et cabalistique_, Groningue, 1620, in-4. C'est la
+reproduction textuelle de la traduction de la _Polygraphie_ de
+Trithème, publiée en 1541 par Gabriel de Collange. Hottinga n'a point
+hésité à donner ce travail comme étant entièrement son oeuvre, et il
+déclare, dans sa préface, qu'il lui a consacré de longues et pénibles
+veilles. Il existe peu d'exemples d'un plagiat aussi effronté.
+
+JONES. _Hieroglyphic or a grammatical introduction to an universal
+hieroglyphic language_, London, 1768.
+
+KALMAR (Georgius). _Præcepta grammatica atque Specimina linguæ
+philosophicæ sive universalis ad omne vitæ genus adcommodatæ_.
+Berolini, 1772, in-4, 56 pag.
+
+KIRCHERI (Athan.) _Artificium cryptographicum, seu abacus numeralis_,
+dans la _Magia universalis_ de Schott, part. IV, lib. I.
+
+--_Polygraphia seu artificium linguarum, quocum omnibus totius mundi
+populis poterit quis correspondere_, Rome, 1663, in-folio, Amsterd.,
+1680. Cet ouvrage curieux est divisé en trois parties; la première
+offre une pasigraphie en écriture universelle que chacun peut lire
+dans sa langue. Le principe d'où il part est un dictionnaire numéroté
+tel que Becher l'avait proposé sans l'exécuter; Kircher l'exécuta en
+petit sur cinq langues (le latin, le français, l'allemand, l'italien,
+l'espagnol). Son vocabulaire a environ 1,600 mots; les formes
+variables des noms et des verbes sont exprimées par des signes de
+convention. La seconde partie donne une sténographie plus ingénieuse
+que celle de Trithème. La troisième partie concerne l'invention d'une
+boîte ou bureau stéganographique pour écrire ou lire très-promptement
+en chiffre quelconque.
+
+KLÜBER (Lud.). _Kryptographik, Lehrbuch der Geheimschreibekunst_,
+Tubingue, 1809, in-8, 470 p.
+
+KORTUM (C. A.). _Anfangsgründe der Entzifferungskunst deutscher
+Zifferschriften_, Duisburg, 1782, in-8, 144 pag.
+
+_Langage_ (Le) _muet, ou l'Art de faire l'amour sans se parler, sans
+écrire et sans se voir_, Middelbourg, 1688, in-12.
+
+LATOUR (Charlotte de). Le _Langage des fleurs_, Paris, 1820; 6e éd.,
+1845, in-12, 328 p. (L'auteur de cet ouvrage, en prose et en vers, est
+M. Aimé Martin.)
+
+LEIBNITZ. _Historia et commendatio linguæ characteristicæ
+universalis_, dans ses _Oeuvres posthumes_, éditées par Rashe, 144
+pag.
+
+(LEMANG). _Die Kunst der Geheimschreiberei_,... im. G. L. Leipzig,
+1797, in-4, 40 pag.
+
+LENNEP (D. J. de). _Dissert. de M. Tullio Tirone_, Amsterdam, 1804.
+
+LINDNER (Sam.). _Elementa artis decifratoriæ_, Regiomontani, 1770,
+in-8.
+
+_Mysterienbuch alter und neuer Zeit, oder Anleitung geheimer Schriften
+zu lesen_, Leipzig, 1797, in-8, 115 pag.
+
+NEYRIN (J. P.). _Principes du droit des gens_. (Brunswick, 1783,
+in-8), pag. 160 et suiv.
+
+_Nouveau Traité de diplomatique_, par deux religieux bénédictins (D.
+Toussaint et D. Tassin). Paris, 1750-65. 6 vol. in-4. _Voy._ tom. III,
+p. 499-622.
+
+NIETHAMMER (J. M.). _Ueber Pasigraphie und Ideographie_, Nurnberg,
+1808, in-8.
+
+_Nouvelle Découverte d'une langue universelle pour les négociants_,
+Paris, 1687, in-12.
+
+_Opus novum, præfectis arcium, imperatoribus exercituum,
+exploratoribus, peregrinis, inventoribus, militibus ac omnis industriæ
+et litteraturæ studiosis, principibus maxime utilissimum pro cipharis
+lingua latina, græca, italica et quavis alia multiformiter
+describentibus interpretandisque._ (En latin et en italien, in-8, 44
+feuillets.) À la fin on lit: Impressum Romæ, anno MDXXVI. Au second
+feuillet, l'auteur se donne le nom de Jacques Silvestre, citoyen de
+Florence.
+
+OZANAM (Jacques). _Récréations mathématiques et physiques_, 1778, 4
+vol. in-8. On y trouve diverses méthodes de Sténographie.
+
+PANCIROLLI (Guidonis). _Rerum memorabilium sive deperditarum
+commentarius_, 1660, in-4. Il parle des chiffres, pag. 262 et suiv.
+
+_Polizeischrift, geheime, des Grafen von Vergennes_, 1793, in-8, 46
+pag.
+
+PORTA (J. B.). _De furtivis litterarum notis vulgo de ziferis libri
+quinque_, Neapoli, 1563, in-4. Autres éditions: Londres, 1591,
+in-4.--Montbelliard, 1593, in-8.--Naples, 1602, in-folio.--Strasbourg,
+1603, in-8.
+
+--_Magia naturalis_, Naples, 1558.--Anvers, 1561.--Naples,
+1589.--Leyde, 1644 et 1651. Il est question, dans le livre XVI, de
+l'art de chiffrer.
+
+PRASSE (M. de). _De reticulis cryptographicis_, Lipsiæ, 1799, in-4, 14
+pag.
+
+RAMSAY (C. A.). _Art d'écrire aussi vite qu'on parle_, Paris, 1783,
+in-12. L'original est en latin; il parut dès 1678 et fut réimprimé
+avec une version française (par A. D. G.). Paris, 1681. Depuis cette
+dernière date, ce livre a été souvent réimprimé en France et à
+l'étranger, dans la fin du dix-septième siècle. Les anciennes
+éditions portaient pour titre: _Tacheographie ou l'Art d'écrire_, etc.
+On en connaît une traduction allemande, Leipzig, 1745, in-8.
+
+SARPE, _Prolegomena ad tachygraphiam romanam_, Rostock, 1829, in-4.
+
+SCHMIDT (J. M.). _Vollstændiges wissenschaftliches
+Gedankenverzeichniss zum Behuf einer allgemeinen Schriftsprache_,
+Dillingen, 1807, in-8.
+
+--_Grundsætze für eine allgemeine Schriftlehre_, 1816-1818, 2 vol.
+in-8.
+
+SCHOTT (Gaspard). _Schola steganographica in classes octo distributa_,
+Nuremberg, 1665, in-4. D'autres éditions de 1666 et de 1680 sont
+indiquées par les bibliographes.
+
+--_Thaumaturgus physicus seu magia universalis naturæ et artis_,
+1657-1659, 4 vol. in-4; 1677. On trouve, dans le quatrième volume de
+cet ouvrage curieux, des notions détaillées sur les divers moyens
+imaginés par les anciens et les modernes, pour se communiquer leurs
+pensées à l'aide de l'écriture secrète.
+
+SELENI, Gustavi (id est, Augusti, ducis Brunsvicensis),
+_Cryptomenyticis et Cryptographiæ libri IX, in quibus et planissima
+Steganographiæ J. Trithemii enodatio traditur, inspersis ubique
+auctoris et aliorum non contemnendis inventis_, Luneburgi, 1624,
+in-folio.
+
+SOLBRIT (Dav.). _Ratio scribendi per zifras_, 1726, in-8.
+
+--_Allgemeine Schrift oder Art durch Ziffern zu schreiben_, Coburg,
+1736, in-8. C'est la traduction de l'ouvrage latin précédent.
+
+_Steganographia recens detecta_, Ulm, 1764, in-8, 97 p. Malgré son
+titre latin, cet ouvrage est en allemand (semblable circonstance
+n'est pas rare pour d'anciens écrits publiés au delà du Rhin).
+L'auteur a gardé l'anonyme, mais il a signé la préface des lettres C.
+W. P.
+
+STEIN (A.). _Ueber Schriftsprache und Pasigraphie_, München, 1809,
+in-8.
+
+STIELER (C. von). _Deutsche Secretariatskunst_. Nuremberg, 1678, in-4.
+Voir tom. I, pag. 547-555.
+
+STUBENRAUCH. _Histoire abrégée de la Cryptographie_. Il s'en trouve un
+extrait dans les Mémoires de l'Académie de Berlin, t. I, 1745, p. 105
+et suiv.
+
+TOD (Al.). _The olive-leafe or an universal A. B. C._, London, 1603,
+in-8.
+
+TRITHEMII (J.). _Polygraphiæ libri VI_, Oppenheim, 1518,
+in-folio.--Francof., 1550.--Colon., 1564.--Argent., 1600 et
+1613.--Colon., 1671.
+
+--_Steganographia_, Francof., 1606.--Darmst., 1606,--Francof.,
+1608.--Darmst., 1621--Colon., 1635.
+
+--_La Polygraphie et universelle écriture de Trithème_, traduit du
+latin par Gabriel de Collange[8], Paris, 1561, 1621, 1625, in-8.
+
+[Note 8: La triste destinée de Collange mérite qu'on en fasse mention.
+Il était valet de chambre du Charles IX, et, quoique catholique zélé,
+il fut une des victimes de la Saint-Barthélemi, succombant sans doute
+à quelques inimitiés personnelles.]
+
+Voici les titres de deux ouvrages composés dans le but de défendre la
+mémoire de Trithème contre l'accusation de magie dirigée contre lui:
+
+_Stenographiæ nec non claviculæ Salomonis germani, J. Trithemii,
+genuina declaratio, auctore_ J. Caramuele, Colon., 1634, in-4.
+
+J. TRITHEMII _Stenographia vindicata et illustrata_, auctore W. E.
+Heidel, Mayence, 1676, in-4. Une édition de Nuremberg, 1721, in-4, est
+citée.
+
+UKEN (M.). _Steganometrographia, sive artificium novum et inauditum_,
+Francof., 1751, in-8, 328 p. Il en existe une traduction allemande,
+Ulm, 1759.
+
+URQUHART (Thomas). _Logopandecteision, or an introduction to the
+universal language_, London, 1653, in-4.
+
+VATER (J. S.). _Pasigraphie und Antipasigraphie... ou sur la
+découverte récente d'une langue universelle pouvant servir à tous les
+peuples_, Leipzig, 1799, in-12, 268 pag.
+
+WALLIS (J.). _Opera miscellanea_, Oxoniæ, 1699, in-folio. Dans son
+traité _De combinationibus et alternationibus_, ce célèbre
+mathématicien donne des exemples de déchiffrement, sans expliquer
+toutefois les méthodes dont il fait usage.
+
+WILDVOGEL (Ch.). _Diss. de scripturis terribilibus_, Francof., 1719,
+in-4.
+
+WILKINS (évêque de Chester). _Mercure ou le Messager secret et prompt
+où l'on montre comment on peut communiquer vite et sûrement ses
+pensées à un ami éloigné_, Londres, 1641, in-4. (L'ouvrage est en
+anglais.)
+
+--_Essay towards a real charater and a philosophical language_,
+Londres, 1668, in-folio. Un extrait de cet ouvrage, devenu fort rare,
+se trouve dans les _Transactions philosophiques_, nº 35.
+
+WOLKE (C. H.). _Erklærung wie wechselseitige Gedankenmittheilunen
+aller cultivirten Voelker des Erdkreises, oder die Paxiphrasie möglich
+und ausüblich sey, ohne Erlernung irgend einer neuen besondern, oder
+einer allgemeinen Wortschrift oder Zeichensprache_, Dessau, 1797.
+
+
+FIN.
+
+
+
+
+TABLE DES CHAPITRES.
+
+
+ CHAPITRE Ier. Définition de la Cryptographie, son origine;
+ notions historiques. 1
+
+ CHAP. II. Auteurs qui ont écrit sur la Cryptographie. 35
+
+ CHAP. III. Règles et procédés de Cryptographie. 91
+
+ CHAP. IV. Des diverses sortes d'écritures et des différents
+ langages de convention qui se rattachent à la correspondance
+ occulte. 156
+
+ CHAP. V. Du rôle de la Cryptographie dans la littérature. 186
+
+ CHAP. VI. Des livres à clef. 202
+
+ CHAP. VII. Du déchiffrement. 208
+
+ CHAP. VIII. Des écritures occultes. 225
+
+ Bibliographie. 242
+
+
+
+
+[Notes au lecteur de ce fichier numérique:
+
+--De nombreuses erreurs ont été imprimées dans cet ouvrage; peu
+d'entre elles ont été corrigées lors de la création de ce fichier.
+
+ --page 41: "Un méchant vous demande une lettre d'introduction
+ auprès d'un de ses amis", "ses amis" a été remplacé par "vos amis".
+
+ --page 144: "La première lettre de la dépêche, l, correspond à la
+ quatrième, o; la seconde, e, à la quatrième,", "la seconde, e, à
+ la quatrième," a été remplacé par "la seconde, e, à la septième,".
+
+ --page 197: "Conserui et dxoop nfouxnb delituit", "nfouxnb" a été
+ remplacé par "nfouxmb".
+
+ --page 220: "la consonne c est toujours liée au c", "liée au c" a
+ été remplacé par "liée au h".
+
+--Page 151: La note 5 n'a pas de référence dans le texte.
+
+--Les mots contenus dans [] sont imprimés dans des cases (ex: page 120).
+
+--Cet ouvrage contient de nombreux signes qui ne peuvent être reproduit
+dans ce fichier; ils ont été remplacés par [Gl.] pour Glyphe, [Pt.]
+pour Point, etc.
+
+ --Les signes enclos dans [= =] sont encadrés dans l'ouvrage.
+
+ --Chiffres précédés par [- sont surmontés d'un trait; ceux précédés
+ par [" de deux points.]
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of La Cryptographie, by Bibliophile Jacob
+
+*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 42297 ***